{"numero_id": "ulb-durendal-1914-livraison06", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-001", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 305, "page_fin": 306, "titre_corps": "Prière d’ascension", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb.", "ancre_debut": "Prière d'Ascension La lente ascension des a", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 368, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1670, "texte": "Prière d'Ascension\nLa lente ascension des arbres dans l'air bleu,\nCe calme élancement des prochaines       collines,\nCe clair vol vertical des colombes divines\nEt le balancement des papillons de feu,\nTout cela qui se tend, se libère et se lève\nAvec notre désir, nos pensers et nos rêves...\n\nVoici le temps marqué, l'heure est proche, mon Dieu,\nOù tu t'élèveras par-dessus les vallées...\nN'aurons-nous     vu de toi qu'une forme voilée,\nEt n'apparaîtras-tu    aux foules assemblées\nDans l'aspiration de la brise d'été,\nQu'au moment déchirant où tu vas nous quitter?\n\nDepuis quarante jours tu es ressuscité,\nDes saints t'ont vu surgir, tout à coup, sur leur route;\nA l'apôtre hésitant que tourmentait le doute,\nTu as saisi la main avec tant de bonté\nQu'il a pensé mourir en touchant ton côté;\nDe mystiques pêcheurs qui revenaient dans l'aube\nSur les vagues du bord ont vu glisser ta robe,\nEt, lorsqu'ayant   fermé la porte et les volets,\nTes prêtres redisaient tes dernières paroles,\nDans une éblouissante et soudaine      auréole\nTu es entré, ô Maître, et tu leur as parlé!\n\nPour nous qui n'avons pas depuis ton agonie\nContemplé la splendeur de ta nouvelle gloire,\nPour nous qui avons cru sans jamais te revoir,\nEt qui, errants dans le printemps de ton espoir.\nN'avons pu distinguer ta figure bénie\nDe celles que mêlaient les matins et les soirs.\nNous n'avons pas besoin de ton aspect sensible\nPour te rester encor fidèles et fervents,\nMaître de l'univers et du monde invisible!\nMais si tu le voulais, par ce matin   vivant,\nOù les choses déjà vers l'espace se tendent,\nTu pourrais t'attarder parmi ceux qui t'attendent\nAvant de (élancer dans le soleil levant!\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1733, "texte": "306                           DURENDAL\n\n\n           Voici déjà venir deux anges\n           Sur le coteau    prédestiné.\n           Le baiser calme qu'ils     échangent\n           Nous dit que l'heure va sonner,\n      Et qu'après cet instant d'aveuglante      lumière\n       Où, dans un même éclair d'azur ardent et d'or.\n      Tu nous apparaîtras et quitteras la terre,\n      Il nous faudra mourir pour te revoir encor !\n\n       Qu'importe, puisque tout nous invite à te suivre,\n      L'élan de l'univers que ton verbe a élu\n       L'élan de l'univers ne s'arrêtera plus !\n      Tout monte! l'alouette a quitté son talus,\n      Et vers le ciel plus bleu poursuit son vol plus ivre,\n      Les villages, par tous leurs arbres et leurs tours,\n      Se dressent à l'appel de l'Eternel   Amour.\n      L'air vibre au ras du sol, les sons et les fumées\n      N'aspirent qu'à se perdre en la gloire du jour,\n      Et, la mêlant an don des humbles       cheminées\n      Les jardins vont offrir leur âme parfumée!\n       O monde que tourmente un sublime désir !\n      De l'abîme des eaux des bulles vont jaillir,\n      Les roses briseront leurs tiges élancées\n      Et parmi les oiseaux voleront,     détachées!\n      Mon Dieu nous acceptons la loi que tu nous fais,\n      Nous savons que tu veux nos cœurs         insatisfaits\n      Pour qu'ils ne puissent pas s'attacher à la vie.\n      Et, n'ayant entrevue ta gloire     poursuivie\n      Que dans une aveuglante et brève vision,\n      Avec tout cet été brûlant de passion.\n      Avec ces arbres et ces fleurs et ces collines,\n      Ils suivent le chemin de ton ascension,\n      Et montent éperdus vers la beauté divine.\n\n                                                P I E R R E NOTHOMB.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-002", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 307, "page_fin": 309, "titre_corps": "En marge de la réalité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "En marge de la réalité                               Sur le rêve                        ON rêve, on aim", "ancre_fin": "pas, — qui, d'ailleurs, n'arrivera jamais...", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Discours d'Artor             MESDAMES,     MESSIEURS,      Je v", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 370, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2105, "texte": "En marge de la réalité\n                              Sur le rêve\n\n\n                     ON rêve, on aime rêver, on s'abandonne délicieu-\n                       sement au rêve... Veut-on le saisir, fixer\n                       quelqu'un de ses aspects, images aux contours\n                       fugitifs, idées en devenir, il s'évanouit... Il se\n                       vide tout à coup, l'écran lumineux sur lequel\n                       la pensée flottante faisait se profiler des ombres,\n                       nuées blanches suspendues dans le soleil ou\n                       dans l'azur, nuées opaques qui s'épaississent\n sur le fond scintillant de la nuit...\n    L e rêve est guide et il est compagnon; il nous mène ou se\nlaisse mener par nous, mais qu'il conduise ou soit conduit,\nc'est toujours au hasard, sans but, sans prétention, pour le\nplaisir... Il suit, en flânant, une pensée, l'abandonne, puis la\nreprend, pour l'abandonner encore. Il va partout et n'arrive\nj a m a i s nulle p a r t ; il est toujours pressé et se laisse distraire\npar une mouche qui bourdonne ou par la poussière qui vibre\ndans un rayon subit de soleil... Il aime la solitude et il aime la\nfoule. Dans le même instant, il jouit du silence des bois, dans\nl'automne, il écoute, assis au centre d'une clairière, le frôlement\nléger des feuilles qui tombent; il marche d'un pas alerte parmi\nles passants affairés dans la gaîté d'un matin parisien, au prin-\nt e m p s . . . Il est corps et il est âme : corps sollicité par l'effort,\nla paresse ou la volupté; âme prête à se glisser dans toutes les\nâmes, les plus hautes et les plus humbles, celles de l'histoire\ncomme celles de la fiction, comme celles de la réalité... Prête à\nse glisser, de même qu'un enfant, sous l'antique armure d'un\nhéros, dans l'âme souveraine des poètes ou des princes de la\npensée, pour frémir de leurs passions, se grandir de leur\norgueil, contracter quelque chose de leur amour, de leur mépris\nou de leur indifférence de la vie, et retomber ensuite dans le\ntranquille néant qu'ils ont rempli une minute de leur présence\nimpérieuse...\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "308                          DURENDAL\n\n\n    Etrange vagabondage de l'esprit, où tout est disparate et où\n tout aussi semble, cependant, naturel et nécessaire... Assis,\n immobile, au milieu des choses qui surgissent, puis s'évanouis-\n sent, il les regarde passer, unies, si incohérentes qu'elles\n paraissent, par les secrètes et inconscientes logiques de l'ima-\n gination et du souvenir : grandeurs et trivialités, figures\n tragiques ou souriantes ou ridicules, lointaines réminiscences\n ou incidents vulgaires de la veille, qui, tour à tour, envahissent\n la scène de sa vision de leurs changeants aspects... Il les\n regarde passer ou, parfois, se dédoublant, se regarde passer\n lui-même, comme emporté par une barque qui s'en va à la\n dérive au fil capricieux du courant, entre des berges sur\n lesquelles des formes se dessinent, proches ou distantes, dans\n une brume tantôt épaisse, tantôt presque évaporée... Des sites\nse succèdent, éclatants ou voilés, qui sont de la réalité, de la\n nostalgie ou de la chimère... Mais quels qu'ils soient, décor\noriental partagé entre le soleil et l'ombre, paysage ardennais\nplein des calmes enchantements des bois et des bruyères sous\nle ciel pur, coins de villes anciens, désertés par la vie, l'image\nqu'ils évoquent est toujours celle du repos, de la méditation\nnonchalante, amoureuse de la solitude, du silence et de\nl'ombre...\n   Rêve! bel oiseau taciturne aux ailes pâles... Il vous visite\nquand il veut, à l'improviste, au sein de vos occupations, graves\nou frivoles, tandis qu'on vous parle ou même tandis que vous\nparlez vous-même... Des paroles frappent vos oreilles, des\nparoles sortent encore de votre bouche, mais vous êtes aussi\ncomplètement étranger aux unes qu'aux autres... Vous êtes\nailleurs!... Où? Nulle part, dans les nuages ou dans la lune!\n   Vous êtes au théâtre, au milieu du public que remuent les\npéripéties précipitées du drame... Sur la scène, des acteurs\ns'agitent, s'élancent, se jettent des mots haletants... Une\nquestion est posée entre les personnages, de vie, de mort, de\ndéshonneur. Votre attention esttendue toute vers un dénouement\nqui approche, lorsque soudain, tout s'efface, s'éteint... Un voile\ns'est tendu entre eux et vous, un silence est tombé, invisible cloi-\nson de solitude, enclos de songe... Ou, dans une réunion d'êtres\namis, au plus vif d'une conversation animée qui va, vient, rit,\nse fâche ou se moque, au plus fort d'une discussion d'idées, le\n"}, {"page_pdf": 372, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 392, "texte": "                    EN MARGE D E LA R É A L I T É               309\n\n\nvoile tout à coup descend... Et vous vous trouvez derrière lui,\nmerveilleusement isolé, comme un évadé, comme un homme\nperdu dans une région inconnue, il ne sait où, dans l'attente\nvague et indifférente d'il ne sait quoi, qui, d'ailleurs, n'arrivera\npas, — qui, d'ailleurs, n'arrivera jamais...\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-003", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 310, "titre_corps": "Discours d’Artor", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Discours d'Artor             MESDAMES,     MESSIEURS,      Je v", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 372, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 392, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "Discours d'Artor\n\n\n          MESDAMES,     MESSIEURS,\n\n\n   Je vous présente un ignorant!... Ne vous étonnez point; vous\navez bien entendu : un ignorant ! En d'autres termes, un homme\nqui ne sait rien!... Que ne puis-je dire avec assurance: un\nhomme qui ne sait rien, qui parle à des gens qui ne savent\nrien!... Mais, cela même je ne le sais pas, bien que l'idée que\nvous avez eue de venir m'entendre ne me donne pas à croire\nque votre science soit très considérable!... (Mouvement.) Ah!\nnon, je vous en prie, ne vous offensez pas! Je suis fort éloigné\nde toute intention de vous humilier... D'ailleurs, il se pourrait\nque je me sois montré présomptueux en vous, affirmant mon\nignorance avec tant de superbe... Peut-être bien que je ne suis\nqu'un ignorant de désir !... En tout cas, en parlant comme j'ai\nfait, je ne prétendais nullement vous faire un aveu, mais, au\ncontraire, me prévaloir devant vous d'une supériorité... Et\nvoyez ma modestie, cette supériorité, fort loin de paraître\ncroire qu'elle soit rare ou unique dans ma personne, je voulais\nla partager avec vous !...\n   C'est à la table des dieux que je vous convie!... Car, il est\ndieu, celui-là qui ne sait rien!... Qu'il est à plaindre, au con-\ntraire, celui qui sait!... Si peu que ce soit —et, en réalité, c'est\ntonjours peu à la comparaison de ce qu'il ignore — il est\nl'esclave de ce peu... Vous vous dites que, cependant, ses con-\nnaissances lui servent? Et moi, je vous dis que non et que,\nréelles ou imaginaires, et, en toute hypothèse, petites et inco-\nhérentes, ces connaissances le dominent: c'est lui qui leur est\nasservi !... Que le ciel préserve un tel homme des funestes\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2439, "texte": "310                          DURENDAL\n\n\n\nfacultés de l'imagination !... Elles le tireraient sans cesse à h u e ,\ntandis que sa science voudrait le pousser à d i a . . . Bondissant\nsur le tremplin de la fantaisie, son esprit retombera toujours\ndans les embûches rectangulaires que lui auront préparées la\nraison et la logique... A chaque élan du cœur ou de la pensée\nrépondra ainsi une lourde c h u t e ; à chaque aspiration vers le\nrêve, un brutal rappel à la réalité... Réalité qui, d'ailleurs,\ntoute matérielle qu'elle soit, n'est elle-même qu'apparence,\nillusion aussi, mais moins belle... De sorte qu'il ira, irrésolu,\nentre l'imagination et la science, aussi insatisfait des incer-\ntitudes de celle-ci que des chimères de celle-là...\n    O ! ivresses sacrées de l'ignorance !... N e rien savoir !...\nVenir aux choses avec l'ingénuité et la fraîcheur de sensation,\navec les mains avides de l'enfant ou du sauvage, avec leur iné-\npuisable puissance d'émerveillement!... Accueillir le soleil et\nse soumettre à l'ombre d'un cœur simple, joyeux et consen-\nt a n t . . . Donner le mystère, mystère de l'univers, mystère de\nl'être, mystère de notre propre être, non à la curiosité, mais au\nsilence et à l'émotion... H o m m e libre dans le libre monde,\naller dans sa jeune énergie sans traîner derrière soi, pour\nalourdir sa marche et embarrasser ses chemins, toute la\nsagesse à moitié morte, à moitié vivante, du passé !...\n    Ah ! toute beauté nous serait inattendue ; toute parole nou-\nvelle, tout événement extraordinaire... Noble et c h a r m a n t e\npauvreté! le m o n d e te serait donné et tu n'y rencontrerais que\nsurprises, découvertes, trésors, miracles!... Voici venir le\nMaître de la terre, parce qu'il la regarde, non pour lui arracher\nses secrets, mais seulement pour jouir d'elle...\n\n   Maintenant, Mesdames et Messieurs, que j'ai parlé à peu\nprès une heure et que vous vous sentez gagnés par l'ennui, par\nla faim ou la soif, ou par le désir de fumer, vous attendez de\nmoi une péroraison, résumé rapide et brillant des idées que j ' a i\neu l'honneur d'exposer devant vous... Ces idées, si elles étaient\nmortes, je jetterais volontiers sur elles, pour mieux les enfouir,\nles pelletées de paroles solennelles d'une conclusion... Sont-\nelles mortes? J e n'en sais rien, mais je souhaite qu'elles ne le\nsoient point, et dès lors, je ne veux rien faire qui puisse les\nfixer, afin que, comme la vie elle-même, elles continuent...\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-004", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 311, "page_fin": 312, "titre_corps": "L’œuvre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L'œuvre      ... « Ces pages, nées du silenc", "ancre_fin": "ce qu'il y avait dedans !...", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Requiem     De grosses larmes d'arge", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 374, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 113, "fin_caractere_exclue": 2325, "texte": "L'œuvre\n\n\n   ... « Ces pages, nées du silence, sont faites pour le silence.\nN'en parlez pas, bonnes gens!... C'est le seul moyen qui s'offre\nà vous de prouver que vous les ayez comprises!... »\n   A y a n t écrit ces lignes sur le premier feuillet d'un cahier\nvierge, Artor soupira, s'étendit sur le divan et alluma une ciga-\nrette. C'était l'Avertissement au lecteur d'un livre qu'il se propo-\nsait d'écrire au premier jour, un livre que les doctes réprouve-\nraient comme étant sans queue ni tête, libre dans la pensée,\nlibre d a n s la forme, fier comme un prince, débraillé et hétéro-\nclite comme un vagabond ; un livre qui serait tout à la fois\npieux et cynique, arrogant et doux, bouffi d'orgueil et effarant\nd'humilité; qui serait règle et aussi désordre, tendresse, bruta-\nlité et aussi ironie...\n   — O h ! comme cela te ressemblerait! songeait Artor, tandis\nque tous ces adjectifs contradictoires montaient dans sa pensée,\nen même temps que la fumée de sa cigarette montait dans la\nchambre, au grand dam des mouches qui s'étaient toutes réfu-\ngiées sur les carreaux de la fenêtre-tabatière. Car la chambre\nétait petite et la fumée considérable.\n   L e s mouches n'aiment pas le tabac et Artor n'aimait pas les\nmouches. Il rêvait au moyen de les expulser toutes d'un coup\nde son logis, lorsqu'une idée subite le fit se dresser sur son\nséant... Il avait oublié de chercher un titre à son livre...\n   — L e titre d'un livre, c'en est comme le visage : il repousse\nou a t t i r e . . . Nous ne savons rien ou à peu près de ce qu'il y a\ndans la boutique de l'auteur, mais l'enseigne qu'il y a mise\nnous prévient en sa faveur ou contre l u i . . . Il est vrai que si\nséduisant que puisse paraître mon titre, si bénévole et char-\nm a n t que soit le lecteur, la rencontre de mon petit Avertissement\nne m a n q u e r a pas de lui ôter l'envie de persévérer... T a n t pis\npour lui !... Qu'est-ce qu'un lecteur, d'ailleurs?... Un monsieur\nqui s'ennuie... Il vous lit pour se distraire. Pour trois francs\ncinquante, il attend de vous que vous l'amusiez et mettiez fin\nà ses b â i l l e m e n t s ! . . . E n attendant son dîner, l'heure d'aller au\ncabaret ou à un rendez-vous, il ouvre votre livre et prétend que,\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "312                         DURENDAL\n\n\n\nacrobate de l'idée ou du style, vous fassiez de beaux tours pour\nl'égayer !... Puis, le moment venu d'aller se repaître ou jouer\naux cartes, il haussera les épaules, fermera le volume et pen-\nsera ou dira, en le jetant sur la table : « Cet homme est immo-\nral...» ou bien : « Cet homme est un dégoûtant cagot » et, en\ntout cas : « Il n'a pas ombre de talent !... » Et, en avalant sa\nsoupe ou en battant les cartes, il regrettera les trois francs cin-\nquante inutilement dépensés pour ce fol achat !... A moins,\néventualité infiniment plus probable, que l'ouvrage n'appar-\ntienne à quelque écrivain de ses amis, qui, l'ayant reçu en\nhommage, le lui avait prêté pour savoir grosso modo ce qu'il y\navait dedans !...\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-005", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 312, "page_fin": 314, "titre_corps": "Requiem", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin.", "ancre_debut": "Requiem     De grosses larmes d'arge", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 375, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 783, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "Requiem\n\n   De grosses larmes d'argent coulaient sur les draperies noires\nqui masquaient les colonnes du chœur. De longs cierges\nfaisaient autour du catafalque une haie de flammes qui palpi-\ntaient... Du haut du jubé, des chants mornes tombaient sur\nl'assistance compacte et immobile...\n   Et voiles de deuil, lumières vacillantes, paroles d'implo-\nration, incantations sombres semblaient avoir creusé un horrible\nvide autour du mort... Tout ce monde qui était venu en cortège\nsolennel et qui était encore là, debout, silencieux, il paraissait\nà Artor qu'il s'était arrêté devant l'au delà béant, sur le seuil\nobscur de l'inconnu, prêt à s'en aller en laissant le parent ou\nl'ami aux mains des puissances d'ombre et de silence auxquelles\ndésormais il appartenait...\n   Il était entré un peu par hasard; un peu par l'attrait du\nrecueillement : les églises forment délicieux oasis au milieu du\ntumulte des villes, et le silence y fait de la solitude... Douceur\net force du silence! Jardin clos de l'esprit, plein de parfums\n discrets et sur lequel neige lentement le rêve... Beau silence,\n imperturbable et patient, qui décourage les intrusions et lasse\n la persévérance des bavards!... Tranquille et souriant, il est\n assis derrière la porte, tandis que quelque importun frappe\n bruyamment du pommeau de sa canne...\n"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "                    EN   MARGE D E LA   RÉALITÉ                 313\n\n    L a messe d u r a i t un peu à certains qui donnaient des signes\nde nervosité, tiraient leur montre, changeaient de posture ou\nfaisaient crier leur chaise.\n    Les hommes rassemblés, songeait Artor, ont une propension\nnaturelle au bruit, anxieux qu'ils sont de se signaler à leur\nattention ou à leur admiration mutuelles... L a majesté du lieu\nmet heureusement obstacle ici à la satisfaction de ce penchant,\net ce n'est pas un médiocre plaisir pour l'observateur que de les\nvoir contraints au mutisme et à quelque apparence de prière ou\nde méditation !...\n   Il faisait, cependant, le tour des bas-côtés pour trouver une\nplace dans la nef. Ayant failli choir en butant contre les armoi-\nries en relief d'une dalle funéraire encastrée dans le dallage du\ndéambulatoire :\n   — E n voilà un, se dit-il, qui, avec son blason arrogant, a voulu\nq u e le pied des passants se heurtât à son tombeau... Est-ce\nhumilité, orgueil ou envie?... Est-ce pour se sentir poussière et\nfoulé aux pieds?... Est-ce pour apprendre aux vivants qu'il a\nété ou pour les empêcher d'oublier qu'un jour, eux aussi, ne\nseront plus : Hodie mihi..?.... Mais pourquoi, baron, marquis ou\nduc, noble oublié, pourquoi demander ta sépulture à la pierre,\nqui de la mort ne fait que de la mort, au lieu de chercher ton\ndernier refuge, comme le commun des morts, dans la douce\nterre, qui de la mort refait de la vie?... Ainsi, au moins, tu\nn'aurais pas passé tout à fait inutile!...\n   Ayant rêvé un peu sur ce thème, il se ressouvint d'un conte\nplaisant qu'on lui avait fait d'un fossoyeur-jardinier qui, chaque\nfois que q u e l q u ' u n mourait dans le village, entrait dans une\nviolente colère, parce que, pour faire place au mort, il devait\ndéranger les fleurs qu'il avait plantées... Il conclut, vague-\nment : « L a mort est, du reste, un phénomène quotidien... »\net se joignit aux gens qui s'empressaient, en se bousculant,\npour aller à l'offrande.\n   — J e ne connais ni le défunt, ni sa famille... Mais, puisque\nl'on salue bien les morts dans la rue, tout inconnus qu'ils soient,\npourquoi pas à l'église!... T o u s les morts sont sympathiques...\nPeut-être, d'ailleurs, celui-ci aura-t-il pour plus agréable la\nprière d'un inconnu que les larmes des alliés et camarades,\ncomme plus désintéressée et, qui sait? plus sincère... Peut-être\n"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1238, "texte": "314                          DURENDAL\n\n\nne devra-t-il d'être plaint vraiment qu'au hasard propice qui\nm'a fait entrer ici... Délégué de la foule anonyme, les morts de\ndemain s'inclinent, en ma personne, devant le mort d'aujour-\nd'hui!...\n   Après l'offrande, les trois quarts des assistants s'étaient éclip-\nsés... Le Dies irae grondait dans le vaisseau presque vide de\nl'église... Les prêtres et leurs acolytes chantant Vin Paradisum\ns'ébranlèrent pour escorter le cercueil jusqu'au porche large\nouvert de l'édifice... Artor se mit à la suite de la famille et des\nquelques rares qui s'étaient obstinés jusqu'à la fin, car il\nvoulait voir son nouvel ami s'en aller parmi les fleurs et\nl'indifférence...\n   Des badauds formés en rond regardaient les porteurs qui\narrangeaient le corbillard et disposaient artistement les cou-\nronnes... Une à une, des voitures apparurent, qui se remplis-\nsaient aussitôt et partaient dans le claquement sec de la\nportière... La dernière, où personne n'était monté, ayant\ndisparu, quelques gamins stationnèrent encore une minute,\nattendant ils ne savaient quoi, puis lentement et comme à\nregret s'éloignèrent... Et Artor imita leur exemple.\n\n                                               ARNOLD    GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-006", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 315, "page_fin": 318, "titre_corps": "Le bénitier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Désiré-Joseph Debouck", "ancre_debut": "Le Bénitier Passé le seuil de cette c", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 378, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "Le Bénitier\nPassé le seuil de cette chère et pauvre église\nQui me vit élever dans la grâce de croire,\nAu mur, sous un carreau d'où la clarté précise\nDescend comme un bras blanc venu du cimetière,\nC'est un ancien bénitier de pierre grise\nDont le geste suffit à raconter    l'histoire\nQui désigne son bord luisant de marbre noir.\n\nComprends l'ordre muet de la main de lumière !\nApproche-toi du vase où l'Eau, dans son miroir,\nSous l'égide du spectre immobile et glacé\nMêle les feux du Jour aux reflets du Passé ;\nEt penchant ton front nostalgique entre ses bords.\nAvant de pénétrer dans l'asile béni,\nRegarde ton visage au delà de la Mort\nEt mire-toi sans crainte au fond de l'Infini!\n\n                              *\n                          *       *\n\n O simple bénitier, puits    providentiel,\nDont l'onde est à la fois si nocturne et si claire,\n Voici mon front soûlé des doutes de la Terre\nEt sur ton œil, mes yeux de soir et leur mystère.\nJe veux, me souvenant du Signe essentiel,\nDissiper mon tourment sous une croix de Ciel.\nJe prendrai l'eau bénite de mes doigts impurs\nEt, comme au temps de mon enfance en plein d'azur,\n— Fermant le voile douloureux de mes paupières\nSur mon songe soudainement plus apaisé —\nJe sentirai mon cœur trembler dans la Lumière\nEt la Croix me sera plus douce qu'un baiser!\n\n                              *\n                         *        *\n\nC'est ici qu'il fait bon rêver à son enfance,\nEt savourer, au sein du passé       renaissant,\nDes souvenirs de miel amers d'un goût d'encens.\nCe soir, — on ne sait s'il est d'ombre ou de silence, —\n"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "316                         DURENDAL\n\n\n\n      Asseyons-nous   au seuil de la bonne Maison,\n      Où le Pasteur qui veille aux divins  horizons,\n      Après les errements de mon adolescence,\n      A ramené l'agneau bêlant de ma raison.\n\n      Je vous revois, dimanches dont les ciels limpides\n      Entouraient   la campagne de regards humides !\n      Route que gravissaient mes petits pas d'enfant,\n      A côté de ma Mère endeuillée et rêvant\n      D'entendre les appels des cloches dans le vent !\n\n      Tous les gens des hameaux et tous ceux du village\n      Comme nous s'en venaient, bénis par le feuillage,\n      Dans le matin ravi de mille chants       d'oiseaux...\n      Les yeux des feuilles, emmêlant leurs cils dorés,\n      Éclataient de rosée en pleurs sur les rameaux\n      Tant la joie était bleue et vive la lumière ;\n      Et la colline, en son royal manteau de prés,\n      Parmi l'étonnement religieux des branches,\n      Semblait, sous un envol glorieux de bannières,\n      Conduire vers le Ciel les Élus de la Terre\n      A l'appel éclatant de notre église blanche !\n\n      Lorsque nous arrivions au seuil du porche sombre\n      Un mystique frisson descendait dans nos cœurs...\n      J'offrais l'Eau Sainte, de tristesse et de douceur,\n      D'une main qui tremblait comme une fleur dans l'ombre ;\n      Et ma Mère, cueillant cette fleur enfantine,\n      Traçait sur mon front pur la Caresse divine\n      Puisse signait, pressant la Croix sur sa poitrine...\n\n      Et quand agenouillés parmi le blanc silence,\n      Nous goûtions le repos dans la maison de Dieu,\n      A cause de l'aumône ardente de nos yeux\n      Le Christ semblait avoir moins mal sur Sa Potence.\n\n                                 *\n                                * *\n\n      Aux soirs de mai, s'imprecisant dans l'ombre grise,\n      Des vieilles gravissaient la côte vers l'église...\n      Du seuil de pierre usé je les voyais venir :\n      Leur songe était de soir et le mien d'avenir,\n      Mais au pied de l'autel bleu de l'Éternité\n      Jeunes et vieux ont tous la même      gravité.\n"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2010, "texte": "                     LE BENITIER                         3i7\n\nLorsque longeant le mur qui garde les tombeaux,\nPour retenir l'oiseau nocturne de leurs âmes,\nElles serraient plus fort sur elles leurs    manteaux\nEt priaient à voix basse en regardant la terre,\nJ'apportais au tourment de leur vie un dictante :\nMa main pâle d'enfant touchait leurs doigts austères\nLeur offrant le divin Remède des Misères,\nEt j'étais, ces soirs-là, béni des vieilles femmes.\n\n\nMaintenant, il faudrait aller dans les chaumières\nRechercher le plus jeune enfant de ce village,\nLe plus beau, le plus pur, — celui dont les paupières\nN'ont nourri le regard que de claires images.\nCelui dont les mains sont des lys de chair   humaine,\nDont l'âme a la candeur du printemps sur la plaine.\nDont la voix chaque soir a supplié le Christ\nRépétant simplement les mots qui sont écrits...\nIl s'en viendrait conduit jusqu'ici par sa mère\nIl s'en viendrait vers ma douleur et ma misère...\nIl serait brun parmi les cuivres du couchant,\nIl aurait des yeux noirs comme mes yeux      d'enfant.\nSons la caresse de ses doigts mouillés d'Eau Sainte,\nMont front s'inclinerait devant le Dieu caché,\nEt songeant à l'ingratitude de mes plaintes,\nEcœuré du remords amer de mes péchés.\nJe sentirais soudain renaître de ma fange,\nCorolle souriant aux yeux du soir étrange,\nMon âme d'autrefois, qui fut la sœur des Anges !...\n\n\n\n\nJe pense à tant de mains qui polirent ce vase,\nDont les doigts ont laissé sur son bord et dans l'Eau\nDes cellules de chair destinée au tombeau !\nDes mains de vierges mortes en état de grâce.\nDes mains de vieilles et de vieux, des doigts brisés,\nQui vacillaient, traînant d'un front lourd de passé\nJusqu'à leur sein, les croix suprêmes du silence;\nDes mains de Joie, des mains d'Espoir et de Souffrance\nPuisèrent dans cette eau calme au cœur du granit,\nLa foi que l'âme porte en elle l'Infini.\nJe regarde le tain du miroir d'espérance :\nUne mousse aux flancs verts de la pierre a grandi;\nLes atomes de chair de ceux qui sont en terre\n"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 640, "texte": "318                          DURENDAL\n\n\n      Font fleurir des étoiles dans le bénitier,\n      Et le bras lumineux qui sort du cimetière\n      Par la vitre, est celui d'un Spectre  conseiller.\n\n      Si bien que ceux qui vont à l'onde pour en prendre.\n      Sachant que Dieu dissout la mort dans cette Eau vive,\n      Avant de souhaiter que le Grand Règne arrive,\n      Se bénissant du Signe d'Ombre et de Clarté,\n      Sentent descendre en eux la vraie humilité\n      Du chrétien qui reçoit sa Croix, le jour des Cendres...\n\n                                         DÉSIRÉ-JOSOPH    DEBOUCK\n\n\n\n\n                                          •\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-007", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 319, "page_fin": 323, "titre_corps": "Le drap d’or", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest de Laminne.", "ancre_debut": "Le Drap d'Or                           (Conte Soudanais)                        L'UN apr", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 382, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "Le Drap d'Or\n                          (Conte Soudanais)\n\n\n                     L'UN après l'un, les chameaux s'arrêtèrent au cri\n                       rauque des esclaves et s'agenouillèrent dans la\n                       poussière du village. E n un instant, les ballots\n                       et les bâts furent enlevés et rangés en cercle;\n                       et, déjà, les marchands, ayant étendu des nat-\n                       tes, ouvraient les sandouks qui contenaient\n                       leurs richesses.\n                           Les marchands sont venus d ' E g y p t e : toute\n la population des paillottes autour d'eux s'empresse, petits\n enfants nus, aux yeux élargis, et dont le crâne rasé garde au\nmilieu une touffe belliqueuse; femmes au visage ridé, avec\ndes poupons à califourchon sur leur croupe; jeunes filles, dont\nla poitrine ronde bouge à peine sous la draperie étroite;\nguerriers gravement appuyés sur la lance, tous attentifs aux\nmille objets qu'un vieil Arabe étale à leurs yeux éblouis. A\nchaque instant, ce sont des cris, des battements de mains, des\npoussées joyeuses.\n    L a poussière vole, le soleil rutile.\n    Parfois une acheteuse s'avance sous le regard des hommes, et\ns'enfuit bientôt vers sa case, confuse et rieuse, emportant dans\nses mains quelque menue emplette; celle-ci, le kohl d'Arabie,\nqui met aux yeux des femmes le regard des gazelles; le henné\nde T u n i s , qui polit les ongles et leur donne la teinte rousse des\nacajoux anciens; celle-là, un collier de perles bleues, ou quel-\nq u ' u n e de ces cotonnades rayées qui étreignent les hanches et\ni m p r i m e n t à la marche une oscillation lascive.\n   Or, soudain, une écharpe merveilleuse est tirée d'un ballot,\nqui étincelle dans la grande lumière et dont les paillettes d'or\nproduisent un grésillement métallique : la foule tout entière\ndes filles et des femmes pousse en avant le cou t e n d u ; elles\nregardent fascinées, et les exclamations jaillissent en fusée.\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2206, "texte": "320                          DURENbAL\n\n\n     Et Saïda, avec les autres, écarquille ses yeux fixes, Saïda, la\n fille du vieux chef.\n    Saïda a quinze ans, sa peau est claire et sa poitrine est haute;\nelle est la gloire de la tribu; et quand, l'amphore sur la tête,\nelle traverse les longues ruelles, en route vers la vallée, de\ntous les jeunes hommes du village, pêcheurs des bords de la\nrivière, chameliers au grave regard, cultivateurs de dourah ou de\npastèques, nul qui n'accoure sur son passage, et ne la regarde\nlongtemps du seuil de sa demeure.\n    Or, elle est là avec les autres fillettes, ses compagnes, et ses\nyeux ardents ne se détachent pas de la précieuse écharpe que\nle vieux marchand maintenant déploie dans le soleil et fait\ncouler entre ses doigts bruns.\n    « O Mohammed, achète-moi ce drap d'or, et je t'aimerai »,\ndit-elle à l'athlétique jeune homme qui est à ses côtés, tout fré-\nmissant, et qui l'aime plus que les autres; et sa voix est comme\nle murmure d'une source.\n    Mohammed s'est avancé. Les marchands silencieux se met-\ntent à rire : Cette écharpe a été tissée dans les harems de\nBagdad aux mille minarets; vendue à des Arabes qui la por-\ntèrent à Beyrouth, elle a passé la mer ; eux, les marchands l'ont\nachetée à leur tour. Voici deux ans qu'ils ont quitté l'Egypte\nlointaine, et ils ont parcouru les provinces et les royaumes, la\nNubie où les chameaux sont plus nombreux que les mimosas\ndes savanes, le Kordofan où l'ivoire abonde, les pays Chan-\nkallas, dont les torrents roulent de l'or; nul encore n'a pu leur\ndonner le prix de l'étoffe splendide.\n    « O Mohammed, achète-moi le drap d'or, et je serai ta\nfemme». Depuis longtemps, les marchands s'étaient retirés sous\nleur tente, la foule peu à peu s'était dispersée, et le cri de\nSaïda retentissait encore dans le cœur du garçon.\n    Tout le restant de la journée, il erra dans la plaine, épiant\nla marche du soleil. Le soir enfin étant tombé, à l'heure où le\nmoustique vole sur les eaux, furtivement il gagna la tente des\nmarchands.\n    Quand il en sortit, la lune se balançait haut dans le ciel :\ndans sa main luisait le drap convoité.\n\n                                   *\n                               +       *\n"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "                             LE DRAP            D'OR                  321\n\n\n   M a i n t e n a n t c'était le matin, et la caravane allait partir. Déjà\nla tente était abattue, et les chameaux, agenouillés, recevaient\nen grognant les bâts triangulaires.\n   M o h a m m e d , avec les autres chameliers, travaillait. Il excel-\nlait à équilibrer les charges, à raffermir le ballot qui glisse, à\nréduire le chameau qui regimbe et refuse le fardeau. Ses amis\nsont venus s'asseoir là tout proche, sous le figuier sauvage, et\nson vieux père aussi, qui se tait et parfois se lève soudain en\njetant les bras au ciel et en poussant des cris lamentables : son\nfils va partir avec la caravane; pour trois ans, il s'est vendu\naux E g y p t i e n s .\n    Ayant chargé une bête, Mohammed passe à la seconde, et il\n ne parle point. E t cependant, il a le cœur bien gros; sa mère\nest toute cassée, toute tremblante, son père aussi est vieux, et\n la vie était douce au bord de la grande rivière... Mais qu'im-\n porte ! son aimée n'a-t-elle pas reçu l'écharpe qui fait son\n bonheur et qui lui vaudra son amour, à lui, le pauvre\n chamelier?\n    Le soleil est monté droit dans l'azur, et voici les chameaux\n qui se lèvent, un à un, et qui s'avancent, pareils à de grandes\n mécaniques, tournant la tête, à gauche, à droite, jetant en\n avant leurs jambes saccadées et leurs pieds mous. E t les noirs\n chameliers vont derrière, nus jusqu'à la ceinture, sifflant parfois\n pour activer la troupe plaintive. Enfin viennent, montés sur\n d'allègres bourricots, les marchands impassibles, drapés dans\n leurs burnous neigeux, la lance en travers de la selle.\n    Ils s'éloignent, foulant la piste sablonneuse et disparaissent\n là-bas au pli de l'horizon. Alors le vieux père de l'exilé et ses\njeunes compagnons, restés jusque-là immobiles, s'en revien-\n nent, pensifs, vers les toucouls.\n\n                                        *\n                                    *       *\n\n   M o h a m m e d est allé avec la longue caravane, et il a parcouru\nles déserts et les savanes; et les semaines et les mois et les\nannées se sont écoulés, bien durs, bien cruels. Le jour, c'étaient\nles marches épuisantes dans le sable brûlant, avec le soleil qui\nbattait son cerveau et desséchait ses muscles, avec, toujours,\nces mêmes horizons de dunes, au travers de ces mêmes plaines\n"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "322                             DURENDAL\n\n\nd'herbes j a u n e s ; la nuit, c'étaient les veilles interminables en\ndehors de la tente, tandis que les chameaux épars s'immobili-\nsaient dans l'ombre, que la hyène d'heure en heure jetait sa\nnote lugubre, et qu'un froid glacial tombait des étoiles sur ses\népaules engourdies.\n   Mais la longue épreuve touche à son terme. Il vient de\nquitter ses maîtres, et il est en marche pour son village. Il va\nsans trêve, il ne sent la chaleur, la soif, la faim, ni la fatigue;\nil double, il triple les étapes; il franchit les plaines embrasées,\nles forêts aux ombrages fiévreux, les torrents aux eaux qui\ntonnent.\n   Plus que trois jours, plus que deux. I1 m a r c h e , il court ; son\ncœur saute dans sa poitrine : demain il arrivera. Ce sera le\nsoir, le soleil glissera derrière les collines, et le village tout\nà coup surgira dans l'ombre bleue des palmiers, avec la longue\nthéorie des filles et des femmes sur le chemin de la rivière; et\nles unes y vont, et les autres en viennent, et parfois deux s'ar-\nrêtent quelques instants, semblables aux fourmis qui s'affron-\ntent souvent au milieu de leur noire traînée, pour se raconter\nleurs aventures peut-être ou se renseigner leurs trouvailles...\n\n                                     *\n                                    * *\n\n   Mohammed arrive. Sans s'arrêter, il court à la demeure du\nvieux chef, là-bas, un toucoul allongé, plus haut que les autres,\navec une poterie renversée sur le faîte. E t de loin, il aperçoit\nle vieillard assis sur le seuil et qui le regarde venir, et un peu\nplus loin, deux vieilles esclaves qui broient le dourah au moyen\ndu lourd pilon de mimosa, et une autre femme agenouillée qui\nrecueille la farine : L e cœur de Mohammed bat à coups préci-\npités. Il s'élance : \" S a ï d a ! S a ï d a ! \". Saïda s'est redressée. Elle\nest là devant lui, plus belle que jadis, plus grande, plus grave,\nmais il la voit à peine, car ses yeux sont noyés dans un\nbrouillard.\n   — « Trois années ont passé, Saïda, me voici ».\n   Mais Saïda répond à peine, elle recule ; et M o h a m m e d fléchit\nsur ses genoux t r e m b l a n t s :\n   Les cruels soleils de N u b i e ont brûlé sa peau; les sables ont\nmangé ses yeux, un trop rude labeur a courbé son dos et\ndéformé ses m a i n s .\n"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 348, "texte": "                           L E DRAP D ' O R                        323\n\n\n   Saïda s'est mise à rire : « O Mohammed, tu es devenu vieux,\ntu es devenu l a i d ; je ne te suivrai pas dans la case de ton\npère. »\n   M o h a m m e d s'est enfui vers la rivière aux eaux profondes ...\n\n                                              ERNEST   DE   LAMINNE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-008", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 324, "page_fin": 327, "titre_corps": "La grappe de raisins", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Van den Bossche.", "ancre_debut": "La Grappe de Raisins                 RÉSIGNÉ, le   père Marus in", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 387, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1641, "texte": "La Grappe de Raisins\n\n               RÉSIGNÉ, le   père Marus interrompit mes compli-\n                   ments:\n                      — Non, non! il sentait bien qu'il ne ferait\n                   plus long feu... Les j a m b e s . . . de la lassitude\n                   pour un rien... la mémoire... » E t comme sa\n                   femme tentait d'arrêter ses doléances, il s'anima:\n                   « Sans doute, il portait bien ses quatre-vingt-\n                   trois ans; sans doute, il avait travaillé dur, il\nétait u s é ! mais il ne se plaignait p a s ; après tout, la santé était\nbonne. C'était elle, plutôt, qu'il fallait p l a i n d r e ; elle, qui\ncomptait cinq ans de moins que lui et qui était finie, la pauvre\nfemme !\n   — Voyons, père Marus, l'an prochain vous ferez vos noces\nd'or.\n   L a vieille sourit au mirage, mais lui, soucieux et grave :\n   — Je ne sais, dit-il simplement, si ELLE ira jusque là.\n\n\n\n\n   — Je savais bien, me dit-il encore, que vous seriez venu, et\nj'avais gardé ceci pour vous...\n   Et son regard, levé vers l'auvent, où se tordait une vigne,\ncherchait une grappe, la seule qui fût restée là. Il la coupa, la\ntint un moment avec précaution entre ses vieilles mains cal-\nleuses, et, après un dernier coup d'œil satisfait :\n   — Ils ne sont pas très grands, cette année, dit-il; mais c'était\nla plus belle.\n   Car son cœur savait des délicatesses qu'ignorait son langage.\n\n                                     *\n                                 *       *\n\n  Je le connaissais de longue date. U n e façon de reconnais-\nsance l'avait attaché à moi, voilà bien longtemps, du jour où\n"}, {"page_pdf": 388, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "                       LA GRAPPE DE RAISINS                         325\n\n\n  mes six ans raisonneurs s'étaient trouvés à point pour donner à\n  sa vieillesse radoteuse et malcontente un auditeur prêt à s'indi-\n gner avec lui de la perversité du monde contemporain. Au fil\n des ans, nos rapports se modifièrent : malgré nous, nos cause-\n  ries s'espacèrent de plus en p l u s ; et j'en étais venu à sourire,\n  sans trop de malice et à part moi, aux longues tirades, qui,\n j a d i s , m e faisaient frémir d'indignation. Bref, en ces dix-huit\n  années, ce n'était pas lui qui avait le plus vieilli. Mais j'étais\n  resté pour lui cet auditeur complaisant, quoique nos entretiens\n se fussent réduits à une visite annuelle, au moment où le\n raisin mûrit. J e n'y aurais jamais m a n q u é , sachant qu'à\n cette occasion il s'en donnait à cœur joie, et que son répertoire\n d'anecdotes y passait tout entier. Pour moi-même, d'ailleurs,\n c'était là une heure exquise, car j ' a i m a i s ce vieux brave homme,\n pour les indignations qu'il avait allumées dans mon cœur, pour\n toute mon enfance que je voyais passer dans son regard terni,\n pour tout ce qui fut et pour tous ceux qui furent, dont je me\n souvenais mieux près de lui.\n     C'était un vieux paysan, d'écorce très rugueuse, comme il\n s'en trouve encore quelques-uns, dépaysés dans un milieu trop\n moderne. Il habitait un gros bourg, auquel le voisinage de la\n ville donne un vernis de civilisation de mauvais goût; et sa\n mâle figure de terrien flamand s'ennoblissait de la banalité du\n cadre. J a d i s , d a n s ses bruyères, cet homme dut passer inaperçu,\n mais, ici et aujourd'hui, la griffe de la race et de la vie était\n plus apparente sur cette âme fruste. Dernier représentant d'un\n âge et d'un monde dont il était seul, ici, à savoir les traditions,\n il en avait pris un naïf sentiment de respect pour sa propre\n dignité, sans remarquer que c'était là un double exil dont il\nsouffrait. Il était trop simple pour démêler les diverses nostal-\ngies qui assombrissaient son esprit et lui dictaient des juge-\nments plus sévères : les paysans n'étaient plus des paysans; la\nterre n'était plus SA terre; et la justice moderne n'était plus la\njustice! Et il était beau à voir, lorsque, par quelque chaude\njournée d'été, au milieu de ces maigres champs de banlieue,\naux effluves des blés mûrs, il levait soudain la tête, et, les yeux\nperdus au loin, fixant on ne sait quel rêve, il évoquait les brû-\nlantes moissons de sa jeunesse et les mœurs rustiques de sa\nC a m p i n e . Son récit prenait des allures d'épopée. Et l'on ne\n"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": " 326                         DURENDAL\n\n\n\n  savait, lorsqu'il s'arrêtait de parler, le regard perdu dans le\n large horizon, s'il y poursuivait la vision précise de sa jeunesse\n ou bien le naïf et magnifique idéal d'un monde meilleur.\n    Le père Marus ignorait la civilisation moderne, et ne la vou-\n lait pas connaître. Il confondait dans le même mépris l'homme\n actuel et son besoin quotidien de plaisirs, et le paysan qui\n ne savait pas seulement mettre d'aplomb une meule de paille;\n celui qui laisse pendre les ailes sous les coups de la malchance,\n les gardes-champêtres qui vont à bicyclette, et les femmes dont\n les affiquets ne répondaient pas à ses vieilles conceptions\n d'esthétique féminine. Il y a vingt ans, je m'indignais avec\n lui, de confiance. Depuis lors j'ai fait des distinctions; mais il\n m'était toujours délicieux de l'entendre vitupérer les mœurs et\nles gens, sachant bien qu'à la première occasion et sans cesser\n de grogner, sa main se tendrait d'elle-même à la misère qui\npasse.\n    Car il était à cet âge où la vie creuse de rides le visage, mais\nefface celles du cœur. Il est naturel qu'à mieux connaître la\npeine, on y compatisse davantage, et le père Marus avait\nbeaucoup souffert. Il avait cette bonté que seules peuvent don-\nner les larmes et sa dure et longue vie lui avait enseigné des\ndélicatesses qui étonnaient chez ce rude paysan.\n    A cet âge, on ne se sent plus vieillir, mais on s'étonne d'être\nun peu plus seul d'heure en heure. Aucune tendresse nouvelle\nne vient distraire le cœur de ses souvenirs ; on donne à ceux\nqui restent toute l'affection qu'on ne peut plus dispenser aux\nautres, et, toute une année se passe dans l'attente d'un seul\njour.\n   Je n'avais pas fait encore ma visite habituelle, cette année-là;\net, plus d'une fois, je m'étais gourmande moi-même, en sou-\nriant à l'idée de la grappe qui m'attendait et que mon vieil\nami entourait de soins inquiets. Lorsqu'un soir, un de ces\ncoups de sonnette insolites qui font dire : « Que me veut-on si\ntard? » me fit tressaillir d'une vague inquiétude.\n    On venait annoncer la mort du père Marus.\n   J'y fus le lendemain.\n    Là-haut, dans la chambre close, régnait une ombre fraîche.\nFusant par la fente des volets, un seul rayon, où dansaient des\npoussières d'or, allumait une étincelle au cuivre du chandelier,\n"}, {"page_pdf": 390, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1489, "texte": "                      LA G R A P P E D E R A I S I N S                 327\n\n\noù crépitait un cierge. Sur le lit reposait le père Marus. La\ntête, au galbe pacifié par la mort, posée très bas, lui donnait\ncette attitude presque hiératique qu'il avait, lorsqu'à la recher-\nche de ses souvenirs, ses yeux se perdaient au loin.\n   J e restai longtemps devant cette chère figure en allée, à rêver\nà tout ce qu'elle emportait de ma jeunesse, et à me rappeler\ntoutes les idées, naïves mais belles, qui m'avaient attaché à\ncet h o m m e . Et je me surpris à chercher dans les orbites vides,\nle grand rêve de son regard fixe et droit, de ce regard immo-\nbile, habitué à sonder l'infini de nos horizons flamands où l'on\ntrouve du ciel sans lever la tête. Mais ce regard, qui poursui-\nvait son grand idéal de justice par delà les bruyères et les\nsapins, avait sans doute, aujourd'hui, atteint le But, et c'est\nen vain que je le cherchais dans ces yeux éteints.\n\n\n\n   Dehors, c'était l'été. Après la mort froide de là-haut, ici la\nmort ardente de Midi régnait sur la campagne, éteignant tout\nbruit. Sous l'ardeur du soleil, toutes choses se taisaient, mais\nbrûlaient d'une flamme invisible. Seule, dans ce silence, une\nabeille, comme un point d'or vibrant, bondissait contre les\nvitres de l'auvent. Mes yeux qui la suivaient, se fixèrent sur la\nvigne. U n e seule grappe y pendait encore     j ' e n suis certain:\nla plus belle.\n                                          L o u i s VAN   DEN   BOSSCHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-009", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 328, "page_fin": 331, "titre_corps": "Lettre à un Barrésien", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Fabry.", "ancre_debut": "ous amusez-vous encore, mon cher ami, à vous                 donner des interce", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 391, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 1836, "texte": "ous amusez-vous encore, mon cher ami, à vous\n                donner des intercesseurs? Il était un peu pué-\n                ril, mais si excitant ce jeu de nous prêter, pour\n                un soir ou une semaine, à quelque maître spi-\n                rituel : oubliant toute autre admiration, négli-\n                geant fût-ce chez ce maître les beautés qui ne\n                retentissaient pas au fond de nous-même, nous\n                nous plaisions à créer un Rimbaud ou un\nMaurice de Guérin idéal, — imaginations sèches et brûlantes,\net qui ne vivaient qu'en nous, intensément.\n  Je me rappelle qu'un portrait de Fantin-Latour nous fit\nd'abord aimer Rimbaud. Un portrait encore nous détourna\nde Brummell : sa figure grasse nous sembla trop dépourvue\nde ce reflet romantique qui malgré tout (avouons-le, entre\nnous!) est nécessaire pour fixer notre intérêt; et puis sa vanité\nparaissait trop aisément satisfaite; nous surprîmes même dans\nle regard un cynisme un peu vulgaire.\n   Cette image nous trompait, mon cher : relisez cette fantaisie\nde Barbey d'Aurevilly : « Du dandysme et de Georges Brum-\nmell ! »\n   Barbey a tenu à nous y prouver l'utilité sociale du dandy\nincarnant la vanité : «car, déclare-t-il solennellement, ce qui\nfait la valeur des sentiments, c'est leur importance sociale ».\nMais quoi? Il vous suffira pour honorer Brummell de trouver ici\nde l'original et de l'inattendu, et la belle réalisation d'un\ntype.\n   Si notre méthode de jadis vous divertit encore, faites-en\nvotre intercesseur d'un jour : il s'y prête assez joliment.\n   Vous souvenez-vous? Certains soirs nous nous exaltions avec\n Baudelaire ou Vigny. Dans une soif d'émotion pure d'ironie,\n nous nous offrions tout entiers à leur suggestion : peu à peu ils\n"}, {"page_pdf": 392, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "                    L E T T R E A UN   BARRÉSIEN               329\n\n\nrépondaient à nos prières, nous chuchotaient des mots incon-\nnus, nous traversaient de frissons merveilleux, — quelquefois,\nsur nos cœurs, leur génie jouait des concerts inouïs où venaient\ns'étancher les plus fiévreux désirs de nos sensibilités multi-\npliées. Mais quelle humiliation quand, l'extase évanouie, nous\nnous retrouvions seuls, si maigres, si froids, si étrangers à ces\norchestrations trop magistrales.\n   P a r m i de tels affaissements, Brummell nous eût réconfortés en\nnous présentant la leçon du d a n d y s m e clairvoyant et résigné :\n   « Pour avoir désiré le surhumain et ses émotions les plus\ncontradictoires, vous ne sentez que mieux l'indigence de vos\npetites âmes ironiques et positives. E h bien! pourquoi ne pas\nvous accepter tels quels? Renoncez froidement à des envols\ntoujours brisés; prenez une vue claire de vos capacités, sans\nlyrisme ni d é d a i n ; et puis, librement, en virtuoses, avec une\nsûre audace, poussez jusqu'à vos extrêmes limites sans plus\nm ê m e songer à vous évader! »\n   N e souriez pas, mon a m i ! E n ces veilles fiévreuses de jadis,\nBrummell nous eût parlé avec cette gravité.\n   Certes Barbey d'Aurevilly ne pouvait imaginer ce Brummell\nqui seul nous passionnerait : une ombre élégamment abstraite\net qui nous viendrait donner des leçons de dandysme.\n   Donc, cher ami, si celui de l'histoire ne vous satisfait point,\nchoisissez, pour vous créer un Brummell d'un goût plus\nm o d e r n e , une de ces après-midi solitaires et confortables où\nvotre intelligence se sent juste assez échauffée pour manier\navec plaisir les abstractions sans risquer de se perdre dans des\nrêveries. N'oubliez pas que cet Anglais ne se révélera qu'à un\n esprit tout ensemble positif et fantaisiste, lucide et passionné.\n   Après les invocations préliminaires, et ces tâtonnements\ntoujours un-peu pénibles, il s'abandonnera sans doute à quel-\n ques confidences : elle ne différeront guère, j'imagine, de celles\n qu'il me fit hier soir :\n    « A quoi bon — murmura-t-il d'abord avec un mépris un peu\n découragé — à quoi bon vous apprendre le dandysme?\n    Vous autres, Français, vous allez au hasard de mille chemins\n sans but ; votre vagabondage ne s'arrête qu'à bout de forces,\n pour disparaître dans la médiocrité. Moi ! je suis né D a n d y .\n J'ai tout sacrifié à mon dandysme : j'aurais pu être séduit par\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "330                               DURENDAL\n\n\ndes amours élégantes et faciles (et sa voix se nuançait\nd'un regret) ou par la richesse, ou par l'art (ajouta-t-il avec\nindifférence). Mais non ! Je ne désirais la somptuosité que\ncomme décor à mes attitudes, mon indifférence courbait toutes\nles femmes en amoureuses s u p p l i a n t e s ; et le jeu, — le jeu\nm ê m e ! répéta-t-il avec un léger frisson — mais il me permet-\ntait de montrer à toutes ses alternatives la dédaigneuse impas-\nsibilité de mon d a n d y s m e souverain.\n     J'ai régné vingt ans ; et quoi qu'en pensent les anecdotiers,\nn'ai abdiqué que par lassitude : saturé de succès, écœuré aussi\nde mes admirateurs. E t je me suis perdu, parce que je le vou-\nlais. Vous, pauvre dilettante, vous ne saurez que vous divertir\nau jeu du d a n d y s m e , quelques heures.\n     Cependant, vous me plaisiez par un certain tour d'esprit,\nqui ferait de vous un passable d a n d y . Ce vingtième siècle\ncommençant a créé un type de jeunes gens qui pourraient me\ncomprendre : à la fois positifs et désintéressés, vous méprisez\négalement le romantique naïf et l'homme d'affaires inculte.\n Des succès mondains, amoureux ou financiers ne vous déplai-\nraient point : non tant pour les commodités grossièrement évi-\ndentes qu'offre une éclatante maîtresse ou une fortune prin-\ncière; mais surtout pour les fêtes paradoxales qui en naîtraient\ndans le secret de votre âme. T o u t e s les ambitions vulgaires\nvous deviennent prétextes à fiévreuses abstractions, et ainsi\n votre désintéressement les ennoblit par un détour ingénieux.\n      Q u ' i m p o r t e maintenant si le public s'y m é p r e n d ? Moi-même\nj ' e u s tort de m'irriter parfois de ces admirateurs mesquins qui\n copiaient la coupe de mes habits, singeaient mes h a b i t u d e s et\n mes mots.\n      Réalisations imparfaites que tout cela ! J e portais en moi le\n rêve d'un d a n d y s m e plus idéal : et c'est surtout à cette intime\n noblesse que, sans la soupçonner, mes courtisans rendaient\n hommage.\n      Ê t r e compris ! N e l'espérons plus avec ces imbéciles : toute\n apparence de supériorité leur semble u n masque sous lequel\n nous aurions l'art de dissimuler une vilenie d'âme égale à la\n leur. Voyez, ils ont admiré comme un chef-d'œuvre mes atti-\n tudes impassibles : elles n'étaient que le miroir de m a suprême\n indifférence pour tout ce qui s'agitait autour de moi.\n"}, {"page_pdf": 394, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1488, "texte": "                    LETTRE A UN    BARRESIEN                     331\n\n\n   Car vous ne serez jamais un d a n d y si vousn'avez été marqué\ndès votre naissance de ces signes mélancoliques : un ennui se\nsouriant à lui-même, et une indifférence nonchalamment indul-\ngente à tous. E t surtout, gardez-vous, malgré la vie, des trucu-\nlences de la révolte ou des âcretés du mépris. Moi-même, je\nl'avoue, cette amertume avait fini par m'envahir, et elle me\nmontait aux lèvres en insolences crachantes dont je n'ai senti\nq u e plus tard l'exagération.\n   Au milieu de mes triomphes, j'avais songé parfois à un dan-\nd y s m e surhumain qui, sans rien abdiquer, oserait se passer\nmême de tout public. C'eût été l'aboutissement exaspéré de\nmes théories. H é l a s ! après vingt années d'agitations, la soli-\ntude me sembla-effrayante : et si, par instants, dans les salons\nétincelants et glacés de l'hôtel d'Angleterre, j'eus l'illusion\nfiévreuse de me donner mes plus rares fêtes, les réveils étaient\nhorribles       »\n    D a n s le silence pathétique où j'écoutais ces paroles, l'hor-\nloge jeta un seul coup, grêle, railleur. Le charme était rompu.\nJ'écrasai mon cigare sur le bord du cendrier, ricanant un peu\nde mon exaltation. — Pour être de parfaits dandys, nous ne\nnous ingénierons jamais assez, mon ami, à posséder le secret\nmerveilleux dont parle votre maître : « le sérieux qui couvre et\n permet toutes les fantaisies ».\n\n                                               M A U R I C E FABRY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-010", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 332, "page_fin": 334, "titre_corps": "Léopold Wallner", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. 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Il s'en était allé, le brave et bon\n                 Wallner, modestement comme il avait vécu.\nPeu d'amis étaient là pour saluer une dernière fois sa dépouille\nmortelle. Un d'eux, Ernest Closson, lui dit adieu au nom des\nabsents en ces quelques mots du cœur, qu'un ami nous a com-\nmuniqués et que nous croyons opportun de reproduire, à l'oc-\ncasion de la publication prochaine des œuvres musicales com-\nplètes du défunt, entreprise par un groupe d'admirateurs.\n  Voici donc les quelques paroles émues dites par notre ami\nClosson, au m o m e n t de la levée du corps :\n\n              MESSIEURS,\n\n   « De plus qualifiés, de plus autorisés que moi auraient dû\nprendre la parole devant cette bière ; seul, peut-être, le\nmoment défavorable de l'année me vaut le triste honneur\nd'adresser ici le suprême adieu à Léopold W a l l n e r .\n   Ce n'est pas de l'artiste que je veux parler. L a critique\nd'art, même laudative, est bien loin, en ce moment, de nos\npréoccupations. Les accents passionnés de cette lyre enthou-\nsiaste, à présent muette, intéressent des cercles plus éloignés\net plus vastes. E n maintes pages, le compositeur survivra et le\nnécessaire sera fait pour assurer l'expansion de son œuvre.\n   C'est au sujet de l'ami que je voudrais exprimer simplement,\nen quelques mots, ce que chacun de nous pense tout bas.\n   L a voilà donc à son terme, cette existence, qui, en défi-\nnitive, fut une longue épreuve, prolongée par u n e agonie\n"}, {"page_pdf": 396, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "                         LÉOPOLD    WALLNER                        333\n\nde toute une année : épreuve surmontée avec une force de\ncaractère, un stoïcisme admirables, dissimulés sous les\ndehors familiers d'une inaltérable gaîté.\n   Nous qui l'aimions, nous devrions remercier ici la mort\nlibératrice, mais nous sentons trop en ce moment ce que\nnous perdons en celui qui nous quitte aujourd'hui à jamais.\n   C'est qu'en dehors de sa création artistique et de son\nactivité pédagogique, Léopold Wallner a rempli cette fonc-\ntion sociale d'une insigne rareté, celle d'être, pour tous\nceux qui l'approchèrent, une force morale.\n   Ce cœur large et généreux, toujours prêt à s'attrister\nou à se réjouir avec les autres, toujours prêt à utiliser en\nfaveur des autres les concours que des sympathies unani-\nmes mettaient à son service; ce bon sens robuste fortifié par\nune longue, dure et profonde expérience de toutes les choses\nde la vie; cette pénétration psychologique si aiguë, servie\npar une exquise sensibilité ; cette érudition encyclopédique\net toujours accrue, alimentée aux sources les plus diverses;\ncette intelligence hors ligne, familiarisée avec les problèmes\nles plus transcendants de la philosophie ancienne et moderne ;\ncette juvénilité et cette faculté d'enthousiasme dont le ressort\nne se détendit j a m a i s ; enfin cette influence presque magné-\ntique, cette sorte de rayonnement qui émanait de lui et qui\nne s'exerça jamais que dans des fins bienfaisantes, tout cela\nest a b o l i ; et plus d'un éprouve en ce moment que quelque\nchose désormais va manquer dans son existence.\n   J'en atteste tous ceux qui sont ici. Jamais on ne visita\nW a l l n e r sans profit ; j a m a i s on ne sortit d'ici sans se sen-\ntir enrichi de connaissances nouvelles, illuminé et comme\nsoulevé par cette parole chaleureuse et pittoresque, inter-\nprète des plus hautes pensées, sans se sentir consolé et fortifié\ndans ses misères par l'inaltérable sérénité de cet impotent,\ncloué dans son fauteuil par un implacable mal.\n   P o u r tout cela, Cher Maître, merci. Quelque chose de\nvous survivra dans votre œuvre ; mais, en dehors de cela,\nvotre souvenir personnel demeurera avec le dernier de ceux\nqui vous ont connu et apprécié ; de ceux, si nombreux,\nque vous avez instruits, éclairés, guidés, soutenus, fortifiés. »\n\n  Dans la circulaire lancée par les amis de Wallner qui ont\n"}, {"page_pdf": 397, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2472, "texte": " 334                                  DURENDAL\n\n\n\n entrepris de rendre à sa mémoire l'hommage le plus vrai qu'on\n puisse rendre à un artiste, nous lisons cet appel au public.\n\n   « Le moment est venu pour ceux qui ont profité de l'ensei-\ngnement du Maître, pour ceux qui l'ont aimé et admiré, d'assu-\nrer, suivant son suprême désir, l'expansion de son œuvre\nencore inédite.\n   Léopold Wallner, par suite de causes diverses, dont une des\nplus importantes est sans doute cette sorte de pudeur qui l'em-\npêchait de rechercher la popularité, a publié assez peu de son\nvivant. Encore a-t-il fallu lui faire parfois amicalement violence\npour l'amener à faire éditer certaines œuvres, telles « la Sonate\nRomantique » et les deux Albums de « la Jeune Belgique »\n(Chant et piano).\n   Ses manuscrits portant les mots « Version définitive » ont\nété recueillis par M. E d o u a r d Cremers. Nous vous les présen-\ntons aujourd'hui en une édition soigneusement revue, qui se\ncomposera de treize albums d'une vingtaine de pages, à paraître\nsuccessivement (1). Nous sommes en mesure de pouvoir offrir\nces treize albums qui, en dehors de cette souscription, seront\nvendus au prix de trois francs chacun, moyennant le prix global\nde vingt francs. Nous sommes persuadés que vous tiendrez à\nparticiper à ladite souscription, et que vous voudrez vous asso-\ncier ainsi à l'hommage posthume qui sera rendu dans quelques\nmois à ce noble et digne artiste que fut Léopold Wallner. »\n\n   Nous recommandons instamment à ceux de nos abonnés que\nla musique artistique sérieuse intéresse, et spécialement aux\nanciens élèves, aux admirateurs de notre défunt collaborateur,\nla publication de l'édition définitive et complète de son œuvre.\n                                                        H . M.\n\n  On est prié d'adresser les souscriptions à Monsieur l'avocat\nCHARLES G R E N E Z , 55, rue Berckmans, à Bruxelles.\n\n(1)   I Fleurs des dîmes      (6 morceaux)       VIII Ballade, nocturne,\n     II Echos du pays natal    (4   »    )             gavotte             (3 morceaux)\n   I I I »       »     »       (2   \"    )         IX Variations           (1    >    )\n   IV Au bord de la mer       (2    »    )          X Sonata quasi una\n    V     »      »     »      (5    »    )             fantasia            (1    »    )\n   VI Au fil de la pensée      (6   »    )   XI & XII Albums de chant      (11   »    )\n  VII Valses, polonaise       (3    »    )       XIII        Duos          (3    »    )\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-011", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 335, "page_fin": 339, "titre_corps": "Maurice Barrès et la « Grande Pitié des Églises de France »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Schmitz.", "ancre_debut": "Maurice Barrès et la Grande Pitié des Églises de France", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 398, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2880, "texte": "Maurice Barres et la \"Grande Pitié\n                                          des Eglises de France,,\n\n\n                  DE la littérature française contemporaine, une des figures les\n                    plus nobles, c'est incontestablement celle de Maurice\n                    Barrès. Chaque année, nous aurons vu grandir son pres-\n                    tige et sa gloire. Mais j'aime à penser que la noblesse\n                    d'âme demeurera sa physionomie caractéristique devant\n                    la postérité. Cas étrange, nul autant que lui, par la haute\n                    conception de son art, ne s'est tenu éloigné de la foule, et\n                    cependant, aucun autre que je sache ne peut se flatter\n                    d'avoir conquis popularité plus enviable.\n   Les temps sont passés où cet « amateur d'âmes » ne semblait s'adresser qu'à\nde rares initiés. Alors par bien des côtés le dilettante raffiné de la culture du\nmoi offensait les compréhensions bourgeoises. C'est qu'il faut peu au paradoxe\npour revêtir l'aspect du défi. Que nous comprenions mal, nous nous persua-\ndons aisément qu'on nous manque. Au surplus si Barrès apparut tout d'abord\ncomme un merveilleux ironiste, pourquoi l'en défendre? Il ne se cristallisa\npoint dans cette attitude étroite. Peu à peu du champ élargi de ses observa-\ntions, des cénacles et des coteries, sa voix se répandit au dehors, elle monta en\nvibrations profondes ; pour rendre une pleine sonorité elle emprunta ses\naccents aux thèmes humains les plus vastes.\n   Quoi d'étonnant que par cette évolution Barrès se soit imposé à l'élite intel-\nlectuelle et, parce que sa parole exprimait en une langue harmonieuse et grave\nles sentiments les plus généreux de l'homme, qu'il ait entraîné avec lui la jeu-\nnesse? La correspondance de sa pensée avec nos aspirations intimes, c'est le\nsecret de cette influence. Eveiller les intelligences, leur donner conscience\nd'elles-mêmes, leur inspirer le goût de l'action, leur montrer le but, tel fut le\nrôle du Barrès nationaliste ; c'est à ces hautes fonctions qu'il a consacré son\ntalent. L'amateur d'âmes devint professeur d'énergie. Plus qu'un Boulanger ou\nun Déroulède, il a aidé au réveil du patriotisme français et. s'il est exact qu'un\nrenouveau de sentiment religieux se soit manifesté en France, moins directe-\nment peut-être, mais dans une large mesure encore, on peut croire qu'il y aura\ncontribué.\n   Mais de quelle manière ? Et qu'en est-il de ce mouvement de renaissance\nreligieuse? On a pu facilement exagérer sa portée. Qu'il ait atteint les couches\nprofondes de la nation, je n'en suis pas bien sûr. Il est indéniable du moins\nqu'en France le nationalisme est étroitement lié à toutes les questions reli-\ngieuses. Le rôle de l'Eglise dans la formation et le développement de la race\nest trop évident pour qu'on puisse songer à en contester l'importance. Sans\n"}, {"page_pdf": 399, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3439, "texte": "336                                DURENDAL\n\n\n\ndoute le sentiment religieux est antérieur à l'Eglise, mais celle-ci le canalise\net en fin de compte elle en recueille le bénéfice. Traditionnaliste par défini-\ntion, le nationalisme ne se conçoit donc pas sans rapports avec elle ou adop\ntant envers elle une autre attitude que de sympathie et de respect. En fait il\ny a beaucoup plus, mais cette simple constatation suffit à montrer que là où\nles doctrines nationalistes développent le patriotisme, là aussi elles préparent\nau sentiment religieux un terrain de culture particulièrement fécond.\n   Il faut ajouter ceci. Tandis qu'au nom de la science les pontifes de la géné-\nration passée avaient prétendu étouffer le sentiment religieux dans les âmes,\nau nom de cette même science les maîtres de l'heure proclament aujourd'hui\nsa légitimité. Cette position intellectuelle de ceux que l'on a nommés les apo-\nlogistes du dehors aura conduit aussi à modifier la courbe de la pensée con-\ntemporaine Ce n'est pas un des moindres sujets d'étonnement. Certes, pour\nune partie de la masse populaire, comme dans le monde politique, la menta-\nlité des Homais est restée en honneur, mais chez l'élite cultivée elle n'est pas\nloin d'affecter le caractère d'une tare; l'anticléricalisme sectaire récolte un peu\npartout le discrédit, et cela se vérifie en général, même auprès des intelligences\nles plus notoirement athées. Voilà de quoi devront tenir compte ceux qui étu-\ndieront les causes de la renaissance du sentiment religieux en France. Ces\nconsidérations en tout cas peuvent servir à mesurer la portée de l'influence de\nBarrès dans cet ordre. C'est pourquoi elles méritaient d'être notées en marge\nde son nouveau livre, tiré de la même veine que ses autres ouvrages, mais\ndépassant peut-être en beauté le reste de son œuvre, édifice majestueux, où\ndominent les thèmes éternels de la poésie : la patrie, la religion, la mort.\n\n                                        *\n                                       * *\n\n   Je ne crpis pas exagérer en effet en disant de La grande pitié des Eglises\nde France qu'elle constitue un merveilleux poème.\n   On connaît le sort fatalement réservé aux églises par la loi de séparation.\n   L'Etat s'en désintéresse et par suite de la mauvaise volonté d'une adminis-\ntration tracassière, les efforts de l'initiative privée ne sont d'aucune efficace.\nCombien d'églises qui périssent; que de trésors d'art dont nul ne se soucie;\nque de centres de vie intellectuelle sur le point de disparaître. De la vision de\ntoutes ces ruines physiques et morales Barrès s'est ému. Mais à quoi servirait\nle cri de détresse qu'il jette en définissant la France : « le pays le plus dévasté\nde l'Europe, » s'il ne se constituait pas en même temps le défenseur des\néglises. Aussi, à arrêter ces dégradations il a consacré son énergie. Ses rêveries,\nses pensées, ses actes au cours de trois années de lutte, c'est toute cette admi-\nrable campagne qu'il raconte au lecteur.\n   Pareil livre échappe à l'analyse, on en donne plus aisément la synthèse.\nQu'on suive seulement l'auteur. Dans ses méditations devant l'humble église\nde village où sous les voûtes de la cathédrale de Reims, les mêmes tristesses\nl'assiègent; le voici dans son cabinet de travail : quel plaisir de dépouiller\navec lui les adresses d'encouragement que de toutes les provinces la France\nlui apporte; le voici maintenant en audience avec des ministres : contre leur\n"}, {"page_pdf": 400, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3538, "texte": "                              MAURICE      BARRÉS                            337\n\n\nparti-pris les ressources de sa dialectique échouent; à la Chambre, dans les\ncouloirs, il va de groupe en groupe, il essaie de gagner à sa cause des adver-\nsaires politiques ; mais que peuvent les meilleurs arguments du monde sui-\ndes parlementaires qui se dérobent; enfin, à la tribune le voici qui monte et\nc'est là qu'il donne son plus bel effort au milieu d'un silence impressionnant,\ndans les trois pathétiques discours qu'il prononce, où il a condensé toute son\nironie, toute sa pitié, toute sa colère et tout son amour.\n   Mobilité du décor et de la scène, tableaux : dignes pendants de « leurs\nfigures »; émouvante diversité de tons; le charme le plus pénétrant de ce livre\nc'est peut-être de ceci qu'il est composé, de cette succession de pages d'un\nrelief si différent. Faut-il citer? L'admirable préface ou les quelques lignes :\n« l'enfant accordé aux étoiles » ou la méditation au fond d'un parc de petite\nville lorraine au crépuscule d'un jour de procession. On n'imagine pas poésie\nplus pure et ces poèmes sont entrecoupés de satires de mœurs politiques\nâpres et mordantes et de chapitres de combat : « Je cause avec M. Briand »,\n« Dans les couloirs de la Chambre », « Les accroupis de Vendôme » où sont\ndésormais immortalisés quelques types nouveaux de la bêtise humaine.\n   Ce n'est pas un sujet de stupeur que la campagne de Barrès n'ait pas obtenu\nles résultats parlementaires qu'il était en droit d'espérer. Subsidier toutes les\néglises n'était-ce point, par une voie détournée, rétablir le concordat? Aussi\nle parlement n'a-t-il pas manqué de saisir avec empressement une occasion qui\nlui était offerte de se discréditer. Cette issue du moins fait voir une fois de\nplus quelle distance sépare l'esprit public de ceux qui soi-disant le repré-\nsentent. Mais en dehors de l'enceinte des Chambres nul n'est resté indifférent à\nla question des églises. Que l'opinion ait été profondément émue, on en a vu\nla preuve aussi bien dans la position des artistes et les témoignages venus de\ntoutes parts à Barrès que dans l'attitude de la majeure partie de la presse.\nC'est là déjà un premier effet; la Bête a dû reculer et le danger d'une dégra-\ndation immense se trouve ainsi momentanément écarté.\n\n                                        *\n                                       * *\n\n    Sur la question des églises, Barrès n'a pas voulu d'équivoque. I1 a nette-\nment exposé sa pensée. Les églises ne valent pas seulement comme œuvres\nd'art, en tant que vestiges précieux des âges écoulés, elles constituent avant\ntout des centres de vie spirituelle, elles sont les âmes des paysages. C'est à ce\ntitre-là qu'elles méritent d'être sauvées, la plus laide et la plus belle, la plus\npauvre et la plus riche. A maintes reprises il reviendra sur cette idée : c'est le\nclassement de toutes les églises qu'il réclame, qu'elles participent ou non d'un\nintérêt archéologique ou historique. Il n'est pas croyant. Ce n'est pas au point\nde vue confessionnel qu'il se place, c'est au point de vue de la civilisation.\n   Que l'on admire la beauté des ruines pour elle-même, soit, lorsque c'est de\nla mort que procède le charme qui est en elle. Aussi Barrès n'a-t-il pas à\nredouter le reproche de ses délectations passées. Devant les églises, ce n'est\nplus, comme à Venise, la volupté de la mort qui l'inspire, c'est la crainte de la\nmort au contraire et la volonté de la vaincre.\n\n                                                                            3\n"}, {"page_pdf": 401, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "338                               DURENDAL\n\n\n    Domaines sacrés, demeures des ancêtres et de ceux qui naîtront, les églises,\n au cours des siècles, ont imprégné les cœurs; elles continuent à en pénétrer les\n racines profondes. C'est pourquoi leur sauvegarde présente un caractère de\n nécessité si l'on ne veut pas, en supprimant ces lieux de méditation, porter du\n même coup atteinte à l'intégrité de la race. Toute l'âme française est en jeu ;\n que deviendrait celle-ci livrée à ses propres forces, le jour où les barbares\ntriomphants auraient tué sa vie spirituelle ! Que l'on ne croie pas qu'il ne\ns'agisse ici que de la conservation des édifices de pierre, c'est encore et peut-\nêtre avant tout la vie religieuse des églises qu'il importe de préserver. Que les\néglises soient fréquentées, qu'on s'y vienne recueillir, qu'on y vienne prier,\ncar, selon la belle parole de Barrès, « la solidité physique des sanctuaires c'est\nd'être moralement féconds ».\n   A toutes les raisons profondes de cette campagne pourquoi ne pas ajouter\nune louable pointe d'égoïsme? Assurément c'est un intérêt général qui aura\ninspiré Barrès, mais c'est aussi la satisfaction d'un besoin personnel qu'il\npoursuit. « C'est pour moi que je me bats, écrit-il ; une église dans le paysage\naméliore la qualité d'air que je respire. Parfaitement, ce qu'il y a de plus\nvivant et de plus noble chez les gens de France et chez moi s'accroît dans\nl'atmosphère catholique. »\n                                         *\n                                       * *\n   Je crois avoir donné une idée assez exacte de la thèse de l'auteur et en\navoir dégagé la portée. Pour tout cela, La grande pitié des Eglises de France\nmérite une admiration sans réserve. Mais sur certains aperçus de philosophie\nreligieuse les catholiques pourront trouver à redire.\n   Peut-être faut-il considérer les pages : « la mobilisation du divin » seule-\nment comme une œuvre de poète, sans vouloir y trouver pour cela l'exposé\nd'une philosophie de la nature. La pensée n'en est pas toujours très nette.\nVoici cependant quel en paraît être le sens. Notre amour des fleuves et des\nsources, des bois et des solitudes a de communes racines avec notre amour\ndes sanctuaires. Le principe de cet amour c'est le divin qui est en eux; tous\nces endroits demeurent imprégnés d'un passé mystérieux et animés du souve-\nnir des anciennes croyances. Non pas à la vérité que Barrès ait foi dans les\ndieux des forêts ni dans les déesses des sources, mais à l'idée que ces divinités\npeupleraient toujours les campagnes, sa sensibilité éprouve une sorte de\nbesoin profond. « Chaque fois, écrit-il, que je traverse un champ de feu, une\nroche de fées, je les appelle d'une voix insensée. » La nature n'est pas seule-\nment aimable de tout ce qu'elle offre de beautés aux regards mais, aussi par\ntout ce que nous pressentons en elle d'inconnu et de caché. \" Jadis, nous\navions des maîtres visibles de tous au grand ciel de midi. Ils ont passé, ces\ndieux de notre terre, à la fois nos guides et nos emblêmes. Ils ont disparu,\nbrisés par les apôtres du Christ. Mais leurs fantômes flottent toujours sur nos\ncampagnes et voudraient reprendre corps. Il n'a pas suffi de les nier ou de\nles oublier pour les anéantir, Ils errent autour de nous, cherchant une prière,\nun accueil, un signe de bienveillance sur ces friches et dans ces bois où ils\nont eu leurs derniers fidèles. »\n"}, {"page_pdf": 402, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "                              MAURICE BARRES                                 339\n\n\n   Mais ces divinités sans existence, les imaginer partout, les sentir partout\nprésentes, n'est-ce pas aboutir au panthéisme le moins détourné? Au point de\nvue psychologique déjà cette explication est une erreur. Que la nature soit un\nreflet du Divin, cela est évident comme de toute œuvre créée. Mais le senti-\nment du Divin, c'est du cœur qu'il jaillit, ce n'est que par caprice d'imagina-\ntion, par effort conscient ou non de son vouloir que l'homme le transpose en\nelle. C'est ainsi que firent nos ancêtres ignorants : pour donner une forme\ntangible et vivante au besoin de spiritualité que ressentaient leurs âmes, ils\nont peuplé de dieux la solitude et le silence des forêts.\n   Quoi qu'il en soit, tout ce vieux domaine sacré vit encore. Ainsi la spiritua-\nlité de la race, c'est le sentiment catholique greffé sur l'esprit de la terre, un\nmélange de païen et de chrétien, et puisque ces deux ordres de sentiments\nont concouru à la formation de l'âme française, Barrès demande qu'on les\nunisse dans une alliance qui les réconcilie.\n   Telle paraît être la thèse développée dans ce chapitre sans qu'on nous dise\nd'ailleurs comment on unira deux ordres de sentiments qui s'excluent. Mobi-\nlisons le divin, soit, mais pas contre l'intégrité de la doctrine catholique, pas\n pour faire revivre une religiosité vague, pas pour permettre aux superstitions\n toujours latentes de ressusciter et de reprendre corps. Mais je le répète, je ne\n crois pas qu il faille s'effaroucher outre mesure de ces développements, qui\n doivent être ramenés dans le plan d'une large et somptueuse orchestration\n poétique. Qu'on les interprète comme le chant nostalgique d'une âme assoiffée\nd'un monde plus diaphane et plus léger et dont la musique cadencée se\n baigne, loin des laideurs et des brutalités, dans le sentiment de la beauté\n morale. Par là, l'œuvre nouvelle de Barrès, dont tant de pages excitent nos\n puissances d'indignation devant l'insondable sottise humaine, s'achève sur la\n note exhaltante de tout ce qui est pur et généreux et laisse une impression de\n sereine et d'apaisante fraîcheur.\n\n                                                              PAUL SCHMITZ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-012", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 340, "page_fin": 345, "titre_corps": "Sur « La Bonne Auberge des Escholiers et des Poètes » à Louvain", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Freddy Lejeune.", "ancre_debut": "Sur La Bonne Auberge des Escholiers et des Poètes à Louvain NOTRE aînée Durendal", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 403, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "Sur « La Bonne Auberge des Escholiers et des Poètes »\n                                  à Louvain\n\n\n                 NOTRE aînée Durendal nous fait le grand honneur de nous\n                   ouvrir ses pages et nous invite à exposer ici ce que nous\n                    tûmes et ce que nous sommes.\n                      J'avoue qu'une certaine pudeur m'a longtemps retenu de\n                   prendre la plume et de profiter de cette large hospitalité.\n                   N'est-il pas, en effet, un peu indiscret de raconter soi-\n                   même des choses auxquelles on a été si intimement mêlé\n                   et d'expliquer la naissance d'un organisme dont on a été\n                   l'âme.\n   L'interview présente ce grand avantage qu'il suffit de répondre aux ques-\ntions qu'on veut bien vous poser : mais répondre en bloc à une seule question\ndevient plus délicat et nous ne l'eussions jamais fait si l'intérêt de cette œuvre,\nque nous avons voulu grande et belle, ne nous y eût invité.\n\n\n\n\n   Au mois de juin 1012, alors que dans la vie fiévreuse des examens en prépa-\nration, toute agitation extérieure s'évanouit — quelques jeunes gens se réunis-\nsaient le soir, dans une salle privée d'un café de la ville.\n   Furtivement, ils entraient un à un dans cette salle anonvme et froide, quel-\nques-uns sceptiques et amusés, d'autres avec une flamme d'espoir au fond\nde leurs prunelles.\n   Sous la lumière falote d'un gaz bruyant, on s'était assis, on se comptait: on\nétait neuf.\n   Depuis quelque temps déjà, trois de ces jeunes gens, à la suite d'une confé-\nrence et de quelques entretiens, mûrissaient dans leur cœur le projet cher et\ninsensé que déjà, deux ans plus tôt, j'avais rêvé.\n   Il s'agissait de créer dans le milieu universitaire un organisme consacré\nintégralement à la Beauté.\n   Quelques idées avaient déjà été jetées sur le papier et la revue était dans\nl'œuf.\n   Quand on pense à toute l'activité intellectuelle et ardente que doit con-\ndenser un centre universitaire, on ne voit pas, à première vue, ce qu'un tel\nprojet contenait d'insensé; mais quand on relit les premières pages de Vita\n Vera, de Joergensen et qu'on pense qu'à part l'Idée Sainte qui demeure et\nquelques louables exceptions, un mal aussi inquiétant ronge la grande partie\nde notre jeunesse belge ; quand on pense au grand vide et à l'inanité complète\n"}, {"page_pdf": 404, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3052, "texte": "                  LA BONNE AUBERGE DES ESCHOLIERS                                341\n\n\nde la vie d'une telle majorité, alors on voit ce qu'il fallait d'illusion pour\ncaresser un tel projet.\n   Et cependant, tout était prêt.\n   On avait esquissé les grandes lignes d'un programme à réaliser. De cette\nréunion plus nombreuse, on attendait le signal du départ et le bon vent dans\nles voiles... Et je n'oublierai jamais l'instant où. pour la première fois, alors\nque rien d'officiel n'était constitué, Robert Silvercruys m'appela directeur,\net me pria d'exposer mon plan.\n   Dans le but d'unir étroitement nos enthousiasmes et de développer libre-\nment notre culture artistique, le besoin se faisait sentir de s'organiser.\n   Quelques-uns travaillaient dans le secret de la chambre, à joindre des\nrimes; quelques plumes lentement se dérouillaient sans grand ordre; et ce\nqui manquait, c'était un public, un témoin pour qui travailler, et qui nous\nforçât à polir l'oeuvre, à faire définitif et à progresser. Il fallait une émulation,\nune direction ; il fallait qu'on se sentît vivre et que, par l'exemple mutuel,\non eût le désir de faire mieux. Il fallait un cercle indépendant et amical où\nnous pussions « apprendre confraternellement à sculpter le visage de la\nBeauté ».\n   La Bonne Auberge des Escholiers et des Poètes était née.\n   Et, en novembre, à la rentrée de la nouvelle année académique, notre pre-\nmier numéro sortait de presse.\n   On se figure généralement très peu tout ce qu'exige d'efforts le lancement\nd'une revue à l'Université. Mais il y a un Dieu pour les téméraires ! Dans\nle but de maintenir notre parfaite indépendance, nous partions sans mécène\net sans finances, avec nos seules mains et notre seul espoir. Et l'apparition de\nce premier cahier restera comme le plus cher souvenir de notre jeunesse\ntout entière.\n   Qu'il me soit permis de reproduire ici la déclaration que fièrement nous\navons plantée en guise d'Enseigne au fronton de la nouvelle Auberge :\n   « Nous aurions pu, comme tant d'autres, intituler ceci : La Bonne Chapelle.\nOn y aurait fait entre soi, adoration perpétuelle, et vers le nez de quelques\nmazettes notoires serait monté, lourd et parfumé, l'encens des cantates et des\nhymnes classiques. Tel Pontife suprême, dûment calé, aurait — en les diri-\ngeant — souri à nos essais.\n   Mais la moindre guinguette fait bien mieux notre affaire. L'encens bleu des\npipes rôde autour des tables; et les bouffées du vent, qui entrent par la porte\nouverte, donnent aux strophes qu'on y lit, une fraîcheur que n'ont pas celles\ndes poètes fervents qui font du naturisme.\n   Mais notre Auberge n'est pas une guinguette, cette dernière impliquant\navec une nuance de vulgarité, des rendez-vous qui, tant s'en faut, ne sont pas\ntoujours littéraires.\n   Ce n'est pas non plus un Palace, mon Dieu, non, ni même un Continental,\nce serait beaucoup trop solennel, et .. trop coûteux.\n   Taverne et cabaret, cantine et tourne-bride, café, bar, estaminet et tea-\nroom relèvent ou bien de la beuverie et de la piolle ou de ce monde sélect\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "342                               DURENDAL\n\n\n\nchez lequel la hauteur des faux-cols est en raison inverse du poids de la\ncervelle.\n   LA BONNE A U B E R G E , c'est bien autre chose! On en parlait déjà au temps\ndu Bon Samaritain...\n   Le passant altéré, le mendiant d'idéal, les pèlerins qui s'en vont, vers les\nsanctuaires d'art, sur la grand'route du rêve, la trouveront à mi-côte, hospita-\nlière et accueillante.\n   Ce ne sera pas l'auberge de Bethléem fermée aux hôtes divins, mais plutôt\ncelle d'Emmaüs qui s'emplit de clarté à la fraction du pain.\n   Les escholiers, les poètes, les artistes et les prophètes y trouveront du feu\nqui flambe et les propos intimes autour des tables de bois blanc.\n   Et décidément, alors que tant des nôtres s'attardent dans les mauvaises\nauberges, nous avons cru faire œuvre petite mais louable, d'en ouvrir une\nqui fût bonne et réunît, dans une même fraternité d'art, tous ceux — sans\nacception ni exception — qui voudraient joindre leur loyal effort dans ce petit\nessai d'enthousiasme.\n   Nous nous portons garant qu'il y sera fait paix aux hommes de bonne\nvolonté.\n   Lecteur, en peux-tu douter? Arrête-toi...\n\n         C'est le soir. La maison rêve, regarde-la ;\n         Vois le feu qu'on y fait à l'heure accoutumée\n         Se trahir dans l'azur par une humble fumée.\n         Mais tu cherchais La Bonne Auberge? Entre. Elle est là.\n\n                                         *\n                                     *       *\n\n    Et je feuillette maintenant, en écrivant ces lignes, les numéros de cette\npremière année; j'y trouve des proses, des études, des monographies, du\nthéâtre, des chroniques variées : j'y vois surtout des vers, beaucoup de vers,\nde ceux qu'on a reniés par la suite, d'autres qu'on n'a point oubliés.\n   Au zinc de la nouvelle maison s'était planté un Petit Aubergiste égrati-\ngneur, et par lui nos premiers enthousiasmes et nos premières colères se\ndonnèrent libre cours.\n    Puis vint l'ainé, Edmond Picard, qui nous donna la consécration, et nous\nlui sommes restés reconnaissants d'être venu à nous, à la première heure,\nen nous ouvrant les bras.\n    Et puis ce fut l'ombre de Claudel qui se pencha sur nous, troublante et\nbénissante, dans le geste délicieux du baptême.\n    Ensuite ce fut Verhaeren à qui nous offrîmes la corbeille de nos enthou-\nsiasmes. Un numéro spécial que nous lui consacrâmes nous valut de la part\ndu Maître un encouragement et un réconfort qui nous étaient nécessaires déjà.\n    Eh ! oui, nous avions reçu le baptême de feu ; à côté de la critique des aînés\n et des confrères, qui nous fut précieuse et salutaire, une autre critique tout\n doucement se faisait jour.\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3234, "texte": "                 LA BONNE AUBERGE DES ESCHOLIERS                             343\n\n\n    Notre parfaite indépendance, que Durendal se plaisait à saluer en nous dès\n notre arrivée, cette indépendance fut récompensé de plus d'un coup par der-\nrière, de ces coups dont on ne peut se défendre, ne voyant pas l'adversaire.\n La suspicion rôda autour de notre œuvre, que nous voulions si sincère et\nsi belle. Les flaireurs d'hérésie et les esprits chagrins nous vouèrent assez tôt\net sans motif précis, une haine de Corse... Il semblait que lever la tête\n fût déjà trop ; et un moment nous pûmes croire l'œuvre menacée, mais\ndédaignant la calomnie, tiers malgré tout de cette indépendance qui devait être\nnotre force, nous reprîmes la route ensemble, en nous serrant les coudes plus\nencore.\n    Le milieu généralement gouailleur, vide et parfaitement vain de la foule\nuniversitaire nous réservait un accueil plutôt défavorable, trop d'étudiants\ncroyant trouver dans de blafardes gazettes bâclées des choses mille fois plus\n intéressantes que dans les modestes pages que nous avions écrites avec tout\n notre cœur.\n    Il fallut pour gagner notre place au soleil, en plus de la bienveillance et\nde l'encouragement non équivoque des maîtres, — ceux dont on parle, — il\n nous fallut déployer toute la ruse et la politique dont on est capable à vingt\nans et que l'horreur des compromissions nous permettait.\n    Heureusement, il n'en est plus ainsi aujourd'hui ; par sa lente mais opi-\nniâtre ascension, par sa régularité et sa persévérance, l'œuvre s'est largement\n taillé sa place. On a compris enfin que notre ardeur et notre enthousiasme\ndépassaient l'habituel feu de paille qu'est une œuvre de jeunes.\n    N'ayant voulu, à l'origine, en aucune manière, fonder une revue à côté des\ninnombrables aînées, mais uniquement créer de modestes cahiers; n'ayant\nvoulu, en somme, que travailler et apprendre pour les luttes futures, il était\nnaturel qu'on ne s'embarrassât point d'un programme précis et qu'aucune\nœuvre d'école ne pût hanter les cerveaux.\n    Disposant d'un noyau primitif, assez diversifié, il était nécessaire que pour\nn'écarter personne et être vraiment nous-mêmes, la porte fût largement ouverte\nà toute manifestation logique et sincère de nos mentalités ou de nos tempéra-\nments.\n    L'Auberge étant ouverte, sur la grand'route de l'Art, autour de nos tables\nfraternelles, toute sincérité, toute ardeur devait pouvoir s'asseoir en paix. Et\nà ce programme nous sommes restés fidèles : jamais une bonne volonté ne\ns'est vu fermer la porte.\n    Mais dépassant toutes nos prévisions et notre calcul, — notre deuxième\ncycle sera révolu bientôt, — le nom des aubergistes s'est un peu répandu au\ndehors. Dans le monde des lettres belges, nous gagnons, avec la bienveillance\ndes aînés et des confrères, une petite place : il conviendrait donc de démêler\nun peu, malgré la divergence de nos disciplines, l'unité et l'homogénéité de\nnotre œuvre.\n   Avec Guy Vermeylen, Albert de Loneux, Pierre Croquison, nous avons\nétudié toute une partie du trésor artistique de l'humanité. Je citerai la sûre\net profonde monographie de Vermeylen sur le XVIIe siècle hollandais que\nnotre ami a rapportée d'un voyage d'étude qu'il fit au pays de Rembrandt.\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3134, "texte": "344                               DURENDAL\n\n\n\n   Dans toutes ces pages, et elles furent nombreuses et remarquées, il s'avère\ncritique sincère et consciencieux, travailleur patient et opiniâtre, d'une érudi-\ntion à la fois profonde et variée.\n   La clarté et l'originalité d'Albert de Loneux nous ont valu des études\nsérieuses et intéressantes sur diverses questions d'art et de philosophie.\n   Pierre Croquison, dans sa série d'articles sur l'art à l'Exposition de Gand,\ns'est montré l'amant passionné des couleurs, des raffinements d'un esthétisme\nbien compris, en dépit de son maître Huysmans.\n   Les études littéraires, les chroniques du mois et les revues du mois ont\npermis à Pierre Sanb de dévoiler une compréhension nette et une plume\nfidèle. Notre ami, qu'une vocation sincère vient de conduire à Paris, sera sans\ndoute bientôt un journaliste remarqué.\n   Robert van de Kerchove, le polémiste, la plume trempée dans le fiel le plus\namer, possède une de ces mentalités curieuses, paradoxales, et fait montre, avec\ntous les défauts, de toutes les qualités du pamphlétaire.\n   Les poètes, eux, ne manquent pas :\n   Robert Silvercruys,qui détacha pour nous les feuillets du livre qu'il a publié\ndans la suite : L'Ironique Tendresse. La délicatesse et la fraîcheur des vers\nnous ont permis de mettre un grand espoir en lui. Mais plus encore que tout\ncela, nous avons admiré le spectacle de son retour sur la route de la « Grande\nLumière ». Ses yeux se sont ouverts. Il a balbutié, ébloui, le Magnificat de\nClaudel et, avec Thomas Braun, nous avons salué en lui « une nouvelle ten-\ndresse, dont aucune ironie ne saurait décevoir les clairs enchantements ».\n   Marcel Vanderauwera, qui vient de donner la mesure de son talent qui\nmonte, en publiant Le Tabernacle d'Amour, en qui Ivan Gilkin faisait remar-\nquer un curieux mélange de mystique et de profane.\n   Maurice Lesigne, un ami de la première heure, quoique un peu étranger\nà notre vie commune et quotidienne qui a publié ces jours-ci La Saison\ndes Fées, où nous retrouvons les petits poèmes publiés dans l'Auberge : tem-\npérament ailé, mais si loin de nos fièvres et de nos ardeurs, frissons à fleur\nd'épiderme, impressions fugitives, frivoles musardises, mais combien exquises\nsouvent.\n   Maurice Noulet, écrivain de tendances classiques et très françaises, qui nous\na donné quelques poèmes dans la note XVIIIe siècle et une remarquable rêve-\nrie sur le mont Sainte-Odile, en Alsace, où la plasticité de la phrase rivalise\navec l'éblouissement des yeux. Cette étude, bien que parfaitement originale,\nfait songer aux belles pages de la Colline inspirée.\n   Je n'oublierai pas Jean Redan, qui a porté le nom des aubergistes sur la\nscène du Théâtre belge, avec son acte : Le Mirage d'Or, qu'il écrivit en colla-\nboration avec Maurice Georges.\n   Avec votre serviteur, tel est le noyau actif de l'œuvre. Quelques collabora-\ntions étrangères nous vinrent, mais plutôt rares.\n   Feuilletez tous les fascicules de ces deux années, vous y trouverez les mêmes\nnoms, témoignage indéniable d'une activité dont on ne pouvait douter.\n   Que sortira-t-il de ce groupe : Dieu seul le sait.\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1227, "texte": "                 LA B O N N E A U B E R G E   DES   ESCHOLIERS                345\n\n   La vie va s'ouvrir pour nous au seuil de cette université où nous avons vécu\nces heures décisives et bonnes.\n   La divergence de nos disciplines nous entraînera sur des routes différentes.\n   Les Aubergistes d'aujourd'hui seront demain dispersés : mais d'autres vien-\ndront, qui les remplaceront, les générations montent et de chacune d'entre\nelles peuvent sortir les sincères et les ardents qui continueront à se réunir à\nl'Auberge pour y refaire les mêmes gestes à l'heure accoutumée.\n   La bonne chanson d'espoir et d'illusion sortira de cette maison qui nous est\nchère. La jeunesse de demain ne démentira pas les espérances que les aînés\nont mises en leur amour profond des choses belles.\n   Et nous, les fondateurs, nous nous y retrouverons souvent encore pour nous\ny reposer des luttes de la vie; nous y referons le pieux pèlerinage et nous n'aban-\ndonnerons pas la chère maison où nos premiers rêves ont mûri, aux vitres de\nlaquelle nous avons posé nos fronts brûlants des fièvres de l'espoir et du\ntravail.\n   Et où nos yeux se sont ouverts à la Lumière...\n\n                                                           FREDDY LEJEUNE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-013", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 346, "page_fin": 348, "titre_corps": "Entre l’Olympe et le Taygète", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "E. de B.", "ancre_debut": "Entre l'Olympe et le Taygète (I) Nous arrêtant l'été dernier dans l'Auberge", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 409, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 2096, "texte": "Entre l'Olympe et le Taygète (I)\n    Nous arrêtant l'été dernier dans l'Auberge de la Belle-Hélène\nde Ménélas, à Mycènes, nous eûmes la surprise de nous y faire\nservir des boîtes de sardines marquées au nom d'un négociant\nde Binche (Belgique). Cela' nous donna une idée avantageuse\ndu zèle avec lequel les agents de S. M. le roi des Belges sou-\ntiennent notre expansion économique dans le Péloponèse.\n    Aussi, quand j'ai vu paraître un livre de M. Joseph Mélot,\nnotre Ministre résident à Athènes, l'ai-je, aussitôt découpé avec\nune curiosité impatiente et prévenue.\n   Entre l'Olympe et le Taygète ! Que de paysages rugueux\net pathétiques ce titre évoque; quels souvenirs crispants et\nexaltés il ravive! Non licet omnibus adire Corinthum... (comme\nnous disions tandis que notre voiture s'enfonçait dans le torrent\nde boue qui cachait la route de Loutraki et avait recouvert tout\nl'isthme un jour de pluie!) et entre ceux qui en sont revenus, il\nsemble qu'il se noue comme un lien occulte, celui qui ratta-\nchait les uns aux autres les compagnons du T o u r de F r a n c e ou\nles pèlerins de Terre-Sainte. Cette solidarité avec des passants\nde la même nation, je puis assurer que nous la ressentîmes, par\nexemple, certain soir où, brisés par une journée de mulet à\ntravers des éboulis et au long de sentiers de schiste, nous décou-\nvrîmes sous le sofa Récamier sur lequel nous allions passer la\nnuit, le livre des hôtes d'Hosios Lukas et que nous y déchif-\nfrions les signatures pâlies de compatriotes: Jean de Mot,\nE r r e r a , Berchmans, Daxhelet, Hennebicq... Ah! ils étaient\nvenus apprécier avant nous la pieuvre séchée, le fromage pétri-\nfié et le vin à la résine offerts par le saint higoumène... Il y\navait dès lors quelque chose entre eux et nous. E t . allant droit\nà la table des matières du volume de M. Mélot, je me deman-\ndais cette fois : Aurait-il, lui aussi, traversé les gués de\nl'Alphée? A-t-il vu Phigalie? Serait-il entré dans la Grotte\ncorycienne? Connaîtrait-il le caloyer du mont Ithôme?\n\n (1) Par JOSEPH MÉLOT. I roi. de 309 p. illustré de 6 gravures. Paris, Plon.\n"}, {"page_pdf": 410, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "                 ENTRE L'OLYMPE ET LE TAYGÈTE                     347\n\n\n   Ce livre de M. Mélot m'était ainsi, d'avance, sympathique.\n   Il y a des façons de consigner ses « réactions » grecques.\n   Celle de M. Louis Bertrand, par exemple (La Grèce du soleil\net des paysages), qui le prend sur ce ton : Les hommes, en\nsomme, ne changent pas sensiblement : cet agoyate qui va\nboire à la source sous le platane, ces vignerons qui entonnent\nle vin noir dans des outres, ces rustres qui dansent sur l'aire\nronde, ces pèlerins qui déballent leurs victuailles autour d'une\nniche de Saint Basile, voilà effectivement des Hellènes de la\nmeilleure époque. Mais, d'autre part, voyez donc comme toute\ncette Grèce est orientale, et ces nobles ruines blanches, plus\non les considère, ce qu'elles redeviennent bariolées et grouil-\nlantes! enceintes encombrées d'édicules polychromes, souks et\ncimetières, tout j u s q u ' à la frise des Panathénées qui vous lève\nle cœur comme le relent du sang parmi les mouches chez les\nbouchers de D a m a s . . .\n   M. Barrès, lui, raisonne avec une pénétrante obstination\n(Le Voyage de Sparte) : Il n'y a pas matière ici, tout bien consi-\ndéré, à tirer une leçon à l'usage de l'univers; je ne constate\nqu'un phénomène local incommunicable. Il me dépasse sans\ndoute, mais je suis trop loyal pour me hausser en affectant d'en\nêtre d u p e . J'ai, décidément, trop de cœur. Il faut bien, néan-\nmoins, que j ' a p p r é c i e les jeunes filles de Lacédémone puis-\nqu'elles enfantent des bataillons scolaires. (Cela nous manque,\nen effet, en France, pour sauver la culture occidentale de la\nbarbarie allemande)... Laissez donc, en Grèce, que je me grise,\nselon mon t e m p é r a m e n t , du souvenir romantique de ces barons\nde Morée qui n'ont pas dû manquer de se ménager dans leurs\ncasemates des harems frais où palpitaient de longs cils noirs.\nLe seul, après tout, dans les pas de qui il serait de ma dignité\nde marcher tout droit, c'est encore cet Odon de la Roche, duc\nd'Athènes et de T h è b e s , qui est enterré à Seveux, aux bords\nde notre S a ô n e . . .\n   Il y avait encore moyen d'étreindre les colonnes à la manière\nde M. M a u r r a s (Anthinéa) ou d'analyser psycho-physiologique-\nment avec M. André Beaunier le Sourire d'Athèna.\n   La façon de M. Mélot est, évidemment, beaucoup plus ordi-\nnaire, et pour éviter la banalité, notre auteur prend la peine de\ns'observer. Mais pareille contrainte littéraire me semble fort\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1569, "texte": "348                         DURENDAL\n\n\n décente et préserve le lecteur des racontars puérils et des\ndétails sans retentissement du voyageur occupé de sa propre\npersonne : la fièvre du Chateaubriand de l'Itinéraire et le mal\nde mer du L a m a r t i n e du Voyage en Orient sont devenus vul-\ngaires dans toute une littérature « touringuiste ».\n   M. Mélot a su lire avec application et regarder avec lucidité :\nQuand il explique la situation des moines ou l'état du brigan-\ndage, quand il prévoit l'avenir agricole de la Thessalie, ses\ndonnées ont la tranquille assurance d'un honnête rapport con-\nsulaire; mais qu'il se promène à Mistra, on peut le louer\nd'avoir feuilleté l'histoire byzantine — à laquelle s'était déjà\nintéressé un autre de nos diplomates, le Baron E m i l e de\nBorchgrave (Croquis d'Orient : Fatras et l'Achaïe) ; — et le\nsouvenir de convenables humanités lui procura fatalement une\ncitation de Sophocle au moment où il débouche au carrefour du\n« triodos » et une allusion aux banquets homériques en voyant\ntourner des cochons de lait sur une broche de bois. Ni un vain\nrécit d'excursions, ni une thèse historique, ni une œuvre d'art\nlittéraire, le livre de M. Mélot forme une suite d'intéressantes\nréflexions, toutes normales chez un h o m m e cultivé.\n   Ceux qui ont eu l'aride bonheur de vivre en Arcadie, rouvri-\nront volontiers ce volume à de certains soirs sous la lampe où\nl'on sent l'irrésistible besoin de déployer des cartes et de revoir\nles épreuves mal virées des Kodaks.\n\n                                                      E . 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J'étais alors un écolier de province\n                        aux yeux trop clairs. Chaque soir me conduisait vers de\n                        grises banlieues où la lampe du souper m'appelait à la\n                        tonnelle. De ferventes amitiés m'attachaient au souvenir\n                        de lointains camarades que l'office du matin courbait\n                        devant la Vierge à la chapelle. Un plumier de cuir\nsautait à chaque pas dans mon sac vide. Je poussais du pied une même\npierre le long des chemins montants. Les hirondelles se noyaient dans le\ncrépuscule.\n   Un obscur souvenir m'attache aujourd'hui à l'histoire d'un enfant de\nBordeaux. La maison de la place Pey-Berland m'évoque le cercle désuet de\nsa famille : la grand'mère dont l'image pâlit encore dans nos albums, la tante\narrière et taciturne, l'oncle voyageur, une vieille lille austère et maladroite, une\ndélicieuse cousine, dont nous aimons jusqu'aux caprices et qu'on appelle\nCamille. Le petit garçon mélancolique et tendre ne verra plus le sourire\nmaternel se pencher sur le sommeil de son adolescence : sa sixième année a\nconnu les habits de deuil. Son père, hanté par les couleurs, l'avait déjà quitté\npour aller peindre aux îles lointaines de bizarres lumières : un paquebot\nfumeux l'avait emporté sous la houle, loin d'une femme à l'agonie.\n   Aux approches de la première communion, l'orphelin s'enchante aux récits\nde la Comtesse de Ségur. Il sait par les images de Bertall que Sophie de Rean\net Madeleine de Fleurville ont des pantalons qui dépassent un peu les robes.\nIl entreprend une lecture comme on commence un grand voyage. Il ne\nsouhaite rien à cette époque avec assez de fièvre pour l'obtenir au prix de la\nplus légère peine. D'incertaines tendresses ont ému son cœur inquiet : il\nregarde le plafond pour empêcher ses larmes de couler; sur le balcon il joue\nà se pencher.\n   Plus tard, Zénaïde Fleuriot agitera dans son âme, aux nostalgies des soirs\nde fêtes, de vagues sentimentalités. Les paroles des livres anciens revivront\ncomme des bulles sur une eau calme : « Tu dormais dans mon cœur et je\nn'osais te réveiller ». Grisé de lecture, à quinze ans, il médite les Sources du\nPère Gratry et découvre dans le même temps toutes ces âmes ardentes et pures\nque l'amitié exalte plus que l'amour : Henri Lacordaire, Charles de Monta-\n\n  (1) Paris. Grasset, éditeur.\n"}, {"page_pdf": 413, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3304, "texte": "350                               DURENDAL\n\n\nlembert, Albert de la Ferronnays, Alexandrine d'Alopeus, Eugénie de Guérin.\n Il délaisse Musset pour Verlaine, Hugo pour Baudelaire, et Barr7s va hanter\nl'émoi divers de son adolescence.\n    Déjà les atlas bariolés, où d'anciens pastels tardent le bout des doigts,\nvoient se pencher le front du futur bachelier. Camille est une jeune Fille aux\nformes longues et aux yeux battus. Une précoce tendresse se lève en lui. Il a\nconnu aux heures nocturnes des allées Damour de blêmes visages dont le rire\nsecouait les piupières. Mais il reste un adolescent gonflé de sanglots derrière\nun pilier de la chapelle. L'Abbé Maysonnave l'entretient dans le goût de la\nperfection. Il a l'orgueil d'être chaste. Il s'enfièvre au sourd travail des quais\nquand, devant l'eau noire, il imagine de vibrants départs vers les îles. La rade\nvoit passer des blanches mouettes qui s'éternisent. La volupté de souffrir\nl'étreint : le malheur parce qu'il est autre chose se mue en joie.\n    Le voici perdu au long des grandes vacances dans le domaine magnifique.\n La maison d'Oulisanne le reçoit un soir d'été, dans l'ineffable émoi de la\nseizième année. Camille a pris un chapeau de soleil bordé de clairs rubans,\ncomme les jeunes filles des romans anciens. Chaque soir, les cousins font\nensemble le tour des gazons et le ciel est une immense prairie semée de fleurs\nde pissenlits. Une lune énorme monte au delà des vignes, entre deux peupliers\ngrelottants. Les lampes font au travers des volets de lumineuses traînées où\nles enfants s'immobilisent : une même langueur les incline l'un vers l'autre.\n    Déjà les vacances finissentqu'ils s'enivrent à peinede leur amour. L'Automne\nélargit les flaques où le ciel frémit. Bordeaux voit les familles lever les stores\ndes maisons où l'on rentre. Mais un ami de collège, dont la sœur est en\npension aux Dames du Sacré-Cœur, fait passer les lettres de l'étude des Pères\nau parloir des couventines. Quand le subterfuge se découvre, on envoie l'ardent\njeune homme réfléchir en Bavière.\n    Tout voyage décent doit conduire à Paris. L'enfant de province y descend\nun soir. Un Carlton de haut style recueille sa lassitude. Une comédienne,\nqui s'est éprise de lui, en deux jours lui tourne la tête. Il connaît au pavillon\nd'Ermenonville les soupers équivoques où les tziganes font chanter les désirs\naux cordes des violons. Mais une nostalgie l'envahit : déjà la loi morale\nn'est plus au fond de son cœur.\n    Il rentre précipitamment à l'hôtel; un télégramme le surprend, qui lui\nmande l'agonie de sa grand'mère et le rappelle à Bordeaux. L'image de\nCamille l'émeut alors avec une obsédante douceur : il la revoit, adolescente\npassionnée dont les lèvres maladroites l'anéantissaient avec des baisers d'une\nminute.\n    Oulisanne recueille la famille désemparée. La chapelle, où grand'mère\néchangeait avec sœur Marie-Henriette d'interminables ave, voit un nouvel été\nbrûler les vitres sales. Camille, chaque jour plus distante, s'éloigne du sou-\nvenir de son amour. Sa voix a pris l'inflexion ménagère des bourgeoises du\nlundi. Le notaire Castagnède doit vendre le vieux domaine que l'oncle a com-\npromis par de folles débauches. Un écriteau se penche au niveau de la haie\ndans le crépuscule... Oulisanne vendu, et Camille qui ne connaît plus son\n"}, {"page_pdf": 414, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "                             LA ROBE PRETEXTE                               351\n\n\ncœur! Toute son enfance s'évanouit avec le bel été. Une toge plus virile rem-\nplacera demain la robe prétexte. Il s'inquiète de ses bagages...\n   François Mauriac me ramène ainsi aux jardins de mon enfance.\n   Une précoce amertume m'attendrissait hier aux chaînes dont Jean-\n Paul s'était libéré. L'image de ce jeune homme inquiet éveillait en moi\nd'obscures détresses. D'inapaisables fièvres me soulevaient au récit des\nangoisses passées... Je préfère aujourd'hui ce nouveau livre qui m'incline aux\nplus pures émotions dont mon cœur frémissait aux pages des Mains Jointes.\nJ'y retrouve le pâle et doux visage de cet ami défunt dont le poète chantait\nalors l'ineffable amitié et la sombre agonie. Il évoque aujourd'hui l'âme d'un\njeune homme étrange et nostalgique qui fait songer à Charles Demange.\n   « José Ximénès est mort et qui se souvient de lui? Les toits sont à l'infini\nécrasés de brume et de fumée. Il est quatre heures et déjà les lampes s'al-\nlument. Je regarde mes gravures et mes livres avec un sentiment inconnu de\ndétresse. Je brûle une cigarette et ce m'est une occupation suffisante. Mon\ncœur se pose sur chaque objet comme si, après un voyage, il en reprenait pos-\nsession... Mon cœur se rappelle une chambre où l'odeur inquiétante flottait\nde cire et de violette — une odeur trop douce dont on a peur qu'elle en cache\nune autre. Deux religieuses remuaient les lèvres. Mon ami était à jamais\nimmobile.\n   Après deux ans de silence, José m'avait écrit qu'il finissait à la trappe de\nSept-Fons une retraite. Il m'avertit de son retour. J'allai le chercher à la\ngare. Une toux sèche le secouait.\n   — Tu es malade ? lui dis-je.\n   Il souriait, le regard perdu — et je me souviens qu'il me répondit avec ces\nvers de Laforgue :\n\n                   Oh ! couvre-toi, je t'en conjure,\n                   Oh!je ne veux plus entendre cette toux !\n\n  J'eus la certitude qu'il était perdu. A chaque visite, je le sentais s'éloigner\nde moi.\n   — Une seule chose importe, me disait-il, qui est de faire une bonne\nmort...\n   — Tu ne regrettes rien?\n   — Rien...\n   — José, m'écriai-je, vas-tu me quitter sans une larme?\n   Il me regarda et me dit doucement :\n   — Je ne te connais pas.\n   Sa main s'arrêta sur mes cheveux.\n   — Pourquoi pleures-tu? Je n'ai eu de toi, tu n'as eu de moi que la plus\nvaine apparence. Attends que nous nous reconnaissions dans la lumière du\nPère...\n   Il ferma les yeux. Sur les tentures grises des murs, nul ornement que la\nface du Christ. Des étoffes de Perse noir et or voilaient les étagères où étaient\nrangés les livres. Le visage de mon ami se contracta :\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2130, "texte": "352                               DURENDAL\n\n\n   — Tu souffres, lui demandai-je, veux-tu boire?\n   Il me fit signe que non. Puis, d'une voix lointaine, il me dit :\n   — Mets-toi au piano et joue. Joue ce que tu sais par cœur, afin de ne pas\nallumer les bougies...\n   Il ne perdit rien de son agonie. Il demeura assis sur son lit, haletant, le\nvisage mouillé de sueur, ne considérant plus du monde qu'un humble vicaire\nde Saint-Sulpice, et une croix de cuivre. Sa tête creusait l'oreiller comme\nune tête morte. Il suffoquait. J'ouvris la fenêtre. Déjà le ciel blanchissait :\n   — J'ai revu l'aube... murmura-t-il dans un souffle.\n   Aucun visage de femme ne se pencha sur cet enfant qui allait mourir. »\n   Je songe à l'Elève Gilles d'André Lafon. Le père de Gilles est frappé d'une\nsombre folie : la griserie des musiques le hante. Le père de celui dont la jeu-\nnesse nous émeut aujourd'hui, inquiet de nuances nouvelles, s'en va mourir\naux îles tahitiennes. Ses toiles font surgir à Paris les Américains de passage\nqui ramassent à prix d'or de bizarres fantaisies. — Cette histoire me rappelle\ncelle de Gauguin...\n  Je trouve dans ce roman des notations dont le charme me conduit à des\nvers récents :\n\n            Déjà c'est la saison où l'herbe que l'on fauche,\n            Reste sur la prairie et parfume le soir.\n\net le souvenir de la Maison Pauvre revit encore dans ce geste qui m'inquiète :\n « Je poussai les volets de mes bras écartés. »\n   Ce livre suffirait à me faire aimer les vertus magiques de Barrès ; — mais\nje préfère garder mon attention à cet enfant catholique et bordelais, élevé dans\nla maison de la place Pev-Berland. Des femmes pieuses, dépourvues de tout\nlyrisme, lui ont appris la poésie. L'image de Camille, contre toute souillure,\ngarde son cœur enivré de cantiques. D'anciens vers me reviennent à la\nmémoire :\n\n          Mon Dieu, c'est bien celui que des soirs anciens\n          Menaient vers Vous à la chapelle du collège.\n          Et dont l'âme, captive et frêle en vos liens,\n          Etait blanche comme un paysage de neige...\n\n                                                 ROBERT SILVERCRUYS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-015", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 353, "page_fin": 360, "titre_corps": "Chronique artistique du mois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique Artistique du Mois                                 La Musique    Audition de m", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 416, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "Chronique Artistique du Mois\n                                La Musique\n   Audition de m u s i q u e belge au Conservatoire. — Toute\nla presse a rendu hommage à M. Léon Du Bois, qui est décidément un esprit\nde progrès, ami des innovations heureuses. Initier les jeunes élèves de notre\nConservatoire à la musique contemporaine, en même temps qu'on fonde leur\néducation artistique sur l'étude des grands maîtres classiques, leur apprendre\nsurtout à connaître et à aimer les artistes de leur pays, en dépit du préjugé\ndéplorable que vous savez, voilà qui est parfait, et c'est une idée dont il faut\nféliciter grandement le nouveau Directeur. On savait bien que, malgré le zèle\ndes professeurs qui ont préparé et dirigé ce concert, MM. Van Dam et\nMari voet principalement, ce n'était qu'une audition d'élèves dont on ne pou-\nvait attendre la perfection, mais dont les qualités seraient d'autant plus inté-\nressantes à constater. Eh bien ! comme telle et à titre de première épreuve,\ncette audition a été remarquable et pleine de promesses. Son succès engagera\nM. Du Bois à persévérer dans cette voie.\n   Au programme figuraient d'abord : un Hymme d'amour, à deux voix (Mesde\nmoiseiles Devrin et Claeys), de M. L. Van Dam, dont nous n'avons guère de\nbien à dire; et un motet de M. De Boeck: O beata Mater, pour soprano\n(M1le Van Kerkhove) et chœur, d'une jolie ligne mélodique, d'assez faible\nintérêt cependant, beaucoup moins marquant que d'autres compositions\njustement estimées de cet excellent musicien.\n   Mais arrivons à des œuvres de plus haute importance. Voici une Rapsodie\nwallonne pour piano et orchestre, de M. Biarent, qui valut à l'auteur et à sa\njeune et talentueuse interprète, Mlle Van Halmé, un très spontané succès.\nCette fantaisie sur des thèmes populaires wallons est réellement très distin-\nguée, pleine de verve, et finement écrite; l'architecture n'en est pas très appa-\nrente, d'où ,je crois, l'impression de longueur et de décousu que fait éprouver\nparfois la succession de ces petits tableaux sonores juxtaposés; mais c'est\nconstamment de la jolie musique, élégante et de bon goût.\n   Plus séduisante encore est la Christine, du regretté Gustave Huberti ; com-\nmentaire symphonique extrêmement délicat et senti, bien joliment roman-\ntique, du poème de Leconte de Lisle qui fut dit non sans talent, quoique de\nfaçon trop affectée, par Mlle Van Gertruyden.\n   L'Adagio pour cordes, de Lekeu, est assez connu et justement admiré pour\nqu'il n'en faille point disserter. Que lut donc devenu, s'il n'était point\nmort à vingt-quatre ans, un tel artiste, qui nous laissa, comme « œuvres de\njeunesse », sa fameuse Sonate de violon et son Quatuor inachevé?\n   Le Cortège héroïque de M. Vreuls est aussi une œuvre de jeunesse, qui\n\n                                                                           4\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3670, "texte": " 354                                    DURENDAL\n\n\n\n  date de 1894, quand l'auteur avait 18 ans. Elle est rudement bien campée,\n  cette page d'orchestre et « sonne » magnifiquement; d'allure et de couleur,\n  elle rappelle un peu l'ouverture des Maîtres-Chanteurs. Depuis lors, on sait\n  que M. Vreuls, qui dirige aujourd'hui avec grand talent le Conservatoire de\n  Luxembourg, s'est brillamment développé et a écrit des œuvres d'invention\n  très originale, telles que Werther, une Symphonie avec violon principal, une\n  Sonate pour piano et violon, etc. On dit le plus grand bien de son opéra\n  Olivier-le-Simple, que la Monnaie devrait nous donner bientôt. Mais, dans ce\n morceau-ci déjà, quel éclat et quelle sûreté de main !\n     Nous devons nous arrêter plus longtemps à l'œuvre qui ouvrait le concert,\n l'oratorio Purgatorium, de M. Jos. Ryelandt. Ce fut la grande, l'émouvante\n impression de la séance, celle qui absorba en quelque sorte les autres. Les\n grandes compositions religieuses du maître brugeois ont un accent de sincérité,\n une abondance mélodique, une effusion lyrique vraiment prenantes et qui les\n rend originales ab intus, pour ainsi parler, c'est-à-dire par le sentiment inté-\n rieur qui les anime, et non par des procédés d'écriture plus ou moins voulus.\n    Ce sentiment profond et serein s'extériorise en des mélodies pures, can-\ndides, pleines d'âme qui, pour ne point accuser de nouveauté rythmique ou\n harmonique, n'en portent pas moins la marque de leur auteur.\n    Depuis dix ans, c'est-à-dire depuis cet oratorio Purgatorium — le premier\nde ceux qu'il fit éditer et qui furent exécutés — l'art de M. Ryelandt a con-\nstamment gagné en force, en distinction, en noblesse, en profondeur, tant\ndans le domaine instrumental que dans le domaine choral. Les oratorios plus\nrécents : l'Avènement du Seigneur, Maria, le Bon Pasteur (1) sont, au point\nJe vue de la facture et de l'intérêt musical, nettement supérieurs au Purga-\ntoire, à qui l'on peut reprocher parfois un peu de monochromie et le retour\ntrop fréquent d'un même thème. Mais, ici comme dans les œuvres suivantes,\nc'est l'émotion sincère, vraiment inspirée, qui frappe; et il faut bien avouer\nque c'est ce qu'on a le plus rarement l'occasion d'admirer dans les compositions\ncontemporaines, lesquelles brillent beaucoup plus par l'ingéniosité formelle, la\nmaîtrise orchestrale, la recherche des effets sonores. Comme l'a dit fort bien\nM. Van den Borren dans l'Indépendance belge (28 mai 1914), ce sont « des\npartitions de belle envolée où l'esprit chrétien de M. Ryelandt s'extériorise\navec une magnifique sincérité et une sensibilité des plus raffinée... Il n'y a\nrien dans ces pages sereines et pures qui vienne altérer ou diminuer la noblesse\ndu thème poétique. Le style en est d'une rare élévation et l'inspiration d'une\naisance sobre et tranquille. » On sent, à la manière nette et franche dont\nl'auteur construit une page symphonique ou chorale, dont il traite et déve-\nloppe à fond une pensée mélodique, qu'il s'est donné une formation robuste-\nment classique à l'école de Brahms, et surtout de César Franck (2) le grand\n\n  (1) Il travaille en ce moment à un grand oratorio en cinq parties, intitulé Agnus Dei.\n  (2) M. Ryelandt est, je crois, le seul de nos musiciens flamands qui se soit maintenu\ncomplètement en dehors de l'influence de Benoit et accuse plutôt celle de César Franck.\nC'est sans doute parce que cette parenté franckiste est considérée comme l'apanage exclusif\nde nos compositeurs wallons que M. Schering (Geschichte des Oratoriums) et M. W. Niemann\n(Musik und Musiker des 19. Jahrhundirts) ont commis l'erreur de ranger le maître brugeois\nparmi les wallons.\n"}, {"page_pdf": 418, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3080, "texte": "                   CHRONIQUE ARTISTIQUE DU MOIS                               355\n\n\nmaître moderne de la construction tonale et cyclique, — et que l'impres-\nsionisme debussyste, malgré sa séduction, n'a pas eu de prise sur lui. Les\nbeaux chœurs, les majestueux ensembles abondent dans ses œuvres ; il excelle\nplutôt néanmoins, on l'a souvent remarqué, dans les pages profondément\npieuses et mystiques, dans le plus noble lyrisme religieux (voyez la seconde\npartie de l'Avènement du Seigneur, la quatrième partie de Maria, les dis-\ncours du Bon Pasteur).\n   A cet égard, le sujet du Purgatoire, — dont le texte est formé de versets\ndes Psaumes très heureusement groupés, — lui convenait merveilleusement.\nSujet tout de sentiment où l'auteur n'a cherché matière à aucune évocation\npittoresque (dans le genre, par exemple, de l'admirable tableau des limbes\npar quoi s'ouvre la Francesca da Rimini de Gilson), où il a vu exclusivement\nune situation d'âme, un drame psychologique, l'opposition (il faudrait dire\nla fusion) de la douleur et de l'espérance, du désir de Dieu et de la joie de\n Le toucher presque. Dès le très impressionnant prélude, les deux idées s'op-\n posent de façon émouvante et durant les quatre chœurs, les deux interludes\net les deux chants de soprano qui suivent, l'impression de joie lumineuse va\ncroissant jusqu'au chant final de l'âme délivrée atteignant le seuil du paradis.\n   Mlle Jennar, qui chanta la partie de soprano solo, a une fort belle voix,\n que j'eusse voulu plus émue dans ce rôle émouvant. Et les jeunes élèves\n des classes de chœur et orchestre, sous la direction de M. Van Dam, ont très\n convenablement exécuté cette belle œuvre, comme d'ailleurs toutes celles qui\n formaient le programme de cette très intéressante séance. Auteurs et interprètes\n furent copieusement applaudis.\n                                                                        C. M.\n\n\n\n                             Les Salons d'Art\n\n   Musée Moderne : Sculpteurs et peintres de la figure. —\nNouveau groupement assez disparate, où quelques individualités s'affirment.\nVoici de charmantes compositions de Ramah, toujours sobre et distingué ;\nl'Attaque et l'Elagueur sont d'un joli style, avec d'agréables finesses de coloris.\nJ'ai dit déjà, le mois dernier, toute la légère exactitude des dessins et spécia-\nlement des portraits de Ramah. Langaskens ne semble pas dans une très heu-\nreuse période; Sterckmans est agréable, mais terriblement monotone ; Van\nBelle possède son métier, mais n'en est pas moins antipathique; Servaes, enfin,\nreste plein de promesses : il réunit pour la première fois à Bruxelles un\nensemble qui permet d'apprécier son labeur. Il se complaît dans la ferveur des\ncrépuscules ou parmi les faucheurs de Laethem-Saint-Martin, qu'il suit aux\nchamps pour étudier leurs attitudes. Les quelques esquisses ici présentes\ntémoignent d'un travail quotidien et volontaire, d'une continuelle intimité de\nsentiment avec les campagnards rudes et bons de la Flandre mystique. Le\npays aussi se transfigure dans l'imagination du jeune peintre et parfois il nous\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": " 356                               DURENDAL\n\n\n en crée des tableaux si complets qu'ils nous apparaissent avec la vérité de\nsymboles : regardez, par exemple, le large paysage au fusain qui domine la\ndramatique Résurrection de Lazare ou cette tranquille étude de lumière noc-\nturne : Marie et Joseph à la veille de Noël. Quoique respectueux toujours de\nla nature, Servaes s'essaye aussi à un art de simplification émouvante, et c'est\nson cœur surtout qui parle dans sa Visitation, baignée d'une chaude atmo-\nsphère intime, dans son Mourant, dont le tragique fait presque oublier quel-\nques gaucheries de technique. L'inspiration de toutes ces œuvres est des\nplus haute : le sol, les hommes et la Foi qu'il aime, voilà ce que chante le\npeintre, d'une voix hésitante parfois, âpre souvent, mais avec une piété qui\ncommande le respect.\n   Parmi les œuvres de sculpture, retenons le masque tourmenté et si vivant\nde Jules Destrée, par A. Bonnetain, et de bons morceaux de Paul Stoffyn et\nMarcel Rau.\n                                          *\n                                      *       *\n\n   Les Indépendants de Paris. — M. Giroux est allé choisir au\ndernier Salon parisien les œuvres les plus représentatives des tendances\n actuelles. Nous devons lui savoir gré de cette attention : une fois de plus, on\na pu constater que Bruxelles est terriblement en retard et, sans le propriétaire\nde la coquette galerie, notre ignorance des dernières découvertes artistiques\nserait presque complète. La veille de l'exposition, M. René Jean vint à l'Uni-\nversité Nouvelle nous entretenir des « fauves » et des cubistes, et quelques\njours après, au Salon même, le peintre A.-F. Mac-Delmarle, à l'issue d'une\ncauserie intitulée : Cubisme, orphisme, futurisme, se donnait la peine de\nnous expliquer, du ton le plus convaincu, ies plus mystérieuses toiles, les plus\nfantastiques sculptures des jeunes écoles. Dire que cet art du dernier bateau\nest maintenant sans secret pour nous serait exagérer notre capacité cérébrale,\nmais ce début d'initiation permet aux hommes de bonne volonté d'aborder les\nœuvres nouvelles sans trop d'ahurissement. Et même sans goûter la joie d'ad-\nmirer, nous aimons éprouver la satisfaction de comprendre... ou d'entrevoir.\n   Je ne veux pas aujourd'hui m'arrêter longuement devant les « passéistes »,\nvoisins paisibles des fougueux novateurs. Je dirai cependant toute la maîtrise\nd'un Fornerod, peintre solide, distingué, joyeux, que Rougeot et Béchet s'ef-\nforcent à suivre ; je signalerai Chez la modiste, belle toile vivante et juste\nd'Henry Ottmann ; je citerai les paysages cézanniens de Raymond Billette,\n les fleurs de Mlle Cousturier, la Marine croustillante de Hans Ekegardh ; je\n n'oublierai point la Vierge à la halette, de Marcel Lenoir, tableau — j'allais\n écrire vitrail — plein d'élégance et de sobriété, Puis, bien que sollicité par le\n charme de Peské et Sivade, par le « fauvisme » assez admissible de Kristians,\nj'irai droit aux cubistes.\n    Mais d'abord, une remarque : Si nous sommes souvent désorientés devant\nles productions hardies, c'est que nous y cherchons ce que l'auteur n'a point\n voulu y mettre. Il ne faut pas attendre des cubistes la joie d'une coloration\nsavante ou riche. La forme seule les a préoccupés pendant ces derniers temps.\n"}, {"page_pdf": 420, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3523, "texte": "                    CHRONIQUE ARTISTIQUE DU MOIS                              357\n\n\nEtant admis, en outre, que lorsque Metzinger peint une femme, le profil ne\nl'intéresse pas plus que la face, nous pouvons regarder son Portrait et consi-\ndérer d'un œil amusé les différents aspects de cette tête sans expression ou les\nchapeaux divers dont l'auteur l'affuble. Metzinger a voulu réunir ces éléments\net les superposer. A-t-il réussi? Peut-être. Mais le but qu'il vise n'est pas\nbien haut.\n    Le Portrait d'homme, de Villon, est plus mouvementé, c'est-à-dire qu'on\nn'y voit rien en somme, tout en devinant beaucoup. Est-ce l'idéal du peintre?\n    Parmi les artistes à tendances souvent divergentes, groupés autour de\nMetzinger et se réclamant de Cézanne, M1le Bailly mérite une place spéciale;\nelle réussit à donner d'une façon vraiment nette l'impression du mouvement.\nPersonne ne doit rester insensible devant le Patinage du bois, demi les couleurs\nmême ont conservé une jolie fraîcheur.\n    Avant de nous diriger vers l'orphiste Picabia, il convient d'expliquer la\ngenèse de sa Chanson nègre. A New-York, Picabia est frappé par une mélodie\ntrès langoureuse, exécutée dans un concert nègre. La phrase musicale se\ngrave dans son esprit avec les sensations qui l'accompagnent. Six mois plus\ntard, le peintre compose son tableau. Il ne dessinera ni le chanteur, ni le\ndécor, mais simplement la musique : la mélodie s'exprimera par une ligne aux\ncirconvolutions inégales, la tristesse se dégagera des tons violets, bruns et\ngris; enfin, comme la chanson est nègre, il faudra du noir dans l'un ou l'autre\n coin. Voilà! C'est enfantin, n'est-ce pas? Mais si nous savons que Picabia\n veut simplement « donner de la plasticité à ses sensations », nous convien-\n drons qu'il atteint son but. Et ne dites pas : « Que n'a-t-il un but plus élevé! »\n car il aurait peut-être des difficultés à l'atteindre, et nous regardons avec plus\n de plaisir sa Chanson nègre et sa Culture physique que bien des « croûtes »\n de l'art officiel. J'estime cependant que l'orphisme est voué à une mort pro-\n chaine : c'est un art d'une monotonie désespérante et sans remède.\n    Le futurisme est plus varié; son but est simple : exprimer le mouvement ou\n plutôt le « rythme du mouvement », si cette expression vous semble plus lim-\n pide. La simultanéité, voilà le grand mot de cette intransigeante doctrine. Le\n panneau de Mac Delmarle n'est point désagréable à voir. Il s'intitule: Le Port.\n On lit en grandes lettres à travers sa surface : New-York, Niagara, Compagnie\n transatlantique et d'autres vocables qui nous éclairent le sujet. Mais n'oublions\n pas — car on ne s'en aperçoit pas, dès l'abord ! que cet ensemble mouvementé\n est avant tout une peinture des bruits.\n    De larges traits vert foncé déchirent le ciel comme font les sirènes et les sif-\n flets discordants. Ces recherches sincères ont une certaine noblesse : l'utopiste\n convaincu reste toujours sympathique. Et d'ailleurs, le dessin de Mac Del-\n marle, Catch as catch can, est déjà plus qu'une tentative curieuse, il est\n presque une réussite : on y trouve la fougue, la chaleur, la vivacité d'un assaut\n de boxe et j'ai compris devant ceci les mots : rythme du mouvement... Il est\n vrai que Tintoret et Delacroix, par exemple, m'en avaient depuis longtemps\n révélé le sens. Tous les futuristes s'agitant et pirouettant ensemble n'ont jamais\n rien fait d'aussi « remuant » que le Miracle de Saint-Marc.\n    A titre de revanche, notons que jamais un maître ancien n'a eu l'idée de\n"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3248, "texte": "358                                DURENDAL\n\n\n\ncoller dans ses natures mortes de vieux numéros du Figaro, des bouts de toile\ncirée, ou des étiquettes de boites à cigares. Vraiment, Ferrat et Marcoussis\nn'ont point de précurseurs. (Les organisateurs de la Great Zwans Exhibition\nprotestent cependant contre ce dire.)\n   Je ne fatiguerai point l'intellect du lecteur qui veut bien me suivre, en lui\ndétaillant les intentions du sculpteur Archipenko ou du peintre Bruce. Ce\ndernier, dont la toile : Mouvements, couleurs, l'espace, simultané s'intitule-\nrait avec plus de modestie et de justesse : Couleurs, arrivera bientôt à « sup-\nprimer le tableau ». Il est un précurseur de la peinture par rayons lumineux\nprojetés sur un écran, art qui doit, paraitil, nous donner à un degré intense\ntout le plaisir de la peinture pure, dans une gigantesque « orchestration de\nl'illustration polychrôme...! »\n    Et tout cela, notez-le bien, est basé sur une boutade de Poussin (!) : « La\npeinture a pour unique but la délectation des yeux. »\n    Puisque les futuristes se donnent pour les primitifs du XXe siècle et nous\nprésentent leurs œuvres comme des balbutiements malhabiles, il est honnête\nde suspendre encore notre jugement. « Attendez, crient-ils, vous y viendrez! »\nNous attendrons.\n    Et nos lecteurs excuseront ce trop long commentaire. Il est fait pour\nprouver que nous ne dédaignons pas a priori tout art qui violente un peu la\nnorme et nous écarte des sentiers connus. Il est intéressant de se tenir au cou-\nrant de ces nouveautés... mais elles sont presque toujours d'un vide décevant.\n                                       *\n                                      * *\n\n   Deuxième visite au Salon triennal. — Nous vîmes l'autre\njour les « mystiques ». Dirigeons-nous vers Ensor et sa suite; goûtons par\ncontraste l'allégresse de cette peinture qui dédaigne volontiers toute intention\npsychologique ou morale, pour traduire avec subtilité les jeux de la couleur,\nde l'ombre et du soleil. Nous retrouvons avec une joie croissante les trois\npages magistrales que l'Art contemporain nous montra. Comment résister\nà la séduction de ces harmonies légères? L'Etonnement du masque Wouse peut\nêtre examiné dans tous les détails de sa prestigieuse exécution. Partout, c'est\nla justesse, la liberté d'un pinceau qui court, qui vole sur la toile, mais dirigé\npar un esprit d'une exceptionnelle finesse. Nul n'est plus peintre qu'Ensor,\n aussi semble-t-il bien légitime que tant de jeunes s'enthousiasment pour son\n art. Ils ont souvent des réussites heureuses. Paerels a rarement fait une\n marine aussi immatérielle et fraîche que cet exquis Trois-Mâts d'un bleu\n de rêve. Counhaye nous présente de modestes, mais aimables aquarelles, qui\n nous font songer à un absent, Rik Wouters. Mme Davin groupe avec goût\n les fleurs. De Kat s'affirme très personnel et sobre dans la Convalescente\n surtout. Jefferys est spirituel et heureux lorsqu'il étudie ses Champignons ou\n réussit à faire « tenir » une grande et lumineuse composition comme la Ker-\n messe. Le Bénédicité, de Stielemans, possède une fermeté de bon aloi :\n Par la fenêtre, de Tijtgat, est une œuvre hardie, mais pleine de simplicité\n sincère. Fernand Verhaegen fait toujours se pavaner des Gilles.\n"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3576, "texte": "                     CHRONIQUE ARTISTIQUE DU MOIS                              359\n\n\n     Voilà tout un courant intéressant de notre art; j'oublie des noms — il y a\n  tant d'œuvres ici ! — mais je cherche plus à découvrir les tendances que les\n  personnalités. Souhaitons surtout que cette jeune école se préserve de la négli-\n  gence qu'affectent déjà un Brusselmans, par exemple, ou un Frison.\n    Autre groupe avec, comme chef de file, Emile Claus : le portrait du maître\n  par lui-même songe entre deux très beaux paysages. Je remarque avant tout\n  Mlle Montigny, dont les Pommiers en fleur sont rafraîchissants, Mme De\n  Weert, Edouard Verstraeten, plus décoratif, Guillaume Montobio, Roidot.\n  Ce dernier recherche des harmonisations discrètes, souvent pleines de douceur.\n    Toujours nombreuse aussi la foule des paysagistes timides, chantres mono-\n tones des canaux et des moulins, des ruelles et des béguinages. Beaucoup se\n contentent de la médiocrité qui plaît au public. Quelques-uns, tels un Opso-\n mer, un Viérin, un Cassiers, un Reckelbus, s'élèvent au véritable talent.\n     Franz Hens et Baseleer occupent les places d'honneur : Les voiliers blancs\n de celui-ci font un noble pendant à La dernière étape de celui-là. Le Matin de\n  Franz Hens nous montre le chantre du port sensible à la poésie mélancolique\n des saules et des prairies de nos polders. Paulus, dans le pays houiller,\n découvre des aspects et des colorations qui souvent rappellent les docks\n anversois.\n    Enfin, voici la jeune Wallonie qui suit ses maîtres : Rassenfosse ici présent,\n  Donnay qui se reflète dans les paysages de Guilbert et dans les douces impres-\n sions florentines de Henri Anspach. Il serait difficile de préciser l'originalité\n de ces peintres. Ils sont ici bien peu nombreux et très disséminés ; mais certes,\n ils nous font aimer et sentir le caractère de leur race. Le Hameau ardennais\n de Georges Lebrun est l'un des plus jolis morceaux de cette série.\n    C'est toujours une joie de retrouver les frais bouquets si harmonieusement\n composés par Mlle Ronner et ceux de M me Cambier, exécutés avec une légè-\n reté, mais aussi une science de grande artiste. Les natures mortes de Léo Jo,\n les fleurs de Blandin et Remy Havermans procèdent un peu du même esprit\n libre et joyeux, amateur des tons francs. Le Dévidoir d'Albert Claes fait un\n heureux vis-à-vis à la Tarte aux prunes de Latinis.\n    En dehors de ces groupes que je me plais à signaler avec un certain arbi-\n traire sans doute, plusieurs maîtres s'affirment, forts d'une personnalité tran-\n chée, dans un bel isolement : Laermans est toujours lui dans ses poignantes\n évocations populaires dont on a dit souvent tout le tragique intime. Son âpreté\n s'éclaire d'un rayon de soleil dans le Paysage matinal, où les lointains dorés\nvibrent d'un frisson printanier. Heymans conserve une saveur de jeunesse;\n Delaunois, dans une vaste frise, célèbre les campagnes dominicales et les blés\nbrabançons. Frédéric, malgré la dureté de ses tons, est plein de poésie suave\ndans sa Petite dame 1840, fillette un peu mélancolique, dont la robe ample et\nverte, le bonnet de petite vieille font ressortir par contraste la jeune frimousse.\nCambier nous montre des œuvres mâles et fortes, d'où se dégage une belle\npromesse. Le contact avec des artistes français comme Paul Sérusier, dont il\nse proclame hautement l'élève, sans lui enlever les dons de sa riche nature, l'a\nfait réfléchir sur les principes de tout art qui se veut grand et durable. Son\nCalvaire est une composition solide et émouvante. Alfred Verhaeren se com-\n"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2734, "texte": "360                                  DURENDAL\n\n\n\nplaît encore aux chaudes harmonies des soies d'Orient, Binard aux larges\ndécors de n a t u r e ; Van Holder et Smeers font aimablement sourir des\nfillettes.\n    En terminant cette courte promenade à travers la peinture belge d'aujour-\nd'hui, je crois qu'on peut conclure avec u n certain optimisme. Sans doute, les\nmorceaux de premier ordre ne sont point ici en majorité, mais on en découvre\navec plaisir quelques-uns. Peut-on exiger davantage d'un Salon qui réunit les\ntendances les plus opposées, les noms les plus disparates, depuis Ensor jusqu'à\nVander Ouderaa ?\n                                                                    PAUL FIERENS.\n\n\n\n                                   Revues d'Art\n\n   T h e B u r l i n g t o n M a g a z i n e (mai). — M. Roger F r y étudie (repro-\nduction) trois œuvres italiennes de la collection de Mme J a c q u e m a r t - A n d r é ,\nà Paris ; Un Combat de saint Georges et du Dragon, de Paolo U c c e l l o ; deux\nmadones, l'une, d'Alesso Baldovinetti; l'autre, de Signorelli. M. William\n Grant Kirch parle de curieux dessins anglais du X V I I e siècle (dont certains\nde l'architecte W e b b ) relatifs à la mise en scène de pièces de théâtre.\nM. T h o m a s Ashly continue son travail sur Turner d Rome (reproductions de\ndessins du maître). M. Clixe Bell signale de ravissantes miniatures persanes.\nM. G. F . Hill revient sur la question des Portraits de Julien de Médias, etc.\nAnalyses des périodiques italiens.\n\n    A r t e C r i s t i a n a (avril-mai).— A signaler particulièrement l'article très\nd o c u m e n t é de M. Giulio R o m e o sur les Fresques de Gaudenzio Ferrari d\nS. Maria delle Grazie, à Varallo (illustrations) et la notice d e M. Focolaro sur\nu n e œuvre de jeunesse de Giovanni Bellini, malheureusement fort e n d o m -\nmagée, découverte d a n s u n e collection privée ; les pages q u e M. R u m o r con-\nsacre aux œuvres religieuses des maîtres italiens du X V I I I e siècle qui se\ntrouvent au Musée de Vicence, etc.\n\n\n    L'art    flamand  e t h o l l a n d a i s (mai). — M. Kronz signale un Rem-\nbrandt inconnu: une mythologie, et M. Ady Delen rend compte du Salon de\nl'art contemporain.\n\n  D i e C h r i s t l i c h e K u n s t (mai).— É t u d e sur le maître belge E d m o n d\nVan E s b r o e c k .\n\n    A r t e t t e c h n i q u e (février-mars). — M. Van Hoecke Dessel consacre\nu n article justement élogieux aux projets de Réorganisation des cours à l'Aca-\ndémie royale de Bruxelles, conçus par M. H o r t a . M. E u g è n e Bacha raconte\nd'une façon très a m u s a n t e les démêlés du Kaiser avec les architectes alle-\nm a n d s modernistes, au sujet d u Projet de construction du nouvel Opéra de Berlin.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-016", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 361, "page_fin": 364, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES         MUSIQUE: Histoire de la M", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 424, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2928, "texte": "LES LIVRES\n\n       MUSIQUE:\nHistoire de la Musique européenne, 1850-1914, par CAMILLE\n    MAUCLAIR. — ( P a r i s , Fischbacher, 1914.)\n    Sous ce titre un peu ambitieux, l'auteur s'est proposé de fournir au public\nfrançais u n tableau complet, quoique succinct, du mouvement et de la produc-\ntion musicale c o n t e m p o r a i n e . Celle-ci est, en effet, si considérable, que\nn o m b r e d'auteurs étrangers importants demeurent parfois exclus des pro-\ng r a m m e s de concerts et c o n s é q u e m m e n t i n c o n n u s du public. M. Mauclair\nne prétend pas, d a n s u n ouvrage aussi restieint, citer tous les compositions\ncontemporains dont le nom mériterait d'être c o n n u , mais seulement les plus\nsignificatifs d'entreeux, et il s'attache particulièrement à indiquer les courants\nd'idées suivis par les différents g r o u p e s . D a n s un louable souci de clarté,\nil a choisi le classement par nationalités, ce qui présente toutefois le désa-\nvantage de faire p e r d r e parfois de vue les affinités artistiques entre les\ndiverses écoles ou d'établir des divisions là où il n'en existe pas. La g r a n d e\nfigure de W a g n e r domine toute la musique de la période envisagée par l'au-\nteur ; aussi s'attache-t-il à d é m o n t r e r toute la signification et la portée de\nl'œuvre de ce génie d o m i n a t e u r . L'influence w a g n é r i e n n e , les réactions qui\nsuivirent, les écoles qui se formèrent, les idées nouvelles qui tendent à\nétendre les capacités expressives de la m u s i q u e , bref, tous les facteurs du\ndéveloppement de l'art musical contemporain sont exposés de façon claire\net concise d a n s ce petit livre, qui sera lu avec profit par le professionnel\naussi bien que par l'amateur. L'index des noms cités, dont le nombre\ndépasse quatre cents, permet du reste de l'utiliser comme ouvrage de réfé-\nrence et nul doute qu'il ne rende c o m m e tel les plus excellents services.\n   La physionomie de l'école musicale belge, partagée suivant les deux\ngrandes familles, flamande et wallonne, est assez heureusement esquissée.\nIci encore, l'auteur s'est effotcé d'être complet et il y a réussi. On regrette\nseulement de ne pas rencontrer le nom de M. J. R y e l a n d t , ce parfait et\nprobe musicien, à côté d'autres bien moins notables. E n ce qui concerne\nCésar F r a n c k , M. Mauclair a raison, tout en le citant parmi les musiciens\nbelges, de lui consacrer un chapitre spécial dans l'histoire de la musique\nfrançaise. Mais il ignore les origines p u r e m e n t germaniques du musicien\nliégeois et fait sienne la fable de la « vieille famille wallonne » propagée\ndans son livre sur le maître par M . Vincent d ' I n d y , compositeur nationaliste\net g e r m a n o p h o b e (1).\n                                                                         E. CL.\n\n\n  (1) Voir nos articles dans Wallonia, t. XXI, p. 569 et dans S. I. M , t. IX, n° 4, p . 24.\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3414, "texte": "362                                  DURENDAL\n\n\n\nLes créateurs de l'opéra-comique français, par GEORGES\n   CUCUEL. — (Paris, Alcan.)\n    U n des meilleurs livres de l'excellente collection des Maures de la musique.\nL ' a u t e u r (qui s'est déjà signalé par u n grand et curieux ouvrage sur La Pou-\npliniïre et la musique de chambre au X V I I I e siècle) y expose très doctement,\nmais sous la forme la plus familière, l'évolution d u genre si é m i n e m m e n t\nfrançais de l'opéra-comique jusqu'à la Révolution. O n trouve ici d'excellents\nchapitres sur les maîtres les plus célèbres d u genre : D u n i , M o n s i g n y ,\nPhilidor, notre Grétry. Mais la partie le plus originale de l'ouvrage est d a n s\nles premiers chapitres, ou l'auteur nous entretient des origines m ê m e s , si\npeu connues, de l'opéra-comique, constitué dès 1916, avec le Télémaque de\nLesage, mais dont la source remonte à la fois aux conflits des comédiens de\nla Foire avec la Comédie française et aux représentations des bouffonistes\nitaliens. M. Cucuel rappelle o p p o r t u n é m e n t les pièces farcies de musique du\nvieux trouvère artésien Adam de la H a l e , sortes de prototypes de l'opéra-\ncomique, mais en signalant l'esthétique un peu italienne propre à ce der-\nnier, qui fut à l'origine u n e pièce p r o p r e m e n t comique, mêlée de c h a n t , et\nqu'il appelle justement « u n e sorte de puzzle ». L a partie musicale de ces\n« puzzles » comporte trois éléments : des airs d'opéras empruntés surtout\nau répertoire d e Lully ; des airs populaires ou « vaudevilles » ; des airs ori-\nginaux. D e ces derniers, l'auteur cite quelques spécimens d'une grâce sur-\np r e n a n t e ; il étudie aussi le rôle de la musique dans u n e de ces pièces,\nEndriague, écrite par Piron avec la collaboration d u grand R a m e a u , et dont\nla partition n e nous a m a l h e u r e u s e m e n t pas été conservée.\n    M. Cucuel nous entretient encore d e quelques autres prédécesseurs des\nAuber et des A d a m , des oubliés c o m m e Gilliers et Muret, puis passe à L a\nRuette, généralement connu, aujourd'hui, comme chanteur seulement, enfin\nà Gluck. L e rôle de Gluck, comme créateur de l'opéra-comique, a été signalé\nen premier lieu par M. Tiersot, dans l'excellent ouvrage qu'il a consacré à ce\nmaître dans la même collection Alcan ; mais il reste assurément ignoré d e\nbien des gens. Il est ici précisé à nouveau.                                   E. CL.\n\n\nH i s t o i r e d e l a m u s i q u e , par J . COMBARIEU. T o m e I I . — (Paris,\n   Librairie Armand Collin.)\n   Nous avons annoncé la parution d u premier volume d e cet important\nouvrage. Celui-ci n e devait en compter primitivement q u e deux. Malgré\nl'étendue (700 pages) de celui que nous venons d e recevoir, l'éditeur a n n o n c e\nà présent la publication d'un troisième et dernier volume, lequel contiendra\nla table analytique qui fera d u livre de M. Combarieu u n précieux ouvrage\nde référence. Ce deuxième volume concerne la période comprise entre la\nnaissance d e l'opéra en Italie et Schubert : c'est-à-dire q u e Beethoven\ns'y trouve c o m p r i s ; mais M. Combarieu place Beethoven tout à la fin, après\nSchubert, q u e nous considérons, n o u s , avec W e b e r , comme esthétiquement\nplus rapprochés de nous, puisqu'ils a p p a r t i e n n e n t déjà à la période roman-\ntique. O n a dit que ce livre était moins u n e histoire de la musique q u ' u n e\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "                                 LES LIVRES                                363\n\nsuccession d'études indépendantes. Cela est vrai, dans une certaine mesure,\ndu premier volume; mais le deuxième a plus d'homogénéité et l'on n'aperçoit\nguère de lacunes entre les différents chapitres. Peut-être aurait-on pu sou-\nhaiter, par-ci par-là, des détails plus circonstanciés, par exemple en ce qui\nconcerne l'école de Mannheim, intermédiaire entre les classiques anciens et\nl'école viennoise. Au sujet de Rust, le précurseur supposé de Beethoven,\nM. Combarieu ne parle que d' « ajouts indiscrets » : M. Neufeld n'avait sans\ndoute pas encore publié le stupéfiant résultat de ses investigations dans les\nmanuscrits originaux. Parmi les meilleures pages du livre, signalons le\nchapitre consacré aux « maîtres italiens et allemands de l'orgue et du\nclavier », ainsi que les considérations esthétiques sur Weber et sur Beet-\nhoven.                                                               E. C L .\n\nLes débuts de la musique à Venise, par CH. VAN DEN BORREN.\n    — (Bruxelles, Imprimerie Lombaerts.)\n    Notre confrère et ami M. Van den Borren, l'excellent critique musical de\nl'Indépendanct belge, et professeur à l'Université nouvelle de Bruxelles, a réuni\nsous ce titre une série de savants articles publiés par lui depuis peu dans le\nGuide musical. On y trouvera des renseignements curieux et précis sur une des\npériodes les moins connues de l'histoire de la musique, et aussi des plus\nimportantes, puisque Venise fut à la fois la dernière citadelle de l'école du\ncontrepoint néerlandais en Italie et le centre de rayonnement de la musique\ninstrumentale, du chromatisme, etc. Il est donc curieux d'assister aux\npremières manifestations de la vie musicale dans le cité des Doges.\n                                                                      E. CL.\n\n      HISTOIRE:\nH i s t o i r e d e G a n d , par M. VICTOR FRIS. — ( U n vol. ill. Bruxelles,\n   Librairie nationale d'art et d'histoire, Van Oest et Cie.)\n   M. Fris nous fait dans cet ouvrage l'histoire de sa ville natale, depuis ses\nlointaines origines jusqu'à nos jours; depuis l'évangélisation de la contrée\npar saint Amand jusqu'à la magistrature édilitaire de M. Braun : Une quin-\nzaine de siècles de grandeurs et de vicissitudes, de clartés et de ténèbres, de\ngloires éclatantes et d'indicibles vicissitudes.\n   Gand a connu toutes les fortunes. Après avoir commandé à la Flandre,\nlongtemps, et sans beaucoup de ménagements, elle a subi les déchéances les\nplus sombres et les détresses les plus amères. Mais ce qui frappe, à la lec-\nture de ce livre qui, pour de longues périodes, n'est que le récit ininterrompu\nde défaites et de catasirophes de tout genre, c'est le caractère indomptable et\ntenace des habitants de la ville, aussi peu enclins à se soumettre aux fata-\nlités des événements qu'aux volontés des princes, toujours prêts à secouer la\npoussière des ruines ou à essuyer le sang de la bataille pour recommencer à\nentreprendre, à reconquérir leurs droits ou à empiéter sur ceux des autres,\nartisans infatigables de la grandeur et de la prospérité de la cité.\n"}, {"page_pdf": 427, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "364                               DURENDAL\n\n\n   M. Fris a faitparaître son ouvrage au moment où s'ouvrait l'Exposition uni-\nverselle, organisée avec tant de magnificence par la villedeGand. L'heure était\nbien choisie pour évoquer à côté du présent, si riche d'activités fécondes et de\nsplendeurs, le passé tour à tour puissant et misérable qui l'a précédé et qui y\na conduit. On lira avec plaisir et non sans fierté cette histoire d'une popula-\ntion ardente, volontaire, et qui s'est toujours montrée, comme tous les\nBelges d'ailleurs, avide — on dirait bien : enragée — de liberté. Et on y\ntrouvera d'autant plus d'attrait que M. Van Oest a illustré l'œuvre de M. Fris\nde la façon la plus brillante.\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n\n\nL ' i n f a n t e I s a b e l l e , par la COMTESSE DE VILLERMONT, 2 vol. (Tamines,\n   Duculot.\n   Ce livre sera sans doute l'œuvre maîtresse de Mlle de Villermont. Elle l'a\npréparée de longue main par des recherches personnelles dans les archives. Au\ncours du travail, le sujet s'est étendu naturellement sous la plume de l'auteur,\nsi bien que la vie de l'Infante est devenue en bonne partie une histoire du\nrègne des archiducs. Néanmoins ce livre est avant tout une biographie et\ncette biographie, comme il convient, a été écrite avec amour.\n   Les lecteurs pour qui le charme de l'histoire consiste surtout à leur faire\nvoir d'aussi près que possible et dans toute leur réalité vivante les grands\npersonnages dont la postérité a retenu les noms, trouveront un plaisir des\nplus vifs à parcourir ces pages. Ce livre est tout rempli de pages charmantes\noù les faits eux-mêmes se chargent de dessiner le portrait. Grâce à Mlle de\nVillermont, nous possédons maintenant de la grande Infante un portrait de\npied qui servira d'éloquent commentaire à ceux qu'ont tracé d'elle les pin-\nceaux de Rubens et de Coello. Il est à espérer qu'on saura le reconnaître\nchez nous et que ce livre n'aura pas à se plaindre de l'indifférence de notre\npublic.\n                                                           GODEFROID K.URTH.\n\n\nMarguerite         d ' A u t r i c h e , Gouvernante générale des Pays-Bas, e t l e\n   peintre Pierre Van Coninxloo, Bruxellois, par M. A. J. WAUTERS.\n  — (Bruxelles, Charles Rossignol.)\n   On sait que Marguerite d'Autriche utilisa à son service nombre de nos\npeintres, célèbres ou peu connus, entre autres Van Orley, Jan Van Roome,\nJan Mostaert, Gérard Horebout, sans parler de l'italien Jacopo dé Barbari.\n   M. A. J. Wauters, s'aidant en partie de recherches d'Alexandre Pinchart,\najoute à cette liste le nom de Pierre Van Coninxloo, que l'on trouve cité\ndans les documents bruxellois entre 1479 et I 5 I 3 . L'éminent historien parle,\nà ce propos, de certains portraits de cette princesse et de son frère Philippe,\ndont l'attribution reste encore douteuse ou contestée.                    A. G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1914-livraison06-017", "volume": "ELB-AML-484382-1914-000-021_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1914-000-021_f.pdf", "ocr_sha256": "76be2714400f8293a2d1417dbe2490a84601c7f36cb2e4944275392f16962448", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 365, "page_fin": 368, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Notules     A d r i e n M i t h o u a r d vient", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 428, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2368, "texte": "Notules\n    A d r i e n M i t h o u a r d vient d'être élu Président du Conseil muni-\ncipal de Paris. Nous nous réjouissons vivement de cette nomination\nintelligente. Mithouard est un de nos amis. Nous avons la plus\nenthousiaste admiration pour lui. C'est un poète de première enver-\ngure, un vrai poète, au talent primesautier et original. Il a fondé à\nParis la belle revue L'Occident, une des revues les plus vraiment\nlittéraires de ce temps.\n   Toute la rédaction de Durendal offre au Maire-Poète de Paris les\nplus affectueuses et chaleureuses félicitations. Il félicite du même\ncoup le Conseil Municipal de Paris pour son élection intelligente. Cette\nélection lui fait le plus grand honneur. C'est, d'autre part, un grand\nhonneur pour la ville de Paris que d'avoir à la tête de son Conseil un\nesprit d'une aussi haute distinction, qui est à la fois un penseur\néclairé, un poète de race et en même temps, ce qui le rehausse à nos\nyeux, une âme foncièrement religieuse. Adrien Mithouard est une des\ngloires de la littérature catholique contemporaine.\n\n\n    L e D a n t e . — Un comité italien s'est constitué à Ravenne pour la\ncélébration du 600me anniversaire de la mort de Dante Alighieri. 11 voudrait\ns'adjoindre un comité international, qui aurait des ramifications dans les\ndifférents pays catholiques. Le cardinal Mercier, estimant avec justesse que\nla Belgique ne peut rester indifférente à la gloire du plus grand poète catho-\nlique, a pris l'initiative de la formation d'un comité belge qu'il a chargé\nGodefroid Kurth de constituer.\n    Dans une réunion préliminaire, M. Kurth a été nommé Président effectif et\nil a été décidé que des conférences seraient données\" pour propager la connais-\nsance de l'œuvre grandiose du Dante et préparer ainsi le public à la célébra-\n tion de son centenaire.\n\n                                         *\n                                     *       *\n\n   Le c e n t e n a i r e du P r i n c e de L i g n e sera célébré à Ath et à\nBelœil les samedi 25, dimanche 26 et lundi 27 juillet. Parmi les travaux\nadoptés au congrès qui sera célébré à cette occasion, nous remarquons une\nétude de notre collaborateur Edmond de Bruyn : La philosophie religieuse\ndu Prince de Ligne.\n   Prière de s'adresser pour tous renseignements et communications au secré-\ntaire général : M. Félicien Leuridant, à Belœil.\n"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "366                                       DURENDAL\n\n\n   N o u s avons reçu de M. Marcel Angenot la lettre suivante :\n\n                                                                           Le 24 juin 1914.\n\n           M O N S I E U R LE D I R E C T E U R DE   Durendal,\n\n\n   Veuillez avoir l'obligeance de recevoir, d a n s le prochain n u m é r o de votre\nrevue, la petite rectification que m'inspire la malveillante note que me con-\nsacra, au sujet de mon dernier livre, le critique dont j ' i g n o r e encore le nom,\nmais il n'importe :\n   Libre à l'aimable critique de mon dernier volume de vers : Les Poèmes\ninutiles, de faire u n r a p p r o c h e m e n t facile et d'ailleurs prévu entre mes poèmes\net le titre de m o n livre; libre à lui d'y trouver de mauvais vers, d e très mau-\nvais vers, une quantité de très mauvais vers, u n e très g r a n d e quantité de très\nmauvais vers. Mais non libre à lui d'y affirmer l'existence de n o m b r e u s e s\nfautes d'orthographe q u e je le mets, par égard p o u r mon bienveillant correc-\nteur, en d e m e u r e d'avoir l'obligeance de me signaler. (Je m'excuse de l'obli-\nger ainsi à relire, a lire peut-être, le volume incriminé.)\n   Q u a n t au sic qu'il fait flamboyer après ce vers qu'il veut bien repro-\nduire :\n                 Mais nous avions chacun sa façon de c o m p r e n d r e ,\n\nlaissez-moi lui rappeler que Musset n'a point redouté d'écrire :\n                 Nous a i m o n s , c'est assez, c h a c u n à sa façon,\nque La F o n t a i n e écrit :\n                 Ils allaient de leurs œufs manger chacun sa part.\net qu'avec de tels parrains je me trouve décidément bien à l'aise pour d é d a i -\ngner, avec mon plus beau sourire, celte observation d'une faute d'ailleurs\nbasée, c o m m e le dit Larousse, sur l'une des questions les plus indécises de\nla Syntaxe. Et p u i s . . . et p u i s . . .\n   Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, avec mes remerciements anticipés,\nl'expression la plus distinguée de mes meilleurs sentiments de confraternité.\n\n                                                                             M.   ANGENOT.\n\n\n\n   N o u s l'avons i m m é d i a t e m e n t transmise à M. Pierre N o t h o m b , qui nous\nl'a renvoyée avec ce billet :\n\n                                                                              26 juin 1914.\n\n\n           C H E R MONSIEUR      MOELLER,\n\n\n  J e suis allé rechercher au grenier le volume .de M . Marcel Angenot. Q u e\ncelui-ci se console : je n'ai pas eu l'ennui de devoir le relire. Il m'a suffi\n"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2071, "texte": "                                      NOTULES                                           367\n\n d'ouvrir deci de-là les Poèmes inutiles (oh! combien !) pour y pouvoir noter les\n vers suivants :\n\n                    Quais moussus où dans l'eau stagnante\n                    Meurt un concil (sic) de n é n u p h a r s . . .\n                                                                 (p. 60.)\n\n               Plus pure de ce dont (sic) d'elle-même ignoré...\n                                                                       (p. 64.)\n\n               Les u n s plus avilis, colporteurs d'avanies,\n               T o u s ceux qu'on abusa, les faibles excités,\n               L e s lâches qui n'ont fui que mon adversité,\n                               L e s autres que je nie (sic).\n                                                                (p. .6.)\n\n               Des fleurs encor ! des flox (sic) ! des feuilles! des soucis!\n                                                                             (p. 81.)\n\n               . . . E t va, soudain repris d'un juvénil (sic) vertige...\n                                                                           (p. 84.)\n\n    U n e , deux, trois, quatre, c i n q ! Vous voilà amplement édifié sur l'orthc-\ng r a p h e de M . Marcel Angenot et sa science des mots. Vous me dispenserez\na p r è s cela de discuter sa syntaxe.\n                                               Votre a m i ,\n\n                                                                 PIERRE     NOTHOMB.\n\n\n\n                                           *\n\n\nVient de paraître :\n   F r a n c e e t B e l g i q u e . — Etudes littéraires, par EUGÈNE\nGILBERT. Préface de RENÉ BAZIN (Paris, Plon).\n  Nous recommandons instamment ce nouveau livre de notre ami\nEugène Gilbert. Ce livre est un des plus remarquables volumes de\ncritique littéraire qui aient paru depuis longtemps. Nous en rendrons\ncompte dans un autre fascicule. Mais nous le signalons dès mainte-\nnant à l'attention des amateurs d'études littéraires contemporaines\nsérieuses et averties.\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "368                              DURENDAL\n\n\n   Accusé de réception :\n\n   ART : Ségovie, Avila et Salamanque, par HENRI GUERLIN, vol. illustré\n(Paris, Laurens, collection : Villes d'art). —Du romantisme au réalisme, par\nLÉON ROSENTHAL, vol. illustré (Paris, Laurens). — Arts et Métiers de\nl'ancien Japon, par STEWART DICK, revu et adapté de l'anglais par RAPHAËL\nPETRUCCI, vol. illustré (Bruxelles Vromant).\n\n   L I T T E R A T U R E : L'idée du juste dans l'Orient grec avant Socrate, par\n LÉON HENNEBICQ. (Bruxelles, Larcier). — Pierre de Ronsard, textes choisis\net commentés par PIERRE VILLEY. — La Bruyère, textes choisis et com-\nmentés par EMILE MAGNE. — Joubert, textes choisis et commentés par\nVICTOR GIRAUD (3 volumes de la bibliothèque française éditée par Plon de\n Paris). — A Lamartine, (1833-1913). Préface de M. Barrès. Discours pro-\nnoncés à Bergues. Récit des fêtes (Paris, Plon). — Fantômes et vivants, par\nLÉON DAUDET (Paris, Nouvelle librairie nationale). — La vision de Ber-\nnadette, par REGNIER MONLAUR (Paris, Grasset). — Yvan Gilkin. Antho-\nlogie (Bruxelles, Association des écrivains belges). — Choses d'âme, par\nLUCIE F. FAURE-GOYAU (Paris, Perrin).\n\n  MUSIQUE : La Musique française au XVIIIe siècle. Textes choisis et\ncommentés par HENRY DE CURZON (Paris, Plon, Bibliothèque française).\n\n  POÉSIE : Les deux Allemagne, par ERNEST RAYNAUD (Paris, Mercure\nde France). — La maison s'éclaire, par JACQUES NORMAND (Paris, Calmann-\nLevy). — Les sacrilèges, par GASTON HABREKORN (Paris, Figuière).\n\n   ROMAN : Dans l'ombre de nos jours, par JACQUES DES GACHONS (Paris,\nPlon). — L'abbaye des Dunes, par MARGUERITE BAULU (idem).— Mone, par\nSUZVNNE GAUDION (idem). — Un été au Pré du lac, par L. BlNDSCHEDLER.\nTraduit de l'allemand par C. DE VAULX DE CHAMPION (Paris, Lethielleux).\n— La gloire de Phaladane, par VICTOR CLAIRVAUX (Paris, Figuière). —\nLe roman d'un gosse, par OMER DE VUYST (Bruxelles, Lamberty). — Le\ntrait d'union, par ANDRÉ DELACOUR (Paris, Crès). — Le retour dans la\nnuit, par MARTIAL PIECHARD (Paris, Grasset).— La maison sur la rive, par\nANDRÉ LAFON (Paris, Perrin).\n\n  VARIA : Après la fièvre. Problèmes contemporains,par PIERRE BONNET\n(Paris, Plon), Nostradamus, ses prophéties, par CHARLES NICOULLAUD\n(Paris, Perrin).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 364, "texte": ""}, {"page_pdf": 365, "texte": ""}, {"page_pdf": 366, "texte": ""}, {"page_pdf": 367, "texte": ""}, {"page_pdf": 368, "texte": "          Prière d'Ascension\nLa lente ascension des arbres dans l'air bleu,\nCe calme élancement des prochaines       collines,\nCe clair vol vertical des colombes divines\nEt le balancement des papillons de feu,\nTout cela qui se tend, se libère et se lève\nAvec notre désir, nos pensers et nos rêves...\n\nVoici le temps marqué, l'heure est proche, mon Dieu,\nOù tu t'élèveras par-dessus les vallées...\nN'aurons-nous     vu de toi qu'une forme voilée,\nEt n'apparaîtras-tu    aux foules assemblées\nDans l'aspiration de la brise d'été,\nQu'au moment déchirant où tu vas nous quitter?\n\nDepuis quarante jours tu es ressuscité,\nDes saints t'ont vu surgir, tout à coup, sur leur route;\nA l'apôtre hésitant que tourmentait le doute,\nTu as saisi la main avec tant de bonté\nQu'il a pensé mourir en touchant ton côté;\nDe mystiques pêcheurs qui revenaient dans l'aube\nSur les vagues du bord ont vu glisser ta robe,\nEt, lorsqu'ayant   fermé la porte et les volets,\nTes prêtres redisaient tes dernières paroles,\nDans une éblouissante et soudaine      auréole\nTu es entré, ô Maître, et tu leur as parlé!\n\nPour nous qui n'avons pas depuis ton agonie\nContemplé la splendeur de ta nouvelle gloire,\nPour nous qui avons cru sans jamais te revoir,\nEt qui, errants dans le printemps de ton espoir.\nN'avons pu distinguer ta figure bénie\nDe celles que mêlaient les matins et les soirs.\nNous n'avons pas besoin de ton aspect sensible\nPour te rester encor fidèles et fervents,\nMaître de l'univers et du monde invisible!\nMais si tu le voulais, par ce matin   vivant,\nOù les choses déjà vers l'espace se tendent,\nTu pourrais t'attarder parmi ceux qui t'attendent\nAvant de (élancer dans le soleil levant!\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "306                           DURENDAL\n\n\n           Voici déjà venir deux anges\n           Sur le coteau    prédestiné.\n           Le baiser calme qu'ils     échangent\n           Nous dit que l'heure va sonner,\n      Et qu'après cet instant d'aveuglante      lumière\n       Où, dans un même éclair d'azur ardent et d'or.\n      Tu nous apparaîtras et quitteras la terre,\n      Il nous faudra mourir pour te revoir encor !\n\n       Qu'importe, puisque tout nous invite à te suivre,\n      L'élan de l'univers que ton verbe a élu\n       L'élan de l'univers ne s'arrêtera plus !\n      Tout monte! l'alouette a quitté son talus,\n      Et vers le ciel plus bleu poursuit son vol plus ivre,\n      Les villages, par tous leurs arbres et leurs tours,\n      Se dressent à l'appel de l'Eternel   Amour.\n      L'air vibre au ras du sol, les sons et les fumées\n      N'aspirent qu'à se perdre en la gloire du jour,\n      Et, la mêlant an don des humbles       cheminées\n      Les jardins vont offrir leur âme parfumée!\n       O monde que tourmente un sublime désir !\n      De l'abîme des eaux des bulles vont jaillir,\n      Les roses briseront leurs tiges élancées\n      Et parmi les oiseaux voleront,     détachées!\n      Mon Dieu nous acceptons la loi que tu nous fais,\n      Nous savons que tu veux nos cœurs         insatisfaits\n      Pour qu'ils ne puissent pas s'attacher à la vie.\n      Et, n'ayant entrevue ta gloire     poursuivie\n      Que dans une aveuglante et brève vision,\n      Avec tout cet été brûlant de passion.\n      Avec ces arbres et ces fleurs et ces collines,\n      Ils suivent le chemin de ton ascension,\n      Et montent éperdus vers la beauté divine.\n\n                                                P I E R R E NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "              En marge de la réalité\n                              Sur le rêve\n\n\n                     ON rêve, on aime rêver, on s'abandonne délicieu-\n                       sement au rêve... Veut-on le saisir, fixer\n                       quelqu'un de ses aspects, images aux contours\n                       fugitifs, idées en devenir, il s'évanouit... Il se\n                       vide tout à coup, l'écran lumineux sur lequel\n                       la pensée flottante faisait se profiler des ombres,\n                       nuées blanches suspendues dans le soleil ou\n                       dans l'azur, nuées opaques qui s'épaississent\n sur le fond scintillant de la nuit...\n    L e rêve est guide et il est compagnon; il nous mène ou se\nlaisse mener par nous, mais qu'il conduise ou soit conduit,\nc'est toujours au hasard, sans but, sans prétention, pour le\nplaisir... Il suit, en flânant, une pensée, l'abandonne, puis la\nreprend, pour l'abandonner encore. Il va partout et n'arrive\nj a m a i s nulle p a r t ; il est toujours pressé et se laisse distraire\npar une mouche qui bourdonne ou par la poussière qui vibre\ndans un rayon subit de soleil... Il aime la solitude et il aime la\nfoule. Dans le même instant, il jouit du silence des bois, dans\nl'automne, il écoute, assis au centre d'une clairière, le frôlement\nléger des feuilles qui tombent; il marche d'un pas alerte parmi\nles passants affairés dans la gaîté d'un matin parisien, au prin-\nt e m p s . . . Il est corps et il est âme : corps sollicité par l'effort,\nla paresse ou la volupté; âme prête à se glisser dans toutes les\nâmes, les plus hautes et les plus humbles, celles de l'histoire\ncomme celles de la fiction, comme celles de la réalité... Prête à\nse glisser, de même qu'un enfant, sous l'antique armure d'un\nhéros, dans l'âme souveraine des poètes ou des princes de la\npensée, pour frémir de leurs passions, se grandir de leur\norgueil, contracter quelque chose de leur amour, de leur mépris\nou de leur indifférence de la vie, et retomber ensuite dans le\ntranquille néant qu'ils ont rempli une minute de leur présence\nimpérieuse...\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "308                          DURENDAL\n\n\n    Etrange vagabondage de l'esprit, où tout est disparate et où\n tout aussi semble, cependant, naturel et nécessaire... Assis,\n immobile, au milieu des choses qui surgissent, puis s'évanouis-\n sent, il les regarde passer, unies, si incohérentes qu'elles\n paraissent, par les secrètes et inconscientes logiques de l'ima-\n gination et du souvenir : grandeurs et trivialités, figures\n tragiques ou souriantes ou ridicules, lointaines réminiscences\n ou incidents vulgaires de la veille, qui, tour à tour, envahissent\n la scène de sa vision de leurs changeants aspects... Il les\n regarde passer ou, parfois, se dédoublant, se regarde passer\n lui-même, comme emporté par une barque qui s'en va à la\n dérive au fil capricieux du courant, entre des berges sur\n lesquelles des formes se dessinent, proches ou distantes, dans\n une brume tantôt épaisse, tantôt presque évaporée... Des sites\nse succèdent, éclatants ou voilés, qui sont de la réalité, de la\n nostalgie ou de la chimère... Mais quels qu'ils soient, décor\noriental partagé entre le soleil et l'ombre, paysage ardennais\nplein des calmes enchantements des bois et des bruyères sous\nle ciel pur, coins de villes anciens, désertés par la vie, l'image\nqu'ils évoquent est toujours celle du repos, de la méditation\nnonchalante, amoureuse de la solitude, du silence et de\nl'ombre...\n   Rêve! bel oiseau taciturne aux ailes pâles... Il vous visite\nquand il veut, à l'improviste, au sein de vos occupations, graves\nou frivoles, tandis qu'on vous parle ou même tandis que vous\nparlez vous-même... Des paroles frappent vos oreilles, des\nparoles sortent encore de votre bouche, mais vous êtes aussi\ncomplètement étranger aux unes qu'aux autres... Vous êtes\nailleurs!... Où? Nulle part, dans les nuages ou dans la lune!\n   Vous êtes au théâtre, au milieu du public que remuent les\npéripéties précipitées du drame... Sur la scène, des acteurs\ns'agitent, s'élancent, se jettent des mots haletants... Une\nquestion est posée entre les personnages, de vie, de mort, de\ndéshonneur. Votre attention esttendue toute vers un dénouement\nqui approche, lorsque soudain, tout s'efface, s'éteint... Un voile\ns'est tendu entre eux et vous, un silence est tombé, invisible cloi-\nson de solitude, enclos de songe... Ou, dans une réunion d'êtres\namis, au plus vif d'une conversation animée qui va, vient, rit,\nse fâche ou se moque, au plus fort d'une discussion d'idées, le\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                    EN MARGE D E LA R É A L I T É               309\n\n\nvoile tout à coup descend... Et vous vous trouvez derrière lui,\nmerveilleusement isolé, comme un évadé, comme un homme\nperdu dans une région inconnue, il ne sait où, dans l'attente\nvague et indifférente d'il ne sait quoi, qui, d'ailleurs, n'arrivera\npas, — qui, d'ailleurs, n'arrivera jamais...\n\n\n                         Discours d'Artor\n\n\n          MESDAMES,     MESSIEURS,\n\n\n   Je vous présente un ignorant!... Ne vous étonnez point; vous\navez bien entendu : un ignorant ! En d'autres termes, un homme\nqui ne sait rien!... Que ne puis-je dire avec assurance: un\nhomme qui ne sait rien, qui parle à des gens qui ne savent\nrien!... Mais, cela même je ne le sais pas, bien que l'idée que\nvous avez eue de venir m'entendre ne me donne pas à croire\nque votre science soit très considérable!... (Mouvement.) Ah!\nnon, je vous en prie, ne vous offensez pas! Je suis fort éloigné\nde toute intention de vous humilier... D'ailleurs, il se pourrait\nque je me sois montré présomptueux en vous, affirmant mon\nignorance avec tant de superbe... Peut-être bien que je ne suis\nqu'un ignorant de désir !... En tout cas, en parlant comme j'ai\nfait, je ne prétendais nullement vous faire un aveu, mais, au\ncontraire, me prévaloir devant vous d'une supériorité... Et\nvoyez ma modestie, cette supériorité, fort loin de paraître\ncroire qu'elle soit rare ou unique dans ma personne, je voulais\nla partager avec vous !...\n   C'est à la table des dieux que je vous convie!... Car, il est\ndieu, celui-là qui ne sait rien!... Qu'il est à plaindre, au con-\ntraire, celui qui sait!... Si peu que ce soit —et, en réalité, c'est\ntonjours peu à la comparaison de ce qu'il ignore — il est\nl'esclave de ce peu... Vous vous dites que, cependant, ses con-\nnaissances lui servent? Et moi, je vous dis que non et que,\nréelles ou imaginaires, et, en toute hypothèse, petites et inco-\nhérentes, ces connaissances le dominent: c'est lui qui leur est\nasservi !... Que le ciel préserve un tel homme des funestes\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "310                          DURENDAL\n\n\n\nfacultés de l'imagination !... Elles le tireraient sans cesse à h u e ,\ntandis que sa science voudrait le pousser à d i a . . . Bondissant\nsur le tremplin de la fantaisie, son esprit retombera toujours\ndans les embûches rectangulaires que lui auront préparées la\nraison et la logique... A chaque élan du cœur ou de la pensée\nrépondra ainsi une lourde c h u t e ; à chaque aspiration vers le\nrêve, un brutal rappel à la réalité... Réalité qui, d'ailleurs,\ntoute matérielle qu'elle soit, n'est elle-même qu'apparence,\nillusion aussi, mais moins belle... De sorte qu'il ira, irrésolu,\nentre l'imagination et la science, aussi insatisfait des incer-\ntitudes de celle-ci que des chimères de celle-là...\n    O ! ivresses sacrées de l'ignorance !... N e rien savoir !...\nVenir aux choses avec l'ingénuité et la fraîcheur de sensation,\navec les mains avides de l'enfant ou du sauvage, avec leur iné-\npuisable puissance d'émerveillement!... Accueillir le soleil et\nse soumettre à l'ombre d'un cœur simple, joyeux et consen-\nt a n t . . . Donner le mystère, mystère de l'univers, mystère de\nl'être, mystère de notre propre être, non à la curiosité, mais au\nsilence et à l'émotion... H o m m e libre dans le libre monde,\naller dans sa jeune énergie sans traîner derrière soi, pour\nalourdir sa marche et embarrasser ses chemins, toute la\nsagesse à moitié morte, à moitié vivante, du passé !...\n    Ah ! toute beauté nous serait inattendue ; toute parole nou-\nvelle, tout événement extraordinaire... Noble et c h a r m a n t e\npauvreté! le m o n d e te serait donné et tu n'y rencontrerais que\nsurprises, découvertes, trésors, miracles!... Voici venir le\nMaître de la terre, parce qu'il la regarde, non pour lui arracher\nses secrets, mais seulement pour jouir d'elle...\n\n   Maintenant, Mesdames et Messieurs, que j'ai parlé à peu\nprès une heure et que vous vous sentez gagnés par l'ennui, par\nla faim ou la soif, ou par le désir de fumer, vous attendez de\nmoi une péroraison, résumé rapide et brillant des idées que j ' a i\neu l'honneur d'exposer devant vous... Ces idées, si elles étaient\nmortes, je jetterais volontiers sur elles, pour mieux les enfouir,\nles pelletées de paroles solennelles d'une conclusion... Sont-\nelles mortes? J e n'en sais rien, mais je souhaite qu'elles ne le\nsoient point, et dès lors, je ne veux rien faire qui puisse les\nfixer, afin que, comme la vie elle-même, elles continuent...\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "                       EN   MARGE    DE LA    RÉALITÉ                     311\n\n\n                                 L'œuvre\n\n\n   ... « Ces pages, nées du silence, sont faites pour le silence.\nN'en parlez pas, bonnes gens!... C'est le seul moyen qui s'offre\nà vous de prouver que vous les ayez comprises!... »\n   A y a n t écrit ces lignes sur le premier feuillet d'un cahier\nvierge, Artor soupira, s'étendit sur le divan et alluma une ciga-\nrette. C'était l'Avertissement au lecteur d'un livre qu'il se propo-\nsait d'écrire au premier jour, un livre que les doctes réprouve-\nraient comme étant sans queue ni tête, libre dans la pensée,\nlibre d a n s la forme, fier comme un prince, débraillé et hétéro-\nclite comme un vagabond ; un livre qui serait tout à la fois\npieux et cynique, arrogant et doux, bouffi d'orgueil et effarant\nd'humilité; qui serait règle et aussi désordre, tendresse, bruta-\nlité et aussi ironie...\n   — O h ! comme cela te ressemblerait! songeait Artor, tandis\nque tous ces adjectifs contradictoires montaient dans sa pensée,\nen même temps que la fumée de sa cigarette montait dans la\nchambre, au grand dam des mouches qui s'étaient toutes réfu-\ngiées sur les carreaux de la fenêtre-tabatière. Car la chambre\nétait petite et la fumée considérable.\n   L e s mouches n'aiment pas le tabac et Artor n'aimait pas les\nmouches. Il rêvait au moyen de les expulser toutes d'un coup\nde son logis, lorsqu'une idée subite le fit se dresser sur son\nséant... Il avait oublié de chercher un titre à son livre...\n   — L e titre d'un livre, c'en est comme le visage : il repousse\nou a t t i r e . . . Nous ne savons rien ou à peu près de ce qu'il y a\ndans la boutique de l'auteur, mais l'enseigne qu'il y a mise\nnous prévient en sa faveur ou contre l u i . . . Il est vrai que si\nséduisant que puisse paraître mon titre, si bénévole et char-\nm a n t que soit le lecteur, la rencontre de mon petit Avertissement\nne m a n q u e r a pas de lui ôter l'envie de persévérer... T a n t pis\npour lui !... Qu'est-ce qu'un lecteur, d'ailleurs?... Un monsieur\nqui s'ennuie... Il vous lit pour se distraire. Pour trois francs\ncinquante, il attend de vous que vous l'amusiez et mettiez fin\nà ses b â i l l e m e n t s ! . . . E n attendant son dîner, l'heure d'aller au\ncabaret ou à un rendez-vous, il ouvre votre livre et prétend que,\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "312                         DURENDAL\n\n\n\nacrobate de l'idée ou du style, vous fassiez de beaux tours pour\nl'égayer !... Puis, le moment venu d'aller se repaître ou jouer\naux cartes, il haussera les épaules, fermera le volume et pen-\nsera ou dira, en le jetant sur la table : « Cet homme est immo-\nral...» ou bien : « Cet homme est un dégoûtant cagot » et, en\ntout cas : « Il n'a pas ombre de talent !... » Et, en avalant sa\nsoupe ou en battant les cartes, il regrettera les trois francs cin-\nquante inutilement dépensés pour ce fol achat !... A moins,\néventualité infiniment plus probable, que l'ouvrage n'appar-\ntienne à quelque écrivain de ses amis, qui, l'ayant reçu en\nhommage, le lui avait prêté pour savoir grosso modo ce qu'il y\navait dedans !...\n\n\n                            Requiem\n\n   De grosses larmes d'argent coulaient sur les draperies noires\nqui masquaient les colonnes du chœur. De longs cierges\nfaisaient autour du catafalque une haie de flammes qui palpi-\ntaient... Du haut du jubé, des chants mornes tombaient sur\nl'assistance compacte et immobile...\n   Et voiles de deuil, lumières vacillantes, paroles d'implo-\nration, incantations sombres semblaient avoir creusé un horrible\nvide autour du mort... Tout ce monde qui était venu en cortège\nsolennel et qui était encore là, debout, silencieux, il paraissait\nà Artor qu'il s'était arrêté devant l'au delà béant, sur le seuil\nobscur de l'inconnu, prêt à s'en aller en laissant le parent ou\nl'ami aux mains des puissances d'ombre et de silence auxquelles\ndésormais il appartenait...\n   Il était entré un peu par hasard; un peu par l'attrait du\nrecueillement : les églises forment délicieux oasis au milieu du\ntumulte des villes, et le silence y fait de la solitude... Douceur\net force du silence! Jardin clos de l'esprit, plein de parfums\n discrets et sur lequel neige lentement le rêve... Beau silence,\n imperturbable et patient, qui décourage les intrusions et lasse\n la persévérance des bavards!... Tranquille et souriant, il est\n assis derrière la porte, tandis que quelque importun frappe\n bruyamment du pommeau de sa canne...\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "                    EN   MARGE D E LA   RÉALITÉ                 313\n\n    L a messe d u r a i t un peu à certains qui donnaient des signes\nde nervosité, tiraient leur montre, changeaient de posture ou\nfaisaient crier leur chaise.\n    Les hommes rassemblés, songeait Artor, ont une propension\nnaturelle au bruit, anxieux qu'ils sont de se signaler à leur\nattention ou à leur admiration mutuelles... L a majesté du lieu\nmet heureusement obstacle ici à la satisfaction de ce penchant,\net ce n'est pas un médiocre plaisir pour l'observateur que de les\nvoir contraints au mutisme et à quelque apparence de prière ou\nde méditation !...\n   Il faisait, cependant, le tour des bas-côtés pour trouver une\nplace dans la nef. Ayant failli choir en butant contre les armoi-\nries en relief d'une dalle funéraire encastrée dans le dallage du\ndéambulatoire :\n   — E n voilà un, se dit-il, qui, avec son blason arrogant, a voulu\nq u e le pied des passants se heurtât à son tombeau... Est-ce\nhumilité, orgueil ou envie?... Est-ce pour se sentir poussière et\nfoulé aux pieds?... Est-ce pour apprendre aux vivants qu'il a\nété ou pour les empêcher d'oublier qu'un jour, eux aussi, ne\nseront plus : Hodie mihi..?.... Mais pourquoi, baron, marquis ou\nduc, noble oublié, pourquoi demander ta sépulture à la pierre,\nqui de la mort ne fait que de la mort, au lieu de chercher ton\ndernier refuge, comme le commun des morts, dans la douce\nterre, qui de la mort refait de la vie?... Ainsi, au moins, tu\nn'aurais pas passé tout à fait inutile!...\n   Ayant rêvé un peu sur ce thème, il se ressouvint d'un conte\nplaisant qu'on lui avait fait d'un fossoyeur-jardinier qui, chaque\nfois que q u e l q u ' u n mourait dans le village, entrait dans une\nviolente colère, parce que, pour faire place au mort, il devait\ndéranger les fleurs qu'il avait plantées... Il conclut, vague-\nment : « L a mort est, du reste, un phénomène quotidien... »\net se joignit aux gens qui s'empressaient, en se bousculant,\npour aller à l'offrande.\n   — J e ne connais ni le défunt, ni sa famille... Mais, puisque\nl'on salue bien les morts dans la rue, tout inconnus qu'ils soient,\npourquoi pas à l'église!... T o u s les morts sont sympathiques...\nPeut-être, d'ailleurs, celui-ci aura-t-il pour plus agréable la\nprière d'un inconnu que les larmes des alliés et camarades,\ncomme plus désintéressée et, qui sait? plus sincère... Peut-être\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "314                          DURENDAL\n\n\nne devra-t-il d'être plaint vraiment qu'au hasard propice qui\nm'a fait entrer ici... Délégué de la foule anonyme, les morts de\ndemain s'inclinent, en ma personne, devant le mort d'aujour-\nd'hui!...\n   Après l'offrande, les trois quarts des assistants s'étaient éclip-\nsés... Le Dies irae grondait dans le vaisseau presque vide de\nl'église... Les prêtres et leurs acolytes chantant Vin Paradisum\ns'ébranlèrent pour escorter le cercueil jusqu'au porche large\nouvert de l'édifice... Artor se mit à la suite de la famille et des\nquelques rares qui s'étaient obstinés jusqu'à la fin, car il\nvoulait voir son nouvel ami s'en aller parmi les fleurs et\nl'indifférence...\n   Des badauds formés en rond regardaient les porteurs qui\narrangeaient le corbillard et disposaient artistement les cou-\nronnes... Une à une, des voitures apparurent, qui se remplis-\nsaient aussitôt et partaient dans le claquement sec de la\nportière... La dernière, où personne n'était monté, ayant\ndisparu, quelques gamins stationnèrent encore une minute,\nattendant ils ne savaient quoi, puis lentement et comme à\nregret s'éloignèrent... Et Artor imita leur exemple.\n\n                                               ARNOLD    GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "              Le Bénitier\nPassé le seuil de cette chère et pauvre église\nQui me vit élever dans la grâce de croire,\nAu mur, sous un carreau d'où la clarté précise\nDescend comme un bras blanc venu du cimetière,\nC'est un ancien bénitier de pierre grise\nDont le geste suffit à raconter    l'histoire\nQui désigne son bord luisant de marbre noir.\n\nComprends l'ordre muet de la main de lumière !\nApproche-toi du vase où l'Eau, dans son miroir,\nSous l'égide du spectre immobile et glacé\nMêle les feux du Jour aux reflets du Passé ;\nEt penchant ton front nostalgique entre ses bords.\nAvant de pénétrer dans l'asile béni,\nRegarde ton visage au delà de la Mort\nEt mire-toi sans crainte au fond de l'Infini!\n\n                              *\n                          *       *\n\n O simple bénitier, puits    providentiel,\nDont l'onde est à la fois si nocturne et si claire,\n Voici mon front soûlé des doutes de la Terre\nEt sur ton œil, mes yeux de soir et leur mystère.\nJe veux, me souvenant du Signe essentiel,\nDissiper mon tourment sous une croix de Ciel.\nJe prendrai l'eau bénite de mes doigts impurs\nEt, comme au temps de mon enfance en plein d'azur,\n— Fermant le voile douloureux de mes paupières\nSur mon songe soudainement plus apaisé —\nJe sentirai mon cœur trembler dans la Lumière\nEt la Croix me sera plus douce qu'un baiser!\n\n                              *\n                         *        *\n\nC'est ici qu'il fait bon rêver à son enfance,\nEt savourer, au sein du passé       renaissant,\nDes souvenirs de miel amers d'un goût d'encens.\nCe soir, — on ne sait s'il est d'ombre ou de silence, —\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": "316                         DURENDAL\n\n\n\n      Asseyons-nous   au seuil de la bonne Maison,\n      Où le Pasteur qui veille aux divins  horizons,\n      Après les errements de mon adolescence,\n      A ramené l'agneau bêlant de ma raison.\n\n      Je vous revois, dimanches dont les ciels limpides\n      Entouraient   la campagne de regards humides !\n      Route que gravissaient mes petits pas d'enfant,\n      A côté de ma Mère endeuillée et rêvant\n      D'entendre les appels des cloches dans le vent !\n\n      Tous les gens des hameaux et tous ceux du village\n      Comme nous s'en venaient, bénis par le feuillage,\n      Dans le matin ravi de mille chants       d'oiseaux...\n      Les yeux des feuilles, emmêlant leurs cils dorés,\n      Éclataient de rosée en pleurs sur les rameaux\n      Tant la joie était bleue et vive la lumière ;\n      Et la colline, en son royal manteau de prés,\n      Parmi l'étonnement religieux des branches,\n      Semblait, sous un envol glorieux de bannières,\n      Conduire vers le Ciel les Élus de la Terre\n      A l'appel éclatant de notre église blanche !\n\n      Lorsque nous arrivions au seuil du porche sombre\n      Un mystique frisson descendait dans nos cœurs...\n      J'offrais l'Eau Sainte, de tristesse et de douceur,\n      D'une main qui tremblait comme une fleur dans l'ombre ;\n      Et ma Mère, cueillant cette fleur enfantine,\n      Traçait sur mon front pur la Caresse divine\n      Puisse signait, pressant la Croix sur sa poitrine...\n\n      Et quand agenouillés parmi le blanc silence,\n      Nous goûtions le repos dans la maison de Dieu,\n      A cause de l'aumône ardente de nos yeux\n      Le Christ semblait avoir moins mal sur Sa Potence.\n\n                                 *\n                                * *\n\n      Aux soirs de mai, s'imprecisant dans l'ombre grise,\n      Des vieilles gravissaient la côte vers l'église...\n      Du seuil de pierre usé je les voyais venir :\n      Leur songe était de soir et le mien d'avenir,\n      Mais au pied de l'autel bleu de l'Éternité\n      Jeunes et vieux ont tous la même      gravité.\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": "                     LE BENITIER                         3i7\n\nLorsque longeant le mur qui garde les tombeaux,\nPour retenir l'oiseau nocturne de leurs âmes,\nElles serraient plus fort sur elles leurs    manteaux\nEt priaient à voix basse en regardant la terre,\nJ'apportais au tourment de leur vie un dictante :\nMa main pâle d'enfant touchait leurs doigts austères\nLeur offrant le divin Remède des Misères,\nEt j'étais, ces soirs-là, béni des vieilles femmes.\n\n\nMaintenant, il faudrait aller dans les chaumières\nRechercher le plus jeune enfant de ce village,\nLe plus beau, le plus pur, — celui dont les paupières\nN'ont nourri le regard que de claires images.\nCelui dont les mains sont des lys de chair   humaine,\nDont l'âme a la candeur du printemps sur la plaine.\nDont la voix chaque soir a supplié le Christ\nRépétant simplement les mots qui sont écrits...\nIl s'en viendrait conduit jusqu'ici par sa mère\nIl s'en viendrait vers ma douleur et ma misère...\nIl serait brun parmi les cuivres du couchant,\nIl aurait des yeux noirs comme mes yeux      d'enfant.\nSons la caresse de ses doigts mouillés d'Eau Sainte,\nMont front s'inclinerait devant le Dieu caché,\nEt songeant à l'ingratitude de mes plaintes,\nEcœuré du remords amer de mes péchés.\nJe sentirais soudain renaître de ma fange,\nCorolle souriant aux yeux du soir étrange,\nMon âme d'autrefois, qui fut la sœur des Anges !...\n\n\n\n\nJe pense à tant de mains qui polirent ce vase,\nDont les doigts ont laissé sur son bord et dans l'Eau\nDes cellules de chair destinée au tombeau !\nDes mains de vierges mortes en état de grâce.\nDes mains de vieilles et de vieux, des doigts brisés,\nQui vacillaient, traînant d'un front lourd de passé\nJusqu'à leur sein, les croix suprêmes du silence;\nDes mains de Joie, des mains d'Espoir et de Souffrance\nPuisèrent dans cette eau calme au cœur du granit,\nLa foi que l'âme porte en elle l'Infini.\nJe regarde le tain du miroir d'espérance :\nUne mousse aux flancs verts de la pierre a grandi;\nLes atomes de chair de ceux qui sont en terre\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": "318                          DURENDAL\n\n\n      Font fleurir des étoiles dans le bénitier,\n      Et le bras lumineux qui sort du cimetière\n      Par la vitre, est celui d'un Spectre  conseiller.\n\n      Si bien que ceux qui vont à l'onde pour en prendre.\n      Sachant que Dieu dissout la mort dans cette Eau vive,\n      Avant de souhaiter que le Grand Règne arrive,\n      Se bénissant du Signe d'Ombre et de Clarté,\n      Sentent descendre en eux la vraie humilité\n      Du chrétien qui reçoit sa Croix, le jour des Cendres...\n\n                                         DÉSIRÉ-JOSOPH    DEBOUCK\n\n\n\n\n                                          •\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "                        Le Drap d'Or\n                          (Conte Soudanais)\n\n\n                     L'UN après l'un, les chameaux s'arrêtèrent au cri\n                       rauque des esclaves et s'agenouillèrent dans la\n                       poussière du village. E n un instant, les ballots\n                       et les bâts furent enlevés et rangés en cercle;\n                       et, déjà, les marchands, ayant étendu des nat-\n                       tes, ouvraient les sandouks qui contenaient\n                       leurs richesses.\n                           Les marchands sont venus d ' E g y p t e : toute\n la population des paillottes autour d'eux s'empresse, petits\n enfants nus, aux yeux élargis, et dont le crâne rasé garde au\nmilieu une touffe belliqueuse; femmes au visage ridé, avec\ndes poupons à califourchon sur leur croupe; jeunes filles, dont\nla poitrine ronde bouge à peine sous la draperie étroite;\nguerriers gravement appuyés sur la lance, tous attentifs aux\nmille objets qu'un vieil Arabe étale à leurs yeux éblouis. A\nchaque instant, ce sont des cris, des battements de mains, des\npoussées joyeuses.\n    L a poussière vole, le soleil rutile.\n    Parfois une acheteuse s'avance sous le regard des hommes, et\ns'enfuit bientôt vers sa case, confuse et rieuse, emportant dans\nses mains quelque menue emplette; celle-ci, le kohl d'Arabie,\nqui met aux yeux des femmes le regard des gazelles; le henné\nde T u n i s , qui polit les ongles et leur donne la teinte rousse des\nacajoux anciens; celle-là, un collier de perles bleues, ou quel-\nq u ' u n e de ces cotonnades rayées qui étreignent les hanches et\ni m p r i m e n t à la marche une oscillation lascive.\n   Or, soudain, une écharpe merveilleuse est tirée d'un ballot,\nqui étincelle dans la grande lumière et dont les paillettes d'or\nproduisent un grésillement métallique : la foule tout entière\ndes filles et des femmes pousse en avant le cou t e n d u ; elles\nregardent fascinées, et les exclamations jaillissent en fusée.\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "320                          DURENbAL\n\n\n     Et Saïda, avec les autres, écarquille ses yeux fixes, Saïda, la\n fille du vieux chef.\n    Saïda a quinze ans, sa peau est claire et sa poitrine est haute;\nelle est la gloire de la tribu; et quand, l'amphore sur la tête,\nelle traverse les longues ruelles, en route vers la vallée, de\ntous les jeunes hommes du village, pêcheurs des bords de la\nrivière, chameliers au grave regard, cultivateurs de dourah ou de\npastèques, nul qui n'accoure sur son passage, et ne la regarde\nlongtemps du seuil de sa demeure.\n    Or, elle est là avec les autres fillettes, ses compagnes, et ses\nyeux ardents ne se détachent pas de la précieuse écharpe que\nle vieux marchand maintenant déploie dans le soleil et fait\ncouler entre ses doigts bruns.\n    « O Mohammed, achète-moi ce drap d'or, et je t'aimerai »,\ndit-elle à l'athlétique jeune homme qui est à ses côtés, tout fré-\nmissant, et qui l'aime plus que les autres; et sa voix est comme\nle murmure d'une source.\n    Mohammed s'est avancé. Les marchands silencieux se met-\ntent à rire : Cette écharpe a été tissée dans les harems de\nBagdad aux mille minarets; vendue à des Arabes qui la por-\ntèrent à Beyrouth, elle a passé la mer ; eux, les marchands l'ont\nachetée à leur tour. Voici deux ans qu'ils ont quitté l'Egypte\nlointaine, et ils ont parcouru les provinces et les royaumes, la\nNubie où les chameaux sont plus nombreux que les mimosas\ndes savanes, le Kordofan où l'ivoire abonde, les pays Chan-\nkallas, dont les torrents roulent de l'or; nul encore n'a pu leur\ndonner le prix de l'étoffe splendide.\n    « O Mohammed, achète-moi le drap d'or, et je serai ta\nfemme». Depuis longtemps, les marchands s'étaient retirés sous\nleur tente, la foule peu à peu s'était dispersée, et le cri de\nSaïda retentissait encore dans le cœur du garçon.\n    Tout le restant de la journée, il erra dans la plaine, épiant\nla marche du soleil. Le soir enfin étant tombé, à l'heure où le\nmoustique vole sur les eaux, furtivement il gagna la tente des\nmarchands.\n    Quand il en sortit, la lune se balançait haut dans le ciel :\ndans sa main luisait le drap convoité.\n\n                                   *\n                               +       *\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "                             LE DRAP            D'OR                  321\n\n\n   M a i n t e n a n t c'était le matin, et la caravane allait partir. Déjà\nla tente était abattue, et les chameaux, agenouillés, recevaient\nen grognant les bâts triangulaires.\n   M o h a m m e d , avec les autres chameliers, travaillait. Il excel-\nlait à équilibrer les charges, à raffermir le ballot qui glisse, à\nréduire le chameau qui regimbe et refuse le fardeau. Ses amis\nsont venus s'asseoir là tout proche, sous le figuier sauvage, et\nson vieux père aussi, qui se tait et parfois se lève soudain en\njetant les bras au ciel et en poussant des cris lamentables : son\nfils va partir avec la caravane; pour trois ans, il s'est vendu\naux E g y p t i e n s .\n    Ayant chargé une bête, Mohammed passe à la seconde, et il\n ne parle point. E t cependant, il a le cœur bien gros; sa mère\nest toute cassée, toute tremblante, son père aussi est vieux, et\n la vie était douce au bord de la grande rivière... Mais qu'im-\n porte ! son aimée n'a-t-elle pas reçu l'écharpe qui fait son\n bonheur et qui lui vaudra son amour, à lui, le pauvre\n chamelier?\n    Le soleil est monté droit dans l'azur, et voici les chameaux\n qui se lèvent, un à un, et qui s'avancent, pareils à de grandes\n mécaniques, tournant la tête, à gauche, à droite, jetant en\n avant leurs jambes saccadées et leurs pieds mous. E t les noirs\n chameliers vont derrière, nus jusqu'à la ceinture, sifflant parfois\n pour activer la troupe plaintive. Enfin viennent, montés sur\n d'allègres bourricots, les marchands impassibles, drapés dans\n leurs burnous neigeux, la lance en travers de la selle.\n    Ils s'éloignent, foulant la piste sablonneuse et disparaissent\n là-bas au pli de l'horizon. Alors le vieux père de l'exilé et ses\njeunes compagnons, restés jusque-là immobiles, s'en revien-\n nent, pensifs, vers les toucouls.\n\n                                        *\n                                    *       *\n\n   M o h a m m e d est allé avec la longue caravane, et il a parcouru\nles déserts et les savanes; et les semaines et les mois et les\nannées se sont écoulés, bien durs, bien cruels. Le jour, c'étaient\nles marches épuisantes dans le sable brûlant, avec le soleil qui\nbattait son cerveau et desséchait ses muscles, avec, toujours,\nces mêmes horizons de dunes, au travers de ces mêmes plaines\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "322                             DURENDAL\n\n\nd'herbes j a u n e s ; la nuit, c'étaient les veilles interminables en\ndehors de la tente, tandis que les chameaux épars s'immobili-\nsaient dans l'ombre, que la hyène d'heure en heure jetait sa\nnote lugubre, et qu'un froid glacial tombait des étoiles sur ses\népaules engourdies.\n   Mais la longue épreuve touche à son terme. Il vient de\nquitter ses maîtres, et il est en marche pour son village. Il va\nsans trêve, il ne sent la chaleur, la soif, la faim, ni la fatigue;\nil double, il triple les étapes; il franchit les plaines embrasées,\nles forêts aux ombrages fiévreux, les torrents aux eaux qui\ntonnent.\n   Plus que trois jours, plus que deux. I1 m a r c h e , il court ; son\ncœur saute dans sa poitrine : demain il arrivera. Ce sera le\nsoir, le soleil glissera derrière les collines, et le village tout\nà coup surgira dans l'ombre bleue des palmiers, avec la longue\nthéorie des filles et des femmes sur le chemin de la rivière; et\nles unes y vont, et les autres en viennent, et parfois deux s'ar-\nrêtent quelques instants, semblables aux fourmis qui s'affron-\ntent souvent au milieu de leur noire traînée, pour se raconter\nleurs aventures peut-être ou se renseigner leurs trouvailles...\n\n                                     *\n                                    * *\n\n   Mohammed arrive. Sans s'arrêter, il court à la demeure du\nvieux chef, là-bas, un toucoul allongé, plus haut que les autres,\navec une poterie renversée sur le faîte. E t de loin, il aperçoit\nle vieillard assis sur le seuil et qui le regarde venir, et un peu\nplus loin, deux vieilles esclaves qui broient le dourah au moyen\ndu lourd pilon de mimosa, et une autre femme agenouillée qui\nrecueille la farine : L e cœur de Mohammed bat à coups préci-\npités. Il s'élance : \" S a ï d a ! S a ï d a ! \". Saïda s'est redressée. Elle\nest là devant lui, plus belle que jadis, plus grande, plus grave,\nmais il la voit à peine, car ses yeux sont noyés dans un\nbrouillard.\n   — « Trois années ont passé, Saïda, me voici ».\n   Mais Saïda répond à peine, elle recule ; et M o h a m m e d fléchit\nsur ses genoux t r e m b l a n t s :\n   Les cruels soleils de N u b i e ont brûlé sa peau; les sables ont\nmangé ses yeux, un trop rude labeur a courbé son dos et\ndéformé ses m a i n s .\n"}, {"page_pdf": 386, "texte": "                           L E DRAP D ' O R                        323\n\n\n   Saïda s'est mise à rire : « O Mohammed, tu es devenu vieux,\ntu es devenu l a i d ; je ne te suivrai pas dans la case de ton\npère. »\n   M o h a m m e d s'est enfui vers la rivière aux eaux profondes ...\n\n                                              ERNEST   DE   LAMINNE.\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": "                La Grappe de Raisins\n\n               RÉSIGNÉ, le   père Marus interrompit mes compli-\n                   ments:\n                      — Non, non! il sentait bien qu'il ne ferait\n                   plus long feu... Les j a m b e s . . . de la lassitude\n                   pour un rien... la mémoire... » E t comme sa\n                   femme tentait d'arrêter ses doléances, il s'anima:\n                   « Sans doute, il portait bien ses quatre-vingt-\n                   trois ans; sans doute, il avait travaillé dur, il\nétait u s é ! mais il ne se plaignait p a s ; après tout, la santé était\nbonne. C'était elle, plutôt, qu'il fallait p l a i n d r e ; elle, qui\ncomptait cinq ans de moins que lui et qui était finie, la pauvre\nfemme !\n   — Voyons, père Marus, l'an prochain vous ferez vos noces\nd'or.\n   L a vieille sourit au mirage, mais lui, soucieux et grave :\n   — Je ne sais, dit-il simplement, si ELLE ira jusque là.\n\n\n\n\n   — Je savais bien, me dit-il encore, que vous seriez venu, et\nj'avais gardé ceci pour vous...\n   Et son regard, levé vers l'auvent, où se tordait une vigne,\ncherchait une grappe, la seule qui fût restée là. Il la coupa, la\ntint un moment avec précaution entre ses vieilles mains cal-\nleuses, et, après un dernier coup d'œil satisfait :\n   — Ils ne sont pas très grands, cette année, dit-il; mais c'était\nla plus belle.\n   Car son cœur savait des délicatesses qu'ignorait son langage.\n\n                                     *\n                                 *       *\n\n  Je le connaissais de longue date. U n e façon de reconnais-\nsance l'avait attaché à moi, voilà bien longtemps, du jour où\n"}, {"page_pdf": 388, "texte": "                       LA GRAPPE DE RAISINS                         325\n\n\n  mes six ans raisonneurs s'étaient trouvés à point pour donner à\n  sa vieillesse radoteuse et malcontente un auditeur prêt à s'indi-\n gner avec lui de la perversité du monde contemporain. Au fil\n des ans, nos rapports se modifièrent : malgré nous, nos cause-\n  ries s'espacèrent de plus en p l u s ; et j'en étais venu à sourire,\n  sans trop de malice et à part moi, aux longues tirades, qui,\n j a d i s , m e faisaient frémir d'indignation. Bref, en ces dix-huit\n  années, ce n'était pas lui qui avait le plus vieilli. Mais j'étais\n  resté pour lui cet auditeur complaisant, quoique nos entretiens\n se fussent réduits à une visite annuelle, au moment où le\n raisin mûrit. J e n'y aurais jamais m a n q u é , sachant qu'à\n cette occasion il s'en donnait à cœur joie, et que son répertoire\n d'anecdotes y passait tout entier. Pour moi-même, d'ailleurs,\n c'était là une heure exquise, car j ' a i m a i s ce vieux brave homme,\n pour les indignations qu'il avait allumées dans mon cœur, pour\n toute mon enfance que je voyais passer dans son regard terni,\n pour tout ce qui fut et pour tous ceux qui furent, dont je me\n souvenais mieux près de lui.\n     C'était un vieux paysan, d'écorce très rugueuse, comme il\n s'en trouve encore quelques-uns, dépaysés dans un milieu trop\n moderne. Il habitait un gros bourg, auquel le voisinage de la\n ville donne un vernis de civilisation de mauvais goût; et sa\n mâle figure de terrien flamand s'ennoblissait de la banalité du\n cadre. J a d i s , d a n s ses bruyères, cet homme dut passer inaperçu,\n mais, ici et aujourd'hui, la griffe de la race et de la vie était\n plus apparente sur cette âme fruste. Dernier représentant d'un\n âge et d'un monde dont il était seul, ici, à savoir les traditions,\n il en avait pris un naïf sentiment de respect pour sa propre\n dignité, sans remarquer que c'était là un double exil dont il\nsouffrait. Il était trop simple pour démêler les diverses nostal-\ngies qui assombrissaient son esprit et lui dictaient des juge-\nments plus sévères : les paysans n'étaient plus des paysans; la\nterre n'était plus SA terre; et la justice moderne n'était plus la\njustice! Et il était beau à voir, lorsque, par quelque chaude\njournée d'été, au milieu de ces maigres champs de banlieue,\naux effluves des blés mûrs, il levait soudain la tête, et, les yeux\nperdus au loin, fixant on ne sait quel rêve, il évoquait les brû-\nlantes moissons de sa jeunesse et les mœurs rustiques de sa\nC a m p i n e . Son récit prenait des allures d'épopée. Et l'on ne\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": " 326                         DURENDAL\n\n\n\n  savait, lorsqu'il s'arrêtait de parler, le regard perdu dans le\n large horizon, s'il y poursuivait la vision précise de sa jeunesse\n ou bien le naïf et magnifique idéal d'un monde meilleur.\n    Le père Marus ignorait la civilisation moderne, et ne la vou-\n lait pas connaître. Il confondait dans le même mépris l'homme\n actuel et son besoin quotidien de plaisirs, et le paysan qui\n ne savait pas seulement mettre d'aplomb une meule de paille;\n celui qui laisse pendre les ailes sous les coups de la malchance,\n les gardes-champêtres qui vont à bicyclette, et les femmes dont\n les affiquets ne répondaient pas à ses vieilles conceptions\n d'esthétique féminine. Il y a vingt ans, je m'indignais avec\n lui, de confiance. Depuis lors j'ai fait des distinctions; mais il\n m'était toujours délicieux de l'entendre vitupérer les mœurs et\nles gens, sachant bien qu'à la première occasion et sans cesser\n de grogner, sa main se tendrait d'elle-même à la misère qui\npasse.\n    Car il était à cet âge où la vie creuse de rides le visage, mais\nefface celles du cœur. Il est naturel qu'à mieux connaître la\npeine, on y compatisse davantage, et le père Marus avait\nbeaucoup souffert. Il avait cette bonté que seules peuvent don-\nner les larmes et sa dure et longue vie lui avait enseigné des\ndélicatesses qui étonnaient chez ce rude paysan.\n    A cet âge, on ne se sent plus vieillir, mais on s'étonne d'être\nun peu plus seul d'heure en heure. Aucune tendresse nouvelle\nne vient distraire le cœur de ses souvenirs ; on donne à ceux\nqui restent toute l'affection qu'on ne peut plus dispenser aux\nautres, et, toute une année se passe dans l'attente d'un seul\njour.\n   Je n'avais pas fait encore ma visite habituelle, cette année-là;\net, plus d'une fois, je m'étais gourmande moi-même, en sou-\nriant à l'idée de la grappe qui m'attendait et que mon vieil\nami entourait de soins inquiets. Lorsqu'un soir, un de ces\ncoups de sonnette insolites qui font dire : « Que me veut-on si\ntard? » me fit tressaillir d'une vague inquiétude.\n    On venait annoncer la mort du père Marus.\n   J'y fus le lendemain.\n    Là-haut, dans la chambre close, régnait une ombre fraîche.\nFusant par la fente des volets, un seul rayon, où dansaient des\npoussières d'or, allumait une étincelle au cuivre du chandelier,\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "                      LA G R A P P E D E R A I S I N S                 327\n\n\noù crépitait un cierge. Sur le lit reposait le père Marus. La\ntête, au galbe pacifié par la mort, posée très bas, lui donnait\ncette attitude presque hiératique qu'il avait, lorsqu'à la recher-\nche de ses souvenirs, ses yeux se perdaient au loin.\n   J e restai longtemps devant cette chère figure en allée, à rêver\nà tout ce qu'elle emportait de ma jeunesse, et à me rappeler\ntoutes les idées, naïves mais belles, qui m'avaient attaché à\ncet h o m m e . Et je me surpris à chercher dans les orbites vides,\nle grand rêve de son regard fixe et droit, de ce regard immo-\nbile, habitué à sonder l'infini de nos horizons flamands où l'on\ntrouve du ciel sans lever la tête. Mais ce regard, qui poursui-\nvait son grand idéal de justice par delà les bruyères et les\nsapins, avait sans doute, aujourd'hui, atteint le But, et c'est\nen vain que je le cherchais dans ces yeux éteints.\n\n\n\n   Dehors, c'était l'été. Après la mort froide de là-haut, ici la\nmort ardente de Midi régnait sur la campagne, éteignant tout\nbruit. Sous l'ardeur du soleil, toutes choses se taisaient, mais\nbrûlaient d'une flamme invisible. Seule, dans ce silence, une\nabeille, comme un point d'or vibrant, bondissait contre les\nvitres de l'auvent. Mes yeux qui la suivaient, se fixèrent sur la\nvigne. U n e seule grappe y pendait encore     j ' e n suis certain:\nla plus belle.\n                                          L o u i s VAN   DEN   BOSSCHE.\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "            Lettre à an Barrésien\n                          Dandysme\n\n\n\n              Vous amusez-vous encore, mon cher ami, à vous\n                donner des intercesseurs? Il était un peu pué-\n                ril, mais si excitant ce jeu de nous prêter, pour\n                un soir ou une semaine, à quelque maître spi-\n                rituel : oubliant toute autre admiration, négli-\n                geant fût-ce chez ce maître les beautés qui ne\n                retentissaient pas au fond de nous-même, nous\n                nous plaisions à créer un Rimbaud ou un\nMaurice de Guérin idéal, — imaginations sèches et brûlantes,\net qui ne vivaient qu'en nous, intensément.\n  Je me rappelle qu'un portrait de Fantin-Latour nous fit\nd'abord aimer Rimbaud. Un portrait encore nous détourna\nde Brummell : sa figure grasse nous sembla trop dépourvue\nde ce reflet romantique qui malgré tout (avouons-le, entre\nnous!) est nécessaire pour fixer notre intérêt; et puis sa vanité\nparaissait trop aisément satisfaite; nous surprîmes même dans\nle regard un cynisme un peu vulgaire.\n   Cette image nous trompait, mon cher : relisez cette fantaisie\nde Barbey d'Aurevilly : « Du dandysme et de Georges Brum-\nmell ! »\n   Barbey a tenu à nous y prouver l'utilité sociale du dandy\nincarnant la vanité : «car, déclare-t-il solennellement, ce qui\nfait la valeur des sentiments, c'est leur importance sociale ».\nMais quoi? Il vous suffira pour honorer Brummell de trouver ici\nde l'original et de l'inattendu, et la belle réalisation d'un\ntype.\n   Si notre méthode de jadis vous divertit encore, faites-en\nvotre intercesseur d'un jour : il s'y prête assez joliment.\n   Vous souvenez-vous? Certains soirs nous nous exaltions avec\n Baudelaire ou Vigny. Dans une soif d'émotion pure d'ironie,\n nous nous offrions tout entiers à leur suggestion : peu à peu ils\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "                    L E T T R E A UN   BARRÉSIEN               329\n\n\nrépondaient à nos prières, nous chuchotaient des mots incon-\nnus, nous traversaient de frissons merveilleux, — quelquefois,\nsur nos cœurs, leur génie jouait des concerts inouïs où venaient\ns'étancher les plus fiévreux désirs de nos sensibilités multi-\npliées. Mais quelle humiliation quand, l'extase évanouie, nous\nnous retrouvions seuls, si maigres, si froids, si étrangers à ces\norchestrations trop magistrales.\n   P a r m i de tels affaissements, Brummell nous eût réconfortés en\nnous présentant la leçon du d a n d y s m e clairvoyant et résigné :\n   « Pour avoir désiré le surhumain et ses émotions les plus\ncontradictoires, vous ne sentez que mieux l'indigence de vos\npetites âmes ironiques et positives. E h bien! pourquoi ne pas\nvous accepter tels quels? Renoncez froidement à des envols\ntoujours brisés; prenez une vue claire de vos capacités, sans\nlyrisme ni d é d a i n ; et puis, librement, en virtuoses, avec une\nsûre audace, poussez jusqu'à vos extrêmes limites sans plus\nm ê m e songer à vous évader! »\n   N e souriez pas, mon a m i ! E n ces veilles fiévreuses de jadis,\nBrummell nous eût parlé avec cette gravité.\n   Certes Barbey d'Aurevilly ne pouvait imaginer ce Brummell\nqui seul nous passionnerait : une ombre élégamment abstraite\net qui nous viendrait donner des leçons de dandysme.\n   Donc, cher ami, si celui de l'histoire ne vous satisfait point,\nchoisissez, pour vous créer un Brummell d'un goût plus\nm o d e r n e , une de ces après-midi solitaires et confortables où\nvotre intelligence se sent juste assez échauffée pour manier\navec plaisir les abstractions sans risquer de se perdre dans des\nrêveries. N'oubliez pas que cet Anglais ne se révélera qu'à un\n esprit tout ensemble positif et fantaisiste, lucide et passionné.\n   Après les invocations préliminaires, et ces tâtonnements\ntoujours un-peu pénibles, il s'abandonnera sans doute à quel-\n ques confidences : elle ne différeront guère, j'imagine, de celles\n qu'il me fit hier soir :\n    « A quoi bon — murmura-t-il d'abord avec un mépris un peu\n découragé — à quoi bon vous apprendre le dandysme?\n    Vous autres, Français, vous allez au hasard de mille chemins\n sans but ; votre vagabondage ne s'arrête qu'à bout de forces,\n pour disparaître dans la médiocrité. Moi ! je suis né D a n d y .\n J'ai tout sacrifié à mon dandysme : j'aurais pu être séduit par\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "330                               DURENDAL\n\n\ndes amours élégantes et faciles (et sa voix se nuançait\nd'un regret) ou par la richesse, ou par l'art (ajouta-t-il avec\nindifférence). Mais non ! Je ne désirais la somptuosité que\ncomme décor à mes attitudes, mon indifférence courbait toutes\nles femmes en amoureuses s u p p l i a n t e s ; et le jeu, — le jeu\nm ê m e ! répéta-t-il avec un léger frisson — mais il me permet-\ntait de montrer à toutes ses alternatives la dédaigneuse impas-\nsibilité de mon d a n d y s m e souverain.\n     J'ai régné vingt ans ; et quoi qu'en pensent les anecdotiers,\nn'ai abdiqué que par lassitude : saturé de succès, écœuré aussi\nde mes admirateurs. E t je me suis perdu, parce que je le vou-\nlais. Vous, pauvre dilettante, vous ne saurez que vous divertir\nau jeu du d a n d y s m e , quelques heures.\n     Cependant, vous me plaisiez par un certain tour d'esprit,\nqui ferait de vous un passable d a n d y . Ce vingtième siècle\ncommençant a créé un type de jeunes gens qui pourraient me\ncomprendre : à la fois positifs et désintéressés, vous méprisez\négalement le romantique naïf et l'homme d'affaires inculte.\n Des succès mondains, amoureux ou financiers ne vous déplai-\nraient point : non tant pour les commodités grossièrement évi-\ndentes qu'offre une éclatante maîtresse ou une fortune prin-\ncière; mais surtout pour les fêtes paradoxales qui en naîtraient\ndans le secret de votre âme. T o u t e s les ambitions vulgaires\nvous deviennent prétextes à fiévreuses abstractions, et ainsi\n votre désintéressement les ennoblit par un détour ingénieux.\n      Q u ' i m p o r t e maintenant si le public s'y m é p r e n d ? Moi-même\nj ' e u s tort de m'irriter parfois de ces admirateurs mesquins qui\n copiaient la coupe de mes habits, singeaient mes h a b i t u d e s et\n mes mots.\n      Réalisations imparfaites que tout cela ! J e portais en moi le\n rêve d'un d a n d y s m e plus idéal : et c'est surtout à cette intime\n noblesse que, sans la soupçonner, mes courtisans rendaient\n hommage.\n      Ê t r e compris ! N e l'espérons plus avec ces imbéciles : toute\n apparence de supériorité leur semble u n masque sous lequel\n nous aurions l'art de dissimuler une vilenie d'âme égale à la\n leur. Voyez, ils ont admiré comme un chef-d'œuvre mes atti-\n tudes impassibles : elles n'étaient que le miroir de m a suprême\n indifférence pour tout ce qui s'agitait autour de moi.\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": "                    LETTRE A UN    BARRESIEN                     331\n\n\n   Car vous ne serez jamais un d a n d y si vousn'avez été marqué\ndès votre naissance de ces signes mélancoliques : un ennui se\nsouriant à lui-même, et une indifférence nonchalamment indul-\ngente à tous. E t surtout, gardez-vous, malgré la vie, des trucu-\nlences de la révolte ou des âcretés du mépris. Moi-même, je\nl'avoue, cette amertume avait fini par m'envahir, et elle me\nmontait aux lèvres en insolences crachantes dont je n'ai senti\nq u e plus tard l'exagération.\n   Au milieu de mes triomphes, j'avais songé parfois à un dan-\nd y s m e surhumain qui, sans rien abdiquer, oserait se passer\nmême de tout public. C'eût été l'aboutissement exaspéré de\nmes théories. H é l a s ! après vingt années d'agitations, la soli-\ntude me sembla-effrayante : et si, par instants, dans les salons\nétincelants et glacés de l'hôtel d'Angleterre, j'eus l'illusion\nfiévreuse de me donner mes plus rares fêtes, les réveils étaient\nhorribles       »\n    D a n s le silence pathétique où j'écoutais ces paroles, l'hor-\nloge jeta un seul coup, grêle, railleur. Le charme était rompu.\nJ'écrasai mon cigare sur le bord du cendrier, ricanant un peu\nde mon exaltation. — Pour être de parfaits dandys, nous ne\nnous ingénierons jamais assez, mon ami, à posséder le secret\nmerveilleux dont parle votre maître : « le sérieux qui couvre et\n permet toutes les fantaisies ».\n\n                                               M A U R I C E FABRY.\n"}, {"page_pdf": 395, "texte": "                  Léopold Wallner\n              Publication de ses œuvres\n\n              IL y aura bientôt un an, le 12 août 1913, en pleine\n                 période de vacances, mourait à Bruxelles notre\n                 ami et collaborateur, le compositeur et profes-\n                 seur Léopold Wallner, un h o m m e de haute\n                 intelligence, d'une érudition vaste, encyclopé-\n                 d i q u e , et compositeur musical d'une rare per-\n                 sonnalité. Il s'en était allé, le brave et bon\n                 Wallner, modestement comme il avait vécu.\nPeu d'amis étaient là pour saluer une dernière fois sa dépouille\nmortelle. Un d'eux, Ernest Closson, lui dit adieu au nom des\nabsents en ces quelques mots du cœur, qu'un ami nous a com-\nmuniqués et que nous croyons opportun de reproduire, à l'oc-\ncasion de la publication prochaine des œuvres musicales com-\nplètes du défunt, entreprise par un groupe d'admirateurs.\n  Voici donc les quelques paroles émues dites par notre ami\nClosson, au m o m e n t de la levée du corps :\n\n              MESSIEURS,\n\n   « De plus qualifiés, de plus autorisés que moi auraient dû\nprendre la parole devant cette bière ; seul, peut-être, le\nmoment défavorable de l'année me vaut le triste honneur\nd'adresser ici le suprême adieu à Léopold W a l l n e r .\n   Ce n'est pas de l'artiste que je veux parler. L a critique\nd'art, même laudative, est bien loin, en ce moment, de nos\npréoccupations. Les accents passionnés de cette lyre enthou-\nsiaste, à présent muette, intéressent des cercles plus éloignés\net plus vastes. E n maintes pages, le compositeur survivra et le\nnécessaire sera fait pour assurer l'expansion de son œuvre.\n   C'est au sujet de l'ami que je voudrais exprimer simplement,\nen quelques mots, ce que chacun de nous pense tout bas.\n   L a voilà donc à son terme, cette existence, qui, en défi-\nnitive, fut une longue épreuve, prolongée par u n e agonie\n"}, {"page_pdf": 396, "texte": "                         LÉOPOLD    WALLNER                        333\n\nde toute une année : épreuve surmontée avec une force de\ncaractère, un stoïcisme admirables, dissimulés sous les\ndehors familiers d'une inaltérable gaîté.\n   Nous qui l'aimions, nous devrions remercier ici la mort\nlibératrice, mais nous sentons trop en ce moment ce que\nnous perdons en celui qui nous quitte aujourd'hui à jamais.\n   C'est qu'en dehors de sa création artistique et de son\nactivité pédagogique, Léopold Wallner a rempli cette fonc-\ntion sociale d'une insigne rareté, celle d'être, pour tous\nceux qui l'approchèrent, une force morale.\n   Ce cœur large et généreux, toujours prêt à s'attrister\nou à se réjouir avec les autres, toujours prêt à utiliser en\nfaveur des autres les concours que des sympathies unani-\nmes mettaient à son service; ce bon sens robuste fortifié par\nune longue, dure et profonde expérience de toutes les choses\nde la vie; cette pénétration psychologique si aiguë, servie\npar une exquise sensibilité ; cette érudition encyclopédique\net toujours accrue, alimentée aux sources les plus diverses;\ncette intelligence hors ligne, familiarisée avec les problèmes\nles plus transcendants de la philosophie ancienne et moderne ;\ncette juvénilité et cette faculté d'enthousiasme dont le ressort\nne se détendit j a m a i s ; enfin cette influence presque magné-\ntique, cette sorte de rayonnement qui émanait de lui et qui\nne s'exerça jamais que dans des fins bienfaisantes, tout cela\nest a b o l i ; et plus d'un éprouve en ce moment que quelque\nchose désormais va manquer dans son existence.\n   J'en atteste tous ceux qui sont ici. Jamais on ne visita\nW a l l n e r sans profit ; j a m a i s on ne sortit d'ici sans se sen-\ntir enrichi de connaissances nouvelles, illuminé et comme\nsoulevé par cette parole chaleureuse et pittoresque, inter-\nprète des plus hautes pensées, sans se sentir consolé et fortifié\ndans ses misères par l'inaltérable sérénité de cet impotent,\ncloué dans son fauteuil par un implacable mal.\n   P o u r tout cela, Cher Maître, merci. Quelque chose de\nvous survivra dans votre œuvre ; mais, en dehors de cela,\nvotre souvenir personnel demeurera avec le dernier de ceux\nqui vous ont connu et apprécié ; de ceux, si nombreux,\nque vous avez instruits, éclairés, guidés, soutenus, fortifiés. »\n\n  Dans la circulaire lancée par les amis de Wallner qui ont\n"}, {"page_pdf": 397, "texte": " 334                                  DURENDAL\n\n\n\n entrepris de rendre à sa mémoire l'hommage le plus vrai qu'on\n puisse rendre à un artiste, nous lisons cet appel au public.\n\n   « Le moment est venu pour ceux qui ont profité de l'ensei-\ngnement du Maître, pour ceux qui l'ont aimé et admiré, d'assu-\nrer, suivant son suprême désir, l'expansion de son œuvre\nencore inédite.\n   Léopold Wallner, par suite de causes diverses, dont une des\nplus importantes est sans doute cette sorte de pudeur qui l'em-\npêchait de rechercher la popularité, a publié assez peu de son\nvivant. Encore a-t-il fallu lui faire parfois amicalement violence\npour l'amener à faire éditer certaines œuvres, telles « la Sonate\nRomantique » et les deux Albums de « la Jeune Belgique »\n(Chant et piano).\n   Ses manuscrits portant les mots « Version définitive » ont\nété recueillis par M. E d o u a r d Cremers. Nous vous les présen-\ntons aujourd'hui en une édition soigneusement revue, qui se\ncomposera de treize albums d'une vingtaine de pages, à paraître\nsuccessivement (1). Nous sommes en mesure de pouvoir offrir\nces treize albums qui, en dehors de cette souscription, seront\nvendus au prix de trois francs chacun, moyennant le prix global\nde vingt francs. Nous sommes persuadés que vous tiendrez à\nparticiper à ladite souscription, et que vous voudrez vous asso-\ncier ainsi à l'hommage posthume qui sera rendu dans quelques\nmois à ce noble et digne artiste que fut Léopold Wallner. »\n\n   Nous recommandons instamment à ceux de nos abonnés que\nla musique artistique sérieuse intéresse, et spécialement aux\nanciens élèves, aux admirateurs de notre défunt collaborateur,\nla publication de l'édition définitive et complète de son œuvre.\n                                                        H . M.\n\n  On est prié d'adresser les souscriptions à Monsieur l'avocat\nCHARLES G R E N E Z , 55, rue Berckmans, à Bruxelles.\n\n(1)   I Fleurs des dîmes      (6 morceaux)       VIII Ballade, nocturne,\n     II Echos du pays natal    (4   »    )             gavotte             (3 morceaux)\n   I I I »       »     »       (2   \"    )         IX Variations           (1    >    )\n   IV Au bord de la mer       (2    »    )          X Sonata quasi una\n    V     »      »     »      (5    »    )             fantasia            (1    »    )\n   VI Au fil de la pensée      (6   »    )   XI & XII Albums de chant      (11   »    )\n  VII Valses, polonaise       (3    »    )       XIII        Duos          (3    »    )\n"}, {"page_pdf": 398, "texte": "    Maurice Barres et la \"Grande Pitié\n                                          des Eglises de France,,\n\n\n                  DE la littérature française contemporaine, une des figures les\n                    plus nobles, c'est incontestablement celle de Maurice\n                    Barrès. Chaque année, nous aurons vu grandir son pres-\n                    tige et sa gloire. Mais j'aime à penser que la noblesse\n                    d'âme demeurera sa physionomie caractéristique devant\n                    la postérité. Cas étrange, nul autant que lui, par la haute\n                    conception de son art, ne s'est tenu éloigné de la foule, et\n                    cependant, aucun autre que je sache ne peut se flatter\n                    d'avoir conquis popularité plus enviable.\n   Les temps sont passés où cet « amateur d'âmes » ne semblait s'adresser qu'à\nde rares initiés. Alors par bien des côtés le dilettante raffiné de la culture du\nmoi offensait les compréhensions bourgeoises. C'est qu'il faut peu au paradoxe\npour revêtir l'aspect du défi. Que nous comprenions mal, nous nous persua-\ndons aisément qu'on nous manque. Au surplus si Barrès apparut tout d'abord\ncomme un merveilleux ironiste, pourquoi l'en défendre? Il ne se cristallisa\npoint dans cette attitude étroite. Peu à peu du champ élargi de ses observa-\ntions, des cénacles et des coteries, sa voix se répandit au dehors, elle monta en\nvibrations profondes ; pour rendre une pleine sonorité elle emprunta ses\naccents aux thèmes humains les plus vastes.\n   Quoi d'étonnant que par cette évolution Barrès se soit imposé à l'élite intel-\nlectuelle et, parce que sa parole exprimait en une langue harmonieuse et grave\nles sentiments les plus généreux de l'homme, qu'il ait entraîné avec lui la jeu-\nnesse? La correspondance de sa pensée avec nos aspirations intimes, c'est le\nsecret de cette influence. Eveiller les intelligences, leur donner conscience\nd'elles-mêmes, leur inspirer le goût de l'action, leur montrer le but, tel fut le\nrôle du Barrès nationaliste ; c'est à ces hautes fonctions qu'il a consacré son\ntalent. L'amateur d'âmes devint professeur d'énergie. Plus qu'un Boulanger ou\nun Déroulède, il a aidé au réveil du patriotisme français et. s'il est exact qu'un\nrenouveau de sentiment religieux se soit manifesté en France, moins directe-\nment peut-être, mais dans une large mesure encore, on peut croire qu'il y aura\ncontribué.\n   Mais de quelle manière ? Et qu'en est-il de ce mouvement de renaissance\nreligieuse? On a pu facilement exagérer sa portée. Qu'il ait atteint les couches\nprofondes de la nation, je n'en suis pas bien sûr. Il est indéniable du moins\nqu'en France le nationalisme est étroitement lié à toutes les questions reli-\ngieuses. Le rôle de l'Eglise dans la formation et le développement de la race\nest trop évident pour qu'on puisse songer à en contester l'importance. Sans\n"}, {"page_pdf": 399, "texte": "336                                DURENDAL\n\n\n\ndoute le sentiment religieux est antérieur à l'Eglise, mais celle-ci le canalise\net en fin de compte elle en recueille le bénéfice. Traditionnaliste par défini-\ntion, le nationalisme ne se conçoit donc pas sans rapports avec elle ou adop\ntant envers elle une autre attitude que de sympathie et de respect. En fait il\ny a beaucoup plus, mais cette simple constatation suffit à montrer que là où\nles doctrines nationalistes développent le patriotisme, là aussi elles préparent\nau sentiment religieux un terrain de culture particulièrement fécond.\n   Il faut ajouter ceci. Tandis qu'au nom de la science les pontifes de la géné-\nration passée avaient prétendu étouffer le sentiment religieux dans les âmes,\nau nom de cette même science les maîtres de l'heure proclament aujourd'hui\nsa légitimité. Cette position intellectuelle de ceux que l'on a nommés les apo-\nlogistes du dehors aura conduit aussi à modifier la courbe de la pensée con-\ntemporaine Ce n'est pas un des moindres sujets d'étonnement. Certes, pour\nune partie de la masse populaire, comme dans le monde politique, la menta-\nlité des Homais est restée en honneur, mais chez l'élite cultivée elle n'est pas\nloin d'affecter le caractère d'une tare; l'anticléricalisme sectaire récolte un peu\npartout le discrédit, et cela se vérifie en général, même auprès des intelligences\nles plus notoirement athées. Voilà de quoi devront tenir compte ceux qui étu-\ndieront les causes de la renaissance du sentiment religieux en France. Ces\nconsidérations en tout cas peuvent servir à mesurer la portée de l'influence de\nBarrès dans cet ordre. C'est pourquoi elles méritaient d'être notées en marge\nde son nouveau livre, tiré de la même veine que ses autres ouvrages, mais\ndépassant peut-être en beauté le reste de son œuvre, édifice majestueux, où\ndominent les thèmes éternels de la poésie : la patrie, la religion, la mort.\n\n                                        *\n                                       * *\n\n   Je ne crpis pas exagérer en effet en disant de La grande pitié des Eglises\nde France qu'elle constitue un merveilleux poème.\n   On connaît le sort fatalement réservé aux églises par la loi de séparation.\n   L'Etat s'en désintéresse et par suite de la mauvaise volonté d'une adminis-\ntration tracassière, les efforts de l'initiative privée ne sont d'aucune efficace.\nCombien d'églises qui périssent; que de trésors d'art dont nul ne se soucie;\nque de centres de vie intellectuelle sur le point de disparaître. De la vision de\ntoutes ces ruines physiques et morales Barrès s'est ému. Mais à quoi servirait\nle cri de détresse qu'il jette en définissant la France : « le pays le plus dévasté\nde l'Europe, » s'il ne se constituait pas en même temps le défenseur des\néglises. Aussi, à arrêter ces dégradations il a consacré son énergie. Ses rêveries,\nses pensées, ses actes au cours de trois années de lutte, c'est toute cette admi-\nrable campagne qu'il raconte au lecteur.\n   Pareil livre échappe à l'analyse, on en donne plus aisément la synthèse.\nQu'on suive seulement l'auteur. Dans ses méditations devant l'humble église\nde village où sous les voûtes de la cathédrale de Reims, les mêmes tristesses\nl'assiègent; le voici dans son cabinet de travail : quel plaisir de dépouiller\navec lui les adresses d'encouragement que de toutes les provinces la France\nlui apporte; le voici maintenant en audience avec des ministres : contre leur\n"}, {"page_pdf": 400, "texte": "                              MAURICE      BARRÉS                            337\n\n\nparti-pris les ressources de sa dialectique échouent; à la Chambre, dans les\ncouloirs, il va de groupe en groupe, il essaie de gagner à sa cause des adver-\nsaires politiques ; mais que peuvent les meilleurs arguments du monde sui-\ndes parlementaires qui se dérobent; enfin, à la tribune le voici qui monte et\nc'est là qu'il donne son plus bel effort au milieu d'un silence impressionnant,\ndans les trois pathétiques discours qu'il prononce, où il a condensé toute son\nironie, toute sa pitié, toute sa colère et tout son amour.\n   Mobilité du décor et de la scène, tableaux : dignes pendants de « leurs\nfigures »; émouvante diversité de tons; le charme le plus pénétrant de ce livre\nc'est peut-être de ceci qu'il est composé, de cette succession de pages d'un\nrelief si différent. Faut-il citer? L'admirable préface ou les quelques lignes :\n« l'enfant accordé aux étoiles » ou la méditation au fond d'un parc de petite\nville lorraine au crépuscule d'un jour de procession. On n'imagine pas poésie\nplus pure et ces poèmes sont entrecoupés de satires de mœurs politiques\nâpres et mordantes et de chapitres de combat : « Je cause avec M. Briand »,\n« Dans les couloirs de la Chambre », « Les accroupis de Vendôme » où sont\ndésormais immortalisés quelques types nouveaux de la bêtise humaine.\n   Ce n'est pas un sujet de stupeur que la campagne de Barrès n'ait pas obtenu\nles résultats parlementaires qu'il était en droit d'espérer. Subsidier toutes les\néglises n'était-ce point, par une voie détournée, rétablir le concordat? Aussi\nle parlement n'a-t-il pas manqué de saisir avec empressement une occasion qui\nlui était offerte de se discréditer. Cette issue du moins fait voir une fois de\nplus quelle distance sépare l'esprit public de ceux qui soi-disant le repré-\nsentent. Mais en dehors de l'enceinte des Chambres nul n'est resté indifférent à\nla question des églises. Que l'opinion ait été profondément émue, on en a vu\nla preuve aussi bien dans la position des artistes et les témoignages venus de\ntoutes parts à Barrès que dans l'attitude de la majeure partie de la presse.\nC'est là déjà un premier effet; la Bête a dû reculer et le danger d'une dégra-\ndation immense se trouve ainsi momentanément écarté.\n\n                                        *\n                                       * *\n\n    Sur la question des églises, Barrès n'a pas voulu d'équivoque. I1 a nette-\nment exposé sa pensée. Les églises ne valent pas seulement comme œuvres\nd'art, en tant que vestiges précieux des âges écoulés, elles constituent avant\ntout des centres de vie spirituelle, elles sont les âmes des paysages. C'est à ce\ntitre-là qu'elles méritent d'être sauvées, la plus laide et la plus belle, la plus\npauvre et la plus riche. A maintes reprises il reviendra sur cette idée : c'est le\nclassement de toutes les églises qu'il réclame, qu'elles participent ou non d'un\nintérêt archéologique ou historique. Il n'est pas croyant. Ce n'est pas au point\nde vue confessionnel qu'il se place, c'est au point de vue de la civilisation.\n   Que l'on admire la beauté des ruines pour elle-même, soit, lorsque c'est de\nla mort que procède le charme qui est en elle. Aussi Barrès n'a-t-il pas à\nredouter le reproche de ses délectations passées. Devant les églises, ce n'est\nplus, comme à Venise, la volupté de la mort qui l'inspire, c'est la crainte de la\nmort au contraire et la volonté de la vaincre.\n\n                                                                            3\n"}, {"page_pdf": 401, "texte": "338                               DURENDAL\n\n\n    Domaines sacrés, demeures des ancêtres et de ceux qui naîtront, les églises,\n au cours des siècles, ont imprégné les cœurs; elles continuent à en pénétrer les\n racines profondes. C'est pourquoi leur sauvegarde présente un caractère de\n nécessité si l'on ne veut pas, en supprimant ces lieux de méditation, porter du\n même coup atteinte à l'intégrité de la race. Toute l'âme française est en jeu ;\n que deviendrait celle-ci livrée à ses propres forces, le jour où les barbares\ntriomphants auraient tué sa vie spirituelle ! Que l'on ne croie pas qu'il ne\ns'agisse ici que de la conservation des édifices de pierre, c'est encore et peut-\nêtre avant tout la vie religieuse des églises qu'il importe de préserver. Que les\néglises soient fréquentées, qu'on s'y vienne recueillir, qu'on y vienne prier,\ncar, selon la belle parole de Barrès, « la solidité physique des sanctuaires c'est\nd'être moralement féconds ».\n   A toutes les raisons profondes de cette campagne pourquoi ne pas ajouter\nune louable pointe d'égoïsme? Assurément c'est un intérêt général qui aura\ninspiré Barrès, mais c'est aussi la satisfaction d'un besoin personnel qu'il\npoursuit. « C'est pour moi que je me bats, écrit-il ; une église dans le paysage\naméliore la qualité d'air que je respire. Parfaitement, ce qu'il y a de plus\nvivant et de plus noble chez les gens de France et chez moi s'accroît dans\nl'atmosphère catholique. »\n                                         *\n                                       * *\n   Je crois avoir donné une idée assez exacte de la thèse de l'auteur et en\navoir dégagé la portée. Pour tout cela, La grande pitié des Eglises de France\nmérite une admiration sans réserve. Mais sur certains aperçus de philosophie\nreligieuse les catholiques pourront trouver à redire.\n   Peut-être faut-il considérer les pages : « la mobilisation du divin » seule-\nment comme une œuvre de poète, sans vouloir y trouver pour cela l'exposé\nd'une philosophie de la nature. La pensée n'en est pas toujours très nette.\nVoici cependant quel en paraît être le sens. Notre amour des fleuves et des\nsources, des bois et des solitudes a de communes racines avec notre amour\ndes sanctuaires. Le principe de cet amour c'est le divin qui est en eux; tous\nces endroits demeurent imprégnés d'un passé mystérieux et animés du souve-\nnir des anciennes croyances. Non pas à la vérité que Barrès ait foi dans les\ndieux des forêts ni dans les déesses des sources, mais à l'idée que ces divinités\npeupleraient toujours les campagnes, sa sensibilité éprouve une sorte de\nbesoin profond. « Chaque fois, écrit-il, que je traverse un champ de feu, une\nroche de fées, je les appelle d'une voix insensée. » La nature n'est pas seule-\nment aimable de tout ce qu'elle offre de beautés aux regards mais, aussi par\ntout ce que nous pressentons en elle d'inconnu et de caché. \" Jadis, nous\navions des maîtres visibles de tous au grand ciel de midi. Ils ont passé, ces\ndieux de notre terre, à la fois nos guides et nos emblêmes. Ils ont disparu,\nbrisés par les apôtres du Christ. Mais leurs fantômes flottent toujours sur nos\ncampagnes et voudraient reprendre corps. Il n'a pas suffi de les nier ou de\nles oublier pour les anéantir, Ils errent autour de nous, cherchant une prière,\nun accueil, un signe de bienveillance sur ces friches et dans ces bois où ils\nont eu leurs derniers fidèles. »\n"}, {"page_pdf": 402, "texte": "                              MAURICE BARRES                                 339\n\n\n   Mais ces divinités sans existence, les imaginer partout, les sentir partout\nprésentes, n'est-ce pas aboutir au panthéisme le moins détourné? Au point de\nvue psychologique déjà cette explication est une erreur. Que la nature soit un\nreflet du Divin, cela est évident comme de toute œuvre créée. Mais le senti-\nment du Divin, c'est du cœur qu'il jaillit, ce n'est que par caprice d'imagina-\ntion, par effort conscient ou non de son vouloir que l'homme le transpose en\nelle. C'est ainsi que firent nos ancêtres ignorants : pour donner une forme\ntangible et vivante au besoin de spiritualité que ressentaient leurs âmes, ils\nont peuplé de dieux la solitude et le silence des forêts.\n   Quoi qu'il en soit, tout ce vieux domaine sacré vit encore. Ainsi la spiritua-\nlité de la race, c'est le sentiment catholique greffé sur l'esprit de la terre, un\nmélange de païen et de chrétien, et puisque ces deux ordres de sentiments\nont concouru à la formation de l'âme française, Barrès demande qu'on les\nunisse dans une alliance qui les réconcilie.\n   Telle paraît être la thèse développée dans ce chapitre sans qu'on nous dise\nd'ailleurs comment on unira deux ordres de sentiments qui s'excluent. Mobi-\nlisons le divin, soit, mais pas contre l'intégrité de la doctrine catholique, pas\n pour faire revivre une religiosité vague, pas pour permettre aux superstitions\n toujours latentes de ressusciter et de reprendre corps. Mais je le répète, je ne\n crois pas qu il faille s'effaroucher outre mesure de ces développements, qui\n doivent être ramenés dans le plan d'une large et somptueuse orchestration\n poétique. Qu'on les interprète comme le chant nostalgique d'une âme assoiffée\nd'un monde plus diaphane et plus léger et dont la musique cadencée se\n baigne, loin des laideurs et des brutalités, dans le sentiment de la beauté\n morale. Par là, l'œuvre nouvelle de Barrès, dont tant de pages excitent nos\n puissances d'indignation devant l'insondable sottise humaine, s'achève sur la\n note exhaltante de tout ce qui est pur et généreux et laisse une impression de\n sereine et d'apaisante fraîcheur.\n\n                                                              PAUL SCHMITZ.\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "Sur « La Bonne Auberge des Escholiers et des Poètes »\n                                  à Louvain\n\n\n                 NOTRE aînée Durendal nous fait le grand honneur de nous\n                   ouvrir ses pages et nous invite à exposer ici ce que nous\n                    tûmes et ce que nous sommes.\n                      J'avoue qu'une certaine pudeur m'a longtemps retenu de\n                   prendre la plume et de profiter de cette large hospitalité.\n                   N'est-il pas, en effet, un peu indiscret de raconter soi-\n                   même des choses auxquelles on a été si intimement mêlé\n                   et d'expliquer la naissance d'un organisme dont on a été\n                   l'âme.\n   L'interview présente ce grand avantage qu'il suffit de répondre aux ques-\ntions qu'on veut bien vous poser : mais répondre en bloc à une seule question\ndevient plus délicat et nous ne l'eussions jamais fait si l'intérêt de cette œuvre,\nque nous avons voulu grande et belle, ne nous y eût invité.\n\n\n\n\n   Au mois de juin 1012, alors que dans la vie fiévreuse des examens en prépa-\nration, toute agitation extérieure s'évanouit — quelques jeunes gens se réunis-\nsaient le soir, dans une salle privée d'un café de la ville.\n   Furtivement, ils entraient un à un dans cette salle anonvme et froide, quel-\nques-uns sceptiques et amusés, d'autres avec une flamme d'espoir au fond\nde leurs prunelles.\n   Sous la lumière falote d'un gaz bruyant, on s'était assis, on se comptait: on\nétait neuf.\n   Depuis quelque temps déjà, trois de ces jeunes gens, à la suite d'une confé-\nrence et de quelques entretiens, mûrissaient dans leur cœur le projet cher et\ninsensé que déjà, deux ans plus tôt, j'avais rêvé.\n   Il s'agissait de créer dans le milieu universitaire un organisme consacré\nintégralement à la Beauté.\n   Quelques idées avaient déjà été jetées sur le papier et la revue était dans\nl'œuf.\n   Quand on pense à toute l'activité intellectuelle et ardente que doit con-\ndenser un centre universitaire, on ne voit pas, à première vue, ce qu'un tel\nprojet contenait d'insensé; mais quand on relit les premières pages de Vita\n Vera, de Joergensen et qu'on pense qu'à part l'Idée Sainte qui demeure et\nquelques louables exceptions, un mal aussi inquiétant ronge la grande partie\nde notre jeunesse belge ; quand on pense au grand vide et à l'inanité complète\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "                  LA BONNE AUBERGE DES ESCHOLIERS                                341\n\n\nde la vie d'une telle majorité, alors on voit ce qu'il fallait d'illusion pour\ncaresser un tel projet.\n   Et cependant, tout était prêt.\n   On avait esquissé les grandes lignes d'un programme à réaliser. De cette\nréunion plus nombreuse, on attendait le signal du départ et le bon vent dans\nles voiles... Et je n'oublierai jamais l'instant où. pour la première fois, alors\nque rien d'officiel n'était constitué, Robert Silvercruys m'appela directeur,\net me pria d'exposer mon plan.\n   Dans le but d'unir étroitement nos enthousiasmes et de développer libre-\nment notre culture artistique, le besoin se faisait sentir de s'organiser.\n   Quelques-uns travaillaient dans le secret de la chambre, à joindre des\nrimes; quelques plumes lentement se dérouillaient sans grand ordre; et ce\nqui manquait, c'était un public, un témoin pour qui travailler, et qui nous\nforçât à polir l'oeuvre, à faire définitif et à progresser. Il fallait une émulation,\nune direction ; il fallait qu'on se sentît vivre et que, par l'exemple mutuel,\non eût le désir de faire mieux. Il fallait un cercle indépendant et amical où\nnous pussions « apprendre confraternellement à sculpter le visage de la\nBeauté ».\n   La Bonne Auberge des Escholiers et des Poètes était née.\n   Et, en novembre, à la rentrée de la nouvelle année académique, notre pre-\nmier numéro sortait de presse.\n   On se figure généralement très peu tout ce qu'exige d'efforts le lancement\nd'une revue à l'Université. Mais il y a un Dieu pour les téméraires ! Dans\nle but de maintenir notre parfaite indépendance, nous partions sans mécène\net sans finances, avec nos seules mains et notre seul espoir. Et l'apparition de\nce premier cahier restera comme le plus cher souvenir de notre jeunesse\ntout entière.\n   Qu'il me soit permis de reproduire ici la déclaration que fièrement nous\navons plantée en guise d'Enseigne au fronton de la nouvelle Auberge :\n   « Nous aurions pu, comme tant d'autres, intituler ceci : La Bonne Chapelle.\nOn y aurait fait entre soi, adoration perpétuelle, et vers le nez de quelques\nmazettes notoires serait monté, lourd et parfumé, l'encens des cantates et des\nhymnes classiques. Tel Pontife suprême, dûment calé, aurait — en les diri-\ngeant — souri à nos essais.\n   Mais la moindre guinguette fait bien mieux notre affaire. L'encens bleu des\npipes rôde autour des tables; et les bouffées du vent, qui entrent par la porte\nouverte, donnent aux strophes qu'on y lit, une fraîcheur que n'ont pas celles\ndes poètes fervents qui font du naturisme.\n   Mais notre Auberge n'est pas une guinguette, cette dernière impliquant\navec une nuance de vulgarité, des rendez-vous qui, tant s'en faut, ne sont pas\ntoujours littéraires.\n   Ce n'est pas non plus un Palace, mon Dieu, non, ni même un Continental,\nce serait beaucoup trop solennel, et .. trop coûteux.\n   Taverne et cabaret, cantine et tourne-bride, café, bar, estaminet et tea-\nroom relèvent ou bien de la beuverie et de la piolle ou de ce monde sélect\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "342                               DURENDAL\n\n\n\nchez lequel la hauteur des faux-cols est en raison inverse du poids de la\ncervelle.\n   LA BONNE A U B E R G E , c'est bien autre chose! On en parlait déjà au temps\ndu Bon Samaritain...\n   Le passant altéré, le mendiant d'idéal, les pèlerins qui s'en vont, vers les\nsanctuaires d'art, sur la grand'route du rêve, la trouveront à mi-côte, hospita-\nlière et accueillante.\n   Ce ne sera pas l'auberge de Bethléem fermée aux hôtes divins, mais plutôt\ncelle d'Emmaüs qui s'emplit de clarté à la fraction du pain.\n   Les escholiers, les poètes, les artistes et les prophètes y trouveront du feu\nqui flambe et les propos intimes autour des tables de bois blanc.\n   Et décidément, alors que tant des nôtres s'attardent dans les mauvaises\nauberges, nous avons cru faire œuvre petite mais louable, d'en ouvrir une\nqui fût bonne et réunît, dans une même fraternité d'art, tous ceux — sans\nacception ni exception — qui voudraient joindre leur loyal effort dans ce petit\nessai d'enthousiasme.\n   Nous nous portons garant qu'il y sera fait paix aux hommes de bonne\nvolonté.\n   Lecteur, en peux-tu douter? Arrête-toi...\n\n         C'est le soir. La maison rêve, regarde-la ;\n         Vois le feu qu'on y fait à l'heure accoutumée\n         Se trahir dans l'azur par une humble fumée.\n         Mais tu cherchais La Bonne Auberge? Entre. Elle est là.\n\n                                         *\n                                     *       *\n\n    Et je feuillette maintenant, en écrivant ces lignes, les numéros de cette\npremière année; j'y trouve des proses, des études, des monographies, du\nthéâtre, des chroniques variées : j'y vois surtout des vers, beaucoup de vers,\nde ceux qu'on a reniés par la suite, d'autres qu'on n'a point oubliés.\n   Au zinc de la nouvelle maison s'était planté un Petit Aubergiste égrati-\ngneur, et par lui nos premiers enthousiasmes et nos premières colères se\ndonnèrent libre cours.\n    Puis vint l'ainé, Edmond Picard, qui nous donna la consécration, et nous\nlui sommes restés reconnaissants d'être venu à nous, à la première heure,\nen nous ouvrant les bras.\n    Et puis ce fut l'ombre de Claudel qui se pencha sur nous, troublante et\nbénissante, dans le geste délicieux du baptême.\n    Ensuite ce fut Verhaeren à qui nous offrîmes la corbeille de nos enthou-\nsiasmes. Un numéro spécial que nous lui consacrâmes nous valut de la part\ndu Maître un encouragement et un réconfort qui nous étaient nécessaires déjà.\n    Eh ! oui, nous avions reçu le baptême de feu ; à côté de la critique des aînés\n et des confrères, qui nous fut précieuse et salutaire, une autre critique tout\n doucement se faisait jour.\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                 LA BONNE AUBERGE DES ESCHOLIERS                             343\n\n\n    Notre parfaite indépendance, que Durendal se plaisait à saluer en nous dès\n notre arrivée, cette indépendance fut récompensé de plus d'un coup par der-\nrière, de ces coups dont on ne peut se défendre, ne voyant pas l'adversaire.\n La suspicion rôda autour de notre œuvre, que nous voulions si sincère et\nsi belle. Les flaireurs d'hérésie et les esprits chagrins nous vouèrent assez tôt\net sans motif précis, une haine de Corse... Il semblait que lever la tête\n fût déjà trop ; et un moment nous pûmes croire l'œuvre menacée, mais\ndédaignant la calomnie, tiers malgré tout de cette indépendance qui devait être\nnotre force, nous reprîmes la route ensemble, en nous serrant les coudes plus\nencore.\n    Le milieu généralement gouailleur, vide et parfaitement vain de la foule\nuniversitaire nous réservait un accueil plutôt défavorable, trop d'étudiants\ncroyant trouver dans de blafardes gazettes bâclées des choses mille fois plus\n intéressantes que dans les modestes pages que nous avions écrites avec tout\n notre cœur.\n    Il fallut pour gagner notre place au soleil, en plus de la bienveillance et\nde l'encouragement non équivoque des maîtres, — ceux dont on parle, — il\n nous fallut déployer toute la ruse et la politique dont on est capable à vingt\nans et que l'horreur des compromissions nous permettait.\n    Heureusement, il n'en est plus ainsi aujourd'hui ; par sa lente mais opi-\nniâtre ascension, par sa régularité et sa persévérance, l'œuvre s'est largement\n taillé sa place. On a compris enfin que notre ardeur et notre enthousiasme\ndépassaient l'habituel feu de paille qu'est une œuvre de jeunes.\n    N'ayant voulu, à l'origine, en aucune manière, fonder une revue à côté des\ninnombrables aînées, mais uniquement créer de modestes cahiers; n'ayant\nvoulu, en somme, que travailler et apprendre pour les luttes futures, il était\nnaturel qu'on ne s'embarrassât point d'un programme précis et qu'aucune\nœuvre d'école ne pût hanter les cerveaux.\n    Disposant d'un noyau primitif, assez diversifié, il était nécessaire que pour\nn'écarter personne et être vraiment nous-mêmes, la porte fût largement ouverte\nà toute manifestation logique et sincère de nos mentalités ou de nos tempéra-\nments.\n    L'Auberge étant ouverte, sur la grand'route de l'Art, autour de nos tables\nfraternelles, toute sincérité, toute ardeur devait pouvoir s'asseoir en paix. Et\nà ce programme nous sommes restés fidèles : jamais une bonne volonté ne\ns'est vu fermer la porte.\n    Mais dépassant toutes nos prévisions et notre calcul, — notre deuxième\ncycle sera révolu bientôt, — le nom des aubergistes s'est un peu répandu au\ndehors. Dans le monde des lettres belges, nous gagnons, avec la bienveillance\ndes aînés et des confrères, une petite place : il conviendrait donc de démêler\nun peu, malgré la divergence de nos disciplines, l'unité et l'homogénéité de\nnotre œuvre.\n   Avec Guy Vermeylen, Albert de Loneux, Pierre Croquison, nous avons\nétudié toute une partie du trésor artistique de l'humanité. Je citerai la sûre\net profonde monographie de Vermeylen sur le XVIIe siècle hollandais que\nnotre ami a rapportée d'un voyage d'étude qu'il fit au pays de Rembrandt.\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "344                               DURENDAL\n\n\n\n   Dans toutes ces pages, et elles furent nombreuses et remarquées, il s'avère\ncritique sincère et consciencieux, travailleur patient et opiniâtre, d'une érudi-\ntion à la fois profonde et variée.\n   La clarté et l'originalité d'Albert de Loneux nous ont valu des études\nsérieuses et intéressantes sur diverses questions d'art et de philosophie.\n   Pierre Croquison, dans sa série d'articles sur l'art à l'Exposition de Gand,\ns'est montré l'amant passionné des couleurs, des raffinements d'un esthétisme\nbien compris, en dépit de son maître Huysmans.\n   Les études littéraires, les chroniques du mois et les revues du mois ont\npermis à Pierre Sanb de dévoiler une compréhension nette et une plume\nfidèle. Notre ami, qu'une vocation sincère vient de conduire à Paris, sera sans\ndoute bientôt un journaliste remarqué.\n   Robert van de Kerchove, le polémiste, la plume trempée dans le fiel le plus\namer, possède une de ces mentalités curieuses, paradoxales, et fait montre, avec\ntous les défauts, de toutes les qualités du pamphlétaire.\n   Les poètes, eux, ne manquent pas :\n   Robert Silvercruys,qui détacha pour nous les feuillets du livre qu'il a publié\ndans la suite : L'Ironique Tendresse. La délicatesse et la fraîcheur des vers\nnous ont permis de mettre un grand espoir en lui. Mais plus encore que tout\ncela, nous avons admiré le spectacle de son retour sur la route de la « Grande\nLumière ». Ses yeux se sont ouverts. Il a balbutié, ébloui, le Magnificat de\nClaudel et, avec Thomas Braun, nous avons salué en lui « une nouvelle ten-\ndresse, dont aucune ironie ne saurait décevoir les clairs enchantements ».\n   Marcel Vanderauwera, qui vient de donner la mesure de son talent qui\nmonte, en publiant Le Tabernacle d'Amour, en qui Ivan Gilkin faisait remar-\nquer un curieux mélange de mystique et de profane.\n   Maurice Lesigne, un ami de la première heure, quoique un peu étranger\nà notre vie commune et quotidienne qui a publié ces jours-ci La Saison\ndes Fées, où nous retrouvons les petits poèmes publiés dans l'Auberge : tem-\npérament ailé, mais si loin de nos fièvres et de nos ardeurs, frissons à fleur\nd'épiderme, impressions fugitives, frivoles musardises, mais combien exquises\nsouvent.\n   Maurice Noulet, écrivain de tendances classiques et très françaises, qui nous\na donné quelques poèmes dans la note XVIIIe siècle et une remarquable rêve-\nrie sur le mont Sainte-Odile, en Alsace, où la plasticité de la phrase rivalise\navec l'éblouissement des yeux. Cette étude, bien que parfaitement originale,\nfait songer aux belles pages de la Colline inspirée.\n   Je n'oublierai pas Jean Redan, qui a porté le nom des aubergistes sur la\nscène du Théâtre belge, avec son acte : Le Mirage d'Or, qu'il écrivit en colla-\nboration avec Maurice Georges.\n   Avec votre serviteur, tel est le noyau actif de l'œuvre. Quelques collabora-\ntions étrangères nous vinrent, mais plutôt rares.\n   Feuilletez tous les fascicules de ces deux années, vous y trouverez les mêmes\nnoms, témoignage indéniable d'une activité dont on ne pouvait douter.\n   Que sortira-t-il de ce groupe : Dieu seul le sait.\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "                 LA B O N N E A U B E R G E   DES   ESCHOLIERS                345\n\n   La vie va s'ouvrir pour nous au seuil de cette université où nous avons vécu\nces heures décisives et bonnes.\n   La divergence de nos disciplines nous entraînera sur des routes différentes.\n   Les Aubergistes d'aujourd'hui seront demain dispersés : mais d'autres vien-\ndront, qui les remplaceront, les générations montent et de chacune d'entre\nelles peuvent sortir les sincères et les ardents qui continueront à se réunir à\nl'Auberge pour y refaire les mêmes gestes à l'heure accoutumée.\n   La bonne chanson d'espoir et d'illusion sortira de cette maison qui nous est\nchère. La jeunesse de demain ne démentira pas les espérances que les aînés\nont mises en leur amour profond des choses belles.\n   Et nous, les fondateurs, nous nous y retrouverons souvent encore pour nous\ny reposer des luttes de la vie; nous y referons le pieux pèlerinage et nous n'aban-\ndonnerons pas la chère maison où nos premiers rêves ont mûri, aux vitres de\nlaquelle nous avons posé nos fronts brûlants des fièvres de l'espoir et du\ntravail.\n   Et où nos yeux se sont ouverts à la Lumière...\n\n                                                           FREDDY LEJEUNE.\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "     Entre l'Olympe et le Taygète (I)\n    Nous arrêtant l'été dernier dans l'Auberge de la Belle-Hélène\nde Ménélas, à Mycènes, nous eûmes la surprise de nous y faire\nservir des boîtes de sardines marquées au nom d'un négociant\nde Binche (Belgique). Cela' nous donna une idée avantageuse\ndu zèle avec lequel les agents de S. M. le roi des Belges sou-\ntiennent notre expansion économique dans le Péloponèse.\n    Aussi, quand j'ai vu paraître un livre de M. Joseph Mélot,\nnotre Ministre résident à Athènes, l'ai-je, aussitôt découpé avec\nune curiosité impatiente et prévenue.\n   Entre l'Olympe et le Taygète ! Que de paysages rugueux\net pathétiques ce titre évoque; quels souvenirs crispants et\nexaltés il ravive! Non licet omnibus adire Corinthum... (comme\nnous disions tandis que notre voiture s'enfonçait dans le torrent\nde boue qui cachait la route de Loutraki et avait recouvert tout\nl'isthme un jour de pluie!) et entre ceux qui en sont revenus, il\nsemble qu'il se noue comme un lien occulte, celui qui ratta-\nchait les uns aux autres les compagnons du T o u r de F r a n c e ou\nles pèlerins de Terre-Sainte. Cette solidarité avec des passants\nde la même nation, je puis assurer que nous la ressentîmes, par\nexemple, certain soir où, brisés par une journée de mulet à\ntravers des éboulis et au long de sentiers de schiste, nous décou-\nvrîmes sous le sofa Récamier sur lequel nous allions passer la\nnuit, le livre des hôtes d'Hosios Lukas et que nous y déchif-\nfrions les signatures pâlies de compatriotes: Jean de Mot,\nE r r e r a , Berchmans, Daxhelet, Hennebicq... Ah! ils étaient\nvenus apprécier avant nous la pieuvre séchée, le fromage pétri-\nfié et le vin à la résine offerts par le saint higoumène... Il y\navait dès lors quelque chose entre eux et nous. E t . allant droit\nà la table des matières du volume de M. Mélot, je me deman-\ndais cette fois : Aurait-il, lui aussi, traversé les gués de\nl'Alphée? A-t-il vu Phigalie? Serait-il entré dans la Grotte\ncorycienne? Connaîtrait-il le caloyer du mont Ithôme?\n\n (1) Par JOSEPH MÉLOT. I roi. de 309 p. illustré de 6 gravures. Paris, Plon.\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "                 ENTRE L'OLYMPE ET LE TAYGÈTE                     347\n\n\n   Ce livre de M. Mélot m'était ainsi, d'avance, sympathique.\n   Il y a des façons de consigner ses « réactions » grecques.\n   Celle de M. Louis Bertrand, par exemple (La Grèce du soleil\net des paysages), qui le prend sur ce ton : Les hommes, en\nsomme, ne changent pas sensiblement : cet agoyate qui va\nboire à la source sous le platane, ces vignerons qui entonnent\nle vin noir dans des outres, ces rustres qui dansent sur l'aire\nronde, ces pèlerins qui déballent leurs victuailles autour d'une\nniche de Saint Basile, voilà effectivement des Hellènes de la\nmeilleure époque. Mais, d'autre part, voyez donc comme toute\ncette Grèce est orientale, et ces nobles ruines blanches, plus\non les considère, ce qu'elles redeviennent bariolées et grouil-\nlantes! enceintes encombrées d'édicules polychromes, souks et\ncimetières, tout j u s q u ' à la frise des Panathénées qui vous lève\nle cœur comme le relent du sang parmi les mouches chez les\nbouchers de D a m a s . . .\n   M. Barrès, lui, raisonne avec une pénétrante obstination\n(Le Voyage de Sparte) : Il n'y a pas matière ici, tout bien consi-\ndéré, à tirer une leçon à l'usage de l'univers; je ne constate\nqu'un phénomène local incommunicable. Il me dépasse sans\ndoute, mais je suis trop loyal pour me hausser en affectant d'en\nêtre d u p e . J'ai, décidément, trop de cœur. Il faut bien, néan-\nmoins, que j ' a p p r é c i e les jeunes filles de Lacédémone puis-\nqu'elles enfantent des bataillons scolaires. (Cela nous manque,\nen effet, en France, pour sauver la culture occidentale de la\nbarbarie allemande)... Laissez donc, en Grèce, que je me grise,\nselon mon t e m p é r a m e n t , du souvenir romantique de ces barons\nde Morée qui n'ont pas dû manquer de se ménager dans leurs\ncasemates des harems frais où palpitaient de longs cils noirs.\nLe seul, après tout, dans les pas de qui il serait de ma dignité\nde marcher tout droit, c'est encore cet Odon de la Roche, duc\nd'Athènes et de T h è b e s , qui est enterré à Seveux, aux bords\nde notre S a ô n e . . .\n   Il y avait encore moyen d'étreindre les colonnes à la manière\nde M. M a u r r a s (Anthinéa) ou d'analyser psycho-physiologique-\nment avec M. André Beaunier le Sourire d'Athèna.\n   La façon de M. Mélot est, évidemment, beaucoup plus ordi-\nnaire, et pour éviter la banalité, notre auteur prend la peine de\ns'observer. Mais pareille contrainte littéraire me semble fort\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "348                         DURENDAL\n\n\n décente et préserve le lecteur des racontars puérils et des\ndétails sans retentissement du voyageur occupé de sa propre\npersonne : la fièvre du Chateaubriand de l'Itinéraire et le mal\nde mer du L a m a r t i n e du Voyage en Orient sont devenus vul-\ngaires dans toute une littérature « touringuiste ».\n   M. Mélot a su lire avec application et regarder avec lucidité :\nQuand il explique la situation des moines ou l'état du brigan-\ndage, quand il prévoit l'avenir agricole de la Thessalie, ses\ndonnées ont la tranquille assurance d'un honnête rapport con-\nsulaire; mais qu'il se promène à Mistra, on peut le louer\nd'avoir feuilleté l'histoire byzantine — à laquelle s'était déjà\nintéressé un autre de nos diplomates, le Baron E m i l e de\nBorchgrave (Croquis d'Orient : Fatras et l'Achaïe) ; — et le\nsouvenir de convenables humanités lui procura fatalement une\ncitation de Sophocle au moment où il débouche au carrefour du\n« triodos » et une allusion aux banquets homériques en voyant\ntourner des cochons de lait sur une broche de bois. Ni un vain\nrécit d'excursions, ni une thèse historique, ni une œuvre d'art\nlittéraire, le livre de M. Mélot forme une suite d'intéressantes\nréflexions, toutes normales chez un h o m m e cultivé.\n   Ceux qui ont eu l'aride bonheur de vivre en Arcadie, rouvri-\nront volontiers ce volume à de certains soirs sous la lampe où\nl'on sent l'irrésistible besoin de déployer des cartes et de revoir\nles épreuves mal virées des Kodaks.\n\n                                                      E . DE B .\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "                                 La Robe Prétexte (1)\n                          par François Mauriac.\n\n\n\n\n                     LE dernier livre de François Mauriac me ramène aux jar-\n                        dins de mon enfance. J'étais alors un écolier de province\n                        aux yeux trop clairs. Chaque soir me conduisait vers de\n                        grises banlieues où la lampe du souper m'appelait à la\n                        tonnelle. De ferventes amitiés m'attachaient au souvenir\n                        de lointains camarades que l'office du matin courbait\n                        devant la Vierge à la chapelle. Un plumier de cuir\nsautait à chaque pas dans mon sac vide. Je poussais du pied une même\npierre le long des chemins montants. Les hirondelles se noyaient dans le\ncrépuscule.\n   Un obscur souvenir m'attache aujourd'hui à l'histoire d'un enfant de\nBordeaux. La maison de la place Pey-Berland m'évoque le cercle désuet de\nsa famille : la grand'mère dont l'image pâlit encore dans nos albums, la tante\narrière et taciturne, l'oncle voyageur, une vieille lille austère et maladroite, une\ndélicieuse cousine, dont nous aimons jusqu'aux caprices et qu'on appelle\nCamille. Le petit garçon mélancolique et tendre ne verra plus le sourire\nmaternel se pencher sur le sommeil de son adolescence : sa sixième année a\nconnu les habits de deuil. Son père, hanté par les couleurs, l'avait déjà quitté\npour aller peindre aux îles lointaines de bizarres lumières : un paquebot\nfumeux l'avait emporté sous la houle, loin d'une femme à l'agonie.\n   Aux approches de la première communion, l'orphelin s'enchante aux récits\nde la Comtesse de Ségur. Il sait par les images de Bertall que Sophie de Rean\net Madeleine de Fleurville ont des pantalons qui dépassent un peu les robes.\nIl entreprend une lecture comme on commence un grand voyage. Il ne\nsouhaite rien à cette époque avec assez de fièvre pour l'obtenir au prix de la\nplus légère peine. D'incertaines tendresses ont ému son cœur inquiet : il\nregarde le plafond pour empêcher ses larmes de couler; sur le balcon il joue\nà se pencher.\n   Plus tard, Zénaïde Fleuriot agitera dans son âme, aux nostalgies des soirs\nde fêtes, de vagues sentimentalités. Les paroles des livres anciens revivront\ncomme des bulles sur une eau calme : « Tu dormais dans mon cœur et je\nn'osais te réveiller ». Grisé de lecture, à quinze ans, il médite les Sources du\nPère Gratry et découvre dans le même temps toutes ces âmes ardentes et pures\nque l'amitié exalte plus que l'amour : Henri Lacordaire, Charles de Monta-\n\n  (1) Paris. Grasset, éditeur.\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "350                               DURENDAL\n\n\nlembert, Albert de la Ferronnays, Alexandrine d'Alopeus, Eugénie de Guérin.\n Il délaisse Musset pour Verlaine, Hugo pour Baudelaire, et Barr7s va hanter\nl'émoi divers de son adolescence.\n    Déjà les atlas bariolés, où d'anciens pastels tardent le bout des doigts,\nvoient se pencher le front du futur bachelier. Camille est une jeune Fille aux\nformes longues et aux yeux battus. Une précoce tendresse se lève en lui. Il a\nconnu aux heures nocturnes des allées Damour de blêmes visages dont le rire\nsecouait les piupières. Mais il reste un adolescent gonflé de sanglots derrière\nun pilier de la chapelle. L'Abbé Maysonnave l'entretient dans le goût de la\nperfection. Il a l'orgueil d'être chaste. Il s'enfièvre au sourd travail des quais\nquand, devant l'eau noire, il imagine de vibrants départs vers les îles. La rade\nvoit passer des blanches mouettes qui s'éternisent. La volupté de souffrir\nl'étreint : le malheur parce qu'il est autre chose se mue en joie.\n    Le voici perdu au long des grandes vacances dans le domaine magnifique.\n La maison d'Oulisanne le reçoit un soir d'été, dans l'ineffable émoi de la\nseizième année. Camille a pris un chapeau de soleil bordé de clairs rubans,\ncomme les jeunes filles des romans anciens. Chaque soir, les cousins font\nensemble le tour des gazons et le ciel est une immense prairie semée de fleurs\nde pissenlits. Une lune énorme monte au delà des vignes, entre deux peupliers\ngrelottants. Les lampes font au travers des volets de lumineuses traînées où\nles enfants s'immobilisent : une même langueur les incline l'un vers l'autre.\n    Déjà les vacances finissentqu'ils s'enivrent à peinede leur amour. L'Automne\nélargit les flaques où le ciel frémit. Bordeaux voit les familles lever les stores\ndes maisons où l'on rentre. Mais un ami de collège, dont la sœur est en\npension aux Dames du Sacré-Cœur, fait passer les lettres de l'étude des Pères\nau parloir des couventines. Quand le subterfuge se découvre, on envoie l'ardent\njeune homme réfléchir en Bavière.\n    Tout voyage décent doit conduire à Paris. L'enfant de province y descend\nun soir. Un Carlton de haut style recueille sa lassitude. Une comédienne,\nqui s'est éprise de lui, en deux jours lui tourne la tête. Il connaît au pavillon\nd'Ermenonville les soupers équivoques où les tziganes font chanter les désirs\naux cordes des violons. Mais une nostalgie l'envahit : déjà la loi morale\nn'est plus au fond de son cœur.\n    Il rentre précipitamment à l'hôtel; un télégramme le surprend, qui lui\nmande l'agonie de sa grand'mère et le rappelle à Bordeaux. L'image de\nCamille l'émeut alors avec une obsédante douceur : il la revoit, adolescente\npassionnée dont les lèvres maladroites l'anéantissaient avec des baisers d'une\nminute.\n    Oulisanne recueille la famille désemparée. La chapelle, où grand'mère\néchangeait avec sœur Marie-Henriette d'interminables ave, voit un nouvel été\nbrûler les vitres sales. Camille, chaque jour plus distante, s'éloigne du sou-\nvenir de son amour. Sa voix a pris l'inflexion ménagère des bourgeoises du\nlundi. Le notaire Castagnède doit vendre le vieux domaine que l'oncle a com-\npromis par de folles débauches. Un écriteau se penche au niveau de la haie\ndans le crépuscule... Oulisanne vendu, et Camille qui ne connaît plus son\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "                             LA ROBE PRETEXTE                               351\n\n\ncœur! Toute son enfance s'évanouit avec le bel été. Une toge plus virile rem-\nplacera demain la robe prétexte. Il s'inquiète de ses bagages...\n   François Mauriac me ramène ainsi aux jardins de mon enfance.\n   Une précoce amertume m'attendrissait hier aux chaînes dont Jean-\n Paul s'était libéré. L'image de ce jeune homme inquiet éveillait en moi\nd'obscures détresses. D'inapaisables fièvres me soulevaient au récit des\nangoisses passées... Je préfère aujourd'hui ce nouveau livre qui m'incline aux\nplus pures émotions dont mon cœur frémissait aux pages des Mains Jointes.\nJ'y retrouve le pâle et doux visage de cet ami défunt dont le poète chantait\nalors l'ineffable amitié et la sombre agonie. Il évoque aujourd'hui l'âme d'un\njeune homme étrange et nostalgique qui fait songer à Charles Demange.\n   « José Ximénès est mort et qui se souvient de lui? Les toits sont à l'infini\nécrasés de brume et de fumée. Il est quatre heures et déjà les lampes s'al-\nlument. Je regarde mes gravures et mes livres avec un sentiment inconnu de\ndétresse. Je brûle une cigarette et ce m'est une occupation suffisante. Mon\ncœur se pose sur chaque objet comme si, après un voyage, il en reprenait pos-\nsession... Mon cœur se rappelle une chambre où l'odeur inquiétante flottait\nde cire et de violette — une odeur trop douce dont on a peur qu'elle en cache\nune autre. Deux religieuses remuaient les lèvres. Mon ami était à jamais\nimmobile.\n   Après deux ans de silence, José m'avait écrit qu'il finissait à la trappe de\nSept-Fons une retraite. Il m'avertit de son retour. J'allai le chercher à la\ngare. Une toux sèche le secouait.\n   — Tu es malade ? lui dis-je.\n   Il souriait, le regard perdu — et je me souviens qu'il me répondit avec ces\nvers de Laforgue :\n\n                   Oh ! couvre-toi, je t'en conjure,\n                   Oh!je ne veux plus entendre cette toux !\n\n  J'eus la certitude qu'il était perdu. A chaque visite, je le sentais s'éloigner\nde moi.\n   — Une seule chose importe, me disait-il, qui est de faire une bonne\nmort...\n   — Tu ne regrettes rien?\n   — Rien...\n   — José, m'écriai-je, vas-tu me quitter sans une larme?\n   Il me regarda et me dit doucement :\n   — Je ne te connais pas.\n   Sa main s'arrêta sur mes cheveux.\n   — Pourquoi pleures-tu? Je n'ai eu de toi, tu n'as eu de moi que la plus\nvaine apparence. Attends que nous nous reconnaissions dans la lumière du\nPère...\n   Il ferma les yeux. Sur les tentures grises des murs, nul ornement que la\nface du Christ. Des étoffes de Perse noir et or voilaient les étagères où étaient\nrangés les livres. Le visage de mon ami se contracta :\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "352                               DURENDAL\n\n\n   — Tu souffres, lui demandai-je, veux-tu boire?\n   Il me fit signe que non. Puis, d'une voix lointaine, il me dit :\n   — Mets-toi au piano et joue. Joue ce que tu sais par cœur, afin de ne pas\nallumer les bougies...\n   Il ne perdit rien de son agonie. Il demeura assis sur son lit, haletant, le\nvisage mouillé de sueur, ne considérant plus du monde qu'un humble vicaire\nde Saint-Sulpice, et une croix de cuivre. Sa tête creusait l'oreiller comme\nune tête morte. Il suffoquait. J'ouvris la fenêtre. Déjà le ciel blanchissait :\n   — J'ai revu l'aube... murmura-t-il dans un souffle.\n   Aucun visage de femme ne se pencha sur cet enfant qui allait mourir. »\n   Je songe à l'Elève Gilles d'André Lafon. Le père de Gilles est frappé d'une\nsombre folie : la griserie des musiques le hante. Le père de celui dont la jeu-\nnesse nous émeut aujourd'hui, inquiet de nuances nouvelles, s'en va mourir\naux îles tahitiennes. Ses toiles font surgir à Paris les Américains de passage\nqui ramassent à prix d'or de bizarres fantaisies. — Cette histoire me rappelle\ncelle de Gauguin...\n  Je trouve dans ce roman des notations dont le charme me conduit à des\nvers récents :\n\n            Déjà c'est la saison où l'herbe que l'on fauche,\n            Reste sur la prairie et parfume le soir.\n\net le souvenir de la Maison Pauvre revit encore dans ce geste qui m'inquiète :\n « Je poussai les volets de mes bras écartés. »\n   Ce livre suffirait à me faire aimer les vertus magiques de Barrès ; — mais\nje préfère garder mon attention à cet enfant catholique et bordelais, élevé dans\nla maison de la place Pev-Berland. Des femmes pieuses, dépourvues de tout\nlyrisme, lui ont appris la poésie. L'image de Camille, contre toute souillure,\ngarde son cœur enivré de cantiques. D'anciens vers me reviennent à la\nmémoire :\n\n          Mon Dieu, c'est bien celui que des soirs anciens\n          Menaient vers Vous à la chapelle du collège.\n          Et dont l'âme, captive et frêle en vos liens,\n          Etait blanche comme un paysage de neige...\n\n                                                 ROBERT SILVERCRUYS.\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "       Chronique Artistique du Mois\n                                La Musique\n   Audition de m u s i q u e belge au Conservatoire. — Toute\nla presse a rendu hommage à M. Léon Du Bois, qui est décidément un esprit\nde progrès, ami des innovations heureuses. Initier les jeunes élèves de notre\nConservatoire à la musique contemporaine, en même temps qu'on fonde leur\néducation artistique sur l'étude des grands maîtres classiques, leur apprendre\nsurtout à connaître et à aimer les artistes de leur pays, en dépit du préjugé\ndéplorable que vous savez, voilà qui est parfait, et c'est une idée dont il faut\nféliciter grandement le nouveau Directeur. On savait bien que, malgré le zèle\ndes professeurs qui ont préparé et dirigé ce concert, MM. Van Dam et\nMari voet principalement, ce n'était qu'une audition d'élèves dont on ne pou-\nvait attendre la perfection, mais dont les qualités seraient d'autant plus inté-\nressantes à constater. Eh bien ! comme telle et à titre de première épreuve,\ncette audition a été remarquable et pleine de promesses. Son succès engagera\nM. Du Bois à persévérer dans cette voie.\n   Au programme figuraient d'abord : un Hymme d'amour, à deux voix (Mesde\nmoiseiles Devrin et Claeys), de M. L. Van Dam, dont nous n'avons guère de\nbien à dire; et un motet de M. De Boeck: O beata Mater, pour soprano\n(M1le Van Kerkhove) et chœur, d'une jolie ligne mélodique, d'assez faible\nintérêt cependant, beaucoup moins marquant que d'autres compositions\njustement estimées de cet excellent musicien.\n   Mais arrivons à des œuvres de plus haute importance. Voici une Rapsodie\nwallonne pour piano et orchestre, de M. Biarent, qui valut à l'auteur et à sa\njeune et talentueuse interprète, Mlle Van Halmé, un très spontané succès.\nCette fantaisie sur des thèmes populaires wallons est réellement très distin-\nguée, pleine de verve, et finement écrite; l'architecture n'en est pas très appa-\nrente, d'où ,je crois, l'impression de longueur et de décousu que fait éprouver\nparfois la succession de ces petits tableaux sonores juxtaposés; mais c'est\nconstamment de la jolie musique, élégante et de bon goût.\n   Plus séduisante encore est la Christine, du regretté Gustave Huberti ; com-\nmentaire symphonique extrêmement délicat et senti, bien joliment roman-\ntique, du poème de Leconte de Lisle qui fut dit non sans talent, quoique de\nfaçon trop affectée, par Mlle Van Gertruyden.\n   L'Adagio pour cordes, de Lekeu, est assez connu et justement admiré pour\nqu'il n'en faille point disserter. Que lut donc devenu, s'il n'était point\nmort à vingt-quatre ans, un tel artiste, qui nous laissa, comme « œuvres de\njeunesse », sa fameuse Sonate de violon et son Quatuor inachevé?\n   Le Cortège héroïque de M. Vreuls est aussi une œuvre de jeunesse, qui\n\n                                                                           4\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": " 354                                    DURENDAL\n\n\n\n  date de 1894, quand l'auteur avait 18 ans. Elle est rudement bien campée,\n  cette page d'orchestre et « sonne » magnifiquement; d'allure et de couleur,\n  elle rappelle un peu l'ouverture des Maîtres-Chanteurs. Depuis lors, on sait\n  que M. Vreuls, qui dirige aujourd'hui avec grand talent le Conservatoire de\n  Luxembourg, s'est brillamment développé et a écrit des œuvres d'invention\n  très originale, telles que Werther, une Symphonie avec violon principal, une\n  Sonate pour piano et violon, etc. On dit le plus grand bien de son opéra\n  Olivier-le-Simple, que la Monnaie devrait nous donner bientôt. Mais, dans ce\n morceau-ci déjà, quel éclat et quelle sûreté de main !\n     Nous devons nous arrêter plus longtemps à l'œuvre qui ouvrait le concert,\n l'oratorio Purgatorium, de M. Jos. Ryelandt. Ce fut la grande, l'émouvante\n impression de la séance, celle qui absorba en quelque sorte les autres. Les\n grandes compositions religieuses du maître brugeois ont un accent de sincérité,\n une abondance mélodique, une effusion lyrique vraiment prenantes et qui les\n rend originales ab intus, pour ainsi parler, c'est-à-dire par le sentiment inté-\n rieur qui les anime, et non par des procédés d'écriture plus ou moins voulus.\n    Ce sentiment profond et serein s'extériorise en des mélodies pures, can-\ndides, pleines d'âme qui, pour ne point accuser de nouveauté rythmique ou\n harmonique, n'en portent pas moins la marque de leur auteur.\n    Depuis dix ans, c'est-à-dire depuis cet oratorio Purgatorium — le premier\nde ceux qu'il fit éditer et qui furent exécutés — l'art de M. Ryelandt a con-\nstamment gagné en force, en distinction, en noblesse, en profondeur, tant\ndans le domaine instrumental que dans le domaine choral. Les oratorios plus\nrécents : l'Avènement du Seigneur, Maria, le Bon Pasteur (1) sont, au point\nJe vue de la facture et de l'intérêt musical, nettement supérieurs au Purga-\ntoire, à qui l'on peut reprocher parfois un peu de monochromie et le retour\ntrop fréquent d'un même thème. Mais, ici comme dans les œuvres suivantes,\nc'est l'émotion sincère, vraiment inspirée, qui frappe; et il faut bien avouer\nque c'est ce qu'on a le plus rarement l'occasion d'admirer dans les compositions\ncontemporaines, lesquelles brillent beaucoup plus par l'ingéniosité formelle, la\nmaîtrise orchestrale, la recherche des effets sonores. Comme l'a dit fort bien\nM. Van den Borren dans l'Indépendance belge (28 mai 1914), ce sont « des\npartitions de belle envolée où l'esprit chrétien de M. Ryelandt s'extériorise\navec une magnifique sincérité et une sensibilité des plus raffinée... Il n'y a\nrien dans ces pages sereines et pures qui vienne altérer ou diminuer la noblesse\ndu thème poétique. Le style en est d'une rare élévation et l'inspiration d'une\naisance sobre et tranquille. » On sent, à la manière nette et franche dont\nl'auteur construit une page symphonique ou chorale, dont il traite et déve-\nloppe à fond une pensée mélodique, qu'il s'est donné une formation robuste-\nment classique à l'école de Brahms, et surtout de César Franck (2) le grand\n\n  (1) Il travaille en ce moment à un grand oratorio en cinq parties, intitulé Agnus Dei.\n  (2) M. Ryelandt est, je crois, le seul de nos musiciens flamands qui se soit maintenu\ncomplètement en dehors de l'influence de Benoit et accuse plutôt celle de César Franck.\nC'est sans doute parce que cette parenté franckiste est considérée comme l'apanage exclusif\nde nos compositeurs wallons que M. Schering (Geschichte des Oratoriums) et M. W. Niemann\n(Musik und Musiker des 19. Jahrhundirts) ont commis l'erreur de ranger le maître brugeois\nparmi les wallons.\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "                   CHRONIQUE ARTISTIQUE DU MOIS                               355\n\n\nmaître moderne de la construction tonale et cyclique, — et que l'impres-\nsionisme debussyste, malgré sa séduction, n'a pas eu de prise sur lui. Les\nbeaux chœurs, les majestueux ensembles abondent dans ses œuvres ; il excelle\nplutôt néanmoins, on l'a souvent remarqué, dans les pages profondément\npieuses et mystiques, dans le plus noble lyrisme religieux (voyez la seconde\npartie de l'Avènement du Seigneur, la quatrième partie de Maria, les dis-\ncours du Bon Pasteur).\n   A cet égard, le sujet du Purgatoire, — dont le texte est formé de versets\ndes Psaumes très heureusement groupés, — lui convenait merveilleusement.\nSujet tout de sentiment où l'auteur n'a cherché matière à aucune évocation\npittoresque (dans le genre, par exemple, de l'admirable tableau des limbes\npar quoi s'ouvre la Francesca da Rimini de Gilson), où il a vu exclusivement\nune situation d'âme, un drame psychologique, l'opposition (il faudrait dire\nla fusion) de la douleur et de l'espérance, du désir de Dieu et de la joie de\n Le toucher presque. Dès le très impressionnant prélude, les deux idées s'op-\n posent de façon émouvante et durant les quatre chœurs, les deux interludes\net les deux chants de soprano qui suivent, l'impression de joie lumineuse va\ncroissant jusqu'au chant final de l'âme délivrée atteignant le seuil du paradis.\n   Mlle Jennar, qui chanta la partie de soprano solo, a une fort belle voix,\n que j'eusse voulu plus émue dans ce rôle émouvant. Et les jeunes élèves\n des classes de chœur et orchestre, sous la direction de M. Van Dam, ont très\n convenablement exécuté cette belle œuvre, comme d'ailleurs toutes celles qui\n formaient le programme de cette très intéressante séance. Auteurs et interprètes\n furent copieusement applaudis.\n                                                                        C. M.\n\n\n\n                             Les Salons d'Art\n\n   Musée Moderne : Sculpteurs et peintres de la figure. —\nNouveau groupement assez disparate, où quelques individualités s'affirment.\nVoici de charmantes compositions de Ramah, toujours sobre et distingué ;\nl'Attaque et l'Elagueur sont d'un joli style, avec d'agréables finesses de coloris.\nJ'ai dit déjà, le mois dernier, toute la légère exactitude des dessins et spécia-\nlement des portraits de Ramah. Langaskens ne semble pas dans une très heu-\nreuse période; Sterckmans est agréable, mais terriblement monotone ; Van\nBelle possède son métier, mais n'en est pas moins antipathique; Servaes, enfin,\nreste plein de promesses : il réunit pour la première fois à Bruxelles un\nensemble qui permet d'apprécier son labeur. Il se complaît dans la ferveur des\ncrépuscules ou parmi les faucheurs de Laethem-Saint-Martin, qu'il suit aux\nchamps pour étudier leurs attitudes. Les quelques esquisses ici présentes\ntémoignent d'un travail quotidien et volontaire, d'une continuelle intimité de\nsentiment avec les campagnards rudes et bons de la Flandre mystique. Le\npays aussi se transfigure dans l'imagination du jeune peintre et parfois il nous\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": " 356                               DURENDAL\n\n\n en crée des tableaux si complets qu'ils nous apparaissent avec la vérité de\nsymboles : regardez, par exemple, le large paysage au fusain qui domine la\ndramatique Résurrection de Lazare ou cette tranquille étude de lumière noc-\nturne : Marie et Joseph à la veille de Noël. Quoique respectueux toujours de\nla nature, Servaes s'essaye aussi à un art de simplification émouvante, et c'est\nson cœur surtout qui parle dans sa Visitation, baignée d'une chaude atmo-\nsphère intime, dans son Mourant, dont le tragique fait presque oublier quel-\nques gaucheries de technique. L'inspiration de toutes ces œuvres est des\nplus haute : le sol, les hommes et la Foi qu'il aime, voilà ce que chante le\npeintre, d'une voix hésitante parfois, âpre souvent, mais avec une piété qui\ncommande le respect.\n   Parmi les œuvres de sculpture, retenons le masque tourmenté et si vivant\nde Jules Destrée, par A. Bonnetain, et de bons morceaux de Paul Stoffyn et\nMarcel Rau.\n                                          *\n                                      *       *\n\n   Les Indépendants de Paris. — M. Giroux est allé choisir au\ndernier Salon parisien les œuvres les plus représentatives des tendances\n actuelles. Nous devons lui savoir gré de cette attention : une fois de plus, on\na pu constater que Bruxelles est terriblement en retard et, sans le propriétaire\nde la coquette galerie, notre ignorance des dernières découvertes artistiques\nserait presque complète. La veille de l'exposition, M. René Jean vint à l'Uni-\nversité Nouvelle nous entretenir des « fauves » et des cubistes, et quelques\njours après, au Salon même, le peintre A.-F. Mac-Delmarle, à l'issue d'une\ncauserie intitulée : Cubisme, orphisme, futurisme, se donnait la peine de\nnous expliquer, du ton le plus convaincu, ies plus mystérieuses toiles, les plus\nfantastiques sculptures des jeunes écoles. Dire que cet art du dernier bateau\nest maintenant sans secret pour nous serait exagérer notre capacité cérébrale,\nmais ce début d'initiation permet aux hommes de bonne volonté d'aborder les\nœuvres nouvelles sans trop d'ahurissement. Et même sans goûter la joie d'ad-\nmirer, nous aimons éprouver la satisfaction de comprendre... ou d'entrevoir.\n   Je ne veux pas aujourd'hui m'arrêter longuement devant les « passéistes »,\nvoisins paisibles des fougueux novateurs. Je dirai cependant toute la maîtrise\nd'un Fornerod, peintre solide, distingué, joyeux, que Rougeot et Béchet s'ef-\nforcent à suivre ; je signalerai Chez la modiste, belle toile vivante et juste\nd'Henry Ottmann ; je citerai les paysages cézanniens de Raymond Billette,\n les fleurs de Mlle Cousturier, la Marine croustillante de Hans Ekegardh ; je\n n'oublierai point la Vierge à la halette, de Marcel Lenoir, tableau — j'allais\n écrire vitrail — plein d'élégance et de sobriété, Puis, bien que sollicité par le\n charme de Peské et Sivade, par le « fauvisme » assez admissible de Kristians,\nj'irai droit aux cubistes.\n    Mais d'abord, une remarque : Si nous sommes souvent désorientés devant\nles productions hardies, c'est que nous y cherchons ce que l'auteur n'a point\n voulu y mettre. Il ne faut pas attendre des cubistes la joie d'une coloration\nsavante ou riche. La forme seule les a préoccupés pendant ces derniers temps.\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "                    CHRONIQUE ARTISTIQUE DU MOIS                              357\n\n\nEtant admis, en outre, que lorsque Metzinger peint une femme, le profil ne\nl'intéresse pas plus que la face, nous pouvons regarder son Portrait et consi-\ndérer d'un œil amusé les différents aspects de cette tête sans expression ou les\nchapeaux divers dont l'auteur l'affuble. Metzinger a voulu réunir ces éléments\net les superposer. A-t-il réussi? Peut-être. Mais le but qu'il vise n'est pas\nbien haut.\n    Le Portrait d'homme, de Villon, est plus mouvementé, c'est-à-dire qu'on\nn'y voit rien en somme, tout en devinant beaucoup. Est-ce l'idéal du peintre?\n    Parmi les artistes à tendances souvent divergentes, groupés autour de\nMetzinger et se réclamant de Cézanne, M1le Bailly mérite une place spéciale;\nelle réussit à donner d'une façon vraiment nette l'impression du mouvement.\nPersonne ne doit rester insensible devant le Patinage du bois, demi les couleurs\nmême ont conservé une jolie fraîcheur.\n    Avant de nous diriger vers l'orphiste Picabia, il convient d'expliquer la\ngenèse de sa Chanson nègre. A New-York, Picabia est frappé par une mélodie\ntrès langoureuse, exécutée dans un concert nègre. La phrase musicale se\ngrave dans son esprit avec les sensations qui l'accompagnent. Six mois plus\ntard, le peintre compose son tableau. Il ne dessinera ni le chanteur, ni le\ndécor, mais simplement la musique : la mélodie s'exprimera par une ligne aux\ncirconvolutions inégales, la tristesse se dégagera des tons violets, bruns et\ngris; enfin, comme la chanson est nègre, il faudra du noir dans l'un ou l'autre\n coin. Voilà! C'est enfantin, n'est-ce pas? Mais si nous savons que Picabia\n veut simplement « donner de la plasticité à ses sensations », nous convien-\n drons qu'il atteint son but. Et ne dites pas : « Que n'a-t-il un but plus élevé! »\n car il aurait peut-être des difficultés à l'atteindre, et nous regardons avec plus\n de plaisir sa Chanson nègre et sa Culture physique que bien des « croûtes »\n de l'art officiel. J'estime cependant que l'orphisme est voué à une mort pro-\n chaine : c'est un art d'une monotonie désespérante et sans remède.\n    Le futurisme est plus varié; son but est simple : exprimer le mouvement ou\n plutôt le « rythme du mouvement », si cette expression vous semble plus lim-\n pide. La simultanéité, voilà le grand mot de cette intransigeante doctrine. Le\n panneau de Mac Delmarle n'est point désagréable à voir. Il s'intitule: Le Port.\n On lit en grandes lettres à travers sa surface : New-York, Niagara, Compagnie\n transatlantique et d'autres vocables qui nous éclairent le sujet. Mais n'oublions\n pas — car on ne s'en aperçoit pas, dès l'abord ! que cet ensemble mouvementé\n est avant tout une peinture des bruits.\n    De larges traits vert foncé déchirent le ciel comme font les sirènes et les sif-\n flets discordants. Ces recherches sincères ont une certaine noblesse : l'utopiste\n convaincu reste toujours sympathique. Et d'ailleurs, le dessin de Mac Del-\n marle, Catch as catch can, est déjà plus qu'une tentative curieuse, il est\n presque une réussite : on y trouve la fougue, la chaleur, la vivacité d'un assaut\n de boxe et j'ai compris devant ceci les mots : rythme du mouvement... Il est\n vrai que Tintoret et Delacroix, par exemple, m'en avaient depuis longtemps\n révélé le sens. Tous les futuristes s'agitant et pirouettant ensemble n'ont jamais\n rien fait d'aussi « remuant » que le Miracle de Saint-Marc.\n    A titre de revanche, notons que jamais un maître ancien n'a eu l'idée de\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": "358                                DURENDAL\n\n\n\ncoller dans ses natures mortes de vieux numéros du Figaro, des bouts de toile\ncirée, ou des étiquettes de boites à cigares. Vraiment, Ferrat et Marcoussis\nn'ont point de précurseurs. (Les organisateurs de la Great Zwans Exhibition\nprotestent cependant contre ce dire.)\n   Je ne fatiguerai point l'intellect du lecteur qui veut bien me suivre, en lui\ndétaillant les intentions du sculpteur Archipenko ou du peintre Bruce. Ce\ndernier, dont la toile : Mouvements, couleurs, l'espace, simultané s'intitule-\nrait avec plus de modestie et de justesse : Couleurs, arrivera bientôt à « sup-\nprimer le tableau ». Il est un précurseur de la peinture par rayons lumineux\nprojetés sur un écran, art qui doit, paraitil, nous donner à un degré intense\ntout le plaisir de la peinture pure, dans une gigantesque « orchestration de\nl'illustration polychrôme...! »\n    Et tout cela, notez-le bien, est basé sur une boutade de Poussin (!) : « La\npeinture a pour unique but la délectation des yeux. »\n    Puisque les futuristes se donnent pour les primitifs du XXe siècle et nous\nprésentent leurs œuvres comme des balbutiements malhabiles, il est honnête\nde suspendre encore notre jugement. « Attendez, crient-ils, vous y viendrez! »\nNous attendrons.\n    Et nos lecteurs excuseront ce trop long commentaire. Il est fait pour\nprouver que nous ne dédaignons pas a priori tout art qui violente un peu la\nnorme et nous écarte des sentiers connus. Il est intéressant de se tenir au cou-\nrant de ces nouveautés... mais elles sont presque toujours d'un vide décevant.\n                                       *\n                                      * *\n\n   Deuxième visite au Salon triennal. — Nous vîmes l'autre\njour les « mystiques ». Dirigeons-nous vers Ensor et sa suite; goûtons par\ncontraste l'allégresse de cette peinture qui dédaigne volontiers toute intention\npsychologique ou morale, pour traduire avec subtilité les jeux de la couleur,\nde l'ombre et du soleil. Nous retrouvons avec une joie croissante les trois\npages magistrales que l'Art contemporain nous montra. Comment résister\nà la séduction de ces harmonies légères? L'Etonnement du masque Wouse peut\nêtre examiné dans tous les détails de sa prestigieuse exécution. Partout, c'est\nla justesse, la liberté d'un pinceau qui court, qui vole sur la toile, mais dirigé\npar un esprit d'une exceptionnelle finesse. Nul n'est plus peintre qu'Ensor,\n aussi semble-t-il bien légitime que tant de jeunes s'enthousiasment pour son\n art. Ils ont souvent des réussites heureuses. Paerels a rarement fait une\n marine aussi immatérielle et fraîche que cet exquis Trois-Mâts d'un bleu\n de rêve. Counhaye nous présente de modestes, mais aimables aquarelles, qui\n nous font songer à un absent, Rik Wouters. Mme Davin groupe avec goût\n les fleurs. De Kat s'affirme très personnel et sobre dans la Convalescente\n surtout. Jefferys est spirituel et heureux lorsqu'il étudie ses Champignons ou\n réussit à faire « tenir » une grande et lumineuse composition comme la Ker-\n messe. Le Bénédicité, de Stielemans, possède une fermeté de bon aloi :\n Par la fenêtre, de Tijtgat, est une œuvre hardie, mais pleine de simplicité\n sincère. Fernand Verhaegen fait toujours se pavaner des Gilles.\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "                     CHRONIQUE ARTISTIQUE DU MOIS                              359\n\n\n     Voilà tout un courant intéressant de notre art; j'oublie des noms — il y a\n  tant d'œuvres ici ! — mais je cherche plus à découvrir les tendances que les\n  personnalités. Souhaitons surtout que cette jeune école se préserve de la négli-\n  gence qu'affectent déjà un Brusselmans, par exemple, ou un Frison.\n    Autre groupe avec, comme chef de file, Emile Claus : le portrait du maître\n  par lui-même songe entre deux très beaux paysages. Je remarque avant tout\n  Mlle Montigny, dont les Pommiers en fleur sont rafraîchissants, Mme De\n  Weert, Edouard Verstraeten, plus décoratif, Guillaume Montobio, Roidot.\n  Ce dernier recherche des harmonisations discrètes, souvent pleines de douceur.\n    Toujours nombreuse aussi la foule des paysagistes timides, chantres mono-\n tones des canaux et des moulins, des ruelles et des béguinages. Beaucoup se\n contentent de la médiocrité qui plaît au public. Quelques-uns, tels un Opso-\n mer, un Viérin, un Cassiers, un Reckelbus, s'élèvent au véritable talent.\n     Franz Hens et Baseleer occupent les places d'honneur : Les voiliers blancs\n de celui-ci font un noble pendant à La dernière étape de celui-là. Le Matin de\n  Franz Hens nous montre le chantre du port sensible à la poésie mélancolique\n des saules et des prairies de nos polders. Paulus, dans le pays houiller,\n découvre des aspects et des colorations qui souvent rappellent les docks\n anversois.\n    Enfin, voici la jeune Wallonie qui suit ses maîtres : Rassenfosse ici présent,\n  Donnay qui se reflète dans les paysages de Guilbert et dans les douces impres-\n sions florentines de Henri Anspach. Il serait difficile de préciser l'originalité\n de ces peintres. Ils sont ici bien peu nombreux et très disséminés ; mais certes,\n ils nous font aimer et sentir le caractère de leur race. Le Hameau ardennais\n de Georges Lebrun est l'un des plus jolis morceaux de cette série.\n    C'est toujours une joie de retrouver les frais bouquets si harmonieusement\n composés par Mlle Ronner et ceux de M me Cambier, exécutés avec une légè-\n reté, mais aussi une science de grande artiste. Les natures mortes de Léo Jo,\n les fleurs de Blandin et Remy Havermans procèdent un peu du même esprit\n libre et joyeux, amateur des tons francs. Le Dévidoir d'Albert Claes fait un\n heureux vis-à-vis à la Tarte aux prunes de Latinis.\n    En dehors de ces groupes que je me plais à signaler avec un certain arbi-\n traire sans doute, plusieurs maîtres s'affirment, forts d'une personnalité tran-\n chée, dans un bel isolement : Laermans est toujours lui dans ses poignantes\n évocations populaires dont on a dit souvent tout le tragique intime. Son âpreté\n s'éclaire d'un rayon de soleil dans le Paysage matinal, où les lointains dorés\nvibrent d'un frisson printanier. Heymans conserve une saveur de jeunesse;\n Delaunois, dans une vaste frise, célèbre les campagnes dominicales et les blés\nbrabançons. Frédéric, malgré la dureté de ses tons, est plein de poésie suave\ndans sa Petite dame 1840, fillette un peu mélancolique, dont la robe ample et\nverte, le bonnet de petite vieille font ressortir par contraste la jeune frimousse.\nCambier nous montre des œuvres mâles et fortes, d'où se dégage une belle\npromesse. Le contact avec des artistes français comme Paul Sérusier, dont il\nse proclame hautement l'élève, sans lui enlever les dons de sa riche nature, l'a\nfait réfléchir sur les principes de tout art qui se veut grand et durable. Son\nCalvaire est une composition solide et émouvante. Alfred Verhaeren se com-\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "360                                  DURENDAL\n\n\n\nplaît encore aux chaudes harmonies des soies d'Orient, Binard aux larges\ndécors de n a t u r e ; Van Holder et Smeers font aimablement sourir des\nfillettes.\n    En terminant cette courte promenade à travers la peinture belge d'aujour-\nd'hui, je crois qu'on peut conclure avec u n certain optimisme. Sans doute, les\nmorceaux de premier ordre ne sont point ici en majorité, mais on en découvre\navec plaisir quelques-uns. Peut-on exiger davantage d'un Salon qui réunit les\ntendances les plus opposées, les noms les plus disparates, depuis Ensor jusqu'à\nVander Ouderaa ?\n                                                                    PAUL FIERENS.\n\n\n\n                                   Revues d'Art\n\n   T h e B u r l i n g t o n M a g a z i n e (mai). — M. Roger F r y étudie (repro-\nduction) trois œuvres italiennes de la collection de Mme J a c q u e m a r t - A n d r é ,\nà Paris ; Un Combat de saint Georges et du Dragon, de Paolo U c c e l l o ; deux\nmadones, l'une, d'Alesso Baldovinetti; l'autre, de Signorelli. M. William\n Grant Kirch parle de curieux dessins anglais du X V I I e siècle (dont certains\nde l'architecte W e b b ) relatifs à la mise en scène de pièces de théâtre.\nM. T h o m a s Ashly continue son travail sur Turner d Rome (reproductions de\ndessins du maître). M. Clixe Bell signale de ravissantes miniatures persanes.\nM. G. F . Hill revient sur la question des Portraits de Julien de Médias, etc.\nAnalyses des périodiques italiens.\n\n    A r t e C r i s t i a n a (avril-mai).— A signaler particulièrement l'article très\nd o c u m e n t é de M. Giulio R o m e o sur les Fresques de Gaudenzio Ferrari d\nS. Maria delle Grazie, à Varallo (illustrations) et la notice d e M. Focolaro sur\nu n e œuvre de jeunesse de Giovanni Bellini, malheureusement fort e n d o m -\nmagée, découverte d a n s u n e collection privée ; les pages q u e M. R u m o r con-\nsacre aux œuvres religieuses des maîtres italiens du X V I I I e siècle qui se\ntrouvent au Musée de Vicence, etc.\n\n\n    L'art    flamand  e t h o l l a n d a i s (mai). — M. Kronz signale un Rem-\nbrandt inconnu: une mythologie, et M. Ady Delen rend compte du Salon de\nl'art contemporain.\n\n  D i e C h r i s t l i c h e K u n s t (mai).— É t u d e sur le maître belge E d m o n d\nVan E s b r o e c k .\n\n    A r t e t t e c h n i q u e (février-mars). — M. Van Hoecke Dessel consacre\nu n article justement élogieux aux projets de Réorganisation des cours à l'Aca-\ndémie royale de Bruxelles, conçus par M. H o r t a . M. E u g è n e Bacha raconte\nd'une façon très a m u s a n t e les démêlés du Kaiser avec les architectes alle-\nm a n d s modernistes, au sujet d u Projet de construction du nouvel Opéra de Berlin.\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                             LES LIVRES\n\n       MUSIQUE:\nHistoire de la Musique européenne, 1850-1914, par CAMILLE\n    MAUCLAIR. — ( P a r i s , Fischbacher, 1914.)\n    Sous ce titre un peu ambitieux, l'auteur s'est proposé de fournir au public\nfrançais u n tableau complet, quoique succinct, du mouvement et de la produc-\ntion musicale c o n t e m p o r a i n e . Celle-ci est, en effet, si considérable, que\nn o m b r e d'auteurs étrangers importants demeurent parfois exclus des pro-\ng r a m m e s de concerts et c o n s é q u e m m e n t i n c o n n u s du public. M. Mauclair\nne prétend pas, d a n s u n ouvrage aussi restieint, citer tous les compositions\ncontemporains dont le nom mériterait d'être c o n n u , mais seulement les plus\nsignificatifs d'entreeux, et il s'attache particulièrement à indiquer les courants\nd'idées suivis par les différents g r o u p e s . D a n s un louable souci de clarté,\nil a choisi le classement par nationalités, ce qui présente toutefois le désa-\nvantage de faire p e r d r e parfois de vue les affinités artistiques entre les\ndiverses écoles ou d'établir des divisions là où il n'en existe pas. La g r a n d e\nfigure de W a g n e r domine toute la musique de la période envisagée par l'au-\nteur ; aussi s'attache-t-il à d é m o n t r e r toute la signification et la portée de\nl'œuvre de ce génie d o m i n a t e u r . L'influence w a g n é r i e n n e , les réactions qui\nsuivirent, les écoles qui se formèrent, les idées nouvelles qui tendent à\nétendre les capacités expressives de la m u s i q u e , bref, tous les facteurs du\ndéveloppement de l'art musical contemporain sont exposés de façon claire\net concise d a n s ce petit livre, qui sera lu avec profit par le professionnel\naussi bien que par l'amateur. L'index des noms cités, dont le nombre\ndépasse quatre cents, permet du reste de l'utiliser comme ouvrage de réfé-\nrence et nul doute qu'il ne rende c o m m e tel les plus excellents services.\n   La physionomie de l'école musicale belge, partagée suivant les deux\ngrandes familles, flamande et wallonne, est assez heureusement esquissée.\nIci encore, l'auteur s'est effotcé d'être complet et il y a réussi. On regrette\nseulement de ne pas rencontrer le nom de M. J. R y e l a n d t , ce parfait et\nprobe musicien, à côté d'autres bien moins notables. E n ce qui concerne\nCésar F r a n c k , M. Mauclair a raison, tout en le citant parmi les musiciens\nbelges, de lui consacrer un chapitre spécial dans l'histoire de la musique\nfrançaise. Mais il ignore les origines p u r e m e n t germaniques du musicien\nliégeois et fait sienne la fable de la « vieille famille wallonne » propagée\ndans son livre sur le maître par M . Vincent d ' I n d y , compositeur nationaliste\net g e r m a n o p h o b e (1).\n                                                                         E. CL.\n\n\n  (1) Voir nos articles dans Wallonia, t. XXI, p. 569 et dans S. I. M , t. IX, n° 4, p . 24.\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "362                                  DURENDAL\n\n\n\nLes créateurs de l'opéra-comique français, par GEORGES\n   CUCUEL. — (Paris, Alcan.)\n    U n des meilleurs livres de l'excellente collection des Maures de la musique.\nL ' a u t e u r (qui s'est déjà signalé par u n grand et curieux ouvrage sur La Pou-\npliniïre et la musique de chambre au X V I I I e siècle) y expose très doctement,\nmais sous la forme la plus familière, l'évolution d u genre si é m i n e m m e n t\nfrançais de l'opéra-comique jusqu'à la Révolution. O n trouve ici d'excellents\nchapitres sur les maîtres les plus célèbres d u genre : D u n i , M o n s i g n y ,\nPhilidor, notre Grétry. Mais la partie le plus originale de l'ouvrage est d a n s\nles premiers chapitres, ou l'auteur nous entretient des origines m ê m e s , si\npeu connues, de l'opéra-comique, constitué dès 1916, avec le Télémaque de\nLesage, mais dont la source remonte à la fois aux conflits des comédiens de\nla Foire avec la Comédie française et aux représentations des bouffonistes\nitaliens. M. Cucuel rappelle o p p o r t u n é m e n t les pièces farcies de musique du\nvieux trouvère artésien Adam de la H a l e , sortes de prototypes de l'opéra-\ncomique, mais en signalant l'esthétique un peu italienne propre à ce der-\nnier, qui fut à l'origine u n e pièce p r o p r e m e n t comique, mêlée de c h a n t , et\nqu'il appelle justement « u n e sorte de puzzle ». L a partie musicale de ces\n« puzzles » comporte trois éléments : des airs d'opéras empruntés surtout\nau répertoire d e Lully ; des airs populaires ou « vaudevilles » ; des airs ori-\nginaux. D e ces derniers, l'auteur cite quelques spécimens d'une grâce sur-\np r e n a n t e ; il étudie aussi le rôle de la musique dans u n e de ces pièces,\nEndriague, écrite par Piron avec la collaboration d u grand R a m e a u , et dont\nla partition n e nous a m a l h e u r e u s e m e n t pas été conservée.\n    M. Cucuel nous entretient encore d e quelques autres prédécesseurs des\nAuber et des A d a m , des oubliés c o m m e Gilliers et Muret, puis passe à L a\nRuette, généralement connu, aujourd'hui, comme chanteur seulement, enfin\nà Gluck. L e rôle de Gluck, comme créateur de l'opéra-comique, a été signalé\nen premier lieu par M. Tiersot, dans l'excellent ouvrage qu'il a consacré à ce\nmaître dans la même collection Alcan ; mais il reste assurément ignoré d e\nbien des gens. Il est ici précisé à nouveau.                                   E. CL.\n\n\nH i s t o i r e d e l a m u s i q u e , par J . COMBARIEU. T o m e I I . — (Paris,\n   Librairie Armand Collin.)\n   Nous avons annoncé la parution d u premier volume d e cet important\nouvrage. Celui-ci n e devait en compter primitivement q u e deux. Malgré\nl'étendue (700 pages) de celui que nous venons d e recevoir, l'éditeur a n n o n c e\nà présent la publication d'un troisième et dernier volume, lequel contiendra\nla table analytique qui fera d u livre de M. Combarieu u n précieux ouvrage\nde référence. Ce deuxième volume concerne la période comprise entre la\nnaissance d e l'opéra en Italie et Schubert : c'est-à-dire q u e Beethoven\ns'y trouve c o m p r i s ; mais M. Combarieu place Beethoven tout à la fin, après\nSchubert, q u e nous considérons, n o u s , avec W e b e r , comme esthétiquement\nplus rapprochés de nous, puisqu'ils a p p a r t i e n n e n t déjà à la période roman-\ntique. O n a dit que ce livre était moins u n e histoire de la musique q u ' u n e\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "                                 LES LIVRES                                363\n\nsuccession d'études indépendantes. Cela est vrai, dans une certaine mesure,\ndu premier volume; mais le deuxième a plus d'homogénéité et l'on n'aperçoit\nguère de lacunes entre les différents chapitres. Peut-être aurait-on pu sou-\nhaiter, par-ci par-là, des détails plus circonstanciés, par exemple en ce qui\nconcerne l'école de Mannheim, intermédiaire entre les classiques anciens et\nl'école viennoise. Au sujet de Rust, le précurseur supposé de Beethoven,\nM. Combarieu ne parle que d' « ajouts indiscrets » : M. Neufeld n'avait sans\ndoute pas encore publié le stupéfiant résultat de ses investigations dans les\nmanuscrits originaux. Parmi les meilleures pages du livre, signalons le\nchapitre consacré aux « maîtres italiens et allemands de l'orgue et du\nclavier », ainsi que les considérations esthétiques sur Weber et sur Beet-\nhoven.                                                               E. C L .\n\nLes débuts de la musique à Venise, par CH. VAN DEN BORREN.\n    — (Bruxelles, Imprimerie Lombaerts.)\n    Notre confrère et ami M. Van den Borren, l'excellent critique musical de\nl'Indépendanct belge, et professeur à l'Université nouvelle de Bruxelles, a réuni\nsous ce titre une série de savants articles publiés par lui depuis peu dans le\nGuide musical. On y trouvera des renseignements curieux et précis sur une des\npériodes les moins connues de l'histoire de la musique, et aussi des plus\nimportantes, puisque Venise fut à la fois la dernière citadelle de l'école du\ncontrepoint néerlandais en Italie et le centre de rayonnement de la musique\ninstrumentale, du chromatisme, etc. Il est donc curieux d'assister aux\npremières manifestations de la vie musicale dans le cité des Doges.\n                                                                      E. CL.\n\n      HISTOIRE:\nH i s t o i r e d e G a n d , par M. VICTOR FRIS. — ( U n vol. ill. Bruxelles,\n   Librairie nationale d'art et d'histoire, Van Oest et Cie.)\n   M. Fris nous fait dans cet ouvrage l'histoire de sa ville natale, depuis ses\nlointaines origines jusqu'à nos jours; depuis l'évangélisation de la contrée\npar saint Amand jusqu'à la magistrature édilitaire de M. Braun : Une quin-\nzaine de siècles de grandeurs et de vicissitudes, de clartés et de ténèbres, de\ngloires éclatantes et d'indicibles vicissitudes.\n   Gand a connu toutes les fortunes. Après avoir commandé à la Flandre,\nlongtemps, et sans beaucoup de ménagements, elle a subi les déchéances les\nplus sombres et les détresses les plus amères. Mais ce qui frappe, à la lec-\nture de ce livre qui, pour de longues périodes, n'est que le récit ininterrompu\nde défaites et de catasirophes de tout genre, c'est le caractère indomptable et\ntenace des habitants de la ville, aussi peu enclins à se soumettre aux fata-\nlités des événements qu'aux volontés des princes, toujours prêts à secouer la\npoussière des ruines ou à essuyer le sang de la bataille pour recommencer à\nentreprendre, à reconquérir leurs droits ou à empiéter sur ceux des autres,\nartisans infatigables de la grandeur et de la prospérité de la cité.\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "364                               DURENDAL\n\n\n   M. Fris a faitparaître son ouvrage au moment où s'ouvrait l'Exposition uni-\nverselle, organisée avec tant de magnificence par la villedeGand. L'heure était\nbien choisie pour évoquer à côté du présent, si riche d'activités fécondes et de\nsplendeurs, le passé tour à tour puissant et misérable qui l'a précédé et qui y\na conduit. On lira avec plaisir et non sans fierté cette histoire d'une popula-\ntion ardente, volontaire, et qui s'est toujours montrée, comme tous les\nBelges d'ailleurs, avide — on dirait bien : enragée — de liberté. Et on y\ntrouvera d'autant plus d'attrait que M. Van Oest a illustré l'œuvre de M. Fris\nde la façon la plus brillante.\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n\n\nL ' i n f a n t e I s a b e l l e , par la COMTESSE DE VILLERMONT, 2 vol. (Tamines,\n   Duculot.\n   Ce livre sera sans doute l'œuvre maîtresse de Mlle de Villermont. Elle l'a\npréparée de longue main par des recherches personnelles dans les archives. Au\ncours du travail, le sujet s'est étendu naturellement sous la plume de l'auteur,\nsi bien que la vie de l'Infante est devenue en bonne partie une histoire du\nrègne des archiducs. Néanmoins ce livre est avant tout une biographie et\ncette biographie, comme il convient, a été écrite avec amour.\n   Les lecteurs pour qui le charme de l'histoire consiste surtout à leur faire\nvoir d'aussi près que possible et dans toute leur réalité vivante les grands\npersonnages dont la postérité a retenu les noms, trouveront un plaisir des\nplus vifs à parcourir ces pages. Ce livre est tout rempli de pages charmantes\noù les faits eux-mêmes se chargent de dessiner le portrait. Grâce à Mlle de\nVillermont, nous possédons maintenant de la grande Infante un portrait de\npied qui servira d'éloquent commentaire à ceux qu'ont tracé d'elle les pin-\nceaux de Rubens et de Coello. Il est à espérer qu'on saura le reconnaître\nchez nous et que ce livre n'aura pas à se plaindre de l'indifférence de notre\npublic.\n                                                           GODEFROID K.URTH.\n\n\nMarguerite         d ' A u t r i c h e , Gouvernante générale des Pays-Bas, e t l e\n   peintre Pierre Van Coninxloo, Bruxellois, par M. A. J. WAUTERS.\n  — (Bruxelles, Charles Rossignol.)\n   On sait que Marguerite d'Autriche utilisa à son service nombre de nos\npeintres, célèbres ou peu connus, entre autres Van Orley, Jan Van Roome,\nJan Mostaert, Gérard Horebout, sans parler de l'italien Jacopo dé Barbari.\n   M. A. J. Wauters, s'aidant en partie de recherches d'Alexandre Pinchart,\najoute à cette liste le nom de Pierre Van Coninxloo, que l'on trouve cité\ndans les documents bruxellois entre 1479 et I 5 I 3 . L'éminent historien parle,\nà ce propos, de certains portraits de cette princesse et de son frère Philippe,\ndont l'attribution reste encore douteuse ou contestée.                    A. G.\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                           Notules\n    A d r i e n M i t h o u a r d vient d'être élu Président du Conseil muni-\ncipal de Paris. Nous nous réjouissons vivement de cette nomination\nintelligente. Mithouard est un de nos amis. Nous avons la plus\nenthousiaste admiration pour lui. C'est un poète de première enver-\ngure, un vrai poète, au talent primesautier et original. Il a fondé à\nParis la belle revue L'Occident, une des revues les plus vraiment\nlittéraires de ce temps.\n   Toute la rédaction de Durendal offre au Maire-Poète de Paris les\nplus affectueuses et chaleureuses félicitations. Il félicite du même\ncoup le Conseil Municipal de Paris pour son élection intelligente. Cette\nélection lui fait le plus grand honneur. C'est, d'autre part, un grand\nhonneur pour la ville de Paris que d'avoir à la tête de son Conseil un\nesprit d'une aussi haute distinction, qui est à la fois un penseur\néclairé, un poète de race et en même temps, ce qui le rehausse à nos\nyeux, une âme foncièrement religieuse. Adrien Mithouard est une des\ngloires de la littérature catholique contemporaine.\n\n\n    L e D a n t e . — Un comité italien s'est constitué à Ravenne pour la\ncélébration du 600me anniversaire de la mort de Dante Alighieri. 11 voudrait\ns'adjoindre un comité international, qui aurait des ramifications dans les\ndifférents pays catholiques. Le cardinal Mercier, estimant avec justesse que\nla Belgique ne peut rester indifférente à la gloire du plus grand poète catho-\nlique, a pris l'initiative de la formation d'un comité belge qu'il a chargé\nGodefroid Kurth de constituer.\n    Dans une réunion préliminaire, M. Kurth a été nommé Président effectif et\nil a été décidé que des conférences seraient données\" pour propager la connais-\nsance de l'œuvre grandiose du Dante et préparer ainsi le public à la célébra-\n tion de son centenaire.\n\n                                         *\n                                     *       *\n\n   Le c e n t e n a i r e du P r i n c e de L i g n e sera célébré à Ath et à\nBelœil les samedi 25, dimanche 26 et lundi 27 juillet. Parmi les travaux\nadoptés au congrès qui sera célébré à cette occasion, nous remarquons une\nétude de notre collaborateur Edmond de Bruyn : La philosophie religieuse\ndu Prince de Ligne.\n   Prière de s'adresser pour tous renseignements et communications au secré-\ntaire général : M. Félicien Leuridant, à Belœil.\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "366                                       DURENDAL\n\n\n   N o u s avons reçu de M. Marcel Angenot la lettre suivante :\n\n                                                                           Le 24 juin 1914.\n\n           M O N S I E U R LE D I R E C T E U R DE   Durendal,\n\n\n   Veuillez avoir l'obligeance de recevoir, d a n s le prochain n u m é r o de votre\nrevue, la petite rectification que m'inspire la malveillante note que me con-\nsacra, au sujet de mon dernier livre, le critique dont j ' i g n o r e encore le nom,\nmais il n'importe :\n   Libre à l'aimable critique de mon dernier volume de vers : Les Poèmes\ninutiles, de faire u n r a p p r o c h e m e n t facile et d'ailleurs prévu entre mes poèmes\net le titre de m o n livre; libre à lui d'y trouver de mauvais vers, d e très mau-\nvais vers, une quantité de très mauvais vers, u n e très g r a n d e quantité de très\nmauvais vers. Mais non libre à lui d'y affirmer l'existence de n o m b r e u s e s\nfautes d'orthographe q u e je le mets, par égard p o u r mon bienveillant correc-\nteur, en d e m e u r e d'avoir l'obligeance de me signaler. (Je m'excuse de l'obli-\nger ainsi à relire, a lire peut-être, le volume incriminé.)\n   Q u a n t au sic qu'il fait flamboyer après ce vers qu'il veut bien repro-\nduire :\n                 Mais nous avions chacun sa façon de c o m p r e n d r e ,\n\nlaissez-moi lui rappeler que Musset n'a point redouté d'écrire :\n                 Nous a i m o n s , c'est assez, c h a c u n à sa façon,\nque La F o n t a i n e écrit :\n                 Ils allaient de leurs œufs manger chacun sa part.\net qu'avec de tels parrains je me trouve décidément bien à l'aise pour d é d a i -\ngner, avec mon plus beau sourire, celte observation d'une faute d'ailleurs\nbasée, c o m m e le dit Larousse, sur l'une des questions les plus indécises de\nla Syntaxe. Et p u i s . . . et p u i s . . .\n   Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, avec mes remerciements anticipés,\nl'expression la plus distinguée de mes meilleurs sentiments de confraternité.\n\n                                                                             M.   ANGENOT.\n\n\n\n   N o u s l'avons i m m é d i a t e m e n t transmise à M. Pierre N o t h o m b , qui nous\nl'a renvoyée avec ce billet :\n\n                                                                              26 juin 1914.\n\n\n           C H E R MONSIEUR      MOELLER,\n\n\n  J e suis allé rechercher au grenier le volume .de M . Marcel Angenot. Q u e\ncelui-ci se console : je n'ai pas eu l'ennui de devoir le relire. Il m'a suffi\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "                                      NOTULES                                           367\n\n d'ouvrir deci de-là les Poèmes inutiles (oh! combien !) pour y pouvoir noter les\n vers suivants :\n\n                    Quais moussus où dans l'eau stagnante\n                    Meurt un concil (sic) de n é n u p h a r s . . .\n                                                                 (p. 60.)\n\n               Plus pure de ce dont (sic) d'elle-même ignoré...\n                                                                       (p. 64.)\n\n               Les u n s plus avilis, colporteurs d'avanies,\n               T o u s ceux qu'on abusa, les faibles excités,\n               L e s lâches qui n'ont fui que mon adversité,\n                               L e s autres que je nie (sic).\n                                                                (p. .6.)\n\n               Des fleurs encor ! des flox (sic) ! des feuilles! des soucis!\n                                                                             (p. 81.)\n\n               . . . E t va, soudain repris d'un juvénil (sic) vertige...\n                                                                           (p. 84.)\n\n    U n e , deux, trois, quatre, c i n q ! Vous voilà amplement édifié sur l'orthc-\ng r a p h e de M . Marcel Angenot et sa science des mots. Vous me dispenserez\na p r è s cela de discuter sa syntaxe.\n                                               Votre a m i ,\n\n                                                                 PIERRE     NOTHOMB.\n\n\n\n                                           *\n\n\nVient de paraître :\n   F r a n c e e t B e l g i q u e . — Etudes littéraires, par EUGÈNE\nGILBERT. Préface de RENÉ BAZIN (Paris, Plon).\n  Nous recommandons instamment ce nouveau livre de notre ami\nEugène Gilbert. Ce livre est un des plus remarquables volumes de\ncritique littéraire qui aient paru depuis longtemps. Nous en rendrons\ncompte dans un autre fascicule. Mais nous le signalons dès mainte-\nnant à l'attention des amateurs d'études littéraires contemporaines\nsérieuses et averties.\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "368                              DURENDAL\n\n\n   Accusé de réception :\n\n   ART : Ségovie, Avila et Salamanque, par HENRI GUERLIN, vol. illustré\n(Paris, Laurens, collection : Villes d'art). —Du romantisme au réalisme, par\nLÉON ROSENTHAL, vol. illustré (Paris, Laurens). — Arts et Métiers de\nl'ancien Japon, par STEWART DICK, revu et adapté de l'anglais par RAPHAËL\nPETRUCCI, vol. illustré (Bruxelles Vromant).\n\n   L I T T E R A T U R E : L'idée du juste dans l'Orient grec avant Socrate, par\n LÉON HENNEBICQ. (Bruxelles, Larcier). — Pierre de Ronsard, textes choisis\net commentés par PIERRE VILLEY. — La Bruyère, textes choisis et com-\nmentés par EMILE MAGNE. — Joubert, textes choisis et commentés par\nVICTOR GIRAUD (3 volumes de la bibliothèque française éditée par Plon de\n Paris). — A Lamartine, (1833-1913). Préface de M. Barrès. Discours pro-\nnoncés à Bergues. Récit des fêtes (Paris, Plon). — Fantômes et vivants, par\nLÉON DAUDET (Paris, Nouvelle librairie nationale). — La vision de Ber-\nnadette, par REGNIER MONLAUR (Paris, Grasset). — Yvan Gilkin. Antho-\nlogie (Bruxelles, Association des écrivains belges). — Choses d'âme, par\nLUCIE F. FAURE-GOYAU (Paris, Perrin).\n\n  MUSIQUE : La Musique française au XVIIIe siècle. Textes choisis et\ncommentés par HENRY DE CURZON (Paris, Plon, Bibliothèque française).\n\n  POÉSIE : Les deux Allemagne, par ERNEST RAYNAUD (Paris, Mercure\nde France). — La maison s'éclaire, par JACQUES NORMAND (Paris, Calmann-\nLevy). — Les sacrilèges, par GASTON HABREKORN (Paris, Figuière).\n\n   ROMAN : Dans l'ombre de nos jours, par JACQUES DES GACHONS (Paris,\nPlon). — L'abbaye des Dunes, par MARGUERITE BAULU (idem).— Mone, par\nSUZVNNE GAUDION (idem). — Un été au Pré du lac, par L. BlNDSCHEDLER.\nTraduit de l'allemand par C. DE VAULX DE CHAMPION (Paris, Lethielleux).\n— La gloire de Phaladane, par VICTOR CLAIRVAUX (Paris, Figuière). —\nLe roman d'un gosse, par OMER DE VUYST (Bruxelles, Lamberty). — Le\ntrait d'union, par ANDRÉ DELACOUR (Paris, Crès). — Le retour dans la\nnuit, par MARTIAL PIECHARD (Paris, Grasset).— La maison sur la rive, par\nANDRÉ LAFON (Paris, Perrin).\n\n  VARIA : Après la fièvre. Problèmes contemporains,par PIERRE BONNET\n(Paris, Plon), Nostradamus, ses prophéties, par CHARLES NICOULLAUD\n(Paris, Perrin).\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": ""}, {"page_pdf": 433, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1914-06", "signet_source": "Vingt-et-unième année - N°6 - Juin 1914 (?)", "preuve": "Ni couverture conservée ni date imprimée en tête de livraison ; mois et numéro non vérifiés. Indices internes compatibles avec juin 1914 : les Notules annoncent l’élection d’Adrien Mithouard à la présidence du Conseil municipal de Paris ; la Chronique artistique traite du Salon triennal et des Indépendants de Paris, et cite The Burlington Magazine (mai) ; Les livres recensent des ouvrages datés de 1914 (Histoire de la Musique européenne, 1850-1914 ; Paris, Fischbacher, 1914). Pagination continue de la vingt-et-unième année : pp. 305-368.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}