{"numero_id": "ulb-durendal-1912-livraison02", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-201", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Portrait de Charles de Montalembert", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CHARLES DE MONTALEMBERT", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 24, "texte": "CHARLES DE MONTALEMBERT\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-001", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 98, "titre_corps": "Montalembert et l’art chrétien", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Cochin", "ancre_debut": "Montalembert et l'Art chrétien(I            EMINENCE,           EXCELLENCE,                            M", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1863, "texte": "Montalembert et l'Art chrétien(I\n\n          EMINENCE,           EXCELLENCE,\n\n                          MESDAMES, MESSIEURS,\n\n\n   Vous ne serez pas surpris que ma première parole, après le\ndiscours éloquent que vous avez entendu (2), soit un hommage\nà la Belgique fidèle, reconnaissante, qui honore les grands\nhommes qui l'ont servie, aux catholiques belges, fidèles, recon­\nnaissants, qui savent leur élever le tombeau glorieux qu'ils ont\nmérité.\n   Cette pensée s'augmente d'une grande reconnaissance en son­\ngeant à l'honneur que vous m'avez fait de m'inviter, moi,\nFrançais, à venir aujourd'hui m'unir à vous, catholiques belges,\npour honorer un grand Français.\n   Pour exprimer celte gratitude profonde, je ne pourrais mieux\nfaire que de rappeler ces paroles que prononça un jour Lacor­\ndaire, le grand ami du grand homme que nous fêtons : « L a\nBelgique, dit-il, nous l'aimons comme une sœur, née du même\npère et de la même mère, née du Christ et de la liberté. »\n   Je ne peux pas oublier non plus que vous avez invité en moi,\naujourd'hui, un membre de la C h a m b r e française, de ce Parle­\nment français que l'admirable parole de Montalembert aéclairé,\nenflammé, secoué quelquefois et illustré à travers tant d'années,\ndans ces discussions inoubliables pour la foi et pour la liberté,\nà la fin de l'une desquelles M. Guizot, qui ne se perdait pas en\nvains éloges, adressa à Montalembert ces simples mots : « Vous\nêtes l'éloquence m ê m e ! »\n\n\n   (1) Discours prononcé par H e n r y Cochin à la M a t i n é e M o n t a l e m b e r t organisée à\nl'occasion du centenaire du grand écrivain catholique, matinée honorée de la présence\ndu cardinal Mercier et du nonce du Pape.\n   (2) L'orateur iait allusion au magistral discours de Léon De Lantsheere qui caractérisa\nd'une façon admirable l'apostolat glorieux de Montalembert dans la société moderne.\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": " 82                           DURENDAL\n\n\n\n     Mais il y a autre chose encore, et qui me touche particulière­\n  ment. Vous avez voulu qu'en mon h u m b l e personne fussent\n  présents ici les amis de Montalembert. Je suis le fils d'un h o m m e\n qui l'a aimé bien complètement, bien parfaitement aussi, qui\n l'a suivi pas à pas, jour par jour, qui l'a honoré, aidé, servi,\n soutenu de son mieux. E n venant ici, je lisais hier des paroles\n de mon père, qui me paraissaient être comme une prophétie de\n cette belle fête. C'était en 1870, le I e r avril, au lendemain\n presque du jour où Montalembert venait de quitter cette t e r r e ;\n Augustin Cochin, à la fin d'un discours prononcé en son hon­\n neur, s'écriait : « Ma tendresse fidèle salue d'avance le jour où\n l'on rendra pleine justice à H e n r i Lacordaire et à Charles de\n Montalembert. Dans les régions pures où leurs vertus ont porté\n leurs âmes, ils peuvent attendre en paix le dernier jugement de\n Dieu et des hommes ! »\n    Il me semble vraiment qu'il est venu ici, en Belgique, ce jour\nde la justice, de l'honneur que prévoyait mon père. Il semble,\naprès avoir vu passer devant nos yeux le beau, noble, véridique\ntableau qui vient d'être tracé avec tant d'enthousiasme, en\nentendant les applaudissements sans fin de cette magnifique\nassemblée, il semble qu'un voile se lève. U n m o n u m e n t magni­\nfique apparaît, non pas un monument de pierre : un véritable\nmonument de vie. Montalembert est là, devant nous, tel qu'il\nfut, tel qu'il voulut être, conforme à son vrai idéal, à sa foi.\nNous le voyons avec le temps qui a passé, et la perspective his­\ntorique, dégagé de tout ce qui a pu, par les haines, les passions\nadverses, les injustices et les contradictions de la vie, voiler,\nfausser les pures lignes de cette grande figure. Nous le revoyons\nlui-même, dans son véritable lui-même, et si je me permettais\nd'emprunter un vers audacieux, mais véridique, à un de nos\nderniers romantiques, je dirais qu'il apparaît devant nous\n\n            Tel qu'en lui-même enfin, l'éternité le change!\n\n   On vous l'a montré et on vous le montrera grand citoyen,\ndéfendant le droit et la liberté, grand catholique, historien et\ndéfenseur de sa foi, défenseur de la vérité et de la liberté reli­\ngieuse. Il m'est très doux de pouvoir vous dire en quelques\nmots aussi, comment il aima, dans la religion catholique qui\nlui était chère, la beauté; comment il voulut faire connaître\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "                MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                       83\n\n\n l'art chrétien et le défendre aussi, s'en faire le champion. Cet\n aspect complétera l'image que nous devons nous faire de lui, et\n contribuera à nous faire mieux comprendre l'ensemble de sa\n figure. Car, partout et toujours, Montalembert fut un poète.\n Et, ici, ce qui va nous apparaître surtout, c'est le poète.\n    Son E m i n e n c e le cardinal Mercier, tout à l'heure, nous disait\n que la vie de Montalembert est un poème, et ce mot m'a frappé\n dans ses paroles, car il était bien conforme au résultat de mon\n étude et de ma méditation. Je voudrais donc seulement déve­\n lopper la pensée qu'il a si justement exprimée.\n    Combien n'y avait-il pas de poètes parmi les hommes de la\n génération qui vint au monde après la Révolution française !\n Nés et élevés dans les souvenirs récents de ces années poi­\n gnantes, si pleines, par moments, de grands espoirs et, le lende­\n main, de douleurs effroyables, il semble qu'alors tous les hommes\n de quelque hauteur d'âme, aient eu une sensibilité exquise et\n une imagination vibrante, pour ressentir et se représenter les\n douleurs et les joies, les événements de la vie de chaque jour,\n et ceux de la vie publique. Combien de poètes dans cette géné­\n ration, parmi ceux même qui n'ont jamais fait un vers! Com­\n bien de poètes lyriques — car ce sont des poètes lyriques — qui\n se suggèrent à eux-mêmes l'émotion de l'amour, de la haine,\n de la peur, de la volupté, du malheur et du bonheur idéal!\n    Montalembert est un de ces lyriques ; mais c'est un poète\nsacré. E t l'on peut dire, quand on considère d'ensemble toute\nsa vie, que c'est une suite d'admirables poèmes qui se succèdent\nles uns les autres et qui se mêlent les uns aux autres. A chacun\ndes moments de cette vie, chacune de ses éloquentes paroles est\nun chant de foi, de charité, d'espérance. Il est toujours mis en\nmouvement par une inspiration vibrante. C'est pour cela que\nson action est restée, et que partout où il a passé, il a laissé sa\ntrace. Son action pour la beauté religieuse, pour l'art chrétien\nest un de ses plus beaux poèmes, des plus purs et des plus par­\nfaits.\n    Comme les débuts mêmes en sont pathétiques, beaux et char­\nmants! On ne peut pas songer sans émotion à l'heure, au\njour, où l'amour de la beauté chrétienne, de l'art chrétien,\nentra dans ce cœur, et en prit définitivement possession; car\nelle y entra comme une lumière, comme une consolation,\ncomme un bienfait. C'était en 1832, à Rome, jour et heure\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": " 84                           DURENDAL\n\n\n\n  vraiment douloureux pour l'admirable jeune h o m m e . Il n'avait\n  pas beaucoup plus de 20 ans et déjà, dans cette tête et d a n s\n ce cœur féconds, s'étaient agités plus de pensée, plus de\n rêves généreux, plus d'ambitions humaines et surhumaines,\n qu'il ne s'en agite dans bien des têtes d'hommes publics, pen­\n dant le cours de très longues vies. E t , à ces rêves, à ces ambi­\n tions, succédait une douleur cruelle, affreuse, une déception\n absolue, la fin d'une entreprise adorée — bien pire encore — la\n perspective trop certaine de la séparation d'une amitié sublime\n et tendre, la révolte peut-être contre la foi de l'ami tendrement\n aimé.\n    C'était le moment, vous vous le rappelez, où Lacordaire,\n peut-être plus découragé que lui, venait de le quitter en lui\n adressant, dans une dernière lettre, ces mots, pathétiques et\n doux : « Notre ciel n'a plus d'azur, nos violettes sont fanées. »\n    E h bien! Dieu voulut qu'à cette heure-là vint luire tout jus­\n tement pour Montalembert la consolation d'un ciel immaculé,\n et fleurir pour lui des fleurs incomparables qu'il n'avait qu'à se\n baisser pour cueillir.\n    D'abord, il trouva l'amitié. E t quelle amitié! Il en est bien\n peu parmi vous, j ' e n suis sûr, qui n'aient pas présent à l'esprit\nce livre, un des plus délicieux livres du XIXe siècle, ce Récit d'une\nsœur, où M m e Craven a pieusement recueilli tant d'amour, de\nfoi, de poésie, un livre qui n'est pas le plus beau des romans,\nparce qu'il n'est pas un roman : il est la vérité m ê m e . Relisez\nce charmant récit; voyez passer ces êtres d'exception que la\nmain d'une sœur y fait revivre pour nous, dans les plus doux\ndes sentiments humains bénis de Dieu, pour les mener j u s q u ' à\nla douleur et la mort; vous saurez alors quel recours et quel\ncharme Montalembert trouva à cette heure de sa jeunesse pour\npanser les plaies de son cœur blessé.\n   Il se trouva accueilli en frère dans ce groupe exquis, e m b a u m é\ndes vertus et du charme d'Albert de la Ferronays et d'Alexan-\ndrine sa femme. Auprès d'eux, il y avait ce rare et précieux\nami, qui avait été le précepteur d'Albert, Rio, un des hommes\nque Montalembert a le plus tendrement aimé dans sa vie.\nFut-il le maître ou le disciple de Montalembert, ce Breton au\ncœur chaleureux, à l'esprit têtu pour le bien? Je ne sais p a s .\nMais je sais bien qu'il fut son compagnon inséparable dans la\nlutte pour la beauté de l'art chrétien. Rio veillait, travaillait,\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "               MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                      85\n\nsuivait Montalembert dans tous les combats, l'acclamait, redou­\n blait sa force, sa puissance et son ardeur.\n   Voilà donc Montalembert avec ses trois amis.\n   Voilà le refuge que le Ciel lui avait préparé à Rome. Mais\ndisons tout. Rome aussi était son soutien. Rome est une force\net une consolation. Rome aussi est une amie. Elle est la seule\nville au monde dont on parle presque comme d'une personne.\nGœthe disait : « On aime Rome comme une femme », et\nquelle femme? Pétrarque, au moyen âge, la considérait comme\n une vieille m è r e ; il la voyait antique, mais belle encore et\nadmirablement belle, superbe et adorable sous la couronne de\nses cheveux blancs. Il s'adressait à elle pour la supplier de\nrajeunir, pour lui demander la force, la vie, la consolation.\nToujours elle revit et elle redonne la vie. Toujours elle se dresse\ncomme la plus belle des figures, à travers l'histoire de l'huma­\nnité, illustrée par les gloires de l'antiquité latine, sur les ruines\nde laquelle s'élève, par la voix du Christ, la consolation, la\njoie, le bien infini de l'unité et de l'autorité.\n   C'est devant cette image de Rome catholique, de Rome pon­\ntificale que la Providence voulut qu'à cette heure-là, Monta­\nlembert se trouvât plein d'émotion, de foi et de désir du bien.\n    E t puis, il ne faut pas oublier encore un compagnon provi­\ndentiel de cette heure; c'est D a n t e . De ce jour jusqu'à la fin de\nsa vie, la Divine Comédie est sa lecture de tous les jours. Il y a\nun exemplaire du divin poème qui ne l'a jamais q u i t t é ; il l'a\nemporté avec lui dans tous ses voyages. « Ce volume, dit-il, a\nfait naufrage avec nous dans la Méditerranée! » E t cela lui\nparaissait comme un symbole. L a Divine Comédie lui ensei­\ngnait l'art, et l'art chrétien. Ce poème, qui est le plus beau\npoème du monde, ce poème tout entier fondé sur la foi catho­\nlique et la théologie catholique, développe en même temps\nl'idéal de beauté le plus complet et le plus noble qui ait jamais\nété conçu par l'homme.\n   L'amitié, Rome, Dante. Telles fuient ses maîtres d'esthé­\ntique catholique.\n   Et alors, en une pareille compagnie et une pareille inspira­\ntion, que furent ces charmantes promenades, ces délicieuses et\ninépuisables aventures d'Italie? T o u s ceux qui aiment les arts\net la beauté connaissent ces promenades, connaissent ces\naventures où, à chaque pas, le passé nous saisit, le présent\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "86                           DURENDAL\n\n\nnous ravit. Montalembert, dans la disposition où nous le\nsavons, voyait tous les trésors d'art catholique se développer\nà ses yeux dans une nature admirable. Il les illustrait par\nles mots merveilleux d'une poésie éternellement belle. Il y\na dans ses promenades italiennes de petites scènes que l'on ne\npeut pas oublier. Il y en a une, que Rio nous a racontée et à\nlaquelle il ne pouvait songer sans larmes dans les yeux. Les\namis allaient à pied de Rome à N a p l e s ; un soir, on s'arrêtait\nsur le penchant de l'Apennin du côté de Frosinone, à voir le\nsoleil se coucher derrière les montagnes roses. Qn s'était assis\ndans les broussailles et l'on contemplait en silence. Mais Mon­\ntalembert avait tiré de son havresac le petit volume, Rio\nrevoyait la scène dans son moindre détail, l'heure, le lieu, les\narbres au premier plan, la route poudreuse, une couleuvre qui\nla traversa r a m p a n t dans la poussière; il lui semblait voir\nencore la couleur du ciel.\n   Je n'ai pas vu la couleur de ce ciel; mais je connais les ciels\nd'Italie vers la fin de l'hiver, avec leurs bleus tendres et leurs\npetits nuages laiteux. Il me semble que j'aperçois bien celui-ci.\nJe suis sûr que sa couleur devait être, à peu près, ce que\nDante dans la Vita nova a nommé : « couleur d'amour ».\n    Devant cette nature, sous ce ciel, Montalembert, j e u n e ,\nbeau, mélancolique et recueilli, lisait Dante. Quel passage\navait-il choisi? L e passage inoubliable où il s'agit des cloches\ndu soir et de la tristesse des voyageurs. « Déjà, c'était l'heure\nqui tourne vers la terre les désirs des navigateurs et leur atten­\ndrit le cœur, le jour où ils ont dit à leurs doux amis, a d i e u ;\nc'était l'heure qui blesse d'amour le nouveau pèlerin, s'il\nentend au loin une cloche, qui semble pleurer le jour qui\nse meurt... »\n    Dante fut le maître et le compagnon de chaque jour dans ces\nvoyages où Montalembert poursuivait l'image de la beauté\nchrétienne. Les lectures de Dante se renouvelaient chaque\njour. Ses amis ne l'écoutaient pas tous dans le même sen­\ntiment. L a m e n n a i s préférait entendre les Cantiques de l'Enfer ;\n les plus terribles images étaient ce qui l'attirait le p l u s ; il se\n figurait D a n t e , comme dans la légende de Vérone sans doute,\n les cheveux roussis par le feu des cercles de douleur et la figure\n toute froncée de rides d'angoisse. Albert de la F e r r o n a y s pré­\n férait le poète du printemps et de la beauté; il suivait Mathilde\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2496, "texte": "                MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                       87\n\n\n le long de la rivière parmi les fleurs, et surtout il voyait se pro­\n filer au loin, dans la forêt sacrée du P a r a d i s terrestre, l'image\n immatérielle de Béatrice.\n    Chacun y prenait ce qu'il voulait, chacun y trouvait sa p a r t ;\n mais tous s'en illuminaient et s'en consolaient; et cette con­\nsolation inonda de lumière l'âme de Montalembert.\n    Cependant les voyages italiens se continuaient; on allait à\n Orvieto, à Sienne, à Florence; on passait les Alpes et on\ngagnait l'Allemagne. On arrivait à Munich. C'est là, chacun le\nsait, que la rupture finale devait s'accomplir entre Montalem­\nbert et son ami rebelle. C'est là que sa soumission virile\net filiale à l'Eglise le laissa seul, et c'est là qu'il prononça ces\nadmirables paroles : Un chrétien a toujours son âme à sauver\net son prochain à servir. »\n    E t alors, pour sauver son â m e et pour servir son prochain, il\nva devant lui avec cette ardeur qui ne lui fit jamais défaut,\nil va à la découverte, pour connaître dans sa beauté cette\néglise catholique au service de laquelle il s'est voué depuis son\nenfance, pour la servir encore dans une œuvre d'amour et de\npropagande passionnée.\n    C'est alors que commencent ces grands voyages à travers\nl'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, l'Angleterre, la Russie,\nl'Autriche, la France, tout autour de l'Europe, ces voyages\nqu'il a continués tant qu'il a eu des forces, dans les intervalles\net les moments de liberté que lui laissa sa vie publique. Dans\nces voyages d'étude, de travail, de science accumulée, il\ns'efforça de connaître tous les hommes qui alors se consacraient\nà l'histoire du passé et à celle de l'art. T a n t ô t seul, tantôt avec\nRio ou Albert de la Ferronays, il alla chercher partout où ils\nétaient les maîtres nécessaires à son esprit. De là datent sur­\ntout ses conversations avec les érudits de l'Allemagne, Görres,\nBoisserée, et ses profondes études de la symbolique chrétienne.\n    Des voyages artistiques de Montalembert, tout le monde con­\nnaît l'épisode le plus délicieux; on vous le rappelait tout à\nl'heure. C'est l'arrivée à Marbourg, et la rencontre avec sainte\nElisabeth. Qui ne se rappelle le récit qu'en a laissé Monta­\nlembert : le soir dans une auberge, le petit almanach banal,\nle nom de la Sainte qui attire ses yeux. Son âme est orientée :\nune grande dame s'est présentée à lui, vierge exquise, épouse\ntendre, veuve pieuse et douce, une sainte de charité et de\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "88                          DURENDAL\n\n\nbonté. I1 va se consacrer à elle; raconter son histoire en un\nlivre admirable; elle va embaumer et ravir son cœur. Pour le\npoète chrétien s'est renouvelé le miracle des roses.\n    Il avait déjà commencé à écrire l'histoire pieuse q u a n d il\nretourna en Italie et qu'il retrouva, à Pise, Albert et Alexan­\ndrine, toujours pleins de foi et d'amour, plus rapprochés de la\nsombre destinée. Il les ravit par l'admirable découverte qu'il\nvient de faire. C'est encore ici une des belles scènes du poème\nde cette vie.\n    C'est à Pise que Montalembert lut à Albert et Alexandrine,\népoux chrétiens, le chapitre qui a pour titre : « Comment le\njeune duc Louis fut fidèle à la chère sainte Elisabeth et com­\nment il l'épousa; comment le duc Louis et Elisabeth vivaient\nensemble, devant Dieu, dans le Sacrement du mariage. »\n    Après Pise, Montalembert rentra en F r a n c e , toujours à la\nrecherche des m o n u m e n t s de la beauté chrétienne. C'est alors\nqu'il visita quelques-unes des solitudes de ces moines d'occi­\ndent dont il devait plus tard raconter les gloires, Solesmes\nsurtout et la G r a n d e - T r a p p e .\n    Désormais, sa récolte est faite d'impressions, d'images, de\nsouvenirs. Il sent, dans son cœur, bouillonner l'émotion intense\nde ce passé grandiose d'honneur, de foi, d'idéal, et un inépui­\nsable enthousiasme. Il en construit dans son imagination\nféconde d'admirables monuments où les noblesses du passé\ns'unissent aux désirs du présent; la beauté sociale de la religion\nqui illumina ses pères, et ravira ses descendants lui apparaît\ndans un rêve complet et sublime où se mêlent les grandeurs\ndu passé, du présent et de l'avenir.\n    Il a des phrases que l'on voudrait pouvoir graver sur la\npierre tant elles sont belles et significatives : « Les longs sou­\nvenirs font les grands peuples », et encore : « Il faut mettre\nnotre liberté renaissante sous la protection des anciens jours ».\n Il concevait dans la beauté de l'art chrétien, et sous les voûtes\ndes cathédrales l'alliance de toutes ces admirables institutions\nsociales du christianisme médiéval avec les libertés religieuses\n qu'il rêvait pour les temps nouveaux. T o u t cela, dans sa\npensée, se touchait, voisinait, se rencontrait dans un ensemble\n lumineux; toutes ses pensées étaient communes et il ne voyait\njamais dans aucune d'entre elles aucune contradiction, puis­\n qu'elles naissaient toutes du même idéal de liberté, de vérité\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "              MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                   89\n\n\net de beauté. Ainsi concevait son âme d'artiste et de poète;\nmais n'oublions jamais que c'était éminemment une âme de\ncroyant. A aucun moment, dans tout ce développement de\npensée ardente, n'est absente la pensée religieuse, n'est absent\nl'Evangile.\n   C'est ce qui fait qu'il trouve des joies infinies dans toutes\nces œuvres d'art religieux qui ne sont que des expressions\nréalisées de l'Evangile. Il a ces palpitations que tout artiste,\nque tout archéologue éprouve devant un monument, une sculp­\nture, une fresque, une église, quelque débris sublime d'un art\nexquis d'autrefois. Mais cette joie pour lui s'augmente de\ntoute la conception d'un idéal social et religieux. Il a de ces\ncris, q u a n d devant ses yeux se découvre quelque œuvre d'art\nchrétien : « Ah! c'est passer de l'exil à la patrie! »\n   Son cœur se fond en admiration, en joie, bien plus, en pro­\nfonde et religieuse dévotion. Entendez-le quand il s'agenouille\nsous une voûte sainte : « Mieux vaut une larme à l'abri de ces\nvieilles colonnes que toutes les joies et tous les triomphes. »\n   Il avait vraiment trouvé son refuge, il avait vraiment trouvé\ndans l'art chrétien un recours et une consolation qui ne devaient\njamais lui faire défaut, ni dans les douleurs de sa jeunesse, ni\ndans aucune des luttes ou des défaites de sa vie. Toujours il y\nest revenu; toujours le même attrait l'a ramené vers les\ngrandes expressions de la pensée religieuse, auxquelles il ne\nfaut pas oublier d'ajouter encore cet art, le plus religieux de\ntous les arts : la musique.\n   L a musique qu'il aima dès sa plus tendre jeunesse, c'est la\nvraie musique religieuse, la musique venue de l'âge des cathé­\ndrales, ces antiques prières déroulées depuis les siècles sous les\narceaux des voûtes bien-aimées. Il avait commencé tout jeune\nà l'aimer. Ce fut d'abord le soir dans la chapelle du château\nféodal de L a Roche-Guyon, chez ce saint cardinal de Rohan, qui\neut tant d'influence sur sa jeunesse. Quel délice! — « C'est,\nécrit-il à Cornudet, une musique céleste, une obscurité mysté­\n rieuse! »\n    Son âme y trouve déjà un charme infini. Plus tard, c'est\nà Solesmes; là le charme est complet; là se déploie tout entier\n le poème du culte catholique. L à , il a appris à connaître\nces mélodies charmantes et bienfaisantes, où nos pères du\n moyen âge savaient trouver tant de dévotion et de charme : Dul-\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "                                  DURENDAL\n\n\n\ncis cantilena, quae corda fidelium mitigat ac laetificat. « Ce chant\nsi doux qui apaise les cœurs des fidèles et qui les réjouit (1). »\n   Il aimait s'y laisser apaiser et s'en laisser réjouir! L a\nmusique achevait l'œuvre de joie que les autres arts chrétiens\navaient commencé en lui.\n   Joie, paix, douceur, jouissance d'âme, il ne faut pas croire\nq u ' u n homme comme Montalembert pût s'en tenir là. Il n'y\navait rien en lui de ce qu'on appelle un dilettante. Sa pensée\nne pouvait pas se contenter de se sentir bercée par un doux\nrêve mélancolique, et par cette s u b t i l e v o l u p t é q u e l'on a appelée\nla nostalgie du passé.\n   Cela ne pouvait pas suffire à Montalembert. A côté de son\ncœur de poète, je l'ai dit, il y avait son cœur de chrétien ; l'art\npour Jui c'était un témoignage de la foi. Or, la foi doit être pro­\nclamée et défendue. N'oublions pas qu'il y avait encore en lui\nle gentilhomme, il y avait le chevalier, il y avait le croisé! Il\nne lui suffisait pas d'aimer les choses et de s'y complaire, il eût\nfrémi d'horreur s'il eût entendu m u r m u r e r cette parole mélan­\ncolique et égoïste que l'on cite d'une d a m e de la m ê m e époque\nque la sienne : « Je n'aime pas l'espérance : elle nous prive du\nplaisir de la résignation. »\n   L a résignation, ce n'était pas l'affaire de Montalembert, mais\nl'espérance au contraire a rempli sa vie. Si p a r m i les grandes\nvertus de la religion du Christ, il en est une qu'il ait con­\nstamment tenue au premier plan, c'est assurément l'espérance.\nC'est avec l'espérance et pour l'espérance qu'il a toujours\nlutté.\n   L u t t e r fut sa vie. C o m m e il lutta dans l'arène politique, il\nvoulut lutter aussi pour l'art, pour la beauté chrétienne. Son\ncourage pour la lutte et la bénédiction du Ciel sur ses armes de\ncombat, il les trouva au cours même de ses pèlerinages d'art\net d'amour, dans ce séjour de paix où fleurissent les fleurs\nles plus exquises et les plus délicates de la piété m y s t i q u e , dans\nce lieu de doux mystère, d'ascétisme souriant, de délicieuse\naustérité, dans le cloître béni de Saint-Marc de Florence.\nMontalembert pleura de tendresse dans les cellules de F r a\nAngelico, se fondit de joie devant la grande Déposition de Croix\n\n\n  (1)   ORDERIC VITAL.\n"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "                 MONTALEMBERT        ET L'ART    CHRÉTIEN                   91\n\n\n\nde la Salle C a p i t u l a i r e ; et non seulement il contempla, non\nseulement il médita, mais devant cette a d m i r a b l e peinture qui\nest une vivante et parlante prédication, il se laissa entraîner\npar le maître peintre mystique, et il adressa à Dieu une\nprière.\n   Cette prière commence par ces mots : « Donnez-moi part,\nSeigneur, à cette componction i m m e n s e ! »\n   Il y eut part, comme il le méritait. E t avant de finir sa prière,\nil prit la confiance d'adresser à Dieu une d e m a n d e . Il hésita\nun peu lui-même sur la grâce qu'il allait d e m a n d e r à Dieu. Il\ndit : « Je devrais borner ma prière à une d e m a n d e de soumis­\nsion. » E t il la fit assurément cette d e m a n d e . Mais ce n'était\npas encore tout ce qu'il voulait d e m a n d e r . Au dernier mo­\nment, son âme de combattant lui inspire encore ce vœu\nsincère : « Oui, l'entraînement de l'amour, voilà ce que je\ndemande! »\n   Il le d e m a n d a et il l'obtint. L ' e n t r a î n e m e n t de l'amour le\nconduisit sur tous les champs de bataille. Il n'oublia jamais —\ncomme il nous l'a dit dans les Moines d'Occident — que ses\nancêtres ont tenu une épée, et si lui-même il tient une plume, il\nveut que cette plume soit une épée.\n   Son a m o u r pour l'art est une bataille aussi. Après la contem­\nplation, après la prière, il relève la tête; Il regarde à droite, il\nregarde à gauche. Il s'aperçoit que cet art tant aimé a ses contra­\ndicteurs, ses négateurs, ses ennemis. Il entreprend de le\ndéfendre.\n   A l'heure où nous sommes, la beauté des œuvres d'art du\n moyen âge, des églises catholiques, des peintures, des\n mosaïques, des statues, est chose si incontestée, qu'elle ne nous\n paraît pouvoir être niée que par u n e grossière ignorance. L e\n moindre objet qui reste de ces temps privilégiés est arrivé à se\n payer au prix de l'or, et c'est en vain souvent que la vieille\n Europe les dispute aux Amériques.\n    E n 1830, on n'en était pas là.\n    L'histoire des variations du goût artistique parmi les\n hommes est une chose bien étrange et des plus difficiles à\n comprendre. vSongeons bien à ceci : les deux derniers siècles\n de l'histoire de la monarchie française sont une époque — au\n point de vue des lettres, des arts — d'un goût exquis et raffiné,\n une des premières époques de notre histoire. E h b i e n ! les\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "92                           DURENDAL\n\n\nhommes de ces générations-là, les mêmes hommes qui ont\npoussé l'art d'écrire et l'art de bâtir, le goût en général, à une si\nrare perfection, avaient une haine profonde, un mépris absolu\net une complète inintelligence de l'art du moyen âge.\n   Si vous en voulez un témoignage d'autant plus probant qu'il\nest absolument banal, et n'a pu être préparé pour les besoins de\nla cause, ouvrez tout simplement un dictionnaire de l'époque\nde Louis XIV, Trévoux, si vous voulez. C'est un livre usuel et\nbien'connu. Vous trouverez au mot « gothique » une définition\nqui vous prouvera que ce mot, qui nous ouvre à nous unhorizon\nde beauté et de poésie, s'employait c o m m u n é m e n t pour dési­\ngner une chose grotesque, ridicule, surannée, une chose, pour\nme servir de l'expression de Molière, « qui pue étrangement son\nancienneté! »\n   L a tranquille affirmation du dictionnaire nous sera confirmée\npar le témoignage de tous les grands écrivains. Vous pouvez,\nhélas! consulter tour à tour Bossuet, L a Bruyère, Fénelon; —\npour Fénelon, il y a une nuance. — I1 n'ose pas dire qu'il aime\nl'art gothique, mais il hésite un peu, et je pense bien qu'à de\ncertains moments son âme mystique et délicate a senti flotter\nsur elle quelque émotion, le soir, sous les voûtes et à travers\nles colonnes de sa cathédrale de C a m b r a i . Il reconnaît quelque\nélégance dans les lignes, quelque mystère pieux dans la lumière\nvoilée, quelque majesté et quelque g r a n d e u r ; mais il s'excuse\npresque d'en avoir tant dit et il reconnaît bien vite que les\nrègles des Grecs et les canons de l'art sont contraires à ces lignes\net à ces formes. Il n'ose pas confesser son a d m i r a t i o n .\n   Molière, au contraire, crie sur les toits son horreur et sa\nhaine. L e railleur ne raille plus, l'homme d'esprit n'a plus\nd'esprit, lorsqu'il vitupère cette architecture grotesque d'autre­\nfois. C'est pour lui opposer les mérites parfaits de l'architecture\nde son temps. Dans la pièce où il fait l'éloge du Val-de-Grâce,\nrécemment bâti à Paris, il écrit, et ce n'est pas pour sa gloire,\ncette incroyable strophe où il flétrit :\n\n               ... le fade goût des ornements gothiques,\n          Ces monstres abhorrés des siècles ignorans\n          Que de la barbarie ont produit les torrens,\n          Quand leur cours inondant presque toute la terre,\n          Fit à la politesse une mortelle guerre,\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "                 MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                           93\n\n\n           Et, de la grande Rome abattant les remparts,\n           Vint avec son empire étouffer les beaux-arts !\n\n   L e temps passe; le XVIIIe siècle persévère dans le m ê m e\ngoût ou les mêmes erreurs de goût que le XVIIe. Vers sa fin, il se\ngourme et se raidit encore dans le goût du Directoire, il aboutit\nà celui du premier E m p i r e ; c'est L o u i s David, ce sont les fais­\nceaux, les angles droits des colonnades; plus que j a m a i s la\ngrâce et l'envolée des cathédrales sont maudits et absolument\ncondamnés.\n   A travers ces deux siècles personne ne les comprenait-il? Per­\nsonne... ce serait trop dire.\n   Il y eut des archéologues au XVIIe et au XVIIIe siècles et au\ndébut du dix-neuvième. E u x seuls, par curiosité peut-être, y\ntrouvaient q u e l q u e intérêt. C'étaient les Peiresc, Gaignière,\nl'abbé Lebeuf, puis Seroux d'Agincourt, E m e r i c David.\n   C'étaient surtout les Bénédictins, ceux dont la patiente et\nméthodique recherche a créé notre histoire de F r a n c e et à qui\nnotre patrie devra toujours une immense reconnaissance, c'était\npar exemple Bernard de Montfaucon.\n   L'observation leur montrait q u ' u n e ligne ininterrompue\nd'œuvres d'art reliait le moyen âge aux t e m p s modernes. C a r\nenfin cette ligne n'avait été brisée que par la sévère rigueur du\nsiècle de Louis XIV. L a condamnation systématique de l'art\ndu moyen âge reposait sur des principes tout à fait factices.\nL a preuve c'est que le XVIe siècle n'avait pas connu pareilles\nrigueurs. On peut s'assurer q u ' u n architecte de la pure Renais­\nsance, tel que par exemple Androuet du Cerceau, savait encore\napprécier et ranger parmi les gloires de la France les vieilles\nbâtisses du t e m p s de saint L o u i s .\n   Au XVIIe siècle m ê m e , p a r m i ceux q u ' u n enseignement métho­\ndique n'avait pas pénétré des règles absolues (ou soi-disant\ntelles) de l'art gréco-romain, plus d'un se laissait aller à une\nadmiration naïve des œuvres d'art du passé.\n   A côté des archéologues, il y a les voyageurs. Récemment,\nj'avais dans les mains les souvenirs d'un diplomate de l'époque, le\nspirituel a b b é Rucellai. Il voit N o t r e - D a m e de Paris, et la grâce\nmajestueuse des tours lui paraît admirable, et le mystère des\nnefs digne de la prière. Mais il disait cela pour lui-même, dans\nses impressions de voyage; il ne l'eût pas dit i m p u n é m e n t tout\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "94                              DURENDAL\n\n\nhaut à la cour de Louis X I I I , où il allait en ambassade, sans que\nquelqu'un lui eût rétorqué le goût grec et le goût romain.\n   Ainsi donc furent les choses pendant deux longs siècles. On\navait mis une rature sur toute une immense période de l'art. On\navait pris pour bonne et assurée une absurde légende : en enva­\nhissant l'Empire romain, le roi des Ostrogoths, Théodoric, avait\nsubstitué à l'art romain une mode barbare, la mode « gothi­\nque ».\n   C'est cette légende que Molière a répétée dans les vers que j ' a i\ncités plus haut, n'ayant pas eu assez d'esprit pour en démêler\nl'absurdité.\n   Malgré les savants et leur science, malgré les émotions des\nsimples, cette légende resta inébranlée j u s q u ' à l'entrée du\nXIXe siècle.\n   Qui en a tout d'abord déclaré la fausseté? Qui a restauré le\ngoût de l'architecture gothique dans notre pays? Il faut bien\nrendre justice à cet h o m m e étonnant, que l'on rencontre par­\ntout au début de l'époque moderne, et qui a ouvert tant de\nfenêtres sur l'idéal. L e premier effort est dû à C h a t e a u b r i a n d .\n   Je ne pense pas qu'il ait très bien compris l'art du moyen\nâge. Il ne le connaissait pas assez. Mais il en a ressenti au\nmoins l'émotion littéraire, poétique. Il s'est plu aux lignes, aux\ncourbes des arceaux. Il a vu la lune à travers les ruines, il a\nrêvé sous le porche de ce qu'il nomme « les vieilles basiliques\nmoussues». Il s'est laissé attendrir par les images de la M a d o n e ,\npar le souvenir des antiques pèlerinages. Il y avait là toute\nune provision d'images, de métaphores, de symboles, d'im­\npressions que son œil de voyant ne pouvait négliger tout\nà fait.\n   Mais pour concevoir tout le bienfait du romantisme envers\nl'art du moyen âge, il faut aller un peu plus avant dans le\nsiècle. Victor H u g o mérite cet éloge, et cet hommage que Mon-\ntalembert lui a rendu. Victor Hugo est le premier champion de\nl'art des cathédrales contre le vandalisme destructeur. Il a rendu\nles plus grands services, parce que, le premier, il a poussé ce\ncri : « Guerre aux démolisseurs! » Il aurait voulu que tout F r a n ­\nçais ayant le goût de l'art et l'amour de l'ancienne France y mit\nla même passion que le vieux Romain dans sa haine de Car-\nthage. Caton disait à la fin de tous ses discours : « Hoc censeo :\net delenda est Carthago! — Je pense ceci, et j'ajoute qu'il faut\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "               MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                        95\n\ndémolir C a r t h a g e ! » Nous ne devrions pas, nous non plus, ter­\nminer aucun discours sans ajouter ces mots : « J e pense ceci, et\nj'ajoute qu'il ne faut pas démolir la vieille F r a n c e ! »\n   Quand Hugo parla ainsi, Montalembert l'acclama. Monta­\nlembert a écrit une de ses plus délicieuses pages sur ce roman\nsingulier de Notre-Dame de Paris, que Montalembert n'aimait\npas et ne pouvait pas aimer sans faire bien des réserves, mais\nqu'il aimait pourtant avec ardeur, qu'il faisait aimer à Rio et à\ntous ses a m i s ; u n roman, pensez-y, dont le personnage princi­\npal, le seul resté vivant jusqu'à nos jours, dont le véritable héros\nest une C a t h é d r a l e !\n   Mais Montalembert voyait dans la cathédrale bien autre chose\nque Victor H u g o ; pour le romancier, elle n'était qu'un élément\nlittéraire et d'imagination. C'était une figure du passé, avec le\ncharme des choses abolies.\n\n                    Arceaux tombés, voûtes brisées,\n                    Vestiges des âges passés!.\n\n   Montalembert y voyait l'expression de la vérité et de la vie.\nIl disait à H u g o : « L à où vous venez admirer et rêver, moi, je\nviens adorer et prier! »\n   Il peuplait les m o n u m e n t s , il y voyait vivre un peuple chré­\ntien ; comme un hagiographe du moyen âge, il concevait à côté\ndes matériaux de pierre insensible et de rude bois, les maté­\nriaux sensibles, la pierre vivante, le bois pensant et raison­\nnable, les pensées, les prières, les hommes, les femmes, les\nfidèles, les croyants.\n   Il voyait, il ne voulait voir dans les édifices que la glorifi­\ncation de la foi catholique, que la pensée de la beauté catho­\nlique, et c'est pour cela qu'en continuant jusqu'au bout la\ncampagne avec Victor H u g o , il se détachait de lui dès\nl'abord.\n   Cette campagne pour les édifices catholiques, dont je n'ai pas\nle temps de vous faire connaître tous les détails, fait honneur\nà Montalembert d'une singulière manière parce qu'elle nous\ndécouvre chez lui, à côté du poète, que jusqu'à présent je me\nsuis complu à vous montrer, un h o m m e absolument pratique,\ntenace, d'une volonté suivie, d'une activité infatigable et tout\nà fait efficace. On peut suivre tout le détail de cette action dans\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "96                                DURENDAL\n\n\n\nla correspondance récemment publiée (1) qu'il a entretenue avec\nl'excellent archéologue Didron.\n    Il ne se lasse pas d'aller poursuivre dans les commissions\ndes Chambres des collègues plus ou moins éclairés, mais qui\nne savent lui résister, d a n s leurs cabinets les ministres qu'il\npresse, qu'il supplie et qu'il m a u d i t derrière leur dos pour leur\nlenteur et leur médiocre amour de l'art. Il veut des subsides\npour la conservation des m o n u m e n t s . Il veut des encourage­\nments pour les archéologues, et même, — il ne faut rien négliger,\n— des décorations, car ce sont choses « si commodes en voyage » !\n    Il arrive à des résultats étonnants.\n    Il aide à fonder des revues, il préside des congrès. Il fait créer\nle Comité des monuments historiques. Et sans cesse il signale\ntelle destruction, telle restauration maladroite. Car, vous le\nsavez, il y a pour lui deux sortes de vandalisme : le vandalisme\ndestructeur et le vandalisme réparateur. Combien il avait raison!\n   Songeons-y avec reconnaissance : on ne peut dire combien\nd'admirables m o n u m e n t s , qui font aujourd'hui notre joie,\ndoivent leur conservation à son zèle et à son action inlassable.\nNous lui devons combien de joies et combien d'émotions!\n   On devine avec quelle passion il poursuivit cette guerre —\navec plus que de la passion — du «fanatisme » ; c'est la seule fois\nqu'il emploie, en l'appliquant à lui-même, ce mot terrible. Q u a n d\nil lutte pour l'art, il n'épargne personne. Il aimait à citer le mot\nde Didron : « E n archéologie, je ne connais ni père ni m è r e ! »\nA chaque pas, il heurte le vandalisme, et à chaque pas sa colère\nredouble. L e Badigeonnage le met en fureur. Il le retrouve en\nF r a n c e comme en Belgique. S'il y a une distinction, elle n'est\nà l'avantage d'aucun des deux p a y s . E n Belgique, le badigeon\nest « blanc » ; en F r a n c e , il est « beurre frais ».\n    Il rencontre aussi des peintures qu'on ne badigeonne pas,\nmais c'est bien pire! Il voit un chanoine, au Mans, qui lui\nexplique ses intentions devant des fresques du XVe siècle : « Je\nles ferai retoucher par quelques-unes de mes dévotes, parce que\nleur état actuel nuit à la propreté de l'église! »\n    Les erreurs qu'il constate dans la musique religieuse égalent\nen horreur les badigeons et les retouches : un jour, à Saint-\n Etienne-du-Mont de Paris, quelle n'est pas sa surprise de recon-\n\n (1) Revue Bleue, octobre 1911.\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "               MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                       97\n\n\nnaître, en guise de mélodie pieuse, un refrain qu'il a entendu\nquelques fois au coin des rues :\n                      Mes amis, quand je bois,\n                      Je suis plus heureux qu'un roi !\n   Que de profanations, que de ruines, que de pertes irrépa­\nrables pour l'art et pour la foi ! Les protestations de Montalem­\nbert gagnent chaque jour en violence. Ah ! non, ce n'était pas la\nrésignation qu'il avait jadis implorée dans la chapelle de F r a\nAngelico.\n   Il avait des amis aussi ardents que lui, et leurs discussions\nn'étaient pas toujours pacifiques. Il ne nous cache pas qu'un\njour, étant à table avec des contradicteurs, il a vu le moment\noù on allait se lancer les assiettes à la tète.\n   C'est que son imagination exclusive de poète ne pouvait con­\ncevoir la beauté qu'il aimait, sans m a u d i r e toute autre. Sa ran­\ncune contre les h o m m e s au goût étroit qui avaient longtemps\nprosctit son art bien-aimé, le portait à m a u d i r e complètement\nà son tour l'art qui leur avait été cher. Il est admirable et par­\nfois plaisant dans ses malédictions. A Rome, en 1832, l'amour\nd'Overbeek l'animait de haine contre nos peintres de la Villa\nMédicis, et il les traitait sans plus d'affreux barbouilleurs. Il ne\nvoyait rien qui fût digne de sa pitié dans tout l'art du temps\nde Louis XV et de L o u i s XVI et passait condamnation sur le\ntout par ce mot définitif : « Mais laissez donc le XVIIIe siècle\npourrir en p a i x ! »\n   Sa passion était toute sa force. Il était, et il fut toute sa\nvie, a d m i r a b l e m e n t jeune» Sainte-Beuve qui ne l'aimait pas,\nmais qui l'admirait cependant, dit de lui vers 1850 : « Sa\nlongue jeunesse à laquelle nous sommes accoutumés. » Oui,\nil fallait s'y accoutumer. Car elle ne finit jamais. Toujours\nardent, convaincu, sincère, avec un courage qui ne se ralentit\njamais, il donna des coups et ne craignit pas d'en recevoir lui-\nmême. T e l nous le voyons partout et même dans le royaume\npacifique de l'art.\n   M m e Swetchine en souriait, et l'en plaignait, et disait : « Mon\npauvre cher Saint Sébastien, c'est vous qui recevez tous les traits!»\n   Elle le comparaît à ce douloureux m a r t y r que l'art chrétien a\nsans cesse représenté sous la forme d'un jeune h o m m e admira­\nblement beau.\n                                       * *\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": " 98                              DURENDAL\n\n\n\n     Je crois pouvoir dire que cette jeunesse incomparable, il l'a\n  gardée jusqu'au dernier jour de sa vie, j u s q u ' à ses souffrances\n  finales, alors que ce n'étaient pas seulement les traits de la lutte\n  qui le frappaient dans son âme vaillante, mais quand son corps\n  même fut transpercé des traits de la douleur.\n     D e mes yeux (j'étais bien jeune, il était presque à la fin de sa\n vie, je le vois dans des souvenirs lointains, mais je le vois bien\n vivant), je le vois sur sa chaise longue, avec sa figure doulou­\n reuse, mais sa figure toujours incroyablement j e u n e .\n     J e le vois entouré des symboles et des souvenirs de sa vie,\n des portraits, des vues, des moulages d'objets d'art tant aimés.\n Autour de lui, le délicieux entourage de jeunesse de ses chères\n filles; pour le distraire, on lui faisait un peu de m u s i q u e . Quel­\n qu'un se mettait au piano, et un j o u r (il m'en souvient) un petit\n garçon ami prenait un petit violon. M o n t a l e m b e r t était jeune,\npuisqu'il aimait la jeunesse. Les enfants étaient auprès de lui\n les bienvenus. L ' â m e délicate du vicomte de Meaux, qui était\n devenu son gendre, n'en avait pas perdu la mémoire. Il rap­\n pelle dans ses souvenirs, en termes bien expressifs, « cette\n bienveillance attentive de Montalembert, cette sollicitude\n ardente et minutieuse qu'il avait pour la jeunesse. »\n    Je n'en ai pas perdu la mémoire non plus ; car — vous l'avoue-\nrai-je — le petit violon dont je vous ai parlé, c'était moi.\n    Je laisse sur ce souvenir qui m'émeut, cette trop rapide image,\nque j ' a i tâché d'évoquer devant vous; il me représente cette\ngrande âme sous une forme si simple, si pure, si éternellement\njeune, de cette beauté de jeunesse que le Christ de l'Evangile\nsouhaitait à tous semblable à celle des petits enfants, que je ne\nveux pas aller plus loin.\n    J e m'arrête à contempler cette âme pure comme celle d'un\nenfant; il me semble que nous la sentons flotter devant nous,\ncette âme dont M m e Swetchine disait encore : « Ame de cristal,\npresque de diamant. » Je l'aperçois sous les voûtes de ces cathé­\ndrales qu'il a tant aimées, qu'il a défendues, qu'il a gardées\npour nous. Levons les yeux, nous allons la voir planer, dans la\nlumière des verrières et des roses d'architecture, tout en haut,\nprès de ce point où les nervures des voûtes se réunissent devant\nle T r è s - H a u t , — a dit Montalembert — comme deux mains\nqui se joignent dans la prière.\n                                                    HENRY COCHIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-002", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 99, "page_fin": 100, "titre_corps": "Poèmes : La lumière du corps", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Caillard", "ancre_debut": "Lucerna corporis tui est oculus tuus : Vide ergo                 ne lumen quod", "ancre_fin": "vous, l'ample image d'un ciel !", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Si vous voulez                                                            Beati mundo corde.        E t qui", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 124, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 86, "fin_caractere_exclue": 1530, "texte": "Lucerna corporis tui est oculus tuus : Vide ergo\n                ne lumen quod in te est tenebrae sint. »\n\nO mes r e g a r d s , la nuit étrange de Décembre\nQue vous scrutez à cette heure dans cette chambre\nE s t moins noire que vous et moins triste que vous.\nVous seriez, à scruter, plus obscurs qu'elle-même,\nO mes regards de nuit dans mon visage blême,\nE t qui troublez en moi l'enfant aux songes doux.\n\nO mes r e g a r d s , fixez cette nuit angoissée,\nMuette, et dans son grand mystère ramassée,\nE t puis pénétrez-vous dans la glace ardemment.\nSentez-vous bien dans vos ténèbres de démence\nL'immense obscurité de ma misère immense,\nLe péché qui frémit et le rêve qui ment?\n\nCe fut par vous qu'il vint, le maudit, dans mon être.\nQu'avez-vous regardé dont il fut t a n t le maître,\nQu'il fut maître de vous, ô mes r e g a r d s maudits?\nA h ! pour quelle détresse a t t i r a n t e et suprême\nA-t-il fait quelquefois de vous seuls des blasphèmes\nTels qu'aucun mot jamais ne les aurait traduits?\n\nO mes r e g a r d s , parfois j'envie, au bord des routes,\nL'aveugle à qui Dieu fit cette grâce entre toutes,\nD'un voile entre son rêve et vos réalités :\nP o u r vous chercheurs de forme humainement jolie,\nD'autres regards secrets sont en moi que j'oublie,\nD'autres regards ouverts aux divines clartés.\n\nO mes regards croyants, puissiez-vous être encore\nLe calme du couchant et l'amour de l'aurore\nDu cœur où Dieu versa ses pardons et son miel,\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 289, "texte": "100                              DURENDAL\n\n\n      Ne plus avoir en vous jamais, à pareille heure,\n      L'angoisse du dégoût de soi-même, qui pleure\n      De ces larmes de boue et de sang et de fiel,\n\n      Et porter, toute en vous, l'ample image d'un ciel !\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-003", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 100, "page_fin": 100, "titre_corps": "Poèmes : Si vous voulez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Caillard", "ancre_debut": "Si vous voulez                                                            Beati mundo corde.        E t qui", "ancre_fin": "prix d'un cœur faible et souillé.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A Saint Benoît       O saint Benoît, P è r e très", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 289, "fin_caractere_exclue": 1711, "texte": "Si vous voulez\n                                                           Beati mundo corde.\n\n      E t qui me dit que je ne sois pas, divin Maître,\n      F a i t pour vous bien aimer, vous seul uniquement?\n      J e ne sais pas. J e cherche et me trompe peut-être\n      Sur votre appel en moi que mon désir attend.\n\n      Mais seulement serais-je digne, oh! le serais-je?\n      Vraiment je n'ose pas l'espérer, mon Seigneur.\n      Loin du monde, hors du monde, ô pureté de neige,\n      Lointain sommet, pourrai-je aller jusqu'à ton cœur?\n\n      J e me sens soutenu d'une grâce adorable,\n      Comme la main sur moi d'un rayonnement clair\n      Q,ui glisse enveloppant mes livres et ma table,\n      E t mon corps, et mon cœur, et mon front droit et fier.\n\n      N'est-ce pas votre main, ô Vierge, douce Mère,\n      O vivante entité du bonheur d'être pur.\n      N'est-ce pas votre main, ô bienfaitrice chère,\n      E t votre long regard comme un chemin d'azur?\n\n      O ne me quittez pas si c'est votre présence,\n      O ne me quittez plus avant que je sois fort,\n      F o r t tout à fait, fort jusqu'à cette confiance\n      Qui fait mourir l'image même de la mort.\n\n      E t plus tard, si vous le voulez, ô P r o t e c t r i c e ,\n      E t si votre Fils Dieu ne m'a pas oublié,\n      Lui pourrai-je, sans honte, offrir le sacrifice\n      Misérable et sans prix d'un cœur faible et souillé.\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-004", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 100, "page_fin": 101, "titre_corps": "Poèmes : A Saint Benoît", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Caillard", "ancre_debut": "A Saint Benoît       O saint Benoît, P è r e très", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1711, "fin_caractere_exclue": 1934, "texte": "A Saint Benoît\n      O saint Benoît, P è r e très grand auprès de Dieu,\n      O direct héritier de la p a r t la meilleure,\n      Maître de la prière et créateur du Vœu,\n      Vous serez avec moi lorsque viendra mon heure?\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 691, "texte": "                         POEMES                             101\n\n\n\nO lumineux génie en l'art pur d'adorer\nI n s p i r é des recueillements disciplinaires,\nA l'heure de ma mort vous me regarderez\nP o u r me donner le calme en l'ultime prière.\n\nVous dont les cris d'amour montèrent en splendeurs,\nAux regards éblouis de la foule penchée,\nT a p i s s a n t vers le ciel où sont toutes les fleurs\nLe chemin de votre âme ainsi qu'une jonchée,\n\nVous mettrez, à mon heure, en mes yeux apaisés,\nLa pure vision de vos vertus plénières,\nE t sur ma lèvre, où fut l'émoi des faux baisers,\nLe goût de votre espoir aux mots de vos prières.\n\n\n                                             FRANCIS CAILLARD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-005", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 102, "page_fin": 105, "titre_corps": "Le Pain", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jacques Copeau", "ancre_debut": "Le Pain     Trois représentations", "ancre_fin": "et le met en pièces. 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Henri Ghéon, que\nles belles représentations du Pain viennent de révéler au grand public, était\ndepuis longtemps connu des lettrés. Trois recueils de poèmes : Chansons\nd'Aube, La Solitude de l'Eté, Algérie; deux romans : Le Consolateur et\nLa Vieille Dame des Rues, attestent la diversité d'un esprit à la fois épris de\nlyrisme et curieux d'observation précise. M. Ghéon a collaboré à la Revue\nBleue, à la Revue Blanche, à Vers et Prose, à Antée, à l'Ermitage, au\nMercure de France. Il publie, depuis bientôt trois ans, dans la Nouvelle\nRevue française, qu'il a contribué à fonder, des études critiques clairvoyantes\net impétueuses, pleines de sagesse et de divination. Les plus importants de\nses articles, réunis en un volume qui a pour titre Nos Directions, paraissent\njustement en librairie.\n   Le Pain, que le Théâtre des Arts vient de représenter avec un succès\nauquel l'unanimité de la critique s'est associée, n'est pas le seul ouvrage\ndramatique de M. Henri Ghéon. Et il faut espérer qu'un directeur-artiste,\nM. Antoine par exemple, montera un jour L'Eau-de-vie, dont quelques très\nbeaux fragments nous sont déjà connus. Dans cette seconde « tragédie » le talent\nde l'auteur apparaîtra sans doute plus mûr, plus nourri de complexe vérité\nhumaine, plus équilibré peut-être. Mais nulle part mieux que dans Le Pain,\nqui fut écrit voici une dizaine d'années, n'éclateront les facultés natives de\nM. Henri Ghéon, ses dons originaux : cette fraîcheur de l'émotion, cette\nlimpidité de l'éloquence, cet élan de lyrisme, enfin cette abondance, cette\nplénitude musicale au milieu desquelles semble se jouer l'allégresse d'une\njeunesse inspirée.\n   Le Pain est un essai de « tragédie populaire ». Entendez par là : tentative\nd' « héroïsation lyrique » d'une action populaire et des personnages qu'elle\ncomporte.\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3568, "texte": "                                    LE   PAIN                                  103\n\n\n    Dans un article récent, M. Henri Ghéon s'est expliqué sur sa conception\npersonnelle du « théâtre populaire n et sur 1' « attitude de grandeur » que\ndevra prendre ce théâtre s'il prétend s'imposer à tous. « Il faut la tragédie pour\nrestituer à notre scène sa force de domination, — écrivait-il; — elle y\nparviendra d'autant mieux qu'on la voudra plus populaire. Elle n'a rien à\n faire avec une vérité médiocre qui maintienne les auditeurs dans l'atmosphère\n de chaque jour. Elle les arrache au sol, elle les soulève de terre, jusqu'à une\n vérité non pas plus épurée et plus morale, — il s'agit bien pour elle de mora­\n liser! — mais plus simple, mais plus large, et non pas forcément plus noble,\nmais plus haute. D'un homme elle fait un personnage, d'un individu un\n caractère; elle peut en faire un héros. » Et plus loin : « Evidence tragique,\nvérité humaine, lyrisme, grandeur dans la simplicité, voilà les quelques\n caractères qui semblent devoir s'imposer à la tragédie populaire, si tant est\n qu'une société aussi confuse que la nôtre puisse l'attendre et L'accueillir. Une\n action large, claire dans les lignes, à grands plans, bien aérée et couronnée de\npoésie, récomposant aux yeux du spectateur une réalité plus haute. »\n    De telles paroles sont le vivant commentaire de l'ouvrage dont nous avons\n à parler ici. Elles en formulent l'esthétique; elles en éclairent la signification.\n L'action du Pain est d'une simplicité, j'allais dire d'une nudité parfaite. Elle\n se déroule en un lieu indéterminé. Point de pittoresque ni d'anecdote. Une\n péripétie continue, nécessaire, d'un jet et d'une haleine, s'enveloppant elle-\n même, s'engendrant elle-même, portée d'un bout à l'autre par son propre élan,\n alimentée par sa propre vertu.\n    Voici :\n    Dans la ville où la guerre a passé, la famine règne. Ventres creux, cœurs\n aigris : la misère prépare la haine, et dans les cabarets un mauvais alcool\néchauffe les cerveaux. Déjà, de tous les coins de la contrée, les semeurs de\n révolte accourent et se concertent, ceux dont la parole est rude et belliqueuse,\nceux dont l'éloquence mielleuse et la verve caustique savent flatter la foule,\nréveiller ses passions, fouetter son indolence. Ils s'apprêtent à jeter l'armée des\nmécontents contre les riches, rendus responsables de tout le mal. A peine\nquelques voix attristées et sincères s'élèveront contre leur conseil. Mais il en\nest une, plus grande que les autres, plus sonore et plus pure, mieux écoutée :\ncelle de Pierre Franc, le boulanger. Fils de boulanger, beau-fils d'un meunier,\nl'aisance qu'il hérita des siens et l'instruction qu'il a reçue lui eussent permis\nà son gré de s'élever sur l'échelle sociale. Mais il a compris que rien n'est plus\nméritoire en ce monde que le métier d'un homme qui prépare de ses mains la\nnourriture terrestre; il a voulu que rien ne fût plus beau, plus grand, plus\nsacré que le geste de celui qui pétrit le pain et qui l'offre à ses frères pour\napaiser leur faim. Pierre Franc vend le pain à ceux qui peuvent l'acheter,\nmais il le donne aux pauvres. Tant que dura la guerre, chacun trouva chez\nlui la miche quotidienne. Mais la farine est épuisée, la huche et le pétrin sont\nvides, le four est noir. Et ceux qui, hier encore, célébraient Pierre Franc\ncomme leur bienfaiteur, vont tourner aujourd'hui leur colère obscure contre\nce boulanger sans pain. Sa voix n'aura plus à leur oreille la même intonation\npersuasive, ni la même force sur leur cœur. Qui sait? Peut-être a-t-il caché\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3557, "texte": "104                                DURENDAL\n\n\ndans quelque coin de son grenier ce pain qu'il leur refuse... Pierre ouvre grande\nsa porte : « Vous tous, entrez! dit-il, et fouillez ma maison! » Le peuple\nintimidé recule, mais, demain, la perfide violence des meneurs aura ranimé\nleurs soupçons, enhardi leur audace : les cris, les invectives, les chants révo­\nlutionnaires étoufferont la parole sage, le conseil pacifique, l'imploration\nd'amour que Pierre jette sur cette foule folle, aveugle, sourde. « Et dire que\npour les calmer, que pour les désarmer, il suffirait d'un peu de pain! » Pierre, en\nrentrant chez lui, remâche ses paroles. Car il sait — sa femme qui détenait ce\nsecret le lui a confié — il sait que le meunier son beau-père, avec la pensée\nd'un formidable gain futur, entassa durant la guerre, dans un chait à lui seul\nconnu, de la farine! Mais le vieux ne cédera pas son grain, dût-on l'égorger.\nEt sa fille ne démasquera point la cachette — à moins que Pierre ne lui fasse\nun grand serment, à moins qu'il ne jure de renoncer à sa ruineuse\nchimère et de pétrir, non pour les autres comme naguère, mais humainement\ndésormais, de pétrir pour les siens, égoïstement pour sa femme et pour\nlui-même, pour leur faim terrestre, pour leur bouche et leur besoin terrestres,\nnon pour cet appétit de justice et de bonté, d'amour universel qui l'a\ndénaturé... Pierre ne veut pas promettre. Et la disette dure, l'émeute gronde,\nles incendies s'allument, le sang a déjà coulé. Alors Pierre se sentant frappé au\nplus vif de sa force, chancelle. Il n'est plus qu'un pauvre homme, accablé de\nchagrin, faible entre les bras d'une femme trop empressée à partager sa peine.\nIl cède. Le pain qu'il va pétrir ne sortira pas de la maison bien close. Voici la\nfarine sous ses doigts, blanche et pure. Le four s'allume, le feu craque, l'osier\nvibre, l'eau coule, s'unissant à la poussière du froment; et la pâte est formée.\nVoici la cave obscure transfigurée par le travail. Voici le labeur quotidien,\nla vie s'emparant d'un cœur, d'un être et des objets qu'il manie; voici la joie\nretrouvée de se mouvoir et de créer; voici dans le rythme du cœur et la\nchaleur des membres l'espérance ranimée. En travaillant, Pierre chante son\ntravail et sa joie. Il voit les moissons fleurir et les bras forts qui les ont\nmoissonnées, porter les gerbes au moulin, le froment poudroyer sous la\nmeule, et, du sac qu'elle gonflait, la farine couler au pétrin, et le levain s'y\nmêler, et la miche se dorer au four, et le boulanger l'élevant dans ses mains,\nappeler ses frères au festin préparé. Ainsi « chaque homme a travaillé pour\ntous les hommes! » Dans son travail et dans son chant, Pierre a retrouvé la\nfoi, plus exigeante en son cœur que la faim dans son ventre. Vainement sa\nfemme lui rappellera sa promesse qu'il a donnée et qu'il oublie. Pierre\nn'entend que le four qui gronde et la foule qui crie, que la foule livide qui\n approche, bouches ouvertes et mains tendues. Bondissant à la porte du\n fournil, il l'ouvre et crie : « Frères ! j'ai pétri pour vous : voici du pain ! »\n    Rien ne saurait rendre la beauté lyrique de ce quatrième tableau, ni la\n fougue de son éloquence, si sa force dramatique. Il a été acclamé par un\n public enthousiaste auquel tant de saine grandeur, mieux qu'une niaise\n aventure sentimentale, arrachait des larmes.\n    Le cinquième tableau nous montre le revirement de la foule et celui de\n Pierre Franc. Maintenant que la famine est conjurée, le peuple en liesse\n refuse aux riches d'hier, par injuste représaille, le pain que le boulanger a\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 526, "texte": "                                   LE PAIN                                   105\n\npétri pour tous les hommes. Pierre, outré de cette mauvaise action, et bravant\nl'hostilité générale, crie son indignation et son mépris. Si la bonté n'est pas\nde ce monde, si la justice n'est pas humaine, il renie les hommes et va quitter\nle monde, lui préférant la mort. A ces mots, la foule se jette sur lui et le met\nen pièces.\n\n                                                          JACQUES C O P E A U .\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-006", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 105, "page_fin": 111, "titre_corps": "Le Pain : Acte III", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "ACTE III (1)                             (Sur le palier, Pierre cha", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 130, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 526, "fin_caractere_exclue": 2113, "texte": "ACTE III (1)\n                            (Sur le palier, Pierre chargé d'un sac, parait avec sa\n                          femme.)\n                            JEANNE,         inquiète\n  On ne nous a pas vu, tu es sûr .. dans la cour?\n                                  PIERRE\n  Ne te mets pas en peine... je te j u r e .\n                                 JEANNE\n  Tu crois?... (Elle ferme la porte.) E t sur la rue, si on venait?\n  (Elle ferme les soupiraux.)  C'est fait... Ah ! je reprends haleine.\n             P I E R R E , se déchargeant      au bas de Vescalier\n  E t tu n'as rien porté? Ça me paraît plus lourd...\n                                  JEANNE\n  Repose-toi.\n                                  PIERRE\n  Non! je veux aimer ma fatigue... Fraîche et nouvelle et douce elle\nm'enivre... Il me semble que je m'éveille d'un trop long sommeil\nparesseux, les membres lourds et gauches, mais vigoureux et capables\nd'un acte encore. Sur mes épaules j'ai soulevé toute ma détresse,\ncomme ce sac... Il ne faut plus qu'elle m'écrase... je me redresse! à\nforce d'efforts... lassons la fatigue! J e sens que le travail est mon sort...\nau travail !\n  Il faut que je vive...\n                                 JEANNE\n  Ah! tu es brave, je te retrouve ainsi, tu m'infuses de ton cournge;\noui, il faut vivre, et nous vivrons! Nous sommes seuls ici, n'est-ce pas?\net tranquilles... Le labeur réclame tes bras... Allons!...\n                                  PIERRE\n  Tu veux?...\n\n\n  (1) La tragédie : Le Pain paraît, en ce moment même, à Paris, aux éditions de\nla revue : Nouvelle Revue Française.\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "106                               DURENDAL\n\n\n                                  JEANNE\n  Ouvrir le sac.\n                                  PIERRE\n  Arrête!... Attends un peu...\n                                  JEANNE\n  Tu hésites peut-être?...\n                                   PIERRE\n  J e l'ouvrirai... J e veux que ce soit moi qui l'ouvre... Mais... j ' a i\npeur...\n                               JEANNE\n  E t de quoi?\n                                PIERRE\n  De mon bonheur...\n                               JEANNE\n  Que veux-tu dire?\n                                PIERRE\n   Non! Songer que je vais revoir, saisir, pétrir de la farine! Rien\nqu'à cette pensée, j'éprouve la même émotion craintive qu'au soir où\nj'eu touchai pour la première fois, quand j ' a p p r i s le métier de mon\npère en cachette... A t r a v e r s la toile épaisse, je la vois... Ce fut toute\nla lumière de ma jeunesse! A h ! si tu en savais l'éclat!... Hélas!... elle\na langui, elle s'est éteinte... depuis quatre jours dans la nuit... je\ndésespère...\n   Comment n'aurais-je pas la crainte de la voir resplendir soudain et\nbrûler mes yeux éblouis?...\n                            (Silencieusement Jeanne ouvre le sac, sur lequel\n                          Pierre est penché, extasié. Il approche sa main, la\n                          plonge et mime toutes ses paroles.)\n                                   PIERRE\n   Comme elle est blonde et fine et lourde. Rien ne s'y mêle, paille ni\nson, rien ne la souille... rien ne l'allège. Oh! la pure et riche farine et\nle bon pain que nous en ferons!... (Pause.) Oh! que je la voie, la touche,\nla pèse. Que je la respire et la goûte! Elle affermit mes mains, elle\nassure mes gestes; elle éclairait mes yeux et mon âme d'un lait de\njoie et m'étourdit comme une poudre de bataille! Courage! (Il en goûte\navidement.) D'un seul baiser, j ' a i guéri ma faim. .\n                 J E A N N E , lui prenant   un baiser   brutal\n  La mienne aussi!..\n                                   PIERRE\n   La tienne! Notre faim et notre détresse, et toute celle qui nous\nentoure!... J e sens courir une allégresse dans l'air, dans le sol, dans\nles murs, la maison s'anime et se transfigure, comme au lever du jour...\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2972, "texte": "                                     LE PAIN                                     107\n\n\nla plaine! Moins sombre est le four; le pétrin moins vide, la brique\ntiédit... l'osier vibre... Tout espère, désire, attend le froment... le\nlevain, l'eau, la pâle bénie et notre travail. A l'œuvre! et que r e p r e n n e\nautour de nous la vie. (Très affairé, il s'empresse de tous côtés, prépa-\nrant son travail, lançant des mots ; sa femme l'imite avec le même zèle.)\nLes pelles... les paniers. Il y a de l'eau?...\n                                    JEANNE\n  La cruche est pleine.\n                                    PIERRE\n  Bien, nettoie le foyer, la cendre s'amasse. (Jeanne obéit.) Dame, il\nfaut que tu sois mon aide, pour un jour. Tu l'acceptes?\n                                    JEANNE\n  Comme une grâce.\n                           P I E R R E , se   dépouillant\n  Alors, femme, b o u r r e la paille et jette les fagots secs ; fais chanter le\nbois et danser la flamme! C'est un jour de fête!... Ainsi que la joie,\npartageons l'ouvrage... E n mes mains gonflera la pâte, sous tes soins\nchauffera le four. A h ! nous nous unissons pour une grande tâche, ma\nfemme! E t le pain sera notre acte d'amour.\n                               (Il s'est placé devant le pétrin, il y verse la farine,\n                            l'eau, tout eu parlant avec une exaltation grandissante.\n                            Pendant ce temps, sa femme prépare, allume, surveille\n                            et entretient le feu en silence. Ce monologue doit être\n                            entièrement « agi ».)\n   Déjà le pétrin reçoit la farine; sur sa blancheur amoncelée, en filet\nlimpide, je verse l'eau ; l'eau est bue, mais les grains subtils, comme\nen un réseau, sont pris par les gouttes et serrés, soudés, alourdis, ainsi\nsous la pluie la poudre des routes.\n   Liquide ou poussière, je verse, je délaie, je mêle, et entre mes doigts\nje sens tressaillir le mystère, de cette union merveilleuse, dont naît la\nnourriture humaine. J e délaie, je mêle, je verse ma joie...\n  J e refais mon apprentissage et mes gestes de chaque jour me sont\nnouveaux; juvéniles, mes bras formés au même ouvrage, ignoraient\nencore le r y t h m e qu'ils suivent et dont ils se g r i s e n t ! Et, après dix ans\nde travaux, mon corps n'aura pas changé d'âge.\n   La farine et l'eau se sont pénétrées, le mélange est fait, la pâte\nformée; épaisse et lourde, je la saisis, je la soulève et je la dompte...\nje l'étiré et la roule, je l'écrase et la gonfle; sous le poids, ma vigueur\nraidie, en dresse la masse; elle retombe et claque le bois...\n   La tâche est plus dure et j ' e n suis fier.., à mesure mes forces gran­\ndissent... A h ! je pétrirais de la p i e r r e ! Tous mes muscles se réjouissent.\n   Que désirer? mes mains sont pleines... A quoi songer? bonheur ou\npeine. Ma pensée est dans mon labeur! J e tiens un monde, que m'im­\nporte l'autre! Devant la cuve où mes b r a s plongent, l'univers, les êtres,\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "108                               DURENDAL\n\n\nles choses, tout s'efface, mauvais ou bon, je ne connais plus que mon\nacte... J'y joue, j ' y respire, j ' y vis... J e suis au fond de ma maison... et\nje p é t r i s !\n                             (L'effort est à son comble. Le « geindre » Silence.)\n                           JEANNE,         doucement\n  Ainsi, tu m'as donc oubliée?\n                                   PIERRE\n  Comment?\n                                   JEANNE\n  Oui, je croyais que tu peinais un peu pour moi en ce moment et que\nnotre amour soulevait ta joie... J e ne le crois plus...\n                                   PIERRE\n   Que dis-tu? Quand par toi la cave s'égaie... illuminée?\n   Quand par toi le foyer pétille d'un chuchotement d'étincelles? lorsque\nta vigilance achève l'œuvre entreprise en p r é p a r a n t une cuisson dorée,\nà la pâte encore sans couleur? J e t'oublierais! Non, ma femme, ma\nbien-aimée... Tout ce qu'a perdu de chaleur ton sang et de force t a\ngrâce te reviendra par l'œuvre de mes mains ! L a pulsation de la t e r r e\nb a t t r a tes tempes! Son souffle gonflera ton sein, car toutes ses vertus\nsont dans cette poussière...\n   A h ! remercie la n a t u r e ! c'est pour toi que ses moissons flottent si\ndru, si haut, dans un chant qui tonne. Voici les hommes à l'âme dure,\npenchés sur les faulx, qui la sacrifient. Oh! plains-la de p e r d r e la vie,\nplains-la, mais remercie les hommes !...\n      (Visionnaire.)\n  J e vois la courbe de leur dos et le ballant de leurs gestes ; la sueur\nà la peau, l'été la sèche! Comme un oiseau bleu, l'acier vole; devant\neux les gerbes se couchent; ils se frayent une large route, et la moisson\nne tient plus au sol.\n  La ferme s'endort, la batteuse ronfle comme un gros insecte engourdi;\nson vertige a saisi, entraîne les ouvriers à la fourche prompte qui\njettent et tassent les battes dans sa gueule insatiable et voici tomber\ndésunies sur le sol net, pour prix de leur peine, légère la paille et\nlourdes les graines.\n   Bras lassés peinant à la plaine, vous portez les gerbes aux granges,\nbras lassés peinant à la ferme, portez les sacs au moulin; car le meu­\nnier va r e p r e n d r e l'œuvre qui se perfectionne et de mains en mains et\nde l'homme à l'homme se continue le labeur sans fin...\n  E t tu la connais la meule de pierre, lente à t o u r n e r , pesante, impla­\ncable ? Ouvrez l'écluse grande et rompez les barrages ! La force élancée\ndes rivières suffit à peine à la mettre en branle.\n   L'homme a dompté les éléments ; il les tient, il les mène, il les règle...\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2050, "texte": "                                LE PAIN                                    109\n\n\nla meule broie et le bon froment blanchit sous elle. Meunier, chante ta\njoie ! dans tes greniers, il neige.\n  Passez, blutez, agitez les cribles !... le grand festin se prépare; de\ntoute sa force et de tout son art, chaque homme a travaillé pour tous\nles hommes !\n                            JEANNE, effrayée\n  Pierre, tes mots sont terribles !\n                                PIERRE\n  Joyeux ! Femme, à nous appartient la gloire d'achever une œuvre\ndivine...\n                           JEANNE\n  Suis-je folle ? J'ai peur de tes mots, de tes gestes, de ton allégresse,\nde ta beauté... Je ne t'ai jamais vu si beau, si grand ! O Pierre,\nrassure-moi...\n                     PIERRE, retournant au labeur\n   Laisse-moi m'exalter ! Je suis tout à ma tâche; rayonné de la tienne...\nJe presse une gerbe de blé dans mes mains fortes; mes bras soulèvent\nune récolte. D'autres auront trié les graines, d'autres recueilli la pous­\nsière sacrée; j'ai fait de la pâte, j'ai marié l'eau à la farine terrestre;\nj'en ai formé la glaise épaisse où je veux sculpter la vie... J'y ai déposé\ncomme une âme le mystérieux levain, et l'ardeur sourde de ces flammes\nde l'eau et de la terre unies fera le pain.\n                                JEANNE\n  Notre pain !\n                                PIERRE\n  Le pain ! C'est le terme de l'universel travail ! Semeurs de grains,\ncoupeurs de paille, ouvriers des champs, des moulins, des fermes,\ndébridez vos impatiences ! voici la récompense et voici le festin !\n                                JEANNE\n  Mais tu t'égares...\n                          (Du dehors descendent des chants et des cris lointains\n                        qui se rapprochent de plus en plus jusqu'à la fin de la\n                        scène.)\n                                PIERRE\n  Entends ces chants soulevés, frissonnants d'espoir.\n                                JEANNE\n  De haine...\n                                PIERRE\n  Le peuple s'avance et la table est prête...\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1821, "texte": "110                                    DURENDAL\n\n\n                                       JEANNE\n  J'ai bien compris... a r r ê t e !\n                                       PIERRE\n Non ! J e te le dis, il vient, il approche, la voix qui appelle et les\nmains tendues...\n                               JEANNE\n Crispées de révolte !...\n                                       PIERRE\n  Ouvertes ! J e saurai les combler !...\n                                       JEANNE\n  J a m a i s ! Oublies-tu ta promesse ?\n                                       PIERRE\n  Qu'ai-je promis ? sinon d'agir suivant le bien !\n                                       JEANNE\n  Suivant notre bien !\n                                       PIERRE\n  J e ne connais qu'un bien au monde...\n                                       JEANNE\n  Ah ! réfléchis ! souviens-toi, ne m'entends-tu pas ?\n                                PIERRE\n  J e n'entends rien... sinon le four qui gronde et le peuple qui crie,\nsinon le chant lointain des céréales! tais-toi, tais-toi ! . . les blés me\nparlent...\n                                JEANNE\n  O folie !\n                                PIERRE\n Ils proclament leur sacrifice; ils veulent finir et revivre dans l'im­\nmense foule des hommes...\n                              JEANNE\n  E t toi, veux-tu mourir ?\n                                       PIERRE\n  Vaines paroles ! P a s avant d'avoir achevé la fonction qui me possède\net qui me grise... Le repas, par la t e r r e et l'homme préparé, réclame\nses convives, et si je meurs, qu'importe !... Qu'ils viennent !\n                              (Le chant s'est précisé, farouche, mêlé de cris, frappé\n                            de p a s ; il emplit, vibrant; la foule passe devant la\n                            boulangerie; Pierre s'élance vers l'escalier de pierre.)\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 776, "texte": "                                   LE PAIN                                    111\n\n\n                                   JEANNE\n  Je te barre la porte.\n                                   PIERRE\n  Je te brise avec elle...\n                                  JEANNE\n  Oh!\n                                   PIERRE\n  Place ! le chant grandit, la pâte va gonfler ainsi qu'une poitrine\nhumaine ! l'œuvre touche à sa fin, frères, frères, entrez ! j'ai pétri\nvotre vie !\n                                           (Il ouvre brusquement la porte.)\n                                  JEANNE\n  Pierre !\n                             PIERRE, au dehors\n  Voici du pain !\n                             (Une grande clameur descend de la rue populeuse.)\n\n\n\n                                  RIDEAU\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-007", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 112, "page_fin": 118, "titre_corps": "Le Crime de Luxhoven", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Le Crime de Luxhoven                                   (1)                                              V                    DEPUIS quinze mois qu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 137, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1793, "texte": "Le Crime de Luxhoven                                   (1)\n\n\n\n\n                                         V\n\n\n                 DEPUIS quinze mois qu'ils étaient mariés, Albert\n                 Prévost et sa femme habitaient, en face du\n                 Palais de Justice de Drakdam, une claire et\n                 coquette maison qu'ils avaient meublée avec\n                 un bon goût raffiné et jeune; de toute l'am­\n                 biance émanaient des aromes de fraîcheur et\n                  des caresses d'aube qui s'appariaient si bien à\nleur neuve tendresse.\n    Dans un mélange instinctif de sens pratique et d'idéalisme,\nGisèle présidait aux soins de son ménage avec une vigilance\namusée, en même temps qu'elle s'associait à la vie intellectuelle\nd'Albert, s'intéressant à son travail de magistrat, confessant ses\npréoccupations et, parfois, lui suggérant discrètement telle\ninitiative ou telle solution; mais, surtout, elle ambitionnait\nd'être pour son mari la compagne intime d'idées, pendant ces\nheures privilégiées de loisir où le jeune substitut se vouait,\ntout dossier clos, au culte désintéressé de la beauté.\n    Chaque jour, aux fins d'après-midi, Gisèle, du balcon de son\nsalon qui faisait face au cabinet d'Albert, au Palais de Justice,\nguettait avec impatience le moment où son mari, sa besogne\nfaite, lui serait rendu : elle le voyait ranger ses paperasses,\nprendre son chapeau, allumer sa cigarette, ouvrir la fenêtre.\nAprès un affectueux petit salut de la main, il descendait et, sous\nles grands marronniers de la place, revenait vers elle d'un pas\npressé.\n   Après quelques instants de causerie autour d'une tasse de\nthé, Albert et Gisèle s'asseyaient côte à côte au piano; la\n\n (1) Voir les numéros d'octobre, novembre et décembre 1911 et janvier 1912.\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "                     LE CRIME DE LUXHOVEN                          113\n\n\nmusique les enveloppait graduellement de ses ondes mélo­\ndieuses, confondait leurs âmes en un même rêve de spiri­\ntualité et les faisait monter, en une spirale unique, vers les\nrégions suprêmes, interdites à la matière. P u i s c'était la lecture :\nde sa voix souple et moelleuse, Albert dispensait à Gisèle les\nfrissons émouvants qui se dégagent des œuvres de Tolstoï et la\ndélicieuse i n q u i é t u d e dont Maeterlinck est le messager. Ou\nbien encore, ils se complaisaient à entendre battre, à coups\nfuribonds, sous les hémistiches sonores et martelés de Verhaeren,\nle cœur de la F l a n d r e .\n   Cette avant-soirée de mai, où l'atmosphère avait le parfum\net la teinte des lilas, tandis que toutes fenêtres ouvertes,\nGisèle, lasse d'une heureuse attente, s'était étendue, dans son\npeignoir héliotrope, sur une chaise longue et qu'Albert s'ap­\nprêtait à lui faire la lecture, un toussottement familier se fit\nentendre dans la rue.\n   — T i e n s , voilà B l a n k !\n   Le juge s'était posté sur le trottoir d'en face.\n   — P a s d'empêchement? demanda-t-il. Alors je m o n t e . . .\n   Et il entra dans la c h a m b r e en coup de vent.\n   — Mille pardons, dit-il; je suis un trouble-intimité. C'est\nque j ' a i à vous parler.\n   — Affaire judiciaire? interrogea Albert.\n   — Non, affaire personnelle. Mais d'abord' il faut me pro­\nmettre de ne pas vous fâcher.\n   — Ce serait la première fois, interrompit Gisèle avec une\ngentillesse m u t i n e .\n   — Voilà ce dont il s'agit, continua Blank ; vous me\nconnaissez : je suis un original. Il me vient parfois dès idées,\ndes idées de solitaire. U n e de ces idées a rapport au petit être\nque vous attendez et qui, dans quelques semaines, viendra\nmettre son joli petit minois en tiers dans ce joli petit nid\nd'amour. E t je m e suis dit : après tout, ce petit être me doit\nbien quelque chose; il est de fait que sans moi...\n   — Blank! fit Gisèle, feignant d'être scandalisée.\n   — E h ! bien, quoi, répliqua le juge, c'est la vérité : il est de\nfait que sans moi, sans mon intelligent courtage, vous en seriez\nencore, tous deux, à roucouler lointainement, comme on dit\ndans votre barbare littérature m o d e r n e . Concluez! J'en conclus,\nmoi, que j ' a i quelque droit sur cet enfant et qu'il me serait bien\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "114                             DURENDAL\n\n\ndoux de penser — et Blank prit la main de Gisèle et sa voix se\nnuança de sensibilité contenue — que le jour où je ne serai plus\nlà, ayant rejoint sous les cyprès mon père et ma mère, un être\nme survive, dont l'âme ait un lien spirituel avec mon âme, et\nsi, alors, quelqu'un parle encore du vieux Blank, que cet être\npuisse lui répondre : « Oui, le vieux Blank était un type bizarre et\narchaïque, un maniaque, si vous voulez, mais c'était mon parrain!»\n    L e juge avait mis dans ces dernières paroles t a n t de cordiale\némotion que Gisèle et Albert n'osaient formuler l'objection qui\nleur était venue dès l'abord à l'esprit.\n    Enfin, Albert s'enhardit à m u r m u r e r t i m i d e m e n t : « E t mon\npère ? »\n    Blank répliqua aussitôt avec un rire malicieux : « J'ai prévu le\ncoup, vois cette lettre! »\n    — Oui, continua-t-il, j'ai écrit à Prévost et lui ai exposé mes\ndroits, mes droits de courtage! E t puis il est mon cadet; il a,\nlui, le temps d'attendre; ce sera pour la prochaine fois. Enfin,\nl'essentiel, c'est qu'il consente; il grogne un peu, n'est-ce pas,\nAlbert, mais il consent.\n    — E n effet, répondit Albert, en t e n d a n t la lettre à Gisèle.\n    — Mais mon oncle P o m m é , insinua celle-ci à son tour, sans\ngrande conviction, que va-t-il dire, mon oncle P o m m é ?\n    L e juge se leva presque indigné.\n    — T o n oncle P o m m é ! Celui-là, je m'assieds dessus! Voyons,\nqu'a-t-il fait pour vous? Vit-il clair dans votre amour, comme\nmoi? Au lieu de favoriser votre union, il l'aurait encore retardée,\ns'il l'avait pu, le vieil égoïste! Gisèle était pour lui une si bonne\nménagère! Je répète que je m'assieds sur ce notaire. Vous per­\nmettez?\n    E t Blank se laissa retomber clans le fauteuil, avec une solen­\nnité pleine de drôlerie.\n    Albert serra avec effusion les mains du juge : « Vous êtes un\nm a n i a q u e peut-être, mon cher Blank, dit-il, mais de la bonne\nmanie, la manie du cœur. Vous serez le parrain de notre enfant;\nje souhaite qu'il vous ressemble! »\n    E t Gisèle, émue et câline, ajouta : «Venez m'embrasser, mon\n bon Blank. »\n    L e juge s'empressa vers elle : « Volontiers, s'exclama-t-il\njoyeusement, et deux baisers encore : l'un pour la m a m a n et\n l'autre pour le filleul. Merci ! merci ! »\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "                       LE CRIME DE LUXHOVEN                              115\n\n\n   Et, à la dérobée, le juge essuya une larme.\n   Albert détourna la conversation :\n   — A propos, Blank, dit-il, je voudrais connaître votre avis\nsur une proposition qui me fut transmise ce matin : la libéra­\ntion conditionnelle de Rik Cornelis.\n   — Rik Cornelis? interrogea le juge.\n   — Vous vous rappelez bien, cet individu qui faillit assommer\nson frère à coups de couvercle de poêle. C'était la veille de\nNoël : Réveillon rouge! disiez-vous. E t , le lendemain, ajouta\nAlbert, en regardant amoureusement sa femme, vous me fian­\nciez à Gisèle...\n   — Ah! voilà qui situe tout de suite mes souvenirs! Sinon, mon\npetit, il m'a passé dans la tête un si long cortège de binettes cri­\nminelles, fongibles et interchangeables! Mais m a i n t e n a n t j ' y\nsuis : le crime de Luxhoven, une tempête de jalousie sous un\ncrâne de p a y s a n ! Parfaitement. Alors, on veut relâcher cet\nindividu?\n   — Il est dans les conditions légales, répliqua Albert, ayant\nsubi les deux tiers de sa peine ; et, comme sa conduite en prison\nfut excellente, la commission administrative conclut à sa libé­\nration.\n   Le juge réfléchit un instant, alluma un cigare, et, arpentant à\ngrands pas la chambre, les mains sur le dos, il dit :\n   — Au risque, mon petit, de te paraître horriblement pédant\net, par surcroît, très vieux jeu, laisse-moi te dire que ce\nproblème de la libération conditionnelle se présente sous un\ndouble aspect : question de principe et question de fait.\n   — U n e conférence alors, une conférence j u r i d i q u e ? d e m a n d a\ngaminement Gisèle. Je me sauve!\n   Le juge la retint du geste : « Reste, ma petite Gisèle, le\ndébut sera un peu aride, mais la suite t'intéressera. Et peut-\nêtre que, pour la conclusion, ton sens de femme... »\n   — Hâtez-vous donc vers la conclusion.\n   — Question de principe! continua Blank. T o u t e s ces inno­\nvations pénales récentes ne m'agréent guère, et la libération\nconditionnelle est une de ces innovations. On est actuellement\nvis-à-vis des criminels d'une prévenance! Le jour viendra où l'on\nne pourra plus condamner un chenapan, sinon avec les regrets\net les excuses du tribunal. Diantre, q u a n d le juge inflige telle\npeine pour telle infraction, il sait ce qu'il fait; il a approprié le\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "116                           DURENDAL\n\n\nchâtiment à la faute. De quel droit vient-on alors rogner a d m i ­\nnistrativement sur cette peine judiciaire? C'est de l'imper­\ntinence! E t l'initiative des propositions de libération condi­\ntionnelle appartient à qui? A des bourgeois, la fameuse\ncommission de la prison! A des bourgeois sans responsabilité,\nà des bourgeois sensibles et si crédules. U n e larme de vieux\npère, une crise de nerfs de femme, des piailleries commandées\nd'enfants, et le bourgeois s'attendrit et opine pour la levée des\nverrous. Sans compter que la politique s'en mêle, la vilaine\npolitique qui chez nous corrode tout! Influences et intrigues!\nCe n'est pas le condamné repentant qu'on libère, mais l'électeur,\nou le fils de l'électeur, ou le frère de l'électeur, ou la femme de\nl'électeur. Étonnez-vous après cela que la criminalité augmente!\n   Blank jeta nerveusement dans le cendrier son cigare éteint.\n   — Pourtant, intervint Albert, il y a des cas spéciaux...\n   — Des cas, ajouta Gisèle, où la souffrance dépassa la faute.\n   — E v i d e m m e n t , répondit Blank, et c'est alors la question de\nfait. Mais cette question de fait, qu'on laisse donc au magistrat\nle soin de l'apprécier; seul il a les éléments qu'il faut : l'infor­\nmation et la compétence, le dossier de l'affaire et le résultat de\nl'observation du condamné. T a n d i s que ces messieurs de la\ncommission administrative — des bourgeois, vous dis-je! — ne\nse décident que sur des données tout au plus sommaires et\nhasardeuses, sur des impressions, quand ce n'est pas sur des\nrecommandations. Ainsi, dans l'espèce de ce Rik Cornelis\n— oh! je revois toute l'affaire en ce moment — j'oserais bien\nparier que, si l'on propose sa libération, c'est que la m a m a n\nCornelis est allée geindre chez chacun des membres de la\ncommission. Était-elle sournoise et rouée, cette vieille, rôdant\nautour de nous, avec son faux air de Mater dolorosa? E t\nmenteuse! D a n s l'interrogatoire elle m'a menti avec une\nsérénité et une continuité...\n   — C'est une mère, interrompit Gisèle. U n e mère a toujours\nle droit de mentir pour sauver son fils.\n   — T u as raison, consentit Blank radouci.\n   Il prit un nouveau cigare, et, après quelques instants de\nréflexion :\n   — Intéressant d'ailleurs, dit-il, le cas de ce Rik Cornelis. Il\ncogna sur son frère comme une brute, mais dans sa marche au\ncrime, il fut poussé par la main de la fatalité, la fatalité du\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "                     LE CRIME DE LUXHOVEN                       117\n\n\ntempérament. Il aimait sa femme — elle s'appelait Nelle —\nd'un amour de paysan violent et sauvage, où il y a autant\nd'orgueil que de sensualité. Seulement, à l'origine de cet\namour, il y avait une fêlure, la fêlure de la jalousie. Rik Cor­\nnelis dut conquérir de haute lutte Nelle sur son frère, et cette\nfêlure s'est graduellement agrandie par les circonstances et\nplus encore peut-être par les fantasmes d'une imagination\nombrageuse. L a casse était au bout, inévitable. Après cela, je\nne suis jamais parvenu à savoir j u s q u ' à quel point le geste\nhomicide de Rik Cornelis s'appuyait sur une certitude ou même\nsur un soupçon motivé. Ai-je pourtant assez cuisiné cette Nelle,\ncette Nelle aux grands yeux noirs : fut-elle infidèle ou seulement\ncoquette? Il est bien possible que dans son aventure il y ait eu\nun peu des deux à lafois, mais clans quelle proportion? Mystère!\nJ'eus beau l'encercler de mes questions; elle me glissait adroi­\ntement entre les doigts : une anguille ! Quoi qu'il en soit, voilà\ndes vies gâchées! Que Rik Cornelis retourne demain près de\nNelle, je m'imagine mal que ces deux êtres puissent encore,\nl'un près de l'autre, se refaire un bonheur. E t vous, Gisèle?\n   — O h ! moi, répondit la jeune femme, j ' a i si peu d'idée à\ncet endroit, mais une intuition me dit qu'il doit y avoir\nlà cette chose affreuse qui' s'appelle l'irréparable : une statuette\nen poussière !\n   — D ' a u t a n t plus, remarqua Blank, que Kobe Cornelis, le\nfrère, est toujours là. U n libéré conditionnel de la mort, celui-\nlà! L e docteur Niel, après la bagarre, lui a retapé le crâne. E t\nle bellâtre malgré tout continuera à rôder, fantôme vivant de\nl'incident, autour de l'existence de Rik et de Nelle. T u as\nraison, Gisèle, et moi aussi : du bonheur gâché, une statuette\nen poussière!\n   — Pauvres gens, m u r m u r a Gisèle attendrie.\n   Le juge se leva brusquement : « Six heures, s'écria-t-il, je m e\nsauve. Quelques dossiers à potasser! »\n   Gisèle retint câlinement la main que lui avait tendue le\njuge:\n   — Vous déjeunez avec nous, demain? demanda-t-elle.\n   — Non, merci!\n   — Si! si, insista Gisèle : vous aurez des bécassines.\n   — Des bécassines et ton sourire, s'exclama Blank; m a d a m e ,\ncomptez sur moi.\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 847, "texte": "118                        DURENDAL\n\n\n\n   — Beaucoup de besogne, en ce moment? interrogea Albert,\nen reconduisant le juge.\n   — Criminalité modérée, répondit Blank, et combien quel­\nconque! U n e seule affaire délicate et intéressante; pour le\nreste, des loques, des rognes, des partitions à jouer à vue.\n   E t , au passage, le juge effleura de la main les touches\nd'ivoire du piano ouvert...\n   Du haut du balcon, Albert et Gisèle regardèrent s'éloigner\nBlank par la grande place déserte, baignée des lueurs mauves\ndu soir.\n   — Rude écorce, observa Albert.\n   — Cœur exquis! répliqua Gisèle.\n   U n silence fut entre eux, p e n d a n t lequel la même pensée\nleur vint : à présent le petit être qu'ils attendaient pouvait\nvenir; tout était prêt, même le p a r r a i n !\n\n\n                                     FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n  (A suivre.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-008", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 119, "page_fin": 121, "titre_corps": "Revue du mois : Les Conférences", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. 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Son nom n'est pas sur les lèvres de la foule, mais il est familier à ceux\n qui cherchent dans la poésie autre chose que du vain tapage, et dans la litté­\n rature autre chose que des mots creux. Nul n'est plus éloigné que lui de la\n banalité, de l'art facile, du succès vulgaire. Il lui suffit que les lettrés rendent\n à son talent délicat et fin l'hommage d'estime et de respect qu'il mérite.\n Excellent journaliste, sachant mêler la fantaisie à la profondeur, et le rêve à\n l'esprit, il est meilleur poète encore ; son sens parfait de la mesure, son rythme\n impeccable et musical, son noble souci de la perfection en font, après Fernand\n Séverin, l'écrivain le plus classique de chez nous. Ceux qui l'admirent, en\nattendant le livre qu'il leur doit, sont, hélas! forcés de rechercher, dans les\nnombreuses revues où il collabore, son œuvre, comparable à celle d'un\nSamain ou d'un Charles Guérin.\n    Qui pouvait mieux que lui parler de l'Idéalisme dans la poésie? Chacun\nle sentait dès le début de sa conférence, quand il définit l'Idéal, ou tâcha de le\ndéfinir; l'Idéal, cette expression supérieure de notre moi, cet au-delà de la\nvie, cet absolu qu'il est impossible d'atteindre ici-bas et dont la nostalgie est\nle fond de tout lyrisme. Tous les poètes sont donc idéalistes, conclut-il, mais à\ndes degrés très divers. Quel abîme par exemple entre un Hugo et un Lamar­\ntine! Et il se sert de ce double exemple pour préciser ce qu'il faut entendre par\nidéalisme.\n                                                  *\n                                               * *\n    Victor Hugo est comme Antée, il se renouvelle en touchant la terre, il\ndoit s'appuyer sur le sol, il est en contact permanent avec la réalité et même\nl'actualité. Son inspiration est purement extérieure. Le poète d'après lui est\nplacé au milieu du monde « comme un écho sonore » ; il doit se mêler à la\nvie, être entendu de la foule. Il s'adresse à elle comme le ferait un tribun,\navec souvent les mêmes moyens oratoires et vulgaires. Rien d'intérieur en\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3395, "texte": "120                                DURENDAL\n\n\nlui ni de voilé, ni de discret. Il croit trop à la fonction sociale du poète pour\nne point mépriser ceux qui s'enferment dans leur tour ou dans leur songe...\nLamartine fait avec lui un parfait contraste. Il est poète et purement poète,\njusque dans ses discours, jusque dans sa vie publique, jusque dans les contin­\ngences de la politique. 11 trouve l'Infini partout, ou plutôt l'apporte avec lui :\nc'est son atmosphère; la réalité ne l'occupe pas, la source de son enthou­\nsiasme est toute intérieure. Sa fonction unique et essentielle est de rêver...\n   L'idéalisme lamartinien connaît pourtant la nature. Mais il ne la connaît\nqu'embellie; il la transforme, la transfigure, la transpose; tout naturellement\nil y enlève des détails vulgaires, et il y ajoute de nobles détails; le poète ne la\nconsidère pas comme un sujet mais comme un symbole, il la regarde avec le\nregard intérieur; au delà de chaque chose sensible il devine le rêve, au delà de\ntoute chose finie il devine l'infini. C'est ce qui enveloppe toute son œuvre\nd'une élyséenne clarté, et d'un demi-jour pareil à celui des songes. A travers\nce voile, les figures n'ont plus rien de terrestre, elles sont fluides comme les\nOmbres heureuses d'Orphée; les femmes de Lamartine sont des anges, les\nformes qu'il évoque sont célestes, l'amour est pour lui un principe immatériel\net divin; comme Dante et Pétrarque, c'est avec une sorte d'extase religieuse\nqu'il évoque l'Elvire idéale qui mourut jeune, comme moururent jeunes la\n Béatrice et donna Laura.\n   Nos poètes idéalistes d'aujourd'hui se rattachent à lui : comme lui ils ne\nsavent que leur âme, comme lui ils dédaignent ou ignorent le réel, trans­\nposent l'amour dans une région suprême, et voient le monde sous l'aspect de\nl'éternité. La vie contemporaine les laisse indifférents, et la Réalité se venge\nde leurs dédains en les meurtrissant.\n                                          *\n                                        * *\n   Les poètes de chez nous, avant 1880, n'étaient point tels. Ils avaient une\nmuse citoyenne et chantaient tour à tour les vertus civiques et les événe­\nments du temps; ils ne songeaient point à s'isoler hors du siècle comme leurs\nneveux d'aujourd'hui. Seul, aujourd'hui, des poètes belges, Verhaeren parti­\ncipe à la vie du monde, les autres se sont refugiés dans leur rêve. Et\nM. Franz Ansel entre dans le vif de son sujet en évoquant leur figure, leur\nœuvre et leur pensée.\n   C'est Rodenbach : idéaliste sentimental, songeur pâle et mélancolique, il\ns'exila dans le décor de Bruges, il créa autour de lui une atmosphère de\ncharme et de blancheur. On ne lit plus assez le Règne du silence et la Jeu-\nnesse blanche, il est peu de livres qui aient une grâce aussi prenante, un aussi\npénétrant accent... C'est Kinon, Braun, Ramaekers : poètes catholiques, la\nnature pour eux surtout est un symbole, elle a un sens religieux et litur­\ngique; le décor, chez eux, n'est pas essentiel, il n'est qu'un prétexte à l'évo­\ncation de l'infini; poètes sincères, profonds, originaux qui, s'il; n'étaient que\ncatholiques, seraient déjà poètes; la religion n'est-elle point une poésie?\nn'est-elle pas un appel vers l'au-delà? et l'inspiration chrétienne n'est-elle\npas le seul domaine encore inviolé du rêve? La science qui a tout disséqué,\ntout étudié, tout enlaidi, laissera toujours intacte cette région suprême.\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3031, "texte": "                                REVUE     DU   MOIS                              121\n\n\n\n   C'est Fernand Séverin : plus idéaliste encore que Lamartine, il ne voit la\nvie et la nature qu'en rêve. C'est un idéaliste pur, dépouillé de toute littérature\net de tout romantisme. Son œuvre est voilée d'une brume claire. Une ombre\ntransparente enveloppe les choses, elle palpite dans une atmosphère d'enchan­\ntement. Les paysages sont abstraits, généraux, sans détails particuliers, les\nformes sont fluides, les aveux sont discrets. Les pays même que le poète\nnomme — tels cette Ombrie qu'il aime tant — il ne les a vus d'abord qu'à\ntravers ses songes, ses livres, ses tableaux. Son vers s'est pétri de toute cette\nclarté molle, il a perdu toute arête vive, toute dureté, et sa musique n'est\ncomparable qu'à celle des Méditations ou de Bérénice.\n   C'est Charles van Lerberghe, visionnaire ingénu qui ne connut même\npoint la nature, et qui n'aima en fait de formes extérieures que les préraphaé­\nlites de Londres ou de Florence. Il vécut dans une sorte d'enfance, ne voyant\nque la candeur, la sérénité, la grâce du paradis terrestre qu'il rêva. C'est\nAlbert Mockel, idéaliste transcendental à la façon de Mallarmé, qui aima tant\nl'imprécis qu'aujourd'hui sa Chantefable un peu naïve fait plutôt sourire.\nC'est Albert Giraud qui, lui, voit le Réel mais pour le cingler de son mépris;\nAppolon, orgueilleux et fier « qui chaque jour écorche Marsyas en guise d'apé­\nritif », et dont M. Franz Ansel lit l'Epigraphe romantique, admirable poème\nvirgilien.\n    Il y a en Belgique, conclut le conférencier, une pléiade de poètes admi­\nrables, et le public n'a pas l'air de s'en douter; et il termina en louant les poètes,\nqui rêvent pour nous, qui nous rachètent des platitudes de la vie, qui dégagent\nce qu'il y a en nous d'immortel ; en louant la poésie idéaliste, dont on ne dira\npoint assez les bienfaits et qui est la revanche, mieux, la Rédemption de la\nRéalité.\n                                          * *\n   Entrecoupée de lectures, agrémentée de subites poussées d'ironie et d'ini­\nmitables « mots », parlée dans une langue admirable, ferme et sûre d'elle-\nmême, cette conférence a eu le plus vif succès. Au cours d'un discours pro­\nnoncé aux Amis de la littérature, en cette même salle de l'Hôtel de ville, il y\na trois ans, Emile Verhaeren parla un soir de Pierre-Paul Rubens, et chacun\nsentit la proche parenté qu'il y avait entre le poète et son héros. Ceux qui\nignorent les poèmes de M. Franz Ansel, en l'entendant louer avec une si\npénétrante compréhension Lamartine et Séverin, auront deviné qu'il était de\nla même famille. Si quelque autre conférencier avait dû traiter samedi soir\nle même sujet, il aurait certes parlé longuement du seul poète idéaliste\nque M. Franz Ansel, trop modeste, ne nomma point... mais nous y aurions\nperdu les belles paroles ferventes, spirituelles et hautes que lui seul pouvait\nnous dire.\n                                                                       P. N.\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-009", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 121, "page_fin": 123, "titre_corps": "Revue du mois : Les Concerts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Les Concerts   L'audition de la Neuvièm", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 146, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 3031, "fin_caractere_exclue": 3197, "texte": "Les Concerts\n  L'audition de la Neuvième, clôturant en apothéose le cycle Beethoven aux\nConcerts populaires, tiendra sa place parmi les plus complètes manifestations\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3190, "texte": "122                               DURENDAL\n\n\nmusicales de ces derniers temps. Si la pensée créatrice de Beethoven repré­\nsente probablement dans le domaine de l'art la plus haute puissance de l'Hu­\nmanité, la Neuvième constitue avec la Missa Solemnis le point culminant de\ncette création géniale, de cette ascension continue vers les cimes idéales dont\nchacune des Symphonies marque comme un degré éblouissant. Et c'est aussi\ndans la conduite de cette Neuvième que Lohse, mieux que partout ailleurs, a\ndonné la mesure de sa valeur comme chef, de son pouvoir de rayonnement\nsur les masses orchestrales et chorales.\n   Tout, en effet, se rencontrait en cette interprétation : enthousiasme brûlant\net communicatif, somptueuse magnificence sonore, sentiment juste et pro­\nfond de tout ce que l'œuvre incomparable renferme de poésie divine et d'aspi­\nrations vers l'Infini, tenue de rythme et de mouvement scrupuleusement\nadéquate à la lettre et à l'esprit du poème, équilibre puissant et vision gran­\ndiose de l'ensemble venant se joindre à la transparente pureté du détail, à une\nsouplesse de nuances particulièrement remarquable dans le gigantesque\nSckerzo.\n   L'Ouverture de Coriolan dont Lohse fit éloquemment ressortir l'héroïque\ngrandeur servait de pièce de début à ce concert où l'on applaudit aussi la voix\nsuperbe et l'interprétation dramatique de Mlle Friche dans la scène Ah perfido\ncomposée par Beethoven à l'âge de 26 ans.\n\n                                          *\n                                      *       *\n\n    M. Friedberg a renouvelé et confirmé aux concerts Ysaye l'impression d'art\npur éprouvée au cours des deux récitals qu'il donna l'an dernier à Bruxelles.\n Karl Friedberg n'est point un pianiste en quête des vains et relativement\nfaciles succès obtenus par la maîtrise de la technique et la virtuosité pour la\nvirtuosité.\n   Interprète dans toute la force du terme, il est bien moins soucieux de\nbriller lui-même que de faire jaillir la poésie des œuvres, et à cet égard, son\ninterprétation du Concerto de Schumann, l'une des plus parfaitement com-\npréhensives que nous ayions entendue depuis Pugno et Kleeberg, pourrait\nservir de modèle. Coloriste subtil et pénétrant, il en donne une version noble\nautant qu'expressive mais avant tout discrète, en absolue concordance avec\nl'essence même de cette œuvre, qui, à vrai dire, est moins un concerto qu'une\nsymphonie où le piano tenant sa place à côté des autres éléments de l'orchestre,\nremplit un rôle qui, pour être prépondérant, ne doit point cependant revêtir\nde caractère absorbant et exclusif. Après une Méditation de Strauss, Aux bords\nd'une source solitatre, toute en harmonies mystérieuses et en pianissimi\nimpalpables, le grand artiste a situé le Nocturne en la bémol de Chopin en une\natmosphère de rêve et de tendresse délicieusement caressante, puis il rythma\nmagnifiquement la Polonaise en fa dièze mineur du môme auteur, bien que\nnous eussions aimé plus d'ampleur héroïque dans l'exposé de la phrase princi­\npale, d'une si frémissante envolée.\n   M.Karl Panzner, chef d'orchestre des Festivals rhénans, possède un indé­\nniable prestige d'autorité, de calme, de science profonde. 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Sa voix souple, charmeuse, aux\ninflexions pénétrantes et suaves, est conduite avec une sûreté et un art sur­\nprenants. Elle fut acclamée avec enthousiasme dans une série de lieder de\nSchubert et de Brahms, dont elle traduisit éloquemment la poésie profonde, et\naussi dans la Rhapsodie de Brahms (op. 53) pour contralto, chœur d'hommes\net orchestre, une des pièces maîtresses du programme. Par l'élévation de la\npensée, la vigueur dramatique de l'accent, la couleur chaude et savoureuse\ndes harmonies, cette composition puissamment expressive qui débute,\nangoissée, dans une atmosphère tragiquement orageuse pour s'illuminer\nensuite de paix mélodieuse et extasiée, est assurément un des poèmes les plus\ninspirés du maître de Hambourg.\n   On entendit encore avec plaisir une gracieuse symphonie en ut majeur,\ncomposée vers l'an 1793, dans la manière naïve et pimpante de Haydn, et\nattribuée à Beethoven.\n    Enfin le Te Deum de Bruckner pour soli, chœurs, orchestre et orgue (Le\nquatuor solo confié à M1les Viceroy et Latinis, MM. Mertens et Morissen qui\ntous surmontèrent vaillamment les difficultés de leur tâche. )\n    Ce Te Deum est conçu dans un style plutôt extérieur et décoratif, mais\nl'œuvre s'affirme belle cependant, dans la première partie surtout, par sa\n forme altièrement solennelle, par l'ampleur de 1 édifice sonore et l'éclat superbe\n du lyrisme.\n                                                    G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-010", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 124, "page_fin": 127, "titre_corps": "Revue du mois : Les Expositions", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "R. G. 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Avouons que nous sommes\nfunèbres, dans nos fracs sombres, colletés et plastronnés de blanc! Au temps\noù Franz Hals peignait les officiers du corps des archers de Saint-Georges et\nde Saint-Adrien régnaient les soirées mates, les dentelles légères, les satins\nmiroitants; que de ressources évoquent ces choses et que de fantaisie!\n   De nos jours les deux couleurs les plus froides, les plus inexpressives\ncomposent l'harmonie de nos accoutrements de fête, le peintre n'a plus\ncomme dernière ressource, que nos figures. Et quelles figures? Voyez plutôt\ncelles de ces quarante artistes. Quatre ou cinq, sans plus, ont la tête de\nl'emploi, les autres sont des messieurs très gais, très « comme il faut », fumant\njoyeusement de courtes pipes anglaises ou de longs havanes, ils ont de la\ntenue, de la correction; tout cela fait un ensemble d'une pauvreté lamentable\npar ses lignes et par son coloris.\n   Si je me suis un peu attardé sur ce point c'est pour mieux féliciter\nM. Lambert d'avoir trouvé tant de ressources dans cette indigence, de nous\nl'avoir même fait oublier par le côté vivant de ses personnages. On ne peut\npas rire plus joyeusement que M. Orner Coppens, fumer avec plus de satis­\nfaction que M. Verhaeren.\n   Chaque chose est à sa place, l'air circule entre les convives, la même\nlumière les baigne, les conversations vont leur train, nul — hormis deux ou\ntrois personnes, au fond — ne songe à l'opérateur... et voilà, nous parait-il,\nde sérieuses qualités.\n   Il y en a d'autres. M. Lambert a pu donner libre cours à ses ardeurs de\npeintre, il a brossé cette énorme toile avec fougue, avec impétuosité, bien peu\nd'endroits sentent la lourdeur ou la fatigue; pour tout dire : c'est dessiné avec\nesprit et c'est peint aisément. Plusieurs tètes, m'a-t-on dit, ont été exécutées\nen moins d'une heure, c'est le procédé des grands maîtres.\n   Quant aux amateurs de « ressemblance » il seront satisfaits. Tous ceux qui\nles connaissaient ont admiré M. Richard, député permanent à l'air goguenard,\nM. Wolfers dont la pose à elle seule révèle l'homme « calé », M. Ciamberlani,\nM. Binard, M. Lynen très jovial.\n   Au centre du tableau la table chargée des reliefs du banquet nous présente\nquelques morceaux de choix : un melon, une bouteille d'eau de Vittel, des\nbouteilles de champagne, tout cela enlevé avec un brio déconcertant.\n   Après ces éloges je crois pouvoir faire un reproche à M. Lambert. Pourquoi\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3372, "texte": "                               REVUE     DU   MOIS                             125\n\n\n a-t-il éprouvé le besoin de détruire l'harmonie de son œuvre par tout l'éclat\n d'un arrière-plan de feuilles jaunes aveuglantes? C'est d'un vilain ton d'abord,\n et ensuite, cela n'est pas en place; au lieu de donner de l'air cela en prend !\n Tâchez, monsieur Lambert, d'atténuer ce tintamarre inutile, diminuez la\n violence de ces accents, tout le monde y gagnera, me semble-t-il, à commencer\n par ce dont nous nous occupons.\n    Plus loin, un autre artiste de talent exposait une bonne page vivante et\n lumineuse. C'est M. Oleffe avec un déjeuner à Auderghem, catalogué :\n « Printemps ». On reconnaît les « Oleffe » à grande distance : ce sont toujours\ndes déjeuners, en plein air, à Auderghem, c'est toujours très clair, très juste et\ngénéralement d'une tonalité agréable. De près, l'on éprouve quelques\nsurprises. Aucun personnage n'a les prunelles dans les orbites, leurs yeux sont\nfigurés par de petits pains à cacheter noirs posés dans la région des paupières,\nle plus souvent par-dessus, les mains ne sont pas toujours le prolongement des\n bras, le sol chavire en plusieurs places. Et malgré tout l'on s'arrête devant ces\ntoiles plus captivé par leurs grandes qualités que choqué par leurs défauts ;\ndans les murailles de nos « Salons » elles font de larges trouées d'air, de vie et\nde lumière.\n    L'on trouvera que ces trois mots me font passer sur bien des choses ! Ma\nfoi. oui. Je suis de ceux que des effets compliqués autant que faux, que des\nfinesses de détail où d'exécution ne jettent pas dans l'extase. Je me range à\nl'avis d'Arsène Alexandre écrivant quelque part :\n    « Il est naturel que ceux qui sont plus sensibles aux tours de force de la\nmain qu'aux œuvres de force de l'esprit soient déconcertés devant les grandes\nvisions tandis qu'ils sont charmés des habiletés même puériles, des correc­\ntions même ennuyeuses et froides. C'est pour la même raison que chez les\nartistes qui ont eu les visions les plus sublimes, se rencontrent des sortes\nde dédains que le plus médiocre des passants peut remarquer et triomphe de\nconstater. »\n   Rassurez-vous, je n'irai pas jusqu'à appeler « vision sublime » le grimaçant\net encombrant bébé qu'on pose tout nu sur la table, quand on déjeune à\nAuderghem. Moins encore, j'appellerais « vision sublime » l'idée de repré­\nsenter une chair d'enfant sur une nappe blanche dans les tons noirâtres de ce\ngosse déshabillé. Non ! monsieur Oleffe, du rose et du blanc, des tons de nacre\net des gris perle ne font pas du noir de suie! Ou bien votre gosse a couru\ndans un endroit malpropre avant de s'asseoir entre le sucrier et le pot au lait\nou bien... vous ne l'avez pas regardé.\n   Mais si je m'élève contre les bébés envahisseurs de tables, si je blâme votre\nfaçon de peindre les yeux à fleur de paupières, j'admire sans réserve votre\ngamine de l'avant-plan tournant vers nous, dans une attitude pleine d'aban­\ndon et de vérité, de vrais yeux, cette fois, faits selon les lois de la nature et de\nla beauté. Je goûte fort l'heureuse disposition de vos personnages et l'exquise\ntonalité de votre nappe émaillée de faïences ; c'est très gai tout cela et c'est\nbien du plein air.\n    Impossible d'en dire autant d'un Matin de lumière de M. Van Holder. La\npremière esquisse faite sur nature était sans doute meilleure. Ceci sent terri-\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": " I26                                DURENDAL\n\n\n  blement l'atelier et l'effort. Le Poème, qu'une dame en noir lit à deux autres\n femmes dans une chambre vide, pèche par le même défaut! C'est trop\n arrangé! trop apprêté! à cent lieues le modèle s'y devine. Et pourquoi peindre\n et repeindre ainsi en lourdes couches? Posez votre ton plus hardiment et puis\n n'y revenez plus. Cela devient si cotonneux; toutes ces molles surfaces sont\n ennuyeuses : vos dentelles, vos soies, vos velours ont la même épaisseur, ils\n reçoivent et renvoient la lumière dans les mêmes proportions. L'on voudrait\n réveiller ces trois femmes, secouer leurs robes, faire un courant d'air dans cette\n chambre; les pauvres créatures vont mourir comme elles sont là !\n    Que dire des paysages de M. de Saedeleer? C'est beau, il y a du style là\n dedans et un sens profond de l'harmonie, il y a même davantage : on est\n charmé par quelque chose de délicat et de sévère, touché par une note tendre\n et recueillie que ces aspects de neige, vus par un œil de primitif et traités\n dans le métier du XVe siècle, dégagent naturellement par le seul effet de leur\n belle venue. Mais que M. de Saedeleer renonce à peindre des blés jaunes sous\n un ciel bleu; c'est un conseil que je me permets de lui donner, l'engageant à\n s'en tenir aux neiges éternelles.\n    Je devrais encore parler de M. Artot, de M. Fabry, de M. Ciamberlani,\n mais je ne fus déjà que trop long et j'abrège.\n    M. Michel s'est lancé dans la grande miniature de deux mètres de haut;\n M. Verhaeren s'obstine à peindre en diagonale des symphonies de verts, de\n rouges et de bleus; M. Janssens reste fidèle aux intérieurs très époussetés, et\n M. Baes aux demoiselles veloutées qui ont les yeux humides; M. Binard nous\n'montre les combats du soleil et des nuages, le premier cherchant à percer les\n seconds sans y parvenir jamais; M. Langaskens compose de grandes allé­\n gories dites décoratives, où il entre des ciels rocailleux, des temples, des fleurs,\n des hommes, des femmes, beaucoup de bleu de Prusse et beaucoup d'effort, ii\n y a des quantités d'hercules là dedans (avec des mollets! !) qui soulèvent des\n poids épouvantables. Nous les laisserons à leur pénible besogne et arriverons\n bien vite à la sculpture.\n    Au premier rang nous placerons les petits bronzes de M. Rousseau, d'une\n si large conception malgré leur petit volume, d'une science si sûre, sans avi­\n dité et sans extravagance. Au fond de la salle un groupe important, la Matu-\n rité, attire l'œil. Belle tête de vieillard au centre couronnant un corps un peu\n mou et mal appuyé. Par derrière, quelques âges de la vie : une délicieuse\n enfant à genoux en figure le printemps, la fleur dont elle aspire l'odeur la grise\n de l'enivrant parfum de la jeunesse, c'est une nudité exquise, chaste comme\n un lis; à côté d'elle, debout, une jeune femme chargée de fruits lui sourit;\n sous le voile très léger qui la couvre, M. Rousseau aurait pu accentuer\n davantage les lignes du corps, l'équilibre des masses y eût gagné sans doute;\n des fiancés, à droite (la jeune fille est charmante), se font des confidences, et\n un homme nous tourne le dos. En somme, il y a de bons éléments dans cette\n œuvre imposante, mais il y manque un peu de cohésion.\n    Dans celle de M. d'Haveloose il en manque bien davantage, nous sommes\n ici en pleine insouciance, en pleine fantaisie. La danseuse qu'il exposait l'an\n dernier au Salon de printemps révélait une fière nature, elle se trouve escortée\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "                               REVUE     DU   MOIS                             127\n\n\nici de deux femmes balourdes et entourée de quelques études étalant sur des\nsocles une insuffisance criante. Vous arriviez, jeune homme, avec tant de pro­\nmesses, tâchez donc de ne pas les faire mentir, travaillez davantage, prenez de\nla peine, dirait le fabuliste, et il ajouterait : « Surveillez vos talents, car sans\nrègle et sans frein tôt ou tard on succombe. »\n   M. Wolfers a fait éclore, lui, des essaims de petites danseuses aux jambes\ntendues et un groupe figurant l'Eté; c'est de l'art joli et très élégant. Pourquoi\ncela s'appelle l'été plutôt qu'autre chose? Je n'en sais rien ; cela n'a d'ailleurs\naucune espèce d'importance.\n   Ce qui en a davantage, quand on veut produire « l'œuvre d'art », c'est\nd'avoir l'âme sensible, plus sensible au sens profond des choses qu'au détail\nde leurs formes, très attentive à y découvrir les manifestations si multiples et\nsi variées de la « vie » ; c'est là que les talents iront s'alimenter s'ils veulent\nposséder le secret de la jeunesse, de la croissance et de l'épanouissement, en\nmême temps que celui de nous toucher par ce qui nous intéresse et nous inté­\nressera toujours.\n                                           *\n                                          * *\n   Expositions Roidot et Ludwig au Cercle Artistique. —\nCeux qui aiment des tableaux « à regarder de près » feront bien de ne pas\nacheter d'oeuvres de M. Roidot. Ils n'en auraient pas pour leur argent. Ces\ntoiles, vues à petite distance, sont les plus vilaines macédoines de tons qui se\npuissent imaginer; leurs surfaces raboteuses, granuleuses, hérissées de rocailles,\nde croûtes et de pustules, plissées à certains endroits, polies à d'autres, leur\nlaisseront une très piètre impression. Le spectacle des verts acides, des rouges\nfarouches, des bleus outrageants, des jaunes criards luttants sur les cimaises\nleur donnera des vertiges ou leur fera pousser des soupirs sur le sort de la pein­\nture moderne.\n    Passons sur le métier de M. Roidot; il n'est pas recommandable, à coup\nsûr, ni agréable à l'œil; c'est laborieux et désordonné, sale et décousu ! Toute­\nfois, si nous prenons la peine de regarder cette boue à distance, elle va s'illu­\nminer; si nous clignons un peu les yeux, les tons s'harmonisent ; si nous nous\nlaissons imprégner par le sentiment dont ces œuvres sont nées, le soleil, l'air,\nla vie qu'elles renferment nous saisiront; tout sera baigné de clarté, les hori­\nzons fuiront, les plans s'espaceront. Que cela s'appelle Un soir à la Senne ou\n le Moulin de Volsem, mirant dans l'eau les bleus de son toit avec les roses de\n ses murailles, ce sont d'excellentes pages attestant des qualités précieuses servies\n par un œil artiste.\n    Mais que M. Roidot y prenne garde ! qu'il évite de donner trop d'accent aux\n effets délicats surpris à la douce lumière des heures matinales ou dans la mélan­\n colie des soirs, il deviendrait insupportable en perdant tout le charme de son\n talent.\n    A côté de ce plein air, les braves paysages de tout repos que fabrique\n M. Ludwig paraissent bien noirs et bien morts... et ils le sont. Les ciels ont\n la transparence du silex, les animaux la rigidité du bois, les terrains la solidité\n du coton ! Je m'étonne qu'il n'ait pas vendu davantage, ces tours de force\n plaisent toujours.                                                     R. G. G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-011", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 128, "page_fin": 128, "titre_corps": "Revue du mois : Le Théâtre du Parc", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. A.", "ancre_debut": "An Théâtre du Parc L'Aventurier Comédie d'ALFRED CAPUS", "ancre_fin": "Borgas, une débutante d'avenir. F. 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Reding à persister dans une voie où l'on peut trouver ensemble de l'hon­\nneur et du profit !\n   L'interprétation, l'excellent Krauss en tête, nous a permis d'apprécier\nMlle Borgas, une débutante d'avenir.                                 F. A.\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-012", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 128, "page_fin": 130, "titre_corps": "Revue du mois : Revue des revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "X.", "ancre_debut": "Revue des Revues   — L'Amitié de France publi", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 153, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 874, "fin_caractere_exclue": 2255, "texte": "Revue des Revues\n  — L'Amitié de France publie un article d'Emile Baumann à la louange de\n« La Maîtresse-servante » de Jérôme et Jean Tharaud. Cela paraîtra piquant\nà certains qui ont prétendu que les frères Tharaud avaient plagié dans ce\nroman : La Fosse aux Lions. Une très nette et très synthétique étude de\nM. Georges Dumesnil sur « les Réflexions sur la violence » de Georges Sorel.\n  — La Revue générale. Peu de pages littéraires dans le numéro de février.\nSauf un fragment de récit de voyage que M. Jules Leclercq n'a pas encore\nmis en sonnets.\n  — La Nouvelle Revue française donne trois poèmes nouveaux d'Emile\nVerhaeren. L'un est intitulé Le Lierre et contient ces admirables strophes :\n\n         D'après le sol changeant il ruse ou bien s'exalte;\n         Il se prouve, rapide ou lent, brusque ou sournois;\n         Son chemin tour à tour est sinueux ou droit :\n         Il connaît le détour, mais ignore la halte.\n\n         Et, dès le printemps clair, si quelque tronc ardent\n         Etage auprès de lui ses branches      graduées,\n         Vite il l'assaille et mord son écorce imbriquée\n         Avec l'acharnement     d'un million de dents.\n\n        Humble et caché jadis sous la terre âpre et nue\n        Son travail aujourd'hui se fait    dominateur,\n        Il s'adjuge l'élan, et bientôt la hauteur\n        De l'arbre qu'il étreint pour monter jusqu'aux  nues.\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "                             REVUE DU MOIS                                I2g\n\n\n         Il frémit de lumière et s'exalte de vent.\n         Sa force est devenue ardente et fraternelle,\n         Son feuillage léger comme un vêtement d'ailes\n         Le soulève, le porte et le pousse en avant.\n\n         Chaque rameau conquis lui est support et proie\n         Pourtant, ayant appris sous terre ù se dompter\n         Au point de ne lâcher jamais sa volonté,\n         Il est si sûr de lui qu'il domine sa joie.\n\n         Toujours il tord à point sa multiple   vigueur\n         Fibre après fibre, au creux des moindres fentes\n         Et n'écoute qu'au soir tombant les brises lentes\n         Chanter en lui et l'émouvoir de leurs    rumeurs.\n\n         Et quand toute son œuvre, un jour, sera parfaite\n         Et qu'il ne sera plus qu'un végétal brasier\n         Serrant en son feuillage un arbre tout entier\n         Immensément,    depuis les pieds jusqu'à la tête,\n\n         Il voudra plus encor, et ses plus fins réseaux\n         N'ayant plus de soutiens, s'élanceront quand même\n         Dieu sait dans quel élan de conquête        suprême\n         Vers le vide, et l'espace, et la clarté d'en haut...\n\n  — La Revue du temps présent. Un beau poème de Louis Mercier : Prière\naux Rois Mages.\n  — Le Mercure de France. L'œuvre de Léon Dierx, par M. Henri Dérieux.\nLes habituels amoralismes de la famille Gourmont.\n  — L'Occident (numéro de novembre 1910) contient un Diptyque d'Adrien\nMithouard, d'une admirable noblesse d'allure. J'en détache ces quelques vers :\n\n        Vous étiez aussi purs, motets dans les coupoles,\n        Lorsque sur les voix les voix prenaient leur vol,\n        Et que vibrait sous la voûte encor, la cadence finie,\n        L'écho mal aboli de vos    polyphonies,\n        Masses des chœurs, foules du clair Haendel,\n        Accords parfaits, puissants comme des citadelles,\n        Quand vous emplissez les théâtres     anglais\n        Lorsque la première fois sous l'archet    jubilait\n        La sonate du tendre et du divin César,\n        Ou que les cuivres rédempteurs, sur les démons épars\n        Secouaient de splendides    lambeaux,\n        Accents des premiers jours, vous étiez aussi beaux!\n\n  Dans le numéro de décembre, le début d'une nouvelle de M. F. Passelecq.\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": "130                            DURENDAL\n\n\n\n  — Toutes les revues ce mois-ci sont pleines de beaux vers. La Belgique\nartistique et littéraire elle-même nous offre un poème vibrant et paroxyste\nde Lucien Christophe, où tout à coup éclate cette strophe :\n\n        Fermons nos livres et ouvrons nos âmes :\n        Des tâches hantes nous réclament ;\n        Nous avons plus et mieux à faire\n        Qu'à nous complaire à des calculs\n        Et à déplacer des virgules\n        Dans les œuvres de nos confrères ;\n        O mes amis,\n        Nous avons mieux à nous offrir les uns aux     autres;\n        Voici le temps que nous avons assez dormi;\n        Chacun a dans ses yeux la flamme des apôtres,\n        Chacun a dans son cœur de sublimes     croyances\n        Et d'héroïques flamboyances !\n        Nous devons unir tout cela,\n        Nous devons fondre tout cela\n        Et réaliser nos promesses,\n        O nous qui sommes venus là\n        Pour chanter l'hymne ardent de lumière et de feu\n        Comme une foule au sacrifice de la messe,\n        Baissant les yeux et courbant les genoux.\n        S'en vient pour adorer son Dieu;\n        Nous qui levons nos yeux et nos âmes, ô nous\n        Qui nous donnons la main et formons une ronde,\n        Nous devons une fois encor\n        Tenter l'immense, l'héroïque et tendre effort,\n        De chasser l'abject et l'immonde,\n        L'immense effort — une fois de plus, une fois! —\n        De conquérir à notre foi\n        Le monde!\n\n   — Les Marches de l'Est. La fin des belles Heures bénédictines de\nM. Edouard Schneider.\n   — Le Double Bouquet. Le Mercure de France avait découvert dans l'avant-\ndernier numéro de cette charmante revue un très beau poème de M. Charles\nGrolleau. Quand il avait paru trois mois avant, dans Durendal, M. Charles-\nHenry Hirsch ne s'en était point aperçu. Dans le numéro du 15 février,\nM. Charles Grolleau donne encore une page de beaux vers catholiques : Aux\nPoètes. J'ai fait tant de citations dans cette Revue des Revues que je n'ose\nciter encore. Dans ce cahier où écrivent quelques purs poètes détonnent les\nbanales et malodorantes proses d'un certain M. Alaux. Qu'on l'y jette!\n\n                                                                       X.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-013", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 131, "page_fin": 135, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES      L e s P o è m e s . — M. Georges Mar", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 156, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "LES LIVRES\n\n\n   L e s P o è m e s . — M. Georges Marlow doit parler d a n s Durendal de\nM. Grégoire Le R o y . J'attends la fin des Géorgiques chrétiennes de F r a n c i s\nJammes pour donner sur cette œ u v r e capitale un article d'ensemble. Ayant\nécarté ainsi de la présente revue les deux poèmes principaux parus cet hiver\nen Belgique et en F r a n c e , il me reste à dire quelques mots des poetae minores\nqui ont c h a r m é ou encombré mes soirs d'hiver. Je veux citer d'abord le\nPèlerinage intérieur (1) de M. Gaston P u l i n g s . C'est u n e œuvre chrétienne,\ntrès fière et très haute, mais de forme un peu chaotique et écrite sans souci,\nsemble-t-il, de la perfection verbale. On peut attendre plus et mieux d'un\npoète qui va chercher son inspiration aux sources m ê m e s de la Beauté. Il y\na une fort belle page sans une tache. Elle est intitulée Ferveur :\n\n              ... Forêt de foi, cathédrale          gothique,\n          Aux credos absolus, à l'amour            élancé,\n          Vos vitraux    ont en eux le soleil        catholique\n                    De l'éternel  été...\n\n   Et voici un petit livre vibrant du m ê m e souffle. C'est Avec ferveur (2) que\nM. René G e r m a n e écrit ses pages poétiques : Poèmes en prose pour chanter les\nfêtes de la Nature, du Coeur et du Ciel, inscrit-il en sous-titre sur la couverture\nblanche de son recueil. J'aime la sincérité de ce nouveau venu d a n s nos\nlettres, et la grâce de ses songes. Certes il y a dans ce mince volume plus\nd'intentions que de réalisations, mais on y goûte avec u n e joie singulière des\nmorceaux, comme celui que le poète intitula Notre-Dame de la Forêt, et qui\nsont mieux que des promesses.\n   Il y a des choses tout à fait c h a r m a n t e s d a n s la Voix qui chante (3) de\nM. Jean de Macar. E t M. Maurice Gauchez en réunissant ses Images de Hol-\nlande (4) à celles de M. Alf. van B e u r d e n a fait u n volume aussi agréable\naux yeux que propice au rêve. L'art de M . M a u r i c e Gauchez est certes un\npeu facile, il a des rimes banales et des images u n peu usées, et q u a n d il\nvogue vers les îles, c'est d a n s u n b a t e a u qui a déjà fait souvent la traversée;\nmais il sait, d a n s la lumière exacte, d a n s l'atmosphère appropriée situer la\n\n\n  (1) Bruxelles, Dinkinson.\n  (2) Gaud, Vander Schelden.\n  (3) Association des écrivains belges.\n  (4) Bruxelles, Lamberty.\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "132                                 DURENDAL\n\n\n\nsilhouette des villes qu'il évoque ou la ligne des paysages qu'il peint. Lisons\nensemble si vous voulez cette Impression mosane :\n\n          Six longs et lourds chalands derrière un   remorqueur\n          Remontent vers Dordrecht le courant de l'eau grise\n          Avec au-dessus d'eux l'haleine du vapeur\n          Comme un panache sombre agité par la brise.\n\n          Le soir, dans un brouillard, s'élève peu à peu,\n          Et semble joindre ainsi les digues    parallèles\n          Qui, côtoyant la Meuse et la bordant de bleu,\n          S'étreignent prudemment     de leurs ombres      jumelles.\n\n          Et les bateaux s'en vont. Leurs noms, marqués          d'argent,\n          Naïfs et féminins à la mode    flamande,\n          Evoquent les amours de l'homme ou de l'enfant\n          Et rappellent ainsi les îles de Zélande...\n\n          Les cabines ont l'air de petites    maisons,\n          Avec à leurs carreaux l'écran de toile bleue,\n          Et sur leur toit, les fleurs en fleurs de la saison,\n          Comme on en voit chez nous aux jardins de banlieue.\n\n          Les bateliers assis, ménages au complet,\n          D'un pont à l'autre pont se parlent de voyage;\n          Le chien de chaque bord tend l'oreille et se tait,\n          Et parfois un enfant dit bonsoir au rivage.\n\n          Et toute la flottille entraine à l'horizon,\n          Patriarcale enfant, nomade et patiente,\n          Qui s'en va lentement vers le pays     wallon,\n          La Hollande paisible, agréable et pimpante...\n\n   On traite de « grand poète spiritualiste » M. Gustave Zidler dont un livre\nde poèmes Pour retrouver l'enfant (1) paraît dans la très estimable collection de\nla Revue des Poètes. C'est un père désolé qui pleure son enfant mort, et c'est\ndéchirant parce que la douleur chantée est profonde et vraie .. Mais il est\nsi difficile de dire le Fiat volunias tua sans évoquer les strophes immortelles\nde A Villequiers... Dans la même collection M. Gabriel Aubray publie les\nDernières veillées (2), poèmes posthumes d'Arsène Vermenouze, le chantre de\nMon Auvergne, et c'est une œuvre de piété comme les éloges que recevra ce\nlivre seront une œuvre de justice.\n   Nous devons lire sans trop sourire les vers de M. Gaston Robert qui jadis\n\n\n  (1) Paris, La revue des poètes.\n  (2) Ibid.\n"}, {"page_pdf": 158, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "                                     LES LIVRES                                   133\n\npublia chez Falk, sous le titre Nos sonneries, les élévations de son cœur de\nsous-officier bien p e n s a n t et qui aujourd'ui encore c h a q u e soir Après la\nretraite (1) note de très honorables strophes en m a r g e des rapports ou dans ses\ncarnets de théorie; il est « plein de sentiments de nos purs enthousiasmes\nmilitaires » et il espère « l'ère de prospérité que symboliseraient la Croix et\nle Drapeau ». T o u t cela est fort louable. C o m m e art, cela hésite entre\nM l l e Klise T i c h o n et M . F e r n a n d Bourlet. L e docteur Valenlin doit aimer\nce clairon belge du Christ. N o u s ne devons pas rire non plus de M l l e M a d e ­\nleine Grain qui d a n s son recueil Vers la Sincérité (2) n o u s confie ces choses\npeu compliquées.\n                             J'ai le long des           prairies\n                             Côtoyant        les    vallons\n                             Pris sur les fleurs fleuries\n                             De légers           papillons.\n\n                            Du champ de mes        pensées\n                            J'ai longé les  sillons,\n                            J'ai, sur leurs fleurs    pressées,\n                            Pris d'autres     papillons...\n\nmais nous ne devons pas n o n plus témoigner u n enthousiasme délirant.\n  Il y a de bons vers et d'autres moins b o n s d a n s les Heures mortes (3) de\nM. J e a n Bouscatel. J'apprécie fort peu ce quatrain qu'il eut fallu oublier\ndans l'album où M . J e a n Bouscatel l'improvisa.\n\n                   Nous aurons vu notre       chimère\n          Dans   un frêle miroir qu'un souffle a pu               ternir,\n                   Mais que de l'amour     éphémère\n          Naissent  l'affection et le beau   Souvenir.\n\n  Par contre j ' a i m e singulièrement, pour sa jeunesse allègre, u n petit morceau\nintitulé Soirs :\n\n                     Mais    il est des soirs où l'artiste    chante!\n\n   Si la revue des Marches de l'Est a p a t r o n n é la publication de la Paresse\nttoilée (4) de M . R e n é d'Alsace c'est pour la double raison que les vers en\nsont jolis et que M. R e n é d'Alsace a su trouver de belles strophes pour\nchanter les pays anexés. Voulez-vous savoir si le poète est supérieur au\npatriote ou le patriote a u poète, lisez le livre léger, j e u n e et fleuri de celui\nqui pendant trois ans rédigea L'Œillet rose... E t si M. Ad. van Bever préfaça\n\n\n  (1) Namur, Godenne.\n  (2) Paris, Sansot.\n  (3) Paris, Sansot.\n  (4) Paris, éditions des Marches de l'Est.\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "134                                  DURENDAL\n\n\n\nla Pluies au printemps (1) (le titre exquis!) de M. Albert-Jean c'est qu'il fut sans\ndoute pris au cœur, dès la première page de ce poème de la vingtième année\npar ces vers émus de la dédicace :\n\n         Ma mère, voici mon livre.\n         Je l'ai écrit avec mon cœur gonflé de toi\n         A en crier. Je l'ai écrit, moi qui n'ai pas la Foi,\n         Religieusement,    car je pensais à toi.\n         Je l'ai écrit dans la solitude et le deuil;\n         Je l'ai conçu parmi l'horreur de ton départ ;\n         Ces sanglots, je les ai râles sur ton cercueil;\n         Cette douceur, je l'ai trouvée dans un tiroir\n         De ton bureau, en déchirant de vieilles lettres.\n         O toi qui fus si doucement ma mère,\n\n         O toi qui sus te faire aimer comme une amie,\n         Voici mon livre... Comme jadis\n         Assieds-toi sous la lampe, croise les mains dans la            lumière\n         Et dis-moi, toujours aussi câlinement :\n         « Je suis prête, voilà... Lis tes vers, mon enfant. »\n\n   Le cœur avide d'Infini (2). Je signale pour finir ce beau livre, cet admirable\nlivre paru hier de M. Noël Nouët. Et je le signale très vite parce qu'il ne\nfaut point tarder à saluer des œuvres de cette altitude et très brièvement\nparce que j'en reparlerai le jour où j'étudierai dans son ensemble la renais­\nsance de la poésie spiritualiste. Quel abîme entre les poèmes sans Dieu et\nceux-ci où palpite un principe d'éternité. Et quel bond il faut faire pour, des\nprairies de Mlle Grain et des mélancolies de M. Bouscatel, atteindre les\ncimes où habite un poète chrétien. Qu'on en juge par ce simple petit poème\n\n          Non, je vous aime trop pour vous aimer ainsi :\n          J'ai soif d'affinités intégrales, et si\n          Nous ne partageons plus une même espérance,\n          Si vous ne pouvez plus me suivre où je m'élance,\n          Si vous ne pouvez pas mettre       l'éternité\n          Au-dessus des instants que Dieu nous a comptés,\n          Si vous avez assez d'une heure        passagère\n          Pour aimer, pour chanter, pour chercher la lumière,\n          Si vos baisers n'ont pas ce parfum        d'absolu\n           Que je guette partout, que j'ai toujours       voulu,\n           Dont mon coeur restera farouchement          avide,\n           Et si, quand nous marchons au fond des nefs splendides.\n\n\n  (1) Paris, Georges Crès.\n  (2) Paris, édition de la Revue du temps   prisent.\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "                                     LES LIVRES                                        135\n\n          Quand nous passons le soir à côté des         tombeaux,\n          Nous ne murmurons      pas les mêmes graves       mots\n          Et ne soupirons  pas d'émotions       semblables,\n          Enfin si ce malheur   est     irrémédiable,\n          Si l'amour ne peut faire un miracle en ce lieu\n          Au nom de cet amour lui-même,        adieu!    adieu!\n                                                                   PIERRE    NOTHOMB.\n\n\nL a m a r c h e m o n t a n t e d ' u n e g é n é r a t i o n , par JOSEPH AGEORGES.\n   — (Paris, Figuières.)\nC o n t e s d u m o u l i n b r û l é , par JOSEPH AGEORGES. — (Paris, Librairie\n    universelle.)\n   C'est un c h a r m a n t esprit que J o s e p h Ageorges, en même temps qu'il n o u s\ninstruit et nous divertit sur n la Marche m o n t a n t e d ' u n e génération (1) »\n(petit livre extrêmement curieux au point de vue de l'histoire des idées\ncatholiques, à P a r i s , p e n d a n t ces vingt dernières années) en m ê m e t e m p s ,\ndis-je, il nous envoie tout u n lot de contes de son b e a u pays de Berry. Q u a ­\nlités rares, ces pages gardent la véritable saveur du terroir, elles sont popu­\nlaires dans le meilleur sens du mot, et leur vertu artiste reste toujours\nsensible. M. Ageorges a b e a u c o u p d'esprit, sans trop le m o n t r e r ; la joyeuse\nleçon morale et le trait qui porte jaillissent de la situation m ê m e , l'auteur a\nl'air d'être seulement là aux aguets avec des oreilles et des yeux qui\nretiennent. Dieu sait pourtant s'il prête plus qu'il n ' e m p r u n t e ! E n ces temps\nlittéraires de régionalisme, de tradition, de folklore, — et en tout temps\nd'ailleurs — ces contes ne peuvent m a n q u e r d'être r e m a r q u é s . On aimera le\nstyle de M. Joseph Ageorges pour ce qu'il a d'enlevé sans effort, pour son\nentrain sincère et le son clair, bien français, qui m o n t e de toutes ces\njolies histoires.\n                                                                                 G. V.\n\n\n\n\n   (I) Voici quelques en-têtes de chapitres à seule fin de prouver l'intérêt « littéraire et\ncatholique » de cette contribution toujours actuelle : Esquisse de la Sorbonne en 1895;\nl'Affaire Dreyfus et l'Université; l'Institut catholique; la Jeunesse et Léon XIII; les\nNéo-chrétiens; le Si/Ion et M. Marc Sangnier; les Cahiers de la quinzaine et M. Charles\nPéguy; Maurice Barrés et les débuts du traditionnalisme; la Cocarde; L'Esprit pro­\ntestant contre l'Esprit catholique; la Croix; les Assomptionnistes et M. Etienne Lamy;\n\\'Action française...\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-014", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 136, "page_fin": 141, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES     Exposition           internatio", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 161, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "NOTULES\n\n   Exposition           internationale                 d'art religieux                    moderne,\nsous les auspices de la Société des beaux-arts (du 4 mai au 16 juin 1912 au Salon\nde printemps, Palais du Cinquantenaire [aile gauche], à Bruxelles).\n\n           R è g l e m e n t s p é c i a l de l ' E x p o s i t i o n d'art r e l i g i e u x\n\n   ARTICLE PREMIER. — U n e Exposition internationale d'art religieux moderne\nest ouverte, sous les auspices de la Société royale des beaux-arts, à tous les\nartistes belges ou étrangers.\n   L ' E x p o s i t i o n sera exclusivement réservée aux œuvres d'art religieux\nm o d e r n e . L e s œuvres seront de peinture, sculpture, architecture, des\ndessins, gravures, images, livres ornés, vitraux, mosaïques, mobilier et\nvêtement. L e s œuvres immobilisées et non exposables pourront être repré­\nsentées par des maquettes, esquisses, photographies ou reproductions.\nSeront considérées comme religieuses les œuvres qui s'accordent avec un culte\npublic et qui peuvent normalement trouver place ou emploi dans un lieu de\nprière au ses d é p e n d a n c e s . Seront tenues pour modernes les œuvres\nexécutées par un artiste vivant ou décédé il y a moins de vingt-cinq a n s , de\nquelque technique qu'elles soient ou se réclament, mais à l'exclusion de\ncelles qui présentent un caractère purement archéologique dénué de toute émotion\ncréatrice originale.\n   A R T . 2. — Cette Exposition sera installée, à l'occasion du Salon de p r i n ­\ntemps, dans une partie des locaux de l'aile gauche du Cinquantenaire,\nà Bruxelles. L'inauguration aura lieu vers le 4 mai et la clôture se fera vers\nle 16 juin. Le Comité se réserve le droit de fermer l'Exposition c h a q u e fois\nq u ' u n e circonstance exceptionnelle lui paraîtrait exiger cette mesure.\n L'entrée sera libre pour tous les visiteurs du Salon de p r i n t e m p s . L e s\n exposants recevront une carte d'entrée personnelle et p e r m a n e n t e .\n    A R T . 3. — L'Exposition est administrée par un comité de direction\n comprenant sept membres, dont trois délégués par la Société royale des beaux-\n arts : Dom Sébastien B r a u n O. S. B . , M. E d m o n d de B r u y n , M. Jean\n De Mot, Dom Bruno Destrée O. S. B . , M. H . Fierens-Gevaert, M. L. Gen­\n debien, M. Alfred Verhaeren.\n    Ce comité pourra déléguer des pouvoirs à un ou plusieurs représentants\n étrangers.\n    A R T . 4. — T o u s les artistes belges et étrangers sont invités à exposer leurs\n œuvres conformes au p r o g r a m m e , et celles-ci seront soumises à l'examen du\n comité qui décidera de leur accueil à la majorité des voix. Le comité aura la\n faculté d'inviter particulièrement certains artistes étrangers. L e comité se\n réserve de placer les œuvres comme il lui conviendra.\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "                                       NOTULES                                        137\n\n\n   A R T . 5. — Les œuvres devront parvenir à l'adresse de « M M . Mommen\net C ie , Exposition d'art religieux, Salon de p r i n t e m p s , Palais du C i n q u a n ­\ntenaire, Bruxelles » avant le 18 avril, et port p a y é . Les œuvres devront être\nsoigneusement fixées et emballées d a n s des caisses de bois fermées au moyen\nde vis; les œuvres sous vitres devront être protégées par des papiers collés.\nLes artistes sont priés d'encadrer convenablement les p e i n t u r e s , gravures et\ndessins, en évitant les passe-partout blancs, et de protéger par des vitres les\npastels, aquarelles, gravures, dessins et d o c u m e n t s .\n    Deux notices c o m p r e n a n t les d é n o m i n a t i o n s , dimensions et prix des\nœuvres envoyées, avec les n o m , p r é n o m s , lieu de naissance, nationalité et\nadresse des exposants, devront être dressées par les artistes. L ' u n e devra\nêtre envoyée avant le 3o mars, à M. L o u i s G e n d e b i e n , 55, rue Capouillet,\n Bruxelles, sans quoi l'œuvre ne pourrait figurer au catalogue; l'autre notice\n(étiquette) accompagnera l'envoi des œ u v r e s .\n    Aucune œuvre admise ne p o u r r a être retirée avant la clôture de l ' E x p o ­\n sition.\n    Les œuvres n o n admises devront être retirées les matins de jours\n ouvrables, de 9 heures à midi, p e n d a n t la durée de l'Exposition. Les œuvres\n exposées devront être retirées d a n s les huit j o u r s qui suivront la fermeture\n de l'Exposition. Des frais de magasinage seront réclamés des retardataires.\n   A R T . 6. — L e comité se chargera à ses frais d u déballage, du placement\net du réemballage des œ u v r e s . N é a n m o i n s les installations spéciales de\nvitrines, meubles et ensembles décoratifs seront aux frais et aux soins des\nexposants, moyennant l'agrément du c o m i t é .\n   A l'exception des personnes que leurs fonctions y appellent, nul ne peut\nêtre admis à visiter l'Exposition avant l'ouverture.\n   A R T . 7. — Le comité de l'Exposition n e r é p o n d en a u c u n e façon des\nrisques, n o t a m m e n t de perte, vol, bris, incendie, détérioration quelconque\natteignant les œuvres lui adressées, exposées ou n o n , avant, p e n d a n t ou\naprès, d a n s ou en d e h o r s de l'Exposition. Il décline toute responsabilité\npécuniaire quelle qu'elle soit. Il est loisible aux exposants de faire assurer\nleurs œuvres directement à leurs frais et hors l'intervention du comité.\n    A R T . 8. — Il sera perçu un droit de 10 p . c. sur le prix de vente des\n objets exposés vendus pendant ou à l'issue de l'Exposition, à l'intervention\n ou hors l'intervention de l'artiste. U n e œ u v r e signalée « à vendre » ne\n pourra être déclarée par le propriétaire \" pas à vendre » que m o y e n n a n t\n liquidation du dit droit.\n    A R T . 9. — U n catalogue général des œuvres exposées sera publié en\n langue française. Le comité décline toute responsabilité en ce qui concerne\n les erreurs ou omissions qui pourraient être c o m m i s e s .\n   ART. 10. — Aucune œ u v r e d'art, quelle qu'elle soit, figurant au Salon, ne\n pourra être dessinée, copiée, p h o t o g r a p h i é e ou reproduite sous une forme\n quelconque sans l'autorisation par écrit de l'exposant et du comité.\n    A R T . 11. — P a r le seul fait de l'envoi de leurs œuvres à l'Exposition, les\n artistes adhèrent sans réserves au présent règlement ainsi qu'aux dispo-\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3336, "texte": "138                               DURENDAL\n\n\nsitions et mesures d'ordre qui pourraient être prises par le comité ulté­\nrieurement.\n   Pour tous renseignements, les artistes sont priés de s'adresser à M. Louis\nGendebien, 55, rue Capouillet, Bruxelles, qui consent à se charger du\nsecrétariat.\n                                      *\n                                     * *\n\n   Nous trouvons dans la « Petite chronique des Arts et des Lettres » que\nM. Louis Dumont-Wilden donne chaque semaine à l'Eventail ces lignes\nimpartiales à propos de l'Exposition d'art religieux qui s'organise à Bruxelles\net dont s'occupent si activement plusieurs de nos collaborateurs. A rappro­\ncher cette page de celle que l'Occident consacrait récemment au Salon d'art\nchrétien du Pavillon de Marsan.\n   « Le clou du Salon de Printemps qu'on commence à préparer, ce sera cette\nannée la partie de l'exposition consacrée à l'art religieux, à l'art chrétien\nmoderne. Cette idée fut inspirée au Comité de la Société des Beaux-Arts qui\norganise les Salons de Printemps par le succès de l'Exposition d'art chrétien\nmoderne qui eut lieu ce dernier automne à Paris. Il fut très discuté. Mais\nc'est, après tout, le meilleur succès d'un Salon d'art moderne que d'être très\ndiscuté. Si, dans une certaine mesure, on peut faire un accord sur l'art d'au­\ntrefois, en fait d'art moderne il n'arrive jamais qu'on rencontre l'unanimité\nde l'admiration. Il fut très discuté et il réveilla notamment de vieilles disputes\nau sujet des possibilités d'un art chrétien au XXe siècle. On a dit, on a répété\nque les artistes d'aujourd'hui, n'ayant plus la foi, ne peuvent nous donner\nque des œuvres décolorées, des pastiches ou des images de dilettante. Et\nd'abord, est-il vrai que les artistes n'aient plus la foi? Parmi les artistes\ncomme parmi les autres hommes, il y a plusieurs partis, ceux qui croient et\nceux qui ne croient pas, ceux qui vivent sans souci de l'au-delà, ceux qui\ncherchent le Dieu inconnu, ceux qui suivent aveuglément les enseignements\nde leur enfance. Et pourquoi le catholicisme serait-il devenu impuissant à\ninspirer les arts plastiques, alors qu'en littérature, après Verlaine, Hello et\nHuysmans, il inspira Claudel, Mithouard, Francis Jammes; en musique,\nCésar Franck, Vincent d'Indy, Bordes. A propos de l'Exposition de Paris,\nM. Arsène Alexandre disait, il est vrai : « Les vierges des sept douleurs en\n» robes bleues et roses avec des rayures d'or, les enfants Jésus en cire, les\n» calvaires avec des Romains peinturlurés sont de très suffisants prétextes\n» pour ceux qui prient; ils choquent seulement ceux qui, comme nous, vont\n» dans les églises pour ne pas prier. » Affirmation toute gratuite. Le chrétien\nn'adore pas l'image, elle n'est pour lui qu'une suggestion, et s'il a du goût, la\nsuggestion sera d'autant plus forte que l'image sera plus belle. Il est vrai que\npour le chrétien, l'image sainte est respectable — si laide soit-elle — par le\nsujet qu'elle représente, mais cela posé, il garde toute liberté d'exercer son\nsens critique. D'autre part, il n'est pas exact de dire que, seules, les époques\nde foi unanime aient produit les merveilles de l'art chrétien. A côté des splen­\ndeurs de l'art dit gothique, l'art catholique desXVIeetXVIIesiècles garde toute\nsa valeur. Or, y eut-il une époque où l'opinion des hommes sur le Divin ait\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3297, "texte": "                                   NOTULES                                   139\n\n\nété plus variable et plus contradictoire que celle-là? N'est-ce pas de l'art\nreligieux, et du plus grand, que le Moïse et la Pieta de Michel-Ange? Est-ce\nune raison parce qu'on comprend la sculpture antique pour qu'on ne puisse\nplus trouver d'inspiration dans les Evangiles? C'est une idée fausse, scolaire\net pédante, que de vouloir exclure la Renaissance de l'art religieux. Sous la\nrigueur du dogme, les possibilités d'interprétations artistiques et sentimen­\ntales restent infinies, et le Bernin, à sa manière, est peut-être aussi catholique\nque Claus Sluter; Rubens est aussi catholique que Memling.\n   » Pourtant, qu'il y ait eu une décadence de l'art religieux au XIXe siècle,\nc'est incontestable. Pendant longtemps, les artistes véritables se sont désin­\ntéressés de cette source d'inspiration, et les catholiques ont semblé donner\nraison à M. Arsène Alexandre. Autant la statuette de Saint-Sulpice que le\nchef-d'œuvre de la sculpture. Mais depuis quelques années il y a incontesta­\nblement un effort de rénovation très intéressant. Avec son hiératisme un peu\nscolaire, l'école de Beuron a composé des ensembles décoratifs très remar­\nquables; puis, comment passer sous silence les efforts individuels d'un senti­\nment si pur et si élevé que l'on doit à des artistes comme Maurice Denis,\ncomme Desvallières et comme Forain ? Il y a dans les œuvres de ces maîtres\nune tentative extrêmement curieuse de faire passer dans l'art catholique nos\ninquiétudes, nos curiosités, nos hardiesses les plus modernes. Aussi, ne\npeut-on trop louer le Comité de la Société des Beaux-Arts de l'initiative\nqu'il a prise. Elle nous vaudra une exposition pleine d'intérêt et de nou­\nveauté. »\n                                       * *\n\n   L e s A m i s d e l a m é d a i l l e . — L'assemblée annuelle de la Section\nbelge de la Société hollandaise-belge des amis de la médaille a eu lieu le\n28 janvier au Palais des Académies. Fondée il y a onze ans la Société\ncompte aujourd'hui trois cent quinze membres et son action a été des plus\nefficaces et des plus heureuses.\n   Au cours de la réunion présidée par M. A. de Witte, qui s'est plu tout\nd'abord à faire ressortir le zèle de ses principaux collaborateurs, MM. E.\nDe Breyne, Laloire et Verhas, diverses questions importantes ont été traitées.\n   Et pour commencer, une bonne nouvelle. I1 y aura chaque année trois\nmédailles, dont une frappée en Hollande, et à l'assemblée générale des deux\nsections qui se tiendra à Bruxelles en mars 1915, un jeton de présence sera\ndistribué. Le sort décide que l'auteur de ce jeton sera M. Louis De Smeth.\n   M. Jules Fonson annonce ensuite que, pour enrichir la collection de\nmodèles de médailles de sa maison, il se propose d'ouvrir une série de con­\ncours entre artistes belges, qu'il demande à la Société d'organiser, le prix\npour chaque concours étant de 500 francs.\n   Cette proposition est acceptée sous la réserve que seuls les sculpteurs-\nmédailleurs faisant partie de la Société pourront y prendre part. Le jury\nsera composé de MM. A. de Witte, J. Fonson, E. De Breyne, G. Devreese,\nC. Samuel et C. Dupriez. Le thème du premier concours, qui prendra fin le\ni5 juillet, est l'Horticulture, ou plus spécialement, la Floriculture.\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3216, "texte": "140                                    DURENDAL\n\n\n    Enfin, M. Casier, directeur général de l'Exposition de G a n d de 1913,\na n n o n c e , aux applaudissements de tous, que la section des Beaux-Arts de\ncette exposition c o m p r e n d r a un salon international de la médaille, sem­\nblable à celui dont M. de W i t t e fut le promoteur et qui eut tant de succès à\nBruxelles il y a deux ans, et il d e m a n d e à M M . A. de W i t t e , V. T o u r n e u r et\nG. Brunin, membres de la Société, d'en p r e n d r e la direction.\n    De nombreuses médailles belges et étrangères présentées par M M . F o n ­\nson, De Breyne, de Witte et par M lle Lorrain ont ensuite circulé et, après\nque le Président eut a n n o n c é que les prochaines médailles frappées en\nBelgique auraient pour auteurs M l l e L o r r a i n et M M . De Keyser, Braecke et\nDe Bremaecker, le bureau de la section a été réélu par acclamations.\n\n                                                 *\n                                             *       *\n\n   Exécution de la Matthàus-Passion de J . - S . Bach, à\nA n v e r s . — D i m a n c h e 24 mars 1912, à 2 h. 1/2, aura lieu à Anvers,\nen la grande salle de la Société royale d ' H a r m o n i e (rue d'Arenberg), sous la\ndirection de M. L o d . O n t r o p , et par les soins de la Société des Concerts de\nMusique Sacrée, l'exécution de la M A T T H À U S - P A S S I O N p o u r soli,\ndouble chœur, chœur d'enfants, clavecin, orgue et orchestre de J O B . - S E B .\nBACH.\n   Vu l'intérêt q u e présente l'exécution de cette œ u v r e colossale et la g r a n d e\naffluence qu'elle fait prévoir, le Comité engage les amateurs à lui faire savoir\nle plus tôt possible le n o m b r e de places qu'ils désirent.\n   La vente de billets d'entrée au contrôle ne peut être garantie.\n   Prix des places : Place réservée (numérotée) 6 fr. — Première 4 fr. —\nSeconde (galeries bas-côtés) 3 fr. — Troisième (galeries-étage) 2 fr. ,\n   Samedi 23 mars, à 4 h. 1/2 : Répétition générale. — Billet d'entrée :\n2 francs.\n   S'adresser pour les renseignements à M. Boelaerts, n , Marché-Saint-\nJacques, à Anvers.\n                                             *\n\n   Il nous plaît d'épingler cet entrefilet de Paris-Journal :\n   M L'influence de Jean-Arthur Rimbaud. — Son beau-frère p o s t h u m e , P a t e r n e\nBerrichon, dans le Mercure de France, essaie de définir cette influence. Il est\nà remarquer que la plupart des admirateurs de R i m b a u d sont revenus ou se\nsont convertis à la foi catholique : Verlaine, G e r m a i n - N o u v e a u , H u y s m a n s ,\nPaul Claudel, F r a n c i s J a m m e s et bien d'autres, parmi lesquels M P a t e r n e\nBerrichon, ose à peine nommer Forain et P a u l Bourget. « N o u s savons,\n» en outre, ajoute-t-il, que Louis L e Cardonnel est le poète de la génération\n» symboliste q u i , le premier, lut les Illuminations, dans le manuscrit. »\n   » A ceux qu'une pareille influence surprendrait, lorsqu'il s'agit de l'auteur\nd'une Saison en Enfer, citons cette déclaration d'un « grand converti » :\n   « C'est à R i m b a u d , écrit P a u l Claudel, que je dois h u m a i n e m e n t mon\n» retour à la foi. Je pataugeais d a n s les marécages du rationalisme et je pen-\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "                                       NOTULES                                        141\n\n\n» sais que le m o n d e entier est aussi explicable qu'une machine à battre,\n» quand la petite livraison de la Vogue, du 6 mai 1886 (où parurent pour la\n» première fois les Illuminations), est venue briser les murs de la prison infecte\n» où j'étouffais et m ' a p p o r t e r la prodigieuse révélation du surnaturel partout\n» présent autour de n o u s . »\n                                              *\n                                          *       *\n\n  Accusé de réception :\n   A R T : Les Primitifs flamands, par FIERENS-GEVAERT, fasc. X I I , illustré\n(Bruxelles, V a n Oest). — L'Art chrétien. Livraison 13, 14, i 5 et 16. Album\nreligieux (idem). — Matériaux pour servir à l'histoire de la dentelle en Belgique,\npar E . VAN OVERLOOP, 2 e série, illustré, fasc. IV (idem).\n\n  H I S T O I R E : Voiture et l'hôtel de Rambouillet, par E M I L E MAGNE, 2 vol.\n(Paris, Mercure de F i a n c e ) . — L'infante Isabelle, par la comtesse DE VILLER­\nMONT, 2 vol. (Tamines, Duculot).\n   L I T T É R A T U R E : Louis Mercier, par ALBERT DE BERSAUCOURT (Paris,\nJouve). — Jean Chapelain, par GEORGES COLLAS (Paris, P e r r i n ) . — Nouvelles\nétudes sur Chateaubriand, par VICTOR GIRAUD ( P a r i s , Hachette). — Les criminels\npeints par eux-mêmes, p a r RAYMOND H E S S E (Paris, Grasset).\n  M U S I Q U E : Mozart, sa vie musicale et son œuvre, par E. DE WYZEWA et\nG. DE S A I N T - F O I X , 2 vol. ( P a r i s , P e r r i n ) .\n  P O É S I E : Grimaces et fantaisies,       p a r HERMAN    FRENAY-CID (Paris, L e\nBeffroi).\n   R O M A N S : La métairie de Los Ramadas, p a r la comtesse DE MASSACRI\n(Paris, Le T e m p s Présent). — Les Courtagré, p a r P I E R R E GOURDON ( P a r i s ,\nC a l m a n n - L é v y ) . — Les frontières du cœur, par VICTOR MARGUERITE (Paris,\nFasquelle). — La graine au vent, par JEAN NESMY ( P a r i s , Grasset). — Le\nrepentir, par CHARLES DE POMAIROLS ( P a r i s , P l o n ) . — Le tournant, par JACQUES\nMORIAN ( P a r i s , Grasset). — La neige sur les pas, par H E N R Y BORDEAUX ( P a r i s ,\nPlon).\n  V O Y A G E : Voyage à l'île de Majorque, par J U L E S LECLERCQ ( P a r i s , P l o n ) .\n— En planant à travers la France. Provence, par ANDRÉ HALLAYS, illustré ( P a r i s ,\nPerrin).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison02-015", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 142, "page_fin": 144, "titre_corps": "In Cauda…", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Le Petit Serpent", "ancre_debut": "la Cauda... L a Revue générale, notre respectable tante", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 167, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 4101, "texte": "la Cauda...\n\n    L a Revue générale, notre respectable tante,     elle vient d'envoyer un triple manifeste —\n fait de notre côté des travaux d'approche.          que le hasard vient de réunir en nos mains\n Elle a sollicité, raconte-t-on, tous et chacun      (si un Petit Serpent peut ainsi parler) — à\ndes collaborateurs de Durendal d'entrer              MM. les directeurs et professeurs — aux\ndans son propre comité. Nos collaborateurs          grands bourgeois — aux artistes. Nous\necclésiastiques vivement poussés par leurs          signalons ces factums aux marchands de\nsupérieurs ont répondu à ses avances. Tous          denrées coloniales et aux négociants en\nles laïcs ont refusé sauf M. Pierre Nothomb,        cuirs et peaux : ils renouvellent les mé­\ntoujours tourmenté par les ambitions les            thodes de réclame et rajeunissent la plati­\nplus hautes. On assure d'ailleurs qu'il est         tude des offres de services. Les trois\nenvoyé aux séances de comité de notre               circulaires ont des points communs : un\nantique consœur, à titre de détective.              parallèle de notre grande revue Nationale\n   On assure que par mesure de réciprocité          et de la Revue des Deux-Mondes, un éloge de\ndes démarches vont être faites par Durendal         M. Paul André et de M. Fernand Larcier\nprès de M. le chanoine de Dorlodot, près            (qui valent bien d'ailleurs M. Raymond\ndu baron de Borchgrave, envoyé extra­               Nyst) des barbarismes originaux, des solé­\nordinaire et ministre plénipotentiaire, et          cismes inédits, des Lapalissades ingé­\ndu R. P . Casteleyn, S. J., pour les prier de       nieuses, des calculs de mathématiques\nfaire partie de la rédaction de notre revue.        transcendantales :\nCelle-ci est en butte depuis quelques jours            « J'ai pensé, écrit M. Raymond Nyst,\naux sollicitations de M. Woeste qui, dit-on,        qu'un abonnement par école suffirait, les\nne sera pas, malgré tous ses efforts, compris       professeurs se passant la publication à tour\ndans la fournée.                                    de rôle. Chacun y aurait les mêmes droits,\n                          *                         car l'abonnement serait formé par la totalité\n                      *       K                     des cotisations. Le montant total étant de\n   Il vient de se produire dans la chrono­          12 francs la cotisation de chaque professeur\nlogie une révolution qui rappelle l'époque          là où il y en aurait douze, serait de 1 franc\nde Josué. Au numéro de décembre 1910 de             annuellement ! »\nl'Occident a succédé, après un mois d'inter­           Et s'adressant aux « grands bourgeois »,\nvalle, et le plus naturellement du monde,           il s'écrie :\nle numéro de janvier 1912.                             « Croyez-vous que sept millions de Belges\n                                                    n'auraient pas le pouvoir de retenir chez\n                      * '*                          eux leurs littérateurs si ces sept millions de\n  M. Franz Ansel a annexé Lamartine à la            Belges aimaient la lecture, aimaient d'avoir\nLittérature belge d'expression française.           des livres ? Avcz-vous calculé que si les\nM. Maurice des Ombiaux le revendique                sept millions de Belges que nous sommes\npour la Bourgogne.                                  dépensaient annuellement par tète, pour la\n                                                    littérature seulement, 50 centimes, la litté­\n                       *\n                                                    rature aurait un budget annuel de 3 mil­\n                      * *                           lions 500,000 francs ! Ce qui ferait pour nos\n   L a Belgique artistique et littéraire vient de   littérateurs, qui sont une centaine, environ\ndonner à ses consœurs un exemple à la               35,000 francs pour chacun (admirez cet\nfois de tenue et de beau style. Usant de la         Auvergnat !). Au lieu de ce chiffre, à l'heure\nplume prestigieuse de M. Raymond Nyst,\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4915, "texte": "                                          DURENDAL                                        143\n\nprésente, pas un de nos hommes de lettres,        plusieurs pages. Et, autant que possible,\nsans le secours du journalisme ou la              on cherche à citer, dans un compte rendu,\nressource d'une position à côté, qui prend        chacun des artistes qui ont participé à\nle meilleur des forces et du temps ne saurait     l'exposition Bonne ou mauvaise, toute\navoir femme et enfant ni même s'assurer le        oeuvre représente un effort et celui-ci a\nrepas quotidien. »                                droit à un examen attentif.\n   Si ce style est spécialement fignolé dans         » Nous savons que parler de tout le\nle but de donner une idée du talent léger         monde porte parfois préjudice aux maîtres ;\ndes écrivains qui opèrent à la Belgique           il est vrai, leur gloire ne peut être célébrée\nartistique, ce prospectus est parfaitement        chaque fois avec toute l'ampleur qu'elle\nadéquat à l'intention de son rédacteur. Ce        mériterait. L'on s'arrange, cependant, pour\npassage ne peut suffire pourtant à l'admi­        que chacun d'eux ait son tour. Il y a là une\nrateur attentif. Il faut qu'il souligne encore    convention tacite qu'il faut admettre... »\ndes trouvailles de ce genre :                        Et après quelques aphorismes élégants :\n   « ... Qu'on les considère au point de vue         « A Paris, une toile de peintre seulement\nnational ou comme des annexes du mouve­           bon atteint facilement 3,000 francs..\nment intellectuel de France, nos livres sont         » ... Certains artistes n'envoient jamais\ndes livres, nos revues sont des revues !          leurs œuvres dans le centre ..\n   » ... Le prix Nobel est remporté... à             » ... Les quotidiens ne veulent pas\nl'étranger. L'honneur est grand, mais la          entendre parler de réclame gratuite. Et ils\nleçon est amère. Elle devrait nous faire          ont bien raison... »\nréfléchir. N'est-ce pas une leçon que nous           M. Raymond Nyst proclame le désinté­\ntrace notre futur devoir ? Prix Nobel, c'est      ressement de la maison de commerce dont\nen France que tu es allé !                        il rédige le boniment :\n    » ... Que ce prix Nobel remporté à               « Quoiqu'on puisse dire, l'intérêt d'art\nl'étranger nous soit un coup de fouet             et l'intérêt d'argent ne font qu'un ! »\nenfin salutaire ! Nous ne manquions pas              Ces citations sont un peu longues, elles\nd'hommes pour lauréats, chez nous !               auraient pu l'être plus encore, et nos lec­\n    » ... Comme il serait beau de voir rivales     teurs ne s'en seraient pas plaint. Une telle\n la Belgique et la France ! Celle-là capable,     légèreté de touche, un style si pur, une si\nun jour, comme celle-ci, de consacrer une         noble conception de l'art, tant de délica­\ngloire. Athènes, dont le souvenir éclipse         tesse, de doigté, d'envol ne pouvaient\npar instants Paris, n'était guère plus grande      vraiment que leur plaire...\n en surface que Bruxelles !\n    » Que cet exemple plaisant nous encou­                             ***\n rage. Athènes se remuait, acclamait, se             On peut lire dans Paris-Journal :\n passionnait. Se remuer, acclamer, se pas­           « Le vers libre en Belgique.— On va jouer,\n sionner c'est tout ce qu'il faut. Le reste       en Belgique, Le Pain, de M. Henri Ghéon.\n alors vient seul. Pour 12 francs de capital      Cette tragédie populaire, qui ralliait na­\n annuel vous aurez reçu mensuellement au          guère encore les partisans du vers-libre,\n bout d'un an quatre tomes de 360 pages           deviendra, paraît-il, en Belgique, un ins­\n chacun. »                                        trument de propagande électorale .. Le\n    Ce qui est plus sublime et ce qui à défaut    Pain, qui n'a pas « démoli » l'alexandrin,\n même d'admiration forcerait au moins notre       portera le coup fatal au parti rouge... Les\n estime, c'est la manière dont MM. Paul           conservateurs vont le promener à travers\n André, Fernand Larcier et Raymond Nyst           la Flandre et la Wallonnie durant toute la\n comprennent la fière mission de la critique.     période des élections. Et M. Henri Ghéon\n S'adressant aux artistes, à qui d'ailleurs ils   s'en réjouit... »\n demandent un abonnement (qui leur per­              Et il y a des gens qui n'y pensaient pas...\n mettra de recevoir mensuellement au bout\n d'un an quatre tomes...), ils leur exposent                             *\n leurs nobles idées :                                Ceux qui n'ont point foi dans l'avenir du\n  » Nos artistes ont pu voir que la place         théâtre belge ont dû réfléchir en lisant dans\nn'est pas comptée (dans la revue) à la            l'Eventail l'articulet suivant :\ncritique ; de petits cercles y ont obtenu            « Le Théâtre Royal d'Anvers a donné,\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3170, "texte": "144                                     DURENDAL\n\n\nvendredi soir, la première d'un opéra en        obtint le premier prix mais que, vraiment,\ntrois actes, Le Semeur d'amour, paroles de      il fut impossible de la publier et de la faire\nM. Paul André, musique de M. Henry              représenter. Le sujet en était si... inquié­\nWeyts.                                          tant que le Soir prima mais n'imprima\n    » M. Paul André a placé dans les Arden-     point. C'était l'histoire d'une cocotte qui\nnes une action très dramatique. Une pau­        entrant dans le Paradis, par erreur, y fai­\nvre fille de village, Mélie, aime un beau       sait un certain scandale... Cette pièce était\ngarçon, le chanteur ambulant Florent.           signée d'un pseudonyme; celui-ci cache,\nFugitives amours, car le jeune homme a le       nous assure-t-on, la personnalité d'une\ncœur bien fragile. Il ne tarde pas à porter     jeune fille, Mlle Beauchamp.\nses hommages à une autre femme, une                Nous n'avons pu obtenir l'autorisation\nancienne amie, mariée maintenant à un           de publier dans Durendal cette spirituelle\nfermier brutal. Mélie a tout appris ; elle ne   comédie, mais notre Comité de rédaction\nsonge pas à se venger. Tout au contraire,       fait de pressantes démarches pour qu'ell»\nnous la voyons s'entremettre pour sauver        soit jouée prochainement à Patria.\nles deux amoureux que, sans elle, l'époux\ntrompé surprendrait. Mélie est la pauvre                            ***\nfille qu'on oublie aisément. Son sacrifice        PETITES    NOUVELLES     LITTÉRAIRES.        —\nne lui épargnera pas une nouvelle trahison,     M. Eugène Gilbert se promène sur la\net de cette trahison elle meurt.                corniche avec M. Paul Bourget. —\n   » M. Henry Weyts a brodé sur ce scéna­       M. Adolphe Hardy étudie la manière de\nrio, très dramatique par endroits, un tissu     préparer du beefsteack pour que cela res­\nde jolies mélodies. A la fin du spectacle, le   semble à des petits oiseaux. — M. Paul\nlibrettiste et le compositeur ont été appelés   André demande une conférence aux Amis\nsur la scène. On les a acclamés. »              de la littérature : M. Georges Rency, lui,\n   L'originalité du libretto est vraiment       réclame une place dans le jury du concours\nrenversante.                                    dramatique triennal. M. Bovy se présente\n                                                contre M. Rency ; M Wilmotte à l'Acadé­\n                    ***                         mie, se souvenant des coups de patte que\n                                                lui allongea M. Rency, fait passerM. Bovy.\n  Le scandale du Soir. Le Soir a organisé\n                                                M. Bovy est très content M. Rency ne l'est\nun concours dramatique où triompha notre\n                                                pas du tout — M. Jules Leclercq est\nspirituel ami M. F -Ch. Morisseaux avec\n                                                nommé majorke de la garde civique.\nune pièce de plusieurs kilomètres de long.\nOn raconte à mi-voix qu'une autre pièce                               L E P E T I T SERPENT.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 100, "texte": ""}, {"page_pdf": 101, "texte": ""}, {"page_pdf": 102, "texte": ""}, {"page_pdf": 103, "texte": ""}, {"page_pdf": 104, "texte": "CHARLES DE MONTALEMBERT\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": ""}, {"page_pdf": 106, "texte": "      Montalembert et l'Art chrétien(I\n\n          EMINENCE,           EXCELLENCE,\n\n                          MESDAMES, MESSIEURS,\n\n\n   Vous ne serez pas surpris que ma première parole, après le\ndiscours éloquent que vous avez entendu (2), soit un hommage\nà la Belgique fidèle, reconnaissante, qui honore les grands\nhommes qui l'ont servie, aux catholiques belges, fidèles, recon­\nnaissants, qui savent leur élever le tombeau glorieux qu'ils ont\nmérité.\n   Cette pensée s'augmente d'une grande reconnaissance en son­\ngeant à l'honneur que vous m'avez fait de m'inviter, moi,\nFrançais, à venir aujourd'hui m'unir à vous, catholiques belges,\npour honorer un grand Français.\n   Pour exprimer celte gratitude profonde, je ne pourrais mieux\nfaire que de rappeler ces paroles que prononça un jour Lacor­\ndaire, le grand ami du grand homme que nous fêtons : « L a\nBelgique, dit-il, nous l'aimons comme une sœur, née du même\npère et de la même mère, née du Christ et de la liberté. »\n   Je ne peux pas oublier non plus que vous avez invité en moi,\naujourd'hui, un membre de la C h a m b r e française, de ce Parle­\nment français que l'admirable parole de Montalembert aéclairé,\nenflammé, secoué quelquefois et illustré à travers tant d'années,\ndans ces discussions inoubliables pour la foi et pour la liberté,\nà la fin de l'une desquelles M. Guizot, qui ne se perdait pas en\nvains éloges, adressa à Montalembert ces simples mots : « Vous\nêtes l'éloquence m ê m e ! »\n\n\n   (1) Discours prononcé par H e n r y Cochin à la M a t i n é e M o n t a l e m b e r t organisée à\nl'occasion du centenaire du grand écrivain catholique, matinée honorée de la présence\ndu cardinal Mercier et du nonce du Pape.\n   (2) L'orateur iait allusion au magistral discours de Léon De Lantsheere qui caractérisa\nd'une façon admirable l'apostolat glorieux de Montalembert dans la société moderne.\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": " 82                           DURENDAL\n\n\n\n     Mais il y a autre chose encore, et qui me touche particulière­\n  ment. Vous avez voulu qu'en mon h u m b l e personne fussent\n  présents ici les amis de Montalembert. Je suis le fils d'un h o m m e\n qui l'a aimé bien complètement, bien parfaitement aussi, qui\n l'a suivi pas à pas, jour par jour, qui l'a honoré, aidé, servi,\n soutenu de son mieux. E n venant ici, je lisais hier des paroles\n de mon père, qui me paraissaient être comme une prophétie de\n cette belle fête. C'était en 1870, le I e r avril, au lendemain\n presque du jour où Montalembert venait de quitter cette t e r r e ;\n Augustin Cochin, à la fin d'un discours prononcé en son hon­\n neur, s'écriait : « Ma tendresse fidèle salue d'avance le jour où\n l'on rendra pleine justice à H e n r i Lacordaire et à Charles de\n Montalembert. Dans les régions pures où leurs vertus ont porté\n leurs âmes, ils peuvent attendre en paix le dernier jugement de\n Dieu et des hommes ! »\n    Il me semble vraiment qu'il est venu ici, en Belgique, ce jour\nde la justice, de l'honneur que prévoyait mon père. Il semble,\naprès avoir vu passer devant nos yeux le beau, noble, véridique\ntableau qui vient d'être tracé avec tant d'enthousiasme, en\nentendant les applaudissements sans fin de cette magnifique\nassemblée, il semble qu'un voile se lève. U n m o n u m e n t magni­\nfique apparaît, non pas un monument de pierre : un véritable\nmonument de vie. Montalembert est là, devant nous, tel qu'il\nfut, tel qu'il voulut être, conforme à son vrai idéal, à sa foi.\nNous le voyons avec le temps qui a passé, et la perspective his­\ntorique, dégagé de tout ce qui a pu, par les haines, les passions\nadverses, les injustices et les contradictions de la vie, voiler,\nfausser les pures lignes de cette grande figure. Nous le revoyons\nlui-même, dans son véritable lui-même, et si je me permettais\nd'emprunter un vers audacieux, mais véridique, à un de nos\nderniers romantiques, je dirais qu'il apparaît devant nous\n\n            Tel qu'en lui-même enfin, l'éternité le change!\n\n   On vous l'a montré et on vous le montrera grand citoyen,\ndéfendant le droit et la liberté, grand catholique, historien et\ndéfenseur de sa foi, défenseur de la vérité et de la liberté reli­\ngieuse. Il m'est très doux de pouvoir vous dire en quelques\nmots aussi, comment il aima, dans la religion catholique qui\nlui était chère, la beauté; comment il voulut faire connaître\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                       83\n\n\n l'art chrétien et le défendre aussi, s'en faire le champion. Cet\n aspect complétera l'image que nous devons nous faire de lui, et\n contribuera à nous faire mieux comprendre l'ensemble de sa\n figure. Car, partout et toujours, Montalembert fut un poète.\n Et, ici, ce qui va nous apparaître surtout, c'est le poète.\n    Son E m i n e n c e le cardinal Mercier, tout à l'heure, nous disait\n que la vie de Montalembert est un poème, et ce mot m'a frappé\n dans ses paroles, car il était bien conforme au résultat de mon\n étude et de ma méditation. Je voudrais donc seulement déve­\n lopper la pensée qu'il a si justement exprimée.\n    Combien n'y avait-il pas de poètes parmi les hommes de la\n génération qui vint au monde après la Révolution française !\n Nés et élevés dans les souvenirs récents de ces années poi­\n gnantes, si pleines, par moments, de grands espoirs et, le lende­\n main, de douleurs effroyables, il semble qu'alors tous les hommes\n de quelque hauteur d'âme, aient eu une sensibilité exquise et\n une imagination vibrante, pour ressentir et se représenter les\n douleurs et les joies, les événements de la vie de chaque jour,\n et ceux de la vie publique. Combien de poètes dans cette géné­\n ration, parmi ceux même qui n'ont jamais fait un vers! Com­\n bien de poètes lyriques — car ce sont des poètes lyriques — qui\n se suggèrent à eux-mêmes l'émotion de l'amour, de la haine,\n de la peur, de la volupté, du malheur et du bonheur idéal!\n    Montalembert est un de ces lyriques ; mais c'est un poète\nsacré. E t l'on peut dire, quand on considère d'ensemble toute\nsa vie, que c'est une suite d'admirables poèmes qui se succèdent\nles uns les autres et qui se mêlent les uns aux autres. A chacun\ndes moments de cette vie, chacune de ses éloquentes paroles est\nun chant de foi, de charité, d'espérance. Il est toujours mis en\nmouvement par une inspiration vibrante. C'est pour cela que\nson action est restée, et que partout où il a passé, il a laissé sa\ntrace. Son action pour la beauté religieuse, pour l'art chrétien\nest un de ses plus beaux poèmes, des plus purs et des plus par­\nfaits.\n    Comme les débuts mêmes en sont pathétiques, beaux et char­\nmants! On ne peut pas songer sans émotion à l'heure, au\njour, où l'amour de la beauté chrétienne, de l'art chrétien,\nentra dans ce cœur, et en prit définitivement possession; car\nelle y entra comme une lumière, comme une consolation,\ncomme un bienfait. C'était en 1832, à Rome, jour et heure\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": " 84                           DURENDAL\n\n\n\n  vraiment douloureux pour l'admirable jeune h o m m e . Il n'avait\n  pas beaucoup plus de 20 ans et déjà, dans cette tête et d a n s\n ce cœur féconds, s'étaient agités plus de pensée, plus de\n rêves généreux, plus d'ambitions humaines et surhumaines,\n qu'il ne s'en agite dans bien des têtes d'hommes publics, pen­\n dant le cours de très longues vies. E t , à ces rêves, à ces ambi­\n tions, succédait une douleur cruelle, affreuse, une déception\n absolue, la fin d'une entreprise adorée — bien pire encore — la\n perspective trop certaine de la séparation d'une amitié sublime\n et tendre, la révolte peut-être contre la foi de l'ami tendrement\n aimé.\n    C'était le moment, vous vous le rappelez, où Lacordaire,\n peut-être plus découragé que lui, venait de le quitter en lui\n adressant, dans une dernière lettre, ces mots, pathétiques et\n doux : « Notre ciel n'a plus d'azur, nos violettes sont fanées. »\n    E h bien! Dieu voulut qu'à cette heure-là vint luire tout jus­\n tement pour Montalembert la consolation d'un ciel immaculé,\n et fleurir pour lui des fleurs incomparables qu'il n'avait qu'à se\n baisser pour cueillir.\n    D'abord, il trouva l'amitié. E t quelle amitié! Il en est bien\n peu parmi vous, j ' e n suis sûr, qui n'aient pas présent à l'esprit\nce livre, un des plus délicieux livres du XIXe siècle, ce Récit d'une\nsœur, où M m e Craven a pieusement recueilli tant d'amour, de\nfoi, de poésie, un livre qui n'est pas le plus beau des romans,\nparce qu'il n'est pas un roman : il est la vérité m ê m e . Relisez\nce charmant récit; voyez passer ces êtres d'exception que la\nmain d'une sœur y fait revivre pour nous, dans les plus doux\ndes sentiments humains bénis de Dieu, pour les mener j u s q u ' à\nla douleur et la mort; vous saurez alors quel recours et quel\ncharme Montalembert trouva à cette heure de sa jeunesse pour\npanser les plaies de son cœur blessé.\n   Il se trouva accueilli en frère dans ce groupe exquis, e m b a u m é\ndes vertus et du charme d'Albert de la Ferronays et d'Alexan-\ndrine sa femme. Auprès d'eux, il y avait ce rare et précieux\nami, qui avait été le précepteur d'Albert, Rio, un des hommes\nque Montalembert a le plus tendrement aimé dans sa vie.\nFut-il le maître ou le disciple de Montalembert, ce Breton au\ncœur chaleureux, à l'esprit têtu pour le bien? Je ne sais p a s .\nMais je sais bien qu'il fut son compagnon inséparable dans la\nlutte pour la beauté de l'art chrétien. Rio veillait, travaillait,\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "               MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                      85\n\nsuivait Montalembert dans tous les combats, l'acclamait, redou­\n blait sa force, sa puissance et son ardeur.\n   Voilà donc Montalembert avec ses trois amis.\n   Voilà le refuge que le Ciel lui avait préparé à Rome. Mais\ndisons tout. Rome aussi était son soutien. Rome est une force\net une consolation. Rome aussi est une amie. Elle est la seule\nville au monde dont on parle presque comme d'une personne.\nGœthe disait : « On aime Rome comme une femme », et\nquelle femme? Pétrarque, au moyen âge, la considérait comme\n une vieille m è r e ; il la voyait antique, mais belle encore et\nadmirablement belle, superbe et adorable sous la couronne de\nses cheveux blancs. Il s'adressait à elle pour la supplier de\nrajeunir, pour lui demander la force, la vie, la consolation.\nToujours elle revit et elle redonne la vie. Toujours elle se dresse\ncomme la plus belle des figures, à travers l'histoire de l'huma­\nnité, illustrée par les gloires de l'antiquité latine, sur les ruines\nde laquelle s'élève, par la voix du Christ, la consolation, la\njoie, le bien infini de l'unité et de l'autorité.\n   C'est devant cette image de Rome catholique, de Rome pon­\ntificale que la Providence voulut qu'à cette heure-là, Monta­\nlembert se trouvât plein d'émotion, de foi et de désir du bien.\n    E t puis, il ne faut pas oublier encore un compagnon provi­\ndentiel de cette heure; c'est D a n t e . De ce jour jusqu'à la fin de\nsa vie, la Divine Comédie est sa lecture de tous les jours. Il y a\nun exemplaire du divin poème qui ne l'a jamais q u i t t é ; il l'a\nemporté avec lui dans tous ses voyages. « Ce volume, dit-il, a\nfait naufrage avec nous dans la Méditerranée! » E t cela lui\nparaissait comme un symbole. L a Divine Comédie lui ensei­\ngnait l'art, et l'art chrétien. Ce poème, qui est le plus beau\npoème du monde, ce poème tout entier fondé sur la foi catho­\nlique et la théologie catholique, développe en même temps\nl'idéal de beauté le plus complet et le plus noble qui ait jamais\nété conçu par l'homme.\n   L'amitié, Rome, Dante. Telles fuient ses maîtres d'esthé­\ntique catholique.\n   Et alors, en une pareille compagnie et une pareille inspira­\ntion, que furent ces charmantes promenades, ces délicieuses et\ninépuisables aventures d'Italie? T o u s ceux qui aiment les arts\net la beauté connaissent ces promenades, connaissent ces\naventures où, à chaque pas, le passé nous saisit, le présent\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "86                           DURENDAL\n\n\nnous ravit. Montalembert, dans la disposition où nous le\nsavons, voyait tous les trésors d'art catholique se développer\nà ses yeux dans une nature admirable. Il les illustrait par\nles mots merveilleux d'une poésie éternellement belle. Il y\na dans ses promenades italiennes de petites scènes que l'on ne\npeut pas oublier. Il y en a une, que Rio nous a racontée et à\nlaquelle il ne pouvait songer sans larmes dans les yeux. Les\namis allaient à pied de Rome à N a p l e s ; un soir, on s'arrêtait\nsur le penchant de l'Apennin du côté de Frosinone, à voir le\nsoleil se coucher derrière les montagnes roses. Qn s'était assis\ndans les broussailles et l'on contemplait en silence. Mais Mon­\ntalembert avait tiré de son havresac le petit volume, Rio\nrevoyait la scène dans son moindre détail, l'heure, le lieu, les\narbres au premier plan, la route poudreuse, une couleuvre qui\nla traversa r a m p a n t dans la poussière; il lui semblait voir\nencore la couleur du ciel.\n   Je n'ai pas vu la couleur de ce ciel; mais je connais les ciels\nd'Italie vers la fin de l'hiver, avec leurs bleus tendres et leurs\npetits nuages laiteux. Il me semble que j'aperçois bien celui-ci.\nJe suis sûr que sa couleur devait être, à peu près, ce que\nDante dans la Vita nova a nommé : « couleur d'amour ».\n    Devant cette nature, sous ce ciel, Montalembert, j e u n e ,\nbeau, mélancolique et recueilli, lisait Dante. Quel passage\navait-il choisi? L e passage inoubliable où il s'agit des cloches\ndu soir et de la tristesse des voyageurs. « Déjà, c'était l'heure\nqui tourne vers la terre les désirs des navigateurs et leur atten­\ndrit le cœur, le jour où ils ont dit à leurs doux amis, a d i e u ;\nc'était l'heure qui blesse d'amour le nouveau pèlerin, s'il\nentend au loin une cloche, qui semble pleurer le jour qui\nse meurt... »\n    Dante fut le maître et le compagnon de chaque jour dans ces\nvoyages où Montalembert poursuivait l'image de la beauté\nchrétienne. Les lectures de Dante se renouvelaient chaque\njour. Ses amis ne l'écoutaient pas tous dans le même sen­\ntiment. L a m e n n a i s préférait entendre les Cantiques de l'Enfer ;\n les plus terribles images étaient ce qui l'attirait le p l u s ; il se\n figurait D a n t e , comme dans la légende de Vérone sans doute,\n les cheveux roussis par le feu des cercles de douleur et la figure\n toute froncée de rides d'angoisse. Albert de la F e r r o n a y s pré­\n férait le poète du printemps et de la beauté; il suivait Mathilde\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                       87\n\n\n le long de la rivière parmi les fleurs, et surtout il voyait se pro­\n filer au loin, dans la forêt sacrée du P a r a d i s terrestre, l'image\n immatérielle de Béatrice.\n    Chacun y prenait ce qu'il voulait, chacun y trouvait sa p a r t ;\n mais tous s'en illuminaient et s'en consolaient; et cette con­\nsolation inonda de lumière l'âme de Montalembert.\n    Cependant les voyages italiens se continuaient; on allait à\n Orvieto, à Sienne, à Florence; on passait les Alpes et on\ngagnait l'Allemagne. On arrivait à Munich. C'est là, chacun le\nsait, que la rupture finale devait s'accomplir entre Montalem­\nbert et son ami rebelle. C'est là que sa soumission virile\net filiale à l'Eglise le laissa seul, et c'est là qu'il prononça ces\nadmirables paroles : Un chrétien a toujours son âme à sauver\net son prochain à servir. »\n    E t alors, pour sauver son â m e et pour servir son prochain, il\nva devant lui avec cette ardeur qui ne lui fit jamais défaut,\nil va à la découverte, pour connaître dans sa beauté cette\néglise catholique au service de laquelle il s'est voué depuis son\nenfance, pour la servir encore dans une œuvre d'amour et de\npropagande passionnée.\n    C'est alors que commencent ces grands voyages à travers\nl'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, l'Angleterre, la Russie,\nl'Autriche, la France, tout autour de l'Europe, ces voyages\nqu'il a continués tant qu'il a eu des forces, dans les intervalles\net les moments de liberté que lui laissa sa vie publique. Dans\nces voyages d'étude, de travail, de science accumulée, il\ns'efforça de connaître tous les hommes qui alors se consacraient\nà l'histoire du passé et à celle de l'art. T a n t ô t seul, tantôt avec\nRio ou Albert de la Ferronays, il alla chercher partout où ils\nétaient les maîtres nécessaires à son esprit. De là datent sur­\ntout ses conversations avec les érudits de l'Allemagne, Görres,\nBoisserée, et ses profondes études de la symbolique chrétienne.\n    Des voyages artistiques de Montalembert, tout le monde con­\nnaît l'épisode le plus délicieux; on vous le rappelait tout à\nl'heure. C'est l'arrivée à Marbourg, et la rencontre avec sainte\nElisabeth. Qui ne se rappelle le récit qu'en a laissé Monta­\nlembert : le soir dans une auberge, le petit almanach banal,\nle nom de la Sainte qui attire ses yeux. Son âme est orientée :\nune grande dame s'est présentée à lui, vierge exquise, épouse\ntendre, veuve pieuse et douce, une sainte de charité et de\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "88                          DURENDAL\n\n\nbonté. I1 va se consacrer à elle; raconter son histoire en un\nlivre admirable; elle va embaumer et ravir son cœur. Pour le\npoète chrétien s'est renouvelé le miracle des roses.\n    Il avait déjà commencé à écrire l'histoire pieuse q u a n d il\nretourna en Italie et qu'il retrouva, à Pise, Albert et Alexan­\ndrine, toujours pleins de foi et d'amour, plus rapprochés de la\nsombre destinée. Il les ravit par l'admirable découverte qu'il\nvient de faire. C'est encore ici une des belles scènes du poème\nde cette vie.\n    C'est à Pise que Montalembert lut à Albert et Alexandrine,\népoux chrétiens, le chapitre qui a pour titre : « Comment le\njeune duc Louis fut fidèle à la chère sainte Elisabeth et com­\nment il l'épousa; comment le duc Louis et Elisabeth vivaient\nensemble, devant Dieu, dans le Sacrement du mariage. »\n    Après Pise, Montalembert rentra en F r a n c e , toujours à la\nrecherche des m o n u m e n t s de la beauté chrétienne. C'est alors\nqu'il visita quelques-unes des solitudes de ces moines d'occi­\ndent dont il devait plus tard raconter les gloires, Solesmes\nsurtout et la G r a n d e - T r a p p e .\n    Désormais, sa récolte est faite d'impressions, d'images, de\nsouvenirs. Il sent, dans son cœur, bouillonner l'émotion intense\nde ce passé grandiose d'honneur, de foi, d'idéal, et un inépui­\nsable enthousiasme. Il en construit dans son imagination\nféconde d'admirables monuments où les noblesses du passé\ns'unissent aux désirs du présent; la beauté sociale de la religion\nqui illumina ses pères, et ravira ses descendants lui apparaît\ndans un rêve complet et sublime où se mêlent les grandeurs\ndu passé, du présent et de l'avenir.\n    Il a des phrases que l'on voudrait pouvoir graver sur la\npierre tant elles sont belles et significatives : « Les longs sou­\nvenirs font les grands peuples », et encore : « Il faut mettre\nnotre liberté renaissante sous la protection des anciens jours ».\n Il concevait dans la beauté de l'art chrétien, et sous les voûtes\ndes cathédrales l'alliance de toutes ces admirables institutions\nsociales du christianisme médiéval avec les libertés religieuses\n qu'il rêvait pour les temps nouveaux. T o u t cela, dans sa\npensée, se touchait, voisinait, se rencontrait dans un ensemble\n lumineux; toutes ses pensées étaient communes et il ne voyait\njamais dans aucune d'entre elles aucune contradiction, puis­\n qu'elles naissaient toutes du même idéal de liberté, de vérité\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "              MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                   89\n\n\net de beauté. Ainsi concevait son âme d'artiste et de poète;\nmais n'oublions jamais que c'était éminemment une âme de\ncroyant. A aucun moment, dans tout ce développement de\npensée ardente, n'est absente la pensée religieuse, n'est absent\nl'Evangile.\n   C'est ce qui fait qu'il trouve des joies infinies dans toutes\nces œuvres d'art religieux qui ne sont que des expressions\nréalisées de l'Evangile. Il a ces palpitations que tout artiste,\nque tout archéologue éprouve devant un monument, une sculp­\nture, une fresque, une église, quelque débris sublime d'un art\nexquis d'autrefois. Mais cette joie pour lui s'augmente de\ntoute la conception d'un idéal social et religieux. Il a de ces\ncris, q u a n d devant ses yeux se découvre quelque œuvre d'art\nchrétien : « Ah! c'est passer de l'exil à la patrie! »\n   Son cœur se fond en admiration, en joie, bien plus, en pro­\nfonde et religieuse dévotion. Entendez-le quand il s'agenouille\nsous une voûte sainte : « Mieux vaut une larme à l'abri de ces\nvieilles colonnes que toutes les joies et tous les triomphes. »\n   Il avait vraiment trouvé son refuge, il avait vraiment trouvé\ndans l'art chrétien un recours et une consolation qui ne devaient\njamais lui faire défaut, ni dans les douleurs de sa jeunesse, ni\ndans aucune des luttes ou des défaites de sa vie. Toujours il y\nest revenu; toujours le même attrait l'a ramené vers les\ngrandes expressions de la pensée religieuse, auxquelles il ne\nfaut pas oublier d'ajouter encore cet art, le plus religieux de\ntous les arts : la musique.\n   L a musique qu'il aima dès sa plus tendre jeunesse, c'est la\nvraie musique religieuse, la musique venue de l'âge des cathé­\ndrales, ces antiques prières déroulées depuis les siècles sous les\narceaux des voûtes bien-aimées. Il avait commencé tout jeune\nà l'aimer. Ce fut d'abord le soir dans la chapelle du château\nféodal de L a Roche-Guyon, chez ce saint cardinal de Rohan, qui\neut tant d'influence sur sa jeunesse. Quel délice! — « C'est,\nécrit-il à Cornudet, une musique céleste, une obscurité mysté­\n rieuse! »\n    Son âme y trouve déjà un charme infini. Plus tard, c'est\nà Solesmes; là le charme est complet; là se déploie tout entier\n le poème du culte catholique. L à , il a appris à connaître\nces mélodies charmantes et bienfaisantes, où nos pères du\n moyen âge savaient trouver tant de dévotion et de charme : Dul-\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "                                  DURENDAL\n\n\n\ncis cantilena, quae corda fidelium mitigat ac laetificat. « Ce chant\nsi doux qui apaise les cœurs des fidèles et qui les réjouit (1). »\n   Il aimait s'y laisser apaiser et s'en laisser réjouir! L a\nmusique achevait l'œuvre de joie que les autres arts chrétiens\navaient commencé en lui.\n   Joie, paix, douceur, jouissance d'âme, il ne faut pas croire\nq u ' u n homme comme Montalembert pût s'en tenir là. Il n'y\navait rien en lui de ce qu'on appelle un dilettante. Sa pensée\nne pouvait pas se contenter de se sentir bercée par un doux\nrêve mélancolique, et par cette s u b t i l e v o l u p t é q u e l'on a appelée\nla nostalgie du passé.\n   Cela ne pouvait pas suffire à Montalembert. A côté de son\ncœur de poète, je l'ai dit, il y avait son cœur de chrétien ; l'art\npour Jui c'était un témoignage de la foi. Or, la foi doit être pro­\nclamée et défendue. N'oublions pas qu'il y avait encore en lui\nle gentilhomme, il y avait le chevalier, il y avait le croisé! Il\nne lui suffisait pas d'aimer les choses et de s'y complaire, il eût\nfrémi d'horreur s'il eût entendu m u r m u r e r cette parole mélan­\ncolique et égoïste que l'on cite d'une d a m e de la m ê m e époque\nque la sienne : « Je n'aime pas l'espérance : elle nous prive du\nplaisir de la résignation. »\n   L a résignation, ce n'était pas l'affaire de Montalembert, mais\nl'espérance au contraire a rempli sa vie. Si p a r m i les grandes\nvertus de la religion du Christ, il en est une qu'il ait con­\nstamment tenue au premier plan, c'est assurément l'espérance.\nC'est avec l'espérance et pour l'espérance qu'il a toujours\nlutté.\n   L u t t e r fut sa vie. C o m m e il lutta dans l'arène politique, il\nvoulut lutter aussi pour l'art, pour la beauté chrétienne. Son\ncourage pour la lutte et la bénédiction du Ciel sur ses armes de\ncombat, il les trouva au cours même de ses pèlerinages d'art\net d'amour, dans ce séjour de paix où fleurissent les fleurs\nles plus exquises et les plus délicates de la piété m y s t i q u e , dans\nce lieu de doux mystère, d'ascétisme souriant, de délicieuse\naustérité, dans le cloître béni de Saint-Marc de Florence.\nMontalembert pleura de tendresse dans les cellules de F r a\nAngelico, se fondit de joie devant la grande Déposition de Croix\n\n\n  (1)   ORDERIC VITAL.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                 MONTALEMBERT        ET L'ART    CHRÉTIEN                   91\n\n\n\nde la Salle C a p i t u l a i r e ; et non seulement il contempla, non\nseulement il médita, mais devant cette a d m i r a b l e peinture qui\nest une vivante et parlante prédication, il se laissa entraîner\npar le maître peintre mystique, et il adressa à Dieu une\nprière.\n   Cette prière commence par ces mots : « Donnez-moi part,\nSeigneur, à cette componction i m m e n s e ! »\n   Il y eut part, comme il le méritait. E t avant de finir sa prière,\nil prit la confiance d'adresser à Dieu une d e m a n d e . Il hésita\nun peu lui-même sur la grâce qu'il allait d e m a n d e r à Dieu. Il\ndit : « Je devrais borner ma prière à une d e m a n d e de soumis­\nsion. » E t il la fit assurément cette d e m a n d e . Mais ce n'était\npas encore tout ce qu'il voulait d e m a n d e r . Au dernier mo­\nment, son âme de combattant lui inspire encore ce vœu\nsincère : « Oui, l'entraînement de l'amour, voilà ce que je\ndemande! »\n   Il le d e m a n d a et il l'obtint. L ' e n t r a î n e m e n t de l'amour le\nconduisit sur tous les champs de bataille. Il n'oublia jamais —\ncomme il nous l'a dit dans les Moines d'Occident — que ses\nancêtres ont tenu une épée, et si lui-même il tient une plume, il\nveut que cette plume soit une épée.\n   Son a m o u r pour l'art est une bataille aussi. Après la contem­\nplation, après la prière, il relève la tête; Il regarde à droite, il\nregarde à gauche. Il s'aperçoit que cet art tant aimé a ses contra­\ndicteurs, ses négateurs, ses ennemis. Il entreprend de le\ndéfendre.\n   A l'heure où nous sommes, la beauté des œuvres d'art du\n moyen âge, des églises catholiques, des peintures, des\n mosaïques, des statues, est chose si incontestée, qu'elle ne nous\n paraît pouvoir être niée que par u n e grossière ignorance. L e\n moindre objet qui reste de ces temps privilégiés est arrivé à se\n payer au prix de l'or, et c'est en vain souvent que la vieille\n Europe les dispute aux Amériques.\n    E n 1830, on n'en était pas là.\n    L'histoire des variations du goût artistique parmi les\n hommes est une chose bien étrange et des plus difficiles à\n comprendre. vSongeons bien à ceci : les deux derniers siècles\n de l'histoire de la monarchie française sont une époque — au\n point de vue des lettres, des arts — d'un goût exquis et raffiné,\n une des premières époques de notre histoire. E h b i e n ! les\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "92                           DURENDAL\n\n\nhommes de ces générations-là, les mêmes hommes qui ont\npoussé l'art d'écrire et l'art de bâtir, le goût en général, à une si\nrare perfection, avaient une haine profonde, un mépris absolu\net une complète inintelligence de l'art du moyen âge.\n   Si vous en voulez un témoignage d'autant plus probant qu'il\nest absolument banal, et n'a pu être préparé pour les besoins de\nla cause, ouvrez tout simplement un dictionnaire de l'époque\nde Louis XIV, Trévoux, si vous voulez. C'est un livre usuel et\nbien'connu. Vous trouverez au mot « gothique » une définition\nqui vous prouvera que ce mot, qui nous ouvre à nous unhorizon\nde beauté et de poésie, s'employait c o m m u n é m e n t pour dési­\ngner une chose grotesque, ridicule, surannée, une chose, pour\nme servir de l'expression de Molière, « qui pue étrangement son\nancienneté! »\n   L a tranquille affirmation du dictionnaire nous sera confirmée\npar le témoignage de tous les grands écrivains. Vous pouvez,\nhélas! consulter tour à tour Bossuet, L a Bruyère, Fénelon; —\npour Fénelon, il y a une nuance. — I1 n'ose pas dire qu'il aime\nl'art gothique, mais il hésite un peu, et je pense bien qu'à de\ncertains moments son âme mystique et délicate a senti flotter\nsur elle quelque émotion, le soir, sous les voûtes et à travers\nles colonnes de sa cathédrale de C a m b r a i . Il reconnaît quelque\nélégance dans les lignes, quelque mystère pieux dans la lumière\nvoilée, quelque majesté et quelque g r a n d e u r ; mais il s'excuse\npresque d'en avoir tant dit et il reconnaît bien vite que les\nrègles des Grecs et les canons de l'art sont contraires à ces lignes\net à ces formes. Il n'ose pas confesser son a d m i r a t i o n .\n   Molière, au contraire, crie sur les toits son horreur et sa\nhaine. L e railleur ne raille plus, l'homme d'esprit n'a plus\nd'esprit, lorsqu'il vitupère cette architecture grotesque d'autre­\nfois. C'est pour lui opposer les mérites parfaits de l'architecture\nde son temps. Dans la pièce où il fait l'éloge du Val-de-Grâce,\nrécemment bâti à Paris, il écrit, et ce n'est pas pour sa gloire,\ncette incroyable strophe où il flétrit :\n\n               ... le fade goût des ornements gothiques,\n          Ces monstres abhorrés des siècles ignorans\n          Que de la barbarie ont produit les torrens,\n          Quand leur cours inondant presque toute la terre,\n          Fit à la politesse une mortelle guerre,\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                 MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                           93\n\n\n           Et, de la grande Rome abattant les remparts,\n           Vint avec son empire étouffer les beaux-arts !\n\n   L e temps passe; le XVIIIe siècle persévère dans le m ê m e\ngoût ou les mêmes erreurs de goût que le XVIIe. Vers sa fin, il se\ngourme et se raidit encore dans le goût du Directoire, il aboutit\nà celui du premier E m p i r e ; c'est L o u i s David, ce sont les fais­\nceaux, les angles droits des colonnades; plus que j a m a i s la\ngrâce et l'envolée des cathédrales sont maudits et absolument\ncondamnés.\n   A travers ces deux siècles personne ne les comprenait-il? Per­\nsonne... ce serait trop dire.\n   Il y eut des archéologues au XVIIe et au XVIIIe siècles et au\ndébut du dix-neuvième. E u x seuls, par curiosité peut-être, y\ntrouvaient q u e l q u e intérêt. C'étaient les Peiresc, Gaignière,\nl'abbé Lebeuf, puis Seroux d'Agincourt, E m e r i c David.\n   C'étaient surtout les Bénédictins, ceux dont la patiente et\nméthodique recherche a créé notre histoire de F r a n c e et à qui\nnotre patrie devra toujours une immense reconnaissance, c'était\npar exemple Bernard de Montfaucon.\n   L'observation leur montrait q u ' u n e ligne ininterrompue\nd'œuvres d'art reliait le moyen âge aux t e m p s modernes. C a r\nenfin cette ligne n'avait été brisée que par la sévère rigueur du\nsiècle de Louis XIV. L a condamnation systématique de l'art\ndu moyen âge reposait sur des principes tout à fait factices.\nL a preuve c'est que le XVIe siècle n'avait pas connu pareilles\nrigueurs. On peut s'assurer q u ' u n architecte de la pure Renais­\nsance, tel que par exemple Androuet du Cerceau, savait encore\napprécier et ranger parmi les gloires de la France les vieilles\nbâtisses du t e m p s de saint L o u i s .\n   Au XVIIe siècle m ê m e , p a r m i ceux q u ' u n enseignement métho­\ndique n'avait pas pénétré des règles absolues (ou soi-disant\ntelles) de l'art gréco-romain, plus d'un se laissait aller à une\nadmiration naïve des œuvres d'art du passé.\n   A côté des archéologues, il y a les voyageurs. Récemment,\nj'avais dans les mains les souvenirs d'un diplomate de l'époque, le\nspirituel a b b é Rucellai. Il voit N o t r e - D a m e de Paris, et la grâce\nmajestueuse des tours lui paraît admirable, et le mystère des\nnefs digne de la prière. Mais il disait cela pour lui-même, dans\nses impressions de voyage; il ne l'eût pas dit i m p u n é m e n t tout\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "94                              DURENDAL\n\n\nhaut à la cour de Louis X I I I , où il allait en ambassade, sans que\nquelqu'un lui eût rétorqué le goût grec et le goût romain.\n   Ainsi donc furent les choses pendant deux longs siècles. On\navait mis une rature sur toute une immense période de l'art. On\navait pris pour bonne et assurée une absurde légende : en enva­\nhissant l'Empire romain, le roi des Ostrogoths, Théodoric, avait\nsubstitué à l'art romain une mode barbare, la mode « gothi­\nque ».\n   C'est cette légende que Molière a répétée dans les vers que j ' a i\ncités plus haut, n'ayant pas eu assez d'esprit pour en démêler\nl'absurdité.\n   Malgré les savants et leur science, malgré les émotions des\nsimples, cette légende resta inébranlée j u s q u ' à l'entrée du\nXIXe siècle.\n   Qui en a tout d'abord déclaré la fausseté? Qui a restauré le\ngoût de l'architecture gothique dans notre pays? Il faut bien\nrendre justice à cet h o m m e étonnant, que l'on rencontre par­\ntout au début de l'époque moderne, et qui a ouvert tant de\nfenêtres sur l'idéal. L e premier effort est dû à C h a t e a u b r i a n d .\n   Je ne pense pas qu'il ait très bien compris l'art du moyen\nâge. Il ne le connaissait pas assez. Mais il en a ressenti au\nmoins l'émotion littéraire, poétique. Il s'est plu aux lignes, aux\ncourbes des arceaux. Il a vu la lune à travers les ruines, il a\nrêvé sous le porche de ce qu'il nomme « les vieilles basiliques\nmoussues». Il s'est laissé attendrir par les images de la M a d o n e ,\npar le souvenir des antiques pèlerinages. Il y avait là toute\nune provision d'images, de métaphores, de symboles, d'im­\npressions que son œil de voyant ne pouvait négliger tout\nà fait.\n   Mais pour concevoir tout le bienfait du romantisme envers\nl'art du moyen âge, il faut aller un peu plus avant dans le\nsiècle. Victor H u g o mérite cet éloge, et cet hommage que Mon-\ntalembert lui a rendu. Victor Hugo est le premier champion de\nl'art des cathédrales contre le vandalisme destructeur. Il a rendu\nles plus grands services, parce que, le premier, il a poussé ce\ncri : « Guerre aux démolisseurs! » Il aurait voulu que tout F r a n ­\nçais ayant le goût de l'art et l'amour de l'ancienne France y mit\nla même passion que le vieux Romain dans sa haine de Car-\nthage. Caton disait à la fin de tous ses discours : « Hoc censeo :\net delenda est Carthago! — Je pense ceci, et j'ajoute qu'il faut\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "               MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                        95\n\ndémolir C a r t h a g e ! » Nous ne devrions pas, nous non plus, ter­\nminer aucun discours sans ajouter ces mots : « J e pense ceci, et\nj'ajoute qu'il ne faut pas démolir la vieille F r a n c e ! »\n   Quand Hugo parla ainsi, Montalembert l'acclama. Monta­\nlembert a écrit une de ses plus délicieuses pages sur ce roman\nsingulier de Notre-Dame de Paris, que Montalembert n'aimait\npas et ne pouvait pas aimer sans faire bien des réserves, mais\nqu'il aimait pourtant avec ardeur, qu'il faisait aimer à Rio et à\ntous ses a m i s ; u n roman, pensez-y, dont le personnage princi­\npal, le seul resté vivant jusqu'à nos jours, dont le véritable héros\nest une C a t h é d r a l e !\n   Mais Montalembert voyait dans la cathédrale bien autre chose\nque Victor H u g o ; pour le romancier, elle n'était qu'un élément\nlittéraire et d'imagination. C'était une figure du passé, avec le\ncharme des choses abolies.\n\n                    Arceaux tombés, voûtes brisées,\n                    Vestiges des âges passés!.\n\n   Montalembert y voyait l'expression de la vérité et de la vie.\nIl disait à H u g o : « L à où vous venez admirer et rêver, moi, je\nviens adorer et prier! »\n   Il peuplait les m o n u m e n t s , il y voyait vivre un peuple chré­\ntien ; comme un hagiographe du moyen âge, il concevait à côté\ndes matériaux de pierre insensible et de rude bois, les maté­\nriaux sensibles, la pierre vivante, le bois pensant et raison­\nnable, les pensées, les prières, les hommes, les femmes, les\nfidèles, les croyants.\n   Il voyait, il ne voulait voir dans les édifices que la glorifi­\ncation de la foi catholique, que la pensée de la beauté catho­\nlique, et c'est pour cela qu'en continuant jusqu'au bout la\ncampagne avec Victor H u g o , il se détachait de lui dès\nl'abord.\n   Cette campagne pour les édifices catholiques, dont je n'ai pas\nle temps de vous faire connaître tous les détails, fait honneur\nà Montalembert d'une singulière manière parce qu'elle nous\ndécouvre chez lui, à côté du poète, que jusqu'à présent je me\nsuis complu à vous montrer, un h o m m e absolument pratique,\ntenace, d'une volonté suivie, d'une activité infatigable et tout\nà fait efficace. On peut suivre tout le détail de cette action dans\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "96                                DURENDAL\n\n\n\nla correspondance récemment publiée (1) qu'il a entretenue avec\nl'excellent archéologue Didron.\n    Il ne se lasse pas d'aller poursuivre dans les commissions\ndes Chambres des collègues plus ou moins éclairés, mais qui\nne savent lui résister, d a n s leurs cabinets les ministres qu'il\npresse, qu'il supplie et qu'il m a u d i t derrière leur dos pour leur\nlenteur et leur médiocre amour de l'art. Il veut des subsides\npour la conservation des m o n u m e n t s . Il veut des encourage­\nments pour les archéologues, et même, — il ne faut rien négliger,\n— des décorations, car ce sont choses « si commodes en voyage » !\n    Il arrive à des résultats étonnants.\n    Il aide à fonder des revues, il préside des congrès. Il fait créer\nle Comité des monuments historiques. Et sans cesse il signale\ntelle destruction, telle restauration maladroite. Car, vous le\nsavez, il y a pour lui deux sortes de vandalisme : le vandalisme\ndestructeur et le vandalisme réparateur. Combien il avait raison!\n   Songeons-y avec reconnaissance : on ne peut dire combien\nd'admirables m o n u m e n t s , qui font aujourd'hui notre joie,\ndoivent leur conservation à son zèle et à son action inlassable.\nNous lui devons combien de joies et combien d'émotions!\n   On devine avec quelle passion il poursuivit cette guerre —\navec plus que de la passion — du «fanatisme » ; c'est la seule fois\nqu'il emploie, en l'appliquant à lui-même, ce mot terrible. Q u a n d\nil lutte pour l'art, il n'épargne personne. Il aimait à citer le mot\nde Didron : « E n archéologie, je ne connais ni père ni m è r e ! »\nA chaque pas, il heurte le vandalisme, et à chaque pas sa colère\nredouble. L e Badigeonnage le met en fureur. Il le retrouve en\nF r a n c e comme en Belgique. S'il y a une distinction, elle n'est\nà l'avantage d'aucun des deux p a y s . E n Belgique, le badigeon\nest « blanc » ; en F r a n c e , il est « beurre frais ».\n    Il rencontre aussi des peintures qu'on ne badigeonne pas,\nmais c'est bien pire! Il voit un chanoine, au Mans, qui lui\nexplique ses intentions devant des fresques du XVe siècle : « Je\nles ferai retoucher par quelques-unes de mes dévotes, parce que\nleur état actuel nuit à la propreté de l'église! »\n    Les erreurs qu'il constate dans la musique religieuse égalent\nen horreur les badigeons et les retouches : un jour, à Saint-\n Etienne-du-Mont de Paris, quelle n'est pas sa surprise de recon-\n\n (1) Revue Bleue, octobre 1911.\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "               MONTALEMBERT ET L'ART CHRÉTIEN                       97\n\n\nnaître, en guise de mélodie pieuse, un refrain qu'il a entendu\nquelques fois au coin des rues :\n                      Mes amis, quand je bois,\n                      Je suis plus heureux qu'un roi !\n   Que de profanations, que de ruines, que de pertes irrépa­\nrables pour l'art et pour la foi ! Les protestations de Montalem­\nbert gagnent chaque jour en violence. Ah ! non, ce n'était pas la\nrésignation qu'il avait jadis implorée dans la chapelle de F r a\nAngelico.\n   Il avait des amis aussi ardents que lui, et leurs discussions\nn'étaient pas toujours pacifiques. Il ne nous cache pas qu'un\njour, étant à table avec des contradicteurs, il a vu le moment\noù on allait se lancer les assiettes à la tète.\n   C'est que son imagination exclusive de poète ne pouvait con­\ncevoir la beauté qu'il aimait, sans m a u d i r e toute autre. Sa ran­\ncune contre les h o m m e s au goût étroit qui avaient longtemps\nprosctit son art bien-aimé, le portait à m a u d i r e complètement\nà son tour l'art qui leur avait été cher. Il est admirable et par­\nfois plaisant dans ses malédictions. A Rome, en 1832, l'amour\nd'Overbeek l'animait de haine contre nos peintres de la Villa\nMédicis, et il les traitait sans plus d'affreux barbouilleurs. Il ne\nvoyait rien qui fût digne de sa pitié dans tout l'art du temps\nde Louis XV et de L o u i s XVI et passait condamnation sur le\ntout par ce mot définitif : « Mais laissez donc le XVIIIe siècle\npourrir en p a i x ! »\n   Sa passion était toute sa force. Il était, et il fut toute sa\nvie, a d m i r a b l e m e n t jeune» Sainte-Beuve qui ne l'aimait pas,\nmais qui l'admirait cependant, dit de lui vers 1850 : « Sa\nlongue jeunesse à laquelle nous sommes accoutumés. » Oui,\nil fallait s'y accoutumer. Car elle ne finit jamais. Toujours\nardent, convaincu, sincère, avec un courage qui ne se ralentit\njamais, il donna des coups et ne craignit pas d'en recevoir lui-\nmême. T e l nous le voyons partout et même dans le royaume\npacifique de l'art.\n   M m e Swetchine en souriait, et l'en plaignait, et disait : « Mon\npauvre cher Saint Sébastien, c'est vous qui recevez tous les traits!»\n   Elle le comparaît à ce douloureux m a r t y r que l'art chrétien a\nsans cesse représenté sous la forme d'un jeune h o m m e admira­\nblement beau.\n                                       * *\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": " 98                              DURENDAL\n\n\n\n     Je crois pouvoir dire que cette jeunesse incomparable, il l'a\n  gardée jusqu'au dernier jour de sa vie, j u s q u ' à ses souffrances\n  finales, alors que ce n'étaient pas seulement les traits de la lutte\n  qui le frappaient dans son âme vaillante, mais quand son corps\n  même fut transpercé des traits de la douleur.\n     D e mes yeux (j'étais bien jeune, il était presque à la fin de sa\n vie, je le vois dans des souvenirs lointains, mais je le vois bien\n vivant), je le vois sur sa chaise longue, avec sa figure doulou­\n reuse, mais sa figure toujours incroyablement j e u n e .\n     J e le vois entouré des symboles et des souvenirs de sa vie,\n des portraits, des vues, des moulages d'objets d'art tant aimés.\n Autour de lui, le délicieux entourage de jeunesse de ses chères\n filles; pour le distraire, on lui faisait un peu de m u s i q u e . Quel­\n qu'un se mettait au piano, et un j o u r (il m'en souvient) un petit\n garçon ami prenait un petit violon. M o n t a l e m b e r t était jeune,\npuisqu'il aimait la jeunesse. Les enfants étaient auprès de lui\n les bienvenus. L ' â m e délicate du vicomte de Meaux, qui était\n devenu son gendre, n'en avait pas perdu la mémoire. Il rap­\n pelle dans ses souvenirs, en termes bien expressifs, « cette\n bienveillance attentive de Montalembert, cette sollicitude\n ardente et minutieuse qu'il avait pour la jeunesse. »\n    Je n'en ai pas perdu la mémoire non plus ; car — vous l'avoue-\nrai-je — le petit violon dont je vous ai parlé, c'était moi.\n    Je laisse sur ce souvenir qui m'émeut, cette trop rapide image,\nque j ' a i tâché d'évoquer devant vous; il me représente cette\ngrande âme sous une forme si simple, si pure, si éternellement\njeune, de cette beauté de jeunesse que le Christ de l'Evangile\nsouhaitait à tous semblable à celle des petits enfants, que je ne\nveux pas aller plus loin.\n    J e m'arrête à contempler cette âme pure comme celle d'un\nenfant; il me semble que nous la sentons flotter devant nous,\ncette âme dont M m e Swetchine disait encore : « Ame de cristal,\npresque de diamant. » Je l'aperçois sous les voûtes de ces cathé­\ndrales qu'il a tant aimées, qu'il a défendues, qu'il a gardées\npour nous. Levons les yeux, nous allons la voir planer, dans la\nlumière des verrières et des roses d'architecture, tout en haut,\nprès de ce point où les nervures des voûtes se réunissent devant\nle T r è s - H a u t , — a dit Montalembert — comme deux mains\nqui se joignent dans la prière.\n                                                    HENRY COCHIN.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                      Poèmes\n\n                La lumière dn corps\n                  « Lucerna corporis tui est oculus tuus : Vide ergo\n                ne lumen quod in te est tenebrae sint. »\n\nO mes r e g a r d s , la nuit étrange de Décembre\nQue vous scrutez à cette heure dans cette chambre\nE s t moins noire que vous et moins triste que vous.\nVous seriez, à scruter, plus obscurs qu'elle-même,\nO mes regards de nuit dans mon visage blême,\nE t qui troublez en moi l'enfant aux songes doux.\n\nO mes r e g a r d s , fixez cette nuit angoissée,\nMuette, et dans son grand mystère ramassée,\nE t puis pénétrez-vous dans la glace ardemment.\nSentez-vous bien dans vos ténèbres de démence\nL'immense obscurité de ma misère immense,\nLe péché qui frémit et le rêve qui ment?\n\nCe fut par vous qu'il vint, le maudit, dans mon être.\nQu'avez-vous regardé dont il fut t a n t le maître,\nQu'il fut maître de vous, ô mes r e g a r d s maudits?\nA h ! pour quelle détresse a t t i r a n t e et suprême\nA-t-il fait quelquefois de vous seuls des blasphèmes\nTels qu'aucun mot jamais ne les aurait traduits?\n\nO mes r e g a r d s , parfois j'envie, au bord des routes,\nL'aveugle à qui Dieu fit cette grâce entre toutes,\nD'un voile entre son rêve et vos réalités :\nP o u r vous chercheurs de forme humainement jolie,\nD'autres regards secrets sont en moi que j'oublie,\nD'autres regards ouverts aux divines clartés.\n\nO mes regards croyants, puissiez-vous être encore\nLe calme du couchant et l'amour de l'aurore\nDu cœur où Dieu versa ses pardons et son miel,\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "100                              DURENDAL\n\n\n      Ne plus avoir en vous jamais, à pareille heure,\n      L'angoisse du dégoût de soi-même, qui pleure\n      De ces larmes de boue et de sang et de fiel,\n\n      Et porter, toute en vous, l'ample image d'un ciel !\n\n\n\n                           Si vous voulez\n                                                           Beati mundo corde.\n\n      E t qui me dit que je ne sois pas, divin Maître,\n      F a i t pour vous bien aimer, vous seul uniquement?\n      J e ne sais pas. J e cherche et me trompe peut-être\n      Sur votre appel en moi que mon désir attend.\n\n      Mais seulement serais-je digne, oh! le serais-je?\n      Vraiment je n'ose pas l'espérer, mon Seigneur.\n      Loin du monde, hors du monde, ô pureté de neige,\n      Lointain sommet, pourrai-je aller jusqu'à ton cœur?\n\n      J e me sens soutenu d'une grâce adorable,\n      Comme la main sur moi d'un rayonnement clair\n      Q,ui glisse enveloppant mes livres et ma table,\n      E t mon corps, et mon cœur, et mon front droit et fier.\n\n      N'est-ce pas votre main, ô Vierge, douce Mère,\n      O vivante entité du bonheur d'être pur.\n      N'est-ce pas votre main, ô bienfaitrice chère,\n      E t votre long regard comme un chemin d'azur?\n\n      O ne me quittez pas si c'est votre présence,\n      O ne me quittez plus avant que je sois fort,\n      F o r t tout à fait, fort jusqu'à cette confiance\n      Qui fait mourir l'image même de la mort.\n\n      E t plus tard, si vous le voulez, ô P r o t e c t r i c e ,\n      E t si votre Fils Dieu ne m'a pas oublié,\n      Lui pourrai-je, sans honte, offrir le sacrifice\n      Misérable et sans prix d'un cœur faible et souillé.\n\n\n                           A Saint Benoît\n      O saint Benoît, P è r e très grand auprès de Dieu,\n      O direct héritier de la p a r t la meilleure,\n      Maître de la prière et créateur du Vœu,\n      Vous serez avec moi lorsque viendra mon heure?\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                         POEMES                             101\n\n\n\nO lumineux génie en l'art pur d'adorer\nI n s p i r é des recueillements disciplinaires,\nA l'heure de ma mort vous me regarderez\nP o u r me donner le calme en l'ultime prière.\n\nVous dont les cris d'amour montèrent en splendeurs,\nAux regards éblouis de la foule penchée,\nT a p i s s a n t vers le ciel où sont toutes les fleurs\nLe chemin de votre âme ainsi qu'une jonchée,\n\nVous mettrez, à mon heure, en mes yeux apaisés,\nLa pure vision de vos vertus plénières,\nE t sur ma lèvre, où fut l'émoi des faux baisers,\nLe goût de votre espoir aux mots de vos prières.\n\n\n                                             FRANCIS CAILLARD.\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "                               Le Pain\n\n   Trois représentations de la tragédie populaire d'Henri Ghéon qui vient\nd'impressionner profondément le public du Théâtre des Arts, viennent d'être\ndonnées à Bruxelles.\n   Nous croyons intéresser ceux qui sont allés l'applaudir en reproduisant\nl'article que Jacques Copeau a publié dans le Théâtre sur cette œuvre\némouvante, ainsi que la fin du troisième acte, qui en fait bien voir le lyrisme\net l'éloquence.\n\n   Je suis heureux d'avoir à témoigner ici de ma sympathie, de mon admi­\nration et, je puis bien le dire, de mon amitié pour l'un des poètes les plus\nsincères, les plus éloquents d'aujourd'hui. Le nom de M. Henri Ghéon, que\nles belles représentations du Pain viennent de révéler au grand public, était\ndepuis longtemps connu des lettrés. Trois recueils de poèmes : Chansons\nd'Aube, La Solitude de l'Eté, Algérie; deux romans : Le Consolateur et\nLa Vieille Dame des Rues, attestent la diversité d'un esprit à la fois épris de\nlyrisme et curieux d'observation précise. M. Ghéon a collaboré à la Revue\nBleue, à la Revue Blanche, à Vers et Prose, à Antée, à l'Ermitage, au\nMercure de France. Il publie, depuis bientôt trois ans, dans la Nouvelle\nRevue française, qu'il a contribué à fonder, des études critiques clairvoyantes\net impétueuses, pleines de sagesse et de divination. Les plus importants de\nses articles, réunis en un volume qui a pour titre Nos Directions, paraissent\njustement en librairie.\n   Le Pain, que le Théâtre des Arts vient de représenter avec un succès\nauquel l'unanimité de la critique s'est associée, n'est pas le seul ouvrage\ndramatique de M. Henri Ghéon. Et il faut espérer qu'un directeur-artiste,\nM. Antoine par exemple, montera un jour L'Eau-de-vie, dont quelques très\nbeaux fragments nous sont déjà connus. Dans cette seconde « tragédie » le talent\nde l'auteur apparaîtra sans doute plus mûr, plus nourri de complexe vérité\nhumaine, plus équilibré peut-être. Mais nulle part mieux que dans Le Pain,\nqui fut écrit voici une dizaine d'années, n'éclateront les facultés natives de\nM. Henri Ghéon, ses dons originaux : cette fraîcheur de l'émotion, cette\nlimpidité de l'éloquence, cet élan de lyrisme, enfin cette abondance, cette\nplénitude musicale au milieu desquelles semble se jouer l'allégresse d'une\njeunesse inspirée.\n   Le Pain est un essai de « tragédie populaire ». Entendez par là : tentative\nd' « héroïsation lyrique » d'une action populaire et des personnages qu'elle\ncomporte.\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                    LE   PAIN                                  103\n\n\n    Dans un article récent, M. Henri Ghéon s'est expliqué sur sa conception\npersonnelle du « théâtre populaire n et sur 1' « attitude de grandeur » que\ndevra prendre ce théâtre s'il prétend s'imposer à tous. « Il faut la tragédie pour\nrestituer à notre scène sa force de domination, — écrivait-il; — elle y\nparviendra d'autant mieux qu'on la voudra plus populaire. Elle n'a rien à\n faire avec une vérité médiocre qui maintienne les auditeurs dans l'atmosphère\n de chaque jour. Elle les arrache au sol, elle les soulève de terre, jusqu'à une\n vérité non pas plus épurée et plus morale, — il s'agit bien pour elle de mora­\n liser! — mais plus simple, mais plus large, et non pas forcément plus noble,\nmais plus haute. D'un homme elle fait un personnage, d'un individu un\n caractère; elle peut en faire un héros. » Et plus loin : « Evidence tragique,\nvérité humaine, lyrisme, grandeur dans la simplicité, voilà les quelques\n caractères qui semblent devoir s'imposer à la tragédie populaire, si tant est\n qu'une société aussi confuse que la nôtre puisse l'attendre et L'accueillir. Une\n action large, claire dans les lignes, à grands plans, bien aérée et couronnée de\npoésie, récomposant aux yeux du spectateur une réalité plus haute. »\n    De telles paroles sont le vivant commentaire de l'ouvrage dont nous avons\n à parler ici. Elles en formulent l'esthétique; elles en éclairent la signification.\n L'action du Pain est d'une simplicité, j'allais dire d'une nudité parfaite. Elle\n se déroule en un lieu indéterminé. Point de pittoresque ni d'anecdote. Une\n péripétie continue, nécessaire, d'un jet et d'une haleine, s'enveloppant elle-\n même, s'engendrant elle-même, portée d'un bout à l'autre par son propre élan,\n alimentée par sa propre vertu.\n    Voici :\n    Dans la ville où la guerre a passé, la famine règne. Ventres creux, cœurs\n aigris : la misère prépare la haine, et dans les cabarets un mauvais alcool\néchauffe les cerveaux. Déjà, de tous les coins de la contrée, les semeurs de\n révolte accourent et se concertent, ceux dont la parole est rude et belliqueuse,\nceux dont l'éloquence mielleuse et la verve caustique savent flatter la foule,\nréveiller ses passions, fouetter son indolence. Ils s'apprêtent à jeter l'armée des\nmécontents contre les riches, rendus responsables de tout le mal. A peine\nquelques voix attristées et sincères s'élèveront contre leur conseil. Mais il en\nest une, plus grande que les autres, plus sonore et plus pure, mieux écoutée :\ncelle de Pierre Franc, le boulanger. Fils de boulanger, beau-fils d'un meunier,\nl'aisance qu'il hérita des siens et l'instruction qu'il a reçue lui eussent permis\nà son gré de s'élever sur l'échelle sociale. Mais il a compris que rien n'est plus\nméritoire en ce monde que le métier d'un homme qui prépare de ses mains la\nnourriture terrestre; il a voulu que rien ne fût plus beau, plus grand, plus\nsacré que le geste de celui qui pétrit le pain et qui l'offre à ses frères pour\napaiser leur faim. Pierre Franc vend le pain à ceux qui peuvent l'acheter,\nmais il le donne aux pauvres. Tant que dura la guerre, chacun trouva chez\nlui la miche quotidienne. Mais la farine est épuisée, la huche et le pétrin sont\nvides, le four est noir. Et ceux qui, hier encore, célébraient Pierre Franc\ncomme leur bienfaiteur, vont tourner aujourd'hui leur colère obscure contre\nce boulanger sans pain. Sa voix n'aura plus à leur oreille la même intonation\npersuasive, ni la même force sur leur cœur. Qui sait? Peut-être a-t-il caché\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "104                                DURENDAL\n\n\ndans quelque coin de son grenier ce pain qu'il leur refuse... Pierre ouvre grande\nsa porte : « Vous tous, entrez! dit-il, et fouillez ma maison! » Le peuple\nintimidé recule, mais, demain, la perfide violence des meneurs aura ranimé\nleurs soupçons, enhardi leur audace : les cris, les invectives, les chants révo­\nlutionnaires étoufferont la parole sage, le conseil pacifique, l'imploration\nd'amour que Pierre jette sur cette foule folle, aveugle, sourde. « Et dire que\npour les calmer, que pour les désarmer, il suffirait d'un peu de pain! » Pierre, en\nrentrant chez lui, remâche ses paroles. Car il sait — sa femme qui détenait ce\nsecret le lui a confié — il sait que le meunier son beau-père, avec la pensée\nd'un formidable gain futur, entassa durant la guerre, dans un chait à lui seul\nconnu, de la farine! Mais le vieux ne cédera pas son grain, dût-on l'égorger.\nEt sa fille ne démasquera point la cachette — à moins que Pierre ne lui fasse\nun grand serment, à moins qu'il ne jure de renoncer à sa ruineuse\nchimère et de pétrir, non pour les autres comme naguère, mais humainement\ndésormais, de pétrir pour les siens, égoïstement pour sa femme et pour\nlui-même, pour leur faim terrestre, pour leur bouche et leur besoin terrestres,\nnon pour cet appétit de justice et de bonté, d'amour universel qui l'a\ndénaturé... Pierre ne veut pas promettre. Et la disette dure, l'émeute gronde,\nles incendies s'allument, le sang a déjà coulé. Alors Pierre se sentant frappé au\nplus vif de sa force, chancelle. Il n'est plus qu'un pauvre homme, accablé de\nchagrin, faible entre les bras d'une femme trop empressée à partager sa peine.\nIl cède. Le pain qu'il va pétrir ne sortira pas de la maison bien close. Voici la\nfarine sous ses doigts, blanche et pure. Le four s'allume, le feu craque, l'osier\nvibre, l'eau coule, s'unissant à la poussière du froment; et la pâte est formée.\nVoici la cave obscure transfigurée par le travail. Voici le labeur quotidien,\nla vie s'emparant d'un cœur, d'un être et des objets qu'il manie; voici la joie\nretrouvée de se mouvoir et de créer; voici dans le rythme du cœur et la\nchaleur des membres l'espérance ranimée. En travaillant, Pierre chante son\ntravail et sa joie. Il voit les moissons fleurir et les bras forts qui les ont\nmoissonnées, porter les gerbes au moulin, le froment poudroyer sous la\nmeule, et, du sac qu'elle gonflait, la farine couler au pétrin, et le levain s'y\nmêler, et la miche se dorer au four, et le boulanger l'élevant dans ses mains,\nappeler ses frères au festin préparé. Ainsi « chaque homme a travaillé pour\ntous les hommes! » Dans son travail et dans son chant, Pierre a retrouvé la\nfoi, plus exigeante en son cœur que la faim dans son ventre. Vainement sa\nfemme lui rappellera sa promesse qu'il a donnée et qu'il oublie. Pierre\nn'entend que le four qui gronde et la foule qui crie, que la foule livide qui\n approche, bouches ouvertes et mains tendues. Bondissant à la porte du\n fournil, il l'ouvre et crie : « Frères ! j'ai pétri pour vous : voici du pain ! »\n    Rien ne saurait rendre la beauté lyrique de ce quatrième tableau, ni la\n fougue de son éloquence, si sa force dramatique. Il a été acclamé par un\n public enthousiaste auquel tant de saine grandeur, mieux qu'une niaise\n aventure sentimentale, arrachait des larmes.\n    Le cinquième tableau nous montre le revirement de la foule et celui de\n Pierre Franc. Maintenant que la famine est conjurée, le peuple en liesse\n refuse aux riches d'hier, par injuste représaille, le pain que le boulanger a\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                                   LE PAIN                                   105\n\npétri pour tous les hommes. Pierre, outré de cette mauvaise action, et bravant\nl'hostilité générale, crie son indignation et son mépris. Si la bonté n'est pas\nde ce monde, si la justice n'est pas humaine, il renie les hommes et va quitter\nle monde, lui préférant la mort. A ces mots, la foule se jette sur lui et le met\nen pièces.\n\n                                                          JACQUES C O P E A U .\n\n\n                              ACTE III (1)\n                            (Sur le palier, Pierre chargé d'un sac, parait avec sa\n                          femme.)\n                            JEANNE,         inquiète\n  On ne nous a pas vu, tu es sûr .. dans la cour?\n                                  PIERRE\n  Ne te mets pas en peine... je te j u r e .\n                                 JEANNE\n  Tu crois?... (Elle ferme la porte.) E t sur la rue, si on venait?\n  (Elle ferme les soupiraux.)  C'est fait... Ah ! je reprends haleine.\n             P I E R R E , se déchargeant      au bas de Vescalier\n  E t tu n'as rien porté? Ça me paraît plus lourd...\n                                  JEANNE\n  Repose-toi.\n                                  PIERRE\n  Non! je veux aimer ma fatigue... Fraîche et nouvelle et douce elle\nm'enivre... Il me semble que je m'éveille d'un trop long sommeil\nparesseux, les membres lourds et gauches, mais vigoureux et capables\nd'un acte encore. Sur mes épaules j'ai soulevé toute ma détresse,\ncomme ce sac... Il ne faut plus qu'elle m'écrase... je me redresse! à\nforce d'efforts... lassons la fatigue! J e sens que le travail est mon sort...\nau travail !\n  Il faut que je vive...\n                                 JEANNE\n  Ah! tu es brave, je te retrouve ainsi, tu m'infuses de ton cournge;\noui, il faut vivre, et nous vivrons! Nous sommes seuls ici, n'est-ce pas?\net tranquilles... Le labeur réclame tes bras... Allons!...\n                                  PIERRE\n  Tu veux?...\n\n\n  (1) La tragédie : Le Pain paraît, en ce moment même, à Paris, aux éditions de\nla revue : Nouvelle Revue Française.\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "106                               DURENDAL\n\n\n                                  JEANNE\n  Ouvrir le sac.\n                                  PIERRE\n  Arrête!... Attends un peu...\n                                  JEANNE\n  Tu hésites peut-être?...\n                                   PIERRE\n  J e l'ouvrirai... J e veux que ce soit moi qui l'ouvre... Mais... j ' a i\npeur...\n                               JEANNE\n  E t de quoi?\n                                PIERRE\n  De mon bonheur...\n                               JEANNE\n  Que veux-tu dire?\n                                PIERRE\n   Non! Songer que je vais revoir, saisir, pétrir de la farine! Rien\nqu'à cette pensée, j'éprouve la même émotion craintive qu'au soir où\nj'eu touchai pour la première fois, quand j ' a p p r i s le métier de mon\npère en cachette... A t r a v e r s la toile épaisse, je la vois... Ce fut toute\nla lumière de ma jeunesse! A h ! si tu en savais l'éclat!... Hélas!... elle\na langui, elle s'est éteinte... depuis quatre jours dans la nuit... je\ndésespère...\n   Comment n'aurais-je pas la crainte de la voir resplendir soudain et\nbrûler mes yeux éblouis?...\n                            (Silencieusement Jeanne ouvre le sac, sur lequel\n                          Pierre est penché, extasié. Il approche sa main, la\n                          plonge et mime toutes ses paroles.)\n                                   PIERRE\n   Comme elle est blonde et fine et lourde. Rien ne s'y mêle, paille ni\nson, rien ne la souille... rien ne l'allège. Oh! la pure et riche farine et\nle bon pain que nous en ferons!... (Pause.) Oh! que je la voie, la touche,\nla pèse. Que je la respire et la goûte! Elle affermit mes mains, elle\nassure mes gestes; elle éclairait mes yeux et mon âme d'un lait de\njoie et m'étourdit comme une poudre de bataille! Courage! (Il en goûte\navidement.) D'un seul baiser, j ' a i guéri ma faim. .\n                 J E A N N E , lui prenant   un baiser   brutal\n  La mienne aussi!..\n                                   PIERRE\n   La tienne! Notre faim et notre détresse, et toute celle qui nous\nentoure!... J e sens courir une allégresse dans l'air, dans le sol, dans\nles murs, la maison s'anime et se transfigure, comme au lever du jour...\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                                     LE PAIN                                     107\n\n\nla plaine! Moins sombre est le four; le pétrin moins vide, la brique\ntiédit... l'osier vibre... Tout espère, désire, attend le froment... le\nlevain, l'eau, la pâle bénie et notre travail. A l'œuvre! et que r e p r e n n e\nautour de nous la vie. (Très affairé, il s'empresse de tous côtés, prépa-\nrant son travail, lançant des mots ; sa femme l'imite avec le même zèle.)\nLes pelles... les paniers. Il y a de l'eau?...\n                                    JEANNE\n  La cruche est pleine.\n                                    PIERRE\n  Bien, nettoie le foyer, la cendre s'amasse. (Jeanne obéit.) Dame, il\nfaut que tu sois mon aide, pour un jour. Tu l'acceptes?\n                                    JEANNE\n  Comme une grâce.\n                           P I E R R E , se   dépouillant\n  Alors, femme, b o u r r e la paille et jette les fagots secs ; fais chanter le\nbois et danser la flamme! C'est un jour de fête!... Ainsi que la joie,\npartageons l'ouvrage... E n mes mains gonflera la pâte, sous tes soins\nchauffera le four. A h ! nous nous unissons pour une grande tâche, ma\nfemme! E t le pain sera notre acte d'amour.\n                               (Il s'est placé devant le pétrin, il y verse la farine,\n                            l'eau, tout eu parlant avec une exaltation grandissante.\n                            Pendant ce temps, sa femme prépare, allume, surveille\n                            et entretient le feu en silence. Ce monologue doit être\n                            entièrement « agi ».)\n   Déjà le pétrin reçoit la farine; sur sa blancheur amoncelée, en filet\nlimpide, je verse l'eau ; l'eau est bue, mais les grains subtils, comme\nen un réseau, sont pris par les gouttes et serrés, soudés, alourdis, ainsi\nsous la pluie la poudre des routes.\n   Liquide ou poussière, je verse, je délaie, je mêle, et entre mes doigts\nje sens tressaillir le mystère, de cette union merveilleuse, dont naît la\nnourriture humaine. J e délaie, je mêle, je verse ma joie...\n  J e refais mon apprentissage et mes gestes de chaque jour me sont\nnouveaux; juvéniles, mes bras formés au même ouvrage, ignoraient\nencore le r y t h m e qu'ils suivent et dont ils se g r i s e n t ! Et, après dix ans\nde travaux, mon corps n'aura pas changé d'âge.\n   La farine et l'eau se sont pénétrées, le mélange est fait, la pâte\nformée; épaisse et lourde, je la saisis, je la soulève et je la dompte...\nje l'étiré et la roule, je l'écrase et la gonfle; sous le poids, ma vigueur\nraidie, en dresse la masse; elle retombe et claque le bois...\n   La tâche est plus dure et j ' e n suis fier.., à mesure mes forces gran­\ndissent... A h ! je pétrirais de la p i e r r e ! Tous mes muscles se réjouissent.\n   Que désirer? mes mains sont pleines... A quoi songer? bonheur ou\npeine. Ma pensée est dans mon labeur! J e tiens un monde, que m'im­\nporte l'autre! Devant la cuve où mes b r a s plongent, l'univers, les êtres,\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "108                               DURENDAL\n\n\nles choses, tout s'efface, mauvais ou bon, je ne connais plus que mon\nacte... J'y joue, j ' y respire, j ' y vis... J e suis au fond de ma maison... et\nje p é t r i s !\n                             (L'effort est à son comble. Le « geindre » Silence.)\n                           JEANNE,         doucement\n  Ainsi, tu m'as donc oubliée?\n                                   PIERRE\n  Comment?\n                                   JEANNE\n  Oui, je croyais que tu peinais un peu pour moi en ce moment et que\nnotre amour soulevait ta joie... J e ne le crois plus...\n                                   PIERRE\n   Que dis-tu? Quand par toi la cave s'égaie... illuminée?\n   Quand par toi le foyer pétille d'un chuchotement d'étincelles? lorsque\nta vigilance achève l'œuvre entreprise en p r é p a r a n t une cuisson dorée,\nà la pâte encore sans couleur? J e t'oublierais! Non, ma femme, ma\nbien-aimée... Tout ce qu'a perdu de chaleur ton sang et de force t a\ngrâce te reviendra par l'œuvre de mes mains ! L a pulsation de la t e r r e\nb a t t r a tes tempes! Son souffle gonflera ton sein, car toutes ses vertus\nsont dans cette poussière...\n   A h ! remercie la n a t u r e ! c'est pour toi que ses moissons flottent si\ndru, si haut, dans un chant qui tonne. Voici les hommes à l'âme dure,\npenchés sur les faulx, qui la sacrifient. Oh! plains-la de p e r d r e la vie,\nplains-la, mais remercie les hommes !...\n      (Visionnaire.)\n  J e vois la courbe de leur dos et le ballant de leurs gestes ; la sueur\nà la peau, l'été la sèche! Comme un oiseau bleu, l'acier vole; devant\neux les gerbes se couchent; ils se frayent une large route, et la moisson\nne tient plus au sol.\n  La ferme s'endort, la batteuse ronfle comme un gros insecte engourdi;\nson vertige a saisi, entraîne les ouvriers à la fourche prompte qui\njettent et tassent les battes dans sa gueule insatiable et voici tomber\ndésunies sur le sol net, pour prix de leur peine, légère la paille et\nlourdes les graines.\n   Bras lassés peinant à la plaine, vous portez les gerbes aux granges,\nbras lassés peinant à la ferme, portez les sacs au moulin; car le meu­\nnier va r e p r e n d r e l'œuvre qui se perfectionne et de mains en mains et\nde l'homme à l'homme se continue le labeur sans fin...\n  E t tu la connais la meule de pierre, lente à t o u r n e r , pesante, impla­\ncable ? Ouvrez l'écluse grande et rompez les barrages ! La force élancée\ndes rivières suffit à peine à la mettre en branle.\n   L'homme a dompté les éléments ; il les tient, il les mène, il les règle...\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                                LE PAIN                                    109\n\n\nla meule broie et le bon froment blanchit sous elle. Meunier, chante ta\njoie ! dans tes greniers, il neige.\n  Passez, blutez, agitez les cribles !... le grand festin se prépare; de\ntoute sa force et de tout son art, chaque homme a travaillé pour tous\nles hommes !\n                            JEANNE, effrayée\n  Pierre, tes mots sont terribles !\n                                PIERRE\n  Joyeux ! Femme, à nous appartient la gloire d'achever une œuvre\ndivine...\n                           JEANNE\n  Suis-je folle ? J'ai peur de tes mots, de tes gestes, de ton allégresse,\nde ta beauté... Je ne t'ai jamais vu si beau, si grand ! O Pierre,\nrassure-moi...\n                     PIERRE, retournant au labeur\n   Laisse-moi m'exalter ! Je suis tout à ma tâche; rayonné de la tienne...\nJe presse une gerbe de blé dans mes mains fortes; mes bras soulèvent\nune récolte. D'autres auront trié les graines, d'autres recueilli la pous­\nsière sacrée; j'ai fait de la pâte, j'ai marié l'eau à la farine terrestre;\nj'en ai formé la glaise épaisse où je veux sculpter la vie... J'y ai déposé\ncomme une âme le mystérieux levain, et l'ardeur sourde de ces flammes\nde l'eau et de la terre unies fera le pain.\n                                JEANNE\n  Notre pain !\n                                PIERRE\n  Le pain ! C'est le terme de l'universel travail ! Semeurs de grains,\ncoupeurs de paille, ouvriers des champs, des moulins, des fermes,\ndébridez vos impatiences ! voici la récompense et voici le festin !\n                                JEANNE\n  Mais tu t'égares...\n                          (Du dehors descendent des chants et des cris lointains\n                        qui se rapprochent de plus en plus jusqu'à la fin de la\n                        scène.)\n                                PIERRE\n  Entends ces chants soulevés, frissonnants d'espoir.\n                                JEANNE\n  De haine...\n                                PIERRE\n  Le peuple s'avance et la table est prête...\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "110                                    DURENDAL\n\n\n                                       JEANNE\n  J'ai bien compris... a r r ê t e !\n                                       PIERRE\n Non ! J e te le dis, il vient, il approche, la voix qui appelle et les\nmains tendues...\n                               JEANNE\n Crispées de révolte !...\n                                       PIERRE\n  Ouvertes ! J e saurai les combler !...\n                                       JEANNE\n  J a m a i s ! Oublies-tu ta promesse ?\n                                       PIERRE\n  Qu'ai-je promis ? sinon d'agir suivant le bien !\n                                       JEANNE\n  Suivant notre bien !\n                                       PIERRE\n  J e ne connais qu'un bien au monde...\n                                       JEANNE\n  Ah ! réfléchis ! souviens-toi, ne m'entends-tu pas ?\n                                PIERRE\n  J e n'entends rien... sinon le four qui gronde et le peuple qui crie,\nsinon le chant lointain des céréales! tais-toi, tais-toi ! . . les blés me\nparlent...\n                                JEANNE\n  O folie !\n                                PIERRE\n Ils proclament leur sacrifice; ils veulent finir et revivre dans l'im­\nmense foule des hommes...\n                              JEANNE\n  E t toi, veux-tu mourir ?\n                                       PIERRE\n  Vaines paroles ! P a s avant d'avoir achevé la fonction qui me possède\net qui me grise... Le repas, par la t e r r e et l'homme préparé, réclame\nses convives, et si je meurs, qu'importe !... Qu'ils viennent !\n                              (Le chant s'est précisé, farouche, mêlé de cris, frappé\n                            de p a s ; il emplit, vibrant; la foule passe devant la\n                            boulangerie; Pierre s'élance vers l'escalier de pierre.)\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                                   LE PAIN                                    111\n\n\n                                   JEANNE\n  Je te barre la porte.\n                                   PIERRE\n  Je te brise avec elle...\n                                  JEANNE\n  Oh!\n                                   PIERRE\n  Place ! le chant grandit, la pâte va gonfler ainsi qu'une poitrine\nhumaine ! l'œuvre touche à sa fin, frères, frères, entrez ! j'ai pétri\nvotre vie !\n                                           (Il ouvre brusquement la porte.)\n                                  JEANNE\n  Pierre !\n                             PIERRE, au dehors\n  Voici du pain !\n                             (Une grande clameur descend de la rue populeuse.)\n\n\n\n                                  RIDEAU\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "             Le Crime de Luxhoven                                   (1)\n\n\n\n\n                                         V\n\n\n                 DEPUIS quinze mois qu'ils étaient mariés, Albert\n                 Prévost et sa femme habitaient, en face du\n                 Palais de Justice de Drakdam, une claire et\n                 coquette maison qu'ils avaient meublée avec\n                 un bon goût raffiné et jeune; de toute l'am­\n                 biance émanaient des aromes de fraîcheur et\n                  des caresses d'aube qui s'appariaient si bien à\nleur neuve tendresse.\n    Dans un mélange instinctif de sens pratique et d'idéalisme,\nGisèle présidait aux soins de son ménage avec une vigilance\namusée, en même temps qu'elle s'associait à la vie intellectuelle\nd'Albert, s'intéressant à son travail de magistrat, confessant ses\npréoccupations et, parfois, lui suggérant discrètement telle\ninitiative ou telle solution; mais, surtout, elle ambitionnait\nd'être pour son mari la compagne intime d'idées, pendant ces\nheures privilégiées de loisir où le jeune substitut se vouait,\ntout dossier clos, au culte désintéressé de la beauté.\n    Chaque jour, aux fins d'après-midi, Gisèle, du balcon de son\nsalon qui faisait face au cabinet d'Albert, au Palais de Justice,\nguettait avec impatience le moment où son mari, sa besogne\nfaite, lui serait rendu : elle le voyait ranger ses paperasses,\nprendre son chapeau, allumer sa cigarette, ouvrir la fenêtre.\nAprès un affectueux petit salut de la main, il descendait et, sous\nles grands marronniers de la place, revenait vers elle d'un pas\npressé.\n   Après quelques instants de causerie autour d'une tasse de\nthé, Albert et Gisèle s'asseyaient côte à côte au piano; la\n\n (1) Voir les numéros d'octobre, novembre et décembre 1911 et janvier 1912.\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                     LE CRIME DE LUXHOVEN                          113\n\n\nmusique les enveloppait graduellement de ses ondes mélo­\ndieuses, confondait leurs âmes en un même rêve de spiri­\ntualité et les faisait monter, en une spirale unique, vers les\nrégions suprêmes, interdites à la matière. P u i s c'était la lecture :\nde sa voix souple et moelleuse, Albert dispensait à Gisèle les\nfrissons émouvants qui se dégagent des œuvres de Tolstoï et la\ndélicieuse i n q u i é t u d e dont Maeterlinck est le messager. Ou\nbien encore, ils se complaisaient à entendre battre, à coups\nfuribonds, sous les hémistiches sonores et martelés de Verhaeren,\nle cœur de la F l a n d r e .\n   Cette avant-soirée de mai, où l'atmosphère avait le parfum\net la teinte des lilas, tandis que toutes fenêtres ouvertes,\nGisèle, lasse d'une heureuse attente, s'était étendue, dans son\npeignoir héliotrope, sur une chaise longue et qu'Albert s'ap­\nprêtait à lui faire la lecture, un toussottement familier se fit\nentendre dans la rue.\n   — T i e n s , voilà B l a n k !\n   Le juge s'était posté sur le trottoir d'en face.\n   — P a s d'empêchement? demanda-t-il. Alors je m o n t e . . .\n   Et il entra dans la c h a m b r e en coup de vent.\n   — Mille pardons, dit-il; je suis un trouble-intimité. C'est\nque j ' a i à vous parler.\n   — Affaire judiciaire? interrogea Albert.\n   — Non, affaire personnelle. Mais d'abord' il faut me pro­\nmettre de ne pas vous fâcher.\n   — Ce serait la première fois, interrompit Gisèle avec une\ngentillesse m u t i n e .\n   — Voilà ce dont il s'agit, continua Blank ; vous me\nconnaissez : je suis un original. Il me vient parfois dès idées,\ndes idées de solitaire. U n e de ces idées a rapport au petit être\nque vous attendez et qui, dans quelques semaines, viendra\nmettre son joli petit minois en tiers dans ce joli petit nid\nd'amour. E t je m e suis dit : après tout, ce petit être me doit\nbien quelque chose; il est de fait que sans moi...\n   — Blank! fit Gisèle, feignant d'être scandalisée.\n   — E h ! bien, quoi, répliqua le juge, c'est la vérité : il est de\nfait que sans moi, sans mon intelligent courtage, vous en seriez\nencore, tous deux, à roucouler lointainement, comme on dit\ndans votre barbare littérature m o d e r n e . Concluez! J'en conclus,\nmoi, que j ' a i quelque droit sur cet enfant et qu'il me serait bien\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "114                             DURENDAL\n\n\ndoux de penser — et Blank prit la main de Gisèle et sa voix se\nnuança de sensibilité contenue — que le jour où je ne serai plus\nlà, ayant rejoint sous les cyprès mon père et ma mère, un être\nme survive, dont l'âme ait un lien spirituel avec mon âme, et\nsi, alors, quelqu'un parle encore du vieux Blank, que cet être\npuisse lui répondre : « Oui, le vieux Blank était un type bizarre et\narchaïque, un maniaque, si vous voulez, mais c'était mon parrain!»\n    L e juge avait mis dans ces dernières paroles t a n t de cordiale\némotion que Gisèle et Albert n'osaient formuler l'objection qui\nleur était venue dès l'abord à l'esprit.\n    Enfin, Albert s'enhardit à m u r m u r e r t i m i d e m e n t : « E t mon\npère ? »\n    Blank répliqua aussitôt avec un rire malicieux : « J'ai prévu le\ncoup, vois cette lettre! »\n    — Oui, continua-t-il, j'ai écrit à Prévost et lui ai exposé mes\ndroits, mes droits de courtage! E t puis il est mon cadet; il a,\nlui, le temps d'attendre; ce sera pour la prochaine fois. Enfin,\nl'essentiel, c'est qu'il consente; il grogne un peu, n'est-ce pas,\nAlbert, mais il consent.\n    — E n effet, répondit Albert, en t e n d a n t la lettre à Gisèle.\n    — Mais mon oncle P o m m é , insinua celle-ci à son tour, sans\ngrande conviction, que va-t-il dire, mon oncle P o m m é ?\n    L e juge se leva presque indigné.\n    — T o n oncle P o m m é ! Celui-là, je m'assieds dessus! Voyons,\nqu'a-t-il fait pour vous? Vit-il clair dans votre amour, comme\nmoi? Au lieu de favoriser votre union, il l'aurait encore retardée,\ns'il l'avait pu, le vieil égoïste! Gisèle était pour lui une si bonne\nménagère! Je répète que je m'assieds sur ce notaire. Vous per­\nmettez?\n    E t Blank se laissa retomber clans le fauteuil, avec une solen­\nnité pleine de drôlerie.\n    Albert serra avec effusion les mains du juge : « Vous êtes un\nm a n i a q u e peut-être, mon cher Blank, dit-il, mais de la bonne\nmanie, la manie du cœur. Vous serez le parrain de notre enfant;\nje souhaite qu'il vous ressemble! »\n    E t Gisèle, émue et câline, ajouta : «Venez m'embrasser, mon\n bon Blank. »\n    L e juge s'empressa vers elle : « Volontiers, s'exclama-t-il\njoyeusement, et deux baisers encore : l'un pour la m a m a n et\n l'autre pour le filleul. Merci ! merci ! »\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                       LE CRIME DE LUXHOVEN                              115\n\n\n   Et, à la dérobée, le juge essuya une larme.\n   Albert détourna la conversation :\n   — A propos, Blank, dit-il, je voudrais connaître votre avis\nsur une proposition qui me fut transmise ce matin : la libéra­\ntion conditionnelle de Rik Cornelis.\n   — Rik Cornelis? interrogea le juge.\n   — Vous vous rappelez bien, cet individu qui faillit assommer\nson frère à coups de couvercle de poêle. C'était la veille de\nNoël : Réveillon rouge! disiez-vous. E t , le lendemain, ajouta\nAlbert, en regardant amoureusement sa femme, vous me fian­\nciez à Gisèle...\n   — Ah! voilà qui situe tout de suite mes souvenirs! Sinon, mon\npetit, il m'a passé dans la tête un si long cortège de binettes cri­\nminelles, fongibles et interchangeables! Mais m a i n t e n a n t j ' y\nsuis : le crime de Luxhoven, une tempête de jalousie sous un\ncrâne de p a y s a n ! Parfaitement. Alors, on veut relâcher cet\nindividu?\n   — Il est dans les conditions légales, répliqua Albert, ayant\nsubi les deux tiers de sa peine ; et, comme sa conduite en prison\nfut excellente, la commission administrative conclut à sa libé­\nration.\n   Le juge réfléchit un instant, alluma un cigare, et, arpentant à\ngrands pas la chambre, les mains sur le dos, il dit :\n   — Au risque, mon petit, de te paraître horriblement pédant\net, par surcroît, très vieux jeu, laisse-moi te dire que ce\nproblème de la libération conditionnelle se présente sous un\ndouble aspect : question de principe et question de fait.\n   — U n e conférence alors, une conférence j u r i d i q u e ? d e m a n d a\ngaminement Gisèle. Je me sauve!\n   Le juge la retint du geste : « Reste, ma petite Gisèle, le\ndébut sera un peu aride, mais la suite t'intéressera. Et peut-\nêtre que, pour la conclusion, ton sens de femme... »\n   — Hâtez-vous donc vers la conclusion.\n   — Question de principe! continua Blank. T o u t e s ces inno­\nvations pénales récentes ne m'agréent guère, et la libération\nconditionnelle est une de ces innovations. On est actuellement\nvis-à-vis des criminels d'une prévenance! Le jour viendra où l'on\nne pourra plus condamner un chenapan, sinon avec les regrets\net les excuses du tribunal. Diantre, q u a n d le juge inflige telle\npeine pour telle infraction, il sait ce qu'il fait; il a approprié le\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "116                           DURENDAL\n\n\nchâtiment à la faute. De quel droit vient-on alors rogner a d m i ­\nnistrativement sur cette peine judiciaire? C'est de l'imper­\ntinence! E t l'initiative des propositions de libération condi­\ntionnelle appartient à qui? A des bourgeois, la fameuse\ncommission de la prison! A des bourgeois sans responsabilité,\nà des bourgeois sensibles et si crédules. U n e larme de vieux\npère, une crise de nerfs de femme, des piailleries commandées\nd'enfants, et le bourgeois s'attendrit et opine pour la levée des\nverrous. Sans compter que la politique s'en mêle, la vilaine\npolitique qui chez nous corrode tout! Influences et intrigues!\nCe n'est pas le condamné repentant qu'on libère, mais l'électeur,\nou le fils de l'électeur, ou le frère de l'électeur, ou la femme de\nl'électeur. Étonnez-vous après cela que la criminalité augmente!\n   Blank jeta nerveusement dans le cendrier son cigare éteint.\n   — Pourtant, intervint Albert, il y a des cas spéciaux...\n   — Des cas, ajouta Gisèle, où la souffrance dépassa la faute.\n   — E v i d e m m e n t , répondit Blank, et c'est alors la question de\nfait. Mais cette question de fait, qu'on laisse donc au magistrat\nle soin de l'apprécier; seul il a les éléments qu'il faut : l'infor­\nmation et la compétence, le dossier de l'affaire et le résultat de\nl'observation du condamné. T a n d i s que ces messieurs de la\ncommission administrative — des bourgeois, vous dis-je! — ne\nse décident que sur des données tout au plus sommaires et\nhasardeuses, sur des impressions, quand ce n'est pas sur des\nrecommandations. Ainsi, dans l'espèce de ce Rik Cornelis\n— oh! je revois toute l'affaire en ce moment — j'oserais bien\nparier que, si l'on propose sa libération, c'est que la m a m a n\nCornelis est allée geindre chez chacun des membres de la\ncommission. Était-elle sournoise et rouée, cette vieille, rôdant\nautour de nous, avec son faux air de Mater dolorosa? E t\nmenteuse! D a n s l'interrogatoire elle m'a menti avec une\nsérénité et une continuité...\n   — C'est une mère, interrompit Gisèle. U n e mère a toujours\nle droit de mentir pour sauver son fils.\n   — T u as raison, consentit Blank radouci.\n   Il prit un nouveau cigare, et, après quelques instants de\nréflexion :\n   — Intéressant d'ailleurs, dit-il, le cas de ce Rik Cornelis. Il\ncogna sur son frère comme une brute, mais dans sa marche au\ncrime, il fut poussé par la main de la fatalité, la fatalité du\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                     LE CRIME DE LUXHOVEN                       117\n\n\ntempérament. Il aimait sa femme — elle s'appelait Nelle —\nd'un amour de paysan violent et sauvage, où il y a autant\nd'orgueil que de sensualité. Seulement, à l'origine de cet\namour, il y avait une fêlure, la fêlure de la jalousie. Rik Cor­\nnelis dut conquérir de haute lutte Nelle sur son frère, et cette\nfêlure s'est graduellement agrandie par les circonstances et\nplus encore peut-être par les fantasmes d'une imagination\nombrageuse. L a casse était au bout, inévitable. Après cela, je\nne suis jamais parvenu à savoir j u s q u ' à quel point le geste\nhomicide de Rik Cornelis s'appuyait sur une certitude ou même\nsur un soupçon motivé. Ai-je pourtant assez cuisiné cette Nelle,\ncette Nelle aux grands yeux noirs : fut-elle infidèle ou seulement\ncoquette? Il est bien possible que dans son aventure il y ait eu\nun peu des deux à lafois, mais clans quelle proportion? Mystère!\nJ'eus beau l'encercler de mes questions; elle me glissait adroi­\ntement entre les doigts : une anguille ! Quoi qu'il en soit, voilà\ndes vies gâchées! Que Rik Cornelis retourne demain près de\nNelle, je m'imagine mal que ces deux êtres puissent encore,\nl'un près de l'autre, se refaire un bonheur. E t vous, Gisèle?\n   — O h ! moi, répondit la jeune femme, j ' a i si peu d'idée à\ncet endroit, mais une intuition me dit qu'il doit y avoir\nlà cette chose affreuse qui' s'appelle l'irréparable : une statuette\nen poussière !\n   — D ' a u t a n t plus, remarqua Blank, que Kobe Cornelis, le\nfrère, est toujours là. U n libéré conditionnel de la mort, celui-\nlà! L e docteur Niel, après la bagarre, lui a retapé le crâne. E t\nle bellâtre malgré tout continuera à rôder, fantôme vivant de\nl'incident, autour de l'existence de Rik et de Nelle. T u as\nraison, Gisèle, et moi aussi : du bonheur gâché, une statuette\nen poussière!\n   — Pauvres gens, m u r m u r a Gisèle attendrie.\n   Le juge se leva brusquement : « Six heures, s'écria-t-il, je m e\nsauve. Quelques dossiers à potasser! »\n   Gisèle retint câlinement la main que lui avait tendue le\njuge:\n   — Vous déjeunez avec nous, demain? demanda-t-elle.\n   — Non, merci!\n   — Si! si, insista Gisèle : vous aurez des bécassines.\n   — Des bécassines et ton sourire, s'exclama Blank; m a d a m e ,\ncomptez sur moi.\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "118                        DURENDAL\n\n\n\n   — Beaucoup de besogne, en ce moment? interrogea Albert,\nen reconduisant le juge.\n   — Criminalité modérée, répondit Blank, et combien quel­\nconque! U n e seule affaire délicate et intéressante; pour le\nreste, des loques, des rognes, des partitions à jouer à vue.\n   E t , au passage, le juge effleura de la main les touches\nd'ivoire du piano ouvert...\n   Du haut du balcon, Albert et Gisèle regardèrent s'éloigner\nBlank par la grande place déserte, baignée des lueurs mauves\ndu soir.\n   — Rude écorce, observa Albert.\n   — Cœur exquis! répliqua Gisèle.\n   U n silence fut entre eux, p e n d a n t lequel la même pensée\nleur vint : à présent le petit être qu'ils attendaient pouvait\nvenir; tout était prêt, même le p a r r a i n !\n\n\n                                     FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n  (A suivre.)\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                           Revue du Mois\n\n                               Les Conférences\n     A u x A m i s d e l a l i t t é r a t u r e . — Conférence de notre collaborateur\n  FRANZ ANSEL sur l'idéalisme dans la poésie.\n    Des conférenciers entendus cette année à la tribune des Amis de la litté-\n rature, M. Maurice des Ombiaux, romancier heureux et fécond; M. Louis\n Delattre, merveilleux conteur; M. Paul André, abondant polygraphe;\n M. Franz Ansel, celui-ci est l'artiste le plus pur, et, pour cela même, le plus\n rare. Son nom n'est pas sur les lèvres de la foule, mais il est familier à ceux\n qui cherchent dans la poésie autre chose que du vain tapage, et dans la litté­\n rature autre chose que des mots creux. Nul n'est plus éloigné que lui de la\n banalité, de l'art facile, du succès vulgaire. Il lui suffit que les lettrés rendent\n à son talent délicat et fin l'hommage d'estime et de respect qu'il mérite.\n Excellent journaliste, sachant mêler la fantaisie à la profondeur, et le rêve à\n l'esprit, il est meilleur poète encore ; son sens parfait de la mesure, son rythme\n impeccable et musical, son noble souci de la perfection en font, après Fernand\n Séverin, l'écrivain le plus classique de chez nous. Ceux qui l'admirent, en\nattendant le livre qu'il leur doit, sont, hélas! forcés de rechercher, dans les\nnombreuses revues où il collabore, son œuvre, comparable à celle d'un\nSamain ou d'un Charles Guérin.\n    Qui pouvait mieux que lui parler de l'Idéalisme dans la poésie? Chacun\nle sentait dès le début de sa conférence, quand il définit l'Idéal, ou tâcha de le\ndéfinir; l'Idéal, cette expression supérieure de notre moi, cet au-delà de la\nvie, cet absolu qu'il est impossible d'atteindre ici-bas et dont la nostalgie est\nle fond de tout lyrisme. Tous les poètes sont donc idéalistes, conclut-il, mais à\ndes degrés très divers. Quel abîme par exemple entre un Hugo et un Lamar­\ntine! Et il se sert de ce double exemple pour préciser ce qu'il faut entendre par\nidéalisme.\n                                                  *\n                                               * *\n    Victor Hugo est comme Antée, il se renouvelle en touchant la terre, il\ndoit s'appuyer sur le sol, il est en contact permanent avec la réalité et même\nl'actualité. Son inspiration est purement extérieure. Le poète d'après lui est\nplacé au milieu du monde « comme un écho sonore » ; il doit se mêler à la\nvie, être entendu de la foule. Il s'adresse à elle comme le ferait un tribun,\navec souvent les mêmes moyens oratoires et vulgaires. Rien d'intérieur en\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "120                                DURENDAL\n\n\nlui ni de voilé, ni de discret. Il croit trop à la fonction sociale du poète pour\nne point mépriser ceux qui s'enferment dans leur tour ou dans leur songe...\nLamartine fait avec lui un parfait contraste. Il est poète et purement poète,\njusque dans ses discours, jusque dans sa vie publique, jusque dans les contin­\ngences de la politique. 11 trouve l'Infini partout, ou plutôt l'apporte avec lui :\nc'est son atmosphère; la réalité ne l'occupe pas, la source de son enthou­\nsiasme est toute intérieure. Sa fonction unique et essentielle est de rêver...\n   L'idéalisme lamartinien connaît pourtant la nature. Mais il ne la connaît\nqu'embellie; il la transforme, la transfigure, la transpose; tout naturellement\nil y enlève des détails vulgaires, et il y ajoute de nobles détails; le poète ne la\nconsidère pas comme un sujet mais comme un symbole, il la regarde avec le\nregard intérieur; au delà de chaque chose sensible il devine le rêve, au delà de\ntoute chose finie il devine l'infini. C'est ce qui enveloppe toute son œuvre\nd'une élyséenne clarté, et d'un demi-jour pareil à celui des songes. A travers\nce voile, les figures n'ont plus rien de terrestre, elles sont fluides comme les\nOmbres heureuses d'Orphée; les femmes de Lamartine sont des anges, les\nformes qu'il évoque sont célestes, l'amour est pour lui un principe immatériel\net divin; comme Dante et Pétrarque, c'est avec une sorte d'extase religieuse\nqu'il évoque l'Elvire idéale qui mourut jeune, comme moururent jeunes la\n Béatrice et donna Laura.\n   Nos poètes idéalistes d'aujourd'hui se rattachent à lui : comme lui ils ne\nsavent que leur âme, comme lui ils dédaignent ou ignorent le réel, trans­\nposent l'amour dans une région suprême, et voient le monde sous l'aspect de\nl'éternité. La vie contemporaine les laisse indifférents, et la Réalité se venge\nde leurs dédains en les meurtrissant.\n                                          *\n                                        * *\n   Les poètes de chez nous, avant 1880, n'étaient point tels. Ils avaient une\nmuse citoyenne et chantaient tour à tour les vertus civiques et les événe­\nments du temps; ils ne songeaient point à s'isoler hors du siècle comme leurs\nneveux d'aujourd'hui. Seul, aujourd'hui, des poètes belges, Verhaeren parti­\ncipe à la vie du monde, les autres se sont refugiés dans leur rêve. Et\nM. Franz Ansel entre dans le vif de son sujet en évoquant leur figure, leur\nœuvre et leur pensée.\n   C'est Rodenbach : idéaliste sentimental, songeur pâle et mélancolique, il\ns'exila dans le décor de Bruges, il créa autour de lui une atmosphère de\ncharme et de blancheur. On ne lit plus assez le Règne du silence et la Jeu-\nnesse blanche, il est peu de livres qui aient une grâce aussi prenante, un aussi\npénétrant accent... C'est Kinon, Braun, Ramaekers : poètes catholiques, la\nnature pour eux surtout est un symbole, elle a un sens religieux et litur­\ngique; le décor, chez eux, n'est pas essentiel, il n'est qu'un prétexte à l'évo­\ncation de l'infini; poètes sincères, profonds, originaux qui, s'il; n'étaient que\ncatholiques, seraient déjà poètes; la religion n'est-elle point une poésie?\nn'est-elle pas un appel vers l'au-delà? et l'inspiration chrétienne n'est-elle\npas le seul domaine encore inviolé du rêve? La science qui a tout disséqué,\ntout étudié, tout enlaidi, laissera toujours intacte cette région suprême.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                                REVUE     DU   MOIS                              121\n\n\n\n   C'est Fernand Séverin : plus idéaliste encore que Lamartine, il ne voit la\nvie et la nature qu'en rêve. C'est un idéaliste pur, dépouillé de toute littérature\net de tout romantisme. Son œuvre est voilée d'une brume claire. Une ombre\ntransparente enveloppe les choses, elle palpite dans une atmosphère d'enchan­\ntement. Les paysages sont abstraits, généraux, sans détails particuliers, les\nformes sont fluides, les aveux sont discrets. Les pays même que le poète\nnomme — tels cette Ombrie qu'il aime tant — il ne les a vus d'abord qu'à\ntravers ses songes, ses livres, ses tableaux. Son vers s'est pétri de toute cette\nclarté molle, il a perdu toute arête vive, toute dureté, et sa musique n'est\ncomparable qu'à celle des Méditations ou de Bérénice.\n   C'est Charles van Lerberghe, visionnaire ingénu qui ne connut même\npoint la nature, et qui n'aima en fait de formes extérieures que les préraphaé­\nlites de Londres ou de Florence. Il vécut dans une sorte d'enfance, ne voyant\nque la candeur, la sérénité, la grâce du paradis terrestre qu'il rêva. C'est\nAlbert Mockel, idéaliste transcendental à la façon de Mallarmé, qui aima tant\nl'imprécis qu'aujourd'hui sa Chantefable un peu naïve fait plutôt sourire.\nC'est Albert Giraud qui, lui, voit le Réel mais pour le cingler de son mépris;\nAppolon, orgueilleux et fier « qui chaque jour écorche Marsyas en guise d'apé­\nritif », et dont M. Franz Ansel lit l'Epigraphe romantique, admirable poème\nvirgilien.\n    Il y a en Belgique, conclut le conférencier, une pléiade de poètes admi­\nrables, et le public n'a pas l'air de s'en douter; et il termina en louant les poètes,\nqui rêvent pour nous, qui nous rachètent des platitudes de la vie, qui dégagent\nce qu'il y a en nous d'immortel ; en louant la poésie idéaliste, dont on ne dira\npoint assez les bienfaits et qui est la revanche, mieux, la Rédemption de la\nRéalité.\n                                          * *\n   Entrecoupée de lectures, agrémentée de subites poussées d'ironie et d'ini­\nmitables « mots », parlée dans une langue admirable, ferme et sûre d'elle-\nmême, cette conférence a eu le plus vif succès. Au cours d'un discours pro­\nnoncé aux Amis de la littérature, en cette même salle de l'Hôtel de ville, il y\na trois ans, Emile Verhaeren parla un soir de Pierre-Paul Rubens, et chacun\nsentit la proche parenté qu'il y avait entre le poète et son héros. Ceux qui\nignorent les poèmes de M. Franz Ansel, en l'entendant louer avec une si\npénétrante compréhension Lamartine et Séverin, auront deviné qu'il était de\nla même famille. Si quelque autre conférencier avait dû traiter samedi soir\nle même sujet, il aurait certes parlé longuement du seul poète idéaliste\nque M. Franz Ansel, trop modeste, ne nomma point... mais nous y aurions\nperdu les belles paroles ferventes, spirituelles et hautes que lui seul pouvait\nnous dire.\n                                                                       P. N.\n                                 Les Concerts\n  L'audition de la Neuvième, clôturant en apothéose le cycle Beethoven aux\nConcerts populaires, tiendra sa place parmi les plus complètes manifestations\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "122                               DURENDAL\n\n\nmusicales de ces derniers temps. Si la pensée créatrice de Beethoven repré­\nsente probablement dans le domaine de l'art la plus haute puissance de l'Hu­\nmanité, la Neuvième constitue avec la Missa Solemnis le point culminant de\ncette création géniale, de cette ascension continue vers les cimes idéales dont\nchacune des Symphonies marque comme un degré éblouissant. Et c'est aussi\ndans la conduite de cette Neuvième que Lohse, mieux que partout ailleurs, a\ndonné la mesure de sa valeur comme chef, de son pouvoir de rayonnement\nsur les masses orchestrales et chorales.\n   Tout, en effet, se rencontrait en cette interprétation : enthousiasme brûlant\net communicatif, somptueuse magnificence sonore, sentiment juste et pro­\nfond de tout ce que l'œuvre incomparable renferme de poésie divine et d'aspi­\nrations vers l'Infini, tenue de rythme et de mouvement scrupuleusement\nadéquate à la lettre et à l'esprit du poème, équilibre puissant et vision gran­\ndiose de l'ensemble venant se joindre à la transparente pureté du détail, à une\nsouplesse de nuances particulièrement remarquable dans le gigantesque\nSckerzo.\n   L'Ouverture de Coriolan dont Lohse fit éloquemment ressortir l'héroïque\ngrandeur servait de pièce de début à ce concert où l'on applaudit aussi la voix\nsuperbe et l'interprétation dramatique de Mlle Friche dans la scène Ah perfido\ncomposée par Beethoven à l'âge de 26 ans.\n\n                                          *\n                                      *       *\n\n    M. Friedberg a renouvelé et confirmé aux concerts Ysaye l'impression d'art\npur éprouvée au cours des deux récitals qu'il donna l'an dernier à Bruxelles.\n Karl Friedberg n'est point un pianiste en quête des vains et relativement\nfaciles succès obtenus par la maîtrise de la technique et la virtuosité pour la\nvirtuosité.\n   Interprète dans toute la force du terme, il est bien moins soucieux de\nbriller lui-même que de faire jaillir la poésie des œuvres, et à cet égard, son\ninterprétation du Concerto de Schumann, l'une des plus parfaitement com-\npréhensives que nous ayions entendue depuis Pugno et Kleeberg, pourrait\nservir de modèle. Coloriste subtil et pénétrant, il en donne une version noble\nautant qu'expressive mais avant tout discrète, en absolue concordance avec\nl'essence même de cette œuvre, qui, à vrai dire, est moins un concerto qu'une\nsymphonie où le piano tenant sa place à côté des autres éléments de l'orchestre,\nremplit un rôle qui, pour être prépondérant, ne doit point cependant revêtir\nde caractère absorbant et exclusif. Après une Méditation de Strauss, Aux bords\nd'une source solitatre, toute en harmonies mystérieuses et en pianissimi\nimpalpables, le grand artiste a situé le Nocturne en la bémol de Chopin en une\natmosphère de rêve et de tendresse délicieusement caressante, puis il rythma\nmagnifiquement la Polonaise en fa dièze mineur du môme auteur, bien que\nnous eussions aimé plus d'ampleur héroïque dans l'exposé de la phrase princi­\npale, d'une si frémissante envolée.\n   M.Karl Panzner, chef d'orchestre des Festivals rhénans, possède un indé­\nniable prestige d'autorité, de calme, de science profonde. Il dirigea d'abord la\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                              REVUE     DU   MOIS                            123\n\n\npremière Symphonie de Brahms, dégageant à souhait tout ce qu'elle comporte\nde beauté grave et de grandeur majestueuse, puis imprima un essor splendide\naux pièces de Wagner, Prélude et Mort d'Yseult, Prélude des Maîtres Chan-\nteurs et surtout au Don Juan de Strauss qui par son coloris splendide, la struc­\nture géante de ses polyphonies, la saveur et l'extraordinaire variété de ses\nmodes expressifs, peut être considérée comme une des plus fortes créations du\ngrand symphoniste allemand.\n                                        *\n                                      * *\n\n    Le deuxième concert du Conservatoire fut une magnifique fête d'art, tant\npour l'intérêt capital et la rare beauté des œuvres inscrites au programme\nque pour la perfection des interprétations mises au point avec un soin tout\nparticulier par l'éminent chef de notre Conservatoire et où la noble artiste\nqu'est Mlle Philippi eut aussi une part considérable.\n   On commença par la Cantate Nuptiale de Bach, n° 197 (Première Partie et\nConclusion) où il y a surtout lieu de signaler le chœur majestueux du début et\nl'air de contralto que Mlle Philippi dit avec une émouvante ferveur d'accent.\nElle révéla encore sa merveilleuse compréhension de Bach dans la cantate\nSchlage doch, gewünschte Stunde, où est exprimée de façon ineffable cette\nnostalgie de la Mort, en qui le cantor de Leipzig voyait l'Attendue désirée, la\nLibératrice suprême et qui constitue un des traits les plus caractéristiques de\nla psychologie et de la physionomie morale du sublime artiste.\n   Mlle Philippi est une interprète idéale. Sa voix souple, charmeuse, aux\ninflexions pénétrantes et suaves, est conduite avec une sûreté et un art sur­\nprenants. Elle fut acclamée avec enthousiasme dans une série de lieder de\nSchubert et de Brahms, dont elle traduisit éloquemment la poésie profonde, et\naussi dans la Rhapsodie de Brahms (op. 53) pour contralto, chœur d'hommes\net orchestre, une des pièces maîtresses du programme. Par l'élévation de la\npensée, la vigueur dramatique de l'accent, la couleur chaude et savoureuse\ndes harmonies, cette composition puissamment expressive qui débute,\nangoissée, dans une atmosphère tragiquement orageuse pour s'illuminer\nensuite de paix mélodieuse et extasiée, est assurément un des poèmes les plus\ninspirés du maître de Hambourg.\n   On entendit encore avec plaisir une gracieuse symphonie en ut majeur,\ncomposée vers l'an 1793, dans la manière naïve et pimpante de Haydn, et\nattribuée à Beethoven.\n    Enfin le Te Deum de Bruckner pour soli, chœurs, orchestre et orgue (Le\nquatuor solo confié à M1les Viceroy et Latinis, MM. Mertens et Morissen qui\ntous surmontèrent vaillamment les difficultés de leur tâche. )\n    Ce Te Deum est conçu dans un style plutôt extérieur et décoratif, mais\nl'œuvre s'affirme belle cependant, dans la première partie surtout, par sa\n forme altièrement solennelle, par l'ampleur de 1 édifice sonore et l'éclat superbe\n du lyrisme.\n                                                    G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "124                                DURENDAL\n\n\n\n\n                              Les Expositions\n   « Pour l'Art » XX e Exposition annuelle. — Le grand tableau\nde M. Camille Lambert, qui, sous le titre « Réunion d'Artistes », groupait\nles portraits d'une quarantaine de membres de la société « Pour l'Art », semble\navoir accaparé une grande partie de l'intérêt qu'offrait le XXe Salon annuel.\n   Nous n'avons pas tous les jours la chance de contempler une œuvre d'une\ntelle importance et d'une si belle venue. Songeons qu'à notre époque de redin­\ngotes et d'habits noirs, de faux cols et de bottines vernies il n'est pas facile de\ndonner quelque variété à ces réunions masculines. Avouons que nous sommes\nfunèbres, dans nos fracs sombres, colletés et plastronnés de blanc! Au temps\noù Franz Hals peignait les officiers du corps des archers de Saint-Georges et\nde Saint-Adrien régnaient les soirées mates, les dentelles légères, les satins\nmiroitants; que de ressources évoquent ces choses et que de fantaisie!\n   De nos jours les deux couleurs les plus froides, les plus inexpressives\ncomposent l'harmonie de nos accoutrements de fête, le peintre n'a plus\ncomme dernière ressource, que nos figures. Et quelles figures? Voyez plutôt\ncelles de ces quarante artistes. Quatre ou cinq, sans plus, ont la tête de\nl'emploi, les autres sont des messieurs très gais, très « comme il faut », fumant\njoyeusement de courtes pipes anglaises ou de longs havanes, ils ont de la\ntenue, de la correction; tout cela fait un ensemble d'une pauvreté lamentable\npar ses lignes et par son coloris.\n   Si je me suis un peu attardé sur ce point c'est pour mieux féliciter\nM. Lambert d'avoir trouvé tant de ressources dans cette indigence, de nous\nl'avoir même fait oublier par le côté vivant de ses personnages. On ne peut\npas rire plus joyeusement que M. Orner Coppens, fumer avec plus de satis­\nfaction que M. Verhaeren.\n   Chaque chose est à sa place, l'air circule entre les convives, la même\nlumière les baigne, les conversations vont leur train, nul — hormis deux ou\ntrois personnes, au fond — ne songe à l'opérateur... et voilà, nous parait-il,\nde sérieuses qualités.\n   Il y en a d'autres. M. Lambert a pu donner libre cours à ses ardeurs de\npeintre, il a brossé cette énorme toile avec fougue, avec impétuosité, bien peu\nd'endroits sentent la lourdeur ou la fatigue; pour tout dire : c'est dessiné avec\nesprit et c'est peint aisément. Plusieurs tètes, m'a-t-on dit, ont été exécutées\nen moins d'une heure, c'est le procédé des grands maîtres.\n   Quant aux amateurs de « ressemblance » il seront satisfaits. Tous ceux qui\nles connaissaient ont admiré M. Richard, député permanent à l'air goguenard,\nM. Wolfers dont la pose à elle seule révèle l'homme « calé », M. Ciamberlani,\nM. Binard, M. Lynen très jovial.\n   Au centre du tableau la table chargée des reliefs du banquet nous présente\nquelques morceaux de choix : un melon, une bouteille d'eau de Vittel, des\nbouteilles de champagne, tout cela enlevé avec un brio déconcertant.\n   Après ces éloges je crois pouvoir faire un reproche à M. Lambert. Pourquoi\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                               REVUE     DU   MOIS                             125\n\n\n a-t-il éprouvé le besoin de détruire l'harmonie de son œuvre par tout l'éclat\n d'un arrière-plan de feuilles jaunes aveuglantes? C'est d'un vilain ton d'abord,\n et ensuite, cela n'est pas en place; au lieu de donner de l'air cela en prend !\n Tâchez, monsieur Lambert, d'atténuer ce tintamarre inutile, diminuez la\n violence de ces accents, tout le monde y gagnera, me semble-t-il, à commencer\n par ce dont nous nous occupons.\n    Plus loin, un autre artiste de talent exposait une bonne page vivante et\n lumineuse. C'est M. Oleffe avec un déjeuner à Auderghem, catalogué :\n « Printemps ». On reconnaît les « Oleffe » à grande distance : ce sont toujours\ndes déjeuners, en plein air, à Auderghem, c'est toujours très clair, très juste et\ngénéralement d'une tonalité agréable. De près, l'on éprouve quelques\nsurprises. Aucun personnage n'a les prunelles dans les orbites, leurs yeux sont\nfigurés par de petits pains à cacheter noirs posés dans la région des paupières,\nle plus souvent par-dessus, les mains ne sont pas toujours le prolongement des\n bras, le sol chavire en plusieurs places. Et malgré tout l'on s'arrête devant ces\ntoiles plus captivé par leurs grandes qualités que choqué par leurs défauts ;\ndans les murailles de nos « Salons » elles font de larges trouées d'air, de vie et\nde lumière.\n    L'on trouvera que ces trois mots me font passer sur bien des choses ! Ma\nfoi. oui. Je suis de ceux que des effets compliqués autant que faux, que des\nfinesses de détail où d'exécution ne jettent pas dans l'extase. Je me range à\nl'avis d'Arsène Alexandre écrivant quelque part :\n    « Il est naturel que ceux qui sont plus sensibles aux tours de force de la\nmain qu'aux œuvres de force de l'esprit soient déconcertés devant les grandes\nvisions tandis qu'ils sont charmés des habiletés même puériles, des correc­\ntions même ennuyeuses et froides. C'est pour la même raison que chez les\nartistes qui ont eu les visions les plus sublimes, se rencontrent des sortes\nde dédains que le plus médiocre des passants peut remarquer et triomphe de\nconstater. »\n   Rassurez-vous, je n'irai pas jusqu'à appeler « vision sublime » le grimaçant\net encombrant bébé qu'on pose tout nu sur la table, quand on déjeune à\nAuderghem. Moins encore, j'appellerais « vision sublime » l'idée de repré­\nsenter une chair d'enfant sur une nappe blanche dans les tons noirâtres de ce\ngosse déshabillé. Non ! monsieur Oleffe, du rose et du blanc, des tons de nacre\net des gris perle ne font pas du noir de suie! Ou bien votre gosse a couru\ndans un endroit malpropre avant de s'asseoir entre le sucrier et le pot au lait\nou bien... vous ne l'avez pas regardé.\n   Mais si je m'élève contre les bébés envahisseurs de tables, si je blâme votre\nfaçon de peindre les yeux à fleur de paupières, j'admire sans réserve votre\ngamine de l'avant-plan tournant vers nous, dans une attitude pleine d'aban­\ndon et de vérité, de vrais yeux, cette fois, faits selon les lois de la nature et de\nla beauté. Je goûte fort l'heureuse disposition de vos personnages et l'exquise\ntonalité de votre nappe émaillée de faïences ; c'est très gai tout cela et c'est\nbien du plein air.\n    Impossible d'en dire autant d'un Matin de lumière de M. Van Holder. La\npremière esquisse faite sur nature était sans doute meilleure. Ceci sent terri-\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": " I26                                DURENDAL\n\n\n  blement l'atelier et l'effort. Le Poème, qu'une dame en noir lit à deux autres\n femmes dans une chambre vide, pèche par le même défaut! C'est trop\n arrangé! trop apprêté! à cent lieues le modèle s'y devine. Et pourquoi peindre\n et repeindre ainsi en lourdes couches? Posez votre ton plus hardiment et puis\n n'y revenez plus. Cela devient si cotonneux; toutes ces molles surfaces sont\n ennuyeuses : vos dentelles, vos soies, vos velours ont la même épaisseur, ils\n reçoivent et renvoient la lumière dans les mêmes proportions. L'on voudrait\n réveiller ces trois femmes, secouer leurs robes, faire un courant d'air dans cette\n chambre; les pauvres créatures vont mourir comme elles sont là !\n    Que dire des paysages de M. de Saedeleer? C'est beau, il y a du style là\n dedans et un sens profond de l'harmonie, il y a même davantage : on est\n charmé par quelque chose de délicat et de sévère, touché par une note tendre\n et recueillie que ces aspects de neige, vus par un œil de primitif et traités\n dans le métier du XVe siècle, dégagent naturellement par le seul effet de leur\n belle venue. Mais que M. de Saedeleer renonce à peindre des blés jaunes sous\n un ciel bleu; c'est un conseil que je me permets de lui donner, l'engageant à\n s'en tenir aux neiges éternelles.\n    Je devrais encore parler de M. Artot, de M. Fabry, de M. Ciamberlani,\n mais je ne fus déjà que trop long et j'abrège.\n    M. Michel s'est lancé dans la grande miniature de deux mètres de haut;\n M. Verhaeren s'obstine à peindre en diagonale des symphonies de verts, de\n rouges et de bleus; M. Janssens reste fidèle aux intérieurs très époussetés, et\n M. Baes aux demoiselles veloutées qui ont les yeux humides; M. Binard nous\n'montre les combats du soleil et des nuages, le premier cherchant à percer les\n seconds sans y parvenir jamais; M. Langaskens compose de grandes allé­\n gories dites décoratives, où il entre des ciels rocailleux, des temples, des fleurs,\n des hommes, des femmes, beaucoup de bleu de Prusse et beaucoup d'effort, ii\n y a des quantités d'hercules là dedans (avec des mollets! !) qui soulèvent des\n poids épouvantables. Nous les laisserons à leur pénible besogne et arriverons\n bien vite à la sculpture.\n    Au premier rang nous placerons les petits bronzes de M. Rousseau, d'une\n si large conception malgré leur petit volume, d'une science si sûre, sans avi­\n dité et sans extravagance. Au fond de la salle un groupe important, la Matu-\n rité, attire l'œil. Belle tête de vieillard au centre couronnant un corps un peu\n mou et mal appuyé. Par derrière, quelques âges de la vie : une délicieuse\n enfant à genoux en figure le printemps, la fleur dont elle aspire l'odeur la grise\n de l'enivrant parfum de la jeunesse, c'est une nudité exquise, chaste comme\n un lis; à côté d'elle, debout, une jeune femme chargée de fruits lui sourit;\n sous le voile très léger qui la couvre, M. Rousseau aurait pu accentuer\n davantage les lignes du corps, l'équilibre des masses y eût gagné sans doute;\n des fiancés, à droite (la jeune fille est charmante), se font des confidences, et\n un homme nous tourne le dos. En somme, il y a de bons éléments dans cette\n œuvre imposante, mais il y manque un peu de cohésion.\n    Dans celle de M. d'Haveloose il en manque bien davantage, nous sommes\n ici en pleine insouciance, en pleine fantaisie. La danseuse qu'il exposait l'an\n dernier au Salon de printemps révélait une fière nature, elle se trouve escortée\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                               REVUE     DU   MOIS                             127\n\n\nici de deux femmes balourdes et entourée de quelques études étalant sur des\nsocles une insuffisance criante. Vous arriviez, jeune homme, avec tant de pro­\nmesses, tâchez donc de ne pas les faire mentir, travaillez davantage, prenez de\nla peine, dirait le fabuliste, et il ajouterait : « Surveillez vos talents, car sans\nrègle et sans frein tôt ou tard on succombe. »\n   M. Wolfers a fait éclore, lui, des essaims de petites danseuses aux jambes\ntendues et un groupe figurant l'Eté; c'est de l'art joli et très élégant. Pourquoi\ncela s'appelle l'été plutôt qu'autre chose? Je n'en sais rien ; cela n'a d'ailleurs\naucune espèce d'importance.\n   Ce qui en a davantage, quand on veut produire « l'œuvre d'art », c'est\nd'avoir l'âme sensible, plus sensible au sens profond des choses qu'au détail\nde leurs formes, très attentive à y découvrir les manifestations si multiples et\nsi variées de la « vie » ; c'est là que les talents iront s'alimenter s'ils veulent\nposséder le secret de la jeunesse, de la croissance et de l'épanouissement, en\nmême temps que celui de nous toucher par ce qui nous intéresse et nous inté­\nressera toujours.\n                                           *\n                                          * *\n   Expositions Roidot et Ludwig au Cercle Artistique. —\nCeux qui aiment des tableaux « à regarder de près » feront bien de ne pas\nacheter d'oeuvres de M. Roidot. Ils n'en auraient pas pour leur argent. Ces\ntoiles, vues à petite distance, sont les plus vilaines macédoines de tons qui se\npuissent imaginer; leurs surfaces raboteuses, granuleuses, hérissées de rocailles,\nde croûtes et de pustules, plissées à certains endroits, polies à d'autres, leur\nlaisseront une très piètre impression. Le spectacle des verts acides, des rouges\nfarouches, des bleus outrageants, des jaunes criards luttants sur les cimaises\nleur donnera des vertiges ou leur fera pousser des soupirs sur le sort de la pein­\nture moderne.\n    Passons sur le métier de M. Roidot; il n'est pas recommandable, à coup\nsûr, ni agréable à l'œil; c'est laborieux et désordonné, sale et décousu ! Toute­\nfois, si nous prenons la peine de regarder cette boue à distance, elle va s'illu­\nminer; si nous clignons un peu les yeux, les tons s'harmonisent ; si nous nous\nlaissons imprégner par le sentiment dont ces œuvres sont nées, le soleil, l'air,\nla vie qu'elles renferment nous saisiront; tout sera baigné de clarté, les hori­\nzons fuiront, les plans s'espaceront. Que cela s'appelle Un soir à la Senne ou\n le Moulin de Volsem, mirant dans l'eau les bleus de son toit avec les roses de\n ses murailles, ce sont d'excellentes pages attestant des qualités précieuses servies\n par un œil artiste.\n    Mais que M. Roidot y prenne garde ! qu'il évite de donner trop d'accent aux\n effets délicats surpris à la douce lumière des heures matinales ou dans la mélan­\n colie des soirs, il deviendrait insupportable en perdant tout le charme de son\n talent.\n    A côté de ce plein air, les braves paysages de tout repos que fabrique\n M. Ludwig paraissent bien noirs et bien morts... et ils le sont. Les ciels ont\n la transparence du silex, les animaux la rigidité du bois, les terrains la solidité\n du coton ! Je m'étonne qu'il n'ait pas vendu davantage, ces tours de force\n plaisent toujours.                                                     R. G. G.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "                                 DURENDAL\n\n\n\n\n                         An Théâtre du Parc\n   L ' A v e n t u r i e r . Comédie d'ALFRED CAPUS.\n   Dans l'innombrable production du théâtre contemporain, l'Aventurier de\nCapus se distingue et se recommande, tant par sa bonne tenue morale que par\nson vif agrément et par ses qualités de style. Cette comédie sans adultère,\nabsolument irréprochable, reste une des plus jolies pièces qu'on ait vues\ndepuis longtemps. Aussi bien a-t-elle eu, au Parc, un succès du meilleur aloi,\net, par surcroit, des plus durable. Puisse cette nouvelle expérience engager\nM. Reding à persister dans une voie où l'on peut trouver ensemble de l'hon­\nneur et du profit !\n   L'interprétation, l'excellent Krauss en tête, nous a permis d'apprécier\nMlle Borgas, une débutante d'avenir.                                 F. A.\n\n\n\n                          Revue des Revues\n  — L'Amitié de France publie un article d'Emile Baumann à la louange de\n« La Maîtresse-servante » de Jérôme et Jean Tharaud. Cela paraîtra piquant\nà certains qui ont prétendu que les frères Tharaud avaient plagié dans ce\nroman : La Fosse aux Lions. Une très nette et très synthétique étude de\nM. Georges Dumesnil sur « les Réflexions sur la violence » de Georges Sorel.\n  — La Revue générale. Peu de pages littéraires dans le numéro de février.\nSauf un fragment de récit de voyage que M. Jules Leclercq n'a pas encore\nmis en sonnets.\n  — La Nouvelle Revue française donne trois poèmes nouveaux d'Emile\nVerhaeren. L'un est intitulé Le Lierre et contient ces admirables strophes :\n\n         D'après le sol changeant il ruse ou bien s'exalte;\n         Il se prouve, rapide ou lent, brusque ou sournois;\n         Son chemin tour à tour est sinueux ou droit :\n         Il connaît le détour, mais ignore la halte.\n\n         Et, dès le printemps clair, si quelque tronc ardent\n         Etage auprès de lui ses branches      graduées,\n         Vite il l'assaille et mord son écorce imbriquée\n         Avec l'acharnement     d'un million de dents.\n\n        Humble et caché jadis sous la terre âpre et nue\n        Son travail aujourd'hui se fait    dominateur,\n        Il s'adjuge l'élan, et bientôt la hauteur\n        De l'arbre qu'il étreint pour monter jusqu'aux  nues.\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                             REVUE DU MOIS                                I2g\n\n\n         Il frémit de lumière et s'exalte de vent.\n         Sa force est devenue ardente et fraternelle,\n         Son feuillage léger comme un vêtement d'ailes\n         Le soulève, le porte et le pousse en avant.\n\n         Chaque rameau conquis lui est support et proie\n         Pourtant, ayant appris sous terre ù se dompter\n         Au point de ne lâcher jamais sa volonté,\n         Il est si sûr de lui qu'il domine sa joie.\n\n         Toujours il tord à point sa multiple   vigueur\n         Fibre après fibre, au creux des moindres fentes\n         Et n'écoute qu'au soir tombant les brises lentes\n         Chanter en lui et l'émouvoir de leurs    rumeurs.\n\n         Et quand toute son œuvre, un jour, sera parfaite\n         Et qu'il ne sera plus qu'un végétal brasier\n         Serrant en son feuillage un arbre tout entier\n         Immensément,    depuis les pieds jusqu'à la tête,\n\n         Il voudra plus encor, et ses plus fins réseaux\n         N'ayant plus de soutiens, s'élanceront quand même\n         Dieu sait dans quel élan de conquête        suprême\n         Vers le vide, et l'espace, et la clarté d'en haut...\n\n  — La Revue du temps présent. Un beau poème de Louis Mercier : Prière\naux Rois Mages.\n  — Le Mercure de France. L'œuvre de Léon Dierx, par M. Henri Dérieux.\nLes habituels amoralismes de la famille Gourmont.\n  — L'Occident (numéro de novembre 1910) contient un Diptyque d'Adrien\nMithouard, d'une admirable noblesse d'allure. J'en détache ces quelques vers :\n\n        Vous étiez aussi purs, motets dans les coupoles,\n        Lorsque sur les voix les voix prenaient leur vol,\n        Et que vibrait sous la voûte encor, la cadence finie,\n        L'écho mal aboli de vos    polyphonies,\n        Masses des chœurs, foules du clair Haendel,\n        Accords parfaits, puissants comme des citadelles,\n        Quand vous emplissez les théâtres     anglais\n        Lorsque la première fois sous l'archet    jubilait\n        La sonate du tendre et du divin César,\n        Ou que les cuivres rédempteurs, sur les démons épars\n        Secouaient de splendides    lambeaux,\n        Accents des premiers jours, vous étiez aussi beaux!\n\n  Dans le numéro de décembre, le début d'une nouvelle de M. F. Passelecq.\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "130                            DURENDAL\n\n\n\n  — Toutes les revues ce mois-ci sont pleines de beaux vers. La Belgique\nartistique et littéraire elle-même nous offre un poème vibrant et paroxyste\nde Lucien Christophe, où tout à coup éclate cette strophe :\n\n        Fermons nos livres et ouvrons nos âmes :\n        Des tâches hantes nous réclament ;\n        Nous avons plus et mieux à faire\n        Qu'à nous complaire à des calculs\n        Et à déplacer des virgules\n        Dans les œuvres de nos confrères ;\n        O mes amis,\n        Nous avons mieux à nous offrir les uns aux     autres;\n        Voici le temps que nous avons assez dormi;\n        Chacun a dans ses yeux la flamme des apôtres,\n        Chacun a dans son cœur de sublimes     croyances\n        Et d'héroïques flamboyances !\n        Nous devons unir tout cela,\n        Nous devons fondre tout cela\n        Et réaliser nos promesses,\n        O nous qui sommes venus là\n        Pour chanter l'hymne ardent de lumière et de feu\n        Comme une foule au sacrifice de la messe,\n        Baissant les yeux et courbant les genoux.\n        S'en vient pour adorer son Dieu;\n        Nous qui levons nos yeux et nos âmes, ô nous\n        Qui nous donnons la main et formons une ronde,\n        Nous devons une fois encor\n        Tenter l'immense, l'héroïque et tendre effort,\n        De chasser l'abject et l'immonde,\n        L'immense effort — une fois de plus, une fois! —\n        De conquérir à notre foi\n        Le monde!\n\n   — Les Marches de l'Est. La fin des belles Heures bénédictines de\nM. Edouard Schneider.\n   — Le Double Bouquet. Le Mercure de France avait découvert dans l'avant-\ndernier numéro de cette charmante revue un très beau poème de M. Charles\nGrolleau. Quand il avait paru trois mois avant, dans Durendal, M. Charles-\nHenry Hirsch ne s'en était point aperçu. Dans le numéro du 15 février,\nM. Charles Grolleau donne encore une page de beaux vers catholiques : Aux\nPoètes. J'ai fait tant de citations dans cette Revue des Revues que je n'ose\nciter encore. Dans ce cahier où écrivent quelques purs poètes détonnent les\nbanales et malodorantes proses d'un certain M. Alaux. Qu'on l'y jette!\n\n                                                                       X.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                           LES LIVRES\n\n\n   L e s P o è m e s . — M. Georges Marlow doit parler d a n s Durendal de\nM. Grégoire Le R o y . J'attends la fin des Géorgiques chrétiennes de F r a n c i s\nJammes pour donner sur cette œ u v r e capitale un article d'ensemble. Ayant\nécarté ainsi de la présente revue les deux poèmes principaux parus cet hiver\nen Belgique et en F r a n c e , il me reste à dire quelques mots des poetae minores\nqui ont c h a r m é ou encombré mes soirs d'hiver. Je veux citer d'abord le\nPèlerinage intérieur (1) de M. Gaston P u l i n g s . C'est u n e œuvre chrétienne,\ntrès fière et très haute, mais de forme un peu chaotique et écrite sans souci,\nsemble-t-il, de la perfection verbale. On peut attendre plus et mieux d'un\npoète qui va chercher son inspiration aux sources m ê m e s de la Beauté. Il y\na une fort belle page sans une tache. Elle est intitulée Ferveur :\n\n              ... Forêt de foi, cathédrale          gothique,\n          Aux credos absolus, à l'amour            élancé,\n          Vos vitraux    ont en eux le soleil        catholique\n                    De l'éternel  été...\n\n   Et voici un petit livre vibrant du m ê m e souffle. C'est Avec ferveur (2) que\nM. René G e r m a n e écrit ses pages poétiques : Poèmes en prose pour chanter les\nfêtes de la Nature, du Coeur et du Ciel, inscrit-il en sous-titre sur la couverture\nblanche de son recueil. J'aime la sincérité de ce nouveau venu d a n s nos\nlettres, et la grâce de ses songes. Certes il y a dans ce mince volume plus\nd'intentions que de réalisations, mais on y goûte avec u n e joie singulière des\nmorceaux, comme celui que le poète intitula Notre-Dame de la Forêt, et qui\nsont mieux que des promesses.\n   Il y a des choses tout à fait c h a r m a n t e s d a n s la Voix qui chante (3) de\nM. Jean de Macar. E t M. Maurice Gauchez en réunissant ses Images de Hol-\nlande (4) à celles de M. Alf. van B e u r d e n a fait u n volume aussi agréable\naux yeux que propice au rêve. L'art de M . M a u r i c e Gauchez est certes un\npeu facile, il a des rimes banales et des images u n peu usées, et q u a n d il\nvogue vers les îles, c'est d a n s u n b a t e a u qui a déjà fait souvent la traversée;\nmais il sait, d a n s la lumière exacte, d a n s l'atmosphère appropriée situer la\n\n\n  (1) Bruxelles, Dinkinson.\n  (2) Gaud, Vander Schelden.\n  (3) Association des écrivains belges.\n  (4) Bruxelles, Lamberty.\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "132                                 DURENDAL\n\n\n\nsilhouette des villes qu'il évoque ou la ligne des paysages qu'il peint. Lisons\nensemble si vous voulez cette Impression mosane :\n\n          Six longs et lourds chalands derrière un   remorqueur\n          Remontent vers Dordrecht le courant de l'eau grise\n          Avec au-dessus d'eux l'haleine du vapeur\n          Comme un panache sombre agité par la brise.\n\n          Le soir, dans un brouillard, s'élève peu à peu,\n          Et semble joindre ainsi les digues    parallèles\n          Qui, côtoyant la Meuse et la bordant de bleu,\n          S'étreignent prudemment     de leurs ombres      jumelles.\n\n          Et les bateaux s'en vont. Leurs noms, marqués          d'argent,\n          Naïfs et féminins à la mode    flamande,\n          Evoquent les amours de l'homme ou de l'enfant\n          Et rappellent ainsi les îles de Zélande...\n\n          Les cabines ont l'air de petites    maisons,\n          Avec à leurs carreaux l'écran de toile bleue,\n          Et sur leur toit, les fleurs en fleurs de la saison,\n          Comme on en voit chez nous aux jardins de banlieue.\n\n          Les bateliers assis, ménages au complet,\n          D'un pont à l'autre pont se parlent de voyage;\n          Le chien de chaque bord tend l'oreille et se tait,\n          Et parfois un enfant dit bonsoir au rivage.\n\n          Et toute la flottille entraine à l'horizon,\n          Patriarcale enfant, nomade et patiente,\n          Qui s'en va lentement vers le pays     wallon,\n          La Hollande paisible, agréable et pimpante...\n\n   On traite de « grand poète spiritualiste » M. Gustave Zidler dont un livre\nde poèmes Pour retrouver l'enfant (1) paraît dans la très estimable collection de\nla Revue des Poètes. C'est un père désolé qui pleure son enfant mort, et c'est\ndéchirant parce que la douleur chantée est profonde et vraie .. Mais il est\nsi difficile de dire le Fiat volunias tua sans évoquer les strophes immortelles\nde A Villequiers... Dans la même collection M. Gabriel Aubray publie les\nDernières veillées (2), poèmes posthumes d'Arsène Vermenouze, le chantre de\nMon Auvergne, et c'est une œuvre de piété comme les éloges que recevra ce\nlivre seront une œuvre de justice.\n   Nous devons lire sans trop sourire les vers de M. Gaston Robert qui jadis\n\n\n  (1) Paris, La revue des poètes.\n  (2) Ibid.\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                                     LES LIVRES                                   133\n\npublia chez Falk, sous le titre Nos sonneries, les élévations de son cœur de\nsous-officier bien p e n s a n t et qui aujourd'ui encore c h a q u e soir Après la\nretraite (1) note de très honorables strophes en m a r g e des rapports ou dans ses\ncarnets de théorie; il est « plein de sentiments de nos purs enthousiasmes\nmilitaires » et il espère « l'ère de prospérité que symboliseraient la Croix et\nle Drapeau ». T o u t cela est fort louable. C o m m e art, cela hésite entre\nM l l e Klise T i c h o n et M . F e r n a n d Bourlet. L e docteur Valenlin doit aimer\nce clairon belge du Christ. N o u s ne devons pas rire non plus de M l l e M a d e ­\nleine Grain qui d a n s son recueil Vers la Sincérité (2) n o u s confie ces choses\npeu compliquées.\n                             J'ai le long des           prairies\n                             Côtoyant        les    vallons\n                             Pris sur les fleurs fleuries\n                             De légers           papillons.\n\n                            Du champ de mes        pensées\n                            J'ai longé les  sillons,\n                            J'ai, sur leurs fleurs    pressées,\n                            Pris d'autres     papillons...\n\nmais nous ne devons pas n o n plus témoigner u n enthousiasme délirant.\n  Il y a de bons vers et d'autres moins b o n s d a n s les Heures mortes (3) de\nM. J e a n Bouscatel. J'apprécie fort peu ce quatrain qu'il eut fallu oublier\ndans l'album où M . J e a n Bouscatel l'improvisa.\n\n                   Nous aurons vu notre       chimère\n          Dans   un frêle miroir qu'un souffle a pu               ternir,\n                   Mais que de l'amour     éphémère\n          Naissent  l'affection et le beau   Souvenir.\n\n  Par contre j ' a i m e singulièrement, pour sa jeunesse allègre, u n petit morceau\nintitulé Soirs :\n\n                     Mais    il est des soirs où l'artiste    chante!\n\n   Si la revue des Marches de l'Est a p a t r o n n é la publication de la Paresse\nttoilée (4) de M . R e n é d'Alsace c'est pour la double raison que les vers en\nsont jolis et que M. R e n é d'Alsace a su trouver de belles strophes pour\nchanter les pays anexés. Voulez-vous savoir si le poète est supérieur au\npatriote ou le patriote a u poète, lisez le livre léger, j e u n e et fleuri de celui\nqui pendant trois ans rédigea L'Œillet rose... E t si M. Ad. van Bever préfaça\n\n\n  (1) Namur, Godenne.\n  (2) Paris, Sansot.\n  (3) Paris, Sansot.\n  (4) Paris, éditions des Marches de l'Est.\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "134                                  DURENDAL\n\n\n\nla Pluies au printemps (1) (le titre exquis!) de M. Albert-Jean c'est qu'il fut sans\ndoute pris au cœur, dès la première page de ce poème de la vingtième année\npar ces vers émus de la dédicace :\n\n         Ma mère, voici mon livre.\n         Je l'ai écrit avec mon cœur gonflé de toi\n         A en crier. Je l'ai écrit, moi qui n'ai pas la Foi,\n         Religieusement,    car je pensais à toi.\n         Je l'ai écrit dans la solitude et le deuil;\n         Je l'ai conçu parmi l'horreur de ton départ ;\n         Ces sanglots, je les ai râles sur ton cercueil;\n         Cette douceur, je l'ai trouvée dans un tiroir\n         De ton bureau, en déchirant de vieilles lettres.\n         O toi qui fus si doucement ma mère,\n\n         O toi qui sus te faire aimer comme une amie,\n         Voici mon livre... Comme jadis\n         Assieds-toi sous la lampe, croise les mains dans la            lumière\n         Et dis-moi, toujours aussi câlinement :\n         « Je suis prête, voilà... Lis tes vers, mon enfant. »\n\n   Le cœur avide d'Infini (2). Je signale pour finir ce beau livre, cet admirable\nlivre paru hier de M. Noël Nouët. Et je le signale très vite parce qu'il ne\nfaut point tarder à saluer des œuvres de cette altitude et très brièvement\nparce que j'en reparlerai le jour où j'étudierai dans son ensemble la renais­\nsance de la poésie spiritualiste. Quel abîme entre les poèmes sans Dieu et\nceux-ci où palpite un principe d'éternité. Et quel bond il faut faire pour, des\nprairies de Mlle Grain et des mélancolies de M. Bouscatel, atteindre les\ncimes où habite un poète chrétien. Qu'on en juge par ce simple petit poème\n\n          Non, je vous aime trop pour vous aimer ainsi :\n          J'ai soif d'affinités intégrales, et si\n          Nous ne partageons plus une même espérance,\n          Si vous ne pouvez plus me suivre où je m'élance,\n          Si vous ne pouvez pas mettre       l'éternité\n          Au-dessus des instants que Dieu nous a comptés,\n          Si vous avez assez d'une heure        passagère\n          Pour aimer, pour chanter, pour chercher la lumière,\n          Si vos baisers n'ont pas ce parfum        d'absolu\n           Que je guette partout, que j'ai toujours       voulu,\n           Dont mon coeur restera farouchement          avide,\n           Et si, quand nous marchons au fond des nefs splendides.\n\n\n  (1) Paris, Georges Crès.\n  (2) Paris, édition de la Revue du temps   prisent.\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                                     LES LIVRES                                        135\n\n          Quand nous passons le soir à côté des         tombeaux,\n          Nous ne murmurons      pas les mêmes graves       mots\n          Et ne soupirons  pas d'émotions       semblables,\n          Enfin si ce malheur   est     irrémédiable,\n          Si l'amour ne peut faire un miracle en ce lieu\n          Au nom de cet amour lui-même,        adieu!    adieu!\n                                                                   PIERRE    NOTHOMB.\n\n\nL a m a r c h e m o n t a n t e d ' u n e g é n é r a t i o n , par JOSEPH AGEORGES.\n   — (Paris, Figuières.)\nC o n t e s d u m o u l i n b r û l é , par JOSEPH AGEORGES. — (Paris, Librairie\n    universelle.)\n   C'est un c h a r m a n t esprit que J o s e p h Ageorges, en même temps qu'il n o u s\ninstruit et nous divertit sur n la Marche m o n t a n t e d ' u n e génération (1) »\n(petit livre extrêmement curieux au point de vue de l'histoire des idées\ncatholiques, à P a r i s , p e n d a n t ces vingt dernières années) en m ê m e t e m p s ,\ndis-je, il nous envoie tout u n lot de contes de son b e a u pays de Berry. Q u a ­\nlités rares, ces pages gardent la véritable saveur du terroir, elles sont popu­\nlaires dans le meilleur sens du mot, et leur vertu artiste reste toujours\nsensible. M. Ageorges a b e a u c o u p d'esprit, sans trop le m o n t r e r ; la joyeuse\nleçon morale et le trait qui porte jaillissent de la situation m ê m e , l'auteur a\nl'air d'être seulement là aux aguets avec des oreilles et des yeux qui\nretiennent. Dieu sait pourtant s'il prête plus qu'il n ' e m p r u n t e ! E n ces temps\nlittéraires de régionalisme, de tradition, de folklore, — et en tout temps\nd'ailleurs — ces contes ne peuvent m a n q u e r d'être r e m a r q u é s . On aimera le\nstyle de M. Joseph Ageorges pour ce qu'il a d'enlevé sans effort, pour son\nentrain sincère et le son clair, bien français, qui m o n t e de toutes ces\njolies histoires.\n                                                                                 G. V.\n\n\n\n\n   (I) Voici quelques en-têtes de chapitres à seule fin de prouver l'intérêt « littéraire et\ncatholique » de cette contribution toujours actuelle : Esquisse de la Sorbonne en 1895;\nl'Affaire Dreyfus et l'Université; l'Institut catholique; la Jeunesse et Léon XIII; les\nNéo-chrétiens; le Si/Ion et M. Marc Sangnier; les Cahiers de la quinzaine et M. Charles\nPéguy; Maurice Barrés et les débuts du traditionnalisme; la Cocarde; L'Esprit pro­\ntestant contre l'Esprit catholique; la Croix; les Assomptionnistes et M. Etienne Lamy;\n\\'Action française...\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                                    NOTULES\n\n   Exposition           internationale                 d'art religieux                    moderne,\nsous les auspices de la Société des beaux-arts (du 4 mai au 16 juin 1912 au Salon\nde printemps, Palais du Cinquantenaire [aile gauche], à Bruxelles).\n\n           R è g l e m e n t s p é c i a l de l ' E x p o s i t i o n d'art r e l i g i e u x\n\n   ARTICLE PREMIER. — U n e Exposition internationale d'art religieux moderne\nest ouverte, sous les auspices de la Société royale des beaux-arts, à tous les\nartistes belges ou étrangers.\n   L ' E x p o s i t i o n sera exclusivement réservée aux œuvres d'art religieux\nm o d e r n e . L e s œuvres seront de peinture, sculpture, architecture, des\ndessins, gravures, images, livres ornés, vitraux, mosaïques, mobilier et\nvêtement. L e s œuvres immobilisées et non exposables pourront être repré­\nsentées par des maquettes, esquisses, photographies ou reproductions.\nSeront considérées comme religieuses les œuvres qui s'accordent avec un culte\npublic et qui peuvent normalement trouver place ou emploi dans un lieu de\nprière au ses d é p e n d a n c e s . Seront tenues pour modernes les œuvres\nexécutées par un artiste vivant ou décédé il y a moins de vingt-cinq a n s , de\nquelque technique qu'elles soient ou se réclament, mais à l'exclusion de\ncelles qui présentent un caractère purement archéologique dénué de toute émotion\ncréatrice originale.\n   A R T . 2. — Cette Exposition sera installée, à l'occasion du Salon de p r i n ­\ntemps, dans une partie des locaux de l'aile gauche du Cinquantenaire,\nà Bruxelles. L'inauguration aura lieu vers le 4 mai et la clôture se fera vers\nle 16 juin. Le Comité se réserve le droit de fermer l'Exposition c h a q u e fois\nq u ' u n e circonstance exceptionnelle lui paraîtrait exiger cette mesure.\n L'entrée sera libre pour tous les visiteurs du Salon de p r i n t e m p s . L e s\n exposants recevront une carte d'entrée personnelle et p e r m a n e n t e .\n    A R T . 3. — L'Exposition est administrée par un comité de direction\n comprenant sept membres, dont trois délégués par la Société royale des beaux-\n arts : Dom Sébastien B r a u n O. S. B . , M. E d m o n d de B r u y n , M. Jean\n De Mot, Dom Bruno Destrée O. S. B . , M. H . Fierens-Gevaert, M. L. Gen­\n debien, M. Alfred Verhaeren.\n    Ce comité pourra déléguer des pouvoirs à un ou plusieurs représentants\n étrangers.\n    A R T . 4. — T o u s les artistes belges et étrangers sont invités à exposer leurs\n œuvres conformes au p r o g r a m m e , et celles-ci seront soumises à l'examen du\n comité qui décidera de leur accueil à la majorité des voix. Le comité aura la\n faculté d'inviter particulièrement certains artistes étrangers. L e comité se\n réserve de placer les œuvres comme il lui conviendra.\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                                       NOTULES                                        137\n\n\n   A R T . 5. — Les œuvres devront parvenir à l'adresse de « M M . Mommen\net C ie , Exposition d'art religieux, Salon de p r i n t e m p s , Palais du C i n q u a n ­\ntenaire, Bruxelles » avant le 18 avril, et port p a y é . Les œuvres devront être\nsoigneusement fixées et emballées d a n s des caisses de bois fermées au moyen\nde vis; les œuvres sous vitres devront être protégées par des papiers collés.\nLes artistes sont priés d'encadrer convenablement les p e i n t u r e s , gravures et\ndessins, en évitant les passe-partout blancs, et de protéger par des vitres les\npastels, aquarelles, gravures, dessins et d o c u m e n t s .\n    Deux notices c o m p r e n a n t les d é n o m i n a t i o n s , dimensions et prix des\nœuvres envoyées, avec les n o m , p r é n o m s , lieu de naissance, nationalité et\nadresse des exposants, devront être dressées par les artistes. L ' u n e devra\nêtre envoyée avant le 3o mars, à M. L o u i s G e n d e b i e n , 55, rue Capouillet,\n Bruxelles, sans quoi l'œuvre ne pourrait figurer au catalogue; l'autre notice\n(étiquette) accompagnera l'envoi des œ u v r e s .\n    Aucune œuvre admise ne p o u r r a être retirée avant la clôture de l ' E x p o ­\n sition.\n    Les œuvres n o n admises devront être retirées les matins de jours\n ouvrables, de 9 heures à midi, p e n d a n t la durée de l'Exposition. Les œuvres\n exposées devront être retirées d a n s les huit j o u r s qui suivront la fermeture\n de l'Exposition. Des frais de magasinage seront réclamés des retardataires.\n   A R T . 6. — L e comité se chargera à ses frais d u déballage, du placement\net du réemballage des œ u v r e s . N é a n m o i n s les installations spéciales de\nvitrines, meubles et ensembles décoratifs seront aux frais et aux soins des\nexposants, moyennant l'agrément du c o m i t é .\n   A l'exception des personnes que leurs fonctions y appellent, nul ne peut\nêtre admis à visiter l'Exposition avant l'ouverture.\n   A R T . 7. — Le comité de l'Exposition n e r é p o n d en a u c u n e façon des\nrisques, n o t a m m e n t de perte, vol, bris, incendie, détérioration quelconque\natteignant les œuvres lui adressées, exposées ou n o n , avant, p e n d a n t ou\naprès, d a n s ou en d e h o r s de l'Exposition. Il décline toute responsabilité\npécuniaire quelle qu'elle soit. Il est loisible aux exposants de faire assurer\nleurs œuvres directement à leurs frais et hors l'intervention du comité.\n    A R T . 8. — Il sera perçu un droit de 10 p . c. sur le prix de vente des\n objets exposés vendus pendant ou à l'issue de l'Exposition, à l'intervention\n ou hors l'intervention de l'artiste. U n e œ u v r e signalée « à vendre » ne\n pourra être déclarée par le propriétaire \" pas à vendre » que m o y e n n a n t\n liquidation du dit droit.\n    A R T . 9. — U n catalogue général des œuvres exposées sera publié en\n langue française. Le comité décline toute responsabilité en ce qui concerne\n les erreurs ou omissions qui pourraient être c o m m i s e s .\n   ART. 10. — Aucune œ u v r e d'art, quelle qu'elle soit, figurant au Salon, ne\n pourra être dessinée, copiée, p h o t o g r a p h i é e ou reproduite sous une forme\n quelconque sans l'autorisation par écrit de l'exposant et du comité.\n    A R T . 11. — P a r le seul fait de l'envoi de leurs œuvres à l'Exposition, les\n artistes adhèrent sans réserves au présent règlement ainsi qu'aux dispo-\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "138                               DURENDAL\n\n\nsitions et mesures d'ordre qui pourraient être prises par le comité ulté­\nrieurement.\n   Pour tous renseignements, les artistes sont priés de s'adresser à M. Louis\nGendebien, 55, rue Capouillet, Bruxelles, qui consent à se charger du\nsecrétariat.\n                                      *\n                                     * *\n\n   Nous trouvons dans la « Petite chronique des Arts et des Lettres » que\nM. Louis Dumont-Wilden donne chaque semaine à l'Eventail ces lignes\nimpartiales à propos de l'Exposition d'art religieux qui s'organise à Bruxelles\net dont s'occupent si activement plusieurs de nos collaborateurs. A rappro­\ncher cette page de celle que l'Occident consacrait récemment au Salon d'art\nchrétien du Pavillon de Marsan.\n   « Le clou du Salon de Printemps qu'on commence à préparer, ce sera cette\nannée la partie de l'exposition consacrée à l'art religieux, à l'art chrétien\nmoderne. Cette idée fut inspirée au Comité de la Société des Beaux-Arts qui\norganise les Salons de Printemps par le succès de l'Exposition d'art chrétien\nmoderne qui eut lieu ce dernier automne à Paris. Il fut très discuté. Mais\nc'est, après tout, le meilleur succès d'un Salon d'art moderne que d'être très\ndiscuté. Si, dans une certaine mesure, on peut faire un accord sur l'art d'au­\ntrefois, en fait d'art moderne il n'arrive jamais qu'on rencontre l'unanimité\nde l'admiration. Il fut très discuté et il réveilla notamment de vieilles disputes\nau sujet des possibilités d'un art chrétien au XXe siècle. On a dit, on a répété\nque les artistes d'aujourd'hui, n'ayant plus la foi, ne peuvent nous donner\nque des œuvres décolorées, des pastiches ou des images de dilettante. Et\nd'abord, est-il vrai que les artistes n'aient plus la foi? Parmi les artistes\ncomme parmi les autres hommes, il y a plusieurs partis, ceux qui croient et\nceux qui ne croient pas, ceux qui vivent sans souci de l'au-delà, ceux qui\ncherchent le Dieu inconnu, ceux qui suivent aveuglément les enseignements\nde leur enfance. Et pourquoi le catholicisme serait-il devenu impuissant à\ninspirer les arts plastiques, alors qu'en littérature, après Verlaine, Hello et\nHuysmans, il inspira Claudel, Mithouard, Francis Jammes; en musique,\nCésar Franck, Vincent d'Indy, Bordes. A propos de l'Exposition de Paris,\nM. Arsène Alexandre disait, il est vrai : « Les vierges des sept douleurs en\n» robes bleues et roses avec des rayures d'or, les enfants Jésus en cire, les\n» calvaires avec des Romains peinturlurés sont de très suffisants prétextes\n» pour ceux qui prient; ils choquent seulement ceux qui, comme nous, vont\n» dans les églises pour ne pas prier. » Affirmation toute gratuite. Le chrétien\nn'adore pas l'image, elle n'est pour lui qu'une suggestion, et s'il a du goût, la\nsuggestion sera d'autant plus forte que l'image sera plus belle. Il est vrai que\npour le chrétien, l'image sainte est respectable — si laide soit-elle — par le\nsujet qu'elle représente, mais cela posé, il garde toute liberté d'exercer son\nsens critique. D'autre part, il n'est pas exact de dire que, seules, les époques\nde foi unanime aient produit les merveilles de l'art chrétien. A côté des splen­\ndeurs de l'art dit gothique, l'art catholique desXVIeetXVIIesiècles garde toute\nsa valeur. Or, y eut-il une époque où l'opinion des hommes sur le Divin ait\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                                   NOTULES                                   139\n\n\nété plus variable et plus contradictoire que celle-là? N'est-ce pas de l'art\nreligieux, et du plus grand, que le Moïse et la Pieta de Michel-Ange? Est-ce\nune raison parce qu'on comprend la sculpture antique pour qu'on ne puisse\nplus trouver d'inspiration dans les Evangiles? C'est une idée fausse, scolaire\net pédante, que de vouloir exclure la Renaissance de l'art religieux. Sous la\nrigueur du dogme, les possibilités d'interprétations artistiques et sentimen­\ntales restent infinies, et le Bernin, à sa manière, est peut-être aussi catholique\nque Claus Sluter; Rubens est aussi catholique que Memling.\n   » Pourtant, qu'il y ait eu une décadence de l'art religieux au XIXe siècle,\nc'est incontestable. Pendant longtemps, les artistes véritables se sont désin­\ntéressés de cette source d'inspiration, et les catholiques ont semblé donner\nraison à M. Arsène Alexandre. Autant la statuette de Saint-Sulpice que le\nchef-d'œuvre de la sculpture. Mais depuis quelques années il y a incontesta­\nblement un effort de rénovation très intéressant. Avec son hiératisme un peu\nscolaire, l'école de Beuron a composé des ensembles décoratifs très remar­\nquables; puis, comment passer sous silence les efforts individuels d'un senti­\nment si pur et si élevé que l'on doit à des artistes comme Maurice Denis,\ncomme Desvallières et comme Forain ? Il y a dans les œuvres de ces maîtres\nune tentative extrêmement curieuse de faire passer dans l'art catholique nos\ninquiétudes, nos curiosités, nos hardiesses les plus modernes. Aussi, ne\npeut-on trop louer le Comité de la Société des Beaux-Arts de l'initiative\nqu'il a prise. Elle nous vaudra une exposition pleine d'intérêt et de nou­\nveauté. »\n                                       * *\n\n   L e s A m i s d e l a m é d a i l l e . — L'assemblée annuelle de la Section\nbelge de la Société hollandaise-belge des amis de la médaille a eu lieu le\n28 janvier au Palais des Académies. Fondée il y a onze ans la Société\ncompte aujourd'hui trois cent quinze membres et son action a été des plus\nefficaces et des plus heureuses.\n   Au cours de la réunion présidée par M. A. de Witte, qui s'est plu tout\nd'abord à faire ressortir le zèle de ses principaux collaborateurs, MM. E.\nDe Breyne, Laloire et Verhas, diverses questions importantes ont été traitées.\n   Et pour commencer, une bonne nouvelle. I1 y aura chaque année trois\nmédailles, dont une frappée en Hollande, et à l'assemblée générale des deux\nsections qui se tiendra à Bruxelles en mars 1915, un jeton de présence sera\ndistribué. Le sort décide que l'auteur de ce jeton sera M. Louis De Smeth.\n   M. Jules Fonson annonce ensuite que, pour enrichir la collection de\nmodèles de médailles de sa maison, il se propose d'ouvrir une série de con­\ncours entre artistes belges, qu'il demande à la Société d'organiser, le prix\npour chaque concours étant de 500 francs.\n   Cette proposition est acceptée sous la réserve que seuls les sculpteurs-\nmédailleurs faisant partie de la Société pourront y prendre part. Le jury\nsera composé de MM. A. de Witte, J. Fonson, E. De Breyne, G. Devreese,\nC. Samuel et C. Dupriez. Le thème du premier concours, qui prendra fin le\ni5 juillet, est l'Horticulture, ou plus spécialement, la Floriculture.\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "140                                    DURENDAL\n\n\n    Enfin, M. Casier, directeur général de l'Exposition de G a n d de 1913,\na n n o n c e , aux applaudissements de tous, que la section des Beaux-Arts de\ncette exposition c o m p r e n d r a un salon international de la médaille, sem­\nblable à celui dont M. de W i t t e fut le promoteur et qui eut tant de succès à\nBruxelles il y a deux ans, et il d e m a n d e à M M . A. de W i t t e , V. T o u r n e u r et\nG. Brunin, membres de la Société, d'en p r e n d r e la direction.\n    De nombreuses médailles belges et étrangères présentées par M M . F o n ­\nson, De Breyne, de Witte et par M lle Lorrain ont ensuite circulé et, après\nque le Président eut a n n o n c é que les prochaines médailles frappées en\nBelgique auraient pour auteurs M l l e L o r r a i n et M M . De Keyser, Braecke et\nDe Bremaecker, le bureau de la section a été réélu par acclamations.\n\n                                                 *\n                                             *       *\n\n   Exécution de la Matthàus-Passion de J . - S . Bach, à\nA n v e r s . — D i m a n c h e 24 mars 1912, à 2 h. 1/2, aura lieu à Anvers,\nen la grande salle de la Société royale d ' H a r m o n i e (rue d'Arenberg), sous la\ndirection de M. L o d . O n t r o p , et par les soins de la Société des Concerts de\nMusique Sacrée, l'exécution de la M A T T H À U S - P A S S I O N p o u r soli,\ndouble chœur, chœur d'enfants, clavecin, orgue et orchestre de J O B . - S E B .\nBACH.\n   Vu l'intérêt q u e présente l'exécution de cette œ u v r e colossale et la g r a n d e\naffluence qu'elle fait prévoir, le Comité engage les amateurs à lui faire savoir\nle plus tôt possible le n o m b r e de places qu'ils désirent.\n   La vente de billets d'entrée au contrôle ne peut être garantie.\n   Prix des places : Place réservée (numérotée) 6 fr. — Première 4 fr. —\nSeconde (galeries bas-côtés) 3 fr. — Troisième (galeries-étage) 2 fr. ,\n   Samedi 23 mars, à 4 h. 1/2 : Répétition générale. — Billet d'entrée :\n2 francs.\n   S'adresser pour les renseignements à M. Boelaerts, n , Marché-Saint-\nJacques, à Anvers.\n                                             *\n\n   Il nous plaît d'épingler cet entrefilet de Paris-Journal :\n   M L'influence de Jean-Arthur Rimbaud. — Son beau-frère p o s t h u m e , P a t e r n e\nBerrichon, dans le Mercure de France, essaie de définir cette influence. Il est\nà remarquer que la plupart des admirateurs de R i m b a u d sont revenus ou se\nsont convertis à la foi catholique : Verlaine, G e r m a i n - N o u v e a u , H u y s m a n s ,\nPaul Claudel, F r a n c i s J a m m e s et bien d'autres, parmi lesquels M P a t e r n e\nBerrichon, ose à peine nommer Forain et P a u l Bourget. « N o u s savons,\n» en outre, ajoute-t-il, que Louis L e Cardonnel est le poète de la génération\n» symboliste q u i , le premier, lut les Illuminations, dans le manuscrit. »\n   » A ceux qu'une pareille influence surprendrait, lorsqu'il s'agit de l'auteur\nd'une Saison en Enfer, citons cette déclaration d'un « grand converti » :\n   « C'est à R i m b a u d , écrit P a u l Claudel, que je dois h u m a i n e m e n t mon\n» retour à la foi. Je pataugeais d a n s les marécages du rationalisme et je pen-\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                                       NOTULES                                        141\n\n\n» sais que le m o n d e entier est aussi explicable qu'une machine à battre,\n» quand la petite livraison de la Vogue, du 6 mai 1886 (où parurent pour la\n» première fois les Illuminations), est venue briser les murs de la prison infecte\n» où j'étouffais et m ' a p p o r t e r la prodigieuse révélation du surnaturel partout\n» présent autour de n o u s . »\n                                              *\n                                          *       *\n\n  Accusé de réception :\n   A R T : Les Primitifs flamands, par FIERENS-GEVAERT, fasc. X I I , illustré\n(Bruxelles, V a n Oest). — L'Art chrétien. Livraison 13, 14, i 5 et 16. Album\nreligieux (idem). — Matériaux pour servir à l'histoire de la dentelle en Belgique,\npar E . VAN OVERLOOP, 2 e série, illustré, fasc. IV (idem).\n\n  H I S T O I R E : Voiture et l'hôtel de Rambouillet, par E M I L E MAGNE, 2 vol.\n(Paris, Mercure de F i a n c e ) . — L'infante Isabelle, par la comtesse DE VILLER­\nMONT, 2 vol. (Tamines, Duculot).\n   L I T T É R A T U R E : Louis Mercier, par ALBERT DE BERSAUCOURT (Paris,\nJouve). — Jean Chapelain, par GEORGES COLLAS (Paris, P e r r i n ) . — Nouvelles\nétudes sur Chateaubriand, par VICTOR GIRAUD ( P a r i s , Hachette). — Les criminels\npeints par eux-mêmes, p a r RAYMOND H E S S E (Paris, Grasset).\n  M U S I Q U E : Mozart, sa vie musicale et son œuvre, par E. DE WYZEWA et\nG. DE S A I N T - F O I X , 2 vol. ( P a r i s , P e r r i n ) .\n  P O É S I E : Grimaces et fantaisies,       p a r HERMAN    FRENAY-CID (Paris, L e\nBeffroi).\n   R O M A N S : La métairie de Los Ramadas, p a r la comtesse DE MASSACRI\n(Paris, Le T e m p s Présent). — Les Courtagré, p a r P I E R R E GOURDON ( P a r i s ,\nC a l m a n n - L é v y ) . — Les frontières du cœur, par VICTOR MARGUERITE (Paris,\nFasquelle). — La graine au vent, par JEAN NESMY ( P a r i s , Grasset). — Le\nrepentir, par CHARLES DE POMAIROLS ( P a r i s , P l o n ) . — Le tournant, par JACQUES\nMORIAN ( P a r i s , Grasset). — La neige sur les pas, par H E N R Y BORDEAUX ( P a r i s ,\nPlon).\n  V O Y A G E : Voyage à l'île de Majorque, par J U L E S LECLERCQ ( P a r i s , P l o n ) .\n— En planant à travers la France. Provence, par ANDRÉ HALLAYS, illustré ( P a r i s ,\nPerrin).\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "                                     la Cauda...\n\n    L a Revue générale, notre respectable tante,     elle vient d'envoyer un triple manifeste —\n fait de notre côté des travaux d'approche.          que le hasard vient de réunir en nos mains\n Elle a sollicité, raconte-t-on, tous et chacun      (si un Petit Serpent peut ainsi parler) — à\ndes collaborateurs de Durendal d'entrer              MM. les directeurs et professeurs — aux\ndans son propre comité. Nos collaborateurs          grands bourgeois — aux artistes. Nous\necclésiastiques vivement poussés par leurs          signalons ces factums aux marchands de\nsupérieurs ont répondu à ses avances. Tous          denrées coloniales et aux négociants en\nles laïcs ont refusé sauf M. Pierre Nothomb,        cuirs et peaux : ils renouvellent les mé­\ntoujours tourmenté par les ambitions les            thodes de réclame et rajeunissent la plati­\nplus hautes. On assure d'ailleurs qu'il est         tude des offres de services. Les trois\nenvoyé aux séances de comité de notre               circulaires ont des points communs : un\nantique consœur, à titre de détective.              parallèle de notre grande revue Nationale\n   On assure que par mesure de réciprocité          et de la Revue des Deux-Mondes, un éloge de\ndes démarches vont être faites par Durendal         M. Paul André et de M. Fernand Larcier\nprès de M. le chanoine de Dorlodot, près            (qui valent bien d'ailleurs M. Raymond\ndu baron de Borchgrave, envoyé extra­               Nyst) des barbarismes originaux, des solé­\nordinaire et ministre plénipotentiaire, et          cismes inédits, des Lapalissades ingé­\ndu R. P . Casteleyn, S. J., pour les prier de       nieuses, des calculs de mathématiques\nfaire partie de la rédaction de notre revue.        transcendantales :\nCelle-ci est en butte depuis quelques jours            « J'ai pensé, écrit M. Raymond Nyst,\naux sollicitations de M. Woeste qui, dit-on,        qu'un abonnement par école suffirait, les\nne sera pas, malgré tous ses efforts, compris       professeurs se passant la publication à tour\ndans la fournée.                                    de rôle. Chacun y aurait les mêmes droits,\n                          *                         car l'abonnement serait formé par la totalité\n                      *       K                     des cotisations. Le montant total étant de\n   Il vient de se produire dans la chrono­          12 francs la cotisation de chaque professeur\nlogie une révolution qui rappelle l'époque          là où il y en aurait douze, serait de 1 franc\nde Josué. Au numéro de décembre 1910 de             annuellement ! »\nl'Occident a succédé, après un mois d'inter­           Et s'adressant aux « grands bourgeois »,\nvalle, et le plus naturellement du monde,           il s'écrie :\nle numéro de janvier 1912.                             « Croyez-vous que sept millions de Belges\n                                                    n'auraient pas le pouvoir de retenir chez\n                      * '*                          eux leurs littérateurs si ces sept millions de\n  M. Franz Ansel a annexé Lamartine à la            Belges aimaient la lecture, aimaient d'avoir\nLittérature belge d'expression française.           des livres ? Avcz-vous calculé que si les\nM. Maurice des Ombiaux le revendique                sept millions de Belges que nous sommes\npour la Bourgogne.                                  dépensaient annuellement par tète, pour la\n                                                    littérature seulement, 50 centimes, la litté­\n                       *\n                                                    rature aurait un budget annuel de 3 mil­\n                      * *                           lions 500,000 francs ! Ce qui ferait pour nos\n   L a Belgique artistique et littéraire vient de   littérateurs, qui sont une centaine, environ\ndonner à ses consœurs un exemple à la               35,000 francs pour chacun (admirez cet\nfois de tenue et de beau style. Usant de la         Auvergnat !). Au lieu de ce chiffre, à l'heure\nplume prestigieuse de M. Raymond Nyst,\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                                          DURENDAL                                        143\n\nprésente, pas un de nos hommes de lettres,        plusieurs pages. Et, autant que possible,\nsans le secours du journalisme ou la              on cherche à citer, dans un compte rendu,\nressource d'une position à côté, qui prend        chacun des artistes qui ont participé à\nle meilleur des forces et du temps ne saurait     l'exposition Bonne ou mauvaise, toute\navoir femme et enfant ni même s'assurer le        oeuvre représente un effort et celui-ci a\nrepas quotidien. »                                droit à un examen attentif.\n   Si ce style est spécialement fignolé dans         » Nous savons que parler de tout le\nle but de donner une idée du talent léger         monde porte parfois préjudice aux maîtres ;\ndes écrivains qui opèrent à la Belgique           il est vrai, leur gloire ne peut être célébrée\nartistique, ce prospectus est parfaitement        chaque fois avec toute l'ampleur qu'elle\nadéquat à l'intention de son rédacteur. Ce        mériterait. L'on s'arrange, cependant, pour\npassage ne peut suffire pourtant à l'admi­        que chacun d'eux ait son tour. Il y a là une\nrateur attentif. Il faut qu'il souligne encore    convention tacite qu'il faut admettre... »\ndes trouvailles de ce genre :                        Et après quelques aphorismes élégants :\n   « ... Qu'on les considère au point de vue         « A Paris, une toile de peintre seulement\nnational ou comme des annexes du mouve­           bon atteint facilement 3,000 francs..\nment intellectuel de France, nos livres sont         » ... Certains artistes n'envoient jamais\ndes livres, nos revues sont des revues !          leurs œuvres dans le centre ..\n   » ... Le prix Nobel est remporté... à             » ... Les quotidiens ne veulent pas\nl'étranger. L'honneur est grand, mais la          entendre parler de réclame gratuite. Et ils\nleçon est amère. Elle devrait nous faire          ont bien raison... »\nréfléchir. N'est-ce pas une leçon que nous           M. Raymond Nyst proclame le désinté­\ntrace notre futur devoir ? Prix Nobel, c'est      ressement de la maison de commerce dont\nen France que tu es allé !                        il rédige le boniment :\n    » ... Que ce prix Nobel remporté à               « Quoiqu'on puisse dire, l'intérêt d'art\nl'étranger nous soit un coup de fouet             et l'intérêt d'argent ne font qu'un ! »\nenfin salutaire ! Nous ne manquions pas              Ces citations sont un peu longues, elles\nd'hommes pour lauréats, chez nous !               auraient pu l'être plus encore, et nos lec­\n    » ... Comme il serait beau de voir rivales     teurs ne s'en seraient pas plaint. Une telle\n la Belgique et la France ! Celle-là capable,     légèreté de touche, un style si pur, une si\nun jour, comme celle-ci, de consacrer une         noble conception de l'art, tant de délica­\ngloire. Athènes, dont le souvenir éclipse         tesse, de doigté, d'envol ne pouvaient\npar instants Paris, n'était guère plus grande      vraiment que leur plaire...\n en surface que Bruxelles !\n    » Que cet exemple plaisant nous encou­                             ***\n rage. Athènes se remuait, acclamait, se             On peut lire dans Paris-Journal :\n passionnait. Se remuer, acclamer, se pas­           « Le vers libre en Belgique.— On va jouer,\n sionner c'est tout ce qu'il faut. Le reste       en Belgique, Le Pain, de M. Henri Ghéon.\n alors vient seul. Pour 12 francs de capital      Cette tragédie populaire, qui ralliait na­\n annuel vous aurez reçu mensuellement au          guère encore les partisans du vers-libre,\n bout d'un an quatre tomes de 360 pages           deviendra, paraît-il, en Belgique, un ins­\n chacun. »                                        trument de propagande électorale .. Le\n    Ce qui est plus sublime et ce qui à défaut    Pain, qui n'a pas « démoli » l'alexandrin,\n même d'admiration forcerait au moins notre       portera le coup fatal au parti rouge... Les\n estime, c'est la manière dont MM. Paul           conservateurs vont le promener à travers\n André, Fernand Larcier et Raymond Nyst           la Flandre et la Wallonnie durant toute la\n comprennent la fière mission de la critique.     période des élections. Et M. Henri Ghéon\n S'adressant aux artistes, à qui d'ailleurs ils   s'en réjouit... »\n demandent un abonnement (qui leur per­              Et il y a des gens qui n'y pensaient pas...\n mettra de recevoir mensuellement au bout\n d'un an quatre tomes...), ils leur exposent                             *\n leurs nobles idées :                                Ceux qui n'ont point foi dans l'avenir du\n  » Nos artistes ont pu voir que la place         théâtre belge ont dû réfléchir en lisant dans\nn'est pas comptée (dans la revue) à la            l'Eventail l'articulet suivant :\ncritique ; de petits cercles y ont obtenu            « Le Théâtre Royal d'Anvers a donné,\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "144                                     DURENDAL\n\n\nvendredi soir, la première d'un opéra en        obtint le premier prix mais que, vraiment,\ntrois actes, Le Semeur d'amour, paroles de      il fut impossible de la publier et de la faire\nM. Paul André, musique de M. Henry              représenter. Le sujet en était si... inquié­\nWeyts.                                          tant que le Soir prima mais n'imprima\n    » M. Paul André a placé dans les Arden-     point. C'était l'histoire d'une cocotte qui\nnes une action très dramatique. Une pau­        entrant dans le Paradis, par erreur, y fai­\nvre fille de village, Mélie, aime un beau       sait un certain scandale... Cette pièce était\ngarçon, le chanteur ambulant Florent.           signée d'un pseudonyme; celui-ci cache,\nFugitives amours, car le jeune homme a le       nous assure-t-on, la personnalité d'une\ncœur bien fragile. Il ne tarde pas à porter     jeune fille, Mlle Beauchamp.\nses hommages à une autre femme, une                Nous n'avons pu obtenir l'autorisation\nancienne amie, mariée maintenant à un           de publier dans Durendal cette spirituelle\nfermier brutal. Mélie a tout appris ; elle ne   comédie, mais notre Comité de rédaction\nsonge pas à se venger. Tout au contraire,       fait de pressantes démarches pour qu'ell»\nnous la voyons s'entremettre pour sauver        soit jouée prochainement à Patria.\nles deux amoureux que, sans elle, l'époux\ntrompé surprendrait. Mélie est la pauvre                            ***\nfille qu'on oublie aisément. Son sacrifice        PETITES    NOUVELLES     LITTÉRAIRES.        —\nne lui épargnera pas une nouvelle trahison,     M. Eugène Gilbert se promène sur la\net de cette trahison elle meurt.                corniche avec M. Paul Bourget. —\n   » M. Henry Weyts a brodé sur ce scéna­       M. Adolphe Hardy étudie la manière de\nrio, très dramatique par endroits, un tissu     préparer du beefsteack pour que cela res­\nde jolies mélodies. A la fin du spectacle, le   semble à des petits oiseaux. — M. Paul\nlibrettiste et le compositeur ont été appelés   André demande une conférence aux Amis\nsur la scène. On les a acclamés. »              de la littérature : M. Georges Rency, lui,\n   L'originalité du libretto est vraiment       réclame une place dans le jury du concours\nrenversante.                                    dramatique triennal. M. Bovy se présente\n                                                contre M. Rency ; M Wilmotte à l'Acadé­\n                    ***                         mie, se souvenant des coups de patte que\n                                                lui allongea M. Rency, fait passerM. Bovy.\n  Le scandale du Soir. Le Soir a organisé\n                                                M. Bovy est très content M. Rency ne l'est\nun concours dramatique où triompha notre\n                                                pas du tout — M. Jules Leclercq est\nspirituel ami M. F -Ch. Morisseaux avec\n                                                nommé majorke de la garde civique.\nune pièce de plusieurs kilomètres de long.\nOn raconte à mi-voix qu'une autre pièce                               L E P E T I T SERPENT.\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": ""}, {"page_pdf": 171, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 2, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1912-02", "signet_source": "Dix-neuvième année - N°2 - Février 1912 (?)", "preuve": "Pas de couverture conservée. Numéro et mois déduits du rang de la livraison (n° 2, pp. 81-144, pagination continue de l'année) ; indices internes : annonce de l'Exposition internationale d'art religieux moderne (du 4 mai au 16 juin 1912), Neuvième symphonie clôturant le cycle Beethoven aux Concerts populaires, XXe exposition annuelle « Pour l'Art », Matthäus-Passion à Anvers.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}