{"numero_id": "ulb-durendal-1911-livraison11", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-001", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 665, "page_fin": 667, "titre_corps": "Les Mystères du Rosaire de Jozef Janssens à la Cathédrale d’Anvers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Houtart", "ancre_debut": "Les Mystères du Rosaire de Jozef Janssens à la Cathédrale d'Anvers VANT de pénétrer", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 760, "page_imprimee": 665, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "Les Mystères du Rosaire\n                      de Jozef Janssens\n\n                  à la Cathédrale d'Anvers\n\n\n              VANT   de pénétrer dans le sanctuaire, émettons à\n                 notre tour le vœu d'un prochain et complet dé-\n                 gagement de la cathédrale du côté de la place\n                 Verte. L'édifice est entouré de maisons dénuées\n                 de tout caractère artistique et leur banale étreinte\n                 amoindrit l'impression d'ensemble, qui pourrait\n                être plus grandiose encore.\n  Quand donc enlèvera-t-on aussi le crépi qui recouvre les\ncolonnes, à l'intérieur du temple?\n\n                                *   *\n\n   Dans la nef de droite se déroulent les quatorze stations du\nChemin de la Croix, peintes entre 1865 et 1867 par F r a n z\nVinck et Louis Hendrix. L'influence de L e y s est visible. C'est\nun défilé de personnages bibliques en costume du XVe siècle.\nOn peignait en ce temps-là les scènes religieuses à la façon des\nprimitifs, avec maisons, costumes et accessoires moyen-àgeux.\nCette esthétique est défendable si l'on veut faire de l'archéo-\nlogie pure et respecter avant tout le style de l'édifice.\n   Les stations sont peintes avec une précision et une finesse\nremarquables. Ce sont de beaux morceaux de peinture et le\ndessin en est excellent. Mais ils donnent l'impression d'un\ncortège historique plus que d'une représentation des scènes de\nla passion, sauf dans les trois dernières, où le sentiment reli-\ngieux est intense. Voyez notamment l'expression de douleur\ndes saintes femmes. L a descente de croix dans l'apaisement\ndu soir est de toute beauté, de plus les groupements des per-\nsonnages sont bien ordonnés.\n"}, {"page_pdf": 761, "page_imprimee": 666, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": " 666                           DURENDAL\n\n\n  Dans l'ensemble pourtant, malgré leurs qualités, on croirait\nvoir des copies de Memling ou de Metzys. Il y manque\nparfois le cachet q u ' i m p r i m e la personnalité, la spontanéité\nde l'artiste.\n                                      *\n                                  *       *\n\n      R é p o n d e n t à ce chemin de Croix, dans ia nef de gauche, les\n Mystères du Rosaire de Jozef Janssens. Moins bons peut-être\n comme peintures, ils dépassent les stations par un sentiment\n religieux plus intense, qui tient la place prépondérante clans\n les préoccupations de l'artiste. Sa peinture est avant tout un\n acte de foi, une manifestation de piété. Nous assistons à un\n d r a m e poignant, notre cœur est ému, si notre curiosité n'est\npas autant mise en éveil.\n     L e coloris en est un peu fade, mais la clarté des jours\nd'orient imprègne chaque objet d'une lumière douce.\n     I. Siméon prédit ses souffrances à Marie. — Il pressent pour elle\nde g r a n d s malheurs. U n e affliction profonde se lit clans son\nregard dont l'expression est admirable. Marie ne veut rien\nentendre des sinistres prédictions et, toute à la joie, couve\ndes yeux l'adorable enfant. Ses petites menottes — détail vrai-\nment c h a r m a n t — reposent sur la main ridée de la femme\nde Siméon.\n     I I . La fuite en Egypte. — D a n s le lointain, les chameliers\ndu roi H é r o d e . Belle perspective vers un horizon embrumé de\nviolet et de rose.\n     I I I . Marie a la recherche de l'Enfant. — Eplorée, éperdue,\nelle supplie le ciel. Son affolement maternel contraste avec le\ncalme apparent de Joseph, qui, plus maître de lui, trouve\nmoyen d'interroger un p a r a l y t i q u e . L e soleil à son déclin\na n i m e d'un sourire triste les blocs de travertin dont est\nconstruit un palais. U n e femme de la ville porte un bambin\ndans les bras et le serre sur son cœur. T é m o i n muet de la dou-\nloureuse incertitude de Joseph et de Marie, elle semble appré-\ncier davantage encore le bonheur d'avoir son enfant près d'elle.\nA mon avis c'est le meilleur panneau.\n    IV. Marie rencontre Jésus portant sa croix. — Sa mère vou-\ndrait arrêter son supplice. Elle se précipite, lui barre la route.\nMais un brutal légionnaire, l'injure aux lèvres, empoigne le\nChrist et le fait avancer. U n e riche patricienne, nonchalam-\n"}, {"page_pdf": 762, "page_imprimee": 667, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2032, "texte": "                   LES MYSTERES DU ROSAIRE                    667\n\nment assise derrière le balcon de son palais et troublée dans\nson heureuse quiétude, jette sur le supplicié un regard plein\nde dédain. U n vieux juif, serrant en mains un sac d'écus,\nassiste soucieux au passage du cortège\n   V. Marie se tient près de la Croix. — T a b l e a u d'émotion\ntouchante, mais moins heureusement exprimée peut-être que\nles autres.\n   VI. Jésus est déposé sur les genoux de sa Mère — Remarquez\nla profonde affliction de la femme qui tient la couronne\nd'épines et i'aspect cadavérique du Christ.\n   VIL Marie près du tombeau. — Joseph d'Arimathie qui\nemporte la couronne d'épines est fortement impressionné par\nla douleur de la Vierge. Nicodème emporte la cassette d'aro-\nmates, l'esprit préoccupé des événements du jour.\n\n                               *   *\n   Il y avait une difficulté à vaincre. Ces tableaux, à peine\nséparés les uns des autres par une baguette, formaient un\nensemble d'une venue. Il fallait établir entre eux une heureuse\nharmonie et pourtant les varier. L'artiste est parvenu à ce\ndouble résultat. L e s panneaux forment une suite logique,\nd'inspiration diverse, mais sans rien de heurté. U n exemple :\nla clarté du soleil oriental, radieux dans les trois premières\nscènes, s'assombrit dans la quatrième. T é n è b r e s pendant le\nsacrifice divin; elles se dissipent dans la mise au tombeau, pour\nfaire place finalement à un ciel serein.\n   Nous avons parlé du coloris un peu fade. Cette impression\ns'accentue encore par le contraste avec la dorure vive de cer-\ntains ornements décoratifs. L a palette de Janssens gagnerait à\nplus de franchise.\n   En somme, le grand mérite de l'œuvre est qu'il y a de la\nreligiosité, une religiosité sincère, profonde et communicative\ndans toutes ces compositions : elles font prier avant (le se lais-\nser admirer. Comme c'est le cas ici, l'art devrait toujours, dans\nles temples de Dieu, être le véhicule de la prière.\n\n                                           FRANCIS   HOUTART.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-002", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 668, "page_fin": 669, "titre_corps": "Les Alouettes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "Les Alouettes Le firmament du monde est rempli d'alouettes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 763, "page_imprimee": 668, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "Les Alouettes\n\nLe firmament du monde est rempli d'alouettes :\nTraverse la campagne, ô frère du     printemps,\nCouche-toi dans la dune, ou égare-toi dans\nLe jardin clair fleuri — partout tu les entends!\nLe firmament du monde est rempli      d'alouettes,\nLe firmament du monde est bleu comme une fête...\n\nO frère du printemps, elles sont sur ton âme\nL'exemple du bonheur joyeux et matinal;\nEntendis-tu plus bel appel de l'idéal\nQue leur chant frémissant dans l'air dominical?\nO frère du printemps, elles sont sur ton âme\nL'appel passionné de l'azur et des flammes.\n\nAilleurs qu'au grand soleil elles ne peuvent vivre,\nAilleurs que dans l'azur elles ne chantent pas,\nToi qui veux t'exalter, frère qui suis mes pas,\nSache qu'il faut quitter les choses d'ici-bas...\nAilleurs qu'au grand soleil elles ne peuvent vivre.\nElles sont ivres de la vie, elles sont ivres!\n\nLeur chant vibre, leur chant perle, leur chant       ruisselle.\nComme s'il jaillissait des sources dans le ciel,\nEt que des rires s'égrenaient de l'Irréel,\nEt que le mois de mai devait être éternel ;\nLeur chant vibre, leur chant perle, leur chant       ruisselle\nComme un jet d'eau où l'or du soleil étincelle!\n\nTu les vis qui montaient d'un seul trait, si petites,\nBattant et rebattant des ailes dans leur vol,\nLibres et oubliant les misères du sol,\nEl, vers l'azur profond et pur, tendant leur col...\nTu les vis qui montaient d'un seul irait, si petites,\nMais comme un peu de joie terrestre qui palpite!\n\nElles palpiteront dans les profondeurs     bleues,\nInvisibles â l'œil qui cherchera,  battant\nEt rebattant toujours des ailes,   exultant\n"}, {"page_pdf": 764, "page_imprimee": 669, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1717, "texte": "                     LES ALOUETTES                              669\n\n\nD'être un peu de la voix sonore du printemps !\nElles palpiteront dans les profondeurs  bleues\nEveillant le bonheur du monde à mille lieues...\n\nEt quand leur chant joyeux, sublime et solitaire,\nLeur aura épuisé le corps et le gosier,\nElles retomberont dans les champs de rosiers,\nIvres d'avoir chanté leur hymne     extasié...\nDans une pâmoison exquise et solitaire\nElles redescendront, subites, sur la terre!\n\nMais le ciel du printemps ne peut rester sans âme :\nChaque /ois qu'une sœur aura fini son chant,\nUne autre jaillira dans l'air  éblouissant,\nPour retomber soudain, pâmée et l'âme en sang,\nMais le ciel du printemps ne peut rester sans âme :\nUne autre jaillira vers lazur et les flammes !\n\nO frère du printemps, situ veux que ton rêve\nS'exalte dans la gloire et la beauté du jour,\nEt si, en attendant le matin sans retour,\nTu veux savoir le goût de l'éternel amour,\n0 frère du printemps, pour exalter ton rêve,\nMédite ce symbole envolé qui s'élève.\n\nQu'importe si les fous les traitent  d'insensées,\nFais jaillir tes chansons vers les abimes bleus,\nQu'elles goûtent la joie ardente d'être à Dieu,\nPuis retombent brûlées par sa grâce de jeu...\nQu'importe si les fous les traitent   d'insensées,\nUne à une vers Dieu fais jaillir tes pensées !\n\nTu ne sais pas encor quelle ivresse indicible\nC'est de chanter en lui, tu ne sais pas encor\nLe bonheur d'oublier les misères du corps,\nEt de planer là-haut dans la lumière d'or...\nTu ne sais pas encor quelle ivresse indicible\nC'est d'oublier l'orgueil pour les hauteurs  paisibles\n\nEt d'enivrer   la terre en restant   invisible!\n\n                                                  PIERRE NOTHOMB.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-003", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 670, "page_fin": 678, "titre_corps": "Le crime de Luxhoven", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den 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Sous leurs chapes de neige, les petites\n                    maisons basses tendaient aux laiteux rayons\n                    lunaires les miroirs noirs de leurs vitres. Dans\n                    l'église veillait une lumière et les grandes\n                    fenêtres ogivales palpitaient dans la nuit comme,\n                    des regards d'éternité.\n   L e chemin de terre qui mène de Luxhoven au hameau de\nBrand serpentait parmi la nappe immaculée des champs, en un\ncapricieux ruban noir; des deux côtés, des têtards rabougris et\ndénudés de feuilles, leurs branches, brandies vers le ciel en\ngestes de désolation, processionnaient spectralement.\n   Au Brand aussi, tout sommeillait. D a n s la ferme des Cornelis,\naccroupie au fond d'un jardinet, une seule fenêtre était éclairée,\net devant cet écran lumineux, passaient et repassaient les\nombres de deux gendarmes, leur mousqueton en bandoulière.\nDe vagues lueurs baignaient la pièce principale de la maison et,\nau fond, derrière le poêle éteint, on pouvait distinguer une\nsilhouette écroulée de femme et, à côté d'elle, deux hommes,\nles genoux au menton et mouvant, en gestes très lents, les foyers\nincandescents de leurs pipes. Près de la porte, sur une chaise,\nronflait le garde champêtre. U n e raie de clarté, barrant les\ndalles bleues, dardait de la chambre voisine. E t de cette\nc h a m b r e venait un râle sourd et précipité que ponctuait le\ntic tac grinçant de l'horloge.\n    Des pas résonnèrent sur le chemin. L e garde se leva en sur-\nsaut; et dans l'encadrement de la porte brusquement ouverte\n\n\n  (1) Voir le numéro d'octobre.\n"}, {"page_pdf": 766, "page_imprimee": 671, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2128, "texte": "                     LE CRIME DE LUXHOVEN                         67I\n\n\napparurent le juge et le substitut. L e docteur, le greffier et\nles gendarmes les suivaient.\n   Blank s'arrêta sur le seuil et, d'une voix rude :\n   — De la lumière, n'est-ce pas? s'écria-t-il, qu'on fasse de la\nlumière!...\n   Un des hommes se leva, frotta une allumette, et un fumeux\nquinquet éparpilla dans la place une lumière équivoque.\n   Le juge, les mains dans les poches de sa pelisse, marcha vers\nle groupe tapi craintivement derrière le poêle; et, se t o u r n a n t\nvers le garde champêtre, il d e m a n d a :\n   — Ce sont ?...\n   — L a veuve Cornelis et les deux domestiques, Baptiste\net Franz.\n   La femme leva une vieille figure ridée et douloureuse et fixa\nsur le magistrat des yeux anxieux, tout rougis de larmes.\n   — Oui, la mère de Kobus Cornelis, sanglota-t-elle. E t\ndésignant la c h a m b r e contigue, elle ajouta : Il est là!...\n   Blank se dirigea de ce côté; le garde poussa la porte.\n   — Nelle, appela-t-il, venez par ici. Ces messieurs doivent\nêtre seuls; et, prévenant les questions : C'est la belle-sœur,\nla femme de Rik Cornelis...\n   Une jeune p a y s a n n e aux cheveux noirs, au teint de flamme,\nse glissa hâtivement hors de la chambre, le regard fixé au sol.\n   Le blessé était étendu tout habillé sur le lit, beau gars\nrobuste de vingt ans aux traits mâles, barrés d'une moustache\nchâtain; il avait le front couvert de linges mouillés, les yeux\nclos, la bouche ouverte, et ses mains rudes de manouvrier\ntàtaient fiévreusement la couverture de laine...\n   — Veuillez voir, docteur, dit le juge, en s'adressant à Niel.\n   Et tandis que le médecin ôtait délicatement les bandages,\ntàtait le front avec précaution, prenait le pouls, Blank amena\ndans un coin le c o m m a n d a n t de gendarmerie :\n   — Voyons, que s'est-il passé?...\n   Une longue plainte du malade interrompit la conversation.\n   — Eh bien, docteur? interrogea le juge.\n   — F r a c t u r e du crâne, probablement, répondit Niel.\n   — Condamné alors?\n   — A moins q u e . . .\n   — Oui, je sais, la trépanation...\n   — Elle s'indique, affirma le médecin.\n"}, {"page_pdf": 767, "page_imprimee": 672, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "672                           DURENDAL\n\n\n\n    — E t l'instrument du meurtre?\n    — Contondant, avec une partie aiguë.\n    — P a s de couteau?... Un bâton? U n e bêche?\n    — Ni l'un, ni l'autre.\n    — Alors quoi? grommela Blank, mécontent de n'avoirpas au\nmoins une indication sur l'arme du crime. E n tout cas, pas\nmoyen de l'interroger, constata-t-il, en se penchant sur la\nvictime.\n    E n ce moment le bruit argentin d'une clochette vrilla, par\nsaccades, le silence du dehors.\n    — C'est le prêtre, dit le garde champêtre.\n    Quelques instants plus tard, précédé du sacristain en longue\nhouppelande noire, et qui tenait une lanterne d'une main et de\n l'autre la clochette, le vieux curé de Luxhoven, beau vieillard\ncouronné de blancheur, entra dans la chambre, serrant sur sa\npoitrine, dans ses petites mains grassouillettes, le récipient des\nsaintes huiles; les gendarmes se mirent au port d'armes; les\n'magistrats et le docteur s'agenouillèrent; seul, le greffier resta\n debout. Blank poussa Prévost du coude : « Admirez donc cet\n esprit fort de Servaes ! » dit-il.\n    Et, parmi un m u r m u r e de prières, tandis que le prêtre, avecune\n solennelle gravité, oignait tous les membres du malade, dans la\n salle voisine sourdaient des sanglots étouffés que domina sou-\n dain un cri douloureux et éperdu, où il y avait du désespoir et\n de l'épouvante...\n    Blank leva la tête :\n    — Qui pleure ainsi? demanda-t-il à voix basse.\n    — C'est Nelle, répondit le garde.\n    — Ah! la belle-sœur ! — E t le juge, se prenant le front dans\n la main, fermant les yeux, s'abîma dans ses réflexions.\n\n  Maintenant, devant la grande table de bois blanc, luisante de\npropreté, le juge Blank, assis entre le substitut Prévost et le\ngreffier Servaes, interrogeait la veuve Cornelis; il avait légère-\nment relevé l'abat-jour en carton vert de la lampe du côté de\nla femme, de sorte que la figure de celle-ci, révélant de l'an-\ngoisse et de l'entêtement, était en pleine lumière, tandis que les\nvisages des magistrats demeuraient dans l'ombre.\n   D'un ton très calme et d'apparence indifférent le juge disait :\n   — Entendons-nous donc bien, ma petite mère. Vous avez tous\n"}, {"page_pdf": 768, "page_imprimee": 673, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "                      LE CRIME DE LUXHOVEN                           673\n\n\nsoupe à sept heures. Après le souper, votre belle-fille Nelle\nest partie pour se confesser et votre fils Kobus s'est assis der-\nrière le poêle, fumant sa pipe. Vous et Baptiste êtes allés\nnourrir les bêtes, là, dans l'étable toute proche; tandis que,\ndans la grange en face, Franz, l'autre domestique, fendait du\nbois. Vous êtes rentrée vers huit heures un quart et vous avez\ntrouvé Kobus étendu à terre, sans connaissance, une blessure\nà la tête. Vous n'avez entendu aucun bruit? Donc, point de\ndisputes ni de luttes. Rien n'avait été enlevé, aucun meuble\nn'était ouvert; donc point de vol. A côté de la victime, vous\nn'avez trouvé nul instrument pouvant avoir servi à commettre\nle crime. L a porte de la maison était fermée, et la grille du\njardin aussi. C'est bien ainsi?\n     - C'est toute la vérité, répondit la vieille... T o u t e la vérité!\ninsista-t-elle avec une énergie concentrée.\n    — Mais alors, ma petite mère, remarqua Blank, faut-il donc\ncroire que votre fils se soit suicidé?\n    — O h ! cela pas, monsieur le juge, cela non, cria la femme\ndans une subite exaltation de larmes... L u i se tuer, lui, mon\nKobus, qui aimait tant la vie!...\n    E t après un silence, s'apaisant tout à coup :\n    — Non, je ne pense point cela! Est-ce que vous le croiriez,\nmonsieur le juge? demanda-t-elle sournoisement.\n    — Je n'en sais rien, répliqua Blank.\n    — Personne n'en sait rien et personne n'en saura rien, ajouta\nhâtivement la mère, puisqu'il va mourir.\n    — Peut-être, interrompit Blank. Sans doute, l'état de votre\n fils est grave, mais il peut guérir, n'est-ce pas, docteur? —\net il se tourna vers Niel, debout près de la table et qui acquiesça\n d'une légère inclinaison de tête — et alors Kobus nous dira\n tout, et si vous avez m e n t i ! . . .\n    — Non, non, il mourra, il va mourir!\n     L a voix du magistrat se fit grave :\n    — Ecoutez, femme, dit-il, le crime dont votre fils est victime\n doit être p u n i . Kobus a le droit d'exiger de sa mère qu'elle dise\n tout ce qu'elle sait, et vous savez plus que vous ne d i t e s ! Si\n votre fils se rétablit, il aura le droit de vous reprocher votre\n silence. E t s'il vient à mourir, son souvenir sera pour vous un\n remords !\n"}, {"page_pdf": 769, "page_imprimee": 674, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "674                          DURENDAL\n\n\n\n    La femme éclata en une crise de sanglots; la figure cachée\n dans les mains, elle clama :\n    — Pitié, monsieur le juge, pitié! Je ne sais rien, je ne veux\n rien savoir, je ne dois rien savoir!...\n    Baptiste et Franz, les deux valets de ferme, confirmèrent les\n déclarations de la veuve Cornelis, en un parler monosyllabique,\navec des termes identiques, comme une leçon apprise...\n    — Bien stylés, observa Blank; et, les congédiant : Qu'on\n fasse venir Nelle, ordonna-t-il. Et se penchant à l'oreille du\nsubstitut : Attention! Pour moi, voici la clef du drame!\n    La paysanne se laissa choir lourdement sur la chaise en face\ndu juge; sa chevelure noire faisait ressortir davantage la régu-\nlarité de ses traits, la fraîcheur de ses joues, le carmin de ses\nlèvres; sur son masque de santé et de jeunesse flottait un voile\nd'inquiétude; comme tantôt, au sortir de la chambre du blessé,\n Nelle tenait ses yeux obstinément baissés; sa poitrine, sous le\ncorsage en cotonnette blanche et rouge, palpitait d'angoisse...\n    — Votre nom?\n    — Nelle Lampaert.\n    — Mariée?\n    — Oui, à Rik Cornelis.\n    — Le frère du blessé. Et votre mari?\n    — Il travaille en France, à Valenciennes.\n    — Un « Franschman». Tiens, je croyais que les Franschmans\nrentraient au pays avant la Noël ?\n    — Rik avait encore un bon ouvrage qui rapportait beaucoup;\nil est resté là-bas, mais il m'a écrit qu'il reviendrait bientôt,\nces jours-ci.\n   — Il vous a écrit?... Avez-vous là sa lettre?\n   Nelle pâlit affreusement; la sueur perla à son front; ses\nlèvres s'agitèrent d'un tremblement; elle ne put proférer une\nparole.\n    Blank lui jeta un coup d'œil furtif, puis, semblant n'avoir\npoint remarqué l'émotion de la femme, il répéta :\n   — Avez-vous là la lettre de votre mari?... Ou peut-être,\najouta-t-il indifférent, l'avez-vous déchirée?\n   Nelle se jeta, avec une hâte fébrile, sur l'explication que lui\ntendait son interlocuteur :\n   — Oui, balbutia-t-elle, c'est cela, j'ai déchiré la lettre, je l'ai\ndéchirée...\n"}, {"page_pdf": 770, "page_imprimee": 675, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2126, "texte": "                     LE CRIME D E    LUXHOVEN                    675\n\n\n   Et son visage reprit un aspect de calme douloureux.\n   Le juge s'allongea sur sa chaise, prit un cigare, l'alluma et\nenvoya, vers les poutres du plafond, de blanches spirales de\nfumée; puis, s'accoudant sur la table et se penchant vers le\ntémoin :\n   — Autre chose maintenant, dit-il, et très important... Réflé-\nchissez bien, Nelle, avant de me répondre; et dans l'intérêt de\nla vérité comme dans votre intérêt propre, soyez franche, abso-\nlument franche!... Vous vivez ici depuis un an à côté de\nKobus Cornelis; vous le connaissez donc bien, n'est-ce pas?\nAvait-il des ennemis?\n   — Non, monsieur le juge, répondit la femme très froidement.\n   — Alors, lui savez-vous une liaison... un amour? et Blank\nappuya sur le mot.\n    Nelle tressaillit de tout l'être.\n    — E h bien? interrogea le juge.\n   — Pourquoi me demandez-vous cela? répondit la femme\nrogue et hargneuse.\n    — Parce que vous le savez! répliqua sèchement Blank.\n    Puis se redressant :\n    — Oui, ma pauvre enfant, vous savez que Kobus avait un\n amour; je le vois à votre trouble, à vos mains qui tremblent, à\n votre regard qui fuit... Est-ce que peut-être?...\n    — Quoi? interrompit sauvagement Nelle.\n    — Est-ce que peut-être, continua très posément le magistrat,\n vous aimiez Kobus?\n    — Non, monsieur, cria-t-elle, mille fois non; et avec une\n fierté indignée, elle ajouta : Je n'aime, sachez-le, que mon mari !\n    — Ou bien êtes-vous aimée de Kobus... Vous l'a-t-il dit...\n Vous l'a-t-il dit encore aujourd'hui, ce soir?...\n    La femme b o n d i t ; sa chaise se renversa; frémissante et affo-\n lée, elle hurla sa rage et sa panique :\n    — C'est infâme! C'est i n d i g n e ! Vous ne pouvez pas me tor-\n turer ainsi. Je ne répondrai plus!\n    Le juge s'était levé à son tour et, élevant la voix, scandant\n d'énergie chaque mot, il dit :\n    — Si ! E t vous allez me répondre encore une fois à la ques-\n tion que je vous posais au début de l'interrogatoire, et pesez\n bien toutes les conséquences de votre réponse : Oui ou non,\n Rik Cornelis, votre mari, est-il en France?\n"}, {"page_pdf": 771, "page_imprimee": 676, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1983, "texte": "676                         DURENDAL\n\n\n\n   Les poings sur la table, se raidissant contre l'émotion de\ntout l'effort de ses muscles, regardant cette fois le magistrat\nbien en face d'un regard brutal et haineux, Nelle répondit\nénergiquement, sans une hésitation :\n   — Rik est en F r a n c e .\n   Blank baissa le ton :\n   — Vous avez fini, dit-il ; puis, avec une nuance légèrement\nrailleuse : Allez soigner K o b u s . . . Soignez-le b i e n !\n   L e juge, pensif, ralluma son cigare et fit lentement le tour\nde la chambre; sa main frôlait d'un geste nerveux les meubles;\nun instant, il s'arrêta devant la fenêtre et contempla d'un œil\ndistrait le paysage hivernal; puis, brusquement, il se dirigea\nvers le poêle :\n   — C'est ici, dit-il, comme se parlant à lui-même, que le\nblessé fut trouvé...\n   Il décrocha le tisonnier, l'amena vers la lampe et l'examina\nsous toutes ses faces ; mais, hochant la tête, il le remit en place;\nil souleva alors le couvercle du poêle, et son œil s'y fixa et son\ndoigt le frotta en tous sens. Soudain, il eut une exclamation\n brusque et presque triomphale :\n   — Greffier, apportez donc la lampe et, vous autres, venez\nvoir!\n   E t l'index du juge montrait, au rebord du couvercle, des\npetites taches bronzées et luisantes. L e docteur se pencha, le\nbinocle plié en deux :\n   — O u i , du sang, affirma-t-il.\n   — E t alors? interrogea Blank.\n   — C'est l'arme du crime, répondit Niel... Je suis sûr qu'elle\ns'adapte aux blessures.\n   L e magistrat replaça le couvercle :\n   — Appelez la mère Cornelis, enjoignit-il aux gendarmes.\n   L a vieille apparut au seuil de la chambre, comme la statue\n même de la douleur, tremblante, ployée en deux, tout entière\nenveloppée d'un large manteau noir dont le capuchon encadrait\nsa pauvre figure aux abois.\n   L e juge, désignant le poêle :\n   — N o u s emporterons cela, dit-il sèchement.\n   — Quoi, cela? bégaya la femme.\n   — L e couvercle du poêle qui a servi à assommer votre fils!...\n Ah! vous avez cru...\n"}, {"page_pdf": 772, "page_imprimee": 677, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "                       LE CRIME DE LUXHOVEN                              677\n\n\n    L a mère Cornelis ne laissa pas achever le magistrat; s'effon-\ndrant à genoux, t o r d a n t les bras en un geste de désespoir, elle\nsupplia :\n    — Monsieur le j u g e , monsieur le juge, ne me martyrisez\nplus, ne me d e m a n d e z plus rien... Je ne suis qu'une pauvre\nmère... Ayez pitié de mes fils... de mes deux fils... Tenez,\nvoyez, j ' é t a i s prête à partir pour la messe de m i n u i t . . . Laissez-\nmoi aller prier pour mes enfants...\n    Albert Prévost, profondément remué par la sincérité de cette\ndouleur, s'approcha de Blank :\n    — N'insistez-pas, dit-il. C'est une mère!\n    Le juge acquiesça, et, soudainement radouci, il aida la\nvieille à se relever, lui mit familièrement la main sur l'épaule et\nlui dit, presque paternel :\n    — Allez à la messe, m a m a n , et priez b i e n !\n    A ce moment, Nelle se glissa furtivement dans la chambre.\nLe juge se ressaisit, et ordonna d'une voix impérieuse :\n    — Vous, vous resterez ici, et pour que l'assassin ne soit pas\ntenté de revenir — et sa parole se teinta d'une nuance d'ironie —\n les gendarmes vous tiendront compagnie jusque demain matin.\n    Sans un mot, les yeux toujours baissés, Nelle retourna près\n du blessé.\n     Quand ils furent seuls, Blank se tourna vers Prévost :\n     — Ma conviction est faite, dit-il. E t la vôtre? C'est Rik\n Cornelis qui a fait le coup. L e mobile? Question d'intérêt?...\n Non! Il n'y a pas de quoi ici! — et, d'un geste circulaire, le\n magistrat parcourut le milieu minable où ils se trouvaient.\n  Puis il reprit : U n d r a m e d'amour p l u t ô t ! . . .\n     — Je vous comprends, répondit le substitut, Nelle...\n     — Oui, continua Blank, Kobus aura frôlé la petite de trop\n  près, de son consentement ou n o n ; il faudra voir cela; et le\n  mari aura cogné, b r u s q u e m e n t , sous un afflux de jalousie, avec\n  l'arme la première v e n u e . . .\n     — Votre conclusion?\n     — F a i r e rechercher et arrêter Rik... S'est-il enfui, s'est-il\n  caché, on le saura vite!...\n     Le substitut réfléchit un instant; se remémorant les divers\n  éléments de faits recueillis, durant cette nuit, par l'instruction,\n  il les confronta avec l'hypothèse émise par son collègue et il\n  jugea que cette hypothèse était logique et plausible.\n"}, {"page_pdf": 773, "page_imprimee": 678, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 750, "texte": "678                         DURENDAL\n\n\n\n   — Soit, acquiesça-t-il.\n   — Servaes, commanda le juge, faites le mandat d'amener!\n   Un grand silence plana, uniquement troublé par les grince-\nments de la plume du greffier et par les appels de la cloche du\nvillage, conviant les campagnards à la messe de Noël...\n   — Réveillon rouge ! murmura Blanken signant le mandat\nd'amener; puis il passa la plume à son collègue. Prévost sentit\nun petit frisson glisser le long de son épine dorsale, en inscri-\nvant son nom — « pour exécution » — au bas de la pièce que lui\nprésentait Servaes : c'était la première fois qu'il attentait, dans\ndes circonstances aussi graves, à la liberté d'un être humain.\n\n  (A suivre.)                         FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-004", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 679, "page_fin": 680, "titre_corps": "Endymion", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Chardome", "ancre_debut": "Endymion O le baiser, le long baiser des rayons d'or", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 774, "page_imprimee": 679, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1401, "texte": "Endymion\n\nO le baiser, le long baiser des rayons d'or,\nL'ineffable baiser amoureux de la Lune\nSur le front pur et blanc de l'Ephèbe qui dort !\n\nLes constellations s'éveillent une à une,\nEt Diane au péplos de lumière descend\nVers le val solitaire enveloppé de brune,\n\nOù repose et sourit le bel Adolescent.\nEndymion sommeille au pied d'un pin bleuâtre :\nSa chevelure ondoie au caprice du vent.\n\nIl a joint, sculpturaux et nus, ses bras d'albâtre\nSur sa jeune poitrine au souffle velouté.\nL'air hardi du chasseur et la grâce du pâtre\n\nConjuguent dans ses traits leur diverse beauté.\nIl dort, baigné par la tiédeur du sol hellène,\nD'où monte, imperceptible, un encens argenté.\n\nEt la Déesse n'ose effleurer d'une haleine\nSes paupières de neige aux veinules    d'azur,\nLe contour de sa joue harmonieuse et pleine,\n\nNi sa bouche aux fraîcheurs exquises de fruit mûr.\nSous un pin svelte et sombre Endymion    sommeille,\nEt la Vierge Artémis au cœur farouche et pur\n\nMurmure à demi voix, craignant qu'il ne s'éveille :\n« La fille de Latone, ô Dormeur      ingénu,\nA l'Aphrodite d'or, certes, n'est point pareille.\n\n» Et pourtant, aujourd'hui,  quel bonheur inconnu,\nIlluminant son sein comme une immense aurore\nLe gonfle d'un sanglot à peine retenu?\n\n» Enfant, ô bel enfant dont la beauté s'ignore,\nChasseur timide encor du faon et du chevreuil,\nHéros encor si faible, et si novice encore,\n"}, {"page_pdf": 775, "page_imprimee": 680, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2178, "texte": "680                          DURENDAL\n\n\n      » Tu dors, frêle et languide et las, sous le grand deuil\n      Qui tombe des rideaux de pins et des nuits noires.\n      Mais va! J'insufflerai  tel indomptable   orgueil,\n      » Tel mépris souverain des Kerès et des Moires,\n      Et tel soif de vaincre en ton cœur puéril,\n      Que, désormais semblable aux géants des histoires,\n\n      » Tu briseras comme eux, ignorant du péril,\n       J'échine des lions sur ta poitrine altière!\n       Va, rien n'arrêtera plus ton élan viril,\n\n      \" Bel Ephèbe timide, et qui n'osais naguère\n      Abattre que le daim, le chevreuil et le faon ;\n      Je t'armerai pour la palestre et pour la guerre,\n      » Et je t'aimerai chaste et brave, o mon     Enfant!\n      Va, tu vivras tes jours comme on chante un poème,\n      Un poème sonore au rythme        triomphant,\n\n      » Car je t'aime, et je t'aime, et je t'aime, et je t'aime!!\n      Et le puissant amour dont j'emplirai ton cœur\n      Vaut mille fois les dons de l'Aphrodite     blême,\n\n      » Ou de l'Eros lascif, torturant et moqueur !\n      Tu poursuivras,  dardant l'épieu, dardant la flèche,\n      Toujours heureux, toujours adroit, toujours     vainqueur,\n      » L'hydre glauque, et les loups hérissant leur poil         rèche,\n      O Dompteur d'étalons sauvages,     bondissant\n      Parmi l'aboi des chiens flairant la piste fraiche,\n\n      » Et tel, ô mince et pâle et doux  adolescent.\n      Tu deviendras plus fort qu'Héraklès ou Thésée!\n      Mais tu resteras beau dans ta force, et le sang\n      » Des roses qui chatoient, pourpres, dans la rosée,\n      Fleurira moins divin que ta jeunesse en fleur !\n      Et les perles des mers, près de ta joue rosée,\n\n      » Paraîtront sans beauté, sans grâce et sans couleur.\n      Vois : devant ton sourire oubliant sa rudesse.\n      Pour que même les dieux jalousent ton bonheur,\n      » Elle veut accabler de biens la Chasseresse,\n      L'Epoux jeune et charmant qu'elle élit en ce jour,\n      Car elle sent son cœur défaillir de tendresse,\n\n      » La Déesse immortelle,    et qui se meurt d'amour!!    »\n                                                   EMILE     CHARDOME.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-005", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 681, "page_fin": 702, "titre_corps": "La meilleure part", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Poiteau", "ancre_debut": "La meilleure part      Jacques Morval, étudian", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 778, "page_imprimee": 681, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "La meilleure part\n\n    Jacques Morval, étudiant en médecine, a du, pendant quelques\nmois, suppléer son pare atteint d'hémiplégie. — Au coins de ses\ntournées médicales il a eu l'occasion de rencontrer souvent Raymonde\nDu/our, la fille unique d'un riche industriel, et Suzanne Ravenel, la\nfille de l'ex-capitaine Ravenel. — Les deux jeunes filles sont jolies.\nRaymonde n'a pas la délicatesse de naissance et d'éducation de Suzanne,\nmais son immense Jortune excuse tous ses défauts aux yeux de Jacques.\n    Le docteur Morval, qui connaît les deux jeunes filles, met son fils\nen garde contre le caractère autoritaire et jantasque de Raymonde qui\nfut une enjant gâtée, et recommande à Jacques beaucoup de prudence,\nbeaucoup de sagesse dans l'orientation de sa destinée. Il lui conseille\nde rechercher surtout les trésors du cœur, car si la fortune facilite\nl'existence, elle ne donne pas la vraie vie du cœur... « La meilleure\npart de l'homme, lui dit-il un jour, c'est la bonne épouse. »\n    Toujours indécis, Jacques Morval repart à Paris pour terminer\nsu thèse.\n                                            I\n\n   Paris avait ressaisi Jacques en moins de quinze jours, et à\nmesure qu'approchait la date du départ définitif, le jeune\nhomme se prenait à regretter cette vie d'étudiant exempte de\nresponsabilités et pleine d'indépendance.\n   Il aurait volontiers reculé de quelques mois encore le jour de\nsa thèse, mais les nouvelles qu'il recevait tous les deux jours de\nLagnoville devenaient de moins en moins bonnes. M. Morval,\nqui avait à cœur de garder intacte sa clientèle pour son fils, se\n\n\n  (1) Nous donnons ici unchapitre inédit du roman : La meilleure part, que publiera sous\npeu Emile Poiteau, un jeune écrivain catholique de talent, qui a édité déjà un premier\nroman remarquable: Vers la Lumière, dont nous avons fait l'éloge qu'il méritait, du reste,\ntant par sa tendance idéaliste et chrétienne — la nôtre — que par sa valeur littéraire.\n"}, {"page_pdf": 779, "page_imprimee": 682, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "682                            DURENDAL\n\n\n dépensait beaucoup auprès des malades. Il voyageait du matin\nau soir; et chaque matin, lorsqu'il recommençait une journée,\nil n'était pas encore déchargé de toute sa fatigue de la veille.\n     D'étape en étape il sentait ses forces le trahir. A Gabrielle\nqui lui recommandait prudence et repos en raison de son âge\net de sa santé si fortement ébranlée, il répondait en souriant :\n    — Il faut bien que j'aille j u s q u ' a u retour de Jacques. Je ne\nveux pas que mon grand garçon puisse dire que sur la fin de ma\nvie je n'étais plus bon à rien.\n     Il ajoutait souvent :\n    — Tranquillise-toi, petite. L e travail, c'est ma vie. J'ai tou-\njours travaillé. Si je changeais mes habitudes je serais capable\nd'en être malade pour tout de bon!\n    Mais, en dépit de cette philosophie toute souriante, le doc-\nteur Morval sentait le mal l'envahir de plus en plus. Il avait\nfréquemment des lourdeurs de tête, des vertiges, des éblouisse-\nments, de l'hésitation dans la parole...\n    P o u r rassurer sa fille, il mettait tous ces malaises sur le\ncompte de l'estomac. Il s'amusait m ê m e à endormir la naïveté\nde Gabrielle en faisant tout un cours sur les vertiges de l'es-\nt o m a c . . . Mais il sentait en réalité que la mort le guettait, et\ntout bas, dans l'intimité de la conscience, il se disait :\n    — Irai-je jusqu'au bout?\n     Gabrielle comprenait très bien que l'état de son père s'aggra-\nvait. T o u s les deux jours elle écrivait à Jacques, et chaque fois\nson appel devenait plus pressant :\n     — Passe vite ta thèse, disait-elle. P è r e est très fatigué. Je\ncrains qu'il ne puisse atteindre l'époque de ton retour...\n     L e jour de sa thèse, au matin, Jacques reçut deux lettres au\nt i m b r e de Lagnoville. L a première était de Gabrielle. Elle con-\ntenait ces simples mots :\n\n                « M O N CHER JACQUES,\n\n   » N e t ' a t t a r d e pas à Paris avec des camarades lorsque tu auras\npassé ta thèse. Reviens le plus vite possible, le soir même si tu\nle peux. P è r e est beaucoup plus mal depuis hier. Il a dû renon-\ncer même à faire sa tournée aujourd'hui. L e s malades com-\nmencent à devenir nombreux avec les brouillards de novembre.\nIl est grand temps que tu reviennes.\n   \" A toi de cœur en h â t e ,                              » GABRI. »\n"}, {"page_pdf": 780, "page_imprimee": 683, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "                      LA MEILLEURE PART                         683\n\n\n L'autre lettre, tracée d'une main tremblante, était du docteur\nMorval lui-même. Elle était toute pleine de mélancolie :\n\n              « M O N PETIT JACQUES,\n\n   » C'est donc d e m a i n que tu vas soutenir ta thèse? C'est donc\ndemain que tu vas me donner le droit de me reposer pour tout\nde bon? Oh ! mon petit, sois béni pour le repos que tu vas m'ac-\ncorder!... L a vie a été si dure pour moi que je me sens\nmeurtri avant l'âge, vieilli avant d'avoir atteint la vieillesse...\nMes pauvres j a m b e s ne veulent plus faire aucun service. Mes\nbras eux-mêmes protestent contre le moindre effort. L a machine\n— pour employer un terme qui m'est cher — est maintenant\ncomplètement rouillée, hors d'état.\n   » L e repos que ton retour va me permettre de prendre m e\nfera du bien, je crois. Mais je sens que je ne me remettrai\njamais complètement. Mes éblouissements deviennent plus fré-\nquents. J'ai des m a u x de tête insupportables que rien ne peut\ncalmer. Il me semble, à certains moments, que ma tête va\néclater. J e crains une récidive, vois-tu... O h ! ne t'effraie pas\npour cela. Que veux-tu? Il faut envisager la vie avec sang-froid,\ntelle qu'elle est, et avouer sans honte — tout médecins que nous\nsommes — que la machine humaine est une merveille bien déli-\ncate que nous prétendons connaître jusque dans ses détails mais\nque nous ne savons pas raccommoder lorsqu'elle a le malheur\nde se détraquer.\n   » Ecoute, mon petit : mon rôle est terminé. J e t'ai gardé\nintacte u n e clientèle que m'avait transmise ton grand-père. Ça\nété dur pour arriver à ce but. Aussi je crois avoir bien rempli\nmon devoir. A toi maintenant de reprendre le nom, la réputa-\ntion et les principes de tes aïeux. Ne te soustrais à aucune des\ntraditions de la famille. Accepte sans restriction tout le pro-\ngramme des Morval. Reviens à Lagnoville avec la ferme inten-\ntion de faire comme tes prédécesseurs, ou ne reviens pas.\n   » Sois toute ta vie un travailleur et un simple. Ne tire aucune\nvanité des cures heureuses que tu pourras faire et demeure\nsavant sans affectation. Je ne sais rien de plus beau qu'une\nintelligence consciente de sa force mais qui l'oublie en public...\n   » Et puis, surtout, sois bon pour tes malades. N'oublie\njamais que ceux qui souffrent ont toujours droit au respect et\n"}, {"page_pdf": 781, "page_imprimee": 684, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "684                             DURENDAL\n\n\nsouvent à l'affection. Q u a n d tu ne pourras rien au point de vue\nscientifique, n'oublie j a m a i s de faire l'aumône de ton cœur...\nNe considère pas la médecine comme une industrie, mais\ncomme un apostolat. E t puis encore, si tu te maries à Lagno-\nville, n'oublie pas ce que je t ' a i dit un jour : Pars bona, millier\nbona...\n   » Allons, mon petit... Bon courage pour ton dernier examen!\net reviens-nous vite pour que nous puissions te fêter en famille.\n   » A bientôt la joie de te serrer sur mon cœur.\n\n                                                       )) D r MORVAL. »\n\n\n   Jacques, en fermant la lettre, ne put se retenir de pleurer.\nIl avait pour son père un véritable culte, et cette douleur qui\nperçait dans la résignation du vieillard parvenu au terme de\nsa carrière l'attristait profondément.\n   L a matinée lui p a r u t longue comme un siècle. Il n'eut que\nla ressource de descendre sur le boulevard et d'errer à travers\nle j a r d i n du L u x e m b o u r g , car ses malles étaient à la gare, en\nconsigne, depuis la veille au soir. Il n'avait plus un seul livre\ndans sa c h a m b r e .\n   Après le déjeuner il fit ses adieux à ses camarades les plus\nintimes d a n s le quartier latin et, à 4 heures, se dirigea vers la\nF a c u l t é pour soutenir sa thèse.\n   Jacques avait fait une thèse très originale sur le traitement\nde la tuberculose par les injections de paratoxine. Les obser-\nvations personnelles étaient nombreuses. L a question était fort\njudicieusement envisagée au triple point de vue de la théorie\nscientifique, de l'efficacité et du bénéfice pour le malade,\n facques soutint b r i l l a m m e n t sa thèse et obtint la mention :\n Très bien satisfait.\n   I1 s'empressa d'envoyer à Lagnoville un télégramme annon-\nçant la bonne nouvelle et revint boulevard de Magenta pour\nrégler sa propriétaire et prendre son sac de voyage.\n   Mais, comme il rentrait tout joyeux, la concierge l'arrêta :\n   — Monsieur Morval, on vient d'apporter un télégramme\npour vous.\n   — U n t é l é g r a m m e ? dit Jacques en devenant subitement\npâle.\n   — O u i , il n'y a pas plus de dix m i n u t e s .\n"}, {"page_pdf": 782, "page_imprimee": 685, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1858, "texte": "                      LA MEILLEURE    PART                    685\n\n\n  Jacques déchira le petit bleu qu'on lui remettait et dévora\ndes yeux :\n\n         « Reviens vite. Père très mal.\n                                                    \" GABRI. \"\n\n   Ce fut comme un coup de massue pour Jacques, Il chancela\net s'appuya à la rampe de l'escalier.\n   — Vous avez du chagrin, monsieur Morval? Mauvaise nou-\nvelle, sans doute?...\n   Jacques ne put répondre. Il fit de la tête un signe affirmatif,\npuis, tout d'un coup, un sanglot s'étrangla dans sa gorge.\n   La concierge s'empressa :\n   — Mais, mon D i e u ! Entrez donc prendre quelque chose,\nmonsieur Morval. F a u t pas rester comme ça...\n   — Merci, dit Jacques à voix basse. Vous êtes bien bonne. Je\nn'ai besoin de rien.\n   Il ajouta, en désignant la dépêche :\n   — C'est mon père qui est très mal...\n   Puis, fou de douleur, il se hissa le long de la rampe d'esca-\nlier et s'enfuit dans sa chambre pour donner libre, cours à ses\nsanglots.\n\n                               II\n\n  Le soir m ê m e Jacques quitta Paris. Il avait calculé, avec\nun indicateur consulté en hâte sur une table de café, qu'en\nprenant le rapide du soir jusque Amiens et qu'en changeant\ndeux fois de train-tramway, il pourrait arriver à Lagnoville\ndans la nuit.\n  Il était exactement 5 heures du matin quand il arriva à\nLagnoville. Déjà à l'horizon une traînée laiteuse s'élevait au-\ndessus des champs, annonçant l'aurore prochaine. Les oiseaux\ncommençaient à s'agiter dans les buissons. L a vie renaissait\npartout avec le lever d u jour.\n  Jacques jeta un regard vers les salles d'attente : personne\nne l'attendait. Il sortit et interrogea rapidement l'obscurité\ndu hall des voitures : pas une voiture n'était là pour le\nprendre.\n  — C'est bon, j'irai à pied, pensa-t-il.\n  Il évita, à cause de l'obscurité et des ronces, de prendre le\n"}, {"page_pdf": 783, "page_imprimee": 686, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "686                          DURENDAL\n\n\n\npetit sentier couvert qui descend à travers les pâturages et\ns'élança sur la grand'route plantée d'arbres qui suit en ser-\npentant le flanc de la colline et qui, sous la pâle phospho-\nrescence du jour levant, ressemblait à un long serpent d'argent.\n   Lorsqu'il arriva à Lagnoville il croisa quelques groupes\nd'ouvriers qui partaient prendre le train du matin ponr se\nrendre à leur travail d a n s les usines métallurgiques des envi-\nrons. Mais les maisons sortaient à peine de l'obscurité.\n   L a nuit, qui fuyait lentement devant le jour envahissant,\nestompait encore les contours des fermes. Seuls, les toits\néclairés des granges, dépassant les bouquets d'arbres pro-\nfilaient avec netteté sur le ciel éclairé leurs sommets épineux.\n   A pas précipités, le cœur angoissé, Jacques traversa le\nvillage. Arrivé devant la maison natale il s'arrêta et mit la\nmain sur son cœur pour en comprimer les battements affolés.\n   T o u t e s les fenêtres, en haut et en bas, étaient éclairées,\nmais les persiennes étaient fermées. L a lumière filtrait par les\nlames ajourées des persiennes et t o m b a i t jusqu'à terre où elle\nformait de longues stries lumineuses. On entendait un bruit\nconfus de voix et des pas rapides dans l'escalier. Jacques crut\npercevoir des sanglots...\n   — Allons..., se dit-il, c'est que Dieu l'a voulu.\n   E t résolument il s'avança vers la porte cochère qui était\ngrande ouverte.\n   Justement une voiture en sortait : c'était le coupé du docteur\nDelahesse, un de ses confrères voisins.\n   Jacques héla le cocher :\n   — Arrêtez! Arrêtez!\n   Puis, se précipitant vers la portière :\n   — C'est vous, monsieur Delahesse?\n   L e praticien saisit la main de Jacques :\n   — A h ! vous voilà, monsieur J a c q u e s . . . Vous rentrez sans\ndoute de Paris?\n   — O u i . P a r le train de nuit. Impossible d'arriver plus tôt!\n   Voyant que le docteur Delahesse descendait de voiture, il\n questionna d'une voix haletante :\n   — J'arrive trop tard, sans doute? C'est fini?...\n    — Mon pauvre a m i ! . . . Mes confrères et moi nous avons fait\n tout notre possible, mais vous savez... nous ne sommes pas les\n maîtres ici-bas...\n"}, {"page_pdf": 784, "page_imprimee": 687, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "                       LA MEILLEURE PART                         687\n\n\n   — Je le sais, répondit Jacques en se raidissant.\n   Puis il questionna, d'une voix creuse :\n   — Il y a longtemps qu'il est mort?\n   — Vers 3 heures du matin.\n   Sans attendre d'autres questions, le docteur Delahesse prit le\nbras du jeune h o m m e :\n   — Venez, mon a m i . C'est une heure terrible pour vous, je le\nsais. Mais dites-vous que Dieu l'a voulu ainsi. Au lieu de vous\nrévolter en vain, tâchez de vous résigner chrétiennement, avec\nles visions consolantes de l'au-delà.\n   Comme; Jacques fondait en larmes, le docteur Delahess\nreprit, en le poussant doucement :\n   — Allons... du courage, mon pauvre Jacques! Venez avec\nmoi...\n   Doucement, avec d'infinies précautions, comme s'il eût\ndéplacé un objet fragile, le docteur Delahesse dirigea Jacques\nvers le vestibule. Peu à peu, en l'aidant de paroles affec-\ntueuses et réconfortantes, il l'entraîna jusqu'en haut de\nl'escalier. L à , sur le palier, il lui dit tout bas à l'oreille :\n   — Du courage, J a c q u e s ! Du courage! N'augmentez pas la\ndouleur de Gabriel le....\n   Puis, lui i n d i q u a n t la chambre entr'ouverte du docteur\nMorval et l'y poussant doucement :\n   — Il est là-bas, sur son lit... Voyez d'ici... On dirait qu'il\nrepose...\n   Jacques hésita un moment. Puis, traversant la chambre sans\ns'inquiéter des personnes qui faisaient cercle et priaient à\ngenoux sur des chaises, il alla jusqu'au lit du mort. L à ,\ntombant à genoux et saisissant la main déjà glacée de son père :\n   — Mon pauvre papa! s'écria-t-il avec des sanglots. T u ne\nm'as pas a t t e n d u . . . mon pauvre p a p a !\n   Puis, sans s'occuper s'il froissait les traits figés du vieillard;\nil saisit la tête de son père entre ses mains nerveuses et colla\nses lèvres sur le front du mort.\n   Silencieusement, les larmes du fils coulèrent sur les joues\nparcheminées du père. Elles coulèrent longtemps, abondantes,\ninondant le visage et se réfugiant dans l'embroussaillement de\nla barbe.\n   Voyant que Jacques prolongeait l'étreinte, et devinant que ce\ntableau de désespoir était trop impressionnant pour les per-\n"}, {"page_pdf": 785, "page_imprimee": 688, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "688                            DURENDAL\n\n\n\nsonnes présentes, Gabrielle s'approcha. T i r a n t légèrement\nJacques par l'épaule :\n    — Viens, Jacques, dit-elle... Nous reviendrons près de lui\ntout à l'heure.\n    L e jeune h o m m e obéit à la prière de sa sœur et se releva.\nL a s , désolé, comme abattu par la douleur, il laissa choir sa\ntète sur l'épaule de Gabrielle et dit avec désespoir :\n   — M a petite G a b r i ! Qu'allons-nous devenir maintenant!\n   Au lieu de répondre, Gabrielle entraîna son frère dans la\nc h a m b r e voisine :\n   — L à , dit-elle... Ici tu peux pleurer. Il n'y a que moi.\n    L o n g u e m e n t Jacques s'entretint avec sa sœur des derniers\nmoments de l'agonie, des dernières souffrances.\n    Il questionna pour s'éclairer jusque dans les moindres détails\net se fit rapporter avec minutie les dernières paroles.\n   — Alors, il a reçu mon télégramme avant de mourir?\n   — O u i . Il l'a lu plusieurs fois de suite. E t puis il a dit en\nm e regardant : « C'est bien, ça... je suis content. O h ! le brave\npetit!... »\n     — Il a d i t ça?\n   — Oui. J e te rapporte ses propres paroles. Il était neuf\nheures du soir quand la dépêche est arrivée. Il l'a gardée sur\nson lit, et, à tous ceux qui l'approchaient, il la montrait en\npleurant. Il disait à tous les médecins qui étaient venus le voir :\n« Jacques est reçu avec la mention très bien. Je vais pouvoir\nme reposer m a i n t e n a n t et bien me soigner. »\n    — Pauvre p è r e ! . . .\n  — E t puis vers minuit, q u a n d la situation s'est aggravée et\nqu'il a compris...\n    U n sanglot étouffa la voix de Gabrielle. Jacques, serrant sa\nsœur dans ses bras, questionna, avide de savoir les derniers mots,\nles dernières pensées :\n    — Quoi? Dis vite, je t'en p r i e . . .\n    — E h bien! il m'a remis la dépêche en me disant : « Garde-\nla toujours. Elle m'a donné une si grande j o i e ! . . . Je vais mourir,\nmais je sais au moins que la chaîne des Morval n'est pas\nbrisée... »\n    — E t après?\n    — Oh ! après il n'a plus rien dit. Il avait de l'angoisse dans\nles yeux. Son regard allait de la porte vers moi et de moi vers\n"}, {"page_pdf": 786, "page_imprimee": 689, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "                         LA MEILLEURE PART                              689\n\n\nla porte. Il semblait te chercher. Il t'espérait... Vers 3 heures,\naprès le départ du prêtre, il m'a fait signe d'approcher. Il m'a\npris la m a i n et m'a dit bas, très bas, entre deux hoquets : « S'il\narrive trop tard, tu lui diras que je meurs content... » Quelques\nminutes après, comme il ne pouvait plus articuler les mots à\ncause de sa langue qui s'embrouillait, il m'a fait signe d'ap-\nporter du papier et un crayon.\n   Gabrielle sortit de son corsage un petit feuillet arraché pré-\ncipitamment à un carnet et sur lequel le mourant avait tracé,\nen caractères presque illisibles, ces simples mots :\n   « Mon petit, tu arriveras trop tard! Mais tu reviens... C'est\nune joie pour moi qui vais mourir. Sois heureux, bien heureux,\nplus heureux q u e je ne l'ai été... Souviens-toi de tous mes con-\nseils pour ta profession, et surtout pour ton mariage... Et n'ou-\nblie jamais de bien tenir le vieux nom des Morval... »\n   Jacques porta le feuillet jusqu'à ses lèvres :\n   — P è r e . . . O h ! oui, murmura-t-il avec piété.\n   Après avoir séché leurs larmes, les jeunes gens descendirent.\n   A la cuisine, Jacques se réchauffa auprès d'un bon feu et\nabsorba en hâte une tasse de lait que Gabrielle lui servit.\n   Puis il r e m o n t a dans la chambre funèbre. Derrière la porte\nil aperçut, blotties dans l'ombre et enveloppées dans des cou-\nvertures de voyage, M m e Ravenel et Suzanne. Discrètement il\ns'avança vers elles :\n   — Vous aussi vous êtes venues?\n   — Mais oui, monsieur Jacques, répondit M m e Ravenel. On\nest venu nous prévenir hier soir. Nous sommes arrivées vers\n10 heures. E t comme M. Morval a été de mal en pis, nous avons\npassé la nuit avec Gabrielle.\n   — Vous devez être bien fatiguées ! Il faudra songer à regagner\nles H e r b i e r s . . . Voici le jour qui vient. Les gens du village vont\narriver pour dire une prière auprès du corps. Il y aura toujours\nquelqu'un...\n   — C'est vrai, monsieur Jacques, dit Suzanne. Mère ne peut\nveiller sans inconvénient pour sa santé. Aussi elle va retourner\naux H e r b i e r s . Mais moi je vais rester pour aider Gabrielle. L a\npauvre fille est toute désorientée.\n   — Il y a tant de choses auxquelles il va falloir penser main-\ntenant, ajouta M m e Ravenel : les lettres aux parents, les lettres\nde faire-part, le jour de l'enterrement, l'heure de la messe, le\n"}, {"page_pdf": 787, "page_imprimee": 690, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "690                           DURENDAL\n\n\n\n cercueil... T o u t cela est de triste réalité, je le sais. Mais il faut\n bien y penser.\n    M m e Ravenel remit à Jacques la couverture dans laquelle elle\ns'était enveloppée pour passer le reste de la nuit et s'approcha\ndu corps.\n   Elle traça avec le buis béni une croix sur le corps déjà raide\nde M. Morval, fit une courte prière et descendit avec Suzanne\net Jacques.\n   D a n s le vestibule, Jacques les retint :\n   — C o m m e c'est gentil d'être venues cette nuit tenir compa-\ngnie à Gabrielle! O h ! je vous remercie de tout c œ u r ! . . .\n   Il ajouta :\n   — Elle a dû être si triste cette nuit d ' a g o n i e ! . . .\n   — Oui, je vous assure, monsieur Jacques, répondit Suzanne.\nE t puis, vous qui n'étiez pas là... Quelle fâcheuse coïncidence...\n   Jacques se fit répéter les dernières paroles de son père. Il les\nconnaissait déjà par Gabrielle, mais il aimait à recevoir d'autres\nlèvres la même confidence, la m ê m e version. L e s derniers mots\nd'affection de son père lui valaient tout un héritage, et Jacques\nvoulait bien connaître son héritage afin d'être sûr de ne pas\nl'oublier et de ne pas le perdre.\n   E n prenant congé de Jacques, M m e Ravenel lui dit :\n   — J e vous laisse ma fille pour aider Gabrielle à la cuisine et\nvous aider à établir les lettres mortuaires. Mais si vous avez\nbesoin d'une voiture pour faire des courses ou aller à la gare,\nsurtout n'oubliez pas que celle des Herbiers est à votre dispo-\nsition. L a voiture n'est pas grande, mais nous avons encore un\nvieux char-à-bancs dans lequel on peut mettre six personnes et\nque notre petit poney peut très bien tirer.\n   M m e Ravenel se tourna vers sa fille :\n   — Q u a n t à toi, arrange-toi avec Gabrielle comme je te l'ai\ndit pour le dîner.\n   Elle regarda Jacques et expliqua :\n   — Malgré tout il faut bien penser au côté matériel...\nGabrielle aura besoin de services et de vaisselle de table en\nquantité. T o u t ce que nous avons est à sa disposition. Surtout\ndites-lui bien qu'elle ne soit pas t i m i d e avec nous.\n   C o m m e les gens du village commençaient à défiler, silen-\ncieux et attristés, pour apporter leur prière près du lit funèbre,\nM m e Ravenel s'éloigna.\n"}, {"page_pdf": 788, "page_imprimee": 691, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "                      LA MEILLEURE PART                       691\n\n\n  — Vous retournez à pied, mère? d e m a n d a Suzanne.\n  — Oui, je ne serai pas gênée de gagner les Herbiers à pied.\n  — Surtout, couchez-vous en rentrant. Vous devez être\népuisée...\n  — Tranquillise-toi, ma petite, et surtout aide Gabrielle le\nplus possible. L a pauvre fille me paraît perdre la tête... L e\ncoup a été trop rapide pour son cœur. Pauvre petite!...\n  A pas lents, marchant pesamment, sans lever presque les\npieds, à la façon des vieilles femmes qui n'ont plus de jambes\net vont cahin-caha en se dandinant plus qu'en avançant,\nM me Ravenel reprit le chemin des Herbiers.\n  Elle partait, triste jusqu'au fond de l'âme à cause du décès\ndu docteur Morval, mais heureuse un peu à cause de sa fille\nqu'elle laissait comme une espérance et un réconfort dans la\ngrande maison que la mort venait de visiter...\n\n\n                               III\n\n   T o u t e la journée les habitants de Lagnoville défilèrent\ndevant le corps du docteur Morval.\n   On l'avait revêtu de sa plus belle redingote. On lui avait\nmis sa plus belle chemise à plastron, un col neuf, une cravate\nblanche. Allongé au-dessus de son lit, paraissant plus grand\ndepuis que la mort l'avait raidi, touchant de la tête et des sou-\nliers les deux extrémités de son lit, M. Morval inspirait le\nrespect mais non la crainte qu'inspirent certains cadavres.\n   Les traits étaient reposés. Les paupières étaient abaissées\ncomme en un sommeil. Les lèvres et le menton, masqués par\nles moustaches et la barbe, ne laissaient voir ni le rictus gri-\nmaçant de la mort, ni la contraction douloureuse que l'agonie\navait mise dans les joues. Les doigts osseux et longs, entre-\nlacés autour d'un petit crucifix d'ivoire, gardaient malgré leur\nteinte cireuse et leur translucidité une singulière apparence\nd'énergie et de vitalité. E t tous ces braves paysans qui pas-\nsaient près du corps contemplaient avec vénération ce visage\nqu'ils avaient tant aimé, ces mains qu'ils avaient vues si\nadroites, si agiles dans les cas difficiles, si expertes dans les\ninterventions urgentes et délicates.\n   Jacques voyait des larmes dans tous les yeux. I1 sentait que\n"}, {"page_pdf": 789, "page_imprimee": 692, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "692                         DURENDAL\n\n\n\n les cœurs étaient lourds de chagrin. A travers les phrases\n simples, parfois maladroites, que ces braves gens essayaient de\n formuler en guise de consolation, il entrevoyait très nettement\n une affection sincère, une désolation véritable.\n    Suzanne, à qui il confiait ses r e m a r q u e s , lui dit :\n    — Oui, monsieur Jacques, et c'est un héritage pour vous...\n Il y a une grande leçon qui se dégage pour vous de tout ceci :\n M . Morval vient de mourir... On a p p r e n d à peine la triste\n nouvelle, et déjà le deuil est dans toute la région. T o u t le\n monde accourt au plus vite. On s'émeut, on s'empresse, on\n pleure. On ne songe qu'à ce malheur. Voyez ces braves gens\nqui quittent leurs travaux et leurs champs pour venir prier\nprès du corps, ils ne savent pas vous dire ce qu'ils pensent parce\nqu'ils ignorent les mots usuels, les condoléances consacrées.\n Mais regardez-les bien : ils n'ont que la sincérité au fond\n des yeux.\n    Comme elle disait cela, une femme courbée et marchant\npéniblement, un h o m m e et une demi-douzaine d'enfants\ns'avancèrent dans l'escalier.\n    Suzanne les reconnut de suite :\n    — T i e n s . . . , c'est vous, la Brispote?\n    — Eh ! oui, dit la femme en s'appuyant sur-son bâton.\n    En apercevant Jacques elle fondit en larmes et dit d'une\nvoix chantante :\n    — Mon pauvre monsieur Morval! Pouvait-on, seigneur Dieu,\nun pire m a l h e u r ! C'est comme un fait exprès. C'est toujours\nles meilleurs qui s'en vont... L e bon Dieu s'est sûrement\ntrompé encore une fois... Allez! Vous pouvez me croire...\n    Elle ajouta, en donnant à Jacques une petite médaille\nen nickel :\n         Ça, monsieur Jacques, c'est une médaille bénite. Prenez-\nla. F a u d r a la mettre dans le cercueil. Votre père saura bien ce\nque ça veut d i r e . . .\n   E n regardant Jacques elle acheva sa pensée :\n   — J e suis trop pauvre pour faire dire des messes; ça lui en\nservira là-haut...\n   P u i s , tirant de dessous son tablier de toile bleue un petit\nbouquet d'immortelles soigneusement ficelé avec une faveur :\n   — Je voudrais le mettre tout près d e lui, sur son lit, comme\nune reconnaissance... Il m ' a si bien soignée !... Vous permettez?\n"}, {"page_pdf": 790, "page_imprimee": 693, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2196, "texte": "                       LA MEILLEURE PART                          693\n\n\n    — Mais certainement, ma brave femme.\n    La Brispote s'épongea, avec le coin de son tablier, les yeux\nqu'elle avait pleins de larmes. Puis, s'aidant de ses bâtons à\ncause de sa j a m b e qui n'était pas encore bien solide, elle monta\nl'escalier pour porter au docteur Morval son petit bouquet de\nfleurs et quelque naïve mais touchante prière.\n    P e n d a n t que la Brispote montait l'escalier, la servante vint\nannoncer Monsieur, Mme et M lle Dufour.\n    Déjà les silhouettes des visiteurs s'encadraient dans la porte.\nNi Jacques, ni Suzanne ne pouvaient fuir.\n    — Ah! fit Jacques simplement, mais avec une contraction de\nvisage que Suzanne remarqua.\n    La main t e n d u e , M. Dufour s'avançait déjà :\n    — O h ! ce bon monsieur Morval!... Si jeune encore!... Et\nparti si vite!... C'est un véritable coup de foudre... Vous nous\nvoyez atterrés, monsieur Jacques, véritablement atterrés...\n    M me Dufour s'avança ensuite avec des larmes de circonstance,\nmille manières ridicules, et des phrases étudiées à l'avance :\n    — Monsieur Jacques, nous vous apportons nos condoléances\nattristées. Soyez sûr que nous partageons votre douleur... Nous\ncomprenons si bien la place immense que monsieur Morval\ntenait dans votre vie!...\n    R a y m o n d e vint à son tour, s'occupant plus de la façon\nde tendre la main et du jeu de sa physionomie que d'être\nsincère.\n    Jacques remarqua que malgré l'heure matinale, malgré\nl'imprévu de la visite et le deuil qui assombrissait tout,\nRaymonde avait pris le temps de s'habiller avec coquetterie, de\nse coiffer avec un véritable raffinement et de se surcharger d'un\ntas de parfums pénétrants. Autant il aimait la simplicité\nconfiante de Suzanne qui, spontanément, sans toilette et sans\n sourire était venue de suite offrir son cœur et ses bras, autant\n il détestait cette recherche de Raymonde, ce sourire protecteur\n et ces altitudes modelées, étudiées, calculées, ce désir de\n paraître porté jusqu'auprès d'un cercueil...\n    — Nous pouvons monter auprès du corps? d e m a n d a\n  M. Dufour.\n    — Mais oui, dit Jacques, depuis le matin c'est une véritable\n allée et venue.\n"}, {"page_pdf": 791, "page_imprimee": 694, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2174, "texte": "694                           DURENDAL\n\n\n\n   M. Dufour s'engagea dans l'escalier. M m e Dufour suivit son\nmari, mais R a y m o n d e retint sa mère par la main :\n   — Mère, vous ne craignez point l'émotion? Moi, j'aime\nmieux ne pas monter. J e crains d'être trop impressionnée.\n   A l'encouragement de sa mère elle opposa une ténacité pleine\nd'autorité :\n   — Non, mère. Montez si vous voulez. Moi je vais vous\nattendre ici.\n   Jacques fut étonné du sans-gêne de R a y m o n d e avec sa mère\net de son m a n q u e de savoir-vivre.\n   — D a n s ce cas, elle aurait mieux fait de rester chez elle!\npensa-t-il.\n   P a r politesse il d e m e u r a dans le vestibule à causer avec\nR a y m o n d e , mais il souffrit dans son cœur de l'attitude égoïste\nde la jeune fille. Elle lui apparaissait plus que j a m a i s comme\nune femme insignifiante, sans caractère, sans fermeté, mais\ntrès décidée à se procurer toutes ses aises et à se faire accorder\nses moindres fantaisies.\n   P e n d a n t que M. et M m e Dufour saluaient Jacques, Suzanne\ns'était éloignée dans le petit corridor de la cuisine. Elle avait\ndisparu rapidement, mais pas assez vite cependant pour que\nRaymonde ne la vît.\n   — Il m'a semblé entrevoir Suzanne Ravenel? dit Raymonde\nen jetant un regard fureteur vers la cuisine.\n   — C'est possible, répondit Jacques avec indifférence, car\nelle s'occupe ici avec Gabrielle.\n   R a y m o n d e eut un pli amer au coin des lèvres.\n   — T i e n s , tiens..., fit-elle, nous pensions être les premiers\narrivés de tous vos amis. Mais je m'aperçois que Suzanne nous\na précédés.\n   — O h ! de longtemps, m a d e m o i s e l l e ! M m e Ravenel et\nSuzanne ont passé toute la nuit ici p e n d a n t l'agonie.\n   Un éclair de surprise traversa les yeux de R a y m o n d e . Mais\nelle se ressaisit aussitôt et donna à son masque une expression\nde dédain :\n   — O h ! quel m a n q u e d'éducation!... C o m m e cela dut vous\ngêner dans un m o m e n t si pénible pour vos c œ u r s ! . . .\n   — Mais au contraire. Je n'étais pas là, moi. J'étais seule-\nment sur le chemin du retour... Gabrielle se sentait isolée dans\nsa douleur... les dames Ravenel ont eu la grande délicatesse de\n"}, {"page_pdf": 792, "page_imprimee": 695, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "                      LA MEILLEURE PART                        695\n\n\nlui offrir leur soutien, leur réconfort... Je n'oublierai jamais\ncette preuve d'amitié.\n    Comme R a y m o n d e , désappointée, faisait une petite moue\ndédaigneuse qui voulait dire : « Cela dépend des façons de\ncomprendre les choses... » ou bien encore : « Vous avez une\nsingulière façon de voir et d'apprécier! » Jacques insista :\n    — C'est dans les jours d'épreuve, vous savez, mademoiselle\nRaymonde, que les cœurs donnent leur mesure...\n   Voyant que le front de R a y m o n d e se plissait comme sous un\ncoup de fouet trop cinglant et que ses yeux fixaient obstinément\ncomme s'ils avaient voulu percer plus avant et poursuivre toute\nla pensée, Jacques s'efforça de clore ce chapitre de jalousie...\nIl causa du jour des obsèques, des banalités habituelles de la\ncérémonie funèbre, de son retour définitif à Lagnoville... Puis\nil s'informa des choses de l'usine et de la villa, des nouvelles\ncourantes de la région, de toutes sortes de questions oiseuses\nqui font partie de la vie quotidienne et qui n'ont jamais servi\nqu'à alimenter la curiosité humaine.\n    R a y m o n d e lui dit tout à coup en voyant descendre la Bris-\n pote et ses enfants :\n    — Vous avez laissé monter ces gens-là?\n    — Mais o u i . . . Quel mal y a-t-il à cela?\n    — Il n'y a aucun mal, si vous voulez. Mais, avec leurs sou-\n liers ferrés et leur souplesse d'hippopotame ils vont mettre vos\n tapis dans un état !...\n    Jacques haussa les épaules :\n    — Mes tapis?... Est-ce qu'on songe à des tapis quand on a\n perdu son p è r e ! . . .\n    Il ajouta encore, en faisant de la main un signe d'adieu à la\n Brispote et à son mari :\n    — Ces braves gens-là chérissaient mon père. Est-ce que je\n peux les empêcher de venir le pleurer!...\n    Le dialogue s'arrêta, car M. et M m e Dufour venaient de des-\n cendre et s'empressaient déjà auprès de Jacques :\n    — Si vous avez besoin de mon auto, le jour de l'enterrement,\n pour aller chercher des parents à la gare, vous savez que je suis\n tout disposé..., lui dit M. Dufour.\n    — Et si vous désirez mes bonnes, dit à son tour M m e Dufour,\n  pour servir le déjeuner qui suivra l'enterrement, ne vous gênez\n  pas... E n t r e amis, c'est un service qu'on se rend volontiers.\n"}, {"page_pdf": 793, "page_imprimee": 696, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2426, "texte": " 696                                DURENDAL\n\n\n\n       Jacques remercia de l'offre a i m a b l e qu'on lui faisait. Mais il\n  le fit par simple politesse, se p r o m e t t a n t de n'en point profiter.\n  Il n'aimait pas le genre h a u t a i n et prétentieux des Dufour. Il\n  détestait leur suffisance. Il gardait surtout une haine secrète\n contre R a y m o n d e qui n'avait pas voulu monter près de M. Mor-\n val par crainte d'émotion et qui critiquait et dédaignait à tout\n instant les hommes et les choses.\n       — Au fait, pensa-t-il lorsque R a y m o n d e eut rejoint son père\n et sa mère dans l'auto, qu'est-elle venue faire ici sinon se mon-\n trer désagréable et contrariante à mon égard? C'est une maison\n de mort... et elle n'a sur les lèvres que sourire et raillerie!...\n       Q u a n d l'auto démarra, Jacques salua de la tête et rentra pré-\n c i p i t a m m e n t . Il se sentait ébranlé j u s q u e d a n s son cœur... Cette\n conversation avec R a y m o n d e l'avait exaspéré.\n      Suzanne r e m a r q u a ce désarroi m o r a l . Elle dit doucement :\n      — Monsieur J a c q u e s , n'attachez pas d'importance à tout\n cela.\n      C o m m e Jacques la regardait avec des yeux interrogateurs,\n elle ajouta :\n      — J e m'étais réfugiée là, dans le corridor de la cuisine, der-\n rière le portemanteau, de sorte que, sans vouloir être curieuse,\nj ' a i tout e n t e n d u . . . Oubliez, monsieur Jacques, les paroles qui\nont été blessantes pour votre amour propre. Oubliez-les, car, je\nvous l'assure, il y a dans tout ce que vous a dit R a y m o n d e moins\nde méchanceté que de m a n q u e de j u g e m e n t .\n      — C'est possible. Mais il y a des phrases qui font mal, made-\nmoiselle S u z a n n e . . .\n      — Je le sais.\n      Elle ajouta, à voix basse, comme en une confession :\n     — ... puisque j ' e n ai souffert moi-même.\n     Suzanne, voyant arriver du m o n d e , attira Jacques derrière\nl'escalier, près de la porte de cave :\n     — Rappelez-vous... chez la Brispote, cet été, lorsque je fai-\nsais le ménage de cette pauvre femme, R a y m o n d e a été aussi\ncinglante q u ' a u j o u r d ' h u i . C'est son h a b i t u d e , voyez-vous...\n     — J e me souviens fort bien, dit Jacques. Mais chez la Bris-\npote c'est contre vous et envers vous qu'elle fut méchante et\ninjuste.\n     — O h ! moi... c'est sans i m p o r t a n c e !\n     Suzanne, en disant cela, avait au fond des yeux quelque\n"}, {"page_pdf": 794, "page_imprimee": 697, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "                         LA M E I L L E U R E   PART                 697\n\n\nchose de doux et de résigné. Il y avait plus de pardon et de\npitié dans son regard que de mécontentement\n   Jacques le r e m a r q u a . Il aimait cette sérénité et cette grandeur\nd'âme. Déjà, chez la Brispote, il avait été frappé par la noble\nattitude de S u z a n n e et son indulgence dans la résignation. Plus\nil pénétrait le cœur de Suzanne, plus il y découvrait de gran-\ndeur et de force.\n    Après-midi M m e Ravenel revint.\n    — Vous voici déjà, m a d a m e ? Mais vous n'avez pas eu le\ntemps de vous reposer?\n    — Si, si, monsieur Jacques. Tranquillisez-vous. Je me suis\ncouchée ce matin en rentrant, et je suis bien reposée. Je vais\nmaintenant remonter près de M. Morval.\n    Elle s'adressa à Suzanne :\n    — C'est toi qui as prié ce matin?.\n    — Non, mère. Gabrielle a voulu rester près de son père.\n Moi, je me suis occupée en bas, avec M, Jacques. Il y a\ntant de choses auxquelles il faut songer!... Rien que la lettre\n mortuaire nous a d e m a n d é beaucoup de temps. L a famille est\n nombreuse. Il y a beaucoup de parents éloignés, et il est sou-\n vent difficile de savoir exactement à quel degré s'arrêter à\n cause des froissements et des petites susceptibilités. .\n    — Tous les gens de Lagnoville sont venus, sans doute?\n    — Pas tous, mais beaucoup. Depuis le matin c'est un per-\n pétuel va-et-vient. L a chambre est encore pleine de monde.\n    Mme Ravenel regarda Jacques :\n    — Oh ! cela ne m'étonne pas. M. Morval était si aimé dans le\n pays. Il n'est bruit que de sa mort dans la région. J'ai vu, en\n venant, beaucoup de gens qui s'en allaient d'ici et qui pleuraient.\n    Elle ajouta, fortement émotionnée :\n    — O h ! monsieur Jacques, vous étiez fier de votre père...\n Vous aviez raison.\n    Comme M m e Ravenel gravissait l'escalier, Suzanne lui dit :\n    — Renvoyez-nous Gabrielle. Elle est en haut depuis ce\n matin. Elle doit avoir besoin de prendre quelque chose. Je\n vais lui faire chauffer une tasse de bouillon.\n    Quand Gabrielle descendit, elle montra à Jacques une paire\n de gants noirs en peau :\n    — M a d a m e Dufour les a oubliés ce matin. Il faudra les lui\n  rendre lorsqu'elle viendra.\n"}, {"page_pdf": 795, "page_imprimee": 698, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "698                             DURENDAL\n\n\n   Jacques eut un mouvement d'ennui :\n    — D o n n e . J e les lui reporterai ce soir.\n    P e n d a n t le reste de la journée, il fut tiraillé à droite et\nà gauche. L a maison avait p e r d u son chef et Jacques commen-\nçait à sentir peser sur lui toute la responsabilité... Il comprit\nle vide immense que la mort avait creusé dans sa vie et mesura\nmieux, par les mille soucis qui l'enveloppaient soudain,\nl'étendue de son désastre.\n   Q u a n d le Conseil municipal, la fanfare communale, les\npompiers, les archers et les différentes sociétés de Lagnoville\nvinrent lui soumettre leur intention d'organiser des funérailles\ngrandioses, Jacques fut très net :\n   — Messieurs, dit-il, je suis très touché de votre démarche et\nde vos intentions. Vous aimiez mon père, et vous désirez\ntémoigner p u b l i q u e m e n t votre regret et votre reconnaissance,,.\nC'est bien, cela. J e m'en souviendrai toute ma vie. Mais les\nintentions de mon père sont formelles en ce qui concerne ses\nfunérailles... Il exige la simplicité dans le cortège. Il me l'a dit\nsouvent pendant qu'il était m a l a d e : « Q u a n d je serai mort,\nqu'on m'enterre comme tout le m o n d e . . . U n e messe toute\nsimple de g heures,.. Un cortège silencieux... P a s de musique.\nP a s de couronnes. P a s de discours... Ceux à qui j'ai fait du\nbien sauront, je pense, s'en souvenir sans qu'on le leur\nrappelle en de p o m p e u x discours. »\n   L e maire de Lagnoville — qui avait la manie de toujours\ndiscourir et qui aimait la parade, insista. Mais Jacques fut\nirréductible :\n   — N o n , monsieur, le désir de mon père est formel. Ce\ndésir-là il l'a exprimé souvent, devant témoins. Il faut le res-\npecter. D'ailleurs, pour qu'il n'y ait ni confusion, ni erreur, ni\nexcuse possible, j ' a i fait i m p r i m e r au bas de la lettre mor-\ntuaire les paroles que je viens de vous redire, Ces paroles-là\nsont plus belles d a n s leur simplicité que tous les discours que\nvous pourriez faire.\n   Le maire insista encore :\n   — Mais, dit-il, je sais que M, Dufour se propose aussi de\nprononcer un discours en souvenir des soins que le docteur\nMorval a toujours prodigués aux ouvriers de l'usine.\n   — Eh! bien, répliqua J a c q u e s , je vous saurais gré de répéter\n"}, {"page_pdf": 796, "page_imprimee": 699, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "                      LA M E I L L E U R E   PART              699\n\n\nà M. Dufour ce que je viens de vous dire. L e désir de mon\npère est formel. Il faut le respecter.\n    Lorsque les délégués de Lagnoville se furent éloignés,\nJacques dit à Suzanne que cette scène avait vivement impres-\nsionnée et qui n'avait pu retenir ses larmes :\n    — Pourquoi pleurez-vous, mademoiselle Suzanne?\n    — O h ! je ne pleure pas. Seulement, je suis très émue,\nCette scène, cette insistance de gens qui profitent d'un cercueil\npour s'en faire une estrade, ce désir de paraître jusque dans\nla douleur,.. C'est tout cela qui m'a mis des larmes dans\nles yeux.\n    Elle ajouta vite :\n    — Mais rassurez-vous. Ce n'est rien. Cela va passer,\n    — N'ai-je pas bien fait de répondre comme je l'ai fait? ques-\ntionna J a c q u e s .\n    — O h ! si. D'ailleurs, puisque le désir de M. Morval est\nformel...\n    Elle ajouta :\n    — Comme il était grand, tout de même, M. Morval! Jusque\ndans sa mort il a voulu garder la simplicité qu'il a toujours\nobservée.\n    Des visiteurs vinrent à nouveau troubler la conversation.\nSuzanne en profita pour rejoindre sa mère et prier un peu près\ndu corps.\n    Le soir lorsque les ténèbres se furent épaissies autour des\n maisons et dans les rues de Lagnoville, Jacques prit les gants\nde M m e Dufour et partit à pied pour la villa.\n    La nuit enveloppait toutes choses. Les silhouettes des\npassants se devinaient à peine... Il ne fut ni reconnu, ni arrêté.\n    Lorsqu'il parvint à la villa la grille du parc était encore\n ouverte. Il entra.\n    Tout était obscur. On ne distinguait ni les chemins ni les\n pelouses. Mais Jacques connaissait les courbes des sentiers, car\n il y était passé bien souvent. Il s'engagea donc sans hésiter dans\n le petit sentier qui borde l'étang, puis, tout d'un coup, grimpe à\n l'assaut de la villa.\n    Celle-ci était vivement éclairée. La véranda, par ses larges\n baies, jetait sur les pelouses de grandes traînées de lumière.\n    — T i e n s . . . pensa Jacques, on soupe sans doute dans la\n véranda.\n"}, {"page_pdf": 797, "page_imprimee": 700, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "700                           DURENDAL\n\n\n\n   Il se dirigea vers le perron qu'il avait t a n t de fois gravi.\nMais, au moment de mettre la main sur la poignée de la porte,\nil constata qu'il n'y avait personne dans la véranda.\n   La table était prête pour le souper. Mais les convives\nn'étaient pas encore arrivés.\n   Comme il faisait cette constatation, il entendit des éclats de\nvoix violents. Il lui sembla qu'il s'agissait d'une discussion.\n   D'un bond il fut en bas du perron et s'orienta.\n   L e s voix venaient du bureau de M. Dufour, adossé contre la\nvéranda et ouvrant sur l'étang par deux larges portes-fenêtres\navec balcons.\n   Il se glissa le long du m u r rocailleux, derrière les rhodo-\ndendrons.\n   Les persiennes en fer étaient fermées, mais en collant son\noreille tout contre, on percevait très nettement...\n   — As-tu jamais vu refuser un discours et surtout me le\nfaire dire par le maire! Est-ce qu'il ne pouvait pas au moins\nvenir lui-même me prévenir!\n   — A ta place, je le ferais q u a n d m ê m e .\n   — Mais non! mais non! Je ne peux tout de même pas\nm'imposer à ce p o i n t ! . . . D'ailleurs, il paraît qu'on va faire\nmettre sur les lettres de faire-part les dernières volontés de\nM. Morval.\n   Jacques n'entendit pas la réplique de M m e Dufour, car quel-\nqu'un — un jardinier sans doute — passait à quelques mètres\nde la serre, et le j e u n e h o m m e se fit tout petit derrière son\nrhododendron, enseveli dans l'ombre d'une encoignure.\n   Lorsqu'il revint sous la fenêtre et remit son oreille contre les\npersiennes, il reconnut la voix claire de R a y m o n d e :\n   — Avez-vous remarqué ce matin, disait-elle, que Suzanne\nRavenel était chez les Morval? Elle était là, mon Dieu! abso-\nlument comme chez elle! J'ai fait causer Jacques, et j ' a i appris\nque ces dames s'étaient installées depuis la veille..,\n   — Depuis la veille! s'exclama M m e Dufour.\n   — Parfaitement, mère. Elles sont arrivées pour l'agonie,\nparaît-il, et sont demeurées là j u s q u ' à notre arrivée.\n   — E h ! e h ! . . . r e m a r q u e M. Dufour, est-ce que la petite\nRavenel n'essaierait pas de t e n d r e un filet autour de Jacques?\n   — C'est mon avis, père, déclara R a y m o n d e . C'est d'autant\nplus mon avis que Jacques se montre de plus en plus froid à\n"}, {"page_pdf": 798, "page_imprimee": 701, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "                         LA MEILLEURE PART                           701\n\n\nmon égard. Au tlébut, je croyais qu'il m'aimait... Maintenant\nje suis certaine qu'il ne m'aime pas...\n   — B a h ! Console-toi, ma petite. Des maris, tu en trouveras\nautant que tu en voudras; et de plus fortunés surtout que\ncelui-là. Au surplus, je ne vois pas bien Jacques Morval\ndevenir industriel !... Ce garçon-là est médecin dans l'âme. Il\nn'est pas pratique pour un sou... Je n'ai jamais envisagé avec\nlui la question d'aussi près. Mais je crois fort que si je lui\noffrais ta main et ma succession il aimerait encore mieux passer\nsa vie à s'esquinter sur les routes, jour et nuit, pour le plaisir\nde faire du bien et de s'acquérir une renommée... Je te dis que\ntous ces Morval-là ont le dévouement dans le sang!...\n   — E n tout cas, père, reprit Raymonde, il y a pour moi dans\ntout ceci une question angoissante : si Jacques allait épouser\nSuzanne?\n   — Mais non, mais n o n ! . . . Suzanne n'a pas un sou vaillant.\nOr, les médecins cherchent souvent des dots...\n   — O u i , mais c'est que Jacques ne ressemble pas à tous ses\nconfrères. Il est poète, rêveur, capable de souffrir pour un beau\nrêve d'amour... et Suzanne est certainement jolie...\n   Blotti dans sa cachette, Jacques remerciait tout bas la Provi-\ndence de l'avoir conduit à si bonne école.\n   Après un instant de silence la conversation reprit :\n   — Père, disait R a y m o n d e , je vous faisais remarquer tantôt\nqu'il y avait pour moi dans tout ceci une question angoissante.\nEt c'est vrai. D a n s le pays, depuis deux mois, on jase sur\nJacques et sur moi. On dit que nous sommes fiancés et que la\nnouvelle sera publique sous peu...\n  — On dit cela?\n  — Parfaitement. Et bien d'autres choses encore!... Aussi\nvoyez-vous mon embarras devant le monde si Jacques allait\népouser S u z a n n e ? . . .\n  Jacques entendit le bruit d'une chaise projetée à terre\nviolemment. P u i s la grosse voix de M. Dufour éclata à nou-\nveau :\n  — Oh ! mais cela n'arrivera p a s ! . . . Je suis là, moi, et je saurai\nbien empêcher tout ça!... Je ne sais pas encore trop comment.\nMais je réfléchirai et je chercherai un moyen quelconque.\n  — Un m o y e n ? J'en ai un excellent... M me Ravenel vous a\nemprunté de l'argent, n'est-ce pas?\n"}, {"page_pdf": 799, "page_imprimee": 702, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1316, "texte": "702                        DURENDAL\n\n\n   — Oui, 3o,ooo francs.\n   — Vous avez des hypothèques sur les Herbiers?\n   — Oui. Virtuellement les Herbiers m'appartiennent.\n   — Eh bien, faites rembourser de suite ou faites vendre les\nHerbiers! Jacques Morval ne pourra plus, devant le monde,\nsonger à épouser la fille d'une femme ruinée et qu'on aura jetée\nà la rue!...\n   Jacques n'écouta pas la fin de la conversation. Son cœur bat-\ntait trop vite... Il eut peur de ne pouvoir maîtriser sa rage et\nde se laisser aller à un mouvement de haine ou à quelque folie.\nIl s'enfuit, traversant au hasard les pelouses et les massifs...\n   La grille du parc était encore ouverte. Il passa comme une\nflèche devant le pavillon du concierge et s'enfuit, éperdu,\naffolé...\n   Lorsqu'il rentra chez lui il dit à son domestique, en lui don-\nnant les gants noirs oubliés le matin par M me Dufour :\n   — Portez cela à la villa. M me Dufour les a oubliés tantôt.\n   Puis, il monta près de son père qui, froid comme du marbre\nsur son lit de parade, dormait son dernier sommeil.\n   Il s'agenouilla près du lit et, fixant avec amour le visage\nexsangue du mort :\n   — Père, murmura-t-il tout bas, très bas comme s'il parlait à\nune âme... oh! comme vous connaissiez bien Raymonde!\n\n                                             EMILE   POITEAU.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-006", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 703, "page_fin": 704, "titre_corps": "La Messe de Requiem : Entrée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Pize", "ancre_debut": "La Messe de Requiem                 pour mes Souvenirs   Comm", "ancre_fin": 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profonde étant toujours la même,\nToujours présente dans vos sanglots, vos silences,\nVotre obscure douleur comme le monde immense.\n\nQue votre chant se ralentisse et s'atténue,\nFaites votre plainte plus doucement   émue,\nQuand vous remémorez les choses      d'autrefois,\nEt quand les vieux amours passent dans votre          voix.\n\nMais soit que votre voix murmure ou qu'elle         pleure\nOu éclate, gardez dans la sainte Demeure,\nDes orgues aux chants liturgiques   dédiées\nLa majesté puissante et pleine de pensées.\n\nQu'après les soubresauts de révolte, les cris,\nTombe l'apaisement sur votre cœur        meurtri,\nEt que, dans la clarté de vos notes amères,\nS'élève, recueillie et grave, la Prière.\n"}, {"page_pdf": 801, "page_imprimee": 704, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 294, "texte": "704                         DURENDAL\n\n\n      Hurlez, déchainez-vous,   les mille tuyaux   d'orgue,\n      Que vos voix, que vos cris sous les voûtes se tordent,\n      Et finissent en solennels « Miserere »,\n      Très lents, suivant au pas le convoi des Regrets...\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-007", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 704, "page_fin": 705, "titre_corps": "La Messe de Requiem : Dies iræ", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Pize", "ancre_debut": "Dies iras               Dies iroe, Dies illa               Un", "ancre_fin": "Croix, sur le mur du prétoire.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Offertoire (à l'orgue) Mon cœur saigne comme un c", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 801, "page_imprimee": 704, "debut_caractere": 294, "fin_caractere_exclue": 1689, "texte": "Dies iras\n              Dies iroe, Dies illa\n              Un cimetière où tonne un glas,\n              Et Novembre sur tout cela.\n\n              Dans le désert du cimetière\n              Et sous l'effondrement des pierres,\n              Les trous béants creusent la terre.\n\n              Au son des trompettes d'acier\n              Qui clament l'appel justicier,\n              Surgissent les morts émaciés.\n\n              Mes Souvenirs, pauvres     vestiges,\n              Sous l'air glacé qui les fustige,\n              Ressuscitent, pris de vertige\n\n              Et se dispersent dans l'enclos.\n              Etonnés du cauchemar     faux\n              Qui grise leurs membres    falots...\n\n              Sous la bise furieuse et forte,\n              Qui les secoue et les emporte\n              En tourbillon de feuilles   mortes...\n\n              Mes Souvenirs, au tribunal\n              Vont comparaître, pour le mal\n              Qu'ils firent, dans leurs jours fatals.\n\n               Ombres minables des années\n               Oublieuses et profanées\n               Qui se sont si vite fanées...\n\n               Le Juge leur demande     compte...\n               Mais eux se taisent et la honte\n               Plus amére, à leur front   remonte.\n\n              Et, toujours plus dure, la voix\n              Met au grand jour, dans Autrefois,\n              De nouveaux dols envers la Loi.\n"}, {"page_pdf": 802, "page_imprimee": 705, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 341, "texte": "               LA M E S S E D E   REQUIEM                  7o5\n\n         — Eux, leurs dents claquent, ils chancellent,\n         Et la peur tord leurs ombres grêles\n         Penant la sentence éternelle.\n\n        Mais ils viennent  d'apercevoir,\n        Signe de douceur et d'espoir,\n        La Croix, sur le mur du prétoire.\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-008", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 705, "page_fin": 705, "titre_corps": "La Messe de Requiem : Offertoire (à l’orgue)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Pize", "ancre_debut": "Offertoire (à l'orgue) Mon cœur saigne comme un c", "ancre_fin": "Sur les illusions mortes et enterrées.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Mémoire des Morts C'est l'heure recueillie", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 802, "page_imprimee": 705, "debut_caractere": 341, "fin_caractere_exclue": 975, "texte": "Offertoire (à l'orgue)\nMon cœur saigne comme un couchant        sur les forêts,\nOrgueil tragique et pleur sonore des     regrets...\n\nMon cœur vibre et se déchaîne comme la mer.\n— Soirs tristes, et tempête à l'horizon amer.\n\nLes flots montent gros de révolte intérieure\nEt déferlent contre les récifs durs — et pleurent...\n\nMes Souvenirs affluent, bourdonnantes       cohortes.\nEn désordre, du fond confus des heures      mortes.\n\nD'étranges, d'inconnus, et l'obsession dure,\nEt chaque revenant me cause une blessure.\n\n\n\nMon cœur saigne comme un couchant        vers les orées,\nSur les illusions mortes et enterrées.\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-009", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 705, "page_fin": 706, "titre_corps": "La Messe de Requiem : Mémoire des Morts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Pize", "ancre_debut": "Mémoire des Morts C'est l'heure recueillie", "ancre_fin": "sommeil noir de la mort bienfaisante.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quelques improvisations pour l'orgue sur des versets                           du \" Miserere „                        (Après la communion)         Les b", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 802, "page_imprimee": 705, "debut_caractere": 975, "fin_caractere_exclue": 1553, "texte": "Mémoire des Morts\nC'est l'heure recueillie et grave de prier,\nPevant Vous, ô Seigneur, qui Vous sacrifiez,\nEn un profond colloque, triste, seul à seul,\nPour tons ceux qu'à présent recouvre le linceul,\nPour les parents, pour les frères, pour les amis,\nQui ont beaucoup souffert et se sont    endormis...\nMemento famulis... C'est l'heure de prier\nPour tous les disparus, et en particulier\nPour ceux qui, si longtemps, firent partie de moi :\nMes rêves, mes désirs, mes ardeurs, mes émois\nIllusoires, si beaux qu'ils ne me paraissaient\nPas mortels, maintenant les cendres du Passé.\n"}, {"page_pdf": 803, "page_imprimee": 706, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 718, "texte": "706                             DURENDAL\n\n\n       Seigneur, ayez pitié de tous mes Souvenirs\n       Que hante dans la tombe un cruel repentir.\n       Ils furent, je sais bien, misérables et fous.\n       Et levèrent leur bras fragile contre Vous :\n       S'ils ont péché parfois, c'est qu'ils Vous      oubliaient;\n       Pardonnez-leur     ; ils n'ont pas su ce qu'ils ont fait...\n\n       Ils seront rachetés par Votre Sacrifice;\n       Votre Sang lavera leurs âmes qui croupissent\n       Dans l'état de péché, — Juge infiniment      bon,\n       Vous leur dispenserez le suprême      Pardon,\n       Et puissent-ils enfin, sans froid, sans   épouvante,\n       Dormir le sommeil noir de la mort       bienfaisante.\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-010", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 706, "page_fin": 706, "titre_corps": "La Messe de Requiem : Quelques improvisations pour l’orgue sur des versets du « Miserere »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Pize", "ancre_debut": "Quelques improvisations pour l'orgue sur des versets                           du \" Miserere „                        (Après la communion)         Les b", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 803, "page_imprimee": 706, "debut_caractere": 718, "fin_caractere_exclue": 1779, "texte": "Quelques improvisations pour l'orgue sur des versets\n                          du \" Miserere „\n                       (Après la communion)\n\n       Les brefs plaisirs sont morts ; les jours se sont     enfuis\n       Trompeurs ; nous n'avons plus qu'à demander           merci.\n\n       C'est l'heure des réparations et des comptes,\n       Nous n'aurions jamais cru qu'elle arrivât si         prompte.\n\n       Sur l'amoncellement   des ruines du     Passé,\n       Monte, dolent et seul, le chant des     trépassés.\n\n       La plaine à l'infini s'étend ; le ciel est noir,\n       Et c'est la mort définitive de l'espoir.\n\n       — Epiques et cruels lendemains de défaite;\n       Je mesure en mon cœur retendue de ma perte.\n\n       Et je sens, dans le vide et dans le grand   silence,\n       Tinter, glas obsesseur, impassible    cadence.\n\n       Tinter à l'horizon barré,    inexorable,\n       Sur autrefois et sur demain,      l'Irréparable!\n\n (On ne jouera pas des orgues à la sortie.)\n                                                             Louis P I Z E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-011", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 707, "page_fin": 712, "titre_corps": "Revue du mois : Les Expositions", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Houtart", "ancre_debut": "Revue du Mois Les Expositions L ' E x p o s i t i o n du Cercle", "ancre_fin": "était affligeant. FRANCIS H OUT ART.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Premier Concert Populaire Il a ouvert le cycle Beet", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 806, "page_imprimee": 707, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2432, "texte": "Revue du Mois\n\n                             Les Expositions\n   L ' E x p o s i t i o n du Cercle « U n i o n ». — La peinture à l'huile ne\nconvient guère à Louise De Hem. Voyez les Eglantines. Seule la Fillette aux\noranges semble nous contredire : la diffusion de la lumière tamisée par un\nabat-jour y est bien observée. Leempoels n'est pas né paysagiste : ses Environs\nd'Aerschot sont d'un débutant timide, qui ne donnerait pas beaucoup de\npromesses... Ses portraits valent mieux. Tel Mme J. L..., au teint hâlé par\nl'air de la mer; la toilette blanche forme un heureux contraste avec l'indigo\nmarin. Pierre Grosfils, en dépit d'une tonalité brune déplaisante, se fait\nremarquer par un effet de jour excellent. Lemmers expose un Portrait de\nMlle B. D..., qui, dans son désir d'être sincère, trahit trop de recherche et\nun pinceau tourmenté. La Matinée de juin à la mer est meilleure. Il y a\ndu caractère dans Je Profil d'enfant blond, de Florent Menet. Le Nu, de Willy\nThiriar, est d'une ligne gracieuse. Son crayon excelle à mettre en valeur le\ncontour harmonieux du corps humain. Les esquisses de Cluysenaer — Rêverie,\nla Femme au chapeau, — révèlent des poses pleines de naturel et d'abandon.\nFrançois a bien rendu la tristesse d'un Marais à Genck et Claeyssens la gaieté\nd'un intérieur de Cour transformée en roseraie. Jamar a une agréable palette,\nmais dans la Brume du matin la perspective est défectueuse : les divers plans\ndu paysage ne se détachent pas bien les uns des autres. Derniers rayons, la\nBerge fleurie et d'autres encore de Jul Merckaert constituent de belles mises\nen page, presque toutes cependant dénuées de vigueur. En jetant à l'eau sa\nBarque de sauvetage, Flasschoen donna une fidèle analyse d'un coup de lame.\nAuprès de Votre, de Jamar, est d'un intimiste qui se joue adroitement des\ndemi-jours et des clairs-obscurs.\n    Le Buste de Mme M... est dû au délicat ciseau d'Eugène De Bremaecker :\nsa silhouette émerge avec grâce d'une draperie aux plis légers qui épouse chas-\ntement les formes du buste. Ceux qui restent, par Tuerlinckx, c'est l'associa-\ntion touchante de deux époux très vieux : groupe en chêne, sculpture trop\nabandonnée aujourd'hui.\n    Les Fleurs modelées et peintes, d'Eveline Penso, sont d'une scrupuleuse\nvérité! Aussi belles que nature, elles auront sur les fleurs de la création l'avan-\ntage de ne pas se faner !\n                                       . *\n"}, {"page_pdf": 807, "page_imprimee": 708, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2926, "texte": "708                                  DURENDAL\n\n\n\n    L e s b o i t e s d e S p a . — Un article récent sur la Grande délaissée —\nl'auteur visait par cette appellation l'industrie des bois de Spa en pleine déca-\ndence — attira mon attention sur l'exposition rétrospective organisée dans la\nville d'eaux.\n    Un art appliqué, purement local, y fleurit des siècles durant, suscitant de\nbons artisans, plutôt que des artistes (au sens créateur du mot).\n   On y fabriquait des cannes dès le XVIe siècle; tout promeneur devait s'en\nmunir à cause de la nature rocailleuse et escarpée du sol. Au XVIIe siècle, les\nbordoni ou fabricants de bordons (bâton, en wallon) les enjolivent et La\nBruyère y fait même allusion. Les magistrats en font présent aux personnes\nde qualité. Au XVIIIe siècle des cannes, ornées de devises galantes, sont offertes\npar les dames à leurs cavaliers servants ; — le mot flirt n'appartient pas encore\nau langage de ces précieuses ! L'Ordre des Bobelins était fondé (1).\n   Dès le début du XVIIe siècle, la fabrication des ouvrages de Spa comprenait\naussi des ustensiles de ménage tels que soufflets, brosses, passettes.\n   Plus tard on fabriqua des bibelots de luxe, des articles de parure féminine :\nc'étaient les jolités de Spa. Ce mot qui fleure le siècle de la Du Bary se\nretrouve pourtant déjà sous la plume de Hemricourt, dans son Miroir des\nnobles de Hesbaye.\n   A la fin du XVIIe siècle, « on remarque de plus en plus de diversité dans le\npetit mobilier sorti des ateliers spadois ». La nacre, l'écaillé, l'ivoire, rétain\nsont utilisés pour leur ornementation. Dès lors, l'ouvrier ne se confine plus\ndans les ouvrages en bois peints. Les laques de Chine sont imitées à leur tour\net les boites à poudre ou à thé sont décorées dans le goût chinois qui fit fureur\nau XVIIIe siècle.\n   Pierre le Grand, lors de sa cure à Spa, en 1717 (pendant laquelle il se dis-\ntingua par mille tours d'écoliers et des beuveries d'eau minérale), acheta\nforce bagatelles qu'il rapporta dans son pays. Bien mieux, il fit confec-\ntionner des boiseries pour l'un de ses palais. On ignore malheureusement\nlequel.\n   Le milieu du XVIIIe siècle marqua l'apogée de cette curieuse industrie. Les\nmeubles de toilettes y sont fort en vogue, et les ouvriers spadois, appelés toi-\nleti, en fournissent à de hauts personnages. Une de ces toilettes, en marque-\nterie probablement, fut acquise par l'impératrice Joséphine au prix de\n2,400 francs.\n   A partir de la Révolution, les étrangers se font rares non point que Spa ne\nserve de refuge à des émigrés, mais ils n'y amènent que leur infortune!\n   C'est le début de la décadence. Elle ne fait que s'accentuer au cours du\nXIXe siècle.\n                                        * *\n\n  L'idée de rassembler quelques objets d'antan fut heureuse; car si elle ne\ncontribue pas à régénérer immédiatement un métier d'art dont l'engouement\n\n\n  (1) Bobelin : sobriquet donné aux buveurs d'eau.\n"}, {"page_pdf": 808, "page_imprimee": 709, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3080, "texte": "                                REVUE DU            MOIS                        709\n\n\ns'est perdu avec l'originalité, du moins a-t-elle suscité un passé que nous n'au-\nrions pu soupçonner sans elle. Les objets de provenance spadoise sont proba-\nblement classés de par le monde sous les dénominations les plus fantaisistes.\n   Il y avait parmi les bibelots exposés de curieuses boîtes à sujets chinois du\nXVIIIe siècle, ou pompéiens du temps de l'Empire : les premiers à dessins\nd'or, les seconds en sanguine sur fond noir (Mlle Peltzer de Rossius).\n   Une magnifique boîte aux contours mouvementés portait une délicieuse\npeinture dans le genre de Boucher (M. Boulanger-Fraikin). Citons encore :\nune jolie table en citronnier avec cinq sujets peints sur la tablette; un bouquet\naux Heurettes sculptées, imitant la nature à s'y méprendre : merveille de\npatience due au ciseau de Mathieu Bordure; une boîte carrée avec magnifique\nencadrement Louis XIV, et portant le curieux monogramme (?)θεοκριος,non\nsignalé par Body dans son excellent opuscule sur les Ouvrages peints de Spa\n(Liége, 1898); une autre boîte aux armes d'un prélat (deux épées entre-\ncroisées) ; enfin de nombreuses vues de Spa exécutées à la gouache (M. Pittors-\nGernay).\n   A côté des anciennes, il y avait de jolies boîtes modernes en style Louis XVI :\nimitations agréables mais qui n'assureront pas, à mon avis, la rénovation de\nl'art spadois. Pourquoi les miniaturistes et les dessinateurs n'exécuteraient-ils\npas des sujets originaux empruntés à la vie moderne, aux sports par exemple,\net placés dans des décors spadois ?\n   Ces souvenirs de Spa auraient plus de chance d'être prisés par les amateurs\net recherchés plus tard par les collectionneurs qui n'aiment rien tant qu'un\nobjet portant nettement les caractères de son époque et dont on puisse facile-\nment identiher l'origine.\n                                           *\n\n   L ' E x p o s i t i o n d e s métiers d'art m a l i n o i s et d'art reli-\ng i e u x d e l a p r o v i n c e d ' A n v e r s . — On ne peut dire que Malines ait\ndonné une impulsion spéciale au mouvement général des arts. Elle a brillé, par\ncontre, dans certains métiers d'art, subissant l'influence de Bruxelles et de\nLouvain pendant le moyen âge, de l'Italie et d'Anvers pendant la Renaissance.\nElle affirme surtout sa personnalité dans les industries du bronze et du laiton,\nla fabrication des cuirs dorés et des dentelles.\n    Nous développerons rapidement ces points fondamentaux en passant la\nrevue des principaux objets exposés.\n\n                                            *\n                                        *       *\n\n   Malines n'a point compté de peintres notoires, à part les grands paysagistes\nHuysmans, qui n'étaient pas représentés ici. Elle ne peut revendiquer à son\nprofit les Fresques de l'hôtel de Jérôme de Busleyden, exécutées entre 1505\net 1517, généralement attribuées à Jean Gossaert, de Mabeuge.\n   Mais elle a vu naître les sculpteurs Alexandre Colin, et Lucas Fayd'herbe\n« qui s'entendait mieux que nul autre à animer la pierre des fougues rubé-\n"}, {"page_pdf": 809, "page_imprimee": 710, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3408, "texte": " 710                                  DURENDAL\n\n\n\n  niennes ». Malines fut probablement aux XVe et XVIe siècles un des centres\n  producteurs des œuvrettes de buis, si l'on en juge par le nombre de Christs\n  qu'elle possède encore. Signalons une série fort intéressante de chapelles à\n  reliques ou Jardins clos, de provenances diverses, mais tous brabançons.\n  Leurs dispositions, pleines d'imprévu, montrent l'ingéniosité charmante de\n  nos imagiers. Ces jardins servaient de décors à des scènes bibliques. Ils\n étaient fermés par une clôture en bois dont la forme est toujours la même\n (d'où leur nom).\n     On peut ranger le Souper du roi Midas, au duc d'Ursel, parmi les meil-\n leures tapisseries bruxelloises du XVIIe siècle. Des personnages mythologiques\n évoluent avec élégance dans un parc italien animé de jets d'eau, de statues,\n de cascades, et décoré de parterres à broderies. D'autres tapisseries nous rappe-\n laient encore le savoir-faire de nos artistes : aucune est-elle sortie des ateliers\n malinois ? Même incertitude pour ces ornements, ces chapes, ces chasubles aux\n orfrois et broderies somptueux. On sait par des documents contemporains que\n Malines comptait sept brodeurs en 1550 quand le duc Philibert de Savoie rit\n appel à leur concours. Mais qui déterminera jamais leurs œuvres? Admirons,\n en passant, la Chasuble de velours, brodée d'or et de soie polychrome, de\n l'église Saint-Pierre et Saint-Paul, à Malines (XVe siècle); les sujets représentés\n sont de véritables tableaux et semblent inspirés d'une œuvre peinte, s'ils n'en\n sont pas la reproduction; l'Ornement complet de l'église du Béguinage à\n Malines, un chef-d'œuvre du XVIIe siècle; la Chasuble d'or et de soie poly-\n chrome, brodée aux armes d'Albert et d'Isabelle (M. De Braey); enfin, l'Orne-\n ment de soie blanche de l'église Saint-Charles, à Anvers, travail de broderie\n d'une rare perfection exécuté, dit la légende, d'après les dessins de Rubens\n par sa femme Isabelle Brant. Toutes ces pièces sont dans un état de conser-\nvation remarquable.\n    Parmi les manuscrits d'origine malinoise, le Missel de l'abbaye de Parc,\nappartenant à la Bibliothèque royale, nous a particulièrement frappé. L'abbé\nAmbrosius de Angelis le fit exécuter, en 1539, par François Montford\nde Weert.\n    Pour mieux rester dans le cadre de notre sujet, nous ne citerons pas les\nbeaux spécimens de dinanderie et d'orfèverie étrangers à Malines, si ce n'est\nla Croix en vermeil offerte à l'archevêque de Méan par le roi Guillaume\n(il n'eut pas toujours autant d'égards pour les princes de l'Eglise!), et l'Insigne\nde la Toison d'or porté par le célèbre comte de Hornes. Ce bijou est formé\npar une perle baroque affectant la forme d'un agneau d'une façon étonnante.\nL'artiste n'eut qu'à y ajouter des pattes et des cornes en or pour achever un\ntravail que la nature s'était plu d'entreprendre.\n    L'industrie du bronze et du laiton devait avoir atteint un développement\nconsidérable dès 1254. puisque nous voyons cette année-là se fonder la\nConfrérie de Saint-Eloi, qui groupait tous les artisans du métal. L'existence\ndes fondeurs de cloches et des batteurs de cuivre est certaine depuis le XIVe siècle.\nOn voit alors les générations successives d'une même famille s'attacher avec\namour à leurs spécialités; c'est ainsi qu'on rencontre, des siècles durant, les\nnoms des Van den Gheyn et des Cauthals. L'apogée de leur art date du séjour\n"}, {"page_pdf": 810, "page_imprimee": 711, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "                                 REVUE DU MOIS                               711\n\n\nde Marguerite d'Autriche et de sa Cour à Malines; le déclin commence à sa\nmort en 1539.\n    Une spécialité vraiment propre à la ville fut la fabrication des cloches,\nmortiers et sonnettes. Certaines particularités permettent de les identifier\nfacilement. Ainsi, par exemple, les sonnettes des Van den Gheyn sont invaria-\nblement décorées de l'Annonciation ou de la représentation d'Orphée char-\nmant les animaux ; les manches sont formés par deux ou trois enfants adossés\nou par trois feuilles d'achante.\n   La fabrication des cuirs dorés, imitant ceux de Cordoue (1), connut, dès le\nXVIe siècle, un grand degré de prospérité, dû principalement au soin qu'on\nmettait à les préparer. L'apparition des toiles et des papiers peints leur porta\nun coup fatal.\n   L'orfèvrerie fut en honneur à Malines dès le XIVe siècle, à tel point que le\nmagistrat se faisait gloire d'offrir aux souverains et aux grands personnages\nles pièces ouvrées par ses orfèvres. Nous avons vu des argenteries de tout style,\nque la délicatesse de leurs ciselures et leurs élégantes proportions eussent fait\nprendre pour des produits français, n'était leur poinçon officiel.\n   D'autres branches de l'industrie malinoise pourraient encore solliciter notre\nattention : la ferronnerie, qui revendique Jean de Cuyper, célèbre armurier\ndu XVe siècle; les étains, dont sont faits de nombreux huiliers au XVIIIe siècle,\ntimbrés à la rose de Malines; la sculpture sur albâtre, qui subit fortement\nl'influence italienne. Ses représentants les plus distingués furent le Lorrain\nJean Morse, auteur du Retable de Saint-Martin à Hal, et Conrad Meyt\nde Worms, dont l'église de Brou — aujourd'hui désaffectée — conserve\npieusement les œuvres.\n    Nous nous arrêterons pour finir à la dentelle de Malines — la Reine des\ndentelles. « Dans le dernier quart du XVIIe siècle, après des tâtonnements, elle\nfinit par adopter une petite treille à maille hexagonale très légère et fine,\ncertainement la plus jolie de toutes celles faites aux fuseaux. Pour ses motifs,\nelle a recours de préférence à l'élément floral, notamment aux roses épanouies,\ndisposées en guirlandes ou reliées entre elles par des branchages feuillus. >> La\ndentelle connut un essor sans précédent sous Louis XV et la Régence, grâce\nà la mode des jabots et des cravates, puis sous le règne suivant, grâce aux\ngarnitures des robes et aux fichus Marie-Antoinette. La reine des dentelles\ndevint alors la dentelle des reines...\n    La malines se fait remarquer par une extrême finesse de travail : c'est un\nvrai réseau de toile d'araignée. On a peine à croire que les doigts de fée, qui\n manient épingles et fuseaux, appartiennent à des mains calleuses et ridées...\n Une Bande en dentelle à personnages, sujets tirés de la bible, sans indication\n de propriétaire (n° 1285), nous a particulièrement émerveillé.\n    Enfin, la section de folklore rappelait le passé, parfois plaisant de Malines :\n témoin le comique incendie de la tour Saint-Rombaut occasionné par... la\n\n\n\n  (1) De là vient cordouanier, cordonnier.\n"}, {"page_pdf": 811, "page_imprimee": 712, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1194, "texte": "712                               DURENDAL\n\n\n\nlune! Une intéressante Vue panoramique, appartenant à M. Cavens, donnait\nl'aspect de la ville au XVIIe siècle.\n\n\n   Dans la préface du catalogue, hautement instructif, les organisateurs de\nl'Exposition nourrissaient l'espoir de « jeter les bases d'un musée diocésain\nd'art religieux, où se conserveraient les vénérables reliques du passé mises\nhors d'usage par l'usure et exposées dès lors à la détérioration ou à l'éparpil-\nlement ». Ce serait une mesure préservatrice excellente. Trop de membres du\nclergé ont laissé gâcher les œuvres d'art dont ils étaient les dépositaires,\nheureux encore quand ils ne les vendaient pas à des brocanteurs. Il est temps\nde ne plus voir se renouveler des « réparations » de broderies comme l'Expo-\nsition de Malines nous en a fourni plusieurs exemples. Je suis persuadé que\ncertains restaurateurs indélicats renouvellent complètement la broderie, puis\nmettent l'ancienne en vente, à la grande joie des amateurs! Il y avait aussi\ndes statues et des retables outrageusement repeints, dont le spectacle était\naffligeant.\n                                                       FRANCIS H OUT ART.\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-012", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 712, "page_fin": 712, "titre_corps": "Revue du mois : Les Concerts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. de G.", "ancre_debut": "Premier Concert Populaire Il a ouvert le cycle Beet", "ancre_fin": "notre grand pianiste. G. 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Le programme du concert se composait de l'ouverture\nd Egmont, des deux premières svniphonies et du concerto en mi bémol. Ce\nvoisinage au programme de la première et de la seconde symphonie a fait\nressortir la supériorité considérable de cette dernière tant au point de vue de\nla noblesse des idées que de la personnalité du style. On a pris toutefois beau-\ncoup d'intérêt à la première svmphonie, peu connue et rarement jouée, où\nl'inspiration de Haydn refleurit en tout son charme de grâce naïve et de juvé-\nnile allégresse. Arthur Degreef a donné une interprétation ferme et généreuse\ndu triomphal concerto en mi bémol qu'il a rendu avec sa coutumière délica-\ntesse de colorations. Le public était nombreux et enthousiaste, acclamant\nLohse, son orchestre et notre grand pianiste.\n\n                                                                   G. 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Mais par le temps\nqui court, c'est déjà quelque chose.\n   Cette reprise, à quoi on ne s'attendait guère, a eu un vif succès, où l'inter-\nprétation entra pour une bonne part. Ces quatre actes alertes furent enlevés\ncomme il importait qu'ils le fussent : avec un brio endiablé. Dans l'ensemble\nhomogène de la bonne troupe du Parc, citons M. Hébert, un sénateur\nLabosse extrêmement distingué et d'une sobre élégance ; M. Gournac, un abbé\nplein d'onction, et M. Séran, très bien en ministre. Mlle Demay, qui est bien\njolie et rit à ravir, a prêté sa grâce mutine à Léontine Falempin, et Mlle Labady\ncomposa une Pauline de Glaves fort amusante.\n   En résumé, puisque les enfants ne sont pas là, nous dirons que ce fut une\nsoirée charmante.\n                                           *\n                                         * *\n\n  Le « Goût du vice », d'Henri Lavedan. — Dans cette pièce-ci,\n qui est encore du genre léger, l'intention moralisatrice qui perce dans la plu-\npart des œuvres signées du nom d'Henri Lavedan, transparaît plus nettement\nque dans le Vieux Marcheur. Ici, vraiment, tout en gardant sa manière bril-\nlante et joyeuse, M. Lavedan se plaît à ridiculiser un des plus sots travers de\nce temps, qui en a mille : la fanfaronnade du vice. La vertu, aujourd'hui, est\nsi peu à la mode, — « si mal portée », dit-on — qu'il se trouve des braves\ngens qui, pour paraître dans le train, font semblant, devant le monde, d'être\nsinon des canailles, tout au moins des dévergondés : tels ce bon Lortay et sa\nfemme, qui feignent tous deux les pires folies, une absence complète de scru-\npules, et qui se donnent tant de peine pour avoir l'air vicieux, jusqu'à ce\nqu'enfin, las l'un et l'autre d'un rôle idiot, ils se montrent tels qu'ils sont, de\nbons bourgeois rangés.\n   M. Henri Lavedan, qui n'a jamais été un moraliste sévère, ne fustige nos\ndéfauts qu'avec des tiges de fleurs : l'esprit semé à profusion dans ces quatre\nactes qui, tout compte fait, composent à peine une comédie — cet esprit fait,\ndu Goût du vice, une pièce extrêmement amusante et morale... par sa con-\nclusion.\n   Interprétation excellente. Mlle Marthe Régnier, une vedette parisienne, fut\nexquise de charme et de naturel dans le joli rôle de Mme Lortay, fanfaronne\ndu vice, Mme Angèle Renard, toujours très distinguée, fut une vieille maman\nindulgente et tendre, des plus sympathique. Et M. Scott, décidément en grand\nprogrès, composa un Lortay tout à fait réussi. Mlle Ladini, enfin, une nou-\nvelle pensionnaire du Parc, a paru gentille et intelligente.\n                                                                          F. A.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-014", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 714, "page_fin": 715, "titre_corps": "Revue du mois : Les Revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "X.", "ancre_debut": "Les Revues — L'Indépendance. Un admirable chapitre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 813, "page_imprimee": 714, "debut_caractere": 79, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "Les Revues\n   — L'Indépendance. Un admirable chapitre de M. Vincent d'Indy sur\nla Missa solemnis de Beethoven, ce grand poème catholique. Des Images de\nBohême de M. Paul Claudel, dont un poème sur saint Wenceslas :\n\n   Tiens bon, Tchèque obstiné ! ne lâche point Vanneau Wenceslas !\n  Prie vertigineusement dans le Ciel pour le grand désert de blé tout en bas,\n  Avec ses dures petites vallées soudain et ses larges étangs dormants,\n  Pour la Bohème qui est assise entre ses quatre forêts et qui attend ;\n  Pour les hommes ardents et fourbes et pour les grosses femmes aux yeux\nbleus,\n  Pour le désert de blé immense et platitudineux !\n   Tout est plat, mais Von voit tout seul sur le ciel un long clocher comme\nune fleur d'oignon,\n  Et (loin de la ligne noire des sapins) une mare avec l'auberge et trois\nmaisons,\n   Où commence par une croix de bois la route qui mène jusqu'à Dieu,\n   Bordée de tristes pommiers qui s'en vont indéfiniment deux par deux.\n\n   — Le Mercure de France. L'Œuvre et la Morale d'Octave Mirbeau,\npar M. Ernest Gaubert : « Des conflits d'un sang païen et d'une âme mystique\nl'œuvre d'Octave Mirbeau est née... »\n   — Le Catholique. Un poème de M. Pierre Nothomb; un article convaincu\nde M. Elie Baussart sur le Devoir des jeunes.\n   — Les Rubriques nouvelles. La Poésie de demain, par M. Alexandre\nChignac : il s'agit évidemment de M. Nicolas Bauduin.\n   — La Revue des Français. Un article de M. Alfred de Tarde sur les\nfrères Tharaud.\n   — La Nouvelle Revue française. Un Hymne à la Douleur de la com-\ntesse de Noailles. Faible.\n   — L a Jeune Wallonie publie un numéro très soigné à l'occasion de l'Expo-\nsition d'art de Charleroi. Nous trouvons dans un coin une note savoureuse à\nnotre sujet. Et dans un autre un compte rendu du Congrès des Amitiés fran-\nçaises, où l'on retrouve le style élégant de M. Van Beneden (baron Charles) :\n « Quand le baron van Beneden voulut prendre la parole pour soutenir que la\ngriffe de l'Empereur d'Allemagne se reconnaissait dans toutes les menées\nflamingantes, les Français, lassés à tort d'une discussion où leur patrie était\npourtant fortement en jeu, demandèrent la clôture à cor et à cri, ce qui amena\ncette invective de l'orateur : \" Parmi les flamingants on trouverait des Français\n » espions au service de l'Allemagne! » Le désordre en ce moment-là était\nredevenu indescriptible... » « Le spirituel et charmant M. Wilmotte... » « Le\nnom de M. Masson, député wallon de Mons, frottant la manche du flamin-\ngantisme dans l'espoir de lui plaire un jour comme ministre... » « Une équipe\n"}, {"page_pdf": 814, "page_imprimee": 715, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1442, "texte": "                             REVUE DU      MOIS                           715\n\n\nenragée de sympathie pour M. Masson, à laquelle se mêla même M. Roland\ndes Marès... » « Un vœu très utile de M. Gérard Harry pour l'impression\nd'une feuille flamande de défense du français. Nous nous y sommes ralliés de\ntout cœur et donnerons volontiers l'hospitalité chez notre éditeur flamand,\nM. Andelhof, à ceux qui voudraient écrire un article dans ce but... » « ... Le\nconseil provincial du Hainaut présidé par la barbe de M. Homais... », etc.\n    — Dans la Belgique artistique et littéraire, M. Marcel Angenot, dont le\n« bourgeon de gloire » a déjà été célébré, nous annonce qu'il « éprouve au delà\nde ses sens ». Qu'est-ce qu'il éprouve?\n    — Dans les Marches de l'Est, M. Georges Ducrocq publie un compte rendu\nplein de mesure du Congrès de Mons.\n    — Les Bandeaux d'or. M. Albert Gleizes fait l'apologie des cubistes.\n    — La Nef. En marge de Corneille, par M. Guy de Schoutheete. Où\ndiable avions-nous déjà lu cela? Un remarquable sonnet de M. Jean de Jaer.\n    — La Revue générale. « Isabelle, de M. André Gide, vaut peu, certai-\nnement... » Dixit M. Emile Faguet. Un amusant éreintement de notre ami\n M. Pierre Broodcoorens, par M. Eugène Gilbert. Le spectacle est rare, mais\n il vaut la peine...\n    — La Vie intellectuelle. Des vers charmants de M. Théodore Maurer.\n\n                                                                          X.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-015", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 716, "page_fin": 722, "titre_corps": "Le Drageoir aux épices", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Le Petit Épicier", "ancre_debut": "Le Drageoir aux Épices Je lis dans la Jeune Wallonie", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 815, "page_imprimee": 716, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "Le Drageoir aux Épices\n\n   Je lis dans la Jeune Wallonie :\n   « S'il y a la drache nationale il y a aussi la grillade nationale. Et ceci décou-\nrage les pires énergies. Le Dépottoir du Petit Épicier (sic) a même oublié en\njuillet de nous envoyer ses compliments. Ceci nous fait une peine immense.\nMais on me dit d'autre part que l'Epicier est en voyage de noce. Dès lors le\nsilence du Drageoir (sic) ne nous étonne plus. La guêpe n'étant plus là,\nDurendal redevient une brave et honneste dame que l'on respectera. »\n   Ce « drageoir qui se tait » et ce « dépottoir qui oublie d'envoyer ses compli-\nments » nous prouvent à suffisance que la Dame de pique n'est pas en voyage\nde noce.\n                                          *\n                                         * *\n\n   Le charbonnier Taymans, qui est bien l'une des personnalités les plus\nmarquantes du monde des arts en Belgique, vient — par une lettre du plus beau\nstyle et avec un timbre de dix centimes pour la réponse — de se rappeler à\ntous et à chacun des écrivains de» chez nous. Ce précieux document a été\nretenu sur la pente de mon bac à vieux papiers par mon désir très légitime\nde le mettre sous les yeux des populations. Après avoir énuméré ses mérites\nartistiques l'ingénieux charbonnier remercie, demande, promet :\n   \" La moindre obligation que j'ai contractée envers les écrivains belges, c'est\nde les tenir au courant de la campagne que j'ai entreprise en 1905, campagne\nqui a obtenu les plus chaudes, les plus flatteuses approbations de presque tous\net à laquelle je donne le meilleur de mon temps et de mes enthousiasmes. Je\nserais heureux de pouvoir vous faire parvenir, en même temps qu'à tous vos\nconfrères de Bruxelles, — qu'ils furent (sic) de l'album ou non — le Montald\net les quatre bas-reliefs parus depuis 1908. Le tout vous sera présenté très\nprochainement et je me permets d'espérer que vous voudrez faire bon accueil\nà mon envoi.\n   » Si je ne craignais d'abuser de votre bonne obligeance, je me permettrais\naussi de placer sous vos yeux une liste des adresses plus ou moins parfaites\nde vos confrères en lettres et de vous demander d'y faire telles modifications\nou additions que vous jugeriez utiles. Je serais très heureux aussi s'il pouvait\nvous convenir d'y ajouter des noms de confrères habitant Bruxelles, avec, si\npossible, leur adresse. J'enverrais les œuvres à tous, même à de tout jeunes\ngens qui seraient à leurs primes débuts. Oserais-je vous prier de vouloir me\nrenvoyer la liste?\n   » Je compte saisir l'occasion que me fournira l'envoi pour vous adresser une\n"}, {"page_pdf": 816, "page_imprimee": 717, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "                        LE DRAGEOIR AUX ÉPICES                             717\n\n\nsorte de rapport sur les résultats pratiques, au point de vue réclame, de ma\ncampagne de diffusion d'art. Beaucoup de personnes, à tort ou à raison, n'ont\nvoulu voir qu'une campagne purement de réclame en mes distributions\nrépétées de bas-reliefs. Il vous intéressera certes de savoir ce que valut au\npoint de vue mercantile la campagne dont j'ai pris l'initiative. Il serait\névidemment préférable de ne point s'occuper de cet aspect des choses, mais la\nquestion me fut tant de fois posée que, alors qu'il m'en coûte beaucoup,\nj'aime à en entretenir les écrivains belges qui tous, soit par leurs collabora-\ntions à l'album de 1908, soit de dix autres manières, m'ont donné la force de\npersévérer alors qu'ils ignoraient que j'avais grandement besoin de leurs très\nprécieux encouragements... »\n   N'est-ce point éloquent et bien écrit? On jurerait vraiment que M. le capi-\ntaine André a donné au charbonnier des leçons d'orthographe et de style.\n   En tout cas ce dont nous devons être le plus reconnaissant à M. Taymans\nc'est de nous avoir donné le catalogue complet de nos célébrités littéraires, le\nBottin des gens de lettres. Ce relevé est fort éloquent. Il nous apprend qu'il y\ny a à Bruxelles cent et quinze personnes exactement que le charbonnier\nappelle Cher Maître, et il nous révèle les noms et adresses de plusieurs grands\nhommes encore inconnus. Connaissez-vous M. Baudoux? il habite rue du\nChamp-du-Roi; M. Deroux? ruede la Presse; M. Duchesne? chaussée de Vleur-\ngat. M.Dujardin,qui habite rue de l'Education, ne nous a jamais été présenté, et\n M. Dutroncquoy (68, avenue Brugmann) ne nous a pas envoyé ses œuvres.\nM. Grosjean demeure aussi avenue Brugmann, mais au n° 265, vous\nserez bien aise de le savoir. Et si vous désirez rencontrer M. Hubens, poète\nicarien, il faut aller sonner 96, rue des Ailes. Nous avons la douleur d'ignorer\n M. Van Langendonck (7, rue Murillo) et nul n'est plus marri que nous de\nsavoir que M. Wauters (71, rue Paul-Lauters) n'a pas été proposé pour le\nprix Nobel. Ajoutons un détail précieux que nous connaissons grâce au\ncharbonnier Taymans : M. Maurice Wilmotte habite rue de la Ferme. Le\ndistingué professeur (où sont ses vingt mille membres?) s'est retiré dans\ncette rue symbolique à la suite du Congrès de Mons, où personne ne lui a\ndemandé de discours.\n                                         *\n                                        * *\n\n   CONFIDENCES SUSPECTES. — Le désœuvré intrépide qui parvient à pour-\nsuivre — à travers quel fatras! — la lecture de la Théâtromanie de M. Léon\nLegavre, jusqu'à la page 238, en est récompensé par ces exceptionnelles\nconfidences :\n   « Nous n'avons pas combattu sous les murs de Troie ni aux Termopyles.\nLe vertueux Caton ne fut pas notre hôte et nos chars n'ont pas couru sur la\nroute de Capoue à Rome, où il y avait trois mille croix dressées pour le châti-\nment des esclaves. Nous n'avons pas été légionnaires sous les aigles et nous\nn'avons pas suivi Scipion en Afrique, Paul-Emile à Corinthe, Crassus en\nEspagne, César en Gaule, Germanicus au delà du Rhin, Antoine en Egypte.\nNous n'avons pas eu notre part de la grande orgie impériale. Sans nous les\nBarbares conquirent l'Occident et sans nos femmes « la Gaule fait des Gaulois »\n"}, {"page_pdf": 817, "page_imprimee": 718, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3014, "texte": "7i8                                 DURENDAL\n\n\n\n Le moyen âge s'achève sans que nous ayons entendu l'appel véhément de Pierre\nl'Ermite. Nous ne sommes pas sur les caravelles de Christophe Colomb per-\ndues dans le désert atlantique, ni aux côtés de Luther à Worms. Nous n'applau-\ndissons pas les drames de Corneille ni les comédies de Molière. Nous n'avons\npas fréquenté les encyclopédistes. En 1789, nous ne chantons pas la Marseil-\nlaise avec les paysans de France. On ne nous voit pas à l'Assemblée nationale,\nni aux Jacobins, ni à la Convention, ni sur les champs de gloire de la Répu-\nblique, ni dans l'ombre rouge de la guillotine. Puis, c'est l'épopée impériale,\nWaterloo, 1830, 1848, la fondation de l'Internationale des Travailleurs, 1870,\nla Commune de Paris; nous n'y sommes point... »\n   Mais alors, monsieur Legavre, que faisiez-vous?\n   Au fait, oui, après tout, je me le demande, qu'est-ce qu'il a bien pu faire\npendant tout ce temps. Ça n'est pas clair...\n\n                                            *\n                                        *       *\n   M. Edmond de Bruyn excelle aux juxtapositions piquantes : De la jupe\ndivisée et de l'idéal grec, un essai paru hier, est appelé à faire sensation dans\nle monde des archéologues et dans celui des couturiers.\n   Les travaux d'érudition de notre éminent confrère ne doivent pas s'arrêter\nlà : ils passeraient en revue, tour à tour les divers articles de toilette et d'ameu-\nblement des Hellènes, considérés dans leurs rapports avec les idées de l'époque.\nDéjà M. Edmond de Bruyn, qui nous réserve plus d'une surprise, met la\nmain à un grand travail, provisoirement intitulé : L'idéalisme platonicien et\nla sandale à double semelle des courtisanes de Tanagra. Rattacher la\nchaussure des belles Tanagréennes aux métaphysiques transcendantes : le geste\nest du dernier galant.\n   On chuchote dans certains milieux que notre étincelant essayiste, abordant\nun domaine encore inexploré, prépare en même temps une étude d'une\nnouveauté sensationnelle : Les cabinets à chasse d'eau des palais du roi Minos\net la création des mythes... Les chasses d'eau, source des mythes : voilà un\nrapprochement tout à fait imprévu. Mais on n'attendait pas moins de\nM. Edmond de Bruyn.\n                                         *\n                                        * *\n   M. Léon Souguenet écrit dans l'Eventail :\n    « Hugo recevant Leconte de Lisle à l'Académie, lui disait : Vous avez créé\nun frisson nouveau. »\n    Pardon, pardon, mon cher confrère! D'abord, c'est à Baudelaire que Victor\n Hugo décerna ce compliment. Et puis, le poète des Contemplations n'a jamais\n reçu à l'Académie le dramaturge des Erynnies, pour la raison peut-être\n unique, mais assurément suffisante, que Leconte de Lisle prit précisément,\n sous l'auguste coupole, la place laissée vide par Victor Hugo. Celui-ci, qui ne\n se souciait pas de voir s'asseoir dans son fauteuil un quelconque auteur de\n cantates, désigna lui-même, pour lui succéder, le chantre olympien des\n Poèmes barbares.\n"}, {"page_pdf": 818, "page_imprimee": 719, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "                        LE DRAGEOIR AUX ÉPICES                              719\n\n\n   Et ce fut Dumas fils qui reçut Leconte de Lisle. Son discours est resté\nfameux, et l'ironie académique n'eut jamais de traits plus cruels. Dumas, au\nfond, n'aimait pas le successeur de Hugo, et il le lui fit bien voir : « Puisque\nvous aspirez, lui dit-il en substance, au bienheureux néant, libre à vous d'y\nentrer!... Mais, en réalité, vous êtes content de vivre, puisque vous êtes\nici, et même très fier d'y être... Eh bien! monsieur, confessez que l'existence a\ndu bon! Cessez, si vous le pouvez encore, de blasphémer la Providence!\nReconnaissez que la vie ne vous est pas tant à charge, puisque vous vous\ndonnâtes la peine de faire de fastidieuses visites pour conquérir le droit de\nsiéger parmi nous! Vous y voilà enfin, et tout est pour le mieux. Vive Dieu!\nmonsieur, c'est le cas de le dire ! »\n   Evidemment, il est permis d'ignorer ces toutes petites choses. Mais il n'est\npas défendu de n'en point parler non plus.\n                                          *\n\n   M. Joseph Chot écrit à propos de M. Albert du Bois (comte du pape) :\n   « Ce sera l'éternel regret de ma vie de n'avoir connu que trop tard cet\nécrivain exceptionnel... auteur des Rapsodies passionnées, poèmes admi-\nrables... du formidable Cycle des douze génies..., de Rabelais, drame magni-\nfique joué dans la France entière... de la Conquête d'Athènes, cette pièce\nprestigieuse... etc. »\n   Eh ! de grâce, ne vous essoufflez pas ainsi, mon cher confrère!...\n\n                                      *       *\n   De l'adorable Voyage aux Iles Salvages, de notre ami M. van Beneden\n(baron Ch.).\n   « La République portugaise, grand enfant malappris, peu intelligent, dont\nla moelle était pourrie en naissant, n'est sympathique à personne et, dans les\ngrands empires qui ont à parler, personne ne défendrait qu'on la chassât, d'un\nendroit où elle n'a même pas un water-closet. Envoyer coucher le Portugal à\nla façon de Dom Bazile, le roi Rocha Machado resterait seul vis-à-vis des\namateurs soutenu toutefois par l'allié de son indépendance. Tel est le rêve;\nmais :\n                        Les présages, les songes\n                       Ne sont pas que mensonges\n                        Des faits bien épatants\n                        L'ont prouvé de tout temps.\n   Le lieutenant Bretel se mit au piano et me chanta tout ce chœur déli-\ncieux... »\n   « ...Tout le monde connait l'histoire de saint Pierre le Galiléen rencontré à.\nla pêche avec son frère André par Jésus-Christ qui se promenait au bord de là\nmer et qu'appela Jésus en lui disant : « Suivez-moi et je vous ferai pêcheur\nd'hommes. » Dans plusieurs églises, entre autres à Turnhout, où nous nous\néditons, cette scène . fut représentée en peinture ou en sculpture... »\n"}, {"page_pdf": 819, "page_imprimee": 720, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "720                                DURENDAL\n\n\n\n   « ...Puissent les Homais de la République portugaise laisser la paix à ces\nvieux usages, Homais dont l'incommensurable loufoquerie du pouvoir violant\ntous les domaines de la vie, chaque jour marche sur la poésie et sur les droits\nde la liberté personnelle!... »\n  Que n'étions-nous à la place du lieutenant Bretel, le compagnon de voyage\ndu délicat écrivain!...\n                                           *       *\n\n   Les plagiaires, les crétins et les élèves de rhétorique, dont un certain Gode-\nfroid réunit les œuvres au Patriote illustre, sous le titre de Petite Anthologie\nbelge, se sont augmentés d'une unité. Ce poète nouveau est « M. Auguste\nFrerotte, de Rochefort ». Il se révèle par un tableau de genre d'un charme\npénétrant :\n                        LA « SCÈNE DE L'ÉGLISE »\n\n               File aimait la musique et se nommait Elise.\n               Elle affectionnait la « scène de l'église » ;\n               Quand son père venait auprès d'elle s'asseoir\n               Et qu'elle jouait « Faust » au piano le soir,\n               Souriante, sachant qu'il ne la goûtait guère,\n               File la reprenait pour taquiner son père...\n               La jeune espiègle est morte... Pauvre père ! parfois,\n               Etranglé de sanglots, pâle et presque sans voix,\n               Tandis que dans un coin la mère pleure Elise.\n               C'est lui qui veut jouer la « scène de l'église » !\n\n  Et l'on prétend que la Poésie est morte !\n                                               *\n                                       *           *\n  Le dernier avatar du docteur Valentin :\n  Nous croyions défunt depuis longtemps ce bon praticien namurois. Les\njournaux du 9 novembre nous ont révélé que ce vieux débris de nos luttes\nexistait encore. Il est, parait-il, secrétaire général de la « Ligue internationale\ncatholique pour la paix. » Il habite à Uccle, n° 186, avenue des Fleurs...\n  Avenue des Fleurs ! Date lilia manibus plenis...\n\n                                       *           *\n\n   Miss Lilybrecht et M. F.-Ch. Morisseaux ont remporté à eux deux tous\nles prix du concours dramatique organisé par la Grande-Harmonie. Ils ont\nd'ailleurs un talent tout à fait à la hauteur de cette institution bour-\ngeoise.\n                                               *\n                                       *           *\n Le R. P. Sylvain Borrmariage — chacun sait que notre talentueux et\nmodeste confrère est devenu un défenseur de la Religion et des mœurs —\n"}, {"page_pdf": 820, "page_imprimee": 721, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "                        LE DRAGEOIR AUX ÉPICES                                721\n\n\ndonne son avis, dans la Renaissance contemporaine, sur les poursuites inten-\ntées à M. Charles-Henry Hirsch, pour un conte immoral paru au Journal. Il\nécrit :\n   « Si M. Ch.-H. Hirsch a vraiment la puissance de description... ses qualités\nd'artiste ne rendent-elles pas plus dangereuses les tendances de ses écrits et\nplus certaines encore les influences néfastes qu'ils pourraient exercer sur des\nâmes faibles ou trop sensibles? Il est triste de voir un talent réel mis au service\nde cette curiosité malsaine de sensations nouvelles qui caractérisent fort bien\nen somme la mentalité de nos contemporains.\n   )) Trop rarement ceux qui écrivent se rendent compte de leur responsabi-\nlité... Le choix des sujets de la plupart de nos écrivains est bien fait, il faut\nl'avouer, pour corrompre ou tout au moins pour indigner, etc., e t c . »\n   Cela continue ainsi pendant quatre pages et après un examen sévère, le\n R. P. Bonmariage donne à son pénitent une absolution pompeuse : « Je sais\nbien que les intentions de M. Ch.-H. Hirsch sont pures... »\n   N'est-ce point là un spectacle consolant et profondément édifiant. Après\n M. Paul André M. Sylvain Bonmariage a trouvé le chemin de Damas...\n\n                                         *\n\n   M. Firmin Van den Bosch fait un petit voyage au mont Sinaï pour y recher-\ncher les Fantômes de Genèse.\n                                        *\n                                      * *\n   Le bruit a couru ces jours derniers qu'un grand écrivain et un grand peintre\nallaient être nommés barons par Sa Majesté. On parlait en même temps de\nMM. Warocqué, Solvay, Coppée, Brugmann, May et autres amateurs de\nlettres. Quel écrivain? quel peintre? Des quantités de canards ont été lancés\npar des amateurs de couronnes. Mais la situation s'est précisée. Pour l'écri-\nvain on hésite encore entre M. Georges Ramaekers et M. Pierre Broodcoorens.\nQuant au peintre il est acquis dès aujourd'hui que ce sera M. Henry de Groux.\n\n\n\n   On a parlé de M. Georges Eeckhoud. Mais il paraît que ce n'est qu'un baron\nd'essai.\n\n\n   Comme M. Descamps-David est déjà baron, ce n'est certainement pas lui.\n\n                                         *\n                                        * *\n  Le joaillier habituel de M.Georges Ramaekers cherche une combinaison\nentre la couronne mystique et la couronne de baron. Il se propose d'y sertir\nquelques gemmes éternelles.\n                                      *\n"}, {"page_pdf": 821, "page_imprimee": 722, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1845, "texte": "722                              DURENDAL\n\n\n\n   M. Jules Sottiaux vient de publier un livre épique : La Wallonie héroïque.\nIl paraît que Verhaeren, qui en connaissait le manuscrit, s'en est inspiré dans\nToute la Flandre. La Wallonie héroïque est un des livres les plus originaux\nque nous connaissions. Une nouveauté d'expressions, d'érudition et d'images\nle rend même un peu déconcertant : Des cris s'élèvent jusqu'au fond..; Du\nhaut des châteaux montent des barcarolles; Les Nerviens sont armés d'espa-\ndons; Le sang turc coule à Poitiers; Les immeubles marchent : le peintre\nlombard\n               Suivi de son école admirait notre ciel.\n\n  On se demande par quel prodige (Josué se contentant d'arrêter le soleil)\nM. Sottiaux fait s'étendre le soir l'ombre de Napoléon de Fleurus vers Mont-\nSaint-Jean, de l'Est à l'Ouest :\n\n              Du Moulin de Fleurus d'où s'allongeait son ombre\n              Vers Mont-Saint-Jean comme une mer...\n\n  Le poète de la Wallonie héroïque est d'ailleurs un grand stratège et a des\nmoyens de défense une conception géniale et inédite :\n\n              Mais les batteurs de cuivre et les dinanderies,\n              Rien n'arrêta le duc Philippe de Bourgogne...\n\n   (Heureusement qu'il restait les couques de Dinant!)\n   A partir de notre prochain numéro nous publierons régulièrement, à l'in-\nstar du Mercure de Finance, un Sottiausier universel.\n\n                                          *\n                                      *       *\n   M. Maurice Maeterlinck a refusé le prix quinquennal et la croix de l'ordre\nde Léopold. On raconte que, logique avec lui-même, il vient de refuser le\nprix Nobel. Que n'attribue-t-on alors celui-ci à M. l'artilleur André (Nobel\nfut fabricant de dynamite) ou à l'être mystérieux qui signe :\n\n                                                        LE PETIT    ÉPICIER?\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-016", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 723, "page_fin": 725, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES            LIVRES  L e s M a î t r e s d e l ' h e u r e , Es", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 822, "page_imprimee": 723, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "LES            LIVRES\n\nL e s M a î t r e s d e l ' h e u r e , Essais d'histoire morale contemporaine\n  (Pierre Loti. — F e r d i n a n d Brunetière. — Emile Faguet. — E u g è n e Mel-\n  chior de Vogué. — Paul Bourget), par VICTOR GIRAUD. — ( P a r i s , Ha-\n  chette et Cie.)\nPages choisies de Chateaubriand, avec une introduction, des\n  notices et des notes, par VICTOR GIRAUD. — (Paris, Hachette et C ie .)\nChateaubriand : Mémoires d'outre-tombe, pages choisies, avec\n  u n e introduction et des notes, par VICTOR GIRAUD. — (Paris, H a c h e t t e\n  et Cie.)\n   Auteurs et lecteurs se plaignent couramment et non sans raison des cri-\ntiques. On dit aussi qu'il n'y en a p l u s . C'est faux. Jamais il n'y en eut davan-\ntage. Il y en a même t r o p . T o u t ce qui tient u n e plume s'improvise j u g e de\nses confrères. L e s u n s voient blanc, les autres noir. Celui-ci crie au miracle,\ncelui-là au scandale devant la même œuvre qui le plus souvent ne mérite ni\ncet h o n n e u r ni cette indignité. Ils parlent patois, argot, espéranto, quelque-\nfois français : c'est la critique de Babel... Mais laissons les folliculaires à leurs\nfollicules. E t q u a n d un livre de vrai critique paraît, saluons-le respec-\ntueusement. Si, nous avons encore en F r a n c e des critiques et parmi eux,\nau premier rang, celui des maîtres qu'il convient d'écouter : M. Victor\n Giraud.\n   E n quelques mois, il nous a donné trois volumes, des Pages choisies de Cha-\nteaubriand, des Pages choisies des Mémoires d'outre-tombe, avec des savantes et\nattrayantes introductions et enfin u n livre d'essai d'histoire morale contem-\nporaine : les Maîtres de l'heure, qui est un des ouvrages les plus importants qui\nait paru, en critique, depuis dix ans.\n   L'an dernier, M. Victor Giraud nous avait offert des Pages choisies de Taine\net une suite d'études d'histoire morale : Biaise Pascal, quatrième volume qu'il\nconsacrait à l'auteur des Pensées. M. Giraud est un des plus sincères et des plus\néloquents pascalisants.\n   C h a t e a u b r i a n d qui, depuis le livre envieux de Sainte-Beuve, a subi la\nplus injuste éclipse, doit au jeune critique une grande partie d u regain\nde sa gloire. M. Victor Giraud avait publié trois ouvrages sur Chateau-\nbriand avant les deux recueils de cette année. U n sixième volume est en\npréparation : le Christianisme de Chateaubriand, étude critique sur l'histoire des\nidées religieuses d a n s la littérature française des XVIIIe et XIXe siècles.\n   Il s'est fait aussi l'éditeur des Pensées de Bossuet, de celles de J o u b e r t et des\nConfessions de saint Augustin. Enfin il a publié des notes et des souvenirs sur\nFerdinand Brunetière, son maître à jamais vénéré.\n   Les procédés de travail de M. Victor Giraud apparaissent clairement. E t\nd'abord il considère que ce n'est pas assez de lire u n e fois les œuvres dont\nil désire parler ou qu'il veut faire connaître: il compulse les diverses éditions,\ncompare les textes, recherche les causes des variations, compare les j u g e -\nments portés sur ses auteurs, analyse leur vie, considère le temps et le milieu\noù ils ont évolué, à l'affût de la plus banale lettre inédite, du moindre témoi-\n"}, {"page_pdf": 823, "page_imprimee": 724, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3452, "texte": "724                               DURENDAL\n\n\n\ngnage d'un contemporain loyal. Du champ qu'il laboure, il enlève conscien-\ncieusement les ronces et les cailloux, ce qui lui permet de pénétrer plus pro-\nfondément dans la terre et, au grain qui va être semé, de lever plus régulière-\nment, plus aisément, plus fièrement.\n   Et ce qui pousse sur ce terrain si bien préparé, ce n'est pas une glose gros-\nsière et de vulgaires compliments, c'est la fleur même du sol. L'auteur se\ndresse, avec dans ses mains son œuvre intacte et lumineuse.\n   Lisez les introductions de ces deux volumes de Pages choisies, qu'il faut\navoir dans sa bibliothèque, même si l'on possède un Chateaubriand complet.\nVous vous trouvez en face d'un ami, intime et respectueux, et qui sait par\ncœur tout l'homme et toute l'œuvre. Il a fait tenir en deux fois trois cents pages\n« tout le vivant » des ouvrages du maître illustre. Il y a conservé et même\nrendus plus sensibles « le rythme et le mouvement de l'œuvre intégrale ».\n« A faire quelques plis de moins, dit l'avisé commentateur, l'ample manteau\ndu poète n'en paraîtra pas moins somptueux et à être un peu plus sobre, son\nverbe n'en paraîtra pas moins éclatant. »\n   Il est excellent, par le temps qui court, de se mettre au régime Chateau-\nbriand. Remercions donc le critique d'avoir fait pour nous tous, les lecteurs,\nce que chacun de nous aurait dû faire en extrayant de tant de beaux volumes,\nun peu lourds à manier, la quintessence du génie. M. Giraud nous le dit lui-\nmême : « A une heure où l'on paile beaucoup de la « crise du français », où,\nà n'en pas douter, chez les nouveaux venus, la langue fléchit d'une façon par-\nfois bien inquiétante, il n'est peut-être pas de grand écrivain que l'on puisse\nplus utilement étudier que Chateaubriand. »\n   M. Victor Giraud n'est pas de la race absurde des critiques négatifs. Il\nchoisit pour les mieux faire connaître les écrivains qu'il aime le mieux,\nPascal, Chateaubriand, et en agissant ainsi il poursuit un double et noble\nbut : honorer le grand homme d'hier et être utile aux hommes d'aujour-\nd'hui.\n                                         *\n                                        * *\n   On sent aussi du respect et parfois de la vénération dans les pages de cri-\ntique que M. Victor Giraud consacre à nos cinq grands contemporains Fer-\ndinand Brunetière et Melchior de Vogüé, morts récemment, et aux bien\nvivants, Dieu merci, Pierre Loti, Emile Faguet et Paul Bourget.\n   Nous n'entrerons pas dans l'analyse de ces superbes études, solides comme\ndes statues de bronze, coulées par l'admiration consciente d'un critique, élo-\nquent interprète de son temps. Disons seulement un mot de son dessein\ngénéral. Il s'est proposé d'étudier les vedettes littéraires d'une même généra-\ntion, celle qui eut vingt ans en 1870, qui a produit aux environs de 1890 la\nplupart de ses œuvres maîtresses et « à qui nous devons, nous autres qui\nvenons d'atteindre la quarantaine, les impressions les plus vivantes et les\nplus durables que nous ayons emportées des livres ». « Ceux dont j'ai essayé\nou dont j'essaierai (car leS Maîtres de Vheure auront un second volume, où l'on\nverra sans doute, entre autres, Anatole France, Jules Lemaître et Maurice\nBarrès) de fixer le portrait ont été vraiment nos maîtres à penser et à écrire;\nils ont élevé notre intelligence, façonné notre sensibilité; c'est par leurs yeux\nque nous avons commencé à voir le monde et la vie, l'art et la science, la\n"}, {"page_pdf": 824, "page_imprimee": 725, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3633, "texte": "                                  LES LIVRES                                 725\n\n\nsociété et la morale; ils nous ont légué leurs façons de comprendre et de\nsentir; en un mot, ils ont formé notre « mentalité », et, dans toutes les idées,\ntous les sentiments de notre époque, leur influence est aisément reconnais-\nsable. Ceux-là même qui les ignorent ou les méconnaissent sont, à leur insu,\ndominés par eux. » C'est de cette action générale qu'il s'est, avant tout, efforcé\nde rendre compte, a Un écrivain, dit M. V. Giraud, qui n'exprimerait que son\nmoi n'offrirait pas au critique un sujet d'étude bien intéressant; un écrivain\nn'est grand qu'autant qu'il témoigne pour d'innombrables « amis inconnus ».\n   C'est une étude individuelle et des plus précises certes que M. Giraud con-\nsacre à chacun de ses auteurs de choix, mais c'est aussi de l'histoire collec-\ntive, l'histoire intellectuelle et morale d'une génération importante, car elle est\narrivée à la vie spirituelle à une époque singulièrement tragique et qui avait\nen face d'elle d'angoissants et multiples problèmes, pas tous résolus à l'heure\noù nous sommes.\n   M. Victor Giraud ne peut, dès son premier volume, tirer des conclusions\ngénérales de cette enquête encore inachevée. « Il en est une cependant que je\nvoudrais dès aujourd'hui mettre brièvement en lumière, parce qu'elle s'impo-\nsait à moi avec une force croissante et irrésistible, à mesure que je m'enfon-\nçais davantage dans l'étude des écrivains qui me paraissent avoir le plus agi\nsur notre temps. C'est que dans notre société contemporaine où, par le jour-\nnal, par la revue, par le livre, par la chaire, par la conférence, par la tribune,\npar le théâtre, toutes les idées sont mises à la portée de tous, même de ceux\nqui leur seraient le plus réfractaires, on ne saurait s'exagérer l'influence de la\nlettre imprimée. Influence vraiment souveraine, et redoutable, quand on y\nsonge, quand on se représente avec exactitude tout ce qu'il peut tenir de\npensée et donc d'action suggérée, — à combien d'âmes incertaines!— dans une\nsimple page de prose ! Il n'est pas une seule goutte d'encre d'imprimerie dont\non puisse dire qu'elle est perdue, et qu'un jour ou l'autre elle ne laissera pas une\ntrace profonde dans quelque conscience obscure. Heureux ceux qui tiennent\nune plume sans se douter des lourdes responsabilités qu'ils assument! Mais\nplus heureux encore et surtout ceux qui, au soir de la vie, passant en revue\ntoute leur œuvre, ont le droit de croire qu'ils n'ont pas écrit une ligne qui n'ait\nété, pour ceux qui les ont lues, une source de pensées nobles et d'impressions\nréconfortantes !... »\n   J'ai tenu à copier jusqu'au bout ce passage significatif de l'avant-propos des\nMaîtres de l'heure. Le lecteur sait ainsi, tout de suite, à qui il a affaire. Pas\nplus que Brunetière M. Victor Giraud n'est partisan du dilettantisme.\nJe suis fier d'appartenir, exactement, à la génération de M. Victor Giraud. Et\nbien des pages dans son livre m'ont rappelé des impressions de jadis et ont\nrenouvelé des joies oubliées. C'est un vrai bonheur de posséder parmi nous\nun tel témoin. Mais ce n'est pas assez qu'il étudie ses maîtres et les nôtres, il\nen viendra sans doute à regarder de près les écrivains de son âge, ceux qui\nont sucé le même lait, assisté aux mêmes événements et qui ont essayé de\nbâtir, à leur tour, leur œuvre, pendant qu'il travaillait à la sienne. Craignons\nsa clairvoyance. Il nous doit ses conseils. Il nous dira la vérité.\n   En attendant, relisons ses Maîtres de l'heure. C'est un livre nourrissant fait\n de bonne farine française.                             JACQUES DES GACHONS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison11-017", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 726, "page_fin": 728, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES       A v i s i m p o r t a n t . — Nous pré", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 825, "page_imprimee": 726, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2252, "texte": "NOTULES\n\n\n    A v i s i m p o r t a n t . — Nous prévenons nos abonnés que nous mettions\nen circulation, dès les premiers jours de décembre, nos quittances postales,\nafin d'éviter l'encombrement du nouvel an. Nous leur serions obligés s'ils\nvoulaient bien charger leur personnel, en cas d'absence, de payer la quittance\nà leur place dès sa première présentation, pour nous faciliter la besogne et\nnous épargner la corvée d'un second envoi.\n\n                                      *\n                                     * *\n\n   Une Exposition internationale d'art chrétien moderne\ns'est ouverte le mardi 14 novembre, dans les locaux du Musée des arts déco-\nratifs à Paris. Elle est organisée par la Société de Saint-Jean, qui a pour\nprésident M. H. Cochin et pour vice-président M. Maurice Denis. Un grand\nnombre d'artistes de différents pays ont répondu à l'appel de la Société orga-\nnisatrice. On n'a pas oublié la démonstration tentée à Bruxelles dans le même\nordre par notre Revue. Nous sommes heureux d'avoir à noter que notre\nœuvre a pu être reprise sur un plan plus vaste et avec des éléments de plus\nen plus sérieux. Une constatation s'est imposée dès le jour de l'ouver-\nture : la renaissance définitive de l'art religieux est pioche. Mgr Amesse, qui\nprésidait la cérémonie d'inauguration, en a fait la remarque devant plus\nd'une œuvre. Parmi les participations étrangères, celle de notre pays est la\nplus importante et la mieux ordonnée. Nous ne manquerons pas de reparler\nde cette exposition et de sa section belge.\n\n                                      *\n\n   La Société des Concerts de musique sacrée d'Anvers\nexécutera, sous la direction de M. Lod. Ontrop, en la grande salle de la\nSociété Royale d'Harmonie, le dimanche 3 décembre 1911, à 2 h. 1/2,\nFrancisais, oratorio d'Edgar Tinel.\n   Prix des places : place réservée, 6 francs; première, 4 francs; seconde\n(galeries bas-côtés, 3 francs; troisième, galerie-étage), 2 francs.\n   Le samedi, à 4 h. 1/2, veille de l'exécution : répétition générale. Billet\nd'entrée, 2 francs.\n  S'adresser à l'administrateur de la Société, M. Jules Boelaerts, Marché\nSaint-Jacques, 11, Anvers.\n                                       *\n                                      * *\n"}, {"page_pdf": 826, "page_imprimee": 727, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "                                      NOTULES                                      727\n\n\n    L'Art        flamand     e t h o l l a n d a i s (juin). — M. Max Rooses étudie et\nreproduit un tableau : Moïse faisant jaillir Veau du rocher de la collection\n Burton, à A n v e r s ; il soumet en même temps à un examen critique très inté-\nressant le peu de renseignements que Ton possède sur Adam van Noordt,\nauteur p r é s u m é de cette œ u v r e . M. Aty Brunt consacre quelques pages très\nsympathiques à Ensor. Illustrations abondantes. — (Juillet-août-septembre.)\n — Le retable de Santibanez-Zarzaguda, par M. Paul Lafond. A propos d'un\n tableau attribué à Scorel ( P . Bautier). Notre art décoratif et industriel (J. Van\n den Bosch). Vannerie ancienne et moderne en Hollande (H. Ellens). Une œuvre de\njeunesse de Wouvermans au Musée de Bruxelles (A. Brédius). Peinture murale\n ancienne à Malines, d'après un dessin de Slingelant (A. Schmarsow). L'art belge et\n hollandais à l'Exposition de Rome (Sander Pierron). Chroniques d'art.\n\n\n\n\n   M . S y l v a i n D u p u i s inaugurera les concerts du Conservatoire de\nLiége par une audition de Rédemption, de César Franck, et d'un acte d'Orphée,\nde Gluck, avec le concours de M me Croiza.\n\n\n\n\n    R e c t i f i c a t i o n . — Dans le compte rendu du Salon du P r i n t e m p s s'est\nglissée u n e faute d'impression qui dénature la pensée de l'auteur, à qui on a\nfait dire, à propos d'Amédée Lynen, ceci : « Ses travaux s'apparentent à ceux\ndu vieux Brueghel : il les ridiculise avec humour. » Il faut lire : « Ses truands\ns'apparentent à ceux... »\n   U n e autre erreur s'est glissée dans une des notules de notre numéro d'octobre,\ncelle qui c o n c e r n e les concours de la Société des Amis de la médaille d'art.\nC'est à M. P a u l W i s s a e r t (et non pas à M. P a u l Werner) que le premier\nprix du concours de 1908 fut décerné par le jury à l'unanimité.\n\n                                            *\n                                           * *\n    Viennent de paraître :\n   M I Z R A I M , souvenirs d'Egypte, par G O D E F R O I D K U R T H (Bruxelles,\n Dewit).\n    L ' A R D E N N A I S E , par H E N R I D A V I G N O N (Paris, Plon).\n    Nous attirons sur ces nouvelles œuvres de nos deux collaborateurs l'atten-\n tion de nos lecteurs. N o u s rendrons compte de ces livres prochainement.\n                                               *\n                                           * *\n    Société royale belge des Aquarellistes. — Exposition au\n  Musée M o d e r n e , Place du Musée, tous les jours de 10 à 4 heures. E n t r é e :\n  50 centimes.\n                                               *\n                                           *       *\n"}, {"page_pdf": 827, "page_imprimee": 728, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": " 728                                 DURENDAL\n\n\n\n   Accusé de réception :\n   A R T S : Roger Van der Weyden, par PAUL LAFOND, vol. illustré (Collection\n Les grands artistes des Pays-Bas (Bruxelles, Van Oest).\n   H I S T O I R E : Madame de Genlis, par JEAN HARMAND, vol. illustré (Paris,\n Perrin). — La bourgeoisie belge depuis 183o, par HENRY CARTON DE WIART\n (Bruxelles, Goemaere).\n  L I T T É R A T U R E : La vie au théâtre, 2 e série 1909-1911, par HENRI BOR-\nDEAUX (Paris, Plon). — Mémoires d'outre-tombe de CHATEAUBRIAND. Pages\nchoisies avec introduction et notes de VICTOR GIRAUD (Paris, Hachette. —\nA la manière de . . , par PAUL REBOUX et CHARLES MULLER (Paris, Grasset). —\nŒuvres choisies de CHARLES PÉGUY (idem). — Le carnet d'un vieux maître, par\n FRANCIS MAIGRET (idem).\n  M U S I Q U E : Ma vie, par RICHARD WAGNER, t. II, 1842-1850, traduction\nde N . Valentin et de Schenk (Paris, Plon).\n   P H I L O S O P H I E : La philosophie syndicaliste. — La philosophie nationaliste.\n2 vol., par GEORGES GUY GRAND (Paris, Grasset).\n   P O É S I E : Images de Hollande, par MAURICE GAUCHEZ (Bruxelles, Lamberty).\n— Les géorgiques chrétiennes, chants III et IV, par FRANCIS JAMMES (Paris,\n Mercure de France). — Les mystères de Jeanne d'Arc, II. Le porche du mystère\nde la deuxième vertu, par CHARLES PÉGUY (Paris, Cahiers de la Quinzaine).\n— Vers la sincérité, par MADELEINE GRAIN (Paris, Sansot). — Le pèlerinage\nintérienr, par GASTON PULINGS (Bruxelles, Dickinson.)\n   R E L I G I O N : La religion de Jésus d'après VEvangile, par PIERRE LELIÈVRE\n(Paris, Perrin). — Les petites fleurs de François d'Assise, suivies des considéra-\ntions des saints stigmates, traduction de WYZEWA (Paris, Perrin). — Une âme\nbénédictine : Dom Pie de Hemptinne, moine de Maredsous, 2 e édition (Abbaye\nde Maredsous). — Un nouveau théologien M. Fem. Laudet, par CHARLES PÉGUY\n(Paris, La Quinzaine).\n R O M A N S : L'homme qui a perdu son moi, par ANDRÉ BEAUNIER (Paris, Plon).\n— L'Ardennaise, par HENRI DAVIGNON (idem). — Le destin nous conduit, par\nLUCIE GAUTHEY (idem). — L'aube, par HENRI ARDEL (idem). — Le parfum des\nbuis, par Louis DELATTRE (Bruxelles, Association des Ecrivains belges). —\nSon mari, par SIMONE BODEVE (Paris, Grasset). — Il Giorgione, par ALBERT\nERLANDE (idem). — Hélène Sorbier, par Louis MERCIER (Paris, Calmann-Lévy).\nJour de famine etjours de détresse, par N E E L DOFF (Paris, Charpentier).\n   VARIA : Après le traité franco-allemand (Et maintenant?). — Le désarmement\nou la guerre, par le capitaine PIERRE FÉLIX (Paris, Grasset).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 754, "texte": ""}, {"page_pdf": 755, "texte": ""}, {"page_pdf": 756, "texte": ""}, {"page_pdf": 757, "texte": ""}, {"page_pdf": 758, "texte": "MARIE A LA RECHERCHE DE L'ENFANT JÉSUS\n\n             JOZEF JANSSENS\n"}, {"page_pdf": 759, "texte": ""}, {"page_pdf": 760, "texte": "         Les Mystères du Rosaire\n                      de Jozef Janssens\n\n                  à la Cathédrale d'Anvers\n\n\n              VANT   de pénétrer dans le sanctuaire, émettons à\n                 notre tour le vœu d'un prochain et complet dé-\n                 gagement de la cathédrale du côté de la place\n                 Verte. L'édifice est entouré de maisons dénuées\n                 de tout caractère artistique et leur banale étreinte\n                 amoindrit l'impression d'ensemble, qui pourrait\n                être plus grandiose encore.\n  Quand donc enlèvera-t-on aussi le crépi qui recouvre les\ncolonnes, à l'intérieur du temple?\n\n                                *   *\n\n   Dans la nef de droite se déroulent les quatorze stations du\nChemin de la Croix, peintes entre 1865 et 1867 par F r a n z\nVinck et Louis Hendrix. L'influence de L e y s est visible. C'est\nun défilé de personnages bibliques en costume du XVe siècle.\nOn peignait en ce temps-là les scènes religieuses à la façon des\nprimitifs, avec maisons, costumes et accessoires moyen-àgeux.\nCette esthétique est défendable si l'on veut faire de l'archéo-\nlogie pure et respecter avant tout le style de l'édifice.\n   Les stations sont peintes avec une précision et une finesse\nremarquables. Ce sont de beaux morceaux de peinture et le\ndessin en est excellent. Mais ils donnent l'impression d'un\ncortège historique plus que d'une représentation des scènes de\nla passion, sauf dans les trois dernières, où le sentiment reli-\ngieux est intense. Voyez notamment l'expression de douleur\ndes saintes femmes. L a descente de croix dans l'apaisement\ndu soir est de toute beauté, de plus les groupements des per-\nsonnages sont bien ordonnés.\n"}, {"page_pdf": 761, "texte": " 666                           DURENDAL\n\n\n  Dans l'ensemble pourtant, malgré leurs qualités, on croirait\nvoir des copies de Memling ou de Metzys. Il y manque\nparfois le cachet q u ' i m p r i m e la personnalité, la spontanéité\nde l'artiste.\n                                      *\n                                  *       *\n\n      R é p o n d e n t à ce chemin de Croix, dans ia nef de gauche, les\n Mystères du Rosaire de Jozef Janssens. Moins bons peut-être\n comme peintures, ils dépassent les stations par un sentiment\n religieux plus intense, qui tient la place prépondérante clans\n les préoccupations de l'artiste. Sa peinture est avant tout un\n acte de foi, une manifestation de piété. Nous assistons à un\n d r a m e poignant, notre cœur est ému, si notre curiosité n'est\npas autant mise en éveil.\n     L e coloris en est un peu fade, mais la clarté des jours\nd'orient imprègne chaque objet d'une lumière douce.\n     I. Siméon prédit ses souffrances à Marie. — Il pressent pour elle\nde g r a n d s malheurs. U n e affliction profonde se lit clans son\nregard dont l'expression est admirable. Marie ne veut rien\nentendre des sinistres prédictions et, toute à la joie, couve\ndes yeux l'adorable enfant. Ses petites menottes — détail vrai-\nment c h a r m a n t — reposent sur la main ridée de la femme\nde Siméon.\n     I I . La fuite en Egypte. — D a n s le lointain, les chameliers\ndu roi H é r o d e . Belle perspective vers un horizon embrumé de\nviolet et de rose.\n     I I I . Marie a la recherche de l'Enfant. — Eplorée, éperdue,\nelle supplie le ciel. Son affolement maternel contraste avec le\ncalme apparent de Joseph, qui, plus maître de lui, trouve\nmoyen d'interroger un p a r a l y t i q u e . L e soleil à son déclin\na n i m e d'un sourire triste les blocs de travertin dont est\nconstruit un palais. U n e femme de la ville porte un bambin\ndans les bras et le serre sur son cœur. T é m o i n muet de la dou-\nloureuse incertitude de Joseph et de Marie, elle semble appré-\ncier davantage encore le bonheur d'avoir son enfant près d'elle.\nA mon avis c'est le meilleur panneau.\n    IV. Marie rencontre Jésus portant sa croix. — Sa mère vou-\ndrait arrêter son supplice. Elle se précipite, lui barre la route.\nMais un brutal légionnaire, l'injure aux lèvres, empoigne le\nChrist et le fait avancer. U n e riche patricienne, nonchalam-\n"}, {"page_pdf": 762, "texte": "                   LES MYSTERES DU ROSAIRE                    667\n\nment assise derrière le balcon de son palais et troublée dans\nson heureuse quiétude, jette sur le supplicié un regard plein\nde dédain. U n vieux juif, serrant en mains un sac d'écus,\nassiste soucieux au passage du cortège\n   V. Marie se tient près de la Croix. — T a b l e a u d'émotion\ntouchante, mais moins heureusement exprimée peut-être que\nles autres.\n   VI. Jésus est déposé sur les genoux de sa Mère — Remarquez\nla profonde affliction de la femme qui tient la couronne\nd'épines et i'aspect cadavérique du Christ.\n   VIL Marie près du tombeau. — Joseph d'Arimathie qui\nemporte la couronne d'épines est fortement impressionné par\nla douleur de la Vierge. Nicodème emporte la cassette d'aro-\nmates, l'esprit préoccupé des événements du jour.\n\n                               *   *\n   Il y avait une difficulté à vaincre. Ces tableaux, à peine\nséparés les uns des autres par une baguette, formaient un\nensemble d'une venue. Il fallait établir entre eux une heureuse\nharmonie et pourtant les varier. L'artiste est parvenu à ce\ndouble résultat. L e s panneaux forment une suite logique,\nd'inspiration diverse, mais sans rien de heurté. U n exemple :\nla clarté du soleil oriental, radieux dans les trois premières\nscènes, s'assombrit dans la quatrième. T é n è b r e s pendant le\nsacrifice divin; elles se dissipent dans la mise au tombeau, pour\nfaire place finalement à un ciel serein.\n   Nous avons parlé du coloris un peu fade. Cette impression\ns'accentue encore par le contraste avec la dorure vive de cer-\ntains ornements décoratifs. L a palette de Janssens gagnerait à\nplus de franchise.\n   En somme, le grand mérite de l'œuvre est qu'il y a de la\nreligiosité, une religiosité sincère, profonde et communicative\ndans toutes ces compositions : elles font prier avant (le se lais-\nser admirer. Comme c'est le cas ici, l'art devrait toujours, dans\nles temples de Dieu, être le véhicule de la prière.\n\n                                           FRANCIS   HOUTART.\n"}, {"page_pdf": 763, "texte": "                Les Alouettes\n\nLe firmament du monde est rempli d'alouettes :\nTraverse la campagne, ô frère du     printemps,\nCouche-toi dans la dune, ou égare-toi dans\nLe jardin clair fleuri — partout tu les entends!\nLe firmament du monde est rempli      d'alouettes,\nLe firmament du monde est bleu comme une fête...\n\nO frère du printemps, elles sont sur ton âme\nL'exemple du bonheur joyeux et matinal;\nEntendis-tu plus bel appel de l'idéal\nQue leur chant frémissant dans l'air dominical?\nO frère du printemps, elles sont sur ton âme\nL'appel passionné de l'azur et des flammes.\n\nAilleurs qu'au grand soleil elles ne peuvent vivre,\nAilleurs que dans l'azur elles ne chantent pas,\nToi qui veux t'exalter, frère qui suis mes pas,\nSache qu'il faut quitter les choses d'ici-bas...\nAilleurs qu'au grand soleil elles ne peuvent vivre.\nElles sont ivres de la vie, elles sont ivres!\n\nLeur chant vibre, leur chant perle, leur chant       ruisselle.\nComme s'il jaillissait des sources dans le ciel,\nEt que des rires s'égrenaient de l'Irréel,\nEt que le mois de mai devait être éternel ;\nLeur chant vibre, leur chant perle, leur chant       ruisselle\nComme un jet d'eau où l'or du soleil étincelle!\n\nTu les vis qui montaient d'un seul trait, si petites,\nBattant et rebattant des ailes dans leur vol,\nLibres et oubliant les misères du sol,\nEl, vers l'azur profond et pur, tendant leur col...\nTu les vis qui montaient d'un seul irait, si petites,\nMais comme un peu de joie terrestre qui palpite!\n\nElles palpiteront dans les profondeurs     bleues,\nInvisibles â l'œil qui cherchera,  battant\nEt rebattant toujours des ailes,   exultant\n"}, {"page_pdf": 764, "texte": "                     LES ALOUETTES                              669\n\n\nD'être un peu de la voix sonore du printemps !\nElles palpiteront dans les profondeurs  bleues\nEveillant le bonheur du monde à mille lieues...\n\nEt quand leur chant joyeux, sublime et solitaire,\nLeur aura épuisé le corps et le gosier,\nElles retomberont dans les champs de rosiers,\nIvres d'avoir chanté leur hymne     extasié...\nDans une pâmoison exquise et solitaire\nElles redescendront, subites, sur la terre!\n\nMais le ciel du printemps ne peut rester sans âme :\nChaque /ois qu'une sœur aura fini son chant,\nUne autre jaillira dans l'air  éblouissant,\nPour retomber soudain, pâmée et l'âme en sang,\nMais le ciel du printemps ne peut rester sans âme :\nUne autre jaillira vers lazur et les flammes !\n\nO frère du printemps, situ veux que ton rêve\nS'exalte dans la gloire et la beauté du jour,\nEt si, en attendant le matin sans retour,\nTu veux savoir le goût de l'éternel amour,\n0 frère du printemps, pour exalter ton rêve,\nMédite ce symbole envolé qui s'élève.\n\nQu'importe si les fous les traitent  d'insensées,\nFais jaillir tes chansons vers les abimes bleus,\nQu'elles goûtent la joie ardente d'être à Dieu,\nPuis retombent brûlées par sa grâce de jeu...\nQu'importe si les fous les traitent   d'insensées,\nUne à une vers Dieu fais jaillir tes pensées !\n\nTu ne sais pas encor quelle ivresse indicible\nC'est de chanter en lui, tu ne sais pas encor\nLe bonheur d'oublier les misères du corps,\nEt de planer là-haut dans la lumière d'or...\nTu ne sais pas encor quelle ivresse indicible\nC'est d'oublier l'orgueil pour les hauteurs  paisibles\n\nEt d'enivrer   la terre en restant   invisible!\n\n                                                  PIERRE NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 765, "texte": "             Le crime de Luxhoven (1)\n\n                                  II\n\n\n                 LUXHOVEN dormait      dans de la blancheur et du\n                    silence. Sous leurs chapes de neige, les petites\n                    maisons basses tendaient aux laiteux rayons\n                    lunaires les miroirs noirs de leurs vitres. Dans\n                    l'église veillait une lumière et les grandes\n                    fenêtres ogivales palpitaient dans la nuit comme,\n                    des regards d'éternité.\n   L e chemin de terre qui mène de Luxhoven au hameau de\nBrand serpentait parmi la nappe immaculée des champs, en un\ncapricieux ruban noir; des deux côtés, des têtards rabougris et\ndénudés de feuilles, leurs branches, brandies vers le ciel en\ngestes de désolation, processionnaient spectralement.\n   Au Brand aussi, tout sommeillait. D a n s la ferme des Cornelis,\naccroupie au fond d'un jardinet, une seule fenêtre était éclairée,\net devant cet écran lumineux, passaient et repassaient les\nombres de deux gendarmes, leur mousqueton en bandoulière.\nDe vagues lueurs baignaient la pièce principale de la maison et,\nau fond, derrière le poêle éteint, on pouvait distinguer une\nsilhouette écroulée de femme et, à côté d'elle, deux hommes,\nles genoux au menton et mouvant, en gestes très lents, les foyers\nincandescents de leurs pipes. Près de la porte, sur une chaise,\nronflait le garde champêtre. U n e raie de clarté, barrant les\ndalles bleues, dardait de la chambre voisine. E t de cette\nc h a m b r e venait un râle sourd et précipité que ponctuait le\ntic tac grinçant de l'horloge.\n    Des pas résonnèrent sur le chemin. L e garde se leva en sur-\nsaut; et dans l'encadrement de la porte brusquement ouverte\n\n\n  (1) Voir le numéro d'octobre.\n"}, {"page_pdf": 766, "texte": "                     LE CRIME DE LUXHOVEN                         67I\n\n\napparurent le juge et le substitut. L e docteur, le greffier et\nles gendarmes les suivaient.\n   Blank s'arrêta sur le seuil et, d'une voix rude :\n   — De la lumière, n'est-ce pas? s'écria-t-il, qu'on fasse de la\nlumière!...\n   Un des hommes se leva, frotta une allumette, et un fumeux\nquinquet éparpilla dans la place une lumière équivoque.\n   Le juge, les mains dans les poches de sa pelisse, marcha vers\nle groupe tapi craintivement derrière le poêle; et, se t o u r n a n t\nvers le garde champêtre, il d e m a n d a :\n   — Ce sont ?...\n   — L a veuve Cornelis et les deux domestiques, Baptiste\net Franz.\n   La femme leva une vieille figure ridée et douloureuse et fixa\nsur le magistrat des yeux anxieux, tout rougis de larmes.\n   — Oui, la mère de Kobus Cornelis, sanglota-t-elle. E t\ndésignant la c h a m b r e contigue, elle ajouta : Il est là!...\n   Blank se dirigea de ce côté; le garde poussa la porte.\n   — Nelle, appela-t-il, venez par ici. Ces messieurs doivent\nêtre seuls; et, prévenant les questions : C'est la belle-sœur,\nla femme de Rik Cornelis...\n   Une jeune p a y s a n n e aux cheveux noirs, au teint de flamme,\nse glissa hâtivement hors de la chambre, le regard fixé au sol.\n   Le blessé était étendu tout habillé sur le lit, beau gars\nrobuste de vingt ans aux traits mâles, barrés d'une moustache\nchâtain; il avait le front couvert de linges mouillés, les yeux\nclos, la bouche ouverte, et ses mains rudes de manouvrier\ntàtaient fiévreusement la couverture de laine...\n   — Veuillez voir, docteur, dit le juge, en s'adressant à Niel.\n   Et tandis que le médecin ôtait délicatement les bandages,\ntàtait le front avec précaution, prenait le pouls, Blank amena\ndans un coin le c o m m a n d a n t de gendarmerie :\n   — Voyons, que s'est-il passé?...\n   Une longue plainte du malade interrompit la conversation.\n   — Eh bien, docteur? interrogea le juge.\n   — F r a c t u r e du crâne, probablement, répondit Niel.\n   — Condamné alors?\n   — A moins q u e . . .\n   — Oui, je sais, la trépanation...\n   — Elle s'indique, affirma le médecin.\n"}, {"page_pdf": 767, "texte": "672                           DURENDAL\n\n\n\n    — E t l'instrument du meurtre?\n    — Contondant, avec une partie aiguë.\n    — P a s de couteau?... Un bâton? U n e bêche?\n    — Ni l'un, ni l'autre.\n    — Alors quoi? grommela Blank, mécontent de n'avoirpas au\nmoins une indication sur l'arme du crime. E n tout cas, pas\nmoyen de l'interroger, constata-t-il, en se penchant sur la\nvictime.\n    E n ce moment le bruit argentin d'une clochette vrilla, par\nsaccades, le silence du dehors.\n    — C'est le prêtre, dit le garde champêtre.\n    Quelques instants plus tard, précédé du sacristain en longue\nhouppelande noire, et qui tenait une lanterne d'une main et de\n l'autre la clochette, le vieux curé de Luxhoven, beau vieillard\ncouronné de blancheur, entra dans la chambre, serrant sur sa\npoitrine, dans ses petites mains grassouillettes, le récipient des\nsaintes huiles; les gendarmes se mirent au port d'armes; les\n'magistrats et le docteur s'agenouillèrent; seul, le greffier resta\n debout. Blank poussa Prévost du coude : « Admirez donc cet\n esprit fort de Servaes ! » dit-il.\n    Et, parmi un m u r m u r e de prières, tandis que le prêtre, avecune\n solennelle gravité, oignait tous les membres du malade, dans la\n salle voisine sourdaient des sanglots étouffés que domina sou-\n dain un cri douloureux et éperdu, où il y avait du désespoir et\n de l'épouvante...\n    Blank leva la tête :\n    — Qui pleure ainsi? demanda-t-il à voix basse.\n    — C'est Nelle, répondit le garde.\n    — Ah! la belle-sœur ! — E t le juge, se prenant le front dans\n la main, fermant les yeux, s'abîma dans ses réflexions.\n\n  Maintenant, devant la grande table de bois blanc, luisante de\npropreté, le juge Blank, assis entre le substitut Prévost et le\ngreffier Servaes, interrogeait la veuve Cornelis; il avait légère-\nment relevé l'abat-jour en carton vert de la lampe du côté de\nla femme, de sorte que la figure de celle-ci, révélant de l'an-\ngoisse et de l'entêtement, était en pleine lumière, tandis que les\nvisages des magistrats demeuraient dans l'ombre.\n   D'un ton très calme et d'apparence indifférent le juge disait :\n   — Entendons-nous donc bien, ma petite mère. Vous avez tous\n"}, {"page_pdf": 768, "texte": "                      LE CRIME DE LUXHOVEN                           673\n\n\nsoupe à sept heures. Après le souper, votre belle-fille Nelle\nest partie pour se confesser et votre fils Kobus s'est assis der-\nrière le poêle, fumant sa pipe. Vous et Baptiste êtes allés\nnourrir les bêtes, là, dans l'étable toute proche; tandis que,\ndans la grange en face, Franz, l'autre domestique, fendait du\nbois. Vous êtes rentrée vers huit heures un quart et vous avez\ntrouvé Kobus étendu à terre, sans connaissance, une blessure\nà la tête. Vous n'avez entendu aucun bruit? Donc, point de\ndisputes ni de luttes. Rien n'avait été enlevé, aucun meuble\nn'était ouvert; donc point de vol. A côté de la victime, vous\nn'avez trouvé nul instrument pouvant avoir servi à commettre\nle crime. L a porte de la maison était fermée, et la grille du\njardin aussi. C'est bien ainsi?\n     - C'est toute la vérité, répondit la vieille... T o u t e la vérité!\ninsista-t-elle avec une énergie concentrée.\n    — Mais alors, ma petite mère, remarqua Blank, faut-il donc\ncroire que votre fils se soit suicidé?\n    — O h ! cela pas, monsieur le juge, cela non, cria la femme\ndans une subite exaltation de larmes... L u i se tuer, lui, mon\nKobus, qui aimait tant la vie!...\n    E t après un silence, s'apaisant tout à coup :\n    — Non, je ne pense point cela! Est-ce que vous le croiriez,\nmonsieur le juge? demanda-t-elle sournoisement.\n    — Je n'en sais rien, répliqua Blank.\n    — Personne n'en sait rien et personne n'en saura rien, ajouta\nhâtivement la mère, puisqu'il va mourir.\n    — Peut-être, interrompit Blank. Sans doute, l'état de votre\n fils est grave, mais il peut guérir, n'est-ce pas, docteur? —\net il se tourna vers Niel, debout près de la table et qui acquiesça\n d'une légère inclinaison de tête — et alors Kobus nous dira\n tout, et si vous avez m e n t i ! . . .\n    — Non, non, il mourra, il va mourir!\n     L a voix du magistrat se fit grave :\n    — Ecoutez, femme, dit-il, le crime dont votre fils est victime\n doit être p u n i . Kobus a le droit d'exiger de sa mère qu'elle dise\n tout ce qu'elle sait, et vous savez plus que vous ne d i t e s ! Si\n votre fils se rétablit, il aura le droit de vous reprocher votre\n silence. E t s'il vient à mourir, son souvenir sera pour vous un\n remords !\n"}, {"page_pdf": 769, "texte": "674                          DURENDAL\n\n\n\n    La femme éclata en une crise de sanglots; la figure cachée\n dans les mains, elle clama :\n    — Pitié, monsieur le juge, pitié! Je ne sais rien, je ne veux\n rien savoir, je ne dois rien savoir!...\n    Baptiste et Franz, les deux valets de ferme, confirmèrent les\n déclarations de la veuve Cornelis, en un parler monosyllabique,\navec des termes identiques, comme une leçon apprise...\n    — Bien stylés, observa Blank; et, les congédiant : Qu'on\n fasse venir Nelle, ordonna-t-il. Et se penchant à l'oreille du\nsubstitut : Attention! Pour moi, voici la clef du drame!\n    La paysanne se laissa choir lourdement sur la chaise en face\ndu juge; sa chevelure noire faisait ressortir davantage la régu-\nlarité de ses traits, la fraîcheur de ses joues, le carmin de ses\nlèvres; sur son masque de santé et de jeunesse flottait un voile\nd'inquiétude; comme tantôt, au sortir de la chambre du blessé,\n Nelle tenait ses yeux obstinément baissés; sa poitrine, sous le\ncorsage en cotonnette blanche et rouge, palpitait d'angoisse...\n    — Votre nom?\n    — Nelle Lampaert.\n    — Mariée?\n    — Oui, à Rik Cornelis.\n    — Le frère du blessé. Et votre mari?\n    — Il travaille en France, à Valenciennes.\n    — Un « Franschman». Tiens, je croyais que les Franschmans\nrentraient au pays avant la Noël ?\n    — Rik avait encore un bon ouvrage qui rapportait beaucoup;\nil est resté là-bas, mais il m'a écrit qu'il reviendrait bientôt,\nces jours-ci.\n   — Il vous a écrit?... Avez-vous là sa lettre?\n   Nelle pâlit affreusement; la sueur perla à son front; ses\nlèvres s'agitèrent d'un tremblement; elle ne put proférer une\nparole.\n    Blank lui jeta un coup d'œil furtif, puis, semblant n'avoir\npoint remarqué l'émotion de la femme, il répéta :\n   — Avez-vous là la lettre de votre mari?... Ou peut-être,\najouta-t-il indifférent, l'avez-vous déchirée?\n   Nelle se jeta, avec une hâte fébrile, sur l'explication que lui\ntendait son interlocuteur :\n   — Oui, balbutia-t-elle, c'est cela, j'ai déchiré la lettre, je l'ai\ndéchirée...\n"}, {"page_pdf": 770, "texte": "                     LE CRIME D E    LUXHOVEN                    675\n\n\n   Et son visage reprit un aspect de calme douloureux.\n   Le juge s'allongea sur sa chaise, prit un cigare, l'alluma et\nenvoya, vers les poutres du plafond, de blanches spirales de\nfumée; puis, s'accoudant sur la table et se penchant vers le\ntémoin :\n   — Autre chose maintenant, dit-il, et très important... Réflé-\nchissez bien, Nelle, avant de me répondre; et dans l'intérêt de\nla vérité comme dans votre intérêt propre, soyez franche, abso-\nlument franche!... Vous vivez ici depuis un an à côté de\nKobus Cornelis; vous le connaissez donc bien, n'est-ce pas?\nAvait-il des ennemis?\n   — Non, monsieur le juge, répondit la femme très froidement.\n   — Alors, lui savez-vous une liaison... un amour? et Blank\nappuya sur le mot.\n    Nelle tressaillit de tout l'être.\n    — E h bien? interrogea le juge.\n   — Pourquoi me demandez-vous cela? répondit la femme\nrogue et hargneuse.\n    — Parce que vous le savez! répliqua sèchement Blank.\n    Puis se redressant :\n    — Oui, ma pauvre enfant, vous savez que Kobus avait un\n amour; je le vois à votre trouble, à vos mains qui tremblent, à\n votre regard qui fuit... Est-ce que peut-être?...\n    — Quoi? interrompit sauvagement Nelle.\n    — Est-ce que peut-être, continua très posément le magistrat,\n vous aimiez Kobus?\n    — Non, monsieur, cria-t-elle, mille fois non; et avec une\n fierté indignée, elle ajouta : Je n'aime, sachez-le, que mon mari !\n    — Ou bien êtes-vous aimée de Kobus... Vous l'a-t-il dit...\n Vous l'a-t-il dit encore aujourd'hui, ce soir?...\n    La femme b o n d i t ; sa chaise se renversa; frémissante et affo-\n lée, elle hurla sa rage et sa panique :\n    — C'est infâme! C'est i n d i g n e ! Vous ne pouvez pas me tor-\n turer ainsi. Je ne répondrai plus!\n    Le juge s'était levé à son tour et, élevant la voix, scandant\n d'énergie chaque mot, il dit :\n    — Si ! E t vous allez me répondre encore une fois à la ques-\n tion que je vous posais au début de l'interrogatoire, et pesez\n bien toutes les conséquences de votre réponse : Oui ou non,\n Rik Cornelis, votre mari, est-il en France?\n"}, {"page_pdf": 771, "texte": "676                         DURENDAL\n\n\n\n   Les poings sur la table, se raidissant contre l'émotion de\ntout l'effort de ses muscles, regardant cette fois le magistrat\nbien en face d'un regard brutal et haineux, Nelle répondit\nénergiquement, sans une hésitation :\n   — Rik est en F r a n c e .\n   Blank baissa le ton :\n   — Vous avez fini, dit-il ; puis, avec une nuance légèrement\nrailleuse : Allez soigner K o b u s . . . Soignez-le b i e n !\n   L e juge, pensif, ralluma son cigare et fit lentement le tour\nde la chambre; sa main frôlait d'un geste nerveux les meubles;\nun instant, il s'arrêta devant la fenêtre et contempla d'un œil\ndistrait le paysage hivernal; puis, brusquement, il se dirigea\nvers le poêle :\n   — C'est ici, dit-il, comme se parlant à lui-même, que le\nblessé fut trouvé...\n   Il décrocha le tisonnier, l'amena vers la lampe et l'examina\nsous toutes ses faces ; mais, hochant la tête, il le remit en place;\nil souleva alors le couvercle du poêle, et son œil s'y fixa et son\ndoigt le frotta en tous sens. Soudain, il eut une exclamation\n brusque et presque triomphale :\n   — Greffier, apportez donc la lampe et, vous autres, venez\nvoir!\n   E t l'index du juge montrait, au rebord du couvercle, des\npetites taches bronzées et luisantes. L e docteur se pencha, le\nbinocle plié en deux :\n   — O u i , du sang, affirma-t-il.\n   — E t alors? interrogea Blank.\n   — C'est l'arme du crime, répondit Niel... Je suis sûr qu'elle\ns'adapte aux blessures.\n   L e magistrat replaça le couvercle :\n   — Appelez la mère Cornelis, enjoignit-il aux gendarmes.\n   L a vieille apparut au seuil de la chambre, comme la statue\n même de la douleur, tremblante, ployée en deux, tout entière\nenveloppée d'un large manteau noir dont le capuchon encadrait\nsa pauvre figure aux abois.\n   L e juge, désignant le poêle :\n   — N o u s emporterons cela, dit-il sèchement.\n   — Quoi, cela? bégaya la femme.\n   — L e couvercle du poêle qui a servi à assommer votre fils!...\n Ah! vous avez cru...\n"}, {"page_pdf": 772, "texte": "                       LE CRIME DE LUXHOVEN                              677\n\n\n    L a mère Cornelis ne laissa pas achever le magistrat; s'effon-\ndrant à genoux, t o r d a n t les bras en un geste de désespoir, elle\nsupplia :\n    — Monsieur le j u g e , monsieur le juge, ne me martyrisez\nplus, ne me d e m a n d e z plus rien... Je ne suis qu'une pauvre\nmère... Ayez pitié de mes fils... de mes deux fils... Tenez,\nvoyez, j ' é t a i s prête à partir pour la messe de m i n u i t . . . Laissez-\nmoi aller prier pour mes enfants...\n    Albert Prévost, profondément remué par la sincérité de cette\ndouleur, s'approcha de Blank :\n    — N'insistez-pas, dit-il. C'est une mère!\n    Le juge acquiesça, et, soudainement radouci, il aida la\nvieille à se relever, lui mit familièrement la main sur l'épaule et\nlui dit, presque paternel :\n    — Allez à la messe, m a m a n , et priez b i e n !\n    A ce moment, Nelle se glissa furtivement dans la chambre.\nLe juge se ressaisit, et ordonna d'une voix impérieuse :\n    — Vous, vous resterez ici, et pour que l'assassin ne soit pas\ntenté de revenir — et sa parole se teinta d'une nuance d'ironie —\n les gendarmes vous tiendront compagnie jusque demain matin.\n    Sans un mot, les yeux toujours baissés, Nelle retourna près\n du blessé.\n     Quand ils furent seuls, Blank se tourna vers Prévost :\n     — Ma conviction est faite, dit-il. E t la vôtre? C'est Rik\n Cornelis qui a fait le coup. L e mobile? Question d'intérêt?...\n Non! Il n'y a pas de quoi ici! — et, d'un geste circulaire, le\n magistrat parcourut le milieu minable où ils se trouvaient.\n  Puis il reprit : U n d r a m e d'amour p l u t ô t ! . . .\n     — Je vous comprends, répondit le substitut, Nelle...\n     — Oui, continua Blank, Kobus aura frôlé la petite de trop\n  près, de son consentement ou n o n ; il faudra voir cela; et le\n  mari aura cogné, b r u s q u e m e n t , sous un afflux de jalousie, avec\n  l'arme la première v e n u e . . .\n     — Votre conclusion?\n     — F a i r e rechercher et arrêter Rik... S'est-il enfui, s'est-il\n  caché, on le saura vite!...\n     Le substitut réfléchit un instant; se remémorant les divers\n  éléments de faits recueillis, durant cette nuit, par l'instruction,\n  il les confronta avec l'hypothèse émise par son collègue et il\n  jugea que cette hypothèse était logique et plausible.\n"}, {"page_pdf": 773, "texte": "678                         DURENDAL\n\n\n\n   — Soit, acquiesça-t-il.\n   — Servaes, commanda le juge, faites le mandat d'amener!\n   Un grand silence plana, uniquement troublé par les grince-\nments de la plume du greffier et par les appels de la cloche du\nvillage, conviant les campagnards à la messe de Noël...\n   — Réveillon rouge ! murmura Blanken signant le mandat\nd'amener; puis il passa la plume à son collègue. Prévost sentit\nun petit frisson glisser le long de son épine dorsale, en inscri-\nvant son nom — « pour exécution » — au bas de la pièce que lui\nprésentait Servaes : c'était la première fois qu'il attentait, dans\ndes circonstances aussi graves, à la liberté d'un être humain.\n\n  (A suivre.)                         FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 774, "texte": "                  Endymion\n\nO le baiser, le long baiser des rayons d'or,\nL'ineffable baiser amoureux de la Lune\nSur le front pur et blanc de l'Ephèbe qui dort !\n\nLes constellations s'éveillent une à une,\nEt Diane au péplos de lumière descend\nVers le val solitaire enveloppé de brune,\n\nOù repose et sourit le bel Adolescent.\nEndymion sommeille au pied d'un pin bleuâtre :\nSa chevelure ondoie au caprice du vent.\n\nIl a joint, sculpturaux et nus, ses bras d'albâtre\nSur sa jeune poitrine au souffle velouté.\nL'air hardi du chasseur et la grâce du pâtre\n\nConjuguent dans ses traits leur diverse beauté.\nIl dort, baigné par la tiédeur du sol hellène,\nD'où monte, imperceptible, un encens argenté.\n\nEt la Déesse n'ose effleurer d'une haleine\nSes paupières de neige aux veinules    d'azur,\nLe contour de sa joue harmonieuse et pleine,\n\nNi sa bouche aux fraîcheurs exquises de fruit mûr.\nSous un pin svelte et sombre Endymion    sommeille,\nEt la Vierge Artémis au cœur farouche et pur\n\nMurmure à demi voix, craignant qu'il ne s'éveille :\n« La fille de Latone, ô Dormeur      ingénu,\nA l'Aphrodite d'or, certes, n'est point pareille.\n\n» Et pourtant, aujourd'hui,  quel bonheur inconnu,\nIlluminant son sein comme une immense aurore\nLe gonfle d'un sanglot à peine retenu?\n\n» Enfant, ô bel enfant dont la beauté s'ignore,\nChasseur timide encor du faon et du chevreuil,\nHéros encor si faible, et si novice encore,\n"}, {"page_pdf": 775, "texte": "680                          DURENDAL\n\n\n      » Tu dors, frêle et languide et las, sous le grand deuil\n      Qui tombe des rideaux de pins et des nuits noires.\n      Mais va! J'insufflerai  tel indomptable   orgueil,\n      » Tel mépris souverain des Kerès et des Moires,\n      Et tel soif de vaincre en ton cœur puéril,\n      Que, désormais semblable aux géants des histoires,\n\n      » Tu briseras comme eux, ignorant du péril,\n       J'échine des lions sur ta poitrine altière!\n       Va, rien n'arrêtera plus ton élan viril,\n\n      \" Bel Ephèbe timide, et qui n'osais naguère\n      Abattre que le daim, le chevreuil et le faon ;\n      Je t'armerai pour la palestre et pour la guerre,\n      » Et je t'aimerai chaste et brave, o mon     Enfant!\n      Va, tu vivras tes jours comme on chante un poème,\n      Un poème sonore au rythme        triomphant,\n\n      » Car je t'aime, et je t'aime, et je t'aime, et je t'aime!!\n      Et le puissant amour dont j'emplirai ton cœur\n      Vaut mille fois les dons de l'Aphrodite     blême,\n\n      » Ou de l'Eros lascif, torturant et moqueur !\n      Tu poursuivras,  dardant l'épieu, dardant la flèche,\n      Toujours heureux, toujours adroit, toujours     vainqueur,\n      » L'hydre glauque, et les loups hérissant leur poil         rèche,\n      O Dompteur d'étalons sauvages,     bondissant\n      Parmi l'aboi des chiens flairant la piste fraiche,\n\n      » Et tel, ô mince et pâle et doux  adolescent.\n      Tu deviendras plus fort qu'Héraklès ou Thésée!\n      Mais tu resteras beau dans ta force, et le sang\n      » Des roses qui chatoient, pourpres, dans la rosée,\n      Fleurira moins divin que ta jeunesse en fleur !\n      Et les perles des mers, près de ta joue rosée,\n\n      » Paraîtront sans beauté, sans grâce et sans couleur.\n      Vois : devant ton sourire oubliant sa rudesse.\n      Pour que même les dieux jalousent ton bonheur,\n      » Elle veut accabler de biens la Chasseresse,\n      L'Epoux jeune et charmant qu'elle élit en ce jour,\n      Car elle sent son cœur défaillir de tendresse,\n\n      » La Déesse immortelle,    et qui se meurt d'amour!!    »\n                                                   EMILE     CHARDOME.\n"}, {"page_pdf": 776, "texte": "LA PRÉDICTION DE SIMÉON\n\n     JOZEF JANSSENS\n"}, {"page_pdf": 777, "texte": ""}, {"page_pdf": 778, "texte": "                   La meilleure part\n\n    Jacques Morval, étudiant en médecine, a du, pendant quelques\nmois, suppléer son pare atteint d'hémiplégie. — Au coins de ses\ntournées médicales il a eu l'occasion de rencontrer souvent Raymonde\nDu/our, la fille unique d'un riche industriel, et Suzanne Ravenel, la\nfille de l'ex-capitaine Ravenel. — Les deux jeunes filles sont jolies.\nRaymonde n'a pas la délicatesse de naissance et d'éducation de Suzanne,\nmais son immense Jortune excuse tous ses défauts aux yeux de Jacques.\n    Le docteur Morval, qui connaît les deux jeunes filles, met son fils\nen garde contre le caractère autoritaire et jantasque de Raymonde qui\nfut une enjant gâtée, et recommande à Jacques beaucoup de prudence,\nbeaucoup de sagesse dans l'orientation de sa destinée. Il lui conseille\nde rechercher surtout les trésors du cœur, car si la fortune facilite\nl'existence, elle ne donne pas la vraie vie du cœur... « La meilleure\npart de l'homme, lui dit-il un jour, c'est la bonne épouse. »\n    Toujours indécis, Jacques Morval repart à Paris pour terminer\nsu thèse.\n                                            I\n\n   Paris avait ressaisi Jacques en moins de quinze jours, et à\nmesure qu'approchait la date du départ définitif, le jeune\nhomme se prenait à regretter cette vie d'étudiant exempte de\nresponsabilités et pleine d'indépendance.\n   Il aurait volontiers reculé de quelques mois encore le jour de\nsa thèse, mais les nouvelles qu'il recevait tous les deux jours de\nLagnoville devenaient de moins en moins bonnes. M. Morval,\nqui avait à cœur de garder intacte sa clientèle pour son fils, se\n\n\n  (1) Nous donnons ici unchapitre inédit du roman : La meilleure part, que publiera sous\npeu Emile Poiteau, un jeune écrivain catholique de talent, qui a édité déjà un premier\nroman remarquable: Vers la Lumière, dont nous avons fait l'éloge qu'il méritait, du reste,\ntant par sa tendance idéaliste et chrétienne — la nôtre — que par sa valeur littéraire.\n"}, {"page_pdf": 779, "texte": "682                            DURENDAL\n\n\n dépensait beaucoup auprès des malades. Il voyageait du matin\nau soir; et chaque matin, lorsqu'il recommençait une journée,\nil n'était pas encore déchargé de toute sa fatigue de la veille.\n     D'étape en étape il sentait ses forces le trahir. A Gabrielle\nqui lui recommandait prudence et repos en raison de son âge\net de sa santé si fortement ébranlée, il répondait en souriant :\n    — Il faut bien que j'aille j u s q u ' a u retour de Jacques. Je ne\nveux pas que mon grand garçon puisse dire que sur la fin de ma\nvie je n'étais plus bon à rien.\n     Il ajoutait souvent :\n    — Tranquillise-toi, petite. L e travail, c'est ma vie. J'ai tou-\njours travaillé. Si je changeais mes habitudes je serais capable\nd'en être malade pour tout de bon!\n    Mais, en dépit de cette philosophie toute souriante, le doc-\nteur Morval sentait le mal l'envahir de plus en plus. Il avait\nfréquemment des lourdeurs de tête, des vertiges, des éblouisse-\nments, de l'hésitation dans la parole...\n    P o u r rassurer sa fille, il mettait tous ces malaises sur le\ncompte de l'estomac. Il s'amusait m ê m e à endormir la naïveté\nde Gabrielle en faisant tout un cours sur les vertiges de l'es-\nt o m a c . . . Mais il sentait en réalité que la mort le guettait, et\ntout bas, dans l'intimité de la conscience, il se disait :\n    — Irai-je jusqu'au bout?\n     Gabrielle comprenait très bien que l'état de son père s'aggra-\nvait. T o u s les deux jours elle écrivait à Jacques, et chaque fois\nson appel devenait plus pressant :\n     — Passe vite ta thèse, disait-elle. P è r e est très fatigué. Je\ncrains qu'il ne puisse atteindre l'époque de ton retour...\n     L e jour de sa thèse, au matin, Jacques reçut deux lettres au\nt i m b r e de Lagnoville. L a première était de Gabrielle. Elle con-\ntenait ces simples mots :\n\n                « M O N CHER JACQUES,\n\n   » N e t ' a t t a r d e pas à Paris avec des camarades lorsque tu auras\npassé ta thèse. Reviens le plus vite possible, le soir même si tu\nle peux. P è r e est beaucoup plus mal depuis hier. Il a dû renon-\ncer même à faire sa tournée aujourd'hui. L e s malades com-\nmencent à devenir nombreux avec les brouillards de novembre.\nIl est grand temps que tu reviennes.\n   \" A toi de cœur en h â t e ,                              » GABRI. »\n"}, {"page_pdf": 780, "texte": "                      LA MEILLEURE PART                         683\n\n\n L'autre lettre, tracée d'une main tremblante, était du docteur\nMorval lui-même. Elle était toute pleine de mélancolie :\n\n              « M O N PETIT JACQUES,\n\n   » C'est donc d e m a i n que tu vas soutenir ta thèse? C'est donc\ndemain que tu vas me donner le droit de me reposer pour tout\nde bon? Oh ! mon petit, sois béni pour le repos que tu vas m'ac-\ncorder!... L a vie a été si dure pour moi que je me sens\nmeurtri avant l'âge, vieilli avant d'avoir atteint la vieillesse...\nMes pauvres j a m b e s ne veulent plus faire aucun service. Mes\nbras eux-mêmes protestent contre le moindre effort. L a machine\n— pour employer un terme qui m'est cher — est maintenant\ncomplètement rouillée, hors d'état.\n   » L e repos que ton retour va me permettre de prendre m e\nfera du bien, je crois. Mais je sens que je ne me remettrai\njamais complètement. Mes éblouissements deviennent plus fré-\nquents. J'ai des m a u x de tête insupportables que rien ne peut\ncalmer. Il me semble, à certains moments, que ma tête va\néclater. J e crains une récidive, vois-tu... O h ! ne t'effraie pas\npour cela. Que veux-tu? Il faut envisager la vie avec sang-froid,\ntelle qu'elle est, et avouer sans honte — tout médecins que nous\nsommes — que la machine humaine est une merveille bien déli-\ncate que nous prétendons connaître jusque dans ses détails mais\nque nous ne savons pas raccommoder lorsqu'elle a le malheur\nde se détraquer.\n   » Ecoute, mon petit : mon rôle est terminé. J e t'ai gardé\nintacte u n e clientèle que m'avait transmise ton grand-père. Ça\nété dur pour arriver à ce but. Aussi je crois avoir bien rempli\nmon devoir. A toi maintenant de reprendre le nom, la réputa-\ntion et les principes de tes aïeux. Ne te soustrais à aucune des\ntraditions de la famille. Accepte sans restriction tout le pro-\ngramme des Morval. Reviens à Lagnoville avec la ferme inten-\ntion de faire comme tes prédécesseurs, ou ne reviens pas.\n   » Sois toute ta vie un travailleur et un simple. Ne tire aucune\nvanité des cures heureuses que tu pourras faire et demeure\nsavant sans affectation. Je ne sais rien de plus beau qu'une\nintelligence consciente de sa force mais qui l'oublie en public...\n   » Et puis, surtout, sois bon pour tes malades. N'oublie\njamais que ceux qui souffrent ont toujours droit au respect et\n"}, {"page_pdf": 781, "texte": "684                             DURENDAL\n\n\nsouvent à l'affection. Q u a n d tu ne pourras rien au point de vue\nscientifique, n'oublie j a m a i s de faire l'aumône de ton cœur...\nNe considère pas la médecine comme une industrie, mais\ncomme un apostolat. E t puis encore, si tu te maries à Lagno-\nville, n'oublie pas ce que je t ' a i dit un jour : Pars bona, millier\nbona...\n   » Allons, mon petit... Bon courage pour ton dernier examen!\net reviens-nous vite pour que nous puissions te fêter en famille.\n   » A bientôt la joie de te serrer sur mon cœur.\n\n                                                       )) D r MORVAL. »\n\n\n   Jacques, en fermant la lettre, ne put se retenir de pleurer.\nIl avait pour son père un véritable culte, et cette douleur qui\nperçait dans la résignation du vieillard parvenu au terme de\nsa carrière l'attristait profondément.\n   L a matinée lui p a r u t longue comme un siècle. Il n'eut que\nla ressource de descendre sur le boulevard et d'errer à travers\nle j a r d i n du L u x e m b o u r g , car ses malles étaient à la gare, en\nconsigne, depuis la veille au soir. Il n'avait plus un seul livre\ndans sa c h a m b r e .\n   Après le déjeuner il fit ses adieux à ses camarades les plus\nintimes d a n s le quartier latin et, à 4 heures, se dirigea vers la\nF a c u l t é pour soutenir sa thèse.\n   Jacques avait fait une thèse très originale sur le traitement\nde la tuberculose par les injections de paratoxine. Les obser-\nvations personnelles étaient nombreuses. L a question était fort\njudicieusement envisagée au triple point de vue de la théorie\nscientifique, de l'efficacité et du bénéfice pour le malade,\n facques soutint b r i l l a m m e n t sa thèse et obtint la mention :\n Très bien satisfait.\n   I1 s'empressa d'envoyer à Lagnoville un télégramme annon-\nçant la bonne nouvelle et revint boulevard de Magenta pour\nrégler sa propriétaire et prendre son sac de voyage.\n   Mais, comme il rentrait tout joyeux, la concierge l'arrêta :\n   — Monsieur Morval, on vient d'apporter un télégramme\npour vous.\n   — U n t é l é g r a m m e ? dit Jacques en devenant subitement\npâle.\n   — O u i , il n'y a pas plus de dix m i n u t e s .\n"}, {"page_pdf": 782, "texte": "                      LA MEILLEURE    PART                    685\n\n\n  Jacques déchira le petit bleu qu'on lui remettait et dévora\ndes yeux :\n\n         « Reviens vite. Père très mal.\n                                                    \" GABRI. \"\n\n   Ce fut comme un coup de massue pour Jacques, Il chancela\net s'appuya à la rampe de l'escalier.\n   — Vous avez du chagrin, monsieur Morval? Mauvaise nou-\nvelle, sans doute?...\n   Jacques ne put répondre. Il fit de la tête un signe affirmatif,\npuis, tout d'un coup, un sanglot s'étrangla dans sa gorge.\n   La concierge s'empressa :\n   — Mais, mon D i e u ! Entrez donc prendre quelque chose,\nmonsieur Morval. F a u t pas rester comme ça...\n   — Merci, dit Jacques à voix basse. Vous êtes bien bonne. Je\nn'ai besoin de rien.\n   Il ajouta, en désignant la dépêche :\n   — C'est mon père qui est très mal...\n   Puis, fou de douleur, il se hissa le long de la rampe d'esca-\nlier et s'enfuit dans sa chambre pour donner libre, cours à ses\nsanglots.\n\n                               II\n\n  Le soir m ê m e Jacques quitta Paris. Il avait calculé, avec\nun indicateur consulté en hâte sur une table de café, qu'en\nprenant le rapide du soir jusque Amiens et qu'en changeant\ndeux fois de train-tramway, il pourrait arriver à Lagnoville\ndans la nuit.\n  Il était exactement 5 heures du matin quand il arriva à\nLagnoville. Déjà à l'horizon une traînée laiteuse s'élevait au-\ndessus des champs, annonçant l'aurore prochaine. Les oiseaux\ncommençaient à s'agiter dans les buissons. L a vie renaissait\npartout avec le lever d u jour.\n  Jacques jeta un regard vers les salles d'attente : personne\nne l'attendait. Il sortit et interrogea rapidement l'obscurité\ndu hall des voitures : pas une voiture n'était là pour le\nprendre.\n  — C'est bon, j'irai à pied, pensa-t-il.\n  Il évita, à cause de l'obscurité et des ronces, de prendre le\n"}, {"page_pdf": 783, "texte": "686                          DURENDAL\n\n\n\npetit sentier couvert qui descend à travers les pâturages et\ns'élança sur la grand'route plantée d'arbres qui suit en ser-\npentant le flanc de la colline et qui, sous la pâle phospho-\nrescence du jour levant, ressemblait à un long serpent d'argent.\n   Lorsqu'il arriva à Lagnoville il croisa quelques groupes\nd'ouvriers qui partaient prendre le train du matin ponr se\nrendre à leur travail d a n s les usines métallurgiques des envi-\nrons. Mais les maisons sortaient à peine de l'obscurité.\n   L a nuit, qui fuyait lentement devant le jour envahissant,\nestompait encore les contours des fermes. Seuls, les toits\néclairés des granges, dépassant les bouquets d'arbres pro-\nfilaient avec netteté sur le ciel éclairé leurs sommets épineux.\n   A pas précipités, le cœur angoissé, Jacques traversa le\nvillage. Arrivé devant la maison natale il s'arrêta et mit la\nmain sur son cœur pour en comprimer les battements affolés.\n   T o u t e s les fenêtres, en haut et en bas, étaient éclairées,\nmais les persiennes étaient fermées. L a lumière filtrait par les\nlames ajourées des persiennes et t o m b a i t jusqu'à terre où elle\nformait de longues stries lumineuses. On entendait un bruit\nconfus de voix et des pas rapides dans l'escalier. Jacques crut\npercevoir des sanglots...\n   — Allons..., se dit-il, c'est que Dieu l'a voulu.\n   E t résolument il s'avança vers la porte cochère qui était\ngrande ouverte.\n   Justement une voiture en sortait : c'était le coupé du docteur\nDelahesse, un de ses confrères voisins.\n   Jacques héla le cocher :\n   — Arrêtez! Arrêtez!\n   Puis, se précipitant vers la portière :\n   — C'est vous, monsieur Delahesse?\n   L e praticien saisit la main de Jacques :\n   — A h ! vous voilà, monsieur J a c q u e s . . . Vous rentrez sans\ndoute de Paris?\n   — O u i . P a r le train de nuit. Impossible d'arriver plus tôt!\n   Voyant que le docteur Delahesse descendait de voiture, il\n questionna d'une voix haletante :\n   — J'arrive trop tard, sans doute? C'est fini?...\n    — Mon pauvre a m i ! . . . Mes confrères et moi nous avons fait\n tout notre possible, mais vous savez... nous ne sommes pas les\n maîtres ici-bas...\n"}, {"page_pdf": 784, "texte": "                       LA MEILLEURE PART                         687\n\n\n   — Je le sais, répondit Jacques en se raidissant.\n   Puis il questionna, d'une voix creuse :\n   — Il y a longtemps qu'il est mort?\n   — Vers 3 heures du matin.\n   Sans attendre d'autres questions, le docteur Delahesse prit le\nbras du jeune h o m m e :\n   — Venez, mon a m i . C'est une heure terrible pour vous, je le\nsais. Mais dites-vous que Dieu l'a voulu ainsi. Au lieu de vous\nrévolter en vain, tâchez de vous résigner chrétiennement, avec\nles visions consolantes de l'au-delà.\n   Comme; Jacques fondait en larmes, le docteur Delahess\nreprit, en le poussant doucement :\n   — Allons... du courage, mon pauvre Jacques! Venez avec\nmoi...\n   Doucement, avec d'infinies précautions, comme s'il eût\ndéplacé un objet fragile, le docteur Delahesse dirigea Jacques\nvers le vestibule. Peu à peu, en l'aidant de paroles affec-\ntueuses et réconfortantes, il l'entraîna jusqu'en haut de\nl'escalier. L à , sur le palier, il lui dit tout bas à l'oreille :\n   — Du courage, J a c q u e s ! Du courage! N'augmentez pas la\ndouleur de Gabriel le....\n   Puis, lui i n d i q u a n t la chambre entr'ouverte du docteur\nMorval et l'y poussant doucement :\n   — Il est là-bas, sur son lit... Voyez d'ici... On dirait qu'il\nrepose...\n   Jacques hésita un moment. Puis, traversant la chambre sans\ns'inquiéter des personnes qui faisaient cercle et priaient à\ngenoux sur des chaises, il alla jusqu'au lit du mort. L à ,\ntombant à genoux et saisissant la main déjà glacée de son père :\n   — Mon pauvre papa! s'écria-t-il avec des sanglots. T u ne\nm'as pas a t t e n d u . . . mon pauvre p a p a !\n   Puis, sans s'occuper s'il froissait les traits figés du vieillard;\nil saisit la tête de son père entre ses mains nerveuses et colla\nses lèvres sur le front du mort.\n   Silencieusement, les larmes du fils coulèrent sur les joues\nparcheminées du père. Elles coulèrent longtemps, abondantes,\ninondant le visage et se réfugiant dans l'embroussaillement de\nla barbe.\n   Voyant que Jacques prolongeait l'étreinte, et devinant que ce\ntableau de désespoir était trop impressionnant pour les per-\n"}, {"page_pdf": 785, "texte": "688                            DURENDAL\n\n\n\nsonnes présentes, Gabrielle s'approcha. T i r a n t légèrement\nJacques par l'épaule :\n    — Viens, Jacques, dit-elle... Nous reviendrons près de lui\ntout à l'heure.\n    L e jeune h o m m e obéit à la prière de sa sœur et se releva.\nL a s , désolé, comme abattu par la douleur, il laissa choir sa\ntète sur l'épaule de Gabrielle et dit avec désespoir :\n   — M a petite G a b r i ! Qu'allons-nous devenir maintenant!\n   Au lieu de répondre, Gabrielle entraîna son frère dans la\nc h a m b r e voisine :\n   — L à , dit-elle... Ici tu peux pleurer. Il n'y a que moi.\n    L o n g u e m e n t Jacques s'entretint avec sa sœur des derniers\nmoments de l'agonie, des dernières souffrances.\n    Il questionna pour s'éclairer jusque dans les moindres détails\net se fit rapporter avec minutie les dernières paroles.\n   — Alors, il a reçu mon télégramme avant de mourir?\n   — O u i . Il l'a lu plusieurs fois de suite. E t puis il a dit en\nm e regardant : « C'est bien, ça... je suis content. O h ! le brave\npetit!... »\n     — Il a d i t ça?\n   — Oui. J e te rapporte ses propres paroles. Il était neuf\nheures du soir quand la dépêche est arrivée. Il l'a gardée sur\nson lit, et, à tous ceux qui l'approchaient, il la montrait en\npleurant. Il disait à tous les médecins qui étaient venus le voir :\n« Jacques est reçu avec la mention très bien. Je vais pouvoir\nme reposer m a i n t e n a n t et bien me soigner. »\n    — Pauvre p è r e ! . . .\n  — E t puis vers minuit, q u a n d la situation s'est aggravée et\nqu'il a compris...\n    U n sanglot étouffa la voix de Gabrielle. Jacques, serrant sa\nsœur dans ses bras, questionna, avide de savoir les derniers mots,\nles dernières pensées :\n    — Quoi? Dis vite, je t'en p r i e . . .\n    — E h bien! il m'a remis la dépêche en me disant : « Garde-\nla toujours. Elle m'a donné une si grande j o i e ! . . . Je vais mourir,\nmais je sais au moins que la chaîne des Morval n'est pas\nbrisée... »\n    — E t après?\n    — Oh ! après il n'a plus rien dit. Il avait de l'angoisse dans\nles yeux. Son regard allait de la porte vers moi et de moi vers\n"}, {"page_pdf": 786, "texte": "                         LA MEILLEURE PART                              689\n\n\nla porte. Il semblait te chercher. Il t'espérait... Vers 3 heures,\naprès le départ du prêtre, il m'a fait signe d'approcher. Il m'a\npris la m a i n et m'a dit bas, très bas, entre deux hoquets : « S'il\narrive trop tard, tu lui diras que je meurs content... » Quelques\nminutes après, comme il ne pouvait plus articuler les mots à\ncause de sa langue qui s'embrouillait, il m'a fait signe d'ap-\nporter du papier et un crayon.\n   Gabrielle sortit de son corsage un petit feuillet arraché pré-\ncipitamment à un carnet et sur lequel le mourant avait tracé,\nen caractères presque illisibles, ces simples mots :\n   « Mon petit, tu arriveras trop tard! Mais tu reviens... C'est\nune joie pour moi qui vais mourir. Sois heureux, bien heureux,\nplus heureux q u e je ne l'ai été... Souviens-toi de tous mes con-\nseils pour ta profession, et surtout pour ton mariage... Et n'ou-\nblie jamais de bien tenir le vieux nom des Morval... »\n   Jacques porta le feuillet jusqu'à ses lèvres :\n   — P è r e . . . O h ! oui, murmura-t-il avec piété.\n   Après avoir séché leurs larmes, les jeunes gens descendirent.\n   A la cuisine, Jacques se réchauffa auprès d'un bon feu et\nabsorba en hâte une tasse de lait que Gabrielle lui servit.\n   Puis il r e m o n t a dans la chambre funèbre. Derrière la porte\nil aperçut, blotties dans l'ombre et enveloppées dans des cou-\nvertures de voyage, M m e Ravenel et Suzanne. Discrètement il\ns'avança vers elles :\n   — Vous aussi vous êtes venues?\n   — Mais oui, monsieur Jacques, répondit M m e Ravenel. On\nest venu nous prévenir hier soir. Nous sommes arrivées vers\n10 heures. E t comme M. Morval a été de mal en pis, nous avons\npassé la nuit avec Gabrielle.\n   — Vous devez être bien fatiguées ! Il faudra songer à regagner\nles H e r b i e r s . . . Voici le jour qui vient. Les gens du village vont\narriver pour dire une prière auprès du corps. Il y aura toujours\nquelqu'un...\n   — C'est vrai, monsieur Jacques, dit Suzanne. Mère ne peut\nveiller sans inconvénient pour sa santé. Aussi elle va retourner\naux H e r b i e r s . Mais moi je vais rester pour aider Gabrielle. L a\npauvre fille est toute désorientée.\n   — Il y a tant de choses auxquelles il va falloir penser main-\ntenant, ajouta M m e Ravenel : les lettres aux parents, les lettres\nde faire-part, le jour de l'enterrement, l'heure de la messe, le\n"}, {"page_pdf": 787, "texte": "690                           DURENDAL\n\n\n\n cercueil... T o u t cela est de triste réalité, je le sais. Mais il faut\n bien y penser.\n    M m e Ravenel remit à Jacques la couverture dans laquelle elle\ns'était enveloppée pour passer le reste de la nuit et s'approcha\ndu corps.\n   Elle traça avec le buis béni une croix sur le corps déjà raide\nde M. Morval, fit une courte prière et descendit avec Suzanne\net Jacques.\n   D a n s le vestibule, Jacques les retint :\n   — C o m m e c'est gentil d'être venues cette nuit tenir compa-\ngnie à Gabrielle! O h ! je vous remercie de tout c œ u r ! . . .\n   Il ajouta :\n   — Elle a dû être si triste cette nuit d ' a g o n i e ! . . .\n   — Oui, je vous assure, monsieur Jacques, répondit Suzanne.\nE t puis, vous qui n'étiez pas là... Quelle fâcheuse coïncidence...\n   Jacques se fit répéter les dernières paroles de son père. Il les\nconnaissait déjà par Gabrielle, mais il aimait à recevoir d'autres\nlèvres la même confidence, la m ê m e version. L e s derniers mots\nd'affection de son père lui valaient tout un héritage, et Jacques\nvoulait bien connaître son héritage afin d'être sûr de ne pas\nl'oublier et de ne pas le perdre.\n   E n prenant congé de Jacques, M m e Ravenel lui dit :\n   — J e vous laisse ma fille pour aider Gabrielle à la cuisine et\nvous aider à établir les lettres mortuaires. Mais si vous avez\nbesoin d'une voiture pour faire des courses ou aller à la gare,\nsurtout n'oubliez pas que celle des Herbiers est à votre dispo-\nsition. L a voiture n'est pas grande, mais nous avons encore un\nvieux char-à-bancs dans lequel on peut mettre six personnes et\nque notre petit poney peut très bien tirer.\n   M m e Ravenel se tourna vers sa fille :\n   — Q u a n t à toi, arrange-toi avec Gabrielle comme je te l'ai\ndit pour le dîner.\n   Elle regarda Jacques et expliqua :\n   — Malgré tout il faut bien penser au côté matériel...\nGabrielle aura besoin de services et de vaisselle de table en\nquantité. T o u t ce que nous avons est à sa disposition. Surtout\ndites-lui bien qu'elle ne soit pas t i m i d e avec nous.\n   C o m m e les gens du village commençaient à défiler, silen-\ncieux et attristés, pour apporter leur prière près du lit funèbre,\nM m e Ravenel s'éloigna.\n"}, {"page_pdf": 788, "texte": "                      LA MEILLEURE PART                       691\n\n\n  — Vous retournez à pied, mère? d e m a n d a Suzanne.\n  — Oui, je ne serai pas gênée de gagner les Herbiers à pied.\n  — Surtout, couchez-vous en rentrant. Vous devez être\népuisée...\n  — Tranquillise-toi, ma petite, et surtout aide Gabrielle le\nplus possible. L a pauvre fille me paraît perdre la tête... L e\ncoup a été trop rapide pour son cœur. Pauvre petite!...\n  A pas lents, marchant pesamment, sans lever presque les\npieds, à la façon des vieilles femmes qui n'ont plus de jambes\net vont cahin-caha en se dandinant plus qu'en avançant,\nM me Ravenel reprit le chemin des Herbiers.\n  Elle partait, triste jusqu'au fond de l'âme à cause du décès\ndu docteur Morval, mais heureuse un peu à cause de sa fille\nqu'elle laissait comme une espérance et un réconfort dans la\ngrande maison que la mort venait de visiter...\n\n\n                               III\n\n   T o u t e la journée les habitants de Lagnoville défilèrent\ndevant le corps du docteur Morval.\n   On l'avait revêtu de sa plus belle redingote. On lui avait\nmis sa plus belle chemise à plastron, un col neuf, une cravate\nblanche. Allongé au-dessus de son lit, paraissant plus grand\ndepuis que la mort l'avait raidi, touchant de la tête et des sou-\nliers les deux extrémités de son lit, M. Morval inspirait le\nrespect mais non la crainte qu'inspirent certains cadavres.\n   Les traits étaient reposés. Les paupières étaient abaissées\ncomme en un sommeil. Les lèvres et le menton, masqués par\nles moustaches et la barbe, ne laissaient voir ni le rictus gri-\nmaçant de la mort, ni la contraction douloureuse que l'agonie\navait mise dans les joues. Les doigts osseux et longs, entre-\nlacés autour d'un petit crucifix d'ivoire, gardaient malgré leur\nteinte cireuse et leur translucidité une singulière apparence\nd'énergie et de vitalité. E t tous ces braves paysans qui pas-\nsaient près du corps contemplaient avec vénération ce visage\nqu'ils avaient tant aimé, ces mains qu'ils avaient vues si\nadroites, si agiles dans les cas difficiles, si expertes dans les\ninterventions urgentes et délicates.\n   Jacques voyait des larmes dans tous les yeux. I1 sentait que\n"}, {"page_pdf": 789, "texte": "692                         DURENDAL\n\n\n\n les cœurs étaient lourds de chagrin. A travers les phrases\n simples, parfois maladroites, que ces braves gens essayaient de\n formuler en guise de consolation, il entrevoyait très nettement\n une affection sincère, une désolation véritable.\n    Suzanne, à qui il confiait ses r e m a r q u e s , lui dit :\n    — Oui, monsieur Jacques, et c'est un héritage pour vous...\n Il y a une grande leçon qui se dégage pour vous de tout ceci :\n M . Morval vient de mourir... On a p p r e n d à peine la triste\n nouvelle, et déjà le deuil est dans toute la région. T o u t le\n monde accourt au plus vite. On s'émeut, on s'empresse, on\n pleure. On ne songe qu'à ce malheur. Voyez ces braves gens\nqui quittent leurs travaux et leurs champs pour venir prier\nprès du corps, ils ne savent pas vous dire ce qu'ils pensent parce\nqu'ils ignorent les mots usuels, les condoléances consacrées.\n Mais regardez-les bien : ils n'ont que la sincérité au fond\n des yeux.\n    Comme elle disait cela, une femme courbée et marchant\npéniblement, un h o m m e et une demi-douzaine d'enfants\ns'avancèrent dans l'escalier.\n    Suzanne les reconnut de suite :\n    — T i e n s . . . , c'est vous, la Brispote?\n    — Eh ! oui, dit la femme en s'appuyant sur-son bâton.\n    En apercevant Jacques elle fondit en larmes et dit d'une\nvoix chantante :\n    — Mon pauvre monsieur Morval! Pouvait-on, seigneur Dieu,\nun pire m a l h e u r ! C'est comme un fait exprès. C'est toujours\nles meilleurs qui s'en vont... L e bon Dieu s'est sûrement\ntrompé encore une fois... Allez! Vous pouvez me croire...\n    Elle ajouta, en donnant à Jacques une petite médaille\nen nickel :\n         Ça, monsieur Jacques, c'est une médaille bénite. Prenez-\nla. F a u d r a la mettre dans le cercueil. Votre père saura bien ce\nque ça veut d i r e . . .\n   E n regardant Jacques elle acheva sa pensée :\n   — J e suis trop pauvre pour faire dire des messes; ça lui en\nservira là-haut...\n   P u i s , tirant de dessous son tablier de toile bleue un petit\nbouquet d'immortelles soigneusement ficelé avec une faveur :\n   — Je voudrais le mettre tout près d e lui, sur son lit, comme\nune reconnaissance... Il m ' a si bien soignée !... Vous permettez?\n"}, {"page_pdf": 790, "texte": "                       LA MEILLEURE PART                          693\n\n\n    — Mais certainement, ma brave femme.\n    La Brispote s'épongea, avec le coin de son tablier, les yeux\nqu'elle avait pleins de larmes. Puis, s'aidant de ses bâtons à\ncause de sa j a m b e qui n'était pas encore bien solide, elle monta\nl'escalier pour porter au docteur Morval son petit bouquet de\nfleurs et quelque naïve mais touchante prière.\n    P e n d a n t que la Brispote montait l'escalier, la servante vint\nannoncer Monsieur, Mme et M lle Dufour.\n    Déjà les silhouettes des visiteurs s'encadraient dans la porte.\nNi Jacques, ni Suzanne ne pouvaient fuir.\n    — Ah! fit Jacques simplement, mais avec une contraction de\nvisage que Suzanne remarqua.\n    La main t e n d u e , M. Dufour s'avançait déjà :\n    — O h ! ce bon monsieur Morval!... Si jeune encore!... Et\nparti si vite!... C'est un véritable coup de foudre... Vous nous\nvoyez atterrés, monsieur Jacques, véritablement atterrés...\n    M me Dufour s'avança ensuite avec des larmes de circonstance,\nmille manières ridicules, et des phrases étudiées à l'avance :\n    — Monsieur Jacques, nous vous apportons nos condoléances\nattristées. Soyez sûr que nous partageons votre douleur... Nous\ncomprenons si bien la place immense que monsieur Morval\ntenait dans votre vie!...\n    R a y m o n d e vint à son tour, s'occupant plus de la façon\nde tendre la main et du jeu de sa physionomie que d'être\nsincère.\n    Jacques remarqua que malgré l'heure matinale, malgré\nl'imprévu de la visite et le deuil qui assombrissait tout,\nRaymonde avait pris le temps de s'habiller avec coquetterie, de\nse coiffer avec un véritable raffinement et de se surcharger d'un\ntas de parfums pénétrants. Autant il aimait la simplicité\nconfiante de Suzanne qui, spontanément, sans toilette et sans\n sourire était venue de suite offrir son cœur et ses bras, autant\n il détestait cette recherche de Raymonde, ce sourire protecteur\n et ces altitudes modelées, étudiées, calculées, ce désir de\n paraître porté jusqu'auprès d'un cercueil...\n    — Nous pouvons monter auprès du corps? d e m a n d a\n  M. Dufour.\n    — Mais oui, dit Jacques, depuis le matin c'est une véritable\n allée et venue.\n"}, {"page_pdf": 791, "texte": "694                           DURENDAL\n\n\n\n   M. Dufour s'engagea dans l'escalier. M m e Dufour suivit son\nmari, mais R a y m o n d e retint sa mère par la main :\n   — Mère, vous ne craignez point l'émotion? Moi, j'aime\nmieux ne pas monter. J e crains d'être trop impressionnée.\n   A l'encouragement de sa mère elle opposa une ténacité pleine\nd'autorité :\n   — Non, mère. Montez si vous voulez. Moi je vais vous\nattendre ici.\n   Jacques fut étonné du sans-gêne de R a y m o n d e avec sa mère\net de son m a n q u e de savoir-vivre.\n   — D a n s ce cas, elle aurait mieux fait de rester chez elle!\npensa-t-il.\n   P a r politesse il d e m e u r a dans le vestibule à causer avec\nR a y m o n d e , mais il souffrit dans son cœur de l'attitude égoïste\nde la jeune fille. Elle lui apparaissait plus que j a m a i s comme\nune femme insignifiante, sans caractère, sans fermeté, mais\ntrès décidée à se procurer toutes ses aises et à se faire accorder\nses moindres fantaisies.\n   P e n d a n t que M. et M m e Dufour saluaient Jacques, Suzanne\ns'était éloignée dans le petit corridor de la cuisine. Elle avait\ndisparu rapidement, mais pas assez vite cependant pour que\nRaymonde ne la vît.\n   — Il m'a semblé entrevoir Suzanne Ravenel? dit Raymonde\nen jetant un regard fureteur vers la cuisine.\n   — C'est possible, répondit Jacques avec indifférence, car\nelle s'occupe ici avec Gabrielle.\n   R a y m o n d e eut un pli amer au coin des lèvres.\n   — T i e n s , tiens..., fit-elle, nous pensions être les premiers\narrivés de tous vos amis. Mais je m'aperçois que Suzanne nous\na précédés.\n   — O h ! de longtemps, m a d e m o i s e l l e ! M m e Ravenel et\nSuzanne ont passé toute la nuit ici p e n d a n t l'agonie.\n   Un éclair de surprise traversa les yeux de R a y m o n d e . Mais\nelle se ressaisit aussitôt et donna à son masque une expression\nde dédain :\n   — O h ! quel m a n q u e d'éducation!... C o m m e cela dut vous\ngêner dans un m o m e n t si pénible pour vos c œ u r s ! . . .\n   — Mais au contraire. Je n'étais pas là, moi. J'étais seule-\nment sur le chemin du retour... Gabrielle se sentait isolée dans\nsa douleur... les dames Ravenel ont eu la grande délicatesse de\n"}, {"page_pdf": 792, "texte": "                      LA MEILLEURE PART                        695\n\n\nlui offrir leur soutien, leur réconfort... Je n'oublierai jamais\ncette preuve d'amitié.\n    Comme R a y m o n d e , désappointée, faisait une petite moue\ndédaigneuse qui voulait dire : « Cela dépend des façons de\ncomprendre les choses... » ou bien encore : « Vous avez une\nsingulière façon de voir et d'apprécier! » Jacques insista :\n    — C'est dans les jours d'épreuve, vous savez, mademoiselle\nRaymonde, que les cœurs donnent leur mesure...\n   Voyant que le front de R a y m o n d e se plissait comme sous un\ncoup de fouet trop cinglant et que ses yeux fixaient obstinément\ncomme s'ils avaient voulu percer plus avant et poursuivre toute\nla pensée, Jacques s'efforça de clore ce chapitre de jalousie...\nIl causa du jour des obsèques, des banalités habituelles de la\ncérémonie funèbre, de son retour définitif à Lagnoville... Puis\nil s'informa des choses de l'usine et de la villa, des nouvelles\ncourantes de la région, de toutes sortes de questions oiseuses\nqui font partie de la vie quotidienne et qui n'ont jamais servi\nqu'à alimenter la curiosité humaine.\n    R a y m o n d e lui dit tout à coup en voyant descendre la Bris-\n pote et ses enfants :\n    — Vous avez laissé monter ces gens-là?\n    — Mais o u i . . . Quel mal y a-t-il à cela?\n    — Il n'y a aucun mal, si vous voulez. Mais, avec leurs sou-\n liers ferrés et leur souplesse d'hippopotame ils vont mettre vos\n tapis dans un état !...\n    Jacques haussa les épaules :\n    — Mes tapis?... Est-ce qu'on songe à des tapis quand on a\n perdu son p è r e ! . . .\n    Il ajouta encore, en faisant de la main un signe d'adieu à la\n Brispote et à son mari :\n    — Ces braves gens-là chérissaient mon père. Est-ce que je\n peux les empêcher de venir le pleurer!...\n    Le dialogue s'arrêta, car M. et M m e Dufour venaient de des-\n cendre et s'empressaient déjà auprès de Jacques :\n    — Si vous avez besoin de mon auto, le jour de l'enterrement,\n pour aller chercher des parents à la gare, vous savez que je suis\n tout disposé..., lui dit M. Dufour.\n    — Et si vous désirez mes bonnes, dit à son tour M m e Dufour,\n  pour servir le déjeuner qui suivra l'enterrement, ne vous gênez\n  pas... E n t r e amis, c'est un service qu'on se rend volontiers.\n"}, {"page_pdf": 793, "texte": " 696                                DURENDAL\n\n\n\n       Jacques remercia de l'offre a i m a b l e qu'on lui faisait. Mais il\n  le fit par simple politesse, se p r o m e t t a n t de n'en point profiter.\n  Il n'aimait pas le genre h a u t a i n et prétentieux des Dufour. Il\n  détestait leur suffisance. Il gardait surtout une haine secrète\n contre R a y m o n d e qui n'avait pas voulu monter près de M. Mor-\n val par crainte d'émotion et qui critiquait et dédaignait à tout\n instant les hommes et les choses.\n       — Au fait, pensa-t-il lorsque R a y m o n d e eut rejoint son père\n et sa mère dans l'auto, qu'est-elle venue faire ici sinon se mon-\n trer désagréable et contrariante à mon égard? C'est une maison\n de mort... et elle n'a sur les lèvres que sourire et raillerie!...\n       Q u a n d l'auto démarra, Jacques salua de la tête et rentra pré-\n c i p i t a m m e n t . Il se sentait ébranlé j u s q u e d a n s son cœur... Cette\n conversation avec R a y m o n d e l'avait exaspéré.\n      Suzanne r e m a r q u a ce désarroi m o r a l . Elle dit doucement :\n      — Monsieur J a c q u e s , n'attachez pas d'importance à tout\n cela.\n      C o m m e Jacques la regardait avec des yeux interrogateurs,\n elle ajouta :\n      — J e m'étais réfugiée là, dans le corridor de la cuisine, der-\n rière le portemanteau, de sorte que, sans vouloir être curieuse,\nj ' a i tout e n t e n d u . . . Oubliez, monsieur Jacques, les paroles qui\nont été blessantes pour votre amour propre. Oubliez-les, car, je\nvous l'assure, il y a dans tout ce que vous a dit R a y m o n d e moins\nde méchanceté que de m a n q u e de j u g e m e n t .\n      — C'est possible. Mais il y a des phrases qui font mal, made-\nmoiselle S u z a n n e . . .\n      — Je le sais.\n      Elle ajouta, à voix basse, comme en une confession :\n     — ... puisque j ' e n ai souffert moi-même.\n     Suzanne, voyant arriver du m o n d e , attira Jacques derrière\nl'escalier, près de la porte de cave :\n     — Rappelez-vous... chez la Brispote, cet été, lorsque je fai-\nsais le ménage de cette pauvre femme, R a y m o n d e a été aussi\ncinglante q u ' a u j o u r d ' h u i . C'est son h a b i t u d e , voyez-vous...\n     — J e me souviens fort bien, dit Jacques. Mais chez la Bris-\npote c'est contre vous et envers vous qu'elle fut méchante et\ninjuste.\n     — O h ! moi... c'est sans i m p o r t a n c e !\n     Suzanne, en disant cela, avait au fond des yeux quelque\n"}, {"page_pdf": 794, "texte": "                         LA M E I L L E U R E   PART                 697\n\n\nchose de doux et de résigné. Il y avait plus de pardon et de\npitié dans son regard que de mécontentement\n   Jacques le r e m a r q u a . Il aimait cette sérénité et cette grandeur\nd'âme. Déjà, chez la Brispote, il avait été frappé par la noble\nattitude de S u z a n n e et son indulgence dans la résignation. Plus\nil pénétrait le cœur de Suzanne, plus il y découvrait de gran-\ndeur et de force.\n    Après-midi M m e Ravenel revint.\n    — Vous voici déjà, m a d a m e ? Mais vous n'avez pas eu le\ntemps de vous reposer?\n    — Si, si, monsieur Jacques. Tranquillisez-vous. Je me suis\ncouchée ce matin en rentrant, et je suis bien reposée. Je vais\nmaintenant remonter près de M. Morval.\n    Elle s'adressa à Suzanne :\n    — C'est toi qui as prié ce matin?.\n    — Non, mère. Gabrielle a voulu rester près de son père.\n Moi, je me suis occupée en bas, avec M, Jacques. Il y a\ntant de choses auxquelles il faut songer!... Rien que la lettre\n mortuaire nous a d e m a n d é beaucoup de temps. L a famille est\n nombreuse. Il y a beaucoup de parents éloignés, et il est sou-\n vent difficile de savoir exactement à quel degré s'arrêter à\n cause des froissements et des petites susceptibilités. .\n    — Tous les gens de Lagnoville sont venus, sans doute?\n    — Pas tous, mais beaucoup. Depuis le matin c'est un per-\n pétuel va-et-vient. L a chambre est encore pleine de monde.\n    Mme Ravenel regarda Jacques :\n    — Oh ! cela ne m'étonne pas. M. Morval était si aimé dans le\n pays. Il n'est bruit que de sa mort dans la région. J'ai vu, en\n venant, beaucoup de gens qui s'en allaient d'ici et qui pleuraient.\n    Elle ajouta, fortement émotionnée :\n    — O h ! monsieur Jacques, vous étiez fier de votre père...\n Vous aviez raison.\n    Comme M m e Ravenel gravissait l'escalier, Suzanne lui dit :\n    — Renvoyez-nous Gabrielle. Elle est en haut depuis ce\n matin. Elle doit avoir besoin de prendre quelque chose. Je\n vais lui faire chauffer une tasse de bouillon.\n    Quand Gabrielle descendit, elle montra à Jacques une paire\n de gants noirs en peau :\n    — M a d a m e Dufour les a oubliés ce matin. Il faudra les lui\n  rendre lorsqu'elle viendra.\n"}, {"page_pdf": 795, "texte": "698                             DURENDAL\n\n\n   Jacques eut un mouvement d'ennui :\n    — D o n n e . J e les lui reporterai ce soir.\n    P e n d a n t le reste de la journée, il fut tiraillé à droite et\nà gauche. L a maison avait p e r d u son chef et Jacques commen-\nçait à sentir peser sur lui toute la responsabilité... Il comprit\nle vide immense que la mort avait creusé dans sa vie et mesura\nmieux, par les mille soucis qui l'enveloppaient soudain,\nl'étendue de son désastre.\n   Q u a n d le Conseil municipal, la fanfare communale, les\npompiers, les archers et les différentes sociétés de Lagnoville\nvinrent lui soumettre leur intention d'organiser des funérailles\ngrandioses, Jacques fut très net :\n   — Messieurs, dit-il, je suis très touché de votre démarche et\nde vos intentions. Vous aimiez mon père, et vous désirez\ntémoigner p u b l i q u e m e n t votre regret et votre reconnaissance,,.\nC'est bien, cela. J e m'en souviendrai toute ma vie. Mais les\nintentions de mon père sont formelles en ce qui concerne ses\nfunérailles... Il exige la simplicité dans le cortège. Il me l'a dit\nsouvent pendant qu'il était m a l a d e : « Q u a n d je serai mort,\nqu'on m'enterre comme tout le m o n d e . . . U n e messe toute\nsimple de g heures,.. Un cortège silencieux... P a s de musique.\nP a s de couronnes. P a s de discours... Ceux à qui j'ai fait du\nbien sauront, je pense, s'en souvenir sans qu'on le leur\nrappelle en de p o m p e u x discours. »\n   L e maire de Lagnoville — qui avait la manie de toujours\ndiscourir et qui aimait la parade, insista. Mais Jacques fut\nirréductible :\n   — N o n , monsieur, le désir de mon père est formel. Ce\ndésir-là il l'a exprimé souvent, devant témoins. Il faut le res-\npecter. D'ailleurs, pour qu'il n'y ait ni confusion, ni erreur, ni\nexcuse possible, j ' a i fait i m p r i m e r au bas de la lettre mor-\ntuaire les paroles que je viens de vous redire, Ces paroles-là\nsont plus belles d a n s leur simplicité que tous les discours que\nvous pourriez faire.\n   Le maire insista encore :\n   — Mais, dit-il, je sais que M, Dufour se propose aussi de\nprononcer un discours en souvenir des soins que le docteur\nMorval a toujours prodigués aux ouvriers de l'usine.\n   — Eh! bien, répliqua J a c q u e s , je vous saurais gré de répéter\n"}, {"page_pdf": 796, "texte": "                      LA M E I L L E U R E   PART              699\n\n\nà M. Dufour ce que je viens de vous dire. L e désir de mon\npère est formel. Il faut le respecter.\n    Lorsque les délégués de Lagnoville se furent éloignés,\nJacques dit à Suzanne que cette scène avait vivement impres-\nsionnée et qui n'avait pu retenir ses larmes :\n    — Pourquoi pleurez-vous, mademoiselle Suzanne?\n    — O h ! je ne pleure pas. Seulement, je suis très émue,\nCette scène, cette insistance de gens qui profitent d'un cercueil\npour s'en faire une estrade, ce désir de paraître jusque dans\nla douleur,.. C'est tout cela qui m'a mis des larmes dans\nles yeux.\n    Elle ajouta vite :\n    — Mais rassurez-vous. Ce n'est rien. Cela va passer,\n    — N'ai-je pas bien fait de répondre comme je l'ai fait? ques-\ntionna J a c q u e s .\n    — O h ! si. D'ailleurs, puisque le désir de M. Morval est\nformel...\n    Elle ajouta :\n    — Comme il était grand, tout de même, M. Morval! Jusque\ndans sa mort il a voulu garder la simplicité qu'il a toujours\nobservée.\n    Des visiteurs vinrent à nouveau troubler la conversation.\nSuzanne en profita pour rejoindre sa mère et prier un peu près\ndu corps.\n    Le soir lorsque les ténèbres se furent épaissies autour des\n maisons et dans les rues de Lagnoville, Jacques prit les gants\nde M m e Dufour et partit à pied pour la villa.\n    La nuit enveloppait toutes choses. Les silhouettes des\npassants se devinaient à peine... Il ne fut ni reconnu, ni arrêté.\n    Lorsqu'il parvint à la villa la grille du parc était encore\n ouverte. Il entra.\n    Tout était obscur. On ne distinguait ni les chemins ni les\n pelouses. Mais Jacques connaissait les courbes des sentiers, car\n il y était passé bien souvent. Il s'engagea donc sans hésiter dans\n le petit sentier qui borde l'étang, puis, tout d'un coup, grimpe à\n l'assaut de la villa.\n    Celle-ci était vivement éclairée. La véranda, par ses larges\n baies, jetait sur les pelouses de grandes traînées de lumière.\n    — T i e n s . . . pensa Jacques, on soupe sans doute dans la\n véranda.\n"}, {"page_pdf": 797, "texte": "700                           DURENDAL\n\n\n\n   Il se dirigea vers le perron qu'il avait t a n t de fois gravi.\nMais, au moment de mettre la main sur la poignée de la porte,\nil constata qu'il n'y avait personne dans la véranda.\n   La table était prête pour le souper. Mais les convives\nn'étaient pas encore arrivés.\n   Comme il faisait cette constatation, il entendit des éclats de\nvoix violents. Il lui sembla qu'il s'agissait d'une discussion.\n   D'un bond il fut en bas du perron et s'orienta.\n   L e s voix venaient du bureau de M. Dufour, adossé contre la\nvéranda et ouvrant sur l'étang par deux larges portes-fenêtres\navec balcons.\n   Il se glissa le long du m u r rocailleux, derrière les rhodo-\ndendrons.\n   Les persiennes en fer étaient fermées, mais en collant son\noreille tout contre, on percevait très nettement...\n   — As-tu jamais vu refuser un discours et surtout me le\nfaire dire par le maire! Est-ce qu'il ne pouvait pas au moins\nvenir lui-même me prévenir!\n   — A ta place, je le ferais q u a n d m ê m e .\n   — Mais non! mais non! Je ne peux tout de même pas\nm'imposer à ce p o i n t ! . . . D'ailleurs, il paraît qu'on va faire\nmettre sur les lettres de faire-part les dernières volontés de\nM. Morval.\n   Jacques n'entendit pas la réplique de M m e Dufour, car quel-\nqu'un — un jardinier sans doute — passait à quelques mètres\nde la serre, et le j e u n e h o m m e se fit tout petit derrière son\nrhododendron, enseveli dans l'ombre d'une encoignure.\n   Lorsqu'il revint sous la fenêtre et remit son oreille contre les\npersiennes, il reconnut la voix claire de R a y m o n d e :\n   — Avez-vous remarqué ce matin, disait-elle, que Suzanne\nRavenel était chez les Morval? Elle était là, mon Dieu! abso-\nlument comme chez elle! J'ai fait causer Jacques, et j ' a i appris\nque ces dames s'étaient installées depuis la veille..,\n   — Depuis la veille! s'exclama M m e Dufour.\n   — Parfaitement, mère. Elles sont arrivées pour l'agonie,\nparaît-il, et sont demeurées là j u s q u ' à notre arrivée.\n   — E h ! e h ! . . . r e m a r q u e M. Dufour, est-ce que la petite\nRavenel n'essaierait pas de t e n d r e un filet autour de Jacques?\n   — C'est mon avis, père, déclara R a y m o n d e . C'est d'autant\nplus mon avis que Jacques se montre de plus en plus froid à\n"}, {"page_pdf": 798, "texte": "                         LA MEILLEURE PART                           701\n\n\nmon égard. Au tlébut, je croyais qu'il m'aimait... Maintenant\nje suis certaine qu'il ne m'aime pas...\n   — B a h ! Console-toi, ma petite. Des maris, tu en trouveras\nautant que tu en voudras; et de plus fortunés surtout que\ncelui-là. Au surplus, je ne vois pas bien Jacques Morval\ndevenir industriel !... Ce garçon-là est médecin dans l'âme. Il\nn'est pas pratique pour un sou... Je n'ai jamais envisagé avec\nlui la question d'aussi près. Mais je crois fort que si je lui\noffrais ta main et ma succession il aimerait encore mieux passer\nsa vie à s'esquinter sur les routes, jour et nuit, pour le plaisir\nde faire du bien et de s'acquérir une renommée... Je te dis que\ntous ces Morval-là ont le dévouement dans le sang!...\n   — E n tout cas, père, reprit Raymonde, il y a pour moi dans\ntout ceci une question angoissante : si Jacques allait épouser\nSuzanne?\n   — Mais non, mais n o n ! . . . Suzanne n'a pas un sou vaillant.\nOr, les médecins cherchent souvent des dots...\n   — O u i , mais c'est que Jacques ne ressemble pas à tous ses\nconfrères. Il est poète, rêveur, capable de souffrir pour un beau\nrêve d'amour... et Suzanne est certainement jolie...\n   Blotti dans sa cachette, Jacques remerciait tout bas la Provi-\ndence de l'avoir conduit à si bonne école.\n   Après un instant de silence la conversation reprit :\n   — Père, disait R a y m o n d e , je vous faisais remarquer tantôt\nqu'il y avait pour moi dans tout ceci une question angoissante.\nEt c'est vrai. D a n s le pays, depuis deux mois, on jase sur\nJacques et sur moi. On dit que nous sommes fiancés et que la\nnouvelle sera publique sous peu...\n  — On dit cela?\n  — Parfaitement. Et bien d'autres choses encore!... Aussi\nvoyez-vous mon embarras devant le monde si Jacques allait\népouser S u z a n n e ? . . .\n  Jacques entendit le bruit d'une chaise projetée à terre\nviolemment. P u i s la grosse voix de M. Dufour éclata à nou-\nveau :\n  — Oh ! mais cela n'arrivera p a s ! . . . Je suis là, moi, et je saurai\nbien empêcher tout ça!... Je ne sais pas encore trop comment.\nMais je réfléchirai et je chercherai un moyen quelconque.\n  — Un m o y e n ? J'en ai un excellent... M me Ravenel vous a\nemprunté de l'argent, n'est-ce pas?\n"}, {"page_pdf": 799, "texte": "702                        DURENDAL\n\n\n   — Oui, 3o,ooo francs.\n   — Vous avez des hypothèques sur les Herbiers?\n   — Oui. Virtuellement les Herbiers m'appartiennent.\n   — Eh bien, faites rembourser de suite ou faites vendre les\nHerbiers! Jacques Morval ne pourra plus, devant le monde,\nsonger à épouser la fille d'une femme ruinée et qu'on aura jetée\nà la rue!...\n   Jacques n'écouta pas la fin de la conversation. Son cœur bat-\ntait trop vite... Il eut peur de ne pouvoir maîtriser sa rage et\nde se laisser aller à un mouvement de haine ou à quelque folie.\nIl s'enfuit, traversant au hasard les pelouses et les massifs...\n   La grille du parc était encore ouverte. Il passa comme une\nflèche devant le pavillon du concierge et s'enfuit, éperdu,\naffolé...\n   Lorsqu'il rentra chez lui il dit à son domestique, en lui don-\nnant les gants noirs oubliés le matin par M me Dufour :\n   — Portez cela à la villa. M me Dufour les a oubliés tantôt.\n   Puis, il monta près de son père qui, froid comme du marbre\nsur son lit de parade, dormait son dernier sommeil.\n   Il s'agenouilla près du lit et, fixant avec amour le visage\nexsangue du mort :\n   — Père, murmura-t-il tout bas, très bas comme s'il parlait à\nune âme... oh! comme vous connaissiez bien Raymonde!\n\n                                             EMILE   POITEAU.\n"}, {"page_pdf": 800, "texte": "     La Messe de Requiem\n                pour mes Souvenirs\n\n\nComme pour les défunts à leur    anniversaire,\nJe veux vous célébrer l'office mortuaire,\nSouvenirs qui dormez comme eux au cimetière,\nOù Novembre et les cyprès font la bise amère.\n\nJe chanterai pour vous, en pompe, la grande messe;\nLes psaumes et la voix des orgues en détresse\nRempliront de leur liturgique et tonnant râle\nMon cœur tendu de noir comme une cathédrale.\n\n\n\n                         Entrée\nHurlez, déchaînez-vous,  les mille tuyaux    d'orgue,\nQue vos voix, que vos cris sous les voûtes se tordent.\n\nPuis reprenez en des variantes vos thèmes,\nVotre douleur profonde étant toujours la même,\nToujours présente dans vos sanglots, vos silences,\nVotre obscure douleur comme le monde immense.\n\nQue votre chant se ralentisse et s'atténue,\nFaites votre plainte plus doucement   émue,\nQuand vous remémorez les choses      d'autrefois,\nEt quand les vieux amours passent dans votre          voix.\n\nMais soit que votre voix murmure ou qu'elle         pleure\nOu éclate, gardez dans la sainte Demeure,\nDes orgues aux chants liturgiques   dédiées\nLa majesté puissante et pleine de pensées.\n\nQu'après les soubresauts de révolte, les cris,\nTombe l'apaisement sur votre cœur        meurtri,\nEt que, dans la clarté de vos notes amères,\nS'élève, recueillie et grave, la Prière.\n"}, {"page_pdf": 801, "texte": "704                         DURENDAL\n\n\n      Hurlez, déchainez-vous,   les mille tuyaux   d'orgue,\n      Que vos voix, que vos cris sous les voûtes se tordent,\n      Et finissent en solennels « Miserere »,\n      Très lents, suivant au pas le convoi des Regrets...\n\n\n                            Dies iras\n              Dies iroe, Dies illa\n              Un cimetière où tonne un glas,\n              Et Novembre sur tout cela.\n\n              Dans le désert du cimetière\n              Et sous l'effondrement des pierres,\n              Les trous béants creusent la terre.\n\n              Au son des trompettes d'acier\n              Qui clament l'appel justicier,\n              Surgissent les morts émaciés.\n\n              Mes Souvenirs, pauvres     vestiges,\n              Sous l'air glacé qui les fustige,\n              Ressuscitent, pris de vertige\n\n              Et se dispersent dans l'enclos.\n              Etonnés du cauchemar     faux\n              Qui grise leurs membres    falots...\n\n              Sous la bise furieuse et forte,\n              Qui les secoue et les emporte\n              En tourbillon de feuilles   mortes...\n\n              Mes Souvenirs, au tribunal\n              Vont comparaître, pour le mal\n              Qu'ils firent, dans leurs jours fatals.\n\n               Ombres minables des années\n               Oublieuses et profanées\n               Qui se sont si vite fanées...\n\n               Le Juge leur demande     compte...\n               Mais eux se taisent et la honte\n               Plus amére, à leur front   remonte.\n\n              Et, toujours plus dure, la voix\n              Met au grand jour, dans Autrefois,\n              De nouveaux dols envers la Loi.\n"}, {"page_pdf": 802, "texte": "               LA M E S S E D E   REQUIEM                  7o5\n\n         — Eux, leurs dents claquent, ils chancellent,\n         Et la peur tord leurs ombres grêles\n         Penant la sentence éternelle.\n\n        Mais ils viennent  d'apercevoir,\n        Signe de douceur et d'espoir,\n        La Croix, sur le mur du prétoire.\n\n\n              Offertoire (à l'orgue)\nMon cœur saigne comme un couchant        sur les forêts,\nOrgueil tragique et pleur sonore des     regrets...\n\nMon cœur vibre et se déchaîne comme la mer.\n— Soirs tristes, et tempête à l'horizon amer.\n\nLes flots montent gros de révolte intérieure\nEt déferlent contre les récifs durs — et pleurent...\n\nMes Souvenirs affluent, bourdonnantes       cohortes.\nEn désordre, du fond confus des heures      mortes.\n\nD'étranges, d'inconnus, et l'obsession dure,\nEt chaque revenant me cause une blessure.\n\n\n\nMon cœur saigne comme un couchant        vers les orées,\nSur les illusions mortes et enterrées.\n\n\n                Mémoire des Morts\nC'est l'heure recueillie et grave de prier,\nPevant Vous, ô Seigneur, qui Vous sacrifiez,\nEn un profond colloque, triste, seul à seul,\nPour tons ceux qu'à présent recouvre le linceul,\nPour les parents, pour les frères, pour les amis,\nQui ont beaucoup souffert et se sont    endormis...\nMemento famulis... C'est l'heure de prier\nPour tous les disparus, et en particulier\nPour ceux qui, si longtemps, firent partie de moi :\nMes rêves, mes désirs, mes ardeurs, mes émois\nIllusoires, si beaux qu'ils ne me paraissaient\nPas mortels, maintenant les cendres du Passé.\n"}, {"page_pdf": 803, "texte": "706                             DURENDAL\n\n\n       Seigneur, ayez pitié de tous mes Souvenirs\n       Que hante dans la tombe un cruel repentir.\n       Ils furent, je sais bien, misérables et fous.\n       Et levèrent leur bras fragile contre Vous :\n       S'ils ont péché parfois, c'est qu'ils Vous      oubliaient;\n       Pardonnez-leur     ; ils n'ont pas su ce qu'ils ont fait...\n\n       Ils seront rachetés par Votre Sacrifice;\n       Votre Sang lavera leurs âmes qui croupissent\n       Dans l'état de péché, — Juge infiniment      bon,\n       Vous leur dispenserez le suprême      Pardon,\n       Et puissent-ils enfin, sans froid, sans   épouvante,\n       Dormir le sommeil noir de la mort       bienfaisante.\n\n\n\n  Quelques improvisations pour l'orgue sur des versets\n                          du \" Miserere „\n                       (Après la communion)\n\n       Les brefs plaisirs sont morts ; les jours se sont     enfuis\n       Trompeurs ; nous n'avons plus qu'à demander           merci.\n\n       C'est l'heure des réparations et des comptes,\n       Nous n'aurions jamais cru qu'elle arrivât si         prompte.\n\n       Sur l'amoncellement   des ruines du     Passé,\n       Monte, dolent et seul, le chant des     trépassés.\n\n       La plaine à l'infini s'étend ; le ciel est noir,\n       Et c'est la mort définitive de l'espoir.\n\n       — Epiques et cruels lendemains de défaite;\n       Je mesure en mon cœur retendue de ma perte.\n\n       Et je sens, dans le vide et dans le grand   silence,\n       Tinter, glas obsesseur, impassible    cadence.\n\n       Tinter à l'horizon barré,    inexorable,\n       Sur autrefois et sur demain,      l'Irréparable!\n\n (On ne jouera pas des orgues à la sortie.)\n                                                             Louis P I Z E .\n"}, {"page_pdf": 804, "texte": "MARIE AUX PIEDS DE LA CROIX\n\n       JOZEF JANSSENS\n"}, {"page_pdf": 805, "texte": ""}, {"page_pdf": 806, "texte": "                          Revue du Mois\n\n                             Les Expositions\n   L ' E x p o s i t i o n du Cercle « U n i o n ». — La peinture à l'huile ne\nconvient guère à Louise De Hem. Voyez les Eglantines. Seule la Fillette aux\noranges semble nous contredire : la diffusion de la lumière tamisée par un\nabat-jour y est bien observée. Leempoels n'est pas né paysagiste : ses Environs\nd'Aerschot sont d'un débutant timide, qui ne donnerait pas beaucoup de\npromesses... Ses portraits valent mieux. Tel Mme J. L..., au teint hâlé par\nl'air de la mer; la toilette blanche forme un heureux contraste avec l'indigo\nmarin. Pierre Grosfils, en dépit d'une tonalité brune déplaisante, se fait\nremarquer par un effet de jour excellent. Lemmers expose un Portrait de\nMlle B. D..., qui, dans son désir d'être sincère, trahit trop de recherche et\nun pinceau tourmenté. La Matinée de juin à la mer est meilleure. Il y a\ndu caractère dans Je Profil d'enfant blond, de Florent Menet. Le Nu, de Willy\nThiriar, est d'une ligne gracieuse. Son crayon excelle à mettre en valeur le\ncontour harmonieux du corps humain. Les esquisses de Cluysenaer — Rêverie,\nla Femme au chapeau, — révèlent des poses pleines de naturel et d'abandon.\nFrançois a bien rendu la tristesse d'un Marais à Genck et Claeyssens la gaieté\nd'un intérieur de Cour transformée en roseraie. Jamar a une agréable palette,\nmais dans la Brume du matin la perspective est défectueuse : les divers plans\ndu paysage ne se détachent pas bien les uns des autres. Derniers rayons, la\nBerge fleurie et d'autres encore de Jul Merckaert constituent de belles mises\nen page, presque toutes cependant dénuées de vigueur. En jetant à l'eau sa\nBarque de sauvetage, Flasschoen donna une fidèle analyse d'un coup de lame.\nAuprès de Votre, de Jamar, est d'un intimiste qui se joue adroitement des\ndemi-jours et des clairs-obscurs.\n    Le Buste de Mme M... est dû au délicat ciseau d'Eugène De Bremaecker :\nsa silhouette émerge avec grâce d'une draperie aux plis légers qui épouse chas-\ntement les formes du buste. Ceux qui restent, par Tuerlinckx, c'est l'associa-\ntion touchante de deux époux très vieux : groupe en chêne, sculpture trop\nabandonnée aujourd'hui.\n    Les Fleurs modelées et peintes, d'Eveline Penso, sont d'une scrupuleuse\nvérité! Aussi belles que nature, elles auront sur les fleurs de la création l'avan-\ntage de ne pas se faner !\n                                       . *\n"}, {"page_pdf": 807, "texte": "708                                  DURENDAL\n\n\n\n    L e s b o i t e s d e S p a . — Un article récent sur la Grande délaissée —\nl'auteur visait par cette appellation l'industrie des bois de Spa en pleine déca-\ndence — attira mon attention sur l'exposition rétrospective organisée dans la\nville d'eaux.\n    Un art appliqué, purement local, y fleurit des siècles durant, suscitant de\nbons artisans, plutôt que des artistes (au sens créateur du mot).\n   On y fabriquait des cannes dès le XVIe siècle; tout promeneur devait s'en\nmunir à cause de la nature rocailleuse et escarpée du sol. Au XVIIe siècle, les\nbordoni ou fabricants de bordons (bâton, en wallon) les enjolivent et La\nBruyère y fait même allusion. Les magistrats en font présent aux personnes\nde qualité. Au XVIIIe siècle des cannes, ornées de devises galantes, sont offertes\npar les dames à leurs cavaliers servants ; — le mot flirt n'appartient pas encore\nau langage de ces précieuses ! L'Ordre des Bobelins était fondé (1).\n   Dès le début du XVIIe siècle, la fabrication des ouvrages de Spa comprenait\naussi des ustensiles de ménage tels que soufflets, brosses, passettes.\n   Plus tard on fabriqua des bibelots de luxe, des articles de parure féminine :\nc'étaient les jolités de Spa. Ce mot qui fleure le siècle de la Du Bary se\nretrouve pourtant déjà sous la plume de Hemricourt, dans son Miroir des\nnobles de Hesbaye.\n   A la fin du XVIIe siècle, « on remarque de plus en plus de diversité dans le\npetit mobilier sorti des ateliers spadois ». La nacre, l'écaillé, l'ivoire, rétain\nsont utilisés pour leur ornementation. Dès lors, l'ouvrier ne se confine plus\ndans les ouvrages en bois peints. Les laques de Chine sont imitées à leur tour\net les boites à poudre ou à thé sont décorées dans le goût chinois qui fit fureur\nau XVIIIe siècle.\n   Pierre le Grand, lors de sa cure à Spa, en 1717 (pendant laquelle il se dis-\ntingua par mille tours d'écoliers et des beuveries d'eau minérale), acheta\nforce bagatelles qu'il rapporta dans son pays. Bien mieux, il fit confec-\ntionner des boiseries pour l'un de ses palais. On ignore malheureusement\nlequel.\n   Le milieu du XVIIIe siècle marqua l'apogée de cette curieuse industrie. Les\nmeubles de toilettes y sont fort en vogue, et les ouvriers spadois, appelés toi-\nleti, en fournissent à de hauts personnages. Une de ces toilettes, en marque-\nterie probablement, fut acquise par l'impératrice Joséphine au prix de\n2,400 francs.\n   A partir de la Révolution, les étrangers se font rares non point que Spa ne\nserve de refuge à des émigrés, mais ils n'y amènent que leur infortune!\n   C'est le début de la décadence. Elle ne fait que s'accentuer au cours du\nXIXe siècle.\n                                        * *\n\n  L'idée de rassembler quelques objets d'antan fut heureuse; car si elle ne\ncontribue pas à régénérer immédiatement un métier d'art dont l'engouement\n\n\n  (1) Bobelin : sobriquet donné aux buveurs d'eau.\n"}, {"page_pdf": 808, "texte": "                                REVUE DU            MOIS                        709\n\n\ns'est perdu avec l'originalité, du moins a-t-elle suscité un passé que nous n'au-\nrions pu soupçonner sans elle. Les objets de provenance spadoise sont proba-\nblement classés de par le monde sous les dénominations les plus fantaisistes.\n   Il y avait parmi les bibelots exposés de curieuses boîtes à sujets chinois du\nXVIIIe siècle, ou pompéiens du temps de l'Empire : les premiers à dessins\nd'or, les seconds en sanguine sur fond noir (Mlle Peltzer de Rossius).\n   Une magnifique boîte aux contours mouvementés portait une délicieuse\npeinture dans le genre de Boucher (M. Boulanger-Fraikin). Citons encore :\nune jolie table en citronnier avec cinq sujets peints sur la tablette; un bouquet\naux Heurettes sculptées, imitant la nature à s'y méprendre : merveille de\npatience due au ciseau de Mathieu Bordure; une boîte carrée avec magnifique\nencadrement Louis XIV, et portant le curieux monogramme (?)θεοκριος,non\nsignalé par Body dans son excellent opuscule sur les Ouvrages peints de Spa\n(Liége, 1898); une autre boîte aux armes d'un prélat (deux épées entre-\ncroisées) ; enfin de nombreuses vues de Spa exécutées à la gouache (M. Pittors-\nGernay).\n   A côté des anciennes, il y avait de jolies boîtes modernes en style Louis XVI :\nimitations agréables mais qui n'assureront pas, à mon avis, la rénovation de\nl'art spadois. Pourquoi les miniaturistes et les dessinateurs n'exécuteraient-ils\npas des sujets originaux empruntés à la vie moderne, aux sports par exemple,\net placés dans des décors spadois ?\n   Ces souvenirs de Spa auraient plus de chance d'être prisés par les amateurs\net recherchés plus tard par les collectionneurs qui n'aiment rien tant qu'un\nobjet portant nettement les caractères de son époque et dont on puisse facile-\nment identiher l'origine.\n                                           *\n\n   L ' E x p o s i t i o n d e s métiers d'art m a l i n o i s et d'art reli-\ng i e u x d e l a p r o v i n c e d ' A n v e r s . — On ne peut dire que Malines ait\ndonné une impulsion spéciale au mouvement général des arts. Elle a brillé, par\ncontre, dans certains métiers d'art, subissant l'influence de Bruxelles et de\nLouvain pendant le moyen âge, de l'Italie et d'Anvers pendant la Renaissance.\nElle affirme surtout sa personnalité dans les industries du bronze et du laiton,\nla fabrication des cuirs dorés et des dentelles.\n    Nous développerons rapidement ces points fondamentaux en passant la\nrevue des principaux objets exposés.\n\n                                            *\n                                        *       *\n\n   Malines n'a point compté de peintres notoires, à part les grands paysagistes\nHuysmans, qui n'étaient pas représentés ici. Elle ne peut revendiquer à son\nprofit les Fresques de l'hôtel de Jérôme de Busleyden, exécutées entre 1505\net 1517, généralement attribuées à Jean Gossaert, de Mabeuge.\n   Mais elle a vu naître les sculpteurs Alexandre Colin, et Lucas Fayd'herbe\n« qui s'entendait mieux que nul autre à animer la pierre des fougues rubé-\n"}, {"page_pdf": 809, "texte": " 710                                  DURENDAL\n\n\n\n  niennes ». Malines fut probablement aux XVe et XVIe siècles un des centres\n  producteurs des œuvrettes de buis, si l'on en juge par le nombre de Christs\n  qu'elle possède encore. Signalons une série fort intéressante de chapelles à\n  reliques ou Jardins clos, de provenances diverses, mais tous brabançons.\n  Leurs dispositions, pleines d'imprévu, montrent l'ingéniosité charmante de\n  nos imagiers. Ces jardins servaient de décors à des scènes bibliques. Ils\n étaient fermés par une clôture en bois dont la forme est toujours la même\n (d'où leur nom).\n     On peut ranger le Souper du roi Midas, au duc d'Ursel, parmi les meil-\n leures tapisseries bruxelloises du XVIIe siècle. Des personnages mythologiques\n évoluent avec élégance dans un parc italien animé de jets d'eau, de statues,\n de cascades, et décoré de parterres à broderies. D'autres tapisseries nous rappe-\n laient encore le savoir-faire de nos artistes : aucune est-elle sortie des ateliers\n malinois ? Même incertitude pour ces ornements, ces chapes, ces chasubles aux\n orfrois et broderies somptueux. On sait par des documents contemporains que\n Malines comptait sept brodeurs en 1550 quand le duc Philibert de Savoie rit\n appel à leur concours. Mais qui déterminera jamais leurs œuvres? Admirons,\n en passant, la Chasuble de velours, brodée d'or et de soie polychrome, de\n l'église Saint-Pierre et Saint-Paul, à Malines (XVe siècle); les sujets représentés\n sont de véritables tableaux et semblent inspirés d'une œuvre peinte, s'ils n'en\n sont pas la reproduction; l'Ornement complet de l'église du Béguinage à\n Malines, un chef-d'œuvre du XVIIe siècle; la Chasuble d'or et de soie poly-\n chrome, brodée aux armes d'Albert et d'Isabelle (M. De Braey); enfin, l'Orne-\n ment de soie blanche de l'église Saint-Charles, à Anvers, travail de broderie\n d'une rare perfection exécuté, dit la légende, d'après les dessins de Rubens\n par sa femme Isabelle Brant. Toutes ces pièces sont dans un état de conser-\nvation remarquable.\n    Parmi les manuscrits d'origine malinoise, le Missel de l'abbaye de Parc,\nappartenant à la Bibliothèque royale, nous a particulièrement frappé. L'abbé\nAmbrosius de Angelis le fit exécuter, en 1539, par François Montford\nde Weert.\n    Pour mieux rester dans le cadre de notre sujet, nous ne citerons pas les\nbeaux spécimens de dinanderie et d'orfèverie étrangers à Malines, si ce n'est\nla Croix en vermeil offerte à l'archevêque de Méan par le roi Guillaume\n(il n'eut pas toujours autant d'égards pour les princes de l'Eglise!), et l'Insigne\nde la Toison d'or porté par le célèbre comte de Hornes. Ce bijou est formé\npar une perle baroque affectant la forme d'un agneau d'une façon étonnante.\nL'artiste n'eut qu'à y ajouter des pattes et des cornes en or pour achever un\ntravail que la nature s'était plu d'entreprendre.\n    L'industrie du bronze et du laiton devait avoir atteint un développement\nconsidérable dès 1254. puisque nous voyons cette année-là se fonder la\nConfrérie de Saint-Eloi, qui groupait tous les artisans du métal. L'existence\ndes fondeurs de cloches et des batteurs de cuivre est certaine depuis le XIVe siècle.\nOn voit alors les générations successives d'une même famille s'attacher avec\namour à leurs spécialités; c'est ainsi qu'on rencontre, des siècles durant, les\nnoms des Van den Gheyn et des Cauthals. L'apogée de leur art date du séjour\n"}, {"page_pdf": 810, "texte": "                                 REVUE DU MOIS                               711\n\n\nde Marguerite d'Autriche et de sa Cour à Malines; le déclin commence à sa\nmort en 1539.\n    Une spécialité vraiment propre à la ville fut la fabrication des cloches,\nmortiers et sonnettes. Certaines particularités permettent de les identifier\nfacilement. Ainsi, par exemple, les sonnettes des Van den Gheyn sont invaria-\nblement décorées de l'Annonciation ou de la représentation d'Orphée char-\nmant les animaux ; les manches sont formés par deux ou trois enfants adossés\nou par trois feuilles d'achante.\n   La fabrication des cuirs dorés, imitant ceux de Cordoue (1), connut, dès le\nXVIe siècle, un grand degré de prospérité, dû principalement au soin qu'on\nmettait à les préparer. L'apparition des toiles et des papiers peints leur porta\nun coup fatal.\n   L'orfèvrerie fut en honneur à Malines dès le XIVe siècle, à tel point que le\nmagistrat se faisait gloire d'offrir aux souverains et aux grands personnages\nles pièces ouvrées par ses orfèvres. Nous avons vu des argenteries de tout style,\nque la délicatesse de leurs ciselures et leurs élégantes proportions eussent fait\nprendre pour des produits français, n'était leur poinçon officiel.\n   D'autres branches de l'industrie malinoise pourraient encore solliciter notre\nattention : la ferronnerie, qui revendique Jean de Cuyper, célèbre armurier\ndu XVe siècle; les étains, dont sont faits de nombreux huiliers au XVIIIe siècle,\ntimbrés à la rose de Malines; la sculpture sur albâtre, qui subit fortement\nl'influence italienne. Ses représentants les plus distingués furent le Lorrain\nJean Morse, auteur du Retable de Saint-Martin à Hal, et Conrad Meyt\nde Worms, dont l'église de Brou — aujourd'hui désaffectée — conserve\npieusement les œuvres.\n    Nous nous arrêterons pour finir à la dentelle de Malines — la Reine des\ndentelles. « Dans le dernier quart du XVIIe siècle, après des tâtonnements, elle\nfinit par adopter une petite treille à maille hexagonale très légère et fine,\ncertainement la plus jolie de toutes celles faites aux fuseaux. Pour ses motifs,\nelle a recours de préférence à l'élément floral, notamment aux roses épanouies,\ndisposées en guirlandes ou reliées entre elles par des branchages feuillus. >> La\ndentelle connut un essor sans précédent sous Louis XV et la Régence, grâce\nà la mode des jabots et des cravates, puis sous le règne suivant, grâce aux\ngarnitures des robes et aux fichus Marie-Antoinette. La reine des dentelles\ndevint alors la dentelle des reines...\n    La malines se fait remarquer par une extrême finesse de travail : c'est un\nvrai réseau de toile d'araignée. On a peine à croire que les doigts de fée, qui\n manient épingles et fuseaux, appartiennent à des mains calleuses et ridées...\n Une Bande en dentelle à personnages, sujets tirés de la bible, sans indication\n de propriétaire (n° 1285), nous a particulièrement émerveillé.\n    Enfin, la section de folklore rappelait le passé, parfois plaisant de Malines :\n témoin le comique incendie de la tour Saint-Rombaut occasionné par... la\n\n\n\n  (1) De là vient cordouanier, cordonnier.\n"}, {"page_pdf": 811, "texte": "712                               DURENDAL\n\n\n\nlune! Une intéressante Vue panoramique, appartenant à M. Cavens, donnait\nl'aspect de la ville au XVIIe siècle.\n\n\n   Dans la préface du catalogue, hautement instructif, les organisateurs de\nl'Exposition nourrissaient l'espoir de « jeter les bases d'un musée diocésain\nd'art religieux, où se conserveraient les vénérables reliques du passé mises\nhors d'usage par l'usure et exposées dès lors à la détérioration ou à l'éparpil-\nlement ». Ce serait une mesure préservatrice excellente. Trop de membres du\nclergé ont laissé gâcher les œuvres d'art dont ils étaient les dépositaires,\nheureux encore quand ils ne les vendaient pas à des brocanteurs. Il est temps\nde ne plus voir se renouveler des « réparations » de broderies comme l'Expo-\nsition de Malines nous en a fourni plusieurs exemples. Je suis persuadé que\ncertains restaurateurs indélicats renouvellent complètement la broderie, puis\nmettent l'ancienne en vente, à la grande joie des amateurs! Il y avait aussi\ndes statues et des retables outrageusement repeints, dont le spectacle était\naffligeant.\n                                                       FRANCIS H OUT ART.\n                     Premier Concert Populaire\n    Il a ouvert le cycle Beethoven auquel Lohse se propose de consacrer la série\ndes concerts qu'il dirigera cet hiver. On se rappelle l'autorité dont Lohse rit\npreuve lorsque, au printemps dernier, il conduisit à la Monnaie les représen-\ntations du Ring. Il semble, à en juger d'après cette audition de début, qu'il\npossède à un non moindre degré le culte et la compréhension de Beethoven,\ninfiniment respectueux de la pensée du maître, soucieux d'éclairer les signifi-\ncations de l'ensemble de l'œuvre par la pureté et la parfaite justesse d'expres-\nsion de chaque détail. Le programme du concert se composait de l'ouverture\nd Egmont, des deux premières svniphonies et du concerto en mi bémol. Ce\nvoisinage au programme de la première et de la seconde symphonie a fait\nressortir la supériorité considérable de cette dernière tant au point de vue de\nla noblesse des idées que de la personnalité du style. On a pris toutefois beau-\ncoup d'intérêt à la première svmphonie, peu connue et rarement jouée, où\nl'inspiration de Haydn refleurit en tout son charme de grâce naïve et de juvé-\nnile allégresse. Arthur Degreef a donné une interprétation ferme et généreuse\ndu triomphal concerto en mi bémol qu'il a rendu avec sa coutumière délica-\ntesse de colorations. Le public était nombreux et enthousiaste, acclamant\nLohse, son orchestre et notre grand pianiste.\n\n                                                                   G. DE G.\n\n                           Théâtre du Parc\n  Le « Vieux Marcheur », d'Henri Lavedan. — Ceci est une\npièce légère, trop légère même, par moments, malgré toute l'adresse qu'apporte\n"}, {"page_pdf": 812, "texte": "                                REVUE DU      MOIS                             713\n\n\nà traiter délicatement les situations scabreuses le spirituel auteur du Marquis\nde Priola. M. Lavedan, du reste, a fait mieux, beaucoup mieux : le Vieux\nMarcheur est amusant, extrêmement amusant — sans plus. Mais par le temps\nqui court, c'est déjà quelque chose.\n   Cette reprise, à quoi on ne s'attendait guère, a eu un vif succès, où l'inter-\nprétation entra pour une bonne part. Ces quatre actes alertes furent enlevés\ncomme il importait qu'ils le fussent : avec un brio endiablé. Dans l'ensemble\nhomogène de la bonne troupe du Parc, citons M. Hébert, un sénateur\nLabosse extrêmement distingué et d'une sobre élégance ; M. Gournac, un abbé\nplein d'onction, et M. Séran, très bien en ministre. Mlle Demay, qui est bien\njolie et rit à ravir, a prêté sa grâce mutine à Léontine Falempin, et Mlle Labady\ncomposa une Pauline de Glaves fort amusante.\n   En résumé, puisque les enfants ne sont pas là, nous dirons que ce fut une\nsoirée charmante.\n                                           *\n                                         * *\n\n  Le « Goût du vice », d'Henri Lavedan. — Dans cette pièce-ci,\n qui est encore du genre léger, l'intention moralisatrice qui perce dans la plu-\npart des œuvres signées du nom d'Henri Lavedan, transparaît plus nettement\nque dans le Vieux Marcheur. Ici, vraiment, tout en gardant sa manière bril-\nlante et joyeuse, M. Lavedan se plaît à ridiculiser un des plus sots travers de\nce temps, qui en a mille : la fanfaronnade du vice. La vertu, aujourd'hui, est\nsi peu à la mode, — « si mal portée », dit-on — qu'il se trouve des braves\ngens qui, pour paraître dans le train, font semblant, devant le monde, d'être\nsinon des canailles, tout au moins des dévergondés : tels ce bon Lortay et sa\nfemme, qui feignent tous deux les pires folies, une absence complète de scru-\npules, et qui se donnent tant de peine pour avoir l'air vicieux, jusqu'à ce\nqu'enfin, las l'un et l'autre d'un rôle idiot, ils se montrent tels qu'ils sont, de\nbons bourgeois rangés.\n   M. Henri Lavedan, qui n'a jamais été un moraliste sévère, ne fustige nos\ndéfauts qu'avec des tiges de fleurs : l'esprit semé à profusion dans ces quatre\nactes qui, tout compte fait, composent à peine une comédie — cet esprit fait,\ndu Goût du vice, une pièce extrêmement amusante et morale... par sa con-\nclusion.\n   Interprétation excellente. Mlle Marthe Régnier, une vedette parisienne, fut\nexquise de charme et de naturel dans le joli rôle de Mme Lortay, fanfaronne\ndu vice, Mme Angèle Renard, toujours très distinguée, fut une vieille maman\nindulgente et tendre, des plus sympathique. Et M. Scott, décidément en grand\nprogrès, composa un Lortay tout à fait réussi. Mlle Ladini, enfin, une nou-\nvelle pensionnaire du Parc, a paru gentille et intelligente.\n                                                                          F. A.\n"}, {"page_pdf": 813, "texte": "714                              DURENDAL\n\n\n\n\n                                 Les Revues\n   — L'Indépendance. Un admirable chapitre de M. Vincent d'Indy sur\nla Missa solemnis de Beethoven, ce grand poème catholique. Des Images de\nBohême de M. Paul Claudel, dont un poème sur saint Wenceslas :\n\n   Tiens bon, Tchèque obstiné ! ne lâche point Vanneau Wenceslas !\n  Prie vertigineusement dans le Ciel pour le grand désert de blé tout en bas,\n  Avec ses dures petites vallées soudain et ses larges étangs dormants,\n  Pour la Bohème qui est assise entre ses quatre forêts et qui attend ;\n  Pour les hommes ardents et fourbes et pour les grosses femmes aux yeux\nbleus,\n  Pour le désert de blé immense et platitudineux !\n   Tout est plat, mais Von voit tout seul sur le ciel un long clocher comme\nune fleur d'oignon,\n  Et (loin de la ligne noire des sapins) une mare avec l'auberge et trois\nmaisons,\n   Où commence par une croix de bois la route qui mène jusqu'à Dieu,\n   Bordée de tristes pommiers qui s'en vont indéfiniment deux par deux.\n\n   — Le Mercure de France. L'Œuvre et la Morale d'Octave Mirbeau,\npar M. Ernest Gaubert : « Des conflits d'un sang païen et d'une âme mystique\nl'œuvre d'Octave Mirbeau est née... »\n   — Le Catholique. Un poème de M. Pierre Nothomb; un article convaincu\nde M. Elie Baussart sur le Devoir des jeunes.\n   — Les Rubriques nouvelles. La Poésie de demain, par M. Alexandre\nChignac : il s'agit évidemment de M. Nicolas Bauduin.\n   — La Revue des Français. Un article de M. Alfred de Tarde sur les\nfrères Tharaud.\n   — La Nouvelle Revue française. Un Hymne à la Douleur de la com-\ntesse de Noailles. Faible.\n   — L a Jeune Wallonie publie un numéro très soigné à l'occasion de l'Expo-\nsition d'art de Charleroi. Nous trouvons dans un coin une note savoureuse à\nnotre sujet. Et dans un autre un compte rendu du Congrès des Amitiés fran-\nçaises, où l'on retrouve le style élégant de M. Van Beneden (baron Charles) :\n « Quand le baron van Beneden voulut prendre la parole pour soutenir que la\ngriffe de l'Empereur d'Allemagne se reconnaissait dans toutes les menées\nflamingantes, les Français, lassés à tort d'une discussion où leur patrie était\npourtant fortement en jeu, demandèrent la clôture à cor et à cri, ce qui amena\ncette invective de l'orateur : \" Parmi les flamingants on trouverait des Français\n » espions au service de l'Allemagne! » Le désordre en ce moment-là était\nredevenu indescriptible... » « Le spirituel et charmant M. Wilmotte... » « Le\nnom de M. Masson, député wallon de Mons, frottant la manche du flamin-\ngantisme dans l'espoir de lui plaire un jour comme ministre... » « Une équipe\n"}, {"page_pdf": 814, "texte": "                             REVUE DU      MOIS                           715\n\n\nenragée de sympathie pour M. Masson, à laquelle se mêla même M. Roland\ndes Marès... » « Un vœu très utile de M. Gérard Harry pour l'impression\nd'une feuille flamande de défense du français. Nous nous y sommes ralliés de\ntout cœur et donnerons volontiers l'hospitalité chez notre éditeur flamand,\nM. Andelhof, à ceux qui voudraient écrire un article dans ce but... » « ... Le\nconseil provincial du Hainaut présidé par la barbe de M. Homais... », etc.\n    — Dans la Belgique artistique et littéraire, M. Marcel Angenot, dont le\n« bourgeon de gloire » a déjà été célébré, nous annonce qu'il « éprouve au delà\nde ses sens ». Qu'est-ce qu'il éprouve?\n    — Dans les Marches de l'Est, M. Georges Ducrocq publie un compte rendu\nplein de mesure du Congrès de Mons.\n    — Les Bandeaux d'or. M. Albert Gleizes fait l'apologie des cubistes.\n    — La Nef. En marge de Corneille, par M. Guy de Schoutheete. Où\ndiable avions-nous déjà lu cela? Un remarquable sonnet de M. Jean de Jaer.\n    — La Revue générale. « Isabelle, de M. André Gide, vaut peu, certai-\nnement... » Dixit M. Emile Faguet. Un amusant éreintement de notre ami\n M. Pierre Broodcoorens, par M. Eugène Gilbert. Le spectacle est rare, mais\n il vaut la peine...\n    — La Vie intellectuelle. Des vers charmants de M. Théodore Maurer.\n\n                                                                          X.\n"}, {"page_pdf": 815, "texte": "                Le Drageoir aux Épices\n\n   Je lis dans la Jeune Wallonie :\n   « S'il y a la drache nationale il y a aussi la grillade nationale. Et ceci décou-\nrage les pires énergies. Le Dépottoir du Petit Épicier (sic) a même oublié en\njuillet de nous envoyer ses compliments. Ceci nous fait une peine immense.\nMais on me dit d'autre part que l'Epicier est en voyage de noce. Dès lors le\nsilence du Drageoir (sic) ne nous étonne plus. La guêpe n'étant plus là,\nDurendal redevient une brave et honneste dame que l'on respectera. »\n   Ce « drageoir qui se tait » et ce « dépottoir qui oublie d'envoyer ses compli-\nments » nous prouvent à suffisance que la Dame de pique n'est pas en voyage\nde noce.\n                                          *\n                                         * *\n\n   Le charbonnier Taymans, qui est bien l'une des personnalités les plus\nmarquantes du monde des arts en Belgique, vient — par une lettre du plus beau\nstyle et avec un timbre de dix centimes pour la réponse — de se rappeler à\ntous et à chacun des écrivains de» chez nous. Ce précieux document a été\nretenu sur la pente de mon bac à vieux papiers par mon désir très légitime\nde le mettre sous les yeux des populations. Après avoir énuméré ses mérites\nartistiques l'ingénieux charbonnier remercie, demande, promet :\n   \" La moindre obligation que j'ai contractée envers les écrivains belges, c'est\nde les tenir au courant de la campagne que j'ai entreprise en 1905, campagne\nqui a obtenu les plus chaudes, les plus flatteuses approbations de presque tous\net à laquelle je donne le meilleur de mon temps et de mes enthousiasmes. Je\nserais heureux de pouvoir vous faire parvenir, en même temps qu'à tous vos\nconfrères de Bruxelles, — qu'ils furent (sic) de l'album ou non — le Montald\net les quatre bas-reliefs parus depuis 1908. Le tout vous sera présenté très\nprochainement et je me permets d'espérer que vous voudrez faire bon accueil\nà mon envoi.\n   » Si je ne craignais d'abuser de votre bonne obligeance, je me permettrais\naussi de placer sous vos yeux une liste des adresses plus ou moins parfaites\nde vos confrères en lettres et de vous demander d'y faire telles modifications\nou additions que vous jugeriez utiles. Je serais très heureux aussi s'il pouvait\nvous convenir d'y ajouter des noms de confrères habitant Bruxelles, avec, si\npossible, leur adresse. J'enverrais les œuvres à tous, même à de tout jeunes\ngens qui seraient à leurs primes débuts. Oserais-je vous prier de vouloir me\nrenvoyer la liste?\n   » Je compte saisir l'occasion que me fournira l'envoi pour vous adresser une\n"}, {"page_pdf": 816, "texte": "                        LE DRAGEOIR AUX ÉPICES                             717\n\n\nsorte de rapport sur les résultats pratiques, au point de vue réclame, de ma\ncampagne de diffusion d'art. Beaucoup de personnes, à tort ou à raison, n'ont\nvoulu voir qu'une campagne purement de réclame en mes distributions\nrépétées de bas-reliefs. Il vous intéressera certes de savoir ce que valut au\npoint de vue mercantile la campagne dont j'ai pris l'initiative. Il serait\névidemment préférable de ne point s'occuper de cet aspect des choses, mais la\nquestion me fut tant de fois posée que, alors qu'il m'en coûte beaucoup,\nj'aime à en entretenir les écrivains belges qui tous, soit par leurs collabora-\ntions à l'album de 1908, soit de dix autres manières, m'ont donné la force de\npersévérer alors qu'ils ignoraient que j'avais grandement besoin de leurs très\nprécieux encouragements... »\n   N'est-ce point éloquent et bien écrit? On jurerait vraiment que M. le capi-\ntaine André a donné au charbonnier des leçons d'orthographe et de style.\n   En tout cas ce dont nous devons être le plus reconnaissant à M. Taymans\nc'est de nous avoir donné le catalogue complet de nos célébrités littéraires, le\nBottin des gens de lettres. Ce relevé est fort éloquent. Il nous apprend qu'il y\ny a à Bruxelles cent et quinze personnes exactement que le charbonnier\nappelle Cher Maître, et il nous révèle les noms et adresses de plusieurs grands\nhommes encore inconnus. Connaissez-vous M. Baudoux? il habite rue du\nChamp-du-Roi; M. Deroux? ruede la Presse; M. Duchesne? chaussée de Vleur-\ngat. M.Dujardin,qui habite rue de l'Education, ne nous a jamais été présenté, et\n M. Dutroncquoy (68, avenue Brugmann) ne nous a pas envoyé ses œuvres.\nM. Grosjean demeure aussi avenue Brugmann, mais au n° 265, vous\nserez bien aise de le savoir. Et si vous désirez rencontrer M. Hubens, poète\nicarien, il faut aller sonner 96, rue des Ailes. Nous avons la douleur d'ignorer\n M. Van Langendonck (7, rue Murillo) et nul n'est plus marri que nous de\nsavoir que M. Wauters (71, rue Paul-Lauters) n'a pas été proposé pour le\nprix Nobel. Ajoutons un détail précieux que nous connaissons grâce au\ncharbonnier Taymans : M. Maurice Wilmotte habite rue de la Ferme. Le\ndistingué professeur (où sont ses vingt mille membres?) s'est retiré dans\ncette rue symbolique à la suite du Congrès de Mons, où personne ne lui a\ndemandé de discours.\n                                         *\n                                        * *\n\n   CONFIDENCES SUSPECTES. — Le désœuvré intrépide qui parvient à pour-\nsuivre — à travers quel fatras! — la lecture de la Théâtromanie de M. Léon\nLegavre, jusqu'à la page 238, en est récompensé par ces exceptionnelles\nconfidences :\n   « Nous n'avons pas combattu sous les murs de Troie ni aux Termopyles.\nLe vertueux Caton ne fut pas notre hôte et nos chars n'ont pas couru sur la\nroute de Capoue à Rome, où il y avait trois mille croix dressées pour le châti-\nment des esclaves. Nous n'avons pas été légionnaires sous les aigles et nous\nn'avons pas suivi Scipion en Afrique, Paul-Emile à Corinthe, Crassus en\nEspagne, César en Gaule, Germanicus au delà du Rhin, Antoine en Egypte.\nNous n'avons pas eu notre part de la grande orgie impériale. Sans nous les\nBarbares conquirent l'Occident et sans nos femmes « la Gaule fait des Gaulois »\n"}, {"page_pdf": 817, "texte": "7i8                                 DURENDAL\n\n\n\n Le moyen âge s'achève sans que nous ayons entendu l'appel véhément de Pierre\nl'Ermite. Nous ne sommes pas sur les caravelles de Christophe Colomb per-\ndues dans le désert atlantique, ni aux côtés de Luther à Worms. Nous n'applau-\ndissons pas les drames de Corneille ni les comédies de Molière. Nous n'avons\npas fréquenté les encyclopédistes. En 1789, nous ne chantons pas la Marseil-\nlaise avec les paysans de France. On ne nous voit pas à l'Assemblée nationale,\nni aux Jacobins, ni à la Convention, ni sur les champs de gloire de la Répu-\nblique, ni dans l'ombre rouge de la guillotine. Puis, c'est l'épopée impériale,\nWaterloo, 1830, 1848, la fondation de l'Internationale des Travailleurs, 1870,\nla Commune de Paris; nous n'y sommes point... »\n   Mais alors, monsieur Legavre, que faisiez-vous?\n   Au fait, oui, après tout, je me le demande, qu'est-ce qu'il a bien pu faire\npendant tout ce temps. Ça n'est pas clair...\n\n                                            *\n                                        *       *\n   M. Edmond de Bruyn excelle aux juxtapositions piquantes : De la jupe\ndivisée et de l'idéal grec, un essai paru hier, est appelé à faire sensation dans\nle monde des archéologues et dans celui des couturiers.\n   Les travaux d'érudition de notre éminent confrère ne doivent pas s'arrêter\nlà : ils passeraient en revue, tour à tour les divers articles de toilette et d'ameu-\nblement des Hellènes, considérés dans leurs rapports avec les idées de l'époque.\nDéjà M. Edmond de Bruyn, qui nous réserve plus d'une surprise, met la\nmain à un grand travail, provisoirement intitulé : L'idéalisme platonicien et\nla sandale à double semelle des courtisanes de Tanagra. Rattacher la\nchaussure des belles Tanagréennes aux métaphysiques transcendantes : le geste\nest du dernier galant.\n   On chuchote dans certains milieux que notre étincelant essayiste, abordant\nun domaine encore inexploré, prépare en même temps une étude d'une\nnouveauté sensationnelle : Les cabinets à chasse d'eau des palais du roi Minos\net la création des mythes... Les chasses d'eau, source des mythes : voilà un\nrapprochement tout à fait imprévu. Mais on n'attendait pas moins de\nM. Edmond de Bruyn.\n                                         *\n                                        * *\n   M. Léon Souguenet écrit dans l'Eventail :\n    « Hugo recevant Leconte de Lisle à l'Académie, lui disait : Vous avez créé\nun frisson nouveau. »\n    Pardon, pardon, mon cher confrère! D'abord, c'est à Baudelaire que Victor\n Hugo décerna ce compliment. Et puis, le poète des Contemplations n'a jamais\n reçu à l'Académie le dramaturge des Erynnies, pour la raison peut-être\n unique, mais assurément suffisante, que Leconte de Lisle prit précisément,\n sous l'auguste coupole, la place laissée vide par Victor Hugo. Celui-ci, qui ne\n se souciait pas de voir s'asseoir dans son fauteuil un quelconque auteur de\n cantates, désigna lui-même, pour lui succéder, le chantre olympien des\n Poèmes barbares.\n"}, {"page_pdf": 818, "texte": "                        LE DRAGEOIR AUX ÉPICES                              719\n\n\n   Et ce fut Dumas fils qui reçut Leconte de Lisle. Son discours est resté\nfameux, et l'ironie académique n'eut jamais de traits plus cruels. Dumas, au\nfond, n'aimait pas le successeur de Hugo, et il le lui fit bien voir : « Puisque\nvous aspirez, lui dit-il en substance, au bienheureux néant, libre à vous d'y\nentrer!... Mais, en réalité, vous êtes content de vivre, puisque vous êtes\nici, et même très fier d'y être... Eh bien! monsieur, confessez que l'existence a\ndu bon! Cessez, si vous le pouvez encore, de blasphémer la Providence!\nReconnaissez que la vie ne vous est pas tant à charge, puisque vous vous\ndonnâtes la peine de faire de fastidieuses visites pour conquérir le droit de\nsiéger parmi nous! Vous y voilà enfin, et tout est pour le mieux. Vive Dieu!\nmonsieur, c'est le cas de le dire ! »\n   Evidemment, il est permis d'ignorer ces toutes petites choses. Mais il n'est\npas défendu de n'en point parler non plus.\n                                          *\n\n   M. Joseph Chot écrit à propos de M. Albert du Bois (comte du pape) :\n   « Ce sera l'éternel regret de ma vie de n'avoir connu que trop tard cet\nécrivain exceptionnel... auteur des Rapsodies passionnées, poèmes admi-\nrables... du formidable Cycle des douze génies..., de Rabelais, drame magni-\nfique joué dans la France entière... de la Conquête d'Athènes, cette pièce\nprestigieuse... etc. »\n   Eh ! de grâce, ne vous essoufflez pas ainsi, mon cher confrère!...\n\n                                      *       *\n   De l'adorable Voyage aux Iles Salvages, de notre ami M. van Beneden\n(baron Ch.).\n   « La République portugaise, grand enfant malappris, peu intelligent, dont\nla moelle était pourrie en naissant, n'est sympathique à personne et, dans les\ngrands empires qui ont à parler, personne ne défendrait qu'on la chassât, d'un\nendroit où elle n'a même pas un water-closet. Envoyer coucher le Portugal à\nla façon de Dom Bazile, le roi Rocha Machado resterait seul vis-à-vis des\namateurs soutenu toutefois par l'allié de son indépendance. Tel est le rêve;\nmais :\n                        Les présages, les songes\n                       Ne sont pas que mensonges\n                        Des faits bien épatants\n                        L'ont prouvé de tout temps.\n   Le lieutenant Bretel se mit au piano et me chanta tout ce chœur déli-\ncieux... »\n   « ...Tout le monde connait l'histoire de saint Pierre le Galiléen rencontré à.\nla pêche avec son frère André par Jésus-Christ qui se promenait au bord de là\nmer et qu'appela Jésus en lui disant : « Suivez-moi et je vous ferai pêcheur\nd'hommes. » Dans plusieurs églises, entre autres à Turnhout, où nous nous\néditons, cette scène . fut représentée en peinture ou en sculpture... »\n"}, {"page_pdf": 819, "texte": "720                                DURENDAL\n\n\n\n   « ...Puissent les Homais de la République portugaise laisser la paix à ces\nvieux usages, Homais dont l'incommensurable loufoquerie du pouvoir violant\ntous les domaines de la vie, chaque jour marche sur la poésie et sur les droits\nde la liberté personnelle!... »\n  Que n'étions-nous à la place du lieutenant Bretel, le compagnon de voyage\ndu délicat écrivain!...\n                                           *       *\n\n   Les plagiaires, les crétins et les élèves de rhétorique, dont un certain Gode-\nfroid réunit les œuvres au Patriote illustre, sous le titre de Petite Anthologie\nbelge, se sont augmentés d'une unité. Ce poète nouveau est « M. Auguste\nFrerotte, de Rochefort ». Il se révèle par un tableau de genre d'un charme\npénétrant :\n                        LA « SCÈNE DE L'ÉGLISE »\n\n               File aimait la musique et se nommait Elise.\n               Elle affectionnait la « scène de l'église » ;\n               Quand son père venait auprès d'elle s'asseoir\n               Et qu'elle jouait « Faust » au piano le soir,\n               Souriante, sachant qu'il ne la goûtait guère,\n               File la reprenait pour taquiner son père...\n               La jeune espiègle est morte... Pauvre père ! parfois,\n               Etranglé de sanglots, pâle et presque sans voix,\n               Tandis que dans un coin la mère pleure Elise.\n               C'est lui qui veut jouer la « scène de l'église » !\n\n  Et l'on prétend que la Poésie est morte !\n                                               *\n                                       *           *\n  Le dernier avatar du docteur Valentin :\n  Nous croyions défunt depuis longtemps ce bon praticien namurois. Les\njournaux du 9 novembre nous ont révélé que ce vieux débris de nos luttes\nexistait encore. Il est, parait-il, secrétaire général de la « Ligue internationale\ncatholique pour la paix. » Il habite à Uccle, n° 186, avenue des Fleurs...\n  Avenue des Fleurs ! Date lilia manibus plenis...\n\n                                       *           *\n\n   Miss Lilybrecht et M. F.-Ch. Morisseaux ont remporté à eux deux tous\nles prix du concours dramatique organisé par la Grande-Harmonie. Ils ont\nd'ailleurs un talent tout à fait à la hauteur de cette institution bour-\ngeoise.\n                                               *\n                                       *           *\n Le R. P. Sylvain Borrmariage — chacun sait que notre talentueux et\nmodeste confrère est devenu un défenseur de la Religion et des mœurs —\n"}, {"page_pdf": 820, "texte": "                        LE DRAGEOIR AUX ÉPICES                                721\n\n\ndonne son avis, dans la Renaissance contemporaine, sur les poursuites inten-\ntées à M. Charles-Henry Hirsch, pour un conte immoral paru au Journal. Il\nécrit :\n   « Si M. Ch.-H. Hirsch a vraiment la puissance de description... ses qualités\nd'artiste ne rendent-elles pas plus dangereuses les tendances de ses écrits et\nplus certaines encore les influences néfastes qu'ils pourraient exercer sur des\nâmes faibles ou trop sensibles? Il est triste de voir un talent réel mis au service\nde cette curiosité malsaine de sensations nouvelles qui caractérisent fort bien\nen somme la mentalité de nos contemporains.\n   )) Trop rarement ceux qui écrivent se rendent compte de leur responsabi-\nlité... Le choix des sujets de la plupart de nos écrivains est bien fait, il faut\nl'avouer, pour corrompre ou tout au moins pour indigner, etc., e t c . »\n   Cela continue ainsi pendant quatre pages et après un examen sévère, le\n R. P. Bonmariage donne à son pénitent une absolution pompeuse : « Je sais\nbien que les intentions de M. Ch.-H. Hirsch sont pures... »\n   N'est-ce point là un spectacle consolant et profondément édifiant. Après\n M. Paul André M. Sylvain Bonmariage a trouvé le chemin de Damas...\n\n                                         *\n\n   M. Firmin Van den Bosch fait un petit voyage au mont Sinaï pour y recher-\ncher les Fantômes de Genèse.\n                                        *\n                                      * *\n   Le bruit a couru ces jours derniers qu'un grand écrivain et un grand peintre\nallaient être nommés barons par Sa Majesté. On parlait en même temps de\nMM. Warocqué, Solvay, Coppée, Brugmann, May et autres amateurs de\nlettres. Quel écrivain? quel peintre? Des quantités de canards ont été lancés\npar des amateurs de couronnes. Mais la situation s'est précisée. Pour l'écri-\nvain on hésite encore entre M. Georges Ramaekers et M. Pierre Broodcoorens.\nQuant au peintre il est acquis dès aujourd'hui que ce sera M. Henry de Groux.\n\n\n\n   On a parlé de M. Georges Eeckhoud. Mais il paraît que ce n'est qu'un baron\nd'essai.\n\n\n   Comme M. Descamps-David est déjà baron, ce n'est certainement pas lui.\n\n                                         *\n                                        * *\n  Le joaillier habituel de M.Georges Ramaekers cherche une combinaison\nentre la couronne mystique et la couronne de baron. Il se propose d'y sertir\nquelques gemmes éternelles.\n                                      *\n"}, {"page_pdf": 821, "texte": "722                              DURENDAL\n\n\n\n   M. Jules Sottiaux vient de publier un livre épique : La Wallonie héroïque.\nIl paraît que Verhaeren, qui en connaissait le manuscrit, s'en est inspiré dans\nToute la Flandre. La Wallonie héroïque est un des livres les plus originaux\nque nous connaissions. Une nouveauté d'expressions, d'érudition et d'images\nle rend même un peu déconcertant : Des cris s'élèvent jusqu'au fond..; Du\nhaut des châteaux montent des barcarolles; Les Nerviens sont armés d'espa-\ndons; Le sang turc coule à Poitiers; Les immeubles marchent : le peintre\nlombard\n               Suivi de son école admirait notre ciel.\n\n  On se demande par quel prodige (Josué se contentant d'arrêter le soleil)\nM. Sottiaux fait s'étendre le soir l'ombre de Napoléon de Fleurus vers Mont-\nSaint-Jean, de l'Est à l'Ouest :\n\n              Du Moulin de Fleurus d'où s'allongeait son ombre\n              Vers Mont-Saint-Jean comme une mer...\n\n  Le poète de la Wallonie héroïque est d'ailleurs un grand stratège et a des\nmoyens de défense une conception géniale et inédite :\n\n              Mais les batteurs de cuivre et les dinanderies,\n              Rien n'arrêta le duc Philippe de Bourgogne...\n\n   (Heureusement qu'il restait les couques de Dinant!)\n   A partir de notre prochain numéro nous publierons régulièrement, à l'in-\nstar du Mercure de Finance, un Sottiausier universel.\n\n                                          *\n                                      *       *\n   M. Maurice Maeterlinck a refusé le prix quinquennal et la croix de l'ordre\nde Léopold. On raconte que, logique avec lui-même, il vient de refuser le\nprix Nobel. Que n'attribue-t-on alors celui-ci à M. l'artilleur André (Nobel\nfut fabricant de dynamite) ou à l'être mystérieux qui signe :\n\n                                                        LE PETIT    ÉPICIER?\n"}, {"page_pdf": 822, "texte": "                            LES            LIVRES\n\nL e s M a î t r e s d e l ' h e u r e , Essais d'histoire morale contemporaine\n  (Pierre Loti. — F e r d i n a n d Brunetière. — Emile Faguet. — E u g è n e Mel-\n  chior de Vogué. — Paul Bourget), par VICTOR GIRAUD. — ( P a r i s , Ha-\n  chette et Cie.)\nPages choisies de Chateaubriand, avec une introduction, des\n  notices et des notes, par VICTOR GIRAUD. — (Paris, Hachette et C ie .)\nChateaubriand : Mémoires d'outre-tombe, pages choisies, avec\n  u n e introduction et des notes, par VICTOR GIRAUD. — (Paris, H a c h e t t e\n  et Cie.)\n   Auteurs et lecteurs se plaignent couramment et non sans raison des cri-\ntiques. On dit aussi qu'il n'y en a p l u s . C'est faux. Jamais il n'y en eut davan-\ntage. Il y en a même t r o p . T o u t ce qui tient u n e plume s'improvise j u g e de\nses confrères. L e s u n s voient blanc, les autres noir. Celui-ci crie au miracle,\ncelui-là au scandale devant la même œuvre qui le plus souvent ne mérite ni\ncet h o n n e u r ni cette indignité. Ils parlent patois, argot, espéranto, quelque-\nfois français : c'est la critique de Babel... Mais laissons les folliculaires à leurs\nfollicules. E t q u a n d un livre de vrai critique paraît, saluons-le respec-\ntueusement. Si, nous avons encore en F r a n c e des critiques et parmi eux,\nau premier rang, celui des maîtres qu'il convient d'écouter : M. Victor\n Giraud.\n   E n quelques mois, il nous a donné trois volumes, des Pages choisies de Cha-\nteaubriand, des Pages choisies des Mémoires d'outre-tombe, avec des savantes et\nattrayantes introductions et enfin u n livre d'essai d'histoire morale contem-\nporaine : les Maîtres de l'heure, qui est un des ouvrages les plus importants qui\nait paru, en critique, depuis dix ans.\n   L'an dernier, M. Victor Giraud nous avait offert des Pages choisies de Taine\net une suite d'études d'histoire morale : Biaise Pascal, quatrième volume qu'il\nconsacrait à l'auteur des Pensées. M. Giraud est un des plus sincères et des plus\néloquents pascalisants.\n   C h a t e a u b r i a n d qui, depuis le livre envieux de Sainte-Beuve, a subi la\nplus injuste éclipse, doit au jeune critique une grande partie d u regain\nde sa gloire. M. Victor Giraud avait publié trois ouvrages sur Chateau-\nbriand avant les deux recueils de cette année. U n sixième volume est en\npréparation : le Christianisme de Chateaubriand, étude critique sur l'histoire des\nidées religieuses d a n s la littérature française des XVIIIe et XIXe siècles.\n   Il s'est fait aussi l'éditeur des Pensées de Bossuet, de celles de J o u b e r t et des\nConfessions de saint Augustin. Enfin il a publié des notes et des souvenirs sur\nFerdinand Brunetière, son maître à jamais vénéré.\n   Les procédés de travail de M. Victor Giraud apparaissent clairement. E t\nd'abord il considère que ce n'est pas assez de lire u n e fois les œuvres dont\nil désire parler ou qu'il veut faire connaître: il compulse les diverses éditions,\ncompare les textes, recherche les causes des variations, compare les j u g e -\nments portés sur ses auteurs, analyse leur vie, considère le temps et le milieu\noù ils ont évolué, à l'affût de la plus banale lettre inédite, du moindre témoi-\n"}, {"page_pdf": 823, "texte": "724                               DURENDAL\n\n\n\ngnage d'un contemporain loyal. Du champ qu'il laboure, il enlève conscien-\ncieusement les ronces et les cailloux, ce qui lui permet de pénétrer plus pro-\nfondément dans la terre et, au grain qui va être semé, de lever plus régulière-\nment, plus aisément, plus fièrement.\n   Et ce qui pousse sur ce terrain si bien préparé, ce n'est pas une glose gros-\nsière et de vulgaires compliments, c'est la fleur même du sol. L'auteur se\ndresse, avec dans ses mains son œuvre intacte et lumineuse.\n   Lisez les introductions de ces deux volumes de Pages choisies, qu'il faut\navoir dans sa bibliothèque, même si l'on possède un Chateaubriand complet.\nVous vous trouvez en face d'un ami, intime et respectueux, et qui sait par\ncœur tout l'homme et toute l'œuvre. Il a fait tenir en deux fois trois cents pages\n« tout le vivant » des ouvrages du maître illustre. Il y a conservé et même\nrendus plus sensibles « le rythme et le mouvement de l'œuvre intégrale ».\n« A faire quelques plis de moins, dit l'avisé commentateur, l'ample manteau\ndu poète n'en paraîtra pas moins somptueux et à être un peu plus sobre, son\nverbe n'en paraîtra pas moins éclatant. »\n   Il est excellent, par le temps qui court, de se mettre au régime Chateau-\nbriand. Remercions donc le critique d'avoir fait pour nous tous, les lecteurs,\nce que chacun de nous aurait dû faire en extrayant de tant de beaux volumes,\nun peu lourds à manier, la quintessence du génie. M. Giraud nous le dit lui-\nmême : « A une heure où l'on paile beaucoup de la « crise du français », où,\nà n'en pas douter, chez les nouveaux venus, la langue fléchit d'une façon par-\nfois bien inquiétante, il n'est peut-être pas de grand écrivain que l'on puisse\nplus utilement étudier que Chateaubriand. »\n   M. Victor Giraud n'est pas de la race absurde des critiques négatifs. Il\nchoisit pour les mieux faire connaître les écrivains qu'il aime le mieux,\nPascal, Chateaubriand, et en agissant ainsi il poursuit un double et noble\nbut : honorer le grand homme d'hier et être utile aux hommes d'aujour-\nd'hui.\n                                         *\n                                        * *\n   On sent aussi du respect et parfois de la vénération dans les pages de cri-\ntique que M. Victor Giraud consacre à nos cinq grands contemporains Fer-\ndinand Brunetière et Melchior de Vogüé, morts récemment, et aux bien\nvivants, Dieu merci, Pierre Loti, Emile Faguet et Paul Bourget.\n   Nous n'entrerons pas dans l'analyse de ces superbes études, solides comme\ndes statues de bronze, coulées par l'admiration consciente d'un critique, élo-\nquent interprète de son temps. Disons seulement un mot de son dessein\ngénéral. Il s'est proposé d'étudier les vedettes littéraires d'une même généra-\ntion, celle qui eut vingt ans en 1870, qui a produit aux environs de 1890 la\nplupart de ses œuvres maîtresses et « à qui nous devons, nous autres qui\nvenons d'atteindre la quarantaine, les impressions les plus vivantes et les\nplus durables que nous ayons emportées des livres ». « Ceux dont j'ai essayé\nou dont j'essaierai (car leS Maîtres de Vheure auront un second volume, où l'on\nverra sans doute, entre autres, Anatole France, Jules Lemaître et Maurice\nBarrès) de fixer le portrait ont été vraiment nos maîtres à penser et à écrire;\nils ont élevé notre intelligence, façonné notre sensibilité; c'est par leurs yeux\nque nous avons commencé à voir le monde et la vie, l'art et la science, la\n"}, {"page_pdf": 824, "texte": "                                  LES LIVRES                                 725\n\n\nsociété et la morale; ils nous ont légué leurs façons de comprendre et de\nsentir; en un mot, ils ont formé notre « mentalité », et, dans toutes les idées,\ntous les sentiments de notre époque, leur influence est aisément reconnais-\nsable. Ceux-là même qui les ignorent ou les méconnaissent sont, à leur insu,\ndominés par eux. » C'est de cette action générale qu'il s'est, avant tout, efforcé\nde rendre compte, a Un écrivain, dit M. V. Giraud, qui n'exprimerait que son\nmoi n'offrirait pas au critique un sujet d'étude bien intéressant; un écrivain\nn'est grand qu'autant qu'il témoigne pour d'innombrables « amis inconnus ».\n   C'est une étude individuelle et des plus précises certes que M. Giraud con-\nsacre à chacun de ses auteurs de choix, mais c'est aussi de l'histoire collec-\ntive, l'histoire intellectuelle et morale d'une génération importante, car elle est\narrivée à la vie spirituelle à une époque singulièrement tragique et qui avait\nen face d'elle d'angoissants et multiples problèmes, pas tous résolus à l'heure\noù nous sommes.\n   M. Victor Giraud ne peut, dès son premier volume, tirer des conclusions\ngénérales de cette enquête encore inachevée. « Il en est une cependant que je\nvoudrais dès aujourd'hui mettre brièvement en lumière, parce qu'elle s'impo-\nsait à moi avec une force croissante et irrésistible, à mesure que je m'enfon-\nçais davantage dans l'étude des écrivains qui me paraissent avoir le plus agi\nsur notre temps. C'est que dans notre société contemporaine où, par le jour-\nnal, par la revue, par le livre, par la chaire, par la conférence, par la tribune,\npar le théâtre, toutes les idées sont mises à la portée de tous, même de ceux\nqui leur seraient le plus réfractaires, on ne saurait s'exagérer l'influence de la\nlettre imprimée. Influence vraiment souveraine, et redoutable, quand on y\nsonge, quand on se représente avec exactitude tout ce qu'il peut tenir de\npensée et donc d'action suggérée, — à combien d'âmes incertaines!— dans une\nsimple page de prose ! Il n'est pas une seule goutte d'encre d'imprimerie dont\non puisse dire qu'elle est perdue, et qu'un jour ou l'autre elle ne laissera pas une\ntrace profonde dans quelque conscience obscure. Heureux ceux qui tiennent\nune plume sans se douter des lourdes responsabilités qu'ils assument! Mais\nplus heureux encore et surtout ceux qui, au soir de la vie, passant en revue\ntoute leur œuvre, ont le droit de croire qu'ils n'ont pas écrit une ligne qui n'ait\nété, pour ceux qui les ont lues, une source de pensées nobles et d'impressions\nréconfortantes !... »\n   J'ai tenu à copier jusqu'au bout ce passage significatif de l'avant-propos des\nMaîtres de l'heure. Le lecteur sait ainsi, tout de suite, à qui il a affaire. Pas\nplus que Brunetière M. Victor Giraud n'est partisan du dilettantisme.\nJe suis fier d'appartenir, exactement, à la génération de M. Victor Giraud. Et\nbien des pages dans son livre m'ont rappelé des impressions de jadis et ont\nrenouvelé des joies oubliées. C'est un vrai bonheur de posséder parmi nous\nun tel témoin. Mais ce n'est pas assez qu'il étudie ses maîtres et les nôtres, il\nen viendra sans doute à regarder de près les écrivains de son âge, ceux qui\nont sucé le même lait, assisté aux mêmes événements et qui ont essayé de\nbâtir, à leur tour, leur œuvre, pendant qu'il travaillait à la sienne. Craignons\nsa clairvoyance. Il nous doit ses conseils. Il nous dira la vérité.\n   En attendant, relisons ses Maîtres de l'heure. C'est un livre nourrissant fait\n de bonne farine française.                             JACQUES DES GACHONS.\n"}, {"page_pdf": 825, "texte": "                             NOTULES\n\n\n    A v i s i m p o r t a n t . — Nous prévenons nos abonnés que nous mettions\nen circulation, dès les premiers jours de décembre, nos quittances postales,\nafin d'éviter l'encombrement du nouvel an. Nous leur serions obligés s'ils\nvoulaient bien charger leur personnel, en cas d'absence, de payer la quittance\nà leur place dès sa première présentation, pour nous faciliter la besogne et\nnous épargner la corvée d'un second envoi.\n\n                                      *\n                                     * *\n\n   Une Exposition internationale d'art chrétien moderne\ns'est ouverte le mardi 14 novembre, dans les locaux du Musée des arts déco-\nratifs à Paris. Elle est organisée par la Société de Saint-Jean, qui a pour\nprésident M. H. Cochin et pour vice-président M. Maurice Denis. Un grand\nnombre d'artistes de différents pays ont répondu à l'appel de la Société orga-\nnisatrice. On n'a pas oublié la démonstration tentée à Bruxelles dans le même\nordre par notre Revue. Nous sommes heureux d'avoir à noter que notre\nœuvre a pu être reprise sur un plan plus vaste et avec des éléments de plus\nen plus sérieux. Une constatation s'est imposée dès le jour de l'ouver-\nture : la renaissance définitive de l'art religieux est pioche. Mgr Amesse, qui\nprésidait la cérémonie d'inauguration, en a fait la remarque devant plus\nd'une œuvre. Parmi les participations étrangères, celle de notre pays est la\nplus importante et la mieux ordonnée. Nous ne manquerons pas de reparler\nde cette exposition et de sa section belge.\n\n                                      *\n\n   La Société des Concerts de musique sacrée d'Anvers\nexécutera, sous la direction de M. Lod. Ontrop, en la grande salle de la\nSociété Royale d'Harmonie, le dimanche 3 décembre 1911, à 2 h. 1/2,\nFrancisais, oratorio d'Edgar Tinel.\n   Prix des places : place réservée, 6 francs; première, 4 francs; seconde\n(galeries bas-côtés, 3 francs; troisième, galerie-étage), 2 francs.\n   Le samedi, à 4 h. 1/2, veille de l'exécution : répétition générale. Billet\nd'entrée, 2 francs.\n  S'adresser à l'administrateur de la Société, M. Jules Boelaerts, Marché\nSaint-Jacques, 11, Anvers.\n                                       *\n                                      * *\n"}, {"page_pdf": 826, "texte": "                                      NOTULES                                      727\n\n\n    L'Art        flamand     e t h o l l a n d a i s (juin). — M. Max Rooses étudie et\nreproduit un tableau : Moïse faisant jaillir Veau du rocher de la collection\n Burton, à A n v e r s ; il soumet en même temps à un examen critique très inté-\nressant le peu de renseignements que Ton possède sur Adam van Noordt,\nauteur p r é s u m é de cette œ u v r e . M. Aty Brunt consacre quelques pages très\nsympathiques à Ensor. Illustrations abondantes. — (Juillet-août-septembre.)\n — Le retable de Santibanez-Zarzaguda, par M. Paul Lafond. A propos d'un\n tableau attribué à Scorel ( P . Bautier). Notre art décoratif et industriel (J. Van\n den Bosch). Vannerie ancienne et moderne en Hollande (H. Ellens). Une œuvre de\njeunesse de Wouvermans au Musée de Bruxelles (A. Brédius). Peinture murale\n ancienne à Malines, d'après un dessin de Slingelant (A. Schmarsow). L'art belge et\n hollandais à l'Exposition de Rome (Sander Pierron). Chroniques d'art.\n\n\n\n\n   M . S y l v a i n D u p u i s inaugurera les concerts du Conservatoire de\nLiége par une audition de Rédemption, de César Franck, et d'un acte d'Orphée,\nde Gluck, avec le concours de M me Croiza.\n\n\n\n\n    R e c t i f i c a t i o n . — Dans le compte rendu du Salon du P r i n t e m p s s'est\nglissée u n e faute d'impression qui dénature la pensée de l'auteur, à qui on a\nfait dire, à propos d'Amédée Lynen, ceci : « Ses travaux s'apparentent à ceux\ndu vieux Brueghel : il les ridiculise avec humour. » Il faut lire : « Ses truands\ns'apparentent à ceux... »\n   U n e autre erreur s'est glissée dans une des notules de notre numéro d'octobre,\ncelle qui c o n c e r n e les concours de la Société des Amis de la médaille d'art.\nC'est à M. P a u l W i s s a e r t (et non pas à M. P a u l Werner) que le premier\nprix du concours de 1908 fut décerné par le jury à l'unanimité.\n\n                                            *\n                                           * *\n    Viennent de paraître :\n   M I Z R A I M , souvenirs d'Egypte, par G O D E F R O I D K U R T H (Bruxelles,\n Dewit).\n    L ' A R D E N N A I S E , par H E N R I D A V I G N O N (Paris, Plon).\n    Nous attirons sur ces nouvelles œuvres de nos deux collaborateurs l'atten-\n tion de nos lecteurs. N o u s rendrons compte de ces livres prochainement.\n                                               *\n                                           * *\n    Société royale belge des Aquarellistes. — Exposition au\n  Musée M o d e r n e , Place du Musée, tous les jours de 10 à 4 heures. E n t r é e :\n  50 centimes.\n                                               *\n                                           *       *\n"}, {"page_pdf": 827, "texte": " 728                                 DURENDAL\n\n\n\n   Accusé de réception :\n   A R T S : Roger Van der Weyden, par PAUL LAFOND, vol. illustré (Collection\n Les grands artistes des Pays-Bas (Bruxelles, Van Oest).\n   H I S T O I R E : Madame de Genlis, par JEAN HARMAND, vol. illustré (Paris,\n Perrin). — La bourgeoisie belge depuis 183o, par HENRY CARTON DE WIART\n (Bruxelles, Goemaere).\n  L I T T É R A T U R E : La vie au théâtre, 2 e série 1909-1911, par HENRI BOR-\nDEAUX (Paris, Plon). — Mémoires d'outre-tombe de CHATEAUBRIAND. Pages\nchoisies avec introduction et notes de VICTOR GIRAUD (Paris, Hachette. —\nA la manière de . . , par PAUL REBOUX et CHARLES MULLER (Paris, Grasset). —\nŒuvres choisies de CHARLES PÉGUY (idem). — Le carnet d'un vieux maître, par\n FRANCIS MAIGRET (idem).\n  M U S I Q U E : Ma vie, par RICHARD WAGNER, t. II, 1842-1850, traduction\nde N . Valentin et de Schenk (Paris, Plon).\n   P H I L O S O P H I E : La philosophie syndicaliste. — La philosophie nationaliste.\n2 vol., par GEORGES GUY GRAND (Paris, Grasset).\n   P O É S I E : Images de Hollande, par MAURICE GAUCHEZ (Bruxelles, Lamberty).\n— Les géorgiques chrétiennes, chants III et IV, par FRANCIS JAMMES (Paris,\n Mercure de France). — Les mystères de Jeanne d'Arc, II. Le porche du mystère\nde la deuxième vertu, par CHARLES PÉGUY (Paris, Cahiers de la Quinzaine).\n— Vers la sincérité, par MADELEINE GRAIN (Paris, Sansot). — Le pèlerinage\nintérienr, par GASTON PULINGS (Bruxelles, Dickinson.)\n   R E L I G I O N : La religion de Jésus d'après VEvangile, par PIERRE LELIÈVRE\n(Paris, Perrin). — Les petites fleurs de François d'Assise, suivies des considéra-\ntions des saints stigmates, traduction de WYZEWA (Paris, Perrin). — Une âme\nbénédictine : Dom Pie de Hemptinne, moine de Maredsous, 2 e édition (Abbaye\nde Maredsous). — Un nouveau théologien M. Fem. Laudet, par CHARLES PÉGUY\n(Paris, La Quinzaine).\n R O M A N S : L'homme qui a perdu son moi, par ANDRÉ BEAUNIER (Paris, Plon).\n— L'Ardennaise, par HENRI DAVIGNON (idem). — Le destin nous conduit, par\nLUCIE GAUTHEY (idem). — L'aube, par HENRI ARDEL (idem). — Le parfum des\nbuis, par Louis DELATTRE (Bruxelles, Association des Ecrivains belges). —\nSon mari, par SIMONE BODEVE (Paris, Grasset). — Il Giorgione, par ALBERT\nERLANDE (idem). — Hélène Sorbier, par Louis MERCIER (Paris, Calmann-Lévy).\nJour de famine etjours de détresse, par N E E L DOFF (Paris, Charpentier).\n   VARIA : Après le traité franco-allemand (Et maintenant?). — Le désarmement\nou la guerre, par le capitaine PIERRE FÉLIX (Paris, Grasset).\n"}, {"page_pdf": 828, "texte": ""}, {"page_pdf": 829, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 11, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1911-11", "signet_source": "Dix-huitième année - N°11 - Novembre 1911 (?)", "preuve": "Aucune couverture conservée. Indices internes : « Voir le numéro d’octobre » (p. 670, Le crime de Luxhoven, suite) ; « brouillards de novembre » (p. 682) ; Messe de Requiem sous le signe de Novembre (p. 703-704) ; « journaux du 9 novembre » (p. 720) ; Exposition internationale d’art chrétien moderne ouverte « le mardi 14 novembre » (p. 726) ; concert du dimanche 3 décembre 1911 annoncé et quittances postales début décembre (p. 726) ; rectification d’une notule « de notre numéro d’octobre » (p. 727). Numéro de novembre 1911 (signet : N°11).", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}