{"numero_id": "ulb-durendal-1914-livraison03", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison03-001", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 130, "titre_corps": "Diptyque pour la Pucelle : Épiphanie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Mercier", "ancre_debut": "tique pour la Pucelle                       Epiphanie             NUIT   DU 6 JANVIER         1", "ancre_fin": "nuit-là que la Pucelle est née.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Annonciation                 UN JOUR D'ÉTÉ          EN L'AN    1424.           M", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 166, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1459, "texte": "tique pour la Pucelle\n                      Epiphanie\n            NUIT   DU 6 JANVIER         1412\n\n\n\nCette nuit-là, qui précéda    l'Epiphanie,\nEut, au pays lorrain, une telle douceur\nQu'elle laissa la terre embaumée et bénie.\n\nL'ombre était rassurante, et les bois sans terreur.\nLes Anges qui marchaient au fond du paysage\nLaissaient voir par moment un peu de leur      blancheur.\n\nUn souffle printanier animait les       branchages,\nEt les arbres de loin se faisaient signe entre eux\nComme pour se transmettre un merveilleux          message.\n\nBien avant que le jour apparût dans les c i e u x ,\nHantés par on ne sait quel songe de lumière,\nLes coqs se renvoyaient leur qui-vive joyeux.\n\nEveillés en sursaut, se frottant les paupières,\nLes hommes se levaient, et sans savoir     pourquoi,\nTransportés d'allégresse, ils sortaient des chaumières.\n\nEt se hélaient, d'un seuil à l'autre, à pleine voix :\n— Bonjour, voisin! — Bonjour! — Ça, qu'est ce qu'il se passe\nQue nous nous trouvons tous réveillés à la fois ?\n\nSoudain l'on vit glisser une étoile... Sa trace\nSemblait un fil fragile où pend un fuseau d'or.\nDoucement, elle vint des confins de l'espace,\n\nComme on fait en marchant vers un berceau qui         dort;\n— Ainsi dut cheminer l'étoile qu'ont suivie\nLes Mages Balthasar, Gaspard et Melchior. —\n\n— Puis, comme elle éclairait une humble      métairie,\nDans la nuit radieuse, un branle    surhumain\nFit sonner tout à coup les cloches réjouies.\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 308, "texte": "130                             DURENDAL\n\n\n      « Noël! » « Noël!», chantaient toutes leurs voix       d'airain,\n      Et sans qu'on pût savoir qui les avait sonnées,\n      Leur benoît carillon dura jusqu'au    matin.\n\n      Or, c'est cette nuit-là   que la Pucelle est née.\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison03-002", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 130, "page_fin": 131, "titre_corps": "Diptyque pour la Pucelle : Annonciation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Mercier", "ancre_debut": "Annonciation                 UN JOUR D'ÉTÉ          EN L'AN    1424.           M", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 167, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 308, "fin_caractere_exclue": 1705, "texte": "Annonciation\n                UN JOUR D'ÉTÉ          EN L'AN    1424.\n\n\n\n\n      Midi. La soupe est prête, et le pain sur lu table.\n      Le père avec ses fils va revenir des champs,\n      Et, Jeanne, ayant rentré ses brebis à l'étable,\n      Dans le fond du jardin se promène à pas lents.\n\n      Bien qu'elle se repose, elle n'est point oisive,\n      Mais, sage, elle tricote, et dans ses doigts légers,\n      Quand le soleil les touche, on voit, fines et vives,\n      Les aiguilles de bas reluire et voltiger.\n\n      Elle tient ses longs cils baissés sur son ouvrage.\n      C'est l'été, le ciel vibre, et les lis sont en fleurs;\n      Jeanne a douze ans, mais elle est grande pour son âge,\n      Et le hâle des près a doré ses couleurs.\n\n      Soudain, l'enfant se signe et joint les mains. La cloche\n      Sonne au petit clocher qu'on voit de la maison;\n      Et Jeanne ne sait pas quelle heure auguste       approche\n      Ni quelle attente heureuse embellit     l'horizon.\n\n      Dévotement, ainsi qu'elle apprit de sa mère,\n      Elle dit le salut de l'ange Gabriel,\n      Et comment pour donner un sauveur à la terre\n      La Vierge s'est soumise aux volontés du ciel.\n\n      Mais comme en terminant elle se signe encore,\n      Un cri monte à sa lèvre... Au milieu des lis blancs,\n      Plus beau que le soleil qui jaillit de l'aurore,\n      Monseigneur Saint Michel surgit, l'épée au flanc,\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 706, "texte": "           DYPTIQUE POUR LA                 PUCELLE           l3l\n\n\nCasqué d'un heaume d'or, et l'aile encore émue\nD'avoir fouetté longtemps l'immensité des c i e u x .\nLors, s'inclinant, il dit : « Jeanne, je vous salue,\nCar vous êtes choisie entre toutes par Dieu\n\nPour chasser les Anglais du royaume de France!          »\nL'Archange    n'ajouta rien autre ce jour-là.\nUne grande lumière absorba sa présence,\nEt le vent de son vol dans l'infini souffla.\n\n...Et maintenant,   assise à table, la Pucelle\nRepasse dans son cœur ce que l'Archange a dit,\nEt la seule clarté de ses yeux purs révèle\nLe secret merveilleux dont ils ont resplendi.\n\n                                               Louis    MERCIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison03-003", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 132, "page_fin": 141, "titre_corps": "Un peintre mystique de Dixmude", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Léon Bocquet", "ancre_debut": "Un peintre mystique de Dixmude.                           M. Léon Cassel.                   IL y a déjà, b", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 169, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "Un peintre mystique de Dixmude.\n                          M. Léon Cassel.\n\n\n                IL y a déjà, bien longtemps, dix ou quinze années\n                  peut-être, que j ' a i lu pour la première fois au\n                  bas d'une toile la signature de M. Léon Cassel.\n                   C'était à l'exposition des artistes septentrionaux\n                  à Lille. L e tableau représentait un berger des\n                  L a n d e s . L a qualité austère de la peinture et la\n                  belle figure du pâtre roux dans son habit de\n                  peau de chèvre tranchaient tellement sur l'uni-\nformité impersonnelle et plate des autres œuvres qu'il ne me\nfut pas le moins du monde aventureux de prédire aux lecteurs\nqui suivaient mes critiques d'art dans l'Echo du Nord : voici\nun artiste auquel il faut, dès aujourd'hui, prêter attention.\n    Quelques jours plus tard, un grand jeune homme brun, du\nt y p e hispano-flamand le plus caractérisé, se présentait à moi.\n Une flamme d'extraordinaire exaltation allumait ses yeux\nsombres. L a voix grave et profonde était ardente d'enthou-\nsiasme et de franchise. Les phrases paraissaient oppressées\ncomme si les mots eux-mêmes étaient insuffisants à exprimer\nou contenir l'afflux véhément des pensées. E t , parfois, un\ngeste brusque, saccadé, d'une nervosité singulière, suppléait\nà l'idée restée en suspens parmi ces paroles prenantes et\nchaudes. C'était le peintre du berger landais. Or, cette phy-\nsionomie intense, fébrile et expressive ne m'était pas inconnue.\n     Souvent, alors que je n'étais encore qu'étudiant à la Faculté\ndes Lettres, il m'était arrivé de croiser, au bois de la Deûle,\nqui est la p r o m e n a d e favorite des Lillois, celui qui était là.\n L a rencontre, chaque fois, n'avait pas m a n q u é de m'intriguer.\n Poète ou artiste, je n'avais pas essayé de cataloguer sa profes-\nsion, mais sa silhouette m'était devenue quasiment familière.\n Il avait l'air si perpétuellement pressé qu'on se l'imaginait\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "              UN PEINTRE MYSTIQUE DE DIXMUDE                  133\n\n\nà la poursuite de l'insaisissable chimère, si obstiné dans sa\nfaçon de contempler la cime des arbres et le ciel qu'on se\ndemandait quel mystère ses regards étaient anxieux de sur-\nprendre là-haut. Il avançait, eût-on dit, à pas précipités dans\nun rêve et, parmi l'indolent va-et-vient des allées, il commu-\nniquait, sur son passage, de la jeunesse, du transport, du\nlyrisme. Le hasard m'avait ainsi prédestiné à connaître\nM. Léon Cassel et préparé à juger de tout près l'impulsion\net l'élan qui imprimaient à sa vie une sorte de rythme fréné-\ntique.\n   Dès cette époque, M. Léon Cassel témoignait d'un idéal\nd'art qui, étant donné son âge, pouvait passer pour présomp-\ntueux. Ni sa sensibilité n'avait encore eu occasion de se fixer,\nni sonbesoin d'expansion inventoriéle domaine où déborder. Et\nil allait, isolé dans ses désirs, avec une hâte troublante et une\nsincérité pleine de tourment et d'angoisse, vers un terme\nqu'il pressentait sans parvenir à le situer, à la découverte de sa\npersonnalité esthétique.\n                                  *\n                              *       *\n\n   M. Léon Cassel est né à Lille, le 8 mai 1873. S'il compte\nparmi ses ascendants lointains des sculpteurs et des musiciens,\ns'ils'apparente, du côté maternel, au compositeur Xavier Leroux,\nil n'en est pas moins de modeste origine. Aussi, après avoir\nsuivi à l'Académie de sa ville natale les cours de l'excellent\nprofesseur qu'est M. Pharaon de Winter, le jeune homme,\nmalgré son ambition d'aller compléter à Paris son éducation\nartistique, courait risque d'être contraint de végéter dans sa\nprovince. Mais il avait une telle foi dans sa vocation, une telle\nténacité dans son vouloir qu'il réussit à surmonter toutes les\ndifficultés matérielles qui dressent leurs embûches sur la\nroute des poursuivants de la beauté. Léger de pécule, mais\nriche d'énergies secrètes et de courage persévérant, M. Léon\nCassel prend, un jour, un parti héroïque. Il décide de faire ce\nqu'avaient entrepris avant lui, en pareille occurrence, d'autres\nartistes à leurs débuts et en particulier ce Watteau qui demeure,\npar sa vie et son œuvre, le modèle accompli à proposer à\nl'émulation de tout septentrional qui se sent au cœur de hauts\ndesseins. Il se rend à Paris, ayant accepté d'y mener, à vingt\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "134                         DURENDAL\n\n\n ans, une pauvre existence cachée de renoncement et de labeur.\n Il devient élève de BONNAT.\n    Ses véritables leçons, du reste, il les prend hors de l'atelier.\nPendant dix ans, presque chaque jour, comme si sonnait\nl'Angelus de l'inspiration, il traverse, de bonne heure, la ville\net se dirige vers le Louvre. Là, devant les maîtres qu'il s'est\nspontanément choisis, devant Rembrandt et Vélasquez surtout,\nchez lesquels ses atavismes trouvent sans peine des motifs de\nconfiance et des exemples raciques, M. Léon Cassel fait pieu-\nsement ce qu'il nomme « sa prière du matin ». Pour qui sait le\ndon de ferveur extraordinaire qui réside dans cette âme, ce\nn'est point là un vain mot. Fermé à toute sollicitation exté-\nrieure, indifférent au temps qui passe et aux visiteurs qui circu-\nlent, il médite les yeux en extase, les mains jointes, la pensée\ncomme agenouillée en présence du génie. Par cet acte d'adora-\ntion presque quotidien, il essaie de pénétrer le mystère de la\nperfection. Les chefs-d'œuvre des musées sont vivants et parlants\npour ceux qui leur dédient un amour à ce point passionné.\nPareille admiration et si constante étude des meilleurs ouvrages\nque les peintres d'autrefois présentent à l'émulation des peintres\nd'aujourd'hui ne pouvaient manquer d'être profitables et fécon-\ndes. A leur fréquentation, M. Léon Cassel apprit le respect de\nson art, le dédain du travail superficiel et bâclé, le goût de la\ntechnique solide et de la composition longuement préparée\ndans le silence intime. Le culte de la grande nature frémis-\nsante et inspiratrice parachevait l'enseignement muet des\nmaîtres et provoquait l'éveil d'une conscience picturale.\n    Cette orientation des efforts de l'artiste a été sa vertu et son\nsalut. Il lui doit, non seulement d'avoir contribué à sa forma-\ntion, mais d'avoir fait trève souvent aux inquiétudes immédia-\ntes et aux préoccupations angoissantes du présent. Car,\nM. Léon Cassel a connu d'âpres instants avant de parvenir à\ndompter le sort rebelle qui est si fréquemment le lot fâcheux\ndes artistes qui commencent. Il fut maintes fois sur le point\nd'être arrêté dans sa marche à l'idéal par les contingences d'une\nvie pénible. Un autre, peut-être, aurait, de lassitude, aban-\ndonné la lutte. Lui, gardait un admirable espoir. N'avait-il\npoint aussi pour le stimuler le vigilant réconfort d'une femme\nattentive et dévouée? Aux dures nécessités, il a opposé l'entête-\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2316, "texte": "              UN PEINTRE MYSTIQUE DE D1XMUDE                   135\n\n\nment opiniâtre du flamand qui puise dans les obstacles mêmes\ndes motifs de sursaut et de vigueur; il a dressé en face des jours\nhostiles une sorte de fierté castillane qui met son orgueil à ne\npoint céder et à vaincre. Il a fini par faire plier le destin.\n  J'ai suivi, comme pas à pas, M. Léon Cassel sur la route qui\nmonte. Et j'ai pu constater le développement d'un noble carac-\ntère d'homme et d'un scrupuleux tempérament d'artiste selon\nune courbe d'une impressionnante logique dans leur évolution\nsimultanée. La vie et l'œuvre de ce peintre témoignent d'une\nactivité réfléchie, d'une discipline laborieuse et d'une hautaine\net méritoire certitude, notamment lorsqu'on songe à tout ce\nqu'il y avait chez lui d'impulsion et de fougue.\n\n                                   *\n                               *       *\n\n   Homme du Nord et comme tel soumis à d'impérieuses\ninfluences du sang espagnol, il a cru devoir sans doute à ses\ninstincts ataviques d'éprouver sa sensibilité devant les paysa-\nges de soleil et de triomphante lumière qui s'accusent, en\narêtes précises et en lignes dures et nettes, sous le ciel du Midi.\n   Il alla d'abord vers l'Espagne, pensant en interpréter de\nfaçon neuve le pittoresque et l'éclat romantiques. Et son pin-\nceau a rendu avec un coloris vibrant des sierras lointaines\nbaignées de clarté, des ports multicolores aux eaux miroi-\ntantes, des terrasses élevées encombrées de larges fleurs épa-\nnouies, pourpres sur l'azur cru; des rues brûlées par les\nréverbérations des maisons blanches et du ciel incendié de\nsoleil, des groupes d'hommes et de femmes aux attitudes\ndramatiques, Rodrigue et Carmen et doña Sol et Hernani,\ndans le faste de leurs oripeaux solennels et barbares, tout un\ndécor exotique et voyant. L'expression de semblables œuvres\nest presque exclusivement plastique et chatoyante. Elles\nplaisent par leur observation exacte et par leur luminosité.\n Elles ne dépassent pas la sensation. C'est la première étape\nd'un talent méticuleux et honnête, trompé par la séduction\n extérieure des choses et qui ne dépasse guère la vision immé-\n diate et la compréhension matérielle.\n    Bientôt une inquiétude latente envahit l'âme du peintre.\n M. Léon Cassel se rend compte qu'il est dupe des apparences.\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2453, "texte": "136                         DURENDAL\n\n\n\nS'attarder à transposer sur la toile des scènes d'un exotisme\ncourant et des paysages de Tra los Montes lui semble un jeu\nmédiocre, dès que sa personnalité ne s'affirme pas dans les\nspectacles changeants des saisons et des heures. Il ne veut plus\ns'arrêter seulement aux effets extérieurs et au lyrisme des tona-\nlités; il s'évertue à pénétrer davantage que par le passé l'âme\nd'un site, à rendre perceptible le sentiment de la nature qui\nagit sur son cœur autant que sur son cerveau, lorsque son\nattention est captée par l'imprévu ou l'enchantement d'un\nspectacle. Or, il remarque dans l'atmosphère plus limpide et\nplus légère de l'Ile de France, dans les nuances délicates des\nhorizons, une complexité, une douceur et une aménité qui\ninvitent à en détailler le secret de grâce tranquille et à en\ndégager l'élément subtil. C'est à cela que s'applique, pendant\nplusieurs années, M. Léon Cassel. De cette période date une\nface nouvelle de son art : la méthode devient plus souple, la\ntechnique s'amollit pour traiter les jeux d'ombre et de lumière\nautour des collines modérées, des arbres vibrants, des jolis\nvillages massés contre leur clocher. Une fraîcheur d'aube et de\nprintemps, d'herbe tendre et d'eau vive, circule dans le décor\nqui réjouit l'artiste. La vie champêtre se découvre à lui dans sa\nsimplicité heureuse. C'est l'instant où il peint des pommiers\nfleuris, des matins bucoliques, des frondaisons et des champs\naux verdures jeunes que le soleil de mai fait luire sous ses\naverses d'or. La poésie joyeuse et claire du monde a conquis\nles yeux et l'âme du peintre. C'est la deuxième étape.\n   Il reste à donner à cette poésie sa signification intime, intense\net véritable. Elle ne l'acquiert que par rapport à l'individu qui\nl'exprime. S'il est exact qu'un paysage est un état d'âme, encore\nfaut-il, pour que se manifeste pleinement dans les choses cette\npsychologie humaine, qu'elle obéisse d'abord à une sorte de\nsollicitation du dehors. Il existe une action et une réaction\npermanentes entre la sensibilité et la nature. De l'adroit équi-\nlibre des deux ou de l'harmonie des contradictoires résulte la\nfaculté de synthèse du subjectif et de l'objectif et le don supé-\n rieur d'émotion qui créent l'originalité.\n    Le pathétique d'un endroit, d'une heure, d'un instant, s'in-\n tensifie de la puissance affective qu'on porte en soi-même et\n sans laquelle joie ou douleur du monde demeurent superfi-\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2465, "texte": "              UN PEINTRE MYSTIQUE DE DIXMUDE                   137\n\n\ncielles. Au fond des êtres résident la nostalgie de l'au-delà, le\nsens du divin, l'angoisse de l'infini; derrière les objets inanimés\non pressent, à tout coup, la mélancolie du périssable universel,\nla fugacité de ce qui existe et où Virgile, par divination, a cru\nsentir des larmes et de la pitié. Toute œuvre d'art est étroite,\nlimitée et impersonnelle, si elle ne s'apparie point, par quelque\ncôté, à ce langage informulé des êtres, si elle ne satisfait pas\nl'attirance vers l'inconnu et l'appétence de l'imagination vers le\nmystère.\n   Ouvrir des perspectives immenses au rêve, entraîner l'esprit\nà travers les avenues ténébreuses et insondables de la pensée,\néclairer d'une certitude nouvelle ou simplement d'une brève\nlueur l'énigme de la nature et de la destinée, telle doit être la\npréoccupation d'un véritable artiste. Il ne saurait se contenter\nde parler aux sens par l'harmonie matérielle, la grâce et l'éclat\ndes couleurs. La hantise de ce qui s'écoule, passe, succombe et\nmeurt, la beauté émouvante d'un moment de la vie, d'un aspect\nde la terre, accrus de s'être comme réfractés par un tempéra-\nment, voilà ce qui prolonge la sincérité de l'observation outre\nles frontières du réel et augmente la valeur d'un tableau. Sans\ncet apport individuel, le peintre ne cesse pas d'être un habile\nmetteur en scène ou un homme au métier exercé, qualités\nd'ordre secondaire et de mérite banal.\n   M. Léon Cassel est parvenu à la minute, sans doute définitive,\nde son évolution esthétique où un paysage décrit et une com-\nposition réfléchie sont les interprètes discrets de la personna-\nlité. Il y condense tour à tour du symbole, de la vie intérieure\net contemplative, des suggestions confidentielles, sa sensibilité\net sa conscience. Et ce fut le miracle de Bruges d'abord, de\nDixmude ensuite, d'aider l'artiste à discerner au tréfonds de\nlui-même les instincts religieux qui y sommeillaient, de provo-\nquer, dans une atmosphère propice, leur développement, de\nfournir à son mysticisme latent sa plénitude d'expansion.\n   De la songerie des canaux aux eaux mortes, du rêve millé-\n naire des maisons affaissées, de la pénombre angoissante des\n églises, du calme pensif des soirs qui descendent au bord des\n quais déserts, sur les cygnes du lac d'Amour et sur les arbres\n du Béguinage, des religieuses en prière et des vieilles femmes\n penchées par les ans, M. Léon Cassel a fait, un temps, son\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "138                         DURENDAL\n\n\n\ndomaine pictural. De Bruges, il n'a voulu aimer, retenir et\npréciser que la figure moyenâgeuse, recueillie et crépusculaire ;\nil a célébré la ville en une sorte de poème mélancolique et\nnuancé qui servirait déjà à établir une renommée. Une de ses\nmeilleures toiles à ce jour, n'est-ce point cette Sortie de salut au\nBéguinage, où, dans la brume diffuse, il semble qu'on entende\nau loin sonner les cloches des paroisses, tandis que quelques\nfemmes en mante et quelques nonnes ont l'air d'éterniser le\npassé et de presser contre leur poitrine la paix du soir reli-\ngieux?... Mais Dixmude l'a possédé depuis d'un amour plus\nentier et plus profond. Il a fait réellement de cette ville le lieu\nde son repos et le foyer heureux de son inspiration.\n                                 *\n                                * *\n\n   Dixmude est aussi le royaume du silence et du souvenir, plus\nintime d'ailleurs et plus confidente que Bruges. Dixmude,\nassise haut parmi les pâturages, ressemble à une villageoise\nendimanchée. Pour la parer mieux, l'Yser et la rivière d'Handñ\nzaeme se nouent comme des rubans clairs sur sa robe verte et\npuis se déroulent, au nord, en canaux vides et réguliers. L'opu-\nlence et l'activité anciennes sont finies. Les eaux se contentent\nde mirer maintenant les façades historiées et les pignons à\nredents des maisons d'un autre âge, les pierres des parapets\nvétustes, les arches élevées de ses ponts en ruines, de noyer les\nfeuilles et l'ombre pesante des platanes alignés le long des\nquais, tous les mirages du soleil oblique, le ciel de grisaille et\nla luxuriance des herbes de l'automne.\n   De l'autre côté, les rues et les ruelles dévalent sur des prai-\nries basses à l'endroit où furent jadis les remparts. Çà et là, se\ndevinent tassées sous les saules argentés et les ormes noirs des\nfermes blanches essaimées comme les vaches laitières dans les\npacages. La silhouette hollandaise du dernier moulin à vent\ndont la minoterie a pour jamais immobilisé les bras tragiques,\nrêve, pareille à un berger, sur le troupeau des toits d'où se\n lèvent la tour massive de l'église et les clochers pointus des cou-\n vents. Et par delà les prés et par delà les canaux s'étend la\n plaine agricole où sinuent jusqu'à l'horizon des chemins blancs\n bordés d'ormes éternellement penchés par le vent qui souffle de\n la mer.\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "              UN PEINTRE MYSTIQUE DE DIXMUDE                   139\n\n\n   Les matins translucides, les couchants verts et jaunes, les\nclairs de lune bleus, sont magnifiques et inoubliables sur cette\ncampagne rase d'où montent, d'instant en instant, de longs\nmeuglements bucoliques. Cette poésie et cette douceur cham-\npêtres ont envahi peu à peu la ville, au fur et à mesure que\ncédait à l'emprise victorieuse du temps l'héritage d'un passé\nde gloire et de tumulte qui fut celui de l'antique Dixmude,\nguerrière et marchande. L'immense place où grouillaient autre-\nfois des foules énervées, venues de Dunkerque ou de Fumes,\npour assister aux fastueux tournois des rhétoriqueurs, ou aux exé-\ncutions fameuses ne connaît plus que les affluences de paysans\nplacides, les jours de marché. La lourde somnolence provin-\nciale s'en trouve à peine interrompue une fois la semaine.\nRésignée à sa déchéance fatale, Dixmude, depuis des siècles,\nse console de mourir, en se constituant la gardienne vigilante\net patiente des traditions et des vestiges d'autrefois. On reçoit\nd'elle un enseignement d'acceptation et de sérénité. L'âme\nbenoîte de la ville pénètre lentement l'âme de ceux qui se\nlaissent aller à sa sûre influence, de même qu'elle s'est laissé\nfaçonner insensiblement par les habitudes campagnardes. Elle\nconseille la gravité, le recueillement et la méditation. Mais\nnulle part cette suggestion de paix et de tranquillité lénifiante\nn'émane plus délicieusement persuasive que dans le Bégui-\nnage.\n   Avec sa porte basse, ses maisonnettes encloses d'une double\nenceinte, la fraîcheur de ses pelouses lisérées, l'été, de pieds\nd'alouette au bleu délavé, de mauves aux tons passés, de soucis\npâles et de roses fatiguées comme si ces fleurs, l'une après\nl'autre, s'étaient anémiées à vivre et s'épanouir loin du bruit,\ncomme si plutôt, elles voulaient atténuer un éclat trop brutal\npour s'accorder mieux aux nuances des murailles humides et\ndécrépites, à l'humilité de la pauvre chapelle aux toits tom-\nbants le béguinage est une oasis de quiétude parmi le désert\nde silence impressionnant qu'est la ville. Blanche et noire, une\ndes rares béguines survivantes d'une communauté en déca-\ndence, surveillante fidèle des reliques de saint Thomas de\nCantorbery, passe parfois, les mains en oraison, à pas feutrés,\nsans rompre l'ensommeillement du jardin. Ou bien, furtive et\nméthodique, une autre, au bout d'une pelouse, dans un carré\nde soleil, étend du linge grossier. Ou bien d'un geste machinal\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "140                                    DURENDAL\n\n\n\net presque automatique, une autre descend un seau au fond\nd'un puits. Une initiation à la mesure dans le mouvement, à la\ndélicatesse pudique dans les gestes, à l'harmonie des êtres et\ndes choses se dégage et se précise du rythme ordonné des\nexistences dans ce décor idéal. Arrivé là avec sa fièvre, sa com-\nplexité, sa sympathie pour les formes naïves de la beauté et les\nrévélations ingénues de la vie, un artiste éprouve d'abord\ndevant ces spectacles une détente et un bien-être, puis une\nsorte de sortilège et d'envoûtement. Il trouve tout ensemble un\ndélice sensuel et une volupté spirituelle qui agissent sur sa pen-\nsée, un enveloppement de poésie simple et familière qui est un\nadjuvant sérieux pour son goût d'art dépouillé et de perfection\nmorale. Ainsi de M. Léon Cassel. Dixmude l'a haussé à un\ndegré supérieur de l'émotion et du talent. Son cerveau et sa\nsensibilité ont subi avec reconnaissance et docilité l'empreinte\nbienfaisante du milieu. L'homme a discipliné sa véhémence,\néprouvé ses impulsions; l'artiste a débarrassé de tout fatras et\nde toute exagération sa compréhension du monde et des âmes,\nde tout procédé sa méthode d'expression, afin de laisser au\npathétique intérieur transposé sur la toile sa nue sincérité. La\nbéguine au puits, dans sa grâce biblique et la sobrieté du décor et\nde la matière n'impose-t-elle pas le rappel émouvant d'une\n œuvre de foi primitive, débordante de candeur et d'amour?\n   M. Léon Cassel n'est pourtant pas un spécialiste de sujets\nchrétiens et pieux. Il ne puise point ses inspirations dans le\ndogme catholique ou les cérémonies du culte. Il est davantage\nsollicité par l'ambiance religieuse et l'atmosphère spiritualiste\nd'une scène que par ses caractères directement et essentielle-\nment liturgiques. Il laisse à Maurice Denis et à Lucien Simon\nle soin de peindre, selon l'orthodoxie rigoureuse, des Annon-\nciations ou des Nativités. Il ne tente même pas, comme ce\ngénial Desvallières, d'humaniser la représentation de la divi-\nnité. C'est un mystique pour qui une œuvre d'art, qu'il s'agisse\n d'une composition anecdotique, d'un paysage ou d'un por-\ntrait (1), doit rendre perceptible le côté surnaturel de la vie,\n\n   (1) M. Léon Cassel est un excellent fleuriste. Il s'applique à traduire, dans ses portraits,\nla psychologie du personnage. I1 faut citer parmi les meilleurs ceux de Jean Richepin, de\nDehelly de la Comédie Française, de M. le bourgmestre de Dixmude et de M. et de Mme\nHosten.\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "              UN PEINTRE MYSTIQUE DE DIXMUDE                   141\n\n\nmanifester la grandeur, la noblesse et la sainteté des petits\ndevoirs, des humbles tâches, des vertus domestiques, être une\nrévélation de la beauté morale qui est une forme du divin dans\nle monde. C'est la signification qu'il convient d'attribuer sans\ndoute à ses Sœurs dentellières de Saint-Nicolas. Certes, le peintre\na été séduit par le pittoresque appréciable du costume d'un\nordre cloîtré et peu connu. Il a pris plaisir à dessiner ce voile\nnoir dont l'arrangement évoque à l'esprit l'idée d'une hiron-\ndelle posant son vol sur la religieuse. Mais l'allégorie austère\nde ce simulacre d'oiseau dont le bec fouille le crâne, image de\nla mortification et de l'obéissance monastiques, ne fut pas, je\npense, étrangère à sa pensée. Et n'a-t-il point cédé surtout à\nl'obsession de marquer, dans l'attitude aristocratique de ces\nfemmes adonnées à d'obscures besognes que font ailleurs des\norphelines et des vieilles, l'idée de l'héroïsme quotidien et le\ncontentement des cœurs purs qui sentent et voient Dieu?\n   Ainsi, à l'arrière-plan des tableaux de M. Léon Cassel, est\nprésente une pensée supra-terrestre.Quelles que soient les qua-\nlités de métier qu'elles révèlent, ses toiles ne lui paraissent\nachevées que si elles émettent un rayonnement, si elles tradui-\nsent un frémissement venu de l'au-delà et provoquent dans\nl'âme un élan métaphysique et une élévation spirituelle. Ce pein-\ntre est, à l'heure actuelle, un de ceux dontchaqueœuvrenouvelle,\nd'un classicisme élargi et diversement compréhensif, porte\ntémoignage d'une évidente soumission aux exigences impé-\nrieuses de la conscience.\n                                               LÉON BOCQUET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison03-004", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 142, "page_fin": 142, "titre_corps": "Le Vieillard", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Robert Silvercruys", "ancre_debut": "Le Vieillard J'évoque le vieillard qu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 183, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2034, "texte": "Le Vieillard\nJ'évoque le vieillard que mon enfance a vu,\nle front sévère et blanc penché sur le pupitre,\net dont le regard terne et le geste imprévu\nse devinaient le soir au travers de la vitre.\nCelui là, plus timide et sourd chaque saison,\n vivait dans un espoir fragile et chimérique,\n n'ayant pour tout désir et pour tout horizon\n que le décor étroit de son humble         boutique.\nLes yeux las, il passait à rêver de longs jours,\n ayant l'âme fidèle à des choses diverses\n dont il aimait poursuivre, en souriant, le cours,\n taciturne et rebelle aux soucis du commerce.\n Vers quel futur énigmatique         aspirait-il\npour vivre obscurément avec les poings aux tempes,\n voir pâlir son visage et glisser son profil\n dans le halo funèbre et douteux de la lampe...\n xXotre enfance paisible et mystique a grandi\n en longeant la vitrine au sortir du collège.\n Quant nous passions ensemble à l'heure de midi,\n traînant notre fatigue et nos pieds dans la neige,\n le front qu'il avait clair et le visage usé\n s'attardaient   à la vitre, où pliaient les mains lasses,\npour contempler d'un long regard désabusé\n tous les petits garçons s'en revenant des classes.\n Il vendait du buvard et du papier ligné,\n mais il avait aussi des livres de lecture\n qui plaisaient à nos cœurs trop          indisciplinés\n pour faire du métier ou des        littératures.\n  Comme il aimait les pauvres gens, il s'était fait\n l'âme plutôt sensible aux choses          quotidiennes,\n et, le grand âge aidant, sa nature          inclinait\n au pardon des erreurs et des fautes            humaines...\n Reverrais-je celui dont j'évoque        parfois\n l'image qui se lève au fond de ma mémoire\n dans le parfum d'un jour d'Automne qui décroît\n comme une ombre sur le passé de mon histoire ?\n Dieu sait ! Depuis longtemps, mon rêve s'est perdu\n dans le fiévreux désir de mon adolescence\n — mais je reste celui dont les mollets sont nus\n et qui s'attarde à la vitrine de       l'enfance...\n                                         ROBERT SILVERCRUYS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison03-005", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 143, "page_fin": 145, "titre_corps": "Laudi mortis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "Laudi mortis.                                                  Vivre, c'est être alarmé.                                                      M", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 184, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1743, "texte": "Laudi mortis.\n                                                 Vivre, c'est être alarmé.\n                                                     M m e DE NOAILLES.\n\n\n\n\n                   ILS vous ont oublié, tous : les héros dans leurs\n                     exploits, les poètes dans leurs chants, les jeunes\n                     filles dans leurs rêves, les enfants près de leurs\n                     jouets, les h o m m e s dans leurs pensées, les prê-\n                     tres eux-mêmes aux pieds de leurs dieux...\n                         Personne, ô maternelle Amie, ne s'est souvenu\n                     de vous ! E t vous erriez déjà, à l'aurore du\n                     monde, attentive au signal de la Destinée, der-\nrière les ifs du Jardin des délices ; et la dernière vous quitterez\nla terre usée par les siècles.\n   F i d è l e amie de la pauvre h u m a n i t é , vous êtes celle que tous\nles h o m m e s oublient, et celle qui n'oublie personne.\n\n                                        *\n                                   H:       *\n\n\n\n\n    Les autres puissances m'ont menti. J'ai cru voir, au loin,\naller et venir le bonheur , et il ne s'est point arrêté devant moi\npour me t e n d r e seulement la m a i n . L ' a m o u r est passé en sou-\nriant, une rose à la bouche, et j ' e n t e n d s encore (et c'est tout\nce dont je me souviens) un bruit léger, mat et bref, de pétales\neffeuillés. L a fortune un instant m'a cherché du regard. L a\njeunesse m'a laissé cueillir des fleurs que je n'ai pas eu le\nt e m p s de respirer.\n    Vous seule avez été sincère et vraie. L e bonheur, l'amour, la\nfortune, la jeunesse m'ont tour à tour trahi, livré, renié, et je\nme suis retrouvé tout seul avec vous toute seule.\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2093, "texte": "144                          DURENDAL\n\n\n\n      Venez, je vous attends depuis si longtemps. D a n s le désarroi\nde mon vouloir, la lassitude du chemin, l'inquiétude de t a n t de\nchoses passagères, le goût d'amertume que je trouve à tout, le\nbesoin d'infini que rien ne satisfait, mon impatience de Dieu,\nj ' a i crié vers vous. Clamavi ad te. Personne de ceux que j ' a i\naimés n'est proche de moi. T o n s les cœurs me sont lointains et\ntoutes les âmes se sont éloignées de moi. Viens, ô ma dernière\namie...\n  J e ne trouve plus de beauté à la terre. L a lumière est parci-\nmonieuse. Les fleurs se fanent trop vite. Les plus belles\nmusiques me sont nostalgiques. L e rossignol n'a chanté déli-\ncieusement q u ' u n e seule nuit de ce printemps, p e n d a n t une\nheure à peine !\n\n                                        *\n                                    *       *\n\n    Viens. Je ne me révolterai pas. T u ne devras user envers\nmoi ni de ruse ni de violence. Mes pieds tranquilles ne feront\npas un pas pour te fuir. J e m'étendrai où tu me trouveras. J'al-\nlongerai nonchalamment les bras. J e joindrai d'avance les\nmains sur ma poitrine. Je ferai silence. J'entr'ouvrirai les\nlèvres au dernier soupir. Je baisserai moi-même les yeux pour\nque tu n'aies pas à fermer mes paupières, et je t'attendrai,\nstoïque et voilé, pareil aux statues de marbre qui d o r m e n t dans\nla paix des chapelles.\n    Si tu veux me gâter, et pourquoi ne me gâterais-tu pas,\ntoi, dont j ' a i souhaité la venue comme la visite d'une amie,\nouvre ma porte sans brusquerie, parle bas, tends les bras,\napproche à l'heure du soir.\n    T u épaissiras de la nuit autour de moi, et je m'évanouirai en\ntoi, comme la fumée dans le vent, le parfum des résédas dans\n le soir, et je reposerai pour les siècles sur ton cœur, jusqu'à ce\nque retentisse à nos oreilles la trompette sonnant le grand\nréveil victorieux.\n\n                                    *\n                                *       *\n\n T o n royaume est fait de calme et de silence. Q u a n d je vais\nme promener dans les jardins où tu règnes, je reste frappé de\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 602, "texte": "                         LAUDI   MORTIS                      145\n\nla paix que tu fais succéder à nos troubles, à nos angoisses,\nà nos agitations humaines. Faut-il que tu sois miséricordieuse\net bonne, et qu'on t'aime, pour ne plus savoir te quitter ! Faut-\nil aussi qu'on soit bien dans tes bras pour que les plus chers\nd'entre les nôtres, malgré leur promesse de revenir, ne soient\njamais revenus et ne sachent plus se séparer de Toi !... Et je\nsens jusqu'à moi ta mystérieuse attirance, ô mort chérie de\ntous ceux qui ont vécu et souffert.\n                                                POL DEMADE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison03-006", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 146, "page_fin": 146, "titre_corps": "Stances", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Bonté", "ancre_debut": "Stances Sur beaucoup de tes cham", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 187, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1617, "texte": "Stances\nSur beaucoup de tes champs que l'homme laisse en friche\n            croissent tous les grains    fous;\n     même le plus touffu de tes prés est moins riche\n                d'herbe que de cailloux.\n\n     Le peuple de tes blés est si pauvre, il assemble\n                dans ses grêles sillons\n     tant de coquelicots magnifiques,    qu'il semble\n                  mangé de papillons.\n\n         Ici et là, sur tes collines, quelque   hêtre\n                   cache un peu le sol nu\n    et la vigne, pareille à des faucheux,       s'empêtre\n                   dans le chiendent    têtu.\n\n       — Mais tu portes le pin musical et l'yeuse\n                aux classiques    contours\n      et les cyprès jumeaux    dont la grâce pieuse\n                   intercède   toujours.\n\n      Pour ajouter encore à ta pureté     blanche,\n                tes vallons   printaniers\n     mêlent au jour serein la clarté qui s'épanche\n              des fleurs des amandiers.\n\n     Et le vent dans l'air bleu répand le clair sillage\n                  qu'il fait en propageant\n    le frisson blanc qu'il donne au pudique    feuillage\n                    de l'olivier d'argent.\n\n       La suite des coteaux, d'une ligne si pure,\n                   a des teintes d'iris\n        et forme à l'horizon sinueux la bordure\n                  d'une coupe de lys.\n\n     Et la plaine, arrondie et concave, est un vase\n                    de si tendre clarté\n      que l'esprit longuement    y boit avec extase,\n                    ô pays de beauté !\n                                                    P A U L BONTÉ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison03-007", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 147, "page_fin": 147, "titre_corps": "Maison champêtre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Bonté", "ancre_debut": "Maison champêtre  Vois combien le couchan", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 188, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 647, "texte": "Maison champêtre\n\nVois combien le couchant apporte de beauté\nà ta maison ! Elle est humble et douce à côté\ndu coteau qui s'étend longuement sur la plaine\npuis s'abaisse et rejoint la colline prochaine ;\nmais son âme s'emplit d'orgueil lorsque le vent\nallonge sa fumée en nuage        mouvant\ndont le panache allier fièrement       l'accompagne.\nLocomotive ardente, à travers la        campagne,\non dirait qu'elle va s'élancer et l'on sent\nque, détaché du sol par son effort       puissant,\nsous le ciel empourpré dont la gloire l'enivre\nle cortège infini des coteaux va la suivre!\n                                              P A U L BONTÉ\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison03-008", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 148, "page_fin": 150, "titre_corps": "La Sculpture belge de la Renaissance à la Révolution", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "T. de Visan", "ancre_debut": "La Sculpture belge de la Renaissance            à la Révolution                Sous ce titre évocateur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 189, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1713, "texte": "La Sculpture belge de la Renaissance\n           à la Révolution\n\n              Sous ce titre évocateur, M. Edmond de Bruijn\n                nous a donné, le 31 janvier, à l'Ecole des Hau-\n                tes Études de Paris, une conférence extrême-\n                 ment dense, solidement charpentée et nourrie\n                de la plus substantielle érudition.\n                   Je m'en voudrais de passer sous silence une\n                leçon de cette qualité qui sut réunir, dans la\n                même exaltation d'art, la musique d'un style\ntout en mouvement et les surprises d'une promenade ininter-\nrompue à travers tant de chefs-d'œuvre matérialisés sous nos\nyeux par d'excellentes photographies.\n   L'école de la rue de la Sorbonne a eu l'heureuse idée de con-\nsacrer pendant cette saison 1913-1914, les conférences du\nsamedi de sa section d'art à l'étude de l'Art belge depuis la\nRenaissance.\n   Des spécialistes tels que MM. Henry Marcel, Léonce Béné-\ndite, François Benoit, etc., assurèrent le succès de ce pro-\ngramme. M. Fierens-Gevaert qui, mieux qu'homme du monde,\nconnaît jusqu'aux moindres manifestations de l'esprit artis-\ntique des Flandres au cours des âges, nous donna deux élo-\nquentes leçons sur Rubens...\n\n                ... fleuve d'oubli, jardin de la paresse\n          Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer,\n          Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse,\n          Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer.\n\n  Donc M. Edmond de Bruijn, professeur d'esthétique et\nd'histoire de l'art, nous entretint de la sculpture belge de la\nRenaissance à la Révolution. Le délicat écrivain « de la jupe\ndivisée et de l'idéal grec » utilisa pour cette leçon les ouvrages\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "LA S C U L P T U R E B E L G E D E LA R E N A I S S A N C E A LA R E V O L U T I O N   149\n\n\n\ngénéraux de M M . Marchai, Rousseau, etc., et les excellentes\nmonographies spéciales de M M . Hedicke, P o u p e y e , e t c . . Mais\nsurtout M. de Bruijn fit état de ses connaissances encyclopédi-\nques et de ses études personnelles en face des monuments où\ns'inscrit la courbe de l'évolution de l'art. Sur une terre aussi\nriche en chefs-d'œuvre que la Belgique, c'est une joie pour\nl'érudit, l'historien ou même le simple amateur, de pouvoir\nsaisir r a p i d e m e n t la mentalité d'un peuplç exubérant qui a\nconçu ses m o n u m e n t s à l'image de sa ressemblance, je veux\ndire de son état d'âme.\n     L e contact avec l'étranger est un précieux auxiliaire de régé-\nnération, lorsque l'art s'endort ou s'épuise dans des formes\nusées. Nous constatons les heureux résultats d'une telle\nalliance en F l a n d r e . L e mariage de la Belgique avec l'Italie\nrenouvelle à deux reprises la veine picturale et architecturale.\n     Dès 1494 nous relevons les traces de pénétration italienne et\nclassique à Bruges d'abord, puis à Anvers. M. de Bruijn a\ncaractérisé avec bonheur les façons de cette première Renais-\nsance en sculpture au XVI e siècle, avec Pierre Coecke et Vre-\nd e m a n de Vries, entichés des grotesques des T h e r m e s de\nT i t u s ; avec Jacques Du Broeucq et Corneille Floris de\nVriendt, influencés par Sansovino. Bientôt surviennent les\ntroubles politiques des P a y s - B a s . Cette Renaissance est inter-\nrompue à Anvers et dispersée vers les pays protestants.\n     U n e seconde Renaissance paraît à Anvers, aux alentours de\n I 6 I 5 , grâce à la rencontre de R u b e n s , revenu imbu du « bon\ngoût italien », avec les Jésuites qui sauvent, dans les Pays-Bas\n du Sud, la discipline classique et les h u m a n i t é s païennes du\n fanatisme de la conscience chrétienne individualisée. L e\n palazzo à la Génoise de Rubens et la chapelle des Jésuites, « le\n plus beau des temples élevés par la Compagnie dans tout\n l'univers », précisent le type nouveau.\n     M. de Bruijn a insisté sur ce point, renouvelant entièrement\nson sujet par des aperçus neufs et spirituels. L e style ecclésias-\ntique de ce moment de la civilisation et de l'histoire se mani-\n feste celui d'une religion victorieuse. C'est donc une orgie de\n formes riches, une exubérance d'ornements dominateurs. L a\n religion célèbre sa conquête, affiche à tous les yeux sa royauté :\nfaçades chargées de trophées, autels dressés comme des arcs de\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1971, "texte": "150                                DURENDAL\n\n\ntriomphe, chaires qui se développent de la même façon que\n l'éloquence sacrée, confessionnaux décorés superbement et qui\njouent aux monuments dès l'instant que Calvin proscrit la con-\n fession.\n    Sur ce t h è m e original, M. de Bruijn a brodé un aimable\n contrepoint d'idées, de pittoresques développements q u ' u n e\n suite choisie de vues coloriées venait renforcer. Cette sculpture\nreligieuse et profane s'affirme redondante et expressive à\nAnvers et Malines, avec F a y d ' h e r b e , V e r h a e g e n , Quellin, e t c . ;\nr y t h m i q u e et frémissante à Liége avec Delcour; à la fois\n mièvre et paroxyste avec Delvaux, de Nivelles; familière, élé-\ngante et nerveuse à Bruxelles avec les D u q u e s n o y cadets,\n Grupelle et Berger.\n    E n conclusion, M . de Bruijn a montré tout ce que cet art\nde la Renaissance peut avoir d'absurde aux yeux des liturñ\ngistes et des logiciens. Il est incontestable que ce style jésuite\nscandalise extrêmement notre amour pour le moyen âge et la\ncathédrale gothique, triomphe de l'art religieux, Bible de\npierre et parole de Dieu fixée dans un équilibre « en mouve-\nment ». Mais, d'autre part, cet art belge est l'expression\nvivante d'un peuple exubérant et g o a r m a n d qui se flatte de la\npompe de ses cortèges et rit du sans-gêne de ses fontaines, qui\nse sent en veine de lourde dévotion « dans des églises surchar-\ngées où les orgues ronflent comme des orchestrions de salles de\ndanse, où le prédicateur t o n n e comme Moïse du haut d'un\nrocher et où des amours font la voltige au-dessus du maître-\nautel, comme dans les nuées de l'Olympe ».\n    Cette fine psychologie d'un moment de l'histoire artistique\ndes P a y s - B a s , a reçu l'accueil qu'elle méritait et c h a q u e audi-\nteur a exprimé p u b l i q u e m e n t , par ses bravos, un peu de son\nadmiration et de sa reconnaissance.\n                                                              T.   DE VISAN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison03-009", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 151, "page_fin": 168, "titre_corps": "Chronique du mois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique du Mois                                 Les Concerts.       Ceux d'entr", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 192, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "Chronique du Mois\n                                Les Concerts.\n\n     Ceux d'entre les abonnés des concerts du Conservatoire qui sont de tempé-\n  rament traditionaliste auront été fort satisfaits du Troisième Concert du\n  Conservatoire et de la composition très purement classique de son pro-\n  gramme : Bach (Concerto brandebourgeois n° 2 en fa majeur), Haydn repré-\n  senté par une belle symphonie, peu connue, en ut mineur (1791), Mozart\n  (Concerto en ut majeur pour flûte et harpe), Beethoven (Symphonie pastorale),\n  Weber (ouverture du Roi des Génies).\n    C'est aux concerts du Conservatoire de Bruxelles, nous pouvons l'affirmer\n  sans la moindre hésitation, que nous avons toujours recueilli de la Sympho-\n  nie pastorale l'impression la plus vive et la plus haute. Et sans nul doute l'in-\n terprétation que Léon Du Bois en a dirigée est absolument digne des précé-\n dentes, dont elle ne diffère d'ailleurs que sur certains points secondaires.\n     De toutes les grandes pages descriptives de la musique, la Pastorale est celle\n qui traduit avec le plus d'intensité dans le langage des sons ce qu'on peut\n appeler le sentiment esthétique de la nature, en d'autres termes, cette émotion\n profonde et d'un caractère si particulier, qui saisit l'être humain en présence\n des beautés de l'univers sensible, dans le silence des forêts recueillies et solen-\n nelles, dans la paix enchantée des montagnes où glissent des souffles embau-\n més et que poétise le chant des sources.\n    Au matin d'un beau jour, la campagne endormie se ranime frémissante\n sous le baiser vermeil de l'Aurore. Des bruits ineffables parcourant l'espace\n retentissent, puis rebondissent en cascades harmonieuses. Les fleurs, douces à\n la vue comme un regard de vierge, s'éveillent joyeuses, étincelantes de rosée.\n Par moments, l'on croit entendre vaguement la torrentueuse rumeur de la vie,\nfleuve immense dont les flots fécondent l'univers. Mais le soleil, fier géant de\nl'azur, a posé son pied sur le zénith en feu. Il est temps de se réfugier au bois,\nle long du ruisseau évocateur de songes, clair miroir des arbres et des\noiseaux.\n    Alors commence cette méditation douce comme un sommeil d'enfant, sou-\ntenue par un accompagnement suggestif dont la sublime monotonie exprime\nmerveilleusement le cantique simple et sans modulations que chante l'onde\nagile, courant discrètement sur les cailloux nacrés. Et voici que le ciel\ns'est tout à coup assombri, les nuages ont enserré la terre comme l'étouffant\ncouvercle d'un noir cercueil. L'orage éclate. Les éclairs déchirent de leurs\nraies sanglantes le. voile de deuil qui enveloppe l'horizon désolé. Le tonnerre\nrugit dans le lointain ainsi que quelque monstre gigantesque et fabuleux.\nPrions le Seigneur, car il est paissant. Mais le calme s'est rétabli soudain,, le\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "152                               DURENDAL\n\n\nciel apparaît de nouveau bleuet profond. C'est le sourire de Dieu. Remer-\ncions-le dans une ardente effusion, car sa bonté surpasse encore sa puissance.\n   Que dire du concerto de Bach? MM. Thomson, Demont, Goeyens, Piérard\nle jouèrent en grands artistes et ils en firent, particulièrement dans l'andante,\nune merveille de chaude lumière, de vie harmonieuse et idéale. Secondée par\nla harpe charmeuse de M. Meerloo, la flûte de M. Demont nuança de façon\nexquise le concerto de Mozart si bien qu'en cette intarissable abondance\nmélodieuse, en cette fusion de sonorités tendres et transparentes, on avait\ncomme l'illusion d'entendre des gouttes de cristal tomber, puis s'écouler en\nflots d'argent.\n   L'ouverture de Weber, le Roi des Génies, qui terminait le concert, est inté-\nressante. Ce roi des génies semble s'y efforcer en vain de discipliner les élé-\nments de la nature déchaînés. Belle page romantique imprégnée d'un avant-\ngoût de wagnérisme et qui semble contenir en germe l'ouverture du Vaisseau\nFantôme.\n                                         *\n                                        * *\n\n    La chronique musicale du mois dernier ayant été fort chargée, nous signa-\nlons tardivement labelle exécution qui a été donnée à un concert de la Grande\nHarmonie, par les soins et sous la direction de M. Lunssens, de la Troisième\nsymphonie (mi mineur) de Joseph Ryelandt.\n    Le succès a été grand, l'auteur salué d'acclamations enthousiastes. La sym-\nphonie en mi mineur est hautement intéressante, en effet, par la profonde sin-\ncérité de l'inspiration, la fermeté de la pensée, la clarté suprême du discours\nmusical, la souplesse charmeuse des harmonies, l'élégance en même temps\nque la solidité de l'architecture. Le thème de début, qui sert comme de base\nau premier mouvement, est de signification et d'allure plutôt mendelssohnienne,\ntandis que les deux autres, si nous pouvons nous exprimer ainsi, sont du pur\nRyelandt. Mais ce qui est surtout remarquable, c'est le parti que l'auteur en\ntire, la façon dont il combine ces divers éléments de telle sorte qu'amplifiant\npeu à peu son inspiration, il arrive à construire tout un monument.\n    Même remarque pour le second mouvement. (Adagio.) Il se compose de\ndeux thèmes, l'un comme l'autre de caractère religieux, le premier doux,\nrecueilli, et bien qu'énoncé dans le mode mineur, d'une gravité toute divine,\nle second suppliant, saturé de larmes, s'élevant vers le ciel comme une implo-\n ration. Ces deux thèmes aspirent, on le sent, à fuir les ombres douloureuses\n des tonalités mineures pour rentrer dans la lumière et, dans la partie centrale,\n s'entrecroisant avec amour en une harmonie admirable comme si la voix con-\n solatrice de Dieu surplombait la voix de l'homme, ils s'éclairent ensuite,\n s'affirment éloquemment en un magnifique crescendo pour expirer finalement\n en pianissimo dans une sereine extase. Ce second mouvement est le point\n culminant de la symphonie, L'Alegretto cantabile qui suit, très bien con-\n struit également est délicieux de verve et de fantaisie, et le quatrième mouve-\n ment (allegro con fuoco), page de lyrisme vibrant, est comme un hymne\n triomphal dans la manière large de Peter Benoît et que l'on imaginerait\n volontiers chanté par un chœur immense.\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3130, "texte": "                              CHRONIQUE         DU MOIS                                153\n\n\n\n   Cependant si cette symphonie de Ryelandt est très belle, on ne peut, à notre\n sens, lui attribuer de supériorité sur les autres productions (et elles sont nom-\n breuses) du maître brugeois. L'œuvre de piano notamment où il débuta par\nde charmantes aquarelles (La Mer du Nord, En Ardenne,) s'est complétée\nen ces derniers temps de types singulièrement vigoureux et d'une personnalité\nencore plus accusée. (Prélude et fugue, sonate en fa majeur, sonate en fa\ndièse mineur) compositions que sous peu tous les pianistesse feront un bonheur\net une gloire d'interpréter. Que dire des lieder, de la musique de chambre,\nsurtout des grandes oeuvres religieuses, Cœcilia (1) Purgatorium, L'avène-\nment du Seigneur, Maria, où Ryelandt a mis sûrement le meilleur de lui-\n même ! Il vient de terminer sa quatrième symphonie (Chorale) inspirée du\n Credo, une de ses œuvres les plus considérables et il est actuellement absorbé\npar la composition d'un nouvel oratorio, Agnus Dei.\n   Ryelandt n'est pas un ingénieux, un ciseleur de formes rares, c'est avant\ntout un sincère, un intuitif et en même temps un penseur. Mais depuis\nquand le raffinement du style est-il une marque d'originalité et de puissance !\nL'originalité réside à coup sûr dans le fond, avant de résider dans la forme.\nNous parlions tantôt d'analogies avec Mendelssohn, avec Peter Benoit. Ce sont\névidemment là des rapprochements fortuits, accidentels, pareils à ceux qui se\npourraient établir entre Wagner et César Franck, ce dernier ayant reproduit\ndans son Prélude, Choral et Fugue le thème des Cloches de Parsifal, et tel\npassage du Chasseur Maudit éveillant trop rapidement dans la pensée le sou-\nvenir du thème de la Forge de Siegfried. S'il est cependant deux génies abso-\nlument dissemblables au point de vue de l'esthétique, comme de l'essence des\nharmonies, ce s'ont Wagner et Franck.\n   De même, Ryelandt est admirablement lui-même. Il ne se rattache pas\nplus à Tinel qu'à César Franck. Il leur ressemble sans doute par la ferveur\nde son élan religieux, et à l'instar de César Franck, il manifeste dans ses\nœuvres instrumentales une préférence assez marquée pour la forme cyclique.\nMais là se borne l'analogie.\n   Cœcilia et Purgatorium ont été acclamés à Anvers (1907). L'Avènement\n du Seigneur à Rotterdam (1909). A Bruxelles, dans nos grands concerts symñ\nphoniques, on n'a exécuté du maître brugeois que l'Ouverture de Sainte-Cécile\net le poème Gethsemani. La symphonie en mi mineur mérite sans nul doute\nde franchir les limites d'un cercle privé et d'être présentée au grand public.\nC'est à Eugène Ysaye, ce généreux initiateur d'apostolats artistiques, de la\nfaire connaître en l'inscrivant au programme de l'un des concerts de la saison\nprochaine.\n                                            *\n\n\n  M. Ernst Wendel, chef d'orchestre des Concerts philharmoniques de Brême,\nqui dirigea le Quatrième Concert Ysaye, est bien connu à Bruxelles où, à\n\n  (1) Nous avons publié dans cette même revue, en 1904, une étude détaillée sur la   Sainte\nCécile de Joseph Ryelandt.\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "154                                DURENDAL\n\n\n ces mêmes concerts Ysaye, il conduisit l'an dernier le festival Brahms et le fes-\n tival Strauss. C'est, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, un\n capellmeister de premier ordre et on lui a fait le succès le plus chaleureux.\n De la Symphonie héroïque il a une conception très noble. A toute la lucidité\nd'exposition souhaitable, il sut joindre, notamment dans le Scherzo, la lougue\nla plus entraînante et, dans l'Allegro finale, une vigueur d'accent, une am-\n pleur de style et une gradation d'enthousiasme qui firent grande impression. De\nmême pour l'Ouverture des Maîtres chanteurs, dans laquelle, aux approches\n de la conclusion triomphale, il élargit considérablement les mouvements,\nmais de la façon la plus heureuse, et rarement avons-nous entendu de cette\n page wagnérienne interprétation à la fois plus rayonnante et plus grandiose.\nKikimora (quel vocable étrange, mon Dieu!), poème symphonique du compo-\nsiteur russe Liadow et qui décrit un être légendaire effrayant appartenant à la\nmythologie slave, est une sorte de conte fantastique dans la manière de\n l'Apprenti sorcier de Dukas, mais beaucoup moins développé, avec des\n visions de cauchemar telles que les affectionnait Nodier (bien oublié aujour-\nd'hui et qui fut cependant un des princes de la langue française). Cette bou-\ntade spirituellement orchestrée complétait la partie symphonique du\nprogramme.\n    Il est bien superflu de dire que Casais joua de façon supérieure le concerto\nde Dvorak en si mineur (op 104). et le concerto en la mineur (op 33) de Saint-\nSaëns. Le concerto de Saint-Saëns est une des plus charmantes compositions\nqui ornent le répertoire plutôt restreint du violoncelle. Quant à celui de\nDvorak, il a sans doute de la couleur, et nous ne savons quel arome sauvage\npar où il peut plaire à certains. Mais il est d'autre part bien dilué, le tissu har-\nmonique en est lâche et fragile et il ne brille assurément ni par l'abondance,\nni par la distinction des idées. Maints endroits de ce concerto se présentent\ncompliqués de rythmes épineux, et il a fallu toute la magistrale autorité et\nl'expérience de Wendel pour mener à bonne fin cette œuvre, durant tout le\ncours de laquelle il fut l'objet d'une surveillance étroite, qui s'expliquerait en\npartie par le manque de répétitions, mais qui parut tout de même bien\ninquiète et peu justifiée en l'occurrence, de la part du grand violoncelliste.\n\n                                           *\n                                       *       *\n\n   La dernière soirée, donnée par le Quatuor Zimmer a superbement clôturé\nla série des belles séances organisées au cours de cet hiver. Débutant par un\ndélicieux quatuor de Haydn qu'il rendit dans tout son charme de simplicité\nconfiante et virginale, il joua ensuite un des grands quatuors de Beethoven\n(mi bémol, op. 127). Interprétation étonnamment adéquate à la pensée beet-\nhovenienne, puissamment rythmée, intensément expressive dans l'Adagio\n(d'une inspiration céleste), fertile en contrastes de sonorité et où, dans les\nforte, on croyait parfois entendre un petit orchestre Avec le précieux con-\ncours du pianiste Maurice Dumesnil, la séance se couronnait par le quintette\nde Brahms, ce monument de la musique de chambre, ayant sa place marquée\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3123, "texte": "                            CHRONIQUE DU MOIS                                 155\n\n\nà côté des quintettes de Schumann, de César Franck, du concert de Chausson\nen ré majeur, et dont se dessinèrent très noblement ce soir-là les hères\narchitectures.\n\n\n\n   M. Maurice Dumesnil compte au nombre des pianistes remarquables de\nla jeune génération. Poète du clavier, il l'est à n'en pas douter, comme le\nprouve son exécution magistrale d'un Prélude et Fugue de Bach (transcrit de\nl'orgue). Quelle pureté de dessin ! Quelle vérité et quelle souplesse de nuan-\nces ! Malgré le talent considérable déployé par M. Dumesnil dans le reste de\nson programme, ce Prélude et Fugue demeura l'impression maîtresse de\nl'audition. Il cisela ensuite avec délicatesse des pièces de Scarlatti. Plus que\nson interprétation de l'Appassionnata de Beethoven, nous avons goûté celle\nqu'il donna des Etudes Symphoniques de Schumann, non à coup sûr la plus\nprofonde, mais certainement, après le concerto en la, la plus ample et la plus\néclatante des œuvres que le maître de Zwickau ait écrites pour le piano. En\ncette série de tableaux merveilleux et si étonnamment variés bien qu'inspirés\ntous du même sujet, M. Dumesnil montra une rare compréhension, situant\nchaque étude dans son atmosphère propre, lui infusant sa signification carac-\ntéristique, superbe du reste d'énergie et de fougue dans les passages de force et\ndans le finale qui sonna triomphalement comme une fanfare. A signaler\nencore dans le récital de M. Dumesnil des œuvres d'Albeniz où il mit beau-\ncoup de couleur, le prélude de Rachmaninoff avec des effets de sonorité\nd'orgue très particuliers, une Rapsodie hongroise de Liszt, un Scherzo de\nMendelssohn où les doigts du pianiste semblaient avoir des ailes.\n\n\n\n\n   Bien qu'ayant dépassé la soixantaine, Emil Sauer qui, quelques jours\naprès, donna un récital à la Société Philharmonique, est toujours étonnant\nde fougue juvénile. Sa force de résistance semble ignorer l'effort et la fatigue,\nnous ne nous attarderons pas à décrire les mérites et les défauts de cet artiste\nsi souvent entendu à Bruxelles : Métier admirable, déconcertante aisance\ntechnique, sûreté impeccable et non moins exemplaire clarté, traits cristallins\ns'égrenant en colliers de perle dans les pianissimi, rarement de la profondeur\nexpressive, mais très souvent des nuances charmantes. (Nocturne en ut dièse\nde Chopin, Auf Flilgeln des Gesanges de Liszt.) Et cependant les interpré-\ntations de Sauer ne sont pas à l'abri de la critique. La sonate en mi majeur\n(op. 109) de Beethoven fut exécutée beaucoup trop en morceau de piano, alors\nqu'elle est évidemment une œuvre de caractère orchestral. Dans la Polonaise\nen fa dièse de Chopin, Sauer eut de jolis effets. Il n'est du reste pas le seul\npianiste à oublier que les Polonaises de Chopin ne sont pas des œuvres de\nvirtuosité, mais qu'à l'instar des Ballades, la plupart d'entre elles sont des\nœuvres de pur lyrisme dont les essentielles significations sont inséparables des\nidées de majesté et d'ampleur. Sauer prit sa revanche dans les deux études en\nsol bémol, exécutées avec toute la précision souhaitable.\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3325, "texte": "156                                 DURENDAL\n\n\n   Les compositions de Sauer sont incroyablement démodées, vides d'ailleurs\nde toute substance musicale. Il s'attarde dans des ornières, dans les procédés\npérimés des Thalberg, Prudent, Gottschalk et tutti quanti. Il est tel moto\nperpetua en octaves où Sauer fait trop penser à ce phénomène Mille-Pattes\npopularisé par la célèbre image allemande caricaturant un virtuose du clavier.\nLes deux moments du concert à noter furent, d'une part, la Gavotte et Varia-\ntions de Rameau et, d'autre part, le Mazeppa de Liszt, enlevé avec un éclat\nextraordinaire et une verve foudroyante. Après cette page de romantisme\nfrémissant, Sauer donna en bis : Le Beau Danube Bleu de Johann Strauss! Le\nBeau Danube Bleu est sans doute une bien jolie valse, mais l'arrangement de\nM. Sauer serait beaucoup plus justement qualifié de dérangement.\n   Et voilà que dans toute cette appréciation nous semblons tout près d'adop-\nter un procédé de critique qui, par rapport à une même œuvre ou à un même\nartiste, consiste à faire suivre les éloges les plus vifs des blâmes les plus sévères,\nprocédé qu'en général nous détestons, parce qu'il a pour ordinaire effet de jeter\nle trouble dans l'esprit du lecteur qui, sans point d'attache fixe, demeure\nballotté et comme en suspens. Mais qu'y faire? Ces antithèses sont l'expres-\nsion exacte de notre pensée. Ces fautes énormes de goût dans la confection\ndes programmes dont, parmi les virtuoses célèbres du piano entendus à\nBruxelles, Sauer et Rosenthal sont seuls coutumiers. ne proviendraient-elles\npoint de leurs contacts trop fréquents avec le public viennois? Ce public a\nde frappantes ressemblances, avouons-le, avec le public des jeunes pension-\n naires bruxelloises.\n\n                                          *\n                                         * *\n\n\n   Grand succès pour le concert organisé par M. Deru et consacré aux maîtres\nitaliens des XVII e et XVIII e siècles. Offrant les traits caractéristiques de tout\nce que l'art de celte époque du XVIII e siècle a produit, les pièces instrumen-\ntales de Veracini, Tartini, Vivaldi, qui figuraient au programme de cette audi-\ntion, sont d'élégants joyaux où la beauté achevée de la forme s'allie à la grâce\ntouchante des mélodies et à la spirituelle coquetterie des rythmes. Dans le\nconcerto de Vivaldi pour trois violons, il est un Andante exquis de ligne, dont\n M. Deru, son élève M lle Kitty Buckley et Mlle Germaine Schellinx, qui avait\ntrès gracieusement accepté de remplacer l'autre élève empêchée, rendirent à\nsouhait le charme inexprimable. Dans l'interprétation de ces œuvres, aux-\nquelles il faut ajouter des piécettes de Martini et de Pugnani, une Chaconne\nde Vitali (XVII e siècle), M. Deru fit preuve d'un sentiment très fin et on\nadmira son jeu intelligemment nuancé, jeu d'une simplicité et d'une distinc-\ntion parfaites, aussi pur et sobre que clair et expressif. Mme Wybauw-Detil-\nleux, qui prêtait son concours à cette audition, chanta avec son autorité habi-\ntuelle différentes compositions de Rossi, Pasquini (XVII e siècle), Caldara\n(XVIII e siècle), Spontini et Blangini (XIXe siècle). A signaler particulièrement\nla Cantala de Rossi, où la distinguée cantatrice affirma la sûreté et l'aisance\nde sa technique vocale, et celle de Caldara, d'expression fort pénétrante. M. de\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3265, "texte": "                           CHRONIQUE DU MOIS                                 157\n\n\nBourguignon tenait le piano avec la compréhension artistique dont il est cou-\ntumier.\n                                      *\n                                    * *\n   Une audition d'un caractère analogue, bien intéressante aussi, a eu lieu à\nla Société de musique ancienne, créée sous les auspices d'un de nos plus\ndistingués violoncellistes, M. Alphonse Van Neste, avec le concours apprécié\ndeMllesAriette et Suzanne Linden, société dont le but est de faire mieux con-\nnaître et goûter cette musique des XVII e et XVIII es siècles qui attire chaque\njour davantage l'attention des amateurs d'art et où d'ailleurs les trésors ne se\ncomptent plus. Tout serait à citer au programme, que complétaient heureuse-\nment quelques pièces instrumentales et vocales, choisies avec tact dans le\nrépertoire moderne et contemporain. Avec Mlle Suzanne Linden au clavecin,\nM. Van Neste a d'abord interprété sur la viole de gambe quelques délicieuses\nœuvrettes de Caix d'Hervelois. Claveciniste pleine de grâce dans une Sara-\nbande de Bach et dans le Coucou de Daquin, Mlle Linden s'est ensuite produite\ncomme pianiste dans la sonate (op. 69) pour violoncelle et piano de Beetho-\nven, où elle affirma sa nature finement compréhensive, tandis que de son côté\nM. Van Neste y faisait admirer son jeu vibrant et persuasif. Le sentiment déli-\ncat et la technique claire et perlée de Mlle Suzanne Linden se montrèrent\nensuite dans les Jeux d'eaux de la villa d'Esté, de Liszt. Mlle Ariette Linden\npossède une voix souple, fraîche et d'un timbre généreux. On l'applaudit dans\nun Aria de Scarlatti, dans une très belle cantate de Bach, puis dans une série\nde lieder modernes (Brahms, Fauré, Strauss), parmi lesquels il convient de\nciter aussi un charmant poème vocal inédit, Wilde Rose, de M. Emile de\nKuyper. M. Van Neste termina l'audition par le concerto pour violoncelle de\nLalo, qu'il interpréta avec autant d'autorité que de plénitude sonore et d'ex-\npression.\n                                          *\n                                      *       *\n   Un troisième et dernier concert ayant, comme les deux précédents, pour\nobjet l'œuvre musicale éclose aux siècles écoulés, fut donnée à la salle de la rue\nMercelis par le Quatuor Vocal Henri Carpay, avec le concours de Mme Mahy-\nDardenne, cantatrice, de M. Van Neste, viole de gambe et de M. Janssens,\nclaveciniste. Il est inutile de redire ici le généreux souci d'art qui préside à\ntoutes les manifestations dont M. Carpay assume l'initiative et la responsa-\nbilité, ses efforts incessants et très nobles pour se rapprocher autant qu'il est\npossible de la perfection. Ce n'est pas d'hier que nous avons signalé aux lec-\nteurs de Durendal l'Association des Chanteurs de Saint-Boniface et celle du\nquatuor vocal Carpay, deux œuvres créées l'une comme l'autre par le dis-\ntingué maître de chapelle de la paroisse ixelloise. Le concert Carpay de 1914\nfut des plus instructifs. Et dans l'impossibilité d'analyser de près les vingt-\nhuit numéros qui en composaient le programme aussi copieux que choisi,\nnous dirons que le quatuor vocal interpréta notamment de frais et naïfs\npoèmes de Roland de Lassus (1530-1594) et de F. Costeley (1531-1606), des\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "158                              DURENDAL\n\n\ncompositions de Rameau (1683-1764), Vittoria (1540-1608), Benedicta es tu,\nde De la Tombelle, d'une inspiration fort élevée.\n   M me Marie Dardenne possède une voix d'un pur cristal qu'elle conduit en\nexcellente musicienne. A citer le charmant Camée de Pierre Dupont, le Plai-\nsir d'Amour de Martini où elle fit apprécier la beauté de sa diction. MM. Van\nNeste et Janssens interprétèrent avec finesse des compositions pour viole de\ngambe et clavecin du XVII e siècle, notamment la Cloche (très intéressante) de\nSimon Ives, des fragments de la sonate en ré de Bach, où ils furent tout à\nfait remarquables.\n   M. Janssens fut très applaudi dans des piécettes exquisement ciselées de\nScarlatti, Couperin, Claude Daquin, dans le fameux air varié en mi majeur\nde Haendel. Bref, grand succès pour tous les artistes et spécialement pour\nM. Carpay.\n                                       *\n                                     * *\n  A l'occasion de la fête patronale de la paroisse ixelloise, l'Association des\nChanteurs de Saint-Boniface a fait entendre la messe Aeterna Christi\nmunera, à quatre voix, de Palestrina. Interprétation respectueuse, fervente,\nnettement équilibrée au point de vue du rythme et des nuances sous la\nsavante direction de M. Carpay, qui s'attache à faire ressortir le véritable\ncaractère de cette musique d'une architecturale beauté et d'une séraphique\npureté de ligne.\n  A l'Offertoire, un motet à quatre voix de Jongen, O quam amabilis, d'un\nsentiment profond, a été très expressivement rendu par les chanteurs de Saint-\nBoniface.\n                                      *   *\n\n  L'abondance des matières nous force à remettre à la livraison d'avril le\ncompte rendu des auditions de la Libre Esthétique.\n                                                  G E O R G E S DE GOLESCO.\n\n\n\n\n                          Les Salons d'Art\n\n    L a L i b r e E s t h é t i q u e rend hommage, cette année, à Dario de\nRegoyos.\n   Il faut lire en tète du catalogue les quelques pages où Octave Maus évoque\nla silhouette insouciante et rieuse du jeune mandoliniste que Bruxelles a\nconnu. On sourit en songeant au « dédain qu'inspirait dans certains milieux\nsa peinture, déclarée absurde par la critique ». Aujourd'hui, rien ne nous\nsemble plus pondéré que ces œuvres alertes et exécutées — cela se sent —\nentre une jota aragonaise et un boléro andalou. Regardons les toutes et lon-\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3483, "texte": "                           CHRONIQUE DU        MOIS                          l59\n\n\nguement : elles ont toujours quelque chose à nous dire; elles ne vont pas du\npremier coup nous livrer leur secret, il faut parfois un peu de patience devant\ntel paysage qui parait banal ou vide, mais infailliblement la dernière parole\nsera poétique comme un doux vers et nous serons conquis. Regoyos n'a point\ncherché l'accord qui crie, l'effet qui secoue. La caractéristique de son art est\npeut-être bien la mesure, la distinction. Rarement il adopta le grand format;\ncomme il y est à son aise cependant dans la Procession à Fontarabie où l'on\nvoit des moines bruns s'avancer dans une ruelle — sous le regard des senoras\naccourues à leur balcon — vers une large tour dont les cloches tintent dans\nl'air recueilli! Je me borne à citer parmi les nombreuses œuvres, la Porte\nmauresque, si noblement mise en page, le Soir meurtrier, paysage de lande\nbrumeuse, et le cadre de croquis que possède le Musée d'Ixelles : Les Christ\nd'Oviéto, d'Avila, de Monforte magnifient « l'idée gothique et populacière\nd'un Seigneur Dieu ruisselant de sang », pour dire comme Léon Bloy.\n   Dario de Regoyos a regardé son pays avec un aimable sourire. Sa technique\nest celle des maîtres français contemporains. Mais à côté de lui, la « Libre\nEsthétique » a groupé quelques artistes qui méritent, et par leur manière de\npeindre et par leur sentiment tout original, la dénomination d'école espagnole.\nLes plus grands d'entre eux semblent ne rien emprunter à l'étranger. Ignacio\nZuloaga est ici représenté par un vaste groupe : Mon oncle Daniel et sa\nfamille. Sur un fond presque uniformément noir se découpent de longues\nsilhouettes à faces pâles. Deux jeunes femmes surtout attirent les regards :\nleur œillade est agressive sous la coiffe de dentelle. Elles sont solidement\ncampées, cambrées dans une pose de défi ou de triomphe. Qn les devine\nrieuses, jacassantes, susceptibles, coquettes, insupportables. Une vieille dame,\nà gauche, fait contraste par sa sérénité, avec leur tapage.\n   Ramon et Valentin de Zubiaurre y Aguirrezabal ont un talent peut-être\nmoins spontané, mais je n'oserais dire qu'ils pénètrent moins profondément\nle caractère de leur race. Le second surtout, plus nerveux et plus âpre, analyse\ndans Un jour de fête les physionomies de deux vieux paysans méditatifs et\nsatisfaits. L'atmosphère de crépuscule verdàtre, dont la scène est enveloppée,\nlui donne une saveur plus amère, plus mystérieuse... et sans doute moins\nnaturelle.\n   Même accent dans les deux Gitanos de José G. de la Pena, qui nous regar-\ndent avec un air de bêtes traquées et implorantes, mais beaux d'orgueil tou-\njours sous leurs guenilles. Francisco Iturino s'arrête à la vision des foules\npimpantes, colorées et mouvantes, éclairées par une lumière blanche et crue.\n   J'aime la Fête champêtre de Ricardo Canals pour son panorama de toits\norangés. Pablo Roïg se découvre dans ses paysages un admirable virtuose\nde la couleur un fin juge des valeurs. Dans ses Baigneuses, il se montre\nd'une infinie sûreté dans le rendu de la forme et du geste. Voici encore, de\nFirmin Arango, un bon panneau décoratif; de Benito Barrueta Asteinza, des\nnatures mortes originales et une Place Ravignan, plus espagnole que pari-\nsienne; de Ramiro Arue un curieux portrait, lisse comme un miroir et qui\névoque un peu le Corse à cheveux plats; de José Arue, d'amusantes images\nun peu caricaturales où de bons types rustiques sont croqués avec humour;\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3400, "texte": "160                               DURENDAL\n\n\n de Ramon Picho, des scènes populaires du même esprit, aux tons vifs\n et délicats.\n    La douce Fiance a comme représentant Jules Flandrin. Ses larges\n paysages dauphinois sont imprégnés d'une poésie très classique de rythme et\n très savante de composition.\n    Enfin, les meilleurs peintres de la jeune école belge se pressent autour d'un\nde leurs maîtres les plus chers : James Ensor. Notre grand artiste n'expose\n qu'un seul tableau de Masques dans un cadre invraisemblable, mais quelle\n facture! quelle vigueur d'exécution et quelle hardiesse dans le rapprochement\nde ce rouge massif et de ces blancs légers! A côté, les Tulipes roses de Rik\nWouters, (voir Chez Giroux) trois très jolies aquarelles d'Olefle, une cha-\n toyante nature morte de W. Paerels.\n    Jean Brusselmans, avec un portrait inacceptable, expose une très juste\n vision de Toits sous la neige; le Kimono rose, largement étalé, de Raoul\n Hynckes est d'un style et d'un coloris distingués. Les tonalités de ce peintre,\n toujours dans une gamme violette, sont finement distribuées. J'ai dit récem-\n ment le bien que je pensais de Louis Thévenet. Fernand Verhaegen continue\nà hanter les Gilles de Binche. La Journée folle est une toile agréable, un peu\nvaste peut-être pour le sujet, mais très immatérielle et vivante. L'auteur de ces\n kermesses agitées était bien fait aussi pour saisir le mouvement des joueurs de\ntennis et l'animation joyeuse des courts ensoleillés. Je préfère aux nus de\n F. Verheyden ses paysages d'arbres en fleur et ses visions de Provence; et je\nne veux point passer sous silence, la Repasseuse en blouse rose de A. De Kat,\nainsi que ce curieux paysage de faubourg: La Rue du Roitelet. Citons encore\nles bouquets savoureux de Mme J. Cambier et les affichettes de Gisbert\nCombaz. — Et l'Etang du Parc de Tervueren, par Van der Swaelmen ? —\n Halte! J'aime les luministes qui font chanter la couleur, mais je veux cepen-\ndant un certain doigté et un certain rapport entre l'interprétation et la nature.\nJe préfère par exemple l'étang de Schlobach, joli effet de brume rose, bien\nque la technique pointilliste me paraisse toujours artificielle lorsqu'elle n'est\npas employée par des maîtres comme les Signac ou les Van Rysselberghe,. qui\nsavent la manier librement et l'atténuer quand il faut.\n    Armand Rassenfosse se distingue par ses qualités de modelé, de forme et\nd'attitude. Son coloris est simple, nuancé, velouté, d'une douceur mosane. La\ndouceur flamande règne dans le paysage de van de Woestijne. C'est le calme\nd'un Dimanche après-midi, symbolisé dans une Vierge rustique aux yeux\nclairs; derrière elle s'étendent les champs qui sommeillent, les vergers aux\nlignes régulières; deux paysans, s'accoudant à une barrière, assistent aux ébats\nde leurs porcs; et la Vierge blanche nous regarde en serrant l'Enfant sur son\ncœur. Point d'artifices de coloration savante; l'œuvre émeut par la pureté des\nlignes et le mysticisme de l'idée, elle tranche sur toutes celles qui l'entourent.\nEst-elle le prélude d'un art nouveau:...\n    La sculpture est représentée par Marcel Wolfers, dont le Cheval de bronze\nest d'une superbe allure et dont la jolie tête de marbre est un morceau de choix ;\nGeorges Petit, séduisant dans un Portrait d'enfant; enfin Paul Du Bois, bel\ninterprète des grâces de la jeune fille et toujours d'une inspiration délicatement\nmélancolique.\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "                            CHRONIQUE DU MOIS                                161\n\n\n   Résumons les enseignements de ce Salon, le plus important de nos groupe-\nments bruxellois. Nous y avons pu étudier une école étrangère puissamment\noriginale, une jeune école belge pleine de promesses, toute sous l'influence des\nimpressionnistes français et du grand précurseur, Ensor. Un artiste enfin\nsemble se détacher de la bande et chercher une voie nouvelle. N'a-t-il donc\npoint de maître? Mais tout le monde subit l'influence de quelque initiateur. Et\ndevant la toile de van de Woestijne, je prononce... avec une certaine hésitation\npourtant, le nom de Maurice Denis.\n\n                                       *\n                                      * *\n\n   A u C e r c l e A r t i s t i q u e . — Le sculpteur Marnix d'Haveloose\na subi l'ascendant de la beauté grecque. Mais il a préféré aux modèles parthé-\nnoniens des oeuvres antérieures de deux ou trois siècles. Son Torse de jeune\nfille est d'une korè primitive, sa grande Danseuse affecte des allures de Nikè\narchaïque. Pourtant c'est de l'art très moderne et même assez raffiné dans la\nrecherche du mouvement et l'harmonie des lignes. Il y a surtout une série très\nvariée de Salomé hiératiques.\n\n   Le graveur en médailles Armand Bonnetain possède une technique et un\ntalent très originaux. Tous ses profils ont du u style ». Voyez comme il traite\nla moustache tentaculaire de Verhaeren, le masque glabre et narquois de\nM. des Ombiaux ou la coiffure Médicis de Françoise Dumont-Wilden. J'aime\nsurtout la Femme au chapeau pour l'élégante adresse avec laquelle la physio-\nnomie s'inscrit dans l'ellipse de ce « sombrero » empanaché. Bonnetain doit\navoir regardé beaucoup les médailles de Pisanello.\n\n    Le peintre Pierre Paulus nous a montré d'assez froides impressions\nd'Espagne à côté de larges et justes tableaux du pays noir. Parfois, fatigué sans\ndoute de ne voir sur sa palette que des tons de charbon, de fumée et de terre,\nil se réjouit en contemplant quelques fleurs éclatantes. Et il fait preuve dans\nses natures mortes d'un heureux tempérament de coloriste. Une mention spé-\nciale pour Le Thé.\n\n   Mme Louise Danse a noté avec finesse, dans ses eaux-fortes et dessins, quel-\nques coins de l'Abbaye de la Cambre et plusieurs paysages italiens. C'est d'un\nart probe et sincère, partant très sympathique. Dans la même salle,\nMlle La Bruyère exposait de bien intéressantes reliures, les unes composées\nde lignes décoratives, d'autres formant de petites compositions qui se déve-\nloppent sur les deux faces et sur le dos du volume. Toutes sont harmonieuses,\noriginales et suffisamment simples.\n\n   Les eaux-fortes en couleurs de Julien Célos sont d'un accent assez prenant.\nJe les préfère à sa peinture, plus molle et moins parlante. Et puis, nous en\navons tant vu de ces petits coins zélandais et flamands!\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "162                               DURENDAL\n\n\n   Georges Van Zevenberghen : Un métier robuste et cependant de la\nfinesse dans le coloris. Les blancs sont nuancés, les rouges sont vibrants. On\nest heureux, après des morceaux tristes et faux, comme les Femmes de Bar,\nde rencontrer le clair melon du Coin de table, les violents Bégonias et la\nbelle silhouette féminine : Fantaisie.\n\n                                        *\n                                       * *\n\n   J e f L e e m p o e l s a réuni dans son nouvel atelier — combien luxueux!\n— des œuvres qui le montrent sous des aspects divers. Il y a là un admirable\nPortrait du père de l'artiste, d'un calme et d'une vérité saisissantes ; il faut\nencore citer la Mère de l'artiste et l'Hymne à la Famille, curieux groupe-\nment de physionomies plébéiennes. Voilà, je pense, le vrai Leempoels, celui\nqui restera. Le peintre d'aujourd'hui a gardé ses indéniables qualités tech-\nniques, mais l'âme, la mesure, le bon goût n'apparaissent plus que trop\nrarement.\n\n                                       *       *\n\n   S a l l e A E o l i a n : E x p a n s i o n d'Art. — L'ensemble est pittoresque.\nIl y a des tableaux par terre, sur des chaises, à trois mètres de hauteur; les\nœuvres de tel artiste jouent aux quatre coins, d'autres jouent à cache-cache,\nd'autres s'étagent en pyramide. Mais, ceci est plus regrettable, les bons mor-\nceaux sont rares. En cherchant bien, on découvrirait deux têtes de Rassen-\nfosse, deux Viérin, un lumineux triptyque d'Ivan Cerf et surtout de délicates\nnatures mortes, intimes et mélancoliques, de M. Pirenne.\n\n                                           *\n                                       *       *\n\n   C h e z G i r o u x . — Rik Wouters est l'un des mieux doués de nos\njeunes artistes. Son exposition témoigne d'un effort assidu et d'un labeur mer-\nveilleusement fécond. Cela est d'autant plus remarquable que ce talent est\ndouble. Rarement un artiste s'affirme à la fois comme peintre et comme\nsculpteur ; presque fatalement l'un des deux arts est sacrifié à l'autre. Or, pour\nle moment, je me sens incapable de juger si c'est en modelant ou en peignant\nque Rik Wouters déploie le plus d'originalité. Au premier moment, je suis\nattiré davantage par sa peinture, mais, si je raisonne, je crois devoir convenir\nque c'est dans des morceaux comme la Vierge folle, Au soleil, et surtout\ndans le magistral buste d'Ensor, si goguenard et animé, que l'artiste se\ndécouvre définitivement personnel. Dans certains tableaux, nous retrouvons\nla trace des influences subies par le peintre : Il y a du Cézanne dans l'Allée\nrose, de l'Ensor dans le Chou-fleur par exemple, du japonais dans les dessins\net même Wouters a su faire adroitement son profit de quelques enseigne-\nments du futurisme : voyez la courbe rose de ce Ravin, violemment coupée\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3116, "texte": "                           CHRONIQUE DU          MOIS                           163\n\n\npar d'immenses troncs d'arbres qui s'élancent, jaunes, verts et bruns, comme\ndes lames de sabres. Cela exprime avec une saisissante vérité le mouvement,\nl'ondulation, le rythme de la forêt. Quelques toiles nous fournissent l'exemple\net le résultat de patientes recherches dans les tonalités. La Malade au châle\nblanc étale une richesse admirable de gris pâles, la Neige tardive est encore\nplus remarquable : un paysage irréel de givre et de gel se découvre à travers\nles vitres d'une fenêtre soigneusement close et sur la tablette se dresse, indica-\ntion de l'époque, le calice écarlate d'une première tulipe.\n   Il faut souhaiter au jeune artiste, possesseur d'une originalité si franche et\nsi audacieuse la grâce de la persévérance. Il vient de remporter une légitime\nvictoire. Il n'en sera pas grisé, mais il continuera dans la voie des recherches\npersonnelles et son talent grandira en s'affermissant.\n   Je m'arrête avec plaisir devant les portraits féminins d'Albert Pinot. La\nJeune fille au châle rouge est un tableau composé avec les tons clairs du dra-\npeau français; la Jeune fille en bleu est d'une harmonie plus douce, d'une\nfacture plus légère et la figure exprime une songerie profonde. La meilleure\nœuvre de cette série me semble être la Jeune Anglaise, qui vient d'inter-\nrompre la lecture d'un petit livre... de Shelley sans doute ou de Tennyson.\nElle a l'air de rêver, mais à des choses pas bien importantes. (Il faut rappro-\ncher du tableau sa délicieuse esquisse.) A côté de ces portraits, Pinot nous\nmontre de fins paysages, des natures mortes — oh! la transparence de ces\nchasselas dorés! — et un peu trop de petites Japonaises.\n                                                              PAUL F I E R E N S .\n\n\n\n\n                            Théâtre du Parc\n\n   Après la Femme seule, pièce où M. Brieux avait mis tout ce qu'il a pu\nd'ennui, et où M lle Guyon et ses partenaires ont mis tout ce qu'ils ont pu de\ntalent, Hélène Ardouin, la pièce nouvelle de M. Alfred Capus, nous don-\nnait le plus grand espoir. Ecrivain spirituel, philosophe léger et profond,\nauteur de tant de comédies charmantes et solides, M. Capus ne pouvait nous\naccorder qu'un régal. Or, encore une fois il a fallu une actrice hors pair,\nM lle Andreyor, pour sauver Hélène Ardouin de l'insuccès, et le spectateur de\nla lassitude. On a dit si souvent, en déplorant une médiocre réussite : il y avait\npourtant là un beau sujet de pièce. Ici on ne peut le dire, il n'y avait pas, dans\nl'histoire de Sébastien Réal et de sa maîtresse, un sujet de pièce. Il y avait un\nadmirable sujet de roman. Et le roman a été fait, et bien fait, par M. Capus\nlui-même. Tout le monde intrigant et interlope qui s'agite autour des amants,\nla crise lente que subit le jeune homme, le retour du mari, la douleur de la\njeune femme qui, pour avoir voulu vivre en marge de son devoir, voit qu'elle\nentraînerait au malheur l'être aimé, si celui-ci ne se détachait pas d'elle ; tout\ncela a été décrit dans le roman et n'a été qu'à peine indiqué à la scène. Des\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2913, "texte": "164                              DURENDAL\n\n\n\npersonnages qui passent et qu'on ne revoit plus, des mots à qui on a voulu\nfaire un sort, une rapidité déconcertante dans l'évolution sentimentale, tout\ncela indique le roman comprimé, mutilé, résumé pour la scène. Les carac-\ntères même perdent de leur relief, j'entends ceux qui sont en nuances, car\nd'autres, les caractères simples et simplistes, gagnent au change au contraire,\ncomme celui de la bonne cousine ou celui de Mme Ardouin, la belle-mère\nautoritaire et injuste...\n   Il n'empêche que, plein de situations piquantes, marquées de scènes émou-\nvantes dans leur raccourci (en ceci excelle l'auteur de la Veine) — telle la\nscène au troisième acte, entre Cabaniès et Paladino, émaillée de tableaux de\nmoeurs sévèrement campés — le drame de M. Capus ne soit très agréable à\nvoir. Il est joué au Parc par une nouvelle venue : Mlle Andreyor, dont le\ncharme et la tragique émotion ont fait une Hélène Ardouin idéale; par\nM. Richard, excellent Cabaniès; M. Hébert qui campe fort bien le rôle de\nBarois, par M. Meret, amusant Paladino. Quant à M. Bosc, ce jeune premier\nsourit vraiment trop et n'est pas assez concentré. Du côté féminin, il faut\nmettre hors pair, il côté de Mme Médal, Mme Roy-Fleury, toujours spirituelle\net naturelle.\n                                                                      P. N.\n\n\n                               Conférences\n\n  L e s A m i s d e s M u s é e s r o y a u x . — Conférences organisées au\nCercle Artistique (novembre-mars).\n  Nous avons rendu compte des premières et très intéressantes conférences\ndonnées au Cercle artistique, sous les auspices de la Société des Amis des\nMusées royaux. Nous avons entendu depuis MM. Tourneur et Joseph Destrée\nparler, l'un de la Médaille en Belgique aux X I V e et XVe siècles; l'autre, du\nMobilier civil en Belgique au moyen âge jusqu'au début de la Renaissance,\nchacun avec la science et la compétence particulières qui leur sont unani-\nmement reconnues.\n\n   M. Auguste Vermeylen est venu nous entretenir ensuite de quelques\naspects de l'Influence italienne aux XVe et XVIe siècles. La thèse exposée avec\nbeaucoup de brio et de trait par M. Vermeylen était que les peintres du\nXVI e siècle, Italianisants et Romanistes, dont l'œuvre est tenue en assez\nmédiocre estime parce qu'ils avaient, en quelque sorte, trahi les saines tradi-\ntions des écoles nationales pour se soumettre aux disciplines italiennes, n'ont\ncommis, en somme, d'autre crime que de céder à des impulsions qui, à cer-\ntains égards, s'étaient manifestées dans la peinture flamande dès le XVe siècle.\nCette thèse, que M. Vermeylen a illustrée de comparaisons fort intéressantes,\ndestinées à mettre en relief les caractères distinctifs des œuvres du XVe siècle\net de celles du XVI e , n'est pas une hypothèse si on n'en étend pas trop la\nportée. On peut dire, par exemple, qu'en un certain sens, il y a eu progrès des\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "                            CHRONIQUE DU MOIS                                   l65\n\n\nvan Eyck à Gérard David, conception moins dogmatique, plus familière,\nplus émouvante, mais il est au moins douteux que l'on puisse hasarder une\ntelle affirmation en ce qui touche la vision pittoresque de la nature telle qu'elle\napparaît dans les merveilleuses miniatures des Heures de Milan, miniatures\nattribuées, comme on sait, à Hubert ou à Jean van Eyck. Quant aux Italia-\nnisants, leur plus grave tort, c'est de n'avoir pas réussi. L'esthétique italienne,\nils en ont appris la lettre, mais l'esprit leur en a échappé, et il devait nécessai-\nrement leur échapper faute de la culture, de raffinement intellectuel qui leur\nauraient permis de se l'assimiler ou, plutôt, de l'assimiler au génie de leur race\n— comme a fait Rubens.\n\n   M. Fierens-Gevaert, en analysant de sa manière habituelle, agréable et\naisée, l'œuvre des frères de Limbourg et le rôle des miniaturistes dans les\ndébuts de la peinture moderne, a eu à nous parler, lui aussi, de l'art italien.\nCar, dès cette époque, celui-ci marque trace de son influence à certaines pages\ndes merveilleux livres à miniatures sortis des mains des artistes flamands qui\ntravaillent dans les milieux français. Influence plutôt « textuelle », comme\ndirait Verhaeren. passagère, superficielle et qui n'a rien laissé d'elle dans les\nouvrages des véritables « inventeurs » de la peinture moderne — dans le Nord\n— les frères van Eyck.\n\n   Après M. Jean Capart, qui nous a fait un rapide et attachant précis de l'his-\ntoire de la Sculpture égyptienne, en commentant des œuvres conservées à la\nSection égyptienne du Musée du Cinquantenaire, dont il est, comme on sait,\nle diligent conservateur, nous avons entendu une causerie diserte de M. Jean\nDe Mot sur les Influences classiques dans nos provinces, sujet très vaste dont\nl'habile conférencier a marqué heureusement les points essentiels. Le même\néloge doit être adressé à M. Marcel Laurent qui, à propos des belles et riches\nCollections de céramique européenne du Musée du Cinquantenaire, avait\nà esquisser l'histoire de la céramique en Europe depuis le XIV e siècle jusqu'au\nXIX e .\n\n   La dernière séance de la série était réservée à M. Ernest Verlant. Il devait\nparler de la Question du maître de Flémalle. Le public, le public féminin,\nsurtout, était plus nombreux que jamais. Qui eût supposé qu'il y avait\nà Bruxelles tant de femmes et de jeunes filles préoccupées de savoir si le Maître\nde Flémalle, alias le Maître de Mérode, alias le Maître à la souricière, était\nune, deux ou trois personnes; s'il était ou si l'un des individus que l'on a\nagglomérés, pour ainsi dire, sous l'appellation unique et, d'ailleurs, injustifiée\n— M. Verlant l'a montré — de Maître de Flémalle, était originaire de\nTournai, de Gand ou d'ailleurs... Mais M. Verlant a la manière, la bonne. Il\nest grave, il est plaisant, il est ironique, il est enthousiaste. Il est cruel aux\nhypothèses aventurées ou intéressées ; il apporte à leur examen le scepticisme\ndn savant avide de certitudes et de preuves, mais devant les œuvres qui, de\nqui qu'elles soient, existent, il parle en artiste, amoureux de la beauté, et qui\nsait la rendre sensible aux autres.\n                                                            ARNOLD     GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3024, "texte": "166                                        DURENDAL\n\n\n\n                                       Revues d'art\n\n\n     A r t e C r i s t i a n a (1) — N o u s sommes heureux de signaler à l'attention\nsympathique de nos lecteurs cet excellent périodique, dont le premier n u m é r o\na paru en janvier 1913, et qui est l'organe de la Societa degli Amici dell' Arte\nCristiana, fondée en octobre 1912.\n    Le but de la nouvelle revue n'a pas besoin d'être expliqué; son titre est\ndéjà u n p r o g r a m m e . Elle montrera, d'un côté, tout ce que l'ait a pris de\ng r a n d e u r sous l'inspiration de l'esprit c h r é t i e n ; de l'autre, le d o m m a g e irré-\nparable que subit le christianisme, surtout devant lesespritscultivés, lorsque,\nc o m m e trop souvent dans les temps m o d e r n e s , il se manifeste, au point de\nvue plastique, dans des œuvres d'une vulgarité et d ' u n e platitude é c œ u r a n t e s .\nIl faudrait, pour mettre fin à la vogue des bondieuseries, que tous les m e m b r e s\ndu clergé eussent autant de goût que de foi. C'est à ce résultat que tendait\nP i e X lorsque, au d é b u t de son pontificat, il ordonna que l'enseignement de\nl'archéologie et de l'art sacré fût inscrit au p r o g r a m m e de tous les séminaires.\nDes publications telles que Arte Cristiana y aideront aussi en faisant passer\nsous les yeux de leurs lecteurs les plus belles œuvres chrétiennes des siècles\npassés et les meilleures de celles que notre époque a produites.\n    P o u r d o n n e r u n e idée du c h a m p de l'intelligente activité de la nouvelle\nrevue, nous citerons quelques-uns des articles, a b o n d a m m e n t et richement\nillustrés, qui ont été publiés au cours de l'année 1913.\n    Janvier : O Crux Ave! (La croix dans l'art), par le R . P . Celso-Costantini ;\nL'arte sacra alla X esposizione internazionale di Venezia; Edgar Tinel, par D . Lo-\nrenzo J a n s s e n s . Février : Ludovico Seitz, par B. Biazetti. Mars : I della Robbia,\npar André Michel. Avril : Santa Sofia di Costantinopoli, par M. Carlo Guidi ;\nnotice sur le Saint Jean-Baptiste de Donatello, acheté par l'Etat italien à la\nfamille Martelli. M a i : L'arte della scuola benedettina di Beuron, par D. L a u r e n t\nJ a n s s e n s . Juin : Il culto dell' antica chiesa per la vergine Maria, par l'éminent\narchéologue romain O. Marucchi; Joseph Janssens, un pittore della Vergine, par\nle R. P . C. Çostantini. Juillet : Il tinascimento dell' architettura medioevale, par\nle même ; Fra Giovanni da Verna (un sculpteur sur bois du X V I e siècle), par\nM. A. Alberini; L'arte sacra alle esposizioni di Parigi. Août : Il museo dioce-\nsano di Tzento, par D. Vinceuzo Casagranda (belles reproductions de tapisse-\nries flamandes de Pierre Van Aelst). Octobre : L'Iconografia del Rosario, par\nle R . P . Emilio C a m p a n a . N o v e m b r e : Il mausoleo di Jallia Placida inRavenna,\npar M. D. J. Mazini. Décembre : La musica e le arti figurative, par M. Giov.\nTebaldini.\n\n\n\n\n  (1) Abonnement, 12 francs par an. (Venise, Seminario patriarcale.)\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3266, "texte": "                               CHRONIQUE DU MOIS                                      167\n\n\nThe Burlington Magazine. N° de Février.\n   M. T a n c r e d - B o r a n i u s signale et reproduit un beau panneau de la collection\n Benson, représentant Deux anges musiciens, qu'il attribue à Lorenzo Monaco\nou à son école. M. Lionel Cust parle, dans ses Notes sur les Peintures des col-\nlections royales anglaises, des achats faits par Charles I e r d a n s les collections\nducales de M a n t o u e , achats dont u n e partie a été vendue et dispersée lors de\nla Révolution; M. E n i c Maclagan essaie d'identifier les modèles de deux\nbeaux portraits en relief, œuvres italiennes du XV e siècle, appartenant au\n Musée Albert et Victoria; M. Arthur M. H i n d continua son intéressante\nétude sur Piranesi; M. C.-J. Holmes s'occupe, à propos d'une récente publi-\ncation sur Léonard de Vinci, de l'atelier de Verrocchio et de certaines œuvres\nd'attribution incertaine, n o t a m m e n t la belle Adoration des Mages, des Offices,\ndonnées antérieurement à L é o n a r d . M . Charles Oulmont signale une réplique\nd'une œ u v r e très c o n n u e de Gabriel de Saint-Aubin : l''Académie particulière;\n M. D . - T . - B . W o o d décrit et analyse deux magnifiques tapisseries, françaises\nprobablement, qui se trouvent, l'une au Vatican, l'autre au Musée de Boston,\net qui ont fait partie d'une de ces séries consacrées à l'illustration du Credo,\nque l'on voit citées fréquemment d a n s les inventaires princiers des X I V e et\nXV e siècles. Bibliographie. Revue des périodiques russes.\n   N u m é r o s de m a r s : Notes biographiques de M. A. GÉRODIA sur Aimée\nDuvivier, u n e portraitiste française du X V I I I e siècle.\n   M. D. T . B. W o o d achève son a t t a c h a n t e étude sur les Tapisseries — fran-\nçaises ou flamandes — des XV e et X V I e siècle, consacrées à l'illustration du\nCredo. — M. Osvald Sirèn examine des fresques de l'église de la Misericor-\ndia, à Tigline (vallée de l'Arno), qu'il attribue — de même que certaines\npeintures de manière analogue conservées en divers musées — à un maître\nde l'école de L o r e n z o Monaco. — M. R o g e r Fry parle de l'Art de la poterie\nen Angleterre; M . E g e r t o n Beck, de la Crosse dans l'héraldique et la décoration.\n— M. Léonnel Curt discute l'attribution d'un Portrait intitulé : « H e n r y ,\nprince de Galles, par Isaac Oliver, » exposé r é c e m m e n t à L o n d r e s , et qui,\nselon lui, aurait été peint en 1616 par l'artiste flamand Van Somer. — Biblio-\ngraphie. — Revue des périodiques français. — N o m b r e u s e s illustrations.\n\n\n\n                                               *\n                                           *       *\n\n\nL'Art flamand et hollandais (janvier).\n   U n curieux article de M. Schmidt-Deagener, au sujet de certains Portraits\npeints par Rembrandt et dont les modèles seraient des membres de la secte\nprotestante des Mennonites. Notre collaborateur M. Arnold Goffin c o r s a c r e\nune étude approfondie à l'œuvre de M. William Degouve de Nuncques, « un des\nrares peintres belges de cette époque qui aient su marier dans leurs ouvrages\nles prestiges de la réalité à ceux de la pensée ».\n   Février. : Notice excellente de M. Jacques Mesnil sur le Musée Jacquemart-\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 609, "texte": "168                                  DURENDAL\n\n\nAndré, à Paris. D é b u t d'une étude de M. P a u l L a m b o t t e sur le regretté\nEugène Smits.\n  Nombreuses illustrations.\n                                          *\n                                         * *\n\nA r t e t t e c h n i q u e (Décembre). — L'Architecture à l'Exposition\n  de G a n d , par M. F I E R E N S - G E V A E R T , qui s'occupe principalement du bel\n  ensemble créé à Gand par l'architecte Van de V o o r d e ; les Arts décoratifs,\n   par M. Bodson.\n                                                                  ARNOLD    GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison03-010", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 169, "page_fin": 172, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES         PUBLICATIONS                       D'ART: T h é o", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 210, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2890, "texte": "LES LIVRES\n\n       PUBLICATIONS                       D'ART:\nT h é o r i e s . 1890-1910. — D u s y m b o l i s m e de G a u g u i n v e r s un\n   n o u v e l o r d r e c l a s s i q u e , par M. MAURICE D E N I S . — (Paris, Bibliothèque\n   de l'Occident.)\n   Il y a quelques années, M. Albert Mockel publia un petit livre consacré à\nla défense ingénieuse de cette thèse assurément déconcertante que Stéphane\nMallarmé était le plus classique des écrivains français de son temps. La\npensée qui domine et qui alimente les Théories de M . Maurice Denis, théories\nqui sont brillamment et spirituellement exposées dans le recueil d'articles qui\nconstitue ce volume, est que Gauguia, Van Gogh, Cézamne, l'auteur lui-\nm ê m e et tout le g r o u p e d'artistes qui s'unirent de sympathies et d'efforts\navec eux doivent nous apparaître ainsi que les précurseurs d'un retour à la\ntradition ou plutôt, d'une nouvelle tradition.\n    L e symbolisme qui, aussi bien en peinture qu'en littérature, est à l'origine\nde ce mouvement, était né du final dégoût et de la lassitude engendrés par\nles expressions d u naturalisme et de l'impressionnisme. On en avait assez des\ndoctrines positivistes, réalistes, dont l'application devait nécessairement finir\npar éliminer de l'art toute poursuite d'un idéal quelconque, pour le confiner\ndans l'étude analylique de ce que l'on appelait des « tranches » de vie ou de\nn a t u r e . On aspirait, en u n mot, à la synthèse. On sentait le besoin d'une\ndiscipline; on se cherchait une raison d'être, u n e raison de vie, une raison de\npensée, une raison totale, supérieures aux raisons quotidiennes de vivre et\nde j o u i r . . . P o u r tout dire, une raison d'exaltation et d'enthousiasme.\n     M. Maurice D e n i s , ses maîtres et ses amis, ont œuvré et agi sous l'empire\nde cette nostalgie et, à ce point de vue, ils se présentent certainement, par\nopposition aux impressionnistes et aux écoles qui ont développé et aggravé\nles principes adoptés par ceux-ci, c o m m e les agents d'une esthétique qui,\nà l'exemple de l'esthétique classique, entend se s u b o r d o n n e r à des règles,\nen vue de certaines significations : « U n tableau, répète fréquemment\n M. Denis, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs eu\nun certain ordre assemblées. »\n     Cette définition, qui est aussi tout un programme, sert, en quelque sorte,\nd ' a r g u m e n t à toutes les pages pleines de force et d'éloquence réfléchie de ce\n volume. On se sent entraîné à adhérer à la plupart des idées et des concep-\ntions que l'auteur expose. Mais on reste plus hésitant, lorsque l'on songe aux\nréalisations que les théories d u « néo-traditionnisme » ont obtenues jusqu'ici,\n à commencer p a r c e que M. Denis appelle les Xoana de G a u g u i n . . .\n\n                                                                       ARNOLD     GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3126, "texte": "170                                 DURENDAL\n\n\nJ a c q u e s C a l l o t , par M. EDMOND BRUWAERT. — Paris, Laurens. (Coll.\n   des Grands artistes.)\nJ a c q u e s C a l l o t , m a î t r e g r a v e u r , suivi d'un catalogue chronolo-\n   gique, nouvelle édition, ornée de 96 estampes et d'un portrait, par\n   M. P . - P . PLAN. — (Bruxelles, Van Oest).\n    Le principal document que l'on possède sur Callot est son œuvre, œuvre\nénorme, plein de vivacité, d'esprit et de pittoresque. Elle est toute d'obser-\nvation nette, vive, incisive. Elle ne lasse ni la curiosité, ni l'intérêt; la\n maestria extraordinaire de l'artiste, le jeu subtil et délié de sa pointe de gra-\nveur donne aliment à une admiration sans cesse renouvelée.\n    Mais son art ne connaît pas les accents profonds qui révéleraient sa per-\nsonnalité intime, sa sensibilité... Il n'émeut guère parce qu'il paraît sans\némotion, parce que sa vision aiguë conserve toujours on ne sait quelle\nsécheresse. De sorte qu'elle reste aléatoire la réponse que l'on devrait\ndonner aux questions que se pose M. Bruwaert : « Callot fut-il l'être sans\n âme qui se rit, dans ses estampes, des maux de ses semblables? Fut-il le\npoète compatissant qui fait la satire des grands en montrant les souffrances\ndes malheureuses victimes du sort, de la soldatesque et des princes? »\n    Sans faire tort à ce qui fait l'originalité du grand artiste lorrain, on\npeut ne pas adopter la manière de voir de M. Bruwaert qui, dans son inté-\nressant travail, fait bon marché des maîtres flamands du XVI e siècle, et\nnotamment du grand Pierre Breughel le Vieux, qui ont été les précurseurs\nde Callot dans l'observation de la vie populaire comme dans l'interprétation\ndu fantastique. M. Paul Plan est plus dans la vérité lorsqu'il écrit : « Plus\ntard, Callot... se montrera... de la lignée des Breughel, dont il diffère pour-\ntant si essentiellement, mais dont il renouera la tradition avec des moyens\nà lui. plus fins, plus aristocratiques, avec moins de profondeur de pensée,\nseulement pour le plaisir — en gravant la Tentation de Saint-Antoine, en gra-\nvant les Gobbi, en gravant les Gueux ». Dans le même ordre d'idées, on ne\nsaurait non plus imaginer que Rubens ou Teniers aient cherché chez Callot\nl'inspiration d'œuvres — leurs Kermesses — dont leur propre tradition offrait\nd'abondants exemples.\n    Pour le surplus, nous dirons que les auteurs des deux ouvrages qui\ndonnent occasion à cette notice ont également bien mis en lumière la courte\net laborieuse carrière du grand artiste lorrain. Le volume de M. Plan qui\nrésume un travail plus considérable publié antérieurement par lui chez le\nmême éditeur, comprend un excellent catalogue chronologique des estampes\nde Callot et des reproductions des plus célèbres de celles-ci.\n\n                                                                ARNOLD GOFFIN.\n\n\nP i e t e r d e H o o g h , par M. ARTHUR D E RUDDER. Bruxelles, Van Oest\n   (Collection des Grands Artistes des Pays-Bas.)\n   La Hollande du XVII e siècle a compté des petits-maîtres d'un talent plus\npuissant et plus divers que celui de Pieter de Hoogh — Vermeer de Delft, par\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3029, "texte": "                                 LES LIVRES                                171\n\n\nexemple — mais point dont l'œuvre soit plus attrayante et exerce une plus\nsûre séduction.\n   Les sujets qu'il propose à son imagination ne sont pas très variés. C'est\npresque toujours un intérieur, salon, cuisine, chambre à coucher, par la\nporte ouverte de laquelle on aperçoit une antichambre ou un corridor qui\nconduit, soit dans la cour de la maison, soit dans la rue... Au premier plan,\nune femme qui coud ou qui brode, ou qui berce son enfant, ou qui donne\ndes ordres à sa servante; dans la perspective de la seconde chambre ou du\ncorridor, quelque personnage qui vient ou qui s'en va ou quelque enfant\nqui joue...C'est tout, mais cela suffît à un magicien tel que Pieter de Hoogh\npour ciéer de son pinceau amoureux de la lumière et de la couleur un motif\nde durable enchantement. Délicieux tableaux d'intimité pris dans la réalité,\nmais que l'artiste a contemplés avec une sympathie et une compréhension\nsi vives qu'ils sont venus se réfléchir dans son imagination comme dans un\nmiroir prismatique.\n   L'étude, accompagnée d'une copieuse illustration, que M. De Rudder\nconsacre à Pieter de Hoogh met bien en relief le charme du maître et les\nmérites originaux qui doivent le faire tirer de pair parmi les nombreux\net brillants petits-maîtres hollandais du temps.\n                                                                       A. G.\n\n\nLa peinture au Musée ancien de Bruxelles, par M. FIERENS\n   GEVAERT, Guide historique et critique, illustré de 174 reproductions\n   d'œuvres des diverses écoles. — (Bruxelles, Van Oest.)\n    Le nouveau livre de M. Fierens-Gevaert est de nature à contribuer, comme\nles conférences des Amis des Musées, dont nous parlions dernièrement, à\nstimuler l'intérêt du grand public pour notre galerie nationale de peinture,\nen lui apprenant à connaître et à apprécier les chefs-d'œuvre qu'elle\nconserve.\n   M. Fierens-Gevaert fait d'abord à son lecteur — on pourrait aussi bien\ndire au visiteur du musée — l'historique de la collection lentement formée,\net enrichie qu'il va examiner, historique dont la partie la plus attrayante est\ncelle qui touche aux origines du musée et aux tribulations du premier conser-\nvateur, de Bosschaert, qui dépensa une énergie inlassable et tout ce qu'il\npossédait de diplomatie pour faire restituer à la Belgique quelques-uns des\nmagnifiques tableaux que les Jacobins avaient fait enlever dans notre pays.\n   L'auteur conduit ensuite son auditeur de salle en salle et lui fait, tout en\nlui signalant les œuvres capitales de chaque époque, une histoire complète\nde nos écoles de peinture depuis le XVe siècle jusqu'à la fin du XVIII e .\nRevue nécessairement rapide, mais nourrie de goût, de critique et d'une\nvaste information, et qui ne laisse dans l'ombre rien d'essentiel au sujet.\nLa série considérable de superbes reproductions qui termine le volume,\najoute encore à l'attrait de cet utile ouvrage.\n\n                                                           ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2480, "texte": "172                               DURENDAL\n\n\nL a P e i n t u r e bolonaise au X V I e siècle : Les Carrache, par\n    M. GABRIEL ROUCHÈS. — (Un vol. ill.; Paris, Alcan.)\n    Les maîtres de Bologne, même ceux qui comme les Carrache ont apparu,\ndans la rapide décadence de l'art de la Renaissance classique, ainsi que des\ninitiateurs et des rénovateurs, ne rencontrent plus grand nombre de fervents,\naujourd'hui. En réalité, ces maîtres, Annibal, son frère Augustin et son\ncousin Louis, ont fait effort pour galvaniser, pour revivifier par l'étude de la\nréalité la peinture qui allait à une déchéance de plus en plus accentuée sous\nl'influence des maniéristes et des fa presto. Et leur œuvre, celle d'Annibal\nsurtout, que M. Rouchès étudie avec beaucoup de soin et de science, a agi\nd'une façon très heureuse sur les directions générales de l'art italien du\ntemps.\n    Mais ils ont été enveloppés, comme d'autres considérables artistes contem-\nporains, le Caravage, parexemple, dans la défaveur qui a atteint, par l'action\ndes modifications de goût, tous ceux des maîtres classiques qui ne s'impo-\nsaient pas à la postérité par une personnalité puissante et originale.\n    Le travail très objectif de M. Rouchès, travail très précis et très docu-\nmenté, tend à montrer le rôle important qui appartient aux Carrache dans\nl'évolution de l'art italien à la fin du XVI e siècle. Ils avaient été des élèves\nde Fontana, en même temps que notre compatriote Denys Calvaert, d'An-\nvers, qui acquit grande réputation à Bologne, ouvrit comme ses anciens\ncondisciples une Académie de peinture et fut plus ou moins en opposition\net en concurrence avec eux. Ils firent brillante carrière, Augustin et Louis, à\nBologne même, Annibal à Rome, où il peignit, notamment, la galerie Far-\nnèse. Leur art marque une tendance vers le vrai, vers la nature, même tri-\nviale ou vulgaire, qui contredisait nettement aux principes esthétiques qui\ns'étaient développés dans la partie antérieure du siècle au sein des Académies\ntout imbues des idées exclusives de Michel-Ange. Ainsi que le constate jus-\ntement M. Rouchès dans ses conclusions, « les maîtres de la première moitié\ndu XVI e siècle avaient cherchée réaliser un idéal abstrait. Leurs successeurs,\nles maniéristes, s'étaient encore plus écartés de la nature et de la vérité. Le\ngrand mérite des Carrache est d'avoir ramené l'art italien dans les voies qu'il\navait quittées ».\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison03-011", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 173, "page_fin": 176, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Notules    Viennent de paraître :     T h", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 214, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "Notules\n   Viennent de paraître :\n\n   T h é o d o r e W e u s t e n r a a d , poète belge, par Fernand Séverin. (Bru-\nxelles, éd. de la Belgique Artistique.) Nous signalons tout spécialement à l'atten-\ntion de nos lecteurs cet ouvrage de notre ami et collaborateur Fern. Séverin.\nThéodore Weustenraad est un personnage des plus intéressants en tant\nqu'il fut le précurseur du mouvement littéraire Jeune Belgique et, de plus, il\nest éminemment représentatif de l'esprit et des aspirations belges pendant\nles premières années de notre indépendance.\n\n\n   L e s N i e b e l u n g e n . Trilogie allemande de Friedrich Hebbel. Tra-\nduite pour la première fois en langue française et précédée d'une étude sur\nla personnalité morale de l'auteur, par Jos. Vandervelden. (Edit. Eugène\nFiguière, Paris, 7, rue Corneille. Bruxelles, 72, rue Van Artevelde.)\n   Nos lecteurs ont eu la primeur de cette traduction et de l'étude de\nJos. Vandervelden.\n\n  Nous recommandons vivement à nos lecteurs ces deux ouvrages de nos\namis et collaborateurs Fernand Séverin et Jos. Vandervelden.\n\n\n\n\n   T h é â t r e B e l g e : Une excellente note de la Société nouvelle au sujet\nde la lettre ridicule adressée au Comité du Théâtre Belge par quelques\nPolandré et Pogge de Schaerbeek :\n   « Un auteur évincé est rarement satisfait. Mais son évincement lui permet\nde se livrer à une réclame tapageuse. M. Paul André n'a pas voulu laisser\npasser cette occasion. Il entend s'amuser comme les autres. Mais il s'abuse\nétrangement lorsqu'il croit que le Comité de lecture porte préjudice à sa\nréputation littéraire en n'acceptant pas sa pièce. Ce refus était le plus grand\nservice que le Comité pouvait lui rendre. Et rien ne pourrait mieux attester\nle bon goût du susdit Comité.\n   » Il convenait, en cette tentative d'art si périlleuse, d'écarter la médiocrité\nennuyeuse de M. P . André et la médiocrité aimable de M. Liebrecht. Cet\nessai de théâtre était destiné aux jeunes dont on peut attendre encore une\nœuvre et dont le talent peut se développer. Or, M. H . Liebrecht a donné\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2854, "texte": " 174                                  DURENDAL\n\n\n depuis longtemps la moins insipide de ses paltoquades, et M. P . André n'a\njamais d o n n é que les plus détestables g r i m a u d e r i e s .\n      Il serait trop criant vraiment, que cet essai qui peut être fécond, fût ruiné\npar l'habituelle camaraderie littéraire qui fait préférer aux œuvres des\nécrivains de talent les œuvres de ceux que seule leur encyclopédique nullité\nfit élever aux pinacles de la notoriété bruxelloise.\n    » Il ne s'agit point de créer une boutique d'auteurs belges. Il s'agit de\nseconder le talent. E t si les pièces de M lle D u t e r m e ou de M. Cammaerts sont\nles meilleures, je ne vois pas pourquoi on ne nous en donnerait pas trois au\nlieu de deux. »\n\n                                           *\n                                          * *\n\n   D a n s le même n u m é r o de la Société nouvelle M. Maurice Gauchez s'écrie,\nparlant de M. Robert Vallery-Radot : « Si je produisais 247 pages du genre\nde celles qui constituent l'Homme de Désir, je crois qu'il ne resterait qu'une\nressource à ma famille : me réserver une cellule dans un asile d'aliénés! »\nM. Maurice Gauchez peut dormir bien tranquille, c o m m e il est infiniment\npeu probable qu'il écrive jamais u n autre Homme de Désir, il ne court a u c u n\nrisque d'internement.\n\n                                            *\n\n\n    La F e m m e b e l g e . — N o u s r e c o m m a n d o n s instamment à nos lec-\ntrices cette nouvelle revue, dont voici, résumé en quelques mots, le\n programme :\n    \" L a F e m m e b e l g e orientera ses lectrices vers les grandes questions reli-\ngieuses, morales, éducatives, sociales, féministes, économiques, littéraires et\nartistiques qui se posent impérieusement à notre époque, et que la femme\ndoit connaître et méditer pour aider à leur meilleure solution.\n    » Dans sa partie documentaire, elle d o n n e r a à toutes les personnes s'occu-\npant d'oeuvres, et spécialement aux membres des cercles d'études, des notions\nprécises sur la situation de la femme belge dans divers d o m a i n e s , sur les amé-\nliorations nécessaires et les moyens de les réaliser. Trait d'union entre les\nœuvres existantes, elle résumera les efforts déjà faits, mesurera les étapes\nfranchies, stimulera les b o n n e s volontés qui n'osent s'affirmer.\n   » La revue résumera c h a q u e mois le m o u v e m e n t des œuvres : congrès,\njournées syndicales, journées d'études, etc. Elle fera connaître également\nles efforts des femmes par delà nos frontières, vers plus d'équité et de m o r a -\nlité sociales.\n   » Sous la rubrique littéraire, elle étudiera, avec un esprit de critique large\net ouvert, les productions nouvelles d a n s leur portée morale et sociale autant\nqu'au point de vue de l'art.\n   » Tel est le p r o g r a m m e que se propose L a F e m m e b e l g e . Elle veut être\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "                                   NOTULES                                 175\n\n\nun miroir des préoccupations féminines, un guide dans les problèmes de\nl'heure présente, un bulletin de large et incessante documentation. »\n   Secrétariat de la Rédaction:40, rue de l'Union, à Bruxelles.\n\n                                       *\n                                      * *\n\n   L a Nef, qui entre dans sa quatrième année et dont nous avons reçu les\ntrois premiers numéros, est une revue d'étudiants qui, sans pose et sans\ncabotinage, s'efforcent d'écrire bien et vrai. Son cadre est large. Nous y\ntrouvons, à côté d'articles sociologiques, des études littéraires et des poèmes.\n   Cet effort de nos jeunes amis mérite d'être encouragé.\n   Rédaction : 134, rue de la Station à Louvain.\n\n                                       *\n                                      * *\n\n   Le chant grégorien fut l'ancêtre de tout notre art musical; il faut pro-\nclamer bien haut cette vérité, quand ce ne serait que pour réfuter certaines\nassertions provenant d'ignorance et même de mauvaise foi, qui tendraient à\nfaire du chant religieux un petit cercle fermé en marche de la musique. C'est,\nau contraire, dans ce chant qu'on peut trouver toutes les sources qui ont ali-\nmenté le fleuve musical ; c'est là que l'on peut découvrir le point de départ\nde toutes nos formes de composition, de la sonate jusqu'au lied dramatique,\njusqu'à la variation, jusqu'au leitmotiv wagnérien.\n   L'art polyphonique n'arriva à sa complète floraison que lorsqu'il fut\nmanié par les Palestrina, les Vittoria, les Nanini, les Gabrieli et tant\nd'autres, dont les messes, les motets, les madrigaux sont des chefs-d'œuvre\nde charme et de sereine beauté. (La musique en 1814. V. D'INDY.)\n\n                                          *\n                                      *       *\n\n   L'Almanach de la Société générale des Étudiants\nC a t h o l i q u e s . 1 9 1 4 , vient de paraître à Gand, à la Maison d'édi-\ntions VANDERPOORTEN. Nous le recommandons instamment à\nnos lecteurs. Tout le monde sans exception doit en faire 1 acquisition\npour montrer sa sympathie à cette belle et vaillante jeunesse.\n                                                            L'ABBÉ MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "  176                                 DURENDAL\n\n\n    Accusé de réception :\n\n   ART : L A U R E N T DELVAUX, 1096-1778, par G E O R G E W I L L A M E . Vol. ill.\n (Bruxelles Van Oest.)\n\n    L I T T E R A T U R E : T H É D O R E WEUSTENRAAD. Poète belge, par FER-\n NAND SÉVERIN (Bruxelles, éd. de la Belgique Artistique). — Les lauriers et\n les gloires, par LÉON LAHOVARY (Paris, Perrin). — L'Esprit         Européen.\n Essais, par LOUIS DUMONT-WILDEN (Paris, Figuière). — Almanach de la\n Société générale des Étudiants catholiques, 1914 (Gand, Vanderpoorten). —\n La Rochefoucauld. Textes choisis et commentés, par GEORGES GRAPPE\n (Paris, Plon). — Madame de Sévigné. Textes choisis et commentés, par\n MARIE DUCLAUX (idem). — La grande pitié des églises de France, par\n MAURICE BARRÉS (Paris, Emile Paul). — L'argent, par CHARLES PEGUY\n (Paris, Cahier de la Quinzaine).\n\n   MUSIQUE : Histoire        de la Musique.      Tome II, par J. COMBARIEU\n (Paris, Colin).\n\n   POÉSIE : Jacopone de Todi. Vie et œuvres choisies. Textes et traductions\nde J. PACHEU (Paris, Tralin). — Poèmes de GEORGES GuÉRIN (Mons, éd.\nde FLAMBERGE), — Montjoie. par ALCIDE MARAT (Paris, éd. du Temps\nPrésent). - ^ Au rive du lac bleu, par JEAN DE BÈRE (Bruxelles, Association\ndes écrivains belges). — Cendres, par EDMOND DUCOTÉ (Paris, éd. de l'Oc-\ncident). — La Tapisserie de Notre-Dame, par CHARLES PÉGUY (Paris,\nCahier de la Quinzaine).\n\n  RELIGION : Introduction à la psychologique des convetris, par TH. MAI-\nNAGE (Paris, Gabalda).\n\n   ROMANS : La confession d'une femme du monde, par G. LECHARTIER\n(Paris, Plon). — Nous les mères, par PAUL MARGUERITE (idem). — Parmi\nles ruines, par JEAN MORGAN (idem). — Faiseurs d'anges gardiens, par\nPAUL BONA (Paris, Perrin). - La nouvelle croisade des enfants, par\nHENRY BORDEAUX (Paris, Flammarion).\n\n  SCIENCE : Henri Poincarré. L'œuvre scientifique et J'ceuvre philoso-\nphique, par V I T O V O L T E R A , JACQUES HADAMARD, PAUL LANGEVIN,\nPIERRE BOUTROUX (Paris, Alcan).\n\n\n   T H É Â T R E : Les Niebelungen. Trilogie de FRIEDRICH HEBBEL. Traduc-\ntion précédée d'une étude de JOS. VANDERVELDEN. — Méphiboseth, par\nO. W. MlLOSZ (Paris, Figuière).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 162, "texte": ""}, {"page_pdf": 163, "texte": ""}, {"page_pdf": 164, "texte": ""}, {"page_pdf": 165, "texte": ""}, {"page_pdf": 166, "texte": "   Dyptique pour la Pucelle\n                      Epiphanie\n            NUIT   DU 6 JANVIER         1412\n\n\n\nCette nuit-là, qui précéda    l'Epiphanie,\nEut, au pays lorrain, une telle douceur\nQu'elle laissa la terre embaumée et bénie.\n\nL'ombre était rassurante, et les bois sans terreur.\nLes Anges qui marchaient au fond du paysage\nLaissaient voir par moment un peu de leur      blancheur.\n\nUn souffle printanier animait les       branchages,\nEt les arbres de loin se faisaient signe entre eux\nComme pour se transmettre un merveilleux          message.\n\nBien avant que le jour apparût dans les c i e u x ,\nHantés par on ne sait quel songe de lumière,\nLes coqs se renvoyaient leur qui-vive joyeux.\n\nEveillés en sursaut, se frottant les paupières,\nLes hommes se levaient, et sans savoir     pourquoi,\nTransportés d'allégresse, ils sortaient des chaumières.\n\nEt se hélaient, d'un seuil à l'autre, à pleine voix :\n— Bonjour, voisin! — Bonjour! — Ça, qu'est ce qu'il se passe\nQue nous nous trouvons tous réveillés à la fois ?\n\nSoudain l'on vit glisser une étoile... Sa trace\nSemblait un fil fragile où pend un fuseau d'or.\nDoucement, elle vint des confins de l'espace,\n\nComme on fait en marchant vers un berceau qui         dort;\n— Ainsi dut cheminer l'étoile qu'ont suivie\nLes Mages Balthasar, Gaspard et Melchior. —\n\n— Puis, comme elle éclairait une humble      métairie,\nDans la nuit radieuse, un branle    surhumain\nFit sonner tout à coup les cloches réjouies.\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "130                             DURENDAL\n\n\n      « Noël! » « Noël!», chantaient toutes leurs voix       d'airain,\n      Et sans qu'on pût savoir qui les avait sonnées,\n      Leur benoît carillon dura jusqu'au    matin.\n\n      Or, c'est cette nuit-là   que la Pucelle est née.\n\n\n\n\n                            Annonciation\n                UN JOUR D'ÉTÉ          EN L'AN    1424.\n\n\n\n\n      Midi. La soupe est prête, et le pain sur lu table.\n      Le père avec ses fils va revenir des champs,\n      Et, Jeanne, ayant rentré ses brebis à l'étable,\n      Dans le fond du jardin se promène à pas lents.\n\n      Bien qu'elle se repose, elle n'est point oisive,\n      Mais, sage, elle tricote, et dans ses doigts légers,\n      Quand le soleil les touche, on voit, fines et vives,\n      Les aiguilles de bas reluire et voltiger.\n\n      Elle tient ses longs cils baissés sur son ouvrage.\n      C'est l'été, le ciel vibre, et les lis sont en fleurs;\n      Jeanne a douze ans, mais elle est grande pour son âge,\n      Et le hâle des près a doré ses couleurs.\n\n      Soudain, l'enfant se signe et joint les mains. La cloche\n      Sonne au petit clocher qu'on voit de la maison;\n      Et Jeanne ne sait pas quelle heure auguste       approche\n      Ni quelle attente heureuse embellit     l'horizon.\n\n      Dévotement, ainsi qu'elle apprit de sa mère,\n      Elle dit le salut de l'ange Gabriel,\n      Et comment pour donner un sauveur à la terre\n      La Vierge s'est soumise aux volontés du ciel.\n\n      Mais comme en terminant elle se signe encore,\n      Un cri monte à sa lèvre... Au milieu des lis blancs,\n      Plus beau que le soleil qui jaillit de l'aurore,\n      Monseigneur Saint Michel surgit, l'épée au flanc,\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "           DYPTIQUE POUR LA                 PUCELLE           l3l\n\n\nCasqué d'un heaume d'or, et l'aile encore émue\nD'avoir fouetté longtemps l'immensité des c i e u x .\nLors, s'inclinant, il dit : « Jeanne, je vous salue,\nCar vous êtes choisie entre toutes par Dieu\n\nPour chasser les Anglais du royaume de France!          »\nL'Archange    n'ajouta rien autre ce jour-là.\nUne grande lumière absorba sa présence,\nEt le vent de son vol dans l'infini souffla.\n\n...Et maintenant,   assise à table, la Pucelle\nRepasse dans son cœur ce que l'Archange a dit,\nEt la seule clarté de ses yeux purs révèle\nLe secret merveilleux dont ils ont resplendi.\n\n                                               Louis    MERCIER.\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "     Un peintre mystique de Dixmude.\n                          M. Léon Cassel.\n\n\n                IL y a déjà, bien longtemps, dix ou quinze années\n                  peut-être, que j ' a i lu pour la première fois au\n                  bas d'une toile la signature de M. Léon Cassel.\n                   C'était à l'exposition des artistes septentrionaux\n                  à Lille. L e tableau représentait un berger des\n                  L a n d e s . L a qualité austère de la peinture et la\n                  belle figure du pâtre roux dans son habit de\n                  peau de chèvre tranchaient tellement sur l'uni-\nformité impersonnelle et plate des autres œuvres qu'il ne me\nfut pas le moins du monde aventureux de prédire aux lecteurs\nqui suivaient mes critiques d'art dans l'Echo du Nord : voici\nun artiste auquel il faut, dès aujourd'hui, prêter attention.\n    Quelques jours plus tard, un grand jeune homme brun, du\nt y p e hispano-flamand le plus caractérisé, se présentait à moi.\n Une flamme d'extraordinaire exaltation allumait ses yeux\nsombres. L a voix grave et profonde était ardente d'enthou-\nsiasme et de franchise. Les phrases paraissaient oppressées\ncomme si les mots eux-mêmes étaient insuffisants à exprimer\nou contenir l'afflux véhément des pensées. E t , parfois, un\ngeste brusque, saccadé, d'une nervosité singulière, suppléait\nà l'idée restée en suspens parmi ces paroles prenantes et\nchaudes. C'était le peintre du berger landais. Or, cette phy-\nsionomie intense, fébrile et expressive ne m'était pas inconnue.\n     Souvent, alors que je n'étais encore qu'étudiant à la Faculté\ndes Lettres, il m'était arrivé de croiser, au bois de la Deûle,\nqui est la p r o m e n a d e favorite des Lillois, celui qui était là.\n L a rencontre, chaque fois, n'avait pas m a n q u é de m'intriguer.\n Poète ou artiste, je n'avais pas essayé de cataloguer sa profes-\nsion, mais sa silhouette m'était devenue quasiment familière.\n Il avait l'air si perpétuellement pressé qu'on se l'imaginait\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "BÉGUINAGE   DE   DIXMUDE\n      (Léon CASSEL)\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": ""}, {"page_pdf": 172, "texte": "              UN PEINTRE MYSTIQUE DE DIXMUDE                  133\n\n\nà la poursuite de l'insaisissable chimère, si obstiné dans sa\nfaçon de contempler la cime des arbres et le ciel qu'on se\ndemandait quel mystère ses regards étaient anxieux de sur-\nprendre là-haut. Il avançait, eût-on dit, à pas précipités dans\nun rêve et, parmi l'indolent va-et-vient des allées, il commu-\nniquait, sur son passage, de la jeunesse, du transport, du\nlyrisme. Le hasard m'avait ainsi prédestiné à connaître\nM. Léon Cassel et préparé à juger de tout près l'impulsion\net l'élan qui imprimaient à sa vie une sorte de rythme fréné-\ntique.\n   Dès cette époque, M. Léon Cassel témoignait d'un idéal\nd'art qui, étant donné son âge, pouvait passer pour présomp-\ntueux. Ni sa sensibilité n'avait encore eu occasion de se fixer,\nni sonbesoin d'expansion inventoriéle domaine où déborder. Et\nil allait, isolé dans ses désirs, avec une hâte troublante et une\nsincérité pleine de tourment et d'angoisse, vers un terme\nqu'il pressentait sans parvenir à le situer, à la découverte de sa\npersonnalité esthétique.\n                                  *\n                              *       *\n\n   M. Léon Cassel est né à Lille, le 8 mai 1873. S'il compte\nparmi ses ascendants lointains des sculpteurs et des musiciens,\ns'ils'apparente, du côté maternel, au compositeur Xavier Leroux,\nil n'en est pas moins de modeste origine. Aussi, après avoir\nsuivi à l'Académie de sa ville natale les cours de l'excellent\nprofesseur qu'est M. Pharaon de Winter, le jeune homme,\nmalgré son ambition d'aller compléter à Paris son éducation\nartistique, courait risque d'être contraint de végéter dans sa\nprovince. Mais il avait une telle foi dans sa vocation, une telle\nténacité dans son vouloir qu'il réussit à surmonter toutes les\ndifficultés matérielles qui dressent leurs embûches sur la\nroute des poursuivants de la beauté. Léger de pécule, mais\nriche d'énergies secrètes et de courage persévérant, M. Léon\nCassel prend, un jour, un parti héroïque. Il décide de faire ce\nqu'avaient entrepris avant lui, en pareille occurrence, d'autres\nartistes à leurs débuts et en particulier ce Watteau qui demeure,\npar sa vie et son œuvre, le modèle accompli à proposer à\nl'émulation de tout septentrional qui se sent au cœur de hauts\ndesseins. Il se rend à Paris, ayant accepté d'y mener, à vingt\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "134                         DURENDAL\n\n\n ans, une pauvre existence cachée de renoncement et de labeur.\n Il devient élève de BONNAT.\n    Ses véritables leçons, du reste, il les prend hors de l'atelier.\nPendant dix ans, presque chaque jour, comme si sonnait\nl'Angelus de l'inspiration, il traverse, de bonne heure, la ville\net se dirige vers le Louvre. Là, devant les maîtres qu'il s'est\nspontanément choisis, devant Rembrandt et Vélasquez surtout,\nchez lesquels ses atavismes trouvent sans peine des motifs de\nconfiance et des exemples raciques, M. Léon Cassel fait pieu-\nsement ce qu'il nomme « sa prière du matin ». Pour qui sait le\ndon de ferveur extraordinaire qui réside dans cette âme, ce\nn'est point là un vain mot. Fermé à toute sollicitation exté-\nrieure, indifférent au temps qui passe et aux visiteurs qui circu-\nlent, il médite les yeux en extase, les mains jointes, la pensée\ncomme agenouillée en présence du génie. Par cet acte d'adora-\ntion presque quotidien, il essaie de pénétrer le mystère de la\nperfection. Les chefs-d'œuvre des musées sont vivants et parlants\npour ceux qui leur dédient un amour à ce point passionné.\nPareille admiration et si constante étude des meilleurs ouvrages\nque les peintres d'autrefois présentent à l'émulation des peintres\nd'aujourd'hui ne pouvaient manquer d'être profitables et fécon-\ndes. A leur fréquentation, M. Léon Cassel apprit le respect de\nson art, le dédain du travail superficiel et bâclé, le goût de la\ntechnique solide et de la composition longuement préparée\ndans le silence intime. Le culte de la grande nature frémis-\nsante et inspiratrice parachevait l'enseignement muet des\nmaîtres et provoquait l'éveil d'une conscience picturale.\n    Cette orientation des efforts de l'artiste a été sa vertu et son\nsalut. Il lui doit, non seulement d'avoir contribué à sa forma-\ntion, mais d'avoir fait trève souvent aux inquiétudes immédia-\ntes et aux préoccupations angoissantes du présent. Car,\nM. Léon Cassel a connu d'âpres instants avant de parvenir à\ndompter le sort rebelle qui est si fréquemment le lot fâcheux\ndes artistes qui commencent. Il fut maintes fois sur le point\nd'être arrêté dans sa marche à l'idéal par les contingences d'une\nvie pénible. Un autre, peut-être, aurait, de lassitude, aban-\ndonné la lutte. Lui, gardait un admirable espoir. N'avait-il\npoint aussi pour le stimuler le vigilant réconfort d'une femme\nattentive et dévouée? Aux dures nécessités, il a opposé l'entête-\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "              UN PEINTRE MYSTIQUE DE D1XMUDE                   135\n\n\nment opiniâtre du flamand qui puise dans les obstacles mêmes\ndes motifs de sursaut et de vigueur; il a dressé en face des jours\nhostiles une sorte de fierté castillane qui met son orgueil à ne\npoint céder et à vaincre. Il a fini par faire plier le destin.\n  J'ai suivi, comme pas à pas, M. Léon Cassel sur la route qui\nmonte. Et j'ai pu constater le développement d'un noble carac-\ntère d'homme et d'un scrupuleux tempérament d'artiste selon\nune courbe d'une impressionnante logique dans leur évolution\nsimultanée. La vie et l'œuvre de ce peintre témoignent d'une\nactivité réfléchie, d'une discipline laborieuse et d'une hautaine\net méritoire certitude, notamment lorsqu'on songe à tout ce\nqu'il y avait chez lui d'impulsion et de fougue.\n\n                                   *\n                               *       *\n\n   Homme du Nord et comme tel soumis à d'impérieuses\ninfluences du sang espagnol, il a cru devoir sans doute à ses\ninstincts ataviques d'éprouver sa sensibilité devant les paysa-\nges de soleil et de triomphante lumière qui s'accusent, en\narêtes précises et en lignes dures et nettes, sous le ciel du Midi.\n   Il alla d'abord vers l'Espagne, pensant en interpréter de\nfaçon neuve le pittoresque et l'éclat romantiques. Et son pin-\nceau a rendu avec un coloris vibrant des sierras lointaines\nbaignées de clarté, des ports multicolores aux eaux miroi-\ntantes, des terrasses élevées encombrées de larges fleurs épa-\nnouies, pourpres sur l'azur cru; des rues brûlées par les\nréverbérations des maisons blanches et du ciel incendié de\nsoleil, des groupes d'hommes et de femmes aux attitudes\ndramatiques, Rodrigue et Carmen et doña Sol et Hernani,\ndans le faste de leurs oripeaux solennels et barbares, tout un\ndécor exotique et voyant. L'expression de semblables œuvres\nest presque exclusivement plastique et chatoyante. Elles\nplaisent par leur observation exacte et par leur luminosité.\n Elles ne dépassent pas la sensation. C'est la première étape\nd'un talent méticuleux et honnête, trompé par la séduction\n extérieure des choses et qui ne dépasse guère la vision immé-\n diate et la compréhension matérielle.\n    Bientôt une inquiétude latente envahit l'âme du peintre.\n M. Léon Cassel se rend compte qu'il est dupe des apparences.\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "136                         DURENDAL\n\n\n\nS'attarder à transposer sur la toile des scènes d'un exotisme\ncourant et des paysages de Tra los Montes lui semble un jeu\nmédiocre, dès que sa personnalité ne s'affirme pas dans les\nspectacles changeants des saisons et des heures. Il ne veut plus\ns'arrêter seulement aux effets extérieurs et au lyrisme des tona-\nlités; il s'évertue à pénétrer davantage que par le passé l'âme\nd'un site, à rendre perceptible le sentiment de la nature qui\nagit sur son cœur autant que sur son cerveau, lorsque son\nattention est captée par l'imprévu ou l'enchantement d'un\nspectacle. Or, il remarque dans l'atmosphère plus limpide et\nplus légère de l'Ile de France, dans les nuances délicates des\nhorizons, une complexité, une douceur et une aménité qui\ninvitent à en détailler le secret de grâce tranquille et à en\ndégager l'élément subtil. C'est à cela que s'applique, pendant\nplusieurs années, M. Léon Cassel. De cette période date une\nface nouvelle de son art : la méthode devient plus souple, la\ntechnique s'amollit pour traiter les jeux d'ombre et de lumière\nautour des collines modérées, des arbres vibrants, des jolis\nvillages massés contre leur clocher. Une fraîcheur d'aube et de\nprintemps, d'herbe tendre et d'eau vive, circule dans le décor\nqui réjouit l'artiste. La vie champêtre se découvre à lui dans sa\nsimplicité heureuse. C'est l'instant où il peint des pommiers\nfleuris, des matins bucoliques, des frondaisons et des champs\naux verdures jeunes que le soleil de mai fait luire sous ses\naverses d'or. La poésie joyeuse et claire du monde a conquis\nles yeux et l'âme du peintre. C'est la deuxième étape.\n   Il reste à donner à cette poésie sa signification intime, intense\net véritable. Elle ne l'acquiert que par rapport à l'individu qui\nl'exprime. S'il est exact qu'un paysage est un état d'âme, encore\nfaut-il, pour que se manifeste pleinement dans les choses cette\npsychologie humaine, qu'elle obéisse d'abord à une sorte de\nsollicitation du dehors. Il existe une action et une réaction\npermanentes entre la sensibilité et la nature. De l'adroit équi-\nlibre des deux ou de l'harmonie des contradictoires résulte la\nfaculté de synthèse du subjectif et de l'objectif et le don supé-\n rieur d'émotion qui créent l'originalité.\n    Le pathétique d'un endroit, d'une heure, d'un instant, s'in-\n tensifie de la puissance affective qu'on porte en soi-même et\n sans laquelle joie ou douleur du monde demeurent superfi-\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "              UN PEINTRE MYSTIQUE DE DIXMUDE                   137\n\n\ncielles. Au fond des êtres résident la nostalgie de l'au-delà, le\nsens du divin, l'angoisse de l'infini; derrière les objets inanimés\non pressent, à tout coup, la mélancolie du périssable universel,\nla fugacité de ce qui existe et où Virgile, par divination, a cru\nsentir des larmes et de la pitié. Toute œuvre d'art est étroite,\nlimitée et impersonnelle, si elle ne s'apparie point, par quelque\ncôté, à ce langage informulé des êtres, si elle ne satisfait pas\nl'attirance vers l'inconnu et l'appétence de l'imagination vers le\nmystère.\n   Ouvrir des perspectives immenses au rêve, entraîner l'esprit\nà travers les avenues ténébreuses et insondables de la pensée,\néclairer d'une certitude nouvelle ou simplement d'une brève\nlueur l'énigme de la nature et de la destinée, telle doit être la\npréoccupation d'un véritable artiste. Il ne saurait se contenter\nde parler aux sens par l'harmonie matérielle, la grâce et l'éclat\ndes couleurs. La hantise de ce qui s'écoule, passe, succombe et\nmeurt, la beauté émouvante d'un moment de la vie, d'un aspect\nde la terre, accrus de s'être comme réfractés par un tempéra-\nment, voilà ce qui prolonge la sincérité de l'observation outre\nles frontières du réel et augmente la valeur d'un tableau. Sans\ncet apport individuel, le peintre ne cesse pas d'être un habile\nmetteur en scène ou un homme au métier exercé, qualités\nd'ordre secondaire et de mérite banal.\n   M. Léon Cassel est parvenu à la minute, sans doute définitive,\nde son évolution esthétique où un paysage décrit et une com-\nposition réfléchie sont les interprètes discrets de la personna-\nlité. Il y condense tour à tour du symbole, de la vie intérieure\net contemplative, des suggestions confidentielles, sa sensibilité\net sa conscience. Et ce fut le miracle de Bruges d'abord, de\nDixmude ensuite, d'aider l'artiste à discerner au tréfonds de\nlui-même les instincts religieux qui y sommeillaient, de provo-\nquer, dans une atmosphère propice, leur développement, de\nfournir à son mysticisme latent sa plénitude d'expansion.\n   De la songerie des canaux aux eaux mortes, du rêve millé-\n naire des maisons affaissées, de la pénombre angoissante des\n églises, du calme pensif des soirs qui descendent au bord des\n quais déserts, sur les cygnes du lac d'Amour et sur les arbres\n du Béguinage, des religieuses en prière et des vieilles femmes\n penchées par les ans, M. Léon Cassel a fait, un temps, son\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "138                         DURENDAL\n\n\n\ndomaine pictural. De Bruges, il n'a voulu aimer, retenir et\npréciser que la figure moyenâgeuse, recueillie et crépusculaire ;\nil a célébré la ville en une sorte de poème mélancolique et\nnuancé qui servirait déjà à établir une renommée. Une de ses\nmeilleures toiles à ce jour, n'est-ce point cette Sortie de salut au\nBéguinage, où, dans la brume diffuse, il semble qu'on entende\nau loin sonner les cloches des paroisses, tandis que quelques\nfemmes en mante et quelques nonnes ont l'air d'éterniser le\npassé et de presser contre leur poitrine la paix du soir reli-\ngieux?... Mais Dixmude l'a possédé depuis d'un amour plus\nentier et plus profond. Il a fait réellement de cette ville le lieu\nde son repos et le foyer heureux de son inspiration.\n                                 *\n                                * *\n\n   Dixmude est aussi le royaume du silence et du souvenir, plus\nintime d'ailleurs et plus confidente que Bruges. Dixmude,\nassise haut parmi les pâturages, ressemble à une villageoise\nendimanchée. Pour la parer mieux, l'Yser et la rivière d'Handñ\nzaeme se nouent comme des rubans clairs sur sa robe verte et\npuis se déroulent, au nord, en canaux vides et réguliers. L'opu-\nlence et l'activité anciennes sont finies. Les eaux se contentent\nde mirer maintenant les façades historiées et les pignons à\nredents des maisons d'un autre âge, les pierres des parapets\nvétustes, les arches élevées de ses ponts en ruines, de noyer les\nfeuilles et l'ombre pesante des platanes alignés le long des\nquais, tous les mirages du soleil oblique, le ciel de grisaille et\nla luxuriance des herbes de l'automne.\n   De l'autre côté, les rues et les ruelles dévalent sur des prai-\nries basses à l'endroit où furent jadis les remparts. Çà et là, se\ndevinent tassées sous les saules argentés et les ormes noirs des\nfermes blanches essaimées comme les vaches laitières dans les\npacages. La silhouette hollandaise du dernier moulin à vent\ndont la minoterie a pour jamais immobilisé les bras tragiques,\nrêve, pareille à un berger, sur le troupeau des toits d'où se\n lèvent la tour massive de l'église et les clochers pointus des cou-\n vents. Et par delà les prés et par delà les canaux s'étend la\n plaine agricole où sinuent jusqu'à l'horizon des chemins blancs\n bordés d'ormes éternellement penchés par le vent qui souffle de\n la mer.\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "              UN PEINTRE MYSTIQUE DE DIXMUDE                   139\n\n\n   Les matins translucides, les couchants verts et jaunes, les\nclairs de lune bleus, sont magnifiques et inoubliables sur cette\ncampagne rase d'où montent, d'instant en instant, de longs\nmeuglements bucoliques. Cette poésie et cette douceur cham-\npêtres ont envahi peu à peu la ville, au fur et à mesure que\ncédait à l'emprise victorieuse du temps l'héritage d'un passé\nde gloire et de tumulte qui fut celui de l'antique Dixmude,\nguerrière et marchande. L'immense place où grouillaient autre-\nfois des foules énervées, venues de Dunkerque ou de Fumes,\npour assister aux fastueux tournois des rhétoriqueurs, ou aux exé-\ncutions fameuses ne connaît plus que les affluences de paysans\nplacides, les jours de marché. La lourde somnolence provin-\nciale s'en trouve à peine interrompue une fois la semaine.\nRésignée à sa déchéance fatale, Dixmude, depuis des siècles,\nse console de mourir, en se constituant la gardienne vigilante\net patiente des traditions et des vestiges d'autrefois. On reçoit\nd'elle un enseignement d'acceptation et de sérénité. L'âme\nbenoîte de la ville pénètre lentement l'âme de ceux qui se\nlaissent aller à sa sûre influence, de même qu'elle s'est laissé\nfaçonner insensiblement par les habitudes campagnardes. Elle\nconseille la gravité, le recueillement et la méditation. Mais\nnulle part cette suggestion de paix et de tranquillité lénifiante\nn'émane plus délicieusement persuasive que dans le Bégui-\nnage.\n   Avec sa porte basse, ses maisonnettes encloses d'une double\nenceinte, la fraîcheur de ses pelouses lisérées, l'été, de pieds\nd'alouette au bleu délavé, de mauves aux tons passés, de soucis\npâles et de roses fatiguées comme si ces fleurs, l'une après\nl'autre, s'étaient anémiées à vivre et s'épanouir loin du bruit,\ncomme si plutôt, elles voulaient atténuer un éclat trop brutal\npour s'accorder mieux aux nuances des murailles humides et\ndécrépites, à l'humilité de la pauvre chapelle aux toits tom-\nbants le béguinage est une oasis de quiétude parmi le désert\nde silence impressionnant qu'est la ville. Blanche et noire, une\ndes rares béguines survivantes d'une communauté en déca-\ndence, surveillante fidèle des reliques de saint Thomas de\nCantorbery, passe parfois, les mains en oraison, à pas feutrés,\nsans rompre l'ensommeillement du jardin. Ou bien, furtive et\nméthodique, une autre, au bout d'une pelouse, dans un carré\nde soleil, étend du linge grossier. Ou bien d'un geste machinal\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "140                                    DURENDAL\n\n\n\net presque automatique, une autre descend un seau au fond\nd'un puits. Une initiation à la mesure dans le mouvement, à la\ndélicatesse pudique dans les gestes, à l'harmonie des êtres et\ndes choses se dégage et se précise du rythme ordonné des\nexistences dans ce décor idéal. Arrivé là avec sa fièvre, sa com-\nplexité, sa sympathie pour les formes naïves de la beauté et les\nrévélations ingénues de la vie, un artiste éprouve d'abord\ndevant ces spectacles une détente et un bien-être, puis une\nsorte de sortilège et d'envoûtement. Il trouve tout ensemble un\ndélice sensuel et une volupté spirituelle qui agissent sur sa pen-\nsée, un enveloppement de poésie simple et familière qui est un\nadjuvant sérieux pour son goût d'art dépouillé et de perfection\nmorale. Ainsi de M. Léon Cassel. Dixmude l'a haussé à un\ndegré supérieur de l'émotion et du talent. Son cerveau et sa\nsensibilité ont subi avec reconnaissance et docilité l'empreinte\nbienfaisante du milieu. L'homme a discipliné sa véhémence,\néprouvé ses impulsions; l'artiste a débarrassé de tout fatras et\nde toute exagération sa compréhension du monde et des âmes,\nde tout procédé sa méthode d'expression, afin de laisser au\npathétique intérieur transposé sur la toile sa nue sincérité. La\nbéguine au puits, dans sa grâce biblique et la sobrieté du décor et\nde la matière n'impose-t-elle pas le rappel émouvant d'une\n œuvre de foi primitive, débordante de candeur et d'amour?\n   M. Léon Cassel n'est pourtant pas un spécialiste de sujets\nchrétiens et pieux. Il ne puise point ses inspirations dans le\ndogme catholique ou les cérémonies du culte. Il est davantage\nsollicité par l'ambiance religieuse et l'atmosphère spiritualiste\nd'une scène que par ses caractères directement et essentielle-\nment liturgiques. Il laisse à Maurice Denis et à Lucien Simon\nle soin de peindre, selon l'orthodoxie rigoureuse, des Annon-\nciations ou des Nativités. Il ne tente même pas, comme ce\ngénial Desvallières, d'humaniser la représentation de la divi-\nnité. C'est un mystique pour qui une œuvre d'art, qu'il s'agisse\n d'une composition anecdotique, d'un paysage ou d'un por-\ntrait (1), doit rendre perceptible le côté surnaturel de la vie,\n\n   (1) M. Léon Cassel est un excellent fleuriste. Il s'applique à traduire, dans ses portraits,\nla psychologie du personnage. I1 faut citer parmi les meilleurs ceux de Jean Richepin, de\nDehelly de la Comédie Française, de M. le bourgmestre de Dixmude et de M. et de Mme\nHosten.\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "BÉGUINE   AU    PUITS\n    (Léon CASSEL)\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": ""}, {"page_pdf": 182, "texte": "              UN PEINTRE MYSTIQUE DE DIXMUDE                   141\n\n\nmanifester la grandeur, la noblesse et la sainteté des petits\ndevoirs, des humbles tâches, des vertus domestiques, être une\nrévélation de la beauté morale qui est une forme du divin dans\nle monde. C'est la signification qu'il convient d'attribuer sans\ndoute à ses Sœurs dentellières de Saint-Nicolas. Certes, le peintre\na été séduit par le pittoresque appréciable du costume d'un\nordre cloîtré et peu connu. Il a pris plaisir à dessiner ce voile\nnoir dont l'arrangement évoque à l'esprit l'idée d'une hiron-\ndelle posant son vol sur la religieuse. Mais l'allégorie austère\nde ce simulacre d'oiseau dont le bec fouille le crâne, image de\nla mortification et de l'obéissance monastiques, ne fut pas, je\npense, étrangère à sa pensée. Et n'a-t-il point cédé surtout à\nl'obsession de marquer, dans l'attitude aristocratique de ces\nfemmes adonnées à d'obscures besognes que font ailleurs des\norphelines et des vieilles, l'idée de l'héroïsme quotidien et le\ncontentement des cœurs purs qui sentent et voient Dieu?\n   Ainsi, à l'arrière-plan des tableaux de M. Léon Cassel, est\nprésente une pensée supra-terrestre.Quelles que soient les qua-\nlités de métier qu'elles révèlent, ses toiles ne lui paraissent\nachevées que si elles émettent un rayonnement, si elles tradui-\nsent un frémissement venu de l'au-delà et provoquent dans\nl'âme un élan métaphysique et une élévation spirituelle. Ce pein-\ntre est, à l'heure actuelle, un de ceux dontchaqueœuvrenouvelle,\nd'un classicisme élargi et diversement compréhensif, porte\ntémoignage d'une évidente soumission aux exigences impé-\nrieuses de la conscience.\n                                               LÉON BOCQUET.\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "               Le Vieillard\nJ'évoque le vieillard que mon enfance a vu,\nle front sévère et blanc penché sur le pupitre,\net dont le regard terne et le geste imprévu\nse devinaient le soir au travers de la vitre.\nCelui là, plus timide et sourd chaque saison,\n vivait dans un espoir fragile et chimérique,\n n'ayant pour tout désir et pour tout horizon\n que le décor étroit de son humble         boutique.\nLes yeux las, il passait à rêver de longs jours,\n ayant l'âme fidèle à des choses diverses\n dont il aimait poursuivre, en souriant, le cours,\n taciturne et rebelle aux soucis du commerce.\n Vers quel futur énigmatique         aspirait-il\npour vivre obscurément avec les poings aux tempes,\n voir pâlir son visage et glisser son profil\n dans le halo funèbre et douteux de la lampe...\n xXotre enfance paisible et mystique a grandi\n en longeant la vitrine au sortir du collège.\n Quant nous passions ensemble à l'heure de midi,\n traînant notre fatigue et nos pieds dans la neige,\n le front qu'il avait clair et le visage usé\n s'attardaient   à la vitre, où pliaient les mains lasses,\npour contempler d'un long regard désabusé\n tous les petits garçons s'en revenant des classes.\n Il vendait du buvard et du papier ligné,\n mais il avait aussi des livres de lecture\n qui plaisaient à nos cœurs trop          indisciplinés\n pour faire du métier ou des        littératures.\n  Comme il aimait les pauvres gens, il s'était fait\n l'âme plutôt sensible aux choses          quotidiennes,\n et, le grand âge aidant, sa nature          inclinait\n au pardon des erreurs et des fautes            humaines...\n Reverrais-je celui dont j'évoque        parfois\n l'image qui se lève au fond de ma mémoire\n dans le parfum d'un jour d'Automne qui décroît\n comme une ombre sur le passé de mon histoire ?\n Dieu sait ! Depuis longtemps, mon rêve s'est perdu\n dans le fiévreux désir de mon adolescence\n — mais je reste celui dont les mollets sont nus\n et qui s'attarde à la vitrine de       l'enfance...\n                                         ROBERT SILVERCRUYS.\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                        Laudi mortis.\n                                                 Vivre, c'est être alarmé.\n                                                     M m e DE NOAILLES.\n\n\n\n\n                   ILS vous ont oublié, tous : les héros dans leurs\n                     exploits, les poètes dans leurs chants, les jeunes\n                     filles dans leurs rêves, les enfants près de leurs\n                     jouets, les h o m m e s dans leurs pensées, les prê-\n                     tres eux-mêmes aux pieds de leurs dieux...\n                         Personne, ô maternelle Amie, ne s'est souvenu\n                     de vous ! E t vous erriez déjà, à l'aurore du\n                     monde, attentive au signal de la Destinée, der-\nrière les ifs du Jardin des délices ; et la dernière vous quitterez\nla terre usée par les siècles.\n   F i d è l e amie de la pauvre h u m a n i t é , vous êtes celle que tous\nles h o m m e s oublient, et celle qui n'oublie personne.\n\n                                        *\n                                   H:       *\n\n\n\n\n    Les autres puissances m'ont menti. J'ai cru voir, au loin,\naller et venir le bonheur , et il ne s'est point arrêté devant moi\npour me t e n d r e seulement la m a i n . L ' a m o u r est passé en sou-\nriant, une rose à la bouche, et j ' e n t e n d s encore (et c'est tout\nce dont je me souviens) un bruit léger, mat et bref, de pétales\neffeuillés. L a fortune un instant m'a cherché du regard. L a\njeunesse m'a laissé cueillir des fleurs que je n'ai pas eu le\nt e m p s de respirer.\n    Vous seule avez été sincère et vraie. L e bonheur, l'amour, la\nfortune, la jeunesse m'ont tour à tour trahi, livré, renié, et je\nme suis retrouvé tout seul avec vous toute seule.\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "144                          DURENDAL\n\n\n\n      Venez, je vous attends depuis si longtemps. D a n s le désarroi\nde mon vouloir, la lassitude du chemin, l'inquiétude de t a n t de\nchoses passagères, le goût d'amertume que je trouve à tout, le\nbesoin d'infini que rien ne satisfait, mon impatience de Dieu,\nj ' a i crié vers vous. Clamavi ad te. Personne de ceux que j ' a i\naimés n'est proche de moi. T o n s les cœurs me sont lointains et\ntoutes les âmes se sont éloignées de moi. Viens, ô ma dernière\namie...\n  J e ne trouve plus de beauté à la terre. L a lumière est parci-\nmonieuse. Les fleurs se fanent trop vite. Les plus belles\nmusiques me sont nostalgiques. L e rossignol n'a chanté déli-\ncieusement q u ' u n e seule nuit de ce printemps, p e n d a n t une\nheure à peine !\n\n                                        *\n                                    *       *\n\n    Viens. Je ne me révolterai pas. T u ne devras user envers\nmoi ni de ruse ni de violence. Mes pieds tranquilles ne feront\npas un pas pour te fuir. J e m'étendrai où tu me trouveras. J'al-\nlongerai nonchalamment les bras. J e joindrai d'avance les\nmains sur ma poitrine. Je ferai silence. J'entr'ouvrirai les\nlèvres au dernier soupir. Je baisserai moi-même les yeux pour\nque tu n'aies pas à fermer mes paupières, et je t'attendrai,\nstoïque et voilé, pareil aux statues de marbre qui d o r m e n t dans\nla paix des chapelles.\n    Si tu veux me gâter, et pourquoi ne me gâterais-tu pas,\ntoi, dont j ' a i souhaité la venue comme la visite d'une amie,\nouvre ma porte sans brusquerie, parle bas, tends les bras,\napproche à l'heure du soir.\n    T u épaissiras de la nuit autour de moi, et je m'évanouirai en\ntoi, comme la fumée dans le vent, le parfum des résédas dans\n le soir, et je reposerai pour les siècles sur ton cœur, jusqu'à ce\nque retentisse à nos oreilles la trompette sonnant le grand\nréveil victorieux.\n\n                                    *\n                                *       *\n\n T o n royaume est fait de calme et de silence. Q u a n d je vais\nme promener dans les jardins où tu règnes, je reste frappé de\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                         LAUDI   MORTIS                      145\n\nla paix que tu fais succéder à nos troubles, à nos angoisses,\nà nos agitations humaines. Faut-il que tu sois miséricordieuse\net bonne, et qu'on t'aime, pour ne plus savoir te quitter ! Faut-\nil aussi qu'on soit bien dans tes bras pour que les plus chers\nd'entre les nôtres, malgré leur promesse de revenir, ne soient\njamais revenus et ne sachent plus se séparer de Toi !... Et je\nsens jusqu'à moi ta mystérieuse attirance, ô mort chérie de\ntous ceux qui ont vécu et souffert.\n                                                POL DEMADE.\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "                       Stances\nSur beaucoup de tes champs que l'homme laisse en friche\n            croissent tous les grains    fous;\n     même le plus touffu de tes prés est moins riche\n                d'herbe que de cailloux.\n\n     Le peuple de tes blés est si pauvre, il assemble\n                dans ses grêles sillons\n     tant de coquelicots magnifiques,    qu'il semble\n                  mangé de papillons.\n\n         Ici et là, sur tes collines, quelque   hêtre\n                   cache un peu le sol nu\n    et la vigne, pareille à des faucheux,       s'empêtre\n                   dans le chiendent    têtu.\n\n       — Mais tu portes le pin musical et l'yeuse\n                aux classiques    contours\n      et les cyprès jumeaux    dont la grâce pieuse\n                   intercède   toujours.\n\n      Pour ajouter encore à ta pureté     blanche,\n                tes vallons   printaniers\n     mêlent au jour serein la clarté qui s'épanche\n              des fleurs des amandiers.\n\n     Et le vent dans l'air bleu répand le clair sillage\n                  qu'il fait en propageant\n    le frisson blanc qu'il donne au pudique    feuillage\n                    de l'olivier d'argent.\n\n       La suite des coteaux, d'une ligne si pure,\n                   a des teintes d'iris\n        et forme à l'horizon sinueux la bordure\n                  d'une coupe de lys.\n\n     Et la plaine, arrondie et concave, est un vase\n                    de si tendre clarté\n      que l'esprit longuement    y boit avec extase,\n                    ô pays de beauté !\n                                                    P A U L BONTÉ.\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "      Maison champêtre\n\nVois combien le couchant apporte de beauté\nà ta maison ! Elle est humble et douce à côté\ndu coteau qui s'étend longuement sur la plaine\npuis s'abaisse et rejoint la colline prochaine ;\nmais son âme s'emplit d'orgueil lorsque le vent\nallonge sa fumée en nuage        mouvant\ndont le panache allier fièrement       l'accompagne.\nLocomotive ardente, à travers la        campagne,\non dirait qu'elle va s'élancer et l'on sent\nque, détaché du sol par son effort       puissant,\nsous le ciel empourpré dont la gloire l'enivre\nle cortège infini des coteaux va la suivre!\n                                              P A U L BONTÉ\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "La Sculpture belge de la Renaissance\n           à la Révolution\n\n              Sous ce titre évocateur, M. Edmond de Bruijn\n                nous a donné, le 31 janvier, à l'Ecole des Hau-\n                tes Études de Paris, une conférence extrême-\n                 ment dense, solidement charpentée et nourrie\n                de la plus substantielle érudition.\n                   Je m'en voudrais de passer sous silence une\n                leçon de cette qualité qui sut réunir, dans la\n                même exaltation d'art, la musique d'un style\ntout en mouvement et les surprises d'une promenade ininter-\nrompue à travers tant de chefs-d'œuvre matérialisés sous nos\nyeux par d'excellentes photographies.\n   L'école de la rue de la Sorbonne a eu l'heureuse idée de con-\nsacrer pendant cette saison 1913-1914, les conférences du\nsamedi de sa section d'art à l'étude de l'Art belge depuis la\nRenaissance.\n   Des spécialistes tels que MM. Henry Marcel, Léonce Béné-\ndite, François Benoit, etc., assurèrent le succès de ce pro-\ngramme. M. Fierens-Gevaert qui, mieux qu'homme du monde,\nconnaît jusqu'aux moindres manifestations de l'esprit artis-\ntique des Flandres au cours des âges, nous donna deux élo-\nquentes leçons sur Rubens...\n\n                ... fleuve d'oubli, jardin de la paresse\n          Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer,\n          Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse,\n          Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer.\n\n  Donc M. Edmond de Bruijn, professeur d'esthétique et\nd'histoire de l'art, nous entretint de la sculpture belge de la\nRenaissance à la Révolution. Le délicat écrivain « de la jupe\ndivisée et de l'idéal grec » utilisa pour cette leçon les ouvrages\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "LA S C U L P T U R E B E L G E D E LA R E N A I S S A N C E A LA R E V O L U T I O N   149\n\n\n\ngénéraux de M M . Marchai, Rousseau, etc., et les excellentes\nmonographies spéciales de M M . Hedicke, P o u p e y e , e t c . . Mais\nsurtout M. de Bruijn fit état de ses connaissances encyclopédi-\nques et de ses études personnelles en face des monuments où\ns'inscrit la courbe de l'évolution de l'art. Sur une terre aussi\nriche en chefs-d'œuvre que la Belgique, c'est une joie pour\nl'érudit, l'historien ou même le simple amateur, de pouvoir\nsaisir r a p i d e m e n t la mentalité d'un peuplç exubérant qui a\nconçu ses m o n u m e n t s à l'image de sa ressemblance, je veux\ndire de son état d'âme.\n     L e contact avec l'étranger est un précieux auxiliaire de régé-\nnération, lorsque l'art s'endort ou s'épuise dans des formes\nusées. Nous constatons les heureux résultats d'une telle\nalliance en F l a n d r e . L e mariage de la Belgique avec l'Italie\nrenouvelle à deux reprises la veine picturale et architecturale.\n     Dès 1494 nous relevons les traces de pénétration italienne et\nclassique à Bruges d'abord, puis à Anvers. M. de Bruijn a\ncaractérisé avec bonheur les façons de cette première Renais-\nsance en sculpture au XVI e siècle, avec Pierre Coecke et Vre-\nd e m a n de Vries, entichés des grotesques des T h e r m e s de\nT i t u s ; avec Jacques Du Broeucq et Corneille Floris de\nVriendt, influencés par Sansovino. Bientôt surviennent les\ntroubles politiques des P a y s - B a s . Cette Renaissance est inter-\nrompue à Anvers et dispersée vers les pays protestants.\n     U n e seconde Renaissance paraît à Anvers, aux alentours de\n I 6 I 5 , grâce à la rencontre de R u b e n s , revenu imbu du « bon\ngoût italien », avec les Jésuites qui sauvent, dans les Pays-Bas\n du Sud, la discipline classique et les h u m a n i t é s païennes du\n fanatisme de la conscience chrétienne individualisée. L e\n palazzo à la Génoise de Rubens et la chapelle des Jésuites, « le\n plus beau des temples élevés par la Compagnie dans tout\n l'univers », précisent le type nouveau.\n     M. de Bruijn a insisté sur ce point, renouvelant entièrement\nson sujet par des aperçus neufs et spirituels. L e style ecclésias-\ntique de ce moment de la civilisation et de l'histoire se mani-\n feste celui d'une religion victorieuse. C'est donc une orgie de\n formes riches, une exubérance d'ornements dominateurs. L a\n religion célèbre sa conquête, affiche à tous les yeux sa royauté :\nfaçades chargées de trophées, autels dressés comme des arcs de\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "150                                DURENDAL\n\n\ntriomphe, chaires qui se développent de la même façon que\n l'éloquence sacrée, confessionnaux décorés superbement et qui\njouent aux monuments dès l'instant que Calvin proscrit la con-\n fession.\n    Sur ce t h è m e original, M. de Bruijn a brodé un aimable\n contrepoint d'idées, de pittoresques développements q u ' u n e\n suite choisie de vues coloriées venait renforcer. Cette sculpture\nreligieuse et profane s'affirme redondante et expressive à\nAnvers et Malines, avec F a y d ' h e r b e , V e r h a e g e n , Quellin, e t c . ;\nr y t h m i q u e et frémissante à Liége avec Delcour; à la fois\n mièvre et paroxyste avec Delvaux, de Nivelles; familière, élé-\ngante et nerveuse à Bruxelles avec les D u q u e s n o y cadets,\n Grupelle et Berger.\n    E n conclusion, M . de Bruijn a montré tout ce que cet art\nde la Renaissance peut avoir d'absurde aux yeux des liturñ\ngistes et des logiciens. Il est incontestable que ce style jésuite\nscandalise extrêmement notre amour pour le moyen âge et la\ncathédrale gothique, triomphe de l'art religieux, Bible de\npierre et parole de Dieu fixée dans un équilibre « en mouve-\nment ». Mais, d'autre part, cet art belge est l'expression\nvivante d'un peuple exubérant et g o a r m a n d qui se flatte de la\npompe de ses cortèges et rit du sans-gêne de ses fontaines, qui\nse sent en veine de lourde dévotion « dans des églises surchar-\ngées où les orgues ronflent comme des orchestrions de salles de\ndanse, où le prédicateur t o n n e comme Moïse du haut d'un\nrocher et où des amours font la voltige au-dessus du maître-\nautel, comme dans les nuées de l'Olympe ».\n    Cette fine psychologie d'un moment de l'histoire artistique\ndes P a y s - B a s , a reçu l'accueil qu'elle méritait et c h a q u e audi-\nteur a exprimé p u b l i q u e m e n t , par ses bravos, un peu de son\nadmiration et de sa reconnaissance.\n                                                              T.   DE VISAN.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                    Chronique du Mois\n                                Les Concerts.\n\n     Ceux d'entre les abonnés des concerts du Conservatoire qui sont de tempé-\n  rament traditionaliste auront été fort satisfaits du Troisième Concert du\n  Conservatoire et de la composition très purement classique de son pro-\n  gramme : Bach (Concerto brandebourgeois n° 2 en fa majeur), Haydn repré-\n  senté par une belle symphonie, peu connue, en ut mineur (1791), Mozart\n  (Concerto en ut majeur pour flûte et harpe), Beethoven (Symphonie pastorale),\n  Weber (ouverture du Roi des Génies).\n    C'est aux concerts du Conservatoire de Bruxelles, nous pouvons l'affirmer\n  sans la moindre hésitation, que nous avons toujours recueilli de la Sympho-\n  nie pastorale l'impression la plus vive et la plus haute. Et sans nul doute l'in-\n terprétation que Léon Du Bois en a dirigée est absolument digne des précé-\n dentes, dont elle ne diffère d'ailleurs que sur certains points secondaires.\n     De toutes les grandes pages descriptives de la musique, la Pastorale est celle\n qui traduit avec le plus d'intensité dans le langage des sons ce qu'on peut\n appeler le sentiment esthétique de la nature, en d'autres termes, cette émotion\n profonde et d'un caractère si particulier, qui saisit l'être humain en présence\n des beautés de l'univers sensible, dans le silence des forêts recueillies et solen-\n nelles, dans la paix enchantée des montagnes où glissent des souffles embau-\n més et que poétise le chant des sources.\n    Au matin d'un beau jour, la campagne endormie se ranime frémissante\n sous le baiser vermeil de l'Aurore. Des bruits ineffables parcourant l'espace\n retentissent, puis rebondissent en cascades harmonieuses. Les fleurs, douces à\n la vue comme un regard de vierge, s'éveillent joyeuses, étincelantes de rosée.\n Par moments, l'on croit entendre vaguement la torrentueuse rumeur de la vie,\nfleuve immense dont les flots fécondent l'univers. Mais le soleil, fier géant de\nl'azur, a posé son pied sur le zénith en feu. Il est temps de se réfugier au bois,\nle long du ruisseau évocateur de songes, clair miroir des arbres et des\noiseaux.\n    Alors commence cette méditation douce comme un sommeil d'enfant, sou-\ntenue par un accompagnement suggestif dont la sublime monotonie exprime\nmerveilleusement le cantique simple et sans modulations que chante l'onde\nagile, courant discrètement sur les cailloux nacrés. Et voici que le ciel\ns'est tout à coup assombri, les nuages ont enserré la terre comme l'étouffant\ncouvercle d'un noir cercueil. L'orage éclate. Les éclairs déchirent de leurs\nraies sanglantes le. voile de deuil qui enveloppe l'horizon désolé. Le tonnerre\nrugit dans le lointain ainsi que quelque monstre gigantesque et fabuleux.\nPrions le Seigneur, car il est paissant. Mais le calme s'est rétabli soudain,, le\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "152                               DURENDAL\n\n\nciel apparaît de nouveau bleuet profond. C'est le sourire de Dieu. Remer-\ncions-le dans une ardente effusion, car sa bonté surpasse encore sa puissance.\n   Que dire du concerto de Bach? MM. Thomson, Demont, Goeyens, Piérard\nle jouèrent en grands artistes et ils en firent, particulièrement dans l'andante,\nune merveille de chaude lumière, de vie harmonieuse et idéale. Secondée par\nla harpe charmeuse de M. Meerloo, la flûte de M. Demont nuança de façon\nexquise le concerto de Mozart si bien qu'en cette intarissable abondance\nmélodieuse, en cette fusion de sonorités tendres et transparentes, on avait\ncomme l'illusion d'entendre des gouttes de cristal tomber, puis s'écouler en\nflots d'argent.\n   L'ouverture de Weber, le Roi des Génies, qui terminait le concert, est inté-\nressante. Ce roi des génies semble s'y efforcer en vain de discipliner les élé-\nments de la nature déchaînés. Belle page romantique imprégnée d'un avant-\ngoût de wagnérisme et qui semble contenir en germe l'ouverture du Vaisseau\nFantôme.\n                                         *\n                                        * *\n\n    La chronique musicale du mois dernier ayant été fort chargée, nous signa-\nlons tardivement labelle exécution qui a été donnée à un concert de la Grande\nHarmonie, par les soins et sous la direction de M. Lunssens, de la Troisième\nsymphonie (mi mineur) de Joseph Ryelandt.\n    Le succès a été grand, l'auteur salué d'acclamations enthousiastes. La sym-\nphonie en mi mineur est hautement intéressante, en effet, par la profonde sin-\ncérité de l'inspiration, la fermeté de la pensée, la clarté suprême du discours\nmusical, la souplesse charmeuse des harmonies, l'élégance en même temps\nque la solidité de l'architecture. Le thème de début, qui sert comme de base\nau premier mouvement, est de signification et d'allure plutôt mendelssohnienne,\ntandis que les deux autres, si nous pouvons nous exprimer ainsi, sont du pur\nRyelandt. Mais ce qui est surtout remarquable, c'est le parti que l'auteur en\ntire, la façon dont il combine ces divers éléments de telle sorte qu'amplifiant\npeu à peu son inspiration, il arrive à construire tout un monument.\n    Même remarque pour le second mouvement. (Adagio.) Il se compose de\ndeux thèmes, l'un comme l'autre de caractère religieux, le premier doux,\nrecueilli, et bien qu'énoncé dans le mode mineur, d'une gravité toute divine,\nle second suppliant, saturé de larmes, s'élevant vers le ciel comme une implo-\n ration. Ces deux thèmes aspirent, on le sent, à fuir les ombres douloureuses\n des tonalités mineures pour rentrer dans la lumière et, dans la partie centrale,\n s'entrecroisant avec amour en une harmonie admirable comme si la voix con-\n solatrice de Dieu surplombait la voix de l'homme, ils s'éclairent ensuite,\n s'affirment éloquemment en un magnifique crescendo pour expirer finalement\n en pianissimo dans une sereine extase. Ce second mouvement est le point\n culminant de la symphonie, L'Alegretto cantabile qui suit, très bien con-\n struit également est délicieux de verve et de fantaisie, et le quatrième mouve-\n ment (allegro con fuoco), page de lyrisme vibrant, est comme un hymne\n triomphal dans la manière large de Peter Benoît et que l'on imaginerait\n volontiers chanté par un chœur immense.\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                              CHRONIQUE         DU MOIS                                153\n\n\n\n   Cependant si cette symphonie de Ryelandt est très belle, on ne peut, à notre\n sens, lui attribuer de supériorité sur les autres productions (et elles sont nom-\n breuses) du maître brugeois. L'œuvre de piano notamment où il débuta par\nde charmantes aquarelles (La Mer du Nord, En Ardenne,) s'est complétée\nen ces derniers temps de types singulièrement vigoureux et d'une personnalité\nencore plus accusée. (Prélude et fugue, sonate en fa majeur, sonate en fa\ndièse mineur) compositions que sous peu tous les pianistesse feront un bonheur\net une gloire d'interpréter. Que dire des lieder, de la musique de chambre,\nsurtout des grandes oeuvres religieuses, Cœcilia (1) Purgatorium, L'avène-\nment du Seigneur, Maria, où Ryelandt a mis sûrement le meilleur de lui-\n même ! Il vient de terminer sa quatrième symphonie (Chorale) inspirée du\n Credo, une de ses œuvres les plus considérables et il est actuellement absorbé\npar la composition d'un nouvel oratorio, Agnus Dei.\n   Ryelandt n'est pas un ingénieux, un ciseleur de formes rares, c'est avant\ntout un sincère, un intuitif et en même temps un penseur. Mais depuis\nquand le raffinement du style est-il une marque d'originalité et de puissance !\nL'originalité réside à coup sûr dans le fond, avant de résider dans la forme.\nNous parlions tantôt d'analogies avec Mendelssohn, avec Peter Benoit. Ce sont\névidemment là des rapprochements fortuits, accidentels, pareils à ceux qui se\npourraient établir entre Wagner et César Franck, ce dernier ayant reproduit\ndans son Prélude, Choral et Fugue le thème des Cloches de Parsifal, et tel\npassage du Chasseur Maudit éveillant trop rapidement dans la pensée le sou-\nvenir du thème de la Forge de Siegfried. S'il est cependant deux génies abso-\nlument dissemblables au point de vue de l'esthétique, comme de l'essence des\nharmonies, ce s'ont Wagner et Franck.\n   De même, Ryelandt est admirablement lui-même. Il ne se rattache pas\nplus à Tinel qu'à César Franck. Il leur ressemble sans doute par la ferveur\nde son élan religieux, et à l'instar de César Franck, il manifeste dans ses\nœuvres instrumentales une préférence assez marquée pour la forme cyclique.\nMais là se borne l'analogie.\n   Cœcilia et Purgatorium ont été acclamés à Anvers (1907). L'Avènement\n du Seigneur à Rotterdam (1909). A Bruxelles, dans nos grands concerts symñ\nphoniques, on n'a exécuté du maître brugeois que l'Ouverture de Sainte-Cécile\net le poème Gethsemani. La symphonie en mi mineur mérite sans nul doute\nde franchir les limites d'un cercle privé et d'être présentée au grand public.\nC'est à Eugène Ysaye, ce généreux initiateur d'apostolats artistiques, de la\nfaire connaître en l'inscrivant au programme de l'un des concerts de la saison\nprochaine.\n                                            *\n\n\n  M. Ernst Wendel, chef d'orchestre des Concerts philharmoniques de Brême,\nqui dirigea le Quatrième Concert Ysaye, est bien connu à Bruxelles où, à\n\n  (1) Nous avons publié dans cette même revue, en 1904, une étude détaillée sur la   Sainte\nCécile de Joseph Ryelandt.\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "154                                DURENDAL\n\n\n ces mêmes concerts Ysaye, il conduisit l'an dernier le festival Brahms et le fes-\n tival Strauss. C'est, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, un\n capellmeister de premier ordre et on lui a fait le succès le plus chaleureux.\n De la Symphonie héroïque il a une conception très noble. A toute la lucidité\nd'exposition souhaitable, il sut joindre, notamment dans le Scherzo, la lougue\nla plus entraînante et, dans l'Allegro finale, une vigueur d'accent, une am-\n pleur de style et une gradation d'enthousiasme qui firent grande impression. De\nmême pour l'Ouverture des Maîtres chanteurs, dans laquelle, aux approches\n de la conclusion triomphale, il élargit considérablement les mouvements,\nmais de la façon la plus heureuse, et rarement avons-nous entendu de cette\n page wagnérienne interprétation à la fois plus rayonnante et plus grandiose.\nKikimora (quel vocable étrange, mon Dieu!), poème symphonique du compo-\nsiteur russe Liadow et qui décrit un être légendaire effrayant appartenant à la\nmythologie slave, est une sorte de conte fantastique dans la manière de\n l'Apprenti sorcier de Dukas, mais beaucoup moins développé, avec des\n visions de cauchemar telles que les affectionnait Nodier (bien oublié aujour-\nd'hui et qui fut cependant un des princes de la langue française). Cette bou-\ntade spirituellement orchestrée complétait la partie symphonique du\nprogramme.\n    Il est bien superflu de dire que Casais joua de façon supérieure le concerto\nde Dvorak en si mineur (op 104). et le concerto en la mineur (op 33) de Saint-\nSaëns. Le concerto de Saint-Saëns est une des plus charmantes compositions\nqui ornent le répertoire plutôt restreint du violoncelle. Quant à celui de\nDvorak, il a sans doute de la couleur, et nous ne savons quel arome sauvage\npar où il peut plaire à certains. Mais il est d'autre part bien dilué, le tissu har-\nmonique en est lâche et fragile et il ne brille assurément ni par l'abondance,\nni par la distinction des idées. Maints endroits de ce concerto se présentent\ncompliqués de rythmes épineux, et il a fallu toute la magistrale autorité et\nl'expérience de Wendel pour mener à bonne fin cette œuvre, durant tout le\ncours de laquelle il fut l'objet d'une surveillance étroite, qui s'expliquerait en\npartie par le manque de répétitions, mais qui parut tout de même bien\ninquiète et peu justifiée en l'occurrence, de la part du grand violoncelliste.\n\n                                           *\n                                       *       *\n\n   La dernière soirée, donnée par le Quatuor Zimmer a superbement clôturé\nla série des belles séances organisées au cours de cet hiver. Débutant par un\ndélicieux quatuor de Haydn qu'il rendit dans tout son charme de simplicité\nconfiante et virginale, il joua ensuite un des grands quatuors de Beethoven\n(mi bémol, op. 127). Interprétation étonnamment adéquate à la pensée beet-\nhovenienne, puissamment rythmée, intensément expressive dans l'Adagio\n(d'une inspiration céleste), fertile en contrastes de sonorité et où, dans les\nforte, on croyait parfois entendre un petit orchestre Avec le précieux con-\ncours du pianiste Maurice Dumesnil, la séance se couronnait par le quintette\nde Brahms, ce monument de la musique de chambre, ayant sa place marquée\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                            CHRONIQUE DU MOIS                                 155\n\n\nà côté des quintettes de Schumann, de César Franck, du concert de Chausson\nen ré majeur, et dont se dessinèrent très noblement ce soir-là les hères\narchitectures.\n\n\n\n   M. Maurice Dumesnil compte au nombre des pianistes remarquables de\nla jeune génération. Poète du clavier, il l'est à n'en pas douter, comme le\nprouve son exécution magistrale d'un Prélude et Fugue de Bach (transcrit de\nl'orgue). Quelle pureté de dessin ! Quelle vérité et quelle souplesse de nuan-\nces ! Malgré le talent considérable déployé par M. Dumesnil dans le reste de\nson programme, ce Prélude et Fugue demeura l'impression maîtresse de\nl'audition. Il cisela ensuite avec délicatesse des pièces de Scarlatti. Plus que\nson interprétation de l'Appassionnata de Beethoven, nous avons goûté celle\nqu'il donna des Etudes Symphoniques de Schumann, non à coup sûr la plus\nprofonde, mais certainement, après le concerto en la, la plus ample et la plus\néclatante des œuvres que le maître de Zwickau ait écrites pour le piano. En\ncette série de tableaux merveilleux et si étonnamment variés bien qu'inspirés\ntous du même sujet, M. Dumesnil montra une rare compréhension, situant\nchaque étude dans son atmosphère propre, lui infusant sa signification carac-\ntéristique, superbe du reste d'énergie et de fougue dans les passages de force et\ndans le finale qui sonna triomphalement comme une fanfare. A signaler\nencore dans le récital de M. Dumesnil des œuvres d'Albeniz où il mit beau-\ncoup de couleur, le prélude de Rachmaninoff avec des effets de sonorité\nd'orgue très particuliers, une Rapsodie hongroise de Liszt, un Scherzo de\nMendelssohn où les doigts du pianiste semblaient avoir des ailes.\n\n\n\n\n   Bien qu'ayant dépassé la soixantaine, Emil Sauer qui, quelques jours\naprès, donna un récital à la Société Philharmonique, est toujours étonnant\nde fougue juvénile. Sa force de résistance semble ignorer l'effort et la fatigue,\nnous ne nous attarderons pas à décrire les mérites et les défauts de cet artiste\nsi souvent entendu à Bruxelles : Métier admirable, déconcertante aisance\ntechnique, sûreté impeccable et non moins exemplaire clarté, traits cristallins\ns'égrenant en colliers de perle dans les pianissimi, rarement de la profondeur\nexpressive, mais très souvent des nuances charmantes. (Nocturne en ut dièse\nde Chopin, Auf Flilgeln des Gesanges de Liszt.) Et cependant les interpré-\ntations de Sauer ne sont pas à l'abri de la critique. La sonate en mi majeur\n(op. 109) de Beethoven fut exécutée beaucoup trop en morceau de piano, alors\nqu'elle est évidemment une œuvre de caractère orchestral. Dans la Polonaise\nen fa dièse de Chopin, Sauer eut de jolis effets. Il n'est du reste pas le seul\npianiste à oublier que les Polonaises de Chopin ne sont pas des œuvres de\nvirtuosité, mais qu'à l'instar des Ballades, la plupart d'entre elles sont des\nœuvres de pur lyrisme dont les essentielles significations sont inséparables des\nidées de majesté et d'ampleur. Sauer prit sa revanche dans les deux études en\nsol bémol, exécutées avec toute la précision souhaitable.\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "156                                 DURENDAL\n\n\n   Les compositions de Sauer sont incroyablement démodées, vides d'ailleurs\nde toute substance musicale. Il s'attarde dans des ornières, dans les procédés\npérimés des Thalberg, Prudent, Gottschalk et tutti quanti. Il est tel moto\nperpetua en octaves où Sauer fait trop penser à ce phénomène Mille-Pattes\npopularisé par la célèbre image allemande caricaturant un virtuose du clavier.\nLes deux moments du concert à noter furent, d'une part, la Gavotte et Varia-\ntions de Rameau et, d'autre part, le Mazeppa de Liszt, enlevé avec un éclat\nextraordinaire et une verve foudroyante. Après cette page de romantisme\nfrémissant, Sauer donna en bis : Le Beau Danube Bleu de Johann Strauss! Le\nBeau Danube Bleu est sans doute une bien jolie valse, mais l'arrangement de\nM. Sauer serait beaucoup plus justement qualifié de dérangement.\n   Et voilà que dans toute cette appréciation nous semblons tout près d'adop-\nter un procédé de critique qui, par rapport à une même œuvre ou à un même\nartiste, consiste à faire suivre les éloges les plus vifs des blâmes les plus sévères,\nprocédé qu'en général nous détestons, parce qu'il a pour ordinaire effet de jeter\nle trouble dans l'esprit du lecteur qui, sans point d'attache fixe, demeure\nballotté et comme en suspens. Mais qu'y faire? Ces antithèses sont l'expres-\nsion exacte de notre pensée. Ces fautes énormes de goût dans la confection\ndes programmes dont, parmi les virtuoses célèbres du piano entendus à\nBruxelles, Sauer et Rosenthal sont seuls coutumiers. ne proviendraient-elles\npoint de leurs contacts trop fréquents avec le public viennois? Ce public a\nde frappantes ressemblances, avouons-le, avec le public des jeunes pension-\n naires bruxelloises.\n\n                                          *\n                                         * *\n\n\n   Grand succès pour le concert organisé par M. Deru et consacré aux maîtres\nitaliens des XVII e et XVIII e siècles. Offrant les traits caractéristiques de tout\nce que l'art de celte époque du XVIII e siècle a produit, les pièces instrumen-\ntales de Veracini, Tartini, Vivaldi, qui figuraient au programme de cette audi-\ntion, sont d'élégants joyaux où la beauté achevée de la forme s'allie à la grâce\ntouchante des mélodies et à la spirituelle coquetterie des rythmes. Dans le\nconcerto de Vivaldi pour trois violons, il est un Andante exquis de ligne, dont\n M. Deru, son élève M lle Kitty Buckley et Mlle Germaine Schellinx, qui avait\ntrès gracieusement accepté de remplacer l'autre élève empêchée, rendirent à\nsouhait le charme inexprimable. Dans l'interprétation de ces œuvres, aux-\nquelles il faut ajouter des piécettes de Martini et de Pugnani, une Chaconne\nde Vitali (XVII e siècle), M. Deru fit preuve d'un sentiment très fin et on\nadmira son jeu intelligemment nuancé, jeu d'une simplicité et d'une distinc-\ntion parfaites, aussi pur et sobre que clair et expressif. Mme Wybauw-Detil-\nleux, qui prêtait son concours à cette audition, chanta avec son autorité habi-\ntuelle différentes compositions de Rossi, Pasquini (XVII e siècle), Caldara\n(XVIII e siècle), Spontini et Blangini (XIXe siècle). A signaler particulièrement\nla Cantala de Rossi, où la distinguée cantatrice affirma la sûreté et l'aisance\nde sa technique vocale, et celle de Caldara, d'expression fort pénétrante. M. de\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                           CHRONIQUE DU MOIS                                 157\n\n\nBourguignon tenait le piano avec la compréhension artistique dont il est cou-\ntumier.\n                                      *\n                                    * *\n   Une audition d'un caractère analogue, bien intéressante aussi, a eu lieu à\nla Société de musique ancienne, créée sous les auspices d'un de nos plus\ndistingués violoncellistes, M. Alphonse Van Neste, avec le concours apprécié\ndeMllesAriette et Suzanne Linden, société dont le but est de faire mieux con-\nnaître et goûter cette musique des XVII e et XVIII es siècles qui attire chaque\njour davantage l'attention des amateurs d'art et où d'ailleurs les trésors ne se\ncomptent plus. Tout serait à citer au programme, que complétaient heureuse-\nment quelques pièces instrumentales et vocales, choisies avec tact dans le\nrépertoire moderne et contemporain. Avec Mlle Suzanne Linden au clavecin,\nM. Van Neste a d'abord interprété sur la viole de gambe quelques délicieuses\nœuvrettes de Caix d'Hervelois. Claveciniste pleine de grâce dans une Sara-\nbande de Bach et dans le Coucou de Daquin, Mlle Linden s'est ensuite produite\ncomme pianiste dans la sonate (op. 69) pour violoncelle et piano de Beetho-\nven, où elle affirma sa nature finement compréhensive, tandis que de son côté\nM. Van Neste y faisait admirer son jeu vibrant et persuasif. Le sentiment déli-\ncat et la technique claire et perlée de Mlle Suzanne Linden se montrèrent\nensuite dans les Jeux d'eaux de la villa d'Esté, de Liszt. Mlle Ariette Linden\npossède une voix souple, fraîche et d'un timbre généreux. On l'applaudit dans\nun Aria de Scarlatti, dans une très belle cantate de Bach, puis dans une série\nde lieder modernes (Brahms, Fauré, Strauss), parmi lesquels il convient de\nciter aussi un charmant poème vocal inédit, Wilde Rose, de M. Emile de\nKuyper. M. Van Neste termina l'audition par le concerto pour violoncelle de\nLalo, qu'il interpréta avec autant d'autorité que de plénitude sonore et d'ex-\npression.\n                                          *\n                                      *       *\n   Un troisième et dernier concert ayant, comme les deux précédents, pour\nobjet l'œuvre musicale éclose aux siècles écoulés, fut donnée à la salle de la rue\nMercelis par le Quatuor Vocal Henri Carpay, avec le concours de Mme Mahy-\nDardenne, cantatrice, de M. Van Neste, viole de gambe et de M. Janssens,\nclaveciniste. Il est inutile de redire ici le généreux souci d'art qui préside à\ntoutes les manifestations dont M. Carpay assume l'initiative et la responsa-\nbilité, ses efforts incessants et très nobles pour se rapprocher autant qu'il est\npossible de la perfection. Ce n'est pas d'hier que nous avons signalé aux lec-\nteurs de Durendal l'Association des Chanteurs de Saint-Boniface et celle du\nquatuor vocal Carpay, deux œuvres créées l'une comme l'autre par le dis-\ntingué maître de chapelle de la paroisse ixelloise. Le concert Carpay de 1914\nfut des plus instructifs. Et dans l'impossibilité d'analyser de près les vingt-\nhuit numéros qui en composaient le programme aussi copieux que choisi,\nnous dirons que le quatuor vocal interpréta notamment de frais et naïfs\npoèmes de Roland de Lassus (1530-1594) et de F. Costeley (1531-1606), des\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "158                              DURENDAL\n\n\ncompositions de Rameau (1683-1764), Vittoria (1540-1608), Benedicta es tu,\nde De la Tombelle, d'une inspiration fort élevée.\n   M me Marie Dardenne possède une voix d'un pur cristal qu'elle conduit en\nexcellente musicienne. A citer le charmant Camée de Pierre Dupont, le Plai-\nsir d'Amour de Martini où elle fit apprécier la beauté de sa diction. MM. Van\nNeste et Janssens interprétèrent avec finesse des compositions pour viole de\ngambe et clavecin du XVII e siècle, notamment la Cloche (très intéressante) de\nSimon Ives, des fragments de la sonate en ré de Bach, où ils furent tout à\nfait remarquables.\n   M. Janssens fut très applaudi dans des piécettes exquisement ciselées de\nScarlatti, Couperin, Claude Daquin, dans le fameux air varié en mi majeur\nde Haendel. Bref, grand succès pour tous les artistes et spécialement pour\nM. Carpay.\n                                       *\n                                     * *\n  A l'occasion de la fête patronale de la paroisse ixelloise, l'Association des\nChanteurs de Saint-Boniface a fait entendre la messe Aeterna Christi\nmunera, à quatre voix, de Palestrina. Interprétation respectueuse, fervente,\nnettement équilibrée au point de vue du rythme et des nuances sous la\nsavante direction de M. Carpay, qui s'attache à faire ressortir le véritable\ncaractère de cette musique d'une architecturale beauté et d'une séraphique\npureté de ligne.\n  A l'Offertoire, un motet à quatre voix de Jongen, O quam amabilis, d'un\nsentiment profond, a été très expressivement rendu par les chanteurs de Saint-\nBoniface.\n                                      *   *\n\n  L'abondance des matières nous force à remettre à la livraison d'avril le\ncompte rendu des auditions de la Libre Esthétique.\n                                                  G E O R G E S DE GOLESCO.\n\n\n\n\n                          Les Salons d'Art\n\n    L a L i b r e E s t h é t i q u e rend hommage, cette année, à Dario de\nRegoyos.\n   Il faut lire en tète du catalogue les quelques pages où Octave Maus évoque\nla silhouette insouciante et rieuse du jeune mandoliniste que Bruxelles a\nconnu. On sourit en songeant au « dédain qu'inspirait dans certains milieux\nsa peinture, déclarée absurde par la critique ». Aujourd'hui, rien ne nous\nsemble plus pondéré que ces œuvres alertes et exécutées — cela se sent —\nentre une jota aragonaise et un boléro andalou. Regardons les toutes et lon-\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                           CHRONIQUE DU        MOIS                          l59\n\n\nguement : elles ont toujours quelque chose à nous dire; elles ne vont pas du\npremier coup nous livrer leur secret, il faut parfois un peu de patience devant\ntel paysage qui parait banal ou vide, mais infailliblement la dernière parole\nsera poétique comme un doux vers et nous serons conquis. Regoyos n'a point\ncherché l'accord qui crie, l'effet qui secoue. La caractéristique de son art est\npeut-être bien la mesure, la distinction. Rarement il adopta le grand format;\ncomme il y est à son aise cependant dans la Procession à Fontarabie où l'on\nvoit des moines bruns s'avancer dans une ruelle — sous le regard des senoras\naccourues à leur balcon — vers une large tour dont les cloches tintent dans\nl'air recueilli! Je me borne à citer parmi les nombreuses œuvres, la Porte\nmauresque, si noblement mise en page, le Soir meurtrier, paysage de lande\nbrumeuse, et le cadre de croquis que possède le Musée d'Ixelles : Les Christ\nd'Oviéto, d'Avila, de Monforte magnifient « l'idée gothique et populacière\nd'un Seigneur Dieu ruisselant de sang », pour dire comme Léon Bloy.\n   Dario de Regoyos a regardé son pays avec un aimable sourire. Sa technique\nest celle des maîtres français contemporains. Mais à côté de lui, la « Libre\nEsthétique » a groupé quelques artistes qui méritent, et par leur manière de\npeindre et par leur sentiment tout original, la dénomination d'école espagnole.\nLes plus grands d'entre eux semblent ne rien emprunter à l'étranger. Ignacio\nZuloaga est ici représenté par un vaste groupe : Mon oncle Daniel et sa\nfamille. Sur un fond presque uniformément noir se découpent de longues\nsilhouettes à faces pâles. Deux jeunes femmes surtout attirent les regards :\nleur œillade est agressive sous la coiffe de dentelle. Elles sont solidement\ncampées, cambrées dans une pose de défi ou de triomphe. Qn les devine\nrieuses, jacassantes, susceptibles, coquettes, insupportables. Une vieille dame,\nà gauche, fait contraste par sa sérénité, avec leur tapage.\n   Ramon et Valentin de Zubiaurre y Aguirrezabal ont un talent peut-être\nmoins spontané, mais je n'oserais dire qu'ils pénètrent moins profondément\nle caractère de leur race. Le second surtout, plus nerveux et plus âpre, analyse\ndans Un jour de fête les physionomies de deux vieux paysans méditatifs et\nsatisfaits. L'atmosphère de crépuscule verdàtre, dont la scène est enveloppée,\nlui donne une saveur plus amère, plus mystérieuse... et sans doute moins\nnaturelle.\n   Même accent dans les deux Gitanos de José G. de la Pena, qui nous regar-\ndent avec un air de bêtes traquées et implorantes, mais beaux d'orgueil tou-\njours sous leurs guenilles. Francisco Iturino s'arrête à la vision des foules\npimpantes, colorées et mouvantes, éclairées par une lumière blanche et crue.\n   J'aime la Fête champêtre de Ricardo Canals pour son panorama de toits\norangés. Pablo Roïg se découvre dans ses paysages un admirable virtuose\nde la couleur un fin juge des valeurs. Dans ses Baigneuses, il se montre\nd'une infinie sûreté dans le rendu de la forme et du geste. Voici encore, de\nFirmin Arango, un bon panneau décoratif; de Benito Barrueta Asteinza, des\nnatures mortes originales et une Place Ravignan, plus espagnole que pari-\nsienne; de Ramiro Arue un curieux portrait, lisse comme un miroir et qui\névoque un peu le Corse à cheveux plats; de José Arue, d'amusantes images\nun peu caricaturales où de bons types rustiques sont croqués avec humour;\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "160                               DURENDAL\n\n\n de Ramon Picho, des scènes populaires du même esprit, aux tons vifs\n et délicats.\n    La douce Fiance a comme représentant Jules Flandrin. Ses larges\n paysages dauphinois sont imprégnés d'une poésie très classique de rythme et\n très savante de composition.\n    Enfin, les meilleurs peintres de la jeune école belge se pressent autour d'un\nde leurs maîtres les plus chers : James Ensor. Notre grand artiste n'expose\n qu'un seul tableau de Masques dans un cadre invraisemblable, mais quelle\n facture! quelle vigueur d'exécution et quelle hardiesse dans le rapprochement\nde ce rouge massif et de ces blancs légers! A côté, les Tulipes roses de Rik\nWouters, (voir Chez Giroux) trois très jolies aquarelles d'Olefle, une cha-\n toyante nature morte de W. Paerels.\n    Jean Brusselmans, avec un portrait inacceptable, expose une très juste\n vision de Toits sous la neige; le Kimono rose, largement étalé, de Raoul\n Hynckes est d'un style et d'un coloris distingués. Les tonalités de ce peintre,\n toujours dans une gamme violette, sont finement distribuées. J'ai dit récem-\n ment le bien que je pensais de Louis Thévenet. Fernand Verhaegen continue\nà hanter les Gilles de Binche. La Journée folle est une toile agréable, un peu\nvaste peut-être pour le sujet, mais très immatérielle et vivante. L'auteur de ces\n kermesses agitées était bien fait aussi pour saisir le mouvement des joueurs de\ntennis et l'animation joyeuse des courts ensoleillés. Je préfère aux nus de\n F. Verheyden ses paysages d'arbres en fleur et ses visions de Provence; et je\nne veux point passer sous silence, la Repasseuse en blouse rose de A. De Kat,\nainsi que ce curieux paysage de faubourg: La Rue du Roitelet. Citons encore\nles bouquets savoureux de Mme J. Cambier et les affichettes de Gisbert\nCombaz. — Et l'Etang du Parc de Tervueren, par Van der Swaelmen ? —\n Halte! J'aime les luministes qui font chanter la couleur, mais je veux cepen-\ndant un certain doigté et un certain rapport entre l'interprétation et la nature.\nJe préfère par exemple l'étang de Schlobach, joli effet de brume rose, bien\nque la technique pointilliste me paraisse toujours artificielle lorsqu'elle n'est\npas employée par des maîtres comme les Signac ou les Van Rysselberghe,. qui\nsavent la manier librement et l'atténuer quand il faut.\n    Armand Rassenfosse se distingue par ses qualités de modelé, de forme et\nd'attitude. Son coloris est simple, nuancé, velouté, d'une douceur mosane. La\ndouceur flamande règne dans le paysage de van de Woestijne. C'est le calme\nd'un Dimanche après-midi, symbolisé dans une Vierge rustique aux yeux\nclairs; derrière elle s'étendent les champs qui sommeillent, les vergers aux\nlignes régulières; deux paysans, s'accoudant à une barrière, assistent aux ébats\nde leurs porcs; et la Vierge blanche nous regarde en serrant l'Enfant sur son\ncœur. Point d'artifices de coloration savante; l'œuvre émeut par la pureté des\nlignes et le mysticisme de l'idée, elle tranche sur toutes celles qui l'entourent.\nEst-elle le prélude d'un art nouveau:...\n    La sculpture est représentée par Marcel Wolfers, dont le Cheval de bronze\nest d'une superbe allure et dont la jolie tête de marbre est un morceau de choix ;\nGeorges Petit, séduisant dans un Portrait d'enfant; enfin Paul Du Bois, bel\ninterprète des grâces de la jeune fille et toujours d'une inspiration délicatement\nmélancolique.\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                            CHRONIQUE DU MOIS                                161\n\n\n   Résumons les enseignements de ce Salon, le plus important de nos groupe-\nments bruxellois. Nous y avons pu étudier une école étrangère puissamment\noriginale, une jeune école belge pleine de promesses, toute sous l'influence des\nimpressionnistes français et du grand précurseur, Ensor. Un artiste enfin\nsemble se détacher de la bande et chercher une voie nouvelle. N'a-t-il donc\npoint de maître? Mais tout le monde subit l'influence de quelque initiateur. Et\ndevant la toile de van de Woestijne, je prononce... avec une certaine hésitation\npourtant, le nom de Maurice Denis.\n\n                                       *\n                                      * *\n\n   A u C e r c l e A r t i s t i q u e . — Le sculpteur Marnix d'Haveloose\na subi l'ascendant de la beauté grecque. Mais il a préféré aux modèles parthé-\nnoniens des oeuvres antérieures de deux ou trois siècles. Son Torse de jeune\nfille est d'une korè primitive, sa grande Danseuse affecte des allures de Nikè\narchaïque. Pourtant c'est de l'art très moderne et même assez raffiné dans la\nrecherche du mouvement et l'harmonie des lignes. Il y a surtout une série très\nvariée de Salomé hiératiques.\n\n   Le graveur en médailles Armand Bonnetain possède une technique et un\ntalent très originaux. Tous ses profils ont du u style ». Voyez comme il traite\nla moustache tentaculaire de Verhaeren, le masque glabre et narquois de\nM. des Ombiaux ou la coiffure Médicis de Françoise Dumont-Wilden. J'aime\nsurtout la Femme au chapeau pour l'élégante adresse avec laquelle la physio-\nnomie s'inscrit dans l'ellipse de ce « sombrero » empanaché. Bonnetain doit\navoir regardé beaucoup les médailles de Pisanello.\n\n    Le peintre Pierre Paulus nous a montré d'assez froides impressions\nd'Espagne à côté de larges et justes tableaux du pays noir. Parfois, fatigué sans\ndoute de ne voir sur sa palette que des tons de charbon, de fumée et de terre,\nil se réjouit en contemplant quelques fleurs éclatantes. Et il fait preuve dans\nses natures mortes d'un heureux tempérament de coloriste. Une mention spé-\nciale pour Le Thé.\n\n   Mme Louise Danse a noté avec finesse, dans ses eaux-fortes et dessins, quel-\nques coins de l'Abbaye de la Cambre et plusieurs paysages italiens. C'est d'un\nart probe et sincère, partant très sympathique. Dans la même salle,\nMlle La Bruyère exposait de bien intéressantes reliures, les unes composées\nde lignes décoratives, d'autres formant de petites compositions qui se déve-\nloppent sur les deux faces et sur le dos du volume. Toutes sont harmonieuses,\noriginales et suffisamment simples.\n\n   Les eaux-fortes en couleurs de Julien Célos sont d'un accent assez prenant.\nJe les préfère à sa peinture, plus molle et moins parlante. Et puis, nous en\navons tant vu de ces petits coins zélandais et flamands!\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "162                               DURENDAL\n\n\n   Georges Van Zevenberghen : Un métier robuste et cependant de la\nfinesse dans le coloris. Les blancs sont nuancés, les rouges sont vibrants. On\nest heureux, après des morceaux tristes et faux, comme les Femmes de Bar,\nde rencontrer le clair melon du Coin de table, les violents Bégonias et la\nbelle silhouette féminine : Fantaisie.\n\n                                        *\n                                       * *\n\n   J e f L e e m p o e l s a réuni dans son nouvel atelier — combien luxueux!\n— des œuvres qui le montrent sous des aspects divers. Il y a là un admirable\nPortrait du père de l'artiste, d'un calme et d'une vérité saisissantes ; il faut\nencore citer la Mère de l'artiste et l'Hymne à la Famille, curieux groupe-\nment de physionomies plébéiennes. Voilà, je pense, le vrai Leempoels, celui\nqui restera. Le peintre d'aujourd'hui a gardé ses indéniables qualités tech-\nniques, mais l'âme, la mesure, le bon goût n'apparaissent plus que trop\nrarement.\n\n                                       *       *\n\n   S a l l e A E o l i a n : E x p a n s i o n d'Art. — L'ensemble est pittoresque.\nIl y a des tableaux par terre, sur des chaises, à trois mètres de hauteur; les\nœuvres de tel artiste jouent aux quatre coins, d'autres jouent à cache-cache,\nd'autres s'étagent en pyramide. Mais, ceci est plus regrettable, les bons mor-\nceaux sont rares. En cherchant bien, on découvrirait deux têtes de Rassen-\nfosse, deux Viérin, un lumineux triptyque d'Ivan Cerf et surtout de délicates\nnatures mortes, intimes et mélancoliques, de M. Pirenne.\n\n                                           *\n                                       *       *\n\n   C h e z G i r o u x . — Rik Wouters est l'un des mieux doués de nos\njeunes artistes. Son exposition témoigne d'un effort assidu et d'un labeur mer-\nveilleusement fécond. Cela est d'autant plus remarquable que ce talent est\ndouble. Rarement un artiste s'affirme à la fois comme peintre et comme\nsculpteur ; presque fatalement l'un des deux arts est sacrifié à l'autre. Or, pour\nle moment, je me sens incapable de juger si c'est en modelant ou en peignant\nque Rik Wouters déploie le plus d'originalité. Au premier moment, je suis\nattiré davantage par sa peinture, mais, si je raisonne, je crois devoir convenir\nque c'est dans des morceaux comme la Vierge folle, Au soleil, et surtout\ndans le magistral buste d'Ensor, si goguenard et animé, que l'artiste se\ndécouvre définitivement personnel. Dans certains tableaux, nous retrouvons\nla trace des influences subies par le peintre : Il y a du Cézanne dans l'Allée\nrose, de l'Ensor dans le Chou-fleur par exemple, du japonais dans les dessins\net même Wouters a su faire adroitement son profit de quelques enseigne-\nments du futurisme : voyez la courbe rose de ce Ravin, violemment coupée\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                           CHRONIQUE DU          MOIS                           163\n\n\npar d'immenses troncs d'arbres qui s'élancent, jaunes, verts et bruns, comme\ndes lames de sabres. Cela exprime avec une saisissante vérité le mouvement,\nl'ondulation, le rythme de la forêt. Quelques toiles nous fournissent l'exemple\net le résultat de patientes recherches dans les tonalités. La Malade au châle\nblanc étale une richesse admirable de gris pâles, la Neige tardive est encore\nplus remarquable : un paysage irréel de givre et de gel se découvre à travers\nles vitres d'une fenêtre soigneusement close et sur la tablette se dresse, indica-\ntion de l'époque, le calice écarlate d'une première tulipe.\n   Il faut souhaiter au jeune artiste, possesseur d'une originalité si franche et\nsi audacieuse la grâce de la persévérance. Il vient de remporter une légitime\nvictoire. Il n'en sera pas grisé, mais il continuera dans la voie des recherches\npersonnelles et son talent grandira en s'affermissant.\n   Je m'arrête avec plaisir devant les portraits féminins d'Albert Pinot. La\nJeune fille au châle rouge est un tableau composé avec les tons clairs du dra-\npeau français; la Jeune fille en bleu est d'une harmonie plus douce, d'une\nfacture plus légère et la figure exprime une songerie profonde. La meilleure\nœuvre de cette série me semble être la Jeune Anglaise, qui vient d'inter-\nrompre la lecture d'un petit livre... de Shelley sans doute ou de Tennyson.\nElle a l'air de rêver, mais à des choses pas bien importantes. (Il faut rappro-\ncher du tableau sa délicieuse esquisse.) A côté de ces portraits, Pinot nous\nmontre de fins paysages, des natures mortes — oh! la transparence de ces\nchasselas dorés! — et un peu trop de petites Japonaises.\n                                                              PAUL F I E R E N S .\n\n\n\n\n                            Théâtre du Parc\n\n   Après la Femme seule, pièce où M. Brieux avait mis tout ce qu'il a pu\nd'ennui, et où M lle Guyon et ses partenaires ont mis tout ce qu'ils ont pu de\ntalent, Hélène Ardouin, la pièce nouvelle de M. Alfred Capus, nous don-\nnait le plus grand espoir. Ecrivain spirituel, philosophe léger et profond,\nauteur de tant de comédies charmantes et solides, M. Capus ne pouvait nous\naccorder qu'un régal. Or, encore une fois il a fallu une actrice hors pair,\nM lle Andreyor, pour sauver Hélène Ardouin de l'insuccès, et le spectateur de\nla lassitude. On a dit si souvent, en déplorant une médiocre réussite : il y avait\npourtant là un beau sujet de pièce. Ici on ne peut le dire, il n'y avait pas, dans\nl'histoire de Sébastien Réal et de sa maîtresse, un sujet de pièce. Il y avait un\nadmirable sujet de roman. Et le roman a été fait, et bien fait, par M. Capus\nlui-même. Tout le monde intrigant et interlope qui s'agite autour des amants,\nla crise lente que subit le jeune homme, le retour du mari, la douleur de la\njeune femme qui, pour avoir voulu vivre en marge de son devoir, voit qu'elle\nentraînerait au malheur l'être aimé, si celui-ci ne se détachait pas d'elle ; tout\ncela a été décrit dans le roman et n'a été qu'à peine indiqué à la scène. Des\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "164                              DURENDAL\n\n\n\npersonnages qui passent et qu'on ne revoit plus, des mots à qui on a voulu\nfaire un sort, une rapidité déconcertante dans l'évolution sentimentale, tout\ncela indique le roman comprimé, mutilé, résumé pour la scène. Les carac-\ntères même perdent de leur relief, j'entends ceux qui sont en nuances, car\nd'autres, les caractères simples et simplistes, gagnent au change au contraire,\ncomme celui de la bonne cousine ou celui de Mme Ardouin, la belle-mère\nautoritaire et injuste...\n   Il n'empêche que, plein de situations piquantes, marquées de scènes émou-\nvantes dans leur raccourci (en ceci excelle l'auteur de la Veine) — telle la\nscène au troisième acte, entre Cabaniès et Paladino, émaillée de tableaux de\nmoeurs sévèrement campés — le drame de M. Capus ne soit très agréable à\nvoir. Il est joué au Parc par une nouvelle venue : Mlle Andreyor, dont le\ncharme et la tragique émotion ont fait une Hélène Ardouin idéale; par\nM. Richard, excellent Cabaniès; M. Hébert qui campe fort bien le rôle de\nBarois, par M. Meret, amusant Paladino. Quant à M. Bosc, ce jeune premier\nsourit vraiment trop et n'est pas assez concentré. Du côté féminin, il faut\nmettre hors pair, il côté de Mme Médal, Mme Roy-Fleury, toujours spirituelle\net naturelle.\n                                                                      P. N.\n\n\n                               Conférences\n\n  L e s A m i s d e s M u s é e s r o y a u x . — Conférences organisées au\nCercle Artistique (novembre-mars).\n  Nous avons rendu compte des premières et très intéressantes conférences\ndonnées au Cercle artistique, sous les auspices de la Société des Amis des\nMusées royaux. Nous avons entendu depuis MM. Tourneur et Joseph Destrée\nparler, l'un de la Médaille en Belgique aux X I V e et XVe siècles; l'autre, du\nMobilier civil en Belgique au moyen âge jusqu'au début de la Renaissance,\nchacun avec la science et la compétence particulières qui leur sont unani-\nmement reconnues.\n\n   M. Auguste Vermeylen est venu nous entretenir ensuite de quelques\naspects de l'Influence italienne aux XVe et XVIe siècles. La thèse exposée avec\nbeaucoup de brio et de trait par M. Vermeylen était que les peintres du\nXVI e siècle, Italianisants et Romanistes, dont l'œuvre est tenue en assez\nmédiocre estime parce qu'ils avaient, en quelque sorte, trahi les saines tradi-\ntions des écoles nationales pour se soumettre aux disciplines italiennes, n'ont\ncommis, en somme, d'autre crime que de céder à des impulsions qui, à cer-\ntains égards, s'étaient manifestées dans la peinture flamande dès le XVe siècle.\nCette thèse, que M. Vermeylen a illustrée de comparaisons fort intéressantes,\ndestinées à mettre en relief les caractères distinctifs des œuvres du XVe siècle\net de celles du XVI e , n'est pas une hypothèse si on n'en étend pas trop la\nportée. On peut dire, par exemple, qu'en un certain sens, il y a eu progrès des\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                            CHRONIQUE DU MOIS                                   l65\n\n\nvan Eyck à Gérard David, conception moins dogmatique, plus familière,\nplus émouvante, mais il est au moins douteux que l'on puisse hasarder une\ntelle affirmation en ce qui touche la vision pittoresque de la nature telle qu'elle\napparaît dans les merveilleuses miniatures des Heures de Milan, miniatures\nattribuées, comme on sait, à Hubert ou à Jean van Eyck. Quant aux Italia-\nnisants, leur plus grave tort, c'est de n'avoir pas réussi. L'esthétique italienne,\nils en ont appris la lettre, mais l'esprit leur en a échappé, et il devait nécessai-\nrement leur échapper faute de la culture, de raffinement intellectuel qui leur\nauraient permis de se l'assimiler ou, plutôt, de l'assimiler au génie de leur race\n— comme a fait Rubens.\n\n   M. Fierens-Gevaert, en analysant de sa manière habituelle, agréable et\naisée, l'œuvre des frères de Limbourg et le rôle des miniaturistes dans les\ndébuts de la peinture moderne, a eu à nous parler, lui aussi, de l'art italien.\nCar, dès cette époque, celui-ci marque trace de son influence à certaines pages\ndes merveilleux livres à miniatures sortis des mains des artistes flamands qui\ntravaillent dans les milieux français. Influence plutôt « textuelle », comme\ndirait Verhaeren. passagère, superficielle et qui n'a rien laissé d'elle dans les\nouvrages des véritables « inventeurs » de la peinture moderne — dans le Nord\n— les frères van Eyck.\n\n   Après M. Jean Capart, qui nous a fait un rapide et attachant précis de l'his-\ntoire de la Sculpture égyptienne, en commentant des œuvres conservées à la\nSection égyptienne du Musée du Cinquantenaire, dont il est, comme on sait,\nle diligent conservateur, nous avons entendu une causerie diserte de M. Jean\nDe Mot sur les Influences classiques dans nos provinces, sujet très vaste dont\nl'habile conférencier a marqué heureusement les points essentiels. Le même\néloge doit être adressé à M. Marcel Laurent qui, à propos des belles et riches\nCollections de céramique européenne du Musée du Cinquantenaire, avait\nà esquisser l'histoire de la céramique en Europe depuis le XIV e siècle jusqu'au\nXIX e .\n\n   La dernière séance de la série était réservée à M. Ernest Verlant. Il devait\nparler de la Question du maître de Flémalle. Le public, le public féminin,\nsurtout, était plus nombreux que jamais. Qui eût supposé qu'il y avait\nà Bruxelles tant de femmes et de jeunes filles préoccupées de savoir si le Maître\nde Flémalle, alias le Maître de Mérode, alias le Maître à la souricière, était\nune, deux ou trois personnes; s'il était ou si l'un des individus que l'on a\nagglomérés, pour ainsi dire, sous l'appellation unique et, d'ailleurs, injustifiée\n— M. Verlant l'a montré — de Maître de Flémalle, était originaire de\nTournai, de Gand ou d'ailleurs... Mais M. Verlant a la manière, la bonne. Il\nest grave, il est plaisant, il est ironique, il est enthousiaste. Il est cruel aux\nhypothèses aventurées ou intéressées ; il apporte à leur examen le scepticisme\ndn savant avide de certitudes et de preuves, mais devant les œuvres qui, de\nqui qu'elles soient, existent, il parle en artiste, amoureux de la beauté, et qui\nsait la rendre sensible aux autres.\n                                                            ARNOLD     GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "166                                        DURENDAL\n\n\n\n                                       Revues d'art\n\n\n     A r t e C r i s t i a n a (1) — N o u s sommes heureux de signaler à l'attention\nsympathique de nos lecteurs cet excellent périodique, dont le premier n u m é r o\na paru en janvier 1913, et qui est l'organe de la Societa degli Amici dell' Arte\nCristiana, fondée en octobre 1912.\n    Le but de la nouvelle revue n'a pas besoin d'être expliqué; son titre est\ndéjà u n p r o g r a m m e . Elle montrera, d'un côté, tout ce que l'ait a pris de\ng r a n d e u r sous l'inspiration de l'esprit c h r é t i e n ; de l'autre, le d o m m a g e irré-\nparable que subit le christianisme, surtout devant lesespritscultivés, lorsque,\nc o m m e trop souvent dans les temps m o d e r n e s , il se manifeste, au point de\nvue plastique, dans des œuvres d'une vulgarité et d ' u n e platitude é c œ u r a n t e s .\nIl faudrait, pour mettre fin à la vogue des bondieuseries, que tous les m e m b r e s\ndu clergé eussent autant de goût que de foi. C'est à ce résultat que tendait\nP i e X lorsque, au d é b u t de son pontificat, il ordonna que l'enseignement de\nl'archéologie et de l'art sacré fût inscrit au p r o g r a m m e de tous les séminaires.\nDes publications telles que Arte Cristiana y aideront aussi en faisant passer\nsous les yeux de leurs lecteurs les plus belles œuvres chrétiennes des siècles\npassés et les meilleures de celles que notre époque a produites.\n    P o u r d o n n e r u n e idée du c h a m p de l'intelligente activité de la nouvelle\nrevue, nous citerons quelques-uns des articles, a b o n d a m m e n t et richement\nillustrés, qui ont été publiés au cours de l'année 1913.\n    Janvier : O Crux Ave! (La croix dans l'art), par le R . P . Celso-Costantini ;\nL'arte sacra alla X esposizione internazionale di Venezia; Edgar Tinel, par D . Lo-\nrenzo J a n s s e n s . Février : Ludovico Seitz, par B. Biazetti. Mars : I della Robbia,\npar André Michel. Avril : Santa Sofia di Costantinopoli, par M. Carlo Guidi ;\nnotice sur le Saint Jean-Baptiste de Donatello, acheté par l'Etat italien à la\nfamille Martelli. M a i : L'arte della scuola benedettina di Beuron, par D. L a u r e n t\nJ a n s s e n s . Juin : Il culto dell' antica chiesa per la vergine Maria, par l'éminent\narchéologue romain O. Marucchi; Joseph Janssens, un pittore della Vergine, par\nle R. P . C. Çostantini. Juillet : Il tinascimento dell' architettura medioevale, par\nle même ; Fra Giovanni da Verna (un sculpteur sur bois du X V I e siècle), par\nM. A. Alberini; L'arte sacra alle esposizioni di Parigi. Août : Il museo dioce-\nsano di Tzento, par D. Vinceuzo Casagranda (belles reproductions de tapisse-\nries flamandes de Pierre Van Aelst). Octobre : L'Iconografia del Rosario, par\nle R . P . Emilio C a m p a n a . N o v e m b r e : Il mausoleo di Jallia Placida inRavenna,\npar M. D. J. Mazini. Décembre : La musica e le arti figurative, par M. Giov.\nTebaldini.\n\n\n\n\n  (1) Abonnement, 12 francs par an. (Venise, Seminario patriarcale.)\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                               CHRONIQUE DU MOIS                                      167\n\n\nThe Burlington Magazine. N° de Février.\n   M. T a n c r e d - B o r a n i u s signale et reproduit un beau panneau de la collection\n Benson, représentant Deux anges musiciens, qu'il attribue à Lorenzo Monaco\nou à son école. M. Lionel Cust parle, dans ses Notes sur les Peintures des col-\nlections royales anglaises, des achats faits par Charles I e r d a n s les collections\nducales de M a n t o u e , achats dont u n e partie a été vendue et dispersée lors de\nla Révolution; M. E n i c Maclagan essaie d'identifier les modèles de deux\nbeaux portraits en relief, œuvres italiennes du XV e siècle, appartenant au\n Musée Albert et Victoria; M. Arthur M. H i n d continua son intéressante\nétude sur Piranesi; M. C.-J. Holmes s'occupe, à propos d'une récente publi-\ncation sur Léonard de Vinci, de l'atelier de Verrocchio et de certaines œuvres\nd'attribution incertaine, n o t a m m e n t la belle Adoration des Mages, des Offices,\ndonnées antérieurement à L é o n a r d . M . Charles Oulmont signale une réplique\nd'une œ u v r e très c o n n u e de Gabriel de Saint-Aubin : l''Académie particulière;\n M. D . - T . - B . W o o d décrit et analyse deux magnifiques tapisseries, françaises\nprobablement, qui se trouvent, l'une au Vatican, l'autre au Musée de Boston,\net qui ont fait partie d'une de ces séries consacrées à l'illustration du Credo,\nque l'on voit citées fréquemment d a n s les inventaires princiers des X I V e et\nXV e siècles. Bibliographie. Revue des périodiques russes.\n   N u m é r o s de m a r s : Notes biographiques de M. A. GÉRODIA sur Aimée\nDuvivier, u n e portraitiste française du X V I I I e siècle.\n   M. D. T . B. W o o d achève son a t t a c h a n t e étude sur les Tapisseries — fran-\nçaises ou flamandes — des XV e et X V I e siècle, consacrées à l'illustration du\nCredo. — M. Osvald Sirèn examine des fresques de l'église de la Misericor-\ndia, à Tigline (vallée de l'Arno), qu'il attribue — de même que certaines\npeintures de manière analogue conservées en divers musées — à un maître\nde l'école de L o r e n z o Monaco. — M. R o g e r Fry parle de l'Art de la poterie\nen Angleterre; M . E g e r t o n Beck, de la Crosse dans l'héraldique et la décoration.\n— M. Léonnel Curt discute l'attribution d'un Portrait intitulé : « H e n r y ,\nprince de Galles, par Isaac Oliver, » exposé r é c e m m e n t à L o n d r e s , et qui,\nselon lui, aurait été peint en 1616 par l'artiste flamand Van Somer. — Biblio-\ngraphie. — Revue des périodiques français. — N o m b r e u s e s illustrations.\n\n\n\n                                               *\n                                           *       *\n\n\nL'Art flamand et hollandais (janvier).\n   U n curieux article de M. Schmidt-Deagener, au sujet de certains Portraits\npeints par Rembrandt et dont les modèles seraient des membres de la secte\nprotestante des Mennonites. Notre collaborateur M. Arnold Goffin c o r s a c r e\nune étude approfondie à l'œuvre de M. William Degouve de Nuncques, « un des\nrares peintres belges de cette époque qui aient su marier dans leurs ouvrages\nles prestiges de la réalité à ceux de la pensée ».\n   Février. : Notice excellente de M. Jacques Mesnil sur le Musée Jacquemart-\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "168                                  DURENDAL\n\n\nAndré, à Paris. D é b u t d'une étude de M. P a u l L a m b o t t e sur le regretté\nEugène Smits.\n  Nombreuses illustrations.\n                                          *\n                                         * *\n\nA r t e t t e c h n i q u e (Décembre). — L'Architecture à l'Exposition\n  de G a n d , par M. F I E R E N S - G E V A E R T , qui s'occupe principalement du bel\n  ensemble créé à Gand par l'architecte Van de V o o r d e ; les Arts décoratifs,\n   par M. Bodson.\n                                                                  ARNOLD    GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                             LES LIVRES\n\n       PUBLICATIONS                       D'ART:\nT h é o r i e s . 1890-1910. — D u s y m b o l i s m e de G a u g u i n v e r s un\n   n o u v e l o r d r e c l a s s i q u e , par M. MAURICE D E N I S . — (Paris, Bibliothèque\n   de l'Occident.)\n   Il y a quelques années, M. Albert Mockel publia un petit livre consacré à\nla défense ingénieuse de cette thèse assurément déconcertante que Stéphane\nMallarmé était le plus classique des écrivains français de son temps. La\npensée qui domine et qui alimente les Théories de M . Maurice Denis, théories\nqui sont brillamment et spirituellement exposées dans le recueil d'articles qui\nconstitue ce volume, est que Gauguia, Van Gogh, Cézamne, l'auteur lui-\nm ê m e et tout le g r o u p e d'artistes qui s'unirent de sympathies et d'efforts\navec eux doivent nous apparaître ainsi que les précurseurs d'un retour à la\ntradition ou plutôt, d'une nouvelle tradition.\n    L e symbolisme qui, aussi bien en peinture qu'en littérature, est à l'origine\nde ce mouvement, était né du final dégoût et de la lassitude engendrés par\nles expressions d u naturalisme et de l'impressionnisme. On en avait assez des\ndoctrines positivistes, réalistes, dont l'application devait nécessairement finir\npar éliminer de l'art toute poursuite d'un idéal quelconque, pour le confiner\ndans l'étude analylique de ce que l'on appelait des « tranches » de vie ou de\nn a t u r e . On aspirait, en u n mot, à la synthèse. On sentait le besoin d'une\ndiscipline; on se cherchait une raison d'être, u n e raison de vie, une raison de\npensée, une raison totale, supérieures aux raisons quotidiennes de vivre et\nde j o u i r . . . P o u r tout dire, une raison d'exaltation et d'enthousiasme.\n     M. Maurice D e n i s , ses maîtres et ses amis, ont œuvré et agi sous l'empire\nde cette nostalgie et, à ce point de vue, ils se présentent certainement, par\nopposition aux impressionnistes et aux écoles qui ont développé et aggravé\nles principes adoptés par ceux-ci, c o m m e les agents d'une esthétique qui,\nà l'exemple de l'esthétique classique, entend se s u b o r d o n n e r à des règles,\nen vue de certaines significations : « U n tableau, répète fréquemment\n M. Denis, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs eu\nun certain ordre assemblées. »\n     Cette définition, qui est aussi tout un programme, sert, en quelque sorte,\nd ' a r g u m e n t à toutes les pages pleines de force et d'éloquence réfléchie de ce\n volume. On se sent entraîné à adhérer à la plupart des idées et des concep-\ntions que l'auteur expose. Mais on reste plus hésitant, lorsque l'on songe aux\nréalisations que les théories d u « néo-traditionnisme » ont obtenues jusqu'ici,\n à commencer p a r c e que M. Denis appelle les Xoana de G a u g u i n . . .\n\n                                                                       ARNOLD     GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "170                                 DURENDAL\n\n\nJ a c q u e s C a l l o t , par M. EDMOND BRUWAERT. — Paris, Laurens. (Coll.\n   des Grands artistes.)\nJ a c q u e s C a l l o t , m a î t r e g r a v e u r , suivi d'un catalogue chronolo-\n   gique, nouvelle édition, ornée de 96 estampes et d'un portrait, par\n   M. P . - P . PLAN. — (Bruxelles, Van Oest).\n    Le principal document que l'on possède sur Callot est son œuvre, œuvre\nénorme, plein de vivacité, d'esprit et de pittoresque. Elle est toute d'obser-\nvation nette, vive, incisive. Elle ne lasse ni la curiosité, ni l'intérêt; la\n maestria extraordinaire de l'artiste, le jeu subtil et délié de sa pointe de gra-\nveur donne aliment à une admiration sans cesse renouvelée.\n    Mais son art ne connaît pas les accents profonds qui révéleraient sa per-\nsonnalité intime, sa sensibilité... Il n'émeut guère parce qu'il paraît sans\némotion, parce que sa vision aiguë conserve toujours on ne sait quelle\nsécheresse. De sorte qu'elle reste aléatoire la réponse que l'on devrait\ndonner aux questions que se pose M. Bruwaert : « Callot fut-il l'être sans\n âme qui se rit, dans ses estampes, des maux de ses semblables? Fut-il le\npoète compatissant qui fait la satire des grands en montrant les souffrances\ndes malheureuses victimes du sort, de la soldatesque et des princes? »\n    Sans faire tort à ce qui fait l'originalité du grand artiste lorrain, on\npeut ne pas adopter la manière de voir de M. Bruwaert qui, dans son inté-\nressant travail, fait bon marché des maîtres flamands du XVI e siècle, et\nnotamment du grand Pierre Breughel le Vieux, qui ont été les précurseurs\nde Callot dans l'observation de la vie populaire comme dans l'interprétation\ndu fantastique. M. Paul Plan est plus dans la vérité lorsqu'il écrit : « Plus\ntard, Callot... se montrera... de la lignée des Breughel, dont il diffère pour-\ntant si essentiellement, mais dont il renouera la tradition avec des moyens\nà lui. plus fins, plus aristocratiques, avec moins de profondeur de pensée,\nseulement pour le plaisir — en gravant la Tentation de Saint-Antoine, en gra-\nvant les Gobbi, en gravant les Gueux ». Dans le même ordre d'idées, on ne\nsaurait non plus imaginer que Rubens ou Teniers aient cherché chez Callot\nl'inspiration d'œuvres — leurs Kermesses — dont leur propre tradition offrait\nd'abondants exemples.\n    Pour le surplus, nous dirons que les auteurs des deux ouvrages qui\ndonnent occasion à cette notice ont également bien mis en lumière la courte\net laborieuse carrière du grand artiste lorrain. Le volume de M. Plan qui\nrésume un travail plus considérable publié antérieurement par lui chez le\nmême éditeur, comprend un excellent catalogue chronologique des estampes\nde Callot et des reproductions des plus célèbres de celles-ci.\n\n                                                                ARNOLD GOFFIN.\n\n\nP i e t e r d e H o o g h , par M. ARTHUR D E RUDDER. Bruxelles, Van Oest\n   (Collection des Grands Artistes des Pays-Bas.)\n   La Hollande du XVII e siècle a compté des petits-maîtres d'un talent plus\npuissant et plus divers que celui de Pieter de Hoogh — Vermeer de Delft, par\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                                 LES LIVRES                                171\n\n\nexemple — mais point dont l'œuvre soit plus attrayante et exerce une plus\nsûre séduction.\n   Les sujets qu'il propose à son imagination ne sont pas très variés. C'est\npresque toujours un intérieur, salon, cuisine, chambre à coucher, par la\nporte ouverte de laquelle on aperçoit une antichambre ou un corridor qui\nconduit, soit dans la cour de la maison, soit dans la rue... Au premier plan,\nune femme qui coud ou qui brode, ou qui berce son enfant, ou qui donne\ndes ordres à sa servante; dans la perspective de la seconde chambre ou du\ncorridor, quelque personnage qui vient ou qui s'en va ou quelque enfant\nqui joue...C'est tout, mais cela suffît à un magicien tel que Pieter de Hoogh\npour ciéer de son pinceau amoureux de la lumière et de la couleur un motif\nde durable enchantement. Délicieux tableaux d'intimité pris dans la réalité,\nmais que l'artiste a contemplés avec une sympathie et une compréhension\nsi vives qu'ils sont venus se réfléchir dans son imagination comme dans un\nmiroir prismatique.\n   L'étude, accompagnée d'une copieuse illustration, que M. De Rudder\nconsacre à Pieter de Hoogh met bien en relief le charme du maître et les\nmérites originaux qui doivent le faire tirer de pair parmi les nombreux\net brillants petits-maîtres hollandais du temps.\n                                                                       A. G.\n\n\nLa peinture au Musée ancien de Bruxelles, par M. FIERENS\n   GEVAERT, Guide historique et critique, illustré de 174 reproductions\n   d'œuvres des diverses écoles. — (Bruxelles, Van Oest.)\n    Le nouveau livre de M. Fierens-Gevaert est de nature à contribuer, comme\nles conférences des Amis des Musées, dont nous parlions dernièrement, à\nstimuler l'intérêt du grand public pour notre galerie nationale de peinture,\nen lui apprenant à connaître et à apprécier les chefs-d'œuvre qu'elle\nconserve.\n   M. Fierens-Gevaert fait d'abord à son lecteur — on pourrait aussi bien\ndire au visiteur du musée — l'historique de la collection lentement formée,\net enrichie qu'il va examiner, historique dont la partie la plus attrayante est\ncelle qui touche aux origines du musée et aux tribulations du premier conser-\nvateur, de Bosschaert, qui dépensa une énergie inlassable et tout ce qu'il\npossédait de diplomatie pour faire restituer à la Belgique quelques-uns des\nmagnifiques tableaux que les Jacobins avaient fait enlever dans notre pays.\n   L'auteur conduit ensuite son auditeur de salle en salle et lui fait, tout en\nlui signalant les œuvres capitales de chaque époque, une histoire complète\nde nos écoles de peinture depuis le XVe siècle jusqu'à la fin du XVIII e .\nRevue nécessairement rapide, mais nourrie de goût, de critique et d'une\nvaste information, et qui ne laisse dans l'ombre rien d'essentiel au sujet.\nLa série considérable de superbes reproductions qui termine le volume,\najoute encore à l'attrait de cet utile ouvrage.\n\n                                                           ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "172                               DURENDAL\n\n\nL a P e i n t u r e bolonaise au X V I e siècle : Les Carrache, par\n    M. GABRIEL ROUCHÈS. — (Un vol. ill.; Paris, Alcan.)\n    Les maîtres de Bologne, même ceux qui comme les Carrache ont apparu,\ndans la rapide décadence de l'art de la Renaissance classique, ainsi que des\ninitiateurs et des rénovateurs, ne rencontrent plus grand nombre de fervents,\naujourd'hui. En réalité, ces maîtres, Annibal, son frère Augustin et son\ncousin Louis, ont fait effort pour galvaniser, pour revivifier par l'étude de la\nréalité la peinture qui allait à une déchéance de plus en plus accentuée sous\nl'influence des maniéristes et des fa presto. Et leur œuvre, celle d'Annibal\nsurtout, que M. Rouchès étudie avec beaucoup de soin et de science, a agi\nd'une façon très heureuse sur les directions générales de l'art italien du\ntemps.\n    Mais ils ont été enveloppés, comme d'autres considérables artistes contem-\nporains, le Caravage, parexemple, dans la défaveur qui a atteint, par l'action\ndes modifications de goût, tous ceux des maîtres classiques qui ne s'impo-\nsaient pas à la postérité par une personnalité puissante et originale.\n    Le travail très objectif de M. Rouchès, travail très précis et très docu-\nmenté, tend à montrer le rôle important qui appartient aux Carrache dans\nl'évolution de l'art italien à la fin du XVI e siècle. Ils avaient été des élèves\nde Fontana, en même temps que notre compatriote Denys Calvaert, d'An-\nvers, qui acquit grande réputation à Bologne, ouvrit comme ses anciens\ncondisciples une Académie de peinture et fut plus ou moins en opposition\net en concurrence avec eux. Ils firent brillante carrière, Augustin et Louis, à\nBologne même, Annibal à Rome, où il peignit, notamment, la galerie Far-\nnèse. Leur art marque une tendance vers le vrai, vers la nature, même tri-\nviale ou vulgaire, qui contredisait nettement aux principes esthétiques qui\ns'étaient développés dans la partie antérieure du siècle au sein des Académies\ntout imbues des idées exclusives de Michel-Ange. Ainsi que le constate jus-\ntement M. Rouchès dans ses conclusions, « les maîtres de la première moitié\ndu XVI e siècle avaient cherchée réaliser un idéal abstrait. Leurs successeurs,\nles maniéristes, s'étaient encore plus écartés de la nature et de la vérité. Le\ngrand mérite des Carrache est d'avoir ramené l'art italien dans les voies qu'il\navait quittées ».\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                            Notules\n   Viennent de paraître :\n\n   T h é o d o r e W e u s t e n r a a d , poète belge, par Fernand Séverin. (Bru-\nxelles, éd. de la Belgique Artistique.) Nous signalons tout spécialement à l'atten-\ntion de nos lecteurs cet ouvrage de notre ami et collaborateur Fern. Séverin.\nThéodore Weustenraad est un personnage des plus intéressants en tant\nqu'il fut le précurseur du mouvement littéraire Jeune Belgique et, de plus, il\nest éminemment représentatif de l'esprit et des aspirations belges pendant\nles premières années de notre indépendance.\n\n\n   L e s N i e b e l u n g e n . Trilogie allemande de Friedrich Hebbel. Tra-\nduite pour la première fois en langue française et précédée d'une étude sur\nla personnalité morale de l'auteur, par Jos. Vandervelden. (Edit. Eugène\nFiguière, Paris, 7, rue Corneille. Bruxelles, 72, rue Van Artevelde.)\n   Nos lecteurs ont eu la primeur de cette traduction et de l'étude de\nJos. Vandervelden.\n\n  Nous recommandons vivement à nos lecteurs ces deux ouvrages de nos\namis et collaborateurs Fernand Séverin et Jos. Vandervelden.\n\n\n\n\n   T h é â t r e B e l g e : Une excellente note de la Société nouvelle au sujet\nde la lettre ridicule adressée au Comité du Théâtre Belge par quelques\nPolandré et Pogge de Schaerbeek :\n   « Un auteur évincé est rarement satisfait. Mais son évincement lui permet\nde se livrer à une réclame tapageuse. M. Paul André n'a pas voulu laisser\npasser cette occasion. Il entend s'amuser comme les autres. Mais il s'abuse\nétrangement lorsqu'il croit que le Comité de lecture porte préjudice à sa\nréputation littéraire en n'acceptant pas sa pièce. Ce refus était le plus grand\nservice que le Comité pouvait lui rendre. Et rien ne pourrait mieux attester\nle bon goût du susdit Comité.\n   » Il convenait, en cette tentative d'art si périlleuse, d'écarter la médiocrité\nennuyeuse de M. P . André et la médiocrité aimable de M. Liebrecht. Cet\nessai de théâtre était destiné aux jeunes dont on peut attendre encore une\nœuvre et dont le talent peut se développer. Or, M. H . Liebrecht a donné\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": " 174                                  DURENDAL\n\n\n depuis longtemps la moins insipide de ses paltoquades, et M. P . André n'a\njamais d o n n é que les plus détestables g r i m a u d e r i e s .\n      Il serait trop criant vraiment, que cet essai qui peut être fécond, fût ruiné\npar l'habituelle camaraderie littéraire qui fait préférer aux œuvres des\nécrivains de talent les œuvres de ceux que seule leur encyclopédique nullité\nfit élever aux pinacles de la notoriété bruxelloise.\n    » Il ne s'agit point de créer une boutique d'auteurs belges. Il s'agit de\nseconder le talent. E t si les pièces de M lle D u t e r m e ou de M. Cammaerts sont\nles meilleures, je ne vois pas pourquoi on ne nous en donnerait pas trois au\nlieu de deux. »\n\n                                           *\n                                          * *\n\n   D a n s le même n u m é r o de la Société nouvelle M. Maurice Gauchez s'écrie,\nparlant de M. Robert Vallery-Radot : « Si je produisais 247 pages du genre\nde celles qui constituent l'Homme de Désir, je crois qu'il ne resterait qu'une\nressource à ma famille : me réserver une cellule dans un asile d'aliénés! »\nM. Maurice Gauchez peut dormir bien tranquille, c o m m e il est infiniment\npeu probable qu'il écrive jamais u n autre Homme de Désir, il ne court a u c u n\nrisque d'internement.\n\n                                            *\n\n\n    La F e m m e b e l g e . — N o u s r e c o m m a n d o n s instamment à nos lec-\ntrices cette nouvelle revue, dont voici, résumé en quelques mots, le\n programme :\n    \" L a F e m m e b e l g e orientera ses lectrices vers les grandes questions reli-\ngieuses, morales, éducatives, sociales, féministes, économiques, littéraires et\nartistiques qui se posent impérieusement à notre époque, et que la femme\ndoit connaître et méditer pour aider à leur meilleure solution.\n    » Dans sa partie documentaire, elle d o n n e r a à toutes les personnes s'occu-\npant d'oeuvres, et spécialement aux membres des cercles d'études, des notions\nprécises sur la situation de la femme belge dans divers d o m a i n e s , sur les amé-\nliorations nécessaires et les moyens de les réaliser. Trait d'union entre les\nœuvres existantes, elle résumera les efforts déjà faits, mesurera les étapes\nfranchies, stimulera les b o n n e s volontés qui n'osent s'affirmer.\n   » La revue résumera c h a q u e mois le m o u v e m e n t des œuvres : congrès,\njournées syndicales, journées d'études, etc. Elle fera connaître également\nles efforts des femmes par delà nos frontières, vers plus d'équité et de m o r a -\nlité sociales.\n   » Sous la rubrique littéraire, elle étudiera, avec un esprit de critique large\net ouvert, les productions nouvelles d a n s leur portée morale et sociale autant\nqu'au point de vue de l'art.\n   » Tel est le p r o g r a m m e que se propose L a F e m m e b e l g e . Elle veut être\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                                   NOTULES                                 175\n\n\nun miroir des préoccupations féminines, un guide dans les problèmes de\nl'heure présente, un bulletin de large et incessante documentation. »\n   Secrétariat de la Rédaction:40, rue de l'Union, à Bruxelles.\n\n                                       *\n                                      * *\n\n   L a Nef, qui entre dans sa quatrième année et dont nous avons reçu les\ntrois premiers numéros, est une revue d'étudiants qui, sans pose et sans\ncabotinage, s'efforcent d'écrire bien et vrai. Son cadre est large. Nous y\ntrouvons, à côté d'articles sociologiques, des études littéraires et des poèmes.\n   Cet effort de nos jeunes amis mérite d'être encouragé.\n   Rédaction : 134, rue de la Station à Louvain.\n\n                                       *\n                                      * *\n\n   Le chant grégorien fut l'ancêtre de tout notre art musical; il faut pro-\nclamer bien haut cette vérité, quand ce ne serait que pour réfuter certaines\nassertions provenant d'ignorance et même de mauvaise foi, qui tendraient à\nfaire du chant religieux un petit cercle fermé en marche de la musique. C'est,\nau contraire, dans ce chant qu'on peut trouver toutes les sources qui ont ali-\nmenté le fleuve musical ; c'est là que l'on peut découvrir le point de départ\nde toutes nos formes de composition, de la sonate jusqu'au lied dramatique,\njusqu'à la variation, jusqu'au leitmotiv wagnérien.\n   L'art polyphonique n'arriva à sa complète floraison que lorsqu'il fut\nmanié par les Palestrina, les Vittoria, les Nanini, les Gabrieli et tant\nd'autres, dont les messes, les motets, les madrigaux sont des chefs-d'œuvre\nde charme et de sereine beauté. (La musique en 1814. V. D'INDY.)\n\n                                          *\n                                      *       *\n\n   L'Almanach de la Société générale des Étudiants\nC a t h o l i q u e s . 1 9 1 4 , vient de paraître à Gand, à la Maison d'édi-\ntions VANDERPOORTEN. Nous le recommandons instamment à\nnos lecteurs. Tout le monde sans exception doit en faire 1 acquisition\npour montrer sa sympathie à cette belle et vaillante jeunesse.\n                                                            L'ABBÉ MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "  176                                 DURENDAL\n\n\n    Accusé de réception :\n\n   ART : L A U R E N T DELVAUX, 1096-1778, par G E O R G E W I L L A M E . Vol. ill.\n (Bruxelles Van Oest.)\n\n    L I T T E R A T U R E : T H É D O R E WEUSTENRAAD. Poète belge, par FER-\n NAND SÉVERIN (Bruxelles, éd. de la Belgique Artistique). — Les lauriers et\n les gloires, par LÉON LAHOVARY (Paris, Perrin). — L'Esprit         Européen.\n Essais, par LOUIS DUMONT-WILDEN (Paris, Figuière). — Almanach de la\n Société générale des Étudiants catholiques, 1914 (Gand, Vanderpoorten). —\n La Rochefoucauld. Textes choisis et commentés, par GEORGES GRAPPE\n (Paris, Plon). — Madame de Sévigné. Textes choisis et commentés, par\n MARIE DUCLAUX (idem). — La grande pitié des églises de France, par\n MAURICE BARRÉS (Paris, Emile Paul). — L'argent, par CHARLES PEGUY\n (Paris, Cahier de la Quinzaine).\n\n   MUSIQUE : Histoire        de la Musique.      Tome II, par J. COMBARIEU\n (Paris, Colin).\n\n   POÉSIE : Jacopone de Todi. Vie et œuvres choisies. Textes et traductions\nde J. PACHEU (Paris, Tralin). — Poèmes de GEORGES GuÉRIN (Mons, éd.\nde FLAMBERGE), — Montjoie. par ALCIDE MARAT (Paris, éd. du Temps\nPrésent). - ^ Au rive du lac bleu, par JEAN DE BÈRE (Bruxelles, Association\ndes écrivains belges). — Cendres, par EDMOND DUCOTÉ (Paris, éd. de l'Oc-\ncident). — La Tapisserie de Notre-Dame, par CHARLES PÉGUY (Paris,\nCahier de la Quinzaine).\n\n  RELIGION : Introduction à la psychologique des convetris, par TH. MAI-\nNAGE (Paris, Gabalda).\n\n   ROMANS : La confession d'une femme du monde, par G. LECHARTIER\n(Paris, Plon). — Nous les mères, par PAUL MARGUERITE (idem). — Parmi\nles ruines, par JEAN MORGAN (idem). — Faiseurs d'anges gardiens, par\nPAUL BONA (Paris, Perrin). - La nouvelle croisade des enfants, par\nHENRY BORDEAUX (Paris, Flammarion).\n\n  SCIENCE : Henri Poincarré. L'œuvre scientifique et J'ceuvre philoso-\nphique, par V I T O V O L T E R A , JACQUES HADAMARD, PAUL LANGEVIN,\nPIERRE BOUTROUX (Paris, Alcan).\n\n\n   T H É Â T R E : Les Niebelungen. Trilogie de FRIEDRICH HEBBEL. Traduc-\ntion précédée d'une étude de JOS. VANDERVELDEN. — Méphiboseth, par\nO. W. MlLOSZ (Paris, Figuière).\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": ""}, {"page_pdf": 219, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 3, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1914-03", "signet_source": "Vingt-et-unième année - N°3 - Mars 1914 (?)", "preuve": "Pas de couverture conservée ni de table annuelle. Indices internes : conférence d'Edmond de Bruijn du 31 janvier à Paris, revues recensées « No de Février » (Burlington Magazine) et « Janvier » / « Décembre » (Art et technique), Salon de la Libre Esthétique en cours, Troisième Concert du Conservatoire : cohérent avec mars 1914.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}