{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(3« année) 1882. 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C'est ainsi encore que dans le numéro du I er octobre,\nelle publiait la brutale scène du Dernier jour d'un condamné.\n     Les rédacteurs passifs que nous perdons sont remplacés par nos\nexcellents amis de l'ancienne Jeune Revue.\n     Désormais délivrée de toute ingérence parasitaire & étrangère à la\nlittérature, La Jeune Belgique recommence la campagne, plus forte & plus\ndigne. Les articles tels que ceux dont nous regrettons la publication, ne\n6e représenteront plus.\n     Nous ne regrettons qu'une défection, celle de l'auteur délicat qui a\nécrit la charmante étude sur André Theuriet, dont nos lecteurs se souvien­\nnent certainement. Nous comptons fermement qu'il nous reviendra.\n    Plus que jamais nous appelons à nous les jeunes; la maison s'est\nagrandie ; les hôtes en pourront être plus nombreux ; tous seront bien\nreçus; qu'ils apportent le sel, on leur donnera le pain.\n    De nombreuses réclamations nous parviennent relativement à l'irré­\ngularité dans l'envoi des numéros. Nous satisferons à ces justes repro­\nches, dont l'ancienne direction a toute la responsabilité, & notre service\nn'aura plus de ces écarts.\n    Certaines circonstances nous donnant lieu de croire que les quelques\navis de désabonnements qu'on nous a envoyés ne sont point définitifs,\nnous ne considérerons comme désabonnés que les personnes qui nous\nrenverront le présent numéro.\n\n                                             MAX    WALLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 1, "page_fin": 14, "titre_corps": "Nais Micoulin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Zola", "ancre_debut": "NAIS MICOULIN", "ancre_fin": "EMILE ZOLA", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": 1, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1742, "texte": "NAIS MICOULIN\n\n\n                                        I\n\n\n     A la saison des fruits, une petite fille brune de peau, avec des che­\nveux noirs embroussaillés, se présentait chaque mois chez un avoué\nd'Aix, M. Rostand, tenant une énorme corbeille d'abricots ou de pêches,\nqu'elle avait peine à porter. Elle restait dans le large vestibule, et toute\nla famille, prévenue, descendait.\n       — A h ! c'est toi, Nais, disait l'avoué. Tu nous apportes la récolte.\n  Allons, tu es une brave fille... E t le père Micoulin, comment se porte-t-il ?\n       — Bien, monsieur, répondait la petite en montrant ses dents blan­\n ches.\n      Alors, M m e Rostand la faisait entrer à la cuisine, où elle la ques­\n tionnait sur.les oliviers, les amandiers, les vignes. La grande affaire était\n de savoir s'il avait plu à l'Estaque, le coin du littoral où les Rostand\n possédaient leur propriété, la Blancarde, que les Micoulin cultivaient.\n Il n'y avaient là que quelques douzaines d'amandiers et d'oliviers, mais\n la question de la pluie n'en restait pas moins capitale, dans ce pays qui\n meurt de sécheresse.\n      — Il a tombé des gouttes, disait le plus souvent N a i s ; le raisin\n aurait bien besoin d'eau pour grossir.\n      Puis, lorsqu'elle avait donné toutes les nouvelles, elle mangeait un\nmorceau d e pain avec quelque reste de viande, et elle repartait pour\nl'Estaque dans la carriole d'un boucher qui venait à Aix tous les quinze\njours. Souvent, elle apportait des coquillages, une langouste, un beau\npoisson, le père Micoulin pêchant plus encore qu'il ne labourait. Quand\nelle arrivait pendant les vacances, Frédéric, le fils de l'avoué, descendait\nquatre à quatre dans la cuisine pour lui annoncer que toute la famille\n"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": 2, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "                                      2\n\n\n\nallait bientôt s'installer à la Blancarde, en lui recommandant de tenir ses\nfilets et ses lignes prêts. Il la tutoyait, ayant joué avec elle à l'âge de\ncinq ans ; depuis l'âge de douze ans seulement, elle l'appelait « Monsieur\nFrédéric », par respect. Toutes les fois que le père Micoulin l'entendait\ndire « tu » au fils de ses maîtres, il la souffletait. Mais cela n'empêchait\npas que les deux enfants fussent de très bons amis.\n     — E t n'oublie pas de raccommoder les filets, répétait le collégien.\n     — N'ayez pas peur, monsieur Frédéric, répondait Nais. Vous pou­\nvez venir.\n     M. Rostand était fort riche. Il avait acheté à vil prix un hôtel\nsuperbe, rue du collége. L'hôtel de Coiron, bâti dans les dernières années\ndu dix-septième siècle, développait une façade de douze fenêtres, et con­\ntenait assez de pièces pour loger cent locataires. Là-dedans, au milieu de\nces appartements immenses, la famille composée de cinq personnes, en\ncomptant les deux vieilles domestiques, semblait perdue. L'avoué occu­\npait seulement le premier étage. Depuis dix ans, le rez-de-chaussée et\nle second étage étaient à louer ; mais tout le monde s'en allait devant ces\nvastes salles délabrées. Alors, il s'était décidé à fermer les portes et à\nabandonner les deux tiers de l'hôtel aux araignées. L'hôtel, vide et\nsonore, avait des échos de cathédrale au moindre bruit qui se produisait\ndans le vestibule, un vestibule gigantesque avec une cage d'escalier\nmonumentale où l'on aurait aisément construit une maison moderne.\n      Dans les villes de vieille noblesse, comme Aix, cette ancienne capi­\ntale déchue aujourd'hui, des quartiers entiers sont ainsi à peu près déserts.\nLes familles nobles qui ont conservé leurs hôtels, y vivent dans l'ombre,\nd'une vie silencieuse et retirée. Quant aux hôtels qui ont passé entre des\nmains bourgeoises, ils abritent des locataires plus modestes et moins\nbruyants encore ; des bureaux s'y sont installés, quelques industriels les\nont transformés en magasins, d'autres restent inhabités et tombent en\nruines. L a vérité est que ces vastes constructions n'ont plus leur raison\nd'être à cette heure. Il fallait, pour les remplir, l'existence fastueuse des\nanciens seigneurs, avec leurs familles nombreuses, leurs courtisans, leurs\nvalets. Aujourd'hui, les parvenus les plus riches reculent eux-mêmes\ndevant des réparations énormes et des trains de maison, qui d'ailleurs\nseraient ridicules au milieu de la médiocrité de la province. E t telle est\nla raison de la mélancolie actuelle de ces belles demeures princières :\nelles sont trop vastes et trop magnifiques pour notre temps.\n     M. Rostand avait commis le meurtre de couper en deux par une-\ncloison le grand salon d'honneur de son hôtel, un salon gigantesque de\n"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": 3, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2803, "texte": "                                      3\n\ndouze mètres carrés que quatre fenêtres éclairaient. Puis, il avait installé\nlà, dans un compartiment, son cabinet, et dans l'autre, le cabinet de ses\nclercs. L e premier étage comptait en outre six pièces dont la plus petite\navait cinq mètres. M m e Rostand, Frédéric, les deux vieilles bonnes, habi­\ntaient des chambres hautes comme des chapelles, dont les coins se per­\ndaient dans une ombre grise. L'avoué s'était décidé à faire installer dans\nun ancien boudoir une grande cuisine, pour rendre le service plus com­\nmode ; auparavant, lorsqu'on se servait de la cuisine du rez-de-chaussée,\nles plats arrivaient complétement froids, après avoir traversé l'humidité\nglaciale du vestibule et de l'escalier. E t le pis était que cet appartement\ndémesuré se trouvait meublé de la façon la plus sommaire. Dans le\nsalon, un ancien meuble vert, en velours d'Utrecht, espaçait son canapé\net ses huit fauteuils, style empire, aux bois raides et tristes ; un petit gué­\nridon de la même époque semblait un joujou au milieu de l'immensité\nde la pièce; sur la cheminée il n'y avait qu'une horrible pendule de\nmarbre moderne, entre deux vases, tandis que le carrelage passé au\nrouge et frotté luisait d'un éclat dur. Les chambres à coucher étaient\nencore plus vides. On sentait là le tranquille dédain des familles du\nMidi, même les plus riches, pour le luxe et le confort des appartements,\ndans cette bienheureuse contrée du soleil où la vie se passe au dehors.\nLes Rostand n'avaient certainement pas conscience de la mélancolie, du\nfroid mortel qui régnaient dans ces grandes salles nues, dont la tristesse\nde ruines semblait accrue par la rareté et la pauvreté des meubles. Cette\nbourgeoisie économe installée dans cette royale demeure en augmentait\nl'abandon.\n      M. Rostand était pourtant un homme fort adroit. Son père lui avait\nlaissé une des meilleures études d'Aix, et il trouvait encore moyen d'aug­\nmenter sa clientèle par une activité rare dans ce beau pays de paresse.\nPetit, remuant, avec un fin visage de fouine, il s'occupait passionnément\nde son cabinet. L e soin de sa fortune le tenait d'ailleurs tout entier, et\nil ne jetait pas même les yeux sur un journal pendant les heures de flâ­\nnerie qu'il tuait au cercle. Mme Rostand, au contraire, passait pour une\ndes femmes les plus intelligentes et les plus distinguées de la ville. Elle\nétait née de Villebonne, ce qui lui laissait une auréole de dignité, malgré\nsa mésalliance. Mais elle montrait un rigorisme si outré, elle pratiquait\nses devoirs religieux avec tant de rigueur, qu'elle avait comme séché\ndans l'existence méthodique qu'elle menait.\n      Cependant, Frédéric grandissait entre ce père si affairé et cette mère\nsi rigide. Pendant ses années de collège, il fut un cancre de la plus belle\n"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": 4, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2939, "texte": "                                     -   4   -\n\n\n  espèce, tremblant devant sa mère, mais ayant tant de répugnance pour le\n  travail que, dans le salon, le soir, il lui arrivait de rester deux heures le\n  nez sur ses livres, sans lire une ligne, l'esprit perdu, tandis que ses\n  parents s'imaginaient, à le voir, qu'il étudiait ses leçons. Irrités de sa\n  paresse, ils le mirent pensionnaire au collége pendant deux a n s ; mais il\n  ne travailla pas davantage, il fut même plus libre qu'à la maison, enchanté\n  de ne plus sentir toujours peser sur lui les terribles yeux de sa mère, ne\n  faisant rien, ne vivant que pour les heures de récréation. Aussi, M m e Ros­\n  tand, alarmée des allures émancipées qu'il prenait, le retira-t-elle pour\n  l'avoir de nouveau sous sa férule. Il termina ainsi sa seconde et sa rhéto­\n  rique, surveillé de si près, qu'il dut enfin travailler; elle examinait ses\n  cahiers, le forçait à répéter ses leçons, se tenait derrière lui à toute heure,\n comme un gendarme. Grâce à cette surveillance, Frédéric ne fut refusé\n qu'une fois aux examens du baccalauréat.\n        Aix possède une école de droit renommée, dont le fils Rostand suivit\n  naturellement les cours. Dans cette ancienne ville parlementaire, il n'y\n a guère que des avocats, des avoués et des notaires, groupés autour de\n la Cour. On y fait son droit quand môme, quitte ensuite à planter tran­\n quillement ses choux. Frédéric continua d'ailleurs sa vie de collége, tra­\n vaillant le moins possible, tâchant simplement de faire croire à sa mère\n qu'il travaillait beaucoup. M m e Rostand, à son grand regret, avait dû lui\n accorder une plus grande liberté. Maintenant il sortait quand il voulait\n et n'était tenu à se trouver là qu'aux heures de repas; le soir, il devait\n rentrer à neuf heures, excepté les jours où on lui permettait le théâtre.\n Alors commença pour lui cette vie d'étudiant de province si monotone,\n si pleine de vices, lorsqu'elle n'est pas entièrement donnée au travail.\n       Il faut connaître Aix, la tranquilité de ses rues où l'herbe pousse,\nle sommeil qui endort les habitants et les maisons, pour comprendre\nquelle existence vide y mènent les étudiants. Ceux qui travaillent ont la\nressource de passer les journées devant leurs livres. Mais ceux qui se\nrefusent à suivre sérieusement les cours, n'ont d'autres refuges pour se\ndésennuyer que les cafés où l'on joue et certaines maisons où l'on fait\npis encore. Frédéric se trouva être un joueur passionné ; il passait au jeu\nla plupart de ses soirées et les achevait ailleurs. U n sensualité de gamin\néchappé du collége le jetait dans les seules débauches que la ville pouvait\noffrir, une ville où manquaient les filles libres qui peuplent à Paris le\nquartier latin. Seulement, ses journées ne lui suffirent bientôt plus, il\ns'arrangea pour avoir également ses nuits, en volant une clef de la mai­\nson. De cette façon, il passa très agréablement ses années de droit.\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "                                     5\n\n\n     Frédéric, d'ailleurs, avait compris qu'il devait se montrer un fils\nsoumis. Toute une hypocrisie d'enfant courbé par la peur lui était à peu\nprès venue. Sa mère maintenant se montrait satisfaite ; il la conduisait\nà la messe, gardait une allure très correcte, lui contait tranquillement\ndes mensonges énormes qu'elle acceptait, devant son air de bonne foi.\nE t son habileté devint telle que jamais il ne se laissa surprendre, trou­\nvant toujours une excuse, inventant des histoires extraordinaires pour se\npréparer d'avance des arguments. Il payait ses dettes de jeu en emprun­\ntant de l'argent à ses cousins. Il tenait toute une comptabilité compli­\nquée. U n e fois, après un gain inespéré, il réalisa même ce rêve d'aller\npasser une semaine à Paris, en se faisant inviter par un ami, qui possé­\ndait une propriété près de la Durance.\n      Au demeurant, Frédéric était un charmant jeune homme, grand et\nde figure régulière, avec une belle barbe noire qui commençait à pousser.\nSes vices le rendaient très aimable, auprès des femmes surtout. On le ci­\ntait pour ses bonnes manières. Les personnes qui connaissaient ses farces,\nsouriaient un peu ; mais, puisqu'il était assez décent pour cacher cette\nmoitié suspecte de sa vie de jeune homme, on devait encore lui savoir gré\nde ne pas étaler ses débordements comme certains étudiants grossiers\nqui faisaient le scandale de la ville.\n     Frédéric allait avoir vingt et u n ans. Il devait bientôt passer ses\nderniers examens. Son père, encore jeune et peu désireux de lui céder\ntout de suite son étude, parlait de le pousser dans la magistrature debout.\nIl avait à Paris des amis qu'il ferait agir pour obtenir une nomination\nde substitut. Frédéric ne disait pas non ; jamais il ne combattait ses\nparents d'une façon ouverte ; mais il avait un mince sourire qui indiquait\nson intention bien arrêtée de continuer l'heureuse flânerie dont il se\ntrouvait si bien. Il savait son père riche, il était fils unique, pourquoi\naurait-il pris la moindre peine? E t il renvoyait tout à plus tard, il était\ntrop jeune. E n attendant, il fumait des cigares sur le Cours, allait dans\nles bastidons voisins faire des parties fines, fréquentait journellement en\ncachette les maisons les plus suspectes, ce qui ne l'empêchait pas d'être\naux ordres de sa mère et de la combler de prévenances. Quand une noce\nplus débraillée que les autres lui avait brisé les membres et compromis\nl'estomac, il rentrait dans le grand hôtel glacial de la rue du Collège où\nil se reposait avec délices. L e vide des pièces, le sévère ennui qui tom­\nbait des plafonds lui semblaient avoir une fraîcheur calmante. Il s'y\nremettait, en faisant croire à sa mère qu'il restait là pour elle, jusqu'au\njour où, la santé et l'appétit revenus, il machinait quelque nouvelle esca-\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "                                  — 6 —\n\n\npade. Du reste, le meilleur garçon du monde, pourvu qu'on ne touchât\npas à ses plaisirs.\n      Nais, cependant, venait chaque année chez les Rostand, avec ses\nfruits et ses poissons, et chaque année elle grandissait; elle avait juste le\nmême âge que Frédéric, trois mois de plus environ. Aussi, M m e Rostand\nlui disait-elle chaque fois :\n      — Comme tu te fais grande fille, Nais!\n      E t Nais souriait en montrant ses dents blanches. L e plus souvent\nFrédéric n'était pas là. Mais, un jour, la dernière année de son droit,\ncomme il allait sortir, il trouva Nais debout dans le vestibule, avec sa\ncorbeille. Il s'arrêta net d'étonnement. Il ne reconnaissait pas la longue\nfille mince et déhanchée qu'il avait vue, l'autre saison, à la Blancarde.\nNaïs était superbe, avec sa belle tète brune, sous le casque sombre de ses\népais cheveux noirs ; et elle avait des épaules fortes, une taille ronde, des\nbras magnifiques dont elle montrait les poignets nus. En une année, elle\navait poussé comme un jeune arbuste.\n      — C'est toi ! dit-il d'une voix balbutiante.\n      — Mais oui, monsieur Frédéric, répondit-elle en le regardant en\nface, de ses grands yeux où brûlait un feu sombre. J'apporte des our­\nsins... Quand venez-vous ? Faut-il qu'on prépare les filets?\n      Il la contemplait toujours, il murmura, sans paraître avoir entendu :\n      — T u es bien belle, N a i s ! . . . Qu'est-ce que tu as donc?\n      Ce compliment la fit rire. Puis, comme il lui prenait les mains,\nayant l'air de jouer, ainsi qu'ils jouaient ensemble autrefois, elle devint\nsérieuse, elle le tutoya brusquement, en lui disant tout bas, d'une voix\nun peu rauque :\n      — Non, non, pas ici... Prends garde, voici ta mère.\n\n\n\n\n                                     11\n\n\n\n     Quinze jours plus tard, la famille Rostand partait pour la Blancarde.\nL avoué devait attendre les vacances des tribunaux, et d'ailleurs le mois\nde septembre était d'un grand charme, au bord de la mer. Les chaleurs\nfinissaient, les nuits avaient une fraîcheur délicieuse.\n     L a Blancarde ne se trouvait pas dans l'Estaque même, un bourg\nsitué à l'extrême banlieue de Marseille, dans un cul-de-sac de rochers.\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2823, "texte": "                                     7\n\n\n\nqui ferme le golfe de ce côté. Elle se dressait au delà du village, sur une\nfalaise ; de toute la baie, on apercevait sa façade jaune, au milieu d'un\nbouquet de grands pins. C'était une de ces bâtisses carrées, lourdes, per­\ncées de fenêtres irrégulières, qu'on appelle des châteaux en Provence.\nDevant l'habitation, une large terrasse s'étendait à pic sur la mer, et d'où\nl'on découvrait le plus magnifique horizon qu'on pût rêver. Derrière la\nmaison, il y avait un vaste clos, des terres maigres où quelques vignes,\ndes amandiers et des oliviers consentaient seuls à pousser. Mais un des\ninconvénients, un des dangers de la Blancarde était que la mer ébranlait\nchaque année la falaise; comme des infiltrations, provenant sans doute\nde sources voisines, se produisaient dans cette masse énorme de terre\nglaise et de roches, il arrivait à chaque saison que quelque bloc énorme\nse détachait pour tomber dans l'eau avec un bruit épouvantable. Peu à\npeu, la propriété s'échancrait. Des pins avaient déjà été engloutis.\n      Depuis quarante ans, les Micoulin étaient mégers à la Blancarde.\nSelon l'usage provençal, ils cultivaient la terre et partageaient les récol­\ntes avec le maître de la propriété. Ces récoltes étant très maigres d'ordi­\nnaire, les Micoulin seraient morts de faim, s'ils n'avaient pas pêché la\nsardine l'été. E n t r e un labourage et un ensemencement, ils donnaient un\ncoup de filet. L a famille était composée du père Micoulin, un dur vieil­\nlard à la face noire et creusée, devant lequel toute la maison tremblait :\nde la mère Micoulin, une grande femme abêtie par le travail de la terre\nau grand soleil; d'un fils qui servait pour le moment dans la marine, et\nde Nais que son père envoyait travailler dans une fabrique de tuiles,\nmalgré toute la besogne qu'il y avait à la maison. Dans l'habitation du\nméger, une masure collée à l'un des flancs de la Blancarde, on entendait\nrarement sonner un rire ou une chanson. Micoulin gardait un silence de\nvieux sauvage, enfoncé dans les réflexions de son expérience. Les deux\nfemmes éprouvaient pour lui ce respect terrifié que les filles et les épouses\ndu Midi témoignent au chef de la famille. E t la paix n'était guère trou­\nblée que par les appels furieux de la mère, la grande Catherine, qui se\nmettait les poings sur les hanches pour enfler son gosier à le rompre,\njetant aux quatre coins du ciel le nom de Nais, dès que sa fille disparais­\nsait. Nais entendait d'un kilomètre, et rentrait, toute pâlie de colère con­\ntenue.\n     Elle n'était point heureuse, la belle Nais, comme on la nommait à\nl'Estaque. Elle avait seize ans que le père Micoulin, pour un oui, pour\nun non, la frappait au visage, si rudement, que le sang lui partait du\nnez; et encore aujourd'hui, malgré ses vingt ans passés, elle avait les\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "                                    — 8 —\n\n\népaules toutes bleues des sévérités de son père. Celui-ci n'était point\nméchant, il usait simplement avec rigueur de ses droits, voulant être\nobéi, ayant dans le sang l'ancienne autorité latine, le droit de vie et de\nmort sur sa famille. Un jour, Nais, rouée de coups, ayant osé lever la\nmain pour se défendre, il avait failli la tuer. L a jeune fille, après ces\ncorrections, restait frémissante. Elle s'asseyait par terre, dans un coin\nnoir, et là dévorait l'affront, avec des yeux secs. U n e rancune sombre la\ntenait ainsi immobile et muette pendant des heures, roulant des ven­\ngeances qu'elle ne pouvait exécuter. C'était le sang même de son père\nqui se révoltait en elle, un emportement aveugle, un besoin furieux d'être\nla plus forte. Quand elle voyait sa mère, tremblante et soumise, se faire\ntoute petite devant Micoulin, elle haussait les épaules de mépris. Elle\ndisait souvent : \" Si j'avais un mari comme ça, je le tuerais.\"\n      Nais préférait encore les jours où elle était battue, car ces violences\nla secouaient. Les autres jours, elle menait une existence si étroite, si\nenfermée, qu'elle se mourrait d'ennui. Son père lui défendait de descen­\ndre à l'Estaque, la tenait à la maison dans des occupations continuelles ;\net, même lorsqu'elle n'avait rien à faire, il fallait qu'elle restât là, sous ses\nyeux. Aussi attendait-elle le mois de septembre avec impatience; quand\nles maîtres habitaient la Blancarde, la surveillance de Micoulin se relâ­\nchait forcément. Nais, qui faisait des courses pour Mme Rostand, se\ndédommageait de son emprisonnement de toute l'année.\n      Un matin, le père Micoulin avait réfléchi que cette grande fille ne\nrapportait rien à la maison. Alors, par avarice, il l'émancipa, il l'envoya\ntravailler dans une tuilerie. Bien que le travail des tuileries fût très dur,\nNais était enchantée. Elle partait dès le matin, allait de l'autre côté de\nl'Estaque et restait là au grand soleil, à retourner des tuiles pour les faire\nsécher. C'était une besogne de manœuvre, mais elle ne sentait plus son\npère derrière elle, elle riait librement avec des garçons. Ce fut là dans ce\nlabeur si rude, qu'elle se développa et devint une si belle fille. Le soleil\nlui dorait la peau, semblait lui mettre au cou une large collerette d'ambre ;\nses cheveux noirs poussaient, s'épaississaient, comme pour la garantir de\nleurs mèches volantes; son corps, continuellement penché et balancé\ndans le va-et-vient de sa besogne, prenait une ampleur et une souplesse\nviriles. Lorsqu'elle se relevait, sur le terrain battu, au milieu de ces argi­\nles rouges, elle ressemblait à une statue antique, à quelque terre cuite\npuissante, tout à coup animée par la pluie de flammes qui tombaient du\nciel. Aussi le père Micoulin la couvait-il de ses petits yeux gris, en la\nvoyant embellir. Elle riait trop, cela ne lui paraissait pas naturel qu'une\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "                                      9\n\nfille devînt si forte. E t il se promettait d'étrangler les amoureux, s'il en\ndécouvrait autour de ses j u p e s .\n      Des amoureux, Nais en aurait eu des douzaines, mais elle les décou­\nrageait. Elle se moquait de tous les garçons. Son seul bon ami était un\nbossu, qui travaillait à la même tuilerie qu'elle, un petit homme nommé\nToine, que la Maison des enfants trouvés d'Aix avait envoyé à l'Estaque,\net qui était resté là, adopté par le pays. Il riait d'un joli rire, ce bossu,\navec son profil de polichinelle. Nais le tolérait pour sa douceur. Elle fai­\nsait de lui ce qu'il lui plaisait, le rudoyait souvent, lorsqu'elle avait à se\nvenger sur quelqu'un d'une violence de son père. D'ailleurs, cela ne tirait\npas à conséquence. Dans le pays, on riait de T o i n e . L e père Micoulin\navait dit : « J e lui permets le bossu, je la connais, elle est trop fière! »\n      Cette année-là, quand M m e Rostand arriva à la Blancarde, elle\ndemanda au méger de lui prêter Nais, une de ses bonnes étant malade.\nJustement, la tuilerie chômait. D'ailleurs, Micoulin, si dur pour les siens,\nse montrait très politique avec les maîtres; il n'aurait pas refusé sa fille,\nmême si la demande l'avait contrarié. M. Rostand avait dû se rendre à\nParis, pour des affaires compliquées, et Frédéric se trouvait seul à la\ncampagne avec sa mère. L e premier jour, le jeune homme était pris d'un\ngrand besoin d'exercice, grisé par l'air de la mer, partant avec Micoulin\ndans une barque, pour aller jeter ou retirer les filets, faisant de longues\npromenades au fond des gorges qui viennent déboucher à l'Estaque.\nPuis, cette belle ardeur se calmait, Frédéric restait étendu des journées\nentières sous les pins, au bord de la terrasse, endormi à moitié, regardant\nle balancement monotone de la mer, qui finissait par lui causer un ennui\nmortel. Au bout de quinze jours, généralement, le séjour de la Blan­\ncarde l'assommait. Alors, il inventait chaque matin un prétexte pour\nfiler à Marseille.\n      Le lendemain de l'arrivée des maîtres, Micoulin, à quatre heures\ndu matin, appela Frédéric, comme il en avait l'habitude. Il s'agissait\nd'aller lever des jambins, de longs paniers à étroite ouverture de souri­\ncière, dans lesquels les poissons de fond se prennent. Mais le jeune\nhomme fit la sourde oreille. L a pèche ne paraissait pas le tenter. Quand\nil fut levé, il s'installa sous les pins, allongé sur le dos, les regards per­\ndus dans le ciel. Sa mère fut toute surprise de ne pas le voir partir pour\nune de ces grandes courses dont il revenait affamé.\n    — T u ne sors pas? lui dit-elle.\n    — Non, mère, dit-il. Puisque papa n'est pas là, je reste avec vous.\n    E t le méger qui entendit cette réponse, m u r m u r a en patois :\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "                                      10\n\n\n      — Allons, monsieur Frédéric ne va pas tarder à partir pour Mar­\nseille.\n      Mais le jeune homme demeura sous les pins. La semaine s'écoula,\nil était toujours allongé, changeant simplement de place quand le soleil\nle gagnait. Il avait fini par prendre un livre par contenance; seulement\nil ne lisait guère; le livre, le plus souvent, traînait parmi les aiguilles de\npins séchées sur la terre dure. Frédéric ne regardait même pas la mer;\nla face tournée vers la maison, il semblait s'intéresser au service, guetter\nles bonnes qui allaient et venaient, traversant la terrasse à toutes minutes ;\net quand c'était Nais qui passait, de courtes flammes s'allumaient dans\nses yeux de jeune maître sensuel. Nais paraissait comprendre le trouble\ndont elle l'agitait; elle ralentissait le pas, s'en allait avec le balancement\nrythmé de sa taille, sans jamais jeter un regard sur lui. Mais tout en elle,\nle petit bruit de sa jupe, la paresse de sa marche, disait qu'elle se savait\ndésirée, invitait Frédéric à se lever et à la suivre.\n      Pendant quelques jours, ce jeu dura. Devant sa mère, Frédéric trai­\ntait Nais presque durement, en servante maladroite; la jeune fille grondée\nbaissait la tête, avec une sournoiserie heureuse, comme pour jouir de ces\nfâcheries. Un matin surtout, au déjeuner, Nais cassa un saladier, Frédé­\nric s'emporta.\n      — Est-elle sotte! cria-t-il. Où a-t-elle la tête?\n      Et il se leva furieux, en ajoutant que son pantalon était perdu. Une\ntoute petite goutte d'huile l'avait taché au genou. Mais il en faisait une\naffaire.\n      — Quand vous me regarderez! Donnez-moi une serviette et de\nl'eau... Aidez-moi.\n      Alors, Nais trenmpa le coin d'une serviette dans une tasse, puis se\nmit à genou devant Frédéric pour frotter la tache.\n      — Laissez cela, répétait Mme Rostand. C'est comme si vous ne fai­\nsiez rien.\n      Mais Nais ne lâchait point la jambe de son jeune maître, qu'elle\ncontinuait à frotter de toute la force de ses beaux bras. Cependant, Fré­\ndéric grondait toujours des paroles sévères.\n      — Jamais on n'a vu une pareille maladresse... Elle l'aurait fait\nexprès que ce saladier ne serait pas venu se casser plus près de moi... Ah\nbien ! si elle nous servait à Aix, notre porcelaine serait vite en pièces.\n      Ces reproches étaient si peu proportionnés à la faute que Mme Ros­\ntand crut devoir calmer son fils, lorsque Nais ne fut plus là.\n      — Qu'as-tu donc contre cette pauvre Nais ? dit-elle. On dirait que tu\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "                                   11\n\n\n\nne peux la souffrir... J e te prie d'être plus doux pour elle. C'est une\nancienne camarade de jeu, et elle n'a pas ici la situation d'une servante\nordinaire.\n      — E h ! elle m'ennuie! répondit Frédéric, en affectant un air de bru­\ntalité.\n      L e soir même, à la nuit tombée, Nais et Frédéric se rencontrèrent\ndans l'ombre, au bout de la terrasse. Ils ne s'étaient point encore parlé\nseul à seule. On ne pouvait les entendre de la maison. Les pins secouaient\ndans l'air mort une chaude senteur résineuse. Alors, Nais, à voix basse,\ndemanda, en retrouvant le tutoiement de leur enfance :\n     — Pourquoi m'as-tu grondée, Frédéric!... T u es bien méchant.\n     Il ne répondit pas. Il lui prit simplement les mains, il l'attira contre\nsa poitrine. Elle se laissa faire, sans répondre à son étreinte, et s'en alla\nensuite, pendant qu'il s'asseyait sous le parapet, pour ne point paraître\ndevant sa mère tout secoué d'émotion. Dix minutes plus tard, Nais servait\nà table, avec son grand calme un peu fier.\n     Ils ne se donnèrent point de rendez-vous. Ce fut une nuit qu'ils se\ntrouvèrent sous un olivier, en haut de la falaise. L e soir, pendant le\ndîner, leurs yeux s'étaient plusieurs fois rencontrés avec une fixité\nardente. Peut-être s'étaient-ils compris, sans avoir besoin d'échanger une\nparole. L a nuit était très chaude, Frédéric resta à sa fenêtre jusqu'à\nminuit passé, semblant attendre, interrogeant l'ombre. Vers une heure,\nil aperçut une forme vague qui se glissait sur la terrasse et se perdait dans\nles arbres. Alors, il n'hésita plus. Il descendit par sa fenêtre sur le toit\nd'un hangar, d'où il sauta ensuite à terre, en s'aidant de longues perches\nposées là dans un angle ; de cette façon, il était certain de ne pas réveiller\nsa mère. Puis, quand il fut en bas, il gagna les arbres à son tour, il mar­\ncha droit à un vieil olivier, comme averti, certain que Nais l'attendait.\n     — T u es là?demanda-t-il à demi-voix.\n     — Oui, répondit-elle simplement.\n     E t il s'assit près d'elle, dans le chaume ; il la prit à la taille, tandis\nqu'elle appuyait la tète sur son épaule. U n instant, ils restèrent sans par­\nler. Le viel olivier, au bois noueux, les couvrait de son toit de feuilles\ngrises. E n face d'eux, la mer s'étendait, noire, immobile sous les étoiles.\nMarseille, au fond du golfe, était caché par une b r u m e ; à gauche, seul\nle phare tournant de Planier revenait toutes les minutes, trouait les ténè­\nbres d'un rayon jaune, qui s'éteignait brusquement; et rien n'était plus\ndoux ni plus tendre que cette lumière sans cesse perdue au fond de l'ho­\nrizon et sans cesse retrouvée.\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "                                  12\n\n     — Ton père n'est donc pas là? reprit Frédéric.\n     — J'ai sauté par la fenêtre, dit-elle de sa voix grave.\n      Ils ne parlèrent point de leur amour. Cet amour venait de loin, du\nfond de leur enfance. Maintenant, ils se rappelaient les jeux, où le désir\nperçait déjà dans l'enfantillage. Cela leur semblait naturel de glisser à\nune liaison. Ils n'auraient su que se dire, ils ne s'aimaient point pour\ntoujours, ils avaient simplement l'impérieux besoin d'être l'un à l'autre.\nFrédéric trouvait Nais belle, originale avec son hàle et son odeur de\nterre, et Nais goûtait un désir de fille battue à se sentir la maîtresse du\njeune maître. Elle s'abandonna. L e jour allait paraître, quand tous deux\nse glissèrent dans leurs chambres par le chemin qu'ils avaient pris pour\nen sortir.\n\n\n\n\n                                       III\n\n\n\n      Quel adorable mois! Il ne plut pas un seul jour. Le ciel toujours\nbleu développait un satin que pas un nuage ne venait tacher. L e soleil\nse levait dans un lac rose et se couchait dans une poussière d'or. Pour­\ntant, il ne faisait point trop chaud, la brise de mer se levant avec le soleil\net s'en allant avec lui ; puis les nuits avaient une fraîcheur délicieuse,\ntout embaumée de plantes aromatiques, chauffées pendant le jour, fûmant\ndans l'ombre.\n     L e pays est superbe. Des deux côtés du golfe, des bras de rochers\ns'avancent, tandis que des îles, au large, semblent barrer l'horizon ; et\nla mer n'est plus qu'un vaste bassin, un lac d'un bleu intense par les\nbeaux temps. Au pied des montagnes, au fond, Marseille étage ses mai­\nsons sur des collines basses ; quand le temps est clair, on aperçoit de\nl'Estaque la jetée grise de la Joliette, avec les fines mâtures des vaisseaux\ndans le p o r t ; puis, derrière, des façades se montrent dans des massifs\nd'arbres, la chapelle de Notre-Dame-de-la-Garde blanchit sur une hau­\nteur, en plein ciel. E t la côte part de Marseille, s'arrondit, se creuse en\nlarges échancrures avant d'arriver à l'Estaque, bordée d'usines qui lâ­\nchent, par moments, de hauts panaches de fumée. Quand le soleil tombe\nd'aplomb, la mer, presque noire, est enserrée dans les bras des rochers\nd'une blancheur éclatante, chauffée de jaune et de rouge. Les pins font\ndes taches d'un vert sombre, sur les terres couleur brique. C'est un vaste\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "                                  13\n\n\ntableau, un coin entrevu de l'Orient, s'enlevant dans la vibration aveu­\nglante du soleil.\n      Mais l'Estaque n'a pas seulement cette échappée sur la mer. L e vil­\nlage, adossé aux montagnes, est traversé par des routes qui vont se perdre\nau milieu d'un chaos de roches grandioses. L e chemin de fer de Mar­\nseille à Lyon court au milieu des grands blocs, traverse des ravins sur\ndes ponts, s'enfonce brusquement dans le roc lui-même où il reste sous\nterre pendant une heure et demie dans ce tunnel de la Nerte qui est le\nplus long de France. E t rien n'est plus sauvage ni plus majestueux que\nces gorges qui se creusent entre les collines, chemins étroits et tortueux\nserpentant au fond d'un gouffre, flancs arides de montagnes plantés de\npins, dressant des murailles aux colorations superbes de rouille et de\nsang. Parfois, les défilés s'élargissant, un champ maigre d'oliviers occupe\nle fond d'un vallon, une maison perdue montre sa façade aux volets fer­\nmés. Puis, ce sont encore des allées entre des ronces, des fourrés impé­\nnétrables, des éboulements de cailloux, des torrents desséchés, toutes les\nsurprises d'une marche dans un désert. E n haut, au-dessus de la bordure\nnoire des pins, le ciel met la bande continue de sa fine soie bleue.\n     E t il y a aussi l'étroit littoral entre les rochers et la mer, des terres\nrouges où les tuileries, la grande industrie de la contrée, ont creusé d'im­\nmenses trous, pour extraire l'argile. C'est un pays crevassé, bouleversé,\nà peine planté de quelques arbres. L a sécheresse est telle, qu'elle finit\npar donner à ce coin poudreux un caractère d'ardente passion. Sur les\nchemins, on croirait marcher dans une tombée de neige, on enfonce\njusqu'aux chevilles; et, aux moindres souffles de vent, de grandes pous­\nsières volantes poudrent les haies et les arbres. L e long des murailles\nchauffées, qui jettent des chaleurs de fours, de petits lézards gris dor­\nment au soleil, tandis que, dans les herbes rôties, des nuées de saute­\nrelles s'envolent avec un crépitement de brasier. Dans l'air immobile et\nlourd, dans la somnolence de midi, il n'y a d'autre vie que le chant\nmonotone des cigales.\n     Ce fut dans cette contrée de flammes que Nais et Frédéric s'aimè­\nrent pendant un mois. Il semblait que tout ce feu du ciel était passé\ndans leur sang. Les huit premiers jours, ils se contentèrent de se retrou­\nver la nuit, sous le même olivier, au sommet de la falaise. Ils y goûtaient\ndes joies exquises. L a nuit fraîche calmait leur fièvre, ils tendaient par­\nfois leurs faces et leurs mains brûlantes au vent qui soufflait, pour les\nrafraîchir comme dans une source froide. L a mer, à leurs pieds, au bas\ndes roches, avait une plainte lente et voluptueuse. U n e odeur pénétrante\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "                                    14\n\n\nd'herbes marines qui montait les grisait de désirs. Puis, aux bras l'un de\nl'autre, las, à moitié endormis, ils regardaient, de l'autre côté des eaux,\nle flamboiement nocturne de Marseille, les feux rouges de l'entrée du\nport jetant dans la mer des reflets sanglants, les étincelles du gaz dessi­\nnant, à droite et à gauche, les courbes allongées des faubourgs ; au\nmilieu, sur la ville, c'était un pétillement de lueurs vives, tandis que le\njardin de la colline Bonaparte était nettement indiqué par deux rampes\nde clartés qui tournaient au bord du ciel. Toutes ces lumières, dans cet\néloignement, au delà du golfe endormi, semblaient éclairer quelque ville\ndu rêve, que l'aurore devait faire évanouir. E t le ciel, élargi dans l'om­\nbre, au-dessus du chaos noir de l'horizon, était pour eux un grand\ncharme, un charme qui les inquiétait et les faisait se serrer davantage\nl'un contre l'autre. U n e pluie d'étoiles tombait. Les constellations, dans\nces nuits claires de la Provence, avaient des flammes vivantes. Par\nmoments, une étoile filait, laissait une traînée d'or. Puis, le ciel repre­\nnait l'immobilité scintillante de son infini, lentement emporté dans une\nronde immense. Alors, frémissant sous ces vastes espaces, ils préféraient\nbaisser la tête, ne plus s'intéresser qu'à l'étoile solitaire du phare de\nPlanier, dont la lueur dansante les attendrissait, pendant que leurs lèvres\nse cherchaient de nouveau.\n\n\n                                                  EMILE Z O L A .\n\n     (La suite à la prochaine livraison.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 15, "page_fin": 15, "titre_corps": "Le Vieux Tambour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "LE VIEUX TAMBOUR", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 854, "texte": "LE    VIEUX             TAMBOUR\n\n\n\n                             A Emile Van Arenbergh\n\n\n\nJe suis un vieux tambour. Autrefois, sur ma peau,\nQuand le ciel du matin semble un bouquet de roses,\nDe Cythère avolaient les amours en troupeau,\nE t mon âme sonnait sous des baguettes roses.\n\nJ e suis un vieux tambour. Naguère, après l'assaut,\nQuand les soudards tuaient les femmes dans les bouges.\nL a volupté du sang me spasmait d'un tressaut,\nEt mon àme hurlait sous des baguettes rouges.\n\nJe suis un vieux tambour. Maintenant mes bois morts\nGeignent sous le malheur, la honte, le remords...\nPlus d'aube rosoyante et de flambantes gloires.\n\nAujourd'hui, recouvert d'un long crêpe de deuil,\nSourdement je sanglote au devant d'un cercueil.\nE t mon âme se meurt sous des baguettes noires.\n\n                                ALBERT    GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 16, "page_fin": 19, "titre_corps": "Un Cabaret flamand", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "UN CABARET FLAMAND", "ancre_fin": "GEORGES RODENBACH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 897, "texte": "UN CABARET FLAMAND\n\n\n                               A François Coppée.\n\n\n\n  C'est un cabaret sans égal\n  Vanté pour sa bière flamande\n  Qu'on déguste comme un régal :\n  C'est un cabaret sans égal\n  Groupant dans son vaste local\n  La gent assoiffée et gourmande :\n  C'est un cabaret sans égal\n  Vanté pour sa bière flamande.\n\n\n  Après les tristes jours d'hiver\n  Où le ciel est morne et maussade,\n  Comme il est proprement ouvert\n  Après les tristes jours d'hiver;\n  Ses petits volets peints en vert\n  Se détachent sur la façade\n  Après les tristes jours d'hiver\n  Où le ciel est morne et maussade.\n\n\n  L'intérieur en est charmant;\n  Le. sable trace des méandres\n  Sur les carreaux bleus en ciment:\n  L'intérieur en est charmant,\n  E t je ne sache pas vraiment\n  Qu'il soit plus belle auberge en Flandres !\n  L'intérieur en est charmant,\n  Le sable trace des méandres.\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1057, "texte": "                — 17 —\n\nLes affiches sur le mur blanc\nAnnoncent les ventes publiques :\nOn les parcourt en s'attablant\nLes affiches sur le mur blanc;\nE t l'horloge dans l'air troublant\nA des tic-tac mélancoliques;\nLes affiches sur le mur blanc\nAnnoncent les ventes publiques!\n\n\n\nVers la cuisine on voit souvent\nS'ouvrir la porte entre-baillée\nQu'a repoussée un pied d'enfant.\nVers la cuisine on voit souvent\nLe jardin qui frissonne au vent\nE t la verdure ensoleillée;\nVers la cuisine on voit souvent\nS'ouvrir la porte entre-baillée.\n\n\n\nDans la cour pleine de fumiers\nOù vit tout un peuple de poules\nQui picore autour des pommiers,\nDans la cour pleine de fumiers\nDes paysans et des fermiers\nF u m e n t la pipe et jouent aux boules\nDans la cour pleine de fumiers\nOù vit tout un peuple de poules.\n\n\n\nC'est dimanche, et le cabaret\nEst plein de monde après la messe ;\nOn vide des pintes d'un trait;\nC'est dimanche, et le cabaret\nEst si joyeux qu'on y voudrait\nDanser comme aux soirs de kermesse!\nC'est dimanche, et le cabaret\nEst plein de monde après la messe !\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1051, "texte": "L a pompe grince, on verse encor ;\nOn verse encor ; la bière mousse !\nLes acteurs valent le décor ;\nL a pompe grince, on verse encor;\nComme une meute au son du cor,\nToute la foule se trémousse !\nL a pompe grince, on verse encor ;\nOn verse encor ; la bière mousse !\n\n\n\nUn joueur d'orgue entre soudain,\nTous les buveurs sont en goguette ;\nOn chante, on rit dans le j a r d i n ;\nUn joueur d'orgue entre soudain\nE t mieux que dans un bal mondain\nOn va danser dans la guinguette !\nU n joueur d'orgue entre soudain,\nTous les buveurs sont en goguette.\n\n\n\nTeniers en eût fait un panneau\nPlein de magots soûlés, en lutte,\nA la kermesse d'un hameau.\nTeniers en eût fait un panneau\nEn dessinant sur un tonneau\nUn bohème — joueur de flûte !\nTeniers en eût fait un panneau\nPlein de magots soûlés, en lutte.\n\n\n\n\nLe soleil qui flambe gaiment\nE n miroirs transforme les vitres ;\nE t sur le vieux comptoir flamand\nLe soleil qui flambe gaîment\nAllume et dore également\nLes pintes d'étain et les litres ;\nLe soleil qui flambe gaîment\nE n miroirs transforme les vitres.\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1076, "texte": "                    19\n\nLà, pompant de la bière, c'est\nLa fille du baes — une gouge\nQue, dès dix ans, on embrassait!\nLà, pompant de la bière, c'est\nLa paysanne sans corset,\nLa paysanne blonde et r o u g e :\nL à , pompant de la bière, c'est\nLa fille du baes — une gouge.\n\n\nElle doit boire un petit coup\nSelon l'usage, à chaque verre;\nAvec ceux qui sont de son goût\nElle doit boire un petit coup.\nPuis on la baise dans le cou\nE t la gaillarde laisse faire ;\nElle doit boire un petit coup\nSelon l'usage, à chaque verre.\n\n\nMais elle giflerait ces gars\nS'ils osaient lui pincer la taille,\nQuand elle va sous les hangars ;\nMais elle giflerait ces gars,\nCar jamais leurs lascifs regards\nA sa vertu n'ont fait d'entaille ;\nMais elle giflerait ces gars\nS'ils osaient lui pincer la taille!\n\n\nMalgré ce qu'en dit le curé,\nAu fond c'est une honnête fille ;\nSon amoureux est rassuré\nMalgré ce qu'en dit le curé ;\nIls se marieront ; c'est juré !\nL'anneau d'argent à son doigt brille\nMalgré ce qu'en dit le curé,\nAu fond c'est une honnête fille!\n\n\n                    GEORGES      RODENBACH."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 20, "page_fin": 20, "titre_corps": "Septembre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Paul Berlier", "ancre_debut": "SEPTEMBRE", "ancre_fin": "PAUL BERLIER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 770, "texte": "SEPTEMBRE\n\n\n\n\nDans son sang répandu l'Été blond agonise;\nSeptembre psalmodie une antienne de mort.\nTandis qu'insoucieux le refrain s'éternise\nDu buisson plein de nids et du ruisseau qui dort.\n\n\nAux haleines du soir vibre cette musique\nComme un adieu suprême aux lèvres d'un amant,\nE t des trèfles coupés vers le soleil phtisique\nU n regain de senteurs monte confusément.\n\n\nLe bois a pris des tons de cuivre. Les vieux chênes,\nSongeant avec horreur aux froides nuits prochaines,\nPenchent leur front altier qu'Octobre va meurtrir.\n\n\nL ' E t é blond agonise au fond du ciel morose :\nSeptembre à scn chevet le contemple mourir,\nE t tristement effeuille une dernière rose.\n\n\n                                   PAUL    BERLIER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 21, "page_fin": 24, "titre_corps": "Trop sage", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Sulzberger", "ancre_debut": "TROP SAGE", "ancre_fin": "MAURICE SULZBERGER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "TROP SAGE\n\n\n      M. & MmE Douret, les bijoutiers de la rue de la Madeleine, avaient un fils\ndont ils étaient très fiers, & qu'on citait en exemple. Dans le quartier, les\nenfants qui avaient l'habitude de tenir, au dîner, leur couteau en arrêt sur\nla table, ou qui se servaient de leur doigts en guise de fourchette, & pré­\nféraient enployer celle-ci à faire des trous dans la nappe, ne recevaient pas\nune taloche sans être invités à prendre modèle sur Alexandre Douret.\n     « Il ne rendra pas sa femme malheureuse, celui-là », insinuaient plus­\nsieurs fois par jour à leurs demoiselles, innocemment, en matière de conversa­\ntion, les mamans à la recherche d'un gendre. Et malgré cette assurance,\nles jeunes filles de répondre invariablement : « Mais je n'en veux pas, moi'... »\n      Dans la rue, en voyant passer ce grand garçon à l'air modeste qui, très\ndroit, les deux mains pendant, regardait devant lui, ne tournait jamais sa\nfigure imberbe, sans rien de vif, où voltigeaient de fins cheveux blonds, les\npromeneurs, se poussant du coude, chuchotaient : « Voilà un bonhomme qui\nn'a pas donné de fil à retordre à ses parents!... »\n      Depuis le jour où, doucement, régulièrement, il était entré dans ce monde,\nil avait grandi presque sans pleurer. Il eut, dès les premiers mois, cette phy­\nsionomie calme qu'il garda toute sa vie. Il satisfaisait aux moindres désirs,\nles prévenait. Et lorsqu'il sut lire les chiffres, sa mère racontait avec orgueil\naux clientes & aux visiteuses, que le soir la pendule ayant sonné huit heures,\nil venait lui dire: « Petite mère, il est temps de me coucher... »\n      En classe, si le professeur oubliait par hasard de donner un devoir\npour le lendemain, Alexandre le lui rappelait. « Conduite exemplaire » disaient\nses bulletins de la semaine; & à la fin de l'année il rapportait tous les prix.\n« Ce n'est pas mal » disait le père, qui trouvait naturel de le voir revenir\npliant sous les couronnes : « Alexandre n'était-il pas le plus sage de tous\nles élèves ? »\n      Mais on refusait de jouer avec lui « parce qu'il ne faisait pas assez de\nbruit. » Il était forcé, aux récréations, de rester dans son coin, les larmes aux\nyeux, comme un « mouchard ». Puisqu'il le fallait, il s'enhardit un jour, tan­\ndis que tout le monde, courbé sur les cahiers, écrivait, & que le maître de\ncalligraphie, après avoir distribué les modèles sommeillait dans son fauteuil, à\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3083, "texte": "                                        22\n\n\nle réveiller par une boule de papier mâché. Le vieux se leva en sursaut, fit appe­\nler un pion. « Monsieur le surveillant, voici le coupable, je crois, dit-il en dési­\ngnant Alexandre devenu blême; — « Vous vous trompez, monsieur le profes­\nseur, répondit l'autre. sur sans même regarder l'élève Douret. il lança un\ncoup d'ceil menaçant sur le fond de la classe, en imprimant un mouvement\nterrible à sa moustache de bouledogue : « Je sais qui c'est moi; je connais\nmes gaillards; non, non, ce n'est pas lui!... »\n      Et bien d'autres niches qu'il fit à ses professeurs, pour se concilier les\ncamarades ! Mais le tour joué, il redevenait, quoiqu'il en fût, l'écolier obéis­\nsant au geste & à l'œil. En dépit de lui-même, cette désespérante réputation\nde docilité resta collée à son nom comme une étiquette. Et maintenant — il\navait dix-sept ans — lorsque son ami Labiau, qui faisait sa polytechnique, de­\n mandait la permission d'aller passer la soirée à l'Eden, le père, toujours inquiet\n pour la vertu de son fils, répondait : « A une seule condition, c'est que tu iras\navec Alexandre. De celui-là. au moins, je suis sûr... »\n     Le jeudi & le dimanche, à moins qu'il ne fit une promenade avec ses\nparents, Alexandre sortait rarement. L'estaminet lui faisait peur comme un\nmauvais lieu ; jamais il n'v mettait les pieds. Son travail lui laissait quelques\naprès-midi; il les passait dans sa chambre, à griffonner; la littérature qui le\nconsolait de ses peines, était le but secrètement désiré de sa vie; & il ambition­\nnait, pour commencer, d'entrer à un journal. Il avait écrit du reste, pour\nune petite feuille manuscrite qui passait en classe sur le pupitre, des bouts d'ar­\nticle charmants, d'une gaîté discrète, un peu voilée. Mme Douret. à qui en\nun jour d'expansion, il avait conté son rêve, promit d'en parler à son mari.\n« Allons donc, dit le vieux en haussant les épaules. Une tête froide comme la\nsienne? Je le connais mieux que ma poche. Il est né pour le commerce, cet\nenfant ! »\n      Les mécomptes se suivaient.\n     A l'occasion de l'annivcrssairc de Mme, les Douret donnèrent une soi­\nrée, où l'on invita les amis de la maison, les Labiau, les Fabry, les Dupuis,\navec leur famille. Les jeunes gens, tous condiciples d'Alexandre, étaient venus\nun peu avant leurs parents. Alexandre les avait conduit à sa chambre, et\ntandis que le monde arrivait en bas, il travaillèrent à achever une comédie\nsatirique — contre les professeurs, naturellement — qu'il faisaient en collabo­\nration pour leur journal manuscrit. Vers le milieu de la soirée, comme ils ne\ndescendaient pas : « Dieu sait, dit Mme Labiau, les méchancetés qu'il vont met­\ntre dans leur pièce! Si quelqu'un allait un peu voir là haut ? »\n     — Oh, madame, fit M. Douret, vous pouvez être tranquille. Notre\nAlexandre est avec eux; je vous garantis qu'ils ne dépasseront pas les bornes. »\n     Un peu après neuf heures, ils arrivèrent. Le jeune Fabrv donna lecture\nde la comédie. Le maître de latin, prudhomme doublé d'un avare, ouvrait la\nscène avec son fils ;\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "                                    = - 23 =-\n\n\n      — Eh bien, qu'est-ce que tu me veux avec tes jérémiades '.\n      — Mais papa j'ai faim...\n      Et l'autre d'une voix tonnante :\n      — Maheureux ! tu as donc tous les vices !...\n      Au second acte, le professeur de français (un ancien commis-voyageur)\ndonnait sa leçon entre deux voyages, revenant d'avoir été « faire la place » ; il\ndictait un chapitre du Télémaque, une énorme marmotte de cuir sous chaque\nbras; quand il lui fallait tourner la page, il agitait la tête, & deux élèves ve­\nnaient tenir la marmotte.\n      On riait aux éclats. \" Eh bien, M. Douret, rit Mme Labiau en désignant\nd'un regard glorieux ses deux fils, auxquels personne n'avait jamais entendu\nouvrir la bouche que pour dire bonjour & bonsoir, « que dites-vous de ces deux\nméchants garçons? Ga ne respecte rien » Et, les appelant auprès d'elle, elle\nleur donna sur la joue une petite tape en disant de façon à être entendue de\ntout le monde : « Quelle vilaine paire de mauvais garnements vous faites, tout\nde même ! \"\n      Alexandre ne dit rien. C'était lui qui avait composé la pièce.\n      Les dames se remirent à leur tricot, les messieurs allumèrent un cigare.\nPrès de la cheminée, les jeunes filles étaient assises en rond; elle faisaient sem­\nblant de travailler à un ouvrage de main; de temps en temps, l'une ou l'autre\njetait en échappade un regard de côté à ce garçon qu'on voulait leur endosser\nà toutes; &, sans lever les yeux de sa broderie, elle lançait à mi-voix une obser­\nvation, accueillie par des petits rires étouffés.\n      Alexandre sentit que l'on parlait de lui. Il s'approcha, & entendit une\ngamine de quinze ans qui disait : Mais non, il n'est pas sage; il est saze! »\n      Souriant tristement, Alexandre regarda le groupe. Un peu à l'écart, se\ntenait assise une amie de sa sœur, qu'on appelait Mlle Pauline; elle était cour­\nbée sur son travail, sérieuse, malgré les drôleries décochées en tapinois à Alex­\nandre. L'on voyait ses bandeaux lustrés passer sous un grand nœud de soie\nnoire; à chaque mouvement qu'elle faisait, deux longues nattes se balançaient\nsur son dos. Il lui sembla trouver une sympathie au milieu de ces railleuses,\net, quoiqu'il l'eut rencontrée souvent, il remarqua pour la première fois qu'elle\nétait belle.\n      Son regard réservé, un peu sévère, lui resta dans la mémoire; les lumières\néteintes, il mit longtemps à s'endormir : assoupi, il vovait le nœud de soie vol­\ntiger autour de son oreiller, avec les deux tresses caressant la taille fine de la\nrobe claire.\n      Il la revit la semaine d'après, à une fête chez les Labiau. Au moment de\ns'en retourner (il était très tard) on s'aperçut que la bonne de M110 Pauline\noubliait de venir la prendre. Quel cavalier choisir? Les mamans tinrent un\nconciliabule. Une d'elle proposa le fils de la maison.\n      — Y pensez-vous, madame? Mon démon de fils avec une enfant de cet âge?\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "                                        24\n\n\n      — C'est juste.\n      — Eh bien, dit une autre, si vous voulez avoir la conscience en repos,\nenvoyez le jeune Douret. il n'est pas compromettant, celui-là.\n      Mlle Pauline s'embobelina dans son manteau, et partit avec Alexandre. Elle\nlui donnait le bras; c'était la première fois qu'il se trouvait aussi près d'une\nfemme; et cette main légère reposant mollement sur son bras, lui donnait une\nsensation inconnue, très douce, avec un peu de fierté, comme à un puissant\nprotégeant un faible. Ils ne s'étaient jamais trouvés seuls; depuis une demi-\nheure ils cheminaient ainsi par les rues désertes, sans rencontrer personne; il\naurait voulu continuer ainsi longtemps, et il pensa au bonheur qu'il v aurait\nà l'avoir pour soi, toujours. Enfin, au coin du boulevard, sous le frisselis des\nfeuilles qui semblaient les cacher aux regards, serrant un peu plus fort son\nbras, il lui murmura tout bas, non sans trembler :\n      — C'est avec vous que je voudrais vivre 1...\n      La jeune fille le regarda. Elle s'arrêta; un éclat de rire fila, envoyant dans\nla nuit ses notes comme des fusées :\n      — Eh mais... voyez donc!... D:cu me pardonne, il me fait la cour!...\n      Alexandre rentra chez lui, atterré. Cette horrible renommée de garçon\nvertueux qui s'a:harnait après lui, l'obsé.lait. Pour la jeter bas, il jura de\nprendre une maîtresse... non, plusieurs! de faire des dettes qu'il ne paierait\npas... Tout un plan. Avec une joie d'enfant, il trouvait peu à peu, dans un coin\ninconnu de son cœur, des trésors de perversité. « Et moi aussi, je pourrais,\ncomme un autre, commettre un crime. » Il s'endormit, et bientôt, faisant jaillir\nle sang jusqu'au ciel, il charcutait ses pro:hes à tour de bras, taillant de ci,\nassommant de là. Le nœud de so : e noire voletait devant lui, les deux nattes\nflottant au vent; et, avec un sourire, il rêva qu'il le rattrapait enfin, après avoir\nglissé sur quelque chose de gluant, qui était les entrailles de son père.\n      Un matin, on le trouva au pied de son lit, un flot de sang coulant de sa\nbouche. & dans sa main crispée un revolver. La police, prévenue en toute hâte,\nconstata le suicide.\n      Mais, deux jours après :\n      — Monsieur le commissaire, vous savez l'affaire Douret, dit l'adjoint qui\n venait d'entrer dans le bureau?\n      — Eh bien!\n      — Il n'y a pas suicide.\n      — Et le revolver qu'il tenait en main?\n      — Ecoutez. J'ai interrogé les voisins. Le défunt, tous l'affirment sous ser­\n ment, était un homme irréprochable, le plus paisible — et le plus heureux —\n du quartier; il n'aurait pas. pour une fortune, risqué un acte seulement blâmable.\n Ils mettraient leur tête à couper, qu'il n'y a pas eu, qu'il ne peut pas y avoir eu\n suicide.\n                                              MAURICE SULZBERGER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 25, "page_fin": 25, "titre_corps": "Hiver (eau-forte)", "titre_sommaire": "Hiver", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "HIVER", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2115, "texte": "HIVER\n\n                               EAU-FORTE\n\n\n                           Entendant des sanglots, je poussai cette porte.\n                           Les quatre enfants pleuraient & la mère était morte.\n\n                                                            V. H.\n\n\n\n\n      La neige était tombée lentement, implacablement, toute la nuit.\n      Sur les talus, elle s'était amoncelée; elle s'était amoncelée dans les bran­\nches glacées des arbres et, au loin, des monticules blancs renflaient le sol,\nsemb'ant cacher des tombes.\n      Puis, soudain, une bourrasque s'était levée, et sifflante & grondante, la\nneige avait tourbillonné, tand's que des gémissements étaient sortis, lugubres,\nde la carcasse sèche des vieux troncs. Toute la nature avait voulu secouer cette\nchape froide qui s'appesantissait sur elle; les branches s'étaient démenées pour\nrevivre, & de grands hurlements de douleur éta'ent part's de la forêt gelée,\navaient couru sur la plaine, avaient bondi dans les buissons, avaient rampé\ndans les labours, et, du ciel gris, toujours, la neige lourde était tombée. Un\nimmense frisson avait mordu la terre, une angoisse avait poigné toutes choses,\ncomme si une main rigide eût courbé sous elle la vie des bois & la vie des\nplaines.\n      Dans l'air, des trouées d'ouragan s'élargissaient parfois, pareilles à des\nroutes de fantômes ; tout souffrait sa vie figée par le vent âpre qui bisait, tout\ngrelottait sous la trombe blanche, & dans le silence, interrompu seulement par\nle sifflement de la tourmente, les flocons s'abattaient toujours, sans trève.\n      Dans la nuit, une habitation apparut, sordide, bâtie de terre glaise, cou­\nverte de chaume; elle semblait trembler devant la fureur universelle.\n      De la porte disjointe, les rayons livides d'une lampe fumeuse tombaient en\nraies grises sur la neige de la route, et avec eux, se mêlant à la douleur ter­\nrienne, des sanglots sortaient par les ais mal joints; j'ouvris la porte ; les quatre\nenfants pleuraient & la mère était morte.\n\n                                                        MAX WALLER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 26, "page_fin": 29, "titre_corps": "Le Tribut de Zamora", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "LE TRIBUT DE ZAMORA", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le jeudi 23 novembre", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2110, "texte": "LE\n\n               TRIBUT DE ZAMORA\n\n\n\n                                         i\n\n\n     Après les chutes successives de Cinq-Mars & Polyeucte, le Tribut de Za­\nmora vint sombrer h son tour sur la scène de l'opéra de Paris. Néanmoins, les\nAnversois, fanatiques de Gounod, voulurent tenter, cette fois encore, ce qu'ils\navaient en vain tenté pour le Polycucte : Ils l'ont fait sans plus de succès; car\nil ne faut point s'y tromper, dans les manifestations d'enthousiasme qui ont\naccueilli Gounod, l'œuvre n'était pour rien; elle est restée devant le public\nbelge, la médiocrité que Paris avait appréciée à sa juste valeur. A l'heure\nactuelle, le calme s'est rétabli, les trépignements ont cessé; la presse quotidienne\nà payé son tribut d'éloges à l'auteur. A nous, qui voyons l'œuvre dépouillée de\ntout ornement étranger, sera-t-il permis de dire notre pensée entière? Peut-être,\nla sympathie & le respect que nous professons pour le chef de l'école française\nnous en donnent-ils le droit.\n      Et d'abord, il y aurait un moyen simple de couper court à toute critique :\nle sujet était absurde, donc le musicien ne pouvait rien en tirer; endossons le\ntour à M. Dennery, & renvoyons Gounod absous. Ce serait fort bien si celui-ci\navait travaillé sur un thème à lui imposé; mais ce sujet l'a-t-il choisi, oui ou\nnon? Dès lors, en conserve-t-il sa grosse part de responsabilité?\n      Je ne sais quel reporter a dit que, sans demander d'inspiration à son poème,\nil s'était contenté d'y voir un canevas à romances, ballades, chœurs, &... Nous\nvoila bien loin alors, de cette prime idée qu'aurait eue le maître de mettre en\nmusique le Cid. M. de Lagenevais dit, en effet :\n      « M. Charles Gounod, toujours poursuivant sa marotte de travestir les vrais\nchefs-d'œuvre en faux chefs-d'œuvre, avait eu l'intention de mettre tout simple­\nment le Cid en musique. Mais lorsqu'on vint s'adresser à Dennery pour l'exécu­\ntion d'un pareil projet, le galant homme, d'un esprit si avisé, se récusa discrè­\ntement, et, comme on insistait, proposa quelque chose d'approchant : Le Tribu!\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3158, "texte": "                                        27\n\n\nde Zamora, une manière d'à peu près : on resterait ainsi dans l'époque & dans\nla couleur du sujet, on aurait des Chrétiens & des Sarrazins panachés, la croix\net le croissant, les vierges andalouses & les jolies Mauresques, les cathédrales &\nles alhambras, tout cela sans se rendre coupable d'un sacrifice, ni se donner du\nridicule. »\n      Il est évident que sur une base aussi puérile, l'œuvre ne pouvait tenir, mais\nnous ne pouvons admettre entièrement cette supposition de l'écrivain de la\nRevue des Deux-Mondes. Nous croyons qu'une pensée plus digne a donné nais­\nsance à cette œuvre, qui devait malheureusement avorter; que si Gounod a\nadopté le poème, c'est que le poème l'inspirait réellement, c'est qu'une figure le\ntentait parmi ce monde de pantins, la seule qui fût humainement tracée, celle\nd'Hermosa. Il a cru trouver l'élément d'un effet intense dans le personnage de\ncette héroïne chez qui le souffle patriotique se double de l'exaltation de la folie,\net se disant tout ce que la Krauss donnerait de relief à cette figure, il a écrit\navant toute autre peut-être, la grande scène du troisième acte entre Hermosa &\nXaïma. — En deux mots, rappelons-la :\n     C'est au moment où Hermosa va recouvrer la raison & reconnaître sa fille ;\nau nom de Zamora. elle tressaille, son imagination s'éveille; une à une. elle\nrevoit dans son rêve, les péripéties du massacre des siens, les Sarrazins vain­\nqueurs, la ville en feu, d'où s'élèvent les stances patriotiques de l'hymne natio­\nnal : « Debout ! enfants de l'Ibérie! » Puis, tout-à-coup, croyant apercevoir\ndans la mêlée son époux, elle le voit qui chancelle, tombe... Et la folle, renver­\nsée comme lui dans une convulsion qui la tord, couchée à plat, se soutenant le\nbuste à peine, d'une main crispée au sol, les yeux agrandis, le visage empreint\nd'horreur, redit d'une voix plus sombre, saccadée, râlante, la Marseillaise de\nZamora; elle la dit lentement, en défaillant, et, sur les derniers mots, tombe\nraide.\n     Dans cette interprétation, ce que la Krauss a été à Paris, Mlle Poissenot l'a\nété à Anvers : superbe, géniale. Aussi a-t-elle provoqué un véritable délire d'en\nthousiasme parmi la foule qui lui a fait une ovation, comme à l'auteur. Mais\nl'auteur, c'était elle, qui avait su dramatiser les seize mesures d'un chant vul­\ngaire, au point d'allumer au cœur d'un public haletant cette étincelle d'émotion,\net suppléer, par son tempérament d'artiste, au souffle de grandeur que la scène\nn'avait point par elle-même. Car, ici encore, le compositeur ne paraît pas avoir\natteint son but.\n     Que dire maintenant du reste? Le Tribut de Zamora, c'est ce que nous\nvenons de montrer; l'unique personnage vrai qui tienne sur ses pattes, c'est\n Hermosa ; l'unique scène, celle-ci, qui renferme à elle seule tout le drame ; hors\nça, plus rien; rien que des fragments épars, sans lien, sans suite logique. Ainsi\ndu final du deuxième acte, qui reproduit exactement la scène de séparation du\npremier, sauf qu'elle substitue à la loterie de chair, une vente à l'encan. Ainsi\ndu final du premier acte, où l'effet de l'hymne national est raté. Ainsi, enfin.\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2999, "texte": "                                    — 28 —\n\n\ndu quatrième acte, qui vient là comme une queue de drame, et non comme une\nconclusion nécessaire. Tout cela est mal charpenté, maladroitement conduit, &\nle musicien a naturellement suivi un système analogue dans la mise en œuvre\nde ce meli-melo de choses disparates. Tantôt croyant s'élever au sublime, il\ns'arrête, essoufflé, à mi-chemin; tantôt il retombe platement dans le poncif &\nla banalité. Sa barcarolle dansée est un feuillet de très ancienne romance\net tous ses airs de ballet manquent de caractère & d'originalité.\n      En général, les deux premiers actes sont les moins bien venus, tant au point\nde vue du développement des idées que de la forme mélodique & harmonique.\nCertaines parties sont traitées en opéra comique, tels les couplets d'entrée de la\nbasse, voire en opérette. Ça & là, d'impardonnables négligences d'orchestration.\nNulle part, une trace d'unité dans la conduite de l'idée musicale, & rarement on\ny découvre l'expression juste de sentiment qui fait la force de l'opéra lyrique.\nC'est tout cela, sans doute, qui a fait dire que Gounoi retournait au genre ita­\nlien; et de fait, il est retourné !à, à un genre très rococo qui n'a pas de nom. Sa\nprétendue oeuvre n'est qu'un amalgame de mauvais goût, au bas duquel l'auteur\nde Faust ne devait pas mettre son nom. A la question de savoir si cette œuvre\nest française, allemande ou italienne, si elle est de lui ou de tout autre, nous\nrépondrons, nous, qu'elle n'est pas.\n      Et maintenant, si, au lieu de s'attaquer encore aux gigantesques épopées.\nle doux poète, dont le tempérament n'est rien moins que cornélien, avait choisi\nquelque sujet de moindre envergure, mais plus humain, plus moderne, il eût\nproduit peut-être une œuvre bien vivante, dans le cadre de l'opéra lyrique. C'est\nlà, en effet, le véritable domaine de l'école qui a produit Faust, Sapho, Cinq-\nMars, Paul & Virginie, la Statue. C'est cette école aussi dont les tendances\nrépondent le mieux aux aspirations de l'époque, puisqu'elle puise ses forces\ndans des préceptes de vérité, de sincérité. Mais cette dernière production de\nGounod semble dénoter sa désertion des rangs de cette pure école française,\ndont les circonstances naturelles l'ont fait créateur et chef; il semble actuelle­\nment qu'il renie ses enfants & qu'il aille à l'encontre de l'évolution progres­\nsiste, qu'en fait, il a toujours appuyée.\n\n\n                                        Il\n\n     Dans le grand mouvement naturaliste qui s'est accentué de Glück à Wagner,\nmalgré les rossignolements de l'école italienne, Gounoi marque un jalon, une\nétape ;non pas qu'il ait exposé ou formulé des principes nouveaux; mais, en\nsuivant seulement son instinct de poète, il en est arrivé à exprimer si parfaite­\nment le génie français, qu'il semble personnifier l'école dont il est le chef, et\nc'est de lui que dérive en droite ligne la pléiade moderne, nécessairement\ninfluencée, dans de certaines limites, par Wagner. Gounod n'a jamais pontifié,\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1174, "texte": "                                     — 29 —\n\npar la simple raison qu'il n'était point le pontife d'une doctrine nouvelle. Il\nn'est pas un génie, puisqu'il n'a rien créé; il s'est contenté d'arriver en plein\nromantisme avec assez de talent pour quintessencier les aspirations de toute\nune race, de toute une époque, dans son œuvre dont un critique a dit : « C'est\nl'œuvre d'un artiste accompli, la poésie d'un nouveau poète. »\n      Voilà pour l'histoire théorique. Pour ce qui est de l'application, il a commis\nun chef-d'œuvre qui suffira sans doute à l'immortaliser.\n      Tel est l'homme, qu'il y a quinze jours, Anvers acclamait frénétiquement,\net tel il restera, en dépit des attaques & des échecs futurs possibles.\n      Ses œuvres d'aujourd'hui ne prouvent rien ou peu de choses; c'est à vingt\nans en arrière qu'il nous faut retourner pour le juger dans son milieu. Mais,\nquoi qu'il dise ou qu'il fasse aujourd'hui, nous applaudissons en lui son glorieux\npassé, laissant à la postérité le soin de le juger plus sévèrement, pour ne con­\nserver de l'œuvre que ce qui sera digne de l'ouvrier.\n\n                                                     HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 29, "page_fin": 29, "titre_corps": "[Concert de charité au Musée du Nord]", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Sans signature", "ancre_debut": "Le jeudi 23 novembre", "ancre_fin": "Somme toute soirée charmante", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 1174, "fin_caractere_exclue": 2705, "texte": "Le jeudi 23 novembre, a eu lieu au Musée du Nord, le grand concert de\ncharité, au bénéfice des enfants pauvres, soirée charmante rehaussée par le\nconcours de Mlle Degeneffe, de MM. Fontaine & Peters, tous trois sortis\nbrillamment de notre Conservatoire de musique, avec des qualités diverses.\n      Décidément, la flûte solo n'est plus de mode; quoique M. Fontaine se soit\ntiré très honnêtement de son morceau de la Marie Stuart, de Pratten, & de la\nFantaisie de Mersman, le succès n'a pas été pour lui.\n      Nous avons préféré la forte voix, peut-être un peu chevrotante, de M. Pe­\nters. Il a chanté, avec un rare sentiment, La Coupe du roi de Thulé, cette char­\nmante ballade de Diaz. mais mieux encore le magistral Hymne à la Charité\nde M. Auguste Deppe. Ce morceau, composé pour la fête de Murcie, fut, on\ns'en souvient, chanté avec orchestre & chœurs, par le regretté ténor Sylva.\nChanté, cette fois, par une basse vigoureuse, sans les voix d'ensemble, 1''Hymne\na la Charité n'en a pas moins fait une forte impression; la voix de M. Peters,\ngraduellement élevée aux notes psalmodiées & majestueuses du refrain, a fait\nressortir si bien les beautés de premier ordre de l'Hymne, que le public a bissé\nle morceau, avec une réelle unanimité d'admiration.\n    M Ile Degeneffe, dont la voix très juste & très expressive manque de\nméthode dans l'émission, a dit avec beaucoup de goût la Cavatine de Sémi­\nramis & le Printemps de Tito Mattei.\n    C'est le moment ou jamais de dire le poncif éternel : « Somme toute, soirée\ncharmante "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 30, "page_fin": 39, "titre_corps": "Revue des livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "REVUE DES LIVRES", "ancre_fin": "NEMO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CORRESPONDANCE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1973, "texte": "REVUE DES LIVRES\n\n\n      LA REVUE MODERNE. — Nous transcrivons dans l'Europe du Diman­\nche (i novembre) l'annonce d'un événement palpitant pour nous tous qui aspi­\nrons à la renaissance de nos lettres :\n      « Une nouvelle publication, la Revue moderne, paraîtra à Bruxelles le\n15 décembre, payant ses auteurs &. ne s'occupant pas de politique.\n      Le comité se compose de MM. Léon Cladel, Edmond de Concourt, Edm.\nPicard. Camille Lemonnier, Victor Arnoukl, Carl Vogt & Giraud-Teulon.\n      Le programme provisoire de la Revue moderne est ainsi conçu :\n      « Un grand mouvement s'est fait dans les lettres françaises, depuis quel­\nques années; on a vu se lever une génération nouvelle qui, dégagée aujourd'hui\ndes exagérations de la première heure, affirme le principe de l'observation\nservie par des procédés d'artiste. I1 semble qu'il n'y ait plus de romantisme ni\nde naturalisme. Celui qui, dans une forme originale, s'incarne lui-même, celui-là\nest l'écrivain & l'on peut dire qu'il n'y a plus, à l'heure présente, qu'une école :\ncelle de la personnalité.\n      Une seule aspiration relie les écrivains : c'est l'effort au vrai qui sera la\nmarque de notre époque, le désir d'approfondir la pensée & de l'enchâsser dans\n une forme artiste.\n       Dans la science, une évolution s'est faite également : l'observation en est\n devenue le pivot, et. marchant sûrement par une synthèse lente, cette science\n rayonne superbement dans la gloire de notre siècle.\n       Une revue manquait, en notre pays, qui marchât d'heure en heure dans\n cette direction.\n       La Revue moderne est fondée.\n       Peut-être le terrain n'est-il pas prêt encore en Belgique, à de telles tentati­\n ves; mais nous comptons, pour le fertiliser, sur l'appui des lettrés & des\n artistes. »\n       Voilà un programme net : rien que de l'art, pas de politique. En dehors\n de la lutte bête des partis, une revue doit réussir, avant le calme de l'art & la\n sérénité des hauteurs. »\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2710, "texte": "                                        31 —\n\n\n     Cette revue ne fera pas concurrence à la Jeune Belgique. Celle-ci sera le\nmarche-pied pour arriver à celle-là. La Jeune Belgique sera un organe de com­\nbat; la Revue moderne restera plus calme; la Jeune Belgique deviendra de plus\nen plus jeune & indépendante. Elle appelle tous les jeunes à sa tribune où l'on\nne mâchera pas les mots, & toutes les idées modernes & originales continueront\nà y avoir droit de cité.\n     Et maintenant, go, ahead! & bûchons ferme!\n     Voici le sommaire du 1er numéro de La Revue moderne, sauf changements\nultérieurs :\n     I.      Programme.\n     II.     Léon Cladel & sa Kyrielle de chiens.                  Léon Cladel.\n     III.    Les Hauts plateaux de l'Ardenne.                  Edmond Picard.\n     IV.     Mathusalem Cox.                                Camille Lemonnier.\n     V.      Poésies : Symphonie en blanc.                  Georges Rodenbach.\n     VI.        —     Rendez-vous posthume.                   Emile Verhaeren.\n     VIL      Kees-Doorik (fragment).                        Georges Eekhoud.\n     VIII. Chronique artistique : Vereschagin.               Théodore Hannon.\n     IX.      Chronique musicale : Le Mefistofele de Boïto.      Albert Giraud.\n     X.       Chronique scientifique : La vision des sons.\n     XL       Chronique littéraire.\n     Dans les numéros suivants, on trouvera une longue nouvelle inédite de la\ndélicate Caroline Gravière : Pamphlet contre l'amour.\n\n     AVENTURES EN FLANDRE, par Emile Greyson. — Un vol. Bibl.\nGilon. 60 cent.\n     M. Grevson est arrivé à un art salutaire & simple dont nous le félicitons.\nQuoique, en général, nous n'approuvions pas la direction qu'a adoptée la\nBibliothèque Gilon qui, obligée à donner deux volumes par mois, accueille bien\ndes médiocrités, nous avouons que des œuvres telles que celles de M. Greyson\nsont excellentes pour le public populaire. Rappelant les simplicités rustiques\nd'Henri Conscience, les Aventures en Flandre sont un des bons livres de la\ncollection verviétoise.\n\n     ESSAI DE POÉSIE POPULAIRE, par Ch. Potvin & Félix                      Frenay.\n— Un vol. Bibl. Gilon. Go cent.\n     Perruques & crinières, il n'y a que cela en littérature.\n     Crinières, c'est solide, cela tient, cela fait partie intime d'un système que\nl'usage a nommé pileux; c'est jeune, cela pousse ferme & drû comme épis.\n     Perruques, ohimé! c'est mobile, cela bouge, cela n'appartient à personne:\ncouvercle d'impuissance sénile, c'est vétusté, ne croît point, moisit. & au-des­\nsous transparaît, brillant, avec l'éclat lunaire des billes de billard, un genou.\n     Perruques, c'est le passé; crinières, c'est l'avenir: perruques, c'est ce qui\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "                                    — 32 —\n\n\ntombe devant crinières : ce qui se lève; c'est ce qui s'écroule en face de ce qui\ngerme; c'est la paille à côté du grain ! Perruques, c'est ce qui grogne; crinières,\nc'est ce qui chante. Perruques, c'est le De Profundis; crinières, c'est le\nHosanna!\n      Et de tout temps, au milieu de l'évolution humaine, ceci a combattu cela,\nvaincu aussi.\n     Crinières, c'est ce qui n'est pas de l'Académie des lettres, des Belles-let­\ntres! — Ayez pitié de nous, Seigneur! — ce sont les travailleurs qui, non sou­\ntenus, ont dit : « je veux », qui se sont dressés de toute leur hauteur et, avec\nla fermeté des rocs, ont tenu bon contre l'officialisme littéraire; ce sont ceux\nqui n'ont pas été appréciés d'abord & qui n'ont point failli, malgré; qui ont vu\nles rubans s'accrocher — avec la honte de se sentir pollués — aux fracs rouilles\ndes gérontes, & qui se sont esclaffés.\n     Car vous ne savez pas, vous qui vivez en ce siècle supercoquentieux, à\nBruxelles, en Brabant, ou à Bruges, en Flandre; car vous ne savez pas, vous\nWallons francs, ni vous habitants de Meulebeke, car vous ne savez pas, bonnes\npanses, vous dont les jambes boudinent & dont les joues s'envermillonnent,\nribauds fils de Jordaens & de Teniers, vous ne savez pas qu'il existe en notre\ntrès benoite ville, sous le mayeur Buis & sous le roi Léopold deuxième du nom,\nune Académie royale des Belles-lettres n'admettant le plus généralement dans\nson chaste sein que perruqueux & cancres'.\n     Oh! il faut encourager ces choses!\n     Le patriotisme avant tout! comme disait... M. de Tocqueville, parbleu!\n     Soyons sérieux.\n     Avez-vous lu La Mère de Rubens? Non!\n     Ni moi non plus... C'est remarquable, La Mère de Rubens.\n     Voyez-vous, l'Art populaire, il n'y a que cela.\n     Lorsque je chante — sur une lyre dépouillée de toute serge — et que c'est\nà un ami que je m'adresse, ces vers merveilleux :\n\n                          Quand le poète ou le savant\n                          T'ouvre les parages du livre.\n                          Ami, tu dois penser souvent\n                          A ceux qui ne peuvent t'y suivre;\n\n                          Ceux qui restent fixés aux bords\n                          Du désert de l'inconscience,\n                          Lorsque, toutes voiles dehors\n                          Tu vogues en pleine science... etc.\n\nlorsque, dis-je, je psalmodie ces strophes superlativement gracieuses, d'un\ngoût exquis, d'une harmonie suave, dont la majesté grandiose n'est un mys-\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "                                      - 33   -\n\n\ntére pour aucun de ceux qui restent fixés au bord du désert de l'inconscience,\nlorsqu'enfin j'ouvre les parages d'un tel livre, j'ai fait de la Poésie populaire.\nCela n'est pas douteux.\n     La poésie populaire est un dieu, voila, & M. Charles Potvin est son\nprophète.\n     En réfléchissant bien, cet Essai — c'est un essai ! — de Poésie populaire,\npayé au taux ordinaire — très ordinaire — de M. Gilon, doit avoir produit\ncinquante francs ù partager en quatre : une part pour M. Frenay qui, avec\nson grand talent, est allé s'acoquiner là d'une façon navrante; une part pour les\nhéritiers de M. Jan van Ryswyck qui a « essayé quelques pages du recueil;\nune part pour M. Aug. Claus qui a « essayé » de traduire ces pages, & enfin,\nune part pour M. Potvin qui a essayé de faire de mauvais vers & qui a magistra­\nlement réussi, oh ! oui.'\n     Donc M. Potvin (Charles, de l'Académie) doit avoir reçu douze francs\ncinquante centimes, en paiement de son volume de Poésie populaire (Essai).\n     C'est bien payé.\n\n      LES DEUX SENTIERS, comédie en un acte, par Félix Wagener. —\nUne brochure. Verviers.\n     De M. Potvin. de l'Académie, à M. Félix Wagener qui n'en est pas encore,\nmais qui en sera — n'en doutez point — il n'y a qu'un pas.\n     Ce brave M. Félix Wagener nous fait vraiment de la peine; il a de si bon­\nnes intentions; tout ce qu'il écrit est si profondément honnête; chaque ligne\nressemble à une médaille de sauvetage, chaque feuille à un certificat de bonne\nconduite. Dans cette zone liégeo-verviétoire, où cependant le mouvement intel­\nlectuel s'accentue de jour en jour, les lauriers s'amoncellent sur sa vénérable\ntête; les soirées populaires de Verviers le couronnent; il fait partie de la Société\npoétique méridionale; de l'Académie des poètes, de la Société des Concours de\nBordeaux; Évariste Carrance lui a serré la main en l'appelant : « cher con­\nfrère » et Claire Carrance lui a donné une plume d'oie avec une mèche de ses\ncheveux; partout il a remporté des succès: je suis sûr qu'au quartier de la rue\ndes Houblonnières qu'il habite, la marchande de beurre ne l'appelle que\n« Monsieur le Poète », & que sa cuisinière vide tous les jours son panier à pa­\npier, pour avpir des autographes du maître. Je parierais que lorsque, de\nderrière son comptoir, l'épicier du coin le voit passer, le front penché, avec une\nallure méditative, il laisse aller sa balance de cuivre & dit à ses jasantes « prati­\nques » :\n    — Vous voyez bien cet homme; on dirait d'un bourgeois, n'est-ce pas! Eh\nbien! c'est M. Félix Wagener.\n    — Allons !\n     — Comme je vous le dis.\n    — Félix Wagener des Soirées !\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "                                      - 14 ~\n\n      — Précisément.\n      — L'auteur de Mary l'Institutrice ?\n      — Vous l'avez dit.\n      — Et des Deux Sentiers?\n      — C'est cela même.\n      — Bah!\n      Et les « pratiques » de pousser la tête hors de la boutique pour voir quel\neffet M. Wagener fait, de dos.\n      Absolument le même effet que ses œuvres !\n      Il nous a adressé les Deux Sentiers, pour que nous lui exprimions notre\navis, & certes il nous dira :\n\n               «                          j'aurais lieu de plainte\n               Si, m'adressant à vous pour me parler sans feinte.\n               Vous alliez me trahir & me déguiser rien. »\n\n    Puisqu'il vous plaît ainsi, monsieur Félix Wagener, je le veux bien. Vos\nDeux... Eh bien! non, monsieur Wagener, cela vous ferait de la peine... et\nvous êtes si bon !\n\n      LE LIVRE DE L'ANGE, par Othon Ribèrc. — une brochure. Rozez.\nPrix : 75 cent.\n     Avec Othon Ribère, le preux des anciens jours, c'est une autre affaire.\n Lui, intitule bravement sa plaquette : Le Livre de l'Ange, & comme épigraphe,\nce livre (qui est une brochure) porte ces mots de Balmès : « Terre à terre,\npratique & positif, voilà le monde. » Cela est tiré de l'Art d'arriver au vrai;\nor comme cet art consiste à dire la vérité tout de suite, nous nous résumerons.\nM. Othon Ribère qui, dans la jeunesse littéraire, est une figure très sympa­\nthique, a fait infiniment mieux que le Livre de l'Ange. Il s'obstine à rester\ndans la note terne de l'ancienne école; au lieu d'orner ses strophes des paillettes\net des fioritures que chaque poète moderne sème avec son originalité propre, il\nreste dans la banalité du vers qui a douze syllabes & voilà tout.\n     Comme les descendants de Lamartine, il continue la tradition de la déses­\npérance voulue & gémit, comme tous les rimeurs convaincus, sur son cœur\nbrisé; il appelle à grands cris « l'âme sœur de son âme! » il prétend « consu­\nmer sa vie en souhaits incessants », il pleure, gémit, sanglote, alors qu'un seul\naccent mâle, alors qu'un seul frémissement de la corde humaine, agitée de sa\nmain d'artiste, ferait cent fois mieux notre affaire.\n\n     LES CHANSONS PARISIENNES, par Maurice Boni/ace. — Un vol.\nParis. Marpon & Flammarion. 3 fr.\n     Il serait difficile de rattachera un maître la poésie primesautière de M. Boni-\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "                                     = 35 =\n\n\nface. Son livre est fait de fantaisie jeune, d'intimité, de fraîcheur. Rarement\nune banalité le dépare & des frisées de joie s'en éparpillent. Certaines chutes\nde strophes sont adorables. Le poète a vu passer un cercueil de jeune fille dans\nla gloire d'un soleil éblouissant; six hommes portent la bière, de loin la famille\nsuit; des enfants habillés de blanc accompagnent la morte en silence; & du ciel\nrayonnant sur l'escorte...\n\n                Le soleil de printemps ironique & vainqueur,\n                Jetait son beau rayon, qui met la joie au cœur.\n                Comme s'il eût voulu tenter un coloriste.\n                C'était si gracieux que ce n'était plus triste.\n\n     Plus loin, dans un colloque qu'il intitule Peurs de la lune, M. Boniface se\nlance dans une fantasia plus drôle :\n\n                « Ah ! soupira la lune. Epargne tes reproches.\n                Je ne sortirai plus que par les temps couverts.\n                Hélas ! je sens déjà que les malheurs sont proches.\n                On va peut-être encor me réciter des vers.\n\n                <c Je ne crains rien de toi. Ta rime est pauvre & leste.\n                Mais les autres, les purs, amants des nuits d'été,\n                Diront que je suis blonde & que je suis céleste.\n                Et voila deux mille ans qu'on me l'a répété.\n\n     Il y aurait bien des choses à citer encore de ce recueil de poésies boulevar-\ndières, lestes & originales qui sautillent avec des préciosités de marquises & des\nmièvreries de grisettes. Nous transcrivons encore : A une promeneuse :\n\n                       Un inconnu plein d'audace\n                       N'osant vous parler en face\n                                Ecrit.\n                       Vous l'excuserez, madame,\n                       Etant certainement femme\n                                D'esprit.\n\n                       Si je fais une bévue,\n                       Tant pis, mais je vous ai vue\n                                  Au Bois.\n                       Mon cœur a pris comme poudre.\n                       Croyez-vous au coup de foudre?\n                                  J'y crois,\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "                                   =   36   =\n\n\n                      Et j'aime, la chose est sùrc.\n                      Hier j'ai senti la blessure\n                                Trop bien.\n                      Vous êtes blonde & céleste.\n                      Ange, je ne sais du reste\n                                Plus rien.\n\n                      Pas même votre langage,\n                      Mais il doit être, je gage,\n                                Charmant.\n                      Et c'est pourquoi comme un autre\n                      Je brûlerais d'être votre\n                                Amant.\n\n                      Ce brusque aveu vous étonne\n                      Bah ! L'attente est monotone.\n                               Pourquoi\n                      Vouloir qu'un amant soupire ?\n                      Soyons francs. Plus d'un est pire\n                               Que moi.\n\n                       Je fais un peu de musique\n                       Et suis doué d'un physique..'.\n                                 Normal.\n                       On dit — et je m'en honore —\n                       Que je ne suis pas encore\n                                 Trop mal.\n\n                       Si vous vous sentez, madame.\n                       Des papillons noirs à l'âme.\n                                Un jour.\n                       Vous viendrez à ma demeure\n                       Les oublier dans une heure\n                                D'amour.\n\n      CONTES JOYEUX DE BOCCACE. — Un vol. Boitte. 5o cent.\n      Giovanni Boccacio di Certaldo! Au nom harmonieux du conteur florentin\ns'attache une enfilée de bons souvenirs.\n      A vingt-huit ans, Boccace est à Naples, sous le Pausilippe, près du tombeau\nde Virgile, & sur ses ruines évoquantes, comme si l'âme du grand bucolique se\nfût transfusée en son âme, il foule aux pieds famille & passé, se trempe le cœur\nau soleil d'Italie et. s'inspirant de Dante & de Pétrarque, jette aux nues bleues\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "                                      -   37   -\n\nles chants d'une poésie nouvelle, étrange, licencieuse, qui bientôt court la con­\ntrée sur les bouches populaires.\n      Et c'est le Décaméron qui égrène ses contes avec des retroussis de robes\ncourtes, des rires ouverts, des sous-entendus folichons...\n      L'aurore se lève des cocus battus & contents, des escalades de balcons, sous\nle regard azuré des lunes italiennes, des mères & complices regrettantes.\n      La Renaissance érudite se lève déjà en plein quinzième siècle avec ce flo­\nrentin trouveur qui par avance sillonne sa face du large rire de François Rabe­\nlais. Fiametta se joint à Laure & à Béatrice pour former le groupe des trois\ngrâces de la Poésie, Fiametta la belle aux cheveux d'or, la douce, la toute\ncharmante.\n      Il existait déjà de Boccace une édition d'amateurs en six volumes, mais\nles contes ne se lisent plus à de telles doses. 11 fallait au lecteur un manuel\ngaulois où, dans les simplicités d'un art primitif, il pût se reposer de nos névro­\nses littéraires. La nouvelle édition qu'on nous offre est bien le vade-mecum de\nceux-là qui veulent les meilleures pages des auteurs ayant beaucoup produit.\nMalgré leur gauloiserie, ces livres ont, comme certains vitraux gothiques, leur\nchasteté naïve, & M. Boitte a bien fait de fournir aux bourses modestes l'édition\nélégante qu'il nous donne aujourd'hui.\n\n                                                          MAX WALLER.\n\n     CAMILLE, par Roger de Goey. — Un vol. Huy. 1 fr. 50.\n     Nous citons pour mémoire ce volume fort intéressant & curieux où malheu­\nreusement l'auteur s'est laissé aller à faire de la politique, cette lèpre de la litté­\nrature. L'appréciation de ces sortes de livres sort absolument de notre cadre et\nnous le regrettons vivement.\n\n     LES JEUDIS DE M. TOBY, par J. de Mauriac. — Un vol. Bibl. Gilon.\n60 cent.\n     Ceci est d'un autre genre. Les Jeudis de M. Toby, de Mme Francis de Bous­\nsiron, sont un excellent abrégé des principes fondamentaux de l'architecture\nélémentaire, traités dans le langage intime de la conversation.\n\n     A LAS TRES NOUIRIÇOS, poème languedocien, par Aug. Fourès. —\nUne broch. Montpellier.\n     Poème haut en couleur, écrit dans la langue chaude de Mistral par un\ndélicat.                               —\n     VERS ET CHANSONS, par L.-H. Lecomte. — Un vol. Paris. Patay.\n1 fr. 5o.\n     Caveau for ever! On a beau s'asseoir sur les bérangèreries & les déroulè­\ndades. elles repoussent, que c'est une idéale épidémie. M. Lecomte, qui aime\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2726, "texte": "                                     = 38 =\n\ncela — question d'appréciation — n'y a pas failli. Voici des chansons ni meil­\nleures ni moins bonnes que toutes celles qu'on a écrites jusqu'ici & qui, sur\nl'aile de l'oubli, iront avec une sereine résignation au Caveau ou... au grenier.\n\n     L'INCESTE, tel est le titre du nouveau roman d'Odysse Barot que vien­\nnent de publier les éditeurs Rouveyre & Blond, & qui paraît appelé à un\nimmense succès'.\n     Intérêt poignant du sujet; enchaînement étrange des péripéties les plus dra­\nmatiques: caractères pris sur le vif; succession de scènes d'un effrayant natura­\nlisme ; types aussi originaux que vrais; mélange habile de situations émouvantes\net de tableaux de mœurs, aboutissant à un dénoûment tragique; tout se réunit\npour faire de cette fiction, aussi saisissante par le fond que littéraire et châtiée\npar la forme, l'une des œuvres les plus remarquables qui aient paru depuis\nlongtemps. Le personnage épisodique de Boit-sans-soif est. à lui seul, une\ntrouvaille & un chef-d'œuvre d'observation & d'analyse.\n     L'Inceste sera, assurément, l'événement de la saison.\n     En même temps que la cinquième édition de L'Inceste, les éditeurs Rou­\nveyre & Blond mettent en vente aujourd'hui, un nouveau roman du même\nauteur : Madame la Présidente, qui n'obtiendra pas moins de succès que ses\nœuvres précédentes.\n     Madame la Présidente sera bientôt dans toutes les mains.\n     Jamais Odysse Barot n'avait déployé à un tel degré, & dans un récit plus\némouvant, les qualités d'observation, d'analyse & de style qui l'ont placé depuis\nlongtemps au rang des romanciers français.\n\n                         Pour paraître le1erjanvier i883 :\n      LES NUITS PARISIENNES, par Ernest d'Orllanges, avec dessins de\nCh. Grandmange. — Un vol. Paris. 3 fr. 50.\n      Ce volume, depuis longtemps attendu & désiré par tous ceux qui en ont lu\nou entendu dire des extraits, est au rebours de tous les autres volumes, en ce\nsens qu'il n'a pas la prétention de combler une lacune.\n      Des sujets du parisianisme le plus brûlant & croustillants en diable y sont\ntraités avec une verve puissante & une ironie fort originale.\n      Les vers de M. d'Orllanges ne procèdent pas du naturalisme, mais bien plu­\ntôt d'un réalisme mélangé de scepticisme.\n      Le livre est plein d'amertume malgré des saillies & des éclairs de joie. Les\ntristesses seules y sont vraies, la joie y est d'apprêt.\n      Ernest d'Orllanges est un des plus francs disciples de Villon & surtout de\nRichepin.\n      La forme est très soignée, mais malgré cela pas de prétention... Une poésie\nbon enfant & qui plaît par sa crânerie et son débraillé.\n      Il a plus d'esprit que de cœur, plus d'imagination que d'enthousiasme.\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1617, "texte": "                                    - 39\n\nSes croyances ont dû être tuées par le malheur & son scepticisme doit lui être\nvenu d'avoir beaucoup souffert.\n     Son réalisme est tout dans l'expression & la forme nullement dans le fond.\n     Beaucoup de pièces abordent des sujets excessivement scabreux & qui ne\npeuvent pas être lus indistinctement par tous les yeux.\n    Aussi, dans sa préface, dit-il avec Théophile Gautier, dont il est un profond\nadmirateur :\n\n                  Ce que j'écris n'est pas pour les petites filles\n                  Dont on coupe le pain en tartines...\n\n    M. Grandmange, qui lui a prêté l'appui de son crayon, est un jeune artiste\nimpressionniste plein d'avenir & qui n'en est plus à ses coups d'essai.\n\n      Notre éditeur, Lucien Hochsteyn, fera paraître le 15 décembre, le roman\ndès longtemps attendu de Georges Eekhoud : Kees Doorik, une étude forte des\nmœurs du Polder. Ce roman dont nous avons eu le rare bonheur de lire quel­\nques pages, est une révélation nouvelle du talent rude de celui qui a écrit Myrtes\net cyprès, Zigzags poétiques & Les Pittoresques.\n      Un peu plus tard paraîtront chez le même éditeur : Les Flamandes, d'Em.\nVerhaeren, Le Scribe, d'Albert Giraud, avec une préface de J.-K. Huysmans\n(1er février), Vers d'automne, d'Hélène Swarth, Histoires de cornes, de Théo\nHannon, La Vie bête, de Max Waller, avec une préface de Camille Lemonnier\net une eau-forte de Théo Hannon, (15 février), un volume d'Emile Van Aren-\nbergh & un volume de Georges Rodenbach.\n\n                                                                 NEMO.\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 39, "page_fin": 40, "titre_corps": "À M. le directeur de la Jeune Belgique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Correspondance", "signature_source": "Ferd. 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Que la préface promise par M. de Laprade pour les Poésies inédites de\nLamartine, n'existait pas. — C'est faux & je l'ai prouvé ; j'en ai même donné des\nextraits.\n      2°. Que les Poésies inédites ne renferment que des réimpressions, à l'excep­\ntion de trois piécettes. — C'est faux et je l'ai prouvé, (1)\n      3°. Que le « plan » de l'épopée des Visions se trouve tout au long dans le\nCours familier de littérature. — C'est faux & je l'ai prouvé : l'auteur, en appré­\nciant la Divine Comédie, n'avait fait connaître que la conception de son œuvre.\n      Je pourrais ajouter encore, pour répondre à l'affirmation d'une prétendue\nbanqueroute de la vogue du poète, des chiffres de vente écrasants, produits par\nmoi dans le Journal des Beaux-Arts : deux cent soixante-dix mille exemplaires,\nde 1871 à 187S. c'est-à-dire trente-huit mille cinq cent soixante-et-onze par an.\net plus de cent par jour; mais je me borne aux points signalés plus haut.\n      Que répond à ces trois points, dans sa longue diatribe, M. Giraud, qui\n n'aime pas à ergoter? — Rien.\n      Je relève des contre-vérités. Ce sont des faits. Les nier, impossible. Com­\n ment alors qualifier la conduite de M. Verhaeren? Deux mots se sont présentés\nà ma pensée : « témérité » & « mauvaise foi ». J'ai choisi le premier... pour être\n poli. Cela fâche Mr. Giraud. Mais alors... préfère-t-il le second? Qu'il se tire de\n là. C'est tout ce que je veux lui dire; et, s'il lui prend encore envie de « m'ago-\n nir » d'un nouveau flur. d'injures écrites en argot de polichinelle, qu'il me per­\n mette de ne pas m'y arrêter plus que je ne fais aujourd'hui. Ceci n'est pas\n « ergoter ». je pense. Nul ne m'accusera d'abuser du droit de réponse, en vous\n priant d'insérer cette lettre en tête de votre plus prochain numéro.\n       Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'assurance de ma considération\n distinguée.\n\n                                                          FERD. LOISE.\n\n          Mons, le 22 novembre 1882.\n\n\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Bureaux et correspondants", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE BUREAUX BRUXELLES, 8,", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ABONNEMENTS U n", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1012, "texte": "LA JEUNE BELGIQUE\n                                       BUREAUX\n\n                          BRUXELLES, 8, rue de la Paille.\n\n                  LIEGE                                         G AND\n         Rue de l'Université, 4.6.                    Rue des Champs, 65.\n\n                             CORRESPONDANTS\n\n                VERVIERS                                     NAMUR\n           G. Andelbrouck                              Auguste Vierset.\n   56, rue Pont-Léopold (Hodimont).                   Rue du Président, 5.\n                TOURNAI                                      BRUGES\n           V. Devroede                                 Lucien P a u c h e u n\n    chez Vasseur-Delmée, libraire.                    Place Malleberg, 11 a.\n                   HUY                                       ANVERS\n    Bureau de la Gazette de Huy.                       R. Nieuwenhuys.\n        Rue de l'Applée, 5.                             Rue Berlist, 37.\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "ABONNEMENTS U n an 5 fr.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Nous prions MM. les éditeurs", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1012, "fin_caractere_exclue": 1553, "texte": "ABONNEMENTS\n\nU n an                               5 fr.   |   U n semestre                   3 fr.\n\n                 Les abonnements se prennent à toul2 époque.\n    Il est tiré de chaque numéro vingt exemplaires numérotés, sur splendide\n                  papier anglais. Prix de l'abonnement : 10 fr.\n\n\n\n     L e I e r volume de la Jeune Belgique est e a vente au prix de 5 francs\n(papier ordinaire) & 20 francs (papier de Hollande). L a collection de la\nJeune Revue, devenue très rare, se vend également 20 fr. 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Morts. — Mons, 21, rue des Compagnons.\nLa Feuille du Dimanche. — Verviers, 2 1, Place des Martyrs.\nLa Gazette' anecdotique. — Paris, 338, Place Saint-Honoré— 18 fr. par an.\nLe Biographe: — Paris, 19, quai St-Michel. — 6 fr. par an.\nLe Beaumarchais. — Paris, 33, rue des Petits-Champs. — 11 fr. par an.\nParis-Moderne. — Paris, 19, quai Saint-Michel. — 8 fr. par an.\nLa Revue critique. — Paris, 27, rue Monge. — 15 fr. par an.\nMons-Journal. — Mons, 80 rue d'Havre. — 5 fr. par an.\nLa Revue analytique. — Bruxelles, 8, rue de la Paille. — 5 fr. par an.\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1882-12-01-n1-209", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DICTIONNAIRE GÉOGRAPHIQUE BELGE COMPRENANT la nomenclature", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1419, "fin_caractere_exclue": 2183, "texte": "DICTIONNAIRE\n\n\n         GÉOGRAPHIQUE                                   BELGE\n                                  COMPRENANT\n\n                       la nomenclature complète des\n\n        COMMUNES           ET. HAMEAUX               DU      ROYAUME\n\nconsidérés au point de vue de tous les renseignements d'utilité publique\n                d'après les documents officiels des administrations\n\n                         par LUCIEN HOCHSTEYN\n\n   Ex-fonctionnaire de la Direction générale des Chemins de fer belges\n            Membre de la Société royale belge de Géographie\n            Membre de la Société de Géographie de Paris, &a.\n\n\n                      PRIX : QUATRE            FRANCS\n\nAdresser les demandes à Lucien HOCHSTEYN, éditeur, 8, rue de la Paille, Bruxel.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 12, "texte": "(3« année) 1882.                      N° I                         Ier   DÉCEMBRE.\n\n\n\n\n                                       LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                  SOMMAIRE\n\n            NAIS MICOULIN, nouvelle, par EMILE ZOLA.\n         LE VIEUX TAMBOUR, sonnet, par ALBERT GIRAUD.\n      UN CABARET FLAMAND, triolets, par GEORGES RODENBACH.\n                   S E P T E M B R E , sonnet, par PAUL BERLIER.\n          T R O P SAGE, nouvelle, par MAURICE SULZBERGER.\n                   HIVER, eau-forte, par MAX WALLER.\n       LE T R I B U T DE ZAMORA, critique, par HENRY MAUBEL.\n               REVUE DES LIVRES, par MAX WALLER.\n\n\n\n                           Le numéro : 60 centimes.\n\n\n\n\n                                 BRVXELLES\n                       LVCIEN H O C H S T E Y N , ÉDITEVR.\n\n                             8, Rue de la Paille, 8.\n                                  MDCCCLXXXII\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "                   A NOS ABONNÉS\n\n\n     Nous avons à nous excuser de la façon dont les derniers numé­\nros de la revue ont été composés.\n     Dans celui du 15 novembre, elle donnait un article bibliographique\noù la question religieuse est débattue, contrairement à notre principe de\nneutralité complète. C'est ainsi encore que dans le numéro du I er octobre,\nelle publiait la brutale scène du Dernier jour d'un condamné.\n     Les rédacteurs passifs que nous perdons sont remplacés par nos\nexcellents amis de l'ancienne Jeune Revue.\n     Désormais délivrée de toute ingérence parasitaire & étrangère à la\nlittérature, La Jeune Belgique recommence la campagne, plus forte & plus\ndigne. Les articles tels que ceux dont nous regrettons la publication, ne\n6e représenteront plus.\n     Nous ne regrettons qu'une défection, celle de l'auteur délicat qui a\nécrit la charmante étude sur André Theuriet, dont nos lecteurs se souvien­\nnent certainement. Nous comptons fermement qu'il nous reviendra.\n    Plus que jamais nous appelons à nous les jeunes; la maison s'est\nagrandie ; les hôtes en pourront être plus nombreux ; tous seront bien\nreçus; qu'ils apportent le sel, on leur donnera le pain.\n    De nombreuses réclamations nous parviennent relativement à l'irré­\ngularité dans l'envoi des numéros. Nous satisferons à ces justes repro­\nches, dont l'ancienne direction a toute la responsabilité, & notre service\nn'aura plus de ces écarts.\n    Certaines circonstances nous donnant lieu de croire que les quelques\navis de désabonnements qu'on nous a envoyés ne sont point définitifs,\nnous ne considérerons comme désabonnés que les personnes qui nous\nrenverront le présent numéro.\n\n                                             MAX    WALLER.\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "                      NAIS MICOULIN\n\n\n                                        I\n\n\n     A la saison des fruits, une petite fille brune de peau, avec des che­\nveux noirs embroussaillés, se présentait chaque mois chez un avoué\nd'Aix, M. Rostand, tenant une énorme corbeille d'abricots ou de pêches,\nqu'elle avait peine à porter. Elle restait dans le large vestibule, et toute\nla famille, prévenue, descendait.\n       — A h ! c'est toi, Nais, disait l'avoué. Tu nous apportes la récolte.\n  Allons, tu es une brave fille... E t le père Micoulin, comment se porte-t-il ?\n       — Bien, monsieur, répondait la petite en montrant ses dents blan­\n ches.\n      Alors, M m e Rostand la faisait entrer à la cuisine, où elle la ques­\n tionnait sur.les oliviers, les amandiers, les vignes. La grande affaire était\n de savoir s'il avait plu à l'Estaque, le coin du littoral où les Rostand\n possédaient leur propriété, la Blancarde, que les Micoulin cultivaient.\n Il n'y avaient là que quelques douzaines d'amandiers et d'oliviers, mais\n la question de la pluie n'en restait pas moins capitale, dans ce pays qui\n meurt de sécheresse.\n      — Il a tombé des gouttes, disait le plus souvent N a i s ; le raisin\n aurait bien besoin d'eau pour grossir.\n      Puis, lorsqu'elle avait donné toutes les nouvelles, elle mangeait un\nmorceau d e pain avec quelque reste de viande, et elle repartait pour\nl'Estaque dans la carriole d'un boucher qui venait à Aix tous les quinze\njours. Souvent, elle apportait des coquillages, une langouste, un beau\npoisson, le père Micoulin pêchant plus encore qu'il ne labourait. Quand\nelle arrivait pendant les vacances, Frédéric, le fils de l'avoué, descendait\nquatre à quatre dans la cuisine pour lui annoncer que toute la famille\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": "                                      2\n\n\n\nallait bientôt s'installer à la Blancarde, en lui recommandant de tenir ses\nfilets et ses lignes prêts. Il la tutoyait, ayant joué avec elle à l'âge de\ncinq ans ; depuis l'âge de douze ans seulement, elle l'appelait « Monsieur\nFrédéric », par respect. Toutes les fois que le père Micoulin l'entendait\ndire « tu » au fils de ses maîtres, il la souffletait. Mais cela n'empêchait\npas que les deux enfants fussent de très bons amis.\n     — E t n'oublie pas de raccommoder les filets, répétait le collégien.\n     — N'ayez pas peur, monsieur Frédéric, répondait Nais. Vous pou­\nvez venir.\n     M. Rostand était fort riche. Il avait acheté à vil prix un hôtel\nsuperbe, rue du collége. L'hôtel de Coiron, bâti dans les dernières années\ndu dix-septième siècle, développait une façade de douze fenêtres, et con­\ntenait assez de pièces pour loger cent locataires. Là-dedans, au milieu de\nces appartements immenses, la famille composée de cinq personnes, en\ncomptant les deux vieilles domestiques, semblait perdue. L'avoué occu­\npait seulement le premier étage. Depuis dix ans, le rez-de-chaussée et\nle second étage étaient à louer ; mais tout le monde s'en allait devant ces\nvastes salles délabrées. Alors, il s'était décidé à fermer les portes et à\nabandonner les deux tiers de l'hôtel aux araignées. L'hôtel, vide et\nsonore, avait des échos de cathédrale au moindre bruit qui se produisait\ndans le vestibule, un vestibule gigantesque avec une cage d'escalier\nmonumentale où l'on aurait aisément construit une maison moderne.\n      Dans les villes de vieille noblesse, comme Aix, cette ancienne capi­\ntale déchue aujourd'hui, des quartiers entiers sont ainsi à peu près déserts.\nLes familles nobles qui ont conservé leurs hôtels, y vivent dans l'ombre,\nd'une vie silencieuse et retirée. Quant aux hôtels qui ont passé entre des\nmains bourgeoises, ils abritent des locataires plus modestes et moins\nbruyants encore ; des bureaux s'y sont installés, quelques industriels les\nont transformés en magasins, d'autres restent inhabités et tombent en\nruines. L a vérité est que ces vastes constructions n'ont plus leur raison\nd'être à cette heure. Il fallait, pour les remplir, l'existence fastueuse des\nanciens seigneurs, avec leurs familles nombreuses, leurs courtisans, leurs\nvalets. Aujourd'hui, les parvenus les plus riches reculent eux-mêmes\ndevant des réparations énormes et des trains de maison, qui d'ailleurs\nseraient ridicules au milieu de la médiocrité de la province. E t telle est\nla raison de la mélancolie actuelle de ces belles demeures princières :\nelles sont trop vastes et trop magnifiques pour notre temps.\n     M. Rostand avait commis le meurtre de couper en deux par une-\ncloison le grand salon d'honneur de son hôtel, un salon gigantesque de\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "                                      3\n\ndouze mètres carrés que quatre fenêtres éclairaient. Puis, il avait installé\nlà, dans un compartiment, son cabinet, et dans l'autre, le cabinet de ses\nclercs. L e premier étage comptait en outre six pièces dont la plus petite\navait cinq mètres. M m e Rostand, Frédéric, les deux vieilles bonnes, habi­\ntaient des chambres hautes comme des chapelles, dont les coins se per­\ndaient dans une ombre grise. L'avoué s'était décidé à faire installer dans\nun ancien boudoir une grande cuisine, pour rendre le service plus com­\nmode ; auparavant, lorsqu'on se servait de la cuisine du rez-de-chaussée,\nles plats arrivaient complétement froids, après avoir traversé l'humidité\nglaciale du vestibule et de l'escalier. E t le pis était que cet appartement\ndémesuré se trouvait meublé de la façon la plus sommaire. Dans le\nsalon, un ancien meuble vert, en velours d'Utrecht, espaçait son canapé\net ses huit fauteuils, style empire, aux bois raides et tristes ; un petit gué­\nridon de la même époque semblait un joujou au milieu de l'immensité\nde la pièce; sur la cheminée il n'y avait qu'une horrible pendule de\nmarbre moderne, entre deux vases, tandis que le carrelage passé au\nrouge et frotté luisait d'un éclat dur. Les chambres à coucher étaient\nencore plus vides. On sentait là le tranquille dédain des familles du\nMidi, même les plus riches, pour le luxe et le confort des appartements,\ndans cette bienheureuse contrée du soleil où la vie se passe au dehors.\nLes Rostand n'avaient certainement pas conscience de la mélancolie, du\nfroid mortel qui régnaient dans ces grandes salles nues, dont la tristesse\nde ruines semblait accrue par la rareté et la pauvreté des meubles. Cette\nbourgeoisie économe installée dans cette royale demeure en augmentait\nl'abandon.\n      M. Rostand était pourtant un homme fort adroit. Son père lui avait\nlaissé une des meilleures études d'Aix, et il trouvait encore moyen d'aug­\nmenter sa clientèle par une activité rare dans ce beau pays de paresse.\nPetit, remuant, avec un fin visage de fouine, il s'occupait passionnément\nde son cabinet. L e soin de sa fortune le tenait d'ailleurs tout entier, et\nil ne jetait pas même les yeux sur un journal pendant les heures de flâ­\nnerie qu'il tuait au cercle. Mme Rostand, au contraire, passait pour une\ndes femmes les plus intelligentes et les plus distinguées de la ville. Elle\nétait née de Villebonne, ce qui lui laissait une auréole de dignité, malgré\nsa mésalliance. Mais elle montrait un rigorisme si outré, elle pratiquait\nses devoirs religieux avec tant de rigueur, qu'elle avait comme séché\ndans l'existence méthodique qu'elle menait.\n      Cependant, Frédéric grandissait entre ce père si affairé et cette mère\nsi rigide. Pendant ses années de collège, il fut un cancre de la plus belle\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "                                     -   4   -\n\n\n  espèce, tremblant devant sa mère, mais ayant tant de répugnance pour le\n  travail que, dans le salon, le soir, il lui arrivait de rester deux heures le\n  nez sur ses livres, sans lire une ligne, l'esprit perdu, tandis que ses\n  parents s'imaginaient, à le voir, qu'il étudiait ses leçons. Irrités de sa\n  paresse, ils le mirent pensionnaire au collége pendant deux a n s ; mais il\n  ne travailla pas davantage, il fut même plus libre qu'à la maison, enchanté\n  de ne plus sentir toujours peser sur lui les terribles yeux de sa mère, ne\n  faisant rien, ne vivant que pour les heures de récréation. Aussi, M m e Ros­\n  tand, alarmée des allures émancipées qu'il prenait, le retira-t-elle pour\n  l'avoir de nouveau sous sa férule. Il termina ainsi sa seconde et sa rhéto­\n  rique, surveillé de si près, qu'il dut enfin travailler; elle examinait ses\n  cahiers, le forçait à répéter ses leçons, se tenait derrière lui à toute heure,\n comme un gendarme. Grâce à cette surveillance, Frédéric ne fut refusé\n qu'une fois aux examens du baccalauréat.\n        Aix possède une école de droit renommée, dont le fils Rostand suivit\n  naturellement les cours. Dans cette ancienne ville parlementaire, il n'y\n a guère que des avocats, des avoués et des notaires, groupés autour de\n la Cour. On y fait son droit quand môme, quitte ensuite à planter tran­\n quillement ses choux. Frédéric continua d'ailleurs sa vie de collége, tra­\n vaillant le moins possible, tâchant simplement de faire croire à sa mère\n qu'il travaillait beaucoup. M m e Rostand, à son grand regret, avait dû lui\n accorder une plus grande liberté. Maintenant il sortait quand il voulait\n et n'était tenu à se trouver là qu'aux heures de repas; le soir, il devait\n rentrer à neuf heures, excepté les jours où on lui permettait le théâtre.\n Alors commença pour lui cette vie d'étudiant de province si monotone,\n si pleine de vices, lorsqu'elle n'est pas entièrement donnée au travail.\n       Il faut connaître Aix, la tranquilité de ses rues où l'herbe pousse,\nle sommeil qui endort les habitants et les maisons, pour comprendre\nquelle existence vide y mènent les étudiants. Ceux qui travaillent ont la\nressource de passer les journées devant leurs livres. Mais ceux qui se\nrefusent à suivre sérieusement les cours, n'ont d'autres refuges pour se\ndésennuyer que les cafés où l'on joue et certaines maisons où l'on fait\npis encore. Frédéric se trouva être un joueur passionné ; il passait au jeu\nla plupart de ses soirées et les achevait ailleurs. U n sensualité de gamin\néchappé du collége le jetait dans les seules débauches que la ville pouvait\noffrir, une ville où manquaient les filles libres qui peuplent à Paris le\nquartier latin. Seulement, ses journées ne lui suffirent bientôt plus, il\ns'arrangea pour avoir également ses nuits, en volant une clef de la mai­\nson. De cette façon, il passa très agréablement ses années de droit.\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                                     5\n\n\n     Frédéric, d'ailleurs, avait compris qu'il devait se montrer un fils\nsoumis. Toute une hypocrisie d'enfant courbé par la peur lui était à peu\nprès venue. Sa mère maintenant se montrait satisfaite ; il la conduisait\nà la messe, gardait une allure très correcte, lui contait tranquillement\ndes mensonges énormes qu'elle acceptait, devant son air de bonne foi.\nE t son habileté devint telle que jamais il ne se laissa surprendre, trou­\nvant toujours une excuse, inventant des histoires extraordinaires pour se\npréparer d'avance des arguments. Il payait ses dettes de jeu en emprun­\ntant de l'argent à ses cousins. Il tenait toute une comptabilité compli­\nquée. U n e fois, après un gain inespéré, il réalisa même ce rêve d'aller\npasser une semaine à Paris, en se faisant inviter par un ami, qui possé­\ndait une propriété près de la Durance.\n      Au demeurant, Frédéric était un charmant jeune homme, grand et\nde figure régulière, avec une belle barbe noire qui commençait à pousser.\nSes vices le rendaient très aimable, auprès des femmes surtout. On le ci­\ntait pour ses bonnes manières. Les personnes qui connaissaient ses farces,\nsouriaient un peu ; mais, puisqu'il était assez décent pour cacher cette\nmoitié suspecte de sa vie de jeune homme, on devait encore lui savoir gré\nde ne pas étaler ses débordements comme certains étudiants grossiers\nqui faisaient le scandale de la ville.\n     Frédéric allait avoir vingt et u n ans. Il devait bientôt passer ses\nderniers examens. Son père, encore jeune et peu désireux de lui céder\ntout de suite son étude, parlait de le pousser dans la magistrature debout.\nIl avait à Paris des amis qu'il ferait agir pour obtenir une nomination\nde substitut. Frédéric ne disait pas non ; jamais il ne combattait ses\nparents d'une façon ouverte ; mais il avait un mince sourire qui indiquait\nson intention bien arrêtée de continuer l'heureuse flânerie dont il se\ntrouvait si bien. Il savait son père riche, il était fils unique, pourquoi\naurait-il pris la moindre peine? E t il renvoyait tout à plus tard, il était\ntrop jeune. E n attendant, il fumait des cigares sur le Cours, allait dans\nles bastidons voisins faire des parties fines, fréquentait journellement en\ncachette les maisons les plus suspectes, ce qui ne l'empêchait pas d'être\naux ordres de sa mère et de la combler de prévenances. Quand une noce\nplus débraillée que les autres lui avait brisé les membres et compromis\nl'estomac, il rentrait dans le grand hôtel glacial de la rue du Collège où\nil se reposait avec délices. L e vide des pièces, le sévère ennui qui tom­\nbait des plafonds lui semblaient avoir une fraîcheur calmante. Il s'y\nremettait, en faisant croire à sa mère qu'il restait là pour elle, jusqu'au\njour où, la santé et l'appétit revenus, il machinait quelque nouvelle esca-\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "                                  — 6 —\n\n\npade. Du reste, le meilleur garçon du monde, pourvu qu'on ne touchât\npas à ses plaisirs.\n      Nais, cependant, venait chaque année chez les Rostand, avec ses\nfruits et ses poissons, et chaque année elle grandissait; elle avait juste le\nmême âge que Frédéric, trois mois de plus environ. Aussi, M m e Rostand\nlui disait-elle chaque fois :\n      — Comme tu te fais grande fille, Nais!\n      E t Nais souriait en montrant ses dents blanches. L e plus souvent\nFrédéric n'était pas là. Mais, un jour, la dernière année de son droit,\ncomme il allait sortir, il trouva Nais debout dans le vestibule, avec sa\ncorbeille. Il s'arrêta net d'étonnement. Il ne reconnaissait pas la longue\nfille mince et déhanchée qu'il avait vue, l'autre saison, à la Blancarde.\nNaïs était superbe, avec sa belle tète brune, sous le casque sombre de ses\népais cheveux noirs ; et elle avait des épaules fortes, une taille ronde, des\nbras magnifiques dont elle montrait les poignets nus. En une année, elle\navait poussé comme un jeune arbuste.\n      — C'est toi ! dit-il d'une voix balbutiante.\n      — Mais oui, monsieur Frédéric, répondit-elle en le regardant en\nface, de ses grands yeux où brûlait un feu sombre. J'apporte des our­\nsins... Quand venez-vous ? Faut-il qu'on prépare les filets?\n      Il la contemplait toujours, il murmura, sans paraître avoir entendu :\n      — T u es bien belle, N a i s ! . . . Qu'est-ce que tu as donc?\n      Ce compliment la fit rire. Puis, comme il lui prenait les mains,\nayant l'air de jouer, ainsi qu'ils jouaient ensemble autrefois, elle devint\nsérieuse, elle le tutoya brusquement, en lui disant tout bas, d'une voix\nun peu rauque :\n      — Non, non, pas ici... Prends garde, voici ta mère.\n\n\n\n\n                                     11\n\n\n\n     Quinze jours plus tard, la famille Rostand partait pour la Blancarde.\nL avoué devait attendre les vacances des tribunaux, et d'ailleurs le mois\nde septembre était d'un grand charme, au bord de la mer. Les chaleurs\nfinissaient, les nuits avaient une fraîcheur délicieuse.\n     L a Blancarde ne se trouvait pas dans l'Estaque même, un bourg\nsitué à l'extrême banlieue de Marseille, dans un cul-de-sac de rochers.\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                                     7\n\n\n\nqui ferme le golfe de ce côté. Elle se dressait au delà du village, sur une\nfalaise ; de toute la baie, on apercevait sa façade jaune, au milieu d'un\nbouquet de grands pins. C'était une de ces bâtisses carrées, lourdes, per­\ncées de fenêtres irrégulières, qu'on appelle des châteaux en Provence.\nDevant l'habitation, une large terrasse s'étendait à pic sur la mer, et d'où\nl'on découvrait le plus magnifique horizon qu'on pût rêver. Derrière la\nmaison, il y avait un vaste clos, des terres maigres où quelques vignes,\ndes amandiers et des oliviers consentaient seuls à pousser. Mais un des\ninconvénients, un des dangers de la Blancarde était que la mer ébranlait\nchaque année la falaise; comme des infiltrations, provenant sans doute\nde sources voisines, se produisaient dans cette masse énorme de terre\nglaise et de roches, il arrivait à chaque saison que quelque bloc énorme\nse détachait pour tomber dans l'eau avec un bruit épouvantable. Peu à\npeu, la propriété s'échancrait. Des pins avaient déjà été engloutis.\n      Depuis quarante ans, les Micoulin étaient mégers à la Blancarde.\nSelon l'usage provençal, ils cultivaient la terre et partageaient les récol­\ntes avec le maître de la propriété. Ces récoltes étant très maigres d'ordi­\nnaire, les Micoulin seraient morts de faim, s'ils n'avaient pas pêché la\nsardine l'été. E n t r e un labourage et un ensemencement, ils donnaient un\ncoup de filet. L a famille était composée du père Micoulin, un dur vieil­\nlard à la face noire et creusée, devant lequel toute la maison tremblait :\nde la mère Micoulin, une grande femme abêtie par le travail de la terre\nau grand soleil; d'un fils qui servait pour le moment dans la marine, et\nde Nais que son père envoyait travailler dans une fabrique de tuiles,\nmalgré toute la besogne qu'il y avait à la maison. Dans l'habitation du\nméger, une masure collée à l'un des flancs de la Blancarde, on entendait\nrarement sonner un rire ou une chanson. Micoulin gardait un silence de\nvieux sauvage, enfoncé dans les réflexions de son expérience. Les deux\nfemmes éprouvaient pour lui ce respect terrifié que les filles et les épouses\ndu Midi témoignent au chef de la famille. E t la paix n'était guère trou­\nblée que par les appels furieux de la mère, la grande Catherine, qui se\nmettait les poings sur les hanches pour enfler son gosier à le rompre,\njetant aux quatre coins du ciel le nom de Nais, dès que sa fille disparais­\nsait. Nais entendait d'un kilomètre, et rentrait, toute pâlie de colère con­\ntenue.\n     Elle n'était point heureuse, la belle Nais, comme on la nommait à\nl'Estaque. Elle avait seize ans que le père Micoulin, pour un oui, pour\nun non, la frappait au visage, si rudement, que le sang lui partait du\nnez; et encore aujourd'hui, malgré ses vingt ans passés, elle avait les\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "                                    — 8 —\n\n\népaules toutes bleues des sévérités de son père. Celui-ci n'était point\nméchant, il usait simplement avec rigueur de ses droits, voulant être\nobéi, ayant dans le sang l'ancienne autorité latine, le droit de vie et de\nmort sur sa famille. Un jour, Nais, rouée de coups, ayant osé lever la\nmain pour se défendre, il avait failli la tuer. L a jeune fille, après ces\ncorrections, restait frémissante. Elle s'asseyait par terre, dans un coin\nnoir, et là dévorait l'affront, avec des yeux secs. U n e rancune sombre la\ntenait ainsi immobile et muette pendant des heures, roulant des ven­\ngeances qu'elle ne pouvait exécuter. C'était le sang même de son père\nqui se révoltait en elle, un emportement aveugle, un besoin furieux d'être\nla plus forte. Quand elle voyait sa mère, tremblante et soumise, se faire\ntoute petite devant Micoulin, elle haussait les épaules de mépris. Elle\ndisait souvent : \" Si j'avais un mari comme ça, je le tuerais.\"\n      Nais préférait encore les jours où elle était battue, car ces violences\nla secouaient. Les autres jours, elle menait une existence si étroite, si\nenfermée, qu'elle se mourrait d'ennui. Son père lui défendait de descen­\ndre à l'Estaque, la tenait à la maison dans des occupations continuelles ;\net, même lorsqu'elle n'avait rien à faire, il fallait qu'elle restât là, sous ses\nyeux. Aussi attendait-elle le mois de septembre avec impatience; quand\nles maîtres habitaient la Blancarde, la surveillance de Micoulin se relâ­\nchait forcément. Nais, qui faisait des courses pour Mme Rostand, se\ndédommageait de son emprisonnement de toute l'année.\n      Un matin, le père Micoulin avait réfléchi que cette grande fille ne\nrapportait rien à la maison. Alors, par avarice, il l'émancipa, il l'envoya\ntravailler dans une tuilerie. Bien que le travail des tuileries fût très dur,\nNais était enchantée. Elle partait dès le matin, allait de l'autre côté de\nl'Estaque et restait là au grand soleil, à retourner des tuiles pour les faire\nsécher. C'était une besogne de manœuvre, mais elle ne sentait plus son\npère derrière elle, elle riait librement avec des garçons. Ce fut là dans ce\nlabeur si rude, qu'elle se développa et devint une si belle fille. Le soleil\nlui dorait la peau, semblait lui mettre au cou une large collerette d'ambre ;\nses cheveux noirs poussaient, s'épaississaient, comme pour la garantir de\nleurs mèches volantes; son corps, continuellement penché et balancé\ndans le va-et-vient de sa besogne, prenait une ampleur et une souplesse\nviriles. Lorsqu'elle se relevait, sur le terrain battu, au milieu de ces argi­\nles rouges, elle ressemblait à une statue antique, à quelque terre cuite\npuissante, tout à coup animée par la pluie de flammes qui tombaient du\nciel. Aussi le père Micoulin la couvait-il de ses petits yeux gris, en la\nvoyant embellir. Elle riait trop, cela ne lui paraissait pas naturel qu'une\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                                      9\n\nfille devînt si forte. E t il se promettait d'étrangler les amoureux, s'il en\ndécouvrait autour de ses j u p e s .\n      Des amoureux, Nais en aurait eu des douzaines, mais elle les décou­\nrageait. Elle se moquait de tous les garçons. Son seul bon ami était un\nbossu, qui travaillait à la même tuilerie qu'elle, un petit homme nommé\nToine, que la Maison des enfants trouvés d'Aix avait envoyé à l'Estaque,\net qui était resté là, adopté par le pays. Il riait d'un joli rire, ce bossu,\navec son profil de polichinelle. Nais le tolérait pour sa douceur. Elle fai­\nsait de lui ce qu'il lui plaisait, le rudoyait souvent, lorsqu'elle avait à se\nvenger sur quelqu'un d'une violence de son père. D'ailleurs, cela ne tirait\npas à conséquence. Dans le pays, on riait de T o i n e . L e père Micoulin\navait dit : « J e lui permets le bossu, je la connais, elle est trop fière! »\n      Cette année-là, quand M m e Rostand arriva à la Blancarde, elle\ndemanda au méger de lui prêter Nais, une de ses bonnes étant malade.\nJustement, la tuilerie chômait. D'ailleurs, Micoulin, si dur pour les siens,\nse montrait très politique avec les maîtres; il n'aurait pas refusé sa fille,\nmême si la demande l'avait contrarié. M. Rostand avait dû se rendre à\nParis, pour des affaires compliquées, et Frédéric se trouvait seul à la\ncampagne avec sa mère. L e premier jour, le jeune homme était pris d'un\ngrand besoin d'exercice, grisé par l'air de la mer, partant avec Micoulin\ndans une barque, pour aller jeter ou retirer les filets, faisant de longues\npromenades au fond des gorges qui viennent déboucher à l'Estaque.\nPuis, cette belle ardeur se calmait, Frédéric restait étendu des journées\nentières sous les pins, au bord de la terrasse, endormi à moitié, regardant\nle balancement monotone de la mer, qui finissait par lui causer un ennui\nmortel. Au bout de quinze jours, généralement, le séjour de la Blan­\ncarde l'assommait. Alors, il inventait chaque matin un prétexte pour\nfiler à Marseille.\n      Le lendemain de l'arrivée des maîtres, Micoulin, à quatre heures\ndu matin, appela Frédéric, comme il en avait l'habitude. Il s'agissait\nd'aller lever des jambins, de longs paniers à étroite ouverture de souri­\ncière, dans lesquels les poissons de fond se prennent. Mais le jeune\nhomme fit la sourde oreille. L a pèche ne paraissait pas le tenter. Quand\nil fut levé, il s'installa sous les pins, allongé sur le dos, les regards per­\ndus dans le ciel. Sa mère fut toute surprise de ne pas le voir partir pour\nune de ces grandes courses dont il revenait affamé.\n    — T u ne sors pas? lui dit-elle.\n    — Non, mère, dit-il. Puisque papa n'est pas là, je reste avec vous.\n    E t le méger qui entendit cette réponse, m u r m u r a en patois :\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "                                      10\n\n\n      — Allons, monsieur Frédéric ne va pas tarder à partir pour Mar­\nseille.\n      Mais le jeune homme demeura sous les pins. La semaine s'écoula,\nil était toujours allongé, changeant simplement de place quand le soleil\nle gagnait. Il avait fini par prendre un livre par contenance; seulement\nil ne lisait guère; le livre, le plus souvent, traînait parmi les aiguilles de\npins séchées sur la terre dure. Frédéric ne regardait même pas la mer;\nla face tournée vers la maison, il semblait s'intéresser au service, guetter\nles bonnes qui allaient et venaient, traversant la terrasse à toutes minutes ;\net quand c'était Nais qui passait, de courtes flammes s'allumaient dans\nses yeux de jeune maître sensuel. Nais paraissait comprendre le trouble\ndont elle l'agitait; elle ralentissait le pas, s'en allait avec le balancement\nrythmé de sa taille, sans jamais jeter un regard sur lui. Mais tout en elle,\nle petit bruit de sa jupe, la paresse de sa marche, disait qu'elle se savait\ndésirée, invitait Frédéric à se lever et à la suivre.\n      Pendant quelques jours, ce jeu dura. Devant sa mère, Frédéric trai­\ntait Nais presque durement, en servante maladroite; la jeune fille grondée\nbaissait la tête, avec une sournoiserie heureuse, comme pour jouir de ces\nfâcheries. Un matin surtout, au déjeuner, Nais cassa un saladier, Frédé­\nric s'emporta.\n      — Est-elle sotte! cria-t-il. Où a-t-elle la tête?\n      Et il se leva furieux, en ajoutant que son pantalon était perdu. Une\ntoute petite goutte d'huile l'avait taché au genou. Mais il en faisait une\naffaire.\n      — Quand vous me regarderez! Donnez-moi une serviette et de\nl'eau... Aidez-moi.\n      Alors, Nais trenmpa le coin d'une serviette dans une tasse, puis se\nmit à genou devant Frédéric pour frotter la tache.\n      — Laissez cela, répétait Mme Rostand. C'est comme si vous ne fai­\nsiez rien.\n      Mais Nais ne lâchait point la jambe de son jeune maître, qu'elle\ncontinuait à frotter de toute la force de ses beaux bras. Cependant, Fré­\ndéric grondait toujours des paroles sévères.\n      — Jamais on n'a vu une pareille maladresse... Elle l'aurait fait\nexprès que ce saladier ne serait pas venu se casser plus près de moi... Ah\nbien ! si elle nous servait à Aix, notre porcelaine serait vite en pièces.\n      Ces reproches étaient si peu proportionnés à la faute que Mme Ros­\ntand crut devoir calmer son fils, lorsque Nais ne fut plus là.\n      — Qu'as-tu donc contre cette pauvre Nais ? dit-elle. On dirait que tu\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                                   11\n\n\n\nne peux la souffrir... J e te prie d'être plus doux pour elle. C'est une\nancienne camarade de jeu, et elle n'a pas ici la situation d'une servante\nordinaire.\n      — E h ! elle m'ennuie! répondit Frédéric, en affectant un air de bru­\ntalité.\n      L e soir même, à la nuit tombée, Nais et Frédéric se rencontrèrent\ndans l'ombre, au bout de la terrasse. Ils ne s'étaient point encore parlé\nseul à seule. On ne pouvait les entendre de la maison. Les pins secouaient\ndans l'air mort une chaude senteur résineuse. Alors, Nais, à voix basse,\ndemanda, en retrouvant le tutoiement de leur enfance :\n     — Pourquoi m'as-tu grondée, Frédéric!... T u es bien méchant.\n     Il ne répondit pas. Il lui prit simplement les mains, il l'attira contre\nsa poitrine. Elle se laissa faire, sans répondre à son étreinte, et s'en alla\nensuite, pendant qu'il s'asseyait sous le parapet, pour ne point paraître\ndevant sa mère tout secoué d'émotion. Dix minutes plus tard, Nais servait\nà table, avec son grand calme un peu fier.\n     Ils ne se donnèrent point de rendez-vous. Ce fut une nuit qu'ils se\ntrouvèrent sous un olivier, en haut de la falaise. L e soir, pendant le\ndîner, leurs yeux s'étaient plusieurs fois rencontrés avec une fixité\nardente. Peut-être s'étaient-ils compris, sans avoir besoin d'échanger une\nparole. L a nuit était très chaude, Frédéric resta à sa fenêtre jusqu'à\nminuit passé, semblant attendre, interrogeant l'ombre. Vers une heure,\nil aperçut une forme vague qui se glissait sur la terrasse et se perdait dans\nles arbres. Alors, il n'hésita plus. Il descendit par sa fenêtre sur le toit\nd'un hangar, d'où il sauta ensuite à terre, en s'aidant de longues perches\nposées là dans un angle ; de cette façon, il était certain de ne pas réveiller\nsa mère. Puis, quand il fut en bas, il gagna les arbres à son tour, il mar­\ncha droit à un vieil olivier, comme averti, certain que Nais l'attendait.\n     — T u es là?demanda-t-il à demi-voix.\n     — Oui, répondit-elle simplement.\n     E t il s'assit près d'elle, dans le chaume ; il la prit à la taille, tandis\nqu'elle appuyait la tète sur son épaule. U n instant, ils restèrent sans par­\nler. Le viel olivier, au bois noueux, les couvrait de son toit de feuilles\ngrises. E n face d'eux, la mer s'étendait, noire, immobile sous les étoiles.\nMarseille, au fond du golfe, était caché par une b r u m e ; à gauche, seul\nle phare tournant de Planier revenait toutes les minutes, trouait les ténè­\nbres d'un rayon jaune, qui s'éteignait brusquement; et rien n'était plus\ndoux ni plus tendre que cette lumière sans cesse perdue au fond de l'ho­\nrizon et sans cesse retrouvée.\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "                                  12\n\n     — Ton père n'est donc pas là? reprit Frédéric.\n     — J'ai sauté par la fenêtre, dit-elle de sa voix grave.\n      Ils ne parlèrent point de leur amour. Cet amour venait de loin, du\nfond de leur enfance. Maintenant, ils se rappelaient les jeux, où le désir\nperçait déjà dans l'enfantillage. Cela leur semblait naturel de glisser à\nune liaison. Ils n'auraient su que se dire, ils ne s'aimaient point pour\ntoujours, ils avaient simplement l'impérieux besoin d'être l'un à l'autre.\nFrédéric trouvait Nais belle, originale avec son hàle et son odeur de\nterre, et Nais goûtait un désir de fille battue à se sentir la maîtresse du\njeune maître. Elle s'abandonna. L e jour allait paraître, quand tous deux\nse glissèrent dans leurs chambres par le chemin qu'ils avaient pris pour\nen sortir.\n\n\n\n\n                                       III\n\n\n\n      Quel adorable mois! Il ne plut pas un seul jour. Le ciel toujours\nbleu développait un satin que pas un nuage ne venait tacher. L e soleil\nse levait dans un lac rose et se couchait dans une poussière d'or. Pour­\ntant, il ne faisait point trop chaud, la brise de mer se levant avec le soleil\net s'en allant avec lui ; puis les nuits avaient une fraîcheur délicieuse,\ntout embaumée de plantes aromatiques, chauffées pendant le jour, fûmant\ndans l'ombre.\n     L e pays est superbe. Des deux côtés du golfe, des bras de rochers\ns'avancent, tandis que des îles, au large, semblent barrer l'horizon ; et\nla mer n'est plus qu'un vaste bassin, un lac d'un bleu intense par les\nbeaux temps. Au pied des montagnes, au fond, Marseille étage ses mai­\nsons sur des collines basses ; quand le temps est clair, on aperçoit de\nl'Estaque la jetée grise de la Joliette, avec les fines mâtures des vaisseaux\ndans le p o r t ; puis, derrière, des façades se montrent dans des massifs\nd'arbres, la chapelle de Notre-Dame-de-la-Garde blanchit sur une hau­\nteur, en plein ciel. E t la côte part de Marseille, s'arrondit, se creuse en\nlarges échancrures avant d'arriver à l'Estaque, bordée d'usines qui lâ­\nchent, par moments, de hauts panaches de fumée. Quand le soleil tombe\nd'aplomb, la mer, presque noire, est enserrée dans les bras des rochers\nd'une blancheur éclatante, chauffée de jaune et de rouge. Les pins font\ndes taches d'un vert sombre, sur les terres couleur brique. C'est un vaste\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                                  13\n\n\ntableau, un coin entrevu de l'Orient, s'enlevant dans la vibration aveu­\nglante du soleil.\n      Mais l'Estaque n'a pas seulement cette échappée sur la mer. L e vil­\nlage, adossé aux montagnes, est traversé par des routes qui vont se perdre\nau milieu d'un chaos de roches grandioses. L e chemin de fer de Mar­\nseille à Lyon court au milieu des grands blocs, traverse des ravins sur\ndes ponts, s'enfonce brusquement dans le roc lui-même où il reste sous\nterre pendant une heure et demie dans ce tunnel de la Nerte qui est le\nplus long de France. E t rien n'est plus sauvage ni plus majestueux que\nces gorges qui se creusent entre les collines, chemins étroits et tortueux\nserpentant au fond d'un gouffre, flancs arides de montagnes plantés de\npins, dressant des murailles aux colorations superbes de rouille et de\nsang. Parfois, les défilés s'élargissant, un champ maigre d'oliviers occupe\nle fond d'un vallon, une maison perdue montre sa façade aux volets fer­\nmés. Puis, ce sont encore des allées entre des ronces, des fourrés impé­\nnétrables, des éboulements de cailloux, des torrents desséchés, toutes les\nsurprises d'une marche dans un désert. E n haut, au-dessus de la bordure\nnoire des pins, le ciel met la bande continue de sa fine soie bleue.\n     E t il y a aussi l'étroit littoral entre les rochers et la mer, des terres\nrouges où les tuileries, la grande industrie de la contrée, ont creusé d'im­\nmenses trous, pour extraire l'argile. C'est un pays crevassé, bouleversé,\nà peine planté de quelques arbres. L a sécheresse est telle, qu'elle finit\npar donner à ce coin poudreux un caractère d'ardente passion. Sur les\nchemins, on croirait marcher dans une tombée de neige, on enfonce\njusqu'aux chevilles; et, aux moindres souffles de vent, de grandes pous­\nsières volantes poudrent les haies et les arbres. L e long des murailles\nchauffées, qui jettent des chaleurs de fours, de petits lézards gris dor­\nment au soleil, tandis que, dans les herbes rôties, des nuées de saute­\nrelles s'envolent avec un crépitement de brasier. Dans l'air immobile et\nlourd, dans la somnolence de midi, il n'y a d'autre vie que le chant\nmonotone des cigales.\n     Ce fut dans cette contrée de flammes que Nais et Frédéric s'aimè­\nrent pendant un mois. Il semblait que tout ce feu du ciel était passé\ndans leur sang. Les huit premiers jours, ils se contentèrent de se retrou­\nver la nuit, sous le même olivier, au sommet de la falaise. Ils y goûtaient\ndes joies exquises. L a nuit fraîche calmait leur fièvre, ils tendaient par­\nfois leurs faces et leurs mains brûlantes au vent qui soufflait, pour les\nrafraîchir comme dans une source froide. L a mer, à leurs pieds, au bas\ndes roches, avait une plainte lente et voluptueuse. U n e odeur pénétrante\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "                                    14\n\n\nd'herbes marines qui montait les grisait de désirs. Puis, aux bras l'un de\nl'autre, las, à moitié endormis, ils regardaient, de l'autre côté des eaux,\nle flamboiement nocturne de Marseille, les feux rouges de l'entrée du\nport jetant dans la mer des reflets sanglants, les étincelles du gaz dessi­\nnant, à droite et à gauche, les courbes allongées des faubourgs ; au\nmilieu, sur la ville, c'était un pétillement de lueurs vives, tandis que le\njardin de la colline Bonaparte était nettement indiqué par deux rampes\nde clartés qui tournaient au bord du ciel. Toutes ces lumières, dans cet\néloignement, au delà du golfe endormi, semblaient éclairer quelque ville\ndu rêve, que l'aurore devait faire évanouir. E t le ciel, élargi dans l'om­\nbre, au-dessus du chaos noir de l'horizon, était pour eux un grand\ncharme, un charme qui les inquiétait et les faisait se serrer davantage\nl'un contre l'autre. U n e pluie d'étoiles tombait. Les constellations, dans\nces nuits claires de la Provence, avaient des flammes vivantes. Par\nmoments, une étoile filait, laissait une traînée d'or. Puis, le ciel repre­\nnait l'immobilité scintillante de son infini, lentement emporté dans une\nronde immense. Alors, frémissant sous ces vastes espaces, ils préféraient\nbaisser la tête, ne plus s'intéresser qu'à l'étoile solitaire du phare de\nPlanier, dont la lueur dansante les attendrissait, pendant que leurs lèvres\nse cherchaient de nouveau.\n\n\n                                                  EMILE Z O L A .\n\n     (La suite à la prochaine livraison.)\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "         POÉSIES\n        LE    VIEUX             TAMBOUR\n\n\n\n                             A Emile Van Arenbergh\n\n\n\nJe suis un vieux tambour. Autrefois, sur ma peau,\nQuand le ciel du matin semble un bouquet de roses,\nDe Cythère avolaient les amours en troupeau,\nE t mon âme sonnait sous des baguettes roses.\n\nJ e suis un vieux tambour. Naguère, après l'assaut,\nQuand les soudards tuaient les femmes dans les bouges.\nL a volupté du sang me spasmait d'un tressaut,\nEt mon àme hurlait sous des baguettes rouges.\n\nJe suis un vieux tambour. Maintenant mes bois morts\nGeignent sous le malheur, la honte, le remords...\nPlus d'aube rosoyante et de flambantes gloires.\n\nAujourd'hui, recouvert d'un long crêpe de deuil,\nSourdement je sanglote au devant d'un cercueil.\nE t mon âme se meurt sous des baguettes noires.\n\n                                ALBERT    GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "                  — 16 —\n\n\n\n\nUN CABARET FLAMAND\n\n\n                               A François Coppée.\n\n\n\n  C'est un cabaret sans égal\n  Vanté pour sa bière flamande\n  Qu'on déguste comme un régal :\n  C'est un cabaret sans égal\n  Groupant dans son vaste local\n  La gent assoiffée et gourmande :\n  C'est un cabaret sans égal\n  Vanté pour sa bière flamande.\n\n\n  Après les tristes jours d'hiver\n  Où le ciel est morne et maussade,\n  Comme il est proprement ouvert\n  Après les tristes jours d'hiver;\n  Ses petits volets peints en vert\n  Se détachent sur la façade\n  Après les tristes jours d'hiver\n  Où le ciel est morne et maussade.\n\n\n  L'intérieur en est charmant;\n  Le. sable trace des méandres\n  Sur les carreaux bleus en ciment:\n  L'intérieur en est charmant,\n  E t je ne sache pas vraiment\n  Qu'il soit plus belle auberge en Flandres !\n  L'intérieur en est charmant,\n  Le sable trace des méandres.\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                — 17 —\n\nLes affiches sur le mur blanc\nAnnoncent les ventes publiques :\nOn les parcourt en s'attablant\nLes affiches sur le mur blanc;\nE t l'horloge dans l'air troublant\nA des tic-tac mélancoliques;\nLes affiches sur le mur blanc\nAnnoncent les ventes publiques!\n\n\n\nVers la cuisine on voit souvent\nS'ouvrir la porte entre-baillée\nQu'a repoussée un pied d'enfant.\nVers la cuisine on voit souvent\nLe jardin qui frissonne au vent\nE t la verdure ensoleillée;\nVers la cuisine on voit souvent\nS'ouvrir la porte entre-baillée.\n\n\n\nDans la cour pleine de fumiers\nOù vit tout un peuple de poules\nQui picore autour des pommiers,\nDans la cour pleine de fumiers\nDes paysans et des fermiers\nF u m e n t la pipe et jouent aux boules\nDans la cour pleine de fumiers\nOù vit tout un peuple de poules.\n\n\n\nC'est dimanche, et le cabaret\nEst plein de monde après la messe ;\nOn vide des pintes d'un trait;\nC'est dimanche, et le cabaret\nEst si joyeux qu'on y voudrait\nDanser comme aux soirs de kermesse!\nC'est dimanche, et le cabaret\nEst plein de monde après la messe !\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "L a pompe grince, on verse encor ;\nOn verse encor ; la bière mousse !\nLes acteurs valent le décor ;\nL a pompe grince, on verse encor;\nComme une meute au son du cor,\nToute la foule se trémousse !\nL a pompe grince, on verse encor ;\nOn verse encor ; la bière mousse !\n\n\n\nUn joueur d'orgue entre soudain,\nTous les buveurs sont en goguette ;\nOn chante, on rit dans le j a r d i n ;\nUn joueur d'orgue entre soudain\nE t mieux que dans un bal mondain\nOn va danser dans la guinguette !\nU n joueur d'orgue entre soudain,\nTous les buveurs sont en goguette.\n\n\n\nTeniers en eût fait un panneau\nPlein de magots soûlés, en lutte,\nA la kermesse d'un hameau.\nTeniers en eût fait un panneau\nEn dessinant sur un tonneau\nUn bohème — joueur de flûte !\nTeniers en eût fait un panneau\nPlein de magots soûlés, en lutte.\n\n\n\n\nLe soleil qui flambe gaiment\nE n miroirs transforme les vitres ;\nE t sur le vieux comptoir flamand\nLe soleil qui flambe gaîment\nAllume et dore également\nLes pintes d'étain et les litres ;\nLe soleil qui flambe gaîment\nE n miroirs transforme les vitres.\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                    19\n\nLà, pompant de la bière, c'est\nLa fille du baes — une gouge\nQue, dès dix ans, on embrassait!\nLà, pompant de la bière, c'est\nLa paysanne sans corset,\nLa paysanne blonde et r o u g e :\nL à , pompant de la bière, c'est\nLa fille du baes — une gouge.\n\n\nElle doit boire un petit coup\nSelon l'usage, à chaque verre;\nAvec ceux qui sont de son goût\nElle doit boire un petit coup.\nPuis on la baise dans le cou\nE t la gaillarde laisse faire ;\nElle doit boire un petit coup\nSelon l'usage, à chaque verre.\n\n\nMais elle giflerait ces gars\nS'ils osaient lui pincer la taille,\nQuand elle va sous les hangars ;\nMais elle giflerait ces gars,\nCar jamais leurs lascifs regards\nA sa vertu n'ont fait d'entaille ;\nMais elle giflerait ces gars\nS'ils osaient lui pincer la taille!\n\n\nMalgré ce qu'en dit le curé,\nAu fond c'est une honnête fille ;\nSon amoureux est rassuré\nMalgré ce qu'en dit le curé ;\nIls se marieront ; c'est juré !\nL'anneau d'argent à son doigt brille\nMalgré ce qu'en dit le curé,\nAu fond c'est une honnête fille!\n\n\n                    GEORGES      RODENBACH.\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "                       — 20\n\n\n\n\n                 SEPTEMBRE\n\n\n\n\nDans son sang répandu l'Été blond agonise;\nSeptembre psalmodie une antienne de mort.\nTandis qu'insoucieux le refrain s'éternise\nDu buisson plein de nids et du ruisseau qui dort.\n\n\nAux haleines du soir vibre cette musique\nComme un adieu suprême aux lèvres d'un amant,\nE t des trèfles coupés vers le soleil phtisique\nU n regain de senteurs monte confusément.\n\n\nLe bois a pris des tons de cuivre. Les vieux chênes,\nSongeant avec horreur aux froides nuits prochaines,\nPenchent leur front altier qu'Octobre va meurtrir.\n\n\nL ' E t é blond agonise au fond du ciel morose :\nSeptembre à scn chevet le contemple mourir,\nE t tristement effeuille une dernière rose.\n\n\n                                   PAUL    BERLIER.\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                          TROP SAGE\n\n\n      M. & MmE Douret, les bijoutiers de la rue de la Madeleine, avaient un fils\ndont ils étaient très fiers, & qu'on citait en exemple. Dans le quartier, les\nenfants qui avaient l'habitude de tenir, au dîner, leur couteau en arrêt sur\nla table, ou qui se servaient de leur doigts en guise de fourchette, & pré­\nféraient enployer celle-ci à faire des trous dans la nappe, ne recevaient pas\nune taloche sans être invités à prendre modèle sur Alexandre Douret.\n     « Il ne rendra pas sa femme malheureuse, celui-là », insinuaient plus­\nsieurs fois par jour à leurs demoiselles, innocemment, en matière de conversa­\ntion, les mamans à la recherche d'un gendre. Et malgré cette assurance,\nles jeunes filles de répondre invariablement : « Mais je n'en veux pas, moi'... »\n      Dans la rue, en voyant passer ce grand garçon à l'air modeste qui, très\ndroit, les deux mains pendant, regardait devant lui, ne tournait jamais sa\nfigure imberbe, sans rien de vif, où voltigeaient de fins cheveux blonds, les\npromeneurs, se poussant du coude, chuchotaient : « Voilà un bonhomme qui\nn'a pas donné de fil à retordre à ses parents!... »\n      Depuis le jour où, doucement, régulièrement, il était entré dans ce monde,\nil avait grandi presque sans pleurer. Il eut, dès les premiers mois, cette phy­\nsionomie calme qu'il garda toute sa vie. Il satisfaisait aux moindres désirs,\nles prévenait. Et lorsqu'il sut lire les chiffres, sa mère racontait avec orgueil\naux clientes & aux visiteuses, que le soir la pendule ayant sonné huit heures,\nil venait lui dire: « Petite mère, il est temps de me coucher... »\n      En classe, si le professeur oubliait par hasard de donner un devoir\npour le lendemain, Alexandre le lui rappelait. « Conduite exemplaire » disaient\nses bulletins de la semaine; & à la fin de l'année il rapportait tous les prix.\n« Ce n'est pas mal » disait le père, qui trouvait naturel de le voir revenir\npliant sous les couronnes : « Alexandre n'était-il pas le plus sage de tous\nles élèves ? »\n      Mais on refusait de jouer avec lui « parce qu'il ne faisait pas assez de\nbruit. » Il était forcé, aux récréations, de rester dans son coin, les larmes aux\nyeux, comme un « mouchard ». Puisqu'il le fallait, il s'enhardit un jour, tan­\ndis que tout le monde, courbé sur les cahiers, écrivait, & que le maître de\ncalligraphie, après avoir distribué les modèles sommeillait dans son fauteuil, à\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "                                        22\n\n\nle réveiller par une boule de papier mâché. Le vieux se leva en sursaut, fit appe­\nler un pion. « Monsieur le surveillant, voici le coupable, je crois, dit-il en dési­\ngnant Alexandre devenu blême; — « Vous vous trompez, monsieur le profes­\nseur, répondit l'autre. sur sans même regarder l'élève Douret. il lança un\ncoup d'ceil menaçant sur le fond de la classe, en imprimant un mouvement\nterrible à sa moustache de bouledogue : « Je sais qui c'est moi; je connais\nmes gaillards; non, non, ce n'est pas lui!... »\n      Et bien d'autres niches qu'il fit à ses professeurs, pour se concilier les\ncamarades ! Mais le tour joué, il redevenait, quoiqu'il en fût, l'écolier obéis­\nsant au geste & à l'œil. En dépit de lui-même, cette désespérante réputation\nde docilité resta collée à son nom comme une étiquette. Et maintenant — il\navait dix-sept ans — lorsque son ami Labiau, qui faisait sa polytechnique, de­\n mandait la permission d'aller passer la soirée à l'Eden, le père, toujours inquiet\n pour la vertu de son fils, répondait : « A une seule condition, c'est que tu iras\navec Alexandre. De celui-là. au moins, je suis sûr... »\n     Le jeudi & le dimanche, à moins qu'il ne fit une promenade avec ses\nparents, Alexandre sortait rarement. L'estaminet lui faisait peur comme un\nmauvais lieu ; jamais il n'v mettait les pieds. Son travail lui laissait quelques\naprès-midi; il les passait dans sa chambre, à griffonner; la littérature qui le\nconsolait de ses peines, était le but secrètement désiré de sa vie; & il ambition­\nnait, pour commencer, d'entrer à un journal. Il avait écrit du reste, pour\nune petite feuille manuscrite qui passait en classe sur le pupitre, des bouts d'ar­\nticle charmants, d'une gaîté discrète, un peu voilée. Mme Douret. à qui en\nun jour d'expansion, il avait conté son rêve, promit d'en parler à son mari.\n« Allons donc, dit le vieux en haussant les épaules. Une tête froide comme la\nsienne? Je le connais mieux que ma poche. Il est né pour le commerce, cet\nenfant ! »\n      Les mécomptes se suivaient.\n     A l'occasion de l'annivcrssairc de Mme, les Douret donnèrent une soi­\nrée, où l'on invita les amis de la maison, les Labiau, les Fabry, les Dupuis,\navec leur famille. Les jeunes gens, tous condiciples d'Alexandre, étaient venus\nun peu avant leurs parents. Alexandre les avait conduit à sa chambre, et\ntandis que le monde arrivait en bas, il travaillèrent à achever une comédie\nsatirique — contre les professeurs, naturellement — qu'il faisaient en collabo­\nration pour leur journal manuscrit. Vers le milieu de la soirée, comme ils ne\ndescendaient pas : « Dieu sait, dit Mme Labiau, les méchancetés qu'il vont met­\ntre dans leur pièce! Si quelqu'un allait un peu voir là haut ? »\n     — Oh, madame, fit M. Douret, vous pouvez être tranquille. Notre\nAlexandre est avec eux; je vous garantis qu'ils ne dépasseront pas les bornes. »\n     Un peu après neuf heures, ils arrivèrent. Le jeune Fabrv donna lecture\nde la comédie. Le maître de latin, prudhomme doublé d'un avare, ouvrait la\nscène avec son fils ;\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                                    = - 23 =-\n\n\n      — Eh bien, qu'est-ce que tu me veux avec tes jérémiades '.\n      — Mais papa j'ai faim...\n      Et l'autre d'une voix tonnante :\n      — Maheureux ! tu as donc tous les vices !...\n      Au second acte, le professeur de français (un ancien commis-voyageur)\ndonnait sa leçon entre deux voyages, revenant d'avoir été « faire la place » ; il\ndictait un chapitre du Télémaque, une énorme marmotte de cuir sous chaque\nbras; quand il lui fallait tourner la page, il agitait la tête, & deux élèves ve­\nnaient tenir la marmotte.\n      On riait aux éclats. \" Eh bien, M. Douret, rit Mme Labiau en désignant\nd'un regard glorieux ses deux fils, auxquels personne n'avait jamais entendu\nouvrir la bouche que pour dire bonjour & bonsoir, « que dites-vous de ces deux\nméchants garçons? Ga ne respecte rien » Et, les appelant auprès d'elle, elle\nleur donna sur la joue une petite tape en disant de façon à être entendue de\ntout le monde : « Quelle vilaine paire de mauvais garnements vous faites, tout\nde même ! \"\n      Alexandre ne dit rien. C'était lui qui avait composé la pièce.\n      Les dames se remirent à leur tricot, les messieurs allumèrent un cigare.\nPrès de la cheminée, les jeunes filles étaient assises en rond; elle faisaient sem­\nblant de travailler à un ouvrage de main; de temps en temps, l'une ou l'autre\njetait en échappade un regard de côté à ce garçon qu'on voulait leur endosser\nà toutes; &, sans lever les yeux de sa broderie, elle lançait à mi-voix une obser­\nvation, accueillie par des petits rires étouffés.\n      Alexandre sentit que l'on parlait de lui. Il s'approcha, & entendit une\ngamine de quinze ans qui disait : Mais non, il n'est pas sage; il est saze! »\n      Souriant tristement, Alexandre regarda le groupe. Un peu à l'écart, se\ntenait assise une amie de sa sœur, qu'on appelait Mlle Pauline; elle était cour­\nbée sur son travail, sérieuse, malgré les drôleries décochées en tapinois à Alex­\nandre. L'on voyait ses bandeaux lustrés passer sous un grand nœud de soie\nnoire; à chaque mouvement qu'elle faisait, deux longues nattes se balançaient\nsur son dos. Il lui sembla trouver une sympathie au milieu de ces railleuses,\net, quoiqu'il l'eut rencontrée souvent, il remarqua pour la première fois qu'elle\nétait belle.\n      Son regard réservé, un peu sévère, lui resta dans la mémoire; les lumières\néteintes, il mit longtemps à s'endormir : assoupi, il vovait le nœud de soie vol­\ntiger autour de son oreiller, avec les deux tresses caressant la taille fine de la\nrobe claire.\n      Il la revit la semaine d'après, à une fête chez les Labiau. Au moment de\ns'en retourner (il était très tard) on s'aperçut que la bonne de M110 Pauline\noubliait de venir la prendre. Quel cavalier choisir? Les mamans tinrent un\nconciliabule. Une d'elle proposa le fils de la maison.\n      — Y pensez-vous, madame? Mon démon de fils avec une enfant de cet âge?\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "                                        24\n\n\n      — C'est juste.\n      — Eh bien, dit une autre, si vous voulez avoir la conscience en repos,\nenvoyez le jeune Douret. il n'est pas compromettant, celui-là.\n      Mlle Pauline s'embobelina dans son manteau, et partit avec Alexandre. Elle\nlui donnait le bras; c'était la première fois qu'il se trouvait aussi près d'une\nfemme; et cette main légère reposant mollement sur son bras, lui donnait une\nsensation inconnue, très douce, avec un peu de fierté, comme à un puissant\nprotégeant un faible. Ils ne s'étaient jamais trouvés seuls; depuis une demi-\nheure ils cheminaient ainsi par les rues désertes, sans rencontrer personne; il\naurait voulu continuer ainsi longtemps, et il pensa au bonheur qu'il v aurait\nà l'avoir pour soi, toujours. Enfin, au coin du boulevard, sous le frisselis des\nfeuilles qui semblaient les cacher aux regards, serrant un peu plus fort son\nbras, il lui murmura tout bas, non sans trembler :\n      — C'est avec vous que je voudrais vivre 1...\n      La jeune fille le regarda. Elle s'arrêta; un éclat de rire fila, envoyant dans\nla nuit ses notes comme des fusées :\n      — Eh mais... voyez donc!... D:cu me pardonne, il me fait la cour!...\n      Alexandre rentra chez lui, atterré. Cette horrible renommée de garçon\nvertueux qui s'a:harnait après lui, l'obsé.lait. Pour la jeter bas, il jura de\nprendre une maîtresse... non, plusieurs! de faire des dettes qu'il ne paierait\npas... Tout un plan. Avec une joie d'enfant, il trouvait peu à peu, dans un coin\ninconnu de son cœur, des trésors de perversité. « Et moi aussi, je pourrais,\ncomme un autre, commettre un crime. » Il s'endormit, et bientôt, faisant jaillir\nle sang jusqu'au ciel, il charcutait ses pro:hes à tour de bras, taillant de ci,\nassommant de là. Le nœud de so : e noire voletait devant lui, les deux nattes\nflottant au vent; et, avec un sourire, il rêva qu'il le rattrapait enfin, après avoir\nglissé sur quelque chose de gluant, qui était les entrailles de son père.\n      Un matin, on le trouva au pied de son lit, un flot de sang coulant de sa\nbouche. & dans sa main crispée un revolver. La police, prévenue en toute hâte,\nconstata le suicide.\n      Mais, deux jours après :\n      — Monsieur le commissaire, vous savez l'affaire Douret, dit l'adjoint qui\n venait d'entrer dans le bureau?\n      — Eh bien!\n      — Il n'y a pas suicide.\n      — Et le revolver qu'il tenait en main?\n      — Ecoutez. J'ai interrogé les voisins. Le défunt, tous l'affirment sous ser­\n ment, était un homme irréprochable, le plus paisible — et le plus heureux —\n du quartier; il n'aurait pas. pour une fortune, risqué un acte seulement blâmable.\n Ils mettraient leur tête à couper, qu'il n'y a pas eu, qu'il ne peut pas y avoir eu\n suicide.\n                                              MAURICE SULZBERGER.\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                                  HIVER\n\n                               EAU-FORTE\n\n\n                           Entendant des sanglots, je poussai cette porte.\n                           Les quatre enfants pleuraient & la mère était morte.\n\n                                                            V. H.\n\n\n\n\n      La neige était tombée lentement, implacablement, toute la nuit.\n      Sur les talus, elle s'était amoncelée; elle s'était amoncelée dans les bran­\nches glacées des arbres et, au loin, des monticules blancs renflaient le sol,\nsemb'ant cacher des tombes.\n      Puis, soudain, une bourrasque s'était levée, et sifflante & grondante, la\nneige avait tourbillonné, tand's que des gémissements étaient sortis, lugubres,\nde la carcasse sèche des vieux troncs. Toute la nature avait voulu secouer cette\nchape froide qui s'appesantissait sur elle; les branches s'étaient démenées pour\nrevivre, & de grands hurlements de douleur éta'ent part's de la forêt gelée,\navaient couru sur la plaine, avaient bondi dans les buissons, avaient rampé\ndans les labours, et, du ciel gris, toujours, la neige lourde était tombée. Un\nimmense frisson avait mordu la terre, une angoisse avait poigné toutes choses,\ncomme si une main rigide eût courbé sous elle la vie des bois & la vie des\nplaines.\n      Dans l'air, des trouées d'ouragan s'élargissaient parfois, pareilles à des\nroutes de fantômes ; tout souffrait sa vie figée par le vent âpre qui bisait, tout\ngrelottait sous la trombe blanche, & dans le silence, interrompu seulement par\nle sifflement de la tourmente, les flocons s'abattaient toujours, sans trève.\n      Dans la nuit, une habitation apparut, sordide, bâtie de terre glaise, cou­\nverte de chaume; elle semblait trembler devant la fureur universelle.\n      De la porte disjointe, les rayons livides d'une lampe fumeuse tombaient en\nraies grises sur la neige de la route, et avec eux, se mêlant à la douleur ter­\nrienne, des sanglots sortaient par les ais mal joints; j'ouvris la porte ; les quatre\nenfants pleuraient & la mère était morte.\n\n                                                        MAX WALLER.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "                                        LE\n\n               TRIBUT DE ZAMORA\n\n\n\n                                         i\n\n\n     Après les chutes successives de Cinq-Mars & Polyeucte, le Tribut de Za­\nmora vint sombrer h son tour sur la scène de l'opéra de Paris. Néanmoins, les\nAnversois, fanatiques de Gounod, voulurent tenter, cette fois encore, ce qu'ils\navaient en vain tenté pour le Polycucte : Ils l'ont fait sans plus de succès; car\nil ne faut point s'y tromper, dans les manifestations d'enthousiasme qui ont\naccueilli Gounod, l'œuvre n'était pour rien; elle est restée devant le public\nbelge, la médiocrité que Paris avait appréciée à sa juste valeur. A l'heure\nactuelle, le calme s'est rétabli, les trépignements ont cessé; la presse quotidienne\nà payé son tribut d'éloges à l'auteur. A nous, qui voyons l'œuvre dépouillée de\ntout ornement étranger, sera-t-il permis de dire notre pensée entière? Peut-être,\nla sympathie & le respect que nous professons pour le chef de l'école française\nnous en donnent-ils le droit.\n      Et d'abord, il y aurait un moyen simple de couper court à toute critique :\nle sujet était absurde, donc le musicien ne pouvait rien en tirer; endossons le\ntour à M. Dennery, & renvoyons Gounod absous. Ce serait fort bien si celui-ci\navait travaillé sur un thème à lui imposé; mais ce sujet l'a-t-il choisi, oui ou\nnon? Dès lors, en conserve-t-il sa grosse part de responsabilité?\n      Je ne sais quel reporter a dit que, sans demander d'inspiration à son poème,\nil s'était contenté d'y voir un canevas à romances, ballades, chœurs, &... Nous\nvoila bien loin alors, de cette prime idée qu'aurait eue le maître de mettre en\nmusique le Cid. M. de Lagenevais dit, en effet :\n      « M. Charles Gounod, toujours poursuivant sa marotte de travestir les vrais\nchefs-d'œuvre en faux chefs-d'œuvre, avait eu l'intention de mettre tout simple­\nment le Cid en musique. Mais lorsqu'on vint s'adresser à Dennery pour l'exécu­\ntion d'un pareil projet, le galant homme, d'un esprit si avisé, se récusa discrè­\ntement, et, comme on insistait, proposa quelque chose d'approchant : Le Tribu!\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                                        27\n\n\nde Zamora, une manière d'à peu près : on resterait ainsi dans l'époque & dans\nla couleur du sujet, on aurait des Chrétiens & des Sarrazins panachés, la croix\net le croissant, les vierges andalouses & les jolies Mauresques, les cathédrales &\nles alhambras, tout cela sans se rendre coupable d'un sacrifice, ni se donner du\nridicule. »\n      Il est évident que sur une base aussi puérile, l'œuvre ne pouvait tenir, mais\nnous ne pouvons admettre entièrement cette supposition de l'écrivain de la\nRevue des Deux-Mondes. Nous croyons qu'une pensée plus digne a donné nais­\nsance à cette œuvre, qui devait malheureusement avorter; que si Gounod a\nadopté le poème, c'est que le poème l'inspirait réellement, c'est qu'une figure le\ntentait parmi ce monde de pantins, la seule qui fût humainement tracée, celle\nd'Hermosa. Il a cru trouver l'élément d'un effet intense dans le personnage de\ncette héroïne chez qui le souffle patriotique se double de l'exaltation de la folie,\net se disant tout ce que la Krauss donnerait de relief à cette figure, il a écrit\navant toute autre peut-être, la grande scène du troisième acte entre Hermosa &\nXaïma. — En deux mots, rappelons-la :\n     C'est au moment où Hermosa va recouvrer la raison & reconnaître sa fille ;\nau nom de Zamora. elle tressaille, son imagination s'éveille; une à une. elle\nrevoit dans son rêve, les péripéties du massacre des siens, les Sarrazins vain­\nqueurs, la ville en feu, d'où s'élèvent les stances patriotiques de l'hymne natio­\nnal : « Debout ! enfants de l'Ibérie! » Puis, tout-à-coup, croyant apercevoir\ndans la mêlée son époux, elle le voit qui chancelle, tombe... Et la folle, renver­\nsée comme lui dans une convulsion qui la tord, couchée à plat, se soutenant le\nbuste à peine, d'une main crispée au sol, les yeux agrandis, le visage empreint\nd'horreur, redit d'une voix plus sombre, saccadée, râlante, la Marseillaise de\nZamora; elle la dit lentement, en défaillant, et, sur les derniers mots, tombe\nraide.\n     Dans cette interprétation, ce que la Krauss a été à Paris, Mlle Poissenot l'a\nété à Anvers : superbe, géniale. Aussi a-t-elle provoqué un véritable délire d'en\nthousiasme parmi la foule qui lui a fait une ovation, comme à l'auteur. Mais\nl'auteur, c'était elle, qui avait su dramatiser les seize mesures d'un chant vul­\ngaire, au point d'allumer au cœur d'un public haletant cette étincelle d'émotion,\net suppléer, par son tempérament d'artiste, au souffle de grandeur que la scène\nn'avait point par elle-même. Car, ici encore, le compositeur ne paraît pas avoir\natteint son but.\n     Que dire maintenant du reste? Le Tribut de Zamora, c'est ce que nous\nvenons de montrer; l'unique personnage vrai qui tienne sur ses pattes, c'est\n Hermosa ; l'unique scène, celle-ci, qui renferme à elle seule tout le drame ; hors\nça, plus rien; rien que des fragments épars, sans lien, sans suite logique. Ainsi\ndu final du deuxième acte, qui reproduit exactement la scène de séparation du\npremier, sauf qu'elle substitue à la loterie de chair, une vente à l'encan. Ainsi\ndu final du premier acte, où l'effet de l'hymne national est raté. Ainsi, enfin.\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "                                    — 28 —\n\n\ndu quatrième acte, qui vient là comme une queue de drame, et non comme une\nconclusion nécessaire. Tout cela est mal charpenté, maladroitement conduit, &\nle musicien a naturellement suivi un système analogue dans la mise en œuvre\nde ce meli-melo de choses disparates. Tantôt croyant s'élever au sublime, il\ns'arrête, essoufflé, à mi-chemin; tantôt il retombe platement dans le poncif &\nla banalité. Sa barcarolle dansée est un feuillet de très ancienne romance\net tous ses airs de ballet manquent de caractère & d'originalité.\n      En général, les deux premiers actes sont les moins bien venus, tant au point\nde vue du développement des idées que de la forme mélodique & harmonique.\nCertaines parties sont traitées en opéra comique, tels les couplets d'entrée de la\nbasse, voire en opérette. Ça & là, d'impardonnables négligences d'orchestration.\nNulle part, une trace d'unité dans la conduite de l'idée musicale, & rarement on\ny découvre l'expression juste de sentiment qui fait la force de l'opéra lyrique.\nC'est tout cela, sans doute, qui a fait dire que Gounoi retournait au genre ita­\nlien; et de fait, il est retourné !à, à un genre très rococo qui n'a pas de nom. Sa\nprétendue oeuvre n'est qu'un amalgame de mauvais goût, au bas duquel l'auteur\nde Faust ne devait pas mettre son nom. A la question de savoir si cette œuvre\nest française, allemande ou italienne, si elle est de lui ou de tout autre, nous\nrépondrons, nous, qu'elle n'est pas.\n      Et maintenant, si, au lieu de s'attaquer encore aux gigantesques épopées.\nle doux poète, dont le tempérament n'est rien moins que cornélien, avait choisi\nquelque sujet de moindre envergure, mais plus humain, plus moderne, il eût\nproduit peut-être une œuvre bien vivante, dans le cadre de l'opéra lyrique. C'est\nlà, en effet, le véritable domaine de l'école qui a produit Faust, Sapho, Cinq-\nMars, Paul & Virginie, la Statue. C'est cette école aussi dont les tendances\nrépondent le mieux aux aspirations de l'époque, puisqu'elle puise ses forces\ndans des préceptes de vérité, de sincérité. Mais cette dernière production de\nGounod semble dénoter sa désertion des rangs de cette pure école française,\ndont les circonstances naturelles l'ont fait créateur et chef; il semble actuelle­\nment qu'il renie ses enfants & qu'il aille à l'encontre de l'évolution progres­\nsiste, qu'en fait, il a toujours appuyée.\n\n\n                                        Il\n\n     Dans le grand mouvement naturaliste qui s'est accentué de Glück à Wagner,\nmalgré les rossignolements de l'école italienne, Gounoi marque un jalon, une\nétape ;non pas qu'il ait exposé ou formulé des principes nouveaux; mais, en\nsuivant seulement son instinct de poète, il en est arrivé à exprimer si parfaite­\nment le génie français, qu'il semble personnifier l'école dont il est le chef, et\nc'est de lui que dérive en droite ligne la pléiade moderne, nécessairement\ninfluencée, dans de certaines limites, par Wagner. Gounod n'a jamais pontifié,\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                                     — 29 —\n\npar la simple raison qu'il n'était point le pontife d'une doctrine nouvelle. Il\nn'est pas un génie, puisqu'il n'a rien créé; il s'est contenté d'arriver en plein\nromantisme avec assez de talent pour quintessencier les aspirations de toute\nune race, de toute une époque, dans son œuvre dont un critique a dit : « C'est\nl'œuvre d'un artiste accompli, la poésie d'un nouveau poète. »\n      Voilà pour l'histoire théorique. Pour ce qui est de l'application, il a commis\nun chef-d'œuvre qui suffira sans doute à l'immortaliser.\n      Tel est l'homme, qu'il y a quinze jours, Anvers acclamait frénétiquement,\net tel il restera, en dépit des attaques & des échecs futurs possibles.\n      Ses œuvres d'aujourd'hui ne prouvent rien ou peu de choses; c'est à vingt\nans en arrière qu'il nous faut retourner pour le juger dans son milieu. Mais,\nquoi qu'il dise ou qu'il fasse aujourd'hui, nous applaudissons en lui son glorieux\npassé, laissant à la postérité le soin de le juger plus sévèrement, pour ne con­\nserver de l'œuvre que ce qui sera digne de l'ouvrier.\n\n                                                     HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n      Le jeudi 23 novembre, a eu lieu au Musée du Nord, le grand concert de\ncharité, au bénéfice des enfants pauvres, soirée charmante rehaussée par le\nconcours de Mlle Degeneffe, de MM. Fontaine & Peters, tous trois sortis\nbrillamment de notre Conservatoire de musique, avec des qualités diverses.\n      Décidément, la flûte solo n'est plus de mode; quoique M. Fontaine se soit\ntiré très honnêtement de son morceau de la Marie Stuart, de Pratten, & de la\nFantaisie de Mersman, le succès n'a pas été pour lui.\n      Nous avons préféré la forte voix, peut-être un peu chevrotante, de M. Pe­\nters. Il a chanté, avec un rare sentiment, La Coupe du roi de Thulé, cette char­\nmante ballade de Diaz. mais mieux encore le magistral Hymne à la Charité\nde M. Auguste Deppe. Ce morceau, composé pour la fête de Murcie, fut, on\ns'en souvient, chanté avec orchestre & chœurs, par le regretté ténor Sylva.\nChanté, cette fois, par une basse vigoureuse, sans les voix d'ensemble, 1''Hymne\na la Charité n'en a pas moins fait une forte impression; la voix de M. Peters,\ngraduellement élevée aux notes psalmodiées & majestueuses du refrain, a fait\nressortir si bien les beautés de premier ordre de l'Hymne, que le public a bissé\nle morceau, avec une réelle unanimité d'admiration.\n    M Ile Degeneffe, dont la voix très juste & très expressive manque de\nméthode dans l'émission, a dit avec beaucoup de goût la Cavatine de Sémi­\nramis & le Printemps de Tito Mattei.\n    C'est le moment ou jamais de dire le poncif éternel : « Somme toute, soirée\ncharmante ! »\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                REVUE DES LIVRES\n\n\n      LA REVUE MODERNE. — Nous transcrivons dans l'Europe du Diman­\nche (i novembre) l'annonce d'un événement palpitant pour nous tous qui aspi­\nrons à la renaissance de nos lettres :\n      « Une nouvelle publication, la Revue moderne, paraîtra à Bruxelles le\n15 décembre, payant ses auteurs &. ne s'occupant pas de politique.\n      Le comité se compose de MM. Léon Cladel, Edmond de Concourt, Edm.\nPicard. Camille Lemonnier, Victor Arnoukl, Carl Vogt & Giraud-Teulon.\n      Le programme provisoire de la Revue moderne est ainsi conçu :\n      « Un grand mouvement s'est fait dans les lettres françaises, depuis quel­\nques années; on a vu se lever une génération nouvelle qui, dégagée aujourd'hui\ndes exagérations de la première heure, affirme le principe de l'observation\nservie par des procédés d'artiste. I1 semble qu'il n'y ait plus de romantisme ni\nde naturalisme. Celui qui, dans une forme originale, s'incarne lui-même, celui-là\nest l'écrivain & l'on peut dire qu'il n'y a plus, à l'heure présente, qu'une école :\ncelle de la personnalité.\n      Une seule aspiration relie les écrivains : c'est l'effort au vrai qui sera la\nmarque de notre époque, le désir d'approfondir la pensée & de l'enchâsser dans\n une forme artiste.\n       Dans la science, une évolution s'est faite également : l'observation en est\n devenue le pivot, et. marchant sûrement par une synthèse lente, cette science\n rayonne superbement dans la gloire de notre siècle.\n       Une revue manquait, en notre pays, qui marchât d'heure en heure dans\n cette direction.\n       La Revue moderne est fondée.\n       Peut-être le terrain n'est-il pas prêt encore en Belgique, à de telles tentati­\n ves; mais nous comptons, pour le fertiliser, sur l'appui des lettrés & des\n artistes. »\n       Voilà un programme net : rien que de l'art, pas de politique. En dehors\n de la lutte bête des partis, une revue doit réussir, avant le calme de l'art & la\n sérénité des hauteurs. »\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                                        31 —\n\n\n     Cette revue ne fera pas concurrence à la Jeune Belgique. Celle-ci sera le\nmarche-pied pour arriver à celle-là. La Jeune Belgique sera un organe de com­\nbat; la Revue moderne restera plus calme; la Jeune Belgique deviendra de plus\nen plus jeune & indépendante. Elle appelle tous les jeunes à sa tribune où l'on\nne mâchera pas les mots, & toutes les idées modernes & originales continueront\nà y avoir droit de cité.\n     Et maintenant, go, ahead! & bûchons ferme!\n     Voici le sommaire du 1er numéro de La Revue moderne, sauf changements\nultérieurs :\n     I.      Programme.\n     II.     Léon Cladel & sa Kyrielle de chiens.                  Léon Cladel.\n     III.    Les Hauts plateaux de l'Ardenne.                  Edmond Picard.\n     IV.     Mathusalem Cox.                                Camille Lemonnier.\n     V.      Poésies : Symphonie en blanc.                  Georges Rodenbach.\n     VI.        —     Rendez-vous posthume.                   Emile Verhaeren.\n     VIL      Kees-Doorik (fragment).                        Georges Eekhoud.\n     VIII. Chronique artistique : Vereschagin.               Théodore Hannon.\n     IX.      Chronique musicale : Le Mefistofele de Boïto.      Albert Giraud.\n     X.       Chronique scientifique : La vision des sons.\n     XL       Chronique littéraire.\n     Dans les numéros suivants, on trouvera une longue nouvelle inédite de la\ndélicate Caroline Gravière : Pamphlet contre l'amour.\n\n     AVENTURES EN FLANDRE, par Emile Greyson. — Un vol. Bibl.\nGilon. 60 cent.\n     M. Grevson est arrivé à un art salutaire & simple dont nous le félicitons.\nQuoique, en général, nous n'approuvions pas la direction qu'a adoptée la\nBibliothèque Gilon qui, obligée à donner deux volumes par mois, accueille bien\ndes médiocrités, nous avouons que des œuvres telles que celles de M. Greyson\nsont excellentes pour le public populaire. Rappelant les simplicités rustiques\nd'Henri Conscience, les Aventures en Flandre sont un des bons livres de la\ncollection verviétoise.\n\n     ESSAI DE POÉSIE POPULAIRE, par Ch. Potvin & Félix                      Frenay.\n— Un vol. Bibl. Gilon. Go cent.\n     Perruques & crinières, il n'y a que cela en littérature.\n     Crinières, c'est solide, cela tient, cela fait partie intime d'un système que\nl'usage a nommé pileux; c'est jeune, cela pousse ferme & drû comme épis.\n     Perruques, ohimé! c'est mobile, cela bouge, cela n'appartient à personne:\ncouvercle d'impuissance sénile, c'est vétusté, ne croît point, moisit. & au-des­\nsous transparaît, brillant, avec l'éclat lunaire des billes de billard, un genou.\n     Perruques, c'est le passé; crinières, c'est l'avenir: perruques, c'est ce qui\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "                                    — 32 —\n\n\ntombe devant crinières : ce qui se lève; c'est ce qui s'écroule en face de ce qui\ngerme; c'est la paille à côté du grain ! Perruques, c'est ce qui grogne; crinières,\nc'est ce qui chante. Perruques, c'est le De Profundis; crinières, c'est le\nHosanna!\n      Et de tout temps, au milieu de l'évolution humaine, ceci a combattu cela,\nvaincu aussi.\n     Crinières, c'est ce qui n'est pas de l'Académie des lettres, des Belles-let­\ntres! — Ayez pitié de nous, Seigneur! — ce sont les travailleurs qui, non sou­\ntenus, ont dit : « je veux », qui se sont dressés de toute leur hauteur et, avec\nla fermeté des rocs, ont tenu bon contre l'officialisme littéraire; ce sont ceux\nqui n'ont pas été appréciés d'abord & qui n'ont point failli, malgré; qui ont vu\nles rubans s'accrocher — avec la honte de se sentir pollués — aux fracs rouilles\ndes gérontes, & qui se sont esclaffés.\n     Car vous ne savez pas, vous qui vivez en ce siècle supercoquentieux, à\nBruxelles, en Brabant, ou à Bruges, en Flandre; car vous ne savez pas, vous\nWallons francs, ni vous habitants de Meulebeke, car vous ne savez pas, bonnes\npanses, vous dont les jambes boudinent & dont les joues s'envermillonnent,\nribauds fils de Jordaens & de Teniers, vous ne savez pas qu'il existe en notre\ntrès benoite ville, sous le mayeur Buis & sous le roi Léopold deuxième du nom,\nune Académie royale des Belles-lettres n'admettant le plus généralement dans\nson chaste sein que perruqueux & cancres'.\n     Oh! il faut encourager ces choses!\n     Le patriotisme avant tout! comme disait... M. de Tocqueville, parbleu!\n     Soyons sérieux.\n     Avez-vous lu La Mère de Rubens? Non!\n     Ni moi non plus... C'est remarquable, La Mère de Rubens.\n     Voyez-vous, l'Art populaire, il n'y a que cela.\n     Lorsque je chante — sur une lyre dépouillée de toute serge — et que c'est\nà un ami que je m'adresse, ces vers merveilleux :\n\n                          Quand le poète ou le savant\n                          T'ouvre les parages du livre.\n                          Ami, tu dois penser souvent\n                          A ceux qui ne peuvent t'y suivre;\n\n                          Ceux qui restent fixés aux bords\n                          Du désert de l'inconscience,\n                          Lorsque, toutes voiles dehors\n                          Tu vogues en pleine science... etc.\n\nlorsque, dis-je, je psalmodie ces strophes superlativement gracieuses, d'un\ngoût exquis, d'une harmonie suave, dont la majesté grandiose n'est un mys-\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                                      - 33   -\n\n\ntére pour aucun de ceux qui restent fixés au bord du désert de l'inconscience,\nlorsqu'enfin j'ouvre les parages d'un tel livre, j'ai fait de la Poésie populaire.\nCela n'est pas douteux.\n     La poésie populaire est un dieu, voila, & M. Charles Potvin est son\nprophète.\n     En réfléchissant bien, cet Essai — c'est un essai ! — de Poésie populaire,\npayé au taux ordinaire — très ordinaire — de M. Gilon, doit avoir produit\ncinquante francs ù partager en quatre : une part pour M. Frenay qui, avec\nson grand talent, est allé s'acoquiner là d'une façon navrante; une part pour les\nhéritiers de M. Jan van Ryswyck qui a « essayé quelques pages du recueil;\nune part pour M. Aug. Claus qui a « essayé » de traduire ces pages, & enfin,\nune part pour M. Potvin qui a essayé de faire de mauvais vers & qui a magistra­\nlement réussi, oh ! oui.'\n     Donc M. Potvin (Charles, de l'Académie) doit avoir reçu douze francs\ncinquante centimes, en paiement de son volume de Poésie populaire (Essai).\n     C'est bien payé.\n\n      LES DEUX SENTIERS, comédie en un acte, par Félix Wagener. —\nUne brochure. Verviers.\n     De M. Potvin. de l'Académie, à M. Félix Wagener qui n'en est pas encore,\nmais qui en sera — n'en doutez point — il n'y a qu'un pas.\n     Ce brave M. Félix Wagener nous fait vraiment de la peine; il a de si bon­\nnes intentions; tout ce qu'il écrit est si profondément honnête; chaque ligne\nressemble à une médaille de sauvetage, chaque feuille à un certificat de bonne\nconduite. Dans cette zone liégeo-verviétoire, où cependant le mouvement intel­\nlectuel s'accentue de jour en jour, les lauriers s'amoncellent sur sa vénérable\ntête; les soirées populaires de Verviers le couronnent; il fait partie de la Société\npoétique méridionale; de l'Académie des poètes, de la Société des Concours de\nBordeaux; Évariste Carrance lui a serré la main en l'appelant : « cher con­\nfrère » et Claire Carrance lui a donné une plume d'oie avec une mèche de ses\ncheveux; partout il a remporté des succès: je suis sûr qu'au quartier de la rue\ndes Houblonnières qu'il habite, la marchande de beurre ne l'appelle que\n« Monsieur le Poète », & que sa cuisinière vide tous les jours son panier à pa­\npier, pour avpir des autographes du maître. Je parierais que lorsque, de\nderrière son comptoir, l'épicier du coin le voit passer, le front penché, avec une\nallure méditative, il laisse aller sa balance de cuivre & dit à ses jasantes « prati­\nques » :\n    — Vous voyez bien cet homme; on dirait d'un bourgeois, n'est-ce pas! Eh\nbien! c'est M. Félix Wagener.\n    — Allons !\n     — Comme je vous le dis.\n    — Félix Wagener des Soirées !\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "                                      - 14 ~\n\n      — Précisément.\n      — L'auteur de Mary l'Institutrice ?\n      — Vous l'avez dit.\n      — Et des Deux Sentiers?\n      — C'est cela même.\n      — Bah!\n      Et les « pratiques » de pousser la tête hors de la boutique pour voir quel\neffet M. Wagener fait, de dos.\n      Absolument le même effet que ses œuvres !\n      Il nous a adressé les Deux Sentiers, pour que nous lui exprimions notre\navis, & certes il nous dira :\n\n               «                          j'aurais lieu de plainte\n               Si, m'adressant à vous pour me parler sans feinte.\n               Vous alliez me trahir & me déguiser rien. »\n\n    Puisqu'il vous plaît ainsi, monsieur Félix Wagener, je le veux bien. Vos\nDeux... Eh bien! non, monsieur Wagener, cela vous ferait de la peine... et\nvous êtes si bon !\n\n      LE LIVRE DE L'ANGE, par Othon Ribèrc. — une brochure. Rozez.\nPrix : 75 cent.\n     Avec Othon Ribère, le preux des anciens jours, c'est une autre affaire.\n Lui, intitule bravement sa plaquette : Le Livre de l'Ange, & comme épigraphe,\nce livre (qui est une brochure) porte ces mots de Balmès : « Terre à terre,\npratique & positif, voilà le monde. » Cela est tiré de l'Art d'arriver au vrai;\nor comme cet art consiste à dire la vérité tout de suite, nous nous résumerons.\nM. Othon Ribère qui, dans la jeunesse littéraire, est une figure très sympa­\nthique, a fait infiniment mieux que le Livre de l'Ange. Il s'obstine à rester\ndans la note terne de l'ancienne école; au lieu d'orner ses strophes des paillettes\net des fioritures que chaque poète moderne sème avec son originalité propre, il\nreste dans la banalité du vers qui a douze syllabes & voilà tout.\n     Comme les descendants de Lamartine, il continue la tradition de la déses­\npérance voulue & gémit, comme tous les rimeurs convaincus, sur son cœur\nbrisé; il appelle à grands cris « l'âme sœur de son âme! » il prétend « consu­\nmer sa vie en souhaits incessants », il pleure, gémit, sanglote, alors qu'un seul\naccent mâle, alors qu'un seul frémissement de la corde humaine, agitée de sa\nmain d'artiste, ferait cent fois mieux notre affaire.\n\n     LES CHANSONS PARISIENNES, par Maurice Boni/ace. — Un vol.\nParis. Marpon & Flammarion. 3 fr.\n     Il serait difficile de rattachera un maître la poésie primesautière de M. Boni-\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                                     = 35 =\n\n\nface. Son livre est fait de fantaisie jeune, d'intimité, de fraîcheur. Rarement\nune banalité le dépare & des frisées de joie s'en éparpillent. Certaines chutes\nde strophes sont adorables. Le poète a vu passer un cercueil de jeune fille dans\nla gloire d'un soleil éblouissant; six hommes portent la bière, de loin la famille\nsuit; des enfants habillés de blanc accompagnent la morte en silence; & du ciel\nrayonnant sur l'escorte...\n\n                Le soleil de printemps ironique & vainqueur,\n                Jetait son beau rayon, qui met la joie au cœur.\n                Comme s'il eût voulu tenter un coloriste.\n                C'était si gracieux que ce n'était plus triste.\n\n     Plus loin, dans un colloque qu'il intitule Peurs de la lune, M. Boniface se\nlance dans une fantasia plus drôle :\n\n                « Ah ! soupira la lune. Epargne tes reproches.\n                Je ne sortirai plus que par les temps couverts.\n                Hélas ! je sens déjà que les malheurs sont proches.\n                On va peut-être encor me réciter des vers.\n\n                <c Je ne crains rien de toi. Ta rime est pauvre & leste.\n                Mais les autres, les purs, amants des nuits d'été,\n                Diront que je suis blonde & que je suis céleste.\n                Et voila deux mille ans qu'on me l'a répété.\n\n     Il y aurait bien des choses à citer encore de ce recueil de poésies boulevar-\ndières, lestes & originales qui sautillent avec des préciosités de marquises & des\nmièvreries de grisettes. Nous transcrivons encore : A une promeneuse :\n\n                       Un inconnu plein d'audace\n                       N'osant vous parler en face\n                                Ecrit.\n                       Vous l'excuserez, madame,\n                       Etant certainement femme\n                                D'esprit.\n\n                       Si je fais une bévue,\n                       Tant pis, mais je vous ai vue\n                                  Au Bois.\n                       Mon cœur a pris comme poudre.\n                       Croyez-vous au coup de foudre?\n                                  J'y crois,\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "                                   =   36   =\n\n\n                      Et j'aime, la chose est sùrc.\n                      Hier j'ai senti la blessure\n                                Trop bien.\n                      Vous êtes blonde & céleste.\n                      Ange, je ne sais du reste\n                                Plus rien.\n\n                      Pas même votre langage,\n                      Mais il doit être, je gage,\n                                Charmant.\n                      Et c'est pourquoi comme un autre\n                      Je brûlerais d'être votre\n                                Amant.\n\n                      Ce brusque aveu vous étonne\n                      Bah ! L'attente est monotone.\n                               Pourquoi\n                      Vouloir qu'un amant soupire ?\n                      Soyons francs. Plus d'un est pire\n                               Que moi.\n\n                       Je fais un peu de musique\n                       Et suis doué d'un physique..'.\n                                 Normal.\n                       On dit — et je m'en honore —\n                       Que je ne suis pas encore\n                                 Trop mal.\n\n                       Si vous vous sentez, madame.\n                       Des papillons noirs à l'âme.\n                                Un jour.\n                       Vous viendrez à ma demeure\n                       Les oublier dans une heure\n                                D'amour.\n\n      CONTES JOYEUX DE BOCCACE. — Un vol. Boitte. 5o cent.\n      Giovanni Boccacio di Certaldo! Au nom harmonieux du conteur florentin\ns'attache une enfilée de bons souvenirs.\n      A vingt-huit ans, Boccace est à Naples, sous le Pausilippe, près du tombeau\nde Virgile, & sur ses ruines évoquantes, comme si l'âme du grand bucolique se\nfût transfusée en son âme, il foule aux pieds famille & passé, se trempe le cœur\nau soleil d'Italie et. s'inspirant de Dante & de Pétrarque, jette aux nues bleues\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                                      -   37   -\n\nles chants d'une poésie nouvelle, étrange, licencieuse, qui bientôt court la con­\ntrée sur les bouches populaires.\n      Et c'est le Décaméron qui égrène ses contes avec des retroussis de robes\ncourtes, des rires ouverts, des sous-entendus folichons...\n      L'aurore se lève des cocus battus & contents, des escalades de balcons, sous\nle regard azuré des lunes italiennes, des mères & complices regrettantes.\n      La Renaissance érudite se lève déjà en plein quinzième siècle avec ce flo­\nrentin trouveur qui par avance sillonne sa face du large rire de François Rabe­\nlais. Fiametta se joint à Laure & à Béatrice pour former le groupe des trois\ngrâces de la Poésie, Fiametta la belle aux cheveux d'or, la douce, la toute\ncharmante.\n      Il existait déjà de Boccace une édition d'amateurs en six volumes, mais\nles contes ne se lisent plus à de telles doses. 11 fallait au lecteur un manuel\ngaulois où, dans les simplicités d'un art primitif, il pût se reposer de nos névro­\nses littéraires. La nouvelle édition qu'on nous offre est bien le vade-mecum de\nceux-là qui veulent les meilleures pages des auteurs ayant beaucoup produit.\nMalgré leur gauloiserie, ces livres ont, comme certains vitraux gothiques, leur\nchasteté naïve, & M. Boitte a bien fait de fournir aux bourses modestes l'édition\nélégante qu'il nous donne aujourd'hui.\n\n                                                          MAX WALLER.\n\n     CAMILLE, par Roger de Goey. — Un vol. Huy. 1 fr. 50.\n     Nous citons pour mémoire ce volume fort intéressant & curieux où malheu­\nreusement l'auteur s'est laissé aller à faire de la politique, cette lèpre de la litté­\nrature. L'appréciation de ces sortes de livres sort absolument de notre cadre et\nnous le regrettons vivement.\n\n     LES JEUDIS DE M. TOBY, par J. de Mauriac. — Un vol. Bibl. Gilon.\n60 cent.\n     Ceci est d'un autre genre. Les Jeudis de M. Toby, de Mme Francis de Bous­\nsiron, sont un excellent abrégé des principes fondamentaux de l'architecture\nélémentaire, traités dans le langage intime de la conversation.\n\n     A LAS TRES NOUIRIÇOS, poème languedocien, par Aug. Fourès. —\nUne broch. Montpellier.\n     Poème haut en couleur, écrit dans la langue chaude de Mistral par un\ndélicat.                               —\n     VERS ET CHANSONS, par L.-H. Lecomte. — Un vol. Paris. Patay.\n1 fr. 5o.\n     Caveau for ever! On a beau s'asseoir sur les bérangèreries & les déroulè­\ndades. elles repoussent, que c'est une idéale épidémie. M. Lecomte, qui aime\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                                     = 38 =\n\ncela — question d'appréciation — n'y a pas failli. Voici des chansons ni meil­\nleures ni moins bonnes que toutes celles qu'on a écrites jusqu'ici & qui, sur\nl'aile de l'oubli, iront avec une sereine résignation au Caveau ou... au grenier.\n\n     L'INCESTE, tel est le titre du nouveau roman d'Odysse Barot que vien­\nnent de publier les éditeurs Rouveyre & Blond, & qui paraît appelé à un\nimmense succès'.\n     Intérêt poignant du sujet; enchaînement étrange des péripéties les plus dra­\nmatiques: caractères pris sur le vif; succession de scènes d'un effrayant natura­\nlisme ; types aussi originaux que vrais; mélange habile de situations émouvantes\net de tableaux de mœurs, aboutissant à un dénoûment tragique; tout se réunit\npour faire de cette fiction, aussi saisissante par le fond que littéraire et châtiée\npar la forme, l'une des œuvres les plus remarquables qui aient paru depuis\nlongtemps. Le personnage épisodique de Boit-sans-soif est. à lui seul, une\ntrouvaille & un chef-d'œuvre d'observation & d'analyse.\n     L'Inceste sera, assurément, l'événement de la saison.\n     En même temps que la cinquième édition de L'Inceste, les éditeurs Rou­\nveyre & Blond mettent en vente aujourd'hui, un nouveau roman du même\nauteur : Madame la Présidente, qui n'obtiendra pas moins de succès que ses\nœuvres précédentes.\n     Madame la Présidente sera bientôt dans toutes les mains.\n     Jamais Odysse Barot n'avait déployé à un tel degré, & dans un récit plus\némouvant, les qualités d'observation, d'analyse & de style qui l'ont placé depuis\nlongtemps au rang des romanciers français.\n\n                         Pour paraître le1erjanvier i883 :\n      LES NUITS PARISIENNES, par Ernest d'Orllanges, avec dessins de\nCh. Grandmange. — Un vol. Paris. 3 fr. 50.\n      Ce volume, depuis longtemps attendu & désiré par tous ceux qui en ont lu\nou entendu dire des extraits, est au rebours de tous les autres volumes, en ce\nsens qu'il n'a pas la prétention de combler une lacune.\n      Des sujets du parisianisme le plus brûlant & croustillants en diable y sont\ntraités avec une verve puissante & une ironie fort originale.\n      Les vers de M. d'Orllanges ne procèdent pas du naturalisme, mais bien plu­\ntôt d'un réalisme mélangé de scepticisme.\n      Le livre est plein d'amertume malgré des saillies & des éclairs de joie. Les\ntristesses seules y sont vraies, la joie y est d'apprêt.\n      Ernest d'Orllanges est un des plus francs disciples de Villon & surtout de\nRichepin.\n      La forme est très soignée, mais malgré cela pas de prétention... Une poésie\nbon enfant & qui plaît par sa crânerie et son débraillé.\n      Il a plus d'esprit que de cœur, plus d'imagination que d'enthousiasme.\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                                    - 39\n\nSes croyances ont dû être tuées par le malheur & son scepticisme doit lui être\nvenu d'avoir beaucoup souffert.\n     Son réalisme est tout dans l'expression & la forme nullement dans le fond.\n     Beaucoup de pièces abordent des sujets excessivement scabreux & qui ne\npeuvent pas être lus indistinctement par tous les yeux.\n    Aussi, dans sa préface, dit-il avec Théophile Gautier, dont il est un profond\nadmirateur :\n\n                  Ce que j'écris n'est pas pour les petites filles\n                  Dont on coupe le pain en tartines...\n\n    M. Grandmange, qui lui a prêté l'appui de son crayon, est un jeune artiste\nimpressionniste plein d'avenir & qui n'en est plus à ses coups d'essai.\n\n      Notre éditeur, Lucien Hochsteyn, fera paraître le 15 décembre, le roman\ndès longtemps attendu de Georges Eekhoud : Kees Doorik, une étude forte des\nmœurs du Polder. Ce roman dont nous avons eu le rare bonheur de lire quel­\nques pages, est une révélation nouvelle du talent rude de celui qui a écrit Myrtes\net cyprès, Zigzags poétiques & Les Pittoresques.\n      Un peu plus tard paraîtront chez le même éditeur : Les Flamandes, d'Em.\nVerhaeren, Le Scribe, d'Albert Giraud, avec une préface de J.-K. Huysmans\n(1er février), Vers d'automne, d'Hélène Swarth, Histoires de cornes, de Théo\nHannon, La Vie bête, de Max Waller, avec une préface de Camille Lemonnier\net une eau-forte de Théo Hannon, (15 février), un volume d'Emile Van Aren-\nbergh & un volume de Georges Rodenbach.\n\n                                                                 NEMO.\n\n\n\n\n                          CORRESPONDANCE.\n\n\n             A M. le directeur de la Jeune     Belgique.\n\n\n                                       Monsieur le directeur.\n\n     On vient de me passer le dernier numéro de la Jeune Belgique.\n     J'y trouve quatre pages d'insultes à mon adresse. Passons, ce n'est pas de\ncela qu'il s'agit.\n     Je le répète, M. Verhaeren a dit :\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                                     40\n\n      1°. Que la préface promise par M. de Laprade pour les Poésies inédites de\nLamartine, n'existait pas. — C'est faux & je l'ai prouvé ; j'en ai même donné des\nextraits.\n      2°. Que les Poésies inédites ne renferment que des réimpressions, à l'excep­\ntion de trois piécettes. — C'est faux et je l'ai prouvé, (1)\n      3°. Que le « plan » de l'épopée des Visions se trouve tout au long dans le\nCours familier de littérature. — C'est faux & je l'ai prouvé : l'auteur, en appré­\nciant la Divine Comédie, n'avait fait connaître que la conception de son œuvre.\n      Je pourrais ajouter encore, pour répondre à l'affirmation d'une prétendue\nbanqueroute de la vogue du poète, des chiffres de vente écrasants, produits par\nmoi dans le Journal des Beaux-Arts : deux cent soixante-dix mille exemplaires,\nde 1871 à 187S. c'est-à-dire trente-huit mille cinq cent soixante-et-onze par an.\net plus de cent par jour; mais je me borne aux points signalés plus haut.\n      Que répond à ces trois points, dans sa longue diatribe, M. Giraud, qui\n n'aime pas à ergoter? — Rien.\n      Je relève des contre-vérités. Ce sont des faits. Les nier, impossible. Com­\n ment alors qualifier la conduite de M. Verhaeren? Deux mots se sont présentés\nà ma pensée : « témérité » & « mauvaise foi ». J'ai choisi le premier... pour être\n poli. Cela fâche Mr. Giraud. Mais alors... préfère-t-il le second? Qu'il se tire de\n là. C'est tout ce que je veux lui dire; et, s'il lui prend encore envie de « m'ago-\n nir » d'un nouveau flur. d'injures écrites en argot de polichinelle, qu'il me per­\n mette de ne pas m'y arrêter plus que je ne fais aujourd'hui. Ceci n'est pas\n « ergoter ». je pense. Nul ne m'accusera d'abuser du droit de réponse, en vous\n priant d'insérer cette lettre en tête de votre plus prochain numéro.\n       Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'assurance de ma considération\n distinguée.\n\n                                                          FERD. LOISE.\n\n          Mons, le 22 novembre 1882.\n\n\n\n\n     De mes presses, le trente novembre 1882.\n          LVCIEN-CHARLES HOCHSTEYN,            IMPRIMEVR-EDITEVR.\n\n                                        Bruxelles,   8, rue de la Paille.\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                LA JEUNE BELGIQUE\n                                       BUREAUX\n\n                          BRUXELLES, 8, rue de la Paille.\n\n                  LIEGE                                         G AND\n         Rue de l'Université, 4.6.                    Rue des Champs, 65.\n\n                             CORRESPONDANTS\n\n                VERVIERS                                     NAMUR\n           G. Andelbrouck                              Auguste Vierset.\n   56, rue Pont-Léopold (Hodimont).                   Rue du Président, 5.\n                TOURNAI                                      BRUGES\n           V. Devroede                                 Lucien P a u c h e u n\n    chez Vasseur-Delmée, libraire.                    Place Malleberg, 11 a.\n                   HUY                                       ANVERS\n    Bureau de la Gazette de Huy.                       R. Nieuwenhuys.\n        Rue de l'Applée, 5.                             Rue Berlist, 37.\n\n                               ABONNEMENTS\n\nU n an                               5 fr.   |   U n semestre                   3 fr.\n\n                 Les abonnements se prennent à toul2 époque.\n    Il est tiré de chaque numéro vingt exemplaires numérotés, sur splendide\n                  papier anglais. Prix de l'abonnement : 10 fr.\n\n\n\n     L e I e r volume de la Jeune Belgique est e a vente au prix de 5 francs\n(papier ordinaire) & 20 francs (papier de Hollande). L a collection de la\nJeune Revue, devenue très rare, se vend également 20 fr. S'adresser au\nbureau.\n\n\n     Nous prions MM. les éditeurs de vouloir bien adresser, des ouvrages qu'ils\npublient, deux exemplaires, au bureau, 8, rue de la Paille, à Bruxelles.\n     A la même adresse doivent être envoyés dorénavant les journaux & revues\nd'échange. Ces journaux sont :\nLa Jeune France — Paris, rue des Beaux-Arts. — 12 fr. par an.\nL'Art Moderne— Bruxelles, 26, rue de l'Industrie. — 10 fr. par an.\nL'Europe du Dimanche. — Bruxelles, 118, boulevard Anspach. — 32 fr. par an.\nLe Papillon. — Paris, 57, rue Saint-Roch. — 12 fr. par an.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "Le Journal des Gens de lettres. — Namur, 13, rue de Bruxelles — 6 fr. par an.\nL'Athenoeum belge. — Bruxelles, 26, rue de la Madeleine. — 8 fr. par an.\nLa Semaine de Paris. — Paris, 16, rue de Tournon. — 20 fr. par an.\nLa Revue Moderne. — Bruxelles, 74, avenue de la Toison d'or — 12 fr. par an.\nLa Revue pour tous. — Bruxelles, 81, rue, de la Madeleine. — 9 fr. par an.\nLe Monde inconnu. — Paris, 18, rue d'Enghien. — 8 fr. par an.\nLa Musique populaire. — Paris, 125, rue Montmartre.\nPlume & Crayon. — Namur, 8a, rue de Bomel. — 4 fr. par an.\nLe Do-Mi-Sol. —Verviers, 55, rue Neuve (Hodimont). — 5 fr. par an.\nLa Lumière. — Paris, 75, boulevard Montmorency. — 5 fr. par an.\nLe Chat noir. — Paris, 84, boulevard Rochechouart. — 5 fr. par an.\nLe Maraichin. — Challans (Vendée). — 5 fr. par an.\nL'Union libérais. — Verviers.\nLa Tribune de. Morts. — Mons, 21, rue des Compagnons.\nLa Feuille du Dimanche. — Verviers, 2 1, Place des Martyrs.\nLa Gazette' anecdotique. — Paris, 338, Place Saint-Honoré— 18 fr. par an.\nLe Biographe: — Paris, 19, quai St-Michel. — 6 fr. par an.\nLe Beaumarchais. — Paris, 33, rue des Petits-Champs. — 11 fr. par an.\nParis-Moderne. — Paris, 19, quai Saint-Michel. — 8 fr. par an.\nLa Revue critique. — Paris, 27, rue Monge. — 15 fr. par an.\nMons-Journal. — Mons, 80 rue d'Havre. — 5 fr. par an.\nLa Revue analytique. — Bruxelles, 8, rue de la Paille. — 5 fr. par an.\n\n\n\n                             DICTIONNAIRE\n\n\n         GÉOGRAPHIQUE                                   BELGE\n                                  COMPRENANT\n\n                       la nomenclature complète des\n\n        COMMUNES           ET. HAMEAUX               DU      ROYAUME\n\nconsidérés au point de vue de tous les renseignements d'utilité publique\n                d'après les documents officiels des administrations\n\n                         par LUCIEN HOCHSTEYN\n\n   Ex-fonctionnaire de la Direction générale des Chemins de fer belges\n            Membre de la Société royale belge de Géographie\n            Membre de la Société de Géographie de Paris, &a.\n\n\n                      PRIX : QUATRE            FRANCS\n\nAdresser les demandes à Lucien HOCHSTEYN, éditeur, 8, rue de la Paille, Bruxel.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1882-12-01", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 12."}}