{"numero_id": "ulb-durendal-1913-livraison01", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-001", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 7, "titre_corps": "Eugène Smits", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Lambotte", "ancre_debut": "Eugène Smits LES notices nécrologiq", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1846, "texte": "Eugène Smits\n\n                LES notices nécrologiques publiées au moment du\n                   décès d'Eugène Smits ont répandu dans legrand\n                   public la haute opinion professée à l'endroit de\n                   ce maître par les artistes et par une élite d'ama-\n                   teurs.\n                      Eugène Smits est mort extrêmement âgé,\n                   après un long et discret crépuscule. Dans sa\nretraite on l'avait oublié un peu. Les jeunes générations igno-\nraient ses œuvres déjà anciennes. Sans doute sa toile admirable\nLa Marche des Saisons, au Musée de Bruxelles, maintient de\ntoute son éloquence de chef-d'œuvre le témoignage décisif de\nla maîtrise du peintre. Mais qui visite nos musées? Ne vit-on\npas des critiques — et non des moindres — confondre Eugène\nSmits et Jakob Smits, forger de leurs deux personnalités fon-\ncièrement dissemblables un seul et même peintre aux hybrides\naspects.\n   L a publicité simultanée des journaux remit les choses au\npoint. L a foule apprit du même coup le nom d'Eugène Smits\net la nouvelle de sa mort.\n   Un petit groupe d'intimes était demeuré fidèle au vieillard.\nCeux-là, malgré la fatalité du dénouement survenu à son heure,\npleurent sincèrement leur ami.\n   Eugène Smits ne fut pas seulement un peintre — et quel\npeintre! — mais aussi un être exquis, d'une élégance morale\nparfaite, d'une courtoisie, d'une discrétion, d'une bonté, d'une\ngénérosité, d'une résignation, d'une « tenue » sans défaillance.\nIl s'est éteint, conscient de sa vie bien remplie, grave et très\npréparé à l'inévitable.\n   L'éclat de sa belle période de production eût cependant dû\nlui assurer la possibilité de la couronner par quelque grande\nentreprise décorative dans laquelle il aurait donné la pleine\n mesure de sa science et de ses dons. Cette consécration ne lui\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "6                                        DURENDAL\n\n\nfut pas offerte. Nous devons le regretter amèrement. L ' a p p o r t\nde l'école belge du XIXe siècle au trésor international de l'huma-\nnité fut certes frustré d'un chef-d'œuvre. Ceux qui eussent pu le\nfaire naître sont impardonnables de ne l'avoir point compris.\n Smits, qui ne se plaignit jamais, vécut sa vieillesse mélanco-\n lique dans une médiocrité étroite. On eût voulu pour lui une\n fin de carrière rayonnante.\n     Il n'avait pas renoncé à peindre mais il ne produisait plus\n que peu. Jusqu'au dernier jour il ajouta quelques touches au\ngrand tableau qu'il intitulait : Hommage à la Beauté, ébauché\n depuis bien des années, demeuré inachevé, montrant quelques\nmorceaux délicieux. L a main de plus en plus hésitante obéissait\n mal aux injonctions du cerveau. Si le coloris demeurait raffiné,\npersonnel, toujours rare dans ses accords et tel q u ' u n P a l m a\nVecchio ou un T i n t o r e t — le T i n t o r e t de la salle de l'anticol-\nlège du Palais des Doges — ne l'eût pas désavoué, la forme\ns'atténuait un peu, le style fléchissait, la technique devenait\nmalhabile. Les rares envois aux expositions récentes rappe-\nlaient faiblement les toiles définitives d'antan. Parfois un bout\nd'aquarelle, un dessin déjà un peu ancien sorti d'un porte-\nfeuilles évoquaient encore l'art de l'auteur de Roma (1), de\nPerdita (2), de la Marche des Saisons.\n    Ces nobles pages assurent définitivement la place — qui est\ntout au premier plan — d ' E u g è n e Smits dans l'école belge vers\nle milieu du siècle dernier.\n    Issu d'une famille notable, formé par des études sérieuses,\néduqué par de longs séjours en Italie et à Paris, d'une culture\nintellectuelle complexe et raffinée, Smits fut bien différent de la\nplupart de nos peintres, de ceux qui se fient à leur instinct pour\nréaliser de la Beauté et acquièrent empiriquement un talent\ndont trop souvent ils ne savent que faire.\n    Il s'intéressait à toutes les questions esthétiques. Rien\nd'humain, d'ailleurs, ne lui fut indifférent.\n    Il entretint longtemps une correspondance régulière avec\nOctave Pirmez. Les lettres du solitaire d'Acoz, qu'il avait con-\nservées, reflètent des préoccupations élevées. Les lettres\n\n\n\n    (1) Palais du roi des Belges.\n    (2) Collection du docteur Barella.\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1721, "texte": "                               EUGENE       SMITS                      7\n\nd'Eugène Smits, à n'en pas douter, furent dignes de ces\nréponses.\n   On en connaît d'autres de lui, d'un style sobre, d'une\nélégance précise d'un ton plein de goût qui fut toujours le sien.\n   Un tel esprit devait, en s'extériosant p a r la peinture, créer\nde la beauté rythmée et pensive. Ses trop rares composi-\ntions : Borna, Les Saisons, Le Bonheur et le Malheur (1) résument\ndes imaginations pleines de mesure et d'équilibre. L a grâce des\nformes, l'eurythmie des attitudes, la rareté des colorations har-\nmonieuses et inédites, concourent à leur conférer un pouvoir\névocateur. Comme l'a finement déterminé Camille Lemon-\nnier, Smits « donne le goût de l'aspiration au bonheur, c'est le\nrêve de la vie qu'il exprime en harmonies douces et ardentes,\nil suggère le songe, la méditation, le désir, les regrets et\nl'amour ».\n   Cela est juste, telle petite page d ' E u g è n e Smits, un profil\nde femme rousse, un coin de paysage italien sous un ciel bleu,\nune épaule nacrée au bord d'un corsage rose, la gaze noire\nd'une écharpe sur la pâleur d'un front, évoquent des impres-\nsions et des souvenirs. En les considérant, c'est dans son propre\npassé que le spectateur retrouve soudain, avec quelle langueur\nnostalgique, un parfum qui fleure sa jeunesse, ses beaux espoirs\nque la vie devait décevoir, des apparitions fugitives qui ont\nfait battre son cœur dans la sérénité lointaine des soirs d'été,\ndes paysages entrevus au cours des merveilleux voyages et tous\nles mirages du passé aboli dont la mélancolie du présent est\nfaite.\n\n                                                    PAUL   LAMBOTTE.\n\n\n\n\n (1) D'après Henri Heine (Musée d'Anvers)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-002", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 8, "page_fin": 9, "titre_corps": "Heures égales", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Dérieux", "ancre_debut": "Heures égales                              T   Tranquillité de l'aprè", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1455, "texte": "Heures égales\n\n                            T\n\n\nTranquillité de l'après-midi. Trois septembre.\nLa fenêtre est ouverte et je vois, de ma chambre,\nLes grands sapins debout dans leur jupe à volants.\nCalme si grand qu'on le troublerait en parlant !\n\nLe ciel dans l'étendue est comme une clairière.\nLes bosquets que le jour habille de lumière\nN'ont pas un mouvement, pas un geste — et je vois\nLes chiens sur le pré vert arrondis.     Quelquefois,\nMajestueux et long comme un vers de Virgile,\nUn bœuf lointain mugit au fond d'un pré        tranquille.\n() miracle ! Déjà l'on rouvre les sillons\nBien que le foin coupé sèche encore. Un grillon\nEssaie un trille ou deux qui restent solitaires ;\nEt rien ne troublerait le calme de la terre\nSi le chemin, bientôt, ne sonnait sous les pas\nDes travailleurs qui vont dans le pré mettre en tas\nLe foin qu'on chargera ce soir sur les charrettes.\n\nMoi, comme eux, pour les jours sans clarté qui    s'apprêtent,\nOh ! je voudrais, faneur de septembre, ce soir,\n— Ainsi que le fenil s'ouvre pour recevoir\nLe foin mûr qui sent bon le pain tiède et la menthe,\n— En retenir en moi la douceur     odorante.\n\n\n                            II\n\nLe pays dort à la renverse, dans l'étang,\nBeau miroir chaviré dans un creux. L'on entend\nRonronner la batteuse et la journée est blanche;\nEt les arbres, déjà dorés au bout des branches,\nMettent une mollesse émouvante au tableau\nQui s'adoucit encor dans le miroir de l'eau ;\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 730, "texte": "                   HEURES ÉGALES                                 g\n\n\nEt la journée est blanche, et le ciel en témoigne,\nComme un mourant écho de l'été qui s'éloigne.\nL'étang dort. Un insecte y réveille, en passant,\nDe grands cercles plissés qui vont      s'élargissant.\nUn poisson saute, une guêpe fredonne et vibre.\nPuis la paix, comme une eau, reprend son équilibre.\n\nAh ! dans l'ombre étalant sur le sol son manteau,\nComme l'on s'étendrait, laissant, au fil de l'eau,\nD'un lent regard couler sa langueur     paresseuse.\nSi, ruche égale et bourdonnante,   la batteuse\nNe venait, de sa voix, nous rappeler soudain\nL'œuvre d'un jour où vit l'espoir de notre pain !\n\n\n                                           HENRY      DÉRIEUX.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-003", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 10, "page_fin": 20, "titre_corps": "A la gloire de l’Adolescence et de l’Amitié", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Chardome", "ancre_debut": "A la gloire de l'Adolescence                 et de l'Amitié                                      En lisant François      Maur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1862, "texte": "A la gloire de l'Adolescence\n                et de l'Amitié\n\n                                    En lisant François      Mauriac...\n\n               L'ADOLESCENCE est    l'âge le plus radieux de la vie\n                  quand les circonstances ni les cuistres ne la\n                  compriment. E t si on a gardé une âme nostal-\n                  gique et un cœur vierge, c'est aussi le plus\n                  tristement doux à revivre en autrui. Dans l'ado-\n                  lescent aux grâces de faon et de cygne qui\n                  vient vers elle pour se faire aimer, cette â m e\nque le besoin d'aimer dévore reconnaît un si adorable petit\nfrère! Et mieux encore et mille fois mieux q u ' u n frère, car c'est\nsa propre jeunesse, c'est le rêve de surnaturel amour et d'in-\nfinie poésie dont naguère ses seize ans ont cru mourir, qu'elle\nretrouve sur le pur et caressant visage du jeune ami déjà ido-\nlâtré d'elle comme s'il était son enfant!\n   Les paroles les plus ailées matérialiseraient encore la beauté\nfragile de l'adolescence. Mais le sortilège par où l'adolescent\nnous ensorcelle réside essentiellement d a n s son âme, géné-\nreuse et bonne, naïve et confiante, passionnée avec des pudeurs\nde lys et des repliements de sensitives, spontanée avec des\nabandons exquis et parfois de ravissantes étourderies, noble-\nment ignorante des compromis où, progressivement agenouil-\nlées sous l'existence, les fiertés les plus hautaines finissent par\nse résigner. Ce pourquoi l'on éprouve j u s q u ' à la souffrance la\nsoif de chérir ces êtres harmonieux et doux, c'est qu'eux-mêmes\nne peuvent être heureux s'ils ne se sentent l'objet d'une affec-\ntion pieuse, enthousiaste, exclusive, désintéressée, vraiment\ncapable de protéger contre la vie leurs pauvres cœurs si aimants\net si faibles, auxquels ne suffirait plus la s y m p a t h i e ennuyée et\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "          A LA GLOIRE DE L'ADOLESCENCE ET DE L'AMITIÉ                        11\n\n\ndistraite dont se contente la première enfance. Du bel adoles-\ncent rieur, qui souvent s'interrompt de rire pour verser de\nvrais pleurs d'homme, l'âme nous séduit avant la beauté même.\nOu plutôt c'est u n i q u e m e n t la beauté de son âme que nous\nvoyons rayonner à travers ce front blanc et frêle, mi-couvert de\njolies boucles brunes, velouter ce visage qui offre la saine pâleur\ndu marbre, les tons chauds et dorés de l'ambre, ou la fraîcheur\nmatinale des roses nouvelles, voltiger sur cette fine bouche au\npli parfois déjà spirituel et parfois déjà triste, illuminer ces\nprofondes prunelles étoilées, aviver le sombre éclat de ces\nregards qui font rêver d'un clairde lune élyséen dans la nuit des\nTropiques.\n   Et si nous l'admirons cet éphèbe, pour la sveltesse de sa\ndémarche et la distinction native de ses manières, si nous l'ad-\nmirons quand d'un bond élastique et nerveux il court déployer\nen se livrant à ses jeux favoris la souplesse et la force de son\ncorps, il ne nous enchante pas moins lorsque indolent ou las il\ns'alanguit derrière un rideau de salon et se plonge, ardent,\nimmobile, sanglotant peut-être, dans un de ces livres où l'on\ntrouve « les mots divins qui font pleurer ».\n   Chrétien, l'adolescent ne s'affirme jamais tel à demi. Il adore\navec une exaltation touchante et sublime, il se donne sans\ncompter, il connaît des scrupules ingénus mais non les calculs\ndécevants des tièdes. Ah! son âge est vraiment celui où l'on ne\ncomprend pas les sécheresses dont les Saints eux-même ont souf-\nfert, où le Christ, pour nous, est présent et sensible non seulement\ncomme un Dieu mais comme un frère aîné à qui l'on raconte les\nmoindres puérilités de sa conscience, l'âge des communions\nextasiées et des messes de minuit où l'on se croit transporté\nparmi les Séraphins, l'âge où l'on iraitau martyre avec le même\ntranquille abandon, la même impassibilité corporelle vis-à-vis\nde la douleur, dont témoignent ces enfants que les artistes de la\nRenaissance italienne peignirent déchirés de flèches mais le\nsourire aux lèvres.\n   François Mauriac a voulu être le Poète de l'Adolescence et il\nchante la sienne en des œuvres ferventes et mélancoliques où\nplus d'un délicat viendra se griser le coeur (1). Il y dévoile cette\n\n  (1) Les Mains jointes, poésies. L'Adieu à l'Adolescence, poème,L'Enfant chargé\nde chaînes, roman.\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "12                               DURENDAL\n\n\nangoisse des jeunes gens qui s'étant trop namourés de leur\njeunesse, un jour s'aperçoivent avec effroi qu'elle meurt en eux\net que « l'horreur d'être un h o m m e » étend sur leur front sa\nmenace i m m i n e n t e . Il n'aura point été le seul à connaître cette\nsensation pourtant très rare et qui assurément ne décèle pas\nune nature vulgaire. Mais il se peut rassurer : la ronde univer-\nselle des muffles ne saurait entraîner contre son aveu un réfrac-\ntaire à tous grossiers bonheurs. Et je trouve dans l'œuvre même\nde Mauriac cette phrase consolatrice : « Il semble que le temps\nveuille effleurer à peine ceux qui ont gardé la foi, l'espérance et\nl'amour de leur vingtième année. »\n   Comme il la regrette, lui, son enfance, et comme elle lui\ndemeure présente :\n\n            Le fumeux horizon et ses roses fanées\n            Et les tons adoucis du ciel crépusculaire\n            Out évoqué les soirs de ma douzième année...\n            On s'endormait, l'été, dans la chambre encor claire,\n            Les doigts unis étroitement au scapulaire,\n            — Les veilles de congés et la prière dite,\n            On s'endormait, pour être au lendemain plus vite ...\n\n            Mon enfance où la vie était simple et réglée,\n            Avec quelle douceur ce soir t'a rappelée!\n\n     Cette nostalgie l'accompagne p a r t o u t . Il regrette le temps où :\n\n            L'on jouait au premier qui verrait une étoile.\n\n     Il revient, ému, vers sa chambre d'enfant :\n\n            0 chambre où s'exalta ma grave adolescence,\n            Où pleura sa détresse et chanta son espoir,\n            Comme j'ai reconnu ton visage des soirs !\n            O toi qui m'attendais fidèle, dans l'ennui\n            Des printemps lourds, des durs étés, des hivers blêmes,\n            Tu retrouves enfin le même enfant — le même\n            Qui lisait tant de vers et pleurait dans la nuit!...\n\n  Aux heures de découragement, de fatigue, de quasi vieillesse\nou « n'être plus enfant » nous fait si mal, il redemande :\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "         A LA GLOIRE DE L'ADOLESCENCE ET DE L'AMITIÉ             l3\n\n\n         La Force qu'on puisait aux oraisons sereines\n         Que mes frères et moi, nous disions en commun,\n         A l'époque, où petit garçon timide et brun,\n         Je faisais la Communion, chaque semaine,\n\n         Et le silencieux glissement sur les dalles\n         Aux retours de la Sainte Table, pieux et lents —\n         Quand deux petites mains comprimaient nos fronts pâles —\n         Quand nos cœurs se donnaient avec un tel élan...\n\n   L e Poète de l'Adolescence ne pouvait pas n'être point celui\nde l'Amitié. L'Amitié, plus fréquemment que l'amour et tou-\njours avant lui, emplit les cœurs adolescents de palpitations\nineffables. Elle est d'ordinaire condamnée à s'évanouir aux\napproches de l'amour comme l'aube à se dissoudre d a n s\nl'aurore, mais ses feux, plus pâles, brûlent aussi ardents et\ntoujours plus purs. E t ne peut-on concevoir une Amitié assez\nexceptionnelle pour l'emporter en durée sur les amitiés les plus\nvivaces, en tendresse sur l'amour le plus frémissant, et pour\nfondre éternellement dans une même lave et un même bronze\nles deux cœurs que son attraction toute-puissante aurait préci-\npités l'un dans l'autre?\n   L'on accuserait d'invraisemblance le romancier qui inven-\nterait cette Amitié-là. P o u r t a n t vous l'auriez comprise, âme\nd'Eugénie de Guérin penchée sur Maurice avec un amour si\nmaternel, âme de Lacordaire écrivant à Charles de Monta-\nlembert encore presque enfant des lettres dont la flamme sem-\nblait jaillir elle aussi d'un cœur de mère, et vous, chère âme\nféminine de l'abbé Perreyve, qui ne fûtes ici-bas qu'un long\ntressaillement de tendresse! E t vous aussi seriez digne de la\ncomprendre, Poète qui sûtes si bien traduire l'aspiration d'un\ncœur fermé aux affections vulgaires, mais bouleversé par l'espé-\nrance de l'Ami attendu :\n\n         Tu ne désires plus celle pour qui chantonne\n         Dans les cœurs de seize ans le premier vers d'amour.\n         Tu rêves d'un ami las de son cœur trop lourd,\n         Celui pour qui s'amasse en toi comme une automne\n         D'amitiés mortes et d'amours abandonnés,\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "14                           DURENDAL\n\n\n\n         Et fatigué de porter seul un cœur trop lourd\n         Lourd de son abandon et de sa solitude,\n         Tu rêves d'un ami, celui qui n'est pas rude,\n         Et qui te viendra voir à la chute du jour,\n         Un enfant simple et bon, aux regards étonnés...\n\n         Et qui te viendrait voir souvent à l'heure grise\n         Dans la chambre adoucie où l'octobre se meurt.\n         Ecoutant le flot de détresse qui se brise\n         Et qui sanglote au long des plages de vos cœurs.\n         Tu connaîtrais enfin cette amitié voilée\n\n          Vers qui cheminent tant d'âmes inconsolées.\n\n   Me voici prenant plaisir à supposer quelque part, on ne sait\noù, l'existence d'un jeune h o m m e à qui ce poème aurait fait\nrevivre tels soirs solitaires où cependant il ne se sentait déjà\nplus seul, car il songeait à l'enfant presque étranger encore que\nson âme, d'avance, enveloppait de caresses. E t en lisant ce\npoème il se rappellerait tels autres soirs où, s'adorant déjà,\nl'enfant et lui, mais timides encore un peu vis-à-vis l'un de\nl'autre, c'était moins au m u r m u r e de leurs paroles qu'aux batte-\nments devinés de leurs deux cœurs qu'ils s'entendaient s'aimer.\nE n lisant la pièce infiniment triste de Mauriac :\n\n          Les grands vents d'équinoxe ont pleuré dans les bots\n\nil se souviendrait d'après-midi automnales où tous deux s'en\nallaient errer par des sentes forestières aux bordures de mousse\nvierge. On longeait des sapinières, on regardait, à travers\nl'imperceptible b r u m e d'octobre, les rochers, les versants\nabrupts des collines, les cépées de jeunes chênes, le feuillage\naminci des bouleaux, étaler ces couleurs splendides et défail-\nlantes, dont la nature ne s'embrase qu'au moment de mourir.\nVers le crépuscule, si hàtif en cette saison, l'on s'arrêtait, pour\nun goûter agreste, dans un village aux maisons grises perdu\nparmi la bruyère, et que des haies gigantesques de hêtre et de\ncharme protégeaient contre les vents âpres des hauts plateaux.\nPuis c'était, à la nuit close, le retour vers la ville que, hier,\nchacun de ces cœurs frileux estimait glaciale et maussade, mais\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "         A LA GLOIRE DE L'ADOLESCENCE ET DE L'AMITIÉ             15\n\n\n dont les pierres même lui semblent chaudes, à présent qu'il\n sait une tendresse où se réchauffer. Us marchent côte à côte,\n les deux Amis, sans se tenir par la main, sans que le plus jeune\ns'appuye à l'épaule de l'aîné, sans que l'aîné entoure de son\n bras le cou du plus jeune : un geste extérieur n'ajouterait rien\n aux fiançailles de leurs âmes. Ils sont heureux. Dès avant de\nse rencontrer, ils se connaissaient le même Idéal, les mêmes\nélans vers l'Art et la F o i , le même goût d'évoquer les temps qui\nne sont plus. Ils parlent de leurs poètes préférés. Ils parlent\ndes pays méditerranéens dont les noms vibrent avec une\nmusique de cristal qui tinte, des villes où l'on peut errer des\njours entiers parmi la désuétude des palais mornes, pleins de\ntableaux et de marbres. Ils parlent de voguer ensemble sur la\nmer d'un bleu sombre qui sans cesse vient baiser les pieds\nbruns de l'Espagne et les pieds blancs de la molle Italie. Ils se\nfréquentent depuis peu mais déjà ils se savent. Et ils mettent\nen commun tout leur avenir.\n    D a n s l'Enfant chargé de chaînes, Mauriac, avec une délicate\npsychologie, a montré la faiblesse intime de certains jeunes\ngens pleins de bonne volonté mais tellement imprégnés de\nlittérature qu'ils se retrouvent livresques aux instants où ils se\nvoudraient le plus sincères.\n    Mais ces pages disent le charme des causeries littéraires, et\nle lecteur ému de tout à l'heure rêve, maintenant, aux soirées\ndans la chambre d'amis d'où la théière et les derniers gâteaux\ndu goûter viennent de disparaître, où les bruits sourds et joyeux\nde la maison ne parviennent que juste assez pour en égayer un\npeu le silence. Sur la table, près de la bibliothèque, les livres\nde prédilection s'éparpillent ; sur un guéridon, tout à côté, il y a\ndes paquets de cigarettes anglaises. L a lampe au grand abat-\njour rose diffuse une pourpre chaude, donnant à toute la\nchambre une quiétude et un mysticisme de sanctuaire. Un\nbureau familier ressort dans un angle plus sombre. D'énig-\nmatiques visages peints par Rossetti et Vinci poursuivent\naux murailles leur méditation ambiguë. L'on s'enfouit dans\nla volupté des fauteuils. P a r la vitre noire, on entrevoit\nle jardin que l'hiver dépouille, et, plus loin, des terrains\nvagues, noyés de ténèbres, piqués de rares lumières. Et l'on ne\nsait ce qui produit l'effet le plus sinistre, de cette obscurité ou\nde ces maigres fanaux tremblants. L'on savoure d'autant mieux\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2282, "texte": "16                            DURENDAL\n\n\n\nla bonne chaleur et l'intimité de la chambre où les cœurs aussi\nont bien chaud, où l'on s'absorbe tout entier dans la douceur de\nlire, en s'aimant, les livres que l'on aime. Racine, par exemple,\nn'apparaît plus le « classique » défiguré par le commentaire\nétriqué des pions, mais une source, limpide et profonde entre\ntoutes, de ce « romanesque qui contracte et déchire le cœur »\ndont parle Maurice Barrés. L'on palpite aux imprécations de\nP h è d r e , et l'on approuve ces collégiens dont Mauriac nous dit\nque :\n              Titus leur sembla fou, dans l'ardeur qui le brûle,\n              De préférer l'empire aux yeux de Bérénice,\n          Et de ne pas mourir, quand elle fut partie,\n          Laissant comme un désert cette Rome brutale,\n          Le soir où les vaisseaux s'éloignèrent d'Ostie\n          Avec ton cœur — petite Reine orientale...\n  Pleins de mélancoliques délices, on se redit le sonnet de Bau-\ndelaire :\n          Viens ici, ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille...\n     Et l'on écoute, avec un tremblement silencieux, une voix\ntrès chère lire tout haut La Gardienne d ' H e n r i de Régnier. On\nsaccage les anthologies. A chaque poète, sauf à ceux qu'on\na décrétés « bourgeois » on prélibe un peu de son miel.\nOn ressemble tout à fait au héros de Mauriac : « E n somme,\nJ e a n - P a u l ne se plaisait qu'aux discussions littéraires, où l'on\npeut citer des vers de J a m m e s et de la comtesse de Noailles,des\nmots somptueux de Chateaubriand ou de Barrès. » T e l Jean-\nPaul encore, on goûte passionnément La Porte étroite d'André\nGide. L'on est de ceux dont certains disent avec un étonne-\nment naïf : « Sully P r u d h o m m e lui paraît négligeable, F r a n -\nçois Coppée le fait rire. » E t l'on savoure en soi le mal de\nRené, ce plus exquis de tous les maux, lequel d u r e r a « aussi\nlongtemps, dit J e a n - P a u l rêveusement, que l'idéalisme de\nl'adolescence se heurtera à la brutalité, à la médiocrité de la\nvie ». L'on discute avec animation les « vers crispés de Jules\nLaforgue ». L'on s'essaye à composer des sonnets. E t devant\nle travail de l'autre chacun blâme ou s'extasie :\n\n          Dans la chambre du pavillon, je te lisais\n          Des vers que tu jugeais merveilleux pour me plaire.\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "         A LA GLOIRE DE L'ADOLESCENCE ET DE            L'AMITIÉ    17\n\n\n   Puis comme on est des « Enfants chargés de chaînes » on ne\nlaisse pas, tel encore Jean-Paul, d'aimer « passionnément la vie\nluxueuse et ornée ».\n   Mais on sent bien que tout cela est littérature et que l'Amitié\nseule rend divins de tels soirs. E t l'on m u r m u r e , en caressant\ndu regard la chère tête entrevue dans la nuit naissante où la\nmolle clarté rose ne sourit pas encore :\n\n          Tu ne distingues plus le dessein des estampes,\n          Je ne comprends plus rien aux lignes que je lis.\n          Laissons venir la nuit sans demander la lampe,\n          Laisse vieillir mon cœur sans redouter l'oubli...\n\n          Vois, la chambre a reçu tout le soir calme en elle\n          Avec l'humilité d'une Jemmc à genoux.\n          Pleurons de joie, ô mon enfant, d'avoir en nous\n          Une pure amitié qui se sent éternelle.\n\n  E t très, très tard, quand tout dort, insatiables d'être\nensemble, on va errer sous les étoiles, aux confins de la ville\net des c h a m p s . C o m m e on jouit du romantisme un peu ma-\ncabre du firmament où la lune, cette tête de mort, poursuit une\npartie de cache-cache avec de grands nuages aux noirceurs de\ncrêpe ou aux lividités de suaires! L e s arbres du chemin creux\nressemblent à des damnés dont le corps noueux, noir et nu, se\nserait pétrifié dans la torture. Noire aussi, la silhouette d'un\nmur de cimetière s'aligne à quelque distance. Et l'on devise, en\nse serrant un peu l'un contre l'autre, d ' H a m l e t et du crâne\nd'Yorik.\n    Or un jour la Vie, fatale à tout qui est tendre, a séparé bru-\ntalement ces deux cœurs. Mais ils ne cessent de s'adorer dans\nl'irrévocable absence. Mais au lieu de s'enlinceuler d'oubli,\nchacun vit, plus encorequ'il n'en meurt, de son propre sang, de ses\npropres larmes, de ses regrets, de sa nostalgie du Revoir, il s'en\nnourrit comme les malades se nourrissent de leur fièvre! Accou-\nt u m é à ressusciter continuellement par la pensée les derniers\nadieux, les derniers embrassements, les derniers pleurs doux\nencore puisqu'ils tombèrent sur un visage aimé, et les mornes,\noh! si mornes jours qui suivirent immédiatement le départ et\nauxquels mille jours pareils succédèrent, voici que le rêveur de\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "18                          DURENDAL\n\n\ntantôt retrouve ici, avec une étrange dilection, les nuancés de\nson deuil :\n\n        O mon Dieu, qui demeurez seul après les autres,\n        Vous qui sûtes pourtant l'abandon des apôtres\n        Et qui fûtes souvent abandonné de moi,\n        Voies ne me demandez — est-ce une loi trop rude ? —\n        Que de vous réserver les soirs de solitude,\n        Où, pour me laisser mieux connaître votre voix,\n        Brisant une très vieille et très chère habitude,\n        Celui qui fut ma peine et ma joie ici-bas,\n        Le plus aimé de mes amis ne viendra pas.\n\n\n        Et dans l'ombre — loin de la lampe aux lueurs douces —\n        Je revois mon ami sur son livre. Je vois\n        Son front et ses cheveux, tout baignés de lumière\n        Et ce regard plein de sommeil levé vers moi.\n        Je resonge en mon cœur où le souvenir pleure\n        A ne pas l'oublier ce soir, dans la prière\n        Que je vais dire aux pieds de mon lit — et c'est l'heure.\n\n\n        Pauvre âme ingénieuse à te faire souffrir\n        Au rythme des chansons et des poèmes tristes,\n        Je veux penser à toi, dont la douceur existe\n        Encor, dans un pays inconnu, Dieu sait où...\n        Et qui seule, en la mort de la même soirée,\n        Dit peut-être mes vers d'autrefois, à genoux,\n        Où revit l'amitié que nous avons pleurée.\n\n        C'était des vers pour toi qui jus l'âme des soirs\n        Où pleuraient doucement nos jeunesses unies,\n        Quand surgissait — après des heures d'agonie —\n        Un vol tout frissonnant de rêves et d'espoirs,\n        Dans l'oubli du jour morne et des tâches Unies...\n\n        Ce n'était pas la joie où tu rêvais d'aller\n        Ni le bonheur humain que je voulais de toi...\n        — Ah! qu'importait le vent d'automne sur le toit\n        Lorsque nous étions deux à l'entendre appeler... ?\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2121, "texte": "        A LA G L O I R E D E L ' A D O L E S C E N C E E T DE L ' A M I T I É   19\n\n\n\n         Nous regardions pensifs, dans la mort de ces jours,\n         La vitre ruisselant comme un visage en pleurs,\n         — Et nos cœurs voulaient bien aller vers la douleur,\n         La compagne fidèle et grave de l'amour.\n\n   Poète, il ne paraît guère probable que le couple adolescent\ndont je viens, en vous lisant, d'imaginer l'histoire, existe en\neffet parmi les médiocrités de ce m o n d e où presque tout\nh o m m e est médiocre, médiocre par le cœur, médiocre par\nl'intelligence, médiocre par le caractère, médiocre par la senti-\nmentalité même, toujours superficielle et banale. S'il existait\nvraiment, ce couple merveilleux, séparé mais suspendu à\nl'espérance d'une réunion terrestre, comme il vous aimerait\npour l'infinie tendresse dont vous bercez son aiguë et pourtant\nroyale souffrance! Avec quelle fraternité de deux cœurs élus\nenvers deux autres cœurs élus il aimerait l'enfant que vous\navez tant aimé, qui vécut réellement, lui, à la chère mémoire\nde qui vous dédiez Les Mains jointes, et dont L'Adieu pleure la\np e r t e ! T r o p heureux, du moins, le doux En-allé, de n'avoir\nrien su des laides amertumes auxquelles nul ne se soustrait\npassé vingt ans! T r o p heureux de se sentir consolé, dans\nsa tombe chaude de votre amour, par le bruissement de la voix\nqui chante :\n\n         Le même vent d'automne est plein de nos soupirs...\n         Il me dit nos seize ans et leurs larmes sans cause,\n         Et de mourir encore une fois, à ces choses\n         Si douces, pauvre mort, de t'avoir vu grandir...\n\n         Dans la ville et ses soirs dont mon âme est blessée\n         — O toi dont j'ai baisé le front couleur de cendre —\n         Puissé-je retenir ton image effacée,\n         Les gestes résignés et ta faiblesse tendre...\n\n         Sentir encor le froid de tes lèvres ternies,\n         Et le visage dans les mains — me souvenir\n         De ceux dont, à mi-voix, on conte l'agonie\n         Et qui ont tant souffert — et se sont vu mourir...\n\n  T r o p heureux surtout, le pauvre ange, de s'être envolé dans\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "20                            DURENDAL\n\n\nla L u m i è r e en vous inspirant cette prière si magnifique et\nsi vraie :\n           Mon Dieu, vous avez pris cet enfant plein de foi\n           Qui mêlait votre nom à ses cris d'agonie,\n           Et son âme vous fut si tendrement unie\n           Que souvent, le cœur lourd d'un ineffable émoi\n           Je le retrouve en Vous qui vous donnez à moi.\n\n\n\n   Il se fait tard. L a nuit s'épaissit autour de l'habitation colo-\nniale où un inconnu, en lisant votre poésie sincère, écrit son\nadmiration avec le regret de ne pas trouver des mots assez\nchoisis, assez aériens, pour l'exprimer. Les palmiers som-\nmeillent, et leurs longs rameaux s'affaissent comme des ailes\nrefermées. Autour de la Croix du Sud brillent des constella-\ntions fiévreuses. Les roses sauvages de l'Afrique, la pourpre\nquasi violette des hibiscus, les fleurs sanglantes des acacias\nflamboyants     ont éteint leur feu d'artifice aux approches de\nla nuit. Mais d'ici quelques jours, le parfum ailé des orangers\nen fleurs nous frôlera dans les ténèbres. L e Zaïre traîne vers la\nmer la masse lourde et noire de ses eaux, où les crocodiles\ndorment parmi les roseaux des berges. Nul écho ne vient de la\nbrousse, mais des milliers de crapauds s'égosillent dans les\nmarais. Aux cloisons du \" chimbeck \" les madones de Botticelli\net d'André del Sarte, la sybille delphique de Michel-Ange et\nson David au front contracté, la sainte Catherine du Corrège,\nles vierges de Burne-Jones, les portraits d'enfants patriciens\ngravés d'après Sébastien del P i o m b o et Gainsborough,\nregardent écrire, dans l'or liquide irradiant de la lampe, leur\nconfident solitaire. Et voici que, sous un ciel très lointain,\nvous donnez à une âme qui se j u r a de rester éternellement ado-\nlescente, la joie de voir s'embrasser dans votre œuvre ces trois\nadolescentes éternelles :\n\n                  L a Foi, la P o é s i e et l'Amitié.\n\n                                                 E M I L E CHARDOME.\n\n\n     Borna (Congo Belge), le 29 novembre 1912.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-004", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 21, "page_fin": 29, "titre_corps": "Saint François d’Assise et ses historiens", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Saint François d'Assise                                 et ses historiens                                          A prop", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "Saint François d'Assise\n                                et ses historiens\n\n\n                                       A propos de quelques publications récentes.\n\n\n                   SI les bruits et les rumeurs de ce monde viennent jusqu'à lui,\n                      saint François doit souffrir dans son humilité. Jamais,\n                      depuis des siècles, on n'a tant parlé de lui qu'en ces dix\n                      dernières années. L'intérêt qui entoure actuellement le\n                     poverello, et dont le principal instigateur a été M. Paul\n                      Sabaticr, a fini par toucher même cette catégorie de gens\n                      raisonnables aux yeux desquels une vie de saint ne pouvait\n                      en aucun cas mériter attention, étant pardéfinition un tissu\nd'extravagances, d'impostures et de fantasmagories!\n   Quantité de périodiques de toute nationalité et de tout caractère n'ont pas\nd'autre objet que les choses franciscaines; sans cesse paraissent en France, en\nAllemagne, en Angleterre, en Italie, etc., des ouvrages destinés à raconter ou\nà glorifier le petit pauvre, à publier, à traduire ou à commenter les textes et\ndocuments anciens qui le concernent. Et comme il arrive fatalement dans\nquelque matière que ce soit qui comporte des éléments d'appréciation et\nd'incertitude, les écrivains qui ont été attirés successivement vers saint Fran-\nçois ont formulé des avis fort divergents sur les points controversés de\nsa légende. Deux écoles de franciscanisants se sont ainsi formées, dont le\ndissentiment porte surtout sur la question de savoir quel crédit méritent les\nrécits du Spéculum perfectionis (1) et de la Légende des trois compagnons.\nSelon que l'on acceptera ou que l'on répudiera l'autorité de ses écrits, selon\nque l'on accordera ou non à leur témoignage la même valeur qu'à celui de\n\n\n   (1) Dans une étude sur l'lncipit et le premier chapitre du SI'ECULUM PERFECTIONIS, parue\ndans les Opuscules de critique historique (fascicule XXI, octobre 1910), M. Paul Sabaticr a\nexaminé de nouveau les objections opposées à l'utilisation historique de cet écrit,\nobjections qui se fondent surtout sur certains passages qui paraissent avoir été interpolés\net sur certaines disparités des différents manuscrits de l'œuvre. Les arguments développés\npar le savant historien ne convaincront probablement pas ses contradicteurs, mais ils forti-\nfieront encore la conviction de ceux qui, comme nous, ne sauraient admettre que le\nSpéculum perfectionis, avec son admirable accent de sincérité, avec la vivacité des scènes\nvraiment vécues qu'il retrace, avec tout ce qu'il reflète de la joie et de l'enthousiasme\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3495, "texte": "22                                     DURENDAL\n\n\n\nThomas de Celano et de saint Bonaventure, on pourra concevoir une idée\ndifférente de la personnalité et de la vie de saint François.\n    Dans la Vie et légende de saint François (1), qu'il vient de nous donner,\n M. Georges Lafenestre retient — et avec raison, à notre avis, — tous les textes\nque nous venons de citer pour en former la trame d'un ouvrage charmant et\ndélicat où l'auteur se dissimule autant que possible pour laisser la parole aux\ncontemporains ou aux disciples du saint. Dans ses très intéressantes Figures\nfranciscaines (2), au contraire, M. Lucien Roure, qui a voulu nous montrer\nà côté de saint François, sainte Claire et saint Antoine de Padoue, rejette sévère-\nment le Speculum et les Trois compagnons, pour n'utiliser que Celano et saint\nBonaventure. A vrai dire, pour agir tout à fait logiquement dans ce sens exclusif,\nil faudrait écarter Celano également, puisqu'il relate nombre de traits caracté-\nristiques racontés — avant ou après lui — par les légendes suspectées, et\nqu'au surplus, son travail — précisément, sans doute, parce qu'il était de\nnature à être invoqué par les zelanti, par les partisans de la règle primitive,\nde la stricte observance — avait été enveloppé dans la prohibition édictée\ncontre les écrits primitifs par le chapitre général de 1266. A propos de la\ndestruction de ceux-ci, nous ajouterons incidemment que, à moins de sup-\nposer qu'elle n'ait fait disparaître toute trace de relations à nous inconnues,\non devrait se demander sur quelles autres vies que celle de Celano elle aurait\nbien pu porter si la rédaction du Speculum et de la Légende des trois compa-\ngnons doit être placée à une date postérieure à celle de ce décret...\n   Au fond, on a recommencé de nos jours, mais dans des intentions assuré-\nment autres que celles qui animaient les franciscains du XIIIe siècle, la\nquerelle qui divisait l'Ordre à cette époque. Et cette querelle ne paraîtra sans\nconciliation possible que si l'on tire des conséquences outrées des arguments\nexcellents que l'on peut faire valoir de part et d'autre. Car il nous semble,\npour notre compte, qu'il n'y ait rien d'incompatible dans les diverses légendes\ndont nous avons parlé et que tous les détails qu'elles fournissent soient propres\nà se confondre aisément dans la même physionomie. Saint Bonaventure fait le\npanégyrique d'un saint illustre; Celano et les autres écrivent leurs souvenirs,\nfixent la mémoire de faits dont ils ont été les témoins directs ou indirects. Le\npoint de vue du premier est totalement différent de celui des derniers, et diffé-\nrente aussi leur œuvre respective, différente autant qu'un portrait pris sur le vif\nd'un portrait posthume, exécuté dans un dessein d'apothéose. C'est le même\nhomme, cependant, mais avec toute la vigoureuse empreinte de la réalité,\nd'un côté; sous une apparence idéalisée, de l'autre. Tout chez le saint Fran-\nçois de saint Bonaventure est, pour ainsi dire, en fonction de sainteté; il ne se\n\n\nde la première prédication franciscaine, soit un recueil de récits apocryphes ou ingénieu-\nsement truqués. M. Sabatier termine ce travail en proposant une interprétation nouvelle\nd'une des fresques relatives à la vie de saint François de l'église supérieure d'Assise. Nous\naurons, quelque jour, occasion de revenir sur cette question qui demanderait de trop longs\ndéveloppements pour que nous puissions l'aborder aujourd'hui.\n  (1) Un vol. Paris, Piazza, éditeur.\n  (2) Un vol. Paris, Plon, éditeur.\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3385, "texte": "             S A I N T FRANÇOIS D ' A S S I S E   E T SES H I S T O R I E N S            23\n\n\n\npouvait pas que le « petit pauvre », d'un caractère si original et si spontané, qui\nnous apparaît dans les Trois compagnons; que l'âme humble et ardente,\nrésolue et soumise, combattue de doutes et d'angoisses, que nous dévoile le\nSpeculum et Celano, ne s'effaçassent quelque peu dans le rayonnement de l'au-\nréole du canonisé. Mais il n'y a pas dissemblance entre ces deux figures. Leurs\ncontours se juxtaposent parfaitement; elles ne diffèrent que par l'accentuation\nque chacune d'elles a reçue des biographes de vision et de mentalité fort\nopposées qui les ont retracées. Et, au surplus, il est nécessaire de tenir\ncompte, pour mettre les témoignages au point, de ce que si la Légende de saint\nBonaventure est une œuvre d'atténuation et d'apaisement, en même temps\nque de glorification, celle de l'auteur du Speculum et celle des Trois compa-\ngnons sont, dans une certaine mesure, en admettant qu'elles remontent aux\nannées les plus orageuses de l'Ordre, des œuvres du combat.\n   On pourrait se laisser aller à croire que le vrai saint François était entre ces\ndeux extrêmes... Il semble également indubitable, par exemple, qu'il n'a jamais\nentretenu la pensée de se mettre en opposition avec l'Église, et que néanmoins\nil n'a pas supporté sans rancœur et, parfois, sans résistance les diminutions\nque son idéal a dû subir pour s'adapter aux exigences d'organisation d'un\ngrand ordre religieux. Il n'y a là aucune contradiction. Quel apporteur\nd'idéal, si triomphalement qu'il ait pu être accueilli, n'a pas eu à pâtir des\ncontradictions et des entraves que la vie suscitait à la réalisation de son rêve?\nEt quel idéal plus élevé dans l'ordre du sublime que celui de saint François?\nSubstituer le Christ-Amour au Christ-Justicier; le faire redescendre une\nseconde fois sur la terre, ainsi que nous l'écrivions ailleurs (1), en le rendant\nprésent à chacun, en le mettant dans l'intimité de toutes les âmes. Son intran-\nsigeance sur les modes de réalisation de cet idéal participait de la grandeur\nmême de celui-ci, mais, peut-être, dans l'élan de sa foi ne se souvenait-il pas\ntoujours de l'infirmité commune des hommes, de l'impossibilité de les tirer\nlongtemps de leur indifférence ou de leur irrésolution coutumières.\n   Dans le même ordre d'idées, on peut concevoir, sans incriminer les auto-\nrités ecclésiastiques, qu'à une époque où tant de dévotions paniques et\nconvulsives s'étaient produites avec succès, l'initiative de saint François ait\nrencontré d'abord quelque défiance. Un saint tel que lui doit apparaître au\ndébut comme un novateur imprudent, sinon comme un révolutionnaire, aux\nyeux de la société constituée, des représentants de 1' « ordre établi ». Il serait\nbien surprenant, dès lors, que l'entreprise si insolite, les idées si entières de\nFrançois eussent été encouragées d'emblée par l'évêque d'Assise, alors que les\nsouvenirs de la vie élégante et dissipée du jeune pénitent étaient encore tout\nrécents.\n   Quant à l'action organisatrice du cardinal d'Ostie, le futur Grégoire IX,\nnous n'avons jamais cessé de penser — M. Louis Gillet exprime la même\nopinion dans sa belle Histoire artistique des Ordres mendiants (2) — « qu'en\n\n  (1) Saint François d'Assise dans la legende et dans l'art primitifs   italiens. Bruxelles,\nVan Oest, 1909.\n (2) Paris, Laurens, 1912.\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3369, "texte": "24                                     DURENDAL\n\n\nl'absence d'une règle précise, l'Ordre de saint François n'aurait sans doute\npas subsisté en dehors des frontières de l'Ombrie et des Marches, ou aurait\nbientôt marché sur les traces des fraticelli, dont l'errante et superstitieuse\ndévotion infesta l'Italie M (1).\n   Saint François n'était pas un illuminé; ses actes et ses paroles les plus\nsignificatifs paraissent animés d'on ne sait quelle raison ardente. Sans que\nlut diminuée sa confiance dans la vertu évangélisatrice de la pauvreté absolue,\noù il voulait maintenir ses frères, il dut apercevoir, lorsque ceux-ci se furent\nprodigieusement multipliés dans toute l'Europe, qu'une telle discipline n'était\npas faite pour la multitude : « L'héroïsme restera toujours le lot d'une élite,\nobserve très justement, à ce propos, M. Roure, et les élites sont peu nom-\nbreuses. « Le petit pauvre était saint, mais il était homme aussi, et soumis, à\nce titre, aux influences et aux impressions de l'expérience. Que cette expé-\nrience lui ait été amère, nul doute! Quelles que fussent ses répugnances,\nelle s'imposait à lui comme à ces hommes de gouvernement, frère Elie et\nHugolin. Aussi, laisse-t-il agir ceux-ci, se dépouillant de toute autorité, gar-\ndant pour lui seul la règle que les autres ont trouvée trop pesante. Sa raison,\npeut-être, s'est inclinée, mais son cœur reste obscurément tourmenté. Le\ncontraste était trop considérable entre la perfection des enfants de Dieu aban-\ndonnés tout entiers dans la main de leur Père qu'il avait rêvée et la forme que\nce rêve avait prise finalement dans la réalité. Et il était envahi de scrupules, il\ncroyait avoir forfait à la volonté divine, il pleurait ou était obsédé par de\nnostalgiques réminiscences des heures radieuses du début, il se retrouvait\nmendiant des pierres pour Saint-Damien ou au milieu de la petite troupe des\npremiers compagnons, en proie tous, comme lui-même, à la magnifique folie\ndu sacrifice, à l'ivresse de leur vocation de pauvreté et d'amour...\n   Hélas ! tout idéal qui se propage se vulgarise. Il ne saurait conquérir\nl'adhésion du grand nombre qu'en se mettant au niveau de celui-ci, en se\ndiminuant lui-même. L'élévation spirituelle d'une foule est en raison inverse\nde la quantité d'unités qui la composent. La règle de Rivo-Torto ne pouvait\nplus valoir pour un Ordre qui avait des « provinces » dans les contrées les plus\néloignées. Ce n'est pas une hypothèse téméraire que de supposer que, malgré\ntout, saint François aurait agi énergiquement s'il avait cru que les mitigations\nde la règle devaient nuire au but essentiel de son institut. Les exemples de\ndénûment sublime qu'il avait donnés ne furent pas suivis, mais, cependant,\nl'Ordre resta longtemps fidèle à l'esprit de simplicité dont son fondateur\nl'avait imprégné. On ne comprendrait pas, sinon, l'action incontestable que le\npoverello a exercée sur les directions de l'art.\n   Cette remarque très judicieuse est de M. Gillet : « L'influence de saint\n François sur les arts est un mythe, ajoute cet écrivain, si elle ne s'est pas\nexercée, comme toute autre du même genre, à travers la société dont il est le\nfondateur. Nulle ou presque nulle en un sens, si on veut la rendre immédiate,\ndirecte, personnelle, elle est en revanche considérable si l'on veut bien\n\n\n  (1) La légende des trois compnagnons... Bruxelles, Lamertin, 1903.\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3523, "texte": "            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET SES HISTORIENS                          20\n\n\nadmettre qu'elle s'est développée en fonction du temps, et par l'intermédiaire\nd'une famille humaine. »\n   Les Mineurs, qui avaient pris leur nom du peuple, des petits, des chétifs,\ndu popolo minuto, ne perdirent point, bien qu'ils possédassent des couvents et\nde vastes églises, qu'ils n'eussent plus guère l'allure de vagabonds édifiants,\nde « jongleurs du Christ »,leur caractère populaire initial. Peuple eux-mêmes,\nils vivent parmi le peuple, avec lui, à côté de lui, participant à ses tribula-\ntions, le conseillant, le soutenant au besoin, comme on le vit, notamment\ndans nos villes flamandes, au XIVe siècle, contre ses oppresseurs, les grands\net les puissants. Et leur enseignement, leur prédication continuèrent, en géné-\nral, à être « de peu de paroles simples », non seulement, sans doute, par\nobéissance envers saint François, mais parce que le souci d'être compris par\nleur auditoire habituel ne leur permettait pas les sermons alambiqués qui\nfaisaient la gloire des «docteurs en science sacrée ». Et c'est là que gît le\nsecret de la transformation que l'art a subie sous l'influence franciscaine. Car\nnous sommes bien loin de partager l'opinion de M. Gillet lorsqu'il écrit :\n\" L'immense importance artistique de François ne réside ni dans son esprit,\nqui est contraire à l'art, ni dans ses idées qui le condamnent ; ce n'est pas une\nquestion de sentiment et de doctrine, c'est une question de fait sur laquelle on\nne peut se tromper. Saint François est l'homme aux stigmates et c'est de là que\nlui vient toute sa valeur au moyen âge. »\n   La stigmatisation a, certainement, donné un essor puissant à l'Ordre\nmineur qui avait, d'ailleurs, pris un développement déjà considérable avant cet\névénement ; elle a accru la renommée de saint François et l'autorité de ses\nfrères et contribué de la sorte à la propagation de la conception religieuse du\npoverello, conception qui s'est imposée à l'art et l'a orienté dans des voies\nnouvelles. Les stigmates n'apparaissent donc ici que comme une cause indi-\nrecte de cedernier phénomène. La cause directe, immédiate, de l'abandon des\nformules byzantines, de l'attrait qui entraîne l'art vers les expressions de la\nvie et du sentiment, c'est ce que nous avons cru pouvoir appeler le réalisme\nreligieux de saint François, cette piété nourrie non de dogmatique, mais de\nsimplicité et d'amour. Cet amour, impatient de son objet, de l'approcher, de\nse le rendre sensible, de le mettre à portée d'une sorte d'adoration tendre et\nfamilière, est devenu le ferment, par le désir qu'il a mis dans les âmes, de tout\nle renouvellement de l'iconographie sacrée. De là ces innombrables cycles de\nreprésentations détaillées, ces illustrations de la légende — apocryphe — de la\nVierge et des récits de la vie du Christ; de là ces interprétations pathétiques de\nla Passion. C'est dans l'atmosphère créée par cet amour que Niccola Pisano\nmétamorphose son art, que le génie expressif de Giovanni Pisano et de\nCimabue grandit et se développe, que Giotto élabore son œuvre grande et\nbelle, œuvre puissamment dramatique, où la nature et la réalité ne sont\nencore, il est vrai, que comme un moyen pour une fin — et non pour elles-\nmêmes ainsi qu'au XVe siècle — mais où elles sont déjà, cependant, apportant\navec elles le mouvement et la sensation de la vie.\n  Nous avons été charmés de nous trouver, par contre, en parfaite commu-\nnauté d'idées avec M. Gillet quant à l'appréciation de l'œuvre de Giotto à\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "26                                DURENDAL\n\n\nAssise. Il constate, comme nous le faisions nous-même dans notre Saint\nFrançois d'A ssise dans la légende et dans l'art primitifs italiens qu'il y\navait une espèce d'incompatibilité entre le génie de ce grand artiste et celui de\nsaint François, et il tient également que la légende franciscaine aurait trouvé\nde plus pénétrants interprètes, plus tendres, plus sensitifs, dans l'école sien-\nnoise que dans la florentine. Mais nous cessons d'être d'accord avec l'éminent\nécrivain lorsque, terminant son examen du cycle de la Vie de saint François\nde la basilique supérieure d'Assise, il conclut en ces termes : « L'exemple\nd'Assise a engagé la peinture florentine dans cette voie malheureuse de récits\net de bavardages, où elle allait cent ans oublier la beauté ». Anecdotes, si l'on\nveut, mais c'est là ce que le fidèle, las de froides allégories et de symboles qui\nle laissaient insensible, attendait. 11 demandait à être touché, ému, attendri, et\nnon plus à déchiffrer les rébus enfantés par des imaginations scolastiques.\nPais, à un autre point de vue, ne fallait-il pas que l'art, échappé à l'étreinte\nde l'abstraction médiévale, fût analyse avant que de redevenir synthèse et n'est-\non pas autorisé à croire que l'idéalisme de la Renaissance classique aurait été,\nsinon impossible, au moins très inférieur à ce qu'il a été, s'il n'avait été\npréparé et, pour ainsi dire, armé par deux siècles de naturalisme et de réa-\nlisme?..,\n   Saint François se place à l'origine de cette évolution de la pensée euro-\npéenne. Il fait prévaloir sur le Dieu-Souverain, suzerain des suzerains dans\nun monde hiérarchisé, le Dieu-Père, qui exige l'obéissance, sans doute, mais\nsurtout l'amour, et les conséquences de son action, qui s'est exercée toute dans\nle domaine religieux, se sont fait sentir dans tous les autres.\n   Ce n'est pas à dire qu'il n'ait pas eu de précurseurs, qu'il ait surgi comme\nune apparition miraculeuse. Les aspirations qu'il a réalisées avaient agité\navant sa venue un grand nombre d'âmes, mais n'en va-t-il pas de même, à des\ndegrés divers, de tous les grands hommes, saints, artistes ou politiques, qui\nont donné nom, forme ou puissance effective aux tendances immanentes et\nconfuses du temps où ils vivaient ?...\n\n   La légende et l'art ont commémoré par des récits et des images la com-\nmunion spirituelle qui a existé entre saint François et saint Dominique. Toute-\nfois, on doit se demander si l'influence de l'un et celle de l'autre ont eu une\négale intensité et un égal succès dans la vie et dans l'art? Que saint Dominique\nait ou non imité saint François, il est certain que, s'il s'est conformé à son\nexemple, il ne l'a fait qu'à moitié, car prenant la pauvreté comme lui, il n'a\npas comme lui repoussé la science. Et cette science, fait toute la différence des\ndeux Ordres, tout le contraste qu'ils offrent dès l'origine, toute la dissem-\nblance des moyens qu'ils ont mis en œuvre et des résultats qu'ils ont obtenus\ndans une action qui, pour reprendre l'expression de Dante, était dirigée vers\n\" une même fin ».\n   Le Speculum perfectionis, Thomas de Celano et saint Bonaventure rela-\ntent tous trois une anecdote qui met en opposition d'une façon caractéristique\nla manière franciscaine et la manière dominicaine : S'entretenant dévotement\navec saint François, un frère prêcheur, « docteur en théologie », ne peut point\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3691, "texte": "             SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET SES HISTORIENS                           27\n\n\n s'empêcher de proposer à son interlocuteur la solution d'une difficulté de\n l'Ecriture. Saint François lui réplique que, étant ignorant, il convient qu'il\n écoute ses enseignements plutôt que de tâcher d'éclaircir devant lui une ques-\n tion de théologie. Et comme, néanmoins, le frère prêcheur insiste, le saint lui\n montre en quelques mots que le texte dont l'interprétation l'inquiète peut\n s'expliquer de la façon la plus simple. Les réponses que le petit pauvre fait\n ainsi au dominicain contiennent même une double leçon, car le commentaire\n qu'il donne à la parole de l'Ecriture fait voir au questionneur que l'homme qui\n pêche et s'égare doit être ramené, non par des menaces ou de savants discours,\n mais par la seule vertu de l'exemple.\n    La pauvreté, l'abnégation parfaite, la ferveur joyeuse, voilà les seules armes\n que saint François voulait mettre entre les mains de ses frères pour leur œuvre\n d'évangélisation. S'il craignait tant que ses moines aspirassent à la science,\n c'est qu'il pressentait que, forts du savoir qu'ils auraient acquis, ils seraient\n entraînés à substituer la parole à l'action, l'enseignement verbal à l'ensei-\n gnement intuitif. Au contraire, pour les dominicains, cet enseignement\n verbal était de l'institution même de leur Ordre. Ce sont les Prêcheurs par\n excellence. Et leur vocation étant oratoire, il ne se pouvait pas que leur\n formation spirituelle ne prît point la forte empreinte de l'école. Sans doute, leur\n Ordre agit aussi par les vertus enthousiastes de la foi, mais ils sont avant tout\n des dialecticiens, puissants dans la logique et dans l'argumentation. Le plus\ngrand des scolastiques, saint Thomas d'Aquin, leur appartient.\n    Les allégories qui étonnent et qui détonnent dans la basilique d'Assise\n paraissent toutes naturelles dans la chapelle dominicaine des Espagnols. On\nsait que jusqu'ici, les premières ont été données, en général, à Giotto, et\n que, au gré de certains, l'inspiration en serait due à Dante. Tout en formulant\nun doute sur la paternité de Giotto — incertitude qu'exprime également\n M. Gillet — nous ajoutions, quant à l'invention de ces « froides et ingé-\nnieuses allégories », qu'on « l'attribuerait avec infiniment plus de vraisem-\nblance à quelque bel esprit scolastique, à l'un de ces moines adonnés à la\nscience et aux lettres, le cœur desséché par l'excès de l'étude, auxquels\nsaint François reprochait leurs inutiles curiosités ». Il y a, en vérité, oppo-\nsition absolue entre la conception de ces fresques et l'esprit de cordiale sim-\nplicité de saint François. On peut affirmer que le frère mineur qui en a\nimaginé l'ordonnance était fort éloigné des voies tracées par le Père séra-\nphique. Cette observation, qui vise principalement la figuration obscure et\ncompliquée des idées imposées au talent du peintre, M. Gillet la fait porter\nsur le principe même de ces idées : Triomphe de la Chasteté, de l'Humilité,\nde l'Obéissance, etc. : « Cette idee latine du « Triomphe u, écrit-il, n'est-ce\npas déjà le leit-motiv de la Renaissance? Et quand il s'agit de saint François,\nune pareille apothéose n'est-elle pas bien étrange? Cette exaltation de\nl'individu, de la virtù, sur la tombe de celui qui avait foulé toutes les gran-\ndeurs mondaines... quel contraste et quelle ironie! » A dire le vrai, nous ne\nsavons trop si ces triomphes peuvent être envisagés de la sorte. Ce n'est pas la\nvirtù, la puissance ou le génie d'un homme qu'ils célèbrent, mais les vertus\nqui étant précisément les plus propres à l'annihilation de l'orgueil de l'individu,\nsont peu susceptibles de contribuer à l'exaltation du surhomme.\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3508, "texte": "28                                 DURENDAL\n\n\n   On peut considérer, d'ailleurs, que saint François apparaît là, de même que\nsaint Thomas d'Aquin, dans le Triomphe de la Chapelle des Espagnols,\nmoins pour sa glorification personnelle que pour celle de son institut. Seule-\nment, alors que le poverello nous semble dépaysé en quelque sorte dans les\nallégories d'Assise, le savant auteur de la Somme nous paraît se présenter,\ndans l'allégorie de S. Maria Novella, sous l'aspect qui lui convient le mieux :\ncelui d'un maître de la parole sacrée, gardien de la doctrine orthodoxe, qui\nconfond l'imposteur et l'hérétique et les convertit, moins par les persuasions du\nsentiment que par l'éclat et la force démonstrative de son éloquence. Elo-\nquence qui, évidemment, unissait, selon l'exigence de saint François de Sales,\nla charité à la vérité, mais qui s'adressait d'abord à l'intelligence, en s'aidant de\ntoutes les sciences que le peintre de S. Maria Novella a figurées, siégeant\naux pieds de saint Thomas comme les membres d'un concile.\n   Le « programme » des fresques si significatives de la chapelle des Espa-\ngnols fut élaboré par le prieur du couvent, frère Jacopo Passavanti.\n   L'esprit de doctrine et d'autorité qui se manifeste dans cette œuvre, on le\nretrouve dans nombre d'autres ouvrages d'origine dominicaine, la Bible mora-\nlisée ou allégorisée, le Speculum Humanœ Salvationis, par exemple, où les\nclercs puisèrent fréquemment les thèmes dont ils confiaient l'illustration aux\nartistes.\n   M. Gillet penche à croire que l'art a subi, à peu près dans la même mesure,\nl'impulsion des deux grands ordres mendiants. C'est possible, mais il faudra\naccorder alors que leur action respective s'exerçait dans des directions exacte-\nment contraires. En effet, on voit les Dominicains rester fidèles longtemps aux\nconcepts idéologiques de la pensée, qui avaient donné tout leur fruit magnifique\net allaient se stérilisant peu à peu, tandis que les Franciscains se présentent\ncomme les avant-coureurs, sur le terrain religieux, du réalisme sous la lente\npoussée duquel la mentalité féodale allait se transformant.\n   Si la conception dominicaine avait prévalu, il est à croire que l'art se serait\naffranchi moins rapidement de la tradition iconographique byzantine. Elle\nn'aurait certainement pas suscité l'effort vers l'expression pathétique qui rend\nsi poignantes, en dépit de la gaucherie lourde et de l'inhabileté de leurs\nauteurs, certaines peintures italiennes du XIIIe siècle. Cette recherche de\nl'émotion dramatique trouva sa perfection dans l'œuvre de Giotto. Mais la\nnature et la réalité des choses ne sont qu'accessoires aux yeux de ce grand\nmaître; le décor chez lui n'est qu'à l'état d'indication; il néglige ou omet tout\nce qui ne concourt pas directement à accroître l'intensité expressive de la\nscène qu'il a à représenter. Cette réalité, laissée au second plan par Giotto,\npasse en premier dans les préoccupations des maîtres du XVe siècle. Son étude\nabsorbe leurs facultés d'attention au point qu'il ne leur en reste presque plus\npour imaginer une interprétation vraiment émue des épisodes de l'histoire\nsacrée qui font le sujet le plus habituel de leurs ouvrages.\n   Cette constatation ne s'accorde guère avec la thèse développée par M. Gillet\ndans l'impressionnant chapitre consacré au XVe siècle qu'il intitule : l'Avène-\nment du pathétique. C'est la peinture éclatante et sombre de l'état d'esprit créé\ndans les populations de l'Europe par les grandes pestes qui les décimèrent dans\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1958, "texte": "            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET SES HISTORIENS                             29\n\n\nla seconde moitié du XIVe siècle : Joie brutale d'avoir échappé au fléau, désir\nardent et maladif de jouissances, sensibilité névrosée, qui se complaisait à sur-\nexciter en elle-même la sensation et la saveur de la vie par des évocations à la\nfois macabres et dérisoires, notamment les Danses des morts. Le tableau est\nexact, les faits et les œuvres cités par l'auteur en témoignent. Cependant, si\nl'on se retourne vers l'art du XVe siècle et que l'on consulte les ouvrages de ses\nreprésentants les plus illustres en Italie et dans le Nord, on doit conclure, si\nl'art est le reflet de la vie, si celle-ci attend de celui-là des images à sa ressem-\nblance, que le tableau formé par M. Gillet n'est qu'un des aspects, et non\npoint le principal, d'une époque fort complexe dans ses apparences. Il est\ndifficile, en effet, d'admettre avec l'historien des Ordres mendiants que l'art du\nsiècle, considéré dans l'œuvre de ses plus grands maîtres, soit « impulsif,\npassionné et souffrant ». Cette définition pourrait s'appliquer, jusqu'à un\ncertain point et non sans beaucoup de réserves, à Roger van der Weyden,\nà l'Angelico, à Botticelli, à certains peintres allemands, mais nullement à\nla généralité de leurs plus éminents contemporains. Rien de plus sain, de\nmieux portant, si l'on peut dire, que les ouvrages de Jean van Evck, de\n Donatello, de Ghiberti, de Filippo Lippi, de Gozzoli, de Ghirlandaio, de\n Fouquet, de Bouts, etc., mais rien non plus où se révèle moins le souci de\n l'expression pathétique, rien où l'on saississe davantage le plaisir conscient\n ou inconscient de reproduire la réalité pour elle-même. Et il semble bien\n que l'introduction de cette réalité dans leur art ait été la véritable passion de\n ces puissants artistes, l'objectif capital, sinon unique, de leurs efforts.\n\n\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-005", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 30, "page_fin": 42, "titre_corps": "Les Nibelungen : La vengeance de Kriemhild", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Traduction de J. 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WERBEL\n                                                                           musiciens d'Etzel.\n  DANKWART.                                               SWEMMEL\n  RUMOLT.                                                 UTE.\n  GISELHER.                                               KRIEMHILD.\n  GERENOT                                                 G Ö T E L I N D E , l'épouse de R ü d e g e r\n  L E CHAPELAIN.                                          G U D R U N , sa fille.\n  Le roi E T Z E L .                                      UN     PÈLERIN.\n  DIETRICH DE BERN                                        UN GUERRIER HUN\n  H I L D E B R A N T , son h é r a u t d ' a r m e s .   OTUIT, un       enfant\n                                                                                       personnages\n  Lemarkgrave RODEGER.                                    ECKEWART\n                                                                                          muets.\n\n\n                                                 ACTE I\n                               Worms. La grande salle de réception.\n\n                                                  SCÈNE I\n         (Assis sur son trône, le roi Gunther. Près de lui, tous les Burgondes. Dank-\n           wart, Gerenot, Giselher, Ute. Les ambassadeurs d'Etzel, Rüdeger.)\n  GUNTHER. — Acquitte-toi d e ton message, noble Rüdeger, tous les B u r -\ngondes sont ici.\n  RÜDEGER. — Au n o m du maître tout-puissant qui parle par ma bouche, je\nvous d e m a n d e la main de Kriemhild, votre royale sœur. Elle seule est digne\n\n (1) Voir les numéros de septembre, d'octobre et de novembre.\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "                                       LES NIBELUNGEN                                   31\n\n\nde ce choix, elle seule peut apaiser le chagrin d'une perte douloureuse. Si\nvous refusez la seule femme qui puisse remplacer la reine Helke, apaiser le\npeuple qui pleure en elle sa meilleure part, Etzel sera voué à l'éternel\nveuvage.\n  GUNTHER. — J e sais que ton maître et roi prie rarement, mais nous n'igno-\nrons pas moins l'habitude de remercier. C e p e n d a n t Etzel a porté la sombre\npuissance des H u n s à u n e telle hauteur, son nom terrible est entaillé en tant\nde races, que je consens à me lever et à te dire : N o u s le remercions, sa\ndemande nous honore.\n\n  RÜDEGER. — Quelle sera ma réponse ?\n  GUNTHER. — Si n o u s ne faisons sonner les cuivres, si nous n'allumons,\navant le j o u r et l'heure, a u x q u a t r e coins du p a y s , les feux de joie, ce n'est\npas que l'orgueil royal réprime l'élan de notre allégresse; nous n'exigeons\npas plus que tu nous offres. Mais souviens-toi que Kriemhild est veuve.\n   RÜDEGER. — T o u t c o m m e Etzel. Mais c'est ce qui garantit la constance\nd'un double b o n h e u r , lui d o n n e consécration, noblesse et durée. Ils ne cher-\ncheront pas, à l'instar de la jeunesse inexpérimentée, le b o n h e u r sans limites\nde la première ivresse, mais la consolation. Si Kriemhild embrasse son\nnouvel époux en pleurant, si Etzel frissonne sous son baiser, l'un et l'autre\npenseront : c'est pour le mort : ils s'en estimeront davantage.\n   GUNTHER. — Qu'il en soit donc ainsi Mais sache que depuis le j o u r funeste\nqui ravit à Kriemhild u n époux, à nous u n frère, notre soeur est plus souvent\nau cloître de Lorsch, près du tombeau de Siegfried, que parmi n o u s . Elle\névite la joie avec autant de crainte q u ' u n e autre le crime. E t n'était-ce qu'elle\njette parfois u n regard vers le couchant rouge ou contemple les roses\nsaignantes, nous ne croirions jamais qu'elle puisse se résoudre à u n nouvel\nhymen.\n   RÜDEGER. — Vous agrée-t-il que j'aille, en personne, déposer à ses pieds\nl'hommage de mon roi ?\n  GUNTHER. — N o u s lui concédons cette nouvelle faveur, elle est tout à\nnotre gloire. Q u a n t au reste, nous te donnerons réponse dès que nous aurons\ntenu conseil. Reçois à nouveau tous nos r e m e r c i e m e n t s .\n                                                                    {Rüdeger part.)\n\n                                         S C È N E II\n\n  H A G E N . — Cela ? J a m a i s !\n  GUNTHER. — Pourquoi pas, si elle y consent?\n  H A G E N . — Si elle s'y refusait, tu pourrais l'y contraindre ; tu disposes de la\nmain des veuves, mais je la chargerais de chaînes plutôt que de la donner aux\nHuns!\n  GUNTHER. — El pourquoi?\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "32                                      DURENDAL\n\n\n  HAGEN. — P o u r q u o i ? L a d e m a n d e me stupéfie! As-tu d o n c perdu la\nmémoire? Faut-il que je te rappelle le passé?\n   GUNTHER (montrant Ute). — P r e n d s g a r d e .\n  H A G E N . — Sa mère? Ce serait hypocrisie! Il y a longtemps qu'elle sait\ntout. Depuis cette chasse, elle ne m'a plus tendu la main, elle ne t'a plus\nembrassé.\n   G U N T H E R . — C'est vrai. Mais p u i s q u e tu osas, d a n s ton orgueil, dissiper\nle léger brouillard qui couvrait le secret de notre u n i o n ; puisque tu foulas\naux pieds la triste verdure qui cachait la tombe ensanglantée et q u e tu m e\njettes à la face les ossements du m o r t ; puisque tu étouffas le dernier reste de\nhonte et que tu vantes, avec ironie, la moisson m a udite semée p a r ta m a in,\nreçois ta r é c o m p e n s e ; j ' a u r a i du moins soulagé mon c œ u r : toi et ton conseil,\nje vous m a u d i s et je vous j u r e , n'eût-ce été ma jeunesse, j a m a i s vous ne\nm'auriez trompé de la sorte ! Aussi je vous défendrais a u j o u r d ' h u i avec dégoût,\nce que je concédais jadis par faiblesse et non par h a i n e .\n\n   HAGEN. — J e le crois aisément : depuis longtemps Brunhild est ta femme.\n\n  G U N T H E R . — Ma femme! vraiment, o u i ! elle l'est, puisqu'elle peut m ' e m -\npêcher d'en p r e n d r e une autre, quant au reste...\n   HAGEN. — T u m e caches d o n c quelque chose?\n   G U N T H E R . — Peut-être bien. T u te souviendras sans peine, de la façon dont\nelle nous accueillit, après le crime, q u a n d je lui tendis la première coupe :\néclatant en fureur comme jamais depuis sa défaite, avec plus de véhémence\nque Kriemhild m ê m e , elle nous m a u d i t !\n   H A G E N . — Il lui fallut d u temps pour s'y a c c o m m o d e r .\n  GUNTHER. — E t q u a n d je lui rappelai qu'elle-même avait exigé le crime,\nen riant, elle m e jeta le vin à la figure; jamais je n'entendis ricaner de la\nsorte! N ' e n est-il pas ainsi? M'accuseras-tu de mensonge?\n   H A G E N . — T o u t cela est bien vrai. Mais, au m ê m e moment, elle t o m b a i t\nà la renverse et oubliait tout, à jamais.\n GUNTHER. —• Elle oublia peut-être, mais vécut d a n s ces courts instants de\nmalédiction toute son éternité. Q u a n d elle se releva, elle était morte.\n   H A G E N . — Morte?\n    G U N T H E R . — Morte, bien qu'elle m a n g e et boive et fixe du regard les\nr u n e s . A h ! tout était juste, mais Siegfried traversait ta route.\n   H A G E N . — Il me semblait. — N o n !\n\n  GUNTHER. — La parole la plus douce ne l'a point fait sourire, et p o u r t a n t\ncette parole, je l'ai cueillie sur les lèvres mélodieuses de Volker, d a n s u n e\nheure d'or! L a menace la plus d u r e la laisse plus insensible encore. Elle ne\nconnaît ni joie ni souffrance.\n   U T E . — C'est vrai. L a vieille nourrice cache tout.\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "                                     LES NIBELUNGEN                                 33\n\n   GUNTHER. — Elle regarde droit devant elle, m u e t t e ; et s'il faut en croire\nles anciens contes, il semble que le sang l'ait quittée pour réchauffer les\nfroides entrailles de quelque reptile. Il s'est singulièrement ennobli parmi s t s\npareils, ce reptile, mais elle ne le vaut pas, elle vaut infiniment moins qu'un\nreptile, et il en sera ainsi d u r a n t cent ou mille a n s , jusqu'à ce q u e , poussé\npar l'aveugle destin, son pied l'écrase. Réjouis-toi, Gerenot, la couronne de\nBurgondie est tienne, je n'aurai p a s d'enfants !\n   H A G E N . — E n sommes-nous là?\n   GUNTHER. — T u t'étonnes de ne l'apprendre qu'aujourd'hui? J'avais enfoui\nce secret dans mon c œ u r ; mais puisque tu poses toi-même le flambeau sur la\ntable, ouvre les yeux et regarde autour de toi! Dans la maison, la colère et\nla discorde, dehors la honte. Si tu trouves mieux dans quelque recoin,\nmontre-le-moi!\n   HAGEN. — P a s a u j o u r d ' h u i .\n  GUNTHER. — Cette alliance vient n o u s délivrer de la h o n t e . De même\nqu'un cygne plonge dès qu'il voit l'eau claire devant lui et lave la poussière\nde ses ailes, de même je poursuivrai cette œuvre et avec la dernière énergie!\n   H A G E N . — De deux choses l'une : ou bien Kriemhild aima son époux d'un\na m o u r sans égal...\n   GUNTHER. — J e ne le nierai p a s ; je connais la différence.\n   H A G E N . — ... et elle nous hait comme jamais femme n'a haï.\n   GUNTHER. — N o u s ? N o n p a s ! T o i , peut-être.\n   HAGEN. — Elle ne distinguera pas. N o u s haïssant à ce point, elle fera tout\npour le prouver, car l'amour n'aspira jamais a u x baisers et aux étreintes\ncomme la haine au crime, au sang et à la m o r t ; de plus, si le jeûne nuit à\nl'amour, la haine en devient plus vorace.\n   GUNTHER. — T u en as quelque expérience !\n   HAGEN. — C'est pourquoi je t'avertis.\n   GUNTHER. — Nous sommes réconciliés.\n   HAGEN. — Réconciliés! P a r les dieux i n c o n n u s ! Si je n'étais ton h o m m e ,\nle plus fidèle de tes h o m m e s , si chaque goutte de m o n sang ne battait pour\ntoi autant que le cœur entier des autres, si tout mon être ne pressentait ce\nque tu ne sens qu'après coup, je me tairais et ne sourirais même pas !\nL'avertissement q u e cache l'ironie vaut une meilleure réponse. Réconciliés!\nOui, oui, elle a consenti à te tendre la joue (montrant Giselher et Ute), pnrce\nqu'il l'en priait d u matin au soir et que l'autre pleurait, mais — avez-vous bu\nà la même coupe? P a s une fois. D'ailleurs, le compte n'en serait pas réglé;\nnon, la réconciliation n'est q u ' u n e dette ajoutée aux autres; le compte n'a\nfait que grossir.\n  U T E . — N e juge pas de ma fille comme de toi-même. J e sais que tu ne\nchercherais dans son baiser que s'il lui m a n q u e les dents qui donnent la\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "34                                      DURENDAL\n\n\nmort, mais Kriemhild ne profanera jamais le signe sacré qui depuis l'aurore\ndu monde scella la paix entre les h o m m e s .\n    H A G E N . — Les N i b e l u n g e n assassinèrent leur père pour l'or que Siegfried\na p p o r t a au R h i n . Qui l'aurait cru? P o u r t a n t ils le firent : d'autres en feront\nautant.\n   G E R E N O T . — J'écoute volontiers tes avis en toute chose autre que celle-ci.\nT u reportas sur Kriemhild la haine vouée à Siegfried.\n   H A G E N . — T u me connais mal. Découvre le pays dont nul chemin ne\nramène, je le conquerrai pour elle, j'élèverai sa puissance à la hauteur qu'elle\ndésire; mais ne me d e m a n d e pas de lui d o n n e r des a r m e s ; je le déconseille,\nparce qu'elle pourrait t'en frapper. Vous croyez, sans doute, que c'est dans\nl'espoir de lui porter un nouveau c o u p que je volai le trésor? L o i n de moi\nu n e telle p e n s é e ! J ' h o n o r e sa douleur et ne lui en veux pas de ce qu'elle me\nmaudit. Qui ne désirerait une telle femme, qui n'aimerait celle qui, aveugle\nà toutes les fautes d u vif, en veut à la terre de n e pas briller autour de la\ntombe du mort? Si j'ai agi de la sorte, c'est que la prudence l'exigeait.\n   U T E . — On pouvait éviter cette extrémité.\n   H A G E N . — Il est vrai que la réconciliation en souffrit. (A Gunther.) J'igno-\nrais qu'elle t'en avait excusé pour ton absence. Toutefois je me permets d'en\ndouter, car, à son retour, tu négligeas de punir le voleur. Mais qui donc\naurait agi autrement ? Elle avait de quoi recruter une armée.\n   U T E . — Recruter une armée ? Kriemhild ! Mais elle n'y songea jamais !\n  H A G E N . — J e sais qu'elle n'y songea point. Elle emplissait seulement les\nmains tendues et ne se souciait point qu'on les tendît dix fois. C'est le moyen\nde se faire des amis et de les conserver.\n    U T E . — Elle n'eut d'autre souci que d'honorer Siegfried. N o n , jamais l'on\nne reverra pareille figure. Drapée dans ses vêlements de deuil, l'œil calme,\nmais toujours h u m i d e , elle distribuait, à l'envi, les pierres précieuses et l'or\nr o u g e ; souvent elle les baignait de ses larmes. E n choisissant sa douleur, le\ndestin choisit la misère la plus grande pour distribuer le b o n h e u r le plus\ngrand.\n    H A G E N . — Je n'en j u g e pas différemment; elle émouvait les pierres. Or,\ncomme la reconnaissance pèse et que c h a c u n cherche l'occasion favorable\nde s'en alléger, parmi tant d'obligés il s'en fut au moins trouvé un qui lui\nd e m a n d â t : P o u r q u o i pleures-tu? U n signe, et le glaive aurait sauté du four-\nreau pour venger le vainqueur du dragon, le dispensateur de tant de biens.\n\n  U T E . — E t tu penses que Kriemhild aurait donné ce signe? Mais n'est-elle\npas femme? Ne suis-je pas sa mère? L e roi n'est-il pas son frère? Gerenot et\nGiselher ne lui sont-ils toujours chers?\n\n   H A G E N . — Il me semble ouïr Siegfried lui-même : les corbeaux l'entourent\net l'avertissent, mais il pense : « J e suis chez m o n beau-frère », et les chasse\nen lançant un renard dans leur volée.\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "                                LES NIBELUNGEN                                       35\n\n    G U N T H E R . — Assez ! Il ne s'agit plus que de trouver la bouche qui lui\na n n o n c e ce nouvel a m o u r . . . (A Ute.) Il n'en est de meilleure que la tienne.\nVa, parle-lui.\n                                                                        (Tous partent.)\n                                          S C È N E III\n\n        (La chambre de Kriemhild.)\n   KRIEMHILD (donne à manger à ses oiseaux et à son écureuil). — J e me suis sou-\nvent d e m a n d é e pourquoi les vieilles gens aimaient tant les a n i m a u x ; aujour-\nd'hui j'en fais a u t a n t . . .\n\n                                     S C È N E IV\n        (Ute entre.)\n   U T E . — E n c o r e la main au panier d e froment?\n   KRIEMHILD. — T u sais qu'ils sont toute ma richesse et que je les aime. Ils\nn'ont pas à se plaindre de m o i ; ils peuvent s'envoler à leur guise, les cages\nleur sont larges ouvertes comme les fenêtres, mais tous d e m e u r e n t ; même\nl'écureuil, cette œuvre sortie des mains du Créateur au septième jour. Il l'a\nparfaite c o m m e pas u n e , car l'image la plus belle lui vint à l'heure du repos.\nD'ailleurs, c o m m e n t n'aimerais-je pas ce qui me tient lieu d'enfant?\n    U T E . — N e les prive pas de ta tendresse, mais ne sois pas injuste pour les\nh o m m e s . T u n o u s enlèves ce dont tu les combles, et nous valons cependant\nmieux qu'eux?\n   KRIEMHILD. — Peut-être. Qui donc mourut de douleur pour le noble Sieg-\nfried? P a s m ê m e moi, mais bien son chien fidèle.\n   U T E . — Mon enfant!\n   KRIEMHILD. — Il se blottit sous son cercueil et voulut me mordre quand je\nlui présentai à manger, tout comme si je l'excitais à quelque méfait. J'ai\nmaudit, il est vrai, j'ai proféré des serments, mais après j ' a i m a n g é . — Par-\ndonne-moi, mère, mais il m'advint tant de mal des h o m m e s que je crois les\nfauves meilleurs qu'eux.\n   U T E . — Laisse ces pensées, il faut que je te parle.\n   KRIEMHILD (sans l'écouter). — O h ! j ' e n suis convaincue. L e lion furieux\népargne l'homme qui dort; la nature le fit trop noble p o u r égorger u n être\nsans défense. Il est vrai qu'il déchire celui qui veille, mais seulement q u a n d la\nfaim l'y contraint, ce qui pousse aussi les h o m m e s contre les h o m m e s . Mais\njamais il n'attaque, parce qu'il envie u n e noble figure ou u n e démarche fière,\nce qui fait, chez n o u s , d'un héros un assassin.\n  U T E . — P o u r t a n t le serpent blesse ce qu'il peut atteindre, et au hasard.\n   KRIEMHILD. — Quand on l'écrase du pied. Mais la langue dont il frappe\nson e n n e m i , il ne l'emploie pas à jurer qu'il voudrait l'embrasser. N o n , si\nles animaux nous sont hostiles, c'est que n o u s avons rompu la sainte paix du\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "36                                      DURENDAL\n\n\n Seigneur, mais ils se réconcilient avec quiconque en est digne. C'est au\n milieu d'eux que j ' a u r a i s dû me réfugier, mon enfant dans les bras, car\nl'homme nu, l'exilé que sa race a b a n d o n n e , renie ou trahit, ils le protègent\nen souvenir de la fraternité qui les unissait à l'aurore du m o n d e . D a n s votre\nlangage j ' a u r a i s conté mes souffrances à mon enfant; dans le leur, j'aurais\n m u r m u r é comment venger le crime. E t quand il eut été h o m m e , il serait\nsorti de la forêt sombre armé d'une lourde massue, et tous, depuis le lion\nj u s q u ' a u ver timide, tous l'auraient suivi tel un roi qu'escortent les siens.\n   U T E . — Il apprendra à maudire tout aussi bien aux bords du R h i n ; le père\nde Siegfried y a droit et sa mère n'est plus là pour l'en empêcher. P o u r t a n t\nil eût été préférable de le garder auprès de toi.\n   KRIEMHILD. — T a i s - t o i ! tais-toi! si tu ne veux que mon doute t'atteigne.\nC o m m e n t ! le fils de Siegfried à la cour des Nibelungen? On ne lui aurait pas\nlaissé pousser la troisième d e n t !\n   U T E . — Tu vois ce qu'il t'en coûte de repousser la consolation que t'offre\nla n a t u r e .\n    KRIEMHILD. — Celle d'avoir enlevé l'enfant aux assassins m e suffit et tou-\nj o u r s je tiendrai compte à Giselher de m'y avoir aidé si fidèlement.\n  U T E . — T e voilà bien p u n i e , maintenant que tu es réduite à chérir les\noiseaux.\n   KRIEMHILD. — P o u r q u o i prends-tu plaisir à me tourmenter? T u sais mes\nmalheurs. Couche le fils d'une morte sur son cœur, d e m a n d e - l u i de le nourrir,\non verra plutôt la source sacrée de la nature rejaillir dans sa poitrine transie\nque mon âme se réveiller de cette léthargie. P a s u n être vivant ne la subit\naussi profondément que moi. N'en étais-je pas venue au point de voir mes\nrêves s'étendre à l'état de veille, de braver l'appel matinal du coq joyeux?\nPouvais-je vraiment être mère? N o n , ne m'en parle plus : mon fils n'est pas\nné pour me consoler. Il tuera le meurtrier de son p è r e ; quand il l'aura\nfrappé je l'embrasserai, puis nous nous séparerons pour jamais.\n\n\n                                        SCÈNE V\n\n\n       (Giselher et Gerenot entrent.)\n  GERENOT. — E h bien, mère? E h bien?\n  U T E . — J e n'ai rien pu lui dire.\n  GISELHER. — Nous nous en chargeons.\n\n   KRIEMHILD. — Mais quel jour sommes-nous, que                   tous mes    parents\ns'assemblent de la sorte ? Lève-t-on peut-être le deuil ?\n  GERENOT. — C'est fait depuis longtemps. L'on rassemble ses économies\npour la S a i n t - J e a n ; l'on pend demain l'ail aux poutres. As-tu perdu à ce\npoint la notion du temps ?\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "                                 LES NIBELUNGEN                                      37\n\n   KRIEMHILD. — Depuis que je me désintéresse des mets, j'oublie chaque\nfête ; mais votre joie ne peut qu'y gagner.\n  GERENOT. — C'est impossible aussi longtemps que tu portes ces vêtements\nde deuil. Aussi nous venons vous les enlever. — (A Ute.) Eh bien, q u a n d\nmême non, mère, il est préférable que tu le fasses.\n  KRIEMHILD. — De quoi s'agit-il, qu'ils s'interrompent tout à coup ?\n   U T E . — Mon enfant, si tu voulais, u n e fois encore, comme jadis, cacher\nta tête sur mon sein.\n  KRIEMHILD. — Dieu nous préserve du jour funeste qui apportera cette\nnécessité! T u ne te souviens donc plus !\n  GERENOT. — Ah I n'en parle pas aujourd'hui !\n   U T E . — J e te revoyais enfant.\n  GISELHER. — Vous n'y réussirez p a s . Je vous aidai souvent, et que vous\nm'en blâmiez ou non, je veux y tâcher encore ! (A Kriemhild.) N'as-tu pas\nentendu le son des trompettes, le bruit des a r m e s , le piaffement des chevaux ?\nCela signifie : u n grand roi d e m a n d e ta main.\n   U T E . — Voilà.\n   KRIEMHILD. — E t ma mère croit utile de me l ' a n n o n c e r ? Grand Dieu !\nMais la dernière des servantes serait assez femme pour te répondre ! Comment\nse peut-il que tu oses me le demander à moi.\n  U T E . — On t'en prie.\n  KRIEMHILD. — P o u r se moquer de moi.\n  U T E . — Comment ta mère pourrait-elle se prêter à ces sentiments?\n   KRIEMHILD. — J e cherche en vain à te c o m p r e n d r e . (A ses frères.) Vous\nautres, vous ne savez ce que vous faites, vous êtes trop j e u n e s . J e vous\navertirai q u a n d votre heure viendra. (A Ute.) Mais toi ! — Puis-je renier mon\nSiegfried jusque dans la mort ? Cette main qu'il a sacrée par sa dernière\nétreinte puis-je la déposer dans une a u t r e ? Ces lèvres, qui depuis qu'il m'a\nquittée n'ont touché que son t o m b e a u , peux-tu me d e m a n d e r de les souiller ?\nIl ne suffit donc point que je ne lui porte pas d'expiation, il faut encore\nrenier ses droits et ternir sa mémoire ? N o n , on estime les morts à la douleur\ndont les honorent les vivants, et si la veuve se remarie c'est à juste litre qu'on\npense : elle est la dernière des femmes, ou son mari le dernier des hommes !\nAh ! comment se peut-il que tu aies pu y songer !\n   U T E . — Q u e tu refuses ou que tu consentes, il t'en restera toujours ce\nprofit, que tes frères te souhaitent, et de grand cœur, quelque joie.\n    GISELHER. — Oui, chère sœur, n o u s le souhaitons et le roi tout comme\nn o u s . Ah ! que n'as-tu entendu comme il rabroua le Tronjer qui s'opposait\nau projet, et sans s'occuper de lui ni de ses avis, ne suivit que sa propre\nvolonté ! T u lui pardonnerais à l'instant, et non seulement de bouche, comme\njadis, mais du fond du cœur.\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "38                                   DURENDAL\n\n\n  KRIEMHILD. — Ainsi, H a g e n s'y opposait ?\n  GISELHER. — J e l'entendis de mes propres oreilles.\n  KRIEMHILD. — C'est qu'il a peur !\n  U T E . — Il n'en faut pas douter, mon enfant.\n  GERENOT. — Il craint que tu n'excites Etzel, car c'est lui qui prétend à ta\nmain, et n'entraînes à sa suite tous les H u n s contre les Burgondes !\n  U T E . — Réfléchis b i e n .\n  KRIEMHILD. — Il sait ce qu'il mérite.\n GERENOT. — Mais oublie qu'au milieu de n o u s , il est aussi sûr que nous-\nmêmes.\n  KRIEMHILD. — Il se rappelle le sort d'un meilleur q u ' H a g e n que vous\nentouriez.\n  U T E . — G r a n d Dieu ! que ne l'ai-je prévu !\n  GERENOT. — N o t r e jeunesse nous trompait.\n   KRIEMHILD. — Oui, vous étiez trop jeunes pour me protéger, c'est vrai,\nmais non pour défendre l'assassin que le ciel et la terre tout ensemble accu-\nsaient !\n   U T E . — Ne parle pas ainsi. T u honoras le Tronjer et comme eux tu l'as\naimé. Q u a n d , d a n s ton rêve d'enfant la licorne sauvage te poursuivait, ou\nque le vautour t'effrayait, n'était-ce p a s ton père qui te sauvait du monstre ?\nP o u r t a n t , au matin, tu sautais au cou de l'oncle, et ton premier baiser\nle remerciait d'exploits qu'il ignorait.\n   GISELHER. — Mais o u i ! E t q u a n d , à l'écurie, les vieux serviteurs n o u s\ncontaient du dieu qui agite la foudre, T h o r , et que n o u s croyions q u e\nc'était le dieu lui-même qui par la fente de la porte nous menaçait à la lueur\ndes éclairs, nous nous l'imaginions pareil à H a g e n lançant son javelot.\n    GERENOT. — Ah! je t'en conjure, laisse le passé se p e r d r e d a n s la nuit de\nl'oubli. T u as assez pleuré ton héros. Si d a n s la véhémence de la première\ndouleur tu avais fait vœu de pleurer chacune d e ses qualités pendant u n e\na n n é e entière, à cette heure tu serais déliée d e ta promesse. Essuie d o n c tes\nyeux, emploie-les à regarder au lieu de les vouer aux larmes. Etzel est digne\nde ton premier regard de joie. P e r s o n n e ne peut te rendre le mort et voici le\nmeilleur des vivants.\n  KRIEMHILD. — Sachez qu'en cette vie je ne désire q u ' u n e chose, et que je\nne me lasserai jamais d'y aspirer.\n\n                                      S C È N E VI\n          (Gunther entre.)\n  GUNTHER (d ses frères). — E h bien, où en sommes nous?\n   KRIEMHILD (s'agenouillant devant lui). — Mon seigneur, mon frère et mon\nroi, je te supplie h u m b l e m e n t de m'écouter.\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3040, "texte": "                                 LES NIBELUNGEN                                         39\n\n  G U N T H E R . — Quel est l'objet de ta d e m a n d e , parle.\n  KRIEMHILD. — S'il est vrai, comme on me l'a dit tantôt, que pour la pre-\nmière fois tu osas te m o n t r e r le maître aujourd'hui.\n  GUNTHER. — P o u r la première fois?\n  KRIEMHILD. — Si tu ne portes plus la couronne et la pourpre par simple\nostentation, le glaive et le sceptre par ironie...\n  GUNTHER. — T e s paroles sont dures.\n   KRIEMHILD. — Malgré moi. Mais puisque après avoir été couronné tu gra-\nvis enfin le trône.\n  GUNTHER. — E t pour toujours!\n   KRIEMHILD. — U n e heure de joie a sonné pour les opprimés. Comme\nreine de tous ceux qui vont par le pays, plies sous le fardeau de la douleur,\nje me lève devant ton trône et je te crie : q u ' H a g e n Tronje expie son crime!\n  GUNTHER (frappe du pied). — Toujours cela!\n    KRIEMHILD (se relève lentement). — L e corbeau d o n t le vol noir encercle d a n s\nla forêt la place fatale, ne cessera d'y croasser jusqu'au jour où la vengeance\nsera v e n u e . Il a vu couler le s a n g innocent et ne trouvera de repos que\nq u a n d le meurtrier aura r é p a n d u le sien. L ' a n i m a l qui ignore la cause de sa\ndouleur mais préfère mourir plutôt que d'oublier son devoir me fera-t-il\nh o n t e ? N o n ! n o n ! Mon maître et roi je porte plainte ici contre H a g e n\nTronje et réclamerai son châtiment jusqu'à la mort.\n  GUNTHER. — T u y perdras ta peine.\n    KRIEMHILD. — N'en décide pas si tôt. Si, d a n s cette heure douloureuse tu\ntrouves moyen de te débarrasser de ta pauvre sœur, plus vite qu'elle souhaita\npouvoir le faire dans un temps meilleur, quand le cerf sauvage avait fendu\nta main ; si tu trouves q u e l q u e raison de dédaigner la douleur qui, en toute\njustice, se hasarde à dire : « E n est-il qui égale la mienne? » alors je rirai,\nje me moquerai de moi-même et bénirai tous ceux que j ' a i maudits jadis.\n Mais, si tu refuses froidement la m o i n d r e des consolations, si tu veux me\nchasser de devant toi en fronçant les sourcils, réfléchis, reprends ta parole.\nJ e ne suis pas seule à crier vengeance, le pays entier crie par ma voix : l'en-\nfant y consacre le premier souffle, le vieillard le dernier soupir, fiancés et\npromises le frisson le plus cher. P r e n d s garde ! Le jour où ils paraîtront\ndevant ton trône, tu frémiras de voir que chaque âge, que chaque classe me\nsoutient. Car telle u n e nuée d'orage le malheur s'avance et lés menace de plus\nen plus. D o u t a n t si elles n'ont pas nourri de monstre, les femmes enceintes\ntremblent d'enfanter; et que la lune ou le soleil nous éclaire encore est p o u r\nbeaucoup un prodige. Sache donc, que si tu négliges tes devoirs de roi, le\npeuple se fera lui-même justice, c o m m e jadis q u a n d les rois n'étaient pas\nencore n é s ; sache que si la fureur le rassemble j a m a i s , il te sera plus ter-\nrible, à toi qui trembles aujourd'hui, que le Tronjer l u i - m ê m e !\n\n  GUNTHEU. — Qu'il vienne, je saurai l'attendre.\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "                                    DURENDAL\n40\n   KRIEMHILD. — Tu parles comme si je n'étendais devant toi qu'un misé-\nrable manteau souillé d e sang, comme si tu n'avais jamais c o n n u le héros\nqui l'animait de sa vie, jamais entendu sa voix, jamais pressé ses mains d a n s\nles tiennes! Est-ce possible ! Alors, ô t e r r e ! teins-toi tout entière de l'hor-\nreur dent un forfait inouï t'a souillée chez les B u r g o n d e s ! Deviens rouge\ncomme du s a n g ! Rejette le vert manteau de l'espérance et de la joie! R a p -\npelle à tout ce qui vit cet indicible forfait, et puisqu'on reste sourd à tes cris,\nporte l'expiation devant la race h u m a i n e tout e n t i è r e !\n    G U N T H E R . — Assez! Je suis venu d a n s une intention qui mérite gratitude.\n(A Ute.) Lui en as-tu parlé? {Sur un signe de tête affirmatif.') C'est b i e n ! c'est\nb i e n ! Je ne d e m a n d e point que tu me répondes : que le messager a p p r e n n e\ntout de ta propre b o u c h e . Il verra de la sorte que tu te décidas sans con-\ntrainte. J'espère du moins q u e tu daigneras l'entendre; l'usage le veut et\nlui-même t'en prie.\n  KRIEMHILD. — Le markgrave Rüdeger m'est b i e n v e n u .\n  GUNTHER. — Il viendra aussitôt. (A Ute et à ses frères.) Qu'on la laisse.\n                                                               (Tous sortent.)\n\n                                    S C È N E VII\n\n   KRIEMHILD. — Il a peur ! Il craint H a g e n Tronje, et Hagen Tronje, ils\nl'ont avoué, me redoute. T u as peut-être raison, ma m è r e ; que tous me\nméprisent d'abord, qui verra la fin m'en louera davantage.\n\n\n                                    S C È N E VIII\n\n          (Rüdeger entre avec sa suite.)\n  KRIEMHII.D. — Markgrave R ü d e g e r , soyez le bienvenu. Mais dites, est-il\nvrai que vous venez en messager?\n  RÜDEGER. — Vous l'avez dit, je viens en messager, mais en messager\nd'Etzel qui ne respecta q u ' u n sceptre, celui des N i b e l u n g e n .\n  KRIEMHILD. — C'est possible, je n'en d e m e u r e pas moins étonnée. Il y a\nlongtemps que je connais votre gloire. Les exploits et R ü d e g e r , qui avant\ntout autre les accomplit, eurent u n e place c o m m u n e dans notre c œ u r . Si l'on\nenvoie un tel messager, c'est qu'on d e m a n d e , du m o n d e , la meilleure des\nchoses.\n   RÜDEGER. — E n effet, c'est la volonté de mon seigneur et roi.\n   KRIEMHILD. — Mais comment se peut-il, R ü d e g e r , que vous demandiez la\n main d ' u n e veuve? que vous veniez la chercher d a n s un repaire de b a n d i t s !\n   RÜDEGER. — Q u e dites-vous, R e i n e !\n    KRIEMHILD. — Les hirondelles se sont envolées, les cigognes pieuses ne\n regagnent plus le nid qu'elles aimèrent si longtemps, et le roi Etzel prétend\n à la main de Kriemhild?\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "                                       LES NIBELUNGEN                             41\n\n\n  RÜDEGER. — Vos paroles sont funestes!\n  K R I E M H I L D . — P l u s funestes encore les crimes que je v i s ! N e pâlissez\npoint! Vous savez de quelle mort mourut Siegfried, mais vous ignorez la\nchanson dont les nourrices, au bord du R h i n , effraient les enfants.\n  R Ü D E G E R . — Et si je la connaissais?\n  KRIEMHILD. — L e roi Etzel est-il encore païen?\n  RÜDEGER. — Il se fera chrétien si on le désire.\n   KRIEMHILD. — N o n ! non ! Qu'il reste païen ! J e ne veux pas vous tromper,\nRüdeger, mon cœur est mort avec celui pour lequel il battait, ma main seule\nest à prix.\n  RÜDEGER. — J e vous offre un pouvoir sans limites.\n  KRIEMHILD. — C'est b e a u c o u p et rien. C o m m e n t le partage-t-on chez\nvous ? Au mari, l'épée, le sceptre et la couronne ? A la femme les hochets et les\nbroderies ? N o n ! n o n ! je ne saurais m'en contenter.\n   RÜDEGER. — Quoi que ce puisse être, vous en disposez avant même de\nl'avoir d e m a n d é .\n  KRIEMHILD. — Le roi Etzel ne refuse donc rien?\n  RÜDEGER. — Rien, j ' e n demeure g a r a n t .\n  KRIEMHILD. — E t vous?\n  RÜDEGER. — T o u t ce qui m'appartient est à vous, tout, jusqu'à m o n\ndernier souffle.\n  KRIEMHILD. — Markgrave, jurez-le-moi!\n  R Ü D E G E R . — J e le j u r e !\n  KRIEMHILD (à part soi). — On connaît le prix, j'en suis certaine. (Aux valets.)\nLes rois !\n  RÜDEGER. — Alors j ' a i votre parole?\n   KRIEMHILD. — P e r s o n n e des nôtres n'ignore la puissance d'Etzel. Son nom\névoque l'idée du carnage et de l'incendie, après on se souvient qu'on parle\nd'un être h u m a i n . E h bien, oui ! Ma parole, vous l'avez! — L'on dit que si la\ncouronne lui dégouttait du front, si l'épée rougie à blanc fondait en ses\nmains, il n'arrêterait pas le combat. — Alors, c'est le vengeur attendu, ce lui\nsera pures délices!\n\n                                         S C È N E IX\n\n      (Ute et les rois entrent.)\n  KRIEMHILD. — J'ai mûrement réfléchi; je me soumets à votre volonté.\nMarkgrave R ü d e g e r , donnez-moi la m a i n ! J e la prends comme si c'était la\nmain d'Etzel lui-même. A partir de ce moment, je suis reine des H u n s .\n RÜDEGER. — Je vous rends hommage.\n                                     (Tous ses suivants tirent le glaive comme lui.)\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1193, "texte": "42                                    DURENDAL\n\n\n     U T E . — Et moi je te bénis !\n   KRIEMHILD (recule devant Ute). — L a i s s e ! laisse! Cette bénédiction n'a plus\nde puissance. (Aux rois.) Quant à vous, escortez-moi, comme la fille du roi\nDankwart a droit de l'exiger, aussi comme il convient à l'honneur du roi de\nla terre !\n   [Gunther se tait.)\n     RÜDEGER. — C o m m e n t , vous refusez?\n  K R I E M H I L D . — Vous refusez de reconnaître mon rang? (A Rüdeger.) Mark-\ngrave d e m a n d e raison au roi Gunther !\n  GUNTHER. — Je ne refuse rien; mais je ne puis quitter le R h i n . J e vous\nprie markgrave, de remettre ma sœur en mon nom au maître qu'elle a\nchoisi, et de m'excuser auprès de sa personne. J e lui rendrai visite plus tard.\n     KRIEMHILD. — En donnez-vous votre parole de roi?\n     GUNTHER. — T u la reçus déjà.\n     RÜDEGER. — Alors j'accepte.\n  KRIEMHILD. — U n dernier adieu au tombeau de Siegfried! C e p e n d a n t ,\nveillez au reste. (Eckewart s'avance.) Mon fidèle Eckewart m'a bercé, il a tout\nquitté pour moi, il me suivra jusque d a n s la mort.\n\n\n     (A continuer.)\n\n                           (Tous droits réservés. — Traduction de J. VANDERVELDEN.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-006", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 43, "page_fin": 49, "titre_corps": "Chronique du mois : Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Chronique du Mois                                 La musique Le nouveau Di", "ancre_fin": "GEORGES DE GOLESCO.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Théâtre du Parc", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "Chronique du Mois\n\n                               La musique\nLe nouveau Directeur du Conservatoire de Bruxelles.\n  — Premier concert du Conservatoire. — Troisième\n  concert Ysaye. — Quatrième concert populaire. — Le\n  « Chant de la Cloche » de Vincent d'Indy et la « Flûte\n  enchantée », au théâtre de la Monnaie.\n   C'est à M. Léon Du Bois que vient d'être confiée la haute mission et en\nmême temps la lourde charge de présider aux destinées du Conservatoire de\nBruxelles. Le choix du gouvernement se justifie par plus d'une raison. Dans\nnotre Belgique si fertile en talents, Léon Du Bois apparaît incontestablement\ncomme un de nos musiciens les mieux doués. Son œuvre, déjà considérable\nà l'heure présente, manifeste de la manière la plus heureuse les aspects-mul-\ntiples et la brillante diversité de ses facultés créatrices dans les différents\ndomaines de la musique. Il a écrit des oratorios, des chœurs, des cantates, des\npièces orchestrales, des poèmes vocaux, des œuvres théâtrales. Toutes ces\ncompositions ont de la sève, du style, de la couleur, se recommandent par la\ndistinction des idées et de la facture. L'un de ses poèmes vocaux avec accom-\npagnement d'orchestre, Immortel amour, est particulièrement remarquable\npar son expression chaleureuse et son inspiration soutenue. Rappellerons-nous\naussi ses spirituels et pittoresques Carillons, illustrant musicalement un char-\nmant poème de Mlle Biermé, et les deux partitions écrites pour le théâtre qui\nlui ont surtout conquis la notoriété, d'une part le Mort, mimodrame en trois\nactes, dont la musique revêt un caractère lancinant exprimant de façon très\nsuggestive et impressionnante le frémissement de terreur angoissée qui par-\ncourt l'œuvre de Lemonnier, d'autre part Edenie, création dramatique de\nlongue haleine et de grand style, où le talent de Léon Du Bois arrive à son\nplein épanouissement.\n   Musicien d'élite, Léon Du Bois est aussi un professeur de premier ordre,\nce qu'Edgar Tinel avait reconnu en lui confiant au Conservatoire de Bruxelles\nla classe de fugue et de contrepoint. Nous ajouterons que durant ses quinze\nannées de direction à l'Académie de musique de Louvain, il a déployé des\nqualités de fermeté, de tact, d'intelligence qui lui ont valu d'unanimes sympa-\nthies, que dans l'organisation et la préparation des concerts de cette même\nAcadémie, il s'est signalé par d'excellentes initiatives, par un souci d'art très\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3408, "texte": "44                                 DURENDAL\n\n\nélevé qui ont largement contribué à favoriser le développement et raffinement\ndu goût musical dans la cité universitaire.\n   Le premier concert du Conservatoire fut une de ces auditions émouvantes\nd'où l'on sort l'âme rafraîchie et remplie d'une sereine allégresse. Le Deutsches\nRequiem de Brahms est un vaste chant d'espoir traduisant la paix inaltérable\net les triomphantes certitudes du chrétien devant le mystère de la mort.\nOn le sait, il ne s'agit point ici d'une messe de Requiem au sens de la\nliturgie catholique. Les paroles sur lesquelles Brahms édifie sa merveilleuse\nmusique sont empruntées à quelques-uns des textes les plus beaux et les plus\nconsolants de l'Ecriture, textes exprimant la fragilité de l'existence humaine,\nle prix infini de la douleur, la splendeur des demeures de Dieu, la joie de ceux\nqui meurent dans le Seigneur, après avoir courageusement lutté pendant leur\nvie. Chacune des sept parties dont il se compose forme d'ailleurs comme un\npoème distinct et complet dont l'inspiration est aussi profonde que la forme\nparachevée, et auquel la simplicité forte du style, l'harmonieux équilibre de\nl'architecture sonore, la sobriété magistrale du coloris, mais, par-dessus tout,\nla pure et céleste qualité de l'émotion lyrique confère un caractère imposant\nde surhumaine grandeur.\n   Les hautes significations du Requiem de Brahms ressortent suffisamment\ndu fait qu'il n'a paru nullement diminué par le voisinage de la cantate sublime\nde Bach, Ein' feste Burg, dont les effusions glorieuses et étincelantes revêtent\nune puissance picturale et une portée symbolique qui sont si bien expliquées\npar Schweitzer, le perspicace commentateur de Bach, dans son ouvrage Bach,\nle Musicien-Poète.\n   M. Du Bois, qui a l'intention de consacrer son concert pascal à l'exécution\nintégrale de Franciscus, a voulu dès maintenant rendre hommage à son\nillustre prédécesseur, dont la mort, perte cruelle pour l'art national, a pro-\nvoqué une tristesse à laquelle s'est associée la patrie tout entière. Car toute\nâme capable de réfléchir et de s'émouvoir n'a pu se défendre de contempler\ndouloureusement cette tombe ouverte trop tôt, hélas ! et de pleurer devant cette\nnoble existence d'artiste brisée si soudainement au moment où, arrivé à la\npleine maturité de son génie, le chantre inspiré de Franciscus et de Catharina,\nle poète à la voix tour à tour douce et puissante, au verbe de miel et de\nflamme, avait encore tant de choses à nous dire. M. Du Bois a tenu à ce que\nces deux aspects de la personnalité de Tinel fussent représentés au concert du\nConservatoire, et il a porté judicieusement son choix, d'une part, sur l'ouver-\nture de Godelive, page de style épique, de structure vigoureuse et splendide;\nd'autre part, sur la scène de la communion de Catharina, où l'inspiration\nséraphique de Tinel, s'illuminant de reflets supraterrestres, semble nous\napporter des échos du ciel.\n   Dans la direction de ce magnifique programme, Léon Du Bois s'est géné-\nreusement dépensé, affirmant toutes les belles et solides qualités d'un véritable\nchef d'orchestre : énergie, autorité, sentiment juste et connaissance approfondie\ndes œuvres. Les grands ensembles vocaux du Requiem et du Feste Burg furent\nremarquables de sonorité, de cohésion et d'ampleur. Parmi les solistes de\ntalent qui prêtaient leur concours à cette exécution, il convient de citer parti-\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3319, "texte": "                           CHRONIQUE DU MOIS                                 45\n\n\nculièrement M. Frölich pour sa diction expressive et vibrante, et Mme Cahn-\nbley-Hinken pour son art parfait que rehausse le charme d'une voix souple et\nlumineuse.\n                                         *\n                                       * *\n   Le troisième concert Ysaye, consacré au prince des symphonistes, avait\nattiré un concours immense d'auditeurs attestant le prestigieux et universel\nempire qu'exerce actuellement le nom de Beethoven. M. von Hausegger, chef\nd'orchestre des Concerts Philharmoniques de Hambourg, dirigea l'Héroïque et\nla Septième Symphonie. Interprétations fermes et stylées, se recommandant par\nla netteté de l'exposition, par la clarté de l'analyse, arrivant parfois à des\nréalisations d'une belle ampleur, particulièrement dans l'Héroïque, mais sans\naffectionner les grandes envolées ni atteindre jamais à la haute éloquence. Le\nsuccès alla surtout au pianiste Friedberg, cet artiste de race dont maintes fois\nnous avons fait ici l'éloge. Il interpréta d'une façon vraiment magistrale le\nConcerto en ut mineur et on acclama ce jeu limpide, charmeur, exquisement\nnuancé, cette technique merveilleuse qui ne s'étale point indiscrètement de\nmanière à absorber l'attention au détriment de l'œuvre. Friedberg fut aussi\nétonnant de verve dans le Rondo en ut, auquel il imprima ces rythmes hale-\ntants, cette allure farouche et courroucée conformes à la tradition suivant\nlaquelle le maître de Bonn aurait composé ce morceau dans un accès de\n méchante humeur.\n                                          *\n                                        * *\n    C'est avec un vif plaisir qu'on a vu M. Sylvain Dupuis reparaître au\npupitre directorial des Populaires, à la tête de ce vaillant orchestre que durant\nde longues années il mena si souvent à la victoire. Aussi ne lui ménagea-t-on\npoint les acclamations et les chaleureux témoignages de sympathie.\n    Les très belles œuvres qui figuraient à la partie symphonique du programme\n furent d'ailleurs interprétées ce jour-là avec une subtilité de nuances, avec\n une ferveur expressive et lyrique qui en firent ressortir les moindres signifi-\n cations. On y entendit la savoureuse trilogie de Wallenstein de Vincent\n d'Indy, dont depuis longtemps on n'avait plus donné à Bruxelles d'exécution\n intégrale, le Don Juan de Strauss aux frémissantes envolées, et enfin la\n Scène du Sabbat et l'Orage extraits de l'opéra le Songe d'une nuit d'hiver de\n notre compatriote Auguste De Boeck, ce compositeur aussi doué que\n modeste et dont l'œuvre n'est ni suffisamment connue ni appréciée à sa juste\n valeur. Le fragment détaché du Songe d'une nuit d'hiver, peinture musicale\n d'une éloquente concision est tout à fait remarquable par sa puissance sug-\n gestive et la splendeur intense de son orchestration.\n    Le quatrième concert populaire était rehaussé par la collaboration d'un\n grand artiste, Pablo Casais. Il joua le concerto pour violoncelle de Schumann\n (op. 129) qu'il avait déjà antérieurement exécuté en 1910 aux Ysaye. De ce\n concerto, composé pendant la période de déclin, il y a surtout à retenir le\n touchant « Langsam », mais dans son ensemble il est loin d'offrir l'harmo-\n nieuse beauté de structure, la fraîcheur d'inspiration et le lumineux épanouis-\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3381, "texte": " 46                                DURENDAL\n\n\n sèment de l'immortel concerto pour piano en la mineur. On applaudit aussi\n vivement deux gracieux feuillets d'album, délicatement orchestrés, de Glazou-\n noff, Mélodie et Sérénade espagnole, puis, au rappel, une page de Bach que\n Casais exposa avec la majestueuse largeur de style et la poésie de sonorité\n dont il est coutumier.\n                                       *'   *\n\n    Disons maintenant nos impressions au sujet des belles représentations du\n  Chant de la Cloche de Vincent d'Indy au théâtre de la Monnaie. Le Chant\n  de la Cloche fut couronné au concours musical de la ville de Paris en\n  1886. Si l'illustre disciple de César Franck ne s'y est pas encore totalement\n affranchi des influences wagnériennes, si l'entière indépendance de son génie\n si personnel trouve son expression définitive plus nettement caractérisée dans\n les splendeurs héroïques de Fervaal, dans l'idéalisme hautain de l'Etranger\n ou encore dans les éblouissantes architectures de la Symphonie en 52 bémol,\n en revanche son Chant de la Cloche offre une expansion rayonnante, vibre\n d'une jeunesse et d'une spontanéité de sentiment qui n'apparaissent point\n au même degré dans ses créations postérieures, alors même que plus volon-\n taires, plus réfléchies et plus puissantes. L'inspiration coule de source et,\n sans aucune défaillance, se soutient et plane en une continuité d'essor\n admirable. Discrète ou éclatante, mais toujours limpide, l'orchestration est\n d'une souplesse extrême, a des affinements exquis de sonorités et de colorations.\n    On connaît l'idée directrice du poème. Le maître fondeur Wilhelm vient\n d'achever la cloche à la confection de laquelle il a voué toutes les énergies de\n son âme, le chef-d'œuvre qui, couronnant sa carrière d'artiste, va léguer son\n nom à la postérité. Maintenant que son œuvre est terminée, il peut mourir,\n mais, aux approches de l'instant suprême, son imagination lucide et exaltée\nressuscitant la vision du passé, il voit se dérouler devant lui toutes les grandes\npages du livre de sa vie en une série d'épisodes significatifs que poétise la voix\nprofonde des cloches, messagères de bonheur ou de tristesse. C'est dans un\nchant de triomphe que se termine le poème. La mort de Wilhelm a mis un\nterme aux amères critiques des envieux et des pédants, et tous sans exception\ncélèbrent l'artiste et son chef-d'œuvre.\n    Lors de l'exécution du Chant de la Cloche aux Populaires en 1906, nous\nformulions à ce sujet des appréciations qu'il nous plaît de redire ici. L'œuvre\nde d'Indy se retrouve tout entière en ses grandes lignes dans l'admirable\npoème de Schiller. L'on peut toutefois dire que le grand artiste français a\nrenouvelé l'inspiration géniale du poète allemand en la dramatisant et en\nl'enrichissant d'éléments poétiques heureusement ajoutés (tels que la vision\nnocturne dans la tour de la cathédrale, la mort du maître fondeur Wilhelm,\nmartyr de l'art, la vie surnaturelle dont s'anime la cloche où, en un symbole\nhautement expressif, l'âme de l'artiste défunt, amoureux de son œuvre, vient\npénétrer et retrouver une existence nouvelle qui celle-là ne sera plus brisée\npar la mort). Mais s'il a transformé le poème de Schiller, d'Indy n'a pas\nvoulu en changer totalement la nature et en faire une action dramatique\nproprement dite, régulièrement développée, logiquement rattachée dans ses\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3499, "texte": "                           CHRONIQUE       DU   MOIS                         47\n\nparties constitutives par un lien ferme et étroit, préférant à juste titre une\nforme discontinue, plus libre, où, ainsi dégagés d'un cadre trop rigoureuse-\nment précis, les éléments purement lyriques du poème allemand conser-\nvassent dans leur paraphrase musicale toute leur signification et leur prépon-\ndérance.\n   Par la hauteur des idées dont il s'inspire (les grands aspects philosophiques\nde la vie et de l'art, l'immortalité de l'âme et de l'amour), comme par la beauté\nde sa réalisation, le Chant de la Cloche a droit à toute admiration. Citerons-\nnous la scène du Baptême, où semble respirer l'âme céleste, naïve et mélo-\ndieuse de Franck? Ou bien le tableau de l'Amour souvent effleuré de hantises\nwagnériennes, mais si impressionnant d'un bout à l'autre en sa poésie médi-\ntative et ses colorations de rêve? Voici la vision de la Tour où, telle une lente\nthéorie de spectres volant silencieusement dans un rayon de lune, se dressent\ngrimaçantes des apparitions fantastiques, où les animaux héraldiques vivent et\nse meuvent, les gargouilles et les figures symboliques pénètrent dans la tour,\ntandis que l'appel mystérieux des cloches amies éveillant les esprits de\nl'Empyrée, ceux-ci versent dans l'âme blessée de Wilhelm le baume de la\nconsolation et que par-dessus cette musique aux sonorités scintillantes, s'élève,\npénétrante et suave, la réconfortante voix de la fiancée perdue transfigurée par\nla mort. Puis le tableau de l'Incendie, d'un réalisme si éloquent traduisant\navec tant de force ces clameurs infinies qui semblent porter en elles avec une\nintensité sans cesse grandissante la terreur et la menace des foules.\n   Mais outre ces qualités qui brillent de toute évidence dans le Chant de la\nCloche, ampleur du souffle poétique, vigueur de la conception musicale, déli-\ncatesse affinée du sens pittoresque, il en est une autre qui les domine et\nconstitue d'ailleurs comme la consécration et le couronnement de toutes les\ngrjndes œuvres de d'Indy, nous voulons dire qu'en son inspiration première,\ncomme en tous les détails de sa réalisation, il reflète la beauté d'une âme\nclaire, droite et sereine.\n   A la Monnaie, ce poème de la Cloche vient d'être l'objet d'une adaptation\nscénique analogue à celles qui ont été imaginées pour la Damnation de Faust\net l'Enfance du Christ de Berlioz. Il convient d'en féliciter vivement\nMM. Kufferath et Guidé. Le succès est grand et c'est justice, car ces repré-\nsentations très artistement suggestives comptent assurément au nombre des\nplus parfaites et des plus soigneusement mises au point qui aient été données\nsur notre première scène lyrique. Vincent d'Indy est venu les préparer lui-\nmême, infusant à l'orchestre et aux chœurs une chaleur d'accent, une richesse\nexpressive, une ferveur d'enthousiasme qui impressionnent et entraînent. Il\nsemble difficile de mieux rendre la saveur délicieuse, l'éclat et le lyrisme\nfrémissant de cette musique toute gonflée de sève printanière. Mlle Heldy\ndonne tout son charme poétique à la figure sereine et consolatrice de Léonore\n(la Fiancée). M. Girod est l'interprète ému et éloquent du rôle de Wilhelm,\noù, du reste, il fait preuve d'une puissance vocale qu'on ne lui soupçonnait\npoint. Comme toujours au théâtre de la Monnaie, la mise en scène est remar-\nquable, abonde en évocations pittoresques, en tableaux intenses de vérité et\nde couleur. Le tableau de la tour de la cathédrale est une merveille. Vincent\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3384, "texte": "48                                 DURENDAL\n\n\nd'Indy dirigea les trois premières représentations. La conduite en a été ensuite\nconfiée à M. Lauweryns, qui s'acquitte de sa mission avec autant de convic-\ntion que de zèle.\n                                           *\n                                       *       *\n\n    Sans rencontrer dans le public ce même accueil enthousiaste qui fit de la\n reprise de Fidelio le succès le plus éclatant de la saison dernière, la reprise de\n la Flûte enchantée au théâtre de la Monnaie a donné lieu à une série de belles\net intéressantes représentations. C'est qu'à l'instar des Noces de Figaro et de\nDon Juan, la Flûte enchantée âgée de plus d'un siècle continue à faire les\ndélices de tous les musiciens et que le temps passe sur ces œuvres sans en\naltérer la beauté ni marquer de la moindre ride leur immuable jeunesse.\n Encore faudrait-il expliquer en quoi consiste cette beauté de. l'opéra de Mozart.\n    Le livret de la Flûte enchantée, signé d'Emmanuel Schikaneder, est une\n manière de conte de fées fort incohérent, dont les personnages, exception\n faite pour l'amusante silhouette de l'oiseleur Papageno, sont autant de figures\n aussi falotes qu'inconsistantes, sans aucun relief ni caractère. La lutte qui\n s'établit entre la Reine des Ombres et le mage Sarastro se disputant la pos-\nsession de Pamina et aboutissant au triomphe de la Lumière sur les Ténèbres\nindique à la vérité quelques velléités d'un vague symbolisme qui, pour\ns'exprimer dans l'action de façon trop puérile et maladroite, demeure\nd'ailleurs sans efficacité. Mozart était resté fidèle à la conception de l'opéra\nsuivant laquelle le livret, humblement asservi à la musique, dédaigneusement\nrelégué à l'arrière-plan, n'occupe dans l'œuvre d'art qu'une place secon-\n daire. Pour lui les grandes leçons esthétiques de Gluck n'avaient point porte\nde fruit. Aussi, dans les œuvres qu'il a écrit pour le théâtre, le maître de\n Salzbourg apparaît aussi différent et lointain qu'il est possible de l'être du\nglorieux restaurateur du drame lyrique, de celui dont la musique, infusant\nune puissance nouvelle aux plus purs chefs-d'œuvre des lettres grecques,\nsemble, fait unique dans l'histoire de l'art, les avoir créés une seconde fois.\n    Mais si dans son œuvre théâtrale Mozart ne s'impose pas à nous comme le\npoète souverainement profond et expressif que nous saluons dans Gluck, il a\nd'autres titres à notre admiration. Ce n'est pas au point de vue dramatique\nqu'il importe de le considérer. Mozart est poète en tant que musicien et\nexclusivement comme musicien. On l'a dit, il est la musique même, cher-\nchant et trouvant en elle seule son point d'appui, sa raison d'être et sa vertu\nexpressive. Son art est l'éclosion fraîche et embaumée d'une âme extasiée et\nradieuse. Génie vêtu d'une robe de lumière, il vole et plane au travers des\nparadis en fleurs, entonnant dans des effusions de gratitude le cantique du\nprintemps éternel. Ce qu'il faut surtout admirer dans la Flûte enchantée,\nc'est cette atmosphère harmonieuse de sérénité virginale et limpide, cette\nabondance sans cesse jaillissante de mélodies aux célestes contours, la perfec-\ntion et la souveraine eurythmie des formes musicales où s'exprime la pensée\ndu maître. C'est du génie allemand et du génie latin à la fois que Mozart a\nextrait les sucs précieux composant la liqueur divine qu'il nous offre en sa\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1528, "texte": "                           CHRONIQUE DU MOIS                                  49\n\ncoupe étincelante. Et s'il est vrai que Mozart se montre dans ses opéras un\ngénie italo-allemand, nous nous rallions volontiers à la manière de voir de\nCamille Bellaigue qui, dans la Flûte enchantée, découvre une prédominance\nde l'idéal allemand plus nettement accusée que dans ses autres créations\nthéâtrales. L'observation s'applique notamment à l'ouverture et aux ensembles\nsymphoniques ou vocaux qui figurent parmi les plus belles pages de la par-\ntition, la pensée allemande se différenciant d'ailleurs de la pensée italienne par\n« la mélodie moins facile mais plus riche, plus féconde, que l'harmonie\nviendra soutenir et fortifier, par une plus grande indépendance des formes\nou des forces musicales, par la continuité logique et naturelle de la mélodie\net du discours ».\n    La Flûte enchantée bénéficie à la Monnaie d'une interprétation très\ndistinguée, à laquelle MM. Girod (Tamino), Ponzio (Papageno), Grommen\n(Sarastro), Baldous (l'Orateur), Mmes Pornot (la Reine de la Nuit) et Rollet\n (Pamina) prêtent leur concours. Nous signalerons particulièrement Mlle Rollet\n qui dans le rôle de Pamina s'est véritablement révélée au public dont elle a\n conquis les suffrages par le charme de sa voix douce et flexible, par la remar-\n quable pureté de sa diction, la grâce de son geste et la mobilité expressive de\n sa physionomie.\n                                                     G E O R G E S DE GOLESCO.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-007", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 49, "page_fin": 51, "titre_corps": "Chronique du mois : Théâtre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. A.", "ancre_debut": "Théâtre du Parc Baldus et Josina", "ancre_fin": "simplement admirable. F. 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Baldus et Josina est, bien plutôt\nqu'un drame, un poème dialogué, écrit à la louange de la Flandre et du rêve.\nAussi ne m'étonnerais-je pas qu'il fît meilleure impression à la lecture qu'à la\nscène. Il semble, et ceci est étrange, que la pratique du théâtre, au lieu de\ndévelopper en M. Spaak, l'habileté dramatique, accentue, au contraire, ses\nqualités lyriques, et qu'à chaque nouvelle œuvre il se montre plus poète, en\nquoi d'ailleurs il affirme bien son tempérament national. Ce n'est pas moi qui\nm'en plaindrai. Pourtant, force m'est bien de convenir que Kaatje, où le\nlyrisme apparaît plus contenu, avait, par sa simplicité, son émotion toute fami-\nlière et familiale, son intrigue sobre et « quotidienne », plus de chances de\ntoucher la foule que Baldus et Josina, où les meilleurs morceaux se trouvent\nprécisément être des hors-d'œuvre lyriques. 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Quant au dénouement du drame, son tragique,\n un peu facile, apparaît inopportun : ce poète qui préfère mourir plutôt que\n d'épouser sa belle, parce que le père de la jeune fille ne veut consentir au\n mariage qu'à condition qu'il brûle ses vers (alors qu'il les connaît par cœur\n et qu'il pourrait si simplement simuler un autodafé), cet artiste qui refuse\n d'être un homme et un travailleur comme les autres, fût-ce pour conquérir\n le bonheur, ce Baldus est, si l'on y pense, un paresseux indécrassable et un\n assez sot personnage. Et son geste final enlève à la pièce non seulement toute\n réalité, mais toute vraie vérité humaine : même poète au fond de l'âme, on n'est\n pas chimérique et absurde à ce point-là. Le public bruxellois, qui a beaucoup\n de bon sens, qui en a trop peut-être, a fort bien compris cela ; et s'il n'a pas\n fait à cette pièce le succès qu'il a fait à Kaatje, ce n'est pas seulement par\n défiance vis-à-vis du théâtre belge.\n    Il n'en reste pas moins, d'ailleurs, que Baldus et Josina est une œuvre de\n grand mérite, pleine de remarquables beautés, et qui atteint par moments à\n une émotion profonde, directe, communicative, qui est la marque essentielle\n du talent de M. Spaak, et que nul autre homme de théâtre ne possède chez\n nous à ce point.\n    M. Reding monta cette œuvre inaugurale avec des soins qui, à eux seuls,\nen eussent justifié le succès. Les décors étaient superbes de poésie et de vérité.\n Et l'interprétation fut à la hauteur de la pièce : M. Brousse, en Baldus, eut\ndes accents chaleureux et se surpassa lui-même (j'ajouterai que, cette fois-ci,\nil a fort bien dit les vers) ; M. Gournac, qui se révèle un acteur excellent, joua\nd'émouvante façon le joli rôle de Basilius; M. Richard fut parfait de bonho-\nmie, de rondeur et d'importance satisfaite ; M. Marey, en Jacob, joua en artiste\nsobre et sûr, et les autres acteurs masculins complétèrent l'ensemble de la\nmanière la plus satisfaisante. Du côté des dames, je n'ai, sans efforts de galan-\nterie, que des éloges à exprimer : Mlle Dudicourt prêta au rôle de Josina le\ncharme de sa voix musicale, de sa diction intelligente, de sa grâce simple et\nnaturelle ; on en voulait un peu à son candide amant de sacrifier ainsi une\npersonne si aimable à la manie des vers. M mes Adrienne Beer et Mary Leroy\nfurent très agréables, elles aussi, en Caso et en Cordula; et enfin Mlle Lefèvre\nrécita avec gentillesse les admirables levers de rideau dont M. Spaak, qui a\ndes images à revendre, avait fait précéder chacun de ses six actes.\n\n                                          *\n                                      *       *\n\nL ' A m o u r v e i l l e , comédie en quatre actes de MM. DE FLERS et DE\n  CAILI.AVET.\n  Il y a en somme peu de chose dans ces quatre actes, et l'on serait bien en\npeine d'en raconter l'intrigue. Mais ils valent par la grâce, la bonne humeur\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1747, "texte": "                              REVUE    DU   MOIS                            51\n\n\nalerte, l'esprit que les auteurs répandent à profusion dans ces tableaux légers\nde la vie parisienne. Ah! que MM. de Fiers et de Caillavet sont spirituels et\ncharmants? Depuis Meilhac et Halévy, on n'avait plus vu au théâtre d'aussi\namusantes comédies, brodées sur une trame aussi frêle.\n   Il y a du moins, dans l'Amour veille, un type curieux et bien croqué,\nErnest Vernet, dont M. Henri Beaulieu a rendu excellemment la gaucherie\ndésappointée, tandis que Mlle André Mérv réalisait une belle et séduisante\nJacqueline.\n\n\nL ' A s s a u t , pièce en trois actes de M. HENRY BERNSTEIN.\n   Voici sans doute la meilleure pièce, la plus pensée, la mieux écrite, la\nplus noblement émouvante que M. Bernstein ait donnée; et bien qu'il ait\nrenoncé ici aux brutales violences de jadis, l'impression produite par\nl'Assaut est forte, en sa sobriété, autant, sinon davantage, que l'impression\nd'Israël, de la Rafale ou du Voleur. On sort de là empoigné, certes, mais\naussi pris par quelque chose de plus profond et de plus haut que l'ordinaire\nangoisse dramatique. Cette pièce de M. Bernstein est de celles qui font penser :\nelle a un caractère poignant de véritable humanité, elle remue en nous ce\nqu'il y a de plus élevé dans nos instincts émotifs. Bref, M. Bernstein a tiré,\nde ses mésaventures passées, une œuvre noble et pathétique : il ne pouvait\nmieux racheter les péchés de sa jeunesse.\n   L'Assaut fut un grand, un très grand succès. M. Henry Krauss et Mlle Eve\n Francis y eurent du reste, par leur talent, une large part; et M. Louis\n Leubas fut simplement admirable.\n                                                                       F. A.\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-008", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 51, "page_fin": 52, "titre_corps": "Chronique du mois : Le VIIe Salon de l’Estampe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "R. G. G.", "ancre_debut": "Le VIIe Salon de l'Estampe Au centre de la galerie", "ancre_fin": "des revanches prochaines. R. G. 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Le moindre gribouillis est envoyé aux salons, le plus\nmodeste amateur fait partie d'un cercle d'art et prend d'assaut les cimaises. Il\nne soupçonne rien du dessin, il ignore tout de la perspective, peu lui chaut !\nsa petite vanité est satisfaite, « il expose! » cela suffit. Ces messieurs me\npardonneront de le leur dire : cela ne suffit point du tout! Marchez avant de\ncourir, dessinez avant de peindre ou de graver, regardez avant de dessiner, el\nsi vous ne savez pas regarder, faites-vous épicier ou droguiste mais renoncez\naux choses d'art!\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2709, "texte": "52                                DURENDAL\n\n\n    Que si vous avez un peu de talent, mieux vaut travailler modestement mais\n avec énergie, patiemment mais avec persévérance et vous produire quand\n l'heure est venue. Tant de gens parlent pour ne rien dire qui feraient mieux\n de se taire. Dans les salons d'art le flot des médiocrités submerge les œuvres\n de valeur; ne vous rangez pas dans la médiocrité.\n    J'ai relevé, au Salon de l'Estampe, cent vingt-cinq dessins qui n'ont aucune\n raison de s'y trouver et parmi les œuvres gravées j'en ai noté cinquante-cinq qui\n décèlent une ignorance totale des principes essentiels. Si, en outre, je\n retranche les admirables estampes d'Outamaro au nombre de cinquante, j'ai\n éliminé plus d'un tiers des œuvres soumises à la critique. C'est beaucoup,\n avouez-le, et le public n'a peut-être pas tort de se plaindre.\n    Il comparaît ce dernier salon à une revue des troupes que le Turc devant\n Tchataldja lançait sur le canon bulgare. Là aussi, il y avait trop d'hommes,\n sans instruction ni préparation suffisante, sans cohésion et sans chefs, on sait\n ce qu'il en advint.\n    Le résultat, dans la matière qui nous concerne, est moins tragique, peut-\n être, mais non moins déplorable.\n    Les graveurs, eux aussi, ont à se défendre contre un ennemi puissant, jeune\n et plein d'avenir : la photographie et ses nombreux alliés, photogravure,\n photolithographie, photochromie. Il est temps qu'ils s'unissent dans un effort\ndésespéré. Ils ont perdu, déjà, les belles provinces qu'ils occupaient depuis des\nsiècles, je veux dire l'illustration du livre et le portrait, on s'apprête à leur\nenlever davantage, qu'ils prennent garde. Je cherche en vain des chefs à\nmettre à leur tête et n'en trouve point. Je vois de bons soldats : Albert\n Delstanche qui connaît son métier, Waltcr Vaes au tempérament vigoureux,\n Rudolphe De Saegher, Alfred Hazledine, René Lombaerts, Will Van Riet...\nc'est une phalange solide mais bien réduite.\n    La résistance viendrait-elle de Vienne?\n    La gravure sur bois y trouve de nombreux adeptes, ils sont adroits et ne\nmanquent pas de savoir-faire, mais ces œuvres sont impersonnelles et nous\ntouchent peu. En Angleterre les Pennell ne sont que des virtuoses de la ligne\ndroite. Ils veulent étonner — je pourrais dire « épater » puisque l'Académie\nl'admet — par le grandiose ou le formidable, mais ce grandiose et ce formi-\ndable, à jet continu, fatiguent quand ils n'ennuient pas.\n    En un mot, l'horizon est noir pour les graveurs ; les organisateurs du\nVII e Salon nous l'ont fait voir à l'évidence sans nous donner l'espoir des\nrevanches prochaines.                                                 R. G. G.\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-009", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 52, "page_fin": 54, "titre_corps": "Revue des revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue des Revues    LA REVUE GÉNÉRALE. Un poè", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2709, "fin_caractere_exclue": 3033, "texte": "Revue des Revues\n   LA REVUE GÉNÉRALE. Un poème de Noël Dubois, une page de M. Henri\nDavignon au sujet du dernier volume de M. Rency : après avoir rappelé que\nl'auteur de Madeleine a abandonné le roman pour la critique, M. Henri\nDavignon poursuit :\n   « Nous ne pouvons nous empêcher de le regretter; car, au lieu de porter\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "                              REVUE    DU    MOIS                            53\n\nen ce genre littéraire, les qualités d'observation et de sensibilité qu'on lui\nreconnaissait, l'écrivain y introduit une prétention dogmatique, quelquefois\ndéplaisante et presque toujours disproportionnée au cadre, à la matière où elle\nse manifeste. Ces Propos de littérature, il faut les prendre à la lettre pour des\npropos, c'est-à-dire pour des impressions personnelles : et cependant ils\nempruntent un ton d'autorité et de parti pris qui les ferait considérer comme\ndes arrêts Or, le magistère de M. Rency s'exerce à l'occasion de quelques-\nuns des livres parus en France, en Belgique et ailleurs au cours de ces der-\nnières années, et les divers articles réunis ici n'ont d'autre lien que cette\nactualité conventionnelle. C'est peu pour offrir à un critique l'occasion\nd'affirmations didactiques et de jugements absolus...\n\n\n\n   » Son excessive, son autoritaire dogmatisme ressemble, quoiqu'il s'en\nveuille défendre, à de l'intolérance quand l'actualité amène sous sa férule un\nTolstoï, un Maurice Barrès. Cette intolérance est ingénue et s'apparente à\nune naturelle incompréhension. M. Rency est persuadé que la proclamation\ndes Droits de l'Homme et l'avènement du matérialisme scientifique a clos\ndéfinitivement l'ère de la tradition classique et de la force conquérante des\nidées religieuses. Grand bien lui fasse; tout de même cela borne singulière-\nment son horizon littéraire, qui seul nous occupe ici. Je suppose qu'il croit\nfermement au dogme de l'évolution de la matière, je le suppose, bien que\ncela ne me regarde pas. Seulement, ne ferait-il pas bien de se préoccuper davan-\ntage de l'incessante évolution des âmes en notre humanité frémissante?\nL'inquiétude contemporaine, si évidente dans l'œuvre d'un Tolstoï, d'un Loti,\nd'un Rod, d'un Bourget, d'un Barrès, est certes le plus magnifique aliment\nd'art offert à la sensibilité de nos écrivains. Elle explique l'évolution de leur\ntalent, les apparentes contradictions de leur œuvre, elle donne au mouvement\nlittéraire de ces dernières années une belle unité spirituelle à laquelle peuvent\nse rallier, de quelque extrémité de la pensée qu'ils partent, tous les esprits\ncurieux de vie morale — pourvu qu'ils consentent à se dépouiller d'une con-\nfiance illimitée en leur propre certitude. »\n   — L'INDÉPENDANCE (numéro de Noël). Un poème admirable de Claudel\nsur François Xavier. Des vers pittoresques de Francis Jammes à Paul Claudel :\n\n                   Ami si grand, mets ta plus belle robe,\n                   Celle de Chine où l'on a peint de l'aube\n                   Et ton chapeau de Consul général...\n\n    — LA BELGIQUE ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE. La Châsse de Brabant,\npar M. G. Ramaekers. Du très beau Verhaeren... mais que diable vont-ils\nl'aire en cette galère?\n   — LE MERCURE DE FRANCE. M. Georges Duhamel a consacré deux\narticles à Paul Claudel. Une charmante fantaisie de Jammes : L'Auberge\ndes Poètes.\n    — WALLONIA, une des plus belles revues de chez nous, a publié le\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1662, "texte": "54                                    DURENDAL\n\n\n13 décembre son numéro jubilaire, et a donné à cette occasion quelques pages\nharmonieuses de nos meilleurs écrivains.\n    — LES MARCHES DE L'EST ont consacré leur numéro de Noël à la gloire\nde Metz.\n    — L'ÉVENTAIL publiera dorénavant des chroniques régulières de plusieurs\nde nos collaborateurs : Georges Virrès, Eugène Gilbert, Pierre Nothomb,\nHenri Davignon, etc.\n    — L E S C A H I E R S DE L ' A M I T I É DE F R A N C E , de janvier, donnent un article\nde M. Pierre Nothomb sur Durendal et les écrivains catholiques belges.\n     — Saluons une nouvelle revue qui vient de paraître : LE ROMAN PAYS DE\nBRABANT. Elle se rédige à Nivelles et est dirigée et illustrée tout à la fois par\nun artiste charmant, M. Paul Collet.\n    — Une autre naissance : LA BONNE AUBERGE, qui parait à Louvain. Un\ntitre charmant, une allure indépendante. Des enthousiasmes un peu déplacés\n(.I.-.I. Van Dooren, mon Dieu!), des fautes de français (mais elles sont de\nM. H. Frenaycid) et des éreintements injustifiés (celui d'H. Davignon). Mais\ncombien cela vaut mieux que les petites revues de suiveurs sans verve.\n    — LES RUBRIQUES NOUVELLES. M. Beauduin n'est plus directeur,\nM. Beauduin n'est plus gérant. Mais grâce à Dieu, M. Beauduin figure\nencore au sommaire!...\n    LA NEF a changé de pilotes. Le rédacteur est depuis le 1er janvier Jean\nvan Zuylen van Nyevelt et le secrétaire de rédaction, Jean Van den Steen. La\ncollaboration (par l'entremise de la Société des Gens de lettres) de M. Camille\nLemonnier a heureusement pris fin. De belles pages, de la tenue, une amu-\nsante déclaration : il n'y aura pas de Petit Mousse.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-202", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Portrait de Edgar Tinel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "EDGAR TINEL SUR SON LIT DE MORT", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 32, "texte": "EDGAR TINEL SUR SON LIT DE MORT\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-010", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 55, "page_fin": 57, "titre_corps": "Un artiste chrétien : Edgar Tinel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "D.-E. 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Si le but reli-\ngieux de tout son œuvre musical justifie à lui seul un dernier salut de la part\nde toute revue catholique largement ouverte à toutes les manifestations du\nchristianisme, les caractères distinctifs de cette forme d'art doivent attirer par-\nticulièrement l'attention d'une revue liturgique.\n   En effet, les tendances artistiques du maître ainsi que la formule musicale\nqu'il choisit délibérément comme l'expression qui réaliserait son idéal,\npoussent leurs racines les plus profondes dans la liturgie, et spécialement dans\nl'art grégorien. On se souvient que le jeune Tinel, après avoir fermé son cœur\naux ambitions légitimes d'une carrière de virtuose, s'en fut diriger les ardeurs\nde son zèle vers un but plus modeste, et dont il n'avait à espérer aucune\ngloire, sinon la satisfaction d'avoir procuré celle de Dieu. Poussé par un\nbesoin d'âme qui devait pénétrer toute sa carrière de compositeur, il rêva une\nréforme complète de la musique religieuse; elle soulèverait d'autant plus\nd'obstacles sous ses pas, qu'aucun réveil dans les idées liturgiques ne pré-\nparait alors les esprits à seconder les espérances du jeune pionnier de cette\ncause sainte. Aujourd'hui que l'œuvre entrevue a reçu la consécration d'un\nmouvement conduit par Pie X avec une précision admirable, nous sommes\ntentés de ne plus apprécier à leur juste valeur les vues et les efforts de celui\nqui fut, entre tous, un véritable et authentique précurseur de la rénovation\ngrégorienne. Si l'on veut bien faire abstraction de certaines idées particulières,\nde quelques exubérances dans la parole et l'action, on reconnaîtra qu'Edgar\nTinel conçut et réalisa une admirable synthèse de musique liturgique, dont la\nBelgique catholique ne lui sera jamais assez reconnaissante.\n   C'est le premier aspect de la personnalité de Tinel; et la lecture de sa cor-\nrespondance avec Mlle Teichmann nous révèle combien ce rêve de jeunesse\nexerça sur la vie intime, et, partant, sur la carrière musicale de l'artiste, une\ninfluence décisive. On le connaît beaucoup par ses boutades, voire même ses\ncaprices ; mais ceux qui, comme nous, durant plusieurs années, l'appro-\n\n\n   (1) Nous reproduisons avec plaisir ce bel article sur Edgar Tinel paru dans la Revue\nliturgique et bénédictine de l'abbaye de Maredsous.\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3524, "texte": "56                                DURENDAL\n\n\n\nchèrent véritablement, conservent le souvenir inaltérable d'une intelligence\ntranscendante, ouverte à tous les domaines de la culture intellectuelle, vive et\nprimesautière, admirablement pondérée et en parfaite possession de sa puis-\nsance; d'un cœur droit dont la loyauté avait une logique étonnante; tendre\ncomme un enfant; d'une âme pénétrée entièrement des vives lumières et des\nforces que la foi la plus saine et la plus plus pure crée dans l'homme. Aussi,\nsous sa physionomie altière et rude, se cachait une vie toute de foi, de prière,\nde souffrance, de travail humble et persévérant, dont nous ignorons encore\nles beautés, dérobées aux yeux du public distrait des vraies grandeurs.\n    L'oeuvre de réforme musicale religieuse ouvrit au maître des horizons\ninattendus, d'une beauté particulière; et l'artiste profondément chrétien qui,\njusque-là, avait concentré son activité dans une œuvre de rénovation litur-\ngique, allait désormais l'étendre en dehors des limites du sanctuaire, par la\nconception grandiose d'un art apologétique, dont la manifestation dernière\nirait s'implanter audacieusement au théâtre.\n    Profondément pénétré des impressions vivifiantes de l'art grégorien et des\ntextes sacrés dont il est la plus belle expression sonore; ému des beautés bien-\nfaisantes de tout le culte liturgique, Edgar Tinel travailla dans le recueille-\nment de la vie de famille et l'éloignement des dissipations d'une vie musi-\ncale superficiellement conçue, à créer des œuvres, où son idéal religieux\ntrouverait son épanouissement définitif. Tout le monde connaît Franciscus,\nGodelieve, Catharina. On connaît moins les épreuves qui couronnèrent, pour\nleur auteur, l'apparition qu'elles firent dans le monde musical, habitué à\nd'autres sujets. Pourtant, le public ne ménagea pas, en maint endroit, sa\nsympathie et son enthousiasme pour ces créations d'un caractère quelque peu\ndéconcertant, et Saint-François, en particulier, reçut la consécration d'un\nsuccès universel, qui dut certainement encourager le maître à continuer le\ntravail ingrat qu'il s'était imposé.\n   On rencontre moins d'adhésion dans les milieux professionnels, qui refusent\nà M. Tinel, non sans une certaine suffisance, le mérite de la personnalité.\nCertes, on reconnaît la prodigieuse maîtrise de l'artiste dans le maniement de\nla substance sonore, la proportion et la pondération de son écriture; mais on\nne lui concède pas avec autant d'unanimité le don créateur. Il n'y a, dans\nce fait, rien qui doive surprendre. Comment des esprits envahis par la vulga-\nrité ou le mercantilisme de l'art contemporain pourraient-ils soupçonner, en\ndehors de ce cercle plus ou moins avilissant, les hauteurs sublimes d'un idéal\ncatholique, dont ils ignorent jusqu'aux données les plus élémentaires? Il serait\n inutile de perdre son temps à prouver qu'Edgar Tinel fut, dans l'histoire de\n la musique, un novateur, destiné à tracer dans le cours des évolutions musi-\n cales un trait puissant. Mais dénier sa profonde personnalité, c'est confondre\n celle-ci avec l'inédit du procédé et de la couleur. Il ne sert de rien que\n la forme soit « inouïe » si l'idée est nulle ou peu s'en faut; et il vaut mieux\n vivifier et consacrer une forme ancienne que de s'épuiser à la recherche\n de formules qui naissent et meurent dans l'impuissance. Les qualités du style\n musical de M. Tinel mériteraient une étude prolongée; car, encore qu'il ne\n semble pas qu'il fasse jamais école (car il est trop spécial), il pourra servir de\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "                          UN ARTISTE CHRÉTIEN                                 57\n\nguide à notre génération de jeunes compositeurs, oublieux à l'excès de leur\nmétier, des nécessités absolues d'un plan méthodique, qui confondent l'archi-\ntecture et la ligne avec l'accumulation des détails sans unité, qui mécon-\nnaissent les droits d'une saine intellectualité dans le domaine musical, qui\nsont impuissants à borner et à dominer leur inspiration souvent haletante. Ils\ntrouveront réalisées dans l'œuvre « Tinellienne », avec une superbe autorité,\ntoutes les qualités dont ils ont besoin.\n   Mais, pour atteindre le but principal que visent ces lignes, qu'il nous suffise\nde dire comment le maître réalisa cet idéal d'art religieux dont il posa les fon-\ndements dans sa compréhension de la musique liturgique. Nettement con-\nscient de ses facultés créatrices, il voulut et choisit, pour s'exprimer, tout ce\nque l'art musical avait créé et réalisé avant lui; puis, avec une sûreté d'ordre\nsupérieur, il fit, au milieu de tous ces éléments épars, la sélection de ceux\nqui étaient aptes à servir et à réaliser sa pensée, les réunissant dans une langue\nqui lui est bien propre, qu'on ne peut attribuer qu'à lui, et toujours animée\nd'un souffle chaleureux et communicatif; il arrivait, par là, à exprimer, avec\nune rare discrétion, ce mélange de divin et d'humain, qui était la principale\npierre d'achoppement dans l'accomplissement de son œuvre. C'est à l'art gré-\ngorien, sans aucun doute, que le maître dut ce sens délicat qui permit à\nson langage musical de se faire assez humain pour élever nos sens, sans\ndiminuer les irradiations du surnaturel qui devait être le terme dernier de ses\n créations artistiques. Il est étonnant de voir combien, en deux langues si\n diverses, l'art grégorien et la musique de l'artiste se rencontrent dans un sen-\n timent identique. Aussi, ceux-là seuls qui auront approfondi les sublimités\n du plain-chant romain, que bon nombre de musiciens ignorent totalement,\n seront préparés à goûter le charme profond qui se dégage de l'œuvre admi-\n rable d'Edgar Tinel.\n    Ce n'est pas trop présumer en défaveur de l'avenir, que de dire (non sans un\n sentiment de reconnaissance pour le vénéré défunt) que cette trilogie sacrée\n qui a nom : Franciscus, Godelieve, Catharina, sont le type le plus authen-\n tique de l'art catholique, et la réalisation musicale la plus géniale des trois\n vertus évangéliques, qui s'appellent : la pauvreté, la chasteté, et l'amour\n mystique du Christ.\n                                                                 D.-E. VITRY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-011", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 58, "page_fin": 60, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES     L a S u r a b o n d a n c e d e s m a t", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "NOTULES\n\n   L a S u r a b o n d a n c e d e s m a t i è r e s nous contraint à différer de nom-\nbreux compte rendus de Livres jusqu'à la parution de notre fascicule de\nfévrier.\n                                             *\n  A n o s a b o n n é s d e l ' é t r a n g e r . — Nous prions instamment nos\nabonnés de l'étranger d'avoir l'obligeance de nous adresser soit un mandat\npostal international, soit un chèque de 12 francs en payement de leur\nabonnement pour l'année 1913.\n                                             *\n   François-Charles Morisseaux est mort récemment, laissant dans\nle monde des lettres d'unanimes regrets. Il fit pétiller dans nombre de pages\ncharmantes son très vif esprit. Il restera de lui quelques livres alertes et le\nsouvenir d'un jeune homme qui fut indépendant et fier et qui regarda le\nmonde d'un œil amusé et moqueur.\n   Durendal tient à se joindre à ceux qui ont vu avec lui disparaître une belle\nespérance.\n                                      * *\n   Le numéro de Noël de l'Universitaire catholique était dédié à notre ami\nHenry Carton de Wiart. Collaboration brillante de plusieurs des nôtres,\nessais charmants des quelques jeunes de grand talent qui rédigent l'alerte\net vivant journal estudiantin.\n   Ce numéro était brillamment et intelligemment illustré : un magnifique\nportrait du ministre Carton de Wiart ; de superbes reproductions de chefs-\nd'œuvre d'art à la fois ancien et moderne et parmi les artistes contemporains :\nJakob Smits, Ernst Wante, Eugène Laermans, Firmin Baes, Méhoffer\ndont les anges sont si caractéristiques.\n   Outre un article de Pierre Nothomb sur Henry Carton de Wiart, ce numéro\ncontenait de beaux vers de Verhaeren, Severin, G. della Faille, A. de Pré-\nmorel, etc., et des proses remarquables : nouvelles, contes, fantaisies de\nG. Virrès, Pol Demade, Eug. Gilbert, H. Davignon, comtesse Vanden Steen,\nM. Vanderauwera, l'abbé Hoornaert, F. Masson, M. Georges, Jean Redan,\netc., etc. (Direction de l'Universitaire catholique, 59, rue de la Source, Bru-\nxelles. Prix de l'abonnement 3 francs.)\n                                         *\n  Viennent de paraître :\n  Le Chemin des Ailes, poèmes par Adrien de Prémorel. Prix 3 fr. 50\n(Editions de Durendal).\n  Un Belge, roman par Henri Davignon. Prix fr. 3.50 (Paris, Plon).\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2969, "texte": "                                  NOTULES                                   5g\n\n\n  Nous recommandons instamment ces deux œuvres de nos deux amis et\ncollaborateurs à nos lecteurs. Nous en rendrons compte prochainement.\n                                         *\n                                     *       *\n  U n Salon international de la médaille : L'Exposition des\nBeaux-Arts de Gand de cette année comprendra, comme l'Exposition des\nBeaux-Arts de Bruxelles de 1910, un salon international de la médaille con-\ntemporaine. La Commission organisatrice se compose de MM. Alph. de\nWitte, président; Jos. Casier, représentant le Comité exécutif de l'Exposi-\ntion de Gand, vice-président ; V. Tourneur, secrétaire, et G. Brunin, trésorier.\nCes messieurs se sont adjoints, comme délégués à l'étranger : en Hongrie,\nM. Edm. Göhl, conservateur du cabinet des médailles de Budapest; en\nItalie, M. G. Romagnoli, médailleur à l'école, de gravure de Rome; aux\nPays-Bas, M. A.-O. van Kerkwyk, conservateur du cabinet des médailles de\nLa Haye; en Espagne, M. P. Boch, ancien sénateur; en Portugal,\n M. Lamas; en Suède, M. E. Lundberg, médailleur, et en Russie, M. Lati-\ncheff, ingénieur à la Monnaie de Saint-Pétersbourg. Pour les autres pays,\n MM. de Witte et Tourneur se sont adressés directement à chaque artiste.\n Le succès du Salon de Gand qui comptera plus de deux cents participants\n est dès à présent assuré.\n    La France y prendra part officiellement ; l'Allemagne y aura une section,\ncomme on n'en n'a jamais vue et qui permettra d'étudier les diverses écoles\nd'art que se partagent l'Empire; la Russie y montrera, pour la première fois,\n les œuvres de ses médailleurs les plus en vue, l'Autriche, les Pays-Bas et\n même l'Espagne ainsi que les autres pays d'Europe et, espérons-le, les\n États-Unis, y auront des représentants de choix. La Belgique comptera à\n elle seule plus de quarante exposants.\n    Les artistes qui désireraient participer au Salon peuvent s'adresser soit\n à M. A. de Witte, 55, rue du Trône, à Ixelles, soit à M. V. Tourneur, 98,\n rue Defacqz, à Saint-Gilles.\n                                        *\n\n   P r i x l i t t é r a i r e s . — On nous prie de publier l'avis suivant :\n   « Prix littéraires. — Le concours annuel de LITTÉRATURE SPIRITUALISTE\nest ouvert pour la troisième fois. L'Association que Mme Claire Virenque\navait dotée en 1911 d'une somme de 5oo francs, bientôt accrue par d'autres\ndonateurs, aura à distribuer en 1913 cinq prix atteignant chacun cette\nsomme. Les conditions du concours consistent dans l'alliance du beau et\ndu bien, du charme littéraire et de la pureté morale. Sont admis à concourir\nles ouvrages imprimés, recueils de poésies, poèmes, romans, animés de cet\nesprit. Les œuvres présentées au concours doivent être adressées en triple\nexemplaire à M. Charles de POMAIROLS, 53, rue Saint-Dominique, à Paris,\navant le 15 mars 1913. »\n                                                                  (Communiqué.)\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2913, "texte": "60                              DTJRENDAL\n\n\n\n  A la Société de Musique de Tournai.\n   La Société de Musique annonce le second concert de sa saison d'hiver\npour le 16 février prochain, à 2 heures. On y exécutera la légende dramatique\nen 4 actes La damnation de Faust, par Hector Berlioz.\n   Les solistes engagés sont : Mme Dubois, MM. Dubois, Gresse et Cerdan,\ntitulaires de ces rôles à l'Opéra de Paris.\n                                       *\n\n   Auditions m u s i c a l e s . — Voici toute une série de concerts intéres-\nsants qui se donneront à Bruxelles pendant le mois de février :\n   Récital Buhlig, pianiste. — Ce récital aura lieu le mercredi 12 février,\nà 8 h. 1/2 du soir, en la salle de la Grande-Harmonie.\n   Récital Brock. — Mlle Vera Brock, pianiste, annonce un récital pour\nle mardi 18 février, en la salle de la Grande-Harmonie.\n   Société philarmonique. — Le troisième concert d'abonnement aura lieu\nen la salle Patria, le mercredi 19 février, avec le concours de Teresa\nCarreno, pianiste.\n   Concert Kuhner. — M. Jacques Kühner, violoncelliste, annonce, pour\nle vendredi 21 février, en la salle de la Grande-Harmonie, un concert avec\nle concours de MM. Kryjanovski, ténor, du théâtre Impérial de Saint-Péters-\nbourg; Théo Ysaye, pianiste, Edouard Deru, violoniste, et Léon Van Hout,\naltiste.\n   Location pour les quatre auditions, à la Maison Schott Frères, 30, rue\nSaint-Jean, Bruxelles.\n                                      * *\n  Accusé de réception :\n  ART : Trois études sur Juste Suttermans, portraitiste, par PIERRE BAU-\nTIER. Brochure illustrée (Bruxelles, Vromant).\n  BIOGRAPHIES: Madame Swetchine, par FERN. LAUDET (Paris, Bloud).\n— Falloux, par DE LANZAC DE LABORIE (idem). — Augustin Cochin, par\nF E R N . LAUDET (idem).\n   L I T T É R A T U R E : La culture française en Belgique, par MAURICE WlL-\nMOTTE (Paris, Champion). — L'ère du drame. Essai de syntaxe poétique\nmoderne, par HENRI-MARTIN BAZZUN. — Chateaubriand. 2 vol. Textes\nchoisis et commentés, par ANDRÉ BEAUNIER (Collection : Bibliothèque fran-\nçaise. Paris, Plon). — Montaigne. Textes choisis et commentés, par PIERRE\nVlLLEY(id.).— Napoléon. Textes choisis et commentés, par E. GUILLON (id.).\n   POÉSIES : Le grain de Sénevé, par PIERRE D'ARCHANGNES (Paris,\nPerrin). — Croquis Gnoles (Paris, Figuière). — Les heures intenses, par MAR-\nGUERITE COLEMAN (idem). — Le buisson ardent, par FRANÇOIS-PAUL\nALIBERT (Paris, Ed. de l'Occident).\n   ROMANS : Le petit Poels, par LÉOPOLD COUROUBLE (Bruxelles, Lacom-\nblez). — Le capitole, par TH. ROUVEZ (Bruxelles, Association des Ecrivains\nbelges). — Un Belge, par HENRY DAVIGNON (Paris, Plon).\n  T H É Â T R E : Les yeux de la lune, par MAURICE CAMBIER (Bruxelles,\nLarder). — Baldus et Josina, par PAUL SPAAK (Bruxelles, Lamertin. —\nLa Chrétienne, par PAUL JANOT (Paris, Bloud).\n  VOYAGES : Nord-Sud (Amérique, Angleterre, Corse, Spitzberg), par\nRENÉ BAZIN (Paris, Calmann-Lévy).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1913-livraison01-012", "volume": "ELB-AML-484382-1913-000-020_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1913-000-020_f.pdf", "ocr_sha256": "ab70d14c08dc61eaa31781dde9b76d795581c61bdfbfd35c36f95a744b9e5b3d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 61, "page_fin": 64, "titre_corps": "La Rosserie de la Reine Pédauque", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Le Grand Rossard", "ancre_debut": "La Rosserie de la Reine Pédauque M. POINCARÉ ayant jadis", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 4694, "texte": "La Rosserie de la Reine Pédauque\n\n   M. POINCARÉ ayant jadis dans une con-         leurs félicitations au nouveau président.\nférence restée célèbre, puis dans un article     M. Rouvez parla au nom des Amis de la\nde la Grande Revue, chanté les écrivains         littérature, M. José Perrée au nom de\nbelges, ceux-ci ont tenu à envoyer une           l'Association des écrivains belges, M. Van\ndélégation à Versailles pour le féliciter de     Nieuwenhuyze au nom du jeune Barreau\nson élévation à la magistrature suprême.         d'Anvers. M l'avocat Demi-Doff fit ensuite\nLe succès de leur candidat ne faisant pour       un discours plein d'un réel talent au nom\neux aucun doute, c'est le cœur joyeux            de l'Art contemporain. Pourfinir M. Georges\nqu'ils partirent pour Paris de grand matin,      Marlow récita une poésie funèbre qu'il a\nle 17 janvier. La délégation se composait        spécialement écrite, dit-il, pour célébrer le\nde MM. A.-Th. Rouvez, Paul André, Adol-          départ de M. Fallières :\nphe Hardy, Georges Marlow, Maurice des\nOmbiaux, Ramaekers, José Perrée et de            Passant arrête-toi, l'éphèbe qui s'éloigne\nquelques notables Anversois. Ils arrivèrent      Fut de ceux qu'un destin magnifique signa...\nà Versailles à l'heure du déjeuner et se ren-\n                                                 mais qui a déjà servi pour plusieurs poètes\ndirent tout droit à l'Hôtel des Réservoirs.\n                                                 morts entre deux âges.\nMais ils eurent beau faire, aucune table\n                                                    M. Poincaré, très ému, répondit en quel-\nn'était disponible — et c'est à grand'peine\n                                                 ques mots bien sentis que la sténographie\nque nos amis purent circuler dans les salles\n                                                 officielle n'a pas notés, mais que chacun de\ndu restaurant où se pressait tout ce qu'il y a\n                                                 nos amis a recueillis dans son cœur... Un\nd'illustre dans la politique et dans les let-\n                                                 pénible incident marqua malheureusement\ntres. Reconnu au hasard M. Clemenceau,\n                                                 la fin de la cérémonie : M. Ramaekers dont\nMlle Polaire, le Petit Serpent, MM. Eu-\n                                                 l'agitation mystique n'avait fait que croître,\ngène-Gilbert Willy, d'Annunzio... Ici un\n                                                 allait prédire la fin du monde et la mort de\ncrâne penché : c'est M. A.-E. Joly qui\n                                                 Paris : « Je ne donne pas trois ans .. »,\ncause éperdument avec M me de Noailles.\n                                                 disait-il déjà tout bas, quand un huissier le\nVu encore M. Francis de Croisset, Mlle Van-\n                                                 jeta dehors parce que, comme tous les pro-\nde Wiele, M. Bouffandeau, M. Sylvain de\n                                                 phètes, il avait de la cendre sur les cheveux.\nBonmariage, Mlle Ida Rubinstein, etc. Mal-\n                                                 Il fut réduit à filer tout droit Aux Caves\ngré le brouhaha, la délégation belge est\n                                                 de Maestricht où ils se remit bientôt...\ntrès remarquée et remporte un très vif suc-\n                                                 M. Rouvez a reçu la croix de la Légion\ncès d'estime. Il est vrai que M. Rouvez\n                                                 d'honneur, M. Adolphe Hardy le grand\nveille à ce qu'on ait de la tenue, et qu'il\n                                                 cordon, avec plaque, du Nicham Iftikar,\nempêche à temps un duel qui se prépare\n                                                 M. Georges Marlow la médaille de Sainte-\nentre Ramaekers qui s'est égaré dans la\n                                                 Hélène, M. Maurice des Ombiaux étant\nfoule, et M. Paul-Boncour...\n                                                 déjà chevalier fut créé grand officier\n   On retrouva le groupe de nos amis au          du Mérite agricole, et M. José Perrée offi-\nchâteau. Ils participèrent à toutes les émo-     cier de l'Instruction publique. M. Paul\ntions de cette journée historique. « Paris...    André n'eut rien du tout. On se perd en\nParis! Versailles... Versailles!» murmurait      conjectures sur cet oubli.\nM. Ramaekers dont on ne saisissait pas\ntrès bien les intentions... Ils furent admis,                        * *\nles premiers après les ministres,à présenter       Nous apprenons à l'instant que M. Paul\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5270, "texte": "62                                        DURENDAL\n\n\nAndré vient de recevoir les palmes acadé-             doit être pour quelque chose dans cette\nmiques à titre militaire.                             double nomination.\n                     *'*                                                    ***\n   A ce propos des excuses sont nécessaires :           LOGES ET COULISSES : Le Théâtre royal\nN'ayant pas lu le mois dernier le nom de              de la Monnaie vient de reprendre dans\nM. Paul André au Moniteur dans la liste               d'excellentes conditions la Flûte enchantée\ndes nouveaux décorés, nous avions négligé             de Mozart, et son directeur M. Maurice\nde lui offrir l'hommage de nos félicitations.         Kufferath a public à cette occasion dans\nNous venons de lire un peu tardivement,               le Guide musical une étude des plus éru-\ndans le Bulletin du Touring Club du 15 dé-            dites où il insiste sur le caractère ésotérique\ncembre, qu'il figure en tête des écrivains            de l'œuvre et essaye de découvrir dans le\ncollaborateurs de cette revue qui ont reçu            maître de Salzbourg un franc-maçon à la\nl'ordre de Léopold. Nous nous empressons              manière de ce XVIIIe siècle où certains\nde lui dire à cette occasion notre joie et nos        ecclésiastiques même se faisaient initier.\nvœux.                                                    Cette thèse a réconforté toutes les loges :\n                                                      celles des artistes de la Monnaie, où quel-\n  M. Victor Kinon va entreprendre un                  ques frères à défaut de voix ont retrouvé le\nvoyage à petites journées vers Genval-1es-            geste ; celle de l'Académie royale de Bel-\nEaux, pour être admis parmi les collabora-            gique qui a reçu, la semaine d'après,\nteurs du Touring Club.                                M. Kufferath comme membre titulaire, et\n                                                      la loge La Vie intellectuelle où un néophyte\n                      .*                              effervescent, M. Gaston Knosp, célèbre en\n                                                      ces termes l'événement musical : « De toute\n    Parmi les livres annoncés pour la fin de          l'ardeur   de   son   AME TRIANGULAIRE (!)\n l'hiver, on signale :                                M. Lohse (le chef d'orchestre) a voulu (et\n    De M. Carton de Wiart : Les contes ortho-         obtenu) une réalisation musicale absolu-\ndites ;                                               ment délicieuse... Son « amitié sainte »\n    Du prince Demidoff : Soirs de bombances           pour l'œuvre éclate à chaque instant; son\n et de bonheur;                                       « jeu orchestral » est prestigieux... » (Nu-\n    Du R P . Sagefemme, S. J. : Le roman              méro du 15 janv. 1913, p . 65.)\nd'un missionnaire ;\n    De M. A.-Th Rouvez : La Roche Tar-                   A Durendal, le Grand Rossard a accueilli\npiienne, un vol. de 35o pages Couverture              cette lecture par un mouvement de « bat-\n                                                      terie ». Et en voilà assez. Typo, mettez\navec vue de la roche tarpéienne et portrait\n                                                      trois points...\nde l'auteur, par M. Gustave-Max Stevens;\n    De M. Pierre Nothomb : Notre-Dame du                                    * **\nGratin;\n                                                        PRIST AND KNOSP : Mais, à la même Vie\n    De M. Maurice Dullaert : Léon Dierx,\n                                                      intellectuelle, M. Gaston Knosp trouve à\nsa vie et ses œuvres. 2 e édition, considéra-\n                                                      concourir en charabia avec M. Paul Prist.\nblement augmentée.\n                                                      Celui-ci s'y plaît à « distinguer différentes\n                     * *                              catégories dans le TROUPEAU (!) des artis-\n                                                      tes ». Il range dans la première les Fré-\n   Il y a vingt-cinq ans M. Paul Segers et            déric, les Jean de Greef, les Claus, les\nle baron Gaston van de Werve et de Schilde            Laermans, et nous fournit à leur propos et\njouaient Athalie chez les jésuites. L'un              au sujet de la façon de vivre des anciens\névoquait solennellement l'inondation des              un bien curieux renseignement : « Comme\nportiques par le peuple saint et attendait            les anciens qui vivaient dans l'amour con-\npour y mettre ordre                                   stant de leur œuvre, QUI S'ENFERMAIENT,\n   Celui qui met un frein à la fureur des flots       VIVANTS, DANS LA PEAU DE CHAGRIN            DE\nl'un était un délicieux petit roi de Juda.            LEURS ASPIRATIONS (!),       ils ne   se mêlent\nAbner a été nommé il y a un mois ministre             guère à la foule des esthètes. » (Numéro\nde la marine, et Joas trois jours après gou-          du 15 janvier 1913, p . 47.)\nverneur d'Anvers... Il y a des rôles qui pré-           Sur quoi, permettez qu'à mon tour je me\ndestinent... N'empêche, la secte des jésuites     |   retire, vivant, dans ma peau de chagrin.\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5007, "texte": "                     LA     ROSSERIE       D E LA R E I N E   PEDAUQUE                          63\n\n\n   Lu dans le Temps du 22 novembre, sous            on commence à dire couramment que le\nla signature du plus insipide bavard des            baron Descamps avait du bon, qu'il a\ndeux mondes, M. Jules Claretie :                    nommé F . Severin, présidé à l'Exposition\n   « M. Alfred Mézières a quatre-vingt-six          du XVIIe siècle, et inventé, après tout,\nans... Avant Taine, dont je parlais tout à          Rouvez... Avec le recul, dans quelques\nl'heure, Louis Mézières avait publié une            années, M. le baron Descamps deviendra\nHistoire critique de la littérature anglaise, et    l'inoubliable et à jamais regretté premier\nlorsque ces trois volumes paraissaient,             Ministre des Sciences et des Arts.\nen 1834, Alfred Mézières avait déjà dix-huit\nans. Chose curieuse... »\n   Très curieuse, en effet.\n                                                       Une nouvelle revue va paraître dont le\n                                                    titre sera Don Quichotte et dont les fonda-\n   M. Jules Leclercq a rencontré, dans              teurs éventuels MM. War Campine, Flo\nl'Afrique orientale anglaise, des Boers qui         Verheyden (50, rue Pachéco) et Jean Drève,\ns'y sont fixés depuis la chute de la répu-          nous envoient le savoureux prospectus. Il\nblique sud-africaine. « On les reconnaît            se compose d'extraits d'oeuvres de ces mes-\ntout de suite — nous dit-il dans Aux Sources        sieurs - extraits qui nous donnent le goût\ndu Nil — à leur barbe patriarcale et à leur         turieux de les lire in extenso — et d'un\npipe légendaire, et aussi à leur tradition-         manifeste qui fera sensation, n'en doutons\nnelle saleté. Quand je les interpelle dans          pas. Il s'adresse :\nla langue batave, ils ne me comprennent                « Aux HOMMES ! Eléments d'une époque\nqu'à demi, car ils ont transformé la langue         de formidable gestation, nous assistons au\nde leurs ancêtres au point de dire praten           choc des forces opposées qui, entrées en\npour spreken (parler). »                            lutte depuis longtemps, sortent de l'ombre\n   Nous ne nous serions jamais douté que            de la tente où leur combat restait stérile et\nle verbe néerlandais praten fût né au Trans-        heurtent au grand jour leurs élans irrésis-\nvaal. On s'instruit en voyageant.                   tibles, en présence des foules affolées.\n                                                       » Jeunes et décidés, nous avons l'ardent\n                     * **                           désir d'entrer, l'esprit allègrement aux\n    M. le baron Descamps, ministre d'Etat           écoutes, dans la confuse mêlée, et nous y\n(du Congo) vient de faire paraître dans la          joindre à ceux dont la sincérité infuse une\nplus stricte intimité une brochure destinée         volonté nouvelle et tenace à tout ce qui\nà transformer la carte de l'Europe : « L'Ave-       agonise dans l'humanité et alourdit la\nnir de l'Albanie, in-8° de 50 pages, Lou-           Raison.\nvain, 1913 \".                                          » Nous croyons connaître l'ignorance\n    L'honorable congressiste international          humaine, cette puissance aveugle qui\nse défierait-il de la mesquine confraternité        pousse les frères l'un vers l'autre pour\nbelge, du subtil Erasme, du grave Franz             s'éventrer réciproquement.\nVan Kalken ou des joyeux diplomates de                 » Nous voulons faire œuvre minutieuse\nl'indépendance belge ? Cette sensationnelle         et c'est pourquoi nous sommes décidés à\nplaquette semble publiée hors commerce,             nous exprimer par la voie d'un organe.\nn'avoir pas été servie à notre presse                  » Chaque jour voit naître une revue plus\nnationale mais adressée uniquement en               ou moins asthmatique et littéraire. Aussi\nhommage à S. S. le Pape, à l'Empereur               faut-il s'attendre à un accueil sceptique ;\nd'Allemagne, au Négus, au Président de la           cependant, nous espérons, par ce grossier\nRépublique d'Haïti, à l'Académie de Stock-          fascicule, prouver nettement qu'il n'est pas\nholm, au Musée social et à l'Office inter-          dans nos intentions de faire un journal\nnational des sociétés savantes. C'est par le        pour la vanité d'avoir une feuille à soi. C'est\nplus grand des hasards que nous venons de           malheureusement la seule raison des multiples\nrencontrer ce rarissime ouvrage dans la             naissances actuelles. Si nous voulons mettre au\nsalle d'attente d'un dentiste de station           jour un organe encore, c'est que la plupart\nd'hiver.                                            de ceux existants ne conviennent nullement\n   L'éminent académicien a tort de redouter         à l'exposé de nos idées et que, en admettant\nle Grand Rossard. A Dureudal, maintenant,           même que celles-ci fussent accueillies,\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3416, "texte": "64                                       DURENDAL\n\n\nelles y resteraient déplacées et inefficaces,     ple, les mains en gourdins, embouchant le\nperdues dans l'ambiance... »                      cor de Rolland (1). Durant trente ans qu'il\n   Nous nous demandons avec angoisse              claironne au fond de Ronceveau, les Maures\nquelle inspiration profonde meut ce lyrisme       éphémères des pics-candidats à l'azur,\néperdu et quel événement singulier a fait         croient lui rouler quelque chose de très\nsentir à de bien sympathiques jeunes gens         silencieux sous le poumon gauche. Leur\nla nécessité de s'exprimer par la voie d'un       œil de rêve et d'ingénuité vise en dessous la\norgane, au lieu de s'amuser comme les             vieille chaussure de Léon Bloy. Leur cer-\nautres à s'éventrer réciproquement? .. L a        velle aux tempes de plomb, chancelante sur\nfin du manifeste nous le révèle :                 la glace des chemins qu'inonde l'éternel\n   « Dieu n'est plus au ciel. Il est descendu     hiver du cœur, ne conçoit pas cette tête\nparmi nous pour ne plus nous quitter. Mais        qui part droit des carrefours où l'intuition\nil reste discret, si formidablement silen-        douce rayonne ses voies infinies. »\ncieux, qu'il faut se recueillir comme une            Voulez-vous savoir où Léon Bloy est\nvieille cathédrale pour partager sa pensée.       entré ainsi, « les mains en gourdins »? —\nIl n'a pas parlé encore, sachant trop bien        Tout simplement « au port où les navires\nnotre occupation momentanément frivole.           enfoncent lourdement leurs ventres violés\nQuelques rares privilégiés toujours l'ont         et las dans le tortueux Escaut de la\naperçu, au tournant du lumineux chemin            Presse » !...\noù il les devance.                                   Après cela, tirons l'échelle...\n   » Et nous voulons l'atteindre !\n   » Malheureusement, notre route est\nbarrée par la géante question matérielle dont\nle reflet glacial nous cingle et nous exaspère.      Le cas de Phèdre, belle-mère d'Hippo-\n                                                  lyte, était grave assurément. M. Gérard\n   » Avec l'aide des hommes attentifs aux\n                                                  Harry nous le révèle plus grave encore :\n voix vraiment humaines, nous travaillerons\nsans relâche à l'œuvre qui nous tient à           il nous parle, dans Le Miracle des Hommes\n cœur.                                            de « la passion de Phèdre pour son fils ».\n   » En ce manifeste nous avons simple-\n ment groupés quelques articles, afin de\nsoumettre au jugement de ceux dont nous              « M. Jules Lemaitre est l'un des plus\nespérons l'appui les aspirations initiales        charmants orateurs de cette troupe amie de\nqui nous meuvent, et tenté d'ébaucher             la parole. Et presque tous les ans il badine\nainsi le labeur à entreprendre. »                 compendieusement sur un des principaux\n   Et maintenant recueillons-nous comme           écrivains français. »\nde vieilles cathédrales pour lire avec res-          Scripsit M. Ernest-Charles.\n pect l'apostrophe que M. War Campine\n                                                                         L E GRAND ROSSARD.\n adresse aux femmes, ou l'article qu'il con-\n sacre, à la fin du prospectus, à Léon Bloy :\n   « Il est entré comme Christ dans le tem-         (1) Cfr. JEAN CHRISTOPHE , passim.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 12, "texte": ""}, {"page_pdf": 13, "texte": ""}, {"page_pdf": 14, "texte": ""}, {"page_pdf": 15, "texte": ""}, {"page_pdf": 16, "texte": ""}, {"page_pdf": 17, "texte": ""}, {"page_pdf": 18, "texte": "                     Eugène Smits\n\n                LES notices nécrologiques publiées au moment du\n                   décès d'Eugène Smits ont répandu dans legrand\n                   public la haute opinion professée à l'endroit de\n                   ce maître par les artistes et par une élite d'ama-\n                   teurs.\n                      Eugène Smits est mort extrêmement âgé,\n                   après un long et discret crépuscule. Dans sa\nretraite on l'avait oublié un peu. Les jeunes générations igno-\nraient ses œuvres déjà anciennes. Sans doute sa toile admirable\nLa Marche des Saisons, au Musée de Bruxelles, maintient de\ntoute son éloquence de chef-d'œuvre le témoignage décisif de\nla maîtrise du peintre. Mais qui visite nos musées? Ne vit-on\npas des critiques — et non des moindres — confondre Eugène\nSmits et Jakob Smits, forger de leurs deux personnalités fon-\ncièrement dissemblables un seul et même peintre aux hybrides\naspects.\n   L a publicité simultanée des journaux remit les choses au\npoint. L a foule apprit du même coup le nom d'Eugène Smits\net la nouvelle de sa mort.\n   Un petit groupe d'intimes était demeuré fidèle au vieillard.\nCeux-là, malgré la fatalité du dénouement survenu à son heure,\npleurent sincèrement leur ami.\n   Eugène Smits ne fut pas seulement un peintre — et quel\npeintre! — mais aussi un être exquis, d'une élégance morale\nparfaite, d'une courtoisie, d'une discrétion, d'une bonté, d'une\ngénérosité, d'une résignation, d'une « tenue » sans défaillance.\nIl s'est éteint, conscient de sa vie bien remplie, grave et très\npréparé à l'inévitable.\n   L'éclat de sa belle période de production eût cependant dû\nlui assurer la possibilité de la couronner par quelque grande\nentreprise décorative dans laquelle il aurait donné la pleine\n mesure de sa science et de ses dons. Cette consécration ne lui\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "6                                        DURENDAL\n\n\nfut pas offerte. Nous devons le regretter amèrement. L ' a p p o r t\nde l'école belge du XIXe siècle au trésor international de l'huma-\nnité fut certes frustré d'un chef-d'œuvre. Ceux qui eussent pu le\nfaire naître sont impardonnables de ne l'avoir point compris.\n Smits, qui ne se plaignit jamais, vécut sa vieillesse mélanco-\n lique dans une médiocrité étroite. On eût voulu pour lui une\n fin de carrière rayonnante.\n     Il n'avait pas renoncé à peindre mais il ne produisait plus\n que peu. Jusqu'au dernier jour il ajouta quelques touches au\ngrand tableau qu'il intitulait : Hommage à la Beauté, ébauché\n depuis bien des années, demeuré inachevé, montrant quelques\nmorceaux délicieux. L a main de plus en plus hésitante obéissait\n mal aux injonctions du cerveau. Si le coloris demeurait raffiné,\npersonnel, toujours rare dans ses accords et tel q u ' u n P a l m a\nVecchio ou un T i n t o r e t — le T i n t o r e t de la salle de l'anticol-\nlège du Palais des Doges — ne l'eût pas désavoué, la forme\ns'atténuait un peu, le style fléchissait, la technique devenait\nmalhabile. Les rares envois aux expositions récentes rappe-\nlaient faiblement les toiles définitives d'antan. Parfois un bout\nd'aquarelle, un dessin déjà un peu ancien sorti d'un porte-\nfeuilles évoquaient encore l'art de l'auteur de Roma (1), de\nPerdita (2), de la Marche des Saisons.\n    Ces nobles pages assurent définitivement la place — qui est\ntout au premier plan — d ' E u g è n e Smits dans l'école belge vers\nle milieu du siècle dernier.\n    Issu d'une famille notable, formé par des études sérieuses,\néduqué par de longs séjours en Italie et à Paris, d'une culture\nintellectuelle complexe et raffinée, Smits fut bien différent de la\nplupart de nos peintres, de ceux qui se fient à leur instinct pour\nréaliser de la Beauté et acquièrent empiriquement un talent\ndont trop souvent ils ne savent que faire.\n    Il s'intéressait à toutes les questions esthétiques. Rien\nd'humain, d'ailleurs, ne lui fut indifférent.\n    Il entretint longtemps une correspondance régulière avec\nOctave Pirmez. Les lettres du solitaire d'Acoz, qu'il avait con-\nservées, reflètent des préoccupations élevées. Les lettres\n\n\n\n    (1) Palais du roi des Belges.\n    (2) Collection du docteur Barella.\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                               EUGENE       SMITS                      7\n\nd'Eugène Smits, à n'en pas douter, furent dignes de ces\nréponses.\n   On en connaît d'autres de lui, d'un style sobre, d'une\nélégance précise d'un ton plein de goût qui fut toujours le sien.\n   Un tel esprit devait, en s'extériosant p a r la peinture, créer\nde la beauté rythmée et pensive. Ses trop rares composi-\ntions : Borna, Les Saisons, Le Bonheur et le Malheur (1) résument\ndes imaginations pleines de mesure et d'équilibre. L a grâce des\nformes, l'eurythmie des attitudes, la rareté des colorations har-\nmonieuses et inédites, concourent à leur conférer un pouvoir\névocateur. Comme l'a finement déterminé Camille Lemon-\nnier, Smits « donne le goût de l'aspiration au bonheur, c'est le\nrêve de la vie qu'il exprime en harmonies douces et ardentes,\nil suggère le songe, la méditation, le désir, les regrets et\nl'amour ».\n   Cela est juste, telle petite page d ' E u g è n e Smits, un profil\nde femme rousse, un coin de paysage italien sous un ciel bleu,\nune épaule nacrée au bord d'un corsage rose, la gaze noire\nd'une écharpe sur la pâleur d'un front, évoquent des impres-\nsions et des souvenirs. En les considérant, c'est dans son propre\npassé que le spectateur retrouve soudain, avec quelle langueur\nnostalgique, un parfum qui fleure sa jeunesse, ses beaux espoirs\nque la vie devait décevoir, des apparitions fugitives qui ont\nfait battre son cœur dans la sérénité lointaine des soirs d'été,\ndes paysages entrevus au cours des merveilleux voyages et tous\nles mirages du passé aboli dont la mélancolie du présent est\nfaite.\n\n                                                    PAUL   LAMBOTTE.\n\n\n\n\n (1) D'après Henri Heine (Musée d'Anvers)\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "               Heures égales\n\n                            T\n\n\nTranquillité de l'après-midi. Trois septembre.\nLa fenêtre est ouverte et je vois, de ma chambre,\nLes grands sapins debout dans leur jupe à volants.\nCalme si grand qu'on le troublerait en parlant !\n\nLe ciel dans l'étendue est comme une clairière.\nLes bosquets que le jour habille de lumière\nN'ont pas un mouvement, pas un geste — et je vois\nLes chiens sur le pré vert arrondis.     Quelquefois,\nMajestueux et long comme un vers de Virgile,\nUn bœuf lointain mugit au fond d'un pré        tranquille.\n() miracle ! Déjà l'on rouvre les sillons\nBien que le foin coupé sèche encore. Un grillon\nEssaie un trille ou deux qui restent solitaires ;\nEt rien ne troublerait le calme de la terre\nSi le chemin, bientôt, ne sonnait sous les pas\nDes travailleurs qui vont dans le pré mettre en tas\nLe foin qu'on chargera ce soir sur les charrettes.\n\nMoi, comme eux, pour les jours sans clarté qui    s'apprêtent,\nOh ! je voudrais, faneur de septembre, ce soir,\n— Ainsi que le fenil s'ouvre pour recevoir\nLe foin mûr qui sent bon le pain tiède et la menthe,\n— En retenir en moi la douceur     odorante.\n\n\n                            II\n\nLe pays dort à la renverse, dans l'étang,\nBeau miroir chaviré dans un creux. L'on entend\nRonronner la batteuse et la journée est blanche;\nEt les arbres, déjà dorés au bout des branches,\nMettent une mollesse émouvante au tableau\nQui s'adoucit encor dans le miroir de l'eau ;\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                   HEURES ÉGALES                                 g\n\n\nEt la journée est blanche, et le ciel en témoigne,\nComme un mourant écho de l'été qui s'éloigne.\nL'étang dort. Un insecte y réveille, en passant,\nDe grands cercles plissés qui vont      s'élargissant.\nUn poisson saute, une guêpe fredonne et vibre.\nPuis la paix, comme une eau, reprend son équilibre.\n\nAh ! dans l'ombre étalant sur le sol son manteau,\nComme l'on s'étendrait, laissant, au fil de l'eau,\nD'un lent regard couler sa langueur     paresseuse.\nSi, ruche égale et bourdonnante,   la batteuse\nNe venait, de sa voix, nous rappeler soudain\nL'œuvre d'un jour où vit l'espoir de notre pain !\n\n\n                                           HENRY      DÉRIEUX.\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "         A la gloire de l'Adolescence\n                et de l'Amitié\n\n                                    En lisant François      Mauriac...\n\n               L'ADOLESCENCE est    l'âge le plus radieux de la vie\n                  quand les circonstances ni les cuistres ne la\n                  compriment. E t si on a gardé une âme nostal-\n                  gique et un cœur vierge, c'est aussi le plus\n                  tristement doux à revivre en autrui. Dans l'ado-\n                  lescent aux grâces de faon et de cygne qui\n                  vient vers elle pour se faire aimer, cette â m e\nque le besoin d'aimer dévore reconnaît un si adorable petit\nfrère! Et mieux encore et mille fois mieux q u ' u n frère, car c'est\nsa propre jeunesse, c'est le rêve de surnaturel amour et d'in-\nfinie poésie dont naguère ses seize ans ont cru mourir, qu'elle\nretrouve sur le pur et caressant visage du jeune ami déjà ido-\nlâtré d'elle comme s'il était son enfant!\n   Les paroles les plus ailées matérialiseraient encore la beauté\nfragile de l'adolescence. Mais le sortilège par où l'adolescent\nnous ensorcelle réside essentiellement d a n s son âme, géné-\nreuse et bonne, naïve et confiante, passionnée avec des pudeurs\nde lys et des repliements de sensitives, spontanée avec des\nabandons exquis et parfois de ravissantes étourderies, noble-\nment ignorante des compromis où, progressivement agenouil-\nlées sous l'existence, les fiertés les plus hautaines finissent par\nse résigner. Ce pourquoi l'on éprouve j u s q u ' à la souffrance la\nsoif de chérir ces êtres harmonieux et doux, c'est qu'eux-mêmes\nne peuvent être heureux s'ils ne se sentent l'objet d'une affec-\ntion pieuse, enthousiaste, exclusive, désintéressée, vraiment\ncapable de protéger contre la vie leurs pauvres cœurs si aimants\net si faibles, auxquels ne suffirait plus la s y m p a t h i e ennuyée et\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "          A LA GLOIRE DE L'ADOLESCENCE ET DE L'AMITIÉ                        11\n\n\ndistraite dont se contente la première enfance. Du bel adoles-\ncent rieur, qui souvent s'interrompt de rire pour verser de\nvrais pleurs d'homme, l'âme nous séduit avant la beauté même.\nOu plutôt c'est u n i q u e m e n t la beauté de son âme que nous\nvoyons rayonner à travers ce front blanc et frêle, mi-couvert de\njolies boucles brunes, velouter ce visage qui offre la saine pâleur\ndu marbre, les tons chauds et dorés de l'ambre, ou la fraîcheur\nmatinale des roses nouvelles, voltiger sur cette fine bouche au\npli parfois déjà spirituel et parfois déjà triste, illuminer ces\nprofondes prunelles étoilées, aviver le sombre éclat de ces\nregards qui font rêver d'un clairde lune élyséen dans la nuit des\nTropiques.\n   Et si nous l'admirons cet éphèbe, pour la sveltesse de sa\ndémarche et la distinction native de ses manières, si nous l'ad-\nmirons quand d'un bond élastique et nerveux il court déployer\nen se livrant à ses jeux favoris la souplesse et la force de son\ncorps, il ne nous enchante pas moins lorsque indolent ou las il\ns'alanguit derrière un rideau de salon et se plonge, ardent,\nimmobile, sanglotant peut-être, dans un de ces livres où l'on\ntrouve « les mots divins qui font pleurer ».\n   Chrétien, l'adolescent ne s'affirme jamais tel à demi. Il adore\navec une exaltation touchante et sublime, il se donne sans\ncompter, il connaît des scrupules ingénus mais non les calculs\ndécevants des tièdes. Ah! son âge est vraiment celui où l'on ne\ncomprend pas les sécheresses dont les Saints eux-même ont souf-\nfert, où le Christ, pour nous, est présent et sensible non seulement\ncomme un Dieu mais comme un frère aîné à qui l'on raconte les\nmoindres puérilités de sa conscience, l'âge des communions\nextasiées et des messes de minuit où l'on se croit transporté\nparmi les Séraphins, l'âge où l'on iraitau martyre avec le même\ntranquille abandon, la même impassibilité corporelle vis-à-vis\nde la douleur, dont témoignent ces enfants que les artistes de la\nRenaissance italienne peignirent déchirés de flèches mais le\nsourire aux lèvres.\n   François Mauriac a voulu être le Poète de l'Adolescence et il\nchante la sienne en des œuvres ferventes et mélancoliques où\nplus d'un délicat viendra se griser le coeur (1). Il y dévoile cette\n\n  (1) Les Mains jointes, poésies. L'Adieu à l'Adolescence, poème,L'Enfant chargé\nde chaînes, roman.\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "12                               DURENDAL\n\n\nangoisse des jeunes gens qui s'étant trop namourés de leur\njeunesse, un jour s'aperçoivent avec effroi qu'elle meurt en eux\net que « l'horreur d'être un h o m m e » étend sur leur front sa\nmenace i m m i n e n t e . Il n'aura point été le seul à connaître cette\nsensation pourtant très rare et qui assurément ne décèle pas\nune nature vulgaire. Mais il se peut rassurer : la ronde univer-\nselle des muffles ne saurait entraîner contre son aveu un réfrac-\ntaire à tous grossiers bonheurs. Et je trouve dans l'œuvre même\nde Mauriac cette phrase consolatrice : « Il semble que le temps\nveuille effleurer à peine ceux qui ont gardé la foi, l'espérance et\nl'amour de leur vingtième année. »\n   Comme il la regrette, lui, son enfance, et comme elle lui\ndemeure présente :\n\n            Le fumeux horizon et ses roses fanées\n            Et les tons adoucis du ciel crépusculaire\n            Out évoqué les soirs de ma douzième année...\n            On s'endormait, l'été, dans la chambre encor claire,\n            Les doigts unis étroitement au scapulaire,\n            — Les veilles de congés et la prière dite,\n            On s'endormait, pour être au lendemain plus vite ...\n\n            Mon enfance où la vie était simple et réglée,\n            Avec quelle douceur ce soir t'a rappelée!\n\n     Cette nostalgie l'accompagne p a r t o u t . Il regrette le temps où :\n\n            L'on jouait au premier qui verrait une étoile.\n\n     Il revient, ému, vers sa chambre d'enfant :\n\n            0 chambre où s'exalta ma grave adolescence,\n            Où pleura sa détresse et chanta son espoir,\n            Comme j'ai reconnu ton visage des soirs !\n            O toi qui m'attendais fidèle, dans l'ennui\n            Des printemps lourds, des durs étés, des hivers blêmes,\n            Tu retrouves enfin le même enfant — le même\n            Qui lisait tant de vers et pleurait dans la nuit!...\n\n  Aux heures de découragement, de fatigue, de quasi vieillesse\nou « n'être plus enfant » nous fait si mal, il redemande :\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "         A LA GLOIRE DE L'ADOLESCENCE ET DE L'AMITIÉ             l3\n\n\n         La Force qu'on puisait aux oraisons sereines\n         Que mes frères et moi, nous disions en commun,\n         A l'époque, où petit garçon timide et brun,\n         Je faisais la Communion, chaque semaine,\n\n         Et le silencieux glissement sur les dalles\n         Aux retours de la Sainte Table, pieux et lents —\n         Quand deux petites mains comprimaient nos fronts pâles —\n         Quand nos cœurs se donnaient avec un tel élan...\n\n   L e Poète de l'Adolescence ne pouvait pas n'être point celui\nde l'Amitié. L'Amitié, plus fréquemment que l'amour et tou-\njours avant lui, emplit les cœurs adolescents de palpitations\nineffables. Elle est d'ordinaire condamnée à s'évanouir aux\napproches de l'amour comme l'aube à se dissoudre d a n s\nl'aurore, mais ses feux, plus pâles, brûlent aussi ardents et\ntoujours plus purs. E t ne peut-on concevoir une Amitié assez\nexceptionnelle pour l'emporter en durée sur les amitiés les plus\nvivaces, en tendresse sur l'amour le plus frémissant, et pour\nfondre éternellement dans une même lave et un même bronze\nles deux cœurs que son attraction toute-puissante aurait préci-\npités l'un dans l'autre?\n   L'on accuserait d'invraisemblance le romancier qui inven-\nterait cette Amitié-là. P o u r t a n t vous l'auriez comprise, âme\nd'Eugénie de Guérin penchée sur Maurice avec un amour si\nmaternel, âme de Lacordaire écrivant à Charles de Monta-\nlembert encore presque enfant des lettres dont la flamme sem-\nblait jaillir elle aussi d'un cœur de mère, et vous, chère âme\nféminine de l'abbé Perreyve, qui ne fûtes ici-bas qu'un long\ntressaillement de tendresse! E t vous aussi seriez digne de la\ncomprendre, Poète qui sûtes si bien traduire l'aspiration d'un\ncœur fermé aux affections vulgaires, mais bouleversé par l'espé-\nrance de l'Ami attendu :\n\n         Tu ne désires plus celle pour qui chantonne\n         Dans les cœurs de seize ans le premier vers d'amour.\n         Tu rêves d'un ami las de son cœur trop lourd,\n         Celui pour qui s'amasse en toi comme une automne\n         D'amitiés mortes et d'amours abandonnés,\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "14                           DURENDAL\n\n\n\n         Et fatigué de porter seul un cœur trop lourd\n         Lourd de son abandon et de sa solitude,\n         Tu rêves d'un ami, celui qui n'est pas rude,\n         Et qui te viendra voir à la chute du jour,\n         Un enfant simple et bon, aux regards étonnés...\n\n         Et qui te viendrait voir souvent à l'heure grise\n         Dans la chambre adoucie où l'octobre se meurt.\n         Ecoutant le flot de détresse qui se brise\n         Et qui sanglote au long des plages de vos cœurs.\n         Tu connaîtrais enfin cette amitié voilée\n\n          Vers qui cheminent tant d'âmes inconsolées.\n\n   Me voici prenant plaisir à supposer quelque part, on ne sait\noù, l'existence d'un jeune h o m m e à qui ce poème aurait fait\nrevivre tels soirs solitaires où cependant il ne se sentait déjà\nplus seul, car il songeait à l'enfant presque étranger encore que\nson âme, d'avance, enveloppait de caresses. E t en lisant ce\npoème il se rappellerait tels autres soirs où, s'adorant déjà,\nl'enfant et lui, mais timides encore un peu vis-à-vis l'un de\nl'autre, c'était moins au m u r m u r e de leurs paroles qu'aux batte-\nments devinés de leurs deux cœurs qu'ils s'entendaient s'aimer.\nE n lisant la pièce infiniment triste de Mauriac :\n\n          Les grands vents d'équinoxe ont pleuré dans les bots\n\nil se souviendrait d'après-midi automnales où tous deux s'en\nallaient errer par des sentes forestières aux bordures de mousse\nvierge. On longeait des sapinières, on regardait, à travers\nl'imperceptible b r u m e d'octobre, les rochers, les versants\nabrupts des collines, les cépées de jeunes chênes, le feuillage\naminci des bouleaux, étaler ces couleurs splendides et défail-\nlantes, dont la nature ne s'embrase qu'au moment de mourir.\nVers le crépuscule, si hàtif en cette saison, l'on s'arrêtait, pour\nun goûter agreste, dans un village aux maisons grises perdu\nparmi la bruyère, et que des haies gigantesques de hêtre et de\ncharme protégeaient contre les vents âpres des hauts plateaux.\nPuis c'était, à la nuit close, le retour vers la ville que, hier,\nchacun de ces cœurs frileux estimait glaciale et maussade, mais\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "         A LA GLOIRE DE L'ADOLESCENCE ET DE L'AMITIÉ             15\n\n\n dont les pierres même lui semblent chaudes, à présent qu'il\n sait une tendresse où se réchauffer. Us marchent côte à côte,\n les deux Amis, sans se tenir par la main, sans que le plus jeune\ns'appuye à l'épaule de l'aîné, sans que l'aîné entoure de son\n bras le cou du plus jeune : un geste extérieur n'ajouterait rien\n aux fiançailles de leurs âmes. Ils sont heureux. Dès avant de\nse rencontrer, ils se connaissaient le même Idéal, les mêmes\nélans vers l'Art et la F o i , le même goût d'évoquer les temps qui\nne sont plus. Ils parlent de leurs poètes préférés. Ils parlent\ndes pays méditerranéens dont les noms vibrent avec une\nmusique de cristal qui tinte, des villes où l'on peut errer des\njours entiers parmi la désuétude des palais mornes, pleins de\ntableaux et de marbres. Ils parlent de voguer ensemble sur la\nmer d'un bleu sombre qui sans cesse vient baiser les pieds\nbruns de l'Espagne et les pieds blancs de la molle Italie. Ils se\nfréquentent depuis peu mais déjà ils se savent. Et ils mettent\nen commun tout leur avenir.\n    D a n s l'Enfant chargé de chaînes, Mauriac, avec une délicate\npsychologie, a montré la faiblesse intime de certains jeunes\ngens pleins de bonne volonté mais tellement imprégnés de\nlittérature qu'ils se retrouvent livresques aux instants où ils se\nvoudraient le plus sincères.\n    Mais ces pages disent le charme des causeries littéraires, et\nle lecteur ému de tout à l'heure rêve, maintenant, aux soirées\ndans la chambre d'amis d'où la théière et les derniers gâteaux\ndu goûter viennent de disparaître, où les bruits sourds et joyeux\nde la maison ne parviennent que juste assez pour en égayer un\npeu le silence. Sur la table, près de la bibliothèque, les livres\nde prédilection s'éparpillent ; sur un guéridon, tout à côté, il y a\ndes paquets de cigarettes anglaises. L a lampe au grand abat-\njour rose diffuse une pourpre chaude, donnant à toute la\nchambre une quiétude et un mysticisme de sanctuaire. Un\nbureau familier ressort dans un angle plus sombre. D'énig-\nmatiques visages peints par Rossetti et Vinci poursuivent\naux murailles leur méditation ambiguë. L'on s'enfouit dans\nla volupté des fauteuils. P a r la vitre noire, on entrevoit\nle jardin que l'hiver dépouille, et, plus loin, des terrains\nvagues, noyés de ténèbres, piqués de rares lumières. Et l'on ne\nsait ce qui produit l'effet le plus sinistre, de cette obscurité ou\nde ces maigres fanaux tremblants. L'on savoure d'autant mieux\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "16                            DURENDAL\n\n\n\nla bonne chaleur et l'intimité de la chambre où les cœurs aussi\nont bien chaud, où l'on s'absorbe tout entier dans la douceur de\nlire, en s'aimant, les livres que l'on aime. Racine, par exemple,\nn'apparaît plus le « classique » défiguré par le commentaire\nétriqué des pions, mais une source, limpide et profonde entre\ntoutes, de ce « romanesque qui contracte et déchire le cœur »\ndont parle Maurice Barrés. L'on palpite aux imprécations de\nP h è d r e , et l'on approuve ces collégiens dont Mauriac nous dit\nque :\n              Titus leur sembla fou, dans l'ardeur qui le brûle,\n              De préférer l'empire aux yeux de Bérénice,\n          Et de ne pas mourir, quand elle fut partie,\n          Laissant comme un désert cette Rome brutale,\n          Le soir où les vaisseaux s'éloignèrent d'Ostie\n          Avec ton cœur — petite Reine orientale...\n  Pleins de mélancoliques délices, on se redit le sonnet de Bau-\ndelaire :\n          Viens ici, ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille...\n     Et l'on écoute, avec un tremblement silencieux, une voix\ntrès chère lire tout haut La Gardienne d ' H e n r i de Régnier. On\nsaccage les anthologies. A chaque poète, sauf à ceux qu'on\na décrétés « bourgeois » on prélibe un peu de son miel.\nOn ressemble tout à fait au héros de Mauriac : « E n somme,\nJ e a n - P a u l ne se plaisait qu'aux discussions littéraires, où l'on\npeut citer des vers de J a m m e s et de la comtesse de Noailles,des\nmots somptueux de Chateaubriand ou de Barrès. » T e l Jean-\nPaul encore, on goûte passionnément La Porte étroite d'André\nGide. L'on est de ceux dont certains disent avec un étonne-\nment naïf : « Sully P r u d h o m m e lui paraît négligeable, F r a n -\nçois Coppée le fait rire. » E t l'on savoure en soi le mal de\nRené, ce plus exquis de tous les maux, lequel d u r e r a « aussi\nlongtemps, dit J e a n - P a u l rêveusement, que l'idéalisme de\nl'adolescence se heurtera à la brutalité, à la médiocrité de la\nvie ». L'on discute avec animation les « vers crispés de Jules\nLaforgue ». L'on s'essaye à composer des sonnets. E t devant\nle travail de l'autre chacun blâme ou s'extasie :\n\n          Dans la chambre du pavillon, je te lisais\n          Des vers que tu jugeais merveilleux pour me plaire.\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "         A LA GLOIRE DE L'ADOLESCENCE ET DE            L'AMITIÉ    17\n\n\n   Puis comme on est des « Enfants chargés de chaînes » on ne\nlaisse pas, tel encore Jean-Paul, d'aimer « passionnément la vie\nluxueuse et ornée ».\n   Mais on sent bien que tout cela est littérature et que l'Amitié\nseule rend divins de tels soirs. E t l'on m u r m u r e , en caressant\ndu regard la chère tête entrevue dans la nuit naissante où la\nmolle clarté rose ne sourit pas encore :\n\n          Tu ne distingues plus le dessein des estampes,\n          Je ne comprends plus rien aux lignes que je lis.\n          Laissons venir la nuit sans demander la lampe,\n          Laisse vieillir mon cœur sans redouter l'oubli...\n\n          Vois, la chambre a reçu tout le soir calme en elle\n          Avec l'humilité d'une Jemmc à genoux.\n          Pleurons de joie, ô mon enfant, d'avoir en nous\n          Une pure amitié qui se sent éternelle.\n\n  E t très, très tard, quand tout dort, insatiables d'être\nensemble, on va errer sous les étoiles, aux confins de la ville\net des c h a m p s . C o m m e on jouit du romantisme un peu ma-\ncabre du firmament où la lune, cette tête de mort, poursuit une\npartie de cache-cache avec de grands nuages aux noirceurs de\ncrêpe ou aux lividités de suaires! L e s arbres du chemin creux\nressemblent à des damnés dont le corps noueux, noir et nu, se\nserait pétrifié dans la torture. Noire aussi, la silhouette d'un\nmur de cimetière s'aligne à quelque distance. Et l'on devise, en\nse serrant un peu l'un contre l'autre, d ' H a m l e t et du crâne\nd'Yorik.\n    Or un jour la Vie, fatale à tout qui est tendre, a séparé bru-\ntalement ces deux cœurs. Mais ils ne cessent de s'adorer dans\nl'irrévocable absence. Mais au lieu de s'enlinceuler d'oubli,\nchacun vit, plus encorequ'il n'en meurt, de son propre sang, de ses\npropres larmes, de ses regrets, de sa nostalgie du Revoir, il s'en\nnourrit comme les malades se nourrissent de leur fièvre! Accou-\nt u m é à ressusciter continuellement par la pensée les derniers\nadieux, les derniers embrassements, les derniers pleurs doux\nencore puisqu'ils tombèrent sur un visage aimé, et les mornes,\noh! si mornes jours qui suivirent immédiatement le départ et\nauxquels mille jours pareils succédèrent, voici que le rêveur de\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "18                          DURENDAL\n\n\ntantôt retrouve ici, avec une étrange dilection, les nuancés de\nson deuil :\n\n        O mon Dieu, qui demeurez seul après les autres,\n        Vous qui sûtes pourtant l'abandon des apôtres\n        Et qui fûtes souvent abandonné de moi,\n        Voies ne me demandez — est-ce une loi trop rude ? —\n        Que de vous réserver les soirs de solitude,\n        Où, pour me laisser mieux connaître votre voix,\n        Brisant une très vieille et très chère habitude,\n        Celui qui fut ma peine et ma joie ici-bas,\n        Le plus aimé de mes amis ne viendra pas.\n\n\n        Et dans l'ombre — loin de la lampe aux lueurs douces —\n        Je revois mon ami sur son livre. Je vois\n        Son front et ses cheveux, tout baignés de lumière\n        Et ce regard plein de sommeil levé vers moi.\n        Je resonge en mon cœur où le souvenir pleure\n        A ne pas l'oublier ce soir, dans la prière\n        Que je vais dire aux pieds de mon lit — et c'est l'heure.\n\n\n        Pauvre âme ingénieuse à te faire souffrir\n        Au rythme des chansons et des poèmes tristes,\n        Je veux penser à toi, dont la douceur existe\n        Encor, dans un pays inconnu, Dieu sait où...\n        Et qui seule, en la mort de la même soirée,\n        Dit peut-être mes vers d'autrefois, à genoux,\n        Où revit l'amitié que nous avons pleurée.\n\n        C'était des vers pour toi qui jus l'âme des soirs\n        Où pleuraient doucement nos jeunesses unies,\n        Quand surgissait — après des heures d'agonie —\n        Un vol tout frissonnant de rêves et d'espoirs,\n        Dans l'oubli du jour morne et des tâches Unies...\n\n        Ce n'était pas la joie où tu rêvais d'aller\n        Ni le bonheur humain que je voulais de toi...\n        — Ah! qu'importait le vent d'automne sur le toit\n        Lorsque nous étions deux à l'entendre appeler... ?\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "        A LA G L O I R E D E L ' A D O L E S C E N C E E T DE L ' A M I T I É   19\n\n\n\n         Nous regardions pensifs, dans la mort de ces jours,\n         La vitre ruisselant comme un visage en pleurs,\n         — Et nos cœurs voulaient bien aller vers la douleur,\n         La compagne fidèle et grave de l'amour.\n\n   Poète, il ne paraît guère probable que le couple adolescent\ndont je viens, en vous lisant, d'imaginer l'histoire, existe en\neffet parmi les médiocrités de ce m o n d e où presque tout\nh o m m e est médiocre, médiocre par le cœur, médiocre par\nl'intelligence, médiocre par le caractère, médiocre par la senti-\nmentalité même, toujours superficielle et banale. S'il existait\nvraiment, ce couple merveilleux, séparé mais suspendu à\nl'espérance d'une réunion terrestre, comme il vous aimerait\npour l'infinie tendresse dont vous bercez son aiguë et pourtant\nroyale souffrance! Avec quelle fraternité de deux cœurs élus\nenvers deux autres cœurs élus il aimerait l'enfant que vous\navez tant aimé, qui vécut réellement, lui, à la chère mémoire\nde qui vous dédiez Les Mains jointes, et dont L'Adieu pleure la\np e r t e ! T r o p heureux, du moins, le doux En-allé, de n'avoir\nrien su des laides amertumes auxquelles nul ne se soustrait\npassé vingt ans! T r o p heureux de se sentir consolé, dans\nsa tombe chaude de votre amour, par le bruissement de la voix\nqui chante :\n\n         Le même vent d'automne est plein de nos soupirs...\n         Il me dit nos seize ans et leurs larmes sans cause,\n         Et de mourir encore une fois, à ces choses\n         Si douces, pauvre mort, de t'avoir vu grandir...\n\n         Dans la ville et ses soirs dont mon âme est blessée\n         — O toi dont j'ai baisé le front couleur de cendre —\n         Puissé-je retenir ton image effacée,\n         Les gestes résignés et ta faiblesse tendre...\n\n         Sentir encor le froid de tes lèvres ternies,\n         Et le visage dans les mains — me souvenir\n         De ceux dont, à mi-voix, on conte l'agonie\n         Et qui ont tant souffert — et se sont vu mourir...\n\n  T r o p heureux surtout, le pauvre ange, de s'être envolé dans\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "20                            DURENDAL\n\n\nla L u m i è r e en vous inspirant cette prière si magnifique et\nsi vraie :\n           Mon Dieu, vous avez pris cet enfant plein de foi\n           Qui mêlait votre nom à ses cris d'agonie,\n           Et son âme vous fut si tendrement unie\n           Que souvent, le cœur lourd d'un ineffable émoi\n           Je le retrouve en Vous qui vous donnez à moi.\n\n\n\n   Il se fait tard. L a nuit s'épaissit autour de l'habitation colo-\nniale où un inconnu, en lisant votre poésie sincère, écrit son\nadmiration avec le regret de ne pas trouver des mots assez\nchoisis, assez aériens, pour l'exprimer. Les palmiers som-\nmeillent, et leurs longs rameaux s'affaissent comme des ailes\nrefermées. Autour de la Croix du Sud brillent des constella-\ntions fiévreuses. Les roses sauvages de l'Afrique, la pourpre\nquasi violette des hibiscus, les fleurs sanglantes des acacias\nflamboyants     ont éteint leur feu d'artifice aux approches de\nla nuit. Mais d'ici quelques jours, le parfum ailé des orangers\nen fleurs nous frôlera dans les ténèbres. L e Zaïre traîne vers la\nmer la masse lourde et noire de ses eaux, où les crocodiles\ndorment parmi les roseaux des berges. Nul écho ne vient de la\nbrousse, mais des milliers de crapauds s'égosillent dans les\nmarais. Aux cloisons du \" chimbeck \" les madones de Botticelli\net d'André del Sarte, la sybille delphique de Michel-Ange et\nson David au front contracté, la sainte Catherine du Corrège,\nles vierges de Burne-Jones, les portraits d'enfants patriciens\ngravés d'après Sébastien del P i o m b o et Gainsborough,\nregardent écrire, dans l'or liquide irradiant de la lampe, leur\nconfident solitaire. Et voici que, sous un ciel très lointain,\nvous donnez à une âme qui se j u r a de rester éternellement ado-\nlescente, la joie de voir s'embrasser dans votre œuvre ces trois\nadolescentes éternelles :\n\n                  L a Foi, la P o é s i e et l'Amitié.\n\n                                                 E M I L E CHARDOME.\n\n\n     Borna (Congo Belge), le 29 novembre 1912.\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                 Saint François d'Assise\n                                et ses historiens\n\n\n                                       A propos de quelques publications récentes.\n\n\n                   SI les bruits et les rumeurs de ce monde viennent jusqu'à lui,\n                      saint François doit souffrir dans son humilité. Jamais,\n                      depuis des siècles, on n'a tant parlé de lui qu'en ces dix\n                      dernières années. L'intérêt qui entoure actuellement le\n                     poverello, et dont le principal instigateur a été M. Paul\n                      Sabaticr, a fini par toucher même cette catégorie de gens\n                      raisonnables aux yeux desquels une vie de saint ne pouvait\n                      en aucun cas mériter attention, étant pardéfinition un tissu\nd'extravagances, d'impostures et de fantasmagories!\n   Quantité de périodiques de toute nationalité et de tout caractère n'ont pas\nd'autre objet que les choses franciscaines; sans cesse paraissent en France, en\nAllemagne, en Angleterre, en Italie, etc., des ouvrages destinés à raconter ou\nà glorifier le petit pauvre, à publier, à traduire ou à commenter les textes et\ndocuments anciens qui le concernent. Et comme il arrive fatalement dans\nquelque matière que ce soit qui comporte des éléments d'appréciation et\nd'incertitude, les écrivains qui ont été attirés successivement vers saint Fran-\nçois ont formulé des avis fort divergents sur les points controversés de\nsa légende. Deux écoles de franciscanisants se sont ainsi formées, dont le\ndissentiment porte surtout sur la question de savoir quel crédit méritent les\nrécits du Spéculum perfectionis (1) et de la Légende des trois compagnons.\nSelon que l'on acceptera ou que l'on répudiera l'autorité de ses écrits, selon\nque l'on accordera ou non à leur témoignage la même valeur qu'à celui de\n\n\n   (1) Dans une étude sur l'lncipit et le premier chapitre du SI'ECULUM PERFECTIONIS, parue\ndans les Opuscules de critique historique (fascicule XXI, octobre 1910), M. Paul Sabaticr a\nexaminé de nouveau les objections opposées à l'utilisation historique de cet écrit,\nobjections qui se fondent surtout sur certains passages qui paraissent avoir été interpolés\net sur certaines disparités des différents manuscrits de l'œuvre. Les arguments développés\npar le savant historien ne convaincront probablement pas ses contradicteurs, mais ils forti-\nfieront encore la conviction de ceux qui, comme nous, ne sauraient admettre que le\nSpéculum perfectionis, avec son admirable accent de sincérité, avec la vivacité des scènes\nvraiment vécues qu'il retrace, avec tout ce qu'il reflète de la joie et de l'enthousiasme\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "22                                     DURENDAL\n\n\n\nThomas de Celano et de saint Bonaventure, on pourra concevoir une idée\ndifférente de la personnalité et de la vie de saint François.\n    Dans la Vie et légende de saint François (1), qu'il vient de nous donner,\n M. Georges Lafenestre retient — et avec raison, à notre avis, — tous les textes\nque nous venons de citer pour en former la trame d'un ouvrage charmant et\ndélicat où l'auteur se dissimule autant que possible pour laisser la parole aux\ncontemporains ou aux disciples du saint. Dans ses très intéressantes Figures\nfranciscaines (2), au contraire, M. Lucien Roure, qui a voulu nous montrer\nà côté de saint François, sainte Claire et saint Antoine de Padoue, rejette sévère-\nment le Speculum et les Trois compagnons, pour n'utiliser que Celano et saint\nBonaventure. A vrai dire, pour agir tout à fait logiquement dans ce sens exclusif,\nil faudrait écarter Celano également, puisqu'il relate nombre de traits caracté-\nristiques racontés — avant ou après lui — par les légendes suspectées, et\nqu'au surplus, son travail — précisément, sans doute, parce qu'il était de\nnature à être invoqué par les zelanti, par les partisans de la règle primitive,\nde la stricte observance — avait été enveloppé dans la prohibition édictée\ncontre les écrits primitifs par le chapitre général de 1266. A propos de la\ndestruction de ceux-ci, nous ajouterons incidemment que, à moins de sup-\nposer qu'elle n'ait fait disparaître toute trace de relations à nous inconnues,\non devrait se demander sur quelles autres vies que celle de Celano elle aurait\nbien pu porter si la rédaction du Speculum et de la Légende des trois compa-\ngnons doit être placée à une date postérieure à celle de ce décret...\n   Au fond, on a recommencé de nos jours, mais dans des intentions assuré-\nment autres que celles qui animaient les franciscains du XIIIe siècle, la\nquerelle qui divisait l'Ordre à cette époque. Et cette querelle ne paraîtra sans\nconciliation possible que si l'on tire des conséquences outrées des arguments\nexcellents que l'on peut faire valoir de part et d'autre. Car il nous semble,\npour notre compte, qu'il n'y ait rien d'incompatible dans les diverses légendes\ndont nous avons parlé et que tous les détails qu'elles fournissent soient propres\nà se confondre aisément dans la même physionomie. Saint Bonaventure fait le\npanégyrique d'un saint illustre; Celano et les autres écrivent leurs souvenirs,\nfixent la mémoire de faits dont ils ont été les témoins directs ou indirects. Le\npoint de vue du premier est totalement différent de celui des derniers, et diffé-\nrente aussi leur œuvre respective, différente autant qu'un portrait pris sur le vif\nd'un portrait posthume, exécuté dans un dessein d'apothéose. C'est le même\nhomme, cependant, mais avec toute la vigoureuse empreinte de la réalité,\nd'un côté; sous une apparence idéalisée, de l'autre. Tout chez le saint Fran-\nçois de saint Bonaventure est, pour ainsi dire, en fonction de sainteté; il ne se\n\n\nde la première prédication franciscaine, soit un recueil de récits apocryphes ou ingénieu-\nsement truqués. M. Sabatier termine ce travail en proposant une interprétation nouvelle\nd'une des fresques relatives à la vie de saint François de l'église supérieure d'Assise. Nous\naurons, quelque jour, occasion de revenir sur cette question qui demanderait de trop longs\ndéveloppements pour que nous puissions l'aborder aujourd'hui.\n  (1) Un vol. Paris, Piazza, éditeur.\n  (2) Un vol. Paris, Plon, éditeur.\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "             S A I N T FRANÇOIS D ' A S S I S E   E T SES H I S T O R I E N S            23\n\n\n\npouvait pas que le « petit pauvre », d'un caractère si original et si spontané, qui\nnous apparaît dans les Trois compagnons; que l'âme humble et ardente,\nrésolue et soumise, combattue de doutes et d'angoisses, que nous dévoile le\nSpeculum et Celano, ne s'effaçassent quelque peu dans le rayonnement de l'au-\nréole du canonisé. Mais il n'y a pas dissemblance entre ces deux figures. Leurs\ncontours se juxtaposent parfaitement; elles ne diffèrent que par l'accentuation\nque chacune d'elles a reçue des biographes de vision et de mentalité fort\nopposées qui les ont retracées. Et, au surplus, il est nécessaire de tenir\ncompte, pour mettre les témoignages au point, de ce que si la Légende de saint\nBonaventure est une œuvre d'atténuation et d'apaisement, en même temps\nque de glorification, celle de l'auteur du Speculum et celle des Trois compa-\ngnons sont, dans une certaine mesure, en admettant qu'elles remontent aux\nannées les plus orageuses de l'Ordre, des œuvres du combat.\n   On pourrait se laisser aller à croire que le vrai saint François était entre ces\ndeux extrêmes... Il semble également indubitable, par exemple, qu'il n'a jamais\nentretenu la pensée de se mettre en opposition avec l'Église, et que néanmoins\nil n'a pas supporté sans rancœur et, parfois, sans résistance les diminutions\nque son idéal a dû subir pour s'adapter aux exigences d'organisation d'un\ngrand ordre religieux. Il n'y a là aucune contradiction. Quel apporteur\nd'idéal, si triomphalement qu'il ait pu être accueilli, n'a pas eu à pâtir des\ncontradictions et des entraves que la vie suscitait à la réalisation de son rêve?\nEt quel idéal plus élevé dans l'ordre du sublime que celui de saint François?\nSubstituer le Christ-Amour au Christ-Justicier; le faire redescendre une\nseconde fois sur la terre, ainsi que nous l'écrivions ailleurs (1), en le rendant\nprésent à chacun, en le mettant dans l'intimité de toutes les âmes. Son intran-\nsigeance sur les modes de réalisation de cet idéal participait de la grandeur\nmême de celui-ci, mais, peut-être, dans l'élan de sa foi ne se souvenait-il pas\ntoujours de l'infirmité commune des hommes, de l'impossibilité de les tirer\nlongtemps de leur indifférence ou de leur irrésolution coutumières.\n   Dans le même ordre d'idées, on peut concevoir, sans incriminer les auto-\nrités ecclésiastiques, qu'à une époque où tant de dévotions paniques et\nconvulsives s'étaient produites avec succès, l'initiative de saint François ait\nrencontré d'abord quelque défiance. Un saint tel que lui doit apparaître au\ndébut comme un novateur imprudent, sinon comme un révolutionnaire, aux\nyeux de la société constituée, des représentants de 1' « ordre établi ». Il serait\nbien surprenant, dès lors, que l'entreprise si insolite, les idées si entières de\nFrançois eussent été encouragées d'emblée par l'évêque d'Assise, alors que les\nsouvenirs de la vie élégante et dissipée du jeune pénitent étaient encore tout\nrécents.\n   Quant à l'action organisatrice du cardinal d'Ostie, le futur Grégoire IX,\nnous n'avons jamais cessé de penser — M. Louis Gillet exprime la même\nopinion dans sa belle Histoire artistique des Ordres mendiants (2) — « qu'en\n\n  (1) Saint François d'Assise dans la legende et dans l'art primitifs   italiens. Bruxelles,\nVan Oest, 1909.\n (2) Paris, Laurens, 1912.\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "24                                     DURENDAL\n\n\nl'absence d'une règle précise, l'Ordre de saint François n'aurait sans doute\npas subsisté en dehors des frontières de l'Ombrie et des Marches, ou aurait\nbientôt marché sur les traces des fraticelli, dont l'errante et superstitieuse\ndévotion infesta l'Italie M (1).\n   Saint François n'était pas un illuminé; ses actes et ses paroles les plus\nsignificatifs paraissent animés d'on ne sait quelle raison ardente. Sans que\nlut diminuée sa confiance dans la vertu évangélisatrice de la pauvreté absolue,\noù il voulait maintenir ses frères, il dut apercevoir, lorsque ceux-ci se furent\nprodigieusement multipliés dans toute l'Europe, qu'une telle discipline n'était\npas faite pour la multitude : « L'héroïsme restera toujours le lot d'une élite,\nobserve très justement, à ce propos, M. Roure, et les élites sont peu nom-\nbreuses. « Le petit pauvre était saint, mais il était homme aussi, et soumis, à\nce titre, aux influences et aux impressions de l'expérience. Que cette expé-\nrience lui ait été amère, nul doute! Quelles que fussent ses répugnances,\nelle s'imposait à lui comme à ces hommes de gouvernement, frère Elie et\nHugolin. Aussi, laisse-t-il agir ceux-ci, se dépouillant de toute autorité, gar-\ndant pour lui seul la règle que les autres ont trouvée trop pesante. Sa raison,\npeut-être, s'est inclinée, mais son cœur reste obscurément tourmenté. Le\ncontraste était trop considérable entre la perfection des enfants de Dieu aban-\ndonnés tout entiers dans la main de leur Père qu'il avait rêvée et la forme que\nce rêve avait prise finalement dans la réalité. Et il était envahi de scrupules, il\ncroyait avoir forfait à la volonté divine, il pleurait ou était obsédé par de\nnostalgiques réminiscences des heures radieuses du début, il se retrouvait\nmendiant des pierres pour Saint-Damien ou au milieu de la petite troupe des\npremiers compagnons, en proie tous, comme lui-même, à la magnifique folie\ndu sacrifice, à l'ivresse de leur vocation de pauvreté et d'amour...\n   Hélas ! tout idéal qui se propage se vulgarise. Il ne saurait conquérir\nl'adhésion du grand nombre qu'en se mettant au niveau de celui-ci, en se\ndiminuant lui-même. L'élévation spirituelle d'une foule est en raison inverse\nde la quantité d'unités qui la composent. La règle de Rivo-Torto ne pouvait\nplus valoir pour un Ordre qui avait des « provinces » dans les contrées les plus\néloignées. Ce n'est pas une hypothèse téméraire que de supposer que, malgré\ntout, saint François aurait agi énergiquement s'il avait cru que les mitigations\nde la règle devaient nuire au but essentiel de son institut. Les exemples de\ndénûment sublime qu'il avait donnés ne furent pas suivis, mais, cependant,\nl'Ordre resta longtemps fidèle à l'esprit de simplicité dont son fondateur\nl'avait imprégné. On ne comprendrait pas, sinon, l'action incontestable que le\npoverello a exercée sur les directions de l'art.\n   Cette remarque très judicieuse est de M. Gillet : « L'influence de saint\n François sur les arts est un mythe, ajoute cet écrivain, si elle ne s'est pas\nexercée, comme toute autre du même genre, à travers la société dont il est le\nfondateur. Nulle ou presque nulle en un sens, si on veut la rendre immédiate,\ndirecte, personnelle, elle est en revanche considérable si l'on veut bien\n\n\n  (1) La légende des trois compnagnons... Bruxelles, Lamertin, 1903.\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET SES HISTORIENS                          20\n\n\nadmettre qu'elle s'est développée en fonction du temps, et par l'intermédiaire\nd'une famille humaine. »\n   Les Mineurs, qui avaient pris leur nom du peuple, des petits, des chétifs,\ndu popolo minuto, ne perdirent point, bien qu'ils possédassent des couvents et\nde vastes églises, qu'ils n'eussent plus guère l'allure de vagabonds édifiants,\nde « jongleurs du Christ »,leur caractère populaire initial. Peuple eux-mêmes,\nils vivent parmi le peuple, avec lui, à côté de lui, participant à ses tribula-\ntions, le conseillant, le soutenant au besoin, comme on le vit, notamment\ndans nos villes flamandes, au XIVe siècle, contre ses oppresseurs, les grands\net les puissants. Et leur enseignement, leur prédication continuèrent, en géné-\nral, à être « de peu de paroles simples », non seulement, sans doute, par\nobéissance envers saint François, mais parce que le souci d'être compris par\nleur auditoire habituel ne leur permettait pas les sermons alambiqués qui\nfaisaient la gloire des «docteurs en science sacrée ». Et c'est là que gît le\nsecret de la transformation que l'art a subie sous l'influence franciscaine. Car\nnous sommes bien loin de partager l'opinion de M. Gillet lorsqu'il écrit :\n\" L'immense importance artistique de François ne réside ni dans son esprit,\nqui est contraire à l'art, ni dans ses idées qui le condamnent ; ce n'est pas une\nquestion de sentiment et de doctrine, c'est une question de fait sur laquelle on\nne peut se tromper. Saint François est l'homme aux stigmates et c'est de là que\nlui vient toute sa valeur au moyen âge. »\n   La stigmatisation a, certainement, donné un essor puissant à l'Ordre\nmineur qui avait, d'ailleurs, pris un développement déjà considérable avant cet\névénement ; elle a accru la renommée de saint François et l'autorité de ses\nfrères et contribué de la sorte à la propagation de la conception religieuse du\npoverello, conception qui s'est imposée à l'art et l'a orienté dans des voies\nnouvelles. Les stigmates n'apparaissent donc ici que comme une cause indi-\nrecte de cedernier phénomène. La cause directe, immédiate, de l'abandon des\nformules byzantines, de l'attrait qui entraîne l'art vers les expressions de la\nvie et du sentiment, c'est ce que nous avons cru pouvoir appeler le réalisme\nreligieux de saint François, cette piété nourrie non de dogmatique, mais de\nsimplicité et d'amour. Cet amour, impatient de son objet, de l'approcher, de\nse le rendre sensible, de le mettre à portée d'une sorte d'adoration tendre et\nfamilière, est devenu le ferment, par le désir qu'il a mis dans les âmes, de tout\nle renouvellement de l'iconographie sacrée. De là ces innombrables cycles de\nreprésentations détaillées, ces illustrations de la légende — apocryphe — de la\nVierge et des récits de la vie du Christ; de là ces interprétations pathétiques de\nla Passion. C'est dans l'atmosphère créée par cet amour que Niccola Pisano\nmétamorphose son art, que le génie expressif de Giovanni Pisano et de\nCimabue grandit et se développe, que Giotto élabore son œuvre grande et\nbelle, œuvre puissamment dramatique, où la nature et la réalité ne sont\nencore, il est vrai, que comme un moyen pour une fin — et non pour elles-\nmêmes ainsi qu'au XVe siècle — mais où elles sont déjà, cependant, apportant\navec elles le mouvement et la sensation de la vie.\n  Nous avons été charmés de nous trouver, par contre, en parfaite commu-\nnauté d'idées avec M. Gillet quant à l'appréciation de l'œuvre de Giotto à\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "26                                DURENDAL\n\n\nAssise. Il constate, comme nous le faisions nous-même dans notre Saint\nFrançois d'A ssise dans la légende et dans l'art primitifs italiens qu'il y\navait une espèce d'incompatibilité entre le génie de ce grand artiste et celui de\nsaint François, et il tient également que la légende franciscaine aurait trouvé\nde plus pénétrants interprètes, plus tendres, plus sensitifs, dans l'école sien-\nnoise que dans la florentine. Mais nous cessons d'être d'accord avec l'éminent\nécrivain lorsque, terminant son examen du cycle de la Vie de saint François\nde la basilique supérieure d'Assise, il conclut en ces termes : « L'exemple\nd'Assise a engagé la peinture florentine dans cette voie malheureuse de récits\net de bavardages, où elle allait cent ans oublier la beauté ». Anecdotes, si l'on\nveut, mais c'est là ce que le fidèle, las de froides allégories et de symboles qui\nle laissaient insensible, attendait. 11 demandait à être touché, ému, attendri, et\nnon plus à déchiffrer les rébus enfantés par des imaginations scolastiques.\nPais, à un autre point de vue, ne fallait-il pas que l'art, échappé à l'étreinte\nde l'abstraction médiévale, fût analyse avant que de redevenir synthèse et n'est-\non pas autorisé à croire que l'idéalisme de la Renaissance classique aurait été,\nsinon impossible, au moins très inférieur à ce qu'il a été, s'il n'avait été\npréparé et, pour ainsi dire, armé par deux siècles de naturalisme et de réa-\nlisme?..,\n   Saint François se place à l'origine de cette évolution de la pensée euro-\npéenne. Il fait prévaloir sur le Dieu-Souverain, suzerain des suzerains dans\nun monde hiérarchisé, le Dieu-Père, qui exige l'obéissance, sans doute, mais\nsurtout l'amour, et les conséquences de son action, qui s'est exercée toute dans\nle domaine religieux, se sont fait sentir dans tous les autres.\n   Ce n'est pas à dire qu'il n'ait pas eu de précurseurs, qu'il ait surgi comme\nune apparition miraculeuse. Les aspirations qu'il a réalisées avaient agité\navant sa venue un grand nombre d'âmes, mais n'en va-t-il pas de même, à des\ndegrés divers, de tous les grands hommes, saints, artistes ou politiques, qui\nont donné nom, forme ou puissance effective aux tendances immanentes et\nconfuses du temps où ils vivaient ?...\n\n   La légende et l'art ont commémoré par des récits et des images la com-\nmunion spirituelle qui a existé entre saint François et saint Dominique. Toute-\nfois, on doit se demander si l'influence de l'un et celle de l'autre ont eu une\négale intensité et un égal succès dans la vie et dans l'art? Que saint Dominique\nait ou non imité saint François, il est certain que, s'il s'est conformé à son\nexemple, il ne l'a fait qu'à moitié, car prenant la pauvreté comme lui, il n'a\npas comme lui repoussé la science. Et cette science, fait toute la différence des\ndeux Ordres, tout le contraste qu'ils offrent dès l'origine, toute la dissem-\nblance des moyens qu'ils ont mis en œuvre et des résultats qu'ils ont obtenus\ndans une action qui, pour reprendre l'expression de Dante, était dirigée vers\n\" une même fin ».\n   Le Speculum perfectionis, Thomas de Celano et saint Bonaventure rela-\ntent tous trois une anecdote qui met en opposition d'une façon caractéristique\nla manière franciscaine et la manière dominicaine : S'entretenant dévotement\navec saint François, un frère prêcheur, « docteur en théologie », ne peut point\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "             SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET SES HISTORIENS                           27\n\n\n s'empêcher de proposer à son interlocuteur la solution d'une difficulté de\n l'Ecriture. Saint François lui réplique que, étant ignorant, il convient qu'il\n écoute ses enseignements plutôt que de tâcher d'éclaircir devant lui une ques-\n tion de théologie. Et comme, néanmoins, le frère prêcheur insiste, le saint lui\n montre en quelques mots que le texte dont l'interprétation l'inquiète peut\n s'expliquer de la façon la plus simple. Les réponses que le petit pauvre fait\n ainsi au dominicain contiennent même une double leçon, car le commentaire\n qu'il donne à la parole de l'Ecriture fait voir au questionneur que l'homme qui\n pêche et s'égare doit être ramené, non par des menaces ou de savants discours,\n mais par la seule vertu de l'exemple.\n    La pauvreté, l'abnégation parfaite, la ferveur joyeuse, voilà les seules armes\n que saint François voulait mettre entre les mains de ses frères pour leur œuvre\n d'évangélisation. S'il craignait tant que ses moines aspirassent à la science,\n c'est qu'il pressentait que, forts du savoir qu'ils auraient acquis, ils seraient\n entraînés à substituer la parole à l'action, l'enseignement verbal à l'ensei-\n gnement intuitif. Au contraire, pour les dominicains, cet enseignement\n verbal était de l'institution même de leur Ordre. Ce sont les Prêcheurs par\n excellence. Et leur vocation étant oratoire, il ne se pouvait pas que leur\n formation spirituelle ne prît point la forte empreinte de l'école. Sans doute, leur\n Ordre agit aussi par les vertus enthousiastes de la foi, mais ils sont avant tout\n des dialecticiens, puissants dans la logique et dans l'argumentation. Le plus\ngrand des scolastiques, saint Thomas d'Aquin, leur appartient.\n    Les allégories qui étonnent et qui détonnent dans la basilique d'Assise\n paraissent toutes naturelles dans la chapelle dominicaine des Espagnols. On\nsait que jusqu'ici, les premières ont été données, en général, à Giotto, et\n que, au gré de certains, l'inspiration en serait due à Dante. Tout en formulant\nun doute sur la paternité de Giotto — incertitude qu'exprime également\n M. Gillet — nous ajoutions, quant à l'invention de ces « froides et ingé-\nnieuses allégories », qu'on « l'attribuerait avec infiniment plus de vraisem-\nblance à quelque bel esprit scolastique, à l'un de ces moines adonnés à la\nscience et aux lettres, le cœur desséché par l'excès de l'étude, auxquels\nsaint François reprochait leurs inutiles curiosités ». Il y a, en vérité, oppo-\nsition absolue entre la conception de ces fresques et l'esprit de cordiale sim-\nplicité de saint François. On peut affirmer que le frère mineur qui en a\nimaginé l'ordonnance était fort éloigné des voies tracées par le Père séra-\nphique. Cette observation, qui vise principalement la figuration obscure et\ncompliquée des idées imposées au talent du peintre, M. Gillet la fait porter\nsur le principe même de ces idées : Triomphe de la Chasteté, de l'Humilité,\nde l'Obéissance, etc. : « Cette idee latine du « Triomphe u, écrit-il, n'est-ce\npas déjà le leit-motiv de la Renaissance? Et quand il s'agit de saint François,\nune pareille apothéose n'est-elle pas bien étrange? Cette exaltation de\nl'individu, de la virtù, sur la tombe de celui qui avait foulé toutes les gran-\ndeurs mondaines... quel contraste et quelle ironie! » A dire le vrai, nous ne\nsavons trop si ces triomphes peuvent être envisagés de la sorte. Ce n'est pas la\nvirtù, la puissance ou le génie d'un homme qu'ils célèbrent, mais les vertus\nqui étant précisément les plus propres à l'annihilation de l'orgueil de l'individu,\nsont peu susceptibles de contribuer à l'exaltation du surhomme.\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "28                                 DURENDAL\n\n\n   On peut considérer, d'ailleurs, que saint François apparaît là, de même que\nsaint Thomas d'Aquin, dans le Triomphe de la Chapelle des Espagnols,\nmoins pour sa glorification personnelle que pour celle de son institut. Seule-\nment, alors que le poverello nous semble dépaysé en quelque sorte dans les\nallégories d'Assise, le savant auteur de la Somme nous paraît se présenter,\ndans l'allégorie de S. Maria Novella, sous l'aspect qui lui convient le mieux :\ncelui d'un maître de la parole sacrée, gardien de la doctrine orthodoxe, qui\nconfond l'imposteur et l'hérétique et les convertit, moins par les persuasions du\nsentiment que par l'éclat et la force démonstrative de son éloquence. Elo-\nquence qui, évidemment, unissait, selon l'exigence de saint François de Sales,\nla charité à la vérité, mais qui s'adressait d'abord à l'intelligence, en s'aidant de\ntoutes les sciences que le peintre de S. Maria Novella a figurées, siégeant\naux pieds de saint Thomas comme les membres d'un concile.\n   Le « programme » des fresques si significatives de la chapelle des Espa-\ngnols fut élaboré par le prieur du couvent, frère Jacopo Passavanti.\n   L'esprit de doctrine et d'autorité qui se manifeste dans cette œuvre, on le\nretrouve dans nombre d'autres ouvrages d'origine dominicaine, la Bible mora-\nlisée ou allégorisée, le Speculum Humanœ Salvationis, par exemple, où les\nclercs puisèrent fréquemment les thèmes dont ils confiaient l'illustration aux\nartistes.\n   M. Gillet penche à croire que l'art a subi, à peu près dans la même mesure,\nl'impulsion des deux grands ordres mendiants. C'est possible, mais il faudra\naccorder alors que leur action respective s'exerçait dans des directions exacte-\nment contraires. En effet, on voit les Dominicains rester fidèles longtemps aux\nconcepts idéologiques de la pensée, qui avaient donné tout leur fruit magnifique\net allaient se stérilisant peu à peu, tandis que les Franciscains se présentent\ncomme les avant-coureurs, sur le terrain religieux, du réalisme sous la lente\npoussée duquel la mentalité féodale allait se transformant.\n   Si la conception dominicaine avait prévalu, il est à croire que l'art se serait\naffranchi moins rapidement de la tradition iconographique byzantine. Elle\nn'aurait certainement pas suscité l'effort vers l'expression pathétique qui rend\nsi poignantes, en dépit de la gaucherie lourde et de l'inhabileté de leurs\nauteurs, certaines peintures italiennes du XIIIe siècle. Cette recherche de\nl'émotion dramatique trouva sa perfection dans l'œuvre de Giotto. Mais la\nnature et la réalité des choses ne sont qu'accessoires aux yeux de ce grand\nmaître; le décor chez lui n'est qu'à l'état d'indication; il néglige ou omet tout\nce qui ne concourt pas directement à accroître l'intensité expressive de la\nscène qu'il a à représenter. Cette réalité, laissée au second plan par Giotto,\npasse en premier dans les préoccupations des maîtres du XVe siècle. Son étude\nabsorbe leurs facultés d'attention au point qu'il ne leur en reste presque plus\npour imaginer une interprétation vraiment émue des épisodes de l'histoire\nsacrée qui font le sujet le plus habituel de leurs ouvrages.\n   Cette constatation ne s'accorde guère avec la thèse développée par M. Gillet\ndans l'impressionnant chapitre consacré au XVe siècle qu'il intitule : l'Avène-\nment du pathétique. C'est la peinture éclatante et sombre de l'état d'esprit créé\ndans les populations de l'Europe par les grandes pestes qui les décimèrent dans\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "            SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET SES HISTORIENS                             29\n\n\nla seconde moitié du XIVe siècle : Joie brutale d'avoir échappé au fléau, désir\nardent et maladif de jouissances, sensibilité névrosée, qui se complaisait à sur-\nexciter en elle-même la sensation et la saveur de la vie par des évocations à la\nfois macabres et dérisoires, notamment les Danses des morts. Le tableau est\nexact, les faits et les œuvres cités par l'auteur en témoignent. Cependant, si\nl'on se retourne vers l'art du XVe siècle et que l'on consulte les ouvrages de ses\nreprésentants les plus illustres en Italie et dans le Nord, on doit conclure, si\nl'art est le reflet de la vie, si celle-ci attend de celui-là des images à sa ressem-\nblance, que le tableau formé par M. Gillet n'est qu'un des aspects, et non\npoint le principal, d'une époque fort complexe dans ses apparences. Il est\ndifficile, en effet, d'admettre avec l'historien des Ordres mendiants que l'art du\nsiècle, considéré dans l'œuvre de ses plus grands maîtres, soit « impulsif,\npassionné et souffrant ». Cette définition pourrait s'appliquer, jusqu'à un\ncertain point et non sans beaucoup de réserves, à Roger van der Weyden,\nà l'Angelico, à Botticelli, à certains peintres allemands, mais nullement à\nla généralité de leurs plus éminents contemporains. Rien de plus sain, de\nmieux portant, si l'on peut dire, que les ouvrages de Jean van Evck, de\n Donatello, de Ghiberti, de Filippo Lippi, de Gozzoli, de Ghirlandaio, de\n Fouquet, de Bouts, etc., mais rien non plus où se révèle moins le souci de\n l'expression pathétique, rien où l'on saississe davantage le plaisir conscient\n ou inconscient de reproduire la réalité pour elle-même. Et il semble bien\n que l'introduction de cette réalité dans leur art ait été la véritable passion de\n ces puissants artistes, l'objectif capital, sinon unique, de leurs efforts.\n\n\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                                    Les Nibelungen\nTrilogie allemande de FRIEDRICH HEBBEL\n\n\n                        T R O I S I È M E PARTIE (1)\n\n                          La vengeance de Kriemhild\n                T r a g é d i e                     en. c i n q                  a c t e s\n\n                                                 Personnages :\n\n  L e roi G U N T H E R .                                 IRING\n                                                                          princes d u N o r d ,\n  HAGEN TRONJE.                                           THÜRING\n  VOLKER.                                                 WERBEL\n                                                                           musiciens d'Etzel.\n  DANKWART.                                               SWEMMEL\n  RUMOLT.                                                 UTE.\n  GISELHER.                                               KRIEMHILD.\n  GERENOT                                                 G Ö T E L I N D E , l'épouse de R ü d e g e r\n  L E CHAPELAIN.                                          G U D R U N , sa fille.\n  Le roi E T Z E L .                                      UN     PÈLERIN.\n  DIETRICH DE BERN                                        UN GUERRIER HUN\n  H I L D E B R A N T , son h é r a u t d ' a r m e s .   OTUIT, un       enfant\n                                                                                       personnages\n  Lemarkgrave RODEGER.                                    ECKEWART\n                                                                                          muets.\n\n\n                                                 ACTE I\n                               Worms. La grande salle de réception.\n\n                                                  SCÈNE I\n         (Assis sur son trône, le roi Gunther. Près de lui, tous les Burgondes. Dank-\n           wart, Gerenot, Giselher, Ute. Les ambassadeurs d'Etzel, Rüdeger.)\n  GUNTHER. — Acquitte-toi d e ton message, noble Rüdeger, tous les B u r -\ngondes sont ici.\n  RÜDEGER. — Au n o m du maître tout-puissant qui parle par ma bouche, je\nvous d e m a n d e la main de Kriemhild, votre royale sœur. Elle seule est digne\n\n (1) Voir les numéros de septembre, d'octobre et de novembre.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                                       LES NIBELUNGEN                                   31\n\n\nde ce choix, elle seule peut apaiser le chagrin d'une perte douloureuse. Si\nvous refusez la seule femme qui puisse remplacer la reine Helke, apaiser le\npeuple qui pleure en elle sa meilleure part, Etzel sera voué à l'éternel\nveuvage.\n  GUNTHER. — J e sais que ton maître et roi prie rarement, mais nous n'igno-\nrons pas moins l'habitude de remercier. C e p e n d a n t Etzel a porté la sombre\npuissance des H u n s à u n e telle hauteur, son nom terrible est entaillé en tant\nde races, que je consens à me lever et à te dire : N o u s le remercions, sa\ndemande nous honore.\n\n  RÜDEGER. — Quelle sera ma réponse ?\n  GUNTHER. — Si n o u s ne faisons sonner les cuivres, si nous n'allumons,\navant le j o u r et l'heure, a u x q u a t r e coins du p a y s , les feux de joie, ce n'est\npas que l'orgueil royal réprime l'élan de notre allégresse; nous n'exigeons\npas plus que tu nous offres. Mais souviens-toi que Kriemhild est veuve.\n   RÜDEGER. — T o u t c o m m e Etzel. Mais c'est ce qui garantit la constance\nd'un double b o n h e u r , lui d o n n e consécration, noblesse et durée. Ils ne cher-\ncheront pas, à l'instar de la jeunesse inexpérimentée, le b o n h e u r sans limites\nde la première ivresse, mais la consolation. Si Kriemhild embrasse son\nnouvel époux en pleurant, si Etzel frissonne sous son baiser, l'un et l'autre\npenseront : c'est pour le mort : ils s'en estimeront davantage.\n   GUNTHER. — Qu'il en soit donc ainsi Mais sache que depuis le j o u r funeste\nqui ravit à Kriemhild u n époux, à nous u n frère, notre soeur est plus souvent\nau cloître de Lorsch, près du tombeau de Siegfried, que parmi n o u s . Elle\névite la joie avec autant de crainte q u ' u n e autre le crime. E t n'était-ce qu'elle\njette parfois u n regard vers le couchant rouge ou contemple les roses\nsaignantes, nous ne croirions jamais qu'elle puisse se résoudre à u n nouvel\nhymen.\n   RÜDEGER. — Vous agrée-t-il que j'aille, en personne, déposer à ses pieds\nl'hommage de mon roi ?\n  GUNTHER. — N o u s lui concédons cette nouvelle faveur, elle est tout à\nnotre gloire. Q u a n t au reste, nous te donnerons réponse dès que nous aurons\ntenu conseil. Reçois à nouveau tous nos r e m e r c i e m e n t s .\n                                                                    {Rüdeger part.)\n\n                                         S C È N E II\n\n  H A G E N . — Cela ? J a m a i s !\n  GUNTHER. — Pourquoi pas, si elle y consent?\n  H A G E N . — Si elle s'y refusait, tu pourrais l'y contraindre ; tu disposes de la\nmain des veuves, mais je la chargerais de chaînes plutôt que de la donner aux\nHuns!\n  GUNTHER. — El pourquoi?\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "32                                      DURENDAL\n\n\n  HAGEN. — P o u r q u o i ? L a d e m a n d e me stupéfie! As-tu d o n c perdu la\nmémoire? Faut-il que je te rappelle le passé?\n   GUNTHER (montrant Ute). — P r e n d s g a r d e .\n  H A G E N . — Sa mère? Ce serait hypocrisie! Il y a longtemps qu'elle sait\ntout. Depuis cette chasse, elle ne m'a plus tendu la main, elle ne t'a plus\nembrassé.\n   G U N T H E R . — C'est vrai. Mais p u i s q u e tu osas, d a n s ton orgueil, dissiper\nle léger brouillard qui couvrait le secret de notre u n i o n ; puisque tu foulas\naux pieds la triste verdure qui cachait la tombe ensanglantée et q u e tu m e\njettes à la face les ossements du m o r t ; puisque tu étouffas le dernier reste de\nhonte et que tu vantes, avec ironie, la moisson m a udite semée p a r ta m a in,\nreçois ta r é c o m p e n s e ; j ' a u r a i du moins soulagé mon c œ u r : toi et ton conseil,\nje vous m a u d i s et je vous j u r e , n'eût-ce été ma jeunesse, j a m a i s vous ne\nm'auriez trompé de la sorte ! Aussi je vous défendrais a u j o u r d ' h u i avec dégoût,\nce que je concédais jadis par faiblesse et non par h a i n e .\n\n   HAGEN. — J e le crois aisément : depuis longtemps Brunhild est ta femme.\n\n  G U N T H E R . — Ma femme! vraiment, o u i ! elle l'est, puisqu'elle peut m ' e m -\npêcher d'en p r e n d r e une autre, quant au reste...\n   HAGEN. — T u m e caches d o n c quelque chose?\n   G U N T H E R . — Peut-être bien. T u te souviendras sans peine, de la façon dont\nelle nous accueillit, après le crime, q u a n d je lui tendis la première coupe :\néclatant en fureur comme jamais depuis sa défaite, avec plus de véhémence\nque Kriemhild m ê m e , elle nous m a u d i t !\n   H A G E N . — Il lui fallut d u temps pour s'y a c c o m m o d e r .\n  GUNTHER. — E t q u a n d je lui rappelai qu'elle-même avait exigé le crime,\nen riant, elle m e jeta le vin à la figure; jamais je n'entendis ricaner de la\nsorte! N ' e n est-il pas ainsi? M'accuseras-tu de mensonge?\n   H A G E N . — T o u t cela est bien vrai. Mais, au m ê m e moment, elle t o m b a i t\nà la renverse et oubliait tout, à jamais.\n GUNTHER. —• Elle oublia peut-être, mais vécut d a n s ces courts instants de\nmalédiction toute son éternité. Q u a n d elle se releva, elle était morte.\n   H A G E N . — Morte?\n    G U N T H E R . — Morte, bien qu'elle m a n g e et boive et fixe du regard les\nr u n e s . A h ! tout était juste, mais Siegfried traversait ta route.\n   H A G E N . — Il me semblait. — N o n !\n\n  GUNTHER. — La parole la plus douce ne l'a point fait sourire, et p o u r t a n t\ncette parole, je l'ai cueillie sur les lèvres mélodieuses de Volker, d a n s u n e\nheure d'or! L a menace la plus d u r e la laisse plus insensible encore. Elle ne\nconnaît ni joie ni souffrance.\n   U T E . — C'est vrai. L a vieille nourrice cache tout.\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                                     LES NIBELUNGEN                                 33\n\n   GUNTHER. — Elle regarde droit devant elle, m u e t t e ; et s'il faut en croire\nles anciens contes, il semble que le sang l'ait quittée pour réchauffer les\nfroides entrailles de quelque reptile. Il s'est singulièrement ennobli parmi s t s\npareils, ce reptile, mais elle ne le vaut pas, elle vaut infiniment moins qu'un\nreptile, et il en sera ainsi d u r a n t cent ou mille a n s , jusqu'à ce q u e , poussé\npar l'aveugle destin, son pied l'écrase. Réjouis-toi, Gerenot, la couronne de\nBurgondie est tienne, je n'aurai p a s d'enfants !\n   H A G E N . — E n sommes-nous là?\n   GUNTHER. — T u t'étonnes de ne l'apprendre qu'aujourd'hui? J'avais enfoui\nce secret dans mon c œ u r ; mais puisque tu poses toi-même le flambeau sur la\ntable, ouvre les yeux et regarde autour de toi! Dans la maison, la colère et\nla discorde, dehors la honte. Si tu trouves mieux dans quelque recoin,\nmontre-le-moi!\n   HAGEN. — P a s a u j o u r d ' h u i .\n  GUNTHER. — Cette alliance vient n o u s délivrer de la h o n t e . De même\nqu'un cygne plonge dès qu'il voit l'eau claire devant lui et lave la poussière\nde ses ailes, de même je poursuivrai cette œuvre et avec la dernière énergie!\n   H A G E N . — De deux choses l'une : ou bien Kriemhild aima son époux d'un\na m o u r sans égal...\n   GUNTHER. — J e ne le nierai p a s ; je connais la différence.\n   H A G E N . — ... et elle nous hait comme jamais femme n'a haï.\n   GUNTHER. — N o u s ? N o n p a s ! T o i , peut-être.\n   HAGEN. — Elle ne distinguera pas. N o u s haïssant à ce point, elle fera tout\npour le prouver, car l'amour n'aspira jamais a u x baisers et aux étreintes\ncomme la haine au crime, au sang et à la m o r t ; de plus, si le jeûne nuit à\nl'amour, la haine en devient plus vorace.\n   GUNTHER. — T u en as quelque expérience !\n   HAGEN. — C'est pourquoi je t'avertis.\n   GUNTHER. — Nous sommes réconciliés.\n   HAGEN. — Réconciliés! P a r les dieux i n c o n n u s ! Si je n'étais ton h o m m e ,\nle plus fidèle de tes h o m m e s , si chaque goutte de m o n sang ne battait pour\ntoi autant que le cœur entier des autres, si tout mon être ne pressentait ce\nque tu ne sens qu'après coup, je me tairais et ne sourirais même pas !\nL'avertissement q u e cache l'ironie vaut une meilleure réponse. Réconciliés!\nOui, oui, elle a consenti à te tendre la joue (montrant Giselher et Ute), pnrce\nqu'il l'en priait d u matin au soir et que l'autre pleurait, mais — avez-vous bu\nà la même coupe? P a s une fois. D'ailleurs, le compte n'en serait pas réglé;\nnon, la réconciliation n'est q u ' u n e dette ajoutée aux autres; le compte n'a\nfait que grossir.\n  U T E . — N e juge pas de ma fille comme de toi-même. J e sais que tu ne\nchercherais dans son baiser que s'il lui m a n q u e les dents qui donnent la\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "34                                      DURENDAL\n\n\nmort, mais Kriemhild ne profanera jamais le signe sacré qui depuis l'aurore\ndu monde scella la paix entre les h o m m e s .\n    H A G E N . — Les N i b e l u n g e n assassinèrent leur père pour l'or que Siegfried\na p p o r t a au R h i n . Qui l'aurait cru? P o u r t a n t ils le firent : d'autres en feront\nautant.\n   G E R E N O T . — J'écoute volontiers tes avis en toute chose autre que celle-ci.\nT u reportas sur Kriemhild la haine vouée à Siegfried.\n   H A G E N . — T u me connais mal. Découvre le pays dont nul chemin ne\nramène, je le conquerrai pour elle, j'élèverai sa puissance à la hauteur qu'elle\ndésire; mais ne me d e m a n d e pas de lui d o n n e r des a r m e s ; je le déconseille,\nparce qu'elle pourrait t'en frapper. Vous croyez, sans doute, que c'est dans\nl'espoir de lui porter un nouveau c o u p que je volai le trésor? L o i n de moi\nu n e telle p e n s é e ! J ' h o n o r e sa douleur et ne lui en veux pas de ce qu'elle me\nmaudit. Qui ne désirerait une telle femme, qui n'aimerait celle qui, aveugle\nà toutes les fautes d u vif, en veut à la terre de n e pas briller autour de la\ntombe du mort? Si j'ai agi de la sorte, c'est que la prudence l'exigeait.\n   U T E . — On pouvait éviter cette extrémité.\n   H A G E N . — Il est vrai que la réconciliation en souffrit. (A Gunther.) J'igno-\nrais qu'elle t'en avait excusé pour ton absence. Toutefois je me permets d'en\ndouter, car, à son retour, tu négligeas de punir le voleur. Mais qui donc\naurait agi autrement ? Elle avait de quoi recruter une armée.\n   U T E . — Recruter une armée ? Kriemhild ! Mais elle n'y songea jamais !\n  H A G E N . — J e sais qu'elle n'y songea point. Elle emplissait seulement les\nmains tendues et ne se souciait point qu'on les tendît dix fois. C'est le moyen\nde se faire des amis et de les conserver.\n    U T E . — Elle n'eut d'autre souci que d'honorer Siegfried. N o n , jamais l'on\nne reverra pareille figure. Drapée dans ses vêlements de deuil, l'œil calme,\nmais toujours h u m i d e , elle distribuait, à l'envi, les pierres précieuses et l'or\nr o u g e ; souvent elle les baignait de ses larmes. E n choisissant sa douleur, le\ndestin choisit la misère la plus grande pour distribuer le b o n h e u r le plus\ngrand.\n    H A G E N . — Je n'en j u g e pas différemment; elle émouvait les pierres. Or,\ncomme la reconnaissance pèse et que c h a c u n cherche l'occasion favorable\nde s'en alléger, parmi tant d'obligés il s'en fut au moins trouvé un qui lui\nd e m a n d â t : P o u r q u o i pleures-tu? U n signe, et le glaive aurait sauté du four-\nreau pour venger le vainqueur du dragon, le dispensateur de tant de biens.\n\n  U T E . — E t tu penses que Kriemhild aurait donné ce signe? Mais n'est-elle\npas femme? Ne suis-je pas sa mère? L e roi n'est-il pas son frère? Gerenot et\nGiselher ne lui sont-ils toujours chers?\n\n   H A G E N . — Il me semble ouïr Siegfried lui-même : les corbeaux l'entourent\net l'avertissent, mais il pense : « J e suis chez m o n beau-frère », et les chasse\nen lançant un renard dans leur volée.\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                                LES NIBELUNGEN                                       35\n\n    G U N T H E R . — Assez ! Il ne s'agit plus que de trouver la bouche qui lui\na n n o n c e ce nouvel a m o u r . . . (A Ute.) Il n'en est de meilleure que la tienne.\nVa, parle-lui.\n                                                                        (Tous partent.)\n                                          S C È N E III\n\n        (La chambre de Kriemhild.)\n   KRIEMHILD (donne à manger à ses oiseaux et à son écureuil). — J e me suis sou-\nvent d e m a n d é e pourquoi les vieilles gens aimaient tant les a n i m a u x ; aujour-\nd'hui j'en fais a u t a n t . . .\n\n                                     S C È N E IV\n        (Ute entre.)\n   U T E . — E n c o r e la main au panier d e froment?\n   KRIEMHILD. — T u sais qu'ils sont toute ma richesse et que je les aime. Ils\nn'ont pas à se plaindre de m o i ; ils peuvent s'envoler à leur guise, les cages\nleur sont larges ouvertes comme les fenêtres, mais tous d e m e u r e n t ; même\nl'écureuil, cette œuvre sortie des mains du Créateur au septième jour. Il l'a\nparfaite c o m m e pas u n e , car l'image la plus belle lui vint à l'heure du repos.\nD'ailleurs, c o m m e n t n'aimerais-je pas ce qui me tient lieu d'enfant?\n    U T E . — N e les prive pas de ta tendresse, mais ne sois pas injuste pour les\nh o m m e s . T u n o u s enlèves ce dont tu les combles, et nous valons cependant\nmieux qu'eux?\n   KRIEMHILD. — Peut-être. Qui donc mourut de douleur pour le noble Sieg-\nfried? P a s m ê m e moi, mais bien son chien fidèle.\n   U T E . — Mon enfant!\n   KRIEMHILD. — Il se blottit sous son cercueil et voulut me mordre quand je\nlui présentai à manger, tout comme si je l'excitais à quelque méfait. J'ai\nmaudit, il est vrai, j'ai proféré des serments, mais après j ' a i m a n g é . — Par-\ndonne-moi, mère, mais il m'advint tant de mal des h o m m e s que je crois les\nfauves meilleurs qu'eux.\n   U T E . — Laisse ces pensées, il faut que je te parle.\n   KRIEMHILD (sans l'écouter). — O h ! j ' e n suis convaincue. L e lion furieux\népargne l'homme qui dort; la nature le fit trop noble p o u r égorger u n être\nsans défense. Il est vrai qu'il déchire celui qui veille, mais seulement q u a n d la\nfaim l'y contraint, ce qui pousse aussi les h o m m e s contre les h o m m e s . Mais\njamais il n'attaque, parce qu'il envie u n e noble figure ou u n e démarche fière,\nce qui fait, chez n o u s , d'un héros un assassin.\n  U T E . — P o u r t a n t le serpent blesse ce qu'il peut atteindre, et au hasard.\n   KRIEMHILD. — Quand on l'écrase du pied. Mais la langue dont il frappe\nson e n n e m i , il ne l'emploie pas à jurer qu'il voudrait l'embrasser. N o n , si\nles animaux nous sont hostiles, c'est que n o u s avons rompu la sainte paix du\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "36                                      DURENDAL\n\n\n Seigneur, mais ils se réconcilient avec quiconque en est digne. C'est au\n milieu d'eux que j ' a u r a i s dû me réfugier, mon enfant dans les bras, car\nl'homme nu, l'exilé que sa race a b a n d o n n e , renie ou trahit, ils le protègent\nen souvenir de la fraternité qui les unissait à l'aurore du m o n d e . D a n s votre\nlangage j ' a u r a i s conté mes souffrances à mon enfant; dans le leur, j'aurais\n m u r m u r é comment venger le crime. E t quand il eut été h o m m e , il serait\nsorti de la forêt sombre armé d'une lourde massue, et tous, depuis le lion\nj u s q u ' a u ver timide, tous l'auraient suivi tel un roi qu'escortent les siens.\n   U T E . — Il apprendra à maudire tout aussi bien aux bords du R h i n ; le père\nde Siegfried y a droit et sa mère n'est plus là pour l'en empêcher. P o u r t a n t\nil eût été préférable de le garder auprès de toi.\n   KRIEMHILD. — T a i s - t o i ! tais-toi! si tu ne veux que mon doute t'atteigne.\nC o m m e n t ! le fils de Siegfried à la cour des Nibelungen? On ne lui aurait pas\nlaissé pousser la troisième d e n t !\n   U T E . — Tu vois ce qu'il t'en coûte de repousser la consolation que t'offre\nla n a t u r e .\n    KRIEMHILD. — Celle d'avoir enlevé l'enfant aux assassins m e suffit et tou-\nj o u r s je tiendrai compte à Giselher de m'y avoir aidé si fidèlement.\n  U T E . — T e voilà bien p u n i e , maintenant que tu es réduite à chérir les\noiseaux.\n   KRIEMHILD. — P o u r q u o i prends-tu plaisir à me tourmenter? T u sais mes\nmalheurs. Couche le fils d'une morte sur son cœur, d e m a n d e - l u i de le nourrir,\non verra plutôt la source sacrée de la nature rejaillir dans sa poitrine transie\nque mon âme se réveiller de cette léthargie. P a s u n être vivant ne la subit\naussi profondément que moi. N'en étais-je pas venue au point de voir mes\nrêves s'étendre à l'état de veille, de braver l'appel matinal du coq joyeux?\nPouvais-je vraiment être mère? N o n , ne m'en parle plus : mon fils n'est pas\nné pour me consoler. Il tuera le meurtrier de son p è r e ; quand il l'aura\nfrappé je l'embrasserai, puis nous nous séparerons pour jamais.\n\n\n                                        SCÈNE V\n\n\n       (Giselher et Gerenot entrent.)\n  GERENOT. — E h bien, mère? E h bien?\n  U T E . — J e n'ai rien pu lui dire.\n  GISELHER. — Nous nous en chargeons.\n\n   KRIEMHILD. — Mais quel jour sommes-nous, que                   tous mes    parents\ns'assemblent de la sorte ? Lève-t-on peut-être le deuil ?\n  GERENOT. — C'est fait depuis longtemps. L'on rassemble ses économies\npour la S a i n t - J e a n ; l'on pend demain l'ail aux poutres. As-tu perdu à ce\npoint la notion du temps ?\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                                 LES NIBELUNGEN                                      37\n\n   KRIEMHILD. — Depuis que je me désintéresse des mets, j'oublie chaque\nfête ; mais votre joie ne peut qu'y gagner.\n  GERENOT. — C'est impossible aussi longtemps que tu portes ces vêtements\nde deuil. Aussi nous venons vous les enlever. — (A Ute.) Eh bien, q u a n d\nmême non, mère, il est préférable que tu le fasses.\n  KRIEMHILD. — De quoi s'agit-il, qu'ils s'interrompent tout à coup ?\n   U T E . — Mon enfant, si tu voulais, u n e fois encore, comme jadis, cacher\nta tête sur mon sein.\n  KRIEMHILD. — Dieu nous préserve du jour funeste qui apportera cette\nnécessité! T u ne te souviens donc plus !\n  GERENOT. — Ah I n'en parle pas aujourd'hui !\n   U T E . — J e te revoyais enfant.\n  GISELHER. — Vous n'y réussirez p a s . Je vous aidai souvent, et que vous\nm'en blâmiez ou non, je veux y tâcher encore ! (A Kriemhild.) N'as-tu pas\nentendu le son des trompettes, le bruit des a r m e s , le piaffement des chevaux ?\nCela signifie : u n grand roi d e m a n d e ta main.\n   U T E . — Voilà.\n   KRIEMHILD. — E t ma mère croit utile de me l ' a n n o n c e r ? Grand Dieu !\nMais la dernière des servantes serait assez femme pour te répondre ! Comment\nse peut-il que tu oses me le demander à moi.\n  U T E . — On t'en prie.\n  KRIEMHILD. — P o u r se moquer de moi.\n  U T E . — Comment ta mère pourrait-elle se prêter à ces sentiments?\n   KRIEMHILD. — J e cherche en vain à te c o m p r e n d r e . (A ses frères.) Vous\nautres, vous ne savez ce que vous faites, vous êtes trop j e u n e s . J e vous\navertirai q u a n d votre heure viendra. (A Ute.) Mais toi ! — Puis-je renier mon\nSiegfried jusque dans la mort ? Cette main qu'il a sacrée par sa dernière\nétreinte puis-je la déposer dans une a u t r e ? Ces lèvres, qui depuis qu'il m'a\nquittée n'ont touché que son t o m b e a u , peux-tu me d e m a n d e r de les souiller ?\nIl ne suffit donc point que je ne lui porte pas d'expiation, il faut encore\nrenier ses droits et ternir sa mémoire ? N o n , on estime les morts à la douleur\ndont les honorent les vivants, et si la veuve se remarie c'est à juste litre qu'on\npense : elle est la dernière des femmes, ou son mari le dernier des hommes !\nAh ! comment se peut-il que tu aies pu y songer !\n   U T E . — Q u e tu refuses ou que tu consentes, il t'en restera toujours ce\nprofit, que tes frères te souhaitent, et de grand cœur, quelque joie.\n    GISELHER. — Oui, chère sœur, n o u s le souhaitons et le roi tout comme\nn o u s . Ah ! que n'as-tu entendu comme il rabroua le Tronjer qui s'opposait\nau projet, et sans s'occuper de lui ni de ses avis, ne suivit que sa propre\nvolonté ! T u lui pardonnerais à l'instant, et non seulement de bouche, comme\njadis, mais du fond du cœur.\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "38                                   DURENDAL\n\n\n  KRIEMHILD. — Ainsi, H a g e n s'y opposait ?\n  GISELHER. — J e l'entendis de mes propres oreilles.\n  KRIEMHILD. — C'est qu'il a peur !\n  U T E . — Il n'en faut pas douter, mon enfant.\n  GERENOT. — Il craint que tu n'excites Etzel, car c'est lui qui prétend à ta\nmain, et n'entraînes à sa suite tous les H u n s contre les Burgondes !\n  U T E . — Réfléchis b i e n .\n  KRIEMHILD. — Il sait ce qu'il mérite.\n GERENOT. — Mais oublie qu'au milieu de n o u s , il est aussi sûr que nous-\nmêmes.\n  KRIEMHILD. — Il se rappelle le sort d'un meilleur q u ' H a g e n que vous\nentouriez.\n  U T E . — G r a n d Dieu ! que ne l'ai-je prévu !\n  GERENOT. — N o t r e jeunesse nous trompait.\n   KRIEMHILD. — Oui, vous étiez trop jeunes pour me protéger, c'est vrai,\nmais non pour défendre l'assassin que le ciel et la terre tout ensemble accu-\nsaient !\n   U T E . — Ne parle pas ainsi. T u honoras le Tronjer et comme eux tu l'as\naimé. Q u a n d , d a n s ton rêve d'enfant la licorne sauvage te poursuivait, ou\nque le vautour t'effrayait, n'était-ce p a s ton père qui te sauvait du monstre ?\nP o u r t a n t , au matin, tu sautais au cou de l'oncle, et ton premier baiser\nle remerciait d'exploits qu'il ignorait.\n   GISELHER. — Mais o u i ! E t q u a n d , à l'écurie, les vieux serviteurs n o u s\ncontaient du dieu qui agite la foudre, T h o r , et que n o u s croyions q u e\nc'était le dieu lui-même qui par la fente de la porte nous menaçait à la lueur\ndes éclairs, nous nous l'imaginions pareil à H a g e n lançant son javelot.\n    GERENOT. — Ah! je t'en conjure, laisse le passé se p e r d r e d a n s la nuit de\nl'oubli. T u as assez pleuré ton héros. Si d a n s la véhémence de la première\ndouleur tu avais fait vœu de pleurer chacune d e ses qualités pendant u n e\na n n é e entière, à cette heure tu serais déliée d e ta promesse. Essuie d o n c tes\nyeux, emploie-les à regarder au lieu de les vouer aux larmes. Etzel est digne\nde ton premier regard de joie. P e r s o n n e ne peut te rendre le mort et voici le\nmeilleur des vivants.\n  KRIEMHILD. — Sachez qu'en cette vie je ne désire q u ' u n e chose, et que je\nne me lasserai jamais d'y aspirer.\n\n                                      S C È N E VI\n          (Gunther entre.)\n  GUNTHER (d ses frères). — E h bien, où en sommes nous?\n   KRIEMHILD (s'agenouillant devant lui). — Mon seigneur, mon frère et mon\nroi, je te supplie h u m b l e m e n t de m'écouter.\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                                 LES NIBELUNGEN                                         39\n\n  G U N T H E R . — Quel est l'objet de ta d e m a n d e , parle.\n  KRIEMHILD. — S'il est vrai, comme on me l'a dit tantôt, que pour la pre-\nmière fois tu osas te m o n t r e r le maître aujourd'hui.\n  GUNTHER. — P o u r la première fois?\n  KRIEMHILD. — Si tu ne portes plus la couronne et la pourpre par simple\nostentation, le glaive et le sceptre par ironie...\n  GUNTHER. — T e s paroles sont dures.\n   KRIEMHILD. — Malgré moi. Mais puisque après avoir été couronné tu gra-\nvis enfin le trône.\n  GUNTHER. — E t pour toujours!\n   KRIEMHILD. — U n e heure de joie a sonné pour les opprimés. Comme\nreine de tous ceux qui vont par le pays, plies sous le fardeau de la douleur,\nje me lève devant ton trône et je te crie : q u ' H a g e n Tronje expie son crime!\n  GUNTHER (frappe du pied). — Toujours cela!\n    KRIEMHILD (se relève lentement). — L e corbeau d o n t le vol noir encercle d a n s\nla forêt la place fatale, ne cessera d'y croasser jusqu'au jour où la vengeance\nsera v e n u e . Il a vu couler le s a n g innocent et ne trouvera de repos que\nq u a n d le meurtrier aura r é p a n d u le sien. L ' a n i m a l qui ignore la cause de sa\ndouleur mais préfère mourir plutôt que d'oublier son devoir me fera-t-il\nh o n t e ? N o n ! n o n ! Mon maître et roi je porte plainte ici contre H a g e n\nTronje et réclamerai son châtiment jusqu'à la mort.\n  GUNTHER. — T u y perdras ta peine.\n    KRIEMHILD. — N'en décide pas si tôt. Si, d a n s cette heure douloureuse tu\ntrouves moyen de te débarrasser de ta pauvre sœur, plus vite qu'elle souhaita\npouvoir le faire dans un temps meilleur, quand le cerf sauvage avait fendu\nta main ; si tu trouves q u e l q u e raison de dédaigner la douleur qui, en toute\njustice, se hasarde à dire : « E n est-il qui égale la mienne? » alors je rirai,\nje me moquerai de moi-même et bénirai tous ceux que j ' a i maudits jadis.\n Mais, si tu refuses froidement la m o i n d r e des consolations, si tu veux me\nchasser de devant toi en fronçant les sourcils, réfléchis, reprends ta parole.\nJ e ne suis pas seule à crier vengeance, le pays entier crie par ma voix : l'en-\nfant y consacre le premier souffle, le vieillard le dernier soupir, fiancés et\npromises le frisson le plus cher. P r e n d s garde ! Le jour où ils paraîtront\ndevant ton trône, tu frémiras de voir que chaque âge, que chaque classe me\nsoutient. Car telle u n e nuée d'orage le malheur s'avance et lés menace de plus\nen plus. D o u t a n t si elles n'ont pas nourri de monstre, les femmes enceintes\ntremblent d'enfanter; et que la lune ou le soleil nous éclaire encore est p o u r\nbeaucoup un prodige. Sache donc, que si tu négliges tes devoirs de roi, le\npeuple se fera lui-même justice, c o m m e jadis q u a n d les rois n'étaient pas\nencore n é s ; sache que si la fureur le rassemble j a m a i s , il te sera plus ter-\nrible, à toi qui trembles aujourd'hui, que le Tronjer l u i - m ê m e !\n\n  GUNTHEU. — Qu'il vienne, je saurai l'attendre.\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                                    DURENDAL\n40\n   KRIEMHILD. — Tu parles comme si je n'étendais devant toi qu'un misé-\nrable manteau souillé d e sang, comme si tu n'avais jamais c o n n u le héros\nqui l'animait de sa vie, jamais entendu sa voix, jamais pressé ses mains d a n s\nles tiennes! Est-ce possible ! Alors, ô t e r r e ! teins-toi tout entière de l'hor-\nreur dent un forfait inouï t'a souillée chez les B u r g o n d e s ! Deviens rouge\ncomme du s a n g ! Rejette le vert manteau de l'espérance et de la joie! R a p -\npelle à tout ce qui vit cet indicible forfait, et puisqu'on reste sourd à tes cris,\nporte l'expiation devant la race h u m a i n e tout e n t i è r e !\n    G U N T H E R . — Assez! Je suis venu d a n s une intention qui mérite gratitude.\n(A Ute.) Lui en as-tu parlé? {Sur un signe de tête affirmatif.') C'est b i e n ! c'est\nb i e n ! Je ne d e m a n d e point que tu me répondes : que le messager a p p r e n n e\ntout de ta propre b o u c h e . Il verra de la sorte que tu te décidas sans con-\ntrainte. J'espère du moins q u e tu daigneras l'entendre; l'usage le veut et\nlui-même t'en prie.\n  KRIEMHILD. — Le markgrave Rüdeger m'est b i e n v e n u .\n  GUNTHER. — Il viendra aussitôt. (A Ute et à ses frères.) Qu'on la laisse.\n                                                               (Tous sortent.)\n\n                                    S C È N E VII\n\n   KRIEMHILD. — Il a peur ! Il craint H a g e n Tronje, et Hagen Tronje, ils\nl'ont avoué, me redoute. T u as peut-être raison, ma m è r e ; que tous me\nméprisent d'abord, qui verra la fin m'en louera davantage.\n\n\n                                    S C È N E VIII\n\n          (Rüdeger entre avec sa suite.)\n  KRIEMHII.D. — Markgrave R ü d e g e r , soyez le bienvenu. Mais dites, est-il\nvrai que vous venez en messager?\n  RÜDEGER. — Vous l'avez dit, je viens en messager, mais en messager\nd'Etzel qui ne respecta q u ' u n sceptre, celui des N i b e l u n g e n .\n  KRIEMHILD. — C'est possible, je n'en d e m e u r e pas moins étonnée. Il y a\nlongtemps que je connais votre gloire. Les exploits et R ü d e g e r , qui avant\ntout autre les accomplit, eurent u n e place c o m m u n e dans notre c œ u r . Si l'on\nenvoie un tel messager, c'est qu'on d e m a n d e , du m o n d e , la meilleure des\nchoses.\n   RÜDEGER. — E n effet, c'est la volonté de mon seigneur et roi.\n   KRIEMHILD. — Mais comment se peut-il, R ü d e g e r , que vous demandiez la\n main d ' u n e veuve? que vous veniez la chercher d a n s un repaire de b a n d i t s !\n   RÜDEGER. — Q u e dites-vous, R e i n e !\n    KRIEMHILD. — Les hirondelles se sont envolées, les cigognes pieuses ne\n regagnent plus le nid qu'elles aimèrent si longtemps, et le roi Etzel prétend\n à la main de Kriemhild?\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                                       LES NIBELUNGEN                             41\n\n\n  RÜDEGER. — Vos paroles sont funestes!\n  K R I E M H I L D . — P l u s funestes encore les crimes que je v i s ! N e pâlissez\npoint! Vous savez de quelle mort mourut Siegfried, mais vous ignorez la\nchanson dont les nourrices, au bord du R h i n , effraient les enfants.\n  R Ü D E G E R . — Et si je la connaissais?\n  KRIEMHILD. — L e roi Etzel est-il encore païen?\n  RÜDEGER. — Il se fera chrétien si on le désire.\n   KRIEMHILD. — N o n ! non ! Qu'il reste païen ! J e ne veux pas vous tromper,\nRüdeger, mon cœur est mort avec celui pour lequel il battait, ma main seule\nest à prix.\n  RÜDEGER. — J e vous offre un pouvoir sans limites.\n  KRIEMHILD. — C'est b e a u c o u p et rien. C o m m e n t le partage-t-on chez\nvous ? Au mari, l'épée, le sceptre et la couronne ? A la femme les hochets et les\nbroderies ? N o n ! n o n ! je ne saurais m'en contenter.\n   RÜDEGER. — Quoi que ce puisse être, vous en disposez avant même de\nl'avoir d e m a n d é .\n  KRIEMHILD. — Le roi Etzel ne refuse donc rien?\n  RÜDEGER. — Rien, j ' e n demeure g a r a n t .\n  KRIEMHILD. — E t vous?\n  RÜDEGER. — T o u t ce qui m'appartient est à vous, tout, jusqu'à m o n\ndernier souffle.\n  KRIEMHILD. — Markgrave, jurez-le-moi!\n  R Ü D E G E R . — J e le j u r e !\n  KRIEMHILD (à part soi). — On connaît le prix, j'en suis certaine. (Aux valets.)\nLes rois !\n  RÜDEGER. — Alors j ' a i votre parole?\n   KRIEMHILD. — P e r s o n n e des nôtres n'ignore la puissance d'Etzel. Son nom\névoque l'idée du carnage et de l'incendie, après on se souvient qu'on parle\nd'un être h u m a i n . E h bien, oui ! Ma parole, vous l'avez! — L'on dit que si la\ncouronne lui dégouttait du front, si l'épée rougie à blanc fondait en ses\nmains, il n'arrêterait pas le combat. — Alors, c'est le vengeur attendu, ce lui\nsera pures délices!\n\n                                         S C È N E IX\n\n      (Ute et les rois entrent.)\n  KRIEMHILD. — J'ai mûrement réfléchi; je me soumets à votre volonté.\nMarkgrave R ü d e g e r , donnez-moi la m a i n ! J e la prends comme si c'était la\nmain d'Etzel lui-même. A partir de ce moment, je suis reine des H u n s .\n RÜDEGER. — Je vous rends hommage.\n                                     (Tous ses suivants tirent le glaive comme lui.)\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "42                                    DURENDAL\n\n\n     U T E . — Et moi je te bénis !\n   KRIEMHILD (recule devant Ute). — L a i s s e ! laisse! Cette bénédiction n'a plus\nde puissance. (Aux rois.) Quant à vous, escortez-moi, comme la fille du roi\nDankwart a droit de l'exiger, aussi comme il convient à l'honneur du roi de\nla terre !\n   [Gunther se tait.)\n     RÜDEGER. — C o m m e n t , vous refusez?\n  K R I E M H I L D . — Vous refusez de reconnaître mon rang? (A Rüdeger.) Mark-\ngrave d e m a n d e raison au roi Gunther !\n  GUNTHER. — Je ne refuse rien; mais je ne puis quitter le R h i n . J e vous\nprie markgrave, de remettre ma sœur en mon nom au maître qu'elle a\nchoisi, et de m'excuser auprès de sa personne. J e lui rendrai visite plus tard.\n     KRIEMHILD. — En donnez-vous votre parole de roi?\n     GUNTHER. — T u la reçus déjà.\n     RÜDEGER. — Alors j'accepte.\n  KRIEMHILD. — U n dernier adieu au tombeau de Siegfried! C e p e n d a n t ,\nveillez au reste. (Eckewart s'avance.) Mon fidèle Eckewart m'a bercé, il a tout\nquitté pour moi, il me suivra jusque d a n s la mort.\n\n\n     (A continuer.)\n\n                           (Tous droits réservés. — Traduction de J. VANDERVELDEN.)\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                  Chronique du Mois\n\n                               La musique\nLe nouveau Directeur du Conservatoire de Bruxelles.\n  — Premier concert du Conservatoire. — Troisième\n  concert Ysaye. — Quatrième concert populaire. — Le\n  « Chant de la Cloche » de Vincent d'Indy et la « Flûte\n  enchantée », au théâtre de la Monnaie.\n   C'est à M. Léon Du Bois que vient d'être confiée la haute mission et en\nmême temps la lourde charge de présider aux destinées du Conservatoire de\nBruxelles. Le choix du gouvernement se justifie par plus d'une raison. Dans\nnotre Belgique si fertile en talents, Léon Du Bois apparaît incontestablement\ncomme un de nos musiciens les mieux doués. Son œuvre, déjà considérable\nà l'heure présente, manifeste de la manière la plus heureuse les aspects-mul-\ntiples et la brillante diversité de ses facultés créatrices dans les différents\ndomaines de la musique. Il a écrit des oratorios, des chœurs, des cantates, des\npièces orchestrales, des poèmes vocaux, des œuvres théâtrales. Toutes ces\ncompositions ont de la sève, du style, de la couleur, se recommandent par la\ndistinction des idées et de la facture. L'un de ses poèmes vocaux avec accom-\npagnement d'orchestre, Immortel amour, est particulièrement remarquable\npar son expression chaleureuse et son inspiration soutenue. Rappellerons-nous\naussi ses spirituels et pittoresques Carillons, illustrant musicalement un char-\nmant poème de Mlle Biermé, et les deux partitions écrites pour le théâtre qui\nlui ont surtout conquis la notoriété, d'une part le Mort, mimodrame en trois\nactes, dont la musique revêt un caractère lancinant exprimant de façon très\nsuggestive et impressionnante le frémissement de terreur angoissée qui par-\ncourt l'œuvre de Lemonnier, d'autre part Edenie, création dramatique de\nlongue haleine et de grand style, où le talent de Léon Du Bois arrive à son\nplein épanouissement.\n   Musicien d'élite, Léon Du Bois est aussi un professeur de premier ordre,\nce qu'Edgar Tinel avait reconnu en lui confiant au Conservatoire de Bruxelles\nla classe de fugue et de contrepoint. Nous ajouterons que durant ses quinze\nannées de direction à l'Académie de musique de Louvain, il a déployé des\nqualités de fermeté, de tact, d'intelligence qui lui ont valu d'unanimes sympa-\nthies, que dans l'organisation et la préparation des concerts de cette même\nAcadémie, il s'est signalé par d'excellentes initiatives, par un souci d'art très\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "44                                 DURENDAL\n\n\nélevé qui ont largement contribué à favoriser le développement et raffinement\ndu goût musical dans la cité universitaire.\n   Le premier concert du Conservatoire fut une de ces auditions émouvantes\nd'où l'on sort l'âme rafraîchie et remplie d'une sereine allégresse. Le Deutsches\nRequiem de Brahms est un vaste chant d'espoir traduisant la paix inaltérable\net les triomphantes certitudes du chrétien devant le mystère de la mort.\nOn le sait, il ne s'agit point ici d'une messe de Requiem au sens de la\nliturgie catholique. Les paroles sur lesquelles Brahms édifie sa merveilleuse\nmusique sont empruntées à quelques-uns des textes les plus beaux et les plus\nconsolants de l'Ecriture, textes exprimant la fragilité de l'existence humaine,\nle prix infini de la douleur, la splendeur des demeures de Dieu, la joie de ceux\nqui meurent dans le Seigneur, après avoir courageusement lutté pendant leur\nvie. Chacune des sept parties dont il se compose forme d'ailleurs comme un\npoème distinct et complet dont l'inspiration est aussi profonde que la forme\nparachevée, et auquel la simplicité forte du style, l'harmonieux équilibre de\nl'architecture sonore, la sobriété magistrale du coloris, mais, par-dessus tout,\nla pure et céleste qualité de l'émotion lyrique confère un caractère imposant\nde surhumaine grandeur.\n   Les hautes significations du Requiem de Brahms ressortent suffisamment\ndu fait qu'il n'a paru nullement diminué par le voisinage de la cantate sublime\nde Bach, Ein' feste Burg, dont les effusions glorieuses et étincelantes revêtent\nune puissance picturale et une portée symbolique qui sont si bien expliquées\npar Schweitzer, le perspicace commentateur de Bach, dans son ouvrage Bach,\nle Musicien-Poète.\n   M. Du Bois, qui a l'intention de consacrer son concert pascal à l'exécution\nintégrale de Franciscus, a voulu dès maintenant rendre hommage à son\nillustre prédécesseur, dont la mort, perte cruelle pour l'art national, a pro-\nvoqué une tristesse à laquelle s'est associée la patrie tout entière. Car toute\nâme capable de réfléchir et de s'émouvoir n'a pu se défendre de contempler\ndouloureusement cette tombe ouverte trop tôt, hélas ! et de pleurer devant cette\nnoble existence d'artiste brisée si soudainement au moment où, arrivé à la\npleine maturité de son génie, le chantre inspiré de Franciscus et de Catharina,\nle poète à la voix tour à tour douce et puissante, au verbe de miel et de\nflamme, avait encore tant de choses à nous dire. M. Du Bois a tenu à ce que\nces deux aspects de la personnalité de Tinel fussent représentés au concert du\nConservatoire, et il a porté judicieusement son choix, d'une part, sur l'ouver-\nture de Godelive, page de style épique, de structure vigoureuse et splendide;\nd'autre part, sur la scène de la communion de Catharina, où l'inspiration\nséraphique de Tinel, s'illuminant de reflets supraterrestres, semble nous\napporter des échos du ciel.\n   Dans la direction de ce magnifique programme, Léon Du Bois s'est géné-\nreusement dépensé, affirmant toutes les belles et solides qualités d'un véritable\nchef d'orchestre : énergie, autorité, sentiment juste et connaissance approfondie\ndes œuvres. Les grands ensembles vocaux du Requiem et du Feste Burg furent\nremarquables de sonorité, de cohésion et d'ampleur. Parmi les solistes de\ntalent qui prêtaient leur concours à cette exécution, il convient de citer parti-\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                           CHRONIQUE DU MOIS                                 45\n\n\nculièrement M. Frölich pour sa diction expressive et vibrante, et Mme Cahn-\nbley-Hinken pour son art parfait que rehausse le charme d'une voix souple et\nlumineuse.\n                                         *\n                                       * *\n   Le troisième concert Ysaye, consacré au prince des symphonistes, avait\nattiré un concours immense d'auditeurs attestant le prestigieux et universel\nempire qu'exerce actuellement le nom de Beethoven. M. von Hausegger, chef\nd'orchestre des Concerts Philharmoniques de Hambourg, dirigea l'Héroïque et\nla Septième Symphonie. Interprétations fermes et stylées, se recommandant par\nla netteté de l'exposition, par la clarté de l'analyse, arrivant parfois à des\nréalisations d'une belle ampleur, particulièrement dans l'Héroïque, mais sans\naffectionner les grandes envolées ni atteindre jamais à la haute éloquence. Le\nsuccès alla surtout au pianiste Friedberg, cet artiste de race dont maintes fois\nnous avons fait ici l'éloge. Il interpréta d'une façon vraiment magistrale le\nConcerto en ut mineur et on acclama ce jeu limpide, charmeur, exquisement\nnuancé, cette technique merveilleuse qui ne s'étale point indiscrètement de\nmanière à absorber l'attention au détriment de l'œuvre. Friedberg fut aussi\nétonnant de verve dans le Rondo en ut, auquel il imprima ces rythmes hale-\ntants, cette allure farouche et courroucée conformes à la tradition suivant\nlaquelle le maître de Bonn aurait composé ce morceau dans un accès de\n méchante humeur.\n                                          *\n                                        * *\n    C'est avec un vif plaisir qu'on a vu M. Sylvain Dupuis reparaître au\npupitre directorial des Populaires, à la tête de ce vaillant orchestre que durant\nde longues années il mena si souvent à la victoire. Aussi ne lui ménagea-t-on\npoint les acclamations et les chaleureux témoignages de sympathie.\n    Les très belles œuvres qui figuraient à la partie symphonique du programme\n furent d'ailleurs interprétées ce jour-là avec une subtilité de nuances, avec\n une ferveur expressive et lyrique qui en firent ressortir les moindres signifi-\n cations. On y entendit la savoureuse trilogie de Wallenstein de Vincent\n d'Indy, dont depuis longtemps on n'avait plus donné à Bruxelles d'exécution\n intégrale, le Don Juan de Strauss aux frémissantes envolées, et enfin la\n Scène du Sabbat et l'Orage extraits de l'opéra le Songe d'une nuit d'hiver de\n notre compatriote Auguste De Boeck, ce compositeur aussi doué que\n modeste et dont l'œuvre n'est ni suffisamment connue ni appréciée à sa juste\n valeur. Le fragment détaché du Songe d'une nuit d'hiver, peinture musicale\n d'une éloquente concision est tout à fait remarquable par sa puissance sug-\n gestive et la splendeur intense de son orchestration.\n    Le quatrième concert populaire était rehaussé par la collaboration d'un\n grand artiste, Pablo Casais. Il joua le concerto pour violoncelle de Schumann\n (op. 129) qu'il avait déjà antérieurement exécuté en 1910 aux Ysaye. De ce\n concerto, composé pendant la période de déclin, il y a surtout à retenir le\n touchant « Langsam », mais dans son ensemble il est loin d'offrir l'harmo-\n nieuse beauté de structure, la fraîcheur d'inspiration et le lumineux épanouis-\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": " 46                                DURENDAL\n\n\n sèment de l'immortel concerto pour piano en la mineur. On applaudit aussi\n vivement deux gracieux feuillets d'album, délicatement orchestrés, de Glazou-\n noff, Mélodie et Sérénade espagnole, puis, au rappel, une page de Bach que\n Casais exposa avec la majestueuse largeur de style et la poésie de sonorité\n dont il est coutumier.\n                                       *'   *\n\n    Disons maintenant nos impressions au sujet des belles représentations du\n  Chant de la Cloche de Vincent d'Indy au théâtre de la Monnaie. Le Chant\n  de la Cloche fut couronné au concours musical de la ville de Paris en\n  1886. Si l'illustre disciple de César Franck ne s'y est pas encore totalement\n affranchi des influences wagnériennes, si l'entière indépendance de son génie\n si personnel trouve son expression définitive plus nettement caractérisée dans\n les splendeurs héroïques de Fervaal, dans l'idéalisme hautain de l'Etranger\n ou encore dans les éblouissantes architectures de la Symphonie en 52 bémol,\n en revanche son Chant de la Cloche offre une expansion rayonnante, vibre\n d'une jeunesse et d'une spontanéité de sentiment qui n'apparaissent point\n au même degré dans ses créations postérieures, alors même que plus volon-\n taires, plus réfléchies et plus puissantes. L'inspiration coule de source et,\n sans aucune défaillance, se soutient et plane en une continuité d'essor\n admirable. Discrète ou éclatante, mais toujours limpide, l'orchestration est\n d'une souplesse extrême, a des affinements exquis de sonorités et de colorations.\n    On connaît l'idée directrice du poème. Le maître fondeur Wilhelm vient\n d'achever la cloche à la confection de laquelle il a voué toutes les énergies de\n son âme, le chef-d'œuvre qui, couronnant sa carrière d'artiste, va léguer son\n nom à la postérité. Maintenant que son œuvre est terminée, il peut mourir,\n mais, aux approches de l'instant suprême, son imagination lucide et exaltée\nressuscitant la vision du passé, il voit se dérouler devant lui toutes les grandes\npages du livre de sa vie en une série d'épisodes significatifs que poétise la voix\nprofonde des cloches, messagères de bonheur ou de tristesse. C'est dans un\nchant de triomphe que se termine le poème. La mort de Wilhelm a mis un\nterme aux amères critiques des envieux et des pédants, et tous sans exception\ncélèbrent l'artiste et son chef-d'œuvre.\n    Lors de l'exécution du Chant de la Cloche aux Populaires en 1906, nous\nformulions à ce sujet des appréciations qu'il nous plaît de redire ici. L'œuvre\nde d'Indy se retrouve tout entière en ses grandes lignes dans l'admirable\npoème de Schiller. L'on peut toutefois dire que le grand artiste français a\nrenouvelé l'inspiration géniale du poète allemand en la dramatisant et en\nl'enrichissant d'éléments poétiques heureusement ajoutés (tels que la vision\nnocturne dans la tour de la cathédrale, la mort du maître fondeur Wilhelm,\nmartyr de l'art, la vie surnaturelle dont s'anime la cloche où, en un symbole\nhautement expressif, l'âme de l'artiste défunt, amoureux de son œuvre, vient\npénétrer et retrouver une existence nouvelle qui celle-là ne sera plus brisée\npar la mort). Mais s'il a transformé le poème de Schiller, d'Indy n'a pas\nvoulu en changer totalement la nature et en faire une action dramatique\nproprement dite, régulièrement développée, logiquement rattachée dans ses\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                           CHRONIQUE       DU   MOIS                         47\n\nparties constitutives par un lien ferme et étroit, préférant à juste titre une\nforme discontinue, plus libre, où, ainsi dégagés d'un cadre trop rigoureuse-\nment précis, les éléments purement lyriques du poème allemand conser-\nvassent dans leur paraphrase musicale toute leur signification et leur prépon-\ndérance.\n   Par la hauteur des idées dont il s'inspire (les grands aspects philosophiques\nde la vie et de l'art, l'immortalité de l'âme et de l'amour), comme par la beauté\nde sa réalisation, le Chant de la Cloche a droit à toute admiration. Citerons-\nnous la scène du Baptême, où semble respirer l'âme céleste, naïve et mélo-\ndieuse de Franck? Ou bien le tableau de l'Amour souvent effleuré de hantises\nwagnériennes, mais si impressionnant d'un bout à l'autre en sa poésie médi-\ntative et ses colorations de rêve? Voici la vision de la Tour où, telle une lente\nthéorie de spectres volant silencieusement dans un rayon de lune, se dressent\ngrimaçantes des apparitions fantastiques, où les animaux héraldiques vivent et\nse meuvent, les gargouilles et les figures symboliques pénètrent dans la tour,\ntandis que l'appel mystérieux des cloches amies éveillant les esprits de\nl'Empyrée, ceux-ci versent dans l'âme blessée de Wilhelm le baume de la\nconsolation et que par-dessus cette musique aux sonorités scintillantes, s'élève,\npénétrante et suave, la réconfortante voix de la fiancée perdue transfigurée par\nla mort. Puis le tableau de l'Incendie, d'un réalisme si éloquent traduisant\navec tant de force ces clameurs infinies qui semblent porter en elles avec une\nintensité sans cesse grandissante la terreur et la menace des foules.\n   Mais outre ces qualités qui brillent de toute évidence dans le Chant de la\nCloche, ampleur du souffle poétique, vigueur de la conception musicale, déli-\ncatesse affinée du sens pittoresque, il en est une autre qui les domine et\nconstitue d'ailleurs comme la consécration et le couronnement de toutes les\ngrjndes œuvres de d'Indy, nous voulons dire qu'en son inspiration première,\ncomme en tous les détails de sa réalisation, il reflète la beauté d'une âme\nclaire, droite et sereine.\n   A la Monnaie, ce poème de la Cloche vient d'être l'objet d'une adaptation\nscénique analogue à celles qui ont été imaginées pour la Damnation de Faust\net l'Enfance du Christ de Berlioz. Il convient d'en féliciter vivement\nMM. Kufferath et Guidé. Le succès est grand et c'est justice, car ces repré-\nsentations très artistement suggestives comptent assurément au nombre des\nplus parfaites et des plus soigneusement mises au point qui aient été données\nsur notre première scène lyrique. Vincent d'Indy est venu les préparer lui-\nmême, infusant à l'orchestre et aux chœurs une chaleur d'accent, une richesse\nexpressive, une ferveur d'enthousiasme qui impressionnent et entraînent. Il\nsemble difficile de mieux rendre la saveur délicieuse, l'éclat et le lyrisme\nfrémissant de cette musique toute gonflée de sève printanière. Mlle Heldy\ndonne tout son charme poétique à la figure sereine et consolatrice de Léonore\n(la Fiancée). M. Girod est l'interprète ému et éloquent du rôle de Wilhelm,\noù, du reste, il fait preuve d'une puissance vocale qu'on ne lui soupçonnait\npoint. Comme toujours au théâtre de la Monnaie, la mise en scène est remar-\nquable, abonde en évocations pittoresques, en tableaux intenses de vérité et\nde couleur. Le tableau de la tour de la cathédrale est une merveille. Vincent\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "48                                 DURENDAL\n\n\nd'Indy dirigea les trois premières représentations. La conduite en a été ensuite\nconfiée à M. Lauweryns, qui s'acquitte de sa mission avec autant de convic-\ntion que de zèle.\n                                           *\n                                       *       *\n\n    Sans rencontrer dans le public ce même accueil enthousiaste qui fit de la\n reprise de Fidelio le succès le plus éclatant de la saison dernière, la reprise de\n la Flûte enchantée au théâtre de la Monnaie a donné lieu à une série de belles\net intéressantes représentations. C'est qu'à l'instar des Noces de Figaro et de\nDon Juan, la Flûte enchantée âgée de plus d'un siècle continue à faire les\ndélices de tous les musiciens et que le temps passe sur ces œuvres sans en\naltérer la beauté ni marquer de la moindre ride leur immuable jeunesse.\n Encore faudrait-il expliquer en quoi consiste cette beauté de. l'opéra de Mozart.\n    Le livret de la Flûte enchantée, signé d'Emmanuel Schikaneder, est une\n manière de conte de fées fort incohérent, dont les personnages, exception\n faite pour l'amusante silhouette de l'oiseleur Papageno, sont autant de figures\n aussi falotes qu'inconsistantes, sans aucun relief ni caractère. La lutte qui\n s'établit entre la Reine des Ombres et le mage Sarastro se disputant la pos-\nsession de Pamina et aboutissant au triomphe de la Lumière sur les Ténèbres\nindique à la vérité quelques velléités d'un vague symbolisme qui, pour\ns'exprimer dans l'action de façon trop puérile et maladroite, demeure\nd'ailleurs sans efficacité. Mozart était resté fidèle à la conception de l'opéra\nsuivant laquelle le livret, humblement asservi à la musique, dédaigneusement\nrelégué à l'arrière-plan, n'occupe dans l'œuvre d'art qu'une place secon-\n daire. Pour lui les grandes leçons esthétiques de Gluck n'avaient point porte\nde fruit. Aussi, dans les œuvres qu'il a écrit pour le théâtre, le maître de\n Salzbourg apparaît aussi différent et lointain qu'il est possible de l'être du\nglorieux restaurateur du drame lyrique, de celui dont la musique, infusant\nune puissance nouvelle aux plus purs chefs-d'œuvre des lettres grecques,\nsemble, fait unique dans l'histoire de l'art, les avoir créés une seconde fois.\n    Mais si dans son œuvre théâtrale Mozart ne s'impose pas à nous comme le\npoète souverainement profond et expressif que nous saluons dans Gluck, il a\nd'autres titres à notre admiration. Ce n'est pas au point de vue dramatique\nqu'il importe de le considérer. Mozart est poète en tant que musicien et\nexclusivement comme musicien. On l'a dit, il est la musique même, cher-\nchant et trouvant en elle seule son point d'appui, sa raison d'être et sa vertu\nexpressive. Son art est l'éclosion fraîche et embaumée d'une âme extasiée et\nradieuse. Génie vêtu d'une robe de lumière, il vole et plane au travers des\nparadis en fleurs, entonnant dans des effusions de gratitude le cantique du\nprintemps éternel. Ce qu'il faut surtout admirer dans la Flûte enchantée,\nc'est cette atmosphère harmonieuse de sérénité virginale et limpide, cette\nabondance sans cesse jaillissante de mélodies aux célestes contours, la perfec-\ntion et la souveraine eurythmie des formes musicales où s'exprime la pensée\ndu maître. C'est du génie allemand et du génie latin à la fois que Mozart a\nextrait les sucs précieux composant la liqueur divine qu'il nous offre en sa\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                           CHRONIQUE DU MOIS                                  49\n\ncoupe étincelante. Et s'il est vrai que Mozart se montre dans ses opéras un\ngénie italo-allemand, nous nous rallions volontiers à la manière de voir de\nCamille Bellaigue qui, dans la Flûte enchantée, découvre une prédominance\nde l'idéal allemand plus nettement accusée que dans ses autres créations\nthéâtrales. L'observation s'applique notamment à l'ouverture et aux ensembles\nsymphoniques ou vocaux qui figurent parmi les plus belles pages de la par-\ntition, la pensée allemande se différenciant d'ailleurs de la pensée italienne par\n« la mélodie moins facile mais plus riche, plus féconde, que l'harmonie\nviendra soutenir et fortifier, par une plus grande indépendance des formes\nou des forces musicales, par la continuité logique et naturelle de la mélodie\net du discours ».\n    La Flûte enchantée bénéficie à la Monnaie d'une interprétation très\ndistinguée, à laquelle MM. Girod (Tamino), Ponzio (Papageno), Grommen\n(Sarastro), Baldous (l'Orateur), Mmes Pornot (la Reine de la Nuit) et Rollet\n (Pamina) prêtent leur concours. Nous signalerons particulièrement Mlle Rollet\n qui dans le rôle de Pamina s'est véritablement révélée au public dont elle a\n conquis les suffrages par le charme de sa voix douce et flexible, par la remar-\n quable pureté de sa diction, la grâce de son geste et la mobilité expressive de\n sa physionomie.\n                                                     G E O R G E S DE GOLESCO.\n\n\n\n\n                              Théâtre du Parc\nBaldus et Josina, pièce en six tableaux de M. PAUL SPAAK\n   Ce théâtre belge longtemps rêvé par nos auteurs, le voici donc réalisé grâce\nà l'inlassable persévérance de l'enthousiaste et toujours jeune Edmond Picard.\nIl s'est inauguré par une œuvre nouvelle d'un dramaturge qui a fait brillam-\nment ses preuves, M. Paul Spaak, que d'aucuns nomment, à tort peut-être,\n« le Rostand belge ». Jamais ce luxuriant poète n'a dépensé plus de talent que\ndans Baldus et Josina, jamais il n'a brossé d'une main plus ferme et sûre ces\ntableaux de la Flandre où il est passé maître, jamais surtout il ne s'est élevé\nplus haut dans les sphères de l'idéalisme. Baldus et Josina est, bien plutôt\nqu'un drame, un poème dialogué, écrit à la louange de la Flandre et du rêve.\nAussi ne m'étonnerais-je pas qu'il fît meilleure impression à la lecture qu'à la\nscène. Il semble, et ceci est étrange, que la pratique du théâtre, au lieu de\ndévelopper en M. Spaak, l'habileté dramatique, accentue, au contraire, ses\nqualités lyriques, et qu'à chaque nouvelle œuvre il se montre plus poète, en\nquoi d'ailleurs il affirme bien son tempérament national. Ce n'est pas moi qui\nm'en plaindrai. Pourtant, force m'est bien de convenir que Kaatje, où le\nlyrisme apparaît plus contenu, avait, par sa simplicité, son émotion toute fami-\nlière et familiale, son intrigue sobre et « quotidienne », plus de chances de\ntoucher la foule que Baldus et Josina, où les meilleurs morceaux se trouvent\nprécisément être des hors-d'œuvre lyriques. Le récit du vieux Basilius, au\ndeuxième tableau, est une merveille de grâce et d'émotion; les quatre confes-\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": " 5o                                DURENDAL\n\n\n sions où Baldus explique son rêve à Josina, ont d'éclatantes et graves beautés :\n mais encore est-il excessif, quand on est le héros d'un drame, de s'y reprendre\n à quatre fois pour redire les mêmes choses, et il y a, dans tout cela, de\n flagrantes longueurs, si nous jugeons la pièce comme pièce, non comme poème.\n Je ne vois guère que le troisième et le cinquième tableau qui demeurent propre-\n ment des scènes de comédie. Quant au dénouement du drame, son tragique,\n un peu facile, apparaît inopportun : ce poète qui préfère mourir plutôt que\n d'épouser sa belle, parce que le père de la jeune fille ne veut consentir au\n mariage qu'à condition qu'il brûle ses vers (alors qu'il les connaît par cœur\n et qu'il pourrait si simplement simuler un autodafé), cet artiste qui refuse\n d'être un homme et un travailleur comme les autres, fût-ce pour conquérir\n le bonheur, ce Baldus est, si l'on y pense, un paresseux indécrassable et un\n assez sot personnage. Et son geste final enlève à la pièce non seulement toute\n réalité, mais toute vraie vérité humaine : même poète au fond de l'âme, on n'est\n pas chimérique et absurde à ce point-là. Le public bruxellois, qui a beaucoup\n de bon sens, qui en a trop peut-être, a fort bien compris cela ; et s'il n'a pas\n fait à cette pièce le succès qu'il a fait à Kaatje, ce n'est pas seulement par\n défiance vis-à-vis du théâtre belge.\n    Il n'en reste pas moins, d'ailleurs, que Baldus et Josina est une œuvre de\n grand mérite, pleine de remarquables beautés, et qui atteint par moments à\n une émotion profonde, directe, communicative, qui est la marque essentielle\n du talent de M. Spaak, et que nul autre homme de théâtre ne possède chez\n nous à ce point.\n    M. Reding monta cette œuvre inaugurale avec des soins qui, à eux seuls,\nen eussent justifié le succès. Les décors étaient superbes de poésie et de vérité.\n Et l'interprétation fut à la hauteur de la pièce : M. Brousse, en Baldus, eut\ndes accents chaleureux et se surpassa lui-même (j'ajouterai que, cette fois-ci,\nil a fort bien dit les vers) ; M. Gournac, qui se révèle un acteur excellent, joua\nd'émouvante façon le joli rôle de Basilius; M. Richard fut parfait de bonho-\nmie, de rondeur et d'importance satisfaite ; M. Marey, en Jacob, joua en artiste\nsobre et sûr, et les autres acteurs masculins complétèrent l'ensemble de la\nmanière la plus satisfaisante. Du côté des dames, je n'ai, sans efforts de galan-\nterie, que des éloges à exprimer : Mlle Dudicourt prêta au rôle de Josina le\ncharme de sa voix musicale, de sa diction intelligente, de sa grâce simple et\nnaturelle ; on en voulait un peu à son candide amant de sacrifier ainsi une\npersonne si aimable à la manie des vers. M mes Adrienne Beer et Mary Leroy\nfurent très agréables, elles aussi, en Caso et en Cordula; et enfin Mlle Lefèvre\nrécita avec gentillesse les admirables levers de rideau dont M. Spaak, qui a\ndes images à revendre, avait fait précéder chacun de ses six actes.\n\n                                          *\n                                      *       *\n\nL ' A m o u r v e i l l e , comédie en quatre actes de MM. DE FLERS et DE\n  CAILI.AVET.\n  Il y a en somme peu de chose dans ces quatre actes, et l'on serait bien en\npeine d'en raconter l'intrigue. Mais ils valent par la grâce, la bonne humeur\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                              REVUE    DU   MOIS                            51\n\n\nalerte, l'esprit que les auteurs répandent à profusion dans ces tableaux légers\nde la vie parisienne. Ah! que MM. de Fiers et de Caillavet sont spirituels et\ncharmants? Depuis Meilhac et Halévy, on n'avait plus vu au théâtre d'aussi\namusantes comédies, brodées sur une trame aussi frêle.\n   Il y a du moins, dans l'Amour veille, un type curieux et bien croqué,\nErnest Vernet, dont M. Henri Beaulieu a rendu excellemment la gaucherie\ndésappointée, tandis que Mlle André Mérv réalisait une belle et séduisante\nJacqueline.\n\n\nL ' A s s a u t , pièce en trois actes de M. HENRY BERNSTEIN.\n   Voici sans doute la meilleure pièce, la plus pensée, la mieux écrite, la\nplus noblement émouvante que M. Bernstein ait donnée; et bien qu'il ait\nrenoncé ici aux brutales violences de jadis, l'impression produite par\nl'Assaut est forte, en sa sobriété, autant, sinon davantage, que l'impression\nd'Israël, de la Rafale ou du Voleur. On sort de là empoigné, certes, mais\naussi pris par quelque chose de plus profond et de plus haut que l'ordinaire\nangoisse dramatique. Cette pièce de M. Bernstein est de celles qui font penser :\nelle a un caractère poignant de véritable humanité, elle remue en nous ce\nqu'il y a de plus élevé dans nos instincts émotifs. Bref, M. Bernstein a tiré,\nde ses mésaventures passées, une œuvre noble et pathétique : il ne pouvait\nmieux racheter les péchés de sa jeunesse.\n   L'Assaut fut un grand, un très grand succès. M. Henry Krauss et Mlle Eve\n Francis y eurent du reste, par leur talent, une large part; et M. Louis\n Leubas fut simplement admirable.\n                                                                       F. A.\n\n                      Le VIIe Salon de l'Estampe\n   Au centre de la galerie, sur un chevalet cinq eaux-fortes de S. A. R. Mme la\nComtesse de Flandre, nous rappellent qu'en perdant une princesse de noble\ncaractère nous avons perdu une artiste de talent. Ses œuvres, gravées dans la\nmanière de Lauters, allient à une grande vigueur de trait ce charme un peu\nconventionnel qui caractérise les productions d'il y a trente ans. Elles peuvent\nservir d'exemples à nombre d'aquafortistes trop ignorants d'une technique\nindispensable ou pas assez soucieux d'observer les principes essentiels de leur\nart, trop uniquement préoccupés, à coup sûr, de produire beaucoup et\nd'exposer davantage.\n   C'est une contagion! Le moindre gribouillis est envoyé aux salons, le plus\nmodeste amateur fait partie d'un cercle d'art et prend d'assaut les cimaises. Il\nne soupçonne rien du dessin, il ignore tout de la perspective, peu lui chaut !\nsa petite vanité est satisfaite, « il expose! » cela suffit. Ces messieurs me\npardonneront de le leur dire : cela ne suffit point du tout! Marchez avant de\ncourir, dessinez avant de peindre ou de graver, regardez avant de dessiner, el\nsi vous ne savez pas regarder, faites-vous épicier ou droguiste mais renoncez\naux choses d'art!\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "52                                DURENDAL\n\n\n    Que si vous avez un peu de talent, mieux vaut travailler modestement mais\n avec énergie, patiemment mais avec persévérance et vous produire quand\n l'heure est venue. Tant de gens parlent pour ne rien dire qui feraient mieux\n de se taire. Dans les salons d'art le flot des médiocrités submerge les œuvres\n de valeur; ne vous rangez pas dans la médiocrité.\n    J'ai relevé, au Salon de l'Estampe, cent vingt-cinq dessins qui n'ont aucune\n raison de s'y trouver et parmi les œuvres gravées j'en ai noté cinquante-cinq qui\n décèlent une ignorance totale des principes essentiels. Si, en outre, je\n retranche les admirables estampes d'Outamaro au nombre de cinquante, j'ai\n éliminé plus d'un tiers des œuvres soumises à la critique. C'est beaucoup,\n avouez-le, et le public n'a peut-être pas tort de se plaindre.\n    Il comparaît ce dernier salon à une revue des troupes que le Turc devant\n Tchataldja lançait sur le canon bulgare. Là aussi, il y avait trop d'hommes,\n sans instruction ni préparation suffisante, sans cohésion et sans chefs, on sait\n ce qu'il en advint.\n    Le résultat, dans la matière qui nous concerne, est moins tragique, peut-\n être, mais non moins déplorable.\n    Les graveurs, eux aussi, ont à se défendre contre un ennemi puissant, jeune\n et plein d'avenir : la photographie et ses nombreux alliés, photogravure,\n photolithographie, photochromie. Il est temps qu'ils s'unissent dans un effort\ndésespéré. Ils ont perdu, déjà, les belles provinces qu'ils occupaient depuis des\nsiècles, je veux dire l'illustration du livre et le portrait, on s'apprête à leur\nenlever davantage, qu'ils prennent garde. Je cherche en vain des chefs à\nmettre à leur tête et n'en trouve point. Je vois de bons soldats : Albert\n Delstanche qui connaît son métier, Waltcr Vaes au tempérament vigoureux,\n Rudolphe De Saegher, Alfred Hazledine, René Lombaerts, Will Van Riet...\nc'est une phalange solide mais bien réduite.\n    La résistance viendrait-elle de Vienne?\n    La gravure sur bois y trouve de nombreux adeptes, ils sont adroits et ne\nmanquent pas de savoir-faire, mais ces œuvres sont impersonnelles et nous\ntouchent peu. En Angleterre les Pennell ne sont que des virtuoses de la ligne\ndroite. Ils veulent étonner — je pourrais dire « épater » puisque l'Académie\nl'admet — par le grandiose ou le formidable, mais ce grandiose et ce formi-\ndable, à jet continu, fatiguent quand ils n'ennuient pas.\n    En un mot, l'horizon est noir pour les graveurs ; les organisateurs du\nVII e Salon nous l'ont fait voir à l'évidence sans nous donner l'espoir des\nrevanches prochaines.                                                 R. G. G.\n\n\n                            Revue des Revues\n   LA REVUE GÉNÉRALE. Un poème de Noël Dubois, une page de M. Henri\nDavignon au sujet du dernier volume de M. Rency : après avoir rappelé que\nl'auteur de Madeleine a abandonné le roman pour la critique, M. Henri\nDavignon poursuit :\n   « Nous ne pouvons nous empêcher de le regretter; car, au lieu de porter\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                              REVUE    DU    MOIS                            53\n\nen ce genre littéraire, les qualités d'observation et de sensibilité qu'on lui\nreconnaissait, l'écrivain y introduit une prétention dogmatique, quelquefois\ndéplaisante et presque toujours disproportionnée au cadre, à la matière où elle\nse manifeste. Ces Propos de littérature, il faut les prendre à la lettre pour des\npropos, c'est-à-dire pour des impressions personnelles : et cependant ils\nempruntent un ton d'autorité et de parti pris qui les ferait considérer comme\ndes arrêts Or, le magistère de M. Rency s'exerce à l'occasion de quelques-\nuns des livres parus en France, en Belgique et ailleurs au cours de ces der-\nnières années, et les divers articles réunis ici n'ont d'autre lien que cette\nactualité conventionnelle. C'est peu pour offrir à un critique l'occasion\nd'affirmations didactiques et de jugements absolus...\n\n\n\n   » Son excessive, son autoritaire dogmatisme ressemble, quoiqu'il s'en\nveuille défendre, à de l'intolérance quand l'actualité amène sous sa férule un\nTolstoï, un Maurice Barrès. Cette intolérance est ingénue et s'apparente à\nune naturelle incompréhension. M. Rency est persuadé que la proclamation\ndes Droits de l'Homme et l'avènement du matérialisme scientifique a clos\ndéfinitivement l'ère de la tradition classique et de la force conquérante des\nidées religieuses. Grand bien lui fasse; tout de même cela borne singulière-\nment son horizon littéraire, qui seul nous occupe ici. Je suppose qu'il croit\nfermement au dogme de l'évolution de la matière, je le suppose, bien que\ncela ne me regarde pas. Seulement, ne ferait-il pas bien de se préoccuper davan-\ntage de l'incessante évolution des âmes en notre humanité frémissante?\nL'inquiétude contemporaine, si évidente dans l'œuvre d'un Tolstoï, d'un Loti,\nd'un Rod, d'un Bourget, d'un Barrès, est certes le plus magnifique aliment\nd'art offert à la sensibilité de nos écrivains. Elle explique l'évolution de leur\ntalent, les apparentes contradictions de leur œuvre, elle donne au mouvement\nlittéraire de ces dernières années une belle unité spirituelle à laquelle peuvent\nse rallier, de quelque extrémité de la pensée qu'ils partent, tous les esprits\ncurieux de vie morale — pourvu qu'ils consentent à se dépouiller d'une con-\nfiance illimitée en leur propre certitude. »\n   — L'INDÉPENDANCE (numéro de Noël). Un poème admirable de Claudel\nsur François Xavier. Des vers pittoresques de Francis Jammes à Paul Claudel :\n\n                   Ami si grand, mets ta plus belle robe,\n                   Celle de Chine où l'on a peint de l'aube\n                   Et ton chapeau de Consul général...\n\n    — LA BELGIQUE ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE. La Châsse de Brabant,\npar M. G. Ramaekers. Du très beau Verhaeren... mais que diable vont-ils\nl'aire en cette galère?\n   — LE MERCURE DE FRANCE. M. Georges Duhamel a consacré deux\narticles à Paul Claudel. Une charmante fantaisie de Jammes : L'Auberge\ndes Poètes.\n    — WALLONIA, une des plus belles revues de chez nous, a publié le\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "54                                    DURENDAL\n\n\n13 décembre son numéro jubilaire, et a donné à cette occasion quelques pages\nharmonieuses de nos meilleurs écrivains.\n    — LES MARCHES DE L'EST ont consacré leur numéro de Noël à la gloire\nde Metz.\n    — L'ÉVENTAIL publiera dorénavant des chroniques régulières de plusieurs\nde nos collaborateurs : Georges Virrès, Eugène Gilbert, Pierre Nothomb,\nHenri Davignon, etc.\n    — L E S C A H I E R S DE L ' A M I T I É DE F R A N C E , de janvier, donnent un article\nde M. Pierre Nothomb sur Durendal et les écrivains catholiques belges.\n     — Saluons une nouvelle revue qui vient de paraître : LE ROMAN PAYS DE\nBRABANT. Elle se rédige à Nivelles et est dirigée et illustrée tout à la fois par\nun artiste charmant, M. Paul Collet.\n    — Une autre naissance : LA BONNE AUBERGE, qui parait à Louvain. Un\ntitre charmant, une allure indépendante. Des enthousiasmes un peu déplacés\n(.I.-.I. Van Dooren, mon Dieu!), des fautes de français (mais elles sont de\nM. H. Frenaycid) et des éreintements injustifiés (celui d'H. Davignon). Mais\ncombien cela vaut mieux que les petites revues de suiveurs sans verve.\n    — LES RUBRIQUES NOUVELLES. M. Beauduin n'est plus directeur,\nM. Beauduin n'est plus gérant. Mais grâce à Dieu, M. Beauduin figure\nencore au sommaire!...\n    LA NEF a changé de pilotes. Le rédacteur est depuis le 1er janvier Jean\nvan Zuylen van Nyevelt et le secrétaire de rédaction, Jean Van den Steen. La\ncollaboration (par l'entremise de la Société des Gens de lettres) de M. Camille\nLemonnier a heureusement pris fin. De belles pages, de la tenue, une amu-\nsante déclaration : il n'y aura pas de Petit Mousse.\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "EDGAR TINEL SUR SON LIT DE MORT\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": ""}, {"page_pdf": 70, "texte": "                  Un artiste chrétien\n                                Edgar Tinel\n\n\n   Les lecteurs de la Revue liturgique et bénédictine ne s'étonneront point de\nnous voir consacrer quelques lignes à rappeler le souvenir du grand artiste\nchrétien qui vient de passer à l'éternité, le 28 octobre dernier. Si le but reli-\ngieux de tout son œuvre musical justifie à lui seul un dernier salut de la part\nde toute revue catholique largement ouverte à toutes les manifestations du\nchristianisme, les caractères distinctifs de cette forme d'art doivent attirer par-\nticulièrement l'attention d'une revue liturgique.\n   En effet, les tendances artistiques du maître ainsi que la formule musicale\nqu'il choisit délibérément comme l'expression qui réaliserait son idéal,\npoussent leurs racines les plus profondes dans la liturgie, et spécialement dans\nl'art grégorien. On se souvient que le jeune Tinel, après avoir fermé son cœur\naux ambitions légitimes d'une carrière de virtuose, s'en fut diriger les ardeurs\nde son zèle vers un but plus modeste, et dont il n'avait à espérer aucune\ngloire, sinon la satisfaction d'avoir procuré celle de Dieu. Poussé par un\nbesoin d'âme qui devait pénétrer toute sa carrière de compositeur, il rêva une\nréforme complète de la musique religieuse; elle soulèverait d'autant plus\nd'obstacles sous ses pas, qu'aucun réveil dans les idées liturgiques ne pré-\nparait alors les esprits à seconder les espérances du jeune pionnier de cette\ncause sainte. Aujourd'hui que l'œuvre entrevue a reçu la consécration d'un\nmouvement conduit par Pie X avec une précision admirable, nous sommes\ntentés de ne plus apprécier à leur juste valeur les vues et les efforts de celui\nqui fut, entre tous, un véritable et authentique précurseur de la rénovation\ngrégorienne. Si l'on veut bien faire abstraction de certaines idées particulières,\nde quelques exubérances dans la parole et l'action, on reconnaîtra qu'Edgar\nTinel conçut et réalisa une admirable synthèse de musique liturgique, dont la\nBelgique catholique ne lui sera jamais assez reconnaissante.\n   C'est le premier aspect de la personnalité de Tinel; et la lecture de sa cor-\nrespondance avec Mlle Teichmann nous révèle combien ce rêve de jeunesse\nexerça sur la vie intime, et, partant, sur la carrière musicale de l'artiste, une\ninfluence décisive. On le connaît beaucoup par ses boutades, voire même ses\ncaprices ; mais ceux qui, comme nous, durant plusieurs années, l'appro-\n\n\n   (1) Nous reproduisons avec plaisir ce bel article sur Edgar Tinel paru dans la Revue\nliturgique et bénédictine de l'abbaye de Maredsous.\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "56                                DURENDAL\n\n\n\nchèrent véritablement, conservent le souvenir inaltérable d'une intelligence\ntranscendante, ouverte à tous les domaines de la culture intellectuelle, vive et\nprimesautière, admirablement pondérée et en parfaite possession de sa puis-\nsance; d'un cœur droit dont la loyauté avait une logique étonnante; tendre\ncomme un enfant; d'une âme pénétrée entièrement des vives lumières et des\nforces que la foi la plus saine et la plus plus pure crée dans l'homme. Aussi,\nsous sa physionomie altière et rude, se cachait une vie toute de foi, de prière,\nde souffrance, de travail humble et persévérant, dont nous ignorons encore\nles beautés, dérobées aux yeux du public distrait des vraies grandeurs.\n    L'oeuvre de réforme musicale religieuse ouvrit au maître des horizons\ninattendus, d'une beauté particulière; et l'artiste profondément chrétien qui,\njusque-là, avait concentré son activité dans une œuvre de rénovation litur-\ngique, allait désormais l'étendre en dehors des limites du sanctuaire, par la\nconception grandiose d'un art apologétique, dont la manifestation dernière\nirait s'implanter audacieusement au théâtre.\n    Profondément pénétré des impressions vivifiantes de l'art grégorien et des\ntextes sacrés dont il est la plus belle expression sonore; ému des beautés bien-\nfaisantes de tout le culte liturgique, Edgar Tinel travailla dans le recueille-\nment de la vie de famille et l'éloignement des dissipations d'une vie musi-\ncale superficiellement conçue, à créer des œuvres, où son idéal religieux\ntrouverait son épanouissement définitif. Tout le monde connaît Franciscus,\nGodelieve, Catharina. On connaît moins les épreuves qui couronnèrent, pour\nleur auteur, l'apparition qu'elles firent dans le monde musical, habitué à\nd'autres sujets. Pourtant, le public ne ménagea pas, en maint endroit, sa\nsympathie et son enthousiasme pour ces créations d'un caractère quelque peu\ndéconcertant, et Saint-François, en particulier, reçut la consécration d'un\nsuccès universel, qui dut certainement encourager le maître à continuer le\ntravail ingrat qu'il s'était imposé.\n   On rencontre moins d'adhésion dans les milieux professionnels, qui refusent\nà M. Tinel, non sans une certaine suffisance, le mérite de la personnalité.\nCertes, on reconnaît la prodigieuse maîtrise de l'artiste dans le maniement de\nla substance sonore, la proportion et la pondération de son écriture; mais on\nne lui concède pas avec autant d'unanimité le don créateur. Il n'y a, dans\nce fait, rien qui doive surprendre. Comment des esprits envahis par la vulga-\nrité ou le mercantilisme de l'art contemporain pourraient-ils soupçonner, en\ndehors de ce cercle plus ou moins avilissant, les hauteurs sublimes d'un idéal\ncatholique, dont ils ignorent jusqu'aux données les plus élémentaires? Il serait\n inutile de perdre son temps à prouver qu'Edgar Tinel fut, dans l'histoire de\n la musique, un novateur, destiné à tracer dans le cours des évolutions musi-\n cales un trait puissant. Mais dénier sa profonde personnalité, c'est confondre\n celle-ci avec l'inédit du procédé et de la couleur. Il ne sert de rien que\n la forme soit « inouïe » si l'idée est nulle ou peu s'en faut; et il vaut mieux\n vivifier et consacrer une forme ancienne que de s'épuiser à la recherche\n de formules qui naissent et meurent dans l'impuissance. Les qualités du style\n musical de M. Tinel mériteraient une étude prolongée; car, encore qu'il ne\n semble pas qu'il fasse jamais école (car il est trop spécial), il pourra servir de\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                          UN ARTISTE CHRÉTIEN                                 57\n\nguide à notre génération de jeunes compositeurs, oublieux à l'excès de leur\nmétier, des nécessités absolues d'un plan méthodique, qui confondent l'archi-\ntecture et la ligne avec l'accumulation des détails sans unité, qui mécon-\nnaissent les droits d'une saine intellectualité dans le domaine musical, qui\nsont impuissants à borner et à dominer leur inspiration souvent haletante. Ils\ntrouveront réalisées dans l'œuvre « Tinellienne », avec une superbe autorité,\ntoutes les qualités dont ils ont besoin.\n   Mais, pour atteindre le but principal que visent ces lignes, qu'il nous suffise\nde dire comment le maître réalisa cet idéal d'art religieux dont il posa les fon-\ndements dans sa compréhension de la musique liturgique. Nettement con-\nscient de ses facultés créatrices, il voulut et choisit, pour s'exprimer, tout ce\nque l'art musical avait créé et réalisé avant lui; puis, avec une sûreté d'ordre\nsupérieur, il fit, au milieu de tous ces éléments épars, la sélection de ceux\nqui étaient aptes à servir et à réaliser sa pensée, les réunissant dans une langue\nqui lui est bien propre, qu'on ne peut attribuer qu'à lui, et toujours animée\nd'un souffle chaleureux et communicatif; il arrivait, par là, à exprimer, avec\nune rare discrétion, ce mélange de divin et d'humain, qui était la principale\npierre d'achoppement dans l'accomplissement de son œuvre. C'est à l'art gré-\ngorien, sans aucun doute, que le maître dut ce sens délicat qui permit à\nson langage musical de se faire assez humain pour élever nos sens, sans\ndiminuer les irradiations du surnaturel qui devait être le terme dernier de ses\n créations artistiques. Il est étonnant de voir combien, en deux langues si\n diverses, l'art grégorien et la musique de l'artiste se rencontrent dans un sen-\n timent identique. Aussi, ceux-là seuls qui auront approfondi les sublimités\n du plain-chant romain, que bon nombre de musiciens ignorent totalement,\n seront préparés à goûter le charme profond qui se dégage de l'œuvre admi-\n rable d'Edgar Tinel.\n    Ce n'est pas trop présumer en défaveur de l'avenir, que de dire (non sans un\n sentiment de reconnaissance pour le vénéré défunt) que cette trilogie sacrée\n qui a nom : Franciscus, Godelieve, Catharina, sont le type le plus authen-\n tique de l'art catholique, et la réalisation musicale la plus géniale des trois\n vertus évangéliques, qui s'appellent : la pauvreté, la chasteté, et l'amour\n mystique du Christ.\n                                                                 D.-E. VITRY.\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "                               NOTULES\n\n   L a S u r a b o n d a n c e d e s m a t i è r e s nous contraint à différer de nom-\nbreux compte rendus de Livres jusqu'à la parution de notre fascicule de\nfévrier.\n                                             *\n  A n o s a b o n n é s d e l ' é t r a n g e r . — Nous prions instamment nos\nabonnés de l'étranger d'avoir l'obligeance de nous adresser soit un mandat\npostal international, soit un chèque de 12 francs en payement de leur\nabonnement pour l'année 1913.\n                                             *\n   François-Charles Morisseaux est mort récemment, laissant dans\nle monde des lettres d'unanimes regrets. Il fit pétiller dans nombre de pages\ncharmantes son très vif esprit. Il restera de lui quelques livres alertes et le\nsouvenir d'un jeune homme qui fut indépendant et fier et qui regarda le\nmonde d'un œil amusé et moqueur.\n   Durendal tient à se joindre à ceux qui ont vu avec lui disparaître une belle\nespérance.\n                                      * *\n   Le numéro de Noël de l'Universitaire catholique était dédié à notre ami\nHenry Carton de Wiart. Collaboration brillante de plusieurs des nôtres,\nessais charmants des quelques jeunes de grand talent qui rédigent l'alerte\net vivant journal estudiantin.\n   Ce numéro était brillamment et intelligemment illustré : un magnifique\nportrait du ministre Carton de Wiart ; de superbes reproductions de chefs-\nd'œuvre d'art à la fois ancien et moderne et parmi les artistes contemporains :\nJakob Smits, Ernst Wante, Eugène Laermans, Firmin Baes, Méhoffer\ndont les anges sont si caractéristiques.\n   Outre un article de Pierre Nothomb sur Henry Carton de Wiart, ce numéro\ncontenait de beaux vers de Verhaeren, Severin, G. della Faille, A. de Pré-\nmorel, etc., et des proses remarquables : nouvelles, contes, fantaisies de\nG. Virrès, Pol Demade, Eug. Gilbert, H. Davignon, comtesse Vanden Steen,\nM. Vanderauwera, l'abbé Hoornaert, F. Masson, M. Georges, Jean Redan,\netc., etc. (Direction de l'Universitaire catholique, 59, rue de la Source, Bru-\nxelles. Prix de l'abonnement 3 francs.)\n                                         *\n  Viennent de paraître :\n  Le Chemin des Ailes, poèmes par Adrien de Prémorel. Prix 3 fr. 50\n(Editions de Durendal).\n  Un Belge, roman par Henri Davignon. Prix fr. 3.50 (Paris, Plon).\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                                  NOTULES                                   5g\n\n\n  Nous recommandons instamment ces deux œuvres de nos deux amis et\ncollaborateurs à nos lecteurs. Nous en rendrons compte prochainement.\n                                         *\n                                     *       *\n  U n Salon international de la médaille : L'Exposition des\nBeaux-Arts de Gand de cette année comprendra, comme l'Exposition des\nBeaux-Arts de Bruxelles de 1910, un salon international de la médaille con-\ntemporaine. La Commission organisatrice se compose de MM. Alph. de\nWitte, président; Jos. Casier, représentant le Comité exécutif de l'Exposi-\ntion de Gand, vice-président ; V. Tourneur, secrétaire, et G. Brunin, trésorier.\nCes messieurs se sont adjoints, comme délégués à l'étranger : en Hongrie,\nM. Edm. Göhl, conservateur du cabinet des médailles de Budapest; en\nItalie, M. G. Romagnoli, médailleur à l'école, de gravure de Rome; aux\nPays-Bas, M. A.-O. van Kerkwyk, conservateur du cabinet des médailles de\nLa Haye; en Espagne, M. P. Boch, ancien sénateur; en Portugal,\n M. Lamas; en Suède, M. E. Lundberg, médailleur, et en Russie, M. Lati-\ncheff, ingénieur à la Monnaie de Saint-Pétersbourg. Pour les autres pays,\n MM. de Witte et Tourneur se sont adressés directement à chaque artiste.\n Le succès du Salon de Gand qui comptera plus de deux cents participants\n est dès à présent assuré.\n    La France y prendra part officiellement ; l'Allemagne y aura une section,\ncomme on n'en n'a jamais vue et qui permettra d'étudier les diverses écoles\nd'art que se partagent l'Empire; la Russie y montrera, pour la première fois,\n les œuvres de ses médailleurs les plus en vue, l'Autriche, les Pays-Bas et\n même l'Espagne ainsi que les autres pays d'Europe et, espérons-le, les\n États-Unis, y auront des représentants de choix. La Belgique comptera à\n elle seule plus de quarante exposants.\n    Les artistes qui désireraient participer au Salon peuvent s'adresser soit\n à M. A. de Witte, 55, rue du Trône, à Ixelles, soit à M. V. Tourneur, 98,\n rue Defacqz, à Saint-Gilles.\n                                        *\n\n   P r i x l i t t é r a i r e s . — On nous prie de publier l'avis suivant :\n   « Prix littéraires. — Le concours annuel de LITTÉRATURE SPIRITUALISTE\nest ouvert pour la troisième fois. L'Association que Mme Claire Virenque\navait dotée en 1911 d'une somme de 5oo francs, bientôt accrue par d'autres\ndonateurs, aura à distribuer en 1913 cinq prix atteignant chacun cette\nsomme. Les conditions du concours consistent dans l'alliance du beau et\ndu bien, du charme littéraire et de la pureté morale. Sont admis à concourir\nles ouvrages imprimés, recueils de poésies, poèmes, romans, animés de cet\nesprit. Les œuvres présentées au concours doivent être adressées en triple\nexemplaire à M. Charles de POMAIROLS, 53, rue Saint-Dominique, à Paris,\navant le 15 mars 1913. »\n                                                                  (Communiqué.)\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "60                              DTJRENDAL\n\n\n\n  A la Société de Musique de Tournai.\n   La Société de Musique annonce le second concert de sa saison d'hiver\npour le 16 février prochain, à 2 heures. On y exécutera la légende dramatique\nen 4 actes La damnation de Faust, par Hector Berlioz.\n   Les solistes engagés sont : Mme Dubois, MM. Dubois, Gresse et Cerdan,\ntitulaires de ces rôles à l'Opéra de Paris.\n                                       *\n\n   Auditions m u s i c a l e s . — Voici toute une série de concerts intéres-\nsants qui se donneront à Bruxelles pendant le mois de février :\n   Récital Buhlig, pianiste. — Ce récital aura lieu le mercredi 12 février,\nà 8 h. 1/2 du soir, en la salle de la Grande-Harmonie.\n   Récital Brock. — Mlle Vera Brock, pianiste, annonce un récital pour\nle mardi 18 février, en la salle de la Grande-Harmonie.\n   Société philarmonique. — Le troisième concert d'abonnement aura lieu\nen la salle Patria, le mercredi 19 février, avec le concours de Teresa\nCarreno, pianiste.\n   Concert Kuhner. — M. Jacques Kühner, violoncelliste, annonce, pour\nle vendredi 21 février, en la salle de la Grande-Harmonie, un concert avec\nle concours de MM. Kryjanovski, ténor, du théâtre Impérial de Saint-Péters-\nbourg; Théo Ysaye, pianiste, Edouard Deru, violoniste, et Léon Van Hout,\naltiste.\n   Location pour les quatre auditions, à la Maison Schott Frères, 30, rue\nSaint-Jean, Bruxelles.\n                                      * *\n  Accusé de réception :\n  ART : Trois études sur Juste Suttermans, portraitiste, par PIERRE BAU-\nTIER. Brochure illustrée (Bruxelles, Vromant).\n  BIOGRAPHIES: Madame Swetchine, par FERN. LAUDET (Paris, Bloud).\n— Falloux, par DE LANZAC DE LABORIE (idem). — Augustin Cochin, par\nF E R N . LAUDET (idem).\n   L I T T É R A T U R E : La culture française en Belgique, par MAURICE WlL-\nMOTTE (Paris, Champion). — L'ère du drame. Essai de syntaxe poétique\nmoderne, par HENRI-MARTIN BAZZUN. — Chateaubriand. 2 vol. Textes\nchoisis et commentés, par ANDRÉ BEAUNIER (Collection : Bibliothèque fran-\nçaise. Paris, Plon). — Montaigne. Textes choisis et commentés, par PIERRE\nVlLLEY(id.).— Napoléon. Textes choisis et commentés, par E. GUILLON (id.).\n   POÉSIES : Le grain de Sénevé, par PIERRE D'ARCHANGNES (Paris,\nPerrin). — Croquis Gnoles (Paris, Figuière). — Les heures intenses, par MAR-\nGUERITE COLEMAN (idem). — Le buisson ardent, par FRANÇOIS-PAUL\nALIBERT (Paris, Ed. de l'Occident).\n   ROMANS : Le petit Poels, par LÉOPOLD COUROUBLE (Bruxelles, Lacom-\nblez). — Le capitole, par TH. ROUVEZ (Bruxelles, Association des Ecrivains\nbelges). — Un Belge, par HENRY DAVIGNON (Paris, Plon).\n  T H É Â T R E : Les yeux de la lune, par MAURICE CAMBIER (Bruxelles,\nLarder). — Baldus et Josina, par PAUL SPAAK (Bruxelles, Lamertin. —\nLa Chrétienne, par PAUL JANOT (Paris, Bloud).\n  VOYAGES : Nord-Sud (Amérique, Angleterre, Corse, Spitzberg), par\nRENÉ BAZIN (Paris, Calmann-Lévy).\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "    La Rosserie de la Reine Pédauque\n\n   M. POINCARÉ ayant jadis dans une con-         leurs félicitations au nouveau président.\nférence restée célèbre, puis dans un article     M. Rouvez parla au nom des Amis de la\nde la Grande Revue, chanté les écrivains         littérature, M. José Perrée au nom de\nbelges, ceux-ci ont tenu à envoyer une           l'Association des écrivains belges, M. Van\ndélégation à Versailles pour le féliciter de     Nieuwenhuyze au nom du jeune Barreau\nson élévation à la magistrature suprême.         d'Anvers. M l'avocat Demi-Doff fit ensuite\nLe succès de leur candidat ne faisant pour       un discours plein d'un réel talent au nom\neux aucun doute, c'est le cœur joyeux            de l'Art contemporain. Pourfinir M. Georges\nqu'ils partirent pour Paris de grand matin,      Marlow récita une poésie funèbre qu'il a\nle 17 janvier. La délégation se composait        spécialement écrite, dit-il, pour célébrer le\nde MM. A.-Th. Rouvez, Paul André, Adol-          départ de M. Fallières :\nphe Hardy, Georges Marlow, Maurice des\nOmbiaux, Ramaekers, José Perrée et de            Passant arrête-toi, l'éphèbe qui s'éloigne\nquelques notables Anversois. Ils arrivèrent      Fut de ceux qu'un destin magnifique signa...\nà Versailles à l'heure du déjeuner et se ren-\n                                                 mais qui a déjà servi pour plusieurs poètes\ndirent tout droit à l'Hôtel des Réservoirs.\n                                                 morts entre deux âges.\nMais ils eurent beau faire, aucune table\n                                                    M. Poincaré, très ému, répondit en quel-\nn'était disponible — et c'est à grand'peine\n                                                 ques mots bien sentis que la sténographie\nque nos amis purent circuler dans les salles\n                                                 officielle n'a pas notés, mais que chacun de\ndu restaurant où se pressait tout ce qu'il y a\n                                                 nos amis a recueillis dans son cœur... Un\nd'illustre dans la politique et dans les let-\n                                                 pénible incident marqua malheureusement\ntres. Reconnu au hasard M. Clemenceau,\n                                                 la fin de la cérémonie : M. Ramaekers dont\nMlle Polaire, le Petit Serpent, MM. Eu-\n                                                 l'agitation mystique n'avait fait que croître,\ngène-Gilbert Willy, d'Annunzio... Ici un\n                                                 allait prédire la fin du monde et la mort de\ncrâne penché : c'est M. A.-E. Joly qui\n                                                 Paris : « Je ne donne pas trois ans .. »,\ncause éperdument avec M me de Noailles.\n                                                 disait-il déjà tout bas, quand un huissier le\nVu encore M. Francis de Croisset, Mlle Van-\n                                                 jeta dehors parce que, comme tous les pro-\nde Wiele, M. Bouffandeau, M. Sylvain de\n                                                 phètes, il avait de la cendre sur les cheveux.\nBonmariage, Mlle Ida Rubinstein, etc. Mal-\n                                                 Il fut réduit à filer tout droit Aux Caves\ngré le brouhaha, la délégation belge est\n                                                 de Maestricht où ils se remit bientôt...\ntrès remarquée et remporte un très vif suc-\n                                                 M. Rouvez a reçu la croix de la Légion\ncès d'estime. Il est vrai que M. Rouvez\n                                                 d'honneur, M. Adolphe Hardy le grand\nveille à ce qu'on ait de la tenue, et qu'il\n                                                 cordon, avec plaque, du Nicham Iftikar,\nempêche à temps un duel qui se prépare\n                                                 M. Georges Marlow la médaille de Sainte-\nentre Ramaekers qui s'est égaré dans la\n                                                 Hélène, M. Maurice des Ombiaux étant\nfoule, et M. Paul-Boncour...\n                                                 déjà chevalier fut créé grand officier\n   On retrouva le groupe de nos amis au          du Mérite agricole, et M. José Perrée offi-\nchâteau. Ils participèrent à toutes les émo-     cier de l'Instruction publique. M. Paul\ntions de cette journée historique. « Paris...    André n'eut rien du tout. On se perd en\nParis! Versailles... Versailles!» murmurait      conjectures sur cet oubli.\nM. Ramaekers dont on ne saisissait pas\ntrès bien les intentions... Ils furent admis,                        * *\nles premiers après les ministres,à présenter       Nous apprenons à l'instant que M. Paul\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "62                                        DURENDAL\n\n\nAndré vient de recevoir les palmes acadé-             doit être pour quelque chose dans cette\nmiques à titre militaire.                             double nomination.\n                     *'*                                                    ***\n   A ce propos des excuses sont nécessaires :           LOGES ET COULISSES : Le Théâtre royal\nN'ayant pas lu le mois dernier le nom de              de la Monnaie vient de reprendre dans\nM. Paul André au Moniteur dans la liste               d'excellentes conditions la Flûte enchantée\ndes nouveaux décorés, nous avions négligé             de Mozart, et son directeur M. Maurice\nde lui offrir l'hommage de nos félicitations.         Kufferath a public à cette occasion dans\nNous venons de lire un peu tardivement,               le Guide musical une étude des plus éru-\ndans le Bulletin du Touring Club du 15 dé-            dites où il insiste sur le caractère ésotérique\ncembre, qu'il figure en tête des écrivains            de l'œuvre et essaye de découvrir dans le\ncollaborateurs de cette revue qui ont reçu            maître de Salzbourg un franc-maçon à la\nl'ordre de Léopold. Nous nous empressons              manière de ce XVIIIe siècle où certains\nde lui dire à cette occasion notre joie et nos        ecclésiastiques même se faisaient initier.\nvœux.                                                    Cette thèse a réconforté toutes les loges :\n                                                      celles des artistes de la Monnaie, où quel-\n  M. Victor Kinon va entreprendre un                  ques frères à défaut de voix ont retrouvé le\nvoyage à petites journées vers Genval-1es-            geste ; celle de l'Académie royale de Bel-\nEaux, pour être admis parmi les collabora-            gique qui a reçu, la semaine d'après,\nteurs du Touring Club.                                M. Kufferath comme membre titulaire, et\n                                                      la loge La Vie intellectuelle où un néophyte\n                      .*                              effervescent, M. Gaston Knosp, célèbre en\n                                                      ces termes l'événement musical : « De toute\n    Parmi les livres annoncés pour la fin de          l'ardeur   de   son   AME TRIANGULAIRE (!)\n l'hiver, on signale :                                M. Lohse (le chef d'orchestre) a voulu (et\n    De M. Carton de Wiart : Les contes ortho-         obtenu) une réalisation musicale absolu-\ndites ;                                               ment délicieuse... Son « amitié sainte »\n    Du prince Demidoff : Soirs de bombances           pour l'œuvre éclate à chaque instant; son\n et de bonheur;                                       « jeu orchestral » est prestigieux... » (Nu-\n    Du R P . Sagefemme, S. J. : Le roman              méro du 15 janv. 1913, p . 65.)\nd'un missionnaire ;\n    De M. A.-Th Rouvez : La Roche Tar-                   A Durendal, le Grand Rossard a accueilli\npiienne, un vol. de 35o pages Couverture              cette lecture par un mouvement de « bat-\n                                                      terie ». Et en voilà assez. Typo, mettez\navec vue de la roche tarpéienne et portrait\n                                                      trois points...\nde l'auteur, par M. Gustave-Max Stevens;\n    De M. Pierre Nothomb : Notre-Dame du                                    * **\nGratin;\n                                                        PRIST AND KNOSP : Mais, à la même Vie\n    De M. Maurice Dullaert : Léon Dierx,\n                                                      intellectuelle, M. Gaston Knosp trouve à\nsa vie et ses œuvres. 2 e édition, considéra-\n                                                      concourir en charabia avec M. Paul Prist.\nblement augmentée.\n                                                      Celui-ci s'y plaît à « distinguer différentes\n                     * *                              catégories dans le TROUPEAU (!) des artis-\n                                                      tes ». Il range dans la première les Fré-\n   Il y a vingt-cinq ans M. Paul Segers et            déric, les Jean de Greef, les Claus, les\nle baron Gaston van de Werve et de Schilde            Laermans, et nous fournit à leur propos et\njouaient Athalie chez les jésuites. L'un              au sujet de la façon de vivre des anciens\névoquait solennellement l'inondation des              un bien curieux renseignement : « Comme\nportiques par le peuple saint et attendait            les anciens qui vivaient dans l'amour con-\npour y mettre ordre                                   stant de leur œuvre, QUI S'ENFERMAIENT,\n   Celui qui met un frein à la fureur des flots       VIVANTS, DANS LA PEAU DE CHAGRIN            DE\nl'un était un délicieux petit roi de Juda.            LEURS ASPIRATIONS (!),       ils ne   se mêlent\nAbner a été nommé il y a un mois ministre             guère à la foule des esthètes. » (Numéro\nde la marine, et Joas trois jours après gou-          du 15 janvier 1913, p . 47.)\nverneur d'Anvers... Il y a des rôles qui pré-           Sur quoi, permettez qu'à mon tour je me\ndestinent... N'empêche, la secte des jésuites     |   retire, vivant, dans ma peau de chagrin.\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                     LA     ROSSERIE       D E LA R E I N E   PEDAUQUE                          63\n\n\n   Lu dans le Temps du 22 novembre, sous            on commence à dire couramment que le\nla signature du plus insipide bavard des            baron Descamps avait du bon, qu'il a\ndeux mondes, M. Jules Claretie :                    nommé F . Severin, présidé à l'Exposition\n   « M. Alfred Mézières a quatre-vingt-six          du XVIIe siècle, et inventé, après tout,\nans... Avant Taine, dont je parlais tout à          Rouvez... Avec le recul, dans quelques\nl'heure, Louis Mézières avait publié une            années, M. le baron Descamps deviendra\nHistoire critique de la littérature anglaise, et    l'inoubliable et à jamais regretté premier\nlorsque ces trois volumes paraissaient,             Ministre des Sciences et des Arts.\nen 1834, Alfred Mézières avait déjà dix-huit\nans. Chose curieuse... »\n   Très curieuse, en effet.\n                                                       Une nouvelle revue va paraître dont le\n                                                    titre sera Don Quichotte et dont les fonda-\n   M. Jules Leclercq a rencontré, dans              teurs éventuels MM. War Campine, Flo\nl'Afrique orientale anglaise, des Boers qui         Verheyden (50, rue Pachéco) et Jean Drève,\ns'y sont fixés depuis la chute de la répu-          nous envoient le savoureux prospectus. Il\nblique sud-africaine. « On les reconnaît            se compose d'extraits d'oeuvres de ces mes-\ntout de suite — nous dit-il dans Aux Sources        sieurs - extraits qui nous donnent le goût\ndu Nil — à leur barbe patriarcale et à leur         turieux de les lire in extenso — et d'un\npipe légendaire, et aussi à leur tradition-         manifeste qui fera sensation, n'en doutons\nnelle saleté. Quand je les interpelle dans          pas. Il s'adresse :\nla langue batave, ils ne me comprennent                « Aux HOMMES ! Eléments d'une époque\nqu'à demi, car ils ont transformé la langue         de formidable gestation, nous assistons au\nde leurs ancêtres au point de dire praten           choc des forces opposées qui, entrées en\npour spreken (parler). »                            lutte depuis longtemps, sortent de l'ombre\n   Nous ne nous serions jamais douté que            de la tente où leur combat restait stérile et\nle verbe néerlandais praten fût né au Trans-        heurtent au grand jour leurs élans irrésis-\nvaal. On s'instruit en voyageant.                   tibles, en présence des foules affolées.\n                                                       » Jeunes et décidés, nous avons l'ardent\n                     * **                           désir d'entrer, l'esprit allègrement aux\n    M. le baron Descamps, ministre d'Etat           écoutes, dans la confuse mêlée, et nous y\n(du Congo) vient de faire paraître dans la          joindre à ceux dont la sincérité infuse une\nplus stricte intimité une brochure destinée         volonté nouvelle et tenace à tout ce qui\nà transformer la carte de l'Europe : « L'Ave-       agonise dans l'humanité et alourdit la\nnir de l'Albanie, in-8° de 50 pages, Lou-           Raison.\nvain, 1913 \".                                          » Nous croyons connaître l'ignorance\n    L'honorable congressiste international          humaine, cette puissance aveugle qui\nse défierait-il de la mesquine confraternité        pousse les frères l'un vers l'autre pour\nbelge, du subtil Erasme, du grave Franz             s'éventrer réciproquement.\nVan Kalken ou des joyeux diplomates de                 » Nous voulons faire œuvre minutieuse\nl'indépendance belge ? Cette sensationnelle         et c'est pourquoi nous sommes décidés à\nplaquette semble publiée hors commerce,             nous exprimer par la voie d'un organe.\nn'avoir pas été servie à notre presse                  » Chaque jour voit naître une revue plus\nnationale mais adressée uniquement en               ou moins asthmatique et littéraire. Aussi\nhommage à S. S. le Pape, à l'Empereur               faut-il s'attendre à un accueil sceptique ;\nd'Allemagne, au Négus, au Président de la           cependant, nous espérons, par ce grossier\nRépublique d'Haïti, à l'Académie de Stock-          fascicule, prouver nettement qu'il n'est pas\nholm, au Musée social et à l'Office inter-          dans nos intentions de faire un journal\nnational des sociétés savantes. C'est par le        pour la vanité d'avoir une feuille à soi. C'est\nplus grand des hasards que nous venons de           malheureusement la seule raison des multiples\nrencontrer ce rarissime ouvrage dans la             naissances actuelles. Si nous voulons mettre au\nsalle d'attente d'un dentiste de station           jour un organe encore, c'est que la plupart\nd'hiver.                                            de ceux existants ne conviennent nullement\n   L'éminent académicien a tort de redouter         à l'exposé de nos idées et que, en admettant\nle Grand Rossard. A Dureudal, maintenant,           même que celles-ci fussent accueillies,\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "64                                       DURENDAL\n\n\nelles y resteraient déplacées et inefficaces,     ple, les mains en gourdins, embouchant le\nperdues dans l'ambiance... »                      cor de Rolland (1). Durant trente ans qu'il\n   Nous nous demandons avec angoisse              claironne au fond de Ronceveau, les Maures\nquelle inspiration profonde meut ce lyrisme       éphémères des pics-candidats à l'azur,\néperdu et quel événement singulier a fait         croient lui rouler quelque chose de très\nsentir à de bien sympathiques jeunes gens         silencieux sous le poumon gauche. Leur\nla nécessité de s'exprimer par la voie d'un       œil de rêve et d'ingénuité vise en dessous la\norgane, au lieu de s'amuser comme les             vieille chaussure de Léon Bloy. Leur cer-\nautres à s'éventrer réciproquement? .. L a        velle aux tempes de plomb, chancelante sur\nfin du manifeste nous le révèle :                 la glace des chemins qu'inonde l'éternel\n   « Dieu n'est plus au ciel. Il est descendu     hiver du cœur, ne conçoit pas cette tête\nparmi nous pour ne plus nous quitter. Mais        qui part droit des carrefours où l'intuition\nil reste discret, si formidablement silen-        douce rayonne ses voies infinies. »\ncieux, qu'il faut se recueillir comme une            Voulez-vous savoir où Léon Bloy est\nvieille cathédrale pour partager sa pensée.       entré ainsi, « les mains en gourdins »? —\nIl n'a pas parlé encore, sachant trop bien        Tout simplement « au port où les navires\nnotre occupation momentanément frivole.           enfoncent lourdement leurs ventres violés\nQuelques rares privilégiés toujours l'ont         et las dans le tortueux Escaut de la\naperçu, au tournant du lumineux chemin            Presse » !...\noù il les devance.                                   Après cela, tirons l'échelle...\n   » Et nous voulons l'atteindre !\n   » Malheureusement, notre route est\nbarrée par la géante question matérielle dont\nle reflet glacial nous cingle et nous exaspère.      Le cas de Phèdre, belle-mère d'Hippo-\n                                                  lyte, était grave assurément. M. Gérard\n   » Avec l'aide des hommes attentifs aux\n                                                  Harry nous le révèle plus grave encore :\n voix vraiment humaines, nous travaillerons\nsans relâche à l'œuvre qui nous tient à           il nous parle, dans Le Miracle des Hommes\n cœur.                                            de « la passion de Phèdre pour son fils ».\n   » En ce manifeste nous avons simple-\n ment groupés quelques articles, afin de\nsoumettre au jugement de ceux dont nous              « M. Jules Lemaitre est l'un des plus\nespérons l'appui les aspirations initiales        charmants orateurs de cette troupe amie de\nqui nous meuvent, et tenté d'ébaucher             la parole. Et presque tous les ans il badine\nainsi le labeur à entreprendre. »                 compendieusement sur un des principaux\n   Et maintenant recueillons-nous comme           écrivains français. »\nde vieilles cathédrales pour lire avec res-          Scripsit M. Ernest-Charles.\n pect l'apostrophe que M. War Campine\n                                                                         L E GRAND ROSSARD.\n adresse aux femmes, ou l'article qu'il con-\n sacre, à la fin du prospectus, à Léon Bloy :\n   « Il est entré comme Christ dans le tem-         (1) Cfr. JEAN CHRISTOPHE , passim.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": ""}, {"page_pdf": 81, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1913-01", "signet_source": "Vingtième année - N°1 - Janvier 1913", "preuve": "Pas de couverture conservée. Indices internes : poème et article datés de Boma, 29 novembre 1912 ; Revue des Revues citant le numéro de Noël de L'Indépendance ; Notules annonçant des comptes rendus de livres « jusqu'à la parution de notre fascicule de février » et un concours avant le 15 mars 1913 ; première livraison de la vingtième année (janvier 1913).", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}