{"numero_id": "ulb-durendal-1912-livraison01", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-201", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Planche : Un prince de Médicis (Suttermans)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "I. — UN PRINCE DE MÉDICIS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 47, "texte": "I. — UN PRINCE DE MÉDICIS\n\n       (SUTTERMANS)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-001", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 27, "titre_corps": "Vestales et religieuses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Godefroid Kurth", "ancre_debut": "Vestales et religieuses                                  AVANT-PROPOS      Cet opuscu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2220, "texte": "Vestales et religieuses\n\n                                AVANT-PROPOS\n\n    Cet opuscule a eu tout d'abord la forme d'une conférence que j'ai\nfaite le y novembre 1908 au pensionnat des Dames de la Sainte-\n Famille, à Helmet, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de la\n Supérieure générale, Madame Justine De Monie. Cette vénérable reli-\ngieuse, dont j'ai eu l'occasion d'apprécier les hautes qualités de cœur et\n d'esprit, est morte le 20 juin 1909; je dédie ces pages à sa mémoire.\n\n\n\n  Je ne sais s'il y a dans les ruines de la Ville Éternelle un\nendroit qui inspire autant d'intérêt que la maison des vestales.\nDécouverte en 1882 à proximité du F o r u m , elle est aujourd'hui\nun centre d'attraction pour tous ceux qui sont sensibles à la\npoésie du passé. L a beauté du site, la solitude qui y règne, les\nsouvenirs qu'il évoque, tout en fait un de ces lieux privilégiés\noù la voix de l'histoire parle avec une éloquence particulière.\nCette grande voix se fait ici plus douce et presque caressante :\n\n   (1) J e n'ai pas cru opportun d'encombrer le bas de ces pages de notes érudites servant\nà justifier chacune de mes assertions; il me suffit d'avertir le lecteur que je n'avance rien\nque de science certaine et d'après les sources. Pour les travaux modernes, voici la liste\nde ceux que j'ai consultés :\n   J U S T E L I P S E : De Vesta et Vestalibus syntagma. Anvers, 1603.\n   BROHM : De jure virginum Vestalium. Thorn, 1833.\n   R. LANCIANI : Notizia. degli Scavi 1883. (Atti della reale academia dei Lincei )\n   JORDAN : Der Tempel der Vesta und das Haus der Veslalinnen. Berlin, 1886.\n   O. MARUCCHI : Nuova descrizione délia casa delle vestali. Rome, 1887.\n   AUEU : Der Tempel der Vesta. (Denkschriften der Kais. Akad. von Wien, Philol. histor.\nKlasse, t. XXXVI, 188S.)\n   C H . H U L S E S : Mittheilungen des archaeologischen Instituts von Rom, 1889.\n   L E MÊME : Das Forum Romanum, seine Geschichte und seine Denkmäler, 2' édition\nRome, 1905.\n   THÉDENAT. : Le Forum romain, 4e édition. Paris, 1908.\n   H . GRISAR : Histoire de Rome et des papes au moyen âge (traduit de l'allemand par\nE. Ledos). Rome, 1900, 2 volumes.\n   G BOISSIER : La fin du paganisme. Paris, 1891, 2 volumes.\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "                              DURENDAL\n\n\nelle ne vous entretient pas, comme dans les autres ruines\nromaines, de guerres et de triomphes sanglants; elle ne vous\nraconte pas les luttes civiles et les querelles des partis, elle ne\nvous redit pas des épisodes de débauches et de cruautés. Ce\nqu'elle fait revivre, ce sont les heures les meilleures de la puis­\nsante société dont le cœur a battu ici. Oasis de paix et de recueil­\nlement au milieu de la b r u y a n t e capitale du m o n d e antique, la\nmaison des vestales a abrité pendant des siècles un culte plus\npur que les autres cultes païens, e t elle a servi de d e m e u r e à un\ncollège de vierges vivant d'une vie retirée et chaste consacrée\nau service de la patrie. Cela est presque chrétien, et il n'en faut\npas davantage pour expliquer le charme de ces lieux, où le pro­\nmeneur se sent ramené par un si mystérieux attrait.\n    Je suis un familier de la maison des vestales. J'y vais souvent,\nje m'y repose plus d'une fois au cours de mes visites au F o r u m .\nJe sais les heures et les jours où je suis presque sûr de m'y\ntrouver seul avec les lézards. J'entre comme chez moi dans la\nvaste cour intérieure sur laquelle donnent toutes les chambres,\nje m'asseois sur une des pierres qui la jonchent, je relève en\nesprit ces murs détruits, ces colonnes renversées, et j'essaie, de\nfaire revivre les existences qui se sont écoulées ici p e n d a n t de\nnombreuses générations. Peut-être trouverez-vous quelque\nplaisir à nvaccompagner dans ma visite aux vierges de l'an­\ncienne Rome, et à voir se dérouler dans un cadre presque\nmonastique les destinées d'une institution féminine à laquelle\nétaient attachées les destinées de la plus grande nation qui ait\nj a m a i s existé.\n\n                                   I\n\n   Les vestales, à Rome et dans toutes les cités latines, étaient\nun collège de femmes chargées p a r l ' É t a t de l'entretien du feu\nsacré d a n s le temple de Vesta. P o u r comprendre la suprême\nimportance de cette mission, il faut savoir ce que signifiait le\nculte du feu dans la cité a n t i q u e .\n   L e feu, première conquête de la civilisation, était chose sacrée\npour les peuples primitifs. Ils le croyaient d'origine céleste,\net ils avaient des légendes, celle de Prométhée par exemple,\nracontant que des hommes d'un courage fabuleux étaient allés,\nau péril de leur vie, le dérober au Ciel. Pénétrés de cette idée,\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "                     VESTALES ET RELIGIEUSES                         7\n\n ils avaient une terreur superstitieuse de le voir s'éteindre, se\n disant qu'alors ils retomberaient fatalement dans la vie animale.\n E t c'est la raison pour laquelle ils l'entretenaient avec un soin\njaloux, avec un respect religieux. C h a q u e famille le conservait\n dans l'endroit le plus central de la maison, qui devenait par\n là m ê m e quelque chose de vénérable et de sacré. C'était le\n Foyer.\n    L e foyer était le rendez-vous de la famille, le lien vivant de\n tous ses membres, le gage de la vie sédentaire et civilisée, le\nsanctuaire où s'entretenait la communication entre les vivants\net les morts. Il est resté pour nous, chrétiens, ce qu'il avait été\npour les païens : presque l'équivalent d'un temple. Nos ancêtres\nn'avaient rien de plus cher après leurs a u t e l s ; pro aris et focis\nétait la devise qui les ralliait tous dans un commun amour. Pour\nnous-mêmes, un monde de poésie et d'émotion se concentre\nautour du seul mot de foyer : six mille ans de civilisation n'ont\npas encore épuisé la douceur de ce vocable auguste et le charme\ndes souvenirs qui s'y rattachent. Nous avons remplacé le foyer\npar le poêle et le poêle par la chaufferie centrale, mais la seule\névocation du milieu sacré où le feu domestique réunissait autre­\nfois les enfants d'un même père garde toujours le privilège de\nfaire battre nos cœurs.\n    Or, la Cité, qui était une réunion de familles, avait, elle aussi,\nson foyer. Et ce foyer national était pour la patrie ce que le\nfoyer domestique était pour la famille. Selon l'usage de l'anti­\nquité païenne, on le personnifiait en faisant de lui une divinité\nqu'on appelait Vesta, et on en confiait la garde à des vierges\nqui avaient pour devoir d'y entretenir éternellement le feu\nsacré. Car, pour la Cité comme pour chacune de ses familles,\nl'extinction du foyer était considérée comme la catastrophe la\nplus terrible; il n'était pas de malheur public dont on espérât\nde se préserver, tant que l'intermédiaire mystérieux et redou­\ntable entre le ciel et la terre restait sans vie sur ses autels.\nAussi peut-on dire que la tâche dévolue aux vestales était la\nplus importante de toutes celles que la patrie confiait à ses\nenfants.\n    L'emplacement du temple de Vesta nous dit déjà la signi­\nfication qu'il avait pour les Romains. Il s'élevait au cœur\nmême de la Cité, dans la dépression qui sépare le Quirinal du\nPalatin, c'est-à-dire entre les deux agglomérations primitives\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "8                             DURENDAL\n\n\n\ndont la réunion, à un m o m e n t donné, constitua la Ville Éter­\n nelle. Comme son origine se perdait dans la nuit des temps,\non le supposait fondé, ainsi que toutes les institutions reli­\ngieuses de Rome, par le roi N u m a Pompilius, dont le palais\ns'élevait dans le voisinage. Une atmosphère de légendes flot­\ntait autour du sanctuaire. T o u t contre ses ruines, on voit\naujourd'hui encore le réservoir où coule la fontaine de Juturne,\nla « déesse secourable » du Panthéon latin. Un soir de l'an 496\navant Jésus-Christ, les Romains, disait-on, avaient vu appa­\nraître à cette fontaine deux jeunes et beaux cavaliers d'aspect\nsurnaturel, qui venaient y abreuver leurs chevaux. C'étaient les\ncélestes j u m e a u x Castor et Pollux, qui avaient pris part, à vingt\nlieues de là, à la bataille de Régille contre T a r q u i n le\nSuperbe et contre ses alliés, et qui apportaient la nouvelle de\nla victoire aux Romains. E n reconnaissance, on leur éleva un\ntemple à l'endroit même de l'apparition: les trois belles colonnes\nqui en restent sont encore aujourd'hui la gloire du F o r u m , sur\nlequel elles trônent dans la mélancolique beauté du souvenir.\n   Mais il faut revenir au temple de Vesta.\n   C o m m e la plupart des sanctuaires les plus vénérés, le temple\nde Vesta fut primitivement entouré d'un bois sacré, qui contri­\nbuait au caractère mystérieux et redoutable de l'endroit. On\nne l'abordait, dans les premiers temps, qu'avec ces marques\nextérieures de respect que l'Orient a conservées jusqu'à nos\njours : au lieu de se découvrir la tête, comme nous faisons, on\nse déchaussait pour ne pas en souiller le seuil; rappelez-vous\nMoïse près du buisson ardent. Cet usage se perdit en Occident\nlongtemps avant notre ère, mais, comme tous les usages péri­\nmés, il se conserva çà et là p e n d a n t bien des générations, et\nOvide eut occasion de le constater un jour qu'on célébrait la\nfête de Vesta. Il vit, nous dit-il, une vieille femme qui descen­\ndait pieds nus le chemin qui le long du temple a r r i v a i t , au\nF o r u m , et l'étonnement que lui causa ce spectacle prouve qu'il\nne devait pas être commun. Mais le poète se trompe en\nessayant d'expliquer la chose. D'après lui, la vieille se déchaus­\nsait en souvenir du temps où il y avait en cet endroit des maré­\ncages. C'est que l'intelligence du vieux passé national faisait\ndéfaut aux contemporains d'Auguste : ils le comprenaient aussi\npeu que les humanistes du temps de Louis XIV comprenaient\nle moyen âge.\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "                           VESTALES E T R E L I G I E U S E S                             9\n\n\n\n    L e temple de Vesta était un m o n u m e n t de proportions assez\nexiguës et de forme ronde, à l'imitation des cabanes latines\ndont il offrait la fidèle image. L e plan de ces cabanes était simple\net d'une exécution facile. On réunissait en cercle un certain\nnombre de troncs d'arbres qu'on reliait entre eux par des murs\nen clayonnage et en terre battue et on laissait un intervalle vide\nentre deux troncs pour la porte. Par-dessus on jetait un toit\nconique en chaume, percé d'un trou au sommet pour laisser\néchapper la fumée. Lorsque, dans les âges suivants, le monu­\nment fut rebâti d'une manière plus luxueuse en pierre, le res­\npect religieux de la tradition ne permit pas d'en altérer l'aspect.\nOn se borna à remplacer les troncs d'arbre par des pilastres de\npierre et, dans les. parois du temple, l'architecture s'efforça de\nsimuler j u s q u ' a u clayonnage primitif (1). Q u a n t à l'unique baie\nde l'édifice au sommet du toit, elle aussi se conserva longtemps\ndans l'architecture : tous ceux qui ont visité Rome se rappel­\nleront l'avoir admirée à la célèbre église du Panthéon, qui\ndate du premier siècle de notre ère. Rien n'égale la beauté de\nce grand œil de pierre ouvert sur le ciel infini, et qui verse à\nflots une lumière douce et également distribuée dans tout le\nsanctuaire.\n   L'intérieur du temple de Vesta ne ressemblait pas à celui des\nautres sanctuaires p a ï e n s : il ne contenait ni images ni statues;\nseul le feu sacré l'emplissait de sa majesté mystérieuse. T o u t e ­\nfois, comme le paganisme ne perd j a m a i s ses droits, à défaut\nd'idoles on y conservait des amulettes. Nul ne savait en quoi\nelles consistaient, car elles étaient soigneusement cachées à\ntous les regards. Mais on y attachait une importance capitale,\nparce qu'on était convaincu que les destinées du peuple romain\ndépendaient de leur conservation. Aussi, lors d'un incendie\nqui éclata en 241 avant Jésus-Christ, le grand pontife Caecilius\nMetellus ne craignit-il pas de se jeter dans les flammes pour\nsauver ces gages du bonheur de la patrie : il y perdit les yeux,\n\n\n\n  (1) Ici encore, la génération de l'époque classique a cherché une explication malheu­\nreuse : au dire de Plutarque (Numa, 11) et d'Ovide (Fast., VI, 265) le temple était rond\nparce qu'il était dédié à Vesta, la déesse de la terre, et que la terre est ronde! Les gens\nqui, mille ans avant Plutarque et Ovide, bâtirent le temple de Vesta n'étaient pas si\nsavants que cela, et ils avaient des raisons d'ordre pratique pour donner la forme ronde\nà leurs temples comme à leurs maisons.\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "10                                   DURENDAL\n\n\n\nmais son dévouement fut célébré par toutes les voix de la\nrenommée et on lui érigea une statue de son vivant.\n\n\n                                         II\n\n   Maintenant que vous connaissez le sanctuaire, je vais vous en\nprésenter les prêtresses, ou, pour parler à la romaine, les\n« vierges de Vesta ». C o m m e l'indique ce titre, leur caractère\ndistincif et par lequel elles ont une certaine ressemblance avec\nles religieuses chrétiennes, c'était la virginité. Cela est remar­\nquable. Pourquoi l'exigeait-on si impérieusement des prê­\ntresses du foyer national? C'est, a-t-on dit, parce q u ' u n élément\npur comme le feu voulait des prêtresses pures comme lui. Je ne\nsais ce que vaut l'explication, mais le fait est que les anciens ne\nconfiaient qu'à des mains de vierges les rites les plus sacrés de\nleur religion. C'est une vierge aussi qui devenait, dans le\ntemple de Delphes, l'intermédiaire entre les dieux et les fidèles\nqui allaient le consulter. Il faut noter ce respect de la société\npaïenne pour une vertu qu'elle pratiquait si peu. Elle s'incli­\nnait devant la majesté surnaturelle de la virginité, et c'est un bel\nhommage rendu au christianisme, qui seul a appris au monde\nce que c'est q u ' u n e vierge.\n   Les vestales étaient au nombre de six (1); la plus ancienne,\nqui était à la tête des autres, s'appelait la grande vestale. Voici\ncomment elles étaient recrutées. Q u a n d un vide se produisait,\nle grand pontife, qui était la plus haute autorité religieuse chez\nles Romains, choisissait dans les meilleures familles de R o m e\nvingt filles de six à dix ans, réunissant un ensemble de condi­\ntions physiques et morales qui peut se résumer en deux mots :\ncorps sans défaut et naissance sans tache. Il tirait ensuite au sort\ncelle qui était « prise », selon l'expression consacrée. Il lui cou­\npait les cheveux, qu'on suspendait à un lotus n o m m é pour cette\nraison le lotus capillaire, puis il la remettait aux mains de la\ngrande vestale. L'enfant grandissait dans la maison et s'initiait\nà la pratique de son métier, qui consistait à entretenir le feu, à\n\n\n\n  (l) Sur la foi d\"un passage de saint Ambroise, Adversus Symmachum, epist. XVIII, on\nadmet généralement que dans les derniers temps de l'empire ce nombre était de sept. Je\nn'en crois rien ; il n'y a ici, selon moi, qu'une mauvaise leçon : VII pour VI.\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "                     VESTALES ET RELIGIEUSES                        11\n\n\n laver: tous les jours la cour intérieure et à procéder, selon les\n fêtes de l'année, à diverses cérémonies liturgiques.\n     Ces occupations étaient assez astreignantes et la vie des ves­\ntales était loin de s'écouler dans l'oisiveté. Joignez-y la claus­\ntration, non absolue mais relative, avec le séjour d'une habita­\ntion exposée au nord, que le soleil ne visitait presque jamais,\net vous aurez l'idée d'un régime qui, en définitive, ne devait pas\n être des plus agréables. Et ce régime, les vestales devaient\nl'observer pendant trente ans, après quoi, si elles en avaient\n envie, elles pouvaient rentrer dans le monde et se marier. On\nnous dit que peu d'entre elles usaient de la permission et que\n celles qui le faisaient s'en trouvaient mal. C'est là, je le crains\nbien, une légende pieuse inventée par les dévots du paganisme.\nSi l'histoire nous cite l'exemple d'une vestale restée en fonc­\n tions après cinquante-sept ans de service, il y en avait d'autres\nqui, à peine libres, s'empressaient de convoler «en justes noces»,\n et je me persuade que c'était le grand nombre : on verra tout de\nsuite pourquoi.\n     L a condition que la patrie faisait aux « vierges de Vesta »\npour prix de leur virginité était incomparable. Elles étaient\nau-dessus des lois et traitées pour ainsi dire à l'égal de déesses.\nE l l e s étaient émancipées de la puissance paternelle et jouis­\nsaient, par une exception unique, des faveurs accordées par la\nloi aux parents qui avaient trois enfants. L ' E t a t leur faisait une\ndot magnifique; elles ne payaient pas d'impôts; elles avaient\nles privilèges honorifiques les plus flatteurs. Elles marchaient pré­\ncédées d'appariteurs; les plus hauts magistrats de la Cité leur\ncédaient le pas; dans les fêtes publiques, au cirque, à l'amphi­\nthéâtre, on leur attribuait les premières places; en justice, elles\nétaient crues sur parole; quiconque les offensait était puni de\nla peine capitale; par contre, si elles rencontraient fortuitement\nun condamné à mort, il était gracié. Mouraient-elles, on les\nenterrait en ville et aux frais du trésor public. L a grande\nvestale était une influence dans l'État : les plus éminenls\npersonnages lui confiaient leur testament, sa protection était\navidement recherchée, et dans les querelles publiques on invo­\nquait souvent son entremise. C'est ainsi, pour ne citer qu'un\nexemple entre beaucoup d'autres, que Jules César, menacé de\nla vengeance de Sylla, fut sauvé grâce à la protection de la\ngrande vestale.\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2600, "texte": "12                              DURENDAL\n\n\n   Je n'en finirais pas si je devais continuer cette é n u m é r a t i o n .\nIl me suffira de dire que les dieux eux-mêmes faisaient, disait-\non, des miracles en laveur des vestales, notamment pour\nprouver leur innocence q u a n d elles étaient injustement accu­\nsées. Et l'on prétendait que leurs prières étaient tellement\nefficaces, qu'elles avaient le pouvoir 'd'arrêter dans sa fuite\nl'esclave fugitif, aussi longtemps du moins qu'il n'avait pas\nencore franchi l'enceinte de la Cité.\n   D'autre part, on d e m a n d a i t aux vestales de ne jamais se\ndépartir de la plus grande dignité et d'apporter dans toute leur\nconduite un sérieux en rapport avec la majesté des fonctions qui\nleur étaient confiées. On n'aimait pas de leur voir une h u m e u r\ntrop enjouée, un esprit trop pétillant, une toilette trop soignée :\nc'étaient là a u t a n t d'indices de préoccupations mondaines se\nconciliant mal avec leurs austères devoirs. On châtiait sévère­\nment leur négligence dans l'accomplissement de ceux-ci :\nlaissaient-elles s'éteindre le feu sacré, elles étaient frappées de\nverges. E t malheur à celle qui violait son devoir de chasteté!\nSi elle ne se dérobait pas au châtiment par le suicide, comme\nce fut plus d'une fois le cas, la plus épouvantable de toutes les\nmorts l ' a t t e n d a i t ; elle était enterrée vive! U n cortège lugubre,\ndans lequel le bourreau marchait à la suite des pontifes,\nconduisait la coupable au lieu du supplice, dans une litière\nnoire et fermée, qui la dérobait à tous les regards. On la faisait\ndescendre, en lui d o n n a n t un pain et une cruche d'eau, dans un\ncaveau dont on murait ensuite l'ouverture, laissant la malheu­\nreuse expirer lentement dans l'horreur des ténèbres éternelles.\nLes érudits croient avoir retrouvé l'endroit où était le funeste\ncaveau : c'était à proximité de la Porta Pia. Là s'est passé\nbien des fois, au cours de mille ans, la scène terrible que P l i n e\nle J e u n e a décrite dans une de ses lettres : il s'agit de la grande\nvestale Cornélie, condamnée sous D o m i t i e n :\n   « On envoie les pontifes pour l'enfouir dans le caveau où elle\ndoit périr. Mais elle, tendant les mains tantôt vers Vesta,\ntantôt vers les autres dieux, proférait des plaintes parmi\nlesquelles celle-ci revenait sans cesse : « César me croit\n» coupable, lui qui a vaincu grâce à mes prières et à mes sacri­\n» fices. » Elle répéta ces paroles j u s q u ' à ce qu'on la conduisit\nau supplice. Innocente? Je ne sais. P e n d a n t qu'elle descendait\ndans le caveau, sa robe s'accrocha : elle se retourna pour la\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "                        VESTALES ET RELIGIEUSES                   l3\n\n\ndégager, et, le bourreau lui tendant la main, elle fit un geste de\nrépulsion : dernier trait de piété pour repousser de son corps\nchaste et pur ce contact honteux (1). »\n   Pline le Jeune, qui était l'ennemi de Domitien, voudrait\nfaire croire qu'il a fait condamner une innocente, mais Cornélie\nétait réellement coupable; seulement, la malheureuse paya pour\nbeaucoup d'autres. Et ici il n'est pas possible d'éluder une\nquestion délicate : comment les vestales observaient-elles leur\ndevoir de virginité? Eh bien, à toutes les époques de l'histoire,\nnous voyons qu'il n'y a. eu que trop de défaillances parmi\nces vierges sacrées : certaines fois, comme par exemple en 110\navant Jésus-Christ, trois d'entre elles, c'est-à-dire la moitié de\nleur collège, expièrent par le dernier supplice leur infidélité\nau devoir et il est peu probable que ce cas soit isolé. Au\npremier siècle de l'Empire, époque de relâchement universel\ndans les mœurs et d'ébranlement profond des traditions\nantiques, les chutes deviennent particulièrement nombreuses,\net il semble que la virginité ait fui à tout jamais le chaste\nenclos des prêtresses. Les empereurs Vespasien et T i t u s crurent\ndevoir fermer les yeux par peur du scandale, mais le scandale\nne fit qu'augmenter et les coupables, se croyant sûres de l'im­\npunité, affichèrent presque publiquement leur inconduite.\nVoilà ce qui explique la sévérité de Domitien : obtint-elle un\nmeilleur résultat que l'indulgence de ses prédécesseurs? Je\nl'ignore, mais, après comme avant lui, l'histoire enregistre plus\nd'une défaillance. A la veille de leur suppression, S y m m a q u e ,\nle zélé protecteur des vestales, fut obligé de sévir lui-même,\nen qualité de grand prêtre, contre la faute de l'une d'elles.\n   C'est que la chasteté ne se commande pas : la virginité est\nd'ordre surnaturel. Il n'y a ni récompense ni châtiment qui\nremplace, pour la vierge, la conscience de pouvoir se dire\nl'épouse du Christ et d'être admise à suivre 1''Agneau sans\ntache partout où il ira. Privée de cette consécration sublime, la\nvirginité, même entourée d'honneurs et de privilèges, semblait\naux filles romaines une condition intolérable. Aussi, à mesure\nque le patriotisme se refroidit, les familles se montrèrent-elles\nde plus en plus rétives à livrer leurs enfants : déjà du temps\n\n\n  (1) PLINE le Jeune, Epist, IV, 11.\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2288, "texte": " 14                            DURENDAL\n\n\n\n d'Auguste, il devenait difficile de trouver des sujets pour\n combler les vides qui se produisaient dans le collège dont les\n membres étaient des vierges malgré elles.\n     Il fallut élargir les rangs dans lesquels on faisait ancienne­\n ment les choix, laisser arriver les filles du peuple et m ê m e les\n filles d'affranchis, et, malgré cela, le recrutement ne cessa\n d'être laborieux.\n\n\n                                  III\n\n\n    Pénétrons m a i n t e n a n t d a n s l'Atrium Vestae, comme les\n Romains appelaient la maison des vestales. U n couloir le\n faisait communiquer avec le temple de la déesse. Voyez-vous,\n dans ce couloir, cet édicule carré au milieu duquel surgit encore\n aujourd'hui un socle? C'est là que se dressait une statue de Vesta,\n devant laquelle, si je ne me t r o m p e , les vestales faisaient leurs\n dévotions en allant vaquer au culte de la déesse ou en revenant.\n Engageons-nous à leur suite dans ce couloir pour pénétrer dans\n la maison, aujourd'hui que la clôture rigoureuse qui le fermait\n aux profanes a été levée par le verdict des siècles.\n    L a maison des vestales a été rebâtie à diverses reprises\n après des incendies : on y voit, dans les pavés en mosaïque,\ndes différences de niveau attestant des constructions de plu­\nsieurs âges, mais la dernière, qui est du commencement du\nIIIe siècle, l'emporte en grandeur et en richesse sur toutes les\nprécédentes. Elle s'allonge au pied du Palatin, en contre-bas\nde l'ancienne rue Neuve (Via Nova) qui passe au flanc de cette,\ncolline, si bien que le premier étage est au niveau de la rue.\nCelle-ci faisait un coude au coin de la maison et descendait le\nlong de son côté ouest sur le F o r u m .\n   Comme toutes les habitations romaines, celles des vestales\nse développait en rectangle autour d'une cour intérieure sur.\nlaquelle s'ouvraient toutes ses baies. Des murs aveugles don­\nnaient d'un côté sur la Voie Sacrée, de l'autre sur la rue Neuve,\net ne permettaient aux habitantes ni d'être vues ni de voir. T e l\nest le plan de la maison antique : elle concentre toute la vie\nfamiliale à l'intérieur, dans un enclos dérobé aux regards du\ndehors : quelle différence avec nos maisons modernes, qui\nsemblent ne pouvoir se passer des contacts les plus familiers\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2432, "texte": "                    VESTALES ET RELIGIEUSES                      15\n\n\navec la rue, et qui ont toujours leurs innombrables fenêtres\nbraquées sur les passants!\n   L a cour intérieure, dont nous venons de parler, était gigan­\ntesque : elle mesurait 6g mètres de long sur 25 de large, c'est-\nà-dire qu'elle avait à peu près les mêmes proportions que la\nnef centrale d'une grande cathédrale. Elle était rafraîchie par\ndeux grands bassins d'eau, entre lesquels, dans un octogone\ndont les plates-bandes étaient séparées par de la maçonnerie,\nil y avait un jardinet qu'on peut se figurer très fleuri et très\nparfumé. T o u t alentour régnait un portique à deux étages\navec colonnes de marbre, et derrière le portique s'ouvraient\nles chambres de la maison, qui occupaient les quatre côtés.\nLes côtés longs sont au nord et au sud, les côtés étroits à l'est\net à l'ouest.\n   En pénétrant, dans l'Atrium par l'entrée actuelle du nord-\nouest, on a à sa droite les pièces occupées par la cuisine et par\nl'office. Dans la cuisine, où il reste un puissant foyer de\nmaçonnerie, on a retrouvé des cendres; dans l'office, des\ncoquilles d'huîtres, des débris de vaisselle et jusqu'à un pain\ncalciné. Au côté opposé, c'est-à-dire à l'est, il y a une vaste\npièce qu'on croit avoir été le salon des vestales. Sur cette\npièce donnent six chambres, trois à droite et trois à gauche,\nqui ont exercé la sagacité des archéologues. Comme leur\nnombre est égal à celui des vestales, on en a conclu que\nc'étaient autant de parloirs à l'usage de ces d a m e s ; d'autres\ny ont vu avec plus de vraisemblance des dépôts pour les livres\nsacrés et les divers ustensiles dont chacune d'elles avait\nbesoin. Le côté nord, qui a été le moins étudié, était certaine­\nment le mieux exposé, puisqu'il s'ouvrait au sud ; il y a donc\napparence qu'il contenait les pièces principales de la maison.\nLe côté sud était occupé par diverses pièces dont on ne peut\npas toujours déterminer la destination : on y a notamment\ntrouvé les traces d'une salle de bains avec hypocauste et quel­\nques beaux pavements en mosaïque. L e premier étage, auquel\non montait de ce côté par un escalier qui existe encore, con­\ntenait, à ce qu'on croit, les appartements particuliers des\nvestales, et le second, dont il n'existe plus trace, servait d'habi­\ntation aux esclaves.\n   Telle était la disposition générale de l'ensemble. L a tran­\nquille et austère existence des vestales semble avoir imprimé\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "16                          DURENDAL\n\n\n\n son caractère à cette enceinte quasi monastique. Ne vous y\n trompez pas toutefois : ces lieux ont été le théâtre de tragédies\n sanglantes. Les luttes publiques ont parfois fait irruption dans\n l'Atrium Vestae sans égard pour le caractère sacré de la maison.\n J e vous montrais tout à l'heure, dans le couloir qui fait commu­\n niquer le temple et l'Atrium, le socle encore debout d'une\n statue qu'on croit avoir été celle de Vesta. C'est là qu'en 82\n avant Jésus-Christ, pendant que Marius faisait massacrer ses\n adversaires politiques, le grand pontife Mucius Scaevola vint\n se réfugier, dans l'espoir que le respect du saint lieu arrêterait\n le bras des meurtriers. Vaine espérance! Il fut égorgé au pied\n de la statue qu'il tenait embrassée, et le sang rejaillit jusque\n sur la déesse.\n    Mais les drames les plus lugubres étaient ceux qui se pas­\nsaient à l'intérieur de la maison. Quelle scène déchirante ce\n devait être, quand une des prêtresses était arrachée d'ici par\n la main du bourreau pour être menée en litière couverte aux\nténèbres éternelles du Viens Sceleratus! J'ai dit que plus d'une\nfois elles se dérobaient par une mort volontaire à cet horrible\nsupplice. Si les pierres pouvaient parler, elles nous diraient\nsans doute l'endroit de la cour où vint s'abattre le corps de la\nvestale Cannutia Crescentina, qui mit fin à ses jours en se pré­\ncipitant du haut du premier étage, et elles nous révéleraient le\nréduit de la maison où 1' on trouva un jour pendue la vestale\nCaparronia. L e destin de ces infortunées devait jeter un voile\nde deuil sur l'existence de leurs compagnes et peupler de sou­\nvenirs sinistres une résidence qu'on voudrait se figurer si\nrecueillie et si douce.\n    Toutefois, ces souvenirs font place à des impressions moins\npénibles quand vous jetez les yeux autour de vous. Ce qui\ndonne son principal charme à l'Atrium, c'est la manière dont\nil était garni. D a n s les entre-colonnements des deux côtés longs\nse trouvent les socles, chargés d'inscriptions, d'un bon nombre\nde statues érigées en l'honneur des grandes vestales. Les statues\nont disparu, et celles qu'on a mises en leur place, si elles sont\nd'une incontestable authenticité, ne correspondent pas néces­\nsairement aux personnages que désignent les inscriptions. En\nlisant celles-ci, nous apprenons que les statues ont été érigées\nsoit par des particuliers en reconnaissance de services rendus,\nsoit par des parents et amis en témoignage d'affection, soitencore\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "                   VESTALES ET RELIGIEUSES                      17\n\npar le collège des pontifes pour glorifier un mérite particulier.\nElles parlent le langage pompeux et grandiloquent qui était\nde mode au IIIe siècle. Épuisant toutes les formules de la\nlouange la plus enthousiaste, elles vantent « l'admirable chas­\nteté de la prêtresse, sa merveilleuse connaissance des rites\nsacrés » ; elles affirment qu' « elle l'emporte sur toutes celles\nqui l'ont précédée, que Vesta elle-même proclame son mérite,\net que la patrie ressent tous les jours le bienfaisant effet de ses\nprières ». E t il ne faut pas croire que les grandes dames dont\non met ainsi la modestie à l'épreuve se soient toujours con­\ntentées d'une seule statue. Il y en a qui en ont deux, comme\nCoelia Claudiana, ou trois, comme T e r e n t i a Flavilla, ou même\nsix, comme Flavia Publicia. L e vœu d'humilité, comme\nvous le voyez, n'était pas parmi les devoirs d'une prêtresse\nde Vesta.\n  Les statues dont je parle ont un grand intérêt en ce qu'elles\nnous montrent ce qu'était le costume des vestales. A première\nvue, il n'y a rien par quoi elles se rapprochent plus de nos reli­\ngieuses. Les vestales portaient une longue tunique simplement\nnouée à la taille par un cordon, et, par-dessus la tunique, un\nample manteau dans lequel elles se drapaient et dont la partie\nsupérieure était ramenée sur la tête. Mais la ressemblance\nparaîtra moins forte quand on saura qu'au lieu d'être noir\ncomme celui des religieuses, le costume des vestales était d'une\nblancheur éclatante, rehaussée parfois par une bordure de\nbandes de pourpre. Les vestales étaient coiffées d'un tour à\nplusieurs bandeaux destiné, pense-t-on, à protéger leur\nchevelure p e n d a n t leurs fréquents contacts avec le feu. Autour\nde leur tête s'enroulaient les bandelettes sacrées qui leur\ndescendaient des deux côtés sur la poitrine comme l'emblème\nle plus caractéristique de leur vie religieuse. Quand elles\nofficiaient, elles se couvraient en outre d'un voile qui retombait\nsur les épaules, et qu'elles fermaient sous le menton au moyen\nd'une agrafe. Promenez-vous dans la cour d'une statue à l'autre,\net vous verrez comment ce costume reste fidèle à lui-même à\ntravers les générations : il y a toute apparence qu'il remonte\naux origines de l'institution.\n  Mais qui vois-je là-bas contre le mur du sud, se détachant\nsur un fond de lierre et de roses sauvages qui lui font un enca­\ndrement plein de poésie? C'est bel et bien un homme qui s'est\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "18                            DURENDAL\n\n\nintroduit ici, au mépris des règles sévères qui interdisaient à\ntout individu du sexe masculin l'entrée de l'Atrium.       L'homme,\nil est vrai, n'est là qu'en effigie, mais sa présence dans le paci­\nfique cénacle des vestales n'en est pas moins étrange. Je vous\ndirai tout de suite son nom ; c'est le célèbre Vettius Agorius Prae-\ntextatus, qui fut, sous le règne de Valentinien I e r et de Gratien,\nle plus grand personnage de Rome après l'empereur, et en qui\nles vestales menacées de suppression eurent un zélé protecteur.\nL a statue est un m o n u m e n t de leur reconnaissance, qui doit\navoir été bien ardente puisqu'elle leur a fait braver les lois du\ndécorum. Car, parmi les païens de l'époque, les meilleurs se\nsont scandalisés de cette intrusion masculine dans l'Atrium des\nvierges; ils ont trouvé en outre qu'il y avait de l'exagération à\nconférer à Vettius Agorius un honneur que n'avaient reçu ni\nN u m a Pompilius, ni Métellus, qui avaient cependant bien plus\nmérité du culte de la déesse. Mais on n'a pas tenu compte de\nleurs protestations, et la statue a été érigée.\n   Maintenant approchons-nous et regardons : le personnage\nnous intéressera. Vêtu d'une toge dont il tient un pli dans la\nmain droite et dont l'autre pan repose sur son bras gauche, il\nse présente à nous avec une expression des plus caractéris­\ntiques et tout atteste qu'on a affaire à un portrait. Les traits\nde la figure offrent presque la régularité classique des sta­\ntues grecques; les cheveux, coupés court, sont rabattus sur le\nfront par une espèce de b a n d e a u ou de diadème, le visage est\nencadré de barbe et la lèvre supérieure ombragée par une\nmoustache, le menton est accentué, mais sans exagération. L e\ntrait le plus saisissant de la physionomie, c'est l'expression\nde tristesse pensive qui flotte sur les lèvres légèrement ouvertes\npar je ne sais quel sourire douloureux. Ne vous en étonnez pas :\nce grand de la terre est un vaincu. S'il est mort à t e m p s\npour ne pas voir fermer la maison de ses chères vestales, il a\nvécu assez longtemps pour être témoin du coup mortel porté au\nculte des dieux par l'empereur Gratien, et il a pu se dire, en\ndescendant au tombeau, que le culte de Vesta ne lui survivrait\npas longtemps. A le rencontrer ici, on dirait un revenant qui\nvient rêver dans ces lieux sur les ruines de son idéal religieux\net patriotique, et il faut le laisser à une douleur pour laquelle\nil n'est pas de consolation.\n   P o u r effacer l'impression que nous a causée cette rencontre,\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2199, "texte": "                    VESTALES   ET    RELIGIEUSES                 19\n\n\n\naccompagnez-moi quelques pas plus loin, auprès de ce socle\nsitué, lui aussi, le long du côté sud et presque vis-à-vis de\nl'entrée actuelle de l'Atrium. Plus d'une fois je me suis arrêté\navec émotion devant l'inscription qu'il porte. Elle nous\napprend que la statue qui le surmontait a été érigée le\ng juin 364 par le collège des pontifes en l'honneur de la grande\nvestale C... (le nom est effacé) « en hommage à sa chasteté, à sa\npudicité et à son admirable connaissance des rites sacrés ». Or,\nle nom de l'heureuse mortelle ainsi glorifiée est martelé\nsoigneusement au ciseau.\n   Pourquoi?\n   Quel drame se cache derrière cette mutilation de la pierre?\nPourquoi, après avoir posé cette femme sur le piédestal, a-t-on\nfait disparaître son nom, laissant subsister des éloges qui\ndésormais ne s'adressent plus à personne?\n   Est-il vrai, comme quelques-uns l'ont supposé, que la grande\nvestale dont il s'agit ait laissé tomber de son front la couronne\nde la virginité, et qu'on l'ait punie en supprimant sa mémoire?\n   Rien ne permet de le supposer. Si, en ces années de crise\nreligieuse et de polémiques passionnées, une prêtresse de Vesta\neût donné u n scandale, sûrement la littérature du temps nous\nl'aurait a p p r i s ; amis et ennemis auraient commenté à l'envi,\nbien qu'en sens opposé, la trahison de la coupable, qui livrait\ndes armes aux adversaires de sa foi.\n   L'explication du mystère est plus belle.\n   A l'époque où fut martelée l'inscription, une vestale du nom\nde Claudia abjurait le paganisme, se convertissait à la foi\nchrétienne et entrait comme simple religieuse dans le couvent\nqui s'élevait près de l'église Saint-Laurent hors les murs. Après\navoir servi si longtemps la déesse du feu, elle passait au service\nde celui qui a apporté le vrai feu sur la terre, et son nom, biffé\ndu socle de sa statue par les prêtres païens, était inscrit par les\nanges au Livre de la vie éternelle.\n\n\n                                IV\n\n   D'ailleurs, le jour était venu où, après avoir brûlé pendant un\nmillier d'années dans le temple de Vesta, le feu sacré allait\ns'éteindre pour toujours. L a conversion des empereurs au\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2469, "texte": "20                            DURENDAL\n\n\n christianisme n'avait rien changé, dans les commencements du\n moins, à la condition des deux religions vis-à-vis de l'Empire :\n le culte païen était resté la religion de l'Etat, et toutes les\n institutions religieuses d'autrefois continuaient d'être entre­\ntenues par les finances publiques. L e christianisme, lui, se\ncontentait de la liberté et de la faveur personnelle des Césars.\n Seulement, de jour en jour, l'esprit public se détachait davan­\ntage du vieux culte national, et, le nombre des chrétiens\ncroissant, les païens, au bout d'une ou de deux générations, ne\nfurent plus qu'une minorité. C'est alors que l'empereur Gratien\nse sentit assez fort pour faire ce que Constantin le G r a n d\nn'avait pas osé entreprendre : il renonça au titre de chef de la\nreligion païenne et il s u p p r i m a le budget de son culte. Les\nvestales n'échappèrent pas à la loi c o m m u n e : les subsides qui\nleur étaient payés jusqu'alors furent attribués au service des\npostes impériales (382).\n    Le parti païen ne se découragea pas. L'aristocratie romaine\nétait restée en majeure partie fidèle au culte des faux dieux;\nau Sénat, un groupe imposant de membres le professaient\npubliquement et, au grand scandale de leurs collègues chré­\ntiens, offraient toujours quelques grains d'encens devant la\nstatue de la Victoire dressée dans la salle de leurs séances.\nParmi ces h o m m e s , il y avait, outre notre connaissance\nVettius Agorius Praetextatus, le personnage le plus estimé de\nla Ville Éternelle, Nicomachus F l a v i a n u s , et le célèbre orateur\nS y m m a q u e . Celui-ci se fit le défenseur éloquent des vestales,\nd'abord auprès de Gratiën, qui refusa de l'écouter, puis auprès\nde Valentinien II, successeur de Gratien. L e discours qu'il\ntînt en présence du jeune souverain fut un des derniers chefs-\nd'œuvre de l'éloquence romaine. U n i s s a n t la cause des ves­\ntales à celle de l'autel de la Victoire, pour laquelle il plaidait\nen patriote romain plutôt qu'en croyant, S y m m a q u e parvint à\nremuer même des hommes qui n'avaient aucune sympathie\npour ses idées religieuses. « Respectons, disait-il, le culte qui\na toujours été celui de la patrie et qui a présidé à toutes nos\nvictoires. Sans doute, il y a diverses religions et diverses\nmanières d'honorer Dieu : mais nous, Romains, c'est pour\nnous un devoir patriotique de prier comme ont prié nos\nancêtres. Nous ne nous égarerons pas en suivant de si glorieux\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "                          VESTALES       ET    RELIGIEUSES                21\n\n\n\nexemples : il faudrait être complice des barbares pour abattre\ndes autels qui nous ont valu tous nos triomphes (1). »\n   Ainsi parlait, aux applaudissements de ses amis, l'homme\nqui appelait le patriotisme à la rescousse du culte païen. Sym­\nmaque rencontra des adversaires dignes de lui. L e premier fut\nle grand poète chrétien P r u d e n c e , l'autre fut saint Ambroise.\nL'illustre évêque de Milan était lui-même, comme on sait, un\nconverti du paganisme : c'est ce qui donnait à sa parole\nune force particulière. Suivant pas à pas son adversaire, il\nanéantit ses raisons. Aux six vestales païennes, pour lesquelles\nS y m m a q u e réclamait des privilèges désormais injustifiés, il\nopposa le peuple entier des vierges chrétiennes, qui n'offraient\npas au Ciel une chasteté temporaire largement rémunérée, mais\nqui, spontanément, se donnaient pour toujours au Christ et\npassaient leur vie dans la pauvreté, dans l'obscurité, dans la\nmortification, se nourrissant plus mal que les esclaves et se\nlivrant aux plus humbles travaux. « P o u r q u o i , disait-il, subsi­\ndierait-on les vestales et pas nos religieuses? Celles-ci, il est\nvrai, ne d e m a n d e n t rien à l ' É t a t ; c'est une raison de plus pour\nne pas traiter autrement les six vierges païennes. » P u i s , ren­\ncontrant l'argument de S y m m a q u e disant qu'on devait rester fidèle\nà la tradition des ancêtres, puisque aussi bien il y avait diverses\nreligions, il éleva le débat aux hauteurs de la philosophie de\nl'histoire. « Ce n'est point parce qu'elle est nouvelle que la\nreligion chrétienne doit être rejetée : elle marque un progrès de\nl'humanité, elle est l'aboutissement de ses grandes destinées.\nLe progrès est la loi providentielle du monde. L'ordre dans la\nnature a remplacé le chaos primitif : Je jour glorieux succède\nau crépuscule; la terre, d'abord sauvage, devient fertile en mois­\nsons, l'année commence par le printemps, l'homme commence\npar l'enfance. E t si ce progrès est à admirer dans la nature maté­\nrielle, combien plus admirable encore celui qui se fait dans\nla vie morale, et qui substitue les lumières de la foi chrétienne\naux ténèbres du paganisme! »\n   Après cette réplique de saint Ambroise, la cause était\nentendue : le budget des vestales resta supprimé (384). Les\npartisans du vieux culte ne se découragèrent pas toutefois.\n\n\n (1) Symmachi   Opera, éd. Seeck. pp. 280 et suivantes.\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2409, "texte": "                              DURENDAL\n\n\n\n Les empereurs chrétiens avaient eu l'humanité de ne pas\nexpulser de leur maison les quelques pauvres femmes dont ils\nsupprimaient les fonctions et le salaire, et il semble que leurs\namis païens aient entretenu à leurs frais le sanctuaire et ses\nprêtresses en a t t e n d a n t des jours meilleurs pour eux. Ces jours\nsemblèrent venus lorsque, quelques années plus lard, Valenti­\nnien II fut assassiné et le rhéteur Eugène proclamé empereur.\nEugène, bien que chrétien lui-même, chercha un appui parmi\nles t e n a n t s du vieux culte, et ceux-ci se groupèrent avec\nenthousiasme autour de l'homme sur lequel reposaient leurs\nsuprêmes espérances.\n     Il semblait qu'on fût revenu aux jours de Maxence et de\nConstantin le G r a n d ; le IVe siècle allait finir, comme il avait\ncommencé, par une lutte décisive entre la croix et les idoles.\nQui l'emporterait, de l'usurpateur a p p u y é par la puissante\naristocratie païenne de Rome, ou du brave Théodose, le succes­\nseur légitime de Valentinien II et le zélé défenseur de la foi\ncatholique?\n     On peut bien se figurer la poignante incertitude qui régna,\nde paît et d'autre dans la Ville Éternelle en a t t e n d a n t qu'on\napprît l'issue du duel formidable entre les deux religions.\nNulle part, sans doute, l'angoisse ne fut plus grande que dans\nl'Atrium Vestae. Il y avait dix ans que, dépouillées à la\nfois de leurs glorieuses fonctions et de leur opulent budget,\nles vestales n'exerçaient plus q u ' u n office purement privé et ne\nvivaient que de la charité précaire des païens. L a victoire\nd ' E u g è n e allait-elle leur rendre leur dignité et à leur culte son\nprestige, ou bien fallait-il se résigner à un destin qu'on avait\nhorreur d'envisager? Peut-être espérait-on, sans oser le dire,\nque de beaux jeunes gens abreuvant leurs chevaux d a n s la\nfontaine de J u t u r n e , comme mille ans auparavant avaient fait\nCastor et Pollux, apprendraient au peuple de Rome le t r i o m p h e\ndes anciens dieux...\n    Il n'en fut rien : quand les courriers arrivèrent enfin, ils\napportaient une nouvelle qui d u t retentir ici c o m m e un glas\nde mort. T h é o d o s e remportait une éclatante victoire; le parti\nd'Eugène était en pleine déroute, et ses chefs, parmi eux Nico­\nmachus Flavianus, étaient restés sur le c h a m p de bataille.\nDe nouveau, comme au temps de Julien l'Apostat, le Galiléen\nl'emportait.\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "                    VESTALES ET RELIGIEUSES                         23\n\n\n    Cette fois, le culte de Vesta était frappé au cœur. Il n'y eut\nplus personne pour le prendre à sa charge; l'Etat confisqua le\nsanctuaire et le feu sacré s'éteignit. L'Atrium Vestae, aban­\ndonné de ses habitantes, fut désormais une maison ouverte\nà tout venant, et le public y entrait par désœuvrement ou par\ncuriosité, pour voir comment était fait cet intérieur qui avait\nété si longtemps fermé par une rigoureuse clôture. E t alors,\ns'il faut en croire un historien païen, il se passa ici une scène\ndouloureuse. Séréna, parente de l'empereur et femme du célèbre\ngénéral Stilicon, se promenant un jour dans le couloir de\nl'Atrium, avisa au cou de la statue de Vesta un collier de\npierres précieuses : elle ne craignit pas de le détacher et de\ns'en parer elle-même. Une vieille vestale, restée dans la mai­\nson ou ramenée par la fidélité du souvenir dans ces lieux\nendeuillés, ne pouvant contenir sa douleur à l'aspect de ce\nsacrilège, lança les plus terribles anathèmes à la grande dame\nqui outrageait ainsi la vieille foi. E t lorsque, une quinzaine\nd'années plus tard, Séréna fut décapitée pour crime vrai ou\nfaux de trahison envers la patrie, les païens ne manquèrent pas\nde voir dans cette fin tragique une vengeance de Vesta,\nfaisant trancher par la hache du bourreau ce cou qui s'était\norné des dépouilles d'une déesse.\n\n\n                                  V\n\n   Que devint la maison des vestales, lorsque sa dernière habi­\ntante l'eut quittée après avoir jeté la malédiction sur ses profa­\nnateurs? Elle resta à la disposition de l'Etat, qui la ferma\nd'abord et qui la mit, comme tous les édifices religieux, désaf­\nfectés ou non, sous la protection d'un magistrat spécial. Mais\naucune protection ne pouvait la garantir contre la lente et iné­\nvitable, dégradation des maisons inhabitées. Il fallait l'occuper\npour la conserver et c'est bien, paraît-il, ce que l'on fit dans les\npremiers temps. P e n d a n t quelques générations encore, on peut\nsuivre ses traces à travers l'histoire. E n 472, à la veille du pillage\nde Rome par les Goths de Ricimer, on y cacha dans un égout\nun trésor assez considérable dont le porteur aura péri dans le\npillage, puisqu'il n'est pas venu reprendre son bien. Sous\nThéodorie le Grand, on y fit certains travaux d'entretien, mais\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2562, "texte": "24                            DURENDAL\n\n\naussi on y enleva un certain n o m b r e de socles qui furent trans­\nportés au Palatin.\n   Puis les destinées de Rome se précipitèrent              cinq fois\n                                         e\nprise et reprise au cours du VI siècle et un moment tout\nà fait dépeuplée, la Ville Éternelle n'a plus le m o i n d r e\nsouci de protéger ses m o n u m e n t s anciens, qui sont livrés au\ncaprice des éléments, de la végétation et des bêtes sauvages.\nQ u a n d les hommes revinrent, ce fut pour hâter la destruction à\nlaquelle présidaient les forces de la nature. On avait perdu\nentièrement l'intelligence de ce que représentaient les monu­\nments de l'art ancien, on n'y voyait plus que des carrières de\nmatériaux à bâtir; que dis-je? les nobles statues réunies ici en\naréopage féminin ne parurent, aux yeux des Romains dégé­\nnérés, bonnes qu'à fournir de la chaux. On leur abattit les têtes\net les bras et on les jeta pêle-mêle, toutes ensemble, d a n s un\ntas, puis on bâtit à côté un four à chaux où on se proposait de\nles faire passer. Qu'est-ce qui les sauva? Découvrit-on ailleurs\nde plus riches gisements de marbres à calciner et oublia-t-on\nles pauvres vestales, ou bien se produisit-il quelque catastrophe\nqui empêcha l'industriel vandale d'infliger aux prêtresses de\nVesta le supplice du feu, on l'ignore, mais l'œuvre de destruc­\ntion s'arrêta là. Au Xe siècle, les ruines de l'Atrium étaient\nencore h a b i t é e s ; un agent pontifical chargé de la collecte du\ndenier de saint Pierre s'y était bâti une maisonnette et y\navait caché son trésor en prévision peut-être de quelque attaque\ndes Sarrazins : c'était un vase rempli de monnaies anglo-\nsaxonnes provenant de la piété des fidèles d'Angleterre et que\nl'on a retrouvé en 1884.\n   Puis de nouveau l'oubli s'étend sur la maison. Elle est déci­\ndément abandonnée sans retour, sans doute p a r c e que tout le\nquartier du F o r u m et les rues environnantes ne sont plus q u ' u n e\nimmense solitude. L a maison des vestales tombe en ruines, elle\ns'enterre, elle n'a plus d'autres habitants que les lézards et les\noiseaux de nuit; le lierre enfonce ses vrilles puissantes dans\ntoutes les fentes de la maçonnerie qu'il désagrège, les araignées\ntendent leur toile dans les brèches des murailles. D e temps en\ntemps, se détachant des murailles ruinées des palais qui, du\nhaut du Palatin, surplombent sur la maison, une pierre vient\nrouler avec fracas au milieu de la cour solitaire, soulevant un\nnuage de poussière et effarouchant pour un instant les chouettes\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2415, "texte": "                    VESTALES ET RELIGIEUSES                     25\n\n\nqui ont remplacé les vestales. E t , les siècles succédant aux\nsiècles, il vient un moment où plus un seul archéologue romain\nne saurait dire où était le temple de Vesta et la maison de ses\nprêtresses. L'Atrium a disparu sous une couche de décombres de\n22 mètres de profondeur; nulle part ailleurs, dans la ville de\nRome, le niveau ancien n'a été si profondément enterré. C'est\nseulement en 1882 que la pioche des archéologues a exhumé les\ndébris de l'Atrium, et que l'érudition est parvenue à rendre un\nnom à ces ruines désolées.\n\n                                VI\n\n   Notre visite est terminée et maintenant vous connaissez les\nvestales. Vous pouvez vous rendre compte de la ressemblance\nqu'elles ont sous certains rapports avec nos religieuses : la vir­\nginité, la claustration, les cheveux coupés, le costume monacal,\nvoilà ce que nous rencontrons chez les unes et les autres. Mais\nces ressemblances sont purement extérieures et ce n'est pas\ndans un auditoire de femmes chrétiennes que l'on commettra\nl'erreur de voir dans les vestales de véritables religieuses. Les\nvestales sont des fonctionnaires et rien de plus. Elles n'ont\nrien de ce qui constitue la vierge chrétienne. Si elles sont\nchastes, c'est parce qu'on les oblige à l'être sous les peines les\nplus terribles; la virginité dont on leur fait un titre de gloire,\nelles ne l'aiment pas, elles la supportent, et que de fois — vous\nl'avez vu — elles en secouent le fardeau ! Elles ignorent ce que\nc'est que la pauvreté et l'humilité; elles mènent une existence\nopulente et comblée d'honneurs inouïs; q u a n d elles se promè­\nnent dans leur cour, elles peuvent s'y voir en effigie dans des\nstatues de marbre au pied desquelles se lisent les inscriptions\nles plus flatteuses. Elles ne s'élèvent pas au-dessus du niveau\nmoral de la société qui les salarie; elles prennent part à ses\nréjouissances les plus impures, elles assistent même aux jeux\nsanglants de l'amphithéâtre et, souvent, ce sont leurs mains\nconsacrées qui donnent au gladiateur victorieux le signal d'en­\nfoncer la dague dans la gorge de son adversaire étendu à ses\npieds. Non, les vestales ne sont pas des religieuses : elles sont\nles prêtresses d'une civilisation cruelle et souillée et leur vertu\nobligatoire, leur virginité à terme, si je puis ainsi parler, ne\nmet que mieux en relief la vraie virginité chrétienne.\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2579, "texte": "26                             DURENDAL\n\n\n\n   Saluons-la, cette vertu céleste, qui va descendre du ciel à\nl'aurore de l'Eglise catholique pour embraser des milliers de\nc œ u r s ! Aux six vierges par contrainte va succéder le peuple\ninnombrable des vierges par vocation. Elles ont choisi libre­\nment, au matin de la vie, la virginité avec l'accompagnement\nde toutes les choses que les païens avaient en horreur : la\npauvreté, l'humilité, l'obéissance, la mortification et souvent le\nm a r t y r e . Elles sont les fleurs les plus belles du jardin de\nl'Eglise, et leur parfum e m b a u m e la société impure elle-même\nau milieu de laquelle elles s'épanouissent. L ' E g l i s e est fière de\nses vierges.; elle les garde avec un soin jaloux comme son trésor\nle plus précieux ; elle les montre avec orgueil comme l a m è r e des\nGracques montrait ses fils; ses plus grands docteurs les glori­\nfient et leur tracent des règles de vie; vous entendez s'attendrir\nla voix de ces vieillards surhumains qui s'appellent saint\nAmbroise et saint J é r ô m e q u a n d ils parlent des vierges chré­\ntiennes. « L e u r sainte et céleste vocation, disent-ils, ne se\nrencontre que chez nous chrétiens, et elle n'est pas une faible\npreuve de la vérité de notre foi. Les païens regardent avec\nadmiration et envie nos vierges ; ils se d e m a n d e n t d'où viennent\nau christianisme ces abeilles, aussi chastes, aussi diligentes,\naussi laborieuses que les ouvrières ailées qui font le miel dans\nla ruche. Il faut qu'ils le sachent : c'est du ciel que vient la\nvirginité, c'est en Jésus-Christ qu'elle a son principe et sa\nsource, c'est parce qu'elles sont les épouses de Jésus-Christ que\nles vierges chrétiennes ont la force de dédaigner tout autre\namour. »\n   Ainsi parlent les Pères de l'Eglise, et à leur voix l'élan des\nâmes saintes grandit, et sur tous les points du monde civilisé\non voit apparaître la virginité. Elle est d'abord cachée à l'ombre\ndes murs domestiques; bientôt, elle va trouver un abri derrière\nles murs des cloîtres qui se bâtiront pour elle, et alors elle\nremplira le m o n d e de ses parfums et de ses fruits. Elle sera\nentre Dieu et nous la propitiatrice toujours en prière qui\nnous réconcilie avec la Justice éternelle, mais elle sera aussi sur\nterre la force bienfaisante et secourable. Elle instruira l'enfance,\nelle donnera du pain à la misère, elle soignera les infirmités du\nmalade, elle consolera le cœur du malheureux, elle sera partout\noù il y a une souffrance à soulager, une plaie à fermer, une\nlarme à sécher. H a ï e et calomniée par le monde à raison même\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1954, "texte": "                          VESTALES ET RELIGIEUSES                                  27\n\n\ndu bien qu'elle lui fait et des exemples qu'elle lui donne, elle\nn'a pour ses ennemis que des prières et des pardons. L a\npersécution n'aura pas raison de son dévouement, ni l'ingra­\ntitude, de sa charité. T r a q u é e , poursuivie, chassée comme une\ncriminelle par des lois malfaisantes, elle ne se laisse pas exter­\nminer; proscrite, elle adopte l'exil pour patrie; expulsée d'un\npays, elle porte ses bienfaits à un autre. T o u t le zèle des persé­\ncuteurs ne pourra pas empêcher son sourire de luire tranquil­\nlement sur la civilisation humaine.\n   On peut supprimer des vestales : il suffit pour cela d'un trait\nde p l u m e ; on ne peut pas supprimer la virginité chrétienne, et\nc'est une des plus lamentables illusions des persécuteurs de se\nfigurer le contraire. Éternellement, le Dieu des vierges appellera\nà lui les âmes qu'il a choisies pour participera jamais à sa pureté\nsans t a c h e ; éternellement, elles se lèveront et iront à lui à\ntravers tous les obstacles. Éternellement la Vierge viendra\nà leur rencontre du haut du Ciel, les embrassera, les présentera à\nson Fils qui les présentera au Père : « Quelle fête, quelle joie\nparmi les anges, qui s'applaudiront de voir vivre dans le Ciel\ncelles qui sur terre ont mené une vie céleste. Alors Marie, sœur\nde Moïse, prendra le t a m b o u r i n et se mettra à la tête du\ncortège des vierges, et toutes ensemble glorifieront le Seigneur\net se féliciteront d'avoir traversé la mer de ce siècle sans être\nsubmergées par ses flots (1). »\n   Il faut terminer sur ces paroles de saint Ambroise ; elles sont,\nme semble-t-il, la conclusion heureuse et féconde de notre\nentretien sur les vestales.\n\n                                                           GODEFROID K U R T H .\n\n\n\n\n                                       *$***&\n\n\n\n\n  (I) Saint Ambroise, De Virginilate, 11,2; cf. sainl Jérôme, lifitst. 4\\.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-002", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 28, "page_fin": 28, "titre_corps": "Printemps", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Lucien Christophe", "ancre_debut": "Printemps  Emouvant horizon de cot", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1735, "texte": "Printemps\n\nEmouvant horizon de coteaux et de bois!\nSoyez béni, mon Dieu, pour toutes ces merveilles.\nPour l'air que je respire et le vent que je bois,\nPour la chaude couleur de ce jour plein d'abeilles.\n\nSoyez béni pour tout ceci qui est votre œuvre,\nPour ces grands rochers noirs dans ces verdures     neuves,\nPour ces paisibles eaux dans ce dormant     vallon,\nPour cette cloche au bruit harmonieux    et long.\nPour cette ombre qui joue au seuil de cette allée,\nPour ces fleurs qu'incline une douce brise ailée,\nPour cette paix pensive au cœur de ce dimanche,\nPour le fléchissement triste et doux de ces lignes,\nPour le frémissement large et clair de ces branches,\nPour le lyrisme atténué de ces collines...\n\nSoyez béni pour ce sentier dans le soleil.\nPour cet autre qui fuit entre les pins, pareil\nA quelque rose jeune fille   poursuivie,\nPour le goût tiède et pur qu'ont ce matin nos vies\nQue nulle ombre équivoque et lourde      n'obscurcit\nEt dont le calme cours ressemble au cours des fleuves,\nSoyez béni pour tout ceci qui est votre œuvre\nEt pour la grande paix qui monte de ceci.\n\nLes branches, dans un long balancement de palmes,\nSemblent protéger quelque lente éclosion.\nComme tout est bénin, ah! comme tout est calme!\nComme tout se sent sous votre  protection.\n\nEt moi qui suis pourtant un de vos fils indignes\nPour avoir trop suivi les appels de la chair,\nRepentant et soumis, voici que je résigne\nEt l'orgueil et l'éclat, mes vanités d'hier !\nPlein de l'entier bonheur de jouir et de croire,\nSous ce ciel de clartés, fléchissant les genoux\nA mon tour, ô mon Dieu, j'élève ici vers Vous\nUn cœur qui fut créé pour votre unique        gloire.\n\n                                           LUCIEN CHRISTOPHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-003", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 29, "page_fin": 29, "titre_corps": "Septembre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Lucien Christophe", "ancre_debut": "Septembre  Rien, plus rien, non : le jeu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1223, "texte": "Septembre\n\nRien, plus rien, non : le jeu monotone des jours,\nL'automne qui s'approche et d'obscurs      reniements.\nDes voix au loin, des pas... On a parlé    d'amour...\nVoici qu'on se regarde avec    étonnement.\n\nPlus rien vraiment ; le soir qui tombe, le silence...\nL'ennui comme une barque à l'ancre dans un port.\nPlus de regrets, de passion, de violences;\nL'oubli ne parait pas plus cruel que la mort.\n\nPourtant parfois l'on songe au furieux     délire\nDont le brûlant éclat nous atteignit au cœur\nEt l'on dit, s'essayant à faiblement sourire :\n« Cet été mit en nous une excessive ardeur... »\n\nMais de l'heure apaisée et suave le charme\nEn nous comme à regret pénètre et parle bas.\nDes voix au loin, des pas... On a versé des larmes...\nVoici qu'on se sépare avec un geste las.\n\nAu jardin, comme une eau qui dort, du crépuscule\nRêve; que par un soin grave et religieux\nNotre âme erre au milieu de ces fleurs où circule\nUn peu de la présence ineffable de Dieu.\n\nPour que, lui qui connut nos ardeurs, nos défaites,\nDans la brumeuse paix de ce jour finissant\nVers lui, sente monter de nous comme un encens,\nLa résignation à la vie imparfaite.\n\n                                          LUCIEN CHRISTOPHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-004", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 30, "page_fin": 39, "titre_corps": "Le crime de Luxhoven", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Le Crime de Luxhoven (I)                                             IV   A                    BRAND, la nuit de Noë", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1819, "texte": "Le Crime de Luxhoven (I)\n\n                                           IV\n\n\nA                    BRAND, la nuit de Noël, après que les magistrats\n                  eurent quitté la ferme de la veuve Cornelis, le\n                  commandant de gendarmerie Isaak serra, sous\n                  sa tunique, le mandat d'amener lui remis par\n                  le substitut Prévost, et, tandis que son com­\n                  pagnon montait la garde au dehors, il s'assit\n                  derrière le feu et ramena les larges plis de\nson manteau à pèlerine, en homme qui s'apprête à dormir.\n Le grand silence nocturne enveloppait la maison : le tic-\nlac régulier et sec de l'horloge se mêlait, dans la chambre\n voisine, au halètement saccadé de la respiration de Kobus\n Cornelis; de temps à autre le malade jetait un long soupir\ndouloureux, et Nelle glissait vers lui, présentait une potion,\nrenouvelait une compresse; et, par la porte entrebâillée,\nIsaak voyait se mouvoir, dans le cercle lumineux que projetait\nla veilleuse, l'ombre de la jeune paysanne. Aun moment donné,\nNelle poussa timidement la tête dans l'embrasure de la porte\net, le buste penché, tenta de scruter la demi-obscurité dans la\ndirection du commandant; puis elle se retira avec précipita­\ntion, et il l'entendit qui sanglotait sourdement, en égrenant\nson chapelet; un quart d'heure après, elle apparut à nouveau\net, après s'être arrêtée un instant sur le seuil, elle descendit\ndans la chambre, comprimant son cœur à deux mains, et alla\nécouter à la porte d'arrière de la maison ; puis, du même pas\nfurtif, elle regagna le chevet du moribond. Deux heures du\nmatin sonnaient à l'église de Luxhoven, quand la veuve\nCornelis revint de la messe de minuit; elle souhaita le bon-\n\n\n    (1) Voir les numéros d'octobre, novembre et décembre 1911.\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "                      LE CRIME DE LUXHOVEN                            3l\n\n\nsoir, d'une voix dolente, au gendarme faisant les cent pas\ndevant la porte et entra dans la maison, une lanterne à la main;\nd'une démarche lourde, l'échiné courbée, elle alla vers le lit de\nson fils, et les deux femmes chuchotèrent longuement; puis la\nveuve Cornelis rentra dans la chambre. « C o m m a n d a n t , dit-elle,\nvous allez prendre une tasse de café. » Elle aviva le feu et,\np e n d a n t que chantait la bouilloire, elle se mit à couper le pain,\naccompagnant de longs soupirs ses gestes saccadés; tout en\nsavourant le café pénétrant et chaud, Isaak ne peidait pas de\nvue les allées et venues de la vieille          m u n i e de la cafetière\net d'une provision de tartines, elle rejoignit sa fille, mais,\naussitôt après, elle revint, balançant la lanterne au bout de\nson bras droit, et le c o m m a n d a n t remarqua qu'elle dissimulait,\nau moyen de la main gauche, quelque chose sous son ample\nmanteau à capuchon; elle marcha, hâtive, vers la cour et, en\nfrôlant Isaak, elle lui jeta d'un ton dégagé : « Je vais donner à\nmanger au bétail ! » L a porte se referma; derrière lui, de l'autre\ncôté du mur, le c o m m a n d a n t entendit gémir les marches de\nl'escalier, puis au-dessus de lui il perçut un léger bruit de pas.\nLorsque, dix minutes plus tard, la veuve Cornelis revint, Isaak\nse planta devant elle et, indulgemment goguenard : « T i e n s ,\nm a m a n , lui dit-il, vous avez donc placé votre bétail à l'étage? »\nEt, comme la vieille se mit à trembler : « Donnez-moi donc ça! »\najouta-t-il, en lui prenant des mains la lanterne. E t il alla\nquérir son compagnon : « Prépare les menottes », glissa-t-il\nà l'oreille du g e n d a r m e ; et les deux hommes montèrent à\nl'étage.\n   Isaak préposa le gendarme à la garde de l'escalier; lui-\nmême, avec un calme lent et méthodique, explora les quatre\npetites chambres, au plafond bas, dont les lucarnes regar­\ndaient la campagne que couvrait le manteau bleuâtre de la\nneige : il déjeta les matelas de paille, ouvrit les armoires, sou­\nleva le couvercle des coffres; ce fut en vain.\n   L e commandant revint alors vers le fond de l'étape\ndemeuré à l'état de grenier et où le foin s'entassait jusqu'au\ntoit; et, d'une voix forte et rude, il dit : « Rik Cornelis, sortez\nde là! » Rien ne bougea. E t Isaak reprit : « Comme vous\nvoulez, nous allons donc vous c h e r c h e r a la fourche. Donnez-\nmoi la fourche! » L e foin remua, une botte dégringola du\nsommet et u n h o m m e glissa lourdement vers le plancher et se\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "32                            DURENDAL\n\n\n\ndressa, debout, devant le c o m m a n d a n t :« Inutile, murmura-t-il,\nme voici ! » Et il tendit les mains aux menottes. Isaak éleva la\nlanterne à hauteur du visage : c'était un paysan à la forte car­\nrure, les traits anguleux, les yeux sombres et têtus, les cheveux\nébouriffés, des paillettes éparses sur ses habits.\n   Lorsque Rik Cornelis, entre les deux gendarmes, traversa la\nmaison, il ne tourna pas les yeux du côté de sa mère et de\nNelle qui, terrées dans un coin de la chambre, se serrant l'une\ncontre l'autre, regardèrent passer ce lugubre cortège sans un\ngeste, sans un cri, comme pétrifiées dans la terreur. Ce n'est\nque quand la porte se fut refermée derrière Rik que les deux\nfemmes, d'un mouvement d'ensemble, se précipitèrent à la\nfenêtre : escorté de ses gardiens, le prisonnier s'éloignait\ndu côté de la maison c o m m u n a l e . E t la mère et la fille pous­\nsèrent, dans la nuit silencieuse, une longue clameur de\ndésespoir, semblable au gémissement de pauvres chiennes en\ndétresse.\n\n\n     Dans la prison de D r a k d a m , entre les murs crépis à la\nchaux, Rik Cornelis, assis devant la table de bois blanc, puisait\nà gestes lents dans l'écuelle d'étain où fumait une lourde pâtée\nj a u n â t r e ; de temps en temps il s'arrêtait, fixant le vide de ses\nyeux brûlants de fièvre; tout à coup il rejeta la cuiller,\nrepoussa l'écuelle et, comprimant sa tête entre les mains,\nil tenta de réfléchir. Depuis deux jours qu'il était là, sa pensée\ndésemparée t i t u b a n t du passé à l'avenir, subissait tour à tour le\nsouvenir trouble du drame d'hier et l'angoissante perspective\ndu déshonneur de demain : son frère Kobus gisant sur les\ndalles de la chambre familiale, le front en sang, les cris de sa\nmère et de Nelle, sa fuite éperdue vers le grenier, en bête tra­\nquée qui se cache, puis les gendarmes, les menottes, la voiture\ncellulaire, la prison — la prison où la solitude et le silence exa­\ncerbaient l'angoisse de sa pensée — et dans quelques instants\nle juge d'instruction. A celui-là qu'allait-il dire? Nier, nier\neffrontément et brutalement ?\n    « Ils ne savent rien! » lui avait dit sa mère, lorsqu'elle lui\nporta à manger au grenier.\n    Sa mère s'était donc tue, et Nelle aussi, et les domestiques.\n« Ils ne savent rien. » E t Rik redisait ces mots, où il s'efforçait\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "                     LE CRIME   DE   l.UXHOVEN                    33\n\n\nde puiser la résistance nécessaire aux assauts qu'il prévoyait.\nAussitôt après, il sourit de dédain et haussa les épaules : « Ils ne\nsavent rien, murmura-t-il, mais ils sauront!... C'est si facile :\nils reviendront à la charge auprès de ma mère, auprès de Nelle,\nils les tortureront de questions; et des femmes!... Ils tendront\ndes pièges aux domestiques. Et puis il y a Kobus !... » Son frère\nétait-il mort ou survivait-il à ses blessures? Rik l'ignorait. Qu'il\neût tué ou seulement blessé Kobus, cela ne l'inquiétait guère;\nmême, au fond obscur de son être, il sentait bien qu'il préférerait\nen avoir fini avec lui, du coup ; mais il aurait voulu savoir ce qui\nen était pour se dicter une attitude vis-à-vis de la justice. « Ils\nne savent rien ! » répéta-t-il encore machinalement. E t le projet\nd'une lutte rogue contre les investigations des magistrats s'em­\npara de nouveau de son âpre t e m p é r a m e n t de terrien. Nier,\nmalgré tout, à travers t o u t ! Et pour se donner de l'énergie, Rik\nmarcha à grands pas dans sa cellule...\n    Mais, lentement, une autre idée se leva dans l'esprit du\nprisonnier, d'abord confuse, puis nette et impérieuse : ce qu'il\nfit, il avait droit de le faire ; son geste de mort vers son frère\nétait un geste légitime! Pourquoi le nierait-il, puisqu'il ne\nparvenait pas à le regretter?\n    Rik mâchonna nerveusement cette pensée qui s'alimentait,\nà mesure, du souvenir de ses souffrances d ' a m a n t et d'époux :\nc'était décidé, il dirait tout au juge, tout; il lui crierait toute la\nvérité, avec rage, avec orgueil, avec fierté, en homme qui\nrecommencerait, s'il le fallait.\n    E t , écroulé devant la table, les poings sur les yeux, Rik\nrevécut la douloureuse histoire :\n    Il se revit, après les années d'école qu'avait abrégées la mort\nde son père, jeune paysan, plein de sève, ivre de vie et de\nmouvement; avec son frère Kobus, son aîné de deux ans, il\naidait sa mère dans l'exploitation de la petite ferme ; Kobus\nétait bien le fils de sa mère, positif et matériel, âpre et\nintéressé, et qui, après sa journée de travail, se jetait sur son\nlit, comme un animal harassé regagne sa tanière; Rik tenait,\nlui, davantage de son père, le rude campagnard, actif et\nponctuel, mais qui, le travail achevé et le soir venu, aimait à\ns'asseoir sur une chaise, devant la porte, et regardait silen­\ncieusement le soleil se coucher sur les campagnes, en une féerie\nd'or. Comme son père, Rik avait une petite fleur bleue dans\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "34                             DURENDAL\n\n\nl'âme, et, au-dessus de son dur effort quotidien, flottait un peu\nde rêve, qu'alimentaient des romans de Conscience et de\nSnieders — pauvres livres chiffonnés et salis — péniblement\ndéchiffrés pendant les heures dominicales et oisives. C'est\nalors que Nelle L a m p a e r t se glissa dans sa vie; fille d'un\nancien instituteur de Luxhoven, elle vivait avec sa mère dans\nune modeste maisonnette, proche de la ferme des Cornelis;\npresque journellement, elle venait chercher du lait; et, t a n d i s\nque la veuve Cornelis vaquait, affairée, aux soins d u ménage,\nRik surprenait Nelle, qui s'attardait en des bavardages volubiles,\nappuyée, sa cruche à la main, contre le vieux b a h u t de chêne,\ndans une attitude inconsciemment propice à sa savoureuse\nbeauté de noire; à l'époque de la moisson, quand le travail\npressait, Nelle s'offrait volontiers pour un coup de m a i n ; d'un\ngeste vigoureux et leste, elle lançait les bottes de foin à Rik\ndebout sur la charrette; et, à l'heure du repos, elle s'allongeait à\nterre, les mains sous la tête, la gorge découverte, ses pieds bron­\nzés jouant avec les sabots et ses lèvres charnues s'entr'ouvrant à\ndes rires gamins et sonores. E t Rik sentit entrer en lui la morsure\ndu désir; et cette morsure devint plus cruelle et plus impé­\nrieuse, aiguillonnée de jalousie, lorsqu'il s'aperçut que Kobus,\nson frère, rôdait autour de Nelle, en lourde et sournoise bête de\nproie, et jetait sur elle, à la dérobée, des brutaux regards de\nconvoitise.\n   U n soir de kermesse — c'était à l'époque de la fenaison — il\ny avait bal au cabaret de la Maison c o m m u n a l e ; son souper hâti­\nvement avalé, Rik s'y rendit : Nelle serait là parmi l'essaim des\njeunes filles du village, la plus jolie et la plus joyeuse! Dans le\nsoir tiède, le jeune h o m m e se sentait envahi par une infinie\ndouceur : revoir Nelle, la tenir dans ses bras, tournoyer avec\nelle à la grisante atmosphère de fête... E t Rik hâta le pas.\nArrivé près du cabaret, il colla son front aux vitres : au son\nd'une musique criarde, les couples évoluaient dans une lumière\nvoilée de poussière et de fumée. E t Nelle? Rik soudain eut un\nsursaut; un flux de sang lui monta à la tête, ses poings se cris­\npèrent de rage : Nelle était là, dansant avec K o b u s ; le bras du\nrustre enserrait brutalement la taille de la jeune fille; et Nelle,\nle buste cambré, souriait complaisamment, de tout son minois\nluron, aux propos de K o b u s . Rik bondit vers l'entrée, résolu de\nse jeter, entre son frère et Nelle, de toute la fougue de son amour\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "                       LE CRIME     DE   LUXHOVEN                       35\n\n\n blessé; mais quand il eut en main la poignée de la porte, il\n s'arrêta; sa colère se fondit en désespoir, des larmes lui jaillirent\n des veux et il s'enfuit clans la nuit. Jusqu'au matin Rik se\n tordit sur sa couche : à des crises de froide révolte succédèrent\n des crises brûlantes de sanglots; tantôt il se dressait sur son\n séant, tout son être tendu vers la rancune et la menace, tantôt\n il se rejetait la figure dans l'oreiller, pleurant s o u r d e m e n t ;\n l'aube venue, sa décision était prise : le jour même, il parle­\n rait à Nelle.\n    Et Rik avait parlé à Nelle.\n    La divine après-midi, radieuse et t r i o m p h a l e ! Sous le profond\nazur bleu, l'atmosphère était d'argent diffus; au loin les meules\nde foin rutilaient sous le soleil, comme des montagnes d'or; le\nlong du canal, les peupliers chuchotaient à la brise; dans l'air\nplanait, invisible, un trille d'alouette.\n    L'allégresse de la nature donna de l'énergie à Rik : à l'écart\ndes faucheurs, faisant choir, sous leurs gestes rythmés et\narrondis, les gerbes d'émeraude, Nelle s'était couchée sur\nl'herbe fraîchement coupée, le buste mi-soulevé sur le coude, sa\nsouple taille prise dans un corsage de coton bleu clair; lente­\nment Rik s'approcha d'elle; il mit un genou en terre, et\ns'appuyant sur sa fourche : « Nelle, dit-il, puis-je vous\nd e m a n d e r quelque chose?» — « Mais certainement, répondit-elle,\ntrès naturelle. » — « Nelle, aimez-vous Kobus? » L a jeune fille\neut un rire dédaigneux et ironique. « C'est que, continua\nRik, et un reste de colère faisait trembler sa voix, c'est que,\nhier soir, au bal... » L a j e u n e fille l'interrompit, le regard très\nfranc vers le regard de Rik : « D a m e , puisque vous n'étiez pas\nlà! » — « Alors, Nelle, s'écria soudain Rik, avec une décision\nexaltée, voulez-vous être ma femme? » L a paysanne rougit, ses\nyeux s'abaissèrent vers le sol; d'une main fébrile elle arrachait\ndes brindilles; après un silence, elle m u r m u r a : « Comme vous\ndésirez, Rik! » Rik s'empara doucement de la petite main\nerrante dans l'herbe; il attira Nelle à lui et, dans un don enivré\nde sa tendresse, s'enhardit vers ses lèvres.\n   Puis vinrent les jours heureux, d'un bonheur profond et\nintime. Dans la vieille ferme des Cornelis, à la lumière rare,\naux vieilles poutres enfumées, Nelle apporta le clair rayon\nde son regard et toute sa gaieté b r u v a n t e et sautillante\nde franc moineau. L a mère Cornelis avait fait d'abord à la\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2671, "texte": "  36                            DURENDAL\n\n\n\n   jeune femme un accueil un peu défiant. « Elle me mettra dans\n    le coin », avait-elle dit à une voisine. Mais la discrétion de\n    Nelle vis-à-vis des choses du ménage rassura vite la vieille, qui\n   songea uniquement au bonheur que Nelle donnait à son Rik.\n   Seul, Kobus ne subit pas la contagion de l'allégresse a m b i a n t e ;\n   de plus en plus, il se renfermait dans une taciturnité bougonne\n   et hargneuse; bientôt il se prit à boire, s'évadant, entre deux\n   besognes, vers le cabaret, s'y attardant tous les soirs, et, au\n   retour, titubant lourdement dans l'escalier. Rik n'y prit pas\n   attention : les yeux amoureux de Nelle et la caresse des deux\n   bras de l'aimée autour de son cou lui fermaient l'horizon.\n      Mais le jour vint où les affaires de la ferme périclitèrent : la\n   négligence de Kobus, les intempéries, la maladie du bétail\n   rognèrent sourdement le r e n d e m e n t de la t e r r e ; le paiement\n   des fermages planait sur le ménage comme une angoissante\n   échéance, et, à chaque repas, la tristesse s'assit, comme\n  cinquième convive, parmi la famille Cornelis.\n      Cependant Rik et Nelle, dans l'insouciante douceur de leur\n  amour, continuaient à se laisser vivre; Kobus s'oubliait à boire;\n  et la mère Cornelis portait, seule, sur son échine caduque, le\n  poids des soucis chaque jour aggraves; désespérément cram­\n  ponnée au lopin de terre que ses efforts firent fructifier, elle\n  s'arcboutait contre la menace de la misère et de l'expulsion ;\n jour et nuit, dans sa tête affolée, les piojets se succédaient; elle\n  fit visite au curé, consulta le bourgmestre, interrogea le proprié­\n taire; puis, un soir, après souper, devant les assiettes vides et\n les fourchettes éparses, elle s'ouvrit à ses enfants : « Cela ne\n pouvait durer ainsi; on reculait chaque jour; bientôt on serait\n sur la r u e ! Donc, que faire? Il n'y avait plus assez de travail à\n la ferme pour deux hommes, et Kobus ou Rik devait, pour\n un an ou deux, aller travailler en F r a n c e . On y gagnait de gros\n salaires, et de cette façon le p a y e m e n t du fermage serait du\n moins assuré. » Cet exposé, fait d'une voix calme et résignée,\n fut suivi d'un long silence. E t Kobus grogna sourdement : « L a\n mère a raison. C'est le moyen. » L a vieille le prit au mot :\n « Veux-tu partir, alors? » Kobus, rauque et hargneux, répliqua :\n « Moi, j a m a i s ! Que Rik s'en aille; il est le plus j e u n e ! »\n Rik prit anxieusement le bras de Nelle et se pelotonna\ncontre elle; son regard rencontra les yeux de sa femme et, dans\nces yeux, il lut une froide énergie. Nelle enlaça t e n d r e m e n t son\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "                     LE CRIME   DE   LUXHOVEN                    37\n\nmari et, la bouche contre sa joue, elle lui susurra d'un accent à\nla fois vibrant et résolu : « Va, mon Rik, va! Ce n'est que pour\nquelques mois! T u sauveras la ferme et nous serons encore plus\nheureux après. »\n    Et Rik était parti, son sac de hardes et d'outils sur le dos. Il\nconnut tour à tour les déchirements des adieux, l'émoi de voir\ndisparaître à l'horizon le clocher de son village, l'ignoble\npromiscuité des trains d'ouvriers et l'humiliation d'un servage\nque sa libre jeunesse ignora. Mais il se mit à la tâche avec une\nâpre vaillance : la chère image de Nelle, dans le cadre familier\nde la ferme à sauver, dominait, comme un réconfort permanent,\nson dur labeur de manœuvre. Rangé et parcimonieux, il voyait\ns'augmenter son pécule, de semaine en semaine, et souvent, le\nsoir, dans son minable galelas, il comptait et recomptait ses\népargnes avec une joie d'avare. Ses compagnons de travai1, ne\n le rencontrant jamais « sur le zinc », raillaient son esprit d'éco­\nnomie. « Je mets de côté pour ma femme! » répondait Rik. E t\nles taquins de s'esclaffer : « T r o p bête! P e n d a n t que tu\ntrimes, ta femme s'amuse avec d'autres ! » A une première\nplaisanterie, Rik haussa les épaules; mais ces propos renou­\nvelés lui donnèrent de l'agacement et ensuite de la colère.\nUn jour, enfin, il s'élança sur l'un des insulteurs et le culbuta\nd'un coup de t ê t e ; l'ouvrier se relevant, cria rageusement à\nRik : « Cocu ! »\n    Cette nuit-là Rik eut un sommeil agité : pour la première\nfois, depuis son mariage, le souvenir de Nelle s'associa dans son\nesprit au souvenir de K o b u s ; il se rappela le masque ténébreux\nde son frère, sa façon oblique de suivie Nelle à la piste, en\nchassieuse bête de désir, la scène du bal. « Et depuis deux\nmois ils vivent côte à côte! » pensa-t-il. E t cette idée, cent fois\nchassée et cent fois revenue, lui donna une inquiétude vague qui\ns'accentua graduellement en souffrance presque physique.\n   Rik, dès lors, n'eut plus le même entrain au travail : il\nportait toujours en lui la vision de Nelle; mais, dans l'ombre de\ncette vision, surgissait invinciblement la tête sardonique de son\nfrère, dont le sourire mauvais semblait lui criervictorieusement :\n« A mon tour maintenant! »\n   Rik pressa son retour au p a y s ; autour de sa ceinture, il\nemportait largement de quoi payer le loyer de l'année. « T u\nsauveras la ferme! » lui avait dit Nelle : la ferme était sauvée.\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "38                             DURENDAL\n\n\nMais à présent que lui importait la ferme! il voulait revoir\n Nelle.\n   H é l a s ! revoir Nelle, ce n'était plus pour lui, il le sentait bien,\nretrouver le fervent et confiant bonheur des prémices de leur\namour. L a jalousie avait mordu le cœur de Rik et agrippé son\ncerveau; et, seul, l'aiguillon du soupçon le poussait vers son\nfoyer : savoir, il voulait savoir; et pour savoir, il mentirait, il\nsimulerait, il épierait. Mais il saurait. Il saurait si les hantises\nde ses jours et les affres de ses nuits avaient dit vrai. Et alors...\nE t un voile pourpre passait devant les yeux de Rik.\n   Nelle fit à son mari un accueil affectueux; mais, en dépit de ses\ncaresses, elle lui sembla tout de suite distante et comme gênée,\ndansson naturel, par de secrets soucis. U n e observation renforça\nencore les ombrageuses conjectures de Rik. Kobus, depuis le\ndépart de son frère, avait repris goût au travail, il s'était rangé\net ne buvait plus. Au lieu de vivre ses soirées au cabaret, comme\nauparavant, il les passait en famille, fumant silencieusement sa\npipe, assis à côté de Nelle. L a mère Cornelis vantait sans cesse\ncet a m e n d e m e n t de son aîné et l'attribuait, avec une maternelle\ninsistance, à l'heureuse influence de Nelle, sans se douter que\nses paroles vrillaient de plus en plus dans l'esprit de Rik des\nsoupçons meurtriers.\n   Rik, cependant, persistait dans son œuvre d'espionnage avec\nune froide m é t h o d e ; de menues constatations journalières dans\nles allures de Nelle, dans les manières de Kobus et jusque dans\nla façon d'être de sa mère, envoûtèrent le cerveau de Rik sous\nune ombre de plus en plus o p a q u e ; parfois de fugitifs rayons\nd'espoir filtraient encore que faisait évanouir, l'instant après,\nun petit fait nouveau; bientôt il fit complètement noir dans sa\npauvre tête, et l'idée de la mort lui vint comme un refuge contre\nun désespoir sans éclaircie! S'effacer volontairement, dispa­\nraître en silence, avec une discrétion voulue, comme par hasard !\nE t p e n d a n t quelques jours, Rik se complut dans ce projet; il en\nprépara l'exécution avec une résignation attendrie qui détendit\nses nerfs. Mais la réaction fut prompte. Se tuer ! T o u t son vigou­\nreux tempérament de paysan se révolta contre cette lâcheté.\nDevant une injure, était-il de ceux qui se dérobent ou de ceux\nqui cognent?\n   E t Rik cogna.\n   Cette veille de Noël, la mère Cornelis avait arrosé le repas\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "                        LE CRIME DE LUXHOVEN                              39\n\n\n du soir de copieuses cruches de bière brune et mousseuse; le\n repas terminé, la famille était groupée autour du feu; la con­\n versation d'abord animée, languit peu à peu et dériva en mono­\n syllabes de plus en plus espacés. P u i s ce fut le silence complet.\n L a torpeur de la boisson engourdissait les esprits et les langues.\n Derrière le poêle, dans l'ombre, Nelle et Kobus, chaise contre\n chaise, formaient un groupe que Rik observait obliquement de\n ses yeux mi-clos. L a main de Kobus glissa vers la main de\n Nelle qui s'y attarda un instant, puis se retira doucement. Kobus\n demeura immobile quelques m i n u t e s ; alors son bras, contour­\n nant subrepticement la taille de Nelle, la pressa nerveusement.\n Rik brusquement regarda Nelle, et leurs yeux échangèrent de\n la colère et de la terreur. Et Rik sentit monter du fond de son\n être vers son cerveau une poussée sauvage et impérieuse; ses\n mains tremblantes cherchèrent une arme; le couvercle du poêle\ntendait vers lui son manche de bois; il le saisit, le fit tournoyer\nen l'air et la lourde massue de fer, aux bords tranchants, vint\ns'abattre sur le crâne de Kobus avec un bruit sec de bois qu'on\n fend. Kobus, heureusement tapi dans le coin, rentra sa tête dans\nles épaules e t s e s d e u x m a i n s , protégeant son front, se maculaient\nde sang; Rik frappa une seconde fois; le couvercle lui échappa et\nalla s'aplatir contre le mur. Nelle s'était dressée dans une cla­\nmeur d'épouvante; la mère Cornelis, se précipitant vers Kobus\nécroulé à terre, hurlait : « T u l'as t u é ! T u l'as tué! » Et Rik,\ndebout et frémissant, dans l'orgueil sanguinaire de l'acte de\njustice qu'il venait d'accomplir, répondait avec une rage\nexaltée : « T a n t mieux! tant mieux! »\n\n\n\n   U n e clef grinça dans la serrure de la cellule; d'un ton bref,\nle gardien prononça : « P a r ici! » Rik se couvrit la tête du capu­\nchon réglementaire en toile grise; il traversa le long corridor\noù d'autres prisonniers, masqués comme lui, brossaient noncha­\nlamment les dalles bleuâtres; au greffe, les gendarmes prirent\npossession de Rik, le poussèrent dans la voiture cellulaire et le\nconduisirent au Palais de Justice, chez le juge d'instruction.\n\n                                           FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n  (A suivre.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-005", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 40, "page_fin": 47, "titre_corps": "Exposition d’art chrétien à Paris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tancrède de Visan", "ancre_debut": "Exposition d'Art Chrétien                                   à Paris                     LA presse française n'a p", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "Exposition d'Art Chrétien\n                                  à Paris\n\n\n                  LA presse française n'a pas fait, à mon avis, l'accueil que mé­\n                     ritait l'Exposition internationale de l'art chrétien moderne\n                     organisée par la Société de Saint-Jean. Oui, les divers\n                     périodiques qui ont rendu compte de cette manifestation\n                     d'art ne me semblent pas avoir compris son importance\n                     ni la nouveauté des tendances qu'elle affirme.\n                        Par bonheur le public, le vrai public, celui qui pense\n                     encore et qui se donne le droit de juger sans le secours des\njournaux, est venu nombreux à cette exposition. Chaque fois que je suis\nallé au Pavillon de Marsan pour prendre mes notes j'ai été bousculé par\nune foule éclectique, attentive et passionnée, et cela m'a causé un plaisir que\nje ne saurais dire.\n   On parle beaucoup en France, depuis quelques années, d'une renaissance\ndu sentiment religieux. Cet état d'esprit, assez délicat à saisir dans sa réalité\nfondamentale, peut s'observer à propos de quelques romans et de certains\nlivres de vers. Mais en ce qui concerne la peinture et la sculpture, ce pieux\nretour à une inspiration dogmatique et confessionnelle n'était perceptible\nqu'aux yeux des inités.\n   C'est sans doute que l'art jouit d'une moins grande publicité que la litté­\nrature et qu'il faut, comme on dit, être de la partie pour saisir les transfor­\nmations au jour le jour dans le choix des sujets et les sources d'inspiration.\nLes vrais, les purs artistes travaillent dans le silence et ce n'est que longtemps\naprès qu'on s'aperçoit de certaines tendances et qu'on peut noter l'apparition\nd'un état d'âme collectif et d'aspirations parentes, parmi des peintres d'écoles\ntrès diverses.\n   On ne saurait donc assez louer la Société de Saint-Jean d'avoir groupé des\nénergies éparses et de nous avoir permis de constater la vitalité de l'art\nchrétien moderne en pleine fleuraison. La Société de Saint-Jean m'apparait\njouer en peinture le rôle que la Scola cantorum tient en musique. Elle a\nétabli un centre d'union, un état d'esprit collectif, une amitié, comme dirait\n Barrès. M. Henry Cochin est le Vincent D'Indy de la peinture et de l'archi­\n tecture religieuses. Il mérite plus que des félicitations. De sa haute com­\npétence, de son zèle infatigable est sorti cette curieuse et significative mani­\n festation .\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3098, "texte": "                 EXPOSITION D'ART CHRÉTIEN A PARIS                              41\n\n\n   Une chose frappe, en effet, lorsqu'on étudie l'histoire de l'art religieux. Pen­\ndant de longs siècles l'art chrétien a été bien plus de la moitié de l'art. De\nnos jours, à quelques heureuses exceptions, les églises s'ornent d'intàmes\nchromos ou copient terriblement les anciens styles. Il n'est pas le lieu ici de\nrechercher les raisons de cette déchéance. Huysmans en a énuméré plusieurs.\nVous vous souvenez de ce vers de Coppée :\n\n               On se disait tout bas : c'est la faute des prêtres.\n\n   Combien d'artistes nous ont déclaré : » A quoi bon peindre des tableaux\nreligieux! Messieurs les curés n'aiment rien tant que les Christ en chocolat et\nles vierges badigeonnées comme des bonbons anglais. » On rejette les torts sur\nles marchands de la rue Saint-Sulpice. Mais ceux-ci répondent : « Que voulez-\nvous! C'est ce que nous vendons le plus. » Il s'agit donc d'entreprendre une\néducation du goût par les chefs-d'œuvre et c'est aussi le but que se propose\nla Société de Saint- Jean.\n   Il faut attacher, à mon avis, une importance considérable à l'expo­\nsition du Pavillon de Marsan. Les organisateurs ont voulu une exposition\ninternationale d'art chrétien. Les diverses nations étrangères n'ont pas\nrépondu très nombreuses à l'appel de la Société de Saint-Jean. Seule la\n Belgique, qui vient toujours en tête lorsqu'il s'agit d'une manifestation d'art\nen général, et d'art religieux en particulier, expose des essais multiples et\ngroupe dans deux salles magnifiques de très nobles énergies. D'autre part, il\ns'agit d'art chrétien et non d'art catholique. La différence de ces deux mots se\nsaisit très bien en peinture comme en religion et nous verrons que cette\ndouble inspiration se remarque aisément au Pavillon de Marsan.\n\n\n\n   Ce long préambule me met à l'aise pour parler des œuvres exposées.\n Promenons-nous donc dans ce salon pendant que le loup n'y est pas, — le\nloup, c'est-à-dire tel ou tel critique de profession.\n   Il est inutile, je pense, de présenter Maurice Denis aux lecteurs de\nDurendal. M. Fierens-Gevaert a écrit sur cet artiste et aussi sur l'ensemble\nde cette exposition d'admirables et très précis feuilletons dans le Journal de\n Bruxelles. Maurice Denis, vice-président de la Société de Saint-Jean, joue\nà cette heure un rôle prépondérant dans la peinture religieuse. Il a apporté de\nsuperbes qualités d'originalité, de coloris et de synthèse à la rescousse de\nl'art non pas chrétien seulement mais catholique. Il y a deux manières dans\nl'œuvre de Denis qui, loin de se contredire, forment transition et marquent\nles stades d'une pensée consciente et constructive. Sans rien abandonner des\nacquisitions impressionnistes, Denis entend ajouter un anneau à la chaîne de\nla tradition vivante. 11 marche vers plus d'ordonnance et vers un souci\nde la simplicité décorative, d'une simplicité émue, expressive et pleine d'âme.\n   Je ne sais rien de plus doux, de plus recueilli et de plus lyrique que ce frag­\nment de la décoration de la chapelle de Sainte-Croix du Vésinet, avec\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3272, "texte": "42                                DURENDAL\n\n\n de chaque côté des enfants de chœur semant des fleurs et jouant de l'encen­\nsoir. Derrière, se tiennent des anges. Il v a aussi des rosiers, un champ de blé\net de grands arbres calmes dans le fond. Le tout compose une harmonie déco­\n rative du plus tendre effet. C'est comme un geste simple et profond de\n prière humble et fervente.\n    La Madone de Denis est tout à fait dans la manière des derniers portraits\nde ce peintre si curieusement doué. Nous y retrouvons ce calme et cette pure\natmosphère où s'exprime toute la fraîcheur d'une foi naïve.\n    Il faut aussi signaler ces images de Première Communion qui rompent\ndélibérément avec les tristes chromos dont s'alourdissent nos missels. Quelle\njoie de contempler ces charmants dessins et quel pas vers un art religieux\nvraiment évocateur et beau !\n    L'exemple de la beauté ne peut être que contagieux, aussi devons-nous féli­\nciter les religieuses franciscaines de l'Immaculée Conception qui ont exécuté\nsur une tapisserie de haute lisse la Communion de Jeanne d'Arc du même\npeintre. Souhaitons d'avoir toujours de si nobles modèles sous les yeux et des\ncopistes aussi avertis.\n    De Maurice Denis à Forain il y a un saut un peu brutal. La douceur\n lyrique de celui-là n'a aucun rapport avec l'âpre violence de celui-ci. Le\nDépouillement du Christ atteste une âme tourmentée et saignante. C'est une\nsuperbe tète de Christ misérable, flétri, bousculé, avec les cheveux en\ndésordre et une souffrance indicible sur toute la face, une tête chère à\nl'auteur d'En Route. Deux eaux-fortes sont particulièrement expressives et\némouvantes. L'une représente le Bon Samaritain venant au secours du\nblessé de l'Ecriture. La tempête souffle, c'est un vrai jour de crime, le vent et\nla pluie s'acharnent et rien n'est poignant comme ce geste de miséricorde sur\ncette route de Jéricho, que je connais bien pour l'avoir parcourue, et qui est un\nbeau coupe-gorge. La seconde eau-forte a pour sujet les Disciples d Emmaiis.\nTandis que le Christ rompt la nourriture de Vie, un des apôtres tend\nses mains dans un élan d'une étonnante spontanéité, comme pour se\nréchauffer au pain levé par Notre-Seigneur.\n    L'œuvre de M. Georges Desvallières est inégale et presque contradic­\ntoire. La toile représentant le Sacré-Cœur de Notre-Seigneur               Jésus-\n Christ est d'un réalisme lyrique très poussé, et peut-être trop. Je ne sais\npas de corps plus sanguinolent, plus atrocement torturé. Couronné d'épines\nle Christ ouvre sa poitrine et se déchire le cœur à grands coups d'ongles,\ntandis que le sang jaillit sur la foule au pied du parvis du temple. Pour\nfaire contraste à cette scène traitée sauvagement M. Desvallières nous offre\nune Annonciation d'une tendre harmonie et d'une paix sereine, mais où le\nsentiment religieux me semble absent. C'est d'ailleurs le reproche que je\nvoudrais faire à nombre de toiles de cette exposition. On se demande quelle\ninspiration catholique présida à leur exécution et si ces tableaux ne feraient\npas un meilleur effet dans une antichambre que dans une église.\n   Enfin M. Desvallières expose un Saint Sébastien d'un curieux coloris mais\ntrop théâtral, ainsi qu'un Ecce homo et qu'un Jésus amabilis où l'influence\nde Gustave Moreau est évidente.\n"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3365, "texte": "                 EXPOSITION     D'ART   CHRÉTIEN      A PARIS                  43\n\n\n\n   Je ferai à M. Gaston. La Touche le même reproche que j'adresse à M. Des­\nvallières. Sa Vierge consolatrice des mères est d'une religion vraiment trop\nde café-concert. Je cherche en vain de l'émotion pieuse et un soupçon\nd'onction. Le coloris est des plus plaisant et l'on sait quel art ce peintre\napporte au jeu des gammes. Ses harmonies hardies ravissent beaucoup d'ama­\nteurs chaque année au Grand Palais ; mais je préfère M. La Touche dans ses\nsujets libertins. Le petit bébé de droite de sa Vierge consolatrice ressemble à\nS'Y méprendre à une tête de Léandre.\n    Pour se prononcer sur l'esquisse d'une partie de la coupole de la chapelle de\nla rue Jean-Goujon, il faut attendre que M. Maignan ait fait placer sur les\nmurs cette peinture à l'huile. J'ai goûté sa Sainte Clotilde et Saint François\nde Sales, gracieuses aquarelles dans les tonalités d'un Besnard.\n   J'eus déjà le plaisir, l'an dernier, de visiter l'exposition de M. Paul-Hippo­\nlyte Flandrin qui continue la grande lignée d'artistes probes et de peintres\nconsciencieux. Son Saint Antoine visité par l'Enfant Jésus est tout à fait dans\nla tradition de la peinture religieuse. Certains chicaneurs reprocheront à\nl'auteur son style sévère et froid et son amour des couleurs ternes. Je goûte\nparticulièrement sa Mort de saint Antoine.\n    Certains tableaux trop léchés et fades nous rappellent fâcheusement l'art\nSaint-Sulpice que Huysmans considère à bon droit comme la revanche du\ndémon. Parmi ceux-ci je me vois obligé de citer la Vierge et l'Enfant et\nA Nazareth de M. Etienne Azambre. Je ne veux aucun mal à ce peintre,\nmais je voudrais qu'on puisse lui interdire tout sujet catholique. Je ne partage\npas non plus l'admiration de certains pour l'œuvre de Mme Simon-Lucien.\n I1 y a dans son Annonciation trop 'de détails inutiles que la couleur ne peut\nvivifier.\n    En revanche je n'aurai pas assez d'épithètes pour louer M lle Thiollier. Son\nEsquisse d'une, frise exécutée dans un hôpital d'enfants, à Saint-Etienne, atteste\nd'admirables qualités. Ces trois femmes portant leurs cruches à parfums et se\nrendant au tombeau forment un groupe d'une incroyable ferveur, et je ne sais\nce que je dois plus goûter, de ces suaves compositions pour boites de baptême,\nd'un charme si prenant dans leur simplicité, ou de cette reliure pour la\n Légende Dorée d'un dessin si nouveau.\n    Je m'arrête un instant devant le byzantinisme de M. Lacomte et devant\n l'œuvre intéressante de M. Roy où je retrouve quelques souvenirs de Gauguin,\n Je n'ose parler du Christ de Carrière si connu et toujours si nouveau, sur\n lequel on a tant écrit. Je préfère m'exalter en face de sa Prière où sort de la\n pénombre un fougueux mouvement de ferveur douloureuse. Il y là un homme,\n un pauvre homme debout, les deux mains pressées sous sa gorge comme pour\n en tirer l'âme, qui vous arrache des larmes. Je sais peu de tableau aussi\n prenant.\n     Plongeons-nous dans le soleil et les rayons d'or de la foi avec M. Paul\n  Sérusier. Celui-là aussi est un noble peintre, un sincère, un convaincu qui\n transfigure tout ce qu'il voit, qui fait jouer la lumière en ondes divines et\n qui est en train de former une génération d'artistes conscients et platoniciens.\n     Avec M. Lerolle et ses huit Béatitudes nous posséderons des cartons de\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3384, "texte": "44                                DURENDAL\n\n\nvitraux évocateurs et très caressants. On sait avec quel bonheur ce peintre\ntraite les sujets décoratifs, nous émeut délicatement et sème de la grâce.\n   Nous retrouvons M. Séon et sa manière résumée, très spéciale, son idéalisme\nun peu hiératique et toujours Rose-Croix.\n   A propos de Rose-Croix on ne saurait passer sous silence les efforts de cette\nmystique confrérie la Rosace, fondée par deux jeunes artistes catholiques,\ndisciples du petit frère Saint François. J'ai suivi depuis quelques années avec\nsympathie leurs efforts. Tout leur art tient dans ce commentaire de l'insigne\nrosi crutien: « Rose d'amour encadrez de sourire la redoutable Croix... Croix\ndu Salut purifiez de larmes la Rose trop terrestre. » Ces deux ascètes qui\nvivent modestement dans un atelier de la rue de Vaugirard, après avoir été\nles élèves d'Armand Point et s'être courbés sur les pierres saintes d'Assise,\nchantent le pieux cantique de l'amour mystique, confondant l'art et la vie\nreligieuse dans une noble synthèse. L'esquisse fusain intitulée les Rois Mages\nest un souvenir discret des maîtres italiens et Sainte Marie-Madeleine au\nTombeau rappelle le Vinci avec l'art de traiter des figures d'androgyne. Je\nvoudrais que les critiques autorisés attirassent davantage l'attention sur cette\nconfrérie esthétique qui joint, sans doute, à des imperfections de réalisation\nune conscience et une vertu dignes d'exemple.\n   Les lithographies de M. Dulac dégagent une suave poésie. L'artiste com­\nmente certains versets de l'Ecriture et les illustre de façon ineffable. J'aime\nbeaucoup la lithographie que M. Dulac a tiré de cette parole d'Isaïe : « Il\nchangera ses déserts en des lieux de délices et sa solitude en un jardin\ndu Seigneur. » La joie, la sérénité de cette composition un peu pâle, attire et\nretient l'esprit. Son interprétation du Spiritus Sancti Deus, avec cet arbre\ncourbé par un vent mystérieux est d'un grand effet.\n   Parmi les aquafortistes il faut citer Marcel Roux et Paul Bouroux. Le\npremier est un jeune Lyonnais d'un tempérament très original, très tour­\nmenté, qui dessine comme écrit Léon Bloy. Alphonse Germain a écrit sur\ncet artiste des pages remarquables. Je suppose que sous peu Marcel Roux,\nen parfaite possession de ses riches moyens, sera célèbre et très recherché. Le\nChrist de M. Bouroux est une belle chose. Il v a dans cet homme en croix,\nd'une maigreur terrible, mort depuis un jour et le bas des pieds déjà pourri\npar les atroces blessures des clous, comme un rayon de divinité qui sauve ce\nque la composition pourrait avoir d'un peu trop théâtral.\n   Parlerai-je de Marcel-Lenoir? Ses deux grands ta,bleaux sont bien décon­\ncertants par leur symbolisme affecté et cette façon de \" cubisme \" d'un\nraccourci un peu bien hardi. Je dis tout de suite que je n'aime pas la\nDeuxième Crucifixion où des anges chevauchent des rayons. En revanche\nles Funérailles blanches attestent un souci de décoration harmonieuse avec\nune imagination baudelairienne. A droite s'érige un calvaire et de hauts\npeupliers d'un curieux effet. Des anges portent un cercueil, puis vient une\nbizarre procession dans des attitudes choisies; on soutient l'affligé, on le\nconsole, des passants regardent et pleurent; à gauche se dresse un palais\nitalien. Tout cela se heurte et contraste et l'on ne sait si l'on doit admirer ou\nsimplement s'étonner.\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "                  EXPOSITION D'ART CHRÉTIEN A PARIS                               45\n\n\n   Citons enfin pour mémoire les images de première communion de la\nSociété de Saint-Jean, choisies avec goût et destinées à réagir avec bonheur\ncontre une tradition de routine; les réalisations de Jacques Beltrand, un\njeune graveur extrêmement artiste qui rend avec une conscience et un art au-\ndessus de tout éloge les dessins de Maurice Denis; les reproductions si\ncurieuses de cette école de Beuron à l'esthétique byzantine très définie, très\nintelligente et qui s'efforce de mettre en pratique en les renouvelant des canons\nde Beauté précis et d'un hiératisme religieux fort suggestif.\n                                           *\n\n    Avec l'école de Beuron nous pénétrons dans la section étrangère. La Suisse\n est représentée par Eugène Burnand et Samuel Robert. C'est ici qu'on saisit\n sur le vif la différence entre l'art chrétien et l'art catholique. Cet Avènement\ndu Christ de M. Robert, que nous ne pouvons juger que d'après des photo­\ngraphies, respire je ne sais quelle froideur honnête et un peu guindée. La\n Scène de M. Burnand que l'auteur intitule la Prière sacerdotale me donne\n la même impression indéfinissable. C'est d'un dessin parfait, d'une composi­\n tion classique impeccable; la bouche et les yeux du Christ sont un chef-\nd'œuvre, et pourtant tout cela semble mort, ne vit qu'aux yeux d'une intelli­\ngence abstraite. Le livre si connu de cet artiste              les Paraboles, flatte\ndavantage les sens. L'écueil pour M. Burnand c'est précisément la peinture\nà l'huile.\n    Le sculpteur russe Soudbinine nous offre un Ecce homo d'un effet poi­\ngnant. Les esquisses du décorateur Roerich rappelle les mosaïques de\n Ravenne, mais prouvent encore une originalité et un souci des lois architec­\nturales dignes de félicitations. 11 y a également le souvenir de Giotto dans\nl'œuvre énorme du Danois Joakim-Frederick Skovgaard, mais on y trouve\naussi une admirable maîtrise et une prodigieuse érudition.\n    J'ai gardé pour la lin l'étude des œuvres de la section belge. Ce sont, en effet,\nles Flandres qui ont répondu avec le plus d'enthousiasme à l'appel de\nla Société de Saint-Jean. M. Fierens-Gevaert, avec le zèle qu'on connaît, s'est\nchargé de présenter ces œuvres au public et de les grouper selon un goût\nparfait. Lorsqu'il s'agit d'art religieux la Belgique si croyante, si amie de la\nBeauté et de la Foi s'offre tout de suite à notre admiration. L'intelligence des\nartistes flamands est d'ailleurs assez éclairée et avertie pour ne pas s'efforcer à\nla copie servile d'une tradition séculaire, mais pour tenter des essais impo­\nsants de rajeunissement, je veux dire de nouveauté. C'est pourquoi\nM. Fierens-Gevaert a tout à fait raison d'écrire : « Les décorateurs de talent\nqui osent nous rappeler à l'impérieux devoir de la création, méritent tous les\néloges. Ils font acte de moralité... Le problème de l'art religieux sera résolu\nle jour où la construction, la restauration, la décoration, l'ameublement des\néglises seront confiés à nouveau aux artistes, aux créateurs. Copistes et pasti­\ncheurs se réclament de la tradition. Or celle-ci n'est-elle point faite de\nla somme des sentiments vivants apportés par chaque époque? Rien n'est\nplus contraire à la tradition que le servilisme archéologique. » Fortes\nparoles que tous les artistes néo-classiques devraient méditer.\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3447, "texte": "46                                  DURENDAL\n\n\n\n     I1estd'ailleurs bien inutile d'insister sur ces sujets dans cette revue. Durendal\n lut peut-être le seul périodique catholique qui ait eu, il v a quelques années,\n une exposition semblable.\n     Quoi qu'il en soit, deux traits distinguent la section belge. Le premier est un\n souci de modernisme — le vilain mot — très net, j'entends un désir puissant\n de rénovation, de faire neuf et vivant. Le second est d'inscrire dans ce cadre\n moderne des personnages, des figures, des sujets puisés dans la tradition\n locale et les mœurs du pays. J'en veux pour preuve les œuvres de MM. Smits,\n Donnay, Dunselman, e t c . . De même que les Italiens peignaient la foule du\n Golgotha dans les costumes du XVe siècle, de même les peintres actuels repré­\nsentent sur des Chemins de croix les coutumes et les manières d'être flamandes.\n    C'est ainsi que j'ai admiré les beaux costumes locaux dans la scène de la\nPassion de M. Smits, l'inspiration de M. Donnay puisée dans le folklore et\nqui éclate dans l'Arrivée à Bethléem. J'ai jadis beaucoup goûté les bois et les\nillustrations de cet artiste pour des livres comme ceux de Mockel. Sa Légende\nde saint Walhére mérite la plus grande attention, comme les plus précieux\nencouragements. Les croquis de M. Dunselman pour son Chemin de croix\nattestent les mêmes préoccupations de naturalisme vrai et vécu, ainsi que les\ndessins à la plume de M. Craco d'une belle évocation et d'une connaissance\nparfaite des gestes flamands. La douceur d'harmonie de M. Woestyne est\nexquise et d'un spiritualisme vaporeux.\n    Et que devient donc Henry De Groux dans tout cela ? Eh bien, voilà!\n De Groux n'est pas content. A présent qu'il fréquente Paris et plus spéciale­\nment la Closerie des lilas, j'ai le bonheur de babiller souvent avec lui. Non;\n Henrv De Groux, en vérité, n'est pas content. J'ose dire qu'il est furieux. Il\nn'a pas été consulté pour cette exposition à laquelle il aurait pu fournir un\ncontingent d'œuvres admirables et plus significatives que les divers pastels\nappartenant à M. Henry Cochin qui y sont exposés. Non pas du tout que ces\npastels, tels que le Christ rédempteur et la Vierge soient négligeables en soi.\n Ils sont tous fort beaux et bien dans la note originale du puissant artiste. Mais\nM. De Groux juge, peut-être avec raison, qu'il aurait pu, pour une telle mani­\nfestation d'art, présenter des tableaux de plus de poids et susceptibles de le\nreprésenter plus parfaitement. Je me suis fait bien volontiers l'écho de ses\nrécriminations.\n    Je voudrais terminer cette promenade trop hâtive par quelques mois sur\ncette fameuse Chapelle belge, le clou ou, si l'on préfère, la grande attraction\ndu Musée des arts décoratifs.\n    M. Fierens-Gevaert écrit à ce sujet : « La Chapelle belge est un décor de\nstaff et de bois; mais pour un tel essai la richesse de la matière n'était point\nchose essentielle. Lès plans et dessins (vitrail, autel, socles, nattes, etc.) sont\nde M. Oscar Van de Voorde, professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Gand,\nun jeune artiste qui s'affirma, dès l'année 1902, à l'exposition de l'Arte deco­\nrativa moderna de Turin, où pour la première fois furent confrontées les\ndiverses expressions nationales de la renaissance décorative et architecturale. »\n    Cette chapelle, il importe de le remarquer, n'est ni romane, ni byzantine,-\nni gothique. Elle ne veut être qu'elle-même, c'est-à-dire ne répéter aucun styles,\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1677, "texte": "                EXPOSITION D'ART CHRÉTIEN A PARIS                             47\n\n\nSa grande qualité, son originalité propre est de parler un langage religieux et\nrecueilli par ses lignes, par ses couleurs, par son ensemble artistique. Voilà\npourquoi cette chapelle mérite la plus grande attention. Nous sommes trop\nhabitués en architecture, contrairement à toutes les traditions de l'Eglise, de\nnous en tenir à de vulgaires copies. Il faut beaucoup de talent et d'énergie\npour réagir contre un tel courant. Aussi féliciterons-nous M. Van de Voorde\nde sa clairvoyance audacieuse et d'avoir fait preuve d'une féconde originalité.\nSouhaitons que. cet exemple soit suivi.\n   Il le sera, et je m'en réjouis en voyant l'œuvre décorative du peintre\nC. Montald, les ornements de M. Lievens et les plâtres de M. Verbanck. Les\nscènes de la légende franciscaine du premier sont comme le complément\nharmonieux de cette gracieuse chapelle et dénotent un travail décoratif des\nplus neuf. Comme l'écrit encore fort justement M. Fierens-Gevaert, « on a\ncherché avec ces peintures de renouveler la preuve que l'architecture moderne\nn'est nullement impuissante à créer un cadre harmonieux pour les œuvres de\ngrande décoration picturale ».\n   Aussi bien les objets du culte qui sont exposés dans ces salles indiquent tous\nune tendance vers une nouvelle orientation de l'art religieux trop longtemps\ntenu en tutelle. Vous verrez là des calices, des ciboires, des dessins de cha­\nsubles, des plans d'églises qui parlent par eux-mêmes, je veux dire plus haut\net plus fort que ma faible voix de promeneur nonchalant.\n\n\n                                                      T A N C R È D E DE VISAN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-006", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 48, "page_fin": 51, "titre_corps": "Notes sur Juste Suttermans", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Bautier", "ancre_debut": "Notes sur Juste Suttermans                            portraitiste (1597-1681", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "Notes sur Juste Suttermans\n                           portraitiste (1597-1681)\n\n\n                  J'AI réuni les matériaux d'une monographie illustrée de Sut­\n                     termans, peintre anversois qui vécut à Florence au\n                     XVIIe siècle (1). Arrivé jeune en Italie, il occupa d'emblée\n                     une situation privilégiée à la cour des grands-ducs de\n                     Toscane ; sa carrière se poursuivit sans incidents notables\n                     sous les règnes de Cosme II, Ferdinand II, Cosme III;\n                     son œuvre constitue un document précieux sur cette période\n                    historique et artistique assez négligée par l'érudition\nmoderne. — L'Exposition du portrait italien, organisée au printemps de 1911\ndans les locaux pleins de souvenirs du Palazzo Vecchio, obtint un succès\nmérité; elle groupait la production — aussi instructive que disparate ! — de\ndeux siècles et demi d'art italien. Parmi les portraitistes oubliés, notre compa­\ntriote, devenu aux rives de l'Arno Monsù Giusto Suttermanno, brillait au\npremier rang. « Sarebbe desirabile, dit M. G.-I. Hoogewerff en un article\nrécent (2), che la sua opera fosse presto studiata. » Avant la publication de\nmon travail, qui apportera à cette étude une contribution modeste, je crois utile\nde donner ici trois échantillons intéressants du talent de .lustus, — évocateur\nconsciencieux des derniers Médicis. J'ai choisi trois portraits peu connus, —\nsimplement signalés par la critique et méritant mieux qu'une brève mention.\n\n                                           *    *\n\n  I. — Seize portraits en pied, de dimension imposante, prêtés à la Mostra\npar la villa royale de Poggio a Caiano, garnissaient la vaste salle du Cin­\nquecento.\n  Leplus embarrasant (3) [PI. I] représente un jeune prince, au visage frais et\néveillé, contrastant avec le type généralement alourdi de la race des Médicis au\nXVIIe siècle. Il est vêtu d'un pourpoint noir, richement brodé d'or; manches\n\n\n  (1) Juste Sultermans, peintre des Médicis. A paraître incessamment dans la collection des\nGrands Artistes des Pays-Bas. (Bruxelles, Van Oesl.)\n  (2) Quadri olandesi e fiamminghi nella Galleria nazionale d'arte milieu in Roma. (L'Arte\n1911, fasc. v, p. .572.)\n  (3) Mestra del Ritratto ilaliano. Salle du Cinquecento, n° 25.\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "                     NOTES SUR JUSTE           SUTTERMANS                           49\n\nclaires, joli col de dentelle, nœud de rubans au genou, bas et souliers gris\npâle. Le bras droit plié à la hanche ; la main gauche posée sur une table\ncouverte d'un tapis, où l'on aperçoit un chapeau orné de plumes. Au fond, le\nrideau de velours rouge, décor habituel.\n   J'insiste sur cet élégant portrait, l'un des plus attrayants certes de la série\ndes Suttermans de Poggio, — parce qu'aucun nom satisfaisant n'a été proposé\nà son sujet. On croyait y reconnaître autrefois, tout à fait à tort, le grand-duc\nCosme II; Suttermans portraitura plusieurs fois ce prince maladif et blafard\n(notamment au Palais Corsini, salle I, n° 14) qui mourut à 30 ans (1621) ayant\npassé au lit les dernières années de son existence. Une autre opinion désigne\nle tableau comme: Mathias de Médicis (1613-1667) fils de Cosme II et de\n Marie-Madeleine d'Autriche. « Homme de guerre » de sa génération, il prit\npart aux campagnes de Wallenstein ; puis se distingua dans l'expédition\nentreprise par le grand-duc Ferdinand II, avec Odoardo Farnèse de Parme,\ncontre le pape Urbain VIII et les Barberini (1643) ; il se retira ensuite au\ngouvernement de Sienne qu'il occupa jusqu'à sa mort. Nous possédons deux\nportraits authentiques de Mathias par Suttermans :\n    1° En armure, âgé d'une vingtaine d'années (Poggio à Caiano) (1).\n    2° Vieilli, les traits boursouflés, les yeux découronnés de sourcils ( Palais\n Pitti, n° 265).\n    Je songe de mon côté à François, (ils de Cosme II (né en 1614, mort au\n siège de Ralisbonne en 1634,) dont le séduisant portrait, également venu de\n Poggio, figurait au Palazzo Vecchio (2).\n    Mais aucune de ces diverses images n'offre avec celle-ci d'analogie suffisante\npour légitimer une identification formelle. Les inventaires anciens du Palais\n Pitti — eu égard au grand nombre de toiles tnann di Giusto y consignées —\n ne fournissent pas d'élément décisif à la solution de cette petite énigme\n iconographique.\n                                           *\n                                         * *\n\n   II. — Le grand-duc Ferdinand II lui-même (3) [PI. II] apparaît, dans la\nrangée des Suttermans de Poggio a Caiano, comme l'incarnation solennelle\nde la Toscane déchue. Vilaine tête au front étroit, aux paupières enflées, au\ngros nez irrégulier, aux lèvres épaisses et trop rouges sous la moustache\ncourte et collée, — voici le Magnus Dux Etruriae, en costume théâtral,\nlongs cheveux épandus, un ample manteau bleu agrafé sur l'épaule, les pieds\nchaussés de guêtres d'allure antique... Assis dans un fauteuil doré, son bras nu\ntenant le bâton de commandement, ce monarque pacifique a l'attitude\nimprévue d'un conquérant romain! Impassible et ponctuel, rappelons qu'il ne\nse montra point indigne pourtant des fastueux Mécènes, ses aïeux. Protecteur\nde Galilée et de ses partisans persécutés, il encouragea le développement des\n\n\n  (1) Mostra del Ritratto italiano. Salle du Cinquecento, n° 30. Reproduit dans la rrvue\nRassegna d'Arts; mai 1911.\n  (2) Ibid., n° 2.3. Reproduit dans la Gazette des Beaux-Arts: juin1911, p. 492.\n  (3) Mostra del Ritratio italiano. Salle du Cinquecento, n° 20.\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "50                                       DURENDAL\n\n\n\nsciences, et procéda à des expériences de physique au sein de l'Académie del\nCimento. C'est vers le moment de la fondation de ce corps savant qui servit\nde modèle à toutes les institutions similaires (1657), qu'il faut placer l'exé­\ncution de l'effigie décorative du grand-duc Ferdinand, — si parfaitement:\nadaptée à la pompeuse mélancolie de son cadre ordinaire : la villa de Poggio a\nCaiano, aux appartements déserts et aux volets clos, devant les contreforts des\nApennins semés de maisons blanches et d'oliviers poussiéreux.\n   Deux bons portraits de Ferdinand II par Suttermans semblent contem­\nporains de celui-ci :\n   1° En demi-figure, aux Offices, n° 3426. (En pendant : la grande-duchesse\nVictoire de la Rovère.)\n  20 En buste, avec chapeau empanaché, plongé dans les relatives ténèbres\ndu couloir interminable qui relie les Offices au Palais Pitti, n° 30.\n\n                                              * *\n   III. — Un petit buste de princesse par Suttermans se trouve à la Galerie\nNationale-Corsini de Rome, n° 280 [PI. III]. Visage juvénile, aux yeux noirs;\nadmirable collet de guipure, corsage soutaché, double rang de perles; fond\nsombre. C'est un délicieux morceau — le meilleur des trois que recèle le\nMusée romain sous l'étiquette de notre Justus.\n   Je voudrais prouver par cet exemple combien la carrière de Suttermans\n(plus d'un demi-siècle!) est rebelle aux classifications — en dehors d'un ordre\nqu'établirait l'âge apparent des personnages connus. Dans la tranquille conti­\nnuité de sa manière à peine peut-on constater deux légères variations; — crité­\nriums pas du tout infaillibles, je me hâte de l'ajouter :\n   1° Au commencement : quelque réminiscence de la sécheresse presque\nhiératique fréquente chez François Pourbus, dont il fut l'élève à Paris.\n(Voyez les portraits de Ferdinand II jeune (1), ceux de Marguerite et Anne-\nMarie de Médicis.) (2).\n   2\" A la fin : certaine lourdeur des chairs, ombres opaques, tonalités\nplombées. Mais on ne saurait affirmer que de telles défaillances soient\ncommunes aux productions de sa vieillesse; en effet, plusieurs témoignent\nencore d'une étonnante vigueur. Je me suis décidé donc à cataloguer le buste\nde fillette de la Galerie Nationale-Corsini dans la dernière partie de la carrière\ndu maître. Je ne serais pas éloigné d'y découvrir la jeune Anne-Louise de\nMédicis, fille du grand-duc Cosme III et de Marguerite d'Orléans; née en\n1667; dont l'alliance... et la dot furent recherchées à la fois par cinq princes,\nparmi lesquels le triste roi d'Espagne Charles II ; qui épousa Jean-Guillaume,\nElecteur Palatin, et survécut à son frère Jean-Gaston, l'ultime descendant\nmâle des Cosme et des Laurent. — Mon hypothèse demanderait à être étavée\nd'arguments précis. Il s'agit évidemment d'une princesse de Médicis; les\n\n\n  (1) Entre autres : Offices, n o s 3430 et 3456; Palais Pitti, n° 515 ; Galerie Corsini, salle I,\nn° 21.\n  (2) Au Palazzo Vecchio. — Mostra del Ritratto italiano. Salle XXXIII, n0s 11 et 13.\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1506, "texte": "                     NOTES SUR JUSTE S U T T E R M A N S                       5l\n\n\ncaractères familiaux s'y trahissent... Si on objecte l'extrême minutie dans le\nrendu du vêtement (principalement de la dentelle), qui ferait penser que nous\nsommes en présence d'une œuvre des débuts de Suttermans, proche de\nFrançois Pourbus, — je répondrai que notre peintre demeura en somme sa vie\ndurant préoccupé d'un pareil souci du détail.. Au regard des impérieux génies\nde l'art du portrait au XVIIe siècle, Van Dyck et Velasquez, — une influence\npossible surgit souvent à propos de Juste Suttermans, — cette exécution\npatiente, opposée à leur large synthèse, situe l'artiste anversois à son rang pour\nla postérité. Les louanges des courtisans et des chroniqueurs ne nous\npermettent pas d'exagérer le rôle forcément discret du pensionnaire des\ngrands-ducs de Toscane. N'oublions jamais que le prestige exercé par les\nportraitistes sur les souverains d'autrefois tenait au don quasi miraculeux que le\nCiel leur avait départi de figurer un être vivant au moyen de lignes et de\ncouleurs : la magie de tracer des. effigies au naturel ! Les princes estimaient\navant tout que l'exacte ressemblance leur assurait l'immortalité. Heureux\nquand, par surcroît, le génie y avait mis son empreinte. Le portrait d'un\nmonarque, pour nous émouvoir profondément, doit en même temps que\npénétrer l'âme du modèle, refléter l'âme de l'artiste qui l'a conçu.\n\n\n                                                           PIERRE BAUTIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-007", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 52, "page_fin": 55, "titre_corps": "De Hermann de Baets à Pol Demade", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "De Hermann de Baets à Pol Demade                      EN cette veille de nouve", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "De Hermann de Baets à Pol Demade\n\n                    EN cette veille de nouvel an, par delà les mers, me sont\n                       advenus, comme étrennes, deux livres d'amis très chers.\n                           L'un et l'autre de ces livres arborent, en vérité, comme\n                       titres, presque des enseignes commerciales : Boutique\n                       d'idées et Bonbons fourrés et sucres d'orge. Mais quand\n                       on sait que Boutique d'idées est de M. Pol Demade et\n                       Bonbons fourrés et sucres d'orge de M. Hermann de\n                       Baets, on se doute tout de suite que l'intitulé de leurs\n                       volumes est une façon paradoxale et antithétique d'an­\nnoncer une œuvre par ce qu'elle n'est pas, et que le pavillon découvre une\nautre marchandise. Il n'y a, veuillez m'en croire, nulle « épicerie » dans le\nlivre de M. Demade et aucune « confiserie » dans celui de M. de Baels, mais\nplutôt ces deux livres sont nettement et crânement dirigés contre celte « épi­\ncerie » et cette « confiserie » intellectuelle, communément désignées sous ces\nvocables, un peu usés, de conformisme et de routine.\n   Et voilà qui fait, entre l'œuvre de M. Demade et celle de M. de Baets, un\névident point de contact et comme une manière de parenté.\n   Au demeurant, les deux auteurs affirmèrent, de tout temps, des affinités de\ntempérament et, dans la bataille des idées en notre pavs, tous deux pratiquèrent\ntoujours, et dans la même orientation, la manière forte : bien qu'appartenant\nà deux générations différentes (et, pour Demade, comme pour tant d'autres,\nHermann de Baets fut un admirable excitateur d'initiatives) ils collaborèrent,\nl'un comme l'autre, avec les ressources de leur talent personnel et propre, à\ncette action collective qui tenta, il v a un demi-siècle, de libérer la mentalité\ncatholique de la servitude du préjugé; et ils entreprirent cette campagne,\ncomme elle devait être entreprise, avec une vigueur féroce, une impertinence\njoveuse, mais aussi avec cet enthousiasme enflammé qui rend contagieux l'apos­\ntolat qu'il sert.\n   Pour ceux qui luttèrent avec eux pour une même rénovation littéraire catho­\nlique (et j'ai la fierté d'en être) quelle joie, aujourd'hui, de constater que, chez\nde Baets comme chez Demade, rien n'a vieilli de ce qui jadis fit leur force et\nnotre charme : ni la faculté d'indignation, ni la puissance de persiflage, ni\ncette manière de bretteur, amusant et amusé, qui se pose face à face à l'abus\net le perfore d'une lame acérée... d'ironie !...\n   De Baets, mon cher de Baets, comme je vous retrouve ici, tel que vous\nm'apparûtes la première fois dans votre « garçonnière » de la rue Cour-des-\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3495, "texte": "               DE H E R M A N N   D E BAETS A P O L    DEMADE                 53\n\n\n\nPrinces, à Gand, lorsque, jeune universitaire impatient de nouveautés et de\ntémérités, j'allais vous porter mes pauvres et féroces Coups de plume... Je\npouvais m'attendre à de paternels conseils de prudence; et j'eus, au contraire,\nla délicieuse surprise de rencontrer un aîné, à la stimulation chaude et féconde\net qui dénonçait les conventions, obnubilant la vérité de la vie, de ce geste ner­\nveux et de cette parole ardente, décelant une intransigeance de conviction,\nhardie et prosélytique... Vous me fîtes don ce jour-là — en même temps que\nd'une préface qui assura le succès de mon petit opuscule — d'une amitié sur\nlaquelle la distance n'a pas eu plus de prise que le temps... C'est ce passé, mon\ncher de Baets, ut ses souvenirs d'ardente combativité que j'aime d'abord dans\nl'impitovable et spirituel haché-menu, auquel vous vous livrez sur les lionbons\nfourrés et les sucres d'orge de la méthode éducative... En dépit des héca­\ntombes d'autrefois, il y a donc des morts qu'il faut qu'on tue, et vous vous\nêtes remis au « jeu de massacre » avec un salutaire entrain : vous me permet­\ntrez de goûter surtout — comme une des meilleures choses sorties de votre\nplume — le réquisitoire justicier, où l'éloquence s'unit à la finesse, prononcé\ncontre le style marial — et où, en des pages qu'eut aimées Huysmans, vous\n rédîmez la suprahumaine figure de la Vierge Marie — telle qu'elle doit appa­\n raître àdes yeux catholiques — de l'enguirlandement praliné des oraisons et des\n cantiques soi-disant pieux. Avec non moins d'à-propos, et d'une si pittoresque\n vivacité de style, vous restituez à Louis de Gonzague et à Jean Berchmans,\n victimes héréditaires de la caricaturale puérilité, rimée ou pétrifiée, des Sul­\n piciens du verbe ou du ciseau, leur personnalité chrétiennement virile de\n patrons de la jeunesse, et voilà une réparation due et bienfaisante, et la néces­\nsaire démonstration que la chasteté n'est point la niaiserie!... Après cela,\n lorsque — une fois de plus — vous faites le procès de l'ingénue légende de\nsaint Nicolas, et que, d'une main irrévérente, vous prenez, par sa barbe de\n lin, le bonhomme Noël, nul doute qu'en saine pédagogie infantile, vous n'ayez\n raison ; mais vous ne doutez point, n'est-ce pas, mon cher de Baets, que ces\n chers mensonges seront plus forts que vos plus pittoresques arguments, pour\n le motif qu'on « joue » saint Nicolas et bonhomme Noël, non seulement pour\nle contentement des enfants, mais surtout pour le plaisir des parents; or,\n quand il s'agit de ses plaisirs, l'homme et la femme, soient-ils des papas et des\n mamans, sont tenaces et carnassiers... « Téméraire auteur » — comme dirait\n Boileau — qui osez toucher à la joie des familles!\n\n                                       *\n                                      * *\n\n   Je me suis laissé dire que, quand le chroniqueur littéraire de tel quotidien\nbruxellois entre dans le bureau de rédaction, ses confrères ont l'habitude de\nl'accueillir par ces mots : « Voilà les bois de justice!... » Que ce qualificatif\nconviendrait donc bien à M. Pol Demade! Car il y a un exécuteur, dans\nM. Pol Demade, et j'ajouterai même, car cela lui fera plaisir, un inquisiteur.\nEt j'imagine que s'il a mis une fervente dilection dans l'élaboration d'Une âme\nprincesse et des Contes inquiets, il ne goûte vraiment la plénitude de la joie\nd'écrire, qu'en procédant, en des phrases qui tranchent net et avec des mots\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": "54                                DURENDAL\n\n\n\nqui brûlent, à une de ces décapitations dont il nous donne, depuis vingt ans,\nle périodique et âpre régal. Il importe d'ajouter, du reste, que les « massacres »\nde M. Pol Demade, dont la grande qualité morale et littéraire est le plus intré­\npide courage, ne choisissent jamais leurs victimes que parmi les victorieux,\ndebout, en pleine notoriété. Lorsque jadis, il « descendit » le Banni de\nSodome, ce fétide Léo Taxil, — et ce furent vraiment là des pages de maître\n— c'était au moment où l'enfantine crédulité de tant de catholiques servait de\npiédestal à cet ondoyant mouchard... On en voulut beaucoup à M. Demade\n(cet éreintement de Taxil parut dans le Drapeau, et je me souviens des protes­\ntations que reçut son rédacteur en chef) mais, à quelque temps de là, le com­\nmis-vovageur de Satan fut dévoilé, et nul ne trouva outrancier un jugement\nd'abord jugé scandaleux... En sera-t-il de même de l'attaque virulente que\nje rencontre aujourd'hui, dans Boutique d'idées, contre Camille Lemonnier?\nEn vérité, j'en doute, et il me paraît que plus même que de nuances, M. Pol\nDemade a manqué de mesure. Le sens dans lequel Lemonnier orienta sa vision\nesthétique n'est pas pour me plaire, et je ne me suis jamais fait faute de le\ndire; mais j'estime que cette hantise charnelle qui donne, aux œuvres de\nLemonnier, une sorte d'agaçante déformation, ne doit pas nous faire oublier\nle respect dû à un tenace labeur littéraire, la reconnaissance méritée par l'ini­\ntiateur qui réveilla, en son pays, l'amour désintéressé de l'art, et l'admiration\nqu'on ne peut refuser à tant d'émouvantes et saines beautés qui sont chez\nLemonnier l'envers de beaucoup d'inacceptables audaces et d'affligeantes\ncrudités... Après cela — et ne partageant pas, vis-à-vis de Lemonnier,\nl'exclusivisme de M. Pol Demade — je me juge mieux placé pour trouver\nplaisante l'accusation presque de sacrilège que certains portèrent contre le\n« tombeur » de Lemonnier, et cette extravagante prétention, que j'ai lue\nquelque part, de mettre M. Pol Demade au ban des Lettres belges, pour\navoir osé « toucher au Maître »... Voyons, voyons, va-t-on augmenter encore,\ndans certaine critique, la liste des \" intangibles \" ... Après Jean-Jacques Rous­\nseau, Zola; après Zola, Lemonnier ! A qui le tour ?... Laissez-moi plutôt croire,\nen toute simplicité, que si, ces derniers temps, les admirateurs de Camille\nLemonnier n'avaient pas démesurément exagéré leur latrie, M. Demade peut-\nêtre n'aurait pas senti le besoin d'opérer une réaction qui, au demeurant, et je\nle reconnais volontiers, va au delà d'un juste équilibre...\n    On méconnaîtrait d'ailleurs — par omission — la véritable personnalité\nde M. Demade, si, à la faveur de certains « règlements de comptes » fameux,\non le considérait uniquement comme un « belluaire » ; ses amis ne s'y trom­\npèrent jamais : au repos, cet énergique est un tendre, avec un fonds adorable\nde pitié et de délicatesse. Boutique d'idées le démontré une fois de plus. Si une\nimpression de cruauté se dégage d'un des panneaux de ce diptyque, quelle\n rayonnante bonté émane de l'autre panneau ! Le lutteur fait trève, et c'est un\n médecin qui parle, si compatissant aux misères humaines, et c'est un natu­\n riste, si ému devant les merveilles de la création, et c'est un philosophe si\n chrétiennement optimiste... Le même homme qu'exalte le souvenir du duc\nd'Albe, pour qui il réclame une statue, est incapable de faire du mal à une\n fleur!...\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 978, "texte": "               DE HERMANN DE BAETS A POL DEMADE                               55\n\n\n   11 y a quelques semaines, visitant, aux rives du Nil, les pauvres ruines d'An­\nLinoë, la ville de splendeur et de volupté, élevée par l'empereur Adrien, à la\nmémoire de son favori Antinoüs, je crus voir errer encore, parmi cette minable\net désolée hécatombe de marbres, l'ombre farouche du moine Schenoudi, qui,\nau début de l'ère chétienne, exerça là, sur les beautés païennes, lé plus joyeux\net le plus forcené iconoclasme .. Et pourtant, l'histoire l'atteste, cet impi­\ntoyable destructeur d'idoles, quand il n'était pas en fonction d'apostolat, pro­\nférait une âme de candeur, de poésie et d'amour, à qui toute infortune était\nfraternelle et à qui nulle disgrâce des êtres ou des choses ne faisait signe en\nvain !\n   Ce Schenoudi ne serait-il pas l'ancêtre intellectuel de M. Pol Demade?\n\n                                                  FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n  Mansourah (Egypte), Noël.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-008", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 56, "page_fin": 59, "titre_corps": "Revue du mois : Chronique des concerts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. de G.", "ancre_debut": "Revue du Mois                        Chronique des Concerts", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "Revue du Mois\n\n                      Chronique des Concerts\n   José Lassalle a reparu aux concerts Ysaye. Par la persuasive éloquence du\nsens expressif comme par la fougue éclatante du lyrisme, il figure au nombre\ndes plus remarquables capellmeister de l'heure présente. L'an dernier il était à\nla tète de son orchestre de Munich et si les interprétations qu'il dirigea alors\nfurent naturellement plus riches de lumière et d'ampleur, plus puissantes\nd'équilibre sonore et de maîtrise dans l'art des gradations, il n'en est pas\nmoins admirable de voir avec quelle sûreté, quelle force et quelle rapidité ce\ngrand conducteur d'orchestre arrive dès le premier contact à animer de son\nsouffle, à pénétrer de sa conception personnelle les artistes d'ailleurs si com­\npréhensifs de l'orchestre Ysaye.\n    Après une Suite, aussi fine de grâce rythmique que de couleur, empruntée\nà l'opéra Céphale et Procris de Grétry, l'on entendit 1a Symphonie Fantas-\ntique de Berlioz pour laquelle Lassalle professe une prédilection particulière,\ncar il l'inscrivit encore au programme de l'un de ses concerts de l'an dernier.\nCette nouvelle audition de la même œuvre constituait une redite peu justifiée,\nles colorations savoureuses de cette musique et son panache si caractérisé de\nromantisme ardent et farouche ne suffisant point à absoudre la Fantastique\nde tout ce qu'elle comporte d'étrangetés, de prolixités et de boursouflures. La\nSymphonie Fantastique date parce qu'elle est essentiellement représentative\nd'une époque d'art lointaine et périmée. Le public accueillit froidement la\nScène aux Champs et ne vibra qu'aux deux dernières parties, la Marche au\nSupplice et la Nuit de Sabbat, enlevées d'ailleurs de façon magistrale. Il salua\naussi d'ovations enthousiastes trois pages choisies parmi les plus prestigieuses\nde l'art wagnérien, le Prélude de Lohengrin, le Charme du Vendredi\nSaint, l'Ouverture de Tannhaüser.\n    Mlle Maud Fay, de l'Opéra de Munich, possède une voix puissante et éten­\ndue qu'on apprécia d'abord dans l'air de Donna Anna de Don Juan. Toutefois\n le génie tendre et gracieux de Mozart ne répond guère aux tendances propre­\n ment dramatiques de cette artiste dont le talent se déploya avec infiniment\n plus d'aisance dans les célèbres poèmes de Wagner, Stehe Still, Schmerzen,\n Traiime. Interprétations se recommandant par la noblesse de la déclamation\n lyrique, par le souci de la ligne et du style, mais où l'on eût souhaité plus\n d'élan et d'émotion communicative. En revanche ce fut dans une généreuse\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3303, "texte": "                              REVUE DU MOIS                                   57\n\n\nenvolée d'allégresse qu'elle chanta l'air du second acte de Tannhaüser où elle\nremporta un succès vif autant que justifié.\n\n                                          *\n                                     H:       *\n\n\n\n\n   Les concerts Lohse continuent à être pour les fervents de Beethoven la\nsource de jouissances artistiques de l'ordre le plus élevé.\n   La Symphonie en ut mineur est une des pierres de touche de la grande\ncompréhension beethovénienne. Par son étonnante profondeur psychologique\nqui l'apparente étroitement à la Neuvième, elle prend place au nombre des\nplus éloquentes peintures que la musique ait jamais tracé de l'âme et du\nmystère qui la domine, de l'âme éprise de clarté, de bonheur et qui, meurtrie\naux heurts tragiques de l'existence, pleure jusqu'au moment où elle oriente\ndéfinitivement son essor vers la Lumière primordiale et divine. Ce sens\nprofond de la Symphonie, que Nikisch faisait ressortir de façon si prestigieuse,\napparaît moins dans l'interprétation de Lohse qui, soucieux avant tout de puis­\nsance et d'éclat, s'attache plus spécialement à intensifier les significations\nlyriques du poème, à faire vibrer ses hymnes glorieux, ses envolées de joie\nimmense vers l'Infini.\n   La Pastorale a été délicieusement rendue. Nous ne sommes point de ceux\nqui considèrent la Pastorale comme une expression d'art située à mi-côte du\nsublime et que surplombent les faites merveilleux où trônent la Septième et la\nNeuvième Symphonie, l'Ut Mineur et l'Héroïque. Si l'on se place au point\nde vue musical pur, ce n'est peut-être pas dans la Pastorale que l'on admirera\nsurtout ces précieuses et inestimables conquêtes dont le maître de Bonn a\ndoté et enrichi l'art de la symphonie. Ajoutons qu'ici apparaît de façon\nbeaucoup moins sensiblele côté Hugo du génie de Beethoven avec ses vio­\nlentes et sublimes antithèses, opposant aux paroles d'insondable douleur les\nexplosions de joie ensoleillée et triomphante. Et cependant la Pastorale est\nassurément parmi les symphonies de Beethoven une de celles qui font le\nplus penser. La haute poésie qu'elle recèle y jaillit en effusions douces et dis­\ncrètes. Dans leur suave harmonie de lignes, ces frais paysages captivent\nencore moins par ce qu'ils expriment que par ce qu'ils suggèrent, par ces\naspects de l'humanité profonds et éternels où se complaisent les méditatifs,\nles esprits curieux de corrélation entre la vie de l'âme et la vie de l'univers\nqui en est comme le miroir symbolique.\n   La Septième Symphonie dénommée si suggestivement par Wagner l'Apo­\nthéose de la Danse, est une des plus magnifiques paroles du maître de Bonn\nen même temps qu'une de ses créations les plus extraordinaires. Egalant en\npuissance de lyrisme l'Ut Mineur et l'Héroïque, elle les dépasse peut-être\npar la hardiesse et l'originalité de la conception, offrant d'ailleurs à un degré\néminent ce caractère si profondément beethovénien d'une admirable unité\nd'inspiration dans l'infinie variété des développements et des moyens expres­\nsifs. Imprimant à l'étonnant Finale cette allure déchaînée et tourbillonnante\nqu'affectionnait Weingartner, Lohse a donné de cette symphonie une interpré­\ntation enthousiaste et colorée dans laquelle les colossales expansions ryth-\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3221, "texte": " 58                                DURENDAL\n\n\n\n iniques du poème se sont déployées avec une triomphale énergie. Nous préfé­\n rions un mouvement plus lent pour l'Allegretto. Dans les dernières années de\n sa vie, Beethoven semble avoir été fort anxieux que ce mouvement de la\nSeptième ne fut pas pris trop rapidement, et il pensait à changer l'indication\nAllegretto en celle d'Andante quasi Allegretto. Excellente aussi l'interpré­\ntation de la Huitième Symphonie, ce regard en arrière jeté par Beethoven\nvers le passé avant d'atteindre dans la Neuvième au point culminant de son\ngénie. L'Allegretto Scherzando et le Menuet, ces pages charmantes où\nsemble respirer encore l'âme radieuse du chantre des Saisons, furent rvthmées\navec infiniment de grâce.\n    De même que la huitième Symphonie, le Concerto en sol majeur pour piano\nest aussi une œuvre lumineuse, couronnée de joie, déployant à profusion la\nriche broderie de ses arabesques étincelantes. Cependant, à part les quelques\nlignes de l'Andante con moto si extraordinairement expressives en leur gravité\ntragique concentrée et qui sont du plus pur, du plus grand Beethoven,\nil demeure assez extérieur si on le compare au Concerto en mi bémol dont il\nn'a ni la magnificence d'architecture ni la profondeur d'accent. Le Concerto\nen ut mineur plus rigoureusement moulé dans la forme classique tradi­\ntionnelle a ses pages les plus significatives dans son admirable Largo. Ces\nConcertos étaient confiés respectivement à deux élèves de M. Degreef, le\npremier, M. Bosquet, virtuose accompli, tenant de son maître l'élé­\ngance limpide et perlée du trait, la sûreté du goût, raffinement des nuances, le\nsecond M. Laoureux, remarquable par son jeu sobre, ferme, consciencieux,\nprofondément respectueux du style et de l'esprit de l'œuvre interprétée.\n\n\n\n    Le premier concert du Conservatoire offrait un intérêt historique tout\n particulier par la première audition en Belgique de l'Oratorio de Noël de\n Schûtz (1664). Ayant résidé longtemps en Italie et après s'être formé à\n la forte et féconde discipline de l'école vénitienne dont son maître Gabrieli fut\n un des principaux représentants, Schütz rentra en Allemagne où il exerça\n une précieuse influence sur l'orientation et le développement de son art en\n créant des types de musique sacrée, Passions, Oratorios, dans lesquels il\n apparait véritablement le précurseur de Bach. L'Oratorio de Noël fut\n découvert il y a quelques années seulement dans les archives de la Biblio­\n thèque d'Upsal. Reconstitué avec tact par son éditeur M. Schering, il\n fut exécuté plusieurs fois en Allemagne et Edgar Tinel a été vraiment bien\n inspiré de nous le faire connaître. Il s'était assuré dans ce but le concours de\n deux artistes de race depuis longtemps appréciés à Bruxelles, MM. Fröhlich\n et PJamondon. Mlle Viceroy avait accepté la périlleuse mission, qu'elle soutint\n avec honneur, de remplacer Mme Cahnbley-Hinken empêchée.\n    L'Oratorio de Noël se compose d'un chœur d'introduction, d'un, chœur\n final et de huit morceaux dénommés intermèdes que relie entre eux le récit\nêvangélique. Très simple de contexture mélodique mais attachant par son\n ingénuité et sa vérité expressive, ce récit eût pu paraître monotone si, avec\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3274, "texte": "                             REVUE   DU   MOIS                             59\n\n\n\nautant de discrétion que de poésie, M. Plamondon ne l'eût finement\ncoloré des inflexions de sa voix charmeuse.\n   Les intermèdes sont très curieux à étudier au point de vue de leurs modes\nd'expression harmoniques et rythmiques, de leur instrumentation si pittores-\nquement suggestive. Gardons-nous surtout d'attribuer à l'œuvre de Schütz\nune valeur exclusivement documentaire, susceptible d'être prisée par les seuls\nérudits. L'Oratorio de Noël a d'autres titres à notre intérêt que son recul\nhistorique et que l'archaïsme naïvement savoureux de son style. L'impression\nsi prenante qui s'en dégage pour l'auditeur attentif résulte surtout du carac­\ntère profondément sincère de cette musique, musique rayonnante de piété\ncandide, imprégnée souvent d'une ferveur d'accent des plus pénétrantes, et\nqui semble respirer et vivre en une atmosphère de foi vivace dont elle\nest l'éclosion spontanée et touchante.\n   C'est ce que M. Ernest Closson exprime si bien en une étude remarquable\nparue dans le numéro du 17 décembre du Guide Musical, étude qu'il\nfaudrait citer tout entière et à laquelle nous empruntons le passage caracté­\nristique suivant : « C'est un art encore archaïque, d'une monotonie et d'une\nindigence relatives, non exempt de ces modulations gauches et incertaines\nqui trahissent la tonalité encore hésitante, de ces tournures embarrassées qui\nimpressionnent désagréablement où font sourire le profane obstiné à tout\nentendre d'une même oreille,\" un drame wagnérien ou un opéra du\nXVIIe siècle. 11 ne faut pas chercher ici la souplesse harmonique inégalée, la\nsomptuosité polyphonique et les amples mélodies de Jean-Sébastien. Nous\navons affaire à un primitif. Mais l'essence même de cet art n'est pas diffé­\nrente. Ön peut même dire que, jusqu'à un certain point, l'élève de Gabrieli\nse montre plus religieux que le cantor de Leipzig. Non pas dans le sens où\nnous reconnaissons, chez Fra Angelico, une religiosité plus profonde et plus\npure que chez un Raphaël. Si la technique, là comme ici, a progressé,\nl'intensité du sentiment religieux, de Schütz à Bach, n'a pas diminué. Mais\non ne peut méconnaître l'importance que l'accroissement de la technique a\ndonné, chez Bach, à la forme, à la préoccupation du développement, par\nrapport à l'effusion sentimentale; si l'art, chez Bach, n'a point diminué la\nloi, reconnaissons que, chez lui, le musicien absorbe parfois le croyant. Avec\nSchütz, au contraire, nous nous trouvons en présence d'un artiste naïf,\nprofondément convaincu, s'efforçant d'exprimer avec toute l'intensité pos­\nsible, au \"moyen d'un vocabulaire musical encore rudimentaire et d'une\nesthétique encore incertaine, le sentiment qui l'anime. Et c'est par quoi\nSchütz est à la fois si intéressant et si touchant. »\n  \"Le concert avait comme splendide couronnement une interprétation émou­\nvante de la neuvième Symphonie où Edgar Tinel mit toute son âme de\ngrand artiste, secondé merveilleusement par l'orchestre, les chœurs, et les\nsolistes, Mlle Viceroy, Mlle Kalker, M. Plamondon, M. Frœlich surtout,\ndont on admira la voix magnifiquement timbrée, la diction ample, énergique\net majestueuse.\n                                                                G. DE G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-009", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 60, "page_fin": 61, "titre_corps": "Le VIe Salon de l’Estampe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "R. G. G.", "ancre_debut": "Le VIe Salon de l'Estampe     Peu d'oeuvres de caractè", "ancre_fin": "aborderons quelque jour. R. G. G.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les Conférences   A u x m a t i n é e s l i t t é r a i r", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 68, "fin_caractere_exclue": 3137, "texte": "Le VIe Salon de l'Estampe\n    Peu d'oeuvres de caractère! C'est l'éternelle lamentation des critiques au\n sortir de nos expositions modernes. Je sais bien, les œuvres caractéristiques\n sont rares, aussi rares que les tempéraments d'artistes. Il v a donc plus de\n regret que de blâme dans cette constatation, car, en somme, peut-on blâmer\n celui qui, sans être exceptionnellement doué, se consacre courageusement à un\n art quelconque et ne faut-il pas être plein de reconnaissance envers les orga­\n nisateurs d'un salon qui nous permet de juger la production de nos graveurs\n contemporains.\n    A part quelques professionnels du genre tels que MM. Auguste Danse,\nArmand Rassenfosse, Marc-Henry Meunier... etc., beaucoup ne sont que des\ngraveurs occasionels, plusieurs même n'exposent que des dessins. Nous\nn'aurons garde de nous en plaindre, les dessins ont un charme à eux, très\nappréciable, mais ils devraient toujours être entourés d'œuvres gravées per­\nmettant de saisir la façon dont l'artiste interprète ses impressions sur le cuivre\nou sur la pierre, c'est, me paraît-il, la seule raison qui justifierait une telle\nquantité d'esquisses dans un salon d'estampes.\n    Eugène Smits y occupe une place importante avec dix eaux-fortes et\nquatre-vingts croquis. Ici, par exemple, un caractère s'affirme, incontes­\ntablement, l'on sent une âme se révéler par le charme tranquille et pénétrant\nde ces pages harmonieuses. Il n'est pas toujours exempt de gaucherie, mais\ncette gaucherie est parfois expressive et toujours amplement compensée par le\nsens des valeurs et l'attrait de la couleur, qualités fondamentales du talent de\ncet artiste et privilège des tempéraments de peintre.\n   D'autres, tel Jean-Baptiste Meunier, ne possèdent pas ce sens qui fait voir\nles choses par leur coloration plutôt que par leurs contours, ses planches sont\nsourdes et un peu tristes à l'égal des œuvres de Calamatta son maître dont la\nmanière austère et mélancolique plaisait souverainement à toute l'école de\n1830, mais il connaissait son métier et c'est là ce qui nous intéresse à une\népoque où faute de bien posséder l'art du burin l'on a recours à tous les\n« procédés H destinés à voiler l'indigence du fond. Le petit portrait de\nLenoncourt, archevêque d'Embrun, d'après Clouet, est excellent, celui de\nMarguerite d'Autriche est une planche délicieuse dans une gamme blonde.\nLes grandes pièces comme la « Chasse au Rat » et le « Portrait de Rubens »\nsont trop connues pour qu'il soit besoin de les signaler.\n   Trop connues?... Je m'avance peut-être un peu! Connait-on suffisamment\nnotre école belge de gravure? Avons-nous jamais vu, exposées ensemble, les\nœuvres de Calamatta et de ses élèves : Desvachez, Demannez, Biot, Flameng...\nNe serait-ce point une entreprise digne du Salon de l'Estampe? Je me permets\nde croire qu'elle offrirait de l'intérêt.\n  Elle en offrirait à coup sûr autant que l'exhibition des lithographies venues\nd'Outre-Manche sous la bannière du Senefelder Club. Le président de cette\nphalange, M. Joseph Pennell, expose les « Merveilles du Travail ». Qu'elles\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 938, "texte": "                              R E V U E DU MOIS                              6l\n\n\nse déroulent à New-York ou à Rome, à Venise ou à Charleroi, la même\nlumière les baigne, la même atmosphère les environne! Est-il permis d'être\naussi insensible à tous les charmes de l'heure et du lieu !\n   M. Harry Becker, un autre disciple de Senefelder, partage ce travers avec\nJ. Kerr Lawson dont les lithotintes donnent l'impression de bonnes photo­\ngraphies.\n   D'une façon générale, il semble que l'on puisse reconnaître à tous ces\nartistes une assez grande habileté, — vovez les œuvres de F. Ernest Jackson et\nd'Ethel Gabain — hélas! l'habileté ne suffit pas, c'est le petit côté de l'art\n« un peu de vérité ferait mieux notre affaire ». Cette pensée pourrait donner\nlieu à des développements considérables. Nous les aborderons quelque jour.\n\n                                                                    R. G. G.\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-010", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 61, "page_fin": 62, "titre_corps": "Les conférences", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. A.", "ancre_debut": "Les Conférences   A u x m a t i n é e s l i t t é r a i r", "ancre_fin": "plus sympathique des succès. p. 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M. le marquis de Ségur nous a fait l'histoire\nde cette vie, qui resta une en étant double - l'histoire anecdotique, et\nd'autant plus charmante. Il nous a dit les rêves, les espoirs, les déboires, les\nillusions et les désillusions, les triomphes et les défaites de ces deux frères\nécrivains, qui eurent à un haut degré l'orgueil de leur profession, mais qui en\nconnurent aussi les faiblesses, les ridicules et les petites vanités. Portrait\navant tout véridique, brossé par un peintre qui laisse voir les défauts de ses\ndeux modèles, mais dont la légère ironie cache une sympathie très profonde.\n   Cette conférence aimable, spirituelle et juste, dite d'ailleurs avec beaucoup\nd'art, a inspiré grande envie à tous ceux qui l'entendirent de renouer connais­\nsance avec l'œuvre des deux Goncourt, ces parangons d'hommes de lettres.\n                                                                         F. A.\n                                        *\n                                       * *\n   A u x a m i s d e la l i t t é r a t u r e . — Conférence de M. Louis\nDELATTRE.\n   L'annonce d'une conférence du charmant écrivain des Contes de mon\nvillage et du Parfum des buis avait attiré, dans la salle de milice de notre\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": " 62                                DUKENDAL\n\n\n\n hôtel de ville, un public nombreux et choisi. M. Louis Delattre est le plus\n séduisant, le plus spirituel et le plus spontané de nos conteurs wallons, dont\n on en peut citer pourtant quatre ou cinq de première valeur; et il devait\n parler de l'inspiration populaire chez nos prosateurs, c'est-à-dire de ce qu'il\n connaît et de ce qu'il pratique le mieux : on s'attendait à un régal, et d'avance\n on se délectait. Cette attente ne lut pas trompée.\n    Nos écrivains, dit en substance M. Delattre, vont au peuple d'instinct et\n nous disent sa vie, ses mœurs, ses émotions; ils montrent ce qu'il y a en lui\n d'énergie et de santé. Et, chantant de la sorte l'idéal de la race, ils font œuvre\n moralisatrice..\n    De Coster, dans Uylenspiegel, célèbre tour à tour le cœur et l'esprit de la\n mère Flandre. Henrv Carton de Wiart, dans la Cité ardente et les Vertus\n bourgeoises, exalte l'héroïsme des Liégeois et des patriotes brabançons.\n Des Ombiaux nous enseigne, dans le Joyau de la mitre, la tolérance et l'opti­\n misme. Krains et Stiernet nous font connaître les grandes douleurs et les petites\njoies des Hesbignons. Garnir chante le Condroz, puis les mœurs bruxel­\nloises, qui inspirent aussi l'humour de Courouble. Virrès, naturaliste chré­\ntien, célèbre les spectacles de Campine avec une poésie tragique. Demolder\ndécouvre, dans le « cœur des pauvres », des trésors précieux. Glesener, dont\nl'art sévère et probe fait parfois penser à Flaubert, apporte une émotion\n profonde dans l'analyse' de l'âme wallonne. Mme Blanche Rousseau se\n penche sur les consciences enfantines. Henri Davignon dépeint et explique,\nen tâchant à les concilier, les aspects divers et contradictoires du paysage\net de l'âme de Flandre et de Wallonie. Mais le plus proche du peuple,\ncelui qui l'aime le mieux, celui qui lui témoigne la plus forte sympathie et\nla plus généreuse, c'est assurément Georges Kekhoud.\n   En somme, conclut M. Delattre, aucune littérature ne se prête mieux que la\nnôtre à être goûtée par le peuple. Il s'en faut pourtant que le grand public\nconnaisse nos conteurs et nos romanciers. Mais 41 faut continuer avec courage\net constance une œuvre si bien commencée, et des jours meilleurs viendront...\n   M. Delattre termine par un charmant couplet où, avec la saveur et la fine\npoésie que l'on trouve dans ses contes, il évoque des souvenirs d'enfance; et\nc'est tout bonnement délicieux.\n   Toute la conférence de M. Delattre était d'ailleurs pleine d'agrément, de\ngrâce alerte et primesaütière, de fraîcheur et de cordialité. Causerie aimable\net familière, sans prétention ni pédantisme, ne cherchant ni la profondeur ni\nla nouveauté des jugements, mais pleine d'un charme persuasif et d'une\nchaleur d'âme contagieuse, qui ont valu à l'orateur le plus sympathique des\nsuccès.                                                                p. A\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-011", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 62, "page_fin": 63, "titre_corps": "Au théâtre du Parc", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. A.", "ancre_debut": "Au théâtre du Parc   Le mystérieux J i m m y , piè", "ancre_fin": "contribué à la réussite. F. A.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Revue des Revues   — La Revue générale. La fin", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 2920, "fin_caractere_exclue": 3160, "texte": "Au théâtre du Parc\n  Le mystérieux J i m m y , pièce en trois actes de M. ARMSTRONG.\n   Les pièces policières font fureur. Ce n'est pas moi qui m'en plaindrai :\nj'avoue sans honte que je ne cesse d'y prendre un plaisir extrême et que rien,\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "                             REVUE    DU   MOIS                            63\n\n\nau théâtre, ne me semble plus attachant, plus émouvant, plus passionnant,\nque la poursuite d'un criminel intelligent et courageux par un détective fleg­\nmatique, mais subtil et déterminé. J'ai cette faiblesse, assurément fort démo­\ndée, d'aimer à m'amuser quand je vais au théâtre. Et ces drames policiers\nnous reposent des éternelles complications psychologiques, dont nous com­\nmençons vraiment à être fatigués, oh ! oui !... Sans compter qu'ils nous chan­\ngent aussi des comédies rosses ou de mœurs — de mœurs mauvaises ou par­\nfois pires — qui ne sont guère plus divertissantes. Ces drames policiers, au\nmoins, sont honnêtes d'un bout à l'autre, — et c'est toujours ça de gagné !\n   Je ne vous raconterai pas le Mystérieux Jimmy : la pièce de M. Arm­\nstrong est pleine de complications, de surprises, de coups de théâtre, voire\nd'invraisemblances criantes; mais tout cela est ingénieux, bien machiné,\namusant, et par endroits délicat, sentimental et joli. Un coup de poing\naméricain, rudement asséné, sans doute, mais qui, somme toute, fait du\nbien, surtout quand M. Armstrong, pour ranimer vos esprits, vous fait res­\npirer un parfum où j'ai cru reconnaître, pour moi, de l'essence de petite fleur\nbleue...\n   Pièce de famille, à quoi fillettes et collégiens font un joyeux succès. Ces\nenfants ont raison : le Mystérieux Jimmy est un drame passionnant; je le\npréfère, pour moi, à Sherlock Holmes, à Arsène Lupin, à Raffles lui-même,\nqui pourtant m'ont plu, et singulièrement (mais ne le dites pas trop!).\n    L'interprétation, au Parc, était du reste excellente. Le rôle de Jimmy\nallait comme un gant à l'excellent Krauss, qui en a fait une création inou­\nbliable. A ses côtés, M. Seran, M. Péral, Mlles Borgos et Renard ont\ncontribué à la réussite.\n                                                                        F. A.\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-012", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 65, "titre_corps": "Revue des revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "X.", "ancre_debut": "Revue des Revues   — La Revue générale. 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Louis\nLe Cardonnel : Aux dieux d'Irlande, dont voici les dernières strophes :\n\n              Oh ! qui dira la place, auprès des sanctuaires.\n              Où vous dormez, héros des temps évanouis?\n              Vous êtes tous perdus en d'obscurs ossuaires,\n              Vous dont le rêve ancien m'a fait tel que je suis.\n\n              Et pourtant, loin d'Irlande, aux robustes haleines\n              Des Alpes, mes poumons se sont d'abord ouverts :\n              Je suis né dans Valence, aux mémoires romaines\n              Qui voit les monts bleuir dans ses horizons clairs.\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2289, "texte": "64                              DURENDAL\n\n\n\n             L'écho des chants venus de la belle Provence,\n             Aux aèdes brunis par l'éternel été,\n             A bercé ma jeunesse, et j'ai dès mon enfance\n             Connu l'enchantement de l'antique Beauté.\n\n             Mais j'hérite de vous dans ces époques grises,\n             Oit le Doute affaiblit les cœurs les plus virils,\n             L'âme d'un constructeur de mystiques églises.\n             Le désir du voyage et l'attrait des exils.\n\n             Si j'aime, en purs contours, en immuables lignes,\n             Les marbres se dressant dans l'or des matins bleus.\n             J'aime aussi les grands vols nostalgiques de cygnes\n             S'enfonçant dans un ciel d'automne nébuleux.\n\n             Ah ! que toujours l'espace, avec son amplitude.\n             M'incite à souhaiter des espaces meilleurs :\n             Qu'à jamais une austère et sainte inquiétude\n             Me fasse soupirer vers l'immortel ailleurs.\n\n             Que mon vœu de songeur et mon vœu de poète,\n             Jusqu'à mon dernier jour demeurent d'accorder\n             L'élan ardent de l'àme à la forme par-faite,\n             Coupe d'or, d'où le vin ne doit pas déborder\n\n             Et que, les yeux fixés sur l'Idéal, je vive,\n             Gardant, dieux perdus, dans un brumeux lointain,\n             La richesse sans fond de votre ardeur pensive\n             Harmonieusement unie au goût latin.\n\n  — La Belgique artistique et littéraire. Un grand article assez loufoque du\nbaron Ch. van Beneden, sur le Portugal.\n  — La Nouvelle revue Française donne le premier acte de la nouvelle pièce\nde Paul Claudel : l'Annonce faite à Marie. Cinq poèmes délicieux de Tristan\nLeclère (Klingsor).\n   — La Phalange. Les Floralies de M. Richard Dupierreux.\n   — Les Rubriques nouvelles. Un sonnet de M. Charles Grolleau. Une\nlongue suite de poèmes de Paul Claudel. Poèmes en alexandrins, datés de\n 1895. L'un a paru naguère dans Durendal. En voici un autre, net, ferme,\nsans image, presque nu.\n\n             Reprenez le talent que vous m'avez donné'.\n             Le banquier n'en veut point : ceci n'a cours ni change.\n             J'ai porté, j'ai montré partout ce sicle étrange,\n             Nul marchand ne l'honore et rien de lui n'est né.\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1064, "texte": "                            REVUE    DU   MOIS                             65\n\n\n             Nul n'en a reconnu la marque et la matière.\n             Moi je sais seulement qu'il est lourd dans ma main.\n             Je ne l'ai point gâté ; quand vous viendrez demain\n             Je vous l'apporterai la pièce tout entière.\n\n             Tirez-en le profit vous-même ! La voici!\n             Employez-la.   Je sais que vous êtes avare :\n             Vous qui tirez des fruits d'un sol dur et barbare,\n             Reprenez tout le bien dont vous m'avez saisi.\n\n             Je suis le laboureur sur ses sillons arides!\n             Du travail de mes mains rien ne m'est revenu.\n             Si vous redemandez vos arrhes, je suis nu.\n             Si vous cherchez ce que j'ai fait, mes mains sont    vides.\n\n   — Les cahiers de l'Amitié de France publient le sixième chant des Géor­\ngiques chrétiennes de FRANCIS JAMMES. Nous reparlerons dans notre pro­\nchain numéro de cette admirable page.\n                                                                      X.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-013", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 66, "page_fin": 73, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES           LIVRES   M . d e s L o u r d i n e s , histoir", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "LES           LIVRES\n\n M . d e s L o u r d i n e s , histoire d'un gentilhomme campagnard, par ALPHONSE\n   DE CHATEAUBRIANT. — (Bernard Grasset, éditeur.)\n   Je ne connais pas de plus grande joie que celle de découvrir un beau livre,\nsurtout si c'est l'ouvrage d'un auteur nouveau. Dans ce cas, en fermant le\nvolume, on sourit aux œuvres à venir.\n   Il n'y a plus grand mérite à venir aujourd'hui parler de M. des Lourdines;\nje puis dire cependant que j'avais écrit à M. Alphonse de Châteaubriant\navant qu'il fût devenu lauréat de l'Académie des Goncourt. Je le compli­\nmentais du choix qu'il avait fait parmi les voies qui s'ouvrent devant les nou­\nveaux venus. Il a refusé de s'engager dans les sentiers mal famés où s'embus­\nquent les proxénètes de la littérature, mâles et femelles. Il a dédaigné les\nchemins de traverse des auteurs pressés. I1 a préféré la belle route française,\nla route royale, qui s'élance, large et solide, à travers les plaines fécondes, qui\nlonge ses frères les fleuves, éclaire les forêts et relie entre elles les villes,\ncomme les grains d'un interminable chapelet. M. de Châteaubriant, dès son\npremier livre, se range dans la grande armée classique. Il ne descend peut-\nêtre pas de Chateaubriand par le sang, et qu'importe, il en descend par\nl'esprit, par la langue, par la dignité artistique.\n   Ce n'est pas à dire que son roman soit parfait et qu'on ne puisse découvrir\ndes phrases fatigantes, des mots ennuyeux. Je n'aime pas b e a u c o u p ces\n« exostoses en contours de bêtes étranges », ni ces « flots d'étoupes » sur lesquels\nvogue la lune, ni ses « ouates éclatantes » dont se pommelle le ciel. Laissons\nà la médecine ses maladies et ses accessoires de pansement. Je ne vois pas\nnon plus comment des bottes peuvent être noires de boue. Mais qu'est-ce que\nces péchés véniels en face des vertus de tout le livre?\n   Il n'y a guère plus de trois personnages principaux : M. des L o u r d i n e s ,\nson fils Anthime et la T e r r e . C'est même cette dernière, en fin de c o m p t e ,\nqui occupe la plus large place, et l'épigraphe inscrite sur la couveiture est très\nsignificative :\n                              Le Buisson (RUYSDAEI.)\n\n   Est-ce celui du Louvre, avec son grand bouquet d'arbres touffus et ses deux\nchiens au soieil sur la route, que le romancier évoque, ou celui du Musée de\nMunich, avec son chemin qui tourne et son troupeau dans la broussaille? Il\nimporte peu. L'auteur de M. de Lourdines eût pu aussi bien se mettre sous la\nprotection de la Forêt du grand peintre hollandais ou de ce Bois, un des chefs-\nd'œuvre du Musée de l'Ermitage, et d'où s'élance, à droite, l'énorme tronc\nd'un bouleau, dont la cime est brisée, mais qui pousse encore dans la lumière\nde glorieux rameaux. Ce bouleau vraiment ressemble à M. des L o u r d i n e s\nlui-même, grand ami des arbres, qui pleure ceux qu'on abat, qui soigne ceux\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3518, "texte": "                                      LES    LIVRES                                     67\n\nqui sont blessés. Car M. des Lourdines est lui-même un blessé. Il est seul\nici-bas : sa femme est impotente et son fils mène à Paris une sotte et coûteuse\nvie. C e p e n d a n t il ne redoute pas la solitude : avec ses « bottes de roulier dont les\ntirants pendaient, une lévite d'un vert bouteille défraîchi, u n carnier en ban­\ndoulière et sa fourchetine sous le bras \", il sort, derrière son chien Lirot. Il aime\nla marche, \" ce rythme régulier d'où lui monte, c o m m e d'un fléau, des pous­\nsières de pensées et de rêves ». Il va à la chasse... aux champignons, dans ses\nbois. Il y pénètre doucement, « comme dans un sanctuaire, sans bruit! » L a\ntête levée, il regarde, il écoute.\n   « L'atmosphère ne s'était pas éclaircie depuis le matin. U n brouillard,\ncaptif de la forêt, baignait les frondaisons jaunies, les troncs plus noirs, les\nbranches développées en bras gigantesques, en cous cabrés, en serpents\ntordus. L ' u n e d'elles, brisée, pendait, prête à tomber dans le vide. E n des\nreculs de b r u m e s'ébauchait le cône vaporeux des sapins ; et sous cet épanouis­\nsement des fûts en une nef déchirée de jour blafard, sous cette haute mêlée\nde palmes mordues de la dent sournoise des froids, se pressait, plus basse,\nune autre forêt, fouillis pluvieux de bourdaines et dt: viornes, marié à la\npourpre des noisetiers et au safran des érables. L'eau frangeait les ramures,\nalourdissait les fils d'araignée, imbibait les écorces gluantes, et des feuilles\ntombaient, çà et là, en tournant, dans le tranquille égouttement. dans le\ngrand calme profond. Et l'on sentait que cet égouttement, que ce calme se\nprolongeait plus loin et plus loin encore, car elle était immense, cette forêt\nde Vouvantes, et sombre et creusée de gorges sauvages, une vraie forêt de\nl'ancienne G a u l e . . . »\n   Voilà une description qui légitime l'épigraphe. D'un bout à l'autre du roman,\nla forêt d o m i n e les personnages et tout le livre : « Chaque fois, sous cette\nvoûte, au sein de ce silence, il commençait à se sentir tout petit; peu à peu,\nl'envahissait, en face de ces arbres, le sentiment d ' u n e mystérieuse solidarité.\n 11 n'était plus T i m o t h é e des L o u r d i n e s , il n'avait plus d'âge; dans sa chair\ncirculait la sève des châtaigniers et des hêtres; et son esprit, détaché de sa\npropre pensée, libre, immense, épousait toutes les formes, tous les m u r m u r e s\nde la forêt. »\n    Cet ami des arbres ne peut être qu'un brave h o m m e . Sans doute, mais c'est\nun faible. Voici que sa femme désire qu'on abatte un ormeau séculaire,\nh o n n e u r du d o m a i n e , et il ordonne le crime, il ne sait que gémir tout bas.\nTout de même a-t-il mal élevé son fils u n i q u e .\n   Je ne pense pas que ce soit le devoir du critique de raconter, de résumer\ntant bien que mal, — toujours mal — de rapetisser en cinquante lignes,\nl'histoire même que l'auteur a écrite en trois cents pages. Et puis c'est trop\nfacile. Qu'il se résigne, discret ou sévère commentateur, à énumérer les qua­\nlités et les défauts du livre qu'il signale, soit pour conseiller qu'on le lise, soit\nau contraire pour détourner son public d'une inutile fatigue. Mon sentiment\nest qu'il convient de connaître et même de posséder cette œuvre charmante,\ndélicate, point dépourvue de noblesse, fruit du premier été de ce jeune arbre\ndu verger des Lettres françaises.\n    Un premier livre doit toujours être accueilli avec bienveillance et, s'il est\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3493, "texte": " 68                                   DURENDAL\n\n\n sincère et écrit avec application, il convient de le signaler avec émotion.\n N'enlevons pas au lecteur la fleur de sa joie. Ouvrons la porte du jardin et\n restons sur le seuil. Quel b o n h e u r pour u n critique s'il a contribué a u succès\nd'un beau livre ! Mais quelle mélancolie si l'on dédaigne les œuvres de b o n n e\nfoi et de talent pour se précipiter vers les r o m a n s à scandale ou tel volume\nsans style et dépourvu de pensée.\n    Laissons donc à tous les lecteurs futurs de M. des Lourdines le plaisir\nd'assister au drame que déchaîne, au calme Petit F o u g e r a y , la conduite\nd'Anthime, fêtard aveugle. Ne révélons ni comment M m e des L o u r d i n e s meurt\nni comment Anthime est sauvé dans le naufrage de leur fortune.\n   Quelle émouvante marche vers la vérité et vers la conscience reconquise\nque celte promenade crépusculaire du père et du fils jusqu'au mont de la\nCroix-Verte. « C'était sa montagne des Oliviers », dit l'auteur en parlant de.\nM. des Lourdines. « 11 était resté là des journées entières, assis dans les\nfougères, regardant de là-haut passer l'ombre des nuages, c o m p r e n a n t des\nchoses que nulle part ailleurs il n'eût comprises. » L a comparaison, l'allusion\nest peut-être u n peu grosse. Elle n'est point irrévérei.cieuse. Dieu ne nous\na-t-il pas confié une âme pour l'épurer jusqu'à ce qu'elle soit digne de\nretourner à L u i , en L u i , d'être un peu de L u i . M. des L o u r d i n e s est un doux\nhomme qui fut faible par bonté, par amour. C'est ce qui le sauvera : « Tout\nce qui touche l'amour est sauvé de la mort », a écrit M. Romain R o l l a n d ,\nà qui est dédié ce livre de M. Alphonse de C h â t e a u b r i a n t .\n   A ce nouveau confrère nous sommes charmé de souhaiter bon vent, • à\ntravers les traîtres récifs, les îles maléficieuses, sur l'océan redoutable dé la\nLittérature, vers la terre promise de la vraie gloire.\n                                                             JACQUES DES GACHONS.\n\n\nR o g e r V a n der W e y d e n , par M. PAUL LAFOND. Un vol. ill. —\n   (Bruxelles, Van Oest et C ie . Collection des grands artistes des Pays-Bas.)\n   On a souvent exalté le mysticisme de nos Primitifs. On pourrait penser que\nl'on a quelque peu abusé de ce terme, à ce sujet, ou, du moins, qu'on l'a\ndétourné de sa véritable acception. Cependant, si l'on tient à définir par ce\nmot la teneur grave, pénétrée, des interprétations religieuses de nos maîtres\ndu XVe siècle, on devra mettre à part Roger Vander W e y d e n . Si l'on estime\nque Thierry Bouts, entre autres, était un peintre mystique, il faudra distin­\nguer et ajouter que c'était à la manière d'un théologien qui commente des\ntextes dogmatiques, tandis que R o g e r , lui, l'était à la manière d'un francis­\ncain et ne retenait de son texte que le sentiment qu'il exprimait, ou l'émotion\ndont il était imprégné. Car, en vérité, l'auteur de cette admirable Pietâ, du\nMusée de Bruxelles, — sur l'authenticité de laquelle M. Lafond jette un\ndoute peu justifié, semble-t-il, — de cette Pietâ où le deuil inénarrable de la\nVierge, de saint J e a n et de Madeleine devant le Christ descendu de la croix,\ns'enveloppe de la gloire sombre d'un crépuscule empourpré ; le peintre qui a\ntiré de sa pensée, ou plutôt de son âme, ce groupe de muette douleur, immo­\nbile entre les obscurités de la mort qui est venue et celles de la nuit qui va\nvenir, prend toute l'apparence d'un missionnaire de l'esprit franciscain dans\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3682, "texte": "                                    LES LIVRES                                     69\n\nl'art du N o r d . Esprit d'amour opposé à l'esprit de d o c t r i n e ; esprit de réa­\nlité opposé à l'esprit d'abstraction, dont tout l'effort allait à rapprocher Dieu\ndes h o m m e s pour le leur rendre plus présent et plus adorable.\n   Dès le XIIIe siècle, l'influence vivante encore de saint François arrachait la\npeinture d é b u t a n t e de l'Italie aux formules grandioses et figées de l'art\nbyzantin pour le pousser à des expressions si véhémentes que la puissance\ndu sentiment d o n t certaines œuvres du temps — Descentes de croix, Mises aux\ntombeaux, e t c . , — sont animées, enveloppe comme d'une flamme la gros­\nsièreté des figures et la gaucherie tâtonnante des gestes. Cette même ardeur,\nces effusions sans mesure, on les découvre d a n s les pages les plus pathétiques\nde Van der W e y d e n . Il sent, lui aussi, avec une sensibilité vibrante et\ndéchirée l'horreur des scènes de la Passion, les souffrances du Christ traîné\nsur la voie du Calvaire, les affres de la Mère au pied de la Croix, le désespoir\ndes apôtres qui, rendus à la faiblesse et aux incertitudes de leur h u m a n i t é ,\ntravaillés par le doute et par le chagrin, pleurent à la fois la douceur de leur\nmaître et la g r a n d e u r de leur D i e u ! . . .\n    Où R o g e r a-t-il pris le secret de ces interprétations impressionnantes? Qui\na agi sur lui qui, ensuite, devait agir si fortement sur les autres? Ce ne: sont\ncertainement pas les « tombistes n tournaisiens, chez lesquels il a peut-être\ntravaillé dans sa jeunesse. 11 a pu garder de son passage dans leur atelier\nu n e certaine vision sculpturale qui se marque dans certaines de ses œuvres,\nmais ce n'est point de leurs bas-reliefs funéraires, élégants de style mais froids\nd'expression, qu'il a pu recevoir une impulsion déterminante. Reste 1' « école\nde peinture d e T o u r n a i », qui, jusqu'à présent tout au moins, n'est qu'une\nespèce d'être de raison, attendu que les artistes qui l'auraient composée n'ont\nlaissé d'eux, poussière de souvenir, que leur nom inscrit dans quelques\nvieilles paperasses! M. Lafond n'a pas l'air, lui non plus, de croire que\nRoger se soit mis réellement en apprentissage, en 1426, chez Robert Campin,\nalors qu'il était depuis un an « pourtraiteur » de la ville de Bruxelles; alors\nqu'un autre texte n o u s montre les magistrats tournaisiens lui envoyant, la\nmême année, en cadeau honorifique, h u i t lots de vin ! Singulier a p p r e n t i ,\ntraité comme il était de coutume pour les maîtres les plus réputés !\n   L ' a n c i e n n e hypothèse, selon laquelle Roger fut des élèves de H u b e r t\nVan Eyck, reste, somme toute, la plus vraisemblable. N o m b r e des ouvrages\nque l'on attribue à l'aîné des Van E y c k , les miniatures des Heures de Milan,\nles Maries ait tombeau, etc., sont empreintes d'un sentiment dramatique d'autant\nplus poignant que l'expression en est plus sobre et plus c o n t e n u e . A ce point\nde vue, il y a de grandes affinités de tempérament entre le maître et son\ndisciple supposé, et si celui-là n'a pas créé la sensibilité de celui-ci, il a pu en\ntout cas contribuer à lui d o n n e r les moyens de se manifester.\n   Si nous avons peu de renseignements positifs sur ce point, nous en avons\nmoins encore sur les travaux de Roger. C h a c u n e des œuvres qui lui sont\nattribuées — et elles sont d'autant plus nombreuses que l'influence qu'il a\nexercée lui ont suscité plus d'imitateurs — soulève des questions qu'il n'est\npas aisé de résoudre avec sécurité. M. P a u l Lafond a mis beaucoup de\nsagacité et de sens critique à tâcher d'éclaircir les problèmes qui le sollici-\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3328, "texte": "                                     DURENDAL\n70\ntaient à chaque pas. Sa classification chronologique des ouvrages du maître\nparaît bien fondée et nous sommes tout à fait d'accord avec lui pour estimer\npeu probantes les traces d'influences italiennes que l'on a cru déceler dans\nquelques-unes de ses peintures. Il n'y a rien qui soit de conception moins\nitalienne, par exemple, que le portrait de Limai d'Este, publié récemment\ndans le Burliugton Magazine. Mais, dans le même ordre d'idées, nous ne sommes\npas du tout disposés à croire avec l'auteur que le Milanais Z a n e t t o B u g a t t o ,\nartiste déjà âgé lorsqu'il fréquenta l'atelier de Roger, ait pu dépouiller sa\npersonnalité italienne au point de produire des œuvres aussi foncièrement\nflamandes que le Triptyque des Sforza, du Musée de Bruxelles, et la Mise au\ntombeau, des Offices.\n   Le livre de M. Lafond est ce que nous avons de plus étendu sur Van der\nW e y d e n . T o u s les admirateurs de notre art doivent désirer de voir paraître\nquelque jour l'ouvrage considérable, digne du grand artiste — tournaisien ou\nbruxellois, comme on voudra — d o n t M M . Verlant et Van Oest ont conçu\ndepuis longtemps — trop longtemps au gré de notre impatience — le projet.\n                                                                  ARNOLD GOFFIN.\n L e s P r i m i t i f s f r a n ç a i s , par M. L o u i s DIMIER. (Collection des\n   grands artistes.) U n vol. ill. — ( P a r i s , L a u r e n s . )\n   On sait les controverses passionnées auxquelles ont d o n n é lieu les expo­\nsitions des Primitifs flamands et français organisées, il y a quelques années,\nà Bruges et à Paris. L'ardeur patriotique s'en était mêlée, de telle sorte que\nl'on vit avec surprise certains éminents critiques français, feu Bouchot, par\nexemple, en arriver à vouloir démontrer contre toute évidence, que non\nseulement les rares peintres français des XIVe et XVe siècles n'avaient pas\nsubi l'influence des F l a m a n d s , mais que c'étaient, au contraire, ceux-ci, qui\nétaient foule, qui avaient dû à ceux-là, qui étaient quelques-uns.\n   Les polémiques se sont apaisées d e p u i s ; les études ont continué, les\nclassements, les comparaisons attentives, et la réalité des faits s'est dégagée\navec plus de clarté. C'est ce qui permet à M. Dimier d'ouvrir son ouvrage\npar des constatations de cette netteté : « Il ne faut pas chercher d a n s ce livre\nun ensemble de faits pareil à celui que présentent les Primitifs italiens ou\nflamands, ces derniers composant une école, c'est-à-dire une production con­\ntinue, gouvernée par un enseignement c o n s t a n t ; en France j u s q u ' a u\nXVIIe siècle, on n'a connu qu'une production r o m p u e et irrégulière en qui nulle\ntradition certaine ne réussit à se fonder. Ajoutez que nos voisins de F l a n d r e\net d'Italie jouissent dans leurs Primitifs d'un fruit national; au contraire, u n e\nbonne partie de ceux qu'on trouvera mentionnés dans ce livre sont étran­\ngers. \"\n   Ces lignes suffisent pour faire saisir l'esprit du travail de M. Dimier,\ntravail d'une critique très serrée et très p r u d e n t e où l'on trouvera, résumés et\nétudiés, tous les renseignements que nous possédons sur les maîtres français\nde cette période et sur leurs œuvres.\n                                                                               A. G.\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3268, "texte": "                                   LES LIVRES                                  71\n\nLa sculpture aux XVII e et XVIII e siècles, par M. HENRY\n    ROUSSEAU. (Collection des grands artistes des Pays-Bas.) U n vol. ill.—\n   (Bruxelles, Van Oest et Cie.)\n    On peut dire que l'excellent livre de M. Rousseau, que l'auteur présenle\ntrop modestement comme u n e « esquisse sommaire », comble une lacune\ndans l'histoire de notre art national.\n    La période que cet ouvrage embrasse n'est pas de celles qui attirent,\nparticulièrement, la curiosité, de nos jours. L e dédain dont les classiques\nont si longtemps accablé l'art gothique, les œuvres qu'ils admiraient\nl'éprouvent, à leur tour, aujourd'hui. Cependant, si éloignées qu'elles\nsoient, par leur conception amoureuse du grandiose et de l'apparat, de notre\ngoût actuel, nous aurions grand tort de les négliger, de faire fi des travaux\nconsidérables de tant de maîtres flamands et wallons qui ont magnifique­\nment au XVIIe siècle, honorablement au XVIIIe, continué les traditions artis­\ntiques du pays et ajouté au renom et à la gloire de celui-ci à l'étranger.\n  Il suffit, d'aileurs, d'examiner sans parti pris les édifices de style jésuite\nqui nous sont restés; les ouvrages des F a y d h e r b e , des Quellin, des Duques­\nnoy, des Del Cour, des Verbrugghen d'Anvers, qui œuvrèrent surtout en\nBelgique; celle des Buysters et des Verberckt, d'Anvers, de Gérard Van\nOpstal, d'Anselme F l a m e n , de Sébastien Slodtz, qui furent parmi les plus\nbrillants décorateurs de Versailles; de Jean W a r i n , médailleur et sculpteur\nde Louis X I V , pour prendre de l'intérêt pour ces maîtres et pour passer,\nsouvent, de l'intérêt à l'admiration. P o u r faire cette exploration dans un\npassé négligé, on ne saurait prendre de guide plus expert et plus judicieux\nque M. H e n r y Rousseau.\n                                                                          A. G.\nMantegna,       par   M.   HENRI   FOCILLON.\nB e n v e n u t o C e l l i n i , par M. ANDRÉ BLUM, 2 vol. ill. (Paris, Laurens,\n   Collection des g r a n d s artistes.)\n   L'œuvre de Mantegna, c'est le début vigoureux, puissant, alourdi,\nparfois par sa science, de l'évolution décisive de l'art qui aboutira à la Re­\nnaissance classique ; celle de Benvenuto Cellini, c'est la décadence presque\nde cette Renaissance, dont les grands maîtres du début du XVIe siècle, Vinci,\nR a p h a ë l , Michel-Ange, Bramante avaient incarné l'idéal en des formes si\nmerveilleuses qu'ils ne laissaient à leurs émules et à leurs successeurs d'autres\npossibilités que de les imiter ou de les exagérer.\n   Les mémoires de Benvenuto, qui sont d'un artiste, mais aussi, d'un aven­\nturier assez peu scrupuleux, ont fait tort, M. Focillon en fait judicieusement\nla remarque, à son œ u v r e , d'ailleurs fort réduite par les destructions du\ntemps et des hommes. Il a vanté avec tant d'arrogance sa supériorité,\nd'ailleurs réelle, sur certains de ses rivaux, Ammanati, par exemple, que\nses travaux subsistants ont paru insuffisants pour justifier l'orgueil de lui-\nmême dont il témoigne à chaque page. Et, somme toute, il a semblé à\nd'autres, sans doute, comme à nous-même, que l'énergie débordante dont\nmanifestent ces Mémoires — et que Taine a invoquée à titre d'illustration de\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3401, "texte": "72                                  DURENDAL\n\n\nla partie de sa Philosophie de l'art qui touche la Renaissance — ; que cette énergie\nétait plus abondante en paroles qu'en œuvres, plus faite de jactance q u e de\nforce véritable. Au vrai, on pourrait dire qu'il était possédé, comme son\ntemps, du désir du grand et qu'à défaut de pouvoir le réaliser, l'un et l'autre\nsavaient se contenter de l'apparence.\n   Celui-ci comme celui-là, dirait-on dans l'argot d'aujourd'hui, ne détes­\ntaient pas le bluff ! Il reste, néamoins, que Benvenuto, M. Focillon le montre\ntrès bien, était un artiste fort amoureux de son art, surprenant orfèvre,\nauteur de quelques ouvrages tels que le Persée, dont la beauté m a r q u e d a n s\nle souvenir. Mais si l'on s'intéresse à Cellini, on aime Mantegna, on l'aime\ndans sa belle vie passible, ordonnée, laborieuse, comme d a n s son œuvre\nvolontaire, riche d'initiatives fécondes et d'inventions géniales. Mantegna a\ntoute la gravité du pionnier, du chercheur, de l'inventeur : il découvre le\ntrésor de l'art nouveau ; Benvenuto, toute la prodigalité, l'insouciance de l'hé­\nritier qui n'a plus qu'à user du trésor amassé avant lui !\n                                                                 ARNOLD     GOFFIN.\n\n\nIntroduction à la P h i l o s o p h i e de l'Impérialisme, par ERNEST\n   SEILLIÈRE. — (Paris, Alcan.)\n   M. Seillière, qui a fait de ses conceptions morales un exposé étendu en\nquatre gros volumes, a voulu en donner un raccourci vivant, d a n s ce petit\nlivre, recueil de comptes r e n d u s d'ouvrages récents qui lui d o n n e n t l'occa­\nsion de faire connaître ses propres théories. M. Seillière est le docteur de ce\nqu'il d é n o m m e « l'impérialisme », c'est-à-dire « u n e tendance fondamentale\nde l'être à l'expansion vers le dehors, que la théologie chrétienne a nommée\nparfois l'esprit de principauté, que H o b b e s appelait le désir du pouvoir. Nietzche,\nplus récemment, la volonté de puissance... » Dans les nombreux ouvrages\ndont il fait ici l'analyse critique, M. Seillière signale des manifestations\ndiverses de forme du même Impérialisme. C'est, en premier lieu, la forme\nmystique qui donne au croyant l'impression d'être uni à Dieu et lui fait\nainsi acquérir une incomparable puissance et une fécondité immense dans\nl'action.\n   Le mysticisme s'étant libéré des croyances dogmatiques, est devenu, pour\nlui, le romantisme. Le poète et l'artiste, selon la conception romantique, est\nun prophète, il a mission d'interpréter aux hommes la pensée et la volonté\nde Dieu. U n e dernière forme d'impérialisme est la forme démocratique et\nsociale, qu'il s'agisse du communisme de Babœuf, de l'anarchisme de F o u ­\nrier ou du collectivisme de Marx. L ' h o m m e du peuple, qui, dans cette con­\nception, est l'homme de nature, que les perversions de la société n'ont point\natteint, est « allié de Dieu, par conséquent bon par nature et prédestiné à la\npuissance, qu'il s'agit pour lui de conquérir avec l'aide du Ciel. P o u r M. Seil­\nlière, la tendance impérialiste est d'une utilité de premier ordre. P a r c e qu'elle\ndonne la conviction mystique de l'alliance avec la Divinité, elleest un « tonique\ndel'action ». Maiselle requiert d'être endiguée dansdeslimites rationnelles, au\nmoyen des connaissances traditionnelles, fruit de l'expérience des généra­\ntions précédentes, en un mot, au moyen de la science.                        E . J.\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3511, "texte": "                                         LES LIVRES                                            73\n\n L e c a r n e t d ' u n V i e u x M a î t r e , par FRANÇOIS-GUILLAUME DE M A I ­\n    GRET. — ( P a r i s , Bernard Grasset, 1911.)\n    Ceci est un livre sur l'éducation. La table des matières en est des plus allé­\nchantes. Estimant, avec les moralistes catholiques, depuis des siècles, que\nles principaux facteurs éducatifs d'un individu (outre le tempérament naturel)\ns o n t : 1° son éducation d a n s la famille; 2 0 son éducation scolaire; 3° une\ncertaine auto-éducation post-scolaire, expérimentale, due aux conditions de\npensée et de vie que lui imposent son milieu social, le pays, la civilisation\noù il commence à vivre, les influences de ses aînés et de ses contempo­\nrains, etc. etc. F . - G . de Maigret divise son livre en trois parties d o n t la pre­\nmière critique, sous forme de mémoires, diverses manières d'éducation\npaternelle (la manière forte, la manière faible, une manière simplement tradi­\ntionnelle, la manière bigote, la manière incohérente), la deuxième analyse\ndes systèmes de pédagogie (l'éducation de l'école primaire, celle des lycées,\ncelle des jésuites), la dernière, enfin, dessine des produits d'éducation auto­\nexpérimentale (Nicolas Sylvain, Basiien Crevaux, Claude Bailly, trois\ntypes d'hommes nouveaux)... A tout cela est annexé un « Essai de con­\nclusion ».\n   A parcourir, d'abord, ce plan largement charpenté, aux allures de forte\nsynthèse, je me flattais de trouver dans l'ouvrage la réalisation de ses pro­\nmesses. J'ai été déçu. Visiblement, le « Vieux Maître » a été écrasé par la\ngrande question qu'il se mêlait d'étudier et de résoudre, et son carnet, tout\ncompte fait, est un pauvre livre, très incomplet dans la partie critique, abso­\nlument nulle dans la partie constructive ; il démolit sans discernement, par­\nfois à raison, souvent à tort; il n'édifie, rien, car \" l'Essai de conclusion \" de\nl'auteur est un morceau si faible et si inconsistant, qu'il aurait été beaucoup\nmieux inspiré de s'en tenir à sa première résolution : « J'ai dit que je ne con­\nclurai p a s . »\n   On sent qu'il s'en est rendu compte lui-même (et cela prouve en sa faveur ).\nIl ne livre, dit-il dans la préface, son bloc-notes au public que dans l'espoir\nqu' « un plus habile pourra tirer un bon parti » de ces éléments inertes, faire\nun corps de ces m e m b r e s épars, et y souffler u n e â m e . P e u t - ê t r e ! . . . Mais, en\ntous cas, ce livre n'eût pas été écrit, que rien n'était perdu : les matériaux\nqu'il offre à de « plus habiles » sont d a n s vingt autres ouvrages où se trouvent\ncritiqués (et plus adéquatement) les systèmes d'éducation traditionnelle, et\nanalysé (et plus rigoureusement) ce que l'on a n o m m é 1' « esprit des temps\nnouveaux ».\n   E n s o m m e , donc, et enfin, le Carnet d'un Vieux Maître ne constitue qu'une\ncontribution quelconque et tout indirecte au grave et complexe problème de\nl'éducation, une contribution d'amateur.\n   J'allais oublier de dire qu'il fourmille de j u g e m e n t s naïfs, s a u g r e n u s et\ntranchants (sur n o m b r e de sujets graves et sacrés) qui font ressembler terri­\nblement ce « Vieux Maître » à quelque jeune fat échappé de S o r b o n n e . . .\n   E t j'ajoute encore que 1' « écriture » du Carnet l'emporte de loin sur le\nfond.\n   F.-G. de Maigret a commencé par écrire des vers et des nouvelles : il fera\nbien d'y revenir...                                                                        T. 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C'est la façon la plus\nsimple pour eux de s'acquitter de leur dette.\n                                               *\n                                           *       *\n\n   N o t r e collaborateur M. P I E R R E N O T H O M B p u b l i e r a en f é v r i e r ,\na u x éditions de L'OCCIDENT, à P a r i s , un v o l u m e de p o è m e s i n t i t u l é :\nNOTRE-DAME-DU-MATIN.\n                                                   *\n   T r é s o r d e l ' a r t b e l g e a u X V I I e s i è c l e . Mémorial de l'Exposition\nd'art ancien à Bruxelles en 1910. — Cet ouvrage, rédigé par un groupe de spécia­\nlistes belges et étrangers, sous la direction du Comité organisateur de l'Expo­\nsition, paraîtra en dix fascicules et formera deux forts volumes grand in-4 0 ,\nqui contiendront de 400 à 500 pages de texte et environ 180 planches hors\ntexte. Le prix de souscription est de 160 francs; il sera prochainement porté\nà 200 francs.\n   Les deux premiers fascicules sont consacrés à l'œuvre de R u b e n s et de son\nécole avec une étude et des notices de M. Fierens-Gevaert. Les quatre fasci­\ncules suivants seront consacrés à R u b e n s , Van Dyck, Jordaens, Fijt, Sny­\nders, Siberechts et aux « petits maîtres » : Adrien Brouwer, Teniers, Van\nCraesbeeck, Gonzales Coques, etc. Les qualre dernieis fascicules seront\nconsacrés à l'ait appliqué et au milieu social du XVIIe siècle, tels qu'ils étaient\nreprésentés à l'Exposition de l'art belge au XVIIe siècle.\n    L'ouvrage est édité par Van Oest, libraire éditeur, 16, place du Musée,\nBruxelles, à qui il faut adresser les souscriptions.\n                                               *\n                                           *       *\n   La Société des Matinées littéraires, à qui revient l'honneur\nd'avoir inauguré naguère les premières conférences à Bruxelles et dont on\nse rappelle les campagnes fameuses sous l'égide de Brunetière, de Larroumel\net de bien d'autres écrivains français, organise cet hiver à la salle Patria,\n23, rue du Marais, une série de six conférences inédites. Se rattachant toutes\nau second E m p i r e , elles évoqueront la société, les lettres, les arts de cette\népoque par la voix de quelques-unes des personnalités les plus marquantes\nd'aujourd'hui : le marquis de Ségur, le comte d'Haussonville et M. Ray­\nmond Poincaré, de l'Académie française; M. Maurice Sabatier, de l'Institut;\nMM. F e r n a n d Laudet et André Beaunier.\n   Le prix de l'abonnement aux six conférences est fixé à 20 francs. Ou est\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2858, "texte": "                                        NOTULES                                           75\n\nprié de s'adresser à M. José Perrée, maison Breitkopf et Haertel, 68, rue\nCoudenberg, à Bruxelles, qui est chargé de recevoir les adhésions et de\nnuméroter les places.\n  Voici le p r o g r a m m e de la série complète :\n   L u n d i 22 janvier, à 4 h. 1/2 : les Goncourt, par M. le marquis de S é g u r ;\n  L u n d i 29 janvier, à 4 h. 1/2 : Montalembert sous le second E m p i r e , par\nM. le comte d ' H a u s s o n v i l l e ;\n   L u n d i 5 février, à 4 h. 1/2 : Augustin Cochin et l'aclion sociale sous le\nsecond E m p i r e , par M. F e r n a n d L a u d e t ;\n   L u n d i 4 mars, à 4 h. 1/2 : le mariage dans le théâtre de Dumas fils, par\nM. Maurice Sabatier;\n   L u n d i 11 mars, à 4 h. 1/4 : la mode sous le second E m p i r e , par M. André\nBeaunier.\n  L u n d i I e r avril, à 4 h. 1/2 : M. T h i e r s , par M. R a y m o n d Poincaré.\n\n                                                *\n                                            *       *\n  J a a r k r a n s , par l'abbé C u p p e n s , m u s i q u e de L . De Vocht :\n   N o u s r e c o m m a n d o n s chaleureusement aux a b o n n é s de Durendal les deux\nrecueils déjà p a r u s du cycle liturgique de liederen flamands intitulé Jaar-\nkrans, dont l'abbé C u p p e n s écrit les exquises poésies et dont le talentueux\ncompositeur L . De Vocht fait la musique. Quelques-uns de ces chants sont\nde vrais petits chefs-d'œuvre de sentiment intime relevés par une très intéres­\nsante recherche du pittoresque.\n  S'adresser à M. l'abbé C u p p e n s , curé de Loxbergen (par Haelen- Diest)\n                                                                          J. RYELANDT.\n                                                *\n                                            *       *\n\n  Accusé de réception :\n   A R T : Trésor de l'art belge au XVIIe siècle. Mémorial de l'exposition d'art\nancien à Bruxelles en 1900. Fascicules I et II : Rubens et son école, par F I E ­\nRENS-GEVAERT, illustré (Bruxelles, Van Oest). — Album historique de la Bel-\ngique, t. V. L a renaissance catholique, t. VI. Le siècle philosophique, par\nH . VANDERLINDEN et H . OBREEN, illustré (idem). La Société du XVIIIe siècle\net ses peintres, par LEANDRE VAILLAT, vol. illustré ( P a r i s , P e r r i n ) . — L'art à\nla ferme, par ALBERT DUTRY (Gand, De Scheemaecker).\n\n  H I S T O I R E : Histoire contemporaine de 1850 A 1900, par CHARLES MŒLLER\n(Paris, Fontemoing).\n    L I T T É R A T U R E : Lapensée romane, par ALBERT COUNSON, t. I (Louvain,\nU y t s p r u y t ) . — Pages choisies de E . DE VOGUE. Préface de P . BOURGET (Paris,\nPlon). — Le théâtre d'Ibsen, par W . BERTEVAL. Préface du comte DE PROZOR\n( P a r i s , P e r r i n ) . — Charles Guérin, par ALBERT DE BERSEAUCOURT ( P a r i s , E d .\ndu T e m p s présent).\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1757, "texte": "76                                DURENDAL\n\n\n  P H I L O S O P H I E : La valeur du spiritualisme, par JEAN LUBAC (Paris,\nGrasset).\n   POÉSIE : L'essor victorieux, par MARIE DAUGUET (Paris, Sansot). — Les\nheures mortes, par JEAN BOUSCATEL (idem). — La pluie au printemps, par ALBERT\nJEAN. Préface, de A. VAN BEVER (Paris, Grès). — La paresse étoilée, par RENÉ\nD'ALSACE. Préface de E. HINZELIN (Paris, Ed. des Marches de l'Est).\n\n  P O L I T I Q U E : La concentration nationale, par PIERRE FÉLIX (Paris, Grasset).\n  RELIGION : Essais d'apologétique intégrale, t. I. L'incrédulité et les\ntemps prémessianiques (Bruxelles, librairie de l'Action catholique).\n   ROMANS : Un prêtre, par LÉON CATHLIN (Paris, Grasset).— Jacques Tissier\nMarsouin, par PIERRE REY (Paris, Plon). —Sœur Anne, par OCTAVE AUBRY\n(idem). — Œuvres complètes du comte LÉON TOLSTOÏ. Traduction de\nBIENSTOCK : Résurrection, 2 vol., t. XX. Critique de théologie dogmatique, 1 vol.\nQue devons-nous faire ? 1 vol. (Paris, Stock). — Terres de silence, par EDWARD\nWHITE. Traduction de J.-G. DELAMAIN (idem). — Brugglesmith, par RUDYARD\nKIPLING. Traduction d'A. SAVINE et GEORGES MICHEL (idem). — Le capitaine\nNicah Clarke. Les recrues de Monmouth. La bataille de Sedgemoor. Derniers mystères\net aventures, par ARTHUR CONAN DOYLE. Traduction d'ALBERT SAVINE, 4 vol.\n(idem). — Une maison de Grenades, par OSCAR WILDE. Traduction d'ALBERT\nSAVINE (idem). — Les deux châtelaines, par CHARI.ES GÉNIAUX (Paris, Grasset).\n\n  T H E A T R E : Théâtre de PAUL CLAUDEL, 1re série, t. III. La jeune fille\nViolaine. L'Echange (Paris, Mercure de France).\n   VARIA : La crise du français et la réforme universitaire. L'individualisme et la\nréforme de l'enseignement, par ABF.L FAURE. 2 brochures (Paris, Stock).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison01-015", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 80, "titre_corps": "In Cauda…", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Le Petit Serpent", "ancre_debut": "In Cauda... 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Bou-             Ce sont des hymnes de lumière où tout se\nbouroche, s'il veut devenir commis de pre­          coordonne et logiquement s'enchaîne ; ce\nmière classe, il sait ce qui lui reste à faire.     sont tout bonnement des chants de sincé­\n                                                    rité qu'inspire l'amour de Dieu, de l'Eglise,\n                                                    de la Patrie, de la Famille, de l'Art et de\n  L E Dr E M I L E VALENTIN vient de nous\n                                                    la Nature ; c'est la prière d'une âme\nenvoyer un volume : Les heures sereines,            croyante, ardente, enthousiaste, en pleine\npar Elise Tichon, décorée de la Croix « Pro         possession d'une maîtrise que nous sommes\nEccles'a et Pontifice » et de la médaille           heureux d'avoir pu prédire et signaler, il\n\" Bene Merenza \". Il a illustré ce livre            y a longtemps déjà, dans nos Clairons bel-\nd'une préface. Nous ne pouvons céder au             ges du Christ et dans notre « Anthologie »\nplaisir de citer celle-ci in extenso pour           du Patriote illustré.\nl'esbaudissement des populations :                     » Les Heures sereines ne sont pas un\n                                                    simple recueil : c'est un livre d'une belle\n                « PRÉFACE                           tenue littéraire, une œuvre dans la hau­\n   » Voici une œuvre que l'amour ou la              taine acception du mot.\nhaine de notre Foi chez les uns, l'horreur             » Et dans cette œuvre, la pitié déborde ;\nsnobique du vers traditionnel chez les              une pitié telle, qu'à l'exemple, pourtant\nautres, feront diversement accueillir.              peu encourageant, de Racine et de Boileau\n   » Or, — seules les non-valeurs ne se dis­        suivant en qualité d'historiographes offi­\ncutant pas — la diversité même de cet               ciels les armées du Roi-Soleil, l'auteur n'a\naccueil mettra, comme il convient, ce livre         pas craint de se faire l'historiographe du\nhors de pair, et il n'est pas jusqu'à cer­          Roi des Rois, dans ses triomphes eucha­\ntaines railleries que nous ne lui souhaitions       ristiques. Tâche redoutable s'il en fût!...\nde tout cœur.                                       Mlle Tichon, comme on le verra, s'en\n   » Evidemment, en feuilletant ces pages,          acquitte toujours avec vaillance, souvent\nles suaves admirateurs de Verlaine et de            avec honneur, et le seul mérite d'avoir osé\nMallarmé, par exemple, ne pourront que              l'assumer ne paraîtra mince à personne.\nhausser les épaules. Le français très pur              » Nous ne nous dissimulons pas que ce\net le vers très ferme de Mlle Tichon sont,          mérite ne saurait suffire à déboulonner le\nen effet, aussi éloignés de leur français           poète de Sagesse — et de Parallèlement — et\nmué en « petit nègre », que de ce style             à le remplacer sur son piédestal par l'auteur\n\" archisuperlificoquelicantieux \" si plai­          des Heures sereines. Nous pensons bien que\nsamment ainsi baptisé en collaboration par          Verlaine, pour les disciples durandaliens\nRabelais et Louis Veuillot.                         de J.-K. Huysmans, ne va pas cesser d'être\n   \" Ici, rien de titubant, d'obscur, d'in­         « le plus grand poète dont l'Eglise ait pu\ncohérent. Ni brouillards ciselés, ni psycho­        » s'enorgueillir depuis le Moyen âge ».\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4973, "texte": " 78                                           DURENDAL\n\n\n    » Mais, ne nous haussant point à ce             Namur — ne nous avait pas habitués à de\n lyrisme, ce dont nous doutons moins                 telles trouvailles. Nous engageons vivement\n encore, c'est qu'infiniment plus d'honnête          nos lecteurs à faire l'acquisition de ce vo­\n admiration et de respectueuses sympathies           lume, qu'ils placeront dans leur biblio­\n iront à la poétesse chrétienne que nous            thèque près des Clairons belges du Christ et\n avons l'honneur de présenter aujourd'hui           des œuvres complètes de M\"0 Joséphine\n au public catholique; ce dont nous sommes           Fafchamps. A leurs heures d'ennui ils\n absolument certain, c'est que l'Eglise —           pourront se distraire en faisant, d'après les\n et plus particulièrement l'Eglise de Na­           documents annexés au livre, le tableau\n mur — a tout lieu d'en être autrement              complot de la famille de Mlle Elise Tichon.\n fière,                                             Celle-ci, outre les dédicaces au Pape, à\n    \" Pas un de ses lecteurs ne me contredira.      S. M la Reine et à la mémoire vénérée de\n                                                     M. le chanoine Conrotte, a pris soin de\n                  » D r EMILE VALENTIN. »\n                                                    mettre chacun de ses poèmes sous les\n   Ce médecin a raison. Le livre qu'il nous         auspices de quelque parent : A mon frère\nprésente est d'une prenante et profonde             Alexandre; A ma cousine M1le Alice Gon­\nbeauté et encore que nous n'appartenions            dry; A mon filleul Elisée; A mes chers\npoint à l'Eglise de Namur nous réclamons            neveux et nièces; A mon cher oncle\nle droit d'en être fiers. La poésie catho­          M. Braibant-Jomot ; A mes frères bien-\nlique — combien de fois l'avons-nous clamé          aimés ; A mon amie tant regrettée Euphra-\n— avait besoin d'être renouvelée. C'est fait,       sie ; A mes neveux et nièces Monsieur et\nnous connaissons désormais les accents              Madame H . Georges et à plusieurs oncles\nnécessaires pour chanter le Pape :                  à la mode de Bretagne. Mlle Tichon méri­\n                                                    tait vraiment par ce noble esprit de famille\nL'église de Rièze est indigente, élroite.\n                                                    la croix \" Bene Merenza \". Elle n'a rien\nMais belle sous les feux du soleil qui miroite.\n                                                    dédié au Petit Serpent...\nEt qui semble aujourd'hui lui lisser un\n                                      [manteau\nDe gala pour fêter le jeune abbé Sarto :                                ***\nla Reine, le Roi :                                    M. Pierre Nothomb s'est glissé dans le\n                                                    comité de la Revue générale.\nII passe souriant sur son grand palefroi :\nIl est à nous! C'est lui! C'est notre jeune Roi!\nles petits princes :\n                                                       Un comité s'est formé en Belgique pour\nPie X est généreux : sa main s'ouvre sans cesse :   élever un monument à Victor Hugo, à\nVoici des œufs de Rome, ô Princes et Princesse,     Waterloo. Il comprend trois banquiers,\nLéopold. Karl, José, trésors de tous les cœurs!     trois industriels, plusieurs Solvay, deux\n  Nous sommes bien émus quand l'auteur              avocats, M. Bréart, bourgmestre de Saint-\nnous décrit les populations privées de leur         Gilles, et le docteur A. Baland, directeur\ncuré :                                              du Florilège à Anvers, et quelques moindres\n                                                    écrivains.\nPauvres gens, depuis mars un arrêt officiel\nLes prive sans pitié du messager du ciel!                               ***\nou le village où rentrent des reliques bien            L E CHARBONNIER qui encourage toujours\naimées :                                            les lettres nationales vient d'envoyer à tous\n                                                    les écrivains débutants sous le titre de\nHiltrude, à Merlemont te voici revenue !            « Une campagne de diffusion d'art » un\n  Et nous apprécions la grâce désinvolte            petit manuel de style épistolaire qui ren­\navec laquelle cette vieille institutrice, en        dra de précieux services à ceux d'entre eux\nsouriant, manie le calembour... nous dirons         qui voudront cultiver ce genre littéraire si\nvolontiers le calembour ecclésiastique :            délaissé. Extrayons-en ces quelques mo­\nQue d'un éclat nouveau Vécu de Prémontre            dèles de différents styles.\nBrille, fier étendard aux nations montré !...         Pompier :\n  Disons-le bien haut, notre littérature —            « C'est pour cela que j'ai voulu que ma\net plus particulièrement la littérature de          voix se joigne à toutes celles qui, plus élo-\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4833, "texte": "                                         IN     CAUDA...\n                                                                                             79\n\nquentes, mais non plus sincères vous                je n'ai donc nullement l'intention de chan­\ntémoignent de légitimes enthousiasmes,              ger de fournisseur.\n                   \" FERNAND    LARCIER. »                                   » EMILE ROVER. »\n  Exotique :                                          Neuf :\n  « Dans la vieille et âpre Bayonne, rude              « Répandre dans des intérieurs modestes\néperon français enfoncé dans les Pyrénées           des œuvres de Meunier, De Rudder,\nespagnoles, me parvient votre envoi...              Devreese, Derre, c'est — on vous l'aura\n               » HECTOR FLEISCHMAN. »               dit — agir en mécène.\n   \" Je rentre d'Orient et trouve vos lettres                          » PIERRE NOTHOMB. »\ncl les envois qui les accompagnent...                  Concis et péremptoire :\n                  MAURICE W I L M O T T E . »\n                                                          « Monsieur le Charbonnier Taymans,\n   « Je vous ai déjà écrit et remercié de la           » Le corps de la femme qui brandit le\nréception des reproductions de vos bas-             drapeau de l'Entente est souple, gracieux\nreliefs à Orchimont (Namur) où j'étais l'été        et d'une heureuse harmonie de lignes. Le\ndernier.                                            bas-relief de M. De Rudder est d'une helle\n                   » JOSEPH RYELANDT. *             allure décorative\n  Noble :                                              » Recevez mes sincères salutations.\n                                                                 » MAURICE DES OMBIAUX. »\n  » Je vais me hâter de trouver pour ces\nœuvres un petit coin dans mon cabinet.                 Grotesque :\n  \" Ah ! pourquoi y a-t-il si peu de char­             « Vous êtes un alchimiste à votre façon :\nbonniers Taymans en Belgique ! Comme                vous avez su, sans connaissances hermé­\nnotre art et nos lettres seraient mieux com­        tiques, mais grâce à la puissance magique\npris s'il y avait beaucoup d'hommes géné­           de votre persévérance et de votre honnê­\nreux et intelligents, pareils à vous ! Je vous      teté, transmuer victorieusement la matière\nai dit précédemment combien j'admirais              grossière du charbon en de l'or pur et\nvotre œuvre de vulgarisation esthétique.            sonnant !\nLaissez-moi vous dire aujourd'hui l'estime                                  » JEAN DELVILLE »\nprofonde que j'ai pour l'homme qui a su,\ncomme vous l'avez fait, unir l'Art et la               La rosserie n'est représentée dans ce\nCharité. Je garde précieusement les jolis           traité que par M. Edmond De Bruyn —\ndocuments graphiques ainsi que les repro­           cela n'a rien d'étonnant — et — qui le\nductions que vous m'avez envoyés ; ils ne           croirait? — par M. Victor Kinon.\ncesseront pas de me rappeler le souvenir\nd'un des plus actifs propagateurs de la\nBeauté dans notre ingrate Patrie.\n                     » GEORGES RENCY. »\n                                                      LES DEUX STEVENS ou LA FAÇON DE\n                                                    DISTINGUER   LES PEINTRES. —      Nous      ex­\n  Poétique :                                        trayons d'un autre ouvrage littéraire de\n                                                    M. Taymans (il s'agit cette fois de poêles) :\n  « Il semble qu'en l'âme brûlante                  « Le MAX (I) c'est — vêtu de plus de beauté\n    De prolétaire justicier,                        — le RENÉ (2) ».\n    Une colère lancinante\n    L'étreint de voir le charbonnier                                    ,*.\n    Toujours demeurer dans l'attente\n                                                      Pour la Gazette de Liége M. Henri Davi-\n    Du Droit dont il est justicier.\n                                                    gnon est un pornographe : voici qu'il est\n                » CHARLES GHEUDF. (1).\n                                                    devenu un \" poète solide \". C'est ce que\n  Simple :                                          proclame une petite revue de Charleroi où\n   « Quant à moi je vous suis tout particu­         M me Berthe René Dethier accumule les\nlièrement reconnaissant de votre gracieux           fautes d'impression et M. van Beneden les\nenvoi, car je vous avais fait connaître que         fautes d'orthographe, au cours d'un para­\nje prends mon charbon à la Maison du                graphe de critique noble que nous ne pou-\nPeuple, où il est excellent et pas cher et que\n\n                                                      (1) Le Gustave-Max.\n  (1) Ne pas confondre avec Wolfgang.                 (i) Le Sylvain.\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3910, "texte": "80                                        DURENDAL\n\n\n vons nous empêcher de citer in extenso.           P. 263, à Rose d'Automne : « J'avoue\n C'est à propos du livre de l'abbé Halflants :   vous avoir aimée un instant. »\n   « . . . L e cardinal Mercier, Karl Huys­        APOTHÉOSE : Exeunt Bobette, Clara\nmans. Dom Bruno Destrée, Carton de               Worth, Sabine Dammien, Rose d'Automne\n Wiart... C'est un groupe certes fort inté­      en chantant, et Albert Hirel en sifflant :\nressant, un faisceau de valeurs belges très\nrespectables. Toutefois nous ne voyons pas       Espoir charmant. Sylvain m'a dit : je t'aime...\nce que vient faire en cette énumération le                            *'* *\ntrès jeune Pierre Nothomb. A part les lec­\nteurs de Durendal, la revue qu'il dirige (sic)     PRÉCOCITÉ ROYALE ET ESPAGNOLE. —          On\nil n'est aucun public sérieux qui ait fait à     lit dans les journaux de Paris, du 22 jan­\nce débutant le grand honneur que lui vaut        vier, ce communiqué protocolaire :\nla bonté de M. Halflants. M. P. Nothomb             « Visite de souverains :\nest un jeune homme parfois bien inspiré             » Dom Jaime, infant d'Espagne, a tenu,\nen poésie comme en méchanceté, son art           en se rendant en Suisse, à s'arrêter une\npromet, voilà tout ! Il existe chez nous tant    journée à Paris. Il s'est promené au bois\nde ces talents ordinaires et sans souffle.       de Boulogne et sur les grands boulevards,\nParlez-moi de Victor Kinon ou de Henri           en compagnie de M. et M * Perez Cabal­\nDavignon, poètes solides (sic) que j'admire.     lero. Il a particulièrement admiré l'Opéra. »\nAu demeurant, il ne suffit pas d'être chré­         Dom Jaime, second fils du roi Alphonse,\ntien dans ses vers pour être surtout inté­       est âgé de cinq ans, mais dans la patrie du\nressant ; il faut d'abord être un véritable      Cid, comme l'on sait :\npoète... Que dira-t-on de M. Pierre\n                                                 La valeur n'attend point le nombre des années.\nNothomb quand il aura quarante ans s'il\ntrouve aujourd'hui déjà d'aussi amical et\n                                                                      *   *\nfacile biographe (sic). Et quel piédestal\nM. Halflants va-t-il donc lui élever ? C'est       Encore une oeuvre posthume de VER­\ncompromettre vraiment une étude de va­           LAINE :\nleur que d'avouer de telles complaisances »                 Les cheveux longs\n  Ce jugement est suivi de l'éloge du                       Des Absalons\n« style sobre et coulant » de M Paul André.                   Genre « esthète ».\n                                                            Blessent mon cœur\n                                                            De leur longueur\n  LE CŒUR EXTRÊMEMENT INNOMBRABLE                             Qui s'entête :\nDE SYLVAIN :\n  Le Cœur et la Vie, roman, par SYLVAIN                     Et surtout ceux\nBONMARIAGE :                                                Qui sont graisseux\n   P. 135, à Bobette : « Si je t'aime, Bo­                    Et qu'on risque,\nbette, etc. »                                               A maint souper.\n   P. 188, à Clara Worth : « Clara, je vous                 De voir tomber\naime, etc. »                                                  Dans sa bisque...\n   P . 222, à Sabine Dammien : « Sabine,                    Je veux, je veux.\nje vous aime. Je vous aime, c'est-à-dire                    Ces longs cheveux,\nque... Je vous aime ! Je crois en vous, en                    Qu'on les coupe :\nvotre âme, en votre cœur... »                               Je n'aime pas\n   P. 257, à Albert Hirel : « Je t'aime. Je                 Ces machins gras\nte plains. Je te plains même d'avoir pour                     Dans la soupe...\nmoi une affection à laquelle je ne réponds\npas d'une façon exclusive. *                                    LE P E T I T SERPENT.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 12, "texte": ""}, {"page_pdf": 13, "texte": ""}, {"page_pdf": 14, "texte": ""}, {"page_pdf": 15, "texte": ""}, {"page_pdf": 16, "texte": "I. — UN PRINCE DE MÉDICIS\n\n       (SUTTERMANS)\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": ""}, {"page_pdf": 18, "texte": "                  Vestales et religieuses\n\n                                AVANT-PROPOS\n\n    Cet opuscule a eu tout d'abord la forme d'une conférence que j'ai\nfaite le y novembre 1908 au pensionnat des Dames de la Sainte-\n Famille, à Helmet, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de la\n Supérieure générale, Madame Justine De Monie. Cette vénérable reli-\ngieuse, dont j'ai eu l'occasion d'apprécier les hautes qualités de cœur et\n d'esprit, est morte le 20 juin 1909; je dédie ces pages à sa mémoire.\n\n\n\n  Je ne sais s'il y a dans les ruines de la Ville Éternelle un\nendroit qui inspire autant d'intérêt que la maison des vestales.\nDécouverte en 1882 à proximité du F o r u m , elle est aujourd'hui\nun centre d'attraction pour tous ceux qui sont sensibles à la\npoésie du passé. L a beauté du site, la solitude qui y règne, les\nsouvenirs qu'il évoque, tout en fait un de ces lieux privilégiés\noù la voix de l'histoire parle avec une éloquence particulière.\nCette grande voix se fait ici plus douce et presque caressante :\n\n   (1) J e n'ai pas cru opportun d'encombrer le bas de ces pages de notes érudites servant\nà justifier chacune de mes assertions; il me suffit d'avertir le lecteur que je n'avance rien\nque de science certaine et d'après les sources. Pour les travaux modernes, voici la liste\nde ceux que j'ai consultés :\n   J U S T E L I P S E : De Vesta et Vestalibus syntagma. Anvers, 1603.\n   BROHM : De jure virginum Vestalium. Thorn, 1833.\n   R. LANCIANI : Notizia. degli Scavi 1883. (Atti della reale academia dei Lincei )\n   JORDAN : Der Tempel der Vesta und das Haus der Veslalinnen. Berlin, 1886.\n   O. MARUCCHI : Nuova descrizione délia casa delle vestali. Rome, 1887.\n   AUEU : Der Tempel der Vesta. (Denkschriften der Kais. Akad. von Wien, Philol. histor.\nKlasse, t. XXXVI, 188S.)\n   C H . H U L S E S : Mittheilungen des archaeologischen Instituts von Rom, 1889.\n   L E MÊME : Das Forum Romanum, seine Geschichte und seine Denkmäler, 2' édition\nRome, 1905.\n   THÉDENAT. : Le Forum romain, 4e édition. Paris, 1908.\n   H . GRISAR : Histoire de Rome et des papes au moyen âge (traduit de l'allemand par\nE. Ledos). Rome, 1900, 2 volumes.\n   G BOISSIER : La fin du paganisme. Paris, 1891, 2 volumes.\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "                              DURENDAL\n\n\nelle ne vous entretient pas, comme dans les autres ruines\nromaines, de guerres et de triomphes sanglants; elle ne vous\nraconte pas les luttes civiles et les querelles des partis, elle ne\nvous redit pas des épisodes de débauches et de cruautés. Ce\nqu'elle fait revivre, ce sont les heures les meilleures de la puis­\nsante société dont le cœur a battu ici. Oasis de paix et de recueil­\nlement au milieu de la b r u y a n t e capitale du m o n d e antique, la\nmaison des vestales a abrité pendant des siècles un culte plus\npur que les autres cultes païens, e t elle a servi de d e m e u r e à un\ncollège de vierges vivant d'une vie retirée et chaste consacrée\nau service de la patrie. Cela est presque chrétien, et il n'en faut\npas davantage pour expliquer le charme de ces lieux, où le pro­\nmeneur se sent ramené par un si mystérieux attrait.\n    Je suis un familier de la maison des vestales. J'y vais souvent,\nje m'y repose plus d'une fois au cours de mes visites au F o r u m .\nJe sais les heures et les jours où je suis presque sûr de m'y\ntrouver seul avec les lézards. J'entre comme chez moi dans la\nvaste cour intérieure sur laquelle donnent toutes les chambres,\nje m'asseois sur une des pierres qui la jonchent, je relève en\nesprit ces murs détruits, ces colonnes renversées, et j'essaie, de\nfaire revivre les existences qui se sont écoulées ici p e n d a n t de\nnombreuses générations. Peut-être trouverez-vous quelque\nplaisir à nvaccompagner dans ma visite aux vierges de l'an­\ncienne Rome, et à voir se dérouler dans un cadre presque\nmonastique les destinées d'une institution féminine à laquelle\nétaient attachées les destinées de la plus grande nation qui ait\nj a m a i s existé.\n\n                                   I\n\n   Les vestales, à Rome et dans toutes les cités latines, étaient\nun collège de femmes chargées p a r l ' É t a t de l'entretien du feu\nsacré d a n s le temple de Vesta. P o u r comprendre la suprême\nimportance de cette mission, il faut savoir ce que signifiait le\nculte du feu dans la cité a n t i q u e .\n   L e feu, première conquête de la civilisation, était chose sacrée\npour les peuples primitifs. Ils le croyaient d'origine céleste,\net ils avaient des légendes, celle de Prométhée par exemple,\nracontant que des hommes d'un courage fabuleux étaient allés,\nau péril de leur vie, le dérober au Ciel. Pénétrés de cette idée,\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                     VESTALES ET RELIGIEUSES                         7\n\n ils avaient une terreur superstitieuse de le voir s'éteindre, se\n disant qu'alors ils retomberaient fatalement dans la vie animale.\n E t c'est la raison pour laquelle ils l'entretenaient avec un soin\njaloux, avec un respect religieux. C h a q u e famille le conservait\n dans l'endroit le plus central de la maison, qui devenait par\n là m ê m e quelque chose de vénérable et de sacré. C'était le\n Foyer.\n    L e foyer était le rendez-vous de la famille, le lien vivant de\n tous ses membres, le gage de la vie sédentaire et civilisée, le\nsanctuaire où s'entretenait la communication entre les vivants\net les morts. Il est resté pour nous, chrétiens, ce qu'il avait été\npour les païens : presque l'équivalent d'un temple. Nos ancêtres\nn'avaient rien de plus cher après leurs a u t e l s ; pro aris et focis\nétait la devise qui les ralliait tous dans un commun amour. Pour\nnous-mêmes, un monde de poésie et d'émotion se concentre\nautour du seul mot de foyer : six mille ans de civilisation n'ont\npas encore épuisé la douceur de ce vocable auguste et le charme\ndes souvenirs qui s'y rattachent. Nous avons remplacé le foyer\npar le poêle et le poêle par la chaufferie centrale, mais la seule\névocation du milieu sacré où le feu domestique réunissait autre­\nfois les enfants d'un même père garde toujours le privilège de\nfaire battre nos cœurs.\n    Or, la Cité, qui était une réunion de familles, avait, elle aussi,\nson foyer. Et ce foyer national était pour la patrie ce que le\nfoyer domestique était pour la famille. Selon l'usage de l'anti­\nquité païenne, on le personnifiait en faisant de lui une divinité\nqu'on appelait Vesta, et on en confiait la garde à des vierges\nqui avaient pour devoir d'y entretenir éternellement le feu\nsacré. Car, pour la Cité comme pour chacune de ses familles,\nl'extinction du foyer était considérée comme la catastrophe la\nplus terrible; il n'était pas de malheur public dont on espérât\nde se préserver, tant que l'intermédiaire mystérieux et redou­\ntable entre le ciel et la terre restait sans vie sur ses autels.\nAussi peut-on dire que la tâche dévolue aux vestales était la\nplus importante de toutes celles que la patrie confiait à ses\nenfants.\n    L'emplacement du temple de Vesta nous dit déjà la signi­\nfication qu'il avait pour les Romains. Il s'élevait au cœur\nmême de la Cité, dans la dépression qui sépare le Quirinal du\nPalatin, c'est-à-dire entre les deux agglomérations primitives\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "8                             DURENDAL\n\n\n\ndont la réunion, à un m o m e n t donné, constitua la Ville Éter­\n nelle. Comme son origine se perdait dans la nuit des temps,\non le supposait fondé, ainsi que toutes les institutions reli­\ngieuses de Rome, par le roi N u m a Pompilius, dont le palais\ns'élevait dans le voisinage. Une atmosphère de légendes flot­\ntait autour du sanctuaire. T o u t contre ses ruines, on voit\naujourd'hui encore le réservoir où coule la fontaine de Juturne,\nla « déesse secourable » du Panthéon latin. Un soir de l'an 496\navant Jésus-Christ, les Romains, disait-on, avaient vu appa­\nraître à cette fontaine deux jeunes et beaux cavaliers d'aspect\nsurnaturel, qui venaient y abreuver leurs chevaux. C'étaient les\ncélestes j u m e a u x Castor et Pollux, qui avaient pris part, à vingt\nlieues de là, à la bataille de Régille contre T a r q u i n le\nSuperbe et contre ses alliés, et qui apportaient la nouvelle de\nla victoire aux Romains. E n reconnaissance, on leur éleva un\ntemple à l'endroit même de l'apparition: les trois belles colonnes\nqui en restent sont encore aujourd'hui la gloire du F o r u m , sur\nlequel elles trônent dans la mélancolique beauté du souvenir.\n   Mais il faut revenir au temple de Vesta.\n   C o m m e la plupart des sanctuaires les plus vénérés, le temple\nde Vesta fut primitivement entouré d'un bois sacré, qui contri­\nbuait au caractère mystérieux et redoutable de l'endroit. On\nne l'abordait, dans les premiers temps, qu'avec ces marques\nextérieures de respect que l'Orient a conservées jusqu'à nos\njours : au lieu de se découvrir la tête, comme nous faisons, on\nse déchaussait pour ne pas en souiller le seuil; rappelez-vous\nMoïse près du buisson ardent. Cet usage se perdit en Occident\nlongtemps avant notre ère, mais, comme tous les usages péri­\nmés, il se conserva çà et là p e n d a n t bien des générations, et\nOvide eut occasion de le constater un jour qu'on célébrait la\nfête de Vesta. Il vit, nous dit-il, une vieille femme qui descen­\ndait pieds nus le chemin qui le long du temple a r r i v a i t , au\nF o r u m , et l'étonnement que lui causa ce spectacle prouve qu'il\nne devait pas être commun. Mais le poète se trompe en\nessayant d'expliquer la chose. D'après lui, la vieille se déchaus­\nsait en souvenir du temps où il y avait en cet endroit des maré­\ncages. C'est que l'intelligence du vieux passé national faisait\ndéfaut aux contemporains d'Auguste : ils le comprenaient aussi\npeu que les humanistes du temps de Louis XIV comprenaient\nle moyen âge.\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                           VESTALES E T R E L I G I E U S E S                             9\n\n\n\n    L e temple de Vesta était un m o n u m e n t de proportions assez\nexiguës et de forme ronde, à l'imitation des cabanes latines\ndont il offrait la fidèle image. L e plan de ces cabanes était simple\net d'une exécution facile. On réunissait en cercle un certain\nnombre de troncs d'arbres qu'on reliait entre eux par des murs\nen clayonnage et en terre battue et on laissait un intervalle vide\nentre deux troncs pour la porte. Par-dessus on jetait un toit\nconique en chaume, percé d'un trou au sommet pour laisser\néchapper la fumée. Lorsque, dans les âges suivants, le monu­\nment fut rebâti d'une manière plus luxueuse en pierre, le res­\npect religieux de la tradition ne permit pas d'en altérer l'aspect.\nOn se borna à remplacer les troncs d'arbre par des pilastres de\npierre et, dans les. parois du temple, l'architecture s'efforça de\nsimuler j u s q u ' a u clayonnage primitif (1). Q u a n t à l'unique baie\nde l'édifice au sommet du toit, elle aussi se conserva longtemps\ndans l'architecture : tous ceux qui ont visité Rome se rappel­\nleront l'avoir admirée à la célèbre église du Panthéon, qui\ndate du premier siècle de notre ère. Rien n'égale la beauté de\nce grand œil de pierre ouvert sur le ciel infini, et qui verse à\nflots une lumière douce et également distribuée dans tout le\nsanctuaire.\n   L'intérieur du temple de Vesta ne ressemblait pas à celui des\nautres sanctuaires p a ï e n s : il ne contenait ni images ni statues;\nseul le feu sacré l'emplissait de sa majesté mystérieuse. T o u t e ­\nfois, comme le paganisme ne perd j a m a i s ses droits, à défaut\nd'idoles on y conservait des amulettes. Nul ne savait en quoi\nelles consistaient, car elles étaient soigneusement cachées à\ntous les regards. Mais on y attachait une importance capitale,\nparce qu'on était convaincu que les destinées du peuple romain\ndépendaient de leur conservation. Aussi, lors d'un incendie\nqui éclata en 241 avant Jésus-Christ, le grand pontife Caecilius\nMetellus ne craignit-il pas de se jeter dans les flammes pour\nsauver ces gages du bonheur de la patrie : il y perdit les yeux,\n\n\n\n  (1) Ici encore, la génération de l'époque classique a cherché une explication malheu­\nreuse : au dire de Plutarque (Numa, 11) et d'Ovide (Fast., VI, 265) le temple était rond\nparce qu'il était dédié à Vesta, la déesse de la terre, et que la terre est ronde! Les gens\nqui, mille ans avant Plutarque et Ovide, bâtirent le temple de Vesta n'étaient pas si\nsavants que cela, et ils avaient des raisons d'ordre pratique pour donner la forme ronde\nà leurs temples comme à leurs maisons.\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "10                                   DURENDAL\n\n\n\nmais son dévouement fut célébré par toutes les voix de la\nrenommée et on lui érigea une statue de son vivant.\n\n\n                                         II\n\n   Maintenant que vous connaissez le sanctuaire, je vais vous en\nprésenter les prêtresses, ou, pour parler à la romaine, les\n« vierges de Vesta ». C o m m e l'indique ce titre, leur caractère\ndistincif et par lequel elles ont une certaine ressemblance avec\nles religieuses chrétiennes, c'était la virginité. Cela est remar­\nquable. Pourquoi l'exigeait-on si impérieusement des prê­\ntresses du foyer national? C'est, a-t-on dit, parce q u ' u n élément\npur comme le feu voulait des prêtresses pures comme lui. Je ne\nsais ce que vaut l'explication, mais le fait est que les anciens ne\nconfiaient qu'à des mains de vierges les rites les plus sacrés de\nleur religion. C'est une vierge aussi qui devenait, dans le\ntemple de Delphes, l'intermédiaire entre les dieux et les fidèles\nqui allaient le consulter. Il faut noter ce respect de la société\npaïenne pour une vertu qu'elle pratiquait si peu. Elle s'incli­\nnait devant la majesté surnaturelle de la virginité, et c'est un bel\nhommage rendu au christianisme, qui seul a appris au monde\nce que c'est q u ' u n e vierge.\n   Les vestales étaient au nombre de six (1); la plus ancienne,\nqui était à la tête des autres, s'appelait la grande vestale. Voici\ncomment elles étaient recrutées. Q u a n d un vide se produisait,\nle grand pontife, qui était la plus haute autorité religieuse chez\nles Romains, choisissait dans les meilleures familles de R o m e\nvingt filles de six à dix ans, réunissant un ensemble de condi­\ntions physiques et morales qui peut se résumer en deux mots :\ncorps sans défaut et naissance sans tache. Il tirait ensuite au sort\ncelle qui était « prise », selon l'expression consacrée. Il lui cou­\npait les cheveux, qu'on suspendait à un lotus n o m m é pour cette\nraison le lotus capillaire, puis il la remettait aux mains de la\ngrande vestale. L'enfant grandissait dans la maison et s'initiait\nà la pratique de son métier, qui consistait à entretenir le feu, à\n\n\n\n  (l) Sur la foi d\"un passage de saint Ambroise, Adversus Symmachum, epist. XVIII, on\nadmet généralement que dans les derniers temps de l'empire ce nombre était de sept. Je\nn'en crois rien ; il n'y a ici, selon moi, qu'une mauvaise leçon : VII pour VI.\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                     VESTALES ET RELIGIEUSES                        11\n\n\n laver: tous les jours la cour intérieure et à procéder, selon les\n fêtes de l'année, à diverses cérémonies liturgiques.\n     Ces occupations étaient assez astreignantes et la vie des ves­\ntales était loin de s'écouler dans l'oisiveté. Joignez-y la claus­\ntration, non absolue mais relative, avec le séjour d'une habita­\ntion exposée au nord, que le soleil ne visitait presque jamais,\net vous aurez l'idée d'un régime qui, en définitive, ne devait pas\n être des plus agréables. Et ce régime, les vestales devaient\nl'observer pendant trente ans, après quoi, si elles en avaient\n envie, elles pouvaient rentrer dans le monde et se marier. On\nnous dit que peu d'entre elles usaient de la permission et que\n celles qui le faisaient s'en trouvaient mal. C'est là, je le crains\nbien, une légende pieuse inventée par les dévots du paganisme.\nSi l'histoire nous cite l'exemple d'une vestale restée en fonc­\n tions après cinquante-sept ans de service, il y en avait d'autres\nqui, à peine libres, s'empressaient de convoler «en justes noces»,\n et je me persuade que c'était le grand nombre : on verra tout de\nsuite pourquoi.\n     L a condition que la patrie faisait aux « vierges de Vesta »\npour prix de leur virginité était incomparable. Elles étaient\nau-dessus des lois et traitées pour ainsi dire à l'égal de déesses.\nE l l e s étaient émancipées de la puissance paternelle et jouis­\nsaient, par une exception unique, des faveurs accordées par la\nloi aux parents qui avaient trois enfants. L ' E t a t leur faisait une\ndot magnifique; elles ne payaient pas d'impôts; elles avaient\nles privilèges honorifiques les plus flatteurs. Elles marchaient pré­\ncédées d'appariteurs; les plus hauts magistrats de la Cité leur\ncédaient le pas; dans les fêtes publiques, au cirque, à l'amphi­\nthéâtre, on leur attribuait les premières places; en justice, elles\nétaient crues sur parole; quiconque les offensait était puni de\nla peine capitale; par contre, si elles rencontraient fortuitement\nun condamné à mort, il était gracié. Mouraient-elles, on les\nenterrait en ville et aux frais du trésor public. L a grande\nvestale était une influence dans l'État : les plus éminenls\npersonnages lui confiaient leur testament, sa protection était\navidement recherchée, et dans les querelles publiques on invo­\nquait souvent son entremise. C'est ainsi, pour ne citer qu'un\nexemple entre beaucoup d'autres, que Jules César, menacé de\nla vengeance de Sylla, fut sauvé grâce à la protection de la\ngrande vestale.\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "12                              DURENDAL\n\n\n   Je n'en finirais pas si je devais continuer cette é n u m é r a t i o n .\nIl me suffira de dire que les dieux eux-mêmes faisaient, disait-\non, des miracles en laveur des vestales, notamment pour\nprouver leur innocence q u a n d elles étaient injustement accu­\nsées. Et l'on prétendait que leurs prières étaient tellement\nefficaces, qu'elles avaient le pouvoir 'd'arrêter dans sa fuite\nl'esclave fugitif, aussi longtemps du moins qu'il n'avait pas\nencore franchi l'enceinte de la Cité.\n   D'autre part, on d e m a n d a i t aux vestales de ne jamais se\ndépartir de la plus grande dignité et d'apporter dans toute leur\nconduite un sérieux en rapport avec la majesté des fonctions qui\nleur étaient confiées. On n'aimait pas de leur voir une h u m e u r\ntrop enjouée, un esprit trop pétillant, une toilette trop soignée :\nc'étaient là a u t a n t d'indices de préoccupations mondaines se\nconciliant mal avec leurs austères devoirs. On châtiait sévère­\nment leur négligence dans l'accomplissement de ceux-ci :\nlaissaient-elles s'éteindre le feu sacré, elles étaient frappées de\nverges. E t malheur à celle qui violait son devoir de chasteté!\nSi elle ne se dérobait pas au châtiment par le suicide, comme\nce fut plus d'une fois le cas, la plus épouvantable de toutes les\nmorts l ' a t t e n d a i t ; elle était enterrée vive! U n cortège lugubre,\ndans lequel le bourreau marchait à la suite des pontifes,\nconduisait la coupable au lieu du supplice, dans une litière\nnoire et fermée, qui la dérobait à tous les regards. On la faisait\ndescendre, en lui d o n n a n t un pain et une cruche d'eau, dans un\ncaveau dont on murait ensuite l'ouverture, laissant la malheu­\nreuse expirer lentement dans l'horreur des ténèbres éternelles.\nLes érudits croient avoir retrouvé l'endroit où était le funeste\ncaveau : c'était à proximité de la Porta Pia. Là s'est passé\nbien des fois, au cours de mille ans, la scène terrible que P l i n e\nle J e u n e a décrite dans une de ses lettres : il s'agit de la grande\nvestale Cornélie, condamnée sous D o m i t i e n :\n   « On envoie les pontifes pour l'enfouir dans le caveau où elle\ndoit périr. Mais elle, tendant les mains tantôt vers Vesta,\ntantôt vers les autres dieux, proférait des plaintes parmi\nlesquelles celle-ci revenait sans cesse : « César me croit\n» coupable, lui qui a vaincu grâce à mes prières et à mes sacri­\n» fices. » Elle répéta ces paroles j u s q u ' à ce qu'on la conduisit\nau supplice. Innocente? Je ne sais. P e n d a n t qu'elle descendait\ndans le caveau, sa robe s'accrocha : elle se retourna pour la\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                        VESTALES ET RELIGIEUSES                   l3\n\n\ndégager, et, le bourreau lui tendant la main, elle fit un geste de\nrépulsion : dernier trait de piété pour repousser de son corps\nchaste et pur ce contact honteux (1). »\n   Pline le Jeune, qui était l'ennemi de Domitien, voudrait\nfaire croire qu'il a fait condamner une innocente, mais Cornélie\nétait réellement coupable; seulement, la malheureuse paya pour\nbeaucoup d'autres. Et ici il n'est pas possible d'éluder une\nquestion délicate : comment les vestales observaient-elles leur\ndevoir de virginité? Eh bien, à toutes les époques de l'histoire,\nnous voyons qu'il n'y a. eu que trop de défaillances parmi\nces vierges sacrées : certaines fois, comme par exemple en 110\navant Jésus-Christ, trois d'entre elles, c'est-à-dire la moitié de\nleur collège, expièrent par le dernier supplice leur infidélité\nau devoir et il est peu probable que ce cas soit isolé. Au\npremier siècle de l'Empire, époque de relâchement universel\ndans les mœurs et d'ébranlement profond des traditions\nantiques, les chutes deviennent particulièrement nombreuses,\net il semble que la virginité ait fui à tout jamais le chaste\nenclos des prêtresses. Les empereurs Vespasien et T i t u s crurent\ndevoir fermer les yeux par peur du scandale, mais le scandale\nne fit qu'augmenter et les coupables, se croyant sûres de l'im­\npunité, affichèrent presque publiquement leur inconduite.\nVoilà ce qui explique la sévérité de Domitien : obtint-elle un\nmeilleur résultat que l'indulgence de ses prédécesseurs? Je\nl'ignore, mais, après comme avant lui, l'histoire enregistre plus\nd'une défaillance. A la veille de leur suppression, S y m m a q u e ,\nle zélé protecteur des vestales, fut obligé de sévir lui-même,\nen qualité de grand prêtre, contre la faute de l'une d'elles.\n   C'est que la chasteté ne se commande pas : la virginité est\nd'ordre surnaturel. Il n'y a ni récompense ni châtiment qui\nremplace, pour la vierge, la conscience de pouvoir se dire\nl'épouse du Christ et d'être admise à suivre 1''Agneau sans\ntache partout où il ira. Privée de cette consécration sublime, la\nvirginité, même entourée d'honneurs et de privilèges, semblait\naux filles romaines une condition intolérable. Aussi, à mesure\nque le patriotisme se refroidit, les familles se montrèrent-elles\nde plus en plus rétives à livrer leurs enfants : déjà du temps\n\n\n  (1) PLINE le Jeune, Epist, IV, 11.\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": " 14                            DURENDAL\n\n\n\n d'Auguste, il devenait difficile de trouver des sujets pour\n combler les vides qui se produisaient dans le collège dont les\n membres étaient des vierges malgré elles.\n     Il fallut élargir les rangs dans lesquels on faisait ancienne­\n ment les choix, laisser arriver les filles du peuple et m ê m e les\n filles d'affranchis, et, malgré cela, le recrutement ne cessa\n d'être laborieux.\n\n\n                                  III\n\n\n    Pénétrons m a i n t e n a n t d a n s l'Atrium Vestae, comme les\n Romains appelaient la maison des vestales. U n couloir le\n faisait communiquer avec le temple de la déesse. Voyez-vous,\n dans ce couloir, cet édicule carré au milieu duquel surgit encore\n aujourd'hui un socle? C'est là que se dressait une statue de Vesta,\n devant laquelle, si je ne me t r o m p e , les vestales faisaient leurs\n dévotions en allant vaquer au culte de la déesse ou en revenant.\n Engageons-nous à leur suite dans ce couloir pour pénétrer dans\n la maison, aujourd'hui que la clôture rigoureuse qui le fermait\n aux profanes a été levée par le verdict des siècles.\n    L a maison des vestales a été rebâtie à diverses reprises\n après des incendies : on y voit, dans les pavés en mosaïque,\ndes différences de niveau attestant des constructions de plu­\nsieurs âges, mais la dernière, qui est du commencement du\nIIIe siècle, l'emporte en grandeur et en richesse sur toutes les\nprécédentes. Elle s'allonge au pied du Palatin, en contre-bas\nde l'ancienne rue Neuve (Via Nova) qui passe au flanc de cette,\ncolline, si bien que le premier étage est au niveau de la rue.\nCelle-ci faisait un coude au coin de la maison et descendait le\nlong de son côté ouest sur le F o r u m .\n   Comme toutes les habitations romaines, celles des vestales\nse développait en rectangle autour d'une cour intérieure sur.\nlaquelle s'ouvraient toutes ses baies. Des murs aveugles don­\nnaient d'un côté sur la Voie Sacrée, de l'autre sur la rue Neuve,\net ne permettaient aux habitantes ni d'être vues ni de voir. T e l\nest le plan de la maison antique : elle concentre toute la vie\nfamiliale à l'intérieur, dans un enclos dérobé aux regards du\ndehors : quelle différence avec nos maisons modernes, qui\nsemblent ne pouvoir se passer des contacts les plus familiers\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                    VESTALES ET RELIGIEUSES                      15\n\n\navec la rue, et qui ont toujours leurs innombrables fenêtres\nbraquées sur les passants!\n   L a cour intérieure, dont nous venons de parler, était gigan­\ntesque : elle mesurait 6g mètres de long sur 25 de large, c'est-\nà-dire qu'elle avait à peu près les mêmes proportions que la\nnef centrale d'une grande cathédrale. Elle était rafraîchie par\ndeux grands bassins d'eau, entre lesquels, dans un octogone\ndont les plates-bandes étaient séparées par de la maçonnerie,\nil y avait un jardinet qu'on peut se figurer très fleuri et très\nparfumé. T o u t alentour régnait un portique à deux étages\navec colonnes de marbre, et derrière le portique s'ouvraient\nles chambres de la maison, qui occupaient les quatre côtés.\nLes côtés longs sont au nord et au sud, les côtés étroits à l'est\net à l'ouest.\n   En pénétrant, dans l'Atrium par l'entrée actuelle du nord-\nouest, on a à sa droite les pièces occupées par la cuisine et par\nl'office. Dans la cuisine, où il reste un puissant foyer de\nmaçonnerie, on a retrouvé des cendres; dans l'office, des\ncoquilles d'huîtres, des débris de vaisselle et jusqu'à un pain\ncalciné. Au côté opposé, c'est-à-dire à l'est, il y a une vaste\npièce qu'on croit avoir été le salon des vestales. Sur cette\npièce donnent six chambres, trois à droite et trois à gauche,\nqui ont exercé la sagacité des archéologues. Comme leur\nnombre est égal à celui des vestales, on en a conclu que\nc'étaient autant de parloirs à l'usage de ces d a m e s ; d'autres\ny ont vu avec plus de vraisemblance des dépôts pour les livres\nsacrés et les divers ustensiles dont chacune d'elles avait\nbesoin. Le côté nord, qui a été le moins étudié, était certaine­\nment le mieux exposé, puisqu'il s'ouvrait au sud ; il y a donc\napparence qu'il contenait les pièces principales de la maison.\nLe côté sud était occupé par diverses pièces dont on ne peut\npas toujours déterminer la destination : on y a notamment\ntrouvé les traces d'une salle de bains avec hypocauste et quel­\nques beaux pavements en mosaïque. L e premier étage, auquel\non montait de ce côté par un escalier qui existe encore, con­\ntenait, à ce qu'on croit, les appartements particuliers des\nvestales, et le second, dont il n'existe plus trace, servait d'habi­\ntation aux esclaves.\n   Telle était la disposition générale de l'ensemble. L a tran­\nquille et austère existence des vestales semble avoir imprimé\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "16                          DURENDAL\n\n\n\n son caractère à cette enceinte quasi monastique. Ne vous y\n trompez pas toutefois : ces lieux ont été le théâtre de tragédies\n sanglantes. Les luttes publiques ont parfois fait irruption dans\n l'Atrium Vestae sans égard pour le caractère sacré de la maison.\n J e vous montrais tout à l'heure, dans le couloir qui fait commu­\n niquer le temple et l'Atrium, le socle encore debout d'une\n statue qu'on croit avoir été celle de Vesta. C'est là qu'en 82\n avant Jésus-Christ, pendant que Marius faisait massacrer ses\n adversaires politiques, le grand pontife Mucius Scaevola vint\n se réfugier, dans l'espoir que le respect du saint lieu arrêterait\n le bras des meurtriers. Vaine espérance! Il fut égorgé au pied\n de la statue qu'il tenait embrassée, et le sang rejaillit jusque\n sur la déesse.\n    Mais les drames les plus lugubres étaient ceux qui se pas­\nsaient à l'intérieur de la maison. Quelle scène déchirante ce\n devait être, quand une des prêtresses était arrachée d'ici par\n la main du bourreau pour être menée en litière couverte aux\nténèbres éternelles du Viens Sceleratus! J'ai dit que plus d'une\nfois elles se dérobaient par une mort volontaire à cet horrible\nsupplice. Si les pierres pouvaient parler, elles nous diraient\nsans doute l'endroit de la cour où vint s'abattre le corps de la\nvestale Cannutia Crescentina, qui mit fin à ses jours en se pré­\ncipitant du haut du premier étage, et elles nous révéleraient le\nréduit de la maison où 1' on trouva un jour pendue la vestale\nCaparronia. L e destin de ces infortunées devait jeter un voile\nde deuil sur l'existence de leurs compagnes et peupler de sou­\nvenirs sinistres une résidence qu'on voudrait se figurer si\nrecueillie et si douce.\n    Toutefois, ces souvenirs font place à des impressions moins\npénibles quand vous jetez les yeux autour de vous. Ce qui\ndonne son principal charme à l'Atrium, c'est la manière dont\nil était garni. D a n s les entre-colonnements des deux côtés longs\nse trouvent les socles, chargés d'inscriptions, d'un bon nombre\nde statues érigées en l'honneur des grandes vestales. Les statues\nont disparu, et celles qu'on a mises en leur place, si elles sont\nd'une incontestable authenticité, ne correspondent pas néces­\nsairement aux personnages que désignent les inscriptions. En\nlisant celles-ci, nous apprenons que les statues ont été érigées\nsoit par des particuliers en reconnaissance de services rendus,\nsoit par des parents et amis en témoignage d'affection, soitencore\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                   VESTALES ET RELIGIEUSES                      17\n\npar le collège des pontifes pour glorifier un mérite particulier.\nElles parlent le langage pompeux et grandiloquent qui était\nde mode au IIIe siècle. Épuisant toutes les formules de la\nlouange la plus enthousiaste, elles vantent « l'admirable chas­\nteté de la prêtresse, sa merveilleuse connaissance des rites\nsacrés » ; elles affirment qu' « elle l'emporte sur toutes celles\nqui l'ont précédée, que Vesta elle-même proclame son mérite,\net que la patrie ressent tous les jours le bienfaisant effet de ses\nprières ». E t il ne faut pas croire que les grandes dames dont\non met ainsi la modestie à l'épreuve se soient toujours con­\ntentées d'une seule statue. Il y en a qui en ont deux, comme\nCoelia Claudiana, ou trois, comme T e r e n t i a Flavilla, ou même\nsix, comme Flavia Publicia. L e vœu d'humilité, comme\nvous le voyez, n'était pas parmi les devoirs d'une prêtresse\nde Vesta.\n  Les statues dont je parle ont un grand intérêt en ce qu'elles\nnous montrent ce qu'était le costume des vestales. A première\nvue, il n'y a rien par quoi elles se rapprochent plus de nos reli­\ngieuses. Les vestales portaient une longue tunique simplement\nnouée à la taille par un cordon, et, par-dessus la tunique, un\nample manteau dans lequel elles se drapaient et dont la partie\nsupérieure était ramenée sur la tête. Mais la ressemblance\nparaîtra moins forte quand on saura qu'au lieu d'être noir\ncomme celui des religieuses, le costume des vestales était d'une\nblancheur éclatante, rehaussée parfois par une bordure de\nbandes de pourpre. Les vestales étaient coiffées d'un tour à\nplusieurs bandeaux destiné, pense-t-on, à protéger leur\nchevelure p e n d a n t leurs fréquents contacts avec le feu. Autour\nde leur tête s'enroulaient les bandelettes sacrées qui leur\ndescendaient des deux côtés sur la poitrine comme l'emblème\nle plus caractéristique de leur vie religieuse. Quand elles\nofficiaient, elles se couvraient en outre d'un voile qui retombait\nsur les épaules, et qu'elles fermaient sous le menton au moyen\nd'une agrafe. Promenez-vous dans la cour d'une statue à l'autre,\net vous verrez comment ce costume reste fidèle à lui-même à\ntravers les générations : il y a toute apparence qu'il remonte\naux origines de l'institution.\n  Mais qui vois-je là-bas contre le mur du sud, se détachant\nsur un fond de lierre et de roses sauvages qui lui font un enca­\ndrement plein de poésie? C'est bel et bien un homme qui s'est\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "18                            DURENDAL\n\n\nintroduit ici, au mépris des règles sévères qui interdisaient à\ntout individu du sexe masculin l'entrée de l'Atrium.       L'homme,\nil est vrai, n'est là qu'en effigie, mais sa présence dans le paci­\nfique cénacle des vestales n'en est pas moins étrange. Je vous\ndirai tout de suite son nom ; c'est le célèbre Vettius Agorius Prae-\ntextatus, qui fut, sous le règne de Valentinien I e r et de Gratien,\nle plus grand personnage de Rome après l'empereur, et en qui\nles vestales menacées de suppression eurent un zélé protecteur.\nL a statue est un m o n u m e n t de leur reconnaissance, qui doit\navoir été bien ardente puisqu'elle leur a fait braver les lois du\ndécorum. Car, parmi les païens de l'époque, les meilleurs se\nsont scandalisés de cette intrusion masculine dans l'Atrium des\nvierges; ils ont trouvé en outre qu'il y avait de l'exagération à\nconférer à Vettius Agorius un honneur que n'avaient reçu ni\nN u m a Pompilius, ni Métellus, qui avaient cependant bien plus\nmérité du culte de la déesse. Mais on n'a pas tenu compte de\nleurs protestations, et la statue a été érigée.\n   Maintenant approchons-nous et regardons : le personnage\nnous intéressera. Vêtu d'une toge dont il tient un pli dans la\nmain droite et dont l'autre pan repose sur son bras gauche, il\nse présente à nous avec une expression des plus caractéris­\ntiques et tout atteste qu'on a affaire à un portrait. Les traits\nde la figure offrent presque la régularité classique des sta­\ntues grecques; les cheveux, coupés court, sont rabattus sur le\nfront par une espèce de b a n d e a u ou de diadème, le visage est\nencadré de barbe et la lèvre supérieure ombragée par une\nmoustache, le menton est accentué, mais sans exagération. L e\ntrait le plus saisissant de la physionomie, c'est l'expression\nde tristesse pensive qui flotte sur les lèvres légèrement ouvertes\npar je ne sais quel sourire douloureux. Ne vous en étonnez pas :\nce grand de la terre est un vaincu. S'il est mort à t e m p s\npour ne pas voir fermer la maison de ses chères vestales, il a\nvécu assez longtemps pour être témoin du coup mortel porté au\nculte des dieux par l'empereur Gratien, et il a pu se dire, en\ndescendant au tombeau, que le culte de Vesta ne lui survivrait\npas longtemps. A le rencontrer ici, on dirait un revenant qui\nvient rêver dans ces lieux sur les ruines de son idéal religieux\net patriotique, et il faut le laisser à une douleur pour laquelle\nil n'est pas de consolation.\n   P o u r effacer l'impression que nous a causée cette rencontre,\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                    VESTALES   ET    RELIGIEUSES                 19\n\n\n\naccompagnez-moi quelques pas plus loin, auprès de ce socle\nsitué, lui aussi, le long du côté sud et presque vis-à-vis de\nl'entrée actuelle de l'Atrium. Plus d'une fois je me suis arrêté\navec émotion devant l'inscription qu'il porte. Elle nous\napprend que la statue qui le surmontait a été érigée le\ng juin 364 par le collège des pontifes en l'honneur de la grande\nvestale C... (le nom est effacé) « en hommage à sa chasteté, à sa\npudicité et à son admirable connaissance des rites sacrés ». Or,\nle nom de l'heureuse mortelle ainsi glorifiée est martelé\nsoigneusement au ciseau.\n   Pourquoi?\n   Quel drame se cache derrière cette mutilation de la pierre?\nPourquoi, après avoir posé cette femme sur le piédestal, a-t-on\nfait disparaître son nom, laissant subsister des éloges qui\ndésormais ne s'adressent plus à personne?\n   Est-il vrai, comme quelques-uns l'ont supposé, que la grande\nvestale dont il s'agit ait laissé tomber de son front la couronne\nde la virginité, et qu'on l'ait punie en supprimant sa mémoire?\n   Rien ne permet de le supposer. Si, en ces années de crise\nreligieuse et de polémiques passionnées, une prêtresse de Vesta\neût donné u n scandale, sûrement la littérature du temps nous\nl'aurait a p p r i s ; amis et ennemis auraient commenté à l'envi,\nbien qu'en sens opposé, la trahison de la coupable, qui livrait\ndes armes aux adversaires de sa foi.\n   L'explication du mystère est plus belle.\n   A l'époque où fut martelée l'inscription, une vestale du nom\nde Claudia abjurait le paganisme, se convertissait à la foi\nchrétienne et entrait comme simple religieuse dans le couvent\nqui s'élevait près de l'église Saint-Laurent hors les murs. Après\navoir servi si longtemps la déesse du feu, elle passait au service\nde celui qui a apporté le vrai feu sur la terre, et son nom, biffé\ndu socle de sa statue par les prêtres païens, était inscrit par les\nanges au Livre de la vie éternelle.\n\n\n                                IV\n\n   D'ailleurs, le jour était venu où, après avoir brûlé pendant un\nmillier d'années dans le temple de Vesta, le feu sacré allait\ns'éteindre pour toujours. L a conversion des empereurs au\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "20                            DURENDAL\n\n\n christianisme n'avait rien changé, dans les commencements du\n moins, à la condition des deux religions vis-à-vis de l'Empire :\n le culte païen était resté la religion de l'Etat, et toutes les\n institutions religieuses d'autrefois continuaient d'être entre­\ntenues par les finances publiques. L e christianisme, lui, se\ncontentait de la liberté et de la faveur personnelle des Césars.\n Seulement, de jour en jour, l'esprit public se détachait davan­\ntage du vieux culte national, et, le nombre des chrétiens\ncroissant, les païens, au bout d'une ou de deux générations, ne\nfurent plus qu'une minorité. C'est alors que l'empereur Gratien\nse sentit assez fort pour faire ce que Constantin le G r a n d\nn'avait pas osé entreprendre : il renonça au titre de chef de la\nreligion païenne et il s u p p r i m a le budget de son culte. Les\nvestales n'échappèrent pas à la loi c o m m u n e : les subsides qui\nleur étaient payés jusqu'alors furent attribués au service des\npostes impériales (382).\n    Le parti païen ne se découragea pas. L'aristocratie romaine\nétait restée en majeure partie fidèle au culte des faux dieux;\nau Sénat, un groupe imposant de membres le professaient\npubliquement et, au grand scandale de leurs collègues chré­\ntiens, offraient toujours quelques grains d'encens devant la\nstatue de la Victoire dressée dans la salle de leurs séances.\nParmi ces h o m m e s , il y avait, outre notre connaissance\nVettius Agorius Praetextatus, le personnage le plus estimé de\nla Ville Éternelle, Nicomachus F l a v i a n u s , et le célèbre orateur\nS y m m a q u e . Celui-ci se fit le défenseur éloquent des vestales,\nd'abord auprès de Gratiën, qui refusa de l'écouter, puis auprès\nde Valentinien II, successeur de Gratien. L e discours qu'il\ntînt en présence du jeune souverain fut un des derniers chefs-\nd'œuvre de l'éloquence romaine. U n i s s a n t la cause des ves­\ntales à celle de l'autel de la Victoire, pour laquelle il plaidait\nen patriote romain plutôt qu'en croyant, S y m m a q u e parvint à\nremuer même des hommes qui n'avaient aucune sympathie\npour ses idées religieuses. « Respectons, disait-il, le culte qui\na toujours été celui de la patrie et qui a présidé à toutes nos\nvictoires. Sans doute, il y a diverses religions et diverses\nmanières d'honorer Dieu : mais nous, Romains, c'est pour\nnous un devoir patriotique de prier comme ont prié nos\nancêtres. Nous ne nous égarerons pas en suivant de si glorieux\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                          VESTALES       ET    RELIGIEUSES                21\n\n\n\nexemples : il faudrait être complice des barbares pour abattre\ndes autels qui nous ont valu tous nos triomphes (1). »\n   Ainsi parlait, aux applaudissements de ses amis, l'homme\nqui appelait le patriotisme à la rescousse du culte païen. Sym­\nmaque rencontra des adversaires dignes de lui. L e premier fut\nle grand poète chrétien P r u d e n c e , l'autre fut saint Ambroise.\nL'illustre évêque de Milan était lui-même, comme on sait, un\nconverti du paganisme : c'est ce qui donnait à sa parole\nune force particulière. Suivant pas à pas son adversaire, il\nanéantit ses raisons. Aux six vestales païennes, pour lesquelles\nS y m m a q u e réclamait des privilèges désormais injustifiés, il\nopposa le peuple entier des vierges chrétiennes, qui n'offraient\npas au Ciel une chasteté temporaire largement rémunérée, mais\nqui, spontanément, se donnaient pour toujours au Christ et\npassaient leur vie dans la pauvreté, dans l'obscurité, dans la\nmortification, se nourrissant plus mal que les esclaves et se\nlivrant aux plus humbles travaux. « P o u r q u o i , disait-il, subsi­\ndierait-on les vestales et pas nos religieuses? Celles-ci, il est\nvrai, ne d e m a n d e n t rien à l ' É t a t ; c'est une raison de plus pour\nne pas traiter autrement les six vierges païennes. » P u i s , ren­\ncontrant l'argument de S y m m a q u e disant qu'on devait rester fidèle\nà la tradition des ancêtres, puisque aussi bien il y avait diverses\nreligions, il éleva le débat aux hauteurs de la philosophie de\nl'histoire. « Ce n'est point parce qu'elle est nouvelle que la\nreligion chrétienne doit être rejetée : elle marque un progrès de\nl'humanité, elle est l'aboutissement de ses grandes destinées.\nLe progrès est la loi providentielle du monde. L'ordre dans la\nnature a remplacé le chaos primitif : Je jour glorieux succède\nau crépuscule; la terre, d'abord sauvage, devient fertile en mois­\nsons, l'année commence par le printemps, l'homme commence\npar l'enfance. E t si ce progrès est à admirer dans la nature maté­\nrielle, combien plus admirable encore celui qui se fait dans\nla vie morale, et qui substitue les lumières de la foi chrétienne\naux ténèbres du paganisme! »\n   Après cette réplique de saint Ambroise, la cause était\nentendue : le budget des vestales resta supprimé (384). Les\npartisans du vieux culte ne se découragèrent pas toutefois.\n\n\n (1) Symmachi   Opera, éd. Seeck. pp. 280 et suivantes.\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "                              DURENDAL\n\n\n\n Les empereurs chrétiens avaient eu l'humanité de ne pas\nexpulser de leur maison les quelques pauvres femmes dont ils\nsupprimaient les fonctions et le salaire, et il semble que leurs\namis païens aient entretenu à leurs frais le sanctuaire et ses\nprêtresses en a t t e n d a n t des jours meilleurs pour eux. Ces jours\nsemblèrent venus lorsque, quelques années plus lard, Valenti­\nnien II fut assassiné et le rhéteur Eugène proclamé empereur.\nEugène, bien que chrétien lui-même, chercha un appui parmi\nles t e n a n t s du vieux culte, et ceux-ci se groupèrent avec\nenthousiasme autour de l'homme sur lequel reposaient leurs\nsuprêmes espérances.\n     Il semblait qu'on fût revenu aux jours de Maxence et de\nConstantin le G r a n d ; le IVe siècle allait finir, comme il avait\ncommencé, par une lutte décisive entre la croix et les idoles.\nQui l'emporterait, de l'usurpateur a p p u y é par la puissante\naristocratie païenne de Rome, ou du brave Théodose, le succes­\nseur légitime de Valentinien II et le zélé défenseur de la foi\ncatholique?\n     On peut bien se figurer la poignante incertitude qui régna,\nde paît et d'autre dans la Ville Éternelle en a t t e n d a n t qu'on\napprît l'issue du duel formidable entre les deux religions.\nNulle part, sans doute, l'angoisse ne fut plus grande que dans\nl'Atrium Vestae. Il y avait dix ans que, dépouillées à la\nfois de leurs glorieuses fonctions et de leur opulent budget,\nles vestales n'exerçaient plus q u ' u n office purement privé et ne\nvivaient que de la charité précaire des païens. L a victoire\nd ' E u g è n e allait-elle leur rendre leur dignité et à leur culte son\nprestige, ou bien fallait-il se résigner à un destin qu'on avait\nhorreur d'envisager? Peut-être espérait-on, sans oser le dire,\nque de beaux jeunes gens abreuvant leurs chevaux d a n s la\nfontaine de J u t u r n e , comme mille ans auparavant avaient fait\nCastor et Pollux, apprendraient au peuple de Rome le t r i o m p h e\ndes anciens dieux...\n    Il n'en fut rien : quand les courriers arrivèrent enfin, ils\napportaient une nouvelle qui d u t retentir ici c o m m e un glas\nde mort. T h é o d o s e remportait une éclatante victoire; le parti\nd'Eugène était en pleine déroute, et ses chefs, parmi eux Nico­\nmachus Flavianus, étaient restés sur le c h a m p de bataille.\nDe nouveau, comme au temps de Julien l'Apostat, le Galiléen\nl'emportait.\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                    VESTALES ET RELIGIEUSES                         23\n\n\n    Cette fois, le culte de Vesta était frappé au cœur. Il n'y eut\nplus personne pour le prendre à sa charge; l'Etat confisqua le\nsanctuaire et le feu sacré s'éteignit. L'Atrium Vestae, aban­\ndonné de ses habitantes, fut désormais une maison ouverte\nà tout venant, et le public y entrait par désœuvrement ou par\ncuriosité, pour voir comment était fait cet intérieur qui avait\nété si longtemps fermé par une rigoureuse clôture. E t alors,\ns'il faut en croire un historien païen, il se passa ici une scène\ndouloureuse. Séréna, parente de l'empereur et femme du célèbre\ngénéral Stilicon, se promenant un jour dans le couloir de\nl'Atrium, avisa au cou de la statue de Vesta un collier de\npierres précieuses : elle ne craignit pas de le détacher et de\ns'en parer elle-même. Une vieille vestale, restée dans la mai­\nson ou ramenée par la fidélité du souvenir dans ces lieux\nendeuillés, ne pouvant contenir sa douleur à l'aspect de ce\nsacrilège, lança les plus terribles anathèmes à la grande dame\nqui outrageait ainsi la vieille foi. E t lorsque, une quinzaine\nd'années plus tard, Séréna fut décapitée pour crime vrai ou\nfaux de trahison envers la patrie, les païens ne manquèrent pas\nde voir dans cette fin tragique une vengeance de Vesta,\nfaisant trancher par la hache du bourreau ce cou qui s'était\norné des dépouilles d'une déesse.\n\n\n                                  V\n\n   Que devint la maison des vestales, lorsque sa dernière habi­\ntante l'eut quittée après avoir jeté la malédiction sur ses profa­\nnateurs? Elle resta à la disposition de l'Etat, qui la ferma\nd'abord et qui la mit, comme tous les édifices religieux, désaf­\nfectés ou non, sous la protection d'un magistrat spécial. Mais\naucune protection ne pouvait la garantir contre la lente et iné­\nvitable, dégradation des maisons inhabitées. Il fallait l'occuper\npour la conserver et c'est bien, paraît-il, ce que l'on fit dans les\npremiers temps. P e n d a n t quelques générations encore, on peut\nsuivre ses traces à travers l'histoire. E n 472, à la veille du pillage\nde Rome par les Goths de Ricimer, on y cacha dans un égout\nun trésor assez considérable dont le porteur aura péri dans le\npillage, puisqu'il n'est pas venu reprendre son bien. Sous\nThéodorie le Grand, on y fit certains travaux d'entretien, mais\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "24                            DURENDAL\n\n\naussi on y enleva un certain n o m b r e de socles qui furent trans­\nportés au Palatin.\n   Puis les destinées de Rome se précipitèrent              cinq fois\n                                         e\nprise et reprise au cours du VI siècle et un moment tout\nà fait dépeuplée, la Ville Éternelle n'a plus le m o i n d r e\nsouci de protéger ses m o n u m e n t s anciens, qui sont livrés au\ncaprice des éléments, de la végétation et des bêtes sauvages.\nQ u a n d les hommes revinrent, ce fut pour hâter la destruction à\nlaquelle présidaient les forces de la nature. On avait perdu\nentièrement l'intelligence de ce que représentaient les monu­\nments de l'art ancien, on n'y voyait plus que des carrières de\nmatériaux à bâtir; que dis-je? les nobles statues réunies ici en\naréopage féminin ne parurent, aux yeux des Romains dégé­\nnérés, bonnes qu'à fournir de la chaux. On leur abattit les têtes\net les bras et on les jeta pêle-mêle, toutes ensemble, d a n s un\ntas, puis on bâtit à côté un four à chaux où on se proposait de\nles faire passer. Qu'est-ce qui les sauva? Découvrit-on ailleurs\nde plus riches gisements de marbres à calciner et oublia-t-on\nles pauvres vestales, ou bien se produisit-il quelque catastrophe\nqui empêcha l'industriel vandale d'infliger aux prêtresses de\nVesta le supplice du feu, on l'ignore, mais l'œuvre de destruc­\ntion s'arrêta là. Au Xe siècle, les ruines de l'Atrium étaient\nencore h a b i t é e s ; un agent pontifical chargé de la collecte du\ndenier de saint Pierre s'y était bâti une maisonnette et y\navait caché son trésor en prévision peut-être de quelque attaque\ndes Sarrazins : c'était un vase rempli de monnaies anglo-\nsaxonnes provenant de la piété des fidèles d'Angleterre et que\nl'on a retrouvé en 1884.\n   Puis de nouveau l'oubli s'étend sur la maison. Elle est déci­\ndément abandonnée sans retour, sans doute p a r c e que tout le\nquartier du F o r u m et les rues environnantes ne sont plus q u ' u n e\nimmense solitude. L a maison des vestales tombe en ruines, elle\ns'enterre, elle n'a plus d'autres habitants que les lézards et les\noiseaux de nuit; le lierre enfonce ses vrilles puissantes dans\ntoutes les fentes de la maçonnerie qu'il désagrège, les araignées\ntendent leur toile dans les brèches des murailles. D e temps en\ntemps, se détachant des murailles ruinées des palais qui, du\nhaut du Palatin, surplombent sur la maison, une pierre vient\nrouler avec fracas au milieu de la cour solitaire, soulevant un\nnuage de poussière et effarouchant pour un instant les chouettes\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                    VESTALES ET RELIGIEUSES                     25\n\n\nqui ont remplacé les vestales. E t , les siècles succédant aux\nsiècles, il vient un moment où plus un seul archéologue romain\nne saurait dire où était le temple de Vesta et la maison de ses\nprêtresses. L'Atrium a disparu sous une couche de décombres de\n22 mètres de profondeur; nulle part ailleurs, dans la ville de\nRome, le niveau ancien n'a été si profondément enterré. C'est\nseulement en 1882 que la pioche des archéologues a exhumé les\ndébris de l'Atrium, et que l'érudition est parvenue à rendre un\nnom à ces ruines désolées.\n\n                                VI\n\n   Notre visite est terminée et maintenant vous connaissez les\nvestales. Vous pouvez vous rendre compte de la ressemblance\nqu'elles ont sous certains rapports avec nos religieuses : la vir­\nginité, la claustration, les cheveux coupés, le costume monacal,\nvoilà ce que nous rencontrons chez les unes et les autres. Mais\nces ressemblances sont purement extérieures et ce n'est pas\ndans un auditoire de femmes chrétiennes que l'on commettra\nl'erreur de voir dans les vestales de véritables religieuses. Les\nvestales sont des fonctionnaires et rien de plus. Elles n'ont\nrien de ce qui constitue la vierge chrétienne. Si elles sont\nchastes, c'est parce qu'on les oblige à l'être sous les peines les\nplus terribles; la virginité dont on leur fait un titre de gloire,\nelles ne l'aiment pas, elles la supportent, et que de fois — vous\nl'avez vu — elles en secouent le fardeau ! Elles ignorent ce que\nc'est que la pauvreté et l'humilité; elles mènent une existence\nopulente et comblée d'honneurs inouïs; q u a n d elles se promè­\nnent dans leur cour, elles peuvent s'y voir en effigie dans des\nstatues de marbre au pied desquelles se lisent les inscriptions\nles plus flatteuses. Elles ne s'élèvent pas au-dessus du niveau\nmoral de la société qui les salarie; elles prennent part à ses\nréjouissances les plus impures, elles assistent même aux jeux\nsanglants de l'amphithéâtre et, souvent, ce sont leurs mains\nconsacrées qui donnent au gladiateur victorieux le signal d'en­\nfoncer la dague dans la gorge de son adversaire étendu à ses\npieds. Non, les vestales ne sont pas des religieuses : elles sont\nles prêtresses d'une civilisation cruelle et souillée et leur vertu\nobligatoire, leur virginité à terme, si je puis ainsi parler, ne\nmet que mieux en relief la vraie virginité chrétienne.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "26                             DURENDAL\n\n\n\n   Saluons-la, cette vertu céleste, qui va descendre du ciel à\nl'aurore de l'Eglise catholique pour embraser des milliers de\nc œ u r s ! Aux six vierges par contrainte va succéder le peuple\ninnombrable des vierges par vocation. Elles ont choisi libre­\nment, au matin de la vie, la virginité avec l'accompagnement\nde toutes les choses que les païens avaient en horreur : la\npauvreté, l'humilité, l'obéissance, la mortification et souvent le\nm a r t y r e . Elles sont les fleurs les plus belles du jardin de\nl'Eglise, et leur parfum e m b a u m e la société impure elle-même\nau milieu de laquelle elles s'épanouissent. L ' E g l i s e est fière de\nses vierges.; elle les garde avec un soin jaloux comme son trésor\nle plus précieux ; elle les montre avec orgueil comme l a m è r e des\nGracques montrait ses fils; ses plus grands docteurs les glori­\nfient et leur tracent des règles de vie; vous entendez s'attendrir\nla voix de ces vieillards surhumains qui s'appellent saint\nAmbroise et saint J é r ô m e q u a n d ils parlent des vierges chré­\ntiennes. « L e u r sainte et céleste vocation, disent-ils, ne se\nrencontre que chez nous chrétiens, et elle n'est pas une faible\npreuve de la vérité de notre foi. Les païens regardent avec\nadmiration et envie nos vierges ; ils se d e m a n d e n t d'où viennent\nau christianisme ces abeilles, aussi chastes, aussi diligentes,\naussi laborieuses que les ouvrières ailées qui font le miel dans\nla ruche. Il faut qu'ils le sachent : c'est du ciel que vient la\nvirginité, c'est en Jésus-Christ qu'elle a son principe et sa\nsource, c'est parce qu'elles sont les épouses de Jésus-Christ que\nles vierges chrétiennes ont la force de dédaigner tout autre\namour. »\n   Ainsi parlent les Pères de l'Eglise, et à leur voix l'élan des\nâmes saintes grandit, et sur tous les points du monde civilisé\non voit apparaître la virginité. Elle est d'abord cachée à l'ombre\ndes murs domestiques; bientôt, elle va trouver un abri derrière\nles murs des cloîtres qui se bâtiront pour elle, et alors elle\nremplira le m o n d e de ses parfums et de ses fruits. Elle sera\nentre Dieu et nous la propitiatrice toujours en prière qui\nnous réconcilie avec la Justice éternelle, mais elle sera aussi sur\nterre la force bienfaisante et secourable. Elle instruira l'enfance,\nelle donnera du pain à la misère, elle soignera les infirmités du\nmalade, elle consolera le cœur du malheureux, elle sera partout\noù il y a une souffrance à soulager, une plaie à fermer, une\nlarme à sécher. H a ï e et calomniée par le monde à raison même\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                          VESTALES ET RELIGIEUSES                                  27\n\n\ndu bien qu'elle lui fait et des exemples qu'elle lui donne, elle\nn'a pour ses ennemis que des prières et des pardons. L a\npersécution n'aura pas raison de son dévouement, ni l'ingra­\ntitude, de sa charité. T r a q u é e , poursuivie, chassée comme une\ncriminelle par des lois malfaisantes, elle ne se laisse pas exter­\nminer; proscrite, elle adopte l'exil pour patrie; expulsée d'un\npays, elle porte ses bienfaits à un autre. T o u t le zèle des persé­\ncuteurs ne pourra pas empêcher son sourire de luire tranquil­\nlement sur la civilisation humaine.\n   On peut supprimer des vestales : il suffit pour cela d'un trait\nde p l u m e ; on ne peut pas supprimer la virginité chrétienne, et\nc'est une des plus lamentables illusions des persécuteurs de se\nfigurer le contraire. Éternellement, le Dieu des vierges appellera\nà lui les âmes qu'il a choisies pour participera jamais à sa pureté\nsans t a c h e ; éternellement, elles se lèveront et iront à lui à\ntravers tous les obstacles. Éternellement la Vierge viendra\nà leur rencontre du haut du Ciel, les embrassera, les présentera à\nson Fils qui les présentera au Père : « Quelle fête, quelle joie\nparmi les anges, qui s'applaudiront de voir vivre dans le Ciel\ncelles qui sur terre ont mené une vie céleste. Alors Marie, sœur\nde Moïse, prendra le t a m b o u r i n et se mettra à la tête du\ncortège des vierges, et toutes ensemble glorifieront le Seigneur\net se féliciteront d'avoir traversé la mer de ce siècle sans être\nsubmergées par ses flots (1). »\n   Il faut terminer sur ces paroles de saint Ambroise ; elles sont,\nme semble-t-il, la conclusion heureuse et féconde de notre\nentretien sur les vestales.\n\n                                                           GODEFROID K U R T H .\n\n\n\n\n                                       *$***&\n\n\n\n\n  (I) Saint Ambroise, De Virginilate, 11,2; cf. sainl Jérôme, lifitst. 4\\.\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "                  Printemps\n\nEmouvant horizon de coteaux et de bois!\nSoyez béni, mon Dieu, pour toutes ces merveilles.\nPour l'air que je respire et le vent que je bois,\nPour la chaude couleur de ce jour plein d'abeilles.\n\nSoyez béni pour tout ceci qui est votre œuvre,\nPour ces grands rochers noirs dans ces verdures     neuves,\nPour ces paisibles eaux dans ce dormant     vallon,\nPour cette cloche au bruit harmonieux    et long.\nPour cette ombre qui joue au seuil de cette allée,\nPour ces fleurs qu'incline une douce brise ailée,\nPour cette paix pensive au cœur de ce dimanche,\nPour le fléchissement triste et doux de ces lignes,\nPour le frémissement large et clair de ces branches,\nPour le lyrisme atténué de ces collines...\n\nSoyez béni pour ce sentier dans le soleil.\nPour cet autre qui fuit entre les pins, pareil\nA quelque rose jeune fille   poursuivie,\nPour le goût tiède et pur qu'ont ce matin nos vies\nQue nulle ombre équivoque et lourde      n'obscurcit\nEt dont le calme cours ressemble au cours des fleuves,\nSoyez béni pour tout ceci qui est votre œuvre\nEt pour la grande paix qui monte de ceci.\n\nLes branches, dans un long balancement de palmes,\nSemblent protéger quelque lente éclosion.\nComme tout est bénin, ah! comme tout est calme!\nComme tout se sent sous votre  protection.\n\nEt moi qui suis pourtant un de vos fils indignes\nPour avoir trop suivi les appels de la chair,\nRepentant et soumis, voici que je résigne\nEt l'orgueil et l'éclat, mes vanités d'hier !\nPlein de l'entier bonheur de jouir et de croire,\nSous ce ciel de clartés, fléchissant les genoux\nA mon tour, ô mon Dieu, j'élève ici vers Vous\nUn cœur qui fut créé pour votre unique        gloire.\n\n                                           LUCIEN CHRISTOPHE.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                  Septembre\n\nRien, plus rien, non : le jeu monotone des jours,\nL'automne qui s'approche et d'obscurs      reniements.\nDes voix au loin, des pas... On a parlé    d'amour...\nVoici qu'on se regarde avec    étonnement.\n\nPlus rien vraiment ; le soir qui tombe, le silence...\nL'ennui comme une barque à l'ancre dans un port.\nPlus de regrets, de passion, de violences;\nL'oubli ne parait pas plus cruel que la mort.\n\nPourtant parfois l'on songe au furieux     délire\nDont le brûlant éclat nous atteignit au cœur\nEt l'on dit, s'essayant à faiblement sourire :\n« Cet été mit en nous une excessive ardeur... »\n\nMais de l'heure apaisée et suave le charme\nEn nous comme à regret pénètre et parle bas.\nDes voix au loin, des pas... On a versé des larmes...\nVoici qu'on se sépare avec un geste las.\n\nAu jardin, comme une eau qui dort, du crépuscule\nRêve; que par un soin grave et religieux\nNotre âme erre au milieu de ces fleurs où circule\nUn peu de la présence ineffable de Dieu.\n\nPour que, lui qui connut nos ardeurs, nos défaites,\nDans la brumeuse paix de ce jour finissant\nVers lui, sente monter de nous comme un encens,\nLa résignation à la vie imparfaite.\n\n                                          LUCIEN CHRISTOPHE.\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                 Le Crime de Luxhoven (I)\n\n                                           IV\n\n\nA                    BRAND, la nuit de Noël, après que les magistrats\n                  eurent quitté la ferme de la veuve Cornelis, le\n                  commandant de gendarmerie Isaak serra, sous\n                  sa tunique, le mandat d'amener lui remis par\n                  le substitut Prévost, et, tandis que son com­\n                  pagnon montait la garde au dehors, il s'assit\n                  derrière le feu et ramena les larges plis de\nson manteau à pèlerine, en homme qui s'apprête à dormir.\n Le grand silence nocturne enveloppait la maison : le tic-\nlac régulier et sec de l'horloge se mêlait, dans la chambre\n voisine, au halètement saccadé de la respiration de Kobus\n Cornelis; de temps à autre le malade jetait un long soupir\ndouloureux, et Nelle glissait vers lui, présentait une potion,\nrenouvelait une compresse; et, par la porte entrebâillée,\nIsaak voyait se mouvoir, dans le cercle lumineux que projetait\nla veilleuse, l'ombre de la jeune paysanne. Aun moment donné,\nNelle poussa timidement la tête dans l'embrasure de la porte\net, le buste penché, tenta de scruter la demi-obscurité dans la\ndirection du commandant; puis elle se retira avec précipita­\ntion, et il l'entendit qui sanglotait sourdement, en égrenant\nson chapelet; un quart d'heure après, elle apparut à nouveau\net, après s'être arrêtée un instant sur le seuil, elle descendit\ndans la chambre, comprimant son cœur à deux mains, et alla\nécouter à la porte d'arrière de la maison ; puis, du même pas\nfurtif, elle regagna le chevet du moribond. Deux heures du\nmatin sonnaient à l'église de Luxhoven, quand la veuve\nCornelis revint de la messe de minuit; elle souhaita le bon-\n\n\n    (1) Voir les numéros d'octobre, novembre et décembre 1911.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                      LE CRIME DE LUXHOVEN                            3l\n\n\nsoir, d'une voix dolente, au gendarme faisant les cent pas\ndevant la porte et entra dans la maison, une lanterne à la main;\nd'une démarche lourde, l'échiné courbée, elle alla vers le lit de\nson fils, et les deux femmes chuchotèrent longuement; puis la\nveuve Cornelis rentra dans la chambre. « C o m m a n d a n t , dit-elle,\nvous allez prendre une tasse de café. » Elle aviva le feu et,\np e n d a n t que chantait la bouilloire, elle se mit à couper le pain,\naccompagnant de longs soupirs ses gestes saccadés; tout en\nsavourant le café pénétrant et chaud, Isaak ne peidait pas de\nvue les allées et venues de la vieille          m u n i e de la cafetière\net d'une provision de tartines, elle rejoignit sa fille, mais,\naussitôt après, elle revint, balançant la lanterne au bout de\nson bras droit, et le c o m m a n d a n t remarqua qu'elle dissimulait,\nau moyen de la main gauche, quelque chose sous son ample\nmanteau à capuchon; elle marcha, hâtive, vers la cour et, en\nfrôlant Isaak, elle lui jeta d'un ton dégagé : « Je vais donner à\nmanger au bétail ! » L a porte se referma; derrière lui, de l'autre\ncôté du mur, le c o m m a n d a n t entendit gémir les marches de\nl'escalier, puis au-dessus de lui il perçut un léger bruit de pas.\nLorsque, dix minutes plus tard, la veuve Cornelis revint, Isaak\nse planta devant elle et, indulgemment goguenard : « T i e n s ,\nm a m a n , lui dit-il, vous avez donc placé votre bétail à l'étage? »\nEt, comme la vieille se mit à trembler : « Donnez-moi donc ça! »\najouta-t-il, en lui prenant des mains la lanterne. E t il alla\nquérir son compagnon : « Prépare les menottes », glissa-t-il\nà l'oreille du g e n d a r m e ; et les deux hommes montèrent à\nl'étage.\n   Isaak préposa le gendarme à la garde de l'escalier; lui-\nmême, avec un calme lent et méthodique, explora les quatre\npetites chambres, au plafond bas, dont les lucarnes regar­\ndaient la campagne que couvrait le manteau bleuâtre de la\nneige : il déjeta les matelas de paille, ouvrit les armoires, sou­\nleva le couvercle des coffres; ce fut en vain.\n   L e commandant revint alors vers le fond de l'étape\ndemeuré à l'état de grenier et où le foin s'entassait jusqu'au\ntoit; et, d'une voix forte et rude, il dit : « Rik Cornelis, sortez\nde là! » Rien ne bougea. E t Isaak reprit : « Comme vous\nvoulez, nous allons donc vous c h e r c h e r a la fourche. Donnez-\nmoi la fourche! » L e foin remua, une botte dégringola du\nsommet et u n h o m m e glissa lourdement vers le plancher et se\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "32                            DURENDAL\n\n\n\ndressa, debout, devant le c o m m a n d a n t :« Inutile, murmura-t-il,\nme voici ! » Et il tendit les mains aux menottes. Isaak éleva la\nlanterne à hauteur du visage : c'était un paysan à la forte car­\nrure, les traits anguleux, les yeux sombres et têtus, les cheveux\nébouriffés, des paillettes éparses sur ses habits.\n   Lorsque Rik Cornelis, entre les deux gendarmes, traversa la\nmaison, il ne tourna pas les yeux du côté de sa mère et de\nNelle qui, terrées dans un coin de la chambre, se serrant l'une\ncontre l'autre, regardèrent passer ce lugubre cortège sans un\ngeste, sans un cri, comme pétrifiées dans la terreur. Ce n'est\nque quand la porte se fut refermée derrière Rik que les deux\nfemmes, d'un mouvement d'ensemble, se précipitèrent à la\nfenêtre : escorté de ses gardiens, le prisonnier s'éloignait\ndu côté de la maison c o m m u n a l e . E t la mère et la fille pous­\nsèrent, dans la nuit silencieuse, une longue clameur de\ndésespoir, semblable au gémissement de pauvres chiennes en\ndétresse.\n\n\n     Dans la prison de D r a k d a m , entre les murs crépis à la\nchaux, Rik Cornelis, assis devant la table de bois blanc, puisait\nà gestes lents dans l'écuelle d'étain où fumait une lourde pâtée\nj a u n â t r e ; de temps en temps il s'arrêtait, fixant le vide de ses\nyeux brûlants de fièvre; tout à coup il rejeta la cuiller,\nrepoussa l'écuelle et, comprimant sa tête entre les mains,\nil tenta de réfléchir. Depuis deux jours qu'il était là, sa pensée\ndésemparée t i t u b a n t du passé à l'avenir, subissait tour à tour le\nsouvenir trouble du drame d'hier et l'angoissante perspective\ndu déshonneur de demain : son frère Kobus gisant sur les\ndalles de la chambre familiale, le front en sang, les cris de sa\nmère et de Nelle, sa fuite éperdue vers le grenier, en bête tra­\nquée qui se cache, puis les gendarmes, les menottes, la voiture\ncellulaire, la prison — la prison où la solitude et le silence exa­\ncerbaient l'angoisse de sa pensée — et dans quelques instants\nle juge d'instruction. A celui-là qu'allait-il dire? Nier, nier\neffrontément et brutalement ?\n    « Ils ne savent rien! » lui avait dit sa mère, lorsqu'elle lui\nporta à manger au grenier.\n    Sa mère s'était donc tue, et Nelle aussi, et les domestiques.\n« Ils ne savent rien. » E t Rik redisait ces mots, où il s'efforçait\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                     LE CRIME   DE   l.UXHOVEN                    33\n\n\nde puiser la résistance nécessaire aux assauts qu'il prévoyait.\nAussitôt après, il sourit de dédain et haussa les épaules : « Ils ne\nsavent rien, murmura-t-il, mais ils sauront!... C'est si facile :\nils reviendront à la charge auprès de ma mère, auprès de Nelle,\nils les tortureront de questions; et des femmes!... Ils tendront\ndes pièges aux domestiques. Et puis il y a Kobus !... » Son frère\nétait-il mort ou survivait-il à ses blessures? Rik l'ignorait. Qu'il\neût tué ou seulement blessé Kobus, cela ne l'inquiétait guère;\nmême, au fond obscur de son être, il sentait bien qu'il préférerait\nen avoir fini avec lui, du coup ; mais il aurait voulu savoir ce qui\nen était pour se dicter une attitude vis-à-vis de la justice. « Ils\nne savent rien ! » répéta-t-il encore machinalement. E t le projet\nd'une lutte rogue contre les investigations des magistrats s'em­\npara de nouveau de son âpre t e m p é r a m e n t de terrien. Nier,\nmalgré tout, à travers t o u t ! Et pour se donner de l'énergie, Rik\nmarcha à grands pas dans sa cellule...\n    Mais, lentement, une autre idée se leva dans l'esprit du\nprisonnier, d'abord confuse, puis nette et impérieuse : ce qu'il\nfit, il avait droit de le faire ; son geste de mort vers son frère\nétait un geste légitime! Pourquoi le nierait-il, puisqu'il ne\nparvenait pas à le regretter?\n    Rik mâchonna nerveusement cette pensée qui s'alimentait,\nà mesure, du souvenir de ses souffrances d ' a m a n t et d'époux :\nc'était décidé, il dirait tout au juge, tout; il lui crierait toute la\nvérité, avec rage, avec orgueil, avec fierté, en homme qui\nrecommencerait, s'il le fallait.\n    E t , écroulé devant la table, les poings sur les yeux, Rik\nrevécut la douloureuse histoire :\n    Il se revit, après les années d'école qu'avait abrégées la mort\nde son père, jeune paysan, plein de sève, ivre de vie et de\nmouvement; avec son frère Kobus, son aîné de deux ans, il\naidait sa mère dans l'exploitation de la petite ferme ; Kobus\nétait bien le fils de sa mère, positif et matériel, âpre et\nintéressé, et qui, après sa journée de travail, se jetait sur son\nlit, comme un animal harassé regagne sa tanière; Rik tenait,\nlui, davantage de son père, le rude campagnard, actif et\nponctuel, mais qui, le travail achevé et le soir venu, aimait à\ns'asseoir sur une chaise, devant la porte, et regardait silen­\ncieusement le soleil se coucher sur les campagnes, en une féerie\nd'or. Comme son père, Rik avait une petite fleur bleue dans\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "34                             DURENDAL\n\n\nl'âme, et, au-dessus de son dur effort quotidien, flottait un peu\nde rêve, qu'alimentaient des romans de Conscience et de\nSnieders — pauvres livres chiffonnés et salis — péniblement\ndéchiffrés pendant les heures dominicales et oisives. C'est\nalors que Nelle L a m p a e r t se glissa dans sa vie; fille d'un\nancien instituteur de Luxhoven, elle vivait avec sa mère dans\nune modeste maisonnette, proche de la ferme des Cornelis;\npresque journellement, elle venait chercher du lait; et, t a n d i s\nque la veuve Cornelis vaquait, affairée, aux soins d u ménage,\nRik surprenait Nelle, qui s'attardait en des bavardages volubiles,\nappuyée, sa cruche à la main, contre le vieux b a h u t de chêne,\ndans une attitude inconsciemment propice à sa savoureuse\nbeauté de noire; à l'époque de la moisson, quand le travail\npressait, Nelle s'offrait volontiers pour un coup de m a i n ; d'un\ngeste vigoureux et leste, elle lançait les bottes de foin à Rik\ndebout sur la charrette; et, à l'heure du repos, elle s'allongeait à\nterre, les mains sous la tête, la gorge découverte, ses pieds bron­\nzés jouant avec les sabots et ses lèvres charnues s'entr'ouvrant à\ndes rires gamins et sonores. E t Rik sentit entrer en lui la morsure\ndu désir; et cette morsure devint plus cruelle et plus impé­\nrieuse, aiguillonnée de jalousie, lorsqu'il s'aperçut que Kobus,\nson frère, rôdait autour de Nelle, en lourde et sournoise bête de\nproie, et jetait sur elle, à la dérobée, des brutaux regards de\nconvoitise.\n   U n soir de kermesse — c'était à l'époque de la fenaison — il\ny avait bal au cabaret de la Maison c o m m u n a l e ; son souper hâti­\nvement avalé, Rik s'y rendit : Nelle serait là parmi l'essaim des\njeunes filles du village, la plus jolie et la plus joyeuse! Dans le\nsoir tiède, le jeune h o m m e se sentait envahi par une infinie\ndouceur : revoir Nelle, la tenir dans ses bras, tournoyer avec\nelle à la grisante atmosphère de fête... E t Rik hâta le pas.\nArrivé près du cabaret, il colla son front aux vitres : au son\nd'une musique criarde, les couples évoluaient dans une lumière\nvoilée de poussière et de fumée. E t Nelle? Rik soudain eut un\nsursaut; un flux de sang lui monta à la tête, ses poings se cris­\npèrent de rage : Nelle était là, dansant avec K o b u s ; le bras du\nrustre enserrait brutalement la taille de la jeune fille; et Nelle,\nle buste cambré, souriait complaisamment, de tout son minois\nluron, aux propos de K o b u s . Rik bondit vers l'entrée, résolu de\nse jeter, entre son frère et Nelle, de toute la fougue de son amour\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                       LE CRIME     DE   LUXHOVEN                       35\n\n\n blessé; mais quand il eut en main la poignée de la porte, il\n s'arrêta; sa colère se fondit en désespoir, des larmes lui jaillirent\n des veux et il s'enfuit clans la nuit. Jusqu'au matin Rik se\n tordit sur sa couche : à des crises de froide révolte succédèrent\n des crises brûlantes de sanglots; tantôt il se dressait sur son\n séant, tout son être tendu vers la rancune et la menace, tantôt\n il se rejetait la figure dans l'oreiller, pleurant s o u r d e m e n t ;\n l'aube venue, sa décision était prise : le jour même, il parle­\n rait à Nelle.\n    Et Rik avait parlé à Nelle.\n    La divine après-midi, radieuse et t r i o m p h a l e ! Sous le profond\nazur bleu, l'atmosphère était d'argent diffus; au loin les meules\nde foin rutilaient sous le soleil, comme des montagnes d'or; le\nlong du canal, les peupliers chuchotaient à la brise; dans l'air\nplanait, invisible, un trille d'alouette.\n    L'allégresse de la nature donna de l'énergie à Rik : à l'écart\ndes faucheurs, faisant choir, sous leurs gestes rythmés et\narrondis, les gerbes d'émeraude, Nelle s'était couchée sur\nl'herbe fraîchement coupée, le buste mi-soulevé sur le coude, sa\nsouple taille prise dans un corsage de coton bleu clair; lente­\nment Rik s'approcha d'elle; il mit un genou en terre, et\ns'appuyant sur sa fourche : « Nelle, dit-il, puis-je vous\nd e m a n d e r quelque chose?» — « Mais certainement, répondit-elle,\ntrès naturelle. » — « Nelle, aimez-vous Kobus? » L a jeune fille\neut un rire dédaigneux et ironique. « C'est que, continua\nRik, et un reste de colère faisait trembler sa voix, c'est que,\nhier soir, au bal... » L a j e u n e fille l'interrompit, le regard très\nfranc vers le regard de Rik : « D a m e , puisque vous n'étiez pas\nlà! » — « Alors, Nelle, s'écria soudain Rik, avec une décision\nexaltée, voulez-vous être ma femme? » L a paysanne rougit, ses\nyeux s'abaissèrent vers le sol; d'une main fébrile elle arrachait\ndes brindilles; après un silence, elle m u r m u r a : « Comme vous\ndésirez, Rik! » Rik s'empara doucement de la petite main\nerrante dans l'herbe; il attira Nelle à lui et, dans un don enivré\nde sa tendresse, s'enhardit vers ses lèvres.\n   Puis vinrent les jours heureux, d'un bonheur profond et\nintime. Dans la vieille ferme des Cornelis, à la lumière rare,\naux vieilles poutres enfumées, Nelle apporta le clair rayon\nde son regard et toute sa gaieté b r u v a n t e et sautillante\nde franc moineau. L a mère Cornelis avait fait d'abord à la\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "  36                            DURENDAL\n\n\n\n   jeune femme un accueil un peu défiant. « Elle me mettra dans\n    le coin », avait-elle dit à une voisine. Mais la discrétion de\n    Nelle vis-à-vis des choses du ménage rassura vite la vieille, qui\n   songea uniquement au bonheur que Nelle donnait à son Rik.\n   Seul, Kobus ne subit pas la contagion de l'allégresse a m b i a n t e ;\n   de plus en plus, il se renfermait dans une taciturnité bougonne\n   et hargneuse; bientôt il se prit à boire, s'évadant, entre deux\n   besognes, vers le cabaret, s'y attardant tous les soirs, et, au\n   retour, titubant lourdement dans l'escalier. Rik n'y prit pas\n   attention : les yeux amoureux de Nelle et la caresse des deux\n   bras de l'aimée autour de son cou lui fermaient l'horizon.\n      Mais le jour vint où les affaires de la ferme périclitèrent : la\n   négligence de Kobus, les intempéries, la maladie du bétail\n   rognèrent sourdement le r e n d e m e n t de la t e r r e ; le paiement\n   des fermages planait sur le ménage comme une angoissante\n   échéance, et, à chaque repas, la tristesse s'assit, comme\n  cinquième convive, parmi la famille Cornelis.\n      Cependant Rik et Nelle, dans l'insouciante douceur de leur\n  amour, continuaient à se laisser vivre; Kobus s'oubliait à boire;\n  et la mère Cornelis portait, seule, sur son échine caduque, le\n  poids des soucis chaque jour aggraves; désespérément cram­\n  ponnée au lopin de terre que ses efforts firent fructifier, elle\n  s'arcboutait contre la menace de la misère et de l'expulsion ;\n jour et nuit, dans sa tête affolée, les piojets se succédaient; elle\n  fit visite au curé, consulta le bourgmestre, interrogea le proprié­\n taire; puis, un soir, après souper, devant les assiettes vides et\n les fourchettes éparses, elle s'ouvrit à ses enfants : « Cela ne\n pouvait durer ainsi; on reculait chaque jour; bientôt on serait\n sur la r u e ! Donc, que faire? Il n'y avait plus assez de travail à\n la ferme pour deux hommes, et Kobus ou Rik devait, pour\n un an ou deux, aller travailler en F r a n c e . On y gagnait de gros\n salaires, et de cette façon le p a y e m e n t du fermage serait du\n moins assuré. » Cet exposé, fait d'une voix calme et résignée,\n fut suivi d'un long silence. E t Kobus grogna sourdement : « L a\n mère a raison. C'est le moyen. » L a vieille le prit au mot :\n « Veux-tu partir, alors? » Kobus, rauque et hargneux, répliqua :\n « Moi, j a m a i s ! Que Rik s'en aille; il est le plus j e u n e ! »\n Rik prit anxieusement le bras de Nelle et se pelotonna\ncontre elle; son regard rencontra les yeux de sa femme et, dans\nces yeux, il lut une froide énergie. Nelle enlaça t e n d r e m e n t son\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                     LE CRIME   DE   LUXHOVEN                    37\n\nmari et, la bouche contre sa joue, elle lui susurra d'un accent à\nla fois vibrant et résolu : « Va, mon Rik, va! Ce n'est que pour\nquelques mois! T u sauveras la ferme et nous serons encore plus\nheureux après. »\n    Et Rik était parti, son sac de hardes et d'outils sur le dos. Il\nconnut tour à tour les déchirements des adieux, l'émoi de voir\ndisparaître à l'horizon le clocher de son village, l'ignoble\npromiscuité des trains d'ouvriers et l'humiliation d'un servage\nque sa libre jeunesse ignora. Mais il se mit à la tâche avec une\nâpre vaillance : la chère image de Nelle, dans le cadre familier\nde la ferme à sauver, dominait, comme un réconfort permanent,\nson dur labeur de manœuvre. Rangé et parcimonieux, il voyait\ns'augmenter son pécule, de semaine en semaine, et souvent, le\nsoir, dans son minable galelas, il comptait et recomptait ses\népargnes avec une joie d'avare. Ses compagnons de travai1, ne\n le rencontrant jamais « sur le zinc », raillaient son esprit d'éco­\nnomie. « Je mets de côté pour ma femme! » répondait Rik. E t\nles taquins de s'esclaffer : « T r o p bête! P e n d a n t que tu\ntrimes, ta femme s'amuse avec d'autres ! » A une première\nplaisanterie, Rik haussa les épaules; mais ces propos renou­\nvelés lui donnèrent de l'agacement et ensuite de la colère.\nUn jour, enfin, il s'élança sur l'un des insulteurs et le culbuta\nd'un coup de t ê t e ; l'ouvrier se relevant, cria rageusement à\nRik : « Cocu ! »\n    Cette nuit-là Rik eut un sommeil agité : pour la première\nfois, depuis son mariage, le souvenir de Nelle s'associa dans son\nesprit au souvenir de K o b u s ; il se rappela le masque ténébreux\nde son frère, sa façon oblique de suivie Nelle à la piste, en\nchassieuse bête de désir, la scène du bal. « Et depuis deux\nmois ils vivent côte à côte! » pensa-t-il. E t cette idée, cent fois\nchassée et cent fois revenue, lui donna une inquiétude vague qui\ns'accentua graduellement en souffrance presque physique.\n   Rik, dès lors, n'eut plus le même entrain au travail : il\nportait toujours en lui la vision de Nelle; mais, dans l'ombre de\ncette vision, surgissait invinciblement la tête sardonique de son\nfrère, dont le sourire mauvais semblait lui criervictorieusement :\n« A mon tour maintenant! »\n   Rik pressa son retour au p a y s ; autour de sa ceinture, il\nemportait largement de quoi payer le loyer de l'année. « T u\nsauveras la ferme! » lui avait dit Nelle : la ferme était sauvée.\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "38                             DURENDAL\n\n\nMais à présent que lui importait la ferme! il voulait revoir\n Nelle.\n   H é l a s ! revoir Nelle, ce n'était plus pour lui, il le sentait bien,\nretrouver le fervent et confiant bonheur des prémices de leur\namour. L a jalousie avait mordu le cœur de Rik et agrippé son\ncerveau; et, seul, l'aiguillon du soupçon le poussait vers son\nfoyer : savoir, il voulait savoir; et pour savoir, il mentirait, il\nsimulerait, il épierait. Mais il saurait. Il saurait si les hantises\nde ses jours et les affres de ses nuits avaient dit vrai. Et alors...\nE t un voile pourpre passait devant les yeux de Rik.\n   Nelle fit à son mari un accueil affectueux; mais, en dépit de ses\ncaresses, elle lui sembla tout de suite distante et comme gênée,\ndansson naturel, par de secrets soucis. U n e observation renforça\nencore les ombrageuses conjectures de Rik. Kobus, depuis le\ndépart de son frère, avait repris goût au travail, il s'était rangé\net ne buvait plus. Au lieu de vivre ses soirées au cabaret, comme\nauparavant, il les passait en famille, fumant silencieusement sa\npipe, assis à côté de Nelle. L a mère Cornelis vantait sans cesse\ncet a m e n d e m e n t de son aîné et l'attribuait, avec une maternelle\ninsistance, à l'heureuse influence de Nelle, sans se douter que\nses paroles vrillaient de plus en plus dans l'esprit de Rik des\nsoupçons meurtriers.\n   Rik, cependant, persistait dans son œuvre d'espionnage avec\nune froide m é t h o d e ; de menues constatations journalières dans\nles allures de Nelle, dans les manières de Kobus et jusque dans\nla façon d'être de sa mère, envoûtèrent le cerveau de Rik sous\nune ombre de plus en plus o p a q u e ; parfois de fugitifs rayons\nd'espoir filtraient encore que faisait évanouir, l'instant après,\nun petit fait nouveau; bientôt il fit complètement noir dans sa\npauvre tête, et l'idée de la mort lui vint comme un refuge contre\nun désespoir sans éclaircie! S'effacer volontairement, dispa­\nraître en silence, avec une discrétion voulue, comme par hasard !\nE t p e n d a n t quelques jours, Rik se complut dans ce projet; il en\nprépara l'exécution avec une résignation attendrie qui détendit\nses nerfs. Mais la réaction fut prompte. Se tuer ! T o u t son vigou­\nreux tempérament de paysan se révolta contre cette lâcheté.\nDevant une injure, était-il de ceux qui se dérobent ou de ceux\nqui cognent?\n   E t Rik cogna.\n   Cette veille de Noël, la mère Cornelis avait arrosé le repas\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                        LE CRIME DE LUXHOVEN                              39\n\n\n du soir de copieuses cruches de bière brune et mousseuse; le\n repas terminé, la famille était groupée autour du feu; la con­\n versation d'abord animée, languit peu à peu et dériva en mono­\n syllabes de plus en plus espacés. P u i s ce fut le silence complet.\n L a torpeur de la boisson engourdissait les esprits et les langues.\n Derrière le poêle, dans l'ombre, Nelle et Kobus, chaise contre\n chaise, formaient un groupe que Rik observait obliquement de\n ses yeux mi-clos. L a main de Kobus glissa vers la main de\n Nelle qui s'y attarda un instant, puis se retira doucement. Kobus\n demeura immobile quelques m i n u t e s ; alors son bras, contour­\n nant subrepticement la taille de Nelle, la pressa nerveusement.\n Rik brusquement regarda Nelle, et leurs yeux échangèrent de\n la colère et de la terreur. Et Rik sentit monter du fond de son\n être vers son cerveau une poussée sauvage et impérieuse; ses\n mains tremblantes cherchèrent une arme; le couvercle du poêle\ntendait vers lui son manche de bois; il le saisit, le fit tournoyer\nen l'air et la lourde massue de fer, aux bords tranchants, vint\ns'abattre sur le crâne de Kobus avec un bruit sec de bois qu'on\n fend. Kobus, heureusement tapi dans le coin, rentra sa tête dans\nles épaules e t s e s d e u x m a i n s , protégeant son front, se maculaient\nde sang; Rik frappa une seconde fois; le couvercle lui échappa et\nalla s'aplatir contre le mur. Nelle s'était dressée dans une cla­\nmeur d'épouvante; la mère Cornelis, se précipitant vers Kobus\nécroulé à terre, hurlait : « T u l'as t u é ! T u l'as tué! » Et Rik,\ndebout et frémissant, dans l'orgueil sanguinaire de l'acte de\njustice qu'il venait d'accomplir, répondait avec une rage\nexaltée : « T a n t mieux! tant mieux! »\n\n\n\n   U n e clef grinça dans la serrure de la cellule; d'un ton bref,\nle gardien prononça : « P a r ici! » Rik se couvrit la tête du capu­\nchon réglementaire en toile grise; il traversa le long corridor\noù d'autres prisonniers, masqués comme lui, brossaient noncha­\nlamment les dalles bleuâtres; au greffe, les gendarmes prirent\npossession de Rik, le poussèrent dans la voiture cellulaire et le\nconduisirent au Palais de Justice, chez le juge d'instruction.\n\n                                           FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n  (A suivre.)\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "           Exposition d'Art Chrétien\n                                  à Paris\n\n\n                  LA presse française n'a pas fait, à mon avis, l'accueil que mé­\n                     ritait l'Exposition internationale de l'art chrétien moderne\n                     organisée par la Société de Saint-Jean. Oui, les divers\n                     périodiques qui ont rendu compte de cette manifestation\n                     d'art ne me semblent pas avoir compris son importance\n                     ni la nouveauté des tendances qu'elle affirme.\n                        Par bonheur le public, le vrai public, celui qui pense\n                     encore et qui se donne le droit de juger sans le secours des\njournaux, est venu nombreux à cette exposition. Chaque fois que je suis\nallé au Pavillon de Marsan pour prendre mes notes j'ai été bousculé par\nune foule éclectique, attentive et passionnée, et cela m'a causé un plaisir que\nje ne saurais dire.\n   On parle beaucoup en France, depuis quelques années, d'une renaissance\ndu sentiment religieux. Cet état d'esprit, assez délicat à saisir dans sa réalité\nfondamentale, peut s'observer à propos de quelques romans et de certains\nlivres de vers. Mais en ce qui concerne la peinture et la sculpture, ce pieux\nretour à une inspiration dogmatique et confessionnelle n'était perceptible\nqu'aux yeux des inités.\n   C'est sans doute que l'art jouit d'une moins grande publicité que la litté­\nrature et qu'il faut, comme on dit, être de la partie pour saisir les transfor­\nmations au jour le jour dans le choix des sujets et les sources d'inspiration.\nLes vrais, les purs artistes travaillent dans le silence et ce n'est que longtemps\naprès qu'on s'aperçoit de certaines tendances et qu'on peut noter l'apparition\nd'un état d'âme collectif et d'aspirations parentes, parmi des peintres d'écoles\ntrès diverses.\n   On ne saurait donc assez louer la Société de Saint-Jean d'avoir groupé des\nénergies éparses et de nous avoir permis de constater la vitalité de l'art\nchrétien moderne en pleine fleuraison. La Société de Saint-Jean m'apparait\njouer en peinture le rôle que la Scola cantorum tient en musique. Elle a\nétabli un centre d'union, un état d'esprit collectif, une amitié, comme dirait\n Barrès. M. Henry Cochin est le Vincent D'Indy de la peinture et de l'archi­\n tecture religieuses. Il mérite plus que des félicitations. De sa haute com­\npétence, de son zèle infatigable est sorti cette curieuse et significative mani­\n festation .\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                 EXPOSITION D'ART CHRÉTIEN A PARIS                              41\n\n\n   Une chose frappe, en effet, lorsqu'on étudie l'histoire de l'art religieux. Pen­\ndant de longs siècles l'art chrétien a été bien plus de la moitié de l'art. De\nnos jours, à quelques heureuses exceptions, les églises s'ornent d'intàmes\nchromos ou copient terriblement les anciens styles. Il n'est pas le lieu ici de\nrechercher les raisons de cette déchéance. Huysmans en a énuméré plusieurs.\nVous vous souvenez de ce vers de Coppée :\n\n               On se disait tout bas : c'est la faute des prêtres.\n\n   Combien d'artistes nous ont déclaré : » A quoi bon peindre des tableaux\nreligieux! Messieurs les curés n'aiment rien tant que les Christ en chocolat et\nles vierges badigeonnées comme des bonbons anglais. » On rejette les torts sur\nles marchands de la rue Saint-Sulpice. Mais ceux-ci répondent : « Que voulez-\nvous! C'est ce que nous vendons le plus. » Il s'agit donc d'entreprendre une\néducation du goût par les chefs-d'œuvre et c'est aussi le but que se propose\nla Société de Saint- Jean.\n   Il faut attacher, à mon avis, une importance considérable à l'expo­\nsition du Pavillon de Marsan. Les organisateurs ont voulu une exposition\ninternationale d'art chrétien. Les diverses nations étrangères n'ont pas\nrépondu très nombreuses à l'appel de la Société de Saint-Jean. Seule la\n Belgique, qui vient toujours en tête lorsqu'il s'agit d'une manifestation d'art\nen général, et d'art religieux en particulier, expose des essais multiples et\ngroupe dans deux salles magnifiques de très nobles énergies. D'autre part, il\ns'agit d'art chrétien et non d'art catholique. La différence de ces deux mots se\nsaisit très bien en peinture comme en religion et nous verrons que cette\ndouble inspiration se remarque aisément au Pavillon de Marsan.\n\n\n\n   Ce long préambule me met à l'aise pour parler des œuvres exposées.\n Promenons-nous donc dans ce salon pendant que le loup n'y est pas, — le\nloup, c'est-à-dire tel ou tel critique de profession.\n   Il est inutile, je pense, de présenter Maurice Denis aux lecteurs de\nDurendal. M. Fierens-Gevaert a écrit sur cet artiste et aussi sur l'ensemble\nde cette exposition d'admirables et très précis feuilletons dans le Journal de\n Bruxelles. Maurice Denis, vice-président de la Société de Saint-Jean, joue\nà cette heure un rôle prépondérant dans la peinture religieuse. Il a apporté de\nsuperbes qualités d'originalité, de coloris et de synthèse à la rescousse de\nl'art non pas chrétien seulement mais catholique. Il y a deux manières dans\nl'œuvre de Denis qui, loin de se contredire, forment transition et marquent\nles stades d'une pensée consciente et constructive. Sans rien abandonner des\nacquisitions impressionnistes, Denis entend ajouter un anneau à la chaîne de\nla tradition vivante. 11 marche vers plus d'ordonnance et vers un souci\nde la simplicité décorative, d'une simplicité émue, expressive et pleine d'âme.\n   Je ne sais rien de plus doux, de plus recueilli et de plus lyrique que ce frag­\nment de la décoration de la chapelle de Sainte-Croix du Vésinet, avec\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "42                                DURENDAL\n\n\n de chaque côté des enfants de chœur semant des fleurs et jouant de l'encen­\nsoir. Derrière, se tiennent des anges. Il v a aussi des rosiers, un champ de blé\net de grands arbres calmes dans le fond. Le tout compose une harmonie déco­\n rative du plus tendre effet. C'est comme un geste simple et profond de\n prière humble et fervente.\n    La Madone de Denis est tout à fait dans la manière des derniers portraits\nde ce peintre si curieusement doué. Nous y retrouvons ce calme et cette pure\natmosphère où s'exprime toute la fraîcheur d'une foi naïve.\n    Il faut aussi signaler ces images de Première Communion qui rompent\ndélibérément avec les tristes chromos dont s'alourdissent nos missels. Quelle\njoie de contempler ces charmants dessins et quel pas vers un art religieux\nvraiment évocateur et beau !\n    L'exemple de la beauté ne peut être que contagieux, aussi devons-nous féli­\nciter les religieuses franciscaines de l'Immaculée Conception qui ont exécuté\nsur une tapisserie de haute lisse la Communion de Jeanne d'Arc du même\npeintre. Souhaitons d'avoir toujours de si nobles modèles sous les yeux et des\ncopistes aussi avertis.\n    De Maurice Denis à Forain il y a un saut un peu brutal. La douceur\n lyrique de celui-là n'a aucun rapport avec l'âpre violence de celui-ci. Le\nDépouillement du Christ atteste une âme tourmentée et saignante. C'est une\nsuperbe tète de Christ misérable, flétri, bousculé, avec les cheveux en\ndésordre et une souffrance indicible sur toute la face, une tête chère à\nl'auteur d'En Route. Deux eaux-fortes sont particulièrement expressives et\némouvantes. L'une représente le Bon Samaritain venant au secours du\nblessé de l'Ecriture. La tempête souffle, c'est un vrai jour de crime, le vent et\nla pluie s'acharnent et rien n'est poignant comme ce geste de miséricorde sur\ncette route de Jéricho, que je connais bien pour l'avoir parcourue, et qui est un\nbeau coupe-gorge. La seconde eau-forte a pour sujet les Disciples d Emmaiis.\nTandis que le Christ rompt la nourriture de Vie, un des apôtres tend\nses mains dans un élan d'une étonnante spontanéité, comme pour se\nréchauffer au pain levé par Notre-Seigneur.\n    L'œuvre de M. Georges Desvallières est inégale et presque contradic­\ntoire. La toile représentant le Sacré-Cœur de Notre-Seigneur               Jésus-\n Christ est d'un réalisme lyrique très poussé, et peut-être trop. Je ne sais\npas de corps plus sanguinolent, plus atrocement torturé. Couronné d'épines\nle Christ ouvre sa poitrine et se déchire le cœur à grands coups d'ongles,\ntandis que le sang jaillit sur la foule au pied du parvis du temple. Pour\nfaire contraste à cette scène traitée sauvagement M. Desvallières nous offre\nune Annonciation d'une tendre harmonie et d'une paix sereine, mais où le\nsentiment religieux me semble absent. C'est d'ailleurs le reproche que je\nvoudrais faire à nombre de toiles de cette exposition. On se demande quelle\ninspiration catholique présida à leur exécution et si ces tableaux ne feraient\npas un meilleur effet dans une antichambre que dans une église.\n   Enfin M. Desvallières expose un Saint Sébastien d'un curieux coloris mais\ntrop théâtral, ainsi qu'un Ecce homo et qu'un Jésus amabilis où l'influence\nde Gustave Moreau est évidente.\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                 EXPOSITION     D'ART   CHRÉTIEN      A PARIS                  43\n\n\n\n   Je ferai à M. Gaston. La Touche le même reproche que j'adresse à M. Des­\nvallières. Sa Vierge consolatrice des mères est d'une religion vraiment trop\nde café-concert. Je cherche en vain de l'émotion pieuse et un soupçon\nd'onction. Le coloris est des plus plaisant et l'on sait quel art ce peintre\napporte au jeu des gammes. Ses harmonies hardies ravissent beaucoup d'ama­\nteurs chaque année au Grand Palais ; mais je préfère M. La Touche dans ses\nsujets libertins. Le petit bébé de droite de sa Vierge consolatrice ressemble à\nS'Y méprendre à une tête de Léandre.\n    Pour se prononcer sur l'esquisse d'une partie de la coupole de la chapelle de\nla rue Jean-Goujon, il faut attendre que M. Maignan ait fait placer sur les\nmurs cette peinture à l'huile. J'ai goûté sa Sainte Clotilde et Saint François\nde Sales, gracieuses aquarelles dans les tonalités d'un Besnard.\n   J'eus déjà le plaisir, l'an dernier, de visiter l'exposition de M. Paul-Hippo­\nlyte Flandrin qui continue la grande lignée d'artistes probes et de peintres\nconsciencieux. Son Saint Antoine visité par l'Enfant Jésus est tout à fait dans\nla tradition de la peinture religieuse. Certains chicaneurs reprocheront à\nl'auteur son style sévère et froid et son amour des couleurs ternes. Je goûte\nparticulièrement sa Mort de saint Antoine.\n    Certains tableaux trop léchés et fades nous rappellent fâcheusement l'art\nSaint-Sulpice que Huysmans considère à bon droit comme la revanche du\ndémon. Parmi ceux-ci je me vois obligé de citer la Vierge et l'Enfant et\nA Nazareth de M. Etienne Azambre. Je ne veux aucun mal à ce peintre,\nmais je voudrais qu'on puisse lui interdire tout sujet catholique. Je ne partage\npas non plus l'admiration de certains pour l'œuvre de Mme Simon-Lucien.\n I1 y a dans son Annonciation trop 'de détails inutiles que la couleur ne peut\nvivifier.\n    En revanche je n'aurai pas assez d'épithètes pour louer M lle Thiollier. Son\nEsquisse d'une, frise exécutée dans un hôpital d'enfants, à Saint-Etienne, atteste\nd'admirables qualités. Ces trois femmes portant leurs cruches à parfums et se\nrendant au tombeau forment un groupe d'une incroyable ferveur, et je ne sais\nce que je dois plus goûter, de ces suaves compositions pour boites de baptême,\nd'un charme si prenant dans leur simplicité, ou de cette reliure pour la\n Légende Dorée d'un dessin si nouveau.\n    Je m'arrête un instant devant le byzantinisme de M. Lacomte et devant\n l'œuvre intéressante de M. Roy où je retrouve quelques souvenirs de Gauguin,\n Je n'ose parler du Christ de Carrière si connu et toujours si nouveau, sur\n lequel on a tant écrit. Je préfère m'exalter en face de sa Prière où sort de la\n pénombre un fougueux mouvement de ferveur douloureuse. Il y là un homme,\n un pauvre homme debout, les deux mains pressées sous sa gorge comme pour\n en tirer l'âme, qui vous arrache des larmes. Je sais peu de tableau aussi\n prenant.\n     Plongeons-nous dans le soleil et les rayons d'or de la foi avec M. Paul\n  Sérusier. Celui-là aussi est un noble peintre, un sincère, un convaincu qui\n transfigure tout ce qu'il voit, qui fait jouer la lumière en ondes divines et\n qui est en train de former une génération d'artistes conscients et platoniciens.\n     Avec M. Lerolle et ses huit Béatitudes nous posséderons des cartons de\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "44                                DURENDAL\n\n\nvitraux évocateurs et très caressants. On sait avec quel bonheur ce peintre\ntraite les sujets décoratifs, nous émeut délicatement et sème de la grâce.\n   Nous retrouvons M. Séon et sa manière résumée, très spéciale, son idéalisme\nun peu hiératique et toujours Rose-Croix.\n   A propos de Rose-Croix on ne saurait passer sous silence les efforts de cette\nmystique confrérie la Rosace, fondée par deux jeunes artistes catholiques,\ndisciples du petit frère Saint François. J'ai suivi depuis quelques années avec\nsympathie leurs efforts. Tout leur art tient dans ce commentaire de l'insigne\nrosi crutien: « Rose d'amour encadrez de sourire la redoutable Croix... Croix\ndu Salut purifiez de larmes la Rose trop terrestre. » Ces deux ascètes qui\nvivent modestement dans un atelier de la rue de Vaugirard, après avoir été\nles élèves d'Armand Point et s'être courbés sur les pierres saintes d'Assise,\nchantent le pieux cantique de l'amour mystique, confondant l'art et la vie\nreligieuse dans une noble synthèse. L'esquisse fusain intitulée les Rois Mages\nest un souvenir discret des maîtres italiens et Sainte Marie-Madeleine au\nTombeau rappelle le Vinci avec l'art de traiter des figures d'androgyne. Je\nvoudrais que les critiques autorisés attirassent davantage l'attention sur cette\nconfrérie esthétique qui joint, sans doute, à des imperfections de réalisation\nune conscience et une vertu dignes d'exemple.\n   Les lithographies de M. Dulac dégagent une suave poésie. L'artiste com­\nmente certains versets de l'Ecriture et les illustre de façon ineffable. J'aime\nbeaucoup la lithographie que M. Dulac a tiré de cette parole d'Isaïe : « Il\nchangera ses déserts en des lieux de délices et sa solitude en un jardin\ndu Seigneur. » La joie, la sérénité de cette composition un peu pâle, attire et\nretient l'esprit. Son interprétation du Spiritus Sancti Deus, avec cet arbre\ncourbé par un vent mystérieux est d'un grand effet.\n   Parmi les aquafortistes il faut citer Marcel Roux et Paul Bouroux. Le\npremier est un jeune Lyonnais d'un tempérament très original, très tour­\nmenté, qui dessine comme écrit Léon Bloy. Alphonse Germain a écrit sur\ncet artiste des pages remarquables. Je suppose que sous peu Marcel Roux,\nen parfaite possession de ses riches moyens, sera célèbre et très recherché. Le\nChrist de M. Bouroux est une belle chose. Il v a dans cet homme en croix,\nd'une maigreur terrible, mort depuis un jour et le bas des pieds déjà pourri\npar les atroces blessures des clous, comme un rayon de divinité qui sauve ce\nque la composition pourrait avoir d'un peu trop théâtral.\n   Parlerai-je de Marcel-Lenoir? Ses deux grands ta,bleaux sont bien décon­\ncertants par leur symbolisme affecté et cette façon de \" cubisme \" d'un\nraccourci un peu bien hardi. Je dis tout de suite que je n'aime pas la\nDeuxième Crucifixion où des anges chevauchent des rayons. En revanche\nles Funérailles blanches attestent un souci de décoration harmonieuse avec\nune imagination baudelairienne. A droite s'érige un calvaire et de hauts\npeupliers d'un curieux effet. Des anges portent un cercueil, puis vient une\nbizarre procession dans des attitudes choisies; on soutient l'affligé, on le\nconsole, des passants regardent et pleurent; à gauche se dresse un palais\nitalien. Tout cela se heurte et contraste et l'on ne sait si l'on doit admirer ou\nsimplement s'étonner.\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                  EXPOSITION D'ART CHRÉTIEN A PARIS                               45\n\n\n   Citons enfin pour mémoire les images de première communion de la\nSociété de Saint-Jean, choisies avec goût et destinées à réagir avec bonheur\ncontre une tradition de routine; les réalisations de Jacques Beltrand, un\njeune graveur extrêmement artiste qui rend avec une conscience et un art au-\ndessus de tout éloge les dessins de Maurice Denis; les reproductions si\ncurieuses de cette école de Beuron à l'esthétique byzantine très définie, très\nintelligente et qui s'efforce de mettre en pratique en les renouvelant des canons\nde Beauté précis et d'un hiératisme religieux fort suggestif.\n                                           *\n\n    Avec l'école de Beuron nous pénétrons dans la section étrangère. La Suisse\n est représentée par Eugène Burnand et Samuel Robert. C'est ici qu'on saisit\n sur le vif la différence entre l'art chrétien et l'art catholique. Cet Avènement\ndu Christ de M. Robert, que nous ne pouvons juger que d'après des photo­\ngraphies, respire je ne sais quelle froideur honnête et un peu guindée. La\n Scène de M. Burnand que l'auteur intitule la Prière sacerdotale me donne\n la même impression indéfinissable. C'est d'un dessin parfait, d'une composi­\n tion classique impeccable; la bouche et les yeux du Christ sont un chef-\nd'œuvre, et pourtant tout cela semble mort, ne vit qu'aux yeux d'une intelli­\ngence abstraite. Le livre si connu de cet artiste              les Paraboles, flatte\ndavantage les sens. L'écueil pour M. Burnand c'est précisément la peinture\nà l'huile.\n    Le sculpteur russe Soudbinine nous offre un Ecce homo d'un effet poi­\ngnant. Les esquisses du décorateur Roerich rappelle les mosaïques de\n Ravenne, mais prouvent encore une originalité et un souci des lois architec­\nturales dignes de félicitations. 11 y a également le souvenir de Giotto dans\nl'œuvre énorme du Danois Joakim-Frederick Skovgaard, mais on y trouve\naussi une admirable maîtrise et une prodigieuse érudition.\n    J'ai gardé pour la lin l'étude des œuvres de la section belge. Ce sont, en effet,\nles Flandres qui ont répondu avec le plus d'enthousiasme à l'appel de\nla Société de Saint-Jean. M. Fierens-Gevaert, avec le zèle qu'on connaît, s'est\nchargé de présenter ces œuvres au public et de les grouper selon un goût\nparfait. Lorsqu'il s'agit d'art religieux la Belgique si croyante, si amie de la\nBeauté et de la Foi s'offre tout de suite à notre admiration. L'intelligence des\nartistes flamands est d'ailleurs assez éclairée et avertie pour ne pas s'efforcer à\nla copie servile d'une tradition séculaire, mais pour tenter des essais impo­\nsants de rajeunissement, je veux dire de nouveauté. C'est pourquoi\nM. Fierens-Gevaert a tout à fait raison d'écrire : « Les décorateurs de talent\nqui osent nous rappeler à l'impérieux devoir de la création, méritent tous les\néloges. Ils font acte de moralité... Le problème de l'art religieux sera résolu\nle jour où la construction, la restauration, la décoration, l'ameublement des\néglises seront confiés à nouveau aux artistes, aux créateurs. Copistes et pasti­\ncheurs se réclament de la tradition. Or celle-ci n'est-elle point faite de\nla somme des sentiments vivants apportés par chaque époque? Rien n'est\nplus contraire à la tradition que le servilisme archéologique. » Fortes\nparoles que tous les artistes néo-classiques devraient méditer.\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "46                                  DURENDAL\n\n\n\n     I1estd'ailleurs bien inutile d'insister sur ces sujets dans cette revue. Durendal\n lut peut-être le seul périodique catholique qui ait eu, il v a quelques années,\n une exposition semblable.\n     Quoi qu'il en soit, deux traits distinguent la section belge. Le premier est un\n souci de modernisme — le vilain mot — très net, j'entends un désir puissant\n de rénovation, de faire neuf et vivant. Le second est d'inscrire dans ce cadre\n moderne des personnages, des figures, des sujets puisés dans la tradition\n locale et les mœurs du pays. J'en veux pour preuve les œuvres de MM. Smits,\n Donnay, Dunselman, e t c . . De même que les Italiens peignaient la foule du\n Golgotha dans les costumes du XVe siècle, de même les peintres actuels repré­\nsentent sur des Chemins de croix les coutumes et les manières d'être flamandes.\n    C'est ainsi que j'ai admiré les beaux costumes locaux dans la scène de la\nPassion de M. Smits, l'inspiration de M. Donnay puisée dans le folklore et\nqui éclate dans l'Arrivée à Bethléem. J'ai jadis beaucoup goûté les bois et les\nillustrations de cet artiste pour des livres comme ceux de Mockel. Sa Légende\nde saint Walhére mérite la plus grande attention, comme les plus précieux\nencouragements. Les croquis de M. Dunselman pour son Chemin de croix\nattestent les mêmes préoccupations de naturalisme vrai et vécu, ainsi que les\ndessins à la plume de M. Craco d'une belle évocation et d'une connaissance\nparfaite des gestes flamands. La douceur d'harmonie de M. Woestyne est\nexquise et d'un spiritualisme vaporeux.\n    Et que devient donc Henry De Groux dans tout cela ? Eh bien, voilà!\n De Groux n'est pas content. A présent qu'il fréquente Paris et plus spéciale­\nment la Closerie des lilas, j'ai le bonheur de babiller souvent avec lui. Non;\n Henrv De Groux, en vérité, n'est pas content. J'ose dire qu'il est furieux. Il\nn'a pas été consulté pour cette exposition à laquelle il aurait pu fournir un\ncontingent d'œuvres admirables et plus significatives que les divers pastels\nappartenant à M. Henry Cochin qui y sont exposés. Non pas du tout que ces\npastels, tels que le Christ rédempteur et la Vierge soient négligeables en soi.\n Ils sont tous fort beaux et bien dans la note originale du puissant artiste. Mais\nM. De Groux juge, peut-être avec raison, qu'il aurait pu, pour une telle mani­\nfestation d'art, présenter des tableaux de plus de poids et susceptibles de le\nreprésenter plus parfaitement. Je me suis fait bien volontiers l'écho de ses\nrécriminations.\n    Je voudrais terminer cette promenade trop hâtive par quelques mois sur\ncette fameuse Chapelle belge, le clou ou, si l'on préfère, la grande attraction\ndu Musée des arts décoratifs.\n    M. Fierens-Gevaert écrit à ce sujet : « La Chapelle belge est un décor de\nstaff et de bois; mais pour un tel essai la richesse de la matière n'était point\nchose essentielle. Lès plans et dessins (vitrail, autel, socles, nattes, etc.) sont\nde M. Oscar Van de Voorde, professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Gand,\nun jeune artiste qui s'affirma, dès l'année 1902, à l'exposition de l'Arte deco­\nrativa moderna de Turin, où pour la première fois furent confrontées les\ndiverses expressions nationales de la renaissance décorative et architecturale. »\n    Cette chapelle, il importe de le remarquer, n'est ni romane, ni byzantine,-\nni gothique. Elle ne veut être qu'elle-même, c'est-à-dire ne répéter aucun styles,\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                EXPOSITION D'ART CHRÉTIEN A PARIS                             47\n\n\nSa grande qualité, son originalité propre est de parler un langage religieux et\nrecueilli par ses lignes, par ses couleurs, par son ensemble artistique. Voilà\npourquoi cette chapelle mérite la plus grande attention. Nous sommes trop\nhabitués en architecture, contrairement à toutes les traditions de l'Eglise, de\nnous en tenir à de vulgaires copies. Il faut beaucoup de talent et d'énergie\npour réagir contre un tel courant. Aussi féliciterons-nous M. Van de Voorde\nde sa clairvoyance audacieuse et d'avoir fait preuve d'une féconde originalité.\nSouhaitons que. cet exemple soit suivi.\n   Il le sera, et je m'en réjouis en voyant l'œuvre décorative du peintre\nC. Montald, les ornements de M. Lievens et les plâtres de M. Verbanck. Les\nscènes de la légende franciscaine du premier sont comme le complément\nharmonieux de cette gracieuse chapelle et dénotent un travail décoratif des\nplus neuf. Comme l'écrit encore fort justement M. Fierens-Gevaert, « on a\ncherché avec ces peintures de renouveler la preuve que l'architecture moderne\nn'est nullement impuissante à créer un cadre harmonieux pour les œuvres de\ngrande décoration picturale ».\n   Aussi bien les objets du culte qui sont exposés dans ces salles indiquent tous\nune tendance vers une nouvelle orientation de l'art religieux trop longtemps\ntenu en tutelle. Vous verrez là des calices, des ciboires, des dessins de cha­\nsubles, des plans d'églises qui parlent par eux-mêmes, je veux dire plus haut\net plus fort que ma faible voix de promeneur nonchalant.\n\n\n                                                      T A N C R È D E DE VISAN.\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "           Notes sur Juste Suttermans\n                           portraitiste (1597-1681)\n\n\n                  J'AI réuni les matériaux d'une monographie illustrée de Sut­\n                     termans, peintre anversois qui vécut à Florence au\n                     XVIIe siècle (1). Arrivé jeune en Italie, il occupa d'emblée\n                     une situation privilégiée à la cour des grands-ducs de\n                     Toscane ; sa carrière se poursuivit sans incidents notables\n                     sous les règnes de Cosme II, Ferdinand II, Cosme III;\n                     son œuvre constitue un document précieux sur cette période\n                    historique et artistique assez négligée par l'érudition\nmoderne. — L'Exposition du portrait italien, organisée au printemps de 1911\ndans les locaux pleins de souvenirs du Palazzo Vecchio, obtint un succès\nmérité; elle groupait la production — aussi instructive que disparate ! — de\ndeux siècles et demi d'art italien. Parmi les portraitistes oubliés, notre compa­\ntriote, devenu aux rives de l'Arno Monsù Giusto Suttermanno, brillait au\npremier rang. « Sarebbe desirabile, dit M. G.-I. Hoogewerff en un article\nrécent (2), che la sua opera fosse presto studiata. » Avant la publication de\nmon travail, qui apportera à cette étude une contribution modeste, je crois utile\nde donner ici trois échantillons intéressants du talent de .lustus, — évocateur\nconsciencieux des derniers Médicis. J'ai choisi trois portraits peu connus, —\nsimplement signalés par la critique et méritant mieux qu'une brève mention.\n\n                                           *    *\n\n  I. — Seize portraits en pied, de dimension imposante, prêtés à la Mostra\npar la villa royale de Poggio a Caiano, garnissaient la vaste salle du Cin­\nquecento.\n  Leplus embarrasant (3) [PI. I] représente un jeune prince, au visage frais et\néveillé, contrastant avec le type généralement alourdi de la race des Médicis au\nXVIIe siècle. Il est vêtu d'un pourpoint noir, richement brodé d'or; manches\n\n\n  (1) Juste Sultermans, peintre des Médicis. A paraître incessamment dans la collection des\nGrands Artistes des Pays-Bas. (Bruxelles, Van Oesl.)\n  (2) Quadri olandesi e fiamminghi nella Galleria nazionale d'arte milieu in Roma. (L'Arte\n1911, fasc. v, p. .572.)\n  (3) Mestra del Ritratto ilaliano. Salle du Cinquecento, n° 25.\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "II. — F E R D I N A N D II, GRAND-DUC D E T O S C A N E\n\n                    (SUTTERMANS)\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": ""}, {"page_pdf": 64, "texte": "                     NOTES SUR JUSTE           SUTTERMANS                           49\n\nclaires, joli col de dentelle, nœud de rubans au genou, bas et souliers gris\npâle. Le bras droit plié à la hanche ; la main gauche posée sur une table\ncouverte d'un tapis, où l'on aperçoit un chapeau orné de plumes. Au fond, le\nrideau de velours rouge, décor habituel.\n   J'insiste sur cet élégant portrait, l'un des plus attrayants certes de la série\ndes Suttermans de Poggio, — parce qu'aucun nom satisfaisant n'a été proposé\nà son sujet. On croyait y reconnaître autrefois, tout à fait à tort, le grand-duc\nCosme II; Suttermans portraitura plusieurs fois ce prince maladif et blafard\n(notamment au Palais Corsini, salle I, n° 14) qui mourut à 30 ans (1621) ayant\npassé au lit les dernières années de son existence. Une autre opinion désigne\nle tableau comme: Mathias de Médicis (1613-1667) fils de Cosme II et de\n Marie-Madeleine d'Autriche. « Homme de guerre » de sa génération, il prit\npart aux campagnes de Wallenstein ; puis se distingua dans l'expédition\nentreprise par le grand-duc Ferdinand II, avec Odoardo Farnèse de Parme,\ncontre le pape Urbain VIII et les Barberini (1643) ; il se retira ensuite au\ngouvernement de Sienne qu'il occupa jusqu'à sa mort. Nous possédons deux\nportraits authentiques de Mathias par Suttermans :\n    1° En armure, âgé d'une vingtaine d'années (Poggio à Caiano) (1).\n    2° Vieilli, les traits boursouflés, les yeux découronnés de sourcils ( Palais\n Pitti, n° 265).\n    Je songe de mon côté à François, (ils de Cosme II (né en 1614, mort au\n siège de Ralisbonne en 1634,) dont le séduisant portrait, également venu de\n Poggio, figurait au Palazzo Vecchio (2).\n    Mais aucune de ces diverses images n'offre avec celle-ci d'analogie suffisante\npour légitimer une identification formelle. Les inventaires anciens du Palais\n Pitti — eu égard au grand nombre de toiles tnann di Giusto y consignées —\n ne fournissent pas d'élément décisif à la solution de cette petite énigme\n iconographique.\n                                           *\n                                         * *\n\n   II. — Le grand-duc Ferdinand II lui-même (3) [PI. II] apparaît, dans la\nrangée des Suttermans de Poggio a Caiano, comme l'incarnation solennelle\nde la Toscane déchue. Vilaine tête au front étroit, aux paupières enflées, au\ngros nez irrégulier, aux lèvres épaisses et trop rouges sous la moustache\ncourte et collée, — voici le Magnus Dux Etruriae, en costume théâtral,\nlongs cheveux épandus, un ample manteau bleu agrafé sur l'épaule, les pieds\nchaussés de guêtres d'allure antique... Assis dans un fauteuil doré, son bras nu\ntenant le bâton de commandement, ce monarque pacifique a l'attitude\nimprévue d'un conquérant romain! Impassible et ponctuel, rappelons qu'il ne\nse montra point indigne pourtant des fastueux Mécènes, ses aïeux. Protecteur\nde Galilée et de ses partisans persécutés, il encouragea le développement des\n\n\n  (1) Mostra del Ritratto italiano. Salle du Cinquecento, n° 30. Reproduit dans la rrvue\nRassegna d'Arts; mai 1911.\n  (2) Ibid., n° 2.3. Reproduit dans la Gazette des Beaux-Arts: juin1911, p. 492.\n  (3) Mostra del Ritratio italiano. Salle du Cinquecento, n° 20.\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "50                                       DURENDAL\n\n\n\nsciences, et procéda à des expériences de physique au sein de l'Académie del\nCimento. C'est vers le moment de la fondation de ce corps savant qui servit\nde modèle à toutes les institutions similaires (1657), qu'il faut placer l'exé­\ncution de l'effigie décorative du grand-duc Ferdinand, — si parfaitement:\nadaptée à la pompeuse mélancolie de son cadre ordinaire : la villa de Poggio a\nCaiano, aux appartements déserts et aux volets clos, devant les contreforts des\nApennins semés de maisons blanches et d'oliviers poussiéreux.\n   Deux bons portraits de Ferdinand II par Suttermans semblent contem­\nporains de celui-ci :\n   1° En demi-figure, aux Offices, n° 3426. (En pendant : la grande-duchesse\nVictoire de la Rovère.)\n  20 En buste, avec chapeau empanaché, plongé dans les relatives ténèbres\ndu couloir interminable qui relie les Offices au Palais Pitti, n° 30.\n\n                                              * *\n   III. — Un petit buste de princesse par Suttermans se trouve à la Galerie\nNationale-Corsini de Rome, n° 280 [PI. III]. Visage juvénile, aux yeux noirs;\nadmirable collet de guipure, corsage soutaché, double rang de perles; fond\nsombre. C'est un délicieux morceau — le meilleur des trois que recèle le\nMusée romain sous l'étiquette de notre Justus.\n   Je voudrais prouver par cet exemple combien la carrière de Suttermans\n(plus d'un demi-siècle!) est rebelle aux classifications — en dehors d'un ordre\nqu'établirait l'âge apparent des personnages connus. Dans la tranquille conti­\nnuité de sa manière à peine peut-on constater deux légères variations; — crité­\nriums pas du tout infaillibles, je me hâte de l'ajouter :\n   1° Au commencement : quelque réminiscence de la sécheresse presque\nhiératique fréquente chez François Pourbus, dont il fut l'élève à Paris.\n(Voyez les portraits de Ferdinand II jeune (1), ceux de Marguerite et Anne-\nMarie de Médicis.) (2).\n   2\" A la fin : certaine lourdeur des chairs, ombres opaques, tonalités\nplombées. Mais on ne saurait affirmer que de telles défaillances soient\ncommunes aux productions de sa vieillesse; en effet, plusieurs témoignent\nencore d'une étonnante vigueur. Je me suis décidé donc à cataloguer le buste\nde fillette de la Galerie Nationale-Corsini dans la dernière partie de la carrière\ndu maître. Je ne serais pas éloigné d'y découvrir la jeune Anne-Louise de\nMédicis, fille du grand-duc Cosme III et de Marguerite d'Orléans; née en\n1667; dont l'alliance... et la dot furent recherchées à la fois par cinq princes,\nparmi lesquels le triste roi d'Espagne Charles II ; qui épousa Jean-Guillaume,\nElecteur Palatin, et survécut à son frère Jean-Gaston, l'ultime descendant\nmâle des Cosme et des Laurent. — Mon hypothèse demanderait à être étavée\nd'arguments précis. Il s'agit évidemment d'une princesse de Médicis; les\n\n\n  (1) Entre autres : Offices, n o s 3430 et 3456; Palais Pitti, n° 515 ; Galerie Corsini, salle I,\nn° 21.\n  (2) Au Palazzo Vecchio. — Mostra del Ritratto italiano. Salle XXXIII, n0s 11 et 13.\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                     NOTES SUR JUSTE S U T T E R M A N S                       5l\n\n\ncaractères familiaux s'y trahissent... Si on objecte l'extrême minutie dans le\nrendu du vêtement (principalement de la dentelle), qui ferait penser que nous\nsommes en présence d'une œuvre des débuts de Suttermans, proche de\nFrançois Pourbus, — je répondrai que notre peintre demeura en somme sa vie\ndurant préoccupé d'un pareil souci du détail.. Au regard des impérieux génies\nde l'art du portrait au XVIIe siècle, Van Dyck et Velasquez, — une influence\npossible surgit souvent à propos de Juste Suttermans, — cette exécution\npatiente, opposée à leur large synthèse, situe l'artiste anversois à son rang pour\nla postérité. Les louanges des courtisans et des chroniqueurs ne nous\npermettent pas d'exagérer le rôle forcément discret du pensionnaire des\ngrands-ducs de Toscane. N'oublions jamais que le prestige exercé par les\nportraitistes sur les souverains d'autrefois tenait au don quasi miraculeux que le\nCiel leur avait départi de figurer un être vivant au moyen de lignes et de\ncouleurs : la magie de tracer des. effigies au naturel ! Les princes estimaient\navant tout que l'exacte ressemblance leur assurait l'immortalité. Heureux\nquand, par surcroît, le génie y avait mis son empreinte. Le portrait d'un\nmonarque, pour nous émouvoir profondément, doit en même temps que\npénétrer l'âme du modèle, refléter l'âme de l'artiste qui l'a conçu.\n\n\n                                                           PIERRE BAUTIER.\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "  De Hermann de Baets à Pol Demade\n\n                    EN cette veille de nouvel an, par delà les mers, me sont\n                       advenus, comme étrennes, deux livres d'amis très chers.\n                           L'un et l'autre de ces livres arborent, en vérité, comme\n                       titres, presque des enseignes commerciales : Boutique\n                       d'idées et Bonbons fourrés et sucres d'orge. Mais quand\n                       on sait que Boutique d'idées est de M. Pol Demade et\n                       Bonbons fourrés et sucres d'orge de M. Hermann de\n                       Baets, on se doute tout de suite que l'intitulé de leurs\n                       volumes est une façon paradoxale et antithétique d'an­\nnoncer une œuvre par ce qu'elle n'est pas, et que le pavillon découvre une\nautre marchandise. Il n'y a, veuillez m'en croire, nulle « épicerie » dans le\nlivre de M. Demade et aucune « confiserie » dans celui de M. de Baels, mais\nplutôt ces deux livres sont nettement et crânement dirigés contre celte « épi­\ncerie » et cette « confiserie » intellectuelle, communément désignées sous ces\nvocables, un peu usés, de conformisme et de routine.\n   Et voilà qui fait, entre l'œuvre de M. Demade et celle de M. de Baets, un\névident point de contact et comme une manière de parenté.\n   Au demeurant, les deux auteurs affirmèrent, de tout temps, des affinités de\ntempérament et, dans la bataille des idées en notre pavs, tous deux pratiquèrent\ntoujours, et dans la même orientation, la manière forte : bien qu'appartenant\nà deux générations différentes (et, pour Demade, comme pour tant d'autres,\nHermann de Baets fut un admirable excitateur d'initiatives) ils collaborèrent,\nl'un comme l'autre, avec les ressources de leur talent personnel et propre, à\ncette action collective qui tenta, il v a un demi-siècle, de libérer la mentalité\ncatholique de la servitude du préjugé; et ils entreprirent cette campagne,\ncomme elle devait être entreprise, avec une vigueur féroce, une impertinence\njoveuse, mais aussi avec cet enthousiasme enflammé qui rend contagieux l'apos­\ntolat qu'il sert.\n   Pour ceux qui luttèrent avec eux pour une même rénovation littéraire catho­\nlique (et j'ai la fierté d'en être) quelle joie, aujourd'hui, de constater que, chez\nde Baets comme chez Demade, rien n'a vieilli de ce qui jadis fit leur force et\nnotre charme : ni la faculté d'indignation, ni la puissance de persiflage, ni\ncette manière de bretteur, amusant et amusé, qui se pose face à face à l'abus\net le perfore d'une lame acérée... d'ironie !...\n   De Baets, mon cher de Baets, comme je vous retrouve ici, tel que vous\nm'apparûtes la première fois dans votre « garçonnière » de la rue Cour-des-\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "               DE H E R M A N N   D E BAETS A P O L    DEMADE                 53\n\n\n\nPrinces, à Gand, lorsque, jeune universitaire impatient de nouveautés et de\ntémérités, j'allais vous porter mes pauvres et féroces Coups de plume... Je\npouvais m'attendre à de paternels conseils de prudence; et j'eus, au contraire,\nla délicieuse surprise de rencontrer un aîné, à la stimulation chaude et féconde\net qui dénonçait les conventions, obnubilant la vérité de la vie, de ce geste ner­\nveux et de cette parole ardente, décelant une intransigeance de conviction,\nhardie et prosélytique... Vous me fîtes don ce jour-là — en même temps que\nd'une préface qui assura le succès de mon petit opuscule — d'une amitié sur\nlaquelle la distance n'a pas eu plus de prise que le temps... C'est ce passé, mon\ncher de Baets, ut ses souvenirs d'ardente combativité que j'aime d'abord dans\nl'impitovable et spirituel haché-menu, auquel vous vous livrez sur les lionbons\nfourrés et les sucres d'orge de la méthode éducative... En dépit des héca­\ntombes d'autrefois, il y a donc des morts qu'il faut qu'on tue, et vous vous\nêtes remis au « jeu de massacre » avec un salutaire entrain : vous me permet­\ntrez de goûter surtout — comme une des meilleures choses sorties de votre\nplume — le réquisitoire justicier, où l'éloquence s'unit à la finesse, prononcé\ncontre le style marial — et où, en des pages qu'eut aimées Huysmans, vous\n rédîmez la suprahumaine figure de la Vierge Marie — telle qu'elle doit appa­\n raître àdes yeux catholiques — de l'enguirlandement praliné des oraisons et des\n cantiques soi-disant pieux. Avec non moins d'à-propos, et d'une si pittoresque\n vivacité de style, vous restituez à Louis de Gonzague et à Jean Berchmans,\n victimes héréditaires de la caricaturale puérilité, rimée ou pétrifiée, des Sul­\n piciens du verbe ou du ciseau, leur personnalité chrétiennement virile de\n patrons de la jeunesse, et voilà une réparation due et bienfaisante, et la néces­\nsaire démonstration que la chasteté n'est point la niaiserie!... Après cela,\n lorsque — une fois de plus — vous faites le procès de l'ingénue légende de\nsaint Nicolas, et que, d'une main irrévérente, vous prenez, par sa barbe de\n lin, le bonhomme Noël, nul doute qu'en saine pédagogie infantile, vous n'ayez\n raison ; mais vous ne doutez point, n'est-ce pas, mon cher de Baets, que ces\n chers mensonges seront plus forts que vos plus pittoresques arguments, pour\n le motif qu'on « joue » saint Nicolas et bonhomme Noël, non seulement pour\nle contentement des enfants, mais surtout pour le plaisir des parents; or,\n quand il s'agit de ses plaisirs, l'homme et la femme, soient-ils des papas et des\n mamans, sont tenaces et carnassiers... « Téméraire auteur » — comme dirait\n Boileau — qui osez toucher à la joie des familles!\n\n                                       *\n                                      * *\n\n   Je me suis laissé dire que, quand le chroniqueur littéraire de tel quotidien\nbruxellois entre dans le bureau de rédaction, ses confrères ont l'habitude de\nl'accueillir par ces mots : « Voilà les bois de justice!... » Que ce qualificatif\nconviendrait donc bien à M. Pol Demade! Car il y a un exécuteur, dans\nM. Pol Demade, et j'ajouterai même, car cela lui fera plaisir, un inquisiteur.\nEt j'imagine que s'il a mis une fervente dilection dans l'élaboration d'Une âme\nprincesse et des Contes inquiets, il ne goûte vraiment la plénitude de la joie\nd'écrire, qu'en procédant, en des phrases qui tranchent net et avec des mots\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "54                                DURENDAL\n\n\n\nqui brûlent, à une de ces décapitations dont il nous donne, depuis vingt ans,\nle périodique et âpre régal. Il importe d'ajouter, du reste, que les « massacres »\nde M. Pol Demade, dont la grande qualité morale et littéraire est le plus intré­\npide courage, ne choisissent jamais leurs victimes que parmi les victorieux,\ndebout, en pleine notoriété. Lorsque jadis, il « descendit » le Banni de\nSodome, ce fétide Léo Taxil, — et ce furent vraiment là des pages de maître\n— c'était au moment où l'enfantine crédulité de tant de catholiques servait de\npiédestal à cet ondoyant mouchard... On en voulut beaucoup à M. Demade\n(cet éreintement de Taxil parut dans le Drapeau, et je me souviens des protes­\ntations que reçut son rédacteur en chef) mais, à quelque temps de là, le com­\nmis-vovageur de Satan fut dévoilé, et nul ne trouva outrancier un jugement\nd'abord jugé scandaleux... En sera-t-il de même de l'attaque virulente que\nje rencontre aujourd'hui, dans Boutique d'idées, contre Camille Lemonnier?\nEn vérité, j'en doute, et il me paraît que plus même que de nuances, M. Pol\nDemade a manqué de mesure. Le sens dans lequel Lemonnier orienta sa vision\nesthétique n'est pas pour me plaire, et je ne me suis jamais fait faute de le\ndire; mais j'estime que cette hantise charnelle qui donne, aux œuvres de\nLemonnier, une sorte d'agaçante déformation, ne doit pas nous faire oublier\nle respect dû à un tenace labeur littéraire, la reconnaissance méritée par l'ini­\ntiateur qui réveilla, en son pays, l'amour désintéressé de l'art, et l'admiration\nqu'on ne peut refuser à tant d'émouvantes et saines beautés qui sont chez\nLemonnier l'envers de beaucoup d'inacceptables audaces et d'affligeantes\ncrudités... Après cela — et ne partageant pas, vis-à-vis de Lemonnier,\nl'exclusivisme de M. Pol Demade — je me juge mieux placé pour trouver\nplaisante l'accusation presque de sacrilège que certains portèrent contre le\n« tombeur » de Lemonnier, et cette extravagante prétention, que j'ai lue\nquelque part, de mettre M. Pol Demade au ban des Lettres belges, pour\navoir osé « toucher au Maître »... Voyons, voyons, va-t-on augmenter encore,\ndans certaine critique, la liste des \" intangibles \" ... Après Jean-Jacques Rous­\nseau, Zola; après Zola, Lemonnier ! A qui le tour ?... Laissez-moi plutôt croire,\nen toute simplicité, que si, ces derniers temps, les admirateurs de Camille\nLemonnier n'avaient pas démesurément exagéré leur latrie, M. Demade peut-\nêtre n'aurait pas senti le besoin d'opérer une réaction qui, au demeurant, et je\nle reconnais volontiers, va au delà d'un juste équilibre...\n    On méconnaîtrait d'ailleurs — par omission — la véritable personnalité\nde M. Demade, si, à la faveur de certains « règlements de comptes » fameux,\non le considérait uniquement comme un « belluaire » ; ses amis ne s'y trom­\npèrent jamais : au repos, cet énergique est un tendre, avec un fonds adorable\nde pitié et de délicatesse. Boutique d'idées le démontré une fois de plus. Si une\nimpression de cruauté se dégage d'un des panneaux de ce diptyque, quelle\n rayonnante bonté émane de l'autre panneau ! Le lutteur fait trève, et c'est un\n médecin qui parle, si compatissant aux misères humaines, et c'est un natu­\n riste, si ému devant les merveilles de la création, et c'est un philosophe si\n chrétiennement optimiste... Le même homme qu'exalte le souvenir du duc\nd'Albe, pour qui il réclame une statue, est incapable de faire du mal à une\n fleur!...\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "               DE HERMANN DE BAETS A POL DEMADE                               55\n\n\n   11 y a quelques semaines, visitant, aux rives du Nil, les pauvres ruines d'An­\nLinoë, la ville de splendeur et de volupté, élevée par l'empereur Adrien, à la\nmémoire de son favori Antinoüs, je crus voir errer encore, parmi cette minable\net désolée hécatombe de marbres, l'ombre farouche du moine Schenoudi, qui,\nau début de l'ère chétienne, exerça là, sur les beautés païennes, lé plus joyeux\net le plus forcené iconoclasme .. Et pourtant, l'histoire l'atteste, cet impi­\ntoyable destructeur d'idoles, quand il n'était pas en fonction d'apostolat, pro­\nférait une âme de candeur, de poésie et d'amour, à qui toute infortune était\nfraternelle et à qui nulle disgrâce des êtres ou des choses ne faisait signe en\nvain !\n   Ce Schenoudi ne serait-il pas l'ancêtre intellectuel de M. Pol Demade?\n\n                                                  FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n  Mansourah (Egypte), Noël.\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "                        Revue du Mois\n\n                      Chronique des Concerts\n   José Lassalle a reparu aux concerts Ysaye. Par la persuasive éloquence du\nsens expressif comme par la fougue éclatante du lyrisme, il figure au nombre\ndes plus remarquables capellmeister de l'heure présente. L'an dernier il était à\nla tète de son orchestre de Munich et si les interprétations qu'il dirigea alors\nfurent naturellement plus riches de lumière et d'ampleur, plus puissantes\nd'équilibre sonore et de maîtrise dans l'art des gradations, il n'en est pas\nmoins admirable de voir avec quelle sûreté, quelle force et quelle rapidité ce\ngrand conducteur d'orchestre arrive dès le premier contact à animer de son\nsouffle, à pénétrer de sa conception personnelle les artistes d'ailleurs si com­\npréhensifs de l'orchestre Ysaye.\n    Après une Suite, aussi fine de grâce rythmique que de couleur, empruntée\nà l'opéra Céphale et Procris de Grétry, l'on entendit 1a Symphonie Fantas-\ntique de Berlioz pour laquelle Lassalle professe une prédilection particulière,\ncar il l'inscrivit encore au programme de l'un de ses concerts de l'an dernier.\nCette nouvelle audition de la même œuvre constituait une redite peu justifiée,\nles colorations savoureuses de cette musique et son panache si caractérisé de\nromantisme ardent et farouche ne suffisant point à absoudre la Fantastique\nde tout ce qu'elle comporte d'étrangetés, de prolixités et de boursouflures. La\nSymphonie Fantastique date parce qu'elle est essentiellement représentative\nd'une époque d'art lointaine et périmée. Le public accueillit froidement la\nScène aux Champs et ne vibra qu'aux deux dernières parties, la Marche au\nSupplice et la Nuit de Sabbat, enlevées d'ailleurs de façon magistrale. Il salua\naussi d'ovations enthousiastes trois pages choisies parmi les plus prestigieuses\nde l'art wagnérien, le Prélude de Lohengrin, le Charme du Vendredi\nSaint, l'Ouverture de Tannhaüser.\n    Mlle Maud Fay, de l'Opéra de Munich, possède une voix puissante et éten­\ndue qu'on apprécia d'abord dans l'air de Donna Anna de Don Juan. Toutefois\n le génie tendre et gracieux de Mozart ne répond guère aux tendances propre­\n ment dramatiques de cette artiste dont le talent se déploya avec infiniment\n plus d'aisance dans les célèbres poèmes de Wagner, Stehe Still, Schmerzen,\n Traiime. Interprétations se recommandant par la noblesse de la déclamation\n lyrique, par le souci de la ligne et du style, mais où l'on eût souhaité plus\n d'élan et d'émotion communicative. En revanche ce fut dans une généreuse\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                              REVUE DU MOIS                                   57\n\n\nenvolée d'allégresse qu'elle chanta l'air du second acte de Tannhaüser où elle\nremporta un succès vif autant que justifié.\n\n                                          *\n                                     H:       *\n\n\n\n\n   Les concerts Lohse continuent à être pour les fervents de Beethoven la\nsource de jouissances artistiques de l'ordre le plus élevé.\n   La Symphonie en ut mineur est une des pierres de touche de la grande\ncompréhension beethovénienne. Par son étonnante profondeur psychologique\nqui l'apparente étroitement à la Neuvième, elle prend place au nombre des\nplus éloquentes peintures que la musique ait jamais tracé de l'âme et du\nmystère qui la domine, de l'âme éprise de clarté, de bonheur et qui, meurtrie\naux heurts tragiques de l'existence, pleure jusqu'au moment où elle oriente\ndéfinitivement son essor vers la Lumière primordiale et divine. Ce sens\nprofond de la Symphonie, que Nikisch faisait ressortir de façon si prestigieuse,\napparaît moins dans l'interprétation de Lohse qui, soucieux avant tout de puis­\nsance et d'éclat, s'attache plus spécialement à intensifier les significations\nlyriques du poème, à faire vibrer ses hymnes glorieux, ses envolées de joie\nimmense vers l'Infini.\n   La Pastorale a été délicieusement rendue. Nous ne sommes point de ceux\nqui considèrent la Pastorale comme une expression d'art située à mi-côte du\nsublime et que surplombent les faites merveilleux où trônent la Septième et la\nNeuvième Symphonie, l'Ut Mineur et l'Héroïque. Si l'on se place au point\nde vue musical pur, ce n'est peut-être pas dans la Pastorale que l'on admirera\nsurtout ces précieuses et inestimables conquêtes dont le maître de Bonn a\ndoté et enrichi l'art de la symphonie. Ajoutons qu'ici apparaît de façon\nbeaucoup moins sensiblele côté Hugo du génie de Beethoven avec ses vio­\nlentes et sublimes antithèses, opposant aux paroles d'insondable douleur les\nexplosions de joie ensoleillée et triomphante. Et cependant la Pastorale est\nassurément parmi les symphonies de Beethoven une de celles qui font le\nplus penser. La haute poésie qu'elle recèle y jaillit en effusions douces et dis­\ncrètes. Dans leur suave harmonie de lignes, ces frais paysages captivent\nencore moins par ce qu'ils expriment que par ce qu'ils suggèrent, par ces\naspects de l'humanité profonds et éternels où se complaisent les méditatifs,\nles esprits curieux de corrélation entre la vie de l'âme et la vie de l'univers\nqui en est comme le miroir symbolique.\n   La Septième Symphonie dénommée si suggestivement par Wagner l'Apo­\nthéose de la Danse, est une des plus magnifiques paroles du maître de Bonn\nen même temps qu'une de ses créations les plus extraordinaires. Egalant en\npuissance de lyrisme l'Ut Mineur et l'Héroïque, elle les dépasse peut-être\npar la hardiesse et l'originalité de la conception, offrant d'ailleurs à un degré\néminent ce caractère si profondément beethovénien d'une admirable unité\nd'inspiration dans l'infinie variété des développements et des moyens expres­\nsifs. Imprimant à l'étonnant Finale cette allure déchaînée et tourbillonnante\nqu'affectionnait Weingartner, Lohse a donné de cette symphonie une interpré­\ntation enthousiaste et colorée dans laquelle les colossales expansions ryth-\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": " 58                                DURENDAL\n\n\n\n iniques du poème se sont déployées avec une triomphale énergie. Nous préfé­\n rions un mouvement plus lent pour l'Allegretto. Dans les dernières années de\n sa vie, Beethoven semble avoir été fort anxieux que ce mouvement de la\nSeptième ne fut pas pris trop rapidement, et il pensait à changer l'indication\nAllegretto en celle d'Andante quasi Allegretto. Excellente aussi l'interpré­\ntation de la Huitième Symphonie, ce regard en arrière jeté par Beethoven\nvers le passé avant d'atteindre dans la Neuvième au point culminant de son\ngénie. L'Allegretto Scherzando et le Menuet, ces pages charmantes où\nsemble respirer encore l'âme radieuse du chantre des Saisons, furent rvthmées\navec infiniment de grâce.\n    De même que la huitième Symphonie, le Concerto en sol majeur pour piano\nest aussi une œuvre lumineuse, couronnée de joie, déployant à profusion la\nriche broderie de ses arabesques étincelantes. Cependant, à part les quelques\nlignes de l'Andante con moto si extraordinairement expressives en leur gravité\ntragique concentrée et qui sont du plus pur, du plus grand Beethoven,\nil demeure assez extérieur si on le compare au Concerto en mi bémol dont il\nn'a ni la magnificence d'architecture ni la profondeur d'accent. Le Concerto\nen ut mineur plus rigoureusement moulé dans la forme classique tradi­\ntionnelle a ses pages les plus significatives dans son admirable Largo. Ces\nConcertos étaient confiés respectivement à deux élèves de M. Degreef, le\npremier, M. Bosquet, virtuose accompli, tenant de son maître l'élé­\ngance limpide et perlée du trait, la sûreté du goût, raffinement des nuances, le\nsecond M. Laoureux, remarquable par son jeu sobre, ferme, consciencieux,\nprofondément respectueux du style et de l'esprit de l'œuvre interprétée.\n\n\n\n    Le premier concert du Conservatoire offrait un intérêt historique tout\n particulier par la première audition en Belgique de l'Oratorio de Noël de\n Schûtz (1664). Ayant résidé longtemps en Italie et après s'être formé à\n la forte et féconde discipline de l'école vénitienne dont son maître Gabrieli fut\n un des principaux représentants, Schütz rentra en Allemagne où il exerça\n une précieuse influence sur l'orientation et le développement de son art en\n créant des types de musique sacrée, Passions, Oratorios, dans lesquels il\n apparait véritablement le précurseur de Bach. L'Oratorio de Noël fut\n découvert il y a quelques années seulement dans les archives de la Biblio­\n thèque d'Upsal. Reconstitué avec tact par son éditeur M. Schering, il\n fut exécuté plusieurs fois en Allemagne et Edgar Tinel a été vraiment bien\n inspiré de nous le faire connaître. Il s'était assuré dans ce but le concours de\n deux artistes de race depuis longtemps appréciés à Bruxelles, MM. Fröhlich\n et PJamondon. Mlle Viceroy avait accepté la périlleuse mission, qu'elle soutint\n avec honneur, de remplacer Mme Cahnbley-Hinken empêchée.\n    L'Oratorio de Noël se compose d'un chœur d'introduction, d'un, chœur\n final et de huit morceaux dénommés intermèdes que relie entre eux le récit\nêvangélique. Très simple de contexture mélodique mais attachant par son\n ingénuité et sa vérité expressive, ce récit eût pu paraître monotone si, avec\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                             REVUE   DU   MOIS                             59\n\n\n\nautant de discrétion que de poésie, M. Plamondon ne l'eût finement\ncoloré des inflexions de sa voix charmeuse.\n   Les intermèdes sont très curieux à étudier au point de vue de leurs modes\nd'expression harmoniques et rythmiques, de leur instrumentation si pittores-\nquement suggestive. Gardons-nous surtout d'attribuer à l'œuvre de Schütz\nune valeur exclusivement documentaire, susceptible d'être prisée par les seuls\nérudits. L'Oratorio de Noël a d'autres titres à notre intérêt que son recul\nhistorique et que l'archaïsme naïvement savoureux de son style. L'impression\nsi prenante qui s'en dégage pour l'auditeur attentif résulte surtout du carac­\ntère profondément sincère de cette musique, musique rayonnante de piété\ncandide, imprégnée souvent d'une ferveur d'accent des plus pénétrantes, et\nqui semble respirer et vivre en une atmosphère de foi vivace dont elle\nest l'éclosion spontanée et touchante.\n   C'est ce que M. Ernest Closson exprime si bien en une étude remarquable\nparue dans le numéro du 17 décembre du Guide Musical, étude qu'il\nfaudrait citer tout entière et à laquelle nous empruntons le passage caracté­\nristique suivant : « C'est un art encore archaïque, d'une monotonie et d'une\nindigence relatives, non exempt de ces modulations gauches et incertaines\nqui trahissent la tonalité encore hésitante, de ces tournures embarrassées qui\nimpressionnent désagréablement où font sourire le profane obstiné à tout\nentendre d'une même oreille,\" un drame wagnérien ou un opéra du\nXVIIe siècle. 11 ne faut pas chercher ici la souplesse harmonique inégalée, la\nsomptuosité polyphonique et les amples mélodies de Jean-Sébastien. Nous\navons affaire à un primitif. Mais l'essence même de cet art n'est pas diffé­\nrente. Ön peut même dire que, jusqu'à un certain point, l'élève de Gabrieli\nse montre plus religieux que le cantor de Leipzig. Non pas dans le sens où\nnous reconnaissons, chez Fra Angelico, une religiosité plus profonde et plus\npure que chez un Raphaël. Si la technique, là comme ici, a progressé,\nl'intensité du sentiment religieux, de Schütz à Bach, n'a pas diminué. Mais\non ne peut méconnaître l'importance que l'accroissement de la technique a\ndonné, chez Bach, à la forme, à la préoccupation du développement, par\nrapport à l'effusion sentimentale; si l'art, chez Bach, n'a point diminué la\nloi, reconnaissons que, chez lui, le musicien absorbe parfois le croyant. Avec\nSchütz, au contraire, nous nous trouvons en présence d'un artiste naïf,\nprofondément convaincu, s'efforçant d'exprimer avec toute l'intensité pos­\nsible, au \"moyen d'un vocabulaire musical encore rudimentaire et d'une\nesthétique encore incertaine, le sentiment qui l'anime. Et c'est par quoi\nSchütz est à la fois si intéressant et si touchant. »\n  \"Le concert avait comme splendide couronnement une interprétation émou­\nvante de la neuvième Symphonie où Edgar Tinel mit toute son âme de\ngrand artiste, secondé merveilleusement par l'orchestre, les chœurs, et les\nsolistes, Mlle Viceroy, Mlle Kalker, M. Plamondon, M. Frœlich surtout,\ndont on admira la voix magnifiquement timbrée, la diction ample, énergique\net majestueuse.\n                                                                G. DE G.\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "60                                DURENDAL\n\n\n\n\n                     Le VIe Salon de l'Estampe\n    Peu d'oeuvres de caractère! C'est l'éternelle lamentation des critiques au\n sortir de nos expositions modernes. Je sais bien, les œuvres caractéristiques\n sont rares, aussi rares que les tempéraments d'artistes. Il v a donc plus de\n regret que de blâme dans cette constatation, car, en somme, peut-on blâmer\n celui qui, sans être exceptionnellement doué, se consacre courageusement à un\n art quelconque et ne faut-il pas être plein de reconnaissance envers les orga­\n nisateurs d'un salon qui nous permet de juger la production de nos graveurs\n contemporains.\n    A part quelques professionnels du genre tels que MM. Auguste Danse,\nArmand Rassenfosse, Marc-Henry Meunier... etc., beaucoup ne sont que des\ngraveurs occasionels, plusieurs même n'exposent que des dessins. Nous\nn'aurons garde de nous en plaindre, les dessins ont un charme à eux, très\nappréciable, mais ils devraient toujours être entourés d'œuvres gravées per­\nmettant de saisir la façon dont l'artiste interprète ses impressions sur le cuivre\nou sur la pierre, c'est, me paraît-il, la seule raison qui justifierait une telle\nquantité d'esquisses dans un salon d'estampes.\n    Eugène Smits y occupe une place importante avec dix eaux-fortes et\nquatre-vingts croquis. Ici, par exemple, un caractère s'affirme, incontes­\ntablement, l'on sent une âme se révéler par le charme tranquille et pénétrant\nde ces pages harmonieuses. Il n'est pas toujours exempt de gaucherie, mais\ncette gaucherie est parfois expressive et toujours amplement compensée par le\nsens des valeurs et l'attrait de la couleur, qualités fondamentales du talent de\ncet artiste et privilège des tempéraments de peintre.\n   D'autres, tel Jean-Baptiste Meunier, ne possèdent pas ce sens qui fait voir\nles choses par leur coloration plutôt que par leurs contours, ses planches sont\nsourdes et un peu tristes à l'égal des œuvres de Calamatta son maître dont la\nmanière austère et mélancolique plaisait souverainement à toute l'école de\n1830, mais il connaissait son métier et c'est là ce qui nous intéresse à une\népoque où faute de bien posséder l'art du burin l'on a recours à tous les\n« procédés H destinés à voiler l'indigence du fond. Le petit portrait de\nLenoncourt, archevêque d'Embrun, d'après Clouet, est excellent, celui de\nMarguerite d'Autriche est une planche délicieuse dans une gamme blonde.\nLes grandes pièces comme la « Chasse au Rat » et le « Portrait de Rubens »\nsont trop connues pour qu'il soit besoin de les signaler.\n   Trop connues?... Je m'avance peut-être un peu! Connait-on suffisamment\nnotre école belge de gravure? Avons-nous jamais vu, exposées ensemble, les\nœuvres de Calamatta et de ses élèves : Desvachez, Demannez, Biot, Flameng...\nNe serait-ce point une entreprise digne du Salon de l'Estampe? Je me permets\nde croire qu'elle offrirait de l'intérêt.\n  Elle en offrirait à coup sûr autant que l'exhibition des lithographies venues\nd'Outre-Manche sous la bannière du Senefelder Club. Le président de cette\nphalange, M. Joseph Pennell, expose les « Merveilles du Travail ». Qu'elles\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                              R E V U E DU MOIS                              6l\n\n\nse déroulent à New-York ou à Rome, à Venise ou à Charleroi, la même\nlumière les baigne, la même atmosphère les environne! Est-il permis d'être\naussi insensible à tous les charmes de l'heure et du lieu !\n   M. Harry Becker, un autre disciple de Senefelder, partage ce travers avec\nJ. Kerr Lawson dont les lithotintes donnent l'impression de bonnes photo­\ngraphies.\n   D'une façon générale, il semble que l'on puisse reconnaître à tous ces\nartistes une assez grande habileté, — vovez les œuvres de F. Ernest Jackson et\nd'Ethel Gabain — hélas! l'habileté ne suffit pas, c'est le petit côté de l'art\n« un peu de vérité ferait mieux notre affaire ». Cette pensée pourrait donner\nlieu à des développements considérables. Nous les aborderons quelque jour.\n\n                                                                    R. G. G.\n\n                            Les Conférences\n  A u x m a t i n é e s l i t t é r a i r e s . — Conférence du marquis DE SÉGUR\nsur les CONCOURT.\n   La série des conférences des Matinées littéraires sur la vie du second\nEmpire s'est inaugurée le 22 janvier, dans la grande salle de Patria, — encore\nun peu trop neuve peut-être, un peu plâtria, dit quelqu'un — par une vivante\ncauserie du marquis de Ségur, qui parlait des frères de Concourt.\n   Ces brillants inventeurs de l'écriture artiste, qui fut si pernicieuse à deux\ngénérations, demeurent, sans doute, des hommes célèbres; mais on lit moins\nleurs livres, et l'on s'étonne parfois, lorsque d'aventure on les rouvre, d'y\ndécouvrir de grandes, de très humaines beautés; et surtout, malgré le soin\nqu'ils ont pris dans leur Journal de se raconter eux-mêmes, les jeunes gens\nd'aujourd'hui connaissent fort peu la vie de ces deux hommes de lettres qui\nne furent qu'hommes de lettres. M. le marquis de Ségur nous a fait l'histoire\nde cette vie, qui resta une en étant double - l'histoire anecdotique, et\nd'autant plus charmante. Il nous a dit les rêves, les espoirs, les déboires, les\nillusions et les désillusions, les triomphes et les défaites de ces deux frères\nécrivains, qui eurent à un haut degré l'orgueil de leur profession, mais qui en\nconnurent aussi les faiblesses, les ridicules et les petites vanités. Portrait\navant tout véridique, brossé par un peintre qui laisse voir les défauts de ses\ndeux modèles, mais dont la légère ironie cache une sympathie très profonde.\n   Cette conférence aimable, spirituelle et juste, dite d'ailleurs avec beaucoup\nd'art, a inspiré grande envie à tous ceux qui l'entendirent de renouer connais­\nsance avec l'œuvre des deux Goncourt, ces parangons d'hommes de lettres.\n                                                                         F. A.\n                                        *\n                                       * *\n   A u x a m i s d e la l i t t é r a t u r e . — Conférence de M. Louis\nDELATTRE.\n   L'annonce d'une conférence du charmant écrivain des Contes de mon\nvillage et du Parfum des buis avait attiré, dans la salle de milice de notre\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": " 62                                DUKENDAL\n\n\n\n hôtel de ville, un public nombreux et choisi. M. Louis Delattre est le plus\n séduisant, le plus spirituel et le plus spontané de nos conteurs wallons, dont\n on en peut citer pourtant quatre ou cinq de première valeur; et il devait\n parler de l'inspiration populaire chez nos prosateurs, c'est-à-dire de ce qu'il\n connaît et de ce qu'il pratique le mieux : on s'attendait à un régal, et d'avance\n on se délectait. Cette attente ne lut pas trompée.\n    Nos écrivains, dit en substance M. Delattre, vont au peuple d'instinct et\n nous disent sa vie, ses mœurs, ses émotions; ils montrent ce qu'il y a en lui\n d'énergie et de santé. Et, chantant de la sorte l'idéal de la race, ils font œuvre\n moralisatrice..\n    De Coster, dans Uylenspiegel, célèbre tour à tour le cœur et l'esprit de la\n mère Flandre. Henrv Carton de Wiart, dans la Cité ardente et les Vertus\n bourgeoises, exalte l'héroïsme des Liégeois et des patriotes brabançons.\n Des Ombiaux nous enseigne, dans le Joyau de la mitre, la tolérance et l'opti­\n misme. Krains et Stiernet nous font connaître les grandes douleurs et les petites\njoies des Hesbignons. Garnir chante le Condroz, puis les mœurs bruxel­\nloises, qui inspirent aussi l'humour de Courouble. Virrès, naturaliste chré­\ntien, célèbre les spectacles de Campine avec une poésie tragique. Demolder\ndécouvre, dans le « cœur des pauvres », des trésors précieux. Glesener, dont\nl'art sévère et probe fait parfois penser à Flaubert, apporte une émotion\n profonde dans l'analyse' de l'âme wallonne. Mme Blanche Rousseau se\n penche sur les consciences enfantines. Henri Davignon dépeint et explique,\nen tâchant à les concilier, les aspects divers et contradictoires du paysage\net de l'âme de Flandre et de Wallonie. Mais le plus proche du peuple,\ncelui qui l'aime le mieux, celui qui lui témoigne la plus forte sympathie et\nla plus généreuse, c'est assurément Georges Kekhoud.\n   En somme, conclut M. Delattre, aucune littérature ne se prête mieux que la\nnôtre à être goûtée par le peuple. Il s'en faut pourtant que le grand public\nconnaisse nos conteurs et nos romanciers. Mais 41 faut continuer avec courage\net constance une œuvre si bien commencée, et des jours meilleurs viendront...\n   M. Delattre termine par un charmant couplet où, avec la saveur et la fine\npoésie que l'on trouve dans ses contes, il évoque des souvenirs d'enfance; et\nc'est tout bonnement délicieux.\n   Toute la conférence de M. Delattre était d'ailleurs pleine d'agrément, de\ngrâce alerte et primesaütière, de fraîcheur et de cordialité. Causerie aimable\net familière, sans prétention ni pédantisme, ne cherchant ni la profondeur ni\nla nouveauté des jugements, mais pleine d'un charme persuasif et d'une\nchaleur d'âme contagieuse, qui ont valu à l'orateur le plus sympathique des\nsuccès.                                                                p. A\n\n\n                         Au théâtre du Parc\n  Le mystérieux J i m m y , pièce en trois actes de M. ARMSTRONG.\n   Les pièces policières font fureur. Ce n'est pas moi qui m'en plaindrai :\nj'avoue sans honte que je ne cesse d'y prendre un plaisir extrême et que rien,\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                             REVUE    DU   MOIS                            63\n\n\nau théâtre, ne me semble plus attachant, plus émouvant, plus passionnant,\nque la poursuite d'un criminel intelligent et courageux par un détective fleg­\nmatique, mais subtil et déterminé. J'ai cette faiblesse, assurément fort démo­\ndée, d'aimer à m'amuser quand je vais au théâtre. Et ces drames policiers\nnous reposent des éternelles complications psychologiques, dont nous com­\nmençons vraiment à être fatigués, oh ! oui !... Sans compter qu'ils nous chan­\ngent aussi des comédies rosses ou de mœurs — de mœurs mauvaises ou par­\nfois pires — qui ne sont guère plus divertissantes. Ces drames policiers, au\nmoins, sont honnêtes d'un bout à l'autre, — et c'est toujours ça de gagné !\n   Je ne vous raconterai pas le Mystérieux Jimmy : la pièce de M. Arm­\nstrong est pleine de complications, de surprises, de coups de théâtre, voire\nd'invraisemblances criantes; mais tout cela est ingénieux, bien machiné,\namusant, et par endroits délicat, sentimental et joli. Un coup de poing\naméricain, rudement asséné, sans doute, mais qui, somme toute, fait du\nbien, surtout quand M. Armstrong, pour ranimer vos esprits, vous fait res­\npirer un parfum où j'ai cru reconnaître, pour moi, de l'essence de petite fleur\nbleue...\n   Pièce de famille, à quoi fillettes et collégiens font un joyeux succès. Ces\nenfants ont raison : le Mystérieux Jimmy est un drame passionnant; je le\npréfère, pour moi, à Sherlock Holmes, à Arsène Lupin, à Raffles lui-même,\nqui pourtant m'ont plu, et singulièrement (mais ne le dites pas trop!).\n    L'interprétation, au Parc, était du reste excellente. Le rôle de Jimmy\nallait comme un gant à l'excellent Krauss, qui en a fait une création inou­\nbliable. A ses côtés, M. Seran, M. Péral, Mlles Borgos et Renard ont\ncontribué à la réussite.\n                                                                        F. A.\n\n\n                          Revue des Revues\n  — La Revue générale. La fin de l'étude de M. Joseph Perchat sur Henry\nBordeaux. Un article de M. Firmin Van den Bosch sur Godefroid Kurth en\nEgypte.\n  — Le Mercure de France publie un admirable poème de M. Louis\nLe Cardonnel : Aux dieux d'Irlande, dont voici les dernières strophes :\n\n              Oh ! qui dira la place, auprès des sanctuaires.\n              Où vous dormez, héros des temps évanouis?\n              Vous êtes tous perdus en d'obscurs ossuaires,\n              Vous dont le rêve ancien m'a fait tel que je suis.\n\n              Et pourtant, loin d'Irlande, aux robustes haleines\n              Des Alpes, mes poumons se sont d'abord ouverts :\n              Je suis né dans Valence, aux mémoires romaines\n              Qui voit les monts bleuir dans ses horizons clairs.\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "64                              DURENDAL\n\n\n\n             L'écho des chants venus de la belle Provence,\n             Aux aèdes brunis par l'éternel été,\n             A bercé ma jeunesse, et j'ai dès mon enfance\n             Connu l'enchantement de l'antique Beauté.\n\n             Mais j'hérite de vous dans ces époques grises,\n             Oit le Doute affaiblit les cœurs les plus virils,\n             L'âme d'un constructeur de mystiques églises.\n             Le désir du voyage et l'attrait des exils.\n\n             Si j'aime, en purs contours, en immuables lignes,\n             Les marbres se dressant dans l'or des matins bleus.\n             J'aime aussi les grands vols nostalgiques de cygnes\n             S'enfonçant dans un ciel d'automne nébuleux.\n\n             Ah ! que toujours l'espace, avec son amplitude.\n             M'incite à souhaiter des espaces meilleurs :\n             Qu'à jamais une austère et sainte inquiétude\n             Me fasse soupirer vers l'immortel ailleurs.\n\n             Que mon vœu de songeur et mon vœu de poète,\n             Jusqu'à mon dernier jour demeurent d'accorder\n             L'élan ardent de l'àme à la forme par-faite,\n             Coupe d'or, d'où le vin ne doit pas déborder\n\n             Et que, les yeux fixés sur l'Idéal, je vive,\n             Gardant, dieux perdus, dans un brumeux lointain,\n             La richesse sans fond de votre ardeur pensive\n             Harmonieusement unie au goût latin.\n\n  — La Belgique artistique et littéraire. Un grand article assez loufoque du\nbaron Ch. van Beneden, sur le Portugal.\n  — La Nouvelle revue Française donne le premier acte de la nouvelle pièce\nde Paul Claudel : l'Annonce faite à Marie. Cinq poèmes délicieux de Tristan\nLeclère (Klingsor).\n   — La Phalange. Les Floralies de M. Richard Dupierreux.\n   — Les Rubriques nouvelles. Un sonnet de M. Charles Grolleau. Une\nlongue suite de poèmes de Paul Claudel. Poèmes en alexandrins, datés de\n 1895. L'un a paru naguère dans Durendal. En voici un autre, net, ferme,\nsans image, presque nu.\n\n             Reprenez le talent que vous m'avez donné'.\n             Le banquier n'en veut point : ceci n'a cours ni change.\n             J'ai porté, j'ai montré partout ce sicle étrange,\n             Nul marchand ne l'honore et rien de lui n'est né.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "III. — UNE PRINCESSE DE MÉDICIS\n          (SUTTERMANS)\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": ""}, {"page_pdf": 82, "texte": "                            REVUE    DU   MOIS                             65\n\n\n             Nul n'en a reconnu la marque et la matière.\n             Moi je sais seulement qu'il est lourd dans ma main.\n             Je ne l'ai point gâté ; quand vous viendrez demain\n             Je vous l'apporterai la pièce tout entière.\n\n             Tirez-en le profit vous-même ! La voici!\n             Employez-la.   Je sais que vous êtes avare :\n             Vous qui tirez des fruits d'un sol dur et barbare,\n             Reprenez tout le bien dont vous m'avez saisi.\n\n             Je suis le laboureur sur ses sillons arides!\n             Du travail de mes mains rien ne m'est revenu.\n             Si vous redemandez vos arrhes, je suis nu.\n             Si vous cherchez ce que j'ai fait, mes mains sont    vides.\n\n   — Les cahiers de l'Amitié de France publient le sixième chant des Géor­\ngiques chrétiennes de FRANCIS JAMMES. Nous reparlerons dans notre pro­\nchain numéro de cette admirable page.\n                                                                      X.\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                          LES           LIVRES\n\n M . d e s L o u r d i n e s , histoire d'un gentilhomme campagnard, par ALPHONSE\n   DE CHATEAUBRIANT. — (Bernard Grasset, éditeur.)\n   Je ne connais pas de plus grande joie que celle de découvrir un beau livre,\nsurtout si c'est l'ouvrage d'un auteur nouveau. Dans ce cas, en fermant le\nvolume, on sourit aux œuvres à venir.\n   Il n'y a plus grand mérite à venir aujourd'hui parler de M. des Lourdines;\nje puis dire cependant que j'avais écrit à M. Alphonse de Châteaubriant\navant qu'il fût devenu lauréat de l'Académie des Goncourt. Je le compli­\nmentais du choix qu'il avait fait parmi les voies qui s'ouvrent devant les nou­\nveaux venus. Il a refusé de s'engager dans les sentiers mal famés où s'embus­\nquent les proxénètes de la littérature, mâles et femelles. Il a dédaigné les\nchemins de traverse des auteurs pressés. I1 a préféré la belle route française,\nla route royale, qui s'élance, large et solide, à travers les plaines fécondes, qui\nlonge ses frères les fleuves, éclaire les forêts et relie entre elles les villes,\ncomme les grains d'un interminable chapelet. M. de Châteaubriant, dès son\npremier livre, se range dans la grande armée classique. Il ne descend peut-\nêtre pas de Chateaubriand par le sang, et qu'importe, il en descend par\nl'esprit, par la langue, par la dignité artistique.\n   Ce n'est pas à dire que son roman soit parfait et qu'on ne puisse découvrir\ndes phrases fatigantes, des mots ennuyeux. Je n'aime pas b e a u c o u p ces\n« exostoses en contours de bêtes étranges », ni ces « flots d'étoupes » sur lesquels\nvogue la lune, ni ses « ouates éclatantes » dont se pommelle le ciel. Laissons\nà la médecine ses maladies et ses accessoires de pansement. Je ne vois pas\nnon plus comment des bottes peuvent être noires de boue. Mais qu'est-ce que\nces péchés véniels en face des vertus de tout le livre?\n   Il n'y a guère plus de trois personnages principaux : M. des L o u r d i n e s ,\nson fils Anthime et la T e r r e . C'est même cette dernière, en fin de c o m p t e ,\nqui occupe la plus large place, et l'épigraphe inscrite sur la couveiture est très\nsignificative :\n                              Le Buisson (RUYSDAEI.)\n\n   Est-ce celui du Louvre, avec son grand bouquet d'arbres touffus et ses deux\nchiens au soieil sur la route, que le romancier évoque, ou celui du Musée de\nMunich, avec son chemin qui tourne et son troupeau dans la broussaille? Il\nimporte peu. L'auteur de M. de Lourdines eût pu aussi bien se mettre sous la\nprotection de la Forêt du grand peintre hollandais ou de ce Bois, un des chefs-\nd'œuvre du Musée de l'Ermitage, et d'où s'élance, à droite, l'énorme tronc\nd'un bouleau, dont la cime est brisée, mais qui pousse encore dans la lumière\nde glorieux rameaux. Ce bouleau vraiment ressemble à M. des L o u r d i n e s\nlui-même, grand ami des arbres, qui pleure ceux qu'on abat, qui soigne ceux\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                                      LES    LIVRES                                     67\n\nqui sont blessés. Car M. des Lourdines est lui-même un blessé. Il est seul\nici-bas : sa femme est impotente et son fils mène à Paris une sotte et coûteuse\nvie. C e p e n d a n t il ne redoute pas la solitude : avec ses « bottes de roulier dont les\ntirants pendaient, une lévite d'un vert bouteille défraîchi, u n carnier en ban­\ndoulière et sa fourchetine sous le bras \", il sort, derrière son chien Lirot. Il aime\nla marche, \" ce rythme régulier d'où lui monte, c o m m e d'un fléau, des pous­\nsières de pensées et de rêves ». Il va à la chasse... aux champignons, dans ses\nbois. Il y pénètre doucement, « comme dans un sanctuaire, sans bruit! » L a\ntête levée, il regarde, il écoute.\n   « L'atmosphère ne s'était pas éclaircie depuis le matin. U n brouillard,\ncaptif de la forêt, baignait les frondaisons jaunies, les troncs plus noirs, les\nbranches développées en bras gigantesques, en cous cabrés, en serpents\ntordus. L ' u n e d'elles, brisée, pendait, prête à tomber dans le vide. E n des\nreculs de b r u m e s'ébauchait le cône vaporeux des sapins ; et sous cet épanouis­\nsement des fûts en une nef déchirée de jour blafard, sous cette haute mêlée\nde palmes mordues de la dent sournoise des froids, se pressait, plus basse,\nune autre forêt, fouillis pluvieux de bourdaines et dt: viornes, marié à la\npourpre des noisetiers et au safran des érables. L'eau frangeait les ramures,\nalourdissait les fils d'araignée, imbibait les écorces gluantes, et des feuilles\ntombaient, çà et là, en tournant, dans le tranquille égouttement. dans le\ngrand calme profond. Et l'on sentait que cet égouttement, que ce calme se\nprolongeait plus loin et plus loin encore, car elle était immense, cette forêt\nde Vouvantes, et sombre et creusée de gorges sauvages, une vraie forêt de\nl'ancienne G a u l e . . . »\n   Voilà une description qui légitime l'épigraphe. D'un bout à l'autre du roman,\nla forêt d o m i n e les personnages et tout le livre : « Chaque fois, sous cette\nvoûte, au sein de ce silence, il commençait à se sentir tout petit; peu à peu,\nl'envahissait, en face de ces arbres, le sentiment d ' u n e mystérieuse solidarité.\n 11 n'était plus T i m o t h é e des L o u r d i n e s , il n'avait plus d'âge; dans sa chair\ncirculait la sève des châtaigniers et des hêtres; et son esprit, détaché de sa\npropre pensée, libre, immense, épousait toutes les formes, tous les m u r m u r e s\nde la forêt. »\n    Cet ami des arbres ne peut être qu'un brave h o m m e . Sans doute, mais c'est\nun faible. Voici que sa femme désire qu'on abatte un ormeau séculaire,\nh o n n e u r du d o m a i n e , et il ordonne le crime, il ne sait que gémir tout bas.\nTout de même a-t-il mal élevé son fils u n i q u e .\n   Je ne pense pas que ce soit le devoir du critique de raconter, de résumer\ntant bien que mal, — toujours mal — de rapetisser en cinquante lignes,\nl'histoire même que l'auteur a écrite en trois cents pages. Et puis c'est trop\nfacile. Qu'il se résigne, discret ou sévère commentateur, à énumérer les qua­\nlités et les défauts du livre qu'il signale, soit pour conseiller qu'on le lise, soit\nau contraire pour détourner son public d'une inutile fatigue. Mon sentiment\nest qu'il convient de connaître et même de posséder cette œuvre charmante,\ndélicate, point dépourvue de noblesse, fruit du premier été de ce jeune arbre\ndu verger des Lettres françaises.\n    Un premier livre doit toujours être accueilli avec bienveillance et, s'il est\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": " 68                                   DURENDAL\n\n\n sincère et écrit avec application, il convient de le signaler avec émotion.\n N'enlevons pas au lecteur la fleur de sa joie. Ouvrons la porte du jardin et\n restons sur le seuil. Quel b o n h e u r pour u n critique s'il a contribué a u succès\nd'un beau livre ! Mais quelle mélancolie si l'on dédaigne les œuvres de b o n n e\nfoi et de talent pour se précipiter vers les r o m a n s à scandale ou tel volume\nsans style et dépourvu de pensée.\n    Laissons donc à tous les lecteurs futurs de M. des Lourdines le plaisir\nd'assister au drame que déchaîne, au calme Petit F o u g e r a y , la conduite\nd'Anthime, fêtard aveugle. Ne révélons ni comment M m e des L o u r d i n e s meurt\nni comment Anthime est sauvé dans le naufrage de leur fortune.\n   Quelle émouvante marche vers la vérité et vers la conscience reconquise\nque celte promenade crépusculaire du père et du fils jusqu'au mont de la\nCroix-Verte. « C'était sa montagne des Oliviers », dit l'auteur en parlant de.\nM. des Lourdines. « 11 était resté là des journées entières, assis dans les\nfougères, regardant de là-haut passer l'ombre des nuages, c o m p r e n a n t des\nchoses que nulle part ailleurs il n'eût comprises. » L a comparaison, l'allusion\nest peut-être u n peu grosse. Elle n'est point irrévérei.cieuse. Dieu ne nous\na-t-il pas confié une âme pour l'épurer jusqu'à ce qu'elle soit digne de\nretourner à L u i , en L u i , d'être un peu de L u i . M. des L o u r d i n e s est un doux\nhomme qui fut faible par bonté, par amour. C'est ce qui le sauvera : « Tout\nce qui touche l'amour est sauvé de la mort », a écrit M. Romain R o l l a n d ,\nà qui est dédié ce livre de M. Alphonse de C h â t e a u b r i a n t .\n   A ce nouveau confrère nous sommes charmé de souhaiter bon vent, • à\ntravers les traîtres récifs, les îles maléficieuses, sur l'océan redoutable dé la\nLittérature, vers la terre promise de la vraie gloire.\n                                                             JACQUES DES GACHONS.\n\n\nR o g e r V a n der W e y d e n , par M. PAUL LAFOND. Un vol. ill. —\n   (Bruxelles, Van Oest et C ie . Collection des grands artistes des Pays-Bas.)\n   On a souvent exalté le mysticisme de nos Primitifs. On pourrait penser que\nl'on a quelque peu abusé de ce terme, à ce sujet, ou, du moins, qu'on l'a\ndétourné de sa véritable acception. Cependant, si l'on tient à définir par ce\nmot la teneur grave, pénétrée, des interprétations religieuses de nos maîtres\ndu XVe siècle, on devra mettre à part Roger Vander W e y d e n . Si l'on estime\nque Thierry Bouts, entre autres, était un peintre mystique, il faudra distin­\nguer et ajouter que c'était à la manière d'un théologien qui commente des\ntextes dogmatiques, tandis que R o g e r , lui, l'était à la manière d'un francis­\ncain et ne retenait de son texte que le sentiment qu'il exprimait, ou l'émotion\ndont il était imprégné. Car, en vérité, l'auteur de cette admirable Pietâ, du\nMusée de Bruxelles, — sur l'authenticité de laquelle M. Lafond jette un\ndoute peu justifié, semble-t-il, — de cette Pietâ où le deuil inénarrable de la\nVierge, de saint J e a n et de Madeleine devant le Christ descendu de la croix,\ns'enveloppe de la gloire sombre d'un crépuscule empourpré ; le peintre qui a\ntiré de sa pensée, ou plutôt de son âme, ce groupe de muette douleur, immo­\nbile entre les obscurités de la mort qui est venue et celles de la nuit qui va\nvenir, prend toute l'apparence d'un missionnaire de l'esprit franciscain dans\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                                    LES LIVRES                                     69\n\nl'art du N o r d . Esprit d'amour opposé à l'esprit de d o c t r i n e ; esprit de réa­\nlité opposé à l'esprit d'abstraction, dont tout l'effort allait à rapprocher Dieu\ndes h o m m e s pour le leur rendre plus présent et plus adorable.\n   Dès le XIIIe siècle, l'influence vivante encore de saint François arrachait la\npeinture d é b u t a n t e de l'Italie aux formules grandioses et figées de l'art\nbyzantin pour le pousser à des expressions si véhémentes que la puissance\ndu sentiment d o n t certaines œuvres du temps — Descentes de croix, Mises aux\ntombeaux, e t c . , — sont animées, enveloppe comme d'une flamme la gros­\nsièreté des figures et la gaucherie tâtonnante des gestes. Cette même ardeur,\nces effusions sans mesure, on les découvre d a n s les pages les plus pathétiques\nde Van der W e y d e n . Il sent, lui aussi, avec une sensibilité vibrante et\ndéchirée l'horreur des scènes de la Passion, les souffrances du Christ traîné\nsur la voie du Calvaire, les affres de la Mère au pied de la Croix, le désespoir\ndes apôtres qui, rendus à la faiblesse et aux incertitudes de leur h u m a n i t é ,\ntravaillés par le doute et par le chagrin, pleurent à la fois la douceur de leur\nmaître et la g r a n d e u r de leur D i e u ! . . .\n    Où R o g e r a-t-il pris le secret de ces interprétations impressionnantes? Qui\na agi sur lui qui, ensuite, devait agir si fortement sur les autres? Ce ne: sont\ncertainement pas les « tombistes n tournaisiens, chez lesquels il a peut-être\ntravaillé dans sa jeunesse. 11 a pu garder de son passage dans leur atelier\nu n e certaine vision sculpturale qui se marque dans certaines de ses œuvres,\nmais ce n'est point de leurs bas-reliefs funéraires, élégants de style mais froids\nd'expression, qu'il a pu recevoir une impulsion déterminante. Reste 1' « école\nde peinture d e T o u r n a i », qui, jusqu'à présent tout au moins, n'est qu'une\nespèce d'être de raison, attendu que les artistes qui l'auraient composée n'ont\nlaissé d'eux, poussière de souvenir, que leur nom inscrit dans quelques\nvieilles paperasses! M. Lafond n'a pas l'air, lui non plus, de croire que\nRoger se soit mis réellement en apprentissage, en 1426, chez Robert Campin,\nalors qu'il était depuis un an « pourtraiteur » de la ville de Bruxelles; alors\nqu'un autre texte n o u s montre les magistrats tournaisiens lui envoyant, la\nmême année, en cadeau honorifique, h u i t lots de vin ! Singulier a p p r e n t i ,\ntraité comme il était de coutume pour les maîtres les plus réputés !\n   L ' a n c i e n n e hypothèse, selon laquelle Roger fut des élèves de H u b e r t\nVan Eyck, reste, somme toute, la plus vraisemblable. N o m b r e des ouvrages\nque l'on attribue à l'aîné des Van E y c k , les miniatures des Heures de Milan,\nles Maries ait tombeau, etc., sont empreintes d'un sentiment dramatique d'autant\nplus poignant que l'expression en est plus sobre et plus c o n t e n u e . A ce point\nde vue, il y a de grandes affinités de tempérament entre le maître et son\ndisciple supposé, et si celui-là n'a pas créé la sensibilité de celui-ci, il a pu en\ntout cas contribuer à lui d o n n e r les moyens de se manifester.\n   Si nous avons peu de renseignements positifs sur ce point, nous en avons\nmoins encore sur les travaux de Roger. C h a c u n e des œuvres qui lui sont\nattribuées — et elles sont d'autant plus nombreuses que l'influence qu'il a\nexercée lui ont suscité plus d'imitateurs — soulève des questions qu'il n'est\npas aisé de résoudre avec sécurité. M. P a u l Lafond a mis beaucoup de\nsagacité et de sens critique à tâcher d'éclaircir les problèmes qui le sollici-\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "                                     DURENDAL\n70\ntaient à chaque pas. Sa classification chronologique des ouvrages du maître\nparaît bien fondée et nous sommes tout à fait d'accord avec lui pour estimer\npeu probantes les traces d'influences italiennes que l'on a cru déceler dans\nquelques-unes de ses peintures. Il n'y a rien qui soit de conception moins\nitalienne, par exemple, que le portrait de Limai d'Este, publié récemment\ndans le Burliugton Magazine. Mais, dans le même ordre d'idées, nous ne sommes\npas du tout disposés à croire avec l'auteur que le Milanais Z a n e t t o B u g a t t o ,\nartiste déjà âgé lorsqu'il fréquenta l'atelier de Roger, ait pu dépouiller sa\npersonnalité italienne au point de produire des œuvres aussi foncièrement\nflamandes que le Triptyque des Sforza, du Musée de Bruxelles, et la Mise au\ntombeau, des Offices.\n   Le livre de M. Lafond est ce que nous avons de plus étendu sur Van der\nW e y d e n . T o u s les admirateurs de notre art doivent désirer de voir paraître\nquelque jour l'ouvrage considérable, digne du grand artiste — tournaisien ou\nbruxellois, comme on voudra — d o n t M M . Verlant et Van Oest ont conçu\ndepuis longtemps — trop longtemps au gré de notre impatience — le projet.\n                                                                  ARNOLD GOFFIN.\n L e s P r i m i t i f s f r a n ç a i s , par M. L o u i s DIMIER. (Collection des\n   grands artistes.) U n vol. ill. — ( P a r i s , L a u r e n s . )\n   On sait les controverses passionnées auxquelles ont d o n n é lieu les expo­\nsitions des Primitifs flamands et français organisées, il y a quelques années,\nà Bruges et à Paris. L'ardeur patriotique s'en était mêlée, de telle sorte que\nl'on vit avec surprise certains éminents critiques français, feu Bouchot, par\nexemple, en arriver à vouloir démontrer contre toute évidence, que non\nseulement les rares peintres français des XIVe et XVe siècles n'avaient pas\nsubi l'influence des F l a m a n d s , mais que c'étaient, au contraire, ceux-ci, qui\nétaient foule, qui avaient dû à ceux-là, qui étaient quelques-uns.\n   Les polémiques se sont apaisées d e p u i s ; les études ont continué, les\nclassements, les comparaisons attentives, et la réalité des faits s'est dégagée\navec plus de clarté. C'est ce qui permet à M. Dimier d'ouvrir son ouvrage\npar des constatations de cette netteté : « Il ne faut pas chercher d a n s ce livre\nun ensemble de faits pareil à celui que présentent les Primitifs italiens ou\nflamands, ces derniers composant une école, c'est-à-dire une production con­\ntinue, gouvernée par un enseignement c o n s t a n t ; en France j u s q u ' a u\nXVIIe siècle, on n'a connu qu'une production r o m p u e et irrégulière en qui nulle\ntradition certaine ne réussit à se fonder. Ajoutez que nos voisins de F l a n d r e\net d'Italie jouissent dans leurs Primitifs d'un fruit national; au contraire, u n e\nbonne partie de ceux qu'on trouvera mentionnés dans ce livre sont étran­\ngers. \"\n   Ces lignes suffisent pour faire saisir l'esprit du travail de M. Dimier,\ntravail d'une critique très serrée et très p r u d e n t e où l'on trouvera, résumés et\nétudiés, tous les renseignements que nous possédons sur les maîtres français\nde cette période et sur leurs œuvres.\n                                                                               A. G.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                                   LES LIVRES                                  71\n\nLa sculpture aux XVII e et XVIII e siècles, par M. HENRY\n    ROUSSEAU. (Collection des grands artistes des Pays-Bas.) U n vol. ill.—\n   (Bruxelles, Van Oest et Cie.)\n    On peut dire que l'excellent livre de M. Rousseau, que l'auteur présenle\ntrop modestement comme u n e « esquisse sommaire », comble une lacune\ndans l'histoire de notre art national.\n    La période que cet ouvrage embrasse n'est pas de celles qui attirent,\nparticulièrement, la curiosité, de nos jours. L e dédain dont les classiques\nont si longtemps accablé l'art gothique, les œuvres qu'ils admiraient\nl'éprouvent, à leur tour, aujourd'hui. Cependant, si éloignées qu'elles\nsoient, par leur conception amoureuse du grandiose et de l'apparat, de notre\ngoût actuel, nous aurions grand tort de les négliger, de faire fi des travaux\nconsidérables de tant de maîtres flamands et wallons qui ont magnifique­\nment au XVIIe siècle, honorablement au XVIIIe, continué les traditions artis­\ntiques du pays et ajouté au renom et à la gloire de celui-ci à l'étranger.\n  Il suffit, d'aileurs, d'examiner sans parti pris les édifices de style jésuite\nqui nous sont restés; les ouvrages des F a y d h e r b e , des Quellin, des Duques­\nnoy, des Del Cour, des Verbrugghen d'Anvers, qui œuvrèrent surtout en\nBelgique; celle des Buysters et des Verberckt, d'Anvers, de Gérard Van\nOpstal, d'Anselme F l a m e n , de Sébastien Slodtz, qui furent parmi les plus\nbrillants décorateurs de Versailles; de Jean W a r i n , médailleur et sculpteur\nde Louis X I V , pour prendre de l'intérêt pour ces maîtres et pour passer,\nsouvent, de l'intérêt à l'admiration. P o u r faire cette exploration dans un\npassé négligé, on ne saurait prendre de guide plus expert et plus judicieux\nque M. H e n r y Rousseau.\n                                                                          A. G.\nMantegna,       par   M.   HENRI   FOCILLON.\nB e n v e n u t o C e l l i n i , par M. ANDRÉ BLUM, 2 vol. ill. (Paris, Laurens,\n   Collection des g r a n d s artistes.)\n   L'œuvre de Mantegna, c'est le début vigoureux, puissant, alourdi,\nparfois par sa science, de l'évolution décisive de l'art qui aboutira à la Re­\nnaissance classique ; celle de Benvenuto Cellini, c'est la décadence presque\nde cette Renaissance, dont les grands maîtres du début du XVIe siècle, Vinci,\nR a p h a ë l , Michel-Ange, Bramante avaient incarné l'idéal en des formes si\nmerveilleuses qu'ils ne laissaient à leurs émules et à leurs successeurs d'autres\npossibilités que de les imiter ou de les exagérer.\n   Les mémoires de Benvenuto, qui sont d'un artiste, mais aussi, d'un aven­\nturier assez peu scrupuleux, ont fait tort, M. Focillon en fait judicieusement\nla remarque, à son œ u v r e , d'ailleurs fort réduite par les destructions du\ntemps et des hommes. Il a vanté avec tant d'arrogance sa supériorité,\nd'ailleurs réelle, sur certains de ses rivaux, Ammanati, par exemple, que\nses travaux subsistants ont paru insuffisants pour justifier l'orgueil de lui-\nmême dont il témoigne à chaque page. Et, somme toute, il a semblé à\nd'autres, sans doute, comme à nous-même, que l'énergie débordante dont\nmanifestent ces Mémoires — et que Taine a invoquée à titre d'illustration de\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "72                                  DURENDAL\n\n\nla partie de sa Philosophie de l'art qui touche la Renaissance — ; que cette énergie\nétait plus abondante en paroles qu'en œuvres, plus faite de jactance q u e de\nforce véritable. Au vrai, on pourrait dire qu'il était possédé, comme son\ntemps, du désir du grand et qu'à défaut de pouvoir le réaliser, l'un et l'autre\nsavaient se contenter de l'apparence.\n   Celui-ci comme celui-là, dirait-on dans l'argot d'aujourd'hui, ne détes­\ntaient pas le bluff ! Il reste, néamoins, que Benvenuto, M. Focillon le montre\ntrès bien, était un artiste fort amoureux de son art, surprenant orfèvre,\nauteur de quelques ouvrages tels que le Persée, dont la beauté m a r q u e d a n s\nle souvenir. Mais si l'on s'intéresse à Cellini, on aime Mantegna, on l'aime\ndans sa belle vie passible, ordonnée, laborieuse, comme d a n s son œuvre\nvolontaire, riche d'initiatives fécondes et d'inventions géniales. Mantegna a\ntoute la gravité du pionnier, du chercheur, de l'inventeur : il découvre le\ntrésor de l'art nouveau ; Benvenuto, toute la prodigalité, l'insouciance de l'hé­\nritier qui n'a plus qu'à user du trésor amassé avant lui !\n                                                                 ARNOLD     GOFFIN.\n\n\nIntroduction à la P h i l o s o p h i e de l'Impérialisme, par ERNEST\n   SEILLIÈRE. — (Paris, Alcan.)\n   M. Seillière, qui a fait de ses conceptions morales un exposé étendu en\nquatre gros volumes, a voulu en donner un raccourci vivant, d a n s ce petit\nlivre, recueil de comptes r e n d u s d'ouvrages récents qui lui d o n n e n t l'occa­\nsion de faire connaître ses propres théories. M. Seillière est le docteur de ce\nqu'il d é n o m m e « l'impérialisme », c'est-à-dire « u n e tendance fondamentale\nde l'être à l'expansion vers le dehors, que la théologie chrétienne a nommée\nparfois l'esprit de principauté, que H o b b e s appelait le désir du pouvoir. Nietzche,\nplus récemment, la volonté de puissance... » Dans les nombreux ouvrages\ndont il fait ici l'analyse critique, M. Seillière signale des manifestations\ndiverses de forme du même Impérialisme. C'est, en premier lieu, la forme\nmystique qui donne au croyant l'impression d'être uni à Dieu et lui fait\nainsi acquérir une incomparable puissance et une fécondité immense dans\nl'action.\n   Le mysticisme s'étant libéré des croyances dogmatiques, est devenu, pour\nlui, le romantisme. Le poète et l'artiste, selon la conception romantique, est\nun prophète, il a mission d'interpréter aux hommes la pensée et la volonté\nde Dieu. U n e dernière forme d'impérialisme est la forme démocratique et\nsociale, qu'il s'agisse du communisme de Babœuf, de l'anarchisme de F o u ­\nrier ou du collectivisme de Marx. L ' h o m m e du peuple, qui, dans cette con­\nception, est l'homme de nature, que les perversions de la société n'ont point\natteint, est « allié de Dieu, par conséquent bon par nature et prédestiné à la\npuissance, qu'il s'agit pour lui de conquérir avec l'aide du Ciel. P o u r M. Seil­\nlière, la tendance impérialiste est d'une utilité de premier ordre. P a r c e qu'elle\ndonne la conviction mystique de l'alliance avec la Divinité, elleest un « tonique\ndel'action ». Maiselle requiert d'être endiguée dansdeslimites rationnelles, au\nmoyen des connaissances traditionnelles, fruit de l'expérience des généra­\ntions précédentes, en un mot, au moyen de la science.                        E . J.\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                                         LES LIVRES                                            73\n\n L e c a r n e t d ' u n V i e u x M a î t r e , par FRANÇOIS-GUILLAUME DE M A I ­\n    GRET. — ( P a r i s , Bernard Grasset, 1911.)\n    Ceci est un livre sur l'éducation. La table des matières en est des plus allé­\nchantes. Estimant, avec les moralistes catholiques, depuis des siècles, que\nles principaux facteurs éducatifs d'un individu (outre le tempérament naturel)\ns o n t : 1° son éducation d a n s la famille; 2 0 son éducation scolaire; 3° une\ncertaine auto-éducation post-scolaire, expérimentale, due aux conditions de\npensée et de vie que lui imposent son milieu social, le pays, la civilisation\noù il commence à vivre, les influences de ses aînés et de ses contempo­\nrains, etc. etc. F . - G . de Maigret divise son livre en trois parties d o n t la pre­\nmière critique, sous forme de mémoires, diverses manières d'éducation\npaternelle (la manière forte, la manière faible, une manière simplement tradi­\ntionnelle, la manière bigote, la manière incohérente), la deuxième analyse\ndes systèmes de pédagogie (l'éducation de l'école primaire, celle des lycées,\ncelle des jésuites), la dernière, enfin, dessine des produits d'éducation auto­\nexpérimentale (Nicolas Sylvain, Basiien Crevaux, Claude Bailly, trois\ntypes d'hommes nouveaux)... A tout cela est annexé un « Essai de con­\nclusion ».\n   A parcourir, d'abord, ce plan largement charpenté, aux allures de forte\nsynthèse, je me flattais de trouver dans l'ouvrage la réalisation de ses pro­\nmesses. J'ai été déçu. Visiblement, le « Vieux Maître » a été écrasé par la\ngrande question qu'il se mêlait d'étudier et de résoudre, et son carnet, tout\ncompte fait, est un pauvre livre, très incomplet dans la partie critique, abso­\nlument nulle dans la partie constructive ; il démolit sans discernement, par­\nfois à raison, souvent à tort; il n'édifie, rien, car \" l'Essai de conclusion \" de\nl'auteur est un morceau si faible et si inconsistant, qu'il aurait été beaucoup\nmieux inspiré de s'en tenir à sa première résolution : « J'ai dit que je ne con­\nclurai p a s . »\n   On sent qu'il s'en est rendu compte lui-même (et cela prouve en sa faveur ).\nIl ne livre, dit-il dans la préface, son bloc-notes au public que dans l'espoir\nqu' « un plus habile pourra tirer un bon parti » de ces éléments inertes, faire\nun corps de ces m e m b r e s épars, et y souffler u n e â m e . P e u t - ê t r e ! . . . Mais, en\ntous cas, ce livre n'eût pas été écrit, que rien n'était perdu : les matériaux\nqu'il offre à de « plus habiles » sont d a n s vingt autres ouvrages où se trouvent\ncritiqués (et plus adéquatement) les systèmes d'éducation traditionnelle, et\nanalysé (et plus rigoureusement) ce que l'on a n o m m é 1' « esprit des temps\nnouveaux ».\n   E n s o m m e , donc, et enfin, le Carnet d'un Vieux Maître ne constitue qu'une\ncontribution quelconque et tout indirecte au grave et complexe problème de\nl'éducation, une contribution d'amateur.\n   J'allais oublier de dire qu'il fourmille de j u g e m e n t s naïfs, s a u g r e n u s et\ntranchants (sur n o m b r e de sujets graves et sacrés) qui font ressembler terri­\nblement ce « Vieux Maître » à quelque jeune fat échappé de S o r b o n n e . . .\n   E t j'ajoute encore que 1' « écriture » du Carnet l'emporte de loin sur le\nfond.\n   F.-G. de Maigret a commencé par écrire des vers et des nouvelles : il fera\nbien d'y revenir...                                                                        T. H.\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "                                NOTULES\n\n   N O S a b o n n é s d e l ' É t r a n g e r sont instamment priés d'avoir l'obli­\ngeance de nous envoyer, en payement de leur abonnement pour l'année 1912,\nsoit un chèque, soit un mandat postal de 12 francs. C'est la façon la plus\nsimple pour eux de s'acquitter de leur dette.\n                                               *\n                                           *       *\n\n   N o t r e collaborateur M. P I E R R E N O T H O M B p u b l i e r a en f é v r i e r ,\na u x éditions de L'OCCIDENT, à P a r i s , un v o l u m e de p o è m e s i n t i t u l é :\nNOTRE-DAME-DU-MATIN.\n                                                   *\n   T r é s o r d e l ' a r t b e l g e a u X V I I e s i è c l e . Mémorial de l'Exposition\nd'art ancien à Bruxelles en 1910. — Cet ouvrage, rédigé par un groupe de spécia­\nlistes belges et étrangers, sous la direction du Comité organisateur de l'Expo­\nsition, paraîtra en dix fascicules et formera deux forts volumes grand in-4 0 ,\nqui contiendront de 400 à 500 pages de texte et environ 180 planches hors\ntexte. Le prix de souscription est de 160 francs; il sera prochainement porté\nà 200 francs.\n   Les deux premiers fascicules sont consacrés à l'œuvre de R u b e n s et de son\nécole avec une étude et des notices de M. Fierens-Gevaert. Les quatre fasci­\ncules suivants seront consacrés à R u b e n s , Van Dyck, Jordaens, Fijt, Sny­\nders, Siberechts et aux « petits maîtres » : Adrien Brouwer, Teniers, Van\nCraesbeeck, Gonzales Coques, etc. Les qualre dernieis fascicules seront\nconsacrés à l'ait appliqué et au milieu social du XVIIe siècle, tels qu'ils étaient\nreprésentés à l'Exposition de l'art belge au XVIIe siècle.\n    L'ouvrage est édité par Van Oest, libraire éditeur, 16, place du Musée,\nBruxelles, à qui il faut adresser les souscriptions.\n                                               *\n                                           *       *\n   La Société des Matinées littéraires, à qui revient l'honneur\nd'avoir inauguré naguère les premières conférences à Bruxelles et dont on\nse rappelle les campagnes fameuses sous l'égide de Brunetière, de Larroumel\net de bien d'autres écrivains français, organise cet hiver à la salle Patria,\n23, rue du Marais, une série de six conférences inédites. Se rattachant toutes\nau second E m p i r e , elles évoqueront la société, les lettres, les arts de cette\népoque par la voix de quelques-unes des personnalités les plus marquantes\nd'aujourd'hui : le marquis de Ségur, le comte d'Haussonville et M. Ray­\nmond Poincaré, de l'Académie française; M. Maurice Sabatier, de l'Institut;\nMM. F e r n a n d Laudet et André Beaunier.\n   Le prix de l'abonnement aux six conférences est fixé à 20 francs. Ou est\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                                        NOTULES                                           75\n\nprié de s'adresser à M. José Perrée, maison Breitkopf et Haertel, 68, rue\nCoudenberg, à Bruxelles, qui est chargé de recevoir les adhésions et de\nnuméroter les places.\n  Voici le p r o g r a m m e de la série complète :\n   L u n d i 22 janvier, à 4 h. 1/2 : les Goncourt, par M. le marquis de S é g u r ;\n  L u n d i 29 janvier, à 4 h. 1/2 : Montalembert sous le second E m p i r e , par\nM. le comte d ' H a u s s o n v i l l e ;\n   L u n d i 5 février, à 4 h. 1/2 : Augustin Cochin et l'aclion sociale sous le\nsecond E m p i r e , par M. F e r n a n d L a u d e t ;\n   L u n d i 4 mars, à 4 h. 1/2 : le mariage dans le théâtre de Dumas fils, par\nM. Maurice Sabatier;\n   L u n d i 11 mars, à 4 h. 1/4 : la mode sous le second E m p i r e , par M. André\nBeaunier.\n  L u n d i I e r avril, à 4 h. 1/2 : M. T h i e r s , par M. R a y m o n d Poincaré.\n\n                                                *\n                                            *       *\n  J a a r k r a n s , par l'abbé C u p p e n s , m u s i q u e de L . De Vocht :\n   N o u s r e c o m m a n d o n s chaleureusement aux a b o n n é s de Durendal les deux\nrecueils déjà p a r u s du cycle liturgique de liederen flamands intitulé Jaar-\nkrans, dont l'abbé C u p p e n s écrit les exquises poésies et dont le talentueux\ncompositeur L . De Vocht fait la musique. Quelques-uns de ces chants sont\nde vrais petits chefs-d'œuvre de sentiment intime relevés par une très intéres­\nsante recherche du pittoresque.\n  S'adresser à M. l'abbé C u p p e n s , curé de Loxbergen (par Haelen- Diest)\n                                                                          J. RYELANDT.\n                                                *\n                                            *       *\n\n  Accusé de réception :\n   A R T : Trésor de l'art belge au XVIIe siècle. Mémorial de l'exposition d'art\nancien à Bruxelles en 1900. Fascicules I et II : Rubens et son école, par F I E ­\nRENS-GEVAERT, illustré (Bruxelles, Van Oest). — Album historique de la Bel-\ngique, t. V. L a renaissance catholique, t. VI. Le siècle philosophique, par\nH . VANDERLINDEN et H . OBREEN, illustré (idem). La Société du XVIIIe siècle\net ses peintres, par LEANDRE VAILLAT, vol. illustré ( P a r i s , P e r r i n ) . — L'art à\nla ferme, par ALBERT DUTRY (Gand, De Scheemaecker).\n\n  H I S T O I R E : Histoire contemporaine de 1850 A 1900, par CHARLES MŒLLER\n(Paris, Fontemoing).\n    L I T T É R A T U R E : Lapensée romane, par ALBERT COUNSON, t. I (Louvain,\nU y t s p r u y t ) . — Pages choisies de E . DE VOGUE. Préface de P . BOURGET (Paris,\nPlon). — Le théâtre d'Ibsen, par W . BERTEVAL. Préface du comte DE PROZOR\n( P a r i s , P e r r i n ) . — Charles Guérin, par ALBERT DE BERSEAUCOURT ( P a r i s , E d .\ndu T e m p s présent).\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "76                                DURENDAL\n\n\n  P H I L O S O P H I E : La valeur du spiritualisme, par JEAN LUBAC (Paris,\nGrasset).\n   POÉSIE : L'essor victorieux, par MARIE DAUGUET (Paris, Sansot). — Les\nheures mortes, par JEAN BOUSCATEL (idem). — La pluie au printemps, par ALBERT\nJEAN. Préface, de A. VAN BEVER (Paris, Grès). — La paresse étoilée, par RENÉ\nD'ALSACE. Préface de E. HINZELIN (Paris, Ed. des Marches de l'Est).\n\n  P O L I T I Q U E : La concentration nationale, par PIERRE FÉLIX (Paris, Grasset).\n  RELIGION : Essais d'apologétique intégrale, t. I. L'incrédulité et les\ntemps prémessianiques (Bruxelles, librairie de l'Action catholique).\n   ROMANS : Un prêtre, par LÉON CATHLIN (Paris, Grasset).— Jacques Tissier\nMarsouin, par PIERRE REY (Paris, Plon). —Sœur Anne, par OCTAVE AUBRY\n(idem). — Œuvres complètes du comte LÉON TOLSTOÏ. Traduction de\nBIENSTOCK : Résurrection, 2 vol., t. XX. Critique de théologie dogmatique, 1 vol.\nQue devons-nous faire ? 1 vol. (Paris, Stock). — Terres de silence, par EDWARD\nWHITE. Traduction de J.-G. DELAMAIN (idem). — Brugglesmith, par RUDYARD\nKIPLING. Traduction d'A. SAVINE et GEORGES MICHEL (idem). — Le capitaine\nNicah Clarke. Les recrues de Monmouth. La bataille de Sedgemoor. Derniers mystères\net aventures, par ARTHUR CONAN DOYLE. Traduction d'ALBERT SAVINE, 4 vol.\n(idem). — Une maison de Grenades, par OSCAR WILDE. Traduction d'ALBERT\nSAVINE (idem). — Les deux châtelaines, par CHARI.ES GÉNIAUX (Paris, Grasset).\n\n  T H E A T R E : Théâtre de PAUL CLAUDEL, 1re série, t. III. La jeune fille\nViolaine. L'Echange (Paris, Mercure de France).\n   VARIA : La crise du français et la réforme universitaire. L'individualisme et la\nréforme de l'enseignement, par ABF.L FAURE. 2 brochures (Paris, Stock).\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                                     In Cauda...\n\n  LA PROMOTION DE D U R E N D A L . — D u r e n ­   logie des saisons, ni préciosité, ni religio­\ndal mène à tout. M. Henry Carton de                 sité floue, ni tonitruances, ni dislocations\nWiart, en sa qualité de fondateur de la             ou tirebouchonnements, ni déliquescence\nrevue, est devenu ministre ; M. Maurice             symboliste ou autre. P a s pour un sou\nDullaert, en tant que membre du comité,             d'hermétisme.\na été nommé de droit directeur général ;               » Les Heures sereines ne démentent pas\nM. Henrard, à titre de simple abonné, a été         leur titre : elles sonnent dans la clarté.\npromu chef de division. Quant à M. Bou-             Ce sont des hymnes de lumière où tout se\nbouroche, s'il veut devenir commis de pre­          coordonne et logiquement s'enchaîne ; ce\nmière classe, il sait ce qui lui reste à faire.     sont tout bonnement des chants de sincé­\n                                                    rité qu'inspire l'amour de Dieu, de l'Eglise,\n                                                    de la Patrie, de la Famille, de l'Art et de\n  L E Dr E M I L E VALENTIN vient de nous\n                                                    la Nature ; c'est la prière d'une âme\nenvoyer un volume : Les heures sereines,            croyante, ardente, enthousiaste, en pleine\npar Elise Tichon, décorée de la Croix « Pro         possession d'une maîtrise que nous sommes\nEccles'a et Pontifice » et de la médaille           heureux d'avoir pu prédire et signaler, il\n\" Bene Merenza \". Il a illustré ce livre            y a longtemps déjà, dans nos Clairons bel-\nd'une préface. Nous ne pouvons céder au             ges du Christ et dans notre « Anthologie »\nplaisir de citer celle-ci in extenso pour           du Patriote illustré.\nl'esbaudissement des populations :                     » Les Heures sereines ne sont pas un\n                                                    simple recueil : c'est un livre d'une belle\n                « PRÉFACE                           tenue littéraire, une œuvre dans la hau­\n   » Voici une œuvre que l'amour ou la              taine acception du mot.\nhaine de notre Foi chez les uns, l'horreur             » Et dans cette œuvre, la pitié déborde ;\nsnobique du vers traditionnel chez les              une pitié telle, qu'à l'exemple, pourtant\nautres, feront diversement accueillir.              peu encourageant, de Racine et de Boileau\n   » Or, — seules les non-valeurs ne se dis­        suivant en qualité d'historiographes offi­\ncutant pas — la diversité même de cet               ciels les armées du Roi-Soleil, l'auteur n'a\naccueil mettra, comme il convient, ce livre         pas craint de se faire l'historiographe du\nhors de pair, et il n'est pas jusqu'à cer­          Roi des Rois, dans ses triomphes eucha­\ntaines railleries que nous ne lui souhaitions       ristiques. Tâche redoutable s'il en fût!...\nde tout cœur.                                       Mlle Tichon, comme on le verra, s'en\n   » Evidemment, en feuilletant ces pages,          acquitte toujours avec vaillance, souvent\nles suaves admirateurs de Verlaine et de            avec honneur, et le seul mérite d'avoir osé\nMallarmé, par exemple, ne pourront que              l'assumer ne paraîtra mince à personne.\nhausser les épaules. Le français très pur              » Nous ne nous dissimulons pas que ce\net le vers très ferme de Mlle Tichon sont,          mérite ne saurait suffire à déboulonner le\nen effet, aussi éloignés de leur français           poète de Sagesse — et de Parallèlement — et\nmué en « petit nègre », que de ce style             à le remplacer sur son piédestal par l'auteur\n\" archisuperlificoquelicantieux \" si plai­          des Heures sereines. Nous pensons bien que\nsamment ainsi baptisé en collaboration par          Verlaine, pour les disciples durandaliens\nRabelais et Louis Veuillot.                         de J.-K. Huysmans, ne va pas cesser d'être\n   \" Ici, rien de titubant, d'obscur, d'in­         « le plus grand poète dont l'Eglise ait pu\ncohérent. Ni brouillards ciselés, ni psycho­        » s'enorgueillir depuis le Moyen âge ».\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": " 78                                           DURENDAL\n\n\n    » Mais, ne nous haussant point à ce             Namur — ne nous avait pas habitués à de\n lyrisme, ce dont nous doutons moins                 telles trouvailles. Nous engageons vivement\n encore, c'est qu'infiniment plus d'honnête          nos lecteurs à faire l'acquisition de ce vo­\n admiration et de respectueuses sympathies           lume, qu'ils placeront dans leur biblio­\n iront à la poétesse chrétienne que nous            thèque près des Clairons belges du Christ et\n avons l'honneur de présenter aujourd'hui           des œuvres complètes de M\"0 Joséphine\n au public catholique; ce dont nous sommes           Fafchamps. A leurs heures d'ennui ils\n absolument certain, c'est que l'Eglise —           pourront se distraire en faisant, d'après les\n et plus particulièrement l'Eglise de Na­           documents annexés au livre, le tableau\n mur — a tout lieu d'en être autrement              complot de la famille de Mlle Elise Tichon.\n fière,                                             Celle-ci, outre les dédicaces au Pape, à\n    \" Pas un de ses lecteurs ne me contredira.      S. M la Reine et à la mémoire vénérée de\n                                                     M. le chanoine Conrotte, a pris soin de\n                  » D r EMILE VALENTIN. »\n                                                    mettre chacun de ses poèmes sous les\n   Ce médecin a raison. Le livre qu'il nous         auspices de quelque parent : A mon frère\nprésente est d'une prenante et profonde             Alexandre; A ma cousine M1le Alice Gon­\nbeauté et encore que nous n'appartenions            dry; A mon filleul Elisée; A mes chers\npoint à l'Eglise de Namur nous réclamons            neveux et nièces; A mon cher oncle\nle droit d'en être fiers. La poésie catho­          M. Braibant-Jomot ; A mes frères bien-\nlique — combien de fois l'avons-nous clamé          aimés ; A mon amie tant regrettée Euphra-\n— avait besoin d'être renouvelée. C'est fait,       sie ; A mes neveux et nièces Monsieur et\nnous connaissons désormais les accents              Madame H . Georges et à plusieurs oncles\nnécessaires pour chanter le Pape :                  à la mode de Bretagne. Mlle Tichon méri­\n                                                    tait vraiment par ce noble esprit de famille\nL'église de Rièze est indigente, élroite.\n                                                    la croix \" Bene Merenza \". Elle n'a rien\nMais belle sous les feux du soleil qui miroite.\n                                                    dédié au Petit Serpent...\nEt qui semble aujourd'hui lui lisser un\n                                      [manteau\nDe gala pour fêter le jeune abbé Sarto :                                ***\nla Reine, le Roi :                                    M. Pierre Nothomb s'est glissé dans le\n                                                    comité de la Revue générale.\nII passe souriant sur son grand palefroi :\nIl est à nous! C'est lui! C'est notre jeune Roi!\nles petits princes :\n                                                       Un comité s'est formé en Belgique pour\nPie X est généreux : sa main s'ouvre sans cesse :   élever un monument à Victor Hugo, à\nVoici des œufs de Rome, ô Princes et Princesse,     Waterloo. Il comprend trois banquiers,\nLéopold. Karl, José, trésors de tous les cœurs!     trois industriels, plusieurs Solvay, deux\n  Nous sommes bien émus quand l'auteur              avocats, M. Bréart, bourgmestre de Saint-\nnous décrit les populations privées de leur         Gilles, et le docteur A. Baland, directeur\ncuré :                                              du Florilège à Anvers, et quelques moindres\n                                                    écrivains.\nPauvres gens, depuis mars un arrêt officiel\nLes prive sans pitié du messager du ciel!                               ***\nou le village où rentrent des reliques bien            L E CHARBONNIER qui encourage toujours\naimées :                                            les lettres nationales vient d'envoyer à tous\n                                                    les écrivains débutants sous le titre de\nHiltrude, à Merlemont te voici revenue !            « Une campagne de diffusion d'art » un\n  Et nous apprécions la grâce désinvolte            petit manuel de style épistolaire qui ren­\navec laquelle cette vieille institutrice, en        dra de précieux services à ceux d'entre eux\nsouriant, manie le calembour... nous dirons         qui voudront cultiver ce genre littéraire si\nvolontiers le calembour ecclésiastique :            délaissé. Extrayons-en ces quelques mo­\nQue d'un éclat nouveau Vécu de Prémontre            dèles de différents styles.\nBrille, fier étendard aux nations montré !...         Pompier :\n  Disons-le bien haut, notre littérature —            « C'est pour cela que j'ai voulu que ma\net plus particulièrement la littérature de          voix se joigne à toutes celles qui, plus élo-\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                         IN     CAUDA...\n                                                                                             79\n\nquentes, mais non plus sincères vous                je n'ai donc nullement l'intention de chan­\ntémoignent de légitimes enthousiasmes,              ger de fournisseur.\n                   \" FERNAND    LARCIER. »                                   » EMILE ROVER. »\n  Exotique :                                          Neuf :\n  « Dans la vieille et âpre Bayonne, rude              « Répandre dans des intérieurs modestes\néperon français enfoncé dans les Pyrénées           des œuvres de Meunier, De Rudder,\nespagnoles, me parvient votre envoi...              Devreese, Derre, c'est — on vous l'aura\n               » HECTOR FLEISCHMAN. »               dit — agir en mécène.\n   \" Je rentre d'Orient et trouve vos lettres                          » PIERRE NOTHOMB. »\ncl les envois qui les accompagnent...                  Concis et péremptoire :\n                  MAURICE W I L M O T T E . »\n                                                          « Monsieur le Charbonnier Taymans,\n   « Je vous ai déjà écrit et remercié de la           » Le corps de la femme qui brandit le\nréception des reproductions de vos bas-             drapeau de l'Entente est souple, gracieux\nreliefs à Orchimont (Namur) où j'étais l'été        et d'une heureuse harmonie de lignes. Le\ndernier.                                            bas-relief de M. De Rudder est d'une helle\n                   » JOSEPH RYELANDT. *             allure décorative\n  Noble :                                              » Recevez mes sincères salutations.\n                                                                 » MAURICE DES OMBIAUX. »\n  » Je vais me hâter de trouver pour ces\nœuvres un petit coin dans mon cabinet.                 Grotesque :\n  \" Ah ! pourquoi y a-t-il si peu de char­             « Vous êtes un alchimiste à votre façon :\nbonniers Taymans en Belgique ! Comme                vous avez su, sans connaissances hermé­\nnotre art et nos lettres seraient mieux com­        tiques, mais grâce à la puissance magique\npris s'il y avait beaucoup d'hommes géné­           de votre persévérance et de votre honnê­\nreux et intelligents, pareils à vous ! Je vous      teté, transmuer victorieusement la matière\nai dit précédemment combien j'admirais              grossière du charbon en de l'or pur et\nvotre œuvre de vulgarisation esthétique.            sonnant !\nLaissez-moi vous dire aujourd'hui l'estime                                  » JEAN DELVILLE »\nprofonde que j'ai pour l'homme qui a su,\ncomme vous l'avez fait, unir l'Art et la               La rosserie n'est représentée dans ce\nCharité. Je garde précieusement les jolis           traité que par M. Edmond De Bruyn —\ndocuments graphiques ainsi que les repro­           cela n'a rien d'étonnant — et — qui le\nductions que vous m'avez envoyés ; ils ne           croirait? — par M. Victor Kinon.\ncesseront pas de me rappeler le souvenir\nd'un des plus actifs propagateurs de la\nBeauté dans notre ingrate Patrie.\n                     » GEORGES RENCY. »\n                                                      LES DEUX STEVENS ou LA FAÇON DE\n                                                    DISTINGUER   LES PEINTRES. —      Nous      ex­\n  Poétique :                                        trayons d'un autre ouvrage littéraire de\n                                                    M. Taymans (il s'agit cette fois de poêles) :\n  « Il semble qu'en l'âme brûlante                  « Le MAX (I) c'est — vêtu de plus de beauté\n    De prolétaire justicier,                        — le RENÉ (2) ».\n    Une colère lancinante\n    L'étreint de voir le charbonnier                                    ,*.\n    Toujours demeurer dans l'attente\n                                                      Pour la Gazette de Liége M. Henri Davi-\n    Du Droit dont il est justicier.\n                                                    gnon est un pornographe : voici qu'il est\n                » CHARLES GHEUDF. (1).\n                                                    devenu un \" poète solide \". C'est ce que\n  Simple :                                          proclame une petite revue de Charleroi où\n   « Quant à moi je vous suis tout particu­         M me Berthe René Dethier accumule les\nlièrement reconnaissant de votre gracieux           fautes d'impression et M. van Beneden les\nenvoi, car je vous avais fait connaître que         fautes d'orthographe, au cours d'un para­\nje prends mon charbon à la Maison du                graphe de critique noble que nous ne pou-\nPeuple, où il est excellent et pas cher et que\n\n                                                      (1) Le Gustave-Max.\n  (1) Ne pas confondre avec Wolfgang.                 (i) Le Sylvain.\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "80                                        DURENDAL\n\n\n vons nous empêcher de citer in extenso.           P. 263, à Rose d'Automne : « J'avoue\n C'est à propos du livre de l'abbé Halflants :   vous avoir aimée un instant. »\n   « . . . L e cardinal Mercier, Karl Huys­        APOTHÉOSE : Exeunt Bobette, Clara\nmans. Dom Bruno Destrée, Carton de               Worth, Sabine Dammien, Rose d'Automne\n Wiart... C'est un groupe certes fort inté­      en chantant, et Albert Hirel en sifflant :\nressant, un faisceau de valeurs belges très\nrespectables. Toutefois nous ne voyons pas       Espoir charmant. Sylvain m'a dit : je t'aime...\nce que vient faire en cette énumération le                            *'* *\ntrès jeune Pierre Nothomb. A part les lec­\nteurs de Durendal, la revue qu'il dirige (sic)     PRÉCOCITÉ ROYALE ET ESPAGNOLE. —          On\nil n'est aucun public sérieux qui ait fait à     lit dans les journaux de Paris, du 22 jan­\nce débutant le grand honneur que lui vaut        vier, ce communiqué protocolaire :\nla bonté de M. Halflants. M. P. Nothomb             « Visite de souverains :\nest un jeune homme parfois bien inspiré             » Dom Jaime, infant d'Espagne, a tenu,\nen poésie comme en méchanceté, son art           en se rendant en Suisse, à s'arrêter une\npromet, voilà tout ! Il existe chez nous tant    journée à Paris. Il s'est promené au bois\nde ces talents ordinaires et sans souffle.       de Boulogne et sur les grands boulevards,\nParlez-moi de Victor Kinon ou de Henri           en compagnie de M. et M * Perez Cabal­\nDavignon, poètes solides (sic) que j'admire.     lero. Il a particulièrement admiré l'Opéra. »\nAu demeurant, il ne suffit pas d'être chré­         Dom Jaime, second fils du roi Alphonse,\ntien dans ses vers pour être surtout inté­       est âgé de cinq ans, mais dans la patrie du\nressant ; il faut d'abord être un véritable      Cid, comme l'on sait :\npoète... Que dira-t-on de M. Pierre\n                                                 La valeur n'attend point le nombre des années.\nNothomb quand il aura quarante ans s'il\ntrouve aujourd'hui déjà d'aussi amical et\n                                                                      *   *\nfacile biographe (sic). Et quel piédestal\nM. Halflants va-t-il donc lui élever ? C'est       Encore une oeuvre posthume de VER­\ncompromettre vraiment une étude de va­           LAINE :\nleur que d'avouer de telles complaisances »                 Les cheveux longs\n  Ce jugement est suivi de l'éloge du                       Des Absalons\n« style sobre et coulant » de M Paul André.                   Genre « esthète ».\n                                                            Blessent mon cœur\n                                                            De leur longueur\n  LE CŒUR EXTRÊMEMENT INNOMBRABLE                             Qui s'entête :\nDE SYLVAIN :\n  Le Cœur et la Vie, roman, par SYLVAIN                     Et surtout ceux\nBONMARIAGE :                                                Qui sont graisseux\n   P. 135, à Bobette : « Si je t'aime, Bo­                    Et qu'on risque,\nbette, etc. »                                               A maint souper.\n   P. 188, à Clara Worth : « Clara, je vous                 De voir tomber\naime, etc. »                                                  Dans sa bisque...\n   P . 222, à Sabine Dammien : « Sabine,                    Je veux, je veux.\nje vous aime. Je vous aime, c'est-à-dire                    Ces longs cheveux,\nque... Je vous aime ! Je crois en vous, en                    Qu'on les coupe :\nvotre âme, en votre cœur... »                               Je n'aime pas\n   P. 257, à Albert Hirel : « Je t'aime. Je                 Ces machins gras\nte plains. Je te plains même d'avoir pour                     Dans la soupe...\nmoi une affection à laquelle je ne réponds\npas d'une façon exclusive. *                                    LE P E T I T SERPENT.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": ""}, {"page_pdf": 99, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1912-01", "signet_source": "Dix-neuvième année - N°1 - Janvier 1912 (?)", "preuve": "Pas de couverture conservée. Indices internes : les Notules demandent le paiement de l'abonnement « pour l'année 1912 » ; Firmin Van den Bosch date de Mansourah (Égypte), « Noël », un article écrit « en cette veille de nouvel an » ; la nuit de Noël ouvre le chapitre IV du Crime de Luxhoven ; les conférences des Matinées littéraires « se sont inaugurées le 22 janvier » (donc livraison parue fin janvier 1912 ou après) ; la Revue des Revues annonce « notre prochain numéro ». Mois et numéro non vérifiés par une couverture.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}