{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE PARAISSANT'LE I e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE Poésies Le Faust", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 196, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 245, "texte": "LA\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n             PARAISSANT'LE I e r ET LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n  2me Année —1882                      N° 1 0                                15 Avril\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE Poésies Le Faust de Gœthe", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le Numéro : 20", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 196, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 245, "fin_caractere_exclue": 776, "texte": "SOMMAIRE\n      Poésies\n      Le Faust de Gœthe                                      ***\n      Exposition des Aquarellistes                           M. V.\n      Bête de somme                                     .    ARTHUR JAMES.\n      LES LIVRES : Les scrupules de Bernus. . . . Δ\n          —       La nouvelle poésie des bêtes . . «\n                  La richesse de la M u s e . . . . »\n                  Conférences de M. Th. Bost . . A. OLANDRE.\n         —        Les heures de soleil                       Δ\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Le Numéro : 20 cent. —", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 196, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 776, "fin_caractere_exclue": 1594, "texte": "Le Numéro : 20 cent. — Étranger : 25 cent.\n\n       ABONNEMENTS : Fr. 3 - 5 0 par an.— ÉTRANGER, le port en sus\n\n\n                                     BUREAUX        :\n           BRUXELLES                                                 LIEGE\n81, Rue de la Madeleine, 81                        29, Rue Hemricourt, 29\n    Se trouve chez les principaux Libraires et Marchands de Journaux de la Belgique\n                                    et de l'Etranger\nLes annonces sont reçues exclusivement à la Compagnie de Publicité et d'Émission\n                           Rue Fossé-aux-Loups, 32, Bruxelles\n\n\n                                  BRUXELLES\n                      LIBRAIRIE      UNIVERSELLE    DE J .       ROZEZ\n                              81, Rue de la Madeleine, 81\n\n                                         1882\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES Un abonné, à", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 197, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4457, "texte": "BOITE AUX LETTRES\n   Un abonné, à Liège. — Permettez-nous de croire, cher malcontent, que l'or est\ntoujours aussi pur qu'au premier jour, et nos théories aussi, par cette bonne raison que\nles opinions de nos Rédacteurs n'engagent en rien les nôtres, ainsi que le dit un avis\nrépété dans chaque numéro : La Jeune Belgique offre la plus large hospitalité à\ntous, etc.. Toutes les opinions sont personnelles aux Rédacteurs. Quand donc Jacques\nArnoux dit : Les théories de Zola sont les nôtres, il exprime une opinion personnelle : cela\nse prononce miennes, mais cela s'écrit nôtres, pour peu qu'un auteur ait de modestie.\nVous trouvez ridicule l'éreintement de Cherbuliez et de Halévy. Il est probable que si\nvous nous envoyiez un de ces quatre matins un éreintement de Zola, cela ne serait point\ndu goût de Jacques Arnoux, simple abonné comme vous, et cependant nous le publierions\npour peu qu'il fût bien écrit et pensé. Qu'en pourrez-vous conclure, sinon que nous\ntenons à rester fidèles à cette autre phrase de notre programme : La Jeune Belgique ne\nsera d'aucune école. Pour nous, Monsieur, nous estimons que la libre discussion peut\nseule produire la lumière; nous ne vous trouvons pas ridicule de ne point partager les\nopinions de tel ou tel de nos Rédacteurs, mais bien d'appliquer ce mot à ceux qui ne\npartagent pas les vôtres. Ces choses-là, quand on les crache en l'air, le plus souvent elles\nvous retombent sur le nez.\n   L. M., à Besançon. —• Reçu votre envoi de vers. Merci. Tout cela est plein de fraîcheur\navec je ne sais quelle saveur de terroir qui convient à merveille aux palais blasés par le\npiment de nos faiseurs à la mode. Nous publierons tout, si pourtant vous nous garan-\ntissez l'inédit. Quant au Bouquet surpris, ignoriez-vous donc que nous l'avions publié\ndans notre' numéro du I e r lévrier? Un mot encore : nous n'insérons que les abonnés.\nSi vous ne l'êtes pas, mettez-vous en règle. Bien confraternellement à vous.\n  CF.,   à Bordeaux. — Vos Sonnets virils nous conviennent à merveille. Seulement,\nnous ne publions que de l'inédit ; tâchez donc de nous en conserver la primeur. Même\nremarque au sujet de l'abonnement et bien à vous.\n f. B., à Paris. — Reçu vos envois. Merci. L'Infidèle paraîtra dans notre prochain\nnuméro.\n   V. d'Artagnan.   —\n       Hélas! vos vers sont poitrinaires,          Quand on se nomme       d'Artagnan,\n       Ils chancellent, ils vont tomber,           Ce n'est pas pour faire nian, nian;\n       On dirait qu'ils vont succomber.            Vos vers ont des pâleurs d'opale,\n       Un peu de nerf! mille tonnerres !           Morbleu ! du vin et pas d'eau pale!\n   Stéphane. — Bravo ! cette fois est la bonne. Vos triolets, d'une exquise fraîcheur,\npasseront sans faute dans l'un des numéros de Mai. C'est pleins de confiance que nous vous\ndisons : Courage et à l'œuvre !\n  F. F., à Toulon (Var). — Merci de tout cœur pour votre bonne lettre substantielle.\nRien de ce que vous nous envoyez ne peut malheureusement convenir à la ycune\nBelgique, qui ne publie que de l'inédit. Nous attendons les vers promis et parlerons dans\nnotre prochain numéro de Molière et Monlespan.\n   Ajax. —• Il y a beaucoup de fraîcheur dans votre nouvelle; il y en a même un peu\ntrop. Le public d'aujourd'hui, à tort ou à raison, désire qu'on lui serve des plats un peu\nplus assaisonnés ; et pour lui plaire, l'œuvre que vous offrez est décidément d'une saveur\nun peu fade.\n  / / . M., à Rochefort (France). — On est très étonné ici de votre longsilence. Votre Bal\na été publié. On vous a écrit et vous persistez à faire le mort.\n   If. B., à Paris. — Nous n'avons jamais fait allusion qu'aux articles que vous-même\ncitez. Il n'y a pas le moindre farceur sous roche et nous publierons très prochainement de\nvos vers. Envoyez-nous vos ouvrages. Nous vous promettons de bonnes études. (2 ex.\ns. v. p.) Quant à la dédicace, c'est un fort beau morceau, mais la yeune Belgique ne\npublic rien que d'absolument inédit. Tous nos regrets donc et b. à v.\n   E. B. — Certes non, la yeune Belgique ne craint pas les innovations, mais lorsqu'on\nveut innover — c'est-à-dire en remontrer aux autres, — ne pensez-vous pas qu'il faille\nêtre sûr de soi? Or, rosée, pensée; serein, chemin; mousse, pelouse, ne riment que\npeu ou prou. Et cependant il y a dans tout ce que vous nous envoyez, je ne sais quel feu\nde jeunesse, quel entraînement poétique qui nous font bien augurer de l'avenir. Au\nrevoir donc et b. à v.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 145, "page_fin": 148, "titre_corps": "Poésies", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. 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G.\n\n                                                            ORGIE\n\n       Les prés, les bois sont en goguette,                             La tulipe montre sa gorge\n       Les oiseaux sont en habit noir;                                  — 'Riche beauté sur le retour, —\n       La nature, fraîche et coquette,                                  Pendant qu'un frêle rouge-gorge\n       Se cambre devant son miroir.                                     Lui débile des mots d'amour.\n\n       Les moinillons sont tous en fête,                                Et les blés— bacchantes lascives —\n       Ils sont tout fiers, les innocents;                              S'enlacent bercés par le vent,\n       Ils ont des hochements de tète                                   Et les pâquerettes pensives\n       Avec de petits cris perçants.                                    Prennent des poses de couvent.\n\n       Là-bas le ramier «fidèle »                                      La brise baise le bois sombre\n       Aime... avec une rare ardeur ;                                  Avec de doux bruissements,\n       Le bouvreuil fait sur l'hirondelle                              Et partout on entend dans l'ombre\n       Des attentats à la pudeur.                                      L'écho des longs embrassemenis.\n\n                                          Et tandis que la haute-gomme\n                                          De la nature rit ce soir,\n                                          Dans ce coin noir il faut voir comme\n                                          Les pissenlits font le trottoir.\n                                                                                                            SlEBEL.\n\n\n                                                     RENOUVEAU\n\nSais-tu bien que je t'aime plus                                   J'étais hanté, perdu, que sais-je!\nDans ce printemps qui nous fascine ;                              Et pour t'avertir de mes vœux\nQue mon amour reprend racine                                      J'aurais même écrit des aveux\nComme au bon temps où tu me plus?                                 Sur le feuillet blanc de la neige!\n\nDans l'unanime renaissance                                         Car il neigeait ! c'était l'hiver !\nDe tout ce qui chante et fleurit,                                  Et notre amour large et sincère,\nMon coeur t'évoque et te chérit                                    Comme une plante mise en serre,\nPlus fort — comme après une absence!                               Très lentement s'était ouvert.\n\nJe me souviens des premiers soirs,                                 Mais aujourd'hui qu'Avril s'avance\nDes rendez-vous en pleine rue,                                     Dans les gloires blondes du jour,\nQuand ma tendresse était accrue                                    La nature avec notre amour\nPar un baiser sur tes gants noirs.                                 Est d'une étroite connivence.\n      15 Avril 1882.\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "  146                            LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n                             Dans la prinlanière saison\n                             Mou caprice se renouvelle,\n                             Et le vent parfumé révèle\n                             Toute une jeune floraison.\n\n                             Au soleil nouveau refleurissent\n                             Les fleurs sortant des vérandahs,\n                             Et comme au jour où tu cédas\n                             Mes sens reconquis te chérissent ;\n\n                             Si lien qu'aujourd'hui tout autour\n                             De tes lèvres chaudes et roses,\n                             Des baisers qui fleurent les roses\n                             Rajeunissent l'ancien amour!...\n\n\n                                                           GEORGES RODENBACH.\n\n\n\n\n                                 VIERGE        ET   FLEUR\n\nIl est dans notre gai village                  Sur vos hautbois, gars du village,\nUne enfant au divin visage;                     Chantez Claudine au fin corsage;\nAu fond des bois pleins de fraîcheur,          Linots, rossignols et pinsons,\nJ e sais une céleste fleur.                    Jetez à la fleur vos chansons !\n\nL'enfant a le nom de Claudine,                 Vers l'enfant pleine d'innocence\nElle est belle comme une ondine;               Volez, rêves de l'espérance ;\nLa fleur, c'est celle de Rousseau,             Beaux papillons couleur de feu,\nLa pervenche du renouveau.                     Caressez le calice bleu.\n\nJ e retrouve dans la fleurette                 A la vierge que tout sourie,\nLes doux yeux bleus de la fillette ;           Bonheur, rayonne sur sa vie !\nDe Claudine le regard pur                  .   De la pervenche va, zèphir,\nMe rappelle la fleur d'azur.                   Baiser l'étoile de saphir.\n\nQuand me sourit la vierge blonde,              Si quelque pleur dans ton œil brille,\nDe gaîté mon âme s'inonde;                     Qu'il soit de joie, ô jeune fille !\nEt devant la pervenche épris,                  Rosée, au pétale charmant\nJ e suis par un charme surpris!                Pose à chaque aube un diamant.\n\nO chère enfant, belle adorée !                 Et loi, que la nature immense\nAstre des bois, fleur préférée !               Avec amour exalte, encense,\n0 ravissantes sœurs, à vous                    Toujours, toujours, bénis, Seigneur\nMes chants et mes vœux les plus doux !         La vierge et la petite   fleur   '....\n\n                                                                  Louis MERCIER.\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1965, "texte": "             LA JEUNE BELGIQUE                                 147\n\n                MON RUISSEAU\nC'est un petit ruisseau qui rêve sous les branches,\nUn ruisseau babillard, au murmure divin,\nQui coule lentement, de ravin en ravin,\nPrès du grand bois profond émaillé de pervenches.\nLes filles du pays s'y baignent, les dimanches ;\nMais l'écolier qui passe y chercherait en vain\nOu nymphe à demi nue, ou Naïade, ou Sylvain,\nEt jamais il ne vit que ses baigneuses blanches.\nTel qu'il est, moi je l'aime, et j'y rôde souvent !\nCar une ville sombre est comme un noir couvent,\nEt la lutte me lasse, et la lutte me brise;\nAussi je te reviens, athlète fatigue,\nJe te reviens toujours, mon ruisseau toujours gai,\nEl toujours je me berce aux parfums de la brise.\n                                           CHARLES FUSTER.\n\n                     CHATEAU\nC'est un château gothique au flanc d'une montagne.\nVieilles comme le temps, mais solides, les tours,\nAuxquelles on arrive avec mille détours,\nEtendent leur grande ombre à toute la campagne.\nQuand dominait là-haut un baron de Bretagne,\nC'était — on s'en souvient — un nid d'hommes-vautours ;\nMais une fois, lassés, bouviers et fiers pastours\nBrûlèrent le seigneur, ses fils et sa compagne.\nIl court sur le château des récits surprenants,\nOn conte qu'il s'emplit de quatre revenants\nLorsque minuit résonne à la prochaine église.\nLes bergers d'alentour ni même les enfants\nN'osent venir auprès des murs gris où la bise\nPar instants fait tonner les guerriers olifants.\n                                            ALFRED POUTHIER.\n\n                   AU BALCON\nJe regarde souvent, lorsque le ciel s'azure\nEt que l'air se fait doux, au balcon du voisin\nDéserté tout l'hiver, se pencher un essaim\nDe jeunes filles sœurs à la blanche figure.\nBlondes toutes les trois, elles ont sur le sein\n Un nœud rose toujours, et dans la chevelure\n Un nœud bleu, ce qui fait leur plus belle parure,\nEt, chastes, les ferait adorer par un saint.'\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "148                    LA J E U N E    BELGIQUE\n\n\n       L'une ou l'autre parfois se haissant plus, la brise\n       Agite en la frôlant quelque boucle qui frise\n       El qu'un geste charmant replace sur le front.\n       Et quand j'écoute bien, j'entends leur voix naïve\n       Dont la vibration argentine m'arrive\n       Ainsi qu'un chant lointain auquel le cœur répond.\n                                                  L o u i s DE CASEMBROOT.\n\n\n                             TORPEUR\n                                            A Camille S c h w i n g r o u b e r .\n      Le cœur a quelquefois des caprices étranges,\n      Il semble qu'un bandeau s'étende sur les yeux ;\n      L'azur qui, dans le ciel, éparpille ses franges,\n      N'est qu'un mur de prison, sombre et mystérieux !\n      Notre rêve, altéré, se débat, furieux,\n      Honteux de nos torpeurs, écœuré de nos fanges,\n      Tentant, en vain toujours, ses essors glorieux\n      Vers l'Edeu idéal où rayonnent les anges                              '....\n      La tristesse sans cause étreint, de ses plis lourds,\n      L'âme que l'adorée aux grands yeux de velours.\n      Malgré ses chers baisers, ne peut plus rendre gaie ;\n      Et pendant qu'au dehors éblouit le printemps,\n      Le poète, traînant sa lyre fatiguée,\n      Ne sait plus en tirer que des sons attristants !...\n                                                       FERDINAND       HUART.\n\n\n                               AVRIL\n\n              Allons cueillir la violette\n              Oui croît à l'ombre du buisson\n              Où le linot fait sa toilette.\n              O printemps, exquise saison\n              Des fleurs, des nids et des caresses !\n              0 jours de rêve et de chanson !\n              Le soleil verse ses tendresses\n              En baisers d'or sur les champs verts,\n              Les bois profonds ont des ivresses.\n              Avril fait la nique aux hivers\n              Tandis que la brise embaumée\n              Me dit tout bas de jolis vers,\n              Des vers pour vous, ma bien-aimée.\n                                                 FRÉDÉRIC       BATAILLE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 149, "page_fin": 152, "titre_corps": "Le Faust de Gœthe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", 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Barbey     d'Aurevilly.\n    Peu connaissent Gœthe : chacun sait qu'il a existé, à une époque\n qu'il ne saurait préciser, un homme surnommé l'Olympien de Weimar,\n que cet homme a écrit une tragédie intitulée Faust et que cette tragé-\n die a servi de thème à Gounod pour créer le plus bel opéra peut-être\n qui existe. Pétrifiés par un respect et une admiration qu'ils ont trou-\n vés dans le lait de leur mère, d'aucuns comparent Gœthe au grand\n Shakespeare, sans se douter de l'enormité qu'ils avancent, et, souvent\n sans avoir jamais lu l'auteur pour lequel ils ont cette vénération\n innée, acceptent paupières closes le fétichisme du siècle.\n    Depuis plus de dix ans le moment est venu d'écorner un peu les\n gloires imméritées que l'Allemagne, consciente de son infériorité lit-\n téraire, a eu le talent de surfaire au point de se mentir à elle-même\n et à toute une génération.\n    La littérature abstruse et brumeuse, l'enseignement maladroit qui\n dissèque le détail sans comprendre la philosophie de la science, les\n connaissances arides et sèches, produits de l'analyse exagérée, cet en-\n semble sous lequel on sent le fer, a fait de ce peuple lourd le foyer\n d'où sont sortis ces types de savants ridicules des vaudevilles, qui\nsemblent nés d'un tonneau de bière et d'une paire de lunettes d'or.\n   L'orgueil insensé de l'Allemagne, cet orgueil pédant du dominateur\npar la force brutale, s'est accru lors des victoires de M. Krupp, à tel\npoint que les puissances commencent à s'émouvoir de cette épée qui\nsans cesse au-dessus de leurs têtes tournoie ; mais à présent que par la\ncoalition des esprits contre cette immense brutalité teutonne, forte\nmais lourde, le monde dort plus calme, que moins subjugué\npar le canon, cet argument sans réplique, il est à même de juger plus\nsainement, plus librement surtout cette nation antipathique, on com-\nmence à voir, en la comparant au pays qui la touche, combien ses\nlauriers sont desséchés et ses orgueils illégitimes.\n   La chose est frappante lorsqu'on examine sans parti pris d'admi-\nration l'œuvre énorme de celui que l'Allemagne considère comme\nson plus grand écrivain, lorsqu'on analyse ce Faust, son chef-d'œuvre,\nque l'on nous offre comme ce qui a été écrit de plus admirable en\nlittérature.\n\n  Un curieux et remarquable ouvrage de critique rétrospective est\ncertes l'étude que publiait, il y a deux ans, sur Gœthe et Diderot ce\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": " 150                    LA JEUNE BELGIQUE\n\n\ncatholique hystérique dont parle Emile Zola : Barbey d'Aurevilly.\nBien que nous n'admettions absolument pas que l'impartiale critique\npuisse jamais s'abriter derrière un drapeau quelconque, surtout si ce\ndrapeau est constellé de fleurs de lys, nous avouons que jamais travail\nne nous a paru plus juste ni plus courageux que celui de Barbey\nd'Aurevilly. Il faut en effet se sentir bien sûr de soi pour oser le pre-\nmier porter la main sur une idole aussi indiscutée que l'Olympien de\nWeimar. Malgré son opinion intime, on se sent aux prises avec l'er-\nreur de tout un siècle et l'on hésite à donner le coup de marteau de\nl'iconoclaste. Ce coup, Barbey d'Aurevilly, un type de pourfendeur\nexcessif, de matamore littéraire se moquant fort des piaillements et des\nrires, l'a donné de toute sa force de convaincu. Il a bien fait et ceux\nqui comme nous liront son œuvre, dont la logique s'enchaîne irrésisti-\nblement, fermeront ce vaillant livre avec le doute, sinon la conviction.\n\n\n\n   « Toute la manière de procéder à jamais de Gœthe est, dit Barbey\nd'Aurevilly, dans ces deux mots : remaniement et traduction; Faust\nn'est que cela. \" Dans cette tragédie qui n'est pas une tragédie, dans\nce roman qui n'est pas un roman, ni un drame, ni un poëme, ni une\ncomédie, mais un mélange désordonné, sans lien ni suite de tous les\ngenres littéraires que l'on connaît et d'une foule que l'on ne connaît\npas — heureusement, — dans ce Faust enfin, il n'y a rien qui dénote\nle génie, le grand génie qu'a cru y découvrir M me de Staël.\n   \" Méphistophélès, écrit l'auteur de Corinne, conduit Faust dans la\nsociété des jeunes gens de toutes les classes, et subjugue de diffé-\nrentes manières les divers-esprits qu'il rencontre. Il ne les subjugue\njamais par l'admiration mais par l'étonnement. « De même Goethe\na subjugué son siècle : l'incohérence a passé pour de la liberté de\ngénie et l'imbroglio pour de la profondeur. Au premier abord cette\nlecture étonne, et, trompé sur son sentiment, on admire ; on admire\ncomme l'épicier, parce que l'on ne comprend pas, parce que cela est\nprofond ; oh ! oui, c'est profond, tellement qu'on s'y perd et qu'on crie\nau secours. C'est une de ces lectures tuantes qui vous assomment de\nleur immense ennui somnifère, qui vous aplatissent de tout le poids\nénorme de leur érudition allemande, et j'oserais dire que s'il y a au\nmonde des patients qui par acquit de conscience ont lu le premier\nFaust, il n'y en a pas cent qui aient lu le second et certes pas un qui\nl'ait compris!\n   \" Il est reconnu, dit Gérard de Nerval, que Faust renferme cer-\ntains passages, certaines allusions que les Allemands eux-mêmes ne\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "                         LA JEUNE BELGIQUE                           151\n\n\npeuvent comprendre.» Qui donc le comprendra, ce Faust si nébuleux,\nsinon les Allemands, et que signifie cette littérature hiéroglyphique\ndont l'auteur s'est bien gardé de donner la clé, parce qu'apparem-\nment il l'avait perdue? Comme Cicéron à Lucullus, l'Olympien dit\ngravement : Piscis hic non est omnium, ce poisson n'est pas pour\ntout le monde, et il oublie d'ajouter : parce qu'il est d'avril! Et pour\nqui est-il donc? Goethe ne voulait-il avoir pour lecteurs que ses con-\nfrères les dieux de l'Olympe ou espérait-il qu'un Œ d y p e renaîtrait\npour déchiffrer ses énigmes ?\n   On s'est laissé prendre à cela, et ici je constate ce fait universelle-\nment connu que la plupart du temps plus une œuvre est « profonde \"\nplus on l'admire. « C'est bien beau, » dit-on d'un air convaincu, et les\nsincères ajoutent timidement : « Oui c'est bien beau, bien beau, mais\ncela se lit difficilement, on n'en doit prendre que peu à la fois... »\n   Comme des mauvaises drogues !\n\n\n\n    M me de Staël, malgré la grande admiration qu'elle professe pour\n Gœthe, semblait pourtant avoir une arrière-pensée, comme une intui-\ntion de son erreur, comme un pressentiment de la fausse route dans\n laquelle son grand esprit s'engageait, lorsque, parlant de Faust,\n elle concluait : \" La pièce de Faust cependant n'est pas un bon\nmodèle. Soit qu'elle puisse être considérée comme l'œuvre du délire\nde l'esprit ou de la satiété de la raison, il est à désirer que de telles\nproductions ne se renouvellent pas ; mais quand un génie tel que\nGœthe s'affranchit de toutes les entraves, la foule de ses pensées est\nsi grande que de toutes parts elles dépassent et renversent les bornes\nde l'art. »\n    Ces quelques mots nous semblent presque un aveu. Oui Faust\nest bien l'œuvre du délire de l'esprit, l'œuvre d'un homme grisé par\nl'encens, dont la tête s'affole et qui, étourdi par l'orgueil que lui\nsoufflent les masses, se croit un immortel et prophétise.\n    Car s'il fut jamais sur le globe un orgueilleux, c'est bien cet\nAllemand dont on a voulu faire un dieu. Pour ne prendre qu'un\nexemple de cet orgueil insensé qui hantait Gœthe jusque dans ses\nerreurs, que je vous rappelle ces mots qu'il prononçait en 1823, à\npropos de sa Théorie des couleurs:\" N'ai-je pas lieu d'être fier,\nmoi qui, depuis vingt années, puis me rendre ce témoignage que le\ngrand Newton et avec lui tous les grands mathématiciens, tous les\nsublimes calculateurs sont dans une erreur absolue au sujet de la\n question dès couleurs, tandis que seul, parmi tant de millions\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1650, "texte": "   152                         LA J E U N E   BELGIQUE\n\n\n d'hommes, je connais la vérité sur ce grand phénomène de la nature. ».\n Malheureusement le pauvre Gœthe se trompait une fois de plus\n et Tyndall a prouvé avec une modération tout anglaise que cette\nfameuse Théorie des couleurs était échafaudée sur des bases fausses\n et que Newton vivait encore.\n    N'est-ce pas Gœthe aussi qui, dans son flegme imperturbable et\nlourd avec lequel il jugeait tout ce qui n'était pas lui, disait de\nVictor Hugo : <• C'est un beau talent, mais il est tout-à-fait engagé\ndans la malheureuse direction romantique de son temps, ce qui le\nconduit à mettre à côté de beaux tableaux les plus intolérables et\nles plus laids. Ces jours-ci j'ai lu Notre-Dame de Paris, et il ne m'a\npas fallu peu de patience pour supporter les tortures que m'a\ndonnées cette lecture. C'est le livre le plus affreux qui ait jamais\nété écrit!!! »\n   Voilà le fond de l'homme; revenons à l'œuvre, et transcrivons\nencore ces outrecuidantes paroles de l'Olympien : « Le Faust est un\nsujet incommensurable et tous les efforts que l'esprit            ferait\npour le pénétrer entièrement seraient vains. Il faut se rappeler que\nla première partie est sortie d'une situation d'esprit un peu trouble\net obscure. Mais cette obscurité même attire les hommes et ils se\nfatiguent pour l'éclaircir comme ils font pour tous les problèmes\ninsolubles. \" Admirez la naïveté avec laquelle Gœthe constate que\nle premier Faust est sorti d'une situation d'esprit \" un peu trouble\net obscure. » Et le second ? grands dieux !\n                                            (La suite prochainement.)\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 152, "page_fin": 155, "titre_corps": "Exposition des Aquarellistes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M. 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Notre assertion va\npeut-être sembler b i z a r r e , et pour nous prouver qu'une aquarelle est, a u t a n t\nqu'un tableau à l'huile, susceptible d'un h a u t degré d'achèvement, on nous oppo-\nsera probablement quelques œ u v r e s fort remarquées de l'exposition actuelle.\nCes œ u v r e s , dues pour la plupart à des artistes italiens, nous sommes loin d'en\ncontester le mérite ; il s'agit simplement de savoir si elles restent dans la ligne\nque, selon nous, doit suivre l'aquarelle. F r a n c h e m e n t , nous ne le pensons pas.\nLe rôle de l'aquarelle n'est pas de rivaliser avec la peinture à l'huile.\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3644, "texte": "                                LA J E U N E BELGIQUE                                 153\n\n\n      Quelque admiration que vous inspire la dextérité d'un aquarelliste, elle\n s'affaiblira, presque à coup sûr, si vous placez son œuvre en regard d'un vrai\n  tableau. L'aquarelle s ' a t t é n u e r a , se couvrira de reflets métalliques, et vous\n  avouerez que cette peinture, toute de surface, ne réussira j a m a i s , comme la\n peinture à l'huile, à reproduire la réalité et pour ainsi dire la substance même\n des choses.\n      Ces réserves faites, nous sommes tout disposés à rendre hommage à l'éton-\n nante habileté des artistes italiens.\n      Ils sont là une douzaine pour qui le métier n'a plus de secrets. M M . Cipriani,\n Bartolini, Maccari, de Dominicis, Navone, Joris, Tarenghi, d'autres encore, sont des\n noms bien connus du public bruxellois. Ce qui prouve d'ailleurs à quel point ces\n artistes prennent leur a r t au sérieux, c'est qu'en a u c u n sens ils n'admettent une\n défaillance. L a correction du t r a i t , l'étude des physionomies les préoccupent au\n m ê m e degré que l'exécution ou le coloris. Ces mérites divers se trouvent réunis\n d a n s la Partie d'échecs de M. de T o m m a s i . C'est une œuvre d'une exécution puis-\n sante et d'un esprit étincelant. L a figure du c a r d i n a l , toute railleuse d'une ruse\n italienne, est inoubliable. M. de Tommasi trouve un rival sérieux en M. Skarbina.\n Celui-ci peut-être a moins d'éclat, moins de v e r v e , mais sa couleur offre\nquelque chose de plus délicat et de plus profond. Nous r e c o m m a n d o n s notam-\n ment aux a m a t e u r s son Étude de plage et son Portrait de Mme D., la première de\n ces deux œuvres spirituellement composée et toute baignée de lumière, l'autre\n d'un travail plus concentré et ne laissant rien à désirer au physionomiste.\n     L e rare mérite de ces œuvres est de n a t u r e à faire hésiter les théories\nque nous avons émises en commençant ; les envois de M. de Albertis, en\n r e v a n c h e , ne peuvent que les confirmer. Ce sont les aquarelles les plus\nvraiment aquarelles du salon. Ajoutons qu'il n'en est point de meilleures.\n Figurez-vous une collection de petites t a c h e s toutes vibrantes de lumière,\n mais si adroitement agencées qu'on y trouve des palais de m a r b r e se\ndécoupant sur un ciel bleu, des uniformes c h a m a r r é s , des p a n a c h e s ondoyants,\ndes chevaux au galop, et tout cela d'un dessin merveilleusement p r é c i s : c'est\n inexplicable et c'est c h a r m a n t .\n     Ne quittons pas le midi de l'Europe sans parler du Baptême eu Espagne, par\nM. Llovera, œ u v r e spirituelle et d'une couleur délicate, mais bien apprêtée\ndans l'ensemble, et, somme toute, assez peu v é c u e .\n     E n passant d'Italie en H o l l a n d e , nous quittons le soleil pour le brouillard.\nNe nous en plaignons pas. Le brouillard, pour qui sait le comprendre, a\ndes c h a r m e s exquis, et M. Mauve le comprend a d m i r a b l e m e n t . Il excelle\nà peindre cette atmosphère grise et p o u r t a n t lumineuse qui fait la mélan-\ncolique séduction des paysages septentrionaux. Cette mélancolie, on la\nr e t r o u v e , mais plus assombrie encore et légèrement t r a g i q u e , dans les marines\nde M. Mesdag ; on la retrouve enfin chez les peintres d'intérieur qui s'inspirent\nde M. Israëls. Celui-ci a fait école. A cela, rien d'étonnant ; M. Israëls est un\nartiste d'une personnalité r a r e et son portrait de M. Stortenbeker nous rend encore\ntémoignage de sa s u p é r i o r i t é . P a r m i ceux qui, de près ou de loin, subissent\nson influence, citons M. Neubuys et surtout M. Artz. Sa Vieille Femme de\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3438, "texte": "  154                        LA JEUNE BELGIQUE\n\nScheveningue est empreinte d'une émotion contenue et d'une dignité simple,\nqualités qui retiennent et attachent plus encore qu'elles ne frappent au\npremier abord. Un peintre allemand, M. Breitbach, nous offre également\nune Tête de vieille femme toute souriante d'une paisible honnêteté. L'exécution\nest malheureusement pénible et méticuleuse. Mentionnons enfin, parmi\nles exposants hollandais, MM. Startenbeker, van de Sande Backhihjzen,van\nEverdingen, dont les paysages se recommandent par une poésie aimable\net par un calme bienfaisant.\n   Les aquarellistes belges ne sont pas indignes de leurs concurrents étrangers.\nS'ils n'ont pas la haute virtuosité des Italiens, non plus que le charme intime\ndes Hollandais, ils possèdent certaines qualités originales, personnelles, et qui\nsuffisent à les classer très honorablement. Leurs principaux mérites sont un\nentrain joyeux, une verve facile qui a beaucoup de choses à dire et qui les dit\nsans phrase. Cette clarté et cet abandon ne vous paraissent-ils pas des\nqualités aimables et bien dignes de la peinture belge? Nous nous permettrons\nde parler sommairement de quelques-uns de ces artistes. Non pas qu'ils soient\ninférieurs aux autres, il s'en faut de beaucoup, mais ils ont acquis ailleurs une\nréputation assez étendue pour qu'une aquarelle de plus ou de moins, en dépit\nde tout son mérite, n'ajoute rien à leur gloire. Il est bien clair, par exemple,\nque la Jeune Fille dans les Dunes de M. Hermans est fort distinguée ; mais il est non\nmoins clair que nul ne s'avisera de juger d'après cela l'auteur de l'Aube ou de\nCircé. Ces réflexions peuvent s'appliquer aux œuvres fort remarquables de\nce vigoureux coloriste : M. Pierre . Oyens, de même qu'aux œuvres de\nMM. Hennebicq, Roelofs, Van Moer, Van Seben; MM. Albert et Julien De Vriendt\n(car il est impossible de les séparer) nous arrêteront un peu plus longtemps.\nMM. De Vriendt ont la fortune rare d'avoir eu l'occasion de rajeunir leur\ntalent. Sans rompre complétement avec la Renaissance flamande, ils nous\ndonnent le résultat de leurs explorations en Orient. Sur les rives du Jourdain\ncomme aux bords de l'Escaut, ils sont restés ce qu'ils étaient, de vrais Fla-\nmands, par la richesse de leurs couleurs et par l'honnêteté de leur exécution.\nCette honnêteté flamande n'exclut pas la noblesse, et les Orientaux à turban\nque nous présentent MM. De Vriendt ont tout-à-fait grand air. Un autre\nartiste qui nous intéresse vivement est M. Mellery. C'est assurément l'un des\nplus parfaits dessinateurs que nous possédions. Son trait, à la fois expressif et\npur, se plie sans effort au drame et à l'anecdote familière. (Voir un Tir à l'arc\nau berceau.) Il est de plus tellement personnel qu'entre mille dessins vous\nreconnaissez immédiatement les siens. La couleur de M. Mellery malheureuse-\nment, ou plutôt sa totale absence de couleur le fera également reconnaître.\nN'est-il pas triste que dans un pays où de tout temps l'on a si bien peint, un\nartiste de la valeur de M. Mellery ne puisse acquérir ce clair-obscur qui répan-\ndrait sur ses œuvres la chaleur qui leur manque?\n   Comme nous l'avons dit plus haut, ce qui nous intéresse le plus dans le salon\nactuel, ce sont les aquarellistes proprement dits. Nous entendons par là les\nartistes qui, en dépit de leurs incursions dans le domaine de la peinture à\nl'huile, font néanmoins de l'aquarelle l'objet de leurs prédilections. Ils y\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1645, "texte": "                            LA JEUNE BELGIQUE                                155\n\n mettent plus de sincérité, plus de conviction que les peintres proprement\n dits, lesquels regardent un peu l'aquarelle comme une distraction que l'on\n se permet dans un moment d'aimable abandon. Parmi ces aquarellistes de\n cœur et d'âme, mentionnons en première ligne, M. Uylterschaut; son habileté\n  est prodigieuse, Pas un coup de pinceau qui ne porte, et c'est là, comme on\n  sait, le dernier mot de l'art pour un aquarelliste. M. Uytterschaut a ce mérite\n presque au même degré que le Français M. Harpignies , dont la réputation, à\n cet égard, est devenue proverbiale. Cette extrême sûreté a quelque chose\n d'effrayant. On se prend à redouter qu'elle ne devienne de la dureté et que\n1 'inspiration perde un peu à n'être jamais retardée par les difficultés de l'exé-\n cution.\n    M. Stacquet, avec moins d'adresse, est peut-être plus gracieux, plus\n poétique, plus printanier. Et puis, il comprend si bien les environs\n de Bruxelles. Nous ne connaissons pas d'artiste qui en donne une\n plus fidèle impression., MM. Hubert et Pecquereau retrouvent leur succès\n hahituel, l'un dans ses chevaux d'un dessin si nerveux, l'autre dans ses\n paysages. M. Hoeterickx, dans son Vieux Paris, reste l'un de nos impressionistes\n les plus pittoresques et les plus lumineux.\n    M. Lanneau enfin est un peintre qui traduit avec éclat et moelleux,\n peut-être avec un peu trop de vigueur, la grâce fuyante d'une touffe\n d'œillets ou d'un bouquet de reines-marguerites.\n                                                                       M. 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Pierre et Paul.\n    Mais Lucie avait toujours des fleurs à son corsage, elle avait toujours des\n pralines à croquer.\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "  156                        LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n                                       VII\n  — Il y a un an.\n  — Déjà !\n  — Oh ! que tu es gentil !\n  — Ces brillants te plaisent?\n  — Comment donc ! ils sont adorables.\n  Un superbe bouquet était là, sur la table... Comme Antoine regardait, étonné;\n  — Cela, dit négligemment Lucie, c'est un cadeau de M. Durand.\n  — Ah!\n                                      VIII\n   Monotone, paisible, rarement traversée d'un incident, leur vie conjugale\ns'écoulait... Et les jours succédaient aux jours sans que rien vînt troubler\nleur tranquillité...\n   Ce calme, il l'aimait : Lucie y tenait moins ; c'était un tempérament fou-\n gueux, avide de tapage et d'émotions fortes ; elle bâillait tout le temps, lisant\nles romans-feuilletons ou réprimandant la servante... Et dans les heures si\nlongues de l'absence de son mari, elle se surprenait souvent à rêver... à quoi ?\nElle ne le savait pas elle-même.\n   Lui trouvait dans cette existence un charme indéfinissable ; cette régu-\nlarité automatique lui plaisait : le déjeûner rapidement avalé, le matin, puis\nla besogne bureaucratique, enfin l'heure de la délivrance, le retour au logis.\n   Il aimait cette table, avec sa nappe blanche sur laquelle s'étalaient deux\ncouverts, et très souvent il songeait... quand donc y en aurait-il un troisième ?\nEt son imagination lui faisait entrevoir des légions de petites fourchettes et de\nmignonnes cuillers se rangeant auprès des autres...\n   Il aimait ce pot-au-feu modeste au menu invariable, il y découvrait chaque\njour une saveur nouvelle, et parfois il se demandait ce qu'il pourrait souhaiter\nencore... La fortune ? A quoi bon ! ses ressources étaient restreintes, mais\nson ardeur au travail était si grande...\n                                       IX\n  — Le ministre ne te donnera donc jamais de l'avancement ? Tu ne te\nremues pas assez !\n  — Je t'assure que je me suis mis en quatre; mais, tu comprends, il faut du\ntemps.\n  — Et des protections ? Tu n'as pas même un bout de ruban...\n  — Je travaillerai, répondit-il.\n  Et il baissa la tête et réfléchit longtemps.\n\n                                        X\n  — Qui veut des Métalliques ?\n  — Du 4 1/2 ?\n  — Affaires splendides, mon cher!\n  — A la Corbeille !\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "                            LA JEUNE BELGIQUE                                157\n\n   La Bourse regorge de monde ; il fait là-dedans un tapage assourdissant ; les\ncris des financiers alternent avec le chassé-croisé des bonjours ; on échange\ndes saluts, on conclut des marchés.\n   Et dans cet océan humain, dans le tohu-bohu, au milieu des vociférations, un\nhomme se promène fiévreux, s'informe, se démène...\n   — Qui veut des Métalliques ?\n                                       XI\n   Le budget était mal équilibré; c'était un fait : un soir qu'il passait en revue\nson livre de dépenses, il s'aperçut avec terreur que les dettes criaient ; la\nmodiste et la couturière surtout se montraient d'une exigence!... Il fallait bien\npayer, pourtant. Et il paya, c'est-à-dire il dut emprunter.\n   Seulement, il maigrissait à vue d'œil, il était surmené ; et tandis qu'il se\npenchait sur son bureau, il se sentait comme des déchirements dans la poitrine ;\nil comprit bien que la machine se détraquait... C'était trop à la fin, la\nbesogne du bureau, les travaux littéraires et la spéculation...\n   Eh bien, oui ! il s'était lancé dans le tourbillon ; il brûlait sa vie...\n   Deux fois, il avait gagné cinq cents francs à la Bourse, la veine arrivait,\net bientôt il voyait le moment où Lucie ne devrait plus attendre une occasion\npour se parer des bijoux qu'elle aimait tant.\n\n                                       XII\n   Un jour, au dîner, il arriva tard, très-tard ; il s'assit, donna un froid baiser\nà sa femme, et mangea silencieusement.\n   Il était de sa nature peu communicatif, mais ce soir, il ne desserra pas les\ndents.\n  A la fin, impatientée, agacée, Lucie s'écria brusquement :\n   — Eh bien ! qu'est-il donc arrivé ?\n   II répondit faiblement : — Rien, et continua à manger. Lorsque le repas fut\nterminé, il se leva : — Je suis indisposé, dit-il, qu'on me fasse du thé; cela ira\nmieux demain !\n   Il alla se coucher, et longtemps il pleura.\n   Il avait perdu cinq mille francs à la Bourse ! cinq mille francs ! presque tout\nleur budget de l'année.\n   Que dirait Lucie, elle qui comptait s'acheter une pelisse ?\n   Et, en bas, pendant ce temps, Lucie et Albert s'entretenaient à voix basse.\n\n                                      XIII\n  Le médecin vint, vieux praticien à l'air sceptique... il hocha la tête et\nprescrivit une potion.\n   La fièvre s'installa au chevet du malade et ne le quitta plus.\n   Le délire arriva, et au milieu de discours incohérents, entrecoupés de sanglots,\non entendait vaguement ces mots : Lucie, Bourse, bijoux!...\n   Une vieille servante était là... Lucie se sentait trop faible pour remplir le\nrôle de garde-malade.\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": " 158                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n  Les notes des fournisseurs, les mémoires du pharmacien se mirent à pleuvoir ;\nmais tout fut payé.\n  Le médecin vint plus souvent.\n  Puis, un soir, le malade étendit les b r a s , cria une dernière f o i s : L u c i e ! et\npoussa un dernier râle. Ce fut tout.\n  — Il s'est usé trop tôt ! dit le docteur en s'en allant.\n\n                                             XIV\n\n    Des hommes sont venus prendre le corps dans une boîte j a u n e à clous d o r é s .\nE t , là b a s , dans une voiture couverte de draperies funèbres, ballottant de ci, bal-\nlottant de là, le cercueil s'éloigne.\n\n                                              XV\n\n   — Vrai, le deuil te va bien, L u c i e .\n   — - T u t r o u v e s ! et avec un geste de coquetterie féminine, elle secoua ses\nboucles d'oreille de j a i s . . .\n   Il s'était assis, et pendant quelques instants le silence régna.\n   — J'ai bien souffert, dit-elle enfin.\n   — E t moi! moi qui ai dû me priver du plaisir de te voir, pendant plus de\nsix s e m a i n e s . . .\n\n\n  — Des notes, toujours d e s notes, dit-elle en r e m u a n t des montagnes de papiers\nbleus et b l a n c s ; vois !\n  Il regarda m a c h i n a l e m e n t : service funèbre, porteurs, pharmacien, m a r b r i e r .\n  Il tira de sa poche quelques louis :\n  — Voici, dit-il.\n  E t , lâche, elle lui laissa payer le tombeau de son m a r i .\n                                                                        ARTHUR JAMES\n\n\n\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 158, "page_fin": 158, "titre_corps": "Les Scrupules de Bernus", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Les Livres", "signature_source": "Δ", "ancre_debut": "LES SCRUPULES DE BERNUS", "ancre_fin": "ses ouvriers solides", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 211, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 1549, "fin_caractere_exclue": 2354, "texte": "LES SCRUPULES DE BERNUS, par EMILE LECLERCQ. I vol. Bruxelles, Ofjice\nde Publicité. Prix : 3 fr. — Curieux livre d'une couleur belge très prononcée mais comme\nembaumée par une sorte de bourgeoisisme. M. Leclercq est un nom; depuis des années\nqu'il écrit, il a donné à notre littérature une suite d'ceuvres sérieuses de demi-teinte et\nque l'on ne sait dans quel genre classer. Les Scrupules de Bernus, roman très naturaliste\ncomme fond, est peut-être d'une forme un peu lâchée, un peu terne, et déjà en dehors\nde nos exigences modernes. Autrefois M. Leclercq eût marché de pair avec Chamfleury ;\naujourd'hui tous deux sont en arrière du mouvement. Cela ne les empêche pas d'avoir\nleur place large et brillante dans l'histoire littéraire, et la Belgique compte M. 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Paris.\nLibrairie des Bibliophiles. Prix : fr. 2-50.\n                            J'ai mis le nom de mon vieux père\n                             En tête de mes premiers vers;\n                            A ta mémoire, pauvre mire,\n                            Je veux que ceux-ci soient offerts.\n                           Ils ne sont pas meilleurs, je pense,\n                           Ni plus mauvais que leurs aînés :\n                           Écrits à deux ans de distance,\n                           C'est du même amour qu'ils sont nés.\n                             Car j'ai voulu rester fidèle\n                             A nos plateaux, à nos grands bois;\n                             Ma poésie est l'hirondelle\n                             Qui toujours niche aux mimes toits.\n   Je voudrais continuer à transcrire ces beaux vers simples, de cette simplicité que com-\nprenait si bien Brizeux. Tout le livre de M. Fabié est dans cette note douce toute de cœur\net de contemplation. Le poète aime la nature en vrai poète, non de ces larmoyeurs qui\nse pâment et sanglotent, mais de ces sensibles qui comprennent la grande beauté de la\nterre. Écoutez encore ce fragment que j'enlève aux Bœufs, le morceau maître du livre ;\nle poète s'adresse à ses amis à l'œil doux :\n                    Un maquignon viendra de la ville prochaine\n                    Qui de ses gras ciseaux vous marquera les flancs !\n                    La corde à votre cou remplacera la chaîne\n                    Et les pâtres feront place aux bouchers sanglants.\n                    Sous le maillet de plomb frappant entre vos cornes,\n                    Vous sentirez soudain se ployer vos genoux.\n                    Et la mort brusquement fera vitreux et mornes\n                     Vos yeux auparavant si profonds et si doux !\n\n                   On vous vénérerait si vous étiez farouches.\n                   Si vous faisiez la guerre au lieu de labourer,\n                   Si vos cornes perçaient les vaincus, si vos bouches\n                   S'habituaient, au lieu de paître, à déchirer !\n                   Quoi donc ! ignorez vous, ô bêtes, que nous sommes\n                   Ici-bas en deux camps ennemis partagés,\n                   Et qu'il faut que les bœufs aussi bien que les hommes\n                   Soient parmi les mangeurs ou parmi les mangés ?\n  Tout dans la Nouvelle poésie des bêtes est dans le goût de ces bons vers qui coulent de\nsource sans se heurter jamais ; il y a là une grande œuvre digne de toute admiration\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 159, "page_fin": 160, "titre_corps": "La Richesse de la Muse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Les Livres", "signature_source": "Δ", "ancre_debut": "LA RICHESSE DE LA MUSE", "ancre_fin": "l immuable beauté de la Forme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CONFÉRENCES de M", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 212, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 2690, "fin_caractere_exclue": 3254, "texte": "LA R I C H E S S E DE LA MUSE, poème par JACQUES MADELEINE, I vol. Paris,\nLéon Vanter. Prix : I fr. — Cy un parnassien, un orfèvre, un jongleur de rimes, musica¬\nlant sa pensée et l'étoilant d'un diadème, un banvillien dansant sur la corde roide du\nrythme et faisant avec son maître le saut du tremplin lyrique.\n   Jacques Madeleine glorifie la Muse, sa belle maîtresse au sein de marbre, et prosterné\ndevant elle, il chante :\n                       Et c'était toi, c'était celle qu'on attendait,\n                       La Belle, la Très Chère et la Toute Divine,\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 847, "texte": "   160                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n                     Et notre forte au large et que rien ne gardait\n                     Pour toi s'ouvrit avec l'élan que l'on devine.\n                     Et tu fis ton entrée en reine : un hosanna\n                     Triomphal retentit quand sur les dalles blanches,\n                     Ton petit pas avec cadence résonna,\n                     Car tu te balançais galamment sur tes hanches.\n    Ne cherchez dans cette poésie l'amour ni l'idéal; n'y cherchez pas davantage la vie ,\n vous y trouverez de l'orfèvrerie, des ors et des ivoires incrustés, des rimes richissimes\n s'emboîtant mélodieusement dans la gamme des strophes et chantant sur la théorbe\n l'immuable beauté de la Forme.\n                                                                                            A\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 160, "page_fin": 160, "titre_corps": "Conférences de M. Th. Bost", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Les Livres", "signature_source": "A. Olandre", "ancre_debut": "CONFÉRENCES de M", "ancre_fin": "A OLANDRE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES HEURES DE SOLEIL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 213, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 847, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "CONFÉRENCES de M. T H . BOST.— Bibliothèque Gilon, Verviers. —M. Bost, ancien\npasteur protestant de Verviers, est un esprit libéral et tolérant, ce qui ne l'a pas empêché\nd'être en butte aux imprécations des doux représentants de Jésus-Christ. Il enseigne une\nmorale dont il a le droit d'être fier et qui certes vaut mille fois mieux qu'une certaine\nmorale dont je craindrais de parler. M. Goblet d'Alviella, dans une préface fort éloquente,\na tracé, mieux que je ne pourrais jamais le faire; les caractères de cet écrivain modeste\nmais plein de mérite : « En prenant connaissance de ces pages, où vibre un sentiment si\nprofond de la dignité et de la liberté humaines, où l'amour de l'humanité se concilie avec\nune foi inaltérable au progrès, et la morale la plus haute avec l'énergique condamnation\ndes préjugés et des abus, plus d'un lecteur s'étonnera peut-être d'apprendre qu'elles ont\npour auteur      un ministre du culte. Mais il y a prêtre et prêtre, comme il y a religion et\nreligion. Il y a des cultes où le prêtre, s'imposant comme intermédiaire entre Dieu et\nl'homme, prêche le sacrifice de la raison et l'abandon de la conscience sur les autels d'une\nÉglise hostile à toutes les libertés modernes. Il y en a également où le prêtre se présente\nsimplement comme le délégué des fidèles, chargé non de leur dicter leurs croyances, mais\nde les assister de ses prières et de ses conseils. Telle est la religion de M. Bost. «\n                                                                             A. OLANDRE.\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 160, "page_fin": 160, "titre_corps": "Les Heures de soleil", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Les Livres", "signature_source": "Δ", "ancre_debut": "LES HEURES DE SOLEIL", "ancre_fin": "survivra", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les élèves des écoles spéciales", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 213, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 2371, "fin_caractere_exclue": 3658, "texte": "LES H E U R E S DE SOLEIL, poésies (1854-1879), par JULES BAILLY. I vol. Paris,\n Ghio, 1880. Prix : 6 fr. — M. Jules Bailly, un soldat déjà ancien du bataillon poétique\nde notre Belgique, n'y va pas de main morte quand il s'y met. Tubleu! Cinq cents\npages serrées, compactes de vers, c'est effrayant et je dois dire que cela m'a effrayé tout\nd'abord, et puis j'ai lu une pièce, deux, trois, dix, vingt, passant de l'austère et large\nalexandrin au courant vers de huit, et j'ai été tout ébouriffé d'arriver si tôt à la table des\nmatières.\n   M. Jules Bailly a le vers acile ; on sent qu'il ne reste pas des heures à héler une rime\nqui ne vient pas ; celte facilité même est cause que le poète laisse assez souvent échapper\ndes négligences prosodiques qui font tache : oubli de la césure dans l'alexandrin, rimes\npauvres ou jumelles 'paternel et maternel, p. 347), etc. A côté de cela certaines pièces du\nlivre ont une puissante envolée et tintent sonorement. Le poète a des affinités évidentes\navec Joseph Autran, un poète à peine mort et oublié déjà. C'est la même note un peu\npâle, souvent privée de ce montant qui tire la strophe de sa monotonie de plain-chant,\nmais il y a chez M. Jules Bailly une virilité juvénile pleine de charme ; son œuvre est\nd'un poète de race et survivra.\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 160, "page_fin": 160, "titre_corps": "Les élèves des écoles spéciales organisent…", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les élèves des écoles spéciales", "ancre_fin": "de son jeu surprenant", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 213, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 3658, "fin_caractere_exclue": 3945, "texte": "Les élèves des écoles spéciales organisent, au bénéfice de la caisse de secours des mi-\nneurs, un concert que nous ne pouvons trop recommander à nos lecteurs liégeois et auquel\nM. Jeno Hubay, le nouveau professeur du Conservatoire de Bruxelles, prêtera le concours\nde son jeu surprenant."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-04-15-n10-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SERRURE ÉLECTRIQUE TABLEAU INDICATEUR Nouveaux appareils", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 214, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 3605, "texte": "SERRURE ÉLECTRIQUE                                                                                       TABLEAU INDICATEUR\n\n     Nouveaux appareils de sûreté contre VOL et INCENDIE, pour Bijoutiers, Changeurs,\n   Banques, Châteaux, Appartements, etc.— A p p a r e i l t o u t p l a c é a v e c s o n - j\n   nette électrique, depuis 20 francs. — Nouveaux porte-voix\n   à échos avec membrane repercutrice, fonctionnant jusqu'à 2,000 mètres, accusant\n   même les conversations à voix basse, et permettant à l'ingénieur, assis dans son bureau,\n   de suivre la marche du travail à l'intérieur des mines ; au chef d'établissement de se |\n   tenir au courant — de auditu — de ce qui se passe chez lui, etc., etc.\n     Pour les commandes, s'adresser à M. CERPAUX, constructeur-mécanicien breveté,\n   Boulevard du Nord, 54, Bruxelles.\n\n\n\n\n                                                                  AU GRAND PINCE-NEZ\n1MICAIS:EÛC1ÏS                                                                    DRATZ,                       fils,    Fabr.-Opticien\n                                                          11, r u e de la P u t t e r i e , 11\n       Fonds de Magasins                                                                             PRÈS      RUE      MADELEINE\n\n                                                           Jumelles de théâtre, campagne et marine,\n   Toutes m a r c h a n d i s e s a v a r i é e s et      — Atelier spécial pour les réparations.\nmagasins entiers a c h e t é s au comptant\ndans le plus haut prix, p a r G. V O M B E R G ,\nrue des Foulons, 11, Bruxelles.\n                                                                                   MADAME LES Y\n                                                          Maîtresse-Accoucheuse de première classe\n                                                            Reçoit tous les jours les D a m e s m a -\n                                                          lades, stériles ou enceintes qui désirent\n            LIBRAIRIE                                     la consulter.\nA, C H R I S T I À E N S F I L S                                                REÇOIT                        DES      PENSIONNAIRES\n\n                                                                27, RUE BRICHAUT, 27\n        38, Rue d'Arenberg, Bruxelles\n  V E N T E E T ACHAT D E LIVRES NEUFS               ET                     Schaerbeek, lez-Bruxelles.\nD'OCCASION. —        ACHAT D E          BIBLIOTHÈQUES\nAU COMPTANT. — GRAND CHOIX DE LIVRES\n                                                                                                             MANUFACTURE\nILLUSTRÉS E T A U T R E S . — DÉPÔT DES P R I N -\n                                                                                                                       DE\nCIPAUX É D I T E U R S DE P A R I S .\n\n      La Maison se charge de la Reliure.\n                                                              VÉLOCIPÈDES\n                                                                       Avenue de la Reine, 192\n\n\n\n\n                                                                                                               (BREVETÉE)\n                                                           L. NOISET\n\n\n\n\n           1O L E Ç O N S\n                                                                                                 BRUXELLES\n\n\n\n\nPOUR R É F O R M E R    MAUVAISES          ÉCRITURES\n\n   P . L O R Y - D E L A E T , Calligraphe\n      8, rue de l'Impératrice,          Bruxelles.\n    L'âge n'est         pas u n          obstacle.\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1527, "texte": "                         CAISSE SYNDICALE\n                                                       SOCIÉTÉ ANONYME\n\n\n\n             CAPITAL                   :           UN             MILLION                   DE       FRANCS\n\n                                       Boulevard Anspach, 45, Bruxelles\n\n      LISTE DES SERVICES DE LA CAISSE SYNDICALE                        CORRESPONDANCE QUOTIDIENNE DE LA CAISSE SYNDICALE\n   i° Exécution des ordres de Bourse ; 2° Achat et Vente de         La Caisse Syndicale publie chaque jour une Correspondance don-\n                                     0                           nant les principaux cours de la Bourse et contenant sous le titre :\nfonds publics belges et étrangers ; 3 Change, Achat de mon-\n                                  0                              LA PHYSIONOMIE DU MARCHÉ, une appréciation exacte et rapide\nnaies anciennes et étrangères ; 4 Encaissement des coupons ;\n                                                                 de la situation.\n50 Renseignements sur toutes les valeurs, Versements sur titres,\n                                                                    La Caisse Syndicale envoie, à titre gratuit, pendant un mois,\nLibérations, Échanges, Souscriptions.                            sa Correspondance quotidienne à toute personne qui en fait la demande.\n\n\n                                                        AGENCES             :\n         LOUVAIN               1, R u e J u s t e - L i p s e . — B I N C H E : 4 7 , R u e de la Gaîté.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 196, "texte": "                                           LA\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n             PARAISSANT'LE I e r ET LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n  2me Année —1882                      N° 1 0                                15 Avril\n\n\n\n                                SOMMAIRE\n      Poésies\n      Le Faust de Gœthe                                      ***\n      Exposition des Aquarellistes                           M. V.\n      Bête de somme                                     .    ARTHUR JAMES.\n      LES LIVRES : Les scrupules de Bernus. . . . Δ\n          —       La nouvelle poésie des bêtes . . «\n                  La richesse de la M u s e . . . . »\n                  Conférences de M. Th. Bost . . A. OLANDRE.\n         —        Les heures de soleil                       Δ\n\n\n\n\n              Le Numéro : 20 cent. — Étranger : 25 cent.\n\n       ABONNEMENTS : Fr. 3 - 5 0 par an.— ÉTRANGER, le port en sus\n\n\n                                     BUREAUX        :\n           BRUXELLES                                                 LIEGE\n81, Rue de la Madeleine, 81                        29, Rue Hemricourt, 29\n    Se trouve chez les principaux Libraires et Marchands de Journaux de la Belgique\n                                    et de l'Etranger\nLes annonces sont reçues exclusivement à la Compagnie de Publicité et d'Émission\n                           Rue Fossé-aux-Loups, 32, Bruxelles\n\n\n                                  BRUXELLES\n                      LIBRAIRIE      UNIVERSELLE    DE J .       ROZEZ\n                              81, Rue de la Madeleine, 81\n\n                                         1882\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "                        BOITE AUX LETTRES\n   Un abonné, à Liège. — Permettez-nous de croire, cher malcontent, que l'or est\ntoujours aussi pur qu'au premier jour, et nos théories aussi, par cette bonne raison que\nles opinions de nos Rédacteurs n'engagent en rien les nôtres, ainsi que le dit un avis\nrépété dans chaque numéro : La Jeune Belgique offre la plus large hospitalité à\ntous, etc.. Toutes les opinions sont personnelles aux Rédacteurs. Quand donc Jacques\nArnoux dit : Les théories de Zola sont les nôtres, il exprime une opinion personnelle : cela\nse prononce miennes, mais cela s'écrit nôtres, pour peu qu'un auteur ait de modestie.\nVous trouvez ridicule l'éreintement de Cherbuliez et de Halévy. Il est probable que si\nvous nous envoyiez un de ces quatre matins un éreintement de Zola, cela ne serait point\ndu goût de Jacques Arnoux, simple abonné comme vous, et cependant nous le publierions\npour peu qu'il fût bien écrit et pensé. Qu'en pourrez-vous conclure, sinon que nous\ntenons à rester fidèles à cette autre phrase de notre programme : La Jeune Belgique ne\nsera d'aucune école. Pour nous, Monsieur, nous estimons que la libre discussion peut\nseule produire la lumière; nous ne vous trouvons pas ridicule de ne point partager les\nopinions de tel ou tel de nos Rédacteurs, mais bien d'appliquer ce mot à ceux qui ne\npartagent pas les vôtres. Ces choses-là, quand on les crache en l'air, le plus souvent elles\nvous retombent sur le nez.\n   L. M., à Besançon. —• Reçu votre envoi de vers. Merci. Tout cela est plein de fraîcheur\navec je ne sais quelle saveur de terroir qui convient à merveille aux palais blasés par le\npiment de nos faiseurs à la mode. Nous publierons tout, si pourtant vous nous garan-\ntissez l'inédit. Quant au Bouquet surpris, ignoriez-vous donc que nous l'avions publié\ndans notre' numéro du I e r lévrier? Un mot encore : nous n'insérons que les abonnés.\nSi vous ne l'êtes pas, mettez-vous en règle. Bien confraternellement à vous.\n  CF.,   à Bordeaux. — Vos Sonnets virils nous conviennent à merveille. Seulement,\nnous ne publions que de l'inédit ; tâchez donc de nous en conserver la primeur. Même\nremarque au sujet de l'abonnement et bien à vous.\n f. B., à Paris. — Reçu vos envois. Merci. L'Infidèle paraîtra dans notre prochain\nnuméro.\n   V. d'Artagnan.   —\n       Hélas! vos vers sont poitrinaires,          Quand on se nomme       d'Artagnan,\n       Ils chancellent, ils vont tomber,           Ce n'est pas pour faire nian, nian;\n       On dirait qu'ils vont succomber.            Vos vers ont des pâleurs d'opale,\n       Un peu de nerf! mille tonnerres !           Morbleu ! du vin et pas d'eau pale!\n   Stéphane. — Bravo ! cette fois est la bonne. Vos triolets, d'une exquise fraîcheur,\npasseront sans faute dans l'un des numéros de Mai. C'est pleins de confiance que nous vous\ndisons : Courage et à l'œuvre !\n  F. F., à Toulon (Var). — Merci de tout cœur pour votre bonne lettre substantielle.\nRien de ce que vous nous envoyez ne peut malheureusement convenir à la ycune\nBelgique, qui ne publie que de l'inédit. Nous attendons les vers promis et parlerons dans\nnotre prochain numéro de Molière et Monlespan.\n   Ajax. —• Il y a beaucoup de fraîcheur dans votre nouvelle; il y en a même un peu\ntrop. Le public d'aujourd'hui, à tort ou à raison, désire qu'on lui serve des plats un peu\nplus assaisonnés ; et pour lui plaire, l'œuvre que vous offrez est décidément d'une saveur\nun peu fade.\n  / / . M., à Rochefort (France). — On est très étonné ici de votre longsilence. Votre Bal\na été publié. On vous a écrit et vous persistez à faire le mort.\n   If. B., à Paris. — Nous n'avons jamais fait allusion qu'aux articles que vous-même\ncitez. Il n'y a pas le moindre farceur sous roche et nous publierons très prochainement de\nvos vers. Envoyez-nous vos ouvrages. Nous vous promettons de bonnes études. (2 ex.\ns. v. p.) Quant à la dédicace, c'est un fort beau morceau, mais la yeune Belgique ne\npublic rien que d'absolument inédit. Tous nos regrets donc et b. à v.\n   E. B. — Certes non, la yeune Belgique ne craint pas les innovations, mais lorsqu'on\nveut innover — c'est-à-dire en remontrer aux autres, — ne pensez-vous pas qu'il faille\nêtre sûr de soi? Or, rosée, pensée; serein, chemin; mousse, pelouse, ne riment que\npeu ou prou. Et cependant il y a dans tout ce que vous nous envoyez, je ne sais quel feu\nde jeunesse, quel entraînement poétique qui nous font bien augurer de l'avenir. Au\nrevoir donc et b. à v.\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                            LA J E U N E BELGIQUE                                                          145\n\n\n\n\n                                                      POESIES\n    L e Renouveau, saison des a m o u r e u x et des poètes — c'est tout un — a amené d a n s nos p a r a g e s des\nvolées entières d e ces gentils oiseaux. Nous avons pensé qu'il s c i a i t cruel à nous d e les tenir prisonniers\np a r ces b e a u x j o u r s , eux les goulus d ' a i r et d e l u m i è r e , et nous leur avons donné l a volée toute l a r g e à\nt r a v e r s nos feuillets. Vous donc, les gens graves, vous les moroses de la prose, vous les pauvres d'amour,\npour cette fois, a r r i è r e : voici l'Amour qui passe !\n                                                                                                               A. G.\n\n                                                            ORGIE\n\n       Les prés, les bois sont en goguette,                             La tulipe montre sa gorge\n       Les oiseaux sont en habit noir;                                  — 'Riche beauté sur le retour, —\n       La nature, fraîche et coquette,                                  Pendant qu'un frêle rouge-gorge\n       Se cambre devant son miroir.                                     Lui débile des mots d'amour.\n\n       Les moinillons sont tous en fête,                                Et les blés— bacchantes lascives —\n       Ils sont tout fiers, les innocents;                              S'enlacent bercés par le vent,\n       Ils ont des hochements de tète                                   Et les pâquerettes pensives\n       Avec de petits cris perçants.                                    Prennent des poses de couvent.\n\n       Là-bas le ramier «fidèle »                                      La brise baise le bois sombre\n       Aime... avec une rare ardeur ;                                  Avec de doux bruissements,\n       Le bouvreuil fait sur l'hirondelle                              Et partout on entend dans l'ombre\n       Des attentats à la pudeur.                                      L'écho des longs embrassemenis.\n\n                                          Et tandis que la haute-gomme\n                                          De la nature rit ce soir,\n                                          Dans ce coin noir il faut voir comme\n                                          Les pissenlits font le trottoir.\n                                                                                                            SlEBEL.\n\n\n                                                     RENOUVEAU\n\nSais-tu bien que je t'aime plus                                   J'étais hanté, perdu, que sais-je!\nDans ce printemps qui nous fascine ;                              Et pour t'avertir de mes vœux\nQue mon amour reprend racine                                      J'aurais même écrit des aveux\nComme au bon temps où tu me plus?                                 Sur le feuillet blanc de la neige!\n\nDans l'unanime renaissance                                         Car il neigeait ! c'était l'hiver !\nDe tout ce qui chante et fleurit,                                  Et notre amour large et sincère,\nMon coeur t'évoque et te chérit                                    Comme une plante mise en serre,\nPlus fort — comme après une absence!                               Très lentement s'était ouvert.\n\nJe me souviens des premiers soirs,                                 Mais aujourd'hui qu'Avril s'avance\nDes rendez-vous en pleine rue,                                     Dans les gloires blondes du jour,\nQuand ma tendresse était accrue                                    La nature avec notre amour\nPar un baiser sur tes gants noirs.                                 Est d'une étroite connivence.\n      15 Avril 1882.\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "  146                            LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n                             Dans la prinlanière saison\n                             Mou caprice se renouvelle,\n                             Et le vent parfumé révèle\n                             Toute une jeune floraison.\n\n                             Au soleil nouveau refleurissent\n                             Les fleurs sortant des vérandahs,\n                             Et comme au jour où tu cédas\n                             Mes sens reconquis te chérissent ;\n\n                             Si lien qu'aujourd'hui tout autour\n                             De tes lèvres chaudes et roses,\n                             Des baisers qui fleurent les roses\n                             Rajeunissent l'ancien amour!...\n\n\n                                                           GEORGES RODENBACH.\n\n\n\n\n                                 VIERGE        ET   FLEUR\n\nIl est dans notre gai village                  Sur vos hautbois, gars du village,\nUne enfant au divin visage;                     Chantez Claudine au fin corsage;\nAu fond des bois pleins de fraîcheur,          Linots, rossignols et pinsons,\nJ e sais une céleste fleur.                    Jetez à la fleur vos chansons !\n\nL'enfant a le nom de Claudine,                 Vers l'enfant pleine d'innocence\nElle est belle comme une ondine;               Volez, rêves de l'espérance ;\nLa fleur, c'est celle de Rousseau,             Beaux papillons couleur de feu,\nLa pervenche du renouveau.                     Caressez le calice bleu.\n\nJ e retrouve dans la fleurette                 A la vierge que tout sourie,\nLes doux yeux bleus de la fillette ;           Bonheur, rayonne sur sa vie !\nDe Claudine le regard pur                  .   De la pervenche va, zèphir,\nMe rappelle la fleur d'azur.                   Baiser l'étoile de saphir.\n\nQuand me sourit la vierge blonde,              Si quelque pleur dans ton œil brille,\nDe gaîté mon âme s'inonde;                     Qu'il soit de joie, ô jeune fille !\nEt devant la pervenche épris,                  Rosée, au pétale charmant\nJ e suis par un charme surpris!                Pose à chaque aube un diamant.\n\nO chère enfant, belle adorée !                 Et loi, que la nature immense\nAstre des bois, fleur préférée !               Avec amour exalte, encense,\n0 ravissantes sœurs, à vous                    Toujours, toujours, bénis, Seigneur\nMes chants et mes vœux les plus doux !         La vierge et la petite   fleur   '....\n\n                                                                  Louis MERCIER.\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "             LA JEUNE BELGIQUE                                 147\n\n                MON RUISSEAU\nC'est un petit ruisseau qui rêve sous les branches,\nUn ruisseau babillard, au murmure divin,\nQui coule lentement, de ravin en ravin,\nPrès du grand bois profond émaillé de pervenches.\nLes filles du pays s'y baignent, les dimanches ;\nMais l'écolier qui passe y chercherait en vain\nOu nymphe à demi nue, ou Naïade, ou Sylvain,\nEt jamais il ne vit que ses baigneuses blanches.\nTel qu'il est, moi je l'aime, et j'y rôde souvent !\nCar une ville sombre est comme un noir couvent,\nEt la lutte me lasse, et la lutte me brise;\nAussi je te reviens, athlète fatigue,\nJe te reviens toujours, mon ruisseau toujours gai,\nEl toujours je me berce aux parfums de la brise.\n                                           CHARLES FUSTER.\n\n                     CHATEAU\nC'est un château gothique au flanc d'une montagne.\nVieilles comme le temps, mais solides, les tours,\nAuxquelles on arrive avec mille détours,\nEtendent leur grande ombre à toute la campagne.\nQuand dominait là-haut un baron de Bretagne,\nC'était — on s'en souvient — un nid d'hommes-vautours ;\nMais une fois, lassés, bouviers et fiers pastours\nBrûlèrent le seigneur, ses fils et sa compagne.\nIl court sur le château des récits surprenants,\nOn conte qu'il s'emplit de quatre revenants\nLorsque minuit résonne à la prochaine église.\nLes bergers d'alentour ni même les enfants\nN'osent venir auprès des murs gris où la bise\nPar instants fait tonner les guerriers olifants.\n                                            ALFRED POUTHIER.\n\n                   AU BALCON\nJe regarde souvent, lorsque le ciel s'azure\nEt que l'air se fait doux, au balcon du voisin\nDéserté tout l'hiver, se pencher un essaim\nDe jeunes filles sœurs à la blanche figure.\nBlondes toutes les trois, elles ont sur le sein\n Un nœud rose toujours, et dans la chevelure\n Un nœud bleu, ce qui fait leur plus belle parure,\nEt, chastes, les ferait adorer par un saint.'\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "148                    LA J E U N E    BELGIQUE\n\n\n       L'une ou l'autre parfois se haissant plus, la brise\n       Agite en la frôlant quelque boucle qui frise\n       El qu'un geste charmant replace sur le front.\n       Et quand j'écoute bien, j'entends leur voix naïve\n       Dont la vibration argentine m'arrive\n       Ainsi qu'un chant lointain auquel le cœur répond.\n                                                  L o u i s DE CASEMBROOT.\n\n\n                             TORPEUR\n                                            A Camille S c h w i n g r o u b e r .\n      Le cœur a quelquefois des caprices étranges,\n      Il semble qu'un bandeau s'étende sur les yeux ;\n      L'azur qui, dans le ciel, éparpille ses franges,\n      N'est qu'un mur de prison, sombre et mystérieux !\n      Notre rêve, altéré, se débat, furieux,\n      Honteux de nos torpeurs, écœuré de nos fanges,\n      Tentant, en vain toujours, ses essors glorieux\n      Vers l'Edeu idéal où rayonnent les anges                              '....\n      La tristesse sans cause étreint, de ses plis lourds,\n      L'âme que l'adorée aux grands yeux de velours.\n      Malgré ses chers baisers, ne peut plus rendre gaie ;\n      Et pendant qu'au dehors éblouit le printemps,\n      Le poète, traînant sa lyre fatiguée,\n      Ne sait plus en tirer que des sons attristants !...\n                                                       FERDINAND       HUART.\n\n\n                               AVRIL\n\n              Allons cueillir la violette\n              Oui croît à l'ombre du buisson\n              Où le linot fait sa toilette.\n              O printemps, exquise saison\n              Des fleurs, des nids et des caresses !\n              0 jours de rêve et de chanson !\n              Le soleil verse ses tendresses\n              En baisers d'or sur les champs verts,\n              Les bois profonds ont des ivresses.\n              Avril fait la nique aux hivers\n              Tandis que la brise embaumée\n              Me dit tout bas de jolis vers,\n              Des vers pour vous, ma bien-aimée.\n                                                 FRÉDÉRIC       BATAILLE.\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                         LA JEUNE BELGIQUE                          149\n\n\n\n                   LE FAUST DE GŒTHE\n                                           A J. Barbey     d'Aurevilly.\n    Peu connaissent Gœthe : chacun sait qu'il a existé, à une époque\n qu'il ne saurait préciser, un homme surnommé l'Olympien de Weimar,\n que cet homme a écrit une tragédie intitulée Faust et que cette tragé-\n die a servi de thème à Gounod pour créer le plus bel opéra peut-être\n qui existe. Pétrifiés par un respect et une admiration qu'ils ont trou-\n vés dans le lait de leur mère, d'aucuns comparent Gœthe au grand\n Shakespeare, sans se douter de l'enormité qu'ils avancent, et, souvent\n sans avoir jamais lu l'auteur pour lequel ils ont cette vénération\n innée, acceptent paupières closes le fétichisme du siècle.\n    Depuis plus de dix ans le moment est venu d'écorner un peu les\n gloires imméritées que l'Allemagne, consciente de son infériorité lit-\n téraire, a eu le talent de surfaire au point de se mentir à elle-même\n et à toute une génération.\n    La littérature abstruse et brumeuse, l'enseignement maladroit qui\n dissèque le détail sans comprendre la philosophie de la science, les\n connaissances arides et sèches, produits de l'analyse exagérée, cet en-\n semble sous lequel on sent le fer, a fait de ce peuple lourd le foyer\n d'où sont sortis ces types de savants ridicules des vaudevilles, qui\nsemblent nés d'un tonneau de bière et d'une paire de lunettes d'or.\n   L'orgueil insensé de l'Allemagne, cet orgueil pédant du dominateur\npar la force brutale, s'est accru lors des victoires de M. Krupp, à tel\npoint que les puissances commencent à s'émouvoir de cette épée qui\nsans cesse au-dessus de leurs têtes tournoie ; mais à présent que par la\ncoalition des esprits contre cette immense brutalité teutonne, forte\nmais lourde, le monde dort plus calme, que moins subjugué\npar le canon, cet argument sans réplique, il est à même de juger plus\nsainement, plus librement surtout cette nation antipathique, on com-\nmence à voir, en la comparant au pays qui la touche, combien ses\nlauriers sont desséchés et ses orgueils illégitimes.\n   La chose est frappante lorsqu'on examine sans parti pris d'admi-\nration l'œuvre énorme de celui que l'Allemagne considère comme\nson plus grand écrivain, lorsqu'on analyse ce Faust, son chef-d'œuvre,\nque l'on nous offre comme ce qui a été écrit de plus admirable en\nlittérature.\n\n  Un curieux et remarquable ouvrage de critique rétrospective est\ncertes l'étude que publiait, il y a deux ans, sur Gœthe et Diderot ce\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": " 150                    LA JEUNE BELGIQUE\n\n\ncatholique hystérique dont parle Emile Zola : Barbey d'Aurevilly.\nBien que nous n'admettions absolument pas que l'impartiale critique\npuisse jamais s'abriter derrière un drapeau quelconque, surtout si ce\ndrapeau est constellé de fleurs de lys, nous avouons que jamais travail\nne nous a paru plus juste ni plus courageux que celui de Barbey\nd'Aurevilly. Il faut en effet se sentir bien sûr de soi pour oser le pre-\nmier porter la main sur une idole aussi indiscutée que l'Olympien de\nWeimar. Malgré son opinion intime, on se sent aux prises avec l'er-\nreur de tout un siècle et l'on hésite à donner le coup de marteau de\nl'iconoclaste. Ce coup, Barbey d'Aurevilly, un type de pourfendeur\nexcessif, de matamore littéraire se moquant fort des piaillements et des\nrires, l'a donné de toute sa force de convaincu. Il a bien fait et ceux\nqui comme nous liront son œuvre, dont la logique s'enchaîne irrésisti-\nblement, fermeront ce vaillant livre avec le doute, sinon la conviction.\n\n\n\n   « Toute la manière de procéder à jamais de Gœthe est, dit Barbey\nd'Aurevilly, dans ces deux mots : remaniement et traduction; Faust\nn'est que cela. \" Dans cette tragédie qui n'est pas une tragédie, dans\nce roman qui n'est pas un roman, ni un drame, ni un poëme, ni une\ncomédie, mais un mélange désordonné, sans lien ni suite de tous les\ngenres littéraires que l'on connaît et d'une foule que l'on ne connaît\npas — heureusement, — dans ce Faust enfin, il n'y a rien qui dénote\nle génie, le grand génie qu'a cru y découvrir M me de Staël.\n   \" Méphistophélès, écrit l'auteur de Corinne, conduit Faust dans la\nsociété des jeunes gens de toutes les classes, et subjugue de diffé-\nrentes manières les divers-esprits qu'il rencontre. Il ne les subjugue\njamais par l'admiration mais par l'étonnement. « De même Goethe\na subjugué son siècle : l'incohérence a passé pour de la liberté de\ngénie et l'imbroglio pour de la profondeur. Au premier abord cette\nlecture étonne, et, trompé sur son sentiment, on admire ; on admire\ncomme l'épicier, parce que l'on ne comprend pas, parce que cela est\nprofond ; oh ! oui, c'est profond, tellement qu'on s'y perd et qu'on crie\nau secours. C'est une de ces lectures tuantes qui vous assomment de\nleur immense ennui somnifère, qui vous aplatissent de tout le poids\nénorme de leur érudition allemande, et j'oserais dire que s'il y a au\nmonde des patients qui par acquit de conscience ont lu le premier\nFaust, il n'y en a pas cent qui aient lu le second et certes pas un qui\nl'ait compris!\n   \" Il est reconnu, dit Gérard de Nerval, que Faust renferme cer-\ntains passages, certaines allusions que les Allemands eux-mêmes ne\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                         LA JEUNE BELGIQUE                           151\n\n\npeuvent comprendre.» Qui donc le comprendra, ce Faust si nébuleux,\nsinon les Allemands, et que signifie cette littérature hiéroglyphique\ndont l'auteur s'est bien gardé de donner la clé, parce qu'apparem-\nment il l'avait perdue? Comme Cicéron à Lucullus, l'Olympien dit\ngravement : Piscis hic non est omnium, ce poisson n'est pas pour\ntout le monde, et il oublie d'ajouter : parce qu'il est d'avril! Et pour\nqui est-il donc? Goethe ne voulait-il avoir pour lecteurs que ses con-\nfrères les dieux de l'Olympe ou espérait-il qu'un Œ d y p e renaîtrait\npour déchiffrer ses énigmes ?\n   On s'est laissé prendre à cela, et ici je constate ce fait universelle-\nment connu que la plupart du temps plus une œuvre est « profonde \"\nplus on l'admire. « C'est bien beau, » dit-on d'un air convaincu, et les\nsincères ajoutent timidement : « Oui c'est bien beau, bien beau, mais\ncela se lit difficilement, on n'en doit prendre que peu à la fois... »\n   Comme des mauvaises drogues !\n\n\n\n    M me de Staël, malgré la grande admiration qu'elle professe pour\n Gœthe, semblait pourtant avoir une arrière-pensée, comme une intui-\ntion de son erreur, comme un pressentiment de la fausse route dans\n laquelle son grand esprit s'engageait, lorsque, parlant de Faust,\n elle concluait : \" La pièce de Faust cependant n'est pas un bon\nmodèle. Soit qu'elle puisse être considérée comme l'œuvre du délire\nde l'esprit ou de la satiété de la raison, il est à désirer que de telles\nproductions ne se renouvellent pas ; mais quand un génie tel que\nGœthe s'affranchit de toutes les entraves, la foule de ses pensées est\nsi grande que de toutes parts elles dépassent et renversent les bornes\nde l'art. »\n    Ces quelques mots nous semblent presque un aveu. Oui Faust\nest bien l'œuvre du délire de l'esprit, l'œuvre d'un homme grisé par\nl'encens, dont la tête s'affole et qui, étourdi par l'orgueil que lui\nsoufflent les masses, se croit un immortel et prophétise.\n    Car s'il fut jamais sur le globe un orgueilleux, c'est bien cet\nAllemand dont on a voulu faire un dieu. Pour ne prendre qu'un\nexemple de cet orgueil insensé qui hantait Gœthe jusque dans ses\nerreurs, que je vous rappelle ces mots qu'il prononçait en 1823, à\npropos de sa Théorie des couleurs:\" N'ai-je pas lieu d'être fier,\nmoi qui, depuis vingt années, puis me rendre ce témoignage que le\ngrand Newton et avec lui tous les grands mathématiciens, tous les\nsublimes calculateurs sont dans une erreur absolue au sujet de la\n question dès couleurs, tandis que seul, parmi tant de millions\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "   152                         LA J E U N E   BELGIQUE\n\n\n d'hommes, je connais la vérité sur ce grand phénomène de la nature. ».\n Malheureusement le pauvre Gœthe se trompait une fois de plus\n et Tyndall a prouvé avec une modération tout anglaise que cette\nfameuse Théorie des couleurs était échafaudée sur des bases fausses\n et que Newton vivait encore.\n    N'est-ce pas Gœthe aussi qui, dans son flegme imperturbable et\nlourd avec lequel il jugeait tout ce qui n'était pas lui, disait de\nVictor Hugo : <• C'est un beau talent, mais il est tout-à-fait engagé\ndans la malheureuse direction romantique de son temps, ce qui le\nconduit à mettre à côté de beaux tableaux les plus intolérables et\nles plus laids. Ces jours-ci j'ai lu Notre-Dame de Paris, et il ne m'a\npas fallu peu de patience pour supporter les tortures que m'a\ndonnées cette lecture. C'est le livre le plus affreux qui ait jamais\nété écrit!!! »\n   Voilà le fond de l'homme; revenons à l'œuvre, et transcrivons\nencore ces outrecuidantes paroles de l'Olympien : « Le Faust est un\nsujet incommensurable et tous les efforts que l'esprit            ferait\npour le pénétrer entièrement seraient vains. Il faut se rappeler que\nla première partie est sortie d'une situation d'esprit un peu trouble\net obscure. Mais cette obscurité même attire les hommes et ils se\nfatiguent pour l'éclaircir comme ils font pour tous les problèmes\ninsolubles. \" Admirez la naïveté avec laquelle Gœthe constate que\nle premier Faust est sorti d'une situation d'esprit \" un peu trouble\net obscure. » Et le second ? grands dieux !\n                                            (La suite prochainement.)\n\n\n\n\n            EXPOSITION DES AQUARELLISTES\n   L ' a q u a r e l l e est, depuis quelques années déjà, en possession de la faveur\npublique et cette faveur est assez explicable. D a n s l'art nous aimons surtout\nune impression vivement ressentie et facilement rendue. L ' a q u a r e l l e , qui n'est\npas faite pour les savantes combinaisons de la peinture à l'huile, se prête\nmerveilleusement à un travail léger, rapide, improvisé. Notre assertion va\npeut-être sembler b i z a r r e , et pour nous prouver qu'une aquarelle est, a u t a n t\nqu'un tableau à l'huile, susceptible d'un h a u t degré d'achèvement, on nous oppo-\nsera probablement quelques œ u v r e s fort remarquées de l'exposition actuelle.\nCes œ u v r e s , dues pour la plupart à des artistes italiens, nous sommes loin d'en\ncontester le mérite ; il s'agit simplement de savoir si elles restent dans la ligne\nque, selon nous, doit suivre l'aquarelle. F r a n c h e m e n t , nous ne le pensons pas.\nLe rôle de l'aquarelle n'est pas de rivaliser avec la peinture à l'huile.\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                                LA J E U N E BELGIQUE                                 153\n\n\n      Quelque admiration que vous inspire la dextérité d'un aquarelliste, elle\n s'affaiblira, presque à coup sûr, si vous placez son œuvre en regard d'un vrai\n  tableau. L'aquarelle s ' a t t é n u e r a , se couvrira de reflets métalliques, et vous\n  avouerez que cette peinture, toute de surface, ne réussira j a m a i s , comme la\n peinture à l'huile, à reproduire la réalité et pour ainsi dire la substance même\n des choses.\n      Ces réserves faites, nous sommes tout disposés à rendre hommage à l'éton-\n nante habileté des artistes italiens.\n      Ils sont là une douzaine pour qui le métier n'a plus de secrets. M M . Cipriani,\n Bartolini, Maccari, de Dominicis, Navone, Joris, Tarenghi, d'autres encore, sont des\n noms bien connus du public bruxellois. Ce qui prouve d'ailleurs à quel point ces\n artistes prennent leur a r t au sérieux, c'est qu'en a u c u n sens ils n'admettent une\n défaillance. L a correction du t r a i t , l'étude des physionomies les préoccupent au\n m ê m e degré que l'exécution ou le coloris. Ces mérites divers se trouvent réunis\n d a n s la Partie d'échecs de M. de T o m m a s i . C'est une œuvre d'une exécution puis-\n sante et d'un esprit étincelant. L a figure du c a r d i n a l , toute railleuse d'une ruse\n italienne, est inoubliable. M. de Tommasi trouve un rival sérieux en M. Skarbina.\n Celui-ci peut-être a moins d'éclat, moins de v e r v e , mais sa couleur offre\nquelque chose de plus délicat et de plus profond. Nous r e c o m m a n d o n s notam-\n ment aux a m a t e u r s son Étude de plage et son Portrait de Mme D., la première de\n ces deux œuvres spirituellement composée et toute baignée de lumière, l'autre\n d'un travail plus concentré et ne laissant rien à désirer au physionomiste.\n     L e rare mérite de ces œuvres est de n a t u r e à faire hésiter les théories\nque nous avons émises en commençant ; les envois de M. de Albertis, en\n r e v a n c h e , ne peuvent que les confirmer. Ce sont les aquarelles les plus\nvraiment aquarelles du salon. Ajoutons qu'il n'en est point de meilleures.\n Figurez-vous une collection de petites t a c h e s toutes vibrantes de lumière,\n mais si adroitement agencées qu'on y trouve des palais de m a r b r e se\ndécoupant sur un ciel bleu, des uniformes c h a m a r r é s , des p a n a c h e s ondoyants,\ndes chevaux au galop, et tout cela d'un dessin merveilleusement p r é c i s : c'est\n inexplicable et c'est c h a r m a n t .\n     Ne quittons pas le midi de l'Europe sans parler du Baptême eu Espagne, par\nM. Llovera, œ u v r e spirituelle et d'une couleur délicate, mais bien apprêtée\ndans l'ensemble, et, somme toute, assez peu v é c u e .\n     E n passant d'Italie en H o l l a n d e , nous quittons le soleil pour le brouillard.\nNe nous en plaignons pas. Le brouillard, pour qui sait le comprendre, a\ndes c h a r m e s exquis, et M. Mauve le comprend a d m i r a b l e m e n t . Il excelle\nà peindre cette atmosphère grise et p o u r t a n t lumineuse qui fait la mélan-\ncolique séduction des paysages septentrionaux. Cette mélancolie, on la\nr e t r o u v e , mais plus assombrie encore et légèrement t r a g i q u e , dans les marines\nde M. Mesdag ; on la retrouve enfin chez les peintres d'intérieur qui s'inspirent\nde M. Israëls. Celui-ci a fait école. A cela, rien d'étonnant ; M. Israëls est un\nartiste d'une personnalité r a r e et son portrait de M. Stortenbeker nous rend encore\ntémoignage de sa s u p é r i o r i t é . P a r m i ceux qui, de près ou de loin, subissent\nson influence, citons M. Neubuys et surtout M. Artz. Sa Vieille Femme de\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "  154                        LA JEUNE BELGIQUE\n\nScheveningue est empreinte d'une émotion contenue et d'une dignité simple,\nqualités qui retiennent et attachent plus encore qu'elles ne frappent au\npremier abord. Un peintre allemand, M. Breitbach, nous offre également\nune Tête de vieille femme toute souriante d'une paisible honnêteté. L'exécution\nest malheureusement pénible et méticuleuse. Mentionnons enfin, parmi\nles exposants hollandais, MM. Startenbeker, van de Sande Backhihjzen,van\nEverdingen, dont les paysages se recommandent par une poésie aimable\net par un calme bienfaisant.\n   Les aquarellistes belges ne sont pas indignes de leurs concurrents étrangers.\nS'ils n'ont pas la haute virtuosité des Italiens, non plus que le charme intime\ndes Hollandais, ils possèdent certaines qualités originales, personnelles, et qui\nsuffisent à les classer très honorablement. Leurs principaux mérites sont un\nentrain joyeux, une verve facile qui a beaucoup de choses à dire et qui les dit\nsans phrase. Cette clarté et cet abandon ne vous paraissent-ils pas des\nqualités aimables et bien dignes de la peinture belge? Nous nous permettrons\nde parler sommairement de quelques-uns de ces artistes. Non pas qu'ils soient\ninférieurs aux autres, il s'en faut de beaucoup, mais ils ont acquis ailleurs une\nréputation assez étendue pour qu'une aquarelle de plus ou de moins, en dépit\nde tout son mérite, n'ajoute rien à leur gloire. Il est bien clair, par exemple,\nque la Jeune Fille dans les Dunes de M. Hermans est fort distinguée ; mais il est non\nmoins clair que nul ne s'avisera de juger d'après cela l'auteur de l'Aube ou de\nCircé. Ces réflexions peuvent s'appliquer aux œuvres fort remarquables de\nce vigoureux coloriste : M. Pierre . Oyens, de même qu'aux œuvres de\nMM. Hennebicq, Roelofs, Van Moer, Van Seben; MM. Albert et Julien De Vriendt\n(car il est impossible de les séparer) nous arrêteront un peu plus longtemps.\nMM. De Vriendt ont la fortune rare d'avoir eu l'occasion de rajeunir leur\ntalent. Sans rompre complétement avec la Renaissance flamande, ils nous\ndonnent le résultat de leurs explorations en Orient. Sur les rives du Jourdain\ncomme aux bords de l'Escaut, ils sont restés ce qu'ils étaient, de vrais Fla-\nmands, par la richesse de leurs couleurs et par l'honnêteté de leur exécution.\nCette honnêteté flamande n'exclut pas la noblesse, et les Orientaux à turban\nque nous présentent MM. De Vriendt ont tout-à-fait grand air. Un autre\nartiste qui nous intéresse vivement est M. Mellery. C'est assurément l'un des\nplus parfaits dessinateurs que nous possédions. Son trait, à la fois expressif et\npur, se plie sans effort au drame et à l'anecdote familière. (Voir un Tir à l'arc\nau berceau.) Il est de plus tellement personnel qu'entre mille dessins vous\nreconnaissez immédiatement les siens. La couleur de M. Mellery malheureuse-\nment, ou plutôt sa totale absence de couleur le fera également reconnaître.\nN'est-il pas triste que dans un pays où de tout temps l'on a si bien peint, un\nartiste de la valeur de M. Mellery ne puisse acquérir ce clair-obscur qui répan-\ndrait sur ses œuvres la chaleur qui leur manque?\n   Comme nous l'avons dit plus haut, ce qui nous intéresse le plus dans le salon\nactuel, ce sont les aquarellistes proprement dits. Nous entendons par là les\nartistes qui, en dépit de leurs incursions dans le domaine de la peinture à\nl'huile, font néanmoins de l'aquarelle l'objet de leurs prédilections. Ils y\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                            LA JEUNE BELGIQUE                                155\n\n mettent plus de sincérité, plus de conviction que les peintres proprement\n dits, lesquels regardent un peu l'aquarelle comme une distraction que l'on\n se permet dans un moment d'aimable abandon. Parmi ces aquarellistes de\n cœur et d'âme, mentionnons en première ligne, M. Uylterschaut; son habileté\n  est prodigieuse, Pas un coup de pinceau qui ne porte, et c'est là, comme on\n  sait, le dernier mot de l'art pour un aquarelliste. M. Uytterschaut a ce mérite\n presque au même degré que le Français M. Harpignies , dont la réputation, à\n cet égard, est devenue proverbiale. Cette extrême sûreté a quelque chose\n d'effrayant. On se prend à redouter qu'elle ne devienne de la dureté et que\n1 'inspiration perde un peu à n'être jamais retardée par les difficultés de l'exé-\n cution.\n    M. Stacquet, avec moins d'adresse, est peut-être plus gracieux, plus\n poétique, plus printanier. Et puis, il comprend si bien les environs\n de Bruxelles. Nous ne connaissons pas d'artiste qui en donne une\n plus fidèle impression., MM. Hubert et Pecquereau retrouvent leur succès\n hahituel, l'un dans ses chevaux d'un dessin si nerveux, l'autre dans ses\n paysages. M. Hoeterickx, dans son Vieux Paris, reste l'un de nos impressionistes\n les plus pittoresques et les plus lumineux.\n    M. Lanneau enfin est un peintre qui traduit avec éclat et moelleux,\n peut-être avec un peu trop de vigueur, la grâce fuyante d'une touffe\n d'œillets ou d'un bouquet de reines-marguerites.\n                                                                       M. V.\n\n\n\n\n                          BÊTE DE SOMME\n                                        VI\n    Des rentes, juste assez pour ne pas devoir \"faire quelque chose \"; de l'esprit,\n juste assez pour ne pas paraître bête; des relations un peu dans tous les\n mondes ; habitué des premières, beau parleur ; Bébert pour les amis, Albert\n Durand dans les actes authentiques.\n    Il avait commencé à faire son droit, comme tout le monde, et ne l'avait pas\n achevé, comme beaucoup d'autres ; avait été dans la bureaucratie, histoire de\n ne pas rester inoccupé, mais il avait fini par trouver qu'il valait mieux encore\n flâner tout le jour en fumant des cigarettes.\n    Il vint faire visite à son ami Antoine que le hasard avait replacé sur son\n chemin ; il revint, et même très souvent.\n    Et, dans son cabinet de travail, Antoine écrivait, écrivait, bâclant des\n articles pour des journaux et des traductions pour MM. Pierre et Paul.\n    Mais Lucie avait toujours des fleurs à son corsage, elle avait toujours des\n pralines à croquer.\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "  156                        LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n                                       VII\n  — Il y a un an.\n  — Déjà !\n  — Oh ! que tu es gentil !\n  — Ces brillants te plaisent?\n  — Comment donc ! ils sont adorables.\n  Un superbe bouquet était là, sur la table... Comme Antoine regardait, étonné;\n  — Cela, dit négligemment Lucie, c'est un cadeau de M. Durand.\n  — Ah!\n                                      VIII\n   Monotone, paisible, rarement traversée d'un incident, leur vie conjugale\ns'écoulait... Et les jours succédaient aux jours sans que rien vînt troubler\nleur tranquillité...\n   Ce calme, il l'aimait : Lucie y tenait moins ; c'était un tempérament fou-\n gueux, avide de tapage et d'émotions fortes ; elle bâillait tout le temps, lisant\nles romans-feuilletons ou réprimandant la servante... Et dans les heures si\nlongues de l'absence de son mari, elle se surprenait souvent à rêver... à quoi ?\nElle ne le savait pas elle-même.\n   Lui trouvait dans cette existence un charme indéfinissable ; cette régu-\nlarité automatique lui plaisait : le déjeûner rapidement avalé, le matin, puis\nla besogne bureaucratique, enfin l'heure de la délivrance, le retour au logis.\n   Il aimait cette table, avec sa nappe blanche sur laquelle s'étalaient deux\ncouverts, et très souvent il songeait... quand donc y en aurait-il un troisième ?\nEt son imagination lui faisait entrevoir des légions de petites fourchettes et de\nmignonnes cuillers se rangeant auprès des autres...\n   Il aimait ce pot-au-feu modeste au menu invariable, il y découvrait chaque\njour une saveur nouvelle, et parfois il se demandait ce qu'il pourrait souhaiter\nencore... La fortune ? A quoi bon ! ses ressources étaient restreintes, mais\nson ardeur au travail était si grande...\n                                       IX\n  — Le ministre ne te donnera donc jamais de l'avancement ? Tu ne te\nremues pas assez !\n  — Je t'assure que je me suis mis en quatre; mais, tu comprends, il faut du\ntemps.\n  — Et des protections ? Tu n'as pas même un bout de ruban...\n  — Je travaillerai, répondit-il.\n  Et il baissa la tête et réfléchit longtemps.\n\n                                        X\n  — Qui veut des Métalliques ?\n  — Du 4 1/2 ?\n  — Affaires splendides, mon cher!\n  — A la Corbeille !\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                            LA JEUNE BELGIQUE                                157\n\n   La Bourse regorge de monde ; il fait là-dedans un tapage assourdissant ; les\ncris des financiers alternent avec le chassé-croisé des bonjours ; on échange\ndes saluts, on conclut des marchés.\n   Et dans cet océan humain, dans le tohu-bohu, au milieu des vociférations, un\nhomme se promène fiévreux, s'informe, se démène...\n   — Qui veut des Métalliques ?\n                                       XI\n   Le budget était mal équilibré; c'était un fait : un soir qu'il passait en revue\nson livre de dépenses, il s'aperçut avec terreur que les dettes criaient ; la\nmodiste et la couturière surtout se montraient d'une exigence!... Il fallait bien\npayer, pourtant. Et il paya, c'est-à-dire il dut emprunter.\n   Seulement, il maigrissait à vue d'œil, il était surmené ; et tandis qu'il se\npenchait sur son bureau, il se sentait comme des déchirements dans la poitrine ;\nil comprit bien que la machine se détraquait... C'était trop à la fin, la\nbesogne du bureau, les travaux littéraires et la spéculation...\n   Eh bien, oui ! il s'était lancé dans le tourbillon ; il brûlait sa vie...\n   Deux fois, il avait gagné cinq cents francs à la Bourse, la veine arrivait,\net bientôt il voyait le moment où Lucie ne devrait plus attendre une occasion\npour se parer des bijoux qu'elle aimait tant.\n\n                                       XII\n   Un jour, au dîner, il arriva tard, très-tard ; il s'assit, donna un froid baiser\nà sa femme, et mangea silencieusement.\n   Il était de sa nature peu communicatif, mais ce soir, il ne desserra pas les\ndents.\n  A la fin, impatientée, agacée, Lucie s'écria brusquement :\n   — Eh bien ! qu'est-il donc arrivé ?\n   II répondit faiblement : — Rien, et continua à manger. Lorsque le repas fut\nterminé, il se leva : — Je suis indisposé, dit-il, qu'on me fasse du thé; cela ira\nmieux demain !\n   Il alla se coucher, et longtemps il pleura.\n   Il avait perdu cinq mille francs à la Bourse ! cinq mille francs ! presque tout\nleur budget de l'année.\n   Que dirait Lucie, elle qui comptait s'acheter une pelisse ?\n   Et, en bas, pendant ce temps, Lucie et Albert s'entretenaient à voix basse.\n\n                                      XIII\n  Le médecin vint, vieux praticien à l'air sceptique... il hocha la tête et\nprescrivit une potion.\n   La fièvre s'installa au chevet du malade et ne le quitta plus.\n   Le délire arriva, et au milieu de discours incohérents, entrecoupés de sanglots,\non entendait vaguement ces mots : Lucie, Bourse, bijoux!...\n   Une vieille servante était là... Lucie se sentait trop faible pour remplir le\nrôle de garde-malade.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": " 158                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n  Les notes des fournisseurs, les mémoires du pharmacien se mirent à pleuvoir ;\nmais tout fut payé.\n  Le médecin vint plus souvent.\n  Puis, un soir, le malade étendit les b r a s , cria une dernière f o i s : L u c i e ! et\npoussa un dernier râle. Ce fut tout.\n  — Il s'est usé trop tôt ! dit le docteur en s'en allant.\n\n                                             XIV\n\n    Des hommes sont venus prendre le corps dans une boîte j a u n e à clous d o r é s .\nE t , là b a s , dans une voiture couverte de draperies funèbres, ballottant de ci, bal-\nlottant de là, le cercueil s'éloigne.\n\n                                              XV\n\n   — Vrai, le deuil te va bien, L u c i e .\n   — - T u t r o u v e s ! et avec un geste de coquetterie féminine, elle secoua ses\nboucles d'oreille de j a i s . . .\n   Il s'était assis, et pendant quelques instants le silence régna.\n   — J'ai bien souffert, dit-elle enfin.\n   — E t moi! moi qui ai dû me priver du plaisir de te voir, pendant plus de\nsix s e m a i n e s . . .\n\n\n  — Des notes, toujours d e s notes, dit-elle en r e m u a n t des montagnes de papiers\nbleus et b l a n c s ; vois !\n  Il regarda m a c h i n a l e m e n t : service funèbre, porteurs, pharmacien, m a r b r i e r .\n  Il tira de sa poche quelques louis :\n  — Voici, dit-il.\n  E t , lâche, elle lui laissa payer le tombeau de son m a r i .\n                                                                        ARTHUR JAMES\n\n\n\n\n                                    LES LIVRES\n  LES SCRUPULES DE BERNUS, par EMILE LECLERCQ. I vol. Bruxelles, Ofjice\nde Publicité. Prix : 3 fr. — Curieux livre d'une couleur belge très prononcée mais comme\nembaumée par une sorte de bourgeoisisme. M. Leclercq est un nom; depuis des années\nqu'il écrit, il a donné à notre littérature une suite d'ceuvres sérieuses de demi-teinte et\nque l'on ne sait dans quel genre classer. Les Scrupules de Bernus, roman très naturaliste\ncomme fond, est peut-être d'une forme un peu lâchée, un peu terne, et déjà en dehors\nde nos exigences modernes. Autrefois M. Leclercq eût marché de pair avec Chamfleury ;\naujourd'hui tous deux sont en arrière du mouvement. Cela ne les empêche pas d'avoir\nleur place large et brillante dans l'histoire littéraire, et la Belgique compte M. Leclercq\nau nombre de ses ouvriers solides.\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                              LA J E U N E BELGIQUE                                159\n\n  LA NOUVELLE POÉSIE DES BÊTES, par FRANÇOIS FABIÉ. I vol.                          Paris.\nLibrairie des Bibliophiles. Prix : fr. 2-50.\n                            J'ai mis le nom de mon vieux père\n                             En tête de mes premiers vers;\n                            A ta mémoire, pauvre mire,\n                            Je veux que ceux-ci soient offerts.\n                           Ils ne sont pas meilleurs, je pense,\n                           Ni plus mauvais que leurs aînés :\n                           Écrits à deux ans de distance,\n                           C'est du même amour qu'ils sont nés.\n                             Car j'ai voulu rester fidèle\n                             A nos plateaux, à nos grands bois;\n                             Ma poésie est l'hirondelle\n                             Qui toujours niche aux mimes toits.\n   Je voudrais continuer à transcrire ces beaux vers simples, de cette simplicité que com-\nprenait si bien Brizeux. Tout le livre de M. Fabié est dans cette note douce toute de cœur\net de contemplation. Le poète aime la nature en vrai poète, non de ces larmoyeurs qui\nse pâment et sanglotent, mais de ces sensibles qui comprennent la grande beauté de la\nterre. Écoutez encore ce fragment que j'enlève aux Bœufs, le morceau maître du livre ;\nle poète s'adresse à ses amis à l'œil doux :\n                    Un maquignon viendra de la ville prochaine\n                    Qui de ses gras ciseaux vous marquera les flancs !\n                    La corde à votre cou remplacera la chaîne\n                    Et les pâtres feront place aux bouchers sanglants.\n                    Sous le maillet de plomb frappant entre vos cornes,\n                    Vous sentirez soudain se ployer vos genoux.\n                    Et la mort brusquement fera vitreux et mornes\n                     Vos yeux auparavant si profonds et si doux !\n\n                   On vous vénérerait si vous étiez farouches.\n                   Si vous faisiez la guerre au lieu de labourer,\n                   Si vos cornes perçaient les vaincus, si vos bouches\n                   S'habituaient, au lieu de paître, à déchirer !\n                   Quoi donc ! ignorez vous, ô bêtes, que nous sommes\n                   Ici-bas en deux camps ennemis partagés,\n                   Et qu'il faut que les bœufs aussi bien que les hommes\n                   Soient parmi les mangeurs ou parmi les mangés ?\n  Tout dans la Nouvelle poésie des bêtes est dans le goût de ces bons vers qui coulent de\nsource sans se heurter jamais ; il y a là une grande œuvre digne de toute admiration\n\n   LA R I C H E S S E DE LA MUSE, poème par JACQUES MADELEINE, I vol. Paris,\nLéon Vanter. Prix : I fr. — Cy un parnassien, un orfèvre, un jongleur de rimes, musica¬\nlant sa pensée et l'étoilant d'un diadème, un banvillien dansant sur la corde roide du\nrythme et faisant avec son maître le saut du tremplin lyrique.\n   Jacques Madeleine glorifie la Muse, sa belle maîtresse au sein de marbre, et prosterné\ndevant elle, il chante :\n                       Et c'était toi, c'était celle qu'on attendait,\n                       La Belle, la Très Chère et la Toute Divine,\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "   160                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n                     Et notre forte au large et que rien ne gardait\n                     Pour toi s'ouvrit avec l'élan que l'on devine.\n                     Et tu fis ton entrée en reine : un hosanna\n                     Triomphal retentit quand sur les dalles blanches,\n                     Ton petit pas avec cadence résonna,\n                     Car tu te balançais galamment sur tes hanches.\n    Ne cherchez dans cette poésie l'amour ni l'idéal; n'y cherchez pas davantage la vie ,\n vous y trouverez de l'orfèvrerie, des ors et des ivoires incrustés, des rimes richissimes\n s'emboîtant mélodieusement dans la gamme des strophes et chantant sur la théorbe\n l'immuable beauté de la Forme.\n                                                                                            A\n   CONFÉRENCES de M. T H . BOST.— Bibliothèque Gilon, Verviers. —M. Bost, ancien\npasteur protestant de Verviers, est un esprit libéral et tolérant, ce qui ne l'a pas empêché\nd'être en butte aux imprécations des doux représentants de Jésus-Christ. Il enseigne une\nmorale dont il a le droit d'être fier et qui certes vaut mille fois mieux qu'une certaine\nmorale dont je craindrais de parler. M. Goblet d'Alviella, dans une préface fort éloquente,\na tracé, mieux que je ne pourrais jamais le faire; les caractères de cet écrivain modeste\nmais plein de mérite : « En prenant connaissance de ces pages, où vibre un sentiment si\nprofond de la dignité et de la liberté humaines, où l'amour de l'humanité se concilie avec\nune foi inaltérable au progrès, et la morale la plus haute avec l'énergique condamnation\ndes préjugés et des abus, plus d'un lecteur s'étonnera peut-être d'apprendre qu'elles ont\npour auteur      un ministre du culte. Mais il y a prêtre et prêtre, comme il y a religion et\nreligion. Il y a des cultes où le prêtre, s'imposant comme intermédiaire entre Dieu et\nl'homme, prêche le sacrifice de la raison et l'abandon de la conscience sur les autels d'une\nÉglise hostile à toutes les libertés modernes. Il y en a également où le prêtre se présente\nsimplement comme le délégué des fidèles, chargé non de leur dicter leurs croyances, mais\nde les assister de ses prières et de ses conseils. Telle est la religion de M. Bost. «\n                                                                             A. OLANDRE.\n   LES H E U R E S DE SOLEIL, poésies (1854-1879), par JULES BAILLY. I vol. Paris,\n Ghio, 1880. Prix : 6 fr. — M. Jules Bailly, un soldat déjà ancien du bataillon poétique\nde notre Belgique, n'y va pas de main morte quand il s'y met. Tubleu! Cinq cents\npages serrées, compactes de vers, c'est effrayant et je dois dire que cela m'a effrayé tout\nd'abord, et puis j'ai lu une pièce, deux, trois, dix, vingt, passant de l'austère et large\nalexandrin au courant vers de huit, et j'ai été tout ébouriffé d'arriver si tôt à la table des\nmatières.\n   M. Jules Bailly a le vers acile ; on sent qu'il ne reste pas des heures à héler une rime\nqui ne vient pas ; celte facilité même est cause que le poète laisse assez souvent échapper\ndes négligences prosodiques qui font tache : oubli de la césure dans l'alexandrin, rimes\npauvres ou jumelles 'paternel et maternel, p. 347), etc. A côté de cela certaines pièces du\nlivre ont une puissante envolée et tintent sonorement. Le poète a des affinités évidentes\navec Joseph Autran, un poète à peine mort et oublié déjà. C'est la même note un peu\npâle, souvent privée de ce montant qui tire la strophe de sa monotonie de plain-chant,\nmais il y a chez M. Jules Bailly une virilité juvénile pleine de charme ; son œuvre est\nd'un poète de race et survivra.\n\n  Les élèves des écoles spéciales organisent, au bénéfice de la caisse de secours des mi-\nneurs, un concert que nous ne pouvons trop recommander à nos lecteurs liégeois et auquel\nM. Jeno Hubay, le nouveau professeur du Conservatoire de Bruxelles, prêtera le concours\nde son jeu surprenant.\n\nBruxelles. — Société Générale d'Imprim., de Distrib. et d'Affich., 1, rue d'Arenberg. — J. GOSSAERT,\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "         SERRURE ÉLECTRIQUE                                                                                       TABLEAU INDICATEUR\n\n     Nouveaux appareils de sûreté contre VOL et INCENDIE, pour Bijoutiers, Changeurs,\n   Banques, Châteaux, Appartements, etc.— A p p a r e i l t o u t p l a c é a v e c s o n - j\n   nette électrique, depuis 20 francs. — Nouveaux porte-voix\n   à échos avec membrane repercutrice, fonctionnant jusqu'à 2,000 mètres, accusant\n   même les conversations à voix basse, et permettant à l'ingénieur, assis dans son bureau,\n   de suivre la marche du travail à l'intérieur des mines ; au chef d'établissement de se |\n   tenir au courant — de auditu — de ce qui se passe chez lui, etc., etc.\n     Pour les commandes, s'adresser à M. 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V O M B E R G ,\nrue des Foulons, 11, Bruxelles.\n                                                                                   MADAME LES Y\n                                                          Maîtresse-Accoucheuse de première classe\n                                                            Reçoit tous les jours les D a m e s m a -\n                                                          lades, stériles ou enceintes qui désirent\n            LIBRAIRIE                                     la consulter.\nA, C H R I S T I À E N S F I L S                                                REÇOIT                        DES      PENSIONNAIRES\n\n                                                                27, RUE BRICHAUT, 27\n        38, Rue d'Arenberg, Bruxelles\n  V E N T E E T ACHAT D E LIVRES NEUFS               ET                     Schaerbeek, lez-Bruxelles.\nD'OCCASION. —        ACHAT D E          BIBLIOTHÈQUES\nAU COMPTANT. — GRAND CHOIX DE LIVRES\n                                                                                                             MANUFACTURE\nILLUSTRÉS E T A U T R E S . — DÉPÔT DES P R I N -\n                                                                                                                       DE\nCIPAUX É D I T E U R S DE P A R I S .\n\n      La Maison se charge de la Reliure.\n                                                              VÉLOCIPÈDES\n                                                                       Avenue de la Reine, 192\n\n\n\n\n                                                                                                               (BREVETÉE)\n                                                           L. NOISET\n\n\n\n\n           1O L E Ç O N S\n                                                                                                 BRUXELLES\n\n\n\n\nPOUR R É F O R M E R    MAUVAISES          ÉCRITURES\n\n   P . L O R Y - D E L A E T , Calligraphe\n      8, rue de l'Impératrice,          Bruxelles.\n    L'âge n'est         pas u n          obstacle.\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "                         CAISSE SYNDICALE\n                                                       SOCIÉTÉ ANONYME\n\n\n\n             CAPITAL                   :           UN             MILLION                   DE       FRANCS\n\n                                       Boulevard Anspach, 45, Bruxelles\n\n      LISTE DES SERVICES DE LA CAISSE SYNDICALE                        CORRESPONDANCE QUOTIDIENNE DE LA CAISSE SYNDICALE\n   i° Exécution des ordres de Bourse ; 2° Achat et Vente de         La Caisse Syndicale publie chaque jour une Correspondance don-\n                                     0                           nant les principaux cours de la Bourse et contenant sous le titre :\nfonds publics belges et étrangers ; 3 Change, Achat de mon-\n                                  0                              LA PHYSIONOMIE DU MARCHÉ, une appréciation exacte et rapide\nnaies anciennes et étrangères ; 4 Encaissement des coupons ;\n                                                                 de la situation.\n50 Renseignements sur toutes les valeurs, Versements sur titres,\n                                                                    La Caisse Syndicale envoie, à titre gratuit, pendant un mois,\nLibérations, Échanges, Souscriptions.                            sa Correspondance quotidienne à toute personne qui en fait la demande.\n\n\n                                                        AGENCES             :\n         LOUVAIN               1, R u e J u s t e - L i p s e . — B I N C H E : 4 7 , R u e de la Gaîté.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1882-04-15", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 196."}}