{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE PARAISSANT LE 1er", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE Résurrection . 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Georges Eeekhoud                            M A X WALLER.\n    Soleil Couchant                                         FERDINAND H U A R D .\n    Conjungo                                                M A X MARC.\n    Demande                                                 FRÉDÉRIC    BATAILLE.\n    Une amourette                                           EDOUARD     RONVAL.\n\n    Chronique littéraire                                    M A X WALLER.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Le Numéro : 25 cent. —", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 376, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 900, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "Le Numéro : 25 cent. — Étranger : 30 cent.\n\n     Se trouve chez les principaux libraires et marchands de journaux de la Belgique\n                                      et de l'Étranger\n Les annonces sont reçues exclusivement à la Compagnie de Publicité et d'Émission,\n                        Rue du Fossé-aux-Loups, 32, Bruxelles\n\n\n\n                                    BUREAUX         :\n\n                   LIEGE                                           GAND\n  29,    R u e Hemricourt, 29                     65, R u e des Champs, 65\n                               BRUXELLES\n                       81, R u e de la Madeleine, 81\n                                          1882\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE ABONNEMENTS : Un", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les ouvrages dont il nous", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 377, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 654, "texte": "LA JEUNE BELGIQUE\n                                       ABONNEMENTS :\n                   Un an                Fr. 5     |    Six mois. . . . Fr. 2 - 5 0\n                                    ÉTRANGER, le port en sus.\nL'année commence le1erDec, le semestre le 1er Juin. Les abonnés nouveaux reçoivent les numéros parus_\n  II est tiré de cltaque numéro de la REVUE Vingt-cinq Exemplaires numérotés sur splendide papier\nde Hollande et UN SEUL sur papier du Japon.\n        PRIX DE L'ABONNEMENT                  Sur         Hollande         10          Francs.\n                                         Sur Japon                    20                 »\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les ouvrages dont il nous est", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AUX LECTEURS La Jeune Belgique,", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 377, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 654, "fin_caractere_exclue": 978, "texte": "Les ouvrages dont il nous est envoyé un exemplaire sont annoncés ; ceux dont il nous est envoyé deux\nexemplaires, analysés. Il est fait exception à cette règle pour les ouvrages d'une certaine importance.\nTous les;livres doivent être adressés à Max Waller, 74, avenue de la Toison d'Or, Bruxelles.\n\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Aux lecteurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "AUX LECTEURS La Jeune Belgique, arrivée", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 377, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 978, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "AUX                 LECTEURS\n   La Jeune Belgique, arrivée à un succès auquel nous ne nous atten-\ndions pas, étant données ses fougues de langage et d'opinions, ses\nfusées révolutionnaires qui devaient fatalement blesser certains lec-\nteurs dans leurs idées littéraires, aspire à se transformer encore et\nvient demander un conseil et un vote à ses excellents et sympathiques\nabonnés.\n   Il s'agirait, pour nous, de paraître une seule f ois par mois sans di-\nminuer notre contenance, en l'augmentant même, c'est-à-dire sous\nforme de livraisohs de 40 pages. Cela nous permettrait de donner des\nœuvres de longue haleine sans les scinder outre mesure, comme nous\navons été forcés de le faire avec nos 16 modestes petites pages. Malgré\ncet accroissement de volume qui ne s'arrêtera pas là et que nous\nespérons continuer en raison de notre succès, le prix de l'abonnement\nresterait le même qu'auparavant (5 fr. par an) et nos lecteurs auraient\n96 pages de plus au bout de l'année.\n   Nous prions tous ceux de nos abonnés qui jusqu'ici nous ont poussés,\nde vouloir bien nous faire savoir par carte-correspondance ce qu'ils\npréfèrent ou du statu quo ou du nouveau projet qui serait mis à exécu-\ntion à partir du I er décembre 1882 (c'est-à-dire du 2° volume). La ma-\njorité statuera.\n   Nous pouvons annoncer dès maintenant, pour cette époque, la pu-\nblication d'un petit roman de jeunesse d'Emile Zola : Naïs Micoulin,\nainsi que d'études littéraires sur Victor Hugo, Daudet, Champfleury,\nFlaubert, Zola, Cladel, etc.\n   Nous continuerons toujours à publier les ouvrages des jeunes, des\ninconnus d'hier, des croyants, des amis.\n                                                                     LA    RÉDACTION.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 289, "page_fin": 291, "titre_corps": "Résurrection", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Idylles modernes", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "IDYLLES MODERNES", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES INCONSTANCES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 378, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 2514, "texte": "IDYLLES MODERNES\n\n                             RÉSURRECTION\n\n   C'est le boudoir d'il y a dix ans, le même, — un peu fané. Le rose\nPompadour des tentures a blanchi. Les ganses des rideaux ont éteint\nleurs lumières d'argent. Dans les trumeaux, sous des festonnées de\nfleurs, les glaces au tain humide réfléchissent les objets comme dans\nun brouillard. Sur son piédouche de nacre, pose la pendule Céladon,\nles aiguilles arrêtées sur l'heure de l'adieu. Deux vases de jaspe au\nlong col s'élancent aux coins de la cheminée, dominant la silencieuse\nhilarité de magots chinois, dont les grimaces attristent. Sur les pan-\nneaux s'enguirlande une poursuite de petits Amours. La poussière\ndonne aux toiles la mélancolie des choses délaissées. Les Cupidons\npeints, ralentissant leur course, semblent mener le deuil blanc d'un\nde leurs frères, — amour de chair, celui-là, — nourri de baisers et de\nmignardises, et mort un jour entre nous deux, il y a dix ans, dans ce\nboudoir.\n   Alors elle était belle, heureuse, adorée. Son âme avait aimanté\nmon âme. Elle sollicitait comme une énigme. Ses yeux glauques,\nprofonds, invitants, — à la fois lumineux et sombres, avaient un\nchangeant mystère. D'une boréale blancheur, sa peau ne s'avivait\npas aux pommettes. Une luxuriante chevelure blonde coiffait d'or\nfluide sa tête pâle. Elle s'entourait des étoffes qui flattaient son teint,\net sa toison flave semblait éclore de sa robe neigeuse, comme d'un\nlys blanc — une étamine fauve.\n   Son amour était de glace comme son corps ; mais de cette glace\npolaire si froide qu'elle fait l'illusion d'une brûlure. Ses dédains atti-\nraient comme des avances. Ses refus étaient encore des caresses, —\ncharme étrange, insaisissable et pénétrant de cette passion hivernale.\nEt lentement, aux tiédeurs d'Avril, avait battu le cœur de la fille de\ngivre ; et toutes ces virginités d'hermine, toutes ces blancheurs de\nbanquise subissaient enfin le dégel rose du baiser.\n   Alors, s'éternisait le tête-à-tête, dans l'intimité du boudoir. C était\nune églogue moderne, — sur un sofa. Sa parole ailée volait au del\nde la fantaisie, mignonne, pépiante et colorée comme un oiseau-\nmouche. Je lui lisais les vers amoureux de Sully-Prud'homme et de\nCoppée, tandis que sur l'exquise édition Lemerre, tamisé par les\nramages des rideaux, le soleil jouait en fleurs de lumière. Puis, un\n   1er Septembre 1882.                                 -            19\n"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "   290                    LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n  jour, secouant notre kief, un départ brusque, un adieu balbutié, une\n  séparation qui devait durer un mois, — qui dura dix ans.\n     E t maintenant, je la revois par hasard, presque vieille. Sa robe\n  feuille-morte s'attendrit des mélancolies d'Octobre. Son buste aux\n  florentines cambrures, épaissi par l'âge, a perdu la sveltesse de son\n jet, l'attache délicate du cou, la ligne harmonieuse des épaules. Aux\n  tempes, se plisse une patte d'oie. Les fossettes deviennent des rides.\n  Rouges, les paupières clignotent sur des yeux sans regard. La peau\n laiteuse est couperosée. Le pourpris des lèvres bleuit. La chevelure\n blonde, aux annelures d'or, fonce et paraît brune. Autrefois chaud\n et bien posé, son contralto a des notes tremblées d'ancien vir-\n ginal. Honteuse d'être ainsi déchue, elle se roidit. D'un ton dégagé,\n elle récite une banalité mondaine. Mais la voix s'étrangle, mouillée de\n pleurs. E t nous nous retrouvons, la main dans la main, sur le sofa.\n Nous parlons de notre amour avec une douceur recueillie, — comme\n on parle des aimés qui sont morts. Comme il est berçant, le rappel\n des choses ! Nous revivons tout : le nonchaloir des divans ; l'inassouvie\n contemplation de nous-mêmes ; l'égrènement perlé des rires ; l'envoi\n apparié de nos fantaisies, et, — dans les pays artificiels, sous un ciel\n rose, à travers les prairies idéalement vertes, nos recherches de l'in-\nconnu, ce trèfle à cinq feuilles. Puis, l'exil et ses rancoeurs, l'absence\net ses lancinantes blessures ! Ce boudoir, elle l'a clos de ses mains\nfébriles, le soir de l'adieu. Elle a défendu d'y jamais entrer. Comme\nrelique d'amour, elle a voulu emporter sa robe blanche, la préférée.\nE t quand elle a perdu l'espoir du retour, elle a renfermé la toilette\ndans un coffre d'ébène, oblong et noir comme un cercueil, et, navrée,\nil lui a semblé qu'elle s'ensevelissait elle-même.\n   Le jour baisse, le soleil sombre à l'horizon, et le boudoir s'obscur-\ncit. De tous ces souvenirs remués s'exhale un parfum troublant,\ncomme d'un vieux sachet d'ylang-ylang. Une tendresse nous pénètre,\net je prie la pauvre ridée de remettre la robe d'autrefois.\n   Elle me sourit tristement et s'éloigne.\n   Je reste seul. Il me semble que j'ai rêvé. Le temps s'est arrêté il y\na dix ans, comme la pendule.\n   Tout à coup, — un pas léger retentit, et dans l'encadrement noir\nde la porte, vague, une forme pâle apparaît.\n   Un dernier rayon de soleil perce les rideaux, et lui fait un sillage\nde lumière. Et comme elle s'avance, un cri m'échappe. Sa taille s'est\naffinée. Son buste a repris la désinvolture rythmique de la jeunesse.\nAu front, aux tempes, plus de rides. S'éclairant d'elle-même, la peau\néblouit. Les yeux, bleus et verts, attirent, noient. E t sur les lames\n"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1148, "texte": "                          LA JEUNE BELGIQUE                             291\n\nblanches de la robe, et sur le grain blanc des épaules, se tord puis-\nsamment la lourde crinière fauve, — que le soleil couchant poudre\nd'étincelles.\n   E t tu m'es rendue, ô mienne ! Une clarté qui vient de toi, plus\nintense que celle du jour, illumine. Le boudoir revit et s'emparadise.\nLes tentures rosissent comme des chairs ; les glaces se renvoient de\nclaires images ; la pendule sonne ; les magots grimacent un éclat de\nrire ; les argents et les ors chantent leur gamme luisante ; et les petits\ndieux des panneaux, las de leur deuil blanc, dans un fouillis d'ailes\net de carquois, se précipitent. Tout fête la résurrection. Tu m'es\nrendue. Absence, exil, vieillesse, — mensonges ! E t l'amour seul est\nvrai, l'amour enjouvence, l'amour divinise ! D'un souvenir, il rajeunit.\nUne larme humecte les feuilles mystiques du passé, et les feuilles\njaunes ont une reverdie ! — Tels s'épanouissent dans la mort, d'eau\npure arrosés, les pétales secs de la fleur de Jéricho.\n                                                        ALBERT    GIRAUD.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 291, "page_fin": 291, "titre_corps": "Les Inconstances", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Frédéric Bataille", "ancre_debut": "LES INCONSTANCES", "ancre_fin": "FRÉDÉRIC BATAILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 380, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1148, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "LES INCONSTANCES\n                                IMITÉ DE GRUN\n\n                   Une jeune fille est la fleur éclose\n                   Oui met son parfum dans l'air printanier.\n                        •— Est-il jardinier\n                   Oui n'ait cultive jamais qu'une rose ?\n                  Ses doux yeux d'azur, clairs comme un soleil,\n                  Viennent réjouir le rêve de l'homme.\n                       — Est-il astronome\n                  Qui ne lorgne au ciel qu'un astre vermeil ?\n                   Sa bouche est la coupe au dessin sévère\n                   Où le doux nectar garde sa saveur.\n                        — Est-il un buveur\n                   Oui boive toujours dans le même verre ?\n                  Ses pieds gracieux, couple familier,\n                  Vont dans les sentiers où pousse le hêtre.\n                        — Est-il chasseur piètre\n                  Oui n'ait jamais pris au bois qu'un ramier ?\n                   Sou cœur est la source aux fraîches délices\n                   Oit boit l'amour jeune avec passion.\n                        — Est-il papillon\n                   Qui n'ait effleuré plus de vingt calices ?\n                                                    FRÉDÉRIC BATAILLE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 292, "page_fin": 295, "titre_corps": "Georges Eekhoud", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Nos Poètes", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "NOS POÈTES", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 381, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 91, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "NOS POÈTES\n                                     I\n                             GEORGES            EEKHOUD\n\n   Lorsque l'été revient avec ses éparpillements de rayons, ses parfums subtils,\nses c h a n t s radieux, ses vies intimes qu'autour de soi l'on sent b r u i r e , il semble\nque l'on soit plus porté que jamais à lire et à goûter les bons vers ; ils sont comme\nl'accompagnement intellectuel du renouveau physique et l'esprit pour les com-\nprendre a subi la préparation latente de la n a t u r e . C'est sous cette influence\n uave que nous relisions récemment les poésies du poète Anversois Georges\nEekhoud.\n   Nous avons été frappé par ces vers simples, faciles qui m a r q u e n t c e p e n d a n t\nla première étape du talent du poète, puisqu'ils étaient écrits en 1874 :\n                   Il automne allait venir... sur les hallliers touffus\n                   Apparaissaient déjà des tons bruns et confus ;\n                   Le rouge cramoisi montait au vert des haies;\n                   Les sapins exhalaient de sauvages senteurs,\n                   L'air était tiède et pur ; les bleuâtres lueurs\n                   D'un beau ciel recueilli tombaient sur les futaies.\n                   Les oiseaux chantonnaient, joyeux, à l'unisson,\n                   Sautillant, voletant de buisson eu buisson,\n                   Secouant au soleil leur aile pétulante ;\n                   Dans les prés veloutés ruminaient les grands bœufs,\n                   Un placide regard contenu dans leurs yeux,\n                   Les jarrets repliés et la tête branlante.\n                  Parfois, au bord du champ, un jeune campagnard,\n                  Un bouvier attentif, fort et viril gaillard,\n                  Débordant de sauté, plein de sève et de vie.\n                  Debout, coude appuyé sur le bâton noueux,\n                  Vous regardait passer sur le chemin poudreux.\n                  Distrait de sa chanson ou de sa rêverie.\n                  Puis à mesure que nous avancions : — plus loin,\n                  Les toits de chaume verts et les meules de foin,\n                  Le puits et ses deux seaux suspendus à leurs chaînes,\n                  Les poules coquetant sur les fumiers en tas,\n                  Les bambins, gros joufflus qui se parlent tout bas,\n                  Accourus sur le seuil ou cachés sous les chênes. (1)\n\n  Seules ces quatre strophes donnent la note du poète. Tout y est sobre ; la\ndescription ne r e c h e r c h e ses effets que dans la simplicité m ê m e ; ni t r u c s ni\n\n\n\n  (1) .Myrtes et Cyprès, 1 vol. Paris, librairie des Bibliophiles, 1877 « Calmpthout n.\n"}, {"page_pdf": 382, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3585, "texte": "                                    LA J E U N E BELGIQUE                                     293\n\n ficelles, mais une touche nette obtenue par des moyens primitifs et rendant plus\nque toute a u t r e l'exactitude du détail et la poésie tranquille de la grande n a t u r e .\nCette sobriété qui fait sa force, Georges Eekhoud s'est attaché à la parfaire\nencore, à enchâsser dans un nombre restreint de strophes un nombre infini de\ntableaux qui se déroulent rapidement et donnent l'impression d'ensemble, l'unité\npicturale. J a m a i s Eekhoud n'a mieux obtenu cet effet que dans une pièce récente :\nl'Homme de l'Églogue, publiée par la Jeune Belgique, où son vers rend la nature\nsauvage et presque homérique de l'homme primitif de nos campagnes :\n\n     Oui, la fraîche fille de ferme                    Pourtant elle lutte; il la presse.\n     Que tu lutines en passant,                        — Ah ! je te mords si vous osez !\n     Sait déjà que ton corps est ferme.                Mais sa griffe est une caresse.\n     Et t'aura deviné puissant.                        Ses morsures sont des baisers.\n     Arrive le jour de la foire ;                      Et ce gars, le semeur austère,\n     Dansant, buvant, toujours à deux.                 Vierge de tout contact malsain.\n     Ils s'en iront par la nuit noire                  Féconde tes guérets, ô terre !\n     Et sous les feuillages ombreux.                   O fille féconde ton sein.\n     L'air chaud de juin les enveloppe.                Poussez drus comme bonnes graines\n     Les parf'ums de la fenaison,                      Dans les terreaux épais et gras.\n     Plus subtils que l'héliotrope,                    Fleurs de paysans, jeunes chines,\n     De leur pudeur auront raison.                     Les dignes garçons de mon gas !\n\n   N'est-ce pas que le poète a fait passer dans son vers la sève et la vigueur de\nson sujet? c'est lui l'homme de l'églogue qui, touchant du pied la terre flamande,\njette au vent rude de nos plaines les notes rauques de son c h a n t ; c'est lui le gas\nd'Anvers, le renfermé, le brutal qui fait jaillir sa force; qui exhale son haleine\npure comme les brises c h a m p ê t r e s , qui dit son pays parce qu'il l'aime, parce\nqu'il le sent.\n\n\n   Georges Eekhoud a deux genres qu'il affectionne s u r t o u t . C'est d'abord la\npoésie fugitive brodée sur une pensée frivole ou t r i s t e . C'est ensuite le poème\nd'une plus large envolée dans lequel il devient le fils direct de Musset. Ce\npoème, il l'esquisse dans les Myrtes et Cyprès sous le titre de Guzman, il le pour-\nsuit dans les Zigzags poétiques sous le titre de Nina, il l'achève enfin dans les\nPittoresques avec La Guigne. Tous trois, ces poèmes sont de la famille de Don\nPaêz. C'est le d r a m e éternel de la femme fatale de Shakespeare et de Byron,\n« perfide comme l'onde >, aux yeux noirs dont les profondeurs ont des cruau-\ntés b r û l a n t e s . . . . Ces yeux cerclés et sombres semblent h a n t e r le p o è t e ; il les\nétudie, les fixe et fait sortir de leur fascination ces beaux sujets de poèmes\nmoitié espagnols, moitié flamands, ayant pour fond le port d'Anvers et pour\npersonnages le Castillan ou l'Italien farouche et le marinier de l'Escaut. D a n s\nGuzman le drame s'achève à Barcelone, dans Nina et d a n s La Guigne, la scène\nse passe dans la ville de Rubens.\n   Lorsque Georges Eekhoud écrivit Nina (Zigzags), son outil poétique n'avait\npas encore toute sa sûreté de pointe, toute sa netteté de t o u c h e ; ce n'est qu'avec\nles Pittoresques et la Guigne qu'il parvient à pétrir le vers, à le modeler au moule\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3367, "texte": " 294                          LA J E U N E BELGIQUE\n\n\nde sa pensée, à l'assouplir tout en lui infusant une force vive et c h a u d e . Il y a\nun souffle puissant dans ce drame qui commence par une idylle d'amour, dans\nce Veloureux, le héros      flamand...\n                                       un grand et fort garçon,\n                 Musculeux, bien en chair, aux yeux bleus, au teint rose.\n                 Homère eût dit Hercule et la Bible Samson.\n                 Chez lui rien de subtil, rien de noire névrose,\n                 Un sang riche et vermeil ; mais le siècle de prose\n                 Faisait de cet antique un manœuvre maçon.\n    C'est l'homme, c'est le m â l e , le Farnèse aux biceps de fer, l'Ompdrailles, le Ca¬\nchaprès, qui s'entortille au cotillon d'une Glu faite de boue et de chair,\nde sang et de feu, d'une Guigne dont les fibres ont des tressauts d'amour. Puis\nun soir de carnaval où, bras contre bras, le Veloureux et sa « bonne amie » sont\nentrés au bal public, elle la Guigne quitte son homme pour un «blond godelureau. »\n Il veut la reprendre, tonne et cogne ; la police l ' a r r ê t e , le p a u v r e . . .\n                  L'églogue avait failli devenir épopée.\n                  Il se laissa conduire à travers le remous ;\n                  Son cœur se détendait comme sa main crispée...\n                  Des larmes l'oppressaient ; il redevint tres doux ;\n                  Il tremblait comme un fût de colonne sapée,\n                   Car dans son désespoir se noyait son courroux.\n   Puis on le relâche, et un jour, longtemps a p r è s , lorsque brisé par sa déses-\npérance il a crispé son c œ u r dans l'alcool dévorant, un jour que le dos cassé,\nhâve, il manie sa b a r q u e , un couple se présente pour faire une promenade sur\nl'Escaut; le Veloureux a tressailli, cette femme c'est elle, la Guigne, cet h o m m e ,\nson a m a n t . . . . mais il se tait, non reconnu :\n                          II ramait en cadence et toujours loin du bord.\n                          Retournons, a dit la pâlot blond, il est tard....\n                          Il est même trop tard ! lui répond le brave homme.\n   Il étreint la gorge du gandin, la tord, et fait chavirer la barque : victime et\n bourreau tombent. Mais l'amour est resté au fond du c œ u r de l'Hercule ; il\n veut sauver la Guigne, nage vers elle, la prend en ses b r a s , la dépose épuisé\n sur la b e r g e . . . .\n                          Bonheur ! elle vivait. Alors à pleine voix\n                          Il se mit à crier : « Au secours ! » par trois fois.\n                          Non loin du fleuve était une pauvre chaumière\n                          Dont les gens se levaient avec de la lumière\n                           Et l'on voyait courir des torches dans les bois...\n                          A genoux, le maçon récitait sa prière.\n                           L'aube venait. Déjà s'éveillaient les oiseaux ;\n                          Les chevaux de labour soufflaient par les naseaux.\n                           Pour la dernière fois son regard triste et tendre\n                        . Enveloppa la Guigne.... On arrivait. Attendre\n                           Pouvait tout différer..,. Il gagna les roseaux\n                           A reculons.... et seul il se laissa descendre...\n                           La mouette au poisson a disputé ses os.\n"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2610, "texte": "                                LA J E U N E BELGIQUE                                    295\n\n   Eekhoud ne s'en est pas tenu au poème, il a son drame aussi ; c'est Tan-\nchelin, un poème d r a m a t i q u e plutôt, dans lequel il a fait revivre sa ville natale.\nTanchelin est une œ u v r e d'allure gothique ; de l'école allemande, elle rappelle\nparfois Faust, parfois certaines toiles d'Albrecht Dürer.. L a scène se passe donc\ndans le Burg d'Anvers, au commencement du XIIe siècle. Tanchelin rentre dans\nle cadre de l'épopée philosophique ; la figure de l'hérétique y est admirable de\nsérénité ; plus tard lorsque cet homme vierge s'est laissé prendre aux yeux\nfascinants de la Sélimah, lorsque W a l t e r Garz, ce Méphistophélès nouveau,\ntente l'homme de bien\n\n                                     . Pour le faire pêcher.\n              Pour que de chute en chute il aille trébucher.\n              Voluptueux d'abord, puis criminel, infâme,\n              Aux portes de l'enfer où j'attendrai son âme,.,..\n\nlorsqu'il va succomber enfin, la voix de sa mère le réveille de son c a u c h e m a r\nmauvais :\n\n                              Pauvre enfant ! songe à l'éternité !\n              Repens-toi si tu veux retrouver une mère.\n\n                                 TANCHELIN (se redressant)\n\n              Qu'entends-je ?\n                                           WALTER\n\n                           C'est dé Dieu la raillerie amère;\n              Maudis-le,     Tanchelin....\n\n                                          TANCHELIN\n\n                                   Non ! je ne maudis plus,...\n              Mère, pardonne-moi ! Pardonne-moi, Jésus !\n\n                                            WALTER\n\n              II m'échappe.... et l'enfer attendait cette proie,...          Il       disparaît.\n\n                                  LA VOIX DE GENEVIEVE\n\n              Pour un pécheur sauvé dans le ciel que de joie !\n\n   Cette scène est superbe.\n   Nous n'avons pas l'espace nécessaire pour analyser ce drame fort en couleur\net en vie. H e u r e u x si nous avons pu rendre justice à l'un de nos meilleurs\npoètes qui, comme bien d'autres, n'est pas assez connu en Belgique. L a route\nde M. Eekhoud est bien nettement tracée ; il doit jeter bas sa cape espagnole\net renoncer à sa dague de Tolède pour adopter l'étude flamande où il a trouvé\nla perfection, l'étude consciencieuse de nos agrestes taillés à la hache dans le\nsol patrial ; c'est là que triomphera son grand talent si profondément humain\net si bellement national.\n                                                                      MAX   WALLER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 296, "page_fin": 296, "titre_corps": "Soleil couchant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ferdinand Huard", "ancre_debut": "SOLEIL COUCHANT", "ancre_fin": "FERDINAND HUARD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CONJUNGO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 385, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 1332, "texte": "SOLEIL COUCHANT\n                                                              A Henry Icke junior\n                                                                à Amsterdam.\n                    Le soleil descendait auprès de Courbevoie,\n                    Dans le grand ciel tendu d'or, de pourpre et d'azur;\n                    Autour de moi déjà, tout devenait obscur,\n                    Plein de l'apaisennnt que le soir nous envoie :\n                   — J'aime quand la nuit vient, il semble qu'on revoie\n                   Les formes du passé, sous un reflet plus pur;\n                   Le rêve, à ce moment, tombe comme un fruit mûr,\n                   Dans le coeur assouvi que la volupté noie.\n                   Prés des concerts d'été j'allais traînant mes pas,\n                   Poursuivi par des chants qui ne me troublaient pas,\n                   Quand, soudain, mon regard, pris d'une peur subite,\n                   Vit briller devant moi, dans les clartés du soir,\n                   Un œil, un œil immense, épouvantable à voir,\n                   Et dont l'Arc-de-Triomphe était l'étroit orbite!...\n                                                            FERDINAND      HUARD.\n\n\n\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 296, "page_fin": 299, "titre_corps": "Conjungo", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Marc", "ancre_debut": "CONJUNGO", "ancre_fin": "MAX MARC", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 385, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 1332, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "CONJUNGO\n   J e m'étais voué au célibat. Non pas que la vie conjugale eût quelque chose\nde déplaisant pour moi. Bien au c o n t r a i r e , les c h a r m e s du foyer domestique\nm'avaient toujours séduit, et j ' e n v i a i s , au fond de l'âme, le bonheur de mes\namis m a r i é s . Je les voyais, r e n t r a n t le soir dans leurs nids riants et gais, trou-\nvant leurs pantoufles chauffées, leurs grogs prêts sur la table et leurs petites\nfemmes a i m a n t e s , adorables, qui leur nouaient autour du cou leurs bras blancs\net dodus en les baisant bien fort dans la barbe. Oh ! oui, je m'imaginais bien la\ndouceur exquise de ces caresses féminines, de ces prévenances délicates, de ces\nmille soins divers dont j ' e u s s e aussi pu être l'objet. Mais je n'osais pas tenter\nl'aventure.\n   Pourquoi ! Ah ! d a m , n'allez pas rire de ma crédulité, car je vous jure que je\nne suis pas naïf, et cependant il y a de ces choses qui vous serrent le cœur\nmalgré vous.\n   U n jour, à la foire de Bruxelles, une somnambule m'a prédit que si je me\nm a r i a i s , je serais    ce que ni vous, ni moi ne tenons à devenir. Oh ! ne vous\nmoquez pas, cela m'a trotté par la tête pendant bien longtemps. Ce n'eût pas\nété la première fois, du r e s t e , qu'une prédiction semblable se fût réalisée, et je\nvous affirme que je ne me sentais nulle envie de braver mon destin.\n"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "                            LA JEUNE BELGIQUE                                297\n\n    Comment, après cela, me mariai-je : voilà une chose qu'il m'est bien difficile\n de vous expliquer, par la raison que je ne l'ai jamais comprise.\n    Accusez-en, si vous voulez, la versatilité humaine, la faiblesse de la chair\n style biblique, les défaillances du cœur ou les beaux yeux de ma femme, vous\n aurez trouvé peut-être les coupables, sans éclairer un point qui, pour moi, reste\n toujours un insondable mystère.\n    Voilà bien l'instabilité de nos projets. J'avais pris des résolutions héroïques\n concernant l'avenir. Jamais, oh ! jamais, je ne me serais laissé prendre dans\n les lacs du mariage, et il a suffi que je rencontrasse ma femme, une après-midi\n de juillet, sur la plage à Ostende, pour que toutes mes volontés s'évanouissent\n comme une fumée légère dispersée par le vent. Je m'étais juré de rester libre,\n et niais comme les phalènes qui se brûlent les ailes à la flamme d'une bougie,\n je passai docilement sous le joug de l'amour.\n    Car je devins amoureux à lier ! Du reste, ma femme était bien la plus déli-\n cieuse créature qu'il fût possible d'imaginer, avec son petit nez rose troussé\n d'une chiquenaude, ses yeux fripons où il y avait un mélange délicieux de\n douceur et de malice, et les petits frisons dorés que la brise agitait sur son\n front, comme des papillons lutinant une fleur.\n    Je fis ma demande, que l'on agréa tout de suite ; il paraît que, de mon côté,\nj'avais aussi produit une impression favorable.\n    Bref, après des fiançailles de trois mois, on nous conduisit devant le maire.\n La cérémonie fut d'une longueur désespérante. Je n'ai jamais été plus nerveux\nque ce jour-là. Toutes ces gens qui nous regardaient sous le nez, avec des\n mines insolemment curieuses, m'horripilaient au suprême degré. Et puis les\ncompliments des invités, les larmes de la belle-mère, les sermons du beau-\npère, et au repas de noce, les toasts auxquels il faut répondre : ah! sandieu,\nquelles épreuves ! Au café, ma femme et moi, nous nous enfuîmes. J'avais\nretenu un coupé à la malle des Indes ; nous nous y installâmes, la locomotive\nsiffla et le train fila vers la Suisse, où allait luire sur nous la plus douce des\nlunes de miel. Pendant un mois nous menâmes une vie folle. Des amis com-\nplaisants nous avaient tracé un itinéraire qui nous renseignait les villes à voir,\nles lacs à traverser, les montagnes à gravir : par surcroît de précautions je\nm'étais muni d'un Baedeker, d'un Joanne et d'un Conty : mais nous ne sortîmes\npas de Bâle, et les deux promenades que nous y fîmes furent, à notre arrivée,\nde la station à l'hôtel, et au départ, de l'hôtel à la station. Aussi, pourquoi\ndonc nous avait-on donné une si bonne chambre ?\n   Quand nous revînmes à Bruxelles, nous trouvâmes notre petit hôtel délicieu-\nsement paré : mes beaux-parents avaient été généreux. Nous nous installâmes\ndans notre nid, nous rendîmes quelques visites aussi ennuyeuses qu'obliga-\ntoires, puis nous nous engageâmes résolûment dans la vie conjugale : ma femme\nprit la direction de sa maison, tandis que je retournai à la Bourse.\n   Tout marcha bien durant quelques mois, et dans le cercle de nos relations\non nous citait comme des modèles d'époux assortis. Ma femme était d'une\nremarquable douceur ; moi, j'avais le caractère emporté, vif, et de cette\nopposition de tempérament résultait une harmonie parfaite dans notre ménage.\n"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3271, "texte": " 298                        LA JEUNE BELGIQUE\n\n    Mais, pour mon malheur, le hasard me conduisit certain soir à la kermesse\nde Bruxelles, où, dans la foule des baraques alignées sur le boulevard, je\nreconnus tout à coup celle de la somnambule qui m'avait prévenu de ce que\nvous savez. Le cœur me bondit dans la poitrine, et tous les doutes affreux que\ncette prédiction avait plantés dans mon esprit s'emparèrent à nouveau de moi.\nJe me traitai d'idiot, d'imbécile, de coquecigrue, sans qu'aucune des injures que\nje me prodiguai ne réussît à me rendre la tranquillité que venait de détruire cette\nfuneste rencontre. Puis aux craintes terribles qui m'étreignirent, se mêlèrent les\nremords tardifs que m'inspirèrent les écarts de ma jeunesse, et dans mon imagi-\nnation affolée apparurent soudain les maris dont je m'étais gaussé jadis, qui, la\ntète baissée, à la façon des cerfs combattants, semblaient me menacer de la\npeine du talion !\n    Ce jour-là je fus d'une humeur de dogue. Je rentrai chez moi, me mis au lit\nà neuf heures, prétextant une migraine, et j'attirai la couverture sur mes oreilles\nen faisant mine de dormir. Mais je ne pus fermer l'œil durant la nuit entière.\nJ'eus des visions affreuses, où il y avait une multitude de myrmidons, dont la\ntête était ornée de cornes énormes, et qui dansaient autour de moi une ronde\neffrénée.\n    Quand le jour parut, je me levai et m'habillai le plus vite que je pus. Puis\nj'allai faire un tour de jardin en attendant le déjeuner. Lorsque ma femme des-\ncendit, elle s'informa de l'état de ma santé, et me voyant nerveux, me conseilla\nd'aller rendre visite à une tante qui habitait Boitsfort, prétendant que l'air et\nl'exercice me calmeraient. Je partis donc à cheval.\n    Mais voyez comme un homme saisi de méfiance peut être niais. A mi-che-\nmin, l'idée me prit que ma femme m'avait éloigné de Bruxelles dans quelque in-\ntention coupable, et mettant ma monture au galop, je revins en ville. Comme\nsi un démon perfide s'en mêlait, je tombai chez moi juste à point pour trouver\n ma femme attablée avec un de mes cousins, lieutenant d'artillerie, de passage\nà Bruxelles.\n    Je fus pris d'une terrible tentation de leur briser les membres à tous les deux,\ntellement je demeurai convaincu que la somnambule avait touché juste ; mais\nje sus me contenir, et parus aussi aimable que si la colère n'eût pas grondé\n dans mon cœur. J'expliquai ma présence en disant que pendant ma promenade\nj'avais été pris de l'irrésistible envie d'aller voir mes beaux-parents à leur\n château des Ardennes, et que je revenais préparer ma valise.\n    Quant à mon cousin, il me raconta comment il était arrivé inopinément chez\n moi, de retour du camp, et ajouta qu'il partait le soir même pour sa garnison.\n Vous imaginez bien que je n'en crus pas un mot. Le coquin, de complicité\n avec ma femme, espérait ainsi endormir mes soupçons. J'avais désormais mon\n opinion faite à leur égard, et mon plan arrêté.\n    Quand ma malle fut bouclée, je pris congé de mon cousin et de ma femme de\n l'air dégagé d'un homme qu'aucune mauvaise pensée n'agite, et me fis conduire\n à la gare du Nord.\n    Je laissai mon bagage au dépôt et j'entrai dans un hôtel voisin de la station,\n où je demandai une chambre. J'y passai toute la journée, arpentant la pièce\n"}, {"page_pdf": 388, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2855, "texte": "                            LA JEUNE BELGIQUE\n\n\nd'un pas fiévreux, murmurant des mots sans suite, des blasphèmes, des injures;\nm'arrêtant pour tendre le poing vers un ennemi invisible ; excitant ma fureur\npar le tableau que je me faisais des caresses passionnées qu'échangeaient ma\nfemme et mon cousin, ou pleurant comme un enfant à la pensée de mon bonheur\ndétruit. Quand la nuit vint je sortis de l'hôtel et je me dirigeai vers ma de-\nmeure.\n   Ayant toujours sur moi la clé de la porte, je pus entrer sans être entendu,\nmais comme je mettais le pied sur la première marche de l'escalier conduisant\nà ma chambre à coucher, je rencontrai la carriériste, qui poussa un léger cri en\nme voyant :\n   « Monsieur !...\n   — Pas de bruit, entends-tu, et dis-moi où ils sont ? . . .\n   — Quoi, monsieur sait ? . . .\n   — Je sais tout !... Où sont-ils ?...\n   — Madame a dit qu'ils coucheraient dans la chambre de monsieur et de\nmadame. »\n   Je pensai défaillir! Dans notre chambre, dans notre lit conjugal !!! A quel\ndegré de cynisme ma femme était-elle donc descendue! Cette pensée me don-\nnait le vertige, comme de contempler un gouffre.\n   « Madame sera bien surprise, reprit la camériste, car monsieur n'était\npas attendu. »\n   Je regardai la fille : se moquait-elle de moi ?\n   « C'est bien, lui dis-je, allez vous coucher. »\n   Elle me souhaita le bonsoir et disparut.\n   Quant à moi, je gravis rapidement l'escalier, et j'arrivai devant ma chambre\nà coucher. La porte était entre-bâillée. Avant d'entrer, je voulus voir. Sur la\ncheminée une petite veilleuse s'éteignait, et sa lumière mourante éclairait fai-\nblement l'alcôve, où je distinguai les formes confuses de deux corps. Ma fureur\nalors ne connut plus de bornes. Comme un tigre blessé je bondis vers le coquin\nqui me volait mon honneur, et dans un accès de rage indescriptible, je le saisis\npar la tête et le lançai hors du lit!\n   J'allais me précipiter sur ma femme, quand des cris aigus éclatèrent : « Au\n secours !... A l'assassin !!!... »\n    Au même instant la veilleuse s'éteignit.\n    Alors dans l'obscurité commença une lutte folle. Je me sentis saisi à la gorge,\ntandis que deux mains de femmes me labouraient la tête de coups d'ongles. Je\n me défendis vigoureusement, lançant au hasard des bourrades qui souvent me\ndégageaient pendant quelques secondes. La mêlée durait déjà depuis quelques\n minutes quand, attirés par les cris et le bruit, des domestiques parurent avec de\n la lumière et se jetèrent entre nous\n    Horresco referens! Je reconnus alors ma folie, car ceux que j'avais surpris\n ainsi, c'étaient      mon beau-père et ma belle-mère !\n    Ils étaient arrivés quelque temps après mon départ, et ma femme leur avait\n cédé notre lit                                                  ,                -\n    Ma belle-mère ne m'a jamais pardonné !                         MAX MARC."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 300, "page_fin": 300, "titre_corps": "Demande", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Frédéric Bataille", "ancre_debut": "DEMANDE", "ancre_fin": "BATAILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "UNE AMOURETTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 1114, "texte": "DEMANDE\n                                       I M I T E D E GRUN\n\n              Dis-moi, quand brille au ciel le blanc chœur des étoiles,\n              Vierges au front serein rayonnant sous leurs voiles,\n              Lequel de ces soleils s'allume le premier,\n                            \"Et lequel s'éteint le dernier ?\n              Dis-moi, quand sur la mer les vagues tourmentées\n              Roulent, plaintives, l'une après l'autre emportées,\n              Lequel de tous ces flots soupire le premier,\n                           Et lequel gémit le dernier ?\n             Dis-moi quand dans un cœur les divines tendresses\n             Èclosent sous le feu renaissant des caresses,\n             Lequel de ces amours y fleurit le premier,\n                          Et lequel y meurt le dernier ?       FFRÉDÉRIC\n                                                                 R É D É R I C BATAILLE\n                                                                                BATAILLE.\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 300, "page_fin": 300, "titre_corps": "Une Amourette", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Édouard Ronval", "ancre_debut": "UNE AMOURETTE", "ancre_fin": "EDOUARD RONVAL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1114, "fin_caractere_exclue": 1128, "texte": "UNE AMOURETTE\n"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1128, "fin_caractere_exclue": 1176, "texte": "Celle que j'aimais — qui m'aimait, —            "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1207, "fin_caractere_exclue": 1255, "texte": "Oh.' je la vois encor — sereine,                "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1290, "fin_caractere_exclue": 1338, "texte": "Dans ses cheveux le soleil met                  "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1376, "fin_caractere_exclue": 1424, "texte": "Des tons fauves, — d'ocre ou de sienne,         "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1455, "fin_caractere_exclue": 1503, "texte": "Je la vois encor. — Ses beaux yeux              "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1532, "fin_caractere_exclue": 1580, "texte": "Où luit toujours un peu de rêve,                "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1615, "fin_caractere_exclue": 1663, "texte": "Ont la couleur, l'éclat des deux ;              "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1695, "fin_caractere_exclue": 1743, "texte": "Ses doigts sont longs, sa bouche est brève.     "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1776, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": " Un soir d'août sa tète confuse                 "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1871, "fin_caractere_exclue": 1919, "texte": " Sur mon épaule s'inclina,                      "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1955, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": " Et tous les baisers dont on use,               "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2036, "fin_caractere_exclue": 2084, "texte": " Ma lèvre alors les lui donna.                  "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2117, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": " Les premiers ! car avant, sauvage,             "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2205, "fin_caractere_exclue": 2253, "texte": " Certain soir que j'avais voulu,                "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2284, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": " Le cœur battant sous son corsage,              "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2368, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": " Elle avait dit, l'air résolu,                  "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2450, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": " Qu'elle entendait venir Annette,               "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2534, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": " Que c'était très mal, qu'il fallait            "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2622, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": " Prendre garde à sa collerette;                 "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2701, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": " La fière enfin capitulait.                     "}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1176, "fin_caractere_exclue": 1206, "texte": "   Et je l'adorai. Ce fut elle"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1255, "fin_caractere_exclue": 1289, "texte": "   Qui m'inspira le goût des vers,"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1338, "fin_caractere_exclue": 1375, "texte": "   Et d'aller dans les sentiers verts"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1424, "fin_caractere_exclue": 1454, "texte": "   Piper quelque rime rebelle."}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1503, "fin_caractere_exclue": 1531, "texte": "   Et sur le violon qui m'a,"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1580, "fin_caractere_exclue": 1614, "texte": "   Jusqu'à présent, servi de lyre,"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1663, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "   Détonnant de plusieurs coma,"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1743, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "   Je l'ai chantée avec délire !"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1824, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": "   Parfois, sous l'archet : bing ! — Crebleu !"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1919, "fin_caractere_exclue": 1954, "texte": "   La chanterelle était au diable !"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2003, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "   Tel l'amour — duo pitoyable —"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2084, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": "   Finit souvent au beau du jeu."}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2165, "fin_caractere_exclue": 2204, "texte": "   Souvent quand, vainqueur, on attaque"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2253, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "   Le zforzendo le plus viril,"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2332, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "   La corde se casse et vous claque"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2416, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "   Une cinglade en plein profil :"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2498, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "   Notre amitié, grande, éternelle,"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2582, "fin_caractere_exclue": 2621, "texte": "   Qui dura quatre mois — c'est long! —"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2670, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "   Finit comme une chanterelle"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2749, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "   El comme un air de violon."}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2827, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "                    EDOUARD RONVAL."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-01-n19-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 301, "page_fin": 304, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "AI B ORTH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 390, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 122, "fin_caractere_exclue": 4068, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n  L'Art est rationnel, par Emile Leclercq. I vol. Bruxelles. Lebègue. fr. 3. — La littéra-\n    ture nationale. —La Servante, par Caroline Gravière, 1 vol. Bibl.Gilon, fr. 0-60. —\n    Le Chant des Belges, 1 vol. Bruxelles. Lebègue. fr. 1-50; Au drapeau, par J. Seressia.\n    — Dictionnaire géographique belge, par C. L. C. Hochsteyn. I vol. Bruxelles, fr. 4.\n    —Dictionnaire géographique européen, par C. L. C. Hochsteyn. 1 vol. Bruxelles, fr. 4.\n    — Suppléments périodiques, 50 centimes. — Réveillez Sophie! par Chavette. I vol.\n    Paris. Marpon et Flammarion, fr. 6. — Le serinent religieux eu Angleterre. par\n     Roger de Goey fr. 0.50.\n      Si le nouveau volume de M. Emile Leclercq n'avait d'autre but que de prouver l'axiome\n  de son titre : fart est rationel, on pourrait accuser l'auteur d'enfoncer une porte ouverte\n  depuis des siècles. Il est incontestable que l'art est rationnel, qu'il se développe logique-\n  ment, qu'il a ses causes et que ses évolutions ne sont pas le simple produit du hasard et\n  des fantaisies des artistes, mais qu'elles viennent à leur heure comme toutes choses. Le\n  naturalisme, par exemple, est absolument le résultat logique de notre époque avide de\n  positivité. La fiction pure cède la place au document, cette bête noire des idéalistes, de\n  même que la manière, l'exécution, la facture deviennent, dans tous les arts, plus carrées,\n  plus franches, se débarrassent du fion d'autrefois, du léchage à outrance, et s'efforcent de\n  réaliser ce vœu, qu'exprimait Emile Zola : « Je voudrais que l'expression ne dépassât point\n  la sensation ». C'est ainsi qu'aujourd'hui l'artiste tente de peindre ce qui est, non ce qui\n  devrait ou pourrait être, et s'il est vrai que l'art est un coin de nature vu à travers un tem-\n  pérament, s'il est vrai que chaque peintre a sa vision spéciale, au moins s'efforce-t-il,\n  sinon d'abdiquer son tempérament, d'en refréner les fougues au bénéfice de la réalité pure.\n      Cela est arrivé ainsi parce que cela devait arriver, parce que après les fusées du roman-\n  tisme, devait venir un art plus reposant et plus sain.\n      C'est l'historique de toutes ces phases de l'Art, qu'avec une grande érudition et des vues\n  très élevées, trace M. Emile Leclercq.\n      Tour à tour il envisage, au point de vue de la; logique des choses, les fluctuations de\n  l'architecture, de la sculpture, de la peinture et de la littérature. S'il en a la compétence, il\n, eût dû, pour être complet, consacrer une cinquième partie à la musique, dont la marche\n  concorde si bien avec celle des autres arts, mais c'est œuvre spéciale à faire et M. Leclercq\n  n'a peut-être pas voulu sortir de son domaine, si large déjà.\n      Il se trompe, par exemple, lorsqu'il aborde la grande et litigieuse question du natura-\n   lisme en littérature. « A en croire les naturalistes, dit-il, il n'y a plus rien de naturel que\n   « ce qui est bas et vil. Les parfums sont considérés comme choses idéales ; on n'admet plus\n   » que les odeurs. Le rance et le nauséabond ont leurs historiens et leurs poètes. Il n'y a\n   « plus que dans les taudis qu'on trouve des colorations savoureuses; il n'y a plus que chez\n   » les êtres sans conscience, dégradés, pourris dans les vices répugnants, que l'art découvre\n   » des idées neuves et des passions originales à reproduire. L'amour est considéré comme\n   » le contact de deux épidermes, et l'on oublie, en prenant au sérieux ce mot de Chamfort,\n    » la première partie de sa phrase, qui lui ôte tout caractère brutal : « L'amour est l'échange\n    » de deux sentiments... » Du moment qu'on ne se vautre pas dans quelque boue, on n'est\n    « pas vivant. »\n       Faut-il énumérer les hommes et les œuvres pour détruire ce préjugé? Faut-il citer les\n   Goncourt, Flaubert, Stendhal, Lemonnier, Daudet, Cladel, et tout récemment Edouard\n    Rod et Pierre Lano; faut-il rappeler la Faute de l'abbé Mouret, la Conquête de Plassans,\n"}, {"page_pdf": 391, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3763, "texte": "  302                            LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n une Page d'Amour et la simple annonce du Bonheur des Dames; faut-il citer enfin,\n Gabrielle Hauzy, l'Histoire intime d'un homme, Maison tranquille, l'Histoire de deux\n Armurières, pour prouver à M. Emile Leclercq qu'on peut faire, qu'on fait des œuvres\n vivantes, sans se vautrer dans quelques boue?\n   Arrivons aux conclusions du livre : » L'art se meut dans le champ des variations\n » humaines. En dehors de ces variations, de cette activité incessante, il manque de point\n » d'appui et tombe dans le vide.\n    « Il est une émanation, un reflet, un écho, une conséquence. L'art est aussi nécessaire\n « à la nutrition morale de l'homme que l'homme et la nature lui sont nécessaires pour\n « toutes ses manifestations\n    » Quelles que soient les formes qu'il affecte, l'art est donc toujours rationnel, parce qu'il\n » est le résultat d'une situation qu'il ne peut créer ni détruire, quoiqu'il aide, dans une\n « certaine mesure, à créer ou à détruire les situations. »\n   Tout cela ne pouvait être ni mieux dit, ni plus hautement pensé.\n\n                                              II\n   Nous recevons la lettre suivante d'un jeune écrivain que nous avons attaqué un peu\nà la légère dans notre dernière Chronique. Cette lettre est l'explication d'une étude\nlittéraire que nous avons mal comprise ou qui était peu claire en elle-même. Puisque elle\nn'est pas blessante pour nos écrivains, puisqu'elle ne tend pas le moins du monde à nier\nle chemin parcouru ou les efforts faits — c'est l'auteur lui-même qui nous l'affirme, — il\nne nous reste qu'à regretter de nous être si délicatement mis le doigt dans l'œil, avec celte\ndouce conviction que cela nous arrivera sans doute quelques fois encore :\n\n                                                                  Paris, ce 20 août 1882.\n                             Monsieur,\n    On me communique à l'instant un exemplaire de la Jeune Belgique contenant une\n critique de mon étude sur la Difficulté d'une littérature nationale.\n   Je ne vous écris pas pour défendre mon article au point de vue littéraire. Votre appré-\n ciation pouvait être sévère. On n'est pas disposé tous les jours : l'article en effet est mal\n venu et j'ai eu l'occasion, non de le renier, mais d'exprimer mon peu de satisfaction bien\n longtemps avant son insertion.\n   Je tiens simplement à vous dire que vous m'avez mal lu. Je n'ai pas écrit que sans langue\nnationale nous ne pouvions pas avoir de littérature nationale. J'ai voulu démontrer que\nparlant le français, nous subissons, plus que tout autre peuple, l'influence de la France,\n Ceci ne veut pas dire que nous ne puissons avoir en Belgique des talents originaux. J'ai\n eu soin de déclarer que la valeur de nos auteurs belges ne prouvait rien en l'espèce. Mais\nles productions belges ont-elles un caractère spécial, nettement accusé comme la littérature\nallemande ou la littérature espagnole? Evidemment non. Nos écrivains tout en dégageant\nleur personnalité, font de la littéraatre française. Votre talent est très français, il n'en\nsaurait être autrement, quant à présent.\n   J'espère que nous sommes d'accord et que vous voudrez bien rectifier, ou tout au moins\ninsérer ma lettre. Vous le ferez avec d'autant plus d'empressement que je suis jeune, très\népris de littérature et surtout pas eunuque. Je suis un peu connu au contraire — pas sous\nle nom de Nautet — pour avoir la tête près du bonnet. J'applaudis aux efforts de la jeu-\nnesse belge et je suis si loin de nier son existence que j'ai remis, il y a quelques jours,à un\nconfrère parisien des notes sur les jeunes écrivains belges, Rodenbach, Giraud, Ver¬\nhaeren, Waller etc.,etc. Ces notes formeront un article qui paraîtra dans le Réveil dans e\ncourant du mois.\n"}, {"page_pdf": 392, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3750, "texte": "                                LA   J E U N E BELGIQUE                                 303\n\n   Un mot encore. Vous faites allusion dans votre article à un écrivain qui n'est pas de\nnotre génération et dont la personnalité est très discutée. Permettez-moi de vous dire\nqu'on est injuste à son égard. Ce n'est pas le moment d'ouvrir un débat, mais je puis vous\naffirmer que le critique en question professe des idées très-larges, une grande tolérance et\nque loin de répudier les jeunes il sait encourager ceux là même qui ne partagent pas ses\nvues.\n     Agréez, etc.\n                                                                       F. NAUTET.\n\n                                              III\n\n   Caroline Gravière n'est pas morte pour nous. Elle se survit dans ses œuvres délicates où\nelle a répandu tout le sang de son elle. « Je souhaite, disait Camille Lemonnier quelque\ntemps après la mort de Caroline Gravière, je souhaite que quelqu'un reprenne son œuvre,\nlivre par livre; il y a là l'histoire d'un cœur bien intéressante à faire. Ce cœur appartient\nau public, puisqu'il s'est publiquement confessé ; rien n'empêche donc qu'on l'étudié dans\nses erreurs et dans ses vérités. Mais cette étude devrait avoir pour corollaire l'histoire, non\nmoins curieuse à débrouiller, de ce cerveau si pleinement actif, qui naît à travers une\ncondition bourgeoise, se développe à travers les préoccupations de la famille et arrive à\nla maturité à travers l'indifférence d'un pays où écrire est presque un vice. » Cette his-\ntoire, un jour, un de nous l'écrira, lorsque mis en lumière par le temps qui dégage les\nignorances, le grand talent de Caroline Gravière sera mieux compris et mieux apprécié. Il\ny a dans la Servante, qui n'est pour nous qu'un prétexte pour saluer une grande ombre, des\npages où vit toute entière la plume subtile de la disparue. Une fois de plus, elle a mis en\nprésence les deux castes ennemies : la noblesse qui tend à s'éteindre et la plèbe qui tend à\nresplendir. Sans fustiger l'une, elle a rendu hommage à l'autre et dans des lignes toutes\nchaudes de vie, revendiqué les droits du cœur au dessus des inégalités sociales. Dans trois\npersonnages elle a incarné trois sociétés. La vieille fille M lle de Meerbeke c'est l'ancienne\nnoblesse qui méprise, le comte de Marcellis, c'est la saine noblesse qui s'éclaire, Lisken,\nc'est le peuple qui s'élève.\n   La Servante est un bon et grand livre. Fait de sentiment, il émeut; écrit d'art, il\ndélecte.\n                                              »*\n   Au milieu des fanfares cuivrées de nos fêtes populaires, des festivals et des foires, il\nn'est pas inutile que les lettres rappellent nos gloires patriales et chantent le passé. C'est\ndans ce but que M. Seressia publiait il y a deux ans Le chant du Belge où dans des\nstrophes patriotiques il rappelait à la jeunesse les lueurs de notre liberté César — Attua¬\ntuea— La féodalité —Jacques d'Artevelde — Les Franchimontois — Christine de La¬\nlaing — La Ruelle — Anneessens, etc.\n   Aujourd'hui il nous adresse des couplets de cantate et un morceau patriotique Au dra-\npeau rimé sur la musique de M. F . Felder; ces choses ne peuvent faire que du bien à la\njeunesse à qui elles sont dédiées.\n\n\n   Peut-être n'est-il pas tout à fait du ressort de la Jeune Belgique de parler des deux\nouvrages que nous venons de recevoir : le Dictionnaire géographique belge et le Diction-\nnaire géographique européen, de M. L. Hochsteyn, mais l'utile intéresse aussi nos lecteurs\net nous ne pouvons assez recommander ces recueils, aussi nécessaires aux administrations\nqu'aux touristes et autres animaux curieux. Ils y trouveront la nomenclature complète des\nstations ou gares et haltes, des bureaux postaux et télégraphiques situés sur le parcours de\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3585, "texte": "                                   LA J E U N E       BELGIQUE\n  304\ntous les chemins de fer de l'Europe continentale et insulaire, tout cela rédigé, distribué et\nclassé d'après les documents officiels des administrations.\n   Pour ceux qui, comme nous, n'ont qu'une idée très fantaisiste de la géographie, ces deux\nlivres ne feront pas mal dans un petit coin de bibliothèque où les crasse ignorances seront\nparfois bien heureuses de les découvrir.\n                                                 »»\n   Réveillez Sophie ! par Eug. Chavette.\n   Nous ne connaissions Eugène Chavette que par ses œuvres humoristiques et piquantes,\npleines de ce vieil esprit gaulois qui tend à disparaître.\n   Mais nous ne nous doutions pas que le spirituel nouvelliste était doublé d'un romancier.\n   Sou dernier ouvrage : Réveillez Sophie! est un chef-d'œuvre d'intrigues. Les principales\nscènes se déroulent dans cette terrible Guyane française où le lecteur suit, avec Chavette,\nles péripéties sans nombre d'une succession d'aventures émouvantes, dont le dénouement\nse passe à Paris. Les héros de ce roman nous rappellent les plus intéressantes créations de\nCooper.\n\n\n\n   M. Roger de Goey nous adresse une très intéressante brochure intitulée : le Serment\nreligieux en Angleterre, la reproductton d'une conférence qu'a donnée l'auteur à Bruxelles,\nà Anvers, à Liège et à Charleroi, successivement, sur ce sujet qui défraie les discussions\ndes gens graves. Écrite dans un sens vraiment libéral, cette brochure fait l'historique de\nla question avec une grande largeur, presque de la fougue, et nous félicitons vivement\nM. de Goey de l'avoir conçue et écrite.\n                                                                             MAX   WALLER.\n                                               * *\n   BIBLIOTHÈQUE GILON : Les deux derniers volumes parus: Un jeune poète à Paris,\n de RENÉ GANGE, et Monsieur Thiers de T. JUSTE, sont tous deux dignes d'être lus.\n Sans vouloir approuver complètement les idées émises par M. René Gange, le talent à\nnotre avis, devant toujours se faire jour, nous croyons qu'il se pourrait présenter un cas\nidentique à celui de ce jeune poète, mais la chose doit être si rare à notre époque surtout,\nque l'on a peine à croire à la vraisemblance de son récit qui d'ailleurs est écrit avec beau-\ncoup de facilité et d'élégance. Le style très châtié nous promet, car René Gange doit être\njeune, un aimable conteur, plein de verve et d'esprit. L'éloge du talent de M. Juste\nn'est plus à faire; il nous suffira donc d'annoncer simplement que c'est de Thiers qu'il\nparle, pour être certain que son nouvel ouvrage aura grand succès.\n   Notre collaborateur Max Waller, a parlé, dans un précédent numéro, des Revues de Con-\ncours, ces sangsues littéraires. Le reproche qu'il leur adressait de faire de la littérature (?) à\nautant le mètre, ne peut certes pas être adressé à la Revue critique de Paris, un vaillant\njournal, rédigé par des jeunes et des vieux. Dans l'avant-dernier numéro le dandy Barbey\nd'Aurevilly publie une étude inédite : \"Une exposition d'avant garde\" qui a été refusée\nau Figaro, et de temps en temps les Théodore de Banville, les Paul Bourget, les François\nCoppée, les de Marthod, entr'ouvrent leurs portefeuilles pour y puiser quelque page iné-\ndite à l'intention de la Revue critique. Voilà comment il se fait qu'actuellement ce journal\nest un de ceux que nous nous plaisons le plus à recommander. (Rédacteur en chef :\nEMILE MAX, 50, rue des Bernardins, Paris).\n                                                                               AI.B.   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VAN G H E L U W E , 4, rue Agneessens, Bruxelles\n\n                 Propreté, économie, allume-feu sans pareil. On allume\nPLUS DE COPEAUX. 40 fois son feu pour 15 centimes; le paquet de 40 feux,\n15 cent. Le demander chez tous les épiciers, droguistes, etc. Seuls dépositaires pour la\nBelgique et la Hollande, H. et F . VAN G H E L U W E , 4, rue Agneessens, Bruxelles.\n\n                      rue de l'Evêque, 14, à Bruxelles. — Ce\nAUX HALLES CENTRALES. restaurant, avantageusement connu pour la\nmodicité de ses prix et sa cuisine bourgeoise, rappelle au public que l'on peut toujours y\ntrouver, pour 1 fr., un dîner on souper composé de : 1 potage, 2 plats viande et légumes. —\nPension : 70 francs.\n\n                                              EN I e r E T 2' RANG, A 4 l / 2 E T 5 ° / 0 .         —     ACHAT\nCAPITAUX A PLACER                             N U E S - P R O P R I É T É S E T RENTES VIAGÈRES.\n  S'adresser J. 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Rien de commun avec la Chaussure Améri-\n                                                          caine.\n"}, {"page_pdf": 395, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "   DATE COFFEE\n                                                  Ce café, tant recommandé par\n                                               les médecins les plus célèbres de\n                                               tous les pays,\n\n\n                                             NE COÛTE PLUS RIEN\n     Son prix est remboursé par des billets que vous pouvez\n     immédiatement utiliser comme argent comptant.\n       En vente chez les principaux négociants de la Belgique, en\n     boîtes de fer-blanc, au prix de fr. 1-50 et 1-88 le 1/2 kilog, boîte\n     comprise. Les boîtes vides seront reprises à raison de 10 centimes\n     pièce. — Pour le gros, s'adresser à T H E B E L G I A N D A T E\n     C O F F E E C° (Limited), 35, rue de Malines, Bruxelles.\n\n     A LA BASCULE                                          FABRIQUE D'APPAREILS D'ÉCLAIRAGE\nAntienne Maison HEYMANS, hameau de Vleurgat (Uccle)\n             2 et 4, coin de la chaussée                             4 5 , RUE DES CHANTEURS\n     de    Waterlao,    près du bois de la   Cambre\n                       RÉOUVERTURE                            PRÈS LA GARE DU NORD,      BRUXELLES\nDE        L'ESTAMINET-RESTAURANT                                     G. SCHOONJANS\n     par Ferdinand V A N D E R R I V I È R E               Lustres, Suspensions, Candélabres,\nGrande salle de 200 couverts pour banquets, dîners\n  de noces et fêtes de sociétés. — On prend des\n                                                            Girandoles, Lanternes, Pendules,\n  pensionnaires.                                            Objets d'art, etc. — F o y e r s à gaz. —\nC h a m b r e s et quartiers garnis et n o n g a r n i s    F o u r n i t u r e de compteurs. — Place-\n        à louer. — Ecurie et remise p o u r                 m e n t de tuyaux.\nchevaux et v o i t u r e s . — Prix très m o d é r é s .\n\n\n          SEULE MAISON                                      NOUVELLE DECOUVERTE\n                   EN BELGIQUE                                      (Le Pogonotome)\noù l'on fabrique                  spécialement le\n                                                                RASOIR MECANIQUE\n                            POSTICHE                       Toute personne peut se servir de ce rasoir\n                                                                sans aucune crainte de se couper\n                                  d'homme                    Agent général : TILQUIN\n                            Dernière perfection et du          Galerie de la Reine, 5,      Bruxelles\n                              plus grand naturel\n                                                           PRIX  : fr. 5 et 7-50 avec lames de\n TOUPETS & PERRUQUES                                        rechange (Remise au commerce)\n                de 10 à 100 francs\n           Ouvrages artistiques en cheveux,                RASOIR ANGLAIS de Sheffield\n                                                                     Garanti à l'épreuve\nB i j o u x , C a d r e s , S o u v e n i r s , etc.\n                                                             Tout rasoir peut être échangé jusqu'à\n                       TILQUIN                             entière satisfaction de l'acheteur, sans rétri-\n          Galerie de la Reine, 5, Bruxelles.               bution.\n\n      Bruxelles. — Société Générale d'Imp., de Distrib. et d'Afflch.,1, rue d'Arenberg. — J . GOSSAERT.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 376, "texte": "                                          LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n             PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n\n2me Année                   N ° 1 9 — I er Volume                I e r Septembre 1882\n\n\n\n                                SOMMAIRE\n    Résurrection                                        .   ALBERT     GIRAUD.\n\n    Les Inconstances                                        FRÉDÉRIC    BATAILLE.\n\n    Nos Poètes. Georges Eeekhoud                            M A X WALLER.\n    Soleil Couchant                                         FERDINAND H U A R D .\n    Conjungo                                                M A X MARC.\n    Demande                                                 FRÉDÉRIC    BATAILLE.\n    Une amourette                                           EDOUARD     RONVAL.\n\n    Chronique littéraire                                    M A X WALLER.\n\n\n\n\n               Le Numéro : 25 cent. — Étranger : 30 cent.\n\n     Se trouve chez les principaux libraires et marchands de journaux de la Belgique\n                                      et de l'Étranger\n Les annonces sont reçues exclusivement à la Compagnie de Publicité et d'Émission,\n                        Rue du Fossé-aux-Loups, 32, Bruxelles\n\n\n\n                                    BUREAUX         :\n\n                   LIEGE                                           GAND\n  29,    R u e Hemricourt, 29                     65, R u e des Champs, 65\n                               BRUXELLES\n                       81, R u e de la Madeleine, 81\n                                          1882\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "      LA JEUNE BELGIQUE\n                                       ABONNEMENTS :\n                   Un an                Fr. 5     |    Six mois. . . . Fr. 2 - 5 0\n                                    ÉTRANGER, le port en sus.\nL'année commence le1erDec, le semestre le 1er Juin. Les abonnés nouveaux reçoivent les numéros parus_\n  II est tiré de cltaque numéro de la REVUE Vingt-cinq Exemplaires numérotés sur splendide papier\nde Hollande et UN SEUL sur papier du Japon.\n        PRIX DE L'ABONNEMENT                  Sur         Hollande         10          Francs.\n                                         Sur Japon                    20                 »\n\n Les ouvrages dont il nous est envoyé un exemplaire sont annoncés ; ceux dont il nous est envoyé deux\nexemplaires, analysés. Il est fait exception à cette règle pour les ouvrages d'une certaine importance.\nTous les;livres doivent être adressés à Max Waller, 74, avenue de la Toison d'Or, Bruxelles.\n\n\n\n\n                      AUX                 LECTEURS\n   La Jeune Belgique, arrivée à un succès auquel nous ne nous atten-\ndions pas, étant données ses fougues de langage et d'opinions, ses\nfusées révolutionnaires qui devaient fatalement blesser certains lec-\nteurs dans leurs idées littéraires, aspire à se transformer encore et\nvient demander un conseil et un vote à ses excellents et sympathiques\nabonnés.\n   Il s'agirait, pour nous, de paraître une seule f ois par mois sans di-\nminuer notre contenance, en l'augmentant même, c'est-à-dire sous\nforme de livraisohs de 40 pages. Cela nous permettrait de donner des\nœuvres de longue haleine sans les scinder outre mesure, comme nous\navons été forcés de le faire avec nos 16 modestes petites pages. Malgré\ncet accroissement de volume qui ne s'arrêtera pas là et que nous\nespérons continuer en raison de notre succès, le prix de l'abonnement\nresterait le même qu'auparavant (5 fr. par an) et nos lecteurs auraient\n96 pages de plus au bout de l'année.\n   Nous prions tous ceux de nos abonnés qui jusqu'ici nous ont poussés,\nde vouloir bien nous faire savoir par carte-correspondance ce qu'ils\npréfèrent ou du statu quo ou du nouveau projet qui serait mis à exécu-\ntion à partir du I er décembre 1882 (c'est-à-dire du 2° volume). La ma-\njorité statuera.\n   Nous pouvons annoncer dès maintenant, pour cette époque, la pu-\nblication d'un petit roman de jeunesse d'Emile Zola : Naïs Micoulin,\nainsi que d'études littéraires sur Victor Hugo, Daudet, Champfleury,\nFlaubert, Zola, Cladel, etc.\n   Nous continuerons toujours à publier les ouvrages des jeunes, des\ninconnus d'hier, des croyants, des amis.\n                                                                     LA    RÉDACTION.\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "                           LA JEUNE BELGIQUE                         289\n\n\n\n\n                         IDYLLES MODERNES\n\n                             RÉSURRECTION\n\n   C'est le boudoir d'il y a dix ans, le même, — un peu fané. Le rose\nPompadour des tentures a blanchi. Les ganses des rideaux ont éteint\nleurs lumières d'argent. Dans les trumeaux, sous des festonnées de\nfleurs, les glaces au tain humide réfléchissent les objets comme dans\nun brouillard. Sur son piédouche de nacre, pose la pendule Céladon,\nles aiguilles arrêtées sur l'heure de l'adieu. Deux vases de jaspe au\nlong col s'élancent aux coins de la cheminée, dominant la silencieuse\nhilarité de magots chinois, dont les grimaces attristent. Sur les pan-\nneaux s'enguirlande une poursuite de petits Amours. La poussière\ndonne aux toiles la mélancolie des choses délaissées. Les Cupidons\npeints, ralentissant leur course, semblent mener le deuil blanc d'un\nde leurs frères, — amour de chair, celui-là, — nourri de baisers et de\nmignardises, et mort un jour entre nous deux, il y a dix ans, dans ce\nboudoir.\n   Alors elle était belle, heureuse, adorée. Son âme avait aimanté\nmon âme. Elle sollicitait comme une énigme. Ses yeux glauques,\nprofonds, invitants, — à la fois lumineux et sombres, avaient un\nchangeant mystère. D'une boréale blancheur, sa peau ne s'avivait\npas aux pommettes. Une luxuriante chevelure blonde coiffait d'or\nfluide sa tête pâle. Elle s'entourait des étoffes qui flattaient son teint,\net sa toison flave semblait éclore de sa robe neigeuse, comme d'un\nlys blanc — une étamine fauve.\n   Son amour était de glace comme son corps ; mais de cette glace\npolaire si froide qu'elle fait l'illusion d'une brûlure. Ses dédains atti-\nraient comme des avances. Ses refus étaient encore des caresses, —\ncharme étrange, insaisissable et pénétrant de cette passion hivernale.\nEt lentement, aux tiédeurs d'Avril, avait battu le cœur de la fille de\ngivre ; et toutes ces virginités d'hermine, toutes ces blancheurs de\nbanquise subissaient enfin le dégel rose du baiser.\n   Alors, s'éternisait le tête-à-tête, dans l'intimité du boudoir. C était\nune églogue moderne, — sur un sofa. Sa parole ailée volait au del\nde la fantaisie, mignonne, pépiante et colorée comme un oiseau-\nmouche. Je lui lisais les vers amoureux de Sully-Prud'homme et de\nCoppée, tandis que sur l'exquise édition Lemerre, tamisé par les\nramages des rideaux, le soleil jouait en fleurs de lumière. Puis, un\n   1er Septembre 1882.                                 -            19\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": "   290                    LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n  jour, secouant notre kief, un départ brusque, un adieu balbutié, une\n  séparation qui devait durer un mois, — qui dura dix ans.\n     E t maintenant, je la revois par hasard, presque vieille. Sa robe\n  feuille-morte s'attendrit des mélancolies d'Octobre. Son buste aux\n  florentines cambrures, épaissi par l'âge, a perdu la sveltesse de son\n jet, l'attache délicate du cou, la ligne harmonieuse des épaules. Aux\n  tempes, se plisse une patte d'oie. Les fossettes deviennent des rides.\n  Rouges, les paupières clignotent sur des yeux sans regard. La peau\n laiteuse est couperosée. Le pourpris des lèvres bleuit. La chevelure\n blonde, aux annelures d'or, fonce et paraît brune. Autrefois chaud\n et bien posé, son contralto a des notes tremblées d'ancien vir-\n ginal. Honteuse d'être ainsi déchue, elle se roidit. D'un ton dégagé,\n elle récite une banalité mondaine. Mais la voix s'étrangle, mouillée de\n pleurs. E t nous nous retrouvons, la main dans la main, sur le sofa.\n Nous parlons de notre amour avec une douceur recueillie, — comme\n on parle des aimés qui sont morts. Comme il est berçant, le rappel\n des choses ! Nous revivons tout : le nonchaloir des divans ; l'inassouvie\n contemplation de nous-mêmes ; l'égrènement perlé des rires ; l'envoi\n apparié de nos fantaisies, et, — dans les pays artificiels, sous un ciel\n rose, à travers les prairies idéalement vertes, nos recherches de l'in-\nconnu, ce trèfle à cinq feuilles. Puis, l'exil et ses rancoeurs, l'absence\net ses lancinantes blessures ! Ce boudoir, elle l'a clos de ses mains\nfébriles, le soir de l'adieu. Elle a défendu d'y jamais entrer. Comme\nrelique d'amour, elle a voulu emporter sa robe blanche, la préférée.\nE t quand elle a perdu l'espoir du retour, elle a renfermé la toilette\ndans un coffre d'ébène, oblong et noir comme un cercueil, et, navrée,\nil lui a semblé qu'elle s'ensevelissait elle-même.\n   Le jour baisse, le soleil sombre à l'horizon, et le boudoir s'obscur-\ncit. De tous ces souvenirs remués s'exhale un parfum troublant,\ncomme d'un vieux sachet d'ylang-ylang. Une tendresse nous pénètre,\net je prie la pauvre ridée de remettre la robe d'autrefois.\n   Elle me sourit tristement et s'éloigne.\n   Je reste seul. Il me semble que j'ai rêvé. Le temps s'est arrêté il y\na dix ans, comme la pendule.\n   Tout à coup, — un pas léger retentit, et dans l'encadrement noir\nde la porte, vague, une forme pâle apparaît.\n   Un dernier rayon de soleil perce les rideaux, et lui fait un sillage\nde lumière. Et comme elle s'avance, un cri m'échappe. Sa taille s'est\naffinée. Son buste a repris la désinvolture rythmique de la jeunesse.\nAu front, aux tempes, plus de rides. S'éclairant d'elle-même, la peau\néblouit. Les yeux, bleus et verts, attirent, noient. E t sur les lames\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": "                          LA JEUNE BELGIQUE                             291\n\nblanches de la robe, et sur le grain blanc des épaules, se tord puis-\nsamment la lourde crinière fauve, — que le soleil couchant poudre\nd'étincelles.\n   E t tu m'es rendue, ô mienne ! Une clarté qui vient de toi, plus\nintense que celle du jour, illumine. Le boudoir revit et s'emparadise.\nLes tentures rosissent comme des chairs ; les glaces se renvoient de\nclaires images ; la pendule sonne ; les magots grimacent un éclat de\nrire ; les argents et les ors chantent leur gamme luisante ; et les petits\ndieux des panneaux, las de leur deuil blanc, dans un fouillis d'ailes\net de carquois, se précipitent. Tout fête la résurrection. Tu m'es\nrendue. Absence, exil, vieillesse, — mensonges ! E t l'amour seul est\nvrai, l'amour enjouvence, l'amour divinise ! D'un souvenir, il rajeunit.\nUne larme humecte les feuilles mystiques du passé, et les feuilles\njaunes ont une reverdie ! — Tels s'épanouissent dans la mort, d'eau\npure arrosés, les pétales secs de la fleur de Jéricho.\n                                                        ALBERT    GIRAUD.\n\n\n\n\n                     LES INCONSTANCES\n                                IMITÉ DE GRUN\n\n                   Une jeune fille est la fleur éclose\n                   Oui met son parfum dans l'air printanier.\n                        •— Est-il jardinier\n                   Oui n'ait cultive jamais qu'une rose ?\n                  Ses doux yeux d'azur, clairs comme un soleil,\n                  Viennent réjouir le rêve de l'homme.\n                       — Est-il astronome\n                  Qui ne lorgne au ciel qu'un astre vermeil ?\n                   Sa bouche est la coupe au dessin sévère\n                   Où le doux nectar garde sa saveur.\n                        — Est-il un buveur\n                   Oui boive toujours dans le même verre ?\n                  Ses pieds gracieux, couple familier,\n                  Vont dans les sentiers où pousse le hêtre.\n                        — Est-il chasseur piètre\n                  Oui n'ait jamais pris au bois qu'un ramier ?\n                   Sou cœur est la source aux fraîches délices\n                   Oit boit l'amour jeune avec passion.\n                        — Est-il papillon\n                   Qui n'ait effleuré plus de vingt calices ?\n                                                    FRÉDÉRIC BATAILLE\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": "  292                           LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n\n\n                                 NOS POÈTES\n                                     I\n                             GEORGES            EEKHOUD\n\n   Lorsque l'été revient avec ses éparpillements de rayons, ses parfums subtils,\nses c h a n t s radieux, ses vies intimes qu'autour de soi l'on sent b r u i r e , il semble\nque l'on soit plus porté que jamais à lire et à goûter les bons vers ; ils sont comme\nl'accompagnement intellectuel du renouveau physique et l'esprit pour les com-\nprendre a subi la préparation latente de la n a t u r e . C'est sous cette influence\n uave que nous relisions récemment les poésies du poète Anversois Georges\nEekhoud.\n   Nous avons été frappé par ces vers simples, faciles qui m a r q u e n t c e p e n d a n t\nla première étape du talent du poète, puisqu'ils étaient écrits en 1874 :\n                   Il automne allait venir... sur les hallliers touffus\n                   Apparaissaient déjà des tons bruns et confus ;\n                   Le rouge cramoisi montait au vert des haies;\n                   Les sapins exhalaient de sauvages senteurs,\n                   L'air était tiède et pur ; les bleuâtres lueurs\n                   D'un beau ciel recueilli tombaient sur les futaies.\n                   Les oiseaux chantonnaient, joyeux, à l'unisson,\n                   Sautillant, voletant de buisson eu buisson,\n                   Secouant au soleil leur aile pétulante ;\n                   Dans les prés veloutés ruminaient les grands bœufs,\n                   Un placide regard contenu dans leurs yeux,\n                   Les jarrets repliés et la tête branlante.\n                  Parfois, au bord du champ, un jeune campagnard,\n                  Un bouvier attentif, fort et viril gaillard,\n                  Débordant de sauté, plein de sève et de vie.\n                  Debout, coude appuyé sur le bâton noueux,\n                  Vous regardait passer sur le chemin poudreux.\n                  Distrait de sa chanson ou de sa rêverie.\n                  Puis à mesure que nous avancions : — plus loin,\n                  Les toits de chaume verts et les meules de foin,\n                  Le puits et ses deux seaux suspendus à leurs chaînes,\n                  Les poules coquetant sur les fumiers en tas,\n                  Les bambins, gros joufflus qui se parlent tout bas,\n                  Accourus sur le seuil ou cachés sous les chênes. (1)\n\n  Seules ces quatre strophes donnent la note du poète. Tout y est sobre ; la\ndescription ne r e c h e r c h e ses effets que dans la simplicité m ê m e ; ni t r u c s ni\n\n\n\n  (1) .Myrtes et Cyprès, 1 vol. Paris, librairie des Bibliophiles, 1877 « Calmpthout n.\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "                                    LA J E U N E BELGIQUE                                     293\n\n ficelles, mais une touche nette obtenue par des moyens primitifs et rendant plus\nque toute a u t r e l'exactitude du détail et la poésie tranquille de la grande n a t u r e .\nCette sobriété qui fait sa force, Georges Eekhoud s'est attaché à la parfaire\nencore, à enchâsser dans un nombre restreint de strophes un nombre infini de\ntableaux qui se déroulent rapidement et donnent l'impression d'ensemble, l'unité\npicturale. J a m a i s Eekhoud n'a mieux obtenu cet effet que dans une pièce récente :\nl'Homme de l'Églogue, publiée par la Jeune Belgique, où son vers rend la nature\nsauvage et presque homérique de l'homme primitif de nos campagnes :\n\n     Oui, la fraîche fille de ferme                    Pourtant elle lutte; il la presse.\n     Que tu lutines en passant,                        — Ah ! je te mords si vous osez !\n     Sait déjà que ton corps est ferme.                Mais sa griffe est une caresse.\n     Et t'aura deviné puissant.                        Ses morsures sont des baisers.\n     Arrive le jour de la foire ;                      Et ce gars, le semeur austère,\n     Dansant, buvant, toujours à deux.                 Vierge de tout contact malsain.\n     Ils s'en iront par la nuit noire                  Féconde tes guérets, ô terre !\n     Et sous les feuillages ombreux.                   O fille féconde ton sein.\n     L'air chaud de juin les enveloppe.                Poussez drus comme bonnes graines\n     Les parf'ums de la fenaison,                      Dans les terreaux épais et gras.\n     Plus subtils que l'héliotrope,                    Fleurs de paysans, jeunes chines,\n     De leur pudeur auront raison.                     Les dignes garçons de mon gas !\n\n   N'est-ce pas que le poète a fait passer dans son vers la sève et la vigueur de\nson sujet? c'est lui l'homme de l'églogue qui, touchant du pied la terre flamande,\njette au vent rude de nos plaines les notes rauques de son c h a n t ; c'est lui le gas\nd'Anvers, le renfermé, le brutal qui fait jaillir sa force; qui exhale son haleine\npure comme les brises c h a m p ê t r e s , qui dit son pays parce qu'il l'aime, parce\nqu'il le sent.\n\n\n   Georges Eekhoud a deux genres qu'il affectionne s u r t o u t . C'est d'abord la\npoésie fugitive brodée sur une pensée frivole ou t r i s t e . C'est ensuite le poème\nd'une plus large envolée dans lequel il devient le fils direct de Musset. Ce\npoème, il l'esquisse dans les Myrtes et Cyprès sous le titre de Guzman, il le pour-\nsuit dans les Zigzags poétiques sous le titre de Nina, il l'achève enfin dans les\nPittoresques avec La Guigne. Tous trois, ces poèmes sont de la famille de Don\nPaêz. C'est le d r a m e éternel de la femme fatale de Shakespeare et de Byron,\n« perfide comme l'onde >, aux yeux noirs dont les profondeurs ont des cruau-\ntés b r û l a n t e s . . . . Ces yeux cerclés et sombres semblent h a n t e r le p o è t e ; il les\nétudie, les fixe et fait sortir de leur fascination ces beaux sujets de poèmes\nmoitié espagnols, moitié flamands, ayant pour fond le port d'Anvers et pour\npersonnages le Castillan ou l'Italien farouche et le marinier de l'Escaut. D a n s\nGuzman le drame s'achève à Barcelone, dans Nina et d a n s La Guigne, la scène\nse passe dans la ville de Rubens.\n   Lorsque Georges Eekhoud écrivit Nina (Zigzags), son outil poétique n'avait\npas encore toute sa sûreté de pointe, toute sa netteté de t o u c h e ; ce n'est qu'avec\nles Pittoresques et la Guigne qu'il parvient à pétrir le vers, à le modeler au moule\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": " 294                          LA J E U N E BELGIQUE\n\n\nde sa pensée, à l'assouplir tout en lui infusant une force vive et c h a u d e . Il y a\nun souffle puissant dans ce drame qui commence par une idylle d'amour, dans\nce Veloureux, le héros      flamand...\n                                       un grand et fort garçon,\n                 Musculeux, bien en chair, aux yeux bleus, au teint rose.\n                 Homère eût dit Hercule et la Bible Samson.\n                 Chez lui rien de subtil, rien de noire névrose,\n                 Un sang riche et vermeil ; mais le siècle de prose\n                 Faisait de cet antique un manœuvre maçon.\n    C'est l'homme, c'est le m â l e , le Farnèse aux biceps de fer, l'Ompdrailles, le Ca¬\nchaprès, qui s'entortille au cotillon d'une Glu faite de boue et de chair,\nde sang et de feu, d'une Guigne dont les fibres ont des tressauts d'amour. Puis\nun soir de carnaval où, bras contre bras, le Veloureux et sa « bonne amie » sont\nentrés au bal public, elle la Guigne quitte son homme pour un «blond godelureau. »\n Il veut la reprendre, tonne et cogne ; la police l ' a r r ê t e , le p a u v r e . . .\n                  L'églogue avait failli devenir épopée.\n                  Il se laissa conduire à travers le remous ;\n                  Son cœur se détendait comme sa main crispée...\n                  Des larmes l'oppressaient ; il redevint tres doux ;\n                  Il tremblait comme un fût de colonne sapée,\n                   Car dans son désespoir se noyait son courroux.\n   Puis on le relâche, et un jour, longtemps a p r è s , lorsque brisé par sa déses-\npérance il a crispé son c œ u r dans l'alcool dévorant, un jour que le dos cassé,\nhâve, il manie sa b a r q u e , un couple se présente pour faire une promenade sur\nl'Escaut; le Veloureux a tressailli, cette femme c'est elle, la Guigne, cet h o m m e ,\nson a m a n t . . . . mais il se tait, non reconnu :\n                          II ramait en cadence et toujours loin du bord.\n                          Retournons, a dit la pâlot blond, il est tard....\n                          Il est même trop tard ! lui répond le brave homme.\n   Il étreint la gorge du gandin, la tord, et fait chavirer la barque : victime et\n bourreau tombent. Mais l'amour est resté au fond du c œ u r de l'Hercule ; il\n veut sauver la Guigne, nage vers elle, la prend en ses b r a s , la dépose épuisé\n sur la b e r g e . . . .\n                          Bonheur ! elle vivait. Alors à pleine voix\n                          Il se mit à crier : « Au secours ! » par trois fois.\n                          Non loin du fleuve était une pauvre chaumière\n                          Dont les gens se levaient avec de la lumière\n                           Et l'on voyait courir des torches dans les bois...\n                          A genoux, le maçon récitait sa prière.\n                           L'aube venait. Déjà s'éveillaient les oiseaux ;\n                          Les chevaux de labour soufflaient par les naseaux.\n                           Pour la dernière fois son regard triste et tendre\n                        . Enveloppa la Guigne.... On arrivait. Attendre\n                           Pouvait tout différer..,. Il gagna les roseaux\n                           A reculons.... et seul il se laissa descendre...\n                           La mouette au poisson a disputé ses os.\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "                                LA J E U N E BELGIQUE                                    295\n\n   Eekhoud ne s'en est pas tenu au poème, il a son drame aussi ; c'est Tan-\nchelin, un poème d r a m a t i q u e plutôt, dans lequel il a fait revivre sa ville natale.\nTanchelin est une œ u v r e d'allure gothique ; de l'école allemande, elle rappelle\nparfois Faust, parfois certaines toiles d'Albrecht Dürer.. L a scène se passe donc\ndans le Burg d'Anvers, au commencement du XIIe siècle. Tanchelin rentre dans\nle cadre de l'épopée philosophique ; la figure de l'hérétique y est admirable de\nsérénité ; plus tard lorsque cet homme vierge s'est laissé prendre aux yeux\nfascinants de la Sélimah, lorsque W a l t e r Garz, ce Méphistophélès nouveau,\ntente l'homme de bien\n\n                                     . Pour le faire pêcher.\n              Pour que de chute en chute il aille trébucher.\n              Voluptueux d'abord, puis criminel, infâme,\n              Aux portes de l'enfer où j'attendrai son âme,.,..\n\nlorsqu'il va succomber enfin, la voix de sa mère le réveille de son c a u c h e m a r\nmauvais :\n\n                              Pauvre enfant ! songe à l'éternité !\n              Repens-toi si tu veux retrouver une mère.\n\n                                 TANCHELIN (se redressant)\n\n              Qu'entends-je ?\n                                           WALTER\n\n                           C'est dé Dieu la raillerie amère;\n              Maudis-le,     Tanchelin....\n\n                                          TANCHELIN\n\n                                   Non ! je ne maudis plus,...\n              Mère, pardonne-moi ! Pardonne-moi, Jésus !\n\n                                            WALTER\n\n              II m'échappe.... et l'enfer attendait cette proie,...          Il       disparaît.\n\n                                  LA VOIX DE GENEVIEVE\n\n              Pour un pécheur sauvé dans le ciel que de joie !\n\n   Cette scène est superbe.\n   Nous n'avons pas l'espace nécessaire pour analyser ce drame fort en couleur\net en vie. H e u r e u x si nous avons pu rendre justice à l'un de nos meilleurs\npoètes qui, comme bien d'autres, n'est pas assez connu en Belgique. L a route\nde M. Eekhoud est bien nettement tracée ; il doit jeter bas sa cape espagnole\net renoncer à sa dague de Tolède pour adopter l'étude flamande où il a trouvé\nla perfection, l'étude consciencieuse de nos agrestes taillés à la hache dans le\nsol patrial ; c'est là que triomphera son grand talent si profondément humain\net si bellement national.\n                                                                      MAX   WALLER.\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "  296                            LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n\n\n                            SOLEIL COUCHANT\n                                                              A Henry Icke junior\n                                                                à Amsterdam.\n                    Le soleil descendait auprès de Courbevoie,\n                    Dans le grand ciel tendu d'or, de pourpre et d'azur;\n                    Autour de moi déjà, tout devenait obscur,\n                    Plein de l'apaisennnt que le soir nous envoie :\n                   — J'aime quand la nuit vient, il semble qu'on revoie\n                   Les formes du passé, sous un reflet plus pur;\n                   Le rêve, à ce moment, tombe comme un fruit mûr,\n                   Dans le coeur assouvi que la volupté noie.\n                   Prés des concerts d'été j'allais traînant mes pas,\n                   Poursuivi par des chants qui ne me troublaient pas,\n                   Quand, soudain, mon regard, pris d'une peur subite,\n                   Vit briller devant moi, dans les clartés du soir,\n                   Un œil, un œil immense, épouvantable à voir,\n                   Et dont l'Arc-de-Triomphe était l'étroit orbite!...\n                                                            FERDINAND      HUARD.\n\n\n\n\n                                    CONJUNGO\n   J e m'étais voué au célibat. Non pas que la vie conjugale eût quelque chose\nde déplaisant pour moi. Bien au c o n t r a i r e , les c h a r m e s du foyer domestique\nm'avaient toujours séduit, et j ' e n v i a i s , au fond de l'âme, le bonheur de mes\namis m a r i é s . Je les voyais, r e n t r a n t le soir dans leurs nids riants et gais, trou-\nvant leurs pantoufles chauffées, leurs grogs prêts sur la table et leurs petites\nfemmes a i m a n t e s , adorables, qui leur nouaient autour du cou leurs bras blancs\net dodus en les baisant bien fort dans la barbe. Oh ! oui, je m'imaginais bien la\ndouceur exquise de ces caresses féminines, de ces prévenances délicates, de ces\nmille soins divers dont j ' e u s s e aussi pu être l'objet. Mais je n'osais pas tenter\nl'aventure.\n   Pourquoi ! Ah ! d a m , n'allez pas rire de ma crédulité, car je vous jure que je\nne suis pas naïf, et cependant il y a de ces choses qui vous serrent le cœur\nmalgré vous.\n   U n jour, à la foire de Bruxelles, une somnambule m'a prédit que si je me\nm a r i a i s , je serais    ce que ni vous, ni moi ne tenons à devenir. Oh ! ne vous\nmoquez pas, cela m'a trotté par la tête pendant bien longtemps. Ce n'eût pas\nété la première fois, du r e s t e , qu'une prédiction semblable se fût réalisée, et je\nvous affirme que je ne me sentais nulle envie de braver mon destin.\n"}, {"page_pdf": 386, "texte": "                            LA JEUNE BELGIQUE                                297\n\n    Comment, après cela, me mariai-je : voilà une chose qu'il m'est bien difficile\n de vous expliquer, par la raison que je ne l'ai jamais comprise.\n    Accusez-en, si vous voulez, la versatilité humaine, la faiblesse de la chair\n style biblique, les défaillances du cœur ou les beaux yeux de ma femme, vous\n aurez trouvé peut-être les coupables, sans éclairer un point qui, pour moi, reste\n toujours un insondable mystère.\n    Voilà bien l'instabilité de nos projets. J'avais pris des résolutions héroïques\n concernant l'avenir. Jamais, oh ! jamais, je ne me serais laissé prendre dans\n les lacs du mariage, et il a suffi que je rencontrasse ma femme, une après-midi\n de juillet, sur la plage à Ostende, pour que toutes mes volontés s'évanouissent\n comme une fumée légère dispersée par le vent. Je m'étais juré de rester libre,\n et niais comme les phalènes qui se brûlent les ailes à la flamme d'une bougie,\n je passai docilement sous le joug de l'amour.\n    Car je devins amoureux à lier ! Du reste, ma femme était bien la plus déli-\n cieuse créature qu'il fût possible d'imaginer, avec son petit nez rose troussé\n d'une chiquenaude, ses yeux fripons où il y avait un mélange délicieux de\n douceur et de malice, et les petits frisons dorés que la brise agitait sur son\n front, comme des papillons lutinant une fleur.\n    Je fis ma demande, que l'on agréa tout de suite ; il paraît que, de mon côté,\nj'avais aussi produit une impression favorable.\n    Bref, après des fiançailles de trois mois, on nous conduisit devant le maire.\n La cérémonie fut d'une longueur désespérante. Je n'ai jamais été plus nerveux\nque ce jour-là. Toutes ces gens qui nous regardaient sous le nez, avec des\n mines insolemment curieuses, m'horripilaient au suprême degré. Et puis les\ncompliments des invités, les larmes de la belle-mère, les sermons du beau-\npère, et au repas de noce, les toasts auxquels il faut répondre : ah! sandieu,\nquelles épreuves ! Au café, ma femme et moi, nous nous enfuîmes. J'avais\nretenu un coupé à la malle des Indes ; nous nous y installâmes, la locomotive\nsiffla et le train fila vers la Suisse, où allait luire sur nous la plus douce des\nlunes de miel. Pendant un mois nous menâmes une vie folle. Des amis com-\nplaisants nous avaient tracé un itinéraire qui nous renseignait les villes à voir,\nles lacs à traverser, les montagnes à gravir : par surcroît de précautions je\nm'étais muni d'un Baedeker, d'un Joanne et d'un Conty : mais nous ne sortîmes\npas de Bâle, et les deux promenades que nous y fîmes furent, à notre arrivée,\nde la station à l'hôtel, et au départ, de l'hôtel à la station. Aussi, pourquoi\ndonc nous avait-on donné une si bonne chambre ?\n   Quand nous revînmes à Bruxelles, nous trouvâmes notre petit hôtel délicieu-\nsement paré : mes beaux-parents avaient été généreux. Nous nous installâmes\ndans notre nid, nous rendîmes quelques visites aussi ennuyeuses qu'obliga-\ntoires, puis nous nous engageâmes résolûment dans la vie conjugale : ma femme\nprit la direction de sa maison, tandis que je retournai à la Bourse.\n   Tout marcha bien durant quelques mois, et dans le cercle de nos relations\non nous citait comme des modèles d'époux assortis. Ma femme était d'une\nremarquable douceur ; moi, j'avais le caractère emporté, vif, et de cette\nopposition de tempérament résultait une harmonie parfaite dans notre ménage.\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": " 298                        LA JEUNE BELGIQUE\n\n    Mais, pour mon malheur, le hasard me conduisit certain soir à la kermesse\nde Bruxelles, où, dans la foule des baraques alignées sur le boulevard, je\nreconnus tout à coup celle de la somnambule qui m'avait prévenu de ce que\nvous savez. Le cœur me bondit dans la poitrine, et tous les doutes affreux que\ncette prédiction avait plantés dans mon esprit s'emparèrent à nouveau de moi.\nJe me traitai d'idiot, d'imbécile, de coquecigrue, sans qu'aucune des injures que\nje me prodiguai ne réussît à me rendre la tranquillité que venait de détruire cette\nfuneste rencontre. Puis aux craintes terribles qui m'étreignirent, se mêlèrent les\nremords tardifs que m'inspirèrent les écarts de ma jeunesse, et dans mon imagi-\nnation affolée apparurent soudain les maris dont je m'étais gaussé jadis, qui, la\ntète baissée, à la façon des cerfs combattants, semblaient me menacer de la\npeine du talion !\n    Ce jour-là je fus d'une humeur de dogue. Je rentrai chez moi, me mis au lit\nà neuf heures, prétextant une migraine, et j'attirai la couverture sur mes oreilles\nen faisant mine de dormir. Mais je ne pus fermer l'œil durant la nuit entière.\nJ'eus des visions affreuses, où il y avait une multitude de myrmidons, dont la\ntête était ornée de cornes énormes, et qui dansaient autour de moi une ronde\neffrénée.\n    Quand le jour parut, je me levai et m'habillai le plus vite que je pus. Puis\nj'allai faire un tour de jardin en attendant le déjeuner. Lorsque ma femme des-\ncendit, elle s'informa de l'état de ma santé, et me voyant nerveux, me conseilla\nd'aller rendre visite à une tante qui habitait Boitsfort, prétendant que l'air et\nl'exercice me calmeraient. Je partis donc à cheval.\n    Mais voyez comme un homme saisi de méfiance peut être niais. A mi-che-\nmin, l'idée me prit que ma femme m'avait éloigné de Bruxelles dans quelque in-\ntention coupable, et mettant ma monture au galop, je revins en ville. Comme\nsi un démon perfide s'en mêlait, je tombai chez moi juste à point pour trouver\n ma femme attablée avec un de mes cousins, lieutenant d'artillerie, de passage\nà Bruxelles.\n    Je fus pris d'une terrible tentation de leur briser les membres à tous les deux,\ntellement je demeurai convaincu que la somnambule avait touché juste ; mais\nje sus me contenir, et parus aussi aimable que si la colère n'eût pas grondé\n dans mon cœur. J'expliquai ma présence en disant que pendant ma promenade\nj'avais été pris de l'irrésistible envie d'aller voir mes beaux-parents à leur\n château des Ardennes, et que je revenais préparer ma valise.\n    Quant à mon cousin, il me raconta comment il était arrivé inopinément chez\n moi, de retour du camp, et ajouta qu'il partait le soir même pour sa garnison.\n Vous imaginez bien que je n'en crus pas un mot. Le coquin, de complicité\n avec ma femme, espérait ainsi endormir mes soupçons. J'avais désormais mon\n opinion faite à leur égard, et mon plan arrêté.\n    Quand ma malle fut bouclée, je pris congé de mon cousin et de ma femme de\n l'air dégagé d'un homme qu'aucune mauvaise pensée n'agite, et me fis conduire\n à la gare du Nord.\n    Je laissai mon bagage au dépôt et j'entrai dans un hôtel voisin de la station,\n où je demandai une chambre. J'y passai toute la journée, arpentant la pièce\n"}, {"page_pdf": 388, "texte": "                            LA JEUNE BELGIQUE\n\n\nd'un pas fiévreux, murmurant des mots sans suite, des blasphèmes, des injures;\nm'arrêtant pour tendre le poing vers un ennemi invisible ; excitant ma fureur\npar le tableau que je me faisais des caresses passionnées qu'échangeaient ma\nfemme et mon cousin, ou pleurant comme un enfant à la pensée de mon bonheur\ndétruit. Quand la nuit vint je sortis de l'hôtel et je me dirigeai vers ma de-\nmeure.\n   Ayant toujours sur moi la clé de la porte, je pus entrer sans être entendu,\nmais comme je mettais le pied sur la première marche de l'escalier conduisant\nà ma chambre à coucher, je rencontrai la carriériste, qui poussa un léger cri en\nme voyant :\n   « Monsieur !...\n   — Pas de bruit, entends-tu, et dis-moi où ils sont ? . . .\n   — Quoi, monsieur sait ? . . .\n   — Je sais tout !... Où sont-ils ?...\n   — Madame a dit qu'ils coucheraient dans la chambre de monsieur et de\nmadame. »\n   Je pensai défaillir! Dans notre chambre, dans notre lit conjugal !!! A quel\ndegré de cynisme ma femme était-elle donc descendue! Cette pensée me don-\nnait le vertige, comme de contempler un gouffre.\n   « Madame sera bien surprise, reprit la camériste, car monsieur n'était\npas attendu. »\n   Je regardai la fille : se moquait-elle de moi ?\n   « C'est bien, lui dis-je, allez vous coucher. »\n   Elle me souhaita le bonsoir et disparut.\n   Quant à moi, je gravis rapidement l'escalier, et j'arrivai devant ma chambre\nà coucher. La porte était entre-bâillée. Avant d'entrer, je voulus voir. Sur la\ncheminée une petite veilleuse s'éteignait, et sa lumière mourante éclairait fai-\nblement l'alcôve, où je distinguai les formes confuses de deux corps. Ma fureur\nalors ne connut plus de bornes. Comme un tigre blessé je bondis vers le coquin\nqui me volait mon honneur, et dans un accès de rage indescriptible, je le saisis\npar la tête et le lançai hors du lit!\n   J'allais me précipiter sur ma femme, quand des cris aigus éclatèrent : « Au\n secours !... A l'assassin !!!... »\n    Au même instant la veilleuse s'éteignit.\n    Alors dans l'obscurité commença une lutte folle. Je me sentis saisi à la gorge,\ntandis que deux mains de femmes me labouraient la tête de coups d'ongles. Je\n me défendis vigoureusement, lançant au hasard des bourrades qui souvent me\ndégageaient pendant quelques secondes. La mêlée durait déjà depuis quelques\n minutes quand, attirés par les cris et le bruit, des domestiques parurent avec de\n la lumière et se jetèrent entre nous\n    Horresco referens! Je reconnus alors ma folie, car ceux que j'avais surpris\n ainsi, c'étaient      mon beau-père et ma belle-mère !\n    Ils étaient arrivés quelque temps après mon départ, et ma femme leur avait\n cédé notre lit                                                  ,                -\n    Ma belle-mère ne m'a jamais pardonné !                         MAX MARC.\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": "300                           LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n\n                                    DEMANDE\n                                       I M I T E D E GRUN\n\n              Dis-moi, quand brille au ciel le blanc chœur des étoiles,\n              Vierges au front serein rayonnant sous leurs voiles,\n              Lequel de ces soleils s'allume le premier,\n                            \"Et lequel s'éteint le dernier ?\n              Dis-moi, quand sur la mer les vagues tourmentées\n              Roulent, plaintives, l'une après l'autre emportées,\n              Lequel de tous ces flots soupire le premier,\n                           Et lequel gémit le dernier ?\n             Dis-moi quand dans un cœur les divines tendresses\n             Èclosent sous le feu renaissant des caresses,\n             Lequel de ces amours y fleurit le premier,\n                          Et lequel y meurt le dernier ?       FFRÉDÉRIC\n                                                                 R É D É R I C BATAILLE\n                                                                                BATAILLE.\n\n\n\n\n                          UNE AMOURETTE\nCelle que j'aimais — qui m'aimait, —               Et je l'adorai. Ce fut elle\nOh.' je la vois encor — sereine,                   Qui m'inspira le goût des vers,\nDans ses cheveux le soleil met                     Et d'aller dans les sentiers verts\nDes tons fauves, — d'ocre ou de sienne,            Piper quelque rime rebelle.\nJe la vois encor. — Ses beaux yeux                 Et sur le violon qui m'a,\nOù luit toujours un peu de rêve,                   Jusqu'à présent, servi de lyre,\nOnt la couleur, l'éclat des deux ;                 Détonnant de plusieurs coma,\nSes doigts sont longs, sa bouche est brève.        Je l'ai chantée avec délire !\n Un soir d'août sa tète confuse                    Parfois, sous l'archet : bing ! — Crebleu !\n Sur mon épaule s'inclina,                         La chanterelle était au diable !\n Et tous les baisers dont on use,                  Tel l'amour — duo pitoyable —\n Ma lèvre alors les lui donna.                     Finit souvent au beau du jeu.\n Les premiers ! car avant, sauvage,                Souvent quand, vainqueur, on attaque\n Certain soir que j'avais voulu,                   Le zforzendo le plus viril,\n Le cœur battant sous son corsage,                 La corde se casse et vous claque\n Elle avait dit, l'air résolu,                     Une cinglade en plein profil :\n Qu'elle entendait venir Annette,                  Notre amitié, grande, éternelle,\n Que c'était très mal, qu'il fallait               Qui dura quatre mois — c'est long! —\n Prendre garde à sa collerette;                    Finit comme une chanterelle\n La fière enfin capitulait.                        El comme un air de violon.\n                                                                    EDOUARD RONVAL.\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "                                   LA J E U N E BELGIQUE                                   301\n\n\n\n\n                       CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n  L'Art est rationnel, par Emile Leclercq. I vol. Bruxelles. Lebègue. fr. 3. — La littéra-\n    ture nationale. —La Servante, par Caroline Gravière, 1 vol. Bibl.Gilon, fr. 0-60. —\n    Le Chant des Belges, 1 vol. Bruxelles. Lebègue. fr. 1-50; Au drapeau, par J. Seressia.\n    — Dictionnaire géographique belge, par C. L. C. Hochsteyn. I vol. Bruxelles, fr. 4.\n    —Dictionnaire géographique européen, par C. L. C. Hochsteyn. 1 vol. Bruxelles, fr. 4.\n    — Suppléments périodiques, 50 centimes. — Réveillez Sophie! par Chavette. I vol.\n    Paris. Marpon et Flammarion, fr. 6. — Le serinent religieux eu Angleterre. par\n     Roger de Goey fr. 0.50.\n      Si le nouveau volume de M. Emile Leclercq n'avait d'autre but que de prouver l'axiome\n  de son titre : fart est rationel, on pourrait accuser l'auteur d'enfoncer une porte ouverte\n  depuis des siècles. Il est incontestable que l'art est rationnel, qu'il se développe logique-\n  ment, qu'il a ses causes et que ses évolutions ne sont pas le simple produit du hasard et\n  des fantaisies des artistes, mais qu'elles viennent à leur heure comme toutes choses. Le\n  naturalisme, par exemple, est absolument le résultat logique de notre époque avide de\n  positivité. La fiction pure cède la place au document, cette bête noire des idéalistes, de\n  même que la manière, l'exécution, la facture deviennent, dans tous les arts, plus carrées,\n  plus franches, se débarrassent du fion d'autrefois, du léchage à outrance, et s'efforcent de\n  réaliser ce vœu, qu'exprimait Emile Zola : « Je voudrais que l'expression ne dépassât point\n  la sensation ». C'est ainsi qu'aujourd'hui l'artiste tente de peindre ce qui est, non ce qui\n  devrait ou pourrait être, et s'il est vrai que l'art est un coin de nature vu à travers un tem-\n  pérament, s'il est vrai que chaque peintre a sa vision spéciale, au moins s'efforce-t-il,\n  sinon d'abdiquer son tempérament, d'en refréner les fougues au bénéfice de la réalité pure.\n      Cela est arrivé ainsi parce que cela devait arriver, parce que après les fusées du roman-\n  tisme, devait venir un art plus reposant et plus sain.\n      C'est l'historique de toutes ces phases de l'Art, qu'avec une grande érudition et des vues\n  très élevées, trace M. Emile Leclercq.\n      Tour à tour il envisage, au point de vue de la; logique des choses, les fluctuations de\n  l'architecture, de la sculpture, de la peinture et de la littérature. S'il en a la compétence, il\n, eût dû, pour être complet, consacrer une cinquième partie à la musique, dont la marche\n  concorde si bien avec celle des autres arts, mais c'est œuvre spéciale à faire et M. Leclercq\n  n'a peut-être pas voulu sortir de son domaine, si large déjà.\n      Il se trompe, par exemple, lorsqu'il aborde la grande et litigieuse question du natura-\n   lisme en littérature. « A en croire les naturalistes, dit-il, il n'y a plus rien de naturel que\n   « ce qui est bas et vil. Les parfums sont considérés comme choses idéales ; on n'admet plus\n   » que les odeurs. Le rance et le nauséabond ont leurs historiens et leurs poètes. Il n'y a\n   « plus que dans les taudis qu'on trouve des colorations savoureuses; il n'y a plus que chez\n   » les êtres sans conscience, dégradés, pourris dans les vices répugnants, que l'art découvre\n   » des idées neuves et des passions originales à reproduire. L'amour est considéré comme\n   » le contact de deux épidermes, et l'on oublie, en prenant au sérieux ce mot de Chamfort,\n    » la première partie de sa phrase, qui lui ôte tout caractère brutal : « L'amour est l'échange\n    » de deux sentiments... » Du moment qu'on ne se vautre pas dans quelque boue, on n'est\n    « pas vivant. »\n       Faut-il énumérer les hommes et les œuvres pour détruire ce préjugé? Faut-il citer les\n   Goncourt, Flaubert, Stendhal, Lemonnier, Daudet, Cladel, et tout récemment Edouard\n    Rod et Pierre Lano; faut-il rappeler la Faute de l'abbé Mouret, la Conquête de Plassans,\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "  302                            LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n une Page d'Amour et la simple annonce du Bonheur des Dames; faut-il citer enfin,\n Gabrielle Hauzy, l'Histoire intime d'un homme, Maison tranquille, l'Histoire de deux\n Armurières, pour prouver à M. Emile Leclercq qu'on peut faire, qu'on fait des œuvres\n vivantes, sans se vautrer dans quelques boue?\n   Arrivons aux conclusions du livre : » L'art se meut dans le champ des variations\n » humaines. En dehors de ces variations, de cette activité incessante, il manque de point\n » d'appui et tombe dans le vide.\n    « Il est une émanation, un reflet, un écho, une conséquence. L'art est aussi nécessaire\n « à la nutrition morale de l'homme que l'homme et la nature lui sont nécessaires pour\n « toutes ses manifestations\n    » Quelles que soient les formes qu'il affecte, l'art est donc toujours rationnel, parce qu'il\n » est le résultat d'une situation qu'il ne peut créer ni détruire, quoiqu'il aide, dans une\n « certaine mesure, à créer ou à détruire les situations. »\n   Tout cela ne pouvait être ni mieux dit, ni plus hautement pensé.\n\n                                              II\n   Nous recevons la lettre suivante d'un jeune écrivain que nous avons attaqué un peu\nà la légère dans notre dernière Chronique. Cette lettre est l'explication d'une étude\nlittéraire que nous avons mal comprise ou qui était peu claire en elle-même. Puisque elle\nn'est pas blessante pour nos écrivains, puisqu'elle ne tend pas le moins du monde à nier\nle chemin parcouru ou les efforts faits — c'est l'auteur lui-même qui nous l'affirme, — il\nne nous reste qu'à regretter de nous être si délicatement mis le doigt dans l'œil, avec celte\ndouce conviction que cela nous arrivera sans doute quelques fois encore :\n\n                                                                  Paris, ce 20 août 1882.\n                             Monsieur,\n    On me communique à l'instant un exemplaire de la Jeune Belgique contenant une\n critique de mon étude sur la Difficulté d'une littérature nationale.\n   Je ne vous écris pas pour défendre mon article au point de vue littéraire. Votre appré-\n ciation pouvait être sévère. On n'est pas disposé tous les jours : l'article en effet est mal\n venu et j'ai eu l'occasion, non de le renier, mais d'exprimer mon peu de satisfaction bien\n longtemps avant son insertion.\n   Je tiens simplement à vous dire que vous m'avez mal lu. Je n'ai pas écrit que sans langue\nnationale nous ne pouvions pas avoir de littérature nationale. J'ai voulu démontrer que\nparlant le français, nous subissons, plus que tout autre peuple, l'influence de la France,\n Ceci ne veut pas dire que nous ne puissons avoir en Belgique des talents originaux. J'ai\n eu soin de déclarer que la valeur de nos auteurs belges ne prouvait rien en l'espèce. Mais\nles productions belges ont-elles un caractère spécial, nettement accusé comme la littérature\nallemande ou la littérature espagnole? Evidemment non. Nos écrivains tout en dégageant\nleur personnalité, font de la littéraatre française. Votre talent est très français, il n'en\nsaurait être autrement, quant à présent.\n   J'espère que nous sommes d'accord et que vous voudrez bien rectifier, ou tout au moins\ninsérer ma lettre. Vous le ferez avec d'autant plus d'empressement que je suis jeune, très\népris de littérature et surtout pas eunuque. Je suis un peu connu au contraire — pas sous\nle nom de Nautet — pour avoir la tête près du bonnet. J'applaudis aux efforts de la jeu-\nnesse belge et je suis si loin de nier son existence que j'ai remis, il y a quelques jours,à un\nconfrère parisien des notes sur les jeunes écrivains belges, Rodenbach, Giraud, Ver¬\nhaeren, Waller etc.,etc. Ces notes formeront un article qui paraîtra dans le Réveil dans e\ncourant du mois.\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "                                LA   J E U N E BELGIQUE                                 303\n\n   Un mot encore. Vous faites allusion dans votre article à un écrivain qui n'est pas de\nnotre génération et dont la personnalité est très discutée. Permettez-moi de vous dire\nqu'on est injuste à son égard. Ce n'est pas le moment d'ouvrir un débat, mais je puis vous\naffirmer que le critique en question professe des idées très-larges, une grande tolérance et\nque loin de répudier les jeunes il sait encourager ceux là même qui ne partagent pas ses\nvues.\n     Agréez, etc.\n                                                                       F. NAUTET.\n\n                                              III\n\n   Caroline Gravière n'est pas morte pour nous. Elle se survit dans ses œuvres délicates où\nelle a répandu tout le sang de son elle. « Je souhaite, disait Camille Lemonnier quelque\ntemps après la mort de Caroline Gravière, je souhaite que quelqu'un reprenne son œuvre,\nlivre par livre; il y a là l'histoire d'un cœur bien intéressante à faire. Ce cœur appartient\nau public, puisqu'il s'est publiquement confessé ; rien n'empêche donc qu'on l'étudié dans\nses erreurs et dans ses vérités. Mais cette étude devrait avoir pour corollaire l'histoire, non\nmoins curieuse à débrouiller, de ce cerveau si pleinement actif, qui naît à travers une\ncondition bourgeoise, se développe à travers les préoccupations de la famille et arrive à\nla maturité à travers l'indifférence d'un pays où écrire est presque un vice. » Cette his-\ntoire, un jour, un de nous l'écrira, lorsque mis en lumière par le temps qui dégage les\nignorances, le grand talent de Caroline Gravière sera mieux compris et mieux apprécié. Il\ny a dans la Servante, qui n'est pour nous qu'un prétexte pour saluer une grande ombre, des\npages où vit toute entière la plume subtile de la disparue. Une fois de plus, elle a mis en\nprésence les deux castes ennemies : la noblesse qui tend à s'éteindre et la plèbe qui tend à\nresplendir. Sans fustiger l'une, elle a rendu hommage à l'autre et dans des lignes toutes\nchaudes de vie, revendiqué les droits du cœur au dessus des inégalités sociales. Dans trois\npersonnages elle a incarné trois sociétés. La vieille fille M lle de Meerbeke c'est l'ancienne\nnoblesse qui méprise, le comte de Marcellis, c'est la saine noblesse qui s'éclaire, Lisken,\nc'est le peuple qui s'élève.\n   La Servante est un bon et grand livre. Fait de sentiment, il émeut; écrit d'art, il\ndélecte.\n                                              »*\n   Au milieu des fanfares cuivrées de nos fêtes populaires, des festivals et des foires, il\nn'est pas inutile que les lettres rappellent nos gloires patriales et chantent le passé. C'est\ndans ce but que M. Seressia publiait il y a deux ans Le chant du Belge où dans des\nstrophes patriotiques il rappelait à la jeunesse les lueurs de notre liberté César — Attua¬\ntuea— La féodalité —Jacques d'Artevelde — Les Franchimontois — Christine de La¬\nlaing — La Ruelle — Anneessens, etc.\n   Aujourd'hui il nous adresse des couplets de cantate et un morceau patriotique Au dra-\npeau rimé sur la musique de M. F . Felder; ces choses ne peuvent faire que du bien à la\njeunesse à qui elles sont dédiées.\n\n\n   Peut-être n'est-il pas tout à fait du ressort de la Jeune Belgique de parler des deux\nouvrages que nous venons de recevoir : le Dictionnaire géographique belge et le Diction-\nnaire géographique européen, de M. L. Hochsteyn, mais l'utile intéresse aussi nos lecteurs\net nous ne pouvons assez recommander ces recueils, aussi nécessaires aux administrations\nqu'aux touristes et autres animaux curieux. Ils y trouveront la nomenclature complète des\nstations ou gares et haltes, des bureaux postaux et télégraphiques situés sur le parcours de\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "                                   LA J E U N E       BELGIQUE\n  304\ntous les chemins de fer de l'Europe continentale et insulaire, tout cela rédigé, distribué et\nclassé d'après les documents officiels des administrations.\n   Pour ceux qui, comme nous, n'ont qu'une idée très fantaisiste de la géographie, ces deux\nlivres ne feront pas mal dans un petit coin de bibliothèque où les crasse ignorances seront\nparfois bien heureuses de les découvrir.\n                                                 »»\n   Réveillez Sophie ! par Eug. Chavette.\n   Nous ne connaissions Eugène Chavette que par ses œuvres humoristiques et piquantes,\npleines de ce vieil esprit gaulois qui tend à disparaître.\n   Mais nous ne nous doutions pas que le spirituel nouvelliste était doublé d'un romancier.\n   Sou dernier ouvrage : Réveillez Sophie! est un chef-d'œuvre d'intrigues. Les principales\nscènes se déroulent dans cette terrible Guyane française où le lecteur suit, avec Chavette,\nles péripéties sans nombre d'une succession d'aventures émouvantes, dont le dénouement\nse passe à Paris. Les héros de ce roman nous rappellent les plus intéressantes créations de\nCooper.\n\n\n\n   M. Roger de Goey nous adresse une très intéressante brochure intitulée : le Serment\nreligieux en Angleterre, la reproductton d'une conférence qu'a donnée l'auteur à Bruxelles,\nà Anvers, à Liège et à Charleroi, successivement, sur ce sujet qui défraie les discussions\ndes gens graves. Écrite dans un sens vraiment libéral, cette brochure fait l'historique de\nla question avec une grande largeur, presque de la fougue, et nous félicitons vivement\nM. de Goey de l'avoir conçue et écrite.\n                                                                             MAX   WALLER.\n                                               * *\n   BIBLIOTHÈQUE GILON : Les deux derniers volumes parus: Un jeune poète à Paris,\n de RENÉ GANGE, et Monsieur Thiers de T. JUSTE, sont tous deux dignes d'être lus.\n Sans vouloir approuver complètement les idées émises par M. René Gange, le talent à\nnotre avis, devant toujours se faire jour, nous croyons qu'il se pourrait présenter un cas\nidentique à celui de ce jeune poète, mais la chose doit être si rare à notre époque surtout,\nque l'on a peine à croire à la vraisemblance de son récit qui d'ailleurs est écrit avec beau-\ncoup de facilité et d'élégance. Le style très châtié nous promet, car René Gange doit être\njeune, un aimable conteur, plein de verve et d'esprit. L'éloge du talent de M. Juste\nn'est plus à faire; il nous suffira donc d'annoncer simplement que c'est de Thiers qu'il\nparle, pour être certain que son nouvel ouvrage aura grand succès.\n   Notre collaborateur Max Waller, a parlé, dans un précédent numéro, des Revues de Con-\ncours, ces sangsues littéraires. Le reproche qu'il leur adressait de faire de la littérature (?) à\nautant le mètre, ne peut certes pas être adressé à la Revue critique de Paris, un vaillant\njournal, rédigé par des jeunes et des vieux. Dans l'avant-dernier numéro le dandy Barbey\nd'Aurevilly publie une étude inédite : \"Une exposition d'avant garde\" qui a été refusée\nau Figaro, et de temps en temps les Théodore de Banville, les Paul Bourget, les François\nCoppée, les de Marthod, entr'ouvrent leurs portefeuilles pour y puiser quelque page iné-\ndite à l'intention de la Revue critique. Voilà comment il se fait qu'actuellement ce journal\nest un de ceux que nous nous plaisons le plus à recommander. (Rédacteur en chef :\nEMILE MAX, 50, rue des Bernardins, Paris).\n                                                                               AI.B.   ORTH.\n\n\nBruxelles. — Société Générale d'Impr., de Distrib. et d'Affich., 1, rue d'Arenberg. — J. GOSSAERT.\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": "                            Vente en gros aux mêmes-\nCIRAGE JACQUOT ET JACQUAND. prix et conditions qu'à Paris,\nH . et F . VAN G H E L U W E , 4, rue Agneessens, Bruxelles\n\n                 Propreté, économie, allume-feu sans pareil. On allume\nPLUS DE COPEAUX. 40 fois son feu pour 15 centimes; le paquet de 40 feux,\n15 cent. Le demander chez tous les épiciers, droguistes, etc. Seuls dépositaires pour la\nBelgique et la Hollande, H. et F . VAN G H E L U W E , 4, rue Agneessens, Bruxelles.\n\n                      rue de l'Evêque, 14, à Bruxelles. — Ce\nAUX HALLES CENTRALES. restaurant, avantageusement connu pour la\nmodicité de ses prix et sa cuisine bourgeoise, rappelle au public que l'on peut toujours y\ntrouver, pour 1 fr., un dîner on souper composé de : 1 potage, 2 plats viande et légumes. —\nPension : 70 francs.\n\n                                              EN I e r E T 2' RANG, A 4 l / 2 E T 5 ° / 0 .         —     ACHAT\nCAPITAUX A PLACER                             N U E S - P R O P R I É T É S E T RENTES VIAGÈRES.\n  S'adresser J. H U E T , boulevard du Nord, 17, Bruxelles.\n\nRestaurant du S P O R T , 68,Ouverture\n                              BOULEVARD DU NORD, B R U X E L L E S .\n                                       le 21 mai par Ad. COUCOGNE ,\nex-maitre d'hôtel des premières maisons deBruxelles et d'Ostende.\n  Dîners à prix fixe et à la carte. Vins des meilleurs crûs. 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Rien de commun avec la Chaussure Améri-\n                                                          caine.\n"}, {"page_pdf": 395, "texte": "   DATE COFFEE\n                                                  Ce café, tant recommandé par\n                                               les médecins les plus célèbres de\n                                               tous les pays,\n\n\n                                             NE COÛTE PLUS RIEN\n     Son prix est remboursé par des billets que vous pouvez\n     immédiatement utiliser comme argent comptant.\n       En vente chez les principaux négociants de la Belgique, en\n     boîtes de fer-blanc, au prix de fr. 1-50 et 1-88 le 1/2 kilog, boîte\n     comprise. Les boîtes vides seront reprises à raison de 10 centimes\n     pièce. — Pour le gros, s'adresser à T H E B E L G I A N D A T E\n     C O F F E E C° (Limited), 35, rue de Malines, Bruxelles.\n\n     A LA BASCULE                                          FABRIQUE D'APPAREILS D'ÉCLAIRAGE\nAntienne Maison HEYMANS, hameau de Vleurgat (Uccle)\n             2 et 4, coin de la chaussée                             4 5 , RUE DES CHANTEURS\n     de    Waterlao,    près du bois de la   Cambre\n                       RÉOUVERTURE                            PRÈS LA GARE DU NORD,      BRUXELLES\nDE        L'ESTAMINET-RESTAURANT                                     G. SCHOONJANS\n     par Ferdinand V A N D E R R I V I È R E               Lustres, Suspensions, Candélabres,\nGrande salle de 200 couverts pour banquets, dîners\n  de noces et fêtes de sociétés. — On prend des\n                                                            Girandoles, Lanternes, Pendules,\n  pensionnaires.                                            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GOSSAERT.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1882-09-01", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 376."}}