{"numero_id": "ulb-durendal-1912-livraison08", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison08-201", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Planche : La Musique ; Les Beaux-Arts (plaquettes)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Plaquettes frappées par la Maison d'édition de médailles d'art", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 570, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 229, "texte": "Plaquettes frappées\npar la Maison d'édition de médailles d'art\n            FONSON & Cie\n\n\n\n\n               LA MUSIQUE\n            (ŒUVRE DE P. THEUNIS)\n\n\n\n\n             LES BEAUX-ARTS\n           (ŒUVRE DE P.   DUBOIS)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison08-001", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 489, "page_fin": 514, "titre_corps": "L’Illusion féministe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Th. Hénusse", "ancre_debut": "L'Illusion féministe MESDAMES, MESSIEURS, IL n", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 572, "page_imprimee": 489, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "L'Illusion féministe\n\n                         MESDAMES,          MESSIEURS,\n\n\n\n\n                IL n'y a rien de plus ingrat ni de plus délicat que\n                   d'entretenir le grand public d'une question\n                   encore pendante devant l'opinion et qui pas­\n                   sionne l'opinion. L e moindre des risques que\n                   vous couriez à l'entreprendre, c'est d'être mal\n                   compris, tant il y a de causes de confusion et\n                   d'égarement qui concourent à embrouiller ces\nsortes de questions et à fausser le j u g e m e n t de la foule.\n   D'abord, tout le monde en parle à la fois, et vous n'ignorez\npas que q u a n d tout le monde parle à la fois, généralement ce\nn'est pas de la lumière qui en résulte — à preuve les Parle­\nments. T o u t le m o n d e en parle; les gens tout à fait compétents,\npuis les gens plus ou moins compétents et puis... les gens pas\ndu tout compétents, et je vous prie de remarquer que les pre­\nmiers constituent, en toutes questions, une vénérable minorité,\nles derniers, une imposante majorité. Pourtant, toute restreinte\nque soit l'élite de ceux qui savent de quoi ils parlent, cela\nn'empêche nullement, au contraire, qu'il y ait place en son sein\npour deux partis nettement distincts, si distincts qu'ils en sont\ncontraires et par conséquent extrêmes. Avec la rage d'exagérer\nqui caractérise les partis extrêmes, voici que se constituent dans\nle champ de la dite question, les positions avancée et rétrograde,\nprogressiste à outrance, conservatrice mordicus, entre lesquelles\nles honnêtes gens sont réduits à errer comme des âmes en peine\nà la recherche du centre; voici que volent et s'entrecroisent,\n\n\n (1) Conférence donnée à la Salle Mercélis, le 17 janvier 1912.\n"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 490, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2562, "texte": "490                             DURENDAL\n\n\n  obscurcissant la lumière du sens commun, des nuées d'argu­\n ments pour et contre, tirés et forcés, radicaux, paradoxaux...\n      C'est alors que se jette dans la mêlée la troupe plus considé­\n rable des gens à moitié informés. L e u r tactique est universelle­\n ment celle-ci : saisir la question par le tout petit bout qu'ils en\n ont compris (et qui, pour l'ordinaire, est tout à fait secondaire)\n et r a m e n a n t tout à ce détail futile, s'obstiner à en faire le pivot\n sur lequel s'équilibre et tourne le monde. Et ils n'en démordront\n point, car en outre — ce qui aggrave tout — ils sont essentiel­\n lement têtus comme des chèvres.\n      E t ce n'est pas tout : après les compétents qui se passionnent\n et qui outrent, et les demi-compétents qui se butent et font\n dérailler, il y a les purs incompétents qui sont, eux, simplement\n intéressés, et qui, à ce titre, s'affolent, ou qu'on affole, et qui\nalors jettent dans le désarroi universel des cris aigus, au petit\nbonheur, comme si on méditait de les égorger.\n      P e n d a n t ce temps-là, la question, bousculée et tiraillée, lente­\nment se tasse, se fixe et se fait : les tâtonnements pratiques\nr a m è n e n t à la mesure, les fiascos font toucher du doigt les uto­\npies, bref, la Vie qui est la grande maîtresse de vérité, la vie\n finit par la faire voir à tous, lumineuse et b o n n e . . . E h ! bien,\nj ' e n t r e p r e n d s de vous parler aujourd'hui d'une questionpareille,\nencore p e n d a n t e , furieusement passionnante, écartelée par des\npartis extrêmes, ravagée par les évolutions désordonnées d'une\nfoule d'amateurs mal informés, dominée enfin par un tumulte\nde cris (qu'on appelle des revendications) où la voix des tribuns\nse mêle au glapissement des suffragettes : j'ai n o m m é et vous\navez reconnu la question féministe.\n                                       *\n                                   *       *\n  L a question féministe n'est point récente, au moins si on la\nconsidère non pas sous l'aspect de telle ou telle revendication\nparticulière que comporte son programme m o d e r n e , mais dans\nce qui constitue son âme et son principe, je veux dire l'éman­\ncipation de la femme, l'allégement du joug prétendu trop\nécrasant que l'égoïsme masculin lui imposerait depuis toujours,\nle nivellement des deux sexes. Ainsi considérée, c'est une\nquestion en s o m m e relativement ancienne et qui a commencé\nde s'agiter sourdement d a n s la société dès que le mystérieux\nlevain de l'évangile y eut commencé son travail profond. Le\n"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 491, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2666, "texte": "                         L'ILLUSION FÉMINISTE                           491\n\nféminisme, en effet, est un produit, et non le moindre assu­\nrément, de l'idée d'égalité; et l'idée d'égalité, vous ne l'ignorez\nsans doute pas, date exactement, sur notre planète, du moment\noù se leva la lumière du Christ. D a n s l'antiquité, les hommes\nsont inégaux, inégaux comme s'ils étaient fabriqués d'une\nétoffe essentiellement différente, de qualité supérieure chez\nceux-ci, moindre chez ceux-là. L e grec est supérieur au bar­\nbare; l'homme libre supérieur à l'homme esclave; le circoncis\nest supérieur au gentil; le romain, lui, est supérieur à tout.\nC'est sa conviction tranquille et profonde, c'est son dogme... et\nil faudra les F r a n c s , les Wisigoths et les H u n s pour jeter bas\ncette naïve croyance en même t e m p s que l'Empire. De m ê m e ,\nl'homme est supérieur à la femme; c'est un autre dogme et\ndont l'homme antique est tout aussi tranquillement convaincu.\nJe sais que l'homme moderne n'a pas tout à fait renoncé encore\n à cette manière de voir; mais du moins, n'a-t-elle plus chez lui\n ce caractère absolu d'axiome indiscutable et indiscuté, égale­\n ment admis par la résignation passive de la femme et par\n l'égoïsme avantageux de l'homme. Avant de se traduire en des\n programmes précis faits de revendications déterminées, l'idée\n féministe d'égalité avait creusé son sillon intérieur dans l'esprit\n et le cœur des h o m m e s ; ce n'est même qu'à la faveur de ce\n travail tout intime que le programme extérieur d'affran­\n chissement a pu être institué et qu'il a quelque chance\n d'aboutir dans la pratique de la vie. T o u t e s les émancipations\n sociales dont l'avènement du christianisme a été le signal ont\n procédé de la même m a n i è r e ; aucune n'a éclaté brusquement, à\n la manière des élans révolutionnaires, par la violence des armes ;\n mais toutes se sont opérées lentement, comme une germi­\n nation, par la force de pénétration et d'expansion de l'idée à\n quoi rien ne résiste, l'idée divine d'égalité. « Il n'y a plus ni\n grec ni barbare, ni libre ni esclave, ni juif ni gentil, ni h o m m e\n ni femme, il n'y a plus que des êtres humains en Jésus-Christ ! »\n  C'est cette parole de l'apôtre Paul qui déchaîne l'irrésistible\n courant d'égalitarisme d'où sortiront les plus grands boule­\n versements religieux et sociaux que le monde ait encore connus :\n  Dieu pour t o u s ! il n'y a plus ni juif ni gentil, le prépuce vaut\n la circoncision; l'ère est close des religions p a r t i c u l a r i s e s et\n  des nations élues; Pierre et les autres apôtres judaïsants auront\n  beau hésiter et s'effrayer, le Christ a ouvert ses bras à tous les\n"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 492, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "492                           DURENDAL\n\n\nhommes et tous les hommes (rien ne les arrêtera) s'y préci­\npitent!... L a liberté pour tous! Il n'y a plus ni h o m m e libre ni\nesclave; l'ère est close de l'inique partage de la société humaine\nen bétail de somme qui a toutes les charges et en maîtres\njouisseurs qui ont tous les d r o i t s ; les maîtres auront beau\ns'effarer et crier au scandale, P a u l renvoie à P h i l é m o n son\nesclave Onésime, lequel a mérité la mort pour s'être enfui de la\nmaison du maître et au lieu du châtiment, il d e m a n d e l'affran­\nchissement de cet h o m m e au nom du Seigneur. Il faut lire\ncette lettre à Philémon (qui est comme « la charte d'émanci­\npation de l'esclave par le Christ ») (1), pour comprendre ce\nqui s'ensuivit, ce qui devait s'ensuivre : la suppression lente\nde cette abominable iniquité de l'esclavage, l'élévation pro­\ngressive de la classe prolétarienne issue de cette caste serve;\nson élévation j u s q u ' a u tout premier degré de l'échelle sociale,\nje veux dire le gouvernement de la cité, d'abord dans des\nproportions inégales, puis, par le suffrage universel, sur un\npied d'égalité parfaite vis-à-vis du reste de la nation.\n    Comprenez-moi bien, je vous p r i e ! . . . J e constate, je n'admire\np a s ; je signale, je n'approuve p a s ; je rattache historiquement\ntous ces grands mouvements sociaux à la révélation d'égalita­\nrisme du Sauveur, je ne prétends pas que l'idée du Sauveur ait\ntoujours été ingénument comprise, ou que toutes les appli­\ncations qu'on en a tirées aient toujours été les meilleures, ni\nseulement qu'elles aient toujours été légitimes et morales.\nMême, il me serait facile de montrer que cette idée divine\ns'est singulièrement adultérée en cours de vie et que la notion\nd'égalité empruntée par la Révolution à la philosophie de Jean-\nJacques et léguée après au monde moderne (qui la modifie\nencore) ne ressemble plus que très vaguement à celle que Paul\njetait au m o n d e romain stupéfait, et qui fut si féconde.\n    E t en effet, le principe d'égalité des hommes entre eux, est\npour l'Apôtre, dans un élément en partie étranger à l'homme,\nc'est-à-dire dans le rapport existant entre l'homme et Dieu;\ntandis que le principe de l'égalité moderne (l'égalité, comme\ndit Fichle, « de tout ce qui a face h u m a i n e ») n'est pas autre\nchose que cette c o m m u n a u t é même d'espèce, cette solidarité de\n\n\n   (1) Ketteler.\n"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 493, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "                       L'ILLUSION FÉMINISTE                        493\n\nnature, ce frisson sacré de la race qui se reconnaît elle-même\net qui s'aime identiquement dans tous ceux qui lui renvoient\nsa propre image. Les hommes sont égaux, selon P a u l , parce\nqu'en dessous, profondément en dessous de toutes ces misé­\nrables différences spécifiques qui sont les nationalités, les\ncouleurs, les sexes, les cultures et les civilisations, en dessous\nde tout cela il y a un élément commun, infini et sublime, et\nqui n'est autre que la participation étroite, par le moyen de\nJésus-Christ, à la nature divine elle-même. Les hommes sont\négaux, aux yeux des égalitaristes d'aujourd'hui par la seule\ncommunauté de nature h u m a i n e , c'est-à-dire parce qu'à les\nconsidérer dans leurs éléments essentiels, ils reçoivent de la\nnature la m ê m e destinée, le même droit de la réaliser et les\nmêmes moyens généraux d'y parvenir... Pour Paul, l'homme\nest égal à l'homme, parce que les inégalités qui existent\nd'homme à h o m m e disparaissent devant l'infini, devant la\nmort, devant l'éternité... Pour Jaurès et Bebel, l'homme est\négal à l'homme parce que ce sont deux hommes, et les inéga­\nlités qui existent néanmoins d'homme à homme doivent dispa­\nraître devant l'humanité c o m m u n e , dans la vie et dans le\ntemps!...\n   U n e différence aussi profonde dans la façon de concevoir la\nracine de l'égalité h u m a i n e , devait nécessairement engendrer\ndes conséquences profondément différentes tant au point de vue\nmoral qu'au point de vue social. E t c'est ce qui fut...\n   Mais j ' o u b l i e que tout ceci n'est qu'une parenthèse pour vous\nexpliquer comment la question féministe est une question très\nancienne, qu'elle n'est, en somme, qu'un des multiples mouve­\nments d'émancipation auxquels le livre du Christ a donné le\nbranle initial, j a d i s ! . . .\n   Toutefois si le principe est clair et indéniable de l'égale\ndignité des sexes, si ce principe entraîne comme conséquence\ninévitable que la femme doit obtenir ici-bas un sort égal à celui\nde l'homme, par des assurances également efficaces, accordées à\ndes droits également sacrés, encore ne faut-il pas pousser trop\nà fond cette assimilation l'un à l'autre de deux êtres qui, malgré\ntout, ne sont pourtant pas tout à fait identiques (vous m'accor­\nderez au moins ce minimum?). Que la femme soit émancipée,\nc'est pure justice, et parmi les hommes qui réfléchissent, on\nn'en trouvera guère, je crois, qui n'accordent que cette émanci-\n"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 494, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2558, "texte": "494                            UURENDAL\n\n\n\npation s'impose : on retrouve encore dans trop d'endroits (dans\nle code n o t a m m e n t , et à l'école, et au foyer, et dans les manuels\nd'éducation des filles, et surtout dans le fond du jugement\nsecret que l'homme porte sur la femme), on retrouve trop de\ntraces du mépris séculaire dans lequel le sexe faible fut tenu\npar celui qu'on dit fort — je ne sais trop pourquoi, à moins qu'il\nne s'agisse de la force qui se mesure au d y n a m o m è t r e .\n    Mais il est une chose que, dans l'ardeur généreuse de rendre\njustice à la femme, on semble parfois perdre de vue, et c'est\nque l'émancipation d'un être ne doit et ne peut se faire que dans\nles limites et suivant les directions que comporte la nature\nspéciale de cet être. Or, je le répéte, on m'accordera, tout au\nmoins, que la nature féminine diffère assez sensiblement de la\nnôtre et, par suite, il sera utile de noter ces différences pour\ntracer les voies particulières de progrès dans lesquelles on pré­\ntend engager cette intéressante moitié du genre h u m a i n .\n    Calquer benoîtement le programme des revendications fémi­\nnines sur l'état des acquisitions masculines, ce serait (c'est,\nfaut-il dire, car on l'a fait déjà), c'est commettre le sophisme\nassez grossier qui confond en logique l'égalité avec l'identité,\nqui déduit, en géométrie, de l'équivalence de deux figures la\ncorrespondance de leurs contours; bref, c'est vouloir sous pré­\ntexte de mettre la femme sur le même pied que l'homme, les\nmettre tous deux sur un seul pied, c'est vouloir faire d'une\nfemme un h o m m e , c'est rêver la chimère!\n    Non! le progrès que l'on rêve pour la femme sera dans l'axe\n de sa nature ou bien il ne sera pas !\n    Je suppose (et cette supposition est uniquement pour faire\n comprendre ma pensée et sans aucune intention de comparer),\nje suppose, comme l'a fait Swift, qu'un beau jour, la plus noble\n conquête que l'homme ait jamais faite (il s'agit du cheval),\n s'étant élevée progressivement des ténèbres de l'animalité pure\n à la lumière de l'intelligence, prenne donc conscience qu'elle\n vaut l'homme, et entreprenne de réaliser l'émancipation du\n cheval, depuis Rossinante jusqu'à Pégase inclusivement. Certes,\n on pourra louer le sentiment et même proclamer la justice du\n mouvement h i p p i s t e ; mais tout qui a le souci de l'amélioration\n de la race chevaline, conjurera les législateurs et les sociologues\n chargés de dresser le plan de la république nouvelle, de consi­\n dérer avant tout la nature du cheval, son anatomie, sa physio-\n"}, {"page_pdf": 578, "page_imprimee": 495, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "                       L'ILLUSION FÉMINISTE                        495\n\n\nlogie et sa psychologie et, par exemple, on recommandera\ninstamment, malgré l'égalité qu'on avouera entre lui et le\nbipède-homme, de continuer à le laisser marcher à quatre\npattes, au nom de cette anatomie, comme aussi de lui garder\nson régime exclusivement végétarien, au nom de cette physio­\nlogie. « Ce n'est pas le tout, Messeigneurs les Chevaux, d'être\ndes vertébrés mammifères, doués d'intelligence et de libre\narbitre, il faut encore voir l'espèce d'échiné que Dieu vous a\ndonnée, et l'espèce d'estomac. Q u a d r u p è d e s vous êtes, quadru­\npèdes restez! Herbivores vous êtes, restez donc herbivores!... »\nVous comprenez, Mesdames?...\n   I1 en va de même pour l'émancipation du sexe. Dans cette\nquestion de la réforme féministe (comme dans toute question\nsociologique et morale du reste) il faut en revenir au sage prin­\ncipe d e la philosophie antique. « Naturam si sequemur ducem,\nnunquam aberrabimus. — A prendre pour guide la nature, il n'y a\njamais d'erreur. »\n   C'est, en effet, que tout est écrit dans notre nature et tout y\nest indiqué, nos devoirs, nos possibilités, l'aiguillage spécial\nde nos activités, l'occupation particulière de notre existence, la\nsuprême destination de notre vie, tout, absolument tout, se\ntrouve dessiné en linéaments profonds dans la structure intime\nde notre être, et physique et moral.\n   J'accorde que c'est une opération singulièrement délicate de\nlire ainsi la destinée dans les lignes secrètes de l'être; que l'on\ns'y expose parfois à d'étranges illusions, que l'on peut donner,\nce faisant, dans des exagérations qui font sourire, comme par\nexemple, ce bon, ce très bon Chantecler, quand il invite la petite\nfaisane ébaubie à déduire sa destinée coqueriquante de la forme\nen trompette de son corps de coq :\n\n          Regarde-moi, faisane, et s'il se peut\n          Tâche de découvrir toi-même peu à peu\n          Cette vocation dont ma forme est le signe.\n          Reconnais tont d'abord mon destin à ma ligne\n          Et que, courbé comme une trompe, m'incurvant\n          Comme une espèce de cor de chasse vivant,\n          Je suis fait pour qu'en moi le son tourne et se creuse\n          Ainsi que pour nager est faite une macreuse!...\n   Il faut pardonner à Chantecler, qui est poète, cette applica-\n"}, {"page_pdf": 579, "page_imprimee": 496, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "496                           DURENDAL\n\n\ntion lyrique d'un principe parfaitement vrai, et n'en pas moins\ncontinuer à regarder très soigneusement un être dont on veut\ndiriger plus ou moins l'activité de vie, car encore un coup, cette\ndirection est inscrite dans l'être lui-même et si celle que vous\nlui imprimez de l'extérieur ne prolonge pas celle qu'il porte en\nlui, vous fausserez et détraquerez une vie...\n   J e ne sais si la fonction crée l'organe comme l'imaginent ingé­\nnieusement les transformistes, mais, ce qui est sur, c'est que\nl'organe révèle la fonction. Or donc que révèle, à l'analyse, cet\norgane physique, moral et social qui a nom la femme? T e l l e est\nla première question que doit résoudre celui qui veut se mêler\nde féminisme. E t la réponse à cette question n'est point dou­\nteuse. J a m a i s on n'a varié là-dessus, sauf peut-être à la fin de ce\nsiècle si intelligent (qui est le nôtre), si intelligent qu'il a fini\npar pousser l'intelligence j u s q u ' a u déséquilibre.\n   Dès les toutes premières origines de l'humanité, au seuil de\nl'un des plus vieux livres du monde, on rencontre la femme, et,\nchez l'homme, la curiosité de la définir. L e premier h o m m e la\ndéfinit deux fois : de prime abord, ce qui le frappe c'est la com­\nm u n a u t é de nature, qui existe entre eux deux, et il le traduit\nénergiquement en l'appelant Ischa, comme qui dirait « ma\nréplique »; mais après, la connaissant mieux, il la nomme par\nsa différence spécifique, par la note particulière qui la distingue\nde lui, par la destination profonde de son être de femme, par le\nmot sacré qui la résume tout entière, il la nomme de son beau\ngrand nom radieux et troublant, Heva, c'est-à-dire la vie!...\n   Ce que l'homme primitif avait découvert ou senti avec toute\nla sûreté de son instinct neuf, l'homme d'après, et à toutes les\népoques après, et avec une précision de plus en plus scientifi­\nquement motivée, l'a d é m o n t r é . L a médecine ancienne avait cet\nadage : « Tota millier in utero. — L a femme tout entière, c'est\nla m a t e r n i t é ! » L a physiologie moderne, avec ses procédés pro­\ndigieusement délicats d'analyse, a transformé cet adage en une\nvérité de laboratoire. A quelque point de vue, anatomique,\nostéologique, histologique, que l'on étudie l'organisme de la\nfemme, il apparaît que tout en elle, et la structure du squelette,\net la nature des tissus, et la constitution des muscles, et le\nfonctionnement des organes : cœur, poumons, foie et tout,\nenfin, est réglé par la même destination et converge au même\n centre. A ne considérer même que sa nature physique, il éclate\n"}, {"page_pdf": 580, "page_imprimee": 497, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "                                L'ILLUSION FÉMINISTE                                      497\n\naux yeux du naturaliste que l'idée qui a régi la constitution de\nla femme, c'est l'idée de l'enfant. Ceci est devenu banal comme\ntout ce qui se touche du doigt ou du scalpel...\n   Mais ce qui est a u t r e m e n t i n t é r e s s a n t , c ' e s t d e v o i r q u e , comme\nau physique, au moral encore la même harmonie préétablie existe\nentre la femme et l'enfant. T o u t autant que les fibres muscu­\nlaires et la charpente osseuse, l'âme féminine, son intelligence\net son cœur trahissent et appellent la fonction sacrée de la\nmaternité. C'est ce que je veux vous montrer un peu plus lon­\nguement, car nous touchons en même temps ici à la question\néternellement brûlante entre féministes et masculistes, de la\nsupériorité morale et intellectuelle d'un sexe par rapport à\nl'autre. Je déclare d'ailleurs et d'avance q u e je n'ai nulle envie\nde la trancher, pour plusieurs raisons dont la première est queje\nconsidère cette question comme absolument oiseuse, pour ne pas\ndire plus. T o u t e s ces discussions énervantes sur les mérites\nrespectifs des sexes, où chacun s'efforce passionnément d'établir\nla prééminence du sien propre, ressemblent terriblement à la\ndispute classique des divers maîtres du « Bourgeois Gentil­\nhomme » (vous vous rappelez cette amusante bagarre?). L e seul\nparti à prendre est celui de M . J o u r d a i n qui conclut philosophi­\nquement, tandis que les quatre hommes sont en train de s'arra­\ncher la perruque : « O h ! battez-vous tant qu'il vous plaira! Je\nn'y saurais que faire et je n'irai pas gâter ma robe pour vous\nséparer!... » Sans vouloir gâter ma robe, il faut cependant que\nje touche à cette question délicate, mais, je le repète, ce n'est\npas en vue de la décider, mais seulement pour déduire de la\nnature intellectuelle et morale de la femme, l'impérieuse mis­\nsion qui lui incombe et, partant, le sens dans lequel il faudra\nqu'on dirige les diverses réformes que l'on médite en sa faveur.\n                                               *\n\n   E t tout d'abord, l'intelligence féminine!\n   On a beaucoup inédit de l'intelligence de la femme.\n   Des h o m m e s superficiels décrètent assez volontiers que le\nsexe faible est sous ce rapport inférieur à l'autre; ceux qui\npèsent davantage leurs jugements, reconnaissent seulement\nqu'il est différent, c'est-à-dire que la forme et la qualité de\nl'intelligence chez la femme sont autres que celles de l'intelli­\ngence masculine. On fait tenir généralement cette différence\n"}, {"page_pdf": 581, "page_imprimee": 498, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "498                           DURENDAL\n\n\nd a n s ces deux mots : « L ' h o m m e a l'intelligence discursive ou\ndéductive, la femme a l'intelligence intuitive ou directe. » Ce\nqui veut dire que l'homme raisonne, allant à la vérité inconnue\ncomme on parcourt un pays neuf par étapes successives lente­\nment parcourues, sans cesse contrôlées et repérées en cours de\nroute, ou comme on construit une tour a p p u y a n t la mineure\nétroite sur la large base de la majeure pour couronner l'en­\nsemble d'une conclusion en plate-forme, sur quoi il élèvera,\npatiemment, le deuxième, le troisième, le quatrième étage,\ntandis que la femme va à la vérité d'un bond, à vol d'oiselle\n(si j ' o s e dire), dédaignant les étapes qui l'ennuient et qui sont\n(pour parler sans figure) les lentes déductions des syllogismes\ns'engrenant les uns dans les autres.\n   L a femme est un peu comme l'enfant que vous placez pour\nla première fois devant une démonstration raisonnée. Q u a n d\nvous demandez à l'enfant de vous démontrer que 2 + 2 = 4, il\nvous répond sans hésiter : « C'est évident : 2 + 2 = 4 !» Si vous\nle priez de vous le prouver, c'est tout au plus s'il s'avisera de\nvous faire voir la chose sur ses doigts : 2 + 2 = 4 . . . Vous entre­\nprenez alors de lui-faire la preuve logique de la chose, et tandis\nque vous déroulez la longue série des déductions subtiles par où\ns'établit cette vérité arithmétique, l'enfant vous suit d'un air\nprofondément désintéressé, et quand enfin, le front conges­\ntionné par l'effort cérébral, vous concluez triomphalement\ndonc, 2 + 2 = 4, C. Q. F . D . , le b a m b i n , tout surpris qu'un\nh o m m e si intelligent se soit donné t a n t de peine pour prouver\nune chose si simple, s'écrie : « Mais, je l'ai dit depuis un quart\nd'heure! »\n   I1 y a de cela dans l'attitude de la femme vis-à-vis de la vérité.\n   L ' h o m m e raisonne et l'homme déraisonne; bien entendu le\nsecond est plus fréquent que le premier; mais peu importe, sa\ncaractéristique mentale est de raisonner et de déraisonner. L a\nfemme, elle, ne raisonne ni ne déraisonne. Elle ne raisonne\nque si l'homme la force à s'engager dans la voie d'une discus­\nsion raisonnée, et alors (il faut avoir le courage de le dire),\nalors, à l'ordinaire, elle déraisonne p u i s s a m m e n t ; seulement\nce n'est pas de sa faute, c'est par accident et parce que vous\nl'avez contrainte à une g y m n a s t i q u e qui répugne à la forme\nde son esprit. Si vous l'aviez laissée à elle-même, elle n'aurait\npas déraisonné, car elle n'aurait pas même tâché de raisonner;\n"}, {"page_pdf": 582, "page_imprimee": 499, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "                      L'ILLUSION FÉMINISTE                     499\n\nelle aurait regardé tout droit devant elle, rêvé quelques\ninstants puis, tout d'un coup, elle aurait vu. Aurait-elle vu\njuste? C'est une autre question. Mais enfin, elle aurait va. L a\nfemme voit! elle voit juste ou elle voit faux : et plus souvent le\npremier que le second. C'est là sa caractéristique mentale.\nBref, l'intelligence féminine a un caractère de spontanéité et\nde divination qui la rapproche de l'instinct, l'intelligence de\nl'homme a un caractère de réflexion et de logique qui l'en\néloigne; la femme, quand elle est intelligente, a la sûreté et la\npromptitude du coup d'œil qui appartiennent aux élans instinc­\ntifs, l'homme, quand il est intelligent, a l'ampleur et la pro­\nfondeur du regard, qui trahit la préméditation et la coordina­\ntion; la femme, quand elle est sotte, manifeste sa sottise par\nla fausseté des appréciations, par la stupidité des jugements,\npar l'ineptie des avis; l'homme, quand il est sot, et il l'est sou­\nvent, manifeste sa sottise par des écarts de dialectique, des\nhiatus d'idées, des ruptures de déductions (qui l'amènent d'ail­\nleurs, est-il besoin de le dire, au même résultat que la femme\nsotte...). L a femme intelligente se complaît de préférence aux\nobjets pratiques, ou, parmi les objets spéculatifs, à ceux qui\nsont à fleur de réalité, c'est-à-dire que l'esprit peut atteindre\nassez directement, et encore aux objets pris isolément, indivi­\nduellement, abstraction faite de leur relation à l'ensemble;\nl'homme intelligent se complaît aux objets idéals et abscons,\naux vérités profondes ou sublimes qui ne s'atteignent que par\nles descentes à tâtons dans le gouffre, et encore aux rapports\ndes objets entre eux qu'il groupe en synthèses larges, en sys­\ntèmes massifs...\n   Vous m'arrêtez en disant : Admettons que telle est bien la\nnature respective de l'intelligence féminine et de l'intelligence\nmasculine! Mais quelle est la relation entre la forme instinc­\ntive, intuitive et directe de l'esprit chez la femme et la fonction\nmaternelle?...\n   La relation? Elle saute aux yeux !\n   L a femme (c'est la supposition) est donc essentiellement\nmère; en conséquence de ceci, la moyenne de sa vie normale\nva se passer dans le labeur sacré de la production h u m a i n e ;\nde vingt à quarante ans, son lot sera de donner lentement la\nvie à huit ou dix hommes et de suivre minutieusement leurs\npremières évolutions vitales.\n"}, {"page_pdf": 583, "page_imprimee": 500, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": "500                          DURENDAL\n\n\n   Or, pour sacré qu'il soit, ce labeur est, pour la plus grande\npartie, d'ordre matériel; il est en tout cas d'ordre exclusive­\nment pratique. D a n s ces conditions, je vous d e m a n d e : que\nferait la femme, d'une intelligence méditative, réclamant entre\nvingt et cinquante ans les longs loisirs, les disciplines idéales,\nla solitude propice au rêve et à la réflexion? On ne le voit pas\nbien. Mais, en revanche, on voit parfaitement l'usage qu'elle\naura d'une faculté intellectuelle agile et perspicace, qui jette\nd a n s toute vérité un regard en coup de sonde et en ramène ce\nqu'il lui faut de lumière pour éclairer le bout de chemin où\nelle est...\n    Il y a plus, et plus profond. Pour expliquer comme quoi la\nfemme jouit d'une intelligence dont le fonctionnement rappelle\ncelui de l'instinct, il faut observer que les opérations instinc­\ntives sont celles qui nécessitent la m o i n d r e dépense cérébrale.\nCe qui use et fatigue le cerveau, ce n'est pas l'acte spontané,\nc'est l'acte réfléchi, ce n'est pas l'appréhension directe, c'est la\nméditation convolutée, ce n'est pas le jeu, libre de tout frein,\nde la pensée légère et courte, c'est le travail, assujetti à des\nrègles inflexibles, de l'idée puissante et t e n a c e ; ce qui fatigue\net use le cerveau, c'est le labeur de la recherche ardue et\nlongue, de la systématisation minutieuse et équilibrée, de la\nconstruction compacte à larges bases.\n    E t voilà pourquoi l'homme devait obtenir de la nature cette\nforme et cette tendance de l'esprit, son cerveau étant plus que\ncelui de la femme susceptible d'efforts intenses et suivis,\ncapable d'une large usure intellectuelle. E t pourquoi? Mais\nprécisément parce que l'homme ne vit que pour lui seul (céré­\nbralement parlant) ; la femme, au bout de sa carrière, se trouve\navoir sectionné sa vie propre en a u t a n t d'autres vies que Dieu\nlui a donné d'enfants. L ' u s u r e cérébrale de l'homme c'est sa\npensée; qu'il ait donc une pensée usante, absorbante, t u a n t e . . .\nL ' u s u r e cérébrale de la femme, c'est l'enfant; quelle ait donc\nune pensée plus légère qui ne prélève sur son cerveau qu'un\nm i n i m u m de substance. A l'homme qui se vante orgueilleu­\nsement de ses poèmes et qui, brandissant le livre où il a mis le\nmeilleur de son cerveau, s'écrie : Exegi monumentum aere peren­\nnins... non omnis moriar! « J e ne mourrai pas tout entier, il y a\nquelque chose de ma substance, dans ces pages, qui dureront\nplus longtemps que l'airain!... » L a femme peut répondre en\n"}, {"page_pdf": 584, "page_imprimee": 501, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2441, "texte": "                       L'ILLUSION FÉMINISTE                          501\n\n\nmontrant ses fils : «. E t moi, mourrai-je tout entière, peut-être?\nT a substance a passé dans des pages immortelles, dis-tu?... la\nmienne est d a n s des hommes en qui et par qui seuls tes poèmes\nvivront!... »\n   E t je vous prie de croire que ceci n'est pas de la rhétorique\nplus ou moins h e u r e u s e ; c'est l'expression exacte d'une loi\nbiologique qui peut se formuler comme suit : l'intelligence (au\nsens large du terme) est, dans le m o n d e animal tout entier, en\nraison inverse de la participation d'un être à l'œuvre de la\ngénération. P o u r me borner à un exemple plus familier (mais\non peut en citer d'analogues en grand nombre) songez à l'indus­\ntrieuse sagacité des abeilles ouvrières — stériles — et com­\nparez-y la stupidité prolifique de la reine-mère de toute la\nruche... E t vous observerez parallèlement que la plupart des\nfemmes à qui fut accordée la gloire des arts ou des lettres\nfurent aussi privées de la gloire autrement précieuse de la\nmaternité. Observez encore (comme les féministes le font juste­\nment remarquer, mais pour en tirer une conséquence illégitime)\nque d'une toute jeune fille à un jeune garçon, il n'y a q u ' u n e\ndifférence intellectuelle assez mince. Seulement à partir de\nvingt ans, voici que les deux sujets bifurquent et que la diffé­\nrence se creuse et s'accentue de plus en plus profondément : la\nfemme est prise par sa mission dévorante et elle y passera tout\nentière...\n  Je parcourais, en préparant cette causerie, une étude d'un\nféministe anglais, où il recherche notamment les grandes\nmanifestations de l'intelligence féminine dans l'histoire. Il\nremonte fort haut (presque au déluge, vraiment), observant\ncomment la vieille religion grecque rendait hommage au génie\nintellectuel de la femme en honorant la sagesse sous la forme\nd'une déesse (la Pallas Athênê des Grecs, la Minerve des\nLatins), en plaçant les arts sous le patronage des neuf sœurs\n(les Muses), en personnifiant le génie de la vie domestique\ndans une femme encore (Vesta, la sœur de Jupiter). Il aurait pu\najouter à ce trio, Diane, symbolisant l'adresse et l'endurance\nsportives.\n   Passant du domaine de la mythologie légendaire à celui de\nl'histoire, mon féministe recherchait patiemment à travers les\nsiècles j u s q u ' a u XVIIIe inclusivement, les manifestations les plus\n brillantes du génie féminin. E t certes sa nomenclature des\n"}, {"page_pdf": 585, "page_imprimee": 502, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "502                            DURENDAL\n\n\nfemmes d'esprit était considérable et impressionnante. Seule­\nment, chose curieuse et qu'il négligeait de noter mais que je me\npermets de souligner, c'est que Minerve s'appelait la chaste\nMinerve; Vesta, la chaste Vesta; Diane, la chaste D i a n e ; les\nMuses, les chastes Muses, toutes ces déesses étant, en effet,\nrévérées comme des types parfaits de virginité indéfectible et\nque, de même, parmi les femmes de l'histoire qui s'illustrèrent\npar la culture de l'esprit, le plus grand nombre ne connurent\npoint l'auguste épuisement de la maternité. L a plupart sont des\nvierges consacrées à Dieu ; d'autres prirent si légèrement leurs\ndevoirs de famille que leur gloire d'écrivains ou d'artistes ne\ncompensera jamais l'ignominie de leur abdication maternelle.\nQuelques-unes enfin, je l'accorde, couronnèrent leur front du\ndouble rayon, mais elles restent si rares, toute défalcation\nfaite, qu'elles ne font que confirmer la règle générale avec l'élo­\nquence qui appartient en propre aux exceptions.\n    Oui, ce sont des exceptions et elles sont si nécessairement\nexceptions que les féministes aigus n'ont pas le droit d'en\ntriompher et de raisonner comme ils font : « Vous voyez bien\nque la femme n'est pas essentiellement exclue des domaines de\nhaute culture intellectuelle, puisque des femmes y ont été\néminentes! Si plus de femmes ne le sont pas, si toutes les\nfemmes ne le sont pas au moins dans la m ê m e proportion que\nles hommes, cela vient précisément de ce que durant de longs\nsiècles, le cerveau féminin a été laissé en friche. Donnez-lui la\nm ê m e culture q u ' à l'homme, donnez-la lui universellement,\npersévéramment comme à l'homme, et vous verrez d'ici cin­\nq u a n t e ans, d'ici cent ans, d'ici dix siècles!... » E n attendant,\nce qu'ils ne voient pas, eux, c'est qu'il est impossible précisé­\nment de donner universellement la même culture aux deux\nsexes, et je crois l'avoir montré suffisamment. Si le cerveau\nféminin est actuellement moins apte aux fortes disciplines\nintellectuelles, c'est peut-être (admettons-le par concession)\npour être demeuré en friche depuis l'époque des cavernes,\nmais ce qui est certain, c'est que cette situation n'est pas créée\npar l'arbitraire t y r a n n i q u e de l'homme, elle est voulue par la\nnature, et, par conséquent, l'arbitraire contraire ne la chan­\ngerait pas : aussi longtemps que la femme sera productive de\nvie h u m a i n e , elle sera cérébralement stérile.\n                                      *\n                                  *       *\n"}, {"page_pdf": 586, "page_imprimee": 503, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "                        L'ILLUSION FÉMINISTE                        503\n\n\n   Mais en voilà assez sur l'intelligence de la femme et le rap­\nport profond qui existe entre cette intelligence et la fonction\nmaternelle. J'ai à vous montrer q u ' u n rapport tout aussi pro­\nfond se retrouve entre la même fonction de la femme et son\ncaractère, si différent de celui de l'homme.\n   Des psychologues d'aujourd'hui adoptent volontiers, pour\ndifférencier ces deux caractères, la terminologie suivante :\nl'homme serait doué d'un t e m p é r a m e n t de dépense, la femme\nd'un t e m p é r a m e n t d'épargne. E t voici à quelle vue des choses\ncorrespond cette manière de dire : la vie n'étant, n'est-ce pas,\nqu'une construction et une destruction perpétuelle depuis l'ar­\nrivée de la matière à assimiler j u s q u ' à l'élimination des produits\nde désassimilation, il y a lieu de considérer dans l'être vivant\ndeux séries d'opérations chimiques contraires, les unes dites\nassimilantes qui tendent à l'intégration, les autres dites désassi­\nmilantes qui tendent à la désintégration; les premières sont\nconstructives, les autres destructives. U n tempérament carac­\ntérisé par la prédominance des opérations chimiques construc­\ntives, s'appelle t e m p é r a m e n t d'épargne, le tempérament carac­\ntérisé par la prédominance des opérations chimiques destruc­\ntives, s'appelle tempérament de dépense. L a femme serait en\nprédominance d'intégration, l'homme en prédominance de\ndésintégration.\n   E t de ceci l'on se doutait bien un peu, puisque la femme\n(comme je le rappelais tout à l'heure) ne vit pas pour elle seule,\nmais que sa vie est source de vie. Si les flambeaux étaient des\nêtres organiques, on conçoit que le flambeau destiné à rayonner\nseulement sa lumière et le flambeau destiné en outre à entre­\ntenir l'espèce flambeau, auraient des processus vitaux tout\ndifférents : le premier serait tout entier à sa combustion, c'est-\nà-dire à la transformation de sa matière en lumière; l'autre\naurait la tendance à retenir son combustible et à l'accroître...\nAinsi, l'homme et la femme.\n   Mais ce qui est intéressant, ce n'est pas tant cette différence\nphysiologique des deux tempéraments, c'est l'ensemble des\nqualités morales et des tendances sentimentales qu'elle entraîne.\n   E n tout premier lieu, tandis que le tempérament de dépense,\ncédant au besoin d'expansion que ne contrecarre aucun souci\nd'économie, s'oriente vers l'action, le tempérament d'épargne,\nsoucieux au contraire d'économiser en vue des largesses à venir,\n"}, {"page_pdf": 587, "page_imprimee": 504, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "504                          DURENDAL\n\n\nse replie sur lui-même, vit en lui-même, et trouve ainsi sa satis­\nfaction dans le sentiment...\n   L a femme, tout sentiment; l'homme, partagé entre le senti­\nment et l'action, distrait du sentiment par l'action, voilà bien\nune réalité, n'est-ce pas, Mesdames?...\n   Rarement, la femme se donne à l'action pour l'amour de\nl'action; rarement, elle prise pour elle-même l'activité de\nl'homme. Elle l'accepte, cette activité, avec le sens pratique des\nnécessités familiales qui la distingue, elle l'accepte parce que\ncette activité la nourrit elle et son enfant; parfois, si l'action de\nl'homme est éclatante ou glorieuse, elle s'en réjouit, elley pousse\nmême l'homme, mais ou bien c'est par un sentiment de vanité,\nà cause de l'honneur qui en rejaillira sur elle, ou sur les siens,\nou encore (chez les plus raffinées) parce que l'homme acquiert\npar là une plus-value et devient plus digne de son amour, qu'elle\nmet volontiers à des hauts prix; mais tout cela est étranger à\nl'action proprement dite.\n   Il n'y a guère que l'homme qui se dépense par le seul besoin\nde se dépenser et sans qu'intervienne comme mobile à son\naction, aucun autre sentiment que le besoin d'agir, c'est-à-dire\npour détendre son être moral par la g y m n a s t i q u e de l'action,\ncomme le corps bien nourri éprouve le besoin de se dépenser\nen mouvements violents...\n   L a femme, sentimentale et, donc, passive, ne comprend rien\nà cette agitation et, à coup sûr, elle n'en éprouve aucun désir...\n   E t voyez combien cette disposition de passivité en opposition\nà l'activité de l'homme, va la servir merveilleusement dans son\nrôle de mère. Songez pour cela aux immenses réserves de\npatience, d'endurance, de persévérance et de résignation que\nrequièrent d'elle le long travail de la gestation et celui, non\nmoins long, de la première éducation de son enfant; mettez en\nregard la contenance étonnante de la mère et la pitoyable pos­\nture du père dans les multiples incidents qui mettent commu­\nnément à l'épreuve leur courage dans ces conjonctures, et par\nexemple, considérez leurs attitudes respectives en face de l'en­\nfant indisposé qui pour la troisième ou quatrième fois de la\nnuit vient de réveiller ses auteurs par des cris de désespoir.\nVingt fois, s'il le faut, la mère se lèvera, paisible et forte,\nréveillée au premier mouvement de l'enfant qui souffre, une\nexpression d'angoisse dans les yeux, des mots apaiseurs plein\n"}, {"page_pdf": 588, "page_imprimee": 505, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "                         L'ILLUSION FÉMINISTE                           505\n\nla bouche, des gestes berceurs plein les b r a s ; et une deuxième\nnuit, et une troisième nuit elle recommencera, simplement,\nsans un mot de plainte qu'elle considérerait comme blasphéma­\ntoire... T a n d i s que l'homme, ah! l'homme! N'en parlons pas,\nsi vous voulez bien, car vraiment, il n'a rien d'héroïque parmi\nces alertes nocturnes!...\n    Ou plutôt, oui, parlons-en, car en somme ce n'est pas de sa\n faute et son excuse tient en trois mots qu'on ne saurait se lasser\n de répéter et de méditer dans la question qui nous occupe :\n il n'est pas fait pour cela!\n    Demandez à la femme dans cette même nuit de s'aller prome­\nner de long en large devant les portes de la ville un fusil sur\nl'épaule et les pieds dans la neige, vous verrez l'enthousiasme!...\n  Ah ! oui ! s'il s'agissait de monter la garde ainsi à la porte de sa\npropre maison où serait en danger la vie de ceux qu'elle aime,\nc'est-à-dire donc si vous faisiez appel à son sentiment? Parfait!\nelle monterait la garde dix jours et dix nuits sans fermer l'oeil !\nmais autrement, monter la garde pour monter la garde, non, cela\nne lui dit rien! T o u t e s ces choses qui remplissent la vie de\nl'homme ne prennent d'intérêt aux yeux de la femme que quand\nelles se trouvent être colorées par le sentiment.\n    Il y a dans H o m è r e , au VI e chant de son Iliade, une scène qui\ncompte parmi les sept merveilles de la littérature; celle où\nAndromaque, le t y p e homérique de la femme idéale, rencontre\naux portes de T r o i e son époux Hector, le type homérique de\nl'homme idéal, au moment que le guerrier se dispose à retour­\nner dans la plaine, sur les bords du fleuve où Grecs et Troyens\nse battent depuis dix ans p o u r l a beauté d ' H é l è n e . Avec l'espèce\nd'instinct divinatoire que donne l'amour, Andromaque sent que\nla mort plane sur Hector, et c'est pourquoi elle a couru « sem­\nblable à une folle » vers les remparts, suivie d'une fille qui\nporte leur j e u n e enfant « beau comme une étoile ». Ce qu'elle\nveut, c'est que le guerrier ne s'éloigne plus, qu'il ne sorte pas de\nla ville, qu'il ne retourne pas dans cette plaine de carnage d'où\nil ne reviendrait plus... elle en a la funèbre vision!... Et elle\nparle et Hector répond, elle presse et Hector résiste, et dans\ncette lutte suprême éclate comme dans un croisement d'éclairs,\nl'irréductible différence des deux sexes, par quoi ils se complè­\ntent, en cas d'accord, et s'harmonisent délicieusement, mais\ns'opposent, en cas de conflit, et s'antagonisent cruellement.\n"}, {"page_pdf": 589, "page_imprimee": 506, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "506                          DURENDAL\n\n\n    « Cruel, s'écrie la femme, la mère, ta valeur te p e r d r a ! T u\nes sans pitié pour ton enfant au berceau, et pour moi, l'infor­\ntunée qui serai bientôt veuve. Ah! plutôt la mort, va! Car,\ntoi disparu, toutes mes joies s'en seront allées et il ne me res­\ntera qu'affliction... Je n'ai plus ni père, ni mère, plus un seul de\nmes sept frères, Achille les a tous tués... J e n'ai plus que toi, qui\nes mon père, ma mère, mon frère et un époux tout brillant de\njeunesse!... Aie pitié, Hector!... »\n    Elle le voit é m u . . . mais elle sent si bien que le soldat va\nreparaître et subjuguer le père et l'épouse, qu'aussitôt (la pauvre\nfemme!) elle aborde l'argument stratégique. (C'est bien de\nstratégie qu'elle se soucie à ce moment!...) « Rappelle tes\nsoldats, range-les à l'endroit dit le Figuier Sauvage. T u sais\nque c'est de ce côté surtout que l'on peut monter à la ville;\nle mur commence à tomber en ruines et les Grecs le savent si\nbien que trois fois les plus vaillants d'entre eux, les deux Ajax,\nl'illustre Idoménée et Diomède l'intrépide, ont tenté l'assaut\npar là... »\n   Vous le voyez : il n'y a dans ce discours comme dans ce cœur\nq u ' u n e seule chose : l'amour; il n'y a dans cette âme qu'un seul\nregard : Hector. Mais en revanche, voici la réponse de l ' h o m m e :\n« Oui, tout cela sera!... Oui, la sainte Ilios va périr et Priam,\nmon père et son peuple. E t toutes ces douleurs et toutes ces\nruines me font moins que ta douleur, femme, que ton malheur\nquand un Grec t ' e m m è n e r a captive et que les passants diront :\nVoilà la femme d'Hector, le soldat fameux!... Ah! puissé-je\nêtre mort avant d'entendre tes cris à l'heure de l'enlèvement!... »\nP u i s il saisit son enfant, le baise, le berce sur sa cuirasse et\nsoudain l'élevant vers le ciel il prie : « Zeus, et vous, divinités,\ndonnez-moi que cet enfant, mon fils, s'illustre comme moi\nparmi les hommes, qu'il soit comme moi fort, et qu'il règne\npuissamment sur Ilios! »\n    E t s'étant ressaisi dans l'orgueil, il caresse Andromaque qui\ndéfaille, et conclut fortement : « Aimée, ne t'afflige pas tant à\ncause de moi. L e destin est le destin et nul n'y échappe.\nRetourne dans mon palais, prends soin de tes travaux, du\nfuseau, de la toile; distribue à tes femmes leurs ouvrages...\nL a g u e r r e , c'est l'affaire des h o m m e s , c'est mon affaire,\nsurtout!... »\n    E t brusquement, il part, droit devant lui, tandis que la\n"}, {"page_pdf": 590, "page_imprimee": 507, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "                             L'ILLUSION FÉMINISTE                    507\n\n\nfemme, docile, s'en va de son côté, la tête tournée vers lui\naussi longtemps qu'elle le peut apercevoir... car c'est la dernière\nfois et elle le sent, elle ne le reverra plus qu'à l'état de cadavre,\ndu haut de ces mêmes murailles, traîné trois fois autour d'Ilios\npar Achille, au galop de ses chevaux sauvages...\n   T o u t e la puissance de vie de la femme se concentre donc\nclans le sentiment.\n   Une femme célèbre par son cœur et dont on a dit justement\n« que sa correspondance est le plus fort battement de cœur du\nXVIIIe siècle (1) », écrivait à un homme. « J e ne fais qu'aimer;\nje ne sais qu'aimer; vous, vous aimez à demi et moi je n'ai\nqu'un besoin, q u ' u n e volonté, c'est d'aimer. Q u e vous êtes\nheureux, vous! U n roi, un empereur, des camps vous font\noublier qui vous a i m e ! » Ce mot-là n'est pas d'une femme\nparticulière, c'est le mot de toutes les femmes conscientes\nd'elles-mêmes, c'est la formule même de la femme. L a femme\nest simple (entendons-nous bien : psychologiquement par­\nlant!...), c'est-à-dire que tout son être psychique se ramène à\nun principe unique et central, le sentiment; l'homme est\ndouble, c'est-à-dire que toute sa vie psychique s'oriente, telle\nune ellipse, autour de deux foyers conjugués, également nobles,\négalement centraux, le sentiment et l'action. C'est pourquoi\nl'homme trouve que la femme exagère en matière de sentiment\net il se défend énergiquement d'un envahissement qu'il juge\nexcessif; et c'est pourquoi la femme trouve que l'homme\nn'entend rien au sentiment qu'il n'aime qu' « à demi » (comme\ndisait Julie) et elle finit par se résigner à n'être jamais entière­\nment payée de retour.\n  Mais voilà! la nature y a suppléé en créant à son affectuosité\nun débouché merveilleux, une forme d'amour unique au monde\nqui donne tout sans d e m a n d e r rien, et cet amour sans exigence\nde réciprocité, c'est (nous y revenons) l'amour maternel! ou\nplutôt, si la nature a fait le cœur de la femme exclusivement\nsoucieux d'aimer, c'est en vue, encore, du rôle qu'elle aurait à\njouer au sein de la famille.\n  De la famille, sous quelque angle qu'on l'envisage, le pivot\ndernier, c'est l'amour. C'est lui qui fait les maisons et c'est lui\n\n\n (1) Julie de Lespinasse. Elle écrivait ainsi au comte de Guibert.\n"}, {"page_pdf": 591, "page_imprimee": 508, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "508                          DURENDAL\n\n\nqui les défait, car par lui l'époux adhère à l'épouse de manière\nque rien au m o n d e ne l'en puisse arracher, et par lui les fils se\nserrent étroitement autour de ce double n o y a u ; l'amour est le\nciment qui lie et fige le bloc sacré du foyer. E t la source de cet\namour est, dans la famille, au cœur de la mère. On dit souvent\n— c'est une métaphore usée par les siècles — que l'enfant est\nle trait d'union entre le père et la mère. C'est vrai, sous un\ncertain rapport; mais sous un autre rapport, plus profond, il est\nbeaucoup plus vrai de dire que la mère est le trait d'union\nentre l'enfant et son père, puisque ce qui masse en une unité\ncompacte le groupe familial, ce qui, surtout, maintient l'uni on si\nsouvent précaire entre le père et son fils, c'est bien ce fluide\nmagnétique et chaud fait de tendresse immense, de dévoue­\nment inlassable, d'indulgence infinie, de patience héroïque, ce\nfluide inépuisable et bon dont rien, ni l'ingratitude, ni l'indi­\ngnité n'arrive à tarir la source prolonde, et qui est l'amour de\nla mère pour son enfant, l'amour de la femme pour son fils.\n    Pour a 1er plus profond encore, ce qui façonne à l'enfant\nun esprit et un cœur, une mentalité et un caractère qui font de\nlui, moralement, l'enfant de la famille (car l'enfant n'est pas de\nla famille pour avoir reçu la vie de tel h o m m e qui est son père\net de telle femme qui est sa mère, et la preuve en est que si\nvous le transplantez tout jeune, dans dix ans il sera entre cet\nh o m m e et cette femme comme un étranger stupide et gêné), ce\nqui le fait de la famille, c'est son éducation première. Ce qui le\nfait tout entier, c'est cette éducation.\n   L ' h o m m e vaut à peu près et est à peu près ce que l'ont fait\nles six ou sept premières années de sa vie et l'homme pendant\nces années est la chose de sa mère, continuant en quelque sorte\nla vie parasitaire qu'il menait avant de naître, alors qu'il ne\nfaisait qu'une même vie avec cette mère; d u r a n t six ou sept ans,\nil reçoit d'elle le lait qui sera son sang, le balbutiement qui sera\nsa parole, le mouvement des membres qui sera sa démarche,\nles baisers et les caresses qui modèlent sa sensibilité et pétrissent\nsa tendresse, les récits merveilleux qui façonnent sa fantaisie,\nles réponses ou les leçons ou les exemples qui deviendront\ncomme un fonds inaliénable d'idées pour sa vie entière en même\ntemps que la règle profonde de sa conscience et de son\nhonneur.\n   « L'avenir d'un h o m m e est toujours l'œuvre de sa mère »,\n"}, {"page_pdf": 592, "page_imprimee": 509, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "                        L'ILLUSION FÉMINISTE                           509\n\n\nproclamait Napoléon, en pensant à la sienne. C'est vrai : a p r è s\navoir fait p h y s i q u e m e n t son enfant, la mère le fait moralement;\naprès l'avoir engendré à la vie, elle l'engendre, suivant l'éner­\ngique expression de saint Paul, au Christ — ou à quelque autre\nidéal.\n   E t cette seconde génération, bien plus délicate et plus longue\net plus précieuse et plus grave que l'autre, étant encore, comme\ntoute génération, une œuvre d'amour, voilà pourquoi il fallait\nque la femme fût douée par la nature d'un cœur profondément,\nimmensément, infiniment aimant.\n   Voulez-vous saisir au vif à quel point le tout de la femme est\nbien là, voyez la vieille fille, la vieille fille (entendons-nous bien)\nau sens psychologique du mot, la femme qui de sa vie entière\nn'a trouvé ni l'amour auquel aspirait le grand vide de son cœur,\nni les nobles compensations de l'amour qui sont toutes les\nformes du dévouement, à ses propres parents, aux enfants des\nautres, aux malades, aux pauvres, à la société même par l'exer­\ncice idéalisé d'une profession utile au bien commun, et qui,\ndemeurée seule avec son égoïsme racornissant et ses manies\nbizarres, imagine enfin de combler la lacune de sa vie en y\nintroduisant un chat, un caniche, une perruche...\n   Si vous recherchez pourquoi ces « malheureux fruits secs de\nl'arbre de vie » (1) nous causent une impression si profondé­\nment désolante, pourquoi, aux jeunes filles surtout, elles appa­\nraissent comme de véritables épouvantails, la raison est simple\nà trouver : c'est que la vieille fille (au sens que je viens de dire)\nreprésente le t y p e le plus pur qui soit au monde du raté!\n   Certes, il est des ratés chez nous, mais le spectacle en est\nmoins saisissant, précisément parce que l'homme a tant de\ncordes à sa destinée, il est si peu déterminé dans une seule et\nexclusive direction d'activité, que le fiasco de sa vie apparaît\nmoins brutal et moins évident. L a femme, au contraire, est si\nvisiblement, si entièrement, si exclusivement aiguillée par la\nnature, que si elle m a n q u e l'aiguillage unique (du dévouement\npar amour) elle apparaît lamentablement dévoyée. E n soi, le\n« vieux garçon » est une chose aussi triste, une épave aussi\n\n\n\n\n (1) A. F o r e l .\n"}, {"page_pdf": 593, "page_imprimee": 510, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "510                         DURENDAL\n\n\n\nnulle, un fruit aussi sec que la vieille fille, remarquez bien,\nmais, je le répète, il n'en fait pas l'impression au même point.\n\n\n   Si les limites de cette causerie ne m'interdisaient de pousser\ndans le détail cette analyse, il ne me serait pas malaisé de vous\nfaire voir dans les caractères même du sentiment féminin, cette\nmystérieuse connexité mise par la nature entre le cœur de la\nfemme et sa mission familiale.\n   Ainsi pour les effleurer en passant, cette tendance exclusiviste\ndans l'affection chez la femme, et l'unicité de son amour\n(la femme n'aime q u ' u n e fois, dit-on communément), ne voyez-\nvous pas combien elles sont nécessaires au maintien et à la\nstabilité de cette petite société sacrée qui est la famiile?...\n   Et la ténacité, la persévérance par où se distingue encore le\nsentiment féminin, car la chanson aura beau dire :\n                     Comme la plume au vent\n                          Femme varie\n                     Bien fol est qui s'y fie!...\n\nles chansons sont des chansons! E t si vous y remplacez la\nfemme par l'homme, le vers y est encore et la vérité y est tout\na u t a n t ! E t ce que la vie montre, c'est que la femme est en\ngénéral plus fidèle que l'homme et plus opiniâtrement dévouée\naux siens, la femme se cramponne. On a même tiré de là un\nterme d'argot qui ne s'applique jamais qu'à elle et qui la\nmontre obstinée dans un sentiment dont l'homme s'est lassé...\nE h bien! cette ténacité, pourquoi? Pourquoi cette obstination,\ncette opiniâtreté du cœur? Mais parce que dans toute société,\npour en assurer la consistance et y lester l'ascension du progrès,\nil faut un puissant élément conservateur. Or, c'est le sentiment\nqui est conservateur de sa nature, l'idée au contraire est de sa\nnature novatrice, progressiste, révolutionnaire...\n    Et cette troisième caractéristique du sentiment chez la femme\nque les psychologues les plus subtils se plaisent à signaler :\nl'idéalisme! E t quand je dis, après les meilleurs théoriciens de\nla ma ière du reste, que l'amour chez la femme revêt plus fré­\nq u e m m e n t et plus spontanément que chez l'homme la forme\nidéale, vous entendez bien ce que je veux dire et vous compre­\nnez aussi sans qu'il faille y appuyer, comme quoi la tendresse\n"}, {"page_pdf": 594, "page_imprimee": 511, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "                         L'ILLUSION FÉMINISTE                          511\n\n\nplus calme, bientôt rassise et se spiritualisant peu à peu, cadre\nmieux que l'autre à la gravité de la fonction maternelle et à\nl'abnégation de la mission éducative.\n   E t nous pourrions descendre dans de plus minutieuses\ncomparaisons encore, mais ceci nous entraînerait par trop loin.\n\n                                       *\n                                   *       *\n\n   E n somme donc et pour conclure cette trop longue analyse\ncomparée des deux sexes, ce qui semble éclater aux yeux, c'est\nque la femme, et par la forme et la qualité de son intelligence\net par l'espèce de son t e m p é r a m e n t et par la nature et les carac­\ntères de son sentiment, est nettement vouée à la famille dont\nelle est l'armature vivante, et dans la famille plus spécialement\nencore peut-être à l'enfant qu'à l'époux.\n   E t c'est là la grande indication de nature que je vous disais\nen commençant, que nous allions rechercher, et qui doit gui­\nder dans l'institution de leur programme d'émancipation tous\nceux qui se consacrent à la cause féministe.\n   T o u t ce qui doit favoriser chez la femme l'exercice et l'ex­\npansion de sa mission familiale et spécialement de sa mission\nmaternelle, voilà quel doit être avant tout l'objet des revendi­\ncations du féminisme.\n   Que parle-t-on de droit de suffrage et de professions libérales,\net de m a n d a t politique et de carrières scientifiques et que\nsais-je encore!... Les suffragettes auront beau hurler, la nature\nhurlera plus fort qu'elles, et ce que la nature dit par la bouche\nd'une femme d'ailleurs, mais une latine, celle-ci, c'est que « les\nfemmes n'aspirent pas naturellement à la robe de l'avocat, ni à\nla chaire du professeur, ni à la lancette du chirurgien. Seules,\ncelles-là qui se sont arraché de la poitrine leur cœur de mères,\nsouhaitent cette activité. Mais celles-là, je les plains, et certes\nje ne les envie p a s ! . . . ». Et de quoi les envierait-on, en vérité!\nElles ont lâché la proie pour l'ombre : pouvant être la mère de\nl'homme, elles choisissent de n'en être que le singe!\n   N o n ! Qu'on laisse à la femme son cœur de mère et qu'au\ncontraire tous les efforts de ceux qui rêvent de lui faire un sort\nmeilleur, tendent à développer, à enrichir, à intensifier ce côté\nde sa nature !\n   Que toute jeune déjà, la femme sache ce qu'elle est et ce\n"}, {"page_pdf": 595, "page_imprimee": 512, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "5l2                         DURENDAL\n\n\n\nqu'elle vaut; qu'on lui donne l'idée juste de son rôle et de sa\nmission ; qu'elle connaisse ce qu'est le mariage au lieu de s'en\nfaire l'idée absurde que s'en font la plupart des jeunes filles,\nde je ne sais quel paradis terrestre sous un ciel d'azur, avec, au\ncentre, un arbre défendu, soigneusement voilé d'un rideau\ncomme une statue un jour d'inauguration ; qu'on lui apprenne\nce que c'est qu'un enfant, puisqu'en somme c'est là ce qui rem­\nplira sa vie, et comment d'un enfant on fait un h o m m e (sa\nmère fait un h o m m e , car je le répète, c'est sa mère qu'on\nretrouve dans un h o m m e , et quand on nous dit que la mère de\nPierre Corneille avait l'âme grande, on ne nous apprend rien\nsi nous avons lu le Cid et Polyeucte, et q u a n d on nous raconte\nque la mère de Voltaire était railleuse, spirituelle, coquette et\ngalante, nous le savions déjà ayant lu l'œuvre simiesque de son\nfils); qu'on lui apprenne encore, car elle ne sera pas seulement\nmère, elle sera épouse aussi, la place qu'elle tiendra dans cette\nassocialion du mariage et l'influence spéciale qu'elle devra\nprendre sur son époux puisque c'est à la femme que revient la\nnoble fonction de modeler et d'affiner la sensibilité de l'homme\n(et l'homme qui n'a pas été dressé de la sorte par une femme,\nn'est huit fois sur dix q u ' u n cœur engourdi, aux réactions\ncourtes et peu profondes, au sentiment simpliste et dépourvu\nde nuances); qu'elle sache bien que dans cette société sacrée\nde la famille où elle a juré de se tenir dans la subordination\nvis-à-vis de l'homme, ce n'est point par la ruse et l'artifice\n(comme elle le fait si souvent) qu'elle doit alléger ce que cette\ncondition a de pénible, mais par le cœur, et que comme l'époux\nla domine par la force du sexe, consacrée par l'autorité de la\nloi des hommes, elle le domine en retour par la force de l'amour\nfondé sur la loi plus haute de la nature.\n   Vous me ferez observer que la révélation de toutes ces excel­\nlences féminines, il serait peut-être bon qu'on ne la donne\npas seulement à la jeune fille, mais qu'on l'inculque aussi\nsoigneusement au jeune h o m m e et dès les premières années de\nl'éducation, de manière à tuer peu à peu chez ceux de notre\nsexe ce préjugé prétentieux et naïf de leur supériorité grande\nsur celles de l'autre. Je suis tout à fait de cet avis, car après la\nstupide prétention de l'Eve nouvelle de s'identifier parfaitement\nà l'homme, je ne connais rien de plus sot que l'inepte fatuité\n"}, {"page_pdf": 596, "page_imprimee": 513, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2519, "texte": "                        L'ILLUSION FÉMINISTE                         513\n\n\nde l'homme persuadé de la grande supériorité de son sexe sur\nun sexe qui le vaut en réalité,... s'il ne vaut pas mieux.\n\n                                  *   *\n   Oui, s'il ne vaut pas mieux et plus! E t croyez bien, Mes­\ndames, que ceci n'est pas un compliment facile! Ah! je le sais,\nl'action éclatante et grandiose que le monde applaudit et que\nl'histoire consigne, cette action là appartient à l'homme! A lui\nla conduite des peuples, les exploits guerriers, les triomphes\nde la parole, la gloire des inventions, l'inspiration créatrice de\nl'art, l'élaboration des lois, l'émerveillement des foules;...\nmais, encore une fois, à qui tout cela finalement revient-il? De\nqui tout cela descend-il? Sur qui tout cela rejaillit-il? Quel est\nle centre vrai de toute cette gloire et de toute cette grandeur?\nC'est une femme, vieille et blanche au moment où son fils arrivé\nà l'âge d ' h o m m e , émerge comme un astre de la foule des hommes\net jette sur eux le rayonnement de son génie ou de son cœur,\nc'est une femme qui doucement rentre dans l'ombre et de là\nregarde, émue, heureuse, tremblante et bénissante: c'est la mère!\n   E t la foule, avec son instinct sur, s'y trompe si peu que tout\nà coup une voix de femme éclate au milieu du triomphe, qui\ncrie :Beatus venter qui te portavit et ubera quae suxisti ! « Bienheureux\nle flanc qui te porta, le sein qui t'allaita! »\n   L e sentiment qui saisissait l'enthousiaste galiléenne en enten­\ndant parler Jésus de Nazareth, nous l'éprouvons chaque fois\nque nous entrons en contact avec un vrai grand h o m m e . . .\n   Dites-moi, connaissez-vous deux noms qui remplissent l'âme\nde plus de vénération émue et attendrie que le nom de sainte\nMonique et celui de saint Augustin? Or, savez-vous d'où nous\nviennent cette émotion et ce respect? T o u t simplement de ce\nque cette femme a compris et réalisé le programme de vie\nféminine que je vous esquissais tantôt. Un mari païen, infidèle,\nviolent, qu'elle rend doux par sa douceur à elle, fidèle par sa\nchasteté à elle, chrétien par sa foi à elle qui s'obstine et qui\nprie; un fils qu'elle élève dans la joie, que la passion lui ravit\nà l'âge de la bouillante jeunesse, que l'hérésie lui vole au même\nâge de la jeunesse présomptueuse; et qu'elle suit, qu'elle\npoursuit, qu'elle circonvient de son amour, de ses prières, de\nses adjurations, de ses larmes, pendant des années et encore des\nannées et qu'elle ramène enfin à elle et à Dieu. C'est tout ce\n"}, {"page_pdf": 597, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1843, "texte": "514                          DURENDAL\n\n\nqu'elle a fait cette femme et elle le dit elle-même cinq jours\navant de mourir quand la fièvre la terrasse à Ostie sur le T i b r e :\n« Mon fils, je ne vois plus rien dans la vie dont je puisse être\ntouchée!... Qu'y ferais-je davantage et pourquoi y suis-je\ndésormais qu'il ne me reste plus rien à désirer? Je voulais te\nvoir chrétien et catholique avant de mourir. Dieu a contenté\nmon désir, il l'a même comblé. J'ai fini ma tâche... Ensevelis\nmon corps et souviens-toi de ta mère à l'autel du Seigneur!... »\n   E t cette femme est grande parmi les grandes, et son fils,\navec tout son génie, a senti et compris que pour immortaliser\nsa mère, il lui suffirait de raconter cette seule chose qui avait\nrempli la vie de Monique. T a n t et si bien que quand on\ncontemple le groupe harmonieux de la mère et du fils en cette\naprès-midi célèbre, tels que les a peints Ary Scheffer, Monique\ndans ses voiles blancs el les yeux pleins de lumière, Augustin\ndans sa toge noire et les yeux pleins de flamme, Monique tout\néclairée des rayons de l'occident, Augustin dans la pénombre\net ne recevant la lumière qu'en rejaillissement de sa mère, et le\nfils a b a n d o n n a n t sa main aux deux vieilles mains maternelles\nqui tendrement l'emprisonnent, on ne sait plus décider si\nMonique est plus grande d'avoir été la mère d'Augustin ou si\nc'est Augustin qu'il faut admirer d'avoir été l'enfant de\nMonique. Pour ma part, je n'hésiterais pas : notre mère est\ntoujours plus grande que nous; la Mère est plus grande que\ntout! E t voilà pourquoi le féminisme radical est voué d'avance\nà l'échec : il aura le sort de tout qui ose attenter aux grandeurs\nsacrées, aux grandeurs divines : Opprimetur majestate; il sera\nécrasé par la majesté de la maternité.\n\n                                                   T H . HENUSSE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison08-002", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 515, "page_fin": 517, "titre_corps": "La tristesse d’Amundsen", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "La tristesse d'Amundsen O Roald Amundsen, vous av", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 598, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "La tristesse d'Amundsen\nO Roald Amundsen, vous avez dû souffrir\nLorsqu'après vos jours de désir,\nE t d'effrois, et de joies profondes,\nVous eûtes épuisé le mystère du monde!\nVous aviez voulu le saisir,\nVous alliez par les mers, les montagnes, les glaces,\nF r é m i s s a n t à l'espoir de le voir face à face,\nLourd d'ardente fatigue, ivre d'âpre plaisir.\nQuand vous fendiez les flots vers les terres polaires,\nQuand vos traîneaux glissaient sur les plaines du gel,\nQuand la bise du sud, de son souffle cruel,\nFouettait votre visage et battait vos paupières,\nC'est lui que vous cherchiez au fond de la lumière!\nCe Mystère, quels coeurs il avait fait bondir,\nE t quelles volontés il avait excitées,\nQue d'âmes de héros il avait exaltées,\nJ u s q u ' à la mort sublime et pure des m a r t y r s . . .\nVous, dans les aboiements des chiens rauques du pôle,\nU n e chape de froid pesant sur vos épaules,\nVous touchiez au bonheur qu'ils n'avaient pas atteint,\nE t dans le jour sans crépuscule et sans matin\nConquériez l'Inconnu qui fit rêver t a n t d'hommes.\nCirconscrit par vos pas il se rétrécissait,\nChaque jour plus petit, moins peuplé de fantômes,\nQu'importe si le vent vous gerçait, vous glaçait,\nSi le baiser du froid vous collait sur la bouche :\nVous teniez en vos mains le mystère farouche\nVers qui tout le désir du monde bondissait,\nVous alliez seul, domptant l'immensité muette,\nEt quelle joie grave et brûlante, et quelle fête,\nQuand l'Inconnu enfin réduit, enfin rejoint,\nDevaDt vous ne fut plus qu'un point!\nQuelle ivresse plus déchirante\nQue l'amour et que la mort même!\nAvoir atteint le but extrême\nDe sa volonté conquérante!\nSavoir que nul n'ira plus loin,\nE t que l'on est seul, sans témoin,\n"}, {"page_pdf": 599, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2431, "texte": "516                             DURENDAL\n\n\n      Vainqueur du grand secret qui t o u r m e n t a i t les âmes,\n      E t e n t e n d r e en son cœur comme de grandes flammes\n      Les acclamations qui monteront demain!\n      Mais quel abattement dut suivre la victoire,\n      Vous qu'un unique i n s t a n t s u r s a t u r a i t de gloire,\n      Voyant tout l'Infini par vous s'anéantir,\n      O Iloald Amundsen vous avez dû souffrir!\n      Ce n'est pas seulement cette tristesse amère\n      Qui naît d'avoir touché le moment désiré,\n      Ou d'avoir épuisé, en un geste éphémère,\n      Le bonheur qu'une vie entière a préparé,\n      O Roald Amundsen qui vous a fait pleurer :\n      Avoir, en l'atteignant enfin, tué son Rêve,\n      C'est peu pour qui sait vivre une minute brève,\n      E t qui de cet instant p o u r r a vivre toujours;\n      Mais sentir que l'on a, en en bouclant le tour,\n      De ce globe fini supprimé le mystère,\n      Et, en la précisant, rapetissé la t e r r e ,\n      Songer qu'on a brisé le fier élan de ceux\n      Qui partaient, le front h a u t et l'œil audacieux,\n      Vers la conquête glorieuse et impossible —\n      Que tout est désormais banal, petit, paisible!\n      Conquérants de jadis, lorsque vous ajoutiez\n      Quelque continent vierge au clair collier des mondes,\n      Quand vous aperceviez après les nuits profondes\n      Sous le soleil levant surgir une île blonde,\n      Quand vous fendiez — en a r b o r a n t dans vos huniers,\n      Claquaut au vent nouveau, de longs drapeaux de soie —\n      Des mers où nul vaisseau n'avait porté la joie,\n      Vous savez qu'après l'île, après les océans\n      D'autres exciteraient vos désirs, ô géants,\n      E t vous alliez, sans vous lasser, autour du globe,\n      Dans les pays de l'or qui brûle et du soleil,\n      Cueillant des grappes d'ambre à des arbres vermeils,\n      E t de bleus archipels au fond des neuves aubes, —\n      Rien ne pouvait combler vos âmes que la mort,\n      E t après vous vos fils, et puis leurs fils encor\n      Partaient, aventureux vers les terres cachées...\n      Puis tout se précisa devant les nefs lassées,\n      On mesura les mers, on nombra les îlots,\n      Les navires plus lourds n'affrontèrent les flots\n      Que pour les intérêts de négoces sans ailes;\n      Dans un filet croisé de lignes parallèles,\n      Le inonde fut serré comme en une prison\n      Et des compas exacts, sous tous les horizons,\n"}, {"page_pdf": 600, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1925, "texte": "             LA   TRISTESSE D ' A M U N D S E N                      517\n\n\n\nCalculèrent l'espace et fixèrent les choses;\nSeules, plus loin que l'océan aux reflets roses,\nAu delà des pays où le ciel est plus bleu,\nDerrière les brouillards épais et nébuleux\nE t la barrière des scintillantes banquises,\nDes t e r r e s s'étendaient, muettes, inconquises,\nDont le secret tentait les cœurs audacieux.\nD'autres, vous précédant, vers elles se ruèrent :\nHélas! ils sont tombés dans le pâle suaire\nP r é p a r é pour leurs corps depuis l'éternité,\nIls périrent broyés dans la froide tempête,\nOu, sur le mur fatal par l'ouragan jetés,\nDans un grand cri d'horreur s'y brisèrent la tête!\nAu moins moururent-ils avec au fond des yeux\nLa vision miraculeuse de leur rêve,\nAvec le cœur rempli de flammes et de sève,\nT a n t le désir a r d e n t vibrait encore en eux!\nVous, Roald Amundsen, vous l'avez dépassée\nVictorieusement la muraille glacée.\nVos pieds se sont heurtés à des ossements nus,\nVous avez découvert et chassé l'Inconnu,\nE t la route à jamais vous nous l'avez tracée...\nVous savez le malheur que vous nous avez fait,\nVous qui avez comblé nos cœurs insatisfaits\nE t nous avez remplis de froide certitude.\nA nous, qui en rêvions dans notre solitude,\nE t sentions nos désirs et nos songes monter,\nVers cet hiver lointain du fond de nos étés,\nE t à ceux qui donnaient à ce rêve leur vie,\nUne force admirable et vibrante est ravie,\nU n e cause de nostalgie et d'éuergie !\n\nE t maintenant, lassé, vous revenez vers nous,\nE t tous pensent que c'est avec un cœur qui bout\nE t avec l'orgueil au visage,\nH é r o s , que vous allez aborder nos rivages :\nIls s'en iront à vous ivres de contempler,\nO grand triomphateur, votre sublime rire,\nMais la foule ne pourra dire\nPourquoi votre regard est sévère et voilé,\nE t pourquoi vous restez triste et seul, sans parler.\n\n                                                  P I E R R E NOTHOMB.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison08-003", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 518, "page_fin": 524, "titre_corps": "Notre-Dame-du-Matin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Notre-Dame du-Matin DANS cette renaissance", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 601, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "Notre-Dame du-Matin\n\n                 DANS cette renaissance magnifique du spiritualisme chrétien\n                   qui partout se révèle en France depuis quelque dix ans\n                    déjà, les jeunes poètes, tels des hérauts embouchant les\n                   trompettes sonores, marchent devant les légions nouvelles\n                   en proclamant leur Idéal. Délivrés à la fois des doctrines\n                   étriquées qui furent celles du Parnasse et des bandelettes\n                    où sommeillait la Muse-momie du Symbolisme, rejetant ce\n                    qu'eurent de puéril les dogmes des deux écoles rivales,\nmais agréant avec sagesse ce qu'ils ont trouvé de viable dans leur héritage à\ntoutes deux, ils ont replacé à leur rang, qui est légitimement le second, les\nquestions de forme et de nombre, et ils se sont d'abord souciés de descendre au\nfond de leur moi et de traduire la vie de l'âme.\n   Obscure à l'origine, source mystérieuse sortie d'une profondeur secrète,\ncette lente poussée prit peu à peu conscience d'elle-même; et voici que, sans\ns'asservir à un programme, demeurant libre et spontanée, gardant quelque\nchose encore du jaillissement primitif dans le canal où elle coule, elle s'al­\nfirme chaque jour en des œuvres lyriques qui prouvent sa puissance. L'an\ndernier, Jean Dornis, dans la Revue des Deux-Mondes, publiait une étude\nétrangement suggestive sur ce brusque réveil de l'idée chrétienne dans la\npoésie; et de l'impartial examen auquel l'auteur s'était livré, il résultait à\nl'évidence que tout ce qui marque et tout ce qui compte dans le lyrisme con­\ntemporain, tout ce qui laissera une trace durable, porte le signe de cette\nrenaissance, — depuis Samain et Charles Guérin jusqu'à Mauriac, en passant\npar Le Cardonnel, Louis Mercier et Francis Jammes, et combien d'autres!...\nQuelques noms belges figuraient dans l'étude de Jean Dornis; celui de M. Pierre\nNothomb, le jeune poète de l'Arc-en-ciel et de Notre-Dame-du-Matin,          est\ndevenu digne, dès à présent, de se joindre à ceux de ses aînés, qui sont les\nRamaekers, les Kinon et les Braun.\n\n                                      * *\n   L'Arc-en-ciel n'était encore qu'une promesse, d'ailleurs brillante : on y\ndécouvrait des gaucheries, des faiblesses, des inexpériences; mais on n'y ren­\ncontrait aucune timidité, car jamais nul poète ne fut plus audacieux que\nM. Pierre Nothomb : sa jeune intrépidité ose les efforts les plus rudes, les\nplus périlleux parfois, et la grandeur d'un sujet ne saurait l'épouvanter. Doué\nd'un enthousiasme ardent, d'une imagination extrêmement luxuriante et d'une\n"}, {"page_pdf": 602, "page_imprimee": 519, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3377, "texte": "                              NOTRE-DAME-DU-MATIN                                   519\n\n\naisance verbale qui n'est pas sans danger, il laisse ses vers couler de source\navec une fougue impétueuse, une abondance intarissable, une précipitation\nconfuse de flot que pousse, irrésistible, on ne sait quelle force élémentaire.\nA les bien regarder, les poèmes qu'il écrit sont sortis de lui-même presque\nsans son aveu ; assurément, ils échappent au contrôle de son esprit : ils\nn'obéissent qu'à son cœur, et c'est lui seul qui les rythme, avec une lièvre\npassionnée. En dépit des réminiscences qu'on peut y trouver çà et là, en dépit\nmême des modes qu'ils suivent, rien, en vérité, ne sent moins la littérature que\nces hymnes. Tout influencé qu'il soit par Jammes, Elskamp ou Kinon, ce\npoète instinctif, « qui ne sait que son âme », semble un chanteur biblique :\nun démon le possède, dont il n'est pas le maître; l'inspiration l'entraîne dans\nsa colonne de feu; ébloui, désarmé, il s'abandonne à elle, et ne s'appartient\nplus...\n   Ces rares dons de lyrisme ne vont pas sans rançon. Un flot impétueux est\ntoujours un peu trouble : il ne saurait avoir cette pureté cristalline de l'onde\ndisciplinée qui coule, selon l'expression de Guérin, u dans un canal de marbre\nlisse. «Tour à tour torrent ou fleuve, la strophe de M. Nothomb est libre,\n bondissante et brusque : la régularité des vasques et la symétrie des bassins\nn'emprisonnera point ses élans. La fontaine où se penche son rêve n'est pas\n ce miroir immobile où l'on voit luire distinctement l'anneau perdu par quelque\n fée : c'est la source toujours bouillonnante où montent et crépitent des bulles\n d'or, images des pensées sans cesse renouvelées, sans cesse renaissantes, qui\n s'élèvent du fond d'une âme que le repos n'endort jamais. La grâce ordonnée,\n la beauté logique des jardins français, ne seront point les siennes; il n'est pas\n de ceux-là qui savamment disposent, le long d'allées toutes droites, des ran­\n gées de balustres et des files de statues, dont le pompeux cortège accompagne\n les quinconces et les ifs bien taillés. Ses poèmes touffus font songer plutôt à\n quelque jardin redevenu sauvage, que la Nature luxuriante, enchevêtrée,\n insoumise, aurait reconquis sur l'Art. Le goût classique voudrait qu'un peu\n d'ordre et de mesure éclaircit ce fouillis; mais les cœurs passionnés et les\n âmes romantiques en aiment l'exubérance et la musique nombreuse, poly­\n phonie orchestrale plutôt que soupir de flûte.\n                                                *\n                                            *       *\n  Au surplus, il faut convenir que Notre-Dame-du-Matin (1) révèle un progrès\nsensible chez l'auteur de l'Arc-en-ciel; non pas, sans doute, que la forme y\nparaisse beaucoup plus ferme (M. Pierre Nothomb ne compte pas au nombre\ndes joailliers du vers et des patients ciseleurs du style, et je ne crois pas qu'il\nveuille s'y efforcer jamais) ; mais on goûte ici la saveur profonde d'une pensée\nplus mûre, d'une inspiration plus émue, par conséquent plus émouvante. La\nvie est venue : elle a dicté au jeune poète sa leçon austère, et il l'a écoutée avec\ndocilité. Il connaît aujourd'hui le prix de la souffrance; il a traversé les\nangoisses du doute qui parfois assaille les plus intrépides; mais surtout, il a\n\n\n   (1) Notre-Dame-du-Matin,   par PIERRE NOTHOMB. (Paris, Bibliothèque de l'Occident.)\n"}, {"page_pdf": 603, "page_imprimee": 520, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "520                                DURENDAL\n\n\n\néprouvé le poids cruel et délicieux dont l'amour accable un jeune cœur. Et\nquand l'amour se lève dans une âme digne de lui, sa lumière transfigure sou­\ndain tout le paysage intérieur : les visions d'autrefois reculent et s'éva­\nnouissent dans cette aube, et la jeune clarté fait nouvelles toutes choses.\n    L'amour, qui s'annonçait seulement dans l'Arc-en-ciel, pareil à la ligne\npâle qui précède à l'orient l'apparition du soleil, l'amour éclate et triomphe\ndans Notre-Dame-du-Matin. Maître puissant et doux, cher et redouté, il s'est\nemparé de l'âme du poète, l'a illuminée, nourrie, fécondée, et comme recréée :\nde ce bain de flamme, la voici qui sort différente d'elle-même. Surprise et\nravie des métamorphoses opérées en elle, enfantine encore et pourtant plus\ngrave, elle marche éblouie parmi les merveilles qu'elle découvre ou crée : le\nmatin lui parle, elle parle au matin ; elle salue les eaux, les arbres, les nuages,\nles oiseaux, les fleurs, les anges entrevus, la Vierge apparue, et Dieu qui,\ndans cette lumière, se manifeste plus clairement..; Car l'amour terrestre ne\nsaurait suffire à remplir cette âme avide d'infini : le feu qui la brûle l'épure et\nl'élève, puis remonte au ciel d'où il descendit. Comme Béatrice, la bien-\naimée conduit à Dieu le jeune poète :\n\n                         ... Par votre amour à Sa clarté !\n              Par votre âme angélique et douce à Sa promesse !\n\n   Et cette médiatrice adorable est un don de la Vierge elle-même, de la\nVierge qui, partout présente, prête à ce poème ingénu son incomparable\nchasteté. D'autres invoquent Aphrodite, Psyché, Eve ou la Muse : lui,\ninvoque Notre-Dame, Notre-Dame-du-Matin, symbole de toutes les grâces et\nde toutes les puretés, dispensatrice céleste des dons immatériels. D'un bout à\nl'autre du livre, la Mère divine est là, et sa pensée se mêle aux plus tendres\neffusions de l'amour nouveau-né : c'est son Annonciation que le poète choisit\npour l'instant solennel de son premier aveu, et désormais toutes les paroles\nqu'il adresse à la bien-aimée s'accompagneront d'une prière, si bien que l'on\nne sait si c'est un cantique ou un chant d'amour qu'on écoute ici, tant les\ndeux inspirations se mélangent et se confondent.\n   Mais combien touchante et combien humaine, cette Vierge qu'il invoque!\ncombien différente de la pauvre image qu'on offre d'ordinaire à nos dévotions!\n\n                     Vous n'êtes pas, au mois de mai,\n                     La mère, crainte des archanges.\n                     Qui, l'enveloppant dans ses langes,\n                     Tremble devant le Bien-Aimé;\n\n                     Vous n'êtes pas cette angoissée,\n                     Qui cherche, d'un œil éperdu,\n                     L'enfant divin, qu'elle a perdu\n                     Parmi les grands de la pensée ;\n"}, {"page_pdf": 604, "page_imprimee": 521, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "                         NOTRE-DAME-DU-MATIN                                  521\n\n\n                     Vous n'êtes pas la femme en pleurs\n                     Qui, pendant la sanglante épreuve,\n                     Tombe pâmée aux bras des veuves\n                     Sur le chemin de la Douleur ;\n\n                     Vous n'êtes pas cette héroïque\n                     Qui, voulant souffrir jusqu'au bout,\n                     Calme et droite, reste debout\n                     Devant le calvaire tragique...\n\n                      Vous n'avez pas encor souffert,\n                      Vous êtes la vierge enfantine ;\n                      Quand les cloches chantent matines,\n                      Vous allez dans le printemps vert...\n\n                     Et, les pieds nus dans la rosée,\n                     De vos yeux bleus vous souriez,\n                     Quand vous nous entendez prier\n                     Pour nos petites fiancées...\n\n                                        *\n                                       * *\n\n   Notre-Dame-du-Matin : le titre est délicieux, et il a ce mérite de résumer\ntoute l'œuvre. Le livre de M. Pierre Nothomb respire la pénétrante fraîcheur\nqu'exhalent, par les aubes printanières, les vergers mouillés de rosée. Tout y\nest matinal, vernal et virginal; tout y est bleu et blanc, les rêves et les can­\ntiques, les âmes et les sourires, les décors et les brises : et si le poète prodigue\nvolontiers ce bleu et ce blanc, c'est parce qu'ils sont les couleurs du prin­\ntemps et de la Vierge.\n   Toutes choses, autour de lui, sont innocentes et frêles, baignées qu'elles\nsont du rayonnement que son âme projette sur le monde :\n\n         Rien que des oiseaux blancs, rien que des fleurs       candides...\n\n   En fervent idéaliste, M. Pierre Nothomb compose un paysage intérieur de\npureté et de tendresse, dont la douceur évoque le suave mysticisme d'un Fra\nAngelico ou d'un Maurice Denis. La nature est pour lui le grand miroir de\nDieu, une forêt de symboles chrétiens : « le monde est en état de grâce », « la\ncampagne est eucharistique », la pluie ruisselle d'en haut « comme la grâce\nfraîche et vivante des cieux ». Il n'est, dans le spectacle sensible de l'univers,\nrien qui ne manifeste la présence adorable du divin Bien-Aimé.\n   Mais toute âme a ses défaillances : il survient parfois une heure trouble, où\nla grâce brusquement se retire, où le plus vigilant se sent perdu dans l'ombre\net se prend à douter. Le poète a passé par ces minutes d'angoisse : sur le bleu\net le blanc de son rêve angélique, la vie brutale est venue, de moment en\nmoment, suspendre un nuage noir qui obscurcit le ciel, et sa Légende dorée,\n"}, {"page_pdf": 605, "page_imprimee": 522, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "522                               DURENDAL\n\n\nsous la trame transparente de ses allégories, le confesse humblement. Ses\nchastes pensées succombent, pareilles aux onze mille vierges, sous les coups\ndes Barbares; le rouge boucher de la Luxure égorge les trois petits enfants,\nl'Amour, l'Espérance et la Foi, qui dans le matin calme glanaient le clan­\nbonheur, et qui ont perdu leur chemin quand la nuit tomba sur les champs;\net dans la ville d'Edesse, si paisible sous ses palmes, l'orgueil, la haine, le\ndésespoir surgissent parfois... Mais l'ombre insidieuse se dissipe, la lumière\nde la grâce renaît : les vierges massacrées montent au ciel en chantant des\ncantiques d'amour; le grand Saint Nicolas ressuscite les enfants; et dans la\ncité d'Edesse, en proie aux hordes des péchés, un mystérieux messager vient\nlire une lettre du Seigneur, et la paix rentre dans les âmes...\n   Voici le dimanche des Rameaux, le Jeudi Saint, les joies de Pâques, les\nextases mariales du mois de mai — toutes les suaves ivresses du printemps\ncatholique... Voici l'Amour triomphant, dorénavant sûr de lui, qui s'avance\nparmi les fleurs : il guide l'épouse souhaitée, qui déjà tremble et s'étonne à de\nmystérieuses promesses. Ici, l'inspiration du poète s'humanise : ses vers, en\nrestant chastes, se font plus pénétrants, et leur grâce moins éthérée nous\ntouche peut-être davantage. On y sent passer le grand souffle de la nature et\nde la vie, on y sent courir la fièvre passionnée du sang et des larmes :\n\n                     Tu dors à demi, ta croisée\n                     Est ouverte sur le jardin...\n                     Quelle fraîcheur en ce matin !\n                     Il sent la rose et la rosée...\n\n                     Est-ce le rêve ou le réveil ?\n                     Tu ne sais, tu souris, il semble\n                     Qu'un cerisier clair-fleuri tremble,\n                     Et s'effeuille sur ton sommeil...\n\n\n\n            Pauvre enfant, la souffrance est l'épreuve suprême :\n            Tu le verras, souvent on souffre quand on aime;\n            Nous nous aimons, tes pleurs se mêlent à mes pleurs.\n            Et je recueille en moi ta joie et tes douleurs,\n            Comme un jardin reçoit le soleil et les pluies..\n\n  Et maintenant, voici la fin du beau songe paradisiaque. Le printemps\nmeurt, l'été s'approche, l'enfance fuit devant la jeunesse, les roses, dans les\nparterres, vont succéder aux lys; et telle est la candeur de cette âme virginale\nqu'elle s'afflige et s'inquiète de ces métamorphoses :\n\n            Mon Dieu ! voici l'Eté inconnu et troublant,\n            Voici mourir déjà les floraisons divines...\n"}, {"page_pdf": 606, "page_imprimee": 523, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "                          NOTRE-DAM E-DU-MATIN                                523\n\n\n Le temps de la Vierge est passé :\n\n           J'ai vu tantôt s'enfuir l'azur clair de ses voiles\n           Dans le silence blanc des dernières étoiles...\n\n\n           C'est la gloire de Dieu qui régne à l'horizon,\n           Et le soleil n'est plus qu'un ostensoir immense...\n\n\n            Ce sont les derniers sons des cloches matinales\n            Qui ne chanteront plus les fêtes virginales...\n\n   Et en suivant la procession de la Fête-Dieu, qui va écraser sous ses pas les\ndernières fleurs de ce printemps dont le doux miracle est fini, il semble que\nle poète conduise les funérailles de son enfance, toute vouée au culte de la\nVierge...\n                                       *\n                                      * *\n\n  Tel est, sèchement analysé, ce poème de grâce et d'amour, qui a la fraî­\ncheur exquise du matin et du printemps, et où, suivant son vœu, M. Pierre\nNothomb sut, en des accords mystiques,\n\n            Rendre le son lointain, presque immatériel,\n            Des cloches qui jamais n'ont chanté que matines\n            Et qui tintent là-bas au fond de l'Irréel...\n\n   Le goût sévère d'un puriste y relèverait aisément des imperfections de\nforme et des négligences de style, des épithètes incolores, des vers faibles, des\nrimes médiocres, des strophes cursives, des redites qui sentent l'amplification.\nCertaines pièces, même, prises dans l'ensemble, apparaissent vraiment trop\nfaciles et attestent l'improvisation, le jaillissement tout instinctif que l'art n'a\npas discipliné. Je suis de ceux qui souhaiteraient, à ces poèmes si émouvants,\nun contour plus sûr, moins brisé, une ordonnance plus harmonieuse, un\nrelief plus ferme et plus sobre; dans leur abandon spontané, les vers de\nM. Pierre Nothomb manquent de ces qualités classiques qui sont la mesure et\nl'équilibre, et qui s'imposent nécessairement aux littératures épuisées. Tout a\nété dit sur tout : ce n'est plus par sa pensée qu'un poète peut se survivre,\nc'est par la forme qui l'enveloppe et par le vers qui la chante.\n   Mais que faire à cela? Chacun suit sa pente; et M. Nothomb a suivi la\nsienne. Ces défauts de style sont communs à tous les lyriques passionnés, et\ncertes l'auteur de 1''Arc-en-ciel et de Notre-Dame-du-Matin           mérite d'être\nrangé parmi eux. Encore qu'une œuvre parfaite soit toujours supérieure à\nune œuvre imparfaite, — un poète, si grand qu'il fût, ne s'est jamais amoindri\nen s'affirmant un artiste — on trouve, dans ces poèmes inégaux et touf­\nfus, une telle ardeur, une sève si riche et un élan si naturel, qu'on oublie\n"}, {"page_pdf": 607, "page_imprimee": 524, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 983, "texte": "524                               DURENDAL\n\n\nleurs faiblesses de forme, entraîné qu'on est à son tour par le grand souffle\nqui les anime. Et l'on s'aperçoit que ces vers, parfois si lâches et si flottants,\noffrent des qualités remarquables : ils témoignent, non seulement d'un vibrant\nenthousiasme, d'un sentiment profond, d'un noble idéalisme, mais d'une rare\naptitude à gravir les sommets du spiritualisme, d'une imagination opulente\net gracieuse, d'une science déjà très sûre du rythme, d'une aisance merveil­\nleuse à traduire par les vers tous les mouvements de l'âme, — bref, des meil­\nleurs dons qui font proprement le poète lyrique. Artiste impeccable, non,\nassurément, celui-ci ne l'est pas; et, encore une fois, je ne pense pas qu'il le\nsoit ou veuille l'être jamais. Mais poète inspiré, il l'est, — et voilà qui n'est\npas commun, en un siècle où pullulent partout les versificateurs adroits.\n\n                                                               F R A N Z ANSEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison08-004", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 525, "page_fin": 532, "titre_corps": "Méditations sur la beauté du monde", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Bonté", "ancre_debut": "Méditations sur la beauté du monde (Suite) (1) XVI C'est une nuit", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 608, "page_imprimee": 525, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1761, "texte": "Méditations sur la beauté du monde\n                                  (Suite) (1)\n\n\n\n\n                                     XVI\n\n       C'est une nuit bleuâtre et souveraine où toute\n       La campagne s'efface, à p a r t un pan de route\n       Qui déroule à vos pieds quelque peu de blancheur.\n       Mais si vos yeux n'ont rien à fixer sur la plaine,\n       Là-haut, l'immensité du ciel envahisseur\n       D'une horde de feux innombrables est pleine!\n       — L a T e r r e n'étant plus que l'informe soutien\n       De votre front levé sur la campagne obscure,\n       Il semble qu'on se mêle à toute la Nature\n       E t que l'on participe au sublime entretien\n       Qu'ont entre eux les r e g a r d s des étoiles profondes !\n\n       Mais n o n ! C'est bien en vain qu'on vous demande, ô mondes,\n       Ce qu'exprime l'éclat dévorant de vos yeux,\n       A vous surtout, brillants rois ou reines des cieux,\n       O Grand'Ourse, Arcturus, Cygne et Cassiopée,\n       Dont l'intense lueur tient notre âme occupée!\n       Notre oeil qui vous embrasse, ô constellations,\n       E t croit apercevoir quelquefois vos rayons\n       Lui répondre et trembler de clartés amicales,\n       Ne découvre jamais que vos splendeurs fatales!\n\n       D'ailleurs, c'est une nuit de novembre glacé\n       E t tandis que notre œil s'est vainement lassé\n       A vous interroger, ô Nature muette,\n       Le vent froid a t r a n s i notre chair inquiète.\n       Non seulement en vain notre regard vous suit,\n       O globes, mais l'hiver semble encore nous défendre,\n       P a r ce vent qui nous chasse aigrement devant lui,\n       Le sanctuaire auguste et profond de la Nuit!\n       — Revenons sur la route au blanc pâle de cendre,\n\n(1) Voir les numéros d'avril, de mai et de juin.\n"}, {"page_pdf": 609, "page_imprimee": 526, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2073, "texte": "516                           DURENDAL\n\n\n      Car, peut-être, mon cœur, n'avons-nous pas le droit\n      D'entendre les secrets pleins d'orgueil ou d'effroi\n      Que se disent entre eux les astres millénaires!\n      Laissons derrière nous les géants luminaires\n      Flamboyer librement, dans l'ombre, sans témoin.\n\n      Que de fois j'ai souffert en ces nuits où, sans voiles,\n      Le ciel semble entr'ouvrir le palais des étoiles\n      De sentir, univers muet, ton cœur si loin !\n\n\n                                 XVII\n\n      Si parfois, la beauté me rend ton cher visage,\n      Il me le semble, ô T e r r e , impassible et lointain,\n      Combien de fois par elle, aussi, le paysage,\n      Dans le jour qui s'achève ou l'été qui s'éteint\n      Se revêt de tendresse émouvante et pudique !\n\n      Comme je te chéris, ô T e r r e , de savoir\n      Mourir avec le doux charme mélancolique\n      De tes automnes d'or qu'empourpre encor le soir!\n\n      P a r le soin que tu mets à t'éteindre avec grâce,\n      L'automne, débordant d'arbres dorés, dépasse,\n      A cause de son beau courage, le p r i n t e m p s !\n      Car si l'expansion rouge de son feuillage\n      Egale la splendeur de ton œ u v r e éclatant,\n      L'automne, ô printemps, sait le fatal gaspillage\n      Que feront de son or précieux les autans !\n\n      Oh! sois bénie, ô T e r r e expirante et sereine,\n      Qui pouvais entourer ton trépas de laideur,\n      D'avoir voulu couvrir ta mort de la pudeur\n      Que répand sur ton front la grâce souveraine\n      Des arbres surchargés de pourpre auguste et vaine!\n\n      Sois bénie, ô mourante exquise, qui pouvais\n      Attrister nos r e g a r d s de t a douleur visible,\n      De t'en aller avec la plainte si paisible\n      Qu'éveille, en t r a v e r s a n t les branchages épais,\n      La chute sinueuse et lente d'une feuille;\n      E t de ne pas vouloir que notre âme s'endeuille,\n      Puisque tu sais g a r d e r au bord du noir sommeil,\n      Que ton cœur, doucement, ô bonne aïeule, accueille\n      Le sourire nombreux d'un feuillage vermeil !\n"}, {"page_pdf": 610, "page_imprimee": 527, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1990, "texte": "     MÉDITATIONS SUR LA BEAUTÉ DU MONDE                             527\n\n\n\n\n                             XVIII\nOh! je ne me plains pas de ton indifférence,\nT e r r e , ni ne prétends que ton cœur et le mien\nSouffrent, en même temps, de la même souffrance,\nOu que mon bonheur, pâle et changeant, soit le tien !\nJ e sais que tu te dois à la foule des âmes\nDont le nombre, sur tout ton globe, est infini\nE t que l'une te hait pour ton ciel ennemi\nQui ne sait pas, devant son deuil, taire ses flammes,\nT a n d i s que l'autre passe heureuse en tes chemins\nOù la lumière d'or étale ses jeux vains!\nE t j ' a d m e t s , puisqu'il t'est, ô N a t u r e , impossible\nDe te p r ê t e r aux vœux divers des cœurs humains,\nQue tu doives rester à nos maux insensible!\n\nE t , Nature, je sais que tu te dois aussi\nAux êtres qui n'ont pas à subir le souci\nD'un cœur muable et d'une inconstante pensée :\nJ e sais que tu te dois au mont calme qui dort\nDe toute la lourdeur de sa masse lassée,\nAux chênes endormant dans leurs b r a s le soir d'or,\nComme aux blés inclinés sous la bise et l'averse\nOu le ruissellement de feu que juin leur verse.\nOr, que ferait ma plainte humaine au chêne dur?\nE t quel pouvoir aurait le faible cri de l'homme\nP o u r éveiller de leur éternité de somme\nLes monts ensorcelés sous l'impassible azur?\nE t que diraient de nos révoltes les blés calmes\nQui, depuis les vieux jours de notre race, font\nLe geste héréditaire et résigné des palmes,\nP a r qui leur être s'offre à des tourments sans fond?\nO blés qui possédez la bonté souveraine\nE t livrez votre paille infirme et votre graine\nAu broiement des fléaux et des meules, ô vous\nQui portez un amour immense en des corps grêles,\nQue diriez-vous, ô blés héroïques et doux\n De vos émois si gros pour nos peines si frêles !\n\n                               XIX\nMais si je ne t'ai pas, ô T e r r e , demandé\nDe partager ma joie éphémère ou ma peine,\nT u m'as dans ma douleur bien souvent accordé\nLes consolations de ton âme sereine.\n"}, {"page_pdf": 611, "page_imprimee": 528, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1960, "texte": "528                          DURENDAL\n\n\n      Tu le sais : je portais, bien souvent, dans les champs\n      Un cœur endolori par la vie ou les choses,\n      E t toujours la bonté large de tes couchants\n      Avait pour sa douleur des douceurs de tons roses.\n\n      Il n'était pas de fièvre, ô T e r r e , dans mon sang\n      Dont tu n'eus pas bientôt calmé l'ardeur futile\n      Au spectacle du blé penchant et blondissant\n      De résignation volontaire et tranquille!\n\n      O douceur de sentir vous pénétrer le soir,\n      E t la profonde plaine au rythme pacifique,\n      Qui semble palpiter comme un vaste dortoir,\n      E n d o r m i r vos douleurs sous sa lune magique\n\n      Ou bien, apaisement de voir autour de nous,\n      Quand nos cœurs croient parfois impossible de vivre,\n      Continuer de croître encore les blés doux\n      E t s'éployer toujours l'arbre de lumière i v r e !\n\n      — Car vous dites que la douleur, si nous voulons,\n      Ne p o u r r a pas tuer le courage de l'âme,\n      O blés martyrisés de vent qui, toujours bons,\n      Retrouvez votre souple élancement de flamme;\n\n      E t vous, pays sereins, noyés de pâle azur,\n      Dout les coteaux, hantés de quelque âme endormie,\n      P a r a i s s e n t soulevés d'un amour calme et pur,\n      O pays, conseillers de paix et d'eurythmie!\n\n\n                                  XX\n\n      N a t u r e , je vous aime aussi d'un fier amour!\n      Comme le laboureur amoureux de sa t e r r e\n      Dont il a parcouru, bien souvent, d'un pied lourd,\n      E t dont il retourna, de son labeur austère,\n      T a n t de fois, le sol cher qu'il en sait, un à un,\n      Les arbres, les sillons et le champ jaune ou b r u n ;\n      E t qu'il croit en avoir, de sa main souveraine,\n      Soupesé chaque motte et compté chaque graine,\n      J e t'aime d'un amour orgueilleux et jaloux!\n\n      Comme lui j'aime à dire à mon cœur : ce coin roux,\n      Ce jardin, cette vigne et toute cette plaine\n"}, {"page_pdf": 612, "page_imprimee": 529, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "     MÉDITATIONS SUR LA BEAUTÉ DU MONDE                  529\n\n\nOù le couchant s'affaisse avec beauté sont miens!\nCar ils virent venir mes pas quotidiens\nE t ma lèvre aspirer tendrement leur haleine,\nJ u s q u ' à ce que mon cœur, ayant communié\nLonguement à leur âme inconstante et diverse,\nP û t enfin découvrir leur visage épié\nOù leur grâce, secrète et changeante, transperce!\n\nO champs dont j'ai surpris le charme, quelque jour,\nP o u r moi vous n'êtes plus une terre étrangère,\nCar de votre beauté solennelle ou légère,\nP o u r toujours, désormais, mon cœur sera plus lourd!\n\nPaysages aimés, vous êtes ma richesse\nE t vous êtes, ô champs, ma part de l'univers,\nPuisque vous augmentez ma joie ou ma tristesse\nE t puisque je vous ai renfermés dans mes vers !\n\n\n\n                         XXI\n\nE t comme un laboureur ambitieux désire\nAgrandir son domaine ancien de sols nouveaux,\nA l'heure où le soleil sur les cimes chavire,\nOu lorsqu'il vogue encor sur les blés triomphaux,\n\nInlassables, mes yeux cherchent dans la campagne\nDes secrets inconnus de grâce ou de clarté,\nOu quelque contour, neuf et divin, de montagne.\nP o u r augmenter toujours mes trésors de beauté!\n\nEt, plus ambitieux qu'un laboureur encore,\n— Nos âmes étant plus immenses que nos mains, —\nJ e voudrais parcourir les pays que j'ignore\nE t jusqu'au bout, ô T e r r e , épuiser tes chemins,\n\nAfin de respirer de plus belles aurores\nOu d'offrir à mes sens des couchants fabuleux,\nEblouis des couleurs violentes des flores\nOu de l'embrasement maléfique des cieux!\n\nJ e voudrais tout entier t'acquérir, monde étrauge,\nE t , cités aux noms pleins de longs prolongements,\nIspahan rose ou vous qui vous baignez au Gange,\nBénarès, accueillir tous vos enchantements !\n"}, {"page_pdf": 613, "page_imprimee": 530, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "530                           DURENDAL\n\n\n      J e voudrais t r a v e r s e r d'une âme inassouvie\n      Les brûlants continents et les profondes mers,\n      J e voudrais enivrer jusqu'à la fin ma vie\n      E t fatiguer mes yeux de ta gloire, univers !\n\n\n                                  XXII\n\n      Non content d'assouvir de ta face mon âme\n      E t de courir des cieux d'une plus pure flamme\n      Où s'agrandisse encor le charme de tes traits,\n      Ainsi qu'un amoureux ingénu, je voudrais\n      P é n é t r e r ton cœur même et connaître, ô ma T e r r e ,\n      Tous les êtres auxquels tu donnes ton amour.\n      Avec ravissement, je voudrais, chaque jour,\n      Lever un coin nouveau du si profond mystère\n      Qui dérobe ton âme à mes r e g a r d s et dont,\n      Avec coquetterie, ô N a t u r e , tu joues\n      P o u r g a r d e r plus longtemps p r è s de toi notre front,\n      Ou pour voir s'embellir d'un sang pourpre nos joues!\n      J e voudrais, d'un regard toujours neuf et surpris,\n      Découvrir, chaque jour, un des êtres sans nombre\n      Que ton sein, ô Nature inlassable, n o u r r i t !\n      Car, écoute, ô mon bel univers doux et sombre,\n      J e suis fier de l'amour que toujours je t'offris!\n      N'accumules-tu pas dans ton vaste domaine\n      Plus de choses, aux plis de ton manteau mouvant,\n      Que n'en peut pénétrer, en ses j o u r s , l'âme humaine?\n      E t , taudis que nos cœurs se fatiguent souvent\n      De placer leur amour dans un être épuisable,\n      P o u r augmenter encor la joie impérissable\n      Que m'apportent tes champs, tes forêts et tes eaux,\n      Ne garderas-tu pas jusqu'au bout de ma vie\n      Des trésors inconnus et des charmes nouveaux\n       Dont s'emplira sans fin mon âme inassouvie?\n\n\n                                 XXIII\n\n      Car, ô monde, tu veux te révéler à moi,\n      Et, tandis que baignés de ta clarté sereine,\n      D'autres vont sans rien voir des a t t r a i t s de la plaine,\n      T r a v e r s e n t tes forêts augustes sans émoi,\n      Ou ne lèvent jamais vers les soirs grandioses\n      Leurs yeux inéveillés, insoucieux de toi,\n      Tu veux que je m'émeuve au mystère des choses !\n"}, {"page_pdf": 614, "page_imprimee": 531, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2004, "texte": "    MÉDITATIONS SUR LA BEAUTÉ DU MONDE                        531\n\n\nSi parfois je m'assieds devant le pré fleuri,\nTu me fais admirer la merveille suprême\nQu'est la fleur la. plus pauvre et la plus naine même,\nE t me dis que le pré le plus humble n o u r r i t\nUn peuple illimité de plantes merveilleuses !\n— Oh! qui pense aux petits du monde végétal\nE t qui songe à compter les hordes fabuleuses\nDes gramens, dont le flot, gracieux et fatal,\nMonte dès le printemps pour envahir le val\nE t tenter d'assiéger les montagnes superbes!\n\nOu tu m'ouvres les yeux sur le peuple infini\nDes insectes cachés par le fouillis des herbes\nOu qui creusent le sol de mille trous. — Fourmi,\nCigale, papillon et vous, coléoptères\nAux élytres d'argent, d'or, de pourpre ou de vert,\nVous êtes à vous seuls un immense univers!\nVous creusez sous nos pieds vos savantes artères,\nOu tissez sous nos yeux vos multiples réseaux\nE t , mêlant tous vos bruits aux chansons des oiseaux,\nVous emplissez l'été qui résonne et poudroie\nDe la vibration de vos corps fous de joie!\n\n... Or, peut-être, là-haut, astres mystérieux\nNourrissez-vous encor plus de formes vivantes,\nP l u s d'insectes peut-être étranges, plus de plantes\nAux contours inconnus, aux parfums somptueux,\nQue notre globe étroit dans l'infini des cieux!\n\n                          XXIV\n\nE t pourtant, tu le sais, le désir me consume\nDe mieux connaître encore, ô T e r r e , tes secrets !\nQuand je longe tes eaux ou quand sous tes forêts,\nAvec un doux respect, je marche, une amertume\nM'entre au cœur, chaque fois que mes yeux ignorants\nS'abaissent sur quelqu'un de tes hôtes errants,\nDont ils ne savent pas encor le nom agreste.\nE t j ' e n t e n d s un reproche, en mon cœur, chaque fois\nQu'une fleur, au calice orgueilleux ou modeste,\nS'élève près de l'onde ou sous l'ombre des bois\nSans que ma lèvre puisse en désigner la grâce!\n\nDans votre fleur alors ou bien sur votre face,\nInsectes et gramens méconnus, je crois voir\nLa tristesse de ceux qui sont bons sans espoir\n"}, {"page_pdf": 615, "page_imprimee": 532, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "532                           DURENDAL\n\n\n      E t qui, persévérant dans leur bonté suprême,\n      Suivent leur tâche utile ou charmante, quand même\n      L'homme aurait les yeux clos sur leur œuvre pieux !\n\n      Pour mieux te pénétrer, ô ma T e r r e , et pour mieux\n      Te chérir, il n'est rien que je ne veuille a p p r e n d r e !\n      Oh! je voudrais surtout incliner un front t e n d r e ,\n      Large univers, sur tes infiniment petits,\n      Sûr que plus on descend vers les plus humbles êtres,\n      Plus aussi, sous nos yeux étonnés, tu g r a n d i s !\n      Que les hommes, de jour en jour, se r e n d e n t maîtres\n      Des mystères profonds que recèlent tes champs :\n      Tu peux être propice à leurs efforts, sachant\n      Que la réalité des choses, ô N a t u r e ,\n      Dépassera toujours leurs plus vastes p e n s e r s !\n\n      Qu'ils te scrutent avec leurs r e g a r d s inlassés,\n      N'es-tu pas, ô ma T e r r e , inépuisable et sûre\n      De te montrer toujours plus splendide, à mesure\n      Que l'homme penchera des r e g a r d s plus puissants\n      Sur la fécondité de tes flancs b r u i s s a n t s ?\n\n                                                            P A U L BONTÉ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison08-005", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 533, "page_fin": 534, "titre_corps": "L’Amitié de France (I)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L'Amitié de France CE joli nom, heureusement", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 616, "page_imprimee": 533, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "L'Amitié de France\n\n                  CE joli nom, heureusement ressuscité de notre moyen âge —\n                     désigne un groupe de jeunes gens, dont l'esprit catholique\n                    est la principale raison d'être, le lien, la préoccupation\n                    constante, en eux-mêmes et autour d'eux-mêmes. Depuis\n                    cinq ans, ils se sont occupés de philosophie, de politique, au\n                    sens idéal du mot, et d'art. Leur œuvre demeurait un peu\n                    intime et un peu vague, comme il sied à des aspirations de\n                    jeunes gens, avec cette flamme secrète, cette grandeur inté­\nrieure et cette pauvreté apparente des entreprises où l'on met beaucoup d'âme\net peu d'expérience. Depuis quelques mois, désireux à la fois de préciser\nleur esprit et de l'envelopper dans une action mieux définie, ces jeunes gens\npublient les Cahiers, où, tant par des articles critiques que par des œuvres\noriginales, ils prennent rang, sous un drapeau commun, dans le combat intel­\nlectuel du temps présent.\n   Je ne puis mieux faire que de leur laisser la parole :\n\n   « Trop souvent, disent-ils, le désir des revues bien pensantes semble être de\nrivaliser d'actualité avec la mieux informée des publications neutres ou\nhostiles. Montrer qu'on peut être aussi intéressant que dans la maison d'en\nface, tel est cet apostolat négatif; le mal est exclu sous tous ses déguisements,\nmais le bien, dépouillé de son nimbe surnaturel, ne se glisse que furtivement,\nen laïque... Contre cette mollesse, nous voulons réagir. Nous réclamons et\nproclamons le catholicisme intégral, remontant et aspirant jusqu'à ses sources\nles plus hautes et les plus secrètes. Pour nous, la Foi est une vision de l'être\nqui exclut toute autre, en esthétique comme en morale et en sociologie... »\n\n  (Et voici condamné, avec une belle intransigeance, tout notre art païen\nd'aujourd'hui, à peine parfumé, chez les meilleurs, d'un vague christianisme.)\n\n  « ... Pour nous, le Christ n'est pas un inaccessible idéal, mais une person­\nnalité vivante, descendue en notre chair, se distribuant à tous dans son Eucha-\n\n\n  (1) Nous reproduisons avec plaisir ces paroles de Paul Renaudin citées dans le Bulletin\nde la Semaine de Paris. Elles sont tout à l'éloge de nos amis les rédacteurs de la belle revue\ncatholique L'Amitié de France et des Cahiers de cette même revue. Le magnifique et hautain\nidéal d'art de ces jeunes penseurs et artistes chrétiens est aussi le nôtre.\n"}, {"page_pdf": 617, "page_imprimee": 534, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "534                               DURENDAL\n\n\n\nristie. Pour nous, l'Eglise est son épouse infaillible. Pour nous enfin, le\nSacrifice de la Messe, les Sacrements, la Communion des Saints... sont des\nréalités spirituelles où se renouvellent et s'exaltent toutes nos forces. Telle est\nla sève qui alimentera nos Cahiers. Toutes les préoccupations qui préoccupent\nnotre temps seront traitées dans cet esprit; en tout, nous regarderons la\nLumière; au delà des apparences les plus humbles, nous rechercherons la vision\nde cet ordre sacré qui domine tous les temps, cet ordre qui justifie toutes les\ncréatures et les relie entre elles comme les pierres d'une ville bien construite,\nCujus participatio ejus in idipsum... »\n\n   Avons-nous entendu, depuis longtemps, d'aussi fortes paroles ? Je ne le crois\npas. Et si vous songez qu'elles sont la pensée, la volonté commune d'une élite\nde jeunes gens, dont les œuvres ont déjà commencé, par ailleurs, d'attester la\npleine et hardie sincérité, vous mesurerez mieux leur autorité, et vous\nécouterez avec joie leur retentissement dans les âmes, où elles vont réveiller,\nj'en suis sûr, de profonds échos.\n   Car je partage, quant à moi, l'optimisme des rédacteurs des Cahiers. Je\ncrois avec eux que :\n   « A cette heure des milliers d'âmes ont soif de cette eau sans cesse jaillis­\nsante; perdues çà et là, elles l'ignorent les unes les autres, et leurs élans\nretombent impuissants. Rassembler tous ces altérés au bord de la source et y\nboire tous en louant Dieu, voilà l'espoir des Cahiers... Nous venons à nos\nfrères, humblement, dans un grand désir de plus de justice et de beauté; nous\nne prétendons ni ne voulons rien apporter de neuf, mais, pleinement soumis\nau magistère de l'Eglise, nous travaillerons à ramener la sensibilité si dispersée,\nla pensée si inquiète, à cet équilibre magnifique où les maintient le règne de\nla grâce. »\n\n   Ces jeunes gens viennent à l'heure opportune. Ils ont eu, sans doute, des\nprécurseurs dans la philosophie, dans les lettres, dans l'action sociale, ils sont\nportés par le grand flot qui nous entraîna nous-mêmes, par le renouveau\ncatholique auquel nous assistons depuis une vingtaine d'années. Mais ils\nveulent y apporter leur élan personnel, et ils ont déjà commencé de le faire.\nJusqu'à présent, leur effort le plus précis est dans le domaine littéraire; ils\nont raison, c'est là que les ouvriers furent le plus rare. Les Cahiers de l'Amitié\nde France groupent des noms qui forment à eux seuls un ralliement : Georges\nDumesnil, François Mauriac, Robert Vallery-Radot, Guillaume de Brémond\nd'Ars, Paul Claudel, Francis Jammes, Emile Baumann, André Lafon. Ils\nréussiront là où leurs aînés, entraînés sur d'autres terrains, ont échoué. Chacun\nd'eux, isolément, a donné déjà la mesure ou la promesse de son talent comme\nde son zèle : réunis, ils seront une force magnifique, et qui marquera dans\nnos lettres. Et c'est pourquoi leur programme, si ambitieux sans doute, est\npeut-être aussi trop modeste : nous ne prétendons rien apporter de neuf,\ndisent-ils; eh ! que si, ils apportent du neuf, et s'ils ne le savent pas, c'est\ntant mieux, mais cela ne nous empêchera pas de nous en réjouir.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison08-006", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 535, "page_fin": 543, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES L e s L e t t r e s e t l a V i e , par", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 618, "page_imprimee": 535, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3117, "texte": "LES LIVRES\n\nL e s L e t t r e s e t l a V i e , par   FIRMIN VAN DEN BOSCH. — (Bruxelles,\n   Dewit, 1912,XVIII-237pages.)\n   On me charge de présenter aux lecteurs de Durendal le nouveau recueil\nd'études littéraires de M. F i r m i n V a n d e n Bosch. L a chose est-elle bien\nnécessaire et n e leur ai-je pas d o n n é s u r ce livre toutes les informations\nrequises en matière de compte rendu par le seul fait que je viens d'en trans­\ncrire le titre? Ils n e pensent pas sans doute que j ' a u r a i la naïve prétention d e\nleur définir, a u t r e m e n t dit de leur révéler sa façon de comprendre les lettres et\nla vie. Ils savent évidemment qu'ils retrouveront dans le présent ouvrage u n\ncritique qu'ils connaissent très bien et notamment des articles qu'ils con­\nnaissent non moins bien, je veux dire ceux qu'il a fait paraître dans Durendal.\nIls savent aussi q u e , publiés ici ou ailleurs, tous les articles réunis par\nM. Van d e n Bosch sous la rubrique Les Lettres et la Vie (1), sont animés d u\nmême esprit, u n esprit avec lequel ils sont familiarisés depuis longtemps et\ndont nous rencontrons, dès la première page d u volume, u n e manifestation\nfort significative : on se souvient d e la fête littéraire qui eut lieu le 4 mai 1909\nà Louvain, p o u r c o m m é m o r e r la fondation de la Jeune Belgique et la renais­\nsance des lettres catholiques belges. M. V a n d e n Bosch y prononça une\nvibrante allocution qu'il avait intitulée Paroles pour la jeunesse. Elle figure dans\nson recueil, n o n pas à titre de simple article, mais en guise de préface. L e\nfait n'est-il p a s des plus expressifs? U n e préface résume l'esprit d'un livre.\n M. Van d e n Bosch n ' a donc pas cru nécessaire d'en composer u n e pour le\nsien : il l'a trouvée toute écrite d a n s ses Paroles pour la jeunesse.\n   On a dit cependant q u e , d a n s ce livre, apparaissait un Van den Bosch\n« assagi », et lui-même y a glissé u n e allusion a u x « vents raisonnables de\nl'âge ». S u r ce point, il s'agit de bien s'entendre : le critique jeune et com­\nbatif qu'il fut toujours y rend h o m m a g e à Boileau pour q u i , dit-il, « notre\nâge fut un âge sans pitié ». Mais il ajoute, s'adressant au « vieux maître »\nclassique : « N o u s t'avons b r u y a m m e n t m é c o n n u parce que, t'ignorant à\ndemi, nous te jugions mal. T o n Art poétique fut placé comme un boisseau sur\nnos enthousiasmes naissants, m i s comme u n éteignoir s u r l'ardeur d e n o s\npremiers rêves, imposé comme u n e camisole de force à l'exubérance d e nos\ngestes juvéniles. » E n d'autres termes, M. Van d e n Bosch a eu jadis d e\n\n\n   (1) Voici le sommaire du livre : Paroles pour la jeunesse. Notre personnalité nationale.\nL'apostolat de l'écrivain. La revanche de Boileau. Les Lettres belges à l'Exposition\nde 1910. H e u r e s de jeunesse ( H . Carton de Wiart). Un moine écrivain (Dom Bruno\nDestrée). Albrecht Rodenbach. L e Bonhomme du Romantisme (Ch. Nodier). La littéra­\nture du divorce (Les yeux qui s'ouvrent). Nos poètes. Maurice Barrès. Le journalisme et la\nlittérature. De l'organisation des musées.\n"}, {"page_pdf": 619, "page_imprimee": 536, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3438, "texte": "  536                                DURENDAL\n\n\n  vigoureux corps à corps avec des magisters à courte vue qui, s'érigeant en\n  conservateurs des grands musées du passé, croyaient devoir pour cette raison\n  interdire au public la visite des salons artistiques modernes. Puis les « vents\n  raisonnables de l'âge » sont venus qui l'ont tout simplement ramené vers des\n  œuvres mal lues jadis, parce que lues sous les regards impératifs et les férules\n  menaçantes des dits magisters. Mais il existe en lui un homme qui reste\n immuable : c'est un homme nanti de fortes convictions chrétiennes et qui ne\n les a jamais cachées ni trouvées incompatibles avec le culte des splendeurs\n littéraires, un homme qui n'admire et n'aime pas à demi, qui extériorise ses\n admirations (comme aussi ses répulsions) avec une âme d'apôtre ou, si l'on\n veut, avec le fervent désir de se créer autour de lui des âmes-sœurs, un\n homme qui a le verbe franc et clair, des impressions vives, fraîches et person­\n nelles, enfin un homme qui se veut et se proclame ardemment attaché à son\n pays. En ce qui regarde ce dernier point, il y a lieu de faire la remarque que\n les lettres et la vie belge occupent la meilleure ou la plus large place dans son\n livre. Toujours, on le sait, M. Van den Bosch a marché en tête de ceux qui\n prétendaient doter leur patrie d'une littérature sincèrement nationale. Aussi\n le voit-on toujours préoccupé d'exprimer sa pensée en un style résolument\n « tonique », un style réagissant contre le style « atone » dont la vogue fut\nplus que florissante dans nos provinces belgiques. Cette préoccupation tient\névidemment aussi à une tendance naturelle de son tempérament d'écrivain.\nPar crainte d'être mal compris, je me hâte d'ajouter que j'apprécie beaucoup\nchez lui les soins et les habiletés de la forme : il a le style tonique, c'est-\nà-dire un style qui a du relief, du caractère, de la personnalité.\n    Assurément, je pourrais relever dans ce recueil d'études littéraires telle\nmanière de penser qui serait à discuter. Mais, dans le monde des lettres,\nil ne faut pas qu'on soit tous du même avis. Je sais, et vous qui me lisez,\nvous savez quelqu'un qui ne me contredirait pas sous ce rapport : c'est\nM. Van den Bosch.\n                                                        GEORGES DOUTREPONT.\n\n  L a m a r t i n e e t l a F l a n d r e , par HENRY COCHIN. 1912, XXVII-442 pages,\n    avec huit gravures hors texte. — (Paris, Plon.)\n    Personne n'ignore que Lamartine a toujours aimé « de s'occuper de poli­\n tique » et que ses désirs ont été largement satisfaits : ils l'ont été surtout\n en 1848 lorsqu'il joua — et superbement encore — le rôle de Sauveur de la\n patrie. Mais ce que beaucoup n'ont pas su, c'est à quel degré il fut possédé\nde l'ambition de diriger les hommes, et c'est de quel haut prix étaient les\ndiscours qu'il prononça au Parlement français. Ainsi, pour dire tout d'abord\nun mot de ce dernier point, longtemps sa politique fut taxée de nuageuse et\nde chimérique : sa gloire de poète faisait tort à sa réputation d'orateur. Il a\nfallu qu'un grand juge survînt — le Temps — pour que sa mémoire de parle­\nmentaire fût réhabilitée et pour que l'on sentît la justesse et la valeur, à la\nfois pratique et prophétique, de ses vues sur les questions qu'il avait traitées,\nquestions aussi bien techniques et spéciales que générales. Quant à sa passion\ndu pouvoir, nul ouvrage ne la démontre mieux que celui de M. Henry\n"}, {"page_pdf": 620, "page_imprimee": 537, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3603, "texte": "                                     LES LIVRES                                      537\n\nCochin, d é p u t é de l'arrondissement de D u n k e r q u e . Si je donne cette dernière\nindication sur l'état civil de l'auteur, ce n'est pas que je prétende, en ce qui\nle concerne, faire une révélation aux lecteurs de Durendal : ils connaissent\nassurément M. Cochin, ils doivent se souvenir encore des belles pages qu'il\na publiées ici m ê m e (février 1 9 1 2 ) s u r Montalembert et l'art chrétien. Mais il\nsied de leur rappeler qu'il représente à la Chambre française la région\n(la Flandre) où L a m a r t i n e se familiarisa avec les déboires et les triomphes\nde la politique : le poète des Méditations et des Harmonies fût, en effet,\nde 1833 à 1838, le d é p u t é de Bergues, et c'est précisément le récit de ses\ncampagnes électorales à Bergues qui sert à l'actuel député de la F l a n d r e ,\n M. Cochin, pour n o u s montrer combien son illustre prédécesseur eut le goût\ndes affaires publiques et, par conséquent, était loin d'être, comme on l'a trop\nsouvent pensé, u n alangui, u n pleurard en barquette et au clair de la lune. C'est\nau point que M. Cochin a pu écrire : « La gloire littéraire n'était pas le désir\nde cet h o m m e qui en avait été comblé : son désir était la vie publique. » Le\ncontraste entre ces deux désirs paraît frappant, surtout qu'il s'agit de cet\nhomme qui fut si essentiellement poète, qui a le renom (renom quelque peu\nforcé) d'être le poète le plus spontané de son époque et même de son pays.\n(Soit dit en passant, l'injure qui le blessait le plus dans sa carrière politique\net qui d'ailleurs le poursuivit longtemps était celle de « poète » !) U n e autre\nantithèse, qui n'est pas moins bizarre que ia précédente, est celle qu'on\nremarque entre la nature de sa poésie (poésie aux larges envols, aux amples\ndéploiements, aux nobles coups d'aile vers l'azur et le royaume des pensées\nmolles, fluides et magnifiquement imprécises) et l'allure de son arrondisse­\nment (un arrondissement calme, placide et même réputé prosaïque). C'est une\nréputation contre laquelle M. Cochin proteste, et il le fait avec u n e sincère\nconviction et des arguments de réelle valeur (1). Par la même occasion, il\nmontre pourquoi et comment Lamartine s'est emballé pour ses m a n d a n t s , et\naussi grâce à quelles relations d'amitié et à quelles alliances de famille il fut\namené à poser sa candidature dans ce coin de France qui ne paraissait pas\nprédestiné à l'avoir c o m m e d é p u t é . Sur cette dernière question et sur toute\nla vie électorale du célèbre écrivain dans le N o r d , « d'un grand h o m m e sur\nune petite scène », je renonce à donner des détails : ils sont trop, comme\ndisait l'autre, mais pas trop n o m b r e u x cependant. J'appelle toutefois l'atten­\ntion des amis de Durendal sur la thèse qui domine le livre, thèse qui affirme\nque L a m a r t i n e était légitimiste, mais qu'il voulut servir le Gouvernement de\nJuillet dans l'intérêt de l'ordre et de la liberté. E t notez-le bien : M. Cochin ne\nparle pas à la légère. Son livre est le fruit de longues recherches et s'alimente\nà d'excellentes sources qui sont des documents de provenance locale, des\ninformations inédites (parmi lesquelles des lettres de L a m a r t i n e et des dos­\nsiers électoraux), des j o u r n a u x de province qui sont aujourd'hui tellement\n\n\n\n   (1) Il dit toutefois, p. 25 : « La Flandre est un pays qui n'est pas indifférent par la\ncouleur, la lumière et les aspects caractéristiques de la nature et de l'homme, mais elle\nn'exerça aucune action sur l'imagination du grand poète. »\n"}, {"page_pdf": 621, "page_imprimee": 538, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "538                                DURENDAL\n\n\noubliés qu'ils ont aussi la valeur d'informations inédites. Remarquez, au sur­\nplus, qu'il n'a rien de la lourdeur et de la sécheresse que semblait devoir lui\nimposer le caractère du sujet traité. C'est un livre écrit d'une plume alerte,\nun livre pittoresque, semé de tableaux variés, où la France d'autrefois revit\navec sa vie des champs et des petites villes, ses mœurs électorales, ses\ncroyances pieuses, ses types originaux et ses salons littéraires. Oui, ses salons\nlittéraires! Et je signale, à cet égard, un piquant chapitre dans l'ouvrage de\nM. Cochin : celui qu'il intitule les Muses du Département. A l'heure présente\n— faut-il le redire? — la centralisation littéraire, plus marquée encore que la\ncentralisation politique, a condensé presque toute la République des lettres\ndans Paris. Au temps où Lamartine rêvait et conquérait ses lauriers électo­\nraux, il existait encore une activité poétique dans les départements. Sans\ndoute, je ne veux pas ignorer que le régionalisme actuellement s'y affiime\nencore plus ou moins intense d'après les provinces, mais il ne s'agit en l'occur­\nrence que d'individualités qui s'inspirent de l'esprit de terroir, tandis que,\nsous la Monarchie de Juillet, la production dite locale (par exemple dans la\nFlandre) était remarquablement abondante. Certes, je ne veux pas ignorer\nnon plus qu'elle n'était pas remarquablement artistique. Néanmoins le fait\nest là : il mérite d'être relevé, comme aussi cet autre fait que le grand écrivain\nLamartine fut admiré, aimé et imité par les honnêtes aèdes de là-bas : au dire\nde M. Cochin, « c'est surtout après son passage que l'on voit pulluler en\nFlandre les essaims poétiques ».\n                                                        GEORGES DOUTREPONT.\n\nPages de Critique et de Doctrine, par PAUL BOURGET, en deux\n   tomes (VIII-330 p. et 325 p.). — (Paris, Plon, 1912.)\n    Il y a beau temps déjà que M. Paul Bourget écrit des romans et que, par\nconséquent, il observe le train des choses humaines. Mais le spectacle de la\nvie ne l'a pas uniquement séduit en raison des fictions littéraires dont il\npouvait lui fournir l'objet. Toujours le narrateur-psychologue de Cruelle\nénigme et de Mensonges s'est complu dans les considérations philosophiques sur\nla marche des événements intellectuels qui s'accomplissaient autour de lui\net sur l'esprit des livres qui sortaient de la plume des autres. Toujours donc\nil y eut en lui deux écrivains qui naturellement, grâce aux liens du sang, se\nsont ressemblés comme des frères : un romancier et un critique. L'on sait,\nen effet, combien le romancier qui signait Cruelle énigme (1885) et Mensonges\n(1887) présentait d'affinités visibles avec le critique qui scrutait les âmes et\n les problèmes littéraires de son époque dans les Essais de psychologie contem-\nporaine ( I 8 8 3 - I 8 8 5 ) et les Etudes et portraits (1888). La même correspondance\nse remarque entre ses romans des récentes années (L'Etape, 1902; Un divorce,\n 1905; L'émigré, 1907, etc.) et ses Pages de Critique et de Doctrine qui, la plu­\npart, ont été composées de 1900 à 1912. C'est dire que si, d'un côté, nous\navons un écrivain qui représente le monde d'aujourd'hui en des tableaux\néclairés de l'esprit du christianisme, nous retrouvons, de l'autre, le même\nécrivain qui juge les œuvres de ses confrères à la lumière de ce même esprit.\nJ'ai hâte de noter toutefois que M. Bourget — dans la préface de ses Pages de\n"}, {"page_pdf": 622, "page_imprimee": 539, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3788, "texte": "                                     LES LIVRES                                     539\n\n\nCritique et de Doctrine, préface qui les dédie à M. J u l e s Lemaître, — fait\nobserver à son ami que l'évolution de sa pensée, à lui Paul Bourget, n'a pas\nété, c o m m e on l'a prétendu, une conversion : « J'ai toujours protesté, dit-il,\ncontre ce mot, q u a n d il m'a été appliqué. » E t s'adressant au pénétrant cri­\ntique des Conttmporains et des Impressions de théâtre, il ajoute : « L e plus récent\nde vos portraitistes, M. Victor Giraud, après avoir cité de vous une page\nde 1885, concluait : C'est là un réquisitoire contre l'ordre de choses existant que l'on\npourrait, sauf le ton, croire écrit d'hier. Pareillement ce recueil-ci renferme plu­\nsieurs morceaux composés à la même é p o q u e , que j ' a i pu insérer à côté\nd'autres, tout récents, sans qu'il y ait d'autre différence q u ' u n e précision plus\nnette de la pensée. » E t M. Bourget continue en m o n t r a n t que le traditiona­\nlisme (dont il s'est fait l'interprète si noblement compréhensif et l'apologiste\nsi vivement éloquent) est l'aboutissement inévitable ou logique d'une vie\nintellectuelle qui, c o m m e la sienne, s'est appliquée à l'étude de la littérature\net des m œ u r s du XIXe siècle et qui, de cette littérature et de ces m œ u r s , a\ntiré les leçons morales qu'elles contenaient.\n    L'observation nous est précieuse; elle est à retenir, encore que pourtant\nsous la forme qui l'exprime, elle mette trop d'unité dans l'existence pensante\nde M. Bourget. E v i d e m m e n t , on ne peut guère en apprécier la portée et la\nvaleur que lorsqu'on a lu le recueil qui se trouve devant nous. Ce sont des\npages de critique littéraire et de doctrine sociale, pages écrites ou prononcées\nen des circonstances diverses et qui sont groupées sous les quatre rubriques :\nNotes de rhétorique contemporaine. Notes de critique psychologique. Thèses traditio-\nnalistes. Quelques exemples. Ce sont, partout, de beaux et de grands sujets, des\nsujets qui permettent à M. Bourget de développer à nos regards les différents\naspects de sa puissante personnalité : il nous apparaît d o n c ici en critique\nlittéraire qui voit les choses à fond et de h a u t , qui volontiers élargit le thème\nde sa c h r o n i q u e livresque par l'examen de problèmes d'esthétique générale;\nen h o m m e que les questions de littérature n'absorbent jamais complètement\n et qui toujours garde le souci des graves p r é o c c u p a t i o n s politiques et reli­\ngieuses du temps p r é s e n t ; en adepte résolu de « l'Action française », c'est-\nà-dire en moraliste français qui se range parmi les adversaires irréductibles\n de l'individualisme e n g e n d r é par la Révolution de 1789 et qui professe hau­\ntement la doctrine du traditionalisme tel que l'entendirent les De Bonald et\n les Le P l a y ; en ami et m ê m e en fidèle enfant de l'Eglise chrétienne; en écri­\n vain de race qui possède et pratique avec maîtrise le bel art français de\n l'ordonnance h a r m o n i e u s e et du développement logique et serré des idées.\n    Je n'omettrai pas de dire pourtant que la bienveillance ou l'admiration\n parle quelquefois trop h a u t dans tel de ses articles (ainsi dans l'article consacré\n à T h é o p h i l e Gautier et qui manque, à mon sens, d'une condamnation du\n paganisme intellectuel de ce poète) ni que le traditionalisme n'apparaîtra\n pas peut-être aux yeux de certains lecteurs avec toutes les vertus sociales\n qu'il lui reconnaît. Mais sur cette dernière manière de voir de M. Bourget, je\n me défends d'insister : elle n'a rien qui diminue les mérites de son œuvre,\n et seuls ces mérites doivent retenir notre attention. Or, je l'ai déjà dit et je le\n répète, ils s'affirment vraiment supérieurs dans ces pages nombreuses qui sont\n"}, {"page_pdf": 623, "page_imprimee": 540, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3353, "texte": "540                                     DURENDAL\n\n\ndes portraits d'un dessin vigoureux (Taine, B a r b e y d'Aurevilly, Brune­\ntière, de Spoelberch de Lovenjoul, E d o u a r d R o d , Maurice Barrès), des\ndiscussions critiques d'une pénétration lumineuse (Balzac, Sully-Pru­\nd h o m m e , Tolstoï), des discours et des réflexions d'un intérêt très attachant\nsur quelques-unes des manifestations les plus significatives de la vie litté­\nraire et sociale des dernières a n n é e s .\n                                                              GEORGES D O U T R E P O N T .\n\n\nL a littérature et l e s i d é e s n o u v e l l e s , par ALEXANDRE MERCEREAU.\n     — ( P a r i s , E u g . Figuière.)\n     L'étonnant, le curieux livre, sûrement il fut écrit hâtivement et sans\n méthode — M. Mercereau en fait quelque part l'aveu — et pourtant comme\n il est compact, comme il est a b o n d a n t , comme on le lit avec avidité. Quel­\nques titres de chapitres au hasard : De l'état actuel des sciences hermétiques;\n F . - T . Marinetti; L'Italie et les peuples m é r i d i o n a u x ; L'opinion des reli­\n gions, des philosophes, des écrivains, des h o m m e s de science sur les femmes;\n Des questions de race et des préjugés n a t i o n a u x ; De l'année philosophique,\n littéraire, musicale, etc.\n     Il n'y a peut être pas deux personnes qui soient capables de parler de tous\nces sujets à la fois avec une égale c o m p é t e n c e ; mais pour extraordinaire\ndéjà que cela soit, ce n'est pas cela qui doit provoquer notre admiration. A\ncoup sûr il n'y en a pas deux qui soient capables d'en parler sans plonger les\nlecteurs non avertis au sein d'un ennui plus inexorable que l'inexorable\nE r è b e , mais le livre de Mercereau nous passionne. Chez lui p o u r t a n t pas de\nbroderies, pas de fioritures comme on en trouve chez ces critiques à l'usage\ndes salons poétiques; l'auteur de la Littérature et les idées nouvelles est au con­\ntraire servi par une érudition prodigieuse, et il ne la ménage p a s . Si son livre\nest d'une lecture aussi captivante, c'est qu'il fut écrit avec une sorte de fièvre\njoyeuse, u n enthousiasme si large, si ardent et si puissant qu'il ne peut nous\nlaisser indifférents.\n    D'ailleurs quelle sûreté de j u g e m e n t , quelle finesse de discernement lors­\nqu'il parle d'Aurel, de Vielé-Griffin ou de J . - H . R o s n y , quelle verve lorsqu'il\nfonce contre les corrupteurs de l'art, quel esprit d'à-propos dans ses citations,\n— et elles sont n o m b r e u s e s — quelle franchise dans ses 'sympathies et ses\nhaines, et toujours quelle probité dans ses appréciations.\n    J e n'ose pas reprendre ce livre de peur de m ' é t e n d r e trop l o n g u e m e n t sur\ndes points de détail, car il y aurait bien des choses à dire. Bien que ce soit\nun cliché et un cliché u n peu grotesque, « son livre ouvre des horizons et fait\npenser ».\n    De ces chroniques publiées mensuellement d a n s u n e revue et recueillies\nen volume, M. Mercereau a voulu tirer u n e c o n c l u s i o n ; elle est u n peu\nhâtive, elle n'est pas a m e n é e , elle sent son provisoire, au surplus elle est\nbien inutile, mais elle témoigne d'une noble et belle ferveur. Telle quelle, la\nvoici :\n    \" Nul n'admire plus que moi les philosophes et les tragédiens grecs; nul\nn'est plus passionné de Montaigne, de Pascal, de Descartes, de Corneille;\n"}, {"page_pdf": 624, "page_imprimee": 541, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "                                   LES LIVRES                                    541\n\n\nnul ne relit plus souvent ces classiques, mais si je m'abstiens des mille obser­\nvations parasitaires qui s'accrochent à moi pour m'tmpêcher de voir de haut\net de loin, je trouve le siècle où je vis au moins égal à celui de Platon, de\nRacine, de Voltaire ou de Balzac. »\n                                                                    Luc. CH.\n\n\nTraité pratique de la légitime défense, avec avant-\n  propos s u r la Crise du Droit pénal, par M. RAPHAËL\n   SIMONS, substitut du procureur du roi à Bruxelles.\n   M. Raphaël Simons est certainement l'un de nos meilleurs substituts. 11 a\nla réputation d'être sévère et très caustique ; il est même fortement accusé\nd'être atteint de cette fameuse « déformation professionnelle » — à laquelle,\npar parenthèse, n'échappent pas non plus les membres du Barreau qui voient\ndes innocents partout. — U n tel m e m b r e du P a r q u e t , traitant d'une cause\nde justification... Mais quelle surprise dès qu'on ouvre l'ouvrage : « L'étude\nqu'on va lire m'a été inspirée par le spectacle douloureux des souffrances\nimméritées dont sont parfois le théâtre les Palais de Justice, q u ' E d m o n d\nPicard appelle avec tant d'à-propos les Hôpitaux du Droit. »\n   Et le lecteur qui étudie la pensée de l'auteur, qui le suit d a n s ses dévelop­\npements serrés, se d e m a n d e , en lisant ceitaines pages, s'il n'a pas devant\nlui tel de nos g r a n d s maîtres de la plaidoirie d'assises, plutôt qu'un substitut.\n   Mais M. Raphaël Simons n'est pas seulement un juriste ayant une con­\nception fort exacte du Droit pénal, il est et a toujours été un ardent défenseur\ndes h u m b l e s . Cette qualité se révèle surtout d a n s son « Avant-propos sur\nla Crise du Droit pénal » — avant propos qui pourrait servir de schéma à\nun fort gros volume. (J'espère que M. Simons nous le prépare?)\n   I1 y signale vigoureusement certains côtés « réactionnaires et plouto­\ncratiques,» de notre civilisation : la survivance de la peine d'amende, privi­\nlège indéfendable de la fortune, — le droit de grâce, porte ouverte au favo­\nritisme et à l'arbitraire, — l'anachronisme des lois sur la chasse, — les\nrigueurs de l'article 310, etc. Enfin il revendique pour les agents de police,\nces humbles défenseurs de l'ordre, le droit, non seulement d'être armés, mais\nde faire usage de leurs armes et de ne point devoir se laisser tuer. N'en\ndéplaise aux « sentimentaux », ces théoriciens de la courtoisie envers les\ncriminels, de la régénération des repris de justice aux dépens, non d'eux-\nmêmes mais d'autrui et qui s'empressent d'ailleurs de crier « aux gendarmes »\ndès qu'ils se croient menacés !\n   Bref, nous souhaitons aux idées que remuent ces pages, non pas l'humble\ndestinée des « feuilles mortes, couche préparée à un pauvre par la Provi­\ndence » mais celle, au contraire, de la graine de sénevé dont parle l'Ecriture.\n                                                                        L. T H . L .\n\n\nP r o f i l s d e G o s s e s , par la Comtesse VAN DEN STEEN. Un vol. — (Paris,\n   Ed. du T e m p s Présent.)\n   U n e petite fille, dont la rougeole commençait à pâlir, a découpé les pages\n"}, {"page_pdf": 625, "page_imprimee": 542, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3101, "texte": "542                                  DURENDAL\n\n\nde ce livre. Sa maman pendant les chaudes après-midi de juin, rideaux\nbaissés, lui en lisait les histoires.\n    La première prit plaisir aux drôleries marolliennes, aux farces de Bou­\nboule qui veut faire craquer le pantalon du jardinier et à la. gavroche gami­\nnerie de petits polissons si lestement troussés. Mais elle s'impressionna\nsurtout de voir Charles Borlon amaigri sur ses béquilles et dans son blanc\npetit lit, tout frais, où elle n'avait plus la fièvre, elle s'attendrit en écoutant\ntousser Moineau et en se comparant à la pauvre petite Guite trépignante\nd'une si belle colère à la mort de sa maman...\n    La sienne était là, qui la bordait doucement et lui lisait les belles et tristes\npages, émue aussi...\n   Une jeune femme sensible saurait-elle ne pas être touchée par tant\nde bonté naturelle et d'ardeur contenue?\n    Elle disait l'histoire du cygne qui en allongeant au ras de l'eau les palettes\nde son bec plat humait les étoiles comme on gobe les huîtres... Puis à voix\nbasse, ces lignes frémissantes que la petite n'aurait pas comprises :\n    « J'ai grandi... un peu. J'ai vieilli... beaucoup. Mes idées, plus jeunes que\nmoi, restent en arrière et voisinent trop souvent avec celles de mes cinq ans.\n    » Oh ! pouvoir frapper du pied comme à cet âge, pouvoir crier tout haut :\n« C'est injuste, injuste! » Geste incivil, d'ailleurs inutile.\n    » Pouvoir aller librement aux cœurs semblables à votre cœur, ne pas\nconnaître les barrières du monde, imiter l'enfant qui s'adresse souriant à\nl'enfant rencontré sur la route : « Veux-tu jouer avec moi? »\n    » Jouer! C'est pleurer qui ferait souvent du bien aux grands enfants que\nnous sommes. Pleurer, la tête sur l'épaule amie, pleurer ensemble tout ce\nqui a été mal fait, mal dit, mal compris; pleurer sur les joies gâchées, sur les\nbonheurs perdus, sur les promesses trahies, sur les potins destructeurs, sur\nles mensonges des êtres aimés, sur les soupçons, sur les compromissions, sur\nles lâchetés; pleurer sur les secrets qu'on doit garder; pleurer les larmes\nqu'on doit cacher, pleurer la vie, pleurer l'injustice des créatures et du\nCréateur...\n    » Et alors, parce qu'on n'est plus seul, parce que de l'union de deux\nfaiblesses éclôt une volonté, sentir monter en soi une force nouvelle, sentir\npousser des ailes sur son esprit voûté, sentir qu'au-dessus de nos opinions\nversatiles une sagesse règne, infaillible et sereine; sentir qu'il fallait ici bas\nautant d'incompréhension, de malentendus, de douleurs et de ténèbres pour\nque plus clair et plus splendide rayonnât sur les sommets le flambeau de la\njustice divine.\n    » O justice inaccessible! Justice, vertu de luxe impossible aux\nhommes !\n    » Et qu'importe, après tout?\n    » Dans notre monde si subtil, si ondoyant, si équivoque, comment notre\nconscience pourrait-elle porter un arrêt sur autrui, cette conscience chao­\n tique, — tribunal borgne, jugeant des accusés aveugles, — où nous ne distin­\n guons pas nous-mêmes le mal du bien?\n    » Qu'avons-nous à faire de la justice? N'avons-nous pas la Bonté, la Bonté\n"}, {"page_pdf": 626, "page_imprimee": 543, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "                                  LES LIVRES                                  543\n\nsimple et toute droite, celle dont l'Ecriture dit : « Si je n'ai point la Charité,\n» je ne suis qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante? »\n   » Rien ne peut la tromper, cette Bonté-là, car elle sait qu'elle sera trompée.\nElle marche bravement, les pieds dans la boue, la tête au ciel. Elle est incon­\nsciente et charmante. Elle ne ratiocine point. Elle agit. Elle relève, elle par­\ndonne, elle réchauffe.\n   » Elle est la flamme qui se partage sans s'amoindrir. Elle se baisse sans\ns'avilir. Elle n'a pas la plus petite pierre pour la femme adultère, pas\nun caillou pour l'homme déloyal, pas même un pavé pour la bigote médi­\nsante.\n   » Elle va de l'avant sans s'occuper de l'opinion ambiante. Elle donne\nlargement, elle reçoit même parfois — monnaie bonne ou fausse. Dieu, cais­\nsier clairvoyant, fera, plus tard, les comptes sur son grand livre.\n   » Car Il est le seul qui puisse mettre au net la comptabilité incohérente de\nl'humanité. Il est le seul qui, sans cesser d'être bon, ait le droit et le pouvoir\nd'être tout à fait juste. »\n   Le livre me revint, la convalescence finie, fleurant l'eucalyptus. Cette\nodeur lui convient. Qu'un parfum de vanille affadisse tant d'oeuvres fémi­\nnines; que les poèmes émerveillés de la comtesse de Noailles mûrissent et\ngoûtent l'abricot ; ici c'est une finesse, une subtilité pittoresque, un rare enve­\nloppement, une forte douceur.\n   La comtesse van den Steen écrit comme un orateur improvise. Sa prose,\npeu châtiée, mais sûre de ses élans spontanés, s'en va, comme une jolie fille,\npas coquette.\n   Aucun scrupule littéraire n'arrête la verve poétique qui l'anime. Avec\ncertitude elle brosse un paysage ou silhouette un portrait, et au coin de ses\nespiègleries impertinentes, ignorante de son art, console et sourit.\n   Ainsi à la fois flatte-t-elle la mère, le père et l'enfant.\n                                                                           T. B.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison08-007", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 544, "page_fin": 546, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES N O S i l l u s t r a t i o n s . — N o u s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 627, "page_imprimee": 544, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2876, "texte": "NOTULES\n\n   N O S i l l u s t r a t i o n s . — N o u s donnons d a n s ce fascicule la reproduction\nde deux nouvelles plaquettes récemment frappées par la célèbre maison\nd'édition de médailles d'art de Bruxelles, F o n s o n et C i e . La musique par\nP . T h e u n i s et Les Beaux Arts par P . D u b o i s . — N o u s félicitons u n e fois de\nplus MM. P a u l et Jules F o n s o n pour les admirables éditions de médailles\nd'art de leur maison dont la réputation n'est plus à faire du reste.\n                                            *\n                                           * *\n    H e n r i C o n s c i e n c e . — On a célébré à Anvers, ces jours-ci, le cen­\ntenaire de H e n r i Conscience. Nous croyons opportun de citer à cette\noccasion la profession de foi littéraire du grand écrivain flamand. Elle est\ntoute à son h o n n e u r :\n   « En écrivant, j ' a i toujours eu pour pierre de touche l'intelligence et la\nculture des simples. Je n'ai jamais rien écrit que le peuple ne pût com­\nprendre. J e me suis abstenu de flatter les passions et de parer les vices, de\nfaire des actions mauvaises quelque chose d'aimable et de séduisant. Dans\nmon œ u v r e , on ne rencontre pas une seule intrigue immorale, pas un seul\nadultère. A défaut d'autres mérites, je puis revendiquer celui-là. La tâche\nn'a pas toujours été facile : il fallait varier les narrations, inventer de nou­\nveaux sujets, et je me privais volontairement d'un des éléments d'intérêt les\nplus utilisés par le roman m o d e r n e .\n   » On m'a reproché de flatter le p a y s a n , de décrire la c a m p a g n e sous des\ncouleurs trop riantes. J'ai peint le paysan flamand comme il s'est présenté à\nmoi. J e l'ai fait doux, paisible, religieux, patriarcal, attaché à ses mœurs\ncomme à sa terre et par là un peu rebelle aux innovations, parce qu'il m'a été\nrévélé sous ce j o u r à l'époque de ma vie où, pauvre volontaire de 1830,\naffamé, malade, je rencontrai son hospitalité et ses soins touchants. Cette\npoésie, qu'on me reproche, je ne la prête pas à mes héros : c'est eux qui me\nl'ont inspirée, je la subis.\n   » Q u ' u n autre s'arrête de préférence aux côtés défectueux et grossiers de\nl'homme des c h a m p s , je ne contesterai pas la vérité de son œuvre, je n'en\nnierai pas le mérite pittoresque. Mais est-ce assez pour dire que je me suis\ntrompé? Les héros de mon voisin ne sont pas les miens, ou, du moins, je ne\nles ai pas vus sous les mêmes couleurs. T o u t ce que je sais, c'est que\nl'écrivain sincère n'a jamais été faux. E t je crois avoir été sincère. » ( H E N R I\nCONSCIENCE.)\n                                            *\n    Maria, le nouvel oratorio que notre ami et collaborateur J o s e p h\nR y e l a n d t a composé sur un texte de Charles M a r t e n s a inspiré au critique\nmusical de l'Art moderne Ch. Vanden Borren l'éloge que voici :\n"}, {"page_pdf": 628, "page_imprimee": 545, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3442, "texte": "                                    NOTULES                                      545\n\n    \" M. Ryelandt a entrepris d'épurer l'oratorio religieux en le débarrassant\npeu à peu de tout ce qui peut le rapprocher de l'opéra et en le r a m e n a n t à la\nsimplicité dépouillée de convention que l'on rencontre dans les exemplaires\ndu genre a p p a r t e n a n t à la période des origines. Il a trouvé en M. Charles\nMartens un collaborateur de haut mérite qui, par sa connaissance appro­\nfondie des écritures, sa puissante conviction et la sûreté de son goût, sait\ns'abstraire des formules banales et puiser ses inspirations à la source sacrée,\nsans j a m a i s perdre de vue la nécessité du développement et des contrastes\nmusicaux. Après Purgatorium et l'Avènement du Seigneur, voici que M. Rye­\nlandt s'est décidé à aborder le sujet difficile, mais très conforme à son tempé­\nrament, de la Vierge Marie. I1 l'a réalisé en une courte succession de\ntableaux : Eva, Mater Salvatoris, Mater amabilis, Mater admirabilis, Mater divine\ngratiœ, dont l'ensemble forme un polyptyque à la louange de la Vierge.\n   1) L e danger était de tomber dans cette suavité mondaine à la Carlo Dolci\nque l'on peut r e p r o c h e r a la majeure partie de la musique catholique depuis\nPergolêse. M. R y e l a n d t a su éviter ces grâces fades et affectées en s'inspirant\nà la fois de l'austérité naïve et adorable de Schiitz, de la déclamation vigou­\nreuse de W a g n e r et de l'âpre et mystique douceur des harmonies franckistes :\nil ne résulte rien de disparate de la combinaison de ces divers éléments, et\nM. Ryelandt a, d'autre part, une personnalité assez forte pour ne pas se\nlaisser absorber entièrement par eux. Sa nature sincère, simple et grave se\nretrouve tout entière d a n s la grâce rayonnante de son récitatif, dans les effu­\nsions concentrées et p u d i q u e s de sa mélodie, dans l'architecture légère et\naérienne de sa polyphonie chorale. Peut-être m a n q u e t - i l encore de quelque\naudace dans sa façon de se détacher de certaines conventions du passé,\ntelles ces arpèges qui prétendent exprimer l'extase divine et qui laissent trop\naprès elles l'impression du « procédé ». N u l doute qu'un musicien si sou­\ncieux de Vérité n'arrive, d a n s sa prochaine œuvre, à conlourner cet écueil et\nà se rapprocher encore plus de l'idéal de pureté qui est le sien. »\n\n                                            *\n                                        *       *\n  L'art    flamand    e t h o l l a n d a i s . — (Mai). N u m é r o spécial, splendi­\ndement illustré, consacré à l'exposition de la miniature, dont M. Paul Lambotte\npasse en revue, avec l'érudition et le sens critique qu'on lui connaît, les\nœuvres les plus intéressantes. — (Juin). A signaler particulièrement les pre­\nmières pages d'une excellente étude de M. Joseph Destrée sur Juste de Gand.\nNombreuses chroniques d'art.\n                                            *\n                                        *       *\n  Les arts anciens de Flandre, t. V, fasc. IV. — Sommaire : Un\ntableau de Patenier (A. Memdez Casal) ; l'exposition des arts anciens du Hainaut,\nsuite et fin (Arnold Goffin). D a n s un article intitulé Les monuments de Bruges,\nM. Camille T u l p i n c k parle des heureuses initiatives des Amis de Bruges, grâce\nà la vigilance desquels plus d'une destruction redoutable a pu être évitée,\net annonce la restauration de l'Hôtel des Sept-Tours. M. le chanoine Duclos\n"}, {"page_pdf": 629, "page_imprimee": 546, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2206, "texte": "546                             DURENDAL\n\n\nfait l'historique de cet édifice. M. Van Baslelaer continue son intéressante\nétude sur les gravures et les estampes à l'exposition du XVIIe siècle.\n   Nombreuses et excellentes reproductions.\n\n                                    * *\n   L e s A m i s d e B r u g e s viennent de publier une collection de cartes\npostales illustrées reproduisant de charmantes vues anciennes de la vieille\ncité. Nous recommandons vivement à nos lecteurs cette artistique publi­\ncation, qui est d'ailleurs du prix le plus modique (60 centimes). On peut se\nprocurer cette collection en s'adressant 7, rue Cour-de-Gand, à Bruges.\n\n                                    *   *\n  Vient de paraître :\n  Au service de l'Idéal, par notre collaborateur Henri Davignon. (Bru­\nxelles, Menens; Paris, Gabalda.)\n  Nous recommandons instamment à l'attention de nos lecteurs ce livre,\nainsi que les volumes suivants publiés récemment par nos amis et collabo­\nrateurs :\n  Fumée d'Ardenne, poèmes de Thomas Braun. (Editeur Edm. Deman,\nBruxelles.)\n   Notre-Dame-du-Matin, par Pierre Nothomb. (Edition de l'Occident, de\nParis.)\n   Le livre de la Route, de Johannes Joergensen (Paris, Perrin), trad.\nde Wyzewa.\n   Les lettres et la vie, de Firmin Van den Bosch. (Bruxelles, De Wit.)\n   Le Rabaga suivi de sept contes par Blanche Rousseau. (Bruxelles,\nEditions du Masque.)\n   Les Nocturnes. Trois pièces de théâtre, par Jos. Vandervelden. (Bru­\nxelles, Lebègue.)\n   Théâtre de Paul Claudel. Première série. IVe vol. (Paris, Mercure de\nFrance.)\n   L'Annonciation faite à Marie, par Paul Claudel. (Paris, Ed. de la\nNouvelle Revue française.)\n   Trois villes saintes, par Emile Baumann. (Paris, Grasset.)\n                                      *\n                                     * *\n   Les Vertus bourgeoises, le dernier roman historique de notre ami et\ncollaborateur Henry Carton de Wiart, vient d'être publié en une magni­\nfique édition de luxe, rehaussée par 80 illustrations en couleurs d'Amédée\nLynen.\n   En vente chez l'éditeur Van Oest, 16, place du Musée, à Bruxelles.\n   10 exemplaires sur Japon, 100 francs; 45 exemplaires sur papier d'Arches,\n50 francs; 500 exemplaires sur Hollande, 25 francs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1912-livraison08-008", "volume": "ELB-AML-484382-1912-000-019_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1912-000-019_f.pdf", "ocr_sha256": "6714f43f2c6d515fb4c38abe461731f8c58fd6e7d753d4b4ee9ea30cc766b40c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 547, "page_fin": 552, "titre_corps": "In Cauda…", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Le Petit Serpent", "ancre_debut": "In Cauda Pan! Cela devait arriver", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 630, "page_imprimee": 547, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4073, "texte": "In Cauda...\n\n   Pan ! Cela devait arriver ! Epuisé par           » Trop long? Je l'avais fait pourtant\ntant de piqûres, fatigué d'avoir dépensé         aussi court que possible, et je n'y répon­\ntant d'esprit, un peu empoisonné même par        dais qu'à des faits précis. Donc, l'attaque\ntant de mauvais écrivains que j'avais mordu,     seule est libre, chez vous, et la défense doit\nj'ai à peine annoncé mon départ pour les         se contenter de la place que vous voulez\nIndes que tous mes ennemis gagnent de            bien lui accorder. . C'est extrêmement\nl'esprit! Le Comité de Durendal, alarmé          chevaleresque...\nd'une situation aussi inattendue, me rap­           » Injurieux? Eh! oui, peut-être, si c'est\npelle par marconigramme. Je reviens dare         une injure d'appeler un chat un chat (1), un\ndare. Et, vraiment, cela ne valait pas la        mensonge un mensonge, et de stigmatiser\npeine.                                           comme il convient les procédés jésuitiques\n                    ***                          de vos polémiques littéraires.\n                                                    » Mais je n'insiste pas (2).\n   En mon absence, la rédaction de la Vie\n                                                    » J'ai appris, dans l'intervalle, que vous\nintellectuelle s'était charitablement chargée\n                                                 vous étonniez fort de mes récriminations et\nde rédiger l'habituel In cauda, sachant\n                                                 que, selon les expressions de bien des\ncombien le congé que j'avais sollicité attris­\n                                                 vôtres, j'avais bien tort (3) de m'offusquer\ntait les lecteurs de Durtndal. Si j'avais su !\n                                                 de \" petites taquineries, de petites méchan-\n                    ***                            cetés sans conséquence \".\n   M. Rency lui-même ne peut vraiment sup­          » Cette inconscience me désarme et je\nporter que j'aie trouvé particulièrement         suis bien obligé de vous pardonner, puisque\nexhilarante sa dernière encyclique consa­        vous ne savez pas ce que vous faites (4). .\ncrée à prêcher aux jeunes le respect dû aux         » Néanmoins, sur un point spécial, je\nécrivains les plus méritants (propreté,          demande que vous actiez ma protestation\nordre, économie, croix civique, cinq ans de      énergique. Vous avez écrit, dans le der­\n                                                 nier numéro de Durendal, que j'avais\ntravail assidu, être au moins sous-chef de\n                                                 éreinté le Rabaga, le récent recueil de\nbureau); aussi, après avoir expédié à\n                                                 contes de Mme Blanche Rousseau.\nl'adresse du Petit Serpent un épouvantable\nfactum refusé pour manque de politesse,             » Cela est absolument, radicalement\nnous écrit-il dans le style de M. Paul Prist:    faux.\n                                                    » Afin que vos lecteurs puissent s'en\n            « Villers-la-VIlle,1eraoût 1912.     convaincre, je vous prie et au besoin vous\n    » A Messieurs les membres dit Comité de      requiers de mettre sous leurs yeux, ici\n      « Durendal ».                              même, le passage de ma chronique de la\n         » MESSIEURS,                             Vie intellectuelle dans laquelle j'ai analysé\n   » J'ai eu l'honneur, à la date du 23 juil­\nlet 1912, de vous adresser un droit de\nréponse aux petites attaques mensongères\net anonymes dont je suis l'objet dans votre\n                                                   (1) et un plon uu plon... nous sommes d'accord.\nrevue depuis plusieurs mois.                       (2) Quel dommage!\n   » Ce droit de réponse, vous me l'avez           (3) Mais pas du tout, mais pas du tout.\nrenvoyé sous prétexte qu'il était trop long        (4) Taut de grandeur d'urne vraiment nous\net qu'il laissait trop de place à l'injure.      désarme à notre tour...\n"}, {"page_pdf": 631, "page_imprimee": 548, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5061, "texte": "548                                             DURENDAL\n\n\nle très beau livre de M me Blanche Rous­                 » close, son ventre obscène se mêlaient aux\nseau :                                                   » craintes obscures de Louli .. Obscène?\n   « Voici un recueil de nouvelles de                    » Ce mot est-il employé à propos ? Que dit-il\n» Mme Manche Rousseau, qui publie trop                   » à une enfant de 8 ans? Et, plus loin\n» peu pour le plaisir de ses admirateurs.                » encore, toujours à propos du même man-\n» Le Rabaga (édition du Masque) est u n                    nequin, baptisé par l'enfant : la reine\n» récit émouvant où, très délicatement, avec             » Margot : « Personne ne l'aurait crue\n» drs doigts prudents et doux, Mme Blanche               » capable de certaines choses. Louli seule\n» Rousseau déplie et effeuille une âme de                » savait comme elle était vilaine quand elle\n» petile fille, Louli, dont la maman est                 » se renversait, impudique et toute nue, en\n» morte, — sans doute — dont le père, un                 » découvrant son vilain corps et son crâne\n» artiste, ne s'occupe guère, et dont le                 » chauve .. »\n» frère, Marcel, grand garçon élégant, dis-                 » Louli, certes, devait être singulière­\n» trait et déjà fatigué, est aussi un voleur               ment précoce pour que de pareilles images\n» qui, pris la main dans le sac, finit par se            » hantassent son cerveau.\n» suicider au dénouement. L'histoire en                     » Sept contes suivent le Rabaga. Une\n» elle-même est banale. Mais il faut voir                » idée commune paraît s'y retrouver : l'illu­\n» avec quel art M™ Blanche Rousseau                        sion seule crée le bonheur de la vie, et le\n» étudie les effets de ces événements dou­               » malheur consiste à perdre ses illusions.\n  loureux sur cette âme de petite fille. Je              » On sait avec quel charme Mme Blanche\n» lui reprocherai cependant de donner de                 » Rousseau illustre et met en scène ses\n» temps à autre droit d'asile dans ses pages             » histoires frêles où une part subtile d'intel­\n» à certaines comparaisons qui manquent                    lectualité se mêle toujours à l'intrigue\n» de convenance au sujet. Exemple :                      » sentimentale (1) »\n   « Louli fut dans la basse-cour où les                    » Je n'ajouterai rien de plus. Je dédaigne\n» poules somnolaient, accroupies sur le                  vos autres attaques et renonce au plaisir\n» ventre, dépenaillées comme des femmes                  de relever vos autres inexactitudes.. Vous\n» impudiques. »                                          avez lu mon premier droit de réponse (2).\n     Puisque c'est Louli qui voit ce spec­               Vous savez ce que je pense de la correction\n  tacle, c'est à elle que l'auteur prête la              et de la crânerie de vos procédés. Vous\n» comparaison en question (1). Est-ce vrai-              savez aussi que je suis décidé à ne plus\n» semblable ? Louli sait-elle, s'imagine-                permettre que j'en sois victime. Tenez-le-\n  t-elle ce qu'est une femme impudique,                  vous pour dit (3).\n» demi-nue et ventre à l'air? Plus loin, à                  » Veuillez publier cette lettre dans le\n» propos d'un mannequin qui se trouve                    prochain numéro de Durendal, et agréer\n» dans l'atelier de son père et qui la fascine           l'expression de mes sentiments distingués.\n» véritablement, nous lisons de même que                                               » G.   RENCY. »\n» la tête chauve du mannequin, sa bouche\n\n\n\n   (1) Absolument pas. L'Interprétation que                 L a gloire de M. Paul Prist nous ayant\nM. Henry donne aux passages cités ici et à ceux          été assez récemment révélée, le Petit Ser­\nqui suivent est tout à ,fait arbitraire, et, certai­     pent lui a fait l'honneur de prononcer deux\nnement, opposée à la pensée de l'écrivain qui est        fois son nom. A la suite de ces épouvan-\nau moins aussi Intelligente que M. Rency. De ce\nqu'un entant volt une chose Impudique Il ne s'en\nsuit pas du tout qu'il eu voit le côté impudique. Il\nen volt la laideur tout simplement. Car un geste\nobscène est laid en lui-même. Et c'est si vrai que         (1) Cela fait trente lignes Treize d'éloges, dix-\npour en écarter l'enfant on lui dit non pas « C'est      sept île maladroite Insistance dans la critique.\nImpudique cela! \" ce qu'il ne comprendrait pas,          Nous sommes aussi bien fondés d'appeler cela un\nmais \" oh! que c'est laid \". Au lieu de citer ces        érelntement, que M. Rency d'y voir un compil­\npassages, qui avec l'interprétation odieuse que          aient.\nleur donne M. Rency déparent l'œuvre admirable             (2) l'as jusqu'au bout. Vous n'y pensez pas,\nde Bl. R ... Il eut pu en citer tant d'autres qui sont   douze pages de papier grand aigle!\nde toute beauté.                                           (3) Bien entendu.\n"}, {"page_pdf": 632, "page_imprimee": 549, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5444, "texte": "                                           IN CAUDA...                                          549\n\n\ntables morsures M. Paul Prist nous écrit             plus parler dorénavant de M. Paul Prist ni\ndans le style de M. Georges Rency :                  de M. Georges Rency et de prendre enfin\n                       « Ce 25 juillet 1912          un mois de vacances. Je pars.\n         » MONSIEUR,                                                      ***\n    » Depuis longtemps déjà, dans Durendal,             Mais, sa... Pristi ! (vraiment, je vous\nje suis attaqué anonymement — lisez lâche­           assure que c'est sans le vouloir !) ne voilà-t-il\nment. Sans doute, je reconnais à quiconque           pas qu'au moment de mettre mon cha­\nen fait métier, le droit d'énoncer courtoi­          peau (1), je reçois le numéro de l'Art\nsement au sujet de mes œuvres les réflexions         moderne du 4 août. J'y trouve une réédition\nqu'elles lui suggèrent ; mais je ne saurais          de la grande encyclique dans le genre triste\njamais admettre qu'un individu, sous le              publiée l'autre jour par la Vie intellectuelle.\ncouvert de l'anonymat, me couvre de                  Elle commence ainsi :\nremarques désobligeantes, malhonnêtes et                \" II fut un temps où la littérature pré­\ndiffamatoires (1).                                   tendait non seulement peindre les mœurs,\n    » Il y a, dans les attaques dont je suis         mais ensuite les conduire et les réformer.\nl'objet de la part d'un des aspics de Duren­         Voltaire, Jean-Jacques, Chateaubriand,\ndul, une persistance malveillante et lâche           Hugo. Lamartine, même Leconte de Lisle\nque je ne puis tolérer plus longtemps, et            et Zola ne voulaient pas être de simples\nqui m'oblige à me démettre du paisible               joueurs de flûte... »\nmépris éprouvé d'abord devant cette                     Voltaire joueur de flûte, Hugo joueur de\n vilenie.                                            flûte, Leconte de Lisle joueur de flûte,\n    » Je pourrais peut-être demander qu'on           Zola joueur de flûte, voilà certes un qua­\nmette bas le masque, pour obtenir une                tuor inattendu qu'a découvert le délicat\nexplication nette et loyale, mais je sais trop       critique qui..., que..., quoi..., dont..., où...\nque toute franchise et toute probité sont               Cela continue dans ce style pendant\n lettres mortes pour ceux qui ne consentent          quatre colonnes, sur un ton d'amertume\nà frapper que lorsqu'ils se sentent à                magist... ral... Aujourd'hui il n'y a plus\n l'abri (2).                                         que de simples joueurs de flûte... Imaginez-\n    » Je me borne donc à exiger dorénavant           vous qu' « un des romans les plus vantés\n le silence (3). Je veux que ces petites infa­       parmi ceux que vit paraître la dernière\n mies cessent; et si, dans l'avenir, je ren­         saison réalise ce tour de force de se dé­\n contrais encore dans les colonnes de votre          rouler tout entier en l'espace d'un jour et\n revue une seule remarque déplaisante à              d'une nuit ! Quel triomphe ! Quel exploit\n mon sujet, je prendrais telle mesure que             digne des rhéteurs de Byzance et d'Alexan­\n                                                     drie!... Les mœurs des écrivains sont\n me dicterait le souci de mon honneur d'écri­\n                                                     abjectes. . Pour l'élection du Prince des\n vain et de ma dignité d'homme (4).\n                                                      poètes on alla, dit-on, jusqu'à acheter des\n    » Je vous prie, monsieur, et au besoin je\n                                                      voix (ô Paul Fort, élu de la corruption et\n vous requiers d'insérerma présente réponse\n                                                      de la fraude !)... Il y a M. Jules Lemaître\n dans le plus prochain numéro de Durendal.\n                                                      qui fait périodiquement des « éreintements\n    » Avec mes civilités:\n                                                     systématiques et injurieux » .. Il y a le\n                            » PAUL PRIST. »\n                                                      Petit Serpent, ce serpent qui a cent têtes,\n                      ***                             paraît-il, et dont M. Rency (car c'est lui-\n  A la suite de ces lettres qui m'ont vio­           même qui est l'auteur de cette noble page\n                                                     d'amertume, je n'osais d'abord pas le\nlemment ému, j'ai pris la résolution de ne\n                                                     nommer) nous apprend la prodigieuse\n                                                      influence : a La victime rencontre partout\n  (1) Grossières, criminelles, Intimes, scanda­      des visages souriants, ironiques. Sa fureur\nleuses.                                              réjouit fort les bons apôtres .. » Ainsi donc,\n  (2) A nous voir bénévolement Insérer ces lignes,   vous êtes furieux, monsieur Georges Rency.\nnoire distingué correspondant comprendra l'Im­       Si j'avais su, je vous assure...\nportance excessive que nous attachons à ses\nopinions.\n   (3) Bien entendu.\n   (4) Nous vous attendons, cher monsieur, respec­\ntueusement.                                            (1) Que M. Jules Destrée me le pardonne !\n"}, {"page_pdf": 633, "page_imprimee": 550, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5491, "texte": "550                                           DURENDAL\n\n\n   M. Eekhoud dans sa Chronique bruxel­                Saint Jean, dans le triptyque de Quentin\nloise du Mercure déclare qu'il y a en Bel­             Massys ». Il l'identifie plus tard au Saint\ngique trois revues qu'il met hors pair : La            Sébastien du Sodoma. »\nVie intellectuelle, La Belgique artistique et             Connaître Goethe, Shakespeare, avoir vu\n... Le Masque !!! Je me trompe peut-être,              un Matsys et un Sodoma, et avoir une\nmais j'imagine que le Masque doit être                 connaissance particulière de la giroflée,\nexcessivement flatté d'être mis sur le même            c'est vraiment extraordinaire! Ce qui ne\npied que ses deux glorieuses consœurs.                 l'est pas moins c'est la façon dont M. Ar­\n                                                       mand Eggermont, auteur de cette prose\n                      ***                              loufoque, termine son article, écrit — l'ai-je\n   La Société nouvelle — M. Georges                    dit? — à propos des Libertins d'Anvers.\nEekhoud en parle aussi et l'appelle \" la                  \" Il est peut-être téméraire de clamer\ng r a n d e (1) revue internationale \" — con­          l'enthousiasme devant l'éternité et l'ouvrage\nsacre précisément à M. Georges Eekhoud                 Les Libertins d'Anvers est Eternel !... et c'est\nun article dont nous détachons ce passage              dévotement, les yeux profonds de l'extase\nsavoureux :                                            que je crie \" Merci ! \".\n   « Son érudition tient du prodige. Cette                Il s'agit d'un très beau, d'un très beau\nérudition sert admirablement l'écrivain.               livre..    Mais ne pensez-vous pas que\nElle éclaire les situations ; elle montre les          M. Georges Eekhoud a des amis bien\naffinités ; elle pénètre l'esprit. On se rend          dangereux...\nmieux compte de la signification des cham­\nbres de rhétorique quand on se rappelle les                                 ***\nscènes du Songe d'une Nuit d'Eté L'espiègle               Etant de la fameuse commission, lui-\nPuck coiffe d'une tète d'âne le brave tisse­           même deviendrait-il auteur dramatique ?\nrand Bottom récitant son rôle. En 1840, les            Nous lisons dans le Pourquoi Pas :\nrhétoriciens anversois prirent le nom de\n                                                          « Notre confrère La Plume annonce que\nVioliers. « Ce choix du violier, de l'humble\n                                                       le programme belge de la prochaine saison\n» giroflée des murailles, pour nom et pour\n                                                       du Parc comprendra d'abord une pièce\n» emblème, demeure peut-être la plus tou­\n                                                       inédite de M Edmond Picard. M. Edmond\n   chante et même la seule franche trou­\n                                                       Picard fut le président de la fameuse com­\n   vaille de nos poètes maçons. »\n                                                       mission instituée par le gouvernement pour\n   » Un autre exemple? Les papistes pour­              étudier les moyens de favoriser le théâtre\nsuivaient les protestants. Loïet soutenait             belge. Elle aura donc eu un résultat,\nles persécutés par esprit de tolérance plu­            l'enquête ! Au surplus, peut-être après la\ntôt que par foi, car leur dogme le rebutait.           pièce de M. Edmond Picard, en jouera-t-on\nIl souhaita une entrevue avec Luther. En               une de M. Iwan Gilkin, puis une autre de\ncours de route, il traversa sûrement les               M. Georges Rency, qui sait ? »\ncontrées que désolait une terrible jacque­\nrie; celle précisément que Goethe évoque\ndans Gœtz de Berlichingen. Eekhoud en\ntranscrit quelques épisodes poignants.                    Le charbonnier Taymans — écrivain des\n L'auteur du Cycle Patibulaire ne possède              plus méritants — nous « apporte » la simi­\npas seulement la littérature; il s'est initié à        ligravure d'un bas-relief nouveau « A\nla musique; les arts plastiques lui sont               l'aurore d'un règne orienté vers les Arts »,\nfamiliers. Il voit le jeune couvreur sous les          par Ferdinand Gysen. Il nous « apporte »\ntraits du « gentil gamin juché dans un                 aussi un commentaire de l'œuvre de Gysen,\narbre pour mieux assister au supplice de               par Georges Rency, directeur de la Vie\n                                                       intellectuelle, et il enjoint à tous ceux qui\n                                                       aiment le Beau et le Bien de lire « avec\n                                                       ferveur cette belle page » que M. Georges\n  (1) D'autre part MM P. André et F. Larcler font      Rency déclare avoir écrite à un moment où\nsavoir au public que la Belgique artistique est        il était t remué jusque dans les racines de\n\" notre grande revue nationale ! \" Ou avait déjà les\n                                                       son être ! » (Vie intellectuelle du 15 mai.)\ngrands hôtels : \" Grand Hôtel de la Plage \",\n\" Grand Hôtel de l'Univers \", etc., etc., c'est le     Tout le monde admirera avec M. Rency la\ntour des revues, parait-Il; a quand la grande Vie      façon habile et artistique dont M. Gysen a\nIntellectuelle?                                        exprimé dans le portrait du Roi « la\n"}, {"page_pdf": 634, "page_imprimee": 551, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4842, "texte": "                                          IN CAUDA...                                      551\n\n\nrobustesse elegante de tout son visage »               » Ces vers sont de je ne sais qui... Mais\n(Vie intellectuelle, même date). Il est évident,    » je me souviens de ces vers Et voilà\ncomme le dit si bien M. Rency, qu' « il             » pourquoi je reste aux Variétés.\nfaudrait être singulièrement malveillant ou                            » EVE LAVALLIÈRE. »\ninintelligent pour découvrir quoi que ce               Le petit Serpent a déniché, sous une\nsoit de courtisanesque » dans l'affection           épaisse touffe de myrtilles, l'anonyme\ndont « le monde des Arts tout entier entoure        auteur de ces vers qui privent la Comédie-\nle couple royal ! » (Vie intellectuelle, même       Française du précieux et charmant con­\ndate.)                                              cours de Mlle Eve Lavallière : c'est notre\n                                                    ami Adolphe Hardy. Craignant apparem­\n                                                    ment le courroux de Claretie, il avait fui\n  Nous lisons dans le Pourquoi Pas? du              vers les Ardennes en apprenant par les\n8 août :                                            journaux le sensationnel événement que\n  « B I E N RÉPONDU.                                l'on ne manquerait pas, aussitôt son ano­\n  \" Il nous revient que Gil Blas — dans sa          nymat dévoilé, d'imputer carrément à\ncorrespondance de Belgique — a pris la              quelque sourde manœuvre de son esprit\ndéfense de deux de nos hommes de lettres.           d'intrigue, bien connu à Paris...\nL'un n'est pas nommé, il est désigné comme             Le petit Serpent l'a rassuré, et, se fiant\nexerçant la profession de capitaine d'artil­        à sa prudence, le poète n'a pas hésité à\nlerie ; qui ça peut-il bien être ? L'autre, c'est   suivre à Bruxelles ce reptile, dont les\nM. Rency lui-même                                   habitudes tortueuses n'étaient pas faites\n   » Gil Blas assure que l'honorable capi­          pour l'étonner Son fastueux bureau de\ntaine et l'honorable M. Rency lui-même ont          Secrétaire général du Journal de Bruxelles\nété l'objet de plaisanteries plus ou moins          se trouvait déjà encombré d'un monceau\npiquantes. Nous tenons à rendre un public           de lettres parfumées, où les plus belles\nhommage au service d'informations de Gil            actrices d'Europe et d'Amérique lui\nBlas et, s'il le faut, nous nous joindrons à        offraient leur sourire en échange d'un son­\nlui pour demander que la gentdelettres soit         net Il y avait également, dans cet énorme\nbonne pour les capitaines et pour les mon­          courrier, quelques vers assez bien tournés,\nsieur-rency-lui-même.                               mais imitant à s'y méprendre la manière\n   » Des attaques (?) en question. Gil Blas         de l'heureux poète ; nous en détachons ce\nécrit, d'une façon vengeresse, qu'elles sont        quatrain :\nabsolument dénuées d'esprit.                                   Si l'ombre du lierre\n   » C'est tapé. »                                             Couvre ton abri,\n                       ***                                     Mets-y Lavallière\n                                                                  Qui t'a souri...\n   U N CHANÇARD!\n   Toutes les feuilles publiques des deux              Ces vers sont, naturellement, de\nMondes ont inséré cette grave nouvelle :            M. Henri Liebrecht ..\n   \" Un aimable incident a marqué ces                  On annonce, aux dernières nouvelles,\njours derniers le déjeuner offert par               qu'Adolphe Hardy a résolu de ne plus\nM. Pierre Wolff à ses interprètes, à l'occa­        porter que la cravate dite \" Lavallière \".\nsion de la centième des Marionnettes à la           La croix de chevalier de Saint-Grégoire\nComédie-Française.                                  le Grand vient d'être décernée par S. S.\n   » Mlle Eve Lavallière déjeunait dans le          Pie X à l'ambitieux poète, mais on ne sait\nmême restaurant, et M. Wolff lui fit en­            si cette distinction se rattache de loin ou\nvoyer une invitation qui disait, en sub­            de près à l'incident Eve Lavallière : la\nstance : « Profite du voisinage de la Comé­         nonciature de Bruxelles reste muette à cet\n  die-Française pour y entrer. »                    égard.\n   » La spirituelle comédienne répondit :              Et voilà où mène la Route enchantée!\n   » Crois-moi :\n             Si la vigne ombrage\n             Ta vieille maison,                       O U PEUT MENER LA LECTURE D' \" OR­\n             Borne à son feuillage                  PHEUS \". — Le Gil Blas, ayant insinué que\n             Tout ton horizon.                      le succès de M lle Gaby Deslys dans un\n"}, {"page_pdf": 635, "page_imprimee": 552, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1869, "texte": "552                                     DURENDAL\n\n\n\nmusic-hall de Paris était dû à d'autres         voir supposer que le régime de la Crète\nraisons que des raisons d'art, se voit assi­    était une sorte de gynécocratie où floris­\ngné en dommages-intérêts. M. André du           sait le matriarcat, M. Reinach estime que\nFresnois, dans sa « Lettre de Paris » à la      M. de Bruyn est au courant et ne manque\nVie intellectuelle prend occasion de cet écho   pas de savoir, mais il trouve qu'il manque\npour faire étalage de sa connaissance de        parfois de goût.\nl'histoire des religions, en ces termes qui       Naturellement !\nvont faire rêver les Papous : «Nous avons\nprononcé le nom de Mlle Gaby Deslys. Chut !\nchut ! Pas si haut. Car Mlle Gaby Deslys est      MÉTAPHORES POLITIQUES. — M . G o b l e t\n\" tabou \". C'est un très joli \" totem \", mais   d'Alviella — qui écrit avec une truelle —\nqui se venge quand on l'agace. » Pour l'amour   découvre dans la Revue de Belgique la. cause\nde Reinach !...                                 de l'échec électoral des libéraux et socia­\n                    * **                        listes : « Nos plate-formes renfermaient de\n                                                regrettables lacunes... »\n  LE GOUT DE SALOMON REINACH. —\nM. Reinach rend compte dans la Revue\nArchéologique (4e série, tome XVIII) de\nl'essai de M. Edmond de Bruyn : De la             VERS L'ACADÉMIE : « En Belgique comme\nJupe divisée et de l'Idéal grec                 en France ne visent à l'ACADÉMIE que les\n   Comme M. de Bruyn s'était respec­            pions de première classe et les littérateurs\ntueusement demandé si ce n'était pas            de deuxième classe » (Bob, La Chronique\nparce que les femmes y portaient la culotte     du 18 août).\nque l'éminent archéologue avait cru pou­                             L E P E T I T SERPENT.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 566, "texte": ""}, {"page_pdf": 567, "texte": ""}, {"page_pdf": 568, "texte": ""}, {"page_pdf": 569, "texte": ""}, {"page_pdf": 570, "texte": "           Plaquettes frappées\npar la Maison d'édition de médailles d'art\n            FONSON & Cie\n\n\n\n\n               LA MUSIQUE\n            (ŒUVRE DE P. THEUNIS)\n\n\n\n\n             LES BEAUX-ARTS\n           (ŒUVRE DE P.   DUBOIS)\n"}, {"page_pdf": 571, "texte": ""}, {"page_pdf": 572, "texte": "                  L'Illusion féministe\n\n                         MESDAMES,          MESSIEURS,\n\n\n\n\n                IL n'y a rien de plus ingrat ni de plus délicat que\n                   d'entretenir le grand public d'une question\n                   encore pendante devant l'opinion et qui pas­\n                   sionne l'opinion. L e moindre des risques que\n                   vous couriez à l'entreprendre, c'est d'être mal\n                   compris, tant il y a de causes de confusion et\n                   d'égarement qui concourent à embrouiller ces\nsortes de questions et à fausser le j u g e m e n t de la foule.\n   D'abord, tout le monde en parle à la fois, et vous n'ignorez\npas que q u a n d tout le monde parle à la fois, généralement ce\nn'est pas de la lumière qui en résulte — à preuve les Parle­\nments. T o u t le m o n d e en parle; les gens tout à fait compétents,\npuis les gens plus ou moins compétents et puis... les gens pas\ndu tout compétents, et je vous prie de remarquer que les pre­\nmiers constituent, en toutes questions, une vénérable minorité,\nles derniers, une imposante majorité. Pourtant, toute restreinte\nque soit l'élite de ceux qui savent de quoi ils parlent, cela\nn'empêche nullement, au contraire, qu'il y ait place en son sein\npour deux partis nettement distincts, si distincts qu'ils en sont\ncontraires et par conséquent extrêmes. Avec la rage d'exagérer\nqui caractérise les partis extrêmes, voici que se constituent dans\nle champ de la dite question, les positions avancée et rétrograde,\nprogressiste à outrance, conservatrice mordicus, entre lesquelles\nles honnêtes gens sont réduits à errer comme des âmes en peine\nà la recherche du centre; voici que volent et s'entrecroisent,\n\n\n (1) Conférence donnée à la Salle Mercélis, le 17 janvier 1912.\n"}, {"page_pdf": 573, "texte": "490                             DURENDAL\n\n\n  obscurcissant la lumière du sens commun, des nuées d'argu­\n ments pour et contre, tirés et forcés, radicaux, paradoxaux...\n      C'est alors que se jette dans la mêlée la troupe plus considé­\n rable des gens à moitié informés. L e u r tactique est universelle­\n ment celle-ci : saisir la question par le tout petit bout qu'ils en\n ont compris (et qui, pour l'ordinaire, est tout à fait secondaire)\n et r a m e n a n t tout à ce détail futile, s'obstiner à en faire le pivot\n sur lequel s'équilibre et tourne le monde. Et ils n'en démordront\n point, car en outre — ce qui aggrave tout — ils sont essentiel­\n lement têtus comme des chèvres.\n      E t ce n'est pas tout : après les compétents qui se passionnent\n et qui outrent, et les demi-compétents qui se butent et font\n dérailler, il y a les purs incompétents qui sont, eux, simplement\n intéressés, et qui, à ce titre, s'affolent, ou qu'on affole, et qui\nalors jettent dans le désarroi universel des cris aigus, au petit\nbonheur, comme si on méditait de les égorger.\n      P e n d a n t ce temps-là, la question, bousculée et tiraillée, lente­\nment se tasse, se fixe et se fait : les tâtonnements pratiques\nr a m è n e n t à la mesure, les fiascos font toucher du doigt les uto­\npies, bref, la Vie qui est la grande maîtresse de vérité, la vie\n finit par la faire voir à tous, lumineuse et b o n n e . . . E h ! bien,\nj ' e n t r e p r e n d s de vous parler aujourd'hui d'une questionpareille,\nencore p e n d a n t e , furieusement passionnante, écartelée par des\npartis extrêmes, ravagée par les évolutions désordonnées d'une\nfoule d'amateurs mal informés, dominée enfin par un tumulte\nde cris (qu'on appelle des revendications) où la voix des tribuns\nse mêle au glapissement des suffragettes : j'ai n o m m é et vous\navez reconnu la question féministe.\n                                       *\n                                   *       *\n  L a question féministe n'est point récente, au moins si on la\nconsidère non pas sous l'aspect de telle ou telle revendication\nparticulière que comporte son programme m o d e r n e , mais dans\nce qui constitue son âme et son principe, je veux dire l'éman­\ncipation de la femme, l'allégement du joug prétendu trop\nécrasant que l'égoïsme masculin lui imposerait depuis toujours,\nle nivellement des deux sexes. Ainsi considérée, c'est une\nquestion en s o m m e relativement ancienne et qui a commencé\nde s'agiter sourdement d a n s la société dès que le mystérieux\nlevain de l'évangile y eut commencé son travail profond. Le\n"}, {"page_pdf": 574, "texte": "                         L'ILLUSION FÉMINISTE                           491\n\nféminisme, en effet, est un produit, et non le moindre assu­\nrément, de l'idée d'égalité; et l'idée d'égalité, vous ne l'ignorez\nsans doute pas, date exactement, sur notre planète, du moment\noù se leva la lumière du Christ. D a n s l'antiquité, les hommes\nsont inégaux, inégaux comme s'ils étaient fabriqués d'une\nétoffe essentiellement différente, de qualité supérieure chez\nceux-ci, moindre chez ceux-là. L e grec est supérieur au bar­\nbare; l'homme libre supérieur à l'homme esclave; le circoncis\nest supérieur au gentil; le romain, lui, est supérieur à tout.\nC'est sa conviction tranquille et profonde, c'est son dogme... et\nil faudra les F r a n c s , les Wisigoths et les H u n s pour jeter bas\ncette naïve croyance en même t e m p s que l'Empire. De m ê m e ,\nl'homme est supérieur à la femme; c'est un autre dogme et\ndont l'homme antique est tout aussi tranquillement convaincu.\nJe sais que l'homme moderne n'a pas tout à fait renoncé encore\n à cette manière de voir; mais du moins, n'a-t-elle plus chez lui\n ce caractère absolu d'axiome indiscutable et indiscuté, égale­\n ment admis par la résignation passive de la femme et par\n l'égoïsme avantageux de l'homme. Avant de se traduire en des\n programmes précis faits de revendications déterminées, l'idée\n féministe d'égalité avait creusé son sillon intérieur dans l'esprit\n et le cœur des h o m m e s ; ce n'est même qu'à la faveur de ce\n travail tout intime que le programme extérieur d'affran­\n chissement a pu être institué et qu'il a quelque chance\n d'aboutir dans la pratique de la vie. T o u t e s les émancipations\n sociales dont l'avènement du christianisme a été le signal ont\n procédé de la même m a n i è r e ; aucune n'a éclaté brusquement, à\n la manière des élans révolutionnaires, par la violence des armes ;\n mais toutes se sont opérées lentement, comme une germi­\n nation, par la force de pénétration et d'expansion de l'idée à\n quoi rien ne résiste, l'idée divine d'égalité. « Il n'y a plus ni\n grec ni barbare, ni libre ni esclave, ni juif ni gentil, ni h o m m e\n ni femme, il n'y a plus que des êtres humains en Jésus-Christ ! »\n  C'est cette parole de l'apôtre Paul qui déchaîne l'irrésistible\n courant d'égalitarisme d'où sortiront les plus grands boule­\n versements religieux et sociaux que le monde ait encore connus :\n  Dieu pour t o u s ! il n'y a plus ni juif ni gentil, le prépuce vaut\n la circoncision; l'ère est close des religions p a r t i c u l a r i s e s et\n  des nations élues; Pierre et les autres apôtres judaïsants auront\n  beau hésiter et s'effrayer, le Christ a ouvert ses bras à tous les\n"}, {"page_pdf": 575, "texte": "492                           DURENDAL\n\n\nhommes et tous les hommes (rien ne les arrêtera) s'y préci­\npitent!... L a liberté pour tous! Il n'y a plus ni h o m m e libre ni\nesclave; l'ère est close de l'inique partage de la société humaine\nen bétail de somme qui a toutes les charges et en maîtres\njouisseurs qui ont tous les d r o i t s ; les maîtres auront beau\ns'effarer et crier au scandale, P a u l renvoie à P h i l é m o n son\nesclave Onésime, lequel a mérité la mort pour s'être enfui de la\nmaison du maître et au lieu du châtiment, il d e m a n d e l'affran­\nchissement de cet h o m m e au nom du Seigneur. Il faut lire\ncette lettre à Philémon (qui est comme « la charte d'émanci­\npation de l'esclave par le Christ ») (1), pour comprendre ce\nqui s'ensuivit, ce qui devait s'ensuivre : la suppression lente\nde cette abominable iniquité de l'esclavage, l'élévation pro­\ngressive de la classe prolétarienne issue de cette caste serve;\nson élévation j u s q u ' a u tout premier degré de l'échelle sociale,\nje veux dire le gouvernement de la cité, d'abord dans des\nproportions inégales, puis, par le suffrage universel, sur un\npied d'égalité parfaite vis-à-vis du reste de la nation.\n    Comprenez-moi bien, je vous p r i e ! . . . J e constate, je n'admire\np a s ; je signale, je n'approuve p a s ; je rattache historiquement\ntous ces grands mouvements sociaux à la révélation d'égalita­\nrisme du Sauveur, je ne prétends pas que l'idée du Sauveur ait\ntoujours été ingénument comprise, ou que toutes les appli­\ncations qu'on en a tirées aient toujours été les meilleures, ni\nseulement qu'elles aient toujours été légitimes et morales.\nMême, il me serait facile de montrer que cette idée divine\ns'est singulièrement adultérée en cours de vie et que la notion\nd'égalité empruntée par la Révolution à la philosophie de Jean-\nJacques et léguée après au monde moderne (qui la modifie\nencore) ne ressemble plus que très vaguement à celle que Paul\njetait au m o n d e romain stupéfait, et qui fut si féconde.\n    E t en effet, le principe d'égalité des hommes entre eux, est\npour l'Apôtre, dans un élément en partie étranger à l'homme,\nc'est-à-dire dans le rapport existant entre l'homme et Dieu;\ntandis que le principe de l'égalité moderne (l'égalité, comme\ndit Fichle, « de tout ce qui a face h u m a i n e ») n'est pas autre\nchose que cette c o m m u n a u t é même d'espèce, cette solidarité de\n\n\n   (1) Ketteler.\n"}, {"page_pdf": 576, "texte": "                       L'ILLUSION FÉMINISTE                        493\n\nnature, ce frisson sacré de la race qui se reconnaît elle-même\net qui s'aime identiquement dans tous ceux qui lui renvoient\nsa propre image. Les hommes sont égaux, selon P a u l , parce\nqu'en dessous, profondément en dessous de toutes ces misé­\nrables différences spécifiques qui sont les nationalités, les\ncouleurs, les sexes, les cultures et les civilisations, en dessous\nde tout cela il y a un élément commun, infini et sublime, et\nqui n'est autre que la participation étroite, par le moyen de\nJésus-Christ, à la nature divine elle-même. Les hommes sont\négaux, aux yeux des égalitaristes d'aujourd'hui par la seule\ncommunauté de nature h u m a i n e , c'est-à-dire parce qu'à les\nconsidérer dans leurs éléments essentiels, ils reçoivent de la\nnature la m ê m e destinée, le même droit de la réaliser et les\nmêmes moyens généraux d'y parvenir... Pour Paul, l'homme\nest égal à l'homme, parce que les inégalités qui existent\nd'homme à h o m m e disparaissent devant l'infini, devant la\nmort, devant l'éternité... Pour Jaurès et Bebel, l'homme est\négal à l'homme parce que ce sont deux hommes, et les inéga­\nlités qui existent néanmoins d'homme à homme doivent dispa­\nraître devant l'humanité c o m m u n e , dans la vie et dans le\ntemps!...\n   U n e différence aussi profonde dans la façon de concevoir la\nracine de l'égalité h u m a i n e , devait nécessairement engendrer\ndes conséquences profondément différentes tant au point de vue\nmoral qu'au point de vue social. E t c'est ce qui fut...\n   Mais j ' o u b l i e que tout ceci n'est qu'une parenthèse pour vous\nexpliquer comment la question féministe est une question très\nancienne, qu'elle n'est, en somme, qu'un des multiples mouve­\nments d'émancipation auxquels le livre du Christ a donné le\nbranle initial, j a d i s ! . . .\n   Toutefois si le principe est clair et indéniable de l'égale\ndignité des sexes, si ce principe entraîne comme conséquence\ninévitable que la femme doit obtenir ici-bas un sort égal à celui\nde l'homme, par des assurances également efficaces, accordées à\ndes droits également sacrés, encore ne faut-il pas pousser trop\nà fond cette assimilation l'un à l'autre de deux êtres qui, malgré\ntout, ne sont pourtant pas tout à fait identiques (vous m'accor­\nderez au moins ce minimum?). Que la femme soit émancipée,\nc'est pure justice, et parmi les hommes qui réfléchissent, on\nn'en trouvera guère, je crois, qui n'accordent que cette émanci-\n"}, {"page_pdf": 577, "texte": "494                            UURENDAL\n\n\n\npation s'impose : on retrouve encore dans trop d'endroits (dans\nle code n o t a m m e n t , et à l'école, et au foyer, et dans les manuels\nd'éducation des filles, et surtout dans le fond du jugement\nsecret que l'homme porte sur la femme), on retrouve trop de\ntraces du mépris séculaire dans lequel le sexe faible fut tenu\npar celui qu'on dit fort — je ne sais trop pourquoi, à moins qu'il\nne s'agisse de la force qui se mesure au d y n a m o m è t r e .\n    Mais il est une chose que, dans l'ardeur généreuse de rendre\njustice à la femme, on semble parfois perdre de vue, et c'est\nque l'émancipation d'un être ne doit et ne peut se faire que dans\nles limites et suivant les directions que comporte la nature\nspéciale de cet être. Or, je le répéte, on m'accordera, tout au\nmoins, que la nature féminine diffère assez sensiblement de la\nnôtre et, par suite, il sera utile de noter ces différences pour\ntracer les voies particulières de progrès dans lesquelles on pré­\ntend engager cette intéressante moitié du genre h u m a i n .\n    Calquer benoîtement le programme des revendications fémi­\nnines sur l'état des acquisitions masculines, ce serait (c'est,\nfaut-il dire, car on l'a fait déjà), c'est commettre le sophisme\nassez grossier qui confond en logique l'égalité avec l'identité,\nqui déduit, en géométrie, de l'équivalence de deux figures la\ncorrespondance de leurs contours; bref, c'est vouloir sous pré­\ntexte de mettre la femme sur le même pied que l'homme, les\nmettre tous deux sur un seul pied, c'est vouloir faire d'une\nfemme un h o m m e , c'est rêver la chimère!\n    Non! le progrès que l'on rêve pour la femme sera dans l'axe\n de sa nature ou bien il ne sera pas !\n    Je suppose (et cette supposition est uniquement pour faire\n comprendre ma pensée et sans aucune intention de comparer),\nje suppose, comme l'a fait Swift, qu'un beau jour, la plus noble\n conquête que l'homme ait jamais faite (il s'agit du cheval),\n s'étant élevée progressivement des ténèbres de l'animalité pure\n à la lumière de l'intelligence, prenne donc conscience qu'elle\n vaut l'homme, et entreprenne de réaliser l'émancipation du\n cheval, depuis Rossinante jusqu'à Pégase inclusivement. Certes,\n on pourra louer le sentiment et même proclamer la justice du\n mouvement h i p p i s t e ; mais tout qui a le souci de l'amélioration\n de la race chevaline, conjurera les législateurs et les sociologues\n chargés de dresser le plan de la république nouvelle, de consi­\n dérer avant tout la nature du cheval, son anatomie, sa physio-\n"}, {"page_pdf": 578, "texte": "                       L'ILLUSION FÉMINISTE                        495\n\n\nlogie et sa psychologie et, par exemple, on recommandera\ninstamment, malgré l'égalité qu'on avouera entre lui et le\nbipède-homme, de continuer à le laisser marcher à quatre\npattes, au nom de cette anatomie, comme aussi de lui garder\nson régime exclusivement végétarien, au nom de cette physio­\nlogie. « Ce n'est pas le tout, Messeigneurs les Chevaux, d'être\ndes vertébrés mammifères, doués d'intelligence et de libre\narbitre, il faut encore voir l'espèce d'échiné que Dieu vous a\ndonnée, et l'espèce d'estomac. Q u a d r u p è d e s vous êtes, quadru­\npèdes restez! Herbivores vous êtes, restez donc herbivores!... »\nVous comprenez, Mesdames?...\n   I1 en va de même pour l'émancipation du sexe. Dans cette\nquestion de la réforme féministe (comme dans toute question\nsociologique et morale du reste) il faut en revenir au sage prin­\ncipe d e la philosophie antique. « Naturam si sequemur ducem,\nnunquam aberrabimus. — A prendre pour guide la nature, il n'y a\njamais d'erreur. »\n   C'est, en effet, que tout est écrit dans notre nature et tout y\nest indiqué, nos devoirs, nos possibilités, l'aiguillage spécial\nde nos activités, l'occupation particulière de notre existence, la\nsuprême destination de notre vie, tout, absolument tout, se\ntrouve dessiné en linéaments profonds dans la structure intime\nde notre être, et physique et moral.\n   J'accorde que c'est une opération singulièrement délicate de\nlire ainsi la destinée dans les lignes secrètes de l'être; que l'on\ns'y expose parfois à d'étranges illusions, que l'on peut donner,\nce faisant, dans des exagérations qui font sourire, comme par\nexemple, ce bon, ce très bon Chantecler, quand il invite la petite\nfaisane ébaubie à déduire sa destinée coqueriquante de la forme\nen trompette de son corps de coq :\n\n          Regarde-moi, faisane, et s'il se peut\n          Tâche de découvrir toi-même peu à peu\n          Cette vocation dont ma forme est le signe.\n          Reconnais tont d'abord mon destin à ma ligne\n          Et que, courbé comme une trompe, m'incurvant\n          Comme une espèce de cor de chasse vivant,\n          Je suis fait pour qu'en moi le son tourne et se creuse\n          Ainsi que pour nager est faite une macreuse!...\n   Il faut pardonner à Chantecler, qui est poète, cette applica-\n"}, {"page_pdf": 579, "texte": "496                           DURENDAL\n\n\ntion lyrique d'un principe parfaitement vrai, et n'en pas moins\ncontinuer à regarder très soigneusement un être dont on veut\ndiriger plus ou moins l'activité de vie, car encore un coup, cette\ndirection est inscrite dans l'être lui-même et si celle que vous\nlui imprimez de l'extérieur ne prolonge pas celle qu'il porte en\nlui, vous fausserez et détraquerez une vie...\n   J e ne sais si la fonction crée l'organe comme l'imaginent ingé­\nnieusement les transformistes, mais, ce qui est sur, c'est que\nl'organe révèle la fonction. Or donc que révèle, à l'analyse, cet\norgane physique, moral et social qui a nom la femme? T e l l e est\nla première question que doit résoudre celui qui veut se mêler\nde féminisme. E t la réponse à cette question n'est point dou­\nteuse. J a m a i s on n'a varié là-dessus, sauf peut-être à la fin de ce\nsiècle si intelligent (qui est le nôtre), si intelligent qu'il a fini\npar pousser l'intelligence j u s q u ' a u déséquilibre.\n   Dès les toutes premières origines de l'humanité, au seuil de\nl'un des plus vieux livres du monde, on rencontre la femme, et,\nchez l'homme, la curiosité de la définir. L e premier h o m m e la\ndéfinit deux fois : de prime abord, ce qui le frappe c'est la com­\nm u n a u t é de nature, qui existe entre eux deux, et il le traduit\nénergiquement en l'appelant Ischa, comme qui dirait « ma\nréplique »; mais après, la connaissant mieux, il la nomme par\nsa différence spécifique, par la note particulière qui la distingue\nde lui, par la destination profonde de son être de femme, par le\nmot sacré qui la résume tout entière, il la nomme de son beau\ngrand nom radieux et troublant, Heva, c'est-à-dire la vie!...\n   Ce que l'homme primitif avait découvert ou senti avec toute\nla sûreté de son instinct neuf, l'homme d'après, et à toutes les\népoques après, et avec une précision de plus en plus scientifi­\nquement motivée, l'a d é m o n t r é . L a médecine ancienne avait cet\nadage : « Tota millier in utero. — L a femme tout entière, c'est\nla m a t e r n i t é ! » L a physiologie moderne, avec ses procédés pro­\ndigieusement délicats d'analyse, a transformé cet adage en une\nvérité de laboratoire. A quelque point de vue, anatomique,\nostéologique, histologique, que l'on étudie l'organisme de la\nfemme, il apparaît que tout en elle, et la structure du squelette,\net la nature des tissus, et la constitution des muscles, et le\nfonctionnement des organes : cœur, poumons, foie et tout,\nenfin, est réglé par la même destination et converge au même\n centre. A ne considérer même que sa nature physique, il éclate\n"}, {"page_pdf": 580, "texte": "                                L'ILLUSION FÉMINISTE                                      497\n\naux yeux du naturaliste que l'idée qui a régi la constitution de\nla femme, c'est l'idée de l'enfant. Ceci est devenu banal comme\ntout ce qui se touche du doigt ou du scalpel...\n   Mais ce qui est a u t r e m e n t i n t é r e s s a n t , c ' e s t d e v o i r q u e , comme\nau physique, au moral encore la même harmonie préétablie existe\nentre la femme et l'enfant. T o u t autant que les fibres muscu­\nlaires et la charpente osseuse, l'âme féminine, son intelligence\net son cœur trahissent et appellent la fonction sacrée de la\nmaternité. C'est ce que je veux vous montrer un peu plus lon­\nguement, car nous touchons en même temps ici à la question\néternellement brûlante entre féministes et masculistes, de la\nsupériorité morale et intellectuelle d'un sexe par rapport à\nl'autre. Je déclare d'ailleurs et d'avance q u e je n'ai nulle envie\nde la trancher, pour plusieurs raisons dont la première est queje\nconsidère cette question comme absolument oiseuse, pour ne pas\ndire plus. T o u t e s ces discussions énervantes sur les mérites\nrespectifs des sexes, où chacun s'efforce passionnément d'établir\nla prééminence du sien propre, ressemblent terriblement à la\ndispute classique des divers maîtres du « Bourgeois Gentil­\nhomme » (vous vous rappelez cette amusante bagarre?). L e seul\nparti à prendre est celui de M . J o u r d a i n qui conclut philosophi­\nquement, tandis que les quatre hommes sont en train de s'arra­\ncher la perruque : « O h ! battez-vous tant qu'il vous plaira! Je\nn'y saurais que faire et je n'irai pas gâter ma robe pour vous\nséparer!... » Sans vouloir gâter ma robe, il faut cependant que\nje touche à cette question délicate, mais, je le repète, ce n'est\npas en vue de la décider, mais seulement pour déduire de la\nnature intellectuelle et morale de la femme, l'impérieuse mis­\nsion qui lui incombe et, partant, le sens dans lequel il faudra\nqu'on dirige les diverses réformes que l'on médite en sa faveur.\n                                               *\n\n   E t tout d'abord, l'intelligence féminine!\n   On a beaucoup inédit de l'intelligence de la femme.\n   Des h o m m e s superficiels décrètent assez volontiers que le\nsexe faible est sous ce rapport inférieur à l'autre; ceux qui\npèsent davantage leurs jugements, reconnaissent seulement\nqu'il est différent, c'est-à-dire que la forme et la qualité de\nl'intelligence chez la femme sont autres que celles de l'intelli­\ngence masculine. On fait tenir généralement cette différence\n"}, {"page_pdf": 581, "texte": "498                           DURENDAL\n\n\nd a n s ces deux mots : « L ' h o m m e a l'intelligence discursive ou\ndéductive, la femme a l'intelligence intuitive ou directe. » Ce\nqui veut dire que l'homme raisonne, allant à la vérité inconnue\ncomme on parcourt un pays neuf par étapes successives lente­\nment parcourues, sans cesse contrôlées et repérées en cours de\nroute, ou comme on construit une tour a p p u y a n t la mineure\nétroite sur la large base de la majeure pour couronner l'en­\nsemble d'une conclusion en plate-forme, sur quoi il élèvera,\npatiemment, le deuxième, le troisième, le quatrième étage,\ntandis que la femme va à la vérité d'un bond, à vol d'oiselle\n(si j ' o s e dire), dédaignant les étapes qui l'ennuient et qui sont\n(pour parler sans figure) les lentes déductions des syllogismes\ns'engrenant les uns dans les autres.\n   L a femme est un peu comme l'enfant que vous placez pour\nla première fois devant une démonstration raisonnée. Q u a n d\nvous demandez à l'enfant de vous démontrer que 2 + 2 = 4, il\nvous répond sans hésiter : « C'est évident : 2 + 2 = 4 !» Si vous\nle priez de vous le prouver, c'est tout au plus s'il s'avisera de\nvous faire voir la chose sur ses doigts : 2 + 2 = 4 . . . Vous entre­\nprenez alors de lui-faire la preuve logique de la chose, et tandis\nque vous déroulez la longue série des déductions subtiles par où\ns'établit cette vérité arithmétique, l'enfant vous suit d'un air\nprofondément désintéressé, et quand enfin, le front conges­\ntionné par l'effort cérébral, vous concluez triomphalement\ndonc, 2 + 2 = 4, C. Q. F . D . , le b a m b i n , tout surpris qu'un\nh o m m e si intelligent se soit donné t a n t de peine pour prouver\nune chose si simple, s'écrie : « Mais, je l'ai dit depuis un quart\nd'heure! »\n   I1 y a de cela dans l'attitude de la femme vis-à-vis de la vérité.\n   L ' h o m m e raisonne et l'homme déraisonne; bien entendu le\nsecond est plus fréquent que le premier; mais peu importe, sa\ncaractéristique mentale est de raisonner et de déraisonner. L a\nfemme, elle, ne raisonne ni ne déraisonne. Elle ne raisonne\nque si l'homme la force à s'engager dans la voie d'une discus­\nsion raisonnée, et alors (il faut avoir le courage de le dire),\nalors, à l'ordinaire, elle déraisonne p u i s s a m m e n t ; seulement\nce n'est pas de sa faute, c'est par accident et parce que vous\nl'avez contrainte à une g y m n a s t i q u e qui répugne à la forme\nde son esprit. Si vous l'aviez laissée à elle-même, elle n'aurait\npas déraisonné, car elle n'aurait pas même tâché de raisonner;\n"}, {"page_pdf": 582, "texte": "                      L'ILLUSION FÉMINISTE                     499\n\nelle aurait regardé tout droit devant elle, rêvé quelques\ninstants puis, tout d'un coup, elle aurait vu. Aurait-elle vu\njuste? C'est une autre question. Mais enfin, elle aurait va. L a\nfemme voit! elle voit juste ou elle voit faux : et plus souvent le\npremier que le second. C'est là sa caractéristique mentale.\nBref, l'intelligence féminine a un caractère de spontanéité et\nde divination qui la rapproche de l'instinct, l'intelligence de\nl'homme a un caractère de réflexion et de logique qui l'en\néloigne; la femme, quand elle est intelligente, a la sûreté et la\npromptitude du coup d'œil qui appartiennent aux élans instinc­\ntifs, l'homme, quand il est intelligent, a l'ampleur et la pro­\nfondeur du regard, qui trahit la préméditation et la coordina­\ntion; la femme, quand elle est sotte, manifeste sa sottise par\nla fausseté des appréciations, par la stupidité des jugements,\npar l'ineptie des avis; l'homme, quand il est sot, et il l'est sou­\nvent, manifeste sa sottise par des écarts de dialectique, des\nhiatus d'idées, des ruptures de déductions (qui l'amènent d'ail­\nleurs, est-il besoin de le dire, au même résultat que la femme\nsotte...). L a femme intelligente se complaît de préférence aux\nobjets pratiques, ou, parmi les objets spéculatifs, à ceux qui\nsont à fleur de réalité, c'est-à-dire que l'esprit peut atteindre\nassez directement, et encore aux objets pris isolément, indivi­\nduellement, abstraction faite de leur relation à l'ensemble;\nl'homme intelligent se complaît aux objets idéals et abscons,\naux vérités profondes ou sublimes qui ne s'atteignent que par\nles descentes à tâtons dans le gouffre, et encore aux rapports\ndes objets entre eux qu'il groupe en synthèses larges, en sys­\ntèmes massifs...\n   Vous m'arrêtez en disant : Admettons que telle est bien la\nnature respective de l'intelligence féminine et de l'intelligence\nmasculine! Mais quelle est la relation entre la forme instinc­\ntive, intuitive et directe de l'esprit chez la femme et la fonction\nmaternelle?...\n   La relation? Elle saute aux yeux !\n   L a femme (c'est la supposition) est donc essentiellement\nmère; en conséquence de ceci, la moyenne de sa vie normale\nva se passer dans le labeur sacré de la production h u m a i n e ;\nde vingt à quarante ans, son lot sera de donner lentement la\nvie à huit ou dix hommes et de suivre minutieusement leurs\npremières évolutions vitales.\n"}, {"page_pdf": 583, "texte": "500                          DURENDAL\n\n\n   Or, pour sacré qu'il soit, ce labeur est, pour la plus grande\npartie, d'ordre matériel; il est en tout cas d'ordre exclusive­\nment pratique. D a n s ces conditions, je vous d e m a n d e : que\nferait la femme, d'une intelligence méditative, réclamant entre\nvingt et cinquante ans les longs loisirs, les disciplines idéales,\nla solitude propice au rêve et à la réflexion? On ne le voit pas\nbien. Mais, en revanche, on voit parfaitement l'usage qu'elle\naura d'une faculté intellectuelle agile et perspicace, qui jette\nd a n s toute vérité un regard en coup de sonde et en ramène ce\nqu'il lui faut de lumière pour éclairer le bout de chemin où\nelle est...\n    Il y a plus, et plus profond. Pour expliquer comme quoi la\nfemme jouit d'une intelligence dont le fonctionnement rappelle\ncelui de l'instinct, il faut observer que les opérations instinc­\ntives sont celles qui nécessitent la m o i n d r e dépense cérébrale.\nCe qui use et fatigue le cerveau, ce n'est pas l'acte spontané,\nc'est l'acte réfléchi, ce n'est pas l'appréhension directe, c'est la\nméditation convolutée, ce n'est pas le jeu, libre de tout frein,\nde la pensée légère et courte, c'est le travail, assujetti à des\nrègles inflexibles, de l'idée puissante et t e n a c e ; ce qui fatigue\net use le cerveau, c'est le labeur de la recherche ardue et\nlongue, de la systématisation minutieuse et équilibrée, de la\nconstruction compacte à larges bases.\n    E t voilà pourquoi l'homme devait obtenir de la nature cette\nforme et cette tendance de l'esprit, son cerveau étant plus que\ncelui de la femme susceptible d'efforts intenses et suivis,\ncapable d'une large usure intellectuelle. E t pourquoi? Mais\nprécisément parce que l'homme ne vit que pour lui seul (céré­\nbralement parlant) ; la femme, au bout de sa carrière, se trouve\navoir sectionné sa vie propre en a u t a n t d'autres vies que Dieu\nlui a donné d'enfants. L ' u s u r e cérébrale de l'homme c'est sa\npensée; qu'il ait donc une pensée usante, absorbante, t u a n t e . . .\nL ' u s u r e cérébrale de la femme, c'est l'enfant; quelle ait donc\nune pensée plus légère qui ne prélève sur son cerveau qu'un\nm i n i m u m de substance. A l'homme qui se vante orgueilleu­\nsement de ses poèmes et qui, brandissant le livre où il a mis le\nmeilleur de son cerveau, s'écrie : Exegi monumentum aere peren­\nnins... non omnis moriar! « J e ne mourrai pas tout entier, il y a\nquelque chose de ma substance, dans ces pages, qui dureront\nplus longtemps que l'airain!... » L a femme peut répondre en\n"}, {"page_pdf": 584, "texte": "                       L'ILLUSION FÉMINISTE                          501\n\n\nmontrant ses fils : «. E t moi, mourrai-je tout entière, peut-être?\nT a substance a passé dans des pages immortelles, dis-tu?... la\nmienne est d a n s des hommes en qui et par qui seuls tes poèmes\nvivront!... »\n   E t je vous prie de croire que ceci n'est pas de la rhétorique\nplus ou moins h e u r e u s e ; c'est l'expression exacte d'une loi\nbiologique qui peut se formuler comme suit : l'intelligence (au\nsens large du terme) est, dans le m o n d e animal tout entier, en\nraison inverse de la participation d'un être à l'œuvre de la\ngénération. P o u r me borner à un exemple plus familier (mais\non peut en citer d'analogues en grand nombre) songez à l'indus­\ntrieuse sagacité des abeilles ouvrières — stériles — et com­\nparez-y la stupidité prolifique de la reine-mère de toute la\nruche... E t vous observerez parallèlement que la plupart des\nfemmes à qui fut accordée la gloire des arts ou des lettres\nfurent aussi privées de la gloire autrement précieuse de la\nmaternité. Observez encore (comme les féministes le font juste­\nment remarquer, mais pour en tirer une conséquence illégitime)\nque d'une toute jeune fille à un jeune garçon, il n'y a q u ' u n e\ndifférence intellectuelle assez mince. Seulement à partir de\nvingt ans, voici que les deux sujets bifurquent et que la diffé­\nrence se creuse et s'accentue de plus en plus profondément : la\nfemme est prise par sa mission dévorante et elle y passera tout\nentière...\n  Je parcourais, en préparant cette causerie, une étude d'un\nféministe anglais, où il recherche notamment les grandes\nmanifestations de l'intelligence féminine dans l'histoire. Il\nremonte fort haut (presque au déluge, vraiment), observant\ncomment la vieille religion grecque rendait hommage au génie\nintellectuel de la femme en honorant la sagesse sous la forme\nd'une déesse (la Pallas Athênê des Grecs, la Minerve des\nLatins), en plaçant les arts sous le patronage des neuf sœurs\n(les Muses), en personnifiant le génie de la vie domestique\ndans une femme encore (Vesta, la sœur de Jupiter). Il aurait pu\najouter à ce trio, Diane, symbolisant l'adresse et l'endurance\nsportives.\n   Passant du domaine de la mythologie légendaire à celui de\nl'histoire, mon féministe recherchait patiemment à travers les\nsiècles j u s q u ' a u XVIIIe inclusivement, les manifestations les plus\n brillantes du génie féminin. E t certes sa nomenclature des\n"}, {"page_pdf": 585, "texte": "502                            DURENDAL\n\n\nfemmes d'esprit était considérable et impressionnante. Seule­\nment, chose curieuse et qu'il négligeait de noter mais que je me\npermets de souligner, c'est que Minerve s'appelait la chaste\nMinerve; Vesta, la chaste Vesta; Diane, la chaste D i a n e ; les\nMuses, les chastes Muses, toutes ces déesses étant, en effet,\nrévérées comme des types parfaits de virginité indéfectible et\nque, de même, parmi les femmes de l'histoire qui s'illustrèrent\npar la culture de l'esprit, le plus grand nombre ne connurent\npoint l'auguste épuisement de la maternité. L a plupart sont des\nvierges consacrées à Dieu ; d'autres prirent si légèrement leurs\ndevoirs de famille que leur gloire d'écrivains ou d'artistes ne\ncompensera jamais l'ignominie de leur abdication maternelle.\nQuelques-unes enfin, je l'accorde, couronnèrent leur front du\ndouble rayon, mais elles restent si rares, toute défalcation\nfaite, qu'elles ne font que confirmer la règle générale avec l'élo­\nquence qui appartient en propre aux exceptions.\n    Oui, ce sont des exceptions et elles sont si nécessairement\nexceptions que les féministes aigus n'ont pas le droit d'en\ntriompher et de raisonner comme ils font : « Vous voyez bien\nque la femme n'est pas essentiellement exclue des domaines de\nhaute culture intellectuelle, puisque des femmes y ont été\néminentes! Si plus de femmes ne le sont pas, si toutes les\nfemmes ne le sont pas au moins dans la m ê m e proportion que\nles hommes, cela vient précisément de ce que durant de longs\nsiècles, le cerveau féminin a été laissé en friche. Donnez-lui la\nm ê m e culture q u ' à l'homme, donnez-la lui universellement,\npersévéramment comme à l'homme, et vous verrez d'ici cin­\nq u a n t e ans, d'ici cent ans, d'ici dix siècles!... » E n attendant,\nce qu'ils ne voient pas, eux, c'est qu'il est impossible précisé­\nment de donner universellement la même culture aux deux\nsexes, et je crois l'avoir montré suffisamment. Si le cerveau\nféminin est actuellement moins apte aux fortes disciplines\nintellectuelles, c'est peut-être (admettons-le par concession)\npour être demeuré en friche depuis l'époque des cavernes,\nmais ce qui est certain, c'est que cette situation n'est pas créée\npar l'arbitraire t y r a n n i q u e de l'homme, elle est voulue par la\nnature, et, par conséquent, l'arbitraire contraire ne la chan­\ngerait pas : aussi longtemps que la femme sera productive de\nvie h u m a i n e , elle sera cérébralement stérile.\n                                      *\n                                  *       *\n"}, {"page_pdf": 586, "texte": "                        L'ILLUSION FÉMINISTE                        503\n\n\n   Mais en voilà assez sur l'intelligence de la femme et le rap­\nport profond qui existe entre cette intelligence et la fonction\nmaternelle. J'ai à vous montrer q u ' u n rapport tout aussi pro­\nfond se retrouve entre la même fonction de la femme et son\ncaractère, si différent de celui de l'homme.\n   Des psychologues d'aujourd'hui adoptent volontiers, pour\ndifférencier ces deux caractères, la terminologie suivante :\nl'homme serait doué d'un t e m p é r a m e n t de dépense, la femme\nd'un t e m p é r a m e n t d'épargne. E t voici à quelle vue des choses\ncorrespond cette manière de dire : la vie n'étant, n'est-ce pas,\nqu'une construction et une destruction perpétuelle depuis l'ar­\nrivée de la matière à assimiler j u s q u ' à l'élimination des produits\nde désassimilation, il y a lieu de considérer dans l'être vivant\ndeux séries d'opérations chimiques contraires, les unes dites\nassimilantes qui tendent à l'intégration, les autres dites désassi­\nmilantes qui tendent à la désintégration; les premières sont\nconstructives, les autres destructives. U n tempérament carac­\ntérisé par la prédominance des opérations chimiques construc­\ntives, s'appelle t e m p é r a m e n t d'épargne, le tempérament carac­\ntérisé par la prédominance des opérations chimiques destruc­\ntives, s'appelle tempérament de dépense. L a femme serait en\nprédominance d'intégration, l'homme en prédominance de\ndésintégration.\n   E t de ceci l'on se doutait bien un peu, puisque la femme\n(comme je le rappelais tout à l'heure) ne vit pas pour elle seule,\nmais que sa vie est source de vie. Si les flambeaux étaient des\nêtres organiques, on conçoit que le flambeau destiné à rayonner\nseulement sa lumière et le flambeau destiné en outre à entre­\ntenir l'espèce flambeau, auraient des processus vitaux tout\ndifférents : le premier serait tout entier à sa combustion, c'est-\nà-dire à la transformation de sa matière en lumière; l'autre\naurait la tendance à retenir son combustible et à l'accroître...\nAinsi, l'homme et la femme.\n   Mais ce qui est intéressant, ce n'est pas tant cette différence\nphysiologique des deux tempéraments, c'est l'ensemble des\nqualités morales et des tendances sentimentales qu'elle entraîne.\n   E n tout premier lieu, tandis que le tempérament de dépense,\ncédant au besoin d'expansion que ne contrecarre aucun souci\nd'économie, s'oriente vers l'action, le tempérament d'épargne,\nsoucieux au contraire d'économiser en vue des largesses à venir,\n"}, {"page_pdf": 587, "texte": "504                          DURENDAL\n\n\nse replie sur lui-même, vit en lui-même, et trouve ainsi sa satis­\nfaction dans le sentiment...\n   L a femme, tout sentiment; l'homme, partagé entre le senti­\nment et l'action, distrait du sentiment par l'action, voilà bien\nune réalité, n'est-ce pas, Mesdames?...\n   Rarement, la femme se donne à l'action pour l'amour de\nl'action; rarement, elle prise pour elle-même l'activité de\nl'homme. Elle l'accepte, cette activité, avec le sens pratique des\nnécessités familiales qui la distingue, elle l'accepte parce que\ncette activité la nourrit elle et son enfant; parfois, si l'action de\nl'homme est éclatante ou glorieuse, elle s'en réjouit, elley pousse\nmême l'homme, mais ou bien c'est par un sentiment de vanité,\nà cause de l'honneur qui en rejaillira sur elle, ou sur les siens,\nou encore (chez les plus raffinées) parce que l'homme acquiert\npar là une plus-value et devient plus digne de son amour, qu'elle\nmet volontiers à des hauts prix; mais tout cela est étranger à\nl'action proprement dite.\n   Il n'y a guère que l'homme qui se dépense par le seul besoin\nde se dépenser et sans qu'intervienne comme mobile à son\naction, aucun autre sentiment que le besoin d'agir, c'est-à-dire\npour détendre son être moral par la g y m n a s t i q u e de l'action,\ncomme le corps bien nourri éprouve le besoin de se dépenser\nen mouvements violents...\n   L a femme, sentimentale et, donc, passive, ne comprend rien\nà cette agitation et, à coup sûr, elle n'en éprouve aucun désir...\n   E t voyez combien cette disposition de passivité en opposition\nà l'activité de l'homme, va la servir merveilleusement dans son\nrôle de mère. Songez pour cela aux immenses réserves de\npatience, d'endurance, de persévérance et de résignation que\nrequièrent d'elle le long travail de la gestation et celui, non\nmoins long, de la première éducation de son enfant; mettez en\nregard la contenance étonnante de la mère et la pitoyable pos­\nture du père dans les multiples incidents qui mettent commu­\nnément à l'épreuve leur courage dans ces conjonctures, et par\nexemple, considérez leurs attitudes respectives en face de l'en­\nfant indisposé qui pour la troisième ou quatrième fois de la\nnuit vient de réveiller ses auteurs par des cris de désespoir.\nVingt fois, s'il le faut, la mère se lèvera, paisible et forte,\nréveillée au premier mouvement de l'enfant qui souffre, une\nexpression d'angoisse dans les yeux, des mots apaiseurs plein\n"}, {"page_pdf": 588, "texte": "                         L'ILLUSION FÉMINISTE                           505\n\nla bouche, des gestes berceurs plein les b r a s ; et une deuxième\nnuit, et une troisième nuit elle recommencera, simplement,\nsans un mot de plainte qu'elle considérerait comme blasphéma­\ntoire... T a n d i s que l'homme, ah! l'homme! N'en parlons pas,\nsi vous voulez bien, car vraiment, il n'a rien d'héroïque parmi\nces alertes nocturnes!...\n    Ou plutôt, oui, parlons-en, car en somme ce n'est pas de sa\n faute et son excuse tient en trois mots qu'on ne saurait se lasser\n de répéter et de méditer dans la question qui nous occupe :\n il n'est pas fait pour cela!\n    Demandez à la femme dans cette même nuit de s'aller prome­\nner de long en large devant les portes de la ville un fusil sur\nl'épaule et les pieds dans la neige, vous verrez l'enthousiasme!...\n  Ah ! oui ! s'il s'agissait de monter la garde ainsi à la porte de sa\npropre maison où serait en danger la vie de ceux qu'elle aime,\nc'est-à-dire donc si vous faisiez appel à son sentiment? Parfait!\nelle monterait la garde dix jours et dix nuits sans fermer l'oeil !\nmais autrement, monter la garde pour monter la garde, non, cela\nne lui dit rien! T o u t e s ces choses qui remplissent la vie de\nl'homme ne prennent d'intérêt aux yeux de la femme que quand\nelles se trouvent être colorées par le sentiment.\n    Il y a dans H o m è r e , au VI e chant de son Iliade, une scène qui\ncompte parmi les sept merveilles de la littérature; celle où\nAndromaque, le t y p e homérique de la femme idéale, rencontre\naux portes de T r o i e son époux Hector, le type homérique de\nl'homme idéal, au moment que le guerrier se dispose à retour­\nner dans la plaine, sur les bords du fleuve où Grecs et Troyens\nse battent depuis dix ans p o u r l a beauté d ' H é l è n e . Avec l'espèce\nd'instinct divinatoire que donne l'amour, Andromaque sent que\nla mort plane sur Hector, et c'est pourquoi elle a couru « sem­\nblable à une folle » vers les remparts, suivie d'une fille qui\nporte leur j e u n e enfant « beau comme une étoile ». Ce qu'elle\nveut, c'est que le guerrier ne s'éloigne plus, qu'il ne sorte pas de\nla ville, qu'il ne retourne pas dans cette plaine de carnage d'où\nil ne reviendrait plus... elle en a la funèbre vision!... Et elle\nparle et Hector répond, elle presse et Hector résiste, et dans\ncette lutte suprême éclate comme dans un croisement d'éclairs,\nl'irréductible différence des deux sexes, par quoi ils se complè­\ntent, en cas d'accord, et s'harmonisent délicieusement, mais\ns'opposent, en cas de conflit, et s'antagonisent cruellement.\n"}, {"page_pdf": 589, "texte": "506                          DURENDAL\n\n\n    « Cruel, s'écrie la femme, la mère, ta valeur te p e r d r a ! T u\nes sans pitié pour ton enfant au berceau, et pour moi, l'infor­\ntunée qui serai bientôt veuve. Ah! plutôt la mort, va! Car,\ntoi disparu, toutes mes joies s'en seront allées et il ne me res­\ntera qu'affliction... Je n'ai plus ni père, ni mère, plus un seul de\nmes sept frères, Achille les a tous tués... J e n'ai plus que toi, qui\nes mon père, ma mère, mon frère et un époux tout brillant de\njeunesse!... Aie pitié, Hector!... »\n    Elle le voit é m u . . . mais elle sent si bien que le soldat va\nreparaître et subjuguer le père et l'épouse, qu'aussitôt (la pauvre\nfemme!) elle aborde l'argument stratégique. (C'est bien de\nstratégie qu'elle se soucie à ce moment!...) « Rappelle tes\nsoldats, range-les à l'endroit dit le Figuier Sauvage. T u sais\nque c'est de ce côté surtout que l'on peut monter à la ville;\nle mur commence à tomber en ruines et les Grecs le savent si\nbien que trois fois les plus vaillants d'entre eux, les deux Ajax,\nl'illustre Idoménée et Diomède l'intrépide, ont tenté l'assaut\npar là... »\n   Vous le voyez : il n'y a dans ce discours comme dans ce cœur\nq u ' u n e seule chose : l'amour; il n'y a dans cette âme qu'un seul\nregard : Hector. Mais en revanche, voici la réponse de l ' h o m m e :\n« Oui, tout cela sera!... Oui, la sainte Ilios va périr et Priam,\nmon père et son peuple. E t toutes ces douleurs et toutes ces\nruines me font moins que ta douleur, femme, que ton malheur\nquand un Grec t ' e m m è n e r a captive et que les passants diront :\nVoilà la femme d'Hector, le soldat fameux!... Ah! puissé-je\nêtre mort avant d'entendre tes cris à l'heure de l'enlèvement!... »\nP u i s il saisit son enfant, le baise, le berce sur sa cuirasse et\nsoudain l'élevant vers le ciel il prie : « Zeus, et vous, divinités,\ndonnez-moi que cet enfant, mon fils, s'illustre comme moi\nparmi les hommes, qu'il soit comme moi fort, et qu'il règne\npuissamment sur Ilios! »\n    E t s'étant ressaisi dans l'orgueil, il caresse Andromaque qui\ndéfaille, et conclut fortement : « Aimée, ne t'afflige pas tant à\ncause de moi. L e destin est le destin et nul n'y échappe.\nRetourne dans mon palais, prends soin de tes travaux, du\nfuseau, de la toile; distribue à tes femmes leurs ouvrages...\nL a g u e r r e , c'est l'affaire des h o m m e s , c'est mon affaire,\nsurtout!... »\n    E t brusquement, il part, droit devant lui, tandis que la\n"}, {"page_pdf": 590, "texte": "                             L'ILLUSION FÉMINISTE                    507\n\n\nfemme, docile, s'en va de son côté, la tête tournée vers lui\naussi longtemps qu'elle le peut apercevoir... car c'est la dernière\nfois et elle le sent, elle ne le reverra plus qu'à l'état de cadavre,\ndu haut de ces mêmes murailles, traîné trois fois autour d'Ilios\npar Achille, au galop de ses chevaux sauvages...\n   T o u t e la puissance de vie de la femme se concentre donc\nclans le sentiment.\n   Une femme célèbre par son cœur et dont on a dit justement\n« que sa correspondance est le plus fort battement de cœur du\nXVIIIe siècle (1) », écrivait à un homme. « J e ne fais qu'aimer;\nje ne sais qu'aimer; vous, vous aimez à demi et moi je n'ai\nqu'un besoin, q u ' u n e volonté, c'est d'aimer. Q u e vous êtes\nheureux, vous! U n roi, un empereur, des camps vous font\noublier qui vous a i m e ! » Ce mot-là n'est pas d'une femme\nparticulière, c'est le mot de toutes les femmes conscientes\nd'elles-mêmes, c'est la formule même de la femme. L a femme\nest simple (entendons-nous bien : psychologiquement par­\nlant!...), c'est-à-dire que tout son être psychique se ramène à\nun principe unique et central, le sentiment; l'homme est\ndouble, c'est-à-dire que toute sa vie psychique s'oriente, telle\nune ellipse, autour de deux foyers conjugués, également nobles,\négalement centraux, le sentiment et l'action. C'est pourquoi\nl'homme trouve que la femme exagère en matière de sentiment\net il se défend énergiquement d'un envahissement qu'il juge\nexcessif; et c'est pourquoi la femme trouve que l'homme\nn'entend rien au sentiment qu'il n'aime qu' « à demi » (comme\ndisait Julie) et elle finit par se résigner à n'être jamais entière­\nment payée de retour.\n  Mais voilà! la nature y a suppléé en créant à son affectuosité\nun débouché merveilleux, une forme d'amour unique au monde\nqui donne tout sans d e m a n d e r rien, et cet amour sans exigence\nde réciprocité, c'est (nous y revenons) l'amour maternel! ou\nplutôt, si la nature a fait le cœur de la femme exclusivement\nsoucieux d'aimer, c'est en vue, encore, du rôle qu'elle aurait à\njouer au sein de la famille.\n  De la famille, sous quelque angle qu'on l'envisage, le pivot\ndernier, c'est l'amour. C'est lui qui fait les maisons et c'est lui\n\n\n (1) Julie de Lespinasse. Elle écrivait ainsi au comte de Guibert.\n"}, {"page_pdf": 591, "texte": "508                          DURENDAL\n\n\nqui les défait, car par lui l'époux adhère à l'épouse de manière\nque rien au m o n d e ne l'en puisse arracher, et par lui les fils se\nserrent étroitement autour de ce double n o y a u ; l'amour est le\nciment qui lie et fige le bloc sacré du foyer. E t la source de cet\namour est, dans la famille, au cœur de la mère. On dit souvent\n— c'est une métaphore usée par les siècles — que l'enfant est\nle trait d'union entre le père et la mère. C'est vrai, sous un\ncertain rapport; mais sous un autre rapport, plus profond, il est\nbeaucoup plus vrai de dire que la mère est le trait d'union\nentre l'enfant et son père, puisque ce qui masse en une unité\ncompacte le groupe familial, ce qui, surtout, maintient l'uni on si\nsouvent précaire entre le père et son fils, c'est bien ce fluide\nmagnétique et chaud fait de tendresse immense, de dévoue­\nment inlassable, d'indulgence infinie, de patience héroïque, ce\nfluide inépuisable et bon dont rien, ni l'ingratitude, ni l'indi­\ngnité n'arrive à tarir la source prolonde, et qui est l'amour de\nla mère pour son enfant, l'amour de la femme pour son fils.\n    Pour a 1er plus profond encore, ce qui façonne à l'enfant\nun esprit et un cœur, une mentalité et un caractère qui font de\nlui, moralement, l'enfant de la famille (car l'enfant n'est pas de\nla famille pour avoir reçu la vie de tel h o m m e qui est son père\net de telle femme qui est sa mère, et la preuve en est que si\nvous le transplantez tout jeune, dans dix ans il sera entre cet\nh o m m e et cette femme comme un étranger stupide et gêné), ce\nqui le fait de la famille, c'est son éducation première. Ce qui le\nfait tout entier, c'est cette éducation.\n   L ' h o m m e vaut à peu près et est à peu près ce que l'ont fait\nles six ou sept premières années de sa vie et l'homme pendant\nces années est la chose de sa mère, continuant en quelque sorte\nla vie parasitaire qu'il menait avant de naître, alors qu'il ne\nfaisait qu'une même vie avec cette mère; d u r a n t six ou sept ans,\nil reçoit d'elle le lait qui sera son sang, le balbutiement qui sera\nsa parole, le mouvement des membres qui sera sa démarche,\nles baisers et les caresses qui modèlent sa sensibilité et pétrissent\nsa tendresse, les récits merveilleux qui façonnent sa fantaisie,\nles réponses ou les leçons ou les exemples qui deviendront\ncomme un fonds inaliénable d'idées pour sa vie entière en même\ntemps que la règle profonde de sa conscience et de son\nhonneur.\n   « L'avenir d'un h o m m e est toujours l'œuvre de sa mère »,\n"}, {"page_pdf": 592, "texte": "                        L'ILLUSION FÉMINISTE                           509\n\n\nproclamait Napoléon, en pensant à la sienne. C'est vrai : a p r è s\navoir fait p h y s i q u e m e n t son enfant, la mère le fait moralement;\naprès l'avoir engendré à la vie, elle l'engendre, suivant l'éner­\ngique expression de saint Paul, au Christ — ou à quelque autre\nidéal.\n   E t cette seconde génération, bien plus délicate et plus longue\net plus précieuse et plus grave que l'autre, étant encore, comme\ntoute génération, une œuvre d'amour, voilà pourquoi il fallait\nque la femme fût douée par la nature d'un cœur profondément,\nimmensément, infiniment aimant.\n   Voulez-vous saisir au vif à quel point le tout de la femme est\nbien là, voyez la vieille fille, la vieille fille (entendons-nous bien)\nau sens psychologique du mot, la femme qui de sa vie entière\nn'a trouvé ni l'amour auquel aspirait le grand vide de son cœur,\nni les nobles compensations de l'amour qui sont toutes les\nformes du dévouement, à ses propres parents, aux enfants des\nautres, aux malades, aux pauvres, à la société même par l'exer­\ncice idéalisé d'une profession utile au bien commun, et qui,\ndemeurée seule avec son égoïsme racornissant et ses manies\nbizarres, imagine enfin de combler la lacune de sa vie en y\nintroduisant un chat, un caniche, une perruche...\n   Si vous recherchez pourquoi ces « malheureux fruits secs de\nl'arbre de vie » (1) nous causent une impression si profondé­\nment désolante, pourquoi, aux jeunes filles surtout, elles appa­\nraissent comme de véritables épouvantails, la raison est simple\nà trouver : c'est que la vieille fille (au sens que je viens de dire)\nreprésente le t y p e le plus pur qui soit au monde du raté!\n   Certes, il est des ratés chez nous, mais le spectacle en est\nmoins saisissant, précisément parce que l'homme a tant de\ncordes à sa destinée, il est si peu déterminé dans une seule et\nexclusive direction d'activité, que le fiasco de sa vie apparaît\nmoins brutal et moins évident. L a femme, au contraire, est si\nvisiblement, si entièrement, si exclusivement aiguillée par la\nnature, que si elle m a n q u e l'aiguillage unique (du dévouement\npar amour) elle apparaît lamentablement dévoyée. E n soi, le\n« vieux garçon » est une chose aussi triste, une épave aussi\n\n\n\n\n (1) A. F o r e l .\n"}, {"page_pdf": 593, "texte": "510                         DURENDAL\n\n\n\nnulle, un fruit aussi sec que la vieille fille, remarquez bien,\nmais, je le répète, il n'en fait pas l'impression au même point.\n\n\n   Si les limites de cette causerie ne m'interdisaient de pousser\ndans le détail cette analyse, il ne me serait pas malaisé de vous\nfaire voir dans les caractères même du sentiment féminin, cette\nmystérieuse connexité mise par la nature entre le cœur de la\nfemme et sa mission familiale.\n   Ainsi pour les effleurer en passant, cette tendance exclusiviste\ndans l'affection chez la femme, et l'unicité de son amour\n(la femme n'aime q u ' u n e fois, dit-on communément), ne voyez-\nvous pas combien elles sont nécessaires au maintien et à la\nstabilité de cette petite société sacrée qui est la famiile?...\n   Et la ténacité, la persévérance par où se distingue encore le\nsentiment féminin, car la chanson aura beau dire :\n                     Comme la plume au vent\n                          Femme varie\n                     Bien fol est qui s'y fie!...\n\nles chansons sont des chansons! E t si vous y remplacez la\nfemme par l'homme, le vers y est encore et la vérité y est tout\na u t a n t ! E t ce que la vie montre, c'est que la femme est en\ngénéral plus fidèle que l'homme et plus opiniâtrement dévouée\naux siens, la femme se cramponne. On a même tiré de là un\nterme d'argot qui ne s'applique jamais qu'à elle et qui la\nmontre obstinée dans un sentiment dont l'homme s'est lassé...\nE h bien! cette ténacité, pourquoi? Pourquoi cette obstination,\ncette opiniâtreté du cœur? Mais parce que dans toute société,\npour en assurer la consistance et y lester l'ascension du progrès,\nil faut un puissant élément conservateur. Or, c'est le sentiment\nqui est conservateur de sa nature, l'idée au contraire est de sa\nnature novatrice, progressiste, révolutionnaire...\n    Et cette troisième caractéristique du sentiment chez la femme\nque les psychologues les plus subtils se plaisent à signaler :\nl'idéalisme! E t quand je dis, après les meilleurs théoriciens de\nla ma ière du reste, que l'amour chez la femme revêt plus fré­\nq u e m m e n t et plus spontanément que chez l'homme la forme\nidéale, vous entendez bien ce que je veux dire et vous compre­\nnez aussi sans qu'il faille y appuyer, comme quoi la tendresse\n"}, {"page_pdf": 594, "texte": "                         L'ILLUSION FÉMINISTE                          511\n\n\nplus calme, bientôt rassise et se spiritualisant peu à peu, cadre\nmieux que l'autre à la gravité de la fonction maternelle et à\nl'abnégation de la mission éducative.\n   E t nous pourrions descendre dans de plus minutieuses\ncomparaisons encore, mais ceci nous entraînerait par trop loin.\n\n                                       *\n                                   *       *\n\n   E n somme donc et pour conclure cette trop longue analyse\ncomparée des deux sexes, ce qui semble éclater aux yeux, c'est\nque la femme, et par la forme et la qualité de son intelligence\net par l'espèce de son t e m p é r a m e n t et par la nature et les carac­\ntères de son sentiment, est nettement vouée à la famille dont\nelle est l'armature vivante, et dans la famille plus spécialement\nencore peut-être à l'enfant qu'à l'époux.\n   E t c'est là la grande indication de nature que je vous disais\nen commençant, que nous allions rechercher, et qui doit gui­\nder dans l'institution de leur programme d'émancipation tous\nceux qui se consacrent à la cause féministe.\n   T o u t ce qui doit favoriser chez la femme l'exercice et l'ex­\npansion de sa mission familiale et spécialement de sa mission\nmaternelle, voilà quel doit être avant tout l'objet des revendi­\ncations du féminisme.\n   Que parle-t-on de droit de suffrage et de professions libérales,\net de m a n d a t politique et de carrières scientifiques et que\nsais-je encore!... Les suffragettes auront beau hurler, la nature\nhurlera plus fort qu'elles, et ce que la nature dit par la bouche\nd'une femme d'ailleurs, mais une latine, celle-ci, c'est que « les\nfemmes n'aspirent pas naturellement à la robe de l'avocat, ni à\nla chaire du professeur, ni à la lancette du chirurgien. Seules,\ncelles-là qui se sont arraché de la poitrine leur cœur de mères,\nsouhaitent cette activité. Mais celles-là, je les plains, et certes\nje ne les envie p a s ! . . . ». Et de quoi les envierait-on, en vérité!\nElles ont lâché la proie pour l'ombre : pouvant être la mère de\nl'homme, elles choisissent de n'en être que le singe!\n   N o n ! Qu'on laisse à la femme son cœur de mère et qu'au\ncontraire tous les efforts de ceux qui rêvent de lui faire un sort\nmeilleur, tendent à développer, à enrichir, à intensifier ce côté\nde sa nature !\n   Que toute jeune déjà, la femme sache ce qu'elle est et ce\n"}, {"page_pdf": 595, "texte": "5l2                         DURENDAL\n\n\n\nqu'elle vaut; qu'on lui donne l'idée juste de son rôle et de sa\nmission ; qu'elle connaisse ce qu'est le mariage au lieu de s'en\nfaire l'idée absurde que s'en font la plupart des jeunes filles,\nde je ne sais quel paradis terrestre sous un ciel d'azur, avec, au\ncentre, un arbre défendu, soigneusement voilé d'un rideau\ncomme une statue un jour d'inauguration ; qu'on lui apprenne\nce que c'est qu'un enfant, puisqu'en somme c'est là ce qui rem­\nplira sa vie, et comment d'un enfant on fait un h o m m e (sa\nmère fait un h o m m e , car je le répète, c'est sa mère qu'on\nretrouve dans un h o m m e , et quand on nous dit que la mère de\nPierre Corneille avait l'âme grande, on ne nous apprend rien\nsi nous avons lu le Cid et Polyeucte, et q u a n d on nous raconte\nque la mère de Voltaire était railleuse, spirituelle, coquette et\ngalante, nous le savions déjà ayant lu l'œuvre simiesque de son\nfils); qu'on lui apprenne encore, car elle ne sera pas seulement\nmère, elle sera épouse aussi, la place qu'elle tiendra dans cette\nassocialion du mariage et l'influence spéciale qu'elle devra\nprendre sur son époux puisque c'est à la femme que revient la\nnoble fonction de modeler et d'affiner la sensibilité de l'homme\n(et l'homme qui n'a pas été dressé de la sorte par une femme,\nn'est huit fois sur dix q u ' u n cœur engourdi, aux réactions\ncourtes et peu profondes, au sentiment simpliste et dépourvu\nde nuances); qu'elle sache bien que dans cette société sacrée\nde la famille où elle a juré de se tenir dans la subordination\nvis-à-vis de l'homme, ce n'est point par la ruse et l'artifice\n(comme elle le fait si souvent) qu'elle doit alléger ce que cette\ncondition a de pénible, mais par le cœur, et que comme l'époux\nla domine par la force du sexe, consacrée par l'autorité de la\nloi des hommes, elle le domine en retour par la force de l'amour\nfondé sur la loi plus haute de la nature.\n   Vous me ferez observer que la révélation de toutes ces excel­\nlences féminines, il serait peut-être bon qu'on ne la donne\npas seulement à la jeune fille, mais qu'on l'inculque aussi\nsoigneusement au jeune h o m m e et dès les premières années de\nl'éducation, de manière à tuer peu à peu chez ceux de notre\nsexe ce préjugé prétentieux et naïf de leur supériorité grande\nsur celles de l'autre. Je suis tout à fait de cet avis, car après la\nstupide prétention de l'Eve nouvelle de s'identifier parfaitement\nà l'homme, je ne connais rien de plus sot que l'inepte fatuité\n"}, {"page_pdf": 596, "texte": "                        L'ILLUSION FÉMINISTE                         513\n\n\nde l'homme persuadé de la grande supériorité de son sexe sur\nun sexe qui le vaut en réalité,... s'il ne vaut pas mieux.\n\n                                  *   *\n   Oui, s'il ne vaut pas mieux et plus! E t croyez bien, Mes­\ndames, que ceci n'est pas un compliment facile! Ah! je le sais,\nl'action éclatante et grandiose que le monde applaudit et que\nl'histoire consigne, cette action là appartient à l'homme! A lui\nla conduite des peuples, les exploits guerriers, les triomphes\nde la parole, la gloire des inventions, l'inspiration créatrice de\nl'art, l'élaboration des lois, l'émerveillement des foules;...\nmais, encore une fois, à qui tout cela finalement revient-il? De\nqui tout cela descend-il? Sur qui tout cela rejaillit-il? Quel est\nle centre vrai de toute cette gloire et de toute cette grandeur?\nC'est une femme, vieille et blanche au moment où son fils arrivé\nà l'âge d ' h o m m e , émerge comme un astre de la foule des hommes\net jette sur eux le rayonnement de son génie ou de son cœur,\nc'est une femme qui doucement rentre dans l'ombre et de là\nregarde, émue, heureuse, tremblante et bénissante: c'est la mère!\n   E t la foule, avec son instinct sur, s'y trompe si peu que tout\nà coup une voix de femme éclate au milieu du triomphe, qui\ncrie :Beatus venter qui te portavit et ubera quae suxisti ! « Bienheureux\nle flanc qui te porta, le sein qui t'allaita! »\n   L e sentiment qui saisissait l'enthousiaste galiléenne en enten­\ndant parler Jésus de Nazareth, nous l'éprouvons chaque fois\nque nous entrons en contact avec un vrai grand h o m m e . . .\n   Dites-moi, connaissez-vous deux noms qui remplissent l'âme\nde plus de vénération émue et attendrie que le nom de sainte\nMonique et celui de saint Augustin? Or, savez-vous d'où nous\nviennent cette émotion et ce respect? T o u t simplement de ce\nque cette femme a compris et réalisé le programme de vie\nféminine que je vous esquissais tantôt. Un mari païen, infidèle,\nviolent, qu'elle rend doux par sa douceur à elle, fidèle par sa\nchasteté à elle, chrétien par sa foi à elle qui s'obstine et qui\nprie; un fils qu'elle élève dans la joie, que la passion lui ravit\nà l'âge de la bouillante jeunesse, que l'hérésie lui vole au même\nâge de la jeunesse présomptueuse; et qu'elle suit, qu'elle\npoursuit, qu'elle circonvient de son amour, de ses prières, de\nses adjurations, de ses larmes, pendant des années et encore des\nannées et qu'elle ramène enfin à elle et à Dieu. C'est tout ce\n"}, {"page_pdf": 597, "texte": "514                          DURENDAL\n\n\nqu'elle a fait cette femme et elle le dit elle-même cinq jours\navant de mourir quand la fièvre la terrasse à Ostie sur le T i b r e :\n« Mon fils, je ne vois plus rien dans la vie dont je puisse être\ntouchée!... Qu'y ferais-je davantage et pourquoi y suis-je\ndésormais qu'il ne me reste plus rien à désirer? Je voulais te\nvoir chrétien et catholique avant de mourir. Dieu a contenté\nmon désir, il l'a même comblé. J'ai fini ma tâche... Ensevelis\nmon corps et souviens-toi de ta mère à l'autel du Seigneur!... »\n   E t cette femme est grande parmi les grandes, et son fils,\navec tout son génie, a senti et compris que pour immortaliser\nsa mère, il lui suffirait de raconter cette seule chose qui avait\nrempli la vie de Monique. T a n t et si bien que quand on\ncontemple le groupe harmonieux de la mère et du fils en cette\naprès-midi célèbre, tels que les a peints Ary Scheffer, Monique\ndans ses voiles blancs el les yeux pleins de lumière, Augustin\ndans sa toge noire et les yeux pleins de flamme, Monique tout\néclairée des rayons de l'occident, Augustin dans la pénombre\net ne recevant la lumière qu'en rejaillissement de sa mère, et le\nfils a b a n d o n n a n t sa main aux deux vieilles mains maternelles\nqui tendrement l'emprisonnent, on ne sait plus décider si\nMonique est plus grande d'avoir été la mère d'Augustin ou si\nc'est Augustin qu'il faut admirer d'avoir été l'enfant de\nMonique. Pour ma part, je n'hésiterais pas : notre mère est\ntoujours plus grande que nous; la Mère est plus grande que\ntout! E t voilà pourquoi le féminisme radical est voué d'avance\nà l'échec : il aura le sort de tout qui ose attenter aux grandeurs\nsacrées, aux grandeurs divines : Opprimetur majestate; il sera\nécrasé par la majesté de la maternité.\n\n                                                   T H . HENUSSE.\n"}, {"page_pdf": 598, "texte": "    La tristesse d'Amundsen\nO Roald Amundsen, vous avez dû souffrir\nLorsqu'après vos jours de désir,\nE t d'effrois, et de joies profondes,\nVous eûtes épuisé le mystère du monde!\nVous aviez voulu le saisir,\nVous alliez par les mers, les montagnes, les glaces,\nF r é m i s s a n t à l'espoir de le voir face à face,\nLourd d'ardente fatigue, ivre d'âpre plaisir.\nQuand vous fendiez les flots vers les terres polaires,\nQuand vos traîneaux glissaient sur les plaines du gel,\nQuand la bise du sud, de son souffle cruel,\nFouettait votre visage et battait vos paupières,\nC'est lui que vous cherchiez au fond de la lumière!\nCe Mystère, quels coeurs il avait fait bondir,\nE t quelles volontés il avait excitées,\nQue d'âmes de héros il avait exaltées,\nJ u s q u ' à la mort sublime et pure des m a r t y r s . . .\nVous, dans les aboiements des chiens rauques du pôle,\nU n e chape de froid pesant sur vos épaules,\nVous touchiez au bonheur qu'ils n'avaient pas atteint,\nE t dans le jour sans crépuscule et sans matin\nConquériez l'Inconnu qui fit rêver t a n t d'hommes.\nCirconscrit par vos pas il se rétrécissait,\nChaque jour plus petit, moins peuplé de fantômes,\nQu'importe si le vent vous gerçait, vous glaçait,\nSi le baiser du froid vous collait sur la bouche :\nVous teniez en vos mains le mystère farouche\nVers qui tout le désir du monde bondissait,\nVous alliez seul, domptant l'immensité muette,\nEt quelle joie grave et brûlante, et quelle fête,\nQuand l'Inconnu enfin réduit, enfin rejoint,\nDevaDt vous ne fut plus qu'un point!\nQuelle ivresse plus déchirante\nQue l'amour et que la mort même!\nAvoir atteint le but extrême\nDe sa volonté conquérante!\nSavoir que nul n'ira plus loin,\nE t que l'on est seul, sans témoin,\n"}, {"page_pdf": 599, "texte": "516                             DURENDAL\n\n\n      Vainqueur du grand secret qui t o u r m e n t a i t les âmes,\n      E t e n t e n d r e en son cœur comme de grandes flammes\n      Les acclamations qui monteront demain!\n      Mais quel abattement dut suivre la victoire,\n      Vous qu'un unique i n s t a n t s u r s a t u r a i t de gloire,\n      Voyant tout l'Infini par vous s'anéantir,\n      O Iloald Amundsen vous avez dû souffrir!\n      Ce n'est pas seulement cette tristesse amère\n      Qui naît d'avoir touché le moment désiré,\n      Ou d'avoir épuisé, en un geste éphémère,\n      Le bonheur qu'une vie entière a préparé,\n      O Roald Amundsen qui vous a fait pleurer :\n      Avoir, en l'atteignant enfin, tué son Rêve,\n      C'est peu pour qui sait vivre une minute brève,\n      E t qui de cet instant p o u r r a vivre toujours;\n      Mais sentir que l'on a, en en bouclant le tour,\n      De ce globe fini supprimé le mystère,\n      Et, en la précisant, rapetissé la t e r r e ,\n      Songer qu'on a brisé le fier élan de ceux\n      Qui partaient, le front h a u t et l'œil audacieux,\n      Vers la conquête glorieuse et impossible —\n      Que tout est désormais banal, petit, paisible!\n      Conquérants de jadis, lorsque vous ajoutiez\n      Quelque continent vierge au clair collier des mondes,\n      Quand vous aperceviez après les nuits profondes\n      Sous le soleil levant surgir une île blonde,\n      Quand vous fendiez — en a r b o r a n t dans vos huniers,\n      Claquaut au vent nouveau, de longs drapeaux de soie —\n      Des mers où nul vaisseau n'avait porté la joie,\n      Vous savez qu'après l'île, après les océans\n      D'autres exciteraient vos désirs, ô géants,\n      E t vous alliez, sans vous lasser, autour du globe,\n      Dans les pays de l'or qui brûle et du soleil,\n      Cueillant des grappes d'ambre à des arbres vermeils,\n      E t de bleus archipels au fond des neuves aubes, —\n      Rien ne pouvait combler vos âmes que la mort,\n      E t après vous vos fils, et puis leurs fils encor\n      Partaient, aventureux vers les terres cachées...\n      Puis tout se précisa devant les nefs lassées,\n      On mesura les mers, on nombra les îlots,\n      Les navires plus lourds n'affrontèrent les flots\n      Que pour les intérêts de négoces sans ailes;\n      Dans un filet croisé de lignes parallèles,\n      Le inonde fut serré comme en une prison\n      Et des compas exacts, sous tous les horizons,\n"}, {"page_pdf": 600, "texte": "             LA   TRISTESSE D ' A M U N D S E N                      517\n\n\n\nCalculèrent l'espace et fixèrent les choses;\nSeules, plus loin que l'océan aux reflets roses,\nAu delà des pays où le ciel est plus bleu,\nDerrière les brouillards épais et nébuleux\nE t la barrière des scintillantes banquises,\nDes t e r r e s s'étendaient, muettes, inconquises,\nDont le secret tentait les cœurs audacieux.\nD'autres, vous précédant, vers elles se ruèrent :\nHélas! ils sont tombés dans le pâle suaire\nP r é p a r é pour leurs corps depuis l'éternité,\nIls périrent broyés dans la froide tempête,\nOu, sur le mur fatal par l'ouragan jetés,\nDans un grand cri d'horreur s'y brisèrent la tête!\nAu moins moururent-ils avec au fond des yeux\nLa vision miraculeuse de leur rêve,\nAvec le cœur rempli de flammes et de sève,\nT a n t le désir a r d e n t vibrait encore en eux!\nVous, Roald Amundsen, vous l'avez dépassée\nVictorieusement la muraille glacée.\nVos pieds se sont heurtés à des ossements nus,\nVous avez découvert et chassé l'Inconnu,\nE t la route à jamais vous nous l'avez tracée...\nVous savez le malheur que vous nous avez fait,\nVous qui avez comblé nos cœurs insatisfaits\nE t nous avez remplis de froide certitude.\nA nous, qui en rêvions dans notre solitude,\nE t sentions nos désirs et nos songes monter,\nVers cet hiver lointain du fond de nos étés,\nE t à ceux qui donnaient à ce rêve leur vie,\nUne force admirable et vibrante est ravie,\nU n e cause de nostalgie et d'éuergie !\n\nE t maintenant, lassé, vous revenez vers nous,\nE t tous pensent que c'est avec un cœur qui bout\nE t avec l'orgueil au visage,\nH é r o s , que vous allez aborder nos rivages :\nIls s'en iront à vous ivres de contempler,\nO grand triomphateur, votre sublime rire,\nMais la foule ne pourra dire\nPourquoi votre regard est sévère et voilé,\nE t pourquoi vous restez triste et seul, sans parler.\n\n                                                  P I E R R E NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 601, "texte": "                 Notre-Dame du-Matin\n\n                 DANS cette renaissance magnifique du spiritualisme chrétien\n                   qui partout se révèle en France depuis quelque dix ans\n                    déjà, les jeunes poètes, tels des hérauts embouchant les\n                   trompettes sonores, marchent devant les légions nouvelles\n                   en proclamant leur Idéal. Délivrés à la fois des doctrines\n                   étriquées qui furent celles du Parnasse et des bandelettes\n                    où sommeillait la Muse-momie du Symbolisme, rejetant ce\n                    qu'eurent de puéril les dogmes des deux écoles rivales,\nmais agréant avec sagesse ce qu'ils ont trouvé de viable dans leur héritage à\ntoutes deux, ils ont replacé à leur rang, qui est légitimement le second, les\nquestions de forme et de nombre, et ils se sont d'abord souciés de descendre au\nfond de leur moi et de traduire la vie de l'âme.\n   Obscure à l'origine, source mystérieuse sortie d'une profondeur secrète,\ncette lente poussée prit peu à peu conscience d'elle-même; et voici que, sans\ns'asservir à un programme, demeurant libre et spontanée, gardant quelque\nchose encore du jaillissement primitif dans le canal où elle coule, elle s'al­\nfirme chaque jour en des œuvres lyriques qui prouvent sa puissance. L'an\ndernier, Jean Dornis, dans la Revue des Deux-Mondes, publiait une étude\nétrangement suggestive sur ce brusque réveil de l'idée chrétienne dans la\npoésie; et de l'impartial examen auquel l'auteur s'était livré, il résultait à\nl'évidence que tout ce qui marque et tout ce qui compte dans le lyrisme con­\ntemporain, tout ce qui laissera une trace durable, porte le signe de cette\nrenaissance, — depuis Samain et Charles Guérin jusqu'à Mauriac, en passant\npar Le Cardonnel, Louis Mercier et Francis Jammes, et combien d'autres!...\nQuelques noms belges figuraient dans l'étude de Jean Dornis; celui de M. Pierre\nNothomb, le jeune poète de l'Arc-en-ciel et de Notre-Dame-du-Matin,          est\ndevenu digne, dès à présent, de se joindre à ceux de ses aînés, qui sont les\nRamaekers, les Kinon et les Braun.\n\n                                      * *\n   L'Arc-en-ciel n'était encore qu'une promesse, d'ailleurs brillante : on y\ndécouvrait des gaucheries, des faiblesses, des inexpériences; mais on n'y ren­\ncontrait aucune timidité, car jamais nul poète ne fut plus audacieux que\nM. Pierre Nothomb : sa jeune intrépidité ose les efforts les plus rudes, les\nplus périlleux parfois, et la grandeur d'un sujet ne saurait l'épouvanter. Doué\nd'un enthousiasme ardent, d'une imagination extrêmement luxuriante et d'une\n"}, {"page_pdf": 602, "texte": "                              NOTRE-DAME-DU-MATIN                                   519\n\n\naisance verbale qui n'est pas sans danger, il laisse ses vers couler de source\navec une fougue impétueuse, une abondance intarissable, une précipitation\nconfuse de flot que pousse, irrésistible, on ne sait quelle force élémentaire.\nA les bien regarder, les poèmes qu'il écrit sont sortis de lui-même presque\nsans son aveu ; assurément, ils échappent au contrôle de son esprit : ils\nn'obéissent qu'à son cœur, et c'est lui seul qui les rythme, avec une lièvre\npassionnée. En dépit des réminiscences qu'on peut y trouver çà et là, en dépit\nmême des modes qu'ils suivent, rien, en vérité, ne sent moins la littérature que\nces hymnes. Tout influencé qu'il soit par Jammes, Elskamp ou Kinon, ce\npoète instinctif, « qui ne sait que son âme », semble un chanteur biblique :\nun démon le possède, dont il n'est pas le maître; l'inspiration l'entraîne dans\nsa colonne de feu; ébloui, désarmé, il s'abandonne à elle, et ne s'appartient\nplus...\n   Ces rares dons de lyrisme ne vont pas sans rançon. Un flot impétueux est\ntoujours un peu trouble : il ne saurait avoir cette pureté cristalline de l'onde\ndisciplinée qui coule, selon l'expression de Guérin, u dans un canal de marbre\nlisse. «Tour à tour torrent ou fleuve, la strophe de M. Nothomb est libre,\n bondissante et brusque : la régularité des vasques et la symétrie des bassins\nn'emprisonnera point ses élans. La fontaine où se penche son rêve n'est pas\n ce miroir immobile où l'on voit luire distinctement l'anneau perdu par quelque\n fée : c'est la source toujours bouillonnante où montent et crépitent des bulles\n d'or, images des pensées sans cesse renouvelées, sans cesse renaissantes, qui\n s'élèvent du fond d'une âme que le repos n'endort jamais. La grâce ordonnée,\n la beauté logique des jardins français, ne seront point les siennes; il n'est pas\n de ceux-là qui savamment disposent, le long d'allées toutes droites, des ran­\n gées de balustres et des files de statues, dont le pompeux cortège accompagne\n les quinconces et les ifs bien taillés. Ses poèmes touffus font songer plutôt à\n quelque jardin redevenu sauvage, que la Nature luxuriante, enchevêtrée,\n insoumise, aurait reconquis sur l'Art. Le goût classique voudrait qu'un peu\n d'ordre et de mesure éclaircit ce fouillis; mais les cœurs passionnés et les\n âmes romantiques en aiment l'exubérance et la musique nombreuse, poly­\n phonie orchestrale plutôt que soupir de flûte.\n                                                *\n                                            *       *\n  Au surplus, il faut convenir que Notre-Dame-du-Matin (1) révèle un progrès\nsensible chez l'auteur de l'Arc-en-ciel; non pas, sans doute, que la forme y\nparaisse beaucoup plus ferme (M. Pierre Nothomb ne compte pas au nombre\ndes joailliers du vers et des patients ciseleurs du style, et je ne crois pas qu'il\nveuille s'y efforcer jamais) ; mais on goûte ici la saveur profonde d'une pensée\nplus mûre, d'une inspiration plus émue, par conséquent plus émouvante. La\nvie est venue : elle a dicté au jeune poète sa leçon austère, et il l'a écoutée avec\ndocilité. Il connaît aujourd'hui le prix de la souffrance; il a traversé les\nangoisses du doute qui parfois assaille les plus intrépides; mais surtout, il a\n\n\n   (1) Notre-Dame-du-Matin,   par PIERRE NOTHOMB. (Paris, Bibliothèque de l'Occident.)\n"}, {"page_pdf": 603, "texte": "520                                DURENDAL\n\n\n\néprouvé le poids cruel et délicieux dont l'amour accable un jeune cœur. Et\nquand l'amour se lève dans une âme digne de lui, sa lumière transfigure sou­\ndain tout le paysage intérieur : les visions d'autrefois reculent et s'éva­\nnouissent dans cette aube, et la jeune clarté fait nouvelles toutes choses.\n    L'amour, qui s'annonçait seulement dans l'Arc-en-ciel, pareil à la ligne\npâle qui précède à l'orient l'apparition du soleil, l'amour éclate et triomphe\ndans Notre-Dame-du-Matin. Maître puissant et doux, cher et redouté, il s'est\nemparé de l'âme du poète, l'a illuminée, nourrie, fécondée, et comme recréée :\nde ce bain de flamme, la voici qui sort différente d'elle-même. Surprise et\nravie des métamorphoses opérées en elle, enfantine encore et pourtant plus\ngrave, elle marche éblouie parmi les merveilles qu'elle découvre ou crée : le\nmatin lui parle, elle parle au matin ; elle salue les eaux, les arbres, les nuages,\nles oiseaux, les fleurs, les anges entrevus, la Vierge apparue, et Dieu qui,\ndans cette lumière, se manifeste plus clairement..; Car l'amour terrestre ne\nsaurait suffire à remplir cette âme avide d'infini : le feu qui la brûle l'épure et\nl'élève, puis remonte au ciel d'où il descendit. Comme Béatrice, la bien-\naimée conduit à Dieu le jeune poète :\n\n                         ... Par votre amour à Sa clarté !\n              Par votre âme angélique et douce à Sa promesse !\n\n   Et cette médiatrice adorable est un don de la Vierge elle-même, de la\nVierge qui, partout présente, prête à ce poème ingénu son incomparable\nchasteté. D'autres invoquent Aphrodite, Psyché, Eve ou la Muse : lui,\ninvoque Notre-Dame, Notre-Dame-du-Matin, symbole de toutes les grâces et\nde toutes les puretés, dispensatrice céleste des dons immatériels. D'un bout à\nl'autre du livre, la Mère divine est là, et sa pensée se mêle aux plus tendres\neffusions de l'amour nouveau-né : c'est son Annonciation que le poète choisit\npour l'instant solennel de son premier aveu, et désormais toutes les paroles\nqu'il adresse à la bien-aimée s'accompagneront d'une prière, si bien que l'on\nne sait si c'est un cantique ou un chant d'amour qu'on écoute ici, tant les\ndeux inspirations se mélangent et se confondent.\n   Mais combien touchante et combien humaine, cette Vierge qu'il invoque!\ncombien différente de la pauvre image qu'on offre d'ordinaire à nos dévotions!\n\n                     Vous n'êtes pas, au mois de mai,\n                     La mère, crainte des archanges.\n                     Qui, l'enveloppant dans ses langes,\n                     Tremble devant le Bien-Aimé;\n\n                     Vous n'êtes pas cette angoissée,\n                     Qui cherche, d'un œil éperdu,\n                     L'enfant divin, qu'elle a perdu\n                     Parmi les grands de la pensée ;\n"}, {"page_pdf": 604, "texte": "                         NOTRE-DAME-DU-MATIN                                  521\n\n\n                     Vous n'êtes pas la femme en pleurs\n                     Qui, pendant la sanglante épreuve,\n                     Tombe pâmée aux bras des veuves\n                     Sur le chemin de la Douleur ;\n\n                     Vous n'êtes pas cette héroïque\n                     Qui, voulant souffrir jusqu'au bout,\n                     Calme et droite, reste debout\n                     Devant le calvaire tragique...\n\n                      Vous n'avez pas encor souffert,\n                      Vous êtes la vierge enfantine ;\n                      Quand les cloches chantent matines,\n                      Vous allez dans le printemps vert...\n\n                     Et, les pieds nus dans la rosée,\n                     De vos yeux bleus vous souriez,\n                     Quand vous nous entendez prier\n                     Pour nos petites fiancées...\n\n                                        *\n                                       * *\n\n   Notre-Dame-du-Matin : le titre est délicieux, et il a ce mérite de résumer\ntoute l'œuvre. Le livre de M. Pierre Nothomb respire la pénétrante fraîcheur\nqu'exhalent, par les aubes printanières, les vergers mouillés de rosée. Tout y\nest matinal, vernal et virginal; tout y est bleu et blanc, les rêves et les can­\ntiques, les âmes et les sourires, les décors et les brises : et si le poète prodigue\nvolontiers ce bleu et ce blanc, c'est parce qu'ils sont les couleurs du prin­\ntemps et de la Vierge.\n   Toutes choses, autour de lui, sont innocentes et frêles, baignées qu'elles\nsont du rayonnement que son âme projette sur le monde :\n\n         Rien que des oiseaux blancs, rien que des fleurs       candides...\n\n   En fervent idéaliste, M. Pierre Nothomb compose un paysage intérieur de\npureté et de tendresse, dont la douceur évoque le suave mysticisme d'un Fra\nAngelico ou d'un Maurice Denis. La nature est pour lui le grand miroir de\nDieu, une forêt de symboles chrétiens : « le monde est en état de grâce », « la\ncampagne est eucharistique », la pluie ruisselle d'en haut « comme la grâce\nfraîche et vivante des cieux ». Il n'est, dans le spectacle sensible de l'univers,\nrien qui ne manifeste la présence adorable du divin Bien-Aimé.\n   Mais toute âme a ses défaillances : il survient parfois une heure trouble, où\nla grâce brusquement se retire, où le plus vigilant se sent perdu dans l'ombre\net se prend à douter. Le poète a passé par ces minutes d'angoisse : sur le bleu\net le blanc de son rêve angélique, la vie brutale est venue, de moment en\nmoment, suspendre un nuage noir qui obscurcit le ciel, et sa Légende dorée,\n"}, {"page_pdf": 605, "texte": "522                               DURENDAL\n\n\nsous la trame transparente de ses allégories, le confesse humblement. Ses\nchastes pensées succombent, pareilles aux onze mille vierges, sous les coups\ndes Barbares; le rouge boucher de la Luxure égorge les trois petits enfants,\nl'Amour, l'Espérance et la Foi, qui dans le matin calme glanaient le clan­\nbonheur, et qui ont perdu leur chemin quand la nuit tomba sur les champs;\net dans la ville d'Edesse, si paisible sous ses palmes, l'orgueil, la haine, le\ndésespoir surgissent parfois... Mais l'ombre insidieuse se dissipe, la lumière\nde la grâce renaît : les vierges massacrées montent au ciel en chantant des\ncantiques d'amour; le grand Saint Nicolas ressuscite les enfants; et dans la\ncité d'Edesse, en proie aux hordes des péchés, un mystérieux messager vient\nlire une lettre du Seigneur, et la paix rentre dans les âmes...\n   Voici le dimanche des Rameaux, le Jeudi Saint, les joies de Pâques, les\nextases mariales du mois de mai — toutes les suaves ivresses du printemps\ncatholique... Voici l'Amour triomphant, dorénavant sûr de lui, qui s'avance\nparmi les fleurs : il guide l'épouse souhaitée, qui déjà tremble et s'étonne à de\nmystérieuses promesses. Ici, l'inspiration du poète s'humanise : ses vers, en\nrestant chastes, se font plus pénétrants, et leur grâce moins éthérée nous\ntouche peut-être davantage. On y sent passer le grand souffle de la nature et\nde la vie, on y sent courir la fièvre passionnée du sang et des larmes :\n\n                     Tu dors à demi, ta croisée\n                     Est ouverte sur le jardin...\n                     Quelle fraîcheur en ce matin !\n                     Il sent la rose et la rosée...\n\n                     Est-ce le rêve ou le réveil ?\n                     Tu ne sais, tu souris, il semble\n                     Qu'un cerisier clair-fleuri tremble,\n                     Et s'effeuille sur ton sommeil...\n\n\n\n            Pauvre enfant, la souffrance est l'épreuve suprême :\n            Tu le verras, souvent on souffre quand on aime;\n            Nous nous aimons, tes pleurs se mêlent à mes pleurs.\n            Et je recueille en moi ta joie et tes douleurs,\n            Comme un jardin reçoit le soleil et les pluies..\n\n  Et maintenant, voici la fin du beau songe paradisiaque. Le printemps\nmeurt, l'été s'approche, l'enfance fuit devant la jeunesse, les roses, dans les\nparterres, vont succéder aux lys; et telle est la candeur de cette âme virginale\nqu'elle s'afflige et s'inquiète de ces métamorphoses :\n\n            Mon Dieu ! voici l'Eté inconnu et troublant,\n            Voici mourir déjà les floraisons divines...\n"}, {"page_pdf": 606, "texte": "                          NOTRE-DAM E-DU-MATIN                                523\n\n\n Le temps de la Vierge est passé :\n\n           J'ai vu tantôt s'enfuir l'azur clair de ses voiles\n           Dans le silence blanc des dernières étoiles...\n\n\n           C'est la gloire de Dieu qui régne à l'horizon,\n           Et le soleil n'est plus qu'un ostensoir immense...\n\n\n            Ce sont les derniers sons des cloches matinales\n            Qui ne chanteront plus les fêtes virginales...\n\n   Et en suivant la procession de la Fête-Dieu, qui va écraser sous ses pas les\ndernières fleurs de ce printemps dont le doux miracle est fini, il semble que\nle poète conduise les funérailles de son enfance, toute vouée au culte de la\nVierge...\n                                       *\n                                      * *\n\n  Tel est, sèchement analysé, ce poème de grâce et d'amour, qui a la fraî­\ncheur exquise du matin et du printemps, et où, suivant son vœu, M. Pierre\nNothomb sut, en des accords mystiques,\n\n            Rendre le son lointain, presque immatériel,\n            Des cloches qui jamais n'ont chanté que matines\n            Et qui tintent là-bas au fond de l'Irréel...\n\n   Le goût sévère d'un puriste y relèverait aisément des imperfections de\nforme et des négligences de style, des épithètes incolores, des vers faibles, des\nrimes médiocres, des strophes cursives, des redites qui sentent l'amplification.\nCertaines pièces, même, prises dans l'ensemble, apparaissent vraiment trop\nfaciles et attestent l'improvisation, le jaillissement tout instinctif que l'art n'a\npas discipliné. Je suis de ceux qui souhaiteraient, à ces poèmes si émouvants,\nun contour plus sûr, moins brisé, une ordonnance plus harmonieuse, un\nrelief plus ferme et plus sobre; dans leur abandon spontané, les vers de\nM. Pierre Nothomb manquent de ces qualités classiques qui sont la mesure et\nl'équilibre, et qui s'imposent nécessairement aux littératures épuisées. Tout a\nété dit sur tout : ce n'est plus par sa pensée qu'un poète peut se survivre,\nc'est par la forme qui l'enveloppe et par le vers qui la chante.\n   Mais que faire à cela? Chacun suit sa pente; et M. Nothomb a suivi la\nsienne. Ces défauts de style sont communs à tous les lyriques passionnés, et\ncertes l'auteur de 1''Arc-en-ciel et de Notre-Dame-du-Matin           mérite d'être\nrangé parmi eux. Encore qu'une œuvre parfaite soit toujours supérieure à\nune œuvre imparfaite, — un poète, si grand qu'il fût, ne s'est jamais amoindri\nen s'affirmant un artiste — on trouve, dans ces poèmes inégaux et touf­\nfus, une telle ardeur, une sève si riche et un élan si naturel, qu'on oublie\n"}, {"page_pdf": 607, "texte": "524                               DURENDAL\n\n\nleurs faiblesses de forme, entraîné qu'on est à son tour par le grand souffle\nqui les anime. Et l'on s'aperçoit que ces vers, parfois si lâches et si flottants,\noffrent des qualités remarquables : ils témoignent, non seulement d'un vibrant\nenthousiasme, d'un sentiment profond, d'un noble idéalisme, mais d'une rare\naptitude à gravir les sommets du spiritualisme, d'une imagination opulente\net gracieuse, d'une science déjà très sûre du rythme, d'une aisance merveil­\nleuse à traduire par les vers tous les mouvements de l'âme, — bref, des meil­\nleurs dons qui font proprement le poète lyrique. Artiste impeccable, non,\nassurément, celui-ci ne l'est pas; et, encore une fois, je ne pense pas qu'il le\nsoit ou veuille l'être jamais. Mais poète inspiré, il l'est, — et voilà qui n'est\npas commun, en un siècle où pullulent partout les versificateurs adroits.\n\n                                                               F R A N Z ANSEL.\n"}, {"page_pdf": 608, "texte": "Méditations sur la beauté du monde\n                                  (Suite) (1)\n\n\n\n\n                                     XVI\n\n       C'est une nuit bleuâtre et souveraine où toute\n       La campagne s'efface, à p a r t un pan de route\n       Qui déroule à vos pieds quelque peu de blancheur.\n       Mais si vos yeux n'ont rien à fixer sur la plaine,\n       Là-haut, l'immensité du ciel envahisseur\n       D'une horde de feux innombrables est pleine!\n       — L a T e r r e n'étant plus que l'informe soutien\n       De votre front levé sur la campagne obscure,\n       Il semble qu'on se mêle à toute la Nature\n       E t que l'on participe au sublime entretien\n       Qu'ont entre eux les r e g a r d s des étoiles profondes !\n\n       Mais n o n ! C'est bien en vain qu'on vous demande, ô mondes,\n       Ce qu'exprime l'éclat dévorant de vos yeux,\n       A vous surtout, brillants rois ou reines des cieux,\n       O Grand'Ourse, Arcturus, Cygne et Cassiopée,\n       Dont l'intense lueur tient notre âme occupée!\n       Notre oeil qui vous embrasse, ô constellations,\n       E t croit apercevoir quelquefois vos rayons\n       Lui répondre et trembler de clartés amicales,\n       Ne découvre jamais que vos splendeurs fatales!\n\n       D'ailleurs, c'est une nuit de novembre glacé\n       E t tandis que notre œil s'est vainement lassé\n       A vous interroger, ô Nature muette,\n       Le vent froid a t r a n s i notre chair inquiète.\n       Non seulement en vain notre regard vous suit,\n       O globes, mais l'hiver semble encore nous défendre,\n       P a r ce vent qui nous chasse aigrement devant lui,\n       Le sanctuaire auguste et profond de la Nuit!\n       — Revenons sur la route au blanc pâle de cendre,\n\n(1) Voir les numéros d'avril, de mai et de juin.\n"}, {"page_pdf": 609, "texte": "516                           DURENDAL\n\n\n      Car, peut-être, mon cœur, n'avons-nous pas le droit\n      D'entendre les secrets pleins d'orgueil ou d'effroi\n      Que se disent entre eux les astres millénaires!\n      Laissons derrière nous les géants luminaires\n      Flamboyer librement, dans l'ombre, sans témoin.\n\n      Que de fois j'ai souffert en ces nuits où, sans voiles,\n      Le ciel semble entr'ouvrir le palais des étoiles\n      De sentir, univers muet, ton cœur si loin !\n\n\n                                 XVII\n\n      Si parfois, la beauté me rend ton cher visage,\n      Il me le semble, ô T e r r e , impassible et lointain,\n      Combien de fois par elle, aussi, le paysage,\n      Dans le jour qui s'achève ou l'été qui s'éteint\n      Se revêt de tendresse émouvante et pudique !\n\n      Comme je te chéris, ô T e r r e , de savoir\n      Mourir avec le doux charme mélancolique\n      De tes automnes d'or qu'empourpre encor le soir!\n\n      P a r le soin que tu mets à t'éteindre avec grâce,\n      L'automne, débordant d'arbres dorés, dépasse,\n      A cause de son beau courage, le p r i n t e m p s !\n      Car si l'expansion rouge de son feuillage\n      Egale la splendeur de ton œ u v r e éclatant,\n      L'automne, ô printemps, sait le fatal gaspillage\n      Que feront de son or précieux les autans !\n\n      Oh! sois bénie, ô T e r r e expirante et sereine,\n      Qui pouvais entourer ton trépas de laideur,\n      D'avoir voulu couvrir ta mort de la pudeur\n      Que répand sur ton front la grâce souveraine\n      Des arbres surchargés de pourpre auguste et vaine!\n\n      Sois bénie, ô mourante exquise, qui pouvais\n      Attrister nos r e g a r d s de t a douleur visible,\n      De t'en aller avec la plainte si paisible\n      Qu'éveille, en t r a v e r s a n t les branchages épais,\n      La chute sinueuse et lente d'une feuille;\n      E t de ne pas vouloir que notre âme s'endeuille,\n      Puisque tu sais g a r d e r au bord du noir sommeil,\n      Que ton cœur, doucement, ô bonne aïeule, accueille\n      Le sourire nombreux d'un feuillage vermeil !\n"}, {"page_pdf": 610, "texte": "     MÉDITATIONS SUR LA BEAUTÉ DU MONDE                             527\n\n\n\n\n                             XVIII\nOh! je ne me plains pas de ton indifférence,\nT e r r e , ni ne prétends que ton cœur et le mien\nSouffrent, en même temps, de la même souffrance,\nOu que mon bonheur, pâle et changeant, soit le tien !\nJ e sais que tu te dois à la foule des âmes\nDont le nombre, sur tout ton globe, est infini\nE t que l'une te hait pour ton ciel ennemi\nQui ne sait pas, devant son deuil, taire ses flammes,\nT a n d i s que l'autre passe heureuse en tes chemins\nOù la lumière d'or étale ses jeux vains!\nE t j ' a d m e t s , puisqu'il t'est, ô N a t u r e , impossible\nDe te p r ê t e r aux vœux divers des cœurs humains,\nQue tu doives rester à nos maux insensible!\n\nE t , Nature, je sais que tu te dois aussi\nAux êtres qui n'ont pas à subir le souci\nD'un cœur muable et d'une inconstante pensée :\nJ e sais que tu te dois au mont calme qui dort\nDe toute la lourdeur de sa masse lassée,\nAux chênes endormant dans leurs b r a s le soir d'or,\nComme aux blés inclinés sous la bise et l'averse\nOu le ruissellement de feu que juin leur verse.\nOr, que ferait ma plainte humaine au chêne dur?\nE t quel pouvoir aurait le faible cri de l'homme\nP o u r éveiller de leur éternité de somme\nLes monts ensorcelés sous l'impassible azur?\nE t que diraient de nos révoltes les blés calmes\nQui, depuis les vieux jours de notre race, font\nLe geste héréditaire et résigné des palmes,\nP a r qui leur être s'offre à des tourments sans fond?\nO blés qui possédez la bonté souveraine\nE t livrez votre paille infirme et votre graine\nAu broiement des fléaux et des meules, ô vous\nQui portez un amour immense en des corps grêles,\nQue diriez-vous, ô blés héroïques et doux\n De vos émois si gros pour nos peines si frêles !\n\n                               XIX\nMais si je ne t'ai pas, ô T e r r e , demandé\nDe partager ma joie éphémère ou ma peine,\nT u m'as dans ma douleur bien souvent accordé\nLes consolations de ton âme sereine.\n"}, {"page_pdf": 611, "texte": "528                          DURENDAL\n\n\n      Tu le sais : je portais, bien souvent, dans les champs\n      Un cœur endolori par la vie ou les choses,\n      E t toujours la bonté large de tes couchants\n      Avait pour sa douleur des douceurs de tons roses.\n\n      Il n'était pas de fièvre, ô T e r r e , dans mon sang\n      Dont tu n'eus pas bientôt calmé l'ardeur futile\n      Au spectacle du blé penchant et blondissant\n      De résignation volontaire et tranquille!\n\n      O douceur de sentir vous pénétrer le soir,\n      E t la profonde plaine au rythme pacifique,\n      Qui semble palpiter comme un vaste dortoir,\n      E n d o r m i r vos douleurs sous sa lune magique\n\n      Ou bien, apaisement de voir autour de nous,\n      Quand nos cœurs croient parfois impossible de vivre,\n      Continuer de croître encore les blés doux\n      E t s'éployer toujours l'arbre de lumière i v r e !\n\n      — Car vous dites que la douleur, si nous voulons,\n      Ne p o u r r a pas tuer le courage de l'âme,\n      O blés martyrisés de vent qui, toujours bons,\n      Retrouvez votre souple élancement de flamme;\n\n      E t vous, pays sereins, noyés de pâle azur,\n      Dout les coteaux, hantés de quelque âme endormie,\n      P a r a i s s e n t soulevés d'un amour calme et pur,\n      O pays, conseillers de paix et d'eurythmie!\n\n\n                                  XX\n\n      N a t u r e , je vous aime aussi d'un fier amour!\n      Comme le laboureur amoureux de sa t e r r e\n      Dont il a parcouru, bien souvent, d'un pied lourd,\n      E t dont il retourna, de son labeur austère,\n      T a n t de fois, le sol cher qu'il en sait, un à un,\n      Les arbres, les sillons et le champ jaune ou b r u n ;\n      E t qu'il croit en avoir, de sa main souveraine,\n      Soupesé chaque motte et compté chaque graine,\n      J e t'aime d'un amour orgueilleux et jaloux!\n\n      Comme lui j'aime à dire à mon cœur : ce coin roux,\n      Ce jardin, cette vigne et toute cette plaine\n"}, {"page_pdf": 612, "texte": "     MÉDITATIONS SUR LA BEAUTÉ DU MONDE                  529\n\n\nOù le couchant s'affaisse avec beauté sont miens!\nCar ils virent venir mes pas quotidiens\nE t ma lèvre aspirer tendrement leur haleine,\nJ u s q u ' à ce que mon cœur, ayant communié\nLonguement à leur âme inconstante et diverse,\nP û t enfin découvrir leur visage épié\nOù leur grâce, secrète et changeante, transperce!\n\nO champs dont j'ai surpris le charme, quelque jour,\nP o u r moi vous n'êtes plus une terre étrangère,\nCar de votre beauté solennelle ou légère,\nP o u r toujours, désormais, mon cœur sera plus lourd!\n\nPaysages aimés, vous êtes ma richesse\nE t vous êtes, ô champs, ma part de l'univers,\nPuisque vous augmentez ma joie ou ma tristesse\nE t puisque je vous ai renfermés dans mes vers !\n\n\n\n                         XXI\n\nE t comme un laboureur ambitieux désire\nAgrandir son domaine ancien de sols nouveaux,\nA l'heure où le soleil sur les cimes chavire,\nOu lorsqu'il vogue encor sur les blés triomphaux,\n\nInlassables, mes yeux cherchent dans la campagne\nDes secrets inconnus de grâce ou de clarté,\nOu quelque contour, neuf et divin, de montagne.\nP o u r augmenter toujours mes trésors de beauté!\n\nEt, plus ambitieux qu'un laboureur encore,\n— Nos âmes étant plus immenses que nos mains, —\nJ e voudrais parcourir les pays que j'ignore\nE t jusqu'au bout, ô T e r r e , épuiser tes chemins,\n\nAfin de respirer de plus belles aurores\nOu d'offrir à mes sens des couchants fabuleux,\nEblouis des couleurs violentes des flores\nOu de l'embrasement maléfique des cieux!\n\nJ e voudrais tout entier t'acquérir, monde étrauge,\nE t , cités aux noms pleins de longs prolongements,\nIspahan rose ou vous qui vous baignez au Gange,\nBénarès, accueillir tous vos enchantements !\n"}, {"page_pdf": 613, "texte": "530                           DURENDAL\n\n\n      J e voudrais t r a v e r s e r d'une âme inassouvie\n      Les brûlants continents et les profondes mers,\n      J e voudrais enivrer jusqu'à la fin ma vie\n      E t fatiguer mes yeux de ta gloire, univers !\n\n\n                                  XXII\n\n      Non content d'assouvir de ta face mon âme\n      E t de courir des cieux d'une plus pure flamme\n      Où s'agrandisse encor le charme de tes traits,\n      Ainsi qu'un amoureux ingénu, je voudrais\n      P é n é t r e r ton cœur même et connaître, ô ma T e r r e ,\n      Tous les êtres auxquels tu donnes ton amour.\n      Avec ravissement, je voudrais, chaque jour,\n      Lever un coin nouveau du si profond mystère\n      Qui dérobe ton âme à mes r e g a r d s et dont,\n      Avec coquetterie, ô N a t u r e , tu joues\n      P o u r g a r d e r plus longtemps p r è s de toi notre front,\n      Ou pour voir s'embellir d'un sang pourpre nos joues!\n      J e voudrais, d'un regard toujours neuf et surpris,\n      Découvrir, chaque jour, un des êtres sans nombre\n      Que ton sein, ô Nature inlassable, n o u r r i t !\n      Car, écoute, ô mon bel univers doux et sombre,\n      J e suis fier de l'amour que toujours je t'offris!\n      N'accumules-tu pas dans ton vaste domaine\n      Plus de choses, aux plis de ton manteau mouvant,\n      Que n'en peut pénétrer, en ses j o u r s , l'âme humaine?\n      E t , taudis que nos cœurs se fatiguent souvent\n      De placer leur amour dans un être épuisable,\n      P o u r augmenter encor la joie impérissable\n      Que m'apportent tes champs, tes forêts et tes eaux,\n      Ne garderas-tu pas jusqu'au bout de ma vie\n      Des trésors inconnus et des charmes nouveaux\n       Dont s'emplira sans fin mon âme inassouvie?\n\n\n                                 XXIII\n\n      Car, ô monde, tu veux te révéler à moi,\n      Et, tandis que baignés de ta clarté sereine,\n      D'autres vont sans rien voir des a t t r a i t s de la plaine,\n      T r a v e r s e n t tes forêts augustes sans émoi,\n      Ou ne lèvent jamais vers les soirs grandioses\n      Leurs yeux inéveillés, insoucieux de toi,\n      Tu veux que je m'émeuve au mystère des choses !\n"}, {"page_pdf": 614, "texte": "    MÉDITATIONS SUR LA BEAUTÉ DU MONDE                        531\n\n\nSi parfois je m'assieds devant le pré fleuri,\nTu me fais admirer la merveille suprême\nQu'est la fleur la. plus pauvre et la plus naine même,\nE t me dis que le pré le plus humble n o u r r i t\nUn peuple illimité de plantes merveilleuses !\n— Oh! qui pense aux petits du monde végétal\nE t qui songe à compter les hordes fabuleuses\nDes gramens, dont le flot, gracieux et fatal,\nMonte dès le printemps pour envahir le val\nE t tenter d'assiéger les montagnes superbes!\n\nOu tu m'ouvres les yeux sur le peuple infini\nDes insectes cachés par le fouillis des herbes\nOu qui creusent le sol de mille trous. — Fourmi,\nCigale, papillon et vous, coléoptères\nAux élytres d'argent, d'or, de pourpre ou de vert,\nVous êtes à vous seuls un immense univers!\nVous creusez sous nos pieds vos savantes artères,\nOu tissez sous nos yeux vos multiples réseaux\nE t , mêlant tous vos bruits aux chansons des oiseaux,\nVous emplissez l'été qui résonne et poudroie\nDe la vibration de vos corps fous de joie!\n\n... Or, peut-être, là-haut, astres mystérieux\nNourrissez-vous encor plus de formes vivantes,\nP l u s d'insectes peut-être étranges, plus de plantes\nAux contours inconnus, aux parfums somptueux,\nQue notre globe étroit dans l'infini des cieux!\n\n                          XXIV\n\nE t pourtant, tu le sais, le désir me consume\nDe mieux connaître encore, ô T e r r e , tes secrets !\nQuand je longe tes eaux ou quand sous tes forêts,\nAvec un doux respect, je marche, une amertume\nM'entre au cœur, chaque fois que mes yeux ignorants\nS'abaissent sur quelqu'un de tes hôtes errants,\nDont ils ne savent pas encor le nom agreste.\nE t j ' e n t e n d s un reproche, en mon cœur, chaque fois\nQu'une fleur, au calice orgueilleux ou modeste,\nS'élève près de l'onde ou sous l'ombre des bois\nSans que ma lèvre puisse en désigner la grâce!\n\nDans votre fleur alors ou bien sur votre face,\nInsectes et gramens méconnus, je crois voir\nLa tristesse de ceux qui sont bons sans espoir\n"}, {"page_pdf": 615, "texte": "532                           DURENDAL\n\n\n      E t qui, persévérant dans leur bonté suprême,\n      Suivent leur tâche utile ou charmante, quand même\n      L'homme aurait les yeux clos sur leur œuvre pieux !\n\n      Pour mieux te pénétrer, ô ma T e r r e , et pour mieux\n      Te chérir, il n'est rien que je ne veuille a p p r e n d r e !\n      Oh! je voudrais surtout incliner un front t e n d r e ,\n      Large univers, sur tes infiniment petits,\n      Sûr que plus on descend vers les plus humbles êtres,\n      Plus aussi, sous nos yeux étonnés, tu g r a n d i s !\n      Que les hommes, de jour en jour, se r e n d e n t maîtres\n      Des mystères profonds que recèlent tes champs :\n      Tu peux être propice à leurs efforts, sachant\n      Que la réalité des choses, ô N a t u r e ,\n      Dépassera toujours leurs plus vastes p e n s e r s !\n\n      Qu'ils te scrutent avec leurs r e g a r d s inlassés,\n      N'es-tu pas, ô ma T e r r e , inépuisable et sûre\n      De te montrer toujours plus splendide, à mesure\n      Que l'homme penchera des r e g a r d s plus puissants\n      Sur la fécondité de tes flancs b r u i s s a n t s ?\n\n                                                            P A U L BONTÉ.\n"}, {"page_pdf": 616, "texte": "                  L'Amitié de France\n\n                  CE joli nom, heureusement ressuscité de notre moyen âge —\n                     désigne un groupe de jeunes gens, dont l'esprit catholique\n                    est la principale raison d'être, le lien, la préoccupation\n                    constante, en eux-mêmes et autour d'eux-mêmes. Depuis\n                    cinq ans, ils se sont occupés de philosophie, de politique, au\n                    sens idéal du mot, et d'art. Leur œuvre demeurait un peu\n                    intime et un peu vague, comme il sied à des aspirations de\n                    jeunes gens, avec cette flamme secrète, cette grandeur inté­\nrieure et cette pauvreté apparente des entreprises où l'on met beaucoup d'âme\net peu d'expérience. Depuis quelques mois, désireux à la fois de préciser\nleur esprit et de l'envelopper dans une action mieux définie, ces jeunes gens\npublient les Cahiers, où, tant par des articles critiques que par des œuvres\noriginales, ils prennent rang, sous un drapeau commun, dans le combat intel­\nlectuel du temps présent.\n   Je ne puis mieux faire que de leur laisser la parole :\n\n   « Trop souvent, disent-ils, le désir des revues bien pensantes semble être de\nrivaliser d'actualité avec la mieux informée des publications neutres ou\nhostiles. Montrer qu'on peut être aussi intéressant que dans la maison d'en\nface, tel est cet apostolat négatif; le mal est exclu sous tous ses déguisements,\nmais le bien, dépouillé de son nimbe surnaturel, ne se glisse que furtivement,\nen laïque... Contre cette mollesse, nous voulons réagir. Nous réclamons et\nproclamons le catholicisme intégral, remontant et aspirant jusqu'à ses sources\nles plus hautes et les plus secrètes. Pour nous, la Foi est une vision de l'être\nqui exclut toute autre, en esthétique comme en morale et en sociologie... »\n\n  (Et voici condamné, avec une belle intransigeance, tout notre art païen\nd'aujourd'hui, à peine parfumé, chez les meilleurs, d'un vague christianisme.)\n\n  « ... Pour nous, le Christ n'est pas un inaccessible idéal, mais une person­\nnalité vivante, descendue en notre chair, se distribuant à tous dans son Eucha-\n\n\n  (1) Nous reproduisons avec plaisir ces paroles de Paul Renaudin citées dans le Bulletin\nde la Semaine de Paris. Elles sont tout à l'éloge de nos amis les rédacteurs de la belle revue\ncatholique L'Amitié de France et des Cahiers de cette même revue. Le magnifique et hautain\nidéal d'art de ces jeunes penseurs et artistes chrétiens est aussi le nôtre.\n"}, {"page_pdf": 617, "texte": "534                               DURENDAL\n\n\n\nristie. Pour nous, l'Eglise est son épouse infaillible. Pour nous enfin, le\nSacrifice de la Messe, les Sacrements, la Communion des Saints... sont des\nréalités spirituelles où se renouvellent et s'exaltent toutes nos forces. Telle est\nla sève qui alimentera nos Cahiers. Toutes les préoccupations qui préoccupent\nnotre temps seront traitées dans cet esprit; en tout, nous regarderons la\nLumière; au delà des apparences les plus humbles, nous rechercherons la vision\nde cet ordre sacré qui domine tous les temps, cet ordre qui justifie toutes les\ncréatures et les relie entre elles comme les pierres d'une ville bien construite,\nCujus participatio ejus in idipsum... »\n\n   Avons-nous entendu, depuis longtemps, d'aussi fortes paroles ? Je ne le crois\npas. Et si vous songez qu'elles sont la pensée, la volonté commune d'une élite\nde jeunes gens, dont les œuvres ont déjà commencé, par ailleurs, d'attester la\npleine et hardie sincérité, vous mesurerez mieux leur autorité, et vous\nécouterez avec joie leur retentissement dans les âmes, où elles vont réveiller,\nj'en suis sûr, de profonds échos.\n   Car je partage, quant à moi, l'optimisme des rédacteurs des Cahiers. Je\ncrois avec eux que :\n   « A cette heure des milliers d'âmes ont soif de cette eau sans cesse jaillis­\nsante; perdues çà et là, elles l'ignorent les unes les autres, et leurs élans\nretombent impuissants. Rassembler tous ces altérés au bord de la source et y\nboire tous en louant Dieu, voilà l'espoir des Cahiers... Nous venons à nos\nfrères, humblement, dans un grand désir de plus de justice et de beauté; nous\nne prétendons ni ne voulons rien apporter de neuf, mais, pleinement soumis\nau magistère de l'Eglise, nous travaillerons à ramener la sensibilité si dispersée,\nla pensée si inquiète, à cet équilibre magnifique où les maintient le règne de\nla grâce. »\n\n   Ces jeunes gens viennent à l'heure opportune. Ils ont eu, sans doute, des\nprécurseurs dans la philosophie, dans les lettres, dans l'action sociale, ils sont\nportés par le grand flot qui nous entraîna nous-mêmes, par le renouveau\ncatholique auquel nous assistons depuis une vingtaine d'années. Mais ils\nveulent y apporter leur élan personnel, et ils ont déjà commencé de le faire.\nJusqu'à présent, leur effort le plus précis est dans le domaine littéraire; ils\nont raison, c'est là que les ouvriers furent le plus rare. Les Cahiers de l'Amitié\nde France groupent des noms qui forment à eux seuls un ralliement : Georges\nDumesnil, François Mauriac, Robert Vallery-Radot, Guillaume de Brémond\nd'Ars, Paul Claudel, Francis Jammes, Emile Baumann, André Lafon. Ils\nréussiront là où leurs aînés, entraînés sur d'autres terrains, ont échoué. Chacun\nd'eux, isolément, a donné déjà la mesure ou la promesse de son talent comme\nde son zèle : réunis, ils seront une force magnifique, et qui marquera dans\nnos lettres. Et c'est pourquoi leur programme, si ambitieux sans doute, est\npeut-être aussi trop modeste : nous ne prétendons rien apporter de neuf,\ndisent-ils; eh ! que si, ils apportent du neuf, et s'ils ne le savent pas, c'est\ntant mieux, mais cela ne nous empêchera pas de nous en réjouir.\n"}, {"page_pdf": 618, "texte": "                            LES LIVRES\n\nL e s L e t t r e s e t l a V i e , par   FIRMIN VAN DEN BOSCH. — (Bruxelles,\n   Dewit, 1912,XVIII-237pages.)\n   On me charge de présenter aux lecteurs de Durendal le nouveau recueil\nd'études littéraires de M. F i r m i n V a n d e n Bosch. L a chose est-elle bien\nnécessaire et n e leur ai-je pas d o n n é s u r ce livre toutes les informations\nrequises en matière de compte rendu par le seul fait que je viens d'en trans­\ncrire le titre? Ils n e pensent pas sans doute que j ' a u r a i la naïve prétention d e\nleur définir, a u t r e m e n t dit de leur révéler sa façon de comprendre les lettres et\nla vie. Ils savent évidemment qu'ils retrouveront dans le présent ouvrage u n\ncritique qu'ils connaissent très bien et notamment des articles qu'ils con­\nnaissent non moins bien, je veux dire ceux qu'il a fait paraître dans Durendal.\nIls savent aussi q u e , publiés ici ou ailleurs, tous les articles réunis par\nM. Van d e n Bosch sous la rubrique Les Lettres et la Vie (1), sont animés d u\nmême esprit, u n esprit avec lequel ils sont familiarisés depuis longtemps et\ndont nous rencontrons, dès la première page d u volume, u n e manifestation\nfort significative : on se souvient d e la fête littéraire qui eut lieu le 4 mai 1909\nà Louvain, p o u r c o m m é m o r e r la fondation de la Jeune Belgique et la renais­\nsance des lettres catholiques belges. M. V a n d e n Bosch y prononça une\nvibrante allocution qu'il avait intitulée Paroles pour la jeunesse. Elle figure dans\nson recueil, n o n pas à titre de simple article, mais en guise de préface. L e\nfait n'est-il p a s des plus expressifs? U n e préface résume l'esprit d'un livre.\n M. Van d e n Bosch n ' a donc pas cru nécessaire d'en composer u n e pour le\nsien : il l'a trouvée toute écrite d a n s ses Paroles pour la jeunesse.\n   On a dit cependant q u e , d a n s ce livre, apparaissait un Van den Bosch\n« assagi », et lui-même y a glissé u n e allusion a u x « vents raisonnables de\nl'âge ». S u r ce point, il s'agit de bien s'entendre : le critique jeune et com­\nbatif qu'il fut toujours y rend h o m m a g e à Boileau pour q u i , dit-il, « notre\nâge fut un âge sans pitié ». Mais il ajoute, s'adressant au « vieux maître »\nclassique : « N o u s t'avons b r u y a m m e n t m é c o n n u parce que, t'ignorant à\ndemi, nous te jugions mal. T o n Art poétique fut placé comme un boisseau sur\nnos enthousiasmes naissants, m i s comme u n éteignoir s u r l'ardeur d e n o s\npremiers rêves, imposé comme u n e camisole de force à l'exubérance d e nos\ngestes juvéniles. » E n d'autres termes, M. Van d e n Bosch a eu jadis d e\n\n\n   (1) Voici le sommaire du livre : Paroles pour la jeunesse. Notre personnalité nationale.\nL'apostolat de l'écrivain. La revanche de Boileau. Les Lettres belges à l'Exposition\nde 1910. H e u r e s de jeunesse ( H . Carton de Wiart). Un moine écrivain (Dom Bruno\nDestrée). Albrecht Rodenbach. L e Bonhomme du Romantisme (Ch. Nodier). La littéra­\nture du divorce (Les yeux qui s'ouvrent). Nos poètes. Maurice Barrès. Le journalisme et la\nlittérature. De l'organisation des musées.\n"}, {"page_pdf": 619, "texte": "  536                                DURENDAL\n\n\n  vigoureux corps à corps avec des magisters à courte vue qui, s'érigeant en\n  conservateurs des grands musées du passé, croyaient devoir pour cette raison\n  interdire au public la visite des salons artistiques modernes. Puis les « vents\n  raisonnables de l'âge » sont venus qui l'ont tout simplement ramené vers des\n  œuvres mal lues jadis, parce que lues sous les regards impératifs et les férules\n  menaçantes des dits magisters. Mais il existe en lui un homme qui reste\n immuable : c'est un homme nanti de fortes convictions chrétiennes et qui ne\n les a jamais cachées ni trouvées incompatibles avec le culte des splendeurs\n littéraires, un homme qui n'admire et n'aime pas à demi, qui extériorise ses\n admirations (comme aussi ses répulsions) avec une âme d'apôtre ou, si l'on\n veut, avec le fervent désir de se créer autour de lui des âmes-sœurs, un\n homme qui a le verbe franc et clair, des impressions vives, fraîches et person­\n nelles, enfin un homme qui se veut et se proclame ardemment attaché à son\n pays. En ce qui regarde ce dernier point, il y a lieu de faire la remarque que\n les lettres et la vie belge occupent la meilleure ou la plus large place dans son\n livre. Toujours, on le sait, M. Van den Bosch a marché en tête de ceux qui\n prétendaient doter leur patrie d'une littérature sincèrement nationale. Aussi\n le voit-on toujours préoccupé d'exprimer sa pensée en un style résolument\n « tonique », un style réagissant contre le style « atone » dont la vogue fut\nplus que florissante dans nos provinces belgiques. Cette préoccupation tient\névidemment aussi à une tendance naturelle de son tempérament d'écrivain.\nPar crainte d'être mal compris, je me hâte d'ajouter que j'apprécie beaucoup\nchez lui les soins et les habiletés de la forme : il a le style tonique, c'est-\nà-dire un style qui a du relief, du caractère, de la personnalité.\n    Assurément, je pourrais relever dans ce recueil d'études littéraires telle\nmanière de penser qui serait à discuter. Mais, dans le monde des lettres,\nil ne faut pas qu'on soit tous du même avis. Je sais, et vous qui me lisez,\nvous savez quelqu'un qui ne me contredirait pas sous ce rapport : c'est\nM. Van den Bosch.\n                                                        GEORGES DOUTREPONT.\n\n  L a m a r t i n e e t l a F l a n d r e , par HENRY COCHIN. 1912, XXVII-442 pages,\n    avec huit gravures hors texte. — (Paris, Plon.)\n    Personne n'ignore que Lamartine a toujours aimé « de s'occuper de poli­\n tique » et que ses désirs ont été largement satisfaits : ils l'ont été surtout\n en 1848 lorsqu'il joua — et superbement encore — le rôle de Sauveur de la\n patrie. Mais ce que beaucoup n'ont pas su, c'est à quel degré il fut possédé\nde l'ambition de diriger les hommes, et c'est de quel haut prix étaient les\ndiscours qu'il prononça au Parlement français. Ainsi, pour dire tout d'abord\nun mot de ce dernier point, longtemps sa politique fut taxée de nuageuse et\nde chimérique : sa gloire de poète faisait tort à sa réputation d'orateur. Il a\nfallu qu'un grand juge survînt — le Temps — pour que sa mémoire de parle­\nmentaire fût réhabilitée et pour que l'on sentît la justesse et la valeur, à la\nfois pratique et prophétique, de ses vues sur les questions qu'il avait traitées,\nquestions aussi bien techniques et spéciales que générales. Quant à sa passion\ndu pouvoir, nul ouvrage ne la démontre mieux que celui de M. Henry\n"}, {"page_pdf": 620, "texte": "                                     LES LIVRES                                      537\n\nCochin, d é p u t é de l'arrondissement de D u n k e r q u e . Si je donne cette dernière\nindication sur l'état civil de l'auteur, ce n'est pas que je prétende, en ce qui\nle concerne, faire une révélation aux lecteurs de Durendal : ils connaissent\nassurément M. Cochin, ils doivent se souvenir encore des belles pages qu'il\na publiées ici m ê m e (février 1 9 1 2 ) s u r Montalembert et l'art chrétien. Mais il\nsied de leur rappeler qu'il représente à la Chambre française la région\n(la Flandre) où L a m a r t i n e se familiarisa avec les déboires et les triomphes\nde la politique : le poète des Méditations et des Harmonies fût, en effet,\nde 1833 à 1838, le d é p u t é de Bergues, et c'est précisément le récit de ses\ncampagnes électorales à Bergues qui sert à l'actuel député de la F l a n d r e ,\n M. Cochin, pour n o u s montrer combien son illustre prédécesseur eut le goût\ndes affaires publiques et, par conséquent, était loin d'être, comme on l'a trop\nsouvent pensé, u n alangui, u n pleurard en barquette et au clair de la lune. C'est\nau point que M. Cochin a pu écrire : « La gloire littéraire n'était pas le désir\nde cet h o m m e qui en avait été comblé : son désir était la vie publique. » Le\ncontraste entre ces deux désirs paraît frappant, surtout qu'il s'agit de cet\nhomme qui fut si essentiellement poète, qui a le renom (renom quelque peu\nforcé) d'être le poète le plus spontané de son époque et même de son pays.\n(Soit dit en passant, l'injure qui le blessait le plus dans sa carrière politique\net qui d'ailleurs le poursuivit longtemps était celle de « poète » !) U n e autre\nantithèse, qui n'est pas moins bizarre que ia précédente, est celle qu'on\nremarque entre la nature de sa poésie (poésie aux larges envols, aux amples\ndéploiements, aux nobles coups d'aile vers l'azur et le royaume des pensées\nmolles, fluides et magnifiquement imprécises) et l'allure de son arrondisse­\nment (un arrondissement calme, placide et même réputé prosaïque). C'est une\nréputation contre laquelle M. Cochin proteste, et il le fait avec u n e sincère\nconviction et des arguments de réelle valeur (1). Par la même occasion, il\nmontre pourquoi et comment Lamartine s'est emballé pour ses m a n d a n t s , et\naussi grâce à quelles relations d'amitié et à quelles alliances de famille il fut\namené à poser sa candidature dans ce coin de France qui ne paraissait pas\nprédestiné à l'avoir c o m m e d é p u t é . Sur cette dernière question et sur toute\nla vie électorale du célèbre écrivain dans le N o r d , « d'un grand h o m m e sur\nune petite scène », je renonce à donner des détails : ils sont trop, comme\ndisait l'autre, mais pas trop n o m b r e u x cependant. J'appelle toutefois l'atten­\ntion des amis de Durendal sur la thèse qui domine le livre, thèse qui affirme\nque L a m a r t i n e était légitimiste, mais qu'il voulut servir le Gouvernement de\nJuillet dans l'intérêt de l'ordre et de la liberté. E t notez-le bien : M. Cochin ne\nparle pas à la légère. Son livre est le fruit de longues recherches et s'alimente\nà d'excellentes sources qui sont des documents de provenance locale, des\ninformations inédites (parmi lesquelles des lettres de L a m a r t i n e et des dos­\nsiers électoraux), des j o u r n a u x de province qui sont aujourd'hui tellement\n\n\n\n   (1) Il dit toutefois, p. 25 : « La Flandre est un pays qui n'est pas indifférent par la\ncouleur, la lumière et les aspects caractéristiques de la nature et de l'homme, mais elle\nn'exerça aucune action sur l'imagination du grand poète. »\n"}, {"page_pdf": 621, "texte": "538                                DURENDAL\n\n\noubliés qu'ils ont aussi la valeur d'informations inédites. Remarquez, au sur­\nplus, qu'il n'a rien de la lourdeur et de la sécheresse que semblait devoir lui\nimposer le caractère du sujet traité. C'est un livre écrit d'une plume alerte,\nun livre pittoresque, semé de tableaux variés, où la France d'autrefois revit\navec sa vie des champs et des petites villes, ses mœurs électorales, ses\ncroyances pieuses, ses types originaux et ses salons littéraires. Oui, ses salons\nlittéraires! Et je signale, à cet égard, un piquant chapitre dans l'ouvrage de\nM. Cochin : celui qu'il intitule les Muses du Département. A l'heure présente\n— faut-il le redire? — la centralisation littéraire, plus marquée encore que la\ncentralisation politique, a condensé presque toute la République des lettres\ndans Paris. Au temps où Lamartine rêvait et conquérait ses lauriers électo­\nraux, il existait encore une activité poétique dans les départements. Sans\ndoute, je ne veux pas ignorer que le régionalisme actuellement s'y affiime\nencore plus ou moins intense d'après les provinces, mais il ne s'agit en l'occur­\nrence que d'individualités qui s'inspirent de l'esprit de terroir, tandis que,\nsous la Monarchie de Juillet, la production dite locale (par exemple dans la\nFlandre) était remarquablement abondante. Certes, je ne veux pas ignorer\nnon plus qu'elle n'était pas remarquablement artistique. Néanmoins le fait\nest là : il mérite d'être relevé, comme aussi cet autre fait que le grand écrivain\nLamartine fut admiré, aimé et imité par les honnêtes aèdes de là-bas : au dire\nde M. Cochin, « c'est surtout après son passage que l'on voit pulluler en\nFlandre les essaims poétiques ».\n                                                        GEORGES DOUTREPONT.\n\nPages de Critique et de Doctrine, par PAUL BOURGET, en deux\n   tomes (VIII-330 p. et 325 p.). — (Paris, Plon, 1912.)\n    Il y a beau temps déjà que M. Paul Bourget écrit des romans et que, par\nconséquent, il observe le train des choses humaines. Mais le spectacle de la\nvie ne l'a pas uniquement séduit en raison des fictions littéraires dont il\npouvait lui fournir l'objet. Toujours le narrateur-psychologue de Cruelle\nénigme et de Mensonges s'est complu dans les considérations philosophiques sur\nla marche des événements intellectuels qui s'accomplissaient autour de lui\net sur l'esprit des livres qui sortaient de la plume des autres. Toujours donc\nil y eut en lui deux écrivains qui naturellement, grâce aux liens du sang, se\nsont ressemblés comme des frères : un romancier et un critique. L'on sait,\nen effet, combien le romancier qui signait Cruelle énigme (1885) et Mensonges\n(1887) présentait d'affinités visibles avec le critique qui scrutait les âmes et\n les problèmes littéraires de son époque dans les Essais de psychologie contem-\nporaine ( I 8 8 3 - I 8 8 5 ) et les Etudes et portraits (1888). La même correspondance\nse remarque entre ses romans des récentes années (L'Etape, 1902; Un divorce,\n 1905; L'émigré, 1907, etc.) et ses Pages de Critique et de Doctrine qui, la plu­\npart, ont été composées de 1900 à 1912. C'est dire que si, d'un côté, nous\navons un écrivain qui représente le monde d'aujourd'hui en des tableaux\néclairés de l'esprit du christianisme, nous retrouvons, de l'autre, le même\nécrivain qui juge les œuvres de ses confrères à la lumière de ce même esprit.\nJ'ai hâte de noter toutefois que M. Bourget — dans la préface de ses Pages de\n"}, {"page_pdf": 622, "texte": "                                     LES LIVRES                                     539\n\n\nCritique et de Doctrine, préface qui les dédie à M. J u l e s Lemaître, — fait\nobserver à son ami que l'évolution de sa pensée, à lui Paul Bourget, n'a pas\nété, c o m m e on l'a prétendu, une conversion : « J'ai toujours protesté, dit-il,\ncontre ce mot, q u a n d il m'a été appliqué. » E t s'adressant au pénétrant cri­\ntique des Conttmporains et des Impressions de théâtre, il ajoute : « L e plus récent\nde vos portraitistes, M. Victor Giraud, après avoir cité de vous une page\nde 1885, concluait : C'est là un réquisitoire contre l'ordre de choses existant que l'on\npourrait, sauf le ton, croire écrit d'hier. Pareillement ce recueil-ci renferme plu­\nsieurs morceaux composés à la même é p o q u e , que j ' a i pu insérer à côté\nd'autres, tout récents, sans qu'il y ait d'autre différence q u ' u n e précision plus\nnette de la pensée. » E t M. Bourget continue en m o n t r a n t que le traditiona­\nlisme (dont il s'est fait l'interprète si noblement compréhensif et l'apologiste\nsi vivement éloquent) est l'aboutissement inévitable ou logique d'une vie\nintellectuelle qui, c o m m e la sienne, s'est appliquée à l'étude de la littérature\net des m œ u r s du XIXe siècle et qui, de cette littérature et de ces m œ u r s , a\ntiré les leçons morales qu'elles contenaient.\n    L'observation nous est précieuse; elle est à retenir, encore que pourtant\nsous la forme qui l'exprime, elle mette trop d'unité dans l'existence pensante\nde M. Bourget. E v i d e m m e n t , on ne peut guère en apprécier la portée et la\nvaleur que lorsqu'on a lu le recueil qui se trouve devant nous. Ce sont des\npages de critique littéraire et de doctrine sociale, pages écrites ou prononcées\nen des circonstances diverses et qui sont groupées sous les quatre rubriques :\nNotes de rhétorique contemporaine. Notes de critique psychologique. Thèses traditio-\nnalistes. Quelques exemples. Ce sont, partout, de beaux et de grands sujets, des\nsujets qui permettent à M. Bourget de développer à nos regards les différents\naspects de sa puissante personnalité : il nous apparaît d o n c ici en critique\nlittéraire qui voit les choses à fond et de h a u t , qui volontiers élargit le thème\nde sa c h r o n i q u e livresque par l'examen de problèmes d'esthétique générale;\nen h o m m e que les questions de littérature n'absorbent jamais complètement\n et qui toujours garde le souci des graves p r é o c c u p a t i o n s politiques et reli­\ngieuses du temps p r é s e n t ; en adepte résolu de « l'Action française », c'est-\nà-dire en moraliste français qui se range parmi les adversaires irréductibles\n de l'individualisme e n g e n d r é par la Révolution de 1789 et qui professe hau­\ntement la doctrine du traditionalisme tel que l'entendirent les De Bonald et\n les Le P l a y ; en ami et m ê m e en fidèle enfant de l'Eglise chrétienne; en écri­\n vain de race qui possède et pratique avec maîtrise le bel art français de\n l'ordonnance h a r m o n i e u s e et du développement logique et serré des idées.\n    Je n'omettrai pas de dire pourtant que la bienveillance ou l'admiration\n parle quelquefois trop h a u t dans tel de ses articles (ainsi dans l'article consacré\n à T h é o p h i l e Gautier et qui manque, à mon sens, d'une condamnation du\n paganisme intellectuel de ce poète) ni que le traditionalisme n'apparaîtra\n pas peut-être aux yeux de certains lecteurs avec toutes les vertus sociales\n qu'il lui reconnaît. Mais sur cette dernière manière de voir de M. Bourget, je\n me défends d'insister : elle n'a rien qui diminue les mérites de son œuvre,\n et seuls ces mérites doivent retenir notre attention. Or, je l'ai déjà dit et je le\n répète, ils s'affirment vraiment supérieurs dans ces pages nombreuses qui sont\n"}, {"page_pdf": 623, "texte": "540                                     DURENDAL\n\n\ndes portraits d'un dessin vigoureux (Taine, B a r b e y d'Aurevilly, Brune­\ntière, de Spoelberch de Lovenjoul, E d o u a r d R o d , Maurice Barrès), des\ndiscussions critiques d'une pénétration lumineuse (Balzac, Sully-Pru­\nd h o m m e , Tolstoï), des discours et des réflexions d'un intérêt très attachant\nsur quelques-unes des manifestations les plus significatives de la vie litté­\nraire et sociale des dernières a n n é e s .\n                                                              GEORGES D O U T R E P O N T .\n\n\nL a littérature et l e s i d é e s n o u v e l l e s , par ALEXANDRE MERCEREAU.\n     — ( P a r i s , E u g . Figuière.)\n     L'étonnant, le curieux livre, sûrement il fut écrit hâtivement et sans\n méthode — M. Mercereau en fait quelque part l'aveu — et pourtant comme\n il est compact, comme il est a b o n d a n t , comme on le lit avec avidité. Quel­\nques titres de chapitres au hasard : De l'état actuel des sciences hermétiques;\n F . - T . Marinetti; L'Italie et les peuples m é r i d i o n a u x ; L'opinion des reli­\n gions, des philosophes, des écrivains, des h o m m e s de science sur les femmes;\n Des questions de race et des préjugés n a t i o n a u x ; De l'année philosophique,\n littéraire, musicale, etc.\n     Il n'y a peut être pas deux personnes qui soient capables de parler de tous\nces sujets à la fois avec une égale c o m p é t e n c e ; mais pour extraordinaire\ndéjà que cela soit, ce n'est pas cela qui doit provoquer notre admiration. A\ncoup sûr il n'y en a pas deux qui soient capables d'en parler sans plonger les\nlecteurs non avertis au sein d'un ennui plus inexorable que l'inexorable\nE r è b e , mais le livre de Mercereau nous passionne. Chez lui p o u r t a n t pas de\nbroderies, pas de fioritures comme on en trouve chez ces critiques à l'usage\ndes salons poétiques; l'auteur de la Littérature et les idées nouvelles est au con­\ntraire servi par une érudition prodigieuse, et il ne la ménage p a s . Si son livre\nest d'une lecture aussi captivante, c'est qu'il fut écrit avec une sorte de fièvre\njoyeuse, u n enthousiasme si large, si ardent et si puissant qu'il ne peut nous\nlaisser indifférents.\n    D'ailleurs quelle sûreté de j u g e m e n t , quelle finesse de discernement lors­\nqu'il parle d'Aurel, de Vielé-Griffin ou de J . - H . R o s n y , quelle verve lorsqu'il\nfonce contre les corrupteurs de l'art, quel esprit d'à-propos dans ses citations,\n— et elles sont n o m b r e u s e s — quelle franchise dans ses 'sympathies et ses\nhaines, et toujours quelle probité dans ses appréciations.\n    J e n'ose pas reprendre ce livre de peur de m ' é t e n d r e trop l o n g u e m e n t sur\ndes points de détail, car il y aurait bien des choses à dire. Bien que ce soit\nun cliché et un cliché u n peu grotesque, « son livre ouvre des horizons et fait\npenser ».\n    De ces chroniques publiées mensuellement d a n s u n e revue et recueillies\nen volume, M. Mercereau a voulu tirer u n e c o n c l u s i o n ; elle est u n peu\nhâtive, elle n'est pas a m e n é e , elle sent son provisoire, au surplus elle est\nbien inutile, mais elle témoigne d'une noble et belle ferveur. Telle quelle, la\nvoici :\n    \" Nul n'admire plus que moi les philosophes et les tragédiens grecs; nul\nn'est plus passionné de Montaigne, de Pascal, de Descartes, de Corneille;\n"}, {"page_pdf": 624, "texte": "                                   LES LIVRES                                    541\n\n\nnul ne relit plus souvent ces classiques, mais si je m'abstiens des mille obser­\nvations parasitaires qui s'accrochent à moi pour m'tmpêcher de voir de haut\net de loin, je trouve le siècle où je vis au moins égal à celui de Platon, de\nRacine, de Voltaire ou de Balzac. »\n                                                                    Luc. CH.\n\n\nTraité pratique de la légitime défense, avec avant-\n  propos s u r la Crise du Droit pénal, par M. RAPHAËL\n   SIMONS, substitut du procureur du roi à Bruxelles.\n   M. Raphaël Simons est certainement l'un de nos meilleurs substituts. 11 a\nla réputation d'être sévère et très caustique ; il est même fortement accusé\nd'être atteint de cette fameuse « déformation professionnelle » — à laquelle,\npar parenthèse, n'échappent pas non plus les membres du Barreau qui voient\ndes innocents partout. — U n tel m e m b r e du P a r q u e t , traitant d'une cause\nde justification... Mais quelle surprise dès qu'on ouvre l'ouvrage : « L'étude\nqu'on va lire m'a été inspirée par le spectacle douloureux des souffrances\nimméritées dont sont parfois le théâtre les Palais de Justice, q u ' E d m o n d\nPicard appelle avec tant d'à-propos les Hôpitaux du Droit. »\n   Et le lecteur qui étudie la pensée de l'auteur, qui le suit d a n s ses dévelop­\npements serrés, se d e m a n d e , en lisant ceitaines pages, s'il n'a pas devant\nlui tel de nos g r a n d s maîtres de la plaidoirie d'assises, plutôt qu'un substitut.\n   Mais M. Raphaël Simons n'est pas seulement un juriste ayant une con­\nception fort exacte du Droit pénal, il est et a toujours été un ardent défenseur\ndes h u m b l e s . Cette qualité se révèle surtout d a n s son « Avant-propos sur\nla Crise du Droit pénal » — avant propos qui pourrait servir de schéma à\nun fort gros volume. (J'espère que M. Simons nous le prépare?)\n   I1 y signale vigoureusement certains côtés « réactionnaires et plouto­\ncratiques,» de notre civilisation : la survivance de la peine d'amende, privi­\nlège indéfendable de la fortune, — le droit de grâce, porte ouverte au favo­\nritisme et à l'arbitraire, — l'anachronisme des lois sur la chasse, — les\nrigueurs de l'article 310, etc. Enfin il revendique pour les agents de police,\nces humbles défenseurs de l'ordre, le droit, non seulement d'être armés, mais\nde faire usage de leurs armes et de ne point devoir se laisser tuer. N'en\ndéplaise aux « sentimentaux », ces théoriciens de la courtoisie envers les\ncriminels, de la régénération des repris de justice aux dépens, non d'eux-\nmêmes mais d'autrui et qui s'empressent d'ailleurs de crier « aux gendarmes »\ndès qu'ils se croient menacés !\n   Bref, nous souhaitons aux idées que remuent ces pages, non pas l'humble\ndestinée des « feuilles mortes, couche préparée à un pauvre par la Provi­\ndence » mais celle, au contraire, de la graine de sénevé dont parle l'Ecriture.\n                                                                        L. T H . L .\n\n\nP r o f i l s d e G o s s e s , par la Comtesse VAN DEN STEEN. Un vol. — (Paris,\n   Ed. du T e m p s Présent.)\n   U n e petite fille, dont la rougeole commençait à pâlir, a découpé les pages\n"}, {"page_pdf": 625, "texte": "542                                  DURENDAL\n\n\nde ce livre. Sa maman pendant les chaudes après-midi de juin, rideaux\nbaissés, lui en lisait les histoires.\n    La première prit plaisir aux drôleries marolliennes, aux farces de Bou­\nboule qui veut faire craquer le pantalon du jardinier et à la. gavroche gami­\nnerie de petits polissons si lestement troussés. Mais elle s'impressionna\nsurtout de voir Charles Borlon amaigri sur ses béquilles et dans son blanc\npetit lit, tout frais, où elle n'avait plus la fièvre, elle s'attendrit en écoutant\ntousser Moineau et en se comparant à la pauvre petite Guite trépignante\nd'une si belle colère à la mort de sa maman...\n    La sienne était là, qui la bordait doucement et lui lisait les belles et tristes\npages, émue aussi...\n   Une jeune femme sensible saurait-elle ne pas être touchée par tant\nde bonté naturelle et d'ardeur contenue?\n    Elle disait l'histoire du cygne qui en allongeant au ras de l'eau les palettes\nde son bec plat humait les étoiles comme on gobe les huîtres... Puis à voix\nbasse, ces lignes frémissantes que la petite n'aurait pas comprises :\n    « J'ai grandi... un peu. J'ai vieilli... beaucoup. Mes idées, plus jeunes que\nmoi, restent en arrière et voisinent trop souvent avec celles de mes cinq ans.\n    » Oh ! pouvoir frapper du pied comme à cet âge, pouvoir crier tout haut :\n« C'est injuste, injuste! » Geste incivil, d'ailleurs inutile.\n    » Pouvoir aller librement aux cœurs semblables à votre cœur, ne pas\nconnaître les barrières du monde, imiter l'enfant qui s'adresse souriant à\nl'enfant rencontré sur la route : « Veux-tu jouer avec moi? »\n    » Jouer! C'est pleurer qui ferait souvent du bien aux grands enfants que\nnous sommes. Pleurer, la tête sur l'épaule amie, pleurer ensemble tout ce\nqui a été mal fait, mal dit, mal compris; pleurer sur les joies gâchées, sur les\nbonheurs perdus, sur les promesses trahies, sur les potins destructeurs, sur\nles mensonges des êtres aimés, sur les soupçons, sur les compromissions, sur\nles lâchetés; pleurer sur les secrets qu'on doit garder; pleurer les larmes\nqu'on doit cacher, pleurer la vie, pleurer l'injustice des créatures et du\nCréateur...\n    » Et alors, parce qu'on n'est plus seul, parce que de l'union de deux\nfaiblesses éclôt une volonté, sentir monter en soi une force nouvelle, sentir\npousser des ailes sur son esprit voûté, sentir qu'au-dessus de nos opinions\nversatiles une sagesse règne, infaillible et sereine; sentir qu'il fallait ici bas\nautant d'incompréhension, de malentendus, de douleurs et de ténèbres pour\nque plus clair et plus splendide rayonnât sur les sommets le flambeau de la\njustice divine.\n    » O justice inaccessible! Justice, vertu de luxe impossible aux\nhommes !\n    » Et qu'importe, après tout?\n    » Dans notre monde si subtil, si ondoyant, si équivoque, comment notre\nconscience pourrait-elle porter un arrêt sur autrui, cette conscience chao­\n tique, — tribunal borgne, jugeant des accusés aveugles, — où nous ne distin­\n guons pas nous-mêmes le mal du bien?\n    » Qu'avons-nous à faire de la justice? N'avons-nous pas la Bonté, la Bonté\n"}, {"page_pdf": 626, "texte": "                                  LES LIVRES                                  543\n\nsimple et toute droite, celle dont l'Ecriture dit : « Si je n'ai point la Charité,\n» je ne suis qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante? »\n   » Rien ne peut la tromper, cette Bonté-là, car elle sait qu'elle sera trompée.\nElle marche bravement, les pieds dans la boue, la tête au ciel. Elle est incon­\nsciente et charmante. Elle ne ratiocine point. Elle agit. Elle relève, elle par­\ndonne, elle réchauffe.\n   » Elle est la flamme qui se partage sans s'amoindrir. Elle se baisse sans\ns'avilir. Elle n'a pas la plus petite pierre pour la femme adultère, pas\nun caillou pour l'homme déloyal, pas même un pavé pour la bigote médi­\nsante.\n   » Elle va de l'avant sans s'occuper de l'opinion ambiante. Elle donne\nlargement, elle reçoit même parfois — monnaie bonne ou fausse. Dieu, cais­\nsier clairvoyant, fera, plus tard, les comptes sur son grand livre.\n   » Car Il est le seul qui puisse mettre au net la comptabilité incohérente de\nl'humanité. Il est le seul qui, sans cesser d'être bon, ait le droit et le pouvoir\nd'être tout à fait juste. »\n   Le livre me revint, la convalescence finie, fleurant l'eucalyptus. Cette\nodeur lui convient. Qu'un parfum de vanille affadisse tant d'oeuvres fémi­\nnines; que les poèmes émerveillés de la comtesse de Noailles mûrissent et\ngoûtent l'abricot ; ici c'est une finesse, une subtilité pittoresque, un rare enve­\nloppement, une forte douceur.\n   La comtesse van den Steen écrit comme un orateur improvise. Sa prose,\npeu châtiée, mais sûre de ses élans spontanés, s'en va, comme une jolie fille,\npas coquette.\n   Aucun scrupule littéraire n'arrête la verve poétique qui l'anime. Avec\ncertitude elle brosse un paysage ou silhouette un portrait, et au coin de ses\nespiègleries impertinentes, ignorante de son art, console et sourit.\n   Ainsi à la fois flatte-t-elle la mère, le père et l'enfant.\n                                                                           T. B.\n"}, {"page_pdf": 627, "texte": "                                 NOTULES\n\n   N O S i l l u s t r a t i o n s . — N o u s donnons d a n s ce fascicule la reproduction\nde deux nouvelles plaquettes récemment frappées par la célèbre maison\nd'édition de médailles d'art de Bruxelles, F o n s o n et C i e . La musique par\nP . T h e u n i s et Les Beaux Arts par P . D u b o i s . — N o u s félicitons u n e fois de\nplus MM. P a u l et Jules F o n s o n pour les admirables éditions de médailles\nd'art de leur maison dont la réputation n'est plus à faire du reste.\n                                            *\n                                           * *\n    H e n r i C o n s c i e n c e . — On a célébré à Anvers, ces jours-ci, le cen­\ntenaire de H e n r i Conscience. Nous croyons opportun de citer à cette\noccasion la profession de foi littéraire du grand écrivain flamand. Elle est\ntoute à son h o n n e u r :\n   « En écrivant, j ' a i toujours eu pour pierre de touche l'intelligence et la\nculture des simples. Je n'ai jamais rien écrit que le peuple ne pût com­\nprendre. J e me suis abstenu de flatter les passions et de parer les vices, de\nfaire des actions mauvaises quelque chose d'aimable et de séduisant. Dans\nmon œ u v r e , on ne rencontre pas une seule intrigue immorale, pas un seul\nadultère. A défaut d'autres mérites, je puis revendiquer celui-là. La tâche\nn'a pas toujours été facile : il fallait varier les narrations, inventer de nou­\nveaux sujets, et je me privais volontairement d'un des éléments d'intérêt les\nplus utilisés par le roman m o d e r n e .\n   » On m'a reproché de flatter le p a y s a n , de décrire la c a m p a g n e sous des\ncouleurs trop riantes. J'ai peint le paysan flamand comme il s'est présenté à\nmoi. J e l'ai fait doux, paisible, religieux, patriarcal, attaché à ses mœurs\ncomme à sa terre et par là un peu rebelle aux innovations, parce qu'il m'a été\nrévélé sous ce j o u r à l'époque de ma vie où, pauvre volontaire de 1830,\naffamé, malade, je rencontrai son hospitalité et ses soins touchants. Cette\npoésie, qu'on me reproche, je ne la prête pas à mes héros : c'est eux qui me\nl'ont inspirée, je la subis.\n   » Q u ' u n autre s'arrête de préférence aux côtés défectueux et grossiers de\nl'homme des c h a m p s , je ne contesterai pas la vérité de son œuvre, je n'en\nnierai pas le mérite pittoresque. Mais est-ce assez pour dire que je me suis\ntrompé? Les héros de mon voisin ne sont pas les miens, ou, du moins, je ne\nles ai pas vus sous les mêmes couleurs. T o u t ce que je sais, c'est que\nl'écrivain sincère n'a jamais été faux. E t je crois avoir été sincère. » ( H E N R I\nCONSCIENCE.)\n                                            *\n    Maria, le nouvel oratorio que notre ami et collaborateur J o s e p h\nR y e l a n d t a composé sur un texte de Charles M a r t e n s a inspiré au critique\nmusical de l'Art moderne Ch. Vanden Borren l'éloge que voici :\n"}, {"page_pdf": 628, "texte": "                                    NOTULES                                      545\n\n    \" M. Ryelandt a entrepris d'épurer l'oratorio religieux en le débarrassant\npeu à peu de tout ce qui peut le rapprocher de l'opéra et en le r a m e n a n t à la\nsimplicité dépouillée de convention que l'on rencontre dans les exemplaires\ndu genre a p p a r t e n a n t à la période des origines. Il a trouvé en M. Charles\nMartens un collaborateur de haut mérite qui, par sa connaissance appro­\nfondie des écritures, sa puissante conviction et la sûreté de son goût, sait\ns'abstraire des formules banales et puiser ses inspirations à la source sacrée,\nsans j a m a i s perdre de vue la nécessité du développement et des contrastes\nmusicaux. Après Purgatorium et l'Avènement du Seigneur, voici que M. Rye­\nlandt s'est décidé à aborder le sujet difficile, mais très conforme à son tempé­\nrament, de la Vierge Marie. I1 l'a réalisé en une courte succession de\ntableaux : Eva, Mater Salvatoris, Mater amabilis, Mater admirabilis, Mater divine\ngratiœ, dont l'ensemble forme un polyptyque à la louange de la Vierge.\n   1) L e danger était de tomber dans cette suavité mondaine à la Carlo Dolci\nque l'on peut r e p r o c h e r a la majeure partie de la musique catholique depuis\nPergolêse. M. R y e l a n d t a su éviter ces grâces fades et affectées en s'inspirant\nà la fois de l'austérité naïve et adorable de Schiitz, de la déclamation vigou­\nreuse de W a g n e r et de l'âpre et mystique douceur des harmonies franckistes :\nil ne résulte rien de disparate de la combinaison de ces divers éléments, et\nM. Ryelandt a, d'autre part, une personnalité assez forte pour ne pas se\nlaisser absorber entièrement par eux. Sa nature sincère, simple et grave se\nretrouve tout entière d a n s la grâce rayonnante de son récitatif, dans les effu­\nsions concentrées et p u d i q u e s de sa mélodie, dans l'architecture légère et\naérienne de sa polyphonie chorale. Peut-être m a n q u e t - i l encore de quelque\naudace dans sa façon de se détacher de certaines conventions du passé,\ntelles ces arpèges qui prétendent exprimer l'extase divine et qui laissent trop\naprès elles l'impression du « procédé ». N u l doute qu'un musicien si sou­\ncieux de Vérité n'arrive, d a n s sa prochaine œuvre, à conlourner cet écueil et\nà se rapprocher encore plus de l'idéal de pureté qui est le sien. »\n\n                                            *\n                                        *       *\n  L'art    flamand    e t h o l l a n d a i s . — (Mai). N u m é r o spécial, splendi­\ndement illustré, consacré à l'exposition de la miniature, dont M. Paul Lambotte\npasse en revue, avec l'érudition et le sens critique qu'on lui connaît, les\nœuvres les plus intéressantes. — (Juin). A signaler particulièrement les pre­\nmières pages d'une excellente étude de M. Joseph Destrée sur Juste de Gand.\nNombreuses chroniques d'art.\n                                            *\n                                        *       *\n  Les arts anciens de Flandre, t. V, fasc. IV. — Sommaire : Un\ntableau de Patenier (A. Memdez Casal) ; l'exposition des arts anciens du Hainaut,\nsuite et fin (Arnold Goffin). D a n s un article intitulé Les monuments de Bruges,\nM. Camille T u l p i n c k parle des heureuses initiatives des Amis de Bruges, grâce\nà la vigilance desquels plus d'une destruction redoutable a pu être évitée,\net annonce la restauration de l'Hôtel des Sept-Tours. M. le chanoine Duclos\n"}, {"page_pdf": 629, "texte": "546                             DURENDAL\n\n\nfait l'historique de cet édifice. M. Van Baslelaer continue son intéressante\nétude sur les gravures et les estampes à l'exposition du XVIIe siècle.\n   Nombreuses et excellentes reproductions.\n\n                                    * *\n   L e s A m i s d e B r u g e s viennent de publier une collection de cartes\npostales illustrées reproduisant de charmantes vues anciennes de la vieille\ncité. Nous recommandons vivement à nos lecteurs cette artistique publi­\ncation, qui est d'ailleurs du prix le plus modique (60 centimes). On peut se\nprocurer cette collection en s'adressant 7, rue Cour-de-Gand, à Bruges.\n\n                                    *   *\n  Vient de paraître :\n  Au service de l'Idéal, par notre collaborateur Henri Davignon. (Bru­\nxelles, Menens; Paris, Gabalda.)\n  Nous recommandons instamment à l'attention de nos lecteurs ce livre,\nainsi que les volumes suivants publiés récemment par nos amis et collabo­\nrateurs :\n  Fumée d'Ardenne, poèmes de Thomas Braun. (Editeur Edm. Deman,\nBruxelles.)\n   Notre-Dame-du-Matin, par Pierre Nothomb. (Edition de l'Occident, de\nParis.)\n   Le livre de la Route, de Johannes Joergensen (Paris, Perrin), trad.\nde Wyzewa.\n   Les lettres et la vie, de Firmin Van den Bosch. (Bruxelles, De Wit.)\n   Le Rabaga suivi de sept contes par Blanche Rousseau. (Bruxelles,\nEditions du Masque.)\n   Les Nocturnes. Trois pièces de théâtre, par Jos. Vandervelden. (Bru­\nxelles, Lebègue.)\n   Théâtre de Paul Claudel. Première série. IVe vol. (Paris, Mercure de\nFrance.)\n   L'Annonciation faite à Marie, par Paul Claudel. (Paris, Ed. de la\nNouvelle Revue française.)\n   Trois villes saintes, par Emile Baumann. (Paris, Grasset.)\n                                      *\n                                     * *\n   Les Vertus bourgeoises, le dernier roman historique de notre ami et\ncollaborateur Henry Carton de Wiart, vient d'être publié en une magni­\nfique édition de luxe, rehaussée par 80 illustrations en couleurs d'Amédée\nLynen.\n   En vente chez l'éditeur Van Oest, 16, place du Musée, à Bruxelles.\n   10 exemplaires sur Japon, 100 francs; 45 exemplaires sur papier d'Arches,\n50 francs; 500 exemplaires sur Hollande, 25 francs.\n"}, {"page_pdf": 630, "texte": "                                  In Cauda...\n\n   Pan ! Cela devait arriver ! Epuisé par           » Trop long? Je l'avais fait pourtant\ntant de piqûres, fatigué d'avoir dépensé         aussi court que possible, et je n'y répon­\ntant d'esprit, un peu empoisonné même par        dais qu'à des faits précis. Donc, l'attaque\ntant de mauvais écrivains que j'avais mordu,     seule est libre, chez vous, et la défense doit\nj'ai à peine annoncé mon départ pour les         se contenter de la place que vous voulez\nIndes que tous mes ennemis gagnent de            bien lui accorder. . C'est extrêmement\nl'esprit! Le Comité de Durendal, alarmé          chevaleresque...\nd'une situation aussi inattendue, me rap­           » Injurieux? Eh! oui, peut-être, si c'est\npelle par marconigramme. Je reviens dare         une injure d'appeler un chat un chat (1), un\ndare. Et, vraiment, cela ne valait pas la        mensonge un mensonge, et de stigmatiser\npeine.                                           comme il convient les procédés jésuitiques\n                    ***                          de vos polémiques littéraires.\n                                                    » Mais je n'insiste pas (2).\n   En mon absence, la rédaction de la Vie\n                                                    » J'ai appris, dans l'intervalle, que vous\nintellectuelle s'était charitablement chargée\n                                                 vous étonniez fort de mes récriminations et\nde rédiger l'habituel In cauda, sachant\n                                                 que, selon les expressions de bien des\ncombien le congé que j'avais sollicité attris­\n                                                 vôtres, j'avais bien tort (3) de m'offusquer\ntait les lecteurs de Durtndal. Si j'avais su !\n                                                 de \" petites taquineries, de petites méchan-\n                    ***                            cetés sans conséquence \".\n   M. Rency lui-même ne peut vraiment sup­          » Cette inconscience me désarme et je\nporter que j'aie trouvé particulièrement         suis bien obligé de vous pardonner, puisque\nexhilarante sa dernière encyclique consa­        vous ne savez pas ce que vous faites (4). .\ncrée à prêcher aux jeunes le respect dû aux         » Néanmoins, sur un point spécial, je\nécrivains les plus méritants (propreté,          demande que vous actiez ma protestation\nordre, économie, croix civique, cinq ans de      énergique. Vous avez écrit, dans le der­\n                                                 nier numéro de Durendal, que j'avais\ntravail assidu, être au moins sous-chef de\n                                                 éreinté le Rabaga, le récent recueil de\nbureau); aussi, après avoir expédié à\n                                                 contes de Mme Blanche Rousseau.\nl'adresse du Petit Serpent un épouvantable\nfactum refusé pour manque de politesse,             » Cela est absolument, radicalement\nnous écrit-il dans le style de M. Paul Prist:    faux.\n                                                    » Afin que vos lecteurs puissent s'en\n            « Villers-la-VIlle,1eraoût 1912.     convaincre, je vous prie et au besoin vous\n    » A Messieurs les membres dit Comité de      requiers de mettre sous leurs yeux, ici\n      « Durendal ».                              même, le passage de ma chronique de la\n         » MESSIEURS,                             Vie intellectuelle dans laquelle j'ai analysé\n   » J'ai eu l'honneur, à la date du 23 juil­\nlet 1912, de vous adresser un droit de\nréponse aux petites attaques mensongères\net anonymes dont je suis l'objet dans votre\n                                                   (1) et un plon uu plon... nous sommes d'accord.\nrevue depuis plusieurs mois.                       (2) Quel dommage!\n   » Ce droit de réponse, vous me l'avez           (3) Mais pas du tout, mais pas du tout.\nrenvoyé sous prétexte qu'il était trop long        (4) Taut de grandeur d'urne vraiment nous\net qu'il laissait trop de place à l'injure.      désarme à notre tour...\n"}, {"page_pdf": 631, "texte": "548                                             DURENDAL\n\n\nle très beau livre de M me Blanche Rous­                 » close, son ventre obscène se mêlaient aux\nseau :                                                   » craintes obscures de Louli .. Obscène?\n   « Voici un recueil de nouvelles de                    » Ce mot est-il employé à propos ? Que dit-il\n» Mme Manche Rousseau, qui publie trop                   » à une enfant de 8 ans? Et, plus loin\n» peu pour le plaisir de ses admirateurs.                » encore, toujours à propos du même man-\n» Le Rabaga (édition du Masque) est u n                    nequin, baptisé par l'enfant : la reine\n» récit émouvant où, très délicatement, avec             » Margot : « Personne ne l'aurait crue\n» drs doigts prudents et doux, Mme Blanche               » capable de certaines choses. Louli seule\n» Rousseau déplie et effeuille une âme de                » savait comme elle était vilaine quand elle\n» petile fille, Louli, dont la maman est                 » se renversait, impudique et toute nue, en\n» morte, — sans doute — dont le père, un                 » découvrant son vilain corps et son crâne\n» artiste, ne s'occupe guère, et dont le                 » chauve .. »\n» frère, Marcel, grand garçon élégant, dis-                 » Louli, certes, devait être singulière­\n» trait et déjà fatigué, est aussi un voleur               ment précoce pour que de pareilles images\n» qui, pris la main dans le sac, finit par se            » hantassent son cerveau.\n» suicider au dénouement. L'histoire en                     » Sept contes suivent le Rabaga. Une\n» elle-même est banale. Mais il faut voir                » idée commune paraît s'y retrouver : l'illu­\n» avec quel art M™ Blanche Rousseau                        sion seule crée le bonheur de la vie, et le\n» étudie les effets de ces événements dou­               » malheur consiste à perdre ses illusions.\n  loureux sur cette âme de petite fille. Je              » On sait avec quel charme Mme Blanche\n» lui reprocherai cependant de donner de                 » Rousseau illustre et met en scène ses\n» temps à autre droit d'asile dans ses pages             » histoires frêles où une part subtile d'intel­\n» à certaines comparaisons qui manquent                    lectualité se mêle toujours à l'intrigue\n» de convenance au sujet. Exemple :                      » sentimentale (1) »\n   « Louli fut dans la basse-cour où les                    » Je n'ajouterai rien de plus. Je dédaigne\n» poules somnolaient, accroupies sur le                  vos autres attaques et renonce au plaisir\n» ventre, dépenaillées comme des femmes                  de relever vos autres inexactitudes.. Vous\n» impudiques. »                                          avez lu mon premier droit de réponse (2).\n     Puisque c'est Louli qui voit ce spec­               Vous savez ce que je pense de la correction\n  tacle, c'est à elle que l'auteur prête la              et de la crânerie de vos procédés. Vous\n» comparaison en question (1). Est-ce vrai-              savez aussi que je suis décidé à ne plus\n» semblable ? Louli sait-elle, s'imagine-                permettre que j'en sois victime. Tenez-le-\n  t-elle ce qu'est une femme impudique,                  vous pour dit (3).\n» demi-nue et ventre à l'air? Plus loin, à                  » Veuillez publier cette lettre dans le\n» propos d'un mannequin qui se trouve                    prochain numéro de Durendal, et agréer\n» dans l'atelier de son père et qui la fascine           l'expression de mes sentiments distingués.\n» véritablement, nous lisons de même que                                               » G.   RENCY. »\n» la tête chauve du mannequin, sa bouche\n\n\n\n   (1) Absolument pas. L'Interprétation que                 L a gloire de M. Paul Prist nous ayant\nM. Henry donne aux passages cités ici et à ceux          été assez récemment révélée, le Petit Ser­\nqui suivent est tout à ,fait arbitraire, et, certai­     pent lui a fait l'honneur de prononcer deux\nnement, opposée à la pensée de l'écrivain qui est        fois son nom. A la suite de ces épouvan-\nau moins aussi Intelligente que M. Rency. De ce\nqu'un entant volt une chose Impudique Il ne s'en\nsuit pas du tout qu'il eu voit le côté impudique. Il\nen volt la laideur tout simplement. Car un geste\nobscène est laid en lui-même. Et c'est si vrai que         (1) Cela fait trente lignes Treize d'éloges, dix-\npour en écarter l'enfant on lui dit non pas « C'est      sept île maladroite Insistance dans la critique.\nImpudique cela! \" ce qu'il ne comprendrait pas,          Nous sommes aussi bien fondés d'appeler cela un\nmais \" oh! que c'est laid \". Au lieu de citer ces        érelntement, que M. Rency d'y voir un compil­\npassages, qui avec l'interprétation odieuse que          aient.\nleur donne M. Rency déparent l'œuvre admirable             (2) l'as jusqu'au bout. Vous n'y pensez pas,\nde Bl. R ... Il eut pu en citer tant d'autres qui sont   douze pages de papier grand aigle!\nde toute beauté.                                           (3) Bien entendu.\n"}, {"page_pdf": 632, "texte": "                                           IN CAUDA...                                          549\n\n\ntables morsures M. Paul Prist nous écrit             plus parler dorénavant de M. Paul Prist ni\ndans le style de M. Georges Rency :                  de M. Georges Rency et de prendre enfin\n                       « Ce 25 juillet 1912          un mois de vacances. Je pars.\n         » MONSIEUR,                                                      ***\n    » Depuis longtemps déjà, dans Durendal,             Mais, sa... Pristi ! (vraiment, je vous\nje suis attaqué anonymement — lisez lâche­           assure que c'est sans le vouloir !) ne voilà-t-il\nment. Sans doute, je reconnais à quiconque           pas qu'au moment de mettre mon cha­\nen fait métier, le droit d'énoncer courtoi­          peau (1), je reçois le numéro de l'Art\nsement au sujet de mes œuvres les réflexions         moderne du 4 août. J'y trouve une réédition\nqu'elles lui suggèrent ; mais je ne saurais          de la grande encyclique dans le genre triste\njamais admettre qu'un individu, sous le              publiée l'autre jour par la Vie intellectuelle.\ncouvert de l'anonymat, me couvre de                  Elle commence ainsi :\nremarques désobligeantes, malhonnêtes et                \" II fut un temps où la littérature pré­\ndiffamatoires (1).                                   tendait non seulement peindre les mœurs,\n    » Il y a, dans les attaques dont je suis         mais ensuite les conduire et les réformer.\nl'objet de la part d'un des aspics de Duren­         Voltaire, Jean-Jacques, Chateaubriand,\ndul, une persistance malveillante et lâche           Hugo. Lamartine, même Leconte de Lisle\nque je ne puis tolérer plus longtemps, et            et Zola ne voulaient pas être de simples\nqui m'oblige à me démettre du paisible               joueurs de flûte... »\nmépris éprouvé d'abord devant cette                     Voltaire joueur de flûte, Hugo joueur de\n vilenie.                                            flûte, Leconte de Lisle joueur de flûte,\n    » Je pourrais peut-être demander qu'on           Zola joueur de flûte, voilà certes un qua­\nmette bas le masque, pour obtenir une                tuor inattendu qu'a découvert le délicat\nexplication nette et loyale, mais je sais trop       critique qui..., que..., quoi..., dont..., où...\nque toute franchise et toute probité sont               Cela continue dans ce style pendant\n lettres mortes pour ceux qui ne consentent          quatre colonnes, sur un ton d'amertume\nà frapper que lorsqu'ils se sentent à                magist... ral... Aujourd'hui il n'y a plus\n l'abri (2).                                         que de simples joueurs de flûte... Imaginez-\n    » Je me borne donc à exiger dorénavant           vous qu' « un des romans les plus vantés\n le silence (3). Je veux que ces petites infa­       parmi ceux que vit paraître la dernière\n mies cessent; et si, dans l'avenir, je ren­         saison réalise ce tour de force de se dé­\n contrais encore dans les colonnes de votre          rouler tout entier en l'espace d'un jour et\n revue une seule remarque déplaisante à              d'une nuit ! Quel triomphe ! Quel exploit\n mon sujet, je prendrais telle mesure que             digne des rhéteurs de Byzance et d'Alexan­\n                                                     drie!... Les mœurs des écrivains sont\n me dicterait le souci de mon honneur d'écri­\n                                                     abjectes. . Pour l'élection du Prince des\n vain et de ma dignité d'homme (4).\n                                                      poètes on alla, dit-on, jusqu'à acheter des\n    » Je vous prie, monsieur, et au besoin je\n                                                      voix (ô Paul Fort, élu de la corruption et\n vous requiers d'insérerma présente réponse\n                                                      de la fraude !)... Il y a M. Jules Lemaître\n dans le plus prochain numéro de Durendal.\n                                                      qui fait périodiquement des « éreintements\n    » Avec mes civilités:\n                                                     systématiques et injurieux » .. Il y a le\n                            » PAUL PRIST. »\n                                                      Petit Serpent, ce serpent qui a cent têtes,\n                      ***                             paraît-il, et dont M. Rency (car c'est lui-\n  A la suite de ces lettres qui m'ont vio­           même qui est l'auteur de cette noble page\n                                                     d'amertume, je n'osais d'abord pas le\nlemment ému, j'ai pris la résolution de ne\n                                                     nommer) nous apprend la prodigieuse\n                                                      influence : a La victime rencontre partout\n  (1) Grossières, criminelles, Intimes, scanda­      des visages souriants, ironiques. Sa fureur\nleuses.                                              réjouit fort les bons apôtres .. » Ainsi donc,\n  (2) A nous voir bénévolement Insérer ces lignes,   vous êtes furieux, monsieur Georges Rency.\nnoire distingué correspondant comprendra l'Im­       Si j'avais su, je vous assure...\nportance excessive que nous attachons à ses\nopinions.\n   (3) Bien entendu.\n   (4) Nous vous attendons, cher monsieur, respec­\ntueusement.                                            (1) Que M. Jules Destrée me le pardonne !\n"}, {"page_pdf": 633, "texte": "550                                           DURENDAL\n\n\n   M. Eekhoud dans sa Chronique bruxel­                Saint Jean, dans le triptyque de Quentin\nloise du Mercure déclare qu'il y a en Bel­             Massys ». Il l'identifie plus tard au Saint\ngique trois revues qu'il met hors pair : La            Sébastien du Sodoma. »\nVie intellectuelle, La Belgique artistique et             Connaître Goethe, Shakespeare, avoir vu\n... Le Masque !!! Je me trompe peut-être,              un Matsys et un Sodoma, et avoir une\nmais j'imagine que le Masque doit être                 connaissance particulière de la giroflée,\nexcessivement flatté d'être mis sur le même            c'est vraiment extraordinaire! Ce qui ne\npied que ses deux glorieuses consœurs.                 l'est pas moins c'est la façon dont M. Ar­\n                                                       mand Eggermont, auteur de cette prose\n                      ***                              loufoque, termine son article, écrit — l'ai-je\n   La Société nouvelle — M. Georges                    dit? — à propos des Libertins d'Anvers.\nEekhoud en parle aussi et l'appelle \" la                  \" Il est peut-être téméraire de clamer\ng r a n d e (1) revue internationale \" — con­          l'enthousiasme devant l'éternité et l'ouvrage\nsacre précisément à M. Georges Eekhoud                 Les Libertins d'Anvers est Eternel !... et c'est\nun article dont nous détachons ce passage              dévotement, les yeux profonds de l'extase\nsavoureux :                                            que je crie \" Merci ! \".\n   « Son érudition tient du prodige. Cette                Il s'agit d'un très beau, d'un très beau\nérudition sert admirablement l'écrivain.               livre..    Mais ne pensez-vous pas que\nElle éclaire les situations ; elle montre les          M. Georges Eekhoud a des amis bien\naffinités ; elle pénètre l'esprit. On se rend          dangereux...\nmieux compte de la signification des cham­\nbres de rhétorique quand on se rappelle les                                 ***\nscènes du Songe d'une Nuit d'Eté L'espiègle               Etant de la fameuse commission, lui-\nPuck coiffe d'une tète d'âne le brave tisse­           même deviendrait-il auteur dramatique ?\nrand Bottom récitant son rôle. En 1840, les            Nous lisons dans le Pourquoi Pas :\nrhétoriciens anversois prirent le nom de\n                                                          « Notre confrère La Plume annonce que\nVioliers. « Ce choix du violier, de l'humble\n                                                       le programme belge de la prochaine saison\n» giroflée des murailles, pour nom et pour\n                                                       du Parc comprendra d'abord une pièce\n» emblème, demeure peut-être la plus tou­\n                                                       inédite de M Edmond Picard. M. Edmond\n   chante et même la seule franche trou­\n                                                       Picard fut le président de la fameuse com­\n   vaille de nos poètes maçons. »\n                                                       mission instituée par le gouvernement pour\n   » Un autre exemple? Les papistes pour­              étudier les moyens de favoriser le théâtre\nsuivaient les protestants. Loïet soutenait             belge. Elle aura donc eu un résultat,\nles persécutés par esprit de tolérance plu­            l'enquête ! Au surplus, peut-être après la\ntôt que par foi, car leur dogme le rebutait.           pièce de M. Edmond Picard, en jouera-t-on\nIl souhaita une entrevue avec Luther. En               une de M. Iwan Gilkin, puis une autre de\ncours de route, il traversa sûrement les               M. Georges Rency, qui sait ? »\ncontrées que désolait une terrible jacque­\nrie; celle précisément que Goethe évoque\ndans Gœtz de Berlichingen. Eekhoud en\ntranscrit quelques épisodes poignants.                    Le charbonnier Taymans — écrivain des\n L'auteur du Cycle Patibulaire ne possède              plus méritants — nous « apporte » la simi­\npas seulement la littérature; il s'est initié à        ligravure d'un bas-relief nouveau « A\nla musique; les arts plastiques lui sont               l'aurore d'un règne orienté vers les Arts »,\nfamiliers. Il voit le jeune couvreur sous les          par Ferdinand Gysen. Il nous « apporte »\ntraits du « gentil gamin juché dans un                 aussi un commentaire de l'œuvre de Gysen,\narbre pour mieux assister au supplice de               par Georges Rency, directeur de la Vie\n                                                       intellectuelle, et il enjoint à tous ceux qui\n                                                       aiment le Beau et le Bien de lire « avec\n                                                       ferveur cette belle page » que M. Georges\n  (1) D'autre part MM P. André et F. Larcler font      Rency déclare avoir écrite à un moment où\nsavoir au public que la Belgique artistique est        il était t remué jusque dans les racines de\n\" notre grande revue nationale ! \" Ou avait déjà les\n                                                       son être ! » (Vie intellectuelle du 15 mai.)\ngrands hôtels : \" Grand Hôtel de la Plage \",\n\" Grand Hôtel de l'Univers \", etc., etc., c'est le     Tout le monde admirera avec M. Rency la\ntour des revues, parait-Il; a quand la grande Vie      façon habile et artistique dont M. Gysen a\nIntellectuelle?                                        exprimé dans le portrait du Roi « la\n"}, {"page_pdf": 634, "texte": "                                          IN CAUDA...                                      551\n\n\nrobustesse elegante de tout son visage »               » Ces vers sont de je ne sais qui... Mais\n(Vie intellectuelle, même date). Il est évident,    » je me souviens de ces vers Et voilà\ncomme le dit si bien M. Rency, qu' « il             » pourquoi je reste aux Variétés.\nfaudrait être singulièrement malveillant ou                            » EVE LAVALLIÈRE. »\ninintelligent pour découvrir quoi que ce               Le petit Serpent a déniché, sous une\nsoit de courtisanesque » dans l'affection           épaisse touffe de myrtilles, l'anonyme\ndont « le monde des Arts tout entier entoure        auteur de ces vers qui privent la Comédie-\nle couple royal ! » (Vie intellectuelle, même       Française du précieux et charmant con­\ndate.)                                              cours de Mlle Eve Lavallière : c'est notre\n                                                    ami Adolphe Hardy. Craignant apparem­\n                                                    ment le courroux de Claretie, il avait fui\n  Nous lisons dans le Pourquoi Pas? du              vers les Ardennes en apprenant par les\n8 août :                                            journaux le sensationnel événement que\n  « B I E N RÉPONDU.                                l'on ne manquerait pas, aussitôt son ano­\n  \" Il nous revient que Gil Blas — dans sa          nymat dévoilé, d'imputer carrément à\ncorrespondance de Belgique — a pris la              quelque sourde manœuvre de son esprit\ndéfense de deux de nos hommes de lettres.           d'intrigue, bien connu à Paris...\nL'un n'est pas nommé, il est désigné comme             Le petit Serpent l'a rassuré, et, se fiant\nexerçant la profession de capitaine d'artil­        à sa prudence, le poète n'a pas hésité à\nlerie ; qui ça peut-il bien être ? L'autre, c'est   suivre à Bruxelles ce reptile, dont les\nM. Rency lui-même                                   habitudes tortueuses n'étaient pas faites\n   » Gil Blas assure que l'honorable capi­          pour l'étonner Son fastueux bureau de\ntaine et l'honorable M. Rency lui-même ont          Secrétaire général du Journal de Bruxelles\nété l'objet de plaisanteries plus ou moins          se trouvait déjà encombré d'un monceau\npiquantes. Nous tenons à rendre un public           de lettres parfumées, où les plus belles\nhommage au service d'informations de Gil            actrices d'Europe et d'Amérique lui\nBlas et, s'il le faut, nous nous joindrons à        offraient leur sourire en échange d'un son­\nlui pour demander que la gentdelettres soit         net Il y avait également, dans cet énorme\nbonne pour les capitaines et pour les mon­          courrier, quelques vers assez bien tournés,\nsieur-rency-lui-même.                               mais imitant à s'y méprendre la manière\n   » Des attaques (?) en question. Gil Blas         de l'heureux poète ; nous en détachons ce\nécrit, d'une façon vengeresse, qu'elles sont        quatrain :\nabsolument dénuées d'esprit.                                   Si l'ombre du lierre\n   » C'est tapé. »                                             Couvre ton abri,\n                       ***                                     Mets-y Lavallière\n                                                                  Qui t'a souri...\n   U N CHANÇARD!\n   Toutes les feuilles publiques des deux              Ces vers sont, naturellement, de\nMondes ont inséré cette grave nouvelle :            M. Henri Liebrecht ..\n   \" Un aimable incident a marqué ces                  On annonce, aux dernières nouvelles,\njours derniers le déjeuner offert par               qu'Adolphe Hardy a résolu de ne plus\nM. Pierre Wolff à ses interprètes, à l'occa­        porter que la cravate dite \" Lavallière \".\nsion de la centième des Marionnettes à la           La croix de chevalier de Saint-Grégoire\nComédie-Française.                                  le Grand vient d'être décernée par S. S.\n   » Mlle Eve Lavallière déjeunait dans le          Pie X à l'ambitieux poète, mais on ne sait\nmême restaurant, et M. Wolff lui fit en­            si cette distinction se rattache de loin ou\nvoyer une invitation qui disait, en sub­            de près à l'incident Eve Lavallière : la\nstance : « Profite du voisinage de la Comé­         nonciature de Bruxelles reste muette à cet\n  die-Française pour y entrer. »                    égard.\n   » La spirituelle comédienne répondit :              Et voilà où mène la Route enchantée!\n   » Crois-moi :\n             Si la vigne ombrage\n             Ta vieille maison,                       O U PEUT MENER LA LECTURE D' \" OR­\n             Borne à son feuillage                  PHEUS \". — Le Gil Blas, ayant insinué que\n             Tout ton horizon.                      le succès de M lle Gaby Deslys dans un\n"}, {"page_pdf": 635, "texte": "552                                     DURENDAL\n\n\n\nmusic-hall de Paris était dû à d'autres         voir supposer que le régime de la Crète\nraisons que des raisons d'art, se voit assi­    était une sorte de gynécocratie où floris­\ngné en dommages-intérêts. M. André du           sait le matriarcat, M. Reinach estime que\nFresnois, dans sa « Lettre de Paris » à la      M. de Bruyn est au courant et ne manque\nVie intellectuelle prend occasion de cet écho   pas de savoir, mais il trouve qu'il manque\npour faire étalage de sa connaissance de        parfois de goût.\nl'histoire des religions, en ces termes qui       Naturellement !\nvont faire rêver les Papous : «Nous avons\nprononcé le nom de Mlle Gaby Deslys. Chut !\nchut ! Pas si haut. Car Mlle Gaby Deslys est      MÉTAPHORES POLITIQUES. — M . G o b l e t\n\" tabou \". C'est un très joli \" totem \", mais   d'Alviella — qui écrit avec une truelle —\nqui se venge quand on l'agace. » Pour l'amour   découvre dans la Revue de Belgique la. cause\nde Reinach !...                                 de l'échec électoral des libéraux et socia­\n                    * **                        listes : « Nos plate-formes renfermaient de\n                                                regrettables lacunes... »\n  LE GOUT DE SALOMON REINACH. —\nM. Reinach rend compte dans la Revue\nArchéologique (4e série, tome XVIII) de\nl'essai de M. Edmond de Bruyn : De la             VERS L'ACADÉMIE : « En Belgique comme\nJupe divisée et de l'Idéal grec                 en France ne visent à l'ACADÉMIE que les\n   Comme M. de Bruyn s'était respec­            pions de première classe et les littérateurs\ntueusement demandé si ce n'était pas            de deuxième classe » (Bob, La Chronique\nparce que les femmes y portaient la culotte     du 18 août).\nque l'éminent archéologue avait cru pou­                             L E P E T I T SERPENT.\n"}, {"page_pdf": 636, "texte": ""}, {"page_pdf": 637, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 8, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1912-08", "signet_source": "Dix-neuvième année - N°8 - Août 1912 (?)", "preuve": "Pas de couverture conservée. Indices internes : conférence de Th. Hénusse donnée à la Salle Mercélis le 17 janvier 1912 ; citation de « Bob, La Chronique du 18 août » dans les Notules (livraison postérieure au 18 août 1912) ; planche des plaquettes Fonson (La Musique, P. Theunis ; Les Beaux-Arts, P. Dubois) annoncée dans « Nos illustrations ».", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}