{"numero_id": "ulb-durendal-1912-livraison05", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-201", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Planche : Le Christ prêchant à Lierre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L E CHRIST PRÊCHANT A LIERRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 346, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 54, "texte": "L E CHRIST PRÊCHANT A LIERRE\n       (ISIDORE OPSOMER)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-001", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 297, "page_fin": 297, "titre_corps": "Les nuages", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Séverin", "ancre_debut": "Les Nuages O nuages aimés! 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Vous vers qui, tout enfant,\nJe bondissais saisi d'une joie éperdue,\nFleurs de l'azur, voiliers légers de l'étendue,\nBlanc troupeau que rassemble et disperse le vent!\n\nVous qui montez, ainsi qu'un cœur       d'Océanides,\nDu sein tumultueux   des flots ensoleillés\nDans le grand ciel rempli d'effluves printaniers ;\nVous qui portez la vie en vos formes splendides !\n\nVirginité des jours sereins, beaux   vagabonds,\nOndoyantes vapeurs que la vallée exhale,\nVous qu'entraîne au hasard la brise matinale\nEt dont les clairs lambeaux flottent au flanc des monts!\n\nVous entre tous, amour des âmes        nostalgiques,\nNuages merveilleux de notre      arrière-été,\nQui, le soir, évoquez dans l'ardente clarté\nOn ne sait quels pays aux profondeurs magiques !\n\nVous enfin, messagers paisibles du soleil.\nDuvet aérien qu'un premier reflet dore,\nEffeuillement lointain des roses de l'aurore.\nFlocons de pourpre épars dans l'orient vermeil !\n\nPassants légers vêtus d'azur, d'or ou de flammes,\nQue suivaient autrefois mes rêves ingénus,\nL'heure viendra peut-être, ô divins   méconnus.\nOù votre grâce seule enchantera les âmes.\n\nLa terre, que vêtit, en des temps  fortunés,\nL'immense et virginal frisson de la verdure,\nDépouille peu à peu son antique parure :\nUn jour brutal descend dans ses flancs    profanés.\n\nQuand rien ne restera de ses splendeurs   sauvages\nEt que l'homme, gardant son rêve de beauté,\nVerra partout l'horreur d'un monde dévasté,\nC'est vers vous que ses yeux se lèveront, nuages!\n                                            FERNAND    SÉVERIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-002", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 298, "page_fin": 310, "titre_corps": "Le cœur timide", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Virrès", "ancre_debut": "Le cœur timide VOYONS comment Pierre de Hérin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 349, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "Le cœur timide\n\n                 VOYONS comment          Pierre de Hérin se comporte d a n s\n                      le m o n d e . D'agréable tournure, il lui suffit de\n                      montrer une physionomie avenante pour que\n                      chacun le trouve très bien. Pierre sourit d'ins­\n                      tinct, le sourire étant dans l'air. Même les\n                      invitées qui font à l'ordinaire tapisserie tâchent\n                      de se composer un joyeux visage. Des gens\nréunis afin de s'amuser ne peuvent se regarder autrement.\nMais combien simulent le plaisir et n'éprouvent, au fond,\nque nostalgie, appréhensions devant un espoir chanceux, ou\ntout bonnement ennui, large et profond e n n u i . . . Le grand\ndéfaut de Pierre est son m a n q u e de décision. A peine entré au\nbal, il perd son t e m p s ; loin de s'empresser auprès des dames et\ndes jeunes filles, surtout auprès des plus jolies, il parcourt les\nsalons, comme s'il cherchait quelqu'un, et en réalité il ne\ncherche personne. Un groupe d'amis l'attire... P e n d a n t cet\narrêt, les carnets se remplissent, et q u a n d les violons jouent,\nPierre s'aperçoit qu'il lui faut encore saluer des chaperons dont\nl'abord paraît m a i n t e n a n t bien difficile, les m a m a n s vénérables\nse reléguant d'habitude dans des coins presque inaccessibles.\nLes jeunes filles à succès dansent déjà et passeront de bras en\nbras j u s q u ' a u bout de la fête. Les présentations aux débutantes\ndeviennent plus compliquées dans le m o u v e m e n t du bal. Alors\nPierre renonce soudain à ces obligations et garde le remords de\nne pas les accomplir. Il en est ainsi aujourd'hui, il en sera de\nmême à l'avenir. On ne se change pas facilement, que ce soit\nen de graves circonstances ou tout bonnement dans les salons\nde Monsieur et Madame Vaulois.\n   Pierre consulte son carnet; pourtant il sait à quoi s'en tenir\n\n\n  (1) Fragment d'un roman qui paraîtra cette année.\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "                          LE CŒUR TIMIDE                            299\n\n\nsur sa composition. Il a pris la deuxième valse avec Mademoi­\nselle Lalieux, une parente de D a r b l a i s ; la deuxième valse est\nsans importance. E n regard du mot « cotillon » se lit le nom\nde Mademoiselle de Bierges. Ce n'est pas la première fois qu'il\ndanse avec elle, mais jusqu'à présent le Destin lui avait évité\nune aussi longue corvée. F o r t heureusement, il se gara des\nembûches qui entourent la deuxième polka, cette danse d'allures\ninoffensives traînant d ' h a b i t u d e le souper après elle; ce matin\nle lunch devait remplacer le souper, et Pierre se promet bien\nde luncher en compagnie de cavaliers sans emploi. P a r exemple,\nil a tout à fait négligé de retenir une place en vue du cotillon\nfinal, et si Mademoiselle de Bierges ne s'en est pas préoccupée\ndavantage, l'un et l'autre se morfondront d a n s quelque encoi­\ngnure ou sous l'escalier du hall, endroits oubliés des directeurs\nde cotillon comme des danseurs en général et qui n'offre guère\nde charme qu'aux amoureux.\n    De très jeunes gens bostonnent é p e r d u m e n t dès cette pre­\nmière valse, on voit reluire leurs fronts et se mouiller leurs che­\nvelures. Les jeunes filles suivent légères, onduleuses, les yeux\nrieurs, sans effort a p p a r e n t ; la grâce de la femme et la force de\nl'homme affirment une vivante antithèse. Les faces-à-main des\nmères lointaines cherchent à découvrir leur progéniture, et\nq u a n d , au passage, elles entrevoient un instant l'objet de leur\nfierté, elles se sentent le cœur plus chaud et prêtes à l'indul­\ngence envers le prochain. Des papas très embêtés d'être là par\ndevoir filent vers le fumoir et tâchent d'oublier, dans la distrac­\ntion d'une partie d'écarté, les duègnes remplies du fallacieux\nespoir de se promener à leur bras, entre deux danses.\n    L e vrai charme de cette matinée chez les Vaulois tient à la\ndisposition du château, dont tous les salons donnent sur l'admi­\nrable p a n o r a m a de la Meuse. De larges baies s'ouvrent du côté\ndu fleuve, l'architecte ne s'est pas attaché à un style précis, il a\nplanté là, au sommet des coteaux, une habitation accueillante\nà la lumière du ciel, aux couleurs du paysage, et coiffée d'une\ntoiture semi-rustique, avec des montants de bois — comme aux\nmaisons normandes — qui tranchent sur les briques, dans la\npartie supérieure de la façade. Le bâtiment, doué d'une forte\nassise de pierre, a l'air râblé, solide, en vigie devant l'horizon ;\nle p a y s lui fait comme un complément naturel. Et la Meuse,\nlarge, sinueuse, est une coulée d'argent mat entre les versants\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "300                              DURENDAL\n\n\nnoirs, au fond des brumes de cette journée. Un remous agite le\nciel énorme et la pluie reprend soudain. E n aval, à la courbe\ndu fleuve, l'eau se ride tout d'abord, un frisson court le long des\nberges, c'est comme le réveil du beau fleuve ; il ondule, il frémit,\non ne le découvre plus au loin, mais il s'anime vraiment comme\nune chose vivante au pied de la colline du château, et q u a n d ,\npar un contraste étonnant, une échancrure dans les nuées laisse\nfiltrer un peu de clarté d'or — ce ne dure qu'un instant — toute\nla vallée parait enveloppée d'un réseau étincelant.\n     Pierre en oublie Mademoiselle Lalieux, qui se plaindra cer­\nt a i n e m e n t de sa négligence à Darblais. L e jeune h o m m e ne se\nlasse pas de contempler ce spectacle si différent de ses horizons\nfamiliers. Derrière lui, le bruit confus des voix, les échos de l'or­\nchestre, le frou-frou des robes parfumées, le glissement des cou­\nples, un fragment de conversation qui t o m b e au passage, un rire\nfrais qui fuse, toutes les manifestations du bal ne le t r o u b l e n t p a s\ndans son admiration, et il continue de leur tourner carrément\nle. dos. U n e barquette de pêcheur, menue, frêle, sur la Meuse\nvibrante, disparaît au coude du fleuve.. L e s nuées s'appesan­\ntissent, le vent traverse impétueusement l'espace et une houle\nsoulève les eaux, tandis que la pluie violente noie les coteaux\nde l'autre rive. Pierre oppose à ce tableau le souvenir de cette\njournée d'été où le soleil embrasait un groupe de moissonneurs\ndans l'immobilité de la plaine i m m e n s e . Son esprit profite de\nce rappel pour rejoindre la jeune fille qui a suscité en lui un élan\nvers la beauté de l'heure, et il lui vient une mélancolie au milieu\nde cette fête. L a réception des Vaulois serait agréable entre\ntoutes, si « la partenaire de sa pensée » — il la qualifie ainsi\n mentalement — se trouvait parmi les invités, au lieu de suivre\nsans crier gare et pour toujours un barbon doré sur tranches. Il\n ne s'avoue pas que la fortune médiocre de la jeune fille contint\n sans doute son empressement à prévenir pareille éventualité.\n   Q u e l q u ' u n touche son épaule, il sort de sa rêverie. Jean\nDarblais qui est près de lui, avec Mademoiselle Marie Lalieux,\nle tance amicalement :\n   — T u tiens bien mal tes promesses, monsieur le distrait!\nGrâce à toi, une infinité de danseurs s'embrouillent... Fort\nheureusement, j'étais là pour libérer le cavalier de ma cousine;\nil aura pu s'acquitter de ses devoirs ailleurs, dégager à son\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2415, "texte": "                          LE CŒUR TIMIDE                             301\n\n\ntour celui qu'il remplaçait... T a responsabilité était lourde.\n Répare vite tes torts, et fais assaut d'amabilité.\n    C'était un joli couple que Darblais et sa cousine. Pierre le\nr e m a r q u a i t pour la première fois; il dit en riant :\n    — Vous êtes si bien assortis-, que je ne me décide pas à te\nsuccéder de gaîté de cœur.\n    — L a piètre excuse! s'écria Mademoiselle Lalieux.\n    — Allons, plaisanta Darblais, à l'impossible nul n'est requis.\nMarie te t i e n d r a compte de tes intentions.\n    Marie et Jean se regardèrent franchement. U n e légère rou­\ngeur allumait les joues de Marie, le jeune h o m m e lui souriait\navec une caresse au fond des yeux.\n    E t moi qui ne savais rien... se dit Pierre. L e sujet de conver­\nsation était tout i n d i q u é . Il se lança dans un éloge hyperbolique\nde son ami, et constata, surpris, que Mademoiselle Lalieux ne\nm a n q u a i t ni d'esprit, ni de grâce. Comment n'avait-il jamais\nobservé la finesse de ses traits, et cette distinction native qui\nfaisait de chacune de ses attitudes, de chacun de ses gestes, le\ncomplément harmonieux et simple de sa pensée? Il lui était\narrivé, plus d'une fois déjà, de ne découvrir des qualités sem­\nblables qu'après coup, trop tard pour prétendre encore les\napprécier librement... Il proposa de danser, parce que ses idées\ngardaient décidément la couleur du temps et qu'il voulait se\ndistraire. Après un tour dans les salons, ils s'assirent. Pierre\néprouva le désir d'entendre parler de la jeune fille à laquelle,\nseule entre toutes, il voua spontanément mieux que ses sym­\npathies peut-être...\n    Il ne rusa point; d'ailleurs, qu'aurait-il dû cacher?\n    — Vous n'avez plus j a m a i s rencontré Mademoiselle Juliette\nServet, aujourd'hui M a d a m e Louis d'Asberg?\n    — Juliette Servet?... Mais elle est ici !\n    Pierre se rendit compte qu'il changeait de physionomie et\nque rien ne motivait cet émoi. Il se trouva ridiculement naïf.\nSi Mademoiselle Lalieux s'aperçut de son trouble, du moins\nelle ne le m o n t r a pas. Seulement le pauvre Pierre, qui avait\nune grande envie de parler de l'absente, n'osait plus ouvrir la\nbouche, maintenant qu'il la savait près d'eux... Quand m ê m e ,\nquelle coïncidence !\n   Sa compagne le tira d'embarras et satisfit à son secret désir :\n   — L e baron d'Asberg cherche une propriété dans le L i m -\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "302                        DURENDAL\n\n\nbourg. Sa femme et lui ont quitté Gand depuis quelques jours,\net Juliette, dans nos environs, a voulu revoir ses anciennes\namies et elle a entraîné son mari chez les Vaulois.\n   — Convoitent-ils spécialement l'un ou l'autre château?\n   — Le rêve de Juliette serait de passer l'été en Campine; je\nne vous apprends rien, en vous disant qu'elle a toujours eu\ndes goûts un peu originaux, des admirations qui ne sont pas\nà tout le monde...\n   — Et il existerait par là une propriété qui leur conviendrait?\n   — Peut-être. D'ailleurs vous la mettrez sur ce sujet, elle ne\ndemandera pas mieux que de vous faire partager ses préfé­\nrences. Et tenez, la voici.\n   Madame d'Asberg arrivait en compagnie de son mari; tous\ndeux se dirigeaient vers une vieille dame qu'ils voulaient saluer,\net ils n'aperçurent point les jeunes gens.\n   — Elle a pâli, fit Pierre.\n   — Elle s'est plutôt affinée. Je la trouve extrêmement dégagée ;\nplus grande que son mari, elle a une telle aisance dans les mou­\nvements que cette disproportion ne choque pas.\n   Madame d'Asberg disait en ce moment des choses simple­\nment gracieuses à son interlocutrice, cependant l'animation de\nson visage, son regard surtout — un regard gris et qui était\nbrillant et qui soudain s'apaisait — donnait du caractère à\nses moindres propos. Elle retraversait toute l'enfilade des\nsalons, précédant Monsieur Louis d'Asberg, et ses bras pen­\ndaient négligemment et dans la gaine de sa robe noire à pail­\nlettes, qui dessinaient ses jambes un peu longues, elle avait un\nattrait singulier.\n   Pierre goûtait-il ce charme physique? Il arrive qu'ayant\néprouvé une attirance morale, on s'étonne plus tard de ce que\nla beauté d'un corps et d'un visage vient ajouter à notre pre­\nmière sensation. Les deux impressions ne se révèlent d'emblée\nque dans un grand amour, or Pierre était très loin de pareil\nsentiment; non, dans sa pensée, l'image de Juliette Servet ne\nramenait que le souvenir de leur parfait accord spirituel, d'une\namitié sans plus.\n   Il ne voulut pas continuer d'interroger Mademoiselle Lalieux\nà propos de la jeune femme, et il cherchait — minute pénible!\n — où raccrocher le point de départ d'un nouveau sujet de\nconversation, quand le chef d'orchestre le secourut; il avait\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "                           LE CŒUR TIMIDE                              303\n\n\nlevé son archet et les violons scandaient une polka. Darblais\nvint reprendre sa cousine.\n    Cette cour qui s'affirmait aussi franchement ne laissait pas\nde troubler H é r i n . Il se d e m a n d a i t si son a m i n é choisissait\npoint la meilleure part, et toutes les théories qu'il se forgeait\nd a n s la solitude et qu'il développait parfois devant les cama­\nrades en faveur de l'indépendance de la vie, vacillaient sur leur\nbase. Avec une sincérité touchante, il se mit dans la peau du\njeune h o m m e enchaîné par le grand amour et se para d'une\nsentimentalité a d m i r a b l e ; il devenait l'adorateur fervent,\nl'esclave pour lequel le m o n d e n'existe plus en dehors de celle\nà qui il voue toutes ses a r d e u r s . . . Oui, il se découvrait des\ntrésors de tendresse inemployée et qui ne d e m a n d a i e n t qu'un\nheureux placement.\n    L e petit Ulric de H a m e l , un pli sceptique dans son visage\njeunet, arrivait à point pour le secouer :\n    — N o u s lunchons ensemble?\n    — Volontiers, mon bon...\n    Au même moment, M a d a m e d'Asberg s'approcha :\n    — Bonjour, monsieur!\n    Pierre fut ravi, il prit la main qui se tendait, il regarda le\nvisage aux y e u x gris et se rendit compte, aussitôt, que rien\nn'avait changé dans leurs relations de l'autre année. Était-ce\ndrôle! Il aurait dû faire un effort pour se décider à aborder\n M a d a m e d'Asberg, malgré l'envie qu'il en éprouvât; elle était\nvenue la première, et la glace était déjà rompue. Les mots lui\nmontaient aux lèvres et débordaient, il témoignait de sa sur­\nprise, disait franchement sa joie. Elle expliquait :\n    — J'avais rapporté d'une excursion en Campine une telle\nsatisfaction q u e je m'étais bien promis d'y retourner.\n    — Nous avons traversé ensemble la plaine du « Coup de\nT o n n e r r e ». Je me rappelle la couleur du ciel, l'aspect du site...\n    — U n ciel rempli de lourds nuages, noirs et bleus, et\n la bruyère rose à l'infini. Quelques clochers perdus au bout de\n l'horizon, comme des mâts de navires sur la mer sans bornes.\n Mais c'était le sentiment d'être presque hors du temps qui me\n prenait tout entière.\n    Sa voix avait un accent chaud, une sonorité grave, et ses\n yeux gris s'allumaient et s'éteignaient tour à tour. Pierre se\n rappelait encore leur halte auprès d'un marais, dont les eaux\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2090, "texte": "3c>4                        DURHNDAL\n\n\n\nlisses et inquiétantes paraissaient résorber le silence de l'espace.\nTout à coup un courlis partait d'un grand vol blanc, et le cœur\nlui battait dans une surprise effrayée.\n   Elle ajoutait à ces souvenirs d'autres détails, et se laissait\naller, sans fausse retenue, au plaisir d'évoquer ces tableaux.\nElle dit :\n   — On est comme plus près de grandes choses éternelles,\nlà-bas...\n   Mais, en même temps, elle sentit que pareille réflexion\ndétonnait ici, et couvrit d'un rire le soupçon d'émotion qui\nrésonnait dans sa voix.\n   — Et que faites-vous, que devenez-vous? demanda-t-elle\nvivement.\n   Pierre avait trop à lui dire pour répondre tout de suite;\nd'ailleurs M. Louis d'Asberg venait rejoindre sa femme.\n   Tandis que celle-ci faisait les présentations, Hérin se rendit\ncompte qu'il serrait une main loyale. Le clair regard de\nM. d'Asberg ne célait rien et réclamait chez les autres pareille\nsincérité. Sous des cheveux blancs, la peau du visage restait\nfraîche et une longue barbe argentée et soyeuse accusait\ndavantage la santé de ses traits. Une belle âme dans un corps\nsolide, une extrême courtoisie alliée à de la fermeté, voilà ce\nque révélait cet homme au début de la cinquantième année.\nIl y avait loin du portrait fâcheux imaginé par Pierre, au len­\ndemain de l'annonce de son mariage.\n   Le baron d'Asberg trouva des mots sans autre signification\nqu'une parfaite affabilité, mais il y a dans la façon dont on\nexprime les plus petites choses, mille nuances qui dénotent la\nqualité de l'éducation ou de la naissance.. Le mari de Juliette\nen imposait quelque peu à Pierre de Hérin, et ce dernier n'était\npas encore tout à fait dégagé de cette impression lorsqu'il se\nmit à la recherche du petit Hamel.\n   Madame Vaulois l'arrêta :\n   — Votre lunch n'est plus libre?\n   Il n'hésita pas à mentir :\n   — Malheureusement non, madame... Tous mes regrets.\n   La pauvre jeune fille sans emploi au moment critique où\ndéjà l'on apportait les tables pour le lunch devait cruel­\nlement souffrir dans son amour propre, et ne pas le montrer\nsurtout!\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "                        LE CŒUR TIMIDE                         305\n\n\n   Lorsque la maîtresse de maison, en désespoir de cause,\ns'adressa à M. d'Asberg, il répondit simplement :\n   — Disposez de moi...\n   Et les petits jeunes gens le regardèrent s'asseoir à côté d'une\ndébutante qui échappait à l'affront de manger auprès de sa\nmaman, tandis que ses amies étaient nanties de leur cavalier.\n   Ulric de Hamel blaguait :\n   — Non, mais crois-tu qu'il en a du vice!...\n   Pierre ne répliqua pas, un peu de remords pesait dans sa\nconscience. Le traditionnel saumon fit son entrée sur les plats\nd'argent aux mains d'une nuée de domestiques, qui glissaient\navec une habileté extrême le long des tables et faisaient montre\nd'une adresse plus grande encore en servant eux-mêmes, sans\néclaboussure, chaque invité. On arrivait à cette heure où les\nVaulois jouissaient pleinement de la réussite de leur réception.\nTout marchait à merveille, pas de heurt, pas d'anicroche...\nM. Vaulois, assis auprès d'une douairière d'importance, se\nlevait de temps à autre, jetait un coup d'œil circulaire et se\nrasseyait satisfait, ayant échangé avec sa femme un signe\nd'intelligence. Le diapason des voix montait. Les moins\nloquaces trouvaient un semblant de conversation, et ceux que\nla nature doua d'une élocution aisée réalisaient tous leurs effets.\nPeut-être, cette animation encourageait-elle quelque amoureux\ntimide qui risquerait, à la faveur de l'entrain général, sa\npremière déclaration.\n   Les tables des jeunes gens dépourvus de danseuses avaient\nété rapprochées les unes des autres et formaient un rectangle au\nmilieu du salon principal, devant une immense glace sans tain\noù le mouvement des nuages, par-dessus les collines, et les\nreflets du fleuve, sous le ciel capricieux, offraient un spectacle\ntoujours renouvelé. Personne n'y prêtait plus la moindre\nattention. Les potins allaient leur train, en général très peu\ncharitables, car si la plupart de ces jouvenceaux avaient bon\ncœur dans leur particulier, ils affichaient, réunis dans le monde,\nune impitoyable verve et aussi une cynique franchise. On se\nrépétait des plaisanteries de corps de garde, des histoires\npimentées, tout un lot de gaudrioles qui, après avoir enchanté\nles arrière-grands-parents, raviraient les petits-fils des jeunes\ngens d'aujourd'hui. Pierre de Hérin avait bien oublié sa\nmélancolie, il se laissait aller au courant, écoutait Ulric de\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "306                         DURENDAL\n\n\nHamel, élégamment pervers, et plaçait de temps à autre une\nremarque qui n'était pas destinée à amortir ses propos. Ainsi\nva la vie. L'immortalité de l'âme et les allusions polissonnes se\nsont de tout temps partagées les faveurs des hommes qui\nveulent se soustraire, un instant, au bon ton un peu factice des\nréunions mondaines, toutefois le problème de la destinée est\nplus spécialement réservé à l'heure du fumoir qui suit un bon\ndîner.\n   Les violons de l'orchestre se réaccordaient, des couples se\nlevaient pour la troisième valse. Une fenêtre ouverte, quelque\npart dans le hall, aspirait le grand air et faisait passer un\nsouffle frais au travers des salons, où les domestiques affairés\nramassaient les serviettes, emportaient les tables, réalisaient\ndes miracles d'équilibre, sans bousculer personne; les mamans\ncausaient par petits groupes, heureuses d'être un instant\ndebout, des jeunes gens remettaient leurs gants, et l'on enten­\ndait, dans le lointain, comme un bruit de grelots; c'étaient les\ndirecteurs de cotillon qui préparaient leurs distributions :\nceux-là avaient une juste conscience de l'importance de leur\ncharge.\n   Au fait, Pierre oubliait trop ce cotillon, et il voulut savoir si\nsa danseuse se préoccupait de choisir une bonne place. Il\nl'aperçut, déjà installée sous l'escalier, près d'un couple qui\navait tout l'air de s'aimer follement. N'importe, il n'en fut pas\nmécontent, rien ne devait plus le rendre de méchante humeur\naujourd'hui. Il se sentait léger, prêt à l'amabilité, au rire, à\nl'entrain... un Pierre de Hérin qui se serait étonné lui-même,\ns'il se fût donné la peine de se scruter. Mais il était, sans qu'il\ns'en rendit compte, beaucoup trop occupé pour cela.\n    Mademoiselle de Bierges l'accueillit avec le plus gracieux\ndes sourires, les plus engageantes paroles. Comme Pierre lui\nrépondait de même, elle put se figurer que ses avances connaî­\ntraient le succès. Il ne fallut pas longtemps à Pierre pour\ncomprendre combien le désir de plaire était tenace chez la\njeune fille. Elle avait des mots qui disaient tout en ne disant\nrien et lorsqu'il l'enleva pour la valse, il perçut nettement\nqu'une petite main nerveuse cherchait à lui faire comprendre\nbien des choses. Dans le tête-à-tête de l'escalier, Mademoiselle\n de Bierges, pas trop mal de sa personne, s'efforça d'être\n séduisante et de briller de toutes ses facettes, et Pierre, qui\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2270, "texte": "                       LE CŒUR TIMIDE                        307\n\ns'extériorisait, admira le jeune homme capable de résister à\npareils feux, mais négligea d'approfondir les motifs de cette\nfrigidité.\n   — Mon pauvre ami, dit Darblais qui passait, tu as l'air\nperdu. Où, diable, yous êtes-vous nichés?\n    — Laisse donc, cette matinée est charmante. Je ne me suis\njamais aussi bien amusé.\n   Et il alla prendre Madame d'Asberg, et tous deux partirent\npour un boston qui s'animait, se ralentissait, et reprenait dans\nun mouvement emporté.\n   Juliette s'était rassise, un peu haletante; parmi les batte­\nments de l'éventail, elle annonça sa visite prochaine au Valvert.\nSomme toute, M. d'Asberg et elle étaient presque décidés\nquant à la propriété qu'ils loueraient dans le Limbourg...\n    En revenant auprès de sa « cotilloneuse », Pierre lui demanda\nde danser. Ils tournoyèrent jusqu'à ce que l'orchestre se tût.\n   — Je ne vous connaissais pas cette passion pour la danse,\nmonsieur...\n    — Quand on a la chance d'avoir une associée comme vous,\nmademoiselle...\n    Pendant le repos, il trompa — presque involontairement —\nla jeune fille sur ses intentions, tant il mit d'empressement\njoyeux à correspondre aux pensées qu'elle exprimait avec le\nseul, l'unique espoir de lui plaire...\n    Elle savait bien des détails de la vie de Pierre, sa mère et\nMadame de Hérin ayant toujours été très liées. Elle effleura\nla question politique, pressentit le peu d'inclination de son\ncavalier pour ce sujet, et se rattrapa sur l'auto. On eût cru\nqu'elle avait dépouillé la correspondance d'un directeur de\ngarage, tant elle était au courant des diverses marques de fabri­\ncation avec leurs qualités et leurs défauts. Il l'encourageait\nsans être ému de ces touchants efforts. L'égoïsme masculin n'a\n pas de limites, il suffisait à Pierre d'éprouver une complète\nsatisfaction intérieure pour trouver naturel que le monde exté­\n rieur se mit au diaposon de son état d'âme.\n    Les directeurs de cotillon distribuaient des fleurs; la fête\n touchait à sa fin et chacun en prenait prétexte pour s'étourdir\n dans le bruit de la musique et des voix. Les bras chargés de\n bouquets, Pierre, après avoir rempli ses devoirs auprès de\n Mesdemoiselles Vaulois, chercha la place occupée par Madame\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "308                          DURENDAL\n\n\n\nd'Asberg et la trouva vide. L a jeune femme venait de partir.\nIl retourna auprès de Mademoiselle de Bierges, et comme il lui\nétait indifférent de donner plutôt à celle-ci qu'aux autres les\nbouquets qui lui restaient encore, il versa toutes ses fleurs sur\nles genoux de la jeune fille ravie.\n   Dans la confusion du départ, Darblais parvint à obtenir\nrapidement les effets qu'il avait déposés, avec Pierre de Hérin,\nau vestiaire. Son ami, livré à lui-même, n'était d'habitude\nservi qu'en dernier lieu. T o u s deux prirent place dans la\npremière voiture descendant vers Valoray.\n   L a pluie tombait, tombait toujours, et du train spécial qui\nramenait les invités à Liége, la vue sur la Meuse s'effaçait, le\nfleuve et ses berges disparaissaient sous le ruissellement du ciel.\nUn sentiment de mélancolie pénètre souvent ceux qui revien­\nnent d'une fête, et le t e m p s maussade ajoutait à cette impres­\nsion. Au déclin de l'après-midi, avec le jour triste aux portières\net la lassitude qui pesait, les conversations s'étaient bientôt\nralenties. U n e rêverie vaguement désenchantée berçait le train,\net quand on fut arrivé, l'empressement des voyageurs à des­\ncendre de voiture et à regagner leur maison prouvait que le\nplaisir avait assez duré.\n   P a r m i les danseurs de Valoray, Darblais et Pierre reve­\nnaient sans doute dans les meilleures conditions d ' â m e . . . Il ne\nfallut pas beaucoup pousser Darblais, afin de l'amener aux\nconfidences :\n   — Mon Dieu, mon a m i . . . Je pensais à Marie depuis long­\ntemps. Ses parents sont morts, l'affection d'un oncle lui tient\nlieu de foyer... Je suis sur de trouver auprès d'elle le bonheur\nque l'on peut espérer d'une femme intelligente et aimante et je\nsouhaite qu'une pareille affection te retienne un jour.\n   C'était cela... simplement, sans phrases. Pierre l'avait envié\nquelques heures plus tôt; ce singulier garçon qui changeait\nselon les caprices de ses sensations, éprouvait de son côté un\npenchant aux confidences. Il fut sur le point de répondre :\n   « Oui, un amour partagé semble le rêve des rêves, mais quoi,\nchacun suit son destin. Ce qui aurait pu devenir chez moi un\namour pareil au tien ne sera jamais. J ' a i m e la vie comme Dieu\nm e l'a faite, j ' y ai découvert à côté des g r a n d s sentiments\nextrêmes des sentiments à mi-côte qui restent mon partage et\ndont je loue le ciel... »\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "                         LE CŒUR TIMIDE                           309\n\n\n    Pierre se contint néanmoins, ayant en cet instant une per­\nception assez nette du ridicule qu'il assumerait à dévoiler sa\npensée, et il approuva Darblais, avec une pointe de forfanterie :\n    — T o n avenir est fixé, définitivement fixé dans le bonheur.\nT u mérites ton sort. Certainement mon bon, moi qui te\nconnais depuis toujours, je sais de quel dévouement tu es\ncapable, et je devine ta tendresse... mademoiselle Lalieux n'est\npas à p l a i n d r e ! Vous serez un exemple devant nous, devant\nnous qui n'espérons q u ' u n e félicité moins sûre. T u sais, j ' a i\nbeau me tâter, je ne suis pas encore mûr pour cet aboutis­\nsement... C'est égal, quel changement, et comme j'étais loin de\nm'attendre !...\n    — T u y viendras, tu y toucheras un jour, sans le savoir peut-\nêtre. C'est la grâce que je te souhaite, comme disent les prédi­\ncateurs.\n    — P a s trop vite, pas trop vite. T u ne voudrais pas que nous\ndevenions tous sérieux à la fois.\n    J e a n Darblais se mit à rire :\n    — B a h ! il ne te manquerait rien pour offrir toutes les garan­\nties d'un père de famille modèle.\n    — A h ! tu crois!\n     Dans ce \" tu crois \" il y avait comme une menace. Pierre se\nsentait vraiment vexé d'être pris pour ce qu'il était : un jeune\nh o m m e rangé, un jeune h o m m e sage, toujours inquiet devant\nla possibilité d'une frasque, et qui revêtait le chapitre de ses\nexpériences amoureuses des plus fausses couleurs.\n     Une petite hu niliation n'arrive jamais seule. Les deux amis\nentraient au Maxim's de l'endroit, quand, dans le tambour de\nverre t o u r n a n t , juste en face de son compartiment, il aperçut\nCharles de H a m e l , et-derrière lui, tout contre lui (ces compar­\nt i m e n t s sont si étroits...) la sémillante L u c y d'antan.\n    Charles de Hamel fit semblant de ne pas le reconnaître et\n L u c y ne le reconnut point.\n     « A h ! z u t ! » Quelle figure allait-il montrer? Il adopta la\n m y o p i e occasionnelle de H a m e l : Ni vu, ni connu, le fâcheux\ncouple!... E t Hérin pénétra d a n s le bar, suivi de Darblais. Si\nquelques camarades virent ce chassé-croisé, ils n'en dirent rien;\n Pierre fut accueilli comme un vieux copain dont on a gardé\n bon souvenir. Il dut exposer l'emploi actuel de son temps, et\n les jeunes gens n'apprirent, bien entendu, que ce qu'il lui plût\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1195, "texte": "310                         DURENDAL\n\n\nde révéler'. Un tableau excessivement flatteur de son existence\nau Valvert s'évoqua dans la fumée des tabacs et l'odeur des\ndrinks. On le renseigna, p e n d a n t qu'il dînait de hors-d'œuvre\net de grillades, sur les nouvelles attractions nocturnes de\nLiége. Pierre, mû par une espèce de vanité assez sotte,\ncommandait des whisky-sodas à la file.\n    Après le troisième verre, il sentit que cela lui vaudrait, le\nlendemain matin, une migraine conditionnée. Du moins son\nendurance apparente fut r e m a r q u é e , un camarade l'attribua à\nla résistance physique que Pierre puisait au grand air des\nc h a m p s . Pareille constatation le flatta et l'encouragea.\n    E n bande, cette jeunesse parcourut divers établissements.\nL'alcool assommait Pierre, il avait maintenant la certitude\nd'avoir un horrible réveil.\n    Quand Darblais le r a m e n a rue d'Archis, il marchait courbé,\nvictime d'inextricables complications intellectuelles qui lui\nbrisaient le crâne.\n    Il se coucha, aussitôt un roulis souleva son lit, et il comprit\nque, déjà, les plus fâcheuses éventualités étaient à craindre.\n\n                                              GEORGES VIRRÈS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-003", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 311, "page_fin": 314, "titre_corps": "Méditations sur la beauté du monde", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Bonté", "ancre_debut": "Méditations sur la beauté du monde (Suite) (I) IV Que l'homme donc", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 362, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "Méditations sur la beauté du monde\n                               (Suite) (I)\n\n\n                                   IV\n\n       Que l'homme donc, ô ma T e r r e , qui te possède\n       F a u c h e tes foins ambrés, moissonne tes blés d'or;\n       Qu'il t'arrache tes fruits ou qu'il dépouille encor\n       L a vigne, dont la feuille ardente et rouge obsède,\n       Comme le dernier r e s t e encombrant de l'été,\n       Le monde qui s'éprend de sereine beauté!\n       Il ne retient de toi, lorsque ses mains cruelles\n       Ont dépouillé les champs dorés et le verger,\n       Que des choses sans vie et superficielles\n       A qui ton cœur sera désormais é t r a n g e r !\n       E n t a s s é s devant l'aire ou dans la grange obscure,\n       Sans gloire se mourront les pailles et le foin\n       Qui, secoués de vent sons le soleil de juin,\n       F u r e n t ta glorieuse et folle chevelure !\n       E t l'on verra, sous l'eau fréquente de l'hiver,\n       Dans les champs dépouillés se dresser toute seule,\n       Affaissée et d'ennui morte, la sombre éteule!\n       E t pâlis et piqués par la tache du ver,\n       Les fruits se rideront sur la paille des claies !\n       Seul, le vin, qui rougit de ton sang son flot brun,\n       Saura garder, au sein des futailles cerclées,\n       Quelque peu de ton âme et l'enivrant parfum\n       Que le soleil prenait sur le coteau défunt!\n\n       Mais c'est ma pauvreté qui te possède toute,\n       O T e r r e ! C'est à moi, quand je vais sur la route,\n       Ne g a r d a n t pour tout bien que la route où je vais,\n       Pareil au chemineau, riche de ta lumière.\n       Que tu donnes ton âme immense tout entière!\n       C'est en moi, dont l'amour est pieux, que tes traits\n       I m p r i m e n t doucement leur grâce impérissable,\n       E t c'est pour moi qu'avec un a r t inépuisable\n\n\n(1) Voir le numéro d'avril.\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2107, "texte": "312                            DURENDAL\n\n\n      Tu sais emplir le soir lucide et blondissant,\n      Dont les soleils royaux s'allongent sur le sable,\n      E t les matins, aux pieds légers d'adolescent,\n      D'un charme souverain et toujours renaissant!\n\n\n                                     V\n\n      Et c'est en mon cœur seul, ô T e r r e , que tu verses\n      Les multiples secrets de ton cœur infini !\n      C'est à moi, qui t'aimai pour toi-même et bénis\n      Les aspects toujours beaux de tes formes diverses,\n      Que bénévolement tu découvres le sens\n      Mystérieux et cher des vivants et des choses,\n      E t que ton âme parle un langage puissant\n      Dans l'orgueil des matins ou la paix des soirs roses!\n\n      Tu me fais arrêter, joyeux, sous l'amandier\n      Qui dresse ingénument, dans l'air bleu, les corbeilles\n      De ses milliers de fleurs lourdes de mille abeilles ;\n      Et tu veux que, devant poursuivre le sentier,\n      J e souffre de quitter l'arbre blanc et sonore\n      Qui, sous le soleil neuf qui l'exalte et le dore,\n      Lève candidement, sans le savoir, l'essaim\n      E c l a t a n t et bruyant de ses fleurs m u r m u r a n t e s !\n\n      Puis, tu veux me guider vers le coteau voisin,\n      D'où mes yeux connaîtront les plaines t r a n s p a r e n t e s\n      Qu'emplissent les rameaux d'argent des oliviers\n      E t les resplendissants bouquets des amandiers.\n      E t tandis que, penché sur la campagne nue,\n      Le paysan conduit la charrue, en frôlant\n      Les a m a n d i e r s craintifs pour leur flore ingénue,\n      Ou retourne le sol sous l'olivier dolent,\n      Sans admirer la grâce heureuse de cette heure,\n      Tu veux que mon esprit infiniment demeure\n      A goûter cet avril candide au charme blanc!\n\n\n                                    VI\n\n      O profondeur du mystère de la beauté !\n      Univers lumineux et calme, as-tu pour tâche\n      D'être émouvant ? Faut-il que ta face s'attache\n      A réjouir nos yeux de grâce et de clarté ?\n      Ou ta grâce trompeuse et ta menteuse flamme\n      Sont-elles seulement le reflet de notre âme?\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "    MÉDITATIONS SUR LA BEAUTÉ DU MONDE                    313\n\n\nE t quand nous tressaillons devant un soir parfait,\nNe fais-tu que nous rendre, ô inonde cher, eu joie,\nLes charmes empruntés dont notre âme te vêt?\nMais non ! Ton charme est bien à toi : Lorsque je vais\nDans un soir enchanteur, ne suis-je pas t a proie?\nE t puis-je atténuer la beauté de ton soir,\nQuand, jusqu'à la douleur, je me sens émouvoir\nP a r le mystère d'ombre où s'enfoncent les sentes,\nOu par les coteaux purs aux lignes fléchissantes,\nDevant l'adieu fatal du soleil qui s'enfuit,\nSons l'envahissement tranquille de la nuit?\n\nMais si nous te devons la larme heureuse, ô monde,\nQu'arrache à notre cœur le charme souverain\nDes coteaux sinueux fermant le ciel serein\nE t ployant de douceur sous ta lumière blonde,\nDe quoi composes-tu ton charme impérieux?\nEt lorsque le cristal a révélé la gamme\nDes sept rayons divers dont se forme ta flamme,\nQue restè-t-il encor, ô soleil glorieux,\nDaus l'essence de ta lumière impondérable\nQui pèse d'un fardeau si lourd sur notre cœur?\nE t que possède avec sa forme mesurable\nLe coteau si certain de son charme vainqueur?\n\nOu serait-il fatal, quand même la nature,\nUn jour, ne serait plus que la caricature\nDes formes qu'elle étale au solaire flambeau,\nQue nous devions toujours, ô monde, te voir beau?\n\n\n                         VII\n\nQu'importe que tu sois un mystère profond,\nO beauté, si tu fais une tâche bénie!\nOr, ne te dois-je pas une amour infinie\nPour les bonheurs dont l'aube allègre ou le soir blond,\nE t les jours merveilleux réjouissent ma vie?\nCar tu sais bien, que pour mon âme inassouvie\nDu seul charme changeant de la plaine et des cieux,\nIl n'est pas de sourire, il n'est pas de visage\nOù s'arrêtent avec plus de ferveur mes yeux\nQue sur le lumineux r i r e du paysage!\n\nE t vous savez bien, jours candides, purs moments,\nQue vous êtes mes seuls et chers événements !\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1313, "texte": "314                           DURENDAL\n\n\n\n      J o u r s où, dans la clarté t r a n s p a r e n t e qui vibre,\n      La chaîne des monts bleus, sous l'azur aux plis lourds,\n      Atteint un si complet et si r a r e équilibre\n      De grâce passagère et parfaite, beaux jours\n      Spiritualisés par une âme sereine,\n      Vous le savez bien tous, ô chefs-d'œuvre sacrés,\n      Qui le soir pour toujours fatalement mourez,\n      Que vous êtes ma grande et bienheureuse peine!\n\n      E t , champs, vous savez bien que je vis avec vous\n      E t qu'aucun souvenir ne me semble plus doux\n      Que celui des i n s t a n t s divins que vous connûtes,\n      Depuis que mon r e g a r d ouvert assiste aux luttes,\n      P a r la plaine et les monts, de l'aube jusqu'au soir,\n      Du soleil au pied rose et de l'ombre au pied noir!\n      Vous savez que mes pas fréquentent vos domaines,\n      Où s'élève le flot pacifique des blés,\n      Plus que la ville folle où les foules humaines\n      F o n t leurs perpétuels remous de fronts troublés!\n      E t qu'un couchant royal aux riches écarlates,\n      Ou qu'un magique soir lunaire ensorceleur\n      Qui vêt le paysage ébloui de pâleur,\n      Sont pour mon cœur, qui s'en emplit, de chères dates!\n\n                                                            PAUL BONTÉ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-004", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 315, "page_fin": 323, "titre_corps": "Les images instructives", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "L. 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On les appelait des images instruc-\ntives, titres malencontreux qui faisait qu'on ne les achetait guère : ce\nn'est que beaucoup plus tard, non point seulement quand on a l'âge\nd'homme, mais quand on a déjà perdu le premier feu de la jeunesse,\nqu'on songe au bénéfice spirituel qu'on peut tirer de ses plaisirs. D'ail-\nleurs, elles étaient très laides, ces images instructives et ne comportaient\npoint de dorure. Est-ce vice ou vertu, nous sommes de ceux, n'est-il pas\nvrai, qui ne peuvent être instruits que par des images qui leur plaisent.\n   J'ai rapporté celles-ci de quelques voyages. Ce ne sont que des croquis,\ndes cartes postales illustrées et non de belles gravures au burin, comme\nje voudrais qu'on en fît d'après les lieux admirables que j'ai traversés.\nMais peut-être empruntent-elles un peu de beauté aux paysages qui les\ninspirèrent, de façon que nous en puissions retirer quelque profit. Je\nvous les offre avec le vœu que vous les mettrez à côté du carton précieux\noù vous avez serré les images « d'ailleurs et de chez nous », car j'ai\ntâché comme vous d'y fixer pour moi-même et pour quelques amis ce\nque les hommes nés dans notre nord laborieux et récent ont à retirer\ndu commerce des vieux pays où la civilisation a pénétré toute la vie et\nqui savent mieux que nous l'art de la vie.\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2472, "texte": "316                             DURENDAL\n\n\n\n     P r e m i e r soir à R o m e . — C'est ça, R o m e ! Ce pauvre jardin\npublic devant la gare, poussiéreux, banal et provincial, ces\nt r a m w a y s grinçants, cette large voie commerçante et ces con­\nstructions trop hautes, trop grandes, trop massives, d'un style\nromain retour de Chicago, et ce tunnel sous lequel on passe en\nliacre, et qui a l'air d'un égout désaffecté!\n     E v i d e m m e n t , q u a n d , autrefois, venant du Nord, on entrait\npar la porte del Popolo, d'un si bel effet de théâtre, avec ses\njardins en terrasses, son obélisque et son arc de triomphe, et le\nCorso s'ouvrant devant vous, intime, magnifique et c h a r m a n t ,\non pouvait dire, avec le Président de Brosses, « qu'il n'était pas\nune ville au m o n d e dont l'entrée prévînt aussi favorablement »,\nmais aujourd'hui, l'impression du premier soir, et même du\npremier jour, est pour le moins confuse. Quelle défaite pour\nl'imagination! Que nous importent ces ruines, vastes musées\nen plein air où le bruit de la ville vous poursuit et où l'on cher­\ncherait en vain la beauté du silence et le recul du souvenir!...\n     P o u r t a n t , déjà quelque chose parle au cœur. Au hasard\nd'une première course en fiacre on a entrevu la fontaine de\nTrevi, d'une intimité majestueuse, ou quelque vieux palais\nj a u n e , magnifique et désolé. Cette ville attire et repousse.\nD a n s la tristesse du soir d'arrivée, on ne sait encore si on\nl'aimera passionnément ou si l'on s'y ennuiera à mourir. Mais\non sent qu'elle laissera sa m a r q u e dans l'âme.\n\n  L e s trois é t a p e s . — Rome d'abord ennuie. P o u r com­\nprendre cette ville, faudra-t-il reculer dans le passé, lire\nBurckhardt, et suivre pas à pas l'archéologue? P u i s , tout à\ncoup, c'est la révélation. L a beauté romaine s'impose orgeuil­\nleusement, et vous laisse le cœur étonné. On a d m i r e sans\namour. P u i s , peu à peu, pour ceux qui ont le courage de la\nfamiliarité, il semble que Rome s'humanise et cherche à plaire.\nElle séduit, et c'est de la séduction qu'on garde le souvenir.\n\n   P l a c e N a v o n e . — C'est ici, je crois, le cœur de Rome, de\nla Rome vivante. T o u t y a cette noblesse aisée, cette familiarité\nélégante qui, depuis le XVIIe siècle, est proprement le style\nromain. P o u r t a n t , c'est un décor : une église du XVIIe siècle,\ndont les pédants assurément condamneront l'architecture\nostentatoire et charmante, en fait le fond. T o u t autour se\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "                      LES IMAGES INSTRUCTIVES                           317\n\n\ngroupent de grands palais jaunes et rouges qui, dans d'autres\npays, donneraient sans doute à la place l'air aristocratique,\nmaussade et e n n u y é . Mais ici, au rez-de-chaussée de ces palais,\nil y a des petites boutiques où règne la s y m p a t h i q u e négligence\nitalienne : l'officine du barbier, une trattoria populaire, une\nm ar c h a n d e des quatre-saisons. Et ce petit peuple a si bien\nl'habitude de vivre dans ce noble décor qu'il semble vraiment\nle maître de ces demeures laites pour les cardinaux et les\nprinces.\n   Mais le charme de la place, sa vraie beauté, ce sont les fon­\ntaines du Bernin. Elles sont du rococo le plus absurde, de la\nfantaisie la plus folle. On dirait des improvisations d'un soir,\ncréées pour une fête par un esprit en fête. Mais à Rome, sous\ncette belle lumière d'été, la fête est éternelle.\n\n    L e B e r n i n . — Rome est plus encore la ville du Bernin que\ncelle de Michel-Ange, ou du moins, c'est le souvenir du Bernin\nqui surnage dans une première vision de R o m e . Peut-être cela\ntient-il à ce qu'on ne pénètre pas dans l'intimité de Michel-\nAnge, alors qu'il suffit de s'abandonner au spectacle de la vie,\nsans prévention d'école, sans protestantisme ruskinien pour\ncomprendre et pour aimer le Bernin. Ce gigantesque Buona­\nrotti est presque toujours s u r h u m a i n . Les peintures de la\nchapelle Sixtine déconcertent avant de séduire, et le regard\nde Moïse vous plombe d'admiration. L e « cavalier » est plus à\nnotre portée. L u i aussi, il travaille dans le grand — c'est du\ntrès grand art que la fameuse sainte Thérèse, honnie par nos\nprofesseurs d'esthétique, et que les statues qui sont à Saint-\nPierre — mais il reste toujours d'une h u m a n i t é facile et proche\nde nous. Il fait de grands gestes, c'est entendu : il déclame.\nMais croyez-vous que ces comédiens de Naples, dont il est le\nt y p e achevé, ignorent la passion parce qu'ils en connaissent\nla mimique? Une farce que l'on se joue à soi-même, parfois jus­\nqu'à en mourir, ressemble fort à la farce de la vie. E t ces N a p o ­\nlitains jouent souvent j u s q u ' à en mourir leur farce passionnée.\n   Il est bien de leur race, l'auteur de cette sainte Thérèse\ninsupportable et délicieuse qu'on ne peut pas oublier.\n   E t p u i s . . . E t p u i s . . . C'est le génie de la sculpture. Aucun\nmoderne n'a eu cette grandeur dans le métier, cette vie dans\nle ciseau...\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "318                        DURENDAL\n\n\n  Ceux qui n'aiment pas Saint-Pierre de Rome. — Saint-\nPierre de Rome, pour le goût, c'est une pierre de touche. Ceux\nqui n'aiment pas Saint-Pierre, c'est qu'ils ont d'indiscutables\npréjugés gothiques, ou qu'ils ont naturellement le goût petit.\n\n   Rome catholique. — Rome est vraiment la ville catholique\net je dis catholique aussi bien au sens étymologique du mot\nqu'au sens religieux. On y chercherait vainement le souvenir\nde la bourgade agricole et militaire d'où sortit l'Empire. Les\nruines antiques qui parsèment la cité moderne et, sous le vête­\nment assez vulgaire des quartiers modernes, font apparaître la\nforte ossature de la Ville Éternelle, ne nous parlent que de\nl'administration impériale. Au Forum, au Colisée, au Palatin,\naux Thermes de Dioclétien, aux Thermes de Caracalla, on\nretrouve les palais et les bureaux das administrateurs du\nmonde : l'imagination évoque en vain la citadelle primitive\nd'où les consuls sont partis pour combattre Annibal et conquérir\nles provinces. Rien ne subsiste du décor préimpérial. Quand des\ndébris confus du palais de Tibère on jette les yeux sur la cam­\npagne grise et mauve que les monts Sabins et les monts Albins\nencadrent de leurs lignes élégantes, on voit fuir à perte de vue\nles aqueducs et les routes, fils conducteurs qui menèrent à Rome\nles forces de l'Italie et de l'Univers. Point de fermes, point de\nmaisons rustiques : ce n'est pas la plaine cultivée par les vieux\nQuirites, mais l'âpre et tragique banlieue d'une ville tentacu­\nlaire qui a tout corrodé autour d'elle.\n   Cellule-mère d'une civilisation administrative et juridique,\ncentre congestionné d'un monde qu'elle sut aménager pour\nelle, et si fortement constituée qu'elle résista six siècles à la\ncongestion, telle m'apparut sur place la Rome antique. C'est\nvraiment la ville universelle, une cosmopolis monstrueuse, qui\neût été barbare sans cette administration si merveilleusement\norganisée que nous n'avons fait qu'affaiblir ses méthodes. Et,\npar la force même des choses, les papes ont pris la succession\ndes empereurs. Ils ont transporté du temporel au spirituel le\nmagnifique système romain : la religion ici apparaît avant tout\ncomme une puissante administration des forces de l'âme. Elle\nmanque essentiellement de cette intimité tendre qui dans nos\néglises du nord touche l'esprit le moins chrétien, pourvu qu'il\nsoit orné de quelque imagination.\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "                     LES IMAGES INSTRUCTIVES                       319\n\n\n    E n vérité on n'est ému que de puissance sous le dôme\nsublime de Saint-Pierre, mais on est ému.\n   P o u r t a n t , auprès de l'ordre romain, si rigide, comme l'ordre\nchrétien s'humanise ! U n e grâce voluptueuse le tempère. Il\ny a des plaisanteries du Bernin dans l'ornementation du\nbaldaquin de bronze, et les Papes autorisent des familiarités\nque le préfet de la ville n'aurait pas permises.\n   Ces familiarités, mêlées à la puissance, c'est peut-être ce qui\nfait le charme de Rome, charme subtil qui échappe toujours à\nquelques esprits. Dans le grand décor que la raison h u m a i n e\nfit à son image, et où les m o n u m e n t s font songer à de belles\npériodes cadencées et logiques, la vie magnifique et désor­\ndonnée a jeté des oripeaux et des dentelles; au majestueux\ncantique de Michel-Ange, le Bernin ajoute ses valses lentes ou\nses ariettes. Des oisillons nichent dans les plis maniérés que\nfont les manteaux de marbre des héros et des saints, et les\nherbes folles qui croissent sur les arcs de triomphe nous\nenseignent qu'il n'est d'éternel que ce qui meurt chaque année.\n   E t le miracle, c'est que tout cela s'harmonise. Les plaisan­\nteries du Bernin n'ont rien de blasphématoire ; des commères\nqui bavardent sous les voûtes sacrées ou des amoureux qui s'y\nrencontrent croient simplement que la maison de Dieu, c'est la\nmaison des h o m m e s . D a n s l'ampleur du temple, qu'importent\nces jeux minuscules qui ne choquent que nos pharisiens du\nNord?\n   L'extase voluptueuse de la sainte Thérèse berninienne ne\nperd pas en mysticisme ce qu'elle gagne en volupté. E t c'est\npeut-être à cause de ces contrastes que Rome est la seule ville\ndu m o n d e où l'on comprenne que la construction catholique\npuisse accueillir presque toutes les variétés h u m a i n e s .\n\n   L e V a l o i s . — Un ciel léger, des collines mollement ondu­\nlées, des forêts aménagées il y a très longtemps pour le plaisir\ndes rois et des hommes, un paysage très doux, en camaïeu,\ncouleur de mousse et couleur de pain : c'est le Valois. C'est ici,\nvraiment, le cœur de la France, le pays des rois de F r a n c e et\ndes Valois, la cellule centrale autour de laquelle tout l'orga­\nnisme français s'est formé, et je pense que quand on n'a pas vu\n— et bien vu — ce pays, certains traits importants de la culture\nfrançaise échappent toujours. Seulement, ce ne sont pas les\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "320                              DURENDAL\n\n\nplus saillants, et ces vallées cultivées, ces villages paisibles et\nréservés, ces églises de pierre moussue très sobres et presque\nsans sculpture, ces châteaux si simples en leur parc très ample,\nqu'ils ont l'air de grandes maisons de campagne, forment un\nensemble aimable, doux, mais que les amateurs de pittoresque\ntrouveront aisément un peu ennuyeux.\n   Il y a un âge où nos goûts nous portent vers les beautés\néclatantes, où nous aimons les grands poètes désespérés, les\nfemmes dont on a pu croire qu'elles avaient eu des aventures,\nles paysages pleins d'âpreté et de sauvagerie, les landes\ndésolées, les puissantes montagnes, les grèves désertes, les\nforêts insondables; mais un moment vient où nous nous aper­\ncevons que toutes ces beautés brutales et désordonnées n'ont de\nvaleur pour nous que par contraste, parce que nous avons été\nformés par un ordre très ancien. Nous nous rendons compte\nque tout cela, pour nous, pour les civilisés que nous sommes,\nne peut être que de la beauté de vacances, et nous goûtons peu\nà peu, et toujours davantage, tout ce qui s'allie à ces idées\nd'ordre, de régularité, de style que nous avions méprisées\nd'abord. C'est à ce moment de la vie qu'il faut voir les paysages\ndu Valois. Ils n'ont rien de r o m a n t i q u e , rien d ' i m p r é v u . Mais\nsuivez la vallée de l'Aisne, de Soissons à Compiègne, voyez le\nsoir rose mourir dans l'air léger, dorer les blés a b o n d a n t s et\nparfumés, broder d'un fil d'or la cime vert sombre du coteau\nboisé; examinez à loisir ces bouquets d'arbres qui semblent\navoir été dessinés par le Poussin ou par Claude, et il vous\nsemblera que tout cela a été disposé, il y a très longtemps, par\nun grand artiste dont le nom s'est perdu et qui eut le génie\n d'aménager, pour certains hommes adoucis par la culture, un\n décor merveilleux, où leur vie pût se passer s a n s secousse. De\n même, ces villages de pierre blanche, aux toits d'ardoise et de\n chaume. L e u r s humbles maisons ne sont que des cubes de\n pierre, percées de fenêtres, mais les pignons sont d'une pro­\n portion si juste, les corniches d'une ligne si ferme, que l'on\n s'aperçoit bientôt que le modèle en fut donné jadis par ces\n mêmes maîtres admirables et modestes qui firent les cathé­\n drales et, dans le sombre et grandiose roman, découvrirent la\n grâce souveraine du gothique.\n  Il y a, dans tout cela, u n e beauté réservée, discrète et dont\non ne comprend qu'à la longue le charme subtil et la distinc-\n"}, {"page_pdf": 372, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "                     LES IMAGES INSTRUCTIVES                       321\n\n\ntion très fine De la réserve, c'est peut-être là le trait essentiel\nde ce p a y s ; c'est aussi le trait le plus caractéristique du peuple\nqui l'habite. Ces paysans de l'Ile-de-France ne sont ni plus ni\nmoins instruits que d'autres paysans français, mais ils donnent\nl'impression de vieux civilisés. L e u r s manières, aussi bien\nentre eux qu'avec les étrangers, ont quelque chose de mesuré,\nde poli et d'un peu cérémonieux. E n t r e voisins, on s'appelle\n« Monsieur » et « M a d a m e >>. Aux jours de fête, les plaisirs\nsont simples, rustiques et traditionnels. L e s forains qui battent\nle p a y s et n'en dépassent guère les frontières étroites, ont\nd'humbles b a r a q u e s qui feraient sourire les paysans de\nF l a n d r e , habitués au luxe b r u y a n t de nos foires. De pauvres\nchevaux de bois, du plus ancien modèle, la boutique du mar­\n chand de joujoux et de bonbons, celle du m a r c h a n d de cou­\n teaux et de porte-monnaie, parfois un tir à la carabine, et les\n chevalets vacillants d'un équilibriste. C'est tout : la fête ne\n comporte point d'autres distractions, si ce n'est le bal de la\n place de la Mairie, et ce bal paraîtrait singulièrement froid\n aux jeunes gens de nos contrées. Il est d'une décence incroyable\n et beaucoup plus cérémonieux que les sauteries les plus bour­\n geoises. Aux sons d'un orgue de Barbarie, d'un violon, ou\n m ê m e d'une clarinette, les couples tournoient lentement et\n posément sous les lanternes vénitiennes. Mais les jeunes filles\n ont un tel air de modestie et de cérémonie qu'on verrait très\n bien ces paysannes en grand vertugadin. Elles ne sont ni plus\n ni moins vertueuses que d'autres paysannes, c'est entendu, et\n les m œ u r s de ce pays ne sont point celles d'une Salente, mais\n elles gardent l'empreinte de cette sagesse ancienne qui savait\n que, dans la société des hommes, on n'a de vraie liberté qu'au\n  prix d'un peu de retenue.\n    Il faut arriver, dans un de ces villages du Valois vers le soir,\n à l'heure où, comme on dit, « 1''Angelus apprend aux vieilles\n femmes qu'il est temps de ne plus travailler ». Sur le pas des\n portes, les vieilles gens viennent prendre le frais, et, dans\n les prés voisins du village, la jeunesse se répand comme au\n temps de Rétif de la Bretonne. Les jeunes filles, par groupes\n d'amies, cheminent le long des saules et, souvent, on organise\n quelques parties de colin-maillard ou des rondes gracieuses\n et mesurées comme des danses d'autrefois. L e cabaret, l'unique\n cabaret du village, est h u m b l e et sans luxe. On ignore le comp-\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "322                           DURENDAL\n\n\ntoir reluisant, à étagères chargées de bouteilles multicolores\net de verres bien rangés; il n'y a que de vieilles tables grossiè­\nrement peintes, de vieilles chaises de paille. L e long des murs,\nquelques vieilles lithographies : Napoléon, le roi Louis-Phi­\nlippe, un tableau militaire de de Neuville, ou plus simplement\nquelques pages jaunies du Petit Journal illustré. A cela près,\nc'est le décor d'un tableau de L e n a i n .\n     E t le fait est que la vie semble n'avoir guère changé depuis\ncent ou deux cents ans, dans ce pays. L a R é p u b l i q u e , puis\nl ' E m p e r e u r , puis la République encore, ont remplacé le roi de\nF r a n c e . Comme dans tout le reste du territoire français,\nl'agent électoral ou Monsieur le délégué cantonal est m a i n t e n a n t\nle gros personnage. L e château est devenu la propriété de\nquelque riche industriel parisien, ou même de quelque puissant\nbanquier juif. L e m o n d e s'est transformé profondément, mais\ndans le petit pays sans usine, les façons de vivre sont demeurées\nles m ê m e s . Pourquoi en changer? Il y a si longtemps qu'on a\nappris là à vivre avec douceur et à ne pas d e m a n d e r plus, ni à\nl'homme ni aux choses, que ce qu'ils peuvent donner.\n\n   L a V i e r g e a u x orties. — Dans ce pays du Valois est née\nl'architecture gothique : c'est à Monenval, dit-on, que pour la\npremière fois, le plein-cintre s'est brisé. Que m ' i m p o r t e cette\nérudition ? Mais l'église est c h a r m a n t e sous son vieux toit de\ntuiles brunies par le temps, si bien qu'il semble recouvert d'un\ndrap de velours à côtes. Elle dresse son clocher à flanc de\ncoteau, au milieu du village dont les maisons dégringolent en\nse bousculant, vers une verdoyante et douce vallée. Elle est\nvigoureuse et t r a p u e , mais son clocher « déchire le ciel »,\ncomme dit Mithouard, avec un tel élan qu'on ne prend pas\ngarde d'observer la touchante gaucherie de son port, et ce\nchoeur, où le plein-cintre se brise, est d'un art hésitant et\nexquis.\n   P o u r t a n t , j'ai vu d'autres églises qui m'ont touché davan­\ntage. Celle de Saint-Jean-au-Bois, si fraîche et si pure, avec\nses hautes voûtes qui semblent imiter minutieusement les\nogives naturelles des allées forestières toutes proches ; celle de\nSaintine, intime, mystérieuse, basse, et qui semble faite pour\nabriter les humbles oraisons des vieilles femmes, celle de Morte-\nfontaine qui s'élève à demi ruinée au-dessus du village et se\n"}, {"page_pdf": 374, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "                   LES IMAGES INSTRUCTIVES                    323\n\n\nsurvit avec grâce. Toutes sont très pauvres, avec de vieux orne­\nments décrépits ou d'une rustique laideur : des Jeanne d'Arc\nd'Epinal, d'affreux tableaux distendus «donnés par l'empereur»,\net des bannières de lustrine. Il y a des vitraux réparés tant\nbien que mal, et il semble qu'elles soient presque toutes laissées\nà l'abandon, et c'est peut-être ce qui les rend touchantes. Je me\nsouviens particulièrement de l'une d'elles dans un village dont\nje ne sais plus le nom. Elle était si pauvre malgré l'élégance\nde ses voûtes ogivales que d'abord on l'aurait pu croire dés­\naffectée, prête à être transformée en grange. L'autel était de\nbois blanc, poussiéreux, et les chapiteaux des piliers qui\navaient dû être finement sculptés étaient si usés qu'on en\ndistinguait à peine les détails. Mais, par cette brûlante après-\nmidi d'été,'il semblait que la nature se fût amusée à embellir ce\nque les hommes avaient abandonné. Au-dessus de la porte\nbasse, au milieu d'une fenêtre ogivale, une vieille statue de la\nVierge sans grand caractère se dressait : les carreaux blancs de\nla verrière avaient dû être brisés il y a très longtemps, car le\nvent avait accumulé contre le socle de la statue un peu de terre;\ndes orties y avaient poussé, formant comme un dais de verdure\nautour de la Madone, et le soleil passant au travers des\nfeuilles leur donnait un éclat fantastique et comme irréel. On\neût dit que l'humble statue découronnée était entourée de la\ngloire du plus magnifique vitrail.\n\n                                         L. DUMONT-WILDEN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-005", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 324, "page_fin": 324, "titre_corps": "Poèmes : Vision", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Dérieux", "ancre_debut": "Poèmes Vision J'ai rêvé que mes yeux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 375, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1210, "texte": "Poèmes\n\n                        Vision\nJ'ai rêvé que mes yeux ne devaient plus    s'ouvrir,\nMes membres palpiter, mes oreilles ouïr...\nJ'étais mort, mais mon cœur humain battait encore.\n\nPourtant ce cœur battant ne m'appartenait    plus,\nCar un ange devant moi s'était abattu\nDans un palpitement d'ailes et blanc  d'aurore.\n\nEt cet ange ayant pris dans le creux de sa main\nMon cœur rouge et battant encor, mon cœur     humain,\nCet ange s'avançait parmi la nuit   profonde,\n\nEt sur le firmament éclaboussé de lait\nQue son ombre tendait d'un voile violet,\nCet ange s'avançait comme on marche sur        l'onde.\n\nMais, quand il atteignit le firmament   humain,\nCet ange s'arrêta et je vis que sa main\nSur mon cœur resserrait son étreinte de songe.\n\nOr sur mon cœur tendu en élévation\nSes longs doigts resserraient leur sourde pression\nEt cet ange épreignait mon cœur comme une éponge.\n\nMais mon cœur qui battait toujours       éperdument\nOuvrait les doigts serrés sur son sourd     battement,\nPuis les doigts refermaient leur étreinte    profonde.\n\nAinsi, comme mon cœur cette main     palpitait.\nMais voici qu'épreignant  mon cœur elle en faisait\nRuisseler à jamais de l'amour sur le monde.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-006", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 325, "page_fin": 325, "titre_corps": "Poèmes : Symbole", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Dérieux", "ancre_debut": "Symbole A Monsieur Louis A.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 376, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 92, "fin_caractere_exclue": 896, "texte": "Symbole\n                                           A Monsieur Louis A.\n\nRiche du pur éclat de vos regards    lointains\nQue le regard tranchant des midis effarouche ;\nLucide et clair ainsi qu'une glace sans tain;\nEt détournant sans peur votre âme et votre bouche\n\nDes raisins qu'a mûris le soleil     d'Agrigenie,\nDe l'eau qu'en son amphore une femme porta :\n— En attendant la source vierge dont l'éclat\nD'un céleste orient s'élargisse et s'argente —\n\nImpatient et doux, vous vivrez jusqu'au soir\nEntre la peur du jour trop ardent et l'espoir\nDe voir au bord du cul de perle et d'ambre éclore\n\n— Tel un grand nymphéa des célestes étangs —\nHarmonieuse,    et blanche, et dont le cœur se dore,\nLa lune, l'astre clair que voire espoir attend.\n\n                                             HENRY     DÉRIEUX.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-007", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 326, "page_fin": 336, "titre_corps": "L’exposition de la miniature", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. 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Ils y sont sacrés virtuoses et\nprocurent à notre pays un enviable renom ! Je n'insiste pas sur l'entreprise,\ncouronnée d'un succès légitime, — heureux de fixer ici le souvenir de visites\nfréquentes en ce Paradis du Passé.\n   L'atmosphère enveloppante, d'un luxe discret, était bien celle qui con­\nvenait à la glorification du portrait en miniature, fleur aristocratique des\nsiècles révolus! Avant d'aborder l'examen de ces « menues merveilles »,\ndisons donc quelques mots de l'ambiance; parcourons la série des objets qui,\ndépassant le but limité de l'exposition actuelle, lui constituaient le plus\nattrayant des cadres.\n                                       I\n\n    Dans la salle gothique, à laquelle le magnifique retable de la ville de Bru­\n xelles imprime un caractère solennel, nous voyons appendues de très\narchaïques tapisseries françaises et rangés des bois sculptés, d'une savoureuse\n polychromie, d'une patine harmonieusement luisante. Ainsi : ce chevalier\ndoré en armure de tournoi, cette sorte de poupée italienne, cet empereur\nMaximilien à la moue dédaigneuse, ce massif Christian III de Danemark à\ncheval, — tous au baron Oppenheim de Cologne, propriétaire aussi de ces\ntrois tètes masculines réunies dans un encadrement sous les appellations de\nJean Van Byek (un vieillard ridé), Thierri Bouts (un jeune homme coiffé\nd'un haut bonnet violet, qui a l'air d'un figurant de la Justice d'Othon),\nMemling (un gentilhomme à la flèche) œuvres déjà appréciées lors de leur\nexhibition à Bruges en 1902. Plus loin, un Jean sans Peur avec sa face cau­\nteleuse et son affreux nez tombant (M. Porgès, Paris), renseigné erronément\ncomme Philippe le Bon ; un petit triptyque hollandais, provenant du musée\nd'Aix-la-Chapelle; et, surtout remarquable, l'exquise Annonciation de\nM. G. Taymans, à Bruxelles, pour la première fois soumise à la clairvoyance\ndes érudits. Toute imprégnée de pieuse intimité, elle attend la définitive\n"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3202, "texte": "                       L'EXPOSITION   D E LA M I N I A T U R E              327\n\n\n\npaternité d'un peintre illustre du XVe siècle flamand, de Hugo Van der Goes\npeut-être, dont elle conserve les « traits nets » et la subtile émotion...\n   La collection célèbre, de M. Ch.-L. Cardon fournit à cette salle, comme\naux deux suivantes, l'essentiel de son décor : Vierge et Enfant (Van der Goes)\nen format réduit, sur un fond d'étoffe rouge aux plis réguliers; Nativité, sous\nl'étiquette d'Albert Van Ouwater, avec son âne et son bœuf si naïfs et les ailes\ndiaprées de ses anges voletant gracieusement; Christ portant la croix, mala­\ndroit et vigoureusement coloré, de Jérôme Bosch; portrait de Richard III\npar un anonyme anglais ; Ascension, de l'école de Souabe, à l'arrière-plan d'or ;\ncet étrange duo de chevaux, avec un singe sur la croupe de l'un d'eux, dans\nun paysage profond tout à fait typique de Memling, qui intrigua tant les\nvisiteurs de la Toison d'Or en 1907; de Memling également, cet abbé\nbouffi et mal rasé, aux yeux pâles; enfin, près de l'autel portatif franco-\nflamand, pur joyau, une minuscule Vierge embrassant l'Enfant, sur vélin,\ndans un entourage de fleurs de lis, commémore à souhait le style délicat de\nGérard David.\n   Les pages ouvertes dans les vitrines offrent de parfaits spécimens de l'enlu­\nminure des manuscrits; on y trouve en outre d'instructifs et minutieux\ndessins de Primitifs flamands, et de lumineux petits portraits, probablement\nd'Antonello de Messine.\n   La seconde salle a été appelée salle Holbein en l'honneur de certains\ntableaux appartenant à M. Cardon, qui figuraient sous le nom de Mabuse, à\nCharleroi l'an dernier... Progrès (!) inutile, car, à mon sens, une attribution\nà Mabuse n'a rien qui disqualifie : 1. Le gentilhomme aux belles mains, œuvre\nfatiguée, espèce de Faust au regard vague, lourdement vêtu de soie à crevés\nclairs; je n'en aime pas les excessives cassures de l'habit, les bourrelets trop\nmultipliés des doigts noueux; et, en dépit d'une relative similitude avec les\nAmbassadeurs de la National Gallery (« ornements dorés au métal »), je\ndemeure partisan de la direction de recherches : Josse Van Clève le Fou,\nqui séjourna à la cour de France. 2. Lucrèce se poignardant, revers en\ngrisaille du gentilhomme aux belles mains (1534) s'apparente au Gossart de\nla galerie Colonna, à Rome. 3. Le profil de prélat a été formellement identifié\npar un récent article de Burlington Magazime ( 1 ) ; c'est Thomas Crornivell\n« favori et victime de Henri VIII ». Si ce morceau de premier ordre n'est\npas dû au pinceau de Holbein lui-même, il émane en tout cas de l'un de\nses disciples anglais les plus talentueux, comme Stretes par exemple.\n   Le gentilhomme à l'œillet reste seul désigné Mabuse de cet important\ncontingent. Nous en goûtons fort l'éclat superbe du teint, les rousseurs\nonctueuses de la barbe, les reflets fauves du cuir. N'oublions pas l'impres­\nsionnante vieille femme de Nicolas Neufchâtel, dit Lucidel, ce distingué\nportraitiste encore insuffisamment analysé.\n   En face des tableaux de M. Cardon, il y a le vaste panneau de Pourbus,\ndaté de 1561 (au marquis de la Boëssière-Thiennes) : treize membres de la\n\n\n  (1) Décembre 1911.\n"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3237, "texte": " 328                                    DURENDAL\n\n\n\n  famille Van Berchem, grandeur naturelle, groupés autour d'une table qui\n  supporte des instruments de musique et des fruits. « Le coloris à la fois mat\n  et puissant, écrit M. Fierens-Gevaert (1), a gardé toute sa force initiale. » La\n  nature morte, d'une facture très lisse, est excellente; mais la composition,\n  avec son alignement de visages uniformément éclairés, manque d'animation\n  et de relief. Néanmoins c'est là un considérable document pour l'étude de\n  notre école. Les portraits d'homme et femme, engoncés (au baron Janssen)\n  dénommés école de Pourbus ou Adrien Key, semblent moins intéressants.\n  Ne quittons pas cette pièce sans un coup d'œil au joli buste d'homme de\n  Holbein, en noir sur fond bleu (galerie Liechtenstein) et à la suite de petits\n  Clouet ou Corneille de Lyon (MM. Kleinberger et Flameng) femmes lip­\n pues, aux bijoux précieux, d'une perfection achevée.\n     La troisième salle, dite du Maître des demi-figures (ou correctement, du\n Maître des figures de femmes à mi-corps) contient les trésors de la collection\n Cardon. Hors pair, le portrait de jeune princesse en Madeleine (elle tient une\n coupe qui n'est pas nécessairement le vase de parfums) aux joues si\n fraîches, à la moelleuse robe blanche à guimpe, sur un admirable fond d'émail\n sombre. L'attribution à Gossart ne fait pas de doute; mais l'identification\n avec Isabeau (Y timbré d'une couronne), sœur de Charles-Quint, plus tard\n épouse de Christian de Danemark, doit être abandonnée. On y reconnaît\n maintenant Jacqueline de Bourgogne, fille d'Adolphe, seigneur de Beveren\n et de Veere, protecteur du peintre de Maubeuge; la comparaison avec un\n tableau nouvellement entré à la National Gallery (2) ne laisse subsister\n aucune hésitation à cet égard.\n    Je néglige deux portraits de Barthel Bruyn (au duc d'Arenberg) dont le\n fond d'azur parait repeint; et le bourgmestre Pilgrum et sa femme, rattachés\n au Maître de la mort de Marie (musée de Cologne) de qualité inférieure.\n    A M. Cardon encore le profil aigu d'aventurier à la Callot, en costume gris,\ncoiffé d'un feutre de même couleur; incontestablement une production lom­\nbarde; le nom de Bernardino de Conti a été suggéré avec vraisemblance.\n    Le Maître des demi-figures, anonyme toujours à la mode, règne là avec\ndeux tableaux : 1° un élégant buste de jeune femme au perroquet (galerie\nLiechtenstein), blonde aux cheveux ondés, aux yeux attirants, à la bouche fine,\nau décolletage timide — chef-d'œuvre plein de charme et de douceur; — 2° la\njeune femme écrivant une lettre (M. Cardon) conforme au prototype répandu\ndu maître; ample modelé des épaules, nuque forte et minois penché. Sujet\nidentique dans l'ancienne collection Pacully, à Paris, où l'on a voulu voir\nautrefois lady Jane Grey; le peintre Lucas de Heere fut proposé sans motif\ndéterminant.\n    Quant à l'Eléonore d'Autriche au clavicorde (M. Cardon), épouse\nbientôt délaissée de François I er , dont M. A.-J. Wauters narrait der­\nnièrement l'aventure romanesque avec le Palatin Frédéric de Bavière (3),\n\n (1) Les Primitifs flamands, vol. II, p. 313. (Bruxelles, Van Oest.)\n (2) N° 2211 Jadis, collection Gauchez.\n (3) Revue de Belgique (15 janvier 1911).\n"}, {"page_pdf": 382, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3143, "texte": "                        L'EXPOSITION         D E LA M I N I A T U R E             329\n\n\n\nnous la jugeons blafarde et peu agréable, ainsi que la Peseuse d'or du musée de\nBerlin, représentant l'infortunée princesse. Signalons le Charles-Quint ado-\nlescent, sur fond d'or, délectable morceau du groupe de Van Orley\n(M. Cardon). Mais le clou de ce salonnet n'est-il pas la Réunion de famille\nau château de Rumbeeke, environs de Roulers (au comte de Limburg-\nStirum). D'un coloris enchanteur, le paysage avec sa façade rosée, ses\népaisses frondaisons, sa pièce d'eau où évoluent des cygnes, est un délicieux\nrégal; les personnages recueillis qui s'agenouillent, « au passage de la pro­\ncession», observe judicieusement M. Fierens-Gevaert (1), témoignent d'une\npatiente habileté qu'on ne saurait assez vanter. On voudrait préciser l'auteur\nde ce panneau si amusant, voisin de l'énigmatique maître des demi-figures,\net bien digne vraiment d'une exposition de miniatures.\n   Si la place du boudoir de Gabrielle d'Estrées, issu du château de Chenailles\ndans l'Ile-de-France, y semblait moins indiquée, personne ne s'en plaindra.\nDes lambris vermoulus aux ors écaillés et aux tonalités gris bleuâtre sou­\ntiennent la mythologie pompeuse de l'école du Primatice, l'histoire de Renaud\net d'Armide, emplie toute de zéphyrs et d'amours dardant leurs flèches.\nL'enchanteresse, sous les traits, affirme-t-on, de la belle Gabrielle, enchaîne\navec des guirlandes fleuries le vaillant chevalier endormi. Privilégié l'amateur\nqui pourra, en notre temps de pastiche coûteux, garnir son home de cet\nauthentique débris et clore sur un monde de souvenirs galants ces petits volets\ndécolorés — témoins aveugles des royales idylles!\n   La salle Louis XIV ensuite, outre son riche mobilier, s'orne de somptueuses\ntapisseries bruxelloises, retraçant les hauts faits d'Ulysse et d'Achille, signées\nAuwercx 1710 (au duc d'Arenberg), et renferme un curieux cabinet florentin,\nd'écaillé incrustée de nacre, ayant appartenu à la nièce de Mazarin, prêté par\nS. A. R. M me la comtesse de Flandre.\n   La section britannique se compose de deux chambres. L'une, de la période\n William and Mary, fut décorée et peinte par le fameux Grinling Gibbons ;\nl'autre, entièrement en chêne, où l'on respire l'odeur caractéristique des\nvieux logis d'Outre-Manche, évoque les sobriétés du style Tudor.\n   Dans la salle du XVIIIe siècle français et de l'Empire, la populaire image de\nla reine Louise de Prusse, par Richter (envoi du musée de Cologne), nous\naccueille avec une grâce souveraine. Céleste vision qui descend l'escalier, dans\nun flottement léger de voiles ; son mélancolique sourire s'adresse sans ironie à\nl'adversaire terrible d'Iéna, au Napoléon accablé de Paul Delaroche (baron\nde Favereau).\n   La peinture moderne, logée au rez-de-chaussée, montre les deux splendides\nAlfred Stevens possédés par M. Sarens, la Lettre de faire-part et le Masque\njaponais; ainsi que plusieurs œuvres de Fernand KhnopfF, principalement\nl'impeccable portrait du père de l'artiste, revu au Salon de printemps 1911.\n\n\n\n\n  (1) Les Primitifs flamands, vol. I I , p. 227, note r. (Bruxelles, Van Oest.)\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2914, "texte": "330                                 DURENDAL\n\n\n\n\n                                         II\n\n  J'ai amplifié démesurément mon introduction; force me sera d'être bref\nquant à la miniature-portrait (le reste n'était pourtant qu'un hors-d'œuvre!).\nLe plaisir éprouvé supplée malaisément à ma totale incompétence. Le portrait\nde petit format se détache, on le sait, du manuscrit enluminé à l'âge où celui-ci\nmeurt, tué par l'imprimerie et la gravure, pour constituer une spécialité bien\nvivante qui a traversé les siècles. Nous avons, en effet, sous les yeux une suite\nininterrompue de mignonneries qui va de Holbein à M. Moreels, organisateur\nde la section contemporaine de l'Exposition !\n                     J'aime à vous voir en vos cadres ovales,\n                     Portraits jaunis des belles du vieux temps. .\n\nmais cet amour me tient lieu de science! trop enclin que je fus à ne consi­\ndérer, en fait de miniature, que le médaillon, médiocrement exécuté d'après\nphotographie, du nouveau-né que beaucoup de nos jeunes mères portent en\nbroche, heureuses de ne le plus porter autrement... Ce « petit art » exista\ntoujours à côté du « grand art ». « S'il subit actuellement une crise fâcheuse,\nconcluait M. Lambotte lors d'une substantielle conférence à laquelle je me\nréfère volontiers, c'est faute de commandes. » Que les peintres d'aujourd'hui\ncessent de mépriser une branche artistique dont s'occupent les gens du monde !\nQu'ils s'en mêlent un peu au contraire, qu'ils s'insurgent contre la conception\nindustrielle du portrait! Pour cela, ils auront besoin du concours des dames.\nA elles de faire refleurir un genre voué à l'exaltation des grâces féminines !\n\n                                        *\n   Je me trompais en parlant du « petit art » à côté du « grand art ». Les\nvisiteurs de l'exposition rectifieront en déclarant que, pour le passé au moins,\nla miniature signifie : du « grand art en petit » !\n   Puisque j'ai confessé ignorer hier encore la chronologie des miniaturistes,\nje ne tâcherai point de débrouiller le chaos qui s'offre à nous. Bornons-nous à\nfixer çà et là quelques noms qui marqueront les phases principales de l'évo­\nlution.\n                                          *\n                                         * *\n   Commençons par l'Angleterre, pays par excellence du portrait en minia­\nture, qui y fut instauré par Holbein (le maître d'Augsbourg en avait reçu l'en­\nseignement de Lucas Horebout). Ses grands portraits présentent la plupart des\nparticularités de la « miniature largement comprise », antithèse verbale qui\nn'est qu'apparente! Rapetissé, ce caractère complexe subsiste; voyez l'homme\nà l'œillet, de 1533 (à Mme Goldschmidt-Przibram); Sir Blake (à Mme de Bauer)\net, quittant les œuvres à l'huile, le jeune homme en pourpoint brun (apparte­\nnant à S. M. la Reine des Pays-Bas), unique miniature qu'on puisse, à l'ex­\nposition, authentiquement attribuer à Holbein.\n"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3281, "texte": "                      L'EXPOSITION        D E LA M I N I A T U R E                     331\n\n\n\n   Nicolas Hilliard (1537-1619) procède directement de l'ancêtre occasionnel\nde la peinture anglaise. Il est l'auteur de plusieurs étonnants portraits de la\nreine Elisabeth, enjolivée de précieuses joailleries ; M. Fierens-Gevaert nous\nla décrit : « jeune, coiffée de fleurs, les seins voilés de gaze, les bras nus,\nparée comme pour un songe de nuit d'été, — une Primavera shakespea-\nrienne ! »\n   Les miniatures de la période Tudor sont généralement rondes, faites à la\ngouache ou à l'aquarelle sur carton ou sur vélin ; le fond est uni, fréquemment\nbleu. Au cours des temps, la coloration des chairs s'atténua, fortifiant vio­\nlemment par contraste cet azur absolu, si frappant chez Holbein. Visages\nblancs, au regard pâle et lointain, tels nous apparaissent les seigneurs de la\ncour de Jacques I er , par Isaac Oliver (1556-1617) et Peter Oliver (+ 1648);\nsignalons parmi eux Sir Arundell Talbot (à M. H. Pfungst), un joyau.\n   Les collectionneurs se sont dépouillés généreusement de toutes ces effigies\ngraves de célébrités oubliées; elles se confondent un peu dans notre sou­\n venir; seules émergent les tragiques illustrations de l'histoire, Philippe II ou\n Cromwell...\n   John Hoskins (t 1664) nous mène plus avant dans la seconde période, celle\n des Stuarts, avec Buckingham, Anne de Danemark, la mélancolique reine\n Henriette-Marie, femme de Charles I er , qui fit beaucoup pour la vogue du\n genre. Les miniatures deviennent ovales, toujours sur carton ou parchemin;\n mais les formes s'affinent davantage, le jeu de l'ombre et de la lumière est\n plus savant. L'art entier ressent l'influence prépondérante de Van Dyck; nous\n assistons à une admirable floraison des minuscules reflets de son élégance\n hautaine. Mentionnons Algernon Percy, Earl of Northumberland (à lord\n Aldenham).\n    Hoskins était l'oncle de Samuel Cooper (1609-1672), vrai « prince d'enlu­\n minure », avec lequel nous touchons à l'apogée de la miniature anglaise. On\n a réuni bon nombre de ses œuvres. « Chacune d'elles, selon Sir W. Arms­\n trong (1), remplit à la perfection la surface étroite qui lui est assignée. Le\n dessin, le modelé, la couleur en sont irréprochables. Nul effort pour produire\n plus d'effet que le sujet n'en comporte, nul tentative pour se rapprocher de la\n grande peinture. Toute l'attention de l'artiste a porté sur les têtes. Il n'est pas\n un coup de pinceau qui ne contribue à l'intensité de l'expression. Une bonne\n miniature de Samuel Cooper est un triomphe de sélection, d'inspiration et\n d'harmonie. » Nous ne pouvons que souscrire au jugement de l'éminent cri­\n tique. Remarquons Charles II en grand-maître de l'ordre de la Jarretière\n (Rijksmuseum d'Amsterdam), de si fière allure; Thomas May, poète et\n historien (au D1' G.-C. Williamson) (2), peint sur un os de mouton; la\n coquette Margaret Lemon, maîtresse de Van Dyck et souvent portraiturée\n par lui, habillée en cavalier (M. H. Pfungst). Un portrait d'homme, à l'huile\n\n\n (1) Grande-Bretagne et Irlande (coll. Ars Una), p. 244.\n  (2) Vice-président de la section britannique de l'exposition, le D r Williamson a publié,\ndans le « Springnumber » 1910 du Studio, un article abondamment illustré : Portrait-\nMiniatures,\n"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3144, "texte": "332                                DURENDAL\n\n\n sur cuivre (M. F.-W. Lippmann), nous procure un utile rapprochement avec\n les adeptes de la « grande peinture ». La distinction dans l'attitude et le rendu\n des traits, inséparable de la personnalité même de Van Dyck dans la compré­\n hension du public, se manifeste longtemps après sa mort et s'étend à toute la\n période des perruques et des jabots. Th. Flatman (1637-1688) ne paraît guère\ninférieur à Samuel Cooper dans un jeune théologien, daté 1668 (à M. J.-J.\n Foster). Et le XVIIe siècle peut citer encore Gibson (1615-1690), — Elisabeth\nDonner, comtesse de Carnarvon (à Sir Edward. H -W. Huls, Bart.) ; David\nDesgranges (1611-1675) et enfin Dixon, qui sembleune transposition de Peter\n Lely, — la duchesse de Portsmonth (à M. H. Pfungst).\n    Dans la transition prolongée qui suit, nommons seulement Bernard Lens\n(1682-1740) — le trio charmant des misses Gurney, filles de l'amiral Sir John\n Lawson (à MM. Duveen). Nous atteignons la troisième période, laquelle\nembrasse la fin du XVIIIe siècle et le commencement du XIXe, coïncidant\navec l'âge d'or de la peinture anglaise, l'époque de Reynolds et de la Royal\nAcademy. L'ivoire, .résistant et clair, remplace le carton. Le fond «crémeux\net rosé » convient à ravir aux grandes dames d'alors, modèles impérissables\nde peintres aimés : Gainsborough, Romney, Hoppner, Lawrence. Un rien\nd'artifice flatteur fait croire que toutes furent jolies. L'aspect ivoirin et nacré\nparfois l'emporte sur le ton réel des carnations.\n   John Smart (1740-1811) et surtout Richard Cosway (1742-1821) sont les\nminiaturistes en vedette del'entourage du Régent, futur Georges IV. Lui-même,\nprotecteur de Cosway, et la société sérieuse ou frivole de Londres, la physio­\nnomie glaciale de Wellington, ou la silhouette vaporeuse de Mrs Fitzherbert,\namie du prince de Galles, sollicitent tour à tour notre attention. Et que dire\nde l'œil de Mrs Fitzherbert, auquel est attribué l'honneur d'un isolement\ngénéralement réservé au regard divin? Quelques émaux aussi, de H. Bone\n(1775-1834) où s'épanouit le Régent, bel homme. Il plastronne de même chez\ndes artistes d'envergure moindre, comme G. Engleheart (1752-1829), élève de\nReynolds.\n   Andrew Plimer (1763-1837) n'est pas dépourvu d'un certain maniérisme.\nFaut-il énumérer les femmes, dévotement chéries, qu'embellit son pinceau\nraffiné? Selina, fille cadette du peintre, Mrs Percival Lockwood, la duchesse\nd'Argyll? Les portraits d'hommes, par Plimer, sont fort intéressants : lui-\nmême d'abord, le colonel Fuller (H. Drake) et beaucoup d'autres.\n   Ozias Humphrey (1742-1810), liéavec Romney, exécuta d'adorables images\nd'enfants, aux yeux allongés et rêveurs. N'oublions pas le visage intelligent\net vif de la comtesse Stolberg d'Albany (à lord Hothfield), veuve du Préten­\ndant Stuart, qui vécut à Rome et fut la maîtresse puis l'épouse du poète\nAlfieri.\n   Je ne saurais omettre Sir W. Buchey (1753-1839) et H. Edridge (1769-\n1821). Mais il vaut mieux recourir, pour conclure, au texte d'Armstrong (1) :\n« La splendeur de l'école anglaise de portraits en miniature repose sur un\n\n\n  (1) Coll. Ars Una, p. 248.\n"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3058, "texte": "                    L'EXPOSITION     D E LA M I N I A T U R E               333\n\n\n\nsentiment de la forme, sur une puissance de concentration, sur un talent de\nsynthétiser sans tomber dans le vide, que l'on ne retrouve pas au même degré\ndans toutes les autres branches de l'art britannique. » L'élégance innée et la\ndésinvolture aristocratique propres aux créations picturales des Anglo-Saxons\nvont jusqu'aux disciples attardés de cette pléiade; les œuvres de W . Hope-\nThomson, de Christine Hovelt, dans le compartiment contemporain, affran­\nchies des exigences ridicules de la mode, dominent encore les miniaturistes\nactuels d'autres pays.\n                                        *\n                                      * *\n\n   Ces autres pays nous retiendront moins longtemps. Revenons en arrière\n pour ce qui concerne la France.\n   Au temps des Glouet, nous n'avons point insisté sur un pénétrant chef-\nd'œuvre : le portrait de Marie Stuart (à S. M. le Roi de Wurtemberg).\n   La miniature française réfléchit les phases successives de l'histoire de la\npeinture. Ainsi, sous Louis XIV, Petitot (1607-1691) reproduisit en émail les\ntableaux de Lebrun. Largillière fut miniaturiste à ses heures, — portrait\nd'homme (à M. E. Solvay).\n   Au XVIIIe siècle, les grâces poudrées, pastorales ou sentimentales, d'un\nBoucher, d'un Greuze et d'un Fragonard revivent sur des boites à bonbons,\ndes tabatières, des éventails, des carnets de bal. C'est un art de vitrine et de\nboudoir, où nous ne rencontrons guère de personnalités notoires, sinon les\nDrouais, montrant le comte d'Artois et madame Elisabeth, en un gentil\ngroupe fraternel (1767) ou les enfants Choiseul en Savoyards (à Mme Rabot\nde Monvault, Paris).\n   Hall, spécialiste réputé (né en Suède, 1739-1793), qui peignit des beautés\nfameuses comme la comtesse Potocka et l'infortunée princesse de Lamballe,\nmérite ici une mention. Son marquis de Saint-Yver (à M. Wildenstein), son\nvicomte de Mortemart, capitaine de vaisseau, assis sur un rocher (à Mme la\ncomtesse Louis de Mérode) sont des morceaux achevés.\n   Van Blarenberghe (1716-1794) fit des marines imperceptibles, et Van\nSpaendonck( 1746-1822), des fleurs et des fruits lilliputiens!\n   Sous Louis XVI, rappelons Sicardi (1746-1825) et son disciple Perin\n(1753-1817), — le chancelier Maupeou (coll. Fitz-Henry, Paris).\n   Vers la Révolution, citons Lemoine (1752-1825), — portrait de Mirabeau,\nles enfants de Montesquiou dans un parc; le célèbre Dumont (1751-1831) ;\nMlle de Noireterre, — Luce de Lancival, poète français (au prince de la Mos-\nkowa) et Autissier (1772-1820), né à Vannes, dont la carrière s'écoula en Bel­\ngique.\n   L'Empire a Quaglia (1780-1815) qui représenta l'impératrice Joséphine;\net Guérin (1760-1836), — Mlle Séné (au vicomte de Grouchy), le comte et la\ncomtesse de Montauzon (à M. Wildenstein), la douce Mme Récamier (à\nM. Doistau) et une exquise danseuse s'intitulant portrait de jeune femme en\ncostume grec (au comte Normand).\n   Villiers-Huet (1772-1813) suivit l'émigration et peignit Louis X V I I I à\nLondres en 1810.\n"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3334, "texte": "334                                  DURENDAL\n\n\n    Mais c'est pendant les années brillantes de la Restauration que prospéra\nparticulièrement l'art du portrait en miniature. Nous bénéficions ici d'une\niconographie instructive des rois Louis XVIII et Charles X, ainsi que de tous\nles membres les plus décoratifs de la société française. Trois noms dans le\nfouillis de la production doivent être mis en évidence :\n    I. Daniel Saint insuffisamment commémoré à l'Exposition.\n    II. J.-B. Augustin (1759-1832) qui obtint un succès persistant et forma de\nnombreux élèves. « Il apporta à cet art délicat, a-t-on écrit à son sujet, des qualités\nexceptionnelles de fini et d'harmonie, ses miniatures se font remarquer par\nune extrême pureté de dessin et par la vigueur et la richesse de leur coloris.\nOn peut dire d'Augustin qu'il fut le rénovateur de la miniature en réagissant\ncontre le style maniéré alors en vogue depuis l'époque Pompadour. » L'artiste\nvit affluer les commandes princières; il est permis de l'étudier de façon très\ncomplète dans la vitrine qu'on lui a consacrée, l'une des plus belles de la salle\nqualifiée « du XVIIIe siècle et de l'Empire ». Je relève au hasard : le\nduc de Berry en colonel des mousquetaires gris (à M. B. Franck),\nMlle Duchesnois de la Comédie-Française (à M. E Stern, Paris) et une déli­\ncieuse « tabatière en écaille avec le portrait de Mme Tallien. »\n    III. Le grand peintre Isabey (1767-1855) imperturbablement fidèle à tous\nles régimes, de Marie-Antoinette à Napoléon III, et unanimement fêté, se\nrévèle comme le plus séduisant des miniaturistes. M. Lambotte, en le défi­\nnissant « maître des figures sous voile », caractérisait excellemment la\njoliesse un peu chiffonnée et menue de ses portraits féminins, lesquels abon­\ndent à l'exposition. Dans les quatre portraits de la famille d'Osmond\n(à Mme Ach. Fould) il nous est agréable de découvrir cette blonde spirituelle\nqui fut la comtesse de Boigne dont les Mémoires, publiés naguère, expri­\nment si bien l'esprit d'un monde où l'on n'avait « rien appris, rien oublié! »\n    Parmi les élèves d'Isabey, distinguons Aubry, le duc de Reichstadt enfant,\nendormi dans son cabinet de travail et le magnifique portrait d'Isabey; Ben-\nner (1776-1818) auteur d'effigies multiples d'Alexandre 1er de Russie.\n    R o c h a r d (1788-1872), mort à Bruxelles, se réclame de l'école d'Isabey, mais\nc'est un Romantique, et comme tel, de dehors plus surannés à nos yeux que\nses prédécesseurs ; à preuve cette jeune femme en toilette de bal (signée\n et datée 1831) qui ressemble à la George Sand des « Amants de Venise! »\n\n                                          *\n                                         * *\n\n  Je crois nécessaire d'interrompre mon catalogue hâtif. Faisons, dans les\npays germaniques, une simple incursion. Raphaël Mengs, peintre décrié de\nqui certains grands portraits valent mieux que la réputation, fut temporai­\nrement au service du gros Auguste III de Saxe et de Pologne. Balbi travaillait\nà Vienne au déclin du XVIIIe siècle; considérons ces archiducs maigres,\ndisposés deux par deux (à Mme de Polès, Paris).\n   A Vienne aussi, Kreutzinger nous exhibe l'archiduchesse Marie-Louise\nlorsdeson mariage avec Napoléon (au comte H. Wilczek). Fiiger (1751-1818)\nest ici l'artiste notable : Xarchiduc Joseph, Palatin de Hongrie, le comte\n"}, {"page_pdf": 388, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3069, "texte": "                       L'EXPOSITION    DE        LA   MINIATURE                335\n\nWilczek, grand-maréchal de la Cour, sont des spécimens accomplis. Passons\nAgricola, son élève (1779-1852) et Waldmiiller, dont un vaste ensemble\npictural ornait en 1911 l'exposition autrichienne à Rome, pour nous arrêtera\nRosalba Carriera. Ses pastels bleutés du musée de Dresde laissent en général\nassez froid. On conçoit difficilement, devant cette fadeur et ce métier par trop\nmince, l'enthousiasme que suscita son talent. Songeons pourtant que l'im­\nmortel La Tour procède, en somme, de la Rosalba. Elle est, ainsi que je lis\ndans la Vie nationale (1), sous la plume de M. A. De Rudder, « l'évocation\ncharmante du XVIIIe siècle vénitien, dont Pietro Longhi est aussi une des\npetites âmes fragiles. C'est la grâce galante des gentilsdonnes... »\n\n                                        * *\n                                          :]■■\n\n\n\n\n   Les génies du XVIe siècle flamand, Rubens et Van Dyck, amoindris en\nquelque sorte dans l'art consciencieux d'un Gonzalès Coques, marqueront\nnotre étape dernière. Sous l'étiquette du « petit Van Dyck » (n° 662, avec la\ndénomination inexacte le duc de Buckingitam, à MM. Dowdeswell) j'ai eu le\nplaisir de reconnaître la réduction d'une œuvre de Juste Suttermans, portrai­\ntiste des Médicis ; c'est le grand-duc Ferdinand II de Toscane ou son trère\nMathias.\n   De Velasquez, il y a un Olivarès exigu, dont l'énergie impressionne.\n   Mierevelt, B. Van der Helst, Rembrandt lui-même surgissent çà et là;\nmais c'est plutôt le règne des petits maîtres, naturellement à l'aise dans les\nproportions de la miniature ; par exemple, Ter Borch. L'Intérieur d'alchi-\nmiste de Van Ostade (à M. Albert Warnant), d'après un tableau conservé à la\nNational Gallery, démasque une amusante supercherie imaginée par la\npudique Albion : la substitution d'un chou au... postérieur d'un enfant!\n   La miniature belge au XIXe siècle donne les noms de Delatour (1780-1858)\nélève d'Autissier; et de Van Acker (1794-1863) apparenté étroitement à la\nmanière d'Isabey.\n   Dans la salle moderne, au rez-de-chaussée, M. Moreels démontre la vitalité\nde cette « science d'enluminure » autrefois tant prisée. Les tours de force d'un\nSchumann, interprétant au microscope les compositions de Wouverman ; et\nde PoMnotow, peinturlureur de paysages infinitésimaux, — s'éloignent évi­\ndemment de toute préoccupation esthétique.\n    Le salon des portraits de la Maison royale de Belgique, depuis les ancêtres\nde Saxe que peignit Cranach jusqu'aux princesses idéales de Winterhalter,\nrenferme une collection très documentée des représentations gravées et peintes\nde Léopold Ier. Un cadre curieux va nous fournir, pour terminer, une leçon\ngénéalogique : en haut, la vieille princesse de Saxe-Cobourg-Gotha; puis la\nreine Victoria et le prince-consort; ensuite, isolé, le roi Léopold I er ; au-dessous\nde lui, la princesse Charlotte d'Angleterre et la reine Louise-Marie; au rang\ninférieur, le duc d'Orléans, accompagné de ses parents, Louis-Philippe et la\n\n\n  (1) N° 1 (avril 1912).\n"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 591, "texte": "336                               DURENDAL\n\n\n\nreine Amélie; et enfin, tout en bas, le comte et la comtesse de Flandre.\nQuelle récapitulation captivante!\n                                    *\n\n   11 me reste à regretter la longueur décousue de ce compte rendu, modeste\naide-mémoire pour ceux qui\n                     Formant des rêves fins sur des miniatures\n\nse complurent à méditer, — en se penchant vers le sourire figé des « dames du\ntemps jadis », emprisonnées dans leurs cercueils de verre.\n\n                                                                     P. B.\n      A vril 1912.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-008", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 337, "page_fin": 337, "titre_corps": "Sonnets : Van Dyck", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Chardome", "ancre_debut": "Sonnets Van Dyck Il est l'Evocateur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L'œuvre de Guido Reni", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 390, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 741, "texte": "Sonnets\n\n                       Van Dyck\nIl est l'Evocateur, aux grâces   incertaines.\nDe beaux adolescents qui, féminins un peu,\nRichement habillés de satin noir et bleu,\nErrent parmi l'orgueil des tentures     hautaines.\n\nIls eurent pour aïeux de fauves     capitaines,\nDémons à cœur de fer, au courage de feu :\nMais ils dédaigneraient  la cuirasse ou l'épieu,\nEt leur front s'abandonne aux caresses des reines.\n\nO Privilégié de l'Art et de l'Amour,\nSi tu peins ces enfants adorables, c'est pour\nQue l'essaim palpitant des femmes      amoureuses,\n\nFolles de leurs beaux yeux au long regard lassé,\nVienne poser un jour sur leurs lèvres     heureuses,\nSur leurs lèvres en fleur, la fleur de son baiser.\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-009", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 337, "page_fin": 337, "titre_corps": "Sonnets : L’œuvre 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fièvre brille au fond de leurs yeux frêles,\n      Et rien n'est si joli que leurs jolis pieds nus;\n\n      Ou leurs frêles bras nus, car tout est frêle en elles.\n      Fantômes délicats on ne sait d'où venus,\n      Cygnes au col neigeux fuyant à tire d'ailes\n      De quels deux inconnus vers quels deux        inconnus?\n\n      En des châteaux de rêve, où sous leurs doigts       phtisiques\n      Meurt la ténuité d'impalpables     musiques,\n      Subtil, on voit glisser leur corps aérien.\n\n      Et, pensive, parfois, l'une suit sur la berge\n      De l'étang glauque où flotte un deuil ophélien,\n      Son irréel amant au visage de vierge.\n                                                  EMILE   CHARDOME.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-011", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", 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Car dans le premier cas le pardon est un\n                      acte de pitié; c'est un acte d'amour dans le second. Le\n                      rare n'est pas de consentir à oublier le passé quand cet\n                      oubli n'engage que la minute présente, mais d'accepter de\n                      fonder tout un avenir sur cet oubli.\n                         Quelque chose de divin est capable dans le plus ordi­\n                      naire d'entre nous, sans autre élan que le sursaut spontané\nde notre conscience, de nous pousser à la plus grande générosité devant la\nsouffrance et devant la mort; la vie a une peine infinie à nous garder l'usage\nde ce surnaturel immanent, à le mêler aux nécessités de chaque jour, à\nl'intéresser à l'activité ordinaire de notre cœur.\n   Chez les chrétiens, l'aide providentielle vient au secours de la vie; une âme\ncroyante a une plus grande faculté d'oublier qu'une autre. Livrée à elle-même,\nla nature s'effraie de ses contradictions, de ses retours en arrière, des trahisons\nd'une imagination experte à ressusciter les visions du passé; l'esprit humain\nse rebelle devant l'humiliation que lui impose le sacrifice consenti dans un\nmoment généreux.\n    Un drame d'amour est, par quelque côté, toujours un drame de famille.\nAlors même que les circonstances nous montrent les plus affranchis, les plus\nindépendants, nous nous sentons attachés à un foyer. Concevoir la vie en sa\nforme normale, c'est la situer, non pas en marge, mais en puissance de la\nfamille; et c'est évoquer aussitôt le devoir qui en émane, qui en sature les\nmanifestations les moins disciplinées. Le seul chemin de la réalité y ramène la\npassion elle-même. L'amour le plus exclusif, le bonheur individuel le plus\ncruellement blessé, à cause de la vie, inclinent au pardon ; une leçon grave et\nsimple se dégage ainsi d'une peinture intégrale et sincère de la vie. Si elle ne\nva pas sans mélancolie, elle participe cependant à la poésie profonde, inhé­\nrente à ce qui jaillit de la plus frémissante réalité.\n    Telles sont les réflexions que suggèrent les livres de M. Henry Bordeaux et\nque le dernier en date, La Neige su?' les pas, précise dans le sens du pardon.\n L'autorité de ce romancier atteint aujourd'hui un public extrêmement\n\n\n (1) A propos de La Neige sur les pas, le dernier roman de M. Henry Bordeaux. Plon-\nNourrit, éditeur, à Paris.\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3443, "texte": "340                               DURENDAL\n\n\n\nnombreux et qui subit le charme de son œuvre comme une direction morale.\nLe terme n'est pas excessif, dût-il scandaliser les moralistes de profession et,\nparmi ceux-ci, ceux qui par vocation dirigent les âmes croyantes. Il ne sied\npas de s'écrier : C'est attribuer à la littérature une importance absurde et à\nun écrivain profane un rôle qui ne lui revient pas. Constatons le fait. Les\nromans de M. Bordeaux ne sont pas des livres catholiques au sens exprès\ndu mot, ce ne sont pas non plus des œuvres définitives. Cependant leur\nprestige est à la fois conforme aux meilleurs effets des livres de propagande\nreligieuse et supérieur à la séduction des écrits d'art pur. M. Bordeaux\npossède un secret que nous avons tâché de révéler plus haut. Il a le sens de\nl'évocation de la vie. Sa philosophie, très élevée et puisée aux sources de la\ndoctrine surnaturelle, il ne la justifie pas autrement que par l'exemple de la\nvie. Il contraint le lecteur à se reconnaître d'abord dans la réalité qu'il lui\nprésente et le mène ensuite à toucher les bornes du devoir, à chercher les\nrayons de la vérité morale. Ainsi, il allie sans effort l'art à la vertu.\n   Nous l'avons vu par un penchant invincible restreindre peu à peu le champ\nde son observation pour la limiter à l'étude de quelques âmes. Car l'humanité\nqu'on observe en profondeur rend mieux cette impression de vérité essentielle\nsur laquelle on fonde une raison de vivre. Parti peut-être à ses débuts avec les\nambitions qu'ont facilement les romanciers de mettre en scène une époque, un\nmilieu, tenté peut-être aussi, comme beaucoup d'autres, par l'étude de la\nsociété, par le roman social qui analyse les conflits de classes, l'auteur de La\nPeur de Vivre a connu enfin son vrai domaine qui est celui de la famille sans\ndoute, mais, dans la famille, des rapports d'une fraction à une autre. Avec Les\nRoquevillard ce furent surtout les rapports de père à fils et l'on sait comment\nil n'en a pas fallu davantage pour mêler à cette maîtresse œuvre les intérêts\nde la race et du pays. Depuis Les Yeux qui s'ouvrent, il s'agit de ménages,\nde rapports conjugaux, de foyers jeunes et nouveaux. L'homme et la femme,\nl'époux et l'épouse concentrent tout l'intérêt. Si l'on ne peut dire que les\nautres personnages sont réduits au rang de comparses, on ne s'attache pour­\ntant à eux qu'en proportion de leur intervention dans les rapports des époux.\nLa Robe de laine est un roman à deux personnages et je sais des gens qui\nmettent cette simple histoire, récit d'un mari à qui les yeux n'ont été ouverts\nque par la mort, au-dessus de toutes les autres. La Croisée des chemins, à quoi\nl'auteur garde une prédilection, a désorienté certains de ses admirateurs. Et\nvoici La Neige sur les pas dont le retentissant succès est lié à l'analyse de deux\nétats d'âmes. Il y a, sans doute, dans ce roman un mélange habile d'action\ndramatique et de psychologie. Pour qui le lit comme il doit être lu, c'est la\npsychologie qui est l'essentiel. Seulement, les péripéties de la trame roma­\nnesque ont le droit de nous retenir presque autant. Car l'impression morale\njaillit des unes et de l'autre, servie par le plus magnifique décor.\n\n                                          *\n                                      *       *\n  Le vrai malheur naît chez l'homme d'une contradiction entre le vœu de son\ncœur et la conscience de son devoir. C'est une rupture d'équilibre dont\n"}, {"page_pdf": 394, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3245, "texte": "                           LE   PARDON         E T LA   VIE                   341\n\n\nil souffre plus que d'une blessure physique. Quand il s'agit de justice conju­\ngale, l'orgueil confond souvent le devoir avec la vengeance et, une fois celle-ci\nassouvie, l'amour qui persiste atteste l'inguérissable souffrance. L'amour\ns'accroît encore de ce regret du bonheur perdu qui restitue à l'objet de\ncet amour sa puissance de séduction. Et toute la douleur de l'homme, trompé\nmais aimant toujours, tient dans cette exclamation du poète anglais : « En\nvoyant céder à ta nature, ne crois pas que je t'aimerai moins, oh! non, et\npeut-être même, qui sait ! je t'aimerai encore davantage. »\n   Il n'y a donc que le pardon qui pourrait rétablir l'équilibre et effacer la con­\ntradiction entre les deux tendances de l'homme. Mais laquelle cédera et\nquelle doctrine sera assez persuasive pour accorder le devoir à l'instinct du\ncœur?\n   La nature va répondre à cette question dans la première partie de l'émou­\nvante aventure contée par M. Henry Bordeaux. Grâce à un concours de\ncirconstances tragiques qui ne laissent pas de place, peut-on dire, à la récla­\nmation de l'orgueil, elle pousse irrésistiblement Marc Romenay au pardon.\nEt elle révèle ainsi son accord spontané avec une loi divine. Car « les faits,\ndans leur vérité, dans leur brutalité ne sont que des signes ». Les paroles pro­\nnoncées par Marc en présence de sa femme Thérèse, par qui il a été trahi,\nmais qui va mourir, ce sont les paroles mêmes « qui suppriment l'irréparable,\nles paroles qui effacent comme la neige tombée sur les empreintes des pas et\nque Dieu s'est réservé de prononcer ». Ainsi la partie de lui-même qui est\ndivine, qui reflète une pensée mise par Dieu en nous quand notre âme nous\nest donnée, résoud en un instant chez Marc bien qu'il ne soit pas croyant, le\nproblème de son bonheur. A l'apaisement qu'il sent en lui, ensuite, il reconnaît\nla vérité d'une loi parfaite.\n   Il faut suivre dans le roman la gradation admirable de cette montée de\nMarc Romenay vers une révélation supérieure de lui-même. Tout concourt\nà l'élargissement, à l'épuration, à l'élévation du cas humain assez ordinaire :\net l'introduction rapide du lecteur dans le tragique de l'aventure, et l'absence\nde tout détail vulgaire ou avilissant, et l'évocation d'une région alpestre exal­\ntante entre toutes, et l'intervention entre les époux, que l'adultère sépare mais\nque la mort rapproche, d'une belle figure sacerdotale.\n\n                                           *\n                                       *\n\n   Le prieur du Mont-Saint-Bernard en annonçant à Marc Romenay que sa\nfemme, ramassée sur le flanc du Mont-Vélan où elle avait survécu tout un\njour à la mort de son amant, vivrait, avait remarqué un mouvement de reçu\ndans l'élan qui portait jusque-là le mari à revoir Thérèse et à lui pardonner.\nIl demanda brusquement : « Auriez-vous préféré la trouver morte? » Et\ncomme Marc, après une hésitation, osait répondre : « Peut-être cela eût-i\nmieux valu », le père Dornaz qui ne le quittait pas des yeux, reprit : « Les\nvoies de Dieu ne nous sont pas connues. Il exige de vous plus que vous n'ap­\nportiez. »\n   On ne peut, en effet, lorsqu'on a été favoriséd'un éclair de révélation su ma-\n"}, {"page_pdf": 395, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "342                               DURENDAL\n\n\nturelle, revenir à la contradiction de la vie sans garder l'obsession de la voie\ndont on a découvert l'entrée. Cette voie est ardue; elle ne s'écarte d'aucune\ndes aspérités de la nature, mais elle les surmonte et ainsi le sublime s'accorde\nà la réalité. Pourquoi l'auteur a-t-il renoncé à poursuivre dans l'âme de Marc\nune œuvre surnaturelle? Il faut le regretter, car celle-ci n'eût contredit en rien\nl'œuvre de la vie. Elle l'eût bien, au contraire, élargie et achevée. Très juste­\nment, M. Bordeaux intitula la première partie de son roman : « Le triomphe\nde l'amour » et personne ne peut se méprendre sur la qualité de cet amour\nsublimisé par la partie divine de nous-même. Intitulant ce qui suit : « Le\ntriomphe de la vie », nous savons bien qu'il va nous montrer la reprise de l'exis­\ntence commune comme une lente revanche de l'ordre, de l'habitude et de la\nréalité. Cependant tout cela participe à une harmonie absolue, conforme au\nplan providentiel; Marc Romenay s'en rend trop peu compte. Aussi son\nbonheur, reconquis à la fin, sera toujours incomplet et c'est pourquoi il y a\nquelque mélancolie dans les dernières pages du livre. Nous demeurons dans\nles limites d'une humanité moyenne. Traversée un instant par un tragique\nexceptionnel, celle-ci revient à une vie quotidienne assez ordinaire. La reli­\ngion y joue son rôle, ramené lui aussi à des proportions restreintes.\n   Sur le flanc du Mont-Vélan, Thérèse Romenay fut sauvée par son ardent\ndésir de vivre, alors que celui pour qui elle avait trahi son mari et perdu son\nenfant, mourait à ses côtés. Ce désir, le père Dornaz n'a eu guère de peine à\nl'orienter ensuite vers le repentir, la réconciliation avec Dieu et même vers le\nsacrifice expiatoire. En la revoyant, toute défigurée et meurtrie, à l'hospice du\nMont-Saint-Bernard, Marc avait dit spontanément les paroles nécessaires et\nque le prêtre rapprochait sans peine aussi d'une pensée divine. Redescendus\nvers des paysages moins hauts, en contact avec la réalité ordinaire, les époux\nont senti renaître le malentendu entretenu par un passé dont le principe seul\ns'est vu contredit par le pardon. Ce pardon ne sera point repris mais il a besoin\nde se plier au cadre de la vie quotidienne. Par lui, le cadre, sans doute, aurait\npu s'élargir et la vie se sublimiser en surnaturalisant les âmes. Mais c'eût été\nun autre roman; la première partie de celui-ci le rendait possible.\n   Elle ne contredit pas celui que nous donne l'écrivain et qui est plus con­\nforme à la réalité moyenne. Elle le domine et l'écrase un peu. Tant il est vrai\nqu'avoir respiré l'air des sommets rend malaisée la vie dans les plaines.\n\n                                                         HENRI DAVIGNON.\n  15 avril 1912.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-012", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 343, "page_fin": 344, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Chronique musicale Le concert Ysaye auquel Eugène Ysaye", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 396, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2630, "texte": "Chronique musicale\n\n   Le concert Ysaye auquel Eugène Ysaye et Pablo Casais prêtaient leur\nconcours fut un triomphe pour ces deux admirables artistes dont les inter­\nprétations également recueillies, également pleines de pensée et fièrement\ndégagées de toute vaine extériorité, offrent entre elles tant d'analogies. Ysaye\net Casais ne se bornent point à exécuter les œuvres, ils les vivent intensément\nles marquant ainsi d'un sceau génial de rayonnante clarté. Avec quelle\nnoblesse souveraine, avec quelle grâce tour à tour spirituelle et enveloppante,\nCasais sut faire chanter les sereines et exquises mélodies du Concerto de\nHaydn (ré majeur) pour violoncelle! Dans les deux œuvres pour violon et\nvioloncelle, la Muse et le Poète (op. 132) de Saint-Saëns et le Concerto\n(op. 102) de Brahms, Ysaye fut comme toujours merveilleux de souplesse,\nd'élan, de puissance émotive. Mais combien l'on eût souhaité entendre se\nproduire aussi en soliste ce grand poète de la sonorité et de l'expression !\n   La Muse et le Poète est une fantaisie aimable, de sentiment fin et de forme\nélégante qui ne vise d'aucune manière à la profondeur. Le Concerto de\nBrahms au contraire peut être rangé parmi les compositions les plus signi­\nficatives du maître de Hambourg, particulièrement dans 1''Andante où se\nreflète toute la sublime gravité de la pensée beethovénienne. Rasse dirigea\navec sa maestria habituelle, outre les accompagnements d'orchestre, le\nConcerto grosso n° 17 (sol mineur) de Haendel et une série d'Images de\nDebussy, Ibéria, images plus déconcertantes que jamais, assemblage tour­\nmenté d'impressions fragmentées et disparates que le redoutable voisinage\nde Haydn et de Brahms, ces incomparables maîtres de la ligne, ne devait\nassurément point contribuer à mettre en valeur.\n\n                                         *\n                                     *       *\n\n   Au Conservatoire, très intéressante audition des classes d'ensemble sous la\ndirection de MM. Van Dam et Marivoet, qui eurent ainsi l'occasion d'y\naffirmer l'excellence de leur enseignement et, en outre, d'y faire entendre des\nœuvres aussi délicatement poétiques que peu connues. C'est avec une verve\nspirituelle, entraînante, avec une remarquable justesse d'expression et de\nrythme que M. Van Dam conduisit deux charmantes symphonies, l'une de\nMozart en ré majeur, l'autre de Haydn en ut majeur, et une ouverture de\nMozart, la Villanella rapita. La phalange chorale dirigée par M. Marivoet\nfit preuve d'une compréhension affinée et d'un sens profondément musical\ndans des interprétations remarquables de cohésion, de sonorité et de nuances,\n"}, {"page_pdf": 397, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2130, "texte": "344                                DURENDAL\n\n\noù nous signalerons particulièrement les trois chansons françaises des XVIIe et\nXVIIIe siècles, disposées à quatre voix par Gevaert, et surtout les quatre chan­\nsons tziganes de Brahms, ayant toute la saveur rythmique et la sève ardente\nde celles de Dvorak avec des harmonies plus fines et une ligne plus pure.\n\n                                         *\n                                        * *\n\n   Mlle Angèle Simon, élève de Lauweryns, a donné à la Grande-Harmonie\nun récital de piano qui lui a valu le plus vif succès. Le prélude et fugue de\nBach, en ré majeur (transcription Busoni), fut joué par elle avec autant de\nnetteté que de vigueur et d'accent. Il était surprenant de voir une enfant de\n15 ans aborder l'interprétation de l'op. 110 de Beethoven, où Vincent d'Indy\nvoit à juste titre un type d'éternelle beauté, mais si la jeune fille n'est naturel­\nlement point parvenue à en traduire l'émotion infinie et la pensée profonde, il\nest néanmoins incontestable que dans l'élégance perlée du rendu et surtout\ndans la clarté parfaite avec laquelle a été exposée la fugue qui constitue une\ndes parties les plus significatives de la sonate, Mlle Simon a révélé des qualités\nde tact, de finesse, d'intelligence indicatrices d'un tempérament de véritable\nmusicienne. Même critique et même éloge pour l'étude de Chopin en ut dièze\nmineur, un des sommets de l'art du grand lyrique polonais. Elle fut joliment\nnuancée sans réaliser l'ampleur expressive souhaitée. Par contre, M lle Simon\ndétailla avec une grâce limpide l'étude sur les touches noires, et interpréta la\nBallade en sol mineur du même auteur en des alternances touchantes de\ncharme délicat et de verve fougueuse. Mlle Simon fut aussi très appréciée pour\nla souple aisance de technique dont elle fit preuve dans les pièces de Debussy\net dans la charmante étude en forme de valse de Saint-Saëns. Bref, dans l'in­\ntéressante élève de Lauweryns, le nombreux public réuni ce soir-là salua de\nchaleureux applaudissements une artiste d'avenir.\n\n                                                     G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-013", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 345, "page_fin": 347, "titre_corps": "La médaille au Salon du Printemps et à l’Exposition d’art religieux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Alphonse de Witte", "ancre_debut": "La Médaille au Salon du Printemps", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 398, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "La Médaille\n  au Salon du Printemps et à l'Exposition d'Art religieux\n\n\n   Cette fois, les organisateurs du Salon se sont montrés généreux envers les\nmedailleurs, et ils ont « réservé » à leurs envois une salle d'une douzaine de\nmètres carrés que, pour peu que le soleil boude — et a-t-il assez boudé le jour\nde l'ouverture — pourrait parfaitement servir de chambre noire à un photo­\ngraphe !\n   Ce n'est pas découvrir la couronne que de faire, après bien d'autres, cette\ntriste constatation.\n   C'est, nous apprend le catalogue, à M. Victor Tourneur, l'actif et sympa­\nthique conservateur adjoint du Cabinet des médailles de la Bibliothèque royale,\nque l'organisation de la section de la médaille a été confiée. Sa tâche n'a pas\ndû être bien pénible, car le nombre des médailleurs qui ont répondu à la gra­\ncieuse attention du Comité est assez restreint. La section de la médaille\ncompte en tout dix exposants, et ils ne pouvaient guère être plus nombreux,\nvu l'exiguïté du local qui sert, en outre, de corridor pour passer du Salon de\nl'art religieux au Salon de la peinture profane.\n   Si vous le voulez bien, nous allons passer rapidement en revue les œuvres\nde ces vaillants, car il faut vraiment du courage pour exposer dans de pareilles\nconditions.\n   M. Godefroid Devreese occupe au centre du couloir une place d'honneur, et\nc'est justice; car cet artiste, malgré une production peut-être un peu trop\nintensive, s'affirme tous les jours davantage le meilleur de nos portraitistes\nsur métal. Nous n'en voulons pour preuve que trois de ses dernières pla­\nquettes, celle au buste du baron Kervyn de Lettenhove, qui rend si bien l'ex­\npression aristocratique et toujours affairée de la physionomie, si mobile, du roi\ndes organisateurs d'expositions artistiques; celle qui nous montre le célèbre\nténor Van Dvck rayonnant d'intelligence et de bonhomie tranquille, celle enfin\nau buste enrobé du professeur Edouard Van Beneden dans une attitude superbe\nde savant conscient de sa haute valeur.\n   M. Charles Samuel est toujours l'artiste au faire fin, délicat et distingué.\nCes qualités, si rares en Belgique, frappent surtout dans le superbe portrait de\nS. A. R. Mlle la comtesse de Flandre et dans l'adorable plaquette au profil\nd'une si intense douceur de Mme Clotilde Kleeberg-Samuel. M. Samuel est le\nmédailleur des têtes de femmes par excellence; il n'est pas toujours aussi heu­\nreux lorsqu'il s'agit d'un homme, témoin le buste de M. Schleesinger, prési-\n"}, {"page_pdf": 399, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3104, "texte": "346                                DURENDAL\n\n\n\n dent du tribunal de commerce de Bruxelles, qui, par son modelé lourd et peu\n gracieux, détonne au milieu de l'œuvre si élégante de l'artiste au point de faire\n douter qu'il soit de lui.\n    Par contre, il semble que le crâne accidenté, les traits rudes et la barbe\n hirsute de M. Ferdinand Van der Haeghen ont su captiver M. H. Le Roy,\nau point que la médaille de l'ancien bibliothécaire de l'Université de Gand est\npeut-être la meilleure production de cet artiste.\n   M lle Jenny Lorrain, la seule dame qui, en Belgique, s'adonne à la médaille,\nest une artiste consciencieuse qui s'est faite elle-même par un travail persévé­\nrant. Sa fonte de Thill Lorrain a du caractère, et sa médaille au buste de\nVieuxtemps, de face, est vraiment bien.\n   M. Jules Jourdain est un médailleur heureusement doué, en l'avenir duquel\nnous persistons à avoir foi s'il veut bien se résigner à ne pas surcharger ses\ncompositions de détails inutiles et à renoncer « aux remblissages ». La mélan­\ncolique et noble silhouette de la reine Marie-Henriette témoigne de ce qu'il\nsait faire lorsqu'il consent à se dégager de ces avatars.\n   Voilà pour les anciens, un mot maintenant des jeunes. M. Armand Bonne-\ntain, qui depuis quelque temps déploie une étonnante activité et participe à\ntoutes les expositions des Beaux-Arts, fait honneur à la jeune école belge de\ngravure en médailles. Sa plaquette de l'Académie Picard a grande allure et\nserait parfaite s'il ne s'y rencontrait de-ci de-là quelques négligences de modelé.\n Nous ne pouvons que le féliciter de ses efforts constants pour varier sa\nmise en page et donner ainsi à ses médailles un aspect tout personnel.\n   M. Eug. De Bremaecker est en incontestable progrès et sa technique s'amé­\nliore sans cesse. Sa médaille de la Chambre de commerce de Bruxelles est\nune bonne et vraie médaille qui tranche heureusement sur ses œuvres précé­\ndentes.\n   M. Paul Wissaert est abondamment représenté; mais il semble encore\nchercher sa voie; il a trop de savoir-faire pour ne pas la trouver bientôt. Son\nportrait de G. Eekhoud mérite l'attention ; mais combien nous préférons à ses\nœuvres récentes son adorable plaquette l'Enseignement qui lui valut, en 1909,\nle premier prix au concours ouvert entre jeunes artistes belges et néerlandais\npar la Société hollandaise-belgedesamisde la médaille. Celtecharmante compo­\nsition, au modelé gracieux, paraît se ressentir tout particulièrement des études\nfaites par M. Wissaert à Florence.\n   Nous prisons fort le talent de M. Louis De Smeth, le dernier venu de nos\nmédailleurs, lauréat lui aussi d'un des concours triennaux de la Société hol­\nlandaise-belge des amis de la médaille. C'est la jolie plaquette La musique,\nexposée au Salon, qui lui valut ce succès. La composition en est simple, élé­\ngante, compréhensible et bien adéquate au sujet. C'est un jeune homme qui\npromet de devenir l'un de nos bons médailleurs d'ici à peu d'années.\n   Il paraît que M. Gysen, s'il faut en croire le catalogue, a exposé un médail­\nlon; nous avouons, à notre honte, ne pas nous souvenir l'avoir vu.\n"}, {"page_pdf": 400, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3447, "texte": "                                  LA MÉDAILLE                                     347\n\n\n    La section la mieux comprise du Salon de l'art religieux est celle de la\nmédaille, et nous devons féliciter le Comité organisateur d'avoir chargé de\nl'établir M. Victor Tourneur. Mais si intéressante soit-elle, elle n'en laisse\npas moins prise, comme toutes les entreprises humaines, à quelques cri­\ntiques, sans grande importance d'ailleurs.\n    La plus sérieuse est celle de ne pas avoir su nous donner l'impression exacte\ndu développement de la médaille religieuse en chacun des pays représentés et\nd'en avoir oublié quelques-uns.\n    C'est ainsi que la part accordée à l'Allemagne est par trop prépondérante,\net l'envoi de la maison de frappe Poellathe, de Schrobenhausen, vraiment hors\nde proportion, d'autant qu'il ne cadre que partiellement avec l'objet de l'expo­\nsition. En quoi, en effet, les nombreuses effigies de prélats qu'il renferme\nconstituent-elles de l'art religieux '. Mais s'il fallait admettre cette classification,\nexécuter le portrait d'un officier, d'un compositeur serait faire de l'art mili­\ntaire ou de l'art musical ! Cette thèse n'est pas soutenable, et il n'aurait pas\nfallu la mettre en pratique.\n    Quant à la médaille française, son exposition, bien que comprenant une\nsuperbe suite d'œuvres de Roty, à l'inverse de la médaille allemande trop\nabondante, présente de regrettables lacunes. Pourquoi, par exemple, montrer\nune raide et froide Jeanne d'Arc germanique, gênée dans son armure de fer,\nalors que nous possédons l'admirable plaquette de Dupuis avec l'héroïque ber­\ngère des marches de Lorraine écoutant, en extase, les voix des anges qui lui\nordonnent d'aller délivrer des Anglais son pays et son roi? Comment expli­\n quer l'absence des Communiantes de Vernon, d'un sentiment religieux si\n intense, qui en fait un vrai chef-d'œuvre du genre? Si l'artiste ne jugeait pas\n opportun d'en faire l'envoi, ne pouvait-on l'emprunter à un collectionneur,\n puisqu'il ne s'agit pas ici d'un concours? Pourquoi, enfin, avoir oublié\n l'Italie, alors que ce pays possède précisément un artiste de sérieux mérite,\n M. Giovanni Cariati, qui s'est fait une spécialité de la médaille religieuse.\n     Mais ce qui nous peine le plus, c'est l'absence voulue des médailles de piété.\n Nous aurions aimé voir chacun des nombreux pèlerinages dont s'honore la\n Belgique, représenté au moins par une ou deux de ces médailles qu'achètent\n les pèlerins en souvenir de leur dévotion.\n     « Ce sont là œuvres qui relèvent exclusivement de la fabrication intensive »,\n écrit M. Tourneur. C'est possible, mais il ne faut pas oublier que le Salon\n comprend une section industrielle. Au surplus, ne sont-ce pas ces petites\n médailles que les mères chrétiennes attachent au cou de leurs enfants pour\n les garder des maladies et des malheurs d'ici-bas. Ce fait seul aurait dû leur\n  faire trouver grâce auprès du Comité organisateur.\n     Quelques médailles autrichiennes, belges et anglaises complètent l'Exposi­\n  tion de la médaille religieuse.\n     M. Tourneur est un jeune érudit dont nous prisons fort l'activité et le carac­\n  tère, il aime la franchise, aussi sommes-nous certain qu'il ne nous en voudra\n  pas de nos remarques qui n'enlèvent rien à la valeur de sa collaboration si\n  précieuse. D'ailleurs, c'est peut-être M. Tourneur qui a raison et nous qui\n  avons tort.                                               ALPHONSE DE WITTE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-014", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 348, "page_fin": 349, "titre_corps": "Les revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les Revues MM. Henri Clouard et Jean", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 401, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "Les Revues\n   MM. Henri Clouard et Jean-Marc Bernard dans le Mercure et dans l'Occi-\ndent M. Raoul Narsv prolongent le très intéressant débat provoqué par les\nconférences de M. Jules Lemaître. Les mêmes conférences servent de prétexte\nà l'Amitié de France pour publier une très piquante Lettre à M. Jules\nLemaître envoyée « du séjour des ombres heureuses » par Lucile de Caud.\nnée Chateaubriand...\n   L' Amitié de France donne en outre un noble article de M. Edouard Ter­\ncinet sur le comte Albert de Mun. C'est aussi le discours académique de\ncelui-ci qui a suscité dans Vers et Prose les très intéressantes pages de mise\nau point de M. Louis Mandin. A lire dans cette même revue, de l'inépuisable\nPaul Fort la Naissance du Printemps à la Ferti-Milon. On ne vit jamais\nfacilité plus aimable et badinage plus gaiment rythmé.\n   M. Maurice Gauchez parlant de Léon Bloy dans la Société nouvelle, com­\nmence son éloge — d'ailleurs très juste en plus d'un point — par cette phrase\nsavoureuse :\n   (( Léon Bloy est un pamphlétaire catholique. Son catholicisme n'est pas\ncomparable a celui qu'affichent nos principaux poètes religieux belges. Il n'est\npas l'ait de jésuitiques réticences et ne se contente pas de la phraséologie en\nlitanies, en prières ou en oraisons symboliques venues d'un lointain et pous­\nsiéreux moyen âge, que de froids vers-librisles bien pensants de Bruxelles\ncompulsent patiemment... »\n   Qui ?\n   — Dans l'Indépendance : Jules Vallès et « la Rue », par M. Maurice\n Toussaint.\n   — Le Masque donne deux charmants poèmes de M. Stuart Merril, un\nbref article de M. Guy Lavaud sur les Géorgiques chrétiennes et, dans la\nPetite anthologie, le Parapluie pathétique de Francis Jammes...\n\n  Décidément s'il pleut je préfère ne pan sortir.\n  Coppée est là — Coppée c'est mon chien — j'écrirai des vers\n  Qui épateront Thomas Braun de Bruxelles et Edmond de liruyn d'Anvers,\n  El ces deux augures, en parlant de moi se regarderont sans rire!\n\n   - Au sommaire du Florilège — numéro de mars — M. Buzon, M. Melon,\nM11e Sauret. Cette dernière a vraiment du talent :\n\n                     — Mais vous voici dominateur.\n                     Allons, je ne suis qu'une femme...\n                     Ramassez donc, ó cher vainqueur,\n                     L'amour qui glisse de mon âme!\n"}, {"page_pdf": 402, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "                                LES REVUES                                349\n\n\ndans le numéro de lévrier une intéressante Revue des Revues de M. René\nKemperheyde.\n   — La Revue de Belgique comprend — une fois n'est pas coutume -- un\narticle intéressant : La nouvelle Lotharingie par M. Dumont-Wilden. On y\ntrouve aussi des vers de M. Noël Nouët.\n   — Dans la Phalange des Chants à Gryne de M. Jean de Bosschère.\n   — La Revue du temps présent : Les châteaux de la Vierge, par MM. Jérôme\net Jean Tharaud.\n   — La Vie intellectuelle : la Bonne intention, par M. Grégoire Le Roy :\n\n                    Si j'étais empereur et roi\n                    Je vendrais l'or de ma couronne\n                    Et l'on verrait dans mon royaume\n                    Moins de pauvres et moins de lois.\n\n                    Si j'avais comme saint François\n                    Une robe de bure ou de laine,\n                    Je vêtirais ceux qui ont froid\n                    Et j'irais tout nu dans la plaine.\n\n                    Et si mon cœur était de pain\n                    Je le prendrais à ma poitrine,\n                    Et les enfants qui auraient faim\n                    Ce jour-là auraient leur tartine.\n\n   La toujours substantielle chronique de M. Georges Rency.\n   — La Belgique artistique et littéraire. De charmantes pages de M. Max\nDeauville.\n   — Les Marches de l'Est qui deviennent une revue bimensuelle. L'inévi­\ntable — mais très juste — article sur Chateaubriand.\n   — Dans Wallonia un curieux article de M. Félicien Leuridant sur\nl'Influence de la Wallonie sur la Pologne.\n   — La Nef. Des Croquis de plume aimablement rostandesques de M. Mau­\nrice Lesigne. Quelques vers charmants d'un débutant, Jean van Zuylen van\nNyevelt.\n   — La Revue générale qui commence à suivre nos déplorables habitudes en\narrivant en retard — c'est ce qui fait figurer ce très intéressant recueil à la\nqueue de notre Revue des Revues — publie un numéro très littéraire. Le\npèlerinage vers Octave Pirmez de M. Pierre Nothomb. Des critiques d'art\nsignées Fierens-Gevaert et Arnold Goffin, des poèmes de M. Francis Caillard,\nles « quelques romans » (« les romans quelconques » faudrait-il dire) de\nM. Faguet et la fin d'un alerte petit roman : Impromptu de M. C. de\nChampion.\n                                                                          X.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-015", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 350, "page_fin": 354, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES Mizraïm, par GODEFROID KURTH", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 403, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3039, "texte": "LES           LIVRES\n\n M i z r a ï m , par GODEFROID KURTH. — (Bruxelles, Dewit.)\n   Un livre de M. Godefroid Kurth est toujours un événement belge, même\nquand l'éminent historien se borne, comme en ces notes d'Egypte, à faire\nœuvre de dilettantisme, pour autant qu'un tel mot se puisse appliquer sans\nirrévérence à une telle personnalité : si j'ai osé l'écrire ici, c'est parce que\nl'auteur de Clovis est allé voir les bords du Nil pour son agrément, en flâneur,\net non dans le dessein d'y faire de l'archéologie. Il s'est courbé, comme tout\nle monde, sous le sceptre de Cook and Son, les vrais vice-rois de l'Egypte :\nil n'a été qu'un touriste. Et s'il se laisse aller à mêler un peu de science à ses\nsouvenirs de route, c'est qu'il n'est pas possible d'oublier tout à fait que\nl'on est historien, et aux bords du Nil moins qu'ailleurs : chassez le naturel,\nil revient au galop.\n   Il n'est pas étonnant que M. Godefroid Kurth, qui a usé ses veilles dans\nl'étude du passé, ait éprouvé, au crépuscule d'une carrière si féconde en\nœuvres, l'irrésistible attrait des six mille ans d'histoire qui dorment sous les\ntombeaux et dans les temples d'Egypte. Ce vertige de l'antiquité, qui donne\naux âmes qu'il a saisies une sorte d'ivresse mélancolique, on le trouve en\nEgypte plus que partout ailleurs, non seulement parce que l'Acropole et le\nColysée paraissent jeunes, mis à côté des Pyramides et de Memnon, mais\nparce que l'air du Nil, les soins des Pharaons et un heureux concours de\ncirconstances propices ont si bien sauvegardé les tombeaux et les temples,\nles images des dieux et des rois, les bas-reliefs et les peintures, et jusqu'aux\nformes mêmes de la vie quotidienne dans les plaines limoneuses qu'arrose le\n « Père des eaux », que le plus vieux pays du monde est précisément celui-là\nqui se trouve avoir le moins changé. Ce qui frappe en Egypte, ce qui séduit\net trouble, ce qui prête à cette terre sa grandeur sans pareille, c'est l'immo­\nbilité, l'éternitê des choses, oserait-on presque dire : le laboureur d'aujourd'hui\na le visage doux et triste du grêle esclave égyptien qui fut, il y a quatre mille\nans, sculpté dans le granit rose ; et la charrue est la même, et le labeur écra­\nsant sous un soleil implacable est le même depuis toujours... Si cette terre\nsaturée de siècles et de souvenirs des temps bibliques n'avait pas tenté\n M. Kurth, et s'il n'avait quelquefois, en face de tels monuments, repris d'un\ngeste machinal la vaillante plume d'historien qu'il croyait avoir laissée, en\n partant, sur son bureau, c'eût été fait pour surprendre.\n    D'ailleurs, l'auteur de Mizraïm, avec une modestie charmante, avoue, mis\nen présence des témoins millénaires des âges pharaoniques, qu'il n'est là\nqu'en profane, qu'il n'entend pas grand'chose à ces hiéroglyphes, qu'il s'en\nréfère humblement aux compétences de l'égyptologie : il a, n'est-ce pas, de\nquoi se rattraper ailleurs!... Mais sa science, pour être de seconde main,\nsemble encore assez imposante. Si M. Kurth n'est pas de ceux qui tapent sur\n"}, {"page_pdf": 404, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "                                  LES LIVRES                                351\n\nle ventre à Khéops, tutoient l'illustre Aménophis et connaissent tous les\nsecrets de la reine Hatasou, et s'il ne développe pas, comme tout égyptologue\nconscient de son prestige, une théorie du double qui lui soit personnelle, des\nlectures abondantes lui ont tout de même ouvert sur ces choses formidables\nd'assez claires perspectives.\n   J'ai lu le livre de M. Kurth avec d'autant plus d'intérêt que j'ai suivi, voici\nquatre ans, le même glorieux itinéraire qui, passant par Thèbes-aux-cent-\nportes, mène d'Alexandrie à Philé. J'ai gravi la grande Pyramide; j'ai con­\ntemplé, du haut du pylône de Karnak, le rouge soleil qui descendait derrière\nla chaîne des monts lybiques; j'ai vu rêver le colosse que la Grèce appelait\nMemnon ; j'ai mouillé mes pieds en montant les marches du grand temple\nd'Isis, dans Philé déjà submergée par le barrage utilitaire qui arrache, au\npoète qu'est M. Godefroid Kurth, un cri de douloureux regret, sinon de juste\nréprobation... J'ai trouvé dans Mizraïm quelques-unes des impressions que\nj'avais ressenties là-bas; d'autres, je les y cherche en vain, — comme celle,\npour n'en citer qu'une, de ce chaos de granit que sont les grandes Pyra­\nmides; et quelquefois enfin, l'opinion professée par l'éminent auteur n'est pas\ndu tout la mienne — par exemple, lorsqu'il dit que le Delta est laid, en quoi\nil se rencontre avec Herr Baedeker, et qu'un village de fellahs est une chose\nhorrible à voir.\n   Notre point de vue diffère : je regarde un paysage en artiste, tout bonne­\nment, et M. Godefroid Kurth y mêle des préoccupations morales. Il apporte\nen Egypte une âme de paladin et de croisé : la vue des infidèles l'écœure\ntellement, qu'il prend à peine garde combien ces Arabes sont beaux dans\nleurs grands burnous flottants. Il dénonce en phrases vengeresses l'imposture\nde Mahomet et le chancre de l'islamisme. Il songe avec horreur au temps où\nla bleue Méditerranée n'était qu'un grand lac musulman, tout empourpré du\nsang chrétien. Il flétrit la mollesse des « coptes », chrétiens abâtardis qui\nrenient la Croix pour le Croissant. Et devant les témoins grandioses de la\nsplendeur des dynasties que le Nil vit se succéder depuis Ménès jusqu'au\ndernier des Ptolémées, il s'irrite en pensant au cruel despotisme qui a rendu\npossibles ces travaux gigantesques, à la sueur humaine qui les a cimentés,\naux mensonges impudents des rois et de leurs prêtres. Mais comme il s'exalte,\nau contraire, quand il songe au peuple d'Israël, opprimé sur la terre d'Egypte\npar ces mêmes Pharaons menteurs, et maintenant redressé pour l'éternelle\nvictoire annoncée par les prophéties.\n   Tout cela porte bien la marque de M. Godefroid Kurth, de ses fortes con­\nvictions, de sa foi intrépide : c'est un miles Chrisli qui parle et se confesse à\nchacune de ces pages, sous prétexte de conter des impressions d'Egypte;\nc'est un compagnon de saint Louis qui poussa plus loin que Damiette, par\ncuriosité d'historien... Quand on est pris ainsi par une pensée unique, à\nlaquelle on rapporte toutes choses, on fait œuvre d'apôtre, non de dilettante ;\nmais, en revanche, il arrive parfois qu'ébloui par son idéal, l'on dédaigne de\nregarder ou l'on distingue moins nettement tout ce qui y reste étranger : j'ai\npeur que M. Godefroid Kurth, en acusant les Egyptiens d'avoir manqué\nd'idéalisme, fasse trop bon marché de l'enseignement qui sort des tombeaux\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3431, "texte": "352                                   DURENDAL\n\n\net des ruines de T h è b e s . U n peuple ainsi préoccupé de la mort et de la\nsurvie, une race qui n'a construit pour résister aux siècles que les maisons\ndes morts et les palais des dieux, me paraît peu suspecte — et j'en d e m a n d e\nbien p a r d o n au savant historien — de ce matérialisme que lui reproche\nM. K u r t h .\n   Mizraïm, du reste, est bien l'œuvre qu'on attendait de Godefroid Kurth :\nlivre qui a, dans le style, plus d'ampleur que d'éclat, moins de couleur q u e\nde majesté; livre plein d'idées élevées, de pensées généreuses, d'enthou­\nsiasmes juvéniles, de nobles indignations, de religieux élans, traduits en\napostrohes et en prosopopées qui ont de l'éloquence, et qui nous p r o u v e n t\nau moins que, chez cet historien, un poète toujours j e u n e survit et se\ndépense. Combien nous sommes loin, avec lui, de l'art tout plastique d'un\nGautier, de l'impressionnisme d'un L o t i ! Si M. Kurth s'est s o u v e n u , en écri­\nvant Mizraïm, de quelque récit de voyage, c'est certes à Chateaubriand qu'il\naura pensé d'instinct.                                          FRANZ ANSEL.\n\nB e e t h o v e n , par VINCENT D'INDY. — Collection : Les Musiciens célèbres.\n     — (Paris, Laurens.)\n    D a n s le m o n d e musical contemporain, si Vincent d ' I n d y occupe u n e\nplace éminente, ce n'est point exclusivement dans le domaine de la création\nartistique mais aussi dans celui de la critique au sens le plus élevé du mot.\nOn sait que l'auteur de Fervaal, du Chant de la Cloche et de la S y m p h o n i e en\nsi bémol a écrit u n traité de composition précieux aux éducateurs d'art pour\nles solides enseignements esthétiques qu'il renferme. Maintenant Vincent\nd ' I n d y vient de publier dans la collection L a u r e n s u n e étude sur Beethoven,\nétude vraiment admirable par l'élévation des vues, par l'ampleur clair­\nvoyante de la synthèse, dans laquelle il examine conjointement la vie et\nl'œuvre du maître. De cette observation fidèle et attentive, exempte de tout\n« a priorisme » systématique et conséquemment aussi de toute tendance à\nétablir un parallélisme forcé et arbitraire, il déduit u n e concordance qui\ns'impose entre l'évolution psychologique de Beethoven et l'évolution cor­\nrespondante de son inspiration et de son esthétique.\n      La carrière de Beethoven comme celle de tout grand artiste créateur tra­\nverse trois phases, imitation, transition, réflexion. E t n o u s discernerons tour\n à tour en lui le musicien, l'homme, le penseur. L a première période s'étend\njusqu'à l'année 1801. (Beethoven avait alors 31 ans.) Dans la maison familiale\n des B r e u n i n g , le j e u n e L u d w i g a rencontré le comte Waldstein qui d o n n e\nl'élan définitif à sa vocation et détermine le Prince-Electeur de Cologne à\n envoyer Beethoven à Vienne pour compléter sous la direction de H a y d n les\n études musicales qu'il a commencées avec Neefe, l'organiste de la Cour\n électorale. P e n d a n t cette première période, trois influences se font sentir\n dans l'œuvre de Beethoven, celle de P h i l i p p e - E m m a n u e l Bach, auquel il\n emprunte son style de p i a n o , celle de Rust dont il reflète très souvent\n la pensée créatrice, celle de H a y d n qui lui enseigne l'art de construire et\n auquel il doit la pureté de ligne de cette même impeccable architecture\n qu'on admire dans les compositions de son maître. « Ce fut u n e époque\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3606, "texte": "                                       LES LIVRES                                          353\n\n\nd'imitation non point servile s'entend, car d a n s la plupart des œuvres\nimportantes, un observateur perspicace pourra retrouver les caractères de\nce qui fit plus tard la géniale originalité de Beethoven. (Largo de la sonate\nop. 10, n° 3.) »\n     L a seconde période ( 1 8 0 1 - 1 8 1 5 ) se caractérise par la p r é d o m i n a n c e de la\nproduction orchestrale sur les compositions pour piano qui, de 1809 à 1816,\nse réduisent à d e u x sonates :\n     « Aux seules dix années qui s'étendent de 1804 à 1815, appartient sauf la\n Neuvième S y m p h o n i e et la Missa Solemnis, t o u t e la production orchestrale\n de Beethoven              Auparavant il n'y avait rien que la première s y m p h o n i e ,\n et après, deux œuvres colossales seulement, où l'orchestre sert plutôt de\n moyen que de b u t . »\n     « Jusqu'alors il n'a écrit que de la musique, m a i n t e n a n t il écrit de la vie.\n Il a senti, il a a i m é , il a souffert. »\n     Les trois sources d'inspiration des œuvres de cette é p o q u e sont l'amour de\n la femme, l'amour de la n a t u r e , l'amour de la patrie.\n     Ce sont les cuisants regrets d'un amour p e r d u qu'il t r a d u i t dans l'immor­\n telle sonate en ut dièze mineur dédiée à Juliette Guicciardi, la femme qu'il\n chérit si profondément et qui épousa le comte de Gallenberg. Ce sont ces\n mêmes souffrances qu'il exprime de façon encore plus tragique d a n s la\n sonate en ré mineur et surtout dans la sonate en fa mineur, composée en 1804\n après le mariage de Juliette : « terrible cri de désespoir, calmé par un\n regard vers l'eau-delà des étoiles et se terminant en victorieuse fanfare.\n      La seconde source d'inspiration des œuvres de la seconde époque est\n l'amour de la nature, non pas suivant la conception sèchement théorique de\n Jean-Jacques, non davantage suivant la conception des romantiques, de\n  Berlioz à qui elle apparaît « i m m e n s e , impénétrable et fière », mais dans sa\n poésie tendre, intime et familière, reflet du Créateur d a n s la Création. Les\n  paysages c h a r m a n t s , propices au rêve, qui environnent la capitale autri­\n  chienne d ' u n e c o u r o n n e de verdure lui inspirèrent « non pas une s y m p h o n i e\n  pastorale, mais dix s y m p h o n i e s pastorales, c'est à-dire dix g r a n d e s œuvres\n  au moins relatant les impressions de Beethoven en face de la n a t u r e . Ce ne\n  fut jamais l'impression matérielle, la r e p r o d u c t i o n réaliste des bruits et des\n  sonorités d e la c a m p a g n e , que Beethoven tenta de rendre par sa m u s i q u e ,\n  mais seulement l' esprit du paysage passant par son cœur d'artiste et transposé\n  en constructions sonores par son intelligence »                     L'Andante de la S y m ­\n  phonie Pastorale est la plus admirable expression de vraie nature qui soit;\n  seuls, quelques passages du Siegfried ou du Parsifal de W a g n e r pourraient\n  lui être c o m p a r é s .\n      Q u a n t â l'amour de la patrie, troisième source d'inspiration dans la\n  seconde période, il se traduit volontiers par des rythmes belliqueux, ce qu'ex­\n  plique cette considération q u e , sauf les dix dernières années de sa vie, toute\n  l'existence de Beethoven se déroula en pleine g u e r r e . E t ici encore a b o n d e n t\n   les chefs-d'œuvre, en tête desquels il faut citer l'Héroïque. Vincent d ' I n d y fait\n  justice en quelques lignes décisives de cette opinion, dictée par la passion\n   politique, et tendant à faire de Beethoven u n apôtre de la Révolution, inter-\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3641, "texte": "354                                   DURENDAL\n\n\nprétation contredite par tout ce qu'on sait du caractère et des idées de\nBeethoven, contredite aussi par les dates, car, en 1804, Napoléon n ' a p p a ­\nraissait plus comme le porte-parole de la Révolution mais c o m m e le restau­\nrateur de l'ordre.\n    « Qui sème l'amour, écrivait Beethoven, récolte des larmes. Ces larmes\nnous valurent cependant le Beethoven intérieur, le g r a n d Beethoven de la\ndernière manière. »\n    « La source de cette évolution n e doit être recherchée que d a n s l'âme du\npoète. N o u s n'assistons plus, c o m m e dans la deuxième é p o q u e , à u n e exté­\nriorisation de sentiments, mais, au contraire, au travail tout intérieur d'une\npensée de génie sur elle-même, dans u n e âme fermée aux bruits et aux\nagitations du dehors. Beethoven est arrivé à sa q u a r a n t e - c i n q u i è m e année\nsans avoir trouvé l'âme féminine qui aurait pu d o n n e r à sa vie d'isolé les\nadoucissements de l'affection conjugale et de la famille. L ' a m o u r est pour\nlui un livre qui va se fermer à jamais et dont il scellera la fermeture par deux\nbeaux poèmes vocaux : A la bien-aimée lointaine et Résignation. D'autre part, la\nsurdité, alors a b s o l u m e n t complète, lui interdit les p l u s élémentaires fonctions\nde son art. Isolé en tout, sans épouse, sans a m a n t e , sans position, sans res­\nsources, privé m ê m e d'entendre sa p r o p r e m u s i q u e , Beethoven, loin de se\nlivrer au désespoir, regarde en lui-même et arrive ainsi à vivre d'une vie\npurement intérieure. »\n    Beethoven a m a i n t e n a n t la certitude d e savoir composer et cette certitude va\nse traduire en musique par un retour vers les anciennes formes tradi­\ntionnelles, la Fugue, la Suite, le Choral varié. C'est en s'appuyant sur ces formes\net « en les identifiant â sa pensée intérieure q u e ce p r é t e n d u révolutionnaire\na pu si puissamment contribuer au progrès de son art »... « De plus, un état\nd'esprit resté pour ainsi dire en puissance chez l'auteur de la N e u v i è m e\nS y m p h o n i e , p e n d a n t toute la seconde-période, p r e n d , au cours d e la troi­\nsième, u n e importance telle qu'il eût pu servir de point de départ à u n qua­\ntrième style. C'est la tendance de plus en plus accentuée, dans ses écrits\ncomme d a n s ses œuvres, vers la musique p u r e m e n t religieuse. Au culte\nde Dieu dans la nature a succédé, chez Beethoven, le désir de Dieu pour\n Dieu lui-même. C'est l'Imitation de Jésus-Christ qui remplace sur sa table et\n parmi ses objets familiers les livres de Sturm. »\n    Vincent d ' I n d y termine par u n e étude esthétique approfondie des œuvres\n de la troisième période, n o t a m m e n t de la sonate o p . n o , des derniers\n quatuors, e t d e s d e u x gigantesques monuments d'art qui marquent l'apogée du\n génie de Beethoven, la Neuvième S y m p h o n i e et la Missa Solemnis.\n    La brève analyse que n o u s venons de présenter aux lecteurs d e Durendal\ndu Beethoven de d'Indy et les a b o n d a n t e s citations caractéristiques que n o u s\nen avons extrait permettront de juger l'importance considérable de ce travail.\n C'est véritablement un livre de haute critique, livre substantiel, lumineux,\n riche d'idées justes et neuves et dont le plan est construit avec autant de\n clarté que de vigueur. T o u s les artistes devraient le posséder d a n s leur biblio­\n thèque, car, après avoir lu les cent cinquante pages dont il se compose, on a\n l'impression nette d'avoir pénétré à fond les significations maîtresses de la\n pensée et de l'art beethovéniens.                                 GEORGES DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-016", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 355, "page_fin": 356, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Nous reproduisons dans ce fascicule", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 408, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "NOTULES\n\n  Nous reproduisons dans ce fascicule un des plus beaux tableaux du\nSalon d'art religieux ouvert actuellement au Palais du Cinquante-\nnaire, c'est l'œuvre d'un artiste de Lierre. Le sujet : JÉSUS PRÊ-\nCHANT A LIERRE, par ISIDORE OPSOMER.\n  Ce tableau appartient au Musée de Lierre.\n  Nous rappelons au public que le Salon est ouvert jusqu'au 19 juin.\nNous en rendrons compte dans notre prochain fascicule.\n                                   *\n  Vient de paraître :\n  Fumée d'Ardenne, poèmes de notre ami Thomas Braun. Editeur\nEdm. Deman, Bruxelles.\n  Nous le recommandons instamment à l'attention de nos amis, en même\ntemps que les volumes suivants :\n  Notre-Dame du Matin, par Pierre Nothomb. (Edition de l'Occident,\nde Paris.)\n  Le livre de la Route, de Johannes Joergensen (Paris, Perrin), trad.\nde Wyzewa.\n  Les heures et la vie. de Firmin Vanden Bosch (Bruxelles, De Wit).\n                                     *\n                                   * *\n  Les Vertus bourgeoises, le dernier roman historique de notre ami et\ncollaborateur Henry Carton de Wiart, sera prochainement publié en une\nmagnifique édition de luxe, rehaussé par 80 illustrations en couleurs\nd'Amédée Lynen.\n  On souscrit dès maintenant chez l'éditeur Van Oest, 16, place du Musée,\nà Bruxelles.\n  10 exemplaires sur Japon, 100 francs; 45 exemplaires sur papier d'Arches,\n50 francs; 500 exemplaires sur Hollande, 25 francs.\n                                  * *\n Nous offrons nos plus cordiales félicitations à notre ami Maurice\nDullaert qui vient d'être nommé officier de l'ordre de Léopold.\n                                     *\n  Nous recommandons bien volontiers les compositions et dessins à la\nplume en tous genres pour l'illustration du livre, romans, contes, nou­\nvelles, etc., par Madame Louisa De Becker-Capazza, artiste peintre-dessi­\nnateur, 58, rue Darwin (avenue Brugmann), Bruxelles.\n                                    *\n   A lire la Revue :\n   L'INDÉPENDANCE. Chronique bimensuelle. 2e année. Comité : Emile\nBaumann, René Benjamin, Elemir Bourges, René-Marc Ferry, Vincent\nd'Indy, Emile Moselli, Georges Sorel, Jérôme et Jean Tharaud. Directeur :\nJean Variot, 31, rue Jacob, à Paris (abonnement : Fiance, 12 fr. ; étranger,\n15 francs).\n                                     *\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3659, "texte": "356                                     DURENDAL\n\n\n    U n g r a n d p o è t e C a t h o l i q u e . — Sous ce titre nous lisons dans\nl'Appel, vaillant et intéressant petit journal catholique de P a r i s :\n   « N o s lecteurs connaissent l'admirable poète chrétien qu'est F r a n c i s\nJammes.\n   » Voici la préface q u e Francis J a m m e s va mettre à l'édition de son p r o ­\nchain volume de poésies :\n     J e confirme, au seuil de cette œuvre, que je suis catholique romain,\n» soumis humblement à toutes les décisions de mon P a p e S. S. P i e X, qui\n« parle au nom du vrai Dieu, et q u e j e n'adhère, ni de près ni de loin, à\n» aucun schisme et que ma foi ne comporte aucun sophisme, ni le sophisme\n» moderniste ni les autres sophismes, et q u e , sous a u c u n prétexte, je ne\n» m'écarterai du plus intransigeant et d u plus aimé d t s dogmes : le d o g m e\n» catholique romain qui est la vérité sortie de la b o u c h e m ê m e de Notre-Sei­\n   gneur Jésus-Christ par son Église. J e réprouve à l'avance tout accapare­\n   ment que voudraient faire de ce poème des idéologues, des philosophes ou\n» des réformateurs. »\n   » Ajoutons que Francis J a m m e s ne laisse passer a u c u n e occasion de mani­\nfester sa foi catholique. Kécemment, il adressa u n e vive protestation à\nM. E u g è n e Montfort, directeur des Marges, à propos de la publication, par\ncette revue, d'un poème blasphématoire. Et il refusa de donner son adhé­\nsion au projet de création d ' u n musée R o d i n , p a i c e q u e , écrit-il, « le local\n» destiné à ce musée pourrait bien être un i m m e u b l e de religieux spoliés. »\n\n                                              *\n                                             * *\n  Accusé de réception :\n   A R T : L'art chrétien. Album religieux. Livraisons 17, 18, 19, 20 (Bruxelles,\nVan Oest). — Matériaux pour servir à l'histoire de la dentelle en Belgique. Dentelles\nanciennes des musées de Bruxelles. 2 e série, par VAN OVERLOOP, vol illustré\n(idem).\n   L I T T E R A T U R E : Mon filleul au jardin d'enfants. C o m m e n t il s'instruit,\npar F É L I X KLEIN (Paris, Colin). — Pages de critique et de doctrine, par P A U L\nBOURGET. 2 vol. ( P a r i s , P l o n ) . — Lettres sur la poésie, par JEAN THOGORMA\n(Paris, E d . de la revue Le F e u ) . — La passion, par JEAN LOEW ( P a r i s , E d .\ndu T e m p s P r é s e n t ) .\n  P O E S I E : Ariel esclave, par L o u i s MANDIN (Paris, Mercure de F r a n c e ) .\n— Au gré des heures, par L É O N CHENOY (Paris, Le Beffroi). — Les impalpables,\npar R E N É D'AVRIL ( P a r i s , E d . de L a P h a l a n g e ) . — Babylone, par   FRANÇOIS\nLÉONARD (Bruxelles, L a m b e r t y ) .\n  R E L I G I O N : Newmann catholique, d'après des documents nouveaux, par\nPAUL THUREAU-DANGIN (Paris. P l o n ) .\n  R O M A N S : Madame Bouverot préfète, par ANDRÉ PAVIE (Paris, P l o n ) . —\nLe terroriste, par Mme V. DMITRIEV, traduction du russe par G. SAVITCH et\nE. JAUBERT (idem). — Les petites âmes, par H E N R I E T T E DE VISMES (idem). —\nLes oiseaux s'envolent et les fleurs tombent, par ELEMIR BOURGES (idem). — Au\ntournant des jours, par DANIEL L E S U E U R (idem). — L'Amphisbène,             par H E N R Y\nDE RÉGNIER (Paris, Mercure de Fiance). — L'imperturbable silence, par G I L ­\nBERT STENGER ( P a r i s , P e r r i n ) . — Le ressac, par CAMILLE MALLARMÉ ( P a r i s ,\nGrasset). — Après l'amour, par GEORGES Voos DE GHISTELLE (Paris, Librairie\ndes sciences et arts). — Rêve et réalité, par H O R T E N S E DE FERRETI (Paris,\nFontemoing).\n  V A R I A : Chronique de l'an 1911, par MERMEIX (Paris, Grasset). — Autour\ndes lacs italiens, par GABRIEL FAURE (Paris, Sansot).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison05-017", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 357, "page_fin": 360, "titre_corps": "In Cauda…", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Le Petit Serpent", "ancre_debut": "In Cauda On annonce que notre ami le", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 410, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 4043, "texte": "In Cauda...\n\n   On annonce que notre ami le chevalier           boxeur Carpentier, champion du monde\nMarchai (historien d'art, à Saint-Josse-ten-      (cela va-t-il se passer à Sainte-Wandrille\nNoode), secrétaire perpétuel des trois Aca­       avec des places à 100 francs et une adresse\ndémies, vient d'être déchargé de ces fonc­        des écrivains belges apportée par M. Louis\ntions à la classe des sciences et à la classe      Piérard?)... ce noble exemple va trouver\ndes beaux-arts. L'éminent écrivain pourra          en Belgique de nombreux imitateurs.\ndésormais s'occuper t avec une sollicitude         N'annonce-t-on pas déjà que le chevalier\nà tous crins » de la classe des lettres.           Marchai songe à administrer des tartes —\n                                                  n'est-il pas pâtissier dans le civil? — à\n                                                   M. Maurice Dullaert, et que M. Pierre\n                                                   Broodcoorens, poète national, va échanger\n   Comme nous l'avions annoncé, Bruxelles\n                                                  des pains... de corinthe avec M. Léopold\na fêté copieusement M. Maurice Maeter­\n                                                  Rosy. Mais le combat qui fera le plus de\nlinck, dont le prix Nobel lui a fait décou­       tapage est celui que M. Paul André va\nvrir l'existence. Le poète s'est montré d'un      soutenir contre son ennemi le plus persi­\nair maussade dans une loge, on lui a lu des       flant L'annonce en est déjà affichée dans\nvers de circonstance solidement chevillés         tous les cinémas sous le titre de Face au\npar les soins de M. Gérard Harry, et pour         Serpent. Sur un fond de nuages et de pay­\nconsacrer définitivement sa gloire, on lui a      sage vert, une corde est tendue, allant d'un\ndonné la plaque de grand-officier de l'ordre      arbre au bord d'un étang à la fenêtre d'un\nde Léopold en souvenir de la croix de che­        château fort. Du château fort, enroulé sur\nvalierqu'il ajadis refusée. Emile Verhaeren       la corde sort un serpent affreux, — tout\nn'est qu'officier, comme un chef de bureau        mon portrait — la gueule ouverte et, vers\nqui a vingt ans de loyaux services. Le Petit      lui, habillé d'un costume marin, — pour­\nSerpent a appris tout cela par un capitaine       quoi cette fantaisie, capitaine? — le domp­\nde garde civique présent à la fête, les revues    teur aux yeux froids de Delphine Fousseret\nlittéraires n'ayant pas été invitées. Elles       s'avance, poussant sur le mince cable dans\nn'ont pas non plus été invitées à l'hôtel de      un équilibre admirable un canon de grand\nville, où la ville de Bruxelles offrait un ban­   modèle. Vous ne me croyez pas ? Allez voir\nquet en l'honneur du poète. Verhaeren n'y         à la porte de tous les cinémas Pathé de\nétait pas, Lemonnier n'y était pas, Gilkin        l'agglomération bruxelloise, où le spectacle\nn'y était pas. Il y avait, en revanche, pour      sera visible dans quelques jours. Des me­\ncélébrer le héros du jour, quelques gloires       sures d'ordres spéciales ont été prises pour\nmunicipales, de pesants échevins, des dépu­       ces représentations extraordinaires, qui atti­\ntés libéraux. M. Samson Wiener et plusieurs       reront évidemment la foule des amateurs\nhommes de lettres... de change, dont le           de littérature et de sport.\nsigne particulier est d'avoir été baptisé au\nsécateur. Aussi les toasts, prétend-on,\nfurent-ils extrêmement cir... concis.                                 * '*\n                                                    L E MINISTÈRE DU THÉÂTRE BELGE : Il\n                                                  semble qu'à l'étranger on s'aperçoive que\n   Le Journal des Débuts ayant annoncé que        la « grande idée du règne » de l'honorable\nM. Maurice Maeterlinck allait se rencon­          M. Poullet est l'enquête sur le Théâtre\ntrer en un match sensationnel avec le             belge. Rendant compte de la manifestation\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4661, "texte": "358                                      DURENDAL\n\n\nMaurice Maeterlinck le Journal (Paris,          rebelle, et puis on change de cuisinière,\n9 mai 1912) relève parmi les autorités la       on reçoit pendant huit jours la visite de sa\nprésence de M. le Ministre des scènes et îles   belle-mère, on prend une semaine de va­\narts.                                           cances, sa femme gagne la jaunisse... C'est\n                    ***                         ce qu'explique parfaitement notre talen­\n                                                tueux confrère dans sa dédicace :\n   VŒU PATRIOTIQUE. — L'Eclair, de Paris,\nraconte sous le titre « La Joconde anglaise »\n                                                          « SIRE, MADAME,\nl'histoire du portrait de la duchesse de\nDevonshire, par Gainsborough, volé à               » La joyeuse entrée de Vos Majesté dans\nLondres il y a une quarantaine d'années.        leur capitale m'avait inspiré le dessein de\n« Plusieurs années après, dit-il, la célèbre    perpétuer par une ode cette solennité mé­\nagence de détectives américains Pinkerton       morable et de donner aussi à mes souve­\nle retrouva. Et aujourd'hui, il orne le cabi­   rains comme à la patrie un humble, mais\nnet de travail de M. Pierpont Morgan, à         sincère témoignage de mon attachement et\nLondres.                                        de ma reconnaissance. Malheureusement\n   » Espérons, ajoute-t-il, que bientôt nous    des événements domestiques m'ont obligé\npourrons écrire une conclusion semblable        de laisser pendant quelque temps mon\nà l'histoire du vol de la « Joconde ».          poème inachevé. Je viens de pouvoir le\n                                                terminer.\n                                                  » Vos Majestés et leurs augustes parents\n   D'un journal parisien cet exquis écho        ont bien voulu déjà me faire l'insigne hon­\nlittéraire et mondain :                         neur de recevoir avec bonté quelques pro­\n  «   LF. CŒUR   DISPOSE » A VIENNE.       —\n                                                ductions de ma modeste muse. C'est donc\nM. Francis de Croisset a assisté à la pre­      avec une confiance redoublée que je me\nmière, au Burgtheatre, de sa pièce Le Coeur     permets d'offrir très respectueusement à\ndispose, qui a été non moins bien accueillie    Vos Majestés mes humbles strophes.\nque son auteur à Vienne.                           » Daignez, Sire, Madame, me croire\n   » M. de Croisset rappelait, à cette occa­    inébranlablement\nsion, que son nom était primitivement                     » De Vos Majestés\nWiener, en français Viennois, et que sa\n                                                               » L'humble et dévoué suiet,\nfamille, bien que fixée depuis longtemps en\nBelgique, était originaire d'Autriche.                              » EUGÈNE SCHMITZ,\n\n   » Le pseudonyme, aujourd'hui légalisé,                    » 70, avenue de la Chasse. »\nde Croisset, lui vient de la villégiature\nchère à Flaubert et à ses disciples                Puis, sans transition, l'ode s'élève, lyrique\n   » Enfin, M m e de Croisset, née comtesse     et brûlante, plus belle encore par les com­\nde Chevigné, a passé son enfance à Frohs­       mentaires dont l'accompagne le poète. On\ndorf, près de Vienne, dans l'entourage du       parle un peud'un certain Claudel qui aurait\ncomte de Chambord. »                            renouvelé la poésie lyrique. On ignorait\n                                                certes l'aëde de l'avenue de la Chasse :\n\n                                                La patrie a voilé les faiblesses humaines\n   M. Eugène Schmitz, homme de lettres,         Dont malgré sa grandeur, sa pompe souveraine :\nnous envoie de Bruxelles-Etterbeek, où il            Un prince aussi subit la loi ;\nroule ses jours parmi les neuf muses, sa        Et parmi la douleur et les funèbres marques,\ndernière œuvre de longue haleine : une ode      Que sèment sous leurs pas les inflexibles Parques,\nà l'occasion de lajoyeuse entréede L L . MM.         A pleuré son deuxième Roi.\nle roi Albert et la reine Elisabeth à\nBruxelles, le 23 décembre 1909. C'est un        Le premier, fondateur de notre dynastie,\npeu tard pour célébrer encore ces choses        Avait su raffermir par sa diplomatie\nun peu passées, mais le poète qui vit en             Le fondement de ses Etals.\nface des pensées éternelles, voit-il s'enfuir   Son génie à guider des Belges le courage.\nle temps et doit-il avoir le sens absolu de     Lui mérita le nom de Léopold le sage\nl'actualité? Et puis Minerve est quelquefois         Quand vint l'heure de son trépas.\n"}, {"page_pdf": 412, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 7479, "texte": "                                                           IN     CAUDA...                                                                    359\n\n\n\nMais de l'autre la Muse (1)écrira dans l'Histoire                      a c t u e l s et p a t r i o t i q u e s : le p r i x q u i n q u e n n a l ,\nQu'il sut de la Belgique au sommet de la gloire                        les c o n f é r e n c e s d e s Amis de la                    littérature.\n     Sans guerre, élever le destin..                                   les é l e c t i o n s l é g i s l a t i v e s , les i n c e n d i e s\n                                                                       d ' e x p o s i t i o n s , les p r o m o t i o n s d e M . P a u l\n                                                                       André.\nAujourd'hui  le soleil a percé les ténèbres. .\nLe vieux lion (2) secoue et son crêpe et sa cendre.                                                      ***\nIl bondit..  Le Brabant au nouvel         Alexandre                        M. Georges Rency ayant, après M. Jean\n     Prépare un délirant      accueil.                                 de Bère, découvert M. P a u l Prist, célèbre\nCependant au palais où quatre-vingts    années                         d a n s u n e p r é f a c e h u g o l i e n n e le l i v r e u n\nLa patrie agita nos chères destinées.                                  p e u t r o p . . . h u g r o t e s q u e d e ce p o è t e :\n     Les grands attendent en émoi;                                         « V o u s osez n ' é c o u t e r q u e v o t r e c œ u r et\nLe silence gardé par respect pour la Reine                             vous s e r v i r s i m p l e m e n t d u m é t i e r p o é t i q u e\nRend leur ovation encor plus    souveraine.                            q u e v o u s avez a c q u i s . V o u s v o u s d o n n e z\n     Quand l'huissier annonce : le Roi !                               sans arrière-pensée, vous dites « oui! » à\n                                                                       la v i e . V o u s ê t e s s i n c è r e , v o u s ê t e s é m u ,\nSpectacle incomparable ! Immortelle mémoire !                          v o u s a i m e z v r a i m e n t la n a t u r e et v o u s\nJeune (3) intonri de pompe, en l'éclat desa gloire,                    p l a i g n e z les h o m m e s . V o u s n e faites p a s d e\n     Il paraît comme un      demi-dieu...                              r é c l a m e , d e bluff et d e b a t t a g e . V o u s n e\n                                                                       d e m a n d e z p a s d ' a u t r e r é c o m p e n s e q u e l'es­\nBien que son âge à peine ait dépassé six lustres.\n                                                                       t i m e d e vos p a i r s . M o n c h e r P r i s t , v o u s\nIl montre de nos rois les qualités illustres\n                                                                       êtes u n m o n s t r e ! »\n     Et la sagesse en son discours.\nLa Belgique à l'abri de ce règne à l'aurore.                                L e « prophète de Guernesey » écrivait\nAinsi que sous Phébus le verger se colore,                             d a n s ce s t y l e - l à a u x é c r i v a i n s q u i lui\n     Va poursuivre un glorieux     cours..,                            e n v o y a i e n t l e u r s essais et q u i a d o r a i e n t sa\n                                                                       g l o i r e . E s t - c e le c o n t a c t d e s v e r s d e M . P a u l\nLe monarque applaudi lentement se retire.                               P r i s t qui d o n n e à la p r o s e d e M. R e n c y\nLe vivat dégénère en transport, en délire...                           c e t t e a l l u r e i n a t t e n d u e , où s o n t - c e ces\n                                                                       phrases olympiennes — olympionnes —\n    E t l'ode se t e r m i n e p a r c e t t e a d m i r a b l e\n                                                                       q u i o n t i n s p i r é s à M . P a u l P r i s t son c u l t e\nenvolée où p o u r la p r e m i è r e fois se r e n ­\n                                                                       p o u r la d e r n i è r e m a n i è r e ( p o s t h u m e ) d e\nc o n t r e n t n o s t r o i s fleuves n a t i o n a u x e t\n                                                                       Victor H u g o :\nleurs rivages mosans :\n                                                                        Une âme! ça s'exalte! et ça chante, et ça crie!\nDieu, prolonge les jours du R oi, de sa Compagne                            « Ç a est a u m o i n s u n p e n s e u r ! » m ' a dit\nComme un fleuve qui baigne, embellit la cam­                           u n d e m e s frères s e r p e n t s q u i , p r e n a n t la\n                                              pagne.                   défense d u p o è t e d u Sang des Aubes. — O u i ,\n     Leur sceptre alors, leur charité,                                 ai-je r é p o n d u , m a i s ç a est t o u t d e m ê m e\nAux rivages mosans, de l'Escaut, du Zaïre (4),                         bien embêtant.\nSaura de l'âge d'or ressusciter     l'empire,                               E n t o u t c a s , la p r é f a c e et le l i v r e m a r ­\n     Sous les yeux du monde étonné!                                    q u e r o n t d e l ' a n n é e 1912, c o m m e on dit à\n                                                                       l'Association des écrivains belges.\n    Il p a r a î t q u e la Belgique artistique et litté-\nraire va s ' a t t a c h e r M . E u g è n e S c h m i t z à                                                 L E PETIT          SERPENT.\n\ntitre d e c o l l a b o r a t e u r r é g u l i e r et d e p o è t e\n                                                                          Nous recevons de M. Pierre                                Nothomb\nn a t i o n a l ; il s e r a c h a r g é a v e c M . P i e r r e\n                                                                       la l e t t r e s u i v a n t e :\nB r o o d c o o r e n s d e c h a n t e r les é v é n e m e n t s\n\n                                                                                       « M O N CHER             SERPENT,\n\n   (1) CLÉO : Mute de l'histoire (note de Tumeur).                         » M. P a u l André, capitaine d'artillerie,\n   (2) Les armes de Belgique portent, un lion (note                    — \" o u i , m o n s i e u r , et q u i s'en v a n t e \" —\nde l'auteur).                                                          désolé d'ignorer encore votre personnalité\n   (3) S. M. le roi Albert n'avait que 32 ans lors­\n                                                                       véritable, m'accuse d'être « un adversaire\nqu'il prêta serment de fidélité à lu Constitution de\n                                                                       g r o s s i e r , h a i n e u x et a n o n y m e » et d e m ' ê t r e\n u Belgique (note de l'auteur).\n   (4) Zaïre, fleuve immense de l'Afrique centrale,                        e m b u s q u é d a n s les c o l o n n e s d e Durendal\nqui arrose noire colonie du Congo (note de                             pour railler mes confrères d a n s leur situa­\nl'auteur).                                                             tion et l e u r d i g n i t é p e r s o n n e l l e » . T o u t cela\n"}, {"page_pdf": 413, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3082, "texte": "360                                           DURENDAL\n\n\n\nparce que vous avez dit et répété qu'il était       son chapeau à un monsieur dont le binocle,\nmieux fait pour tirer du canon que pour              les galons ou la pile de papiers noircis dé­\nécrire en français. Je porte donc à la fois         notent à première vue l'importance, et la\nle poids de la réprobation dont vous couvre         dignité. On pourrait découvrir plus tard\nce militaire et la réputation de votre esprit.      que ce monsieur écrit un français douteux\nIl y a compensation, je ne m'en plains pas.         et fait au fond figure de sot. Lui avoir\n   » Je viens d'avoir une polémique avec            montré jadis quelque déférence, vous inter­\nce guerrier, parce que mon dernier livre :          dit à tout jamais de dire ce que vous pensez\nNotre-Dame du Matin, avait été envoyé à             de son esprit et de son style — et de discuter\nsa revue. M. Paul André a cru voir dans             au besoin la question de savoir si sa voca­\ncet envoi un geste d'opportunisme et un             tion véritable était de faire des romans ou\ntémoignage d'admiration pour son génie.             d'enflammer la poudre B.\nJe me suis empressé de le détromper et j'ai             » Que toute votre éventuelle nichée de\ndétrompé ses lecteurs en envoyant à la              petits serpents fasse son profit de ce conseil\nBelgique artistique et littéraire un « droit de     — mais là n'est point le but de ma lettre.\nréponse», qu'elle publie dans son numéro            J'y arrive. M. Paul André, après avoir\nde mai. M. Paul André y ajoute quelques             publié ma prose, ajoute triomphalement :\ncommentaires de son cru, exhume une                    J'ai répondu comme il convenait à pareil\ncarte postale que je lui écrivis en 1907, et        » message. » Cela est faux. M. Paul André\ncite triomphalement la dédicace que je lui          ne m'a rien répondu du tout. Quant à la\nlis de l'Arc-en-ciel il y a trois ans : A M. Paul   correspondance antérieure que j'ai eue avec\nAndré, hommage respectueux. Pierre Nothomb.         ce valeureux pamphlétaire, veuillez annon­\nMe voici anéanti ! D'autant que j'ai écrit          cer à celui-ci que pour peu qu'il insiste, je\nalors trois ou quatre douzaines de dédicaces        la publierai tout entière Les rieurs ne\nde ce genre sur des livres dont les destina­        seront pas de son côté, et s'il a eu jadis une\ntaires étaient de parfaits crétins. Si vous         réputation de tact et de bon goût — ce que\nêtes père de famille, mon cher Serpent,             j'ignore, mais tout est possible — elle ris­\nenseignez à vos enfants la prudence et de           quera fort de s'évanouir.\nne témoigner dans leur jeune âge de res­\n                                                      » Je vous serre la main, mon cher Ser­\npect à personne. Il est éminemment dange­\n                                                    pent, bien amicalement.\nreux lorsqu'on sort de rhétorique de tirer\n                                                                         PIERRE NOTHOMB.      -\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 342, "texte": ""}, {"page_pdf": 343, "texte": ""}, {"page_pdf": 344, "texte": ""}, {"page_pdf": 345, "texte": ""}, {"page_pdf": 346, "texte": "L E CHRIST PRÊCHANT A LIERRE\n       (ISIDORE OPSOMER)\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": ""}, {"page_pdf": 348, "texte": "                Les Nuages\nO nuages aimés! Vous vers qui, tout enfant,\nJe bondissais saisi d'une joie éperdue,\nFleurs de l'azur, voiliers légers de l'étendue,\nBlanc troupeau que rassemble et disperse le vent!\n\nVous qui montez, ainsi qu'un cœur       d'Océanides,\nDu sein tumultueux   des flots ensoleillés\nDans le grand ciel rempli d'effluves printaniers ;\nVous qui portez la vie en vos formes splendides !\n\nVirginité des jours sereins, beaux   vagabonds,\nOndoyantes vapeurs que la vallée exhale,\nVous qu'entraîne au hasard la brise matinale\nEt dont les clairs lambeaux flottent au flanc des monts!\n\nVous entre tous, amour des âmes        nostalgiques,\nNuages merveilleux de notre      arrière-été,\nQui, le soir, évoquez dans l'ardente clarté\nOn ne sait quels pays aux profondeurs magiques !\n\nVous enfin, messagers paisibles du soleil.\nDuvet aérien qu'un premier reflet dore,\nEffeuillement lointain des roses de l'aurore.\nFlocons de pourpre épars dans l'orient vermeil !\n\nPassants légers vêtus d'azur, d'or ou de flammes,\nQue suivaient autrefois mes rêves ingénus,\nL'heure viendra peut-être, ô divins   méconnus.\nOù votre grâce seule enchantera les âmes.\n\nLa terre, que vêtit, en des temps  fortunés,\nL'immense et virginal frisson de la verdure,\nDépouille peu à peu son antique parure :\nUn jour brutal descend dans ses flancs    profanés.\n\nQuand rien ne restera de ses splendeurs   sauvages\nEt que l'homme, gardant son rêve de beauté,\nVerra partout l'horreur d'un monde dévasté,\nC'est vers vous que ses yeux se lèveront, nuages!\n                                            FERNAND    SÉVERIN.\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "                      Le cœur timide\n\n                 VOYONS comment          Pierre de Hérin se comporte d a n s\n                      le m o n d e . D'agréable tournure, il lui suffit de\n                      montrer une physionomie avenante pour que\n                      chacun le trouve très bien. Pierre sourit d'ins­\n                      tinct, le sourire étant dans l'air. Même les\n                      invitées qui font à l'ordinaire tapisserie tâchent\n                      de se composer un joyeux visage. Des gens\nréunis afin de s'amuser ne peuvent se regarder autrement.\nMais combien simulent le plaisir et n'éprouvent, au fond,\nque nostalgie, appréhensions devant un espoir chanceux, ou\ntout bonnement ennui, large et profond e n n u i . . . Le grand\ndéfaut de Pierre est son m a n q u e de décision. A peine entré au\nbal, il perd son t e m p s ; loin de s'empresser auprès des dames et\ndes jeunes filles, surtout auprès des plus jolies, il parcourt les\nsalons, comme s'il cherchait quelqu'un, et en réalité il ne\ncherche personne. Un groupe d'amis l'attire... P e n d a n t cet\narrêt, les carnets se remplissent, et q u a n d les violons jouent,\nPierre s'aperçoit qu'il lui faut encore saluer des chaperons dont\nl'abord paraît m a i n t e n a n t bien difficile, les m a m a n s vénérables\nse reléguant d'habitude dans des coins presque inaccessibles.\nLes jeunes filles à succès dansent déjà et passeront de bras en\nbras j u s q u ' a u bout de la fête. Les présentations aux débutantes\ndeviennent plus compliquées dans le m o u v e m e n t du bal. Alors\nPierre renonce soudain à ces obligations et garde le remords de\nne pas les accomplir. Il en est ainsi aujourd'hui, il en sera de\nmême à l'avenir. On ne se change pas facilement, que ce soit\nen de graves circonstances ou tout bonnement dans les salons\nde Monsieur et Madame Vaulois.\n   Pierre consulte son carnet; pourtant il sait à quoi s'en tenir\n\n\n  (1) Fragment d'un roman qui paraîtra cette année.\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                          LE CŒUR TIMIDE                            299\n\n\nsur sa composition. Il a pris la deuxième valse avec Mademoi­\nselle Lalieux, une parente de D a r b l a i s ; la deuxième valse est\nsans importance. E n regard du mot « cotillon » se lit le nom\nde Mademoiselle de Bierges. Ce n'est pas la première fois qu'il\ndanse avec elle, mais jusqu'à présent le Destin lui avait évité\nune aussi longue corvée. F o r t heureusement, il se gara des\nembûches qui entourent la deuxième polka, cette danse d'allures\ninoffensives traînant d ' h a b i t u d e le souper après elle; ce matin\nle lunch devait remplacer le souper, et Pierre se promet bien\nde luncher en compagnie de cavaliers sans emploi. P a r exemple,\nil a tout à fait négligé de retenir une place en vue du cotillon\nfinal, et si Mademoiselle de Bierges ne s'en est pas préoccupée\ndavantage, l'un et l'autre se morfondront d a n s quelque encoi­\ngnure ou sous l'escalier du hall, endroits oubliés des directeurs\nde cotillon comme des danseurs en général et qui n'offre guère\nde charme qu'aux amoureux.\n    De très jeunes gens bostonnent é p e r d u m e n t dès cette pre­\nmière valse, on voit reluire leurs fronts et se mouiller leurs che­\nvelures. Les jeunes filles suivent légères, onduleuses, les yeux\nrieurs, sans effort a p p a r e n t ; la grâce de la femme et la force de\nl'homme affirment une vivante antithèse. Les faces-à-main des\nmères lointaines cherchent à découvrir leur progéniture, et\nq u a n d , au passage, elles entrevoient un instant l'objet de leur\nfierté, elles se sentent le cœur plus chaud et prêtes à l'indul­\ngence envers le prochain. Des papas très embêtés d'être là par\ndevoir filent vers le fumoir et tâchent d'oublier, dans la distrac­\ntion d'une partie d'écarté, les duègnes remplies du fallacieux\nespoir de se promener à leur bras, entre deux danses.\n    L e vrai charme de cette matinée chez les Vaulois tient à la\ndisposition du château, dont tous les salons donnent sur l'admi­\nrable p a n o r a m a de la Meuse. De larges baies s'ouvrent du côté\ndu fleuve, l'architecte ne s'est pas attaché à un style précis, il a\nplanté là, au sommet des coteaux, une habitation accueillante\nà la lumière du ciel, aux couleurs du paysage, et coiffée d'une\ntoiture semi-rustique, avec des montants de bois — comme aux\nmaisons normandes — qui tranchent sur les briques, dans la\npartie supérieure de la façade. Le bâtiment, doué d'une forte\nassise de pierre, a l'air râblé, solide, en vigie devant l'horizon ;\nle p a y s lui fait comme un complément naturel. Et la Meuse,\nlarge, sinueuse, est une coulée d'argent mat entre les versants\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "300                              DURENDAL\n\n\nnoirs, au fond des brumes de cette journée. Un remous agite le\nciel énorme et la pluie reprend soudain. E n aval, à la courbe\ndu fleuve, l'eau se ride tout d'abord, un frisson court le long des\nberges, c'est comme le réveil du beau fleuve ; il ondule, il frémit,\non ne le découvre plus au loin, mais il s'anime vraiment comme\nune chose vivante au pied de la colline du château, et q u a n d ,\npar un contraste étonnant, une échancrure dans les nuées laisse\nfiltrer un peu de clarté d'or — ce ne dure qu'un instant — toute\nla vallée parait enveloppée d'un réseau étincelant.\n     Pierre en oublie Mademoiselle Lalieux, qui se plaindra cer­\nt a i n e m e n t de sa négligence à Darblais. L e jeune h o m m e ne se\nlasse pas de contempler ce spectacle si différent de ses horizons\nfamiliers. Derrière lui, le bruit confus des voix, les échos de l'or­\nchestre, le frou-frou des robes parfumées, le glissement des cou­\nples, un fragment de conversation qui t o m b e au passage, un rire\nfrais qui fuse, toutes les manifestations du bal ne le t r o u b l e n t p a s\ndans son admiration, et il continue de leur tourner carrément\nle. dos. U n e barquette de pêcheur, menue, frêle, sur la Meuse\nvibrante, disparaît au coude du fleuve.. L e s nuées s'appesan­\ntissent, le vent traverse impétueusement l'espace et une houle\nsoulève les eaux, tandis que la pluie violente noie les coteaux\nde l'autre rive. Pierre oppose à ce tableau le souvenir de cette\njournée d'été où le soleil embrasait un groupe de moissonneurs\ndans l'immobilité de la plaine i m m e n s e . Son esprit profite de\nce rappel pour rejoindre la jeune fille qui a suscité en lui un élan\nvers la beauté de l'heure, et il lui vient une mélancolie au milieu\nde cette fête. L a réception des Vaulois serait agréable entre\ntoutes, si « la partenaire de sa pensée » — il la qualifie ainsi\n mentalement — se trouvait parmi les invités, au lieu de suivre\nsans crier gare et pour toujours un barbon doré sur tranches. Il\n ne s'avoue pas que la fortune médiocre de la jeune fille contint\n sans doute son empressement à prévenir pareille éventualité.\n   Q u e l q u ' u n touche son épaule, il sort de sa rêverie. Jean\nDarblais qui est près de lui, avec Mademoiselle Marie Lalieux,\nle tance amicalement :\n   — T u tiens bien mal tes promesses, monsieur le distrait!\nGrâce à toi, une infinité de danseurs s'embrouillent... Fort\nheureusement, j'étais là pour libérer le cavalier de ma cousine;\nil aura pu s'acquitter de ses devoirs ailleurs, dégager à son\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                          LE CŒUR TIMIDE                             301\n\n\ntour celui qu'il remplaçait... T a responsabilité était lourde.\n Répare vite tes torts, et fais assaut d'amabilité.\n    C'était un joli couple que Darblais et sa cousine. Pierre le\nr e m a r q u a i t pour la première fois; il dit en riant :\n    — Vous êtes si bien assortis-, que je ne me décide pas à te\nsuccéder de gaîté de cœur.\n    — L a piètre excuse! s'écria Mademoiselle Lalieux.\n    — Allons, plaisanta Darblais, à l'impossible nul n'est requis.\nMarie te t i e n d r a compte de tes intentions.\n    Marie et Jean se regardèrent franchement. U n e légère rou­\ngeur allumait les joues de Marie, le jeune h o m m e lui souriait\navec une caresse au fond des yeux.\n    E t moi qui ne savais rien... se dit Pierre. L e sujet de conver­\nsation était tout i n d i q u é . Il se lança dans un éloge hyperbolique\nde son ami, et constata, surpris, que Mademoiselle Lalieux ne\nm a n q u a i t ni d'esprit, ni de grâce. Comment n'avait-il jamais\nobservé la finesse de ses traits, et cette distinction native qui\nfaisait de chacune de ses attitudes, de chacun de ses gestes, le\ncomplément harmonieux et simple de sa pensée? Il lui était\narrivé, plus d'une fois déjà, de ne découvrir des qualités sem­\nblables qu'après coup, trop tard pour prétendre encore les\napprécier librement... Il proposa de danser, parce que ses idées\ngardaient décidément la couleur du temps et qu'il voulait se\ndistraire. Après un tour dans les salons, ils s'assirent. Pierre\néprouva le désir d'entendre parler de la jeune fille à laquelle,\nseule entre toutes, il voua spontanément mieux que ses sym­\npathies peut-être...\n    Il ne rusa point; d'ailleurs, qu'aurait-il dû cacher?\n    — Vous n'avez plus j a m a i s rencontré Mademoiselle Juliette\nServet, aujourd'hui M a d a m e Louis d'Asberg?\n    — Juliette Servet?... Mais elle est ici !\n    Pierre se rendit compte qu'il changeait de physionomie et\nque rien ne motivait cet émoi. Il se trouva ridiculement naïf.\nSi Mademoiselle Lalieux s'aperçut de son trouble, du moins\nelle ne le m o n t r a pas. Seulement le pauvre Pierre, qui avait\nune grande envie de parler de l'absente, n'osait plus ouvrir la\nbouche, maintenant qu'il la savait près d'eux... Quand m ê m e ,\nquelle coïncidence !\n   Sa compagne le tira d'embarras et satisfit à son secret désir :\n   — L e baron d'Asberg cherche une propriété dans le L i m -\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "302                        DURENDAL\n\n\nbourg. Sa femme et lui ont quitté Gand depuis quelques jours,\net Juliette, dans nos environs, a voulu revoir ses anciennes\namies et elle a entraîné son mari chez les Vaulois.\n   — Convoitent-ils spécialement l'un ou l'autre château?\n   — Le rêve de Juliette serait de passer l'été en Campine; je\nne vous apprends rien, en vous disant qu'elle a toujours eu\ndes goûts un peu originaux, des admirations qui ne sont pas\nà tout le monde...\n   — Et il existerait par là une propriété qui leur conviendrait?\n   — Peut-être. D'ailleurs vous la mettrez sur ce sujet, elle ne\ndemandera pas mieux que de vous faire partager ses préfé­\nrences. Et tenez, la voici.\n   Madame d'Asberg arrivait en compagnie de son mari; tous\ndeux se dirigeaient vers une vieille dame qu'ils voulaient saluer,\net ils n'aperçurent point les jeunes gens.\n   — Elle a pâli, fit Pierre.\n   — Elle s'est plutôt affinée. Je la trouve extrêmement dégagée ;\nplus grande que son mari, elle a une telle aisance dans les mou­\nvements que cette disproportion ne choque pas.\n   Madame d'Asberg disait en ce moment des choses simple­\nment gracieuses à son interlocutrice, cependant l'animation de\nson visage, son regard surtout — un regard gris et qui était\nbrillant et qui soudain s'apaisait — donnait du caractère à\nses moindres propos. Elle retraversait toute l'enfilade des\nsalons, précédant Monsieur Louis d'Asberg, et ses bras pen­\ndaient négligemment et dans la gaine de sa robe noire à pail­\nlettes, qui dessinaient ses jambes un peu longues, elle avait un\nattrait singulier.\n   Pierre goûtait-il ce charme physique? Il arrive qu'ayant\néprouvé une attirance morale, on s'étonne plus tard de ce que\nla beauté d'un corps et d'un visage vient ajouter à notre pre­\nmière sensation. Les deux impressions ne se révèlent d'emblée\nque dans un grand amour, or Pierre était très loin de pareil\nsentiment; non, dans sa pensée, l'image de Juliette Servet ne\nramenait que le souvenir de leur parfait accord spirituel, d'une\namitié sans plus.\n   Il ne voulut pas continuer d'interroger Mademoiselle Lalieux\nà propos de la jeune femme, et il cherchait — minute pénible!\n — où raccrocher le point de départ d'un nouveau sujet de\nconversation, quand le chef d'orchestre le secourut; il avait\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                           LE CŒUR TIMIDE                              303\n\n\nlevé son archet et les violons scandaient une polka. Darblais\nvint reprendre sa cousine.\n    Cette cour qui s'affirmait aussi franchement ne laissait pas\nde troubler H é r i n . Il se d e m a n d a i t si son a m i n é choisissait\npoint la meilleure part, et toutes les théories qu'il se forgeait\nd a n s la solitude et qu'il développait parfois devant les cama­\nrades en faveur de l'indépendance de la vie, vacillaient sur leur\nbase. Avec une sincérité touchante, il se mit dans la peau du\njeune h o m m e enchaîné par le grand amour et se para d'une\nsentimentalité a d m i r a b l e ; il devenait l'adorateur fervent,\nl'esclave pour lequel le m o n d e n'existe plus en dehors de celle\nà qui il voue toutes ses a r d e u r s . . . Oui, il se découvrait des\ntrésors de tendresse inemployée et qui ne d e m a n d a i e n t qu'un\nheureux placement.\n    L e petit Ulric de H a m e l , un pli sceptique dans son visage\njeunet, arrivait à point pour le secouer :\n    — N o u s lunchons ensemble?\n    — Volontiers, mon bon...\n    Au même moment, M a d a m e d'Asberg s'approcha :\n    — Bonjour, monsieur!\n    Pierre fut ravi, il prit la main qui se tendait, il regarda le\nvisage aux y e u x gris et se rendit compte, aussitôt, que rien\nn'avait changé dans leurs relations de l'autre année. Était-ce\ndrôle! Il aurait dû faire un effort pour se décider à aborder\n M a d a m e d'Asberg, malgré l'envie qu'il en éprouvât; elle était\nvenue la première, et la glace était déjà rompue. Les mots lui\nmontaient aux lèvres et débordaient, il témoignait de sa sur­\nprise, disait franchement sa joie. Elle expliquait :\n    — J'avais rapporté d'une excursion en Campine une telle\nsatisfaction q u e je m'étais bien promis d'y retourner.\n    — Nous avons traversé ensemble la plaine du « Coup de\nT o n n e r r e ». Je me rappelle la couleur du ciel, l'aspect du site...\n    — U n ciel rempli de lourds nuages, noirs et bleus, et\n la bruyère rose à l'infini. Quelques clochers perdus au bout de\n l'horizon, comme des mâts de navires sur la mer sans bornes.\n Mais c'était le sentiment d'être presque hors du temps qui me\n prenait tout entière.\n    Sa voix avait un accent chaud, une sonorité grave, et ses\n yeux gris s'allumaient et s'éteignaient tour à tour. Pierre se\n rappelait encore leur halte auprès d'un marais, dont les eaux\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "3c>4                        DURHNDAL\n\n\n\nlisses et inquiétantes paraissaient résorber le silence de l'espace.\nTout à coup un courlis partait d'un grand vol blanc, et le cœur\nlui battait dans une surprise effrayée.\n   Elle ajoutait à ces souvenirs d'autres détails, et se laissait\naller, sans fausse retenue, au plaisir d'évoquer ces tableaux.\nElle dit :\n   — On est comme plus près de grandes choses éternelles,\nlà-bas...\n   Mais, en même temps, elle sentit que pareille réflexion\ndétonnait ici, et couvrit d'un rire le soupçon d'émotion qui\nrésonnait dans sa voix.\n   — Et que faites-vous, que devenez-vous? demanda-t-elle\nvivement.\n   Pierre avait trop à lui dire pour répondre tout de suite;\nd'ailleurs M. Louis d'Asberg venait rejoindre sa femme.\n   Tandis que celle-ci faisait les présentations, Hérin se rendit\ncompte qu'il serrait une main loyale. Le clair regard de\nM. d'Asberg ne célait rien et réclamait chez les autres pareille\nsincérité. Sous des cheveux blancs, la peau du visage restait\nfraîche et une longue barbe argentée et soyeuse accusait\ndavantage la santé de ses traits. Une belle âme dans un corps\nsolide, une extrême courtoisie alliée à de la fermeté, voilà ce\nque révélait cet homme au début de la cinquantième année.\nIl y avait loin du portrait fâcheux imaginé par Pierre, au len­\ndemain de l'annonce de son mariage.\n   Le baron d'Asberg trouva des mots sans autre signification\nqu'une parfaite affabilité, mais il y a dans la façon dont on\nexprime les plus petites choses, mille nuances qui dénotent la\nqualité de l'éducation ou de la naissance.. Le mari de Juliette\nen imposait quelque peu à Pierre de Hérin, et ce dernier n'était\npas encore tout à fait dégagé de cette impression lorsqu'il se\nmit à la recherche du petit Hamel.\n   Madame Vaulois l'arrêta :\n   — Votre lunch n'est plus libre?\n   Il n'hésita pas à mentir :\n   — Malheureusement non, madame... Tous mes regrets.\n   La pauvre jeune fille sans emploi au moment critique où\ndéjà l'on apportait les tables pour le lunch devait cruel­\nlement souffrir dans son amour propre, et ne pas le montrer\nsurtout!\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                        LE CŒUR TIMIDE                         305\n\n\n   Lorsque la maîtresse de maison, en désespoir de cause,\ns'adressa à M. d'Asberg, il répondit simplement :\n   — Disposez de moi...\n   Et les petits jeunes gens le regardèrent s'asseoir à côté d'une\ndébutante qui échappait à l'affront de manger auprès de sa\nmaman, tandis que ses amies étaient nanties de leur cavalier.\n   Ulric de Hamel blaguait :\n   — Non, mais crois-tu qu'il en a du vice!...\n   Pierre ne répliqua pas, un peu de remords pesait dans sa\nconscience. Le traditionnel saumon fit son entrée sur les plats\nd'argent aux mains d'une nuée de domestiques, qui glissaient\navec une habileté extrême le long des tables et faisaient montre\nd'une adresse plus grande encore en servant eux-mêmes, sans\néclaboussure, chaque invité. On arrivait à cette heure où les\nVaulois jouissaient pleinement de la réussite de leur réception.\nTout marchait à merveille, pas de heurt, pas d'anicroche...\nM. Vaulois, assis auprès d'une douairière d'importance, se\nlevait de temps à autre, jetait un coup d'œil circulaire et se\nrasseyait satisfait, ayant échangé avec sa femme un signe\nd'intelligence. Le diapason des voix montait. Les moins\nloquaces trouvaient un semblant de conversation, et ceux que\nla nature doua d'une élocution aisée réalisaient tous leurs effets.\nPeut-être, cette animation encourageait-elle quelque amoureux\ntimide qui risquerait, à la faveur de l'entrain général, sa\npremière déclaration.\n   Les tables des jeunes gens dépourvus de danseuses avaient\nété rapprochées les unes des autres et formaient un rectangle au\nmilieu du salon principal, devant une immense glace sans tain\noù le mouvement des nuages, par-dessus les collines, et les\nreflets du fleuve, sous le ciel capricieux, offraient un spectacle\ntoujours renouvelé. Personne n'y prêtait plus la moindre\nattention. Les potins allaient leur train, en général très peu\ncharitables, car si la plupart de ces jouvenceaux avaient bon\ncœur dans leur particulier, ils affichaient, réunis dans le monde,\nune impitoyable verve et aussi une cynique franchise. On se\nrépétait des plaisanteries de corps de garde, des histoires\npimentées, tout un lot de gaudrioles qui, après avoir enchanté\nles arrière-grands-parents, raviraient les petits-fils des jeunes\ngens d'aujourd'hui. Pierre de Hérin avait bien oublié sa\nmélancolie, il se laissait aller au courant, écoutait Ulric de\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "306                         DURENDAL\n\n\nHamel, élégamment pervers, et plaçait de temps à autre une\nremarque qui n'était pas destinée à amortir ses propos. Ainsi\nva la vie. L'immortalité de l'âme et les allusions polissonnes se\nsont de tout temps partagées les faveurs des hommes qui\nveulent se soustraire, un instant, au bon ton un peu factice des\nréunions mondaines, toutefois le problème de la destinée est\nplus spécialement réservé à l'heure du fumoir qui suit un bon\ndîner.\n   Les violons de l'orchestre se réaccordaient, des couples se\nlevaient pour la troisième valse. Une fenêtre ouverte, quelque\npart dans le hall, aspirait le grand air et faisait passer un\nsouffle frais au travers des salons, où les domestiques affairés\nramassaient les serviettes, emportaient les tables, réalisaient\ndes miracles d'équilibre, sans bousculer personne; les mamans\ncausaient par petits groupes, heureuses d'être un instant\ndebout, des jeunes gens remettaient leurs gants, et l'on enten­\ndait, dans le lointain, comme un bruit de grelots; c'étaient les\ndirecteurs de cotillon qui préparaient leurs distributions :\nceux-là avaient une juste conscience de l'importance de leur\ncharge.\n   Au fait, Pierre oubliait trop ce cotillon, et il voulut savoir si\nsa danseuse se préoccupait de choisir une bonne place. Il\nl'aperçut, déjà installée sous l'escalier, près d'un couple qui\navait tout l'air de s'aimer follement. N'importe, il n'en fut pas\nmécontent, rien ne devait plus le rendre de méchante humeur\naujourd'hui. Il se sentait léger, prêt à l'amabilité, au rire, à\nl'entrain... un Pierre de Hérin qui se serait étonné lui-même,\ns'il se fût donné la peine de se scruter. Mais il était, sans qu'il\ns'en rendit compte, beaucoup trop occupé pour cela.\n    Mademoiselle de Bierges l'accueillit avec le plus gracieux\ndes sourires, les plus engageantes paroles. Comme Pierre lui\nrépondait de même, elle put se figurer que ses avances connaî­\ntraient le succès. Il ne fallut pas longtemps à Pierre pour\ncomprendre combien le désir de plaire était tenace chez la\njeune fille. Elle avait des mots qui disaient tout en ne disant\nrien et lorsqu'il l'enleva pour la valse, il perçut nettement\nqu'une petite main nerveuse cherchait à lui faire comprendre\nbien des choses. Dans le tête-à-tête de l'escalier, Mademoiselle\n de Bierges, pas trop mal de sa personne, s'efforça d'être\n séduisante et de briller de toutes ses facettes, et Pierre, qui\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                       LE CŒUR TIMIDE                        307\n\ns'extériorisait, admira le jeune homme capable de résister à\npareils feux, mais négligea d'approfondir les motifs de cette\nfrigidité.\n   — Mon pauvre ami, dit Darblais qui passait, tu as l'air\nperdu. Où, diable, yous êtes-vous nichés?\n    — Laisse donc, cette matinée est charmante. Je ne me suis\njamais aussi bien amusé.\n   Et il alla prendre Madame d'Asberg, et tous deux partirent\npour un boston qui s'animait, se ralentissait, et reprenait dans\nun mouvement emporté.\n   Juliette s'était rassise, un peu haletante; parmi les batte­\nments de l'éventail, elle annonça sa visite prochaine au Valvert.\nSomme toute, M. d'Asberg et elle étaient presque décidés\nquant à la propriété qu'ils loueraient dans le Limbourg...\n    En revenant auprès de sa « cotilloneuse », Pierre lui demanda\nde danser. Ils tournoyèrent jusqu'à ce que l'orchestre se tût.\n   — Je ne vous connaissais pas cette passion pour la danse,\nmonsieur...\n    — Quand on a la chance d'avoir une associée comme vous,\nmademoiselle...\n    Pendant le repos, il trompa — presque involontairement —\nla jeune fille sur ses intentions, tant il mit d'empressement\njoyeux à correspondre aux pensées qu'elle exprimait avec le\nseul, l'unique espoir de lui plaire...\n    Elle savait bien des détails de la vie de Pierre, sa mère et\nMadame de Hérin ayant toujours été très liées. Elle effleura\nla question politique, pressentit le peu d'inclination de son\ncavalier pour ce sujet, et se rattrapa sur l'auto. On eût cru\nqu'elle avait dépouillé la correspondance d'un directeur de\ngarage, tant elle était au courant des diverses marques de fabri­\ncation avec leurs qualités et leurs défauts. Il l'encourageait\nsans être ému de ces touchants efforts. L'égoïsme masculin n'a\n pas de limites, il suffisait à Pierre d'éprouver une complète\nsatisfaction intérieure pour trouver naturel que le monde exté­\n rieur se mit au diaposon de son état d'âme.\n    Les directeurs de cotillon distribuaient des fleurs; la fête\n touchait à sa fin et chacun en prenait prétexte pour s'étourdir\n dans le bruit de la musique et des voix. Les bras chargés de\n bouquets, Pierre, après avoir rempli ses devoirs auprès de\n Mesdemoiselles Vaulois, chercha la place occupée par Madame\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "308                          DURENDAL\n\n\n\nd'Asberg et la trouva vide. L a jeune femme venait de partir.\nIl retourna auprès de Mademoiselle de Bierges, et comme il lui\nétait indifférent de donner plutôt à celle-ci qu'aux autres les\nbouquets qui lui restaient encore, il versa toutes ses fleurs sur\nles genoux de la jeune fille ravie.\n   Dans la confusion du départ, Darblais parvint à obtenir\nrapidement les effets qu'il avait déposés, avec Pierre de Hérin,\nau vestiaire. Son ami, livré à lui-même, n'était d'habitude\nservi qu'en dernier lieu. T o u s deux prirent place dans la\npremière voiture descendant vers Valoray.\n   L a pluie tombait, tombait toujours, et du train spécial qui\nramenait les invités à Liége, la vue sur la Meuse s'effaçait, le\nfleuve et ses berges disparaissaient sous le ruissellement du ciel.\nUn sentiment de mélancolie pénètre souvent ceux qui revien­\nnent d'une fête, et le t e m p s maussade ajoutait à cette impres­\nsion. Au déclin de l'après-midi, avec le jour triste aux portières\net la lassitude qui pesait, les conversations s'étaient bientôt\nralenties. U n e rêverie vaguement désenchantée berçait le train,\net quand on fut arrivé, l'empressement des voyageurs à des­\ncendre de voiture et à regagner leur maison prouvait que le\nplaisir avait assez duré.\n   P a r m i les danseurs de Valoray, Darblais et Pierre reve­\nnaient sans doute dans les meilleures conditions d ' â m e . . . Il ne\nfallut pas beaucoup pousser Darblais, afin de l'amener aux\nconfidences :\n   — Mon Dieu, mon a m i . . . Je pensais à Marie depuis long­\ntemps. Ses parents sont morts, l'affection d'un oncle lui tient\nlieu de foyer... Je suis sur de trouver auprès d'elle le bonheur\nque l'on peut espérer d'une femme intelligente et aimante et je\nsouhaite qu'une pareille affection te retienne un jour.\n   C'était cela... simplement, sans phrases. Pierre l'avait envié\nquelques heures plus tôt; ce singulier garçon qui changeait\nselon les caprices de ses sensations, éprouvait de son côté un\npenchant aux confidences. Il fut sur le point de répondre :\n   « Oui, un amour partagé semble le rêve des rêves, mais quoi,\nchacun suit son destin. Ce qui aurait pu devenir chez moi un\namour pareil au tien ne sera jamais. J ' a i m e la vie comme Dieu\nm e l'a faite, j ' y ai découvert à côté des g r a n d s sentiments\nextrêmes des sentiments à mi-côte qui restent mon partage et\ndont je loue le ciel... »\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                         LE CŒUR TIMIDE                           309\n\n\n    Pierre se contint néanmoins, ayant en cet instant une per­\nception assez nette du ridicule qu'il assumerait à dévoiler sa\npensée, et il approuva Darblais, avec une pointe de forfanterie :\n    — T o n avenir est fixé, définitivement fixé dans le bonheur.\nT u mérites ton sort. Certainement mon bon, moi qui te\nconnais depuis toujours, je sais de quel dévouement tu es\ncapable, et je devine ta tendresse... mademoiselle Lalieux n'est\npas à p l a i n d r e ! Vous serez un exemple devant nous, devant\nnous qui n'espérons q u ' u n e félicité moins sûre. T u sais, j ' a i\nbeau me tâter, je ne suis pas encore mûr pour cet aboutis­\nsement... C'est égal, quel changement, et comme j'étais loin de\nm'attendre !...\n    — T u y viendras, tu y toucheras un jour, sans le savoir peut-\nêtre. C'est la grâce que je te souhaite, comme disent les prédi­\ncateurs.\n    — P a s trop vite, pas trop vite. T u ne voudrais pas que nous\ndevenions tous sérieux à la fois.\n    J e a n Darblais se mit à rire :\n    — B a h ! il ne te manquerait rien pour offrir toutes les garan­\nties d'un père de famille modèle.\n    — A h ! tu crois!\n     Dans ce \" tu crois \" il y avait comme une menace. Pierre se\nsentait vraiment vexé d'être pris pour ce qu'il était : un jeune\nh o m m e rangé, un jeune h o m m e sage, toujours inquiet devant\nla possibilité d'une frasque, et qui revêtait le chapitre de ses\nexpériences amoureuses des plus fausses couleurs.\n     Une petite hu niliation n'arrive jamais seule. Les deux amis\nentraient au Maxim's de l'endroit, quand, dans le tambour de\nverre t o u r n a n t , juste en face de son compartiment, il aperçut\nCharles de H a m e l , et-derrière lui, tout contre lui (ces compar­\nt i m e n t s sont si étroits...) la sémillante L u c y d'antan.\n    Charles de Hamel fit semblant de ne pas le reconnaître et\n L u c y ne le reconnut point.\n     « A h ! z u t ! » Quelle figure allait-il montrer? Il adopta la\n m y o p i e occasionnelle de H a m e l : Ni vu, ni connu, le fâcheux\ncouple!... E t Hérin pénétra d a n s le bar, suivi de Darblais. Si\nquelques camarades virent ce chassé-croisé, ils n'en dirent rien;\n Pierre fut accueilli comme un vieux copain dont on a gardé\n bon souvenir. Il dut exposer l'emploi actuel de son temps, et\n les jeunes gens n'apprirent, bien entendu, que ce qu'il lui plût\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "310                         DURENDAL\n\n\nde révéler'. Un tableau excessivement flatteur de son existence\nau Valvert s'évoqua dans la fumée des tabacs et l'odeur des\ndrinks. On le renseigna, p e n d a n t qu'il dînait de hors-d'œuvre\net de grillades, sur les nouvelles attractions nocturnes de\nLiége. Pierre, mû par une espèce de vanité assez sotte,\ncommandait des whisky-sodas à la file.\n    Après le troisième verre, il sentit que cela lui vaudrait, le\nlendemain matin, une migraine conditionnée. Du moins son\nendurance apparente fut r e m a r q u é e , un camarade l'attribua à\nla résistance physique que Pierre puisait au grand air des\nc h a m p s . Pareille constatation le flatta et l'encouragea.\n    E n bande, cette jeunesse parcourut divers établissements.\nL'alcool assommait Pierre, il avait maintenant la certitude\nd'avoir un horrible réveil.\n    Quand Darblais le r a m e n a rue d'Archis, il marchait courbé,\nvictime d'inextricables complications intellectuelles qui lui\nbrisaient le crâne.\n    Il se coucha, aussitôt un roulis souleva son lit, et il comprit\nque, déjà, les plus fâcheuses éventualités étaient à craindre.\n\n                                              GEORGES VIRRÈS.\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "Méditations sur la beauté du monde\n                               (Suite) (I)\n\n\n                                   IV\n\n       Que l'homme donc, ô ma T e r r e , qui te possède\n       F a u c h e tes foins ambrés, moissonne tes blés d'or;\n       Qu'il t'arrache tes fruits ou qu'il dépouille encor\n       L a vigne, dont la feuille ardente et rouge obsède,\n       Comme le dernier r e s t e encombrant de l'été,\n       Le monde qui s'éprend de sereine beauté!\n       Il ne retient de toi, lorsque ses mains cruelles\n       Ont dépouillé les champs dorés et le verger,\n       Que des choses sans vie et superficielles\n       A qui ton cœur sera désormais é t r a n g e r !\n       E n t a s s é s devant l'aire ou dans la grange obscure,\n       Sans gloire se mourront les pailles et le foin\n       Qui, secoués de vent sons le soleil de juin,\n       F u r e n t ta glorieuse et folle chevelure !\n       E t l'on verra, sous l'eau fréquente de l'hiver,\n       Dans les champs dépouillés se dresser toute seule,\n       Affaissée et d'ennui morte, la sombre éteule!\n       E t pâlis et piqués par la tache du ver,\n       Les fruits se rideront sur la paille des claies !\n       Seul, le vin, qui rougit de ton sang son flot brun,\n       Saura garder, au sein des futailles cerclées,\n       Quelque peu de ton âme et l'enivrant parfum\n       Que le soleil prenait sur le coteau défunt!\n\n       Mais c'est ma pauvreté qui te possède toute,\n       O T e r r e ! C'est à moi, quand je vais sur la route,\n       Ne g a r d a n t pour tout bien que la route où je vais,\n       Pareil au chemineau, riche de ta lumière.\n       Que tu donnes ton âme immense tout entière!\n       C'est en moi, dont l'amour est pieux, que tes traits\n       I m p r i m e n t doucement leur grâce impérissable,\n       E t c'est pour moi qu'avec un a r t inépuisable\n\n\n(1) Voir le numéro d'avril.\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "312                            DURENDAL\n\n\n      Tu sais emplir le soir lucide et blondissant,\n      Dont les soleils royaux s'allongent sur le sable,\n      E t les matins, aux pieds légers d'adolescent,\n      D'un charme souverain et toujours renaissant!\n\n\n                                     V\n\n      Et c'est en mon cœur seul, ô T e r r e , que tu verses\n      Les multiples secrets de ton cœur infini !\n      C'est à moi, qui t'aimai pour toi-même et bénis\n      Les aspects toujours beaux de tes formes diverses,\n      Que bénévolement tu découvres le sens\n      Mystérieux et cher des vivants et des choses,\n      E t que ton âme parle un langage puissant\n      Dans l'orgueil des matins ou la paix des soirs roses!\n\n      Tu me fais arrêter, joyeux, sous l'amandier\n      Qui dresse ingénument, dans l'air bleu, les corbeilles\n      De ses milliers de fleurs lourdes de mille abeilles ;\n      Et tu veux que, devant poursuivre le sentier,\n      J e souffre de quitter l'arbre blanc et sonore\n      Qui, sous le soleil neuf qui l'exalte et le dore,\n      Lève candidement, sans le savoir, l'essaim\n      E c l a t a n t et bruyant de ses fleurs m u r m u r a n t e s !\n\n      Puis, tu veux me guider vers le coteau voisin,\n      D'où mes yeux connaîtront les plaines t r a n s p a r e n t e s\n      Qu'emplissent les rameaux d'argent des oliviers\n      E t les resplendissants bouquets des amandiers.\n      E t tandis que, penché sur la campagne nue,\n      Le paysan conduit la charrue, en frôlant\n      Les a m a n d i e r s craintifs pour leur flore ingénue,\n      Ou retourne le sol sous l'olivier dolent,\n      Sans admirer la grâce heureuse de cette heure,\n      Tu veux que mon esprit infiniment demeure\n      A goûter cet avril candide au charme blanc!\n\n\n                                    VI\n\n      O profondeur du mystère de la beauté !\n      Univers lumineux et calme, as-tu pour tâche\n      D'être émouvant ? Faut-il que ta face s'attache\n      A réjouir nos yeux de grâce et de clarté ?\n      Ou ta grâce trompeuse et ta menteuse flamme\n      Sont-elles seulement le reflet de notre âme?\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "    MÉDITATIONS SUR LA BEAUTÉ DU MONDE                    313\n\n\nE t quand nous tressaillons devant un soir parfait,\nNe fais-tu que nous rendre, ô inonde cher, eu joie,\nLes charmes empruntés dont notre âme te vêt?\nMais non ! Ton charme est bien à toi : Lorsque je vais\nDans un soir enchanteur, ne suis-je pas t a proie?\nE t puis-je atténuer la beauté de ton soir,\nQuand, jusqu'à la douleur, je me sens émouvoir\nP a r le mystère d'ombre où s'enfoncent les sentes,\nOu par les coteaux purs aux lignes fléchissantes,\nDevant l'adieu fatal du soleil qui s'enfuit,\nSons l'envahissement tranquille de la nuit?\n\nMais si nous te devons la larme heureuse, ô monde,\nQu'arrache à notre cœur le charme souverain\nDes coteaux sinueux fermant le ciel serein\nE t ployant de douceur sous ta lumière blonde,\nDe quoi composes-tu ton charme impérieux?\nEt lorsque le cristal a révélé la gamme\nDes sept rayons divers dont se forme ta flamme,\nQue restè-t-il encor, ô soleil glorieux,\nDaus l'essence de ta lumière impondérable\nQui pèse d'un fardeau si lourd sur notre cœur?\nE t que possède avec sa forme mesurable\nLe coteau si certain de son charme vainqueur?\n\nOu serait-il fatal, quand même la nature,\nUn jour, ne serait plus que la caricature\nDes formes qu'elle étale au solaire flambeau,\nQue nous devions toujours, ô monde, te voir beau?\n\n\n                         VII\n\nQu'importe que tu sois un mystère profond,\nO beauté, si tu fais une tâche bénie!\nOr, ne te dois-je pas une amour infinie\nPour les bonheurs dont l'aube allègre ou le soir blond,\nE t les jours merveilleux réjouissent ma vie?\nCar tu sais bien, que pour mon âme inassouvie\nDu seul charme changeant de la plaine et des cieux,\nIl n'est pas de sourire, il n'est pas de visage\nOù s'arrêtent avec plus de ferveur mes yeux\nQue sur le lumineux r i r e du paysage!\n\nE t vous savez bien, jours candides, purs moments,\nQue vous êtes mes seuls et chers événements !\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "314                           DURENDAL\n\n\n\n      J o u r s où, dans la clarté t r a n s p a r e n t e qui vibre,\n      La chaîne des monts bleus, sous l'azur aux plis lourds,\n      Atteint un si complet et si r a r e équilibre\n      De grâce passagère et parfaite, beaux jours\n      Spiritualisés par une âme sereine,\n      Vous le savez bien tous, ô chefs-d'œuvre sacrés,\n      Qui le soir pour toujours fatalement mourez,\n      Que vous êtes ma grande et bienheureuse peine!\n\n      E t , champs, vous savez bien que je vis avec vous\n      E t qu'aucun souvenir ne me semble plus doux\n      Que celui des i n s t a n t s divins que vous connûtes,\n      Depuis que mon r e g a r d ouvert assiste aux luttes,\n      P a r la plaine et les monts, de l'aube jusqu'au soir,\n      Du soleil au pied rose et de l'ombre au pied noir!\n      Vous savez que mes pas fréquentent vos domaines,\n      Où s'élève le flot pacifique des blés,\n      Plus que la ville folle où les foules humaines\n      F o n t leurs perpétuels remous de fronts troublés!\n      E t qu'un couchant royal aux riches écarlates,\n      Ou qu'un magique soir lunaire ensorceleur\n      Qui vêt le paysage ébloui de pâleur,\n      Sont pour mon cœur, qui s'en emplit, de chères dates!\n\n                                                            PAUL BONTÉ.\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "              Les Images instructives\n\n                          Notes de voyages\n                                                     A Georges Virrès.\n                MON    CHER A M I ,\n\n\n   Chez les marchands d'images d'Epinal, vous souvenez-vous, il y\navait autrefois, à côté des belles histoires de fées et de héros, dont\nun éditeur ingénieux dorait les habillements afin d'indiquer qu'ils\nétaient fort au-dessus des autres hommes et tout à fait en dehors de la\nplatitude quotidienne, de grandes feuilles coloriées qui prétendaient\ninitier les petits enfants à la fabrication du pain, du vin, du papier,\nà la zoologie ou à la botanique. On les appelait des images instruc-\ntives, titres malencontreux qui faisait qu'on ne les achetait guère : ce\nn'est que beaucoup plus tard, non point seulement quand on a l'âge\nd'homme, mais quand on a déjà perdu le premier feu de la jeunesse,\nqu'on songe au bénéfice spirituel qu'on peut tirer de ses plaisirs. D'ail-\nleurs, elles étaient très laides, ces images instructives et ne comportaient\npoint de dorure. Est-ce vice ou vertu, nous sommes de ceux, n'est-il pas\nvrai, qui ne peuvent être instruits que par des images qui leur plaisent.\n   J'ai rapporté celles-ci de quelques voyages. Ce ne sont que des croquis,\ndes cartes postales illustrées et non de belles gravures au burin, comme\nje voudrais qu'on en fît d'après les lieux admirables que j'ai traversés.\nMais peut-être empruntent-elles un peu de beauté aux paysages qui les\ninspirèrent, de façon que nous en puissions retirer quelque profit. Je\nvous les offre avec le vœu que vous les mettrez à côté du carton précieux\noù vous avez serré les images « d'ailleurs et de chez nous », car j'ai\ntâché comme vous d'y fixer pour moi-même et pour quelques amis ce\nque les hommes nés dans notre nord laborieux et récent ont à retirer\ndu commerce des vieux pays où la civilisation a pénétré toute la vie et\nqui savent mieux que nous l'art de la vie.\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "316                             DURENDAL\n\n\n\n     P r e m i e r soir à R o m e . — C'est ça, R o m e ! Ce pauvre jardin\npublic devant la gare, poussiéreux, banal et provincial, ces\nt r a m w a y s grinçants, cette large voie commerçante et ces con­\nstructions trop hautes, trop grandes, trop massives, d'un style\nromain retour de Chicago, et ce tunnel sous lequel on passe en\nliacre, et qui a l'air d'un égout désaffecté!\n     E v i d e m m e n t , q u a n d , autrefois, venant du Nord, on entrait\npar la porte del Popolo, d'un si bel effet de théâtre, avec ses\njardins en terrasses, son obélisque et son arc de triomphe, et le\nCorso s'ouvrant devant vous, intime, magnifique et c h a r m a n t ,\non pouvait dire, avec le Président de Brosses, « qu'il n'était pas\nune ville au m o n d e dont l'entrée prévînt aussi favorablement »,\nmais aujourd'hui, l'impression du premier soir, et même du\npremier jour, est pour le moins confuse. Quelle défaite pour\nl'imagination! Que nous importent ces ruines, vastes musées\nen plein air où le bruit de la ville vous poursuit et où l'on cher­\ncherait en vain la beauté du silence et le recul du souvenir!...\n     P o u r t a n t , déjà quelque chose parle au cœur. Au hasard\nd'une première course en fiacre on a entrevu la fontaine de\nTrevi, d'une intimité majestueuse, ou quelque vieux palais\nj a u n e , magnifique et désolé. Cette ville attire et repousse.\nD a n s la tristesse du soir d'arrivée, on ne sait encore si on\nl'aimera passionnément ou si l'on s'y ennuiera à mourir. Mais\non sent qu'elle laissera sa m a r q u e dans l'âme.\n\n  L e s trois é t a p e s . — Rome d'abord ennuie. P o u r com­\nprendre cette ville, faudra-t-il reculer dans le passé, lire\nBurckhardt, et suivre pas à pas l'archéologue? P u i s , tout à\ncoup, c'est la révélation. L a beauté romaine s'impose orgeuil­\nleusement, et vous laisse le cœur étonné. On a d m i r e sans\namour. P u i s , peu à peu, pour ceux qui ont le courage de la\nfamiliarité, il semble que Rome s'humanise et cherche à plaire.\nElle séduit, et c'est de la séduction qu'on garde le souvenir.\n\n   P l a c e N a v o n e . — C'est ici, je crois, le cœur de Rome, de\nla Rome vivante. T o u t y a cette noblesse aisée, cette familiarité\nélégante qui, depuis le XVIIe siècle, est proprement le style\nromain. P o u r t a n t , c'est un décor : une église du XVIIe siècle,\ndont les pédants assurément condamneront l'architecture\nostentatoire et charmante, en fait le fond. T o u t autour se\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                      LES IMAGES INSTRUCTIVES                           317\n\n\ngroupent de grands palais jaunes et rouges qui, dans d'autres\npays, donneraient sans doute à la place l'air aristocratique,\nmaussade et e n n u y é . Mais ici, au rez-de-chaussée de ces palais,\nil y a des petites boutiques où règne la s y m p a t h i q u e négligence\nitalienne : l'officine du barbier, une trattoria populaire, une\nm ar c h a n d e des quatre-saisons. Et ce petit peuple a si bien\nl'habitude de vivre dans ce noble décor qu'il semble vraiment\nle maître de ces demeures laites pour les cardinaux et les\nprinces.\n   Mais le charme de la place, sa vraie beauté, ce sont les fon­\ntaines du Bernin. Elles sont du rococo le plus absurde, de la\nfantaisie la plus folle. On dirait des improvisations d'un soir,\ncréées pour une fête par un esprit en fête. Mais à Rome, sous\ncette belle lumière d'été, la fête est éternelle.\n\n    L e B e r n i n . — Rome est plus encore la ville du Bernin que\ncelle de Michel-Ange, ou du moins, c'est le souvenir du Bernin\nqui surnage dans une première vision de R o m e . Peut-être cela\ntient-il à ce qu'on ne pénètre pas dans l'intimité de Michel-\nAnge, alors qu'il suffit de s'abandonner au spectacle de la vie,\nsans prévention d'école, sans protestantisme ruskinien pour\ncomprendre et pour aimer le Bernin. Ce gigantesque Buona­\nrotti est presque toujours s u r h u m a i n . Les peintures de la\nchapelle Sixtine déconcertent avant de séduire, et le regard\nde Moïse vous plombe d'admiration. L e « cavalier » est plus à\nnotre portée. L u i aussi, il travaille dans le grand — c'est du\ntrès grand art que la fameuse sainte Thérèse, honnie par nos\nprofesseurs d'esthétique, et que les statues qui sont à Saint-\nPierre — mais il reste toujours d'une h u m a n i t é facile et proche\nde nous. Il fait de grands gestes, c'est entendu : il déclame.\nMais croyez-vous que ces comédiens de Naples, dont il est le\nt y p e achevé, ignorent la passion parce qu'ils en connaissent\nla mimique? Une farce que l'on se joue à soi-même, parfois jus­\nqu'à en mourir, ressemble fort à la farce de la vie. E t ces N a p o ­\nlitains jouent souvent j u s q u ' à en mourir leur farce passionnée.\n   Il est bien de leur race, l'auteur de cette sainte Thérèse\ninsupportable et délicieuse qu'on ne peut pas oublier.\n   E t p u i s . . . E t p u i s . . . C'est le génie de la sculpture. Aucun\nmoderne n'a eu cette grandeur dans le métier, cette vie dans\nle ciseau...\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "318                        DURENDAL\n\n\n  Ceux qui n'aiment pas Saint-Pierre de Rome. — Saint-\nPierre de Rome, pour le goût, c'est une pierre de touche. Ceux\nqui n'aiment pas Saint-Pierre, c'est qu'ils ont d'indiscutables\npréjugés gothiques, ou qu'ils ont naturellement le goût petit.\n\n   Rome catholique. — Rome est vraiment la ville catholique\net je dis catholique aussi bien au sens étymologique du mot\nqu'au sens religieux. On y chercherait vainement le souvenir\nde la bourgade agricole et militaire d'où sortit l'Empire. Les\nruines antiques qui parsèment la cité moderne et, sous le vête­\nment assez vulgaire des quartiers modernes, font apparaître la\nforte ossature de la Ville Éternelle, ne nous parlent que de\nl'administration impériale. Au Forum, au Colisée, au Palatin,\naux Thermes de Dioclétien, aux Thermes de Caracalla, on\nretrouve les palais et les bureaux das administrateurs du\nmonde : l'imagination évoque en vain la citadelle primitive\nd'où les consuls sont partis pour combattre Annibal et conquérir\nles provinces. Rien ne subsiste du décor préimpérial. Quand des\ndébris confus du palais de Tibère on jette les yeux sur la cam­\npagne grise et mauve que les monts Sabins et les monts Albins\nencadrent de leurs lignes élégantes, on voit fuir à perte de vue\nles aqueducs et les routes, fils conducteurs qui menèrent à Rome\nles forces de l'Italie et de l'Univers. Point de fermes, point de\nmaisons rustiques : ce n'est pas la plaine cultivée par les vieux\nQuirites, mais l'âpre et tragique banlieue d'une ville tentacu­\nlaire qui a tout corrodé autour d'elle.\n   Cellule-mère d'une civilisation administrative et juridique,\ncentre congestionné d'un monde qu'elle sut aménager pour\nelle, et si fortement constituée qu'elle résista six siècles à la\ncongestion, telle m'apparut sur place la Rome antique. C'est\nvraiment la ville universelle, une cosmopolis monstrueuse, qui\neût été barbare sans cette administration si merveilleusement\norganisée que nous n'avons fait qu'affaiblir ses méthodes. Et,\npar la force même des choses, les papes ont pris la succession\ndes empereurs. Ils ont transporté du temporel au spirituel le\nmagnifique système romain : la religion ici apparaît avant tout\ncomme une puissante administration des forces de l'âme. Elle\nmanque essentiellement de cette intimité tendre qui dans nos\néglises du nord touche l'esprit le moins chrétien, pourvu qu'il\nsoit orné de quelque imagination.\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "                     LES IMAGES INSTRUCTIVES                       319\n\n\n    E n vérité on n'est ému que de puissance sous le dôme\nsublime de Saint-Pierre, mais on est ému.\n   P o u r t a n t , auprès de l'ordre romain, si rigide, comme l'ordre\nchrétien s'humanise ! U n e grâce voluptueuse le tempère. Il\ny a des plaisanteries du Bernin dans l'ornementation du\nbaldaquin de bronze, et les Papes autorisent des familiarités\nque le préfet de la ville n'aurait pas permises.\n   Ces familiarités, mêlées à la puissance, c'est peut-être ce qui\nfait le charme de Rome, charme subtil qui échappe toujours à\nquelques esprits. Dans le grand décor que la raison h u m a i n e\nfit à son image, et où les m o n u m e n t s font songer à de belles\npériodes cadencées et logiques, la vie magnifique et désor­\ndonnée a jeté des oripeaux et des dentelles; au majestueux\ncantique de Michel-Ange, le Bernin ajoute ses valses lentes ou\nses ariettes. Des oisillons nichent dans les plis maniérés que\nfont les manteaux de marbre des héros et des saints, et les\nherbes folles qui croissent sur les arcs de triomphe nous\nenseignent qu'il n'est d'éternel que ce qui meurt chaque année.\n   E t le miracle, c'est que tout cela s'harmonise. Les plaisan­\nteries du Bernin n'ont rien de blasphématoire ; des commères\nqui bavardent sous les voûtes sacrées ou des amoureux qui s'y\nrencontrent croient simplement que la maison de Dieu, c'est la\nmaison des h o m m e s . D a n s l'ampleur du temple, qu'importent\nces jeux minuscules qui ne choquent que nos pharisiens du\nNord?\n   L'extase voluptueuse de la sainte Thérèse berninienne ne\nperd pas en mysticisme ce qu'elle gagne en volupté. E t c'est\npeut-être à cause de ces contrastes que Rome est la seule ville\ndu m o n d e où l'on comprenne que la construction catholique\npuisse accueillir presque toutes les variétés h u m a i n e s .\n\n   L e V a l o i s . — Un ciel léger, des collines mollement ondu­\nlées, des forêts aménagées il y a très longtemps pour le plaisir\ndes rois et des hommes, un paysage très doux, en camaïeu,\ncouleur de mousse et couleur de pain : c'est le Valois. C'est ici,\nvraiment, le cœur de la France, le pays des rois de F r a n c e et\ndes Valois, la cellule centrale autour de laquelle tout l'orga­\nnisme français s'est formé, et je pense que quand on n'a pas vu\n— et bien vu — ce pays, certains traits importants de la culture\nfrançaise échappent toujours. Seulement, ce ne sont pas les\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "320                              DURENDAL\n\n\nplus saillants, et ces vallées cultivées, ces villages paisibles et\nréservés, ces églises de pierre moussue très sobres et presque\nsans sculpture, ces châteaux si simples en leur parc très ample,\nqu'ils ont l'air de grandes maisons de campagne, forment un\nensemble aimable, doux, mais que les amateurs de pittoresque\ntrouveront aisément un peu ennuyeux.\n   Il y a un âge où nos goûts nous portent vers les beautés\néclatantes, où nous aimons les grands poètes désespérés, les\nfemmes dont on a pu croire qu'elles avaient eu des aventures,\nles paysages pleins d'âpreté et de sauvagerie, les landes\ndésolées, les puissantes montagnes, les grèves désertes, les\nforêts insondables; mais un moment vient où nous nous aper­\ncevons que toutes ces beautés brutales et désordonnées n'ont de\nvaleur pour nous que par contraste, parce que nous avons été\nformés par un ordre très ancien. Nous nous rendons compte\nque tout cela, pour nous, pour les civilisés que nous sommes,\nne peut être que de la beauté de vacances, et nous goûtons peu\nà peu, et toujours davantage, tout ce qui s'allie à ces idées\nd'ordre, de régularité, de style que nous avions méprisées\nd'abord. C'est à ce moment de la vie qu'il faut voir les paysages\ndu Valois. Ils n'ont rien de r o m a n t i q u e , rien d ' i m p r é v u . Mais\nsuivez la vallée de l'Aisne, de Soissons à Compiègne, voyez le\nsoir rose mourir dans l'air léger, dorer les blés a b o n d a n t s et\nparfumés, broder d'un fil d'or la cime vert sombre du coteau\nboisé; examinez à loisir ces bouquets d'arbres qui semblent\navoir été dessinés par le Poussin ou par Claude, et il vous\nsemblera que tout cela a été disposé, il y a très longtemps, par\nun grand artiste dont le nom s'est perdu et qui eut le génie\n d'aménager, pour certains hommes adoucis par la culture, un\n décor merveilleux, où leur vie pût se passer s a n s secousse. De\n même, ces villages de pierre blanche, aux toits d'ardoise et de\n chaume. L e u r s humbles maisons ne sont que des cubes de\n pierre, percées de fenêtres, mais les pignons sont d'une pro­\n portion si juste, les corniches d'une ligne si ferme, que l'on\n s'aperçoit bientôt que le modèle en fut donné jadis par ces\n mêmes maîtres admirables et modestes qui firent les cathé­\n drales et, dans le sombre et grandiose roman, découvrirent la\n grâce souveraine du gothique.\n  Il y a, dans tout cela, u n e beauté réservée, discrète et dont\non ne comprend qu'à la longue le charme subtil et la distinc-\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                     LES IMAGES INSTRUCTIVES                       321\n\n\ntion très fine De la réserve, c'est peut-être là le trait essentiel\nde ce p a y s ; c'est aussi le trait le plus caractéristique du peuple\nqui l'habite. Ces paysans de l'Ile-de-France ne sont ni plus ni\nmoins instruits que d'autres paysans français, mais ils donnent\nl'impression de vieux civilisés. L e u r s manières, aussi bien\nentre eux qu'avec les étrangers, ont quelque chose de mesuré,\nde poli et d'un peu cérémonieux. E n t r e voisins, on s'appelle\n« Monsieur » et « M a d a m e >>. Aux jours de fête, les plaisirs\nsont simples, rustiques et traditionnels. L e s forains qui battent\nle p a y s et n'en dépassent guère les frontières étroites, ont\nd'humbles b a r a q u e s qui feraient sourire les paysans de\nF l a n d r e , habitués au luxe b r u y a n t de nos foires. De pauvres\nchevaux de bois, du plus ancien modèle, la boutique du mar­\n chand de joujoux et de bonbons, celle du m a r c h a n d de cou­\n teaux et de porte-monnaie, parfois un tir à la carabine, et les\n chevalets vacillants d'un équilibriste. C'est tout : la fête ne\n comporte point d'autres distractions, si ce n'est le bal de la\n place de la Mairie, et ce bal paraîtrait singulièrement froid\n aux jeunes gens de nos contrées. Il est d'une décence incroyable\n et beaucoup plus cérémonieux que les sauteries les plus bour­\n geoises. Aux sons d'un orgue de Barbarie, d'un violon, ou\n m ê m e d'une clarinette, les couples tournoient lentement et\n posément sous les lanternes vénitiennes. Mais les jeunes filles\n ont un tel air de modestie et de cérémonie qu'on verrait très\n bien ces paysannes en grand vertugadin. Elles ne sont ni plus\n ni moins vertueuses que d'autres paysannes, c'est entendu, et\n les m œ u r s de ce pays ne sont point celles d'une Salente, mais\n elles gardent l'empreinte de cette sagesse ancienne qui savait\n que, dans la société des hommes, on n'a de vraie liberté qu'au\n  prix d'un peu de retenue.\n    Il faut arriver, dans un de ces villages du Valois vers le soir,\n à l'heure où, comme on dit, « 1''Angelus apprend aux vieilles\n femmes qu'il est temps de ne plus travailler ». Sur le pas des\n portes, les vieilles gens viennent prendre le frais, et, dans\n les prés voisins du village, la jeunesse se répand comme au\n temps de Rétif de la Bretonne. Les jeunes filles, par groupes\n d'amies, cheminent le long des saules et, souvent, on organise\n quelques parties de colin-maillard ou des rondes gracieuses\n et mesurées comme des danses d'autrefois. L e cabaret, l'unique\n cabaret du village, est h u m b l e et sans luxe. On ignore le comp-\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "322                           DURENDAL\n\n\ntoir reluisant, à étagères chargées de bouteilles multicolores\net de verres bien rangés; il n'y a que de vieilles tables grossiè­\nrement peintes, de vieilles chaises de paille. L e long des murs,\nquelques vieilles lithographies : Napoléon, le roi Louis-Phi­\nlippe, un tableau militaire de de Neuville, ou plus simplement\nquelques pages jaunies du Petit Journal illustré. A cela près,\nc'est le décor d'un tableau de L e n a i n .\n     E t le fait est que la vie semble n'avoir guère changé depuis\ncent ou deux cents ans, dans ce pays. L a R é p u b l i q u e , puis\nl ' E m p e r e u r , puis la République encore, ont remplacé le roi de\nF r a n c e . Comme dans tout le reste du territoire français,\nl'agent électoral ou Monsieur le délégué cantonal est m a i n t e n a n t\nle gros personnage. L e château est devenu la propriété de\nquelque riche industriel parisien, ou même de quelque puissant\nbanquier juif. L e m o n d e s'est transformé profondément, mais\ndans le petit pays sans usine, les façons de vivre sont demeurées\nles m ê m e s . Pourquoi en changer? Il y a si longtemps qu'on a\nappris là à vivre avec douceur et à ne pas d e m a n d e r plus, ni à\nl'homme ni aux choses, que ce qu'ils peuvent donner.\n\n   L a V i e r g e a u x orties. — Dans ce pays du Valois est née\nl'architecture gothique : c'est à Monenval, dit-on, que pour la\npremière fois, le plein-cintre s'est brisé. Que m ' i m p o r t e cette\nérudition ? Mais l'église est c h a r m a n t e sous son vieux toit de\ntuiles brunies par le temps, si bien qu'il semble recouvert d'un\ndrap de velours à côtes. Elle dresse son clocher à flanc de\ncoteau, au milieu du village dont les maisons dégringolent en\nse bousculant, vers une verdoyante et douce vallée. Elle est\nvigoureuse et t r a p u e , mais son clocher « déchire le ciel »,\ncomme dit Mithouard, avec un tel élan qu'on ne prend pas\ngarde d'observer la touchante gaucherie de son port, et ce\nchoeur, où le plein-cintre se brise, est d'un art hésitant et\nexquis.\n   P o u r t a n t , j'ai vu d'autres églises qui m'ont touché davan­\ntage. Celle de Saint-Jean-au-Bois, si fraîche et si pure, avec\nses hautes voûtes qui semblent imiter minutieusement les\nogives naturelles des allées forestières toutes proches ; celle de\nSaintine, intime, mystérieuse, basse, et qui semble faite pour\nabriter les humbles oraisons des vieilles femmes, celle de Morte-\nfontaine qui s'élève à demi ruinée au-dessus du village et se\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "                   LES IMAGES INSTRUCTIVES                    323\n\n\nsurvit avec grâce. Toutes sont très pauvres, avec de vieux orne­\nments décrépits ou d'une rustique laideur : des Jeanne d'Arc\nd'Epinal, d'affreux tableaux distendus «donnés par l'empereur»,\net des bannières de lustrine. Il y a des vitraux réparés tant\nbien que mal, et il semble qu'elles soient presque toutes laissées\nà l'abandon, et c'est peut-être ce qui les rend touchantes. Je me\nsouviens particulièrement de l'une d'elles dans un village dont\nje ne sais plus le nom. Elle était si pauvre malgré l'élégance\nde ses voûtes ogivales que d'abord on l'aurait pu croire dés­\naffectée, prête à être transformée en grange. L'autel était de\nbois blanc, poussiéreux, et les chapiteaux des piliers qui\navaient dû être finement sculptés étaient si usés qu'on en\ndistinguait à peine les détails. Mais, par cette brûlante après-\nmidi d'été,'il semblait que la nature se fût amusée à embellir ce\nque les hommes avaient abandonné. Au-dessus de la porte\nbasse, au milieu d'une fenêtre ogivale, une vieille statue de la\nVierge sans grand caractère se dressait : les carreaux blancs de\nla verrière avaient dû être brisés il y a très longtemps, car le\nvent avait accumulé contre le socle de la statue un peu de terre;\ndes orties y avaient poussé, formant comme un dais de verdure\nautour de la Madone, et le soleil passant au travers des\nfeuilles leur donnait un éclat fantastique et comme irréel. On\neût dit que l'humble statue découronnée était entourée de la\ngloire du plus magnifique vitrail.\n\n                                         L. DUMONT-WILDEN.\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "                     Poèmes\n\n                        Vision\nJ'ai rêvé que mes yeux ne devaient plus    s'ouvrir,\nMes membres palpiter, mes oreilles ouïr...\nJ'étais mort, mais mon cœur humain battait encore.\n\nPourtant ce cœur battant ne m'appartenait    plus,\nCar un ange devant moi s'était abattu\nDans un palpitement d'ailes et blanc  d'aurore.\n\nEt cet ange ayant pris dans le creux de sa main\nMon cœur rouge et battant encor, mon cœur     humain,\nCet ange s'avançait parmi la nuit   profonde,\n\nEt sur le firmament éclaboussé de lait\nQue son ombre tendait d'un voile violet,\nCet ange s'avançait comme on marche sur        l'onde.\n\nMais, quand il atteignit le firmament   humain,\nCet ange s'arrêta et je vis que sa main\nSur mon cœur resserrait son étreinte de songe.\n\nOr sur mon cœur tendu en élévation\nSes longs doigts resserraient leur sourde pression\nEt cet ange épreignait mon cœur comme une éponge.\n\nMais mon cœur qui battait toujours       éperdument\nOuvrait les doigts serrés sur son sourd     battement,\nPuis les doigts refermaient leur étreinte    profonde.\n\nAinsi, comme mon cœur cette main     palpitait.\nMais voici qu'épreignant  mon cœur elle en faisait\nRuisseler à jamais de l'amour sur le monde.\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "                        POÈMES                               325\n\n\n\n\n                       Symbole\n                                           A Monsieur Louis A.\n\nRiche du pur éclat de vos regards    lointains\nQue le regard tranchant des midis effarouche ;\nLucide et clair ainsi qu'une glace sans tain;\nEt détournant sans peur votre âme et votre bouche\n\nDes raisins qu'a mûris le soleil     d'Agrigenie,\nDe l'eau qu'en son amphore une femme porta :\n— En attendant la source vierge dont l'éclat\nD'un céleste orient s'élargisse et s'argente —\n\nImpatient et doux, vous vivrez jusqu'au soir\nEntre la peur du jour trop ardent et l'espoir\nDe voir au bord du cul de perle et d'ambre éclore\n\n— Tel un grand nymphéa des célestes étangs —\nHarmonieuse,    et blanche, et dont le cœur se dore,\nLa lune, l'astre clair que voire espoir attend.\n\n                                             HENRY     DÉRIEUX.\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "        L'exposition de la miniature\n\n                 ENSEMBLE incomparable, où des éléments d'étude, absolu­\n                   ment nouveaux pour la plupart d'entre les fervents de\n                   l'Art, en Belgique, se présentent de façon séduisante.\n                   On a, au moment de l'inauguration, loué l'initiative\n                   sympathique de Mme la comtesse Jean de Mérode, le zèle\n                   inlassé de M. le baron Kervyn de Lettenhove et de ses\n                   collaborateurs habituels, toujours bien inspirés en fait\n                   d'expositions rétrospectives. Ils y sont sacrés virtuoses et\nprocurent à notre pays un enviable renom ! Je n'insiste pas sur l'entreprise,\ncouronnée d'un succès légitime, — heureux de fixer ici le souvenir de visites\nfréquentes en ce Paradis du Passé.\n   L'atmosphère enveloppante, d'un luxe discret, était bien celle qui con­\nvenait à la glorification du portrait en miniature, fleur aristocratique des\nsiècles révolus! Avant d'aborder l'examen de ces « menues merveilles »,\ndisons donc quelques mots de l'ambiance; parcourons la série des objets qui,\ndépassant le but limité de l'exposition actuelle, lui constituaient le plus\nattrayant des cadres.\n                                       I\n\n    Dans la salle gothique, à laquelle le magnifique retable de la ville de Bru­\n xelles imprime un caractère solennel, nous voyons appendues de très\narchaïques tapisseries françaises et rangés des bois sculptés, d'une savoureuse\n polychromie, d'une patine harmonieusement luisante. Ainsi : ce chevalier\ndoré en armure de tournoi, cette sorte de poupée italienne, cet empereur\nMaximilien à la moue dédaigneuse, ce massif Christian III de Danemark à\ncheval, — tous au baron Oppenheim de Cologne, propriétaire aussi de ces\ntrois tètes masculines réunies dans un encadrement sous les appellations de\nJean Van Byek (un vieillard ridé), Thierri Bouts (un jeune homme coiffé\nd'un haut bonnet violet, qui a l'air d'un figurant de la Justice d'Othon),\nMemling (un gentilhomme à la flèche) œuvres déjà appréciées lors de leur\nexhibition à Bruges en 1902. Plus loin, un Jean sans Peur avec sa face cau­\nteleuse et son affreux nez tombant (M. Porgès, Paris), renseigné erronément\ncomme Philippe le Bon ; un petit triptyque hollandais, provenant du musée\nd'Aix-la-Chapelle; et, surtout remarquable, l'exquise Annonciation de\nM. G. Taymans, à Bruxelles, pour la première fois soumise à la clairvoyance\ndes érudits. Toute imprégnée de pieuse intimité, elle attend la définitive\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "(Salon de la Miniature)                 (Cliché de l'gv^on-.v... P»FJJ«I\n                          UN CHIMISTE\n                            (LEMOINE)\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": ""}, {"page_pdf": 380, "texte": "                       L'EXPOSITION   D E LA M I N I A T U R E              327\n\n\n\npaternité d'un peintre illustre du XVe siècle flamand, de Hugo Van der Goes\npeut-être, dont elle conserve les « traits nets » et la subtile émotion...\n   La collection célèbre, de M. Ch.-L. Cardon fournit à cette salle, comme\naux deux suivantes, l'essentiel de son décor : Vierge et Enfant (Van der Goes)\nen format réduit, sur un fond d'étoffe rouge aux plis réguliers; Nativité, sous\nl'étiquette d'Albert Van Ouwater, avec son âne et son bœuf si naïfs et les ailes\ndiaprées de ses anges voletant gracieusement; Christ portant la croix, mala­\ndroit et vigoureusement coloré, de Jérôme Bosch; portrait de Richard III\npar un anonyme anglais ; Ascension, de l'école de Souabe, à l'arrière-plan d'or ;\ncet étrange duo de chevaux, avec un singe sur la croupe de l'un d'eux, dans\nun paysage profond tout à fait typique de Memling, qui intrigua tant les\nvisiteurs de la Toison d'Or en 1907; de Memling également, cet abbé\nbouffi et mal rasé, aux yeux pâles; enfin, près de l'autel portatif franco-\nflamand, pur joyau, une minuscule Vierge embrassant l'Enfant, sur vélin,\ndans un entourage de fleurs de lis, commémore à souhait le style délicat de\nGérard David.\n   Les pages ouvertes dans les vitrines offrent de parfaits spécimens de l'enlu­\nminure des manuscrits; on y trouve en outre d'instructifs et minutieux\ndessins de Primitifs flamands, et de lumineux petits portraits, probablement\nd'Antonello de Messine.\n   La seconde salle a été appelée salle Holbein en l'honneur de certains\ntableaux appartenant à M. Cardon, qui figuraient sous le nom de Mabuse, à\nCharleroi l'an dernier... Progrès (!) inutile, car, à mon sens, une attribution\nà Mabuse n'a rien qui disqualifie : 1. Le gentilhomme aux belles mains, œuvre\nfatiguée, espèce de Faust au regard vague, lourdement vêtu de soie à crevés\nclairs; je n'en aime pas les excessives cassures de l'habit, les bourrelets trop\nmultipliés des doigts noueux; et, en dépit d'une relative similitude avec les\nAmbassadeurs de la National Gallery (« ornements dorés au métal »), je\ndemeure partisan de la direction de recherches : Josse Van Clève le Fou,\nqui séjourna à la cour de France. 2. Lucrèce se poignardant, revers en\ngrisaille du gentilhomme aux belles mains (1534) s'apparente au Gossart de\nla galerie Colonna, à Rome. 3. Le profil de prélat a été formellement identifié\npar un récent article de Burlington Magazime ( 1 ) ; c'est Thomas Crornivell\n« favori et victime de Henri VIII ». Si ce morceau de premier ordre n'est\npas dû au pinceau de Holbein lui-même, il émane en tout cas de l'un de\nses disciples anglais les plus talentueux, comme Stretes par exemple.\n   Le gentilhomme à l'œillet reste seul désigné Mabuse de cet important\ncontingent. Nous en goûtons fort l'éclat superbe du teint, les rousseurs\nonctueuses de la barbe, les reflets fauves du cuir. N'oublions pas l'impres­\nsionnante vieille femme de Nicolas Neufchâtel, dit Lucidel, ce distingué\nportraitiste encore insuffisamment analysé.\n   En face des tableaux de M. Cardon, il y a le vaste panneau de Pourbus,\ndaté de 1561 (au marquis de la Boëssière-Thiennes) : treize membres de la\n\n\n  (1) Décembre 1911.\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": " 328                                    DURENDAL\n\n\n\n  famille Van Berchem, grandeur naturelle, groupés autour d'une table qui\n  supporte des instruments de musique et des fruits. « Le coloris à la fois mat\n  et puissant, écrit M. Fierens-Gevaert (1), a gardé toute sa force initiale. » La\n  nature morte, d'une facture très lisse, est excellente; mais la composition,\n  avec son alignement de visages uniformément éclairés, manque d'animation\n  et de relief. Néanmoins c'est là un considérable document pour l'étude de\n  notre école. Les portraits d'homme et femme, engoncés (au baron Janssen)\n  dénommés école de Pourbus ou Adrien Key, semblent moins intéressants.\n  Ne quittons pas cette pièce sans un coup d'œil au joli buste d'homme de\n  Holbein, en noir sur fond bleu (galerie Liechtenstein) et à la suite de petits\n  Clouet ou Corneille de Lyon (MM. Kleinberger et Flameng) femmes lip­\n pues, aux bijoux précieux, d'une perfection achevée.\n     La troisième salle, dite du Maître des demi-figures (ou correctement, du\n Maître des figures de femmes à mi-corps) contient les trésors de la collection\n Cardon. Hors pair, le portrait de jeune princesse en Madeleine (elle tient une\n coupe qui n'est pas nécessairement le vase de parfums) aux joues si\n fraîches, à la moelleuse robe blanche à guimpe, sur un admirable fond d'émail\n sombre. L'attribution à Gossart ne fait pas de doute; mais l'identification\n avec Isabeau (Y timbré d'une couronne), sœur de Charles-Quint, plus tard\n épouse de Christian de Danemark, doit être abandonnée. On y reconnaît\n maintenant Jacqueline de Bourgogne, fille d'Adolphe, seigneur de Beveren\n et de Veere, protecteur du peintre de Maubeuge; la comparaison avec un\n tableau nouvellement entré à la National Gallery (2) ne laisse subsister\n aucune hésitation à cet égard.\n    Je néglige deux portraits de Barthel Bruyn (au duc d'Arenberg) dont le\n fond d'azur parait repeint; et le bourgmestre Pilgrum et sa femme, rattachés\n au Maître de la mort de Marie (musée de Cologne) de qualité inférieure.\n    A M. Cardon encore le profil aigu d'aventurier à la Callot, en costume gris,\ncoiffé d'un feutre de même couleur; incontestablement une production lom­\nbarde; le nom de Bernardino de Conti a été suggéré avec vraisemblance.\n    Le Maître des demi-figures, anonyme toujours à la mode, règne là avec\ndeux tableaux : 1° un élégant buste de jeune femme au perroquet (galerie\nLiechtenstein), blonde aux cheveux ondés, aux yeux attirants, à la bouche fine,\nau décolletage timide — chef-d'œuvre plein de charme et de douceur; — 2° la\njeune femme écrivant une lettre (M. Cardon) conforme au prototype répandu\ndu maître; ample modelé des épaules, nuque forte et minois penché. Sujet\nidentique dans l'ancienne collection Pacully, à Paris, où l'on a voulu voir\nautrefois lady Jane Grey; le peintre Lucas de Heere fut proposé sans motif\ndéterminant.\n    Quant à l'Eléonore d'Autriche au clavicorde (M. Cardon), épouse\nbientôt délaissée de François I er , dont M. A.-J. Wauters narrait der­\nnièrement l'aventure romanesque avec le Palatin Frédéric de Bavière (3),\n\n (1) Les Primitifs flamands, vol. II, p. 313. (Bruxelles, Van Oest.)\n (2) N° 2211 Jadis, collection Gauchez.\n (3) Revue de Belgique (15 janvier 1911).\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "                        L'EXPOSITION         D E LA M I N I A T U R E             329\n\n\n\nnous la jugeons blafarde et peu agréable, ainsi que la Peseuse d'or du musée de\nBerlin, représentant l'infortunée princesse. Signalons le Charles-Quint ado-\nlescent, sur fond d'or, délectable morceau du groupe de Van Orley\n(M. Cardon). Mais le clou de ce salonnet n'est-il pas la Réunion de famille\nau château de Rumbeeke, environs de Roulers (au comte de Limburg-\nStirum). D'un coloris enchanteur, le paysage avec sa façade rosée, ses\népaisses frondaisons, sa pièce d'eau où évoluent des cygnes, est un délicieux\nrégal; les personnages recueillis qui s'agenouillent, « au passage de la pro­\ncession», observe judicieusement M. Fierens-Gevaert (1), témoignent d'une\npatiente habileté qu'on ne saurait assez vanter. On voudrait préciser l'auteur\nde ce panneau si amusant, voisin de l'énigmatique maître des demi-figures,\net bien digne vraiment d'une exposition de miniatures.\n   Si la place du boudoir de Gabrielle d'Estrées, issu du château de Chenailles\ndans l'Ile-de-France, y semblait moins indiquée, personne ne s'en plaindra.\nDes lambris vermoulus aux ors écaillés et aux tonalités gris bleuâtre sou­\ntiennent la mythologie pompeuse de l'école du Primatice, l'histoire de Renaud\net d'Armide, emplie toute de zéphyrs et d'amours dardant leurs flèches.\nL'enchanteresse, sous les traits, affirme-t-on, de la belle Gabrielle, enchaîne\navec des guirlandes fleuries le vaillant chevalier endormi. Privilégié l'amateur\nqui pourra, en notre temps de pastiche coûteux, garnir son home de cet\nauthentique débris et clore sur un monde de souvenirs galants ces petits volets\ndécolorés — témoins aveugles des royales idylles!\n   La salle Louis XIV ensuite, outre son riche mobilier, s'orne de somptueuses\ntapisseries bruxelloises, retraçant les hauts faits d'Ulysse et d'Achille, signées\nAuwercx 1710 (au duc d'Arenberg), et renferme un curieux cabinet florentin,\nd'écaillé incrustée de nacre, ayant appartenu à la nièce de Mazarin, prêté par\nS. A. R. M me la comtesse de Flandre.\n   La section britannique se compose de deux chambres. L'une, de la période\n William and Mary, fut décorée et peinte par le fameux Grinling Gibbons ;\nl'autre, entièrement en chêne, où l'on respire l'odeur caractéristique des\nvieux logis d'Outre-Manche, évoque les sobriétés du style Tudor.\n   Dans la salle du XVIIIe siècle français et de l'Empire, la populaire image de\nla reine Louise de Prusse, par Richter (envoi du musée de Cologne), nous\naccueille avec une grâce souveraine. Céleste vision qui descend l'escalier, dans\nun flottement léger de voiles ; son mélancolique sourire s'adresse sans ironie à\nl'adversaire terrible d'Iéna, au Napoléon accablé de Paul Delaroche (baron\nde Favereau).\n   La peinture moderne, logée au rez-de-chaussée, montre les deux splendides\nAlfred Stevens possédés par M. Sarens, la Lettre de faire-part et le Masque\njaponais; ainsi que plusieurs œuvres de Fernand KhnopfF, principalement\nl'impeccable portrait du père de l'artiste, revu au Salon de printemps 1911.\n\n\n\n\n  (1) Les Primitifs flamands, vol. I I , p. 227, note r. (Bruxelles, Van Oest.)\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "330                                 DURENDAL\n\n\n\n\n                                         II\n\n  J'ai amplifié démesurément mon introduction; force me sera d'être bref\nquant à la miniature-portrait (le reste n'était pourtant qu'un hors-d'œuvre!).\nLe plaisir éprouvé supplée malaisément à ma totale incompétence. Le portrait\nde petit format se détache, on le sait, du manuscrit enluminé à l'âge où celui-ci\nmeurt, tué par l'imprimerie et la gravure, pour constituer une spécialité bien\nvivante qui a traversé les siècles. Nous avons, en effet, sous les yeux une suite\nininterrompue de mignonneries qui va de Holbein à M. Moreels, organisateur\nde la section contemporaine de l'Exposition !\n                     J'aime à vous voir en vos cadres ovales,\n                     Portraits jaunis des belles du vieux temps. .\n\nmais cet amour me tient lieu de science! trop enclin que je fus à ne consi­\ndérer, en fait de miniature, que le médaillon, médiocrement exécuté d'après\nphotographie, du nouveau-né que beaucoup de nos jeunes mères portent en\nbroche, heureuses de ne le plus porter autrement... Ce « petit art » exista\ntoujours à côté du « grand art ». « S'il subit actuellement une crise fâcheuse,\nconcluait M. Lambotte lors d'une substantielle conférence à laquelle je me\nréfère volontiers, c'est faute de commandes. » Que les peintres d'aujourd'hui\ncessent de mépriser une branche artistique dont s'occupent les gens du monde !\nQu'ils s'en mêlent un peu au contraire, qu'ils s'insurgent contre la conception\nindustrielle du portrait! Pour cela, ils auront besoin du concours des dames.\nA elles de faire refleurir un genre voué à l'exaltation des grâces féminines !\n\n                                        *\n   Je me trompais en parlant du « petit art » à côté du « grand art ». Les\nvisiteurs de l'exposition rectifieront en déclarant que, pour le passé au moins,\nla miniature signifie : du « grand art en petit » !\n   Puisque j'ai confessé ignorer hier encore la chronologie des miniaturistes,\nje ne tâcherai point de débrouiller le chaos qui s'offre à nous. Bornons-nous à\nfixer çà et là quelques noms qui marqueront les phases principales de l'évo­\nlution.\n                                          *\n                                         * *\n   Commençons par l'Angleterre, pays par excellence du portrait en minia­\nture, qui y fut instauré par Holbein (le maître d'Augsbourg en avait reçu l'en­\nseignement de Lucas Horebout). Ses grands portraits présentent la plupart des\nparticularités de la « miniature largement comprise », antithèse verbale qui\nn'est qu'apparente! Rapetissé, ce caractère complexe subsiste; voyez l'homme\nà l'œillet, de 1533 (à Mme Goldschmidt-Przibram); Sir Blake (à Mme de Bauer)\net, quittant les œuvres à l'huile, le jeune homme en pourpoint brun (apparte­\nnant à S. M. la Reine des Pays-Bas), unique miniature qu'on puisse, à l'ex­\nposition, authentiquement attribuer à Holbein.\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "                      L'EXPOSITION        D E LA M I N I A T U R E                     331\n\n\n\n   Nicolas Hilliard (1537-1619) procède directement de l'ancêtre occasionnel\nde la peinture anglaise. Il est l'auteur de plusieurs étonnants portraits de la\nreine Elisabeth, enjolivée de précieuses joailleries ; M. Fierens-Gevaert nous\nla décrit : « jeune, coiffée de fleurs, les seins voilés de gaze, les bras nus,\nparée comme pour un songe de nuit d'été, — une Primavera shakespea-\nrienne ! »\n   Les miniatures de la période Tudor sont généralement rondes, faites à la\ngouache ou à l'aquarelle sur carton ou sur vélin ; le fond est uni, fréquemment\nbleu. Au cours des temps, la coloration des chairs s'atténua, fortifiant vio­\nlemment par contraste cet azur absolu, si frappant chez Holbein. Visages\nblancs, au regard pâle et lointain, tels nous apparaissent les seigneurs de la\ncour de Jacques I er , par Isaac Oliver (1556-1617) et Peter Oliver (+ 1648);\nsignalons parmi eux Sir Arundell Talbot (à M. H. Pfungst), un joyau.\n   Les collectionneurs se sont dépouillés généreusement de toutes ces effigies\ngraves de célébrités oubliées; elles se confondent un peu dans notre sou­\n venir; seules émergent les tragiques illustrations de l'histoire, Philippe II ou\n Cromwell...\n   John Hoskins (t 1664) nous mène plus avant dans la seconde période, celle\n des Stuarts, avec Buckingham, Anne de Danemark, la mélancolique reine\n Henriette-Marie, femme de Charles I er , qui fit beaucoup pour la vogue du\n genre. Les miniatures deviennent ovales, toujours sur carton ou parchemin;\n mais les formes s'affinent davantage, le jeu de l'ombre et de la lumière est\n plus savant. L'art entier ressent l'influence prépondérante de Van Dyck; nous\n assistons à une admirable floraison des minuscules reflets de son élégance\n hautaine. Mentionnons Algernon Percy, Earl of Northumberland (à lord\n Aldenham).\n    Hoskins était l'oncle de Samuel Cooper (1609-1672), vrai « prince d'enlu­\n minure », avec lequel nous touchons à l'apogée de la miniature anglaise. On\n a réuni bon nombre de ses œuvres. « Chacune d'elles, selon Sir W. Arms­\n trong (1), remplit à la perfection la surface étroite qui lui est assignée. Le\n dessin, le modelé, la couleur en sont irréprochables. Nul effort pour produire\n plus d'effet que le sujet n'en comporte, nul tentative pour se rapprocher de la\n grande peinture. Toute l'attention de l'artiste a porté sur les têtes. Il n'est pas\n un coup de pinceau qui ne contribue à l'intensité de l'expression. Une bonne\n miniature de Samuel Cooper est un triomphe de sélection, d'inspiration et\n d'harmonie. » Nous ne pouvons que souscrire au jugement de l'éminent cri­\n tique. Remarquons Charles II en grand-maître de l'ordre de la Jarretière\n (Rijksmuseum d'Amsterdam), de si fière allure; Thomas May, poète et\n historien (au D1' G.-C. Williamson) (2), peint sur un os de mouton; la\n coquette Margaret Lemon, maîtresse de Van Dyck et souvent portraiturée\n par lui, habillée en cavalier (M. H. Pfungst). Un portrait d'homme, à l'huile\n\n\n (1) Grande-Bretagne et Irlande (coll. Ars Una), p. 244.\n  (2) Vice-président de la section britannique de l'exposition, le D r Williamson a publié,\ndans le « Springnumber » 1910 du Studio, un article abondamment illustré : Portrait-\nMiniatures,\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "332                                DURENDAL\n\n\n sur cuivre (M. F.-W. Lippmann), nous procure un utile rapprochement avec\n les adeptes de la « grande peinture ». La distinction dans l'attitude et le rendu\n des traits, inséparable de la personnalité même de Van Dyck dans la compré­\n hension du public, se manifeste longtemps après sa mort et s'étend à toute la\n période des perruques et des jabots. Th. Flatman (1637-1688) ne paraît guère\ninférieur à Samuel Cooper dans un jeune théologien, daté 1668 (à M. J.-J.\n Foster). Et le XVIIe siècle peut citer encore Gibson (1615-1690), — Elisabeth\nDonner, comtesse de Carnarvon (à Sir Edward. H -W. Huls, Bart.) ; David\nDesgranges (1611-1675) et enfin Dixon, qui sembleune transposition de Peter\n Lely, — la duchesse de Portsmonth (à M. H. Pfungst).\n    Dans la transition prolongée qui suit, nommons seulement Bernard Lens\n(1682-1740) — le trio charmant des misses Gurney, filles de l'amiral Sir John\n Lawson (à MM. Duveen). Nous atteignons la troisième période, laquelle\nembrasse la fin du XVIIIe siècle et le commencement du XIXe, coïncidant\navec l'âge d'or de la peinture anglaise, l'époque de Reynolds et de la Royal\nAcademy. L'ivoire, .résistant et clair, remplace le carton. Le fond «crémeux\net rosé » convient à ravir aux grandes dames d'alors, modèles impérissables\nde peintres aimés : Gainsborough, Romney, Hoppner, Lawrence. Un rien\nd'artifice flatteur fait croire que toutes furent jolies. L'aspect ivoirin et nacré\nparfois l'emporte sur le ton réel des carnations.\n   John Smart (1740-1811) et surtout Richard Cosway (1742-1821) sont les\nminiaturistes en vedette del'entourage du Régent, futur Georges IV. Lui-même,\nprotecteur de Cosway, et la société sérieuse ou frivole de Londres, la physio­\nnomie glaciale de Wellington, ou la silhouette vaporeuse de Mrs Fitzherbert,\namie du prince de Galles, sollicitent tour à tour notre attention. Et que dire\nde l'œil de Mrs Fitzherbert, auquel est attribué l'honneur d'un isolement\ngénéralement réservé au regard divin? Quelques émaux aussi, de H. Bone\n(1775-1834) où s'épanouit le Régent, bel homme. Il plastronne de même chez\ndes artistes d'envergure moindre, comme G. Engleheart (1752-1829), élève de\nReynolds.\n   Andrew Plimer (1763-1837) n'est pas dépourvu d'un certain maniérisme.\nFaut-il énumérer les femmes, dévotement chéries, qu'embellit son pinceau\nraffiné? Selina, fille cadette du peintre, Mrs Percival Lockwood, la duchesse\nd'Argyll? Les portraits d'hommes, par Plimer, sont fort intéressants : lui-\nmême d'abord, le colonel Fuller (H. Drake) et beaucoup d'autres.\n   Ozias Humphrey (1742-1810), liéavec Romney, exécuta d'adorables images\nd'enfants, aux yeux allongés et rêveurs. N'oublions pas le visage intelligent\net vif de la comtesse Stolberg d'Albany (à lord Hothfield), veuve du Préten­\ndant Stuart, qui vécut à Rome et fut la maîtresse puis l'épouse du poète\nAlfieri.\n   Je ne saurais omettre Sir W. Buchey (1753-1839) et H. Edridge (1769-\n1821). Mais il vaut mieux recourir, pour conclure, au texte d'Armstrong (1) :\n« La splendeur de l'école anglaise de portraits en miniature repose sur un\n\n\n  (1) Coll. Ars Una, p. 248.\n"}, {"page_pdf": 386, "texte": "                    L'EXPOSITION     D E LA M I N I A T U R E               333\n\n\n\nsentiment de la forme, sur une puissance de concentration, sur un talent de\nsynthétiser sans tomber dans le vide, que l'on ne retrouve pas au même degré\ndans toutes les autres branches de l'art britannique. » L'élégance innée et la\ndésinvolture aristocratique propres aux créations picturales des Anglo-Saxons\nvont jusqu'aux disciples attardés de cette pléiade; les œuvres de W . Hope-\nThomson, de Christine Hovelt, dans le compartiment contemporain, affran­\nchies des exigences ridicules de la mode, dominent encore les miniaturistes\nactuels d'autres pays.\n                                        *\n                                      * *\n\n   Ces autres pays nous retiendront moins longtemps. Revenons en arrière\n pour ce qui concerne la France.\n   Au temps des Glouet, nous n'avons point insisté sur un pénétrant chef-\nd'œuvre : le portrait de Marie Stuart (à S. M. le Roi de Wurtemberg).\n   La miniature française réfléchit les phases successives de l'histoire de la\npeinture. Ainsi, sous Louis XIV, Petitot (1607-1691) reproduisit en émail les\ntableaux de Lebrun. Largillière fut miniaturiste à ses heures, — portrait\nd'homme (à M. E. Solvay).\n   Au XVIIIe siècle, les grâces poudrées, pastorales ou sentimentales, d'un\nBoucher, d'un Greuze et d'un Fragonard revivent sur des boites à bonbons,\ndes tabatières, des éventails, des carnets de bal. C'est un art de vitrine et de\nboudoir, où nous ne rencontrons guère de personnalités notoires, sinon les\nDrouais, montrant le comte d'Artois et madame Elisabeth, en un gentil\ngroupe fraternel (1767) ou les enfants Choiseul en Savoyards (à Mme Rabot\nde Monvault, Paris).\n   Hall, spécialiste réputé (né en Suède, 1739-1793), qui peignit des beautés\nfameuses comme la comtesse Potocka et l'infortunée princesse de Lamballe,\nmérite ici une mention. Son marquis de Saint-Yver (à M. Wildenstein), son\nvicomte de Mortemart, capitaine de vaisseau, assis sur un rocher (à Mme la\ncomtesse Louis de Mérode) sont des morceaux achevés.\n   Van Blarenberghe (1716-1794) fit des marines imperceptibles, et Van\nSpaendonck( 1746-1822), des fleurs et des fruits lilliputiens!\n   Sous Louis XVI, rappelons Sicardi (1746-1825) et son disciple Perin\n(1753-1817), — le chancelier Maupeou (coll. Fitz-Henry, Paris).\n   Vers la Révolution, citons Lemoine (1752-1825), — portrait de Mirabeau,\nles enfants de Montesquiou dans un parc; le célèbre Dumont (1751-1831) ;\nMlle de Noireterre, — Luce de Lancival, poète français (au prince de la Mos-\nkowa) et Autissier (1772-1820), né à Vannes, dont la carrière s'écoula en Bel­\ngique.\n   L'Empire a Quaglia (1780-1815) qui représenta l'impératrice Joséphine;\net Guérin (1760-1836), — Mlle Séné (au vicomte de Grouchy), le comte et la\ncomtesse de Montauzon (à M. Wildenstein), la douce Mme Récamier (à\nM. Doistau) et une exquise danseuse s'intitulant portrait de jeune femme en\ncostume grec (au comte Normand).\n   Villiers-Huet (1772-1813) suivit l'émigration et peignit Louis X V I I I à\nLondres en 1810.\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": "334                                  DURENDAL\n\n\n    Mais c'est pendant les années brillantes de la Restauration que prospéra\nparticulièrement l'art du portrait en miniature. Nous bénéficions ici d'une\niconographie instructive des rois Louis XVIII et Charles X, ainsi que de tous\nles membres les plus décoratifs de la société française. Trois noms dans le\nfouillis de la production doivent être mis en évidence :\n    I. Daniel Saint insuffisamment commémoré à l'Exposition.\n    II. J.-B. Augustin (1759-1832) qui obtint un succès persistant et forma de\nnombreux élèves. « Il apporta à cet art délicat, a-t-on écrit à son sujet, des qualités\nexceptionnelles de fini et d'harmonie, ses miniatures se font remarquer par\nune extrême pureté de dessin et par la vigueur et la richesse de leur coloris.\nOn peut dire d'Augustin qu'il fut le rénovateur de la miniature en réagissant\ncontre le style maniéré alors en vogue depuis l'époque Pompadour. » L'artiste\nvit affluer les commandes princières; il est permis de l'étudier de façon très\ncomplète dans la vitrine qu'on lui a consacrée, l'une des plus belles de la salle\nqualifiée « du XVIIIe siècle et de l'Empire ». Je relève au hasard : le\nduc de Berry en colonel des mousquetaires gris (à M. B. Franck),\nMlle Duchesnois de la Comédie-Française (à M. E Stern, Paris) et une déli­\ncieuse « tabatière en écaille avec le portrait de Mme Tallien. »\n    III. Le grand peintre Isabey (1767-1855) imperturbablement fidèle à tous\nles régimes, de Marie-Antoinette à Napoléon III, et unanimement fêté, se\nrévèle comme le plus séduisant des miniaturistes. M. Lambotte, en le défi­\nnissant « maître des figures sous voile », caractérisait excellemment la\njoliesse un peu chiffonnée et menue de ses portraits féminins, lesquels abon­\ndent à l'exposition. Dans les quatre portraits de la famille d'Osmond\n(à Mme Ach. Fould) il nous est agréable de découvrir cette blonde spirituelle\nqui fut la comtesse de Boigne dont les Mémoires, publiés naguère, expri­\nment si bien l'esprit d'un monde où l'on n'avait « rien appris, rien oublié! »\n    Parmi les élèves d'Isabey, distinguons Aubry, le duc de Reichstadt enfant,\nendormi dans son cabinet de travail et le magnifique portrait d'Isabey; Ben-\nner (1776-1818) auteur d'effigies multiples d'Alexandre 1er de Russie.\n    R o c h a r d (1788-1872), mort à Bruxelles, se réclame de l'école d'Isabey, mais\nc'est un Romantique, et comme tel, de dehors plus surannés à nos yeux que\nses prédécesseurs ; à preuve cette jeune femme en toilette de bal (signée\n et datée 1831) qui ressemble à la George Sand des « Amants de Venise! »\n\n                                          *\n                                         * *\n\n  Je crois nécessaire d'interrompre mon catalogue hâtif. Faisons, dans les\npays germaniques, une simple incursion. Raphaël Mengs, peintre décrié de\nqui certains grands portraits valent mieux que la réputation, fut temporai­\nrement au service du gros Auguste III de Saxe et de Pologne. Balbi travaillait\nà Vienne au déclin du XVIIIe siècle; considérons ces archiducs maigres,\ndisposés deux par deux (à Mme de Polès, Paris).\n   A Vienne aussi, Kreutzinger nous exhibe l'archiduchesse Marie-Louise\nlorsdeson mariage avec Napoléon (au comte H. Wilczek). Fiiger (1751-1818)\nest ici l'artiste notable : Xarchiduc Joseph, Palatin de Hongrie, le comte\n"}, {"page_pdf": 388, "texte": "                       L'EXPOSITION    DE        LA   MINIATURE                335\n\nWilczek, grand-maréchal de la Cour, sont des spécimens accomplis. Passons\nAgricola, son élève (1779-1852) et Waldmiiller, dont un vaste ensemble\npictural ornait en 1911 l'exposition autrichienne à Rome, pour nous arrêtera\nRosalba Carriera. Ses pastels bleutés du musée de Dresde laissent en général\nassez froid. On conçoit difficilement, devant cette fadeur et ce métier par trop\nmince, l'enthousiasme que suscita son talent. Songeons pourtant que l'im­\nmortel La Tour procède, en somme, de la Rosalba. Elle est, ainsi que je lis\ndans la Vie nationale (1), sous la plume de M. A. De Rudder, « l'évocation\ncharmante du XVIIIe siècle vénitien, dont Pietro Longhi est aussi une des\npetites âmes fragiles. C'est la grâce galante des gentilsdonnes... »\n\n                                        * *\n                                          :]■■\n\n\n\n\n   Les génies du XVIe siècle flamand, Rubens et Van Dyck, amoindris en\nquelque sorte dans l'art consciencieux d'un Gonzalès Coques, marqueront\nnotre étape dernière. Sous l'étiquette du « petit Van Dyck » (n° 662, avec la\ndénomination inexacte le duc de Buckingitam, à MM. Dowdeswell) j'ai eu le\nplaisir de reconnaître la réduction d'une œuvre de Juste Suttermans, portrai­\ntiste des Médicis ; c'est le grand-duc Ferdinand II de Toscane ou son trère\nMathias.\n   De Velasquez, il y a un Olivarès exigu, dont l'énergie impressionne.\n   Mierevelt, B. Van der Helst, Rembrandt lui-même surgissent çà et là;\nmais c'est plutôt le règne des petits maîtres, naturellement à l'aise dans les\nproportions de la miniature ; par exemple, Ter Borch. L'Intérieur d'alchi-\nmiste de Van Ostade (à M. Albert Warnant), d'après un tableau conservé à la\nNational Gallery, démasque une amusante supercherie imaginée par la\npudique Albion : la substitution d'un chou au... postérieur d'un enfant!\n   La miniature belge au XIXe siècle donne les noms de Delatour (1780-1858)\nélève d'Autissier; et de Van Acker (1794-1863) apparenté étroitement à la\nmanière d'Isabey.\n   Dans la salle moderne, au rez-de-chaussée, M. Moreels démontre la vitalité\nde cette « science d'enluminure » autrefois tant prisée. Les tours de force d'un\nSchumann, interprétant au microscope les compositions de Wouverman ; et\nde PoMnotow, peinturlureur de paysages infinitésimaux, — s'éloignent évi­\ndemment de toute préoccupation esthétique.\n    Le salon des portraits de la Maison royale de Belgique, depuis les ancêtres\nde Saxe que peignit Cranach jusqu'aux princesses idéales de Winterhalter,\nrenferme une collection très documentée des représentations gravées et peintes\nde Léopold Ier. Un cadre curieux va nous fournir, pour terminer, une leçon\ngénéalogique : en haut, la vieille princesse de Saxe-Cobourg-Gotha; puis la\nreine Victoria et le prince-consort; ensuite, isolé, le roi Léopold I er ; au-dessous\nde lui, la princesse Charlotte d'Angleterre et la reine Louise-Marie; au rang\ninférieur, le duc d'Orléans, accompagné de ses parents, Louis-Philippe et la\n\n\n  (1) N° 1 (avril 1912).\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": "336                               DURENDAL\n\n\n\nreine Amélie; et enfin, tout en bas, le comte et la comtesse de Flandre.\nQuelle récapitulation captivante!\n                                    *\n\n   11 me reste à regretter la longueur décousue de ce compte rendu, modeste\naide-mémoire pour ceux qui\n                     Formant des rêves fins sur des miniatures\n\nse complurent à méditer, — en se penchant vers le sourire figé des « dames du\ntemps jadis », emprisonnées dans leurs cercueils de verre.\n\n                                                                     P. B.\n      A vril 1912.\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "                      Sonnets\n\n                       Van Dyck\nIl est l'Evocateur, aux grâces   incertaines.\nDe beaux adolescents qui, féminins un peu,\nRichement habillés de satin noir et bleu,\nErrent parmi l'orgueil des tentures     hautaines.\n\nIls eurent pour aïeux de fauves     capitaines,\nDémons à cœur de fer, au courage de feu :\nMais ils dédaigneraient  la cuirasse ou l'épieu,\nEt leur front s'abandonne aux caresses des reines.\n\nO Privilégié de l'Art et de l'Amour,\nSi tu peins ces enfants adorables, c'est pour\nQue l'essaim palpitant des femmes      amoureuses,\n\nFolles de leurs beaux yeux au long regard lassé,\nVienne poser un jour sur leurs lèvres     heureuses,\nSur leurs lèvres en fleur, la fleur de son baiser.\n\n\n              L'œuvre de Guido Reni\nLeurs yeux ont la douceur des glycines       pâlies,\nLeur chair a les reflets lumineux du satin,\nEt leur songe, aimanté par un vague        lointain,\nY caresse on ne sait quelles    mélancolies.\n\nIls promènent ainsi des grâces amollies\nSur les nuages blonds, ambrés comme leur teint ;\nEt des robes couleur de lune ou de matin\nVêtent leur corps fragile, aux paresses jolies.\n\nBeaux martyrs frissonnants,      mais qui ne sou/frent pas,\nVierge sans passion, doux jeunes gens très las,\nIls ne font qu'effleurer languissamment    les choses.\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "338                        DURENDAL\n\n\n      Mais ils ne rêvent pas de vaincre et de vouloir,\n      Car nul effort pour eux ne vaut le nonchaloir,\n      Où leur sourire meurt parmi la mort des roses.\n\n\n\n           Les jeunes filles de Burne=Jones\n      Nul ne sait leur secret, pauvres cœurs        ingénus\n      Aux palpitations presque        immatérielles,\n      Ni quelle fièvre brille au fond de leurs yeux frêles,\n      Et rien n'est si joli que leurs jolis pieds nus;\n\n      Ou leurs frêles bras nus, car tout est frêle en elles.\n      Fantômes délicats on ne sait d'où venus,\n      Cygnes au col neigeux fuyant à tire d'ailes\n      De quels deux inconnus vers quels deux        inconnus?\n\n      En des châteaux de rêve, où sous leurs doigts       phtisiques\n      Meurt la ténuité d'impalpables     musiques,\n      Subtil, on voit glisser leur corps aérien.\n\n      Et, pensive, parfois, l'une suit sur la berge\n      De l'étang glauque où flotte un deuil ophélien,\n      Son irréel amant au visage de vierge.\n                                                  EMILE   CHARDOME.\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "                 Le Pardon et la Vie (1)\n\n                      Il n'est pas difficile de pardonner à un mourant; il l'est\n                      bien plus de continuer à pardonner quand ce mourant\n                      revient à la vie. Car dans le premier cas le pardon est un\n                      acte de pitié; c'est un acte d'amour dans le second. Le\n                      rare n'est pas de consentir à oublier le passé quand cet\n                      oubli n'engage que la minute présente, mais d'accepter de\n                      fonder tout un avenir sur cet oubli.\n                         Quelque chose de divin est capable dans le plus ordi­\n                      naire d'entre nous, sans autre élan que le sursaut spontané\nde notre conscience, de nous pousser à la plus grande générosité devant la\nsouffrance et devant la mort; la vie a une peine infinie à nous garder l'usage\nde ce surnaturel immanent, à le mêler aux nécessités de chaque jour, à\nl'intéresser à l'activité ordinaire de notre cœur.\n   Chez les chrétiens, l'aide providentielle vient au secours de la vie; une âme\ncroyante a une plus grande faculté d'oublier qu'une autre. Livrée à elle-même,\nla nature s'effraie de ses contradictions, de ses retours en arrière, des trahisons\nd'une imagination experte à ressusciter les visions du passé; l'esprit humain\nse rebelle devant l'humiliation que lui impose le sacrifice consenti dans un\nmoment généreux.\n    Un drame d'amour est, par quelque côté, toujours un drame de famille.\nAlors même que les circonstances nous montrent les plus affranchis, les plus\nindépendants, nous nous sentons attachés à un foyer. Concevoir la vie en sa\nforme normale, c'est la situer, non pas en marge, mais en puissance de la\nfamille; et c'est évoquer aussitôt le devoir qui en émane, qui en sature les\nmanifestations les moins disciplinées. Le seul chemin de la réalité y ramène la\npassion elle-même. L'amour le plus exclusif, le bonheur individuel le plus\ncruellement blessé, à cause de la vie, inclinent au pardon ; une leçon grave et\nsimple se dégage ainsi d'une peinture intégrale et sincère de la vie. Si elle ne\nva pas sans mélancolie, elle participe cependant à la poésie profonde, inhé­\nrente à ce qui jaillit de la plus frémissante réalité.\n    Telles sont les réflexions que suggèrent les livres de M. Henry Bordeaux et\nque le dernier en date, La Neige su?' les pas, précise dans le sens du pardon.\n L'autorité de ce romancier atteint aujourd'hui un public extrêmement\n\n\n (1) A propos de La Neige sur les pas, le dernier roman de M. Henry Bordeaux. Plon-\nNourrit, éditeur, à Paris.\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "340                               DURENDAL\n\n\n\nnombreux et qui subit le charme de son œuvre comme une direction morale.\nLe terme n'est pas excessif, dût-il scandaliser les moralistes de profession et,\nparmi ceux-ci, ceux qui par vocation dirigent les âmes croyantes. Il ne sied\npas de s'écrier : C'est attribuer à la littérature une importance absurde et à\nun écrivain profane un rôle qui ne lui revient pas. Constatons le fait. Les\nromans de M. Bordeaux ne sont pas des livres catholiques au sens exprès\ndu mot, ce ne sont pas non plus des œuvres définitives. Cependant leur\nprestige est à la fois conforme aux meilleurs effets des livres de propagande\nreligieuse et supérieur à la séduction des écrits d'art pur. M. Bordeaux\npossède un secret que nous avons tâché de révéler plus haut. Il a le sens de\nl'évocation de la vie. Sa philosophie, très élevée et puisée aux sources de la\ndoctrine surnaturelle, il ne la justifie pas autrement que par l'exemple de la\nvie. Il contraint le lecteur à se reconnaître d'abord dans la réalité qu'il lui\nprésente et le mène ensuite à toucher les bornes du devoir, à chercher les\nrayons de la vérité morale. Ainsi, il allie sans effort l'art à la vertu.\n   Nous l'avons vu par un penchant invincible restreindre peu à peu le champ\nde son observation pour la limiter à l'étude de quelques âmes. Car l'humanité\nqu'on observe en profondeur rend mieux cette impression de vérité essentielle\nsur laquelle on fonde une raison de vivre. Parti peut-être à ses débuts avec les\nambitions qu'ont facilement les romanciers de mettre en scène une époque, un\nmilieu, tenté peut-être aussi, comme beaucoup d'autres, par l'étude de la\nsociété, par le roman social qui analyse les conflits de classes, l'auteur de La\nPeur de Vivre a connu enfin son vrai domaine qui est celui de la famille sans\ndoute, mais, dans la famille, des rapports d'une fraction à une autre. Avec Les\nRoquevillard ce furent surtout les rapports de père à fils et l'on sait comment\nil n'en a pas fallu davantage pour mêler à cette maîtresse œuvre les intérêts\nde la race et du pays. Depuis Les Yeux qui s'ouvrent, il s'agit de ménages,\nde rapports conjugaux, de foyers jeunes et nouveaux. L'homme et la femme,\nl'époux et l'épouse concentrent tout l'intérêt. Si l'on ne peut dire que les\nautres personnages sont réduits au rang de comparses, on ne s'attache pour­\ntant à eux qu'en proportion de leur intervention dans les rapports des époux.\nLa Robe de laine est un roman à deux personnages et je sais des gens qui\nmettent cette simple histoire, récit d'un mari à qui les yeux n'ont été ouverts\nque par la mort, au-dessus de toutes les autres. La Croisée des chemins, à quoi\nl'auteur garde une prédilection, a désorienté certains de ses admirateurs. Et\nvoici La Neige sur les pas dont le retentissant succès est lié à l'analyse de deux\nétats d'âmes. Il y a, sans doute, dans ce roman un mélange habile d'action\ndramatique et de psychologie. Pour qui le lit comme il doit être lu, c'est la\npsychologie qui est l'essentiel. Seulement, les péripéties de la trame roma­\nnesque ont le droit de nous retenir presque autant. Car l'impression morale\njaillit des unes et de l'autre, servie par le plus magnifique décor.\n\n                                          *\n                                      *       *\n  Le vrai malheur naît chez l'homme d'une contradiction entre le vœu de son\ncœur et la conscience de son devoir. C'est une rupture d'équilibre dont\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": "                           LE   PARDON         E T LA   VIE                   341\n\n\nil souffre plus que d'une blessure physique. Quand il s'agit de justice conju­\ngale, l'orgueil confond souvent le devoir avec la vengeance et, une fois celle-ci\nassouvie, l'amour qui persiste atteste l'inguérissable souffrance. L'amour\ns'accroît encore de ce regret du bonheur perdu qui restitue à l'objet de\ncet amour sa puissance de séduction. Et toute la douleur de l'homme, trompé\nmais aimant toujours, tient dans cette exclamation du poète anglais : « En\nvoyant céder à ta nature, ne crois pas que je t'aimerai moins, oh! non, et\npeut-être même, qui sait ! je t'aimerai encore davantage. »\n   Il n'y a donc que le pardon qui pourrait rétablir l'équilibre et effacer la con­\ntradiction entre les deux tendances de l'homme. Mais laquelle cédera et\nquelle doctrine sera assez persuasive pour accorder le devoir à l'instinct du\ncœur?\n   La nature va répondre à cette question dans la première partie de l'émou­\nvante aventure contée par M. Henry Bordeaux. Grâce à un concours de\ncirconstances tragiques qui ne laissent pas de place, peut-on dire, à la récla­\nmation de l'orgueil, elle pousse irrésistiblement Marc Romenay au pardon.\nEt elle révèle ainsi son accord spontané avec une loi divine. Car « les faits,\ndans leur vérité, dans leur brutalité ne sont que des signes ». Les paroles pro­\nnoncées par Marc en présence de sa femme Thérèse, par qui il a été trahi,\nmais qui va mourir, ce sont les paroles mêmes « qui suppriment l'irréparable,\nles paroles qui effacent comme la neige tombée sur les empreintes des pas et\nque Dieu s'est réservé de prononcer ». Ainsi la partie de lui-même qui est\ndivine, qui reflète une pensée mise par Dieu en nous quand notre âme nous\nest donnée, résoud en un instant chez Marc bien qu'il ne soit pas croyant, le\nproblème de son bonheur. A l'apaisement qu'il sent en lui, ensuite, il reconnaît\nla vérité d'une loi parfaite.\n   Il faut suivre dans le roman la gradation admirable de cette montée de\nMarc Romenay vers une révélation supérieure de lui-même. Tout concourt\nà l'élargissement, à l'épuration, à l'élévation du cas humain assez ordinaire :\net l'introduction rapide du lecteur dans le tragique de l'aventure, et l'absence\nde tout détail vulgaire ou avilissant, et l'évocation d'une région alpestre exal­\ntante entre toutes, et l'intervention entre les époux, que l'adultère sépare mais\nque la mort rapproche, d'une belle figure sacerdotale.\n\n                                           *\n                                       *\n\n   Le prieur du Mont-Saint-Bernard en annonçant à Marc Romenay que sa\nfemme, ramassée sur le flanc du Mont-Vélan où elle avait survécu tout un\njour à la mort de son amant, vivrait, avait remarqué un mouvement de reçu\ndans l'élan qui portait jusque-là le mari à revoir Thérèse et à lui pardonner.\nIl demanda brusquement : « Auriez-vous préféré la trouver morte? » Et\ncomme Marc, après une hésitation, osait répondre : « Peut-être cela eût-i\nmieux valu », le père Dornaz qui ne le quittait pas des yeux, reprit : « Les\nvoies de Dieu ne nous sont pas connues. Il exige de vous plus que vous n'ap­\nportiez. »\n   On ne peut, en effet, lorsqu'on a été favoriséd'un éclair de révélation su ma-\n"}, {"page_pdf": 395, "texte": "342                               DURENDAL\n\n\nturelle, revenir à la contradiction de la vie sans garder l'obsession de la voie\ndont on a découvert l'entrée. Cette voie est ardue; elle ne s'écarte d'aucune\ndes aspérités de la nature, mais elle les surmonte et ainsi le sublime s'accorde\nà la réalité. Pourquoi l'auteur a-t-il renoncé à poursuivre dans l'âme de Marc\nune œuvre surnaturelle? Il faut le regretter, car celle-ci n'eût contredit en rien\nl'œuvre de la vie. Elle l'eût bien, au contraire, élargie et achevée. Très juste­\nment, M. Bordeaux intitula la première partie de son roman : « Le triomphe\nde l'amour » et personne ne peut se méprendre sur la qualité de cet amour\nsublimisé par la partie divine de nous-même. Intitulant ce qui suit : « Le\ntriomphe de la vie », nous savons bien qu'il va nous montrer la reprise de l'exis­\ntence commune comme une lente revanche de l'ordre, de l'habitude et de la\nréalité. Cependant tout cela participe à une harmonie absolue, conforme au\nplan providentiel; Marc Romenay s'en rend trop peu compte. Aussi son\nbonheur, reconquis à la fin, sera toujours incomplet et c'est pourquoi il y a\nquelque mélancolie dans les dernières pages du livre. Nous demeurons dans\nles limites d'une humanité moyenne. Traversée un instant par un tragique\nexceptionnel, celle-ci revient à une vie quotidienne assez ordinaire. La reli­\ngion y joue son rôle, ramené lui aussi à des proportions restreintes.\n   Sur le flanc du Mont-Vélan, Thérèse Romenay fut sauvée par son ardent\ndésir de vivre, alors que celui pour qui elle avait trahi son mari et perdu son\nenfant, mourait à ses côtés. Ce désir, le père Dornaz n'a eu guère de peine à\nl'orienter ensuite vers le repentir, la réconciliation avec Dieu et même vers le\nsacrifice expiatoire. En la revoyant, toute défigurée et meurtrie, à l'hospice du\nMont-Saint-Bernard, Marc avait dit spontanément les paroles nécessaires et\nque le prêtre rapprochait sans peine aussi d'une pensée divine. Redescendus\nvers des paysages moins hauts, en contact avec la réalité ordinaire, les époux\nont senti renaître le malentendu entretenu par un passé dont le principe seul\ns'est vu contredit par le pardon. Ce pardon ne sera point repris mais il a besoin\nde se plier au cadre de la vie quotidienne. Par lui, le cadre, sans doute, aurait\npu s'élargir et la vie se sublimiser en surnaturalisant les âmes. Mais c'eût été\nun autre roman; la première partie de celui-ci le rendait possible.\n   Elle ne contredit pas celui que nous donne l'écrivain et qui est plus con­\nforme à la réalité moyenne. Elle le domine et l'écrase un peu. Tant il est vrai\nqu'avoir respiré l'air des sommets rend malaisée la vie dans les plaines.\n\n                                                         HENRI DAVIGNON.\n  15 avril 1912.\n"}, {"page_pdf": 396, "texte": "                   Chronique musicale\n\n   Le concert Ysaye auquel Eugène Ysaye et Pablo Casais prêtaient leur\nconcours fut un triomphe pour ces deux admirables artistes dont les inter­\nprétations également recueillies, également pleines de pensée et fièrement\ndégagées de toute vaine extériorité, offrent entre elles tant d'analogies. Ysaye\net Casais ne se bornent point à exécuter les œuvres, ils les vivent intensément\nles marquant ainsi d'un sceau génial de rayonnante clarté. Avec quelle\nnoblesse souveraine, avec quelle grâce tour à tour spirituelle et enveloppante,\nCasais sut faire chanter les sereines et exquises mélodies du Concerto de\nHaydn (ré majeur) pour violoncelle! Dans les deux œuvres pour violon et\nvioloncelle, la Muse et le Poète (op. 132) de Saint-Saëns et le Concerto\n(op. 102) de Brahms, Ysaye fut comme toujours merveilleux de souplesse,\nd'élan, de puissance émotive. Mais combien l'on eût souhaité entendre se\nproduire aussi en soliste ce grand poète de la sonorité et de l'expression !\n   La Muse et le Poète est une fantaisie aimable, de sentiment fin et de forme\nélégante qui ne vise d'aucune manière à la profondeur. Le Concerto de\nBrahms au contraire peut être rangé parmi les compositions les plus signi­\nficatives du maître de Hambourg, particulièrement dans 1''Andante où se\nreflète toute la sublime gravité de la pensée beethovénienne. Rasse dirigea\navec sa maestria habituelle, outre les accompagnements d'orchestre, le\nConcerto grosso n° 17 (sol mineur) de Haendel et une série d'Images de\nDebussy, Ibéria, images plus déconcertantes que jamais, assemblage tour­\nmenté d'impressions fragmentées et disparates que le redoutable voisinage\nde Haydn et de Brahms, ces incomparables maîtres de la ligne, ne devait\nassurément point contribuer à mettre en valeur.\n\n                                         *\n                                     *       *\n\n   Au Conservatoire, très intéressante audition des classes d'ensemble sous la\ndirection de MM. Van Dam et Marivoet, qui eurent ainsi l'occasion d'y\naffirmer l'excellence de leur enseignement et, en outre, d'y faire entendre des\nœuvres aussi délicatement poétiques que peu connues. C'est avec une verve\nspirituelle, entraînante, avec une remarquable justesse d'expression et de\nrythme que M. Van Dam conduisit deux charmantes symphonies, l'une de\nMozart en ré majeur, l'autre de Haydn en ut majeur, et une ouverture de\nMozart, la Villanella rapita. La phalange chorale dirigée par M. Marivoet\nfit preuve d'une compréhension affinée et d'un sens profondément musical\ndans des interprétations remarquables de cohésion, de sonorité et de nuances,\n"}, {"page_pdf": 397, "texte": "344                                DURENDAL\n\n\noù nous signalerons particulièrement les trois chansons françaises des XVIIe et\nXVIIIe siècles, disposées à quatre voix par Gevaert, et surtout les quatre chan­\nsons tziganes de Brahms, ayant toute la saveur rythmique et la sève ardente\nde celles de Dvorak avec des harmonies plus fines et une ligne plus pure.\n\n                                         *\n                                        * *\n\n   Mlle Angèle Simon, élève de Lauweryns, a donné à la Grande-Harmonie\nun récital de piano qui lui a valu le plus vif succès. Le prélude et fugue de\nBach, en ré majeur (transcription Busoni), fut joué par elle avec autant de\nnetteté que de vigueur et d'accent. Il était surprenant de voir une enfant de\n15 ans aborder l'interprétation de l'op. 110 de Beethoven, où Vincent d'Indy\nvoit à juste titre un type d'éternelle beauté, mais si la jeune fille n'est naturel­\nlement point parvenue à en traduire l'émotion infinie et la pensée profonde, il\nest néanmoins incontestable que dans l'élégance perlée du rendu et surtout\ndans la clarté parfaite avec laquelle a été exposée la fugue qui constitue une\ndes parties les plus significatives de la sonate, Mlle Simon a révélé des qualités\nde tact, de finesse, d'intelligence indicatrices d'un tempérament de véritable\nmusicienne. Même critique et même éloge pour l'étude de Chopin en ut dièze\nmineur, un des sommets de l'art du grand lyrique polonais. Elle fut joliment\nnuancée sans réaliser l'ampleur expressive souhaitée. Par contre, M lle Simon\ndétailla avec une grâce limpide l'étude sur les touches noires, et interpréta la\nBallade en sol mineur du même auteur en des alternances touchantes de\ncharme délicat et de verve fougueuse. Mlle Simon fut aussi très appréciée pour\nla souple aisance de technique dont elle fit preuve dans les pièces de Debussy\net dans la charmante étude en forme de valse de Saint-Saëns. Bref, dans l'in­\ntéressante élève de Lauweryns, le nombreux public réuni ce soir-là salua de\nchaleureux applaudissements une artiste d'avenir.\n\n                                                     G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 398, "texte": "                            La Médaille\n  au Salon du Printemps et à l'Exposition d'Art religieux\n\n\n   Cette fois, les organisateurs du Salon se sont montrés généreux envers les\nmedailleurs, et ils ont « réservé » à leurs envois une salle d'une douzaine de\nmètres carrés que, pour peu que le soleil boude — et a-t-il assez boudé le jour\nde l'ouverture — pourrait parfaitement servir de chambre noire à un photo­\ngraphe !\n   Ce n'est pas découvrir la couronne que de faire, après bien d'autres, cette\ntriste constatation.\n   C'est, nous apprend le catalogue, à M. Victor Tourneur, l'actif et sympa­\nthique conservateur adjoint du Cabinet des médailles de la Bibliothèque royale,\nque l'organisation de la section de la médaille a été confiée. Sa tâche n'a pas\ndû être bien pénible, car le nombre des médailleurs qui ont répondu à la gra­\ncieuse attention du Comité est assez restreint. La section de la médaille\ncompte en tout dix exposants, et ils ne pouvaient guère être plus nombreux,\nvu l'exiguïté du local qui sert, en outre, de corridor pour passer du Salon de\nl'art religieux au Salon de la peinture profane.\n   Si vous le voulez bien, nous allons passer rapidement en revue les œuvres\nde ces vaillants, car il faut vraiment du courage pour exposer dans de pareilles\nconditions.\n   M. Godefroid Devreese occupe au centre du couloir une place d'honneur, et\nc'est justice; car cet artiste, malgré une production peut-être un peu trop\nintensive, s'affirme tous les jours davantage le meilleur de nos portraitistes\nsur métal. Nous n'en voulons pour preuve que trois de ses dernières pla­\nquettes, celle au buste du baron Kervyn de Lettenhove, qui rend si bien l'ex­\npression aristocratique et toujours affairée de la physionomie, si mobile, du roi\ndes organisateurs d'expositions artistiques; celle qui nous montre le célèbre\nténor Van Dvck rayonnant d'intelligence et de bonhomie tranquille, celle enfin\nau buste enrobé du professeur Edouard Van Beneden dans une attitude superbe\nde savant conscient de sa haute valeur.\n   M. Charles Samuel est toujours l'artiste au faire fin, délicat et distingué.\nCes qualités, si rares en Belgique, frappent surtout dans le superbe portrait de\nS. A. R. Mlle la comtesse de Flandre et dans l'adorable plaquette au profil\nd'une si intense douceur de Mme Clotilde Kleeberg-Samuel. M. Samuel est le\nmédailleur des têtes de femmes par excellence; il n'est pas toujours aussi heu­\nreux lorsqu'il s'agit d'un homme, témoin le buste de M. Schleesinger, prési-\n"}, {"page_pdf": 399, "texte": "346                                DURENDAL\n\n\n\n dent du tribunal de commerce de Bruxelles, qui, par son modelé lourd et peu\n gracieux, détonne au milieu de l'œuvre si élégante de l'artiste au point de faire\n douter qu'il soit de lui.\n    Par contre, il semble que le crâne accidenté, les traits rudes et la barbe\n hirsute de M. Ferdinand Van der Haeghen ont su captiver M. H. Le Roy,\nau point que la médaille de l'ancien bibliothécaire de l'Université de Gand est\npeut-être la meilleure production de cet artiste.\n   M lle Jenny Lorrain, la seule dame qui, en Belgique, s'adonne à la médaille,\nest une artiste consciencieuse qui s'est faite elle-même par un travail persévé­\nrant. Sa fonte de Thill Lorrain a du caractère, et sa médaille au buste de\nVieuxtemps, de face, est vraiment bien.\n   M. Jules Jourdain est un médailleur heureusement doué, en l'avenir duquel\nnous persistons à avoir foi s'il veut bien se résigner à ne pas surcharger ses\ncompositions de détails inutiles et à renoncer « aux remblissages ». La mélan­\ncolique et noble silhouette de la reine Marie-Henriette témoigne de ce qu'il\nsait faire lorsqu'il consent à se dégager de ces avatars.\n   Voilà pour les anciens, un mot maintenant des jeunes. M. Armand Bonne-\ntain, qui depuis quelque temps déploie une étonnante activité et participe à\ntoutes les expositions des Beaux-Arts, fait honneur à la jeune école belge de\ngravure en médailles. Sa plaquette de l'Académie Picard a grande allure et\nserait parfaite s'il ne s'y rencontrait de-ci de-là quelques négligences de modelé.\n Nous ne pouvons que le féliciter de ses efforts constants pour varier sa\nmise en page et donner ainsi à ses médailles un aspect tout personnel.\n   M. Eug. De Bremaecker est en incontestable progrès et sa technique s'amé­\nliore sans cesse. Sa médaille de la Chambre de commerce de Bruxelles est\nune bonne et vraie médaille qui tranche heureusement sur ses œuvres précé­\ndentes.\n   M. Paul Wissaert est abondamment représenté; mais il semble encore\nchercher sa voie; il a trop de savoir-faire pour ne pas la trouver bientôt. Son\nportrait de G. Eekhoud mérite l'attention ; mais combien nous préférons à ses\nœuvres récentes son adorable plaquette l'Enseignement qui lui valut, en 1909,\nle premier prix au concours ouvert entre jeunes artistes belges et néerlandais\npar la Société hollandaise-belgedesamisde la médaille. Celtecharmante compo­\nsition, au modelé gracieux, paraît se ressentir tout particulièrement des études\nfaites par M. Wissaert à Florence.\n   Nous prisons fort le talent de M. Louis De Smeth, le dernier venu de nos\nmédailleurs, lauréat lui aussi d'un des concours triennaux de la Société hol­\nlandaise-belge des amis de la médaille. C'est la jolie plaquette La musique,\nexposée au Salon, qui lui valut ce succès. La composition en est simple, élé­\ngante, compréhensible et bien adéquate au sujet. C'est un jeune homme qui\npromet de devenir l'un de nos bons médailleurs d'ici à peu d'années.\n   Il paraît que M. Gysen, s'il faut en croire le catalogue, a exposé un médail­\nlon; nous avouons, à notre honte, ne pas nous souvenir l'avoir vu.\n"}, {"page_pdf": 400, "texte": "                                  LA MÉDAILLE                                     347\n\n\n    La section la mieux comprise du Salon de l'art religieux est celle de la\nmédaille, et nous devons féliciter le Comité organisateur d'avoir chargé de\nl'établir M. Victor Tourneur. Mais si intéressante soit-elle, elle n'en laisse\npas moins prise, comme toutes les entreprises humaines, à quelques cri­\ntiques, sans grande importance d'ailleurs.\n    La plus sérieuse est celle de ne pas avoir su nous donner l'impression exacte\ndu développement de la médaille religieuse en chacun des pays représentés et\nd'en avoir oublié quelques-uns.\n    C'est ainsi que la part accordée à l'Allemagne est par trop prépondérante,\net l'envoi de la maison de frappe Poellathe, de Schrobenhausen, vraiment hors\nde proportion, d'autant qu'il ne cadre que partiellement avec l'objet de l'expo­\nsition. En quoi, en effet, les nombreuses effigies de prélats qu'il renferme\nconstituent-elles de l'art religieux '. Mais s'il fallait admettre cette classification,\nexécuter le portrait d'un officier, d'un compositeur serait faire de l'art mili­\ntaire ou de l'art musical ! Cette thèse n'est pas soutenable, et il n'aurait pas\nfallu la mettre en pratique.\n    Quant à la médaille française, son exposition, bien que comprenant une\nsuperbe suite d'œuvres de Roty, à l'inverse de la médaille allemande trop\nabondante, présente de regrettables lacunes. Pourquoi, par exemple, montrer\nune raide et froide Jeanne d'Arc germanique, gênée dans son armure de fer,\nalors que nous possédons l'admirable plaquette de Dupuis avec l'héroïque ber­\ngère des marches de Lorraine écoutant, en extase, les voix des anges qui lui\nordonnent d'aller délivrer des Anglais son pays et son roi? Comment expli­\n quer l'absence des Communiantes de Vernon, d'un sentiment religieux si\n intense, qui en fait un vrai chef-d'œuvre du genre? Si l'artiste ne jugeait pas\n opportun d'en faire l'envoi, ne pouvait-on l'emprunter à un collectionneur,\n puisqu'il ne s'agit pas ici d'un concours? Pourquoi, enfin, avoir oublié\n l'Italie, alors que ce pays possède précisément un artiste de sérieux mérite,\n M. Giovanni Cariati, qui s'est fait une spécialité de la médaille religieuse.\n     Mais ce qui nous peine le plus, c'est l'absence voulue des médailles de piété.\n Nous aurions aimé voir chacun des nombreux pèlerinages dont s'honore la\n Belgique, représenté au moins par une ou deux de ces médailles qu'achètent\n les pèlerins en souvenir de leur dévotion.\n     « Ce sont là œuvres qui relèvent exclusivement de la fabrication intensive »,\n écrit M. Tourneur. C'est possible, mais il ne faut pas oublier que le Salon\n comprend une section industrielle. Au surplus, ne sont-ce pas ces petites\n médailles que les mères chrétiennes attachent au cou de leurs enfants pour\n les garder des maladies et des malheurs d'ici-bas. Ce fait seul aurait dû leur\n  faire trouver grâce auprès du Comité organisateur.\n     Quelques médailles autrichiennes, belges et anglaises complètent l'Exposi­\n  tion de la médaille religieuse.\n     M. Tourneur est un jeune érudit dont nous prisons fort l'activité et le carac­\n  tère, il aime la franchise, aussi sommes-nous certain qu'il ne nous en voudra\n  pas de nos remarques qui n'enlèvent rien à la valeur de sa collaboration si\n  précieuse. D'ailleurs, c'est peut-être M. Tourneur qui a raison et nous qui\n  avons tort.                                               ALPHONSE DE WITTE.\n"}, {"page_pdf": 401, "texte": "                           Les Revues\n   MM. Henri Clouard et Jean-Marc Bernard dans le Mercure et dans l'Occi-\ndent M. Raoul Narsv prolongent le très intéressant débat provoqué par les\nconférences de M. Jules Lemaître. Les mêmes conférences servent de prétexte\nà l'Amitié de France pour publier une très piquante Lettre à M. Jules\nLemaître envoyée « du séjour des ombres heureuses » par Lucile de Caud.\nnée Chateaubriand...\n   L' Amitié de France donne en outre un noble article de M. Edouard Ter­\ncinet sur le comte Albert de Mun. C'est aussi le discours académique de\ncelui-ci qui a suscité dans Vers et Prose les très intéressantes pages de mise\nau point de M. Louis Mandin. A lire dans cette même revue, de l'inépuisable\nPaul Fort la Naissance du Printemps à la Ferti-Milon. On ne vit jamais\nfacilité plus aimable et badinage plus gaiment rythmé.\n   M. Maurice Gauchez parlant de Léon Bloy dans la Société nouvelle, com­\nmence son éloge — d'ailleurs très juste en plus d'un point — par cette phrase\nsavoureuse :\n   (( Léon Bloy est un pamphlétaire catholique. Son catholicisme n'est pas\ncomparable a celui qu'affichent nos principaux poètes religieux belges. Il n'est\npas l'ait de jésuitiques réticences et ne se contente pas de la phraséologie en\nlitanies, en prières ou en oraisons symboliques venues d'un lointain et pous­\nsiéreux moyen âge, que de froids vers-librisles bien pensants de Bruxelles\ncompulsent patiemment... »\n   Qui ?\n   — Dans l'Indépendance : Jules Vallès et « la Rue », par M. Maurice\n Toussaint.\n   — Le Masque donne deux charmants poèmes de M. Stuart Merril, un\nbref article de M. Guy Lavaud sur les Géorgiques chrétiennes et, dans la\nPetite anthologie, le Parapluie pathétique de Francis Jammes...\n\n  Décidément s'il pleut je préfère ne pan sortir.\n  Coppée est là — Coppée c'est mon chien — j'écrirai des vers\n  Qui épateront Thomas Braun de Bruxelles et Edmond de liruyn d'Anvers,\n  El ces deux augures, en parlant de moi se regarderont sans rire!\n\n   - Au sommaire du Florilège — numéro de mars — M. Buzon, M. Melon,\nM11e Sauret. Cette dernière a vraiment du talent :\n\n                     — Mais vous voici dominateur.\n                     Allons, je ne suis qu'une femme...\n                     Ramassez donc, ó cher vainqueur,\n                     L'amour qui glisse de mon âme!\n"}, {"page_pdf": 402, "texte": "                                LES REVUES                                349\n\n\ndans le numéro de lévrier une intéressante Revue des Revues de M. René\nKemperheyde.\n   — La Revue de Belgique comprend — une fois n'est pas coutume -- un\narticle intéressant : La nouvelle Lotharingie par M. Dumont-Wilden. On y\ntrouve aussi des vers de M. Noël Nouët.\n   — Dans la Phalange des Chants à Gryne de M. Jean de Bosschère.\n   — La Revue du temps présent : Les châteaux de la Vierge, par MM. Jérôme\net Jean Tharaud.\n   — La Vie intellectuelle : la Bonne intention, par M. Grégoire Le Roy :\n\n                    Si j'étais empereur et roi\n                    Je vendrais l'or de ma couronne\n                    Et l'on verrait dans mon royaume\n                    Moins de pauvres et moins de lois.\n\n                    Si j'avais comme saint François\n                    Une robe de bure ou de laine,\n                    Je vêtirais ceux qui ont froid\n                    Et j'irais tout nu dans la plaine.\n\n                    Et si mon cœur était de pain\n                    Je le prendrais à ma poitrine,\n                    Et les enfants qui auraient faim\n                    Ce jour-là auraient leur tartine.\n\n   La toujours substantielle chronique de M. Georges Rency.\n   — La Belgique artistique et littéraire. De charmantes pages de M. Max\nDeauville.\n   — Les Marches de l'Est qui deviennent une revue bimensuelle. L'inévi­\ntable — mais très juste — article sur Chateaubriand.\n   — Dans Wallonia un curieux article de M. Félicien Leuridant sur\nl'Influence de la Wallonie sur la Pologne.\n   — La Nef. Des Croquis de plume aimablement rostandesques de M. Mau­\nrice Lesigne. Quelques vers charmants d'un débutant, Jean van Zuylen van\nNyevelt.\n   — La Revue générale qui commence à suivre nos déplorables habitudes en\narrivant en retard — c'est ce qui fait figurer ce très intéressant recueil à la\nqueue de notre Revue des Revues — publie un numéro très littéraire. Le\npèlerinage vers Octave Pirmez de M. Pierre Nothomb. Des critiques d'art\nsignées Fierens-Gevaert et Arnold Goffin, des poèmes de M. Francis Caillard,\nles « quelques romans » (« les romans quelconques » faudrait-il dire) de\nM. Faguet et la fin d'un alerte petit roman : Impromptu de M. C. de\nChampion.\n                                                                          X.\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "                         LES           LIVRES\n\n M i z r a ï m , par GODEFROID KURTH. — (Bruxelles, Dewit.)\n   Un livre de M. Godefroid Kurth est toujours un événement belge, même\nquand l'éminent historien se borne, comme en ces notes d'Egypte, à faire\nœuvre de dilettantisme, pour autant qu'un tel mot se puisse appliquer sans\nirrévérence à une telle personnalité : si j'ai osé l'écrire ici, c'est parce que\nl'auteur de Clovis est allé voir les bords du Nil pour son agrément, en flâneur,\net non dans le dessein d'y faire de l'archéologie. Il s'est courbé, comme tout\nle monde, sous le sceptre de Cook and Son, les vrais vice-rois de l'Egypte :\nil n'a été qu'un touriste. Et s'il se laisse aller à mêler un peu de science à ses\nsouvenirs de route, c'est qu'il n'est pas possible d'oublier tout à fait que\nl'on est historien, et aux bords du Nil moins qu'ailleurs : chassez le naturel,\nil revient au galop.\n   Il n'est pas étonnant que M. Godefroid Kurth, qui a usé ses veilles dans\nl'étude du passé, ait éprouvé, au crépuscule d'une carrière si féconde en\nœuvres, l'irrésistible attrait des six mille ans d'histoire qui dorment sous les\ntombeaux et dans les temples d'Egypte. Ce vertige de l'antiquité, qui donne\naux âmes qu'il a saisies une sorte d'ivresse mélancolique, on le trouve en\nEgypte plus que partout ailleurs, non seulement parce que l'Acropole et le\nColysée paraissent jeunes, mis à côté des Pyramides et de Memnon, mais\nparce que l'air du Nil, les soins des Pharaons et un heureux concours de\ncirconstances propices ont si bien sauvegardé les tombeaux et les temples,\nles images des dieux et des rois, les bas-reliefs et les peintures, et jusqu'aux\nformes mêmes de la vie quotidienne dans les plaines limoneuses qu'arrose le\n « Père des eaux », que le plus vieux pays du monde est précisément celui-là\nqui se trouve avoir le moins changé. Ce qui frappe en Egypte, ce qui séduit\net trouble, ce qui prête à cette terre sa grandeur sans pareille, c'est l'immo­\nbilité, l'éternitê des choses, oserait-on presque dire : le laboureur d'aujourd'hui\na le visage doux et triste du grêle esclave égyptien qui fut, il y a quatre mille\nans, sculpté dans le granit rose ; et la charrue est la même, et le labeur écra­\nsant sous un soleil implacable est le même depuis toujours... Si cette terre\nsaturée de siècles et de souvenirs des temps bibliques n'avait pas tenté\n M. Kurth, et s'il n'avait quelquefois, en face de tels monuments, repris d'un\ngeste machinal la vaillante plume d'historien qu'il croyait avoir laissée, en\n partant, sur son bureau, c'eût été fait pour surprendre.\n    D'ailleurs, l'auteur de Mizraïm, avec une modestie charmante, avoue, mis\nen présence des témoins millénaires des âges pharaoniques, qu'il n'est là\nqu'en profane, qu'il n'entend pas grand'chose à ces hiéroglyphes, qu'il s'en\nréfère humblement aux compétences de l'égyptologie : il a, n'est-ce pas, de\nquoi se rattraper ailleurs!... Mais sa science, pour être de seconde main,\nsemble encore assez imposante. Si M. Kurth n'est pas de ceux qui tapent sur\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "                                  LES LIVRES                                351\n\nle ventre à Khéops, tutoient l'illustre Aménophis et connaissent tous les\nsecrets de la reine Hatasou, et s'il ne développe pas, comme tout égyptologue\nconscient de son prestige, une théorie du double qui lui soit personnelle, des\nlectures abondantes lui ont tout de même ouvert sur ces choses formidables\nd'assez claires perspectives.\n   J'ai lu le livre de M. Kurth avec d'autant plus d'intérêt que j'ai suivi, voici\nquatre ans, le même glorieux itinéraire qui, passant par Thèbes-aux-cent-\nportes, mène d'Alexandrie à Philé. J'ai gravi la grande Pyramide; j'ai con­\ntemplé, du haut du pylône de Karnak, le rouge soleil qui descendait derrière\nla chaîne des monts lybiques; j'ai vu rêver le colosse que la Grèce appelait\nMemnon ; j'ai mouillé mes pieds en montant les marches du grand temple\nd'Isis, dans Philé déjà submergée par le barrage utilitaire qui arrache, au\npoète qu'est M. Godefroid Kurth, un cri de douloureux regret, sinon de juste\nréprobation... J'ai trouvé dans Mizraïm quelques-unes des impressions que\nj'avais ressenties là-bas; d'autres, je les y cherche en vain, — comme celle,\npour n'en citer qu'une, de ce chaos de granit que sont les grandes Pyra­\nmides; et quelquefois enfin, l'opinion professée par l'éminent auteur n'est pas\ndu tout la mienne — par exemple, lorsqu'il dit que le Delta est laid, en quoi\nil se rencontre avec Herr Baedeker, et qu'un village de fellahs est une chose\nhorrible à voir.\n   Notre point de vue diffère : je regarde un paysage en artiste, tout bonne­\nment, et M. Godefroid Kurth y mêle des préoccupations morales. Il apporte\nen Egypte une âme de paladin et de croisé : la vue des infidèles l'écœure\ntellement, qu'il prend à peine garde combien ces Arabes sont beaux dans\nleurs grands burnous flottants. Il dénonce en phrases vengeresses l'imposture\nde Mahomet et le chancre de l'islamisme. Il songe avec horreur au temps où\nla bleue Méditerranée n'était qu'un grand lac musulman, tout empourpré du\nsang chrétien. Il flétrit la mollesse des « coptes », chrétiens abâtardis qui\nrenient la Croix pour le Croissant. Et devant les témoins grandioses de la\nsplendeur des dynasties que le Nil vit se succéder depuis Ménès jusqu'au\ndernier des Ptolémées, il s'irrite en pensant au cruel despotisme qui a rendu\npossibles ces travaux gigantesques, à la sueur humaine qui les a cimentés,\naux mensonges impudents des rois et de leurs prêtres. Mais comme il s'exalte,\nau contraire, quand il songe au peuple d'Israël, opprimé sur la terre d'Egypte\npar ces mêmes Pharaons menteurs, et maintenant redressé pour l'éternelle\nvictoire annoncée par les prophéties.\n   Tout cela porte bien la marque de M. Godefroid Kurth, de ses fortes con­\nvictions, de sa foi intrépide : c'est un miles Chrisli qui parle et se confesse à\nchacune de ces pages, sous prétexte de conter des impressions d'Egypte;\nc'est un compagnon de saint Louis qui poussa plus loin que Damiette, par\ncuriosité d'historien... Quand on est pris ainsi par une pensée unique, à\nlaquelle on rapporte toutes choses, on fait œuvre d'apôtre, non de dilettante ;\nmais, en revanche, il arrive parfois qu'ébloui par son idéal, l'on dédaigne de\nregarder ou l'on distingue moins nettement tout ce qui y reste étranger : j'ai\npeur que M. Godefroid Kurth, en acusant les Egyptiens d'avoir manqué\nd'idéalisme, fasse trop bon marché de l'enseignement qui sort des tombeaux\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "352                                   DURENDAL\n\n\net des ruines de T h è b e s . U n peuple ainsi préoccupé de la mort et de la\nsurvie, une race qui n'a construit pour résister aux siècles que les maisons\ndes morts et les palais des dieux, me paraît peu suspecte — et j'en d e m a n d e\nbien p a r d o n au savant historien — de ce matérialisme que lui reproche\nM. K u r t h .\n   Mizraïm, du reste, est bien l'œuvre qu'on attendait de Godefroid Kurth :\nlivre qui a, dans le style, plus d'ampleur que d'éclat, moins de couleur q u e\nde majesté; livre plein d'idées élevées, de pensées généreuses, d'enthou­\nsiasmes juvéniles, de nobles indignations, de religieux élans, traduits en\napostrohes et en prosopopées qui ont de l'éloquence, et qui nous p r o u v e n t\nau moins que, chez cet historien, un poète toujours j e u n e survit et se\ndépense. Combien nous sommes loin, avec lui, de l'art tout plastique d'un\nGautier, de l'impressionnisme d'un L o t i ! Si M. Kurth s'est s o u v e n u , en écri­\nvant Mizraïm, de quelque récit de voyage, c'est certes à Chateaubriand qu'il\naura pensé d'instinct.                                          FRANZ ANSEL.\n\nB e e t h o v e n , par VINCENT D'INDY. — Collection : Les Musiciens célèbres.\n     — (Paris, Laurens.)\n    D a n s le m o n d e musical contemporain, si Vincent d ' I n d y occupe u n e\nplace éminente, ce n'est point exclusivement dans le domaine de la création\nartistique mais aussi dans celui de la critique au sens le plus élevé du mot.\nOn sait que l'auteur de Fervaal, du Chant de la Cloche et de la S y m p h o n i e en\nsi bémol a écrit u n traité de composition précieux aux éducateurs d'art pour\nles solides enseignements esthétiques qu'il renferme. Maintenant Vincent\nd ' I n d y vient de publier dans la collection L a u r e n s u n e étude sur Beethoven,\nétude vraiment admirable par l'élévation des vues, par l'ampleur clair­\nvoyante de la synthèse, dans laquelle il examine conjointement la vie et\nl'œuvre du maître. De cette observation fidèle et attentive, exempte de tout\n« a priorisme » systématique et conséquemment aussi de toute tendance à\nétablir un parallélisme forcé et arbitraire, il déduit u n e concordance qui\ns'impose entre l'évolution psychologique de Beethoven et l'évolution cor­\nrespondante de son inspiration et de son esthétique.\n      La carrière de Beethoven comme celle de tout grand artiste créateur tra­\nverse trois phases, imitation, transition, réflexion. E t n o u s discernerons tour\n à tour en lui le musicien, l'homme, le penseur. L a première période s'étend\njusqu'à l'année 1801. (Beethoven avait alors 31 ans.) Dans la maison familiale\n des B r e u n i n g , le j e u n e L u d w i g a rencontré le comte Waldstein qui d o n n e\nl'élan définitif à sa vocation et détermine le Prince-Electeur de Cologne à\n envoyer Beethoven à Vienne pour compléter sous la direction de H a y d n les\n études musicales qu'il a commencées avec Neefe, l'organiste de la Cour\n électorale. P e n d a n t cette première période, trois influences se font sentir\n dans l'œuvre de Beethoven, celle de P h i l i p p e - E m m a n u e l Bach, auquel il\n emprunte son style de p i a n o , celle de Rust dont il reflète très souvent\n la pensée créatrice, celle de H a y d n qui lui enseigne l'art de construire et\n auquel il doit la pureté de ligne de cette même impeccable architecture\n qu'on admire dans les compositions de son maître. « Ce fut u n e époque\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                                       LES LIVRES                                          353\n\n\nd'imitation non point servile s'entend, car d a n s la plupart des œuvres\nimportantes, un observateur perspicace pourra retrouver les caractères de\nce qui fit plus tard la géniale originalité de Beethoven. (Largo de la sonate\nop. 10, n° 3.) »\n     L a seconde période ( 1 8 0 1 - 1 8 1 5 ) se caractérise par la p r é d o m i n a n c e de la\nproduction orchestrale sur les compositions pour piano qui, de 1809 à 1816,\nse réduisent à d e u x sonates :\n     « Aux seules dix années qui s'étendent de 1804 à 1815, appartient sauf la\n Neuvième S y m p h o n i e et la Missa Solemnis, t o u t e la production orchestrale\n de Beethoven              Auparavant il n'y avait rien que la première s y m p h o n i e ,\n et après, deux œuvres colossales seulement, où l'orchestre sert plutôt de\n moyen que de b u t . »\n     « Jusqu'alors il n'a écrit que de la musique, m a i n t e n a n t il écrit de la vie.\n Il a senti, il a a i m é , il a souffert. »\n     Les trois sources d'inspiration des œuvres de cette é p o q u e sont l'amour de\n la femme, l'amour de la n a t u r e , l'amour de la patrie.\n     Ce sont les cuisants regrets d'un amour p e r d u qu'il t r a d u i t dans l'immor­\n telle sonate en ut dièze mineur dédiée à Juliette Guicciardi, la femme qu'il\n chérit si profondément et qui épousa le comte de Gallenberg. Ce sont ces\n mêmes souffrances qu'il exprime de façon encore plus tragique d a n s la\n sonate en ré mineur et surtout dans la sonate en fa mineur, composée en 1804\n après le mariage de Juliette : « terrible cri de désespoir, calmé par un\n regard vers l'eau-delà des étoiles et se terminant en victorieuse fanfare.\n      La seconde source d'inspiration des œuvres de la seconde époque est\n l'amour de la nature, non pas suivant la conception sèchement théorique de\n Jean-Jacques, non davantage suivant la conception des romantiques, de\n  Berlioz à qui elle apparaît « i m m e n s e , impénétrable et fière », mais dans sa\n poésie tendre, intime et familière, reflet du Créateur d a n s la Création. Les\n  paysages c h a r m a n t s , propices au rêve, qui environnent la capitale autri­\n  chienne d ' u n e c o u r o n n e de verdure lui inspirèrent « non pas une s y m p h o n i e\n  pastorale, mais dix s y m p h o n i e s pastorales, c'est à-dire dix g r a n d e s œuvres\n  au moins relatant les impressions de Beethoven en face de la n a t u r e . Ce ne\n  fut jamais l'impression matérielle, la r e p r o d u c t i o n réaliste des bruits et des\n  sonorités d e la c a m p a g n e , que Beethoven tenta de rendre par sa m u s i q u e ,\n  mais seulement l' esprit du paysage passant par son cœur d'artiste et transposé\n  en constructions sonores par son intelligence »                     L'Andante de la S y m ­\n  phonie Pastorale est la plus admirable expression de vraie nature qui soit;\n  seuls, quelques passages du Siegfried ou du Parsifal de W a g n e r pourraient\n  lui être c o m p a r é s .\n      Q u a n t â l'amour de la patrie, troisième source d'inspiration dans la\n  seconde période, il se traduit volontiers par des rythmes belliqueux, ce qu'ex­\n  plique cette considération q u e , sauf les dix dernières années de sa vie, toute\n  l'existence de Beethoven se déroula en pleine g u e r r e . E t ici encore a b o n d e n t\n   les chefs-d'œuvre, en tête desquels il faut citer l'Héroïque. Vincent d ' I n d y fait\n  justice en quelques lignes décisives de cette opinion, dictée par la passion\n   politique, et tendant à faire de Beethoven u n apôtre de la Révolution, inter-\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "354                                   DURENDAL\n\n\nprétation contredite par tout ce qu'on sait du caractère et des idées de\nBeethoven, contredite aussi par les dates, car, en 1804, Napoléon n ' a p p a ­\nraissait plus comme le porte-parole de la Révolution mais c o m m e le restau­\nrateur de l'ordre.\n    « Qui sème l'amour, écrivait Beethoven, récolte des larmes. Ces larmes\nnous valurent cependant le Beethoven intérieur, le g r a n d Beethoven de la\ndernière manière. »\n    « La source de cette évolution n e doit être recherchée que d a n s l'âme du\npoète. N o u s n'assistons plus, c o m m e dans la deuxième é p o q u e , à u n e exté­\nriorisation de sentiments, mais, au contraire, au travail tout intérieur d'une\npensée de génie sur elle-même, dans u n e âme fermée aux bruits et aux\nagitations du dehors. Beethoven est arrivé à sa q u a r a n t e - c i n q u i è m e année\nsans avoir trouvé l'âme féminine qui aurait pu d o n n e r à sa vie d'isolé les\nadoucissements de l'affection conjugale et de la famille. L ' a m o u r est pour\nlui un livre qui va se fermer à jamais et dont il scellera la fermeture par deux\nbeaux poèmes vocaux : A la bien-aimée lointaine et Résignation. D'autre part, la\nsurdité, alors a b s o l u m e n t complète, lui interdit les p l u s élémentaires fonctions\nde son art. Isolé en tout, sans épouse, sans a m a n t e , sans position, sans res­\nsources, privé m ê m e d'entendre sa p r o p r e m u s i q u e , Beethoven, loin de se\nlivrer au désespoir, regarde en lui-même et arrive ainsi à vivre d'une vie\npurement intérieure. »\n    Beethoven a m a i n t e n a n t la certitude d e savoir composer et cette certitude va\nse traduire en musique par un retour vers les anciennes formes tradi­\ntionnelles, la Fugue, la Suite, le Choral varié. C'est en s'appuyant sur ces formes\net « en les identifiant â sa pensée intérieure q u e ce p r é t e n d u révolutionnaire\na pu si puissamment contribuer au progrès de son art »... « De plus, un état\nd'esprit resté pour ainsi dire en puissance chez l'auteur de la N e u v i è m e\nS y m p h o n i e , p e n d a n t toute la seconde-période, p r e n d , au cours d e la troi­\nsième, u n e importance telle qu'il eût pu servir de point de départ à u n qua­\ntrième style. C'est la tendance de plus en plus accentuée, dans ses écrits\ncomme d a n s ses œuvres, vers la musique p u r e m e n t religieuse. Au culte\nde Dieu dans la nature a succédé, chez Beethoven, le désir de Dieu pour\n Dieu lui-même. C'est l'Imitation de Jésus-Christ qui remplace sur sa table et\n parmi ses objets familiers les livres de Sturm. »\n    Vincent d ' I n d y termine par u n e étude esthétique approfondie des œuvres\n de la troisième période, n o t a m m e n t de la sonate o p . n o , des derniers\n quatuors, e t d e s d e u x gigantesques monuments d'art qui marquent l'apogée du\n génie de Beethoven, la Neuvième S y m p h o n i e et la Missa Solemnis.\n    La brève analyse que n o u s venons de présenter aux lecteurs d e Durendal\ndu Beethoven de d'Indy et les a b o n d a n t e s citations caractéristiques que n o u s\nen avons extrait permettront de juger l'importance considérable de ce travail.\n C'est véritablement un livre de haute critique, livre substantiel, lumineux,\n riche d'idées justes et neuves et dont le plan est construit avec autant de\n clarté que de vigueur. T o u s les artistes devraient le posséder d a n s leur biblio­\n thèque, car, après avoir lu les cent cinquante pages dont il se compose, on a\n l'impression nette d'avoir pénétré à fond les significations maîtresses de la\n pensée et de l'art beethovéniens.                                 GEORGES DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "                           NOTULES\n\n  Nous reproduisons dans ce fascicule un des plus beaux tableaux du\nSalon d'art religieux ouvert actuellement au Palais du Cinquante-\nnaire, c'est l'œuvre d'un artiste de Lierre. Le sujet : JÉSUS PRÊ-\nCHANT A LIERRE, par ISIDORE OPSOMER.\n  Ce tableau appartient au Musée de Lierre.\n  Nous rappelons au public que le Salon est ouvert jusqu'au 19 juin.\nNous en rendrons compte dans notre prochain fascicule.\n                                   *\n  Vient de paraître :\n  Fumée d'Ardenne, poèmes de notre ami Thomas Braun. Editeur\nEdm. Deman, Bruxelles.\n  Nous le recommandons instamment à l'attention de nos amis, en même\ntemps que les volumes suivants :\n  Notre-Dame du Matin, par Pierre Nothomb. (Edition de l'Occident,\nde Paris.)\n  Le livre de la Route, de Johannes Joergensen (Paris, Perrin), trad.\nde Wyzewa.\n  Les heures et la vie. de Firmin Vanden Bosch (Bruxelles, De Wit).\n                                     *\n                                   * *\n  Les Vertus bourgeoises, le dernier roman historique de notre ami et\ncollaborateur Henry Carton de Wiart, sera prochainement publié en une\nmagnifique édition de luxe, rehaussé par 80 illustrations en couleurs\nd'Amédée Lynen.\n  On souscrit dès maintenant chez l'éditeur Van Oest, 16, place du Musée,\nà Bruxelles.\n  10 exemplaires sur Japon, 100 francs; 45 exemplaires sur papier d'Arches,\n50 francs; 500 exemplaires sur Hollande, 25 francs.\n                                  * *\n Nous offrons nos plus cordiales félicitations à notre ami Maurice\nDullaert qui vient d'être nommé officier de l'ordre de Léopold.\n                                     *\n  Nous recommandons bien volontiers les compositions et dessins à la\nplume en tous genres pour l'illustration du livre, romans, contes, nou­\nvelles, etc., par Madame Louisa De Becker-Capazza, artiste peintre-dessi­\nnateur, 58, rue Darwin (avenue Brugmann), Bruxelles.\n                                    *\n   A lire la Revue :\n   L'INDÉPENDANCE. Chronique bimensuelle. 2e année. Comité : Emile\nBaumann, René Benjamin, Elemir Bourges, René-Marc Ferry, Vincent\nd'Indy, Emile Moselli, Georges Sorel, Jérôme et Jean Tharaud. Directeur :\nJean Variot, 31, rue Jacob, à Paris (abonnement : Fiance, 12 fr. ; étranger,\n15 francs).\n                                     *\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "356                                     DURENDAL\n\n\n    U n g r a n d p o è t e C a t h o l i q u e . — Sous ce titre nous lisons dans\nl'Appel, vaillant et intéressant petit journal catholique de P a r i s :\n   « N o s lecteurs connaissent l'admirable poète chrétien qu'est F r a n c i s\nJammes.\n   » Voici la préface q u e Francis J a m m e s va mettre à l'édition de son p r o ­\nchain volume de poésies :\n     J e confirme, au seuil de cette œuvre, que je suis catholique romain,\n» soumis humblement à toutes les décisions de mon P a p e S. S. P i e X, qui\n« parle au nom du vrai Dieu, et q u e j e n'adhère, ni de près ni de loin, à\n» aucun schisme et que ma foi ne comporte aucun sophisme, ni le sophisme\n» moderniste ni les autres sophismes, et q u e , sous a u c u n prétexte, je ne\n» m'écarterai du plus intransigeant et d u plus aimé d t s dogmes : le d o g m e\n» catholique romain qui est la vérité sortie de la b o u c h e m ê m e de Notre-Sei­\n   gneur Jésus-Christ par son Église. J e réprouve à l'avance tout accapare­\n   ment que voudraient faire de ce poème des idéologues, des philosophes ou\n» des réformateurs. »\n   » Ajoutons que Francis J a m m e s ne laisse passer a u c u n e occasion de mani­\nfester sa foi catholique. Kécemment, il adressa u n e vive protestation à\nM. E u g è n e Montfort, directeur des Marges, à propos de la publication, par\ncette revue, d'un poème blasphématoire. Et il refusa de donner son adhé­\nsion au projet de création d ' u n musée R o d i n , p a i c e q u e , écrit-il, « le local\n» destiné à ce musée pourrait bien être un i m m e u b l e de religieux spoliés. »\n\n                                              *\n                                             * *\n  Accusé de réception :\n   A R T : L'art chrétien. Album religieux. Livraisons 17, 18, 19, 20 (Bruxelles,\nVan Oest). — Matériaux pour servir à l'histoire de la dentelle en Belgique. Dentelles\nanciennes des musées de Bruxelles. 2 e série, par VAN OVERLOOP, vol illustré\n(idem).\n   L I T T E R A T U R E : Mon filleul au jardin d'enfants. C o m m e n t il s'instruit,\npar F É L I X KLEIN (Paris, Colin). — Pages de critique et de doctrine, par P A U L\nBOURGET. 2 vol. ( P a r i s , P l o n ) . — Lettres sur la poésie, par JEAN THOGORMA\n(Paris, E d . de la revue Le F e u ) . — La passion, par JEAN LOEW ( P a r i s , E d .\ndu T e m p s P r é s e n t ) .\n  P O E S I E : Ariel esclave, par L o u i s MANDIN (Paris, Mercure de F r a n c e ) .\n— Au gré des heures, par L É O N CHENOY (Paris, Le Beffroi). — Les impalpables,\npar R E N É D'AVRIL ( P a r i s , E d . de L a P h a l a n g e ) . — Babylone, par   FRANÇOIS\nLÉONARD (Bruxelles, L a m b e r t y ) .\n  R E L I G I O N : Newmann catholique, d'après des documents nouveaux, par\nPAUL THUREAU-DANGIN (Paris. P l o n ) .\n  R O M A N S : Madame Bouverot préfète, par ANDRÉ PAVIE (Paris, P l o n ) . —\nLe terroriste, par Mme V. DMITRIEV, traduction du russe par G. SAVITCH et\nE. JAUBERT (idem). — Les petites âmes, par H E N R I E T T E DE VISMES (idem). —\nLes oiseaux s'envolent et les fleurs tombent, par ELEMIR BOURGES (idem). — Au\ntournant des jours, par DANIEL L E S U E U R (idem). — L'Amphisbène,             par H E N R Y\nDE RÉGNIER (Paris, Mercure de Fiance). — L'imperturbable silence, par G I L ­\nBERT STENGER ( P a r i s , P e r r i n ) . — Le ressac, par CAMILLE MALLARMÉ ( P a r i s ,\nGrasset). — Après l'amour, par GEORGES Voos DE GHISTELLE (Paris, Librairie\ndes sciences et arts). — Rêve et réalité, par H O R T E N S E DE FERRETI (Paris,\nFontemoing).\n  V A R I A : Chronique de l'an 1911, par MERMEIX (Paris, Grasset). — Autour\ndes lacs italiens, par GABRIEL FAURE (Paris, Sansot).\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "                                   In Cauda...\n\n   On annonce que notre ami le chevalier           boxeur Carpentier, champion du monde\nMarchai (historien d'art, à Saint-Josse-ten-      (cela va-t-il se passer à Sainte-Wandrille\nNoode), secrétaire perpétuel des trois Aca­       avec des places à 100 francs et une adresse\ndémies, vient d'être déchargé de ces fonc­        des écrivains belges apportée par M. Louis\ntions à la classe des sciences et à la classe      Piérard?)... ce noble exemple va trouver\ndes beaux-arts. L'éminent écrivain pourra          en Belgique de nombreux imitateurs.\ndésormais s'occuper t avec une sollicitude         N'annonce-t-on pas déjà que le chevalier\nà tous crins » de la classe des lettres.           Marchai songe à administrer des tartes —\n                                                  n'est-il pas pâtissier dans le civil? — à\n                                                   M. Maurice Dullaert, et que M. Pierre\n                                                   Broodcoorens, poète national, va échanger\n   Comme nous l'avions annoncé, Bruxelles\n                                                  des pains... de corinthe avec M. Léopold\na fêté copieusement M. Maurice Maeter­\n                                                  Rosy. Mais le combat qui fera le plus de\nlinck, dont le prix Nobel lui a fait décou­       tapage est celui que M. Paul André va\nvrir l'existence. Le poète s'est montré d'un      soutenir contre son ennemi le plus persi­\nair maussade dans une loge, on lui a lu des       flant L'annonce en est déjà affichée dans\nvers de circonstance solidement chevillés         tous les cinémas sous le titre de Face au\npar les soins de M. Gérard Harry, et pour         Serpent. Sur un fond de nuages et de pay­\nconsacrer définitivement sa gloire, on lui a      sage vert, une corde est tendue, allant d'un\ndonné la plaque de grand-officier de l'ordre      arbre au bord d'un étang à la fenêtre d'un\nde Léopold en souvenir de la croix de che­        château fort. Du château fort, enroulé sur\nvalierqu'il ajadis refusée. Emile Verhaeren       la corde sort un serpent affreux, — tout\nn'est qu'officier, comme un chef de bureau        mon portrait — la gueule ouverte et, vers\nqui a vingt ans de loyaux services. Le Petit      lui, habillé d'un costume marin, — pour­\nSerpent a appris tout cela par un capitaine       quoi cette fantaisie, capitaine? — le domp­\nde garde civique présent à la fête, les revues    teur aux yeux froids de Delphine Fousseret\nlittéraires n'ayant pas été invitées. Elles       s'avance, poussant sur le mince cable dans\nn'ont pas non plus été invitées à l'hôtel de      un équilibre admirable un canon de grand\nville, où la ville de Bruxelles offrait un ban­   modèle. Vous ne me croyez pas ? Allez voir\nquet en l'honneur du poète. Verhaeren n'y         à la porte de tous les cinémas Pathé de\nétait pas, Lemonnier n'y était pas, Gilkin        l'agglomération bruxelloise, où le spectacle\nn'y était pas. Il y avait, en revanche, pour      sera visible dans quelques jours. Des me­\ncélébrer le héros du jour, quelques gloires       sures d'ordres spéciales ont été prises pour\nmunicipales, de pesants échevins, des dépu­       ces représentations extraordinaires, qui atti­\ntés libéraux. M. Samson Wiener et plusieurs       reront évidemment la foule des amateurs\nhommes de lettres... de change, dont le           de littérature et de sport.\nsigne particulier est d'avoir été baptisé au\nsécateur. Aussi les toasts, prétend-on,\nfurent-ils extrêmement cir... concis.                                 * '*\n                                                    L E MINISTÈRE DU THÉÂTRE BELGE : Il\n                                                  semble qu'à l'étranger on s'aperçoive que\n   Le Journal des Débuts ayant annoncé que        la « grande idée du règne » de l'honorable\nM. Maurice Maeterlinck allait se rencon­          M. Poullet est l'enquête sur le Théâtre\ntrer en un match sensationnel avec le             belge. Rendant compte de la manifestation\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "358                                      DURENDAL\n\n\nMaurice Maeterlinck le Journal (Paris,          rebelle, et puis on change de cuisinière,\n9 mai 1912) relève parmi les autorités la       on reçoit pendant huit jours la visite de sa\nprésence de M. le Ministre des scènes et îles   belle-mère, on prend une semaine de va­\narts.                                           cances, sa femme gagne la jaunisse... C'est\n                    ***                         ce qu'explique parfaitement notre talen­\n                                                tueux confrère dans sa dédicace :\n   VŒU PATRIOTIQUE. — L'Eclair, de Paris,\nraconte sous le titre « La Joconde anglaise »\n                                                          « SIRE, MADAME,\nl'histoire du portrait de la duchesse de\nDevonshire, par Gainsborough, volé à               » La joyeuse entrée de Vos Majesté dans\nLondres il y a une quarantaine d'années.        leur capitale m'avait inspiré le dessein de\n« Plusieurs années après, dit-il, la célèbre    perpétuer par une ode cette solennité mé­\nagence de détectives américains Pinkerton       morable et de donner aussi à mes souve­\nle retrouva. Et aujourd'hui, il orne le cabi­   rains comme à la patrie un humble, mais\nnet de travail de M. Pierpont Morgan, à         sincère témoignage de mon attachement et\nLondres.                                        de ma reconnaissance. Malheureusement\n   » Espérons, ajoute-t-il, que bientôt nous    des événements domestiques m'ont obligé\npourrons écrire une conclusion semblable        de laisser pendant quelque temps mon\nà l'histoire du vol de la « Joconde ».          poème inachevé. Je viens de pouvoir le\n                                                terminer.\n                                                  » Vos Majestés et leurs augustes parents\n   D'un journal parisien cet exquis écho        ont bien voulu déjà me faire l'insigne hon­\nlittéraire et mondain :                         neur de recevoir avec bonté quelques pro­\n  «   LF. CŒUR   DISPOSE » A VIENNE.       —\n                                                ductions de ma modeste muse. C'est donc\nM. Francis de Croisset a assisté à la pre­      avec une confiance redoublée que je me\nmière, au Burgtheatre, de sa pièce Le Coeur     permets d'offrir très respectueusement à\ndispose, qui a été non moins bien accueillie    Vos Majestés mes humbles strophes.\nque son auteur à Vienne.                           » Daignez, Sire, Madame, me croire\n   » M. de Croisset rappelait, à cette occa­    inébranlablement\nsion, que son nom était primitivement                     » De Vos Majestés\nWiener, en français Viennois, et que sa\n                                                               » L'humble et dévoué suiet,\nfamille, bien que fixée depuis longtemps en\nBelgique, était originaire d'Autriche.                              » EUGÈNE SCHMITZ,\n\n   » Le pseudonyme, aujourd'hui légalisé,                    » 70, avenue de la Chasse. »\nde Croisset, lui vient de la villégiature\nchère à Flaubert et à ses disciples                Puis, sans transition, l'ode s'élève, lyrique\n   » Enfin, M m e de Croisset, née comtesse     et brûlante, plus belle encore par les com­\nde Chevigné, a passé son enfance à Frohs­       mentaires dont l'accompagne le poète. On\ndorf, près de Vienne, dans l'entourage du       parle un peud'un certain Claudel qui aurait\ncomte de Chambord. »                            renouvelé la poésie lyrique. On ignorait\n                                                certes l'aëde de l'avenue de la Chasse :\n\n                                                La patrie a voilé les faiblesses humaines\n   M. Eugène Schmitz, homme de lettres,         Dont malgré sa grandeur, sa pompe souveraine :\nnous envoie de Bruxelles-Etterbeek, où il            Un prince aussi subit la loi ;\nroule ses jours parmi les neuf muses, sa        Et parmi la douleur et les funèbres marques,\ndernière œuvre de longue haleine : une ode      Que sèment sous leurs pas les inflexibles Parques,\nà l'occasion de lajoyeuse entréede L L . MM.         A pleuré son deuxième Roi.\nle roi Albert et la reine Elisabeth à\nBruxelles, le 23 décembre 1909. C'est un        Le premier, fondateur de notre dynastie,\npeu tard pour célébrer encore ces choses        Avait su raffermir par sa diplomatie\nun peu passées, mais le poète qui vit en             Le fondement de ses Etals.\nface des pensées éternelles, voit-il s'enfuir   Son génie à guider des Belges le courage.\nle temps et doit-il avoir le sens absolu de     Lui mérita le nom de Léopold le sage\nl'actualité? Et puis Minerve est quelquefois         Quand vint l'heure de son trépas.\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "                                                           IN     CAUDA...                                                                    359\n\n\n\nMais de l'autre la Muse (1)écrira dans l'Histoire                      a c t u e l s et p a t r i o t i q u e s : le p r i x q u i n q u e n n a l ,\nQu'il sut de la Belgique au sommet de la gloire                        les c o n f é r e n c e s d e s Amis de la                    littérature.\n     Sans guerre, élever le destin..                                   les é l e c t i o n s l é g i s l a t i v e s , les i n c e n d i e s\n                                                                       d ' e x p o s i t i o n s , les p r o m o t i o n s d e M . P a u l\n                                                                       André.\nAujourd'hui  le soleil a percé les ténèbres. .\nLe vieux lion (2) secoue et son crêpe et sa cendre.                                                      ***\nIl bondit..  Le Brabant au nouvel         Alexandre                        M. Georges Rency ayant, après M. Jean\n     Prépare un délirant      accueil.                                 de Bère, découvert M. P a u l Prist, célèbre\nCependant au palais où quatre-vingts    années                         d a n s u n e p r é f a c e h u g o l i e n n e le l i v r e u n\nLa patrie agita nos chères destinées.                                  p e u t r o p . . . h u g r o t e s q u e d e ce p o è t e :\n     Les grands attendent en émoi;                                         « V o u s osez n ' é c o u t e r q u e v o t r e c œ u r et\nLe silence gardé par respect pour la Reine                             vous s e r v i r s i m p l e m e n t d u m é t i e r p o é t i q u e\nRend leur ovation encor plus    souveraine.                            q u e v o u s avez a c q u i s . V o u s v o u s d o n n e z\n     Quand l'huissier annonce : le Roi !                               sans arrière-pensée, vous dites « oui! » à\n                                                                       la v i e . V o u s ê t e s s i n c è r e , v o u s ê t e s é m u ,\nSpectacle incomparable ! Immortelle mémoire !                          v o u s a i m e z v r a i m e n t la n a t u r e et v o u s\nJeune (3) intonri de pompe, en l'éclat desa gloire,                    p l a i g n e z les h o m m e s . V o u s n e faites p a s d e\n     Il paraît comme un      demi-dieu...                              r é c l a m e , d e bluff et d e b a t t a g e . V o u s n e\n                                                                       d e m a n d e z p a s d ' a u t r e r é c o m p e n s e q u e l'es­\nBien que son âge à peine ait dépassé six lustres.\n                                                                       t i m e d e vos p a i r s . M o n c h e r P r i s t , v o u s\nIl montre de nos rois les qualités illustres\n                                                                       êtes u n m o n s t r e ! »\n     Et la sagesse en son discours.\nLa Belgique à l'abri de ce règne à l'aurore.                                L e « prophète de Guernesey » écrivait\nAinsi que sous Phébus le verger se colore,                             d a n s ce s t y l e - l à a u x é c r i v a i n s q u i lui\n     Va poursuivre un glorieux     cours..,                            e n v o y a i e n t l e u r s essais et q u i a d o r a i e n t sa\n                                                                       g l o i r e . E s t - c e le c o n t a c t d e s v e r s d e M . P a u l\nLe monarque applaudi lentement se retire.                               P r i s t qui d o n n e à la p r o s e d e M. R e n c y\nLe vivat dégénère en transport, en délire...                           c e t t e a l l u r e i n a t t e n d u e , où s o n t - c e ces\n                                                                       phrases olympiennes — olympionnes —\n    E t l'ode se t e r m i n e p a r c e t t e a d m i r a b l e\n                                                                       q u i o n t i n s p i r é s à M . P a u l P r i s t son c u l t e\nenvolée où p o u r la p r e m i è r e fois se r e n ­\n                                                                       p o u r la d e r n i è r e m a n i è r e ( p o s t h u m e ) d e\nc o n t r e n t n o s t r o i s fleuves n a t i o n a u x e t\n                                                                       Victor H u g o :\nleurs rivages mosans :\n                                                                        Une âme! ça s'exalte! et ça chante, et ça crie!\nDieu, prolonge les jours du R oi, de sa Compagne                            « Ç a est a u m o i n s u n p e n s e u r ! » m ' a dit\nComme un fleuve qui baigne, embellit la cam­                           u n d e m e s frères s e r p e n t s q u i , p r e n a n t la\n                                              pagne.                   défense d u p o è t e d u Sang des Aubes. — O u i ,\n     Leur sceptre alors, leur charité,                                 ai-je r é p o n d u , m a i s ç a est t o u t d e m ê m e\nAux rivages mosans, de l'Escaut, du Zaïre (4),                         bien embêtant.\nSaura de l'âge d'or ressusciter     l'empire,                               E n t o u t c a s , la p r é f a c e et le l i v r e m a r ­\n     Sous les yeux du monde étonné!                                    q u e r o n t d e l ' a n n é e 1912, c o m m e on dit à\n                                                                       l'Association des écrivains belges.\n    Il p a r a î t q u e la Belgique artistique et litté-\nraire va s ' a t t a c h e r M . E u g è n e S c h m i t z à                                                 L E PETIT          SERPENT.\n\ntitre d e c o l l a b o r a t e u r r é g u l i e r et d e p o è t e\n                                                                          Nous recevons de M. Pierre                                Nothomb\nn a t i o n a l ; il s e r a c h a r g é a v e c M . P i e r r e\n                                                                       la l e t t r e s u i v a n t e :\nB r o o d c o o r e n s d e c h a n t e r les é v é n e m e n t s\n\n                                                                                       « M O N CHER             SERPENT,\n\n   (1) CLÉO : Mute de l'histoire (note de Tumeur).                         » M. P a u l André, capitaine d'artillerie,\n   (2) Les armes de Belgique portent, un lion (note                    — \" o u i , m o n s i e u r , et q u i s'en v a n t e \" —\nde l'auteur).                                                          désolé d'ignorer encore votre personnalité\n   (3) S. M. le roi Albert n'avait que 32 ans lors­\n                                                                       véritable, m'accuse d'être « un adversaire\nqu'il prêta serment de fidélité à lu Constitution de\n                                                                       g r o s s i e r , h a i n e u x et a n o n y m e » et d e m ' ê t r e\n u Belgique (note de l'auteur).\n   (4) Zaïre, fleuve immense de l'Afrique centrale,                        e m b u s q u é d a n s les c o l o n n e s d e Durendal\nqui arrose noire colonie du Congo (note de                             pour railler mes confrères d a n s leur situa­\nl'auteur).                                                             tion et l e u r d i g n i t é p e r s o n n e l l e » . T o u t cela\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "360                                           DURENDAL\n\n\n\nparce que vous avez dit et répété qu'il était       son chapeau à un monsieur dont le binocle,\nmieux fait pour tirer du canon que pour              les galons ou la pile de papiers noircis dé­\nécrire en français. Je porte donc à la fois         notent à première vue l'importance, et la\nle poids de la réprobation dont vous couvre         dignité. On pourrait découvrir plus tard\nce militaire et la réputation de votre esprit.      que ce monsieur écrit un français douteux\nIl y a compensation, je ne m'en plains pas.         et fait au fond figure de sot. Lui avoir\n   » Je viens d'avoir une polémique avec            montré jadis quelque déférence, vous inter­\nce guerrier, parce que mon dernier livre :          dit à tout jamais de dire ce que vous pensez\nNotre-Dame du Matin, avait été envoyé à             de son esprit et de son style — et de discuter\nsa revue. M. Paul André a cru voir dans             au besoin la question de savoir si sa voca­\ncet envoi un geste d'opportunisme et un             tion véritable était de faire des romans ou\ntémoignage d'admiration pour son génie.             d'enflammer la poudre B.\nJe me suis empressé de le détromper et j'ai             » Que toute votre éventuelle nichée de\ndétrompé ses lecteurs en envoyant à la              petits serpents fasse son profit de ce conseil\nBelgique artistique et littéraire un « droit de     — mais là n'est point le but de ma lettre.\nréponse», qu'elle publie dans son numéro            J'y arrive. M. Paul André, après avoir\nde mai. M. Paul André y ajoute quelques             publié ma prose, ajoute triomphalement :\ncommentaires de son cru, exhume une                    J'ai répondu comme il convenait à pareil\ncarte postale que je lui écrivis en 1907, et        » message. » Cela est faux. M. Paul André\ncite triomphalement la dédicace que je lui          ne m'a rien répondu du tout. Quant à la\nlis de l'Arc-en-ciel il y a trois ans : A M. Paul   correspondance antérieure que j'ai eue avec\nAndré, hommage respectueux. Pierre Nothomb.         ce valeureux pamphlétaire, veuillez annon­\nMe voici anéanti ! D'autant que j'ai écrit          cer à celui-ci que pour peu qu'il insiste, je\nalors trois ou quatre douzaines de dédicaces        la publierai tout entière Les rieurs ne\nde ce genre sur des livres dont les destina­        seront pas de son côté, et s'il a eu jadis une\ntaires étaient de parfaits crétins. Si vous         réputation de tact et de bon goût — ce que\nêtes père de famille, mon cher Serpent,             j'ignore, mais tout est possible — elle ris­\nenseignez à vos enfants la prudence et de           quera fort de s'évanouir.\nne témoigner dans leur jeune âge de res­\n                                                      » Je vous serre la main, mon cher Ser­\npect à personne. Il est éminemment dange­\n                                                    pent, bien amicalement.\nreux lorsqu'on sort de rhétorique de tirer\n                                                                         PIERRE NOTHOMB.      -\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": ""}, {"page_pdf": 415, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1912-05", "signet_source": "Dix-neuvième année - N°5 - Mai 1912 (?)", "preuve": "Pas de couverture conservée. Indices internes : « Avril 1912 » sous la signature P. B. (L’exposition de la miniature) ; « 15 avril 1912 » sous la signature d’Henri Davignon (à propos d’un roman de Bordeaux daté du 15 avril 1912) ; Salon du Printemps et Salon d’art religieux « ouvert actuellement » au Palais du Cinquantenaire (Notules, Chronique de la médaille). Numéro de mai 1912 vraisemblable, mois et numéro non vérifiés par une couverture.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}