{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE • PARAISSANT LE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE Les Protégés de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 416, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 320, "texte": "LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE                                                                  •\n\n\n\n\n             PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n\n2 me Année                  N ° 2 1 — I er Volume                        I e r Octobre 1882\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE Les Protégés de ma Grand'Mère", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Une erreur s'est glissée dans", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 416, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 320, "fin_caractere_exclue": 866, "texte": "SOMMAIRE\n    Les Protégés de ma Grand'Mère                                 GEORGES EEKHOUD.\n    U N ROMANCIER MODERNISTE : Félicien Champsaur                 F . NAUTET.\n    Le Dernier Jour d'un Condamné                                 JEAN TISSERANT.\n    Nos POÈTES : Théodore Hannon .       .    .   . . .       .   MAX WALLER.\n    Stances à la Mer                                              EDOUARD   LEVIS.\n    CHRONIQUE LITTÉRAIRE : — L'Insurgé, par Jules\n      Vallès, etc                                                 MAX WALLER.\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Errata", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Une erreur s'est glissée dans notre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le Numéro : 25", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 416, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 866, "fin_caractere_exclue": 1049, "texte": "Une erreur s'est glissée dans notre dernier sommaire : Jouets a été attribué à\n    Georges Vicaire et Décadence à Charles Gros. C'est le contraire qu'il faut lire.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Le Numéro : 25 cent. —", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 416, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1049, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "Le Numéro : 25 cent. — Étranger : 30 cent.\n\n     Se trouve chez les principaux libraires et marchands de journaux de la Belgique\n                                      et de l'Étranger\n Les annonces sont reçues exclusivement à la Compagnie de Publicité et d'Émission,\n                        Rue du Fossé-aux-Loups, 32, Bruxelles\n\n\n\n                                     BUREAUX              :\n\n                    LIÈGE                                                GAND\n 46, R u e de l'Université, 46                       65, R u e des Champs, 65\n                               BRUXELLES\n                       81, R u e de la Madeleine, 81\n                                             1882\n\n\n\n\n                                                                                       I\n                                                                                              1\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE ABONNEMENTS : Un", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AUX LECTEURS La première année", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 417, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 688, "texte": "LA JEUNE BELGIQUE\n                                       ABONNEMENTS :\n   Un an:                               Fr. 5 | Six mois                          . Fr. 2 - 5 0\n                                    ÉTRANGER, le port en sus.\nL'année commence le i\" Dec, le semestre le 1er Juin. Les abonnés nouveaux reçoivent les numéros parus\n  II est tiré de chague numéro de la REVUE Vingt-cinq Exemplaires numérotés sur splendide papier\nde Hollande et UN SEUL sur papier du Japon.\n       PRIX DE L'ABONNEMENT             Sur Hollande                 10               Francs.\n                                         Sur Japon                               20     »\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Aux lecteurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "AUX LECTEURS La première année de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 417, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 688, "fin_caractere_exclue": 3675, "texte": "AUX LECTEURS\n   La première année de la Jeune Belgique ayant, comme celle-de\n M. de Lamartine, à peu près fini sa carrière, nous avons jugé à pro-\npos de consacrer l'anniversaire de notre naissance par un souvenir\njubilaire, en publiant un\n       A L M A N A C H              D E     L A      J E U N E         B E L G I Q U E\n                                       pour l'année 1883.\n   Cet almanach, édité avec grand soin dans le format de la Jeune\nBelgique, complétera dignement notre premier volume. Il sera illustré\npar Paul Avril, Alfred Hubert, Mars et Miles et contiendra, outre\nun calendrier-mémento et une revue des principaux événements de\nl'an 1882, des nouvelles, des poésies, des fantaisies inédites slappli-\nquant pour la plupart aux mois de l'année. Tous nos lecteurs désire-\nront souscrire à cet album littéraire, dont le prix est fixé à 75 cen-\ntimes, du moins pour les 200 premiers souscripteurs, et qui paraîtra\ntrès prochainement. Dès à présent la souscription est ouverte; il\nsuffit de nous adresser 75 centimes en timbres-poste pour recevoir\nfranc de port Y Almanach de la Jeune Belgique, le jour de son appa-\nrition.\n   Le poil que nous avons annoncé dans notre numéro 19, restera\nouvert jusqu'au 30 octobre. Le I er novembre, nous en publierons le\nrésultat. Tous nos lecteurs sont invités à y prendre part. Les nom-\nbreuses lettres que tous les jours nous recevons , et auxquelles\nnous sommes forcés de répondre en bloc, nous ont prouvé combien\nsont étroits les liens de sympathie qui nous unissent à nos abonnés.\nNous voulons qu'ils se resserrent davantage encore. La Jeune Belgi-\nque doit être une grande famille où chacun a son mot à dire quand\nil s'agit d'agrandir et d'aménager la maison. Nous avons vu avec\nplaisir que si notre franchise d'allure en a blessé quelques-uns, la\nmasse des jeunes et des fervents est avec nous.\n   Nous prions nos lecteurs de remarquer que l'augmentation de pages\nsera la même, soit que nous nous en tenions au statu quo, soit que la men-\nsualité réunisse le plus grand nombre de voix.\n   Nous publierons le 15 octobre deux sonnets inédits, tirés des Blasphèmes, le prochain\nvolume de Jean Richepin.\n   Nous commencerons notre deuxième volume par la publication d'un petit roman de\njeunesse d'EMlLE ZOLA : Nais Micoulin. Cette œuvre vraie, pleine d'intérêt, d'obser-\nvation et de saveur, porte déjà l'indéniable empreinte du Maître, sans avoir rien de la\ncrudité de ses derniers romans. Oui, Buloz, la Nais Micoulin de l'auteur des Rougon,\nqui certes n'a pas été écrite pour les petites tartines des pensionnaires, rendrait encore\ndes points pour la moralité, à plus d'un des malsains romans-Feuilletons sur lesquels\ns'étaie ton antédiluvienne Revue des Deux Mondes; et ta Sauvageonne, ô Theuriet, serait\nobligée de lui céder le prix de vertu I\n   A partir de ce jour nos bureaux liégeois sont transférés à la L i b r a i r i e p o l y t e c h -\nnique de M M . Decq et N i r s t r a e z , r u e de l'Université, 4 6 , à Liège.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 321, "page_fin": 323, "titre_corps": "Les Protégés de ma Grand’Mère", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "LES PROTÉGÉS DE MA GRAND MÈRE", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "UN ROMANCIER MODERNISTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 418, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "LES PROTÉGÉS DE MA GRAND'MÈRE\n                                    A la mémoire de mon aïeule bien-aimée.\n\n\n   L'avenue Mosselman est cette partie, de la chaussée d'Anvers à\nMalines située entre la rue du Moulin et l'entrée du faubourg\nde Berchem. Cette jolie \"drève\" d'ormes bordée de maisons\ncoquettes et de jardins donnant sur la rue s'appelle aussi avenue\nd'Herbouville, du nom du préfet des Deux-Nèthes, sous le premier\nempire, qui entreprit les embellissements de la nouvelle ville d'An-\nvers. Cet homme, trop oublié des signors d'aujourd'hui, conver-\ntit entr'autres le sinistre Galgeveld ou \" champ de la Potence », situé\nau bout de l'avenue, en un parc boisé qui fut longtemps le rendez-\nvous des couples amoureux, ceux-ci profitant de l'espèce d'aversion\nqu'éprouvaient encore les bourgeois timorés pour ces épais ombrages\nretirant leur sève d'un sol maudit. Est-ce afin de vaincre les répu-\ngnances persistantes des promeneurs que les édiles contemporains\nont transformé la » Pépinière » de M. d'Herbouville, dont les futaies\nprenaient le soir une opacité fantastique, en un jardin anglais trop\nbanal, trop riant, trop déboisé pour donner aux fantômes l'envie de\ns'y promener ? En même temps que l'éclat du gaz, distribué à profu-\nsion dans ce square, dispersait les revenants il a mis fin aux tête-à-\ntête idylliques des vivants.\n   Pendant ces derniers dix ans l'avenue même a perdu de son\nancienne physionomie. Les villas prêtant à ce quartier un cachet\nextra-muros des plus originaux disparaissent une à une. Des hôtels\nprétentieux viennent s'aligner côte à côte à front de rue; le passant\nn'est plus caressé par les couleurs et les parfums des jardins d'entrée\ncultivés un peu à son intention par les anciens propriétaires; les\ngrilles aux délicates ferronneries, les haies odorantes font place aux\nmaçonneries tracées au cordeau pour la plus grande monotonie de la\nperspective et des rues nouvelles taillent et entament les parcs sécu-\nlaires sous prétexte de doubler la valeur des terrains mutilés.\n   Tel qu'il est aujourd'hui ce quartier demeure encore un des plus\nsains et des plus agréables de la grande métropole belge. C'est de ce\ncôté que ma grand'mère habitait en 187. une modeste petite maison,\noù je descendais lorsque j'avais des vacances et où je me fixai plus\ntard les dernières années de la vie de cette sainte femme.\n   Ce logis n'avait qu'un étage. En bas étaient le salon à deux\n croisées donnant sur l'avenue, la salle à manger et la cuisine sur le\n     1erOctobre 1882.                                              21\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2800, "texte": "  322                      LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n jardin; en haut deux chambres à coucher et un cabinet où dormait\n  la gouvernante. C'était un asile patriarcal garni de bons meubles en\n  acajou, qui avaient vieilli avec mon aïeule et auxquels je commen-\n  çais moi-même à m'attacher. Ces reliques reluisaient de propreté et\n  offraient plus d'agrément au visiteur que des mobiliers somptueux\n  d'une valeur uniquement vénale.\n     Le principal attrait de notre habitation était un jardinet d'une\n centaine de mètres, plus profond que large, planté de grands\n arbres, et séparé des enclos voisins par une haie vive; un jardinet\n un peu sauvage où les branches exubérantes vous barraient le pas-\n sage. Un sentier unique en faisait le tour, tracé entre la haie et la\n pelouse. Au fond se trouvait une gloriette, le reposoir favori de\n \"bonne       maman.\"\n    Que de distractions nous offrait ce coin de terre ! A u x premiers\n et tièdes effluves d'avril, l'aïeule passait son bras sous le mien et nous\n faisions à très petits pas le tour du discret domaine; nous nous arrêtions\n devant les arbustes précoces ; ses mains encore potelées et mignonnes\n faisaient glisser les jeunes rameaux entre les doigts et palpaient avec\n une joie enfantine les bourgeons séveux. Heureuse de vivre encore\n une année, elle aspirait ostensiblement l'air du renouveau. Au furet\n à mesure que s'accusait la renaissance de la nature nos promenades\n devenaient plus fréquentes. Bientôt les merles nous annonçaient par\n des chants de jubilation qu'ils pouvaient se passer des miettes de\npain et des boulettes de viande que Siska, la bonne, éparpillait dans la\n cour .Je cueillais en cheminant les premières violettes pour les offrir a\nma grand'mère. Je déployai l'en-cas de soie bleue au-dessus de son\nfront vénérable aussi souvent pour la protéger contre les rayons déjà\npiquants que contre les averses subites des giboulées. Puis, fleuris-\nsaient l'aubépine et les lilas, la symphonie des oiseaux devenait plus\nnourrie, les bourdons susuraient et les chrysalides rendaient en\nmasse à la liberté leurs prisonniers blancs, marqués de noir comme\ndes parcelles de billets d'amour déchirés. Maintenant on pouvait\ns'asseoir sous la tonnelle où les enlacements de la vigne folle com-\nblaient peu à peu les jours laissés par le lierre dans le lattis. La\nchaleur augmentant, on rendait à la pleine terre les fuchsias et les\ngéraniums empotés. L'aïeule s'attardait le soir pour entendre chanter\nle rossignol; émue elle mettait le doigt à ses lèvres, apaisant ma pétu-\nlance. Depuis longtemps les neiges odorantes des pommiers étaient\ntombées et les premiers bouquets de lilas jaunissaient dans leurs\nvases; Joost le jardinier venait faucher le gazon que Lô, sa femme,\nnotre commissionnaire, emportait sur une brouette; et la pelouse\n"}, {"page_pdf": 420, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "                              LA JEUNE BELGIQUE                                    323\n\nétait rase comme un velours. Un matin les gros boutons des pi-\nvoines éclataient ainsi qu'un feu d'artifice et des bouquets écarlates\n annonçaient le luxe plus tapageur de l'été. Aussi des parfums plus\nforts, plus lourds que ceux de mai, chargeaient les brises plus\nlentes comme prises de langueur. Les seringats et les jasmins sau-\npoudraient l'air de leur poivre. En ce moment la gloriette était\nnoire d'ombre, la vigne avait accompli son œuvre de protection\n contre les ardeurs de juillet. Les liserons et les capucines, tintinabu-\nleurs des papillons et des sylphes, agitaient leurs clochettes dans la\nhaie touffue et le rhododendron avivait de fleurs pourpre ses massifs\n sombres. Et ainsi graduellement jusqu'aux maturités à outrance\nde septembre, le jardin changeait de physionomie. Le vert tendre et\ntranslucide des feuillages se jaspait ; puis venaient les piqûres jaunes,\nles débauches superbes qui finissent par user les frondaisons dans\nl'or et le vin. Les grosses épeires tendaient leurs toiles et une baguette\nà la main je détruisais impitoyablement ces ingénieux travaux qui\n nous disputaient le passage comme à de vulgaires moucherons.\n L'humidité sortait de terre; flac, floc, les feuilles tombaient, bruis-\nsant sous nos pas, et Joost avait peine à entretenir le chemin. Et cela\njusqu'à l'hiver qui nous rendait le feu, la lampe à abat-jour où\nj'avais dessiné des grotesques, le journal longtemps répudié ; le tricot\nsur lequel l'aïeule s'assoupissait, le ronflement de la bouilloire et le\nparfum du thé qui la réveillaient. '             GEORGES EEKHOUD,\n    (La suite   prochainement.)\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 323, "page_fin": 326, "titre_corps": "Un romancier moderniste", "titre_sommaire": "Un romancier moderniste : Félicien Champsaur", "rubrique": "", "signature_source": "F. Nautet", "ancre_debut": "UN ROMANCIER MODERNISTE", "ancre_fin": "F NAUTET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 420, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1714, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "UN ROMANCIER MODERNISTE*\n                                      {Suite et fin)\n\n   C'est sous l'empire de la pénible situation d'esprit que j ' a i indiquée que Féli-\ncien C h a m p s a u r écrit une scène très belle et très saisissante. Il imaginé\nPierrot s'échappant du cimetière suivi de sa Conscience — s a Conscience est toute\nnoire, mais docile et bonne enfant — et s'en allant visiter les bals, le Skating-\nRing et l'Opéra. L e carnaval est mort, les rires sont funèbres; le Veau d'or, stu-\npide, trône sur le piédestal où naguère la Gaîté riait de toutes ses d e n t s , d'un\nrire franc et ininterrompu. P i e r r o t s'ennuie et se lamente : tout est-il donc fini,\nn'y a-t-il plus de jeunesse, plus d'amour, plus de gaîté ? Il sort, é c œ u r é . Soudain,\nsur la place, au milieu d'un r a s s e m b l e m e n t , il aperçoit une femme dont la\ndistinction, l'aristocratique élégance contrastent avec l'élégance criarde des\nfemmes de conversation bête qu'il vient de voir au bal, mendiant de l'or. Celle-\nci réalise son idéal. C'est la célèbre tragédienne, m u r m u r e quelqu'un, celle\n\n  (*) Voir la livraison de la Jeune Belgique du 15 septembre.\n"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3670, "texte": " 324                          LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n  dont la beauté est irrésistible, dont la voix est d'or ; celle qui émeut les âmes et\n  fait vibrer les cœurs. Toute la gamme des sentiments nobles, l'amour, l'enthou-\n siasme, l'émotion, elle la parcourt avec une intensité telle que l'on croirait\n qu'ils se sont tous réfugiés sous cette frêle enveloppe, désertant tous les autres\n cœurs, toutes les autres âmes, desséchés et vides. Du moins le fait-elle suppo-\n ter quand, frémissante sur son théâtre, elle déchaîne la passion et allume\n l'amour. Pierrot la suit jusque dans son alcôve. Elles existent donc encore la\n beauté et la grâce! Il va les posséder, car la tragédienne est complaisante et sa\n Conscience, toujours docile — mais peut-être malicieuse et ironique en ce\n moment, — se tient coite et ne dit mot. 11 la déshabille lentement, il lui ôte ses\n bottines, son corsage, puis encore d'autres bottines et d'autres corsages et\n quand il a retiré le dernier bas il ne reste rien. Tout, jeunesse, beauté, a dis-\n paru ! Il ne reste que de faux cheveux et des vêtements. Du corps, pas un mor-\nceau de chair, de l'âme pas un atôme, rien que l'artifice !\n    Rien ! c'est la note déchirante de ce livre, le sanglot que la jeunesse laisse\n échapper quand elle ne rit pas de son rire nerveux et quand l'indignation — qui\n est encore de ce monde heureusement - - lui monte au cœur. Rien ! c'est le cri\n de l'impuissance morale, de l'usure à vingt ans, du malaise physique, des\n esprits chancelants, pas timides — la timidité étant la virginité intellectuelle.\nCe mot rien est affreux, il est froid, il est bête ; c'est le cri de la jeunesse pour\n qui la gomme a du prestige, pour qui le boulevard est l'univers et les brasseries\n les seuls temples subsistants. Oui, le gommeux, le gommeux stupide et maussade\n qui fait sonner les louis sur les trottoirs, qui va de l'Opéra à la Bourse, est envié\n comme l'unique heureux de ce monde. L'or n'est pas seulement l'aide, le moyen, il\nest tout. M. Champsaur a eu le courage de le dire et l'on doit lui en tenir compte.\n    Il faudrait pourtant s'entendre. Le cas de M. Champsaur est navrant, digne\nd'intérêt et d'étude. Au temps déjà lointain où il habitait Grivedesvignes, alors\nqu'il n'était qu'un bon jeune homme naïf et généreux, il avait, dans une cage\ndorée, un oiseau mécanique qui chantait avec toute l'expression dont un oiseau\nartificiel est capable. Un jour, le jeune poète, né au dix-neuvième siècle et par-\ntant curieux, s'avisa de démonter l'oiseau ; il lui arracha chaque plume, l'une\naprès l'autre, léventra, et ne trouva à l'intérieur qu'un petit sifflet, un ressort\nrouillé et des morceaux de bois affreusement collés ensemble. Ce fut sa première\ndésillusion. Cet oiseau c'était l'idéal : le dehors superbe, le dedans absolument\ncreux. Pourtant il lui restait pas mal de beaux rêves dans la tête. Il aimait de\nl'amour dont on aime à vingt ans et il allait le connaître quand une place de\npion, lui offerte, l'amena à Paris. Il y vint avec peu d'argent, beaucoup d'am-\nbition, des sentiments candides et la foi en l'amour. Son argent il ne fut pas en\npeine de le dépenser, ses sentiments candides trahissaient la province ; il le\nsentit et les refoula; et sa foi en l'amour il la perdit certain soir où, ayant offert\nson cœur à une ingénue du Luxembourg, l'ingénue lui avait répondu qu'elle\nl'acceptait moyennant plusieurs bocks et vingt sous pour payer sa blanchis-\nseuse. Ce fut sa seconde désillusion. Heureusement l'ambition lui restait. Il\nfallait conquérir Paris. Il ne jugea pas à propos de se recueillir et de méditer\nsur les moyens de subjuguer la place avec honneur. Il n'étudia pas le colosse\n"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3591, "texte": "                                LA J E U N E BELGIQUE                                  325\n\ndans son ensemble ; de la ville studieuse il ne vit que le carrefour tapageur; de\nla ville artistique il ne vit que le dépotoir; la ville industrielle, il la méprisa;\ndans la ville du pauvre et du travailleur il visita surtout le Geuloir où les rouffla¬\nquettes s'assemblent, et où il se laissa prendre comme une mouche dans une\ntoile d'araignée, ce fut au boulevard. L a vie y est extraordinaire, les cafés\nenvahissent la c h a u s s é e , les façades des théâtres resplendissent ; sur les\ntrottoirs, des messieurs, en cravate blanche, et des petites femmes, très\nfardées, circulent. L e spectacle l e grisa, l'atmosphère était poudrerizée, l'or\nsonnait sur les tables et dans les poches, l'ensemble, enfin, était supérieure-\nment chic. Ce fut l'impression qui lui resta : c'était chic! Dès lors il en savait\nassez ; ce qu'il fallait conquérir, c'était ce monde d é s œ u v r é . Avec une sûreté\nd'œil r e m a r q u a b l e , il comprit de suite avec quelles armes il pourrait vaincre. Ce\nn'était pas avec le sentiment, l'enthousiasme et la foi, mais avec quelque chose de\ndur, de froid, de sec comme l'or : l'aplomb. Il en eut et il lui servit. Il pénétra\ndans les alcôves, eut des duels et fut coté sur le boulevard. Il lut des écrivains\nsceptiques et les comprit mal, il recueillit toutes les idées et n'eut pas le temps\nde les approfondir ; puis, une fois son apprentissage de la vie t e r m i n é , il fit un\nlivre très littéraire, où l'on retrouve, à chaque page, l'incohérence de ses idées\net l'usure de sa r e m a r q u a b l e intelligence. L a société telle qu'il la rend, c'est la\nsociété vue par un œil que l'on croirait brûlé par le gaz et troublé par l'absinthe;\nson style est plein d'étincelles, mais sa langue est pâteuse. L e champagne qu'il\nappelle à son aide ne l'égayé pas, il l'énervé ; le premier verre seulement\nl'émoustille, dans ce court i n s t a n t il salue la jeunesse et le rire, il évoque\n Rabelais qui n'était pas malade et Molière qui se portait bien, m a i s , en fin de\ncompte, il a la bouche a m è r e et jette son cri désespéré : Rien !\n    C'est par là qu'il conclut. A dix reprises on trouve cette conclusion dans son\n livre. L a gaîté finie, l'esprit de Molière et de Mürger fini, l'honnêteté provin-\nciale un l e u r r e , l'amour une marchandise et, tout à la fin, le dévouement au\npeuple une prodigieuse naïveté. C'est vrai et c'est faux. L a constatation est\n strictement j u s t e , mais la conséquence indiquée ne l'est p a s . On ne rejette pas\n les roses parce qu'elles ont des épines et sur la présence d'un nuage on ne peut\n conclure à l'extinction du soleil.\n    Cette désespérance est une faiblesse et une naïveté. Ce n'est pas la théorie\nde Flaubert qui n'a montré que le néant de l'idéal et de l'éducation sentimen-\ntale; ce n'est pas celle de Zola qui retourne le fumier afin que dessus grandisse\nla fleur robuste et plantureuse de la nature ; c'est la théorie du romantisme que\n l'on c h a n t a i t il y a quinze a n s :\n                        L'Amour en fleurs s'en va le front morose,\n                        L'Amour s'en va peut-être sans retour,\n                        On n'aime plus, aujourd'hui, triste chose :\n                        Hélas ! le vice a remplacé l'amour.\n                        Tout est valet, tout se vend, tout se vautre.\n                        Chaque soleil nous descendons plus bas ;\n                         Une infamie arrive après une autre :\n                         Nous allons bien, ne nous arrêtons pas.\n"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3676, "texte": " 326                          LA J E U N E   BELGIQUE\n\n\n     Ce n'est certes pas riche, mais, valeur littéraire mise à part, c'est bien le même\nair que l'on retrouve dans Dinah Samuel. M . Champsaur refait la c h a n s o n en y\nm e t t a n t beaucoup de talent et d'excellentes qualités d'écrivain. L a musique\nen est délicate, recherchée et harmonieuse, mais les paroles sont fausses.\nL ' a u t e u r est dévoyé, ses lamentations font sourire et s'il ne voit pas juste qu'il\nme permette de lui dire ce qui à mon avis en est la c a u s e . Ce sera ma con-\nclusion.\n    L a génération actuelle se divise en deux branches distinctes : l'une est com-\nposée de jeunes gens qui ont reçu le coup de soleil idéaliste et en ont conservé\nles traces ; ils ne comprennent pas notre monde moderne, qui moins que tout\nautre étouffe de nobles espérances ; la fermeté de l'esprit positiviste n'est pas\nfaite pour leur esprit fiévreux ; la science et le m a c h i n i s m e , desquels on peut\nt a n t a t t e n d r e , sont des sujets d'étude qu'ils délaissent comme étant trop pro-\nfonds. Trop intelligents, trop blasés, pas assez gobeurs pour avaler la couleuvre\nromantique, ils n'osent regretter la flamberge et le sombrero, mais ils chancèlent\ndevant la réalité, ils regrettent le rêve, la fausse et mensongère image dont on\na bercé leur imagination aux jours d'enfance ; puis, une fois lâchés dans la vie,\nils voient tout de t r a v e r s , prenant la faiblesse pour la force et la blague pour\nl'esprit. Qui donc, s'écrient-ils, nous rendra la foi qui sauve ? H é l a s ! personne.\nCe n'est pas un Messie qu'il leur faut, c'est un médecin. L e u r corps est sans\n vie, usé par l'atmosphère métallique du boulevard, insensible aux joies ordi-\n naires, aux jouissances naturelles, au c h a r m e ambiant des choses. L a vie,\na b a n d o n n a n t le corps, s'est réfugiée dans le cerveau et le cerveau est infecté\n par le cadavre religieux et le cadavre idéaliste, qui y pourrissent, côte à côte.\n M. Champsaur est de cette génération, — dégénération vaudrait m i e u x . Il\n représente la dégringolade de l'idéal qui, trouvant à la fin le ciel ennuyeux,\n descend sur la t e r r e , fort embarrassé de ses ailes, qu'il salit en les laissant\n traîner dans tous les ruisseaux. Ne pouvant plus être a n g e , il sera diable. Ne\n pouvant plus cabrioler dans les nues et faire risette dans l'azur, il r i c a n e r a\n comme Méphisto. H é l a s ! diable et ricanement sont aujourd'hui peu de chose\n et Croquemitaine est mort, m ê m e pour les enfants.\n   L ' a u t r e génération est composée de jeunes gens sains, sensibles aux mani-\nfestations matérielles et qui en ressentent des jouissances ; ils pensent que les •\ntemps sont mauvais, que nous manquons d'air, que les rouages de la société\ngrincent et se disloquent et que sur l'emplacement de la machine actuelle,\ndont le détraquement est proche, on en pourra construire une a u t r e , pas\nparfaite, mais mieux appropriée aux besoins de l'homme. Ils pensent que l'idéal\na dévoyé l'esprit h u m a i n , que sa disparition n'entraîne avec elle a u c u n e des\nconditions matérielles nécessaires à l'existence. Ils croient au continuel déve-\nloppement de la n a t u r e , à la force de la m a t i è r e . Ils aiment la poésie que la\nterre dégage, l'ombre et la lumière, les campagnes et les villes, l'eau qui coule\net l'eau qui dort, les jours d'hiver et les jours de printemps, l'herbe qui croît, la\nfleur qui meurt, les réveils et les crépuscules, l'amour sans cesse r e n a i s s a n t ;\npour jouir et aimer, ils ont l'éternelle caresse de la n a t u r e .\n                                                                      F.   NAUTET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 327, "page_fin": 332, "titre_corps": "Le Dernier Jour d’un Condamné", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Tisserant", "ancre_debut": "LE DERNIER JOUR D UN CONDAMNÉ", "ancre_fin": "JEAN TISSERANT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOS POETES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 424, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 108, "fin_caractere_exclue": 3544, "texte": "LE DERNIER JOUR D'UN CONDAMNÉ\n     Par exception, nous donnons aujourd'hui une pochade publiée déjà, il est vrai, mais si peu\n  qu'elle est presque inédite, n'ayant jamais paru que dans un rarissime petit volume — il\n  n'a été tiré qu'à 64 exemplaires — répandu sous le manteau et intitulé : Le Théâtre erotique de\n  la rue de la Santé, sans nom d'éditeur. Les pages qui suivent n'ont rien d'erotique ; que les\n  daines ne s'effarouchent: la légende de Jean Hiroux, le criminel blagueur d'Henry Mon-\n  nier, en a fourni l'idée, et il est plus que probable que le Jean Tisserant qui a signé ces\n  pages, n'est autre qu'Henry Monnier lui-même comme son héros ne fait qu'un avec Jean\n  Hiroux. C'est donc une véritable curiosité littéraire que nous offrons à nos lecteurs.\n\n\n\n                                       ACTE PREMIER\n\n                                        La Cour d'assises\n     LE PRÉSIDENT DES ASSISES. — COUTAUDIER. — L E PROCUREUR DU ROI . —NEZ\n  D'ARGENT. — PIMPRENEI.LE. — L'AVOCAT D'OFFICE. — L E GREFFIER. — L E PRÉSI-\n  DENT DU JURY. — L'AUDITOIRE (personnage           muet).\n\n      Le président. — Accusé, levez-vous. (L'accusé se lève). Vos nom et prénoms'\n      Coutaudier (d'une voix enrouée qu'il a durant toute la pièce). Rue de la Huchette.\n     Le président. — Je vous demande comment vous vous appelez?\n     L'accusé. — Ah !... Jean... Jean Coutaudier, né sous le beau ciel de l'Italie.\n     Le Président. — Accusé, soyez attentif à ce que vous allez entendre.\n     Le Procureur du Roi.— (Lisant) : — « Le 23 décembre 1843,vers minuit, une patrouille\n   de la force civique heurtait de son pied invincible le corps d'un vieillard encore chaud,\n  d'environ 70 à 71 ans, non loin de ce lieu sinistre où les farouches sectaires de Robes-\n  pierre firent tomber tant d'innocentes têtes, sans compter les royales, et au sud-est de\n  l'hôtel des immortels invalides ! Une autre patrouille de soldats, défenseurs de la famille,\n  de l'ordre public et de la religion, arrêtait un homme en désordre, et qui semblait fui]-, tant\n  son pas était véloce.\n     On le confronta avec le cadavre, qui ne le reconnut pas ; mais le bon sens des deux ca-\nporaux, dont l'un était sergent, aidé d'ailleurs du témoignage des témoins qui... témoi¬\ngnèrent, mirent cet homme à la disposition de la justice, et le cadavre à la Morgue, où il\n  ne fut que trop reconnu par sa famille désolée et indigente, qui porte l'honorable nom, si\n  connu et si justement apprécié, de Chasanguin. »\n     Le Président. — De plus, en outre, accusé, vous allez entendre les charges qui sont\n  produites contre vous. (A l'huissier.)Introduisez le premier témoin.(Au témoin qui est in-\n  troduit, avec volubilité.) Vos nom, prénoms, âge et demeure. Vous jurez de dire la vé-\n  rité, et au besoin, toute la vérité?\n     Pimprenelle.—Je       le jure... Jacinthe Pimprenellc, blanchisseuse du Bas-Meudon,\n  19 ans, émue et pas encore mariée. J'étais allée avec mon cousin Génome aux Délassements,\n  — lui au parterre et moi au paradis; même que nous nous sommes perdus... lui en sor-\n  tant, et moi avec un sapeur-pompier, qui a eu la pudeur de me mettre dans un fiacre toute\n  seule, à preuve qu'il en est descendu près de sa caserne. J'ai pris le chemin de fer de Ver-\n  sailles où je me suis endormie, tant j'étais contrariée... d'avoir perdu mon cousin Gérome,\n  que j'ai retrouvé au Bas-Meudon, le surlendemain matin, par l'obligeance d'un lancier\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": " 328                            LA J E U N E BELGIQUE\n\n\nqui m'a remise dans mon chemin toute la nuit par le bois de Meudon; ce qui fait que je ne\nreconnais pas bien Monsieur l'accusé que je n'ai jamais vu d'ailleurs.\n   Le Président (après avoir souri au témoin, et d'un air satisfait). — C'est bien, allez\nvous asseoir. (A l'huissier.) Introduisez un autre témoin. (Au nouvel introduit.) Vos nom,\nprénoms, âge et demeure? Vous jurez de dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité '.'\nLevez la main, pas celle-là... l'autre, la droite.\n   Le témoin (d'un air rigolo, levant toujours la main gauche). Puisque je n'en ai qu'une !\n   Le Président (convaincu). — C'est juste.... Vous dites que vous vous nommez ?\n   Le Témoin. —Mucius Scévola Brancart, dit Nez d'argent.\n   Le Président (prêtant l'oreille). — Vous dites ?\n    Coutaudier. — Naz.... pif de bog.\n   Le Président (prêtant encore attentivement l'oreille). — Vous dites 1\n    Le Président du jury (qui a lu Francisque Michel). — Naz.... pif... bog,... c'est-à-\ndire trompe ou nez d'argent.\n    Le Président (satisfait). — Ah ! (au témoin.) Dites ce que vous savez.\n    Nez d'argent. — Si bien puisque nous étions-t-en Italie, pas c'te fois-ci, ni l'autre... la\npremière. Le général Bonaparte qui s'y connaissait aussi, nous fait dire par un de ses\namis : » En avant 1 » et v'la comme nous avons servi les Autrichiens sur le plateau de\n Rivoli ! Un an après que je m'suis eu défait de mon bras droit, je suis-t-entré à l'hôtel\n avec mon fusil d'honneur à la boutonnière. La discipline est encore bien sévère, là !\n Faut être rentré de meilleure heure.... sans, ça, en revenant de chez mon p'tit n'veu,\n j'aurais pu empêcher la bêtise qu'est arrivée à c'tincien ! .... Mais la discipline est si\n sévère !... même que je n'sais rien....\n    Voilà c'que j'sais.\n    Le Président (satisfait). — C'est bien. Allez vous asseoir.\n    Nez-d'argent (au président). — Il fait chaud mon col'nel !..., Ous'qu'on touche les\n quarante sous ?\n    Coutaudier.— Suivez le grand couloir : vous tombez dans les Pas-Perdus, vous\n descendez, et en tournant à gauche, vous y êtes.\n    Le Président. — C'est bien, accusé ! merci de votre obligeance, mais la France sait\n ce qu'elle doit à ses défenseurs ! (Avec bonté, au témoin) Après l'audience, mon brrrave,\n on vous y conduira. (A l'accusé) Accusé, avez-vous quelque chose à objecter contre ces\n diverses dépositions 1\n     Coutaudier. — C'est pas vrai ! C'est pas vrai ! C'est des gens qui me veulent du mal...\n Je suis une victime politique!... Dans les journées du 27, 28, 29,5 et 6 juin, 17 et 19 Tran¬\n conin 12 et 13 mai, j'ai moissonné des gendarmes, des gardes-royales, des gardes\n nationales ; j'ai sacrifié des sergents de ville ; j'ai tutoyé des municipals : j'ai bousculé\n des réverbères ! . . . O n ne m'a rien dit, parce qu'on me craignait;., et aujourd'hui, on\n prend le pretexte d'un vieux pour me faire avoir des mots avec le Procureur du roi !,..\n Vous êtes tous des galopins !\n    Le Président. — Toutes ces raisons, quoique bonnes, sont étrangères à la cause qui\n nous occupe.\n     Coutaudier. — La défense n'est pas libre... Je me retire ! (Il se lève : le gendarme le\n fait rasseoir )\n     Le Président (avec intérêt)- — Non, non, restez,je vous l'ordonne.... je vous en prie\n Vous avez un moyen de conjurer peut-être les rigueurs de la loi et de mériter la bien-\n veillance de la Cour : c'est de dire toute la vérité à MM. les Jurés.\n     Coutaudier (avec cœur). — Mon Président, vous avez l'air d'un bon zig, mais je dois\n  vous dire, dans l'intérêt de la société, que vous êtes cocu\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3890, "texte": "                                   LA J E U N E BELGIQUE                                       329\n\n     Le Président (piqué). — Ça ne vous regarde pas.... mêlez-vous de vos affaires !\n     Coutaudier (vivement). — Vous vous mêlez bien des miennes ! (le président parait\nfoudroyé) .... Du reste, c'est un flanche ; vous voulez me le mettre — je la connais !. . .\nmais comme on ne peut pas condamner un accusé sur ses propres aveux, et comme vous\n n'êtes pas f.... de vous en tirer, je vous tends la perche !. . . voilà ce que c'est, (avec\npoésie) Tout reposait dans la nature ; la moucharde au disque de bog avait remplacé\n Phœbus fatigué , les tonneaux brevetés commençaient à répandre dans les atmosphères un\n parfum aussi fort que celui de la fleur d'oranger ; la brise du soir se jouait dans ma cheve-\n lure, lorsque j'arrivai solitaire et rêveur sur la place de la Révolution\n     Le Président, (fier et doux). — Pardon, pardon, accusé... de la Concorde.\n     Coutaudier (qui n'a pas écouté le président). — Oui, pour lors, quand je fus sur la\n place de la Révolution. . .\n     Le Président, (agacé mais doux encore). — Concorde !\n     Coutaudier. — Oui, j'aperçois un grand gosse, bien mis, je l'ai suivi jusqu'au pont-des-\n A r t s . . . Il cause avec l'invalo, fouille dans ses propres poches, et gagne le pont qui\n inspire le plus de p i t i é . . . .\n     Le Président (doux et curieux). — Comment ? . . . qui inspire ? . . .\n     Coutaudier. — Eh oui ! le plus plaint, puisqu'on dit : plein comme un œuf. . . .\n     Le Président (avec une joie d'enfant). — Ah ! . . . Oui ! . . . comme un œuf... Pont-\n Neuf ! . . . . (Aux juges). Pas mauvais,. pas mauvais du tout !\n     Coutaudier. — Un gosse qui ne peut pas prendre le pont des Arts ! . . . .\n     Qu'est-ce que vous auriez fait à ma place, M. le Président ? . . . .\n     Moi, je l'ai laissé continuer sa route, en lui donnant ma bénédiction...\n      Pour lors, je reviens à la place Louis X V . . . .\n     Le Président (avec ménagement)— Pardon, a c c u s é . . . . mais vous affectez, ce me\n semble, de ne pas savoir le véritable nom de cette p l a c e . . . . Pourquoi maintenant l'ap¬\n pelez-vous la Place Louis XV\n     Coutaudier (gravement.) — Parcequ'on y a guillotiné Louis XVI !\n     Le Président (satisfait). —Ah !. .. .\n      Coutaudier. —• Pour lors, j'enquille le pont de la R é . . . . Louis X V . . . Concorde ;\n  (se tournant spécialement vers le président) Ah ! . . . . et j'arrive sur l'esplanade des\n  invalos !. . . .\n     Je sentais Morphée qui m'égrugeait des pavots sur les chasses... Qu'est ce que vous\n  auriez fait à ma place, M. le Président ?. . .\n      Le Président (d'un air capable). — J'aurais été me mettre en ma couche.\n      Coutaudier (plus enroué que jamais). — Les opinions sont libres.\n      Le Président (avec ménagement). — Je ferai observer à l'accusé qu'il ne parle pas très-\n  distinctement, et je l'engage, au nom de la société, à ôter le morceau d e . . . tabac qu'il a\n  dans la bouche.\n      Coutaudier (hors de lui). — Ma chique!... ôter ma chique !... Jamais !... plutôt la\n  mort!... Mais, vous, monsieur le président, v'là une heure que vous foutez vos pattes\n  dans vot' tabatièbre, ça m'dégoûte, ça vous fait parler du n e z . . . et j'vous dis rien !.. .\n  J'garde ma chique !\n      Le President (aux jurés). — C'est j u s t e . . . c'est juste.. .Pardon, accusé ; continuez.\n      Coutaudier. — Il é t a i t . . . onze heures un q u a r t . . . ou minuit et demi. . . au juste.\n   J'aperçois un vieux... redingote v e r t e . . . Je prie messieurs les jurés de bien remarquer :\n   redingote verte ! pantalon blanc ! gilet blanc, cravate blanche et cheveux blancs ! Y en a\n   qui disent que j'attendais l'omnibus ; d'autres qui prétendent que je l'ai tué parce qu'il\n   était grêlé.. . C'est pas vrai, .. et d'ailleurs n'est pas grêlé qui v e u t , . . Je me dis : C'est\n"}, {"page_pdf": 427, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3885, "texte": "   330                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n  un carlisse, c'est un ennemi du gouvernement !.. . Qu'est-ce que vous auriez fait à ma\n  place, monsieur le président ?\n      Le Président (digne). — Je l'aurais salué.\n      Coutaudier.— Moi, j'y ai demandé l'heure... Pour lors, il s'a mis à courir... Un\n  vieux qui veut courir, ça fait suer .'. .. Pour lors, j'lui dis : Va, mon vieux, j'te donne\n  vingt pas d'escort. . . Je 1'attrape, je l'couche, je l'fouille : trente ronds ! Y veut crier. . .\n  tapage nocturne ! . . . septième c h a m b r e ! . . . Qu'est-ce que vous auriez fait à ma place,\n  monsieur le président ? (Le président paraît embarrassé.) Moi, j'étais si en colère, que je\n  l'ai tué ; mais je n'lai pas assassiné... c'est un mouvement de vivacité.\n     Le Président (doux mais incrédule, et avec une certaine indignation). — Comment !\n  malheureux ! vous dites que c'est un mouvement de vivacité ! . . . et vous lui avez porté\n  onze coups de couteau ! . . .\n      Coutaudier (indigné). — C'est pas vrai ! c'est pas vrai ! c'est pas vrai ! ! ! j'y en ai\n  donné treize... y en a deux qui ont glissé, c'est pas ma faute ! . . . j'ai été trop vif. (Avec\n  une sombre amertume). Treize ! . . . ça devait me porter malheur !\n     Le Président (chagrin). — Et lui ! lui ! le pauvre vieillard !\n     Coutaudier (sans réplique). — Il a crié ! !\n     Le Président (profondément indigné). — Mais, malheureux, il résulte de l'autopsie du\n  cadavre que la victime avait cessé de vivre après le premier coup. Pourquoi, d'après\n  votre propre aveu lui en avoir porté douze autres inutiles?...\n      Coutaudier (avec franchise). — C'est donc pas l'intérêt qui m'a guidé 1 . . .\n     Le Président (insistant). — Mais, enfin, pourquoi ?\n     Coutaudier (souriant). — Ça, c'est une cascade de ma nature: je ne suis pas heureux\n aux jeux d'adresse ; et vous, monsieur le président !\n     Le Président (tristement). — Moi non plus.\n     Coutaudier (aux jurés).—Vous voyez bien !.. . Pour lors, après la perpétration du\n meurtre, je-le concède, j'ai voulu voir si je mettrais dans le même trou. .. j'ai jamais\n pu ! (Riant). — Elle est pas mauvaise celle-là, hein?\n     Le Président (un moment après). — La cause est entendue. La parole est au ministère\n public.\n     Le Procureur du Roi (froid mais terrible). — Je ne dirai que quelques mots. L'obli-\n geance de l'accusé à nous raconter le meurtre dans tous ses affreux détails, me dispense de\n rechercher les causes, les effets et les motifs qui ont conduit ce bras dès longtemps exercé\n au crime. Et c'est ici, messieurs, que la morale, sagesse des nations vraies, peut justement\n faire entendre sa voix prévoyante : que le vice mène fatalement à l'oubli de la vertu :\n que la paresse, mère de tous les vices, conduit presque toujours les pauvres à la misère et au\n crime, et que sans ordre on n'arrive à r i e n . . . Vous l'avez vu se drapant, j'ose le dire,\n dans son cynisme dont il s'est fait un manteau de mépris pour l'humanité et pour la\n société ! . . . Je le recommande à toute votre sévérité. Soyez justes ! soyez humains ! soyez\nhommes enfin ! Songez que la Société a encore des enfants et des pères, et vous ne me\nrefuserez pas la tête que je vous demande...\n    L'Avocat d'office (d'une voix de tête, très-aiguë). — Messieurs les jurés, et vous, mes-\nsieurs de la cour, vous ferez la part du trouble qui m'agite à mon premier d é b u t . . .\nmais.. .\n    Coutaudier. — Allez apprendre à jouer du fifre, mon petit jeune homme; je ne veux\npas être le cadavre sur lequel vous allez essayer vos outils... Je me défendrai moi-\nmême !. . .\n    I! Avocat (il veut continuer ; Coutaudier le fait asseoir d'un coup de poing). — Moi...\n    Coutaudier. — L e législateur, dans sa bienveillante sollicitude, a voulu que tous soye\négals, (Hum.) Vous demandez ma tête, monsieur le procureur du roi.. . je regarde vot'\n"}, {"page_pdf": 428, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3632, "texte": "                                 LA J E U N E BELGIQUE                                     331\n\nbinette, et. je comprends votre ambition. On veut m'ôter la vie. . . on n'en a pas le droit,\net je le prouve. . . Si j'étais t'innocent ?. . . je ne le suis pas, mais enfin, une supposition ?\nrappelez-vous Calas à l'Ambigu !.. . rappelez-vous M. Lacressonnière à la Gaîté, quand\nil dit : » J'en appelle à l'immortalité ! » Eh bien ! si j'étais t'innocent, pourriez-vous me\nla rendre la v i e ? . . . vous, monsieur le procureur du r o i ? . . . vous, monsieur le prési-\nd e n t ? . . . qui n'êtes pas foutus, à vous deux, d'animer un asticot de vot'vivant. .. après\nvot' mort, je n'dis pas. .. Mais, d'ailleurs, que tort que j'y ai fait à ce vieux?... Il avait\nsoixante-dix ou onze a n s . . . Eh bien ! qu'est-ce qui pouvait avoir encore à vivre, à vue\nde pif? quinze jours ou trois semaines.. . Je les rembourse, mais qu'on me foute la\npaix !\n   Le Président. — Il n'est pas question de cela.\n    Coutaudier. —Alors, je demande qu'on me change de gendarme... j'en ai un qui\nm'infecte considérablement.\n   Le Procureur du roi (avec force). — C'est encore trop bon pour vous !\n    Coutaudier (après un silence). — Vous êtes cruel, monsieur le procureur du roi..,\n(Avec résignation.) Restez, gendarme, mais ne remuez pas trop, car vous avez l'infirmité\ndes pieds, que c'est çà !...\n   Le Président. — Accusé, avez-vous encore quelque chose à ajouter pour votre dé-\nfense ?\n    Coutaudier (avec dignité). — J'ai à ajouter que la garde nationale m'emm....\n   Le Président (contrarié). — Accusé, je ne puis tolérer de pareilles expressions : elles\nportent atteinte à la dignité de la cour.\n    Coutaudier.— J'envm.... la cour ! je respecte messieurs les j u r é s . , . quanta vous, mon-\nsieur le président, vous êtes un vieux birbe ! . . .\n   Le Président. — Comment.. . un birbe !. . .\n    Coutaudier. — Oui, vous êtes un vieux ch'uoc !.. .\n   Le Président (avec bonté). — Accusé, je dois vous avertir, dans votre intérêt, que vous\nprenez un funeste système de défense, et que vous aggravez votre situation.\n    Coutaudier. — Monsieur le Président, si jamais le trône des muffles devient vacant,\nvous aurez des chances. (Aux jurés ) Y vont me condamner à mort et y dit qu'j'aggrave ma\nsituation ! (Au président, avec véhémence.) Vous voulez donc me condamner à seize francs\nd'amende !. .. Vous faussez la loi ?.. . Je n'ai plus rien à dire !\n   Le Président. — Messieurs les jurés, vous avez entendu l'accusé ; vous avez ouï la bril-\nlante parole du ministère public. L'accusé prétend que c'est un moment de vivacité,\ncausé par son amour pour le gouvernement ; monsieur le procureur du Roi croit entrevoir\nque le mobile de ce crime, ou de ce meurtre, a été l'intérêt v é n a l . . . mais je dois à mon\nimpartialité de vous prier de vous retirer dans la salle des délibérations, et d'agir dans\nl'intérêt de la justice, de la Société et de tout le monde.                    (Sortie du jury.)\n    Coutaudier. — Je demande à monsieur le Président, qu'en vertu de son pouvoir dis-\ncrétionnaire, il lui plaise de m'entendre un moment.\n   Le Président (avec indulgence).—Ce n'est guère l'usage, mais, pour vous... Nous\nvous écoutons.\n    Coutaudier. — Pour lors, après la perpétration du.. . de la chose, j'étais rentré chez\nmoi : je regardais ma pièce de trente ronds.\n    Le Président (curieux). — A la vue de cet argent mal acquis, qu'éprouviez-vous !\n    Coutaudier (avec un grand dédain). — De l'emm\n    Le Président (toujours curieux). — Quand vous avez frappé ce vieillard, qu'éprou-\nvàtes-vous ?\n    Coutaudier (franchement). — De l'emm\n"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 877, "texte": "                               LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n   Le Président (de plus en plus curieux). — Et, dans ce moment où la justice humaine\nvous atteint, qu'éprouvez-vous ?\n   Coutaudier (avec la plus grande franchisse). — De l'em-mer-de-ment !.. .\n   Le Greffier (annonçant). Messieurs les jurés ! . . .\n   Le Président du Jury. — Sur mon Dieu et mon âme, oui, l'accusé est coupable.\n   Le Président (passant sa tabatière d'une main dans l'autre, et visiblement troublé). —\nAux termes de l'article 331, le nommé Jean Coutaudier.. .\n   Coutaudier (l'interrompant). — Mais je ne suis pas condamné pour v i o l ! . . . c'est\nl'article 303 qu'il faut m'appliquer. (Aux jurés). Ça fait l'malin et ça n'sait seulement pas\nson code ! . . . Oh ! là ! là ! . . .\n                                                                  JEAN   TISSERANT.\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 332, "page_fin": 334, "titre_corps": "Théodore Hannon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Nos Poètes", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "NOS POETES", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "STANCES A LA MER", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 429, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 877, "fin_caractere_exclue": 2975, "texte": "NOS POETES\n                                             III\n                             THÉODORE              HANNON\n\n    Ç a ! un homme ! C'est un type. — Ça ! un monsieur ! c'est un zig, un bon zig\ndes r u e s , mais un être absolument monstrueux, né des promiscuités coupables\nd'un calembour et d'une gauloiserie, d'un abominable calembour et d'une\nphénoménale gauloiserie...\n    D'ailleurs je n'ai plus le moindre respect pour lui depuis qu'il a inventé le\ncomble du ligottage : lier une sauce avec des tuyaux de plomb ! On ne pardonne\npas ces incongruités.\n    Connaissez-vous le type ? il n'est pas b e a u , a h non ! quoiqu'il se croie adoni¬\nsiaque ; il s'est bien taillé une barbe à la Vélasquez qui sauve tout, mais le nez !\noh! ce nez, voyez-vous, m a n q u e absolument de c a r a c t è r e , c'est une calamité\nfaciale! Quant au front, un vrai front de caissier : fuyant.\n     M . Théodore H a n n o n — en petit comité T h é o — fait des vers et des\nt a b l e a u x ; il met beaucoup de couleur dans ses vers et beaucoup d'esprit dans\nses tableaux ; q u a n i il ne fait rien, ses amis disent : « T h é o dort, » ce qui est\nidiot. J e vous livre ici quatre rondels qu'il donna en 1879 à l'Artiste. C'est du\n H a n n o n tout c r u ; avalez, bourgeois, têtes de pipe, coquecigrues , crétins,\n lecteurs; je vous dis que c'est du H a n n o n (de D . . . !)\n\n                      I                                            II\n     Pour ne point t'oublier, ma mie,              Vendeuse de pruneaux de Tours,\n     J'ai fait un nœud à mon mouchoir.            Plus douce que sa marchandise,\n     Hélas! donc, pourquoi laisser choir       Je    veux que partout on redise\n      Cette larme mal affermie ?                  Sa bonté d'âme et ses atours...\n\n     A notre tendresse endormie                     Or, qu'on me cherche aux alentours\n     Je songerai matin et soir :                    Une semblable friandise,\n     Pour ne point t'oublier, ma mie.               Marchande de pruneaux de Tours,\n     J'ai fait un noeud à mon mouchoir.             Plus douce que sa marchandise!\n"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3776, "texte": "                                 LA J E U N E BELGIQUE                                  333\n\n    Errant sur ta lèvre blémie                      Bref je lui prouvai sans détours\n    Mon amour, qui ne veut déchoir,                 Mon amour et ma gourmandise,\n    A fris ton corset pour nie hoir...              En dévorant la marchandise\n    S'il le faut il sera momie,                     Sur sa bouche aux jeunes contours...\n    Pour ne point t'oublier, ma mie.                Vendeuse de pruneaux de Tours.\n                             (Paris, 1878.)                                (Tours, 1879.)\n                      III                                             IV\n    Elle portait un madras rose                    Sous le ciel bleu la neige au loin\n    Et traversait le cours Touruy,                 Coiffe de blanc les Pyrénées.\n    Errant vers le quai rajeuni                    Sur leurs cimes illuminées\n    Que la Garonne altière arrose.                 Les aigles s'aiment sans témoin.\n    La cheville nerveuse enclose                   Des Anglaises dans ce beau coin\n    Dans le haut brodequin verni,                  Flânent en robes surannées.\n    Elle portait un madras rose                    Sous le ciel bleu la neige au loin\n    Et traversait le cours Tourny.                 Coiffe de blanc les Pyrénées.\n    Le ciel d'un azur interni                      Fuyant le musc et le benjoin\n    Lui faisait une apothéose....                  De ces exotiques bien nées,\n    — Me répondit-elle : « Nenni ? »               Je vais chanter les graminées\n    Je n'ai rappel que d'une chose :               Et peindre en l'odorant sain-foin\n    Elle portait un madras rose.                   Sous le ciel bleu, la neige an loin !\n                         (Bordeaux, 1879.)                                     (Pau, 1879.)\n   Parfois ce rieur a des larmes dans la voix, mais lorsqu'il entre en prose, la\ngaîté revient, Les chroniques que fréquemment H a n n o n donne à l'Europe sont\nfaites de r i r e . L e styliste capricieux s'y m o n t r e . T h é o commence sa p h r a s e ,\nune longue p h r a s e emberlificotée... on attend la fin ; comment va-t-il faire\npour en sortir? Ah oui ! une, deux, pif, paf, une r u a d e , et avec un fin sourire\nà la plume, il se dégage en disant : \" P a s plus malin que ça ! \"\n   En 1876, T h é o donnait ses Vingt-quatre coups de sonnets, une b r o c h u r e t t e de ses\nprimes gourmes, où sa jeunesse, sa gaieté primesautière s'esbattent au grand\nbonheur des délicats. Nous sommes loin du sinistre Baudelaire dont parfois,\nainsi que de Gautier, l'on rapproche H a n n o n . Baudelaire avait le rictus qui\nglace, T h é o n'a que la gaieté spirituelle qui rigole. S'il fait une danse m a c a -\nbre, on y entend des airs de flûte mêlés à des rires de femmes, non des mièvres,\ncette fois, mais des folichonnes. Il pince des c a n c a n s avec de fous tourbillonne-\nments de j a m b e s . Ce n'est plus Mogador et P o m a r é que c h a n t e ce Belge, c'est\nquelque petite drôle, au nez en trompette, aux grandes lèvres qui s'élargissent\nen c a s c a d a n t des éclats de rire. Et gai ! T h é o qui se fiche de son public sus-\npend en ex-voto son c œ u r aux seins de T u r l u r e t t e .\n                   Je ne veux plus aimer que toi, toi seule au monde,\n                   Mignonne pour huit jours, longue trêve aux douleurs ;\n                    Qu'à mon rire ton rire ensoleille réponde,\n                   Et je boirai, friand, à tes cils les beaux pleurs !\n                   Car je ne crois eu rien, hormis en toi, ma mie!\n                   Je ne veux d'autre ciel que le ciel de tes yeux!\n                   Sur tes lèvres sera ma pensée endormie\n                   Jusqu'au baiser charmant et tendre des adieux.\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "  334                           LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n    Plus tard, ce sont les Rimes de joie qui continuent ce rire mélancolique, mais\nThéo a cinq ans de plus sur les tempes et dans le c œ u r , ses sens se sont affinés,\n— ça stride ! — sa plume s'est assouplie, il a vécu, il a eu ses heures de spleen,\nde long spleen détesté; puis il a parfait son culte pour la forme é t r a n g e , il\nn'aime plus nos a m o u r s , il a des aspirations vers des êtres plus b i z a r r e s ,\nvers les squelettes féminins dont les étreintes ont des craquements de c r é -\ncelles :\n                      Ton corps d'éphèbe, ô femme vraie,\n                     Affole tous mes sens troublés.\n                     Avec ses allures d'ivraie,\n                     Que le vent ploie au cœur des blés.\n                     Il a l'aimant, il a l'étreinte\n                      Inquiétante des serpents.\n                     Et toujours quelque rouge empreinte\n                     Persiste à ses baisers pimpants.\n   Plus loin il reprend, en le ciselant d a v a n t a g e , son thème de jeunesse :\n                  Je ne veux plus aimer que toi, toi seule au monde,\n                  Sois ma boussole, sois ma joie et ma douleur,\n                  Mes frères m'ont trahi, j'ai sur leur tombe immonde\n                  Mis mon talon — bien fort — sans un cri, sans un pleur.\n                  Je ne crois plus en rien hormis en ta tendresse,\n                   Tout est faux excepté ton sourire joyeux,\n                   Ou la larme qui tremble à tes cils, ô maîtresse.'\n                  Je ne veux d'autre ciel que le ciel de tes yeux.\n   Comparez aux strophes d'autrefois.« Ma mie \"est morte, Mignonne n'est plus,\nTurlurette s'est envolée, et dans ces vers qui tombent un à un comme des\nperles dans une coupe de bronze, il y a déjà la g r a n d e , l'irrémédiable tristesse\nde l'homme qui rit!\n                                                                       MAX   WALLER.\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 334, "page_fin": 335, "titre_corps": "Stances à la Mer", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Édouard Levis", "ancre_debut": "STANCES A LA MER", "ancre_fin": "EDOUARD LEVIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 431, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1993, "fin_caractere_exclue": 2837, "texte": "STANCES A LA MER\n                                                     A Monsieur Charles Bougard\n\n                Encore inspire moi, Mer tant de fois chantée,\n                Mer que chaque poète exalta dans ses chants,\n                Dont l'immense surface ardente et tourmentée\n                Nous cache un affreux gouffre et des tombeaux géants.\n\n                Encore inspire moi, Mer bénie et sacrée,\n                Toi qui belle le jour et sinistre le soir,\n                Sembles prendre au soleil sa lumière dorée\n                Et soupirer la nuit un suprême « au revoir ».\n\n                Qui donc règle des flots l'éternelle cadence.\n                 Le brutal mouvement, les soupirs effarés ?\n                Qui donc, le soir venu, dans l'imposant silence\n                Jette sur leur front clair ces sillons phosphorés?\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 471, "texte": "                                LA J E U N E BELGIQUE                                  335\n\n\n\n\n                  Qui donc soudainement, au plus fort de leur course,\n                  Peut les faire obéir et revenir sans bruit ?\n                  Qui donc les a vomis, quelle eu est donc la source?\n                  Mer, qui donc à son gré t'êlève et te conduit ?\n                                                                   EDOUARD LEVIS.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 335, "page_fin": 336, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 432, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 3619, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nl'Insurgé, par Jules Vallès. — Les Voix humaines, par René Asse, 1 vol. Paris, Patay.\n   — Les Printanières, par Hélène Swarth. I vol. Arnhem, J. Minkman, 4 fr.\n\n   Ils sont partis, les Bohèmes de France ; ils on! dépouillé leurs gilets à grands carreaux\njaunes, leurs larges pantalons à la houzarde et leurs Rubens pointus ; ils ont coupé à la\nmal-content leurs crinières et, prenant du ventre, vendant des denrées coloniales, épou-\nsant Jenny l'Ouvrière sous les tonnelles de Montrougc, se sont dit adieu avec un gros\nsanglot dans la voix ; Marcel a bazardé son Passage de la Mer rouge à un marchand de\ncouleurs; Colline s'est fait libraire, Schaunard est parti pour les grandes Indes, et\nMusette, la pauvre ! s'est éteinte d'une maladie de ce cœur qu'elle avait trop fait\nbattre.\n   l'eut-être n'a-t-elle pas existe cette belle Bohème de Mürger, cette éducation sentimen-\ntale dorée, et peut-être a-t-il seul raison, ce Jacques Vingtras enfant, bachelier,\ncommunard !\n   La Nouvelle Revue vient d'achever la publication do l'Insurgé, une œuvre écrite à coups\nde bec, à coups de poing par un artiste que l'on croit voir, dans ses livres, écumer de\nfureur. l'Insurgé, c'est la fin de la trilogie féroce de Jules Vallès, les dernières pages\nécrites par un ancien Bohème qui s'en fait accroire, qui se gobe encore, sur la misère des\njeunes. Cette vie désordonnée doit être vraie ; on attendait ce livre, semble-t-il, il devait\nvenir après les douces et illusionnantes Scènes de Mürger, après le spleen froid de l'Edu-\ncation sentimentale, après les ricanements en fusées de Manette Salomon. Avec lui, nous\navons complète cette histoire d'une génération au dessus de laquelle plane la grande\nombre de Victor Hugo. C'est l'histoire de ces Français dont le sanglot ou le cri de rage se\nmasque sous une boutade, dont les larmes sont séchées par un éclat de rire et dont la\nmisère a des gaîtés, qui ricanent à la faim qui leur hurle au ventre, qui gasconnent aux\ncinq sous perdus en un coin de gousset, qui blaguent la souffrance attendue du\nlendemain.\n   On a tenté de faire revivre la Bohème d'autan; les Hydropathes, les Hirsutes se sont\nréunis; le cabaret du Chat Noir a ouvert ses valves, et aux ailes du Moulin de la Galette\nse sont suspendus les jeunes, pleins de confiance et de foi. L'un d'eux, René Asse, a pris\nsa bonne lyre de Tolède et, d'une voix émue, mélodié des strophes voltigeantes où il\népanche le sang de son cœur et l'amertume de ses désespérances vécues. Toutes ses émo-\ntions de jeunesse vibrent dans les Voix humaines, et s'il n'a pas toujours une facture très\nsonore, au moins se donne-t-il lui-même dans ses vers. Ainsi a fait Hélène Swarth ; nous\nconnaissions d'elle les Fleurs du Rêve qui parurent il y a trois ans bientôt, parfumées de\nchoses douces comme une femme ; depuis, la forme s'est affermie au service d'une rêverie\nblonde et souvent touchante. La tristesse alterne avec les gaîtés de la vierge qui sourit aux\nfleurs, et l'on songe, en lisant ces strophes, que le poète est un peu comme le rossignol :\n« Par un coup de son art, le musicien n'a fait que changer la clef et la cantate du plaisir\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3321, "texte": "  336                              LA J E U N E    BELGIQUE\n\n\nest devenue la complainte de la douleur. » Ainsi, Mademoiselle Swarth, comme un chapelet\ndont chaque grain est un souvenir, égrène dans ses strophes les tristesses passées, après\navoir chanté les gaîtés virginales d'autrefois :\n\n          Les fleurs sont écloses;                         Cela crie et jase\n          Aux rameaux tremblants                           Dans l'air qui s'embrase\n          Des pêchers tout roses                           Où monte l'extase\n          Des pommiers tout blancs.                        Avec leurs chansons.\n          Les jolis bruits d'ailes                         Et, rose et gentille,\n          Des hôtes fidèles,                               Au fond du verger\n          Bouvreuils, hirondelles,                         Une jeune fille\n          Mésanges, pinsons !                              Se met à songer.\n\n   Elle songe, la vierge aux doux yeux, que naguère, après les joies d'enfance, sont venues\nles chagrins de jeunesse et qu'une désillusion, sans doute, est entrée brutalement dans\nson cœur qui ne demandait qu'à chanter, qu'à aimer; elle songe, la jeune muse, que l'om-\nbre suit la lumière, et des colères passent dans sa voix ; elle a aimé celui qui cueille les fleurs\nfraîchement écloses; hélas, dit-elle:\n\n                          Une minute après froidement il l'effeuille\n                         Et, la voyant détruite avant la fin du jour,\n                         J'ai compris ce que l'homme ose appeler amour.\n\n    Mlle Swarth a souvent des trouvailles fort heureuses, mais nous lui conseillons\nvivement de sortir de la chlorose poétique, de la littérature aux camélias tant étiolée de-\npuis Jocelyn. Qu'elle s'infuse plus de modernité, qu'elle arrive à plus de vigueur. On ne\nparle plus guère aujourd'hui de muse au regard étoile, de luth, d'azur, de tout ce bric-à-\n brac allégorique endormi dans nos greniers, paisiblement. Les poètes, pour vivre aujour-\nd'hui, ont une route bien tracée : rythmer des pensées vraies ; le reste est du toc littéraire et\nil fallait tout le talent de Mlle Hélène Swarth pour échapper à la monotonie des\nmandolines lakistes.\n\n\n   Le Voltaire donnera dans la seconde quinzaine d'octobre un roman nouveau de Camille\nLemonnier. Il ne nous est pas permis encore d'en dévoiler le titre; disons seulement que\nl'auteur du Mâle a une fois de plus assoupli sa plume à un genre qu'il n'avait guère abordé\nque dans Morteroche. La scène se passe dans les béguinages de Belgique :1a vie dévote,\nle silence des longs corridors, les hallucinations de la solitude, l'ascétisme mystique, l'exis-\ntence contemplative aiguisée d'hystérie, tel est le fond de l'œuvre, qui une fois de plus fera\nhurler les vieux et battre des mains les jeunes. — Le Tour du Monde continue régulière¬\nment cette fois la Belgique; les deux dernières livraisons, magistralement illustrées pas\nX. Mellery, sont entièrement occupées par une brillante description d'Anvers. — En\noctobre paraîtra, simultanément à Bruxelles et à Paris, l'œuvre nouvelle de Léon Cladel :\nKyrielle de chiens, ainsi que la deuxième édition des Rimes de joie de Théo Hannon ; bien-\ntôt après enfin: Au pays de Manneken-pis (Kistemaeckers).\n                                                                            MAX WALLER"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-01-n21-207", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Vente en gros aux mêmes CIRAGE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 434, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 5076, "texte": "Vente en gros aux mêmes\nCIRAGE JACQUOT ET JACQUAND. prix et conditions qu'à Paris,\nH . et F . VAN G H E L U W E , 4, rue Agneessens, Bruxelles.\n                 Propreté, économie, allume-feu sans pareil. On allume\nPLUS DE COPEAUX. 40 fois son feu pour 15 centimes; le paquet de 40 feux,\n15 cent. JL,e demander cnez tous les épiciers, droguistes, etc. Seuls dépositaires pour la\nBelgique et la Hollande, H. et F . VAN G H E L U W E , 4, rue Agneessens, Bruxelles.\n                     Guérison radicale en trois mois de temps, 12000 certificats. Les cas les\nHERNIES,             plus difficiles sont traités avec succès. Maladies des femmes, de matrice,\netc, sont guéries sans pessaire Soulagement immédiat. Une dame diplômée est attachée à\nl'établissement.\n   J. WAERSEGERS, bandagiste des hôpitaux et de l'armée, commandeur et chevaiier de\nplusieurs ordres pour service rendus à l'humanité, 35, place Verte, ANVERS.\n                                                EN   I e r ET    2 e RANG, A      4 l/2    ET   5 °/0.   —   ACHAT\nCAPITAUX A PLACER N U E S - P R O P R I É T É S E T R E N T E S VIAGÈRES.\n  S'adresser J. H U E T , boulevard du Nord, 17, Bruxelles.\n                                          68, BOULEVARD DU NORD, B R U X E L L E S .\nRestaurant du S P O R T ,                    Ouverture le 21 mai par Ad. COU C O G N E ,\nex-maitre d'hôtel des premières maisons deBruxelles et d'Ostende.\n  Dîners à prix fixe et à la carte. Vins des meilleurs crûs. Service soigné.\n\n                                                                         Fonds de Magasins\n      LIBRAIRIE\nA. 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V O M B E R G ,\nAU COMPTANT. — GRAND CHOIX DE LIVRES                            rue des Foulons, 11, Bruxelles.\nILLUSTRÉS E T A U T R E S . — DÉPÔT DES P R I N -\nCIPAUX É D I T E U R S D E PARIS.\n                                                                GUÉRISON\n                                                                           C E R T A I N E ET RADICALE\n      La Maison se charge de la Reliure                         de toutes les affections de la peau, des plaies\n                                                                et des ulcères variqueux qui sont souvent con-\n                                                                sidérés comme incurables par les plus cé-\n                                                                lèbres médecins. — Ce traitement ne dérange\n          Couveuses artificielles brevetées                     nullement du travail, il est à la portée des\n                 seul p r o p r i é t a i r e                   plus petites bourses, et dès le 2 e jour produit\n              F.    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Con-\n                                                                sultation par correspondance.\n\n                                                                           GRAND ARRIVAGE\n                                                                                          DE\n\n                                                                 CHAUSSURES ANGLAISES\n                                                                en tous genres, pour hommes, aux prix\n                                                                incroyables de\n                                                                    Fr. 1 2 - 5 0 , bottines ordinaires\n                                                                     » 15        »,     »       de l u x e\n                                                                vernis, cuir ou étoffe, avec boutons, lacets\n                                                                                  on élastiques\n                                                                     ALLEZ POUR VOUS CONVAINCRE A\n\n                                                                THE ENGLISH BOOT DEPOT\n                                                                              21, Boulevard du Nord, 21\n                                                                   p r è s l a G a r e d u N o r d (1er é t a g e\n\n       Couveuses depuis 110 francs.\n                                                                         COMMENCE IMPOSSIBLE\n       Eleveuses depuis 35 francs.                              Rien de commun avec la Chaussure Améri-\n                                                                caine.\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3803, "texte": "    DATE COFFEE                                     Ce café, tant recommandé par\n                                                 les médecins les plus célèbres de\n                                                 tous les pays,\n\n\n                                              NE COÛTE PLUS RIEN\n      Son prix est remboursé par des billets que vous pouvez\n      immédiatement utiliser comme argent comptant.\n       En vente chez les principaux négociants de la Belgique, en\n     boîtes de fer-blanc, au prix de fr. 1-50 et 1-88 le 1/2 kilog, boîte\n     comprise. Les boîtes vides seront reprises à raison de J o centimes\n     pièce. — Pour le gros, s adresser à T H E B E L G I A N D A T E\n     C O F F E E C° (Limited), 35, rue de Malines, Bruxelles.\n\n      A LA BASCULE                                           FABRIQUE D'APPAREILS D'ÉCLAIRAGE\n Ancienne Maison HEYMANS, hameau de Vleurgat (Uccle)\n              2 et 4,.coin de la chaussée                                45,   RUE DES CHANTEURS\n      de Waterloo, près du bois de la Cambre\n                   REOUVERTURE                                    PRÈS LA GARE DU NORD,          BRUXELLES\n DE L'ESTAMINET-RESTAURANT                                               G. SCHOONJANS\n     par Ferdinand V A N D E R R I V I È R E\nGrande salle de 200 couverts pour banquets, dîners           Lustres, Suspensions, Candélabres\n  de noces et fêtes de sociétés. — On prend des               Girandoles. Lanternes, Pendules,\n  pensionnaires.                                              O b j e t s d ' a r t , etc. — F o y e r s à g a z . —\nC h a m b r e s et quartiers garnis et non g a r n i s        F o u r n i t u r e de compteurs. — Place-\n        à louer. — Ecurie et remise pour                      m e n t de tuyaux.\nChevaux et voitures. — Prix très modérés.\n                                       PEUS DE DOS RONDS\n                        Agent général pour la Belgique de la BRETELLE AMÉRICAINE\n                                                  Brevetée)\n\n                                             TILQUIN\n                                     Galerie de la Reine, 5, Bruxelles\n                          La Bretelle américaine élargit la poitrine, tient les épaules\n                       droites, soul>age le dos et les hanches en soutena- t les jupes et\n                       le pantalon, écarte toute tendance au dos rond, produit une\n                       libre respiration, renforce la voix et les poumons, et donne un\n                       bien-être à ceux qui en font usat-e. Prix : fr. 3-50, 5, 7-50, 10,\n                       12 et 15. — Plus de Jarretière qui engendre les varices. Nouveau\n                       P O R T E - B A S américain laissant la circu'ation du sang libre.\n                       Remise au commerce. — Prix: 2,2-50,3, 4 et 5 francs.\n\n                           Seule Maison en Belgique où l'on fabrique spécialement le\n\n                                  POSTICHE D'HOMME\n                          Dernière perfection et du plus grand naturel\n                           TOUPETS ET PERRUQUES DE 10 A 100 FRANCS\n                         Ouvrages artistiques en cheveux. Bijoux, Cadres, Souvenirs, etc.\n\n                               Galerie de la Reine, 5, BRUXELLES\n  NOUVELLE DÉCOUVERTE (le Pogonotome) R A S O I R M É C A N I Q U E .\nToute personne peut se servir de ce rasoir sans aucune crainte de se couper\n—Agent général : TILQUIN, Galerie de la Reine, 5. Bruxelles. — Prix : fr. 5 et\n7-50 avec lames de rechange (Remise au commerce).\n  R A S O I R S A N G L A I S de Sheffie'd, garantia ù l'épreuve. - T o u t rasoir peut être échangé jusqu'à entière\nsatisfaction de l'acheteur, sans rétribution.\n\n    Bruxelles. — Société Générale d'Imp., de Distnb. et d'Affich., 1, rue d'Arenberg. — J. GOSSAEKT.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 416, "texte": "                                         LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE                                                                  •\n\n\n\n\n             PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n\n2 me Année                  N ° 2 1 — I er Volume                        I e r Octobre 1882\n\n\n\n                                SOMMAIRE\n    Les Protégés de ma Grand'Mère                                 GEORGES EEKHOUD.\n    U N ROMANCIER MODERNISTE : Félicien Champsaur                 F . NAUTET.\n    Le Dernier Jour d'un Condamné                                 JEAN TISSERANT.\n    Nos POÈTES : Théodore Hannon .       .    .   . . .       .   MAX WALLER.\n    Stances à la Mer                                              EDOUARD   LEVIS.\n    CHRONIQUE LITTÉRAIRE : — L'Insurgé, par Jules\n      Vallès, etc                                                 MAX WALLER.\n     Une erreur s'est glissée dans notre dernier sommaire : Jouets a été attribué à\n    Georges Vicaire et Décadence à Charles Gros. C'est le contraire qu'il faut lire.\n\n\n\n\n               Le Numéro : 25 cent. — Étranger : 30 cent.\n\n     Se trouve chez les principaux libraires et marchands de journaux de la Belgique\n                                      et de l'Étranger\n Les annonces sont reçues exclusivement à la Compagnie de Publicité et d'Émission,\n                        Rue du Fossé-aux-Loups, 32, Bruxelles\n\n\n\n                                     BUREAUX              :\n\n                    LIÈGE                                                GAND\n 46, R u e de l'Université, 46                       65, R u e des Champs, 65\n                               BRUXELLES\n                       81, R u e de la Madeleine, 81\n                                             1882\n\n\n\n\n                                                                                       I\n                                                                                              1\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "      LA JEUNE BELGIQUE\n                                       ABONNEMENTS :\n   Un an:                               Fr. 5 | Six mois                          . Fr. 2 - 5 0\n                                    ÉTRANGER, le port en sus.\nL'année commence le i\" Dec, le semestre le 1er Juin. Les abonnés nouveaux reçoivent les numéros parus\n  II est tiré de chague numéro de la REVUE Vingt-cinq Exemplaires numérotés sur splendide papier\nde Hollande et UN SEUL sur papier du Japon.\n       PRIX DE L'ABONNEMENT             Sur Hollande                 10               Francs.\n                                         Sur Japon                               20     »\n\n\n                        AUX LECTEURS\n   La première année de la Jeune Belgique ayant, comme celle-de\n M. de Lamartine, à peu près fini sa carrière, nous avons jugé à pro-\npos de consacrer l'anniversaire de notre naissance par un souvenir\njubilaire, en publiant un\n       A L M A N A C H              D E     L A      J E U N E         B E L G I Q U E\n                                       pour l'année 1883.\n   Cet almanach, édité avec grand soin dans le format de la Jeune\nBelgique, complétera dignement notre premier volume. Il sera illustré\npar Paul Avril, Alfred Hubert, Mars et Miles et contiendra, outre\nun calendrier-mémento et une revue des principaux événements de\nl'an 1882, des nouvelles, des poésies, des fantaisies inédites slappli-\nquant pour la plupart aux mois de l'année. Tous nos lecteurs désire-\nront souscrire à cet album littéraire, dont le prix est fixé à 75 cen-\ntimes, du moins pour les 200 premiers souscripteurs, et qui paraîtra\ntrès prochainement. Dès à présent la souscription est ouverte; il\nsuffit de nous adresser 75 centimes en timbres-poste pour recevoir\nfranc de port Y Almanach de la Jeune Belgique, le jour de son appa-\nrition.\n   Le poil que nous avons annoncé dans notre numéro 19, restera\nouvert jusqu'au 30 octobre. Le I er novembre, nous en publierons le\nrésultat. Tous nos lecteurs sont invités à y prendre part. Les nom-\nbreuses lettres que tous les jours nous recevons , et auxquelles\nnous sommes forcés de répondre en bloc, nous ont prouvé combien\nsont étroits les liens de sympathie qui nous unissent à nos abonnés.\nNous voulons qu'ils se resserrent davantage encore. La Jeune Belgi-\nque doit être une grande famille où chacun a son mot à dire quand\nil s'agit d'agrandir et d'aménager la maison. Nous avons vu avec\nplaisir que si notre franchise d'allure en a blessé quelques-uns, la\nmasse des jeunes et des fervents est avec nous.\n   Nous prions nos lecteurs de remarquer que l'augmentation de pages\nsera la même, soit que nous nous en tenions au statu quo, soit que la men-\nsualité réunisse le plus grand nombre de voix.\n   Nous publierons le 15 octobre deux sonnets inédits, tirés des Blasphèmes, le prochain\nvolume de Jean Richepin.\n   Nous commencerons notre deuxième volume par la publication d'un petit roman de\njeunesse d'EMlLE ZOLA : Nais Micoulin. Cette œuvre vraie, pleine d'intérêt, d'obser-\nvation et de saveur, porte déjà l'indéniable empreinte du Maître, sans avoir rien de la\ncrudité de ses derniers romans. Oui, Buloz, la Nais Micoulin de l'auteur des Rougon,\nqui certes n'a pas été écrite pour les petites tartines des pensionnaires, rendrait encore\ndes points pour la moralité, à plus d'un des malsains romans-Feuilletons sur lesquels\ns'étaie ton antédiluvienne Revue des Deux Mondes; et ta Sauvageonne, ô Theuriet, serait\nobligée de lui céder le prix de vertu I\n   A partir de ce jour nos bureaux liégeois sont transférés à la L i b r a i r i e p o l y t e c h -\nnique de M M . Decq et N i r s t r a e z , r u e de l'Université, 4 6 , à Liège.\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "                        LA JEUNE BELGIQUE                               321\n\n\n\n\n        LES PROTÉGÉS DE MA GRAND'MÈRE\n                                    A la mémoire de mon aïeule bien-aimée.\n\n\n   L'avenue Mosselman est cette partie, de la chaussée d'Anvers à\nMalines située entre la rue du Moulin et l'entrée du faubourg\nde Berchem. Cette jolie \"drève\" d'ormes bordée de maisons\ncoquettes et de jardins donnant sur la rue s'appelle aussi avenue\nd'Herbouville, du nom du préfet des Deux-Nèthes, sous le premier\nempire, qui entreprit les embellissements de la nouvelle ville d'An-\nvers. Cet homme, trop oublié des signors d'aujourd'hui, conver-\ntit entr'autres le sinistre Galgeveld ou \" champ de la Potence », situé\nau bout de l'avenue, en un parc boisé qui fut longtemps le rendez-\nvous des couples amoureux, ceux-ci profitant de l'espèce d'aversion\nqu'éprouvaient encore les bourgeois timorés pour ces épais ombrages\nretirant leur sève d'un sol maudit. Est-ce afin de vaincre les répu-\ngnances persistantes des promeneurs que les édiles contemporains\nont transformé la » Pépinière » de M. d'Herbouville, dont les futaies\nprenaient le soir une opacité fantastique, en un jardin anglais trop\nbanal, trop riant, trop déboisé pour donner aux fantômes l'envie de\ns'y promener ? En même temps que l'éclat du gaz, distribué à profu-\nsion dans ce square, dispersait les revenants il a mis fin aux tête-à-\ntête idylliques des vivants.\n   Pendant ces derniers dix ans l'avenue même a perdu de son\nancienne physionomie. Les villas prêtant à ce quartier un cachet\nextra-muros des plus originaux disparaissent une à une. Des hôtels\nprétentieux viennent s'aligner côte à côte à front de rue; le passant\nn'est plus caressé par les couleurs et les parfums des jardins d'entrée\ncultivés un peu à son intention par les anciens propriétaires; les\ngrilles aux délicates ferronneries, les haies odorantes font place aux\nmaçonneries tracées au cordeau pour la plus grande monotonie de la\nperspective et des rues nouvelles taillent et entament les parcs sécu-\nlaires sous prétexte de doubler la valeur des terrains mutilés.\n   Tel qu'il est aujourd'hui ce quartier demeure encore un des plus\nsains et des plus agréables de la grande métropole belge. C'est de ce\ncôté que ma grand'mère habitait en 187. une modeste petite maison,\noù je descendais lorsque j'avais des vacances et où je me fixai plus\ntard les dernières années de la vie de cette sainte femme.\n   Ce logis n'avait qu'un étage. En bas étaient le salon à deux\n croisées donnant sur l'avenue, la salle à manger et la cuisine sur le\n     1erOctobre 1882.                                              21\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "  322                      LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n jardin; en haut deux chambres à coucher et un cabinet où dormait\n  la gouvernante. C'était un asile patriarcal garni de bons meubles en\n  acajou, qui avaient vieilli avec mon aïeule et auxquels je commen-\n  çais moi-même à m'attacher. Ces reliques reluisaient de propreté et\n  offraient plus d'agrément au visiteur que des mobiliers somptueux\n  d'une valeur uniquement vénale.\n     Le principal attrait de notre habitation était un jardinet d'une\n centaine de mètres, plus profond que large, planté de grands\n arbres, et séparé des enclos voisins par une haie vive; un jardinet\n un peu sauvage où les branches exubérantes vous barraient le pas-\n sage. Un sentier unique en faisait le tour, tracé entre la haie et la\n pelouse. Au fond se trouvait une gloriette, le reposoir favori de\n \"bonne       maman.\"\n    Que de distractions nous offrait ce coin de terre ! A u x premiers\n et tièdes effluves d'avril, l'aïeule passait son bras sous le mien et nous\n faisions à très petits pas le tour du discret domaine; nous nous arrêtions\n devant les arbustes précoces ; ses mains encore potelées et mignonnes\n faisaient glisser les jeunes rameaux entre les doigts et palpaient avec\n une joie enfantine les bourgeons séveux. Heureuse de vivre encore\n une année, elle aspirait ostensiblement l'air du renouveau. Au furet\n à mesure que s'accusait la renaissance de la nature nos promenades\n devenaient plus fréquentes. Bientôt les merles nous annonçaient par\n des chants de jubilation qu'ils pouvaient se passer des miettes de\npain et des boulettes de viande que Siska, la bonne, éparpillait dans la\n cour .Je cueillais en cheminant les premières violettes pour les offrir a\nma grand'mère. Je déployai l'en-cas de soie bleue au-dessus de son\nfront vénérable aussi souvent pour la protéger contre les rayons déjà\npiquants que contre les averses subites des giboulées. Puis, fleuris-\nsaient l'aubépine et les lilas, la symphonie des oiseaux devenait plus\nnourrie, les bourdons susuraient et les chrysalides rendaient en\nmasse à la liberté leurs prisonniers blancs, marqués de noir comme\ndes parcelles de billets d'amour déchirés. Maintenant on pouvait\ns'asseoir sous la tonnelle où les enlacements de la vigne folle com-\nblaient peu à peu les jours laissés par le lierre dans le lattis. La\nchaleur augmentant, on rendait à la pleine terre les fuchsias et les\ngéraniums empotés. L'aïeule s'attardait le soir pour entendre chanter\nle rossignol; émue elle mettait le doigt à ses lèvres, apaisant ma pétu-\nlance. Depuis longtemps les neiges odorantes des pommiers étaient\ntombées et les premiers bouquets de lilas jaunissaient dans leurs\nvases; Joost le jardinier venait faucher le gazon que Lô, sa femme,\nnotre commissionnaire, emportait sur une brouette; et la pelouse\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "                              LA JEUNE BELGIQUE                                    323\n\nétait rase comme un velours. Un matin les gros boutons des pi-\nvoines éclataient ainsi qu'un feu d'artifice et des bouquets écarlates\n annonçaient le luxe plus tapageur de l'été. Aussi des parfums plus\nforts, plus lourds que ceux de mai, chargeaient les brises plus\nlentes comme prises de langueur. Les seringats et les jasmins sau-\npoudraient l'air de leur poivre. En ce moment la gloriette était\nnoire d'ombre, la vigne avait accompli son œuvre de protection\n contre les ardeurs de juillet. Les liserons et les capucines, tintinabu-\nleurs des papillons et des sylphes, agitaient leurs clochettes dans la\nhaie touffue et le rhododendron avivait de fleurs pourpre ses massifs\n sombres. Et ainsi graduellement jusqu'aux maturités à outrance\nde septembre, le jardin changeait de physionomie. Le vert tendre et\ntranslucide des feuillages se jaspait ; puis venaient les piqûres jaunes,\nles débauches superbes qui finissent par user les frondaisons dans\nl'or et le vin. Les grosses épeires tendaient leurs toiles et une baguette\nà la main je détruisais impitoyablement ces ingénieux travaux qui\n nous disputaient le passage comme à de vulgaires moucherons.\n L'humidité sortait de terre; flac, floc, les feuilles tombaient, bruis-\nsant sous nos pas, et Joost avait peine à entretenir le chemin. Et cela\njusqu'à l'hiver qui nous rendait le feu, la lampe à abat-jour où\nj'avais dessiné des grotesques, le journal longtemps répudié ; le tricot\nsur lequel l'aïeule s'assoupissait, le ronflement de la bouilloire et le\nparfum du thé qui la réveillaient. '             GEORGES EEKHOUD,\n    (La suite   prochainement.)\n\n\n\n\n                UN ROMANCIER MODERNISTE*\n                                      {Suite et fin)\n\n   C'est sous l'empire de la pénible situation d'esprit que j ' a i indiquée que Féli-\ncien C h a m p s a u r écrit une scène très belle et très saisissante. Il imaginé\nPierrot s'échappant du cimetière suivi de sa Conscience — s a Conscience est toute\nnoire, mais docile et bonne enfant — et s'en allant visiter les bals, le Skating-\nRing et l'Opéra. L e carnaval est mort, les rires sont funèbres; le Veau d'or, stu-\npide, trône sur le piédestal où naguère la Gaîté riait de toutes ses d e n t s , d'un\nrire franc et ininterrompu. P i e r r o t s'ennuie et se lamente : tout est-il donc fini,\nn'y a-t-il plus de jeunesse, plus d'amour, plus de gaîté ? Il sort, é c œ u r é . Soudain,\nsur la place, au milieu d'un r a s s e m b l e m e n t , il aperçoit une femme dont la\ndistinction, l'aristocratique élégance contrastent avec l'élégance criarde des\nfemmes de conversation bête qu'il vient de voir au bal, mendiant de l'or. Celle-\nci réalise son idéal. C'est la célèbre tragédienne, m u r m u r e quelqu'un, celle\n\n  (*) Voir la livraison de la Jeune Belgique du 15 septembre.\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": " 324                          LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n  dont la beauté est irrésistible, dont la voix est d'or ; celle qui émeut les âmes et\n  fait vibrer les cœurs. Toute la gamme des sentiments nobles, l'amour, l'enthou-\n siasme, l'émotion, elle la parcourt avec une intensité telle que l'on croirait\n qu'ils se sont tous réfugiés sous cette frêle enveloppe, désertant tous les autres\n cœurs, toutes les autres âmes, desséchés et vides. Du moins le fait-elle suppo-\n ter quand, frémissante sur son théâtre, elle déchaîne la passion et allume\n l'amour. Pierrot la suit jusque dans son alcôve. Elles existent donc encore la\n beauté et la grâce! Il va les posséder, car la tragédienne est complaisante et sa\n Conscience, toujours docile — mais peut-être malicieuse et ironique en ce\n moment, — se tient coite et ne dit mot. 11 la déshabille lentement, il lui ôte ses\n bottines, son corsage, puis encore d'autres bottines et d'autres corsages et\n quand il a retiré le dernier bas il ne reste rien. Tout, jeunesse, beauté, a dis-\n paru ! Il ne reste que de faux cheveux et des vêtements. Du corps, pas un mor-\nceau de chair, de l'âme pas un atôme, rien que l'artifice !\n    Rien ! c'est la note déchirante de ce livre, le sanglot que la jeunesse laisse\n échapper quand elle ne rit pas de son rire nerveux et quand l'indignation — qui\n est encore de ce monde heureusement - - lui monte au cœur. Rien ! c'est le cri\n de l'impuissance morale, de l'usure à vingt ans, du malaise physique, des\n esprits chancelants, pas timides — la timidité étant la virginité intellectuelle.\nCe mot rien est affreux, il est froid, il est bête ; c'est le cri de la jeunesse pour\n qui la gomme a du prestige, pour qui le boulevard est l'univers et les brasseries\n les seuls temples subsistants. Oui, le gommeux, le gommeux stupide et maussade\n qui fait sonner les louis sur les trottoirs, qui va de l'Opéra à la Bourse, est envié\n comme l'unique heureux de ce monde. L'or n'est pas seulement l'aide, le moyen, il\nest tout. M. Champsaur a eu le courage de le dire et l'on doit lui en tenir compte.\n    Il faudrait pourtant s'entendre. Le cas de M. Champsaur est navrant, digne\nd'intérêt et d'étude. Au temps déjà lointain où il habitait Grivedesvignes, alors\nqu'il n'était qu'un bon jeune homme naïf et généreux, il avait, dans une cage\ndorée, un oiseau mécanique qui chantait avec toute l'expression dont un oiseau\nartificiel est capable. Un jour, le jeune poète, né au dix-neuvième siècle et par-\ntant curieux, s'avisa de démonter l'oiseau ; il lui arracha chaque plume, l'une\naprès l'autre, léventra, et ne trouva à l'intérieur qu'un petit sifflet, un ressort\nrouillé et des morceaux de bois affreusement collés ensemble. Ce fut sa première\ndésillusion. Cet oiseau c'était l'idéal : le dehors superbe, le dedans absolument\ncreux. Pourtant il lui restait pas mal de beaux rêves dans la tête. Il aimait de\nl'amour dont on aime à vingt ans et il allait le connaître quand une place de\npion, lui offerte, l'amena à Paris. Il y vint avec peu d'argent, beaucoup d'am-\nbition, des sentiments candides et la foi en l'amour. Son argent il ne fut pas en\npeine de le dépenser, ses sentiments candides trahissaient la province ; il le\nsentit et les refoula; et sa foi en l'amour il la perdit certain soir où, ayant offert\nson cœur à une ingénue du Luxembourg, l'ingénue lui avait répondu qu'elle\nl'acceptait moyennant plusieurs bocks et vingt sous pour payer sa blanchis-\nseuse. Ce fut sa seconde désillusion. Heureusement l'ambition lui restait. Il\nfallait conquérir Paris. Il ne jugea pas à propos de se recueillir et de méditer\nsur les moyens de subjuguer la place avec honneur. Il n'étudia pas le colosse\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "                                LA J E U N E BELGIQUE                                  325\n\ndans son ensemble ; de la ville studieuse il ne vit que le carrefour tapageur; de\nla ville artistique il ne vit que le dépotoir; la ville industrielle, il la méprisa;\ndans la ville du pauvre et du travailleur il visita surtout le Geuloir où les rouffla¬\nquettes s'assemblent, et où il se laissa prendre comme une mouche dans une\ntoile d'araignée, ce fut au boulevard. L a vie y est extraordinaire, les cafés\nenvahissent la c h a u s s é e , les façades des théâtres resplendissent ; sur les\ntrottoirs, des messieurs, en cravate blanche, et des petites femmes, très\nfardées, circulent. L e spectacle l e grisa, l'atmosphère était poudrerizée, l'or\nsonnait sur les tables et dans les poches, l'ensemble, enfin, était supérieure-\nment chic. Ce fut l'impression qui lui resta : c'était chic! Dès lors il en savait\nassez ; ce qu'il fallait conquérir, c'était ce monde d é s œ u v r é . Avec une sûreté\nd'œil r e m a r q u a b l e , il comprit de suite avec quelles armes il pourrait vaincre. Ce\nn'était pas avec le sentiment, l'enthousiasme et la foi, mais avec quelque chose de\ndur, de froid, de sec comme l'or : l'aplomb. Il en eut et il lui servit. Il pénétra\ndans les alcôves, eut des duels et fut coté sur le boulevard. Il lut des écrivains\nsceptiques et les comprit mal, il recueillit toutes les idées et n'eut pas le temps\nde les approfondir ; puis, une fois son apprentissage de la vie t e r m i n é , il fit un\nlivre très littéraire, où l'on retrouve, à chaque page, l'incohérence de ses idées\net l'usure de sa r e m a r q u a b l e intelligence. L a société telle qu'il la rend, c'est la\nsociété vue par un œil que l'on croirait brûlé par le gaz et troublé par l'absinthe;\nson style est plein d'étincelles, mais sa langue est pâteuse. L e champagne qu'il\nappelle à son aide ne l'égayé pas, il l'énervé ; le premier verre seulement\nl'émoustille, dans ce court i n s t a n t il salue la jeunesse et le rire, il évoque\n Rabelais qui n'était pas malade et Molière qui se portait bien, m a i s , en fin de\ncompte, il a la bouche a m è r e et jette son cri désespéré : Rien !\n    C'est par là qu'il conclut. A dix reprises on trouve cette conclusion dans son\n livre. L a gaîté finie, l'esprit de Molière et de Mürger fini, l'honnêteté provin-\nciale un l e u r r e , l'amour une marchandise et, tout à la fin, le dévouement au\npeuple une prodigieuse naïveté. C'est vrai et c'est faux. L a constatation est\n strictement j u s t e , mais la conséquence indiquée ne l'est p a s . On ne rejette pas\n les roses parce qu'elles ont des épines et sur la présence d'un nuage on ne peut\n conclure à l'extinction du soleil.\n    Cette désespérance est une faiblesse et une naïveté. Ce n'est pas la théorie\nde Flaubert qui n'a montré que le néant de l'idéal et de l'éducation sentimen-\ntale; ce n'est pas celle de Zola qui retourne le fumier afin que dessus grandisse\nla fleur robuste et plantureuse de la nature ; c'est la théorie du romantisme que\n l'on c h a n t a i t il y a quinze a n s :\n                        L'Amour en fleurs s'en va le front morose,\n                        L'Amour s'en va peut-être sans retour,\n                        On n'aime plus, aujourd'hui, triste chose :\n                        Hélas ! le vice a remplacé l'amour.\n                        Tout est valet, tout se vend, tout se vautre.\n                        Chaque soleil nous descendons plus bas ;\n                         Une infamie arrive après une autre :\n                         Nous allons bien, ne nous arrêtons pas.\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": " 326                          LA J E U N E   BELGIQUE\n\n\n     Ce n'est certes pas riche, mais, valeur littéraire mise à part, c'est bien le même\nair que l'on retrouve dans Dinah Samuel. M . Champsaur refait la c h a n s o n en y\nm e t t a n t beaucoup de talent et d'excellentes qualités d'écrivain. L a musique\nen est délicate, recherchée et harmonieuse, mais les paroles sont fausses.\nL ' a u t e u r est dévoyé, ses lamentations font sourire et s'il ne voit pas juste qu'il\nme permette de lui dire ce qui à mon avis en est la c a u s e . Ce sera ma con-\nclusion.\n    L a génération actuelle se divise en deux branches distinctes : l'une est com-\nposée de jeunes gens qui ont reçu le coup de soleil idéaliste et en ont conservé\nles traces ; ils ne comprennent pas notre monde moderne, qui moins que tout\nautre étouffe de nobles espérances ; la fermeté de l'esprit positiviste n'est pas\nfaite pour leur esprit fiévreux ; la science et le m a c h i n i s m e , desquels on peut\nt a n t a t t e n d r e , sont des sujets d'étude qu'ils délaissent comme étant trop pro-\nfonds. Trop intelligents, trop blasés, pas assez gobeurs pour avaler la couleuvre\nromantique, ils n'osent regretter la flamberge et le sombrero, mais ils chancèlent\ndevant la réalité, ils regrettent le rêve, la fausse et mensongère image dont on\na bercé leur imagination aux jours d'enfance ; puis, une fois lâchés dans la vie,\nils voient tout de t r a v e r s , prenant la faiblesse pour la force et la blague pour\nl'esprit. Qui donc, s'écrient-ils, nous rendra la foi qui sauve ? H é l a s ! personne.\nCe n'est pas un Messie qu'il leur faut, c'est un médecin. L e u r corps est sans\n vie, usé par l'atmosphère métallique du boulevard, insensible aux joies ordi-\n naires, aux jouissances naturelles, au c h a r m e ambiant des choses. L a vie,\na b a n d o n n a n t le corps, s'est réfugiée dans le cerveau et le cerveau est infecté\n par le cadavre religieux et le cadavre idéaliste, qui y pourrissent, côte à côte.\n M. Champsaur est de cette génération, — dégénération vaudrait m i e u x . Il\n représente la dégringolade de l'idéal qui, trouvant à la fin le ciel ennuyeux,\n descend sur la t e r r e , fort embarrassé de ses ailes, qu'il salit en les laissant\n traîner dans tous les ruisseaux. Ne pouvant plus être a n g e , il sera diable. Ne\n pouvant plus cabrioler dans les nues et faire risette dans l'azur, il r i c a n e r a\n comme Méphisto. H é l a s ! diable et ricanement sont aujourd'hui peu de chose\n et Croquemitaine est mort, m ê m e pour les enfants.\n   L ' a u t r e génération est composée de jeunes gens sains, sensibles aux mani-\nfestations matérielles et qui en ressentent des jouissances ; ils pensent que les •\ntemps sont mauvais, que nous manquons d'air, que les rouages de la société\ngrincent et se disloquent et que sur l'emplacement de la machine actuelle,\ndont le détraquement est proche, on en pourra construire une a u t r e , pas\nparfaite, mais mieux appropriée aux besoins de l'homme. Ils pensent que l'idéal\na dévoyé l'esprit h u m a i n , que sa disparition n'entraîne avec elle a u c u n e des\nconditions matérielles nécessaires à l'existence. Ils croient au continuel déve-\nloppement de la n a t u r e , à la force de la m a t i è r e . Ils aiment la poésie que la\nterre dégage, l'ombre et la lumière, les campagnes et les villes, l'eau qui coule\net l'eau qui dort, les jours d'hiver et les jours de printemps, l'herbe qui croît, la\nfleur qui meurt, les réveils et les crépuscules, l'amour sans cesse r e n a i s s a n t ;\npour jouir et aimer, ils ont l'éternelle caresse de la n a t u r e .\n                                                                      F.   NAUTET.\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                                   LA J E U N E BELGIQUE                                   327\n\n\n           LE DERNIER JOUR D'UN CONDAMNÉ\n     Par exception, nous donnons aujourd'hui une pochade publiée déjà, il est vrai, mais si peu\n  qu'elle est presque inédite, n'ayant jamais paru que dans un rarissime petit volume — il\n  n'a été tiré qu'à 64 exemplaires — répandu sous le manteau et intitulé : Le Théâtre erotique de\n  la rue de la Santé, sans nom d'éditeur. Les pages qui suivent n'ont rien d'erotique ; que les\n  daines ne s'effarouchent: la légende de Jean Hiroux, le criminel blagueur d'Henry Mon-\n  nier, en a fourni l'idée, et il est plus que probable que le Jean Tisserant qui a signé ces\n  pages, n'est autre qu'Henry Monnier lui-même comme son héros ne fait qu'un avec Jean\n  Hiroux. C'est donc une véritable curiosité littéraire que nous offrons à nos lecteurs.\n\n\n\n                                       ACTE PREMIER\n\n                                        La Cour d'assises\n     LE PRÉSIDENT DES ASSISES. — COUTAUDIER. — L E PROCUREUR DU ROI . —NEZ\n  D'ARGENT. — PIMPRENEI.LE. — L'AVOCAT D'OFFICE. — L E GREFFIER. — L E PRÉSI-\n  DENT DU JURY. — L'AUDITOIRE (personnage           muet).\n\n      Le président. — Accusé, levez-vous. (L'accusé se lève). Vos nom et prénoms'\n      Coutaudier (d'une voix enrouée qu'il a durant toute la pièce). Rue de la Huchette.\n     Le président. — Je vous demande comment vous vous appelez?\n     L'accusé. — Ah !... Jean... Jean Coutaudier, né sous le beau ciel de l'Italie.\n     Le Président. — Accusé, soyez attentif à ce que vous allez entendre.\n     Le Procureur du Roi.— (Lisant) : — « Le 23 décembre 1843,vers minuit, une patrouille\n   de la force civique heurtait de son pied invincible le corps d'un vieillard encore chaud,\n  d'environ 70 à 71 ans, non loin de ce lieu sinistre où les farouches sectaires de Robes-\n  pierre firent tomber tant d'innocentes têtes, sans compter les royales, et au sud-est de\n  l'hôtel des immortels invalides ! Une autre patrouille de soldats, défenseurs de la famille,\n  de l'ordre public et de la religion, arrêtait un homme en désordre, et qui semblait fui]-, tant\n  son pas était véloce.\n     On le confronta avec le cadavre, qui ne le reconnut pas ; mais le bon sens des deux ca-\nporaux, dont l'un était sergent, aidé d'ailleurs du témoignage des témoins qui... témoi¬\ngnèrent, mirent cet homme à la disposition de la justice, et le cadavre à la Morgue, où il\n  ne fut que trop reconnu par sa famille désolée et indigente, qui porte l'honorable nom, si\n  connu et si justement apprécié, de Chasanguin. »\n     Le Président. — De plus, en outre, accusé, vous allez entendre les charges qui sont\n  produites contre vous. (A l'huissier.)Introduisez le premier témoin.(Au témoin qui est in-\n  troduit, avec volubilité.) Vos nom, prénoms, âge et demeure. Vous jurez de dire la vé-\n  rité, et au besoin, toute la vérité?\n     Pimprenelle.—Je       le jure... Jacinthe Pimprenellc, blanchisseuse du Bas-Meudon,\n  19 ans, émue et pas encore mariée. J'étais allée avec mon cousin Génome aux Délassements,\n  — lui au parterre et moi au paradis; même que nous nous sommes perdus... lui en sor-\n  tant, et moi avec un sapeur-pompier, qui a eu la pudeur de me mettre dans un fiacre toute\n  seule, à preuve qu'il en est descendu près de sa caserne. J'ai pris le chemin de fer de Ver-\n  sailles où je me suis endormie, tant j'étais contrariée... d'avoir perdu mon cousin Gérome,\n  que j'ai retrouvé au Bas-Meudon, le surlendemain matin, par l'obligeance d'un lancier\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": " 328                            LA J E U N E BELGIQUE\n\n\nqui m'a remise dans mon chemin toute la nuit par le bois de Meudon; ce qui fait que je ne\nreconnais pas bien Monsieur l'accusé que je n'ai jamais vu d'ailleurs.\n   Le Président (après avoir souri au témoin, et d'un air satisfait). — C'est bien, allez\nvous asseoir. (A l'huissier.) Introduisez un autre témoin. (Au nouvel introduit.) Vos nom,\nprénoms, âge et demeure? Vous jurez de dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité '.'\nLevez la main, pas celle-là... l'autre, la droite.\n   Le témoin (d'un air rigolo, levant toujours la main gauche). Puisque je n'en ai qu'une !\n   Le Président (convaincu). — C'est juste.... Vous dites que vous vous nommez ?\n   Le Témoin. —Mucius Scévola Brancart, dit Nez d'argent.\n   Le Président (prêtant l'oreille). — Vous dites ?\n    Coutaudier. — Naz.... pif de bog.\n   Le Président (prêtant encore attentivement l'oreille). — Vous dites 1\n    Le Président du jury (qui a lu Francisque Michel). — Naz.... pif... bog,... c'est-à-\ndire trompe ou nez d'argent.\n    Le Président (satisfait). — Ah ! (au témoin.) Dites ce que vous savez.\n    Nez d'argent. — Si bien puisque nous étions-t-en Italie, pas c'te fois-ci, ni l'autre... la\npremière. Le général Bonaparte qui s'y connaissait aussi, nous fait dire par un de ses\namis : » En avant 1 » et v'la comme nous avons servi les Autrichiens sur le plateau de\n Rivoli ! Un an après que je m'suis eu défait de mon bras droit, je suis-t-entré à l'hôtel\n avec mon fusil d'honneur à la boutonnière. La discipline est encore bien sévère, là !\n Faut être rentré de meilleure heure.... sans, ça, en revenant de chez mon p'tit n'veu,\n j'aurais pu empêcher la bêtise qu'est arrivée à c'tincien ! .... Mais la discipline est si\n sévère !... même que je n'sais rien....\n    Voilà c'que j'sais.\n    Le Président (satisfait). — C'est bien. Allez vous asseoir.\n    Nez-d'argent (au président). — Il fait chaud mon col'nel !..., Ous'qu'on touche les\n quarante sous ?\n    Coutaudier.— Suivez le grand couloir : vous tombez dans les Pas-Perdus, vous\n descendez, et en tournant à gauche, vous y êtes.\n    Le Président. — C'est bien, accusé ! merci de votre obligeance, mais la France sait\n ce qu'elle doit à ses défenseurs ! (Avec bonté, au témoin) Après l'audience, mon brrrave,\n on vous y conduira. (A l'accusé) Accusé, avez-vous quelque chose à objecter contre ces\n diverses dépositions 1\n     Coutaudier. — C'est pas vrai ! C'est pas vrai ! C'est des gens qui me veulent du mal...\n Je suis une victime politique!... Dans les journées du 27, 28, 29,5 et 6 juin, 17 et 19 Tran¬\n conin 12 et 13 mai, j'ai moissonné des gendarmes, des gardes-royales, des gardes\n nationales ; j'ai sacrifié des sergents de ville ; j'ai tutoyé des municipals : j'ai bousculé\n des réverbères ! . . . O n ne m'a rien dit, parce qu'on me craignait;., et aujourd'hui, on\n prend le pretexte d'un vieux pour me faire avoir des mots avec le Procureur du roi !,..\n Vous êtes tous des galopins !\n    Le Président. — Toutes ces raisons, quoique bonnes, sont étrangères à la cause qui\n nous occupe.\n     Coutaudier. — La défense n'est pas libre... Je me retire ! (Il se lève : le gendarme le\n fait rasseoir )\n     Le Président (avec intérêt)- — Non, non, restez,je vous l'ordonne.... je vous en prie\n Vous avez un moyen de conjurer peut-être les rigueurs de la loi et de mériter la bien-\n veillance de la Cour : c'est de dire toute la vérité à MM. les Jurés.\n     Coutaudier (avec cœur). — Mon Président, vous avez l'air d'un bon zig, mais je dois\n  vous dire, dans l'intérêt de la société, que vous êtes cocu\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "                                   LA J E U N E BELGIQUE                                       329\n\n     Le Président (piqué). — Ça ne vous regarde pas.... mêlez-vous de vos affaires !\n     Coutaudier (vivement). — Vous vous mêlez bien des miennes ! (le président parait\nfoudroyé) .... Du reste, c'est un flanche ; vous voulez me le mettre — je la connais !. . .\nmais comme on ne peut pas condamner un accusé sur ses propres aveux, et comme vous\n n'êtes pas f.... de vous en tirer, je vous tends la perche !. . . voilà ce que c'est, (avec\npoésie) Tout reposait dans la nature ; la moucharde au disque de bog avait remplacé\n Phœbus fatigué , les tonneaux brevetés commençaient à répandre dans les atmosphères un\n parfum aussi fort que celui de la fleur d'oranger ; la brise du soir se jouait dans ma cheve-\n lure, lorsque j'arrivai solitaire et rêveur sur la place de la Révolution\n     Le Président, (fier et doux). — Pardon, pardon, accusé... de la Concorde.\n     Coutaudier (qui n'a pas écouté le président). — Oui, pour lors, quand je fus sur la\n place de la Révolution. . .\n     Le Président, (agacé mais doux encore). — Concorde !\n     Coutaudier. — Oui, j'aperçois un grand gosse, bien mis, je l'ai suivi jusqu'au pont-des-\n A r t s . . . Il cause avec l'invalo, fouille dans ses propres poches, et gagne le pont qui\n inspire le plus de p i t i é . . . .\n     Le Président (doux et curieux). — Comment ? . . . qui inspire ? . . .\n     Coutaudier. — Eh oui ! le plus plaint, puisqu'on dit : plein comme un œuf. . . .\n     Le Président (avec une joie d'enfant). — Ah ! . . . Oui ! . . . comme un œuf... Pont-\n Neuf ! . . . . (Aux juges). Pas mauvais,. pas mauvais du tout !\n     Coutaudier. — Un gosse qui ne peut pas prendre le pont des Arts ! . . . .\n     Qu'est-ce que vous auriez fait à ma place, M. le Président ? . . . .\n     Moi, je l'ai laissé continuer sa route, en lui donnant ma bénédiction...\n      Pour lors, je reviens à la place Louis X V . . . .\n     Le Président (avec ménagement)— Pardon, a c c u s é . . . . mais vous affectez, ce me\n semble, de ne pas savoir le véritable nom de cette p l a c e . . . . Pourquoi maintenant l'ap¬\n pelez-vous la Place Louis XV\n     Coutaudier (gravement.) — Parcequ'on y a guillotiné Louis XVI !\n     Le Président (satisfait). —Ah !. .. .\n      Coutaudier. —• Pour lors, j'enquille le pont de la R é . . . . Louis X V . . . Concorde ;\n  (se tournant spécialement vers le président) Ah ! . . . . et j'arrive sur l'esplanade des\n  invalos !. . . .\n     Je sentais Morphée qui m'égrugeait des pavots sur les chasses... Qu'est ce que vous\n  auriez fait à ma place, M. le Président ?. . .\n      Le Président (d'un air capable). — J'aurais été me mettre en ma couche.\n      Coutaudier (plus enroué que jamais). — Les opinions sont libres.\n      Le Président (avec ménagement). — Je ferai observer à l'accusé qu'il ne parle pas très-\n  distinctement, et je l'engage, au nom de la société, à ôter le morceau d e . . . tabac qu'il a\n  dans la bouche.\n      Coutaudier (hors de lui). — Ma chique!... ôter ma chique !... Jamais !... plutôt la\n  mort!... Mais, vous, monsieur le président, v'là une heure que vous foutez vos pattes\n  dans vot' tabatièbre, ça m'dégoûte, ça vous fait parler du n e z . . . et j'vous dis rien !.. .\n  J'garde ma chique !\n      Le President (aux jurés). — C'est j u s t e . . . c'est juste.. .Pardon, accusé ; continuez.\n      Coutaudier. — Il é t a i t . . . onze heures un q u a r t . . . ou minuit et demi. . . au juste.\n   J'aperçois un vieux... redingote v e r t e . . . Je prie messieurs les jurés de bien remarquer :\n   redingote verte ! pantalon blanc ! gilet blanc, cravate blanche et cheveux blancs ! Y en a\n   qui disent que j'attendais l'omnibus ; d'autres qui prétendent que je l'ai tué parce qu'il\n   était grêlé.. . C'est pas vrai, .. et d'ailleurs n'est pas grêlé qui v e u t , . . Je me dis : C'est\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "   330                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n  un carlisse, c'est un ennemi du gouvernement !.. . Qu'est-ce que vous auriez fait à ma\n  place, monsieur le président ?\n      Le Président (digne). — Je l'aurais salué.\n      Coutaudier.— Moi, j'y ai demandé l'heure... Pour lors, il s'a mis à courir... Un\n  vieux qui veut courir, ça fait suer .'. .. Pour lors, j'lui dis : Va, mon vieux, j'te donne\n  vingt pas d'escort. . . Je 1'attrape, je l'couche, je l'fouille : trente ronds ! Y veut crier. . .\n  tapage nocturne ! . . . septième c h a m b r e ! . . . Qu'est-ce que vous auriez fait à ma place,\n  monsieur le président ? (Le président paraît embarrassé.) Moi, j'étais si en colère, que je\n  l'ai tué ; mais je n'lai pas assassiné... c'est un mouvement de vivacité.\n     Le Président (doux mais incrédule, et avec une certaine indignation). — Comment !\n  malheureux ! vous dites que c'est un mouvement de vivacité ! . . . et vous lui avez porté\n  onze coups de couteau ! . . .\n      Coutaudier (indigné). — C'est pas vrai ! c'est pas vrai ! c'est pas vrai ! ! ! j'y en ai\n  donné treize... y en a deux qui ont glissé, c'est pas ma faute ! . . . j'ai été trop vif. (Avec\n  une sombre amertume). Treize ! . . . ça devait me porter malheur !\n     Le Président (chagrin). — Et lui ! lui ! le pauvre vieillard !\n     Coutaudier (sans réplique). — Il a crié ! !\n     Le Président (profondément indigné). — Mais, malheureux, il résulte de l'autopsie du\n  cadavre que la victime avait cessé de vivre après le premier coup. Pourquoi, d'après\n  votre propre aveu lui en avoir porté douze autres inutiles?...\n      Coutaudier (avec franchise). — C'est donc pas l'intérêt qui m'a guidé 1 . . .\n     Le Président (insistant). — Mais, enfin, pourquoi ?\n     Coutaudier (souriant). — Ça, c'est une cascade de ma nature: je ne suis pas heureux\n aux jeux d'adresse ; et vous, monsieur le président !\n     Le Président (tristement). — Moi non plus.\n     Coutaudier (aux jurés).—Vous voyez bien !.. . Pour lors, après la perpétration du\n meurtre, je-le concède, j'ai voulu voir si je mettrais dans le même trou. .. j'ai jamais\n pu ! (Riant). — Elle est pas mauvaise celle-là, hein?\n     Le Président (un moment après). — La cause est entendue. La parole est au ministère\n public.\n     Le Procureur du Roi (froid mais terrible). — Je ne dirai que quelques mots. L'obli-\n geance de l'accusé à nous raconter le meurtre dans tous ses affreux détails, me dispense de\n rechercher les causes, les effets et les motifs qui ont conduit ce bras dès longtemps exercé\n au crime. Et c'est ici, messieurs, que la morale, sagesse des nations vraies, peut justement\n faire entendre sa voix prévoyante : que le vice mène fatalement à l'oubli de la vertu :\n que la paresse, mère de tous les vices, conduit presque toujours les pauvres à la misère et au\n crime, et que sans ordre on n'arrive à r i e n . . . Vous l'avez vu se drapant, j'ose le dire,\n dans son cynisme dont il s'est fait un manteau de mépris pour l'humanité et pour la\n société ! . . . Je le recommande à toute votre sévérité. Soyez justes ! soyez humains ! soyez\nhommes enfin ! Songez que la Société a encore des enfants et des pères, et vous ne me\nrefuserez pas la tête que je vous demande...\n    L'Avocat d'office (d'une voix de tête, très-aiguë). — Messieurs les jurés, et vous, mes-\nsieurs de la cour, vous ferez la part du trouble qui m'agite à mon premier d é b u t . . .\nmais.. .\n    Coutaudier. — Allez apprendre à jouer du fifre, mon petit jeune homme; je ne veux\npas être le cadavre sur lequel vous allez essayer vos outils... Je me défendrai moi-\nmême !. . .\n    I! Avocat (il veut continuer ; Coutaudier le fait asseoir d'un coup de poing). — Moi...\n    Coutaudier. — L e législateur, dans sa bienveillante sollicitude, a voulu que tous soye\négals, (Hum.) Vous demandez ma tête, monsieur le procureur du roi.. . je regarde vot'\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                                 LA J E U N E BELGIQUE                                     331\n\nbinette, et. je comprends votre ambition. On veut m'ôter la vie. . . on n'en a pas le droit,\net je le prouve. . . Si j'étais t'innocent ?. . . je ne le suis pas, mais enfin, une supposition ?\nrappelez-vous Calas à l'Ambigu !.. . rappelez-vous M. Lacressonnière à la Gaîté, quand\nil dit : » J'en appelle à l'immortalité ! » Eh bien ! si j'étais t'innocent, pourriez-vous me\nla rendre la v i e ? . . . vous, monsieur le procureur du r o i ? . . . vous, monsieur le prési-\nd e n t ? . . . qui n'êtes pas foutus, à vous deux, d'animer un asticot de vot'vivant. .. après\nvot' mort, je n'dis pas. .. Mais, d'ailleurs, que tort que j'y ai fait à ce vieux?... Il avait\nsoixante-dix ou onze a n s . . . Eh bien ! qu'est-ce qui pouvait avoir encore à vivre, à vue\nde pif? quinze jours ou trois semaines.. . Je les rembourse, mais qu'on me foute la\npaix !\n   Le Président. — Il n'est pas question de cela.\n    Coutaudier. —Alors, je demande qu'on me change de gendarme... j'en ai un qui\nm'infecte considérablement.\n   Le Procureur du roi (avec force). — C'est encore trop bon pour vous !\n    Coutaudier (après un silence). — Vous êtes cruel, monsieur le procureur du roi..,\n(Avec résignation.) Restez, gendarme, mais ne remuez pas trop, car vous avez l'infirmité\ndes pieds, que c'est çà !...\n   Le Président. — Accusé, avez-vous encore quelque chose à ajouter pour votre dé-\nfense ?\n    Coutaudier (avec dignité). — J'ai à ajouter que la garde nationale m'emm....\n   Le Président (contrarié). — Accusé, je ne puis tolérer de pareilles expressions : elles\nportent atteinte à la dignité de la cour.\n    Coutaudier.— J'envm.... la cour ! je respecte messieurs les j u r é s . , . quanta vous, mon-\nsieur le président, vous êtes un vieux birbe ! . . .\n   Le Président. — Comment.. . un birbe !. . .\n    Coutaudier. — Oui, vous êtes un vieux ch'uoc !.. .\n   Le Président (avec bonté). — Accusé, je dois vous avertir, dans votre intérêt, que vous\nprenez un funeste système de défense, et que vous aggravez votre situation.\n    Coutaudier. — Monsieur le Président, si jamais le trône des muffles devient vacant,\nvous aurez des chances. (Aux jurés ) Y vont me condamner à mort et y dit qu'j'aggrave ma\nsituation ! (Au président, avec véhémence.) Vous voulez donc me condamner à seize francs\nd'amende !. .. Vous faussez la loi ?.. . Je n'ai plus rien à dire !\n   Le Président. — Messieurs les jurés, vous avez entendu l'accusé ; vous avez ouï la bril-\nlante parole du ministère public. L'accusé prétend que c'est un moment de vivacité,\ncausé par son amour pour le gouvernement ; monsieur le procureur du Roi croit entrevoir\nque le mobile de ce crime, ou de ce meurtre, a été l'intérêt v é n a l . . . mais je dois à mon\nimpartialité de vous prier de vous retirer dans la salle des délibérations, et d'agir dans\nl'intérêt de la justice, de la Société et de tout le monde.                    (Sortie du jury.)\n    Coutaudier. — Je demande à monsieur le Président, qu'en vertu de son pouvoir dis-\ncrétionnaire, il lui plaise de m'entendre un moment.\n   Le Président (avec indulgence).—Ce n'est guère l'usage, mais, pour vous... Nous\nvous écoutons.\n    Coutaudier. — Pour lors, après la perpétration du.. . de la chose, j'étais rentré chez\nmoi : je regardais ma pièce de trente ronds.\n    Le Président (curieux). — A la vue de cet argent mal acquis, qu'éprouviez-vous !\n    Coutaudier (avec un grand dédain). — De l'emm\n    Le Président (toujours curieux). — Quand vous avez frappé ce vieillard, qu'éprou-\nvàtes-vous ?\n    Coutaudier (franchement). — De l'emm\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "                               LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n   Le Président (de plus en plus curieux). — Et, dans ce moment où la justice humaine\nvous atteint, qu'éprouvez-vous ?\n   Coutaudier (avec la plus grande franchisse). — De l'em-mer-de-ment !.. .\n   Le Greffier (annonçant). Messieurs les jurés ! . . .\n   Le Président du Jury. — Sur mon Dieu et mon âme, oui, l'accusé est coupable.\n   Le Président (passant sa tabatière d'une main dans l'autre, et visiblement troublé). —\nAux termes de l'article 331, le nommé Jean Coutaudier.. .\n   Coutaudier (l'interrompant). — Mais je ne suis pas condamné pour v i o l ! . . . c'est\nl'article 303 qu'il faut m'appliquer. (Aux jurés). Ça fait l'malin et ça n'sait seulement pas\nson code ! . . . Oh ! là ! là ! . . .\n                                                                  JEAN   TISSERANT.\n\n\n\n\n                                 NOS POETES\n                                             III\n                             THÉODORE              HANNON\n\n    Ç a ! un homme ! C'est un type. — Ça ! un monsieur ! c'est un zig, un bon zig\ndes r u e s , mais un être absolument monstrueux, né des promiscuités coupables\nd'un calembour et d'une gauloiserie, d'un abominable calembour et d'une\nphénoménale gauloiserie...\n    D'ailleurs je n'ai plus le moindre respect pour lui depuis qu'il a inventé le\ncomble du ligottage : lier une sauce avec des tuyaux de plomb ! On ne pardonne\npas ces incongruités.\n    Connaissez-vous le type ? il n'est pas b e a u , a h non ! quoiqu'il se croie adoni¬\nsiaque ; il s'est bien taillé une barbe à la Vélasquez qui sauve tout, mais le nez !\noh! ce nez, voyez-vous, m a n q u e absolument de c a r a c t è r e , c'est une calamité\nfaciale! Quant au front, un vrai front de caissier : fuyant.\n     M . Théodore H a n n o n — en petit comité T h é o — fait des vers et des\nt a b l e a u x ; il met beaucoup de couleur dans ses vers et beaucoup d'esprit dans\nses tableaux ; q u a n i il ne fait rien, ses amis disent : « T h é o dort, » ce qui est\nidiot. J e vous livre ici quatre rondels qu'il donna en 1879 à l'Artiste. C'est du\n H a n n o n tout c r u ; avalez, bourgeois, têtes de pipe, coquecigrues , crétins,\n lecteurs; je vous dis que c'est du H a n n o n (de D . . . !)\n\n                      I                                            II\n     Pour ne point t'oublier, ma mie,              Vendeuse de pruneaux de Tours,\n     J'ai fait un nœud à mon mouchoir.            Plus douce que sa marchandise,\n     Hélas! donc, pourquoi laisser choir       Je    veux que partout on redise\n      Cette larme mal affermie ?                  Sa bonté d'âme et ses atours...\n\n     A notre tendresse endormie                     Or, qu'on me cherche aux alentours\n     Je songerai matin et soir :                    Une semblable friandise,\n     Pour ne point t'oublier, ma mie.               Marchande de pruneaux de Tours,\n     J'ai fait un noeud à mon mouchoir.             Plus douce que sa marchandise!\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "                                 LA J E U N E BELGIQUE                                  333\n\n    Errant sur ta lèvre blémie                      Bref je lui prouvai sans détours\n    Mon amour, qui ne veut déchoir,                 Mon amour et ma gourmandise,\n    A fris ton corset pour nie hoir...              En dévorant la marchandise\n    S'il le faut il sera momie,                     Sur sa bouche aux jeunes contours...\n    Pour ne point t'oublier, ma mie.                Vendeuse de pruneaux de Tours.\n                             (Paris, 1878.)                                (Tours, 1879.)\n                      III                                             IV\n    Elle portait un madras rose                    Sous le ciel bleu la neige au loin\n    Et traversait le cours Touruy,                 Coiffe de blanc les Pyrénées.\n    Errant vers le quai rajeuni                    Sur leurs cimes illuminées\n    Que la Garonne altière arrose.                 Les aigles s'aiment sans témoin.\n    La cheville nerveuse enclose                   Des Anglaises dans ce beau coin\n    Dans le haut brodequin verni,                  Flânent en robes surannées.\n    Elle portait un madras rose                    Sous le ciel bleu la neige au loin\n    Et traversait le cours Tourny.                 Coiffe de blanc les Pyrénées.\n    Le ciel d'un azur interni                      Fuyant le musc et le benjoin\n    Lui faisait une apothéose....                  De ces exotiques bien nées,\n    — Me répondit-elle : « Nenni ? »               Je vais chanter les graminées\n    Je n'ai rappel que d'une chose :               Et peindre en l'odorant sain-foin\n    Elle portait un madras rose.                   Sous le ciel bleu, la neige an loin !\n                         (Bordeaux, 1879.)                                     (Pau, 1879.)\n   Parfois ce rieur a des larmes dans la voix, mais lorsqu'il entre en prose, la\ngaîté revient, Les chroniques que fréquemment H a n n o n donne à l'Europe sont\nfaites de r i r e . L e styliste capricieux s'y m o n t r e . T h é o commence sa p h r a s e ,\nune longue p h r a s e emberlificotée... on attend la fin ; comment va-t-il faire\npour en sortir? Ah oui ! une, deux, pif, paf, une r u a d e , et avec un fin sourire\nà la plume, il se dégage en disant : \" P a s plus malin que ça ! \"\n   En 1876, T h é o donnait ses Vingt-quatre coups de sonnets, une b r o c h u r e t t e de ses\nprimes gourmes, où sa jeunesse, sa gaieté primesautière s'esbattent au grand\nbonheur des délicats. Nous sommes loin du sinistre Baudelaire dont parfois,\nainsi que de Gautier, l'on rapproche H a n n o n . Baudelaire avait le rictus qui\nglace, T h é o n'a que la gaieté spirituelle qui rigole. S'il fait une danse m a c a -\nbre, on y entend des airs de flûte mêlés à des rires de femmes, non des mièvres,\ncette fois, mais des folichonnes. Il pince des c a n c a n s avec de fous tourbillonne-\nments de j a m b e s . Ce n'est plus Mogador et P o m a r é que c h a n t e ce Belge, c'est\nquelque petite drôle, au nez en trompette, aux grandes lèvres qui s'élargissent\nen c a s c a d a n t des éclats de rire. Et gai ! T h é o qui se fiche de son public sus-\npend en ex-voto son c œ u r aux seins de T u r l u r e t t e .\n                   Je ne veux plus aimer que toi, toi seule au monde,\n                   Mignonne pour huit jours, longue trêve aux douleurs ;\n                    Qu'à mon rire ton rire ensoleille réponde,\n                   Et je boirai, friand, à tes cils les beaux pleurs !\n                   Car je ne crois eu rien, hormis en toi, ma mie!\n                   Je ne veux d'autre ciel que le ciel de tes yeux!\n                   Sur tes lèvres sera ma pensée endormie\n                   Jusqu'au baiser charmant et tendre des adieux.\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "  334                           LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n    Plus tard, ce sont les Rimes de joie qui continuent ce rire mélancolique, mais\nThéo a cinq ans de plus sur les tempes et dans le c œ u r , ses sens se sont affinés,\n— ça stride ! — sa plume s'est assouplie, il a vécu, il a eu ses heures de spleen,\nde long spleen détesté; puis il a parfait son culte pour la forme é t r a n g e , il\nn'aime plus nos a m o u r s , il a des aspirations vers des êtres plus b i z a r r e s ,\nvers les squelettes féminins dont les étreintes ont des craquements de c r é -\ncelles :\n                      Ton corps d'éphèbe, ô femme vraie,\n                     Affole tous mes sens troublés.\n                     Avec ses allures d'ivraie,\n                     Que le vent ploie au cœur des blés.\n                     Il a l'aimant, il a l'étreinte\n                      Inquiétante des serpents.\n                     Et toujours quelque rouge empreinte\n                     Persiste à ses baisers pimpants.\n   Plus loin il reprend, en le ciselant d a v a n t a g e , son thème de jeunesse :\n                  Je ne veux plus aimer que toi, toi seule au monde,\n                  Sois ma boussole, sois ma joie et ma douleur,\n                  Mes frères m'ont trahi, j'ai sur leur tombe immonde\n                  Mis mon talon — bien fort — sans un cri, sans un pleur.\n                  Je ne crois plus en rien hormis en ta tendresse,\n                   Tout est faux excepté ton sourire joyeux,\n                   Ou la larme qui tremble à tes cils, ô maîtresse.'\n                  Je ne veux d'autre ciel que le ciel de tes yeux.\n   Comparez aux strophes d'autrefois.« Ma mie \"est morte, Mignonne n'est plus,\nTurlurette s'est envolée, et dans ces vers qui tombent un à un comme des\nperles dans une coupe de bronze, il y a déjà la g r a n d e , l'irrémédiable tristesse\nde l'homme qui rit!\n                                                                       MAX   WALLER.\n\n\n\n\n                         STANCES A LA MER\n                                                     A Monsieur Charles Bougard\n\n                Encore inspire moi, Mer tant de fois chantée,\n                Mer que chaque poète exalta dans ses chants,\n                Dont l'immense surface ardente et tourmentée\n                Nous cache un affreux gouffre et des tombeaux géants.\n\n                Encore inspire moi, Mer bénie et sacrée,\n                Toi qui belle le jour et sinistre le soir,\n                Sembles prendre au soleil sa lumière dorée\n                Et soupirer la nuit un suprême « au revoir ».\n\n                Qui donc règle des flots l'éternelle cadence.\n                 Le brutal mouvement, les soupirs effarés ?\n                Qui donc, le soir venu, dans l'imposant silence\n                Jette sur leur front clair ces sillons phosphorés?\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                                LA J E U N E BELGIQUE                                  335\n\n\n\n\n                  Qui donc soudainement, au plus fort de leur course,\n                  Peut les faire obéir et revenir sans bruit ?\n                  Qui donc les a vomis, quelle eu est donc la source?\n                  Mer, qui donc à son gré t'êlève et te conduit ?\n                                                                   EDOUARD LEVIS.\n\n\n\n\n                     CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nl'Insurgé, par Jules Vallès. — Les Voix humaines, par René Asse, 1 vol. Paris, Patay.\n   — Les Printanières, par Hélène Swarth. I vol. Arnhem, J. Minkman, 4 fr.\n\n   Ils sont partis, les Bohèmes de France ; ils on! dépouillé leurs gilets à grands carreaux\njaunes, leurs larges pantalons à la houzarde et leurs Rubens pointus ; ils ont coupé à la\nmal-content leurs crinières et, prenant du ventre, vendant des denrées coloniales, épou-\nsant Jenny l'Ouvrière sous les tonnelles de Montrougc, se sont dit adieu avec un gros\nsanglot dans la voix ; Marcel a bazardé son Passage de la Mer rouge à un marchand de\ncouleurs; Colline s'est fait libraire, Schaunard est parti pour les grandes Indes, et\nMusette, la pauvre ! s'est éteinte d'une maladie de ce cœur qu'elle avait trop fait\nbattre.\n   l'eut-être n'a-t-elle pas existe cette belle Bohème de Mürger, cette éducation sentimen-\ntale dorée, et peut-être a-t-il seul raison, ce Jacques Vingtras enfant, bachelier,\ncommunard !\n   La Nouvelle Revue vient d'achever la publication do l'Insurgé, une œuvre écrite à coups\nde bec, à coups de poing par un artiste que l'on croit voir, dans ses livres, écumer de\nfureur. l'Insurgé, c'est la fin de la trilogie féroce de Jules Vallès, les dernières pages\nécrites par un ancien Bohème qui s'en fait accroire, qui se gobe encore, sur la misère des\njeunes. Cette vie désordonnée doit être vraie ; on attendait ce livre, semble-t-il, il devait\nvenir après les douces et illusionnantes Scènes de Mürger, après le spleen froid de l'Edu-\ncation sentimentale, après les ricanements en fusées de Manette Salomon. Avec lui, nous\navons complète cette histoire d'une génération au dessus de laquelle plane la grande\nombre de Victor Hugo. C'est l'histoire de ces Français dont le sanglot ou le cri de rage se\nmasque sous une boutade, dont les larmes sont séchées par un éclat de rire et dont la\nmisère a des gaîtés, qui ricanent à la faim qui leur hurle au ventre, qui gasconnent aux\ncinq sous perdus en un coin de gousset, qui blaguent la souffrance attendue du\nlendemain.\n   On a tenté de faire revivre la Bohème d'autan; les Hydropathes, les Hirsutes se sont\nréunis; le cabaret du Chat Noir a ouvert ses valves, et aux ailes du Moulin de la Galette\nse sont suspendus les jeunes, pleins de confiance et de foi. L'un d'eux, René Asse, a pris\nsa bonne lyre de Tolède et, d'une voix émue, mélodié des strophes voltigeantes où il\népanche le sang de son cœur et l'amertume de ses désespérances vécues. Toutes ses émo-\ntions de jeunesse vibrent dans les Voix humaines, et s'il n'a pas toujours une facture très\nsonore, au moins se donne-t-il lui-même dans ses vers. Ainsi a fait Hélène Swarth ; nous\nconnaissions d'elle les Fleurs du Rêve qui parurent il y a trois ans bientôt, parfumées de\nchoses douces comme une femme ; depuis, la forme s'est affermie au service d'une rêverie\nblonde et souvent touchante. La tristesse alterne avec les gaîtés de la vierge qui sourit aux\nfleurs, et l'on songe, en lisant ces strophes, que le poète est un peu comme le rossignol :\n« Par un coup de son art, le musicien n'a fait que changer la clef et la cantate du plaisir\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "  336                              LA J E U N E    BELGIQUE\n\n\nest devenue la complainte de la douleur. » Ainsi, Mademoiselle Swarth, comme un chapelet\ndont chaque grain est un souvenir, égrène dans ses strophes les tristesses passées, après\navoir chanté les gaîtés virginales d'autrefois :\n\n          Les fleurs sont écloses;                         Cela crie et jase\n          Aux rameaux tremblants                           Dans l'air qui s'embrase\n          Des pêchers tout roses                           Où monte l'extase\n          Des pommiers tout blancs.                        Avec leurs chansons.\n          Les jolis bruits d'ailes                         Et, rose et gentille,\n          Des hôtes fidèles,                               Au fond du verger\n          Bouvreuils, hirondelles,                         Une jeune fille\n          Mésanges, pinsons !                              Se met à songer.\n\n   Elle songe, la vierge aux doux yeux, que naguère, après les joies d'enfance, sont venues\nles chagrins de jeunesse et qu'une désillusion, sans doute, est entrée brutalement dans\nson cœur qui ne demandait qu'à chanter, qu'à aimer; elle songe, la jeune muse, que l'om-\nbre suit la lumière, et des colères passent dans sa voix ; elle a aimé celui qui cueille les fleurs\nfraîchement écloses; hélas, dit-elle:\n\n                          Une minute après froidement il l'effeuille\n                         Et, la voyant détruite avant la fin du jour,\n                         J'ai compris ce que l'homme ose appeler amour.\n\n    Mlle Swarth a souvent des trouvailles fort heureuses, mais nous lui conseillons\nvivement de sortir de la chlorose poétique, de la littérature aux camélias tant étiolée de-\npuis Jocelyn. Qu'elle s'infuse plus de modernité, qu'elle arrive à plus de vigueur. On ne\nparle plus guère aujourd'hui de muse au regard étoile, de luth, d'azur, de tout ce bric-à-\n brac allégorique endormi dans nos greniers, paisiblement. Les poètes, pour vivre aujour-\nd'hui, ont une route bien tracée : rythmer des pensées vraies ; le reste est du toc littéraire et\nil fallait tout le talent de Mlle Hélène Swarth pour échapper à la monotonie des\nmandolines lakistes.\n\n\n   Le Voltaire donnera dans la seconde quinzaine d'octobre un roman nouveau de Camille\nLemonnier. Il ne nous est pas permis encore d'en dévoiler le titre; disons seulement que\nl'auteur du Mâle a une fois de plus assoupli sa plume à un genre qu'il n'avait guère abordé\nque dans Morteroche. La scène se passe dans les béguinages de Belgique :1a vie dévote,\nle silence des longs corridors, les hallucinations de la solitude, l'ascétisme mystique, l'exis-\ntence contemplative aiguisée d'hystérie, tel est le fond de l'œuvre, qui une fois de plus fera\nhurler les vieux et battre des mains les jeunes. — Le Tour du Monde continue régulière¬\nment cette fois la Belgique; les deux dernières livraisons, magistralement illustrées pas\nX. Mellery, sont entièrement occupées par une brillante description d'Anvers. — En\noctobre paraîtra, simultanément à Bruxelles et à Paris, l'œuvre nouvelle de Léon Cladel :\nKyrielle de chiens, ainsi que la deuxième édition des Rimes de joie de Théo Hannon ; bien-\ntôt après enfin: Au pays de Manneken-pis (Kistemaeckers).\n                                                                            MAX WALLER,\n\n\n\n\nBruxelles. — Société Générale d'Impr., de Distrib. et d'Affich., 1, rue d'Arenberg. — J. GOSSAERT.\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "                            Vente en gros aux mêmes\nCIRAGE JACQUOT ET JACQUAND. prix et conditions qu'à Paris,\nH . et F . VAN G H E L U W E , 4, rue Agneessens, Bruxelles.\n                 Propreté, économie, allume-feu sans pareil. On allume\nPLUS DE COPEAUX. 40 fois son feu pour 15 centimes; le paquet de 40 feux,\n15 cent. JL,e demander cnez tous les épiciers, droguistes, etc. Seuls dépositaires pour la\nBelgique et la Hollande, H. et F . VAN G H E L U W E , 4, rue Agneessens, Bruxelles.\n                     Guérison radicale en trois mois de temps, 12000 certificats. Les cas les\nHERNIES,             plus difficiles sont traités avec succès. Maladies des femmes, de matrice,\netc, sont guéries sans pessaire Soulagement immédiat. Une dame diplômée est attachée à\nl'établissement.\n   J. 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Rien de commun avec la Chaussure Améri-\n                                                                caine.\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "    DATE COFFEE                                     Ce café, tant recommandé par\n                                                 les médecins les plus célèbres de\n                                                 tous les pays,\n\n\n                                              NE COÛTE PLUS RIEN\n      Son prix est remboursé par des billets que vous pouvez\n      immédiatement utiliser comme argent comptant.\n       En vente chez les principaux négociants de la Belgique, en\n     boîtes de fer-blanc, au prix de fr. 1-50 et 1-88 le 1/2 kilog, boîte\n     comprise. Les boîtes vides seront reprises à raison de J o centimes\n     pièce. — Pour le gros, s adresser à T H E B E L G I A N D A T E\n     C O F F E E C° (Limited), 35, rue de Malines, Bruxelles.\n\n      A LA BASCULE                                           FABRIQUE D'APPAREILS D'ÉCLAIRAGE\n Ancienne Maison HEYMANS, hameau de Vleurgat (Uccle)\n              2 et 4,.coin de la chaussée                                45,   RUE DES CHANTEURS\n      de Waterloo, près du bois de la Cambre\n                   REOUVERTURE                                    PRÈS LA GARE DU NORD,          BRUXELLES\n DE L'ESTAMINET-RESTAURANT                                               G. SCHOONJANS\n     par Ferdinand V A N D E R R I V I È R E\nGrande salle de 200 couverts pour banquets, dîners           Lustres, Suspensions, Candélabres\n  de noces et fêtes de sociétés. — On prend des               Girandoles. Lanternes, Pendules,\n  pensionnaires.                                              O b j e t s d ' a r t , etc. — F o y e r s à g a z . —\nC h a m b r e s et quartiers garnis et non g a r n i s        F o u r n i t u r e de compteurs. — Place-\n        à louer. — Ecurie et remise pour                      m e n t de tuyaux.\nChevaux et voitures. — Prix très modérés.\n                                       PEUS DE DOS RONDS\n                        Agent général pour la Belgique de la BRETELLE AMÉRICAINE\n                                                  Brevetée)\n\n                                             TILQUIN\n                                     Galerie de la Reine, 5, Bruxelles\n                          La Bretelle américaine élargit la poitrine, tient les épaules\n                       droites, soul>age le dos et les hanches en soutena- t les jupes et\n                       le pantalon, écarte toute tendance au dos rond, produit une\n                       libre respiration, renforce la voix et les poumons, et donne un\n                       bien-être à ceux qui en font usat-e. Prix : fr. 3-50, 5, 7-50, 10,\n                       12 et 15. — Plus de Jarretière qui engendre les varices. Nouveau\n                       P O R T E - B A S américain laissant la circu'ation du sang libre.\n                       Remise au commerce. — Prix: 2,2-50,3, 4 et 5 francs.\n\n                           Seule Maison en Belgique où l'on fabrique spécialement le\n\n                                  POSTICHE D'HOMME\n                          Dernière perfection et du plus grand naturel\n                           TOUPETS ET PERRUQUES DE 10 A 100 FRANCS\n                         Ouvrages artistiques en cheveux. Bijoux, Cadres, Souvenirs, etc.\n\n                               Galerie de la Reine, 5, BRUXELLES\n  NOUVELLE DÉCOUVERTE (le Pogonotome) R A S O I R M É C A N I Q U E .\nToute personne peut se servir de ce rasoir sans aucune crainte de se couper\n—Agent général : TILQUIN, Galerie de la Reine, 5. Bruxelles. — Prix : fr. 5 et\n7-50 avec lames de rechange (Remise au commerce).\n  R A S O I R S A N G L A I S de Sheffie'd, garantia ù l'épreuve. - T o u t rasoir peut être échangé jusqu'à entière\nsatisfaction de l'acheteur, sans rétribution.\n\n    Bruxelles. — Société Générale d'Imp., de Distnb. et d'Affich., 1, rue d'Arenberg. — J. GOSSAEKT.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1882-10-01", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 416."}}