{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "/ LA JEUNE BELGIQUE PARAISSANT LE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE Le Scribe ALBERT", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 396, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 260, "texte": "LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                 PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n\n    2me Année                     N° 2 0 — Ier Volume            15 Septembre 1882\n\n\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE Le Scribe ALBERT GIRAUD. 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NAUTET.\n       Ernest d'Hervilly                                    COQUELIN CADET.\n       Décadence                                           CHARLES GROS.\n\n       Nos POÈTES. — Georges Rodenbach                     M A X WALLER.\n       Les Vieilles Lunes                                  JULES DE BAUGNIES.\n       CHRONIQUE MUSICALE : — P a i s i f a l               IWANGILKIN.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Le Numéro : 25 cent. —", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 396, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 893, "fin_caractere_exclue": 1597, "texte": "Le Numéro : 25 cent. — Étranger : 30 cent.\n        Se trouve chez les principaux libraires et marchands de journaux de la Belgique\n                                         et de l'Étranger\n    Les annonces sont reçues exclusivement à la Compagnie de Publicité et d'Émission,\n                           Rue du Fossé-aux-Loups, 32, Bruxelles\n\n\n\n                                          BUREAUX\n\n                     LIEGE                                         GA N D\n     29,    R u e Hemricourt, 29                       65, R u e des Champs, 65\n\n                                   BRUXELLES\n                           81, R u e de la Madeleine, 81\n                                                1882\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Lecteurs, au scrutin !", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LECTEURS, AU SCRUTIN ! Le poil", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES F. B.,", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 397, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 906, "texte": "LECTEURS, AU SCRUTIN !\n   Le poil que nous avons annoncé dans notre dernier numéro, res-\ntera ouvert jusqu'au 30 octobre. Le I er novembre, nous en publie,\nrons le résultat. Tous nos lecteurs sont invités à y prendre part.\nLes nombreuses lettres que déjà nous avons reçues, et auxquelles\nnous sommes forcés de répondre en bloc, nous ont prouvé combien\nsont étroits les liens de sympathie qui nous unissent à nos abonnés.\nNous voulons qu'ils se resserrent davantage encore. La Jeune Belgi-\nque doit être une grande famille où chacun a son mot à dire quand\nil s'agit d'agrandir et d'aménager la maison. Nous avons vu avec\nplaisir que si notre franchise d'allure en a blessé quelques-uns, la\nmasse des jeunes et des fervents est avec nous.\n    Nous publierons le I er octobre, deux sonnets inédits, tirés des\nBlasphèmes, le prochain volume de Jean Richepin.\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES F. 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Nous\nattendons curieusement les livres annoncés et vous serrons bien cordialement la main.\n    Camille. —Avez-vous déjà entendu Va/freux gémissement d'une morte ? Eh bien,\nmoi non plus. Il est possible que cela rende pâle et sombre mais ce n'est pas prouvé.\nAbandonnez donc toute cette terreur de convention. A la rigueur, on peut s'appeler\n Camille et ne pas faire d'imprécations. Vos vers sont bien venus, la rime jouit d'une hon-\nnête aisance. Il vous suffira de dire simplement des choses senties et, si vous voulez\n collaborer à la Jeune, de vous y abonner. C'est là une condition primordiale et à la portée\n de toutes les intelligences     et de toutes les bourses.\n    G. D. E. — Je suis sûr que vous êtes de cet avis, cher poète ; eh bien alors, prêchez\nd'exemple et ne nous forcez pas à répéter cent fois la même chose : nous ne publions que\nles abonnés. A bientôt donc.\n   F. M. Ille-et-Vilaine.—       Envoyez bien vite la nouvelle annoncée. Nous rêvions pré-\n cisément de terminer l'année par quelque œuvre de longue haleine.\n    E. S., à Gand. — Votre aimable rondeau sera du prochain. Mensuelle ou bi-mensuelle,\nl'augmentation de page sera la même.\n   Julio. — Nous prenons les Vieilles Limes, les Triolets d'un Chat, et vous attendons\n impatiemment.\n   Joseph Jezer, à Herstal.— Nous voudrions vous donner mieux qu'un conseil, Monsieur,\nquelque chose comme une promesse d'insertion. Votre style est assez limpide et harmo-\nnieux. Vos vers sont corrects. Pourquoi diable traitez-vous des sujets usés jusqu'à la\ncorde ? N'avez-vous rien de plus neuf dans votre sac ? Positivement il n'y a que les très\njeunes pour faire si vieux que cela.\n   L. B., à Lorient. — Reçu votre bonne lettre et le mandat. Merci.\n   E. T., à Besançon. — Il sera fait selon votre désir, cher rédac. Cordiale poignée\nde main.         Un nouvel abonné nous adresse le joli bulletin de souscription que voici :\n                              B A L L A D E AU BOUTIQUIER\n                                                                      II\n        Quoi! vous avez eu cette audace:             Car une œuvre qui se respecte\n       Augmenter le Prix du journal/...             Ne doit pas être à bon marché,\n       Eh bien ! pour une jeune race                Et c'était la re?tdre suspecte\n       Le tour n'est vraiment pas trop mal!         Que de sortir de ce cliché\n        Votre mesure est convainquante,             Mais, qu'elle reste conséquente,\n       Et, ceci soit dit entre nous:                Ne trouvez plus le prix trop doux :\n       O était trop peu trois francs cinquantet     Si c'était peu trois francs cinquante\n       Mieux vaut se coter à cent sous.             Ne dépassez pas les « cent sous v.\n                      ENVOI :                                    RÉPONSE :\n       Rédacteurs d'humeur trafiquante,             Monsieur, Il chose est convainquante :\n       Vous me voyez à vos genoux,                  En détrônant le Trois-cinquante\n       Je ne fus pas du Trois-cinquante,            Nous jurâmes de vivre sous\n       Mats je viens m'inscrire à cent sous.        Le règne éternel des Cent-sous-\n                             JULES GILSON.                              LA RÉDACTION.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 305, "page_fin": 307, "titre_corps": "Le Scribe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "LE SCRIBE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 398, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 108, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "LE      SCRIBE         (1)\n\n\n   Jean ouvrit la fenêtre, et regarda.\n   L'orage imminait. De livides nuées se hâtaient vers le haut ciel\n d'un argent sale ; et l'agonie céleste, noire et pâle, baignait les choses\nde ses lumières tristes.\n   Le long des trottoirs, bruyait la fuite des promeneurs, le cla-\nquement des portes, le heurt des tables et des chaises que les garçons\nde café rentraient.\n   Un soudain silence éclata sur les toits ombrés par l'ascension des\nnuages, et dont une ardoise, çà et là, luisait étrangement. Puis, le\njour noircit encore. La rue sombra dans l'obscurité, et les flèches de\nl'Hôtel de Ville, sur l'horizon couleur d'encre, s'enlevèrent blanches.\n   Brusquement l'averse tomba.\n   Jean restait accoudé, bayant aux humides musiques de la pluie.\nEt c'était la chanson, dissonnante et douce, de l'eau qui battait les\nvitres, de l'eau qui gargouillait dans les plombs, de l'eau qui dan-\nsait en bulles sur le pavé, de l'eau soulevée par la rage du vent, et qui\nrepleuvait ailleurs en rafraîchissante poussière.\n   Jean songeait.\n   Il venait de tracer : fin, au bas de son livre. Sa tête, glorieuse\nencore de sa victoire sur l'Idée, se calmait sous l'attouchement de la\nnuit, comme sous un baiser de bouche froide. Une lâcheté physique\nl'amollissait. L'âme sommeillante, et la chair heureuse, il s'abandon-\nnait à l'intense plaisir de vivre.\n   La pluie continuait, plus lente, toujours. Son perpétuel égouttis\nsonnait égal sur les pierres. Et cette monotonie semblait exprimer\nune fatalité.\n   A quoi bien écrire, se disait Jean. A quoi bon le travail, le ploi\nsous une pensée? Etre double, un qui agit, un qui regarde; un qui\nadore, un qui ricane, Méphistophélès et Faust; devenir l'espion, le\nparodiste de soi-même, perdre la béate et primitive inconscience, à\nquoi bon?\n   Imbécile, qui laisses la chose pour le mot ! Si Pan te sollicite,\ntrempe-toi dans ses énergies, précipite-toi dans son vertige, abdique\nton intelligence, pour t'absorber dans la bestiale Nature, mais ne la\ntraduis jamais par la plume, et ne préfère pas, au soleil des cieux,\nles flammes pâles du Verbe ! A l'action, te dis-je ! Et si tu crois à la\n\n (1) Extrait d'un roman qui paraîtra sous ce titre.\n     15 Septembre 1882.                                           20\n"}, {"page_pdf": 399, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "  306                     LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n beauté plastique, ne caresse pas le galbe des phrases : flatte la\n hanche des femmes! A l'action! Et si ton cœur palpite aux vaillances\n guerrières, à l'orgueil des cuivres qui sonnent, — brûle tes poètes, et\n va-t-en au loin, vers les combats et les voluptés du meurtre, et tue,\n tue, tue, — jusqu'à ce que ta tête se fende sous l'éclair d'un sabre,\n et que, le soir, ton dernier regard surprenne le soleil cruel s'allonger\n sur les cadavres, et lumineux vampire, boire leur sang de ses lèvres\n d'or ! A l'action, à l'action, te dis-je !\n   Mensonge! répliquait Jean, traversé d'une subite révolte. Le mot\n évoque la chose, — plus belle. Ne nie pas le mot, car tu en as peur.\n Le mot, c'est du mouvement, du son, de la couleur. Un mot, et\n comme Rubens, je fouette les airs de la chute furieuse des mauvais\nAnges ! Ce sont des mots que Don Juan murmurait aux religieuses\n dans un cloître, et qui chassaient l'amant céleste de leur poitrine\nvierge! D'un mot je peins les orients rouges et les enfers phospho-\n rescents. Avec des syllabes nombrées, avec l'amoureux baiser de\ndeux rimes, des mots, des mots, — je figure une femme devant\nlaquelle Praxitèle et Phidias briseraient leurs marbres, et dont le\nfantôme ferait crier ta luxure ! Un mot suffit au Christ pour chan-\nger la face du monde! Le mot descendit en langue de feu sur les\napôtres ! Sans le mot, la chose ne serait pas ; et c'est un mot divin,\nFiat Lux ! qui créa la lumière !\n   Dompter le mot : être Dieu !\n   Mais Jean était-il sûr d'avoir asservi le Verbe ? E t le livre achevé,\nqui posait là, sur la table, possédait-il cette mystérieuse puissance? Il\nfallait relire. Mais au moment de saisir les feuillets, une crainte l'en-\nvahissait, le clouant sur place.\n   Enfin, il surmonta son angoisse,ferma la fenêtre, alluma sa lampe,\net parcourut le manuscrit.\n   A la première ligne, il découvrit une réminiscence, et puis une\nautre, une autre encore. Il éparpillait autour de lui les pages, hagard\ndevant l'écroulement de son rêve. Cette image appartenait à Hugo,\nce vers à Leconte de Lisle, cette strophe était jumelle d'une strophe\nde Baudelaire. E t celui-là surtout se reflétait dans le poëme.\nTout à coup Jean se rappela que l'idée-mère de son œuvre était un\nsonnet des Fleurs du Mal. Et pourtant, il conservait un doute. Il\nrelut, derechef. Alors, cédant à l'éblouissante évidence, il demeura\npenché sur la table, les poings au menton, dans un silence.\n   Oh oui! il avait dompté le mot, maintenant ; et il était Dieu,— un\nDieu plagiaire. Les strophes imitées lui sonnaient aux oreilles sur un\nton qui psalmodiait, interminablement. Et les livres qui dénonçaient\n"}, {"page_pdf": 400, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "                         LA JEUNE BELGIQUE                           307\n\nsa faiblesse gisaient là, ouverts, sous la lueur tranquille de la lampe,\navec une indifférente ironie.\n   Dans une rage, il agrippa les volumes. Non ! il n'était pas un pla-\ngiaire. Le tempérament de Baudelaire ressemblait au sien. Le poète\ndes Epaves exerçait sur lui une diabolique possession, que nul exor-\ncisme ne guérirait. C'était à croire que, par une lugubre mystification\nd'outre-tombe, Baudelaire guidait la main de Jean quand il écrivait.\nNon, il n'était pas un plagiaire. Cette œuvre qu'il allait détruire\nétait de lui, bien de lui. Des pages en étaient stylées avant sa pre-\nmière lecture des Fleurs du Mal. Et parce que ses sensations corres-\npondaient à celles de Baudelaire, on lui défendait de les traduire, et\nses strophes — la chair et le sang de son intelligence, — il n'oserait pas\nles publier! Et il renfermerait en lui toute cette vie qui l'étouffait ?\n Non, il n'était pas un plagiaire. C'était Baudelaire qui le volait !\n    E t le volume alla briser ses coins en maroquin contre le mur.\n    Jean ne plierait pas. Il recommencerait demain. Il se souviendrait\n du Tiepolo, dont la moindre esquisse rappelait le Titien, et qui, pour\n échapper à l'influence magistrale, se fit une palette si outrée et si\nfurieuse, qu'on frissonne devant la colère de ses tableaux. Lui impro-\n viserait un nouvel idiome, exaspéré, qui témoignât de la perver-\n sion de son génie. Il serait le despote des âmes.\n    Ainsi cette nature extrême se préparait. Pour atteindre au but, il\n acceptait tout, même la mort.\n    Tout à coup, il se souvint d'un drame auquel il avait assisté, dans\n la forêt. Des bûcherons bûchaient. L'un d'eux, have et décharné,\n s'épuisait à cogner un chêne dont la gloire verdoyait sur dans le\n bleu du ciel. Raillé par les autres, et tremblant la fièvre, le mori-\n bond s'arrêtait, quand une nouvelle et plus grossière injure siffla.\n Alors il se redressa, et de sa cognée, de son corps, de ses cris, déra-\n cina l'arbre, sous le poids duquel il s'écrasa, comme un fruit saignant\n entre les feuilles, les yeux grands. Jean n'avait jamais oublié ce regard.\n    Eh bien ! lui se précipiterait dans la langue comme le bûcheron\n dans l'inextriqué des forêts. Et han ! — il se hacherait un chemin\n  de fauve, au travers des vieilles souches, des troncs rugueux et des\n branches sonores d'oiseaux. Et han! —il cognerait devant, derrière,\n  à hue, à dia; et han! — il férirait les anciens ormes, taillant dans l'om-\n  bre verte des trous de soleil; et han! — roulerait comme un orage\n  au pied du chêne qui l'offusquait, han ! — l'embrasserait, et d'une\n  herculéenne poussée, d'un — formidable et sauvage, s'anéantirait\n  sous l'arbre couché, — bûcheron à la fois victorieux et vaincu !\n                                                   ALBERT    GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 308, "page_fin": 308, "titre_corps": "Les Jouets", "titre_sommaire": "Jouets", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Gros", "ancre_debut": "LES JOUETS", "ancre_fin": "CHARLES GROS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "UN ROMANCIER MODERNISTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 401, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 81, "fin_caractere_exclue": 1622, "texte": "LES JOUETS\n                  Les Jouets des enfants sont affaires pour eux,\n                  Ils apprennent la vie en apprenant leurs jeux\n                  Et trop tôt Je spleen lourd ploiera leur jeune tête\n                  Sous le premier dégoût de leur première fête.\n                  Lorsqu'à leur tour, plus tard, hommes, ils connaîtront\n                  L'amour et sa douleur, la gloire et son affront,\n                  La vanité profonde innée en toute chose,\n                  Dégoûtés de la femme et blasés de la rose,\n                  Leurs affaires alors leur seront des hochets\n                  Et comme ils avaient fait sur l'eau des ricochets\n                  Ou tourmenté le fil d'un pantin mécanique,\n                  Embrouillant, débrouillant d'une main satanique\n                  Ressorts de passions, intrigues d'intérêts\n                  Ils maniganceront leurs futiles secrets,\n                  Tout pour tuer le temps... Mais nous avons beau faire,\n                  Un jouet valait mieux que la plus grande affaire\n                   Et l'incurable ennui vous ronge à petit feu,\n                   Vous les viveurs de fange et les rêveurs de bleu;\n                  Et je sens dans mes yeux germer de froides larmes\n                  Maintenant après tant de soucis et d'alarmes,\n                  Moi le feu don Quichotte, hélas ' quand je revois\n                  Dans un coin du grenier ma Rossinante en bois.\n                                                            CHARLES GROS.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 308, "page_fin": 312, "titre_corps": "Un romancier moderniste", "titre_sommaire": "Un romancier moderniste : Félicien Champsaur", "rubrique": "", "signature_source": "F. 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Qu'aurons-nous demain ?\n   L'apôtre de cette nouvelle religion est un tout jeune homme débarqué à Paris\nil y a quelques années et qui, par son talent et son audace, s'est fait rapide-\nment un nom parmi la jeunesse littéraire. Jusqu'à présent il n'était guère\nconnu que comme poète et journaliste. C'est d'hier seulement qu'il s'est révélé\nromancier, en même temps qu'il s'est révélé lui-même, car le héros du roman,\nPatrice Monclar, c'est l'auteur en personne : Félicien Champsaur. Il se pré-\nsente au public tiré à quatre épingles et faisant la roue avec une complaisance\n"}, {"page_pdf": 402, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3694, "texte": "                               LA JEUNE BELGIQUE                                       309\n\nqui s'ignore. Mais Narcisse ne mire pas que sa beauté, il veut bien parfois se\nmettre à nu et nous permettre d'étudier en lui un cas extrêmement curieux de\nnévrose et de malaise intellectuel.\n   Dans ce livre de 500 pages, l'auteur dépeint également la jeunesse d'au-\njourd'hui, c'est la vie de bohème racontée en d'autres temps et sous d'autres\nm œ u r s , avec une liberté de langage, un scepticisme qui, bien qu'ils frisent parfois\nle cynisme, ne nous déplaisent pas. L e n a r r a t e u r est convaincu, il ne se soucie pas\ndes hypocrites et il dira « zut » à quiconque lui prêchera la réserve. Cette fran-\nchise a son mérite. T o u t e vérité est bonne à dire, quand c'est une vérité. Nous\ndisons ceci en faveur de la plus grande partie du livre, y compris les passages\noù Félicien Champsaur raconte ses amours avec une tragédienne célèbre. Nous\nn'exceptons de cette épisode qu'une page, la dernière, qui est mauvaise et mal-\nadroite. Ce jeune poète qui c h e r c h e à se signaler aux dames comme le der-\nnier représentant de l'amour, qui joue volontiers les don J u a n dont il n'a ni la\nséduction ni la galanterie, et qui de l'amour n'a que l'amour-propre, a dépassé\nles bornes en déshabillant, au grand jour, une femme qui ne s'était déshabillée\nque pour lui seul           et quelques a u t r e s . A cette insulte la femme a dû pleurer\nde rage et Méphisto a peut-être regretté son indiscrétion. Mais le but était\natteint, car M. Champsaur avait un but en salissant une idole : il voulait mettre\nà exécution des idées pratiques sur la façon de conquérir la gloire. E u égard au\nnombre considérable de blasés, d'indifférents et d'imbéciles qui courent le monde,\nil est utile de forcer la note. Celui qui écrit un roman honnête — honnête dans\nle sens de convaincu — risque fort d'être obligé de lancer plus d'une œuvre\navant d'attirer l'attention ; c'est bien long et bien naïf. Il faut être fort aujour-\nd'hui et frapper à grands coups pour secouer l'indifférence littéraire. C'est\npourquoi M. Champsaur a donné deux titres à son livre : l'un en petits c a r a c -\ntères, Paris, le titre du naïf; l'autre en grosses lettres, DINAH SAMUEL, le titre\nde l'homme fort. Sous le premier, il fait une étude comme tout le monde peut\nen faire u n e , moyennant quelque talent ; mais c'est insuffisant, paraît-il, pour\nle succès; sous le second il étudie peu et dévoile b e a u c o u p . Il eût pu en ajouter\nun troisième : Mes amours, un bon tiers du volume étant consacré à ses aventu-\nres amoureuses, celles qu'il eut à Grivedesvignes et celles qu'il eut à P a r i s . Il\nles raconte en quelques pages, pour la plupart très littéraires et très savoureu-\nses, avec des dialogues à la Théophile Gauthier et des élégies à la Mürger,\nmais du G a u t h i e r modernisé et du Mürger délayé et diffus. E t , si malgré de\nréelles et solides qualités de style, M. Champsaur ne parvient pas à nous c h a r -\nmer, c'est qu'il aime en y mettant bien des façons et pas assez de chaleur-\nL ' a m o u r vrai nous paraît plus simple et moins m a n i é r é .\n   Néanmoins, malgré ces critiques et quelques autres que je formulerai plus\nloin, Dinah 'Samuel est un beau livre. C'est le livre de la jeunesse, d'une jeunesse\nqui souffre parce qu'elle est très faible, qui blague tout, qui se grise d'un sem-\nblant de force et qui pourtant, par un sentiment de fierté très louable, ne veut\nembrasser aucune doctrine ni s'enrégimenter dans aucun mouvement. Pas de\nromantisme, pas de naturalisme, pas de rhétorique. « U n peu de satire s'il\n» vous plaît, d'ironie, de philosophie et si la phrase n'est pas cadencée, faisant\n"}, {"page_pdf": 403, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3617, "texte": " 310                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n\" ses pointes, comme une ballerine, — zut. » Voilà bien des choses, mais com-\nment faire des pointes quand on est si chancelant et si malade? Quant à l'ironie,\nla phrase cadencée et la philosophie, ni Alphonse Daudet, ni Théophile Gau-\nthier, ni nos littérateurs philosophes n'ont attendu la venue du messie du\nModernisme pour en doter leurs œ u v r e s .\n    D a n s son beau rêve d'indépendance, le jeune apôtre répudie sa nourrice, le\nn a t u r a l i s m e , dont il a sucé le lait un peu fort pour sa chétive n a t u r e .\nSes m a î t r e s , ceux qui ont essayé de lui apprendre à voir juste, sont de\nvulgaires théoriciens et bien qu'il ne veuille pas de théories, il en professe une\ndont la paternité ne lui sera enviée par personne. L e Modernisme, c'est le\npersonnalisme. Et vous allez voir que la découverte de cette religion a cette\ngrande utilité surtout, d'indiquer l'âge de l'auteur, qui a vingt-trois a n s .\n    D'abord, ce mot de personnalisme n'est pas clair. Les dictionnaires ne sont pas\nd'accord, Larousse donnant comme définition : action de tout rapporter à soi; vice de\ncelui qui est personnel, et Raymond indiquant un sens différent : action de piquer ou\nd'injurier. M . C h a m p s a u r peut avoir donné au mot personnalisme une signifi-\n cation spéciale qu'il ne définit pas. P o u r t a n t les deux interprétations lui sont\n applicables. Comme homme, le jeune romancier rapporte, en effet, très volon-\n tiers tout à l u i . Mais cela ne s a u r a i t être une théorie d'art ; l'observateur qui\n ne mettrait en scène que lui-même et ceux qui vivent dans son milieu, rétré-\n cirait le c h a m p de l'observation. D'un a u t r e côté, dans son rôle d'écrivain,\n M . Champsaur justifie parfaitement la définition du Dictionnaire général : action\n de piquer ; Dinah Samuel et la plupart des jeunes artistes qu'il présente au\n lecteur en savent quelque chose. Ceci ne saurait être non plus considéré comme\n un principe raisonnable. S'il entend p a r personnalisme l'action de l'écrivain\n qui s'incarne dans ses héros, on peut lui répondre qu'Alexandre D u m a s fils\n n'a jamais fait rien d'autre et que pas un, parmi ses personnages, ne renie son\n a u t e u r , tous portent la m ê m e marque de n a i s s a n c e , tous sont très b a v a r d s ,\n très raisonneurs, depuis la fillette jusqu'au vieillard ; et le public, é t a n t lassé\n de tous ces Alexandre D u m a s fils, il est impossible que M. Champsaur recom-\n mande à la jeune génération d'adopter l'esthétique démodée du fécond\n dramaturge.\n     Enfin, nos écrivains naturalistes font également du personnalisme en ce sens\n qu'ils choisissent et mettent en scène des personnages réels, généralement\n connus du public. On se borne à déguiser les noms : François B r a v a y s'appel-\n lera Bernard Jansoulet, le prince d'Orange le prince d'Axel et Mme Delaunay\n deviendra M m e Bovary. Ce système, qui a l'avantage de rendre l'exemple plus\n frappant, n'est pas neuf et par ce fait seul on ne peut le classer parmi les prin-\n cipes du Modernisme, car M. Champsaur ne veut m a r c h e r sur les traces de\n personne. L'intention est louable, encore devrait-on la taire et laisser au\n lecteur le soin de dégager lui-même l'originalité du romancier. On n'est pas\n original tous les jours et comme on voudrait l'être, et la preuve, c'est que le\n Modernisme, de quelque façon qu'on l'examine, n'est que du naturalisme mal\n réussi. L a meilleure façon de devenir personnel, on pourrait l'indiquer aux\n artistes en leur conseillant de se soustraire à toute influence, de ne rien étudier,\n"}, {"page_pdf": 404, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3634, "texte": "                              LA J E U N E BELGIQUE                               311\n\n  de ne rien lire, de ne rien o b s e r v e r ; d'aller dans une île où il n'y aurait ni\n villes, ni t h é â t r e s , ni bibliothèques, ni musées et de n'en sortir qu'à vingt\n ans avec du génie et le personnalisme. Assurément ils feront original. Celui\n qui ne suivrait pas ce judicieux conseil en serait réduit, si l'envie lui prenait\n un jour de créer une religion artistique, à imiter un certain Champsaur,\n grand-prêtre du Modernisme, qui ne put, en son temps, former une école nou-\n velle qu'en empruntant ses principes à d'autres, qui recommanda à ses disciples\n d'étudier « la maladie moderne » que Zola, Flaubert, de Concourt avaient\n étudiée a v a n t lui, et qui, ne voulant pas de théorie, formula une théorie tout\n de m ê m e , dont la seule originalité était d'en m a n q u e r . Je sais bien que par\n originalité M. Champsaur entend la n u a n c e . Mais y a-t-il deux styles et deux\n palettes semblables ? Ce serait en tous cas une naïveté impardonnable de la\n part d'un sceptique et d'un fort que de baser une théorie sur une règle immuable,\n une condition même d'existence. Sans la personnalité, plus ou moins accusée,\n l'artiste dans toutes les écoles n'existe pas.\n    Aussi le Modernisme, s'il n'est pas le naturalisme, pourrait-il bien n'être que\n le blaguisme, un scepticisme dégénéré, la religion de quelques esprits t r è s intel-\n ligents, très blasés, très malades et pas très forts. Cette religion vague, qui\n repose sur des données vagues, indéfinies, c'est la religion du doute, non du\n doute fruit de l'étude, mais du doute ignorant.\n    N'est-ce pas en effet par ignorance que Félicien Champsaur s'attribue des\n principes qui ne lui appartiennent pas ? Est-ce sérieusement qu'il écrit : « Le\n but n'est pas certes d'amuser une génération revenue de tout, parfois sans y être\n allée, dégoûtée de tout, de l'amour, parfois sans l'avoir connu, mais de montrer\n dans un tableau fidèle comme en un miroir, à quel point nous en sommes? »\n Cette théorie appartient-elle à M . Champsaur ? Les naturalistes seraient-ils\n allés la lui voler à Grivedesvignes, quand il était sur les bancs du collège, il y\na quelque dix ans ? Et voyez-vous ce jeune homme revenu de tout à 23 ans !\nCertes, on revient de bien des choses ; l'âge, le frottement de la vie, l'usure\ndes sentiments, la vue qui s'affaiblit, la monotonie du spectacle humain pour\nqui a perdu la sensibilité, paralysent des esprits jadis fougueux et ardents.\n Ont-ils raison ? Le progrès, entretenu par des intelligences jeunes ou en matu-\nrité, ne dément-il pas bien des opinions séniles ? A la vérité, M. Champsaur ne\nl'ignore pas, mais ses idées flottent à tous les vents, son méphistophélisme est\nd'un bon diable, il consent parfois à prêter l'oreille à la voix des anges et il ne\ndemanderait pas mieux, dit-il, que de croire et d'aimer.\n    Qui l'en empêche ? Les vrais naïfs, les seuls faibles sont ces jeunes qui,\nayant effleuré chaque idée, n'ont pas la vue assez perçante pour distinguer le\nmince rayon de justice et de vérité qui se dégage, dès à présent, des brumes de\nl'ignorance h u m a i n e . Félicien Champsaur n'affirme rien, il est en plein doute ;\ntantôt il s'affaisse dans la négation de tout, par moments il se relève. L e spiri-\ntuel boulevardier crache de dégoût sur le boulevard où il s'est corrompu et qui\npourtant lui a donné son bagou et sa verve. Il voudrait croire à la Justice et à\nl'Amour et il s'écrie : \" Quel Jésus derechef viendra nous donner la foi qui\nsauve ! » Puis il retombe. Il parcourt le quartier Latin et Montmartre au bras\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "  312                         LA JEUNE BELGIQUE\n\n d'une amie; il se grise des propos de brasseries; une lâcheté le prend : il ne faut\n pas paraître naïf, il faut être fort, très fort, ne pas se laisser démonter et blaguer\n ferme. Malgré tout, après ses folies, l'inquiétude le ressaisit. En revenant de\n Montmartre, au moment de goûter l'amour, dans une minute d'isolement qui le\n précède, il repasse dans son esprit les propos qu'il a entendus, toutes les théories,\n toutes les idées, tous les paradoxes qui ont été lâchés, qui lui plaisent par leur\n allure débraillée, leur audace, leur sans-façon et auxquels il ne manque hélas !\n que la chaleur, la vraie chaleur de la jeunesse. Malheureusement le contrôle\n l'ennuie, il ne le poursuit guère ; il aime mieux reprendre son ricanement parce\n qu'il en retire un profit immédiat, une réputation d'esprit fort et que surtout\n c'est moins embêtant. Ses désespérances n'en sont que plus fortes; à ne pas appro-\n fondir les idées, il n'en sent pas, tout au fond, le charme consolant ; il n'y puise\n pas la vraie force, il pense péniblement parce qu'il ne pense pas juste. Il devient\n enfin lugubre et désespéré.\n      (La fin au prochain numéro.)                                     F. NAUTET.\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 312, "page_fin": 313, "titre_corps": "Ernest d’Hervilly", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Coquelin cadet", "ancre_debut": "ERNEST D HERVILLY", "ancre_fin": "COQUELIN CADET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 405, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1267, "fin_caractere_exclue": 2937, "texte": "ERNEST D'HERVILLY\n     Celui-ci est prince des fantasques, grand-duc des délicats et roi\n  des japonistes. A lui vraiment le pompon pour l'imprévu et pour\n  la cabriole littéraire ; c'est le plus laborieux ouvrier humoriste que\n je connaisse. Il a des tas de volumes derrière lui, et l'on couvrirait\n  une partie du Champ-de-Mars avec ce qu'il a écrit dans les jour-\n  naux depuis quinze ans ; ce serait là une Exposition gaiement uni-\n  verselle, car il a choisi ses sujets dans tous les pays du monde. Ses\n  deux paradis sont le Japon et l'Angleterre. Ch. Dickens (qu'il sait\n  par cœur) lui a donné la passion des études d intérieur où le réalisme\n  et la simplicité émue se développent à leur aise; les ciels enfumés\n  de l'Angleterre, la Tamise colossale, les amazones qui passent légères\n  et confortables sur des chevaux fiers d'être anglais, les babys et leur\n  précoce amour du roastbeef l'ont charmé, et il a mis dans un joli\n  volume de vers, intitulé le Harem, un High Life qui fixe les traits\n  de la vie élégante anglaise.\n     Dans le Parapluie joué dernièrement à l'Odéon, il a déclamé une\n  demi-heure avec une verve britannique en faveur de ce meuble qui est\n  sa passion. D'Hervilly est un vrai père pour son parapluie, il a dû\n  aimer les parapluies au berceau, il ne fume que des cigares de Ma-\n  nille, parce qu'ils ressemblent à des bouts de parapluies; si vous vou-\nl e z le désoler, vous n'avez qu'à dire devant lui riflard ou pépin, vous\n verrez s'allonger sa tête, composée d'un front, de deux yeux, d'un\n  nez et d'une bouche. Seulement d'un front si haut qu'on a envie d'y\n  coller de grandes affiches, de deux yeux, d'un bleu matinal, d'un\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "                          LA JEUNE BELGIQUE                           313\n\n nez de voyageur, d'une bouche bien dessinée et de deux favoris si\n gigantesques que les pointes peuvent se cacher dans le gilet de leur\n propriétaire. Il est vraiment favorisé !\n    D'Hervilly est mince, et toujours très boutonné (quoiqu'il n'aime\n pas l'escrime). Par un beau temps, de très loin, quand il est avec son\n parapluie, on croit voir deux parapluies qui s'avancent. Il marche\n comme un cerf, et s'il rencontre son ami Philippe Burty (autre japo¬\n niste), alors ils japonisent ensemble et parlent tous deux du Japon en\n hommes qui seraient nés à Yeddo, et qui n'auraient jamais quitté\n Yoko-Hama. D'Hervilly et Burty nous racontent le Japon, non pas\n en poètes renseignés qu'ils sont, mais en Japonais japonisant et japo¬\n nopliobes                                                            japo¬\n nopliobes. La Belle Saïnara est la pièce japonaise la plus réussie du\n théâtre contemporain.\n    J'ai créé le rôle de kami de la belle Saïnara dans les salons de l'édi-\n teur Charpentier. Ce kami m'a très fatigué, car je me tenais toujours\n tordu en tire-bouchon — et de temps en temps il fallait avoir l'air\n féroce d'un Japonais qui vient de tuer vingt monstres avant son\n déjeuner. Que de courbatures m'ont coûtées ces études de contorsions\n et de férocité ! Oui, Paul, les quelques jours qui ont suivi la première,\n quand j'allais dans le monde, je me tenais en potence, c'était très laid\n en habit noir. On croyait que j'étais malade.\n    Poète d'une très grande finesse, il a prouvé qu'il avait le don du\n théâtre dans le Magister joué au Théâtre Français, dans le Bon-\n homme Misère, le Docteur sans pareil et la Soupière.\n    Il adore les plaisanteries à froid, il a écrit à ses heures de doute un\n Manuel du gêneur qui a son prix. Sa joie est d'entrer au restaurant\n et de dire à la femme qui ouvre les huîtres : « Bonjour Marennes! »\n L'été, son rêve serait de se déchausser dans un café, de demander\n un siphon et de se le vider sur les pieds en criant : « Mes pieds sont\n brûlants. »\n    D'Hervilly a la frénésie des chats, il y en a dans beaucoup de ses\n histoires divertissantes, mais surtout dans une où il a fait un tableau\n d'une table d'hôte de prêtres, du côté de Saint-Sulpice : un grand\n chat tyrannique comme un suisse, la queue en cierge de cathédrale,\n passe le long des soutanes. Après dîner, au lieu de lire le journal, les\n ecclésiastiques caressent le chat à tour de rôle, et je me souviens\n d'un bon vieux vicaire qui n'y a pas encore touché et qui dit à son\n voisin d'un ton très humble :\n    \" Après vous, le chat, s'il vous plaît!... »\n    Lisez les Contes pour les grandes personnes, les Armes de la\nfemme, les Baisers, et vous connaîtrez 1 humour de cet esprit infati-\n gable.                                         COQUELIN CADET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 314, "page_fin": 314, "titre_corps": "Décadence", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Vicaire", "ancre_debut": "DÉCADENCE", "ancre_fin": "GEORGES VICAIRE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOS POÈTES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 407, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 77, "fin_caractere_exclue": 1120, "texte": "DÉCADENCE\n                    Jadis Reine des Bois, divine enchanteresse,\n                    Diane, les seins nus et les cheveux au vent,\n                    Vivait dans les forêts sauvages, poursuivant\n                    Les sangliers avec des haines de tigresse.\n                    Elle était chaste et fière et si, quand la déesse\n                    Plongeait son corps de lis dans l'onde au flot mouvant,\n                    Quelque mortel osait l'admirer en rêvant,\n                    Le profane aussitôt payait sa hardiesse.\n                    Maintenant, ayant mis au clou son vieux carquois,\n                    Oublié sa pudeur farouche au fond des bois,\n                    Près des Halles madame Hécate tient boutique\n                    Et, vendant son gibier à des prix insensés,\n                    Elle débite sans vergogne à la pratique\n                    Des cuissots de chevreuil plus ou moins avancés.\n                                                            GEORGES     VICAIRE.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 314, "page_fin": 316, "titre_corps": "Georges Rodenbach", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Nos Poètes", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "NOS POÈTES", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 407, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 1120, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "NOS POÈTES\n                                         II\n                           GEORGES RODENBACH\n\n   Georges Rodenbach est une figure spéciale, unique dans l'histoire de notre\nlittérature nationale ; elle se détache avec une diaphanité blanche, une délica-\ntesse subtile, faite toute de grâce et de mièvrerie. Déjà dans le Foyer et les\nChamps, son premier livre, se montre cette légèreté de plume qui effleure, cette\nmorbidesse féminine, cette gracilité exquise qui font le t a l e n t de Rodenbach.\nComme François Coppée, dont il est impossible de ne pas le rapprocher, il aime\nles intimités, les scènes de pénombre, les tableautins littéraires où vibre une\némotion, où nage une r ê v e r i e . Telle cette page de sa première œuvre où,\n malgré quelques touchantes maladresses, brillent déjà les qualités essentielles\n du poète ; cela est intitulé la Vieille Fille :\n\n                     Elle est là sur sa chaise, avec un air grognon ;\n                     Coquette, quoique laide, elle porte un chignon\n                     Brun, sur ses cheveux gris ; elle a de riches bagues\n                     Et des lunettes d'or devant ses grands yeux vagues.\n                     Le salon est luisant : un papier bleu d'azur,\n                     Quatre portraits d'aïeux à chaque pan de mur ;\n                      Un parquet tant ciré qu'on y marche avec peine.\n                      Ornant la cheminée un vase en porcelaine\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2892, "texte": "                                LA J E U N E BELGIQUE                                   315\n\n                Qu'un vieil adorateur rapporta du Japon.\n                Sur un bahut de chine, un paquet de bonbon\n                Et tout pris, un missel couvert de velours rouge.\n                Elle brode un bonnet pour sa nièce et ne bouge,\n                Savourant le rythmique et paisible ronron\n                Du petit angora qui dort dans son giron.\n\n   Mais dans ce petit recueil où le poète essaie ses ailes, il n'avait pas encore de\nformule décisive ; ce n'est qu'avec les Tristesses (1879), qu'il écrivit en partie à\nParis entre les longues visites qu'il faisait au n° 13 de la Rue Oudinot, à l'au-\nteur du Passant, que Rodenbach donna la vraie note de sa n a t u r e . C'est dans ce\nlivre qu'il enchâssa la t o u c h a n t e pièce du Coffret dont les strophes voltigent d a n s\nles souvenirs :\n\n                Ma mère, pour ses jours de deuil et de souci,\n                Garde dans un tiroir secret de sa commode\n                Un petit coffre en fer rouillé, de vieille mode.\n                Et ne me Va fait voir que deux fois jusqu'ici.\n\n                Comme un cercueil, la botte est funèbre et massive,\n                Et contient les cheveux de ses parents défunts,\n                Dans des sachets jaunis aux pénétrants parfums,\n                Qu'elle vient quelquefois baiser le soir, pensive !\n\n                Quand sont mortes mes sœurs blondes, on l'a rouvert\n                Pour y mettre des pleurs et deux boucles frisées.\n                Hélas! nous ne gardions d'elles, chaînes brisées,\n                Que ces deux anneaux d'or dans ce coffret de fer.\n\n                Et toi, puisque ton front vers le tombeau se penche,\n                0 mère, quand viendra l'inévitable jour\n                Où j'irai dans la botte enfermer à mon tour\n                Un peu de tes cheveux.... que la mèche soit blanche !\n\n   Plus loin c'est une scène flamande, Infamie étemelle, triste élégie d'amour\nmoderne, avec le désespoir mélancolique des cruels délaissements ; plus loin\nencore les Lions, la tristesse des fauves qui regrettent les salles des déserts et\nl'immensité des plaines de soleil ; et devant ces fauves qui dans leurs rugisse-\nments affaiblis ont des sanglots, le poète compare\n\n                Ces fiers lions, c'est nous, les poètes captifs,\n                Qui rêvons du pays idéal où naguère\n                Notre âme s'est ouverte aux bonheurs primitifs,\n                El qui sommes comme eux en risée au vulgaire !\n                Nous aussi, nous avons de superbes mépris\n                Pour la Joule raillant nos royautés tombées ;\n                Mais quand nous rencontrons d'autres frères meurtris,\n                Nous confondons nos pleurs et nos têtes courbées !\n\n   Avec la Mer élégante, Georges Rodenbach entre dans des routes inexplorées\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2999, "texte": "  316                           LA J E U N E   BELGIQUE\n\n\noù son tempérament délicat devait fatalement le conduire. Il y donne une suite\nd'aquarelles aux couleurs vives, ruisselantes de soleil, parfumées des senteurs\nm a r i n e s . Il découpe d'une main d'artiste des silhouettes adorablement élé-\ngantes qui se détachent avec un chatoiement sur l'horizon immense. Le frou-\nfrou des robes claires alterne avec le clapotement doux des vagues, le bruit sec\ndes éventails, avec le chant mélancolique des brises ; les voix perlées des\nfemmes se mêlent à la voix rude des mariniers et tout cela vit de la vie enso-\nleillée des plages à la mode, avec des couleurs légères de pastel. C'est m i g r a r d ,\nc'est ailé, c'est brillant, c'est vécu surtout et le poète a justifié ce mot de Balzac\nqu'il prend pour épigraphe de son livre : » L'oisif mène la vie élégante : l'artiste\nla crée parce qu'il la sent.» Rodenbach est un artiste. Le livre, pour être parfait,\neût dû être illustré par un W a t t e a u habile à dessiner les femmes blondes qui\nrelèvent d un doigt effilé leur robe blanche, ou par un Boucher maître ès-art\nde laver les amours aux fesses roses dont les yeux bleu-pâle ont des douceurs\ntendres, dont les membres dodus appellent les gros baisers qui claquent.\n\n               Toutes ces femmes sont adorablement mièvres\n               Découpant sur les f lots leurs profils amaigris\n               Où rayonne en tons vifs la rougeur de leurs livres\n               Sur la mate blancheur de la poudre de riz.\n\n               On croirait sur du sucre en poudre voir des fraises,\n           ,   Si bien qu'on les voudrait goûter à belles dents,\n               N'étaient ces yeux bistrés plus luisants que des braises\n               Qui vous effraient de loin avec leurs feux ardents.\n\n  E t les strophes continuent tour à tour folâtres et tristes, gardant toujours\neur harmonie de clavecin et leur fraîcheur exquise ; et le livre se ferme sur\nces beaux vers où le poète revit ses tristesses :\n\n               Seul notre amour est mort ! Tout mon courage tombe !\n               Pour se quitter si tôt, fallait-il tant s'aimer?\n               Je sens là dans mon cœur un vide.... c'est sa tombe !\n               Mais le ver de l'oubli n'y pourra l'entamer !\n\n               Quand les vierges d'Egypte étaient mortes phthisiques,\n               On conservait leurs corps imprégnés de parfum,\n               Et j'ai de même, aux sons de funèbres musiques.\n               Embaumé ta mémoire, 6 mon amour défunt!\n\n               J'ai tissé chaque vers comme une bandelette,\n               Pour te garder intact et pour t'éterniser ;\n               Pauvre amour! Dors en paix dans ta blanche toilette,\n               Reçois mes derniers pleurs et mon dernier baiser.\n\n   C'est sous cette impression de tristesse que l'on ferme ce keepsake des plages,\net l'on est tout reconnaissant au poète rêveur qui la communique.\n\n\n                                                                     MAX   WALLER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 317, "page_fin": 317, "titre_corps": "Les Vieilles Lunes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules de Baugnies", "ancre_debut": "LES VIEILLES LUNES", "ancre_fin": "JULES DE BAUGNIES", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 410, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 1061, "texte": "LES VIEILLES LUNES\n                                         RONDEL\n\n                          Ils vont où vont les vieilles lunes,\n                          O mes belles, tous vos serments,\n                          Et c'est le sort de vos amants\n                          Définir par des infortunes.\n                          Parmi vous en est-il d'aucunes\n                          Qui ne nous causent des tourments ?\n                          Ils vont où vont les vieilles lunes,\n                          0 mes belles, tous vos serments.\n                          Femmes noires, blondes ou brunes,\n                          Comme de trop vieux vêtements\n                          Qui vous gênent, vos sentiments,\n                          Tous,— sauf peut-être vos rancunes,\n                          S'en vont où vont les vieilles lunes.\n                                                            JULES DE BAUGNIES.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 317, "page_fin": 320, "titre_corps": "Parsifal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 410, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 1061, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "CHRONIQUE                      MUSICALE\n                                      PARSIFAL\n\n                         Festival Sacré, par Richard Wagner.\n   La coupe sept fois bénie, où le Sauveur, en la Cène suprême, versa aux hommes comme\nun vin de salut, sou sang éternel à boire, recueillie par Joseph d'Arimathie, fut apportée\npar une troupe d'anges à un saint nommé Titurel. Celui-ci, possesseur de la Lance qui\nperfora le côté du divin crucifié, fonda à Montsalvat, en Espagne, un ordre de Chevalerie\npour honorer les précieuses reliques. Ce sont les chevaliers du Saint-Graal, car tel est le\nnom de la coupe béatifiante. A Titurel, devenu vieux, succéda, en ses fonctions de\npontife-roi de l'ordre, son fils Amfortas. Voilà ce que disent les anciennes légendes du\nSaint-Graal.\n   Écoutez une autre légende encore. Quand le Christ, le corps en plaies, gravissait la\nmontagne maudite, fléchissant sous le poids de la monstrueuse croix, la reine qui baisa sur\nun plat saignant la tête de Jean-Baptiste, insulta le Dieu mourant par un long éclat de\nrire. Et depuis ce jour, implacablement secouée d'un rire satanique, aspirant au bien\net faisant le mal, erre de monde en monde, Hérodiade, qui cherche un rédempteur.\n                                             *\n   Voici maintenant le drame.\n   Au bord d'un étang, dans l'épaisse et religieuse forêt qui entoure le château de Mont-\nsalvat, dorment Gurnemanz, le plus ancien chevalier du Graal, et deux jeunes écuyers.\nC'est le lever du jour. Sur le burg les trompes sacrées sonnent le réveil. Gurnemanz secoue\nses compagnons, et tous trois, tombant à genoux, font l'oraison matinière. Tout à coup de\nla campagne lointaine accourt, emportée sur un cheval sauvage, une femme bizarre. Sa\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4244, "texte": " 318                               LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n   robe est relevée par une ceinture en peau de serpent; sur son front cuivré roulent les torsades\n   de sa chevelure noire. Elle tend à Gumemanz une fiole pleine d'un baume exotique, pour\n   Amfortas ; puis, lasse, elle se jette sur le sol et s'endort. Cependant un cortège de\n  chevaliers et d'écuyers porte la litière où gémit Amfortas, le roi-pontife du Graal, dévoré\n  par une plaie affreuse, que rien ne peut guérir. Dans les eaux bienfaisantes du lac il va\n' chercher un soulagement, mais la guérison, hélas! la mort seule la lui donnera! — Prends\n  toujours ceci, lui dit Gurnemanz, en lui donnant le baume. En vain Amfortas veut\n  remercier Kundry, elle éclate d'un rire farouche et repousse Amfortas, qui s'éloigne\n  emporté sur sa litière.\n     Restés seuls, les écuyers et Gumemanz s'entretiennent de Kundry. Si elle est si fidèle\n  et si intrépide, dit l'un des jeunes gens à Gurnemanz qui la défend contre leurs injurieux\n  soupçons, — qu'elle aille chercher la Lance perdue !\n     — Hélas ! repart tristement le vieux chevalier, c'est interdit à tous... O Lance sacrée, je\n  l'ai vue brandie par la main la plus perverse !.... et Gurnemanz narre la tragique aven-\n  ture. » Du sanctuaire du Graal, à cause de sa vie impure, demeura à jamais exclu le\n  magicien Klingsor. Pour se venger il créa sur la montagne un jardin merveilleux où\n  croissent comme des fleurs, des femmes diaboliquement belles. C'est là que dans les\n  charnelles voluptés il s'efforce d'attirer les chevaliers du Graal pour en faire, par le\n  péché, ses esclaves. Un jour, armé de la sainte Lance, Amfortas voulut anéantir ce fléau\n  d'enfer. Une femme terrifiante de beauté l'ensorcela. Ivre d amour, il tomba dans ses\n  bras et laissa choir l'arme divine,... Soudain un cri effroyable.... quand Gurnemanz\n  arrive, Klingsor disparaît, emportant le fer sacré, et le roi-pontife, frappé de sa propre\n  lance, se traîne, le flanc brûlé d'une blessure qui ne veut pas se fermer.... Un jour,\n  devant le sanctuaire désolé, Amfortas s'était prosterné, implorant un signe de pardon :\n  c'est alors que du Saint-Graal, surnaturellement illuminé, jaillit cette prophétie: \" Attends\n  mon élu, l'être pur et candide, instruit par la compassion. »\n   A peine Gurnemanz a-t-il achevé son récit que des cris tumultueux retentissent. Des\n écuyers apportent un cygne sauvage qu'a frappé au vol une flèche mortelle; d'autres\namènent le coupable, Parsifal. Réprimandé, puis interrogé par Gurnemanz, le jeune\nhomme répond avec la naïveté la plus absolue. Il ne sait ni d'où il vient, ni où il va, ni\n comment il se nomme. Ne serait-il pas l'être pur et candide élu par le Graal 2 Tandis\n qu'il parle, l'orchestre résonne l'étrange prophétie. Aussi, laissant s'endormir d'un\nmagique sommeil sous un buisson, Kundry, subjuguée par une influence ténébreuse\n(où l'orchestre indique le motif redoutable de Klingsor), — Gurnemanz guide Parsifal vers\nle temple du Graal. Le décor glisse lentement de gauche à droite. Une divine sonnerie\nde cloches verse dans l'air sa foi sonore.... Soudain les trompettes clament le thème\ntout-puissant du Graal. C'est le temple, avec, sous la haute coupole, les tables nappées\nde blanc et préparées pour le repas mystique. Les chevaliers, et les jeunes garçons,\nen de sublimes cantiques, glorifient le pain et le vin, la chair et le sang divins, la foi et\nl'amour. Malgré l'horrible douleur que verse en sa chair pécheresse la vue du Graal de\ntoute pureté, Amfortas officie et élève la coupe sacrée sur laquelle, du haut de la coupole,\ntombe un flamboiement de pourpre. » As-tu compris ce que tu viens de voir? » demande\nGurnemanz à Parsifal. Et sur sa réponse négative, il le met sans façon à la porte : « Ne\nt'avise plus de tirer les cygnes; reste avec tes pareils, les oisons. « Et la toile tombe sur\nles derniers accords des hymnes.\n   Acte deuxième. — Sombre, terrible, tour à tour éclatant et sourd, formidable et\n dissimulé, l'orchestre développe le thème de Klingsor. Nous voici dans la tour du redou-\n table magicien. Entouré de tout l'appareil de sorcellerie, il évoque Kundry et lui ordonne,\n malgré ses larmes, de séduire Parsifal. En vain elle se débat et refuse d'accomplir sa\n"}, {"page_pdf": 412, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4145, "texte": "                                LA JEUNE BELGIQUE                                      319\n\nmission abominable : la tentatrice qui fut jadis Hérodiade, et qui récemment a perdu\n Amfortas, est contrainte d'obéir. Elle disparait, et la tour s'abîme avec le magicien\nfaisant place à un jardin paradisiaque, où luxuriante se développe une végétation des\ntropiques, aux fleurs gigantesques, aux lianes emmêlées, traversées d'oiseaux jaseurs.\nParsifal a franchi la muraille. Aussitôt accourt un essaim de jeunes filles négligemment\nvêtues, qui l'entourent, le caressent, et se disputent en riant ses mains, ses regards et ses\nparoles. Dans sa candeur.... extraordinaire, Parsifal les repousse; elles fuient, se mo-\nquant du pauvre simple. Mais une voix délicieuse appelle Parsifal ; et le jeune homme\ninterdit aperçoit dans un buisson une femme d'une beauté surhumaine, pleine d'une\nincomparable grâce en ses légers vêtements d'Orientale. C'est Kundry. Avec une\ndouceur suprême, lui parlant de sa mère, morte en le bénissant, l'adorable pécheresse\nattire Parsifal et appuie un long baiser sur ses lèvres.\n   Brusquement il se relève. A la flamme de ce baiser son sang s'embrase. Dans son\ncœur il sent brûler la plaie dévorante qui rouge le cœur d'Amfortas. « La blessure, la\nblessure, s'écrie-t-il; elle brûle en mon cœur         ici est l'incendie, le désir ardent, le\ndésir terrible ! » Et partageant la souffrance du roi du Graal, par la COM-PASSION, il voit,\nil comprend. Dans une effrayante vision, il contemple les souffrances d'Amfortas,\nexpiant devant le Graal son sacrilège.... Son esprit lucide recompose la scène de la\nséduction du héros : » Oui, cette voix, c'est ainsi qu'elle l'appelait. Et ce regard souriant,\nje le reconnais. Ces lèvres, c'est ainsi qu'il les vit frémir. C'est ainsi qu'elle pencha la\ntête, — ainsi que fièrement elle la releva... Et ce baiser ! . . . Arrière, corruptrice!\nLoin de moi à jamais ! »\n    Et sa mission divine lui apparaît : c'est lui qui par son invincible vertu doit sauver\n Amfortas.\n    Mais Kundry, brisée de douleur et de passion, tente de l'attendrir. Ah ! si le cruel\nest un sauveur, compatissant aux douleurs des autres, qu'il la rachète donc, elle aussi, de\nsa terrible malédiction. Jadis elle a vu le Sauveur divin, et elle a ri. Depuis, riant toujours\nd'un irrémédiable rire, partout elle Le cherche pour lui offrir son expiation. En Parsifal\n elle a cru Le reconnaître. Et la voici à ses pieds pâmée d'amour.\n    — Enseigne-moi le chemin qui mène chez Amfortas, dit le héros, impassible.\n    Aux cris de fureur poussés par Kundry, Klingsor accourt, armé de la Lance divine.\n Mais le jeune homme s'en empare, et trace dans l'air le signe de la croix. Aussitôt les\n murs magiques s'écroulent, le jardin se dessèche, et au milieu des fleurs fanées gisent\n mourantes les belles jeunes filles. Jetant à la Pécheresse une ultime parole d'espérance,\n Parsifal disparaît à travers les décombres.\n   Acte troisième. — Dans la sainte forêt de Montsalvat, c'est la merveilleuse fête du\nprintemps ; c'est aussi la douloureuse fête chrétienne du Vendredi-Saint. Gurnemanz,\nvieux et brisé, retrouve sous un buisson Kundry, qui sort douce et affligée de son som-\nmeil surnaturel. Puis voici un chevalier à l'armure noire. « Ote tes armes, crie Gurne-\nmanz ; n'outrage pas le jour du Sauveur. » Le chevalier obéit, c'est Parsifal, apportant\nla Lance reconquise. — « O Grâce ! rédemption ! miracle ! » s'écrie le vieillard. — Et il\nnarre à Parsifal qu'Amfortas, vaincu par la croissante douleur, n'a plus voulu remplir\n son saint ministère. Privés de leur mystique nourriture, les chevaliers du Graal ont perdu\nleurs forces ; déjà Titurel est mort.\n   Les cloches sonnent les funérailles. Le paysage change comme au premier acte. Dans\nles galeries du temple passent de longues files de chevaliers en deuil, escortant le cercueil\nde Titurel. Ils pénètrent dans le temple et y rencontrent d'autres chevaliers qui accompagnent\nla litière d'Amfortas et la châsse de Graal. Une dernière fois, pour les funérailles de son\npère, le coupable pontife veut officier. Mais vaincu par la douleur il refuse, il se débat,\n"}, {"page_pdf": 413, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4192, "texte": "   320                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n  et ordonne aux chevaliers de lui donner la mort. C'est alors que Parsifal le touche avec la\n  sainte Lance : » Sois guéri, racheté et sauvé ! n Et tandis que Kundry, repentante, meurt\n  à ses pieds, — au milieu des chevaliers agenouillés Parsifal monte sur l'autel et élève ma-\n jestueusement le Graal, qui resplendit dans un surnaturel incendie de pourpre.\n                                                   #\n                                                  *\n   Dans Parsifal Wagner conserve et accentue le système musical de Tristan et Iseult et\ndes œuvres subséquentes. Plus d'airs, de duos, de quintettes, de cavatines, de récitatifs :\nrien que la déclamation notée, la tragédie en musique, — une mélopée qui serre rigou-\n reusement le texte du poème, sa prosodie, son accent pathétique. La musique proprement\ndite est réservée à l'orchestre. Elle se compose d'un certain nombre de thèmes appropriés\nchacun à un personnage, à une situation, à un sentiment déterminés ; ils se font entendre\n chaque fois que ce sentiment, cette situation, ce personnage reparaissent dans le drame\n ou y font sentir leur influence.\n   Au point de vue musical Parsifal est un chef-d'œuvre. Rien de plus splendide que l'ou-\n verture. D'abord, entonnée à l'unisson par les instruments de bois et les instruments\nà cordes, se déroule la phrase de la communion : » Prenez mon sang au nom de notre\namour ; prenez mon corps en mémoire de moi, » Chacun des deux membres de la phrase\nest aussitôt repris par les hautbois et les trompettes, sur une série d'accords ascendants.\nSoudain les cuivres clament le thème religieux du Graal. Puis les divers instruments\nchantent tour-à-tour le motif de l'hymne : » la foi vit, la colombe plane. « Et de nouveau,\nsur un trémolo de contrebasse et de violon, les bois, les violoncelles et les clarinettes\nreprennent à tour de rôle, avec des altérations mineures, la prière de la communion,\nbrisée et reprise alternativement. Bientôt se font entendre les thèmes de la douleur et\nde la plaie d'Amfortas ; une dernière fois, alanguie, énervée, reparait l'adoration initiale,\nqui peu à peu s'amoindrit et va se perdre dans les registres élevés.\n    Le premier acte renferme plusieurs passages de la plus superbe beauté ; citons les\n deux récits de Gurnemanz, la réprimande qu'il adresse à Parsifal, le récit de ce dernier,\n la marche de Gurnemanz et de Parsifal au son des cloches, et toute la scène suivante dont\n la musique est incomparable. C'est peut-être la plus belle page religieuse que l'on ait\njamais écrite. Le second acte d'un bout à l'autre est un pur chef-d'œuvre, avec son\n prélude qui développe sombrement le thème de Klingsor, — puis l'évocation de Kundry\npar le magicien, — le chœur exquis des jeunes filles-fleurs, — le duo tragique de Kundry\net de Parsifal. Il faut étudier en détail cette scène colossale. Quels doux et mélancoliques\naccents quand Kundry narre au héros la mort de sa mère Herzeleide ; et quand au baiser\nde la sirène, le feu de la chair s'allume dans le cœur de Parsifal, qui comprend soudain\nles douleurs d'Amfortas et sent la même blessure saigner en sa poitrine, — avec quel\nterrible éclat reviennent les anciens thèmes ! Et quelle terreur plus effrayante encore\nquand haletante, Kundry, l'antique Hérodiade, évoque ce jour lugubre où, sans pitié, à\nla face du plus doux des Martyrs, elle éclata d'un lire insultant ! — Le troisième acte me\nparaît inférieur. Certes il y a des beautés dans les récits de Parsifal et de Gurnemanz,\nmais il faut attendre la » merveille du Vendredi-Saint, » la divine renaissance du prin-\ntemps, — pour retrouver les fortes impressions des premiers actes. On a reproché au\nsecond tableau de reproduire la seconde partie du premier acte trop longuement et sans\nrenforcer l'effet. Il y a peut-être du vrai dans cette critique. Toutefois la scène n'est pas\nassez longue pour produire l'ennui, et elle établit dans la pièce une unité saisissante. Le\ndrame se termine par la reprise triomphale des extatiques prières, que rien ne viendra\ndésormais troubler.\n\n                                                                            IWAN G I L K I N ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-09-15-n20-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CIRAGE JACQUOT ET JACQUAND. 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Con-\n                                                             sultation p a r c o r r e s p o n d a n c e .\n\n                                                                            GRAND           ARRIVAGE\n                                                                                            DE\n\n                                                              CHAUSSURES ANGLAISES\n                                                             en tous g e n r e s , pour           hommes,        aux     pri\n                                                             incroyables de\n                                                                  Fr. 12-50, bottines ordinaires\n                                                                   » 15 »,      »     de luxe\n                                                             vernis,     cuir\n                                                                            ou étoffe, avec boutons, lacets\n                                                                              ou élastiques\n                                                                     ALLEZ POUR VOUS CONVAINCRE A\n\n                                                             THE ENGLISH BOOT DEPOT\n                                                                             21, Boulevard du Nord, 21\n                                                                  p r è s l a G a r e d u N o r d (1er é t a g e )\n                                                                          CONCURRENCE IMPOSSIBLE\n        Couveuses depuis 110 francs.\n        Eleveuses depuis 35 francs.                          R i e n d e c o m m u n avec la Chaussure A m é r i -\n                                                             caine.\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3876, "texte": "    DATE C O F F E E                              Ce café, tant recommandé par\n                                               les médecins les plus célèbres de\n                                               tous les pays,\n\n\n                                             NE COUTE PLUS RIEN\n      Son prix est remboursé par des billets que vous pouvez\n      immédiatement utiliser comme argent comptant.\n        E n vente chez les principaux négociants de la Belgique, en\n      boîtes de fer-blanc, au prix de fr. 1-50 et 1-88 le 1/2 kilog, boîte\n      comprise. Les boîtes vides seront reprises à raison de 10 centimes\n      pièce. — Pour le gros, s'adresser à T H E B E L G I A N      DATE\n      C O F F E E C° (Limited), 35, rue de Malines, Bruxelles.\n\n\n       A LA BASCULE                                        FABRIQUE D'APPAREILS D'ÉCLAIRAGE\n Ancienne Maison HEYMANS, hameau de VIeurgat (Uccle)\n              2 et 4, coin de la 'chaussée                            45,   RUE DES CHANTEURS\n      de Waterloo, Près du bois de la Cambre\n                   REOUVERTURE                                 PRÈS LA GARE DU NORD,        BRUXELLES\n DE      L'ESTAMINET-RESTAURANT\n     par Ferdinand V A N U E R R I V I È R E                          G.    SCHOONJANS\nGrande salle de 200 couverts pour banquets, dîners\n  de noces et fêtes de sociétés. — On prend des            Lustres, Suspensions, Candélabres\n  pensionnaires.                                            Girandoles, Lanternes, Pendules,\nC h a m b r e s et quartiers garnis et n o n g a r n i s    Objets d'art, ete. — F o y e r s à gaz. —\n                                                            Fourniture de compteurs. — Place-\n        à louer. — Ecurie et remise p o u r                 ment de tuyaux.\nchevaux et voitures. — Prix très m o d é r é s .\n\n                                     P E U S DE DOS RONDS\n                       Agent général pour la Belgique de la BRETELLE AMÉRICAINE\n                                                 Brevetée)\n\n                                            TILQUIN\n                                      Galerie de la Reine, 5, Bruxelles\n                          La Bretelle américaine élargit la poitrine, tient les épaules\n                       droites soulage le dos et les hanches en soutenant les jupes et\n                       le pantalon, écarte toute tendance au dos rond, produit une\n                       libre respiration, renforce la voix et les poumons, et donne un\n                       bien-être à ceux qui en font usace. Prix : fr. 3-50, 5, 7-50. 10,\n                       12et15.— Plus de Jarretière qui engendre les varices. Nouveau\n                       P O R T E - B A S américain laissant la circulation du sang libre.\n                       Remise au commerce. — Prix : 2, 2-50,3, 4 et 5 francs.\n\n                              Seule Maison en Belgique où l'on fabrique spécialement le\n\n                                            POSTICHE D'HOMME\n                                 Dernière perfection et du plus grand naturel\n                       T O U P E T S E X P E R R U Q U E S D E 1 O A 1OO F R A N C S\n                           Ouvrages artistiques en cheveux, Bijoux, Cadres, Souvenirs, etc.\n\n                                       Galerie de la Reine, 5, BRUXELLES\n\n  NOUVELLE DÉCOUVERTE (le Pogonotome) R A S O I R                               M É C A N I Q U E .\nToute personne peut se servir de ce rasoir sans aucune crainte de se couper.\n—Agent général : TILQUIN, Galerie de la Reine, 5, Bruxelles. — Prix : fr. 5 et\n7-50 avec lames de rechange (Remise au commerce).\n  R A S O I R S A N G L A I S de Sheffield, garantis à l'épreuve.-Tout rasoir peut être échangé jusqu'à entière\nsatisfaction de l'acheteur, sans rétribution.\n      Bruxelles. — Société Générale d'Imp.. de Distrb. et d'Afflch., 1, rue d'Arenberg. — J . GOSSAERT.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 396, "texte": "/\n\n                                                LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                 PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n\n    2me Année                     N° 2 0 — Ier Volume            15 Septembre 1882\n\n\n\n                                      SOMMAIRE\n       Le Scribe                                            ALBERT    GIRAUD.\n\n       Jouets                         '                     GEORGES VICAIRE.\n\n       Un romancier moderniste : Félicien Champsaur      . F . NAUTET.\n       Ernest d'Hervilly                                    COQUELIN CADET.\n       Décadence                                           CHARLES GROS.\n\n       Nos POÈTES. — Georges Rodenbach                     M A X WALLER.\n       Les Vieilles Lunes                                  JULES DE BAUGNIES.\n       CHRONIQUE MUSICALE : — P a i s i f a l               IWANGILKIN.\n\n\n\n\n                   Le Numéro : 25 cent. — Étranger : 30 cent.\n        Se trouve chez les principaux libraires et marchands de journaux de la Belgique\n                                         et de l'Étranger\n    Les annonces sont reçues exclusivement à la Compagnie de Publicité et d'Émission,\n                           Rue du Fossé-aux-Loups, 32, Bruxelles\n\n\n\n                                          BUREAUX\n\n                     LIEGE                                         GA N D\n     29,    R u e Hemricourt, 29                       65, R u e des Champs, 65\n\n                                   BRUXELLES\n                           81, R u e de la Madeleine, 81\n                                                1882\n"}, {"page_pdf": 397, "texte": "                       LECTEURS, AU SCRUTIN !\n   Le poil que nous avons annoncé dans notre dernier numéro, res-\ntera ouvert jusqu'au 30 octobre. Le I er novembre, nous en publie,\nrons le résultat. Tous nos lecteurs sont invités à y prendre part.\nLes nombreuses lettres que déjà nous avons reçues, et auxquelles\nnous sommes forcés de répondre en bloc, nous ont prouvé combien\nsont étroits les liens de sympathie qui nous unissent à nos abonnés.\nNous voulons qu'ils se resserrent davantage encore. La Jeune Belgi-\nque doit être une grande famille où chacun a son mot à dire quand\nil s'agit d'agrandir et d'aménager la maison. Nous avons vu avec\nplaisir que si notre franchise d'allure en a blessé quelques-uns, la\nmasse des jeunes et des fervents est avec nous.\n    Nous publierons le I er octobre, deux sonnets inédits, tirés des\nBlasphèmes, le prochain volume de Jean Richepin.\n\n                           BOITE AUX LETTRES\n  F. B., à Bethoncourt. — Avec grand plaisir, cher poète, nous publierons tout cela.\nMais c'est le diable de loger tout le inonde dans nos pauvres 16 pages. Un peu de patience»\ndonc. Il y en a tant qui attendent. Tout à vous.\n   L. Ouvrier. — Pourquoi nous peindre sous d'aussi noires couleurs ce pauvre aban-\ndonné qui n'en peut mais ? Son forfait est, somme toute, très excusable, vu son âge, et je\nsais peu de gars de 20 ans, à moins d'un saint ou d'un eunuque, qui puissent répondre\nd'eux en pareil cas.\n   H. B., à Paris. — Qu'est-ce que le bonheur ? est sur le marbre et passera prochaine-\nment ; quant à l'Absence, franchement, nous aimerions mieux autre chose. Nous\nattendons curieusement les livres annoncés et vous serrons bien cordialement la main.\n    Camille. —Avez-vous déjà entendu Va/freux gémissement d'une morte ? Eh bien,\nmoi non plus. Il est possible que cela rende pâle et sombre mais ce n'est pas prouvé.\nAbandonnez donc toute cette terreur de convention. A la rigueur, on peut s'appeler\n Camille et ne pas faire d'imprécations. Vos vers sont bien venus, la rime jouit d'une hon-\nnête aisance. Il vous suffira de dire simplement des choses senties et, si vous voulez\n collaborer à la Jeune, de vous y abonner. C'est là une condition primordiale et à la portée\n de toutes les intelligences     et de toutes les bourses.\n    G. D. E. — Je suis sûr que vous êtes de cet avis, cher poète ; eh bien alors, prêchez\nd'exemple et ne nous forcez pas à répéter cent fois la même chose : nous ne publions que\nles abonnés. A bientôt donc.\n   F. M. Ille-et-Vilaine.—       Envoyez bien vite la nouvelle annoncée. Nous rêvions pré-\n cisément de terminer l'année par quelque œuvre de longue haleine.\n    E. S., à Gand. — Votre aimable rondeau sera du prochain. Mensuelle ou bi-mensuelle,\nl'augmentation de page sera la même.\n   Julio. — Nous prenons les Vieilles Limes, les Triolets d'un Chat, et vous attendons\n impatiemment.\n   Joseph Jezer, à Herstal.— Nous voudrions vous donner mieux qu'un conseil, Monsieur,\nquelque chose comme une promesse d'insertion. Votre style est assez limpide et harmo-\nnieux. Vos vers sont corrects. Pourquoi diable traitez-vous des sujets usés jusqu'à la\ncorde ? N'avez-vous rien de plus neuf dans votre sac ? Positivement il n'y a que les très\njeunes pour faire si vieux que cela.\n   L. B., à Lorient. — Reçu votre bonne lettre et le mandat. Merci.\n   E. T., à Besançon. — Il sera fait selon votre désir, cher rédac. Cordiale poignée\nde main.         Un nouvel abonné nous adresse le joli bulletin de souscription que voici :\n                              B A L L A D E AU BOUTIQUIER\n                                                                      II\n        Quoi! vous avez eu cette audace:             Car une œuvre qui se respecte\n       Augmenter le Prix du journal/...             Ne doit pas être à bon marché,\n       Eh bien ! pour une jeune race                Et c'était la re?tdre suspecte\n       Le tour n'est vraiment pas trop mal!         Que de sortir de ce cliché\n        Votre mesure est convainquante,             Mais, qu'elle reste conséquente,\n       Et, ceci soit dit entre nous:                Ne trouvez plus le prix trop doux :\n       O était trop peu trois francs cinquantet     Si c'était peu trois francs cinquante\n       Mieux vaut se coter à cent sous.             Ne dépassez pas les « cent sous v.\n                      ENVOI :                                    RÉPONSE :\n       Rédacteurs d'humeur trafiquante,             Monsieur, Il chose est convainquante :\n       Vous me voyez à vos genoux,                  En détrônant le Trois-cinquante\n       Je ne fus pas du Trois-cinquante,            Nous jurâmes de vivre sous\n       Mats je viens m'inscrire à cent sous.        Le règne éternel des Cent-sous-\n                             JULES GILSON.                              LA RÉDACTION.\n"}, {"page_pdf": 398, "texte": "                              LA JEUNE BELGIQUE                        3°5\n\n\n                               LE      SCRIBE         (1)\n\n\n   Jean ouvrit la fenêtre, et regarda.\n   L'orage imminait. De livides nuées se hâtaient vers le haut ciel\n d'un argent sale ; et l'agonie céleste, noire et pâle, baignait les choses\nde ses lumières tristes.\n   Le long des trottoirs, bruyait la fuite des promeneurs, le cla-\nquement des portes, le heurt des tables et des chaises que les garçons\nde café rentraient.\n   Un soudain silence éclata sur les toits ombrés par l'ascension des\nnuages, et dont une ardoise, çà et là, luisait étrangement. Puis, le\njour noircit encore. La rue sombra dans l'obscurité, et les flèches de\nl'Hôtel de Ville, sur l'horizon couleur d'encre, s'enlevèrent blanches.\n   Brusquement l'averse tomba.\n   Jean restait accoudé, bayant aux humides musiques de la pluie.\nEt c'était la chanson, dissonnante et douce, de l'eau qui battait les\nvitres, de l'eau qui gargouillait dans les plombs, de l'eau qui dan-\nsait en bulles sur le pavé, de l'eau soulevée par la rage du vent, et qui\nrepleuvait ailleurs en rafraîchissante poussière.\n   Jean songeait.\n   Il venait de tracer : fin, au bas de son livre. Sa tête, glorieuse\nencore de sa victoire sur l'Idée, se calmait sous l'attouchement de la\nnuit, comme sous un baiser de bouche froide. Une lâcheté physique\nl'amollissait. L'âme sommeillante, et la chair heureuse, il s'abandon-\nnait à l'intense plaisir de vivre.\n   La pluie continuait, plus lente, toujours. Son perpétuel égouttis\nsonnait égal sur les pierres. Et cette monotonie semblait exprimer\nune fatalité.\n   A quoi bien écrire, se disait Jean. A quoi bon le travail, le ploi\nsous une pensée? Etre double, un qui agit, un qui regarde; un qui\nadore, un qui ricane, Méphistophélès et Faust; devenir l'espion, le\nparodiste de soi-même, perdre la béate et primitive inconscience, à\nquoi bon?\n   Imbécile, qui laisses la chose pour le mot ! Si Pan te sollicite,\ntrempe-toi dans ses énergies, précipite-toi dans son vertige, abdique\nton intelligence, pour t'absorber dans la bestiale Nature, mais ne la\ntraduis jamais par la plume, et ne préfère pas, au soleil des cieux,\nles flammes pâles du Verbe ! A l'action, te dis-je ! Et si tu crois à la\n\n (1) Extrait d'un roman qui paraîtra sous ce titre.\n     15 Septembre 1882.                                           20\n"}, {"page_pdf": 399, "texte": "  306                     LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n beauté plastique, ne caresse pas le galbe des phrases : flatte la\n hanche des femmes! A l'action! Et si ton cœur palpite aux vaillances\n guerrières, à l'orgueil des cuivres qui sonnent, — brûle tes poètes, et\n va-t-en au loin, vers les combats et les voluptés du meurtre, et tue,\n tue, tue, — jusqu'à ce que ta tête se fende sous l'éclair d'un sabre,\n et que, le soir, ton dernier regard surprenne le soleil cruel s'allonger\n sur les cadavres, et lumineux vampire, boire leur sang de ses lèvres\n d'or ! A l'action, à l'action, te dis-je !\n   Mensonge! répliquait Jean, traversé d'une subite révolte. Le mot\n évoque la chose, — plus belle. Ne nie pas le mot, car tu en as peur.\n Le mot, c'est du mouvement, du son, de la couleur. Un mot, et\n comme Rubens, je fouette les airs de la chute furieuse des mauvais\nAnges ! Ce sont des mots que Don Juan murmurait aux religieuses\n dans un cloître, et qui chassaient l'amant céleste de leur poitrine\nvierge! D'un mot je peins les orients rouges et les enfers phospho-\n rescents. Avec des syllabes nombrées, avec l'amoureux baiser de\ndeux rimes, des mots, des mots, — je figure une femme devant\nlaquelle Praxitèle et Phidias briseraient leurs marbres, et dont le\nfantôme ferait crier ta luxure ! Un mot suffit au Christ pour chan-\nger la face du monde! Le mot descendit en langue de feu sur les\napôtres ! Sans le mot, la chose ne serait pas ; et c'est un mot divin,\nFiat Lux ! qui créa la lumière !\n   Dompter le mot : être Dieu !\n   Mais Jean était-il sûr d'avoir asservi le Verbe ? E t le livre achevé,\nqui posait là, sur la table, possédait-il cette mystérieuse puissance? Il\nfallait relire. Mais au moment de saisir les feuillets, une crainte l'en-\nvahissait, le clouant sur place.\n   Enfin, il surmonta son angoisse,ferma la fenêtre, alluma sa lampe,\net parcourut le manuscrit.\n   A la première ligne, il découvrit une réminiscence, et puis une\nautre, une autre encore. Il éparpillait autour de lui les pages, hagard\ndevant l'écroulement de son rêve. Cette image appartenait à Hugo,\nce vers à Leconte de Lisle, cette strophe était jumelle d'une strophe\nde Baudelaire. E t celui-là surtout se reflétait dans le poëme.\nTout à coup Jean se rappela que l'idée-mère de son œuvre était un\nsonnet des Fleurs du Mal. Et pourtant, il conservait un doute. Il\nrelut, derechef. Alors, cédant à l'éblouissante évidence, il demeura\npenché sur la table, les poings au menton, dans un silence.\n   Oh oui! il avait dompté le mot, maintenant ; et il était Dieu,— un\nDieu plagiaire. Les strophes imitées lui sonnaient aux oreilles sur un\nton qui psalmodiait, interminablement. Et les livres qui dénonçaient\n"}, {"page_pdf": 400, "texte": "                         LA JEUNE BELGIQUE                           307\n\nsa faiblesse gisaient là, ouverts, sous la lueur tranquille de la lampe,\navec une indifférente ironie.\n   Dans une rage, il agrippa les volumes. Non ! il n'était pas un pla-\ngiaire. Le tempérament de Baudelaire ressemblait au sien. Le poète\ndes Epaves exerçait sur lui une diabolique possession, que nul exor-\ncisme ne guérirait. C'était à croire que, par une lugubre mystification\nd'outre-tombe, Baudelaire guidait la main de Jean quand il écrivait.\nNon, il n'était pas un plagiaire. Cette œuvre qu'il allait détruire\nétait de lui, bien de lui. Des pages en étaient stylées avant sa pre-\nmière lecture des Fleurs du Mal. Et parce que ses sensations corres-\npondaient à celles de Baudelaire, on lui défendait de les traduire, et\nses strophes — la chair et le sang de son intelligence, — il n'oserait pas\nles publier! Et il renfermerait en lui toute cette vie qui l'étouffait ?\n Non, il n'était pas un plagiaire. C'était Baudelaire qui le volait !\n    E t le volume alla briser ses coins en maroquin contre le mur.\n    Jean ne plierait pas. Il recommencerait demain. Il se souviendrait\n du Tiepolo, dont la moindre esquisse rappelait le Titien, et qui, pour\n échapper à l'influence magistrale, se fit une palette si outrée et si\nfurieuse, qu'on frissonne devant la colère de ses tableaux. Lui impro-\n viserait un nouvel idiome, exaspéré, qui témoignât de la perver-\n sion de son génie. Il serait le despote des âmes.\n    Ainsi cette nature extrême se préparait. Pour atteindre au but, il\n acceptait tout, même la mort.\n    Tout à coup, il se souvint d'un drame auquel il avait assisté, dans\n la forêt. Des bûcherons bûchaient. L'un d'eux, have et décharné,\n s'épuisait à cogner un chêne dont la gloire verdoyait sur dans le\n bleu du ciel. Raillé par les autres, et tremblant la fièvre, le mori-\n bond s'arrêtait, quand une nouvelle et plus grossière injure siffla.\n Alors il se redressa, et de sa cognée, de son corps, de ses cris, déra-\n cina l'arbre, sous le poids duquel il s'écrasa, comme un fruit saignant\n entre les feuilles, les yeux grands. Jean n'avait jamais oublié ce regard.\n    Eh bien ! lui se précipiterait dans la langue comme le bûcheron\n dans l'inextriqué des forêts. Et han ! — il se hacherait un chemin\n  de fauve, au travers des vieilles souches, des troncs rugueux et des\n branches sonores d'oiseaux. Et han! —il cognerait devant, derrière,\n  à hue, à dia; et han! — il férirait les anciens ormes, taillant dans l'om-\n  bre verte des trous de soleil; et han! — roulerait comme un orage\n  au pied du chêne qui l'offusquait, han ! — l'embrasserait, et d'une\n  herculéenne poussée, d'un — formidable et sauvage, s'anéantirait\n  sous l'arbre couché, — bûcheron à la fois victorieux et vaincu !\n                                                   ALBERT    GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 401, "texte": " 308                        LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n\n                                LES JOUETS\n                  Les Jouets des enfants sont affaires pour eux,\n                  Ils apprennent la vie en apprenant leurs jeux\n                  Et trop tôt Je spleen lourd ploiera leur jeune tête\n                  Sous le premier dégoût de leur première fête.\n                  Lorsqu'à leur tour, plus tard, hommes, ils connaîtront\n                  L'amour et sa douleur, la gloire et son affront,\n                  La vanité profonde innée en toute chose,\n                  Dégoûtés de la femme et blasés de la rose,\n                  Leurs affaires alors leur seront des hochets\n                  Et comme ils avaient fait sur l'eau des ricochets\n                  Ou tourmenté le fil d'un pantin mécanique,\n                  Embrouillant, débrouillant d'une main satanique\n                  Ressorts de passions, intrigues d'intérêts\n                  Ils maniganceront leurs futiles secrets,\n                  Tout pour tuer le temps... Mais nous avons beau faire,\n                  Un jouet valait mieux que la plus grande affaire\n                   Et l'incurable ennui vous ronge à petit feu,\n                   Vous les viveurs de fange et les rêveurs de bleu;\n                  Et je sens dans mes yeux germer de froides larmes\n                  Maintenant après tant de soucis et d'alarmes,\n                  Moi le feu don Quichotte, hélas ' quand je revois\n                  Dans un coin du grenier ma Rossinante en bois.\n                                                            CHARLES GROS.\n\n\n\n\n             UN ROMANCIER MODERNISTE\n   Selon sa coutume quand il s'agit de littérature, la presse a passé rapidement\nsur un livre paru il y a quelques semaines. Ce livre mérite pourtant qu'on s'y\narrête, puisqu'il a la prétention de jeter les bases d'une religion artistique nou-\nvelle : le Modernisme. Nous marchons vite aujourd'hui ; les romantiques vivent\nencore d'une belle vie ; en cherchant bien on trouverait des classiques encore\nverts et c'est au moment où le naturalisme atteint seulement à sa maturité que\nles modernistes entrent en lice. Qu'aurons-nous demain ?\n   L'apôtre de cette nouvelle religion est un tout jeune homme débarqué à Paris\nil y a quelques années et qui, par son talent et son audace, s'est fait rapide-\nment un nom parmi la jeunesse littéraire. Jusqu'à présent il n'était guère\nconnu que comme poète et journaliste. C'est d'hier seulement qu'il s'est révélé\nromancier, en même temps qu'il s'est révélé lui-même, car le héros du roman,\nPatrice Monclar, c'est l'auteur en personne : Félicien Champsaur. Il se pré-\nsente au public tiré à quatre épingles et faisant la roue avec une complaisance\n"}, {"page_pdf": 402, "texte": "                               LA JEUNE BELGIQUE                                       309\n\nqui s'ignore. Mais Narcisse ne mire pas que sa beauté, il veut bien parfois se\nmettre à nu et nous permettre d'étudier en lui un cas extrêmement curieux de\nnévrose et de malaise intellectuel.\n   Dans ce livre de 500 pages, l'auteur dépeint également la jeunesse d'au-\njourd'hui, c'est la vie de bohème racontée en d'autres temps et sous d'autres\nm œ u r s , avec une liberté de langage, un scepticisme qui, bien qu'ils frisent parfois\nle cynisme, ne nous déplaisent pas. L e n a r r a t e u r est convaincu, il ne se soucie pas\ndes hypocrites et il dira « zut » à quiconque lui prêchera la réserve. Cette fran-\nchise a son mérite. T o u t e vérité est bonne à dire, quand c'est une vérité. Nous\ndisons ceci en faveur de la plus grande partie du livre, y compris les passages\noù Félicien Champsaur raconte ses amours avec une tragédienne célèbre. Nous\nn'exceptons de cette épisode qu'une page, la dernière, qui est mauvaise et mal-\nadroite. Ce jeune poète qui c h e r c h e à se signaler aux dames comme le der-\nnier représentant de l'amour, qui joue volontiers les don J u a n dont il n'a ni la\nséduction ni la galanterie, et qui de l'amour n'a que l'amour-propre, a dépassé\nles bornes en déshabillant, au grand jour, une femme qui ne s'était déshabillée\nque pour lui seul           et quelques a u t r e s . A cette insulte la femme a dû pleurer\nde rage et Méphisto a peut-être regretté son indiscrétion. Mais le but était\natteint, car M. Champsaur avait un but en salissant une idole : il voulait mettre\nà exécution des idées pratiques sur la façon de conquérir la gloire. E u égard au\nnombre considérable de blasés, d'indifférents et d'imbéciles qui courent le monde,\nil est utile de forcer la note. Celui qui écrit un roman honnête — honnête dans\nle sens de convaincu — risque fort d'être obligé de lancer plus d'une œuvre\navant d'attirer l'attention ; c'est bien long et bien naïf. Il faut être fort aujour-\nd'hui et frapper à grands coups pour secouer l'indifférence littéraire. C'est\npourquoi M. Champsaur a donné deux titres à son livre : l'un en petits c a r a c -\ntères, Paris, le titre du naïf; l'autre en grosses lettres, DINAH SAMUEL, le titre\nde l'homme fort. Sous le premier, il fait une étude comme tout le monde peut\nen faire u n e , moyennant quelque talent ; mais c'est insuffisant, paraît-il, pour\nle succès; sous le second il étudie peu et dévoile b e a u c o u p . Il eût pu en ajouter\nun troisième : Mes amours, un bon tiers du volume étant consacré à ses aventu-\nres amoureuses, celles qu'il eut à Grivedesvignes et celles qu'il eut à P a r i s . Il\nles raconte en quelques pages, pour la plupart très littéraires et très savoureu-\nses, avec des dialogues à la Théophile Gauthier et des élégies à la Mürger,\nmais du G a u t h i e r modernisé et du Mürger délayé et diffus. E t , si malgré de\nréelles et solides qualités de style, M. Champsaur ne parvient pas à nous c h a r -\nmer, c'est qu'il aime en y mettant bien des façons et pas assez de chaleur-\nL ' a m o u r vrai nous paraît plus simple et moins m a n i é r é .\n   Néanmoins, malgré ces critiques et quelques autres que je formulerai plus\nloin, Dinah 'Samuel est un beau livre. C'est le livre de la jeunesse, d'une jeunesse\nqui souffre parce qu'elle est très faible, qui blague tout, qui se grise d'un sem-\nblant de force et qui pourtant, par un sentiment de fierté très louable, ne veut\nembrasser aucune doctrine ni s'enrégimenter dans aucun mouvement. Pas de\nromantisme, pas de naturalisme, pas de rhétorique. « U n peu de satire s'il\n» vous plaît, d'ironie, de philosophie et si la phrase n'est pas cadencée, faisant\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": " 310                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n\" ses pointes, comme une ballerine, — zut. » Voilà bien des choses, mais com-\nment faire des pointes quand on est si chancelant et si malade? Quant à l'ironie,\nla phrase cadencée et la philosophie, ni Alphonse Daudet, ni Théophile Gau-\nthier, ni nos littérateurs philosophes n'ont attendu la venue du messie du\nModernisme pour en doter leurs œ u v r e s .\n    D a n s son beau rêve d'indépendance, le jeune apôtre répudie sa nourrice, le\nn a t u r a l i s m e , dont il a sucé le lait un peu fort pour sa chétive n a t u r e .\nSes m a î t r e s , ceux qui ont essayé de lui apprendre à voir juste, sont de\nvulgaires théoriciens et bien qu'il ne veuille pas de théories, il en professe une\ndont la paternité ne lui sera enviée par personne. L e Modernisme, c'est le\npersonnalisme. Et vous allez voir que la découverte de cette religion a cette\ngrande utilité surtout, d'indiquer l'âge de l'auteur, qui a vingt-trois a n s .\n    D'abord, ce mot de personnalisme n'est pas clair. Les dictionnaires ne sont pas\nd'accord, Larousse donnant comme définition : action de tout rapporter à soi; vice de\ncelui qui est personnel, et Raymond indiquant un sens différent : action de piquer ou\nd'injurier. M . C h a m p s a u r peut avoir donné au mot personnalisme une signifi-\n cation spéciale qu'il ne définit pas. P o u r t a n t les deux interprétations lui sont\n applicables. Comme homme, le jeune romancier rapporte, en effet, très volon-\n tiers tout à l u i . Mais cela ne s a u r a i t être une théorie d'art ; l'observateur qui\n ne mettrait en scène que lui-même et ceux qui vivent dans son milieu, rétré-\n cirait le c h a m p de l'observation. D'un a u t r e côté, dans son rôle d'écrivain,\n M . Champsaur justifie parfaitement la définition du Dictionnaire général : action\n de piquer ; Dinah Samuel et la plupart des jeunes artistes qu'il présente au\n lecteur en savent quelque chose. Ceci ne saurait être non plus considéré comme\n un principe raisonnable. S'il entend p a r personnalisme l'action de l'écrivain\n qui s'incarne dans ses héros, on peut lui répondre qu'Alexandre D u m a s fils\n n'a jamais fait rien d'autre et que pas un, parmi ses personnages, ne renie son\n a u t e u r , tous portent la m ê m e marque de n a i s s a n c e , tous sont très b a v a r d s ,\n très raisonneurs, depuis la fillette jusqu'au vieillard ; et le public, é t a n t lassé\n de tous ces Alexandre D u m a s fils, il est impossible que M. Champsaur recom-\n mande à la jeune génération d'adopter l'esthétique démodée du fécond\n dramaturge.\n     Enfin, nos écrivains naturalistes font également du personnalisme en ce sens\n qu'ils choisissent et mettent en scène des personnages réels, généralement\n connus du public. On se borne à déguiser les noms : François B r a v a y s'appel-\n lera Bernard Jansoulet, le prince d'Orange le prince d'Axel et Mme Delaunay\n deviendra M m e Bovary. Ce système, qui a l'avantage de rendre l'exemple plus\n frappant, n'est pas neuf et par ce fait seul on ne peut le classer parmi les prin-\n cipes du Modernisme, car M. Champsaur ne veut m a r c h e r sur les traces de\n personne. L'intention est louable, encore devrait-on la taire et laisser au\n lecteur le soin de dégager lui-même l'originalité du romancier. On n'est pas\n original tous les jours et comme on voudrait l'être, et la preuve, c'est que le\n Modernisme, de quelque façon qu'on l'examine, n'est que du naturalisme mal\n réussi. L a meilleure façon de devenir personnel, on pourrait l'indiquer aux\n artistes en leur conseillant de se soustraire à toute influence, de ne rien étudier,\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "                              LA J E U N E BELGIQUE                               311\n\n  de ne rien lire, de ne rien o b s e r v e r ; d'aller dans une île où il n'y aurait ni\n villes, ni t h é â t r e s , ni bibliothèques, ni musées et de n'en sortir qu'à vingt\n ans avec du génie et le personnalisme. Assurément ils feront original. Celui\n qui ne suivrait pas ce judicieux conseil en serait réduit, si l'envie lui prenait\n un jour de créer une religion artistique, à imiter un certain Champsaur,\n grand-prêtre du Modernisme, qui ne put, en son temps, former une école nou-\n velle qu'en empruntant ses principes à d'autres, qui recommanda à ses disciples\n d'étudier « la maladie moderne » que Zola, Flaubert, de Concourt avaient\n étudiée a v a n t lui, et qui, ne voulant pas de théorie, formula une théorie tout\n de m ê m e , dont la seule originalité était d'en m a n q u e r . Je sais bien que par\n originalité M. Champsaur entend la n u a n c e . Mais y a-t-il deux styles et deux\n palettes semblables ? Ce serait en tous cas une naïveté impardonnable de la\n part d'un sceptique et d'un fort que de baser une théorie sur une règle immuable,\n une condition même d'existence. Sans la personnalité, plus ou moins accusée,\n l'artiste dans toutes les écoles n'existe pas.\n    Aussi le Modernisme, s'il n'est pas le naturalisme, pourrait-il bien n'être que\n le blaguisme, un scepticisme dégénéré, la religion de quelques esprits t r è s intel-\n ligents, très blasés, très malades et pas très forts. Cette religion vague, qui\n repose sur des données vagues, indéfinies, c'est la religion du doute, non du\n doute fruit de l'étude, mais du doute ignorant.\n    N'est-ce pas en effet par ignorance que Félicien Champsaur s'attribue des\n principes qui ne lui appartiennent pas ? Est-ce sérieusement qu'il écrit : « Le\n but n'est pas certes d'amuser une génération revenue de tout, parfois sans y être\n allée, dégoûtée de tout, de l'amour, parfois sans l'avoir connu, mais de montrer\n dans un tableau fidèle comme en un miroir, à quel point nous en sommes? »\n Cette théorie appartient-elle à M . Champsaur ? Les naturalistes seraient-ils\n allés la lui voler à Grivedesvignes, quand il était sur les bancs du collège, il y\na quelque dix ans ? Et voyez-vous ce jeune homme revenu de tout à 23 ans !\nCertes, on revient de bien des choses ; l'âge, le frottement de la vie, l'usure\ndes sentiments, la vue qui s'affaiblit, la monotonie du spectacle humain pour\nqui a perdu la sensibilité, paralysent des esprits jadis fougueux et ardents.\n Ont-ils raison ? Le progrès, entretenu par des intelligences jeunes ou en matu-\nrité, ne dément-il pas bien des opinions séniles ? A la vérité, M. Champsaur ne\nl'ignore pas, mais ses idées flottent à tous les vents, son méphistophélisme est\nd'un bon diable, il consent parfois à prêter l'oreille à la voix des anges et il ne\ndemanderait pas mieux, dit-il, que de croire et d'aimer.\n    Qui l'en empêche ? Les vrais naïfs, les seuls faibles sont ces jeunes qui,\nayant effleuré chaque idée, n'ont pas la vue assez perçante pour distinguer le\nmince rayon de justice et de vérité qui se dégage, dès à présent, des brumes de\nl'ignorance h u m a i n e . Félicien Champsaur n'affirme rien, il est en plein doute ;\ntantôt il s'affaisse dans la négation de tout, par moments il se relève. L e spiri-\ntuel boulevardier crache de dégoût sur le boulevard où il s'est corrompu et qui\npourtant lui a donné son bagou et sa verve. Il voudrait croire à la Justice et à\nl'Amour et il s'écrie : \" Quel Jésus derechef viendra nous donner la foi qui\nsauve ! » Puis il retombe. Il parcourt le quartier Latin et Montmartre au bras\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "  312                         LA JEUNE BELGIQUE\n\n d'une amie; il se grise des propos de brasseries; une lâcheté le prend : il ne faut\n pas paraître naïf, il faut être fort, très fort, ne pas se laisser démonter et blaguer\n ferme. Malgré tout, après ses folies, l'inquiétude le ressaisit. En revenant de\n Montmartre, au moment de goûter l'amour, dans une minute d'isolement qui le\n précède, il repasse dans son esprit les propos qu'il a entendus, toutes les théories,\n toutes les idées, tous les paradoxes qui ont été lâchés, qui lui plaisent par leur\n allure débraillée, leur audace, leur sans-façon et auxquels il ne manque hélas !\n que la chaleur, la vraie chaleur de la jeunesse. Malheureusement le contrôle\n l'ennuie, il ne le poursuit guère ; il aime mieux reprendre son ricanement parce\n qu'il en retire un profit immédiat, une réputation d'esprit fort et que surtout\n c'est moins embêtant. Ses désespérances n'en sont que plus fortes; à ne pas appro-\n fondir les idées, il n'en sent pas, tout au fond, le charme consolant ; il n'y puise\n pas la vraie force, il pense péniblement parce qu'il ne pense pas juste. Il devient\n enfin lugubre et désespéré.\n      (La fin au prochain numéro.)                                     F. NAUTET.\n\n\n\n                        ERNEST D'HERVILLY\n     Celui-ci est prince des fantasques, grand-duc des délicats et roi\n  des japonistes. A lui vraiment le pompon pour l'imprévu et pour\n  la cabriole littéraire ; c'est le plus laborieux ouvrier humoriste que\n je connaisse. Il a des tas de volumes derrière lui, et l'on couvrirait\n  une partie du Champ-de-Mars avec ce qu'il a écrit dans les jour-\n  naux depuis quinze ans ; ce serait là une Exposition gaiement uni-\n  verselle, car il a choisi ses sujets dans tous les pays du monde. Ses\n  deux paradis sont le Japon et l'Angleterre. Ch. Dickens (qu'il sait\n  par cœur) lui a donné la passion des études d intérieur où le réalisme\n  et la simplicité émue se développent à leur aise; les ciels enfumés\n  de l'Angleterre, la Tamise colossale, les amazones qui passent légères\n  et confortables sur des chevaux fiers d'être anglais, les babys et leur\n  précoce amour du roastbeef l'ont charmé, et il a mis dans un joli\n  volume de vers, intitulé le Harem, un High Life qui fixe les traits\n  de la vie élégante anglaise.\n     Dans le Parapluie joué dernièrement à l'Odéon, il a déclamé une\n  demi-heure avec une verve britannique en faveur de ce meuble qui est\n  sa passion. D'Hervilly est un vrai père pour son parapluie, il a dû\n  aimer les parapluies au berceau, il ne fume que des cigares de Ma-\n  nille, parce qu'ils ressemblent à des bouts de parapluies; si vous vou-\nl e z le désoler, vous n'avez qu'à dire devant lui riflard ou pépin, vous\n verrez s'allonger sa tête, composée d'un front, de deux yeux, d'un\n  nez et d'une bouche. Seulement d'un front si haut qu'on a envie d'y\n  coller de grandes affiches, de deux yeux, d'un bleu matinal, d'un\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                          LA JEUNE BELGIQUE                           313\n\n nez de voyageur, d'une bouche bien dessinée et de deux favoris si\n gigantesques que les pointes peuvent se cacher dans le gilet de leur\n propriétaire. Il est vraiment favorisé !\n    D'Hervilly est mince, et toujours très boutonné (quoiqu'il n'aime\n pas l'escrime). Par un beau temps, de très loin, quand il est avec son\n parapluie, on croit voir deux parapluies qui s'avancent. Il marche\n comme un cerf, et s'il rencontre son ami Philippe Burty (autre japo¬\n niste), alors ils japonisent ensemble et parlent tous deux du Japon en\n hommes qui seraient nés à Yeddo, et qui n'auraient jamais quitté\n Yoko-Hama. D'Hervilly et Burty nous racontent le Japon, non pas\n en poètes renseignés qu'ils sont, mais en Japonais japonisant et japo¬\n nopliobes                                                            japo¬\n nopliobes. La Belle Saïnara est la pièce japonaise la plus réussie du\n théâtre contemporain.\n    J'ai créé le rôle de kami de la belle Saïnara dans les salons de l'édi-\n teur Charpentier. Ce kami m'a très fatigué, car je me tenais toujours\n tordu en tire-bouchon — et de temps en temps il fallait avoir l'air\n féroce d'un Japonais qui vient de tuer vingt monstres avant son\n déjeuner. Que de courbatures m'ont coûtées ces études de contorsions\n et de férocité ! Oui, Paul, les quelques jours qui ont suivi la première,\n quand j'allais dans le monde, je me tenais en potence, c'était très laid\n en habit noir. On croyait que j'étais malade.\n    Poète d'une très grande finesse, il a prouvé qu'il avait le don du\n théâtre dans le Magister joué au Théâtre Français, dans le Bon-\n homme Misère, le Docteur sans pareil et la Soupière.\n    Il adore les plaisanteries à froid, il a écrit à ses heures de doute un\n Manuel du gêneur qui a son prix. Sa joie est d'entrer au restaurant\n et de dire à la femme qui ouvre les huîtres : « Bonjour Marennes! »\n L'été, son rêve serait de se déchausser dans un café, de demander\n un siphon et de se le vider sur les pieds en criant : « Mes pieds sont\n brûlants. »\n    D'Hervilly a la frénésie des chats, il y en a dans beaucoup de ses\n histoires divertissantes, mais surtout dans une où il a fait un tableau\n d'une table d'hôte de prêtres, du côté de Saint-Sulpice : un grand\n chat tyrannique comme un suisse, la queue en cierge de cathédrale,\n passe le long des soutanes. Après dîner, au lieu de lire le journal, les\n ecclésiastiques caressent le chat à tour de rôle, et je me souviens\n d'un bon vieux vicaire qui n'y a pas encore touché et qui dit à son\n voisin d'un ton très humble :\n    \" Après vous, le chat, s'il vous plaît!... »\n    Lisez les Contes pour les grandes personnes, les Armes de la\nfemme, les Baisers, et vous connaîtrez 1 humour de cet esprit infati-\n gable.                                         COQUELIN CADET.\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "314                        LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n\n                             DÉCADENCE\n                    Jadis Reine des Bois, divine enchanteresse,\n                    Diane, les seins nus et les cheveux au vent,\n                    Vivait dans les forêts sauvages, poursuivant\n                    Les sangliers avec des haines de tigresse.\n                    Elle était chaste et fière et si, quand la déesse\n                    Plongeait son corps de lis dans l'onde au flot mouvant,\n                    Quelque mortel osait l'admirer en rêvant,\n                    Le profane aussitôt payait sa hardiesse.\n                    Maintenant, ayant mis au clou son vieux carquois,\n                    Oublié sa pudeur farouche au fond des bois,\n                    Près des Halles madame Hécate tient boutique\n                    Et, vendant son gibier à des prix insensés,\n                    Elle débite sans vergogne à la pratique\n                    Des cuissots de chevreuil plus ou moins avancés.\n                                                            GEORGES     VICAIRE.\n\n\n\n\n                              NOS POÈTES\n                                         II\n                           GEORGES RODENBACH\n\n   Georges Rodenbach est une figure spéciale, unique dans l'histoire de notre\nlittérature nationale ; elle se détache avec une diaphanité blanche, une délica-\ntesse subtile, faite toute de grâce et de mièvrerie. Déjà dans le Foyer et les\nChamps, son premier livre, se montre cette légèreté de plume qui effleure, cette\nmorbidesse féminine, cette gracilité exquise qui font le t a l e n t de Rodenbach.\nComme François Coppée, dont il est impossible de ne pas le rapprocher, il aime\nles intimités, les scènes de pénombre, les tableautins littéraires où vibre une\némotion, où nage une r ê v e r i e . Telle cette page de sa première œuvre où,\n malgré quelques touchantes maladresses, brillent déjà les qualités essentielles\n du poète ; cela est intitulé la Vieille Fille :\n\n                     Elle est là sur sa chaise, avec un air grognon ;\n                     Coquette, quoique laide, elle porte un chignon\n                     Brun, sur ses cheveux gris ; elle a de riches bagues\n                     Et des lunettes d'or devant ses grands yeux vagues.\n                     Le salon est luisant : un papier bleu d'azur,\n                     Quatre portraits d'aïeux à chaque pan de mur ;\n                      Un parquet tant ciré qu'on y marche avec peine.\n                      Ornant la cheminée un vase en porcelaine\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "                                LA J E U N E BELGIQUE                                   315\n\n                Qu'un vieil adorateur rapporta du Japon.\n                Sur un bahut de chine, un paquet de bonbon\n                Et tout pris, un missel couvert de velours rouge.\n                Elle brode un bonnet pour sa nièce et ne bouge,\n                Savourant le rythmique et paisible ronron\n                Du petit angora qui dort dans son giron.\n\n   Mais dans ce petit recueil où le poète essaie ses ailes, il n'avait pas encore de\nformule décisive ; ce n'est qu'avec les Tristesses (1879), qu'il écrivit en partie à\nParis entre les longues visites qu'il faisait au n° 13 de la Rue Oudinot, à l'au-\nteur du Passant, que Rodenbach donna la vraie note de sa n a t u r e . C'est dans ce\nlivre qu'il enchâssa la t o u c h a n t e pièce du Coffret dont les strophes voltigent d a n s\nles souvenirs :\n\n                Ma mère, pour ses jours de deuil et de souci,\n                Garde dans un tiroir secret de sa commode\n                Un petit coffre en fer rouillé, de vieille mode.\n                Et ne me Va fait voir que deux fois jusqu'ici.\n\n                Comme un cercueil, la botte est funèbre et massive,\n                Et contient les cheveux de ses parents défunts,\n                Dans des sachets jaunis aux pénétrants parfums,\n                Qu'elle vient quelquefois baiser le soir, pensive !\n\n                Quand sont mortes mes sœurs blondes, on l'a rouvert\n                Pour y mettre des pleurs et deux boucles frisées.\n                Hélas! nous ne gardions d'elles, chaînes brisées,\n                Que ces deux anneaux d'or dans ce coffret de fer.\n\n                Et toi, puisque ton front vers le tombeau se penche,\n                0 mère, quand viendra l'inévitable jour\n                Où j'irai dans la botte enfermer à mon tour\n                Un peu de tes cheveux.... que la mèche soit blanche !\n\n   Plus loin c'est une scène flamande, Infamie étemelle, triste élégie d'amour\nmoderne, avec le désespoir mélancolique des cruels délaissements ; plus loin\nencore les Lions, la tristesse des fauves qui regrettent les salles des déserts et\nl'immensité des plaines de soleil ; et devant ces fauves qui dans leurs rugisse-\nments affaiblis ont des sanglots, le poète compare\n\n                Ces fiers lions, c'est nous, les poètes captifs,\n                Qui rêvons du pays idéal où naguère\n                Notre âme s'est ouverte aux bonheurs primitifs,\n                El qui sommes comme eux en risée au vulgaire !\n                Nous aussi, nous avons de superbes mépris\n                Pour la Joule raillant nos royautés tombées ;\n                Mais quand nous rencontrons d'autres frères meurtris,\n                Nous confondons nos pleurs et nos têtes courbées !\n\n   Avec la Mer élégante, Georges Rodenbach entre dans des routes inexplorées\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "  316                           LA J E U N E   BELGIQUE\n\n\noù son tempérament délicat devait fatalement le conduire. Il y donne une suite\nd'aquarelles aux couleurs vives, ruisselantes de soleil, parfumées des senteurs\nm a r i n e s . Il découpe d'une main d'artiste des silhouettes adorablement élé-\ngantes qui se détachent avec un chatoiement sur l'horizon immense. Le frou-\nfrou des robes claires alterne avec le clapotement doux des vagues, le bruit sec\ndes éventails, avec le chant mélancolique des brises ; les voix perlées des\nfemmes se mêlent à la voix rude des mariniers et tout cela vit de la vie enso-\nleillée des plages à la mode, avec des couleurs légères de pastel. C'est m i g r a r d ,\nc'est ailé, c'est brillant, c'est vécu surtout et le poète a justifié ce mot de Balzac\nqu'il prend pour épigraphe de son livre : » L'oisif mène la vie élégante : l'artiste\nla crée parce qu'il la sent.» Rodenbach est un artiste. Le livre, pour être parfait,\neût dû être illustré par un W a t t e a u habile à dessiner les femmes blondes qui\nrelèvent d un doigt effilé leur robe blanche, ou par un Boucher maître ès-art\nde laver les amours aux fesses roses dont les yeux bleu-pâle ont des douceurs\ntendres, dont les membres dodus appellent les gros baisers qui claquent.\n\n               Toutes ces femmes sont adorablement mièvres\n               Découpant sur les f lots leurs profils amaigris\n               Où rayonne en tons vifs la rougeur de leurs livres\n               Sur la mate blancheur de la poudre de riz.\n\n               On croirait sur du sucre en poudre voir des fraises,\n           ,   Si bien qu'on les voudrait goûter à belles dents,\n               N'étaient ces yeux bistrés plus luisants que des braises\n               Qui vous effraient de loin avec leurs feux ardents.\n\n  E t les strophes continuent tour à tour folâtres et tristes, gardant toujours\neur harmonie de clavecin et leur fraîcheur exquise ; et le livre se ferme sur\nces beaux vers où le poète revit ses tristesses :\n\n               Seul notre amour est mort ! Tout mon courage tombe !\n               Pour se quitter si tôt, fallait-il tant s'aimer?\n               Je sens là dans mon cœur un vide.... c'est sa tombe !\n               Mais le ver de l'oubli n'y pourra l'entamer !\n\n               Quand les vierges d'Egypte étaient mortes phthisiques,\n               On conservait leurs corps imprégnés de parfum,\n               Et j'ai de même, aux sons de funèbres musiques.\n               Embaumé ta mémoire, 6 mon amour défunt!\n\n               J'ai tissé chaque vers comme une bandelette,\n               Pour te garder intact et pour t'éterniser ;\n               Pauvre amour! Dors en paix dans ta blanche toilette,\n               Reçois mes derniers pleurs et mon dernier baiser.\n\n   C'est sous cette impression de tristesse que l'on ferme ce keepsake des plages,\net l'on est tout reconnaissant au poète rêveur qui la communique.\n\n\n                                                                     MAX   WALLER.\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "                               LA J E U N E BELGIQUE                                 317\n\n\n\n\n                        LES VIEILLES LUNES\n                                         RONDEL\n\n                          Ils vont où vont les vieilles lunes,\n                          O mes belles, tous vos serments,\n                          Et c'est le sort de vos amants\n                          Définir par des infortunes.\n                          Parmi vous en est-il d'aucunes\n                          Qui ne nous causent des tourments ?\n                          Ils vont où vont les vieilles lunes,\n                          0 mes belles, tous vos serments.\n                          Femmes noires, blondes ou brunes,\n                          Comme de trop vieux vêtements\n                          Qui vous gênent, vos sentiments,\n                          Tous,— sauf peut-être vos rancunes,\n                          S'en vont où vont les vieilles lunes.\n                                                            JULES DE BAUGNIES.\n\n\n\n\n                  CHRONIQUE                      MUSICALE\n                                      PARSIFAL\n\n                         Festival Sacré, par Richard Wagner.\n   La coupe sept fois bénie, où le Sauveur, en la Cène suprême, versa aux hommes comme\nun vin de salut, sou sang éternel à boire, recueillie par Joseph d'Arimathie, fut apportée\npar une troupe d'anges à un saint nommé Titurel. Celui-ci, possesseur de la Lance qui\nperfora le côté du divin crucifié, fonda à Montsalvat, en Espagne, un ordre de Chevalerie\npour honorer les précieuses reliques. Ce sont les chevaliers du Saint-Graal, car tel est le\nnom de la coupe béatifiante. A Titurel, devenu vieux, succéda, en ses fonctions de\npontife-roi de l'ordre, son fils Amfortas. Voilà ce que disent les anciennes légendes du\nSaint-Graal.\n   Écoutez une autre légende encore. Quand le Christ, le corps en plaies, gravissait la\nmontagne maudite, fléchissant sous le poids de la monstrueuse croix, la reine qui baisa sur\nun plat saignant la tête de Jean-Baptiste, insulta le Dieu mourant par un long éclat de\nrire. Et depuis ce jour, implacablement secouée d'un rire satanique, aspirant au bien\net faisant le mal, erre de monde en monde, Hérodiade, qui cherche un rédempteur.\n                                             *\n   Voici maintenant le drame.\n   Au bord d'un étang, dans l'épaisse et religieuse forêt qui entoure le château de Mont-\nsalvat, dorment Gurnemanz, le plus ancien chevalier du Graal, et deux jeunes écuyers.\nC'est le lever du jour. Sur le burg les trompes sacrées sonnent le réveil. Gurnemanz secoue\nses compagnons, et tous trois, tombant à genoux, font l'oraison matinière. Tout à coup de\nla campagne lointaine accourt, emportée sur un cheval sauvage, une femme bizarre. Sa\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": " 318                               LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n   robe est relevée par une ceinture en peau de serpent; sur son front cuivré roulent les torsades\n   de sa chevelure noire. Elle tend à Gumemanz une fiole pleine d'un baume exotique, pour\n   Amfortas ; puis, lasse, elle se jette sur le sol et s'endort. Cependant un cortège de\n  chevaliers et d'écuyers porte la litière où gémit Amfortas, le roi-pontife du Graal, dévoré\n  par une plaie affreuse, que rien ne peut guérir. Dans les eaux bienfaisantes du lac il va\n' chercher un soulagement, mais la guérison, hélas! la mort seule la lui donnera! — Prends\n  toujours ceci, lui dit Gurnemanz, en lui donnant le baume. En vain Amfortas veut\n  remercier Kundry, elle éclate d'un rire farouche et repousse Amfortas, qui s'éloigne\n  emporté sur sa litière.\n     Restés seuls, les écuyers et Gumemanz s'entretiennent de Kundry. Si elle est si fidèle\n  et si intrépide, dit l'un des jeunes gens à Gurnemanz qui la défend contre leurs injurieux\n  soupçons, — qu'elle aille chercher la Lance perdue !\n     — Hélas ! repart tristement le vieux chevalier, c'est interdit à tous... O Lance sacrée, je\n  l'ai vue brandie par la main la plus perverse !.... et Gurnemanz narre la tragique aven-\n  ture. » Du sanctuaire du Graal, à cause de sa vie impure, demeura à jamais exclu le\n  magicien Klingsor. Pour se venger il créa sur la montagne un jardin merveilleux où\n  croissent comme des fleurs, des femmes diaboliquement belles. C'est là que dans les\n  charnelles voluptés il s'efforce d'attirer les chevaliers du Graal pour en faire, par le\n  péché, ses esclaves. Un jour, armé de la sainte Lance, Amfortas voulut anéantir ce fléau\n  d'enfer. Une femme terrifiante de beauté l'ensorcela. Ivre d amour, il tomba dans ses\n  bras et laissa choir l'arme divine,... Soudain un cri effroyable.... quand Gurnemanz\n  arrive, Klingsor disparaît, emportant le fer sacré, et le roi-pontife, frappé de sa propre\n  lance, se traîne, le flanc brûlé d'une blessure qui ne veut pas se fermer.... Un jour,\n  devant le sanctuaire désolé, Amfortas s'était prosterné, implorant un signe de pardon :\n  c'est alors que du Saint-Graal, surnaturellement illuminé, jaillit cette prophétie: \" Attends\n  mon élu, l'être pur et candide, instruit par la compassion. »\n   A peine Gurnemanz a-t-il achevé son récit que des cris tumultueux retentissent. Des\n écuyers apportent un cygne sauvage qu'a frappé au vol une flèche mortelle; d'autres\namènent le coupable, Parsifal. Réprimandé, puis interrogé par Gurnemanz, le jeune\nhomme répond avec la naïveté la plus absolue. Il ne sait ni d'où il vient, ni où il va, ni\n comment il se nomme. Ne serait-il pas l'être pur et candide élu par le Graal 2 Tandis\n qu'il parle, l'orchestre résonne l'étrange prophétie. Aussi, laissant s'endormir d'un\nmagique sommeil sous un buisson, Kundry, subjuguée par une influence ténébreuse\n(où l'orchestre indique le motif redoutable de Klingsor), — Gurnemanz guide Parsifal vers\nle temple du Graal. Le décor glisse lentement de gauche à droite. Une divine sonnerie\nde cloches verse dans l'air sa foi sonore.... Soudain les trompettes clament le thème\ntout-puissant du Graal. C'est le temple, avec, sous la haute coupole, les tables nappées\nde blanc et préparées pour le repas mystique. Les chevaliers, et les jeunes garçons,\nen de sublimes cantiques, glorifient le pain et le vin, la chair et le sang divins, la foi et\nl'amour. Malgré l'horrible douleur que verse en sa chair pécheresse la vue du Graal de\ntoute pureté, Amfortas officie et élève la coupe sacrée sur laquelle, du haut de la coupole,\ntombe un flamboiement de pourpre. » As-tu compris ce que tu viens de voir? » demande\nGurnemanz à Parsifal. Et sur sa réponse négative, il le met sans façon à la porte : « Ne\nt'avise plus de tirer les cygnes; reste avec tes pareils, les oisons. « Et la toile tombe sur\nles derniers accords des hymnes.\n   Acte deuxième. — Sombre, terrible, tour à tour éclatant et sourd, formidable et\n dissimulé, l'orchestre développe le thème de Klingsor. Nous voici dans la tour du redou-\n table magicien. Entouré de tout l'appareil de sorcellerie, il évoque Kundry et lui ordonne,\n malgré ses larmes, de séduire Parsifal. En vain elle se débat et refuse d'accomplir sa\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "                                LA JEUNE BELGIQUE                                      319\n\nmission abominable : la tentatrice qui fut jadis Hérodiade, et qui récemment a perdu\n Amfortas, est contrainte d'obéir. Elle disparait, et la tour s'abîme avec le magicien\nfaisant place à un jardin paradisiaque, où luxuriante se développe une végétation des\ntropiques, aux fleurs gigantesques, aux lianes emmêlées, traversées d'oiseaux jaseurs.\nParsifal a franchi la muraille. Aussitôt accourt un essaim de jeunes filles négligemment\nvêtues, qui l'entourent, le caressent, et se disputent en riant ses mains, ses regards et ses\nparoles. Dans sa candeur.... extraordinaire, Parsifal les repousse; elles fuient, se mo-\nquant du pauvre simple. Mais une voix délicieuse appelle Parsifal ; et le jeune homme\ninterdit aperçoit dans un buisson une femme d'une beauté surhumaine, pleine d'une\nincomparable grâce en ses légers vêtements d'Orientale. C'est Kundry. Avec une\ndouceur suprême, lui parlant de sa mère, morte en le bénissant, l'adorable pécheresse\nattire Parsifal et appuie un long baiser sur ses lèvres.\n   Brusquement il se relève. A la flamme de ce baiser son sang s'embrase. Dans son\ncœur il sent brûler la plaie dévorante qui rouge le cœur d'Amfortas. « La blessure, la\nblessure, s'écrie-t-il; elle brûle en mon cœur         ici est l'incendie, le désir ardent, le\ndésir terrible ! » Et partageant la souffrance du roi du Graal, par la COM-PASSION, il voit,\nil comprend. Dans une effrayante vision, il contemple les souffrances d'Amfortas,\nexpiant devant le Graal son sacrilège.... Son esprit lucide recompose la scène de la\nséduction du héros : » Oui, cette voix, c'est ainsi qu'elle l'appelait. Et ce regard souriant,\nje le reconnais. Ces lèvres, c'est ainsi qu'il les vit frémir. C'est ainsi qu'elle pencha la\ntête, — ainsi que fièrement elle la releva... Et ce baiser ! . . . Arrière, corruptrice!\nLoin de moi à jamais ! »\n    Et sa mission divine lui apparaît : c'est lui qui par son invincible vertu doit sauver\n Amfortas.\n    Mais Kundry, brisée de douleur et de passion, tente de l'attendrir. Ah ! si le cruel\nest un sauveur, compatissant aux douleurs des autres, qu'il la rachète donc, elle aussi, de\nsa terrible malédiction. Jadis elle a vu le Sauveur divin, et elle a ri. Depuis, riant toujours\nd'un irrémédiable rire, partout elle Le cherche pour lui offrir son expiation. En Parsifal\n elle a cru Le reconnaître. Et la voici à ses pieds pâmée d'amour.\n    — Enseigne-moi le chemin qui mène chez Amfortas, dit le héros, impassible.\n    Aux cris de fureur poussés par Kundry, Klingsor accourt, armé de la Lance divine.\n Mais le jeune homme s'en empare, et trace dans l'air le signe de la croix. Aussitôt les\n murs magiques s'écroulent, le jardin se dessèche, et au milieu des fleurs fanées gisent\n mourantes les belles jeunes filles. Jetant à la Pécheresse une ultime parole d'espérance,\n Parsifal disparaît à travers les décombres.\n   Acte troisième. — Dans la sainte forêt de Montsalvat, c'est la merveilleuse fête du\nprintemps ; c'est aussi la douloureuse fête chrétienne du Vendredi-Saint. Gurnemanz,\nvieux et brisé, retrouve sous un buisson Kundry, qui sort douce et affligée de son som-\nmeil surnaturel. Puis voici un chevalier à l'armure noire. « Ote tes armes, crie Gurne-\nmanz ; n'outrage pas le jour du Sauveur. » Le chevalier obéit, c'est Parsifal, apportant\nla Lance reconquise. — « O Grâce ! rédemption ! miracle ! » s'écrie le vieillard. — Et il\nnarre à Parsifal qu'Amfortas, vaincu par la croissante douleur, n'a plus voulu remplir\n son saint ministère. Privés de leur mystique nourriture, les chevaliers du Graal ont perdu\nleurs forces ; déjà Titurel est mort.\n   Les cloches sonnent les funérailles. Le paysage change comme au premier acte. Dans\nles galeries du temple passent de longues files de chevaliers en deuil, escortant le cercueil\nde Titurel. Ils pénètrent dans le temple et y rencontrent d'autres chevaliers qui accompagnent\nla litière d'Amfortas et la châsse de Graal. Une dernière fois, pour les funérailles de son\npère, le coupable pontife veut officier. Mais vaincu par la douleur il refuse, il se débat,\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "   320                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n  et ordonne aux chevaliers de lui donner la mort. C'est alors que Parsifal le touche avec la\n  sainte Lance : » Sois guéri, racheté et sauvé ! n Et tandis que Kundry, repentante, meurt\n  à ses pieds, — au milieu des chevaliers agenouillés Parsifal monte sur l'autel et élève ma-\n jestueusement le Graal, qui resplendit dans un surnaturel incendie de pourpre.\n                                                   #\n                                                  *\n   Dans Parsifal Wagner conserve et accentue le système musical de Tristan et Iseult et\ndes œuvres subséquentes. Plus d'airs, de duos, de quintettes, de cavatines, de récitatifs :\nrien que la déclamation notée, la tragédie en musique, — une mélopée qui serre rigou-\n reusement le texte du poème, sa prosodie, son accent pathétique. La musique proprement\ndite est réservée à l'orchestre. Elle se compose d'un certain nombre de thèmes appropriés\nchacun à un personnage, à une situation, à un sentiment déterminés ; ils se font entendre\n chaque fois que ce sentiment, cette situation, ce personnage reparaissent dans le drame\n ou y font sentir leur influence.\n   Au point de vue musical Parsifal est un chef-d'œuvre. Rien de plus splendide que l'ou-\n verture. D'abord, entonnée à l'unisson par les instruments de bois et les instruments\nà cordes, se déroule la phrase de la communion : » Prenez mon sang au nom de notre\namour ; prenez mon corps en mémoire de moi, » Chacun des deux membres de la phrase\nest aussitôt repris par les hautbois et les trompettes, sur une série d'accords ascendants.\nSoudain les cuivres clament le thème religieux du Graal. Puis les divers instruments\nchantent tour-à-tour le motif de l'hymne : » la foi vit, la colombe plane. « Et de nouveau,\nsur un trémolo de contrebasse et de violon, les bois, les violoncelles et les clarinettes\nreprennent à tour de rôle, avec des altérations mineures, la prière de la communion,\nbrisée et reprise alternativement. Bientôt se font entendre les thèmes de la douleur et\nde la plaie d'Amfortas ; une dernière fois, alanguie, énervée, reparait l'adoration initiale,\nqui peu à peu s'amoindrit et va se perdre dans les registres élevés.\n    Le premier acte renferme plusieurs passages de la plus superbe beauté ; citons les\n deux récits de Gurnemanz, la réprimande qu'il adresse à Parsifal, le récit de ce dernier,\n la marche de Gurnemanz et de Parsifal au son des cloches, et toute la scène suivante dont\n la musique est incomparable. C'est peut-être la plus belle page religieuse que l'on ait\njamais écrite. Le second acte d'un bout à l'autre est un pur chef-d'œuvre, avec son\n prélude qui développe sombrement le thème de Klingsor, — puis l'évocation de Kundry\npar le magicien, — le chœur exquis des jeunes filles-fleurs, — le duo tragique de Kundry\net de Parsifal. Il faut étudier en détail cette scène colossale. Quels doux et mélancoliques\naccents quand Kundry narre au héros la mort de sa mère Herzeleide ; et quand au baiser\nde la sirène, le feu de la chair s'allume dans le cœur de Parsifal, qui comprend soudain\nles douleurs d'Amfortas et sent la même blessure saigner en sa poitrine, — avec quel\nterrible éclat reviennent les anciens thèmes ! Et quelle terreur plus effrayante encore\nquand haletante, Kundry, l'antique Hérodiade, évoque ce jour lugubre où, sans pitié, à\nla face du plus doux des Martyrs, elle éclata d'un lire insultant ! — Le troisième acte me\nparaît inférieur. Certes il y a des beautés dans les récits de Parsifal et de Gurnemanz,\nmais il faut attendre la » merveille du Vendredi-Saint, » la divine renaissance du prin-\ntemps, — pour retrouver les fortes impressions des premiers actes. On a reproché au\nsecond tableau de reproduire la seconde partie du premier acte trop longuement et sans\nrenforcer l'effet. Il y a peut-être du vrai dans cette critique. Toutefois la scène n'est pas\nassez longue pour produire l'ennui, et elle établit dans la pièce une unité saisissante. Le\ndrame se termine par la reprise triomphale des extatiques prières, que rien ne viendra\ndésormais troubler.\n\n                                                                            IWAN G I L K I N .\n\nBruxelles. — Société Générale d'Impr., de Distrib. et d'Afflch., 1, rue d'Arenberg. — J. GOSSAERT.\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "CIRAGE JACQUOT ET JACQUAND. Vprixe n t eet enconditions\n                                                 gros a u x m ê m e s\n                                                        qu'à P a r i s ,\nH . et F . V A N G H E L U W E , 4, rue A g n e e s s e n s , Bruxelles.\n\n\nPLUS DE COPEAUX. 40P r o pfois\n                           r e t é , é c o n o m i e , allume-feu sans pareil. On allume\n                                  son feu pour 15 centimes; le paquet de 40 feux,\n15 c e n t . L e d e m a n d e r chez tous les épiciers, droguistes, e t c . Seuls dépositaires pour la\nBelgique et la H o l l a n d e , H . et F . V A N G H E L U W E , 4, rue A g n e e s s e n s , Bruxelles.\n\n                          Guérison radicale en trois mois de t e m p s , 12000 certificats. L e s cas les\nHERNIES,                  plus difficiles sont traités avec succès. Maladies des femmes, de m a t r i c e ,\netc, sont guéries sans pessaire S o u l a g e m e n t immédiat. 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Les boîtes vides seront reprises à raison de 10 centimes\n      pièce. — Pour le gros, s'adresser à T H E B E L G I A N      DATE\n      C O F F E E C° (Limited), 35, rue de Malines, Bruxelles.\n\n\n       A LA BASCULE                                        FABRIQUE D'APPAREILS D'ÉCLAIRAGE\n Ancienne Maison HEYMANS, hameau de VIeurgat (Uccle)\n              2 et 4, coin de la 'chaussée                            45,   RUE DES CHANTEURS\n      de Waterloo, Près du bois de la Cambre\n                   REOUVERTURE                                 PRÈS LA GARE DU NORD,        BRUXELLES\n DE      L'ESTAMINET-RESTAURANT\n     par Ferdinand V A N U E R R I V I È R E                          G.    SCHOONJANS\nGrande salle de 200 couverts pour banquets, dîners\n  de noces et fêtes de sociétés. — On prend des            Lustres, Suspensions, Candélabres\n  pensionnaires.                                            Girandoles, Lanternes, Pendules,\nC h a m b r e s et quartiers garnis et n o n g a r n i s    Objets d'art, ete. — F o y e r s à gaz. —\n                                                            Fourniture de compteurs. — Place-\n        à louer. — Ecurie et remise p o u r                 ment de tuyaux.\nchevaux et voitures. — Prix très m o d é r é s .\n\n                                     P E U S DE DOS RONDS\n                       Agent général pour la Belgique de la BRETELLE AMÉRICAINE\n                                                 Brevetée)\n\n                                            TILQUIN\n                                      Galerie de la Reine, 5, Bruxelles\n                          La Bretelle américaine élargit la poitrine, tient les épaules\n                       droites soulage le dos et les hanches en soutenant les jupes et\n                       le pantalon, écarte toute tendance au dos rond, produit une\n                       libre respiration, renforce la voix et les poumons, et donne un\n                       bien-être à ceux qui en font usace. Prix : fr. 3-50, 5, 7-50. 10,\n                       12et15.— Plus de Jarretière qui engendre les varices. Nouveau\n                       P O R T E - B A S américain laissant la circulation du sang libre.\n                       Remise au commerce. — Prix : 2, 2-50,3, 4 et 5 francs.\n\n                              Seule Maison en Belgique où l'on fabrique spécialement le\n\n                                            POSTICHE D'HOMME\n                                 Dernière perfection et du plus grand naturel\n                       T O U P E T S E X P E R R U Q U E S D E 1 O A 1OO F R A N C S\n                           Ouvrages artistiques en cheveux, Bijoux, Cadres, Souvenirs, etc.\n\n                                       Galerie de la Reine, 5, BRUXELLES\n\n  NOUVELLE DÉCOUVERTE (le Pogonotome) R A S O I R                               M É C A N I Q U E .\nToute personne peut se servir de ce rasoir sans aucune crainte de se couper.\n—Agent général : TILQUIN, Galerie de la Reine, 5, Bruxelles. — Prix : fr. 5 et\n7-50 avec lames de rechange (Remise au commerce).\n  R A S O I R S A N G L A I S de Sheffield, garantis à l'épreuve.-Tout rasoir peut être échangé jusqu'à entière\nsatisfaction de l'acheteur, sans rétribution.\n      Bruxelles. — Société Générale d'Imp.. de Distrb. et d'Afflch., 1, rue d'Arenberg. — J . GOSSAERT.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1882-09-15", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 396."}}