{"numero_id": "ulb-durendal-1921-livraison01", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-201", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 627, "texte": "DURENDAL\n               REVUE C A T H O L I Q U E\n\n        D'ART ET DE L I T T É R A T U R E\n\n\n\n\n             FASCICULE\n                    DÉDIE A LA MÉMOIRE\n\n                                   DE\n\n\n            L'ABBÉ HENRY M Œ L L E R\n\n\n\n\n                           DIRECTIONS :\n    BRUXELLES                                          PARIS\n55, rue de la Source, 55                          2, rue Lecourbe, 2\n\n                                                            ie\n     IMPRIMERIE SCIENTIFIQUE CHARLES B U L E N S & C\n                            (SOCIÉTÉ   ANONYME)\n\n\n                 75, rue Terre-Neuve, Bruxelles\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-001", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 7, "titre_corps": "L’abbé Henry Mœller", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. 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Au\npied de cette croix, une grande dalle, du même appareil, portant\ncette inscription : « L'abbé Henry Mœller, directeur de Durendal,\nrevue d'art et de littérature. » Le sculpteur y a ajouté, gravé\ndans la pierre, le blason de Durendal : « Un bras armé brandis-\nsant une épée dans un orbe de lumière d'or ».\n   Le public n'a pas connu l'abbé Mœller. Mais, dans le monde\ndes lettres et des arts, sa loyauté d'esprit et sa noblesse de carac-\ntère, son effort infatigable et désintéressé pour répandre le goût\nde la poésie et des belles choses, avaient créé autour de cette\npersonnalité originale une atmosphère de sympathie et de cor-\ndialité et lui avaient conquis de franches et nombreuses amitiés.\n   Pour Henry Mœller — et c'est ce qui avait déterminé la\nvocation ecclésiastique chez ce fils et petit-fils de savants et\nd'universitaires — la beauté et la foi ne faisaient qu'un.\n« L'objet de l'art, disait-il, c'est la beauté. L'objet de la religion,\n"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "6                           DURENDAL\n\n\nc'est Dieu. Or, Dieu, c'est la beauté essentielle et parfaite. Donc,\nl'objet de l'art se confond avec celui de la religion. »\n   Jeune encore, il publiait une étude intitulée Philosophie du\nBonheur, et sa thèse était celle-ci : le bonheur consiste à réaliser\nson idéal. Ce mot d'« idéal » revenait souvent sous sa plume et\nsur ses lèvres. Il aurait voulu qu'au lieu de s'aborder par cette\nformule banale et insignifiante : « Comment allez-vous? », les\nhommes et les femmes, en se rencontrant, se demandassent, en\nguise de salutation : « Comment va votre idéal? » Dois-je dire\nque sa tentative n'eut qu'un médiocre succès?\n   Ce fut une œuvre d'idéal que cette revue de Durendal, fondée\nen un soir d'enthousiasme, à laquelle il consacra vingt ans de\nsa vie, et que l'on enterra avec lui — car l'un ne s'expliquait plus\nsans l'autre. Ce que cette revue apporta de rayonnement, de\njeunesse et de talents nouveaux à nos lettres belges, on en trouve\nla preuve, voire la surprise, en consultant les Tables de Durendal\npubliées pendant la guerre par M. Léon Goffin, de l'Université\nde Gand.\n   Ce fut aussi une œuvre d'idéal que ce Salon d'art religieux,\nde 1900, dont il eut l'idée et assuma le soin, et qui marqua une\ndate dans l'histoire de nos expositions bruxelloises.\n   Sa critique était toujours bienveillante. Elle réalisait ce\nconseil de Winkelman : qu'il faut s'attacher à découvrir les\nbeautés d'une œuvre avant que d'en rechercher les défauts,\nparce que, si la critique négative peut être moralisatrice, seul\nl'amour est une puissante créatrice.\n   Il avait aussi l'amour de son pays, ne croyant pas qu'un\nartiste ou un écrivain pût se détacher de la chose publique. Il\ns'y intéressait avec ardeur, avec passion, allant volontiers du\ndithyrambe à l'invective — car les extrêmes ne l'effrayaient\npas — mais animé toujours d'une si admirable bonne foi ! Quand\nle pays fut assailli, il souffrit de ses souffrances. Tant d'abomi-\nnations et d'horreurs déconcertaient son entendement... Et\npuis, cette guerre déchaînée, c'était son arme à lui, Durendal,\nbrisée entre ses mains. Il se replia sur lui-même — tout le temps\nde l'occupation — devenu sombre et un peu farouche, et il\n"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "                     L'ABBÉ HENRY MŒLLER                           7\n\n\n mourut le 17 septembre 1918, à l'aube même de la Victoire.\n    Un de ses traits caractéristiques fut le culte de l'amitié. Il en\n avait le don et le sens profond. Ceux-là le savent qui fréquen-\n taient dans sa modeste chambre de la rue du Grand-Cerf ou\nde la rue de la Source, toute encombrée de livres et toute par-\n fumée de son vieux tabac d'Obourg — et qui ont connu à quel\n point il était serviable, désintéressé, discret, et d'une bonté\n foncière qui complétait en quelque sorte toutes ses autres qua-\nlités. Ceux-là le savent qui recevaient ses lettres d'une écriture\n serrée et intarissable. Il correspondait avec tous les collabora-\n teurs de sa revue — voire avec tous ses abonnés. Il fut en rela-\n tions épistolaires avec de grands écrivains tels que Mistral,\n Sienkiewicz, Joergensen, J.-K. Huysmans. Pour nos jeunes, il\n fut un bon conseiller, et souvent un animateur. A ne songer\n qu'aux morts, son action fut profonde sur les destinées litté-\n raires de ce délicieux poète Charles de Sprimont, qui ne fit,\n hélas! que passer dans la vie, et de ce noble esthète que fut Dom\nBruno Destrée.\n    Comme il aurait compris et aimé nos jeunes gens d'aujourd'hui\nrevenus de la guerre, et forgés à l'école des sacrifices les plus\nrudes! Sa verve, féconde en boutades, et qui bousculait volon-\ntiers les traditions et les idées reçues, se fût accommodée de\nleur humeur. Mais il les aurait mis en garde, j'en suis sûr, contre\nl'utilitarisme à la mode, et contre une conception matérialiste\nde l'existence. Il n'a pas eu cette joie, et laisse à d'autres ce\ndevoir.\n    Les amis de ce batailleur d'idées, que l'on comparait jadis, en\nmanière de plaisanterie, au bon archevêque Turpin de la légende\ndes Douze Pairs, ont été heureux de voir nos publications d'art\net de littérature s'associer à leur hommage. Eux-mêmes se\nsouviendront de l'abbé Mceller, souvent avec émotion, tou-\njours avec sympathie et reconnaissance. Et ce souvenir les\nencouragera sans doute plus d'une fois à brandir, comme lui,\ndans la lumière d'or, le glaive chevaleresque pour le service de\nl'idéal et la défense de la beauté.\n                                        H. CARTON DE WIART.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-002", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 8, "page_fin": 9, "titre_corps": "Adieu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "ADIEU Vingt-cinq ans de luttes communes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1882, "texte": "ADIEU\n\n   Vingt-cinq ans de luttes communes — et tant d'heures fer-\nventes, chaleureuses, enthousiastes — vinrent trébucher aux\n bords de cette tombe!\n    Quand Mceller nous joignit en 1892, au temps lointain du\nDrapeau,, il nous apparut tout de suite ce qu'il ne cessa d'être :\nun servant fidèle et passionné de la Beauté, vibrant jusqu'à\nl'exaltation et intrépide jusqu'à l'impétuosité. D'un cœur exquis,\nfraternel et dévoué, il n'avait d'ennemis que les ennemis de\nl'Art. Mais, pour eux, point de quartier. Il les assommait de\nsubstantifs massifs et d'adjectifs sans nuances. Et plus l'adver-\nsaire était notoire et important, plus le verbe retentissait\nsommaire et « définitif ». A combien d'amusantes exécutions\nnous avons assisté ainsi dans cette modeste chambre, surchauf-\nfée et enfumée, de la rue du Lac, où s'élaborait Durendal!\n   Nous ensevelirons Durendal aux côtés de l'« abbé ». Et c'est\njustice : il était l'âme de notre œuvre. Sans lui, elle n'eût pu\nvivre; sans lui, et son labeur ponctuel et journalier, ses rappels\naux collaborateurs, ses attrapades avec l'imprimeur, ses courses\nà l'abonnement et cette correspondance fiévreuse qu'il allait\nlui-même porter à la poste vers le soir et qui s'éparpillait,\nquémandeuse ou vitupératoire, aux quatre horizons. Verhaeren\ndisait de lui : « C'est le marchand de vin de Durendal. » On mau-\ndissait ses obsessions, mais on finissait toujours par s'y rendre,\neu égard au pur et noble zèle qui les lui dictait. Son prosély-\ntisme de beauté lui valut, à côté de l'affectueuse gratitude de\nses frères d'armes, d'illustres relations : J.-K. Huysmans\nl'aimait, et il parvint même à se rendre Léon Bloy propice.\n   D'un désintéressement personnel absolu, il n'avait d'ambition\nque pour l'Art et pour ses amis. Son ardeur d'apostolat se renou-\nvelait au contact de la jeunesse; découvrant les personnalités\n"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 812, "texte": "                             ADIEU                             9\n\nnaissantes, encourageant les talents débutants, il créa à notre\nidéal de sûres et précieuses réserves d'avenir.\n   Ce bon ouvrier de nos lettres nationales est mort dans la\nlourde et noire atmosphère de la patrie encore opprimée. Mais\nau terme d'une agonie solitaire et douloureuse, les Anges de\nBeauté auront cueilli, comme une fleur de choix, l'âme ingénue\net fougueuse de l'« aumônier des lettres catholiques ».\n   Nous, les vieux compagnons de combat de Henry Mœller,\ndéposons en hommage sur sa tombe la gerbe demeurée vivace\nde nos chers souvenirs et confions à sa mémoire tous nos indé-\nfectibles espoirs en la pérennité certaine de la grande cause que\nnous avons servie ensemble.\n                                     FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-003", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 10, "page_fin": 13, "titre_corps": "Les cloches de la Valsolda : Sérénité des choses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", 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garde les humbles restes\nDe ceux dont les grands cœurs dans cette ombre ont battu ;\nEt voici qu'à son tour, ayant chanté leurs gestes,\nLeur dernier fils, le tendre et doux songeur, s'est tu.\n\nIl n'est plus ; et déjà les immuables choses\nNe se souviennent plus qu'il ait jamais été :\nLe toit de tuile rousse et les murailles roses\nBoivent éperdument la flamme de l'été.\n\nComme aux jours d'autrefois, l'eau berce la lumière,\nLes oliviers poudreux sont criblés de soleil :\nIl fut seul à quitter la place coutumière,\nEt, malgré son départ, tout est resté pareil.\n\nVoilà le banc, le seuil usé, la porte basse,\nEt les degrés noircis de l'escalier branlant\nOù, sentant jour à jour son âme un peu plus lasse,\nIl montait chaque fois d'un pas un peu plus lent.\n"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1492, "texte": "            LES CLOCHES DE LA VALSOLDA                  II\n\nDrapant le mur, voilà l'antique passiflore\nQu'il arrosait lui-même avec des soins jaloux,\nEt dont il regardait la fleur mystique éclore\nPour y trouver la Croix, la Lance et les trois Clous.\n\nEt, surgissant du sol où reposent ses proches,\nMoins haut que le cyprès qui semble un clocher noir,\nVoilà le campanile agreste, dont la cloche\nLui sonnait l'angélus de l'aurore et du soir.\n\nMais sa chair périssable est retournée en cendre :\nSes pas ne graviront plus jamais l'escalier\nQui vit, au long des ans, tant de cercueils descendre\nEt s'en aller sans bruit vers l'enclos familier,\n\nVers l'enclos tout voisin de la claire terrasse\nOù naguère, évoquant l'ombre des jours anciens,\nPieusement fidèle aux appels de sa race,\nIl souhaitait mourir comme étaient morts les siens.\n\nPareil au moissonneur qui, la grange remplie,\nS'endort paisiblement au déclin de l'été,\nIl se repose en Dieu : sa tâche est accomplie,\nEt le soir est venu tel qu'il l'a souhaité.\n\nMais se peut-il, Seigneur! vous qui fîtes se taire\nCette voix dont l'accent nous charme et nous soumet,\nQu'un tel coeur ait cessé de battre sur la terre\nEt que rien n'ait changé de tout ce qu'il aimait?\n\n       Ces deux pins sont à lui...\nComme nous regardions, le cœur lourd de tristesse,\nLa maison veuve, hélas! dont la funèbre hôtesse\nAvait clos les volets et verrouillé le seuil,\nUne enfant de seize ans, ayant compris le deuil\nDe ces deux étrangers qui parlaient à voix basse,\n"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "12                           DURENDAL\n\n\n     Nous fit signe (et son geste avait la souple grâce\n     Des rameaux d'oliviers qui, dans le verger clair,\n     Se balançaient au souffle insensible de l'air) :\n     « La villa, nous dit-elle, est seule et semble morte ;\n     Mais, puisque vous l'aimiez, j'en ouvrirai la porte. »\n     Puis, appelant son frère, un bambino bouclé :\n     « Va, lui dit-elle avec douceur, chercher la clé...\n     Vous verrez sa maison telle qu'il l'a laissée,\n     Poursuivit-elle, et pleine encor de sa pensée. »\n\n     Alors, elle se mit à nous parler tout bas\n     Du maître disparu, nous racontant, non pas\n     Le héros glorieux, mais les plus humbles choses :\n     Son amour des enfants, sa passion des roses,\n     Les dons qu'il prodiguait aux plus lointains hameaux,.\n     Et quel sûr réconfort il trouvait pour les maux\n     Des plus chétifs, des plus misérables des êtres,\n     Et le culte profond qu'il gardait aux ancêtres.\n\n     Elle nous désignait, d'un air grave et pieux,\n     Le pauvre cimetière où dormaient ses aïeux,\n     Sous le mur de l'église ; et, tendant sa main blanche\n     Vers le vieux campanile où, par ce beau dimanche,\n     Des nuages d'oiseaux entrecroisaient leurs vols,\n     Elle indiquait du doigt deux grands pins parasols\n     Qui, couvrant de leur ombre un enclos solitaire,\n     Reliaient doucement le ciel pur à la terre.\n     Et, de sa fraîche voix de source, qu'aujourd'hui\n     J'entends chanter encor : « Ces deux pins sont à lui ;\n     C'est là qu'il fait la sieste aux jours brûlants », dit-elle.\n\n     O grand cœur, toi qui crus à la vie immortelle !\n     Il aura donc suffi que cette simple enfant\n     T'ait vu rêver parfois au murmure du vent,\n     Pour que, malgré la mort, elle renonce à croire\n     Que tu ne survis pas et que cette ombre noire\n     Des pins harmonieux sous lesquels tu dormais,\n"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 485, "texte": "            LES CLOCHES DE LA VALSOLDA                   13\n\nTu n'y reviendras plus écouter désormais\nLa plaintive rumeur qui fut chère à Virgile!\nAinsi, même enfermée en sa prison d'argile,\nTa belle âme déjà rayonnait à ce point\nQue ceux-là qui t'aimaient ne te pleureront point!\n\nCette enfant disait vrai : le double et sombre dôme\nAbrite et berce encor ton paisible fantôme ;\nEt, si ton toit garda cette sérénité,\nC'est parce qu'en mourant tu ne l'as pas quitté.\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-004", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 13, "page_fin": 14, "titre_corps": "Les cloches de la Valsolda : Never more", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Never more Il chantait hier encore", "ancre_fin": "cueillera plus vos roses, jamais plus...", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La visite à Oria      La vieille maison rose o", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 485, "fin_caractere_exclue": 1570, "texte": "Never more\nIl chantait hier encore, — et les persiennes vertes\nQu'aux premiers souffles du printemps il eût rouvertes\nPour voir blanchir là-bas l'aube sur les sommets,\nIl ne reviendra plus les pousser, plus jamais!\nSes yeux se sont emplis des clartés éternelles :\nIl a mêlé sa cendre aux cendres paternelles,\nEt l'antique maison des vieux Fogazzaro\nN'entendra plus ses pas fouler son noir carreau.\nEn vain, pour l'accueillir, ainsi que chaque année,\nElle avait rafraîchi sa grâce un peu fanée :\nL'étroite et lourde porte aux ais tout vermoulus,\nIl n'en franchira plus le seuil bas, jamais plus...\n\nQue de choses, pourtant, qui semblent rester siennes!\nDe même que, malgré qu'on ait clos les persiennes,\nL'ardent soleil de juin darde une flèche d'or\nA travers l'ombre et la fraîcheur du corridor,\nOn sent errer partout son âme familière :\nSon bâton, qui sonnait sur les degrés de pierre\nDes sentiers gravissant pas à pas le coteau,\nEst là, près de son feutre et de son vieux manteau ;\nMais il ne viendra plus toucher ces pauvres choses...\nPuis, tout enténébrés par les fenêtres closes,\n"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1207, "texte": "14                         DURENDAL\n\n\n     Pareils à des amis rapprochés dans leur deuil,\n     Voilà son encrier, ses plumes, son fauteuil,\n     Et sa Bible latine, et sa lampe fidèle\n     Oui fit s'épanouir tout un monde autour d'elle,\n     Mais dont la douce flamme, éteinte désormais,\n     N'illuminera plus ses veilles, plus jamais...\n\n     Et parmi des papiers qu'en passant sous les portes\n     Un souffle a dispersés comme des feuilles mortes,\n     Un livre reste ouvert, tel qu'il l'a laissé là,\n     Le soir qu'il dut partir de sa chère villa,\n     Un peu triste, et pourtant caressant la pensée\n     Qu'il poursuivrait un jour la page commencée;\n     Nous attardons nos yeux sur les mots qu'il a lus,\n     Mais lui, ne verra plus ce livre, jamais plus...\n     Dehors, l'été rayonne ; et sur l'humble terrasse\n     D'où, par-dessus le lac, notre regard embrasse\n     Les monts dont la grande ombre emplit la Valsolda,\n     Voici la pierre où tant de fois il s'accouda\n     Pour écouter le bruit des vagues argentées ;\n     Mais il n'entendra plus ces eaux qu'il a chantées...\n\n     O matins d'autrefois! ô printemps révolus!\n     Il ne cueillera plus vos roses, jamais plus...\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-005", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 14, "page_fin": 15, "titre_corps": "Les cloches de la Valsolda : La visite à Oria", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "La visite à Oria La vieille maison rose", "ancre_fin": "et Franco mêlés à notre chair...", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L'humble encens De l'aube au soir, son « peti", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 1207, "fin_caractere_exclue": 1741, "texte": "La visite à Oria\n     La vieille maison rose où mourut votre Ombrette,\n     Si nous l'avions connue au temps où vous viviez,\n     Ouand la fenêtre en fleur de votre humble chambrette\n     S'ouvrait sur les pins noirs et les blancs oliviers,\n     Ah ! nous aurions tous deux franchi son seuil de pierre\n     Pour vous dire en tremblant, à mi-voix, presque bas,\n     Que nous aimions Franco, Louise et l'oncle Pierre,\n     Tous vos chers morts dormant sous les noyers, là-bas...\n     Et vous, qui compreniez si bien le cœur des autres,\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1354, "texte": "            LES CLOCHES DE LA VALSOLDA\n\n\nVous nous auriez souri d'un air de bon accueil ;\nEt, pressant longuement nos mains entre les vôtres,\nL'œil éclairé parfois d'une lueur d'orgueil,\nVous auriez écouté nos pauvres mots sans suite,\nDe ces mots que l'on sent n'être pas faits exprès...\nPuis, sous la balustrade aux fûts de terre cuite,\nVous nous auriez conduits au vieux banc de cyprès\nOù, vers le crépuscule, ivre d'angoisse amère,\nPour mieux entendre Dieu, Franco venait s'asseoir,\nOù Piero, plus tard, en songeant à sa mère,\nLaissait son cœur se fondre aux approches du soir.\nIl nous eût vus rêver ensemble, à la même heure :\nLe couchant eût doré l'agreste Valsolda,\nEt les grands murs lépreux de l'antique demeure,\nEt le petit jardin fleuri de réséda;\nComme autrefois, glissant sur l'eau tranquille et bleue,\nLes angélus lointains se fussent confondus;\nEt, montrant des hameaux semés de lieue en lieue,\nVous nous auriez nommé tous ces clochers perdus :\nDasio, Puria, Loggio, San-Mamette,\nEt celui qui m'est cher entre tous, — Castello...\nCependant, sur le mont qui fut votre humble Hymette,\nLa lune aurait surgi, ceinte d'un blond halo :\nAlors, nous vous aurions quitté, mélancoliques ;\nEt, songeant à quel point vous nous resteriez cher,\nNous aurions emporté des fleurs, frêles reliques,\nEt Louise et Franco mêlés à notre chair...\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-006", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 15, "page_fin": 17, "titre_corps": "Les cloches de la Valsolda : L’humble encens", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "L'humble encens De l'aube au soir, son", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 1354, "fin_caractere_exclue": 1659, "texte": "L'humble encens\nDe l'aube au soir, son « petit monde d'autrefois »\nNous a vus, poursuivant par les prés et les bois\nLes héros de son livre et les morts de sa race,\nEt partout rencontrant et vénérant leur trace ;\nEt nous sommes allés jusqu'au Passo stretto,\nOù, par un jour semblable, au revers du coteau,\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "16                         DURENDAL\n\n\n     Leïla vit soudain le bien-aimé paraître\n     Et, dans l'immense émoi qui glaçait tout son être,\n     Dut s'appuyer au tronc d'un arbre du ravin\n     Pour ne pas défaillir sous ce trouble divin...\n     Hantant l'âpre montagne après le doux rivage,\n     Nous avons exploré ce beau pays sauvage\n     Fleuri de cyclamens et de lys martagons,\n     Et dont le ciel riant voit tourner des faucons,\n     Tandis que l'on entend roucouler des colombes\n     Dans les noyers ombreux qui veillent sur les tombes.\n     En bas, le lac luisait à travers les rameaux ;\n     Et sur les flancs des monts, çà et là, des hameaux\n     Piquaient leurs points vermeils. Partout, de côte en côte,\n     Le bleu tranchant des faux sifflait dans l'herbe haute ;\n     Et telle était l'ardeur du midi rayonnant\n     Que, jusqu'aux lézards verts, tout fuyait maintenant\n     L'implacable soleil des claires olivaies,\n     Pour chercher la fraîcheur parmi l'ombre des haies.\n\n     Un grand chien noir, aux yeux intelligents et bons,\n     Nous escortait depuis San-Mamette, et ses bonds,\n     Lorsqu'il nous dépassait dans les courbes des sentes,\n     Nous précipitaient presque aux gorges mugissantes\n     Où les torrents chantaient leur long De Profundis.\n     Le maître au tendre cœur l'avait aimé jadis :\n     Lorsqu'il gagnait les bois pleins d'un chaste mystère\n     Pour rêver en silence à quelque idylle austère,\n     Il emmenait souvent ce fidèle épagneul,\n     Gardant un compagnon sans cesser d'être seul.\n     Or, l'entendant de loin japper à notre suite,\n     Les enfants du pays, loin de prendre la fuite\n     Comme ils font quand se montre un visage étranger,\n     L'appelaient par son nom, lui donnaient à manger\n     Un morceau de leur pain, lui caressaient la tête,\n     Puis s'écriaient en chœur : « Tout beau, la bonne bête ! »\n     Et les parents, alors, sortant de leur maison,\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "            LES CLOCHES DE LA VALSOLDA                       17\n\nNous saluaient, parlaient de la belle saison,\nDe la moisson prospère, et du grave et doux maître\nQu'ils voyaient autrefois passer de leur fenêtre,\nEt que cet épagneul, hélas ! leur rappelait ;\nEt pour l'amour de lui, l'on nous offrait du lait,\nOu bien l'on nous plaçait quelques chaises à l'ombre.\nAinsi, de seuil en seuil, de clos en clos, sans nombre,\nA cause de ce chien qu'on savait son ami,\nTous ces cœurs ombrageux se livraient à demi.\n\n\nEt tous : faucheurs couchés à l'abri de leurs meules,\nVignerons émondant leurs ceps feuillus, aïeules\nAux doigts secs et noueux pareils à des sarments,\nInfirmes que la vie accablait de tourments,\nVieux mendiants assis sur les ponts en dos d'ânes\nOui franchissent d'un saut les gorges valsoldanes,\nTous, — surtout les plus las et les plus malheureux, —\nD'avoir vu sa grande âme un jour planer sur eux\nEt ses présents secrets pleuvoir dans leur chaumière,\nTous en gardaient aux yeux une sainte lumière ;\nEt, quand nous leur parlions de son langage d'or,\nTous disaient : « Ah ! son cœur était plus noble encor ! »\n\n\n Sans doute on dressera, dans l'altière Vicence,\n Un monument de gloire et de magnificence\n Où les esprits viendront, comme au pied d'un autel,\n Honorer le penseur et l'artiste immortel;\n Et l'on verra, suprême et juste apothéose,\n Quelque Muse de marbre, au geste grandiose,\n Lui couronner le front de ses divines mains.\n Mais quel arc de triomphe et quels lauriers romains,\n Quelle acclamation tumultueuse et folle\n Célébrant le héros qui monte au Capitole,\n Vaudraient pour lui cet humble et précieux encens : .\n La bénédiction des cœurs reconnaissants?\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-007", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 18, "page_fin": 19, "titre_corps": "Les cloches de la Valsolda : Communion d’âmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Communion d'âmes Comme nous l'aimerions", "ancre_fin": "mi-voix : « Notre Père... »", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L'ascension lumineuse", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "Communion d'âmes\n      Comme nous l'aimerions, s'il était encor là!\n      Sur la terrasse en fleur de la vieille villa,\n      Dont le mur vers l'eau bleue incline un rang d'agaves,\n      Quel charme d'écouter sa voix paisible et grave\n      Qui parlerait de Dieu, de musique et d'amour!...\n      Ce serait en avril, au déclin d'un beau jour,\n      Quand les villas, rouvrant leurs portes longtemps closes,\n      Respirent dans l'air pur l'odeur des jeunes roses :\n      On entendrait, mêlés au clapotis des eaux,\n      Un tintement de cloche et des chansons d'oiseaux ;\n      Des pêcheurs étendraient leurs filets sur la grève ;\n      Et nos regards, tandis qu'il poursuivrait son rêve,\n      Iraient de ses yeux bleus au large ciel d'azur...\n     Son ombre, avec le soir, grandirait sur le mur ;\n     Et sa voix, par degrés plus douce et plus austère,\n     Dirait l'obsession de l'éternel mystère,\n     Le savoir et la foi mariant leurs flambeaux,\n     Et tout ce qui survit par delà les tombeaux...\n     L'angélus sonnerait le salut à la Vierge ;\n     Le cyprès du verger porterait, comme un cierge,\n     Une étoile allumée à sa pointe, — et soudain,\n     Un grand souffle mystique emplirait le jardin...\n     Mais lui, se souvenant de ses anciennes fièvres\n     Et retrouvant le goût du passé sur ses lèvres,\n     Revoyant tour à tour Hélène et Miranda\n     Et tant d'autres de qui l'amour le posséda,\n     Il se tairait longtemps pour contempler sa vie,\n     Comme un homme, au sommet de la côte gravie,\n     S'attarde à regarder la campagne et le ciel...\n     Puis, dans un abandon plus confidentiel,\n     Il nous expliquerait de quelle ardeur sont ivres\n     Les cœurs inassouvis qui brûlent dans ses livres,\n     Le feu secret dormant sous la cendre des morts,\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 690, "texte": "             LES CLOCHES DE LA VALSOLDA                           J\n                                                                  9\n\nEt la voix des absents toujours présente... Alors,\nNous sentirions dans l'air nocturne errer des âmes\nEt revenir vers nous tous ceux que nous aimâmes,\nTandis qu'il entendrait, vague et lointain écho,\nLa plainte de Louise et l'appel de Franco...\nIl poursuivrait plus bas : qu'il faut qu'on communie\nAvec les êtres chers dont la course est finie,\nEt qu'élancée au ciel, une droite oraison\nEst comme un haut cyprès qui garde la maison ;\nPuis dirait humblement : « J'aime, je crois, j'espère ».\nEt nous répondrions à mi-voix : « Notre Père... »\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-008", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 19, "page_fin": 20, "titre_corps": "Les cloches de la Valsolda : L’ascension lumineuse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "L'ascension lumineuse o Ascensioni Umane", "ancre_fin": "cheveux blancs mettront une auguste lueur...", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La tombe sur la montagne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 690, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "L'ascension lumineuse\n                                        o Ascensioni   Umane. »\n\n\nLe jour, à l'occident, meurt dans sa pourpre éteinte ;\nOria se recueille et semble en oraison.\nC'est l'heure : au son fêlé de l'angélus qui tinte,\nIl va, comme autrefois, sortir de sa maison.\nEt toi que sa parole emplit de foi fervente,\nToi qui devins par lui la sœur de Leïla,\nTu guettes le seuil clos, comme une humble servante\nQui prie en attendant que le Maître soit là...\nC'est l'heure; il va paraître : un peu courbé par l'âge,\nMontant les degrés noirs de l'étroit viccolo\nEt laissant à ses pieds le sommeil du village,\nIl s'en ira, pensif et seul, vers Castello.\nPar la venelle obscure et la sente grimpante\nOù le doux soir d'été laisse une odeur de miel,\nSeul et pensif, il s'en ira de pente en pente\nVers plus d'air pur, vers plus de paix, vers plus de ciel.\nTu le suivras de loin, blanche sous les pins sombres,\nEt mon pas dans la nuit sera l'écho du tien ;\nEt, sachant bien qu'il parle avec de chères Ombres,\nNous ne troublerons pas le mystique entretien.\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1321, "texte": "20                        DURENDAL\n\n\n\n     Par un poignant effort digne du cœur d'Hélène,\n     Tu contiendras l'élan qui te porte vers lui ;\n     Et les grands cris d'amour dont notre âme était pleine.\n     Dieu nous accordera de les taire aujourd'hui :\n     Il ne faut pas mêler la fièvre que nous sommes\n     A cette ascension d'un esprit rayonnant\n     Oui, plus haut que la terre et plus loin que les hommes,\n     Monte où nul autre, hélas! ne va plus maintenant...\n     Lorsqu'il aura passé la suprême chaumière\n     Et les derniers cyprès élancés vers l'azur,\n     Nous nous résignerons à rester en arrière,\n     Et nos yeux seuls suivront son pas tranquille et sûr :\n     Cette cime étoilée où la divine aurore\n     Pose un baiser plus chaste, il l'atteindra sans nous ;\n     Car le poids de la chair nous alourdit encore,\n     Et la misère humaine a brisé nos genoux.\n     Mais du moins, ô ma sœur! quand l'espace plus ample\n     Découvrira pour lui tout un ciel de clarté,\n     Nous le verrons d'en bas, droit comme un grand exemple\n     Sur l'austère sommet que tous ont déserté;\n     Et tandis que, d'un geste encor semblable aux nôtres,\n     Il essuiera son front tout baigné de sueur,\n     Dans l'ombre, ainsi que fait le nimbe des apôtres,\n     Ses cheveux blancs mettront une auguste lueur...\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-009", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 20, "page_fin": 21, "titre_corps": "Les cloches de la Valsolda : La tombe sur la montagne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "La tombe sur la montagne Vorrei su l'ardua guglia", "ancre_fin": "toit d'un jour sa demeure éternelle.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La présence immortelle Vous dormez à présent da", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 1321, "fin_caractere_exclue": 1799, "texte": "La tombe sur la montagne\n                                « Vorrei su l'ardua guglia esser sepolto.\n\n\n     Ah! le vœu d'un grand mort devrait être sacré!\n     Et puisque tout vivant, bâtissant à son gré\n     La maison de son choix au pays de ses rêves,\n     Peut habiter les monts, les villes ou les grèves,\n     Il faudrait — n'est-ce pas, Seigneur? — qu'il fût permis,\n     A ceux-là qui se sont dans la gloire endormis,\n     D'habiter à leur tour, pour le sommeil sans trêve,\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1272, "texte": "            LES CLOCHES DE LA VALSOLDA                     21\n\n\nAu pays de leur choix la tombe de leur rêve.\nIl souhaitait jadis, lui qui ne fut jamais\nQu'une aspiration vers les plus purs sommets,\nQue l'âpre Valsolda, sa vieille et tendre mère,\nLorsqu'il aurait quitté sa maison éphémère,\nRecueillît sa dépouille et gardât son tombeau.\nOn ne l'a point voulu. — Pourtant, il serait beau,\nPuisqu'il a fait naguère, en contant son histoire,\nA cet obscur pays un vêtement de gloire,\nQu'on découvrît là-haut son monument, perdu\nSur le faîte lointain de quelque roc ardu,\nEt qu'entre tous les lieux sa croix fût la première,\nAvant les clochers même, à revoir la lumière.\nAinsi, comme un gardien qui veille sur la tour,\nIl annoncerait l'aube et le soir tour à tour :\nLes morts et les vivants, au long des jours sans nombre,\nResteraient à jamais rassemblés dans son ombre,\nEt les âmes sans guide et les cœurs sans appui\nN'auraient, pour trouver Dieu, qu'à se tourner vers lui.\nToute la Valsolda, qu'un mur géant surplombe,\nNe monterait si haut que pour grandir sa tombe ;\nEt sur le dernier pic de son plus fier sommet,\nA présent qu'il n'est plus, la terre qu'il aimait\nNous montrerait du moins, l'ayant repris en elle,\nPrès de son toit d'un jour sa demeure éternelle.\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-010", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 21, "page_fin": 23, "titre_corps": "Les cloches de la Valsolda : La présence immortelle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "La présence immortelle Vous dormez à présent", "ancre_fin": "toujours en nous, grand cœur inassouvi!", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Prière pour Fogazzaro", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 1272, "fin_caractere_exclue": 1588, "texte": "La présence immortelle\nVous dormez à présent dans l'enclos de Vicence,\nParmi les marbres clairs et les graves cyprès.\nMais comme tout, ici, nie encor votre absence!\nComme à vous accueillir tous les cœurs semblent prêts !\n\nEn vain votre corps gît dans la terre de gloire\nD'où montent les palais aux murs palladiens :\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "22                        DURENDAL\n\n\n     Vous habitez toujours cette montagne noire;\n     Les cyprès d'Oria demeurent vos gardiens.\n\n     La barque blanche en vain sommeille dans la darse,\n     Qui vous portait naguère au quai de Lugano :\n     Nous sentons sur le lac flotter votre âme éparse,\n     Comme un dernier accord s'attarde au piano.\n\n     Malgré le banc désert et les fenêtres closes,\n     Au milieu du rustique et sauvage décor,\n     La tranquille maison, le jardin plein de roses\n     Ont l'air, dans le soleil, de vous attendre encor.\n\n     Vous n'avez pas quitté cette gorge profonde\n     Qu'embaument le lys rouge et le chaste églantier :\n     Votre mémoire emplit l'antique petit monde,\n     Et son humble horizon vous garde tout entier.\n\n     La fraîche Valsolda, dont les pentes fleuries\n     Exhalent vers le lac leurs souffles odorants,\n     Regarde errer votre Ombre à travers ses prairies\n     Qu'arrose la poussière humide des torrents.\n\n     Et par les soirs pensifs, lorsqu'en brusques volées\n     Les lointains angélus vont se croisant dans l'air,\n     Vous écoutez encore, au penchant des vallées,\n     Tinter sous le ciel bleu leur timbre alerte et clair.\n\n     Ceux-là le savent bien, dont la cendre discrète\n     Repose à Castello, parmi les vieux noyers ;\n     Et la petite morte aussi, la pâle Ombrette,\n     Sait que vous l'entendez et que vous la voyez.\n\n     Et nous, passants d'un soir, qui bûmes dans vos livres\n     La nostalgique ardeur dont le feu vous brûla,\n     Nous que ce flot d'amour laisse pour jamais ivres,\n     Nous l'avons bien compris, que vous survivez là.\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 287, "texte": "             LES CLOCHES DE LA VALSOLDA                                  23\n\n\nDe votre flamme éteinte, un long reflet demeure\nSur l'eau pure du lac et les monts d'Intelvi...\nAh! lorsqu'on reste aimé, qu'importe que l'on meure?\nTu bats toujours en nous, grand cœur inassouvi!\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-011", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 23, "page_fin": 24, "titre_corps": "Les cloches de la Valsolda : Prière pour Fogazzaro", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Prière pour Fogazzaro pieni di sole, di silenzi", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 287, "fin_caractere_exclue": 1341, "texte": "Prière pour Fogazzaro\n                           « ... pieni di sole, di silenzio e di ciclami.\"\n\n\nAinsi que, hier encore, il vous priait pour nous,\nNous vous prions pour lui ce soir, Dieu juste et doux!\n\nPour les larmes d'amour qu'il nous a fait répandre,\nDieu juste et bon! donnez le repos à sa cendre.\n\nPour nous avoir charmés en nous rendant meilleurs,\nAuprès de votre Fils accueillez-le, Seigneur!\n\nPour la source de foi qui jaillit de ses livres,\nDe la vie éternelle accordez-lui de vivre.\n\nPuisqu'il a clos ses yeux, laissez Benedetto\nL'emporter jusqu'à vous aux plis de son manteau.\n\nAu seuil du paradis, consentez qu'il revoie\nLouise enfin sereine et Franco plein de joie ;\n\nQue l'oncle Pierre aussi vienne, parmi le chœur\nDes anges radieux, le presser sur son cœur ;\n\nEt que ce soit Ombrette, humble petite morte,\nQui devant lui, de sa main frêle, ouvre la porte !\n\nQu'il reconnaisse, auprès de Daniel Cortis,\nHélène belle encor de ses pleurs de jadis,\n\nEt don Giuseppe lisant son livre d'heures\nDans les jardins fleuris des célestes demeures,\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1354, "texte": "24                                     DURENDAL\n\n\n       Et Jeanne au cœur ardent, dont l'amour infini\n       Devait vous rencontrer en cherchant Maironi...\n\n       Laissez autour de lui brûler toutes ces âmes\n       Dont il a vers vous seul su détourner les flammes :\n\n       Faites-en sa couronne en la sainte Sion,\n       Et que chacune ajoute a son nimbe un rayon!\n\n       Ayant de l'aube au soir travaillé dans la vigne,\n       Du salaire attendu vous savez qu'il est digne.\n\n       S'il a failli parfois, il lui sera compté\n       D'avoir été toujours de bonne volonté.\n\n       Vous recevrez en vous, Seigneur, cette âme pure\n       Qui n'eût pas mieux prié sous la robe de bure.\n\n      Puisqu'il a dit l'espoir assis sur les tombeaux,\n      Vous lui rendrez ses morts plus riants et plus beaux ;\n\n      Puisqu'il a tant aimé toutes les nobles choses,\n      Vous lui rendrez les vers, la musique et les roses ;\n\n      Puisqu'aux sentiers douteux son appel nous guida,\n      Vous lui rendrez sa chaste et claire Valsolda ;\n\n      Vous lui rendrez l'azur du lac, l'ombre des treilles,\n      Les angélus du soir si doux à ses oreilles ;\n\n      Vous lui rendrez la paix, les fleurs de cyclamen,\n      Le soleil, et la gloire impérissable. Amen.\n                                                   FRANZ ANSEL.\n\n     Oria (lac de Lugano),   juin   1911.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-012", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 25, "page_fin": 27, "titre_corps": "Lettre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Baumann", "ancre_debut": "LETTRE 23 février 1920. A Pierre Nothomb. Mon cher ami", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1702, "texte": "LETTRE\n                                               23 février 1920.\n                        A Pierre Nothomb.\n            Mon cher ami,\n     Je tiens à honneur d'être avec vous et les collaborateurs\nde Durendal dans la commémoraison de l'abbé Mœller. J'ai\nconnu simplement l'abbé Mœller par les cartes postales affec-\ntueuses et pressantes où, de temps à autre, son écriture en ara-\nbesques me laissait deviner quelque demande d'article. Vous\nsaurez mieux dire que moi l'œuvre qu'élabora sa revue. Mais,\npuisqu'elle meurt afin de renaître en des formes plus appro-\npriées aux temps prochains, je veux rendre hommage à deux\nou trois des choses essentielles qu'elle signifia.\n     Au début de la guerre, quand nous palpitions pour la Bel-\ngique d'enthousiasme et d'angoisse, j'ai pensé plus d'une fois\nà ce poing ganté de fer, brandissant l'épée, qui semblait, sur\nla couverture d'une publication paisible, un paradoxe de vieux\nromantique. L'abbé Mœller, en choisissant le titre et le sym-\nbole, avait, à son insu, prophétisé. C'était, d'avance, le geste\nde la Belgique intrépide, et ce geste a plus fait pour la victoire\nque les combinaisons militaires et diplomatiques. Ce geste de\nDurendal, il faut en léguer l'exemple aux générations comme du\nplus beau qu'ait pu faire un peuple.\n     Mais Durendal vous laisse à retenir d'autres principes\nvitaux.\n     Avant tout, sa ligne catholique. Et ce n'est pas uniquement\nparce que c'est la seule vraie. Mais votre pays, c'est trop clair,\nperdrait le plus pur de sa beauté, sa chaude et vigoureuse cou-\nleur traditionnelle, si, pour vous, vos églises, vos tableaux,\nvotre musique, perdaient leur sens de foi et de réalité nécessaire.\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2195, "texte": "26                           DURENDAL\n\n\nQuiconque aime le génie des Flandres doit défendre jusqu'à\nla mort leur catholicisme. Vos jeunes revues, si elles ne tra-\nhissent pas la cause nationale, doivent être des revues catho-\nliques. Est-il besoin d'ajouter : monarchistes? Cette urbanité\ngrave, cette bonhomie, qui charment l'étranger, lorsqu'il arrive\nchez vous, vous les devez assurément à la persistance séculaire\nde la monarchie. C'est une part de votre patrimoine à protéger\ncontre les intrusions démagogiques. Vos écrivains peuvent\nbeaucoup pour en exalter la noblesse.\n     Durendal était une revue où l'on aimait la France, fran-\nçaise de langue et d'esprit. La Belgique restera d'autant mieux\nelle-même qu'elle s'alliera plus fermement aux meilleurs apports\nde l'esprit français. A l'égard de l'Allemagne, au lieu de la subir,\nelle réagira sur elle. Si vous et nous, nous avons une âme de\nvainqueurs, nous amenderons, dans la mesure où ils sont amen-\ndables, les vices intellectuels de l'Allemagne, tout au moins de\nl'Allemagne catholique. Nous avons prise sur elle par de com-\nmunes évidences qu'elle ne peut pas nier. Si tenace qu'elle soit\ndans ses aberrations, elle doute, malgré tout, de sa supériorité,\ndevant l'épouvantable fruit de sa culture féroce. Loin de la\nbolcheviser, comme le proposent des gens absurdes, il faudrait\nla civiliser.\n     A l'égard de la France, il convient que vous receviez d'elle\net qu'elle reçoive de vous. Vos écrivains d'il y a trente ans ten-\ndaient trop à suivre nos poètes de cénacle ou nos romanciers\nnaturalitses. Je souhaiterais trouver partout dans la littérature\nbelge, comme en vos œuvres, mon cher ami, la pureté simple de\nnotre goût et de notre langue classique, la raison, le juste réa-\nlisme. Je néglige le reste de nos qualités : la guerre attesta\nsuperbement tout ce qui subsiste chez nous de force et de santé\ngénéreuse.\n     D'autre part, nous avons, chez vous, de larges enseigne-\nments à prendre. Je ne vais jamais en Belgique sans revenir\navec un essor de fécondité nouveau. L'ensemble de votre vie\nlocale serait, à lui seul, un spectacle d'harmonie réconfortant :\nen regardant vos processions, je songe à celles dont nous sommes\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 769, "texte": "                             LETTRE                             27\n\n\nencore privés. En écoutant, le soir, les chœurs d'hommes passer\ndans vos rues, je sens mieux tout ce qui manque à notre France\nmeurtrie par cent trente ans de Révolution. La grande joie\ncatholique, l'opulence, la stabilité, tout cela se perpétue dans\nla pompe de vos cérémonies, comme dans l'aimable aspect de\nvos villes, comme dans l'éclat de vos jeunes filles. Et je ne parle\npoint des vertus plus intimes de l'intelligence et du cœur.\n     L'avenir de la Belgique et celui de la France exigent la\nfraternité de plus en plus sérieuse, la mutuelle pénétration de\nnos deux pays.\n     Croyez, mon cher ami, à mes sentiments très affectueux.\n                                             EMILE BAUMANN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-013", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 28, "page_fin": 30, "titre_corps": "Une hirondelle dans l’église", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Victor Kinon", "ancre_debut": "Une hirondelle dans l'église Cris de cristal criblant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1397, "texte": "Une hirondelle dans l'église\n\nCris de cristal criblant le pur silence, — écoute ! —\nFlèche de gazouillis qui file sous la voûte,\nRumeur d'un nid de juin dans la paix du saint lieu, —\nPuis, silence plus dense et comme aux pieds de Dieu...\n          Une hirondelle dans l'église!\n\nElle n'a fait qu'entrer dans le temple, surprise\nDe l'air gazé d'encens et picoté de feu,\nPuis s'en est retournée à tire-d'aile au jeu\nDe la tribu qui plane et jase dans la brise.\nCertes, le bain d'azur est tiède ce matin ;\nL'aile tend et détend ses pennes de satin\nAvec une souplesse où le cœur se délecte ;\nOn monte, on plonge, on n'a que le choix de l'insecte ;\nLa floraison des blés barbus embaume l'air,\nEt la joie a gonflé toute herbe et toute chair.\nPourtant, dans la pénombre où crépitait la cire,\nDans l'atmosphère d'huile odorante et de myrrhe,\nLa mignonne a senti vaguement le recel\nD'une Présence plus auguste que le ciel.\nElle n'a fait qu'entrer, — mais se souvient et songe,\nEt dans le porche ouvert tout à coup se replonge...\nMoment étrange ! Il est onze heures du matin ;\nUn chariot de foin passe dans le lointain ;\nLa plaine en fleurs bourdonne au pied de la tour grise ;\nSeule, psalmodiant un motet argentin,\n          Une hirondelle dans l'église!\n\nQue dit-elle, ô mon Dieu? Quelle étrange ferveur\nFait battre sourdement ce pois rouge, son cœur?\nPourquoi module-t-elle, en rasant la verrière,\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1657, "texte": "          UNE HIRONDELLE DANS L'ÉGLISE                29\n\nUn babil d'allégresse et presque de prière?\nAurait-elle senti, par un instinct obscur,\nQue les rayons dorés qui remplissent l'azur\nNe sont que les reflets de ceux du tabernacle?\nAurait-elle reçu, par un exquis miracle,\nLa mission d'enclore en sa petite voix\nL'hommage universel des plaines et des bois?\nMais, virant vers le chœur, la bestiole — face\nAu tabernacle — crie en voletant sur place...\nOn dirait que son bec a zézayé : « Jésus! »...\nVertige! aurais-je l'œil et l'oreille déçus?\nOu revivrais-je au temps de saint François d'Assise?...\n          Une hirondelle dans l'église!\n\nJésus! vous savez bien que je vous aime un peu.\nVotre grâce parfois tombe en gouttes de feu,\nEt, lorsque j'ai goûté le Pain eucharistique,\nVotre Nom adorable est comme une musique...\nMais comme ils sonnent creux, mes pauvres mots d'amour!\nOu'aurai-je à vous offrir, lorsque viendra mon jour,\nMoi dont le faible cœur involontaire glisse\nAux vallons odorants, selon la pente lisse?\nMes frères, je le sais, disposent autrement\nLa balance où sera pesé le jugement.\nIl en est qui, vêtus de bure et ceints de corde,\nŒuvrent la pénitence et la miséricorde ;\nD'autres, patiemment, de l'aube jusqu'au soir,\nTissent en dur tissu de mailles le devoir ;\nD'autres ont l'éloquence et d'autres ont la force\nGonflant d'un fier effort les pectoraux du torse ;\nD'autres ont la candeur des lis médiévaux ;\nD'autres ont la science et les rudes travaux ;\nMoi, flâneur indolent, loin de la tâche austère,\nJe mêle un peu de songe aux parfums de la terre\nEt je noue, en musant tout le long du chemin,\nLa chimère d'hier à celle de demain.\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "30                       DURENDAL\n\n\n     Heureux encore si, dans mes vagues royaumes,\n     Je ne rencontre pas un peuple de fantômes\n     Qui, du néant charnel avivant les appas,\n     Réveillent le péché que je ne commets pas.\n     Mais cependant, Seigneur, marqué de votre signe,\n     Je reste, quoique mille et mille fois indigne\n     D'un destin aussi noble et d'un titre aussi beau,\n     Votre cohéritier régénéré dans l'eau,\n     — Permettez qu'à vos pieds humblement je m'en vante —\n     Et votre serviteur, fils de votre servante.\n     Ainsi donc, ô mon Dieu, sans exiger le dû\n     D'une trop héroïque et stoïque vertu,\n     Considérez le' cœur de votre créature,\n     Pour qu'il se prenne à battre en esprit de droiture.\n     Et puisque, seul parmi les dons et les faveurs\n     Dont il vous plaît d'orner mes frères et mes sœurs,\n     Vous m'avez réservé l'art étrange d'enclore\n     Le battement du cœur clans le verbe sonore,\n     Agréez que les mots conjugués mollement\n     Balancent à vos pieds un cantique charmant,\n     Pour que l'émotion fragile dont s'irise\n     Le cristal nuancé de mon âme indécise\n     Ne s'évapore pas tout entière en frissons,\n     Et que je sois du moins, par mes humbles chansons,\n               Une hirondelle dans l'église.\n                                         VICTOR KINON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-014", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 31, "page_fin": 34, "titre_corps": "Une page oubliée des Fioretti", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Une page oubliée des Fioretti Merveilleuse aventure de frère Junipère", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1712, "texte": "Une page oubliée des Fioretti\n\n  Merveilleuse aventure de frère Junipère\n\n\n                 FRÈRE Junipère avait été à l'aumône. Il mar-\n                  chait, en haletant, courbé sous le poids de son\n                  sac rempli d'offrandes. Le soleil, déjà haut sur\n                  l'horizon, calcinait les pierres et la poussière de\n                  la route, qui s'allongeait, interminablement,\n                  sur le flanc aride de la montagne... Pas la plus\n                  légère brise : la vaste perspective du pays\n était, sous le ciel éblouissant, comme une immense fournaise,\n d'où s'exhalait une haleine lourde et brûlante.\n      A bout de souffle, frère Junipère s'arrêta, jeta un coup\nd'œil désolé autour de lui, et, après un moment d'hésitation, se\ndébarrassa de son sac et se laissa tomber lui-même à terre, le\ndos appuyé contre une petite muraille de pierre qui bornait\nun champ. Il fit : « Ouf! » Il était en plein soleil ; il suait à grosses\ngouttes, sous sa robe de bure, l'éclat de la lumière l'aveuglait,\nmais le seul plaisir de ne plus remuer ses pieds endoloris lui\nétait comme une béatitude paradisiaque.\n      Immobile, les yeux fermés, il commençait à se laisser\nglisser dans une délicieuse somnolence, lorsque, soudain, il\nsentit dans son cou et sur son crâne dénudé le frôlement d'un\nmufle rude et la chaude respiration d'une bête... Il sursauta,\npoussa un cri, se releva avec précipitation, prêt à prendre la\nfuite... Car sa première pensée avait été pour l'Ennemi des\nhommes, qui toujours rôde autour de nous, cherchant une proie\nà dévorer, et profite de nos moindres faiblesses pour nous faire\nchoir en péché et nous entraîner à notre finale perdition....Mais,\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "32                         DURENDAL\n\n\nn'entendant plus rien, il se hasarda à se retourner, après avoir\nfait un grand signe de croix : il aperçut, appuyée sur la crête\nde la muraille, la tête débonnaire d'un âne qui le regardait d'un\noeil amical, et, derrière la tête de l'âne, une merveilleuse oli-\nveraie, pleine d'ombre douce et de verte fraîcheur.\n      Frère Junipère contemplait ce spectacle, sans bouger : il\nétait bien las, l'ardeur du soleil était bien pesante, le chemin\nencore bien long... Un moment, il resta incertain, balancé entre\nle désir du repos et la crainte de s'abandonner à une coupable\njouissance, puis, considérant le plaisant enclos et l'invitation\ntacite de l'innocent animal, il ramassa son sac, retroussa sa\nrobe, enjamba la clôture, et sans façon, alla s'asseoir dans\nl'herbe drue et tendre, auprès de son nouvel ami.\n      Installé là, dans l'ombre tiède et parfumée, envahi par\nl'engourdissement du bien-être, il promenait autour de lui des\nregards de jubilation, troublés et attendris. Il admirait les\narbustes aux feuilles légères et transparentes, dans lesquelles\njouaient la lumière et l'ombre, l'herbe piquée de fleurs, et l'âne,\nl'âne surtout, qui, debout devant lui, s'interrompait parfois\nd'arracher les jeunes pousses, tournait sa grosse tête et le regar-\ndait, d'un air pensif, en agitant ses longues oreilles...\n      Les deux compagnons étaient parfaitement contents : il y\navait de l'herbe pour l'un, de l'ombre pour tous les deux, et\nleur paisible et silencieux tête-à-tête se serait prolongé long-\ntemps encore, si Junipère, faisant un retour sur lui-même, ne\ns'était avisé de se représenter qu'il était là s'ampllissant dans\nles délices terrestres, au grand danger de son salut, et que cette\nhalte accordée à « frère corps » serait sans excuse, si quelque\nœuvre dévote ne la sanctifiait.\n      Merveilleuse idée!... mais, comment la réaliser?... N'ayant\npas beaucoup d'imagination, frère Junipère se creusait en vain\nl'esprit... Il désespérait de lui-même, et priait le Saint-Esprit\nde suppléer, à son insuffisance, lorsque son regard, s'arrêtant\n sur l'âne qui broutait à ses côtés, il se remémora, comme par\n inspiration divine, que, jadis, frère François avait prêché aux\n oiseaux, sur la route de Bevagna, de même que frère Antoine,\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2481, "texte": "              UNE PAGE OUBLIÉE DES FIORETTI                     33\n\n\naux poissons, dans la cité de Rimini. « Comment se fait-il, se\ndisait Junipère, que ces saints frères, favorisés de Dieu et bien-\nveillants à toute créature, n'aient jamais songé à gratifier frère\nâne de quelques bonnes paroles? » Et, se rappelant avec quelle\ncourtoisie cet âne hospitalier l'avait convié à pénétrer dans son\npré, afin d'y prendre un peu de soulas, il lui parut que c'était là\nune grande, bien qu'involontaire injustice... «Certainement,\nconclut-il, ces saints et vénérables frères doivent nous être en\nperpétuel exemple, et nous devons croire que, dans Ce cas-ci,\nune sainte prudence les a empêchés de prêcher aux ânes, de\npeur, peut-être, de scandaliser les hommes au lieu de les conver-\ntir. Car, hélas ! les hommes sont tels, qu'ils prennent le nom de\nl'âne en dérision... ». Mais, étant une personne simple, toute\nproche de la nature, il ne partageait point l'opinion commune.\n\"       Frère âne, commença-t-il, en levant la main, frère âne,\nparmi toutes les créatures dont le Seigneur Tout-Puissant a\npeuplé la terre, les airs et les eaux, tu es la plus patiente et la\nplus entêtée..'. Mais, sans doute, ne t'es-tu jamais dit, frère âne,\n que la patience, qui est une vertu, est faite d'entêtement, lequel\n est un défaut?... Et il se trouve donc, ce dont tu peux remercier\n Dieu, si tu le juges à propos, que tu es fort semblable à l'homme,\n qui est à la fois bon et mauvais, et que tu pourrais lui servir de\n modèle, s'il voulait seulement user de patience dans les injures et\n les tribulations, et mettre tout son entêtement à marcher dans\n les voies du salut... Et quelle reconnaissance ne dois-tu pas\n avoir envers ton Créateur, qui t'a comblé d'inestimables faveurs,\n car il t'a donné des oreilles plus longues que celles d'aucune\n autre bête, et une langue coriace qui te permet de te nourrir\n de succulents chardons, et de plus, une voix tonitruante qui jette\n l'admiration et l'étonnement dans l'âme des petits enfants...\n Et, davantage, le Seigneur t'a élevé presque au rang de ses pro-\n phètes, puisque tu parlas à Balaam, et il te fit l'honneur insigne\n de se servir de toi comme monture, au temps qu'il s'enfuit en\n  Egypte et le jour qu'il entra dans Jérusalem... Et c'est toi\n  encore qui portas notre saint frère François, quand il alla sur\n  le saint mont de la Vernia, puis s'en revint, après avoir reçu,\n                                                                  3\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1460, "texte": "34                          DURENDAL\n\n\n le jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix, les stigmates de la\n Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ... Et pourtant, étant\n modeste et humble de cœur, tu n'as conçu aucun orgueil de ces\n glorieux événements, et, ayant été admis à parler une fois, tu\n n'as pas voulu parler toujours, et, ayant porté la personne\n sacrée de Notre-Seigneur ou celle de notre petit frère François,\n tu n'as pas dédaigné de porter, après comme avant, les sacs du\n meunier... En quoi, frère âne, tu dois être loué, car tu pourrais\n servir d'exemple aux hommes, qui, étant ou se disant raison-\n nables, sont plus enclins à perdre la raison qu'à en user!... »\n      Junipère parlait, surpris et un peu grisé de sa propre élo-\n quence, et sa voix était haute et retentissante... L'âne avait\ncontinué d'abord à brouter, tranquillement. Puis, le bruit de\nparoles continuant, il avait levé la tête avec inquiétude et con-\ntemplé longuement Junipère. Mais l'attitude inoffensive du\nbon frère et ses gestes amènes l'avaient, sans doute, rassuré, car,\ns'étant approché pour le flairer, il fut pris tout à coup d'une\nsorte d'enthousiasme sympathique et se mit à braire longtemps\net puissamment...\n      Et, satisfait de cette marque d'adhésion irrécusable, frère\nJunipère empoigna son sac, se le jeta sur l'épaule, réenjamba\nle mur de pierre, et se remit en route, tout joyeux et consolé.\n                                              ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-015", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 35, "page_fin": 36, "titre_corps": "Le retour au pays", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adolphe Hardy", "ancre_debut": "Le retour au pays O mon pays, si beau", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "Le retour au pays\n\n\nO mon pays, si beau que plus un autre au monde\nNe peut séduire encor l'enfant qui t'a quitté,\nArdenne, Ardenne à qui tout mon cœur est resté,\nJe fixe sous ton ciel ma course vagabonde !\n\nHauts talus hérissés de genêts et de houx,\nCollines en guirlande aux côtés de la route,\nEt toi, que le reflet des vieux rochers velouté,\nAmblève aux claires eaux, me reconnaissez-vous?\n\nMais déjà ton miroir sourit à mon visage,\nO ma rivière aimée, et l'encadre de fleurs;\nTu réponds à mes, pas, écho des bois rêveurs,\nEt je sens ta caresse à mon front, frais feuillage!\n\nMon âme parmi vous m'attendait ; vous sentiez\nQue je ne pouvais point prolonger mon absence,\nGoûter sous d'autres cieux de pure jouissance\nNi cheminer longtemps ailleurs qu'en vos sentiers...\n\nPétri de ton limon, marqué de ton empreinte,\nOui, je devais, ô mon pays, te revenir!\nLes bras secrets, les bras divins du souvenir\nNous tenaient enlacés d'une trop forte étreinte!\n\nJe ne veux plus aimer que ce qu'en toi j'aimais :\nTes souffles et tes voix, ton soleil et ta brume,\nMa lande, mon clocher, mon petit toit qui fume,\nQue je ne quitterai plus jamais, plus jamais.\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 537, "texte": "36                         DURENDAL\n\n\n     Car, né de toi, je sens, ô maternelle Ardenne,\n     Terre qui m'as nourri de ton lait doux et fort,\n     Que je vis de ta vie et qu'il faut, à ma mort,\n     Que ma tombe soit mon berceau qui me reprenne !\n\n     Puissé-je, ayant gardé tout ton charme en mes yeux,\n     M'y coucher sous ma croix taillée au vif des roches,\n     Et, dans l'ombre, y dormir au chant des sources proches,\n     Entre les bras et sur le cœur de mes aïeux !\n\n                                          ADOLPHE    HARDY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-016", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 37, "page_fin": 39, "titre_corps": "Un jour de printemps", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Krains", "ancre_debut": "Un jour de printemps 30 avril 1915. VOYAGE à Louvain", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "Un jour de printemps\n\n\n                                                  30 avril 1915.\n\n\n               VOYAGE à Louvain. Le train     vicinal zigzague dans\n                un des plus jolis sites du Brabant. La lumière du\n                soleil, tamisée par une fine brume, éclaire douce-\n                ment la plaine vallonnée. A droite, la forêt de\n                Soignes allonge ses frondaisons noires ; les étangs\n                de Wesembeek scintillent comme du vif argent ;\n                les marguerites, les pissenlits, les renoncules bril-\nlent dans les prés ; chaque village est une aquarelle, où le vert\ntendre des feuillages s'harmonise à ravir avec les toits rouges\net les murs bruns des habitations. De temps à autre apparaît\nun vieux château, dont la tourelle grise évoque le souvenir des\nchevaliers et des moines qui peuplèrent jadis la région. Toute la\nplaine, avec ses champs découpés en damiers, ses terres soigneu-\nsement nettoyées, ressemble à un grand jardin. Les paysans\nplantent et sèment. Leurs silhouettes pittoresques se détachent\nà droite et à gauche, tantôt isolées, tantôt accompagnées d'un\nbœuf ou d'un cheval maigre, qui tire la charrue, le rouloir ou la\nherse. Tout le monde travaille avec ardeur, mais personne ne\nchante. De temps à autre, un coup de canon rappelle à ces\nobstinés bûcheurs que la guerre dure toujours. On sème, mais\nrécoltera-t-on? Puis, ce bœuf efflanqué, ce cheval maigre est\nla dernière bête qui leur reste ; les autres ont été vendues ou\nréquisitionnées, à moins qu'elles n'aient été tout simplement\nvolées par les honnêtes Allemands. Puis les plus solides gars du\nvillage sont à l'Yser, à moins qu'ils ne soient déjà tombés\ndepuis longtemps sur les champs de Liége, d'Aerschot ou de\nWaelhem... Puis, là-bas, sur la grand'route, des maisons\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "38                          DURENDAL\n\n\nincendiées dressent leurs pignons noircis... On sème quand\nmême!\n      À mesure qu'on approche de Louvain, les pignons noirs se\nmultiplient. Les fenêtres béantes, les portes enfoncées, les\npoutres calcinées élèvent leur témoignage muet contre le Prus-\nsien, contre l'Allemand, contre les barbares qui, dépassant\ntous leurs ancêtres, ont poussé plus haut et plus loin qu'on ne\nl'avait jamais fait, le mensonge, la mauvaise foi, le parjure,\nl'hypocrisie, la lâcheté, le vol, la cruauté et l'assassinat. Par\ndelà les petites maisons blanches qui se bousculent aux confins\nde la ville, on aperçoit la tour découronnée de Saint-Pierre ;\npuis le train, qui suit les boulevards extérieurs, vous plonge\ntout à coup en pleines ruines, dans ce magnifique boulevard de\nTirlemont, où se trouvaient, l'année dernière, de grands hôtels\net où l'on ne voit plus maintenant que des chicots de murs et\ndes montagnes de débris. Ah ! ils ont bien choisi leurs victimes,\nles incendiaires! Organisateurs parfaits jusque dans la destruc-\ntion, ils ont brûlé les quartiers les plus importants, les plus\nriches et les plus commerçants ; ils ont plongé leurs mains\nnoires dans la poitrine de la cité et lui ont arraché le cœur.\n« C'est Pompéi », disent les visiteurs, devant cette abominable\nœuvre de haine et de carnage. Pompéi! non pas. Pompéi, c'est\nla ville qu'un cataclysme a ensevelie à tout jamais sous un épais\nlinceul de cendre. Pompéi, c'est la cité frappée de mort par le\ndestin et qui ne devait revivre un jour que sous la forme d'une\nville-musée, avec ses cirques et ses temples, ses colonnes élé-\ngantes et ses pavements de mosaïque, ses fresques et ses statues.\nLouvain, lui, a déjà fait éclater la pierre de son tombeau. Les.\ndébris des maisons ont été relevés, triés et mis en ordre ; les rues,\ndéblayées, ont repris leur aspect ordinaire ; des échoppes ont\nremplacé les cafés et les magasins démolis ; des commerçants\nviennent étaler sur les décombres de leurs demeures les marchan-\ndises qui leur restent. Le gazon verdit dans l'étroite courette\nqu'encadraient hier de hautes murailles ; des poiriers et des ma-\ngnolias dressent leurs bouquets blancs au milieu des ruines ;\ndes tulipes alignent leurs calices rouges dans des parcs dévastés ;\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 717, "texte": "                    UN JOUR DE PRINTEMPS                      39\n\n\nsur un vieux mur, tapissé de lierre, la giroflée sauvage elle-\nmême a fleuri. La plupart des habitants sont en deuil : ils se\nsouviennent ; mais ils espèrent aussi et travaillent. La vie sort\npartout de la mort et, par cette radieuse journée d'avril, l'hor-\nreur qu'inspire l'infamie commise contre une population inof-\nfensive se voile d'une réconfortante sérénité. Le printemps est\nlà. On sème et on rebâtit...\n     « O printemps! s'écrie Gaspard de la Nuit, petit oiseau de\npassage, notre hôte d'une saison, qui chante mélancoliquement\ndans le cœur du poète et dans la ramée du chêne ! »\n                                            HUBERT KRAINS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-017", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 40, "page_fin": 44, "titre_corps": "Invocation à mon Ange gardien", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "Invocation a mon Ange gardien Je veux te rendre grâce", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 992, "texte": "Invocation a mon Ange gardien\n\nJe veux te rendre grâce au milieu de ma vie,\nO mon cher compagnon, qui m'as sauvegardé\nDans les moindres périls de la route gravie...\nPas un jour, loin de moi, tu ne t'es attardé.\n\nSur mon berceau de mousseline\nTu secouais tes plumes unes\nContre la guêpe, la vipère,\nEt quand je fis mes premiers pas,\nTu me tenais le petit doigs.\nJe te sentais si près, dans l'ombre ou la lumière,\nEt t'adressais soir et matin cette prière :\n« Ange de Dieu, mon bon gardien,\nDéfendez-moi de l'ennemi,\nConseillez-moi toujours le bien,\nMenez mon âme en Paradis. »\n\nPuis, j'ai grandi,\nEt tu restas mon plus fidèle ami.\nRappelle-toi le cher village\nPar delà Vresse et Laforêt,\nOù chaque été tu retrouvais\nUn compagnon de ton jeune âge!\n\nC'était un ange sédentaire\nQui n'était descendu sur terre\nQue pour vivre aux côtés d'une paralytique.\nAprès nos courses dans les bois,\nEn remontant de la Semois,\nTu lui faisais des récits poétiques\nEt vous étiez chacun heureux de votre sort :\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1275, "texte": "          INVOCATION A MON ANGE GARDIEN                     41\n\n\nLui préparant cette vieille à la mort,\nToi préparant ma jeunesse à la vie!\n\nAh! quelle automne inassouvie\nDans les taillis peu à peu transparents !\nQue d'ineffables matinées!\nQuelles odeurs au creux de la prairie fanée!\n\nPuis aux tombes des grands-parents\nNous déposions, la veille du retour,\nUne couronne de bruyères.\nD'invisibles baisers me séchaient les paupières\n\nLorsque tu m'éloignais, avec de longs détours,\nDu vieux fournil, des chiens courants et des deux saules,\nQuels regards d'exilé par-dessus ton épaule\nEt, ton bras passé sous le mien\nPour me tenir sur le chemin,\nQuel pathétique et muet entretien!\n\nPlus tard, un bâton à la main,\nAyant ceint la tunique, alerte Raphaël,\nTu m'entraînas vers Ecbatane\nPour préserver mon cœur du jeu des courtisanes.\nMon père voyant clair, je ne pris pas le fiel\nDu poisson aux rives du Tigre.\nMais l'ange de Sara partageant tes raisons.\nO paranymphe aimé, consentit à nous suivre.\nDès lors, elle fut la grâce de ma maison.\n\nHélas ! un soir de mai,\nCelui que je croyais près de nous à jamais\nEt dont l'ombre à la tienne encore se marie\nFut rappelé parmi les anges de Marie.\nSon temps était venu de revoir les prairies\nQu'un éternel printemps orne de fleurs suaves.\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1585, "texte": "42                          DURENDAL\n\n\n     Il s'envola très doucement, très pur, très grave,\n     Avec un long regard vers ceux qu'il délaissait\n     Et vers un ange blond et bleu qu'il connaissait.\n\n     Puis de sa voix hier si lasse,\n     Mais déjà claire, heureuse et fraîche,\n     Il le pria d'aller prendre sa place\n     Près du tout petit dans sa crèche,\n     Près des cinq aînés dans leurs classes,\n     Près des autres dans le jardin,\n     Et près de moi, douloureux, dans mon coin.\n\n     Et aussitôt, battant de l'aile,\n     Cet ange s'empara de nos coeurs gonflés d'elle.\n     Les huit gardiens de nos enfants, à ton modèle,\n     Protègent\n     Au couvent leurs vertus et leur course au collège.\n     Le soir, au corridor, quels gais bruissements d'ailes !\n     Ephèbe gracieux, toi qui n'as pas vieilli,\n     Prolonge à leurs côtés ma jeunesse crédule\n     Dans la crainte de Dieu et la peur du scrupule.\n\n     Je n'espère jamais être assez recueilli\n     Pour que, pareil un jour à Françoise Romaine,\n     Je voie ton front, tes mains, tes prunelles humaines,\n     Frère pâle et vivant des beaux anges de Bruges !\n     Assiste néanmoins mes ouvrages divers,\n     Parle pour l'innocent devant l'ange du juge,\n     Inspire-moi l'accent qui fait chanter un vers\n     Et avec ton secours, à la grâce de Dieu,\n     Je deviendrai meilleur sans devenir plus vieux.\n\n     Pendant combien de nuits n'auras-tu pas veillé\n     Pour qu'au dernier moment, je demeure éveillé\n     Quand tu mettras en fuite,\n     Sous l'eau bénite,\n     Après ceux de midi, tous les démons du soir !...\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1328, "texte": "         INVOCATION A MON ANGE GARDIEN\n                                                     43\n\nEt quand enfin, mon temps passé,\nTu m'auras reconduit dans le bleu reposoir\nEt près de mes parents, je l'espère, placé,\nTu te prosterneras dans la poussière d'or\nQue fait, aux pieds de Dieu, le vol des séraphins.\nL'amour consumera tes vêtements de lin\nEt tes ailes battront d'un immobile essor.\n\n\n\n                           II\n\n\nPermettez qu'à mon tour, pour ce moment suprême\nOù mon ange, Seigneur, vers un nouveau baptême\nAlors redescendra prendre place sur terre,\nJe vous découvre le souhait qu'il va vous taire.\n\nEnvoyez-le vers une église villageoise\nDont la mousse a doré le toit branlant d'ardoisé.\nInvisible, à genoux, sur le vieux banc de chêne,\nIl attendra l'enfant porté par sa marraine,\nDevant l'autel du Précurseur, l'enfant prédestiné\nAux travaux vers lesquels nous eussions incliné :\n\nEva, qui chaque soir conduirait ses trois chèvres\nBrouter l'herbe banale à la route de Bièvre,\nTricotant ses chaussons\nAux mailles des chansons.\n« Aubépine, aubépine, avec moi je te prends.\nSi je meurs en chemin, sers-moi de sacrement » ;\n\nCélestin, le tendeur suivi d'un chien basset,\nQui, en octobre, irait amorcer ses lacets ;\n\nSimon, qui sur le dos, dans le sang et la mousse,\nAu soir, rapporterait du bois des bêtes rousses ;\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 614, "texte": "44                         DURENDAL\n\n\n     Barthel, l'aveugle-né, qui, menant le moulin,\n     D'un avare froment ne perdrait pas un grain\n     Et dans les prés mouillés irait lever ses vannes\n     Aux tâtons de sa canne ;\n\n     Ou tant d'autres, Seigneur, qui sur la chaude éteulc,\n     Etendus dans la paille, à l'ombre d'une meule,\n     La faux luisant près de la cruche et des corbeilles,\n     Entendraient l'Angélus passer sur leur sommeil...\n\n     Invisible, à genoux sur le vieux banc de chêne,\n     Il attendra l'enfant porté par sa marraine...\n\n\n\n                                             THOMAS BRAUN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-018", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 45, "page_fin": 47, "titre_corps": "Simon de Cyrène", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hélène Mœller", "ancre_debut": "SIMON DE CYRÈNE A la pieuse mémoire de mon oncle l'abbé. CE soir", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1735, "texte": "SIMON DE CYRÈNE\n\n\n        A   la pieuse mémoire de mon oncle l'abbé.\n\n\n                 CE soir, j'ai vu assis en face de moi, dans le\n                  tramway, Simon de Cyrène.\n                       Visage imberbe et décoloré, traversé de plis\n                  profonds, paupières lasses, lèvres retournées en\n                  dedans, (signe de la bonté qui se réserve). Veste\n                  de toile bleue. Mains usées, fines pourtant, posées\nsur les genoux à la façon du travailleur qui a fini sa journée.\n     Il s'en retournait chez lui.\n      Simon a cinquante ans à peine. Il s'est marié jeune. Sa\nfemme est morte. Ses enfants se sont établis. Etranger à Jéru-\nsalem, il est de son métier batteur de cuivre et tient boutique\nprès du Temple. Il possède aussi, hors des murs de la ville, non\nloin du lieu dit Golgotha, un champ qu'il cultive à ses loisirs.\n     Or, ce vendredi, veille du Sabbat pascal, ayant terminé la\ncommande de la semaine, il s'était hâté de bonne heure vers son\nchamp, voulant y effectuer quelques travaux de la saison. Tout\nen cheminant, il retournait dans sa tête les rumeurs qui cou-\nraient la ville, concernant l'arrestation de ce Jésus de Nazareth,\nde ce meneur qui avait un jour, il y a trois ans de cela, chassé\nles vendeurs du parvis.\n      Comme tous les bons ouvriers, assis dès l'aube à son établi,\nil professait un secret mépris pour les beaux parleurs, pour les\ngens sans métier, qui détournent les autres de leur travail.\n      A-t-on idée de ces pêcheurs de Galilée abandonnant barques\net filets, et la pêche fructueuse, pour suivre cet homme?\n      Or donc, Simon travaillait en son champ. Ayant réparé le\npuits, raffermi le banc de pierre et relevé la borne qui limitait\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1949, "texte": "46                         DURENDAL\n\n\nson héritage de celui du voisin, voici qu'il songea tout à coup\nau repos, comme à une chose belle et qu'il n'avait jamais pos-\nsédée ni même désirée.\n      Au repos, au grand repos final.\n — Et toute la nature l'entourait d'une oppression étrange.\nLes primevères se fermaient. Les merles avaient cessé de siffler.\nLe ciel se couvrait de gros nuages. Tout semblait attendre, en\nsuspens, l'accomplissement d'un grand drame mystérieux.\n      Alors Simon se dit qu'il était prudent de redescendre vers\nla ville.\n      Comme il se trouvait au versant de la colline qui regarde\nJérusalem, là où commence, le chemin creux, il perçoit soudain\ndes clameurs et des cris et, dans un brusque tournant, le voici\nen présence du cortège du condamné.\n      Toute la plèbe, toute l'écume- des grandes villes est là,\ncomme une meute, autour de Jésus portant sa croix. Les\nbourreaux le mènent, ou plutôt le traînent, par une corde,\npantelant, blessé. L'un d'eux est une sorte de nain jovial à la\ntête énorme. Un autre, son aide, est un jeune homme triste\net las. Ils sont d'origine étrangère, car un Juif ne peut toucher\nle sang.\n      Simon, en homme rangé et prudent, voudrait se détourner\ndu cortège, afin de ne s'y point mêler, ne fût-ce qu'un instant.\nMais les bourreaux l'ont aperçu, et son geste de recul. Or, Jésus\nétant tombé et restant étendu sans pouvoir se relever, ils con-\ntraignent l'étranger à lui venir en aide.\n      Simon n'obéit qu'avec répugnance et dégoût, sous le geste\nmenaçant des bourreaux. Mais Jésus, ayant levé les yeux sur\nlui, voici qu'il se sent traversé par la charité, — comme par un\ndard très aigu et très suave, qu'ont connu, depuis, tous les\nsaints.\n      Le voici donc, Simon, qui soulève la croix de Jésus.\n      Le voici qui marche à la suite de Jésus.\n      Le voici qui, du front, touche, l'épaule de Jésus.\n      Le voici qui met ses pieds dans les traces sanglantes des\npieds de Jésus.\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1303, "texte": "                       SIMON DE CYRÈNE                          47\n\n\n     Le voici qui fait corps avec la croix.\n     Le voici qui épouse la croix.\n     Le voici qui ne fait qu'un avec Jésus.\n     Le voici qui prend sa part des outrages et des coups qui\npleuvent sur Jésus.\n     Le voici couvert de sang et de boue comme Jésus.\n     Le voici lavé et purifié, en son âme, de tout ce qui n'est pas\nJésus.\n     Le voici happé, submergé par la Passion.\n     Le voici, enchâssé comme une strophe dans le grand poème\nde la Passion.\n\n     Et beaucoup sont depuis entrés dans la Passion, avec affres\net inquiétude, et voilà qu'une grande tranquillité solitaire les a\nenvahis, comme s'ils étaient seuls au sommet d'une montagne,\ntandis que la foule infiniment petite s'agite au loin, dans la\nplaine.\n     O Simon, ouvrier de la onzième heure, combien sommes-\nnous qui, pareils à toi, honnêtes et avisés, et soucieux de nous\ngarer de la sainte bagarre, rencontrerons cependant un soir,\nalors que nous croirons la journée faite, au détour de l'une de\nnos rues tristes, le visage d'agonie du Maître implorant de ses\nyeux noyés de sang et de larmes, pout que nous aussi nous\nmarchions avec Lui et mettions nos pas dans ses pas !\n                                             HÉLÈNE MŒLLER.\n    Vendredi-Saint   1920.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-019", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 48, "page_fin": 51, "titre_corps": "Achel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "ACHEL Le pays roux et noir", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1223, "texte": "ACHEL\n\nLe pays roux et noir, et les hautes usines\nDormant au fond du jour comme de grands vaisseaux,\nEt le gros bourg parmi les arbres et les eaux,\nEt l'auberge tentante aux parfums de cuisine,\nEt, près du long effort de la route divine,\nLe banc où le beau soir vous invite au repos :\n          Laisse-les, va toujours, chemine...\n\n           Il faut aller, il faut aller,\n           Il faut dompter nos lassitudes,\n           Et, certes, l'étape fut rude\nEt l'appel du printemps nous poursuit affolé :\nIl faut aller, pourtant, vers cette solitude.\n\nCe Jeudi Saint nous fut bien dur et sans amour,\nNulle communion n'apaisa l'étendue,\nLe vent souffla et les tempêtes éperdues\nAux quatre coins du ciel déchirèrent le jour;\nLe paysage fut sans douceur ni musique,\nApre, infécond, pareil aux landes de l'enfer,\n         Et découpant le ciel tragique\n         Comme avec des lignes de fer.\n\nEt, quand vint, le silence ardent du crépuscule\nEt que le vent se tut sous le baiser du soir,\nCe fut, à l'horizon, toute la fausse gloire\nDu monde qui dressa des villages qui brûlent\nEt les palais de feu où l'orgueil va s'asseoir.\nLe chemin s'engagea parmi les lourdes terres,\nUn frisson d'or enfla les blés à peine verts,\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1392, "texte": "                        ACHÈL\n\n\nUn grand printemps de volupté matérielle\nS'offrit dans la splendeur de cette heure trop belle —\nEt un désir profond traversa toute chair.\n\nAllons ! il ne faut point céder à ces prestiges,\n     Il faut regarder devant soi,\nVers les plaines du Nord, le chemin va tout droit ;\nQu'importe si nos fronts sont pesants de vertige\nEt si dans les jardins, lourdes de trop d'émoi,\nLes tulipes de feu fléchissent sur leurs tiges?\n\nCette tentation de l'impossible été\nQui baigne tout ton corps et remplit tout l'espace\n     S'effacera dans la clarté\n     Egale et douce de la Grâce.\n\nUn grand signe de croix de ton front à ton cœur\nEt les mains jointes un instant sur ta poitrine...\n\n              O voyageur,\nLe chemin que tu suis aborde une colline.\nL'effort sera moins dur de monter, semble-t-il.\nQuand, le faîte franchi, la pente dévalée,\nTu auras pénétré dans cette autre vallée,\nLe soir ne sera plus qu'un soir léger d'avril.\n\nLe soleil est tombé dans la douce buée\nQui s'élevait du sol comme un peu de pitié,\nLa pourpre du couchant dans l'air s'est diluée,\nL'immense paix, dans la clarté diminuée,\nS'étend pieusement sur l'univers entier.\n\nLes chemins sablonneux aux profondes ornière\nTraverseront le cœur de l'immense pinède\nDont la pénombre est verte et dont l'odeur est tiède,\nEt où rêve l'âme lunaire des clairières.\nLa plaine s'ouvrira près d'un hameau perdu,\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "50                        DURENDAL\n\n\n     Immense, et prolongée encor par le silence\n     Et par cette lueur qui baigne l'étendue ;\n     Un angelus tombant d'un campanile bleu,\n     La cloche d'un troupeau qui rentre à son étable\n     Et le pas lourd et mat d'un homme sur le sable\n     Qui dit le lent bonsoir des âmes sans envie,\n     Seront les derniers bruits et les dernières vies,\n     Que nous pourrons entendre avant l'heure de Dieu.\n\n     Voici la Paix, la douce Paix, ô pauvres âmes\n     Qui depuis ce matin aspirez au divin !\n     Il n'est plus une voix, une brise, une flamme.\n     Et ces arbres muets savent que tout est vain.\n     Déjà l'heure immobile et immatérielle\n     Semble participer de la vie éternelle,\n     Le soir est parfumé par le pain et le vin ;\n     Les mots ne pourraient plus monter jusqu'à nos lèvres,\n     Dans nos cœurs où le jour multiplia ses fièvres,\n     Le Dieu qu'ils ont reçu monte comme un levain.\n     Gardé par des bouleaux blancs comme des présences,\n     Le chemin va très pâle au milieu des bruyères :\n     Au bord du'jour et tout au bout de l'existence\n     Il semble, par instants, que nous quittons la terre...\n\n     Nous approchons. Des peupliers nobles et lents,\n     Prolongeant longuement leur songe taciturne,\n     Attendent, recueillis, la vision nocturne\n     Et se dressent en un calme et sublime élan.\n     De grands toits miroitants après eux se devinent,\n     Dont pas un bruit ne monte et pas une fumée\n     Et, au bout du chemin, une porte fermée,\n     Sous un grand cintre blanc dans l'ombre se dessine.\n     C'est là que Dieu t'attend, ô pauvre voyageur!\n     Une éternelle Paix y va noyer ton cœur.\n     O lieu où le désir à l'oubli se fiance !\n     Et si muet qu'il fait un trou dans le silence !\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 713, "texte": "                       ACHEL\n                                                      51\n\nEt si poignant d'être rempli déjà, ce soir,\nDans la pâle clarté de cette heure divine,\nPar l'immense sommeil des moines blancs et noirs,\nImmobiles, les bras croisés sur la poitrine.\n\nDevant les pèlerins que l'invisible nuit\nA suivis doucement sur la route effacée,\nLa porte s'ouvrira, d'une lente poussée :\nTu verras le couloir où une lampe luit,\nDes larmes monteront de ton âme apaisée,\nTu ne penseras plus aux cruels autrefois,\nUn grand moine dressé dans une robe blanche\nT'ouvrira sans parler ses bras aux larges manches\n\nEt il t'embrassera dans un baiser sans voix.\n                                     PIERRE    NOTHOMB.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-020", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 52, "page_fin": 55, "titre_corps": "C’était dans une autre vie…", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hélène Canivet", "ancre_debut": "C'était dans une autre vie... J'ÉTAIS un vieux chemineau", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1984, "texte": "C'était dans une autre vie...\n\n               J'ÉTAIS un     vieux chemineau; je m'en souviens\n                  très bien... J'ai, d'ailleurs, gardé dans mon être\n                  d'aujourd'hui son farouche besoin des olitude et\n                  sa nostalgie des grands horizons Toutes les\n                  joies, toutes les douleurs qui me sont restées de\n                  cette viesous le ciel nu, se cristallisent en un\n                  seul souvenir, poignant et indestructible, qui\na mis au fond de mon âme une pénétrante mélancolie.\n      J'étais un vieux chemineau; je m'en souviens très bien...\nC'était la veille de Noël, vers le soir. J'arpentais de mon pas\négal un sentier en pleins champs. La terre était dure : il avait\ngelé. Le vent du nord-ouest balayait par rafales l'étendue sonore\net perçait mes vêtements et les loques dont je m'étais couvert,\nhérissant ma peau de courts frissons. Une bruine légère passait\ndans l'air, comme un voile humide, aussitôt emporté. Le ciel\nénorme avait deux visages : l'un, d'une pureté sublime, où de\npâles étoiles commençaient à scintiller ; l'autre, sombre et me-\nnaçant, encombré de nuages noirs, hauts comme des montagnes.\n      Il faisait bon, cependant. Autour de moi, les labours hou-\nlaient à me donner le vertige ; les plantes des champs, touchées\npar le gel, gisaient étalées et défaites. Les buissons dressaient le\npoil dur de leurs branches lisses. De lourds corbeaux, qui pâtu-\nraient dans les terres retournées, ouvraient à mon approche\nleurs ailes funèbres. Devant moi, s'allongeait de droite à gauche\nla grand'route, bordée de hauts ormes, au pied desquels de\npetites maisons s'épaulaient les unes aux autres, par groupes.\nIci et là brillait une faible lueur.\n     Des châteaux sommeillaient au milieu de leurs parcs aux\nbouquets d'arbres dépouillés, qui mêlaient au vent la rumeur\nmugissante de leurs cimes, tandis que des sapins velus ondu-\nlaient et se penchaient sur les pelouses, comme des bêtes géantes.\n"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2265, "texte": "                 C'ÉTAIT DANS UNE AUTRE VIE                     53\n\nAu delà de la route, l'immense forêt ceinturait l'horizon d'une\nhaute muraille grondante. De l'autre côté, au-dessus de la ville,\nle ciel était illuminé d'une miraculeuse poussière d'or vert...\n      J'étais tourmenté par la faim et je me sentais seul. J'éprou-\nvais, pour la première fois, un besoin surprenant de me trouver\nparmi les hommes, de m'asseoir à l'abri, devant un foyer; de\nvoir des enfants joyeux, des femmes riantes, de partager le\nchaud repas de viandes grasses et de boissons fraîches. J'étais\npoussé vers la ville par une mystérieuse crainte qui m'interdi-\nsait de hanter le silence sacré des campagnes, par ce soir divin.\nJe cherchais le miracle, et, pourtant, je le sentais autour de moi,\ndans le mutisme comme volontaire des choses, dans la grandeur\nfarouche de la nature, dans ses arbres endormis, dans sa terre\ndurcie, dans ses eaux immobiles, dans ce sommeil hostile où se\ncachait la vie !...\n      J'atteignis la grand'route : un lent et fantastique cortège\nde véhicules de toutes sortes s'avançait vers la ville. Les chaînes\ndes attelages sonnaient, les essieux grinçaient, les bois cra-\nquaient, les roues rebondissaient pesamment d'ornière en ornière ;\nles chevaux martelaient la chaussée du choc mesuré de leurs\nfers, — et tous ces bruits se confondaient en une seule clameur\nmonotone et régulière comme celle du ressac.\n      J'avais hâte d'arriver. Je dépassais des charrettes caho-\ntantes que traînaient des rosses maigres, et des chars énormes,\ntirés par de forts chevaux dont le corps luisant fumait dans la\nnuit. Les conducteurs sifflaient ou chantaient en sourdine; un\nchien se mit à japper au rire d'un enfant. Les lanternes éclai-\nraient en biais les troncs rugueux des ormes de la route, et il me\nsembla, les regardant ainsi, que ce n'étaient plus des arbres,\nmais des êtres meilleurs, qui nous regardaient passer et nous\njugeaient.\n      Un large rayon jaillit soudain d'une porte ouverte, et je vis\nun molosse qui roulait vers moi, hurlant. Il me saisit la jambe :\nje n'eus que le temps d'abattre mon bâton sur l'échine dure...\nLa bête s'enfuit en criant, et ce me fut un mauvais présage.\n      Les maisons se multipliaient aux confins du faubourg ; elles\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2069, "texte": "54                          DURENDAL\n\n\nse touchaient presque sans interruption, et de tous ces âtres\nallumés m'arrivait l'odeur chaude et irritante des mets.\n     J'étais transformé, j'éprouvais une envie ardente de serrer\nsur ma rude poitrine de solitaire, un être humain qui m'aimât !\nOh ! doux son d'une voix qui répondrait à mes paroles, pression\nd'une main amie sur mon bras, regard affectueux qui rencon-\ntrerait mes. yeux!...\n     Que tout était beau! Là-haut, le grand ciel calme et froid\noù se posait, dans son ordre éternel, l'énigme splendide des\nconstellations ; sur la terre obscure, le va-et-vient des hommes\net leurs visages un instant entrevus, au feu rouge et clignotant\ndes lanternes...\n     Mon âme pleurait de solitude. Cependant, j'errai long-\ntemps encore, pauvre entre les pauvres, sans trouver l'audace\nde pousse la porte d'une auberge,\n\n      Ce fut, je m'en souviens très bien, sur une place triste, où\ntrois lumières brillaient. Une musique joyeuse et forte s'échap-\npait d'une vaste bâtisse. Des gens entraient. Je les suivis...\nUne clarté trop vive me blessa, tout d'abord ; un couple de dan-\nseurs me heurta, puis d'autres... Je cherchai un coin d'ombre\net je m'assis.\n      Des hommes et des femmes passaient et repassaient, en\ntournoyant, devant moi; l'orchestre ronflait; l'air, pareil à\nl'haleine d'un four, m'apportait des odeurs de friture et de sueur.\nAssis sur des bancs, le long des murs, des buveurs lampaient à\nlongs traits, la tête renversée en arrière, montrant largement\nleurs gorges charnues ; d'autres, déjà ivres, dormaient, les coudes\ndans les boissons répandues, sourds au tumulte des disputes,\nqui poussaient brusquement deux hommes à s'affronter, cruels\net stupides. Des filles et des garçons s'embrassaient longue-\nment, l'œil noyé d'un bestial amour. Une commère, qu'un rire\nbrutal secouait à tout instant, tenait, pelotonné contre elle, un\nenfant malade de sommeil, qui geignait sans cesse. Elle voulut\nle faire taire, l'enfant pleura, et la femme, prise d'impatience,\nse mit à le battre!... Et il était si petit !\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1028, "texte": "                  C'ÉTAIT DANS UNE AUTRE VIE                    55\n\n     Une souffrance sourde gagna tout mon être... Sur des\ntables, au fond de la salle, on servait de grandes platées de nour-\nritures, aussitôt partagées et englouties. Les mangeurs avaient\ndes visages luisants et de répugnantes lèvres humides... La\nfaim grondait en moi... Je contemplais, étourdi de tapage et de\nmouvement, cette foule humaine : sa joie aveugle et sourde,\nsa lourde joie sans âme me fit horreur...\n     Mon cœur se durcit dans ma poitrine. J'eus honte de cette\nbasse liesse; un dégoût plein de colère me prit à la gorge et je\nm'enfuis en courant, à travers la campagne...\n\n     J'atteignis la grand'route : elle était déserte; le vent se\nlevait par instants, animant de sa voix toutes les voix du silence.\nJ'étais seul, dans la nuit, pauvre entre les pauvres ; seul sous le\ngrand ciel calme et froid, où se posait, dans son ordre éternel,\nl'énigme splendide des constellations...\n\n                                          HÉLÈNE    CANIVET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-021", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 56, "page_fin": 57, "titre_corps": "Windy Hill", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Robert Silvercruys", "ancre_debut": "W i n d y Hill Ta mort assombrissait", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1436, "texte": "W i n d y Hill\n\nTa mort assombrissait la fin de la semaine,\nEt ton deuil apaisait l'ardeur de la saison\nOù mon cœur a voulu revoir, fier capitaine,\nTon château, ton cheval, tes nègres, tes collines,\nLes plants de ton tabac près des champs de coton,\nEt l'été qui brûlait au ciel des Carolines.\nTon ombre se mêlait à celles de la plaine,\nEt rien ne témoignait à mon oeil familier\nQu'en ton absence on eût changé le paysage\nEt la maison de tes ancêtres pionniers.\nJ'ai mangé ton maïs, bu l'eau de ta fontaine\nQue récolte aujourd'hui le pasteur protestant,\nEt j'ai serré la main des gens de ton village.\nJ'ai vu tes bois de pins bleuir à l'horizon,\nLa lune énorme et rouge au-dessus de l'étang,\nLes nègres se grouper le soir sur tes gazons\nEt la nuit douce et claire embrasser ton domaine...\n\nVoici, sous le même arbre, intacte, près du pont,\nLa hutte où ton grand-père avait été choisi\nColonel à trente ans pour mener au combat\nUn régiment de fantassins confédérés.\nJe sais qu'à ton dernier congé, vaillant soldat,\nL'esprit déjà tendu vers les terres lointaines\nDont l'amour te venait de parents émigrés,\nTu pris conscience ici des vertus de ta race.\nVoici le banc de pierre où nous étions assis,\nCe soir où le vent frais soufflait de l'Atlantique,\nSoir égal en splendeur aux plus beaux de ma vie.\nTu parlais d'avenir. Ta volonté tenace\nDéjà te conduisait au seuil de la richesse,\nSans que l'amour, émerveillant ton âme égale,\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1617, "texte": "                     WINDY HILL\n\n\nPût distraire ton cœur de la route suivie.\nLa nuit d'or éclatait dans le chant des cigales.\nTu me disais l'effort têtu de ta jeunesse,\nLa culture de tes campagnes appauvries,\nOù ton père gardait l'orgueil de la défaite\nEt mourait sans prévoir l'époque où serait faite,\nEn moins de cinquante ans, la plus belle Amérique.\nJ'ai dormi sous ton toit, au bord de la terrasse\nOù vibrait dans la nuit l'essaim fou des moustiques,\nEt tu m'as réveillé toi-même au jour levant.\nTu m'as conduit jusqu'au village et m'as quitté,\nSans me confier que tu comptais, le mois suivant,\nAbandonner le soin de tes propriétés\nEt revêtir l'uniforme de lieutenant.\nDeux fois tu m'écrivis, du Texas et de France,\nAu cours de cet automne où naquit la victoire ;\nMais un matin, à la lisière de l'Argonne,\nEn bondissant, tu chancelas, les bras ouverts...\n\nJe veux t'offrir la prière de mon silence\nQue j'hésite à troubler par le bruit de ces vers,\nJeune homme dont le casque est mieux qu'une couronne\nEt dont le nom gallois suffit à ma mémoire.\nAujourd'hui, ton domaine est aux mains du pasteur\nQui fit chanter pour toi le plus brillant service\nOù la foule entendit la voix d'un sénateur.\nAu début de l'été qui suivit l'armistice,\nTon village a reçu la médaille et la croix\nDont deux pays alliés ornèrent ta poitrine...\nTu peux dormir, ami. J'ai revu ta maison,\nTes campagnes, ton chien, tes nègres, tes collines.\nMon cœur aimant et sage a retrouvé tes bois.\nLe vent ne berce ici que d'anciennes moissons.\nLe soleil monte et brûle au ciel des Carolines...\n\nWashington; D. C, 1919.          ROBERT   SILVERCRUYS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-022", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 58, "page_fin": 75, "titre_corps": "À côté de la guerre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Virrès", "ancre_debut": "A côté de la guerre Novembre 1914. Nous sommes toujours", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "A côté de la guerre\n\n                                                                    Novembre 1914.\n\n\n               Nous sommes toujours, dans notre Lummen,\n                 accrochés à la vision des combats sur l'Yser.\n                     Un sous-off cherche à me persuader qu'Ypres\n                 est au pouvoir de l'ennemi ; il rôde un peu trop\n                 souvent par ici, ce drôle, et ses regards inquisi-\n                 teurs, quand je suis obligé de le recevoir dans\n                l'antichambre, me donneraient la fièvre. Le\nBoche vient de Saint-Trond avec deux de ses pareils qu'il laisse\nse morfondre à la porte, tandis que lui m'asphyxie de la fumée\nmalodorante de sa pipe et s'éternise à espérer un petit verre\nde schnaps. Tonnerre! que ne puis-je l'envoyer rejoindre ses\nhommes avec un coup de pied au derrière ! La contrainte com-\nmence à me peser, je me sens irritable, susceptible, méchant pour\nceux qui me sont très chers. Les longues journées d'attente\nsans incidents saillants agissent sur le moral, comme aussi\nl'obligation de se contenir devant des êtres haïs, de garder un\nvisage immobile, un sang-froid apparent, quand leurs sornettes\ndépassent toutes les limites de l'impudence et de la provocation.\n      Le seul soulagement à cet état nerveux nous est procuré\npar la lecture des journaux belges de Hollande, qui passent\nsecrètement la frontière. Des gaillards entreprenants les débitent\nà la ville dans les cabarets, voire dans la rue, quand les passants\nn'offrent rien de suspect. L'une ou l'autre publication autorisée\net germanophile couvre cette marchandise, qui rapporte bien\ndavantage que le papier prussien. Parfois le vendeur retire tout\nbonnement les imprimés de dessous son gilet. Et c'est ainsi que,\n\n\n  (1) E x t r a i t du Journal   de Guerre, de M. GEORGES VIRRÈS.\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2178, "texte": "                     A COTÉ DE LA GUERRE\n\n\nmoyennant dix sous, nous acquerrons les Nouvelles, dont un\npubliciste limbourgeois a fait une feuille bien vivante et coura-\ngeuse; le Courrier de la Meuse, imprimé à Maestricht comme\nles Nouvelles, nous vaut des articles enflammés, et un groupe\nintéressant, appartenant à l'ancien Matin, d'Anvers, a fondé\nl'Echo belge, qui s'édite à Amsterdam et nous arrive le jour\nmême de sa parution. Les succès russes, la résistance opiniâtre\ndes Belges, l'effort magnifique de la France ou l'aide généreuse\nde l'Angleterre, et la déclaration de guerre de ces deux derniers\npays aux Turcs, dignes alliés de l'Allemagne, donnent matière\nà télégrammes et appréciations. Nous les \"traduisons devant un\ncercle d'hommes et de femmes qui ont l'air d'écouter par leurs\nyeux écarquillés.\n     Ces journaux commentent aussi des événements antérieurs,\ntelle la manifestation de la Chambre italienne, où tous les\nmembres se levèrent en signe de protestation solennelle contre\nla violation et le mépris allemands du droit et des traités, en\nterritoire belge.\n     Je m'enthousiasme à cette pensée, mais dans mon for inté-\nrieur, car le motif essentiel de mon émoi n'est pas pour ma\ngalerie paysanne : si je m'abandonne aux vibrations d'un secret\nlyrisme, ma voix ne révèle pas mes hymnes intimes. C'est à moi\nseul que je dédie mes images exaltées... Noble fleur latine,\nItalie, précieuse châsse d'un incomparable passé, comme ton\nsuffrage ravit les facultés aristocratiques de l'être et comme je\ncomprends Maeterlinck, pèlerin issu d'un pays ravagé par les\nbarbares et qui va conter sa misère aux marbres dorés de Venise,\nchez les patriciens de Rome et parmi les délicats Florentins!\nChaque homme, depuis que la pensée pure a mûri sous son front\net que l'émotion spirituelle des formes et des idées s'est mélêe\nà sa vie sensuelle, éprouvera la fierté d'une pareille amitié. Oui,\nvraiment, renversés sur la route dure par le flot germanique,\nbrutalisés et salis encore chaque jour à ce contact impur, ne nous\nrestera-t-il pas la meilleure part pour avoir touché les peuples\ndont la destinée s'inscrit parmi les fastes impérissables de l'art\net de l'histoire?\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "60                           DURENDAL\n\n\n      Envierai-je jamais assez un Jules Destrée qui, ayant décrit\n naguère dans son âpre Borinage hennuyer, Une campagne élec-\ntorale au pays noir, passera bientôt le seuil sacré, afin d'émouvoir,\nà son tour, le peuple de la Ville éternelle? Admirable et inoubliable\ncontraste dans une vie d'artiste, libre d'accomplir tous ses vœux.\n Hélas! il nous faut rester, nous autres... Nous devons nous river\nà ce qui, paraît-il, est le devoir, quand de quelle âme et de quel\nélan on se jetterait, sous un ciel libre, dans les sublimes aven-\ntures !\n      Je regarde un peu tristement autour de moi. Il y a là des\nchoses que j'ai beaucoup aimées et qui me paraissent presque\n étrangères à l'approche de ce soir de novembre. Sentiment\ndétestable et que je veux étouffer. Tout doit m'être plus cher\n que jamais, il faut que se resserrent mes étreintes afin de pro-\ntéger contre tout péril le trésor de ce qui a paré mes regards\net nourri mon âme. Pénétrez plus intimement encore dans\nma chair et mon esprit, apparences et réalités de mon terroir.\nJe vous aime, comme on aime ses enfants, alors que la maladie\nles menace et que le danger rôde. A chacun sa tâche. Je me rési-\ngnerai au sort obscur, et je m'efforcerai d'élargir le cercle mo-\ndeste de mon activité au hasard des circonstances, louant Dieu\ns'il m'accorde quelque compensation. Et vous, peuple des\ncabanes et des petites fermes, il ne sera pas dit que vous ne\nsaurez rien de mes réflexions actuelles.\n      Et je m'efforce, soudain, de représenter à mon auditoire\nl'attitude de cette Italie qui, faisant partie intégrante de la\nTriplice, s'incline à présent très bas devant notre malheur, dans\nl'émotion de sa pitié, dans sa révolte contre l'injustice, et j'ai\nfait éclater de rire mes bonnes gens des campagnes, en évaluant\nla longueur des nez diplomatiques aux cours de Berlin et de\nVienne, lorsque les sympathies italiennes se manifestèrent avec\ntant de majestueuse ampleur. Quel réconfort pour les bons\npetits Belges que nous sommes, quel dépit furieux chez les\nKaiserlicks si justement bernés! On s'est séparé, toujours riant,\navec de solides poignées de mains et des tapes sur les épaules.\nEh bien! la vie n'est inutile nulle part.\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2276, "texte": "                      A COTÉ DE LA GUERRE                         6l\n\n       Sur une page de mes tablettes familiales, j'avais inscrit la\n date du retour de ma seconde fillette, éloignée au début de la\n maladie de notre aînée. Elle accompagna, vers la mi-septembre,\n ma sœur et mon beau-frère qui se retirèrent à Fauquemont, en\n Hollande. Les patrouilles belges et allemandes tiraillaient encore\n ferme à cette époque dans nos environs immédiats. Ma seconde\n fillette, c'est Adrienne. Elle réapprend le pays, grâce à nos soins.\nMa femme m'aide à lui faire un cours d'histoire qui demeurera\ngravé, avec des lettres de feu, dans sa petite cervelle. D'un cœur\ntranquille, nous décidons de ne point pratiquer le pardon des\ninjures.\n       Trois semaines après ce retour, le bonhomme qui se rend\nlibrement à Maestricht chaque jour, afin d'y quérir le Nieuwe\nRotterdamsche Courant, me rapporte une lettre de mon beau-\nfrère annonçant que ma sœur est souffrante. Le ton de sa lettre\nn'a rien d'alarmant, et pourtant je n'attendrai pas jusqu'à\ndemain pour me mettre en route. Un besoin de mouvement,\nd'activité, me presse. Et aussitôt décidé, aussitôt fait : je bâcle\nun baluchon de fortune, je chausse de fortes bottes, et me\ntrouve sur la route de Hasselt, avoir, d'avant seulement arrêté\nun plan de voyage. Je possède une pièce d'identité qui me qua-\nlifie marchand, ce document sera utile pour obtenir un schein\nà la Kommandantur. Si ma demande n'aboutit pas, j'imiterai\nles vendeurs de journaux interdits et prendrai les chemins creux\net les sentiers abrités jusqu'au poteau-frontière.\n       La veine me sourit à partir de Kermpt, où un voiturier\ncomplaisant me hisse dans sa carriole, et nous arrivons rapide-\nment à Hasselt. Les bureaux allemands sont encore ouverts.\nJe me présente et expose, avec un parfait sérieux, le but de mon\nvoyage en Hollande : j'ai des intérêts là-bas engagés dans une\nentreprise commerciale, ma présence est indispensable pour le\nrèglement de mes comptes; je donne des détails précis, je cite\ndes noms et des chiffres, mais je m'aperçois bientôt que l'Alle-\nmand auquel je m'adresse n'attache pas grande importance à\nmes discours et qu'il est superflu d'allonger. Ma figure et mon\nair de sincérité doivent suffisamment lui revenir, car il étend la\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2243, "texte": "62                         DURENDAL\n\n\nmain vers un bout de papier, consulte la pièce qui justifie de\nma profession, commence à écrire, s'interrompt, me demande\nsi cinq jours suffiront pour terminer mes affaires, et, sur mon\naffirmation, il signe et appuie son paraphe d'un cachet noir.\nÇa va très bien. J'ai donc vraiment l'air si commercial? A demi\nflatté, je me mets en quête d'un moyen pratique de transport,\npuisque je me trouve autorisé à-voyager au vu et au su de tout\nle monde.. On m'indique un marchand de denrées coloniales,\ndont le camion part chaque jour pour Maestricht, avec des\ncaisses vides et des voyageurs assis dessus. Allons-y.\n       Je suis reçu par la femme du marchand. Elle me dit que\nson mari rentrera ce soir de Hollande et repartira demain\nmatin, à six heures. C'est une bien belle personne; un peu énig-\nmatique, et qui débite des fromages avec un air de royauté.\n       Je vais m'assurer d'un gîte. La nuit passe lentement, malgré\nla tranquillité de sa conscience, quand il faut être dehors avant\nle jour. J'ai peur de ne pas me réveiller à temps et, naturelle-\nment, le besoin de dormir me vient alors qu'il faut se lever.\n       Hâtons-nous, dans l'obscurité des rues, vers la porte de\n l'épicier. Arrivé bon premier, je trouverai certainement place\n dans sa voiture. Un peu de patience. Six heures carillonnent,\n puis les minutes s'écoulent, le demi-quart d'heure fait s'égrener\n cinq notes dans le ciel. Il me semble entendre le bruit d'un\n camion qui se rapproche. Le patron aura attelé quelque part\n dans la ville et viendra prendre les voyageurs à l'entrée de sa\n boutique.\n       Mais rien n'arrive et je suis toujours seul. Les fenêtres du\n premier étage de l'épicerie encore jalousement bouchées solli-\n citent de plus en plus mes regards. Six heures et quart. Rien,\n rien. Si je sonnais? Je sonne. Aucun bruit ne me répond.\n Six heures vingt, vingt-cinq... la demie est sur le point de se\n déclencher au clocher de l'église. Ah! cette fois, je saisis le\n cordon de la sonnette d'une poigne véhémente et je tire trois\n  fois de suite, avec une vigueur croissante. Enfin, on remue à\n  l'intérieur de la maison. Une fenêtre s'entr'ouvre :\n        « Qu'y a-t-il donc?... », dit une voix douce et chantante.\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "                     A COTÉ DE LA GUERRE                        63\n\n\n     « Il y a que je m'inquiète de ne pas voir le camion qui doit\nme transporter en Hollande.\n     — Nous ne partons pas ! s'écrie quelqu'un d'un ton brutal,\nderrière la personne à la voix caressante.\n     — Comment ! Je fais ici le pied de grue depuis une heure,\nparce que vous m'avez affirmé, hier soir, que nous irions ce\nmatin à Maestricht : cela ne se passera pas ainsi ! »\n     De calmes paroles m'interrompent :\n     « Mon mari est trop fatigué! Il est incapable de se lever.., »\n     Et la fenêtre se referme sans bruit.\n     J'en demeure stupéfait, et je vais lancer quelques inso-\nlences vers cette croisée qui en prend tant à son aise, quand,\naprès réflexion, je ne puis m'empêcher de sourire et de conclure\nsans rancune que cet imbécile d'épicier a somme toute choisi la\nmeilleure part.\n     Bienfait de l'imagination, occupation aimable de ma\npensée... Le souvenir de la belle personne aperçue hier derrière\nson comptoir, devinée ce matin dans l'entrebâillement de la\nfenêtre, suffit à me faire prendre mon mal en patience. Je me\nmets courageusement en campagne dans le but de découvrir\nun véhicule providentiel, et le ciel m'octroie cette grâce. Dans\nla principale rue, je croise une espèce de break en quête de voya-\ngeurs pour Maestricht. La voiture n'est qu'à moitié pleine; je\nm'installe tout de suite devant une dame entre deux âges, qui\nne rappelle en rien mon interlocutrice de tout à l'heure... Nous\nchargeons encore deux bourgeois au passage, et lorsque nous\nquittons la ville, le chiffre de mes compagnons de route s'élève\n à cinq. On n'est jamais bien joli dans une voiture ouverte,\npendant que la brise glacée vous souffle au nez et que les yeux\ndemeurent bouffis de sommeil. Aucun de nous n'éprouve le\n besoin de se communiquer à ses voisins ; chacun se confine dans\n une espèce d'engourdissement. Près de Bilsen, des maisons\n incendiées provoquent quelques aperçus aussitôt abandonnés.\n Resterons-nous distants les uns des autres, sans échange de\n sympathies réciproques, et pourquoi? Cette situation me paraît\n curieuse, à moi qui arrive d'une contrée où le malheur a groupé\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "64                          DURENDAL\n\n\ntous les gens en une même famille. Chevaux clopinant, ressorts\ngeignant, voyageurs sommeillant, les kilomètres dénient mélan-\ncoliques, et les grisailles de novembre drapent nos pensées.\n      Des sentinelles nous ont arrêtés deux fois, afin de réclamer\nles passeports. Intermèdes insuffisants pour secouer notre\napathie. Au moment d'arriver en territoire hollandais, la visite\ninquisitoriale des soldats prend un caractère plus sérieux. Une\nguérite aux calamiteuses couleurs de l'Empire marque la limite\ndes deux pays. Le drapeau allemand flotte devant la dernière\nmaison belge...\n      Malgré tout ce que nous avons vu et ressenti depuis le\ndébut de la guerre et trois mois d'occupation, ces signes officiels\nde l'accaparement prussien crispent le cœur. Il n'y en a plus\npour longtemps avant d'être à Maestricht et soudain nous nous\nsommes mis à causer, à nous communiquer nos impressions,\nà mettre dans nos paroles une hâte, comme pour rattraper le\ntemps perdu par notre mutisme. Ce coup de fouet donné aux\nfibres de notre cerveau vient de ce qui nous entoure, de ce qui\nnous baigne, de ce que nous respirons: l'air de la liberté!\nAffreux effet de la guerre, c'est hors de notre patrie que nous\nnous sentons allégés et prêts à sourire ! Plus de Boches, plus de\ncontrainte, on va donc pouvoir parler et manifester sans retenue\nses opinions. La haute tour gothique de l'église Saint-Jean, la\nlarge cathédrale de Saint-Servais, le beffroi de l'hôtel de ville,\nMaestricht tout entière, offre un tableau accueillant et reposé\ndans le fond de la plaine. Les aspects de la cité mosane s'in-\ncrustent avec une netteté de plus en plus vive dans le ciel, qui\npetit à petit se découvre et laisse filtrer un rayon d'or. Comme\nnous nous épanchons soudain, comme le site ajoute au besoin\nd'extérioriser notre soulagement spirituel! Pour un peu, je\nregretterai la dame entre deux âges qui partage si pleinement\nma manière de penser et de sentir. Et me voici dans les rues de\n Maestricht, extraordinairement animées, et des visages connus\nmontrent la joie de nous revoir, des mains tendues viennent à\n notre rencontre. Le Vrijthof, bordé de beaux arbres, au centre\n de la ville, devant la cathédrale et le temple protestant, en pierres\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": "                     A COTÉ DE LA GUERRE                       65\n\nromanes et gothiques, pleines de leur grâce ancienne, roussies\net embellies par les siècles, et toutes les maisons modernes sur\nles trois autres côtés de la place, avec les rues et le terre-plein\nenvahis par une foule empressée, présentent un spectacle\ninattendu et réconfortant. Nous avons déjà perdu l'habitude\nde voir des gens maîtres chez eux. Et penser que jadis nous\nopposions — dans nos excursions en Hollande — notre laisser-\naller un peu libre à la raideur et à l'aspect gourmé de l'habitant\ndes Pays-Bas! Il est vrai qu'aujourd'hui, les Belges sont nom-\nbreux dans ces parages. Plaisir délicieux de se retrouver, et les\n mots se pressent pour exprimer ce que l'on ressent! Des amis\n oubliés reprennent tout de suite dans notre affection la place\n d'antan. Les yeux ne se lassent pas de caresser ce mouvement\n ininterrompu, va-et-vient alerte ou flânerie pleine de grâce, sous\n le soleil d'onze heures, et auxquels de jolies femmes — nos Lié-\n geoises! — mêlent leur élégance sans apprêt. Partout, la langue\n française résonne et brille, c'est comme un joyeux cliquetis\n dans cette ville qui ne devint hollandaise qu'à son corps défen-\n dant. Les vieilles familles bourgeoises, ayant évoqué si long-\n temps et avec mélancolie le passé d'avant 1830, doivent avoir\n reconnu ce que les grands-parents leur dépeignaient, dans cette\n atmosphère où remontent les souvenirs de notre vie commune\n — langue, mœurs et usages à la belge !\n       « Nous aussi, nous entendons tonner le canon », me dit\n quelqu'un. Je ne m'en serais pas douté, tant la vie est ici frin-\n gante et enjouée, mais je me rends aussitôt compte que le bruit\n de la bataille et cet état de choses sont parfaitement compa-\n tibles.\n       « Notre victoire est certaine ! » Toutes les conversations\n aboutissent à cette conclusion. La lecture des journaux confirme\n chaque jour un optimisme qui va grandissant. Si un léger flé-\n chissement venait à se produire sur un point du front en Flandre,\n le public raisonnerait de la sorte : « Que voulez-vous bien qu'il\n  nous arrive d'irrémédiablement grave? Les Boches, s'emparant\n  encore de quelques kilomètres de notre sol, devraient, ayant\n six mois, rétrocéder le prix de cette ingrate conquête. On n'était\n                                                                5\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "66                          DURENDAL\n\n\npas prêt du côté des Alliés et cependant on a résisté. Les nôtres\ntravaillent maintenant d'arrache-pied, ils rattrapent leur arriéré.\nDoutez-vous de l'héroïsme français et de l'aide inépuisable des\nAnglais qui recruteront des soldats dans chacune de leurs\ninnombrables colonies?-... Pareilles réserves n'ont pas de fin.\nPensez donc, l'Angleterre possède la moitié du globe ! » Il serait\nfort inutile de me prêcher ainsi. Je suis un convaincu du grand\ntriomphe et un adepte fanatique de l'écrasement des Teutons.\nQuand même, c'est un bain salutaire, cette promenade maes-\ntrichtoise le long du Vrijthof, dans le grand Staat, jusqu'au\npont de la Meuse, mi-barré et encombré de voitures qui avancent\nà la file, tandis que les piétons prennent la droite avec une dis-\ncipline et un ordre constants. Je voudrais m'arrêter et me pen-\ncher par-dessus le beau fleuve gaulois qui a traversé la barrière\nde feu dans les environs de Verdun, qui a reflété les furieux\ncombats, mêlé le sang des braves de sa race, et qui garde le\ncaractère sacré de cette gloire tragique entre ces nouvelles rives\napaisées. J'ai vu tantôt, chez un libraire, la carte du front,\ndepuis la Suisse jusqu'aux dunes de Flandre!... Notre résistance\nest chaque jour plus puissante et, dans ce rempart du droit et\nde la civilisation, figure l'armée de mon pays. Comment ne pas\nme complaire dans le sentiment profond, délicieux,\"orgueilleux,\nde la valeur de ma race? La Hollande s'élèvera-t-elle un jour\njusqu'à notre idéal?\n     Il me semble, arrivé dans la gare, que je-puis parler haut,\nadopter des allures de maître, fixer hardiment mon prochain\nau fond des yeux, et — qui sait? — peut-être des gens me sui-\nvront du regard, murmurant avec un sentiment de secrète\nenvie : « Celui-là, c'est un Belge ! »\n     Mais plus tard, ne me trouverai-je pas bien ridicule, quand\nje relirai ces lignes écrites sous le coup d'un afflux de patrio-\ntisme nerveux et touchant?... Je m'en voudrais de ne point\navoir noté ces caractéristiques d'un personnage que jouent\nd'instinct, à l'heure actuelle, bon nombre de mes concitoyens\nen pareilles circonstances. Le partage de cette naïveté doit être\nson excuse. Le brave docteur de mon village me disait encore la\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "                     A COTÉ DE LA GUERRE                       67\n\nsemaine dernière : « Et maintenant, peu importe où nous irons\nà l'étranger, nous pourrons relever fièrement la tête! » Je viens\nde mettre cette prédiction en action, et laissez-moi vous le\nconfier : je ne me sens déjà pas si lisible !\n      Dans le train qui m'emmène enfin à Fauquemont, l'occasion\nm'échappe de forcer l'attention du public. Les gens ne remar-\nquent guère ma personne, et des pensées plus modestes et plus\nnormales me réoccupent. Au moment du départ, quelque\ninquiétude me hanta sur l'état de la malade que je vais voir;\ndans le courant de cette journée, distrait et sollicité de divers\ncôtés, j'avais écarté tout souci sérieux à cet égard, et sur le\npoint d'arriver, un peu d'appréhension vient à ma rencontre.\n      « Valkenburg! », crient les gardes, car le joli nom de Fau-\nquemont a cédé devant une traduction qui n'a pas l'ancienneté\npour elle.\n      J'ai visité ce pays champêtre au temps jadis, quand tout\nle monde était heureux sans le savoir... Le souvenir que j'ai\ngardé des lieux me guide aussitôt vers l'hôtel où sont descendus\nles miens.\n      « M m e de Laminne?\n      — Elle est dans sa chambre... » Et la patronne de l'hôtel\nmonte devant moi l'escalier.\n      Je ne la questionne pas, craignant une réponse alarmante.\n     Bientôt, à la façon dont elle frappe à la porte et me regarde\ndu coin de son œil souriant, je vois qu'il n'y a rien à redouter.\nEt j'ouvre, avant que nous parvienne l'invitation à entrer.\n      Deux heures plus tard, rassuré, et par la malade et par le\nmédecin qui la soigne, je prenais, en compagnie de mon beau-\nfrère, l'avenue descendant vers le centre de la petite ville. Il y\navait dans le vent qui me fouettait le visage, dans le froid de\nce premier soir d'hiver qui me piquait aux narines, une saveur\nsingulière et neuve. Je continuais de goûter à un fruit défendu\nchez moi. Se trouvait-on bien dans ce Fauquemont, voisin de\nla frontière allemande, et cependant si lointain des hordes bar-\nbares qui écrasent aujourd'hui notre sol! Je n'avais pas besoin\nd'insister auprès de mon compagnon pour lui faire comprendre\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "68                           DURENDAL\n\n\n cette manière de sentir. Il acquiesçait avec empressement. Nous\n croisions des bourgeois de Tongres, trop heureux aussi d'être\n au calme, après avoir connu les violences de l'envahisseur...\n Seulement, je devenais celui qui revient de l'autre côté, le voya-\ngeur intéressant, et c'était fini le plaisir d'observer, d'écouter\net d'emmagasiner pour mon compte, il fallait recourir à l'échange,\nmettre les amis au courant de ce qui se faisait en Belgique, et\nils ne tarissaient pas en questions, si bien que, fatigués de mar-\ncher à travers ce pittoresque Fauquemont, entre ses deux portes\nmoyenâgeuses, le long de la Gueule sinueuse, et devant les\nperrons de ses hôtels illuminés, nous sommes allés nous asseoir\ndans un cabaret, où je continuai de former le centre du groupe,\nnon sans une grande envie de redevenir l'auditeur. Un orches-\ntrion, que je n'avais pas remarqué, me vint en aide. La cafetière,\ngrosse personne blonde, tenait encore le doigt sur un ressort,\nquand déjà l'instrument bruyant nous servait une Marseillaise\ncuivrée. On se tut. Trois jeunes filles, blondes comme la patronne,\nnous observaient avec des yeux bleus et sentimentaux. Je crus\nun instant qu'il fallait patriotiquement se lever. L'attitude\nplutôt moqueuse de mes camarades me retint immobile, intrigué\net curieux. Après le dernier accord, j'appris que les tenanciers\nde l'établissement étaient des Allemands qui ne rataient jamais\nle coup de Rouget de l'Isle, quand ils voyaient s'attabler chez\neux des Belges ou des Français.\n      Comme le Limbourg hollandais est déclaré en état de siège\net que l'heure de la fermeture des cafés sonne tôt, je regagne\nà dix heures mon hôtel, et prolonge entre mes draps, qui fleurent\nla lavande, l'exquise impression d'échapper ce soir aux Prussiens.\n     Le lendemain, ayant passé la matinée près de notre conva-\nlescente, je suis sorti avec l'intention de tâter l'opinion publique.\nLes libraires vendent les Nouvelles, le Courrier de la Meuse,\nl'Echo belge et la Gazette de Hollande, ressuscitée il y a trois ou\nquatre ans par une pléiade d'écrivains de langue française et\nconsacrée à une vigoureuse défense de nos idées. Fauquemont\na eu son journal des réfugiés, appelé l'Exil, mais qui n'a pas\npersévéré ; de vieux numéros traînent encore aux vitrines.\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "                     A COTÉ DE LA GUERRE                        69\n\n     Nous sommes dans une province catholique. La plupart\ndes Hollandais du cru lisent, pour leur malheur, le Maasbode,\nun journal néerlandais religieux et germanophile. Il faut se\nrésoudre à certaines constatations : en Allemagne, les catho-\nliques se montrent plus enragés que les protestants à nous\ncalomnier et à vouloir notre asservissement définitif. Le sou-\nvenir du Kulturkampf, qui suivit les victoires de 1870, est pour\nbeaucoup dans leur manière habituelle de se comporter. Si la\nguerre devait se terminer au profit des Boches, le parti gouver-\nnemental protestant acquerrait un renforcement de sa puissance\net le cléricalisme indigène pourrait s'attendre à recevoir des\ncoups. Les braves du Centre allemand, afin d'éviter cette\npénible éventualité, prennent les devants, se proclament plus\nimpérialistes que le Kaiser, plus militaristes que le Kronprinz\net sa bande, plus intraitables que les plus fanatiques d'entre\nles « iiberalles ». La manière forte préconisée par ces pieux\napôtres fait tenir pour des demi-brutes seulement les soldats\nde Louvain, de Termonde et de Dinant. On dit que dans la\nneutre Hollande, la classe dirigeante et conservatrice n'est\nguère sympathique aux Alliés, à cause de la politique avancée\net irréligieuse des derniers ministères français. J'ai trouvé la\nréfutation de cette opinion dans un journal hollandais de droite,\nqui se publie à Maestricht : « Vous nous reprochez, pour des\nmotifs qui n'ont rien à faire avec la guerre actuelle, de souhaiter\nle succès de la France. La question dominant toutes les autres\nest celle-ci : De quel côté se trouvent le droit et la justice dans\nle présent conflit? Un véritable catholique a le devoir de se\nranger sous le drapeau où sa conscience trouve une réponse\npéremptoire à cette interrogation. Malheureusement, nombre\nde catholiques de Hollande ne pensent pas ainsi. »\n     Je vais, déambulant et chasseur de ragots, commettre une\nindiscrétion locale. Le curé de l'endroit tient pour l'Entente,\ntandis que son vicaire a embrassé le parti des Barbares. Le\ndimanche, après l'Évangile, M. le curé ferme la porte de la\nsacristie, afin de ne pas entendre le sermon que son auxiliaire\négaré sert aux malchanceux fidèles de la paroisse. Une telle\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2222, "texte": "70                          DURENDAL\n\n\nvivacité de sentiments nous fait grand honneur, et je lorgne le\npresbytère dans l'espoir de pouvoir décocher un large coup de\nchapeau à ce digne et complet allié. La colonie des réfugiés ne\nménage pas ses démonstrations respectueuses, lorsque M. le\ncuré prend le frais devant son logis. Hommages et animosités\npublics vont de pair en ces lieux. Je connais des Belges qui\ns'amusent, dans la rue, à coucher en joue au moyen de leurs\ncannes des jésuites allemands, appartenant à un couvent des\nenvirons. Faut-il blâmer cette chasse simulée et inopérante?\nLes Fauquemontois ne peuvent s'empêcher de rire, me dit-on,\ndevant la mine déconfite de ces religieux ennemis. Songeons\nqu'il ne s'est pas trouvé un seul de leurs coreligionnaires, en\nAllemagne, pour s'émouvoir au martyre de nos prêtres! Ce n'est\npas le rire qui devrait sonner à l'aspect d'un Boche, fût-il\njésuite et manifestement ennuyé, par surcroît, de savoir sa\nnationalité reconnue.\n      Personne ne se vante ici d'être Allemand. Pareille origine\nse dissimule derrière les comptoirs, où l'on vous fait risette en\nfrançais, si vous arrivez du pays occupé, et où le Hollandais\nlui-même ne. découvrira jamais qu'un Germain honteux. L'his-\ntoire de l'orchestrion se généralise. Les mouchards à la solde\nde l'Empire ont l'occasion d'envoyer à leurs maîtres des consi-\ndérations typiques sur l'inimitié allemande par delà les douanes.\nOui, plus j'écoute et regarde, et plus je me persuade que notre\nentourage éprouve mieux que de la compatissance envers le\npeuple belge. Nous sommes au-dessus d'un sentiment moyen ;\nil faut lever la tête pour apercevoir l'étoile qui nous guide. Le\nroi Albert incarne l'héroïsme absolu. On ne se représente point\nsa personne sans un rayonnement dans l'imagination. La gran-\ndeur de son action journalière exalterait le cceur le plus rebelle\nà l'enthousiasme. Nous devons être — et nous sommes déjà\naux yeux de l'étranger — des sujets dignes de pareil chef. Il y a\nlà pour nous un motif continu d'émotion, et il faut que notre\nfièvre intérieure échauffe chacun de nos actes. Nous resterons\nalors en conformité avec le devoir et mériterons les marques\nd'attachement que j'ai senties autour de moi.\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2023, "texte": "                      A COTÉ DE LA GUERRE                        71\n\n     Je ne perds pas pied dans le lyrisme et m'en voudrais de\nprovoquer la raillerie sur pareil sujet. Tenez, tantôt chez le\nfigaro du coin, de braves gens lisaient leur Courant et commen-\ntaient hautement et visiblement à mon intention, les derniers\nexploits des combattants de l'Yser, ayant au milieu d'eux,\nauguste exemple, le Roi! Le moyen de ne pas sentir battre sa\npoitrine et trembler un peu sa lèvre, même sous le rasoir du\nbarbier et avec la tête bouffonne, tout ensavonnée, que\nvous renvoie le miroir d'en face? Je me serais bien levé tout de\nsuite et, la serviette au cou, j'aurais serré les mains fraternelles\nde ces honnêtes Limbourgeois... Un stupide respect humain\nme retint et, le poil coupé, l'ambiance n'était plus assez vibrante\npour reprendre le geste projeté.\n     Par contre, je transcris avec moins d'entrain cette histoire\narrivée à l'un de mes compatriotes qui s'est fixé près d'ici, à\nHeerlen.\n     Un jour, le Prince consort s'annonce dans la localité.\nBranle-bas général, malgré le peu de popularité dont jouit, en\nHollande, le mari de la reine. Un abbé fort aimable, à la tête\ndes œuvres sociales de l'endroit, se charge de piloter ce visiteur\nde marque. Sociétés coopératives, patronages, assurances et\nréassurances, caisses de secours, hôpitaux ont fait depuis une\nheure les frais de la tournée, quand le Prince, s'adressant à son\ncicerone :\n     « Vous avez des réfugiés belges dans la paroisse? »\n     Et sur la réponse affirmative qui lui est faite :\n     « Je voudrais causer avec l'un d'eux. »\n     Il se trouva, en ce moment, qu'un avocat très distingué\ndu barreau de Tongres vint à passer.\n     L'abbé pensa que personne ne pouvait mieux servir son\ndessein, et il héla le Belge, assez ennuyé d'avoir à congratuler\nun personnage pour lequel il ne se découvrait guère de pen-\nchant, et préoccupé en outre par un détail d'étiquette :\n« Comment allait-il, dans la conversation, qualifier Henri de\nMecklembourg-Swerin? »\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2118, "texte": "72                          DURENDAL\n\n\n      La fin de l'entretien mérite de passer à la postérité. Le\nPrince conclut textuellement :\n      « Oui, les Allemands sont chez vous. Ils y resteront, mon-\nsieur. Et je soupçonne que nous devrons aussi leur céder un\nmorceau. » (En ik heb « soupçons » dat wij hun ook een brok\nzullen moeten geven.)\n      Le ton ne révélait aucune nuance de regret ou même de\nmélancolie.\n      Et le patriote de Belgique prit congé de Zijne Hoogheid\n(Sa Hautesse). Il avait par hasard piqué dans le mille, en don-\nnant ce titre honorifique à cet officier prussien. L'étiquette\nhollandaise était sauve, mais que penser du Prince consort, de\nson calme, de sa résignation anticipée, oui, que penser de « Sa\nHautesse » devant l'expectative d'une annexion de territoire\nnéerlandais au profit de son pays d'origine? Pauvres, pauvres\nHollandais!... Ils méritaient mieux, ne fût-ce que pour avoir\naccueilli si généreusement les réfugiés belges sans ressources,\nquand bien même ils se rattraperaient un peu sur la bourse de\nceux qui payent en beaux deniers sonnants les frais de l'hospi-\ntalité étrangère. Je ne me déciderais pas à proclamer — devant\nles pires menaces — qu'Henri de Mecklembourg-Swerin me\nparaît avoir fière allure; mais, me souvenant d'où il sort, je ne\npuis m'empêcher de constater que « Tous, tous sont les mêmes,\nde bas en haut! » Et si vous croyez que cette preuve\nm'afflige !\n      Après avoir serré ces glanes dans un coin de ma mémoire,\nlaissant au temps de débrouiller et de classer les réflexes de ces\nmenus événements, j'éprouve le besoin de m'épancher par\nl'écriture. Mon séjour dans le Limbourg cédé me donne l'occa-\nsion de m'exprimer librement dans des lettres qui partiront pour\nle front et pour la France. Le soir, à Maestricht, je trouvais à\nmon adresse, dans le tableau du Café Suisse, une carte écrite aux\navant-postes de l'armée de Sarrail. Elle était ornée des drapeaux\ndes puissances alliées. Je l'ai regardée longuement, je l'ai\ntouchée avec respect, elle venait de l'endroit où se joue notre\navenir, et celui qui me l'envoyait faisait si joyeusement du sacri-\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "                      A COTÉ DE LA GUERRE\n\n\nfice de sa vie l'assurance de la victoire! Sommes-nous de peu\nd'importance à côté d'un simple soldat ! Que resterait-il de notre\nintellectualité, de notre activité morale, de nos acquisitions et\ncréations spirituelles dont nous sommes si fiers, sans le brave\ngarçon qui se fait tuer dans un ardent assaut ou tombe, isolé,\ntandis qu'il monte la garde de notre civilisation? Redevenons\nhumble, malgré notre qualité de Belge. Elle ne suffit pas. Même\ndans l'union du plus brûlant patriotisme, il y a Belges et Belges.\nEt les meilleurs sont là-bas.\n       Nous venons de voir ce là-bas au cinéma maestrichtois,\nou du moins nous avons aperçu, à l'arrière de la tranchée, des\nrégiments en marche, précédés de drapeaux, dont on ne distin-\nguait pas les couleurs sur l'écran blanc et noir. Qu'importe!\nNous y avons mis ces couleurs, et nous sentions le vent qui les\ngonflait et nous respirions l'atmosphère de fierté et d'abnégation\nrépandue sur le viril spectacle. Le public a réclamé jusqu'à trois\n fois le défilé de nos troupes. A la musique martiale de l'orchestre\nse rythmaient nos volontés, frémissaient nos poitrines et se\ncontractaient les gorges. Il y avait, dans la salle, une foule de\nspectateurs qui parlaient le néerlandais et qui battaient des\nmains comme nous.\n       Je couche ce soir chez un bourgeois de cette ville ; son nom\nd'allure bien française étonnerait, si l'on ne pensait tout de suite\n aux huguenots qui trouvèrent asile pendant la persécution\n dans la tolérante Hollande. L'adresse de ce parpaillot authen-\n tique me fut donnée à l'hôtel, qui est comble. Beaucoup d'étran-\ngers passent la nuit chez l'habitant. Mon hôte et sa femme\nrivalisent de prévenances. Sur une allusion de ma part, ils se\n montrent extrêmement flattés de leurs lointaines origines. Nous\n avons conversé tard, et cependant, pour ne pas écorner la\n journée de liberté qui me reste, je voudrais me lever demain\n de bonne heure. Je prends congé sur l'espoir de jours meilleurs,\n dont ce couple aimable me prédit le prochain avenir.\n       Dernières courses dans Maestricht, ce 15 novembre. J'ac-\n quiers toute une iconographie de guerre destinée à ceux qui\n demeurent enfermés dans mon pauvre pays. Un grand portrait\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "74                           DURENDAL\n\n\n du Roi que publie l'Illustration, de cinglants dessins de Ramae-\n kers dans le Telegraaf, des vues de nos villes détruites, des cartes\n du front, et puis des journaux et encore des journaux... Images\n et littérature me donnent à vue d'oeil de l'embonpoint. Dans\n l'obscurité, les Boches de la frontière ne se rendront compte de\n rien, à moins qu'ils n'explorent à tâtons les voyageurs.\n      Devant la poste, un arrêt, à cause de cet avis affiché au-\n dessus de la boîte aux lettres : Toute correspondance avec la\n Belgique est supprimée.\n      Notre éloignement, notre peine, notre séparation d'avec le\n reste du monde ne sauraient être rappelés de façon plus simple-\n ment cruelle.\n      Dans quelques heures s'effectuera le retour vers le Lim-\n bourg natal. Des carrioles hétéroclites se trouveront en partance\n au début de l'après-midi. J'avise une espèce de chiffonnier des\n environs de Hasselt, qui derrière le poney attelé à sa charrette\n surgit dans le trou rond d'une bâche grise tendue sur arceaux.\n Je serai ramené par ses soins. Le temps s'écoule maintenant\n chargé de tristesse, je ne ramasse plus aucun motif de réconfort\n dans la foule qui encombre les rues, et quand la pluie se met à\n tomber, j ' y découvre un complément à mon état d'âme chagrin.\n Maestricht circule sous les parapluies, je me glisse sous la bâche.\n Nous allons partir, nous sommes partis. Il pleut, il pleut, le soir\ndescend, nous roulons cahin-caha, la plaine luisante et morne\nnous entoure. Pas d'incident à la frontière. Les villages désormais\nvaincus s'allongent au ras des routes interminables. Le vent\ns'est levé et projette, dans l'obscurité, la pluie à l'intérieur de\nnotre abri précaire. La lanterne branlante de l'équipage éclaire\nun côté de la route boueuse, les troncs des arbres dans le court\nrayon de la flamme apparaissent et disparaissent sans relâche.\nDeux ou trois fois encore les sentinelles allemandes nous arrê-\ntent, examinent nos passeports, s'informent de ce que contien-\nnent les caisses entassées derrière nous. Mes entournures les\nlaissent indifférents. Il pleut désespérément. Mon conducteur\nme raconte des histoires insanes... Les Belges et les Anglais se\nseraient emparés d'Ostende, les Allemands auraient réuni tous\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1307, "texte": "                     A COTÉ DE LA GUERRE                       75\n\nleurs hommes sur la Grand'Place de Bruxelles et l'évacuation\nde la capitale allait commencer.\n     Nous laissons Bilsen derrière nous, notre lanterne éclaire\nun instant la première maison de Diepenbeek ; le mauvais pavé\nsecoue impitoyablement la guimbarde et son contenu, le terrain\nde plus en plus fangeux déborde sur la chaussée, la pluie tisse\nses fils et continue de mouiller par à-coups nos visages. De\npetites lumières, devant nous, ont l'air de danser sur l'océan de\ncette nuit lugubre. Je suis prêt à me laisser aller à la dérive, à\nsouhaiter de couler dans les ténèbres sans fond de l'immense\ncampagne invisible. Cependant, les lumières se rapprochent,\ngrandissent, et c'est Hasselt.\n     Rendu, fourbu, comme si j'avais peiné le long de ces\n vingt-cinq kilomètres entre les brancards de l'attelage, je\nreprends difficilement pied dans les rues noyées, et la terre\nsemble remuer... Des Prussiens passent, casques reluisants\nsous l'averse ; leurs bottes font gicler l'eau hors des flaques du\npavé, leurs vêtements trempés amortissent le cliquetis des\narmes. Il y en a un qui glisse et s'étale à plat dans la saleté.\nSeigneur, j'ai bien plus envie de pleurer que de rire!\n                                             GEORGES VIRRÈS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-023", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 76, "titre_corps": "Durendal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Chardome", "ancre_debut": "DURENDAL Car la main de Roland la mettrait dans la tienne", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 841, "texte": "DURENDAL\n                Car la main de Roland la mettrait dans la tienne!\n\n                                                   H. DE B O R N I E R .\n\n\n\n\nSur quel autel brisé, dans quel burg féodal,\nAu fond de quelle austère et morne basilique\nGisait le glaive altier de Roland, Durendal\nDont nul n'osait toucher la lame symbolique?\n\nUn prêtre au cœur de feu l'osa. L'âpre relique\nDu vieux temps simple et rude et naïf et loyal,\nOù l'on savait encor mourir pour l'idéal,\nNe parut pas trop lourde à sa main catholique.\n\nEt voici qu'au soleil on vit, étincelant,\nRayonner tout à coup le glaive de Roland\nDans les éblouissants tournois de la pensée.\n\nEt son éclair d'acier resplendissant et pur\nSemblait aux pèlerins des routes de l'azur\nUne croix de lumière en l'air vibrant tracée.\n\n                                      EMILE CHARDOME.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-024", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 78, "titre_corps": "Un rameau de myrte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Un rameau de myrte Sur la tombe d'Henri", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1815, "texte": "Un rameau de myrte\n\n      Sur la tombe d'Henri Mœller, je viens à mon tour déposer\nun rameau de myrte.\n      Correspondant parisien de Durendal, j'ai été en longues\nrelations épistolaires avec cet excellent homme; ses cartes\npostales, sabrées d'hiéroglyphes parfois irréductibles, me bom-\nbardaient généreusement de commissions, d'instructions et\nd'objurgations; et j'avais fini, sans l'avoir jamais vu, par me\nfaire une idée de lui qui ne se trouva pas très inexacte, quand\nj'eus le plaisir de faire enfin sa connaissance personnelle.\n      Ce fut à Bruxelles, chez notre ami commun Paul Mussche,\nque je le vis, car, comme il ne venait jamais à Paris, il fallait\nbien aller à Bruxelles pour le rencontrer, et je fus sur-le-champ\nséduit par sa vivacité alerte et sa cordialité expansive; je com-\npris tout de suite les sympathies qu'inspirait ce petit homme\nremuant et affectueux, le rayonnement qu'il exerçait sur tous\nses alentours et le succès avec lequel il avait pu faire vivre et\nprospérer une de ces revues luxueuses d'art et de littérature\nque leur luxe même semble prédestiner à une durée éphémère.\n     Durendal était bien son œuvre. C'est lui qui en composait\nles numéros et en choisissait les illustrations, qui la rédigeait en\npartie et qui en maintenait le haut caractère esthétique. La\ncollection de cette belle revue restera un monument du plus\nhaut prix et une preuve indéniable du culte que l'élite bruxel-\nloise rendait à la beauté des formes comme des phrases. Sa cou-\nverture, ses deux couvertures successives, d'une riche fanfare\nde couleurs et d'arabesques, criaient au passant hâtif d'ouvrir ses\nlivraisons pour y admirer les joailleries d'art raffiné que Mœller\ny entassait avec délices. Poésies, poèmes ou prose, fragments\ndramatiques, nouvelles, essais, critique, rien de ce qui s'y\n"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2064, "texte": "78                           DURENDAL\n\n\ntrouvait n'était vulgaire ou médiocre ; peu de revues ont eu une\ntenue littéraire aussi impeccable.\n      Henri Mœller était prêtre, et seuls les pharisiens ou les\nbéotiens pourraient s'étonner de voir un prêtre diriger une\nrevue d'art et de littérature. A côté du ministère paroissial qui\nest, je n'en disconviens pas, le rôle naturel de l'homme de Dieu,\nil y a d'autres missions dans le monde qui ne doivent pas lui\nrester étrangères. Multoe sunt mansiones... Et, à vrai dire, le\nprêtre ne devrait-il pas être tout homme, comme tout homme\nne devrait-il pas être le prêtre? Mais expliquer ceci m'entraî-\nnerait trop loin. Qu'il me suffise de noter qu'un prêtre n'est pas\ndéplacé à la tête d'une revue soucieuse de beauté plastique\ncomme de beauté morale, et que la possibilité d'une écriture\ncorruptrice comme d'un art troublant ne doit pas prévaloir\ncontre la réalité d'une littérature saine et noble et d'une beauté\nsérénisante. Peut-être même telles dévotes personnes gagne-\nraient-elles à vivre davantage dans l'atmosphère des beaux\ntableaux et des strophes harmonieuses, elles y perdraient un\npeu de cette âpreté puritaine qui n'est pas de la sainteté et qui\nserait plutôt du contraire. L'art et la religion sont de même\norigine. Le frisson d'admiration de l'un est frère du frisson\nd'adoration de l'autre, et le bon abbé Mœller n'aura pas été\ninfidèle à ron caractère sacerdotal en louant Dieu dans les\nchefs-d'œuvre de ses créatures, comme les prophètes et les\npsalmistes l'ont fait dans le chef-d'œuvre de sa création.\n     Pauvre abbé Mœller, qui s'est endormi dans la paix du\nSeigneur et dans la guerre des hommes, la plus démoniaque, la\nplus satanique des guerres ! Il n'aura pas goûté ici-bas la suprême\njoie de voir sa patrie délivrée et le droit, victorieux. Du moins,\nque notre piété amicale lui rende le témoignage d'un souvenir\nqui ne s'éteindra pas et d'une gratitude profonde pour les ser-\nvices qu'il a rendus à la cause du Bien et du Beau!\n\n                                                HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-025", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 83, "titre_corps": "Souvenirs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Souvenirs IL y a plus de vingt ans", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1924, "texte": "Souvenirs\n\n               IL y a plus de vingt ans que je fis la connaissance\n                de l'abbé Mceller. Durendal avait alors dépassé\n                sa quatrième année d'existence et l'abbé rêvait\n                d'imprimer un nouvel essor à sa chère revue,\n                d'en élargir le cadre, d'y consacrer notamment\n                une rubrique spéciale à l'art musical et à ses\n                diverses manifestations. C'est dans le dessein de\nme confier l'honneur de cette part de collaboration qu'il me\nfit mander un jour chez lui. Je fus promptement mis à\nl'aise et conquis par cet accueil empressé, infiniment cordial,\nse traduisant en ces effusions chaleureusement expressives si\nbien connues de tous ses amis. Il me retint longuement auprès\nde lui, m'entretenant avec une véritable émotion de ces idées\nsi chères qui furent la constante préoccupation de sa vie, sur\nla prééminence de l'art, reflet terrestre et adorable de l'immor-\ntelle Beauté, et conséquemment sur la grandeur de la mission\nde l'artiste appelé à exercer un véritable sacerdoce. Dès cette\npremière entrevue, prélude d'une vive et solide amitié, je fus\namené à entrer en contact avec cette âme si profondément\nsincère, droite, ouverte, sans voiles, recoins ni secrets, à péné-\ntrer dans l'intimité de cette nature enthousiaste, primesautière,\ntoute d'expansion vibrante et de spontanéité affectueuse.\n     De fait, tout le ressort de son âme impulsive et généreuse,\ntoutes les réserves de son énergie et de son activité sans cesse\nen éveil, il les voua avec un désintéressement admirable au ser-\nvice de la revue Durendal; et qu'ici, en guise d'adieu, il me soit\npermis de rendre un dernier hommage à cette Durendal, dont le\nnom s'identifie en quelque sorte avec celui de notre ami disparu,\nDurendal, qui, par le concours de précieuses collaborations, ne\ntarda pas à tenir une place considérable dans notre mouvement\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "8o                          DURENDAL\n\n\nd'idées, à compter au nombre des manifestations les plus com-\nplètement significatives de la vie littéraire et artistique de notre\npays, où Fernand Severin, Franz Ansel signèrent tant de poèmes\nélevés et purs, où apparurent pour la première fois et se firent\nconnaître les noms aimés de tant de poètes de race appartenant\nà notre génération, Charles de Sprimont, Thomas Braun, Victor\nKinon, Pierre Nothomb, bien d'autres encore!\n     Durendal venait, du reste, à son heure. La Jeune Belgique,\ndont la généreuse et féconde initiative avait marqué l'éveil de\nnotre conscience littéraire, allait bientôt cesser de paraître.\nL'Art Moderne, revue très vivante, très brillamment conduite\net dirigée, limitait plus spécialement son activité dans le domaine\nde la pure critique d'art. Il est d'ailleurs hors de doute que les\ngrands recueils périodiques, qui, préoccupés de scruter tous les\nproblèmes d'intérêt actuel, embrassent pour ainsi dire l'ordre\nentier des connaissances humaines, politique, religion, histoire,\nsciences, etc., ne peuvent attribuer à l'art qu'une place mesurée\net restreinte et que, d'autre part, les publications s'occupant\nd'un art spécial, avec une tendance assez naturelle à envisager\nle détail technique, versent souvent dans l'érudition pure,\ns'adressant surtout à un public de professionnels et d'initiés.\n     Durendal, au contraire, fut excellemment une revue d'art,\ndans le sens large du mot, considérant en effet l'art sous toutes\nses formes, dans tous ses modes d'expression. Évitant soigneu-\nsement l'écueil d'une érudition trop appuyée, elle ne cessa\ncependant de conserver une tenue très haute, notamment par\ncette partie bibliographique si riche, si documentée, si complète,\nrépertoire instructif et intelligemment commenté de tout ce qui\ns'est écrit d'intéressant pendant vingt années non seulement en\nFrance et en Belgique, mais encore à l'étranger. C'est également\nun plaisir pour moi de rappeler ici l'intérêt tout spécial que\nDurendal manifesta en tout temps pour l'art musical et de\nsignaler dans ce domaine, indépendamment de ma part de colla-\nboration, tant d'articles remarquables, tant d'études de saine et\nforte critique dus à la plume de L. Wallner, Ernest Closson,\nCh. Martens, J. Ryelandt, l'abbé Verhelst, etc.\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "                            SOUVENIRS                            81\n\n      Pourrai-je citer ici quelques-uns des traits caractéristiques\nqui composaient la physionomie de notre ami regretté? L'abbé\nMœller fut certes un combatif. Entre autres souvenirs, on se\nrappelle la fougue emportée avec laquelle il livra bataille à\nBrunetière, dont le pessimisme autoritaire, affirmant ex cathedra\nla faillite de l'art, eut le don de l'exaspérer. Mais l'abbé n'eut\njamais le tempérament d'un véritable critique. Ses enthou-\nsiasmes juvéniles à propos de l'oeuvre préférée jaillissaient\ngénéralement du fond de son âme, pleins et entiers, sans l'ombre\nd'une restriction ou d'une réserve. Il aimait ou il détestait, sem-\nblable sous ce rapport au grand philosophe catholique qu'il\nadmirait si profondément, Ernest Hello, esprit supérieur, pla-\nnant à l'aise sur des sommets sublimes d'où son regard d'aigle,\nplongeant de très haut et perçant les nues des contingences,\napercevait nettement les tares et les misères de l'humanité, mais\nqui, en matière de critique littéraire, se montra maintes fois si\npeu perspicace à force de vouloir l'être trop.\n      Si, en littérature, l'abbé était bien de son époque, affection-\nnant surtout les écrivains et les poètes contemporains, favorable\ndu reste aux initiatives novatrices, aux esprits chercheurs et\nindépendants soucieux de découvrir des sentiers non encore\nbattus, en musique, au contraire, il marquait une préférence\nsensible pour les expressions d'art immortalisées par les grands\ngénies classiques, admirant par-dessus tout Bach et Beethoven\ndont, chaque fois qu'il venait passer la soirée dans mon « home »,\nil me demandait de lui interpréter au piano une symphonie ou\n une sonate. Dans la- production belge contemporaine, c'est\n d'ailleurs à Edgar Tinel, notre grand musicien traditionaliste,\n qu'il parut toujours s'intéresser le plus vivement.\n       Au reste, on se ferait une idée incomplète de l'abbé Mœller,\n si on voulait le considérer et l'apprécier exclusivement dans ses\n fonctions de directeur de revue. Les relations multiples et\n étendues, qu'il entretenait à Bruxelles avec les différents groupes\n de la société, le mirent à même d'exercer en maintes circonstances\n une sorte d'action morale qui ne fut pas dénuée d'importance.\n Sa bonhomie souriante, sa gaieté familière, sa souplesse d'adap-\n                                                                  6\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "82                         DURENDAL\n\n\ntation, la candeur de ses enthousiasmes et surtout sa large tolé-\nrance à l'égard de toutes les opinions philosophiques ou reli-\ngieuses lui donnaient accès dans les milieux intellectuels les\nplus divergents d'idées et de tendances, et il ne manquait point,\nle cas échéant, de semer une bonne parole, dissipant, lorsque\nc'était nécessaire, plus d'une prévention injustifiée. Dans ses\nmoments d'expansion, il avait une tournure d'esprit amusante,\nse traduisant souvent en saillies piquantes, en boutades pleines\nde saveur. Il rencontre un jour dans la rue une dame inconnue,\nqui juge opportun de l'interpeller en s'écriant : « Vive Ferrer! »,\nà quoi l'abbé se borne à répondre joyeusement et d'un ton\nconvaincu : « A bas la calotte! madame. »\n     Aux premiers jours de la catastrophe mondiale, l'abbé\nMceller témoigna d'un optimisme superbe, plein de confiance\ndans la victoire de la cause la plus magnifique pour laquelle\non ait jamais combattu, et la force inébranlable de cette con-\nviction, il s'attachait à la faire pénétrer dans l'esprit de tous\nceux qui l'entouraient. Plus tard, ses dispositions changèrent.\nN'ayant naturellement point consenti à plier sa noble Durendal\naux exigences d'une censure insolente et profanatrice, il se\ntrouva soudainement destitué de ce qui pour lui représentait\nla plus précieuse source de réconfort, cette revue dont il était\nl'âme et où il avait concentré toutes ses joies, tout l'intérêt de\nsa vie. Là se trouve assurément une des causes principales de\nsa mort. Un grand nombre de ses amis étaient loin. Aux autres\nil consignait sévèrement sa porte, et cette attitude si contradic-\ntoire avec sa nature foncièrement cordiale et affectueuse était\nun indice sûr de la profonde dépression physique et morale qui\nle minait.\n     Quelques semaines encore, et il aurait pu saluer, avant de\nmourir, le retour triomphal de notre Roi et de -nos armées\nvenant recueillir, en un jour d'indicible émotion, la récompense\ndu geste le plus sublime que l'histoire ait consigné depuis les\ntemps héroïques de Marathon. Dieu ne l'a pas voulu. Je\nregrette vivement la disparition de l'abbé Mœller qui fut\npour moi, dans les bons comme dans les mauvais jours, un ami\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 412, "texte": "                           SOUVENIRS                           83\n\ntrès dévoué, intimement mêlé à une notable période de ma vie\nlittéraire et artistique. Je regrette non moins vivement la dispa-\nrition de Durendal, à laquelle j'eus si longtemps l'honneur de\ncollaborer et où, pendant près de dix-sept ans, j'ai tâché de\nmettre le meilleur de moi-même.\n                                        GEORGES DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-026", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 84, "page_fin": 86, "titre_corps": "Inauguration du mémorial de l’abbé Mœller", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hél.-Th. Braun", "ancre_debut": "INAUGURATION DU MÉMORIAL DE L'ABBÉ MŒLLER Le 8 octobre 1918", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 1914, "texte": "INAUGURATION DU MÉMORIAL DE L'ABBÉ MŒLLER\n\n\n       Le 8 octobre 1918, à 2 h. 1/2, « heure belge », ainsi que le\n portait une invitation dactylographiée, quelques amis de l'abbé\n Mœller s'étaient réunis au cimetière de Calevoet pour procéder\n à la translation de sa dépouille mortelle.\n      Née d'une touchante et pieuse fidélité, cette cérémonie\n avait revêtu un caractère de furtive et profonde tristesse, —\n celle-là même qui pénétrait toutes nos réunions du temps de\n l'occupation, où l'on cachait avec pudeur ses deuils comme ses\n joies.\n      Mais, sans doute, tandis que le canon ébranlait les hauteurs\n pleines d'échos du sud de Bruxelles, déjà le grand souffle de la\ndélivrance traversait prodigieusement les âmes...\n      Il fallut cependant attendre deux ans encore, jusqu'au\n 13 novembre 1920, et que fussent revenus de l'exode les nom-\nbreux amis de l'abbé Mœller, pour que pût s'élaborer et se réa-\nliser cette pensée initiale du mémorial auquel avaient songé, dès\nlors, les fidèles du dedans en l'absence de ceux du dehors.\n      Une pierre, une inscription, une croix s'élevant au lieu\nchoisi, devaient dire sans emphase et sans phrases ce qu'avait\nété le cœur de l'homme et du prêtre qui dormait là, afin qu'en\nfussent réchauffés une fois encore ceux qu'il avait connus, sou-\ntenus, aimés. Et ce devait être, pour ces derniers, en même temps\nque l'accomplissement d'un pieux devoir, une sorte de réconfort,\nde compensation au sortir du long et pénible exil, que cette\nheure de revivance cordiale où, amis si opposés et si divers, se\nreconnaissant ou se connaissant enfin, ils échangeraient devant\nla tombe de leur ami commun quelques-unes de ces paroles\ngraves, émues et chaudes, par lesquelles les hommes commu-\nniquent avec le multiple et unique et secret idéal.\n      ... Des paroles qui fissent vibrer le meilleur de nos âmes et\ncapables de ranimer le feu sur lequel la guerre et toutes ses\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "       INAUGURATION DU MÉMORIAL DE L'ABBÉ MŒLLER                 85\n\n\ndésillusions — dont la moindre ne fut pas la paix — ont jeté\ntrop de cendres.\n      Ce furent d'abord les paroles de la liturgie chrétienne en\ncette pauvre église faubourienne de Calevoet, église provi-\nsoire si tapie, si perdue aux abords de la grand'route, que la cir-\nculaire d'invitation avait dû mentionner les numéros de la\nchaussée entre lesquels on la pouvait découvrir... Il était du\ndestin de cet homme pauvre qui réalisa cependant de tout l'élan\nfougueux de son désir la parole du psalmiste : «Seigneur, j'ai\naimé la beauté de votre maison... », que sa dernière messe fût\nchantée entre les quatre murs bariolés et nus d'une église tota-\nlement disgraciée.\n      Il y songeait sans doute, cet officiant qui dépassait les\nautres de son chef auréolé de mysticisme, l'abbé Cuylits.\nAlternée aux répons cahotants des chantres, sa voix déversait\nl'espérance et la miséricorde divines sur le modeste catafalque\nque rehaussaient seules la barrette et l'étole déposées sur le\ndrap noir.\n     Symbolique aussi, au sortir de l'église, par cette glaciale\nmatinée, la théorie de ceux qui s'en allaient, glissant sur les\npavés gras et ronds de la chaussée, vers la dernière demeure\ndu fondateur de Durendal.\n     Dos courbés, collets relevés, ils affrontaient la morsure de la\nbise, comme jadis celle de la médiocrité, aux temps besogneux\ndes débuts de la littérature belge.\n     Et puis, c'est à travers le cimetière, un cimetière bourgeois\net cossu étage aux flancs d'une sablonnière, la montée, la montée\ntoujours vers l'esplanade qui soudain domine tout un paysage\nfrémissant et serein, un coin de pays brabançon, des maisons\nbasses, agenouillées au bord des routei entre les haies de hauts\npeupliers, doux pays qu'aimèrent nos peintres, depuis Breughel\nl'Ancien jusqu'à Valérius de Sadeleer.\n     Et les fronts se découvrent devant la croix celtique,\ntrès pure, très noble de ligne, qui barre cet horizon quasi\nreligieux.\n     L'abbé Mœller nous groupe ici, une fois encore, pèlerins\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1753, "texte": "86                          DURENDAL\n\n\nqu'il ralliait jadis et entraînait vers les hauteurs de l'art pour\nDieu.\n      Et nous rejoignons à travers la brèche, par delà le trou que\nfit en chacun de nous la guerre, sa personnalité forte et per-\nsuasive. Ce qu'elle a été, ce que beaucoup d'entre nous lui\ndoivent, fut redit ici excellemment.\n      S'arrachant au labeur difficile de la formation d'un nouveau\ncabinet, Henry Carton de Wiart tint à relier le passé au présent,\nenexprimant son hommage à l'initiateur, à l'animateur de toute\nune fervente jeunesse. Il rappela aussi qu'amoureux de son\npays, l'abbé ne croyait pas qu'un artiste ou un écrivain pût se\ndésintéresser de la chose publique. Et il nous prouvait que la\nréciproque peut et doit être vraie.\n      Pierre Nothomb fit ensuite, avec tout son cœur, le récit\nde ses débuts littéraires et de la part qu'y eut le bon abbé. Et\nrappelant aux jeunes gens la tâche immense, ardue, qui les\nattend aujourd'hui, lui aussi en appelait à ces énergies natio-\nnales, qu'il s'emploie de toute son âme à soulever...\n      Après quelques mots de remerciements, exprimés par le\nprofesseur Mceller au nom de la famille, M. Léopold Rosy, direc-\nteur du Thyrse, vint déposer une gerbe de fleurs sur la dalle du\nmonument. Ses paroles émues furent l'hommage d'une géné-\nration littéraire à l'un de ses aînés, et un bel exemple de\nsolidarité.\n      Et comme aux jours tragiques d'octobre 1918, un grand\nsouffle d'espoir saisissait à nouveau les coeurs. Orateurs et audi-\nteurs, debout et tête nue sous la rafale qui, à présent, sévissait,\napparaissaient comme des témoins de fidélité qui ne laisseraient\npas se rouiller au fourreau le glaive légendaire.\n                                           HÉL.-TH.   BRAUN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-027", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 87, "page_fin": 91, "titre_corps": "Mémorial abbé Mœller : Comité et liste des souscripteurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "MÉMORIAL ABBÉ MŒLLER COMITE Présidents", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1088, "texte": "MÉMORIAL ABBÉ MŒLLER\n\n                              COMITE\n\n    Présidents: MM. Henry CARTON DE WIART et Jules RENKIN, mi-\n                       nistres d'Etat.\nVice-présidents : MM. le comte D'ARSCHOT et VERLANT.\n    Secrétaire:    M. BAUTIER, Pierre.\n     Trésorier:    M. POILS, Jean-François.\n\n     Membres      MM. ANSEL, F.; BRAUN, Thomas; BULENS, Charles;\n                         DE GOLESCO, G.; DELCOMMUNE, Alexandre;\n                         DESTRÉE, dom Bruno, O. S. B. ; DE VISAN,\n                         Tancrède ; DEVREESE, G. ; DIDERRICH, Norbert ;\n                         DULLAERT, Maurice; FIERENS-GEVAERT, H.;\n                         GILBERT, Eugène; GOFFIN, Arnold; HENNE-\n                          BICQ, José; HORN, Max; JANSSENS, Joseph,\n                         Anvers; KINON, Victor; LAGAE, Jules;\n                         NOTHOMB, Pierre; OUVERLEAUX - LAGASSE.\n                         RYELANDT, J. ; STAMESCHKINE, Constantin ;\n                         VAN DEN BOSCH, Firmin ; VERHAEREN, Alfred ;\n                         VINÇOTTE, Th. ; VIRRÈS, Georges.\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2191, "texte": "MONUMENT ABBÉ MŒLLER\n       LISTE DES SOUSCRIPTEURS\n\n    S. M. LE Roi ALBERT DE BELGIQUE.\n      MM. AGEORGES, Joseph, Paris; ANSEL, Franz, chef de division au minis-\ntère des sciences et des arts, Bruxelles ; ARENDT, Albert, ingénieur, Marchin ;\nARNOLD, Bruxelles ; D'ARSCHOT, comte, Bruxelles.\n      MM. BACHA, Eugène, conservateur des manuscrits à la Bibliothèque\nroyale ; BAUTIER, Pierre, avocat, docteur en philosophie et lettres ; Mlle BAU-\n                 lle\nTIER, Léonie ; M     BAUTIER, Marie ; MM. BEAUCK, François, artiste peintre ;\nBEAUQUESNE ; BECK, François, ingénieur ; BEKAERT, Alfred, agent commer-\ncial ; BEKAERT, Maurice, docteur en droit ; BERTHET-ESQUIROL, Adolphe,\nhomme de lettres, Lyon ; BESME, Georges, Bruxelles ; BETTON, Joseph, abbé,\nSaint-Paul-Trois-Châteaux, Drôme ; BORDEAUX, Henry, de l'Académie fran-\nçaise, chalet du Maupas, à Cognin (Savoie) ; BONDUELLE, Paul, architecte,\nBruxelles; BOSMANS, Jules, conseiller de la Cour; BRASSINE-DE BOECK,\nEdouard; BRAUN, Thomas, avocat; BRIGODE, Georges, avocat; BRUY-\nLANDTS, G., professeur à l'Université de Louvain ; BUISSERET, René, procureur\ndu Roi, Nivelles; BULENS, Charles, éditeur, Bruxelles; BUSCHMANN, directeur\nde l'Art flamand et hollandais, Anvers.\n     MM. CAMBIER, Fernand, notaire et bourgmestre, Walcourt ; CARDON,\nCharles-Léon, membre de la Commission des Musées; CARTON DE WIART,\nHenry, ministre d'Etat ; CARTON DE WIART, chevalier Edmond ; CHARDOME,\nEmile, ingénieur, Verviers ; CHARDOME, Emile, professeur, Valparaiso ; COORE-\nMAN, Gérard, ministre d'Etat ; CORNIL, Léon, chef du cabinet du ministre de la\njustice; CROKAERT, Henri, notaire, Bruxelles; CROUSSE, Norbert, ingénieur;\nCUPPENS, Auguste, curé, Loxbergen (Haelen) ; CUYLITS, Paul, curé.\n  MM. D'AOUST, Paul, avocat ; DASSET-MARLIER, Eugène, ingénieur ; DEBAI-\nSIEUX, Théophile, professeur à l'Université de Louvain, Louvain ; D E BAVAY,\nGustave-Paul, conseiller honoraire à la Cour de cassation ; D E BOECK, Pierre,\nindustriel ; D E BUGGENOMS, Liége ; D E CLERCK, Maurice, négociant, Evergem\nlez-Gand ; DE COPPIN DE GRINCHAMPS, baron Ultain, château de Melroy, par\nVezin (Namur) ; M me DE CRAENE DE SURMONT, Courtrai ; MM. D E CONINCK,\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "                      MONUMENT ABBÉ MŒLLER                               89\n\nGeorges, avocat ; Mme la baronne DE FIERLANT-DORMER ; Mme Gaston DE GER-\nLACHE DE GOMERY, Boitsfort ; MM. DE GOLESCO, Georges, critique d'art,\nBruxelles; DELATTRE, docteur; DELCOMMUNE, Alexandre; D E MAERSCHALCK,\nMartial, publiciste, Bouges (Namur) ; DE PRÉMOREL, Adrien, homme de\nlettres, Nassogne; D E RIDDER, Emest, juge au Tribunal de 1re instance,\nAnvers; DE SADELEER, Paul, avocat; baron DESCAMPS, Ed., professeur à\nl'Universiié de Louvain, sénateur; DESCAMPS, Pierre; D E SMET, Aug., aqua-\nrelliste ; DESTRÉE, député, ministre des Sciences et des Arts, Marcinelle;\nDE STREEL, Paul; DE TRANNOY, baron, Hof ter Bruelen, Tongerloo; DE\nVISAN, Tancrède, homme de lettres, Lyon ; DEVOS, R. ; DEVREESE, God.,\nstatuaire, Schaerbeek ; DEWIT, Albert, libraire ; D'HOOP, Ernest, ingénieur ;\nDIDERRICH, Norbert, ingénieur ; DRESSE-DELLOYE, Edm., consul dt Dane-\nmark, Liége ; DUBOIS, Ernest, directeur de l'Institut supérieur de commerce,\nmembre du Conseil colonial, Anvers ; Mlle DUBOIS, Fernande, artiste bro-\ndeuse; MM. DUBOST, Ed., sénateur; Mme DUGNIOLLE, MM. DUJARDIN-\nDANSAERT, DULLAERT, Maurice, directeur général au ministère de la justice;\nM me DUPONT-THIÉRY.\n     MM. EEMAN, Albert, procureur général près les juridictions mixtes,\nAlexandrie (Egypte) ; EEMAN, Ernest, conseiller à la Cour d'appel mixte\nd'Alexandrie, Bacos, Ramah (Egypte) ; EREMANS, Adolphe, marbrier,\n     MM. FIERENS, Laurent, avocat, Anvers ; FIERENS-GEVAERT, conservateur\ndes Musées de peinture.\n     MM. GERARD-WÉGIMONT, Pierre, juge de paix ; GILBERT, Eugène, homme\nde lettres, château de Tailfer, par Lustin; GILON, Ivan, avocat; GOFFIN,\nArnold ; GOFFIN, Romain, receveur des droits maritimes, Mont-Saint-Amand\nlez-Gand ; GOYAU, Georges, Le Breuil-en-Auge, Calvados (France) ; GROU-\nTARS, A., Bruxelles.\n     MM. HALFLANTS, Joseph, juge de paix ; le chanoine HALFLANTS, Paul,\nKoekelberg; HALLET, Max, député; Mlle HARMIGNIE, Madeleine, Mons;\nMlle HAZARD, Marie; MM. HORN, Max, commissaire du Gouvernement;\nHOUTART, Francis, avocat ; HYNDERICK DE GHELCKE, chevalier Charles.\n      MM. JANSSEN, baron ; JANSSENS DE VAREBEKE, Félix, docteur en droit ;\nJANSSENS DE VAREBEKE, Joseph, artiste peintre, Anvers; JOERGENSEN,\nJohannes, littérateur, Assise (Italie) ; JOURDAIN, Jules, statuaire.\n      M lle KALCHER, Marthe; MM. KIERE-MEUNIER, Alfred; KINON, Victor,\ndirecteur général au ministère de la justice, Watermael; KRAINS, Hubert,\nlittérateur.\n      MM. LAERMANS, Eugène, artiste peintre ; LA FONTAINE, Henri, avocat,\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2641, "texte": "                                  DURENDAL\n90\n\n vice-président du Sénat ; Mlle LA FONTAINE, Léonie ; MM. LAGAE, Jules, sta-\n tuaire ; LAGASSE-DE LOCHT, directeur général des ponts et chaussées ;\n                                                   lles\n LECLERCQ, Jules, conseiller à la Cour d'appel ; M      LEFÈVRE, Clotilde et Elisa;\n MM. LEGRAND, Georges, professeur, Namur; LEPREUX, Orner, vice-gouverneur\n de la Banque Nationale; LE ROY, Grégoire; L'HOIR, Dirix, Anvers; LOM-\n BAERTS, Ed., abbé, Anvers; LOWET, conseiller à la Cour d'appel ; LuYSSEN\nCh., procureur du Roi f.f., Niangara (Congo belge).\n      MM. MABILLE, Léon, professeur à l'Université de Louvain, Le Rœulx ;\n MAETERLINCK, Maurice, « Les Abeilles », Nice ; MARLIER, Albert-J.-G. ; MAR-\nTENS, Ch., homme de lettres, château de Kerkom, par Roosbeek; MATHÉLIN,\nPierre-L., ingénieur, Is-sur-Tille (Côte-d'Or) ; MATTON, Arsène, statuaire;\n Mlle MAURISSEN, Léontine ; MM. MŒLLER, Alphonse, docteur en médecine ;\nMŒLLER, Charles, professeur émérite; MOLLER, Axel, professeur, docteur en\ndroit, Nolte (Danemark) ; Mlle MŒLLER, Hélène.\n      MM. NED, Ed., homme de lettres; NÉRET, Gaston, négociant, Paris;\nNESMY, Jean, Troyes ; NOTHOMB, Pierre.\n      M. et Mme ORTS, Camille; M. OUVERLEAUX-LAGASSE, notaire.\n      MM. PAVOUX, ingénieur; PECKERS, Nicolas, recteur du Collège Saint-\nMichel, Bruxelles ; PELS, Léopold, agent de change ; Mlle PITSCH, Valentine,\npianiste, professeur au Conservatoire, Mons; MM. POILS, Jean-François,\narchéologue; PONS, Achille, Jette-Saint-Pierre; POSKIN, Achille, médecin\nconsultant aux Eaux de Spa ; POULLET, Prosper, président de la Chambre des\nreprésentants.\n      M. QUINTIN, Paul, avocat à la Cour d'appel.\n      MM. RENKIN, Jules, avocat, ministre d'Etat ; RYELANDT, Joseph, compo-\nsiteur de musique, Bruges.\n      Mme SALIE-BAUTIER-, Mons ; MM. SAND, Robert, homme de lettres ; SER-\nVAES, Albert, artiste peintre, Laethem-Saint-Martin ; SILVERCRUYS, Robert,\nattaché de légation à Washington ; SIMONIS, André, Verviers ; SOENENS, Albert,\nconseiller à la Cour d'appel ; SOHIER, Georges, notaire, Anvaing ; STAMESCH-\nKINE, Constantin.\n     M. THÉODOR, avocat; Mme 'T SCHARNER-BERNIER D'HONGERSWAL,\ndouairière.\n     MM. VAN CAILLIE, Donat, avocat, Bruges ; VAN DEN BOSCH, Firmin, juge\naux tribunaux mixtes d'Egypte, Le Caire ; VAN DEN STEEN DE JEHAY, Jean ;\nVAN DER MEERSCHEN, Eug., avocat; VAN DER MEYLEN, Maurice, homme de\nlettres ; VAN DER REST, Léon, gouverneur de la Banque Nationale de Belgique ;\n                                                             me\nVAN DER STRAETEN-BEST, Clément, agent maritime; M                VAN DE WALLE\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 636, "texte": "                       MONUMENT ABBÉ M Œ L L E R\n                                                                           91\n\nDE GHELCKE,       née Vander Plancke, Vijve-Capelle-Sainte-Croix, Bruges;\n  lles                                  me\nM      VAN HAMME, Marie et Alice; M VAN GROENENDAEL, Sittard (Lim-\nbourg hollandais) ; MM. VAN MONS, VAN OEST, éditeur; VERHAEREN, Alfred,\nartiste peintre ; Mlle VERSTEYLEN, Berthe, château de Casteleyn, par Turnhout ;\nMM. VINÇOTTE, Thomas, sculpteur; VIRRÈS, Georges, homme de lettres,\nLummen (Limbourg).\n     MM. WARNIER, Jules, entrepreneur; WOLFERS, Philippe, statuaire;\nWYSEUR, Marcel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-028", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 92, "page_fin": 93, "titre_corps": "Le Prix Henry Mœller", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Le Prix Henry Mœller La famille de l'abbé Henry", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1619, "texte": "Le Prix H e n r y M œ l l e r\n\n   La famille de l'abbé Henry Mceller lui ayant remis les sommes\ntrouvées chez le défunt et qui étaient réservées par lui à la con-\ntinuation de son œuvre, le comité de rédaction de Durendal a\ndécidé à l'unanimité de consacrer cette somme, jusqu'à épui-\nsement du capital et des intérêts, à la fondation d'un prix\nlittéraire.\n   Dès janvier 1920, la note suivante fut communiquée à la\npresse :\n   A la mémoire du fondateur et directeur de Durendal, il est\ncréé un prix Henry MœUer, d'une valeur de 1,000 francs, qui\nsera attribué tous les trois ans, et pour la première fois en\nnovembre 1920, à un ouvrage artistique ou littéraire d'inspi-\nration catholique, dû à un Belge ou à des Belges.\n   Ce prix sera décerné par un jury composé de MM. Franz\nAnsel, Thomas Braun, Henry Carton de Wiart, Edmond de\nBruyn, Maurice Dullaert, Victor Kinon, Pierre Nothomb, Fir-\nmin Van den Bosch, Georges Virrès.\n   En cas de décès ou de démission d'un des membres de ce\njury, il sera remplacé, si les autres le jugent utile, par voie de\ncooptation. Cette désignation nouvelle ne deviendrait obliga-\ntoire que si le jury ne se composait plus que de quatre membres.\n\n  Réuni le 13 novembre 1920, le jury du prix Henry Mceller,\nse prononçant à l'unanimité, a attribué celui-ci pour la pre-\nmière fois à la revue La Jeunesse Nouvelle, paraissant à Louvain.\n  Il fit connaître cette décision à M. Luc Hommel et à ses amis\npar la lettre suivante :\n\n                 CHERS AMIS,\n\n  Nous sommes heureux de vous communiquer le procès-verbal\nde la séance que nous venons de tenir. L'abbé Mceller eût aimé\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 446, "texte": "                 LE PRIX HENRY MŒLLER                 93\n\ncomme nous votre œuvre, et nous sommes certains que les\nespoirs que nous déposons en vous ne seront pas déçus.\n  Veuillez croire à nos sentiments bien affectueux.\n              THOMAS BRAUN, MAURICE DULLAERT,\n      PIERRE NOTHOMB, VICTOR KINON,     GEORGES VIRRÈS.\n  MM. Franz Ansel, Edmond de Bruyn, Henry Carton de Wiart\net Firmin Van den Bosch avaient exprimé leur suffrage par\nécrit.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1921-livraison01-029", "volume": "ELB-AML-484382-1921_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1921_f.pdf", "ocr_sha256": "7bbd9f6c534ee5e24c402ebd66e9461ab2d36d3d68eea799d5304aaf46df0992", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 94, "page_fin": 94, "titre_corps": "Les tables de Durendal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les tables de Durendal Sous les auspices de l'Association", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1082, "texte": "Les tables de Durendal »\n\n   Sous les auspices de l'Association des Conservateurs des\nArchives, des Bibliothèques et des Musées de Belgique, M. Léon\nGoffin a publié pendant la guerre, dans la collection des Tables\nde Revues belges, les tables des tomes I à XV (1894-1908) de\nDurendal. Elles comprennent :\n   1° Une table analytique des matières, qui renvoie à la table\ndes articles et des illustrations ;\n   2° Une table des articles et des illustrations, par noms d'au-\nteurs et anonymes ;\n   3 0 Une table des comptes rendus, où les travaux analysés\nsont classés aux noms de leurs auteurs.\n   M. Léon Goffin se propose de compléter ce patient et précieux\ntravail par la publication des tables des dernières années de\nDurendal (1909-1914).\n   Nous sommes assurés de répondre au vœu de nos abonnés\nen mettant à leur disposition, au prix de deux francs l'exem-\nplaire, les Tables dressées par M. Goffin.\n   Ils pourront aussi, en s'adressant à M. Eugène Bacha, fon-\ndateur de la Collection, 83, avenue Montjoie, à Uccle, obtenir\nultérieurement les tables des années 1909-1914.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 6, "texte": " DURENDAL\n               REVUE C A T H O L I Q U E\n\n        D'ART ET DE L I T T É R A T U R E\n\n\n\n\n             FASCICULE\n                    DÉDIE A LA MÉMOIRE\n\n                                   DE\n\n\n            L'ABBÉ HENRY M Œ L L E R\n\n\n\n\n                           DIRECTIONS :\n    BRUXELLES                                          PARIS\n55, rue de la Source, 55                          2, rue Lecourbe, 2\n\n                                                            ie\n     IMPRIMERIE SCIENTIFIQUE CHARLES B U L E N S & C\n                            (SOCIÉTÉ   ANONYME)\n\n\n                 75, rue Terre-Neuve, Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 7, "texte": ""}, {"page_pdf": 8, "texte": "         L'abbé H e n r y Moeller\n\n               LE vendredi 12 novembre, un groupe de quelque\n                soixante ou quatre-vingts personnes — où je\n                pense bien que toutes les nuances de l'arc-en-ciel\n                philosophique, social et politique étaient repré-\n                sentées — se réunissait au cimetière communal\n                de Saint-Gilles, afin d'inaugurer un mémorial,\n                érigé par souscription, sur la tombe de l'abbé\nHenry Mœller. Le modeste monument est placé au point\nculminant du cimetière, d'où se découvre dans toute son\nampleur un bel horizon champêtre aux lignes ondulées et\nharmonieuses, et les rayons d'un pâle soleil d'automne, filtrés\nau travers d'une brume légère, faisaient vivre, à cette heure,\nle paysage brabançon d'une vie recueillie et presque mystique.\n   Le mémorial est une œuvre de style, qui fait honneur à l'archi-\ntecte Bonduelle : une croix massive, en granit très clair, d'un\ndessin fruste et sobre, rappelant certaines croix celtiques. Au\npied de cette croix, une grande dalle, du même appareil, portant\ncette inscription : « L'abbé Henry Mœller, directeur de Durendal,\nrevue d'art et de littérature. » Le sculpteur y a ajouté, gravé\ndans la pierre, le blason de Durendal : « Un bras armé brandis-\nsant une épée dans un orbe de lumière d'or ».\n   Le public n'a pas connu l'abbé Mœller. Mais, dans le monde\ndes lettres et des arts, sa loyauté d'esprit et sa noblesse de carac-\ntère, son effort infatigable et désintéressé pour répandre le goût\nde la poésie et des belles choses, avaient créé autour de cette\npersonnalité originale une atmosphère de sympathie et de cor-\ndialité et lui avaient conquis de franches et nombreuses amitiés.\n   Pour Henry Mœller — et c'est ce qui avait déterminé la\nvocation ecclésiastique chez ce fils et petit-fils de savants et\nd'universitaires — la beauté et la foi ne faisaient qu'un.\n« L'objet de l'art, disait-il, c'est la beauté. L'objet de la religion,\n"}, {"page_pdf": 9, "texte": "6                           DURENDAL\n\n\nc'est Dieu. Or, Dieu, c'est la beauté essentielle et parfaite. Donc,\nl'objet de l'art se confond avec celui de la religion. »\n   Jeune encore, il publiait une étude intitulée Philosophie du\nBonheur, et sa thèse était celle-ci : le bonheur consiste à réaliser\nson idéal. Ce mot d'« idéal » revenait souvent sous sa plume et\nsur ses lèvres. Il aurait voulu qu'au lieu de s'aborder par cette\nformule banale et insignifiante : « Comment allez-vous? », les\nhommes et les femmes, en se rencontrant, se demandassent, en\nguise de salutation : « Comment va votre idéal? » Dois-je dire\nque sa tentative n'eut qu'un médiocre succès?\n   Ce fut une œuvre d'idéal que cette revue de Durendal, fondée\nen un soir d'enthousiasme, à laquelle il consacra vingt ans de\nsa vie, et que l'on enterra avec lui — car l'un ne s'expliquait plus\nsans l'autre. Ce que cette revue apporta de rayonnement, de\njeunesse et de talents nouveaux à nos lettres belges, on en trouve\nla preuve, voire la surprise, en consultant les Tables de Durendal\npubliées pendant la guerre par M. Léon Goffin, de l'Université\nde Gand.\n   Ce fut aussi une œuvre d'idéal que ce Salon d'art religieux,\nde 1900, dont il eut l'idée et assuma le soin, et qui marqua une\ndate dans l'histoire de nos expositions bruxelloises.\n   Sa critique était toujours bienveillante. Elle réalisait ce\nconseil de Winkelman : qu'il faut s'attacher à découvrir les\nbeautés d'une œuvre avant que d'en rechercher les défauts,\nparce que, si la critique négative peut être moralisatrice, seul\nl'amour est une puissante créatrice.\n   Il avait aussi l'amour de son pays, ne croyant pas qu'un\nartiste ou un écrivain pût se détacher de la chose publique. Il\ns'y intéressait avec ardeur, avec passion, allant volontiers du\ndithyrambe à l'invective — car les extrêmes ne l'effrayaient\npas — mais animé toujours d'une si admirable bonne foi ! Quand\nle pays fut assailli, il souffrit de ses souffrances. Tant d'abomi-\nnations et d'horreurs déconcertaient son entendement... Et\npuis, cette guerre déchaînée, c'était son arme à lui, Durendal,\nbrisée entre ses mains. Il se replia sur lui-même — tout le temps\nde l'occupation — devenu sombre et un peu farouche, et il\n"}, {"page_pdf": 10, "texte": "                     L'ABBÉ HENRY MŒLLER                           7\n\n\n mourut le 17 septembre 1918, à l'aube même de la Victoire.\n    Un de ses traits caractéristiques fut le culte de l'amitié. Il en\n avait le don et le sens profond. Ceux-là le savent qui fréquen-\n taient dans sa modeste chambre de la rue du Grand-Cerf ou\nde la rue de la Source, toute encombrée de livres et toute par-\n fumée de son vieux tabac d'Obourg — et qui ont connu à quel\n point il était serviable, désintéressé, discret, et d'une bonté\n foncière qui complétait en quelque sorte toutes ses autres qua-\nlités. Ceux-là le savent qui recevaient ses lettres d'une écriture\n serrée et intarissable. Il correspondait avec tous les collabora-\n teurs de sa revue — voire avec tous ses abonnés. Il fut en rela-\n tions épistolaires avec de grands écrivains tels que Mistral,\n Sienkiewicz, Joergensen, J.-K. Huysmans. Pour nos jeunes, il\n fut un bon conseiller, et souvent un animateur. A ne songer\n qu'aux morts, son action fut profonde sur les destinées litté-\n raires de ce délicieux poète Charles de Sprimont, qui ne fit,\n hélas! que passer dans la vie, et de ce noble esthète que fut Dom\nBruno Destrée.\n    Comme il aurait compris et aimé nos jeunes gens d'aujourd'hui\nrevenus de la guerre, et forgés à l'école des sacrifices les plus\nrudes! Sa verve, féconde en boutades, et qui bousculait volon-\ntiers les traditions et les idées reçues, se fût accommodée de\nleur humeur. Mais il les aurait mis en garde, j'en suis sûr, contre\nl'utilitarisme à la mode, et contre une conception matérialiste\nde l'existence. Il n'a pas eu cette joie, et laisse à d'autres ce\ndevoir.\n    Les amis de ce batailleur d'idées, que l'on comparait jadis, en\nmanière de plaisanterie, au bon archevêque Turpin de la légende\ndes Douze Pairs, ont été heureux de voir nos publications d'art\net de littérature s'associer à leur hommage. Eux-mêmes se\nsouviendront de l'abbé Mceller, souvent avec émotion, tou-\njours avec sympathie et reconnaissance. Et ce souvenir les\nencouragera sans doute plus d'une fois à brandir, comme lui,\ndans la lumière d'or, le glaive chevaleresque pour le service de\nl'idéal et la défense de la beauté.\n                                        H. CARTON DE WIART.\n"}, {"page_pdf": 11, "texte": "                       ADIEU\n\n   Vingt-cinq ans de luttes communes — et tant d'heures fer-\nventes, chaleureuses, enthousiastes — vinrent trébucher aux\n bords de cette tombe!\n    Quand Mceller nous joignit en 1892, au temps lointain du\nDrapeau,, il nous apparut tout de suite ce qu'il ne cessa d'être :\nun servant fidèle et passionné de la Beauté, vibrant jusqu'à\nl'exaltation et intrépide jusqu'à l'impétuosité. D'un cœur exquis,\nfraternel et dévoué, il n'avait d'ennemis que les ennemis de\nl'Art. Mais, pour eux, point de quartier. Il les assommait de\nsubstantifs massifs et d'adjectifs sans nuances. Et plus l'adver-\nsaire était notoire et important, plus le verbe retentissait\nsommaire et « définitif ». A combien d'amusantes exécutions\nnous avons assisté ainsi dans cette modeste chambre, surchauf-\nfée et enfumée, de la rue du Lac, où s'élaborait Durendal!\n   Nous ensevelirons Durendal aux côtés de l'« abbé ». Et c'est\njustice : il était l'âme de notre œuvre. Sans lui, elle n'eût pu\nvivre; sans lui, et son labeur ponctuel et journalier, ses rappels\naux collaborateurs, ses attrapades avec l'imprimeur, ses courses\nà l'abonnement et cette correspondance fiévreuse qu'il allait\nlui-même porter à la poste vers le soir et qui s'éparpillait,\nquémandeuse ou vitupératoire, aux quatre horizons. Verhaeren\ndisait de lui : « C'est le marchand de vin de Durendal. » On mau-\ndissait ses obsessions, mais on finissait toujours par s'y rendre,\neu égard au pur et noble zèle qui les lui dictait. Son prosély-\ntisme de beauté lui valut, à côté de l'affectueuse gratitude de\nses frères d'armes, d'illustres relations : J.-K. Huysmans\nl'aimait, et il parvint même à se rendre Léon Bloy propice.\n   D'un désintéressement personnel absolu, il n'avait d'ambition\nque pour l'Art et pour ses amis. Son ardeur d'apostolat se renou-\nvelait au contact de la jeunesse; découvrant les personnalités\n"}, {"page_pdf": 12, "texte": "                             ADIEU                             9\n\nnaissantes, encourageant les talents débutants, il créa à notre\nidéal de sûres et précieuses réserves d'avenir.\n   Ce bon ouvrier de nos lettres nationales est mort dans la\nlourde et noire atmosphère de la patrie encore opprimée. Mais\nau terme d'une agonie solitaire et douloureuse, les Anges de\nBeauté auront cueilli, comme une fleur de choix, l'âme ingénue\net fougueuse de l'« aumônier des lettres catholiques ».\n   Nous, les vieux compagnons de combat de Henry Mœller,\ndéposons en hommage sur sa tombe la gerbe demeurée vivace\nde nos chers souvenirs et confions à sa mémoire tous nos indé-\nfectibles espoirs en la pérennité certaine de la grande cause que\nnous avons servie ensemble.\n                                     FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "LES CLOCHES DE LA VALSOLDA\n               Poèmes pour Fogazzaro\n\n\n\n             Sérénité des choses\nEntre les eaux du lac et la montagne haute,\nLe champ des morts, l'église et le toit des aïeux,\nPour se voir de plus près se serrent côte à côte\nEt se pressent l'un l'autre afin de s'aimer mieux.\n\nDu seuil de la maison jusqu'aux degrés du temple,\nLes pas des vieux parents ont creusé le sentier\nQue suivit après eux, nourri de leur exemple,\nCelui qui devant Dieu fut leur digne héritier.\n\nL'enclos planté de croix garde les humbles restes\nDe ceux dont les grands cœurs dans cette ombre ont battu ;\nEt voici qu'à son tour, ayant chanté leurs gestes,\nLeur dernier fils, le tendre et doux songeur, s'est tu.\n\nIl n'est plus ; et déjà les immuables choses\nNe se souviennent plus qu'il ait jamais été :\nLe toit de tuile rousse et les murailles roses\nBoivent éperdument la flamme de l'été.\n\nComme aux jours d'autrefois, l'eau berce la lumière,\nLes oliviers poudreux sont criblés de soleil :\nIl fut seul à quitter la place coutumière,\nEt, malgré son départ, tout est resté pareil.\n\nVoilà le banc, le seuil usé, la porte basse,\nEt les degrés noircis de l'escalier branlant\nOù, sentant jour à jour son âme un peu plus lasse,\nIl montait chaque fois d'un pas un peu plus lent.\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "            LES CLOCHES DE LA VALSOLDA                  II\n\nDrapant le mur, voilà l'antique passiflore\nQu'il arrosait lui-même avec des soins jaloux,\nEt dont il regardait la fleur mystique éclore\nPour y trouver la Croix, la Lance et les trois Clous.\n\nEt, surgissant du sol où reposent ses proches,\nMoins haut que le cyprès qui semble un clocher noir,\nVoilà le campanile agreste, dont la cloche\nLui sonnait l'angélus de l'aurore et du soir.\n\nMais sa chair périssable est retournée en cendre :\nSes pas ne graviront plus jamais l'escalier\nQui vit, au long des ans, tant de cercueils descendre\nEt s'en aller sans bruit vers l'enclos familier,\n\nVers l'enclos tout voisin de la claire terrasse\nOù naguère, évoquant l'ombre des jours anciens,\nPieusement fidèle aux appels de sa race,\nIl souhaitait mourir comme étaient morts les siens.\n\nPareil au moissonneur qui, la grange remplie,\nS'endort paisiblement au déclin de l'été,\nIl se repose en Dieu : sa tâche est accomplie,\nEt le soir est venu tel qu'il l'a souhaité.\n\nMais se peut-il, Seigneur! vous qui fîtes se taire\nCette voix dont l'accent nous charme et nous soumet,\nQu'un tel coeur ait cessé de battre sur la terre\nEt que rien n'ait changé de tout ce qu'il aimait?\n\n       Ces deux pins sont à lui...\nComme nous regardions, le cœur lourd de tristesse,\nLa maison veuve, hélas! dont la funèbre hôtesse\nAvait clos les volets et verrouillé le seuil,\nUne enfant de seize ans, ayant compris le deuil\nDe ces deux étrangers qui parlaient à voix basse,\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": "12                           DURENDAL\n\n\n     Nous fit signe (et son geste avait la souple grâce\n     Des rameaux d'oliviers qui, dans le verger clair,\n     Se balançaient au souffle insensible de l'air) :\n     « La villa, nous dit-elle, est seule et semble morte ;\n     Mais, puisque vous l'aimiez, j'en ouvrirai la porte. »\n     Puis, appelant son frère, un bambino bouclé :\n     « Va, lui dit-elle avec douceur, chercher la clé...\n     Vous verrez sa maison telle qu'il l'a laissée,\n     Poursuivit-elle, et pleine encor de sa pensée. »\n\n     Alors, elle se mit à nous parler tout bas\n     Du maître disparu, nous racontant, non pas\n     Le héros glorieux, mais les plus humbles choses :\n     Son amour des enfants, sa passion des roses,\n     Les dons qu'il prodiguait aux plus lointains hameaux,.\n     Et quel sûr réconfort il trouvait pour les maux\n     Des plus chétifs, des plus misérables des êtres,\n     Et le culte profond qu'il gardait aux ancêtres.\n\n     Elle nous désignait, d'un air grave et pieux,\n     Le pauvre cimetière où dormaient ses aïeux,\n     Sous le mur de l'église ; et, tendant sa main blanche\n     Vers le vieux campanile où, par ce beau dimanche,\n     Des nuages d'oiseaux entrecroisaient leurs vols,\n     Elle indiquait du doigt deux grands pins parasols\n     Qui, couvrant de leur ombre un enclos solitaire,\n     Reliaient doucement le ciel pur à la terre.\n     Et, de sa fraîche voix de source, qu'aujourd'hui\n     J'entends chanter encor : « Ces deux pins sont à lui ;\n     C'est là qu'il fait la sieste aux jours brûlants », dit-elle.\n\n     O grand cœur, toi qui crus à la vie immortelle !\n     Il aura donc suffi que cette simple enfant\n     T'ait vu rêver parfois au murmure du vent,\n     Pour que, malgré la mort, elle renonce à croire\n     Que tu ne survis pas et que cette ombre noire\n     Des pins harmonieux sous lesquels tu dormais,\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "            LES CLOCHES DE LA VALSOLDA                   13\n\nTu n'y reviendras plus écouter désormais\nLa plaintive rumeur qui fut chère à Virgile!\nAinsi, même enfermée en sa prison d'argile,\nTa belle âme déjà rayonnait à ce point\nQue ceux-là qui t'aimaient ne te pleureront point!\n\nCette enfant disait vrai : le double et sombre dôme\nAbrite et berce encor ton paisible fantôme ;\nEt, si ton toit garda cette sérénité,\nC'est parce qu'en mourant tu ne l'as pas quitté.\n\n\n                 Never more\nIl chantait hier encore, — et les persiennes vertes\nQu'aux premiers souffles du printemps il eût rouvertes\nPour voir blanchir là-bas l'aube sur les sommets,\nIl ne reviendra plus les pousser, plus jamais!\nSes yeux se sont emplis des clartés éternelles :\nIl a mêlé sa cendre aux cendres paternelles,\nEt l'antique maison des vieux Fogazzaro\nN'entendra plus ses pas fouler son noir carreau.\nEn vain, pour l'accueillir, ainsi que chaque année,\nElle avait rafraîchi sa grâce un peu fanée :\nL'étroite et lourde porte aux ais tout vermoulus,\nIl n'en franchira plus le seuil bas, jamais plus...\n\nQue de choses, pourtant, qui semblent rester siennes!\nDe même que, malgré qu'on ait clos les persiennes,\nL'ardent soleil de juin darde une flèche d'or\nA travers l'ombre et la fraîcheur du corridor,\nOn sent errer partout son âme familière :\nSon bâton, qui sonnait sur les degrés de pierre\nDes sentiers gravissant pas à pas le coteau,\nEst là, près de son feutre et de son vieux manteau ;\nMais il ne viendra plus toucher ces pauvres choses...\nPuis, tout enténébrés par les fenêtres closes,\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "14                         DURENDAL\n\n\n     Pareils à des amis rapprochés dans leur deuil,\n     Voilà son encrier, ses plumes, son fauteuil,\n     Et sa Bible latine, et sa lampe fidèle\n     Oui fit s'épanouir tout un monde autour d'elle,\n     Mais dont la douce flamme, éteinte désormais,\n     N'illuminera plus ses veilles, plus jamais...\n\n     Et parmi des papiers qu'en passant sous les portes\n     Un souffle a dispersés comme des feuilles mortes,\n     Un livre reste ouvert, tel qu'il l'a laissé là,\n     Le soir qu'il dut partir de sa chère villa,\n     Un peu triste, et pourtant caressant la pensée\n     Qu'il poursuivrait un jour la page commencée;\n     Nous attardons nos yeux sur les mots qu'il a lus,\n     Mais lui, ne verra plus ce livre, jamais plus...\n     Dehors, l'été rayonne ; et sur l'humble terrasse\n     D'où, par-dessus le lac, notre regard embrasse\n     Les monts dont la grande ombre emplit la Valsolda,\n     Voici la pierre où tant de fois il s'accouda\n     Pour écouter le bruit des vagues argentées ;\n     Mais il n'entendra plus ces eaux qu'il a chantées...\n\n     O matins d'autrefois! ô printemps révolus!\n     Il ne cueillera plus vos roses, jamais plus...\n\n\n                   La visite à Oria\n     La vieille maison rose où mourut votre Ombrette,\n     Si nous l'avions connue au temps où vous viviez,\n     Ouand la fenêtre en fleur de votre humble chambrette\n     S'ouvrait sur les pins noirs et les blancs oliviers,\n     Ah ! nous aurions tous deux franchi son seuil de pierre\n     Pour vous dire en tremblant, à mi-voix, presque bas,\n     Que nous aimions Franco, Louise et l'oncle Pierre,\n     Tous vos chers morts dormant sous les noyers, là-bas...\n     Et vous, qui compreniez si bien le cœur des autres,\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "            LES CLOCHES DE LA VALSOLDA\n\n\nVous nous auriez souri d'un air de bon accueil ;\nEt, pressant longuement nos mains entre les vôtres,\nL'œil éclairé parfois d'une lueur d'orgueil,\nVous auriez écouté nos pauvres mots sans suite,\nDe ces mots que l'on sent n'être pas faits exprès...\nPuis, sous la balustrade aux fûts de terre cuite,\nVous nous auriez conduits au vieux banc de cyprès\nOù, vers le crépuscule, ivre d'angoisse amère,\nPour mieux entendre Dieu, Franco venait s'asseoir,\nOù Piero, plus tard, en songeant à sa mère,\nLaissait son cœur se fondre aux approches du soir.\nIl nous eût vus rêver ensemble, à la même heure :\nLe couchant eût doré l'agreste Valsolda,\nEt les grands murs lépreux de l'antique demeure,\nEt le petit jardin fleuri de réséda;\nComme autrefois, glissant sur l'eau tranquille et bleue,\nLes angélus lointains se fussent confondus;\nEt, montrant des hameaux semés de lieue en lieue,\nVous nous auriez nommé tous ces clochers perdus :\nDasio, Puria, Loggio, San-Mamette,\nEt celui qui m'est cher entre tous, — Castello...\nCependant, sur le mont qui fut votre humble Hymette,\nLa lune aurait surgi, ceinte d'un blond halo :\nAlors, nous vous aurions quitté, mélancoliques ;\nEt, songeant à quel point vous nous resteriez cher,\nNous aurions emporté des fleurs, frêles reliques,\nEt Louise et Franco mêlés à notre chair...\n\n\n              L'humble encens\nDe l'aube au soir, son « petit monde d'autrefois »\nNous a vus, poursuivant par les prés et les bois\nLes héros de son livre et les morts de sa race,\nEt partout rencontrant et vénérant leur trace ;\nEt nous sommes allés jusqu'au Passo stretto,\nOù, par un jour semblable, au revers du coteau,\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "16                         DURENDAL\n\n\n     Leïla vit soudain le bien-aimé paraître\n     Et, dans l'immense émoi qui glaçait tout son être,\n     Dut s'appuyer au tronc d'un arbre du ravin\n     Pour ne pas défaillir sous ce trouble divin...\n     Hantant l'âpre montagne après le doux rivage,\n     Nous avons exploré ce beau pays sauvage\n     Fleuri de cyclamens et de lys martagons,\n     Et dont le ciel riant voit tourner des faucons,\n     Tandis que l'on entend roucouler des colombes\n     Dans les noyers ombreux qui veillent sur les tombes.\n     En bas, le lac luisait à travers les rameaux ;\n     Et sur les flancs des monts, çà et là, des hameaux\n     Piquaient leurs points vermeils. Partout, de côte en côte,\n     Le bleu tranchant des faux sifflait dans l'herbe haute ;\n     Et telle était l'ardeur du midi rayonnant\n     Que, jusqu'aux lézards verts, tout fuyait maintenant\n     L'implacable soleil des claires olivaies,\n     Pour chercher la fraîcheur parmi l'ombre des haies.\n\n     Un grand chien noir, aux yeux intelligents et bons,\n     Nous escortait depuis San-Mamette, et ses bonds,\n     Lorsqu'il nous dépassait dans les courbes des sentes,\n     Nous précipitaient presque aux gorges mugissantes\n     Où les torrents chantaient leur long De Profundis.\n     Le maître au tendre cœur l'avait aimé jadis :\n     Lorsqu'il gagnait les bois pleins d'un chaste mystère\n     Pour rêver en silence à quelque idylle austère,\n     Il emmenait souvent ce fidèle épagneul,\n     Gardant un compagnon sans cesser d'être seul.\n     Or, l'entendant de loin japper à notre suite,\n     Les enfants du pays, loin de prendre la fuite\n     Comme ils font quand se montre un visage étranger,\n     L'appelaient par son nom, lui donnaient à manger\n     Un morceau de leur pain, lui caressaient la tête,\n     Puis s'écriaient en chœur : « Tout beau, la bonne bête ! »\n     Et les parents, alors, sortant de leur maison,\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "            LES CLOCHES DE LA VALSOLDA                       17\n\nNous saluaient, parlaient de la belle saison,\nDe la moisson prospère, et du grave et doux maître\nQu'ils voyaient autrefois passer de leur fenêtre,\nEt que cet épagneul, hélas ! leur rappelait ;\nEt pour l'amour de lui, l'on nous offrait du lait,\nOu bien l'on nous plaçait quelques chaises à l'ombre.\nAinsi, de seuil en seuil, de clos en clos, sans nombre,\nA cause de ce chien qu'on savait son ami,\nTous ces cœurs ombrageux se livraient à demi.\n\n\nEt tous : faucheurs couchés à l'abri de leurs meules,\nVignerons émondant leurs ceps feuillus, aïeules\nAux doigts secs et noueux pareils à des sarments,\nInfirmes que la vie accablait de tourments,\nVieux mendiants assis sur les ponts en dos d'ânes\nOui franchissent d'un saut les gorges valsoldanes,\nTous, — surtout les plus las et les plus malheureux, —\nD'avoir vu sa grande âme un jour planer sur eux\nEt ses présents secrets pleuvoir dans leur chaumière,\nTous en gardaient aux yeux une sainte lumière ;\nEt, quand nous leur parlions de son langage d'or,\nTous disaient : « Ah ! son cœur était plus noble encor ! »\n\n\n Sans doute on dressera, dans l'altière Vicence,\n Un monument de gloire et de magnificence\n Où les esprits viendront, comme au pied d'un autel,\n Honorer le penseur et l'artiste immortel;\n Et l'on verra, suprême et juste apothéose,\n Quelque Muse de marbre, au geste grandiose,\n Lui couronner le front de ses divines mains.\n Mais quel arc de triomphe et quels lauriers romains,\n Quelle acclamation tumultueuse et folle\n Célébrant le héros qui monte au Capitole,\n Vaudraient pour lui cet humble et précieux encens : .\n La bénédiction des cœurs reconnaissants?\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "18                         DURENDAL\n\n\n\n\n                 Communion d'âmes\n      Comme nous l'aimerions, s'il était encor là!\n      Sur la terrasse en fleur de la vieille villa,\n      Dont le mur vers l'eau bleue incline un rang d'agaves,\n      Quel charme d'écouter sa voix paisible et grave\n      Qui parlerait de Dieu, de musique et d'amour!...\n      Ce serait en avril, au déclin d'un beau jour,\n      Quand les villas, rouvrant leurs portes longtemps closes,\n      Respirent dans l'air pur l'odeur des jeunes roses :\n      On entendrait, mêlés au clapotis des eaux,\n      Un tintement de cloche et des chansons d'oiseaux ;\n      Des pêcheurs étendraient leurs filets sur la grève ;\n      Et nos regards, tandis qu'il poursuivrait son rêve,\n      Iraient de ses yeux bleus au large ciel d'azur...\n     Son ombre, avec le soir, grandirait sur le mur ;\n     Et sa voix, par degrés plus douce et plus austère,\n     Dirait l'obsession de l'éternel mystère,\n     Le savoir et la foi mariant leurs flambeaux,\n     Et tout ce qui survit par delà les tombeaux...\n     L'angélus sonnerait le salut à la Vierge ;\n     Le cyprès du verger porterait, comme un cierge,\n     Une étoile allumée à sa pointe, — et soudain,\n     Un grand souffle mystique emplirait le jardin...\n     Mais lui, se souvenant de ses anciennes fièvres\n     Et retrouvant le goût du passé sur ses lèvres,\n     Revoyant tour à tour Hélène et Miranda\n     Et tant d'autres de qui l'amour le posséda,\n     Il se tairait longtemps pour contempler sa vie,\n     Comme un homme, au sommet de la côte gravie,\n     S'attarde à regarder la campagne et le ciel...\n     Puis, dans un abandon plus confidentiel,\n     Il nous expliquerait de quelle ardeur sont ivres\n     Les cœurs inassouvis qui brûlent dans ses livres,\n     Le feu secret dormant sous la cendre des morts,\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "             LES CLOCHES DE LA VALSOLDA                           J\n                                                                  9\n\nEt la voix des absents toujours présente... Alors,\nNous sentirions dans l'air nocturne errer des âmes\nEt revenir vers nous tous ceux que nous aimâmes,\nTandis qu'il entendrait, vague et lointain écho,\nLa plainte de Louise et l'appel de Franco...\nIl poursuivrait plus bas : qu'il faut qu'on communie\nAvec les êtres chers dont la course est finie,\nEt qu'élancée au ciel, une droite oraison\nEst comme un haut cyprès qui garde la maison ;\nPuis dirait humblement : « J'aime, je crois, j'espère ».\nEt nous répondrions à mi-voix : « Notre Père... »\n\n\n          L'ascension lumineuse\n                                        o Ascensioni   Umane. »\n\n\nLe jour, à l'occident, meurt dans sa pourpre éteinte ;\nOria se recueille et semble en oraison.\nC'est l'heure : au son fêlé de l'angélus qui tinte,\nIl va, comme autrefois, sortir de sa maison.\nEt toi que sa parole emplit de foi fervente,\nToi qui devins par lui la sœur de Leïla,\nTu guettes le seuil clos, comme une humble servante\nQui prie en attendant que le Maître soit là...\nC'est l'heure; il va paraître : un peu courbé par l'âge,\nMontant les degrés noirs de l'étroit viccolo\nEt laissant à ses pieds le sommeil du village,\nIl s'en ira, pensif et seul, vers Castello.\nPar la venelle obscure et la sente grimpante\nOù le doux soir d'été laisse une odeur de miel,\nSeul et pensif, il s'en ira de pente en pente\nVers plus d'air pur, vers plus de paix, vers plus de ciel.\nTu le suivras de loin, blanche sous les pins sombres,\nEt mon pas dans la nuit sera l'écho du tien ;\nEt, sachant bien qu'il parle avec de chères Ombres,\nNous ne troublerons pas le mystique entretien.\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "20                        DURENDAL\n\n\n\n     Par un poignant effort digne du cœur d'Hélène,\n     Tu contiendras l'élan qui te porte vers lui ;\n     Et les grands cris d'amour dont notre âme était pleine.\n     Dieu nous accordera de les taire aujourd'hui :\n     Il ne faut pas mêler la fièvre que nous sommes\n     A cette ascension d'un esprit rayonnant\n     Oui, plus haut que la terre et plus loin que les hommes,\n     Monte où nul autre, hélas! ne va plus maintenant...\n     Lorsqu'il aura passé la suprême chaumière\n     Et les derniers cyprès élancés vers l'azur,\n     Nous nous résignerons à rester en arrière,\n     Et nos yeux seuls suivront son pas tranquille et sûr :\n     Cette cime étoilée où la divine aurore\n     Pose un baiser plus chaste, il l'atteindra sans nous ;\n     Car le poids de la chair nous alourdit encore,\n     Et la misère humaine a brisé nos genoux.\n     Mais du moins, ô ma sœur! quand l'espace plus ample\n     Découvrira pour lui tout un ciel de clarté,\n     Nous le verrons d'en bas, droit comme un grand exemple\n     Sur l'austère sommet que tous ont déserté;\n     Et tandis que, d'un geste encor semblable aux nôtres,\n     Il essuiera son front tout baigné de sueur,\n     Dans l'ombre, ainsi que fait le nimbe des apôtres,\n     Ses cheveux blancs mettront une auguste lueur...\n\n\n           La tombe sur la montagne\n                                « Vorrei su l'ardua guglia esser sepolto.\n\n\n     Ah! le vœu d'un grand mort devrait être sacré!\n     Et puisque tout vivant, bâtissant à son gré\n     La maison de son choix au pays de ses rêves,\n     Peut habiter les monts, les villes ou les grèves,\n     Il faudrait — n'est-ce pas, Seigneur? — qu'il fût permis,\n     A ceux-là qui se sont dans la gloire endormis,\n     D'habiter à leur tour, pour le sommeil sans trêve,\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "            LES CLOCHES DE LA VALSOLDA                     21\n\n\nAu pays de leur choix la tombe de leur rêve.\nIl souhaitait jadis, lui qui ne fut jamais\nQu'une aspiration vers les plus purs sommets,\nQue l'âpre Valsolda, sa vieille et tendre mère,\nLorsqu'il aurait quitté sa maison éphémère,\nRecueillît sa dépouille et gardât son tombeau.\nOn ne l'a point voulu. — Pourtant, il serait beau,\nPuisqu'il a fait naguère, en contant son histoire,\nA cet obscur pays un vêtement de gloire,\nQu'on découvrît là-haut son monument, perdu\nSur le faîte lointain de quelque roc ardu,\nEt qu'entre tous les lieux sa croix fût la première,\nAvant les clochers même, à revoir la lumière.\nAinsi, comme un gardien qui veille sur la tour,\nIl annoncerait l'aube et le soir tour à tour :\nLes morts et les vivants, au long des jours sans nombre,\nResteraient à jamais rassemblés dans son ombre,\nEt les âmes sans guide et les cœurs sans appui\nN'auraient, pour trouver Dieu, qu'à se tourner vers lui.\nToute la Valsolda, qu'un mur géant surplombe,\nNe monterait si haut que pour grandir sa tombe ;\nEt sur le dernier pic de son plus fier sommet,\nA présent qu'il n'est plus, la terre qu'il aimait\nNous montrerait du moins, l'ayant repris en elle,\nPrès de son toit d'un jour sa demeure éternelle.\n\n\n         La présence immortelle\nVous dormez à présent dans l'enclos de Vicence,\nParmi les marbres clairs et les graves cyprès.\nMais comme tout, ici, nie encor votre absence!\nComme à vous accueillir tous les cœurs semblent prêts !\n\nEn vain votre corps gît dans la terre de gloire\nD'où montent les palais aux murs palladiens :\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "22                        DURENDAL\n\n\n     Vous habitez toujours cette montagne noire;\n     Les cyprès d'Oria demeurent vos gardiens.\n\n     La barque blanche en vain sommeille dans la darse,\n     Qui vous portait naguère au quai de Lugano :\n     Nous sentons sur le lac flotter votre âme éparse,\n     Comme un dernier accord s'attarde au piano.\n\n     Malgré le banc désert et les fenêtres closes,\n     Au milieu du rustique et sauvage décor,\n     La tranquille maison, le jardin plein de roses\n     Ont l'air, dans le soleil, de vous attendre encor.\n\n     Vous n'avez pas quitté cette gorge profonde\n     Qu'embaument le lys rouge et le chaste églantier :\n     Votre mémoire emplit l'antique petit monde,\n     Et son humble horizon vous garde tout entier.\n\n     La fraîche Valsolda, dont les pentes fleuries\n     Exhalent vers le lac leurs souffles odorants,\n     Regarde errer votre Ombre à travers ses prairies\n     Qu'arrose la poussière humide des torrents.\n\n     Et par les soirs pensifs, lorsqu'en brusques volées\n     Les lointains angélus vont se croisant dans l'air,\n     Vous écoutez encore, au penchant des vallées,\n     Tinter sous le ciel bleu leur timbre alerte et clair.\n\n     Ceux-là le savent bien, dont la cendre discrète\n     Repose à Castello, parmi les vieux noyers ;\n     Et la petite morte aussi, la pâle Ombrette,\n     Sait que vous l'entendez et que vous la voyez.\n\n     Et nous, passants d'un soir, qui bûmes dans vos livres\n     La nostalgique ardeur dont le feu vous brûla,\n     Nous que ce flot d'amour laisse pour jamais ivres,\n     Nous l'avons bien compris, que vous survivez là.\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "             LES CLOCHES DE LA VALSOLDA                                  23\n\n\nDe votre flamme éteinte, un long reflet demeure\nSur l'eau pure du lac et les monts d'Intelvi...\nAh! lorsqu'on reste aimé, qu'importe que l'on meure?\nTu bats toujours en nous, grand cœur inassouvi!\n\n\n          Prière pour Fogazzaro\n                           « ... pieni di sole, di silenzio e di ciclami.\"\n\n\nAinsi que, hier encore, il vous priait pour nous,\nNous vous prions pour lui ce soir, Dieu juste et doux!\n\nPour les larmes d'amour qu'il nous a fait répandre,\nDieu juste et bon! donnez le repos à sa cendre.\n\nPour nous avoir charmés en nous rendant meilleurs,\nAuprès de votre Fils accueillez-le, Seigneur!\n\nPour la source de foi qui jaillit de ses livres,\nDe la vie éternelle accordez-lui de vivre.\n\nPuisqu'il a clos ses yeux, laissez Benedetto\nL'emporter jusqu'à vous aux plis de son manteau.\n\nAu seuil du paradis, consentez qu'il revoie\nLouise enfin sereine et Franco plein de joie ;\n\nQue l'oncle Pierre aussi vienne, parmi le chœur\nDes anges radieux, le presser sur son cœur ;\n\nEt que ce soit Ombrette, humble petite morte,\nQui devant lui, de sa main frêle, ouvre la porte !\n\nQu'il reconnaisse, auprès de Daniel Cortis,\nHélène belle encor de ses pleurs de jadis,\n\nEt don Giuseppe lisant son livre d'heures\nDans les jardins fleuris des célestes demeures,\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "24                                     DURENDAL\n\n\n       Et Jeanne au cœur ardent, dont l'amour infini\n       Devait vous rencontrer en cherchant Maironi...\n\n       Laissez autour de lui brûler toutes ces âmes\n       Dont il a vers vous seul su détourner les flammes :\n\n       Faites-en sa couronne en la sainte Sion,\n       Et que chacune ajoute a son nimbe un rayon!\n\n       Ayant de l'aube au soir travaillé dans la vigne,\n       Du salaire attendu vous savez qu'il est digne.\n\n       S'il a failli parfois, il lui sera compté\n       D'avoir été toujours de bonne volonté.\n\n       Vous recevrez en vous, Seigneur, cette âme pure\n       Qui n'eût pas mieux prié sous la robe de bure.\n\n      Puisqu'il a dit l'espoir assis sur les tombeaux,\n      Vous lui rendrez ses morts plus riants et plus beaux ;\n\n      Puisqu'il a tant aimé toutes les nobles choses,\n      Vous lui rendrez les vers, la musique et les roses ;\n\n      Puisqu'aux sentiers douteux son appel nous guida,\n      Vous lui rendrez sa chaste et claire Valsolda ;\n\n      Vous lui rendrez l'azur du lac, l'ombre des treilles,\n      Les angélus du soir si doux à ses oreilles ;\n\n      Vous lui rendrez la paix, les fleurs de cyclamen,\n      Le soleil, et la gloire impérissable. Amen.\n                                                   FRANZ ANSEL.\n\n     Oria (lac de Lugano),   juin   1911.\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                      LETTRE\n                                               23 février 1920.\n                        A Pierre Nothomb.\n            Mon cher ami,\n     Je tiens à honneur d'être avec vous et les collaborateurs\nde Durendal dans la commémoraison de l'abbé Mœller. J'ai\nconnu simplement l'abbé Mœller par les cartes postales affec-\ntueuses et pressantes où, de temps à autre, son écriture en ara-\nbesques me laissait deviner quelque demande d'article. Vous\nsaurez mieux dire que moi l'œuvre qu'élabora sa revue. Mais,\npuisqu'elle meurt afin de renaître en des formes plus appro-\npriées aux temps prochains, je veux rendre hommage à deux\nou trois des choses essentielles qu'elle signifia.\n     Au début de la guerre, quand nous palpitions pour la Bel-\ngique d'enthousiasme et d'angoisse, j'ai pensé plus d'une fois\nà ce poing ganté de fer, brandissant l'épée, qui semblait, sur\nla couverture d'une publication paisible, un paradoxe de vieux\nromantique. L'abbé Mœller, en choisissant le titre et le sym-\nbole, avait, à son insu, prophétisé. C'était, d'avance, le geste\nde la Belgique intrépide, et ce geste a plus fait pour la victoire\nque les combinaisons militaires et diplomatiques. Ce geste de\nDurendal, il faut en léguer l'exemple aux générations comme du\nplus beau qu'ait pu faire un peuple.\n     Mais Durendal vous laisse à retenir d'autres principes\nvitaux.\n     Avant tout, sa ligne catholique. Et ce n'est pas uniquement\nparce que c'est la seule vraie. Mais votre pays, c'est trop clair,\nperdrait le plus pur de sa beauté, sa chaude et vigoureuse cou-\nleur traditionnelle, si, pour vous, vos églises, vos tableaux,\nvotre musique, perdaient leur sens de foi et de réalité nécessaire.\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "26                           DURENDAL\n\n\nQuiconque aime le génie des Flandres doit défendre jusqu'à\nla mort leur catholicisme. Vos jeunes revues, si elles ne tra-\nhissent pas la cause nationale, doivent être des revues catho-\nliques. Est-il besoin d'ajouter : monarchistes? Cette urbanité\ngrave, cette bonhomie, qui charment l'étranger, lorsqu'il arrive\nchez vous, vous les devez assurément à la persistance séculaire\nde la monarchie. C'est une part de votre patrimoine à protéger\ncontre les intrusions démagogiques. Vos écrivains peuvent\nbeaucoup pour en exalter la noblesse.\n     Durendal était une revue où l'on aimait la France, fran-\nçaise de langue et d'esprit. La Belgique restera d'autant mieux\nelle-même qu'elle s'alliera plus fermement aux meilleurs apports\nde l'esprit français. A l'égard de l'Allemagne, au lieu de la subir,\nelle réagira sur elle. Si vous et nous, nous avons une âme de\nvainqueurs, nous amenderons, dans la mesure où ils sont amen-\ndables, les vices intellectuels de l'Allemagne, tout au moins de\nl'Allemagne catholique. Nous avons prise sur elle par de com-\nmunes évidences qu'elle ne peut pas nier. Si tenace qu'elle soit\ndans ses aberrations, elle doute, malgré tout, de sa supériorité,\ndevant l'épouvantable fruit de sa culture féroce. Loin de la\nbolcheviser, comme le proposent des gens absurdes, il faudrait\nla civiliser.\n     A l'égard de la France, il convient que vous receviez d'elle\net qu'elle reçoive de vous. Vos écrivains d'il y a trente ans ten-\ndaient trop à suivre nos poètes de cénacle ou nos romanciers\nnaturalitses. Je souhaiterais trouver partout dans la littérature\nbelge, comme en vos œuvres, mon cher ami, la pureté simple de\nnotre goût et de notre langue classique, la raison, le juste réa-\nlisme. Je néglige le reste de nos qualités : la guerre attesta\nsuperbement tout ce qui subsiste chez nous de force et de santé\ngénéreuse.\n     D'autre part, nous avons, chez vous, de larges enseigne-\nments à prendre. Je ne vais jamais en Belgique sans revenir\navec un essor de fécondité nouveau. L'ensemble de votre vie\nlocale serait, à lui seul, un spectacle d'harmonie réconfortant :\nen regardant vos processions, je songe à celles dont nous sommes\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                             LETTRE                             27\n\n\nencore privés. En écoutant, le soir, les chœurs d'hommes passer\ndans vos rues, je sens mieux tout ce qui manque à notre France\nmeurtrie par cent trente ans de Révolution. La grande joie\ncatholique, l'opulence, la stabilité, tout cela se perpétue dans\nla pompe de vos cérémonies, comme dans l'aimable aspect de\nvos villes, comme dans l'éclat de vos jeunes filles. Et je ne parle\npoint des vertus plus intimes de l'intelligence et du cœur.\n     L'avenir de la Belgique et celui de la France exigent la\nfraternité de plus en plus sérieuse, la mutuelle pénétration de\nnos deux pays.\n     Croyez, mon cher ami, à mes sentiments très affectueux.\n                                             EMILE BAUMANN.\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "      Une hirondelle dans l'église\n\nCris de cristal criblant le pur silence, — écoute ! —\nFlèche de gazouillis qui file sous la voûte,\nRumeur d'un nid de juin dans la paix du saint lieu, —\nPuis, silence plus dense et comme aux pieds de Dieu...\n          Une hirondelle dans l'église!\n\nElle n'a fait qu'entrer dans le temple, surprise\nDe l'air gazé d'encens et picoté de feu,\nPuis s'en est retournée à tire-d'aile au jeu\nDe la tribu qui plane et jase dans la brise.\nCertes, le bain d'azur est tiède ce matin ;\nL'aile tend et détend ses pennes de satin\nAvec une souplesse où le cœur se délecte ;\nOn monte, on plonge, on n'a que le choix de l'insecte ;\nLa floraison des blés barbus embaume l'air,\nEt la joie a gonflé toute herbe et toute chair.\nPourtant, dans la pénombre où crépitait la cire,\nDans l'atmosphère d'huile odorante et de myrrhe,\nLa mignonne a senti vaguement le recel\nD'une Présence plus auguste que le ciel.\nElle n'a fait qu'entrer, — mais se souvient et songe,\nEt dans le porche ouvert tout à coup se replonge...\nMoment étrange ! Il est onze heures du matin ;\nUn chariot de foin passe dans le lointain ;\nLa plaine en fleurs bourdonne au pied de la tour grise ;\nSeule, psalmodiant un motet argentin,\n          Une hirondelle dans l'église!\n\nQue dit-elle, ô mon Dieu? Quelle étrange ferveur\nFait battre sourdement ce pois rouge, son cœur?\nPourquoi module-t-elle, en rasant la verrière,\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "          UNE HIRONDELLE DANS L'ÉGLISE                29\n\nUn babil d'allégresse et presque de prière?\nAurait-elle senti, par un instinct obscur,\nQue les rayons dorés qui remplissent l'azur\nNe sont que les reflets de ceux du tabernacle?\nAurait-elle reçu, par un exquis miracle,\nLa mission d'enclore en sa petite voix\nL'hommage universel des plaines et des bois?\nMais, virant vers le chœur, la bestiole — face\nAu tabernacle — crie en voletant sur place...\nOn dirait que son bec a zézayé : « Jésus! »...\nVertige! aurais-je l'œil et l'oreille déçus?\nOu revivrais-je au temps de saint François d'Assise?...\n          Une hirondelle dans l'église!\n\nJésus! vous savez bien que je vous aime un peu.\nVotre grâce parfois tombe en gouttes de feu,\nEt, lorsque j'ai goûté le Pain eucharistique,\nVotre Nom adorable est comme une musique...\nMais comme ils sonnent creux, mes pauvres mots d'amour!\nOu'aurai-je à vous offrir, lorsque viendra mon jour,\nMoi dont le faible cœur involontaire glisse\nAux vallons odorants, selon la pente lisse?\nMes frères, je le sais, disposent autrement\nLa balance où sera pesé le jugement.\nIl en est qui, vêtus de bure et ceints de corde,\nŒuvrent la pénitence et la miséricorde ;\nD'autres, patiemment, de l'aube jusqu'au soir,\nTissent en dur tissu de mailles le devoir ;\nD'autres ont l'éloquence et d'autres ont la force\nGonflant d'un fier effort les pectoraux du torse ;\nD'autres ont la candeur des lis médiévaux ;\nD'autres ont la science et les rudes travaux ;\nMoi, flâneur indolent, loin de la tâche austère,\nJe mêle un peu de songe aux parfums de la terre\nEt je noue, en musant tout le long du chemin,\nLa chimère d'hier à celle de demain.\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "30                       DURENDAL\n\n\n     Heureux encore si, dans mes vagues royaumes,\n     Je ne rencontre pas un peuple de fantômes\n     Qui, du néant charnel avivant les appas,\n     Réveillent le péché que je ne commets pas.\n     Mais cependant, Seigneur, marqué de votre signe,\n     Je reste, quoique mille et mille fois indigne\n     D'un destin aussi noble et d'un titre aussi beau,\n     Votre cohéritier régénéré dans l'eau,\n     — Permettez qu'à vos pieds humblement je m'en vante —\n     Et votre serviteur, fils de votre servante.\n     Ainsi donc, ô mon Dieu, sans exiger le dû\n     D'une trop héroïque et stoïque vertu,\n     Considérez le' cœur de votre créature,\n     Pour qu'il se prenne à battre en esprit de droiture.\n     Et puisque, seul parmi les dons et les faveurs\n     Dont il vous plaît d'orner mes frères et mes sœurs,\n     Vous m'avez réservé l'art étrange d'enclore\n     Le battement du cœur clans le verbe sonore,\n     Agréez que les mots conjugués mollement\n     Balancent à vos pieds un cantique charmant,\n     Pour que l'émotion fragile dont s'irise\n     Le cristal nuancé de mon âme indécise\n     Ne s'évapore pas tout entière en frissons,\n     Et que je sois du moins, par mes humbles chansons,\n               Une hirondelle dans l'église.\n                                         VICTOR KINON.\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "          Une page oubliée des Fioretti\n\n  Merveilleuse aventure de frère Junipère\n\n\n                 FRÈRE Junipère avait été à l'aumône. Il mar-\n                  chait, en haletant, courbé sous le poids de son\n                  sac rempli d'offrandes. Le soleil, déjà haut sur\n                  l'horizon, calcinait les pierres et la poussière de\n                  la route, qui s'allongeait, interminablement,\n                  sur le flanc aride de la montagne... Pas la plus\n                  légère brise : la vaste perspective du pays\n était, sous le ciel éblouissant, comme une immense fournaise,\n d'où s'exhalait une haleine lourde et brûlante.\n      A bout de souffle, frère Junipère s'arrêta, jeta un coup\nd'œil désolé autour de lui, et, après un moment d'hésitation, se\ndébarrassa de son sac et se laissa tomber lui-même à terre, le\ndos appuyé contre une petite muraille de pierre qui bornait\nun champ. Il fit : « Ouf! » Il était en plein soleil ; il suait à grosses\ngouttes, sous sa robe de bure, l'éclat de la lumière l'aveuglait,\nmais le seul plaisir de ne plus remuer ses pieds endoloris lui\nétait comme une béatitude paradisiaque.\n      Immobile, les yeux fermés, il commençait à se laisser\nglisser dans une délicieuse somnolence, lorsque, soudain, il\nsentit dans son cou et sur son crâne dénudé le frôlement d'un\nmufle rude et la chaude respiration d'une bête... Il sursauta,\npoussa un cri, se releva avec précipitation, prêt à prendre la\nfuite... Car sa première pensée avait été pour l'Ennemi des\nhommes, qui toujours rôde autour de nous, cherchant une proie\nà dévorer, et profite de nos moindres faiblesses pour nous faire\nchoir en péché et nous entraîner à notre finale perdition....Mais,\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "32                         DURENDAL\n\n\nn'entendant plus rien, il se hasarda à se retourner, après avoir\nfait un grand signe de croix : il aperçut, appuyée sur la crête\nde la muraille, la tête débonnaire d'un âne qui le regardait d'un\noeil amical, et, derrière la tête de l'âne, une merveilleuse oli-\nveraie, pleine d'ombre douce et de verte fraîcheur.\n      Frère Junipère contemplait ce spectacle, sans bouger : il\nétait bien las, l'ardeur du soleil était bien pesante, le chemin\nencore bien long... Un moment, il resta incertain, balancé entre\nle désir du repos et la crainte de s'abandonner à une coupable\njouissance, puis, considérant le plaisant enclos et l'invitation\ntacite de l'innocent animal, il ramassa son sac, retroussa sa\nrobe, enjamba la clôture, et sans façon, alla s'asseoir dans\nl'herbe drue et tendre, auprès de son nouvel ami.\n      Installé là, dans l'ombre tiède et parfumée, envahi par\nl'engourdissement du bien-être, il promenait autour de lui des\nregards de jubilation, troublés et attendris. Il admirait les\narbustes aux feuilles légères et transparentes, dans lesquelles\njouaient la lumière et l'ombre, l'herbe piquée de fleurs, et l'âne,\nl'âne surtout, qui, debout devant lui, s'interrompait parfois\nd'arracher les jeunes pousses, tournait sa grosse tête et le regar-\ndait, d'un air pensif, en agitant ses longues oreilles...\n      Les deux compagnons étaient parfaitement contents : il y\navait de l'herbe pour l'un, de l'ombre pour tous les deux, et\nleur paisible et silencieux tête-à-tête se serait prolongé long-\ntemps encore, si Junipère, faisant un retour sur lui-même, ne\ns'était avisé de se représenter qu'il était là s'ampllissant dans\nles délices terrestres, au grand danger de son salut, et que cette\nhalte accordée à « frère corps » serait sans excuse, si quelque\nœuvre dévote ne la sanctifiait.\n      Merveilleuse idée!... mais, comment la réaliser?... N'ayant\npas beaucoup d'imagination, frère Junipère se creusait en vain\nl'esprit... Il désespérait de lui-même, et priait le Saint-Esprit\nde suppléer, à son insuffisance, lorsque son regard, s'arrêtant\n sur l'âne qui broutait à ses côtés, il se remémora, comme par\n inspiration divine, que, jadis, frère François avait prêché aux\n oiseaux, sur la route de Bevagna, de même que frère Antoine,\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "              UNE PAGE OUBLIÉE DES FIORETTI                     33\n\n\naux poissons, dans la cité de Rimini. « Comment se fait-il, se\ndisait Junipère, que ces saints frères, favorisés de Dieu et bien-\nveillants à toute créature, n'aient jamais songé à gratifier frère\nâne de quelques bonnes paroles? » Et, se rappelant avec quelle\ncourtoisie cet âne hospitalier l'avait convié à pénétrer dans son\npré, afin d'y prendre un peu de soulas, il lui parut que c'était là\nune grande, bien qu'involontaire injustice... «Certainement,\nconclut-il, ces saints et vénérables frères doivent nous être en\nperpétuel exemple, et nous devons croire que, dans Ce cas-ci,\nune sainte prudence les a empêchés de prêcher aux ânes, de\npeur, peut-être, de scandaliser les hommes au lieu de les conver-\ntir. Car, hélas ! les hommes sont tels, qu'ils prennent le nom de\nl'âne en dérision... ». Mais, étant une personne simple, toute\nproche de la nature, il ne partageait point l'opinion commune.\n\"       Frère âne, commença-t-il, en levant la main, frère âne,\nparmi toutes les créatures dont le Seigneur Tout-Puissant a\npeuplé la terre, les airs et les eaux, tu es la plus patiente et la\nplus entêtée..'. Mais, sans doute, ne t'es-tu jamais dit, frère âne,\n que la patience, qui est une vertu, est faite d'entêtement, lequel\n est un défaut?... Et il se trouve donc, ce dont tu peux remercier\n Dieu, si tu le juges à propos, que tu es fort semblable à l'homme,\n qui est à la fois bon et mauvais, et que tu pourrais lui servir de\n modèle, s'il voulait seulement user de patience dans les injures et\n les tribulations, et mettre tout son entêtement à marcher dans\n les voies du salut... Et quelle reconnaissance ne dois-tu pas\n avoir envers ton Créateur, qui t'a comblé d'inestimables faveurs,\n car il t'a donné des oreilles plus longues que celles d'aucune\n autre bête, et une langue coriace qui te permet de te nourrir\n de succulents chardons, et de plus, une voix tonitruante qui jette\n l'admiration et l'étonnement dans l'âme des petits enfants...\n Et, davantage, le Seigneur t'a élevé presque au rang de ses pro-\n phètes, puisque tu parlas à Balaam, et il te fit l'honneur insigne\n de se servir de toi comme monture, au temps qu'il s'enfuit en\n  Egypte et le jour qu'il entra dans Jérusalem... Et c'est toi\n  encore qui portas notre saint frère François, quand il alla sur\n  le saint mont de la Vernia, puis s'en revint, après avoir reçu,\n                                                                  3\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "34                          DURENDAL\n\n\n le jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix, les stigmates de la\n Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ... Et pourtant, étant\n modeste et humble de cœur, tu n'as conçu aucun orgueil de ces\n glorieux événements, et, ayant été admis à parler une fois, tu\n n'as pas voulu parler toujours, et, ayant porté la personne\n sacrée de Notre-Seigneur ou celle de notre petit frère François,\n tu n'as pas dédaigné de porter, après comme avant, les sacs du\n meunier... En quoi, frère âne, tu dois être loué, car tu pourrais\n servir d'exemple aux hommes, qui, étant ou se disant raison-\n nables, sont plus enclins à perdre la raison qu'à en user!... »\n      Junipère parlait, surpris et un peu grisé de sa propre élo-\n quence, et sa voix était haute et retentissante... L'âne avait\ncontinué d'abord à brouter, tranquillement. Puis, le bruit de\nparoles continuant, il avait levé la tête avec inquiétude et con-\ntemplé longuement Junipère. Mais l'attitude inoffensive du\nbon frère et ses gestes amènes l'avaient, sans doute, rassuré, car,\ns'étant approché pour le flairer, il fut pris tout à coup d'une\nsorte d'enthousiasme sympathique et se mit à braire longtemps\net puissamment...\n      Et, satisfait de cette marque d'adhésion irrécusable, frère\nJunipère empoigna son sac, se le jeta sur l'épaule, réenjamba\nle mur de pierre, et se remit en route, tout joyeux et consolé.\n                                              ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "            Le retour au pays\n\n\nO mon pays, si beau que plus un autre au monde\nNe peut séduire encor l'enfant qui t'a quitté,\nArdenne, Ardenne à qui tout mon cœur est resté,\nJe fixe sous ton ciel ma course vagabonde !\n\nHauts talus hérissés de genêts et de houx,\nCollines en guirlande aux côtés de la route,\nEt toi, que le reflet des vieux rochers velouté,\nAmblève aux claires eaux, me reconnaissez-vous?\n\nMais déjà ton miroir sourit à mon visage,\nO ma rivière aimée, et l'encadre de fleurs;\nTu réponds à mes, pas, écho des bois rêveurs,\nEt je sens ta caresse à mon front, frais feuillage!\n\nMon âme parmi vous m'attendait ; vous sentiez\nQue je ne pouvais point prolonger mon absence,\nGoûter sous d'autres cieux de pure jouissance\nNi cheminer longtemps ailleurs qu'en vos sentiers...\n\nPétri de ton limon, marqué de ton empreinte,\nOui, je devais, ô mon pays, te revenir!\nLes bras secrets, les bras divins du souvenir\nNous tenaient enlacés d'une trop forte étreinte!\n\nJe ne veux plus aimer que ce qu'en toi j'aimais :\nTes souffles et tes voix, ton soleil et ta brume,\nMa lande, mon clocher, mon petit toit qui fume,\nQue je ne quitterai plus jamais, plus jamais.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "36                         DURENDAL\n\n\n     Car, né de toi, je sens, ô maternelle Ardenne,\n     Terre qui m'as nourri de ton lait doux et fort,\n     Que je vis de ta vie et qu'il faut, à ma mort,\n     Que ma tombe soit mon berceau qui me reprenne !\n\n     Puissé-je, ayant gardé tout ton charme en mes yeux,\n     M'y coucher sous ma croix taillée au vif des roches,\n     Et, dans l'ombre, y dormir au chant des sources proches,\n     Entre les bras et sur le cœur de mes aïeux !\n\n                                          ADOLPHE    HARDY.\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "               Un jour de printemps\n\n\n                                                  30 avril 1915.\n\n\n               VOYAGE à Louvain. Le train     vicinal zigzague dans\n                un des plus jolis sites du Brabant. La lumière du\n                soleil, tamisée par une fine brume, éclaire douce-\n                ment la plaine vallonnée. A droite, la forêt de\n                Soignes allonge ses frondaisons noires ; les étangs\n                de Wesembeek scintillent comme du vif argent ;\n                les marguerites, les pissenlits, les renoncules bril-\nlent dans les prés ; chaque village est une aquarelle, où le vert\ntendre des feuillages s'harmonise à ravir avec les toits rouges\net les murs bruns des habitations. De temps à autre apparaît\nun vieux château, dont la tourelle grise évoque le souvenir des\nchevaliers et des moines qui peuplèrent jadis la région. Toute la\nplaine, avec ses champs découpés en damiers, ses terres soigneu-\nsement nettoyées, ressemble à un grand jardin. Les paysans\nplantent et sèment. Leurs silhouettes pittoresques se détachent\nà droite et à gauche, tantôt isolées, tantôt accompagnées d'un\nbœuf ou d'un cheval maigre, qui tire la charrue, le rouloir ou la\nherse. Tout le monde travaille avec ardeur, mais personne ne\nchante. De temps à autre, un coup de canon rappelle à ces\nobstinés bûcheurs que la guerre dure toujours. On sème, mais\nrécoltera-t-on? Puis, ce bœuf efflanqué, ce cheval maigre est\nla dernière bête qui leur reste ; les autres ont été vendues ou\nréquisitionnées, à moins qu'elles n'aient été tout simplement\nvolées par les honnêtes Allemands. Puis les plus solides gars du\nvillage sont à l'Yser, à moins qu'ils ne soient déjà tombés\ndepuis longtemps sur les champs de Liége, d'Aerschot ou de\nWaelhem... Puis, là-bas, sur la grand'route, des maisons\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "38                          DURENDAL\n\n\nincendiées dressent leurs pignons noircis... On sème quand\nmême!\n      À mesure qu'on approche de Louvain, les pignons noirs se\nmultiplient. Les fenêtres béantes, les portes enfoncées, les\npoutres calcinées élèvent leur témoignage muet contre le Prus-\nsien, contre l'Allemand, contre les barbares qui, dépassant\ntous leurs ancêtres, ont poussé plus haut et plus loin qu'on ne\nl'avait jamais fait, le mensonge, la mauvaise foi, le parjure,\nl'hypocrisie, la lâcheté, le vol, la cruauté et l'assassinat. Par\ndelà les petites maisons blanches qui se bousculent aux confins\nde la ville, on aperçoit la tour découronnée de Saint-Pierre ;\npuis le train, qui suit les boulevards extérieurs, vous plonge\ntout à coup en pleines ruines, dans ce magnifique boulevard de\nTirlemont, où se trouvaient, l'année dernière, de grands hôtels\net où l'on ne voit plus maintenant que des chicots de murs et\ndes montagnes de débris. Ah ! ils ont bien choisi leurs victimes,\nles incendiaires! Organisateurs parfaits jusque dans la destruc-\ntion, ils ont brûlé les quartiers les plus importants, les plus\nriches et les plus commerçants ; ils ont plongé leurs mains\nnoires dans la poitrine de la cité et lui ont arraché le cœur.\n« C'est Pompéi », disent les visiteurs, devant cette abominable\nœuvre de haine et de carnage. Pompéi! non pas. Pompéi, c'est\nla ville qu'un cataclysme a ensevelie à tout jamais sous un épais\nlinceul de cendre. Pompéi, c'est la cité frappée de mort par le\ndestin et qui ne devait revivre un jour que sous la forme d'une\nville-musée, avec ses cirques et ses temples, ses colonnes élé-\ngantes et ses pavements de mosaïque, ses fresques et ses statues.\nLouvain, lui, a déjà fait éclater la pierre de son tombeau. Les.\ndébris des maisons ont été relevés, triés et mis en ordre ; les rues,\ndéblayées, ont repris leur aspect ordinaire ; des échoppes ont\nremplacé les cafés et les magasins démolis ; des commerçants\nviennent étaler sur les décombres de leurs demeures les marchan-\ndises qui leur restent. Le gazon verdit dans l'étroite courette\nqu'encadraient hier de hautes murailles ; des poiriers et des ma-\ngnolias dressent leurs bouquets blancs au milieu des ruines ;\ndes tulipes alignent leurs calices rouges dans des parcs dévastés ;\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                    UN JOUR DE PRINTEMPS                      39\n\n\nsur un vieux mur, tapissé de lierre, la giroflée sauvage elle-\nmême a fleuri. La plupart des habitants sont en deuil : ils se\nsouviennent ; mais ils espèrent aussi et travaillent. La vie sort\npartout de la mort et, par cette radieuse journée d'avril, l'hor-\nreur qu'inspire l'infamie commise contre une population inof-\nfensive se voile d'une réconfortante sérénité. Le printemps est\nlà. On sème et on rebâtit...\n     « O printemps! s'écrie Gaspard de la Nuit, petit oiseau de\npassage, notre hôte d'une saison, qui chante mélancoliquement\ndans le cœur du poète et dans la ramée du chêne ! »\n                                            HUBERT KRAINS.\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "  Invocation a mon Ange gardien\n\nJe veux te rendre grâce au milieu de ma vie,\nO mon cher compagnon, qui m'as sauvegardé\nDans les moindres périls de la route gravie...\nPas un jour, loin de moi, tu ne t'es attardé.\n\nSur mon berceau de mousseline\nTu secouais tes plumes unes\nContre la guêpe, la vipère,\nEt quand je fis mes premiers pas,\nTu me tenais le petit doigs.\nJe te sentais si près, dans l'ombre ou la lumière,\nEt t'adressais soir et matin cette prière :\n« Ange de Dieu, mon bon gardien,\nDéfendez-moi de l'ennemi,\nConseillez-moi toujours le bien,\nMenez mon âme en Paradis. »\n\nPuis, j'ai grandi,\nEt tu restas mon plus fidèle ami.\nRappelle-toi le cher village\nPar delà Vresse et Laforêt,\nOù chaque été tu retrouvais\nUn compagnon de ton jeune âge!\n\nC'était un ange sédentaire\nQui n'était descendu sur terre\nQue pour vivre aux côtés d'une paralytique.\nAprès nos courses dans les bois,\nEn remontant de la Semois,\nTu lui faisais des récits poétiques\nEt vous étiez chacun heureux de votre sort :\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "          INVOCATION A MON ANGE GARDIEN                     41\n\n\nLui préparant cette vieille à la mort,\nToi préparant ma jeunesse à la vie!\n\nAh! quelle automne inassouvie\nDans les taillis peu à peu transparents !\nQue d'ineffables matinées!\nQuelles odeurs au creux de la prairie fanée!\n\nPuis aux tombes des grands-parents\nNous déposions, la veille du retour,\nUne couronne de bruyères.\nD'invisibles baisers me séchaient les paupières\n\nLorsque tu m'éloignais, avec de longs détours,\nDu vieux fournil, des chiens courants et des deux saules,\nQuels regards d'exilé par-dessus ton épaule\nEt, ton bras passé sous le mien\nPour me tenir sur le chemin,\nQuel pathétique et muet entretien!\n\nPlus tard, un bâton à la main,\nAyant ceint la tunique, alerte Raphaël,\nTu m'entraînas vers Ecbatane\nPour préserver mon cœur du jeu des courtisanes.\nMon père voyant clair, je ne pris pas le fiel\nDu poisson aux rives du Tigre.\nMais l'ange de Sara partageant tes raisons.\nO paranymphe aimé, consentit à nous suivre.\nDès lors, elle fut la grâce de ma maison.\n\nHélas ! un soir de mai,\nCelui que je croyais près de nous à jamais\nEt dont l'ombre à la tienne encore se marie\nFut rappelé parmi les anges de Marie.\nSon temps était venu de revoir les prairies\nQu'un éternel printemps orne de fleurs suaves.\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "42                          DURENDAL\n\n\n     Il s'envola très doucement, très pur, très grave,\n     Avec un long regard vers ceux qu'il délaissait\n     Et vers un ange blond et bleu qu'il connaissait.\n\n     Puis de sa voix hier si lasse,\n     Mais déjà claire, heureuse et fraîche,\n     Il le pria d'aller prendre sa place\n     Près du tout petit dans sa crèche,\n     Près des cinq aînés dans leurs classes,\n     Près des autres dans le jardin,\n     Et près de moi, douloureux, dans mon coin.\n\n     Et aussitôt, battant de l'aile,\n     Cet ange s'empara de nos coeurs gonflés d'elle.\n     Les huit gardiens de nos enfants, à ton modèle,\n     Protègent\n     Au couvent leurs vertus et leur course au collège.\n     Le soir, au corridor, quels gais bruissements d'ailes !\n     Ephèbe gracieux, toi qui n'as pas vieilli,\n     Prolonge à leurs côtés ma jeunesse crédule\n     Dans la crainte de Dieu et la peur du scrupule.\n\n     Je n'espère jamais être assez recueilli\n     Pour que, pareil un jour à Françoise Romaine,\n     Je voie ton front, tes mains, tes prunelles humaines,\n     Frère pâle et vivant des beaux anges de Bruges !\n     Assiste néanmoins mes ouvrages divers,\n     Parle pour l'innocent devant l'ange du juge,\n     Inspire-moi l'accent qui fait chanter un vers\n     Et avec ton secours, à la grâce de Dieu,\n     Je deviendrai meilleur sans devenir plus vieux.\n\n     Pendant combien de nuits n'auras-tu pas veillé\n     Pour qu'au dernier moment, je demeure éveillé\n     Quand tu mettras en fuite,\n     Sous l'eau bénite,\n     Après ceux de midi, tous les démons du soir !...\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "         INVOCATION A MON ANGE GARDIEN\n                                                     43\n\nEt quand enfin, mon temps passé,\nTu m'auras reconduit dans le bleu reposoir\nEt près de mes parents, je l'espère, placé,\nTu te prosterneras dans la poussière d'or\nQue fait, aux pieds de Dieu, le vol des séraphins.\nL'amour consumera tes vêtements de lin\nEt tes ailes battront d'un immobile essor.\n\n\n\n                           II\n\n\nPermettez qu'à mon tour, pour ce moment suprême\nOù mon ange, Seigneur, vers un nouveau baptême\nAlors redescendra prendre place sur terre,\nJe vous découvre le souhait qu'il va vous taire.\n\nEnvoyez-le vers une église villageoise\nDont la mousse a doré le toit branlant d'ardoisé.\nInvisible, à genoux, sur le vieux banc de chêne,\nIl attendra l'enfant porté par sa marraine,\nDevant l'autel du Précurseur, l'enfant prédestiné\nAux travaux vers lesquels nous eussions incliné :\n\nEva, qui chaque soir conduirait ses trois chèvres\nBrouter l'herbe banale à la route de Bièvre,\nTricotant ses chaussons\nAux mailles des chansons.\n« Aubépine, aubépine, avec moi je te prends.\nSi je meurs en chemin, sers-moi de sacrement » ;\n\nCélestin, le tendeur suivi d'un chien basset,\nQui, en octobre, irait amorcer ses lacets ;\n\nSimon, qui sur le dos, dans le sang et la mousse,\nAu soir, rapporterait du bois des bêtes rousses ;\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "44                         DURENDAL\n\n\n     Barthel, l'aveugle-né, qui, menant le moulin,\n     D'un avare froment ne perdrait pas un grain\n     Et dans les prés mouillés irait lever ses vannes\n     Aux tâtons de sa canne ;\n\n     Ou tant d'autres, Seigneur, qui sur la chaude éteulc,\n     Etendus dans la paille, à l'ombre d'une meule,\n     La faux luisant près de la cruche et des corbeilles,\n     Entendraient l'Angélus passer sur leur sommeil...\n\n     Invisible, à genoux sur le vieux banc de chêne,\n     Il attendra l'enfant porté par sa marraine...\n\n\n\n                                             THOMAS BRAUN.\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "            SIMON DE CYRÈNE\n\n\n        A   la pieuse mémoire de mon oncle l'abbé.\n\n\n                 CE soir, j'ai vu assis en face de moi, dans le\n                  tramway, Simon de Cyrène.\n                       Visage imberbe et décoloré, traversé de plis\n                  profonds, paupières lasses, lèvres retournées en\n                  dedans, (signe de la bonté qui se réserve). Veste\n                  de toile bleue. Mains usées, fines pourtant, posées\nsur les genoux à la façon du travailleur qui a fini sa journée.\n     Il s'en retournait chez lui.\n      Simon a cinquante ans à peine. Il s'est marié jeune. Sa\nfemme est morte. Ses enfants se sont établis. Etranger à Jéru-\nsalem, il est de son métier batteur de cuivre et tient boutique\nprès du Temple. Il possède aussi, hors des murs de la ville, non\nloin du lieu dit Golgotha, un champ qu'il cultive à ses loisirs.\n     Or, ce vendredi, veille du Sabbat pascal, ayant terminé la\ncommande de la semaine, il s'était hâté de bonne heure vers son\nchamp, voulant y effectuer quelques travaux de la saison. Tout\nen cheminant, il retournait dans sa tête les rumeurs qui cou-\nraient la ville, concernant l'arrestation de ce Jésus de Nazareth,\nde ce meneur qui avait un jour, il y a trois ans de cela, chassé\nles vendeurs du parvis.\n      Comme tous les bons ouvriers, assis dès l'aube à son établi,\nil professait un secret mépris pour les beaux parleurs, pour les\ngens sans métier, qui détournent les autres de leur travail.\n      A-t-on idée de ces pêcheurs de Galilée abandonnant barques\net filets, et la pêche fructueuse, pour suivre cet homme?\n      Or donc, Simon travaillait en son champ. Ayant réparé le\npuits, raffermi le banc de pierre et relevé la borne qui limitait\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "46                         DURENDAL\n\n\nson héritage de celui du voisin, voici qu'il songea tout à coup\nau repos, comme à une chose belle et qu'il n'avait jamais pos-\nsédée ni même désirée.\n      Au repos, au grand repos final.\n — Et toute la nature l'entourait d'une oppression étrange.\nLes primevères se fermaient. Les merles avaient cessé de siffler.\nLe ciel se couvrait de gros nuages. Tout semblait attendre, en\nsuspens, l'accomplissement d'un grand drame mystérieux.\n      Alors Simon se dit qu'il était prudent de redescendre vers\nla ville.\n      Comme il se trouvait au versant de la colline qui regarde\nJérusalem, là où commence, le chemin creux, il perçoit soudain\ndes clameurs et des cris et, dans un brusque tournant, le voici\nen présence du cortège du condamné.\n      Toute la plèbe, toute l'écume- des grandes villes est là,\ncomme une meute, autour de Jésus portant sa croix. Les\nbourreaux le mènent, ou plutôt le traînent, par une corde,\npantelant, blessé. L'un d'eux est une sorte de nain jovial à la\ntête énorme. Un autre, son aide, est un jeune homme triste\net las. Ils sont d'origine étrangère, car un Juif ne peut toucher\nle sang.\n      Simon, en homme rangé et prudent, voudrait se détourner\ndu cortège, afin de ne s'y point mêler, ne fût-ce qu'un instant.\nMais les bourreaux l'ont aperçu, et son geste de recul. Or, Jésus\nétant tombé et restant étendu sans pouvoir se relever, ils con-\ntraignent l'étranger à lui venir en aide.\n      Simon n'obéit qu'avec répugnance et dégoût, sous le geste\nmenaçant des bourreaux. Mais Jésus, ayant levé les yeux sur\nlui, voici qu'il se sent traversé par la charité, — comme par un\ndard très aigu et très suave, qu'ont connu, depuis, tous les\nsaints.\n      Le voici donc, Simon, qui soulève la croix de Jésus.\n      Le voici qui marche à la suite de Jésus.\n      Le voici qui, du front, touche, l'épaule de Jésus.\n      Le voici qui met ses pieds dans les traces sanglantes des\npieds de Jésus.\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                       SIMON DE CYRÈNE                          47\n\n\n     Le voici qui fait corps avec la croix.\n     Le voici qui épouse la croix.\n     Le voici qui ne fait qu'un avec Jésus.\n     Le voici qui prend sa part des outrages et des coups qui\npleuvent sur Jésus.\n     Le voici couvert de sang et de boue comme Jésus.\n     Le voici lavé et purifié, en son âme, de tout ce qui n'est pas\nJésus.\n     Le voici happé, submergé par la Passion.\n     Le voici, enchâssé comme une strophe dans le grand poème\nde la Passion.\n\n     Et beaucoup sont depuis entrés dans la Passion, avec affres\net inquiétude, et voilà qu'une grande tranquillité solitaire les a\nenvahis, comme s'ils étaient seuls au sommet d'une montagne,\ntandis que la foule infiniment petite s'agite au loin, dans la\nplaine.\n     O Simon, ouvrier de la onzième heure, combien sommes-\nnous qui, pareils à toi, honnêtes et avisés, et soucieux de nous\ngarer de la sainte bagarre, rencontrerons cependant un soir,\nalors que nous croirons la journée faite, au détour de l'une de\nnos rues tristes, le visage d'agonie du Maître implorant de ses\nyeux noyés de sang et de larmes, pout que nous aussi nous\nmarchions avec Lui et mettions nos pas dans ses pas !\n                                             HÉLÈNE MŒLLER.\n    Vendredi-Saint   1920.\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "              ACHEL\n\nLe pays roux et noir, et les hautes usines\nDormant au fond du jour comme de grands vaisseaux,\nEt le gros bourg parmi les arbres et les eaux,\nEt l'auberge tentante aux parfums de cuisine,\nEt, près du long effort de la route divine,\nLe banc où le beau soir vous invite au repos :\n          Laisse-les, va toujours, chemine...\n\n           Il faut aller, il faut aller,\n           Il faut dompter nos lassitudes,\n           Et, certes, l'étape fut rude\nEt l'appel du printemps nous poursuit affolé :\nIl faut aller, pourtant, vers cette solitude.\n\nCe Jeudi Saint nous fut bien dur et sans amour,\nNulle communion n'apaisa l'étendue,\nLe vent souffla et les tempêtes éperdues\nAux quatre coins du ciel déchirèrent le jour;\nLe paysage fut sans douceur ni musique,\nApre, infécond, pareil aux landes de l'enfer,\n         Et découpant le ciel tragique\n         Comme avec des lignes de fer.\n\nEt, quand vint, le silence ardent du crépuscule\nEt que le vent se tut sous le baiser du soir,\nCe fut, à l'horizon, toute la fausse gloire\nDu monde qui dressa des villages qui brûlent\nEt les palais de feu où l'orgueil va s'asseoir.\nLe chemin s'engagea parmi les lourdes terres,\nUn frisson d'or enfla les blés à peine verts,\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                        ACHÈL\n\n\nUn grand printemps de volupté matérielle\nS'offrit dans la splendeur de cette heure trop belle —\nEt un désir profond traversa toute chair.\n\nAllons ! il ne faut point céder à ces prestiges,\n     Il faut regarder devant soi,\nVers les plaines du Nord, le chemin va tout droit ;\nQu'importe si nos fronts sont pesants de vertige\nEt si dans les jardins, lourdes de trop d'émoi,\nLes tulipes de feu fléchissent sur leurs tiges?\n\nCette tentation de l'impossible été\nQui baigne tout ton corps et remplit tout l'espace\n     S'effacera dans la clarté\n     Egale et douce de la Grâce.\n\nUn grand signe de croix de ton front à ton cœur\nEt les mains jointes un instant sur ta poitrine...\n\n              O voyageur,\nLe chemin que tu suis aborde une colline.\nL'effort sera moins dur de monter, semble-t-il.\nQuand, le faîte franchi, la pente dévalée,\nTu auras pénétré dans cette autre vallée,\nLe soir ne sera plus qu'un soir léger d'avril.\n\nLe soleil est tombé dans la douce buée\nQui s'élevait du sol comme un peu de pitié,\nLa pourpre du couchant dans l'air s'est diluée,\nL'immense paix, dans la clarté diminuée,\nS'étend pieusement sur l'univers entier.\n\nLes chemins sablonneux aux profondes ornière\nTraverseront le cœur de l'immense pinède\nDont la pénombre est verte et dont l'odeur est tiède,\nEt où rêve l'âme lunaire des clairières.\nLa plaine s'ouvrira près d'un hameau perdu,\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "50                        DURENDAL\n\n\n     Immense, et prolongée encor par le silence\n     Et par cette lueur qui baigne l'étendue ;\n     Un angelus tombant d'un campanile bleu,\n     La cloche d'un troupeau qui rentre à son étable\n     Et le pas lourd et mat d'un homme sur le sable\n     Qui dit le lent bonsoir des âmes sans envie,\n     Seront les derniers bruits et les dernières vies,\n     Que nous pourrons entendre avant l'heure de Dieu.\n\n     Voici la Paix, la douce Paix, ô pauvres âmes\n     Qui depuis ce matin aspirez au divin !\n     Il n'est plus une voix, une brise, une flamme.\n     Et ces arbres muets savent que tout est vain.\n     Déjà l'heure immobile et immatérielle\n     Semble participer de la vie éternelle,\n     Le soir est parfumé par le pain et le vin ;\n     Les mots ne pourraient plus monter jusqu'à nos lèvres,\n     Dans nos cœurs où le jour multiplia ses fièvres,\n     Le Dieu qu'ils ont reçu monte comme un levain.\n     Gardé par des bouleaux blancs comme des présences,\n     Le chemin va très pâle au milieu des bruyères :\n     Au bord du'jour et tout au bout de l'existence\n     Il semble, par instants, que nous quittons la terre...\n\n     Nous approchons. Des peupliers nobles et lents,\n     Prolongeant longuement leur songe taciturne,\n     Attendent, recueillis, la vision nocturne\n     Et se dressent en un calme et sublime élan.\n     De grands toits miroitants après eux se devinent,\n     Dont pas un bruit ne monte et pas une fumée\n     Et, au bout du chemin, une porte fermée,\n     Sous un grand cintre blanc dans l'ombre se dessine.\n     C'est là que Dieu t'attend, ô pauvre voyageur!\n     Une éternelle Paix y va noyer ton cœur.\n     O lieu où le désir à l'oubli se fiance !\n     Et si muet qu'il fait un trou dans le silence !\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                       ACHEL\n                                                      51\n\nEt si poignant d'être rempli déjà, ce soir,\nDans la pâle clarté de cette heure divine,\nPar l'immense sommeil des moines blancs et noirs,\nImmobiles, les bras croisés sur la poitrine.\n\nDevant les pèlerins que l'invisible nuit\nA suivis doucement sur la route effacée,\nLa porte s'ouvrira, d'une lente poussée :\nTu verras le couloir où une lampe luit,\nDes larmes monteront de ton âme apaisée,\nTu ne penseras plus aux cruels autrefois,\nUn grand moine dressé dans une robe blanche\nT'ouvrira sans parler ses bras aux larges manches\n\nEt il t'embrassera dans un baiser sans voix.\n                                     PIERRE    NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "    C'était dans une autre vie...\n\n               J'ÉTAIS un     vieux chemineau; je m'en souviens\n                  très bien... J'ai, d'ailleurs, gardé dans mon être\n                  d'aujourd'hui son farouche besoin des olitude et\n                  sa nostalgie des grands horizons Toutes les\n                  joies, toutes les douleurs qui me sont restées de\n                  cette viesous le ciel nu, se cristallisent en un\n                  seul souvenir, poignant et indestructible, qui\na mis au fond de mon âme une pénétrante mélancolie.\n      J'étais un vieux chemineau; je m'en souviens très bien...\nC'était la veille de Noël, vers le soir. J'arpentais de mon pas\négal un sentier en pleins champs. La terre était dure : il avait\ngelé. Le vent du nord-ouest balayait par rafales l'étendue sonore\net perçait mes vêtements et les loques dont je m'étais couvert,\nhérissant ma peau de courts frissons. Une bruine légère passait\ndans l'air, comme un voile humide, aussitôt emporté. Le ciel\nénorme avait deux visages : l'un, d'une pureté sublime, où de\npâles étoiles commençaient à scintiller ; l'autre, sombre et me-\nnaçant, encombré de nuages noirs, hauts comme des montagnes.\n      Il faisait bon, cependant. Autour de moi, les labours hou-\nlaient à me donner le vertige ; les plantes des champs, touchées\npar le gel, gisaient étalées et défaites. Les buissons dressaient le\npoil dur de leurs branches lisses. De lourds corbeaux, qui pâtu-\nraient dans les terres retournées, ouvraient à mon approche\nleurs ailes funèbres. Devant moi, s'allongeait de droite à gauche\nla grand'route, bordée de hauts ormes, au pied desquels de\npetites maisons s'épaulaient les unes aux autres, par groupes.\nIci et là brillait une faible lueur.\n     Des châteaux sommeillaient au milieu de leurs parcs aux\nbouquets d'arbres dépouillés, qui mêlaient au vent la rumeur\nmugissante de leurs cimes, tandis que des sapins velus ondu-\nlaient et se penchaient sur les pelouses, comme des bêtes géantes.\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                 C'ÉTAIT DANS UNE AUTRE VIE                     53\n\nAu delà de la route, l'immense forêt ceinturait l'horizon d'une\nhaute muraille grondante. De l'autre côté, au-dessus de la ville,\nle ciel était illuminé d'une miraculeuse poussière d'or vert...\n      J'étais tourmenté par la faim et je me sentais seul. J'éprou-\nvais, pour la première fois, un besoin surprenant de me trouver\nparmi les hommes, de m'asseoir à l'abri, devant un foyer; de\nvoir des enfants joyeux, des femmes riantes, de partager le\nchaud repas de viandes grasses et de boissons fraîches. J'étais\npoussé vers la ville par une mystérieuse crainte qui m'interdi-\nsait de hanter le silence sacré des campagnes, par ce soir divin.\nJe cherchais le miracle, et, pourtant, je le sentais autour de moi,\ndans le mutisme comme volontaire des choses, dans la grandeur\nfarouche de la nature, dans ses arbres endormis, dans sa terre\ndurcie, dans ses eaux immobiles, dans ce sommeil hostile où se\ncachait la vie !...\n      J'atteignis la grand'route : un lent et fantastique cortège\nde véhicules de toutes sortes s'avançait vers la ville. Les chaînes\ndes attelages sonnaient, les essieux grinçaient, les bois cra-\nquaient, les roues rebondissaient pesamment d'ornière en ornière ;\nles chevaux martelaient la chaussée du choc mesuré de leurs\nfers, — et tous ces bruits se confondaient en une seule clameur\nmonotone et régulière comme celle du ressac.\n      J'avais hâte d'arriver. Je dépassais des charrettes caho-\ntantes que traînaient des rosses maigres, et des chars énormes,\ntirés par de forts chevaux dont le corps luisant fumait dans la\nnuit. Les conducteurs sifflaient ou chantaient en sourdine; un\nchien se mit à japper au rire d'un enfant. Les lanternes éclai-\nraient en biais les troncs rugueux des ormes de la route, et il me\nsembla, les regardant ainsi, que ce n'étaient plus des arbres,\nmais des êtres meilleurs, qui nous regardaient passer et nous\njugeaient.\n      Un large rayon jaillit soudain d'une porte ouverte, et je vis\nun molosse qui roulait vers moi, hurlant. Il me saisit la jambe :\nje n'eus que le temps d'abattre mon bâton sur l'échine dure...\nLa bête s'enfuit en criant, et ce me fut un mauvais présage.\n      Les maisons se multipliaient aux confins du faubourg ; elles\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "54                          DURENDAL\n\n\nse touchaient presque sans interruption, et de tous ces âtres\nallumés m'arrivait l'odeur chaude et irritante des mets.\n     J'étais transformé, j'éprouvais une envie ardente de serrer\nsur ma rude poitrine de solitaire, un être humain qui m'aimât !\nOh ! doux son d'une voix qui répondrait à mes paroles, pression\nd'une main amie sur mon bras, regard affectueux qui rencon-\ntrerait mes. yeux!...\n     Que tout était beau! Là-haut, le grand ciel calme et froid\noù se posait, dans son ordre éternel, l'énigme splendide des\nconstellations ; sur la terre obscure, le va-et-vient des hommes\net leurs visages un instant entrevus, au feu rouge et clignotant\ndes lanternes...\n     Mon âme pleurait de solitude. Cependant, j'errai long-\ntemps encore, pauvre entre les pauvres, sans trouver l'audace\nde pousse la porte d'une auberge,\n\n      Ce fut, je m'en souviens très bien, sur une place triste, où\ntrois lumières brillaient. Une musique joyeuse et forte s'échap-\npait d'une vaste bâtisse. Des gens entraient. Je les suivis...\nUne clarté trop vive me blessa, tout d'abord ; un couple de dan-\nseurs me heurta, puis d'autres... Je cherchai un coin d'ombre\net je m'assis.\n      Des hommes et des femmes passaient et repassaient, en\ntournoyant, devant moi; l'orchestre ronflait; l'air, pareil à\nl'haleine d'un four, m'apportait des odeurs de friture et de sueur.\nAssis sur des bancs, le long des murs, des buveurs lampaient à\nlongs traits, la tête renversée en arrière, montrant largement\nleurs gorges charnues ; d'autres, déjà ivres, dormaient, les coudes\ndans les boissons répandues, sourds au tumulte des disputes,\nqui poussaient brusquement deux hommes à s'affronter, cruels\net stupides. Des filles et des garçons s'embrassaient longue-\nment, l'œil noyé d'un bestial amour. Une commère, qu'un rire\nbrutal secouait à tout instant, tenait, pelotonné contre elle, un\nenfant malade de sommeil, qui geignait sans cesse. Elle voulut\nle faire taire, l'enfant pleura, et la femme, prise d'impatience,\nse mit à le battre!... Et il était si petit !\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                  C'ÉTAIT DANS UNE AUTRE VIE                    55\n\n     Une souffrance sourde gagna tout mon être... Sur des\ntables, au fond de la salle, on servait de grandes platées de nour-\nritures, aussitôt partagées et englouties. Les mangeurs avaient\ndes visages luisants et de répugnantes lèvres humides... La\nfaim grondait en moi... Je contemplais, étourdi de tapage et de\nmouvement, cette foule humaine : sa joie aveugle et sourde,\nsa lourde joie sans âme me fit horreur...\n     Mon cœur se durcit dans ma poitrine. J'eus honte de cette\nbasse liesse; un dégoût plein de colère me prit à la gorge et je\nm'enfuis en courant, à travers la campagne...\n\n     J'atteignis la grand'route : elle était déserte; le vent se\nlevait par instants, animant de sa voix toutes les voix du silence.\nJ'étais seul, dans la nuit, pauvre entre les pauvres ; seul sous le\ngrand ciel calme et froid, où se posait, dans son ordre éternel,\nl'énigme splendide des constellations...\n\n                                          HÉLÈNE    CANIVET.\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "            W i n d y Hill\n\nTa mort assombrissait la fin de la semaine,\nEt ton deuil apaisait l'ardeur de la saison\nOù mon cœur a voulu revoir, fier capitaine,\nTon château, ton cheval, tes nègres, tes collines,\nLes plants de ton tabac près des champs de coton,\nEt l'été qui brûlait au ciel des Carolines.\nTon ombre se mêlait à celles de la plaine,\nEt rien ne témoignait à mon oeil familier\nQu'en ton absence on eût changé le paysage\nEt la maison de tes ancêtres pionniers.\nJ'ai mangé ton maïs, bu l'eau de ta fontaine\nQue récolte aujourd'hui le pasteur protestant,\nEt j'ai serré la main des gens de ton village.\nJ'ai vu tes bois de pins bleuir à l'horizon,\nLa lune énorme et rouge au-dessus de l'étang,\nLes nègres se grouper le soir sur tes gazons\nEt la nuit douce et claire embrasser ton domaine...\n\nVoici, sous le même arbre, intacte, près du pont,\nLa hutte où ton grand-père avait été choisi\nColonel à trente ans pour mener au combat\nUn régiment de fantassins confédérés.\nJe sais qu'à ton dernier congé, vaillant soldat,\nL'esprit déjà tendu vers les terres lointaines\nDont l'amour te venait de parents émigrés,\nTu pris conscience ici des vertus de ta race.\nVoici le banc de pierre où nous étions assis,\nCe soir où le vent frais soufflait de l'Atlantique,\nSoir égal en splendeur aux plus beaux de ma vie.\nTu parlais d'avenir. Ta volonté tenace\nDéjà te conduisait au seuil de la richesse,\nSans que l'amour, émerveillant ton âme égale,\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                     WINDY HILL\n\n\nPût distraire ton cœur de la route suivie.\nLa nuit d'or éclatait dans le chant des cigales.\nTu me disais l'effort têtu de ta jeunesse,\nLa culture de tes campagnes appauvries,\nOù ton père gardait l'orgueil de la défaite\nEt mourait sans prévoir l'époque où serait faite,\nEn moins de cinquante ans, la plus belle Amérique.\nJ'ai dormi sous ton toit, au bord de la terrasse\nOù vibrait dans la nuit l'essaim fou des moustiques,\nEt tu m'as réveillé toi-même au jour levant.\nTu m'as conduit jusqu'au village et m'as quitté,\nSans me confier que tu comptais, le mois suivant,\nAbandonner le soin de tes propriétés\nEt revêtir l'uniforme de lieutenant.\nDeux fois tu m'écrivis, du Texas et de France,\nAu cours de cet automne où naquit la victoire ;\nMais un matin, à la lisière de l'Argonne,\nEn bondissant, tu chancelas, les bras ouverts...\n\nJe veux t'offrir la prière de mon silence\nQue j'hésite à troubler par le bruit de ces vers,\nJeune homme dont le casque est mieux qu'une couronne\nEt dont le nom gallois suffit à ma mémoire.\nAujourd'hui, ton domaine est aux mains du pasteur\nQui fit chanter pour toi le plus brillant service\nOù la foule entendit la voix d'un sénateur.\nAu début de l'été qui suivit l'armistice,\nTon village a reçu la médaille et la croix\nDont deux pays alliés ornèrent ta poitrine...\nTu peux dormir, ami. J'ai revu ta maison,\nTes campagnes, ton chien, tes nègres, tes collines.\nMon cœur aimant et sage a retrouvé tes bois.\nLe vent ne berce ici que d'anciennes moissons.\nLe soleil monte et brûle au ciel des Carolines...\n\nWashington; D. C, 1919.          ROBERT   SILVERCRUYS.\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "                A côté de la guerre\n\n                                                                    Novembre 1914.\n\n\n               Nous sommes toujours, dans notre Lummen,\n                 accrochés à la vision des combats sur l'Yser.\n                     Un sous-off cherche à me persuader qu'Ypres\n                 est au pouvoir de l'ennemi ; il rôde un peu trop\n                 souvent par ici, ce drôle, et ses regards inquisi-\n                 teurs, quand je suis obligé de le recevoir dans\n                l'antichambre, me donneraient la fièvre. Le\nBoche vient de Saint-Trond avec deux de ses pareils qu'il laisse\nse morfondre à la porte, tandis que lui m'asphyxie de la fumée\nmalodorante de sa pipe et s'éternise à espérer un petit verre\nde schnaps. Tonnerre! que ne puis-je l'envoyer rejoindre ses\nhommes avec un coup de pied au derrière ! La contrainte com-\nmence à me peser, je me sens irritable, susceptible, méchant pour\nceux qui me sont très chers. Les longues journées d'attente\nsans incidents saillants agissent sur le moral, comme aussi\nl'obligation de se contenir devant des êtres haïs, de garder un\nvisage immobile, un sang-froid apparent, quand leurs sornettes\ndépassent toutes les limites de l'impudence et de la provocation.\n      Le seul soulagement à cet état nerveux nous est procuré\npar la lecture des journaux belges de Hollande, qui passent\nsecrètement la frontière. Des gaillards entreprenants les débitent\nà la ville dans les cabarets, voire dans la rue, quand les passants\nn'offrent rien de suspect. L'une ou l'autre publication autorisée\net germanophile couvre cette marchandise, qui rapporte bien\ndavantage que le papier prussien. Parfois le vendeur retire tout\nbonnement les imprimés de dessous son gilet. Et c'est ainsi que,\n\n\n  (1) E x t r a i t du Journal   de Guerre, de M. GEORGES VIRRÈS.\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                     A COTÉ DE LA GUERRE\n\n\nmoyennant dix sous, nous acquerrons les Nouvelles, dont un\npubliciste limbourgeois a fait une feuille bien vivante et coura-\ngeuse; le Courrier de la Meuse, imprimé à Maestricht comme\nles Nouvelles, nous vaut des articles enflammés, et un groupe\nintéressant, appartenant à l'ancien Matin, d'Anvers, a fondé\nl'Echo belge, qui s'édite à Amsterdam et nous arrive le jour\nmême de sa parution. Les succès russes, la résistance opiniâtre\ndes Belges, l'effort magnifique de la France ou l'aide généreuse\nde l'Angleterre, et la déclaration de guerre de ces deux derniers\npays aux Turcs, dignes alliés de l'Allemagne, donnent matière\nà télégrammes et appréciations. Nous les \"traduisons devant un\ncercle d'hommes et de femmes qui ont l'air d'écouter par leurs\nyeux écarquillés.\n     Ces journaux commentent aussi des événements antérieurs,\ntelle la manifestation de la Chambre italienne, où tous les\nmembres se levèrent en signe de protestation solennelle contre\nla violation et le mépris allemands du droit et des traités, en\nterritoire belge.\n     Je m'enthousiasme à cette pensée, mais dans mon for inté-\nrieur, car le motif essentiel de mon émoi n'est pas pour ma\ngalerie paysanne : si je m'abandonne aux vibrations d'un secret\nlyrisme, ma voix ne révèle pas mes hymnes intimes. C'est à moi\nseul que je dédie mes images exaltées... Noble fleur latine,\nItalie, précieuse châsse d'un incomparable passé, comme ton\nsuffrage ravit les facultés aristocratiques de l'être et comme je\ncomprends Maeterlinck, pèlerin issu d'un pays ravagé par les\nbarbares et qui va conter sa misère aux marbres dorés de Venise,\nchez les patriciens de Rome et parmi les délicats Florentins!\nChaque homme, depuis que la pensée pure a mûri sous son front\net que l'émotion spirituelle des formes et des idées s'est mélêe\nà sa vie sensuelle, éprouvera la fierté d'une pareille amitié. Oui,\nvraiment, renversés sur la route dure par le flot germanique,\nbrutalisés et salis encore chaque jour à ce contact impur, ne nous\nrestera-t-il pas la meilleure part pour avoir touché les peuples\ndont la destinée s'inscrit parmi les fastes impérissables de l'art\net de l'histoire?\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "60                           DURENDAL\n\n\n      Envierai-je jamais assez un Jules Destrée qui, ayant décrit\n naguère dans son âpre Borinage hennuyer, Une campagne élec-\ntorale au pays noir, passera bientôt le seuil sacré, afin d'émouvoir,\nà son tour, le peuple de la Ville éternelle? Admirable et inoubliable\ncontraste dans une vie d'artiste, libre d'accomplir tous ses vœux.\n Hélas! il nous faut rester, nous autres... Nous devons nous river\nà ce qui, paraît-il, est le devoir, quand de quelle âme et de quel\nélan on se jetterait, sous un ciel libre, dans les sublimes aven-\ntures !\n      Je regarde un peu tristement autour de moi. Il y a là des\nchoses que j'ai beaucoup aimées et qui me paraissent presque\n étrangères à l'approche de ce soir de novembre. Sentiment\ndétestable et que je veux étouffer. Tout doit m'être plus cher\n que jamais, il faut que se resserrent mes étreintes afin de pro-\ntéger contre tout péril le trésor de ce qui a paré mes regards\net nourri mon âme. Pénétrez plus intimement encore dans\nma chair et mon esprit, apparences et réalités de mon terroir.\nJe vous aime, comme on aime ses enfants, alors que la maladie\nles menace et que le danger rôde. A chacun sa tâche. Je me rési-\ngnerai au sort obscur, et je m'efforcerai d'élargir le cercle mo-\ndeste de mon activité au hasard des circonstances, louant Dieu\ns'il m'accorde quelque compensation. Et vous, peuple des\ncabanes et des petites fermes, il ne sera pas dit que vous ne\nsaurez rien de mes réflexions actuelles.\n      Et je m'efforce, soudain, de représenter à mon auditoire\nl'attitude de cette Italie qui, faisant partie intégrante de la\nTriplice, s'incline à présent très bas devant notre malheur, dans\nl'émotion de sa pitié, dans sa révolte contre l'injustice, et j'ai\nfait éclater de rire mes bonnes gens des campagnes, en évaluant\nla longueur des nez diplomatiques aux cours de Berlin et de\nVienne, lorsque les sympathies italiennes se manifestèrent avec\ntant de majestueuse ampleur. Quel réconfort pour les bons\npetits Belges que nous sommes, quel dépit furieux chez les\nKaiserlicks si justement bernés! On s'est séparé, toujours riant,\navec de solides poignées de mains et des tapes sur les épaules.\nEh bien! la vie n'est inutile nulle part.\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                      A COTÉ DE LA GUERRE                         6l\n\n       Sur une page de mes tablettes familiales, j'avais inscrit la\n date du retour de ma seconde fillette, éloignée au début de la\n maladie de notre aînée. Elle accompagna, vers la mi-septembre,\n ma sœur et mon beau-frère qui se retirèrent à Fauquemont, en\n Hollande. Les patrouilles belges et allemandes tiraillaient encore\n ferme à cette époque dans nos environs immédiats. Ma seconde\n fillette, c'est Adrienne. Elle réapprend le pays, grâce à nos soins.\nMa femme m'aide à lui faire un cours d'histoire qui demeurera\ngravé, avec des lettres de feu, dans sa petite cervelle. D'un cœur\ntranquille, nous décidons de ne point pratiquer le pardon des\ninjures.\n       Trois semaines après ce retour, le bonhomme qui se rend\nlibrement à Maestricht chaque jour, afin d'y quérir le Nieuwe\nRotterdamsche Courant, me rapporte une lettre de mon beau-\nfrère annonçant que ma sœur est souffrante. Le ton de sa lettre\nn'a rien d'alarmant, et pourtant je n'attendrai pas jusqu'à\ndemain pour me mettre en route. Un besoin de mouvement,\nd'activité, me presse. Et aussitôt décidé, aussitôt fait : je bâcle\nun baluchon de fortune, je chausse de fortes bottes, et me\ntrouve sur la route de Hasselt, avoir, d'avant seulement arrêté\nun plan de voyage. Je possède une pièce d'identité qui me qua-\nlifie marchand, ce document sera utile pour obtenir un schein\nà la Kommandantur. Si ma demande n'aboutit pas, j'imiterai\nles vendeurs de journaux interdits et prendrai les chemins creux\net les sentiers abrités jusqu'au poteau-frontière.\n       La veine me sourit à partir de Kermpt, où un voiturier\ncomplaisant me hisse dans sa carriole, et nous arrivons rapide-\nment à Hasselt. Les bureaux allemands sont encore ouverts.\nJe me présente et expose, avec un parfait sérieux, le but de mon\nvoyage en Hollande : j'ai des intérêts là-bas engagés dans une\nentreprise commerciale, ma présence est indispensable pour le\nrèglement de mes comptes; je donne des détails précis, je cite\ndes noms et des chiffres, mais je m'aperçois bientôt que l'Alle-\nmand auquel je m'adresse n'attache pas grande importance à\nmes discours et qu'il est superflu d'allonger. Ma figure et mon\nair de sincérité doivent suffisamment lui revenir, car il étend la\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "62                         DURENDAL\n\n\nmain vers un bout de papier, consulte la pièce qui justifie de\nma profession, commence à écrire, s'interrompt, me demande\nsi cinq jours suffiront pour terminer mes affaires, et, sur mon\naffirmation, il signe et appuie son paraphe d'un cachet noir.\nÇa va très bien. J'ai donc vraiment l'air si commercial? A demi\nflatté, je me mets en quête d'un moyen pratique de transport,\npuisque je me trouve autorisé à-voyager au vu et au su de tout\nle monde.. On m'indique un marchand de denrées coloniales,\ndont le camion part chaque jour pour Maestricht, avec des\ncaisses vides et des voyageurs assis dessus. Allons-y.\n       Je suis reçu par la femme du marchand. Elle me dit que\nson mari rentrera ce soir de Hollande et repartira demain\nmatin, à six heures. C'est une bien belle personne; un peu énig-\nmatique, et qui débite des fromages avec un air de royauté.\n       Je vais m'assurer d'un gîte. La nuit passe lentement, malgré\nla tranquillité de sa conscience, quand il faut être dehors avant\nle jour. J'ai peur de ne pas me réveiller à temps et, naturelle-\nment, le besoin de dormir me vient alors qu'il faut se lever.\n       Hâtons-nous, dans l'obscurité des rues, vers la porte de\n l'épicier. Arrivé bon premier, je trouverai certainement place\n dans sa voiture. Un peu de patience. Six heures carillonnent,\n puis les minutes s'écoulent, le demi-quart d'heure fait s'égrener\n cinq notes dans le ciel. Il me semble entendre le bruit d'un\n camion qui se rapproche. Le patron aura attelé quelque part\n dans la ville et viendra prendre les voyageurs à l'entrée de sa\n boutique.\n       Mais rien n'arrive et je suis toujours seul. Les fenêtres du\n premier étage de l'épicerie encore jalousement bouchées solli-\n citent de plus en plus mes regards. Six heures et quart. Rien,\n rien. Si je sonnais? Je sonne. Aucun bruit ne me répond.\n Six heures vingt, vingt-cinq... la demie est sur le point de se\n déclencher au clocher de l'église. Ah! cette fois, je saisis le\n cordon de la sonnette d'une poigne véhémente et je tire trois\n  fois de suite, avec une vigueur croissante. Enfin, on remue à\n  l'intérieur de la maison. Une fenêtre s'entr'ouvre :\n        « Qu'y a-t-il donc?... », dit une voix douce et chantante.\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                     A COTÉ DE LA GUERRE                        63\n\n\n     « Il y a que je m'inquiète de ne pas voir le camion qui doit\nme transporter en Hollande.\n     — Nous ne partons pas ! s'écrie quelqu'un d'un ton brutal,\nderrière la personne à la voix caressante.\n     — Comment ! Je fais ici le pied de grue depuis une heure,\nparce que vous m'avez affirmé, hier soir, que nous irions ce\nmatin à Maestricht : cela ne se passera pas ainsi ! »\n     De calmes paroles m'interrompent :\n     « Mon mari est trop fatigué! Il est incapable de se lever.., »\n     Et la fenêtre se referme sans bruit.\n     J'en demeure stupéfait, et je vais lancer quelques inso-\nlences vers cette croisée qui en prend tant à son aise, quand,\naprès réflexion, je ne puis m'empêcher de sourire et de conclure\nsans rancune que cet imbécile d'épicier a somme toute choisi la\nmeilleure part.\n     Bienfait de l'imagination, occupation aimable de ma\npensée... Le souvenir de la belle personne aperçue hier derrière\nson comptoir, devinée ce matin dans l'entrebâillement de la\nfenêtre, suffit à me faire prendre mon mal en patience. Je me\nmets courageusement en campagne dans le but de découvrir\nun véhicule providentiel, et le ciel m'octroie cette grâce. Dans\nla principale rue, je croise une espèce de break en quête de voya-\ngeurs pour Maestricht. La voiture n'est qu'à moitié pleine; je\nm'installe tout de suite devant une dame entre deux âges, qui\nne rappelle en rien mon interlocutrice de tout à l'heure... Nous\nchargeons encore deux bourgeois au passage, et lorsque nous\nquittons la ville, le chiffre de mes compagnons de route s'élève\n à cinq. On n'est jamais bien joli dans une voiture ouverte,\npendant que la brise glacée vous souffle au nez et que les yeux\ndemeurent bouffis de sommeil. Aucun de nous n'éprouve le\n besoin de se communiquer à ses voisins ; chacun se confine dans\n une espèce d'engourdissement. Près de Bilsen, des maisons\n incendiées provoquent quelques aperçus aussitôt abandonnés.\n Resterons-nous distants les uns des autres, sans échange de\n sympathies réciproques, et pourquoi? Cette situation me paraît\n curieuse, à moi qui arrive d'une contrée où le malheur a groupé\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "64                          DURENDAL\n\n\ntous les gens en une même famille. Chevaux clopinant, ressorts\ngeignant, voyageurs sommeillant, les kilomètres dénient mélan-\ncoliques, et les grisailles de novembre drapent nos pensées.\n      Des sentinelles nous ont arrêtés deux fois, afin de réclamer\nles passeports. Intermèdes insuffisants pour secouer notre\napathie. Au moment d'arriver en territoire hollandais, la visite\ninquisitoriale des soldats prend un caractère plus sérieux. Une\nguérite aux calamiteuses couleurs de l'Empire marque la limite\ndes deux pays. Le drapeau allemand flotte devant la dernière\nmaison belge...\n      Malgré tout ce que nous avons vu et ressenti depuis le\ndébut de la guerre et trois mois d'occupation, ces signes officiels\nde l'accaparement prussien crispent le cœur. Il n'y en a plus\npour longtemps avant d'être à Maestricht et soudain nous nous\nsommes mis à causer, à nous communiquer nos impressions,\nà mettre dans nos paroles une hâte, comme pour rattraper le\ntemps perdu par notre mutisme. Ce coup de fouet donné aux\nfibres de notre cerveau vient de ce qui nous entoure, de ce qui\nnous baigne, de ce que nous respirons: l'air de la liberté!\nAffreux effet de la guerre, c'est hors de notre patrie que nous\nnous sentons allégés et prêts à sourire ! Plus de Boches, plus de\ncontrainte, on va donc pouvoir parler et manifester sans retenue\nses opinions. La haute tour gothique de l'église Saint-Jean, la\nlarge cathédrale de Saint-Servais, le beffroi de l'hôtel de ville,\nMaestricht tout entière, offre un tableau accueillant et reposé\ndans le fond de la plaine. Les aspects de la cité mosane s'in-\ncrustent avec une netteté de plus en plus vive dans le ciel, qui\npetit à petit se découvre et laisse filtrer un rayon d'or. Comme\nnous nous épanchons soudain, comme le site ajoute au besoin\nd'extérioriser notre soulagement spirituel! Pour un peu, je\nregretterai la dame entre deux âges qui partage si pleinement\nma manière de penser et de sentir. Et me voici dans les rues de\n Maestricht, extraordinairement animées, et des visages connus\nmontrent la joie de nous revoir, des mains tendues viennent à\n notre rencontre. Le Vrijthof, bordé de beaux arbres, au centre\n de la ville, devant la cathédrale et le temple protestant, en pierres\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                     A COTÉ DE LA GUERRE                       65\n\nromanes et gothiques, pleines de leur grâce ancienne, roussies\net embellies par les siècles, et toutes les maisons modernes sur\nles trois autres côtés de la place, avec les rues et le terre-plein\nenvahis par une foule empressée, présentent un spectacle\ninattendu et réconfortant. Nous avons déjà perdu l'habitude\nde voir des gens maîtres chez eux. Et penser que jadis nous\nopposions — dans nos excursions en Hollande — notre laisser-\naller un peu libre à la raideur et à l'aspect gourmé de l'habitant\ndes Pays-Bas! Il est vrai qu'aujourd'hui, les Belges sont nom-\nbreux dans ces parages. Plaisir délicieux de se retrouver, et les\n mots se pressent pour exprimer ce que l'on ressent! Des amis\n oubliés reprennent tout de suite dans notre affection la place\n d'antan. Les yeux ne se lassent pas de caresser ce mouvement\n ininterrompu, va-et-vient alerte ou flânerie pleine de grâce, sous\n le soleil d'onze heures, et auxquels de jolies femmes — nos Lié-\n geoises! — mêlent leur élégance sans apprêt. Partout, la langue\n française résonne et brille, c'est comme un joyeux cliquetis\n dans cette ville qui ne devint hollandaise qu'à son corps défen-\n dant. Les vieilles familles bourgeoises, ayant évoqué si long-\n temps et avec mélancolie le passé d'avant 1830, doivent avoir\n reconnu ce que les grands-parents leur dépeignaient, dans cette\n atmosphère où remontent les souvenirs de notre vie commune\n — langue, mœurs et usages à la belge !\n       « Nous aussi, nous entendons tonner le canon », me dit\n quelqu'un. Je ne m'en serais pas douté, tant la vie est ici frin-\n gante et enjouée, mais je me rends aussitôt compte que le bruit\n de la bataille et cet état de choses sont parfaitement compa-\n tibles.\n       « Notre victoire est certaine ! » Toutes les conversations\n aboutissent à cette conclusion. La lecture des journaux confirme\n chaque jour un optimisme qui va grandissant. Si un léger flé-\n chissement venait à se produire sur un point du front en Flandre,\n le public raisonnerait de la sorte : « Que voulez-vous bien qu'il\n  nous arrive d'irrémédiablement grave? Les Boches, s'emparant\n  encore de quelques kilomètres de notre sol, devraient, ayant\n six mois, rétrocéder le prix de cette ingrate conquête. On n'était\n                                                                5\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "66                          DURENDAL\n\n\npas prêt du côté des Alliés et cependant on a résisté. Les nôtres\ntravaillent maintenant d'arrache-pied, ils rattrapent leur arriéré.\nDoutez-vous de l'héroïsme français et de l'aide inépuisable des\nAnglais qui recruteront des soldats dans chacune de leurs\ninnombrables colonies?-... Pareilles réserves n'ont pas de fin.\nPensez donc, l'Angleterre possède la moitié du globe ! » Il serait\nfort inutile de me prêcher ainsi. Je suis un convaincu du grand\ntriomphe et un adepte fanatique de l'écrasement des Teutons.\nQuand même, c'est un bain salutaire, cette promenade maes-\ntrichtoise le long du Vrijthof, dans le grand Staat, jusqu'au\npont de la Meuse, mi-barré et encombré de voitures qui avancent\nà la file, tandis que les piétons prennent la droite avec une dis-\ncipline et un ordre constants. Je voudrais m'arrêter et me pen-\ncher par-dessus le beau fleuve gaulois qui a traversé la barrière\nde feu dans les environs de Verdun, qui a reflété les furieux\ncombats, mêlé le sang des braves de sa race, et qui garde le\ncaractère sacré de cette gloire tragique entre ces nouvelles rives\napaisées. J'ai vu tantôt, chez un libraire, la carte du front,\ndepuis la Suisse jusqu'aux dunes de Flandre!... Notre résistance\nest chaque jour plus puissante et, dans ce rempart du droit et\nde la civilisation, figure l'armée de mon pays. Comment ne pas\nme complaire dans le sentiment profond, délicieux,\"orgueilleux,\nde la valeur de ma race? La Hollande s'élèvera-t-elle un jour\njusqu'à notre idéal?\n     Il me semble, arrivé dans la gare, que je-puis parler haut,\nadopter des allures de maître, fixer hardiment mon prochain\nau fond des yeux, et — qui sait? — peut-être des gens me sui-\nvront du regard, murmurant avec un sentiment de secrète\nenvie : « Celui-là, c'est un Belge ! »\n     Mais plus tard, ne me trouverai-je pas bien ridicule, quand\nje relirai ces lignes écrites sous le coup d'un afflux de patrio-\ntisme nerveux et touchant?... Je m'en voudrais de ne point\navoir noté ces caractéristiques d'un personnage que jouent\nd'instinct, à l'heure actuelle, bon nombre de mes concitoyens\nen pareilles circonstances. Le partage de cette naïveté doit être\nson excuse. Le brave docteur de mon village me disait encore la\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                     A COTÉ DE LA GUERRE                       67\n\nsemaine dernière : « Et maintenant, peu importe où nous irons\nà l'étranger, nous pourrons relever fièrement la tête! » Je viens\nde mettre cette prédiction en action, et laissez-moi vous le\nconfier : je ne me sens déjà pas si lisible !\n      Dans le train qui m'emmène enfin à Fauquemont, l'occasion\nm'échappe de forcer l'attention du public. Les gens ne remar-\nquent guère ma personne, et des pensées plus modestes et plus\nnormales me réoccupent. Au moment du départ, quelque\ninquiétude me hanta sur l'état de la malade que je vais voir;\ndans le courant de cette journée, distrait et sollicité de divers\ncôtés, j'avais écarté tout souci sérieux à cet égard, et sur le\npoint d'arriver, un peu d'appréhension vient à ma rencontre.\n      « Valkenburg! », crient les gardes, car le joli nom de Fau-\nquemont a cédé devant une traduction qui n'a pas l'ancienneté\npour elle.\n      J'ai visité ce pays champêtre au temps jadis, quand tout\nle monde était heureux sans le savoir... Le souvenir que j'ai\ngardé des lieux me guide aussitôt vers l'hôtel où sont descendus\nles miens.\n      « M m e de Laminne?\n      — Elle est dans sa chambre... » Et la patronne de l'hôtel\nmonte devant moi l'escalier.\n      Je ne la questionne pas, craignant une réponse alarmante.\n     Bientôt, à la façon dont elle frappe à la porte et me regarde\ndu coin de son œil souriant, je vois qu'il n'y a rien à redouter.\nEt j'ouvre, avant que nous parvienne l'invitation à entrer.\n      Deux heures plus tard, rassuré, et par la malade et par le\nmédecin qui la soigne, je prenais, en compagnie de mon beau-\nfrère, l'avenue descendant vers le centre de la petite ville. Il y\navait dans le vent qui me fouettait le visage, dans le froid de\nce premier soir d'hiver qui me piquait aux narines, une saveur\nsingulière et neuve. Je continuais de goûter à un fruit défendu\nchez moi. Se trouvait-on bien dans ce Fauquemont, voisin de\nla frontière allemande, et cependant si lointain des hordes bar-\nbares qui écrasent aujourd'hui notre sol! Je n'avais pas besoin\nd'insister auprès de mon compagnon pour lui faire comprendre\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "68                           DURENDAL\n\n\n cette manière de sentir. Il acquiesçait avec empressement. Nous\n croisions des bourgeois de Tongres, trop heureux aussi d'être\n au calme, après avoir connu les violences de l'envahisseur...\n Seulement, je devenais celui qui revient de l'autre côté, le voya-\ngeur intéressant, et c'était fini le plaisir d'observer, d'écouter\net d'emmagasiner pour mon compte, il fallait recourir à l'échange,\nmettre les amis au courant de ce qui se faisait en Belgique, et\nils ne tarissaient pas en questions, si bien que, fatigués de mar-\ncher à travers ce pittoresque Fauquemont, entre ses deux portes\nmoyenâgeuses, le long de la Gueule sinueuse, et devant les\nperrons de ses hôtels illuminés, nous sommes allés nous asseoir\ndans un cabaret, où je continuai de former le centre du groupe,\nnon sans une grande envie de redevenir l'auditeur. Un orches-\ntrion, que je n'avais pas remarqué, me vint en aide. La cafetière,\ngrosse personne blonde, tenait encore le doigt sur un ressort,\nquand déjà l'instrument bruyant nous servait une Marseillaise\ncuivrée. On se tut. Trois jeunes filles, blondes comme la patronne,\nnous observaient avec des yeux bleus et sentimentaux. Je crus\nun instant qu'il fallait patriotiquement se lever. L'attitude\nplutôt moqueuse de mes camarades me retint immobile, intrigué\net curieux. Après le dernier accord, j'appris que les tenanciers\nde l'établissement étaient des Allemands qui ne rataient jamais\nle coup de Rouget de l'Isle, quand ils voyaient s'attabler chez\neux des Belges ou des Français.\n      Comme le Limbourg hollandais est déclaré en état de siège\net que l'heure de la fermeture des cafés sonne tôt, je regagne\nà dix heures mon hôtel, et prolonge entre mes draps, qui fleurent\nla lavande, l'exquise impression d'échapper ce soir aux Prussiens.\n     Le lendemain, ayant passé la matinée près de notre conva-\nlescente, je suis sorti avec l'intention de tâter l'opinion publique.\nLes libraires vendent les Nouvelles, le Courrier de la Meuse,\nl'Echo belge et la Gazette de Hollande, ressuscitée il y a trois ou\nquatre ans par une pléiade d'écrivains de langue française et\nconsacrée à une vigoureuse défense de nos idées. Fauquemont\na eu son journal des réfugiés, appelé l'Exil, mais qui n'a pas\npersévéré ; de vieux numéros traînent encore aux vitrines.\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                     A COTÉ DE LA GUERRE                        69\n\n     Nous sommes dans une province catholique. La plupart\ndes Hollandais du cru lisent, pour leur malheur, le Maasbode,\nun journal néerlandais religieux et germanophile. Il faut se\nrésoudre à certaines constatations : en Allemagne, les catho-\nliques se montrent plus enragés que les protestants à nous\ncalomnier et à vouloir notre asservissement définitif. Le sou-\nvenir du Kulturkampf, qui suivit les victoires de 1870, est pour\nbeaucoup dans leur manière habituelle de se comporter. Si la\nguerre devait se terminer au profit des Boches, le parti gouver-\nnemental protestant acquerrait un renforcement de sa puissance\net le cléricalisme indigène pourrait s'attendre à recevoir des\ncoups. Les braves du Centre allemand, afin d'éviter cette\npénible éventualité, prennent les devants, se proclament plus\nimpérialistes que le Kaiser, plus militaristes que le Kronprinz\net sa bande, plus intraitables que les plus fanatiques d'entre\nles « iiberalles ». La manière forte préconisée par ces pieux\napôtres fait tenir pour des demi-brutes seulement les soldats\nde Louvain, de Termonde et de Dinant. On dit que dans la\nneutre Hollande, la classe dirigeante et conservatrice n'est\nguère sympathique aux Alliés, à cause de la politique avancée\net irréligieuse des derniers ministères français. J'ai trouvé la\nréfutation de cette opinion dans un journal hollandais de droite,\nqui se publie à Maestricht : « Vous nous reprochez, pour des\nmotifs qui n'ont rien à faire avec la guerre actuelle, de souhaiter\nle succès de la France. La question dominant toutes les autres\nest celle-ci : De quel côté se trouvent le droit et la justice dans\nle présent conflit? Un véritable catholique a le devoir de se\nranger sous le drapeau où sa conscience trouve une réponse\npéremptoire à cette interrogation. Malheureusement, nombre\nde catholiques de Hollande ne pensent pas ainsi. »\n     Je vais, déambulant et chasseur de ragots, commettre une\nindiscrétion locale. Le curé de l'endroit tient pour l'Entente,\ntandis que son vicaire a embrassé le parti des Barbares. Le\ndimanche, après l'Évangile, M. le curé ferme la porte de la\nsacristie, afin de ne pas entendre le sermon que son auxiliaire\négaré sert aux malchanceux fidèles de la paroisse. Une telle\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "70                          DURENDAL\n\n\nvivacité de sentiments nous fait grand honneur, et je lorgne le\npresbytère dans l'espoir de pouvoir décocher un large coup de\nchapeau à ce digne et complet allié. La colonie des réfugiés ne\nménage pas ses démonstrations respectueuses, lorsque M. le\ncuré prend le frais devant son logis. Hommages et animosités\npublics vont de pair en ces lieux. Je connais des Belges qui\ns'amusent, dans la rue, à coucher en joue au moyen de leurs\ncannes des jésuites allemands, appartenant à un couvent des\nenvirons. Faut-il blâmer cette chasse simulée et inopérante?\nLes Fauquemontois ne peuvent s'empêcher de rire, me dit-on,\ndevant la mine déconfite de ces religieux ennemis. Songeons\nqu'il ne s'est pas trouvé un seul de leurs coreligionnaires, en\nAllemagne, pour s'émouvoir au martyre de nos prêtres! Ce n'est\npas le rire qui devrait sonner à l'aspect d'un Boche, fût-il\njésuite et manifestement ennuyé, par surcroît, de savoir sa\nnationalité reconnue.\n      Personne ne se vante ici d'être Allemand. Pareille origine\nse dissimule derrière les comptoirs, où l'on vous fait risette en\nfrançais, si vous arrivez du pays occupé, et où le Hollandais\nlui-même ne. découvrira jamais qu'un Germain honteux. L'his-\ntoire de l'orchestrion se généralise. Les mouchards à la solde\nde l'Empire ont l'occasion d'envoyer à leurs maîtres des consi-\ndérations typiques sur l'inimitié allemande par delà les douanes.\nOui, plus j'écoute et regarde, et plus je me persuade que notre\nentourage éprouve mieux que de la compatissance envers le\npeuple belge. Nous sommes au-dessus d'un sentiment moyen ;\nil faut lever la tête pour apercevoir l'étoile qui nous guide. Le\nroi Albert incarne l'héroïsme absolu. On ne se représente point\nsa personne sans un rayonnement dans l'imagination. La gran-\ndeur de son action journalière exalterait le cceur le plus rebelle\nà l'enthousiasme. Nous devons être — et nous sommes déjà\naux yeux de l'étranger — des sujets dignes de pareil chef. Il y a\nlà pour nous un motif continu d'émotion, et il faut que notre\nfièvre intérieure échauffe chacun de nos actes. Nous resterons\nalors en conformité avec le devoir et mériterons les marques\nd'attachement que j'ai senties autour de moi.\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                      A COTÉ DE LA GUERRE                        71\n\n     Je ne perds pas pied dans le lyrisme et m'en voudrais de\nprovoquer la raillerie sur pareil sujet. Tenez, tantôt chez le\nfigaro du coin, de braves gens lisaient leur Courant et commen-\ntaient hautement et visiblement à mon intention, les derniers\nexploits des combattants de l'Yser, ayant au milieu d'eux,\nauguste exemple, le Roi! Le moyen de ne pas sentir battre sa\npoitrine et trembler un peu sa lèvre, même sous le rasoir du\nbarbier et avec la tête bouffonne, tout ensavonnée, que\nvous renvoie le miroir d'en face? Je me serais bien levé tout de\nsuite et, la serviette au cou, j'aurais serré les mains fraternelles\nde ces honnêtes Limbourgeois... Un stupide respect humain\nme retint et, le poil coupé, l'ambiance n'était plus assez vibrante\npour reprendre le geste projeté.\n     Par contre, je transcris avec moins d'entrain cette histoire\narrivée à l'un de mes compatriotes qui s'est fixé près d'ici, à\nHeerlen.\n     Un jour, le Prince consort s'annonce dans la localité.\nBranle-bas général, malgré le peu de popularité dont jouit, en\nHollande, le mari de la reine. Un abbé fort aimable, à la tête\ndes œuvres sociales de l'endroit, se charge de piloter ce visiteur\nde marque. Sociétés coopératives, patronages, assurances et\nréassurances, caisses de secours, hôpitaux ont fait depuis une\nheure les frais de la tournée, quand le Prince, s'adressant à son\ncicerone :\n     « Vous avez des réfugiés belges dans la paroisse? »\n     Et sur la réponse affirmative qui lui est faite :\n     « Je voudrais causer avec l'un d'eux. »\n     Il se trouva, en ce moment, qu'un avocat très distingué\ndu barreau de Tongres vint à passer.\n     L'abbé pensa que personne ne pouvait mieux servir son\ndessein, et il héla le Belge, assez ennuyé d'avoir à congratuler\nun personnage pour lequel il ne se découvrait guère de pen-\nchant, et préoccupé en outre par un détail d'étiquette :\n« Comment allait-il, dans la conversation, qualifier Henri de\nMecklembourg-Swerin? »\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "72                          DURENDAL\n\n\n      La fin de l'entretien mérite de passer à la postérité. Le\nPrince conclut textuellement :\n      « Oui, les Allemands sont chez vous. Ils y resteront, mon-\nsieur. Et je soupçonne que nous devrons aussi leur céder un\nmorceau. » (En ik heb « soupçons » dat wij hun ook een brok\nzullen moeten geven.)\n      Le ton ne révélait aucune nuance de regret ou même de\nmélancolie.\n      Et le patriote de Belgique prit congé de Zijne Hoogheid\n(Sa Hautesse). Il avait par hasard piqué dans le mille, en don-\nnant ce titre honorifique à cet officier prussien. L'étiquette\nhollandaise était sauve, mais que penser du Prince consort, de\nson calme, de sa résignation anticipée, oui, que penser de « Sa\nHautesse » devant l'expectative d'une annexion de territoire\nnéerlandais au profit de son pays d'origine? Pauvres, pauvres\nHollandais!... Ils méritaient mieux, ne fût-ce que pour avoir\naccueilli si généreusement les réfugiés belges sans ressources,\nquand bien même ils se rattraperaient un peu sur la bourse de\nceux qui payent en beaux deniers sonnants les frais de l'hospi-\ntalité étrangère. Je ne me déciderais pas à proclamer — devant\nles pires menaces — qu'Henri de Mecklembourg-Swerin me\nparaît avoir fière allure; mais, me souvenant d'où il sort, je ne\npuis m'empêcher de constater que « Tous, tous sont les mêmes,\nde bas en haut! » Et si vous croyez que cette preuve\nm'afflige !\n      Après avoir serré ces glanes dans un coin de ma mémoire,\nlaissant au temps de débrouiller et de classer les réflexes de ces\nmenus événements, j'éprouve le besoin de m'épancher par\nl'écriture. Mon séjour dans le Limbourg cédé me donne l'occa-\nsion de m'exprimer librement dans des lettres qui partiront pour\nle front et pour la France. Le soir, à Maestricht, je trouvais à\nmon adresse, dans le tableau du Café Suisse, une carte écrite aux\navant-postes de l'armée de Sarrail. Elle était ornée des drapeaux\ndes puissances alliées. Je l'ai regardée longuement, je l'ai\ntouchée avec respect, elle venait de l'endroit où se joue notre\navenir, et celui qui me l'envoyait faisait si joyeusement du sacri-\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                      A COTÉ DE LA GUERRE\n\n\nfice de sa vie l'assurance de la victoire! Sommes-nous de peu\nd'importance à côté d'un simple soldat ! Que resterait-il de notre\nintellectualité, de notre activité morale, de nos acquisitions et\ncréations spirituelles dont nous sommes si fiers, sans le brave\ngarçon qui se fait tuer dans un ardent assaut ou tombe, isolé,\ntandis qu'il monte la garde de notre civilisation? Redevenons\nhumble, malgré notre qualité de Belge. Elle ne suffit pas. Même\ndans l'union du plus brûlant patriotisme, il y a Belges et Belges.\nEt les meilleurs sont là-bas.\n       Nous venons de voir ce là-bas au cinéma maestrichtois,\nou du moins nous avons aperçu, à l'arrière de la tranchée, des\nrégiments en marche, précédés de drapeaux, dont on ne distin-\nguait pas les couleurs sur l'écran blanc et noir. Qu'importe!\nNous y avons mis ces couleurs, et nous sentions le vent qui les\ngonflait et nous respirions l'atmosphère de fierté et d'abnégation\nrépandue sur le viril spectacle. Le public a réclamé jusqu'à trois\n fois le défilé de nos troupes. A la musique martiale de l'orchestre\nse rythmaient nos volontés, frémissaient nos poitrines et se\ncontractaient les gorges. Il y avait, dans la salle, une foule de\nspectateurs qui parlaient le néerlandais et qui battaient des\nmains comme nous.\n       Je couche ce soir chez un bourgeois de cette ville ; son nom\nd'allure bien française étonnerait, si l'on ne pensait tout de suite\n aux huguenots qui trouvèrent asile pendant la persécution\n dans la tolérante Hollande. L'adresse de ce parpaillot authen-\n tique me fut donnée à l'hôtel, qui est comble. Beaucoup d'étran-\ngers passent la nuit chez l'habitant. Mon hôte et sa femme\nrivalisent de prévenances. Sur une allusion de ma part, ils se\n montrent extrêmement flattés de leurs lointaines origines. Nous\n avons conversé tard, et cependant, pour ne pas écorner la\n journée de liberté qui me reste, je voudrais me lever demain\n de bonne heure. Je prends congé sur l'espoir de jours meilleurs,\n dont ce couple aimable me prédit le prochain avenir.\n       Dernières courses dans Maestricht, ce 15 novembre. J'ac-\n quiers toute une iconographie de guerre destinée à ceux qui\n demeurent enfermés dans mon pauvre pays. Un grand portrait\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "74                           DURENDAL\n\n\n du Roi que publie l'Illustration, de cinglants dessins de Ramae-\n kers dans le Telegraaf, des vues de nos villes détruites, des cartes\n du front, et puis des journaux et encore des journaux... Images\n et littérature me donnent à vue d'oeil de l'embonpoint. Dans\n l'obscurité, les Boches de la frontière ne se rendront compte de\n rien, à moins qu'ils n'explorent à tâtons les voyageurs.\n      Devant la poste, un arrêt, à cause de cet avis affiché au-\n dessus de la boîte aux lettres : Toute correspondance avec la\n Belgique est supprimée.\n      Notre éloignement, notre peine, notre séparation d'avec le\n reste du monde ne sauraient être rappelés de façon plus simple-\n ment cruelle.\n      Dans quelques heures s'effectuera le retour vers le Lim-\n bourg natal. Des carrioles hétéroclites se trouveront en partance\n au début de l'après-midi. J'avise une espèce de chiffonnier des\n environs de Hasselt, qui derrière le poney attelé à sa charrette\n surgit dans le trou rond d'une bâche grise tendue sur arceaux.\n Je serai ramené par ses soins. Le temps s'écoule maintenant\n chargé de tristesse, je ne ramasse plus aucun motif de réconfort\n dans la foule qui encombre les rues, et quand la pluie se met à\n tomber, j ' y découvre un complément à mon état d'âme chagrin.\n Maestricht circule sous les parapluies, je me glisse sous la bâche.\n Nous allons partir, nous sommes partis. Il pleut, il pleut, le soir\ndescend, nous roulons cahin-caha, la plaine luisante et morne\nnous entoure. Pas d'incident à la frontière. Les villages désormais\nvaincus s'allongent au ras des routes interminables. Le vent\ns'est levé et projette, dans l'obscurité, la pluie à l'intérieur de\nnotre abri précaire. La lanterne branlante de l'équipage éclaire\nun côté de la route boueuse, les troncs des arbres dans le court\nrayon de la flamme apparaissent et disparaissent sans relâche.\nDeux ou trois fois encore les sentinelles allemandes nous arrê-\ntent, examinent nos passeports, s'informent de ce que contien-\nnent les caisses entassées derrière nous. Mes entournures les\nlaissent indifférents. Il pleut désespérément. Mon conducteur\nme raconte des histoires insanes... Les Belges et les Anglais se\nseraient emparés d'Ostende, les Allemands auraient réuni tous\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                     A COTÉ DE LA GUERRE                       75\n\nleurs hommes sur la Grand'Place de Bruxelles et l'évacuation\nde la capitale allait commencer.\n     Nous laissons Bilsen derrière nous, notre lanterne éclaire\nun instant la première maison de Diepenbeek ; le mauvais pavé\nsecoue impitoyablement la guimbarde et son contenu, le terrain\nde plus en plus fangeux déborde sur la chaussée, la pluie tisse\nses fils et continue de mouiller par à-coups nos visages. De\npetites lumières, devant nous, ont l'air de danser sur l'océan de\ncette nuit lugubre. Je suis prêt à me laisser aller à la dérive, à\nsouhaiter de couler dans les ténèbres sans fond de l'immense\ncampagne invisible. Cependant, les lumières se rapprochent,\ngrandissent, et c'est Hasselt.\n     Rendu, fourbu, comme si j'avais peiné le long de ces\n vingt-cinq kilomètres entre les brancards de l'attelage, je\nreprends difficilement pied dans les rues noyées, et la terre\nsemble remuer... Des Prussiens passent, casques reluisants\nsous l'averse ; leurs bottes font gicler l'eau hors des flaques du\npavé, leurs vêtements trempés amortissent le cliquetis des\narmes. Il y en a un qui glisse et s'étale à plat dans la saleté.\nSeigneur, j'ai bien plus envie de pleurer que de rire!\n                                             GEORGES VIRRÈS.\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "      DURENDAL\n                Car la main de Roland la mettrait dans la tienne!\n\n                                                   H. DE B O R N I E R .\n\n\n\n\nSur quel autel brisé, dans quel burg féodal,\nAu fond de quelle austère et morne basilique\nGisait le glaive altier de Roland, Durendal\nDont nul n'osait toucher la lame symbolique?\n\nUn prêtre au cœur de feu l'osa. L'âpre relique\nDu vieux temps simple et rude et naïf et loyal,\nOù l'on savait encor mourir pour l'idéal,\nNe parut pas trop lourde à sa main catholique.\n\nEt voici qu'au soleil on vit, étincelant,\nRayonner tout à coup le glaive de Roland\nDans les éblouissants tournois de la pensée.\n\nEt son éclair d'acier resplendissant et pur\nSemblait aux pèlerins des routes de l'azur\nUne croix de lumière en l'air vibrant tracée.\n\n                                      EMILE CHARDOME.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "     Un rameau de myrte\n\n      Sur la tombe d'Henri Mœller, je viens à mon tour déposer\nun rameau de myrte.\n      Correspondant parisien de Durendal, j'ai été en longues\nrelations épistolaires avec cet excellent homme; ses cartes\npostales, sabrées d'hiéroglyphes parfois irréductibles, me bom-\nbardaient généreusement de commissions, d'instructions et\nd'objurgations; et j'avais fini, sans l'avoir jamais vu, par me\nfaire une idée de lui qui ne se trouva pas très inexacte, quand\nj'eus le plaisir de faire enfin sa connaissance personnelle.\n      Ce fut à Bruxelles, chez notre ami commun Paul Mussche,\nque je le vis, car, comme il ne venait jamais à Paris, il fallait\nbien aller à Bruxelles pour le rencontrer, et je fus sur-le-champ\nséduit par sa vivacité alerte et sa cordialité expansive; je com-\npris tout de suite les sympathies qu'inspirait ce petit homme\nremuant et affectueux, le rayonnement qu'il exerçait sur tous\nses alentours et le succès avec lequel il avait pu faire vivre et\nprospérer une de ces revues luxueuses d'art et de littérature\nque leur luxe même semble prédestiner à une durée éphémère.\n     Durendal était bien son œuvre. C'est lui qui en composait\nles numéros et en choisissait les illustrations, qui la rédigeait en\npartie et qui en maintenait le haut caractère esthétique. La\ncollection de cette belle revue restera un monument du plus\nhaut prix et une preuve indéniable du culte que l'élite bruxel-\nloise rendait à la beauté des formes comme des phrases. Sa cou-\nverture, ses deux couvertures successives, d'une riche fanfare\nde couleurs et d'arabesques, criaient au passant hâtif d'ouvrir ses\nlivraisons pour y admirer les joailleries d'art raffiné que Mœller\ny entassait avec délices. Poésies, poèmes ou prose, fragments\ndramatiques, nouvelles, essais, critique, rien de ce qui s'y\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "78                           DURENDAL\n\n\ntrouvait n'était vulgaire ou médiocre ; peu de revues ont eu une\ntenue littéraire aussi impeccable.\n      Henri Mœller était prêtre, et seuls les pharisiens ou les\nbéotiens pourraient s'étonner de voir un prêtre diriger une\nrevue d'art et de littérature. A côté du ministère paroissial qui\nest, je n'en disconviens pas, le rôle naturel de l'homme de Dieu,\nil y a d'autres missions dans le monde qui ne doivent pas lui\nrester étrangères. Multoe sunt mansiones... Et, à vrai dire, le\nprêtre ne devrait-il pas être tout homme, comme tout homme\nne devrait-il pas être le prêtre? Mais expliquer ceci m'entraî-\nnerait trop loin. Qu'il me suffise de noter qu'un prêtre n'est pas\ndéplacé à la tête d'une revue soucieuse de beauté plastique\ncomme de beauté morale, et que la possibilité d'une écriture\ncorruptrice comme d'un art troublant ne doit pas prévaloir\ncontre la réalité d'une littérature saine et noble et d'une beauté\nsérénisante. Peut-être même telles dévotes personnes gagne-\nraient-elles à vivre davantage dans l'atmosphère des beaux\ntableaux et des strophes harmonieuses, elles y perdraient un\npeu de cette âpreté puritaine qui n'est pas de la sainteté et qui\nserait plutôt du contraire. L'art et la religion sont de même\norigine. Le frisson d'admiration de l'un est frère du frisson\nd'adoration de l'autre, et le bon abbé Mœller n'aura pas été\ninfidèle à ron caractère sacerdotal en louant Dieu dans les\nchefs-d'œuvre de ses créatures, comme les prophètes et les\npsalmistes l'ont fait dans le chef-d'œuvre de sa création.\n     Pauvre abbé Mœller, qui s'est endormi dans la paix du\nSeigneur et dans la guerre des hommes, la plus démoniaque, la\nplus satanique des guerres ! Il n'aura pas goûté ici-bas la suprême\njoie de voir sa patrie délivrée et le droit, victorieux. Du moins,\nque notre piété amicale lui rende le témoignage d'un souvenir\nqui ne s'éteindra pas et d'une gratitude profonde pour les ser-\nvices qu'il a rendus à la cause du Bien et du Beau!\n\n                                                HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "                   Souvenirs\n\n               IL y a plus de vingt ans que je fis la connaissance\n                de l'abbé Mceller. Durendal avait alors dépassé\n                sa quatrième année d'existence et l'abbé rêvait\n                d'imprimer un nouvel essor à sa chère revue,\n                d'en élargir le cadre, d'y consacrer notamment\n                une rubrique spéciale à l'art musical et à ses\n                diverses manifestations. C'est dans le dessein de\nme confier l'honneur de cette part de collaboration qu'il me\nfit mander un jour chez lui. Je fus promptement mis à\nl'aise et conquis par cet accueil empressé, infiniment cordial,\nse traduisant en ces effusions chaleureusement expressives si\nbien connues de tous ses amis. Il me retint longuement auprès\nde lui, m'entretenant avec une véritable émotion de ces idées\nsi chères qui furent la constante préoccupation de sa vie, sur\nla prééminence de l'art, reflet terrestre et adorable de l'immor-\ntelle Beauté, et conséquemment sur la grandeur de la mission\nde l'artiste appelé à exercer un véritable sacerdoce. Dès cette\npremière entrevue, prélude d'une vive et solide amitié, je fus\namené à entrer en contact avec cette âme si profondément\nsincère, droite, ouverte, sans voiles, recoins ni secrets, à péné-\ntrer dans l'intimité de cette nature enthousiaste, primesautière,\ntoute d'expansion vibrante et de spontanéité affectueuse.\n     De fait, tout le ressort de son âme impulsive et généreuse,\ntoutes les réserves de son énergie et de son activité sans cesse\nen éveil, il les voua avec un désintéressement admirable au ser-\nvice de la revue Durendal; et qu'ici, en guise d'adieu, il me soit\npermis de rendre un dernier hommage à cette Durendal, dont le\nnom s'identifie en quelque sorte avec celui de notre ami disparu,\nDurendal, qui, par le concours de précieuses collaborations, ne\ntarda pas à tenir une place considérable dans notre mouvement\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "8o                          DURENDAL\n\n\nd'idées, à compter au nombre des manifestations les plus com-\nplètement significatives de la vie littéraire et artistique de notre\npays, où Fernand Severin, Franz Ansel signèrent tant de poèmes\nélevés et purs, où apparurent pour la première fois et se firent\nconnaître les noms aimés de tant de poètes de race appartenant\nà notre génération, Charles de Sprimont, Thomas Braun, Victor\nKinon, Pierre Nothomb, bien d'autres encore!\n     Durendal venait, du reste, à son heure. La Jeune Belgique,\ndont la généreuse et féconde initiative avait marqué l'éveil de\nnotre conscience littéraire, allait bientôt cesser de paraître.\nL'Art Moderne, revue très vivante, très brillamment conduite\net dirigée, limitait plus spécialement son activité dans le domaine\nde la pure critique d'art. Il est d'ailleurs hors de doute que les\ngrands recueils périodiques, qui, préoccupés de scruter tous les\nproblèmes d'intérêt actuel, embrassent pour ainsi dire l'ordre\nentier des connaissances humaines, politique, religion, histoire,\nsciences, etc., ne peuvent attribuer à l'art qu'une place mesurée\net restreinte et que, d'autre part, les publications s'occupant\nd'un art spécial, avec une tendance assez naturelle à envisager\nle détail technique, versent souvent dans l'érudition pure,\ns'adressant surtout à un public de professionnels et d'initiés.\n     Durendal, au contraire, fut excellemment une revue d'art,\ndans le sens large du mot, considérant en effet l'art sous toutes\nses formes, dans tous ses modes d'expression. Évitant soigneu-\nsement l'écueil d'une érudition trop appuyée, elle ne cessa\ncependant de conserver une tenue très haute, notamment par\ncette partie bibliographique si riche, si documentée, si complète,\nrépertoire instructif et intelligemment commenté de tout ce qui\ns'est écrit d'intéressant pendant vingt années non seulement en\nFrance et en Belgique, mais encore à l'étranger. C'est également\nun plaisir pour moi de rappeler ici l'intérêt tout spécial que\nDurendal manifesta en tout temps pour l'art musical et de\nsignaler dans ce domaine, indépendamment de ma part de colla-\nboration, tant d'articles remarquables, tant d'études de saine et\nforte critique dus à la plume de L. Wallner, Ernest Closson,\nCh. Martens, J. Ryelandt, l'abbé Verhelst, etc.\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                            SOUVENIRS                            81\n\n      Pourrai-je citer ici quelques-uns des traits caractéristiques\nqui composaient la physionomie de notre ami regretté? L'abbé\nMœller fut certes un combatif. Entre autres souvenirs, on se\nrappelle la fougue emportée avec laquelle il livra bataille à\nBrunetière, dont le pessimisme autoritaire, affirmant ex cathedra\nla faillite de l'art, eut le don de l'exaspérer. Mais l'abbé n'eut\njamais le tempérament d'un véritable critique. Ses enthou-\nsiasmes juvéniles à propos de l'oeuvre préférée jaillissaient\ngénéralement du fond de son âme, pleins et entiers, sans l'ombre\nd'une restriction ou d'une réserve. Il aimait ou il détestait, sem-\nblable sous ce rapport au grand philosophe catholique qu'il\nadmirait si profondément, Ernest Hello, esprit supérieur, pla-\nnant à l'aise sur des sommets sublimes d'où son regard d'aigle,\nplongeant de très haut et perçant les nues des contingences,\napercevait nettement les tares et les misères de l'humanité, mais\nqui, en matière de critique littéraire, se montra maintes fois si\npeu perspicace à force de vouloir l'être trop.\n      Si, en littérature, l'abbé était bien de son époque, affection-\nnant surtout les écrivains et les poètes contemporains, favorable\ndu reste aux initiatives novatrices, aux esprits chercheurs et\nindépendants soucieux de découvrir des sentiers non encore\nbattus, en musique, au contraire, il marquait une préférence\nsensible pour les expressions d'art immortalisées par les grands\ngénies classiques, admirant par-dessus tout Bach et Beethoven\ndont, chaque fois qu'il venait passer la soirée dans mon « home »,\nil me demandait de lui interpréter au piano une symphonie ou\n une sonate. Dans la- production belge contemporaine, c'est\n d'ailleurs à Edgar Tinel, notre grand musicien traditionaliste,\n qu'il parut toujours s'intéresser le plus vivement.\n       Au reste, on se ferait une idée incomplète de l'abbé Mœller,\n si on voulait le considérer et l'apprécier exclusivement dans ses\n fonctions de directeur de revue. Les relations multiples et\n étendues, qu'il entretenait à Bruxelles avec les différents groupes\n de la société, le mirent à même d'exercer en maintes circonstances\n une sorte d'action morale qui ne fut pas dénuée d'importance.\n Sa bonhomie souriante, sa gaieté familière, sa souplesse d'adap-\n                                                                  6\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "82                         DURENDAL\n\n\ntation, la candeur de ses enthousiasmes et surtout sa large tolé-\nrance à l'égard de toutes les opinions philosophiques ou reli-\ngieuses lui donnaient accès dans les milieux intellectuels les\nplus divergents d'idées et de tendances, et il ne manquait point,\nle cas échéant, de semer une bonne parole, dissipant, lorsque\nc'était nécessaire, plus d'une prévention injustifiée. Dans ses\nmoments d'expansion, il avait une tournure d'esprit amusante,\nse traduisant souvent en saillies piquantes, en boutades pleines\nde saveur. Il rencontre un jour dans la rue une dame inconnue,\nqui juge opportun de l'interpeller en s'écriant : « Vive Ferrer! »,\nà quoi l'abbé se borne à répondre joyeusement et d'un ton\nconvaincu : « A bas la calotte! madame. »\n     Aux premiers jours de la catastrophe mondiale, l'abbé\nMceller témoigna d'un optimisme superbe, plein de confiance\ndans la victoire de la cause la plus magnifique pour laquelle\non ait jamais combattu, et la force inébranlable de cette con-\nviction, il s'attachait à la faire pénétrer dans l'esprit de tous\nceux qui l'entouraient. Plus tard, ses dispositions changèrent.\nN'ayant naturellement point consenti à plier sa noble Durendal\naux exigences d'une censure insolente et profanatrice, il se\ntrouva soudainement destitué de ce qui pour lui représentait\nla plus précieuse source de réconfort, cette revue dont il était\nl'âme et où il avait concentré toutes ses joies, tout l'intérêt de\nsa vie. Là se trouve assurément une des causes principales de\nsa mort. Un grand nombre de ses amis étaient loin. Aux autres\nil consignait sévèrement sa porte, et cette attitude si contradic-\ntoire avec sa nature foncièrement cordiale et affectueuse était\nun indice sûr de la profonde dépression physique et morale qui\nle minait.\n     Quelques semaines encore, et il aurait pu saluer, avant de\nmourir, le retour triomphal de notre Roi et de -nos armées\nvenant recueillir, en un jour d'indicible émotion, la récompense\ndu geste le plus sublime que l'histoire ait consigné depuis les\ntemps héroïques de Marathon. Dieu ne l'a pas voulu. Je\nregrette vivement la disparition de l'abbé Mœller qui fut\npour moi, dans les bons comme dans les mauvais jours, un ami\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                           SOUVENIRS                           83\n\ntrès dévoué, intimement mêlé à une notable période de ma vie\nlittéraire et artistique. Je regrette non moins vivement la dispa-\nrition de Durendal, à laquelle j'eus si longtemps l'honneur de\ncollaborer et où, pendant près de dix-sept ans, j'ai tâché de\nmettre le meilleur de moi-même.\n                                        GEORGES DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "  INAUGURATION DU MÉMORIAL DE L'ABBÉ MŒLLER\n\n\n       Le 8 octobre 1918, à 2 h. 1/2, « heure belge », ainsi que le\n portait une invitation dactylographiée, quelques amis de l'abbé\n Mœller s'étaient réunis au cimetière de Calevoet pour procéder\n à la translation de sa dépouille mortelle.\n      Née d'une touchante et pieuse fidélité, cette cérémonie\n avait revêtu un caractère de furtive et profonde tristesse, —\n celle-là même qui pénétrait toutes nos réunions du temps de\n l'occupation, où l'on cachait avec pudeur ses deuils comme ses\n joies.\n      Mais, sans doute, tandis que le canon ébranlait les hauteurs\n pleines d'échos du sud de Bruxelles, déjà le grand souffle de la\ndélivrance traversait prodigieusement les âmes...\n      Il fallut cependant attendre deux ans encore, jusqu'au\n 13 novembre 1920, et que fussent revenus de l'exode les nom-\nbreux amis de l'abbé Mœller, pour que pût s'élaborer et se réa-\nliser cette pensée initiale du mémorial auquel avaient songé, dès\nlors, les fidèles du dedans en l'absence de ceux du dehors.\n      Une pierre, une inscription, une croix s'élevant au lieu\nchoisi, devaient dire sans emphase et sans phrases ce qu'avait\nété le cœur de l'homme et du prêtre qui dormait là, afin qu'en\nfussent réchauffés une fois encore ceux qu'il avait connus, sou-\ntenus, aimés. Et ce devait être, pour ces derniers, en même temps\nque l'accomplissement d'un pieux devoir, une sorte de réconfort,\nde compensation au sortir du long et pénible exil, que cette\nheure de revivance cordiale où, amis si opposés et si divers, se\nreconnaissant ou se connaissant enfin, ils échangeraient devant\nla tombe de leur ami commun quelques-unes de ces paroles\ngraves, émues et chaudes, par lesquelles les hommes commu-\nniquent avec le multiple et unique et secret idéal.\n      ... Des paroles qui fissent vibrer le meilleur de nos âmes et\ncapables de ranimer le feu sur lequel la guerre et toutes ses\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "       INAUGURATION DU MÉMORIAL DE L'ABBÉ MŒLLER                 85\n\n\ndésillusions — dont la moindre ne fut pas la paix — ont jeté\ntrop de cendres.\n      Ce furent d'abord les paroles de la liturgie chrétienne en\ncette pauvre église faubourienne de Calevoet, église provi-\nsoire si tapie, si perdue aux abords de la grand'route, que la cir-\nculaire d'invitation avait dû mentionner les numéros de la\nchaussée entre lesquels on la pouvait découvrir... Il était du\ndestin de cet homme pauvre qui réalisa cependant de tout l'élan\nfougueux de son désir la parole du psalmiste : «Seigneur, j'ai\naimé la beauté de votre maison... », que sa dernière messe fût\nchantée entre les quatre murs bariolés et nus d'une église tota-\nlement disgraciée.\n      Il y songeait sans doute, cet officiant qui dépassait les\nautres de son chef auréolé de mysticisme, l'abbé Cuylits.\nAlternée aux répons cahotants des chantres, sa voix déversait\nl'espérance et la miséricorde divines sur le modeste catafalque\nque rehaussaient seules la barrette et l'étole déposées sur le\ndrap noir.\n     Symbolique aussi, au sortir de l'église, par cette glaciale\nmatinée, la théorie de ceux qui s'en allaient, glissant sur les\npavés gras et ronds de la chaussée, vers la dernière demeure\ndu fondateur de Durendal.\n     Dos courbés, collets relevés, ils affrontaient la morsure de la\nbise, comme jadis celle de la médiocrité, aux temps besogneux\ndes débuts de la littérature belge.\n     Et puis, c'est à travers le cimetière, un cimetière bourgeois\net cossu étage aux flancs d'une sablonnière, la montée, la montée\ntoujours vers l'esplanade qui soudain domine tout un paysage\nfrémissant et serein, un coin de pays brabançon, des maisons\nbasses, agenouillées au bord des routei entre les haies de hauts\npeupliers, doux pays qu'aimèrent nos peintres, depuis Breughel\nl'Ancien jusqu'à Valérius de Sadeleer.\n     Et les fronts se découvrent devant la croix celtique,\ntrès pure, très noble de ligne, qui barre cet horizon quasi\nreligieux.\n     L'abbé Mœller nous groupe ici, une fois encore, pèlerins\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "86                          DURENDAL\n\n\nqu'il ralliait jadis et entraînait vers les hauteurs de l'art pour\nDieu.\n      Et nous rejoignons à travers la brèche, par delà le trou que\nfit en chacun de nous la guerre, sa personnalité forte et per-\nsuasive. Ce qu'elle a été, ce que beaucoup d'entre nous lui\ndoivent, fut redit ici excellemment.\n      S'arrachant au labeur difficile de la formation d'un nouveau\ncabinet, Henry Carton de Wiart tint à relier le passé au présent,\nenexprimant son hommage à l'initiateur, à l'animateur de toute\nune fervente jeunesse. Il rappela aussi qu'amoureux de son\npays, l'abbé ne croyait pas qu'un artiste ou un écrivain pût se\ndésintéresser de la chose publique. Et il nous prouvait que la\nréciproque peut et doit être vraie.\n      Pierre Nothomb fit ensuite, avec tout son cœur, le récit\nde ses débuts littéraires et de la part qu'y eut le bon abbé. Et\nrappelant aux jeunes gens la tâche immense, ardue, qui les\nattend aujourd'hui, lui aussi en appelait à ces énergies natio-\nnales, qu'il s'emploie de toute son âme à soulever...\n      Après quelques mots de remerciements, exprimés par le\nprofesseur Mceller au nom de la famille, M. Léopold Rosy, direc-\nteur du Thyrse, vint déposer une gerbe de fleurs sur la dalle du\nmonument. Ses paroles émues furent l'hommage d'une géné-\nration littéraire à l'un de ses aînés, et un bel exemple de\nsolidarité.\n      Et comme aux jours tragiques d'octobre 1918, un grand\nsouffle d'espoir saisissait à nouveau les coeurs. Orateurs et audi-\nteurs, debout et tête nue sous la rafale qui, à présent, sévissait,\napparaissaient comme des témoins de fidélité qui ne laisseraient\npas se rouiller au fourreau le glaive légendaire.\n                                           HÉL.-TH.   BRAUN.\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "     MÉMORIAL ABBÉ MŒLLER\n\n                              COMITE\n\n    Présidents: MM. Henry CARTON DE WIART et Jules RENKIN, mi-\n                       nistres d'Etat.\nVice-présidents : MM. le comte D'ARSCHOT et VERLANT.\n    Secrétaire:    M. BAUTIER, Pierre.\n     Trésorier:    M. POILS, Jean-François.\n\n     Membres      MM. ANSEL, F.; BRAUN, Thomas; BULENS, Charles;\n                         DE GOLESCO, G.; DELCOMMUNE, Alexandre;\n                         DESTRÉE, dom Bruno, O. S. B. ; DE VISAN,\n                         Tancrède ; DEVREESE, G. ; DIDERRICH, Norbert ;\n                         DULLAERT, Maurice; FIERENS-GEVAERT, H.;\n                         GILBERT, Eugène; GOFFIN, Arnold; HENNE-\n                          BICQ, José; HORN, Max; JANSSENS, Joseph,\n                         Anvers; KINON, Victor; LAGAE, Jules;\n                         NOTHOMB, Pierre; OUVERLEAUX - LAGASSE.\n                         RYELANDT, J. ; STAMESCHKINE, Constantin ;\n                         VAN DEN BOSCH, Firmin ; VERHAEREN, Alfred ;\n                         VINÇOTTE, Th. ; VIRRÈS, Georges.\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "MONUMENT ABBÉ MŒLLER\n       LISTE DES SOUSCRIPTEURS\n\n    S. M. LE Roi ALBERT DE BELGIQUE.\n      MM. AGEORGES, Joseph, Paris; ANSEL, Franz, chef de division au minis-\ntère des sciences et des arts, Bruxelles ; ARENDT, Albert, ingénieur, Marchin ;\nARNOLD, Bruxelles ; D'ARSCHOT, comte, Bruxelles.\n      MM. BACHA, Eugène, conservateur des manuscrits à la Bibliothèque\nroyale ; BAUTIER, Pierre, avocat, docteur en philosophie et lettres ; Mlle BAU-\n                 lle\nTIER, Léonie ; M     BAUTIER, Marie ; MM. BEAUCK, François, artiste peintre ;\nBEAUQUESNE ; BECK, François, ingénieur ; BEKAERT, Alfred, agent commer-\ncial ; BEKAERT, Maurice, docteur en droit ; BERTHET-ESQUIROL, Adolphe,\nhomme de lettres, Lyon ; BESME, Georges, Bruxelles ; BETTON, Joseph, abbé,\nSaint-Paul-Trois-Châteaux, Drôme ; BORDEAUX, Henry, de l'Académie fran-\nçaise, chalet du Maupas, à Cognin (Savoie) ; BONDUELLE, Paul, architecte,\nBruxelles; BOSMANS, Jules, conseiller de la Cour; BRASSINE-DE BOECK,\nEdouard; BRAUN, Thomas, avocat; BRIGODE, Georges, avocat; BRUY-\nLANDTS, G., professeur à l'Université de Louvain ; BUISSERET, René, procureur\ndu Roi, Nivelles; BULENS, Charles, éditeur, Bruxelles; BUSCHMANN, directeur\nde l'Art flamand et hollandais, Anvers.\n     MM. CAMBIER, Fernand, notaire et bourgmestre, Walcourt ; CARDON,\nCharles-Léon, membre de la Commission des Musées; CARTON DE WIART,\nHenry, ministre d'Etat ; CARTON DE WIART, chevalier Edmond ; CHARDOME,\nEmile, ingénieur, Verviers ; CHARDOME, Emile, professeur, Valparaiso ; COORE-\nMAN, Gérard, ministre d'Etat ; CORNIL, Léon, chef du cabinet du ministre de la\njustice; CROKAERT, Henri, notaire, Bruxelles; CROUSSE, Norbert, ingénieur;\nCUPPENS, Auguste, curé, Loxbergen (Haelen) ; CUYLITS, Paul, curé.\n  MM. D'AOUST, Paul, avocat ; DASSET-MARLIER, Eugène, ingénieur ; DEBAI-\nSIEUX, Théophile, professeur à l'Université de Louvain, Louvain ; D E BAVAY,\nGustave-Paul, conseiller honoraire à la Cour de cassation ; D E BOECK, Pierre,\nindustriel ; D E BUGGENOMS, Liége ; D E CLERCK, Maurice, négociant, Evergem\nlez-Gand ; DE COPPIN DE GRINCHAMPS, baron Ultain, château de Melroy, par\nVezin (Namur) ; M me DE CRAENE DE SURMONT, Courtrai ; MM. D E CONINCK,\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                      MONUMENT ABBÉ MŒLLER                               89\n\nGeorges, avocat ; Mme la baronne DE FIERLANT-DORMER ; Mme Gaston DE GER-\nLACHE DE GOMERY, Boitsfort ; MM. DE GOLESCO, Georges, critique d'art,\nBruxelles; DELATTRE, docteur; DELCOMMUNE, Alexandre; D E MAERSCHALCK,\nMartial, publiciste, Bouges (Namur) ; DE PRÉMOREL, Adrien, homme de\nlettres, Nassogne; D E RIDDER, Emest, juge au Tribunal de 1re instance,\nAnvers; DE SADELEER, Paul, avocat; baron DESCAMPS, Ed., professeur à\nl'Universiié de Louvain, sénateur; DESCAMPS, Pierre; D E SMET, Aug., aqua-\nrelliste ; DESTRÉE, député, ministre des Sciences et des Arts, Marcinelle;\nDE STREEL, Paul; DE TRANNOY, baron, Hof ter Bruelen, Tongerloo; DE\nVISAN, Tancrède, homme de lettres, Lyon ; DEVOS, R. ; DEVREESE, God.,\nstatuaire, Schaerbeek ; DEWIT, Albert, libraire ; D'HOOP, Ernest, ingénieur ;\nDIDERRICH, Norbert, ingénieur ; DRESSE-DELLOYE, Edm., consul dt Dane-\nmark, Liége ; DUBOIS, Ernest, directeur de l'Institut supérieur de commerce,\nmembre du Conseil colonial, Anvers ; Mlle DUBOIS, Fernande, artiste bro-\ndeuse; MM. DUBOST, Ed., sénateur; Mme DUGNIOLLE, MM. DUJARDIN-\nDANSAERT, DULLAERT, Maurice, directeur général au ministère de la justice;\nM me DUPONT-THIÉRY.\n     MM. EEMAN, Albert, procureur général près les juridictions mixtes,\nAlexandrie (Egypte) ; EEMAN, Ernest, conseiller à la Cour d'appel mixte\nd'Alexandrie, Bacos, Ramah (Egypte) ; EREMANS, Adolphe, marbrier,\n     MM. FIERENS, Laurent, avocat, Anvers ; FIERENS-GEVAERT, conservateur\ndes Musées de peinture.\n     MM. GERARD-WÉGIMONT, Pierre, juge de paix ; GILBERT, Eugène, homme\nde lettres, château de Tailfer, par Lustin; GILON, Ivan, avocat; GOFFIN,\nArnold ; GOFFIN, Romain, receveur des droits maritimes, Mont-Saint-Amand\nlez-Gand ; GOYAU, Georges, Le Breuil-en-Auge, Calvados (France) ; GROU-\nTARS, A., Bruxelles.\n     MM. HALFLANTS, Joseph, juge de paix ; le chanoine HALFLANTS, Paul,\nKoekelberg; HALLET, Max, député; Mlle HARMIGNIE, Madeleine, Mons;\nMlle HAZARD, Marie; MM. HORN, Max, commissaire du Gouvernement;\nHOUTART, Francis, avocat ; HYNDERICK DE GHELCKE, chevalier Charles.\n      MM. JANSSEN, baron ; JANSSENS DE VAREBEKE, Félix, docteur en droit ;\nJANSSENS DE VAREBEKE, Joseph, artiste peintre, Anvers; JOERGENSEN,\nJohannes, littérateur, Assise (Italie) ; JOURDAIN, Jules, statuaire.\n      M lle KALCHER, Marthe; MM. KIERE-MEUNIER, Alfred; KINON, Victor,\ndirecteur général au ministère de la justice, Watermael; KRAINS, Hubert,\nlittérateur.\n      MM. LAERMANS, Eugène, artiste peintre ; LA FONTAINE, Henri, avocat,\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "                                  DURENDAL\n90\n\n vice-président du Sénat ; Mlle LA FONTAINE, Léonie ; MM. LAGAE, Jules, sta-\n tuaire ; LAGASSE-DE LOCHT, directeur général des ponts et chaussées ;\n                                                   lles\n LECLERCQ, Jules, conseiller à la Cour d'appel ; M      LEFÈVRE, Clotilde et Elisa;\n MM. LEGRAND, Georges, professeur, Namur; LEPREUX, Orner, vice-gouverneur\n de la Banque Nationale; LE ROY, Grégoire; L'HOIR, Dirix, Anvers; LOM-\n BAERTS, Ed., abbé, Anvers; LOWET, conseiller à la Cour d'appel ; LuYSSEN\nCh., procureur du Roi f.f., Niangara (Congo belge).\n      MM. MABILLE, Léon, professeur à l'Université de Louvain, Le Rœulx ;\n MAETERLINCK, Maurice, « Les Abeilles », Nice ; MARLIER, Albert-J.-G. ; MAR-\nTENS, Ch., homme de lettres, château de Kerkom, par Roosbeek; MATHÉLIN,\nPierre-L., ingénieur, Is-sur-Tille (Côte-d'Or) ; MATTON, Arsène, statuaire;\n Mlle MAURISSEN, Léontine ; MM. MŒLLER, Alphonse, docteur en médecine ;\nMŒLLER, Charles, professeur émérite; MOLLER, Axel, professeur, docteur en\ndroit, Nolte (Danemark) ; Mlle MŒLLER, Hélène.\n      MM. NED, Ed., homme de lettres; NÉRET, Gaston, négociant, Paris;\nNESMY, Jean, Troyes ; NOTHOMB, Pierre.\n      M. et Mme ORTS, Camille; M. OUVERLEAUX-LAGASSE, notaire.\n      MM. PAVOUX, ingénieur; PECKERS, Nicolas, recteur du Collège Saint-\nMichel, Bruxelles ; PELS, Léopold, agent de change ; Mlle PITSCH, Valentine,\npianiste, professeur au Conservatoire, Mons; MM. POILS, Jean-François,\narchéologue; PONS, Achille, Jette-Saint-Pierre; POSKIN, Achille, médecin\nconsultant aux Eaux de Spa ; POULLET, Prosper, président de la Chambre des\nreprésentants.\n      M. QUINTIN, Paul, avocat à la Cour d'appel.\n      MM. RENKIN, Jules, avocat, ministre d'Etat ; RYELANDT, Joseph, compo-\nsiteur de musique, Bruges.\n      Mme SALIE-BAUTIER-, Mons ; MM. SAND, Robert, homme de lettres ; SER-\nVAES, Albert, artiste peintre, Laethem-Saint-Martin ; SILVERCRUYS, Robert,\nattaché de légation à Washington ; SIMONIS, André, Verviers ; SOENENS, Albert,\nconseiller à la Cour d'appel ; SOHIER, Georges, notaire, Anvaing ; STAMESCH-\nKINE, Constantin.\n     M. THÉODOR, avocat; Mme 'T SCHARNER-BERNIER D'HONGERSWAL,\ndouairière.\n     MM. VAN CAILLIE, Donat, avocat, Bruges ; VAN DEN BOSCH, Firmin, juge\naux tribunaux mixtes d'Egypte, Le Caire ; VAN DEN STEEN DE JEHAY, Jean ;\nVAN DER MEERSCHEN, Eug., avocat; VAN DER MEYLEN, Maurice, homme de\nlettres ; VAN DER REST, Léon, gouverneur de la Banque Nationale de Belgique ;\n                                                             me\nVAN DER STRAETEN-BEST, Clément, agent maritime; M                VAN DE WALLE\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                       MONUMENT ABBÉ M Œ L L E R\n                                                                           91\n\nDE GHELCKE,       née Vander Plancke, Vijve-Capelle-Sainte-Croix, Bruges;\n  lles                                  me\nM      VAN HAMME, Marie et Alice; M VAN GROENENDAEL, Sittard (Lim-\nbourg hollandais) ; MM. VAN MONS, VAN OEST, éditeur; VERHAEREN, Alfred,\nartiste peintre ; Mlle VERSTEYLEN, Berthe, château de Casteleyn, par Turnhout ;\nMM. VINÇOTTE, Thomas, sculpteur; VIRRÈS, Georges, homme de lettres,\nLummen (Limbourg).\n     MM. WARNIER, Jules, entrepreneur; WOLFERS, Philippe, statuaire;\nWYSEUR, Marcel.\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "         Le Prix H e n r y M œ l l e r\n\n   La famille de l'abbé Henry Mceller lui ayant remis les sommes\ntrouvées chez le défunt et qui étaient réservées par lui à la con-\ntinuation de son œuvre, le comité de rédaction de Durendal a\ndécidé à l'unanimité de consacrer cette somme, jusqu'à épui-\nsement du capital et des intérêts, à la fondation d'un prix\nlittéraire.\n   Dès janvier 1920, la note suivante fut communiquée à la\npresse :\n   A la mémoire du fondateur et directeur de Durendal, il est\ncréé un prix Henry MœUer, d'une valeur de 1,000 francs, qui\nsera attribué tous les trois ans, et pour la première fois en\nnovembre 1920, à un ouvrage artistique ou littéraire d'inspi-\nration catholique, dû à un Belge ou à des Belges.\n   Ce prix sera décerné par un jury composé de MM. Franz\nAnsel, Thomas Braun, Henry Carton de Wiart, Edmond de\nBruyn, Maurice Dullaert, Victor Kinon, Pierre Nothomb, Fir-\nmin Van den Bosch, Georges Virrès.\n   En cas de décès ou de démission d'un des membres de ce\njury, il sera remplacé, si les autres le jugent utile, par voie de\ncooptation. Cette désignation nouvelle ne deviendrait obliga-\ntoire que si le jury ne se composait plus que de quatre membres.\n\n  Réuni le 13 novembre 1920, le jury du prix Henry Mceller,\nse prononçant à l'unanimité, a attribué celui-ci pour la pre-\nmière fois à la revue La Jeunesse Nouvelle, paraissant à Louvain.\n  Il fit connaître cette décision à M. Luc Hommel et à ses amis\npar la lettre suivante :\n\n                 CHERS AMIS,\n\n  Nous sommes heureux de vous communiquer le procès-verbal\nde la séance que nous venons de tenir. L'abbé Mceller eût aimé\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                 LE PRIX HENRY MŒLLER                 93\n\ncomme nous votre œuvre, et nous sommes certains que les\nespoirs que nous déposons en vous ne seront pas déçus.\n  Veuillez croire à nos sentiments bien affectueux.\n              THOMAS BRAUN, MAURICE DULLAERT,\n      PIERRE NOTHOMB, VICTOR KINON,     GEORGES VIRRÈS.\n  MM. Franz Ansel, Edmond de Bruyn, Henry Carton de Wiart\net Firmin Van den Bosch avaient exprimé leur suffrage par\nécrit.\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "    « Les tables de Durendal »\n\n   Sous les auspices de l'Association des Conservateurs des\nArchives, des Bibliothèques et des Musées de Belgique, M. Léon\nGoffin a publié pendant la guerre, dans la collection des Tables\nde Revues belges, les tables des tomes I à XV (1894-1908) de\nDurendal. Elles comprennent :\n   1° Une table analytique des matières, qui renvoie à la table\ndes articles et des illustrations ;\n   2° Une table des articles et des illustrations, par noms d'au-\nteurs et anonymes ;\n   3 0 Une table des comptes rendus, où les travaux analysés\nsont classés aux noms de leurs auteurs.\n   M. Léon Goffin se propose de compléter ce patient et précieux\ntravail par la publication des tables des dernières années de\nDurendal (1909-1914).\n   Nous sommes assurés de répondre au vœu de nos abonnés\nen mettant à leur disposition, au prix de deux francs l'exem-\nplaire, les Tables dressées par M. Goffin.\n   Ils pourront aussi, en s'adressant à M. Eugène Bacha, fon-\ndateur de la Collection, 83, avenue Montjoie, à Uccle, obtenir\nultérieurement les tables des années 1909-1914.\n"}], "calendrier": {"precision": "année", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1921", "signet_source": "Fascicule dédié à la mémoire de l'abbé Moeller", "preuve": "Fascicule unique sans table annuelle ni couverture datée (pdf 6 = couverture). Indices : lettres de Baumann du 23 février 1920 et de Hélène Mœller du Vendredi-Saint 1920 ; inauguration du monument un vendredi 12 novembre (1920 probable) ; mention d’une inauguration le 8 octobre 1918 ; annonce de la publication des tables 1909-1914. Mois de parution non déterminé (postérieur à novembre 1920 ; 1921 selon la consigne).", "methode_reconstitution": "Fascicule unique, publié après novembre 1920 ; année donnée par la notice ULB."}}