{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE PARAISSANT LE 1er", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE Sonnets inédits JEAN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 436, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 331, "texte": "LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n             PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n\n2me Année                   N° 2 2 — I er Volume                    15 Octobre 1882\n                                                                                       v_\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE Sonnets inédits JEAN RICHEPIN. 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MARIUS R É T Y .\n\n\n      L'abondance des matières nous force à ajourner la CHRONIQUE LITTÉRAIRE.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Le Numéro : 25 cent. —", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 436, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 947, "fin_caractere_exclue": 1605, "texte": "Le Numéro : 25 cent. — Étranger : 30 cent.\n\n     Se trouve chez les principaux libraires et marchands de journaux de la Belgique\n                                      et de l'Étranger\n Les annonces sont reçues exclusivement à la Compagnie de Publicité et d'Émission,\n                        Rue du Fossé-aux-Loups, 32, Bruxelles\n\n\n\n                                    BUREAUX\n\n                 LIÈGE                                            GAND\n 46, Rue de l'Université, 46                      65, Rue des Champs, 65\n\n                             BRUXELLES\n                      81, Rue de la Madeleine, 81\n                                          1882\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE ABONNEMENTS : Un", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES G. 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Les abonnés nouveaux reçoivent les numéros parus\n  II est tiré de chaque numéro de la REVUE Vingt-cinq Exemplaires numérotés sur splendide papier\ne Holla nde et UN SEUL sur papier du Japon.\n        PRIX DE L'ABONNEMENT            sur Hollande                 10               Francs.\n                                         Sur japon                               20     »\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES G. 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G., à Ixelles.— i°) Votre poésie en manque, cher abonné. Cela est absolument trop\nterre-à-terre. Il ne faut pas sortir de la note comique qui est la votre, sous peine d'être\naussi mal à l'aise que la petite sur son pavé FAVORI . 2°) La place nous manque pour pu-\nblier les conditions des concours littéraires qu'on nous prie d'annoncer, mais nous in-\ndiquons toujours à qui l'on doit s'adresser. Écrivez à Karl Griin. 3°)Quant à la publication\nde Nais Micoulin, il nous semble que c'est une vraie bonne fortune et un encouragement\npour les Jeunes que de voir le Maître venir se mêler à eux, et il faudrait, avouez-le, avoir\n l'esprit singulièrement tourné pour refuser l'inestimable collaboration d'Emile Zola,\n sous prétexte qu'il est trop vieux.\n     Neel. — Votre soudain amour de la lettre moulée n'a rien que d'honnête et de très\n louable. La Vieille chanson est bien écrite, mais le thème est absolument celui de la Lettre\nperdue que nous avons publiée dernièrement.\n     Geronimo, — Joli et de tour gracieux, mais rappelle trop certaine ballade de Victor\n Hugo : Si j'étais, 6 Madeleine et bien d'autres pièces imitées de celle-là.\n    Jacques.— Hélas ! Monsieur — est-ce bien hélas qu'il faut dire ? — le temps est passé\n des grands vers pompeux et des madrigaux à Sylvie. Bien loin est le benoit 18me siècle :\n Leconte de Lisle a remplacé l'abbé, et leurs deux Pâmasses ne se ressemblent guère.\n Vous connaissez l'ancien, venez donc voir le nouveau. L'accès en est quelque peu difficile,\n mais on y est si bien, quand on y est, qu'on n'en veut plus sortir.\n     Namouna. — Voilà qui est très-bien pour un débutant — car vous en êtes un à coup\n sûr — et vous avez raison d'être ambitieux. Achetez le petit traité de Banville, lisez\n beaucoup et l'on vous offrira avec plaisir l'hospitalité que vous demandez.\n     Un grincheux. —• Mais, cher abonné, nous ne demanderionst pas mieux que d'être un\n peu scientifiques, mais nous craindrions de n'être que sciants, ce qui ne remplirait le but\n qu'à moitié. Après cela, libre à vous de nous prouver notre erreur en nous envoyant un\n  bon article de sciences.\n\n   Nous commencerons notre deuxième volume par la publication d'un petit roman de\njeunesse d'EMILE ZOLA : Nais Micoulin. Cette œuvre vraie, pleine d'intérêt, d'obser-\nvation et de saveur, porte déjà l'indéniable empreinte du Maître, sans avoir rien de la\ncrudité de ses derniers romans. Oui, Buloz, la Nais Micoulin de l'auteur des Rougon,\nqui certes n'a pas été écrite pour les petites tartines des pensionnaires, rendrait encore\ndes points pour la moralité, à plus d'un des malsains romans-Feuilletons sur lesquels\ns'étaie ton antédiluvienne Revue des Deux Mondes; et ta Sauvageonne, ô Theuriet, serait\nobligée de lui céder le prix de vertu 1\n   A partir de ce jour nos bureaux liégeois sont transférés à la L i b r a i r i e p o l y t e c h -\n nique de MM. Decq et Nerstraesz, rue de l'Université, 46, à Liège.\n\n                                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "AVIS Les personnes qui souscriront dès", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 437, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4321, "fin_caractere_exclue": 4487, "texte": "AVIS\n  Les personnes qui souscriront dès à présent à notre deuxième volume\nprenant cours au 1er décembre, recevront gratis les numéros à paraître\njusqu'à cette date.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 337, "page_fin": 337, "titre_corps": "Sonnets (extraits inédits du Livre des Blasphèmes)", "titre_sommaire": "Sonnets inédits", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Richepin", "ancre_debut": "SONNETS", "ancre_fin": "JEAN RICHEPIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 438, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "SONNETS\n                   (Extraits inédits du Livre des Blasphèmes)\n\n                                         I\n                                                 Generatio praeterit et generatio\n                                               advenit ; terra autem in aeternum\n                                               stat.\n                                                                (Ecclésiaste. — / . 4.)\n       L'homme est né de la terre et doit mourir en elle.\n       A quoi bon espérer ailleurs un autre sort ?\n       Ainsi qu'un sariguet, il naît, il crie, il sort,\n       Et regagne aussitôt la poche maternelle.\n       En vain son cœur au vent du rêve ouvre sou aile\n       Et poussé par l'orgueil comme par un ressort,\n       Vers l'immortalité tâche à prendre l'essor ;\n       Car sa mère pas plus que lui n'est étemelle.\n       Elle disparaîtra moins vite, voilà tout.\n       Mais le fil de ses jours n'est pas un fil sans bout.\n       Il lui faudra mourir comme nous, toute entière.\n       On finit à son tour quand on a commencé,\n       Et dans la mer sans bord où roule la matière\n       Des générations de Terres ont passé.\n\n                                        II\n                                                  Quid est quod fuit ? Idem quod\n                                                futurum est.\n                                                              {Ecclésiaste. —I. 9.)\n\n        Aux caves du grand Tout sont d'innombrables fûts\n        D'où le vin sans tarir coule à pleine cuvelle.\n        Le Hasard qui s'en soûle, y fleurit sa cervelle\n       De rêves infinis, infiniment     diffus.\n      ' La Forme est un grand arbre aux branchages touffus\n        Que le vent du possible en tous sens échevèle.\n        O féconde matière, incessamment nouvelle,\n        Non, tu ne seras pas toujours comme tu fus !\n        Que savons-nous de toi, nous, petits, qui vécûmes\n        Dans une goutte d'eau d'une de tes écumes ?\n        Ton immuable aspect, c'est notre infimité\n        Qui d'en bas te le prête et qui nous le suggère,\n        Mais la Loi que conçoit notre esprit limité,\n        Eternelle pour nous, est pour toi passagère.\n                                                             JEAN RICHEPIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 338, "page_fin": 342, "titre_corps": "Les Protégés de ma Grand’Mère", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "LES PROTÉGÉS DE MA GRAND MÈRE", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 439, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "LES PROTÉGÉS DE MA GRAND'MÈRE\n                                  (Suite)\n\n    Le jardin faisait le grand bonheur de bonne-maman et, lorsqu'elle\n le visitait en décembre, elle avait pour sa nudité et sa stérilité, pour\n ses arbres frissonnant dans les bruines, des apitoiements de confident\n intime. Aussi, que d'heures douces de far-niente et de rêverie, de con-\n versation intermittente, passées sous la tonnelle ! La chère aïeule,\n après avoir bu son café à gorgées friandes, faisait sa méridienne, les\n mains jointes reposant sur son estomac. Elle travaillait à peine, l'été,\n à ces moelleuses paires de chaussettes qu'une grand'mère seule peut\n confectionner pour ses petits-enfants. A tout instant elle laissait\n tomber des points, perdait la boule de laine que je retrouvais, cela\njusqu'au moment où l'attirail rentrait dans le ridicule. Et alors on se\n lançait dans des projets d'avenir, trouvant le présent aimable et\n oubliant les épreuves du passé ! A quatre-vingts ans qu'elle frisait,\nbonne-maman se portait à merveille. A part sa corpulence et la\nfaiblesse de sa vue je ne lui connaissais aucune de ces infirmités qui\nrendent les vieilles gens grognons et maussades. Son humeur était\nexcellente! Plus elle vieillissait, plus elle se montrait même douce,\nindulgente et généreuse ! Je n'oublierai jamais son visage rose et\nplein, son menton charnu, l'expression bienveillante de ses yeux\nbleus, ses lèvres fraîches et souriantes, son front d'ivoire, à peine\nridé, que j'embrassais entre les bandeaux de cheveux blancs au\nrisque de chiffonner les guipures et les rubans violets de son bonnet.\nSes robes d'une coupe immuable duraient des années ; usées, elles ne\nportaient pas la moindre tache ! C'était la femme d'ordre par excel-\nlence et rien dans sa personne ou son intérieur ne démentait sous ce\nrapport son origine hollandaise.\n   Aussi, quelles entreprises importantes que les nettoyages périodi-\nques de la maison ! Grand'mère y présidait elle-même, impitoyable\npour toute négligence, mettant encore la main au plumeau, gour¬\nmandant et talonnant ses deux subordonnées Siska la servante et\nLôke la commissionnaire. La plus complète de ces opérations était\ncelle des Pâques, appelée « le grand nettoyage, » qui durait trois\nsemaines et avait du moins ceci de bon qu'elle faisait prendre en\npatience à la chère recluse, l'hiver tardant à finir.\n   Lôke, la commissionnaire, avait vingt ans de moins que mon\naïeule et présentait un contraste violent avec sa maîtresse. C'était\nune petite vieille maigrelette et futée, séche comme une cigale, le\n"}, {"page_pdf": 440, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "                        LA JEUNE BELGIQUE                             339\n\n visage allongé, la peau terreuse, empressée, humble ; une de ces créa-\n tures déshéritées auxquelles les privations ont donné un aspect de\n misère chronique ; pauvresses dont un repas de viande et un vin géné-\n reux ne parviendront plus à raviver le sang, qu'une robe neuve et\n décente n'habillera pas mieux que des haillons !\n   Lôke était la grande préoccupation de bonne-maman, qui avait\npour cette pauvre vieille des bourrades de sœur aînée, mais aussi une\nsollicitude, un fond de compassion inépuisable. La figure bistrée, la\n mise piteuse de la malheureuse impatientaient surtout l'excellente\nfemme. Depuis cinq ans que Lô faisait nos commissions et que son\n mari gagnait des journées de jardinage chez nous, sa physionomie\nn'avait pas changé. C'était toujours le même air famélique et négligé !\nDelà des colères comiques chez bonne-maman, qui n'admettait pas\n qu'on la récompensât si mal de ses bienfaits.\n   \"Vous êtes noire comme la suie !\" disait souvent à Lô la bonne\ndame, et Lô de se confondre en protestations ; — ou bien : \"Je suis\ncertaine que votre ivrogne de mari boit le vin que je vous envoie. Siska,\nversez lui un verre que je la voie le vider !... E t votre jupon de laine,\noù est-il ? « Lô l'avait sur le corps, mais il prenait déjà autour de ses\nhanches décharnées et de ses maigres fuseaux des plis de vieille\ndéfroque.\n   En apparence Lô était le souffre-douleur de bonne-maman, mais\nces rebuffades finissaient par des attendrissements, des distributions\nde pièces blanches, des envois de vivres, des surprises de vêtements.\nE t Lô le savait! Elle avait une peur comique de bonne-maman, mais\nelle l'adorait.\n   S'il arrivait que Lô fut malade, sa bienveillante persécutrice ne\ntenait plus en place. Elle errait comme un chat qui a perdu sa\nsouris, d'une chambre à l'autre, soufflant, en nage, poussant force\nsoupirs, jusqu'à ce que Siska ou moi nous eussions été prendre des\nnouvelles de la pauvresse.\n   — Pauvre Lô! pauvre Lô ! répétait la digne femme. Et il nous fal-\nlait porter au plus vite, au fond du quartier populeux du faubourg\nque la malade habitait, de quoi entretenir un hospice entier.\n   Dans ces occasions Lôke se faisait remplacer par sa fille Rika.\n   Rika n'avait que seize ans; on lui en aurait donné vingt. C'était\nune grande fille, brune, cambrée, à la poitrine développée, à la\ncroupe puissante, aux membres ronds, aux mains rudes. Elle au\nmoins représentait la vigueur et la vie et bonne-maman se consolait\nde la stérilité de ses efforts pour donner un regain de fraîcheur à la\nvieille Lô en songeant que cette belle enfant, dont les chairs pleines\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": " 340                       LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n portaient les principes de la santé, profitait mieux de ses bienfaits. Rika\n avait de grands yeux noirs, des yeux tendres et bénins de biche ; la\n bouche charnue d'un rouge vif, baignée de moiteur, le nez mince à la\n naissance, large aux narines, frétillantes comme les naseaux d'une\n cavale isolée humant le parfum du troupeau lointain, les cheveux de la\n couleur du bronze antique, longs, tordus en chignon derrière la tête.\n L'ensemble de la physionomie était inconsciemment provocant. Rika\nétait une de ces beautés populaires qui font à Anvers l'étonnement de\nl'étranger lorsqu'il parcourt les rues et qu'il se retourne sur une bande\nd'ouvrières piaillant, le tricot à la main, traînant avec affectation\nleurs savattes sur le pavé, impudentes, les chairs superbes, semblant\ndans leur débraillé et leur insouciance de la convention des déesses de\nRubens qui se sont encanaillées. Mais si le type de la fille de Lô\nse rapprochait de celui de ces trieuses de riz et de café, elle n'avait\npas leurs allures cyniques. Le regard de Rika semblait supplier, elle\ns'effaçait, et c'était bien malgré elle qu'on l'admirait. Cette forte\nfille, qui soulevait des poids comme un débardeur et peinait sans\nprendre le temps de souffler, rougissait et se troublait lorsque quel-\nqu'un de la maison lui adressait la parole. Elle était blanchisseuse de\nson état. Lorsqu'elle se croyait seule, elle chantait d'un contralto\nassez agréable de naïves chansons ; mais qu'une porte s'ouvrît, qu'un\npas s'approchât, et elle se taisait effarouchée.\n   Il arriva que des restaurations durent être faites à notre maison-\nnette. Lôke, qui était au courant des intentions de ma grand'mère, lui\ndemanda un jour si « Madame ne consentirait pas à employer comme\nplafonneur onze Tony, notre Tony.\n   — Quoi, notre Tony! votre Tony! Que voulez-vous dire ? fit bonne-\nmaman.\n   — Oui, Tony... Mais Madame ne sait pas... Qu'elle me pardonne\nde lui avoir caché... J'ai eu tort, Madame est si bonne...\n   —Où voulez-vous en venir, Lô? Vous semblez commencer une con-\nfession ?...\n   — Madame ne se fâchera pas alors... Och God.' nous avons cru bien\nfaire. C'était un petit orphelin, Tony ; gentil comme un saint Jean.\nPauvre agneau ! Deux ans, madame... Ses parents morts du choléra\nen 1864 ! Joost le trouva dans un coin de la chambre, <• les hommes\ndes Pauvres » ayant fait emporter le père et la mère. Il riait, et\ntendait ses menottes, l'innocent!... Nous l'avons pris chez nous. Il a\ngrandi avec la petite... Maintenant il connaît un métier. Madame le\nmettra-t-elle à l'épreuve?... S'il vous plaît, M a d a m e . . .\n  — Comment ! s'écria bonne-maman en affectant un ton bourru.\n"}, {"page_pdf": 442, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "                         LA JEUNE BELGIQUE                           341\n\n Mais c'est de la folie ! Vous n'aviez pas même de pain pour votre\n fille à cette époque et vous vous embarrassiez d'un second enfant !\n Qu'est-ce que c'est que ce Ton ! Un gamin rachitique. un pauvre hère\nsans doute, n'ayant pas plus de sang que vous qui jouiez au riche, au\nprotecteur ! Et vous croyez me l'endosser, cet avorton ? Ma maison\n n'est pas un hospice... C'est de belle besogne que ce gâcheur me ferait!\n    Calée dans son fauteuil empire, les pieds sur la chaufferette, Bonne\n Maman semblait un justicier ; surtout que Lô accroupie à ses pieds,\npour épousseter le tapis, se faisait aussi humble que possible, baissant\nla tête sous la bourrasque.\n    Et Bonne Maman répétait : « Non, Lô, il n'y faut pas songer,\nmon enfant !...\n    Cependant lorsque nous fûmes seuls, après quelques minutes de\nrêverie, l'implacable me dit d'une voix attendrie : « C'est égal! voilà\nde braves gens ! Une digne créature que cette Lô, un peu bibiche, mais\nune vraie bête à bon Dieu ! Ah! Charles, quelle leçon ! Décidément\nil n'y a de charité que chez les pauvres. »\n    Je connaissais ces revirements chez mon aïeule. Aussi je ne fus pas\nsurpris de trouver un matin, campé sur une échelle, dans la cuisine,\nun grand diable donnant à la paroi et au plafond de furieux coups\nde sa brosse trempée de blanc de chaux. Je devinai que c'était onze\nTony, un beau blond, d'une nature épaisse et douce, au regard intel-\nligent et tranquille, aux yeux d'un vert clair comme un fleuve au\nrepos. La bouche large avait un bon sourire. Les cheveux frisés\ndébordaient de sa casquette et un duvet doré accrochait le jour à sa\npeau rose et blanche. Ce gars de dix-huit ans, découplé comme un\ngladiateur, avait fait la conquête de Bonne Maman, qui était revenue\ns'asseoir auprès de lui. Son accent, ses allures, son rire ouvert de\nvaient plaire à l'excellente femme ennemie des hypocrites et des pince\nsans-rire.\n    Le lendemain de l'entrée de Tony, ce fut Rika qui fit les commissions.\n    On était au mois de juillet. Dans la matinée je me trouvai dans la\ngloriette au fond du jardin. Caché par les taillis de rhododendrons et\nles festons des plantes grimpantes, je lisais. Des pas, des éclats de\nvoix me saisirent. Le bruit se rapprocha.\n    — Non, Tony !... Je ne veux pas ! Méchant garçon ! disait Rika.\n    — Un baiser ! ou je blanchis tes grosses joues rouges ! faisait Tony.\n    — Jamais ! Fi, le vilain taquin ! Si tu l'oses...\n    — Un baiser !\n    E t sans me voir, Tony poursuivant Rika, ils accoururent du côté\nde la gloriette. Elle se cachait le visage pour échapper au conctact\ndu pinceau dégouttant qu'il brandissait derrière elle.\n"}, {"page_pdf": 443, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2638, "texte": " 342                     LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n   Il la rattrapa. Alors, au lieu de la barbouiller, la poltronne ! il\njeta le vilain outil, saisit Rika par la taille, eut raison des mains de\nla fugitive et l'embrassa longuement, goulûment sur la bouche. Elle\ns'était défendue mollement et se prétait maintenant à cette caresse\nsans plus se débattre. Un moment ils formèrent un groupe adorable\nsous les branches du pommier : le grand gars, faisant de ses bras un\ncollier à son amie, la pressait contre sa poitrine, et Rika, le visage\nrelevé vers le sien, les yeux fermés, comme pâmée, offrait les lèvres\nà son baiser. La ligne harmonieuse que formait cet enlacement de\ndeux jeunes corps ! La couleur aussi était merveilleuse: le plafonneur,\nblond comme l'Evangéliste de Van Dyck ; Rika, bise, hâlée, b r u n e\nayant dans ses veines de ce sang impétueux que la soldatesque espa-\ngnole infusa férocement il y a trois siècles dans la chair flamande rose\net reposée. Pendant le simulacre de lutte Tony avait perdu sa cas-\nquette, la natte de Rika s'était défaite et les rayons intenses sem-\nblaient crépiter à la tête bouclée du jeune homme, donnaient un reflet\nfauve de viel or aux tresses sombres de sa compagne.\n   Si rapide qu'eût été cette scène furtive ma mémoire en a même\nretenu les diverses phases.\n   — Ton! eut la force de soupirer Rika, et Ton la lâcha à regret, avec\neffort. Il ramassa sa coiffure et sa brosse et courut reprendre son tra-\nvail en sifflant un air des rues. Rika se rajusta, épingla sa torsade et\ngagna la maison à son tour. Ainsi se quittent deux oiseaux qui viennent\nde se becqueter. Moi, je ne trahis point cet amoureux mystère, que\nj'avais épié, de ma retraite, comme un aegipan jaloux. Ce baiser\nétait-il un corrélatif? Je ne pouvais que me livrer à des suppositions.\n   Ce même jour, Ton ayant terminé sa tâche rassemblait son attirail,\nnous disait \"au revoir,\" s'en allait allègrement en battant des entre-\nchats et faisant sonner dans son gousset contre sa cuisse deux pièces\nblanches du pourboire.\n   Depuis lors nous remarquâmes que Rika devenait de plus en plus\nfarouche : elle ne chantait plus, même lorsqu'elle se savait seule.\nElle apportait cependant plus de recherche dans sa toilette : un ruban\nde soie rouge ceignait sa rude crinière et des perles fausses de corail\navivaient le lobe rosé de ses oreilles.\n   - A h Rika ! Rika!\n                             Fille qui se pare\n                             Son amour déclare !\ndisait l'aïeule en riant. Mais la belle restait confondue sans avouer\net sans protester.\n        (A suivre.)\n                                              GEORGES    EEKHOUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 343, "page_fin": 343, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "SONNET", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ALPHONSE DAUDET", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 444, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 136, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "SONNET\n                   Tu sais, ton grand chapeau de paille. ? J'en raffole.\n                   Avec ton frais minois enfoncé dans son pli,\n                   Mignonne, c'est un nid exotique rempli\n                   De merveilleux oiseaux blottis dans l'herbe folle.\n                   En chacun de tes yeux paresseux de créole\n                   Palpite un oiseau mouche aillé de lazuli;\n                   Ton fripon nez rose est un grêle bengali :\n                   Sa petite aile ouverte, on dirait qu'il s'envole.\n\n                   Vibrant avec les mots sonores que tu dis,\n                   Dans l'ardente splendeur de sa pourpre ta bouche\n                   Est pareille au royal oiseau de paradis.\n                   Sa voix rossignolante, ironique et farouche,\n                   Sa voix câline et fausse au charme, lotit-puissant\n                   M'enivre, et le cruel est rouge de mon sang.\n                                                                   IWAN     GILKIN.\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 343, "page_fin": 348, "titre_corps": "Alphonse Daudet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. 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Ces sortes d'examens ont l'avantage précieux de\nmettre le lecteur en relations plus directes avec l'écrivain, ils facilitent le rôle\nde la critique et ajoutent à l'intérêt de l'histoire littéraire proprement\ndite, l'intérêt des aperçus biographiques sans lesquels toute critique est\nincomplète.\n    L a vie d'Alphonse Daudet, racontée avec beaucoup de discrétion p a r son\nfrère, ne contient pas de ces détails piquants qui c a r a c t é r i s e n t le mieux l'artiste.\nE r n e s t D a u d e t , après nous avoir dit que chez l'auteur du Nabab l'enfant fut très\nespiègle et d'une indiscipline r a r e , élague toute confidence dès qu'il s'agit de\nl'homme. Les a m i s , ceux qui ont vécu dans l'intimité de l'écrivain, ne sont\nguère plus prodigues de révélations que le frère a î n é . Alphonse Daudet s'est\nréservé, il est vrai, la t â c h e d'écrire lui-même ses mémoires, ou plutôt l'histoire\nde ses livres. Nous avons lu les quelques notices qu'il en a publiées, mais elles\n aussi sont m u e t t e s , et nous devons nous borner, avant d'étudier le littérateur, à\n"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3445, "texte": " 344                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\nrésumer les quelques faits biographiques exposés par son frère, dans un livre\nrécent (I).\n                                               ** *\n   Alphonse D a u d e t est aujourd'hui dans sa quarante-troisième a n n é e , l'âge de\nmaturité du romancier. Il est né à Nîmes, dans cette riche Provence où les\nimaginations sont fécondes et les langues déliées. Son père, Vincent D a u d e t ,\neut une fille et trois g a r ç o n s , dont l'aîné mort à vingt-ans, sous-diacre, était\ndoué de sérieuses facultés musicales.\n   Au moment où celui qui devait être l'auteur de Numa vint au monde, le\npère Daudet occupait une situation brillante. L'enfant, particulièrement précoce\net d'une impétuosité extraordinaire, eut une enfance dorée pendant laquelle il\nreçut une éducation quasi aristocatique et ne connut de souci d'aucune s o r t e .\nIl put ainsi développer cette belle insouciance qui, chez les enfants les plus\nturbulents, est comme une sauvegarde, en ce sens qu'elle les empêche de s'aigrir\net d'altérer la générosité naturelle de leur c a r a c t è r e . Mais la fortune de Vincent\nDaudet ne devait p a s t a r d e r à s'effondrer. Quelques années plus t a r d , de cruelles\ncirconstances le forcèrent à vendre sa fabrique; il dut quitter Nîmes et s'installer\nà Lyon, où toutes les affaires qu'il entreprit furent infructueuses. En dépit de\nla gêne dans laquelle il se trouvait, et malgré les conseils de p a r e n t s , esprits\npositifs et pratiques, il persista cependant à soigner l'éducation de ses enfants,\nen qui il avait confiance. Et pourtant Alphonse trahissait des dispositions\ninquiétantes. Régulièrement, il faisait l'école buissonnière six jours sur dix.\nSon frère, se faisant son complice, escamotait les bulletins du professeur , ou,\nsi le cadet tardait à r e n t r e r , il guettait sa venue en forgeant des histoires pour\nle tirer d'embarras et lui éviter quelque correction paternelle. Un jour, Alphonse\navait douze a n s , il r e n t r a i v r e : on lui avait fait boire de l'absinthe ! U n e a u t r e\nfois il creusa une mine dans l'armoire aux soutanes d'une église dont il était\nenfant de c h œ u r et y glissa de la poudre. U n e explosion formidable s'en suivit,\n \"Ce fut un miracle qu'il n'y eût pas d'accident, \"\n   Tel était l'enfant. C œ u r compatissant, nature généreuse, a y a n t besoin de se\ndépenser, des sévérités outrées eussent pu le dévoyer. H e u r e u s e m e n t , on\n ne lui montra pas l'échafaud en perspective, on ne lui fit pas perdre le respect\nde lui-même ni la confiance en ses m o y e n s ; on ferma les yeux ou l'on c a c h a\nses escapades. Cette liberté, dont les effets auraient pu être nuisibles chez\n d'autres, lui fut favorable. Il avait un but dans la vie, il était né artiste et dès\nlors il était s a u v é . Il pouvait trébucher, faire un faux p a s ; jamais il n'eût pu\ns'enfoncer trop avant dans quelque voie déshonnête. Il est de ces n a t u r e s\nà qui le spectacle des chutes et des entraînements malsains est salutaire.\nA côtoyer l'abime, elles en calculent mieux la profondeur; après l'excès le\ndégout est chez elles plus vif et la réaction plus forte. Telles les étoiles s'avi-\n vent d'un plus pur éclat en se dégageant d'entre quelques sombres n u a g e s .\n   Dès l'âge de quinze a n s , les deux frères Daudet se proposaient d ' e m b r a s s e r\n\n\n  (I) Mou Frire et Moi. (Paris, 1882. I vol. Plon et Cie, éditeurs.)\n"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3766, "texte": "                                   LA J E U N E BELGIQUE                                       345\n\n\nla carrière l i t t é r a i r e . Il» organisaient des représentations, composaient des\nromans, alignaient des r i m e s . P a r les relations politiques de leur père ils eurent\naccès dans les bureaux de la Gazette de Lyon, où ils reçurent les premiers encou-\nragements. Et à mesure que la situation commerciale du père s'aggravait, ils\nsentaient se développer plus fortement en eux cet amour de l'art qui soutient,\nréconforte, rend indifférent au m a l h e u r , aussi longtemps que subsiste l'espoir du\nsuccès. P o u r t a n t l'avenir était sombre : Ernest avait dû interrompre ses études\npour prendre un modeste emploi dans l'administration du Mont-de-Piété , et\nquand la débâcle finale a r r i v a , elle fut si profonde que Mme D a u d e t se vit obligée\nd'abandonner le toit conjugal et de c h e r c h e r un refuge auprès d'une amie. On\nvendit meubles et m a r c h a n d i s e s ; Alphonse, âgé de dix-sept a n s , fut envoyé\ncomme pion dans un collége d'Alais, tandis que son frère bouclait ses malles\net s'embarquait pour Paris afin d'y tenter la fortune des lettres.\n   L a vie est pleine de circonstances bizarres. Du jour où s'achevait la ruine\ndu père, la fortune des enfants commença. P a r une chance extraordinaire\net bien r a r e , Ernest D a u d e t , au lendemain de son arrivée à P a r i s , entrait\ndans un j o u r n a l , par la protection de M. de P o n t m a r t i n , avec des appointe-\nments de 200 fr. par mois. C'était le bon temps du journalisme ; à cette\népoque tout le monde n'avait pas cette moyenne de talent que tout le monde\npossède aujourd'hui ; les bonnes plumes étaient rares et la voie du scandale,\nl'aplomb, le toupet, comme on dit vulgairement, n'étaient pas les seuls moyens\nde prompte réussite.\n   P e n d a n t q u ' E r n e s t débutait, Alphonse menait a u collége d'Alais une exis-\ntence misérable. On a lu dans le Petit Chose les souffrances de cet enfant\nmaître d'études, malmené par des élèves grossiers et m é c h a n t s qui ne lui\npardonnaient ni sa distinction ni son intelligence. Alphonse D a u d e t y souffrait\ncruellement. H e u r e u s e m e n t son séjour au collège fut de courte d u r é e . E n\nréponse à l'une de ses lettres où il dépeignait plus vivement ses souffrances, son\nfrère lui écrivit de le rejoindre. < E t , tout m e u r t r i , l'oiselet prit son vol pour\nvenir c h e r c h e r un refuge auprès de l'aîné. >\n   Dès lors ils ne connurent que le s u c c è s . Le h a s a r d , l'heureuse c h a n c e les mit\nen rapport avec toute la jeunesse brillante du temps : G a m b e t t a , Louis\nBouilhet, C a s t a g n a r y , E m m a n u e l des E s s a r t s , Pierre Véron. P a r les relations\nqu'ils se c r é è r e n t , ils furent introduits dans quelques salons littéraires « où\nAlphonse disait les Prunes, les Cerises, Trois jours de vendanges, des prologues de\ncomédie, vidant généreusement son écrin, sans cesse enrichi, devant les belles\ndames qui raffolaient de sa bonne g r â c e , de sa brillante jeunesse, de sa chaude\nvoix de méridional et de sa séduisante b e a u t é . »\n   On sait le r e s t e . E r n e s t Daudet, ayant rencontré de Villemessant, lui parla\nde son frère et de Villemessant, que tous les journalistes condamnent mais que\ntous les journalistes r e g r e t t e n t , lui ouvrit les colonnes du Figaro. Il y écrivit\nces nouvelles qui furent si r e m a r q u é e s et qui sont, en quelque sorte, la préface\ndes romans qu'il fit plus t a r d . T o u t lui réussit, jusque la m a l a d i e . U n e pre-\nmière fois son médecin l'envoya en Algérie, où il acquit cette clarté lumineuse,\ncette c h a u d e coloration, ce sentiment du pittoresque qui le distinguent. Après\n"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3477, "texte": " 346                         LA JEUNE BELGIQUE\n\n\nune rechute, on l'envoya en Corse au sein de cette sauvage nature aux maquîs\ninextricables, que Mérimée a si puissamment décrite dans Colomba. Enfin, comme\nsi tant de bonheur inespéré ne suffisait pas, le duc de Morny se l'attacha en\nqualité de secrétaire, vraie sinécure où Alphonse Daudet put désormais tra-\nvailler à son aise, débarrassé des soucis de l'existence.\n                                        *\n                                       * *\n    La vie s'ouvrant toute souriante au jeune écrivain, il ne devait en voir\nque les sourires. Les luttes de l'humanité, le combat pour l'avenir, ou la théorie\nrenouvelée de l'avorte ment inévitable et du désenchantement perpétuel, ne pou-\nvaient avoir en lui un solide interprète. Il devait faire œuvre de poète, une\nœuvre sans tendances déterminées, dédaignant la thèse et ne s'attaquant pas\naux redoutables problèmes sociaux. Il n'a pas songé à se servir de ses romans\ncomme d'une chaire du haut de laquelle il dogmatiserait ses contemporains.\nLa tendance d'ailleurs n'est ridicule que si l'on n'y réussit pas et nous en con-\nnaissons qui y réussissent. Daudet, cependant, s'est attaché à mettre debout\net animées, dans ses livres, des créatures humaines, et il a tenté de les montrer\nagissant et se mouvant d'après le principe supérieur à l'étude auquel se sont\nconsacré» les romanciers modernes. Ce sont ces efforts que nous voulons analyser\nde préférence aux imperfections littéraires de son œuvre.\n    L'étude de la nature humaine exige une impartialité, un désintéressement,\nune profondeur que A. Daudet n'a pas toujours observés. Des trois qualités qui\ndistinguent les romanciers puissants, l'observation, la description et l'analyse,\nil ne possède complétement que les deux premières. Il décrit supérieurement, il\ndepeint ses personnages avec une vérité photographique ; il a certaine façon\nde les saisir et de les montrer tour à tour de côté et de face, en des attitudes\nsi expressives et si naturelles, qu'il est le seul écrivain qui, jusqu'à présent, ait\natteint un tel degré d'impressionisme. Mais son œil trop captivé par la surface,\ns'arrête là et l'analyse lui échappe. Il prend ses personnages dans une situation\nmorale acquise et fixe de laquelle ils ne dévieront pas, soit pour faire quelque\nchute, soit pour atteindre une sphère supérieure, s'élever ou se purifier. Nous\nsavons comment Emma Bovary tombe, par le concours de quelles circonstances\nfatales la Gervaise de l'Assommoir, après avoir quasi atteint le rang honnête et\npaisible auquel elle aspire, s'abîme graduellement dans une fange mortelle;\nmais la déchéance du roi d'Illyrie, qui est la seule étude de décomposition morale\ntentée par Alphonse Daudet, ne nous est expliquée que superficiellement et n'offre\nguère d'intérêt. Et pourtant dans toutes ses œuvres, l'auteur, sans abdiquer son\noriginalité, semble vouloir marcher sur les traces de Balzac et de Flaubert.\n   Je passe rapidement sur Fromont jeune et Risler aîné. Sur une donnée qui\nn'était pas neuve et qui ressemble en bien des points aux Lionnes pauvres\nd'Emile Augier, Daudet a écrit une œuvre honnête, aimable, sans hautes\nvisées, mais d'une émotion très pénétrante. Il s'y maintient dans un genre\nmoyen, très aimé du lecteur ordinaire et sans prétentions naturalistes appa-\nrentes. Avec Jack, la note se transforme et l'effort apparaît. L'auteur y met en\nprésence deux personnages très discordants de nature. Une jeune femme de\n"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3822, "texte": "                                     LA J E U N E BELGIQUE                                          347\n\n m œ u r s faciles et dont le passé nous est absolument inconnu, s'éprend d'un\n certain d'Argenton, poète r a t é , personnage vaniteux, avec qui elle noue de»\n liens indissolubles. Mais Ida de B a r a n c y , la maîtresse du poète, a un enfant.\n Dès lors la donnée d r a m a t i q u e est trouvée, une donnée excellente qui permettra\n à l'auteur d'étudier un cas bizarre de m é c h a n c e t é : l'amant, jaloux, fera de\n l'enfant sa victime. Seulement, au lieu de r e p r é s e n t e r d'Argenton comme un\n personnage inconscient, obéissant à de m a u v a i s instincts dont il ne se rend p a t\ncompte, Daudet compose un être trop exécrable chez lequel on ne trouve\na u c u n e humanité ; un être qu'il bâtit et fait agir selon les besoins de son\n intrigue, qu'il rend féroce on ne sait trop pourquoi, si ce n'est pour se donner\nl'occasion de dépenser cette indignation naïve qui rapetisse son t a l e n t , et faire\nfrémir les bonnes âmes au récit de c r u a u t é s aussi n o i r e s .\n    Charles Dickens, dans David Copperfield, a écrit une histoire semblable. Les\nsituations, celles du commencement du moins, sont absolument identiques et le\njeune David qui raconte lui-même sa t o u c h a n t e épopée est presqu'aussi indigné\ncontre son beau-père que D a u d e t contre d'Argenton. Seulement, il y a une\ndifférence à établir. David parle d'après son ressentiment, il ne juge pas, n'ana-\nlyse p a s , il exprime, et l'on comprend que la victime n'embellisse pas le portrait\nde son b o u r r e a u . Avec M. Daudet la situation c h a n g e . L ' a u t e u r s'est imposé\nla t â c h e d'étudier avec sincérité la n a t u r e h u m a i n e , il doit r e c h e r c h e r les causes\nqui font agir et nous livrer le fruit de son examen. Que peut nous faire l'indi-\ngnation de M. Daudet ? A quoi sert-elle? A émouvoir des pensionnaires? L e\nmobile est p a u v r e , d ' a u t a n t plus pauvre que dans le Nabab le r o m a n c i e r opère\nune brusque volte-face et que de justicier il devient apologiste, sans raison\nplausible.\n   C'est par son frère que l'auteur du Petit Chose fut a m e n é à écrire le Nabab.\nErnest Daudet, ayant été le secrétaire du richissime p a r v e n u , raconta à Alphonse\nles aventures de ce m a r i n i e r et lui révéla les secrets de cette n a t u r e épaisse. Il\navait vu Bernard Jansoulet de très près, il fut le témoin de sa débâcle et le\ndépeignit au romancier avec beaucoup d'indulgence. Alphonse D a u d e t s'empara\navec empressement de ces données et il en fit la belle œ u v r e que l'on sait. Avec\nles élans généreux de sa n a t u r e , il accepta la t â c h e pénible de glorifier François\nB r a v a i s . Il le plaça dans un milieu excellent d'où la conclusion se dégageait\nd'elle-même : le n a b a b , malgré ses tripotages, son m a n q u e de scrupules, son\nimprobité, était supérieur aux mondains qui le dévalisèrent au moyen de procédés\nque les lois n'atteignent pas. Mais le personnage n'en est pas plus intéressant,\net que d'efforts de la part de l'auteur pour le sauver, le soutenir, le rendre sym-\npathique ! S'il y a r r i v e , c'est en se servant d'un procédé indispensable aux\npeintres, mais dont on peut discuter l'opportunité en l i t t é r a t u r e . L'équité des\nsentiments du nabab n'est évidemment qu'apparente et relative. C'est par la\nvaleur des tons qui l'entourent que sa figure acquiert un c e r t a i n a t t r a i t . Au\nfond et moralement, il n'a pas même l'excuse de la passion, sa personne se dore\ndes millions qu'il a a m a s s é s , le but qu'il poursuit est d'une vanité étroite,\négoïste; on se demande si ce nabab moins favorisé par la veine n'eût pas été un\nobscur et brutal bandit et si Jenkins et de Mora, qui o n t , eux, l'excuse d'un\n"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "  348                            LA J E U N E BELGIQUE\n\n\ngrand amour, ne lui sont pas humainement préférables ? Bien que la réponse ne\nsoit pas douteuse, encore M. Daudet était-il en droit de présenter B e r n a r d\nJansoulet sous un jour favorable. Mais quelle valeur donner alors à cette ironie\ndont il fustige si cruellement certains personnages? Pourquoi glorifier le nabab\nqui prête tant au ridicule et qui obtient si justement ce qu'il mérite et s ' a c h a r n e r\nsur le raté dont les efforts sont stériles ? Tous deux souffrent cependant par la\nmême c a u s e , parce que tous deux veulent sortir de leur sphère intellectuelle, et\nla seule différence, s'il y en a u n e , est dans la diversité des mobiles, l'un é t a n t\nnoble, l'autre ne l'étant pas.\n   Cette contradiction résulte de la sensibilité même de l'écrivain. Il reçoit la\ndirection qu'on lui donne et selon qu'un sujet lui a u r a été présenté sous un\njour favorable ou ridicule il le rendra tel qu'il l'a reçu, sans contrôle. Cette\ncondescendance s'étend à toute chose et nuit beaucoup à son r e m a r q u a b l e\ntalent. Inconsciemment ou non, par n a t u r e peut-être, Alphonse D a u d e t reste\nun timide qui sacrifie au public. L a connaissance approfondie de l'homme\nqu'il a révélée en tant d'endroits faisait espérer une application plus virile de\nses moyens et quand il fait dire, quelque part, à l'un de ses personnages : « Ce\ndont il faut s'occuper c'est des apparences, il n'y a que cela qui compte », il\nne se doute pas que précisément les apparences sont le côté frappant de son\nœ u v r e . On se sert volontiers de ses r o m a n s , de leur aspect h o n n ê t e , de\nleur vérité de surface pour les opposer aux productions des esprits hardis\nqui étudient plus profondément la nature h u m a i n e . Personne n'a vu que\nsi M. Daudet obtenait une gamme si t e n d r e , c'était en déguisant ses\npersonnages , en dépeignant d'une plume exquise des enfants, des m a l a d e s ,\ndes souffreteux qui sont bons par la force des choses, ou des fortunés qui ne\ndoivent leur honnêteté qu'à la facilité de leur existence. On ne peut lui repro-\ncher d'avoir mis dans ses livres des figures honnêtes et des c œ u r s simples,\nmais la critique a le droit de d é m o n t r e r que si certains de ses personnages\nsentent bon, c'est par le parfum que le poète leur prête et non par celui de leur\npropre mérite. Nous espérons qu'un jour M. D a u d e t établira à son tour la vraie\nmorale et définira la vraie h o n n ê t e t é .\n     (La suite prochainement.)                                           F. NAUTET.\n\n\n\n\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 348, "page_fin": 349, "titre_corps": "Pour célébrer Charles de Coster", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Rondeaux", "signature_source": "Albert Giraud (signature commune aux deux rondeaux)", "ancre_debut": "POUR CÉLÉBRER CHARLES DE COSTER", "ancre_fin": "La Brabançonne", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 449, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2620, "fin_caractere_exclue": 3051, "texte": "RONDEAUX\n                                              I\n\n                  POUR C É L É B R E R CHARLES DE COSTER\n\n                     Li Brabant sonne en ion livre, 6 Flamand,\n                     Comme un baiser sur des gorges fleuries ;\n                     Le mot, dans ta phrase, a l'effet charmant\n                     Que produit, dans la verdeur des prairies,\n                     L'aile battante et rouge d'un flammant.\n"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 840, "texte": "                                     LA J E U N E        BELGIQUE\n                                                                                                      349\n\n                         Lorsqu'Uylenspiegel, robuste           gourmand,\n                         Pour sauver les Gueux s'arrache aux          frairies,\n                        Il émeut lu cloche, et, dans l'air       dormant,\n                                     Le Brabant sonne!\n\n                         Mais toi, — perdu dans un siècle assommant\n                         Où l'action se change en rêveries, —\n                         lin France, au balcon des hôtelleries,\n                         Un triste soir, tu pleuras simplement,\n                         Et fis l'aumône aux musiciens bramant\n                                     La Brabançonne ( I ) .\n\n\n"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 2080, "fin_caractere_exclue": 3831, "texte": "(I) Le pauvre Charles De Coster, ce grand homme dont le nom déjà commence à resplendir, était d'une\ntouchante naïveté dans les choses de la vie. Un jour, des Parisiens ses amis lui jouèrent un tour. « Venez à\n'Paris, lui écrivit-on; il y a beaucoup d'argent à gagner : cent francs par jour en échange de copie. Seule-\nment cachez votre voyage, il y va de votre vie. »\n   De Coster partit pour Paris, enchanté de l'aubaine et peu soucieux du mystère. Arrivé à la grande ville,\nses amis, regardant avec inquiétude autour d'eux, le firent monter dans un fiacre dont ils baissèrent les\nrideaux; pendant de longues heures la voiture roula pour s'engouffrer enfin dans une cour où elle s'arrêta.\nOn fit descendre De Coster, puis par un petit escalier monter jusqu'à un grenier où l'attendait un repas,\nune rame de papier et des plumes. « Restez là, lui dit-on, et sous aucun prétexte, ne sortez, nous vous le\nrépétons, il y va de votre vie.— Bien, »fitDe Coster interloqué. On le laissa seul et durant plusieurs jours\nil travailla. On lui apportait ses repas. La fenêtre de la mansarde donnait sur une gouttière d'où le reclus\npouvait voir dans les profondeurs une cour où passaient des ouvriers.\n   Un soir qu'accoudé il regardait les toits au loin, un son monta jusqu'à lui :1a Brabançonne que jouait dan\nla cour un orgue de Barbarie. Cet air du pays absent monta comme un hymme, De Coster pleura silencieu-\nsement d'abord, puis jeta sa bourse, et, n'y pouvant plus tenir, courut embrasser le joueur d'orgue, un\nFlamand, et causa avec lui dans sa bonne langue natale.\n   Aussitôt les farceurs arrivèrent.» Malheureux, qu'avez-vous fait? » On le remit dans un fiacre, on le\nreconduisit à la gare du Nord et il rentra à Bruxelles sans avoir jamais compris.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 349, "page_fin": 349, "titre_corps": "Pour deux Argentières", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Rondeaux", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "POUR DEUX ARGENTIÈRES", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 450, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 922, "fin_caractere_exclue": 2073, "texte": "POUR         DEUX           ARGENTIÈRES\n\n                            La Belle Argentière, en son estably\n                            Tout prés du Ponl-Neuf,         comme une syrène,\n                            Emerge d'ung flost d'argent qui paslit\n                            Devant la blancheur de sou teinct de reygne.\n                            D'aubigné s'arreste, et dépose ung pli.\n\n                            Son maistre, le verd-gallani,       affoli,\n                            Provoque au combat, dans la molle aresne\n                            Que les clercs fascheux appellent un g lict,\n                                     La Belle     Argentière.\n\n                            Tandis que la blanche et rieuse lit,\n                            Le soyr tombe, et la Lune        souveraine,\n                            Qui sur les cstangs feit pasmer la raine,\n                            Argenté 1e faix du pignon sali.\n                            Le poële au ciel rist à sa marrayne :\n                                     La Belle Argentière !\n\n                                                                          ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 350, "page_fin": 352, "titre_corps": "La Rousse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Nouvelles de la Grand’Route", "signature_source": "Marius Réty", "ancre_debut": "NOUVELLES DE LA GRAND ROUTE", "ancre_fin": "MARIUS RÉTY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 451, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 68, "fin_caractere_exclue": 2909, "texte": "NOUVELLES DE LA GRAND'ROUTE\n                                   LA ROUSSE\n\n                                                           A notre ami Léon Cladel.\n\n\n   Attelée au vieux cabriolet, la Rousse gravissait péniblement une côte acci-\ndentée et a r d u e , bordée d'ornières.\n   L e notaire de Bertinpré allait à quelques lieues de là fairel e réveillon chez\nun de ses riches clients. Enfoncé sous la capote du véhicule, le col entouré\nd'un épais cache-nez de laine, bouffi, le ventre arrondi en outre pleine, l'homme\nd'affaires tenait les guides d'une main, et de l'autre fouettait vigoureusement\nla Rousse qui, entraînée souvent par le poids du cabriolet, reculait au lieu\nd'avancer.\n    L a Rousse é t a i t une vieille j u m e n t à qui la couleur de sa robe avait servi\n de nom de baptême. Traînée sur le m a r c h é comme cheval de réforme après\navoir fourni une longue carrière dans l'armée, elle avait été achetée par un\ncultivateur qui l'avait mise au labour. Plus t a r d , par suite de différents trafics,\nelle était tombée entre les mains du notaire, son propriétaire actuel.\n     L a Rousse allait donc, glissant parfois sur la neige qui ne cessait de tomber\ndepuis trois jours ; soufflant des flots d'haleine blanche par ses naseaux frémis-\ns a n t s ; frappant le sol de ses sabots indécis ; l'œil vitreux ; les flancs moites ;\nl'oreille basse.\n    L a soirée était a v a n c é e . Déjà les cloches des églises voisines, toutes en\nbranle, jetaient dans l'air leurs sonneries graves ou joyeuses, ainsi qu'il convient\nles veilles de grandes fêtes. Les paysans, lourd-vêtus, chaussés de sabots\nrouges, les mains dans les poches, arpentaient la route à grands pas, pressés\nd'arriver à la chapelle paroissiale pour y entendre la messe et s'y chaufferies\npieds aux calorifères.\n    L e notaire songeait à l'oie grasse que l'on avait dû préparer en son honneur ;\nil entrevoyait les chapelets de saucisses et les t r a n c h e s de rôti, étalés joyeu-\nsement sur la table ; il pensait surtout à certaines bouteilles de vin vieux dont\nil avait goûté l'an passé et que les trois cent soixante-cinq jours écoulés depuis\nn'avaient pu que rendre meilleur. E t , se délectant à l'avance, il faisait bruyam-\nment claquer sa langue contre son palais, et son fouet sur l'échine maigre de\nla Rousse, qui décidément ne voulait plus faire un p a s .\n    L a Rousse peut-être aussi songeait à l'écurie tiède où elle aurait voulu se\nr e p o s e r ; au râtelier bourré de foin ; à la mangeoire comble d'avoine ; à la\ncouche de paille ; au repos... Et elle faisait un effort de plus, franchissant un\nfossé, se roidissant contre le choc des l o u e s , éreintée, fumante.\n    C'est qu'elle était bien vieille et bien chétive m a i n t e n a n t , la Rousse ! Il y\navait près de sept a n s , elle avait reçu en combattant une blessure au poitrail;\n"}, {"page_pdf": 452, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "                                LA J E U N E BELGIQUE                                     351\n\n\n l'éclat de fonte avait profondément entamé les c h a i r s , et depuis elle souffrait\ntoujours. Plus âgée, à la c h a r r u e , elle avait connu l'aiguillon, et reçu, comme\non dit, plus de coups que de picotins. Aujourd'hui, elle crevait dans une hutte\nen planches, ayant pour toute provende les volées de fouet dont la gratifiait son\nmaître, avare d'autre chose.\n    Et à ce moment encore elle piétinait sur la neige glacée, l'échiné au froid,\navec les dentelures de son col ébréché et de sa croupe osseuse. Sans doute, au\nterme du voyage, elle serait bien r e ç u e , m a n g e r a i t tout son soûl, et coucherait\np e u t - ê t r e , — qui s a i t ? — sur une litière. Mais il fallait arriver jusque-là ; et\nc'était loin encore !\n\n\n\n\n   La lune, qui avait éclairé la campagne de lueurs livides, se cachait lentement\nderrière un a m a s de n u a g e s ; les cloches lançaient leurs dernières vibrations,\nqui s'éteignaient en bourdonnant dans les profondeurs de l'espace ; les paysans\ndevenaient rares ; la messe de minuit allait c o m m e n c e r .\n   Tout-à-coup, après plusieurs gémissements, la Rousse glissa et s'abattit\nlourdement d a n s la neige. L e cabriolet, avec sa capote r e n v e r s é e , penchait en\navant, les b r a n c a r d s allongés en ligne horizontale, t a n t la montée était r a i d e .\nL e notaire, pâle de frayeur, n'osait descendre du véhicule ; il frappait la Rousse\nqui ne bougeait plus. Alors il se mit à appeler du s e c o u r s .\n   U n villageois p a s s a .\n   — H é , l'homme ! lui cria-t-il ; faites un peu relever ma bête !\n   Le villageois se courba, prit la bride de la j u m e n t , et, après quelques se-\ncousses, parvint à la remettre sur pieds. P u i s , faisant deux, trois pas devant\nelle, il lui fit reprendre sa route.\n   — Merci, l'homme ! dit le notaire.\n   Le villageois s'éloigna.\n   L a Rousse avait repris son allure, mais on voyait qu'elle n'irait plus bien\nloin ainsi. De grosses gouttes d'eau roulaient de ses yeux et de ses naseaux ;\nses lèvres se couvraient d'une écume rougeatre et sa tète branlait à chaque\nmouvement comme prête à tomber.\n   Elle était presque arrivée au h a u t de la côte ; quelques m è t r e s encore et\nelle allait trotter sur une route plate, en secouant sa crinière désordonnée\ncomme aux jours des batailles ; déjà elle apercevait les lumières de l'église à\ntravers les vitraux peints, et la rosace à fleurons bleus et rouges ; enfin, elle\nallait se reposer à l'écurie hospitalière...\n   Brusquement, elle donna du sabot contre un obstacle, glissa, recula, fléchit\net s'abattit de nouveau sur la r o u t e .\n   Cette fois c'était trop fort ! cette s a t a n é e bête é t a i t entêtée comme les mules\nses belles-sœurs! L e notaire, fou de fureur, frappait et jurait tout à la fois. Ce-\npendant la Rousse ne bougeait pas. Elle était étendue sur le sol, les jambes\nreployées sous elle, la tète tombée, à l'abandon. Elle soufflait encore, moins\nfort pourtant ; son corps, cerclé de côtes ainsi qu'une futaille, ruisselait de sueur\n"}, {"page_pdf": 453, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "  352                          LA JEUNE BELGIQUE\n\nfumante ; la bave gluait à ses lèvres entr'ouvertes, laissant voir deux rang»\nde dents longues et jaunes, signes incontestables de vieillesse.\n   Le notaire lui aussi écumait; n'allait-il pas être obligé de poursuivre son\nchemin à pied ainsi qu'un vulgaire garçon de ferme ! Les fidèles avaient gagné\nl'église, et pas un être ne se montrait à portée du regard.\n   Un peu plus loin, vers la courbe de la route, le bâtiment religieux ouvrait\nen ogive ses yeux illuminés de clartés bizarres, et découpait sur le fond gris\ndu ciel les arêtes vives de ses toits et de son clocher gothique. Parfois, lorsque\nla porte principale s'entrebâillait, les notes graves de l'orgue arrivaient jusqu'à\nl'oreille du notaire qui, désespéré, gratifiait d'un dernier coup de pied sa jument\nfourbue, et tournait sur place, en foulant la neige qui grésillait sous ses pas.\n   Pauvre Rousse ! les paupières à demi closes, l'haleine éteinte, la peau\nplissée comme une toile mouillée sur sa charpente anguleuse, elle restait inerte,\ninsensible au fouet comme à la voix; gelée, brisée, morte presque.\n\n\n\n   Soudain, un bruit de cuivres résonna dans la campagne ; un écho de fanfare\nlointaine retentit, affaibli mais distinct. Alors la Rousse dressa l'oreille.\n   Puis, brusquement, comme galvanisée, elle souleva par un effort puissant sa\ncroupe meurtrie, dégagea ses membres, et partit au galop, traînant derrière elle\nle sombre cabriolet dont la capote se balançait de droite à gauche, au gré des\nbuttes et des ornières.\n   Un ressouvenir de guerre avait peut-être réveillé la Rousse ; et la trompette,\nseul commandement auquel sa jeunesse militaire eût obéi, avait fait plus que\nles coups de pied et les jurons de son maître.\n   Elle alla ainsi durant quelques minutes, et se perdit dans l'obscurité du\nchemin.\n\n   Le lendemain, comme le notaire s'en retournait pédrestement à Bertinpré, il\ntrouva la Rousse étendue au bord d'un fossé. Le cabriolet aussi était là.\nL'homme d'affaires regarda la voiture et constata qu'elle avait peu souffert.\nCela le rassura.\n   Alors il courut chercher un charron. Quand celui-ci arriva, on fut obligé de\nprendre un merlin pour détacher du sol les membres de la Rousse, gelés et\nenfoncés dans la neige.\n   Le cabriolet fut réparé, et reprit la route de Bertinpré, attelé d'un vigoureux\ncheval normand. Quant à la Rousse, l'équarrisseur n'en voulant point, on jeta\nson cadavre décharné à la voirie sur le fumier.\n                                                                         MARIUS     RÉTY."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-10-15-n22-207", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CIRAGE JACQUOT ET JACQUAND, Vprixe n", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 454, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5347, "texte": "CIRAGE JACQUOT ET JACQUAND, Vprixe n t eet enconditions\n                                                 gros a u x mêmes\n                                                        qu'à P a r i s ,\nH . et F . 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Les boîtes vides seront reprises à raison de 10 centimes\n     pièce. — Pour le gros, s'adresser à T H E B E L G I A N D A T E\n     C O F F E E C° (Limited), 35, rue de Malines, Bruxelles.\n\n     A LA BASCULE                                           FABRIQUE D'APPAREILS D'ÉCLAIRAGE\nAncienne Maison HEYMANSj hameau de Vleurgat (Uccle)\n              2 et 4, coin de la chaussée                               4 5 , RUE DES CHANTEURS\n     de   Waterloo, près du bois de la    Cambre\n                   REOUVERTURE                                     PRÈS LA GARE DU NORD,    BRUXELLES\nDE        L'ESTAMINET-RESTAURANT\n      par Ferdinand V A N D E R R I V I È R E                           G.      SCHOONJANS\nGrande salle de 200 couverts pour banquets, dîners\n   de noces et fêtes de sociétés. — On prend des            Lustres, Suspensions, Candélabres\n   pensionnaires.                                            Girandoles, Lanternes, Pendules,\nC h a m b r e s et .quartiers garnis et n o n g a r n i s\n                                                             O b j e t s d'art, etc. — F o y e r s à g a z . —\n                                                             F o u r n i t u r e de compteurs. — Place-\n          à louer. — Ecurie et remise pour                   ment de tuyaux.\nc h e v a u x et voitures. — Prix très modérés.\n\n                                       P L U S DE DOS RONDS\n                       Agent général pour la Belgique de la BRETELLE AMÉRICAINE\n                                                {Brevetée)\n\n                                             TILQUIN\n                                    Galerie de la R:iner      5,     Bmxelîes\n                         La Bretelle américaine élargit la poitrine, tient k s épaules\n                       droites soulage le dos et les hanches en soutenait les jupes et\n                       le pantalon, écarte toute tendance au dos rond, produit une\n                       libre respiration, renforce la voix et les poumons, et donne un\n                       bien-être à ceux qui en font usaee. Prix : tr. 3-50, 5, 7-50, 10,\n                       12 et 15. — Plus de Jarretière qui engendre les varices. Nouveau\n                       P O R T E - B A S américain laissant la circulation du sang libre.\n                       Remise au commerce. — Prix : 2, 2-50, 3, 4 et 5 francs.\n\n                           Seule Maison en Belgique où l'on fabrique spécialement le\n\n                                  POSTICHE D'HOMME\n                         Dernière perfection et du plus grand naturel\n                          TOUPETS ET PERRUQUES DE 10 A 100 FRANCS\n                         Ouvrages artistiques en cheveux. Bijoux, Cadres, Souvenirs, etc.\n\n                               Galerie de la Reine, 5, BRUXELLES\n\n  NOUVELLE DÉCOUVERTE (le Pogonotome) R A S O I R M É C A N I Q U E .\nToute personne peut se servir de ce rasoir sans aucune crainte de se couper.\n—Agent général : TILQUIN, Galerie de la Reine, 5, Bruxelles. — Prix : fr. 5 et\n7-50 avec lames de rechange (Remise au commerce).\n  R A S O I R S ANGLAIS de Sheffie'd, garantis à l'épreuve.-Tout rasoir peut être échangé jusqu'à entière\nsatisfaction de l'acheteur, sans rétribution.\n\n                Imp. Centrale, A. VAN ASSCHE, Dir.-Gér. 1, rue d'Arenberg, Bruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 436, "texte": "                                         LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n             PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n\n2me Année                   N° 2 2 — I er Volume                    15 Octobre 1882\n                                                                                       v_\n\n\n\n                                SOMMAIRE\n    Sonnets inédits                                     JEAN RICHEPIN.\n    Les Protégés de ma Grand'Mère                       GEORGES EEKHOUD.\n    Sonnet                                              IVAN G I L K I N .\n    Alphonse Daudet                               F . NAUTET.\n    RONDEAUX. I. Pour célébrer Charles de Coster\n                                                   ALBERT G I R A U D .\n     —     I I . Pour deux Argentières\n    Nouvelles de la Grand'Route : La Rousse . . . MARIUS R É T Y .\n\n\n      L'abondance des matières nous force à ajourner la CHRONIQUE LITTÉRAIRE.\n\n\n\n\n               Le Numéro : 25 cent. — Étranger : 30 cent.\n\n     Se trouve chez les principaux libraires et marchands de journaux de la Belgique\n                                      et de l'Étranger\n Les annonces sont reçues exclusivement à la Compagnie de Publicité et d'Émission,\n                        Rue du Fossé-aux-Loups, 32, Bruxelles\n\n\n\n                                    BUREAUX\n\n                 LIÈGE                                            GAND\n 46, Rue de l'Université, 46                      65, Rue des Champs, 65\n\n                             BRUXELLES\n                      81, Rue de la Madeleine, 81\n                                          1882\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "      LA JEUNE BELGIQUE\n                                       ABONNEMENTS :\n   Un an                                Fr. 5 | Six mois                              Fr. 2 - 5 0\n                                   ÉTRANGER, le port en sus.\nL'année commence le1erDec., le semestre le 1er Juin. Les abonnés nouveaux reçoivent les numéros parus\n  II est tiré de chaque numéro de la REVUE Vingt-cinq Exemplaires numérotés sur splendide papier\ne Holla nde et UN SEUL sur papier du Japon.\n        PRIX DE L'ABONNEMENT            sur Hollande                 10               Francs.\n                                         Sur japon                               20     »\n\n\n                           BOITE AUX LETTRES\n    G. D., à Namur.— Excusez notre erreur quant à l'abonnement. Il y a de fort bonnes\nchoses dans votre sonnet et nous le publierions, n'était ce devant à la rime, et cet écarter\nrépété, n'était surtout le manque de liaison , de transition entre les deux quatrains\net les deux tercets.\n    G. V. à Paris. — Mais ce sont tout bonnement des écrins que vos sonnets, des écrins\navec de jolis bijoux dedans : Avril paraîtra bientôt.\n   JE. D., à Courtrai. — Remis votre commission à Rozez.\n   Stéphane. — J'attends votre visite l'un de ces quatre matins, cher rédac. Apportez autre\nchose, car on dit que nous publions trop de triolets.\n    J. G., à Ixelles.— i°) Votre poésie en manque, cher abonné. Cela est absolument trop\nterre-à-terre. Il ne faut pas sortir de la note comique qui est la votre, sous peine d'être\naussi mal à l'aise que la petite sur son pavé FAVORI . 2°) La place nous manque pour pu-\nblier les conditions des concours littéraires qu'on nous prie d'annoncer, mais nous in-\ndiquons toujours à qui l'on doit s'adresser. Écrivez à Karl Griin. 3°)Quant à la publication\nde Nais Micoulin, il nous semble que c'est une vraie bonne fortune et un encouragement\npour les Jeunes que de voir le Maître venir se mêler à eux, et il faudrait, avouez-le, avoir\n l'esprit singulièrement tourné pour refuser l'inestimable collaboration d'Emile Zola,\n sous prétexte qu'il est trop vieux.\n     Neel. — Votre soudain amour de la lettre moulée n'a rien que d'honnête et de très\n louable. La Vieille chanson est bien écrite, mais le thème est absolument celui de la Lettre\nperdue que nous avons publiée dernièrement.\n     Geronimo, — Joli et de tour gracieux, mais rappelle trop certaine ballade de Victor\n Hugo : Si j'étais, 6 Madeleine et bien d'autres pièces imitées de celle-là.\n    Jacques.— Hélas ! Monsieur — est-ce bien hélas qu'il faut dire ? — le temps est passé\n des grands vers pompeux et des madrigaux à Sylvie. Bien loin est le benoit 18me siècle :\n Leconte de Lisle a remplacé l'abbé, et leurs deux Pâmasses ne se ressemblent guère.\n Vous connaissez l'ancien, venez donc voir le nouveau. L'accès en est quelque peu difficile,\n mais on y est si bien, quand on y est, qu'on n'en veut plus sortir.\n     Namouna. — Voilà qui est très-bien pour un débutant — car vous en êtes un à coup\n sûr — et vous avez raison d'être ambitieux. Achetez le petit traité de Banville, lisez\n beaucoup et l'on vous offrira avec plaisir l'hospitalité que vous demandez.\n     Un grincheux. —• Mais, cher abonné, nous ne demanderionst pas mieux que d'être un\n peu scientifiques, mais nous craindrions de n'être que sciants, ce qui ne remplirait le but\n qu'à moitié. Après cela, libre à vous de nous prouver notre erreur en nous envoyant un\n  bon article de sciences.\n\n   Nous commencerons notre deuxième volume par la publication d'un petit roman de\njeunesse d'EMILE ZOLA : Nais Micoulin. Cette œuvre vraie, pleine d'intérêt, d'obser-\nvation et de saveur, porte déjà l'indéniable empreinte du Maître, sans avoir rien de la\ncrudité de ses derniers romans. Oui, Buloz, la Nais Micoulin de l'auteur des Rougon,\nqui certes n'a pas été écrite pour les petites tartines des pensionnaires, rendrait encore\ndes points pour la moralité, à plus d'un des malsains romans-Feuilletons sur lesquels\ns'étaie ton antédiluvienne Revue des Deux Mondes; et ta Sauvageonne, ô Theuriet, serait\nobligée de lui céder le prix de vertu 1\n   A partir de ce jour nos bureaux liégeois sont transférés à la L i b r a i r i e p o l y t e c h -\n nique de MM. Decq et Nerstraesz, rue de l'Université, 46, à Liège.\n\n                                             AVIS\n  Les personnes qui souscriront dès à présent à notre deuxième volume\nprenant cours au 1er décembre, recevront gratis les numéros à paraître\njusqu'à cette date.\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "                            LA J E U N E BELGIQUE                                 337\n\n\n                                SONNETS\n                   (Extraits inédits du Livre des Blasphèmes)\n\n                                         I\n                                                 Generatio praeterit et generatio\n                                               advenit ; terra autem in aeternum\n                                               stat.\n                                                                (Ecclésiaste. — / . 4.)\n       L'homme est né de la terre et doit mourir en elle.\n       A quoi bon espérer ailleurs un autre sort ?\n       Ainsi qu'un sariguet, il naît, il crie, il sort,\n       Et regagne aussitôt la poche maternelle.\n       En vain son cœur au vent du rêve ouvre sou aile\n       Et poussé par l'orgueil comme par un ressort,\n       Vers l'immortalité tâche à prendre l'essor ;\n       Car sa mère pas plus que lui n'est étemelle.\n       Elle disparaîtra moins vite, voilà tout.\n       Mais le fil de ses jours n'est pas un fil sans bout.\n       Il lui faudra mourir comme nous, toute entière.\n       On finit à son tour quand on a commencé,\n       Et dans la mer sans bord où roule la matière\n       Des générations de Terres ont passé.\n\n                                        II\n                                                  Quid est quod fuit ? Idem quod\n                                                futurum est.\n                                                              {Ecclésiaste. —I. 9.)\n\n        Aux caves du grand Tout sont d'innombrables fûts\n        D'où le vin sans tarir coule à pleine cuvelle.\n        Le Hasard qui s'en soûle, y fleurit sa cervelle\n       De rêves infinis, infiniment     diffus.\n      ' La Forme est un grand arbre aux branchages touffus\n        Que le vent du possible en tous sens échevèle.\n        O féconde matière, incessamment nouvelle,\n        Non, tu ne seras pas toujours comme tu fus !\n        Que savons-nous de toi, nous, petits, qui vécûmes\n        Dans une goutte d'eau d'une de tes écumes ?\n        Ton immuable aspect, c'est notre infimité\n        Qui d'en bas te le prête et qui nous le suggère,\n        Mais la Loi que conçoit notre esprit limité,\n        Eternelle pour nous, est pour toi passagère.\n                                                             JEAN RICHEPIN.\n15 Octobre 1882.                                                             12\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": " 338                     LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n\n\n        LES PROTÉGÉS DE MA GRAND'MÈRE\n                                  (Suite)\n\n    Le jardin faisait le grand bonheur de bonne-maman et, lorsqu'elle\n le visitait en décembre, elle avait pour sa nudité et sa stérilité, pour\n ses arbres frissonnant dans les bruines, des apitoiements de confident\n intime. Aussi, que d'heures douces de far-niente et de rêverie, de con-\n versation intermittente, passées sous la tonnelle ! La chère aïeule,\n après avoir bu son café à gorgées friandes, faisait sa méridienne, les\n mains jointes reposant sur son estomac. Elle travaillait à peine, l'été,\n à ces moelleuses paires de chaussettes qu'une grand'mère seule peut\n confectionner pour ses petits-enfants. A tout instant elle laissait\n tomber des points, perdait la boule de laine que je retrouvais, cela\njusqu'au moment où l'attirail rentrait dans le ridicule. Et alors on se\n lançait dans des projets d'avenir, trouvant le présent aimable et\n oubliant les épreuves du passé ! A quatre-vingts ans qu'elle frisait,\nbonne-maman se portait à merveille. A part sa corpulence et la\nfaiblesse de sa vue je ne lui connaissais aucune de ces infirmités qui\nrendent les vieilles gens grognons et maussades. Son humeur était\nexcellente! Plus elle vieillissait, plus elle se montrait même douce,\nindulgente et généreuse ! Je n'oublierai jamais son visage rose et\nplein, son menton charnu, l'expression bienveillante de ses yeux\nbleus, ses lèvres fraîches et souriantes, son front d'ivoire, à peine\nridé, que j'embrassais entre les bandeaux de cheveux blancs au\nrisque de chiffonner les guipures et les rubans violets de son bonnet.\nSes robes d'une coupe immuable duraient des années ; usées, elles ne\nportaient pas la moindre tache ! C'était la femme d'ordre par excel-\nlence et rien dans sa personne ou son intérieur ne démentait sous ce\nrapport son origine hollandaise.\n   Aussi, quelles entreprises importantes que les nettoyages périodi-\nques de la maison ! Grand'mère y présidait elle-même, impitoyable\npour toute négligence, mettant encore la main au plumeau, gour¬\nmandant et talonnant ses deux subordonnées Siska la servante et\nLôke la commissionnaire. La plus complète de ces opérations était\ncelle des Pâques, appelée « le grand nettoyage, » qui durait trois\nsemaines et avait du moins ceci de bon qu'elle faisait prendre en\npatience à la chère recluse, l'hiver tardant à finir.\n   Lôke, la commissionnaire, avait vingt ans de moins que mon\naïeule et présentait un contraste violent avec sa maîtresse. C'était\nune petite vieille maigrelette et futée, séche comme une cigale, le\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                        LA JEUNE BELGIQUE                             339\n\n visage allongé, la peau terreuse, empressée, humble ; une de ces créa-\n tures déshéritées auxquelles les privations ont donné un aspect de\n misère chronique ; pauvresses dont un repas de viande et un vin géné-\n reux ne parviendront plus à raviver le sang, qu'une robe neuve et\n décente n'habillera pas mieux que des haillons !\n   Lôke était la grande préoccupation de bonne-maman, qui avait\npour cette pauvre vieille des bourrades de sœur aînée, mais aussi une\nsollicitude, un fond de compassion inépuisable. La figure bistrée, la\n mise piteuse de la malheureuse impatientaient surtout l'excellente\nfemme. Depuis cinq ans que Lô faisait nos commissions et que son\n mari gagnait des journées de jardinage chez nous, sa physionomie\nn'avait pas changé. C'était toujours le même air famélique et négligé !\nDelà des colères comiques chez bonne-maman, qui n'admettait pas\n qu'on la récompensât si mal de ses bienfaits.\n   \"Vous êtes noire comme la suie !\" disait souvent à Lô la bonne\ndame, et Lô de se confondre en protestations ; — ou bien : \"Je suis\ncertaine que votre ivrogne de mari boit le vin que je vous envoie. Siska,\nversez lui un verre que je la voie le vider !... E t votre jupon de laine,\noù est-il ? « Lô l'avait sur le corps, mais il prenait déjà autour de ses\nhanches décharnées et de ses maigres fuseaux des plis de vieille\ndéfroque.\n   En apparence Lô était le souffre-douleur de bonne-maman, mais\nces rebuffades finissaient par des attendrissements, des distributions\nde pièces blanches, des envois de vivres, des surprises de vêtements.\nE t Lô le savait! Elle avait une peur comique de bonne-maman, mais\nelle l'adorait.\n   S'il arrivait que Lô fut malade, sa bienveillante persécutrice ne\ntenait plus en place. Elle errait comme un chat qui a perdu sa\nsouris, d'une chambre à l'autre, soufflant, en nage, poussant force\nsoupirs, jusqu'à ce que Siska ou moi nous eussions été prendre des\nnouvelles de la pauvresse.\n   — Pauvre Lô! pauvre Lô ! répétait la digne femme. Et il nous fal-\nlait porter au plus vite, au fond du quartier populeux du faubourg\nque la malade habitait, de quoi entretenir un hospice entier.\n   Dans ces occasions Lôke se faisait remplacer par sa fille Rika.\n   Rika n'avait que seize ans; on lui en aurait donné vingt. C'était\nune grande fille, brune, cambrée, à la poitrine développée, à la\ncroupe puissante, aux membres ronds, aux mains rudes. Elle au\nmoins représentait la vigueur et la vie et bonne-maman se consolait\nde la stérilité de ses efforts pour donner un regain de fraîcheur à la\nvieille Lô en songeant que cette belle enfant, dont les chairs pleines\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": " 340                       LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n portaient les principes de la santé, profitait mieux de ses bienfaits. Rika\n avait de grands yeux noirs, des yeux tendres et bénins de biche ; la\n bouche charnue d'un rouge vif, baignée de moiteur, le nez mince à la\n naissance, large aux narines, frétillantes comme les naseaux d'une\n cavale isolée humant le parfum du troupeau lointain, les cheveux de la\n couleur du bronze antique, longs, tordus en chignon derrière la tête.\n L'ensemble de la physionomie était inconsciemment provocant. Rika\nétait une de ces beautés populaires qui font à Anvers l'étonnement de\nl'étranger lorsqu'il parcourt les rues et qu'il se retourne sur une bande\nd'ouvrières piaillant, le tricot à la main, traînant avec affectation\nleurs savattes sur le pavé, impudentes, les chairs superbes, semblant\ndans leur débraillé et leur insouciance de la convention des déesses de\nRubens qui se sont encanaillées. Mais si le type de la fille de Lô\nse rapprochait de celui de ces trieuses de riz et de café, elle n'avait\npas leurs allures cyniques. Le regard de Rika semblait supplier, elle\ns'effaçait, et c'était bien malgré elle qu'on l'admirait. Cette forte\nfille, qui soulevait des poids comme un débardeur et peinait sans\nprendre le temps de souffler, rougissait et se troublait lorsque quel-\nqu'un de la maison lui adressait la parole. Elle était blanchisseuse de\nson état. Lorsqu'elle se croyait seule, elle chantait d'un contralto\nassez agréable de naïves chansons ; mais qu'une porte s'ouvrît, qu'un\npas s'approchât, et elle se taisait effarouchée.\n   Il arriva que des restaurations durent être faites à notre maison-\nnette. Lôke, qui était au courant des intentions de ma grand'mère, lui\ndemanda un jour si « Madame ne consentirait pas à employer comme\nplafonneur onze Tony, notre Tony.\n   — Quoi, notre Tony! votre Tony! Que voulez-vous dire ? fit bonne-\nmaman.\n   — Oui, Tony... Mais Madame ne sait pas... Qu'elle me pardonne\nde lui avoir caché... J'ai eu tort, Madame est si bonne...\n   —Où voulez-vous en venir, Lô? Vous semblez commencer une con-\nfession ?...\n   — Madame ne se fâchera pas alors... Och God.' nous avons cru bien\nfaire. C'était un petit orphelin, Tony ; gentil comme un saint Jean.\nPauvre agneau ! Deux ans, madame... Ses parents morts du choléra\nen 1864 ! Joost le trouva dans un coin de la chambre, <• les hommes\ndes Pauvres » ayant fait emporter le père et la mère. Il riait, et\ntendait ses menottes, l'innocent!... Nous l'avons pris chez nous. Il a\ngrandi avec la petite... Maintenant il connaît un métier. Madame le\nmettra-t-elle à l'épreuve?... S'il vous plaît, M a d a m e . . .\n  — Comment ! s'écria bonne-maman en affectant un ton bourru.\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "                         LA JEUNE BELGIQUE                           341\n\n Mais c'est de la folie ! Vous n'aviez pas même de pain pour votre\n fille à cette époque et vous vous embarrassiez d'un second enfant !\n Qu'est-ce que c'est que ce Ton ! Un gamin rachitique. un pauvre hère\nsans doute, n'ayant pas plus de sang que vous qui jouiez au riche, au\nprotecteur ! Et vous croyez me l'endosser, cet avorton ? Ma maison\n n'est pas un hospice... C'est de belle besogne que ce gâcheur me ferait!\n    Calée dans son fauteuil empire, les pieds sur la chaufferette, Bonne\n Maman semblait un justicier ; surtout que Lô accroupie à ses pieds,\npour épousseter le tapis, se faisait aussi humble que possible, baissant\nla tête sous la bourrasque.\n    Et Bonne Maman répétait : « Non, Lô, il n'y faut pas songer,\nmon enfant !...\n    Cependant lorsque nous fûmes seuls, après quelques minutes de\nrêverie, l'implacable me dit d'une voix attendrie : « C'est égal! voilà\nde braves gens ! Une digne créature que cette Lô, un peu bibiche, mais\nune vraie bête à bon Dieu ! Ah! Charles, quelle leçon ! Décidément\nil n'y a de charité que chez les pauvres. »\n    Je connaissais ces revirements chez mon aïeule. Aussi je ne fus pas\nsurpris de trouver un matin, campé sur une échelle, dans la cuisine,\nun grand diable donnant à la paroi et au plafond de furieux coups\nde sa brosse trempée de blanc de chaux. Je devinai que c'était onze\nTony, un beau blond, d'une nature épaisse et douce, au regard intel-\nligent et tranquille, aux yeux d'un vert clair comme un fleuve au\nrepos. La bouche large avait un bon sourire. Les cheveux frisés\ndébordaient de sa casquette et un duvet doré accrochait le jour à sa\npeau rose et blanche. Ce gars de dix-huit ans, découplé comme un\ngladiateur, avait fait la conquête de Bonne Maman, qui était revenue\ns'asseoir auprès de lui. Son accent, ses allures, son rire ouvert de\nvaient plaire à l'excellente femme ennemie des hypocrites et des pince\nsans-rire.\n    Le lendemain de l'entrée de Tony, ce fut Rika qui fit les commissions.\n    On était au mois de juillet. Dans la matinée je me trouvai dans la\ngloriette au fond du jardin. Caché par les taillis de rhododendrons et\nles festons des plantes grimpantes, je lisais. Des pas, des éclats de\nvoix me saisirent. Le bruit se rapprocha.\n    — Non, Tony !... Je ne veux pas ! Méchant garçon ! disait Rika.\n    — Un baiser ! ou je blanchis tes grosses joues rouges ! faisait Tony.\n    — Jamais ! Fi, le vilain taquin ! Si tu l'oses...\n    — Un baiser !\n    E t sans me voir, Tony poursuivant Rika, ils accoururent du côté\nde la gloriette. Elle se cachait le visage pour échapper au conctact\ndu pinceau dégouttant qu'il brandissait derrière elle.\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": " 342                     LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n   Il la rattrapa. Alors, au lieu de la barbouiller, la poltronne ! il\njeta le vilain outil, saisit Rika par la taille, eut raison des mains de\nla fugitive et l'embrassa longuement, goulûment sur la bouche. Elle\ns'était défendue mollement et se prétait maintenant à cette caresse\nsans plus se débattre. Un moment ils formèrent un groupe adorable\nsous les branches du pommier : le grand gars, faisant de ses bras un\ncollier à son amie, la pressait contre sa poitrine, et Rika, le visage\nrelevé vers le sien, les yeux fermés, comme pâmée, offrait les lèvres\nà son baiser. La ligne harmonieuse que formait cet enlacement de\ndeux jeunes corps ! La couleur aussi était merveilleuse: le plafonneur,\nblond comme l'Evangéliste de Van Dyck ; Rika, bise, hâlée, b r u n e\nayant dans ses veines de ce sang impétueux que la soldatesque espa-\ngnole infusa férocement il y a trois siècles dans la chair flamande rose\net reposée. Pendant le simulacre de lutte Tony avait perdu sa cas-\nquette, la natte de Rika s'était défaite et les rayons intenses sem-\nblaient crépiter à la tête bouclée du jeune homme, donnaient un reflet\nfauve de viel or aux tresses sombres de sa compagne.\n   Si rapide qu'eût été cette scène furtive ma mémoire en a même\nretenu les diverses phases.\n   — Ton! eut la force de soupirer Rika, et Ton la lâcha à regret, avec\neffort. Il ramassa sa coiffure et sa brosse et courut reprendre son tra-\nvail en sifflant un air des rues. Rika se rajusta, épingla sa torsade et\ngagna la maison à son tour. Ainsi se quittent deux oiseaux qui viennent\nde se becqueter. Moi, je ne trahis point cet amoureux mystère, que\nj'avais épié, de ma retraite, comme un aegipan jaloux. Ce baiser\nétait-il un corrélatif? Je ne pouvais que me livrer à des suppositions.\n   Ce même jour, Ton ayant terminé sa tâche rassemblait son attirail,\nnous disait \"au revoir,\" s'en allait allègrement en battant des entre-\nchats et faisant sonner dans son gousset contre sa cuisse deux pièces\nblanches du pourboire.\n   Depuis lors nous remarquâmes que Rika devenait de plus en plus\nfarouche : elle ne chantait plus, même lorsqu'elle se savait seule.\nElle apportait cependant plus de recherche dans sa toilette : un ruban\nde soie rouge ceignait sa rude crinière et des perles fausses de corail\navivaient le lobe rosé de ses oreilles.\n   - A h Rika ! Rika!\n                             Fille qui se pare\n                             Son amour déclare !\ndisait l'aïeule en riant. Mais la belle restait confondue sans avouer\net sans protester.\n        (A suivre.)\n                                              GEORGES    EEKHOUD.\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": "                                 LA J E U N E BELGIQUE                                    343\n\n\n                                        SONNET\n                   Tu sais, ton grand chapeau de paille. ? J'en raffole.\n                   Avec ton frais minois enfoncé dans son pli,\n                   Mignonne, c'est un nid exotique rempli\n                   De merveilleux oiseaux blottis dans l'herbe folle.\n                   En chacun de tes yeux paresseux de créole\n                   Palpite un oiseau mouche aillé de lazuli;\n                   Ton fripon nez rose est un grêle bengali :\n                   Sa petite aile ouverte, on dirait qu'il s'envole.\n\n                   Vibrant avec les mots sonores que tu dis,\n                   Dans l'ardente splendeur de sa pourpre ta bouche\n                   Est pareille au royal oiseau de paradis.\n                   Sa voix rossignolante, ironique et farouche,\n                   Sa voix câline et fausse au charme, lotit-puissant\n                   M'enivre, et le cruel est rouge de mon sang.\n                                                                   IWAN     GILKIN.\n\n\n\n\n                           ALPHONSE DAUDET\n                                              I\n\n    Quand un écrivain s'est emparé du public avec a u t a n t d'autorité qu'Alphonse\nD a u d e t , tout ce qui touche à sa personnalité nous intéresse ; quand l'homme\ns'est révélé sous les lignes de ses écrits, on éprouve la curiosité de connaître le\nmilieu au sein duquel il a grandi, quelles circonstances ont mûri son talent,\nquelles influences l'ont guidé. Ces sortes d'examens ont l'avantage précieux de\nmettre le lecteur en relations plus directes avec l'écrivain, ils facilitent le rôle\nde la critique et ajoutent à l'intérêt de l'histoire littéraire proprement\ndite, l'intérêt des aperçus biographiques sans lesquels toute critique est\nincomplète.\n    L a vie d'Alphonse Daudet, racontée avec beaucoup de discrétion p a r son\nfrère, ne contient pas de ces détails piquants qui c a r a c t é r i s e n t le mieux l'artiste.\nE r n e s t D a u d e t , après nous avoir dit que chez l'auteur du Nabab l'enfant fut très\nespiègle et d'une indiscipline r a r e , élague toute confidence dès qu'il s'agit de\nl'homme. Les a m i s , ceux qui ont vécu dans l'intimité de l'écrivain, ne sont\nguère plus prodigues de révélations que le frère a î n é . Alphonse Daudet s'est\nréservé, il est vrai, la t â c h e d'écrire lui-même ses mémoires, ou plutôt l'histoire\nde ses livres. Nous avons lu les quelques notices qu'il en a publiées, mais elles\n aussi sont m u e t t e s , et nous devons nous borner, avant d'étudier le littérateur, à\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": " 344                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\nrésumer les quelques faits biographiques exposés par son frère, dans un livre\nrécent (I).\n                                               ** *\n   Alphonse D a u d e t est aujourd'hui dans sa quarante-troisième a n n é e , l'âge de\nmaturité du romancier. Il est né à Nîmes, dans cette riche Provence où les\nimaginations sont fécondes et les langues déliées. Son père, Vincent D a u d e t ,\neut une fille et trois g a r ç o n s , dont l'aîné mort à vingt-ans, sous-diacre, était\ndoué de sérieuses facultés musicales.\n   Au moment où celui qui devait être l'auteur de Numa vint au monde, le\npère Daudet occupait une situation brillante. L'enfant, particulièrement précoce\net d'une impétuosité extraordinaire, eut une enfance dorée pendant laquelle il\nreçut une éducation quasi aristocatique et ne connut de souci d'aucune s o r t e .\nIl put ainsi développer cette belle insouciance qui, chez les enfants les plus\nturbulents, est comme une sauvegarde, en ce sens qu'elle les empêche de s'aigrir\net d'altérer la générosité naturelle de leur c a r a c t è r e . Mais la fortune de Vincent\nDaudet ne devait p a s t a r d e r à s'effondrer. Quelques années plus t a r d , de cruelles\ncirconstances le forcèrent à vendre sa fabrique; il dut quitter Nîmes et s'installer\nà Lyon, où toutes les affaires qu'il entreprit furent infructueuses. En dépit de\nla gêne dans laquelle il se trouvait, et malgré les conseils de p a r e n t s , esprits\npositifs et pratiques, il persista cependant à soigner l'éducation de ses enfants,\nen qui il avait confiance. Et pourtant Alphonse trahissait des dispositions\ninquiétantes. Régulièrement, il faisait l'école buissonnière six jours sur dix.\nSon frère, se faisant son complice, escamotait les bulletins du professeur , ou,\nsi le cadet tardait à r e n t r e r , il guettait sa venue en forgeant des histoires pour\nle tirer d'embarras et lui éviter quelque correction paternelle. Un jour, Alphonse\navait douze a n s , il r e n t r a i v r e : on lui avait fait boire de l'absinthe ! U n e a u t r e\nfois il creusa une mine dans l'armoire aux soutanes d'une église dont il était\nenfant de c h œ u r et y glissa de la poudre. U n e explosion formidable s'en suivit,\n \"Ce fut un miracle qu'il n'y eût pas d'accident, \"\n   Tel était l'enfant. C œ u r compatissant, nature généreuse, a y a n t besoin de se\ndépenser, des sévérités outrées eussent pu le dévoyer. H e u r e u s e m e n t , on\n ne lui montra pas l'échafaud en perspective, on ne lui fit pas perdre le respect\nde lui-même ni la confiance en ses m o y e n s ; on ferma les yeux ou l'on c a c h a\nses escapades. Cette liberté, dont les effets auraient pu être nuisibles chez\n d'autres, lui fut favorable. Il avait un but dans la vie, il était né artiste et dès\nlors il était s a u v é . Il pouvait trébucher, faire un faux p a s ; jamais il n'eût pu\ns'enfoncer trop avant dans quelque voie déshonnête. Il est de ces n a t u r e s\nà qui le spectacle des chutes et des entraînements malsains est salutaire.\nA côtoyer l'abime, elles en calculent mieux la profondeur; après l'excès le\ndégout est chez elles plus vif et la réaction plus forte. Telles les étoiles s'avi-\n vent d'un plus pur éclat en se dégageant d'entre quelques sombres n u a g e s .\n   Dès l'âge de quinze a n s , les deux frères Daudet se proposaient d ' e m b r a s s e r\n\n\n  (I) Mou Frire et Moi. (Paris, 1882. I vol. Plon et Cie, éditeurs.)\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "                                   LA J E U N E BELGIQUE                                       345\n\n\nla carrière l i t t é r a i r e . Il» organisaient des représentations, composaient des\nromans, alignaient des r i m e s . P a r les relations politiques de leur père ils eurent\naccès dans les bureaux de la Gazette de Lyon, où ils reçurent les premiers encou-\nragements. Et à mesure que la situation commerciale du père s'aggravait, ils\nsentaient se développer plus fortement en eux cet amour de l'art qui soutient,\nréconforte, rend indifférent au m a l h e u r , aussi longtemps que subsiste l'espoir du\nsuccès. P o u r t a n t l'avenir était sombre : Ernest avait dû interrompre ses études\npour prendre un modeste emploi dans l'administration du Mont-de-Piété , et\nquand la débâcle finale a r r i v a , elle fut si profonde que Mme D a u d e t se vit obligée\nd'abandonner le toit conjugal et de c h e r c h e r un refuge auprès d'une amie. On\nvendit meubles et m a r c h a n d i s e s ; Alphonse, âgé de dix-sept a n s , fut envoyé\ncomme pion dans un collége d'Alais, tandis que son frère bouclait ses malles\net s'embarquait pour Paris afin d'y tenter la fortune des lettres.\n   L a vie est pleine de circonstances bizarres. Du jour où s'achevait la ruine\ndu père, la fortune des enfants commença. P a r une chance extraordinaire\net bien r a r e , Ernest D a u d e t , au lendemain de son arrivée à P a r i s , entrait\ndans un j o u r n a l , par la protection de M. de P o n t m a r t i n , avec des appointe-\nments de 200 fr. par mois. C'était le bon temps du journalisme ; à cette\népoque tout le monde n'avait pas cette moyenne de talent que tout le monde\npossède aujourd'hui ; les bonnes plumes étaient rares et la voie du scandale,\nl'aplomb, le toupet, comme on dit vulgairement, n'étaient pas les seuls moyens\nde prompte réussite.\n   P e n d a n t q u ' E r n e s t débutait, Alphonse menait a u collége d'Alais une exis-\ntence misérable. On a lu dans le Petit Chose les souffrances de cet enfant\nmaître d'études, malmené par des élèves grossiers et m é c h a n t s qui ne lui\npardonnaient ni sa distinction ni son intelligence. Alphonse D a u d e t y souffrait\ncruellement. H e u r e u s e m e n t son séjour au collège fut de courte d u r é e . E n\nréponse à l'une de ses lettres où il dépeignait plus vivement ses souffrances, son\nfrère lui écrivit de le rejoindre. < E t , tout m e u r t r i , l'oiselet prit son vol pour\nvenir c h e r c h e r un refuge auprès de l'aîné. >\n   Dès lors ils ne connurent que le s u c c è s . Le h a s a r d , l'heureuse c h a n c e les mit\nen rapport avec toute la jeunesse brillante du temps : G a m b e t t a , Louis\nBouilhet, C a s t a g n a r y , E m m a n u e l des E s s a r t s , Pierre Véron. P a r les relations\nqu'ils se c r é è r e n t , ils furent introduits dans quelques salons littéraires « où\nAlphonse disait les Prunes, les Cerises, Trois jours de vendanges, des prologues de\ncomédie, vidant généreusement son écrin, sans cesse enrichi, devant les belles\ndames qui raffolaient de sa bonne g r â c e , de sa brillante jeunesse, de sa chaude\nvoix de méridional et de sa séduisante b e a u t é . »\n   On sait le r e s t e . E r n e s t Daudet, ayant rencontré de Villemessant, lui parla\nde son frère et de Villemessant, que tous les journalistes condamnent mais que\ntous les journalistes r e g r e t t e n t , lui ouvrit les colonnes du Figaro. Il y écrivit\nces nouvelles qui furent si r e m a r q u é e s et qui sont, en quelque sorte, la préface\ndes romans qu'il fit plus t a r d . T o u t lui réussit, jusque la m a l a d i e . U n e pre-\nmière fois son médecin l'envoya en Algérie, où il acquit cette clarté lumineuse,\ncette c h a u d e coloration, ce sentiment du pittoresque qui le distinguent. Après\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": " 346                         LA JEUNE BELGIQUE\n\n\nune rechute, on l'envoya en Corse au sein de cette sauvage nature aux maquîs\ninextricables, que Mérimée a si puissamment décrite dans Colomba. Enfin, comme\nsi tant de bonheur inespéré ne suffisait pas, le duc de Morny se l'attacha en\nqualité de secrétaire, vraie sinécure où Alphonse Daudet put désormais tra-\nvailler à son aise, débarrassé des soucis de l'existence.\n                                        *\n                                       * *\n    La vie s'ouvrant toute souriante au jeune écrivain, il ne devait en voir\nque les sourires. Les luttes de l'humanité, le combat pour l'avenir, ou la théorie\nrenouvelée de l'avorte ment inévitable et du désenchantement perpétuel, ne pou-\nvaient avoir en lui un solide interprète. Il devait faire œuvre de poète, une\nœuvre sans tendances déterminées, dédaignant la thèse et ne s'attaquant pas\naux redoutables problèmes sociaux. Il n'a pas songé à se servir de ses romans\ncomme d'une chaire du haut de laquelle il dogmatiserait ses contemporains.\nLa tendance d'ailleurs n'est ridicule que si l'on n'y réussit pas et nous en con-\nnaissons qui y réussissent. Daudet, cependant, s'est attaché à mettre debout\net animées, dans ses livres, des créatures humaines, et il a tenté de les montrer\nagissant et se mouvant d'après le principe supérieur à l'étude auquel se sont\nconsacré» les romanciers modernes. Ce sont ces efforts que nous voulons analyser\nde préférence aux imperfections littéraires de son œuvre.\n    L'étude de la nature humaine exige une impartialité, un désintéressement,\nune profondeur que A. Daudet n'a pas toujours observés. Des trois qualités qui\ndistinguent les romanciers puissants, l'observation, la description et l'analyse,\nil ne possède complétement que les deux premières. Il décrit supérieurement, il\ndepeint ses personnages avec une vérité photographique ; il a certaine façon\nde les saisir et de les montrer tour à tour de côté et de face, en des attitudes\nsi expressives et si naturelles, qu'il est le seul écrivain qui, jusqu'à présent, ait\natteint un tel degré d'impressionisme. Mais son œil trop captivé par la surface,\ns'arrête là et l'analyse lui échappe. Il prend ses personnages dans une situation\nmorale acquise et fixe de laquelle ils ne dévieront pas, soit pour faire quelque\nchute, soit pour atteindre une sphère supérieure, s'élever ou se purifier. Nous\nsavons comment Emma Bovary tombe, par le concours de quelles circonstances\nfatales la Gervaise de l'Assommoir, après avoir quasi atteint le rang honnête et\npaisible auquel elle aspire, s'abîme graduellement dans une fange mortelle;\nmais la déchéance du roi d'Illyrie, qui est la seule étude de décomposition morale\ntentée par Alphonse Daudet, ne nous est expliquée que superficiellement et n'offre\nguère d'intérêt. Et pourtant dans toutes ses œuvres, l'auteur, sans abdiquer son\noriginalité, semble vouloir marcher sur les traces de Balzac et de Flaubert.\n   Je passe rapidement sur Fromont jeune et Risler aîné. Sur une donnée qui\nn'était pas neuve et qui ressemble en bien des points aux Lionnes pauvres\nd'Emile Augier, Daudet a écrit une œuvre honnête, aimable, sans hautes\nvisées, mais d'une émotion très pénétrante. Il s'y maintient dans un genre\nmoyen, très aimé du lecteur ordinaire et sans prétentions naturalistes appa-\nrentes. Avec Jack, la note se transforme et l'effort apparaît. L'auteur y met en\nprésence deux personnages très discordants de nature. Une jeune femme de\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "                                     LA J E U N E BELGIQUE                                          347\n\n m œ u r s faciles et dont le passé nous est absolument inconnu, s'éprend d'un\n certain d'Argenton, poète r a t é , personnage vaniteux, avec qui elle noue de»\n liens indissolubles. Mais Ida de B a r a n c y , la maîtresse du poète, a un enfant.\n Dès lors la donnée d r a m a t i q u e est trouvée, une donnée excellente qui permettra\n à l'auteur d'étudier un cas bizarre de m é c h a n c e t é : l'amant, jaloux, fera de\n l'enfant sa victime. Seulement, au lieu de r e p r é s e n t e r d'Argenton comme un\n personnage inconscient, obéissant à de m a u v a i s instincts dont il ne se rend p a t\ncompte, Daudet compose un être trop exécrable chez lequel on ne trouve\na u c u n e humanité ; un être qu'il bâtit et fait agir selon les besoins de son\n intrigue, qu'il rend féroce on ne sait trop pourquoi, si ce n'est pour se donner\nl'occasion de dépenser cette indignation naïve qui rapetisse son t a l e n t , et faire\nfrémir les bonnes âmes au récit de c r u a u t é s aussi n o i r e s .\n    Charles Dickens, dans David Copperfield, a écrit une histoire semblable. Les\nsituations, celles du commencement du moins, sont absolument identiques et le\njeune David qui raconte lui-même sa t o u c h a n t e épopée est presqu'aussi indigné\ncontre son beau-père que D a u d e t contre d'Argenton. Seulement, il y a une\ndifférence à établir. David parle d'après son ressentiment, il ne juge pas, n'ana-\nlyse p a s , il exprime, et l'on comprend que la victime n'embellisse pas le portrait\nde son b o u r r e a u . Avec M. Daudet la situation c h a n g e . L ' a u t e u r s'est imposé\nla t â c h e d'étudier avec sincérité la n a t u r e h u m a i n e , il doit r e c h e r c h e r les causes\nqui font agir et nous livrer le fruit de son examen. Que peut nous faire l'indi-\ngnation de M. Daudet ? A quoi sert-elle? A émouvoir des pensionnaires? L e\nmobile est p a u v r e , d ' a u t a n t plus pauvre que dans le Nabab le r o m a n c i e r opère\nune brusque volte-face et que de justicier il devient apologiste, sans raison\nplausible.\n   C'est par son frère que l'auteur du Petit Chose fut a m e n é à écrire le Nabab.\nErnest Daudet, ayant été le secrétaire du richissime p a r v e n u , raconta à Alphonse\nles aventures de ce m a r i n i e r et lui révéla les secrets de cette n a t u r e épaisse. Il\navait vu Bernard Jansoulet de très près, il fut le témoin de sa débâcle et le\ndépeignit au romancier avec beaucoup d'indulgence. Alphonse D a u d e t s'empara\navec empressement de ces données et il en fit la belle œ u v r e que l'on sait. Avec\nles élans généreux de sa n a t u r e , il accepta la t â c h e pénible de glorifier François\nB r a v a i s . Il le plaça dans un milieu excellent d'où la conclusion se dégageait\nd'elle-même : le n a b a b , malgré ses tripotages, son m a n q u e de scrupules, son\nimprobité, était supérieur aux mondains qui le dévalisèrent au moyen de procédés\nque les lois n'atteignent pas. Mais le personnage n'en est pas plus intéressant,\net que d'efforts de la part de l'auteur pour le sauver, le soutenir, le rendre sym-\npathique ! S'il y a r r i v e , c'est en se servant d'un procédé indispensable aux\npeintres, mais dont on peut discuter l'opportunité en l i t t é r a t u r e . L'équité des\nsentiments du nabab n'est évidemment qu'apparente et relative. C'est par la\nvaleur des tons qui l'entourent que sa figure acquiert un c e r t a i n a t t r a i t . Au\nfond et moralement, il n'a pas même l'excuse de la passion, sa personne se dore\ndes millions qu'il a a m a s s é s , le but qu'il poursuit est d'une vanité étroite,\négoïste; on se demande si ce nabab moins favorisé par la veine n'eût pas été un\nobscur et brutal bandit et si Jenkins et de Mora, qui o n t , eux, l'excuse d'un\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "  348                            LA J E U N E BELGIQUE\n\n\ngrand amour, ne lui sont pas humainement préférables ? Bien que la réponse ne\nsoit pas douteuse, encore M. Daudet était-il en droit de présenter B e r n a r d\nJansoulet sous un jour favorable. Mais quelle valeur donner alors à cette ironie\ndont il fustige si cruellement certains personnages? Pourquoi glorifier le nabab\nqui prête tant au ridicule et qui obtient si justement ce qu'il mérite et s ' a c h a r n e r\nsur le raté dont les efforts sont stériles ? Tous deux souffrent cependant par la\nmême c a u s e , parce que tous deux veulent sortir de leur sphère intellectuelle, et\nla seule différence, s'il y en a u n e , est dans la diversité des mobiles, l'un é t a n t\nnoble, l'autre ne l'étant pas.\n   Cette contradiction résulte de la sensibilité même de l'écrivain. Il reçoit la\ndirection qu'on lui donne et selon qu'un sujet lui a u r a été présenté sous un\njour favorable ou ridicule il le rendra tel qu'il l'a reçu, sans contrôle. Cette\ncondescendance s'étend à toute chose et nuit beaucoup à son r e m a r q u a b l e\ntalent. Inconsciemment ou non, par n a t u r e peut-être, Alphonse D a u d e t reste\nun timide qui sacrifie au public. L a connaissance approfondie de l'homme\nqu'il a révélée en tant d'endroits faisait espérer une application plus virile de\nses moyens et quand il fait dire, quelque part, à l'un de ses personnages : « Ce\ndont il faut s'occuper c'est des apparences, il n'y a que cela qui compte », il\nne se doute pas que précisément les apparences sont le côté frappant de son\nœ u v r e . On se sert volontiers de ses r o m a n s , de leur aspect h o n n ê t e , de\nleur vérité de surface pour les opposer aux productions des esprits hardis\nqui étudient plus profondément la nature h u m a i n e . Personne n'a vu que\nsi M. Daudet obtenait une gamme si t e n d r e , c'était en déguisant ses\npersonnages , en dépeignant d'une plume exquise des enfants, des m a l a d e s ,\ndes souffreteux qui sont bons par la force des choses, ou des fortunés qui ne\ndoivent leur honnêteté qu'à la facilité de leur existence. On ne peut lui repro-\ncher d'avoir mis dans ses livres des figures honnêtes et des c œ u r s simples,\nmais la critique a le droit de d é m o n t r e r que si certains de ses personnages\nsentent bon, c'est par le parfum que le poète leur prête et non par celui de leur\npropre mérite. Nous espérons qu'un jour M. D a u d e t établira à son tour la vraie\nmorale et définira la vraie h o n n ê t e t é .\n     (La suite prochainement.)                                           F. NAUTET.\n\n\n\n\n                                  RONDEAUX\n                                              I\n\n                  POUR C É L É B R E R CHARLES DE COSTER\n\n                     Li Brabant sonne en ion livre, 6 Flamand,\n                     Comme un baiser sur des gorges fleuries ;\n                     Le mot, dans ta phrase, a l'effet charmant\n                     Que produit, dans la verdeur des prairies,\n                     L'aile battante et rouge d'un flammant.\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "                                     LA J E U N E        BELGIQUE\n                                                                                                      349\n\n                         Lorsqu'Uylenspiegel, robuste           gourmand,\n                         Pour sauver les Gueux s'arrache aux          frairies,\n                        Il émeut lu cloche, et, dans l'air       dormant,\n                                     Le Brabant sonne!\n\n                         Mais toi, — perdu dans un siècle assommant\n                         Où l'action se change en rêveries, —\n                         lin France, au balcon des hôtelleries,\n                         Un triste soir, tu pleuras simplement,\n                         Et fis l'aumône aux musiciens bramant\n                                     La Brabançonne ( I ) .\n\n\n                                                    II\n\n\n                         POUR         DEUX           ARGENTIÈRES\n\n                            La Belle Argentière, en son estably\n                            Tout prés du Ponl-Neuf,         comme une syrène,\n                            Emerge d'ung flost d'argent qui paslit\n                            Devant la blancheur de sou teinct de reygne.\n                            D'aubigné s'arreste, et dépose ung pli.\n\n                            Son maistre, le verd-gallani,       affoli,\n                            Provoque au combat, dans la molle aresne\n                            Que les clercs fascheux appellent un g lict,\n                                     La Belle     Argentière.\n\n                            Tandis que la blanche et rieuse lit,\n                            Le soyr tombe, et la Lune        souveraine,\n                            Qui sur les cstangs feit pasmer la raine,\n                            Argenté 1e faix du pignon sali.\n                            Le poële au ciel rist à sa marrayne :\n                                     La Belle Argentière !\n\n                                                                          ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n   (I) Le pauvre Charles De Coster, ce grand homme dont le nom déjà commence à resplendir, était d'une\ntouchante naïveté dans les choses de la vie. Un jour, des Parisiens ses amis lui jouèrent un tour. « Venez à\n'Paris, lui écrivit-on; il y a beaucoup d'argent à gagner : cent francs par jour en échange de copie. Seule-\nment cachez votre voyage, il y va de votre vie. »\n   De Coster partit pour Paris, enchanté de l'aubaine et peu soucieux du mystère. Arrivé à la grande ville,\nses amis, regardant avec inquiétude autour d'eux, le firent monter dans un fiacre dont ils baissèrent les\nrideaux; pendant de longues heures la voiture roula pour s'engouffrer enfin dans une cour où elle s'arrêta.\nOn fit descendre De Coster, puis par un petit escalier monter jusqu'à un grenier où l'attendait un repas,\nune rame de papier et des plumes. « Restez là, lui dit-on, et sous aucun prétexte, ne sortez, nous vous le\nrépétons, il y va de votre vie.— Bien, »fitDe Coster interloqué. On le laissa seul et durant plusieurs jours\nil travailla. On lui apportait ses repas. La fenêtre de la mansarde donnait sur une gouttière d'où le reclus\npouvait voir dans les profondeurs une cour où passaient des ouvriers.\n   Un soir qu'accoudé il regardait les toits au loin, un son monta jusqu'à lui :1a Brabançonne que jouait dan\nla cour un orgue de Barbarie. Cet air du pays absent monta comme un hymme, De Coster pleura silencieu-\nsement d'abord, puis jeta sa bourse, et, n'y pouvant plus tenir, courut embrasser le joueur d'orgue, un\nFlamand, et causa avec lui dans sa bonne langue natale.\n   Aussitôt les farceurs arrivèrent.» Malheureux, qu'avez-vous fait? » On le remit dans un fiacre, on le\nreconduisit à la gare du Nord et il rentra à Bruxelles sans avoir jamais compris.\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "  350                          LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n\n\n           NOUVELLES DE LA GRAND'ROUTE\n                                   LA ROUSSE\n\n                                                           A notre ami Léon Cladel.\n\n\n   Attelée au vieux cabriolet, la Rousse gravissait péniblement une côte acci-\ndentée et a r d u e , bordée d'ornières.\n   L e notaire de Bertinpré allait à quelques lieues de là fairel e réveillon chez\nun de ses riches clients. Enfoncé sous la capote du véhicule, le col entouré\nd'un épais cache-nez de laine, bouffi, le ventre arrondi en outre pleine, l'homme\nd'affaires tenait les guides d'une main, et de l'autre fouettait vigoureusement\nla Rousse qui, entraînée souvent par le poids du cabriolet, reculait au lieu\nd'avancer.\n    L a Rousse é t a i t une vieille j u m e n t à qui la couleur de sa robe avait servi\n de nom de baptême. Traînée sur le m a r c h é comme cheval de réforme après\navoir fourni une longue carrière dans l'armée, elle avait été achetée par un\ncultivateur qui l'avait mise au labour. Plus t a r d , par suite de différents trafics,\nelle était tombée entre les mains du notaire, son propriétaire actuel.\n     L a Rousse allait donc, glissant parfois sur la neige qui ne cessait de tomber\ndepuis trois jours ; soufflant des flots d'haleine blanche par ses naseaux frémis-\ns a n t s ; frappant le sol de ses sabots indécis ; l'œil vitreux ; les flancs moites ;\nl'oreille basse.\n    L a soirée était a v a n c é e . Déjà les cloches des églises voisines, toutes en\nbranle, jetaient dans l'air leurs sonneries graves ou joyeuses, ainsi qu'il convient\nles veilles de grandes fêtes. Les paysans, lourd-vêtus, chaussés de sabots\nrouges, les mains dans les poches, arpentaient la route à grands pas, pressés\nd'arriver à la chapelle paroissiale pour y entendre la messe et s'y chaufferies\npieds aux calorifères.\n    L e notaire songeait à l'oie grasse que l'on avait dû préparer en son honneur ;\nil entrevoyait les chapelets de saucisses et les t r a n c h e s de rôti, étalés joyeu-\nsement sur la table ; il pensait surtout à certaines bouteilles de vin vieux dont\nil avait goûté l'an passé et que les trois cent soixante-cinq jours écoulés depuis\nn'avaient pu que rendre meilleur. E t , se délectant à l'avance, il faisait bruyam-\nment claquer sa langue contre son palais, et son fouet sur l'échine maigre de\nla Rousse, qui décidément ne voulait plus faire un p a s .\n    L a Rousse peut-être aussi songeait à l'écurie tiède où elle aurait voulu se\nr e p o s e r ; au râtelier bourré de foin ; à la mangeoire comble d'avoine ; à la\ncouche de paille ; au repos... Et elle faisait un effort de plus, franchissant un\nfossé, se roidissant contre le choc des l o u e s , éreintée, fumante.\n    C'est qu'elle était bien vieille et bien chétive m a i n t e n a n t , la Rousse ! Il y\navait près de sept a n s , elle avait reçu en combattant une blessure au poitrail;\n"}, {"page_pdf": 452, "texte": "                                LA J E U N E BELGIQUE                                     351\n\n\n l'éclat de fonte avait profondément entamé les c h a i r s , et depuis elle souffrait\ntoujours. Plus âgée, à la c h a r r u e , elle avait connu l'aiguillon, et reçu, comme\non dit, plus de coups que de picotins. Aujourd'hui, elle crevait dans une hutte\nen planches, ayant pour toute provende les volées de fouet dont la gratifiait son\nmaître, avare d'autre chose.\n    Et à ce moment encore elle piétinait sur la neige glacée, l'échiné au froid,\navec les dentelures de son col ébréché et de sa croupe osseuse. Sans doute, au\nterme du voyage, elle serait bien r e ç u e , m a n g e r a i t tout son soûl, et coucherait\np e u t - ê t r e , — qui s a i t ? — sur une litière. Mais il fallait arriver jusque-là ; et\nc'était loin encore !\n\n\n\n\n   La lune, qui avait éclairé la campagne de lueurs livides, se cachait lentement\nderrière un a m a s de n u a g e s ; les cloches lançaient leurs dernières vibrations,\nqui s'éteignaient en bourdonnant dans les profondeurs de l'espace ; les paysans\ndevenaient rares ; la messe de minuit allait c o m m e n c e r .\n   Tout-à-coup, après plusieurs gémissements, la Rousse glissa et s'abattit\nlourdement d a n s la neige. L e cabriolet, avec sa capote r e n v e r s é e , penchait en\navant, les b r a n c a r d s allongés en ligne horizontale, t a n t la montée était r a i d e .\nL e notaire, pâle de frayeur, n'osait descendre du véhicule ; il frappait la Rousse\nqui ne bougeait plus. Alors il se mit à appeler du s e c o u r s .\n   U n villageois p a s s a .\n   — H é , l'homme ! lui cria-t-il ; faites un peu relever ma bête !\n   Le villageois se courba, prit la bride de la j u m e n t , et, après quelques se-\ncousses, parvint à la remettre sur pieds. P u i s , faisant deux, trois pas devant\nelle, il lui fit reprendre sa route.\n   — Merci, l'homme ! dit le notaire.\n   Le villageois s'éloigna.\n   L a Rousse avait repris son allure, mais on voyait qu'elle n'irait plus bien\nloin ainsi. De grosses gouttes d'eau roulaient de ses yeux et de ses naseaux ;\nses lèvres se couvraient d'une écume rougeatre et sa tète branlait à chaque\nmouvement comme prête à tomber.\n   Elle était presque arrivée au h a u t de la côte ; quelques m è t r e s encore et\nelle allait trotter sur une route plate, en secouant sa crinière désordonnée\ncomme aux jours des batailles ; déjà elle apercevait les lumières de l'église à\ntravers les vitraux peints, et la rosace à fleurons bleus et rouges ; enfin, elle\nallait se reposer à l'écurie hospitalière...\n   Brusquement, elle donna du sabot contre un obstacle, glissa, recula, fléchit\net s'abattit de nouveau sur la r o u t e .\n   Cette fois c'était trop fort ! cette s a t a n é e bête é t a i t entêtée comme les mules\nses belles-sœurs! L e notaire, fou de fureur, frappait et jurait tout à la fois. Ce-\npendant la Rousse ne bougeait pas. Elle était étendue sur le sol, les jambes\nreployées sous elle, la tète tombée, à l'abandon. Elle soufflait encore, moins\nfort pourtant ; son corps, cerclé de côtes ainsi qu'une futaille, ruisselait de sueur\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": "  352                          LA JEUNE BELGIQUE\n\nfumante ; la bave gluait à ses lèvres entr'ouvertes, laissant voir deux rang»\nde dents longues et jaunes, signes incontestables de vieillesse.\n   Le notaire lui aussi écumait; n'allait-il pas être obligé de poursuivre son\nchemin à pied ainsi qu'un vulgaire garçon de ferme ! Les fidèles avaient gagné\nl'église, et pas un être ne se montrait à portée du regard.\n   Un peu plus loin, vers la courbe de la route, le bâtiment religieux ouvrait\nen ogive ses yeux illuminés de clartés bizarres, et découpait sur le fond gris\ndu ciel les arêtes vives de ses toits et de son clocher gothique. Parfois, lorsque\nla porte principale s'entrebâillait, les notes graves de l'orgue arrivaient jusqu'à\nl'oreille du notaire qui, désespéré, gratifiait d'un dernier coup de pied sa jument\nfourbue, et tournait sur place, en foulant la neige qui grésillait sous ses pas.\n   Pauvre Rousse ! les paupières à demi closes, l'haleine éteinte, la peau\nplissée comme une toile mouillée sur sa charpente anguleuse, elle restait inerte,\ninsensible au fouet comme à la voix; gelée, brisée, morte presque.\n\n\n\n   Soudain, un bruit de cuivres résonna dans la campagne ; un écho de fanfare\nlointaine retentit, affaibli mais distinct. Alors la Rousse dressa l'oreille.\n   Puis, brusquement, comme galvanisée, elle souleva par un effort puissant sa\ncroupe meurtrie, dégagea ses membres, et partit au galop, traînant derrière elle\nle sombre cabriolet dont la capote se balançait de droite à gauche, au gré des\nbuttes et des ornières.\n   Un ressouvenir de guerre avait peut-être réveillé la Rousse ; et la trompette,\nseul commandement auquel sa jeunesse militaire eût obéi, avait fait plus que\nles coups de pied et les jurons de son maître.\n   Elle alla ainsi durant quelques minutes, et se perdit dans l'obscurité du\nchemin.\n\n   Le lendemain, comme le notaire s'en retournait pédrestement à Bertinpré, il\ntrouva la Rousse étendue au bord d'un fossé. Le cabriolet aussi était là.\nL'homme d'affaires regarda la voiture et constata qu'elle avait peu souffert.\nCela le rassura.\n   Alors il courut chercher un charron. Quand celui-ci arriva, on fut obligé de\nprendre un merlin pour détacher du sol les membres de la Rousse, gelés et\nenfoncés dans la neige.\n   Le cabriolet fut réparé, et reprit la route de Bertinpré, attelé d'un vigoureux\ncheval normand. Quant à la Rousse, l'équarrisseur n'en voulant point, on jeta\nson cadavre décharné à la voirie sur le fumier.\n                                                                         MARIUS     RÉTY.\n\n\n\n\n              Imp. Centrale, VAN ASSCHE, dir.-gér., I, rue d'Arenberg, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 454, "texte": "CIRAGE JACQUOT ET JACQUAND, Vprixe n t eet enconditions\n                                                 gros a u x mêmes\n                                                        qu'à P a r i s ,\nH . et F . V A N G H E L U W E , 4, rue A g n e e s s e n s , Bruxelles,\n\n\nPLUS DE COPEAUX. 40P r o pfois\n                           r e t é , é c o n o m i e , allume-feu sans pareil. 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W A E R S E G E R S , bandagiste des hôpitaux et de l'armée, c o m m a n d e u r et chevaiier de\nplusieurs ordres pour service rendus à l'humanité, 3 5 , place Verte, A N V E R S .\n\n\nCAPITAUX A PLACER EN 1\" ET 2\" RANG, A 4 l/2 ET 5 °/ . — ACHAT\n                  NUES-PROPRIÉTÉS ET RENTES VIAGÈRES.\n                                                                                                     0\n\n\n  S'adresser J . H U E T , boulevard du N o r d , 17, Bruxelles.\n\n                                                  68, B O U L E V A R D D U N O R D , B R U X E L L E S .\nRestaurant du S P O R T ,                            Ouverture le 21 mai p a r A d . C O U C O G N E ,\nex-maitre d'hôtel des p r e m i è r e s maisons deBruxelles et d ' O s t e n d e .\n  D î n e r s à prix fixe et à la carte. V i n s des meilleurs crûs. Service soigné.\n\n\n            LIBRAIRIE                                                  Fonds de Magasins\n\nA, C H R I S T I A E N S                       F I L S FABRICANTS-NEGOCIANTS\n        38, Rue d'Arenberg, Bruxelles\n                                                                 Toutes      marchandises               avariées      et\n   VENTE ET        ACHAT D E LIVRES N E U F S          ET   m a g a s i n s e n t i e r s a c h e t é s au      comptant\nD'OCCASION. —         ACHAT D E          BIBLIOTHÈQUES      dans le plus haut prix, p a r J . V O M B E R G ,\nAU C O M P T A N T . — GRAND CHOIX D E           LIVRES     r u e d e s F o u l o n s , 11, B r u x e l l e s .\nILLUSTRÉS E T A U T R E S . — DÉPÔT DES            PRIN-    GUÉRISON\nCIPAUX É D I T E U R S D E P A R I S .                                   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R i e n de commun avec la Chaussure Americaine\n        Eleveuses depuis 35 francs.\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "   DATE COFFEE                                      Ce café, tant recommandé par\n                                                 les médecins les plus célèbres de\n                                                 tous les pays,\n\n\n                                              NE COÛTE PLUS RIEN\n     Son prix est remboursé par des billets que vous pouvez\n     immédiatement utiliser comme argent comptant.\n        En vente chez les principaux négociants de la Belgique, en\n     boîtes de fer-blanc, au prix de fr. 1-50 et 1-88 le 1/2 kilog, boîte\n     comprise. Les boîtes vides seront reprises à raison de 10 centimes\n     pièce. — Pour le gros, s'adresser à T H E B E L G I A N D A T E\n     C O F F E E C° (Limited), 35, rue de Malines, Bruxelles.\n\n     A LA BASCULE                                           FABRIQUE D'APPAREILS D'ÉCLAIRAGE\nAncienne Maison HEYMANSj hameau de Vleurgat (Uccle)\n              2 et 4, coin de la chaussée                               4 5 , RUE DES CHANTEURS\n     de   Waterloo, près du bois de la    Cambre\n                   REOUVERTURE                                     PRÈS LA GARE DU NORD,    BRUXELLES\nDE        L'ESTAMINET-RESTAURANT\n      par Ferdinand V A N D E R R I V I È R E                           G.      SCHOONJANS\nGrande salle de 200 couverts pour banquets, dîners\n   de noces et fêtes de sociétés. — On prend des            Lustres, Suspensions, Candélabres\n   pensionnaires.                                            Girandoles, Lanternes, Pendules,\nC h a m b r e s et .quartiers garnis et n o n g a r n i s\n                                                             O b j e t s d'art, etc. — F o y e r s à g a z . —\n                                                             F o u r n i t u r e de compteurs. — Place-\n          à louer. — Ecurie et remise pour                   ment de tuyaux.\nc h e v a u x et voitures. — Prix très modérés.\n\n                                       P L U S DE DOS RONDS\n                       Agent général pour la Belgique de la BRETELLE AMÉRICAINE\n                                                {Brevetée)\n\n                                             TILQUIN\n                                    Galerie de la R:iner      5,     Bmxelîes\n                         La Bretelle américaine élargit la poitrine, tient k s épaules\n                       droites soulage le dos et les hanches en soutenait les jupes et\n                       le pantalon, écarte toute tendance au dos rond, produit une\n                       libre respiration, renforce la voix et les poumons, et donne un\n                       bien-être à ceux qui en font usaee. Prix : tr. 3-50, 5, 7-50, 10,\n                       12 et 15. — Plus de Jarretière qui engendre les varices. Nouveau\n                       P O R T E - B A S américain laissant la circulation du sang libre.\n                       Remise au commerce. — Prix : 2, 2-50, 3, 4 et 5 francs.\n\n                           Seule Maison en Belgique où l'on fabrique spécialement le\n\n                                  POSTICHE D'HOMME\n                         Dernière perfection et du plus grand naturel\n                          TOUPETS ET PERRUQUES DE 10 A 100 FRANCS\n                         Ouvrages artistiques en cheveux. Bijoux, Cadres, Souvenirs, etc.\n\n                               Galerie de la Reine, 5, BRUXELLES\n\n  NOUVELLE DÉCOUVERTE (le Pogonotome) R A S O I R M É C A N I Q U E .\nToute personne peut se servir de ce rasoir sans aucune crainte de se couper.\n—Agent général : TILQUIN, Galerie de la Reine, 5, Bruxelles. — Prix : fr. 5 et\n7-50 avec lames de rechange (Remise au commerce).\n  R A S O I R S ANGLAIS de Sheffie'd, garantis à l'épreuve.-Tout rasoir peut être échangé jusqu'à entière\nsatisfaction de l'acheteur, sans rétribution.\n\n                Imp. Centrale, A. VAN ASSCHE, Dir.-Gér. 1, rue d'Arenberg, Bruxelles.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1882-10-15", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 436."}}