{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1882-11-01-n23", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-11-01-n23-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE PARAISSANT LE 1er", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE Les Protégés de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 456, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 245, "texte": "LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n             PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n\n2me Année                   N° 2 3 — Ier Volume                       Ier Novembre 1882\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-11-01-n23-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE Les Protégés de ma Grand'Mère", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le Numéro : 25", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 456, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 245, "fin_caractere_exclue": 812, "texte": "SOMMAIRE\n    Les Protégés de ma Grand'Mère (Fin) .       .   .       .   GEORGES EEKHOUD.\n    Le Jour des Morts (Croquis de Cimetière)        .       .   EMILE VERHAEREN.\n    Sonnet d'Aurore                                             ALBERT GIRAUD.\n    Alphonse Daudet (Fin)                                       F . NAUTET.\n    SONNETS : Rêve d'Idylle. — La Fée       .   .   .       .   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Les abonnés nouveaux reçoivent les numéros parus.\n  Il est tiré de chaque numéro de la REVUE Vingt-cinq Exemplaires numérotés sur splendide papier\n Hollande et UN SEUL sur papier du Japon.\n       PRIX DE L'ABONNEMENT \\                   Sur          Hollande         10        Francs.\n                                          Sur Japon                                20     »\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-11-01-n23-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Aux lecteurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "AUX L E C T E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX L E T", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 457, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 696, "fin_caractere_exclue": 1083, "texte": "AUX L E C T E U R S\n   Voici le résultat du poil que nous avons ouvert au sujet du\nmode de publication de la Jeune Belgique. Sur nos 820 abon-\nnés, 397 se sont prononcés pour la mensualité, 15 seulement\nont voté pour le Statu quo. En conséquence, à partir du\n1er décembre prochain la Jeune Belgique paraîtra par livrai-\nsons mensuelles de 40 pages environ.\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-11-01-n23-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX L E T T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 457, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1083, "fin_caractere_exclue": 2970, "texte": "BOITE AUX L E T T R E S\n   Un partisan de la mensualité nous envoie l'aimable rondeau que voici :\n\n                             A la Rédaction de la Jeune Belgique\n                Je vous dis oui, Messieurs- Mais voilà : quand f y pense,\n                Un mois tans la revue est bien longue abstinence;\n                Nous ne pourrons jamais supporter ce tourment-\n                Vous êtes bien cruels pour vos lecteurs, vraiment !\n                Ce n'est que trente jours, dites-vous!-.. Cest immense !...\n                Pourtant faire voter ses abonné s, f avance\n                Que c'est fort bien trouvé. Pour lors, avec décence,\n                Jamais je ne pourrais vous répondre autrement\n                                       Je vous dis oui.\n                J'ajouterai ceci : que j'ai cette espérance\n                Qu'un jour votre journal aura la contenance\n                De notre autre Revue et ce sera charmajtt i\n                Au revoir donc, Messieurs, dans un mois seulement.\n                Au revoir donc, et vous Souhaitant bonne chance :\n                                        Je vous dis oui.\n                                                                          EUGÈNE SAMUEL.\n\n\n   E. D., à Courtrai. —Ainsi que nous avons déjà eu l'honneur de vous le dire, votre\n commission a été remise à Rozez ; adressez-vous à lui, s. v. p.\n   Nell. — Tiens, c'est toi, Mathieu, comment vas-tu, ma vieille ? Ton histoire est très-\n drôle et nous comptons bien l'insérer. C'est égal, je ne me serais jamais douté que tu\n entretinsses des relations avec la Muse. — Oh ! en tout bien tout honneur !\n   J. G.t à Ixelles. — Beaucoup d'entrain dans votre monologue, mais comme idée, c'est\n bien faible.\n\n\n\n\n   Depuis le I er octobre nos bureaux liégeois sont transférés à la Librairie polytech-\n nique de MM. 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Maintenant nous nous informions\naussi de Ton, ce qui semblait embarrasser la brunette. Les nouvelles\ndu garçon étaient réjouissantes ; malgré la morte-saison il trouvait de\nl'emploi chez un entrepreneur et touchait de gros salaires. Une seule\nchose le chagrinait : les ouvriers que son baes engageait étaient des\nWallons, des Namurois pour la plupart, qui avaient pris en grippe,\ncomme un intrus, Ton, le seul Flamand de l'équipe. Heureusement le\ngaillard était de taille à les tenir en respect et leur malveillance res\ntait sourde et sournoise.\n   Un matin, grand'mère attendait Rika, pour des commissions\npressantes. L'heure était déjà passée depuis longtemps, lorsqu'un\ncoup de sonnette familier nous annonça l'arrivée de la retardataire.\nElle avait couru, elle était essoufflée; son visage décomposé, qui por-\ntait des traces de larmes, frappa bonne-maman, et au lieu de la\ngronder celle-ci la questionna avec sollicitude. Rika éclata en san-\nglots ; puis elle nous raconta à travers ses pleurs, comment une\nbataille avait eu lieu le matin dans le chantier : à propos de la dis-\ntribution du travail, ils s'étaient jetés trois contre un sur le pauvre\nTon; celui-ci, pris à l'improviste, s'était défendu de son mieux, mais\npoussé traîtreusement près d'un baquet de chaux vive il était tombé\ndonnant de la tête contre un coin du baquet et se blessant au-dessus\nde la tempe. S'il ne mourait pas il risquait fort d'être borgne pour la\nvie, une éclaboussure corrosive ayant atteint l'œil gauche. Rika avait\naccompagné jusqu'à l'hôpital la civière dans laquelle on transportait,\nbaigné dans son sang, le gars sans connaissance. Mais on n'avait pas\nvoulu la laisser pénétrer dans l'établissement : la grande porte s'était\nrefermée brutalement sur elle. Et Lôke, malade, ne pouvait quitter\nle lit ! Et Joost ignorait encore ce terrible malheur, que Rika appre-\nnait dans la rue en se rendant chez nous !\n   Ma grand'mère s'efforça de rassurer la désolée : \" N e pleurez pas,\nRika ! Nous ferons en sorte de le guérir ! Tu l'aimes bien, ton Tony !\n   — Oh! oui, madame, que je l'aime !» s'écria la pauvre fille avec une\nchaleur qui trahit sa réserve habituelle, et elle cacha aussitôt son\nvisage transfiguré dans un coin de son tablier.\n   Bonne-maman lui donna congé afin qu'elle pût avertir ses parents\n   1er Novembre 1882.                                           23\n"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2681, "texte": "  354                    LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n  et soigner la vieille femme. Pendant ce temps, moi, je devais prendre\n à l'hôpital des nouvelles de notre blessé et le recommander au per-\n sonnel.\n    Je fus conduit directement, après avoir traversé la cour, par des\n escaliers sombres et de mornes couloirs, au lit de notre Ton devenu\n le n° 55, dans une vaste salle blanche. Le plafonneur dormait d'un\n sommeil agité par la fièvre ; il prononçait des paroles incohérentes et\n battait des bras. Son visage était à moitié caché par un double ap-\n pareil couvrant l'œil atteint et la blessure.Ce que j'en voyais prenait\n tour à tour des pâleurs blafardes et des rougeurs vineuses. L'aspect\n du sympathique garçon me navra. Tandis que l'infirmier me rensei-\n gnait à voix basse, Ton se réveilla et, m'ayant aussitôt reconnu, une\n grande joie brilla dans l'œil découvert. Ceci me parut de bon augure.\n Il voulut parler, mais je lui recommandai le silence. Il tendit alors\n ses mains vers moi pour presser affectueusement les miennes. \" Ah !\n Monsieur Charles... », balbutiait-il. Je le réconfortai de mon mieux,\n ce qui me fut d'autant plus facile que les médecins m'avaient dit\n répondre non seulement de sa vie, mais encore de son œil malade.\n Deux lignes plus bas, la blessure l'eût tué sur le coup ; mais le crâne\n n'avait pas été atteint ; il en serait quitte pour quelquesjours de diète\n et de repos.\n    Je rapportai donc l'espérance à la maison où Rika, anxieuse, était\nretournée. Le diagnostic du médecin se vérifia par l'événement.\n    Trois semaines après la rixe Tony retournait au chantier. Son bon\nregard avait encore pour le servir deux limpides prunelles bleues et\nles mèches folles de ses cheveux cachaient lablessure fermée : ainsi un\nterreau généreux couvre d'herbe drue la place où on le remua. Le\nbaes avaitcongédiélestroisagresseursde Tony, qu'il remplaça par des\nFlamands.\n    On aurait pu croire que la guérison du jeune homme réjouirait la\nfantasque Rika. A notre grande surprise, à mesure que la conva-\nlescence du blessé avançait, elle devint de plus en plus dolente. Main-\ntenant elle semblait inquiète et évitait de se trouver sous les yeux de\nbonne-maman ou de Siska. Ses traits étaient tirés, ses joues blêmes;\nses yeux cernés de bistre prenaient une expression craintive. Bonne-\nmaman la surprit à diverses reprises dans les larmes. Elle la pressa\ndoucement pour avoir l'explication de ces allures bizarres. Rika\nrépondait invariablement «qu'elle n'avait rien, que cela passerait. »\nLorsque froissée par cet entêtement la compatissante dame se fâchait,\nc'étaient chez la jeune fille de véritables crises nerveuses qui décou-\nrageaient notre sollicitude.\n"}, {"page_pdf": 460, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "                         LA JEUNE BELGIQUE                           355\n\n     Nous en fîmes l'observation à Lôke. La mère ne tirait pas davan-\n tage de l'affligée. « C'est une cachotière, une entêtée, une mauvaise\n fille ! disait la vieille. Elle n'a jamais été grande bavarde, comme\n vous le savez, Madame ! Qu'elle use son chagrin en travaillant :\n voilà tout. Nous n'avons pas le temps de nous occuper de ces\n lubies !\n    — Lubies ! Lubies ! observait l'aïeule en branlant le chef. Histoire\n d'amour, plutôt ; ne croyez vous pas, Lô ?\n    — Il ferait beau voir qu'elle eût des idées, à son âge, la gamine !\n Non, pour cela j'en réponds. Elle n'est rien coureuse. Elle ne voit la\n rue que pour se rendre ici ou à la blanchisserie... Jamais un galant\n ne s'aventurerait sur le seuil de notre porte... Une fois, Tieste, le ci-\n garier, l'a accostée lorsqu'elle s'en retournait, le soir. Il ne recom-\nmencera plus; un mot, gros depromesses, de notre Ton l'adégoûté de\nses poursuites. Allez, Madame, elle est bien gardée ! »\n    Les tentatives d'explications en restèrent là. On ne voyait Tony\n que fort rarement. Le dimanche matin il lui arrivait, n'ayant pas\nd'ouvrage, de prendre les commissions à la place des deux femmes.\nJe lui ouvris un jour et remarquai que lui aussi, avait l'air sérieux et\npréoccupé. Le radieux compère qui me regardait toujours en face af-\nfectait de baisser les yeux en me parlant et tournait sa casquette de\nsoie neuve entre les doigts. — Vous êtes bien fier, Ton, dans vos ha-\nbits de dimanche ? lui dis-je.\n    Il eut un sourire forcé et, sans répondre directement, il s'éloigna en\nme disant précipitamment « bonjour ».\n    Il faut avoir connu la vie régulière, un intérieur patriarcal, comme\nle nôtre, pour comprendre combien les petits événements prennent de\nl'importance dans ces conditions. Pour nous c'étaient des personnages\nque la famille de Lôke et il nous suffisait de savoir que la peine visi-\ntât quelqu'un de la communauté pour que nous en fussions affectés\nnous-mêmes et bonne-maman plus que tout autre.\n    Je m'étais toujours tu sur la scène du baiser, mais je me la repré-\nsentais souvent et plus j ' y songeais plus il me semblait que la tristesse\nde Rika et la réserve de Ton avaient des causes auxquelles l'amour ne\ndevait pas être étranger.\n    Un incident fortuit acheva de m'édifier, et les autres profanes avec\nmoi, sur le roman de notre couple :\n    — Madame, dit un matin la pauvre Lô avec une hésitation visi-\nble... vous êtes si bonne que j'ose recourir une autre fois à vous... »\n    E t comme l'aïeule l'encourageait :\n    « Madame, il y a longtemps que nous avons songé à acheter un\n"}, {"page_pdf": 461, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "  356                    LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n lit... La dépense est grosse... Or, vous le savez, nous sommes quatre\n à la maison et nous n'avions que deux couchettes, dont un lit de camp\n que nous devons à la générosité de Madame.\n    — Oui, je comprends, dit bonne maman, ce pauvre Ton a dû cou-\n cher longtemps \"paillasse par terre » et cela commence à le fatiguer...\nje concois. »\n    Lôke vit sans doute un reproche dans cette observation de sa pro-\n tectrice, car ce fut sur un ton de demi-protestation qu'elle répondit :\n \" Pardon, Madame ; nous n'aurionsjamais permis cela ; les enfants\n ont toujours couché ensemble jusqu'à présent... Du même berceau ils\n passèrent clans le même lit... Mais voilà quatre mois, notre Joost, mon\nhomme, me prit à part : « Lô, qu'il me dit, les enfants sont encore\ncomme desagneaux du bon Dieu, je mettrais ma main au feu qu'ils ne\nsongent jamais à mal. La nuit, quand je ne dors pas, je colle\nl'oreille àla cloison et j'entends ronfler Ton comme mugirait un jeune\ntaureau et aussi chanter la respiration égale de notre fille. Braves\npetits ! que je me dis en riant, plein de confiance, et je me rendors...\n Mais c'est égal, continua Joost, c'est que les petits ont grandi furieu-\nsement. Ton va avoir dix-neuf ans. On est presque un homme quand\non gagne des journées de deux francs ; et Rika entrera ce mois dans\nsa dix-septième année... C'est pour te dire que nous ferions peut-être\nmieux d'acheter un lit de plus... Avec nos épargnes et quelques francs\nque Madame nous avancerait... •>\n    Lô s'arrêta. Bonne-maman, qui avait écouté sans interrompre la\nconfidence de Lô, lui dit avec un fin sourire plein d'indulgence et de\nsympathie :\n   — Joost n'avait pas toujours l'oreille au mur, n'est-ce pas ?\n   — Que voulez vous dire ? fit Lô.\n   — Je veux dire, Lô,qu'à votre place,je n'achèterais pas ce troisième '\nlit et que je mettrais en état le berceau des deux petits.\n   — Oh ! c'est impossible ! s'écria Lô, qui comprenait enfin. Et ce-\npendant ! Ah le vilain ingrat ! ah ! la fille dénaturée, ah ! le voleur de\nnotre bon renom !\n   — Je n'affirme rien, reprit bonne-maman, mais il me paraît impos-\nsible que deux jeunes gens vivent ainsi côte à côte sans s'aimer. Naïve\nLô, vous ne cherchiez pas le loup au dehors ; Ton faisait bonne garde\net tenait à distance les cigariers entreprenants. Il avait d'excellentes\nraisons pour cela... E t maintenant cette tristesse de Rika, cet air em-\nbarrassé de Ton. Ou je me trompe fort, Lô, ou votre lit vient trop tard.\n   — Quel malheur ! quel malheur ! répétait Lô véritablement atter-\nrée. Et cet imbécile de Joost avec sa confiance ! Et Ton n'a pas en-\n"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2288, "texte": "                         LA JEUNE BELGIQUE                            357\n\ncore tiré au sort. Pourvu que ces deux hommes ne se prennent pas aux\ncheveux. Que faire, Madame ?\n  — Allons, allons... Lô ! Ne vous désolez pas ainsi. Le malheur\nn'est pas si grand, que diable! Tôt ou tard vous les auriez unis, n'est-ce-\npas ? La nature a pris les devants sur le curé : voilà tout. Retournez\nchez vous. Tirez l'affaire au clair. Puis il ne vous restera qu'une chose\nà faire, c'est de marier au plus vite les polissons. Vous comprenez, il\nserait fâcheux que le baptême eût lieu avant la noce...»\n\n  Ah ! l'excellente femme, comme elle comprenait la jeunesse,\ncomme elle conservait la religion de l'amour ! Je me souvins plus\ntard de 1'accent chaud et attendri qui accompagnait ces avis un peu\nrailleurs, lorsque je retirai, à sa mort, d'un coin de tiroir un petit\nécrin en médaillon et qu'ayant ouvert celui-ci, je découvris la minia-\nture d'un aristocratique jeune homme, correctement vêtu du jabot\nde dentelles et de l'habit bleu barbeau à boutons d'or. Elle m'avait\nsouvent raconté, mais sans jamais me montrer le portrait, qu'un An-\nglais accompli la recherchait en mariage, lorsque la bataille de\nWaterloo les sépara pour la vie. Et j'ignore pourquoi j'associai l'in-\ndulgence de mon aïeule pour les amours satisfaites de nos jeunes\nrustres au mélancolique regret qu'elle gardait de sa liaison à elle\nrompue par une balle française\n\n   Il fut fait ainsi qu'avait dit l'excellente femme. Elle avait deviné\njuste ! Rika et Tony avouèrent. Joost essaya de se fâcher, mais n'y\nparvint pas. Sans se contraindre, Rika sejeta, en présence de ses parents,\nau cou du blond séducteur ; elle cacha son visage dans la poitrine du\njeune homme, qui la pressait contre lui et promettait d'être pour elle\nle protecteur que l'orphelin avait trouvé dans cette maison.\n   Ils étaient mariés depuis trois mois quand Tony fut père d'une jolie\nfillette.\n   « Eh bien, que vous en semble, monsieur le poète, me disait mon\naïeule en me rappelant maintes fois cette naïve aventure, n'y-a-t-il\npas une idylle à tirer de ces amours candides?\n   — Chère aïeule, si généreuse aux malheureux, elle est racontée\nl'idylle et je la dépose sur ta tombe. »\n\n\n                                            GEORGES E E K H O U D ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-11-01-n23-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 358, "page_fin": 360, "titre_corps": "Le Jour des Morts (Croquis de Cimetière)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "LE JOUR DES MORTS", "ancre_fin": "EMILE VERIIAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNET D AURORE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 463, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 1754, "texte": "L E JOUR DES M O R T S\n                       (CROQUIS D E C I M E T I È R E )\n\n\n                                      I\n                     CAVEAU SEIGNEURIAL\n      Dorment là des marquis, des princes, des comtesses.\n      Or, le plus vieux d'entre eux, vient à pas de filou,\n      La nuit, sur un signal parti je ne sais d'où,\n      Inviter à son bal macabre leurs altesses.\n      Et chacun d'observer les raides politesses,\n      Au sortir des cercueils revêtus d'acajou,\n      De présenter le bras, de plier le genou,\n      Et de dire des mots pleins de scélératesses.\n      Des amours de cent ans, de marquise à baron,\n      Que ce vaste caveau retient ensevelies,\n      Y viennent refleurir sur des lèvres pâlies;\n      Et pendant les repos de sauterie en rond,\n      Dans les coins noirs, on voit f aire de folles choses,\n      Par des squelettes verts à des fantômes roses.\n\n                                     II\n                          TOMBE RICHE\n      Quatre piliers romans de massivité telle,\n      Qu'ils porteraient le poids d'un temple égyptien,\n      Donnent, chargés d'un faux tympan corinthien,\n      Par trois degrés de pierre entrée à la chapelle.\n      Les murs sont revêtus de marbre blanc drapé.\n      Un jour colorié f ait tomber de la voûte\n      Des taches de clarté mobile, goutte à goutte,\n      Et partout le carreau rosâtre en est jaspé.\n      Souvent, pour un cercueil heurtant à cette tombe,\n      La dalle du milieu se soulève et retombe :\n      C'est là que sont gravés les noms de chaque mort,\n      Ses écussons fleuris, ses titres, sa louange ;\n      Et que debout dans sa robe d'airain, un ange\n      Tient levés des flambeaux de bronze, allumés d'or.\n"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1541, "texte": "                 LA JEUNE BELGIQUE                        359\n\n\n                          III\n\n               TOMBE DE BOURGEOIS\n\nSous un cube de verre enbué, que blinda\nQuelqu'étameur, fils du défunt, les immortelles\nJaunissant de leur paille un cornet en dentelles,\nSèchent auprès des lys piqués de réséda.\nUn angelet de grès qu'attache un ruban rose,\nPlane d'un vol joyeux sur ces bouquets défunts,\nEt semble un oiseau dans cette cage à parfums,\nQui poursuit un insecte au fond d'un cœur de rose.\nEmblêmes de piété, couronnes en fer-blanc,\nSont mis aux pieds d'un Christ, qui saigne, plaie au flanc.\nOr, pendant les jours gris de la dernière automne,\nUn grand vent arracha le Sauveur de sa croix;\nDepuis, c'est le portrait du mort, face luronne,\nQui pend aux clous du Christ sur le gibet de bois.\n\n                          IV\n\n                  TROU DE GUEUX\n\nLe vieux! Voici la fosse où git sa carapace,\nMais dans son coin boueux de funèbre       chantier,\nIl n'aura pas fini de pourrir tout entier,\nQu'un autre mort viendra le chasser de la place.\nEn attendant, si l'on creuse pour la carcasse\nD'un grand homme, un caveau de prince ou de rentier,\nC'est sur sa tombe à lui qu'on pétrit le mortier,\nEt qu'on jette à pleins seaux les débris et la crasse.\nTout cela le dérange au fond de son charnier,\nD'autant que chaque nuit, l'outil d'un chiffonnier,\nSaccage ces amas gluants de ses morsures,\nEt qu'à la puanteur accourent à foison\nDes chiens errants, qui dans la touffe de gazon\n— La seule croissant là — lâchent leurs jets d'ordures.\n"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 944, "texte": "36o                  LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n\n                                V\n\n                        CLAIR DE LUNE\n\n      A voir ce tombeau mort, on dirait d'un fumier,\n      Tant il paraît lépreux et vert de moisissure,\n      Tant la bise d'automne a fendu sa voussure,\n      Tant l'hiver a troué son dallage en damier.\n      Roses peintes, bouquets gommés, croix abattues,\n      Bric-à-brac des défunts oubliés, gisent là,\n      Et de ce tas dé fleurs, que le temps décolla,\n      Sortent des fûts de cippe et des bras de statues.\n      Mais dès que les nuits sont claires, les feux     follets\n      Dansent de nébuleux et bleuâtres ballets\n      Autour de ces débris de tombe dévoûtée;\n      Et des taches de lune et d'insectes luisants,\n      Les sèment de cristaux, de ronds et de croissants,\n      Et les f ont refleurir d'une flore argentée.\n                                           EMILE V E R I I A E R E N .\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-11-01-n23-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 360, "page_fin": 360, "titre_corps": "Sonnet d’Aurore", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "SONNET D AURORE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 465, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 944, "fin_caractere_exclue": 1753, "texte": "SONNET D'AURORE\n      Mignonne, c'est l'instant d'écarter nos volets,\n      Et de nous accouder aux fenêtres ouvertes :\n      L'herbe, au lever du jour, a des tendresses vertes,\n      Et l'arbre bourgeonnant, des espoirs violets.\n      Au ciel gris, des brouillards flottent comme des ganses ;\n      Et des nuages blonds, aux naissantes clartés,\n      Vaguent en étirant leurs moites nudités,\n      Dans ce déshabillé d'éveil, plein d'élégances.\n      Le jardin par fumé fleure comme un sachet ;\n      Le silence frémit comme sous un archet,\n      Et les valses de l'air ont des douceurs de flûte.\n      L'ombre s'enfuit, — vaincue et lasse de la lutte,\n      Et l'Aurore en son blanc falbala de satin,\n      Effeuille dans le bleu les roses du matin.\n                                           ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-11-01-n23-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 361, "page_fin": 364, "titre_corps": "Alphonse Daudet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. 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Il serait donc juste de dire que les mauvaises\nthèses sont seules condamnables. Les quelques parnassiens qui ont observé\nrigoureusement le principe et qui ont tenté de donner à l'art le rôle d'un fakir\nluxueusement paré, s'étendant sur des coussins moelleux, dans une noble indif-\nférence, en sont morts littérairement. L'art est un agent de l'humanité, les\ngrands artistes sont ceux qui en expriment le mieux les joies, les espérances\nou les peines ; la consolent, la fustigent ou l'éclairent.\n   Daudet s'est réservé le rôle de consolateur. Il aime les hommes, certains\nspectacles l'écœurent, certaines cruautés l'indignent, son âme généreuse\ns'emeut et se révolte ; de là cette belle indignation à laquelle on ne peut\nreprocher que la faiblesse du vol. Puis quand tout se détraque, quand ce\nbesoin de vérité à la fois affreux et superbe qui nous domine nous montre le\nvide de tant de choses, les rides sous le fard, la bêtise sous l'honnêteté, l'hypo-\ncrisie sous le masque de la vertu ; quand l'homme pleure sur lui-même à la vue\nde tant de hontes, quand à être si clairvoyant aucune apparence ne peut le\ntromper, Daudet nous introduit au sein du tranquille refuge épargné. Il évoque le\ndoux visage d'Aline Joyeuse, il nous mène dans la chambre du sixième étage\noù André de Maranne dore de ses illusions généreuses le manuscrit de Révolte,\npuis il nous dit, non sans une certaine naïveté : Voilà le bonheur, voilà l'honnê-\nteté, voilà la pureté ! Oui certes, elle est réelle et pure cette gentille figure de\nBonne maman, oui il y a des de Gery généreux et des André de Maranne hon-\nnêtes et ce qui mieux est le restent, car il est de certaines régions intellec-\ntuelles où l'on se purifie quand on s'y maintient avec la foi et l'amour. Oui, nous\nsavons que la jeunesse est souvent enthousiaste et toute de bonté. Mais quel\nmérite a-t-elle à l'être? A-t-elle été atteinte par l'usure de la vie, les soucis de\nl'argent et les compromis que commande le besoin? Contre quel obstacle a-t-elle\ntrébuché? Toutes nos sympathies doivent-elles se reporter sur les gens qui\nvivent d'une vie sans secousse, s'aimant entre eux d'un amour dont la pureté\nest relative puisqu'il est égoïste ? Certes, non. L'esprit moderne veut élargir\nle sentiment de la justice et cet esprit, M. Daudet l'ignore. Ses tableaux ne con-\nsolent personne, ils entretiennent l'égoïsme bougeois. Ils exaltent les sentiments\nles plus faibles et les plus étroits, l'amour de la famille que la brute seule ne\npossède pas et qu'on a appelé divin quand il n'est qu'animal, mais ils ne font\n"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "362                          LA JEUNE BELGIQUE\n\n\npas naître celui de l'humanité, qui est d'essence supérieure quoique matérielle.\n M. Daudet nous séduit en nous prenant par le cœur et nous pleurons avec lui,\nquitte à nous révolter et à nous demander si ces attendrissements qui nous amol-\nlissent ne détournent pas nos yeux des grandes souffrances humaines plus dignes\nd'intérêt.\n    Ces souffrances il ne les voit pas, non par manque de générosité, nul n'est\nplus généreux, mais par faiblesse de vue, par état d'esprit. Son indignation ne\ns'étend pas aux grandes choses, elle est banale quand elle n'est pas naïve ou\n inutile. Lui qui a des paroles si tendres pour les enfants qui souffrent des souf-\nfrances de tout le monde, il n'en a pas pour ceux qui en plus des douleurs\n humaines, irrémédiables, supportent encore les maux qui résultent de l'organi-\n sation défectueuse de la société. Ses petits malheureux ont des collerettes\n blanches et des robes roses, ils ne grelottent pas sous les portes en demandant\n du pain. Il est plein de pitié, mais sa pitié n'est pas toujours juste : il y a des\n malheurs et des vices qui sont le fruit amer de la nécessité, d'autres qui sont le\nfruit de la bêtise. Le Nabab qui se ruine pour obtenir un bout de ruban est un\n sot, la femme qui se vend pour s'arracher à la misère noire est une malheu-\n reuse. Et si l'on nous dit que toutes les douleurs sont également dignes de\n sympathie, que toutes se valent sans distinction de la cause qui les a fait naître,\n nous émettrons cette réserve que si l'on soulage les unes par la sympathie, on\n guérit les autres par le ridicule.\n    Tous les défauts d'Alphonse Daudet proviennent donc du manque d'unité dans\n les vues. Le signe d'un esprit supérieur, a dit Taine. ce sont les vues d'ensemble;\nsans une philosophie le savant n'est qu'un manœuvre et l'artiste qu'un amuseur.\n Le mot d'amuseur serait rigoureux appliqué à Alphonse Daudet ; il est plus juste\n de l'appeler un charmeur. Hélas! il n'est rien d'autre. Quand on se recueille\naprès la lecture de ses ouvrages on n'éprouve qu'une impression de fraîcheur et\n d'attendrissement qui se dissipe aussitôt. Comme il ne procède pas par réflexion\n mais par reproduction, on a l'esprit en repos; il nous a intéressé en mettant sous\nnos yeux des images très brillantes, mais il ne soulève aucun monde et ne pose\naucun problème. On a pleuré mais on n'a pas pensé, et penser c'est prier pour\nl'humanité.\n    C'est que l'observation ne suffit pas. Voir n'est pas tout, il faut encore que\nles vues prennent d'elles-mêmes une direction philosophique. Une littérature\nsans but serait une littérature sans grandeur. Que le but soit voulu, ou ne le\nsoit pas, peu importe. Les matérialistes ne s'occupent pas de savoir si Flaubert\n qui a porté à l'idéal un coup mortel était idéaliste et si Emile Zola qui démolit\n notre société pense continuer le travail de Proudhon. L'œuvre grandit d'elle-\n même par la conclusion qu'elle dégage.\n    A ce compte l'œuvre de A. Daudet est périssable : il enguirlande ce qu'il\nobserve de fleurs très brillantes, mais les fleurs se fanent, et l'on peut dire de\nson observation qu'elle est comme une photographie très artistement retouchée\navec, en dessous, une légende douce et fausse comme une maxime du Christ.\n    Cependant Daudet possède un tempérament artistique fait d'éléments qui, s'ils\n  s'étaient coordonnés entre eux, eussent pu élever son talent jusqu'au génie. Il\n"}, {"page_pdf": 468, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3568, "texte": "                              LA JEUNE BELGIQUE                                   363\n\n\nest observateur et il est croyant. Il n'a ni le découragement, ni la nervosité des\nde Goncourt ; il ne croit pas que tout est fini, il aime la nature, notre monde mo-\nderne et sait apprécier les biens de la vie. Si ses personnages manquent de soli-\ndité et n'ont aucun intérêt philosophique, le cadre où ils se meuvent est parfait.\nSous sa plume les choses prennent une intensité extraordinaire: tout chante,\ntout vibre, tout sourit ou pleure. A ce point de vue, ni Flaubert ni Zola ne lui\nsont supérieurs. Si, en effet, le premier a laissé des descriptions superbes, si\nle second a exprimé de façon magistrale l'exubérance, la vie débordante de\nla nature, qui donc a le mieux rendu le bon soleil des beaux jours avec les joies\nqu'iléclaire et qu'il fait naître, la fraîcheur des soirs d'été, la gaîté des dimanches\nparisiens?\n   Si nous avons éprouvé après une longue peine, après les fatigues d'un voyage,\nle charme réconfortant de la nature dans la douceur du repos, il suffit, pour se\nrappeler cette sensation délicieuse, d'ouvrir les Rois en Exil : nous trouverons\ndans le premier chapitre l'impression exacte de la jouissance éprouvée. Plus\nloin c'est une scène populaire, le peuple d'une grande ville qui s'ébat sur les\npelouses du bois de Vincennes. Les jeux, les cris des bébés, les vastes espaces\noù se meuvent les joueurs, les gazons verts sur lesquels on déjeune, les fourrés\nombreux recherchés du liseur, l'allée tranquille des amoureux où « l'ombre garde\nun peu de mystère, une fraîcheur de source, des effluves de forêt, > rien n'est\noublié, pas un détail ne manque, et ce tableau si complet d'une journée de di-\nmanche pleine de « désordre gai » rappelle des jours semblables où l'on s'est\nmêlé au peuple se dépensant librement dans une heureuse après-midi d'été.\nDans Jack l'un des lieux principaux de l'action a pourcadre une nature exquise :\ndes bois qui dévalent dans des prairies bordant l'eau tranquille. Il en trace des\ntableaux charmants. Des paysages tout de lumière avec des réveils pleins\nde chants d'oiseaux et des crépuscules noyés de brume où tout se brouille,\ns'efface, se meurt dans le grand silence religieux du soir. Puis ce sont des pay-\nsages encore humides de pluie, calmes et recueillis qui font penser à Daubigny,\nce mélancolique interprète de la nature apaisée; puis enfin des scènes d'hiver\noù l'on croit entendre les branches craquer sous le givre, dans l'âpreté de l'air.\nToutes ces pages sont de la même main, la douceur en est la caractéristique.\nM. Daudet a d'ailleurs l'horreur du sombre, le noir l'épouvante. Jusque dans\nles larmes qu'il fait verser, il y a comme une douceur, une consolation, un sou-\nlagement. S'il nous a trop attristé en nous conduisant à Bethléem auprès des\nberceaux des petits martyrs abandonnés, bien vite il nous ramène dans l'inté-\nrieur paisible de la famille Joyeuse. Ces oppositions, ces contrastes, on les\nrencontre à chaque instant dans son œuvre. C'est un panorama mouvant qui\ndéfile sous les yeux du lecteur ; les aspects varient, les uns sont dramatiques,\nles autres empreints d'une douce poésie, mais ils se condensent si bien que\nl'athmosphère générale est lumineuse et tranquille.\n   Malheureusement cette façon de rendre notre société sous d'aussi agréables\ncouleurs, est au moins risquée. M. Daudet a raison de démontrer qu'après\ntout il fait bon de vivre, mais en donnant aux choses extérieures toute leur\nsaveur et tout leur prix, il est resté indifférent à nos souffrances, à nos espoirs, à\n"}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1798, "texte": " 364                            LA JEUNE BELGIQUE\n\n\nnos luttes et ne les a consignés nulle part dans son œuvre. De là son infériorité.\n   Si l'on analyse ses débuts, on découvrira nettement l'influence que les cir-\nconstances ont exercée sur son talent. Certes il est né poète et la grâce émue\nqu'il répand partout avec une si pénétrante délicatesse lui était acquise natu-\nrellement. Mais le milieu dans le sein duquel il a grandi, les sourires que la\nfortune ne lui épargna guère devaient influer sur le romancier, sur l'homme,\npolir toutes ses merveilleuses qualités natives, et, par un effet contraire, iné-\nvitable, grossir ses défauts et l'empêcher peut-être à tout jamais d'atteindre\ncette profondeur qui rend les œuvres immortelles.\n   Enfant, il connaît toutes les joies, toutes les caresses de l'enfance privilégiée.\nAdulte, à l'âge où les sentiments prennent une tournure et s imprégnent pro-\nfondément, il est mêlé à des souffrances de famille qu'il n'oubliera jamais et\ndont il tirera plus tard des trésors d'émotion. La quinzième année est pour lui\nl'époque de la lutte et des souffrances. Plus tard, devenu homme, ne connaissant\nque le succès, n'ayant pas d'obstacles à surmonter, les impressions de la\njeunesse ayant été les plus vive» resteront les plus fécondes. Et c'est pourquoi\nl'auteur du Nabab est resté un enfant, un talent jeune, frais et souriant, ne\npossédant pas encore, quoi qu'on en dise, cette virilité, cette mâle énergie, ces\naudaces que les caractères trempés puisent dans la lutte prolongée, ou mieux\nencore qu'ils acquièrent naturellement par le fait d'une maturité tardive, par\nune lente, douloureuse et pénible éclosion de leurs facultés.\n                                                                   F.   NAUTET.\n\n\n\n\n                                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-11-01-n23-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 364, "page_fin": 364, "titre_corps": "Rêve d’Idylle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Sonnets", "signature_source": "Jacques Madeleine (signature commune aux deux sonnets)", "ancre_debut": "REVE D IDYLLE", "ancre_fin": "La maisonnette au fond des bois", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 469, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 1817, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "REVE D'IDYLLE                     "}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 1877, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "Un beau jour nous te trouverons        "}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 1952, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "Au fond des bois, sous les feuillêes,  "}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 2029, "fin_caractere_exclue": 2068, "texte": "Parmi les ramures mouillées,           "}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 2104, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "Les lilas et les liserons,             "}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 2179, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "Maisonnette !Nous      entrerons,       "}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 2259, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "Et les choses ensommeillées             "}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 2339, "fin_caractere_exclue": 2379, "texte": "Par nos sourires réveillées             "}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 2418, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "Battront des ailes sur nos fronts.      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Sur un rythme\nnerveux de bacchanal, le peuple se ruait aux ivresses. Du reste, où en était à ce mo-\nment la pensée du XIX0 siècle ? Hugo sur son rocher combattait l'empire triomphant.\nMais Lamartine était à la solde des Tuileries, Mérimée et Sainte-Beuve s'étaient faits\ncourtisans. Les idées de régénération sociale, qui dans l'esprit des hommes de 1830\navaient accompagné les tentatives de rénovation littéraire, avaient abouti à l'avortemcnt\nridicule et sanglant de 1848. La Révolution française elle-même semblait s'être prosti-\ntuée dans la couche des Bonaparte. La gaîté et la passion étaient mortes avec Musset,\ndont le rire avait fini en grimace et les amours en débauches. Devant cette banque-\nroute de l'Idée et du Sentiment les poètes pensèrent qu'il n'y avait d'immuable et\nd'éternel que la Beauté. Ils reprirent le rêve païen de Gautier et autour de Leconte\nde Lisle, répétèrent avec Catulle Mendès :\n                   La Grande Muse porte un péplum bien sculpté\n                   Et le trouble est banni des âmes qu'elle hante.\n\n                   Pas de sangJots humains dans le chant des poètes.\n   Leur pensée s'envola vers l'impassibilité des statues grecques. Devant la raine de\nce qu'avait chanté la génération de 1830, ils émigrèrent dans le passé et tentèrent de\nfaire revivre l'âme des siècles. Et j'estime que c'est par là qu'ils ont été de leur\ntemps. Aujourd'hui notre curiosité se porte ailleurs, vers les névroses et les tristesses\ncontemporaines. Mais l'effort des Parnassiens témoignait bien de la facilité qu'a notre\ntemps de s'intéresser et de s'identifier à tout ce qui a été de l'humanité. Du reste, ils ont\nfaçonné l'instrument dont se sert la génération d'à présent pour peindre avec intensité la\nvie moderne. Zola, Daudet et surtout Cladel, Richepin, Lemonnier se rattachent par bien\ndes points au Parnasse, par le besoin presque maladif de la perfection dans la phrase,\npar la curiosité quelque peu byzantine du rythme, de la mélodie et de la couleur.\n\n                                             II\n   Armand Silvestre est arrivé l'un des derniers parmi ces impassibles amoureux de la\nligne. Mais dès ses débuts, il apportait au sein du Parnasse une note nouvelle. Cette\nnote il l'a répétée depuis en un rythme élargi et avec plus d'ampleur, il la redit\naujourd'hui avec toute la perfection de sa forme éclatante dans le Pays des Roses.\n   Ce poète est avant tout un païen. Mais sa religion artistique est d'un homme et non\nd'un demi-dieu, elle n'a pas l'immobilité hiératique de celle de Leconte de Lisle. C'est\nun exilé dans notre monde moderne, mais qui sait son exil et qui le pleure. Son rêve païen\nse complique de regrets. Là est sa marque personnelle. Armand Silvestre pleure l'exil des\ndieux. Il a comme tous les Parnassiens l'admiration et l'adoration de grandes Déesses.\nAprès Leconte de Lisle, il célèbre la Vénus de Milo et il écrit en son honneur ces\nstrophes éclatantes :\n                   Ce ne fut ni la chair vivante, ni l'argile\n                   Qui servit de modèle à ce cerps radieux :\n"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3269, "texte": "  366                            LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n                     La femme a moins d'orgueil, — la terre est trof     fragile,\n                     Et ce marbre ielatant vient du pays des dieux.\n\n                    Toi qui demeures seule à la porte du temple\n                    Vont l'idéal lointain abrite les sommets\n                    Et que notre regard avec effroi contemple,\n                    — Celui qui mutila la pierre où tu dormais\n                    Fit au cœur du poète une entailleprofonde.\n                    Car, 6 Fille des Dieux, immortelle Beauté,\n                    Tes bras, en se irisant, laissèrent choir le monde\n                    Dans les gouffres abjects de la réalité.\n    Mais l'adoration ne lui suffit pas. Sa religion, je l'ai dit, n'a rien de contemplatif et\n c'est pourquoi il magnifie aussi la Vénus de Vienne, plus clémente aux hommes, mère\n des amours et des maternités.\n                    Dans ce marbre héroïque en creusant ta statue,\n                    Un artiste inconnu fixa l'éternité.\n\n\n\n                     Sous ton col généreux il gonfla des mamelles\n                     Robustes à la soif comme aux enlacements,\n                     Où viennent boire, ainsi qu'à des coupes jumelles,\n                     La bouche des petits et celle des amants.\n   Son rêve anime ainsi toute la nature. Pour lui, la mer clame une plainte éternelle d'in-\n consolée et la terre est une nourricière qui donne tour à tour la vie et l'éternel repos. Les\n Dryades et les Égipans s'aiment dans les bois et le poète sent autour de lui la fraternité\n des choses. Mais le rêve ne se prolonge pas, le charme se rompt et les bois sont désertés.\n La nature est indifférente à nos maux. Le poète pleure alors ce lamento douloureux :\n Les choses n'ont plus de larmes, dont je demande à citer au moins la fin, qui donne bien la\n note du livre entier :\n                   L'antique parenté de la Terre et du Rêve\n                   Ne ceint plus les esprits de ses liens radieux.\n                   Dans un morne infini, l'homme isolé s'élève\n                   Et — des choses plus loin — n'est pas plus pris des Dieux !\n    C'est ainsi tout au long de l'œuvre un rêve tristement interrompu par les réalités.\n  Pourtant, parfois le poète s'arrête. La nature a, malgré tout, des chants et des couleurs,\n  des parfums et des harmonies. Il berce alors sa mélancolie aux souffles du vent, la\n baigne à la fraîcheur des eaux, calme sa tristesse devant la pourpre des matins. Et il\n mélodie des strophes harmonieuses qu'il nous donne ici sous ce titre : Vers pour être\n chantés. Puis l'Art est le grand consolateur et de sa lyre s'envolent l'ode superbe A Victor\n Hugo et les Vers écrits devant la maison de Théophile Gautier. Parfois il célèbre la science\n et l'esprit modernes et c'est pour lui encore une occasion de reprendre son rêve antique en\nécrivant pour chanter la vapeur et l'électricité : Les Fils de Prométhie.\n   La nature n'est pas du reste tellement dépeuplée qu'il ne lui reste une dernière gloire,\nla femme — Ultima gloria. Et le poète la glorifie comme le darnier rayon d'immortalité\nqui soit ici bas :\n                   Du grand rêve païen par les âges déchue,\n                   Femme, cette douceur amère t'est échue\n"}, {"page_pdf": 472, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "                               LA J E U N E BELGIQUE                                  367\n\n                  De garder, sur ton front cher et découronné,\n                  Rameau toujours vivant, le laurier de Daphné.\n                  Si tu n'es plus debout, aux temps durs où nous sommes,\n                  Entre l'amour des Vieux et le culte des hommes,\n                  Les poètes du moins, te gardant de l'affront,\n                  Devant tes pieds sacrés courbent encore le front.\n                  Sous le désir troublé dont l'effroi les tourmente,\n                  Ils ne t'appellent plus leur sœur ou leur amante,\n                  Mais regardent, pensifs, luire dans ta Beauté\n                  Le dernier rayon d'or de l'immortalité.\n  C'est une adoration mêlée d'admiration. Le poète, l'artiste est écrasé par la contem-\nplation de la beauté souveraine autant que l'homme est brûlé du désir de la possession. Et\nce désir garde quelque chose du rêve panthéiste : ce à quoi le poète aspire, c'est à une\nsorte d'absorption par l'immortelle beauté de la femme.\n  Je ne puis guère citer encore, je ne l'ai que trop fait déjà. Qu'il me soit permis cepen-\ndant de donner un des quarante sonnets réunis sous ce titre: Les Désespérés.\n                  Le temps a tout jeté par terre d'un coup d'aile.\n                  Tout hormis mon amour, tout hormis ta beauté !\n                  Les au tres dieux ont fui le temple dévasté\n                  Oie, pour toi seulement, fume un encens fidèle.\n                  Ta grâce resplendit sous un front tout plein          d'elle,\n                  Et sur les vains débris de la réalité,\n                  Ton souvenir grandit, lys pur qu'a respecté\n                  L'automne qui fleurit les tombeaux d'Asphodèle.\n                  J'ai dormi bien longtemps sous la pierre         couché,\n                  Avant que ta pitié sur mon front ait penché\n                  Des résurrections la fleur surnaturelle.\n                  Mes yeux s'étaient éteints, ne devant plus te voir;\n                  Mais telle est ta splendeur et tel est ton pouvoir\n                  Qu'ils se sont rallumés pour se lever sur elle.\n\n                                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-11-01-n23-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 367, "page_fin": 368, "titre_corps": "Le Parnasse contemporain : Robert de la Villehervé", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Gustave Andel", "ancre_debut": "III La Chanson des Roses", "ancre_fin": "GUSTAVE ANDEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 472, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 2212, "fin_caractere_exclue": 3286, "texte": "III\n\n   La Chanson des Roses de Robert de la Villehervé, est fille de la même inspiration que\nle recueil d'Armand Silvestre. C'est la même religion artistique, mais la nature du poète\nest moins tourmentée et il se livre sans arrière-pensée à la caresse bienfaisante des choses.\nLe soleil rit dans les cieux clairs, les bois verdoient en dômes feuillus et cela suffit pour\ndilater son âme. Le monde pour lui n'est pas abandonné, son rêve suffit à le peupler.\nSous les souffles mûrissants des étés, il écrit ces vers où l'on sent comme un contentement\net une jouissance sans réserve des choses :\n                   Ce n'est pas vrai, les bois ne sont pas désertés.\n                   Si la Dryade est morte, à quoi bon tant de roses ?\n                   S'il n'est plus d'AEgipans affolés de clartés,\n                   A quoi bon les rayons obliques des étés ?\n                   Quoi qu'en disent ceux-là qui vivent dans les proses,\n                   Si la Dryade est morte, à quoi bon tant de roses ?\n                   Ce n'est pas vrai, les bois ne sont pas désertés. '\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3089, "texte": "  368                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n   On le voit, l'inspiration est ici également païenne, mais peut-être d'une grécité moins\npure et qui se mélange de latinité. Tout, au long du volume, la Chanson des Roses m'a\nfait penser aux poètes de la Renaissance, à Ronsard et à Baïf. Et c'est à eux encore que\nl'on songe devant la multiplicité des rythmes que le poète emploie et qui s'entrecroisent\ndans son œuvre en arabesques. A lui tous les mètres lyriques de Banville et de Ronsard\nqu'il rend siens et qu'il fait servir à l'expression précise de sa pensée. Et cette multi-\nplicité de rythme lui sert bien pour chanter ses amours : non plus ici l'amour qui saigne\ncomme chez Silvestre, mais l'amour heureux et reposé dont on jouit lentement :\n\n                           f e voudrais pour la bien-aimée\n                                   Chanter encor\n                            Une chanson gaîment tramée\n                                   De rimes d'or,\n                            Dont les vers emplis d'harmonie\n                                   Et bien tressés\n                           Auraient la tendresse infinie\n                                   De nos baisers.\n   Ceci est la note amoureuse du volume : j'ai cité plus haut des vers qui en donnent la\nnote lyrique. Il ne faut pas croire, en effet, que les recherches de rythmes, les jongleries\nde la rime riche, de la rime pleine ou de la rime rare nuisent à l'élan lyrique et à la\nscience pittoresque du poète :\n\n                    Car, voici dans l'éther sans borne qui se creuse\n                    Comme un dais au dessus d'une couche amoureuse,\n                    Que s'allument déjà des mondes par milliers\n                   Et que les Univers, derniers nés des Genèses\n                   Brûlant, rouges encor au sortir des fournaises,\n                   Jusqu'au fond noir du ciel se sont multipliés.\n                    Tout dort. Etangs, déserts, et les bois, et les villes.\n                   Les monstres indomptés et les foules servîtes\n                   Reposent. C'est l'instant du grand recueillement.\n                   Seule, au sextuple fouet des tempêtes donnée,\n                   Ainsi qu'une maudite à jamais condamnée,\n                   La Mer, la triste Mer gronde lugubrement.\n                   La colère de l'onde énorme la hérisse,\n                   Et vaincue et tragique en un sombre caprice,\n                   Elle crache sa rage aux nuages ailés.\n                   Qui donc, pour que son deuil illimité s'apaise,\n                   Charmera l'ouragan qui la blesse et lui pèse ?\n                   C'est toi. Nuit, Nuit clémente à tous les désolés!\n\n   Sur ce poème d'une largeur épique : la Nuit, finit le volume. Il était digne d'être analysé\nà côté du recueil d'Armand Silvestre. Et je suis heureux que ces œuvres sœurs nous\naient permis, dans ce journal qui combat pour un art différent, de rendre aux poètes du\nParnasse le témoignage de notre profonde estime littéraire.\n                                                                       GUSTAVE A N D E L ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-11-01-n23-207", "volume": "ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1881-1882-001-001_f.pdf", "ocr_sha256": "bdc45251f9dc44da08e30994e7e1d6d31e13c7d795c01130f4a0d350194a3840", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CIRAGE JACQUOT ET JACQUAND. Vprixe n", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 474, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5374, "texte": "CIRAGE JACQUOT ET JACQUAND. Vprixe n t eet enc o n dgros        a u x mêmes\n                                                    i t i o n s qu'à Paris',\nH . et F . V A N G H E L U W E , 4, t u e A g n e e s s e n s , Bruxelles.\n\n                                    Propreté, economie, allume-feu sans pareil. On allume\nPLUS DE COPEAUX.                    40 fois son feu pour 15 centimes; le paquet de 40 feux,\n15 cent. Le demander chez tous les épiciers, droguistes, etc. Seuls dépositaires pour la\nBelgique et la Hollande, H . et F . VAN G H E L U W E , 4, rue Agneessens, Bruxelles.\n                          Guérison radicale en trois mois de t e m p s , 12000 certificats. L e s cas les\nHERNIES,                  plus difficiles sont traités avec succès. Maladies des femmes, de m a t r i c e ,\netc, sont guéries sans pessaire S o u l a g e m e n t i m m é d i a t . Une dame diplômée est attachée à\nl'établissement.\n    J . W A E R S E G E R S , b a n d a g i s t e des hôpitaux et de l'armée, c o m m a n d e u r et chevaiier de\nplusieurs ordres p o u r service r e n d u s à l'humanité, 3 5 , place Verte, A N V E R S .\n                                                      er       e\n\nCAPITAUX A PLACER SN  I   ET 2 RANG, A 4 l/2 ET 5 °/ . — ACHAT\n                  S'UES-PROPRÏÉTÉS ET RENTES VIAGÈRES.\n                                                                                                        0\n\n\n  S'adresser J . H U E T , boulevard du N o r d , 17, Bruxelles.\n\n                                                    68,  BOULEVARD DU NORD, BRUXELLES.\nRestaurant du S P O R T .                               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Les boîtes vides seront reprises à raison de 10 centimes\n     pièce. — Pour le gros, s'adresser à T H E B E L G I A N D A T E\n     C O F F E E C° (Limited), 35, rue de Malines, Bruxelles.\n\n     A LA BASCULE                                         FABRIQUE D'APPAREILS D'ECLAIRAGE\n Ancienne Maison HEYMANS, hameau de Vleurgat (Uccle)\n              2 et 4, coin de la chaussée                             45,   RUE DES CHANTEURS\n     de Waterloo, près du bois de la Cambre\n                   REOUVERTURE                                 PRÈS LA GARE DU NORD,        BRUXELLES\nDE L'ESTAMINET-RESTAURANT                                             G.     SGHOONJANS\n    par Ferdinand V A N D E R R I V I È R E\nGrande salle de 200 couverts pour banquets, dîners        Lustres, 'Suspensions, Candélabres.\n  de noces et fêtes de sociétés. — On prend des            Girandoles, Lanternes, Pendules,\n  pensionnaires.                                           Objets d'art, etc. — F o y e r s à gaz. — .\nChambres et quartiers garnis et non garnis                 F o u r n i t u r e de compteurs. — Place-\n      à louer. — Ecurie et remise pour                     ment de tuyaux.\nchevaux et voitures. — Prix très modérés.\n\n                                     P E U S DE DOS RONDS\n                      Agent général pour la Belgique de la BRETELLE AMERICAINE\n                                               {Brevetée)\n\n                                           TILQUIN\n                                     Galerie de la R.ine, 5, Bruxelles\n                        La Bretelle américaine élargit la poitrine, tient les épaules\n                      droites, soulage le dos et les hanches en soutenant les jupes et\n                      le pantalon, écarte toute tendance au dos, rond, produit une\n                      libre respiration, renforce la voix et les poumons, et donne un\n                      bien-être à ceux qui en font usage. Prrx : fr. 3-50, 5, 7-50, 10,\n                      12 et 15: — Plus de Jarretière qui engendre les varices. Nouveau\n                      P O R T E - B A S américain, laissant la circulation du sang libre.\n                      Remise au commerce. — Prix : 2,2-50, 3, 4 et 5 francs.\n\n                         Seule Maison en Belgique où l'on fabrique spécialement le\n\n                                POSTICHE D'HOMME\n                        Dernière perfection et du plus grand naturel\n                         TOUPETS ET PERRUQUES DE 10 A 100 FRANCS\n\n                        Ouvrages artistiques en cheveux. Bijoux, Cadres, Souvenirs, elc.\n\n\n  NOUVELLE DECOUVERTEGalerie(ledePogonotome)\n                                   la Reine, 5,\n                                              RABRUXELLES\n                                                  SOIR MÉCAMIQUE.\nToute personne peut se servir de ce rasoir sans aucune crainte de se couper\n— Agent général : TILQUIN, Galerie de la Reine, 5, Bruxelles. — Prix : fr. 5 ei\n7-50 avec lames de rechange (Remise au commette).\n  R A S O I R S M G L I I S de Sheffletd, garantis à l'épreuve.—Tout rasoir peut être échangé jusqu'à entier*\nsatisfaction de l'acheteur, sans rétribution.\n\n                Imp. Centrale, VAS ASSCUE, Dir.-Gér., 1, rue d'Arenberg, Bruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 456, "texte": "                                         LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n             PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n\n2me Année                   N° 2 3 — Ier Volume                       Ier Novembre 1882\n\n\n\n                                SOMMAIRE\n    Les Protégés de ma Grand'Mère (Fin) .       .   .       .   GEORGES EEKHOUD.\n    Le Jour des Morts (Croquis de Cimetière)        .       .   EMILE VERHAEREN.\n    Sonnet d'Aurore                                             ALBERT GIRAUD.\n    Alphonse Daudet (Fin)                                       F . NAUTET.\n    SONNETS : Rêve d'Idylle. — La Fée       .   .   .       .   JACQUES MADELEINE.\n\n    CHRONIQUE LITTÉRAIRE : Le Parnasse          contem-\n      porain : Armand Sylvestre. — Robert de la \\ GUSTAVE ANDEL.\n      Villehervé\n\n\n\n\n               Le Numéro : 25 cent. — Étranger : 30 cent.\n     Se trouve chez les principaux libraires et marchands de journaux de la Belgique\n                                      et de l'Étranger       ,\n Les annonces sont reçues exclusivement à la Compagnie de Publicité et d'Émission,\n                        Rue du Fossé-aux-Loups, 32, Bruxelles\n\n\n\n                                    BUREAUX             ;\n\n                   LIEGE                                               GAND\n 46, Rue de l'Université, 46                        65, Rue des Champs, 65\n                            BRUXELLES\n                      81, Rue de la Madeleine, 81\n                                          1882\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "      LA JEUNE BELGIQUE\n                                        ABONNEMENTS :\n   Un an                                 Fr. 5 | Six mois                               Fr. 2 - 5 0\n                                     ÉTRANGER, le port en sus.\nL'année commence le1erD e c , le semestre le1erJuin. Les abonnés nouveaux reçoivent les numéros parus.\n  Il est tiré de chaque numéro de la REVUE Vingt-cinq Exemplaires numérotés sur splendide papier\n Hollande et UN SEUL sur papier du Japon.\n       PRIX DE L'ABONNEMENT \\                   Sur          Hollande         10        Francs.\n                                          Sur Japon                                20     »\n\n\n\n                      AUX L E C T E U R S\n   Voici le résultat du poil que nous avons ouvert au sujet du\nmode de publication de la Jeune Belgique. Sur nos 820 abon-\nnés, 397 se sont prononcés pour la mensualité, 15 seulement\nont voté pour le Statu quo. En conséquence, à partir du\n1er décembre prochain la Jeune Belgique paraîtra par livrai-\nsons mensuelles de 40 pages environ.\n\n\n                            BOITE AUX L E T T R E S\n   Un partisan de la mensualité nous envoie l'aimable rondeau que voici :\n\n                             A la Rédaction de la Jeune Belgique\n                Je vous dis oui, Messieurs- Mais voilà : quand f y pense,\n                Un mois tans la revue est bien longue abstinence;\n                Nous ne pourrons jamais supporter ce tourment-\n                Vous êtes bien cruels pour vos lecteurs, vraiment !\n                Ce n'est que trente jours, dites-vous!-.. Cest immense !...\n                Pourtant faire voter ses abonné s, f avance\n                Que c'est fort bien trouvé. Pour lors, avec décence,\n                Jamais je ne pourrais vous répondre autrement\n                                       Je vous dis oui.\n                J'ajouterai ceci : que j'ai cette espérance\n                Qu'un jour votre journal aura la contenance\n                De notre autre Revue et ce sera charmajtt i\n                Au revoir donc, Messieurs, dans un mois seulement.\n                Au revoir donc, et vous Souhaitant bonne chance :\n                                        Je vous dis oui.\n                                                                          EUGÈNE SAMUEL.\n\n\n   E. D., à Courtrai. —Ainsi que nous avons déjà eu l'honneur de vous le dire, votre\n commission a été remise à Rozez ; adressez-vous à lui, s. v. p.\n   Nell. — Tiens, c'est toi, Mathieu, comment vas-tu, ma vieille ? Ton histoire est très-\n drôle et nous comptons bien l'insérer. C'est égal, je ne me serais jamais douté que tu\n entretinsses des relations avec la Muse. — Oh ! en tout bien tout honneur !\n   J. G.t à Ixelles. — Beaucoup d'entrain dans votre monologue, mais comme idée, c'est\n bien faible.\n\n\n\n\n   Depuis le I er octobre nos bureaux liégeois sont transférés à la Librairie polytech-\n nique de MM. Decq et Nierstrasz, rue de l'Université, 4 6 , à Liège.\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "                        LA JEUNE BELGIQUE                            353\n\n\n         LES PROTÉGÉS DE MA GRAND'MÈRE\n                                 (Fin)\n\n   L'hiver qui suivit fut particulièrement rude et la vieille Lô se fit\nsouvent remplacer par la jeune fille. Maintenant nous nous informions\naussi de Ton, ce qui semblait embarrasser la brunette. Les nouvelles\ndu garçon étaient réjouissantes ; malgré la morte-saison il trouvait de\nl'emploi chez un entrepreneur et touchait de gros salaires. Une seule\nchose le chagrinait : les ouvriers que son baes engageait étaient des\nWallons, des Namurois pour la plupart, qui avaient pris en grippe,\ncomme un intrus, Ton, le seul Flamand de l'équipe. Heureusement le\ngaillard était de taille à les tenir en respect et leur malveillance res\ntait sourde et sournoise.\n   Un matin, grand'mère attendait Rika, pour des commissions\npressantes. L'heure était déjà passée depuis longtemps, lorsqu'un\ncoup de sonnette familier nous annonça l'arrivée de la retardataire.\nElle avait couru, elle était essoufflée; son visage décomposé, qui por-\ntait des traces de larmes, frappa bonne-maman, et au lieu de la\ngronder celle-ci la questionna avec sollicitude. Rika éclata en san-\nglots ; puis elle nous raconta à travers ses pleurs, comment une\nbataille avait eu lieu le matin dans le chantier : à propos de la dis-\ntribution du travail, ils s'étaient jetés trois contre un sur le pauvre\nTon; celui-ci, pris à l'improviste, s'était défendu de son mieux, mais\npoussé traîtreusement près d'un baquet de chaux vive il était tombé\ndonnant de la tête contre un coin du baquet et se blessant au-dessus\nde la tempe. S'il ne mourait pas il risquait fort d'être borgne pour la\nvie, une éclaboussure corrosive ayant atteint l'œil gauche. Rika avait\naccompagné jusqu'à l'hôpital la civière dans laquelle on transportait,\nbaigné dans son sang, le gars sans connaissance. Mais on n'avait pas\nvoulu la laisser pénétrer dans l'établissement : la grande porte s'était\nrefermée brutalement sur elle. Et Lôke, malade, ne pouvait quitter\nle lit ! Et Joost ignorait encore ce terrible malheur, que Rika appre-\nnait dans la rue en se rendant chez nous !\n   Ma grand'mère s'efforça de rassurer la désolée : \" N e pleurez pas,\nRika ! Nous ferons en sorte de le guérir ! Tu l'aimes bien, ton Tony !\n   — Oh! oui, madame, que je l'aime !» s'écria la pauvre fille avec une\nchaleur qui trahit sa réserve habituelle, et elle cacha aussitôt son\nvisage transfiguré dans un coin de son tablier.\n   Bonne-maman lui donna congé afin qu'elle pût avertir ses parents\n   1er Novembre 1882.                                           23\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": "  354                    LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n  et soigner la vieille femme. Pendant ce temps, moi, je devais prendre\n à l'hôpital des nouvelles de notre blessé et le recommander au per-\n sonnel.\n    Je fus conduit directement, après avoir traversé la cour, par des\n escaliers sombres et de mornes couloirs, au lit de notre Ton devenu\n le n° 55, dans une vaste salle blanche. Le plafonneur dormait d'un\n sommeil agité par la fièvre ; il prononçait des paroles incohérentes et\n battait des bras. Son visage était à moitié caché par un double ap-\n pareil couvrant l'œil atteint et la blessure.Ce que j'en voyais prenait\n tour à tour des pâleurs blafardes et des rougeurs vineuses. L'aspect\n du sympathique garçon me navra. Tandis que l'infirmier me rensei-\n gnait à voix basse, Ton se réveilla et, m'ayant aussitôt reconnu, une\n grande joie brilla dans l'œil découvert. Ceci me parut de bon augure.\n Il voulut parler, mais je lui recommandai le silence. Il tendit alors\n ses mains vers moi pour presser affectueusement les miennes. \" Ah !\n Monsieur Charles... », balbutiait-il. Je le réconfortai de mon mieux,\n ce qui me fut d'autant plus facile que les médecins m'avaient dit\n répondre non seulement de sa vie, mais encore de son œil malade.\n Deux lignes plus bas, la blessure l'eût tué sur le coup ; mais le crâne\n n'avait pas été atteint ; il en serait quitte pour quelquesjours de diète\n et de repos.\n    Je rapportai donc l'espérance à la maison où Rika, anxieuse, était\nretournée. Le diagnostic du médecin se vérifia par l'événement.\n    Trois semaines après la rixe Tony retournait au chantier. Son bon\nregard avait encore pour le servir deux limpides prunelles bleues et\nles mèches folles de ses cheveux cachaient lablessure fermée : ainsi un\nterreau généreux couvre d'herbe drue la place où on le remua. Le\nbaes avaitcongédiélestroisagresseursde Tony, qu'il remplaça par des\nFlamands.\n    On aurait pu croire que la guérison du jeune homme réjouirait la\nfantasque Rika. A notre grande surprise, à mesure que la conva-\nlescence du blessé avançait, elle devint de plus en plus dolente. Main-\ntenant elle semblait inquiète et évitait de se trouver sous les yeux de\nbonne-maman ou de Siska. Ses traits étaient tirés, ses joues blêmes;\nses yeux cernés de bistre prenaient une expression craintive. Bonne-\nmaman la surprit à diverses reprises dans les larmes. Elle la pressa\ndoucement pour avoir l'explication de ces allures bizarres. Rika\nrépondait invariablement «qu'elle n'avait rien, que cela passerait. »\nLorsque froissée par cet entêtement la compatissante dame se fâchait,\nc'étaient chez la jeune fille de véritables crises nerveuses qui décou-\nrageaient notre sollicitude.\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "                         LA JEUNE BELGIQUE                           355\n\n     Nous en fîmes l'observation à Lôke. La mère ne tirait pas davan-\n tage de l'affligée. « C'est une cachotière, une entêtée, une mauvaise\n fille ! disait la vieille. Elle n'a jamais été grande bavarde, comme\n vous le savez, Madame ! Qu'elle use son chagrin en travaillant :\n voilà tout. Nous n'avons pas le temps de nous occuper de ces\n lubies !\n    — Lubies ! Lubies ! observait l'aïeule en branlant le chef. Histoire\n d'amour, plutôt ; ne croyez vous pas, Lô ?\n    — Il ferait beau voir qu'elle eût des idées, à son âge, la gamine !\n Non, pour cela j'en réponds. Elle n'est rien coureuse. Elle ne voit la\n rue que pour se rendre ici ou à la blanchisserie... Jamais un galant\n ne s'aventurerait sur le seuil de notre porte... Une fois, Tieste, le ci-\n garier, l'a accostée lorsqu'elle s'en retournait, le soir. Il ne recom-\nmencera plus; un mot, gros depromesses, de notre Ton l'adégoûté de\nses poursuites. Allez, Madame, elle est bien gardée ! »\n    Les tentatives d'explications en restèrent là. On ne voyait Tony\n que fort rarement. Le dimanche matin il lui arrivait, n'ayant pas\nd'ouvrage, de prendre les commissions à la place des deux femmes.\nJe lui ouvris un jour et remarquai que lui aussi, avait l'air sérieux et\npréoccupé. Le radieux compère qui me regardait toujours en face af-\nfectait de baisser les yeux en me parlant et tournait sa casquette de\nsoie neuve entre les doigts. — Vous êtes bien fier, Ton, dans vos ha-\nbits de dimanche ? lui dis-je.\n    Il eut un sourire forcé et, sans répondre directement, il s'éloigna en\nme disant précipitamment « bonjour ».\n    Il faut avoir connu la vie régulière, un intérieur patriarcal, comme\nle nôtre, pour comprendre combien les petits événements prennent de\nl'importance dans ces conditions. Pour nous c'étaient des personnages\nque la famille de Lôke et il nous suffisait de savoir que la peine visi-\ntât quelqu'un de la communauté pour que nous en fussions affectés\nnous-mêmes et bonne-maman plus que tout autre.\n    Je m'étais toujours tu sur la scène du baiser, mais je me la repré-\nsentais souvent et plus j ' y songeais plus il me semblait que la tristesse\nde Rika et la réserve de Ton avaient des causes auxquelles l'amour ne\ndevait pas être étranger.\n    Un incident fortuit acheva de m'édifier, et les autres profanes avec\nmoi, sur le roman de notre couple :\n    — Madame, dit un matin la pauvre Lô avec une hésitation visi-\nble... vous êtes si bonne que j'ose recourir une autre fois à vous... »\n    E t comme l'aïeule l'encourageait :\n    « Madame, il y a longtemps que nous avons songé à acheter un\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "  356                    LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n lit... La dépense est grosse... Or, vous le savez, nous sommes quatre\n à la maison et nous n'avions que deux couchettes, dont un lit de camp\n que nous devons à la générosité de Madame.\n    — Oui, je comprends, dit bonne maman, ce pauvre Ton a dû cou-\n cher longtemps \"paillasse par terre » et cela commence à le fatiguer...\nje concois. »\n    Lôke vit sans doute un reproche dans cette observation de sa pro-\n tectrice, car ce fut sur un ton de demi-protestation qu'elle répondit :\n \" Pardon, Madame ; nous n'aurionsjamais permis cela ; les enfants\n ont toujours couché ensemble jusqu'à présent... Du même berceau ils\n passèrent clans le même lit... Mais voilà quatre mois, notre Joost, mon\nhomme, me prit à part : « Lô, qu'il me dit, les enfants sont encore\ncomme desagneaux du bon Dieu, je mettrais ma main au feu qu'ils ne\nsongent jamais à mal. La nuit, quand je ne dors pas, je colle\nl'oreille àla cloison et j'entends ronfler Ton comme mugirait un jeune\ntaureau et aussi chanter la respiration égale de notre fille. Braves\npetits ! que je me dis en riant, plein de confiance, et je me rendors...\n Mais c'est égal, continua Joost, c'est que les petits ont grandi furieu-\nsement. Ton va avoir dix-neuf ans. On est presque un homme quand\non gagne des journées de deux francs ; et Rika entrera ce mois dans\nsa dix-septième année... C'est pour te dire que nous ferions peut-être\nmieux d'acheter un lit de plus... Avec nos épargnes et quelques francs\nque Madame nous avancerait... •>\n    Lô s'arrêta. Bonne-maman, qui avait écouté sans interrompre la\nconfidence de Lô, lui dit avec un fin sourire plein d'indulgence et de\nsympathie :\n   — Joost n'avait pas toujours l'oreille au mur, n'est-ce pas ?\n   — Que voulez vous dire ? fit Lô.\n   — Je veux dire, Lô,qu'à votre place,je n'achèterais pas ce troisième '\nlit et que je mettrais en état le berceau des deux petits.\n   — Oh ! c'est impossible ! s'écria Lô, qui comprenait enfin. Et ce-\npendant ! Ah le vilain ingrat ! ah ! la fille dénaturée, ah ! le voleur de\nnotre bon renom !\n   — Je n'affirme rien, reprit bonne-maman, mais il me paraît impos-\nsible que deux jeunes gens vivent ainsi côte à côte sans s'aimer. Naïve\nLô, vous ne cherchiez pas le loup au dehors ; Ton faisait bonne garde\net tenait à distance les cigariers entreprenants. Il avait d'excellentes\nraisons pour cela... E t maintenant cette tristesse de Rika, cet air em-\nbarrassé de Ton. Ou je me trompe fort, Lô, ou votre lit vient trop tard.\n   — Quel malheur ! quel malheur ! répétait Lô véritablement atter-\nrée. Et cet imbécile de Joost avec sa confiance ! Et Ton n'a pas en-\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "                         LA JEUNE BELGIQUE                            357\n\ncore tiré au sort. Pourvu que ces deux hommes ne se prennent pas aux\ncheveux. Que faire, Madame ?\n  — Allons, allons... Lô ! Ne vous désolez pas ainsi. Le malheur\nn'est pas si grand, que diable! Tôt ou tard vous les auriez unis, n'est-ce-\npas ? La nature a pris les devants sur le curé : voilà tout. Retournez\nchez vous. Tirez l'affaire au clair. Puis il ne vous restera qu'une chose\nà faire, c'est de marier au plus vite les polissons. Vous comprenez, il\nserait fâcheux que le baptême eût lieu avant la noce...»\n\n  Ah ! l'excellente femme, comme elle comprenait la jeunesse,\ncomme elle conservait la religion de l'amour ! Je me souvins plus\ntard de 1'accent chaud et attendri qui accompagnait ces avis un peu\nrailleurs, lorsque je retirai, à sa mort, d'un coin de tiroir un petit\nécrin en médaillon et qu'ayant ouvert celui-ci, je découvris la minia-\nture d'un aristocratique jeune homme, correctement vêtu du jabot\nde dentelles et de l'habit bleu barbeau à boutons d'or. Elle m'avait\nsouvent raconté, mais sans jamais me montrer le portrait, qu'un An-\nglais accompli la recherchait en mariage, lorsque la bataille de\nWaterloo les sépara pour la vie. Et j'ignore pourquoi j'associai l'in-\ndulgence de mon aïeule pour les amours satisfaites de nos jeunes\nrustres au mélancolique regret qu'elle gardait de sa liaison à elle\nrompue par une balle française\n\n   Il fut fait ainsi qu'avait dit l'excellente femme. Elle avait deviné\njuste ! Rika et Tony avouèrent. Joost essaya de se fâcher, mais n'y\nparvint pas. Sans se contraindre, Rika sejeta, en présence de ses parents,\nau cou du blond séducteur ; elle cacha son visage dans la poitrine du\njeune homme, qui la pressait contre lui et promettait d'être pour elle\nle protecteur que l'orphelin avait trouvé dans cette maison.\n   Ils étaient mariés depuis trois mois quand Tony fut père d'une jolie\nfillette.\n   « Eh bien, que vous en semble, monsieur le poète, me disait mon\naïeule en me rappelant maintes fois cette naïve aventure, n'y-a-t-il\npas une idylle à tirer de ces amours candides?\n   — Chère aïeule, si généreuse aux malheureux, elle est racontée\nl'idylle et je la dépose sur ta tombe. »\n\n\n                                            GEORGES E E K H O U D .\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "358                   LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n\n                L E JOUR DES M O R T S\n                       (CROQUIS D E C I M E T I È R E )\n\n\n                                      I\n                     CAVEAU SEIGNEURIAL\n      Dorment là des marquis, des princes, des comtesses.\n      Or, le plus vieux d'entre eux, vient à pas de filou,\n      La nuit, sur un signal parti je ne sais d'où,\n      Inviter à son bal macabre leurs altesses.\n      Et chacun d'observer les raides politesses,\n      Au sortir des cercueils revêtus d'acajou,\n      De présenter le bras, de plier le genou,\n      Et de dire des mots pleins de scélératesses.\n      Des amours de cent ans, de marquise à baron,\n      Que ce vaste caveau retient ensevelies,\n      Y viennent refleurir sur des lèvres pâlies;\n      Et pendant les repos de sauterie en rond,\n      Dans les coins noirs, on voit f aire de folles choses,\n      Par des squelettes verts à des fantômes roses.\n\n                                     II\n                          TOMBE RICHE\n      Quatre piliers romans de massivité telle,\n      Qu'ils porteraient le poids d'un temple égyptien,\n      Donnent, chargés d'un faux tympan corinthien,\n      Par trois degrés de pierre entrée à la chapelle.\n      Les murs sont revêtus de marbre blanc drapé.\n      Un jour colorié f ait tomber de la voûte\n      Des taches de clarté mobile, goutte à goutte,\n      Et partout le carreau rosâtre en est jaspé.\n      Souvent, pour un cercueil heurtant à cette tombe,\n      La dalle du milieu se soulève et retombe :\n      C'est là que sont gravés les noms de chaque mort,\n      Ses écussons fleuris, ses titres, sa louange ;\n      Et que debout dans sa robe d'airain, un ange\n      Tient levés des flambeaux de bronze, allumés d'or.\n"}, {"page_pdf": 464, "texte": "                 LA JEUNE BELGIQUE                        359\n\n\n                          III\n\n               TOMBE DE BOURGEOIS\n\nSous un cube de verre enbué, que blinda\nQuelqu'étameur, fils du défunt, les immortelles\nJaunissant de leur paille un cornet en dentelles,\nSèchent auprès des lys piqués de réséda.\nUn angelet de grès qu'attache un ruban rose,\nPlane d'un vol joyeux sur ces bouquets défunts,\nEt semble un oiseau dans cette cage à parfums,\nQui poursuit un insecte au fond d'un cœur de rose.\nEmblêmes de piété, couronnes en fer-blanc,\nSont mis aux pieds d'un Christ, qui saigne, plaie au flanc.\nOr, pendant les jours gris de la dernière automne,\nUn grand vent arracha le Sauveur de sa croix;\nDepuis, c'est le portrait du mort, face luronne,\nQui pend aux clous du Christ sur le gibet de bois.\n\n                          IV\n\n                  TROU DE GUEUX\n\nLe vieux! Voici la fosse où git sa carapace,\nMais dans son coin boueux de funèbre       chantier,\nIl n'aura pas fini de pourrir tout entier,\nQu'un autre mort viendra le chasser de la place.\nEn attendant, si l'on creuse pour la carcasse\nD'un grand homme, un caveau de prince ou de rentier,\nC'est sur sa tombe à lui qu'on pétrit le mortier,\nEt qu'on jette à pleins seaux les débris et la crasse.\nTout cela le dérange au fond de son charnier,\nD'autant que chaque nuit, l'outil d'un chiffonnier,\nSaccage ces amas gluants de ses morsures,\nEt qu'à la puanteur accourent à foison\nDes chiens errants, qui dans la touffe de gazon\n— La seule croissant là — lâchent leurs jets d'ordures.\n"}, {"page_pdf": 465, "texte": "36o                  LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n\n                                V\n\n                        CLAIR DE LUNE\n\n      A voir ce tombeau mort, on dirait d'un fumier,\n      Tant il paraît lépreux et vert de moisissure,\n      Tant la bise d'automne a fendu sa voussure,\n      Tant l'hiver a troué son dallage en damier.\n      Roses peintes, bouquets gommés, croix abattues,\n      Bric-à-brac des défunts oubliés, gisent là,\n      Et de ce tas dé fleurs, que le temps décolla,\n      Sortent des fûts de cippe et des bras de statues.\n      Mais dès que les nuits sont claires, les feux     follets\n      Dansent de nébuleux et bleuâtres ballets\n      Autour de ces débris de tombe dévoûtée;\n      Et des taches de lune et d'insectes luisants,\n      Les sèment de cristaux, de ronds et de croissants,\n      Et les f ont refleurir d'une flore argentée.\n                                           EMILE V E R I I A E R E N .\n\n\n\n\n                   SONNET D'AURORE\n      Mignonne, c'est l'instant d'écarter nos volets,\n      Et de nous accouder aux fenêtres ouvertes :\n      L'herbe, au lever du jour, a des tendresses vertes,\n      Et l'arbre bourgeonnant, des espoirs violets.\n      Au ciel gris, des brouillards flottent comme des ganses ;\n      Et des nuages blonds, aux naissantes clartés,\n      Vaguent en étirant leurs moites nudités,\n      Dans ce déshabillé d'éveil, plein d'élégances.\n      Le jardin par fumé fleure comme un sachet ;\n      Le silence frémit comme sous un archet,\n      Et les valses de l'air ont des douceurs de flûte.\n      L'ombre s'enfuit, — vaincue et lasse de la lutte,\n      Et l'Aurore en son blanc falbala de satin,\n      Effeuille dans le bleu les roses du matin.\n                                           ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 466, "texte": "                            LA JEUNE BELGIQUE                                 361\n\n\n\n                       ALPHONSE DAUDET\n                                        II\n   D'après certaine théorie, toute œuvre d'art trouve son utilité morale dans\nsa seule beauté. Le beau est sain par lui-même, la perfection de la forme n'a\nbesoin du secours d'aucune thèse pour produire une influence salutaire. Mais\noutre que le beau est relatif et conventionnel et que M. Daudet n'atteint pas au\nbeau absolu tel que l'ont établi les rhétoriciens, on pourrait démontrer que les\nromantiques, sans descendre jusqu'à Alexandre Dumas fils et en ne citant que\ndeux maîtres, Hugo et Augier, ont eu recours à la thèse et s'en sont fait un\nincontestable élément de succès. Il serait donc juste de dire que les mauvaises\nthèses sont seules condamnables. Les quelques parnassiens qui ont observé\nrigoureusement le principe et qui ont tenté de donner à l'art le rôle d'un fakir\nluxueusement paré, s'étendant sur des coussins moelleux, dans une noble indif-\nférence, en sont morts littérairement. L'art est un agent de l'humanité, les\ngrands artistes sont ceux qui en expriment le mieux les joies, les espérances\nou les peines ; la consolent, la fustigent ou l'éclairent.\n   Daudet s'est réservé le rôle de consolateur. Il aime les hommes, certains\nspectacles l'écœurent, certaines cruautés l'indignent, son âme généreuse\ns'emeut et se révolte ; de là cette belle indignation à laquelle on ne peut\nreprocher que la faiblesse du vol. Puis quand tout se détraque, quand ce\nbesoin de vérité à la fois affreux et superbe qui nous domine nous montre le\nvide de tant de choses, les rides sous le fard, la bêtise sous l'honnêteté, l'hypo-\ncrisie sous le masque de la vertu ; quand l'homme pleure sur lui-même à la vue\nde tant de hontes, quand à être si clairvoyant aucune apparence ne peut le\ntromper, Daudet nous introduit au sein du tranquille refuge épargné. Il évoque le\ndoux visage d'Aline Joyeuse, il nous mène dans la chambre du sixième étage\noù André de Maranne dore de ses illusions généreuses le manuscrit de Révolte,\npuis il nous dit, non sans une certaine naïveté : Voilà le bonheur, voilà l'honnê-\nteté, voilà la pureté ! Oui certes, elle est réelle et pure cette gentille figure de\nBonne maman, oui il y a des de Gery généreux et des André de Maranne hon-\nnêtes et ce qui mieux est le restent, car il est de certaines régions intellec-\ntuelles où l'on se purifie quand on s'y maintient avec la foi et l'amour. Oui, nous\nsavons que la jeunesse est souvent enthousiaste et toute de bonté. Mais quel\nmérite a-t-elle à l'être? A-t-elle été atteinte par l'usure de la vie, les soucis de\nl'argent et les compromis que commande le besoin? Contre quel obstacle a-t-elle\ntrébuché? Toutes nos sympathies doivent-elles se reporter sur les gens qui\nvivent d'une vie sans secousse, s'aimant entre eux d'un amour dont la pureté\nest relative puisqu'il est égoïste ? Certes, non. L'esprit moderne veut élargir\nle sentiment de la justice et cet esprit, M. Daudet l'ignore. Ses tableaux ne con-\nsolent personne, ils entretiennent l'égoïsme bougeois. Ils exaltent les sentiments\nles plus faibles et les plus étroits, l'amour de la famille que la brute seule ne\npossède pas et qu'on a appelé divin quand il n'est qu'animal, mais ils ne font\n"}, {"page_pdf": 467, "texte": "362                          LA JEUNE BELGIQUE\n\n\npas naître celui de l'humanité, qui est d'essence supérieure quoique matérielle.\n M. Daudet nous séduit en nous prenant par le cœur et nous pleurons avec lui,\nquitte à nous révolter et à nous demander si ces attendrissements qui nous amol-\nlissent ne détournent pas nos yeux des grandes souffrances humaines plus dignes\nd'intérêt.\n    Ces souffrances il ne les voit pas, non par manque de générosité, nul n'est\nplus généreux, mais par faiblesse de vue, par état d'esprit. Son indignation ne\ns'étend pas aux grandes choses, elle est banale quand elle n'est pas naïve ou\n inutile. Lui qui a des paroles si tendres pour les enfants qui souffrent des souf-\nfrances de tout le monde, il n'en a pas pour ceux qui en plus des douleurs\n humaines, irrémédiables, supportent encore les maux qui résultent de l'organi-\n sation défectueuse de la société. Ses petits malheureux ont des collerettes\n blanches et des robes roses, ils ne grelottent pas sous les portes en demandant\n du pain. Il est plein de pitié, mais sa pitié n'est pas toujours juste : il y a des\n malheurs et des vices qui sont le fruit amer de la nécessité, d'autres qui sont le\nfruit de la bêtise. Le Nabab qui se ruine pour obtenir un bout de ruban est un\n sot, la femme qui se vend pour s'arracher à la misère noire est une malheu-\n reuse. Et si l'on nous dit que toutes les douleurs sont également dignes de\n sympathie, que toutes se valent sans distinction de la cause qui les a fait naître,\n nous émettrons cette réserve que si l'on soulage les unes par la sympathie, on\n guérit les autres par le ridicule.\n    Tous les défauts d'Alphonse Daudet proviennent donc du manque d'unité dans\n les vues. Le signe d'un esprit supérieur, a dit Taine. ce sont les vues d'ensemble;\nsans une philosophie le savant n'est qu'un manœuvre et l'artiste qu'un amuseur.\n Le mot d'amuseur serait rigoureux appliqué à Alphonse Daudet ; il est plus juste\n de l'appeler un charmeur. Hélas! il n'est rien d'autre. Quand on se recueille\naprès la lecture de ses ouvrages on n'éprouve qu'une impression de fraîcheur et\n d'attendrissement qui se dissipe aussitôt. Comme il ne procède pas par réflexion\n mais par reproduction, on a l'esprit en repos; il nous a intéressé en mettant sous\nnos yeux des images très brillantes, mais il ne soulève aucun monde et ne pose\naucun problème. On a pleuré mais on n'a pas pensé, et penser c'est prier pour\nl'humanité.\n    C'est que l'observation ne suffit pas. Voir n'est pas tout, il faut encore que\nles vues prennent d'elles-mêmes une direction philosophique. Une littérature\nsans but serait une littérature sans grandeur. Que le but soit voulu, ou ne le\nsoit pas, peu importe. Les matérialistes ne s'occupent pas de savoir si Flaubert\n qui a porté à l'idéal un coup mortel était idéaliste et si Emile Zola qui démolit\n notre société pense continuer le travail de Proudhon. L'œuvre grandit d'elle-\n même par la conclusion qu'elle dégage.\n    A ce compte l'œuvre de A. Daudet est périssable : il enguirlande ce qu'il\nobserve de fleurs très brillantes, mais les fleurs se fanent, et l'on peut dire de\nson observation qu'elle est comme une photographie très artistement retouchée\navec, en dessous, une légende douce et fausse comme une maxime du Christ.\n    Cependant Daudet possède un tempérament artistique fait d'éléments qui, s'ils\n  s'étaient coordonnés entre eux, eussent pu élever son talent jusqu'au génie. Il\n"}, {"page_pdf": 468, "texte": "                              LA JEUNE BELGIQUE                                   363\n\n\nest observateur et il est croyant. Il n'a ni le découragement, ni la nervosité des\nde Goncourt ; il ne croit pas que tout est fini, il aime la nature, notre monde mo-\nderne et sait apprécier les biens de la vie. Si ses personnages manquent de soli-\ndité et n'ont aucun intérêt philosophique, le cadre où ils se meuvent est parfait.\nSous sa plume les choses prennent une intensité extraordinaire: tout chante,\ntout vibre, tout sourit ou pleure. A ce point de vue, ni Flaubert ni Zola ne lui\nsont supérieurs. Si, en effet, le premier a laissé des descriptions superbes, si\nle second a exprimé de façon magistrale l'exubérance, la vie débordante de\nla nature, qui donc a le mieux rendu le bon soleil des beaux jours avec les joies\nqu'iléclaire et qu'il fait naître, la fraîcheur des soirs d'été, la gaîté des dimanches\nparisiens?\n   Si nous avons éprouvé après une longue peine, après les fatigues d'un voyage,\nle charme réconfortant de la nature dans la douceur du repos, il suffit, pour se\nrappeler cette sensation délicieuse, d'ouvrir les Rois en Exil : nous trouverons\ndans le premier chapitre l'impression exacte de la jouissance éprouvée. Plus\nloin c'est une scène populaire, le peuple d'une grande ville qui s'ébat sur les\npelouses du bois de Vincennes. Les jeux, les cris des bébés, les vastes espaces\noù se meuvent les joueurs, les gazons verts sur lesquels on déjeune, les fourrés\nombreux recherchés du liseur, l'allée tranquille des amoureux où « l'ombre garde\nun peu de mystère, une fraîcheur de source, des effluves de forêt, > rien n'est\noublié, pas un détail ne manque, et ce tableau si complet d'une journée de di-\nmanche pleine de « désordre gai » rappelle des jours semblables où l'on s'est\nmêlé au peuple se dépensant librement dans une heureuse après-midi d'été.\nDans Jack l'un des lieux principaux de l'action a pourcadre une nature exquise :\ndes bois qui dévalent dans des prairies bordant l'eau tranquille. Il en trace des\ntableaux charmants. Des paysages tout de lumière avec des réveils pleins\nde chants d'oiseaux et des crépuscules noyés de brume où tout se brouille,\ns'efface, se meurt dans le grand silence religieux du soir. Puis ce sont des pay-\nsages encore humides de pluie, calmes et recueillis qui font penser à Daubigny,\nce mélancolique interprète de la nature apaisée; puis enfin des scènes d'hiver\noù l'on croit entendre les branches craquer sous le givre, dans l'âpreté de l'air.\nToutes ces pages sont de la même main, la douceur en est la caractéristique.\nM. Daudet a d'ailleurs l'horreur du sombre, le noir l'épouvante. Jusque dans\nles larmes qu'il fait verser, il y a comme une douceur, une consolation, un sou-\nlagement. S'il nous a trop attristé en nous conduisant à Bethléem auprès des\nberceaux des petits martyrs abandonnés, bien vite il nous ramène dans l'inté-\nrieur paisible de la famille Joyeuse. Ces oppositions, ces contrastes, on les\nrencontre à chaque instant dans son œuvre. C'est un panorama mouvant qui\ndéfile sous les yeux du lecteur ; les aspects varient, les uns sont dramatiques,\nles autres empreints d'une douce poésie, mais ils se condensent si bien que\nl'athmosphère générale est lumineuse et tranquille.\n   Malheureusement cette façon de rendre notre société sous d'aussi agréables\ncouleurs, est au moins risquée. M. Daudet a raison de démontrer qu'après\ntout il fait bon de vivre, mais en donnant aux choses extérieures toute leur\nsaveur et tout leur prix, il est resté indifférent à nos souffrances, à nos espoirs, à\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": " 364                            LA JEUNE BELGIQUE\n\n\nnos luttes et ne les a consignés nulle part dans son œuvre. De là son infériorité.\n   Si l'on analyse ses débuts, on découvrira nettement l'influence que les cir-\nconstances ont exercée sur son talent. Certes il est né poète et la grâce émue\nqu'il répand partout avec une si pénétrante délicatesse lui était acquise natu-\nrellement. Mais le milieu dans le sein duquel il a grandi, les sourires que la\nfortune ne lui épargna guère devaient influer sur le romancier, sur l'homme,\npolir toutes ses merveilleuses qualités natives, et, par un effet contraire, iné-\nvitable, grossir ses défauts et l'empêcher peut-être à tout jamais d'atteindre\ncette profondeur qui rend les œuvres immortelles.\n   Enfant, il connaît toutes les joies, toutes les caresses de l'enfance privilégiée.\nAdulte, à l'âge où les sentiments prennent une tournure et s imprégnent pro-\nfondément, il est mêlé à des souffrances de famille qu'il n'oubliera jamais et\ndont il tirera plus tard des trésors d'émotion. La quinzième année est pour lui\nl'époque de la lutte et des souffrances. Plus tard, devenu homme, ne connaissant\nque le succès, n'ayant pas d'obstacles à surmonter, les impressions de la\njeunesse ayant été les plus vive» resteront les plus fécondes. Et c'est pourquoi\nl'auteur du Nabab est resté un enfant, un talent jeune, frais et souriant, ne\npossédant pas encore, quoi qu'on en dise, cette virilité, cette mâle énergie, ces\naudaces que les caractères trempés puisent dans la lutte prolongée, ou mieux\nencore qu'ils acquièrent naturellement par le fait d'une maturité tardive, par\nune lente, douloureuse et pénible éclosion de leurs facultés.\n                                                                   F.   NAUTET.\n\n\n\n\n                                     SONNETS\n\n          REVE D'IDYLLE                                 LA F E E\n     Un beau jour nous te trouverons           J e suis la Fée, û curieux,\n     Au fond des bois, sous les feuillêes,     Des Sourires tendres et roses\n     Parmi les ramures mouillées,              Et des Clartés d'apothéoses\n     Les lilas et les liserons,                 Et des Rythmes harmonieux.\n\n    Maisonnette !Nous      entrerons,          Je suis Flamme : mes mille feux,\n    Et les choses ensommeillées                Quand ils illuminent les choses,\n    Par nos sourires réveillées                Partent des paupières mi-closes\n    Battront des ailes sur nos fronts.         De l'adorée aux chers grands yeux.\n\n    Et nous serons chez nous. Nos rêves,        Sourire, il faut que je sourie\n    Nos longs baisers dans les nuits brèves,   Sur la lèvre exquise et fleurie\n    Les aveux de ta douce voix,                De celle qu'en rêve tu vois.\n\n    Tes seins blancs et tes lèvres roses       Je suis la Musique elle-même,\n    Empliront de troublantes choses            Et je chante en la douce voix\n    La maisonnette au fond des bois.           De celle qui t'a dit : Je t'aime.\n                                                          JACQUES MADELEINE,\n"}, {"page_pdf": 470, "texte": "                              LA JEUNE BELGIQUE                                         365\n\n\n\n\n                     CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   L E PARNASSE CONTEMPORAIN : Armand Silvcstre. — Robert de la Villchervé.\n\n                                              I\n   Dans le grand affolement de l'empire, la pensée était suspecte. Sur un rythme\nnerveux de bacchanal, le peuple se ruait aux ivresses. Du reste, où en était à ce mo-\nment la pensée du XIX0 siècle ? Hugo sur son rocher combattait l'empire triomphant.\nMais Lamartine était à la solde des Tuileries, Mérimée et Sainte-Beuve s'étaient faits\ncourtisans. Les idées de régénération sociale, qui dans l'esprit des hommes de 1830\navaient accompagné les tentatives de rénovation littéraire, avaient abouti à l'avortemcnt\nridicule et sanglant de 1848. La Révolution française elle-même semblait s'être prosti-\ntuée dans la couche des Bonaparte. La gaîté et la passion étaient mortes avec Musset,\ndont le rire avait fini en grimace et les amours en débauches. Devant cette banque-\nroute de l'Idée et du Sentiment les poètes pensèrent qu'il n'y avait d'immuable et\nd'éternel que la Beauté. Ils reprirent le rêve païen de Gautier et autour de Leconte\nde Lisle, répétèrent avec Catulle Mendès :\n                   La Grande Muse porte un péplum bien sculpté\n                   Et le trouble est banni des âmes qu'elle hante.\n\n                   Pas de sangJots humains dans le chant des poètes.\n   Leur pensée s'envola vers l'impassibilité des statues grecques. Devant la raine de\nce qu'avait chanté la génération de 1830, ils émigrèrent dans le passé et tentèrent de\nfaire revivre l'âme des siècles. Et j'estime que c'est par là qu'ils ont été de leur\ntemps. Aujourd'hui notre curiosité se porte ailleurs, vers les névroses et les tristesses\ncontemporaines. Mais l'effort des Parnassiens témoignait bien de la facilité qu'a notre\ntemps de s'intéresser et de s'identifier à tout ce qui a été de l'humanité. Du reste, ils ont\nfaçonné l'instrument dont se sert la génération d'à présent pour peindre avec intensité la\nvie moderne. Zola, Daudet et surtout Cladel, Richepin, Lemonnier se rattachent par bien\ndes points au Parnasse, par le besoin presque maladif de la perfection dans la phrase,\npar la curiosité quelque peu byzantine du rythme, de la mélodie et de la couleur.\n\n                                             II\n   Armand Silvestre est arrivé l'un des derniers parmi ces impassibles amoureux de la\nligne. Mais dès ses débuts, il apportait au sein du Parnasse une note nouvelle. Cette\nnote il l'a répétée depuis en un rythme élargi et avec plus d'ampleur, il la redit\naujourd'hui avec toute la perfection de sa forme éclatante dans le Pays des Roses.\n   Ce poète est avant tout un païen. Mais sa religion artistique est d'un homme et non\nd'un demi-dieu, elle n'a pas l'immobilité hiératique de celle de Leconte de Lisle. C'est\nun exilé dans notre monde moderne, mais qui sait son exil et qui le pleure. Son rêve païen\nse complique de regrets. Là est sa marque personnelle. Armand Silvestre pleure l'exil des\ndieux. Il a comme tous les Parnassiens l'admiration et l'adoration de grandes Déesses.\nAprès Leconte de Lisle, il célèbre la Vénus de Milo et il écrit en son honneur ces\nstrophes éclatantes :\n                   Ce ne fut ni la chair vivante, ni l'argile\n                   Qui servit de modèle à ce cerps radieux :\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "  366                            LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n                     La femme a moins d'orgueil, — la terre est trof     fragile,\n                     Et ce marbre ielatant vient du pays des dieux.\n\n                    Toi qui demeures seule à la porte du temple\n                    Vont l'idéal lointain abrite les sommets\n                    Et que notre regard avec effroi contemple,\n                    — Celui qui mutila la pierre où tu dormais\n                    Fit au cœur du poète une entailleprofonde.\n                    Car, 6 Fille des Dieux, immortelle Beauté,\n                    Tes bras, en se irisant, laissèrent choir le monde\n                    Dans les gouffres abjects de la réalité.\n    Mais l'adoration ne lui suffit pas. Sa religion, je l'ai dit, n'a rien de contemplatif et\n c'est pourquoi il magnifie aussi la Vénus de Vienne, plus clémente aux hommes, mère\n des amours et des maternités.\n                    Dans ce marbre héroïque en creusant ta statue,\n                    Un artiste inconnu fixa l'éternité.\n\n\n\n                     Sous ton col généreux il gonfla des mamelles\n                     Robustes à la soif comme aux enlacements,\n                     Où viennent boire, ainsi qu'à des coupes jumelles,\n                     La bouche des petits et celle des amants.\n   Son rêve anime ainsi toute la nature. Pour lui, la mer clame une plainte éternelle d'in-\n consolée et la terre est une nourricière qui donne tour à tour la vie et l'éternel repos. Les\n Dryades et les Égipans s'aiment dans les bois et le poète sent autour de lui la fraternité\n des choses. Mais le rêve ne se prolonge pas, le charme se rompt et les bois sont désertés.\n La nature est indifférente à nos maux. Le poète pleure alors ce lamento douloureux :\n Les choses n'ont plus de larmes, dont je demande à citer au moins la fin, qui donne bien la\n note du livre entier :\n                   L'antique parenté de la Terre et du Rêve\n                   Ne ceint plus les esprits de ses liens radieux.\n                   Dans un morne infini, l'homme isolé s'élève\n                   Et — des choses plus loin — n'est pas plus pris des Dieux !\n    C'est ainsi tout au long de l'œuvre un rêve tristement interrompu par les réalités.\n  Pourtant, parfois le poète s'arrête. La nature a, malgré tout, des chants et des couleurs,\n  des parfums et des harmonies. Il berce alors sa mélancolie aux souffles du vent, la\n baigne à la fraîcheur des eaux, calme sa tristesse devant la pourpre des matins. Et il\n mélodie des strophes harmonieuses qu'il nous donne ici sous ce titre : Vers pour être\n chantés. Puis l'Art est le grand consolateur et de sa lyre s'envolent l'ode superbe A Victor\n Hugo et les Vers écrits devant la maison de Théophile Gautier. Parfois il célèbre la science\n et l'esprit modernes et c'est pour lui encore une occasion de reprendre son rêve antique en\nécrivant pour chanter la vapeur et l'électricité : Les Fils de Prométhie.\n   La nature n'est pas du reste tellement dépeuplée qu'il ne lui reste une dernière gloire,\nla femme — Ultima gloria. Et le poète la glorifie comme le darnier rayon d'immortalité\nqui soit ici bas :\n                   Du grand rêve païen par les âges déchue,\n                   Femme, cette douceur amère t'est échue\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "                               LA J E U N E BELGIQUE                                  367\n\n                  De garder, sur ton front cher et découronné,\n                  Rameau toujours vivant, le laurier de Daphné.\n                  Si tu n'es plus debout, aux temps durs où nous sommes,\n                  Entre l'amour des Vieux et le culte des hommes,\n                  Les poètes du moins, te gardant de l'affront,\n                  Devant tes pieds sacrés courbent encore le front.\n                  Sous le désir troublé dont l'effroi les tourmente,\n                  Ils ne t'appellent plus leur sœur ou leur amante,\n                  Mais regardent, pensifs, luire dans ta Beauté\n                  Le dernier rayon d'or de l'immortalité.\n  C'est une adoration mêlée d'admiration. Le poète, l'artiste est écrasé par la contem-\nplation de la beauté souveraine autant que l'homme est brûlé du désir de la possession. Et\nce désir garde quelque chose du rêve panthéiste : ce à quoi le poète aspire, c'est à une\nsorte d'absorption par l'immortelle beauté de la femme.\n  Je ne puis guère citer encore, je ne l'ai que trop fait déjà. Qu'il me soit permis cepen-\ndant de donner un des quarante sonnets réunis sous ce titre: Les Désespérés.\n                  Le temps a tout jeté par terre d'un coup d'aile.\n                  Tout hormis mon amour, tout hormis ta beauté !\n                  Les au tres dieux ont fui le temple dévasté\n                  Oie, pour toi seulement, fume un encens fidèle.\n                  Ta grâce resplendit sous un front tout plein          d'elle,\n                  Et sur les vains débris de la réalité,\n                  Ton souvenir grandit, lys pur qu'a respecté\n                  L'automne qui fleurit les tombeaux d'Asphodèle.\n                  J'ai dormi bien longtemps sous la pierre         couché,\n                  Avant que ta pitié sur mon front ait penché\n                  Des résurrections la fleur surnaturelle.\n                  Mes yeux s'étaient éteints, ne devant plus te voir;\n                  Mais telle est ta splendeur et tel est ton pouvoir\n                  Qu'ils se sont rallumés pour se lever sur elle.\n\n                                            III\n\n   La Chanson des Roses de Robert de la Villehervé, est fille de la même inspiration que\nle recueil d'Armand Silvestre. C'est la même religion artistique, mais la nature du poète\nest moins tourmentée et il se livre sans arrière-pensée à la caresse bienfaisante des choses.\nLe soleil rit dans les cieux clairs, les bois verdoient en dômes feuillus et cela suffit pour\ndilater son âme. Le monde pour lui n'est pas abandonné, son rêve suffit à le peupler.\nSous les souffles mûrissants des étés, il écrit ces vers où l'on sent comme un contentement\net une jouissance sans réserve des choses :\n                   Ce n'est pas vrai, les bois ne sont pas désertés.\n                   Si la Dryade est morte, à quoi bon tant de roses ?\n                   S'il n'est plus d'AEgipans affolés de clartés,\n                   A quoi bon les rayons obliques des étés ?\n                   Quoi qu'en disent ceux-là qui vivent dans les proses,\n                   Si la Dryade est morte, à quoi bon tant de roses ?\n                   Ce n'est pas vrai, les bois ne sont pas désertés. '\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": "  368                             LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n   On le voit, l'inspiration est ici également païenne, mais peut-être d'une grécité moins\npure et qui se mélange de latinité. Tout, au long du volume, la Chanson des Roses m'a\nfait penser aux poètes de la Renaissance, à Ronsard et à Baïf. Et c'est à eux encore que\nl'on songe devant la multiplicité des rythmes que le poète emploie et qui s'entrecroisent\ndans son œuvre en arabesques. A lui tous les mètres lyriques de Banville et de Ronsard\nqu'il rend siens et qu'il fait servir à l'expression précise de sa pensée. Et cette multi-\nplicité de rythme lui sert bien pour chanter ses amours : non plus ici l'amour qui saigne\ncomme chez Silvestre, mais l'amour heureux et reposé dont on jouit lentement :\n\n                           f e voudrais pour la bien-aimée\n                                   Chanter encor\n                            Une chanson gaîment tramée\n                                   De rimes d'or,\n                            Dont les vers emplis d'harmonie\n                                   Et bien tressés\n                           Auraient la tendresse infinie\n                                   De nos baisers.\n   Ceci est la note amoureuse du volume : j'ai cité plus haut des vers qui en donnent la\nnote lyrique. Il ne faut pas croire, en effet, que les recherches de rythmes, les jongleries\nde la rime riche, de la rime pleine ou de la rime rare nuisent à l'élan lyrique et à la\nscience pittoresque du poète :\n\n                    Car, voici dans l'éther sans borne qui se creuse\n                    Comme un dais au dessus d'une couche amoureuse,\n                    Que s'allument déjà des mondes par milliers\n                   Et que les Univers, derniers nés des Genèses\n                   Brûlant, rouges encor au sortir des fournaises,\n                   Jusqu'au fond noir du ciel se sont multipliés.\n                    Tout dort. Etangs, déserts, et les bois, et les villes.\n                   Les monstres indomptés et les foules servîtes\n                   Reposent. C'est l'instant du grand recueillement.\n                   Seule, au sextuple fouet des tempêtes donnée,\n                   Ainsi qu'une maudite à jamais condamnée,\n                   La Mer, la triste Mer gronde lugubrement.\n                   La colère de l'onde énorme la hérisse,\n                   Et vaincue et tragique en un sombre caprice,\n                   Elle crache sa rage aux nuages ailés.\n                   Qui donc, pour que son deuil illimité s'apaise,\n                   Charmera l'ouragan qui la blesse et lui pèse ?\n                   C'est toi. Nuit, Nuit clémente à tous les désolés!\n\n   Sur ce poème d'une largeur épique : la Nuit, finit le volume. Il était digne d'être analysé\nà côté du recueil d'Armand Silvestre. Et je suis heureux que ces œuvres sœurs nous\naient permis, dans ce journal qui combat pour un art différent, de rendre aux poètes du\nParnasse le témoignage de notre profonde estime littéraire.\n                                                                       GUSTAVE A N D E L .\n\n\n\n\n                Imp, Centrale, VAN ASSCHE, dir.-gér., i, rue d'Arenberg, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 474, "texte": "CIRAGE JACQUOT ET JACQUAND. Vprixe n t eet enc o n dgros        a u x mêmes\n                                                    i t i o n s qu'à Paris',\nH . et F . V A N G H E L U W E , 4, t u e A g n e e s s e n s , Bruxelles.\n\n                                    Propreté, economie, allume-feu sans pareil. On allume\nPLUS DE COPEAUX.                    40 fois son feu pour 15 centimes; le paquet de 40 feux,\n15 cent. Le demander chez tous les épiciers, droguistes, etc. Seuls dépositaires pour la\nBelgique et la Hollande, H . et F . 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H U E T , boulevard du N o r d , 17, Bruxelles.\n\n                                                    68,  BOULEVARD DU NORD, BRUXELLES.\nRestaurant du S P O R T .                               Ouverture le 21 m a i p a r A d . C O U C O G N E ,\nex-maitre d'hôtel des p r e m i è r e s maisons deBruxelles et d ' O s t e n d e .\n  D î n e r s à p r i x fixe et à la carte. V i n s des meilleurs crûs. Service soigné.\n\n\n      LIBRAIRIE                                                         Fonds de Magasins\n\nA. C H R I S T I A E N S F I L S                           FABRICANTS-NEGOCIANTS\n        38, Rue d'Arenberg, Bruxelles\n                                                                Toutes      marchandises              avariées       et\n   VENTE    ET   ACHAT DE LIVRES          NEUFS       ET   m a g a s i n s e n t i e r s a c h e t é s au      comptant\nD'OCCASION. —        ACHAT DE       BIBLIOTHÈQUES          dans le plus haut prix, p a r J . V O M B E R G ,\nAU COMPTANT. — GRAND CHOIX D E                 LIVRES      r u e d e s F o u l o n s , 11, B r u x e l l e s .\nILLUSTRÉS E T AUTRES. — DÉPÔT DES\nCIPAUX ÉDITEURS D E PARIS.\n                                                PRIN-      GUÉRISON\n                                                                             CERTAINE ET RADICALE\n                                                           de toutes les affections de la p e a u , des plaie\n      La Maison     se charge de la      Reliure.\n                                                           et des ulcères variquetix<\\và sont souvent con\n                                                           sidérés comme incurables p a r les plus c é -\n                                                           lèbres m é d e c i n s . — Ce t r a i t e m e n t ne d é r a n g e\n            Couveuses artificielles brevetées              n u l l e m e n t du travail, il est à la portée des\n                   seul propriétaire                       plus p e t i t e s bourses, et dès le 2 e jour produit\n                F.    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R i e n de c o m m u n avec la Chaussure A m é r i -\n                                                           caine.\n"}, {"page_pdf": 475, "texte": "    DATE COFFEE                                  Ce café, tant recommandé par\n                                              les médecins les plus célèbres de\n                                              tous les pays,\n\n\n                                            NE COUTE PLUS RIEN\n     Son prix est remboursé par des billets que vous pouvez\n     immédiatement utiliser comme argent comptant.\n       En vente chez les principaux négociants de la Belgique, en\n     boîtes de fer-blanc, au prix de fr. 1-50 et 1-88 le 1/2 kilog, boîte\n     comprise. Les boîtes vides seront reprises à raison de 10 centimes\n     pièce. — Pour le gros, s'adresser à T H E B E L G I A N D A T E\n     C O F F E E C° (Limited), 35, rue de Malines, Bruxelles.\n\n     A LA BASCULE                                         FABRIQUE D'APPAREILS D'ECLAIRAGE\n Ancienne Maison HEYMANS, hameau de Vleurgat (Uccle)\n              2 et 4, coin de la chaussée                             45,   RUE DES CHANTEURS\n     de Waterloo, près du bois de la Cambre\n                   REOUVERTURE                                 PRÈS LA GARE DU NORD,        BRUXELLES\nDE L'ESTAMINET-RESTAURANT                                             G.     SGHOONJANS\n    par Ferdinand V A N D E R R I V I È R E\nGrande salle de 200 couverts pour banquets, dîners        Lustres, 'Suspensions, Candélabres.\n  de noces et fêtes de sociétés. — On prend des            Girandoles, Lanternes, Pendules,\n  pensionnaires.                                           Objets d'art, etc. — F o y e r s à gaz. — .\nChambres et quartiers garnis et non garnis                 F o u r n i t u r e de compteurs. — Place-\n      à louer. — Ecurie et remise pour                     ment de tuyaux.\nchevaux et voitures. — Prix très modérés.\n\n                                     P E U S DE DOS RONDS\n                      Agent général pour la Belgique de la BRETELLE AMERICAINE\n                                               {Brevetée)\n\n                                           TILQUIN\n                                     Galerie de la R.ine, 5, Bruxelles\n                        La Bretelle américaine élargit la poitrine, tient les épaules\n                      droites, soulage le dos et les hanches en soutenant les jupes et\n                      le pantalon, écarte toute tendance au dos, rond, produit une\n                      libre respiration, renforce la voix et les poumons, et donne un\n                      bien-être à ceux qui en font usage. Prrx : fr. 3-50, 5, 7-50, 10,\n                      12 et 15: — Plus de Jarretière qui engendre les varices. Nouveau\n                      P O R T E - B A S américain, laissant la circulation du sang libre.\n                      Remise au commerce. — Prix : 2,2-50, 3, 4 et 5 francs.\n\n                         Seule Maison en Belgique où l'on fabrique spécialement le\n\n                                POSTICHE D'HOMME\n                        Dernière perfection et du plus grand naturel\n                         TOUPETS ET PERRUQUES DE 10 A 100 FRANCS\n\n                        Ouvrages artistiques en cheveux. Bijoux, Cadres, Souvenirs, elc.\n\n\n  NOUVELLE DECOUVERTEGalerie(ledePogonotome)\n                                   la Reine, 5,\n                                              RABRUXELLES\n                                                  SOIR MÉCAMIQUE.\nToute personne peut se servir de ce rasoir sans aucune crainte de se couper\n— Agent général : TILQUIN, Galerie de la Reine, 5, Bruxelles. — Prix : fr. 5 ei\n7-50 avec lames de rechange (Remise au commette).\n  R A S O I R S M G L I I S de Sheffletd, garantis à l'épreuve.—Tout rasoir peut être échangé jusqu'à entier*\nsatisfaction de l'acheteur, sans rétribution.\n\n                Imp. Centrale, VAS ASSCUE, Dir.-Gér., 1, rue d'Arenberg, Bruxelles.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1882-11-01", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 456."}}