{"numero_id": "ulb-durendal-1911-livraison08", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-001", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 473, "page_fin": 477, "titre_corps": "Cortone", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Bautier", "ancre_debut": "Cortone                                           Lundi de Pâques, 17 avril", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 540, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1928, "texte": "Cortone\n\n                                         Lundi de Pâques, 17 avril 1911.\n                                           LOUIS L E CARDONNEL. A la Toscane :\n                                     « Je me suis promené, pèlerin, dans ses villes .. »\n                                                        (Mercure de France, 1910.)\n\n\n                L'EXPRESS de Rome m'a déposé ici, à l'heure écla-\n                 tante de midi. P a r les lacets lents, entre des\n                  murs bas, une voiture me hisse — avec des\n                  aah! sonores d'encouragement au cheval pous-\n                  sif — vers la ville accrochée au flanc du mont.\n                  Vision parfaite des anciens âges, Cortone étage\n                  harmonieusement sur un piédestal abrupt, ses\ntoits et ses campaniles.\n   Là-haut, je m'accoude à la balustrade en hémicycle. (Hélas!\nle nom de Garibaldi s'appesantit ainsi qu'ailleurs, éliminant\nles gloires locales sous la banalité du Risorghnento !) « Plus que\npour l'attaque ou la défense, dit M. Gabriel F a u r e (1), ces ter-\nrasses furent choisies pour la joie des yeux... » A mes pieds se\ndéploie, océan de culture aux vagues f ressécs (2), la plaine verte à\ntravers laquelle serpente le ruban poussiéreux des routes. U n\ngrand silence dominical plane, jusqu'aux lignes précises des\nmontagnes...\n   La nappe scintillante du lac Trasimène réveille notre mémoire\nclassique, parfois sommeillante. L'impassible Baedeker lui-\n même s'émeut : « L e souvenir de la victoire qu'Annibal remporta\n en ce lieu sur le consul romain Flaminius couvre le charmant\n paysage d'un voile de tristesse. » Non, pourtant ; la magie de la\n lumière dissipe toute mélancolie littéraire.\n   Plus près de moi, l'église à dôme de 5 . Maria del Calcinaio,\n\n (1) Heures dOmbrie. (Paris, Sansot.)\n (2) R. SCHNEIDER : L'Ombrie, l'âme des cités et des paysages. (Paris, Hachette.)\n"}, {"page_pdf": 541, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "474                            DURENDAL\n\n\n\nparmi la dévalade des oliviers gris où pointent çà et là les\ncyprès, droits comme des cierges. A h ! les peintres toscano-\nombriens qu'élut la s y m p a t h i e contemporaine ont observé avec\namour ces horizons aérés et l i m p i d e s ! Au bord du ciel parsemé\nde légers nuages semblables à des écharpes molles, je retrouve\nles vallées larges et nobles qui s'allongent derrière leurs person-\nnages recueillis. Séjour de l'Angelico, patrie de L u c a Signorelli\n(oublions qu'elle vit naître aussi Pietro Berettini, décorateur\npompeux du Palais P i t t i ) , Cortone va m'offrir un régal quattro-\ncentiste !\n                                      *\n                                     * *\n\n    Il faut auparavant considérer le mystère é t r u s q u e . Au Pre-\ntorio, le custode s'interrompt d'épousseter gravement les in-folios\nde la Bibliothèque p u b l i q u e , pour m'ouvrir le petit musée. Les\nvolets écartés laissent pénétrer l'ardent soleil sur le fameux\nlampadaire de bronze aux figurines grimaçantes. Sirènes, satyres\net léopards, autour de la Gorgone, revêtent une patine incom-\nparable.\n    J e gagne la place de la cathédrale, dallée et morte, en face\nd'un ravin désolé. L'Angelico règne, au Gesu, avec une œuvre\nmaîtresse, l'Annonciation (1), d'une ferveur inégalée. Le\njeune moine dominicain subit à Cortone l'influence mystique de\nl'Ombrie voisine. E t ce tableau est certes, de par la fraîcheur\nexquise de l'inspiration, l'une des plus touchantes pages de l'art\nchrétien. Sous un élégant portique, l'ange habillé de violet se\ntourne vers la Vierge en robe rouge et manteau bleu, aux pom-\nmettes si roses, aux yeux si candides, au mouvement si gracieux\ndes bras croisés sur la poitrine. P a r t o u t l'or ajoute un pieux\nr a y o n n e m e n t : la frange des draperies, les ailes de l'ange, le\nsiège de la Madone, les nimbes étoilés d'orfèvrerie, les lettres\nde la Salutation qui s'échappent des lèvres de l'Annonciateur\npour rejoindre l'Ecce Ancilla Dornini, — tout est d'or! Dans la\npaix profonde de l'oratoire, je me répète à mi-voix la phrase de\nVasari : « Aucuns disent qu'il ne mit j a m a i s la main au pinceau\nsans avoir dit son oraison... »\n    L e s deux prédelles ne sont guère inférieures. L e s Scènes de la\nvie de la Vierge : rencontre de la P o r t e dorée, Mariage, Visita-\n\n (1) L'Arte, 1897, p 472.\n"}, {"page_pdf": 542, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "                              CORTONE                               475\n\ntion, Adoration des mages, se déroulent selon la coutume en de\nnaïves montagnes ou de minuscules architectures. L e s Scènes de\nla vie de saint Dominique le montrent avec saint François, à\ngenoux tous deux dans la rue et s'embrassant. Puis une fenêtre,\noù l'on voit le pape qui dort dans son lit. E t le repas du saint,\nservi par des anges. Enfin sa mort, environnée des frères\nnavrés...\n   Au Dôme m'attendent les œuvres curieuses des dernières\nannées de Signorelli, p a r m i ses compatriotes admiratifs qui\nl'empêchaient de s'apercevoir que son esthétique avait vieilli. J e\ngrimpe au revers de l'autel, pour mieux examiner les parois\nassombries du chœur. L a Descente de croix (1) (1502) a l'allure\nd'une fresque foncée; les vêtements des femmes se rehaussent\nd'or, et le corps brun du Christ accuse l'anatomie un peu fruste\npropre au maître illustre de la Capella nuova d'Orvieto. L a Cène\n(1512) soulève un intéressant problème iconographique. L e\nmoment choisi est l'Institution de l'Eucharistie. « P a s de repas,\npas de table, pas de bancs : au milieu des disciples agenouillés\nou debout, le Christ s'avance et leur donne sa chair et son sang\navec l'hostie. Cette Cène est u n e Communion (2). » L e brusque\nabandon des traditions s'explique à mon sens par Justus de\nGand et sa Cène d'Urbin, dont la disposition quasi symétrique\nprésente quelque analogie avec ce panneau-ci. J'étudierai ail-\nleurs l'influence exercée par notre flamand sur le développement\nde l'art ombrien... L e Christ — visage très doux, attitude pen-\nchée et geste résigné — marche (mais non pas d'une façon\n heurtée et maladroite comme à Urbin) sur le pavement libre,\n entre les deux groupes des apôtres. P o u r décor : une arcade et le\nciel pâle. Sentiment religieux intense, coloris assourdi ; il semble\n que la vieillesse ait donné au farouche prédécesseur de Michel-\n Ange une relative onction. U n tableau cintré, de l'extrême fin\n de sa carrière (1521), la Conception de la Vierge (3), apparaît\n confus et médiocre. L a Vierge se dresse, immense, par-dessus\n des têtes de chérubin, parmi lesquelles s'élève l'arbre de vie\n avec Adam et E v e de part et d ' a u t r e ; en haut, le Père éternel ;\n sur terre, trois prophètes de chaque côté, dont David avec le\n\n\n (1) CRUTWELL : Signorelli.\n (2) SCHNEIDER : Op. cit.\n (3) CRUTWELL : Op. cit.\n"}, {"page_pdf": 543, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2453, "texte": "476                                      DURENDAL\n\n\n\npsautier et Salomon couronné (1). — J'allais omettre un travail\nd'atelier, abîmé, la Nativité et les bergers] ceux-ci bien conven-\ntionnels, tandis que le saint Joseph est une remarquable figure.\nSommes-nous assez-éloignés cependant des prototypes de Van\nder Goes et Ghirlandaio! — N e quittons point la basilique grise\nsans un coup d'œil à l'Annonciation de Mino da Fiesole, enca-\ndrant le Christ (au t y m p a n l'inscription Olenm infirmorum) sous\nun plafond à caissons.\n   Au bout de la via Dardano, je sors de la ville pour contempler\nles remparts millénaires. L e u r indestructible masse, teintée de\nrouille, se confond avec les versants pelés.\n   Ensuite S. Dominico. Trois tableaux dorés, étonnamment con-\nservés, luisent au fond de l'église blanche. Un Angelico : Vierge\ntimide, Enfant bouclé, saints et saintes (vers 1414). L a Madeleine,\nd'une ineffable pureté, surtout attire! Citons à son propos l'amu-\nsante réflexion de René Schneider (2) : « Elle a beau tenir dans\nses doigts fuselés le coffret à parfums et être blonde comme les\nblés mûrs, elle n'est point M a d e l e i n e ; rien ne subsiste de la\npécheresse : fra Beato m a n q u a i t d'information et d'aptitudes\npour rendre avec le pinceau ne fût-ce que le souvenir du péché!))\nA côté de cette composition d'une franchise juvénile, je suis\ntenté d'estimer prétentieux et compliqué le Lorenzo di Niccolo\ndu maître-autel, un Couronnement de la Vierge (1440). Sassetta\nrésiste seul à la confrontation. Quel délicieux artiste ! J'ai appris\nà le connaître à Chantilly, où il est représenté par un inou-\nbliable Saint François. Ici : la Vierge et l'Enfant, deux anges\nagenouillés, Saint Nicolas, Saint Michel efféminé, Saint Jean-\nBaptiste, Sainte Marguerite avec sa tête de docteur subtil à l'ex-\ntraordinaire coiffure. Mentionnons un Signorelli presque mono-\nchrome gâté : la Vierge, saint Dominique, saint Pierre Martyr\net un moine donateur qui surgit du sol (1515).\n   L'église S. Niccolo renferme, elle, un chef-d'œuvre de Luca\nSignorelli : le Corps de Jésus soutenu par un ange sur le bord de la\ntombe, adoré par saint François, saint Dominique, saint\nJérôme, d'autres saints et des anges (3). Est-il besoin d'en\n\n\n  (1) S. REINACH : Répertoire de peintures du Moyen âge et de la Renaissance, I, p. 456. La\npartie supérieure ne paraît pas de la main de l'artiste.\n  (2) Op. cit.t p. 19.\n  (3) CRUTWELI. : Op. cit.,   p.   92.\n"}, {"page_pdf": 546, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "                            CORTONE                            477\n\nsouligner les caractères habituels : force rude et réalisme\népique, manifestés dans une mise en scène impressionnante et\noriginale? L a marmaille qui, du dehors, m'accompagne, s'em-\npresse de me faire voir l'envers du panneau : la Vierge trônante et\nl'Enfant, entre les hautes figures des Saints Pierre et Paul. Mais\nvoilà qu'en m a n œ u v r a n t la charnière, une lampe s'écroule\nbruyamment. D e l'huile répandue sur la nappe de l'autel; une\nagitation prolongée s'ensuit... Lorsqu'elle s'apaise, je monte à\nl'église moderne de Sainte-Marguerite, juchée au contrefort\nsupérieur. U n couvent franciscain s'accole à la Fortezza déla-\nbrée. Réceptacle trop vulgaire, — marbre criard et lourde\ndorure — on y évoque malaisément la sainte, créature de pas-\nsion et de foi, alternativement dévorée par les amours terrestres\nou consumée dans le renoncement divin. Le brûlant XIIIe siècle\ns'incarne en elle!\n                                    *\n                                   * *\n\n   Le parvis — pelouse où des enfants jouent — domine la con-\ntrée fertile et douce. Les cloches des sanctuaires se répondent\nde colline en colline. Je rêve longuement, dans l'azur illimité.\n   Puis, j'erre par les rues escarpées, tour à tour dans l'ombre\nfroide, parfumée d'ail, et dans l'aveuglant soleil aux échappées.\nJ'abandonnerai à regret Cortone, ses remparts, ses toits et ses\ncampaniles sur le ciel, — vision parfaite des anciens âges !\n   L'heure a sonné de redescendre vers la vie. T a n d i s que j'at-\ntends le train, s'interpose entre la fière cité et mon regard\nd'adieu la poussière épaisse soulevée par les automobiles...\n\n                                              PIERRE   BAUTIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-002", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 478, "page_fin": 479, "titre_corps": "Matin de Mai", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Grolleau", "ancre_debut": "Matin de Mai  Quelle paix! ce matin de M", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 547, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1574, "texte": "Matin de Mai\n\nQuelle paix! ce matin de Mai n'est qu'un     sourire.\nVers un bleu paradis les arbres pèlerins,\nEn file sur la route calme qui s'étire,\nBalancent sur nos fronts leurs feuillages    câlins.\n\nLe soleil est un Ange en armure de flammes\nQui monte au clair zénith d'un vol égal et sûr,\nEt son regard tranquille en tombant de l'azur\nFait chanter en échos les choses et les âmes.\n\nLe Ciel s'approfondit comme un dôme     enchanté.\nMère! ce jour béni reflète votre grâce,\nEt vous faites l'aumône avec votre beauté\nA la prière en pleurs de ce monde qui passe.\n\nAh ! mieux que ce printemps, dans un chaste réveil,\nNous sentons que nos cœurs, au fond de nos poitrines,\nFleurissent à l'envi de prières divines\nL'Enfant que vous portez, plus beau que le soleil.\n\nLa terre est comme un chœur où l'on chante       Matines;\nSa joie est pacifique ainsi qu'une oraison.\nVos pieds blancs vont marcher sur nos vertes     collines\nEt votre robe d'or frôler notre gazon.\n\nCes fleurs ne sont ici, parmi les herbes hautes,\nQue pour baiser vos pas, Mère du bel amour,\nLes oiseaux n'ont de cris que pour chanter ce jour\nOù nos cœurs dilatés s'allègent de leurs fautes.\n\nIneffable Sagesse, au sein du Dieu caché,\nVous riez, vous jouez, flamme ardente et pieuse!\nVotre front tout pétri de lys et sans péché,\nSur nos fronts obscurcis met sa lumière     heureuse.\n\nO fraîches fleurs d'en-bas ! jeunes oiseaux! et nous,\nPécheurs dont les pieds nous gardent de vieilles plaies,\nPrions! chantons parmi les ronces et les haies!\nO pierres du chemin, recevez nos genoux.          '\n"}, {"page_pdf": 548, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 872, "texte": "                   MATIN DE MAI                        479\n\n\nLa patrie un instant transparaît sous tes voiles;\nDerrière toi, Nature! est un monde     inconnu.\nD'un astre dont l'éclat éteindrait tes étoiles,\nLe charme de ce jour qui te baigne est venu.\n\nDoux éphémère! avec nos âmes      immortelles,\nChante! tiède matin de Mai, frêle splendeur !\nCar ce qui souffre en nous s'émeut de ta candeur\nComme un ange exilé qui retrouve ses ailes.\n\nTout s'élève par nous vers le Maître adoré.\nNous habitons, ainsi qu'un prêtre dans son temple,\nCet univers muet qui par nous consacré,\nParle par notre voix et par nos yeux   contemple.\n\nChante donc, ô matin! et la Mère et le Fils,\nEt nous ferons un hymne, avant qu'il ne s'efface,\nSur le rythme incertain de la chanson qui passe,\nAu printemps éternel de la Rose et du Lys.\n\n                                        CHARLES GROLLEAU.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-003", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 480, "page_fin": 480, "titre_corps": "Poèmes en prose : La pelisse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Anciaux", "ancre_debut": "Poèmes en prose La pelisse L a j e u n e fille", "ancre_fin": "fraîchement lavées.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Après le souper La joie tranquille d'être le soir après le souper dans", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 549, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1199, "texte": "Poèmes en prose\n\n                             La pelisse\n   L a j e u n e fille descend l'escalier et voit au portemanteau une\nlongue pelisse de fourrure qu'elle n'a j a m a i s vu porter par son\npère ou par son frère.\n   Elle s'étonne, s'arrête et tâte de ses doigts fins le petit-gris\nsoyeux.\n   L a pelisse donne un air cossu au vieux portemanteau de fer\nforgé; elle jette dans le vestibule l'odeur étrange et amère de\nla bête.\n   Mais cette pelisse est hautaine et froide.\n   A côté d'elle pendent des pardessus légers, des casquettes et\ndes foulards de bas prix.\n   L a jeune fille parcourt le vestibule d'un regard triste       Les\nportes sont basses et étroites; au palier, un chiffon rouge,\ndéteint, garnit la fenêtre; le long des murs dont la peinture\nimite mal le marbre s'alignent des pots de terre cuite qu'un\npapier d'argent enroule et où végètent de chétifs dragomiers.\n   L a jeune fille a noué des rubans mauves à leurs feuilles\nmais tout cela est si pauvret, d'une ornementation si maladroite\nque la jeune fille soupire          en regardant la pelisse insolente\ndont un coin de l'épaisse fourrure gît sur les dalles fraîchement\nlavées.\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-004", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 480, "page_fin": 481, "titre_corps": "Poèmes en prose : Après le souper", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Anciaux", "ancre_debut": "Après le souper La joie tranquille d'être le soir après le souper dans", "ancre_fin": "d'être le soir, après le souper", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Dernière chanson Encore un peu de ses main", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 549, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1199, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "Après le souper\n  L a joie tranquille d'être le soir après le souper dans le\ndésordre silencieux de la salle à manger.\n   Distraitement, en fumant ma petite pipe garnie d'ambre\njaune, mes yeux vont sans fatigue sur les choses qui dorment et\nluisent sous l'abat-jour de verre blanc.\n   L e cendrier, une autre pipe — celle de mon père — qui est\n"}, {"page_pdf": 550, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 825, "texte": "                        POÈMES EN PROSE                        481\n\n\ncouchée auprès d'un livre et qui est encore tiède, les enveloppes\nouvertes et déchirées, l'encrier d'étain maculé, ma tasse où les\nmorceaux d'un sucre résistent aux dernières gouttes du café\nnoir, le vieux Vesperale romanun du vicaire, mon ami, les\nchaises déplacées, tout ce que je revois chaque soir dans un\npêle-mêle séduisant et traditionnel me m u r m u r e une chanson\nde bonne h u m e u r et d'apaisante simplicité.\n   Les bruits de la rue ne m'arrivent pas, car la rue est très loin\net le jardin me sépare d'elle.\n   Les bruits des passions grises et des désirs impétueux n'ont\npoint troublé mon front et la bonté de ma solitude m'étonne\ndoucement et me caresse un peu.\n   La joie tranquille d'être le soir, après le souper\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-005", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 481, "page_fin": 481, "titre_corps": "Poèmes en prose : Dernière chanson", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Anciaux", "ancre_debut": "Dernière chanson Encore un peu de ses main", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 550, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 825, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "Dernière chanson\n   Encore un peu de ses mains blanches plane sur le clavier\n muet.\n   Elle est partie depuis une heure et nous nous sommes séparés\ncomme si nous étions sûrs de nous revoir bientôt, car je l'ai vue\nà toute m i n u t e p e n d a n t ce long mois de douceur.\n   Et ses petits doigts blonds n'ont laissé sur les touches encore\ntièdes de son frisson qu'un peu de la poudre fine de leur chair.\n   Elle jouait le Frühlingrsrauschen de Sinding et la cascade\nfrêle des notes célestes m u r m u r e encore à mes oreilles.\n   La page de la musique est légèrement soulevée du dernier\ncoup qu'elle lui donna.\n   Et son mouchoir dont le parfum me la rappelle tout entière\nest resté sur la fenêtre.\n   Tous les miens ont quitté la maison comme s'ils avaient\ncompris mon chagrin et voulu me laisser seul avec l'ombre\nbrûlante de l'absente.\n   Et je voudrais poser mes mains sur toutes les chères choses\nqu'elle-même a touchées; je voudrais les écraser sur l'ivoire\njauni, les replier dévotement sur le petit mouchoir brodé et les\nglisser, désireuse?, exaspérées, partout, partout où elle a passé,\npour la retrouver et la reprendre.\n   Et la salle à manger où sa robe d'été venait jeter un rayon de\nsoleil, avec moi semble l'attendre,\n                                           CHARLES ANCIAUX,\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-006", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 482, "page_fin": 482, "titre_corps": "Résurrection", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Résurrection  Le marbre blanc veiné d'a", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 551, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 675, "texte": "Résurrection\n\nLe marbre blanc veiné d'azur d'un torse nu\nOù palpite la chair puissante d'un Ephèbe,\nAu Forum en décombres émerge de la glèbe,\nEt le soleil salue un chef-d'œuvre inconnu.\n\nLa tête fière et fine, et d'un galbe menu\nContraste avec ce corps d'athlète, dont la plèbe\nAdorait la vigueur dans Olympie ou Thèbe,\nEt se livre au baiser du jour si tard venu.\n\nOr, deux Hommes sont là, qui, témoins de la        fouille,\nAdmirent, contemplant la sublime   dépouille,\nRaphaël, la douceur exquise de ses yeux,\n\nMichel-Ange, son corps musclé, sa force altière,\nEt, pleins d'un rêve immense, ils regardent tous deux\nL'Adolescent divin monter dans la lumière.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-007", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 483, "page_fin": 483, "titre_corps": "Kundry", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Chardome", "ancre_debut": "Kundry  Farouche aventurière, ô", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 552, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 763, "texte": "Kundry\n\nFarouche aventurière, ô femme étrange, ô sœur.\nTour à tour délirante et soumise, ô symbole\nEt miroir où mon âme altière, aimante et folle\nVient mirer tour à tour sa fièvre et sa douceur.\n\nModule en moi l'accord frénétique ou berceur\nDe ton harmonieuse ou sauvage     parole;\nIllumine aux reflets de ta rouge auréole\nLe palais de cristal où vibre ma Douleur.\n\nKundryl...   Lui ressembler !... Pour sauver ceux qu'on   aime,\nOffrir éperdûment son corps joyeux et blême\nAux crocs ardents des loups, aux ronces des chemins;\n\nPuis, le front hâve, l'œil en feu, le cœur en fête,\nSe trainer à leurs pieds, comme une douce bête.\nEt mourir de tendresse, en leur baisant les mains.\n\n                                          E M I L E CHARDOME.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-008", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 484, "page_fin": 502, "titre_corps": "L'Art d'après Ernest Hello", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Legrand", "ancre_debut": "L'Art d'après Ernest Hello                     TOUTh o m m e qui veut se fa", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 553, "page_imprimee": 484, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "L'Art d'après Ernest Hello\n\n                   TOUTh o m m e qui veut se faire une opinion raisonnée des\n                      œuvres d'art que le passé nous a léguées ou que nos con-\n                      temporains nous offrent doit être en possession d'une\n                      théorie esthétique. Soit qu'elle résulte de ses observations\n                      et de ses réflexions personnelles, soit qu'il l'ait acceptée\n                      d'autrui et se la soit assimilée, une théorie esthétique\n                      inspirera nécessairement ses jugements, ses admirations,\n                      ses réserves, ses condamnations. T o u t e appréciation rai-\nsonnée d'une œuvre d'art implique une conception de la nature de l'art, de\nson rôle et de ses lois.\n   Si la nécessité d'une esthétique s'impose à quiconque se préoccupe d'art,\nelle se fait particulièrement sentir au critique qui fait profession d'étudier,\nd'analyser et de juger les œuvres d'art. Le qualificatif « impressionniste »,\nappliqué de nos jours à une école et à une méthode critique, ne doit pas\nnous tromper. Les « dogmatiques » ne sont pas seuls à avoir une esthétique;\nles impressionnistes ne sauraient se passer d'en avoir une. Seulement elle est\nmoins complète, moins liée, ou bien ils prennent soin de la dissimuler en pré-\nsentant comme l'expression de leur sentiment personnel ce que d'autres for-\nmulent comme la conséquence logique de règles objectives.\n   Quand Jules Lemaître apprécie Corneille, Lamartine ou Georges Ohnet, il\nen a des motifs, déduits de conceptions esthétiques générales, tout aussi bien\nque Brunetière a des raisons — plus réfléchies, plus coordonnées ou plus appa-\nrentes seulement, — de juger à sa manière Bossuet, Molière ou Balzac. Tous\ndeux ont une philosophie de l'art, mais chez l'un elle est moins fortement\ncharpentée, moins précise, plus flexible et ondoyante, elle ne transparaît que\npar instant sous la phrase infiniment souple et pleine de charme, tandis que,\nchez l'autre, elle constitue un ensemble doctrinal dont les principes et les\nattaches sont comme de parti pris mis en relief par la vigueur et la complexité\nde la langue.\n   Ernest Hello, qui avait à un haut degré l'esprit philosophique, en même\ntemps qu'il possédait très développées les facultés de l'artiste, a dû se faire sa\nphilosophie de l'art.\n   Son œuvre est un tryptique, dont un panneau est consacré à la Vie, le\ndeuxième à la Science, le troisième à l'Art.\n   L'art n'a pas été sa préoccupation exclusive, mais il a tenu une grande\nplace dans ses méditations. Ce serait cependant s'illusionner que de chercher\ndans les ouvrages de ce penseur un système d'esthétique rigoureusemeut lié et\n"}, {"page_pdf": 554, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "                        L'ART D'APRÈS ERNEST          HELLO                     485\n\nlogiquement exposé. Hello ne donne jamais à ses idées un développement\nméthodique. Sa pensée procède comme par éclairs. Il semble avoir médité\ntel ou tel sujet suivant qu'il venait s'offrir au seuil de son esprit. Sa philoso-\nphie de l'art est dans ses livres, disséminée, fragmentaire. Néanmoins ses idées\nsur l'art nous paraissent dignes d'être proposées à l'attention : elles sont sou-\nvent très vraies, très belles, très fécondes, parfois magnifiquement exprimées et\nmises en valeur. Nous voudrions essayer de les grouper, de les commenter, de\nles apprécier.\n   L'esthétique de Hello est principalement une esthétique littéraire. Ecrivain\net idéologue,— j'emploie ce mot dans un sens tout à fait favorable, est-il besoin\nde le dire, — Hello devait porter le meilleur de son attention sur l'art littéraire;\nles autres formes de l'art n'ont tenu qu'une place secondaire dans ses préoccu-\npations.\n   Examinons d'abord ce qu'il a pensé et dit de la critique et du style.\n\n\n\n                              I. — La Critique\n   Au début de son livre sur l'Art (1), Hello, critique d'art, nous dit ce qu'il\npense de la critique, quelle fonction il lui attribue, comment il la conçoit.\n   Hello commence par mettre en valeur l'importance et la dignité de la\ncritique.\n   Son importance et sa dignité apparaissent dans toute leur splendeur si l'on\nréfléchit à cette phrase écrite par Hello : « La critique est la conscience de\nl'Art. »\n   La critique, c'est donc l'intelligence et le jugement des œuvres d'art.\n   Sans la critique, l'artiste ne se connaît pas pleinement lui-même, il n'a pas\nune idée exacte de sa force, de sa faiblesse, de ses qualités, de ses défauts. Sans\nla critique, le public ne se rend compte ni de la valeur réelle des diverses\nœuvres et des diverses écoles, ni de leur genèse, de leur enchaînement, de leur\ninfluence. Sans la critique, l'artiste et le public risquent de s'égarer dans l'illu-\nsion de leur fantaisie.\n   La critique n'est donc pas cette hargneuse et rébarbative figure sous les\ntraits de laquelle le peintre Wiertz la représentait ou plutôt la caricaturait.\n   Mais, en fait, les critiques s'inspirent-ils toujours de cet idéal de la critique?\nHélas! non. Hello le constate et l'avoue.\n   « La critique telle qu'on la pratique habituellement, dit-il, est une bavarde\nlâche et complaisante, qui ne sait parler, ni ne le peut, ni ne l'ose. »\n   Si la critique ne remplit pas d'ordinaire sa mission, c'est, d'après Hello,\nque ses yeux sont aveuglés de préjugés ou que sa langue est paralysée de\npeur.\n   Trop souvent la critique est une myope qui ne voit que les détails d'une\nœuvre et les juge à l'aide de formulaires.\n\n  (1) L'Homme, livre troisième.\n"}, {"page_pdf": 555, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3409, "texte": "486                                DURENDAL\n\n\n\n    Cette critique médiocre n'a de sollicitude que pour son égale, la médiocrité\n artistique.\n    La critique, digne de ce nom, doit s'élever aux vues d'ensemble et discerner\n le génie dans la libre diversité de son expression.\n    Plus souvent encore la critique aperçoit confusément la vérité, mais n'ose\n pas la proclamer. Elle craint de rompre avec l'opinion, avec la tradition, avec\n le pouvoir, en se rangeant franchement du côté de la beauté méconnue, en\n condamnant ouvertement le laid triomphant.\n    Dans un article sur « les devoirs de la critique », que contient le recueil\n intitulé Le Siècle, Hello parle des progrès de la critique littéraire et de la\n critique historique au XIXe siècle. Un travail semblable s'est produit en toutes\ndeux. « Maintenant, dit-il, la critique littéraire, dans le livre, cherche l'idée,\net, dans l'écrivain, cherche l'homme. Dans l'homme elle étudie le milieu\nsocial qui l'a fait naître ou mourir, qui a encouragé ou combattu ses aptitudes.\n Par là, elle rejoint la critique historique et la critique philosophique. » Il\nmontre ensuite combien la critique du XIXe siècle est supérieure à la critique\ndu XVIIIe, incarnée en Voltaire « qui ne visait que les mots ». Ce progrès, Hello\nle salue et s'en réjouit. Mais il ne saurait s'en contenter, et l'on comprend de\nsuite pourquoi.\n    C'est que, dans l'état actuel, trop absorbé par son rôle d'historien, enor-\ngueilli de ce rôle, le critique oublie souvent sa fonction de juge, la dédaigne\net parfois la nie. Le critique raconte, explique, et ne juge plus. Beaucoup pré-\ntendent même qu'il ne doit que retracer, en déterminant ses causes, l'évolution\ndes formes et des écoles artistiques, sans prétendre à les juger. Le XIXe siècle\na vu se produire, en matière d'art, ainsi que de philosophie et de sciences\nmorales ou sociales, un mouvement intense vers les études historiques et com-\nparatives. On a entrepris de scruter de près la genèse des systèmes philoso-\nphiques, l'évolution des mœurs, la transformation des modes d'organisation\nsociale, gouvernementale, juridique. On a procédé de même dans le domaine\nde la critique artistique et notamment littéraire. Sainte-Beuve a mis en relief\nla psychologie des écrivains, Taine les rapports entre l'artiste et son milieu\nconstitué par les circonstances de pays, de race, de moment où il s'est formé\net a produit son oeuvre.\n   Certes, l'orientation historique et comparative était bonne en soi, digne\nd'encouragements, féconde en promesses, à condition de n'être pas exclusive.\nMais le trouble des esprits et le scepticisme soufflant en tempête ont fait qu'on\nen est venu fréquemment à tenir pour vaine toute entreprise qui ne fût pas\nuniquement historique ou comparative. Considérez les programmes d'en-\nseignement, la manière d'enseigner, la nature des publications, vous verrez\ncombien prédomine cette tendance. Chez les deux grands critiques dont nous\ncitions tout à l'heure les noms, elle trouvait encore certains contrepoids.\nSainte-Beuve sut joindre à une curiosité très vive d'histoire, de psychologie,\nvoire de physiologie, un jugement souvent éclairé et ferme de la valeur des\nœuvres. Taine qui, pendant la première partie de sa carrière, représenta ce\nque la méthode évolutionniste avait de plus absolu et de plus exclusif, nous\napparaît, dans sa Philosophie de l'art, dégagé de cette intransigeance et par-\n"}, {"page_pdf": 556, "page_imprimee": 487, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3468, "texte": "                      L'ART D'APRÈS ERNEST HELLO                                 487\n\ntisan d'une théorie normative de l'œuvre artistique dont il s'efforce de fixer les\nlignes maîtresses. A tous deux cependant, et surtout à Sainte-Beuve, il man-\nqua le secours d'une philosophie solide du monde, de l'homme et de la vie, sans\nlequel le critique ne peut jeter la sonde jusqu'au fond des œuvres étudiées.\n Un ouvrage de M. Michaut nous permet de suivre pas à pas les incessantes\nvariations philosophiques et religieuses de Sainte-Beuve, et nous édifie pleine-\nment sur la plasticité que ce grand critique présenta toujours aux influences\nles plus diverses. Quant à Taine, d'abord hégélien, spinoziste, déterministe\ndéclaré, il évolua dans la dernière phase de sa vie et de ses études vers une\nconception spiritualiste et chrétienne, sans cependant s'y fixer décidément.\n   Hello a vigoureusement protesté contre l'envahissement excessif du point\nde vue historique dans le domaine de l'art et contre la méconnaissance du\nrôle dogmatique qui incombe à la critique. Hello repoussait ainsi, sur le ter-\nrain de la critique artistique, la doctrine hégélienne qu'il avait d'ailleurs atta-\nquée de front sur le terrain philosophique.\n   Là où la philosophie traditionnelle voit une contradiction, Hegel et ses dis-\nciples voient un complément, une synthèse. Déduisez les conséquences de la\nphilosophie hégélienne au point de vue artistique et vous aboutirez néces-\nsairement à la ruine de toute critique dogmatique. Toute forme d'art trouvera\ndans son existence sa justification; aucune ne sera donc condamnable. Hello,\nlui, veut une critique qui sache joindre au sens historique la préoccupation\ndogmatique, c'est-à-dire une critique basée sur des principes, éclairée par la\nphilosophie traditionnelle.\n   Cette critique-là, franche et vigoureuse, dégagée des préjugés, il l'a tentée\ndans plusieurs études insérées dans son livre Les plateaux de la balance et il\ny a pleinement réussi. Qu'on lise les pages qu'il y consacre à Shakespeare, à\nGoethe, à Hoffmann, à Molière, à la tragédie et à la comédie anciennes et\nmodernes, et l'on prendra sur le vif la manière dont il entend la critique. Ses\njugements apparaîtront comme les déductions d'une esthétique générale, dans\nlaquelle les idées morales occupent une place prépondérante. C'est qu'en effet\nl'homme est, pour Hello, un être harmonieusement constitué et dont les\ndiverses facultés, loin de se contrarier, doivent se soutenir entre elles : le plaisir\nesthétique ne peut donc être recherché au détriment de la nature morale. Hello\nest, d'ailleurs, par-dessus tout, un moraliste : non seulement il ne consent\njamais à faire abstraction du point de vue moral dans l'appréciation des œuvres\nd'art, mais ce point de vue domine les autres à ses yeux.\n   S'inspirer d'une philosophie qui l'éclairé n'est pas le seul devoir de la\ncritique.\n   Elle doit aussi être animée d'un esprit de grande et chaude charité. Charité\nne signifie pas ici indulgence facile ou coupable, mais amour de la beauté vraie\net désir ardent de lui faire rendre justice.\n   Tous ceux qui ont écrit sur Hello ont dit combien il a souffert de voir sa\npensée ignorée ou méconnue. Cette souffrance, il l'a maintes fois exprimée\nou, pour mieux dire, il l'a criée. Y avait-il dans l'expression vibrante de\ncette souffrance quelque reste d'amour-propre, une certaine impuissance à se\nrésigner à l'obscurité? De bons juges ont répondu négativement. N'était-ce\n"}, {"page_pdf": 557, "page_imprimee": 488, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3068, "texte": " 488                                    DURENDAL\n\n\n\n donc alors qu'une sainte colère produite par le spectacle de l'injustice et de\n l'indifférence des hommes à l'égard du Vrai, du Beau et du Bien? Certes, c'était\n cela ; Hello a trop passionnément aimé la vérité et la beauté, pour ne pas être\n ébranlé par toute injure faite à la vérité et à la beauté ; on est unanime à le\n reconnaître. Mais il y avait autre chose encore au fond de cette indignation.\n Quoi donc? Le sentiment très vif de ce que cette indifférence et cette injustice\nétouffent d'inspirations heureuses, prêtes à éclore, dans l'âme du penseur et de\nl'artiste. Quand on a lu la Charité intellectuelle, Caïn qu as-tu fait de ton\n frère? et le chapitre de l'Homme sur la critique, la pensée de Hello apparaît\nlumineuse dans son intégralité. Combien la « charité intellectuelle » est indis-\npensable à l'artiste, voilà le thème fondamental de toutes ces pages.\n    Ainsi, le critique doit être l'interprète de l'artiste, comme l'artiste doit être\nl'interprète de la beauté. Le critique doit se donner comme l'artiste doit se\ndonner. Ni l'un ni l'autre n'ont le droit de se renfermer en eux-mêmes ou\nd'agir à leur fantaisie. Ils ont tous deux une fonction à remplir. L'artiste a\nune mission vis-à-vis du public : il est, à son égard, le révélateur du beau. Le\ncritique a une mission vis-à-vis du public et vis-à-vis de l'artiste : à lui de sou-\ntenir l'artiste digne de son nom et de son rôle, de faire connaître et apprécier\nses œuvres, de faire resplendir autour d'elles, si elles le méritent, l'auréole de\nla gloire.\n\n\n                                  11. — Le style\n   La doctrine de Hello sur le style, publiée d'abord séparément en 1861, fut\nensuite incorporée, mais considérablement réduite, dans le volume intitulé\nL'Homme, où elle forme le dernier chapitre du livre consacré à l'art.\n   Hello n'a pas pu lire la correspondance de Flaubert. S'il l'avait lue, cer-\ntaines phrases l'auraient fait bondir, car Flaubert est le type de l'artiste qui\npousse le culte de la forme jusqu'à devenir l'esclave des mots, jusqu'à sacrifier\nà l'arrangement de la phrase sa spontanéité, sa chaleur et sa vie, jusqu'à\nécrire : « Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur\nrien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la\nforce interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l'air,\nun livre qui n'aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait\npresque invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y\na le moins de matière (1). »\n   Cette idolâtrie de la forme professée par Flaubert va de pair avec sa doc-\ntrine de l'égoïsme artistique. Flaubert crie à tue-tête qu' « il ne faut chanter\nque pour chanter », qu' « il faut faire de l'art pour soi, pour soi seul » (2).\nL'artiste n'a donc pas de fonction à remplir envers ses semblables, si l'on\npense comme Flaubert. L'unique chose nécessaire est dès lors qu'il se com-\n\n\n (1) Correspondance de Flaubert, t. II, pp. 70,71.\n (2) Ibid., p p . 110, 286.\n"}, {"page_pdf": 558, "page_imprimee": 489, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3380, "texte": "                      L'ART D'APRÈS E R N E S T          HELLO                       489\n\nplaise dans l'expression de sujets quelconques. Hello, lui, insiste sur cette\ngrande vérité que l'artiste est responsable de l'usage qu'il fait des dons reçus ;\nil ne les a pas reçus pour sa propre satisfaction seulement, mais avant tout\npour en faire bénéficier ses semblables. Partant il doit avoir soin d'être com-\npris, il doit se préoccuper de l'impression que fera son œuvre, et la forme\nn'est que le revêtement du sujet traité.\n    Hello, rejetant l'idolâtrie de la forme, devait proclamer la simplicité comme\nloi du style. Car le culte exagéré de la forme mène à l'artificiel qui est le con-\ntraire de la simplicité. Il en est du style comme de la toilette; la recherche\ndans l'un et dans l'autre est un manque de simplicité; de la recherche on\npasse bientôt à l'affectation; de l'affectation à l'artificiel il n'y a qu'un pas.\nAussi Hello a-t-il raison de rapprocher Ovide de Cicéron; Cicéron achemine\nla littérature vers Ovide et cet acheminement est une décadence. Dans la\nlittérature moderne, Hello aurait pu trouver la répétition du même phéno-\nmène chez des artistes comme Mallarmé et Verlaine. Malgré les diversités et\nles mérites de leurs conceptions artistiques, ils se ressemblent par l'idolâtrie\nqu'ils professent pour la forme et par le caractère recherché et artificiel\n que cette idolâtrie même a imprimé à leurs œuvres.\n    Ils se sont tant éloignés de la simplicité, ils ont si bien raffiné que, seuls,\n quelques rares initiés les comprennent encore. Le livre de Tolstoï sur l'art (1)\n contient à l'égard de ces dilettantes de l'art des pages vengeresses du bon sens\n offensé. Le grand romancier russe démontre que la littérature, la peinture, la\n musique de tous les pays européens sont infectés de dilettantisme et certes\n Hello eût applaudi à ce réquisitoire de Tolstoï contre l'art décadent.\n    Divers étant les hommes, divers aussi sont les styles, car le style est\n l'expression de l'homme. Hello eût souscrit à la parole célèbre de Buffon :\n « Le style, c'est l'homme. » Il s'ensuit que le conseil d'imiter les grands écri-\n vains est ridicule, conclut-il. On peut « se les assimiler », mais non les imi-\n ter (2). Cette variété de styles qui correspond à une diversité de caractères\n ou de nationalités, Hello l'a surtout montrée chez les mystiques dont il a fait\n son étude de prédilection; il a écrit des pages superbes de coloris sur les con-\n trastes et les nuances que présentent les œuvres ascétiques suivant qu'elles ont\n vu le jour en Italie, en Espagne, sur la terre allemande ou dans les Pays-\n Bas (3). Après avoir esquissé une théorie du style, Hello en a ébauché l'histoire.\n    Il distingue d'abord la classe des écrivains-enfants dont Homère lui paraît\n être le type. Homère regarde et peint. Aussi demeure-t-il le maître en fait de\n description des choses extérieures.\n    A cette phase qualifiée par lui de primitive, Hello voit succéder une période\n intermédiaire entre l'enfance et la maturité, période d'adolescence littéraire et\n Virgile représente excellemment à ses yeux les écrivains de cette période.\n  Hello reconnaît en Virgile des qualités réelles : l'amour de la nature, la ten-\n\n\n  (1) TOLSTOÏ : Qu'est-ce que l'art?\n  (2) L'Homme, p. 398.\n  (3) Introduction aux Œuvres choisies de Jeanne Chézard de Matei. Paris, Palmé, 1870.\n"}, {"page_pdf": 559, "page_imprimee": 490, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3154, "texte": "490                                   DURENDAL\n\n\n dresse d'âme, la mélancolie, mais il lui reproche une certaine recherche du\n mot aimé pour lui-même.\n    La décadence marquée, Hello la signale chez Ovide.\n    Le style de l'homme dans sa maturité, c'est pour Hello le style de Tacite,\n style simple, fort et viril qu'il se plaît à opposer à la rhétorique de Cicéron\n qualifié dans l'Homme d' « Ovide de la prose ». Tacite est, dit Hello, le\n plus grand écrivain de l'antiquité classique, tandis que le plus grand nom de\nla littérature moderne est Bossuet : Bossuet trouve les grands effets de style\n sans les chercher (1).\n    Voulant montrer par un exemple remarquable la puissance énorme de la\nsimplicité, du naturel, en matière de style, Hello choisit La Fontaine :\n « Cherchons, dit-il, un homme qui n'ait jamais vécu dans le monde des idées,\nqui n'ait reçu la pensée ni de première ni de seconde main, qui ne l'ait\nabsolument pas reçue, qui ait ignoré la beauté, qui n'ait jamais levé la tête;\nqui ne soit pas poète, dans la grande acception du mot ; qui n'ait fait que\nraconter de très petites choses, déjà racontées par d'autres avant lui, en sorte\nque le petit mérite de l'invention ne lui appartient même pas, un homme\npourtant qui se fasse lire et qui ne permette pas de l'oublier. Cet homme\nexiste : il se nomme La Fontaine...\n    )) Cet homme, qui jamais n'a soupçonné rien de grand, et qui n'a pas même\ninventé les petites choses qu'il nous a dites, a ceci de particulier et de curieux\nqu'il n'a qu'un mérite, un seul, rien qu'un, et qu'il atteste étrangement la\npuissance de cette qualité unique par laquelle il vit, lui qui avait tant de rai-\nsons pour ne pas vivre.\n    » Cette puissance qui immortalise La Fontaine, c'est le style » (2).\n    Hello entreprend de dresser un réquisitoire à charge de La Fontaine. Il lui\nreproche l'absence complète de symbolisme; et je le comprends, le symbolisme\nétant pour Hello la perception du monde invisible à travers le monde visible,\net le bonhomme ne s'étant guère inquiété dans ses fables d'un autre monde\nque celui où Jeannot lapin broute le thym et le serpolet, et où sa majesté\nfourrée Raminagrobis rend ses arrêts ; il lui reproche d'avoir fait du renard,\nc'est-à-dire de la ruse, son idéal; il lui dénie la pensée, il lui dénie même le\nsentiment de la nature. Le livre de Taine sur La Fontaine lui paraît être un\nmodèle de critique superficielle et fausse. Il ne m'est pas possible de souscrire\nau jugement sévère que Hello a prononcé sur La Fontaine. En plusieurs points\nce jugement me semble porter à faux. La Fontaine n'est-il pas un des rares\nécrivains du XVIIe siècle qui ait regardé, aimé et peint la nature; et même au\nXIXe siècle en est-il beaucoup qui aient su, comme lui, en rendre le charme?\n D'autres ont plus abondamment décrit les bois, les prés, les ruisseaux, la soli-\ntude, qui n'en ont pas exprimé, aussi bien que lui, la beauté exquise et dis-\ncrète. Et puis, comment Hello a-t-il pu dire que La Fontaine soit dépourvu\nde pensée? J'admettrais plus volontiers avec Hello que la moralité de ses apo-\n\n\n  (1) L'Homme,     pp. 399 et suiv.\n  (2) L'homme,   p p . 408 et suiv.\n"}, {"page_pdf": 560, "page_imprimee": 491, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3348, "texte": "                        L'ART D'APRES ERNEST HELLO                              491\n\n\nlogues n'est généralement pas élevée. Mais quels que soient les lacunes et les\ndéfauts du jugement de Hello sur La Fontaine, il importait de le relever comme\nun exemple bien choisi de la puissance du style naturel, de la simplicité dans\nle style.\n     Hello a donné, dans un article isolé sur Victor Hugo, une application de sa\nthéorie du style que l'on peut mettre à coté de l'appréciation du style de La\n Fontaine comme une contre-épreuve. L'exemple de Hugo est l'un des meilleurs\nque l'on puisse trouver pour faire toucher du doigt l'emphase du style. Ce que\nLa Fontaine possède au suprême degré, le naturel, la simplicité, Hugo en est\nabsolument dépourvu. La magnificence d'invention verbale est la force de Hugo.\n Elle recouvre, trop fréquemment, hélas ! un fonds de pensée médiocre.\n     L'article de Hello est remarquable. Son début surtout est original : « Un\npeintre et un penseur voyageaient ensemble. Le peintre, serviteur fidèle et\néclairé, jetait de temps en temps un manteau de pourpre sur les épaules du\n penseur. Mais bientôt, dans son cœur, naquit et grandit le projet d'être seul,\n pour être le maître, et de dépouiller celui qu'il devait servir.\n     » A certain détour du chemin, ce peintre, enivré de lui-même, ébloui de sa\n palette, se jette traîtreusement sur le penseur, lui serre autour du cou le man-\n teau rouge dont il avait promis d'orner ses épaules, et l'étrangle au lieu de le\n faire resplendir. »\n     « Voilà l'histoire de Victor Hugo » (1).\n     Le style parfait, dans la théorie de Hello c'est, nous l'avons dit, le style qui\n s'oublie pour servir la pensée qui doit être exprimée. C'est l'expression franche,\n naturelle, vive, de la pensée et du sentiment associés et fondus.\n     Est-il, dès lors, étonnant que Hello ait fait ses délices, même au point de\n vue du style, de l'Écriture sainte et des mystiques?\n     L'Écriture sainte réunit, dans son style, au suprême degré, à la fois la\n  simplicité, le pittoresque et le symbolisme.\n      Ecoutez comment Hello célèbre l'union de ces qualités : « Les tableaux de\n  l'Ecriture sont ainsi faits qu'on les voit en les lisant, bien que jamais le texte\n  ne vise à les montrer. Jamais un détail n'est là qui y soit pour le tableau : tout\n  est pour le sens, pour la chose elle-même; mais le tableau se fait dans l'esprit\n  du lecteur, à cause de l'étonnante réalité des personnes et des choses. Le fait\n  est si vrai qu'il se montre sans penser à se faire voir. On dirait que sa mysté-\n  rieuse et symbolique signification ajoute quelque chose, même à la réalité lit-\n  térale. Les personnages sont d'autant plus vivants qu'ils figurent des réalités\n  plus hautes. Leur stature paraît énorme, et les paroles qui sortent de leur\n  bouche sont des paroles familières. Mais cette familiarité semble venir de la\n  communion universelle des choses. Les hommes sont familiers; mais la réu-\n   nion des mondes semble constituer leur famille. « Une étoile se lèvera », dit\n   Balaam; et nous sentons que les siècles prêtent l'oreille, et que la création se\n   dresse pour attendre : l'Etoile de la mer se lèvera en Judée, et les générations\n   l'appelleront bienheureuse (2). »\n\n  (1) Le Siècle, Paris, Didier, 1896, p p . 363, 364.\n  (2) Paroles de Dieu, Palmé, 1877, p p . 226, 227.\n"}, {"page_pdf": 561, "page_imprimee": 492, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3042, "texte": " 492                                       DURENDAL\n\n\n\n    Je veux bien admettre qu'en parlant de l'Écriture sainte, Hello ait parfois\n  versé dans la subtilité. Mais, en dépit de quelques petites ombres, quelle\n intelligence lumineuse de la beauté souveraine de nos saints livres et quelle\n splendeur d'expression quand cette beauté se réfléchit dans son style.\n    De même que l'Écriture sainte, les mystiques sont en même temps sublimes\n et simples. Ils sont sublimes, car ils ont de Dieu, de l'éternité et de la vie une\n vision qui dépasse ce que la raison humaine, laissée à ses propres forces, est\n capable d'atteindre. Ils sont simples en ce sens qu'ils sont absolument déta-\n chés d'eux-mêmes, qu'ils ne songent nullement à provoquer l'admiration ou\n la sympathie et que, partant, leur style est exempt de recherche. Ils écrivent\n ce qu'ils voient et ce qu'ils éprouvent parce qu'ils sont convaincus que Dieu le\n veut. Comme Angèle de Foligno, ils cèdent à la voix impérieuse qui leur\n enjoint de parler et, comme elle, quand celui qui écoute leur dictée relit les\n pages écrites, ils disent : « C'est singulier! c'est étonnant! Qu'avez-vous donc\nécrit? Je ne reconnais pas cela! » (1). C'est que la langue humaine est impuis-\nsante à rendre, telle qu'ils l'ont entrevue ou pressentie, la magnificence des\nchoses divines. Et pourtant, quelle langue que leur langue!\n    Tout le monde connaît les hymnes d'amour de sainte Thérèse. Le livre\ndes visions et instructions de la bienheureuse Angèle de Foligno, les œuvres\nde Rusbroeck et de Jeanne de Mabel, traduits par Hello, contiennent, eux\naussi, d'admirables pages.\n    N'allons pas croire cependant que Hello n'ait goûté que les contemplatifs.\nCeux qui seraient tentés de verser dans cette erreur se détromperont bientôt,\ns'ils lisent attentivement les Physionomies de saints. Dans cette galerie, les\nmoralistes pratiques voisinent avec les contemplatifs. Saint Denis l'Aréopa-\ngyte, saint Augustin, saint Bernard, saint Jean Chrysostome, saint François\nde Sales sont tour à tour étudiés et commentés par Hello avec un ardent\namour et une profonde intelligence. Hello se complaît, par exemple, à nous\nmontrer l'éloquence de saint Jean Chrysostome, descendant dans les détails\nles plus menus de la vie de ses contemporains. Je ne nierai pas toutefois\nque Hello ait eu une prédilection pour les écrivains contemplatifs et mys-\ntiques. Mais son admiration était assez compréhensive pour embrasser toute\nla gamme des beautés que présente la littérature chrétienne.\n\n\n\n                       111. — L'ordre, loi de l'art\n   L'ordre, la proportion, l'harmonie est une foi fondamentale de l'œuvre\nd'art. Hello, en le rappelant, n'a fait que proclamer à nouveau une vérité\nélémentaire et banale.\n   Mais où se révèle son originalité, c'est dans la manière dont il a mis en\nrelief et dans les exemples dont il a illustré cette vérité.\n\n (1) Le livre des visions et instructions de la bienheureuse Angèle de Foligno, traduit par Ernest\nHello. Société de Saint-Augustin, 1895, Prologue, p. 22.\n"}, {"page_pdf": 562, "page_imprimee": 493, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3322, "texte": "                        L'ART D'APRÈS E R N E S T           HELLO              493\n\n    Il a imaginé d'indiquer ce qu'est l'ordre dans le domaine de l'art, en défi-\n nissant la convention qui est la contrefaçon de l'ordre et la fantaisie qui en est\n la contradiction.\n    L'ordre résulte de la nature des choses.\n    La convention, elle, est arbitraire, elle ne sort pas de la nature, mais d'un\narrangement superficiel, elle est affaire de mode, de procédé mécanique.\n    Hello a trouvé dans le vers un commentaire de ces vérités générales.\n    « Le vers, dit-il, cette splendeur singulière, née de la parole et de la musique\ncombinées, nous fournit, de la loi et de la règle, une application magni-\n fique et, par conséquent, mystérieuse.\n    » La parole a besoin d'harmonie: elle veut faire invasion dans le domaine de\nla musique, sans se confondre avec elle. L'Art a eu la complaisance de faire\ncadeau du vers à notre humanité. Etudions un instant le vers dans sa loi, et le\nvers dans la règle qu'on lui a imposée (1). »\n    Hello prodigue des splendeurs d'expressions rares pour célébrer le rythme\ndu vers, la poésie magnifique dans sa soumission à la loi de sa nature.\n   Il a donné un exemple de ce qu'est la loi et de sa fécondité. I1 va donner un\nexemple de ce qu'est la convention et de sa stérilité. Cet exemple il le trouve\ndans les défauts du classicisme. Hello, certes, a dû admirer comme tout\nautre les beautés des grands classiques du XVIIe siècle. Mais ces beautés\nne permettent pas d'oublier que le classicisme a eu ses petits côtés, ses\ntravers : la règle des trois unités, le culte du mot noble, le dédain du mot bas\nou roturier, les recettes pour faire du lyrisme sérieusement données par Boi-\nleau. C'est contre ces travers que Hello s'indigne. La règle conventionnelle\napparaît là, à ses yeux, destructive de toute vraie vie artistique.\n   Cependant la répudiation des règles conventionnelles n'autorise pas la libre\nexpansion de la fantaisie.\n   La fantaisie n'a rien de commun avec l'ordre. Les romantiques, faute de\nl'avoir compris, ont créé un art maladif.\n   « On a joué, écrit Hello, il y a trente ans, une comédie assez étrange.\n   » Quelques insurgés ont pris à partie les règles et les conventions littéraires;\nayant l'énergie de les haïr, sans avoir la force de les dominer, ils ont conçu\ncontre elles une fureur qui leur a paru sainte, fureur véritable qui se tra-\nduisait par des injures. Ces jeunes gens, dont le plus connu était M. Victor\nHugo, ont joué très gravement, très doctoralement, un jeu qui consistait à\nprendre une à une les habitudes de leurs prédécesseurs et à les contrecarrer.\nAvait-on dit blanc, ils disaient noir. Pas un d'entre eux ne s'est aperçu qu'ils\nsubissaient à rebours les contraintes dont ils prétendaient se délivrer; car\nl'obligation de violer toujours une règle équivaut à celle de s'y soumettre tou-\njours, et constitue une autre règle, qui n'est que le contre-pied de la précé-\ndente, et qui a beaucoup de chance d'être plus gênante qu'elle. »\n   Plus loin Hello ajoute, résumant sa pensée dans une de ces formules lapi-\ndaires qui abondent dans ses ouvrages et fixent si bien l'idée dans l'esprit :\n« Les nouveaux législateurs (ils ont mérité ce nom) ont remplacé la conven-\n\n (1) L'Homme. Paris, Perrin, chap. : la convention, la fantaisie et l'ordre.\n"}, {"page_pdf": 563, "page_imprimee": 494, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3058, "texte": "494                                     DURENDAL\n\n\n\ntion par la fantaisie, c'est-à-dire par elle-même; car la convention est la fan-\ntaisie de plusieurs hommes. La fantaisie est la convention qu'un homme fait\navec lui-même. »\n    Sans doute, de tout temps et dans toute école, il y a eu des artistes qui ont\nmis leur fantaisie au-dessus des lois ; mais les romantiques ont ceci de parti-\nculier — et c'est ce que Hello a voulu souligner — qu'ils ont fait de la fan-\ntaisie leur devise, par protestation contre le caractère rationnel de l'art clas-\nsique. Ils ont visé à l'anormal, à l'exceptionnel, à l'étrange, au grotesque.\n    Nous trouvons dans un article que Hello a publié sur Alfred de Musset\nl'illustration frappante de ses idées sur la fantaisie (1).\n    Musset, on le sait, incarne la fantaisie, non seulement dans son œuvre,\nmais aussi dans sa vie. C'est le type de l'artiste qui s'abandonne tout entier,\ncorps et âme, aux souffles divers des passions du moment.\n    Hello, dans cet article, n'hésite pas à dire sa profonde admiration pour les\ndons que la Providence avait départis royalement au grand poète romantique.\nIl admire le lyrisme profond, au jaillissement si plein, si sonore, du poète des\n« Nuits ». Puis il le plaint de n'avoir été que ce qu'il fut, alors qu'il aurait pu\ns'élever si haut. « Nul, écrit-il, ne fut doué comme lui au point de vue du\nchant.\n    » Quel oiseau ! quel rossignol !\n    » Ce n'était pas l'aigle! La cime du Mont-Blanc n'eût jamais été sa\ndemeure.\n    » Mais il eût été l'enchanteur de la nuit.\n    » Il n'était pas l'homme du grand jour. Sa voix, comme celle du rossignol,\neût été l'enivrement des soirées et des nuits. »\n    Et, plus loin, revenant sur la même idée, il continue :\n    « Pauvre Alfred de Musset! Le stérile plaisir de le discuter ne me tente\n pas. J'aime mieux le contempler dans la lumière des nuits transparentes,\nparées, illuminées, enchantées par sa voix! Comme il était brillant! Comme\nil eût été puissant ! La création ne lui apparaît jamais en plein midi, dans\nl'éclat du soleil. Elle lui apparaît sous la lueur douce et tremblante des\nétoiles; lueur embaumée des brises du soir. Dans ses heures les plus sereines,\nles plus recueillies, les plus fidèles, il respire le parfum de la nuit, il en res-\npecte, il en célèbre la pureté. J'aurais voulu voir ses regrets changés en désirs,\nrencontrer enfin, à travers les voiles glorieux du mystère, le Dieu caché dont\nles étoiles et les rossignols célèbrent la gloire et la douceur.\n    » J'aurais voulu l'entendre chanter la nuit du 25 décembre! »\n    Hello ne dit pas que Musset aurait été grand poète s'il avait éteint la flamme\nqui brûlait en lui. Il dit que cette flamme devait brûler droite vers le ciel,\ntandis qu'elle s'agite, tordue par mille vents impurs, dans la poussière ter-\nrestre. Musset, de même que tout artiste, a aimé; de même que tout artiste,\n il avait le devoir d'aimer dans l'ordre.\n    Nous sommes parfois troublés de ce fait que tant d'artistes ont sacrifié à la\n\n\n  (1) Le Siècle. Paris, Perrin. Alfred de Musset.\n"}, {"page_pdf": 564, "page_imprimee": 495, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "                        L'ART D'APRÈS E R N E S T HELLO                         495\n\n\n vie désordonnée des sens, et nous avons la tentation de nous demander si ces\n désordres ne sont pas la condition même de leur génie. Penser ainsi serait une\n grande et funeste erreur. Hello, sans la réfuter directement, nous met en garde\n contre elle par ce qu'il nous dit de l'union nécessaire de l'amour et de l'ordre.\n  La vérité est que l'artiste ne pouvant réaliser son œuvre que par des moyens\n sensibles est doué d'un tempérament particulièrement apte à jouir des choses\n sensibles et, partant, plus qu'un autre exposé à en abuser s'il ne se surveille pas.\n Mais ce n'est pas une raison pour conseiller à l'artiste de jeter de la cendre sur\n le feu sacré que Dieu a allumé en lui. S'il a un cœur chaud, des sens qui\n vibrent aisément et profondément, c'est le Créateur qui les lui a donnés et ce\n serait un blasphème que de déclarer ces dons fatalement néfastes.\n    Hello, qui eut l'esprit large, ne fut jamais victime de ces mesquins\n scrupules.\n    D'aucuns pourraient croire que, poser l'ordre comme condition suprême de\n l'art, c'est le condamner à la froideur, c'est éteindre l'ardeur et l'amour dans\n l'âme de l'artiste.\n    Hello a pris soin de nous prémunir contre cette erreur. Il a dit et\n redit en maint endroit de ses livres que l'amour vrai et l'ordre vrai s'impli-\n quent, loin de s'exclure, que pour aimer vraiment, il faut aimer dans l'ordre :\n « Parmi les hommes vulgaires, écrit-il, les uns croient que la poésie est un\n exercice dont on vient à bout au moyen d'une formule; les autres la prennent\n pour une folle qui a le désordre même pour condition, qui estdéréglée dans son\n essence.\n    Or, voici la vérité :\n    La poésie et la musique, qui vivent d'amour, ont leurs racines dans les\n mathématiques, inflexibles et absolument exactes : comme si l'amour et l'ordre,\n qui quelquefois nous semblent ennemis, mettaient je ne sais quelle affectation\nà se proclamer unis dans ces hautes manifestations d'eux-mêmes (1).\n    Hello qui a médité sa vie durant l'Écriture sainte, cette inépuisable source\nde poésie vraie, y a trouvé l'union parfaitement réalisée, de l'ordre et de l'amour.\nDans le livre intitulé Paroles de Dieu, il y a un chapitre sur le « Symbolisme\ndans l'Écriture ». Nous y lisons ceci :\n    « Dans l'Ecriture en général, dans le livre d'Esther, dans le cantique des\ncantiques en particulier, deux caractères me frappent, deux caractères que\nl'on ne s'attend pas à rencontrer ensemble : l'austérité et l'enivrement. Le\nmystère de la création, la chute de l'homme, l'horreur du péché, l'horreur de\nla mort, la caducité des choses, la vanité de ce qui est humain, la splendeur\nde la lumière voisine de la naissance, les souvenirs du Paradis, les terreurs de\nl'exil, les larmes et la sérénité, la majesté du voisinage de Jéhovah, la sainteté\nde son nom terrible, les crimes et les souillures à travers lesquels passe la\nparole sacrée sans rien perdre de sa pureté inviolable, comme la lumière passe\nà travers les ruisseaux sans ternir ses rayons, toutes les fanges et toutes les\nhontes, tous les repentirs, toutes les impénitences, toutes les duretés de la\n\n\n (1) L'homme : La convention, la fantaisie et l'ordre,\n"}, {"page_pdf": 565, "page_imprimee": 496, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3253, "texte": "496                                    DURENDAL\n\n\n\nterre, toute la pourriture du tombeau à chaque instant montrée aux puissants\net aux rois, toutes les chutes des trônes, tous les défis lancés à la créature vani-\nteuse et impuissante, tout cela se mêle aux destinées du peuple de Dieu, et\nnous voyons resplendir ensemble, à travers les sourires et les larmes, parmi les\nlamentations de Jérémie, les pleurs de David et les sanglots de Madeleine,\nnous voyons resplendir et monter au ciel, dans le pêle-mêle du champ de\nbataille, l'éclat et les parfums de cet Orient sacré.\n     » Et jamais le texte ne perd son calme terrible. Il est simple, grave, brûlant\net solennel comme un souvenir de la Patrie (1). »\n    Après l'Écriture sainte, la littérature chrétienne lui offrait à profusion\ndes exemples où se vérifiait la même loi. On a plusieurs fois fait voir, dans les\neffusions d'amour divin que nous ont laissées nos grands mystiques, la ferveur\nla plus passionnée unie à la plus exquise pureté, la tendresse de l'âme et la\nmortification des sens allant de pair, croissant ensemble et se soutenant l'une\nl'autre, bien loin de se nuire. Ce n'a pas été un des moindres mérites de Hello\nque d'avoir traduit et publié Angèle de Foligno, Rusbroeck l'admirable,\nJeanne de Matel. Dans les œuvres de ces trois mystiques, il nous a fait\nsentir, comme dans l'Ecriture sainte, la flamme de l'amour ardent et spi-\nritualisé.\n     Hello aurait pu encore nous montrer dans la poésie franciscaine, pieuse-\nment étudiée aujourd'hui par une pléiade d'écrivains, la magnifique réali-\nsation d'une poésie vivant d'amour et d'ordre à la fois. Qui a plus ardemment\naimé que saint François d'Assise et ses disciples, saint Bonaventure, Jacopone\nde Todi? Qui a plus rigoureusement porté le joug de la loi chrétienne et même\ndes conseils évangéliques? Car il faut le remarquer, pour éviter toute erreur,\nles poètes franciscains ont sans doute chanté Dieu, le Ciel, les joies suprêmes\n de l'âme, les beautés de la nature animée et inanimée, mais ils ont volontai-\n rement renoncé à chanter l'amour humain, fût-il légitime; or, ce renonce-\n ment n'est pas imposé au poète ni au peintre, car tout sentiment qui est dans\n l'ordre chrétien a le droit d'être exalté par l'artiste.\n     Ce qu'il faut condamner sans réserve, c'est le sentiment désordonné et son\n expression déréglée : c'est aussi ce que Hello a prétendu condamner.\n     Hello est revenu avec insistance, en différents endroits de ses ouvrages, sur\n cette alliance de l'ordre et de l'amour dans l'œuvre d'art. Il a gémi de voir cette\n alliance rompue, de voir même l'ordre et l'amour méconnus à la fois par tant\n d'artistes modernes. Dans son livre : Philosophie et athéisme, il écrit : « L'art\n affirme à la fois la raison et l'amour; sa grandeur nous est parfaitement incon-\n nue; nous en avons fait je ne sais quel misérable et mauvais passe-temps (2). »\n  Il est intéressant de rapprocher cette dernière phrase des anathèmes lancés par\n Tolstoï dans son livre : Qu'est-ce que l'Art? : « Pour donner une définition\n exacte de l'art, il est donc nécessaire, avant tout, de ne pas le considérer\n\n\n\n  (1) Paroles de Dieu : Le symbolisme dans l'Écriture.\n  (2) Philosophie et athéisme. Paris, Poussielgue, 1888, p. 279.\n"}, {"page_pdf": 566, "page_imprimee": 497, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2864, "texte": "                          L'ART D'APRÈS ERNEST          HELLO                      497\n\ncomme un moyen de plaisir, mais comme une des conditions de la vie (i). »\nEt plus loin : « L'absence de foi chez les classes dirigeantes de l'Europe a eu\npour résultat de remplacer l'activité artistique transmettant les sentiments les\nplus élevés de source religieuse, par celle qui procure la plus grande somme\nde jouissance à une catégorie limitée d'hommes. De tout le domaine immense\nde l'art, on n'a gardé que la partie qui a pour but de donner le plaisir (2). »\nDivergents sur d'autres points, Hello et Tolstoï se rencontrent donc pour\nréprouver l'art païen moderne aussi bien que pour exalter l'art chrétien pri-\nmitif. Et la décadence est attribuée par tous deux à cette même cause: l'amoin-\ndrissement de la foi et de l'amour vrai qui naît de la foi.\n   L'ordre, non la convention, ni la fantaisie, telle est donc la loi suprême de\nl'art. L'ordre, non l'ordre compassé, rigide, étroit, mais ample, mouvant,\nvivant, ardent, l'ordre dans l'amour.\n\n\n\n                          IV. — L'idéal dans l'art\n    Dans un chapitre de son livre L'Homme, intitulé « Les tendances actuelle\nde l'art », Hello nous enseigne quel esprit doit, selon lui, animer l'artiste.\n    Il écrit : « L'art est une ascension. Sa loi est de monter. Poussé par sa nature\nvers le type éternel des choses, il tend du côté de l'idéal. Son œil pénètre dans\nles choses pour scruter ce qu'il y a d'essentiel en elles. Il cherche par où elles\ntiennent à la vérité, et c'est par là qu'il les regarde. » Et plus loin : « Peut-être\nces choses nous imposent-elles un devoir nouveau, une obligation rajeunie de\nproclamer la nature de l'art, qui était, qui est et qui sera une ascen-\n sion (3). »\n    L'art doit être une ascension, voilà la pensée que tout artiste doit avoir pré-\n sente dans son travail.\n    L'art doit monter et élever les âmes avec lui. « Pour monter, pour élever, il\n doit tendre à l'idéal », écrit Hello.\n    Comment Hello entend-il « l'idéal »? On parle si souvent de l'idéal sans\n prendre soin d'attribuer à ce mot une signification précise. L'idéal, c'est, dans\n la langue de Hello, « le type éternel des choses » (4). Qu'est-ce à dire, sinon que\n l'idéal est la perfection de l'être, qu'un être approche d'autant plus de l'idéal\n qu'il est davantage ce qu'il doit être?\n     Hello développe cette pensée lorsque, dans Philosophie et athéisme, il traite\n de l'art grec, de ses mérites et de ses lacunes.\n     « La Grèce, écrit-il, regardait la création, telle qu'elle nous apparaît, comme\n l'expression suprême de la beauté; aussi, ne désirait-elle rien au delà ; dès lors,\n\n\n  (1) Comte LÉON TOLSTOÏ : Qu'est-ce que l'Art? traduit par Halpérine Kaminsky, 4e édition.\n Paris, Ollendorff, 1898, p. 84.\n  (2) Ibid.,   p . 128.\n  (3) L'Homme : Les tendances actuelles de l'art.\n  (4) Ibid.\n"}, {"page_pdf": 567, "page_imprimee": 498, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3195, "texte": "498                                    DURENDAL\n\n\n\nl'aspiration était un non-sens. Dans leurs Champs-Elysées, les héros regrettent\ncette terre, cette vie, cette lumière. Les héros sont des ombres ; la lumière pour\neux est en ce monde-ci; l'ombre est là-haut ou plutôt là-bas : voilà le fonde-\nment de leur société, de leur art, de leur poésie       Or, l'esprit humain a été\ndirectement retourné. L'humanité moderne sait que le monde visible (ombre\net figure, figura mundi) est taillé sur le modèle du monde invisible, suprême et\nidéale réalité.\n   » Ainsi, l'art moderne, logique comme l'ancien, ne voyant plus dans la\nnature « qu'un miroir et qu'une énigme » (per spéculum et in enigmate), la\nperce à jour pour découvrir à travers elle ce qu'elle cache. De là, le type idéal\nmanifesté par la forme matérielle; de là la poursuite et le désir. »\n   Il continue, prévenant un malentendu : « Voilà la pensée grecque et la\npensée moderne. Je ne veux pas dire : voilà la pensée chrétienne et la pensée\npaïenne.\n   » Sous l'action du christianisme, le monde a changé de souverain; mais,\nne l'oublions pas, jamais l'homme n'a vécu totalement privé de raison et de\nlumière. Le paganisme n'a été qu'un accident; au fond du païen vivait\nl'homme, et la lumière naturelle n'a jamais été absente de la création. L'écho\ndes traditions premières a été altéré, mais non pas étouffé (1). »\n   En citant ce passage, je n'ai pas l'intention d'apprécier ce que Hello dit de\nl'art grec. Ce que je veux, c'est mettre en lumière la conception que Hello s'est\nfaite de l'idéal artistique.\n   Ici encore je pourrais rapprocher Hello de Tolstoï. Après avoir réprouvé\nl'art païen moderne qui ne vise que le plaisir, après avoir indiqué dans la\nRenaissance du XVIe siècle la date originelle de cette erreur artistique, Tolstoï\ns'élève à des considérations dont l'analogie est frappante avec celles que nous\nvenons de rencontrer chez Hello : a La conscience chrétienne, dit-il, a donné\nune nouvelle direction à tous les sentiments des hommes et, par suite, a modi\nfié complètement la signification de l'art. Les Grecs ont pu profiter de l'art des\nPerses, les Romains de celui des Grecs, les Juifs de celui des Egyptiens : leur\nidéal principal était le même : c'était la grandeur et le bonheur des Perses, des\nGrecs et des Romains, le même art était transporté dans un autre milieu et s'y\nadaptait.\n   » Mais l'art chrétien a transformé, a révolutionné tout, au point que,\ncomme le dit l'Evangile : « Ce qui était grand devant les hommes est devenu\n\" vil devant Dieu. \" L'idéal, ce n'était plus la grandeur du Pharaon ou de\nl'empereur romain, ce n'était plus la beauté du Grec ou la richesse de la Phé-\nnicie, c'étaient : l'humilité, la chasteté, l'amour.\n   » Le héros, ce n'était plus le riche, mais le pauvre Lazare, c'était Marie\nl'Egyptienne, non pas au temps de sa beauté, mais de son repentir; ce n'étaient\npas les acquéreurs de richesses, mais ceux qui les distribuaient; non pas les\nhôtes des palais, mais ceux des catacombes et des masures. Le produit d'art\nsupérieur n'était plus le temple de la victoire où se dressaient les statues des\n\n\n (1) Philosophie et athéisme, Paris, 1888, Poussielgue, pp. 283 et suiv,\n"}, {"page_pdf": 568, "page_imprimee": 499, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3063, "texte": "                       L'ART D'APRÈS E R N E S T     HELLO                     499\n\nvainqueurs, mais l'expression de l'âme humaine, régénérée par l'amour, au\npoint que l'homme martyrisé a eu pitié de ses bourreaux et leur a par-\ndonné.\n   » C'est pourquoi les hommes du monde chrétien continuent, par inertie, à\nadmirer l'art païen. L'idéal de l'art chrétien est si nouveau pour eux, si diffé-\nrent de l'ancien, qu'il leur semble la négation même de Tart, et ils tiennent\nplus que jamais à l'ancien art. Celui-ci n'a cependant plus sa source dans notre\nconscience religieuse, et a perdu, par suite, sa raison d'être; bon gré mal gré,\nnous devons le rejeter (1). »\n   Ainsi le grand romancier russe fait écho au penseur français; de l'empire\nrusse à la terre bretonne, leurs anathèmes contre la Renaissance de l'art païen\nse répondent.\n   Aussi tous deux — mais Hello surtout — me rappellent ce fameux tableau\noù Zurbaran a représenté saint Thomas d'Aquin rendant visite à saint Bona-\nventure. Celui-ci écarte un rideau derrière lequel apparaît, au milieu des in-\nfolio, un grand crucifix, indiquant ainsi la source où s'alimente la sublimité\nde sa doctrine.\n   C'est dans la religion de ce même Christ que Hello et Tolstoï invitent les\nartistes à chercher leurs inspirations.\n   Ce qui éclaire encore la pensée de Hello, c'est le développement qu'il en\ndonne au cours d'un article principalement dirigé contre le réalisme. « Il\nappartenait au temps actuel, écrit-il, de voir naître dans la littérature et dans\nla peinture une école, ou plutôt une habitude, qui reproduisît la laideur de cer-\ntaines réalités avec l'intention précise de la reproduire (2). »\n   Hello, en condamnant le réalisme, tel qu'il se montrait autour de lui, dans\nla littérature et dans la peinture, n'a certes pas eu la pensée d'inviter Tart à\ntourner le dos à la réalité pour se lancer dans l'irréel. Loin de lui cette pensée,\npuisque toute son œuvre proteste contre la fantaisie dans l'art. Si le réalisme\ndu XIXe siècle est la négation de l'art, c'est — Hello nous le dit dans les der-\nniers mots que nous venons de lire — parce qu'il dénie à l'art la mission d'éle-\nver l'homme. L'art doit dégager de la vie l'idéal qui soutiendra et dirigera\nl'homme : telle est la pensée de Hello. Il l'exprime dans son chapitre sur les\nassociations d'idées. « Pendant que la vie égarée et haletante est encore en travail\nde la beauté qu'elle poursuit habituellement sans l'atteindre, l'art, pour la\nguider et la soutenir, dégage d'elle l'élément de splendeur qu'elle contient, lui\nmontre son avenir et son idéal (3). » Cet idéal, c'est l'harmonie des actes\nhumains avec la fin de l'homme, harmonie morale que le réalisme nie ou\nsupprime en fait, puisqu'il se propose et prétend avoir le droit de représenter\ntelle quelle la réalité quelconque offerte aux yeux de l'artiste.\n   Voilà pourquoi le réalisme est la négation de l'art en littérature et en pein-\nture.\n\n\n  (1) Qu'est-ce que l'art? pp. 257 et suiv.\n  (2) L'Homme : Les tendances actuelles de l'art.\n  (3) L'Homme : Les associations d'idées,\n"}, {"page_pdf": 569, "page_imprimee": 500, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3105, "texte": "500                                 DURENDAL\n\n\n\n    Le réalisme littéraire contemporain a trouvé sa forme favorite dans le\nroman.\n   Il était donc naturel que Hello donnât une attention particulière au roman\nmoderne. Le roman, écrit Hello, existait depuis longtemps, mais non pas tel\nqu'il existe aujourd'hui... Le roman, dans l'antiquité n'était qu'un jeu d'imagi-\nnation. Loin de se donner comme la représentation de la vie réelle, il en fuyait\nl'image. Il visait aux aventures bizarres, merveilleuses, invraisemblables... »\n« Dans le XIXe siècle, le roman ouvre une route directement contraire : il veut\npeindre la vie commune (1). »\n   La vie commune, notons-le bien, cela ne veut pas dire sous la plume\nde Hello la vie de modeste apparence, dépourvue d'éclat extérieur, absorbée\nen d'humbles occupations; cette vie-là peut être grande, noble, sublime; la\npensée qui l'anime peut la grandir, l'ennoblir, la sublimer. Nul mieux\nque Hello ne l'a su et ne l'a dit. Nul, plus profondément que lui, n'a compris\nla dignité de la vie chrétienne cachée, obscure, jugée vulgaire par le monde\nparce que la trame des actes qui la composent n'a rien d'extérieurement remar-\nquable. C'est parce qu'il l'a profondément comprise, qu'il a aimé Rusbroeck\net sa mystique pratique et active. C'est pour la même raison qu'il a écrit cette\nbelle prière où il demande au « petit enfant de Nazareth » de lui faire aimer\n« les petites choses » (2). Si donc le roman réaliste s'était donné pour tâche de\nreprésenter cette vie-là, si c'était cela qu'il avait entendu par la vie commune,\nHello aurait eu pour la célébrer des pages colorées d'enthousiasme. Mais,\nhélas! non, la vie commune n'est pas l'humble vie chrétienne pour les roman-\n ciers réalistes français du XIXe siècle.\n    La vie commune qu'ils prétendent peindre, c'est la vie bornée aux désirs,\naux regrets, aux ambitions, aux jouissances de la chair et de la terre, la vie\nprivée de l'horizon d'infini que la religion déploie autour d'elle, vidée de cette\nsève de surnaturel que le christianisme fait circuler en elle. Voilà la vie que\nBalzac, Flaubert, les Goncourt, Maupassant, Zola ont, sous des angles\ndivers, avec plus ou moins d'élévation d'idées et de largeur de vues, dépeinte\nà nos contemporains. Ainsi comprise la littérature ne mérite plus le grand\n nom d'Art. Elle en est, pour reprendre le jugement sévère mais fondé prononcé\n par Hello, la négation.\n    S'il en est ainsi, si le roman contemporain a trop souvent pour thème la\n vie commune, comment s'y prennent les romanciers pour donner de la\n saveur à leurs œuvres, pour rendre attrayante cette peinture multiple et scru-\n puleuse de la vie commune?\n    C'est la question que se pose maintenant Hello et à laquelle il va répondre.\n    « Comment, se demande-t-il, a fait le roman moderne pour remplacer cet\n attrait de l'inconnu (qui était le charme du roman antique)? »\n    Voici ce qu'il a fait. Il a eu recours à la passion : il s'est adressé à elle; il\n\n\n  (1) L'Homme : Le roman.\n  (2) ARMAND THIÉRY : Ernest Hello, dans Catholiques actuels, Louvain, Institut supérieur\nde philosophie, 1898.\n"}, {"page_pdf": 570, "page_imprimee": 501, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3069, "texte": "                     L'ART D'APRÈS ERNEST HELLO                              501\n\n\nlui a dit de remplacer l'île de Thulé. Il a imaginé des sentiments violents, afin\nde suppléer par le débordement intérieur aux courses extérieures qui étaient\népuisées. Puis il a mêlé la passion à la vie quotidienne, de façon à persuader\naux hommes et aux femmes que la passion est le sel de la vie (1).\n   Ainsi la passion est devenue l'attrait du roman moderne.\n   Or, la passion est mère du trouble, du malheur, du désespoir, tandis que la\njoie et la paix rayonnent dans les âmes que la passion ne gouverne pas, je ne\ndis pas dans les âmes dont la passion est exclue, parce que la passion ne meurt\nqu'avec nous; la passion est la compagne de la vie, mais elle est vaincue ou\ntriomphante; vaincue elle reprend l'offensive, mais cette lutte incessante n'em-\npêche point l'âme de jouir de la paix.\n   Les pages que Hello a écrites sur la passion dans le roman contemporain\nsont parmi les plus belles de son œuvre; Hello montre comment cette soif\nd'émotions passionnelles qui brûle le lecteur de romans mauvais dégénère en\nun incurable ennui, en un profond dégoût, comment l'absence d'amour vrai\net le goût du malheur caractérisent les mauvais romans. Il déclare qu'« il\nfaudrait se moquer de René et de Werther, se moquer, se moquer jusqu'à ce\nque mort s'ensuive ». Cette ironie serait la juste réponse au mépris que les\n mauvais romanciers témoignent à la paix. Le mauvais roman « aime à consi-\ndérer la paix comme une chose négative, dit Hello, faite pour les petites gens,\n et l'agitation comme le sublime monopole des grandes natures » Son esprit\n tendrait à insinuer que Dieu est sans vie, et que Satan est l'acte pur.\n   Cependant la paix, qui est un feu dévorant, brûle éternellement, dans la\njoie et dans la gloire, l'encens magnifique de l'Adoration sur les hauteurs où\n repose l'œil de Dieu.\n    Elle porte dans son sein immense le transport de l'amour et l'activité du\n sacrifice de louanges.\n    L'agitation promène lentement et vainement ses victimes inutiles et\n ennuyées dans les ruisseaux d'eau froide et dans les mares de boue.\n    Le mauvais roman s'en va de la sorte vers la désespérance finale, parce que\n Dieu en est absent, a Le récit, comme l'Histoire, dit encore Hello, doit, pour\n éviter l'ennui et pour donner la lumière, faire sentir dans les faits la présence\n de Dieu. La présence de Dieu est l'arome qui empêche la vie humaine de\n tomber en putréfaction. Le mauvais roman a été, au plus haut degré, la\n négation de la présence de Dieu (2). »\n    Peu à peu, on le voit, la question s'est élargie. Hello a commencé par\n caractériser le mauvais roman moderne ; il en est bientôt arrivé à montrer\n que toute littérature où manque la présence de Dieu est nécessairement triste,\n parce qu'elle se complaît dans le malheur, conséquence fatale de la passion\n assouvie. Ainsi « la poésie légère, Byron, Werther sont tristes ». Ainsi le\n drame de Shakspeare est triste, car son drame incarne l'action du hasard,\n\n\n\n  (1) L'Homme: Le roman.\n  (2) L'Homme : Le roman.\n"}, {"page_pdf": 571, "page_imprimee": 502, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1253, "texte": "502                                   DURENDAL\n\n\n\nau lieu d'incarner la conduite de la Providence divine. Or le hazard est père\nde la folie, et ami du malheur.\n   Dans son étude sur Roméo et Juliette, Hello montre comment la passion\ndu malheur est la source de l'immoralité de ce drame.\n   De même la tragédie de Sophocle est triste parce qu'elle manifeste l'action\nde la fatalité qui veut le crime et mène au désespoir. De même le drame de\nFaust est triste; car il va vers le néant. De même Molière est habituellement\ntriste parce que son dénouement habituel est la honte. Le vrai dénouement du\ndrame devrait être au contraire la justice (1).\n  (A suivre.)                                           GEORGES LEGRAND.\n\n\n\n\n  N . B . — Nous tenons à rappeler à nos lecteurs, à l'occasion de la\npublication de cette étude de Georges Legrand sur E. Hello, que les\narticles qui paraissent dans DUREND AL et par conséquent les appré-\nciations qui y sont émises n'engagent que la responsabilité des\nauteurs. C'est dire que nous ne partageons pas forcément tous les\njugements portés dans ces pages, soit sur le système de critique de\nE. Hello, soit sur les œuvres de Mallarmé, Verlaine, Victor Hugo, etc.\n\n\n\n  (1) L'Homme : Les plateaux de la balance. (Passim.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-009", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 503, "page_fin": 504, "titre_corps": "Mon âme a peur...", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Élie Baussart", "ancre_debut": "Mon âme a peur...  Mon âme a peur, ô mon Jésus", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 572, "page_imprimee": 503, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 1099, "texte": "Mon âme a peur...\n\nMon âme a peur, ô mon Jésus,\nO comme a peur ma très pauvre       âme!\nLe jour s'éteint, et l'Angelus\nCarillonne pour     Notre-Dame.\n\nLe jour s'éteint et j'ai dormi\nComme un mendiant au bord des routes.\nDites! où trouverai-je emmi\nLe soir, et le lit et la croûte?\n\nSans clair de lune, emmi le soir\nEt tout perdu sur cette berge,\nComment trouver, il fait si noir!\nLe bon chemin de Votre auberge?\n\nJe ne sais pas. Et j'ai si peur :\nPeur du vent furibond qui brame,\nPeur des crapauds geignant en chœur,\nPeur d'être seul avec mon âme.\n\nPeur de Veau qui s'étire et fuit,\nPeur de la terre qui se pâme\nDans le repos, peur de la nuit,\nPeur d'être seul avec mon âme.\n\nPeur   des remords      hallucinants,\nPeur   des crocs des désirs infâmes,\nPeur   de ma chair, peur de mes sens,\nPeur   d'être seul avec mon âme.\n\nAh ! j'ai si peur, seul contre lui,\nSatan, qui me brûle à la flamme\nDe son désespoir. J'ai peur, oui,\nJ'ai peur de perdre ma pauvre âme.\n\nDites, ô mon Jésus! C'est vrai,\nQue souvent je boude à ma tâche,\nQue, peut-être, je Vous vendrais\nComme un Judas, tant je suis lâche!\n"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 504, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 710, "texte": "504                   DURENDAL\n\n\n\n      C'est vrai... Mais Vous, Vous êtes bon :\n      Vous pardonnez à ceux qui     pleurent,\n      Vous ramenez à la Maison\n      Ceux qui, loin de Sa Paix, se meurent;\n\n      Mais Vous, Vous dissipez la nuit\n      Pour ceux qui cherchent Votre trace,\n      Et Vous baisez au front celui\n      Qui hier crachait sur Votre face.\n\n      Faites que je sois de ceux-là\n      Qui méritent Votre lumière;\n      Faites que j'aille sur Vos pas\n      Jusqu'à l'Auberge      hospitalière.\n\n      J'y veux entrer... et l'Angelus\n      Dira le salut de mon âme\n      Vivant au côté de Jésus\n      Sur le giron de Notre-Dame.\n                                             E L I E BAUSSART.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-010", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 505, "page_fin": 513, "titre_corps": "Le troisième Salon du Printemps", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Houtart", "ancre_debut": "Le troisième Salon du Printemps                     PRINTANIER, il n'aurait p", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 574, "page_imprimee": 505, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2710, "texte": "Le troisième Salon du Printemps\n\n                   PRINTANIER, il n'aurait pu l'être davantage par la joie de vivre\n                     qu'y répandait la clarté douce d'une saison nouvelle. Prin-\n                     tanier, il l'était deux fois, puisque l'enfant et la jeune fille\n                     y occupaient une place privilégiée.\n                        Mon fils Paul, peint allègrement, avec cet air de n'y pas\n                     toucher qui révèle le brio habituel de Philippe Lazlo, est\n                     plus qu'un enfant : c'est le rejeton d'une race affinée. On\n                     retrouve ici la touche nerveuse de Van Dyck. Le Portrait des\nenfants H..., par Camille Lambert, enlevé avec talent et d'un pinceau mou-\nvementé à souhait nous montre des gosses animés et babillards : trois fruits\nd'une vivante carnation, détachés d'un rameau sain et vigoureux. Faut-il\nciter encore le souriant Jean-Pierre, d'Alfred Jonniaux; la rose sans épines\nqu'est Mlle C..., d'Herman Richir, et cet Enfant roux, de Charles Hermans,\ndont la toison dorée confinait au blond, en dépit de son intitulé? Le chapeau\net le nœud verts du Portrait de fillette, par André Cluysenaer, assortis au\nviolet du manteau et au rose de la poupée se détachaient avec beaucoup d'à-\npropos sur un fond gris. Les Deux petites sœurs, de Charles Hentzé, elles aussi\ns'habituaient à leur futur rôle de mamans et dorlotaient le plus sérieusement\ndu monde leur poupée de fille. Il a suffi à Lucien Wollès de quelques coups\nde crayon pour tracer la silhouette de Bébé et son ami. (L'ami, c'est un matois\nfourré d'hermine.) Si je cite Mlle G... ou Mlle B..., d'Hermann Richir, épa-\nnouies dans leur chrysalide blanche ou rose, je regrette d'en passer beaucoup\nd'autres, et des plus jolies.\n   Il y avait des femmes jeunes, en pleine floraison et quelques-unes sur la\ndéfensive, déjà... De celles-ci, évidemment, je ne dirai rien.\n   Dans certains portraits, il ne faut plus rechercher la ressemblance physique,\nmais discerner surtout les traits caractéristiques d'une race ou d'un état d'âme.\nTelle la Petite Ardennaise, de Léon Frédéric. Telle encore la Zélandaise sur\nle port, profilant sa silhouette sur un décor austère, ou la Zélandaise sur la\ndigue avec, au fond, une tour massive, phare d'espérance auquel s'attache\nirrésistiblement le regard en détresse des pécheurs et des pécheurs...\n   L'Idylle, de Paul Artot, nous ramenait au temps du Titien : il n'eût pas\nrenié le geste enveloppant du mâle, et le galbe impeccable de cette déesse de\nla Renaissance. Un autre Idylle dénotait chez Ernest Faut de surprenantes\nqualités de coloriste. Gaetano Previati situait sa Georgique sous le ciel géné-\nreux de la Lombardie.\n"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 506, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3313, "texte": "506                                DURENDAL\n\n\n\n   Rêverie, de Firmin Baes, trahit les préoccupations d'une mère. Le reflet de\nla lumière qui l'illumine par en bas se confond avec les éclaircissements divins\nqui lui viennent d'En-haut... Jacob Smits magnifia aussi le dévouement mater-\nnel. Mère et enfant témoigne à la fois d'une rare concision et d'une grande\nprofondeur de définition, rappelant la simplicité de facture et l'effet intense de\nMillet. Le montant de la chaise a des teintes indéfinissables, qui caractérisent\nl'objet de ménage employé tous les jours; il a du relief, on le prendrait en mains\npour le toucher, pour s'assurer qu'il a réellement pris corps sous le pinceau de\nl'artiste. Seul le bras droit de la mère a une regrettable raideur.\n   La façon de peindre de Smits mérite une mention spéciale. Le tableau\nsemble peint plusieurs fois, par couches de couleur successives. Grâce à des\nempâtements savants, les effets de lumière viennent, dirait-on, par en dessous.\nSmits arrive à des tons d'une extraordinaire franchise et d'une admirable\nmonochromie, en mêlant dans un même creuset les couleurs les plus dispa-\nrates. Y a-t-il un blanc plus pur que celui composé des sept couleurs de\nl'arc-ea-ciel? Cette combinaison des tons simples rappelle les procédés de la\nchimie.\n   La Jeune fille an miroir, de Van Zevenberghen, est d'un charme prenant\ndans sa simplicité. Elle rajuste sa coiffe, ébauche le geste instinctif de coquet-\nterie inné chez tout être féminin, qu'il soit femme ou fleur. Ce rapprochement\ntout indiqué se trouve réalisé, une fois de plus, dans la toile aux tonalités rares\nd'Austen Brown : Madame Les Fleurs. Et il n'y a rien d'étonnant, puisqu'il\nidéalise la femme. Au lieu de voir en elle un être de volupté, les artistes anglais\nmettent une galanterie sans pareille à faire valoir sa grâce et sa finesse. Pour\neux, sa beauté réside principalement dans sa distinction. Aussi la repré-\nsentent-ils généralement dans une attitude de suprême élégance. Ils se garde-\nront de souligner avec indiscrétion ses charmes physiques et ne permettront\naucun laisser-aller dans la pose. Toujours ils la peindront avec le plus grand\nrespect. Gentlemen ou puritains? Les deux à la fois, peut-être.\n   Si les Vierges à la fontaine, de Montald, témoignent d'une grande fraîcheur\nde composition, le Rocking-Chair, de Gustave Stevens, triomphait d'une réelle\ndifficulté par sa curieuse harmonie de jaune, d'orange et de violet. Les Papil-\nlons, de Charles Hermans, — jeux de nymphes dans les bois — dénotaient\nune main particulièrement assouplie. De même le frou-frou voluptueux de la\ntoilette de Circé. Névrose, de Charles Hermans encore, décrit de façon poi-\ngnante l'état pathologique d'une Manon qui ne trouvera d'autre issue à une\nvie d'orgie que dans le crime ou la folie. Obédée, de Jef Lempoels, procédait\nde la même psychologie.\n   Elles n'en sont pas encore à ce stade de leur course, les vierges folles qui se\nmiraient dans un abreuvoir, quand près d'elles passa, hiératique, le regard\nperdu dans les cieux, le Christ suivi d'un agnelet. L'autre Miroir, c'est Jésus\n« qui a tant aimé les hommes » pour les racheter, elles pour les perdre\nEst-ce bien là l'interprétation qu'il faut donner au singulier sujet traité par\nVan de Woestyne?\n\n                                       *   *\n"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 507, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": "                 LE TROISIÈME SALON DU PRINTEMPS                                  507\n\n\n    La poursuite de mon idée première me fait errer à l'aventure. Je reprends\nles chemins tracés, plus sur d'arriver au but. Les grandes divisions suivantes :\nportrait; paysage; tableaux religieux, de genre, d'histoire, d'intérieur; natures\nmortes ; panneaux décoratifs et sculptures me serviront de poteaux indicateurs.\n    Dans le portrait rien de marquant. Jacques de Lalaing qui peignit autre-\nfois le Père Lahousse (1) est beaucoup moins heureux avec les princes de\nl'Eglise qu'avec de simples jésuites. Le cas de Mgr Mercier rappelle le précé-\ndent « sabotage » de Mgr Granito. Ces deux prélats méritaient un meilleur\ntraitement. L'hermine jetée sur les épaules du cardinal ne provenait certaine-\nment pas de l'Alaska. Pourquoi le révéler? Seule une rampe Louis XV en\nbois de chêne présentait de l'intérêt... pour un collectionneur. Le Portrait de\nMme F. G..., grâce à une toilette bien comprise (le peintre en a toujours sa\npart de mérite), rachetait d'autres erreurs. L'Ingénieur Wibauw, par Detil-\nleux, se présentait avec beaucoup de sincérité.\n    Jean Gouweloos doit être un admirateur de Franz Hals, car non seulement\nil a campé Mr F. F... dans la pose cavalière de Van Heythuysen, mais on\nreconnaît très bien dans le tableau accroché au mur du fond Hilde Bobbe du\ngrand maître hollandais. L'Autriche était représentée par un Heinrich von\nAngeli : le Professeur Weyr. Physionomie sympathique, dont l'auteur sut\nrendre l'expression avec bonheur. Le groupe des Portraits d'Emile Vloor,\nsitué dans un décor aux accessoires soigneusement choisis, constituait l'envoi\nle plus important en ce genre, par la dimension si point par le mérite.\n Il rappelait les grandes toiles de jadis où une famille entière se faisait peindre\ndans le cadre de la vie journalière, au milieu des objets qui lui étaient chers.\n Les animaux de la maison y avaient même leur place. Ce genre qui rendait\nde façon si attrayante la physionomie de tout un milieu a disparu, on ne sait\n pourquoi. Serait-ce que l'importance de la vie de famille a diminué depuis\nque parents et enfants recherchent, plus que jadis, les plaisirs du dehors et ne\ndépendent plus les uns des autres pour assurer leur bonheur domestique?\n\n                                            *\n                                        *       *\n\n   Firmin Baes donna libre cours à son lyrisme toujours renouvelé. Son Che-\nmineau usé de corps et d'âme s'est affalé sur un lit de mousse, sous les frais\nombrages d'un bois. Le contraste est poignant entre cette nature exubérante\nde richesse et de santé, aux gazons verdoyants, aux frondaisons épaisses, et\nles haillons rapiécés du pauvre hère. Les yeux mi-clos implorent la pitié.\nPhébus, arrêtant un instant sa course, étreint le paysage de ses plus chaudes\ncaresses. Sa lumière filtre à travers les branches pour s'enquérir du misé-\nrable qui fait tâche en ces lieux    Il compatit, et ses rayons le parent d'un\nroyal manteau.\n   Ce n'est pas un paysage de rencontre, c'est une contrée entière dans toute\nson ampleur, qu'a voulu fixer sur la toile Edmond Verstraeten. Dans la Vallée\n\n\n (1) Ou M. Vinçotte père, plus impressionnant encore, et d'autres aussi connus.\n"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 508, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3224, "texte": " 508                                DURENDAL\n\n\n\n  de la Deurne en avril nous respirons non seulement la fraîcheur du matin en\n  assistant au renouveau du printemps, il nous est donné en plus de contempler\n  l'activité fébrile d'une région industrielle. Au brouillard léger que font lever\n  les premiers rayons se mêle la fumée plus lourde des cheminées d'usine. Bro-\n  chant sur le tout, le panache blanc d'une locomotive enfiévrée se perd dans\n  les nuages. Ainsi associés le travail de la nature semblait stimuler le travail\n  de l'homme.\n     Franz Gaillard dont le talent s'affirme chaque jour davantage nous donne\n  de belles visions de l'antique avec le Printemps en Arcadie et l'Acropole\n  d'Athènes, couronnée d'un ciel empourpré.\n     Un des plus audacieux tableaux fut, sans contredit, ce Printemps de Van\n  de Woestyne, qui, par un retour inattendu aux primitifs français du\n  XIVe siècle, lançait un défi aux temps nouveaux et prenait les allures d'une\n  déconcertante innovation, par son excès même d'archaïsme. C'était peint\n  avec des détails précis, et des naïvetés sans assez d'imprévu pour avoir le\n  charme des primitifs d'autrefois.\n     Le Paysage de Jacob Smits s'impose comme un des plus vigoureux du\n  Salon. Extraordinairement maître de son métier, il en tire le plus impression-\n nant effet. Quelques tons dominent, où une incroyable énergie n'empêche\n nullement le jeu des nuances. Sa couleur est en ébullition. C'est de la matière\n en fusion retirée toute brûlante du creuset où elle a fondu. Les parois de son\n Etable revêtent les tons indéfinissables de vieilles murailles frôlées par des\n générations de bétail.\n    Un Portail à Bruges prouve une fois de plus que si Knoprf se laisse\n emporter volontiers vers le mystère, il a aussi à ses heures le sens très net des\n réalités. Pas un passant dans la ville morte ; le bâtiment est maître de la place,\n il la domine de toute sa structure. Les Toits de James Ensor sont un feu d'ar-\ntifice de pignons.\n    Interminablement le canal s'allonge et disparaît à l'horizon où le Moulin\nblanc, de Paul Mathieu, immobile, dresse ses ailes en signe de croix. Non\nmoins impressionnant le Canal à Bruges, de KhnopfT, réfléchissant dans ses\neaux glauques les toitures espagnoles et les pignons en escaliers. I1 y avait un\ncurieux rapprochement à tenter entre les nuages du ciel et les eaux de la mer.\nMarcette le réalisa dans les Nuées, observant avec sagacité chez les deux élé-\nments liquides leurs mutuels emprunts de grisailles. Au contraire, la Mer à\nLescouil, de Dauchez, étendait avec majesté sa traîne bleu de roi sur une\nplage ingrate atteinte de jaunisse. Par un Temps gris dans les dunes, Ber-\nnier rassembla son troupeau de vaches en un groupement heureux. La lumière\nse fraie difficilement passage à travers un ciel tourmenté pour en caresser leurs\néchines.\n    Dans les Regains, une toile magistrale de Henri Martin, les couleurs flam-\nboient au soleil d'août. Le mouvement cadencé des faucheurs est frappant\nd'exactitude. Paul Crahay fut hanté sans doute par le souvenir d'un célèbre\nHobbema quand il peignit ses Bouleaux, d'un excellent impressionnisme, au\nreste.\n    En un Coin de vieille cour, près du porche soigneusement clos, Reckelbus\n"}, {"page_pdf": 578, "page_imprimee": 509, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3361, "texte": "                 LE TROISIÈME SALON DU PRINTEMPS                              509\n\n\nannota la merveilleuse dégradation de tons et les oscillations des feuilles\nd'automne, arrachées aux arbres comme des pendus sur les vieilles murailles\nblanchies à la chaux des Maisons ensoleillées, les feuilles de platanes des-\nsinent leurs ombres chinoises. Octobre, d'Henri Binard, illuminé d'un ciel\nvert; Ma maison à Ronge-Cloître, d'Alfred Bastien, entourée de brouillard\ncomme d'un fichu de gaze ; les Peupliers en automne, de Rodolphe Wyts-\nmann; Automne, d'Uyterschaut, au sous-bois vaporeux, chantaient à l'envi les\ncharmes de l'arrière-saison.\n   La Neige à Houffalize, d'Alphonse Asselberghs ; cet autre village aux mai-\nsons anciennes, couvertes de la Neige qui sied à leur vieillesse (Henri Taele-\nmans), comme aussi le Grand Béguinage à Gand, par un temps de neige\n(Ferdinand Willaert) où l'on voit les légers flocons d'ouate se poser délicate-\nment sur la coiffe blanche des béguines, disent assez le parti que nos peintres\nsavent tirer du blanc manteau.\n                                     * *\n\n   Une nuée de tableautins historiques dessinés dans sa manière habituelle ne\nnous apprennent rien de neuf sur ce prestigieux et endiablé dessinateur qu'est\nAmédée Lynen. Peut-être se fie-t-il trop a sa facilité, laissant une part trop\ngrande à sa verve et une trop minime au fini, à l'achèvement de ses œuvres.\nSes travaux s'apparentent à ceux du vieux Breughel : il les ridiculise avec\nhumour. Ses ribauds qui tirent du pillage le plus clair de leurs revenus et\npour qui la guerre est un métier lucratif, sont bien croqués, et de leur époque.\nTuer pour vivre ! La Fête populaire, la Garde du beffroi, le Cabaret\nbrabançon, Un jour de grand assaut, Cité joyeuse m'ont paru échapper à\ntoute critique et recéler les principales qualités de l'artiste.\n   Si le mouvement de la foule bigarrée dans l'Entrée de la Cuadrilla, par\nFlorent Menet, est plein d'animation, par contre la raideur des paysans qui\nassistent, en plein air à la messe célébrée Pour les victimes de la mer indique\nde quelle farouche piété sont capables à certaines heures ces Castillans qui se\nruaient tout à l'heure aux jeux violents de la Corrida.\n   A travers un rideau de linon le jour tamisé éclaire discrètement la Table\nréservée, de Henri Thomas. Le Réfectoire des Moitiés, de Charles Hermans,\npour être d'apprêt moins élégant, n'en contient pas moins de convives amusés.\nLes bouteilles de chianti, protégées d'un corset de paille, indiquent suffi-\nsamment qu'il s'agit de moines italiens. Le Bal de la Monnaie nous fait\nsortir des couvents, et ce n'est plus des mêmes joies tranquilles que nous y\nsommes témoins! L'agitation fébrile de gens qui se dépêchent à vivre une\nexistence de plaisir a été bien observée par Hermans. Eugène Laermans nous\nconduit dans un monde plus intéressant. Sous un ciel sinistre, balafré\nde clartés menaçantes, la foule moutonnière conduit le cercueil à l'église. C'est\nune poussée, pour éviter l'ondée qui se prépare! Les Deuillants ont une mine\nde circonstance qui fait douter de la sincérité de leurs regrets. Moutonnière\naussi cette foule qui suit la loque rouge sous la conduite d'un meneur. Elle\nira où l'on veut. A l'église les Petits et les humbles sont réunis, car il y a des\ncalamités sans nombre. Certains ont leurs petites affaires à exposer au bon\n"}, {"page_pdf": 579, "page_imprimee": 510, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "510                                DURENDAL\n\n\n\nDieu et tâchent de ruser avec lui... Laermans est comme toujours un psycho-\nlogue incomparable des masses populaires.\n\n                                           *\n                                       *       *\n\n    Faut-il célébrer encore le charme des tableaux d'intérieur? Si paradoxale\nque semble la question, il faut bien y répondre. De très doctes critiques\nsoutiennent que c'est un genre suranné, bon à louer chez les petits maîtres\nhollandais du XVIIe siècle, mais plus de mode aujourd'hui. Les Hollandais,\npeuple exposé à un climat rigoureux et qui sortaient d'un siècle agité par les\nguerres civiles, se trouvèrent particulièrement bien chez eux au XVIIe siècle.\n Ils ornaient leur maison avec élégance et une sobriété qui tenait à leur tempé-\nrament de gens du Nord autant qu'à leur bon goût. Aussi tous les peintres de\ncette époque furent-ils naturellement enclins à chanter leur intérieur dont ils\njouissaient si pleinement. Ils furent les premiers à en célébrer les mérites.\nDevons-nous au XXe siècle, parce qu'on vit beaucoup plus en plein air, dans\nl'acception la plus rigoureuse du mot, renoncer à faire valoir le charme d'un\nhome qui nous est cher? Je n'en vois pas la raison.\n    Encore qu'il s'agisse souvent de reconstitutions d'ameublements anciens, il\nne s'ensuit pas que ce genre ait perdu son originalité; c'est justement une des\ncaractéristiques de notre temps de revenir aux siècles passés. Quoi qu'on fasse\nd'ailleurs, chaque époque met son empreinte sur les productions artistiques\nqui en sont l'émanation. Elle le fait à notre insu. C'est la postérité qui en\ndégage les caractères généraux.\n   A signaler surtout la Maison du bailli de René Janssens et son Vieux logis\naux vitres vertes qui éclairent l'appartement avec douceur, lui donnent un\ncachet spécial d'intimité.\n    Hermann Courtens comprend le but de la nature morte qui est de retirer\ndes objets matériels, fut-ce les plus humbles, le meilleur effet colorant. Ses\nhomards, ses mandarines, ses pots vert et bleu, préparés par la Petite ména-\ngère, n'ont besoin que d'une légère patine pour être tout à fait au point.\n    Disséminés dans l'Intérieur du sanctuaire où il se recueille, les Accessoires,\nd'Alfred Verhaeren, sont empreints d'une religiosité qui n'a rien d'étonnant\nchez cet excellent peintre d'églises. Les Bégonias de Clémentine Jonnaert\négaient et rajeunissent par leur présence les vieux meubles qui les entourent.\nQuant aux Chrysanthèmes de Berthe Art, leur couleur feu est d'un admi-\nrable réalisme. Les Roses blanches d'Angélina Drumeaux ont un aspect\nvelouté, mais les Roses d'Alice Ronner plaisent davantage encore, car elles\nempruntent à la beauté féminine cet aspect de plein épanouissement physique,\narrivé à son apogée, qui ne dure qu'un moment. Les porcelaines à l'émail cha-\ntoyant et doux piqué de fleurettes, le tapis de table et la tapisserie du fond\nmariaient leurs blancs contours, leurs tons mauves et passés au vieux rose des\nroses. On ne pourrait rien imaginer de plus exquis.\n    Nous ne vivons plus à une époque où les peintres abusent du tableau reli-\ngieux. Et cependant, s'il est un genre qui appelle une vigoureuse rénovation,\nc'est bien celui-là. Maurice Denis est un de ceux qui y travaillent avec le plus\n"}, {"page_pdf": 580, "page_imprimee": 511, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3161, "texte": "                   LE T R O I S I È M E SALON   DU   PRINTEMPS              511\n\nd'éclat. Dans ses Anges, il y a un curieux contraste entre la lumière du jour\net celle des flambeaux invisibles qui éclairent d'un jour céleste les séraphins\nailés. Il y a de la personnalité dans le regard de ces anges, visiblement doué\nd'intelligence. Nous voilà loin des amours prétentieux et bellâtres, mis à la\nmode par la Renaissance, qui n'étaient la plupart du temps que d'ineptes\nfigurants aux poses théâtrales. L'Adoration des mages, pour représenter la\nVierge sous les traits d'une modeste paysanne, sans beauté spéciale, n'exclut\npas la vraie piété, au contraire. Historiquement, c'est l'exactitude même;\nd'autre part, l'artiste n'est pas préoccupé à l'excès d'archéologie, comme on\npourrait le reprocher, peut-être, à James Tissot. La Vierge à l'école, l'Hom-\nmage à l'Enfant Jésus nous révèlent le type d'enfants adopté par Denis : ces\ngamines au front bombé sont taillées sur le même patron, simple et naïf, vou-\nlant marquer sans doute l'absence de personnalité propre à cet âge. Ernest\nFaut a surtout vu dans l'Eglise Saint-Pierre à Louvain, le vaisseau somp-\ntueux, imposant; Marc Henry, dans la silencieuse Petite chapelle, une veil-\nleuse qui prie; Fernand Khnopff, enfin, dans une Eglise à Bruges, le sanc-\ntuaire imprégné d'encens, où l'on vient de célébrer l'office.\n\n                                        * *\n\n   Mais c'est dans le tableau décoratif que Khnopff se révéla supérieurement.\nSon Projette plafond pour la salle des mariages à l'Hôtel de ville de Saint-\nGilles réunissait sur un même plan les panneaux de dimension, disséminés\ndans la grande salle. Encadrés dans des cartouches gracieusement reliés les\nuns aux autres, ils forment un ensemble où tout se tient. Au premier abord,\ndevant ces grandes toiles au dessin à peine esquissé et sobres de couleur, on\néprouve l'impression d'une œuvre inachevée, vite corrigée à l'examen.\n   Khnopff exprime le maximum de pensées dans un minimum de mots. L'on\ncomprend l'enthousiasme d'Israëls pour notre grand peintre : « Je l'aime pour\nsa ligne qui est si grande, si noble, si belle; toute simple, et pourtant si puis-\nsante et si expressive de vérité qu'elle arrive à bâtir un chef-d'œuvre (1). » Ces\ntoiles, dont la blancheur nous paraissait un peu vive à l'exposition, rejetteront\nde la lumière vers l'intérieur de la salle quand elles émergeront de l'obscurité\ndu plafond. Impossible de les citer toutes. La grâce de la femme attire le\nbonheur laissait voir une déesse d'un admirable dessin, s'abandonnant aux\ndélices d'un bain de soleil... Une autre figurante sentait trop son modèle, une\nquelconque figurante de théâtre flamand!\n   Nous connaissons les Fruits de Maurice Langaskens, ou du moins ses\npareils; et c'est avec le même plaisir que nous retrouvons ces jeunes femmes\nentourées de guirlandes de fruits et de fleurs — ici des roses d'un vieux rose\nexquis (moins fragiles de ton que celles d'Alice Ronner, parce que nous\nsommes dans la décoration et non plus dans la nature morte).\n   Charles Mertens excelle à produire le mouvement et la cadence. En con-\n\n\n (1) Le XXe Siècle, 20 août 1911.\n"}, {"page_pdf": 581, "page_imprimee": 512, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3122, "texte": "5l2                                DURENDAL\n\n\n\ntemplant le Rythme destiné au plafond de l'Opéra flamand, il nous semble\nassister au jeu des planètes et des astres, qu'un invisible jongleur ferait mou-\nvoir dans l'espace. A la terre s'accrochent désespérément les pauvres humains,\nles uns pleurant, les autres nageant dans la joie.\n   Le jour qui réveille la nuit, de Gaëtano Préviati, n'est pas inspiré de la\ndescription fameuse: « L'aurore avec ses doigts de rose entr'ouvre les portes de\nl'orient. » Les luminosités de ses teintes vertes eussent dérouté le classique\nFénelon! Avec la Galère Pisane, le Bucentaure vénitien aux multiples\nantennes caressant la mer à fleur d'eau, et la Caravelle génoise, l'auteur nous\ndonne des visions de marines anciennes italiennes. Le Panneau de Ciam-\nberlani rappelait par le sujet, le groupement et l'attitude des personnages,\nune des plus délicieuses gravures du XVIIIe siècle français : Les cerises. L'âge\nd'or était encore une vision de l'antique. Ménard y est dans son élément et\npeut donner ici toute la mesure de son inspiration poétique.\n    Le soleil a disparu à l'horizon, mais le ciel imprégné de sa lumière porte\nencore les traces de son glorieux passage. La double arche d'un aqueduc en\nruine s'arrête au bord de l'eau, comme hésitante à franchir d'un nouveau\nbond le bras de mer qui la sépare de l'autre rive. Un rocher en pointe au nez\nde rhinocéros coupe en deux la nappe d'eau glacée qu'aucune brise n'effleure.\nAu milieu de cet éden quelques divinités s'abandonnent au bien-être de la\nvie, dans la sérénité la plus olympienne. C'est l'extrémité de la terre, une\néchappée vers l'infini, le soupçon d'un au-delà mystérieux que la civilisation\nd'alors semblable à cet aqueduc brisé ne peut atteindre!... C'est le confin du\nrêve antique\n    La vie pastorale s'écoule sous un ciel aux fulgurations étranges. Elle donne\nlieu à un superbe contraste entre une pluie noire d'un côté et des nuages\nfloconneux de l'autre, que Phébus illumine par derrière. Des chevaux, dont\nl'encolure et la tète courte rappellent ceux de Saint-Marc, à Venise, se désal-\ntèrent à l'abreuvoir. Dans le Rêve antique l'astre étend ses ramifications aussi\nloin que la puissance de ses rayons le lui permet.\n    Des réductions de ces deux derniers tableaux concentraient toutes les séduc-\n tions de la palette de Ménard à laquelle la nature elle-même ne dédaignerait\n pas de faire des emprunts.\n                                         *\n\n   La sculpture fut largement représentée au Salon, et surtout une rétrospec-\ntive consacrée à Van der Stappen. Son portrait, par Verheyden, le repré-\nsentait jeune et timide, drapé dans sa dignité pleine de réserve. Sa mise\ndécente de rapin pauvre n'exclut pas une certaine recherche; il met de la\ncoquetterie à cacher sa misère. Ses yeux tristes d'artiste à ses débuts se posent\nsur le visiteur, lui demandant ce que lui réserve l'avenir?\n   Il applique son talent à des genres divers. Les Candélabres (1) de l'Hôtel\nde ville sont autant de minuscules réverbères au pied desquels viennent se\n\n\n  (1) Legs Champion de Villeneuve, 1887, Compagnie des bronzes.\n"}, {"page_pdf": 582, "page_imprimee": 513, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2012, "texte": "                LE TROISIÈME SALON DU PRINTEMPS                           513\n\n\ngrouper tous les métiers du moyen âge Les branches qui fleurissent dissi-\nmulent assez mal la banalité de la composition. Dans la pièce du milieu,\nSaint-Michel terrassant le dragon, l'Archange se précipite avec une fougue\nsuperbe sur le démon.\n  Parmi les principaux bustes, citons un Joueur de fronde (665, Rome 1878),\nune belle tête de Savant (671), Mon oncle le Jurisconsulte (707) dédié à\nPicard, un Evoque (bénissant), une Zélandaise (avec sa coiffe) (688), un\nlamentable Verhaeren, un Portais imposant, une Vierge d'une attirante\nbeauté (667). Puis, la Femme parée des plumes du Paon (678) symbole qui\nse passe de commentaire, l'Allaitement maternel, Pégase enfin, qui d'un élan\nsuperbe se cabre vers les cieux.\n\n                  Sa double aile dans la lumière,\n                  Le cou tendu, le jeu sous la paupière,\n                  Sortit vers le soleil, et vers l'extase,\n                  Ce dévoreur d'espace, Pégase.\n                                                  E.   VERHAEREN.\n\n\n   Les gestes des personnages de Van der Stappen sont toujours pleins de\nnoblesse, on peut dire qu'il réussit dans tous les genres, sans être supérieur\ndans aucun. Il manque parfois de personnalité, certaines œuvres trahissent de\ntrop visibles influences : tel buste est de Vinçotte, tel groupe de Rodin ou de\nMeunier — aussi bons parfois mais dénués du mérite primordial de l'inven-\ntion. Il y avait une ravissante Tète de femme de Bonnetain. Cet artiste, qui\nexposa cet hiver au Cercle Artistique, promet beaucoup.\n   Le Cardinal Mercier accusait une frappante ressemblance avec son modèle\net son regard témoignait d'une grande bienveillance.\n   De Victor Rousseau deux envois intéressants : la Princesse Marie-José,\net Mme H. S... d'une haute distinction. Enfin, par Samuel. Mlle d'U... pleine\nd'élégance et le jeune Wiener au minois chiffonné à souhait.\n\n                                                       FRANCIS HOUTART.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-011", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 514, "page_fin": 517, "titre_corps": "L'Exposition de Tournai", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. 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On circule entre quelques belles\n                     choses, mais c'est à peine si on les regarde, on ne les con-\nnaît pas et, au contraire des temps passés où chaque ville avait des artistes et\nsavait les retenir, on voit tous ceux qui ont quelque talent abandonner leur\nclocher et s'en aller vers les grands centres.\n   Une exposition, dans ce calme regrettable, marque presque toujours un\nréveil. Tout à coup on se rappelle que la cité possède d'anciens monuments,\nqu'elle a vu naître de grands hommes et s'épanouir des industries d'art. Une\nfierté renaît d'appartenir à une telle ville, un intérêt se manifeste pour ce qui\ns'y est passé et ce qu'elle a produit. On entrevoit des recherches dans ses\narchives, on est pris du désir d'éclaircir des points de son histoire, d'avoir des\nlivres de ses imprimeurs, des œuvres de ses peintres, des échantillons du\ntravail de ses anciens ouvriers. Des études diverses sont publiées, des collec-\ntions privées s'ouvrent pour le public, de nouvelles vont se former, réunir des\nchoses négligées ou exposées à être perdues; enfin les plus indifférents sau-\nront, quand il le faudra, se dresser pour protester contre la destruction d'une\nvieille rue, d'une vieille maison, d'un site ou survit un souvenir.\n   Tout cela, même réalisé très incomplètement, constitue un résultat dont il\nest impossible de contester l'avantage. Mais les expositions locales en ont un\nautre, plus certain, et, sans aucun doute, encore plus appréciable.\n   Il n'v figure pas, en effet, que des objets créés et embellis par des artistes.\nIl en est beaucoup, et ce sont les plus nombreux, qui représentent unique-\nment des œuvres d'ouvriers probes et consciencieux. Objets jadis ordinaires,\nd'usage courant, ils ont acquis une valeur parce que le temps les a patines,\nparce qu'ils indiquent des besoins différents des nôtres, parce que leur forme\nou leur matière caractérisent une époque et, surtout, parce qu'ils furent exé-\ncutés par des hommes qui avaient réellement l'amour de leur métier et l'or-\ngueil de ne livrer que des pièces où se révélait leur maîtrise. Dans ce siècle où\ntriomphent les machines et la pacotille, c'est bon à dire, car rien, semble-t-il,\nn'est plus capable de développer, on peut presque dire de réveiller, chez nos\n"}, {"page_pdf": 584, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3290, "texte": "                        L'EXPOSITION       DE   TOURNAI                        515\n\n\nartisans le sentiment de la fierté du métier. Ce sentiment est un ferment puis-\nsant entre tous et les ouvriers ne peuvent que le sentir se fortifier en eux\ndevant les objets qu'exposent avec satisfaction les collectionneurs, et qui ne\ncontiennent une parcelle de beauté que parce que ceux qui les firent tenaient\navant tout à faire bien et mettaient un peu de leur âme dans ce que leurs doigts\nfaçonnaient.\n   On a commencé à comprendre tout cela. L'intérêt de quelques amateurs\nn'est plus seul en jeu quand des expositions s'organisent et il suffit pour s'en\nconvaincre de se rappeler celles de ces derniers mois et le succès qu'elles ont eu :\nexpositions d'iconographie locale à Huy, de bois de Spa à Spa, d'art rétrospectif\nà Charleroi, à Malines, à Tournai.\n\n                                       * *\n\n   L'Exposition de Tournai s'est ouverte tout dernièrement dans la vieille\nhalle aux draps, c'est-à-dire dans un cadre particulièrement favorable à la pré-\nsentation de choses anciennes. C'est M. Soil de Moriamé, président du tribu-\nnal et conservateur du musée, qui en a été l'organisateur. Il faut lui être\nreconnaissant d'avoir su réunir tant de rares spécimens des arts et des métiers\nqui synthétisent à la fois l'opulence passée de la ville des Choncq-Clotiers et la\nvie artistique qui palpite entre ses murs.\n   Il y a là des tapisseries qui sont belles sans différer toutefois de celles qui\nfurent tissées dans les autres villes de nos anciennes provinces. Ce qui est\nplus intéressant, ce sont les cuivres : chandeliers de toutes dimensions,\nlutrins, réchauds, plateaux, etc.; la collection en est importante et l'on est\nheureux de voir rassemblées si nombreuses ces œuvres de métal dont le pays\nwallon s'était fait une spécialité. Les villes de Dinant, de Huy, de Tournai\nexcellèrent dans l'art de travailler le cuivre. A Tournai, cet art s'est maintenu\nplus longtemps ou a été repris, en s'affinant, à la fin du XVIIIe siècle et au\ndébut du XIXe. Il semble, en effet, permis de croire que c'est l'ancienne tradi-\ntion qui a été continuée ou, du moins, renouée quand alors on se mit à ciseler\ndes appliques pour meubles, des pendules, des candélabres. L'exécution sans\npouvoir rivaliser avec celle des bronzes français en est fort délicate et la dorure\nfort belle. Il faut signaler particulièrement quelques petits bustes qui ont\nbeaucoup de caractère.\n   L'industrie des tapis de Tournai fut fameuse; elle passe pour avoir complè-\ntement disparu devant la concurrence française. Ce n'est pas tout à fait exact.\nElle n'est plus ce qu'elle a été mais elle n'est pas complètement abandonnée et il\nserait patriotique de l'encourager par des commandes et de chercher à lui\nfaire retrouver son ancienne renommée. Ce qu'elle a produit autrefois justifie-\nrait cet effort. Les tapis exposés ne sont pas nombreux, mais les belles pièces\nsont fort intéressantes, quoiqu'elles datent du premier Empire, quand les\nmotifs de décoration étaient roides et plutôt pauvres Néanmoins les tapis de ce\ntemps font grand effet; leurs couleurs sont franches et leur laine, plus courte\ncependant, rappelle celle des tapis dela Savonnerie.\n   On a placé un peu partout, selon les nécessités de l'aménagement, des\n"}, {"page_pdf": 585, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3214, "texte": "516                                    DURENDAL\n\n\n\nmeubles, des pierres sculptées qui valent un examen, quelques boiseries, des\nétains, que chacun ira voir selon ses goûts particuliers.\n    Les argenteries méritent une mention spéciale. Il a été réuni un assez\ngrand nombre de pièces religieuses, curieuses mais inégales. L'argenterie de\ntable remontant à l'époque de Louis XVI et au début de l'époque Empire est\nplus caractéristique. Tous les objets ne sont malheureusement pas travaillés\nen plein métal et comme ils ne représentent pas une industrie purement\ntournaisienne, puisqu'on a fait de l'argenterie à Mons, à Bruxelles, à Liége,\non doit peut être regretter qu'on leur ait consacré la plus belle salle de l'Expo-\nsition au préjudice des anciennes pâtes tendres, qui, elles, furent fabriquées en\nBelgique seulement à Tournai.\n   Les pâtes tendres sont entassées dans des vitrines insuffisantes sur le côté\nd'une longue galerie manquant de lumière. C'étaient elles cependant qu'il\nfallait mettre en valeur, en pleine clarté pour que rien ne pût perdre du\ncharme de cette industrie exquise qui s'épanouit si magnifiquement à Tournai\ndans la seconde moitié du XVIIIe siècle. On pouvait d'autant plus s'attendre à\ntrouver un arrangement irréprochable que l'Exposition de Charleroi, le legs\nconsidérable fait par M. Vermersche au Musée du Cinquantenaire, à\nBruxelles, et l'important et savant ouvrage (1) que M. Soil vient de publier\nsur la porcelaine de Tournai a ravivé ces tous derniers temps l'attention\nqu'elle mérite.\n   Telle quelle est cette section de l'exposition est toutefois fort belle et\ndevant les pièces qui y figurent et dont de nombreuses n'ont rien à envier à ce\nque Sèvres a fait de mieux dans le même genre, on comprend l'emballement\nun peu tardif des amateurs pour ces porcelaines fines, joyeuses de couleurs,\nsuprêmement délicates, et les sacrifices qu'ils font pour les posséder. Il est\npresque impossible aujourd'hui d'en former une collection : on nous a\nmontré une tasse assurée pour 1,500 francs, une assiette payée 2,000 francs,\nil y avait quelques jours, des biscuits en couleurs valant 5,000 francs chacun.\n   La porcelaine de Tournai a une grande réputation, mais une réputation\nbanale, peut-on dire, en ce sens que ceux qui en parlent la savent belle en\nignorant souvent jusqu'où va sa beauté, sa finesse, le charme de ses peintures,\nla variété de ses formes. Cela s'explique dans une certaine mesure parce qu'on\nne voit guère que de l'ordinaire blanc et bleu et qu'il est maintenant fort rare\nde rencontrer des pièces de choix, la plupart étant déjà entrées dans des\ncollections privées peu accessibles.\n   Que ceux qui voudraient s'en convaincre aillent visiter l'exposition de\nTournai. Ils apprendront à connaître et à apprécier des choses qui sont parmi\nles plus charmantes que la Belgique a produites et peut être se trouvera-t-il\nquelqu'un qui sera tenté de faire renaître l'industrie de la pâte tendre. Pour-\nquoi pas? Le secret de cette pâte est à peu près perdu chez nous, mais il pour-\nrait être facilement retrouvé. En fabriquant des pièces ordinaires pour faire\n\n\n  (1) Les porcelaines de Tournay,   1 vol. 430 pages ; 300 reproductions. Êdit. Casterman,\nà Tournai.\n"}, {"page_pdf": 586, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 800, "texte": "                       L'EXPOSITION      DE   TOURNAI                       517\n\ndes affaires et vivre, en en produisant de belles pour se faire un peu de gloire,\nl'entreprise pourrait prospérer. A coté de fabriques trop ligottées par la tra-\ndition, comme celles de Vienne et de Saxe, celles de Copenhague ont prouvé\nque l'on peut réussir même en n'offrant aux acheteurs que des pièces de luxe,\nà condition qu'elles soient vraiment belles et que l'art les ait touchées. Pour-\nquoi la ville de Tournai ne reprendrait-elle pas la place qu'elle occupait\nquand elle offrait au monde raffiné du XVIIIe siècle ces plats charmants, ces\nvases exquis, ces biscuits élégants, ces multiples objets délicats qui nous\nenchantent aujourd'hui ?\n                                                             G. D'A.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-012", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 518, "page_fin": 520, "titre_corps": "La chronique de famille d'Albert Dürer", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Baty", "ancre_debut": "La chronique de famille                    d'Albert Dürer     On ignore encore Albert", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 587, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2879, "texte": "La chronique de famille\n                   d'Albert Dürer\n    On ignore encore Albert Dürer quand on a vu son œuvre peinte; on le\nconnaît mieux quand on a vu son œuvre gravée; mais, pour le connaître\nvraiment, il faut lire son œuvre écrite. Les formes sont transparentes dont\nil revêtait ses pensées; mais ce que nous avions pu deviner ainsi de sa\npersonnalité, nous le retrouvons dans les écrits, plus immédiat, plus complet,\nplus vivant; et si, pour un instant, nous faisions abstraction de l'artiste,\nc'est pour mieux admirer l'homme. Lun explique et complète l'autre. Il n'y\na pas de petitesses dans Albert Durer; l'âme est à la hauteur du génie; cet\naccord merveilleux et rare fait que nous pouvons aimer et vénérer en lui un\ndes représentants supérieurs de l'humanité.\n   Les écrits théoriques, la « Manière de mesurer », les « Proportions du\ncorps humain », et le « Traité de la fortification des villes, châteaux et\nbourgs \" furent traduits en français dès le XVIe siècle. Il y a quelque cin-\nquante ans, M. Narrey traduisit le « Journal de voyages aux Pays-Bas »\net les « Lettres à Pirkheimer ». M. Charles Ephrussi donna, plus récemment,\nles « Fragments d'un mémorial ». Mais de la « Chronique de Famille », il\nn'existait aucune traduction française. Il m a paru que c'était dommage. La\npoésie de la vie familiale y est rendue avec le même charme que dans certains\nbois de la Vie de la Vierge, et ces quelques pages nous font pénétrer jusque\ndans l'intimité de Dürer. De plus près on le voit, mieux on l'aime. J'ai tâché\nde donner à cette traduction toute l'exactitude possible ; mais il faudrait le\nstyle de notre Amyot pour trouver l'équivalent de ces petites phrases,\nmaladroites parfois, naïves, touchantes, et qui fleurent bon le temps jadis.\n                                                                GASTON BATY.\n\n    A° 1624 après la Noël, à Nuremberg. — Moi, Albrecht Dürer le Jeune,\nj'ai rédigé d'après les écrits de mon père, d'où il a été, comment il est venu\nici, y est resté, et y a fini chrétiennement. Dieu soit miséricordieux à nous et\nà lui. Amen.\n    A° 1324. — Albrecht Dürer l'Ancien est né au royaume de Hongrie, non\nloin d'une toute petite ville appelée Jula, à huit milles au-dessous de Wardein,\ndans un petit village situé non loin de là, du nom de Eylas, et sa famille fai-\nsait l'élevage des bœufs et des chevaux. Mais le père de mon père s'est appelé\nAnthoni Dürer, est allé tout enfant dans la susdite petite ville, chez un orfèvre,\net a appris le métier chez lui. Puis, il s'est marié avec une jeune fille du nom\nd'Elisabeth, de laquelle lui sont nés une fille, Catharina, et trois fils. Le\npremier fils, Albrecht Dürer, a été mon cher père, qui est aussi devenu orfèvre,\nhomme habile dans son art et de cœur pur. Le fils cadet, appelé Laszlen,\nétait bourrelier. De lui est né mon cousin Niclas Dürer, qui est établi à\n"}, {"page_pdf": 588, "page_imprimee": 519, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3483, "texte": "            LA CHRONIQUE DE FAMILLE D ' A L B E R T DÜRER                      519\n\n\nCologne, que l'on appelle Niclas Unger. Celui-ci est aussi orfèvre et a appris\nle métier ici, à Nuremberg, chez mon père. Le troisième fils, il l'a appelé\nJohannes et l'a fait étudier. Celui-ci est devenu ensuite curé à Wardein, où il\nresta plus de trente ans. Puis, Albrecht Dürer, mon cher père, est venu en\nAllemagne, a séjourné longtemps dans les Pays-Bas, auprès des grands artistes,\net enfin est venu ici, à Nuremberg, l'an 1455 après la naissance du Christ, le\njour de Saint-Eloi. Et le même jour Philipp Birkamer (Pirkheimer) célébrait\nses noces sur les remparts et l'on menait de grandes danses, sous les grands\ntilleuls. Puis, mon cher père, Albrecht Dürer, a servi longtemps le vieux\nJeronimus Holper, qui a été mon aïeul, jusqu'en l'année 1467 après la nais-\nsance du Christ. Alors mon aïeul lui a donné sa fille, une jeune fille jolie et\nbien faite, appelée Barbara, âgée de 15 ans, et le mariage fut célébré huit\njours avant la Saint-Guy. Que l'on sache aussi que mon aïeule, la mère de\nma mère, est fille d'Ollinger, de Wissenburg, et s'est appelée Kunigund. Et\nmon cher père a eu de son épouse, ma chère mère, les enfants suivants dont\nje copie la liste, mot pour mot, comme il l'a écrite dans son livre.\n    (Suit la nomenclature des dix-huit enfants, dont) :\n    3. — Item 1 an 1471 après la naissance du Christ, à la sixième heure, le\njour de la Saint-Prudentien, un mardi de la Semaine sainte, ma ménagère\n Barbara me donna mon second fils dont Anthoni Koburger fut parrain, et\nqu'il nomma Albrecht, comme moi.\n    14. — Item, l'an 1484 après la naissanee du Christ, avant le jour de la\n Saint-Marx, une heure après minuit, ma ménagère me donna mon quatorzième\n enfant, et Endres Stromayr fut parrain et nomma aussi mon fils Endres.\n    17. — Item, l'an 1490 après la naissance du Christ, le jour où MM. du\n Conseil célébrant le carnaval, deux heures après minuit, le dimanche matin,\n ma ménagère me donna mon dix-septième enfant, et Messire Georg, vicaire à\n Saint-Lebald, fut parrain. C'est mon troisième fils qui s'appelle Hauns.\n    Mais mes frères et sœurs, enfants de mon cher père, sont tous morts, les\n uns dans leur jeunesse, les autres, sitôt qu'ils ont commencé à grandir. Nous\n ne sommes plus en vie que trois frères, aussi longtemps qu'il plaira à Dieu,\n nommément moi Albrecht, mon frère Endres et mon frère Hauns, le troisième\n des enfants de mon père qui porta ce nom.\n     Item, le susdit Albrecht Dürer l'Ancien a grandement peiné et âprement\n travaillé sa vie durant et n'a pas eu d'autre ressource que son métier pour se\n nourrir, lui, sa femme et ses enfants. Pour cette raison, il mit de côté bien\n peu de chose. Il eut aussi à souffrir toutes sortes d'afflictions, de contestations\n et de désagréments. I1 eut aussi, auprès de tous ceux qui l'ont connu, un bon\n renom, car il mena une vie honorable et chrétienne, fut un homme patient\n et doux, affable envers chacun, toujours reconnaissant envers Dieu. Il ne\n s'adonna pas beaucoup à la société, ni aux joies mondaines, il était sobre de\n paroles et c'était un homme craignant Dieu.\n     Celui-ci, mon cher père, s'est consacré à ses enfants pour les élever dans le\n respect de Dieu. Puis, son plus cher désir était d'inculquer à ses enfants de\n  bons principes, afin qu'ils fussent agréables à Dieu et aux hommes. Et chaque\n  jour il nous répétait que nous devions aimer Dieu et nous comporter honnête-\n"}, {"page_pdf": 589, "page_imprimee": 520, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3256, "texte": " 520                                DURENDAL\n\n\n  ment envers notre prochain. Et mon père avait pour moi une prédilection\n  parce qu'il voyait que j'étais appliqué au travail pour apprendre. A cause de\n  cela mon père me mit à l'école, et lorsque j'eus appris à écrire et à lire, il me\n  sortit de l'école et m'enseigna le métier d'orfèvre Et lorsque je sus travailler\n  proprement, mon goût me porta plus vers la peinture que vers le métier\n  d'orfèvre. Je le dis à mon père. Mais il ne fut pas bien content parce qu'il\n  regrettait le temps perdu que j'avais employé à l'apprentissage d'orfèvre.\n  Mais il me laissa libre et l'an 1486 après la naissance du Christ, le jour de la\n  Saint-Endres, mon père m'engagea en apprentissage chez Michael Wohlge-\n  miith, pour le servir trois ans durant. Pendant ce temps, Dieu m'accorda\n  l'application, en sorte que j'appris bien. Mais il me fallut beaucoup\n  souffrir des compagnons. Et lorsque j'eus fini mon temps, mon père m'en-\n  voya au loin et je restai quatre ans éloigné jusqu'à ce que mon père me\n  rappela. J'étais parti en l'année 1490, après Pâques, je revins en l'année 1494\n  après la Pentecôte. Et lorsque je fus revenu à la maison, Hauns Frey négocia\n  avec mon père et me donna sa fille, une jeune fille du nom d'Agnes et me\n  donna avec elle deux cents florins et ordonna le mariage qui eut lieu le lundi\n  avant la Sainte-Margarethe, l'an 1494. Puis, il arriva tout à coup que mon\n  père tomba malade de coliques telles que personne ne pouvait les enrayer.\n  Et quand il vit la mort devant ses yeux, il s'y abandonna de bon cœur avec\n  une grande patience et me recommanda ma mère et nous recommanda de\n  vivre chrétiennement. Il reçut aussi les saints sacrements et passa chrétienne-\n ment comme je l'ai d'écrit tout au long dans un autre livre, l'an 1502, après\n minuit, la veille de la Saint-Matthieu; que Dieu lui soit miséricordieux et\n doux. Puis, je pris chez moi mon frère, le petit Hauns, mais Endres, je\n l'envoyai au loin Puis, deux ans après la mort de mon père, je pris ma mère\n chez moi, car elle n'avait plus rien du tout. Et comme elle habitait avec moi,\n l'an 1513, elle tomba malade, un mardi matin, gravement et subitement, et\n elle garda le lit toute une année. Et un an, jour pour jour, après qu'elle fut\n tombée malade, le vendredi, dix-septième jour de mai de l'an 1514, après récep-\n tion des saints sacrements, elle a passé chrétiennement deux heures avant\n minuit, et moi-même j'ai prié au pied de son lit. Que Dieu tout-puissant\n lui soit miséricordieux î\n    Ensuite, l'an 1521, le dimanche avant la Saint-Barthélémy, dix-huitième\njour de mai, sous le signe des Gémeaux, ma chère belle-mère, l'Hauns Freyin\ntomba malade. Ensuite, le vingt-neuvième jour du mois d'automne, après\nréception des saints sacrements, elle a passé dans la nuit vers neuf heures,\nd'après l'heure de Nuremberg. Que le Dieu tout-puissant lui soit miséricor-\ndieux !\n    Ensuite, l'an 1521, le jour où Notre-Dame fut présentée au temple, le\nmatin, avant l'Angelus, mon cher beau-frère, Hauns Frey, a passé, qui était\nmalade depuis six ans, qui aussi eut à souffrir dans le monde toute espèce de\nrevers, qui aussi a passé avec les sacrements. Que le Dieu tout-puissant lui\nsoit miséricordieux !\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-013", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 521, "page_fin": 521, "titre_corps": "Le Drageoir aux Épices", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Le Petit Épicier", "ancre_debut": "Le Drageoir aux Épices A RAISON DES FORTES CHALEURS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 590, "page_imprimee": 521, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 158, "texte": "Le Drageoir aux Épices\n\n\n\n\nA RAISON DES FOR-\nTES     CHALEURS\nLES   MARCHANDI-\nSES NE SONT PAS\n     EXPOSÉES\n A    L'ÉTALAGE\n             LE PETIT ÉPICIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison08-014", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 522, "page_fin": 534, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES  LE ROMAN :   Le n o u v e a u d o c t", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 591, "page_imprimee": 522, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "LES LIVRES\n\nLE ROMAN :\n  Le n o u v e a u d o c t e u r , par JULES PRAVIEUX. — (Paris, Plon.)\n   Nos lecteurs connaissent Jules Pravieux depuis longtemps. Nous ne lui\navons pas ménagé nos éloges. Il ne les a jamais autant mérités qu'aujour-\nd'hui par le roman qu'il vient de publier : Le Nouveau Docteur. Le talent\nmagistral de l'auteur à décrire les scènes de la vie de province et à analyser\nla psychologie si intéressante de l'âme provinciale atteint ici son apogée.\nQu'elle est donc jolie, touchante, empoignante même parfois cette naïve\nhistoire du concurrent que le vieux docteur de Brenay-sur-Andarge, brave\nhomme, mais un peu bourru, voit arriver sur son terrain avec une irritation\nsans pareille. Le concurrent, c'est l'ennemi pour lui, et son dépit va presque\njusqu'à une haine qui serait féroce si elle n'était si puérile. Pour comble de\nguigne, le vieux attrape une pleurésie, et les circonstances veulent qu'il soit\nobligé de se faire soigner par le jeune. Celui-ci triomphe d'une maladie qui\nparaissait incurable, et finit par épouser l'enfant unique du vieux bougon,\nune jeune fille toute idéale, toute pure, une vraie chrétienne.\n   Cette délicieuse histoire est racontée avec un naturel qui frise le chef-\nd'œuvre, en un style pimpant, alerte, auquel l'auteur nous avait habitué, du\nreste, et qui s'est affiné encore.\n   Enfin, comme tous les romans précédents de l'auteur, celui-ci est pétillant\nd'esprit, plein de verve, débordant d'un humour exquis et de bon aloi.\n   Lisez donc tous ce roman et lisez même tous les romans de cet auteur. Je\nvoudrais les voir tous dans toutes les bibliothèques de famille. Ils sont tous\ncharmants, vivants, admirablement écrits et tous d'une propreté morale\nabsolue; ce qui nous repose de tous les romans faisandés dont une certaine\nlibrairie parisienne inonde, hélas ! le marché du livre, au grand dam non\nseulement des âmes, mais même des intelligences, qui n'ont rien à gagnera\nse nourrir de cette pourriture soi-disant littéraire.\n                                                                      H. M.\n\nV e r s l a l u m i è r e , très beau, par EMILE POITEAU. — (Paris, Grasset.)\n   Voici encore un superbe roman chrétien solidement charpenté et très\nfinement écrit, une œuvre vraiment littéraire. Nous le signalons avec le plus\nvif plaisir à tous ceux qui aiment une littérature propre, à tendance idéaliste\net imprégnée de foi chrétienne. Loin de nuire à l'intérêt de l'histoire inventée\npar le romancier, l'idée chrétienne, parce qu'elle y est développée par un\nécrivain de talent, en double le charme.\n"}, {"page_pdf": 592, "page_imprimee": 523, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3258, "texte": "                                     LES LIVRES                                         523\n\n   C'est l'histoire d'un j e u n e h o m m e qui après s'être détourné des traditions\nfamiliales et s'être p e r d u dans les ténèbres de la vie parisienne, remonte vers\nla lumière en retournant au foyer des ancêtres, et y trouve enfin la paix et\nla joie qu'il ne connaissait plus.\n   J'engage vivement tous ceux qui ont horreur du roman moderne, à cause de\nsa crudité, pour ne pas dire de sa saleté, à lire ce roman-ci.\n   11 est une preuve manifeste de la vérité de l'idée que nous avons toujours\ndéfendue ici, à savoir que le roman chrétien est non seulement possible, mais\naussi beau, aussi puissant et même, à mon avis du moins, plus intéressant que\ntoutes les fastidieuses et malpropres histoires d'adultère des romans à la m o d e .\n                                                                           H . M.\n\nL a m a r e a u x g o s s e s , par JACQUES DES GACHONS. — ( P a r i s , F o n t e -\n   moing.)\n   Le spirituel et a i m a b l e auteur de Lily Wright est trop connu des lecteurs\nde Durendal pour q u e l'on ait besoin de b e a u c o u p insister sur ses qualités\ncharmantes. A la m ê m e veine que ce conte exquis appartient la série qu'il a\npublié sous ce titre : La Mare aux Gosses. Même élégance de style, même\nhumour, même souci de moralité délicate sans être prêcheuse; sujets tra-\ngiques parfois, traités dans u n e note émouvante, ainsi dans le Miracle d'après-\ndemain ou la Révolte du Pétrole qui évoque, dans une sorte de cauchemar dan-\ntesque, une ruée d'automobiles en délire. D'autres finissent en éclat de rire,\ncomme l'Invitée ou la Chemise du Revenant. D'autres sont ironiques ou cin-\nglantes comme le Frisson nouveau. Mais à quoi bon poursuivie cette énuméra-\ntion?\n   Mieux vaut qu'on p r e n n e et qu'on lise cette œuvre joviale et saine, bien\nfrançaise de langue et d'esprit.                                           E . C.\n\nL e p è l e r i n a g e d e S a i n t e B r i g i t t e , par VERNER VON HEIDENSTAM.\n   Traduction du suédois par S. Garling-Palmer. — (Paris, Perrin.)\n   Curieux roman historique, d o n t l'auteur, « jusqu'ici peu connu en F r a n c e ,\nest à l'heure actuelle l'un des hommes les plus en vue dans le monde litté-\nraire Scandinave ». Œ u v r e aux étranges reflets de pourpre sombre que la\nsainte traverse, hiératique, se rendant à R o m e , pour y rappeler le pape d'Avi-\ngnon, puis à J é r u s a l e m , p o u r y adorer le saint T o m b e a u , luttant contre les\nclameurs de sa famille qu'elle sacrifie à son ascétisme farouche, contre les\nfoules qui l'insultent, contre son orgueil en révolte, pour n'entrer que tout à\nla fin dans le g r a n d apaisement de la mort et du soir. Telle que l'auteur\nl'évoque, elle m a n q u e de cette tendresse chrétienne qui déborde infaillible-\nment du cœur des saints, même les plus austères, d'autant plus indulgents à\nautrui qu'ils sont plus durs à eux-mêmes. Quoi qu'il en soit, le livre est d'un\nmaître écrivain.                                                                    E . C.\n\nLe t r i o m p h e d e l ' h o m m e , par FRANÇOIS LÉONARD. — (Bruxelles,\n Lamberty.)\n Comme W e l s , mais avec plus de splendeur et de poésie, M. François L é o\n"}, {"page_pdf": 593, "page_imprimee": 524, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3163, "texte": "524                                        DURENDAL\n\n\n\nn a r d évoque la nature et l'humanité de l'avenir. Mais le triomphe de l'homme\nest bien éphémère dans ce livre q u i se ferme sur l'émouvant tableau du cata-\nclysme o ù toute vie s'engloutit, où s'engloutit ce m o n d e même, donnant\nainsi un démenti à la conception matérialiste d e l'auteur, proclamant que\n\" l'homme était à présent son propre dieu \".\n                                                                        E. C.\n\nL a gloire de D o n             R a m i r e , p a r E N R I Q U E L A R R E T A , t r a d u i t de l'espa-\n   gnol p a r R e m y de G o u r m o n t . — ( P a r i s , Mercure d e F r a n c e . )\n    F a r o u c h e et s o m p t u e u s e évocation de l ' E s p a g n e au temps d e Philippe II :\naventures de crime et d'amour, mysticisme exalté et sensualité débordante,\ntertullias d a n s les vieux palais, autodafés sur les places publiques, avec des\nperspectives s u r l'Italie artiste et lettrée, s u r les F l a n d r e s rouges de sang et\nsur le Pérou a u x entrailles d'or.\n                                                                                           E. C.\n\nModeste         A u t o m e , p a r MARGUERITE B A U L U . — ( P a r i s , Leclercq.)\n   Histoire d'une servante, d'une âme h u m b l e , qui n o u s révèle les chagrins\nde sa vie en u n e langue d'un réalisme savoureux et d'une poésie charmante.\nDes scènes d'orphelinat, d'office et d'hôpital s'évoquent successivement, et\nnous pénétrons à la suite de l'auteur et de son héroïne quelques-uns des\narcanes d u quartier des Marolles. Il n ' y a rien d a n s tout cela qui soit très\npoétique, semble-t-il, et pourtant, sur toutes ces choses humbles, et ternes,\net douloureuses, tremble u n perpétuel rayon d ' o r .\n                                                                           E. C.\n\nUn jacobin de l'an C V I I I ,           p a r P R O S P E R - H E N R Y DEVOS. — (Bru-\n   xelles, Association des écrivains belges.)\n   N o u s ignorons d a n s quelle mesure l'auteur s'identifie avec le gamin dont il\nfait son héros, sorte d e Saint-Just moins chaste qui révèle u n e âme affreuse-\nment étroite et haïssable de sectaire. D u moins, la psychologie en est-elle\nbien fouillée.\n                                                                                E. C.\n\nL e p a s t e u r p a u v r e , p a r EDOUARD R O D . — ( P a r i s , P e r r i n . )\n   Petit livre exquis, spirituel, a m u s a n t , quoique a u fond la philosophie en\nsoit plutôt a m è r e . Attachant récit des tribulations de l'honnête pasteur\nM. Cauche qui, pour n e jamais transiger avec ce qu'il croit être son devoir\nmoral, pour se refuser scrupuleusement à l'ombre m ê m e d'un compromis\nquel qu'il soit, vit et meurt incompris et calomnié j u s q u e dans la mort\npar les âmes médiocres avec lesquelles sa destinée n e cesse de le mettre en\ncontact.\n                                                                                      E. C.\n\nA u f o n d d e s y e u x , petits poèmes en prose, par JEAN DE B È R E . — (Paris,\n  Perrin )\n  Recueil d e poèmes d o n t l'idéalisme vague, nuageux et comme dissous\n"}, {"page_pdf": 594, "page_imprimee": 525, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3076, "texte": "                                 LES LIVRES                                   525\n\ndans on ne sait quelle diaphanéité impalpable, ne permet guère de tenter\nl'analyse, mais où l'on trouve à louer une langue harmonieuse et probe, la\nnoblesse, l'élégance et la distinction des images, et un talent prometteur.\n                                                                    E . C.\n\nP a r - d e S S U S l a h a i e , par SANDER PIERRON. — (Bruxelles, Association\n  des écrivains belges.)\n  Journal d'un été à la c a m p a g n e , dans un coin champêtre et plantureux d u\nBrabant; notations de sites et de mœurs agrestes vus par un artiste avec des\nyeux d'artiste et r e n d u de simple et pittoresque façon.\n                                                                          E . C.\n\nLITTÉRATURE :\nUn cahier inédit d'Eugénie de Guérin, par le comte de COLLE-\n   VILLE. — (Paris, Mercure de France.)\n   L'auteur de cette publication a raison de considérer ce cahier comme la\npartie la plus émouvante de l'œuvre d'Eugénie. Dans une préface et des\ncommentaires d'ailleurs fort intéressants, il émet toutefois, à propos de la\nsincérité religieuse de Maurice de Guérin, des appréciations injustifiables.\nSans parler du reproche de panthéisme dont on a, nous semble-t-il, par trop\nabusé à l'égard, non seulement de Maurice, mais de tous les poètes qui ont\npassionnément aimé la nature, y compris L a m a r t i n e et Chateaubriand, il va\njusqu'à mettre en doute — et ceci est monstrueux — la sincérité de sa mort\nchrétienne. Cette mort, affirme-t-il gratuitement et sans l'ombre d'une preuve,\nn'eût été qu'une pieuse comédie devant épargner à Eugénie la douleur\naffreuse de voir son frère mourir en athée.\n   Tout dans la vie de Maurice proteste contre une telle assertion. L a\nnoblesse de son caractère, le fond religieux de son âme et l'inspiration reli-\ngieuse de son g é n i e , la ferveur de son adolescence et de sa jeunesse. Sans\ndoute, plus tard, il y eut défaillance, des passages nombreux du journal et des\nlettres d'Eugénie le prouvent évidemment. Maisde là à l'impénitencefinale,la\ndistance est grande et l'on p e u t jurer qu'elle ne fut pas franchie! Sainte-Beuve,\nsectaire et fielleux j u s q u e d a n s ses sympathies les plus prononcées, a soi-\ngneusement fait ressortir les écarts d'intelligence où Maurice put se laisser\n entraîner. Mais il n'a pas mis en doute sa fin chrétienne.\n    Et l'on regrette de voir une si révoltante hypothèse soutenue par un écri-\n vain qui pourtant aime et admire ce délicieux couple fraternel et nous rend\n le service de publier ce supplément de journal tout palpitant, tout saignant\n d'émotion et d ' a m o u r .\n    Nous lui savons gré de nous éclairer sur la passion de Maurice pour\n  Mme de Maistre, sur le rôle joué entre Maurice et la baronne par Barbey\n d'Aurevilly, sur le conflit entre Eugénie et sa belle-sœur que les réticences\n du journal laissaient déjà entrevoir, sur les souffrances de Maurice prison-\n nier de son union avec u n e femme sans beaucoup de cœur ni de tête et qu'on\n devine odieusement médiocre.\n"}, {"page_pdf": 595, "page_imprimee": 526, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3385, "texte": "526                                       DURENDAL\n\n\n   Il y a d a n s ce s u p p l é m e n t d e magnifiques élans d e passion fraternelle et\nde déchirants cris de douleur.\n   On y assiste à l'agonie d'âme de cette noble fille, p o u r qui son frère est\ntout et qui se sent écartée d e lui p a r la sotte jalousie d e l'épouse ; et cela au\nm o m e n t où la santé d e son frère, c h a q u e jour déclinante, l'inquiète et la tor-\nture et l'emplit d'un pressentiment de mort.\n   E t la mort vint, mais encore u n e fois elle vint chrétienne et bénie! et il\nfaut en relire la relation d a n s le J o u r n a l pour sentir à l'évidence qu'Eugénie\nne fut point abusée, q u e l'enfant qu'elle avait tant aimé m o u r u t dans les\nbras d e l'Eglise, et qu'elle avait raison d'offrir les dernières pages jaillies de\nson â m e et toutes brûlantes de sa douleur : « A Maurice a u Ciel ».\n                                                                         E M I L E CHARDOME.\n\n\nReligion        e t l i t t é r a t u r e , p a r P A U L H A L F L A N T S . — (Bruxelles, Société\n    belge d e Librairie.)\n    Livre intéressant u n p e u à la façon de ces causeries à bâtons rompus où,\nle soir, entre amis épris d e littérature, on effleure les u n s après les autres les\nn o m s et les œuvres célèbres. L ' i d é e et la forme sont, chez M. l'abbé Halflants,\ntoujours attachantes, soit qu'il apprécie avec compétence, largeur d'esprit,\ncompréhension et sympathie, l'œuvre d e H u y s m a n s , soit qu'il dise leur fait à\nce vilain chat venimeux d'Anatole F r a n c e et au Catulle Mendès de la Vierge\nd'Avila, soit qu'il réduise à sa juste valeur le charlatanesque dernier drame de\nR o s t a n d , soit q u e , d a n s ce volume q u i s'ouvre par u n bel éloge de S. E. le\ncardinal Mercier, il évoque des noms qui sont l'honneur de notre jeune litté-\nrature catholique : D o m B r u n o Destrée, Carton d e Wiart, H e n r i Davignon,\nFirmin V a n den Bosch, Victor Kinon et P i e r r e N o t h o m b . O n voudrait seu-\nlement que les articles réunis d a n s ce livre, dussent-ils être moins nombreux,\nfussent chacun moins exigu, permettant à l'auteur de traiter à fond des sujets\nd o n t parfois il n'a p u q u e nous indiquer un peu superficiellement les grandes\nlignes.                                                                           E. C.\n\nL e s g r a n d e s m y s t i f i c a t i o n s l i t t é r a i r e s , par AUGUSTIN THIERRY.\n     — (Paris, Plon.)\n    P r o m e n a d e a n e c d o t i q u e d ' u n très vif intérêt à travers ces mystifications\ndont la poésie d'Ossian retrouvée p a r Macpherson est demeurée le type. Le\ncurieux c'est q u e ces m ê m e s poèmes q u ' o n proclamait des œuvres de génie\nq u a n d on les croyait d'Ossian, n'ont plus été du tout des œuvres de génie\nq u a n d on a su qu'elles étaient de Macpherson. P o u r t a n t , comme le dit très\nbien M. T h i e r r y , u n e œuvre n'est p a s négligeable qui contribue pour une\ntelle part à déterminer d a n s toute l'Europe les mouvements romantiques\net d e m e u r e u n e des principales sources où s'alimente le génie de Cha-\nteaubriand.\n                                                                                         E. C.\n\nE n W a l l o n i e , p a r L o u i s PIÉRARD. — (Bruxelles, Lamertin.)\n  E t u d e s et croquis d u pays wallon. Traditions et folklore. On sent que Tau-\n"}, {"page_pdf": 596, "page_imprimee": 527, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2953, "texte": "                                      LES    LIVRES                                      527\n\nteur doit aimer Barr7s. L ' â m e joyeuse et légère de la Wallonie l'inspire. On\nle voudrait moins imbu de ce scepticisme incroyant qui gangrène certaines\nfoules wallonnes et fait mieux ressortir la foi robuste et vivace de nos F l a n d r e s .\nMais tous les admirateurs du grand poète si odieusement traité naguère par\nun jury brabançon lui sauront gré des nobles pages qu'il consacre à la prison\nde Verlaine.\n                                                                          E . C.\n\nF i g u r e s l i t t é r a i r e s , par LUCIEN MAURY. — ( P a r i s , P e r r i n . )\n   Ce livre d o n n e l'impression d'une promenade à travers la littérature m o n -\ndiale contemporaine sous la conduite d'un guide intelligent et disert. A noter\nune très fine et pénétrante analyse de Collette Baudoche, de l'œuvre c o m p o -\nsite de Maurice Maindron, de l'œuvre des poétesses françaises modernes, etc.\nPar contre, le m a n q u e de sens religieux lui fait interpréter tout de travers la\npsychologie d ' H u y s m a n s .\n                                                                                        E . C.\n\nL ' é q u i v o q u e d u c l a s s i c i s m e , par GASTON SAUVEBOIS. — (Paris,\n    L'Edition Libre.)\n    Le présent petit livre ne la dissipera point, cette trop réelle équivoque.\nAussi bien, l'opuscule s'affirme-t-il politique bien plus que littéraire, s'affirme-\nt-il surtout un plaidoyer en faveur du républicanisme moderne contre les\nthéories traditionnalistes de l'Action Française.\n                                                                          E . C.\n\nLa t h é â t r o m a n i e , par L É O N LEGAVRE. — (Mons, Edition de la Société\n   Nouvelle.)\n   Indigeste fatras où il est question de tout, même de théâtre. Fréquentes\nexcursions sur le terrain religieux, où l'auteur révèle une hostilité qui n'a\nd'égale que son i n c o m p é t e n c e . L'honnête pharmacien d'Yonville en devient,\npar comparaison, sympathique, large et compréhensif.\n                                                                             E . C.\n\nLA M U S I Q U E :\nLully, par      L I O N E L DE LA LAURENCIE (Collection Les Maîtres de la\n   Musique). — ( P a r i s , Alcan.)\n   Etude aussi intéressante que richement documentée sur Lully et sur son\nœuvre. Le début du XVIIe siècle est marqué par une évolution dans l'art\nmusical qui perd peu à peu son caractère polyphonique, tandis que s'ac-\ncentue de plus en plus la séparation entre « l'harmonie qui, serrée, compacte,\nse concentre d a n s la basse continue, et la mélodie fluide, mélancolique ou\nlégère, qui vient s'y opposer c o m m e une entité distincte ».\n   Cette transformation progressive est très apparente dans les comédies-\nballets de Lully que M. de Laurencie examine d'abord. Il passe ensuite à\nl'analyse approfondie du style lullyste dans la musique religieuse, où il faut\n"}, {"page_pdf": 597, "page_imprimee": 528, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3400, "texte": "528                                     DURENDAL\n\n\nsurtout retenir le Miserere, et d a n s la musique d'opéra qui D'Atys à Phaéton\nconserve son caractère de galanterie raffinée p o u r s'élever à l'expression\ntragique dans Amadis, Roland et Armide. Ces trois opéras peuvent être\nconsidérés avec la gracieuse pastorale d'Acis et Galathèe comme les chefs-\nd'œuvre de L u l l y .\n    M. de la L a u r e n c i e définit l'esthétique du maître florentin qui se complaît\nd a n s le métaphorisme l'allégorie continuelle « le F r a n ç a i s d'alors, en raison\nde son profond intellectualisme, ne g o û t a n t l'émotion sonore qu'associée à\nu n e idée précise ». L'art de Lully est d'ailleurs moins u n e création originale\nq u ' u n e brillante et judicieuse synthèse où interviennent à la fois le style\nfrançais et le style italien, ce dernier à u n moindre degré.\n    L'élément essentiel de l'opéra lullyste est le récitatif, ce qu'explique le\nprestige exercé à cette époque par la déclamation des acteurs de la Comédie\nfrançaise. Cependant chez Lully le sens dramatique n'est guère développé. Il\nexcelle au contraire à rendre les émotions tempérées. Il est heureux aussi\nd a n s l'expression d u sentiment de la nature mais « bien e n t e n d u de la nature\ntelle que le XVIIe siècle la concevait, c'est-à-dire o r d o n n é e , stylisée, géomé-\ntrique, d ' u n e nature où a p p a r a î t partout la m a r q u e de l'homme ». Ces dons\nde peintre délicat se révèlent d a n s les symphonies descriptives de Lully,\nparticulièrement d a n s ses Sommeils où il côtoie l'impressionisme par le\nc h a r m e d'imprécision qu'il leur c o m m u n i q u e , bien qu'en général son art\ndescriptif conserve un caractère s u r t o u t objectif. Les symphonies qui\noccupent u n e place très importante d a n s les opéras de L u l l y et qui com-\nportent trois groupes, Ouvertures et Ritournelles, Symphonies descriptives ou pitto-\nresques, Airs de danse sont peut-être la partie la plus intéressante de son œuvre.\n « Q u a n t à son matériel h a r m o n i q u e , loin de dépasser son temps il se montre\nau contraire moins riche q u e celui de ses devanciers, tant Italiens que\n Français. »\n     L'influence de Lully fut considérable, elle se retrouve j u s q u e dans certaines\nsuites de Bach, dans des airs de Haendel et le très distingué critique la résume\nparfaitement en ces quelques lignes :\n     « L u l l y eut un succès triomphal et immédiat qu'il dut, non seulement à\ncette sorte d'art moyen auquel il a attaché son n o m , mais aussi aux circon-\nstances, car, apparaissant dans un moment d'hésitation et de crise, il rallia\ntout le m o n d e par sa décision. Il créa une tradition, celle de l'opéra français,\ntradition à laquelle R a m e a u et Gluck se soumirent. Bien plus, de Spontini à\n Meyerbeer et à G o u n o d , tout le côté p o m p e u x , décoratif de notre tragédie\nlyrique, ses défilés, ses scènes héroïques et religieuses, appartiennent à\nl'héritage de L u l l y . »\n                                                                              G. DE G.\n\nL'Art g r é g o r i e n , par AMÉDÉE GASTOUÉ.\nL ' a n n e a u du N i b e l u n g de R i c h a r d W a g n e r , par A. POCCHAM\n  MER. T r a d u c t i o n de Chantavoine. — (Paris, Alcan.)\n  Le premier de ces deux livres débute par u n e introduction historique sur\nGrégoire le Grand et sur son époque, puis étudie l'art grégorien dans ses\n"}, {"page_pdf": 598, "page_imprimee": 529, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3130, "texte": "                                  LES LIVRES                                    529\n\n\norigines, ses développements et les diverses formes musicales qu'il a revêtu,\nau moment de son apogée, de sa décadence et de sa restauration par l'ordre\ndes Bénédictins. D ' u n e érudition u n peu sèche, bien que très avertie, il\nintéressera les spécialistes de la matière.\n   Nous r e c o m m a n d o n s vivement aux amateurs d'art wagnérien l'excellente\ntraduction que M. Chantavoine vient de publier de l'ouvrage de P o c h h u m m e r\nsur le Ring, très connu et justement apprécié en Allemagne. L'analyse des\nthèmes de la Tétralogie y est présentée d'une manière fort complète, avec\nautant de clarté que de judicieuse méthode, non à u n point de vue strictement\ntechnique, mais avec le souci constant de dégager et d'éclairer tout ce que\nces thèmes contiennent de poésie et de significations esthétiques. Ce petit\nmanuel de moins de deux cents pages est indispensable à quiconque veut\nacquérir une compréhension vraie et approfondie de ce drame grandiose,\nmais dont sans commentaires tant de parties demeurent obscures.\n                                                                      G. DE G.\n\n\nPUBLICATIONS D'ART :\n\nL ' A r t c h r é t i e n p r i m i t i f , par M. MARCEL LAURENT. Deux volumes\n    illustrés. — (Bruxelles, Vromant.)\n    Il n'est a u c u n e période de l'histoire de l'art moderne qui soit plus obscure\net, en même temps, plus attirante que celle que M. Marcel Laurent étudie\ndans ce livre dont nous n o u s plaisons à signaler tout d'abord les qualités\néminentes, l'érudition sûre, la méthode excellente et la parfaite clarté. Les\névolutions esthétiques sont toujours lentes : l'art qui règne a toujours\nconservé quelque chose de l'art auquel il a succédé et il ne se peut pas qu'il\nne décèle pas déjà les indices de l'art qui le remplacera. Il n'en a pas été\nautrement de l'art chrétien primitif qui a dû beaucoup à l'art hellénistique,\nbeaucoup aussi à l'art oriental, beaucoup encore, quoique moins, à l'art\nromain.\n    Mais la transformation de l'art qui s'est effectuée entre le premier et le\nIVe siècle n'a q u ' u n e analogie superficielle avec les phénomènes du même\ngenre qui se sont produits par la suite. Il ne s'agissait pas alors d'un simple\nrenouvellement des formes de l'art, des idées esthétiques auxquelles il obéis-\nsait, sans que, du reste, la nature de ses inspirations subît aucun changement,\ncomme il arriva, p a r exemple, à la fin du XIVe siècle, lorsque la conception\nréaliste eut achevé de triompher partout de la conception idéaliste qui préva-\nlait jusque-là.\n     La pensée que les chrétiens des premiers siècles voulaient exprimer dans\nles essais timides de leur art naissant était non seulement sans antécédents\n dans l'art a n t i q u e , mais encore elle était en opposition complète avec\n l'idéal que celui-ci avait magnifiquement manifesté. Cependant, ils ne\n pouvaient pas plus se soustraire à la nécessité d'utiliser, dans l'art, des\n éléments empruntés au paganisme, qu'ils n'auraient pu, dans la prédication\n et les choses du culte, rejeter l'emploi de la langue usuelle.\n"}, {"page_pdf": 599, "page_imprimee": 530, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3510, "texte": " 530                                        DURENDAL\n\n\n     Mais, après les temps primitifs où les persécutions enfermèrent les\nexpressions de la foi dans des formes cryptographiques, on voit se développer\n et grandir un art nouveau q u i , tout en s ' a p p u y a n t à l'art ancien, très\n florissant encore, est en défiance de lui et s'efforce de créer des formts\ntoutes chrétiennes et incapables de susciter dans l'esprit, parfois hésitant, du\nspectateur de dangereux rappels mythologiques.\n    Ce n'est là q u ' u n e phase de l'histoire de ces origines, mais c'est celle peut-\nêtre dont les œuvres, d a n s leur insuffisance g a u c h e et délicieuse, impres-\nsionnent davantage, parce q u e la ferveur profonde q u i les a inspirées apparaît\nlà c o m m e dans son essence, dans son esprit, sous des formes presque imma-\ntérielles. Cet art, dans sa fraîcheur et d a n s sa grâce modeste, est très près des\nt e m p s d e l'Evangile, mais il fallait enfin q u e , c o m m e le christianisme lui-\nm ê m e , il sortît des catacombes. Il en sortit, en effet; son humilité devint,\npeu à p e u , domination, et tout à la fois influençant et influencé, il trouva\nson expression suprême d a n s l'art byzantin, signification hautaine de la\ndoctrine t r i o m p h a n t e .                                          ARNOLD GOFFIN.\n\n\n L e s g r a n d s a r t i s t e s : Botticelli, p a r M . R . S C H N E I D E R . — (Paris, Lau-\n     rens.)\n     Certains esprits délicats o n t failli p r e n d r e Botticelli et son œuvre en aver-\nsion, à cause des admirations équivoques ou sottes q u e l'un et l'autre ont eu\nà subir. Botticelli a été à la m o d e , en effet, parmi les esthètes q u i , comme on-\nsait, appartiennent à u n e espèce fort désagréable de b a d a u d s prétentieux et\n b a v a r d s . Mais bien que cette vogue, d'ailleurs m o m e n t a n é e , ait été l'occasion\nde b e a u c o u p d'inepties, il ne faut pas trop s'irriter contre celles-ci, en son-\n geant q u e les dits esthètes remplissent peut-être d a n s l'art le rôle de propaga-\n teurs inconscients de beauté. Ils sont c o m m e ces insectes nuisibles qui, sans\nle savoir, emportent le pollen d e s fleurs et deviennent ainsi des agents passifs\n de fécondation.\n     D a n s ce XVe siècle florentin qui fut a m o u r e u x de la réalité presque jusqu'à\nl'abnégation de la personnalité de l'artiste, Botticelli est, en quelque façon,\nle premier peintre à l'œuvre duquel puisse s'appliquer le précepte formulé\np a r s o n a m i Léon-Battista Alberti : « L a peinture a pour b u t , moins de\nreprésenter les choses qui tombent sous le sens de la vue q u e tout ce qui est\nmatière de pensée. »\n     Les êtres q u e S a n d r o crée à la vie enchantée de son art n'ont rien de la\nbelle santé des calmes et fiers personnages de Ghirlandajo ; rien de la vita-\nlité presque enfantine de ceux de Gozzoli. U n e vie forte, tranquille et un\np e u indifférente a n i m e les personnages de ces m a î t r e s ; ceux de Botticelli\npensent et il semble q u e leur pensée soit inquiète comme celle de l'artiste lui-\nm ê m e . Car c'est u n inquiet, un sensitif, u n e n a t u r e un peu féminine, tendre,\nfaible, p r o m p t e à subir l'influenre de génies plus volontaires, Laurent de\nMédicis d'abord, Savonarole ensuite.\n    Son œuvre et sa vie, sur lesquels M. Schneider nous donne une étude\nremarquable, ont débuté et cheminé longtemps sur les routes merveilleuses\nde la jeunesse et d u p r i n t e m p s pour finir dans les tristesses d ' u n déclin\n"}, {"page_pdf": 600, "page_imprimee": 531, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3510, "texte": "                                      LES LIVRES                                      531\n\n\nassombri par des souvenirs tragiques. Il avait aimé L a u r e n t de Médicis, et\nLaurent était m o r t ; il avait aimé Savonarole, et Savonarole avait été suppli-\ncié... Ces deux g r a n d e s mémoires s'associaient, sans d o u t e , dans son cœur\net dans ses inutiles regrets. Il se rappelait les assemblées dans le palais a d m i -\nrable de la Via Larga ou sous les ombrages de Careggi, les paroles joyeuses\net ailées, les contes, les chansons, les beaux discours nourris de sagesse et\nde sérénité antiques, tout ce qu'il y avait d'esprit, de grâce, de b o n n e\nhumeur autour de la grâce accueillante, de l'esprit et de l'humeur allègres\nde L a u r e n t . Il sentait remonter dans son imagination toute la poésie fraîche\ncomme la n o u v e a u t é des fleurs, harmonieuse c o m m e les marbres antiques\nqui peuplaient les jardins du Magnifique; toute la poésie qui avait été\ncomme le fruit de ces jours heureux et qui avait inspiré ses œuvres les plus\nlyriques. E t presque aussitôt, il se rappelait la figure héroïque de Savona-\nrole, le vertige et la foudre de sa parole dans la chaire de Santa Maria del\nFiore, la sainteté de ses volontés, son effort sublime et chimérique pour\nentraîner Florence tout entière, toute cette population subtile et capricieuse,\nsur les sommets mystiques où il s'était élevé. E n t r e ces deux hommes, entre\nl'idéal de volupté de l'un et l'idéal de sacrifice de l'autre, le vieux S a n d r o qui\nles avait aimés également et également célébrés, restait plein de trouble et\nd'angoisse. E t c'est probablement pour apaiser ce débat cruel à son cœur\nqu'il entreprit une de ses dernières œuvres, l'Adoration des mages inachevée\ndes Offices, où, p o u r réunir et réconcilier ses héros au moins dans la mort, il\nplaça au premier r a n g L a u r e n t de Médicis qui, la tête baissée, adore Jésus\nque Savonarole lui m o n t r e de la m a i n . . .\n                                                                    ARNOLD G O F F I N .\n\n\n\n M a n u e l s d e l ' H i s t o i r e d e l ' A r t . Les Arts de la Terre, par M. R E N É\n   JEAN. U n vol. ill. — (Paris, L a u r e n s . )\n   On pourrait dire que ce livre fait l'histoire de la terre et du feu, c'est-à-dire\nun récit qui débute aux origines du m o n d e . La première et la plus naturelle\nindustrie de l ' h o m m e semble avoir été celle de la poterie; avec la vannerie,\nelle l'est encore des plus ignorantes peuplades de l'Afrique. Depuis l'origine\n— depuis dix ou vingt mille ans, écrit l'auteur — on pétrit la terre, on la\nmodèle, selon des formes plus ou moins gracieuses, et on la soumet à la\ncuisson, pour l'usage ou pour l'ornement. L e point de départ de M. J e a n ,\nfaute de vestiges remontant à une époque plus reculée, est l'Egypte préhisto-\nrique. Cette E g y p t e antérieure aux Pyramides était enterrée sous les tom-\nbeaux. L e s savants ont e x h u m é ce qui restait d'elle, rajeunissant ainsi\nl'antiquité déjà immémoriale des bords du Nil, comme ils ont fait aussi pour\nl'antiquité de la Grèce ou celle de Home, en reculant derrière elles l'horizon\nd'une antiquité p l u s lointaine.\n   L'art de la poterie a connu deux périodes principales en Grèce, la période\nmycénienne, fort influencée dans tous les arts par la Phénicie et par l'Egypte ;\npuis, après l'invasion dorienne du Xe siècle avant J . - C , du VIIe au IVe siècle,\nla grande et magnitique période p e n d a n t laquelle on fabriquait, à Athènes\n"}, {"page_pdf": 601, "page_imprimee": 532, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "532                               DURENDAL\n\n\n\nsurtout, dans le faubourg du Céramique, ces vases si délicats de forme et\nde décor, à fond rouge, noir ou blanc.\n   M. Jean étudie ensuite la céramique dans les pays musulmans, la Syrie,\nla Perse, l'Espagne; les origines et le développement de cet art dans tous les\npays occidentaux, en Italie, particulièrement à Faenza et à Udrin; en France,\nen Hollande, en Angleterre, en Belgique, etc. Enfin, à la Chine et au Japon.\nPuis, il nous dit les tentatives longtemps infructueuses pour imiter en Europe\nles porcelaines de l'Extrême-Orient et l'essor de cette belle fabrication en\nFrance, en Allemagne, en Angleterre vers la fin du XVIIe siècle, après la\ndécouverte de gisements de terre de kaolin. Il termine son substantiel travail,\ndont nous devons nous borner à indiquer l'abondante matière, par des\nchapitres où il résume l'histoire de la verrerie, du vitrail et de la mosaïque.\nD'excellents répertoires bibliographiques et une nombreuse illustration com-\nplètent cet utile et intéressant ouvrage.\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n\n\nHISTOIRE :\n\nB i s m a r c k e t l ' E g l i s e , par GEORGES GOYAU. 2 vol. — (Paris, Perrin.)\n   Ces deux volumes sont la continuation de la magistrale étude entreprise\npar G. Goyau sur l'Allemagne religieuse. Le premier volume contenait l'his-\ntoire du protestantisme contemporain en Allemagne. Il fut suivi de deux\nvolumes sur le catholicisme, dont voici la suite. Nous avons dit à propos\ndes volumes précédents toute notre admiration pour l'auteur. Ce qu'il y a\nsurtout de remarquable, c'est la quantité de documents qui ont été fouillés\npar l'auteur. Il a vraiment tout lu. Il a parcouru toute la littérature depuis\nles plus gros volumes jusqu'aux brochures et aux journaux qui pouvaient le\nrenseigner sur le sujet qu'il traitait. Et puis, loin de faire de cela une com-\npilation indigeste, une histoire ennuyeuse, il nous trace un tableau vivant,\npalpitant d'intérêt, un tableau complet, grandiose, fascinant des luttes mémo-\nrables soutenues par le catholicisme allemand contre le tyran Bismarck, luttes\noù l'Eglise catholique se montra digne de son divin fondateur Jésus-Christ\net dont elle sortit grandie, plus jeune et plus robuste que jamais.\n   Ces deux volumes sont écrits dans le style limpide, net, coulant propre à\nGoyau. C'est le vrai style convenant à des livres pareils. Jamais Goyau n'est\ntrop long. Jamais il n'ennuie. Goyau a le don de tenir toujours en éveil\nl'attention du lecteur, au point que celui-ci a peine à interrompre sa lecture\net s'empresse de la reprendre s'il doit la suspendre momentanément.\n   Il y a aussi parfois dans ces volumes des pages littéraires remarquables,\ncelles par exemple où il expose la physionomie d'un diocèse en particulier,\nle caractère d'un évêque, la silhouette d'une personnalité. Il y a entre autres\ndans un des deux volumes un portrait du fameux Winthorst, qui est une mer-\nveille, un petit chef-d'œuvre.\n   Tous les catholiques doivent avoir dans leur bibliothèque les livres de\nGoyau, et spécialement ceux qui ont pour objet l'histoire religieuse de\n"}, {"page_pdf": 602, "page_imprimee": 533, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "                                  LES LIVRES                                   533\n\nl'Allemagne contemporaine. C'est à la fois de la grande histoire et u n e apo-\nlogie magnifique de notre glorieuse église catholique.\n                                                                    H. M.\n\nLe Père Doussot, dominicain, et la Mère                             Elisabeth,\n  carmélite,       Sa   sœur,     par   le   P . MARIE-JOSEPH   DU SACRÉ-CŒUR,\n   carme. — (Paris, P l o n ) .\n   Ceux qui ne croient p a s à la grâce et à son action sur les âmes ni à la\nProvidence et à son intervention dans la vie des élus doivent lire cette\ncurieuse histoire. Elle est humainement inexplicable. Voici deux enfants qui\nnaissent de parents voltairiens et sont élevés par eux d a n s l'athéisme. E t tous\ndeux à un moment d o n n é sont, indépendamment de leurs parents ou plutôt\nmalgré eux, puisqu'ils ont élevé leurs enfants loin de Dieu et en dehors de\ntoute influence chrétienne, empoignés par la grâce, illuminés p a r la F o i ,\nconvaincus, entraînés vers Dieu et voués à son Eglise. E t non seulement ils\ndeviennent de b o n s chrétiens. Mais ils vont j u s q u ' a u bout, ils montent a u\nsommet, ils embrassent l'état religieux, c'est-à-dire la vie chrétienne parfaite,\nl'état de sainteté. Voilà u n e apologie en action de la vérité de l'existence de\nDieu, de la vie surnaturelle, de la véracité de l'Eglise et de la puissance de\nla grâce telle qu'il n ' y en a peut-être jamais eue de plus éloquente et de plus\npuissante. Cette intéressante histoire a trouvé un digne interprète dans le\nR. P . Marie-Joseph qui l'a admirablement comprise et supérieurement décrite.\n                                                                          H . M.\n\nAutobiographie de Henry Stanley, publiée par sa femme DORO-\n   THY STANLEY, traduite p a r Georges Feuilloy, 2 vol, — (Paris, Plon.)\n   Ces mémoires d u fameux Stanley sont du plus haut intérêt. L a première\npériode de sa vie n'est qu'un tissu d'abandon, de privations et de souffrances.\nRebuté par sa famille, il n'a pas de souvenirs d'une enfance joyeuse. Ses\npremières impressions datent de sa résidence dans un W o r k h o u s e au milieu\nd'enfants a b a n d o n n é s . Il y est torturé au point qu'il ne peut y tenir et\ns'enfuit avec u n c o m p a g n o n .\n   Il essaie en vain de rentrer dans sa famille. Les uns refusent de le recon-\nnaître. Les autres le rejettent durement, et alors commence pour Stanley u n e\nvie des plus variées et des plus bizarres, la plupart d u temps très pénible.\nParfois un rayon de soleil vient illuminer cette âme qui, abandonnée de\ntout le monde, devait trouver en elle-même assez de ressources morales pour\nse faire une carrière et traverser honorablement et utilement la vie.\n   On dirait vraiment q u e toute l'enfance et toute la jeunesse de cet h o m m e\navaient été disposées par la Providence pour le préparer à sa rude vocation\nd'Afrique qui exigea de lui u n e énergie indomptable, u n e patience à toute\népreuve et u n e confiance en soi p e u c o m m u n e . Mais ces dons brillaient\nd'une façon extraordinaire dans cet homme, dont toute la vie fut u n e des plus\néloquentes leçons d'énergie qui aient jamais été données à l'humanité.\n   Deux qualités me font aimer spécialement Stanley. J e ne les soupçonnais\n"}, {"page_pdf": 603, "page_imprimee": 534, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": " 534                                DURENDAL\n\n\n\npas chez lui. Elles s'affirment avec éclat dans ses mémoires. Stanley était un\nhomme de cœur. C'est d'autant plus étonnant qu'il ne connut pas l'affection\nfamiliale ayant toujours été renié par les siens. Une autre qualité éminente\nde Stanley c'est sa foi en Dieu et sa confiance illimitée dans la Providence.\n« Le monde s'offrait à moi — disait-il — et la Providence était mon guide. »\nAjoutez à ces qualités, une droiture d'intention peu commune et son étonnante\nchasteté, celle-ci fut tout le secret de son énergie. Oui, c'est une belle et noble\nvie que celle de Stanley et elle est admirablement racontée par lui-même tout\nsimplement, sans prétention et sans forfanterie.\n  JLa traduction française de ces mémoires est très bien faite et ces deux\nvolumes se lisent avec un plaisir continu jusqu'aux dernières pages.\n                                                                         H . M.\n\n DIVERS :\n L ' a r t d ' ê t r e u n h o m m e , traité de Self-Education par l'abbé H. Moc-\n    QUILLON. — (Paris, Bloud.)\n    Livre excellent et complet. L'auteur s'élève contre l'abus des carrières\nbureaucratiques. Il rompt avec l'imbécile réserve des éducateurs religieux qui\nn'osent pas montrer aux jeunes gens à quoi les exposent les plaisirs sexuels, ni\nleur enseigner par quels adjuvants physiques, sport, etc., ils peuvent seconder,\ndans la lutte contre les passions juvéniles, l'action des sacrements et de la prière.\nIl rompt aussi avec le zèle aveugle et criminel des prêtres qui poussent les\njeunes gens au sacerdoce sans s'assurer s'ils ont une vocation indéniable. Il\ndéchire hardiment le voile et n'hésite pas à montrer au jeune homme qui se\ncroit destiné à la prêtrise, la vie pénible et précaire qui l'attend, et de quels\nabus non les ennemis de sa foi, mais ses supérieurs même peuvent se rendre\ncoupables à son égard. Il prêche aux jeunes gens l'adoption de carrières colo-\nniales et agricoles. Il leur expose la conception du mariage chrétien. Livre\nsubstantiel encore une fois, livre qu'on ne saurait trop répandre et qui fera\ndu bien.\n                                                                            E. C.\n\nLe culte de l'incompétence. L'horreur des responsabilités\n   (Paris, Grasset). — De la profession. De la patrie, par EMILE FAGUET.\n   — (Paris, Sansot.)\n   Opuscules politiques d'une lecture très agréable. On peut ne point par-\ntager toutes les idées de l'auteur encore qu'à son point de vue elles soient\nsouvent fort justes, mais il serait difficile de ne pas trouver un grand charme\nà ce bon sens alerte, à ce style vif, clair, spirituel, qui rappelle les meilleurs\nécrits familiers duXVIIIesiècle.\n                                                                         E. 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T o u s nos souhaits de santé et de\nbonheur a c c o m p a g n e n t le cher poète dans notre patrie d'adoption.\n\n                                            *\n                                           * *\n   VIE ET LUMIÈRE : C'est samedi passé, 2 septembre, que s'est ouvert d a n s\nles salles d u Musée m o d e r n e de Bruxelles, le V I I e Salon annuel du Cercle\nd'art Vie et Lumière.\n   Cette exposition réunit un ensemble important d'oeuvres des peintres :\nGaston de Beer, Georges Buysse, Oscar Coddron, L é o n De Smet, Anna\nDe Weert, Alfred H a z l e d i n e , Modeste H u y s , R a y m o n d de la Haye, J e n n y\nMontigny, Guillaume Montobio, Willem Paerels, Constant P e r m e k e , H e n r i\nRoidot, Louis T h é v e n e t , P i e r r e P a u l u s , F . Verhaegen, Victor Verhoug-\nstraete et E d m o n d Verstraeten.\n   Le Salon de Vie et Lumière restera ouvert jusqu'au lundi 25 septembre.\n\n                                            *\n                                           * *\n   Nous prions nos a b o n n é s de nous excuser du retard de notre compte rendu\ndu Salon du P r i n t e m p s qui paraît à la veille de l'automne ! Mais notre chro-\nniqueur des salons d'art vient à peine de nous l'envoyer. Enfin mieux H o u -\ntard que jamais !\n                                           *\n                                          * *\n   N o u s r e c o m m a n d o n s tout spécialement à l'attention de nos lecteurs\nles livres suivants :\n   Saint François d'Assise dans la légende et dans l'art primitifs italiens, par ARNOLD\nGOFFIN, vol. illustré (Bruxelles, Van Oest), 5 francs.\n  L'Arc-en-ciel, par P I E R R E NOTHOMB (éd. de D u r e n d a l ) , 3 fr. 50.\n  LAme des Saisons, p a r VICTOR KINON (Bruxelles, L a r d e r ) , 3 fr. 50.\n  Lan mille, d r a m e en vers, p a r VICTOR KINON (Bruxelles, Larcier), 3 fr. 50.\n  Figures du Pays, par H U B E R T KRAINS (Bruxelles, Larcier), 3 fr. 50.\n  Contes à la nichée, par H U B E R T STIERNET (Bruxelles, L e b è g u e ) , 3 fr. 50.\n  Haute Plaine, p a r H U B E R T STIERNET (Bruxelles, Assoc. des écriv. belges),\n3 fr. 50.\n  Ailleurs et chez nous, par GEORGES VIRRÈS (Bruxelles, Vromant), 2 fr. 50.\n   Coups d'ailes, poésies, p a r MARCEL WYSEUR (Gand, Siffer), 3 fr. 50.\n  La Littérature française au XIXe siècle, par PAUL HALFLANTS, 2 vol. (Bru-\nxelles, Dewit), prix de chaque volume 3 fr. 50.\n"}, {"page_pdf": 605, "page_imprimee": 536, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3102, "texte": "536                                DURENDAL\n\n\n\n  Les Vertus bourgeoises, par HENRY CARTON DE WIART (Paris, Perrin), 3 fr. 50.\n  Les Saisons mystiques, par GEORGES RAMAEKERS (Bruxelles, Horsipian),\n3 fr. 50.\n  Saint François d'Assise, par JOANNES JÖRGENSEN (Paris, Perrin), 5 francs.\n  Pèlerinages franciscains, par JOANNES JÖRGENSEN (Paris, Perrin), 5 francs.\n  Les cendres du foyer, par HENRY D'HENNEZEL (Paris, Grasset), 3 fr. 50.\n  Le chemin de sable, par JACQUES DES GACHONS (Paris, Plon), 3 fr. 50.\n  L'immolé, par EMILE BAUMANN (Paris, Grasset), 3 fr. 50.\n   La fosse aux lions, par EMILE BAUMANN (Paris, Grasset), 3 fr. 50.\n  Le théâtre, de PAUL CLAUDEL. I. Tête d'or; II La ville (Paris, Mercure\nde France), 2 vol., chaque vol. 3 fr. 50.\n  La Robe de laine, par HENRY BORDEAUX (Paris, Plon), 3 fr. 50.\n  Les carnets d'un stagiaire, par HENRY BORDEAUX (Paris, Plon), 3 fr. 50.\n  Au milieu du chemin de notre vie, par DOM BRUNO DESTRÉE (Paris, Bloud),\n3 fr. 50.\n  La lumière de la Maison, par JEAN NESMY (Paris, Grasset) 3 fr. 50.\n  Bismarck et l'Eglise, par GEORGES GOYAU (Paris, Perrin), 2 vol. 8 francs.\n  Le Puison, par GEORGES WILLAME (Bruxelles, Larder), 3 fr. 50.\n\n                                        *\n                                       * *\n\n  Accusé de réception :\n  ART : L'art chrétien, 5 e , 6e, 7e et 8 e livraisons. Reproductions artistiques\n(Bruxelles, Van Oest). — L'art mosan, par JULES HELBIG, achevé et publié par\n                             e          e\nJOSEPH BRASSINNE du XVI auXVIII siècle, Tome II (idem). — Les peintres\nanimaliers belges, par GEORGES EEKHOUD (idem). — La sculpture aux XVIIe et\nXVIIIe siècles, par HENRI ROUSSEAU (idem).— L'art au Nord et au Sud des Alpes à\nl époque de la Renaissance, par JACQUES MESNIL (idem).\n    L I T T É R A T U R E : Le Faust de Goethe, par ERNEST LICHTENBERGER (Paris,\nAlcan). — Un cahier inédit du journal d'Eugénie de Guérin, par COLLEVILLE\n(Paris, Mercure de France).\n    L I T T É R A T U R E I T A L I E N N E : Aracne. Diario mistico di un anima erra-\nbonda, par G.-B. MARCHESI (Milano, Hoepli). — Risorgimeiito italiano. Memoria\ndi Angelo Bargoni (1829-1902) a cura del Dott ATTILIO BARGONI (idem). — Le\nTragedie gl'inni sacri. Le Ovi Alessandro Manzoni, a cura di MICHÈLE SCHERILLO\n(idem). — La divina commedia (DANTE ALIGHIERI), compostille e cenni intro-\nduttivi del Prof. R. FORNACIARI (idem). — Parole dette da ADOLFO PADOVAN\nsu la casa éditrice Ulrico Hœpli (idem).\n    P O E S I E : La Wallonie Héroïque, par JULES SOTTIAUX (Bruxelles, Larcier).\n— Fiançailles (Paris, Plon). — Les Foyers perdus, par ANT. NICOLAÏ (Paris,\nLe Beffroi),\n   ROMANS : Terre maternelle, par VICTOR ENCLIN (Namur, Picard). —\nL'Offfande     au Mystère, par PIERRE FONS (Paris, Sansot). — Le nouveau Docteur,\npar JULES PRAVIEUX (Paris, Plon). — La mare aux gosses, par JACQUES DES\nGACHONS (Paris, Fontemoing). — Vers la lumière, par EMILE POITEAU (Paris,\nGrasset).\n   T H É Â T R E : Blancheneige, par GASTON BATY (Lyon, Grange).\n   VARIA :. De la Profession, par EMILE FAGUET (Paris, Sansot). — De la\npatrie, par E. FAGUET (idem).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 534, "texte": ""}, {"page_pdf": 535, "texte": ""}, {"page_pdf": 536, "texte": ""}, {"page_pdf": 537, "texte": ""}, {"page_pdf": 538, "texte": "L'ANNONCIATION\n   par FRA ANGELICO\n\n(Cortone. — Chiesa del Gesu)\n"}, {"page_pdf": 539, "texte": ""}, {"page_pdf": 540, "texte": "                                 Cortone\n\n                                         Lundi de Pâques, 17 avril 1911.\n                                           LOUIS L E CARDONNEL. A la Toscane :\n                                     « Je me suis promené, pèlerin, dans ses villes .. »\n                                                        (Mercure de France, 1910.)\n\n\n                L'EXPRESS de Rome m'a déposé ici, à l'heure écla-\n                 tante de midi. P a r les lacets lents, entre des\n                  murs bas, une voiture me hisse — avec des\n                  aah! sonores d'encouragement au cheval pous-\n                  sif — vers la ville accrochée au flanc du mont.\n                  Vision parfaite des anciens âges, Cortone étage\n                  harmonieusement sur un piédestal abrupt, ses\ntoits et ses campaniles.\n   Là-haut, je m'accoude à la balustrade en hémicycle. (Hélas!\nle nom de Garibaldi s'appesantit ainsi qu'ailleurs, éliminant\nles gloires locales sous la banalité du Risorghnento !) « Plus que\npour l'attaque ou la défense, dit M. Gabriel F a u r e (1), ces ter-\nrasses furent choisies pour la joie des yeux... » A mes pieds se\ndéploie, océan de culture aux vagues f ressécs (2), la plaine verte à\ntravers laquelle serpente le ruban poussiéreux des routes. U n\ngrand silence dominical plane, jusqu'aux lignes précises des\nmontagnes...\n   La nappe scintillante du lac Trasimène réveille notre mémoire\nclassique, parfois sommeillante. L'impassible Baedeker lui-\n même s'émeut : « L e souvenir de la victoire qu'Annibal remporta\n en ce lieu sur le consul romain Flaminius couvre le charmant\n paysage d'un voile de tristesse. » Non, pourtant ; la magie de la\n lumière dissipe toute mélancolie littéraire.\n   Plus près de moi, l'église à dôme de 5 . Maria del Calcinaio,\n\n (1) Heures dOmbrie. (Paris, Sansot.)\n (2) R. SCHNEIDER : L'Ombrie, l'âme des cités et des paysages. (Paris, Hachette.)\n"}, {"page_pdf": 541, "texte": "474                            DURENDAL\n\n\n\nparmi la dévalade des oliviers gris où pointent çà et là les\ncyprès, droits comme des cierges. A h ! les peintres toscano-\nombriens qu'élut la s y m p a t h i e contemporaine ont observé avec\namour ces horizons aérés et l i m p i d e s ! Au bord du ciel parsemé\nde légers nuages semblables à des écharpes molles, je retrouve\nles vallées larges et nobles qui s'allongent derrière leurs person-\nnages recueillis. Séjour de l'Angelico, patrie de L u c a Signorelli\n(oublions qu'elle vit naître aussi Pietro Berettini, décorateur\npompeux du Palais P i t t i ) , Cortone va m'offrir un régal quattro-\ncentiste !\n                                      *\n                                     * *\n\n    Il faut auparavant considérer le mystère é t r u s q u e . Au Pre-\ntorio, le custode s'interrompt d'épousseter gravement les in-folios\nde la Bibliothèque p u b l i q u e , pour m'ouvrir le petit musée. Les\nvolets écartés laissent pénétrer l'ardent soleil sur le fameux\nlampadaire de bronze aux figurines grimaçantes. Sirènes, satyres\net léopards, autour de la Gorgone, revêtent une patine incom-\nparable.\n    J e gagne la place de la cathédrale, dallée et morte, en face\nd'un ravin désolé. L'Angelico règne, au Gesu, avec une œuvre\nmaîtresse, l'Annonciation (1), d'une ferveur inégalée. Le\njeune moine dominicain subit à Cortone l'influence mystique de\nl'Ombrie voisine. E t ce tableau est certes, de par la fraîcheur\nexquise de l'inspiration, l'une des plus touchantes pages de l'art\nchrétien. Sous un élégant portique, l'ange habillé de violet se\ntourne vers la Vierge en robe rouge et manteau bleu, aux pom-\nmettes si roses, aux yeux si candides, au mouvement si gracieux\ndes bras croisés sur la poitrine. P a r t o u t l'or ajoute un pieux\nr a y o n n e m e n t : la frange des draperies, les ailes de l'ange, le\nsiège de la Madone, les nimbes étoilés d'orfèvrerie, les lettres\nde la Salutation qui s'échappent des lèvres de l'Annonciateur\npour rejoindre l'Ecce Ancilla Dornini, — tout est d'or! Dans la\npaix profonde de l'oratoire, je me répète à mi-voix la phrase de\nVasari : « Aucuns disent qu'il ne mit j a m a i s la main au pinceau\nsans avoir dit son oraison... »\n    L e s deux prédelles ne sont guère inférieures. L e s Scènes de la\nvie de la Vierge : rencontre de la P o r t e dorée, Mariage, Visita-\n\n (1) L'Arte, 1897, p 472.\n"}, {"page_pdf": 542, "texte": "                              CORTONE                               475\n\ntion, Adoration des mages, se déroulent selon la coutume en de\nnaïves montagnes ou de minuscules architectures. L e s Scènes de\nla vie de saint Dominique le montrent avec saint François, à\ngenoux tous deux dans la rue et s'embrassant. Puis une fenêtre,\noù l'on voit le pape qui dort dans son lit. E t le repas du saint,\nservi par des anges. Enfin sa mort, environnée des frères\nnavrés...\n   Au Dôme m'attendent les œuvres curieuses des dernières\nannées de Signorelli, p a r m i ses compatriotes admiratifs qui\nl'empêchaient de s'apercevoir que son esthétique avait vieilli. J e\ngrimpe au revers de l'autel, pour mieux examiner les parois\nassombries du chœur. L a Descente de croix (1) (1502) a l'allure\nd'une fresque foncée; les vêtements des femmes se rehaussent\nd'or, et le corps brun du Christ accuse l'anatomie un peu fruste\npropre au maître illustre de la Capella nuova d'Orvieto. L a Cène\n(1512) soulève un intéressant problème iconographique. L e\nmoment choisi est l'Institution de l'Eucharistie. « P a s de repas,\npas de table, pas de bancs : au milieu des disciples agenouillés\nou debout, le Christ s'avance et leur donne sa chair et son sang\navec l'hostie. Cette Cène est u n e Communion (2). » L e brusque\nabandon des traditions s'explique à mon sens par Justus de\nGand et sa Cène d'Urbin, dont la disposition quasi symétrique\nprésente quelque analogie avec ce panneau-ci. J'étudierai ail-\nleurs l'influence exercée par notre flamand sur le développement\nde l'art ombrien... L e Christ — visage très doux, attitude pen-\nchée et geste résigné — marche (mais non pas d'une façon\n heurtée et maladroite comme à Urbin) sur le pavement libre,\n entre les deux groupes des apôtres. P o u r décor : une arcade et le\nciel pâle. Sentiment religieux intense, coloris assourdi ; il semble\n que la vieillesse ait donné au farouche prédécesseur de Michel-\n Ange une relative onction. U n tableau cintré, de l'extrême fin\n de sa carrière (1521), la Conception de la Vierge (3), apparaît\n confus et médiocre. L a Vierge se dresse, immense, par-dessus\n des têtes de chérubin, parmi lesquelles s'élève l'arbre de vie\n avec Adam et E v e de part et d ' a u t r e ; en haut, le Père éternel ;\n sur terre, trois prophètes de chaque côté, dont David avec le\n\n\n (1) CRUTWELL : Signorelli.\n (2) SCHNEIDER : Op. cit.\n (3) CRUTWELL : Op. cit.\n"}, {"page_pdf": 543, "texte": "476                                      DURENDAL\n\n\n\npsautier et Salomon couronné (1). — J'allais omettre un travail\nd'atelier, abîmé, la Nativité et les bergers] ceux-ci bien conven-\ntionnels, tandis que le saint Joseph est une remarquable figure.\nSommes-nous assez-éloignés cependant des prototypes de Van\nder Goes et Ghirlandaio! — N e quittons point la basilique grise\nsans un coup d'œil à l'Annonciation de Mino da Fiesole, enca-\ndrant le Christ (au t y m p a n l'inscription Olenm infirmorum) sous\nun plafond à caissons.\n   Au bout de la via Dardano, je sors de la ville pour contempler\nles remparts millénaires. L e u r indestructible masse, teintée de\nrouille, se confond avec les versants pelés.\n   Ensuite S. Dominico. Trois tableaux dorés, étonnamment con-\nservés, luisent au fond de l'église blanche. Un Angelico : Vierge\ntimide, Enfant bouclé, saints et saintes (vers 1414). L a Madeleine,\nd'une ineffable pureté, surtout attire! Citons à son propos l'amu-\nsante réflexion de René Schneider (2) : « Elle a beau tenir dans\nses doigts fuselés le coffret à parfums et être blonde comme les\nblés mûrs, elle n'est point M a d e l e i n e ; rien ne subsiste de la\npécheresse : fra Beato m a n q u a i t d'information et d'aptitudes\npour rendre avec le pinceau ne fût-ce que le souvenir du péché!))\nA côté de cette composition d'une franchise juvénile, je suis\ntenté d'estimer prétentieux et compliqué le Lorenzo di Niccolo\ndu maître-autel, un Couronnement de la Vierge (1440). Sassetta\nrésiste seul à la confrontation. Quel délicieux artiste ! J'ai appris\nà le connaître à Chantilly, où il est représenté par un inou-\nbliable Saint François. Ici : la Vierge et l'Enfant, deux anges\nagenouillés, Saint Nicolas, Saint Michel efféminé, Saint Jean-\nBaptiste, Sainte Marguerite avec sa tête de docteur subtil à l'ex-\ntraordinaire coiffure. Mentionnons un Signorelli presque mono-\nchrome gâté : la Vierge, saint Dominique, saint Pierre Martyr\net un moine donateur qui surgit du sol (1515).\n   L'église S. Niccolo renferme, elle, un chef-d'œuvre de Luca\nSignorelli : le Corps de Jésus soutenu par un ange sur le bord de la\ntombe, adoré par saint François, saint Dominique, saint\nJérôme, d'autres saints et des anges (3). Est-il besoin d'en\n\n\n  (1) S. REINACH : Répertoire de peintures du Moyen âge et de la Renaissance, I, p. 456. La\npartie supérieure ne paraît pas de la main de l'artiste.\n  (2) Op. cit.t p. 19.\n  (3) CRUTWELI. : Op. cit.,   p.   92.\n"}, {"page_pdf": 544, "texte": "LA DÉPOSITION DE JÉSUS AU TOMBEAU\n            par LUCA SIGNORELLI\n\n       (Cortone. — Compagnia di S. Nicolo)\n"}, {"page_pdf": 545, "texte": ""}, {"page_pdf": 546, "texte": "                            CORTONE                            477\n\nsouligner les caractères habituels : force rude et réalisme\népique, manifestés dans une mise en scène impressionnante et\noriginale? L a marmaille qui, du dehors, m'accompagne, s'em-\npresse de me faire voir l'envers du panneau : la Vierge trônante et\nl'Enfant, entre les hautes figures des Saints Pierre et Paul. Mais\nvoilà qu'en m a n œ u v r a n t la charnière, une lampe s'écroule\nbruyamment. D e l'huile répandue sur la nappe de l'autel; une\nagitation prolongée s'ensuit... Lorsqu'elle s'apaise, je monte à\nl'église moderne de Sainte-Marguerite, juchée au contrefort\nsupérieur. U n couvent franciscain s'accole à la Fortezza déla-\nbrée. Réceptacle trop vulgaire, — marbre criard et lourde\ndorure — on y évoque malaisément la sainte, créature de pas-\nsion et de foi, alternativement dévorée par les amours terrestres\nou consumée dans le renoncement divin. Le brûlant XIIIe siècle\ns'incarne en elle!\n                                    *\n                                   * *\n\n   Le parvis — pelouse où des enfants jouent — domine la con-\ntrée fertile et douce. Les cloches des sanctuaires se répondent\nde colline en colline. Je rêve longuement, dans l'azur illimité.\n   Puis, j'erre par les rues escarpées, tour à tour dans l'ombre\nfroide, parfumée d'ail, et dans l'aveuglant soleil aux échappées.\nJ'abandonnerai à regret Cortone, ses remparts, ses toits et ses\ncampaniles sur le ciel, — vision parfaite des anciens âges !\n   L'heure a sonné de redescendre vers la vie. T a n d i s que j'at-\ntends le train, s'interpose entre la fière cité et mon regard\nd'adieu la poussière épaisse soulevée par les automobiles...\n\n                                              PIERRE   BAUTIER.\n"}, {"page_pdf": 547, "texte": "              Matin de Mai\n\nQuelle paix! ce matin de Mai n'est qu'un     sourire.\nVers un bleu paradis les arbres pèlerins,\nEn file sur la route calme qui s'étire,\nBalancent sur nos fronts leurs feuillages    câlins.\n\nLe soleil est un Ange en armure de flammes\nQui monte au clair zénith d'un vol égal et sûr,\nEt son regard tranquille en tombant de l'azur\nFait chanter en échos les choses et les âmes.\n\nLe Ciel s'approfondit comme un dôme     enchanté.\nMère! ce jour béni reflète votre grâce,\nEt vous faites l'aumône avec votre beauté\nA la prière en pleurs de ce monde qui passe.\n\nAh ! mieux que ce printemps, dans un chaste réveil,\nNous sentons que nos cœurs, au fond de nos poitrines,\nFleurissent à l'envi de prières divines\nL'Enfant que vous portez, plus beau que le soleil.\n\nLa terre est comme un chœur où l'on chante       Matines;\nSa joie est pacifique ainsi qu'une oraison.\nVos pieds blancs vont marcher sur nos vertes     collines\nEt votre robe d'or frôler notre gazon.\n\nCes fleurs ne sont ici, parmi les herbes hautes,\nQue pour baiser vos pas, Mère du bel amour,\nLes oiseaux n'ont de cris que pour chanter ce jour\nOù nos cœurs dilatés s'allègent de leurs fautes.\n\nIneffable Sagesse, au sein du Dieu caché,\nVous riez, vous jouez, flamme ardente et pieuse!\nVotre front tout pétri de lys et sans péché,\nSur nos fronts obscurcis met sa lumière     heureuse.\n\nO fraîches fleurs d'en-bas ! jeunes oiseaux! et nous,\nPécheurs dont les pieds nous gardent de vieilles plaies,\nPrions! chantons parmi les ronces et les haies!\nO pierres du chemin, recevez nos genoux.          '\n"}, {"page_pdf": 548, "texte": "                   MATIN DE MAI                        479\n\n\nLa patrie un instant transparaît sous tes voiles;\nDerrière toi, Nature! est un monde     inconnu.\nD'un astre dont l'éclat éteindrait tes étoiles,\nLe charme de ce jour qui te baigne est venu.\n\nDoux éphémère! avec nos âmes      immortelles,\nChante! tiède matin de Mai, frêle splendeur !\nCar ce qui souffre en nous s'émeut de ta candeur\nComme un ange exilé qui retrouve ses ailes.\n\nTout s'élève par nous vers le Maître adoré.\nNous habitons, ainsi qu'un prêtre dans son temple,\nCet univers muet qui par nous consacré,\nParle par notre voix et par nos yeux   contemple.\n\nChante donc, ô matin! et la Mère et le Fils,\nEt nous ferons un hymne, avant qu'il ne s'efface,\nSur le rythme incertain de la chanson qui passe,\nAu printemps éternel de la Rose et du Lys.\n\n                                        CHARLES GROLLEAU.\n"}, {"page_pdf": 549, "texte": "                   Poèmes en prose\n\n                             La pelisse\n   L a j e u n e fille descend l'escalier et voit au portemanteau une\nlongue pelisse de fourrure qu'elle n'a j a m a i s vu porter par son\npère ou par son frère.\n   Elle s'étonne, s'arrête et tâte de ses doigts fins le petit-gris\nsoyeux.\n   L a pelisse donne un air cossu au vieux portemanteau de fer\nforgé; elle jette dans le vestibule l'odeur étrange et amère de\nla bête.\n   Mais cette pelisse est hautaine et froide.\n   A côté d'elle pendent des pardessus légers, des casquettes et\ndes foulards de bas prix.\n   L a jeune fille parcourt le vestibule d'un regard triste       Les\nportes sont basses et étroites; au palier, un chiffon rouge,\ndéteint, garnit la fenêtre; le long des murs dont la peinture\nimite mal le marbre s'alignent des pots de terre cuite qu'un\npapier d'argent enroule et où végètent de chétifs dragomiers.\n   L a jeune fille a noué des rubans mauves à leurs feuilles\nmais tout cela est si pauvret, d'une ornementation si maladroite\nque la jeune fille soupire          en regardant la pelisse insolente\ndont un coin de l'épaisse fourrure gît sur les dalles fraîchement\nlavées.\n\n                         Après le souper\n  L a joie tranquille d'être le soir après le souper dans le\ndésordre silencieux de la salle à manger.\n   Distraitement, en fumant ma petite pipe garnie d'ambre\njaune, mes yeux vont sans fatigue sur les choses qui dorment et\nluisent sous l'abat-jour de verre blanc.\n   L e cendrier, une autre pipe — celle de mon père — qui est\n"}, {"page_pdf": 550, "texte": "                        POÈMES EN PROSE                        481\n\n\ncouchée auprès d'un livre et qui est encore tiède, les enveloppes\nouvertes et déchirées, l'encrier d'étain maculé, ma tasse où les\nmorceaux d'un sucre résistent aux dernières gouttes du café\nnoir, le vieux Vesperale romanun du vicaire, mon ami, les\nchaises déplacées, tout ce que je revois chaque soir dans un\npêle-mêle séduisant et traditionnel me m u r m u r e une chanson\nde bonne h u m e u r et d'apaisante simplicité.\n   Les bruits de la rue ne m'arrivent pas, car la rue est très loin\net le jardin me sépare d'elle.\n   Les bruits des passions grises et des désirs impétueux n'ont\npoint troublé mon front et la bonté de ma solitude m'étonne\ndoucement et me caresse un peu.\n   La joie tranquille d'être le soir, après le souper\n\n\n                      Dernière chanson\n   Encore un peu de ses mains blanches plane sur le clavier\n muet.\n   Elle est partie depuis une heure et nous nous sommes séparés\ncomme si nous étions sûrs de nous revoir bientôt, car je l'ai vue\nà toute m i n u t e p e n d a n t ce long mois de douceur.\n   Et ses petits doigts blonds n'ont laissé sur les touches encore\ntièdes de son frisson qu'un peu de la poudre fine de leur chair.\n   Elle jouait le Frühlingrsrauschen de Sinding et la cascade\nfrêle des notes célestes m u r m u r e encore à mes oreilles.\n   La page de la musique est légèrement soulevée du dernier\ncoup qu'elle lui donna.\n   Et son mouchoir dont le parfum me la rappelle tout entière\nest resté sur la fenêtre.\n   Tous les miens ont quitté la maison comme s'ils avaient\ncompris mon chagrin et voulu me laisser seul avec l'ombre\nbrûlante de l'absente.\n   Et je voudrais poser mes mains sur toutes les chères choses\nqu'elle-même a touchées; je voudrais les écraser sur l'ivoire\njauni, les replier dévotement sur le petit mouchoir brodé et les\nglisser, désireuse?, exaspérées, partout, partout où elle a passé,\npour la retrouver et la reprendre.\n   Et la salle à manger où sa robe d'été venait jeter un rayon de\nsoleil, avec moi semble l'attendre,\n                                           CHARLES ANCIAUX,\n"}, {"page_pdf": 551, "texte": "                Résurrection\n\nLe marbre blanc veiné d'azur d'un torse nu\nOù palpite la chair puissante d'un Ephèbe,\nAu Forum en décombres émerge de la glèbe,\nEt le soleil salue un chef-d'œuvre inconnu.\n\nLa tête fière et fine, et d'un galbe menu\nContraste avec ce corps d'athlète, dont la plèbe\nAdorait la vigueur dans Olympie ou Thèbe,\nEt se livre au baiser du jour si tard venu.\n\nOr, deux Hommes sont là, qui, témoins de la        fouille,\nAdmirent, contemplant la sublime   dépouille,\nRaphaël, la douceur exquise de ses yeux,\n\nMichel-Ange, son corps musclé, sa force altière,\nEt, pleins d'un rêve immense, ils regardent tous deux\nL'Adolescent divin monter dans la lumière.\n"}, {"page_pdf": 552, "texte": "                    Kundry\n\nFarouche aventurière, ô femme étrange, ô sœur.\nTour à tour délirante et soumise, ô symbole\nEt miroir où mon âme altière, aimante et folle\nVient mirer tour à tour sa fièvre et sa douceur.\n\nModule en moi l'accord frénétique ou berceur\nDe ton harmonieuse ou sauvage     parole;\nIllumine aux reflets de ta rouge auréole\nLe palais de cristal où vibre ma Douleur.\n\nKundryl...   Lui ressembler !... Pour sauver ceux qu'on   aime,\nOffrir éperdûment son corps joyeux et blême\nAux crocs ardents des loups, aux ronces des chemins;\n\nPuis, le front hâve, l'œil en feu, le cœur en fête,\nSe trainer à leurs pieds, comme une douce bête.\nEt mourir de tendresse, en leur baisant les mains.\n\n                                          E M I L E CHARDOME.\n"}, {"page_pdf": 553, "texte": "           L'Art d'après Ernest Hello\n\n                   TOUTh o m m e qui veut se faire une opinion raisonnée des\n                      œuvres d'art que le passé nous a léguées ou que nos con-\n                      temporains nous offrent doit être en possession d'une\n                      théorie esthétique. Soit qu'elle résulte de ses observations\n                      et de ses réflexions personnelles, soit qu'il l'ait acceptée\n                      d'autrui et se la soit assimilée, une théorie esthétique\n                      inspirera nécessairement ses jugements, ses admirations,\n                      ses réserves, ses condamnations. T o u t e appréciation rai-\nsonnée d'une œuvre d'art implique une conception de la nature de l'art, de\nson rôle et de ses lois.\n   Si la nécessité d'une esthétique s'impose à quiconque se préoccupe d'art,\nelle se fait particulièrement sentir au critique qui fait profession d'étudier,\nd'analyser et de juger les œuvres d'art. Le qualificatif « impressionniste »,\nappliqué de nos jours à une école et à une méthode critique, ne doit pas\nnous tromper. Les « dogmatiques » ne sont pas seuls à avoir une esthétique;\nles impressionnistes ne sauraient se passer d'en avoir une. Seulement elle est\nmoins complète, moins liée, ou bien ils prennent soin de la dissimuler en pré-\nsentant comme l'expression de leur sentiment personnel ce que d'autres for-\nmulent comme la conséquence logique de règles objectives.\n   Quand Jules Lemaître apprécie Corneille, Lamartine ou Georges Ohnet, il\nen a des motifs, déduits de conceptions esthétiques générales, tout aussi bien\nque Brunetière a des raisons — plus réfléchies, plus coordonnées ou plus appa-\nrentes seulement, — de juger à sa manière Bossuet, Molière ou Balzac. Tous\ndeux ont une philosophie de l'art, mais chez l'un elle est moins fortement\ncharpentée, moins précise, plus flexible et ondoyante, elle ne transparaît que\npar instant sous la phrase infiniment souple et pleine de charme, tandis que,\nchez l'autre, elle constitue un ensemble doctrinal dont les principes et les\nattaches sont comme de parti pris mis en relief par la vigueur et la complexité\nde la langue.\n   Ernest Hello, qui avait à un haut degré l'esprit philosophique, en même\ntemps qu'il possédait très développées les facultés de l'artiste, a dû se faire sa\nphilosophie de l'art.\n   Son œuvre est un tryptique, dont un panneau est consacré à la Vie, le\ndeuxième à la Science, le troisième à l'Art.\n   L'art n'a pas été sa préoccupation exclusive, mais il a tenu une grande\nplace dans ses méditations. Ce serait cependant s'illusionner que de chercher\ndans les ouvrages de ce penseur un système d'esthétique rigoureusemeut lié et\n"}, {"page_pdf": 554, "texte": "                        L'ART D'APRÈS ERNEST          HELLO                     485\n\nlogiquement exposé. Hello ne donne jamais à ses idées un développement\nméthodique. Sa pensée procède comme par éclairs. Il semble avoir médité\ntel ou tel sujet suivant qu'il venait s'offrir au seuil de son esprit. Sa philoso-\nphie de l'art est dans ses livres, disséminée, fragmentaire. Néanmoins ses idées\nsur l'art nous paraissent dignes d'être proposées à l'attention : elles sont sou-\nvent très vraies, très belles, très fécondes, parfois magnifiquement exprimées et\nmises en valeur. Nous voudrions essayer de les grouper, de les commenter, de\nles apprécier.\n   L'esthétique de Hello est principalement une esthétique littéraire. Ecrivain\net idéologue,— j'emploie ce mot dans un sens tout à fait favorable, est-il besoin\nde le dire, — Hello devait porter le meilleur de son attention sur l'art littéraire;\nles autres formes de l'art n'ont tenu qu'une place secondaire dans ses préoccu-\npations.\n   Examinons d'abord ce qu'il a pensé et dit de la critique et du style.\n\n\n\n                              I. — La Critique\n   Au début de son livre sur l'Art (1), Hello, critique d'art, nous dit ce qu'il\npense de la critique, quelle fonction il lui attribue, comment il la conçoit.\n   Hello commence par mettre en valeur l'importance et la dignité de la\ncritique.\n   Son importance et sa dignité apparaissent dans toute leur splendeur si l'on\nréfléchit à cette phrase écrite par Hello : « La critique est la conscience de\nl'Art. »\n   La critique, c'est donc l'intelligence et le jugement des œuvres d'art.\n   Sans la critique, l'artiste ne se connaît pas pleinement lui-même, il n'a pas\nune idée exacte de sa force, de sa faiblesse, de ses qualités, de ses défauts. Sans\nla critique, le public ne se rend compte ni de la valeur réelle des diverses\nœuvres et des diverses écoles, ni de leur genèse, de leur enchaînement, de leur\ninfluence. Sans la critique, l'artiste et le public risquent de s'égarer dans l'illu-\nsion de leur fantaisie.\n   La critique n'est donc pas cette hargneuse et rébarbative figure sous les\ntraits de laquelle le peintre Wiertz la représentait ou plutôt la caricaturait.\n   Mais, en fait, les critiques s'inspirent-ils toujours de cet idéal de la critique?\nHélas! non. Hello le constate et l'avoue.\n   « La critique telle qu'on la pratique habituellement, dit-il, est une bavarde\nlâche et complaisante, qui ne sait parler, ni ne le peut, ni ne l'ose. »\n   Si la critique ne remplit pas d'ordinaire sa mission, c'est, d'après Hello,\nque ses yeux sont aveuglés de préjugés ou que sa langue est paralysée de\npeur.\n   Trop souvent la critique est une myope qui ne voit que les détails d'une\nœuvre et les juge à l'aide de formulaires.\n\n  (1) L'Homme, livre troisième.\n"}, {"page_pdf": 555, "texte": "486                                DURENDAL\n\n\n\n    Cette critique médiocre n'a de sollicitude que pour son égale, la médiocrité\n artistique.\n    La critique, digne de ce nom, doit s'élever aux vues d'ensemble et discerner\n le génie dans la libre diversité de son expression.\n    Plus souvent encore la critique aperçoit confusément la vérité, mais n'ose\n pas la proclamer. Elle craint de rompre avec l'opinion, avec la tradition, avec\n le pouvoir, en se rangeant franchement du côté de la beauté méconnue, en\n condamnant ouvertement le laid triomphant.\n    Dans un article sur « les devoirs de la critique », que contient le recueil\n intitulé Le Siècle, Hello parle des progrès de la critique littéraire et de la\n critique historique au XIXe siècle. Un travail semblable s'est produit en toutes\ndeux. « Maintenant, dit-il, la critique littéraire, dans le livre, cherche l'idée,\net, dans l'écrivain, cherche l'homme. Dans l'homme elle étudie le milieu\nsocial qui l'a fait naître ou mourir, qui a encouragé ou combattu ses aptitudes.\n Par là, elle rejoint la critique historique et la critique philosophique. » Il\nmontre ensuite combien la critique du XIXe siècle est supérieure à la critique\ndu XVIIIe, incarnée en Voltaire « qui ne visait que les mots ». Ce progrès, Hello\nle salue et s'en réjouit. Mais il ne saurait s'en contenter, et l'on comprend de\nsuite pourquoi.\n    C'est que, dans l'état actuel, trop absorbé par son rôle d'historien, enor-\ngueilli de ce rôle, le critique oublie souvent sa fonction de juge, la dédaigne\net parfois la nie. Le critique raconte, explique, et ne juge plus. Beaucoup pré-\ntendent même qu'il ne doit que retracer, en déterminant ses causes, l'évolution\ndes formes et des écoles artistiques, sans prétendre à les juger. Le XIXe siècle\na vu se produire, en matière d'art, ainsi que de philosophie et de sciences\nmorales ou sociales, un mouvement intense vers les études historiques et com-\nparatives. On a entrepris de scruter de près la genèse des systèmes philoso-\nphiques, l'évolution des mœurs, la transformation des modes d'organisation\nsociale, gouvernementale, juridique. On a procédé de même dans le domaine\nde la critique artistique et notamment littéraire. Sainte-Beuve a mis en relief\nla psychologie des écrivains, Taine les rapports entre l'artiste et son milieu\nconstitué par les circonstances de pays, de race, de moment où il s'est formé\net a produit son oeuvre.\n   Certes, l'orientation historique et comparative était bonne en soi, digne\nd'encouragements, féconde en promesses, à condition de n'être pas exclusive.\nMais le trouble des esprits et le scepticisme soufflant en tempête ont fait qu'on\nen est venu fréquemment à tenir pour vaine toute entreprise qui ne fût pas\nuniquement historique ou comparative. Considérez les programmes d'en-\nseignement, la manière d'enseigner, la nature des publications, vous verrez\ncombien prédomine cette tendance. Chez les deux grands critiques dont nous\ncitions tout à l'heure les noms, elle trouvait encore certains contrepoids.\nSainte-Beuve sut joindre à une curiosité très vive d'histoire, de psychologie,\nvoire de physiologie, un jugement souvent éclairé et ferme de la valeur des\nœuvres. Taine qui, pendant la première partie de sa carrière, représenta ce\nque la méthode évolutionniste avait de plus absolu et de plus exclusif, nous\napparaît, dans sa Philosophie de l'art, dégagé de cette intransigeance et par-\n"}, {"page_pdf": 556, "texte": "                      L'ART D'APRÈS ERNEST HELLO                                 487\n\ntisan d'une théorie normative de l'œuvre artistique dont il s'efforce de fixer les\nlignes maîtresses. A tous deux cependant, et surtout à Sainte-Beuve, il man-\nqua le secours d'une philosophie solide du monde, de l'homme et de la vie, sans\nlequel le critique ne peut jeter la sonde jusqu'au fond des œuvres étudiées.\n Un ouvrage de M. Michaut nous permet de suivre pas à pas les incessantes\nvariations philosophiques et religieuses de Sainte-Beuve, et nous édifie pleine-\nment sur la plasticité que ce grand critique présenta toujours aux influences\nles plus diverses. Quant à Taine, d'abord hégélien, spinoziste, déterministe\ndéclaré, il évolua dans la dernière phase de sa vie et de ses études vers une\nconception spiritualiste et chrétienne, sans cependant s'y fixer décidément.\n   Hello a vigoureusement protesté contre l'envahissement excessif du point\nde vue historique dans le domaine de l'art et contre la méconnaissance du\nrôle dogmatique qui incombe à la critique. Hello repoussait ainsi, sur le ter-\nrain de la critique artistique, la doctrine hégélienne qu'il avait d'ailleurs atta-\nquée de front sur le terrain philosophique.\n   Là où la philosophie traditionnelle voit une contradiction, Hegel et ses dis-\nciples voient un complément, une synthèse. Déduisez les conséquences de la\nphilosophie hégélienne au point de vue artistique et vous aboutirez néces-\nsairement à la ruine de toute critique dogmatique. Toute forme d'art trouvera\ndans son existence sa justification; aucune ne sera donc condamnable. Hello,\nlui, veut une critique qui sache joindre au sens historique la préoccupation\ndogmatique, c'est-à-dire une critique basée sur des principes, éclairée par la\nphilosophie traditionnelle.\n   Cette critique-là, franche et vigoureuse, dégagée des préjugés, il l'a tentée\ndans plusieurs études insérées dans son livre Les plateaux de la balance et il\ny a pleinement réussi. Qu'on lise les pages qu'il y consacre à Shakespeare, à\nGoethe, à Hoffmann, à Molière, à la tragédie et à la comédie anciennes et\nmodernes, et l'on prendra sur le vif la manière dont il entend la critique. Ses\njugements apparaîtront comme les déductions d'une esthétique générale, dans\nlaquelle les idées morales occupent une place prépondérante. C'est qu'en effet\nl'homme est, pour Hello, un être harmonieusement constitué et dont les\ndiverses facultés, loin de se contrarier, doivent se soutenir entre elles : le plaisir\nesthétique ne peut donc être recherché au détriment de la nature morale. Hello\nest, d'ailleurs, par-dessus tout, un moraliste : non seulement il ne consent\njamais à faire abstraction du point de vue moral dans l'appréciation des œuvres\nd'art, mais ce point de vue domine les autres à ses yeux.\n   S'inspirer d'une philosophie qui l'éclairé n'est pas le seul devoir de la\ncritique.\n   Elle doit aussi être animée d'un esprit de grande et chaude charité. Charité\nne signifie pas ici indulgence facile ou coupable, mais amour de la beauté vraie\net désir ardent de lui faire rendre justice.\n   Tous ceux qui ont écrit sur Hello ont dit combien il a souffert de voir sa\npensée ignorée ou méconnue. Cette souffrance, il l'a maintes fois exprimée\nou, pour mieux dire, il l'a criée. Y avait-il dans l'expression vibrante de\ncette souffrance quelque reste d'amour-propre, une certaine impuissance à se\nrésigner à l'obscurité? De bons juges ont répondu négativement. N'était-ce\n"}, {"page_pdf": 557, "texte": " 488                                    DURENDAL\n\n\n\n donc alors qu'une sainte colère produite par le spectacle de l'injustice et de\n l'indifférence des hommes à l'égard du Vrai, du Beau et du Bien? Certes, c'était\n cela ; Hello a trop passionnément aimé la vérité et la beauté, pour ne pas être\n ébranlé par toute injure faite à la vérité et à la beauté ; on est unanime à le\n reconnaître. Mais il y avait autre chose encore au fond de cette indignation.\n Quoi donc? Le sentiment très vif de ce que cette indifférence et cette injustice\nétouffent d'inspirations heureuses, prêtes à éclore, dans l'âme du penseur et de\nl'artiste. Quand on a lu la Charité intellectuelle, Caïn qu as-tu fait de ton\n frère? et le chapitre de l'Homme sur la critique, la pensée de Hello apparaît\nlumineuse dans son intégralité. Combien la « charité intellectuelle » est indis-\npensable à l'artiste, voilà le thème fondamental de toutes ces pages.\n    Ainsi, le critique doit être l'interprète de l'artiste, comme l'artiste doit être\nl'interprète de la beauté. Le critique doit se donner comme l'artiste doit se\ndonner. Ni l'un ni l'autre n'ont le droit de se renfermer en eux-mêmes ou\nd'agir à leur fantaisie. Ils ont tous deux une fonction à remplir. L'artiste a\nune mission vis-à-vis du public : il est, à son égard, le révélateur du beau. Le\ncritique a une mission vis-à-vis du public et vis-à-vis de l'artiste : à lui de sou-\ntenir l'artiste digne de son nom et de son rôle, de faire connaître et apprécier\nses œuvres, de faire resplendir autour d'elles, si elles le méritent, l'auréole de\nla gloire.\n\n\n                                  11. — Le style\n   La doctrine de Hello sur le style, publiée d'abord séparément en 1861, fut\nensuite incorporée, mais considérablement réduite, dans le volume intitulé\nL'Homme, où elle forme le dernier chapitre du livre consacré à l'art.\n   Hello n'a pas pu lire la correspondance de Flaubert. S'il l'avait lue, cer-\ntaines phrases l'auraient fait bondir, car Flaubert est le type de l'artiste qui\npousse le culte de la forme jusqu'à devenir l'esclave des mots, jusqu'à sacrifier\nà l'arrangement de la phrase sa spontanéité, sa chaleur et sa vie, jusqu'à\nécrire : « Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur\nrien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la\nforce interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l'air,\nun livre qui n'aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait\npresque invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y\na le moins de matière (1). »\n   Cette idolâtrie de la forme professée par Flaubert va de pair avec sa doc-\ntrine de l'égoïsme artistique. Flaubert crie à tue-tête qu' « il ne faut chanter\nque pour chanter », qu' « il faut faire de l'art pour soi, pour soi seul » (2).\nL'artiste n'a donc pas de fonction à remplir envers ses semblables, si l'on\npense comme Flaubert. L'unique chose nécessaire est dès lors qu'il se com-\n\n\n (1) Correspondance de Flaubert, t. II, pp. 70,71.\n (2) Ibid., p p . 110, 286.\n"}, {"page_pdf": 558, "texte": "                      L'ART D'APRÈS E R N E S T          HELLO                       489\n\nplaise dans l'expression de sujets quelconques. Hello, lui, insiste sur cette\ngrande vérité que l'artiste est responsable de l'usage qu'il fait des dons reçus ;\nil ne les a pas reçus pour sa propre satisfaction seulement, mais avant tout\npour en faire bénéficier ses semblables. Partant il doit avoir soin d'être com-\npris, il doit se préoccuper de l'impression que fera son œuvre, et la forme\nn'est que le revêtement du sujet traité.\n    Hello, rejetant l'idolâtrie de la forme, devait proclamer la simplicité comme\nloi du style. Car le culte exagéré de la forme mène à l'artificiel qui est le con-\ntraire de la simplicité. Il en est du style comme de la toilette; la recherche\ndans l'un et dans l'autre est un manque de simplicité; de la recherche on\npasse bientôt à l'affectation; de l'affectation à l'artificiel il n'y a qu'un pas.\nAussi Hello a-t-il raison de rapprocher Ovide de Cicéron; Cicéron achemine\nla littérature vers Ovide et cet acheminement est une décadence. Dans la\nlittérature moderne, Hello aurait pu trouver la répétition du même phéno-\nmène chez des artistes comme Mallarmé et Verlaine. Malgré les diversités et\nles mérites de leurs conceptions artistiques, ils se ressemblent par l'idolâtrie\nqu'ils professent pour la forme et par le caractère recherché et artificiel\n que cette idolâtrie même a imprimé à leurs œuvres.\n    Ils se sont tant éloignés de la simplicité, ils ont si bien raffiné que, seuls,\n quelques rares initiés les comprennent encore. Le livre de Tolstoï sur l'art (1)\n contient à l'égard de ces dilettantes de l'art des pages vengeresses du bon sens\n offensé. Le grand romancier russe démontre que la littérature, la peinture, la\n musique de tous les pays européens sont infectés de dilettantisme et certes\n Hello eût applaudi à ce réquisitoire de Tolstoï contre l'art décadent.\n    Divers étant les hommes, divers aussi sont les styles, car le style est\n l'expression de l'homme. Hello eût souscrit à la parole célèbre de Buffon :\n « Le style, c'est l'homme. » Il s'ensuit que le conseil d'imiter les grands écri-\n vains est ridicule, conclut-il. On peut « se les assimiler », mais non les imi-\n ter (2). Cette variété de styles qui correspond à une diversité de caractères\n ou de nationalités, Hello l'a surtout montrée chez les mystiques dont il a fait\n son étude de prédilection; il a écrit des pages superbes de coloris sur les con-\n trastes et les nuances que présentent les œuvres ascétiques suivant qu'elles ont\n vu le jour en Italie, en Espagne, sur la terre allemande ou dans les Pays-\n Bas (3). Après avoir esquissé une théorie du style, Hello en a ébauché l'histoire.\n    Il distingue d'abord la classe des écrivains-enfants dont Homère lui paraît\n être le type. Homère regarde et peint. Aussi demeure-t-il le maître en fait de\n description des choses extérieures.\n    A cette phase qualifiée par lui de primitive, Hello voit succéder une période\n intermédiaire entre l'enfance et la maturité, période d'adolescence littéraire et\n Virgile représente excellemment à ses yeux les écrivains de cette période.\n  Hello reconnaît en Virgile des qualités réelles : l'amour de la nature, la ten-\n\n\n  (1) TOLSTOÏ : Qu'est-ce que l'art?\n  (2) L'Homme, p. 398.\n  (3) Introduction aux Œuvres choisies de Jeanne Chézard de Matei. Paris, Palmé, 1870.\n"}, {"page_pdf": 559, "texte": "490                                   DURENDAL\n\n\n dresse d'âme, la mélancolie, mais il lui reproche une certaine recherche du\n mot aimé pour lui-même.\n    La décadence marquée, Hello la signale chez Ovide.\n    Le style de l'homme dans sa maturité, c'est pour Hello le style de Tacite,\n style simple, fort et viril qu'il se plaît à opposer à la rhétorique de Cicéron\n qualifié dans l'Homme d' « Ovide de la prose ». Tacite est, dit Hello, le\n plus grand écrivain de l'antiquité classique, tandis que le plus grand nom de\nla littérature moderne est Bossuet : Bossuet trouve les grands effets de style\n sans les chercher (1).\n    Voulant montrer par un exemple remarquable la puissance énorme de la\nsimplicité, du naturel, en matière de style, Hello choisit La Fontaine :\n « Cherchons, dit-il, un homme qui n'ait jamais vécu dans le monde des idées,\nqui n'ait reçu la pensée ni de première ni de seconde main, qui ne l'ait\nabsolument pas reçue, qui ait ignoré la beauté, qui n'ait jamais levé la tête;\nqui ne soit pas poète, dans la grande acception du mot ; qui n'ait fait que\nraconter de très petites choses, déjà racontées par d'autres avant lui, en sorte\nque le petit mérite de l'invention ne lui appartient même pas, un homme\npourtant qui se fasse lire et qui ne permette pas de l'oublier. Cet homme\nexiste : il se nomme La Fontaine...\n    )) Cet homme, qui jamais n'a soupçonné rien de grand, et qui n'a pas même\ninventé les petites choses qu'il nous a dites, a ceci de particulier et de curieux\nqu'il n'a qu'un mérite, un seul, rien qu'un, et qu'il atteste étrangement la\npuissance de cette qualité unique par laquelle il vit, lui qui avait tant de rai-\nsons pour ne pas vivre.\n    » Cette puissance qui immortalise La Fontaine, c'est le style » (2).\n    Hello entreprend de dresser un réquisitoire à charge de La Fontaine. Il lui\nreproche l'absence complète de symbolisme; et je le comprends, le symbolisme\nétant pour Hello la perception du monde invisible à travers le monde visible,\net le bonhomme ne s'étant guère inquiété dans ses fables d'un autre monde\nque celui où Jeannot lapin broute le thym et le serpolet, et où sa majesté\nfourrée Raminagrobis rend ses arrêts ; il lui reproche d'avoir fait du renard,\nc'est-à-dire de la ruse, son idéal; il lui dénie la pensée, il lui dénie même le\nsentiment de la nature. Le livre de Taine sur La Fontaine lui paraît être un\nmodèle de critique superficielle et fausse. Il ne m'est pas possible de souscrire\nau jugement sévère que Hello a prononcé sur La Fontaine. En plusieurs points\nce jugement me semble porter à faux. La Fontaine n'est-il pas un des rares\nécrivains du XVIIe siècle qui ait regardé, aimé et peint la nature; et même au\nXIXe siècle en est-il beaucoup qui aient su, comme lui, en rendre le charme?\n D'autres ont plus abondamment décrit les bois, les prés, les ruisseaux, la soli-\ntude, qui n'en ont pas exprimé, aussi bien que lui, la beauté exquise et dis-\ncrète. Et puis, comment Hello a-t-il pu dire que La Fontaine soit dépourvu\nde pensée? J'admettrais plus volontiers avec Hello que la moralité de ses apo-\n\n\n  (1) L'Homme,     pp. 399 et suiv.\n  (2) L'homme,   p p . 408 et suiv.\n"}, {"page_pdf": 560, "texte": "                        L'ART D'APRES ERNEST HELLO                              491\n\n\nlogues n'est généralement pas élevée. Mais quels que soient les lacunes et les\ndéfauts du jugement de Hello sur La Fontaine, il importait de le relever comme\nun exemple bien choisi de la puissance du style naturel, de la simplicité dans\nle style.\n     Hello a donné, dans un article isolé sur Victor Hugo, une application de sa\nthéorie du style que l'on peut mettre à coté de l'appréciation du style de La\n Fontaine comme une contre-épreuve. L'exemple de Hugo est l'un des meilleurs\nque l'on puisse trouver pour faire toucher du doigt l'emphase du style. Ce que\nLa Fontaine possède au suprême degré, le naturel, la simplicité, Hugo en est\nabsolument dépourvu. La magnificence d'invention verbale est la force de Hugo.\n Elle recouvre, trop fréquemment, hélas ! un fonds de pensée médiocre.\n     L'article de Hello est remarquable. Son début surtout est original : « Un\npeintre et un penseur voyageaient ensemble. Le peintre, serviteur fidèle et\néclairé, jetait de temps en temps un manteau de pourpre sur les épaules du\n penseur. Mais bientôt, dans son cœur, naquit et grandit le projet d'être seul,\n pour être le maître, et de dépouiller celui qu'il devait servir.\n     » A certain détour du chemin, ce peintre, enivré de lui-même, ébloui de sa\n palette, se jette traîtreusement sur le penseur, lui serre autour du cou le man-\n teau rouge dont il avait promis d'orner ses épaules, et l'étrangle au lieu de le\n faire resplendir. »\n     « Voilà l'histoire de Victor Hugo » (1).\n     Le style parfait, dans la théorie de Hello c'est, nous l'avons dit, le style qui\n s'oublie pour servir la pensée qui doit être exprimée. C'est l'expression franche,\n naturelle, vive, de la pensée et du sentiment associés et fondus.\n     Est-il, dès lors, étonnant que Hello ait fait ses délices, même au point de\n vue du style, de l'Écriture sainte et des mystiques?\n     L'Écriture sainte réunit, dans son style, au suprême degré, à la fois la\n  simplicité, le pittoresque et le symbolisme.\n      Ecoutez comment Hello célèbre l'union de ces qualités : « Les tableaux de\n  l'Ecriture sont ainsi faits qu'on les voit en les lisant, bien que jamais le texte\n  ne vise à les montrer. Jamais un détail n'est là qui y soit pour le tableau : tout\n  est pour le sens, pour la chose elle-même; mais le tableau se fait dans l'esprit\n  du lecteur, à cause de l'étonnante réalité des personnes et des choses. Le fait\n  est si vrai qu'il se montre sans penser à se faire voir. On dirait que sa mysté-\n  rieuse et symbolique signification ajoute quelque chose, même à la réalité lit-\n  térale. Les personnages sont d'autant plus vivants qu'ils figurent des réalités\n  plus hautes. Leur stature paraît énorme, et les paroles qui sortent de leur\n  bouche sont des paroles familières. Mais cette familiarité semble venir de la\n  communion universelle des choses. Les hommes sont familiers; mais la réu-\n   nion des mondes semble constituer leur famille. « Une étoile se lèvera », dit\n   Balaam; et nous sentons que les siècles prêtent l'oreille, et que la création se\n   dresse pour attendre : l'Etoile de la mer se lèvera en Judée, et les générations\n   l'appelleront bienheureuse (2). »\n\n  (1) Le Siècle, Paris, Didier, 1896, p p . 363, 364.\n  (2) Paroles de Dieu, Palmé, 1877, p p . 226, 227.\n"}, {"page_pdf": 561, "texte": " 492                                       DURENDAL\n\n\n\n    Je veux bien admettre qu'en parlant de l'Écriture sainte, Hello ait parfois\n  versé dans la subtilité. Mais, en dépit de quelques petites ombres, quelle\n intelligence lumineuse de la beauté souveraine de nos saints livres et quelle\n splendeur d'expression quand cette beauté se réfléchit dans son style.\n    De même que l'Écriture sainte, les mystiques sont en même temps sublimes\n et simples. Ils sont sublimes, car ils ont de Dieu, de l'éternité et de la vie une\n vision qui dépasse ce que la raison humaine, laissée à ses propres forces, est\n capable d'atteindre. Ils sont simples en ce sens qu'ils sont absolument déta-\n chés d'eux-mêmes, qu'ils ne songent nullement à provoquer l'admiration ou\n la sympathie et que, partant, leur style est exempt de recherche. Ils écrivent\n ce qu'ils voient et ce qu'ils éprouvent parce qu'ils sont convaincus que Dieu le\n veut. Comme Angèle de Foligno, ils cèdent à la voix impérieuse qui leur\n enjoint de parler et, comme elle, quand celui qui écoute leur dictée relit les\n pages écrites, ils disent : « C'est singulier! c'est étonnant! Qu'avez-vous donc\nécrit? Je ne reconnais pas cela! » (1). C'est que la langue humaine est impuis-\nsante à rendre, telle qu'ils l'ont entrevue ou pressentie, la magnificence des\nchoses divines. Et pourtant, quelle langue que leur langue!\n    Tout le monde connaît les hymnes d'amour de sainte Thérèse. Le livre\ndes visions et instructions de la bienheureuse Angèle de Foligno, les œuvres\nde Rusbroeck et de Jeanne de Mabel, traduits par Hello, contiennent, eux\naussi, d'admirables pages.\n    N'allons pas croire cependant que Hello n'ait goûté que les contemplatifs.\nCeux qui seraient tentés de verser dans cette erreur se détromperont bientôt,\ns'ils lisent attentivement les Physionomies de saints. Dans cette galerie, les\nmoralistes pratiques voisinent avec les contemplatifs. Saint Denis l'Aréopa-\ngyte, saint Augustin, saint Bernard, saint Jean Chrysostome, saint François\nde Sales sont tour à tour étudiés et commentés par Hello avec un ardent\namour et une profonde intelligence. Hello se complaît, par exemple, à nous\nmontrer l'éloquence de saint Jean Chrysostome, descendant dans les détails\nles plus menus de la vie de ses contemporains. Je ne nierai pas toutefois\nque Hello ait eu une prédilection pour les écrivains contemplatifs et mys-\ntiques. Mais son admiration était assez compréhensive pour embrasser toute\nla gamme des beautés que présente la littérature chrétienne.\n\n\n\n                       111. — L'ordre, loi de l'art\n   L'ordre, la proportion, l'harmonie est une foi fondamentale de l'œuvre\nd'art. Hello, en le rappelant, n'a fait que proclamer à nouveau une vérité\nélémentaire et banale.\n   Mais où se révèle son originalité, c'est dans la manière dont il a mis en\nrelief et dans les exemples dont il a illustré cette vérité.\n\n (1) Le livre des visions et instructions de la bienheureuse Angèle de Foligno, traduit par Ernest\nHello. Société de Saint-Augustin, 1895, Prologue, p. 22.\n"}, {"page_pdf": 562, "texte": "                        L'ART D'APRÈS E R N E S T           HELLO              493\n\n    Il a imaginé d'indiquer ce qu'est l'ordre dans le domaine de l'art, en défi-\n nissant la convention qui est la contrefaçon de l'ordre et la fantaisie qui en est\n la contradiction.\n    L'ordre résulte de la nature des choses.\n    La convention, elle, est arbitraire, elle ne sort pas de la nature, mais d'un\narrangement superficiel, elle est affaire de mode, de procédé mécanique.\n    Hello a trouvé dans le vers un commentaire de ces vérités générales.\n    « Le vers, dit-il, cette splendeur singulière, née de la parole et de la musique\ncombinées, nous fournit, de la loi et de la règle, une application magni-\n fique et, par conséquent, mystérieuse.\n    » La parole a besoin d'harmonie: elle veut faire invasion dans le domaine de\nla musique, sans se confondre avec elle. L'Art a eu la complaisance de faire\ncadeau du vers à notre humanité. Etudions un instant le vers dans sa loi, et le\nvers dans la règle qu'on lui a imposée (1). »\n    Hello prodigue des splendeurs d'expressions rares pour célébrer le rythme\ndu vers, la poésie magnifique dans sa soumission à la loi de sa nature.\n   Il a donné un exemple de ce qu'est la loi et de sa fécondité. I1 va donner un\nexemple de ce qu'est la convention et de sa stérilité. Cet exemple il le trouve\ndans les défauts du classicisme. Hello, certes, a dû admirer comme tout\nautre les beautés des grands classiques du XVIIe siècle. Mais ces beautés\nne permettent pas d'oublier que le classicisme a eu ses petits côtés, ses\ntravers : la règle des trois unités, le culte du mot noble, le dédain du mot bas\nou roturier, les recettes pour faire du lyrisme sérieusement données par Boi-\nleau. C'est contre ces travers que Hello s'indigne. La règle conventionnelle\napparaît là, à ses yeux, destructive de toute vraie vie artistique.\n   Cependant la répudiation des règles conventionnelles n'autorise pas la libre\nexpansion de la fantaisie.\n   La fantaisie n'a rien de commun avec l'ordre. Les romantiques, faute de\nl'avoir compris, ont créé un art maladif.\n   « On a joué, écrit Hello, il y a trente ans, une comédie assez étrange.\n   » Quelques insurgés ont pris à partie les règles et les conventions littéraires;\nayant l'énergie de les haïr, sans avoir la force de les dominer, ils ont conçu\ncontre elles une fureur qui leur a paru sainte, fureur véritable qui se tra-\nduisait par des injures. Ces jeunes gens, dont le plus connu était M. Victor\nHugo, ont joué très gravement, très doctoralement, un jeu qui consistait à\nprendre une à une les habitudes de leurs prédécesseurs et à les contrecarrer.\nAvait-on dit blanc, ils disaient noir. Pas un d'entre eux ne s'est aperçu qu'ils\nsubissaient à rebours les contraintes dont ils prétendaient se délivrer; car\nl'obligation de violer toujours une règle équivaut à celle de s'y soumettre tou-\njours, et constitue une autre règle, qui n'est que le contre-pied de la précé-\ndente, et qui a beaucoup de chance d'être plus gênante qu'elle. »\n   Plus loin Hello ajoute, résumant sa pensée dans une de ces formules lapi-\ndaires qui abondent dans ses ouvrages et fixent si bien l'idée dans l'esprit :\n« Les nouveaux législateurs (ils ont mérité ce nom) ont remplacé la conven-\n\n (1) L'Homme. Paris, Perrin, chap. : la convention, la fantaisie et l'ordre.\n"}, {"page_pdf": 563, "texte": "494                                     DURENDAL\n\n\n\ntion par la fantaisie, c'est-à-dire par elle-même; car la convention est la fan-\ntaisie de plusieurs hommes. La fantaisie est la convention qu'un homme fait\navec lui-même. »\n    Sans doute, de tout temps et dans toute école, il y a eu des artistes qui ont\nmis leur fantaisie au-dessus des lois ; mais les romantiques ont ceci de parti-\nculier — et c'est ce que Hello a voulu souligner — qu'ils ont fait de la fan-\ntaisie leur devise, par protestation contre le caractère rationnel de l'art clas-\nsique. Ils ont visé à l'anormal, à l'exceptionnel, à l'étrange, au grotesque.\n    Nous trouvons dans un article que Hello a publié sur Alfred de Musset\nl'illustration frappante de ses idées sur la fantaisie (1).\n    Musset, on le sait, incarne la fantaisie, non seulement dans son œuvre,\nmais aussi dans sa vie. C'est le type de l'artiste qui s'abandonne tout entier,\ncorps et âme, aux souffles divers des passions du moment.\n    Hello, dans cet article, n'hésite pas à dire sa profonde admiration pour les\ndons que la Providence avait départis royalement au grand poète romantique.\nIl admire le lyrisme profond, au jaillissement si plein, si sonore, du poète des\n« Nuits ». Puis il le plaint de n'avoir été que ce qu'il fut, alors qu'il aurait pu\ns'élever si haut. « Nul, écrit-il, ne fut doué comme lui au point de vue du\nchant.\n    » Quel oiseau ! quel rossignol !\n    » Ce n'était pas l'aigle! La cime du Mont-Blanc n'eût jamais été sa\ndemeure.\n    » Mais il eût été l'enchanteur de la nuit.\n    » Il n'était pas l'homme du grand jour. Sa voix, comme celle du rossignol,\neût été l'enivrement des soirées et des nuits. »\n    Et, plus loin, revenant sur la même idée, il continue :\n    « Pauvre Alfred de Musset! Le stérile plaisir de le discuter ne me tente\n pas. J'aime mieux le contempler dans la lumière des nuits transparentes,\nparées, illuminées, enchantées par sa voix! Comme il était brillant! Comme\nil eût été puissant ! La création ne lui apparaît jamais en plein midi, dans\nl'éclat du soleil. Elle lui apparaît sous la lueur douce et tremblante des\nétoiles; lueur embaumée des brises du soir. Dans ses heures les plus sereines,\nles plus recueillies, les plus fidèles, il respire le parfum de la nuit, il en res-\npecte, il en célèbre la pureté. J'aurais voulu voir ses regrets changés en désirs,\nrencontrer enfin, à travers les voiles glorieux du mystère, le Dieu caché dont\nles étoiles et les rossignols célèbrent la gloire et la douceur.\n    » J'aurais voulu l'entendre chanter la nuit du 25 décembre! »\n    Hello ne dit pas que Musset aurait été grand poète s'il avait éteint la flamme\nqui brûlait en lui. Il dit que cette flamme devait brûler droite vers le ciel,\ntandis qu'elle s'agite, tordue par mille vents impurs, dans la poussière ter-\nrestre. Musset, de même que tout artiste, a aimé; de même que tout artiste,\n il avait le devoir d'aimer dans l'ordre.\n    Nous sommes parfois troublés de ce fait que tant d'artistes ont sacrifié à la\n\n\n  (1) Le Siècle. Paris, Perrin. Alfred de Musset.\n"}, {"page_pdf": 564, "texte": "                        L'ART D'APRÈS E R N E S T HELLO                         495\n\n\n vie désordonnée des sens, et nous avons la tentation de nous demander si ces\n désordres ne sont pas la condition même de leur génie. Penser ainsi serait une\n grande et funeste erreur. Hello, sans la réfuter directement, nous met en garde\n contre elle par ce qu'il nous dit de l'union nécessaire de l'amour et de l'ordre.\n  La vérité est que l'artiste ne pouvant réaliser son œuvre que par des moyens\n sensibles est doué d'un tempérament particulièrement apte à jouir des choses\n sensibles et, partant, plus qu'un autre exposé à en abuser s'il ne se surveille pas.\n Mais ce n'est pas une raison pour conseiller à l'artiste de jeter de la cendre sur\n le feu sacré que Dieu a allumé en lui. S'il a un cœur chaud, des sens qui\n vibrent aisément et profondément, c'est le Créateur qui les lui a donnés et ce\n serait un blasphème que de déclarer ces dons fatalement néfastes.\n    Hello, qui eut l'esprit large, ne fut jamais victime de ces mesquins\n scrupules.\n    D'aucuns pourraient croire que, poser l'ordre comme condition suprême de\n l'art, c'est le condamner à la froideur, c'est éteindre l'ardeur et l'amour dans\n l'âme de l'artiste.\n    Hello a pris soin de nous prémunir contre cette erreur. Il a dit et\n redit en maint endroit de ses livres que l'amour vrai et l'ordre vrai s'impli-\n quent, loin de s'exclure, que pour aimer vraiment, il faut aimer dans l'ordre :\n « Parmi les hommes vulgaires, écrit-il, les uns croient que la poésie est un\n exercice dont on vient à bout au moyen d'une formule; les autres la prennent\n pour une folle qui a le désordre même pour condition, qui estdéréglée dans son\n essence.\n    Or, voici la vérité :\n    La poésie et la musique, qui vivent d'amour, ont leurs racines dans les\n mathématiques, inflexibles et absolument exactes : comme si l'amour et l'ordre,\n qui quelquefois nous semblent ennemis, mettaient je ne sais quelle affectation\nà se proclamer unis dans ces hautes manifestations d'eux-mêmes (1).\n    Hello qui a médité sa vie durant l'Écriture sainte, cette inépuisable source\nde poésie vraie, y a trouvé l'union parfaitement réalisée, de l'ordre et de l'amour.\nDans le livre intitulé Paroles de Dieu, il y a un chapitre sur le « Symbolisme\ndans l'Écriture ». Nous y lisons ceci :\n    « Dans l'Ecriture en général, dans le livre d'Esther, dans le cantique des\ncantiques en particulier, deux caractères me frappent, deux caractères que\nl'on ne s'attend pas à rencontrer ensemble : l'austérité et l'enivrement. Le\nmystère de la création, la chute de l'homme, l'horreur du péché, l'horreur de\nla mort, la caducité des choses, la vanité de ce qui est humain, la splendeur\nde la lumière voisine de la naissance, les souvenirs du Paradis, les terreurs de\nl'exil, les larmes et la sérénité, la majesté du voisinage de Jéhovah, la sainteté\nde son nom terrible, les crimes et les souillures à travers lesquels passe la\nparole sacrée sans rien perdre de sa pureté inviolable, comme la lumière passe\nà travers les ruisseaux sans ternir ses rayons, toutes les fanges et toutes les\nhontes, tous les repentirs, toutes les impénitences, toutes les duretés de la\n\n\n (1) L'homme : La convention, la fantaisie et l'ordre,\n"}, {"page_pdf": 565, "texte": "496                                    DURENDAL\n\n\n\nterre, toute la pourriture du tombeau à chaque instant montrée aux puissants\net aux rois, toutes les chutes des trônes, tous les défis lancés à la créature vani-\nteuse et impuissante, tout cela se mêle aux destinées du peuple de Dieu, et\nnous voyons resplendir ensemble, à travers les sourires et les larmes, parmi les\nlamentations de Jérémie, les pleurs de David et les sanglots de Madeleine,\nnous voyons resplendir et monter au ciel, dans le pêle-mêle du champ de\nbataille, l'éclat et les parfums de cet Orient sacré.\n     » Et jamais le texte ne perd son calme terrible. Il est simple, grave, brûlant\net solennel comme un souvenir de la Patrie (1). »\n    Après l'Écriture sainte, la littérature chrétienne lui offrait à profusion\ndes exemples où se vérifiait la même loi. On a plusieurs fois fait voir, dans les\neffusions d'amour divin que nous ont laissées nos grands mystiques, la ferveur\nla plus passionnée unie à la plus exquise pureté, la tendresse de l'âme et la\nmortification des sens allant de pair, croissant ensemble et se soutenant l'une\nl'autre, bien loin de se nuire. Ce n'a pas été un des moindres mérites de Hello\nque d'avoir traduit et publié Angèle de Foligno, Rusbroeck l'admirable,\nJeanne de Matel. Dans les œuvres de ces trois mystiques, il nous a fait\nsentir, comme dans l'Ecriture sainte, la flamme de l'amour ardent et spi-\nritualisé.\n     Hello aurait pu encore nous montrer dans la poésie franciscaine, pieuse-\nment étudiée aujourd'hui par une pléiade d'écrivains, la magnifique réali-\nsation d'une poésie vivant d'amour et d'ordre à la fois. Qui a plus ardemment\naimé que saint François d'Assise et ses disciples, saint Bonaventure, Jacopone\nde Todi? Qui a plus rigoureusement porté le joug de la loi chrétienne et même\ndes conseils évangéliques? Car il faut le remarquer, pour éviter toute erreur,\nles poètes franciscains ont sans doute chanté Dieu, le Ciel, les joies suprêmes\n de l'âme, les beautés de la nature animée et inanimée, mais ils ont volontai-\n rement renoncé à chanter l'amour humain, fût-il légitime; or, ce renonce-\n ment n'est pas imposé au poète ni au peintre, car tout sentiment qui est dans\n l'ordre chrétien a le droit d'être exalté par l'artiste.\n     Ce qu'il faut condamner sans réserve, c'est le sentiment désordonné et son\n expression déréglée : c'est aussi ce que Hello a prétendu condamner.\n     Hello est revenu avec insistance, en différents endroits de ses ouvrages, sur\n cette alliance de l'ordre et de l'amour dans l'œuvre d'art. Il a gémi de voir cette\n alliance rompue, de voir même l'ordre et l'amour méconnus à la fois par tant\n d'artistes modernes. Dans son livre : Philosophie et athéisme, il écrit : « L'art\n affirme à la fois la raison et l'amour; sa grandeur nous est parfaitement incon-\n nue; nous en avons fait je ne sais quel misérable et mauvais passe-temps (2). »\n  Il est intéressant de rapprocher cette dernière phrase des anathèmes lancés par\n Tolstoï dans son livre : Qu'est-ce que l'Art? : « Pour donner une définition\n exacte de l'art, il est donc nécessaire, avant tout, de ne pas le considérer\n\n\n\n  (1) Paroles de Dieu : Le symbolisme dans l'Écriture.\n  (2) Philosophie et athéisme. Paris, Poussielgue, 1888, p. 279.\n"}, {"page_pdf": 566, "texte": "                          L'ART D'APRÈS ERNEST          HELLO                      497\n\ncomme un moyen de plaisir, mais comme une des conditions de la vie (i). »\nEt plus loin : « L'absence de foi chez les classes dirigeantes de l'Europe a eu\npour résultat de remplacer l'activité artistique transmettant les sentiments les\nplus élevés de source religieuse, par celle qui procure la plus grande somme\nde jouissance à une catégorie limitée d'hommes. De tout le domaine immense\nde l'art, on n'a gardé que la partie qui a pour but de donner le plaisir (2). »\nDivergents sur d'autres points, Hello et Tolstoï se rencontrent donc pour\nréprouver l'art païen moderne aussi bien que pour exalter l'art chrétien pri-\nmitif. Et la décadence est attribuée par tous deux à cette même cause: l'amoin-\ndrissement de la foi et de l'amour vrai qui naît de la foi.\n   L'ordre, non la convention, ni la fantaisie, telle est donc la loi suprême de\nl'art. L'ordre, non l'ordre compassé, rigide, étroit, mais ample, mouvant,\nvivant, ardent, l'ordre dans l'amour.\n\n\n\n                          IV. — L'idéal dans l'art\n    Dans un chapitre de son livre L'Homme, intitulé « Les tendances actuelle\nde l'art », Hello nous enseigne quel esprit doit, selon lui, animer l'artiste.\n    Il écrit : « L'art est une ascension. Sa loi est de monter. Poussé par sa nature\nvers le type éternel des choses, il tend du côté de l'idéal. Son œil pénètre dans\nles choses pour scruter ce qu'il y a d'essentiel en elles. Il cherche par où elles\ntiennent à la vérité, et c'est par là qu'il les regarde. » Et plus loin : « Peut-être\nces choses nous imposent-elles un devoir nouveau, une obligation rajeunie de\nproclamer la nature de l'art, qui était, qui est et qui sera une ascen-\n sion (3). »\n    L'art doit être une ascension, voilà la pensée que tout artiste doit avoir pré-\n sente dans son travail.\n    L'art doit monter et élever les âmes avec lui. « Pour monter, pour élever, il\n doit tendre à l'idéal », écrit Hello.\n    Comment Hello entend-il « l'idéal »? On parle si souvent de l'idéal sans\n prendre soin d'attribuer à ce mot une signification précise. L'idéal, c'est, dans\n la langue de Hello, « le type éternel des choses » (4). Qu'est-ce à dire, sinon que\n l'idéal est la perfection de l'être, qu'un être approche d'autant plus de l'idéal\n qu'il est davantage ce qu'il doit être?\n     Hello développe cette pensée lorsque, dans Philosophie et athéisme, il traite\n de l'art grec, de ses mérites et de ses lacunes.\n     « La Grèce, écrit-il, regardait la création, telle qu'elle nous apparaît, comme\n l'expression suprême de la beauté; aussi, ne désirait-elle rien au delà ; dès lors,\n\n\n  (1) Comte LÉON TOLSTOÏ : Qu'est-ce que l'Art? traduit par Halpérine Kaminsky, 4e édition.\n Paris, Ollendorff, 1898, p. 84.\n  (2) Ibid.,   p . 128.\n  (3) L'Homme : Les tendances actuelles de l'art.\n  (4) Ibid.\n"}, {"page_pdf": 567, "texte": "498                                    DURENDAL\n\n\n\nl'aspiration était un non-sens. Dans leurs Champs-Elysées, les héros regrettent\ncette terre, cette vie, cette lumière. Les héros sont des ombres ; la lumière pour\neux est en ce monde-ci; l'ombre est là-haut ou plutôt là-bas : voilà le fonde-\nment de leur société, de leur art, de leur poésie       Or, l'esprit humain a été\ndirectement retourné. L'humanité moderne sait que le monde visible (ombre\net figure, figura mundi) est taillé sur le modèle du monde invisible, suprême et\nidéale réalité.\n   » Ainsi, l'art moderne, logique comme l'ancien, ne voyant plus dans la\nnature « qu'un miroir et qu'une énigme » (per spéculum et in enigmate), la\nperce à jour pour découvrir à travers elle ce qu'elle cache. De là, le type idéal\nmanifesté par la forme matérielle; de là la poursuite et le désir. »\n   Il continue, prévenant un malentendu : « Voilà la pensée grecque et la\npensée moderne. Je ne veux pas dire : voilà la pensée chrétienne et la pensée\npaïenne.\n   » Sous l'action du christianisme, le monde a changé de souverain; mais,\nne l'oublions pas, jamais l'homme n'a vécu totalement privé de raison et de\nlumière. Le paganisme n'a été qu'un accident; au fond du païen vivait\nl'homme, et la lumière naturelle n'a jamais été absente de la création. L'écho\ndes traditions premières a été altéré, mais non pas étouffé (1). »\n   En citant ce passage, je n'ai pas l'intention d'apprécier ce que Hello dit de\nl'art grec. Ce que je veux, c'est mettre en lumière la conception que Hello s'est\nfaite de l'idéal artistique.\n   Ici encore je pourrais rapprocher Hello de Tolstoï. Après avoir réprouvé\nl'art païen moderne qui ne vise que le plaisir, après avoir indiqué dans la\nRenaissance du XVIe siècle la date originelle de cette erreur artistique, Tolstoï\ns'élève à des considérations dont l'analogie est frappante avec celles que nous\nvenons de rencontrer chez Hello : a La conscience chrétienne, dit-il, a donné\nune nouvelle direction à tous les sentiments des hommes et, par suite, a modi\nfié complètement la signification de l'art. Les Grecs ont pu profiter de l'art des\nPerses, les Romains de celui des Grecs, les Juifs de celui des Egyptiens : leur\nidéal principal était le même : c'était la grandeur et le bonheur des Perses, des\nGrecs et des Romains, le même art était transporté dans un autre milieu et s'y\nadaptait.\n   » Mais l'art chrétien a transformé, a révolutionné tout, au point que,\ncomme le dit l'Evangile : « Ce qui était grand devant les hommes est devenu\n\" vil devant Dieu. \" L'idéal, ce n'était plus la grandeur du Pharaon ou de\nl'empereur romain, ce n'était plus la beauté du Grec ou la richesse de la Phé-\nnicie, c'étaient : l'humilité, la chasteté, l'amour.\n   » Le héros, ce n'était plus le riche, mais le pauvre Lazare, c'était Marie\nl'Egyptienne, non pas au temps de sa beauté, mais de son repentir; ce n'étaient\npas les acquéreurs de richesses, mais ceux qui les distribuaient; non pas les\nhôtes des palais, mais ceux des catacombes et des masures. Le produit d'art\nsupérieur n'était plus le temple de la victoire où se dressaient les statues des\n\n\n (1) Philosophie et athéisme, Paris, 1888, Poussielgue, pp. 283 et suiv,\n"}, {"page_pdf": 568, "texte": "                       L'ART D'APRÈS E R N E S T     HELLO                     499\n\nvainqueurs, mais l'expression de l'âme humaine, régénérée par l'amour, au\npoint que l'homme martyrisé a eu pitié de ses bourreaux et leur a par-\ndonné.\n   » C'est pourquoi les hommes du monde chrétien continuent, par inertie, à\nadmirer l'art païen. L'idéal de l'art chrétien est si nouveau pour eux, si diffé-\nrent de l'ancien, qu'il leur semble la négation même de Tart, et ils tiennent\nplus que jamais à l'ancien art. Celui-ci n'a cependant plus sa source dans notre\nconscience religieuse, et a perdu, par suite, sa raison d'être; bon gré mal gré,\nnous devons le rejeter (1). »\n   Ainsi le grand romancier russe fait écho au penseur français; de l'empire\nrusse à la terre bretonne, leurs anathèmes contre la Renaissance de l'art païen\nse répondent.\n   Aussi tous deux — mais Hello surtout — me rappellent ce fameux tableau\noù Zurbaran a représenté saint Thomas d'Aquin rendant visite à saint Bona-\nventure. Celui-ci écarte un rideau derrière lequel apparaît, au milieu des in-\nfolio, un grand crucifix, indiquant ainsi la source où s'alimente la sublimité\nde sa doctrine.\n   C'est dans la religion de ce même Christ que Hello et Tolstoï invitent les\nartistes à chercher leurs inspirations.\n   Ce qui éclaire encore la pensée de Hello, c'est le développement qu'il en\ndonne au cours d'un article principalement dirigé contre le réalisme. « Il\nappartenait au temps actuel, écrit-il, de voir naître dans la littérature et dans\nla peinture une école, ou plutôt une habitude, qui reproduisît la laideur de cer-\ntaines réalités avec l'intention précise de la reproduire (2). »\n   Hello, en condamnant le réalisme, tel qu'il se montrait autour de lui, dans\nla littérature et dans la peinture, n'a certes pas eu la pensée d'inviter Tart à\ntourner le dos à la réalité pour se lancer dans l'irréel. Loin de lui cette pensée,\npuisque toute son œuvre proteste contre la fantaisie dans l'art. Si le réalisme\ndu XIXe siècle est la négation de l'art, c'est — Hello nous le dit dans les der-\nniers mots que nous venons de lire — parce qu'il dénie à l'art la mission d'éle-\nver l'homme. L'art doit dégager de la vie l'idéal qui soutiendra et dirigera\nl'homme : telle est la pensée de Hello. Il l'exprime dans son chapitre sur les\nassociations d'idées. « Pendant que la vie égarée et haletante est encore en travail\nde la beauté qu'elle poursuit habituellement sans l'atteindre, l'art, pour la\nguider et la soutenir, dégage d'elle l'élément de splendeur qu'elle contient, lui\nmontre son avenir et son idéal (3). » Cet idéal, c'est l'harmonie des actes\nhumains avec la fin de l'homme, harmonie morale que le réalisme nie ou\nsupprime en fait, puisqu'il se propose et prétend avoir le droit de représenter\ntelle quelle la réalité quelconque offerte aux yeux de l'artiste.\n   Voilà pourquoi le réalisme est la négation de l'art en littérature et en pein-\nture.\n\n\n  (1) Qu'est-ce que l'art? pp. 257 et suiv.\n  (2) L'Homme : Les tendances actuelles de l'art.\n  (3) L'Homme : Les associations d'idées,\n"}, {"page_pdf": 569, "texte": "500                                 DURENDAL\n\n\n\n    Le réalisme littéraire contemporain a trouvé sa forme favorite dans le\nroman.\n   Il était donc naturel que Hello donnât une attention particulière au roman\nmoderne. Le roman, écrit Hello, existait depuis longtemps, mais non pas tel\nqu'il existe aujourd'hui... Le roman, dans l'antiquité n'était qu'un jeu d'imagi-\nnation. Loin de se donner comme la représentation de la vie réelle, il en fuyait\nl'image. Il visait aux aventures bizarres, merveilleuses, invraisemblables... »\n« Dans le XIXe siècle, le roman ouvre une route directement contraire : il veut\npeindre la vie commune (1). »\n   La vie commune, notons-le bien, cela ne veut pas dire sous la plume\nde Hello la vie de modeste apparence, dépourvue d'éclat extérieur, absorbée\nen d'humbles occupations; cette vie-là peut être grande, noble, sublime; la\npensée qui l'anime peut la grandir, l'ennoblir, la sublimer. Nul mieux\nque Hello ne l'a su et ne l'a dit. Nul, plus profondément que lui, n'a compris\nla dignité de la vie chrétienne cachée, obscure, jugée vulgaire par le monde\nparce que la trame des actes qui la composent n'a rien d'extérieurement remar-\nquable. C'est parce qu'il l'a profondément comprise, qu'il a aimé Rusbroeck\net sa mystique pratique et active. C'est pour la même raison qu'il a écrit cette\nbelle prière où il demande au « petit enfant de Nazareth » de lui faire aimer\n« les petites choses » (2). Si donc le roman réaliste s'était donné pour tâche de\nreprésenter cette vie-là, si c'était cela qu'il avait entendu par la vie commune,\nHello aurait eu pour la célébrer des pages colorées d'enthousiasme. Mais,\nhélas! non, la vie commune n'est pas l'humble vie chrétienne pour les roman-\n ciers réalistes français du XIXe siècle.\n    La vie commune qu'ils prétendent peindre, c'est la vie bornée aux désirs,\naux regrets, aux ambitions, aux jouissances de la chair et de la terre, la vie\nprivée de l'horizon d'infini que la religion déploie autour d'elle, vidée de cette\nsève de surnaturel que le christianisme fait circuler en elle. Voilà la vie que\nBalzac, Flaubert, les Goncourt, Maupassant, Zola ont, sous des angles\ndivers, avec plus ou moins d'élévation d'idées et de largeur de vues, dépeinte\nà nos contemporains. Ainsi comprise la littérature ne mérite plus le grand\n nom d'Art. Elle en est, pour reprendre le jugement sévère mais fondé prononcé\n par Hello, la négation.\n    S'il en est ainsi, si le roman contemporain a trop souvent pour thème la\n vie commune, comment s'y prennent les romanciers pour donner de la\n saveur à leurs œuvres, pour rendre attrayante cette peinture multiple et scru-\n puleuse de la vie commune?\n    C'est la question que se pose maintenant Hello et à laquelle il va répondre.\n    « Comment, se demande-t-il, a fait le roman moderne pour remplacer cet\n attrait de l'inconnu (qui était le charme du roman antique)? »\n    Voici ce qu'il a fait. Il a eu recours à la passion : il s'est adressé à elle; il\n\n\n  (1) L'Homme : Le roman.\n  (2) ARMAND THIÉRY : Ernest Hello, dans Catholiques actuels, Louvain, Institut supérieur\nde philosophie, 1898.\n"}, {"page_pdf": 570, "texte": "                     L'ART D'APRÈS ERNEST HELLO                              501\n\n\nlui a dit de remplacer l'île de Thulé. Il a imaginé des sentiments violents, afin\nde suppléer par le débordement intérieur aux courses extérieures qui étaient\népuisées. Puis il a mêlé la passion à la vie quotidienne, de façon à persuader\naux hommes et aux femmes que la passion est le sel de la vie (1).\n   Ainsi la passion est devenue l'attrait du roman moderne.\n   Or, la passion est mère du trouble, du malheur, du désespoir, tandis que la\njoie et la paix rayonnent dans les âmes que la passion ne gouverne pas, je ne\ndis pas dans les âmes dont la passion est exclue, parce que la passion ne meurt\nqu'avec nous; la passion est la compagne de la vie, mais elle est vaincue ou\ntriomphante; vaincue elle reprend l'offensive, mais cette lutte incessante n'em-\npêche point l'âme de jouir de la paix.\n   Les pages que Hello a écrites sur la passion dans le roman contemporain\nsont parmi les plus belles de son œuvre; Hello montre comment cette soif\nd'émotions passionnelles qui brûle le lecteur de romans mauvais dégénère en\nun incurable ennui, en un profond dégoût, comment l'absence d'amour vrai\net le goût du malheur caractérisent les mauvais romans. Il déclare qu'« il\nfaudrait se moquer de René et de Werther, se moquer, se moquer jusqu'à ce\nque mort s'ensuive ». Cette ironie serait la juste réponse au mépris que les\n mauvais romanciers témoignent à la paix. Le mauvais roman « aime à consi-\ndérer la paix comme une chose négative, dit Hello, faite pour les petites gens,\n et l'agitation comme le sublime monopole des grandes natures » Son esprit\n tendrait à insinuer que Dieu est sans vie, et que Satan est l'acte pur.\n   Cependant la paix, qui est un feu dévorant, brûle éternellement, dans la\njoie et dans la gloire, l'encens magnifique de l'Adoration sur les hauteurs où\n repose l'œil de Dieu.\n    Elle porte dans son sein immense le transport de l'amour et l'activité du\n sacrifice de louanges.\n    L'agitation promène lentement et vainement ses victimes inutiles et\n ennuyées dans les ruisseaux d'eau froide et dans les mares de boue.\n    Le mauvais roman s'en va de la sorte vers la désespérance finale, parce que\n Dieu en est absent, a Le récit, comme l'Histoire, dit encore Hello, doit, pour\n éviter l'ennui et pour donner la lumière, faire sentir dans les faits la présence\n de Dieu. La présence de Dieu est l'arome qui empêche la vie humaine de\n tomber en putréfaction. Le mauvais roman a été, au plus haut degré, la\n négation de la présence de Dieu (2). »\n    Peu à peu, on le voit, la question s'est élargie. Hello a commencé par\n caractériser le mauvais roman moderne ; il en est bientôt arrivé à montrer\n que toute littérature où manque la présence de Dieu est nécessairement triste,\n parce qu'elle se complaît dans le malheur, conséquence fatale de la passion\n assouvie. Ainsi « la poésie légère, Byron, Werther sont tristes ». Ainsi le\n drame de Shakspeare est triste, car son drame incarne l'action du hasard,\n\n\n\n  (1) L'Homme: Le roman.\n  (2) L'Homme : Le roman.\n"}, {"page_pdf": 571, "texte": "502                                   DURENDAL\n\n\n\nau lieu d'incarner la conduite de la Providence divine. Or le hazard est père\nde la folie, et ami du malheur.\n   Dans son étude sur Roméo et Juliette, Hello montre comment la passion\ndu malheur est la source de l'immoralité de ce drame.\n   De même la tragédie de Sophocle est triste parce qu'elle manifeste l'action\nde la fatalité qui veut le crime et mène au désespoir. De même le drame de\nFaust est triste; car il va vers le néant. De même Molière est habituellement\ntriste parce que son dénouement habituel est la honte. Le vrai dénouement du\ndrame devrait être au contraire la justice (1).\n  (A suivre.)                                           GEORGES LEGRAND.\n\n\n\n\n  N . B . — Nous tenons à rappeler à nos lecteurs, à l'occasion de la\npublication de cette étude de Georges Legrand sur E. Hello, que les\narticles qui paraissent dans DUREND AL et par conséquent les appré-\nciations qui y sont émises n'engagent que la responsabilité des\nauteurs. C'est dire que nous ne partageons pas forcément tous les\njugements portés dans ces pages, soit sur le système de critique de\nE. Hello, soit sur les œuvres de Mallarmé, Verlaine, Victor Hugo, etc.\n\n\n\n  (1) L'Homme : Les plateaux de la balance. (Passim.)\n"}, {"page_pdf": 572, "texte": "  Mon âme a peur...\n\nMon âme a peur, ô mon Jésus,\nO comme a peur ma très pauvre       âme!\nLe jour s'éteint, et l'Angelus\nCarillonne pour     Notre-Dame.\n\nLe jour s'éteint et j'ai dormi\nComme un mendiant au bord des routes.\nDites! où trouverai-je emmi\nLe soir, et le lit et la croûte?\n\nSans clair de lune, emmi le soir\nEt tout perdu sur cette berge,\nComment trouver, il fait si noir!\nLe bon chemin de Votre auberge?\n\nJe ne sais pas. Et j'ai si peur :\nPeur du vent furibond qui brame,\nPeur des crapauds geignant en chœur,\nPeur d'être seul avec mon âme.\n\nPeur de Veau qui s'étire et fuit,\nPeur de la terre qui se pâme\nDans le repos, peur de la nuit,\nPeur d'être seul avec mon âme.\n\nPeur   des remords      hallucinants,\nPeur   des crocs des désirs infâmes,\nPeur   de ma chair, peur de mes sens,\nPeur   d'être seul avec mon âme.\n\nAh ! j'ai si peur, seul contre lui,\nSatan, qui me brûle à la flamme\nDe son désespoir. J'ai peur, oui,\nJ'ai peur de perdre ma pauvre âme.\n\nDites, ô mon Jésus! C'est vrai,\nQue souvent je boude à ma tâche,\nQue, peut-être, je Vous vendrais\nComme un Judas, tant je suis lâche!\n"}, {"page_pdf": 573, "texte": "504                   DURENDAL\n\n\n\n      C'est vrai... Mais Vous, Vous êtes bon :\n      Vous pardonnez à ceux qui     pleurent,\n      Vous ramenez à la Maison\n      Ceux qui, loin de Sa Paix, se meurent;\n\n      Mais Vous, Vous dissipez la nuit\n      Pour ceux qui cherchent Votre trace,\n      Et Vous baisez au front celui\n      Qui hier crachait sur Votre face.\n\n      Faites que je sois de ceux-là\n      Qui méritent Votre lumière;\n      Faites que j'aille sur Vos pas\n      Jusqu'à l'Auberge      hospitalière.\n\n      J'y veux entrer... et l'Angelus\n      Dira le salut de mon âme\n      Vivant au côté de Jésus\n      Sur le giron de Notre-Dame.\n                                             E L I E BAUSSART.\n"}, {"page_pdf": 574, "texte": "    Le troisième Salon du Printemps\n\n                   PRINTANIER, il n'aurait pu l'être davantage par la joie de vivre\n                     qu'y répandait la clarté douce d'une saison nouvelle. Prin-\n                     tanier, il l'était deux fois, puisque l'enfant et la jeune fille\n                     y occupaient une place privilégiée.\n                        Mon fils Paul, peint allègrement, avec cet air de n'y pas\n                     toucher qui révèle le brio habituel de Philippe Lazlo, est\n                     plus qu'un enfant : c'est le rejeton d'une race affinée. On\n                     retrouve ici la touche nerveuse de Van Dyck. Le Portrait des\nenfants H..., par Camille Lambert, enlevé avec talent et d'un pinceau mou-\nvementé à souhait nous montre des gosses animés et babillards : trois fruits\nd'une vivante carnation, détachés d'un rameau sain et vigoureux. Faut-il\nciter encore le souriant Jean-Pierre, d'Alfred Jonniaux; la rose sans épines\nqu'est Mlle C..., d'Herman Richir, et cet Enfant roux, de Charles Hermans,\ndont la toison dorée confinait au blond, en dépit de son intitulé? Le chapeau\net le nœud verts du Portrait de fillette, par André Cluysenaer, assortis au\nviolet du manteau et au rose de la poupée se détachaient avec beaucoup d'à-\npropos sur un fond gris. Les Deux petites sœurs, de Charles Hentzé, elles aussi\ns'habituaient à leur futur rôle de mamans et dorlotaient le plus sérieusement\ndu monde leur poupée de fille. Il a suffi à Lucien Wollès de quelques coups\nde crayon pour tracer la silhouette de Bébé et son ami. (L'ami, c'est un matois\nfourré d'hermine.) Si je cite Mlle G... ou Mlle B..., d'Hermann Richir, épa-\nnouies dans leur chrysalide blanche ou rose, je regrette d'en passer beaucoup\nd'autres, et des plus jolies.\n   Il y avait des femmes jeunes, en pleine floraison et quelques-unes sur la\ndéfensive, déjà... De celles-ci, évidemment, je ne dirai rien.\n   Dans certains portraits, il ne faut plus rechercher la ressemblance physique,\nmais discerner surtout les traits caractéristiques d'une race ou d'un état d'âme.\nTelle la Petite Ardennaise, de Léon Frédéric. Telle encore la Zélandaise sur\nle port, profilant sa silhouette sur un décor austère, ou la Zélandaise sur la\ndigue avec, au fond, une tour massive, phare d'espérance auquel s'attache\nirrésistiblement le regard en détresse des pécheurs et des pécheurs...\n   L'Idylle, de Paul Artot, nous ramenait au temps du Titien : il n'eût pas\nrenié le geste enveloppant du mâle, et le galbe impeccable de cette déesse de\nla Renaissance. Un autre Idylle dénotait chez Ernest Faut de surprenantes\nqualités de coloriste. Gaetano Previati situait sa Georgique sous le ciel géné-\nreux de la Lombardie.\n"}, {"page_pdf": 575, "texte": "506                                DURENDAL\n\n\n\n   Rêverie, de Firmin Baes, trahit les préoccupations d'une mère. Le reflet de\nla lumière qui l'illumine par en bas se confond avec les éclaircissements divins\nqui lui viennent d'En-haut... Jacob Smits magnifia aussi le dévouement mater-\nnel. Mère et enfant témoigne à la fois d'une rare concision et d'une grande\nprofondeur de définition, rappelant la simplicité de facture et l'effet intense de\nMillet. Le montant de la chaise a des teintes indéfinissables, qui caractérisent\nl'objet de ménage employé tous les jours; il a du relief, on le prendrait en mains\npour le toucher, pour s'assurer qu'il a réellement pris corps sous le pinceau de\nl'artiste. Seul le bras droit de la mère a une regrettable raideur.\n   La façon de peindre de Smits mérite une mention spéciale. Le tableau\nsemble peint plusieurs fois, par couches de couleur successives. Grâce à des\nempâtements savants, les effets de lumière viennent, dirait-on, par en dessous.\nSmits arrive à des tons d'une extraordinaire franchise et d'une admirable\nmonochromie, en mêlant dans un même creuset les couleurs les plus dispa-\nrates. Y a-t-il un blanc plus pur que celui composé des sept couleurs de\nl'arc-ea-ciel? Cette combinaison des tons simples rappelle les procédés de la\nchimie.\n   La Jeune fille an miroir, de Van Zevenberghen, est d'un charme prenant\ndans sa simplicité. Elle rajuste sa coiffe, ébauche le geste instinctif de coquet-\nterie inné chez tout être féminin, qu'il soit femme ou fleur. Ce rapprochement\ntout indiqué se trouve réalisé, une fois de plus, dans la toile aux tonalités rares\nd'Austen Brown : Madame Les Fleurs. Et il n'y a rien d'étonnant, puisqu'il\nidéalise la femme. Au lieu de voir en elle un être de volupté, les artistes anglais\nmettent une galanterie sans pareille à faire valoir sa grâce et sa finesse. Pour\neux, sa beauté réside principalement dans sa distinction. Aussi la repré-\nsentent-ils généralement dans une attitude de suprême élégance. Ils se garde-\nront de souligner avec indiscrétion ses charmes physiques et ne permettront\naucun laisser-aller dans la pose. Toujours ils la peindront avec le plus grand\nrespect. Gentlemen ou puritains? Les deux à la fois, peut-être.\n   Si les Vierges à la fontaine, de Montald, témoignent d'une grande fraîcheur\nde composition, le Rocking-Chair, de Gustave Stevens, triomphait d'une réelle\ndifficulté par sa curieuse harmonie de jaune, d'orange et de violet. Les Papil-\nlons, de Charles Hermans, — jeux de nymphes dans les bois — dénotaient\nune main particulièrement assouplie. De même le frou-frou voluptueux de la\ntoilette de Circé. Névrose, de Charles Hermans encore, décrit de façon poi-\ngnante l'état pathologique d'une Manon qui ne trouvera d'autre issue à une\nvie d'orgie que dans le crime ou la folie. Obédée, de Jef Lempoels, procédait\nde la même psychologie.\n   Elles n'en sont pas encore à ce stade de leur course, les vierges folles qui se\nmiraient dans un abreuvoir, quand près d'elles passa, hiératique, le regard\nperdu dans les cieux, le Christ suivi d'un agnelet. L'autre Miroir, c'est Jésus\n« qui a tant aimé les hommes » pour les racheter, elles pour les perdre\nEst-ce bien là l'interprétation qu'il faut donner au singulier sujet traité par\nVan de Woestyne?\n\n                                       *   *\n"}, {"page_pdf": 576, "texte": "                 LE TROISIÈME SALON DU PRINTEMPS                                  507\n\n\n    La poursuite de mon idée première me fait errer à l'aventure. Je reprends\nles chemins tracés, plus sur d'arriver au but. Les grandes divisions suivantes :\nportrait; paysage; tableaux religieux, de genre, d'histoire, d'intérieur; natures\nmortes ; panneaux décoratifs et sculptures me serviront de poteaux indicateurs.\n    Dans le portrait rien de marquant. Jacques de Lalaing qui peignit autre-\nfois le Père Lahousse (1) est beaucoup moins heureux avec les princes de\nl'Eglise qu'avec de simples jésuites. Le cas de Mgr Mercier rappelle le précé-\ndent « sabotage » de Mgr Granito. Ces deux prélats méritaient un meilleur\ntraitement. L'hermine jetée sur les épaules du cardinal ne provenait certaine-\nment pas de l'Alaska. Pourquoi le révéler? Seule une rampe Louis XV en\nbois de chêne présentait de l'intérêt... pour un collectionneur. Le Portrait de\nMme F. G..., grâce à une toilette bien comprise (le peintre en a toujours sa\npart de mérite), rachetait d'autres erreurs. L'Ingénieur Wibauw, par Detil-\nleux, se présentait avec beaucoup de sincérité.\n    Jean Gouweloos doit être un admirateur de Franz Hals, car non seulement\nil a campé Mr F. F... dans la pose cavalière de Van Heythuysen, mais on\nreconnaît très bien dans le tableau accroché au mur du fond Hilde Bobbe du\ngrand maître hollandais. L'Autriche était représentée par un Heinrich von\nAngeli : le Professeur Weyr. Physionomie sympathique, dont l'auteur sut\nrendre l'expression avec bonheur. Le groupe des Portraits d'Emile Vloor,\nsitué dans un décor aux accessoires soigneusement choisis, constituait l'envoi\nle plus important en ce genre, par la dimension si point par le mérite.\n Il rappelait les grandes toiles de jadis où une famille entière se faisait peindre\ndans le cadre de la vie journalière, au milieu des objets qui lui étaient chers.\n Les animaux de la maison y avaient même leur place. Ce genre qui rendait\nde façon si attrayante la physionomie de tout un milieu a disparu, on ne sait\n pourquoi. Serait-ce que l'importance de la vie de famille a diminué depuis\nque parents et enfants recherchent, plus que jadis, les plaisirs du dehors et ne\ndépendent plus les uns des autres pour assurer leur bonheur domestique?\n\n                                            *\n                                        *       *\n\n   Firmin Baes donna libre cours à son lyrisme toujours renouvelé. Son Che-\nmineau usé de corps et d'âme s'est affalé sur un lit de mousse, sous les frais\nombrages d'un bois. Le contraste est poignant entre cette nature exubérante\nde richesse et de santé, aux gazons verdoyants, aux frondaisons épaisses, et\nles haillons rapiécés du pauvre hère. Les yeux mi-clos implorent la pitié.\nPhébus, arrêtant un instant sa course, étreint le paysage de ses plus chaudes\ncaresses. Sa lumière filtre à travers les branches pour s'enquérir du misé-\nrable qui fait tâche en ces lieux    Il compatit, et ses rayons le parent d'un\nroyal manteau.\n   Ce n'est pas un paysage de rencontre, c'est une contrée entière dans toute\nson ampleur, qu'a voulu fixer sur la toile Edmond Verstraeten. Dans la Vallée\n\n\n (1) Ou M. Vinçotte père, plus impressionnant encore, et d'autres aussi connus.\n"}, {"page_pdf": 577, "texte": " 508                                DURENDAL\n\n\n\n  de la Deurne en avril nous respirons non seulement la fraîcheur du matin en\n  assistant au renouveau du printemps, il nous est donné en plus de contempler\n  l'activité fébrile d'une région industrielle. Au brouillard léger que font lever\n  les premiers rayons se mêle la fumée plus lourde des cheminées d'usine. Bro-\n  chant sur le tout, le panache blanc d'une locomotive enfiévrée se perd dans\n  les nuages. Ainsi associés le travail de la nature semblait stimuler le travail\n  de l'homme.\n     Franz Gaillard dont le talent s'affirme chaque jour davantage nous donne\n  de belles visions de l'antique avec le Printemps en Arcadie et l'Acropole\n  d'Athènes, couronnée d'un ciel empourpré.\n     Un des plus audacieux tableaux fut, sans contredit, ce Printemps de Van\n  de Woestyne, qui, par un retour inattendu aux primitifs français du\n  XIVe siècle, lançait un défi aux temps nouveaux et prenait les allures d'une\n  déconcertante innovation, par son excès même d'archaïsme. C'était peint\n  avec des détails précis, et des naïvetés sans assez d'imprévu pour avoir le\n  charme des primitifs d'autrefois.\n     Le Paysage de Jacob Smits s'impose comme un des plus vigoureux du\n  Salon. Extraordinairement maître de son métier, il en tire le plus impression-\n nant effet. Quelques tons dominent, où une incroyable énergie n'empêche\n nullement le jeu des nuances. Sa couleur est en ébullition. C'est de la matière\n en fusion retirée toute brûlante du creuset où elle a fondu. Les parois de son\n Etable revêtent les tons indéfinissables de vieilles murailles frôlées par des\n générations de bétail.\n    Un Portail à Bruges prouve une fois de plus que si Knoprf se laisse\n emporter volontiers vers le mystère, il a aussi à ses heures le sens très net des\n réalités. Pas un passant dans la ville morte ; le bâtiment est maître de la place,\n il la domine de toute sa structure. Les Toits de James Ensor sont un feu d'ar-\ntifice de pignons.\n    Interminablement le canal s'allonge et disparaît à l'horizon où le Moulin\nblanc, de Paul Mathieu, immobile, dresse ses ailes en signe de croix. Non\nmoins impressionnant le Canal à Bruges, de KhnopfT, réfléchissant dans ses\neaux glauques les toitures espagnoles et les pignons en escaliers. I1 y avait un\ncurieux rapprochement à tenter entre les nuages du ciel et les eaux de la mer.\nMarcette le réalisa dans les Nuées, observant avec sagacité chez les deux élé-\nments liquides leurs mutuels emprunts de grisailles. Au contraire, la Mer à\nLescouil, de Dauchez, étendait avec majesté sa traîne bleu de roi sur une\nplage ingrate atteinte de jaunisse. Par un Temps gris dans les dunes, Ber-\nnier rassembla son troupeau de vaches en un groupement heureux. La lumière\nse fraie difficilement passage à travers un ciel tourmenté pour en caresser leurs\néchines.\n    Dans les Regains, une toile magistrale de Henri Martin, les couleurs flam-\nboient au soleil d'août. Le mouvement cadencé des faucheurs est frappant\nd'exactitude. Paul Crahay fut hanté sans doute par le souvenir d'un célèbre\nHobbema quand il peignit ses Bouleaux, d'un excellent impressionnisme, au\nreste.\n    En un Coin de vieille cour, près du porche soigneusement clos, Reckelbus\n"}, {"page_pdf": 578, "texte": "                 LE TROISIÈME SALON DU PRINTEMPS                              509\n\n\nannota la merveilleuse dégradation de tons et les oscillations des feuilles\nd'automne, arrachées aux arbres comme des pendus sur les vieilles murailles\nblanchies à la chaux des Maisons ensoleillées, les feuilles de platanes des-\nsinent leurs ombres chinoises. Octobre, d'Henri Binard, illuminé d'un ciel\nvert; Ma maison à Ronge-Cloître, d'Alfred Bastien, entourée de brouillard\ncomme d'un fichu de gaze ; les Peupliers en automne, de Rodolphe Wyts-\nmann; Automne, d'Uyterschaut, au sous-bois vaporeux, chantaient à l'envi les\ncharmes de l'arrière-saison.\n   La Neige à Houffalize, d'Alphonse Asselberghs ; cet autre village aux mai-\nsons anciennes, couvertes de la Neige qui sied à leur vieillesse (Henri Taele-\nmans), comme aussi le Grand Béguinage à Gand, par un temps de neige\n(Ferdinand Willaert) où l'on voit les légers flocons d'ouate se poser délicate-\nment sur la coiffe blanche des béguines, disent assez le parti que nos peintres\nsavent tirer du blanc manteau.\n                                     * *\n\n   Une nuée de tableautins historiques dessinés dans sa manière habituelle ne\nnous apprennent rien de neuf sur ce prestigieux et endiablé dessinateur qu'est\nAmédée Lynen. Peut-être se fie-t-il trop a sa facilité, laissant une part trop\ngrande à sa verve et une trop minime au fini, à l'achèvement de ses œuvres.\nSes travaux s'apparentent à ceux du vieux Breughel : il les ridiculise avec\nhumour. Ses ribauds qui tirent du pillage le plus clair de leurs revenus et\npour qui la guerre est un métier lucratif, sont bien croqués, et de leur époque.\nTuer pour vivre ! La Fête populaire, la Garde du beffroi, le Cabaret\nbrabançon, Un jour de grand assaut, Cité joyeuse m'ont paru échapper à\ntoute critique et recéler les principales qualités de l'artiste.\n   Si le mouvement de la foule bigarrée dans l'Entrée de la Cuadrilla, par\nFlorent Menet, est plein d'animation, par contre la raideur des paysans qui\nassistent, en plein air à la messe célébrée Pour les victimes de la mer indique\nde quelle farouche piété sont capables à certaines heures ces Castillans qui se\nruaient tout à l'heure aux jeux violents de la Corrida.\n   A travers un rideau de linon le jour tamisé éclaire discrètement la Table\nréservée, de Henri Thomas. Le Réfectoire des Moitiés, de Charles Hermans,\npour être d'apprêt moins élégant, n'en contient pas moins de convives amusés.\nLes bouteilles de chianti, protégées d'un corset de paille, indiquent suffi-\nsamment qu'il s'agit de moines italiens. Le Bal de la Monnaie nous fait\nsortir des couvents, et ce n'est plus des mêmes joies tranquilles que nous y\nsommes témoins! L'agitation fébrile de gens qui se dépêchent à vivre une\nexistence de plaisir a été bien observée par Hermans. Eugène Laermans nous\nconduit dans un monde plus intéressant. Sous un ciel sinistre, balafré\nde clartés menaçantes, la foule moutonnière conduit le cercueil à l'église. C'est\nune poussée, pour éviter l'ondée qui se prépare! Les Deuillants ont une mine\nde circonstance qui fait douter de la sincérité de leurs regrets. Moutonnière\naussi cette foule qui suit la loque rouge sous la conduite d'un meneur. Elle\nira où l'on veut. A l'église les Petits et les humbles sont réunis, car il y a des\ncalamités sans nombre. Certains ont leurs petites affaires à exposer au bon\n"}, {"page_pdf": 579, "texte": "510                                DURENDAL\n\n\n\nDieu et tâchent de ruser avec lui... Laermans est comme toujours un psycho-\nlogue incomparable des masses populaires.\n\n                                           *\n                                       *       *\n\n    Faut-il célébrer encore le charme des tableaux d'intérieur? Si paradoxale\nque semble la question, il faut bien y répondre. De très doctes critiques\nsoutiennent que c'est un genre suranné, bon à louer chez les petits maîtres\nhollandais du XVIIe siècle, mais plus de mode aujourd'hui. Les Hollandais,\npeuple exposé à un climat rigoureux et qui sortaient d'un siècle agité par les\nguerres civiles, se trouvèrent particulièrement bien chez eux au XVIIe siècle.\n Ils ornaient leur maison avec élégance et une sobriété qui tenait à leur tempé-\nrament de gens du Nord autant qu'à leur bon goût. Aussi tous les peintres de\ncette époque furent-ils naturellement enclins à chanter leur intérieur dont ils\njouissaient si pleinement. Ils furent les premiers à en célébrer les mérites.\nDevons-nous au XXe siècle, parce qu'on vit beaucoup plus en plein air, dans\nl'acception la plus rigoureuse du mot, renoncer à faire valoir le charme d'un\nhome qui nous est cher? Je n'en vois pas la raison.\n    Encore qu'il s'agisse souvent de reconstitutions d'ameublements anciens, il\nne s'ensuit pas que ce genre ait perdu son originalité; c'est justement une des\ncaractéristiques de notre temps de revenir aux siècles passés. Quoi qu'on fasse\nd'ailleurs, chaque époque met son empreinte sur les productions artistiques\nqui en sont l'émanation. Elle le fait à notre insu. C'est la postérité qui en\ndégage les caractères généraux.\n   A signaler surtout la Maison du bailli de René Janssens et son Vieux logis\naux vitres vertes qui éclairent l'appartement avec douceur, lui donnent un\ncachet spécial d'intimité.\n    Hermann Courtens comprend le but de la nature morte qui est de retirer\ndes objets matériels, fut-ce les plus humbles, le meilleur effet colorant. Ses\nhomards, ses mandarines, ses pots vert et bleu, préparés par la Petite ména-\ngère, n'ont besoin que d'une légère patine pour être tout à fait au point.\n    Disséminés dans l'Intérieur du sanctuaire où il se recueille, les Accessoires,\nd'Alfred Verhaeren, sont empreints d'une religiosité qui n'a rien d'étonnant\nchez cet excellent peintre d'églises. Les Bégonias de Clémentine Jonnaert\négaient et rajeunissent par leur présence les vieux meubles qui les entourent.\nQuant aux Chrysanthèmes de Berthe Art, leur couleur feu est d'un admi-\nrable réalisme. Les Roses blanches d'Angélina Drumeaux ont un aspect\nvelouté, mais les Roses d'Alice Ronner plaisent davantage encore, car elles\nempruntent à la beauté féminine cet aspect de plein épanouissement physique,\narrivé à son apogée, qui ne dure qu'un moment. Les porcelaines à l'émail cha-\ntoyant et doux piqué de fleurettes, le tapis de table et la tapisserie du fond\nmariaient leurs blancs contours, leurs tons mauves et passés au vieux rose des\nroses. On ne pourrait rien imaginer de plus exquis.\n    Nous ne vivons plus à une époque où les peintres abusent du tableau reli-\ngieux. Et cependant, s'il est un genre qui appelle une vigoureuse rénovation,\nc'est bien celui-là. Maurice Denis est un de ceux qui y travaillent avec le plus\n"}, {"page_pdf": 580, "texte": "                   LE T R O I S I È M E SALON   DU   PRINTEMPS              511\n\nd'éclat. Dans ses Anges, il y a un curieux contraste entre la lumière du jour\net celle des flambeaux invisibles qui éclairent d'un jour céleste les séraphins\nailés. Il y a de la personnalité dans le regard de ces anges, visiblement doué\nd'intelligence. Nous voilà loin des amours prétentieux et bellâtres, mis à la\nmode par la Renaissance, qui n'étaient la plupart du temps que d'ineptes\nfigurants aux poses théâtrales. L'Adoration des mages, pour représenter la\nVierge sous les traits d'une modeste paysanne, sans beauté spéciale, n'exclut\npas la vraie piété, au contraire. Historiquement, c'est l'exactitude même;\nd'autre part, l'artiste n'est pas préoccupé à l'excès d'archéologie, comme on\npourrait le reprocher, peut-être, à James Tissot. La Vierge à l'école, l'Hom-\nmage à l'Enfant Jésus nous révèlent le type d'enfants adopté par Denis : ces\ngamines au front bombé sont taillées sur le même patron, simple et naïf, vou-\nlant marquer sans doute l'absence de personnalité propre à cet âge. Ernest\nFaut a surtout vu dans l'Eglise Saint-Pierre à Louvain, le vaisseau somp-\ntueux, imposant; Marc Henry, dans la silencieuse Petite chapelle, une veil-\nleuse qui prie; Fernand Khnopff, enfin, dans une Eglise à Bruges, le sanc-\ntuaire imprégné d'encens, où l'on vient de célébrer l'office.\n\n                                        * *\n\n   Mais c'est dans le tableau décoratif que Khnopff se révéla supérieurement.\nSon Projette plafond pour la salle des mariages à l'Hôtel de ville de Saint-\nGilles réunissait sur un même plan les panneaux de dimension, disséminés\ndans la grande salle. Encadrés dans des cartouches gracieusement reliés les\nuns aux autres, ils forment un ensemble où tout se tient. Au premier abord,\ndevant ces grandes toiles au dessin à peine esquissé et sobres de couleur, on\néprouve l'impression d'une œuvre inachevée, vite corrigée à l'examen.\n   Khnopff exprime le maximum de pensées dans un minimum de mots. L'on\ncomprend l'enthousiasme d'Israëls pour notre grand peintre : « Je l'aime pour\nsa ligne qui est si grande, si noble, si belle; toute simple, et pourtant si puis-\nsante et si expressive de vérité qu'elle arrive à bâtir un chef-d'œuvre (1). » Ces\ntoiles, dont la blancheur nous paraissait un peu vive à l'exposition, rejetteront\nde la lumière vers l'intérieur de la salle quand elles émergeront de l'obscurité\ndu plafond. Impossible de les citer toutes. La grâce de la femme attire le\nbonheur laissait voir une déesse d'un admirable dessin, s'abandonnant aux\ndélices d'un bain de soleil... Une autre figurante sentait trop son modèle, une\nquelconque figurante de théâtre flamand!\n   Nous connaissons les Fruits de Maurice Langaskens, ou du moins ses\npareils; et c'est avec le même plaisir que nous retrouvons ces jeunes femmes\nentourées de guirlandes de fruits et de fleurs — ici des roses d'un vieux rose\nexquis (moins fragiles de ton que celles d'Alice Ronner, parce que nous\nsommes dans la décoration et non plus dans la nature morte).\n   Charles Mertens excelle à produire le mouvement et la cadence. En con-\n\n\n (1) Le XXe Siècle, 20 août 1911.\n"}, {"page_pdf": 581, "texte": "5l2                                DURENDAL\n\n\n\ntemplant le Rythme destiné au plafond de l'Opéra flamand, il nous semble\nassister au jeu des planètes et des astres, qu'un invisible jongleur ferait mou-\nvoir dans l'espace. A la terre s'accrochent désespérément les pauvres humains,\nles uns pleurant, les autres nageant dans la joie.\n   Le jour qui réveille la nuit, de Gaëtano Préviati, n'est pas inspiré de la\ndescription fameuse: « L'aurore avec ses doigts de rose entr'ouvre les portes de\nl'orient. » Les luminosités de ses teintes vertes eussent dérouté le classique\nFénelon! Avec la Galère Pisane, le Bucentaure vénitien aux multiples\nantennes caressant la mer à fleur d'eau, et la Caravelle génoise, l'auteur nous\ndonne des visions de marines anciennes italiennes. Le Panneau de Ciam-\nberlani rappelait par le sujet, le groupement et l'attitude des personnages,\nune des plus délicieuses gravures du XVIIIe siècle français : Les cerises. L'âge\nd'or était encore une vision de l'antique. Ménard y est dans son élément et\npeut donner ici toute la mesure de son inspiration poétique.\n    Le soleil a disparu à l'horizon, mais le ciel imprégné de sa lumière porte\nencore les traces de son glorieux passage. La double arche d'un aqueduc en\nruine s'arrête au bord de l'eau, comme hésitante à franchir d'un nouveau\nbond le bras de mer qui la sépare de l'autre rive. Un rocher en pointe au nez\nde rhinocéros coupe en deux la nappe d'eau glacée qu'aucune brise n'effleure.\nAu milieu de cet éden quelques divinités s'abandonnent au bien-être de la\nvie, dans la sérénité la plus olympienne. C'est l'extrémité de la terre, une\néchappée vers l'infini, le soupçon d'un au-delà mystérieux que la civilisation\nd'alors semblable à cet aqueduc brisé ne peut atteindre!... C'est le confin du\nrêve antique\n    La vie pastorale s'écoule sous un ciel aux fulgurations étranges. Elle donne\nlieu à un superbe contraste entre une pluie noire d'un côté et des nuages\nfloconneux de l'autre, que Phébus illumine par derrière. Des chevaux, dont\nl'encolure et la tète courte rappellent ceux de Saint-Marc, à Venise, se désal-\ntèrent à l'abreuvoir. Dans le Rêve antique l'astre étend ses ramifications aussi\nloin que la puissance de ses rayons le lui permet.\n    Des réductions de ces deux derniers tableaux concentraient toutes les séduc-\n tions de la palette de Ménard à laquelle la nature elle-même ne dédaignerait\n pas de faire des emprunts.\n                                         *\n\n   La sculpture fut largement représentée au Salon, et surtout une rétrospec-\ntive consacrée à Van der Stappen. Son portrait, par Verheyden, le repré-\nsentait jeune et timide, drapé dans sa dignité pleine de réserve. Sa mise\ndécente de rapin pauvre n'exclut pas une certaine recherche; il met de la\ncoquetterie à cacher sa misère. Ses yeux tristes d'artiste à ses débuts se posent\nsur le visiteur, lui demandant ce que lui réserve l'avenir?\n   Il applique son talent à des genres divers. Les Candélabres (1) de l'Hôtel\nde ville sont autant de minuscules réverbères au pied desquels viennent se\n\n\n  (1) Legs Champion de Villeneuve, 1887, Compagnie des bronzes.\n"}, {"page_pdf": 582, "texte": "                LE TROISIÈME SALON DU PRINTEMPS                           513\n\n\ngrouper tous les métiers du moyen âge Les branches qui fleurissent dissi-\nmulent assez mal la banalité de la composition. Dans la pièce du milieu,\nSaint-Michel terrassant le dragon, l'Archange se précipite avec une fougue\nsuperbe sur le démon.\n  Parmi les principaux bustes, citons un Joueur de fronde (665, Rome 1878),\nune belle tête de Savant (671), Mon oncle le Jurisconsulte (707) dédié à\nPicard, un Evoque (bénissant), une Zélandaise (avec sa coiffe) (688), un\nlamentable Verhaeren, un Portais imposant, une Vierge d'une attirante\nbeauté (667). Puis, la Femme parée des plumes du Paon (678) symbole qui\nse passe de commentaire, l'Allaitement maternel, Pégase enfin, qui d'un élan\nsuperbe se cabre vers les cieux.\n\n                  Sa double aile dans la lumière,\n                  Le cou tendu, le jeu sous la paupière,\n                  Sortit vers le soleil, et vers l'extase,\n                  Ce dévoreur d'espace, Pégase.\n                                                  E.   VERHAEREN.\n\n\n   Les gestes des personnages de Van der Stappen sont toujours pleins de\nnoblesse, on peut dire qu'il réussit dans tous les genres, sans être supérieur\ndans aucun. Il manque parfois de personnalité, certaines œuvres trahissent de\ntrop visibles influences : tel buste est de Vinçotte, tel groupe de Rodin ou de\nMeunier — aussi bons parfois mais dénués du mérite primordial de l'inven-\ntion. Il y avait une ravissante Tète de femme de Bonnetain. Cet artiste, qui\nexposa cet hiver au Cercle Artistique, promet beaucoup.\n   Le Cardinal Mercier accusait une frappante ressemblance avec son modèle\net son regard témoignait d'une grande bienveillance.\n   De Victor Rousseau deux envois intéressants : la Princesse Marie-José,\net Mme H. S... d'une haute distinction. Enfin, par Samuel. Mlle d'U... pleine\nd'élégance et le jeune Wiener au minois chiffonné à souhait.\n\n                                                       FRANCIS HOUTART.\n"}, {"page_pdf": 583, "texte": "               L'Exposition de Tournai\n\n                  ON l'a dit souvent, mais il n'est peut-être pas inutile de le répé-\n                     ter : rien ne mérite plus d'être encouragé que les exposi-\n                     tions rétrospectives d'art local ou régional.\n                        Trop souvent la vie provinciale, par son manque de sti-\n                     mulants et de manifestations artistiques, finit par envelop-\n                     per d'indifférence ceux mêmes qui cherchent à faire naître\n                     un mouvement d'intérêt. On circule entre quelques belles\n                     choses, mais c'est à peine si on les regarde, on ne les con-\nnaît pas et, au contraire des temps passés où chaque ville avait des artistes et\nsavait les retenir, on voit tous ceux qui ont quelque talent abandonner leur\nclocher et s'en aller vers les grands centres.\n   Une exposition, dans ce calme regrettable, marque presque toujours un\nréveil. Tout à coup on se rappelle que la cité possède d'anciens monuments,\nqu'elle a vu naître de grands hommes et s'épanouir des industries d'art. Une\nfierté renaît d'appartenir à une telle ville, un intérêt se manifeste pour ce qui\ns'y est passé et ce qu'elle a produit. On entrevoit des recherches dans ses\narchives, on est pris du désir d'éclaircir des points de son histoire, d'avoir des\nlivres de ses imprimeurs, des œuvres de ses peintres, des échantillons du\ntravail de ses anciens ouvriers. Des études diverses sont publiées, des collec-\ntions privées s'ouvrent pour le public, de nouvelles vont se former, réunir des\nchoses négligées ou exposées à être perdues; enfin les plus indifférents sau-\nront, quand il le faudra, se dresser pour protester contre la destruction d'une\nvieille rue, d'une vieille maison, d'un site ou survit un souvenir.\n   Tout cela, même réalisé très incomplètement, constitue un résultat dont il\nest impossible de contester l'avantage. Mais les expositions locales en ont un\nautre, plus certain, et, sans aucun doute, encore plus appréciable.\n   Il n'v figure pas, en effet, que des objets créés et embellis par des artistes.\nIl en est beaucoup, et ce sont les plus nombreux, qui représentent unique-\nment des œuvres d'ouvriers probes et consciencieux. Objets jadis ordinaires,\nd'usage courant, ils ont acquis une valeur parce que le temps les a patines,\nparce qu'ils indiquent des besoins différents des nôtres, parce que leur forme\nou leur matière caractérisent une époque et, surtout, parce qu'ils furent exé-\ncutés par des hommes qui avaient réellement l'amour de leur métier et l'or-\ngueil de ne livrer que des pièces où se révélait leur maîtrise. Dans ce siècle où\ntriomphent les machines et la pacotille, c'est bon à dire, car rien, semble-t-il,\nn'est plus capable de développer, on peut presque dire de réveiller, chez nos\n"}, {"page_pdf": 584, "texte": "                        L'EXPOSITION       DE   TOURNAI                        515\n\n\nartisans le sentiment de la fierté du métier. Ce sentiment est un ferment puis-\nsant entre tous et les ouvriers ne peuvent que le sentir se fortifier en eux\ndevant les objets qu'exposent avec satisfaction les collectionneurs, et qui ne\ncontiennent une parcelle de beauté que parce que ceux qui les firent tenaient\navant tout à faire bien et mettaient un peu de leur âme dans ce que leurs doigts\nfaçonnaient.\n   On a commencé à comprendre tout cela. L'intérêt de quelques amateurs\nn'est plus seul en jeu quand des expositions s'organisent et il suffit pour s'en\nconvaincre de se rappeler celles de ces derniers mois et le succès qu'elles ont eu :\nexpositions d'iconographie locale à Huy, de bois de Spa à Spa, d'art rétrospectif\nà Charleroi, à Malines, à Tournai.\n\n                                       * *\n\n   L'Exposition de Tournai s'est ouverte tout dernièrement dans la vieille\nhalle aux draps, c'est-à-dire dans un cadre particulièrement favorable à la pré-\nsentation de choses anciennes. C'est M. Soil de Moriamé, président du tribu-\nnal et conservateur du musée, qui en a été l'organisateur. Il faut lui être\nreconnaissant d'avoir su réunir tant de rares spécimens des arts et des métiers\nqui synthétisent à la fois l'opulence passée de la ville des Choncq-Clotiers et la\nvie artistique qui palpite entre ses murs.\n   Il y a là des tapisseries qui sont belles sans différer toutefois de celles qui\nfurent tissées dans les autres villes de nos anciennes provinces. Ce qui est\nplus intéressant, ce sont les cuivres : chandeliers de toutes dimensions,\nlutrins, réchauds, plateaux, etc.; la collection en est importante et l'on est\nheureux de voir rassemblées si nombreuses ces œuvres de métal dont le pays\nwallon s'était fait une spécialité. Les villes de Dinant, de Huy, de Tournai\nexcellèrent dans l'art de travailler le cuivre. A Tournai, cet art s'est maintenu\nplus longtemps ou a été repris, en s'affinant, à la fin du XVIIIe siècle et au\ndébut du XIXe. Il semble, en effet, permis de croire que c'est l'ancienne tradi-\ntion qui a été continuée ou, du moins, renouée quand alors on se mit à ciseler\ndes appliques pour meubles, des pendules, des candélabres. L'exécution sans\npouvoir rivaliser avec celle des bronzes français en est fort délicate et la dorure\nfort belle. Il faut signaler particulièrement quelques petits bustes qui ont\nbeaucoup de caractère.\n   L'industrie des tapis de Tournai fut fameuse; elle passe pour avoir complè-\ntement disparu devant la concurrence française. Ce n'est pas tout à fait exact.\nElle n'est plus ce qu'elle a été mais elle n'est pas complètement abandonnée et il\nserait patriotique de l'encourager par des commandes et de chercher à lui\nfaire retrouver son ancienne renommée. Ce qu'elle a produit autrefois justifie-\nrait cet effort. Les tapis exposés ne sont pas nombreux, mais les belles pièces\nsont fort intéressantes, quoiqu'elles datent du premier Empire, quand les\nmotifs de décoration étaient roides et plutôt pauvres Néanmoins les tapis de ce\ntemps font grand effet; leurs couleurs sont franches et leur laine, plus courte\ncependant, rappelle celle des tapis dela Savonnerie.\n   On a placé un peu partout, selon les nécessités de l'aménagement, des\n"}, {"page_pdf": 585, "texte": "516                                    DURENDAL\n\n\n\nmeubles, des pierres sculptées qui valent un examen, quelques boiseries, des\nétains, que chacun ira voir selon ses goûts particuliers.\n    Les argenteries méritent une mention spéciale. Il a été réuni un assez\ngrand nombre de pièces religieuses, curieuses mais inégales. L'argenterie de\ntable remontant à l'époque de Louis XVI et au début de l'époque Empire est\nplus caractéristique. Tous les objets ne sont malheureusement pas travaillés\nen plein métal et comme ils ne représentent pas une industrie purement\ntournaisienne, puisqu'on a fait de l'argenterie à Mons, à Bruxelles, à Liége,\non doit peut être regretter qu'on leur ait consacré la plus belle salle de l'Expo-\nsition au préjudice des anciennes pâtes tendres, qui, elles, furent fabriquées en\nBelgique seulement à Tournai.\n   Les pâtes tendres sont entassées dans des vitrines insuffisantes sur le côté\nd'une longue galerie manquant de lumière. C'étaient elles cependant qu'il\nfallait mettre en valeur, en pleine clarté pour que rien ne pût perdre du\ncharme de cette industrie exquise qui s'épanouit si magnifiquement à Tournai\ndans la seconde moitié du XVIIIe siècle. On pouvait d'autant plus s'attendre à\ntrouver un arrangement irréprochable que l'Exposition de Charleroi, le legs\nconsidérable fait par M. Vermersche au Musée du Cinquantenaire, à\nBruxelles, et l'important et savant ouvrage (1) que M. Soil vient de publier\nsur la porcelaine de Tournai a ravivé ces tous derniers temps l'attention\nqu'elle mérite.\n   Telle quelle est cette section de l'exposition est toutefois fort belle et\ndevant les pièces qui y figurent et dont de nombreuses n'ont rien à envier à ce\nque Sèvres a fait de mieux dans le même genre, on comprend l'emballement\nun peu tardif des amateurs pour ces porcelaines fines, joyeuses de couleurs,\nsuprêmement délicates, et les sacrifices qu'ils font pour les posséder. Il est\npresque impossible aujourd'hui d'en former une collection : on nous a\nmontré une tasse assurée pour 1,500 francs, une assiette payée 2,000 francs,\nil y avait quelques jours, des biscuits en couleurs valant 5,000 francs chacun.\n   La porcelaine de Tournai a une grande réputation, mais une réputation\nbanale, peut-on dire, en ce sens que ceux qui en parlent la savent belle en\nignorant souvent jusqu'où va sa beauté, sa finesse, le charme de ses peintures,\nla variété de ses formes. Cela s'explique dans une certaine mesure parce qu'on\nne voit guère que de l'ordinaire blanc et bleu et qu'il est maintenant fort rare\nde rencontrer des pièces de choix, la plupart étant déjà entrées dans des\ncollections privées peu accessibles.\n   Que ceux qui voudraient s'en convaincre aillent visiter l'exposition de\nTournai. Ils apprendront à connaître et à apprécier des choses qui sont parmi\nles plus charmantes que la Belgique a produites et peut être se trouvera-t-il\nquelqu'un qui sera tenté de faire renaître l'industrie de la pâte tendre. Pour-\nquoi pas? Le secret de cette pâte est à peu près perdu chez nous, mais il pour-\nrait être facilement retrouvé. En fabriquant des pièces ordinaires pour faire\n\n\n  (1) Les porcelaines de Tournay,   1 vol. 430 pages ; 300 reproductions. Êdit. Casterman,\nà Tournai.\n"}, {"page_pdf": 586, "texte": "                       L'EXPOSITION      DE   TOURNAI                       517\n\ndes affaires et vivre, en en produisant de belles pour se faire un peu de gloire,\nl'entreprise pourrait prospérer. A coté de fabriques trop ligottées par la tra-\ndition, comme celles de Vienne et de Saxe, celles de Copenhague ont prouvé\nque l'on peut réussir même en n'offrant aux acheteurs que des pièces de luxe,\nà condition qu'elles soient vraiment belles et que l'art les ait touchées. Pour-\nquoi la ville de Tournai ne reprendrait-elle pas la place qu'elle occupait\nquand elle offrait au monde raffiné du XVIIIe siècle ces plats charmants, ces\nvases exquis, ces biscuits élégants, ces multiples objets délicats qui nous\nenchantent aujourd'hui ?\n                                                             G. D'A.\n"}, {"page_pdf": 587, "texte": "               La chronique de famille\n                   d'Albert Dürer\n    On ignore encore Albert Dürer quand on a vu son œuvre peinte; on le\nconnaît mieux quand on a vu son œuvre gravée; mais, pour le connaître\nvraiment, il faut lire son œuvre écrite. Les formes sont transparentes dont\nil revêtait ses pensées; mais ce que nous avions pu deviner ainsi de sa\npersonnalité, nous le retrouvons dans les écrits, plus immédiat, plus complet,\nplus vivant; et si, pour un instant, nous faisions abstraction de l'artiste,\nc'est pour mieux admirer l'homme. Lun explique et complète l'autre. Il n'y\na pas de petitesses dans Albert Durer; l'âme est à la hauteur du génie; cet\naccord merveilleux et rare fait que nous pouvons aimer et vénérer en lui un\ndes représentants supérieurs de l'humanité.\n   Les écrits théoriques, la « Manière de mesurer », les « Proportions du\ncorps humain », et le « Traité de la fortification des villes, châteaux et\nbourgs \" furent traduits en français dès le XVIe siècle. Il y a quelque cin-\nquante ans, M. Narrey traduisit le « Journal de voyages aux Pays-Bas »\net les « Lettres à Pirkheimer ». M. Charles Ephrussi donna, plus récemment,\nles « Fragments d'un mémorial ». Mais de la « Chronique de Famille », il\nn'existait aucune traduction française. Il m a paru que c'était dommage. La\npoésie de la vie familiale y est rendue avec le même charme que dans certains\nbois de la Vie de la Vierge, et ces quelques pages nous font pénétrer jusque\ndans l'intimité de Dürer. De plus près on le voit, mieux on l'aime. J'ai tâché\nde donner à cette traduction toute l'exactitude possible ; mais il faudrait le\nstyle de notre Amyot pour trouver l'équivalent de ces petites phrases,\nmaladroites parfois, naïves, touchantes, et qui fleurent bon le temps jadis.\n                                                                GASTON BATY.\n\n    A° 1624 après la Noël, à Nuremberg. — Moi, Albrecht Dürer le Jeune,\nj'ai rédigé d'après les écrits de mon père, d'où il a été, comment il est venu\nici, y est resté, et y a fini chrétiennement. Dieu soit miséricordieux à nous et\nà lui. Amen.\n    A° 1324. — Albrecht Dürer l'Ancien est né au royaume de Hongrie, non\nloin d'une toute petite ville appelée Jula, à huit milles au-dessous de Wardein,\ndans un petit village situé non loin de là, du nom de Eylas, et sa famille fai-\nsait l'élevage des bœufs et des chevaux. Mais le père de mon père s'est appelé\nAnthoni Dürer, est allé tout enfant dans la susdite petite ville, chez un orfèvre,\net a appris le métier chez lui. Puis, il s'est marié avec une jeune fille du nom\nd'Elisabeth, de laquelle lui sont nés une fille, Catharina, et trois fils. Le\npremier fils, Albrecht Dürer, a été mon cher père, qui est aussi devenu orfèvre,\nhomme habile dans son art et de cœur pur. Le fils cadet, appelé Laszlen,\nétait bourrelier. De lui est né mon cousin Niclas Dürer, qui est établi à\n"}, {"page_pdf": 588, "texte": "            LA CHRONIQUE DE FAMILLE D ' A L B E R T DÜRER                      519\n\n\nCologne, que l'on appelle Niclas Unger. Celui-ci est aussi orfèvre et a appris\nle métier ici, à Nuremberg, chez mon père. Le troisième fils, il l'a appelé\nJohannes et l'a fait étudier. Celui-ci est devenu ensuite curé à Wardein, où il\nresta plus de trente ans. Puis, Albrecht Dürer, mon cher père, est venu en\nAllemagne, a séjourné longtemps dans les Pays-Bas, auprès des grands artistes,\net enfin est venu ici, à Nuremberg, l'an 1455 après la naissance du Christ, le\njour de Saint-Eloi. Et le même jour Philipp Birkamer (Pirkheimer) célébrait\nses noces sur les remparts et l'on menait de grandes danses, sous les grands\ntilleuls. Puis, mon cher père, Albrecht Dürer, a servi longtemps le vieux\nJeronimus Holper, qui a été mon aïeul, jusqu'en l'année 1467 après la nais-\nsance du Christ. Alors mon aïeul lui a donné sa fille, une jeune fille jolie et\nbien faite, appelée Barbara, âgée de 15 ans, et le mariage fut célébré huit\njours avant la Saint-Guy. Que l'on sache aussi que mon aïeule, la mère de\nma mère, est fille d'Ollinger, de Wissenburg, et s'est appelée Kunigund. Et\nmon cher père a eu de son épouse, ma chère mère, les enfants suivants dont\nje copie la liste, mot pour mot, comme il l'a écrite dans son livre.\n    (Suit la nomenclature des dix-huit enfants, dont) :\n    3. — Item 1 an 1471 après la naissance du Christ, à la sixième heure, le\njour de la Saint-Prudentien, un mardi de la Semaine sainte, ma ménagère\n Barbara me donna mon second fils dont Anthoni Koburger fut parrain, et\nqu'il nomma Albrecht, comme moi.\n    14. — Item, l'an 1484 après la naissanee du Christ, avant le jour de la\n Saint-Marx, une heure après minuit, ma ménagère me donna mon quatorzième\n enfant, et Endres Stromayr fut parrain et nomma aussi mon fils Endres.\n    17. — Item, l'an 1490 après la naissance du Christ, le jour où MM. du\n Conseil célébrant le carnaval, deux heures après minuit, le dimanche matin,\n ma ménagère me donna mon dix-septième enfant, et Messire Georg, vicaire à\n Saint-Lebald, fut parrain. C'est mon troisième fils qui s'appelle Hauns.\n    Mais mes frères et sœurs, enfants de mon cher père, sont tous morts, les\n uns dans leur jeunesse, les autres, sitôt qu'ils ont commencé à grandir. Nous\n ne sommes plus en vie que trois frères, aussi longtemps qu'il plaira à Dieu,\n nommément moi Albrecht, mon frère Endres et mon frère Hauns, le troisième\n des enfants de mon père qui porta ce nom.\n     Item, le susdit Albrecht Dürer l'Ancien a grandement peiné et âprement\n travaillé sa vie durant et n'a pas eu d'autre ressource que son métier pour se\n nourrir, lui, sa femme et ses enfants. Pour cette raison, il mit de côté bien\n peu de chose. Il eut aussi à souffrir toutes sortes d'afflictions, de contestations\n et de désagréments. I1 eut aussi, auprès de tous ceux qui l'ont connu, un bon\n renom, car il mena une vie honorable et chrétienne, fut un homme patient\n et doux, affable envers chacun, toujours reconnaissant envers Dieu. Il ne\n s'adonna pas beaucoup à la société, ni aux joies mondaines, il était sobre de\n paroles et c'était un homme craignant Dieu.\n     Celui-ci, mon cher père, s'est consacré à ses enfants pour les élever dans le\n respect de Dieu. Puis, son plus cher désir était d'inculquer à ses enfants de\n  bons principes, afin qu'ils fussent agréables à Dieu et aux hommes. Et chaque\n  jour il nous répétait que nous devions aimer Dieu et nous comporter honnête-\n"}, {"page_pdf": 589, "texte": " 520                                DURENDAL\n\n\n  ment envers notre prochain. Et mon père avait pour moi une prédilection\n  parce qu'il voyait que j'étais appliqué au travail pour apprendre. A cause de\n  cela mon père me mit à l'école, et lorsque j'eus appris à écrire et à lire, il me\n  sortit de l'école et m'enseigna le métier d'orfèvre Et lorsque je sus travailler\n  proprement, mon goût me porta plus vers la peinture que vers le métier\n  d'orfèvre. Je le dis à mon père. Mais il ne fut pas bien content parce qu'il\n  regrettait le temps perdu que j'avais employé à l'apprentissage d'orfèvre.\n  Mais il me laissa libre et l'an 1486 après la naissance du Christ, le jour de la\n  Saint-Endres, mon père m'engagea en apprentissage chez Michael Wohlge-\n  miith, pour le servir trois ans durant. Pendant ce temps, Dieu m'accorda\n  l'application, en sorte que j'appris bien. Mais il me fallut beaucoup\n  souffrir des compagnons. Et lorsque j'eus fini mon temps, mon père m'en-\n  voya au loin et je restai quatre ans éloigné jusqu'à ce que mon père me\n  rappela. J'étais parti en l'année 1490, après Pâques, je revins en l'année 1494\n  après la Pentecôte. Et lorsque je fus revenu à la maison, Hauns Frey négocia\n  avec mon père et me donna sa fille, une jeune fille du nom d'Agnes et me\n  donna avec elle deux cents florins et ordonna le mariage qui eut lieu le lundi\n  avant la Sainte-Margarethe, l'an 1494. Puis, il arriva tout à coup que mon\n  père tomba malade de coliques telles que personne ne pouvait les enrayer.\n  Et quand il vit la mort devant ses yeux, il s'y abandonna de bon cœur avec\n  une grande patience et me recommanda ma mère et nous recommanda de\n  vivre chrétiennement. Il reçut aussi les saints sacrements et passa chrétienne-\n ment comme je l'ai d'écrit tout au long dans un autre livre, l'an 1502, après\n minuit, la veille de la Saint-Matthieu; que Dieu lui soit miséricordieux et\n doux. Puis, je pris chez moi mon frère, le petit Hauns, mais Endres, je\n l'envoyai au loin Puis, deux ans après la mort de mon père, je pris ma mère\n chez moi, car elle n'avait plus rien du tout. Et comme elle habitait avec moi,\n l'an 1513, elle tomba malade, un mardi matin, gravement et subitement, et\n elle garda le lit toute une année. Et un an, jour pour jour, après qu'elle fut\n tombée malade, le vendredi, dix-septième jour de mai de l'an 1514, après récep-\n tion des saints sacrements, elle a passé chrétiennement deux heures avant\n minuit, et moi-même j'ai prié au pied de son lit. Que Dieu tout-puissant\n lui soit miséricordieux î\n    Ensuite, l'an 1521, le dimanche avant la Saint-Barthélémy, dix-huitième\njour de mai, sous le signe des Gémeaux, ma chère belle-mère, l'Hauns Freyin\ntomba malade. Ensuite, le vingt-neuvième jour du mois d'automne, après\nréception des saints sacrements, elle a passé dans la nuit vers neuf heures,\nd'après l'heure de Nuremberg. Que le Dieu tout-puissant lui soit miséricor-\ndieux !\n    Ensuite, l'an 1521, le jour où Notre-Dame fut présentée au temple, le\nmatin, avant l'Angelus, mon cher beau-frère, Hauns Frey, a passé, qui était\nmalade depuis six ans, qui aussi eut à souffrir dans le monde toute espèce de\nrevers, qui aussi a passé avec les sacrements. Que le Dieu tout-puissant lui\nsoit miséricordieux !\n"}, {"page_pdf": 590, "texte": "  Le Drageoir aux Épices\n\n\n\n\nA RAISON DES FOR-\nTES     CHALEURS\nLES   MARCHANDI-\nSES NE SONT PAS\n     EXPOSÉES\n A    L'ÉTALAGE\n             LE PETIT ÉPICIER.\n"}, {"page_pdf": 591, "texte": "                          LES LIVRES\n\nLE ROMAN :\n  Le n o u v e a u d o c t e u r , par JULES PRAVIEUX. — (Paris, Plon.)\n   Nos lecteurs connaissent Jules Pravieux depuis longtemps. Nous ne lui\navons pas ménagé nos éloges. Il ne les a jamais autant mérités qu'aujour-\nd'hui par le roman qu'il vient de publier : Le Nouveau Docteur. Le talent\nmagistral de l'auteur à décrire les scènes de la vie de province et à analyser\nla psychologie si intéressante de l'âme provinciale atteint ici son apogée.\nQu'elle est donc jolie, touchante, empoignante même parfois cette naïve\nhistoire du concurrent que le vieux docteur de Brenay-sur-Andarge, brave\nhomme, mais un peu bourru, voit arriver sur son terrain avec une irritation\nsans pareille. Le concurrent, c'est l'ennemi pour lui, et son dépit va presque\njusqu'à une haine qui serait féroce si elle n'était si puérile. Pour comble de\nguigne, le vieux attrape une pleurésie, et les circonstances veulent qu'il soit\nobligé de se faire soigner par le jeune. Celui-ci triomphe d'une maladie qui\nparaissait incurable, et finit par épouser l'enfant unique du vieux bougon,\nune jeune fille toute idéale, toute pure, une vraie chrétienne.\n   Cette délicieuse histoire est racontée avec un naturel qui frise le chef-\nd'œuvre, en un style pimpant, alerte, auquel l'auteur nous avait habitué, du\nreste, et qui s'est affiné encore.\n   Enfin, comme tous les romans précédents de l'auteur, celui-ci est pétillant\nd'esprit, plein de verve, débordant d'un humour exquis et de bon aloi.\n   Lisez donc tous ce roman et lisez même tous les romans de cet auteur. Je\nvoudrais les voir tous dans toutes les bibliothèques de famille. Ils sont tous\ncharmants, vivants, admirablement écrits et tous d'une propreté morale\nabsolue; ce qui nous repose de tous les romans faisandés dont une certaine\nlibrairie parisienne inonde, hélas ! le marché du livre, au grand dam non\nseulement des âmes, mais même des intelligences, qui n'ont rien à gagnera\nse nourrir de cette pourriture soi-disant littéraire.\n                                                                      H. M.\n\nV e r s l a l u m i è r e , très beau, par EMILE POITEAU. — (Paris, Grasset.)\n   Voici encore un superbe roman chrétien solidement charpenté et très\nfinement écrit, une œuvre vraiment littéraire. Nous le signalons avec le plus\nvif plaisir à tous ceux qui aiment une littérature propre, à tendance idéaliste\net imprégnée de foi chrétienne. Loin de nuire à l'intérêt de l'histoire inventée\npar le romancier, l'idée chrétienne, parce qu'elle y est développée par un\nécrivain de talent, en double le charme.\n"}, {"page_pdf": 592, "texte": "                                     LES LIVRES                                         523\n\n   C'est l'histoire d'un j e u n e h o m m e qui après s'être détourné des traditions\nfamiliales et s'être p e r d u dans les ténèbres de la vie parisienne, remonte vers\nla lumière en retournant au foyer des ancêtres, et y trouve enfin la paix et\nla joie qu'il ne connaissait plus.\n   J'engage vivement tous ceux qui ont horreur du roman moderne, à cause de\nsa crudité, pour ne pas dire de sa saleté, à lire ce roman-ci.\n   11 est une preuve manifeste de la vérité de l'idée que nous avons toujours\ndéfendue ici, à savoir que le roman chrétien est non seulement possible, mais\naussi beau, aussi puissant et même, à mon avis du moins, plus intéressant que\ntoutes les fastidieuses et malpropres histoires d'adultère des romans à la m o d e .\n                                                                           H . M.\n\nL a m a r e a u x g o s s e s , par JACQUES DES GACHONS. — ( P a r i s , F o n t e -\n   moing.)\n   Le spirituel et a i m a b l e auteur de Lily Wright est trop connu des lecteurs\nde Durendal pour q u e l'on ait besoin de b e a u c o u p insister sur ses qualités\ncharmantes. A la m ê m e veine que ce conte exquis appartient la série qu'il a\npublié sous ce titre : La Mare aux Gosses. Même élégance de style, même\nhumour, même souci de moralité délicate sans être prêcheuse; sujets tra-\ngiques parfois, traités dans u n e note émouvante, ainsi dans le Miracle d'après-\ndemain ou la Révolte du Pétrole qui évoque, dans une sorte de cauchemar dan-\ntesque, une ruée d'automobiles en délire. D'autres finissent en éclat de rire,\ncomme l'Invitée ou la Chemise du Revenant. D'autres sont ironiques ou cin-\nglantes comme le Frisson nouveau. Mais à quoi bon poursuivie cette énuméra-\ntion?\n   Mieux vaut qu'on p r e n n e et qu'on lise cette œuvre joviale et saine, bien\nfrançaise de langue et d'esprit.                                           E . C.\n\nL e p è l e r i n a g e d e S a i n t e B r i g i t t e , par VERNER VON HEIDENSTAM.\n   Traduction du suédois par S. Garling-Palmer. — (Paris, Perrin.)\n   Curieux roman historique, d o n t l'auteur, « jusqu'ici peu connu en F r a n c e ,\nest à l'heure actuelle l'un des hommes les plus en vue dans le monde litté-\nraire Scandinave ». Œ u v r e aux étranges reflets de pourpre sombre que la\nsainte traverse, hiératique, se rendant à R o m e , pour y rappeler le pape d'Avi-\ngnon, puis à J é r u s a l e m , p o u r y adorer le saint T o m b e a u , luttant contre les\nclameurs de sa famille qu'elle sacrifie à son ascétisme farouche, contre les\nfoules qui l'insultent, contre son orgueil en révolte, pour n'entrer que tout à\nla fin dans le g r a n d apaisement de la mort et du soir. Telle que l'auteur\nl'évoque, elle m a n q u e de cette tendresse chrétienne qui déborde infaillible-\nment du cœur des saints, même les plus austères, d'autant plus indulgents à\nautrui qu'ils sont plus durs à eux-mêmes. Quoi qu'il en soit, le livre est d'un\nmaître écrivain.                                                                    E . C.\n\nLe t r i o m p h e d e l ' h o m m e , par FRANÇOIS LÉONARD. — (Bruxelles,\n Lamberty.)\n Comme W e l s , mais avec plus de splendeur et de poésie, M. François L é o\n"}, {"page_pdf": 593, "texte": "524                                        DURENDAL\n\n\n\nn a r d évoque la nature et l'humanité de l'avenir. Mais le triomphe de l'homme\nest bien éphémère dans ce livre q u i se ferme sur l'émouvant tableau du cata-\nclysme o ù toute vie s'engloutit, où s'engloutit ce m o n d e même, donnant\nainsi un démenti à la conception matérialiste d e l'auteur, proclamant que\n\" l'homme était à présent son propre dieu \".\n                                                                        E. C.\n\nL a gloire de D o n             R a m i r e , p a r E N R I Q U E L A R R E T A , t r a d u i t de l'espa-\n   gnol p a r R e m y de G o u r m o n t . — ( P a r i s , Mercure d e F r a n c e . )\n    F a r o u c h e et s o m p t u e u s e évocation de l ' E s p a g n e au temps d e Philippe II :\naventures de crime et d'amour, mysticisme exalté et sensualité débordante,\ntertullias d a n s les vieux palais, autodafés sur les places publiques, avec des\nperspectives s u r l'Italie artiste et lettrée, s u r les F l a n d r e s rouges de sang et\nsur le Pérou a u x entrailles d'or.\n                                                                                           E. C.\n\nModeste         A u t o m e , p a r MARGUERITE B A U L U . — ( P a r i s , Leclercq.)\n   Histoire d'une servante, d'une âme h u m b l e , qui n o u s révèle les chagrins\nde sa vie en u n e langue d'un réalisme savoureux et d'une poésie charmante.\nDes scènes d'orphelinat, d'office et d'hôpital s'évoquent successivement, et\nnous pénétrons à la suite de l'auteur et de son héroïne quelques-uns des\narcanes d u quartier des Marolles. Il n ' y a rien d a n s tout cela qui soit très\npoétique, semble-t-il, et pourtant, sur toutes ces choses humbles, et ternes,\net douloureuses, tremble u n perpétuel rayon d ' o r .\n                                                                           E. C.\n\nUn jacobin de l'an C V I I I ,           p a r P R O S P E R - H E N R Y DEVOS. — (Bru-\n   xelles, Association des écrivains belges.)\n   N o u s ignorons d a n s quelle mesure l'auteur s'identifie avec le gamin dont il\nfait son héros, sorte d e Saint-Just moins chaste qui révèle u n e âme affreuse-\nment étroite et haïssable de sectaire. D u moins, la psychologie en est-elle\nbien fouillée.\n                                                                                E. C.\n\nL e p a s t e u r p a u v r e , p a r EDOUARD R O D . — ( P a r i s , P e r r i n . )\n   Petit livre exquis, spirituel, a m u s a n t , quoique a u fond la philosophie en\nsoit plutôt a m è r e . Attachant récit des tribulations de l'honnête pasteur\nM. Cauche qui, pour n e jamais transiger avec ce qu'il croit être son devoir\nmoral, pour se refuser scrupuleusement à l'ombre m ê m e d'un compromis\nquel qu'il soit, vit et meurt incompris et calomnié j u s q u e dans la mort\npar les âmes médiocres avec lesquelles sa destinée n e cesse de le mettre en\ncontact.\n                                                                                      E. C.\n\nA u f o n d d e s y e u x , petits poèmes en prose, par JEAN DE B È R E . — (Paris,\n  Perrin )\n  Recueil d e poèmes d o n t l'idéalisme vague, nuageux et comme dissous\n"}, {"page_pdf": 594, "texte": "                                 LES LIVRES                                   525\n\ndans on ne sait quelle diaphanéité impalpable, ne permet guère de tenter\nl'analyse, mais où l'on trouve à louer une langue harmonieuse et probe, la\nnoblesse, l'élégance et la distinction des images, et un talent prometteur.\n                                                                    E . C.\n\nP a r - d e S S U S l a h a i e , par SANDER PIERRON. — (Bruxelles, Association\n  des écrivains belges.)\n  Journal d'un été à la c a m p a g n e , dans un coin champêtre et plantureux d u\nBrabant; notations de sites et de mœurs agrestes vus par un artiste avec des\nyeux d'artiste et r e n d u de simple et pittoresque façon.\n                                                                          E . C.\n\nLITTÉRATURE :\nUn cahier inédit d'Eugénie de Guérin, par le comte de COLLE-\n   VILLE. — (Paris, Mercure de France.)\n   L'auteur de cette publication a raison de considérer ce cahier comme la\npartie la plus émouvante de l'œuvre d'Eugénie. Dans une préface et des\ncommentaires d'ailleurs fort intéressants, il émet toutefois, à propos de la\nsincérité religieuse de Maurice de Guérin, des appréciations injustifiables.\nSans parler du reproche de panthéisme dont on a, nous semble-t-il, par trop\nabusé à l'égard, non seulement de Maurice, mais de tous les poètes qui ont\npassionnément aimé la nature, y compris L a m a r t i n e et Chateaubriand, il va\njusqu'à mettre en doute — et ceci est monstrueux — la sincérité de sa mort\nchrétienne. Cette mort, affirme-t-il gratuitement et sans l'ombre d'une preuve,\nn'eût été qu'une pieuse comédie devant épargner à Eugénie la douleur\naffreuse de voir son frère mourir en athée.\n   Tout dans la vie de Maurice proteste contre une telle assertion. L a\nnoblesse de son caractère, le fond religieux de son âme et l'inspiration reli-\ngieuse de son g é n i e , la ferveur de son adolescence et de sa jeunesse. Sans\ndoute, plus tard, il y eut défaillance, des passages nombreux du journal et des\nlettres d'Eugénie le prouvent évidemment. Maisde là à l'impénitencefinale,la\ndistance est grande et l'on p e u t jurer qu'elle ne fut pas franchie! Sainte-Beuve,\nsectaire et fielleux j u s q u e d a n s ses sympathies les plus prononcées, a soi-\ngneusement fait ressortir les écarts d'intelligence où Maurice put se laisser\n entraîner. Mais il n'a pas mis en doute sa fin chrétienne.\n    Et l'on regrette de voir une si révoltante hypothèse soutenue par un écri-\n vain qui pourtant aime et admire ce délicieux couple fraternel et nous rend\n le service de publier ce supplément de journal tout palpitant, tout saignant\n d'émotion et d ' a m o u r .\n    Nous lui savons gré de nous éclairer sur la passion de Maurice pour\n  Mme de Maistre, sur le rôle joué entre Maurice et la baronne par Barbey\n d'Aurevilly, sur le conflit entre Eugénie et sa belle-sœur que les réticences\n du journal laissaient déjà entrevoir, sur les souffrances de Maurice prison-\n nier de son union avec u n e femme sans beaucoup de cœur ni de tête et qu'on\n devine odieusement médiocre.\n"}, {"page_pdf": 595, "texte": "526                                       DURENDAL\n\n\n   Il y a d a n s ce s u p p l é m e n t d e magnifiques élans d e passion fraternelle et\nde déchirants cris de douleur.\n   On y assiste à l'agonie d'âme de cette noble fille, p o u r qui son frère est\ntout et qui se sent écartée d e lui p a r la sotte jalousie d e l'épouse ; et cela au\nm o m e n t où la santé d e son frère, c h a q u e jour déclinante, l'inquiète et la tor-\nture et l'emplit d'un pressentiment de mort.\n   E t la mort vint, mais encore u n e fois elle vint chrétienne et bénie! et il\nfaut en relire la relation d a n s le J o u r n a l pour sentir à l'évidence qu'Eugénie\nne fut point abusée, q u e l'enfant qu'elle avait tant aimé m o u r u t dans les\nbras d e l'Eglise, et qu'elle avait raison d'offrir les dernières pages jaillies de\nson â m e et toutes brûlantes de sa douleur : « A Maurice a u Ciel ».\n                                                                         E M I L E CHARDOME.\n\n\nReligion        e t l i t t é r a t u r e , p a r P A U L H A L F L A N T S . — (Bruxelles, Société\n    belge d e Librairie.)\n    Livre intéressant u n p e u à la façon de ces causeries à bâtons rompus où,\nle soir, entre amis épris d e littérature, on effleure les u n s après les autres les\nn o m s et les œuvres célèbres. L ' i d é e et la forme sont, chez M. l'abbé Halflants,\ntoujours attachantes, soit qu'il apprécie avec compétence, largeur d'esprit,\ncompréhension et sympathie, l'œuvre d e H u y s m a n s , soit qu'il dise leur fait à\nce vilain chat venimeux d'Anatole F r a n c e et au Catulle Mendès de la Vierge\nd'Avila, soit qu'il réduise à sa juste valeur le charlatanesque dernier drame de\nR o s t a n d , soit q u e , d a n s ce volume q u i s'ouvre par u n bel éloge de S. E. le\ncardinal Mercier, il évoque des noms qui sont l'honneur de notre jeune litté-\nrature catholique : D o m B r u n o Destrée, Carton d e Wiart, H e n r i Davignon,\nFirmin V a n den Bosch, Victor Kinon et P i e r r e N o t h o m b . O n voudrait seu-\nlement que les articles réunis d a n s ce livre, dussent-ils être moins nombreux,\nfussent chacun moins exigu, permettant à l'auteur de traiter à fond des sujets\nd o n t parfois il n'a p u q u e nous indiquer un peu superficiellement les grandes\nlignes.                                                                           E. C.\n\nL e s g r a n d e s m y s t i f i c a t i o n s l i t t é r a i r e s , par AUGUSTIN THIERRY.\n     — (Paris, Plon.)\n    P r o m e n a d e a n e c d o t i q u e d ' u n très vif intérêt à travers ces mystifications\ndont la poésie d'Ossian retrouvée p a r Macpherson est demeurée le type. Le\ncurieux c'est q u e ces m ê m e s poèmes q u ' o n proclamait des œuvres de génie\nq u a n d on les croyait d'Ossian, n'ont plus été du tout des œuvres de génie\nq u a n d on a su qu'elles étaient de Macpherson. P o u r t a n t , comme le dit très\nbien M. T h i e r r y , u n e œuvre n'est p a s négligeable qui contribue pour une\ntelle part à déterminer d a n s toute l'Europe les mouvements romantiques\net d e m e u r e u n e des principales sources où s'alimente le génie de Cha-\nteaubriand.\n                                                                                         E. C.\n\nE n W a l l o n i e , p a r L o u i s PIÉRARD. — (Bruxelles, Lamertin.)\n  E t u d e s et croquis d u pays wallon. Traditions et folklore. On sent que Tau-\n"}, {"page_pdf": 596, "texte": "                                      LES    LIVRES                                      527\n\nteur doit aimer Barr7s. L ' â m e joyeuse et légère de la Wallonie l'inspire. On\nle voudrait moins imbu de ce scepticisme incroyant qui gangrène certaines\nfoules wallonnes et fait mieux ressortir la foi robuste et vivace de nos F l a n d r e s .\nMais tous les admirateurs du grand poète si odieusement traité naguère par\nun jury brabançon lui sauront gré des nobles pages qu'il consacre à la prison\nde Verlaine.\n                                                                          E . C.\n\nF i g u r e s l i t t é r a i r e s , par LUCIEN MAURY. — ( P a r i s , P e r r i n . )\n   Ce livre d o n n e l'impression d'une promenade à travers la littérature m o n -\ndiale contemporaine sous la conduite d'un guide intelligent et disert. A noter\nune très fine et pénétrante analyse de Collette Baudoche, de l'œuvre c o m p o -\nsite de Maurice Maindron, de l'œuvre des poétesses françaises modernes, etc.\nPar contre, le m a n q u e de sens religieux lui fait interpréter tout de travers la\npsychologie d ' H u y s m a n s .\n                                                                                        E . C.\n\nL ' é q u i v o q u e d u c l a s s i c i s m e , par GASTON SAUVEBOIS. — (Paris,\n    L'Edition Libre.)\n    Le présent petit livre ne la dissipera point, cette trop réelle équivoque.\nAussi bien, l'opuscule s'affirme-t-il politique bien plus que littéraire, s'affirme-\nt-il surtout un plaidoyer en faveur du républicanisme moderne contre les\nthéories traditionnalistes de l'Action Française.\n                                                                          E . C.\n\nLa t h é â t r o m a n i e , par L É O N LEGAVRE. — (Mons, Edition de la Société\n   Nouvelle.)\n   Indigeste fatras où il est question de tout, même de théâtre. Fréquentes\nexcursions sur le terrain religieux, où l'auteur révèle une hostilité qui n'a\nd'égale que son i n c o m p é t e n c e . L'honnête pharmacien d'Yonville en devient,\npar comparaison, sympathique, large et compréhensif.\n                                                                             E . C.\n\nLA M U S I Q U E :\nLully, par      L I O N E L DE LA LAURENCIE (Collection Les Maîtres de la\n   Musique). — ( P a r i s , Alcan.)\n   Etude aussi intéressante que richement documentée sur Lully et sur son\nœuvre. Le début du XVIIe siècle est marqué par une évolution dans l'art\nmusical qui perd peu à peu son caractère polyphonique, tandis que s'ac-\ncentue de plus en plus la séparation entre « l'harmonie qui, serrée, compacte,\nse concentre d a n s la basse continue, et la mélodie fluide, mélancolique ou\nlégère, qui vient s'y opposer c o m m e une entité distincte ».\n   Cette transformation progressive est très apparente dans les comédies-\nballets de Lully que M. de Laurencie examine d'abord. Il passe ensuite à\nl'analyse approfondie du style lullyste dans la musique religieuse, où il faut\n"}, {"page_pdf": 597, "texte": "528                                     DURENDAL\n\n\nsurtout retenir le Miserere, et d a n s la musique d'opéra qui D'Atys à Phaéton\nconserve son caractère de galanterie raffinée p o u r s'élever à l'expression\ntragique dans Amadis, Roland et Armide. Ces trois opéras peuvent être\nconsidérés avec la gracieuse pastorale d'Acis et Galathèe comme les chefs-\nd'œuvre de L u l l y .\n    M. de la L a u r e n c i e définit l'esthétique du maître florentin qui se complaît\nd a n s le métaphorisme l'allégorie continuelle « le F r a n ç a i s d'alors, en raison\nde son profond intellectualisme, ne g o û t a n t l'émotion sonore qu'associée à\nu n e idée précise ». L'art de Lully est d'ailleurs moins u n e création originale\nq u ' u n e brillante et judicieuse synthèse où interviennent à la fois le style\nfrançais et le style italien, ce dernier à u n moindre degré.\n    L'élément essentiel de l'opéra lullyste est le récitatif, ce qu'explique le\nprestige exercé à cette époque par la déclamation des acteurs de la Comédie\nfrançaise. Cependant chez Lully le sens dramatique n'est guère développé. Il\nexcelle au contraire à rendre les émotions tempérées. Il est heureux aussi\nd a n s l'expression d u sentiment de la nature mais « bien e n t e n d u de la nature\ntelle que le XVIIe siècle la concevait, c'est-à-dire o r d o n n é e , stylisée, géomé-\ntrique, d ' u n e nature où a p p a r a î t partout la m a r q u e de l'homme ». Ces dons\nde peintre délicat se révèlent d a n s les symphonies descriptives de Lully,\nparticulièrement d a n s ses Sommeils où il côtoie l'impressionisme par le\nc h a r m e d'imprécision qu'il leur c o m m u n i q u e , bien qu'en général son art\ndescriptif conserve un caractère s u r t o u t objectif. Les symphonies qui\noccupent u n e place très importante d a n s les opéras de L u l l y et qui com-\nportent trois groupes, Ouvertures et Ritournelles, Symphonies descriptives ou pitto-\nresques, Airs de danse sont peut-être la partie la plus intéressante de son œuvre.\n « Q u a n t à son matériel h a r m o n i q u e , loin de dépasser son temps il se montre\nau contraire moins riche q u e celui de ses devanciers, tant Italiens que\n Français. »\n     L'influence de Lully fut considérable, elle se retrouve j u s q u e dans certaines\nsuites de Bach, dans des airs de Haendel et le très distingué critique la résume\nparfaitement en ces quelques lignes :\n     « L u l l y eut un succès triomphal et immédiat qu'il dut, non seulement à\ncette sorte d'art moyen auquel il a attaché son n o m , mais aussi aux circon-\nstances, car, apparaissant dans un moment d'hésitation et de crise, il rallia\ntout le m o n d e par sa décision. Il créa une tradition, celle de l'opéra français,\ntradition à laquelle R a m e a u et Gluck se soumirent. Bien plus, de Spontini à\n Meyerbeer et à G o u n o d , tout le côté p o m p e u x , décoratif de notre tragédie\nlyrique, ses défilés, ses scènes héroïques et religieuses, appartiennent à\nl'héritage de L u l l y . »\n                                                                              G. DE G.\n\nL'Art g r é g o r i e n , par AMÉDÉE GASTOUÉ.\nL ' a n n e a u du N i b e l u n g de R i c h a r d W a g n e r , par A. POCCHAM\n  MER. T r a d u c t i o n de Chantavoine. — (Paris, Alcan.)\n  Le premier de ces deux livres débute par u n e introduction historique sur\nGrégoire le Grand et sur son époque, puis étudie l'art grégorien dans ses\n"}, {"page_pdf": 598, "texte": "                                  LES LIVRES                                    529\n\n\norigines, ses développements et les diverses formes musicales qu'il a revêtu,\nau moment de son apogée, de sa décadence et de sa restauration par l'ordre\ndes Bénédictins. D ' u n e érudition u n peu sèche, bien que très avertie, il\nintéressera les spécialistes de la matière.\n   Nous r e c o m m a n d o n s vivement aux amateurs d'art wagnérien l'excellente\ntraduction que M. Chantavoine vient de publier de l'ouvrage de P o c h h u m m e r\nsur le Ring, très connu et justement apprécié en Allemagne. L'analyse des\nthèmes de la Tétralogie y est présentée d'une manière fort complète, avec\nautant de clarté que de judicieuse méthode, non à u n point de vue strictement\ntechnique, mais avec le souci constant de dégager et d'éclairer tout ce que\nces thèmes contiennent de poésie et de significations esthétiques. Ce petit\nmanuel de moins de deux cents pages est indispensable à quiconque veut\nacquérir une compréhension vraie et approfondie de ce drame grandiose,\nmais dont sans commentaires tant de parties demeurent obscures.\n                                                                      G. DE G.\n\n\nPUBLICATIONS D'ART :\n\nL ' A r t c h r é t i e n p r i m i t i f , par M. MARCEL LAURENT. Deux volumes\n    illustrés. — (Bruxelles, Vromant.)\n    Il n'est a u c u n e période de l'histoire de l'art moderne qui soit plus obscure\net, en même temps, plus attirante que celle que M. Marcel Laurent étudie\ndans ce livre dont nous n o u s plaisons à signaler tout d'abord les qualités\néminentes, l'érudition sûre, la méthode excellente et la parfaite clarté. Les\névolutions esthétiques sont toujours lentes : l'art qui règne a toujours\nconservé quelque chose de l'art auquel il a succédé et il ne se peut pas qu'il\nne décèle pas déjà les indices de l'art qui le remplacera. Il n'en a pas été\nautrement de l'art chrétien primitif qui a dû beaucoup à l'art hellénistique,\nbeaucoup aussi à l'art oriental, beaucoup encore, quoique moins, à l'art\nromain.\n    Mais la transformation de l'art qui s'est effectuée entre le premier et le\nIVe siècle n'a q u ' u n e analogie superficielle avec les phénomènes du même\ngenre qui se sont produits par la suite. Il ne s'agissait pas alors d'un simple\nrenouvellement des formes de l'art, des idées esthétiques auxquelles il obéis-\nsait, sans que, du reste, la nature de ses inspirations subît aucun changement,\ncomme il arriva, p a r exemple, à la fin du XIVe siècle, lorsque la conception\nréaliste eut achevé de triompher partout de la conception idéaliste qui préva-\nlait jusque-là.\n     La pensée que les chrétiens des premiers siècles voulaient exprimer dans\nles essais timides de leur art naissant était non seulement sans antécédents\n dans l'art a n t i q u e , mais encore elle était en opposition complète avec\n l'idéal que celui-ci avait magnifiquement manifesté. Cependant, ils ne\n pouvaient pas plus se soustraire à la nécessité d'utiliser, dans l'art, des\n éléments empruntés au paganisme, qu'ils n'auraient pu, dans la prédication\n et les choses du culte, rejeter l'emploi de la langue usuelle.\n"}, {"page_pdf": 599, "texte": " 530                                        DURENDAL\n\n\n     Mais, après les temps primitifs où les persécutions enfermèrent les\nexpressions de la foi dans des formes cryptographiques, on voit se développer\n et grandir un art nouveau q u i , tout en s ' a p p u y a n t à l'art ancien, très\n florissant encore, est en défiance de lui et s'efforce de créer des formts\ntoutes chrétiennes et incapables de susciter dans l'esprit, parfois hésitant, du\nspectateur de dangereux rappels mythologiques.\n    Ce n'est là q u ' u n e phase de l'histoire de ces origines, mais c'est celle peut-\nêtre dont les œuvres, d a n s leur insuffisance g a u c h e et délicieuse, impres-\nsionnent davantage, parce q u e la ferveur profonde q u i les a inspirées apparaît\nlà c o m m e dans son essence, dans son esprit, sous des formes presque imma-\ntérielles. Cet art, dans sa fraîcheur et d a n s sa grâce modeste, est très près des\nt e m p s d e l'Evangile, mais il fallait enfin q u e , c o m m e le christianisme lui-\nm ê m e , il sortît des catacombes. Il en sortit, en effet; son humilité devint,\npeu à p e u , domination, et tout à la fois influençant et influencé, il trouva\nson expression suprême d a n s l'art byzantin, signification hautaine de la\ndoctrine t r i o m p h a n t e .                                          ARNOLD GOFFIN.\n\n\n L e s g r a n d s a r t i s t e s : Botticelli, p a r M . R . S C H N E I D E R . — (Paris, Lau-\n     rens.)\n     Certains esprits délicats o n t failli p r e n d r e Botticelli et son œuvre en aver-\nsion, à cause des admirations équivoques ou sottes q u e l'un et l'autre ont eu\nà subir. Botticelli a été à la m o d e , en effet, parmi les esthètes q u i , comme on-\nsait, appartiennent à u n e espèce fort désagréable de b a d a u d s prétentieux et\n b a v a r d s . Mais bien que cette vogue, d'ailleurs m o m e n t a n é e , ait été l'occasion\nde b e a u c o u p d'inepties, il ne faut pas trop s'irriter contre celles-ci, en son-\n geant q u e les dits esthètes remplissent peut-être d a n s l'art le rôle de propaga-\n teurs inconscients de beauté. Ils sont c o m m e ces insectes nuisibles qui, sans\nle savoir, emportent le pollen d e s fleurs et deviennent ainsi des agents passifs\n de fécondation.\n     D a n s ce XVe siècle florentin qui fut a m o u r e u x de la réalité presque jusqu'à\nl'abnégation de la personnalité de l'artiste, Botticelli est, en quelque façon,\nle premier peintre à l'œuvre duquel puisse s'appliquer le précepte formulé\np a r s o n a m i Léon-Battista Alberti : « L a peinture a pour b u t , moins de\nreprésenter les choses qui tombent sous le sens de la vue q u e tout ce qui est\nmatière de pensée. »\n     Les êtres q u e S a n d r o crée à la vie enchantée de son art n'ont rien de la\nbelle santé des calmes et fiers personnages de Ghirlandajo ; rien de la vita-\nlité presque enfantine de ceux de Gozzoli. U n e vie forte, tranquille et un\np e u indifférente a n i m e les personnages de ces m a î t r e s ; ceux de Botticelli\npensent et il semble q u e leur pensée soit inquiète comme celle de l'artiste lui-\nm ê m e . Car c'est u n inquiet, un sensitif, u n e n a t u r e un peu féminine, tendre,\nfaible, p r o m p t e à subir l'influenre de génies plus volontaires, Laurent de\nMédicis d'abord, Savonarole ensuite.\n    Son œuvre et sa vie, sur lesquels M. Schneider nous donne une étude\nremarquable, ont débuté et cheminé longtemps sur les routes merveilleuses\nde la jeunesse et d u p r i n t e m p s pour finir dans les tristesses d ' u n déclin\n"}, {"page_pdf": 600, "texte": "                                      LES LIVRES                                      531\n\n\nassombri par des souvenirs tragiques. Il avait aimé L a u r e n t de Médicis, et\nLaurent était m o r t ; il avait aimé Savonarole, et Savonarole avait été suppli-\ncié... Ces deux g r a n d e s mémoires s'associaient, sans d o u t e , dans son cœur\net dans ses inutiles regrets. Il se rappelait les assemblées dans le palais a d m i -\nrable de la Via Larga ou sous les ombrages de Careggi, les paroles joyeuses\net ailées, les contes, les chansons, les beaux discours nourris de sagesse et\nde sérénité antiques, tout ce qu'il y avait d'esprit, de grâce, de b o n n e\nhumeur autour de la grâce accueillante, de l'esprit et de l'humeur allègres\nde L a u r e n t . Il sentait remonter dans son imagination toute la poésie fraîche\ncomme la n o u v e a u t é des fleurs, harmonieuse c o m m e les marbres antiques\nqui peuplaient les jardins du Magnifique; toute la poésie qui avait été\ncomme le fruit de ces jours heureux et qui avait inspiré ses œuvres les plus\nlyriques. E t presque aussitôt, il se rappelait la figure héroïque de Savona-\nrole, le vertige et la foudre de sa parole dans la chaire de Santa Maria del\nFiore, la sainteté de ses volontés, son effort sublime et chimérique pour\nentraîner Florence tout entière, toute cette population subtile et capricieuse,\nsur les sommets mystiques où il s'était élevé. E n t r e ces deux hommes, entre\nl'idéal de volupté de l'un et l'idéal de sacrifice de l'autre, le vieux S a n d r o qui\nles avait aimés également et également célébrés, restait plein de trouble et\nd'angoisse. E t c'est probablement pour apaiser ce débat cruel à son cœur\nqu'il entreprit une de ses dernières œuvres, l'Adoration des mages inachevée\ndes Offices, où, p o u r réunir et réconcilier ses héros au moins dans la mort, il\nplaça au premier r a n g L a u r e n t de Médicis qui, la tête baissée, adore Jésus\nque Savonarole lui m o n t r e de la m a i n . . .\n                                                                    ARNOLD G O F F I N .\n\n\n\n M a n u e l s d e l ' H i s t o i r e d e l ' A r t . Les Arts de la Terre, par M. R E N É\n   JEAN. U n vol. ill. — (Paris, L a u r e n s . )\n   On pourrait dire que ce livre fait l'histoire de la terre et du feu, c'est-à-dire\nun récit qui débute aux origines du m o n d e . La première et la plus naturelle\nindustrie de l ' h o m m e semble avoir été celle de la poterie; avec la vannerie,\nelle l'est encore des plus ignorantes peuplades de l'Afrique. Depuis l'origine\n— depuis dix ou vingt mille ans, écrit l'auteur — on pétrit la terre, on la\nmodèle, selon des formes plus ou moins gracieuses, et on la soumet à la\ncuisson, pour l'usage ou pour l'ornement. L e point de départ de M. J e a n ,\nfaute de vestiges remontant à une époque plus reculée, est l'Egypte préhisto-\nrique. Cette E g y p t e antérieure aux Pyramides était enterrée sous les tom-\nbeaux. L e s savants ont e x h u m é ce qui restait d'elle, rajeunissant ainsi\nl'antiquité déjà immémoriale des bords du Nil, comme ils ont fait aussi pour\nl'antiquité de la Grèce ou celle de Home, en reculant derrière elles l'horizon\nd'une antiquité p l u s lointaine.\n   L'art de la poterie a connu deux périodes principales en Grèce, la période\nmycénienne, fort influencée dans tous les arts par la Phénicie et par l'Egypte ;\npuis, après l'invasion dorienne du Xe siècle avant J . - C , du VIIe au IVe siècle,\nla grande et magnitique période p e n d a n t laquelle on fabriquait, à Athènes\n"}, {"page_pdf": 601, "texte": "532                               DURENDAL\n\n\n\nsurtout, dans le faubourg du Céramique, ces vases si délicats de forme et\nde décor, à fond rouge, noir ou blanc.\n   M. Jean étudie ensuite la céramique dans les pays musulmans, la Syrie,\nla Perse, l'Espagne; les origines et le développement de cet art dans tous les\npays occidentaux, en Italie, particulièrement à Faenza et à Udrin; en France,\nen Hollande, en Angleterre, en Belgique, etc. Enfin, à la Chine et au Japon.\nPuis, il nous dit les tentatives longtemps infructueuses pour imiter en Europe\nles porcelaines de l'Extrême-Orient et l'essor de cette belle fabrication en\nFrance, en Allemagne, en Angleterre vers la fin du XVIIe siècle, après la\ndécouverte de gisements de terre de kaolin. Il termine son substantiel travail,\ndont nous devons nous borner à indiquer l'abondante matière, par des\nchapitres où il résume l'histoire de la verrerie, du vitrail et de la mosaïque.\nD'excellents répertoires bibliographiques et une nombreuse illustration com-\nplètent cet utile et intéressant ouvrage.\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n\n\nHISTOIRE :\n\nB i s m a r c k e t l ' E g l i s e , par GEORGES GOYAU. 2 vol. — (Paris, Perrin.)\n   Ces deux volumes sont la continuation de la magistrale étude entreprise\npar G. Goyau sur l'Allemagne religieuse. Le premier volume contenait l'his-\ntoire du protestantisme contemporain en Allemagne. Il fut suivi de deux\nvolumes sur le catholicisme, dont voici la suite. Nous avons dit à propos\ndes volumes précédents toute notre admiration pour l'auteur. Ce qu'il y a\nsurtout de remarquable, c'est la quantité de documents qui ont été fouillés\npar l'auteur. Il a vraiment tout lu. Il a parcouru toute la littérature depuis\nles plus gros volumes jusqu'aux brochures et aux journaux qui pouvaient le\nrenseigner sur le sujet qu'il traitait. Et puis, loin de faire de cela une com-\npilation indigeste, une histoire ennuyeuse, il nous trace un tableau vivant,\npalpitant d'intérêt, un tableau complet, grandiose, fascinant des luttes mémo-\nrables soutenues par le catholicisme allemand contre le tyran Bismarck, luttes\noù l'Eglise catholique se montra digne de son divin fondateur Jésus-Christ\net dont elle sortit grandie, plus jeune et plus robuste que jamais.\n   Ces deux volumes sont écrits dans le style limpide, net, coulant propre à\nGoyau. C'est le vrai style convenant à des livres pareils. Jamais Goyau n'est\ntrop long. Jamais il n'ennuie. Goyau a le don de tenir toujours en éveil\nl'attention du lecteur, au point que celui-ci a peine à interrompre sa lecture\net s'empresse de la reprendre s'il doit la suspendre momentanément.\n   Il y a aussi parfois dans ces volumes des pages littéraires remarquables,\ncelles par exemple où il expose la physionomie d'un diocèse en particulier,\nle caractère d'un évêque, la silhouette d'une personnalité. Il y a entre autres\ndans un des deux volumes un portrait du fameux Winthorst, qui est une mer-\nveille, un petit chef-d'œuvre.\n   Tous les catholiques doivent avoir dans leur bibliothèque les livres de\nGoyau, et spécialement ceux qui ont pour objet l'histoire religieuse de\n"}, {"page_pdf": 602, "texte": "                                  LES LIVRES                                   533\n\nl'Allemagne contemporaine. C'est à la fois de la grande histoire et u n e apo-\nlogie magnifique de notre glorieuse église catholique.\n                                                                    H. M.\n\nLe Père Doussot, dominicain, et la Mère                             Elisabeth,\n  carmélite,       Sa   sœur,     par   le   P . MARIE-JOSEPH   DU SACRÉ-CŒUR,\n   carme. — (Paris, P l o n ) .\n   Ceux qui ne croient p a s à la grâce et à son action sur les âmes ni à la\nProvidence et à son intervention dans la vie des élus doivent lire cette\ncurieuse histoire. Elle est humainement inexplicable. Voici deux enfants qui\nnaissent de parents voltairiens et sont élevés par eux d a n s l'athéisme. E t tous\ndeux à un moment d o n n é sont, indépendamment de leurs parents ou plutôt\nmalgré eux, puisqu'ils ont élevé leurs enfants loin de Dieu et en dehors de\ntoute influence chrétienne, empoignés par la grâce, illuminés p a r la F o i ,\nconvaincus, entraînés vers Dieu et voués à son Eglise. E t non seulement ils\ndeviennent de b o n s chrétiens. Mais ils vont j u s q u ' a u bout, ils montent a u\nsommet, ils embrassent l'état religieux, c'est-à-dire la vie chrétienne parfaite,\nl'état de sainteté. Voilà u n e apologie en action de la vérité de l'existence de\nDieu, de la vie surnaturelle, de la véracité de l'Eglise et de la puissance de\nla grâce telle qu'il n ' y en a peut-être jamais eue de plus éloquente et de plus\npuissante. Cette intéressante histoire a trouvé un digne interprète dans le\nR. P . Marie-Joseph qui l'a admirablement comprise et supérieurement décrite.\n                                                                          H . M.\n\nAutobiographie de Henry Stanley, publiée par sa femme DORO-\n   THY STANLEY, traduite p a r Georges Feuilloy, 2 vol, — (Paris, Plon.)\n   Ces mémoires d u fameux Stanley sont du plus haut intérêt. L a première\npériode de sa vie n'est qu'un tissu d'abandon, de privations et de souffrances.\nRebuté par sa famille, il n'a pas de souvenirs d'une enfance joyeuse. Ses\npremières impressions datent de sa résidence dans un W o r k h o u s e au milieu\nd'enfants a b a n d o n n é s . Il y est torturé au point qu'il ne peut y tenir et\ns'enfuit avec u n c o m p a g n o n .\n   Il essaie en vain de rentrer dans sa famille. Les uns refusent de le recon-\nnaître. Les autres le rejettent durement, et alors commence pour Stanley u n e\nvie des plus variées et des plus bizarres, la plupart d u temps très pénible.\nParfois un rayon de soleil vient illuminer cette âme qui, abandonnée de\ntout le monde, devait trouver en elle-même assez de ressources morales pour\nse faire une carrière et traverser honorablement et utilement la vie.\n   On dirait vraiment q u e toute l'enfance et toute la jeunesse de cet h o m m e\navaient été disposées par la Providence pour le préparer à sa rude vocation\nd'Afrique qui exigea de lui u n e énergie indomptable, u n e patience à toute\népreuve et u n e confiance en soi p e u c o m m u n e . Mais ces dons brillaient\nd'une façon extraordinaire dans cet homme, dont toute la vie fut u n e des plus\néloquentes leçons d'énergie qui aient jamais été données à l'humanité.\n   Deux qualités me font aimer spécialement Stanley. J e ne les soupçonnais\n"}, {"page_pdf": 603, "texte": " 534                                DURENDAL\n\n\n\npas chez lui. Elles s'affirment avec éclat dans ses mémoires. Stanley était un\nhomme de cœur. C'est d'autant plus étonnant qu'il ne connut pas l'affection\nfamiliale ayant toujours été renié par les siens. Une autre qualité éminente\nde Stanley c'est sa foi en Dieu et sa confiance illimitée dans la Providence.\n« Le monde s'offrait à moi — disait-il — et la Providence était mon guide. »\nAjoutez à ces qualités, une droiture d'intention peu commune et son étonnante\nchasteté, celle-ci fut tout le secret de son énergie. Oui, c'est une belle et noble\nvie que celle de Stanley et elle est admirablement racontée par lui-même tout\nsimplement, sans prétention et sans forfanterie.\n  JLa traduction française de ces mémoires est très bien faite et ces deux\nvolumes se lisent avec un plaisir continu jusqu'aux dernières pages.\n                                                                         H . M.\n\n DIVERS :\n L ' a r t d ' ê t r e u n h o m m e , traité de Self-Education par l'abbé H. Moc-\n    QUILLON. — (Paris, Bloud.)\n    Livre excellent et complet. L'auteur s'élève contre l'abus des carrières\nbureaucratiques. Il rompt avec l'imbécile réserve des éducateurs religieux qui\nn'osent pas montrer aux jeunes gens à quoi les exposent les plaisirs sexuels, ni\nleur enseigner par quels adjuvants physiques, sport, etc., ils peuvent seconder,\ndans la lutte contre les passions juvéniles, l'action des sacrements et de la prière.\nIl rompt aussi avec le zèle aveugle et criminel des prêtres qui poussent les\njeunes gens au sacerdoce sans s'assurer s'ils ont une vocation indéniable. Il\ndéchire hardiment le voile et n'hésite pas à montrer au jeune homme qui se\ncroit destiné à la prêtrise, la vie pénible et précaire qui l'attend, et de quels\nabus non les ennemis de sa foi, mais ses supérieurs même peuvent se rendre\ncoupables à son égard. Il prêche aux jeunes gens l'adoption de carrières colo-\nniales et agricoles. Il leur expose la conception du mariage chrétien. Livre\nsubstantiel encore une fois, livre qu'on ne saurait trop répandre et qui fera\ndu bien.\n                                                                            E. C.\n\nLe culte de l'incompétence. L'horreur des responsabilités\n   (Paris, Grasset). — De la profession. De la patrie, par EMILE FAGUET.\n   — (Paris, Sansot.)\n   Opuscules politiques d'une lecture très agréable. On peut ne point par-\ntager toutes les idées de l'auteur encore qu'à son point de vue elles soient\nsouvent fort justes, mais il serait difficile de ne pas trouver un grand charme\nà ce bon sens alerte, à ce style vif, clair, spirituel, qui rappelle les meilleurs\nécrits familiers duXVIIIesiècle.\n                                                                         E. C.\n"}, {"page_pdf": 604, "texte": "                                NOTULES\n\n  Notre ami et collaborateur E m i l e Chardome vient de s'embarquer pour le\nCongo en qualité d'ingénieur agricole. T o u s nos souhaits de santé et de\nbonheur a c c o m p a g n e n t le cher poète dans notre patrie d'adoption.\n\n                                            *\n                                           * *\n   VIE ET LUMIÈRE : C'est samedi passé, 2 septembre, que s'est ouvert d a n s\nles salles d u Musée m o d e r n e de Bruxelles, le V I I e Salon annuel du Cercle\nd'art Vie et Lumière.\n   Cette exposition réunit un ensemble important d'oeuvres des peintres :\nGaston de Beer, Georges Buysse, Oscar Coddron, L é o n De Smet, Anna\nDe Weert, Alfred H a z l e d i n e , Modeste H u y s , R a y m o n d de la Haye, J e n n y\nMontigny, Guillaume Montobio, Willem Paerels, Constant P e r m e k e , H e n r i\nRoidot, Louis T h é v e n e t , P i e r r e P a u l u s , F . Verhaegen, Victor Verhoug-\nstraete et E d m o n d Verstraeten.\n   Le Salon de Vie et Lumière restera ouvert jusqu'au lundi 25 septembre.\n\n                                            *\n                                           * *\n   Nous prions nos a b o n n é s de nous excuser du retard de notre compte rendu\ndu Salon du P r i n t e m p s qui paraît à la veille de l'automne ! Mais notre chro-\nniqueur des salons d'art vient à peine de nous l'envoyer. Enfin mieux H o u -\ntard que jamais !\n                                           *\n                                          * *\n   N o u s r e c o m m a n d o n s tout spécialement à l'attention de nos lecteurs\nles livres suivants :\n   Saint François d'Assise dans la légende et dans l'art primitifs italiens, par ARNOLD\nGOFFIN, vol. illustré (Bruxelles, Van Oest), 5 francs.\n  L'Arc-en-ciel, par P I E R R E NOTHOMB (éd. de D u r e n d a l ) , 3 fr. 50.\n  LAme des Saisons, p a r VICTOR KINON (Bruxelles, L a r d e r ) , 3 fr. 50.\n  Lan mille, d r a m e en vers, p a r VICTOR KINON (Bruxelles, Larcier), 3 fr. 50.\n  Figures du Pays, par H U B E R T KRAINS (Bruxelles, Larcier), 3 fr. 50.\n  Contes à la nichée, par H U B E R T STIERNET (Bruxelles, L e b è g u e ) , 3 fr. 50.\n  Haute Plaine, p a r H U B E R T STIERNET (Bruxelles, Assoc. des écriv. belges),\n3 fr. 50.\n  Ailleurs et chez nous, par GEORGES VIRRÈS (Bruxelles, Vromant), 2 fr. 50.\n   Coups d'ailes, poésies, p a r MARCEL WYSEUR (Gand, Siffer), 3 fr. 50.\n  La Littérature française au XIXe siècle, par PAUL HALFLANTS, 2 vol. (Bru-\nxelles, Dewit), prix de chaque volume 3 fr. 50.\n"}, {"page_pdf": 605, "texte": "536                                DURENDAL\n\n\n\n  Les Vertus bourgeoises, par HENRY CARTON DE WIART (Paris, Perrin), 3 fr. 50.\n  Les Saisons mystiques, par GEORGES RAMAEKERS (Bruxelles, Horsipian),\n3 fr. 50.\n  Saint François d'Assise, par JOANNES JÖRGENSEN (Paris, Perrin), 5 francs.\n  Pèlerinages franciscains, par JOANNES JÖRGENSEN (Paris, Perrin), 5 francs.\n  Les cendres du foyer, par HENRY D'HENNEZEL (Paris, Grasset), 3 fr. 50.\n  Le chemin de sable, par JACQUES DES GACHONS (Paris, Plon), 3 fr. 50.\n  L'immolé, par EMILE BAUMANN (Paris, Grasset), 3 fr. 50.\n   La fosse aux lions, par EMILE BAUMANN (Paris, Grasset), 3 fr. 50.\n  Le théâtre, de PAUL CLAUDEL. I. Tête d'or; II La ville (Paris, Mercure\nde France), 2 vol., chaque vol. 3 fr. 50.\n  La Robe de laine, par HENRY BORDEAUX (Paris, Plon), 3 fr. 50.\n  Les carnets d'un stagiaire, par HENRY BORDEAUX (Paris, Plon), 3 fr. 50.\n  Au milieu du chemin de notre vie, par DOM BRUNO DESTRÉE (Paris, Bloud),\n3 fr. 50.\n  La lumière de la Maison, par JEAN NESMY (Paris, Grasset) 3 fr. 50.\n  Bismarck et l'Eglise, par GEORGES GOYAU (Paris, Perrin), 2 vol. 8 francs.\n  Le Puison, par GEORGES WILLAME (Bruxelles, Larder), 3 fr. 50.\n\n                                        *\n                                       * *\n\n  Accusé de réception :\n  ART : L'art chrétien, 5 e , 6e, 7e et 8 e livraisons. Reproductions artistiques\n(Bruxelles, Van Oest). — L'art mosan, par JULES HELBIG, achevé et publié par\n                             e          e\nJOSEPH BRASSINNE du XVI auXVIII siècle, Tome II (idem). — Les peintres\nanimaliers belges, par GEORGES EEKHOUD (idem). — La sculpture aux XVIIe et\nXVIIIe siècles, par HENRI ROUSSEAU (idem).— L'art au Nord et au Sud des Alpes à\nl époque de la Renaissance, par JACQUES MESNIL (idem).\n    L I T T É R A T U R E : Le Faust de Goethe, par ERNEST LICHTENBERGER (Paris,\nAlcan). — Un cahier inédit du journal d'Eugénie de Guérin, par COLLEVILLE\n(Paris, Mercure de France).\n    L I T T É R A T U R E I T A L I E N N E : Aracne. Diario mistico di un anima erra-\nbonda, par G.-B. MARCHESI (Milano, Hoepli). — Risorgimeiito italiano. Memoria\ndi Angelo Bargoni (1829-1902) a cura del Dott ATTILIO BARGONI (idem). — Le\nTragedie gl'inni sacri. Le Ovi Alessandro Manzoni, a cura di MICHÈLE SCHERILLO\n(idem). — La divina commedia (DANTE ALIGHIERI), compostille e cenni intro-\nduttivi del Prof. R. FORNACIARI (idem). — Parole dette da ADOLFO PADOVAN\nsu la casa éditrice Ulrico Hœpli (idem).\n    P O E S I E : La Wallonie Héroïque, par JULES SOTTIAUX (Bruxelles, Larcier).\n— Fiançailles (Paris, Plon). — Les Foyers perdus, par ANT. NICOLAÏ (Paris,\nLe Beffroi),\n   ROMANS : Terre maternelle, par VICTOR ENCLIN (Namur, Picard). —\nL'Offfande     au Mystère, par PIERRE FONS (Paris, Sansot). — Le nouveau Docteur,\npar JULES PRAVIEUX (Paris, Plon). — La mare aux gosses, par JACQUES DES\nGACHONS (Paris, Fontemoing). — Vers la lumière, par EMILE POITEAU (Paris,\nGrasset).\n   T H É Â T R E : Blancheneige, par GASTON BATY (Lyon, Grange).\n   VARIA :. De la Profession, par EMILE FAGUET (Paris, Sansot). — De la\npatrie, par E. FAGUET (idem).\n"}, {"page_pdf": 606, "texte": ""}, {"page_pdf": 607, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 8, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1911-08", "signet_source": "Dix-huitième année - N°8 - Août 1911 (?)", "preuve": "Pas de couverture. Notules (p. 535) : « samedi passé, 2 septembre » (Salon Vie et Lumière ouvert jusqu'au 25 septembre) ; p. 510-511 renvoi au XXe Siècle du 20 août 1911 ; Cortone daté du 17 avril 1911. Le numéro est donc postérieur au 2 septembre 1911 (signet « Août 1911 (?) » douteux).", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}