{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(3e année) 1883 Tome I L N° 3", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE DIALOGUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 178, "texte": "3e année) 1883               Tome I L N°                    3        5        FÉVRIER\n\n\n\n\n                                    LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE DIALOGUES DES MORTS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 178, "fin_caractere_exclue": 1095, "texte": "SOMMAIRE\n       DIALOGUES DES MORTS.           .     .   ,   ,   .        T Ê T E DE MORT\n       CAVALCADE DES LIEUX COMMUNS .,       PIERROT\n       NOËL DU CŒUR, poésie . . . . . . . THÉODORE   HANNOK\n       VERS BERGAMASQUES. . . . . . . . .   ALFRED POUTHIER\n       POCHADE, poésie                       , . . .             EMILE VERHAEREN\n       SENSATIONS                         . . „ . , ' . .        MAURICE BURNY\n       VIEILLES NOUVELLES          . . . . . . .                 MAX WALLER\n       CHRONIQUE LITTÉRAIRE           . . . . .              AlBERT       GirAUD\n                                                                 IWAN GlLKIK\n\n\n\n\n                         Le numéro : 60 centimes.\n\n\n\n\n                             BRUXELLES\n              BUREAUX         :, 9 0 , RUE                  BOSQUET\n                  LUCIEN H O C H S T E Y N , ÉDITEUR\n\n                             MDCCCLXXXIII\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES 12.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "BOITE AUX LETTRES\n\n      12. A nos abonnés. — Des réclamations nous ont été faites relativement à\nl'irrégularité de l'envoi de notre dernier numéro. C'est à l'Administration des\npostes, affolée par la période nouvel-annesque qu'il faut s'en prendre.\n      13. Napoléon, avocat, à Louvain. — Je t'aime !\n      14. Clovis M., Nantes. — 1° Lorsqu'on envoie à la critique un sien\nouvrage, on s'expose à l'éreintement, & ce que l'on a de mieux à faire, c'est de\nl'accepter, se défendre ne sert à rien. Ne vous connaissant pas, je n'ai aucune\nraison de débiner vos vers ; à mon avis ils sont détestables, c'est mon affaire,\net je ne vous ai pas demandé votre brochure. 2 0 Lisez je vous prie dans la\nJeune Belgique, t. I, n° 16, l'art, de M. W. sur les organes de concours, & la\nvaleur de vos couronnes & diplômes. Vos académies & vos instituts ne sont\nque des chapelles d'admiration mutuelle à l'usage des adorateurs de nombril.\nIl n'en sort que des sots qui se gobent & des impuissants qui s'illusionnent.\nNous avons sympathie & confraternité pour le talent jeune & l'effort, non pour\nvos immondes spéculations de concours. 3° Affranchissez vos lettres s. v. p.,\nou plutôt, n'en écrivez plus. Bonsoir. NEMO.\n     15. L. Pradinet. Bien terne, cher confrère, cela manque d'un peu de\npoivre, mettez-en. Il faudrait vous expliquer verbalement la ligne à suivre.\n     16. Octave R. — Rondeau détestable & excellent sonnet qui passera pro­\nchainement, sous quel titre ? Merci.\n     17. Emile L., à Liège. — Trop enfantin, cher confrère, & trop pur pour\nnous ! Très bien rythmé pourtant.\n     18. Charles M.-L. — Est-ce menace ou tentative d'intimidation? Si oui,\nattends, je viens !\n\n     Notre article sur Basoef, la désopilante pièce de Casteleyn, passera dans\nnotre n° 4.\n\n\n     A partir de ce jour, les bureaux de la Jeune Belgique sont transférés\ngo, rue Bosquet, à Bruxelles.\n\n     Nous tenons à la disposition de tous ceux de nos abonnés qui en feront la\ndemande par écrit, des couvertures imprimées destinées au brochage du t. I de\nnotre revue. Elles seront envoyées à titre gracieux dans le numéro qui suivra\nla demande.\n\n                 En vente au Bureau de la Jeune Belgique :\n        Collections complètes de la Jeune Belgique, t. I, prix : 5 fr.\n                 —         (sur papier de Hollande) t. I, prix : 20 fr.\n                 —         de la Jeune Revue (très rare), prix : 2 5 fr.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 86, "titre_corps": "Dialogues des Morts : pour faire suite à ceux de Lucien", "titre_sommaire": "Dialogues des Morts", "rubrique": "", "signature_source": "Tête de mort", "ancre_debut": "DIALOGUES DES MORTS", "ancre_fin": "Charles", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1327, "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n               POUR FAIRE SUITE A CEUX DE LUCIEN\n\n\n\n\n    La scène se passe dans le grand salon de Pluton, tendu de noir. Cà et là\ndes crânes, au centre desquels brûlent des bougies, font lanternes vénitiennes.\nQuelques squelettes lancent des calembourgs, Le vieux corbeau s'est endormi\nsur le haut dossier de son fauteuil ; à ses serres git, incoupée, La Famille\nBuvard de Louis, dit Hymans.\n\n                               E n l'an futur 1900.\n\n\n                                        III\n\n                                    ROLLINAT\n\n          (Il se promène, l'air fatal, en voulant des yeux   pyramidaux.)\n\n               O toi qui m'as si souvent visité,\n               Satan, vieux roi de la Perversité,\n               Fais-moi la grâce, ô sulfureux messire,\n               P a r un minuit lugubrement tinté,\n               De voir entrer chez moi la dame en cire !\n\n(Un grand éclat de rire se fait entendre; c'est, dans un coin de la salle, Rops et\n                          Baudelaire qui se tordent.)\n\n                                   BAUDELAIRE\n\n                          (Il s'adresse à M.    Rollinat.)\n\n           Il te faut pour gagner ton pain de chaque soir\n           Comme un enfant de chœur jouer de l'encensoir,\n           Chanter des Te-Deum auxquels tu ne crois guère.,\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 907, "texte": "                              — 82 —\n\n      Ou, saltimbanque à jeun, étaler tes appas\n      Et tonriretrempé de pleurs qu'on ne voit pas,\n      Pour faire épanouir la rate du vulgaire !\n\n                                LISZT\n\nEh ! Chopin ! Chopin ! viens donc rire !\n\n                    UN SQUELETTE MANIAQUE\n\nAustère Liszt !\n\n                       EMILE VERHAEREN\n\n         Jamais ne m'épata de plus plat calembourg.\n\n                       SARAH BERNHARDT\n\n                             (Minaudant.)\nJe suis plus plate encore.\n\n                        CHARLES POTVIN\n\n\nEt mon style, qu'en faites-vous, madame ?\n\n                             LOUIS HYMANS\n\nEt le mien ?\n\n                       HENRI DE BORNIER\n\nEt le mien ?\n\n                         ALBERT WOLFF\n\nEt le mien ?\n\n                         LÉON CLADEL\n\n\nChut ! assez jaboté, motus !\n\n                    LE SQUELETTE MANIAQUE\n\nMotus vivendi.\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1457, "texte": "                                     - 8 3 -\n\n                                   M. DE LONGÉ\n\n                                    (Exaspéré.)\n     A la porte !\n\n                                      BANVILLE\n\n                                (Mélancoliquement.)\n     Voici le temps pour les coquecigrues !\n\n                                   LOUIS HYMANS\n\n                                   (A vec fureur.)\n     Arrière une littérature dont la gestation, si elle arrivait à son terme,\nenfanterait la négation du goût, la décadence et le mépris de toute cul­\nture sociale !\n\n                                      BANVILLE\n\n                                    (A L. H.)\n     As-tu bien déjeuné, Jacquot ?\n\n                                   LOUIS HYMANS\n\n                     (Il lève la patte sur Camille Lemonnier.)\n     Pss ! pss ! pss !\n\n                               CAMILLE LEMONNIER\n\n                    (Il prend ses jumelles et regarde à ses pieds.)\n\n     Çà ne fait rien? çà ne tache pas.\n\n                                   LOUIS HYMANS\n\n     Mon œuvre me défend ! Je marche...\n\n                         UN FROMAGE DE ROQUEFORT\n\n     Comme moi!\n\n                                  THÉO HANNON\n\n(Il entre en frisant ses crocs, puis s'adressant au groupe d'enfants qui jouent dans\n                                  un coin de la salle.)\n\n            Jeunes poulettes, vous que des mamans sans cœur\n                 Mènent coucher en temps des poules.\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "                                - 8 4 -\n\n                       MARGUERITE VAN DE WIELE\n\n                               (Effarouchée.)\n     Monsieur Hannon va encore me faire rougir !\n\n                              THÉO HANNON\n\n                      ( II déclame d'un air triomphant. )\n                La très chère était appuyée\n                Au balcon à trèfles pesantss,\n                Regardant passer les passant,\n                Distraite, et la mine ennuyée.\n                A pas de loup je m'avançai...\n\n                          HENRY KISTEMAECKERS\n\n    Tais-toi, malheureux! tu vas me faire saisir !\n\n                                  PLUTON\n\n     Messieurs, faites silence, ou je me verrai obligé de vous lire la\nRevue de Belgique!\n     A l'occasion du carnaval, je me suis entendu — pour la première\nfois! — avec madame Proserpine, afin de nous divertir un peu. Une\nfête monstre vous attend dans les salons du palais ; le programme se\ncomposera d'une foire dans le goût flamand...\n\n                             M. VAN ISEGHEM\n\n    Jan ver mille !\n\n                                  PLUTON\n\n     . . . d'une kermesse à laquelle j'ai l'honneur de vous convier tous.\n                  (Les morts se précipitent vers les valves.)\n\n                            LE VIEUX CORBEAU\n                            ( éveillé en sursaut. )\n    Hein! quoi! quel est ce tumule? (Il regarde mélancoliquement La\nFamille Buvard gisant à ses pieds,) Ce livre-là, voyez-vous : Nevermore !\nnevermore !\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "                                     -   85     -\n\n                                         IV\n\n                      KERMESSE                FLAMANDE\n\n    Des baraques disposées en ligne. Au milieu une grande toile peinte repré­\nsente un phénomène vivant, devant laquelle un squelette pître joue des casta­\ngnettes avec ses métatarses, en hurlant le boniment. Plus loin, des squelettes\ndéguisés en hommes vendent de la double brune ; le spectre de Hamlet, l'ombre\nde Juliette; le fantôme de Marguerite; personnages du premier tableau.\n\n                                     LE PITRE\n\n     Mesdames et messieurs, venez voir le phénomène le plus extraor­\ndinaire et le plus impossible de la terre et des cieux, un homme bizarre\nqui n'est pas un homme, qui tient du perroquet, du singe, du coiffeur,\nd e tous les êtres inférieurs, depuis le mollusque jusqu'à l'éponge ; un\npoète, messieurs et d a m e s , qui se nourrit exclusivement de barba­\nrismes, de chevilles et de cacophonies; il a été présenté à toutes les\ncours du monde ; aucun succès ne lui a manqué, ni amitiés solides, ni\nestimes viriles, ni prix quinquennal; rien, sauf l'attention soutenue d'un\nnombreux public d'acheteurs. E n avant, la musique! venez voir le phé­\nnomène vivant qui est mort !\n        Messieurs, il y avait à Bruxelles, en B r a b a n t , trois hospices : le\nF o n t a i n a s pour les vieux hommes, le Pachéco pour les vieilles femmes,\net l'Académie pour les vieilles bêtes. Il en était. Saluez. C'est un\nimmortel. L'empereur du Japon l'a nommé Ko-Ko du céleste empire.\n\n                            LE SQUELETTE MANIAQUE\n\n     Il y a deux ans : l'an mauvais et l'an pire.\n\n                                    ROCHEFORT\n\n     Hou ! Hou !\n\n                             UN BRASSEUR FLAMAND\n\n     L a m b i c ! brune ! faro ! six cents la chope.\n\n                             LE SPECTRE D'HAMLET\n\n     Oh ! give us a bit of Stout ! goddam !\n\n                                  MARGUERITE\n\n     Donner W e t t e r ! hast du kein Bairischer, oder Münchener oder\nNürnberger Bier ?\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1725, "texte": "                                    — 86 —\n\n                                    PAGANINI\n                            (Il entre en se dandinant.)\n     Macaroni, pifïeraro, allegretto, zut, dolce con amore, Piccolino ! Ze\nzouis il signor Paganini, li plous grang mouzicieng dou monde !\n                                      POTVIN\n                         Il sort de la baraque, radieux.\n    Enfin, c'est fini mon rôle de phénomène ! Je jouis d'un bonheur qui\nne manque plus que d'être complété par un malheur cruel.\n                        LA PRINCESSE DE GÉROLSTEIN\n    Allons ouste, le vieux ! (Elle donne un coup de pied à Charles.)\n                                     HYMANS\n       (S'approche d'elle en arrondissant son geste, et, d'une voix suave. )\n               Vous allez nous quitter, princesse,\n               Pour devenir archiduchesse.\n                           (UN ÉCHO IMPLACABLE.)\n               Et sur le trône des Hapsbourg\n               Faire asseoir le sang des Cobourg.\n        (Le sirocco, le simoun et le mistral passent en se donnant le bras\n                             et balaient rassemblée.)\n                                     MASSART\n    Vision fugitive et toujours poursuivie !\n\n                            POST SCRIPTUM\n                                CHARLES POTVIN\n    Monsieur Tête-de-mort...\n                           LE SQUELETTE MANIAQUE\n    Vous qui faites le crâne...\n                                CHARLES POTVIN\n    ...je suis indignement bafoué dans vos stupides dialogues! Je\ndemande une réparation.\n                                 TÊTE-DE-MORT\n                               (Avec compassion.)\n    Une réparation? Ah ! mince! vous en avez bien besoin, mon pauvre\nCharles !\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 87, "page_fin": 90, "titre_corps": "La Grande Cavalcade des Lieux communs", "titre_sommaire": "Cavalcade des Lieux communs", "rubrique": "", "signature_source": "Pierrot", "ancre_debut": "LA GRANDE CAVALCADE", "ancre_fin": "PIERROT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "LA GRANDE CAVALCADE\n\n                          D E S L I E U X COMMUNS\n\n\n\n\n     U n e bouche inutile, gueulant la Marseillaise du Progrès, annonce aux\nmasses indisciplinées le\n\n                             CHAR DE         L'ÉTAT\n\n que traînent les Séides du despotisme. Un gardien sévère des mœurs tient les\nrênes du gouvernement. L e Char représente un superbe boulevard de la civi­\nlisation, planté d'arbres de la liberté, êmaillé de fleurs de rhétorique. Aux quatre\ncoins tournent gravement des sphères gouvernementales, pleines de petits\nmessieurs en habits noirs. Debout sur le trône et l'autel, un honorable\nmembre, irréprochablement cravaté de blanc, proclame avec une émotion\nindicible les splendeurs des vertus civiques. Une voix plus autorisée, per­\nchée sur le suprême degré de l'échelle sociale, pérore dans un autre ordre\nd'idées.\n      T a n d i s que les Prétoriens en délire foulent aux pieds la conscience\npublique indignée, les hommes providentiels, descendus tout exprès de leur\nSinaï en carton-pierre, bénissent le suffrage éclairé qui, revêtu d'un solen­\nnel verdict de la nation, permet aux rois-citoyens de s'asseoir sans façon sur\nles nouvelles couches, tout en respectant avec autant d'honneur que de\ngloire les immortels principes. C'est en vain que plusieurs arrogances sacer­\ndotales expectorent leur bile sur les Colonnes de l'Etat ; ces ilotes ivres courent\naux gémonies, et les libres institutions que l'Europe nous envie, s'assoient paisi­\nblement d a n s le Temple du Commerce. Alors les pionniers de la civilisation\ndont le besoin se fait généralement sentir, préludent aux nécessités impérieuses en\npréparant les urnes pour le soulagement universel. D a n s son cabinet M. Gui-\nzot « proscrit les bases du lien social ». E t tout au sommet du char,\nl'Extinction du paupérisme en tunique d'azur, étend ses ailes de pourpre et\nd'or sur la Bastille de la réaction.\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "                                  — 88 —\n\n                       CHAR DE L'INQUISITION\n       Il roule sur la Roue de la Fortune et représente les plus mauvais jours de\n notre histoire. La fumée des bûchers entoure le pilori de l'indignation publique\n qui trame un peu partout sur des braises à feu et à sang, la déplorable victime,\n de l'arbitraire. Les stygmates de l'infamie tatouent Philippe II et le duc\n d'Albe. Torquemada, évadé du drame de Hugo, allume le flambeau de\n l'obscurantisme, répand du poivre dans les plaies de la société et se dilate au\n supplice d'une femme. Il joue avec une orfèvrerie de pinces, de tenailles, de\nfers rouges. Un membre de la Chambre fournit les fers blancs. Un hideux\n fouillis d'instruments de terrorisation, parmi lesquels gît En famille, de Charles\n Potvin. Le Masque de l'hypocrisie se décolle. Et sous une descente pla­\n nante d'auréoles du malheur et de palmes du martyre, flambe atrocement,\ndevant un cortège d'inquisiteurs, monstres à face humaine, le suprême\nA uto date Coffee !\n       Quatre journalistes, à cheval sur des clarinettes, lancent de formi­\ndables canards. Un pourceau d'Epicure, truffe au vent, précède\n                                     *\n\n                           LA CAGE DE F E R\n forgée par MM. Louis XI, La Balue, et Clc, c'est le grand char zoolo­\n gique. Les mouches du coche caracolent à l'entour, guettées par l'araignée\n du plafond. Voici Y Aigle de M eaux qui plume le Cygne de Mantoue. Dans un\n coin mal famé les Rats de l'Opéra pincent un cancan avec les Rats d'église.\n Le Coq-à-l'âne fait des calembourgs pour ébourriffer les Dindons de la farce.\n Sous les fleurs, le Serpent de l'envie siffle le Lion du jour, à la grande joie de\n deux Ours mal léchés, tandis, que, avec des larmes de crocodiles, les Oies du\n Capitule pleurent comme des veaux. Les Tigres altérés de sang agonisent d'in­\njures un pauvre bouc émissaire. Des chiens dévorants, du chenil de Racine,\n gardent dans une loge solidement grillée l'hydre du Cléricalisme. Au dessus\n de la cage le Singe du génie médite sur le trente-deuxième adultère des\nfidèles colombes. Le char est suivi par les Moutons de Panurge.\n\n                               *\n                              * *\n                      CHAR PANORAMIQUE\n     Le char représente le Stmggle for lifc. . Au premier plan gisent des\ntas d'arguments qui comblent d'énormes lacunes. Sur le terrain de la lutte à\noutrance, derrière le mur de la vie privée, au bas duquel des avocats font\n\n\n\n\n                                                                        /\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "                                    — 89 —\n\nsentinelle, sur le domaine des suppositions gratuites, s'élève l'édifice de notre\nConstitution. Un massif d'arbres généalogiques aux racines grecques entretien­\nnent, à peu de frais, un ombrage perpétuel. Derrière, à peu près à la\nhauteur d'une institution, jetant des flammes brûlantes, scintille le phare de\nla civilisation. U n grand calme, venant des vastes horizons, s'épand sur les\nspectacles de la Nature. Au loin, parmi les raves et les betteraves de la\nhaute culture intellectuelle, le conseil de perfectionnement attise des foyers de\nlumière. Des sommités scientifiques dressent leurs arêtes montagneuses au\ndernier plan. Des points de vue encore plus élevés s'argentent de neiges\nétemelles. D a n s un coin, au fil d'une rivière de diamants, des blanchis­\nseuses lavent des fautes.\n   Mais soudain, les orages de la vie éclatent. Des signes des temps fulgurent\nau ciel. D e nouvelles perspectives se creusent. La pente du gouffre, dérobée\nsous des fleurs, devient glissante, la Roche tarpéienne se rapproche du\nCapitole. U n e pluie métamorphose le paysage en une immense vallée de\nlarmes. M. Charles Potvin, aux lueurs d'un feu personnel, la traverse\nsur le pont aux ânes. Un bruit qui court traîne sur la claie\n\n                                         *\n                                        * *\n                       LE CONCERT             EUROPÉEN\n\n     Un souffle épique vacarme dans les trompettes de la Renommée qui,\nmieux que la. flûte champêtre, fait vibrer les cordes sensibles au son des har­\nmonies de la nature? Écoutez les harpes éoliennes arpéger des accords de vues !\nL e clavier de l'âme humaine joue la marche logique des événements ; les cory­\nphées du parti chantent un chœur d'imprécations, et deux virtuoses d'élite fon­\ndent en un touchant ensemble le cri du cœur et la voix du sang.\n\n                                         *\n\n                           CHAR ANATOMIQUE\n\n      Sur une table d'amphithéâtre s'étale un mannequin gigantesque. Il\na les jambes à son cou, son ventre à terre, le profil perdu. Etabli sur un large pied,\ncomme la Philomène de Bazocf, il étire paresseusement des bras de mer,\net presse avec désespoir son front de bataille. Une main de fer, pétrissant\nsa chair à canon, lui communique la chair de poule. Des régions abdomi­\nnales s'échappent ses entrailles de père. Toutes les forces vives de la nation\ns'éplorent autour. L a tête du mouvement se perd, le cœur du sujet s'atten-\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "                                - 90 -\ndrit, et devant le patient qui prête leflancau sein des commissions en délire,\nsortant d'un nuage biblique, les doigts roses de l'aurore s'enfoncent dans\nl'autre face de la question.\n\n\n\n                   L E CHAR DE LA PEINTURE\n\n      Dans les cadres de l'armée s'épanouit la peinture des sentiments. Un\npeintre de mœurs, très affairé, et qui ressemble à Ensor, s'échine à rendre\n sur la toile la couleur d'une opinion. Il y renonce, et la remplace par une\n ombrelle rose. Mademoiselle Marguerite Van de Wiele, costumée en\ndemi-teinte, barbouille l'éditeur Gilon avec des pinceaux vengeurs. Ferdi­\nnand Loise surveille les noirs complots d'Emile Verhaeren contre Lamar­\ntine. Le rire jaune du chanoine Bernard et la voix blanche de Mgr du\nRousseaux forment un drapeau aux couleurs pontificales. Tout près, et\nlui montrant le poing, jurent des couleurs rationalistes. Théo Hannon sur­\nvient, et fait baisser les yeux à la demi-teinte en lui montrant de coupables\ndessins. M. Slingeneyer avale le burin de l'histoire. Et, tout au sommet,\nJan van Beers, en échevin de l'état-civil, procède au mariage des couleurs,\nqui se dispersent aussitôt pour courir commettre des adultères.\n     Gallien et Hippocrate, fouettant une fièvre de cheval, conduisent\n\n                  L E CHAR DE LA MÉDECINE\n\n     Pitié suprême ! Le corps du délit est étendu sur le siège de la maladie.\nLa lèpre des couvents ronge ses chairs ; les organes internes sont dévorés\npar le chancre de la superstition ; le virus démagogique développe dans les\ntissus la gangrène du monarchisme. Tout son sang charrie une effroyable\ncorruption électorale. Le scalpel de la science se bouche le nez devant cette\ninfection naturaliste. Au sommet du char planent lugubrement, comme\ndeux anges noirs, la Contagion révolutionnaire et l'Epidémie du scepticisme.\n\n\n                                                   PIERROT."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 91, "page_fin": 92, "titre_corps": "Noël du cœur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Théodore Hannon", "ancre_debut": "NOËL DU CŒUR", "ancre_fin": "THÉODORE HANNON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 112, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 528, "texte": "NOËL DU CŒUR\n\n\n\n\nC'est liesse en la nature entière,\nLe Christmas carillonne, enfin !\nC'est fête chez la gent rentière,\nC'est fête chez les meurt-de-faim.\n\nNoël vient mettre tout en joie :\nLes vitrines des charcutiers.\nOù bombent les dindons altiers\nPrès du Jambonneau qui roujoie,\n\nEt les montres des confiseurs\nExagérant les flatteries\nDes savoureuses chatteries\nAux inestimables douceurs.\n\nLa neige qui partout se plaque\nMet la nappe pour l'affamé,\nEt des draps pour ce mal-famé :\nLe vagabond dont la dent claque.\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 830, "texte": "            — 92 —\n\nCe doit être Noël aussi\nPour les naïfs dont l'âme tendre\nVoudrait célébrer, sans attendre,\nL'objet de son dolent souci.\n\nLes truffes paradisiaques,\nLes gingembres férus d'amour.\nLes bourgognes remplis d'humour,\nTous ces grands aphrodisiaques\n\nRéveillent les sens en rumeur\nEt viennent répandre leur lave\nDans le cœur, l'éternel esclave !\nDes amoureux en belle humeur.\n\nArrière, filles maigrelettes\nDont la peau descend à plis droits,\nComme une robe aux tours étroits,\nSur vos impalpables squelettes !\n\nA moi la femme blonde, aux chairs\nGrasses, dûment apéritives,\nEt dont les rondeurs nutritives\nOnt des luisants qui nous sont chers !\n\nCar,— dédaignant les cochons d'Inde\nOu d'autres lieux — mon large cœur\nVeut, en un réveillon vainqueur,\nVeut se payer cent sous de dinde !\n\n\n              THÉODORE    HANNON."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 93, "page_fin": 94, "titre_corps": "Vers bergamasques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Alfred Pouthier", "ancre_debut": "VERS BERGAMASQUES", "ancre_fin": "ALFRED POUTHIER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 901, "texte": "VERS      BERGAMASQUES\n\n\n\n                                       A Paul Verlaine.\n\n                       Colombine rêve, surprise\n                       De sentir un cœur dans la brise\n                       Et d'entendre en son cœur des voix.\n                                           P. VERLAINE.\n\n\n\n Colombine en jupe courte\n Et Pierrot en pantalon\n     Large et long\n Tiennent des discours qu'écourte\n Le crin-crin d'un violon.\n\n Exquis est le paysage,\n Et Pierrot comme un marquis\n     Est exquis.\n De même il a de l'usage,\n Les esprits lui sont acquis.\n\n La Colombine est exquise\n Avec sa robe en brocart\n      Rouge, car\n Elle n'en fait qu'à sa guise,\n Risquant jusqu'au grand écart.\n\n              *\n             * *\n Colombine est presque tendre,\n Pierrot n'a plus les yeux creux,\n       Bienheureux :\n Si bas, qu'on ne peut entendre,\n Ils rient et causent entre eux.\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 693, "texte": "         — 94 —\n\nColombine rit et cause !\nPierrot qui seul sait de quoi\n     Se tient coi,\nChatouillé par tout ce qu'ose\nCette enfant qui lui dit « toi « ;\n\nQui le tutoie et le serre\nDe plus en plus sur son cœur\n    Escroqueur,\nDe bien d'autres cœurs corsaire,\nDe soupirs, toujours vainqueur.\n\n\n\nDouce, oh! si douce est la brise,\nSi doux le soleil levant,\n     Que souvent\nEux deux que son baiser grise\nOublient le rythme, rêvant.\n\nMais à quoi ? Çà se devine !\nCertainement le Pierrot\n    Rêve au rôt\nArrosé de la divine\nLiqueur d'un immense broc.\n\nLa belle rêve toilette\nClaire, robe à falbalas,\n    Bandeaux plats\nFleurant bon la violette\nEt rubans couleur lilas.\n\n          ALFRED POUTHIER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 95, "page_fin": 96, "titre_corps": "Pochade", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "POCHADE", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "POCHADE\n\n\n\n\nUn soir de Carnaval et d'écœurement bête,\nJe fis dans mon fauteuil un rêve souhaité',\nMe figurant l'enfer, où s'en vont les poètes\nVivre après leur trépas leur immortalité.\n\nDrôle était-ce de les contempler dans cet antre :\nLes uns repus, rassis, le visage empourpré ;\nD'autres montrant du doigt le vide de leur ventre,\nOù depuis l'Obüt plus rien n'était entré.\n\nIls passaient, noirs et lents, mêlés à l'ombre blême,\nOù ne brûlait aucun bec de gaz près des murs,\nOù seuls de lourds quinquets de foire — vieux système,\nOuvraient leur œil jauni dans des recoins obscurs.\n\nJe vis Musset penaud, fouillant en vain sa poche.\nRien ! pas un sou vaillant ! — Rolla, dit une voix.\nPuisque tu n'as plus rien du tout dans ta sacoche,\nNe vas-tu pas mourir une seconde fois?\n\nMurger, toujours bon cœur, prêta deux francs, sans dire\nQu'il les avait lui-même empruntés hier, fort tard,\nPour rapiécer le vieil acajou de sa lyre,\nLe premier à Marcel, le second à Schaunard.\n\nGautier, prêtre indien, était assis au centre\nD'un tas d'or, aussi lourd et large qu'un baril,\nEt les regards fixés vers le nu de son ventre,\nComme un chou de Bruxelle exhibait son nombril.\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1219, "texte": "                           96\n\nTout près d'un océan immonde, sur la dune,\nCausaient et discutaient, Glatigny, sec et beau,\nQui vécut ses trente ans dans un rayon de lune,\nComme une maigre épée en un maigre fourreau,\n\nEt Charles Baudelaire, opiumesque ivrogne,\nQui, tous les soirs, voulait que les vents étonnés\nLui servissent, bien crus, des parfums de charogne,\nEt pour les mieux humer s'ouvrait des doigts le nez.\n\nLamartine pleurait sous les branches d'un saule,\nAu bord d'un lac d'azur, les pieds effleurant l'eau,\nEt quand il lui tombait des feuilles sur l'épaule,\nIl les baisait et les mettait dans son chapeau.\n\nIl gémissait : Elvire ! et l'écho disait : Vire !\nDe bord ! fit Lamartine. — Alors mit tête au jour\nUn poisson vieux farceur, qui lui râla : Messire,\nJamais ne m'épata de plus plat calembourg.\n\nLa muse de Barbier, large, les seins à l'aise\nDans l'emprisonnement ouaté du corset,\nJouait sur la guitare un air de Marseillaise,\nQu'un lapin à tambour mécanisé bissait.\n\nCe fut tout. Je les vis s'enfuir dans la bruine.\nJe m'éveillai. — Pierrot cocu sortait du bal;\nArlequin avait pris la taille à Colombine ;\nEt dans la nuit mourraient les bruits du Carnaval.\n\n                           EMILE VERHAEREN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 99, "titre_corps": "Sensations", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Burny", "ancre_debut": "SENSATIONS", "ancre_fin": "MAURICE BURNY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "SENSATIONS\n\n                                                   Il y avait une fois...\n\n     Elle venait tous les dimanches soirs. Au coup de sept heures, elle\nentrait, la douce vieille, sa robe, comme celle d'une jeune fille, légère­\nment retroussée sur la pointe de ses bottines, pour éviter la boue. Nous\nrestions seuls; sous l'abat-jour la lampe brûlait lentement; éclairant le\ngrand fauteuil où la vieille se reposait; un reflet tombait sur ses joues,\nun peu décolorées, semblables aux pétales séchées entre les pages d'un\nlivre.\n     — Vous n'êtes plus fatiguée, ma tante? Eh bien, contez-moi une\nhistoire.\n    Elle réfléchissait quelque minutes, puis passant la main sur les\ndeux boucles blanches qui tirebouchonnaient sous la dentelle de sa coiffe :\n     — Il était une fois...\n     Et moi, petit enfant, le coude sur mes cahiers tachés d'encre, je\nl'écoutais, les yeux large ouverts.\n     Les merveilleux contes !\n     Elle me disait comment, le matin, à l'heure où nous dormons\nencore, les chérubins viennent recueillir les larmes que les fleurs ont\npleuré la nuit dans leurs corolles, et les remontent au ciel pour en faire\nles âmes des petites filles. Vers le soir, une fée descend sur un nuage,\ns'arrêtant pour déposer les pétiotes dans les maisons. Avec quelle ten­\ndresse on les reçoit, et comme les sœurs, autour du berceau bien blanc,\nleur font risette ! Mais d'autres tombent chez des méchants; pour elles,\npas de bons parents qui les aiment : des mégères qui les harcellent,\nsans pitié pour leur chair délicate. Les pauvrettes n'osent pas se\nplaindre, mais elles sont si pâles que tout le monde devine qu'elles\nmourront bientôt. Et alors, elles vont droit au Paradis; Dieu le Père\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "                                 -   98   -\n\nest là qui les attend ; il veut qu'elles soient heureuses pour l'éternité.\nDes ailes diaphanes comme la gaze, avec des couleurs prises aux arcs-\nen-ciel, leur poussent sur le dos, comme aux papillons : elles deviennent\ndes anges du bon Dieu. Et les séraphins leur apportent des poupées,\ndes poupées qui marchent, qui parlent, autrement jolies que celles qu'on\na sur la terre ; et puis des étoiles, de vraies étoiles pour se mettre dans\nles cheveux.\n     Bien d'autres histoires encore !\n     La petite princesse aussi qui, malgré la défense du roi son père,\nétait venue prendre le frais sur les nénuphars, et qui, pour avoir désobéi,\ns'en était allée à la dérive, bien loin. Le roi inquiet envoyait des guer­\nriers pour la chercher. Les chevaliers, tout bardés de fer, après s'être\nrecommandés à Madame la Vierge, partirent en guerre au grand galop\nde leurs chevaux, et les pièces de leur armure, où le soleil mettait des\nflammes, s'entrechoquaient avec un bruit effroyable. Bien facilement ils\nmassacraient le dragon couvert d'écaillés qui gardait la grotte où le cou­\nrant avait emporté la princesse, et ils ramenaient celle-ci dans son pays.\nAu retour, ils trouvaient sur le perron du palais le roi attendant, déses­\npéré, avec des larmes qui tombaient sur sa large barbe blonde. Soudain,\nau claquement des sabots des chevaux, comme ses yeux s'illuminaient!\nPleurant et riant, il embrassait la princesse qui pleurait aussi, jurait\nqu'elle ne recommencerait plus. Et le soir il y avait bal au palais. Dans\nles salles en enfilade où les lustres versaient leur lumière, faisaient étin­\nceler les dorures des lambris, le chambellan paraissait devant l'assistance,\nannonçait Sa Majesté. Bientôt le monarque entrait en habit de gala,\npourpoint de velours chamarré, couronne en tête, bas blancs ; il donnait\nla main à la princesse sa fille, et après avoir répondu d'un signe de tête\naux révérences, il dansait avec la princesse un menuet. Les quadrilles,\ncommençaient : sur une file, les dames de la cour s'avançaient dans\nleurs robes de soie claire, mesurant leurs pas sur la cadence des violons ;\net au sommet de leur tête, une aigrette de plumes roses, retenues par\nun bouton de diamant, se balançait...\n\n    — Ma tante, que vous savez de belles choses !\n     La tête pleine, je montais me coucher. Comme j'entrais au lit, des\nlutins, des farfadets, dont les yeux pétillaient sous la broussaille de\nleurs sourcils grisonnants, ramenaient, de leurs mains liliputiennes, la\nchaude couverture sur mes oreilles. Je m'assoupissais. A moitié endormi,\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1392, "texte": "                                 — 99 —\n\nune ondine aux cheveux lourds m'attirait, me conduisait à travers des\nallées d'arbres en corail, au palais des fées de la mer; j'entrais, le ballet\ndes fée s'arrêtait pour me recevoir ; elles rejetaient de leur blanche main\nleur chevelure flave sur leurs épaules, et leurs sandales cessaient de\nbattre le parquet de cristal où se reflétait la lune, tandis que dans le\nlointain j'entendis les harpes, touchées par le doigt des nymphes, exha­\nler, comme en un sanglot, des sons presque liquides.. .\n\n\n\n     Voilà longtemps qu'elle a cessé de conter, la pauvre ancêtre, et mes\ncheveux striés de gris avertissent que je deviens un ancien à mon tour.\nSouvent je contemple un pastel jauni qui la représente, souriant de son\nsourire de vieille. Je me ressouviens, à ces heures-là, et je souhaite\nqu'un de ces génies dont elle parlait me dise : » Fais un vœu, il sera\nexaucé. « Je demanderais de la voir entrer un soir, comme les diman­\nches d'autrefois, secouant la neige de ses fourrures. Et alors, je donne­\nrais cinq ans de ma vie pour jeter bas un instant ce bloc de soucis qui\nnous force, cariatides haletantes, à nous roidir sans cesse, je les donne­\nrais pour me sentir enfant une heure, une heure seulement, et entendre\ncette voix qui évoquait mes rêves : » Il y avait une fois ...\"\n\n\n                                                 MAURICE   BURNY."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 100, "page_fin": 104, "titre_corps": "Vieilles Nouvelles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "VIEILLES NOUVELLES", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 121, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1960, "texte": "VIEILLES NOUVELLES\n\n                                     I.\n\n                        DANS L E          MONDE.\n\n      Les salons où l'on danse se sont rouverts; les habits noirs se sont\nretapés sous la chaude caresse du fer, et les blanches épaules se sont\ndécolletées au milieu de la neige immaculée des mousselines et des\ntarlatanes.\n      Plusieurs fois déjà nos pauvres pieds se sont plaints à cors et à cris\ndans la laque cruelle des escarpins, et nos bras se sont arrondis avec\ntoute grâce, s'offrant aux bras nus des jeunes filles.\n      Cela me rappelle une scène à la Droz que me racontait un soir, avec\nle brio qu'on lui connaît, ce bon père de famille Albert d'Azcot, naguère\nsémillant dandy, le plus bourgeoisant aujourd'hui des bourgeois.\n      » C'était en janvier, me disait-il en se versant une tasse de thé, oui,\nen janvier chez madame X...., tu sais bien la belle madame X..., qui est\nsi bien avec le petit machin de la rue...., enfin, ça ne fait rien. Il était\nminuit. La salle, comble, resplendissait. Se heurtant et se pressant dans\nle tournoiement ininterrompu de la valse, les couples glissaient, embras­\nsés, sous la lumière tombante des lustres et des girandoles. Au fond,\ncaché par des caisses d'orangers et de fougères, l'orchestre rythmait les\nmesures mollement entraînantes d'un air de Suppé. Dans les coins, des\ngroupes de femmes âgées comméraient, détaillant les toilettes, dévisageant\nles jeunes qui, gênés, passaient en baissant tout-à-coup la voix comme\npour des confidences. Quelques mamans se haussaient en quête de leurs\nfilles cachées dans le remous onduleux de la danse, tandis que, s'entre­\nmêlant et fouettant les pantalons noirs des cavaliers, les robes claires à\ntraînes sur lesquelles tremblaient des fleurs jetées, balayaient le parquet\nde leur blanc tourbillon.\n      » Et de cette affluence bourdonnante jaillissaient à gauche, à droite,\npartout, des rires de femmes perlés comme le bruit des sources,\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "                                  — 101 —\n\n      » Dans les salons qui s'ouvraient sur la droite de la salle principale,\n d'autres groupes plus calmes se formaient, et des hommes en habit noir,\ndont la figure jaunissait sur la blancheur mate du linge, jouaient au whist,\njetant méthodiquement leurs cartes, sans parler, avec des airs de\ndiplomates.\n      « Assis dans un boudoir couleur de bronze, sur un pouf capitonné, je\nfrisai ma moustache, incrustai dans mon œil gauche mon monocle et\ncommençai l'assaut; ma cousine Mariette, adorable dans sa robe de\nfoulard crême, boudait, me tournant impertinemment le dos et jouant\navec son éventail qu'elle tapotait sur sa petite main rose.\n      » Eh bien, cousine ?\n      — Eh bien ! non, là !\n      « Vous ne voulez pas de moi, cousine ?\n      — Ni de vous ni d'un autre; je ne me marierai pas.\n      « Toutes les jeunes filles disent cela; si on les croyait, l'humanité...\n      — L'humanité! vous voilà déjà avec vos grands mots, cela vous\nva si mal, mon pauvre Albert !\n      » Ah ! cousine, j'ai gagné une manche : la pitié !\n      — Peu flatteuse, je vous jure.\n      « Ne jurez pas, cousine...\n     — D'ailleurs, je n'épouserai jamais un...\n      \" Un?\n     — Un gommeux, na! déclara-t-elle en s'animant, et alors, se tour­\nnant vers moi, elle continua avec volubilité :\n      » Oui, un gommeux, avec votre rond de verre, vos souliers pointus,\nvos cheveux plaqués, vos poses de vieillard » qui a de l'expérience, «\nvos mines impossibles; est-ce que je vous connais, moi, lorsque vous\nne pouvez pas dire deux mots naturellement ; lorsque, pour dire bon­\njour, vous vous croyez obligé de pincer les lèvres et d'arrondir le geste ;\nje n'ai pas envie d'épouser un singe, voilà ! monsieur mon cousin\nd'Azcot. «\n     » Je me sentis bête, mais mon orgueil fut cruellement blessé ;\nMariette s'était levée, avait d'un coup de pied rejeté sa traîne derrière\nelle et, majestueusement, avait « défilé » sous mes yeux au bras d'un\nattaché d'ambassade.\n      » Je me mis à réfléchir. J'étais donc un poseur, un gommeux, une\n» tête qu'on ne peut présenter », un singe ! Oh ! elle l'avait dit : un singe !\n      « Je me levai, descendis au vestiaire, pris ma fourrure, montai dans\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1960, "texte": "                                 — 102 —\n\nun fiacre et retournai chez moi, décidé. Dans ma chambre, mon domes­\ntique m'attendait en lisant l'Indépendance.\n      » Vite, Pierre, une paire de souliers mats sans pointes.\n      — Mais monsieur n'en a pas !\n      » Ce ne serait pas difficile à trouver, si j'en avais ; allez en prendre\n chez mon père.\n      — » Bon ! Maintenant, jetez-moi cela par la fenêtre. Et je lui donnai\nmon monocle; puis, d'un coup de brosse, je rabattis mes accroche-cœur\net commandai ma voiture. Une demi-heure après, j'étais au bal; le\ncotillon allait commencer; une débandade se faisait. Je cherchai\nMariette et ne tardai pas à la retrouver dans le boudoir, toujours avec\nson attaché d'ambassade.\n      » Mariette fit un petit cri d'étonnement, puis un sourire si doux, si\nreconnaissant, que j'en eus presque les larmes aux yeux.\n      » Dis donc, Mariette, te souviens-tu, quand nous dansions là-bas,\nsur la pelouse du château d'Azcot ? Si tu veux, nous danserons comme\nalors.\n      « Elle prit mon bras, radieuse, et murmura :\n      » Te revoilà, Albert ! «\n      » Et maintenanrt tu veux bien de moi ?\n      » Un long accord éclata qui emporta la réponse; les couples s'ébran­\nlèrent, et mon bras passé autour de la taille de Mariette fut notre\nanneau de fiançailles.\n\n\n\n\n                                     II.\n\n                      CHERS         SOUVENIRS\n\n                                                   Nous n'irons plus au bois,\n                                                   Les lauriers sont coupes;\n                                                   La belle que voilà\n                                                   Ira les ramasser.\n\n    Oh ! cette naïve chanson que rythmait la danse des petites filles\nblanches du Parc, en plein été, tandis que les pompiers, assis en rond\ndans le kiosque, jouaient Guillaume Tell!\n    Nous n'irons plus au bois ! c'est fini, les folles promenades bras\ndessus, bras dessous.\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2115, "texte": "                                 — 103 —\n\n       Nous n'irons plus au bois nous rouler dans les pommes de pin qui\n s'attachent aux vêtements.\n      Les lauriers sont coupés et les feuilles sont mortes ; l'automne est\nvenue avec son soleil pâle comme un visage de nonne.\n      Les lauriers sont coupés et l'été a dépouillé sa belle robe vert\ntendre, jusqu'aux chaleurs prochaines.\n      La belle que voilà ira les ramasser, ces lauriers secs, et elle s'en\nfera une couronne d'Ophélie, la petite reine que tant j'aimais !\n      La belle que voilà est devenue une grande demoiselle avec de\nsoyeux cheveux blonds et une taille fine. Des bêtes qui ont des mousta­\nches et une barbe tournent autour de la belle que voilà. Ne lui faites pas\nde mal !\n       Elle s'appelle Alice et je la nommais Blanchette.\n       Nous jouions à cache-cache, et lorsque je devins malade et qu'on\n dut me rouler au Parc dans une voiture, elle venait me montrer ses\n petites dents blanche et me rire au nez en me racontant des histoires,\n et je disais toujours : Encore, encore!\n       Elle avait été, très sage et sa petite mère lui avait donné une\n poupée aux yeux pâles qui disait maman, papa, d'une voix nasillarde.\n       Son frère avait été bien méchant; il avait dit que Blanchette était\n trop grande pour jouer avec une poupée.\n      — Mais ce n'est pas une poupée, avait répondu Blanchette, c'est\nma fille, entendez-vous ?\n      Un jour la, mignonne m'avait dit :\n      — Tu ne sais pas ? nous allons donner un grand bal.\n      — » Un grand bal?\n      — Oui, reprit-elle en sautant et en frappant l'une contre l'autre ses\nmenottes roses, et maman a dit qu'elle t'inviterait.\n      Je fus bien flatté.\n      — Mais, d'abord, tu dois demander à tes parents.\n      — » Bien sûr.\n      — ... Et tu te feras beau; tu seras mon petit mari et je serai ta\npetite femme. »\n      Douce logique d'enfant !\n      J'avais sept ans et un magnifique costume en velours noir. Un bal,\nc'était la magnificence des magnificences ! Tout ce qui brille et tout ce\nqui se mange : lustres et bonbons, voilà un bal, pensais-je. De fait, est-ce\nautre chose?\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1506, "texte": "                                 — 104 —\n\n      Aujourd'hui, que je n'ai plus dix ans et que, ficelé dans un habit\nnoir qui me fait ressembler à un serveur, je risque de loin en loin un\nescarpin verni dans les soirées d'hiver, il me semble que le bal de Blan­\nchette devait être plus spirituel que ces réunions où les femmes se\nmaquillent le visage et le cœur, où les hommes se plaquent les cheveux\net l'esprit.\n     Dieu de Dieu! la vieille garde qui ne meurt jamais, qu'on revoit\npartout, qui ne manque pas à une soirée, et qu'il faut faire valser, tandis\nqu'il serait si bon de fumer sa cigarette, au coin du feu, en lisant\nRabelais !\n     Dieu de Dieu ! les chipies, les grues, les vieilles filles qui hargnent,\nles aigres-douces qui mignardent, les jeunes vieillotes qui se cambrent !\n      Bon petit bal d'enfant; ô Blanchette, où es-tu, ma tant jolie, avec\nta robe de mousseline et tes boucles blondes ?\n     Bon petit bal d'enfant ! ô Blanchette, toi, tout mon passé qui\nrayonne, toute ma jeunesse qui chante, toute ma joie qui revient !\n      Comme ils sont loin, ces jours; il me semble que des siècles ont\npassé sur eux, et lorsque le printemps revient et que j'erre avec mes\nsoucis et mes peines, un écho très moelleux et très tendre m'apporte,\ndans une brise tiède, la douce et ravissante ronde d'autrefois :\n\n                           Nous n'irons plus au bois,\n                           Les lauriers sont coupés !\n\n\n                                                        MAX W A L L E R ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 105, "page_fin": 120, "titre_corps": "Revue des livres", "titre_sommaire": "Chronique littéraire", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "REVUE DES LIVRES", "ancre_fin": "NEMO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 126, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1948, "texte": "REVUE                 DES            LIVRES\n\n\n\n      KEES DOORIK, SCÈNES DU POLDER, par Georges Eekhoud. Un vol. in-18.\n3 fr. 5o. Bruxelles. Lucien Hochsteyn.\n      Avec ce livre, dont l'impression très artistique est le brillant début de\nl'éditeur Lucien Hochsteyn, Georges Eekhoud se place définitivement à la tête\nde nos écrivains nationaux. A ceux qui nous contestent une littérature origi­\nnale, il vient de répondre par le meilleur argument qui soit : une œuvre, où\nse dénoncent la personnalité d'un tempérament & la main d'un maître ouvrier.\n      Kees Doorik est un de ces livres que les poètes gestent depuis leur puberté\nlittéraire, qu'ils entrevoient longtemps avant de les styler, qui transparaissent\ndans l'incertitude des premiers écrits, & qu'une obsession toujours grandis­\nsante force enfin l'artiste, vers l'époque de la maturité intellectuelle, à réaliser.\n      Déjà, dans Myrtes & Cyprès, son volume de début, puis dans les Zigzags\npoétiques, & dans son dernier recueil de vers, Les Pittoresques, Georges\nEekhoud portait en lui Kees Doorik. Ouvrez les Myrtes &. Cyprès : au milieu\nde l'éploration & de la vaguesse lamàrtiniennes, çà & là détonne un vers rude,\nbrusquement cassé, au verbe inquiet & frémissant, une strophe révoltée contre\nles autres, où je gagerais que des critiques à courte vue, lors de l'apparition du\nvolume, ont découvert des fautes, mais qui n'étaient que les premiers sons\ninouïs d'un puissant instrument qui s'accordait. Ainsi, dans une pièce qui date\nde 1870, toute mielleuse & susurrante d'ailleurs, soudain dissonne, — dissonne\nsuperbement à mes oreilles, ce vers :\n                  Le silence a fermé les bouches de l'espace.\n     Ainsi, pêle-mêle avec des paysages de nature romantisée, qui sublimisent\net transfigurent tout, avec des apothéoses à la façon de Lamartine & de Hugo,\ncette simple & forte esquisse qui, en 1874 déjà, prélude aux sobres & noires\ndescriptions du Polder :\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "                                   — 106 —\n\n\n              L'automne allait venir... Sur les halliers touffus\n              Apparaissaient déjà des tons bruns & confus ;\n              Le rouge cramoisi montait au vert des haies ;\n              Les sapins exhalaient de sauvages senteurs ;\n              L'air était tiède & pur; de bleuâtres lueurs\n              D'un beau ciel recueilli tombaient sur les futaies.\n\n\n     De même, dans Guzman, dans ce rappel espagnolisant de Musset, ces\nalexandrins qui trahissent la recherche de l'expression robuste, de l'image\nférocement juste, & qui ne recule pas devant l'exagération nécessaire pour le\nrelief :\n\n              Les couteaux sont tirés aux refrains des chansons ;\n              L'âme quitte le corps, pareille à ces bouchons\n              Qui volent au plafond en cassant la bouteille !\n\n\n     De même encore, dans La Guigne, ce poème où les nerfs commencent à\nse tendre & les muscles à saillir, où l'observation locale se fond avec l'hispa­\nnisme, contraste bien anversois du reste, ces strophes du Lavis sont restées\ndans toutes les mémoires :\n\n\n              Les soirs d'été surtout la scène est pittoresque.\n              Le linge sèche au vent sur le balcon mauresque.\n              Les vieilles sur le seuil tricotent en jasant,\n              Le chef ridé branlant dans le bonnet grotesque,\n              Le corps pelotonné, ramassé, l'œil luisant,\n\n\n              Avides au détail d'un récit médisant.\n              D'autres d'un café noir se versent une tasse,\n              La prennent à deux mains de peur qu'elle ne casse,\n              Hument à petits coups le breuvage odorant,\n              Et font claquer la langue avec béatitude...\n\n\n     De même, aussitôt que dans La Guigne, Eekhoud s'attaque aux horizons\ncrépusculaires, & si étrangement suggestifs des bords de l'Escaut, le vers a des\nbalancements lents & larges de bestiaux regagnant l'étable, des vocables\nvitreux, vaguement éblouis, comme la prunelle à la fois stupide & superbe des\nruminants, & la description se clôt sur ce trait magnifique, que seul un poète\nélu était capable d'imaginer :\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3103, "texte": "                                   — 107 —\n\n              Les prés sont endormis. Entre les digues mornes,\n              Le fleuve se déroule à l'horizon sans bornes.\n              Surpris dans le repos qui se répand sur nous,\n              Vers le croissant des cieux, taillé comme leurs cornes,\n              Les taureaux mugissants lèvent leurs muffles roux.\n\n      J'insiste à dessein sur les vers de Georges Eckhoud : d'abord, parce que la\n critique à cette malencontreuse tendance de ne voir dans un poète qu'un mon­\nsieur qui apprend à écrire en prose ; ensuite, pour désobliger les bonnes âmes\nqui ne demandent pas mieux que d'écraser les poésies sous un roman ; enfin,\net c'est là mon principal motif, parce qu'il n'existe pas de génération spontanée\nen littérature, & que, pour apprécier justement ce qu'un artiste édifie aujour­\nd'hui, il faut étudier ce qu'il échafaudait hier.\n      Dans Kees Doorik, Georges Eekhoud rompt définitivement avec ses sou­\nvenirs romantiques. Il s'est aperçu que sa nature foncière se rebellait contre la\n molle mélancolie de la strophe des Méditations, & contre l'incisif, le spirituel\n couplet, la dialoguante fantaisie de Namouna. Il a regardé autour de lui. Il a\neu la révélation d'une poésie nouvelle, rude, scabreuse, gutturale, où la sève a\nses explosions, la poésie du Polder, avec ses teintes assourdies, ses gris\nbrouillés, ses noirs attristants, son grand paysage fluide, qui souvent s'estompe\ndans de longs brouillards pâles comme des buées d'étuve, ses horizons de rêve\nsombre & abruti, ses reculantes & infinies perspectives, où, noyées dans les\nnèbles, ça & là, en des attitudes incertaines & fantomatiques, se dres­\nsent des apparences de cahutes & d'arbres, & parfois des ailes de\nmoulin lentement tournantes, comme un grand oiseau noir se débattant\nsur le ciel. Et, dans ce paysage scrupuleusement traduit, Georges Eekhoud a\ncampé d'inoubliables figures de rustres. Rablés en colosses, d'une lourdeur\nplacide & bovine qui parfois, quand elle voit rouge, se soûle en des orgies de\nsang, fiers de leur force, n'ayant, au lieu de sentiments humains, que l'animale\nconscience & le physique orgueil de leur robustesse, dépensant les énergies de\nleurs corps en accouplements avec la glèbe, en fauves & mordants baisers sur\nles brunes lèvres de la terre, puis soudain s'affolant d'une passion brute pour\nla première jupe qui passe, sans lyrisme d'âmes primitives, sans naïveté d'ado­\nrants, mais avec des fougues bestiales, fécondant, la femelle comme ils ense­\nmencent l'humus, — la femelle qui n'est pour eux qu'une espèce d'humus un\npeu plus vivant que l'autre ! Et grippe-sous, renfermés, sournois, madrés\nautant qu'un procureur, habiles à parler autour de leur pensée, créanciers\nféroces, débiteurs insolvables jusqu'aux menaces de saisie, puis alignant, pièce\npar pièce, en soupirant dru, la somme exigée, recommençant le calcul dix fois,\nharassant l'attention de l'adversaire, & finissant toujours par le frustrer de\nquelques argents, — tels sont-ils, les rustiques de Dinghelaar & de Cappellen,\ndans les scènes du Polder, de Georges Eekhoud.\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": "                                    — 108 —\n\n\n       Le sujet de Kees Doorik peut tenir en quelques lignes. Kees Doorik est\n valet de ferme chez la baesin Annemie, la riche veuve du fermier Nelis Cramp.\n  Le jeune gars s'éprend d'Annemie. Un mauvais gamin, Janneke, chargé par\n  Wannes Andries, le frère d'Annemie, d'espionner les gens de la ferme, sur­\n prend les amours naissantes de la baesin & du domestique. Andries, qui veut\n empêcher sa sœur de se remarier, lui arrache le renvoi de Kees. A la kermesse\n  de Putte, la fermière s'amourache d'un nouvel amant : Jurgen Faas, un riche\n paysan du Polder. Kees Doorik, à la traditionnelle fête des Gansryders, dont\n Jurgen Faas est proclamé roi, apprend tout à coup le prochain mariage\n d'Annemie & de Jurgen Faas. Fou de jalousie. Kees Doorik est accroché par\n son rival ivre, qui lui narre, entre deux hoquets, ses faciles amours avec\n Annemie. Kees Doorik voit rouge, & tue Jurgen Faas.\n      La donnée est simple, largement humaine ; les rustiques sont d'un dessin\n superbe, où se fondent la patience des traits longtemps caressés, & la soudai­\n neté du crayon qui, d'un seul coup, indique la ligne ; & le dénouement d'une\n grandeur épique, s'allume d'une effrayante gloire de sang.\n      Si l'on étudie le livre en ses détails, l'intérêt ne faiblit pas un instant.\n Entre les capitales scènes du drame, se déroulent quelques eaux-fortes admira­\n blement mordues, où l'artiste évoque les vieux us du Polder. Tout dénonce une\n observation scrupuleuse, un œil qui voit, qui garde la vision, une main qui obéit\nà l'impérieuse pensée. Cette œuvre a une brusque évidence de vérité qui agrippe,\nsecoue, & ne lâche plus. Les plus insaisissables attitudes, les plus vagues\nprofits des choses, leurs profondes intimités, Georges Eekhoud traduit tout,\nréalise tout. Sa moindre description est évocative comme la vie elle-même.\n      Lisez cet original chapitre du repas dans la grande chambre :\n      « . . . Les garçons se précipitèrent vers la table, s'affalèrent lourdement sur\nles escabeaux; les mains-calleuses posées au-dessus des genoux, les pieds rap­\nprochés, les jambes & les coudes écartés. Quoiqu'il n'y eût pas de boue aux\nchamps, ils avaient laissé leurs sabots dans la cuisine, par un excès de déférence\npour les arabesques de sable blanc dessinées par Paulke sur le dallage de bri­\nques rouges lavées au fiel de bœuf.\n      « Leurs yeux doux de belles brutes affamées, où la fatigue mettait plus de\nlangueur nouvelle, jaugeaient l'épaisseur de la couche de victuailles ; leurs\nnarines se dilataient, caressées par les vapeurs grasses s'élevant versie plafond,\net leurs oreilles de faunes, écartées de la tête, écoutèrent quelques secondes\nle rissolement du lard prolongeant sur le plat la cuisson de la casserole.\n      « La baesin prit place en face de Kees. Elle se signa, joignit les mains. Les\n paysans l'imitèrent, penchèrent la tête. On entendait à présent le tictac régulier\n de la grande horloge enfermée dans sa haute cage de chêne, à vitrine. Puis,\narmés de leurs fourchettes, les hommes & les deux femmes piquèrent à même\n le plat, creusant devant eux autant de brèches dans le ragoût. Ils mangeaient\n sans rien dire, mâchaient bruyamment, engloutissaient avec une voracité de\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "                                   — 109 —\n\npoissons, des goulées de légumes & de viande, ou échancraient d'épais chan-\nteaux de pain de seigle, savoureux, légèrement acidulé.\n     « ... Les fourchettes cessèrent leur va-et-vient. Repus, les hommes coulaient\nlentement leurs mains ouvertes de leur poitrine à leur cuisse, en poussant un\nsoupir de sensualité satisfaite. »\n     On le voit, Georges Eekhoud est un observateur de premier ordre. Pour­\ntant, s'il n'était que cela, je ne louangerais pas son livre. Que les naturalistes\nme le pardonnent, — existe-t-il un naturaliste ? — ce que je recherche surtout\ndans une œuvre, c'est la personnalité de l'écrivain. Or, le roman de Georges\nEekhoud est doublement personnel.\n     Personnel d'abord par la langue. Langue rude, abrupte, aux soudaines cas­\nsures, où les pâtes grises & noires dominent, brusquement magnifiées par de\ngrandes explosions rouges, langue admirablement adaptée aux choses qu'elle\nexprime, tantôt sournoise, retorse & têtue comme les paysans du livre, tantôt,\ncomme eux, primesautiere, bestiale, cruelle, avec des phrases spontanées\ncomme des cris. Langue large & puissante, qui parfois se contourne pittores-\n quement, pareille à cet Escaut qui, « là-bas, derrière les digues, roule ses eaux\n blondes » ; langue enfin, qui charrie, pêle-mêle dans l'emportement de ses\n vagues, toutes les richesses & les naïvetés du patois.\n      Personnel, le roman l'est aussi par son impression d'ensemble. Georges\nEekhoud exprime ce qu'il a vu, certes ; mais il exprime en même temps les\nsensations que les paysages du Polder lui ont suggérées. Il subit fortement\nl'effet réflexe de la vision sur l'esprit, sans lequel il n'y a point d'artiste.\nComme tous les grands amants de notre terre, il a vu son coin natal à travers\nune forte & religieuse émotion, à travers la mélancolie physique naturelle aux\ntempéraments du Nord. Eekhoud nous apparaît comme une espèce de Millet\nflamand, un Millet plus sûr & plus robuste, le poète du cal & des héroïsmes\npaysans.\n\n\n\n\n     LES FLAMANDES, poésies, par Emile Verhaeren. 1 vol. in-18. 3 fr. 50.\nBruxelles. Lucien Hochsteyn.\n      Un des grands écrivains français de notre temps, le plus profond historien\net le plus pénétrant critique du XIXe siècle, Taine, démontre que l'artiste ne\ndoit pas, en des œuvres scrupuleuses, traduire les réalités, mais abstraire un\ndes éléments essentiels de son sujet, & l'exagérer.\n      Un poète belge, dans un volume qui, chose rare, est un volume définitif,\nvient de confirmer, par un éclatant exemple, la théorie de l'exagération néces­\nsaire.\n      Emile Vcrhacren appartient à la race flamande des faiseurs de chairs. C'est\nJordaens poète.\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3231, "texte": "                                   —   110   —\n\n\n     Plus d'une fois, dans mes promenades à travers les musées, devant les\n Rubens, les Jordaens, les Teniers, les Steen, devant ces merveilles de l'art fla­\nmand, devant le Martyre de Saint-Liévin, qui n'a d'un martyre que le nom,\noù l'extase du supplicié, la descente glorieuse des anges porte-palmes, tout l'ap­\npareil religieux s'éclipse, & qui n'est qu'une rouge tuerie, le rêve atroce et\nsuperbe d'un soudard soûlé de sang, un cauchemar écarlate, un fouillis de\nchevaux cabrés sur le ciel, de chiens hurlant aux blessures, & que traverse\nfurieusement le torse athlétique d'un tortureur au large turban de pourpre; —\ndevant Le Satyre & le Paysan, cette plantureuse épopée du ventre, où les atta­\nblés, le corps sur les plats, lapant les sauces gluantes, les joues fluxionnées de\nviandes & de lards, la balèvre animale & tombante, depuis deux siècles, se\ngavent ; — devant les Kermesses de Teniers, ces intempérances de bière, de\nmangeailles, d'amour, où, dans un coin, avec le glou-glou des bouteilles, se\nvident les ivrognes; — devant L'Offre galante, de Steen, cette verveuse et\ncochonne anecdote où les mots crus, saisis par le peintre au vol, semblent\ncollés aux juteuses couleurs de la toile ; — et, devant les intérieurs tranquilles\ndes petits maîtres, où le sujet, presque toujours le même, est sacrifié aux belles\nombres rousses, aux antithèses du clair obscur, aux teintes savoureuses et\nappétissantes de cette peinture si ragoûtante qu'elle semble une cuisine, aux\nlumineuses taches, aux avivantes éclaboussures de soleil sur le rire des cuivres,\ndevant ces miracles de l'art des ancêtres, devant ces prestigieux tableaux d'exis­\ntence béate, souvent j'ai regretté que notre si mélancolieuse & décrépite poésie\nn'allât redemander la santé & la joie à ces grands & prodigues dispensateurs\nde la sève.\n     Depuis que j'ai lu Les Flamandes, ce regret, je ne l'ai plus.\n     Emile Verhaeren est un tempérament matériel, l'un des plus matériels et\nl'un des plus puissants que je connaisse. Flamand d'origine & de nature, sur­\ntout attiré, comme Jordaens & Steen, — pour qui l'art fut une immortelle\nribotte, — par le côté charnel, exubérant des gars & du pays de Flandre, par\nl'exultante fécondité de ses femmes & de ses terres, par le grand coup de folie,\nd'ivresse & de chaleur qui traverse les foires, par la truculence des couleurs,\npar la formidable kermesse des contours, des lumières & des musiques.\nComme les vieux peintres des musées, il a longuement contemplé les hommes\net les choses de la patrie, — mais, au lieu de les photographier dans leur\nréalité immédiate, ce qu'un écrivain médiocre eut essayé, — il a cherché, et\natteint, une réalité supérieure : la quintessence des moeurs & des aspirations\nd'une race. Georges Eekhoud, dans Kees Doorik, incarne l'idéal sombre, mé­\nlancoliquement animal, vaguement religieux du rustre en communion avec la\nglèbe. Emile Verhaeren, lui, dégage l'idéal charnel flamand, l'idéal des amours\nde ventre, des hilarantes & sempiternelles godailles. A travers l'exagérant\nlyrisme d'une poésie royalement outrancière, il a concentré cet idéal dans une\nmagistrale œuvre qui évoquera, pour les générations prochaines, comme Jor-\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "                                  —    111   —\n\n\n\ndaens & Steen l'évoquèquent pour les générations passées, les gloires de la\ngrasse Vie rouge !\n     Les Flamandes s'ouvrent par une ode d'un large vol descriptif, les\nVieux Maîtres, dédiée à Jean Richepin, & qui me semble un des efforts les\nplus heureux du poète :\n\n             Dans les bouges fumeux où pendent des jambons,\n             Des boudins gras, crevant leurs tissus de vessies,\n             Des grappes de poulets, des grappes de dindons,\n             D'énormes chapelets de volailles farcies,\n             Tachant de rose & blanc les coins du plafond noir,\n             En cercle, autour des mets entassés de la table\n             Qui saignent, la fourchette au flanc, dans un tranchoir,\n             Tous ceux qu'auprès des brocs la goinfrerie attable :\n             Craesbeke, Brakenburgh, Teniers, Dusart, Brauwer,\n             Avec Steen, le plus gros, le plus ivrogne au centre,\n             Sont réunis, menton gluant, gilet ouvert,\n             De rires plein la bouche & de lard plein le ventre.\n             Leurs commères, corps lourds où se bombent les chairs\n             Dans la nette blancheur des linges du corsage,\n             Leurs versent à jets longs de superbes vins clairs\n             Qu'un rais d'or du soleil égratigne au passage,\n             Avant d'incendier les panses des chaudrons.\n\n     Claironne après, l'Art flamand, une rutilante invocation aux femmes de\nRubens, de Jordaens & de Steen, une ardente symphonie de chairs rouges, de\nseins en sueur, de croupes vautrées, où l'assaut des satyres & des faunes, fonce\nen une ruée de débauche, une vision violente & ignée, férocement & superbe­\nment triviale, ci & là relevée par un trait de grandesse, exaltée jusqu'aux som­\nmets de la poésie par l'apothéose de la fin :\n\n                    Dans la splendeur des paysages,\n                    Et des palais lambrissés d'or,\n                    Dans la pourpre & dans le décor\n                    Somptueux des anciens âges,\n\n                    Vos femmes suaient la santé,\n                    Rouges de sang, blanches de graisse,\n                    Elles menaient les ruts en laisse,\n                    Avec des airs de royauté !\n\n    A l'Art flamand succède une très longue pièce, Les Plaines       flamandes,\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "                                   —   112 —\n\n\nd'une touche plus reposée, d'une couleur moins triomphante, très belle & très\nhaute encore dans ses assourdissements calculés. Paysages de mai, perspec­\ntives estivales, tombées de soleil derrière les bois roux d'automne, horizons de\nneige & de ciel mat où des vols noirs de corbeaux simulent de rapides asper­\ngées d'encre, tout y dénonce un pinceau riche & franc, habile à traduire la\nvibrante lumière qui baigne les choses.\n     Se pressent alors les Croquis de Ferme, tout un musée de sonnets pictu­\nraux, version de la vie des champs, où se jouent les salubrités du vent & les\nfantaisies du soleil. Je cite, parmi les -meilleurs, Les Granges,     l'Abreuvoir.\nLes Greniers, Les Espaliers, & surtout La Cuisson du Pain, un chef-d'œuvre\nd'opulentes couleurs, de clarté chaude, & dont la dernière image n'a pu être\ninventée que par un intense & grand poète :\n\n\n\n            Les servantes faisaient le pain pour les dimanches,\n            Avec le meilleur lait, avec le meilleur grain,\n            Le front courbé, le coude en pointe hors des manches,\n            La sueur les mouillant & coulant au pétrin.\n\n\n\n            Leurs mains, leurs doigts, leur corps entier fumait de hâte ;\n            Leur gorge remuait dans les corsages pleins ;\n            Leurs deux poings monstrueux pataugeaient dans la pâte,\n            Et la moulaient en ronds comme la chair des seins.\n\n\n\n            Dehors, les grands fournils chauffaient leurs braises rouges ;\n            Et deux par deux, du bout d'une planche, les gouges\n            Dans le ventre des fours engouffraient les pains mous.\n\n\n            Et les flammes, par les gueules s'ouvrant passage,\n            Comme une meute énorme & chauve de chiens roux.\n            Sautaient en rugissant leur mordre le visage.\n\n\n     Puis, vers la fin du volume, Kato. Les Truandailles, La Vache, d'une\nfougue lyrique haletante, Amours de Gars, une page de réalisme épique,\nsonore & flambante, digne du maître auquel elle est dédiée ; Les Femmes de\nRubens, larges strophes aux chairs pulpeuses & fleuries, un éblouissement de\nnudités fières ; & cet autre chef-d'œuvre : Les Vieilles, une élégie se terminant\nen satire, où tinte une forte & matérielle mélancolie, une inspiration qui m'é-\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "                                 — 113 —\n\nvoque le souvenir de Ronsard, mais d'un Ronsard flamand plus robuste, de\nplus haute envergure, débarrassé de la grâce un peu vernie des diminutifs :\n\n\n           Les chairs, les belles chairs en fleur des gouges mortes,\n           Jeunes encor, où vont-elles ? Et qui de nous\n           Les verra resplendir ailleurs rouges & fortes,\n           Et les adorera toujours, à deux genoux?\n           Souvent lorsque juillet flamboie, on rêve d'elles,\n           De leurs beaux corps défunts qu'on a connus jadis,\n           Et plus haut que ne va le vol des hirondelles,\n           Près des cieux, on croit voir de lointains paradis\n           Embrasés de lumières & tapissés de nues,\n           Où, l'œil vainqueur, les seins sortis du corset d'or,\n           Des anneaux de rubis cerclant leurs jambes nues,\n           Le front plaqué d'un feu de soleil qui s'endort,\n            Les gouges dans leur gloire ardente se promènent.\n\n\n      Puis enfin, pour clore le livre, Les Paysans, une longue pièce au prélude\ncalme & analysant, qui après s'enfièvre & se congestionne dans une rage\nlyrique, & qui rougeoie d'une furieuse description de kermesse, une des pages\nles' plus féroces & les plus précipitées de toute la littérature française :\n\n\n           Aux kermesses pourtant les paysans font fête,\n           Même les plus crasseux, les plus ladres. Leurs gars\n           Y vont chercher femelle & s'y chauffer la tête.\n           Un fort repas, graissé de sauces & de lards,\n           Sale à point les gosiers & les enflamme à boire.\n           On roule aux cabarets, goussets ronds, coeurs en feu,\n           On y bataille, on y casse gueule & mâchoire\n           Aux gens du bourg voisin qui voudraient, nom de Dieu !\n           Lécher trop goulument les filles du village,\n           Et gloutonner un plat de chair, qui n'est pas leur.\n           Tout l'argent mis à part y passe, en gaspillage,\n           En danse, en brocs offerts de sableur à sableur,\n           En bouteilles gitant à terre en tas difformes ;\n           Des plus fiers de leur force ont des gestes de roi,\n           A rafler d'un seul trait des pots de bière énormes,\n           Et leurs masques, plaqués de feu, suant l'effroi,\n           Avec leurs yeux sanglants & leur bouche gluante,\n           Allument des soleils dans le grouillement noir.\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "                                       114\n\n      Tel est, en raccourci, ce livre puissant, qui hausse Emile Verhaeren au\npremier rang, non seulement des écrivains belges, mais encore des poètes fran­\n çais contemporains.\n      Après cette réduction des Flamandes, il importe de dégager la psychologie\n de l'œuvre.\n      Certes, Emile Verhaeren est le Flamand, & le Flamand matériel que\ndénonce son livre. Il ne peut être question ici, ni d'idéal factice, ni d'origina­\nlité long cherchée, ni d'une gageure d'art, — ce que de très perspicaces criti­\nques ne manqueront pas d'insinuer. Je connais Emile Verhaeren depuis quatre\nans. En 1879, Les Flamandes le hantaient déjà. La Vachère, une des pièces\nles moins fortes du recueil, date de cette époque. Depuis, Emile Verhaeren\ns'est développé, mais dans le même sens, & là où certains cerveaux obscurs\ndécouvriront sans doute un parti pris de singularité, il n'y a que la facile\nexpansion d'un tempérament.\n      Ce n'est, en effet, que dans la poursuite d'un idéal personnel, nourri de\nson sang & de sa moëlle, que le poète atteint la fougue & l'intempérance lyri­\nques. & qu'il appose au bas de son œuvre cette rare & royale & léonine signa­\nture : la griffe.\n      Oui, Emile Verhaeren est bien l'homme de son livre, l'homme de ses vers\nsanguins, charnus, rouges & blancs comme les corps des nymphes de Rubens.\nSans doute ses Flamandes sont une protestation contre les chloroses modernes,\ncontre les\n\n                       ... yeux malades de phtisiques\n                       Où micassent les désespoirs,\n                       Les grâces fausses & gommées\n                       S'allanguissant sur les sofas,\n                       Dans des peignoirs en taffetas\n                       Et des chemises parfumées,\n\n     Mais il est sûr, lui, le poète charnel, le matérialiste entêté, de ne pas\nouvrir son volume à quelques-uns de ces rhythmes morbides, à quelques-unes\nde ces sensations rares, de ces images aux correspondances mystiques qui sont\nle principal objectif des stylistes contemporains? N'est-ce pas dans Les Fla­\nmandes que je trouve ces vers :\n\n              Des ardeurs s'allumant au feu noir des viols.\n\n\n\n             Comme d'un blanc parfum de fades renoncules.\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "                                   —115—\n\n              Mais en face le lait restait froid, restait vierge\n\n\n\n              En automne, saison des belles pourritures\n\n\n\n              Les flots traînent ce grand horizon dans leurs moires,\n              Se vêtent de ses tons électriques & faux.\n\n\n\n     Ces images, grandes & glorieuses d'ailleurs, je ne songe pas à les repro­\ncher au poète. Même, elles m'éjouissent, car elles semblent annoncer chez\nEmile Verhaeren une tendance à spiritualiser davantage son art, à traduire\nl'au-delà des choses. Et seulement après avoir étudié ces vers qui ne sont pas\ndans l'entière logique du livre, on saisit l'idée génératrice des Flamandes. Par\ntempérament, Emile Verhaeren est poussé vers les franchises & les verdeurs\nd'autrefois. Mais il subit aussi l'influence fatale de son époque : la domination\ndes nerfs. Et, alors cet intense volume m'apparaît à la fois comme un hom­\nmage à la plantureuse vie des ancêtres, — & comme un regret.\n      Par les nombreuses citations que j'ai faites, on a pu juger la force & le\ngénie pictural de la langue. Les expressions tiennent debout, mais sans le\nsecours des tropes. Les couleurs riches, vibrantes, grasses, donnent des fêtes\naux yeux. Et, les strophes savamment orchestrées, clament la pensée du poète\ndans une violente gloire sonore.\n     J'espère que Les Flamandes seront applaudies avec véhémence. Déjà, les\nvieux maîtres flamands, à cette table croulant de rouges viandes où le poète les\na vus trôner, s'entretiennent de lui. Jordaens approuve de la tête ses Truan­\ndailles, Teniers, ses Paysans, Dusart, l'Abreuvoir, Brakenburgh se lève titu­\nbant pour dresser un couvert, Steen, la trogne hilare, s'érige comme à l'arrivée\nd'un nouveau mangeur, & les immortelles gouges, descendues de leurs cadres,\nversant au cristal des coupes un vin de soleil, encerclent un grand fauteuil\nroux cloué d'or, — qui attend.\n\n                                                     ALBERT GIRAUD.\n\n\n     LE SCRIBE, par Albert Giraud. Un vol. in-18. 3 fr. 50. Bruxelles.\n(Lucien Hochsteyn).\n     Livre étrange, nerveux à l'excès, bilieux, — superbe ! Sur un fond dou­\nloureux de passions exulcérées, de haine, de colère, de faux amour, de lanci­\nnantes souffrances, s'auréole cette blême & fascinante figure, — le Scribe.\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2797, "texte": "                                   — 116 —\n\nAinsi, dans les orageuses soirées automnales, on voit à l'horizon un phtysique\nsoleil agoniser sur de sales nuages verts, jaunes & rouges, des nuages de bile,\nde joie & de sang.\n      Jean Heurraut, le scribe, c'est l'actuel poète, l'être détraqué, aux mai­\ngreurs morbidement débiles, sans chairs ni muscles, aux nerfs exaspérés,\nsecoués de longs furieux spasmes, où le corps s'use, comme un violon dont la\ntrop mince table d'harmonie, sous la tyrannique tension des cordes, trépide à\nse briser.\n      Né dans une petite ville, fils de placides commerçants, d'une tranquille\nsanté bourgeoise, il est le légitime enfant des vastes cités modernes, lui, le ma­\nladif, qui semble avoir bu par tous les pores leur alcoolique atmosphère. Et\nc'est là qu'il ira vivre, dans les fourmillantes & corrosives grandes villes,\nce milieu naturel de son maigre & nerveux corps, de son intelligence qui quin­\ntescencie.\n      Hélas ! vivre, pour celui-là, c'est mortellement souffrir.\n      11 est poète. Il aime.\n      Poète, de cette exsangue race qui a pour nourrice notre insalubre époque,\n— il écrit le lumineux poème de ceux qui n'ont pas vingt ans, & qui, parce\nqu'ils souffrent, rêvent la Beauté impassible, dans une immortelle tranquillité\nmajestueuse.\n      Il aime, — d'un amour absolu, de toutes ses ardeurs d'adolescent resté\nlongtemps vierge, de toute la véhémence de sa paroxyste nature.\n      Mais Mirah, l'adorée, Mirah, la féline, joue avec son cœur comme avec\nune souris rouge. Et, parce qu'elle l'aime, l'orgueilleuse frigide, elle veut\nétrangler son génie, elle veut l'arracher à cette rivale jalousée, la Muse.\n      Un soir, Jean Heurtaut entend Mirah dire à une amie : « Oui, si quelque\npoètereau te tombe sous la patte, imite-moi; persuade-le qu'il est une croûte,\net il t'aimera. »\n      Et, dans le cœur foudroyé du Scribe, 1 amour, en un instant, s'éteint.\n      Ici, commence véritablement le poignant drame.\n      Guéri de son amour, Jean Heurtaut, le fatal malade, est repris du mal\n d'écrire. Talonné par la fièvre, il travaille. Et quel travail ! C'est la langue\n ennemie qu'il doit vaincre, la langue qui, furieusement, se débat, révoltée. Les\n mots en colère refusent d'obéir ; le verbe fuit comme un visqueux serpent que\n les mains convulsivement serrées ne peuvent retenir. La phrase se rebelle\n contre l'audacieux pétrisseur, et, entre ses doigts fébriles, s'écroule. De quoi te\n sert, poète, d'avoir en ton souffle un feu d'âme, si le corps de ton œuvre dans\n ta main tombe en poudre, insoumise argile que tu veux en vain façonner à\n ton image !\n       Lutte formidable !\n       Le poète en sort vainqueur, mais frappé à mort. Par une pure & parfumée\n fin de jour, qu'empourpre de gloire un couchant soleil, il meurt, tenant à la\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "                                   —    117   —\n\n\nmain son livre, ce livre écrit avec son sang, ce livre dont l'enfantement lui a\ncoûté la vie, — ce livre qui, né dans la colère, la haine & le poison, ira tuer à\nson tour d'autres âmes.\n     Rien de plus tragiquement simple que cette histoire. A peine y trouverait-\non ce que les pédants nomment un nœud, ce que le vulgaire appelle une\nintrigue. C'est une saignante analyse des douleurs toute modernes, que dans\nleur monstrueux cerveau & leurs despotiques nerfs & leur aimant cœur, pâtissent\naujourd'hui ceux qui ont le malheur de naître poètes. Il ne s'agit ici, ni des\nlamartinicnnes confidences d'un amour dépareillé, ni des bestiales coucheries\nréalistes, que l'énormité seule peut rendre lyriques : c'est l'effroyable souf­\nfrance d'une âme géante qui se débat contre l'impuissance de la matière, c'est\nl'horrible agonie d'un superbe & doux esprit, qui, aux temps des Sophocle et\ndes Virgile, eût été Virgile ou Sophocle, & qui, enfermé dans un corps mal­\nsain, dans une vie morbide, dans une époque impoétique, venu trop tard dans\nun siècle trop vieux, férocement se venge de son martyre par une œuvre inouïe,\nqui communiquera son mal aux quatre coins du monde, comme une hideuse\net purulente & inguérissable lèpre.\n     Albert Giraud a fait là un maître livre. Notre public belge l'appréciera-t-il?\nJ'en doute. Cela n'est pas écrit pour la foule. Les critiques de pacotille crie­\nront au scandale, comme s'il était scandaleux d'enfoncer le scalpel dans de\nputrides chairs & de crier au monde : Regarde, voilà le mal qui te pourrit!\n      Les journalistes aveugles, dont l'imbécilité a plâtré les yeux, comme fit\nl'hirondelle à Tobie, parleront d'infection réaliste, comme s'il y avait le\nmoindre réalisme dans ce cri de révolte de l'esprit contre la chair!\n      Mais les artistes comprendront ce livre. Ils y verront leur vie moribonde,\net de leur cœur jaillira une immense sympathie pour l'écrivain qui les a si bien\ncompris. Albert Giraud sera, pour ces viriles pages, rageusement haï & vigou­\nreusement aimé.\n     Je veux dire un mot de la langue dont il s'est servi. Le délicat poète, qui,\nle mois dernier, a, dans la Revue Moderne, si finement orfévré douze rondels\nbergamasques, a dompté, lui, le verbe farouche. Merveilleusement les mots\nobéissent au despotisme de sa pensée. L'œuvre étrange éclate dans toute la\nsuperbe bizarrerie d'un style nouveau & parfait. Peut-être lui reprochera-t-on\nses fières phrases qui sonnent comme d'inaudites symphonies, & ses hardis\nnéologismes moulant la pensée comme un maillot couleur chair. Tout cela a\npourtant sa raison profonde. Cet écrivain tout de nerfs & de sensations, Albert\nGiraud, coupe aux mots leurs caudales syllabes incolores ; trop de vocables\ntraînent à leurs pieds ailés le pesant boulet des désinences en ment; leur\nchaîne est coupée, ils s'élancent radieusement libres : chatoiement devient\nchatoi, flamboiement, flamboi; & à l'amputation de ce membre exsangue, ils\ngagnent une santé nouvelle, pleine de jeunesse & de couleurs.\n     Et ce n'est pas seulement la couleur que ce superbe style apothéose ; le\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "                                   — 118 —\n\ndessin, la ligne, que Théophile Gautier seul a su tracer dans ses nettes phrases,\nse découpent superbement dans celle d'Albert Giraud. L'ordre bizarre des\nmots, pour quiconque lit avec des yeux d'artistes, fait saillir des angles,\narrondit de graciles courbes, creuse de profondes perspectives, casse les mor­\ndants traits avec une brusque arrête.\n     Avec quelle vivacité de ligne, quelle profusion d'éblouissantes couleurs il\npeint, par exemple, ce bal au théâtre :\n     « Sous la gloire des mythologiques plafonds, sous l'or incendié des lus­\ntres, sous une poussière de gaz & de chaleur, au rhythme de la Valse des Roses,\nla foule toujours accrue par les vomissants couloirs, bondit, sonnante du trépi\ndes pieds, des fusants rires, des quolibets crevant à la surface de ce moutonne­\nment comme des bulles d'air sur l'eau, des lambeaux de musique hurlés en\nchœur après l'orchestre, sonores haillons arrachés par la crapule à la planante\net tournoyante valse, la foule, où les couples, sous les invisibles & claquants\nfouets de la bestiale joie, tournent avec le bruit & le vertige des toupies, la\nfoule, où se confondent dans une rapide hallucination de couleurs les intri­\ngants dominos, les gibbeux polichinelles, les serpentins arlequins dont les\nbattes battent, les matamorants matamores aux insolentes moustaches en croc,\nles escarmouchants scaramouches, les estudiantinos guitarant, les faméliques\nMacaires, les enfarinés & lunaires pierrots, la foule, où sur un fond d'habits\nnoirs les violents oripeaux, éclatent à l'œil, comme de jaunes, d'indigos, de\nbleus, de verts, de rouges pétardants pétards ! »\n\n\n                                                       IWAN   GILKIN.\n\n\n\n\n                 MEMENTO            BIBLIOGRAPHIQUE\n\n\n\n\n     Le recueil des scènes désopilantes du Colonel Ramollot, ce type étourdis­\nsant créé par Charles Leroy, vient de paraître à la librairie Marpon & Flam­\nmarion, avec eau-forte & illustrations.\n     Le Colonel Ramollot est déjà célèbre, car il n'est pas de fête artistique, où\nl'on ne demande à l'auteur sur l'air des lampions : Ramollot !\n     Charles Leroy ne le cède en rien à ses devanciers : Galetti, Durandeau,\nNoriac, etc. Avec un tact rare, il a su éviter les redites & trouver un filon nou-\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "                                      — 119 —\n\nveau. On dirait un chirurgien faisant de la dissection. On croirait qu'il est né\nenfant de troupe, passant sa vie à la caserne où à la cantine.\n     Le Colonel Ramollot restera le type du Prudhomme militaire, & qui n'a\neu la bonne fortune d'entendre l'auteur, voudra au moins lire : Pinteau, la\nBaignoire, la Musique, le Tableau d'avancement, etc.\n\n\n\n\n             Sommaire du n° 2 de la Revue Moderne (20 Janvier) :\n       Gambetta                                     Victor Arnould.\n       Bilan du suffrage censitaire .   .   .      Edmond Picard.\n       Rondels bergamasques .      .  .   .        Albert Giraud.\n       Bonshommes & Bonnes femmes .         .      Henri Nizet.\n       A travers le Gothard    .   .  .   .        A.-J. Wauters.\n       Chronique artistique. .     .  .   .        Théo Hannon.\n            —      littéraire\n\n  Le prochain numéro de la Revue Moderne (20 février), contiendra :\n\n       Rococo                                                Ed. & J. de Concourt.\n       Pamphlet contre l'amour         .     .      .        Caroline Gravière.\n       Sixain de sonnets .     .   .     .     .             Iwan Gilkin.\n       Line, poésie.        .  .   .     .     .             Georges Eekhoud.\n       Richard Wagner (1re partie) .\n       A travers le Gothard (fin)      .     .      .        A.-J.   Wauters.\n       Chronique littéraire      .     .     .      .        Max     Waller.\n            —      scientifique .    .     .    .       Dr       W.\n            —      judiciaire. .     .     .    .             Nève.\n            —      artistique. .     .     .    .            Théodore   Hannon.\n\n\n\n      Vient de paraître à Liége une intéressante étude de M. Célestin Demblon\nsur le fécond écrivain Joseph Demoulin.\n      — Viennent de paraître chez Boitte : Les Galanteries de la Bible, le\npoème joyeux de Parny l'erotique, qui attribuait sa conversion à la lecture de\nla Bible, que son confesseur lui avait toujours interdite !\n      Jonglant avec les vers de huit que tant prisait son siècle, Parny a la faci­\nlité de Voltaire & la grâce de Dorat. L'éditeur qu'i réimprime aujourd'hui la\ngalante - œuvre dans une édition mignonne & « bon marché », a joint aux\nGalanteries de la Bible les Tableaux égrillards : la Rose, la Main, le Songe,\nle Baiser, les Rideaux, toutes ces petites scènes poudrederizées qui rappellent\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2379, "texte": "                                 —    120 —\n\n\nles licences roses de Fragonard, & que l'on déguste ainsi que des sorbets, aux\nheures de flemme.\n      — Chez Parent : le Voyage à travers l'Univers, de Paul Combes, dans la\ntrès excellente Bibliothèque belge illustrée que nous ne saurions assez recom­\nmander aux maisons d'éducation & aux familles. La science, mise à la portée\nde tous sous une forme attrayante qui appelle la lecture, est dans ce volume,\ncomme dans Les Monuments à travers les âges, qui l'a précédé sous la signa­\nture de E.-J. Dardenne, traitée d'une main familière & savante que nous\napprouvons de tous nos encouragements.\n\nL'ART DE LA FEMME. — Sommaire du n° 2 — (15 Janvier 1883). (Rou­\n    veyre & G. Blond, imprimeurs-éditeurs, 98, rue de Richelieu, à Paris). —\n    Le Costume Féminin, par Marguerite d'Aincourt. Illustrations de Cortazzo\n    et Scott (deuxième article). — Les Salons de Paris, par Bachaumont.\n    Illustr itions de Cortazzo (deuxième article). — Hygiène de la Parisienne,\n    par le docteur Darfeu. Illustrations de Cortazzo (deuxième article). — Le\n    chien de Loulou, par Henry Desbruyère. Illustrations de Henriot. —\n    Le Théâtre à Paris en 1883, par Pierre Decourcelle (deuxième article).—\n    Album musical de l'Art de la Femme, Floréal, paroles & musique, par\n    Edouard Okolowicz. — Courrier illustré de la Mode parisienne, par une\n    parisienne (Camée). (Deuxième article). — La Bourse & les affaires.\n    Cette publication paraît les 1er & 15 de chaque mois & contient de 32 à 40\npages de texte; l'abonnement d'un prix modique (3o francs par an), est offert\ncomme surprise & cadeau par toute la haute société parisienne.\n    Un numéro spécimen est adressé franco contre envoi de 1 franc 50 cen­\ntimes en timbres-poste.\n\n        LE CORRESPONDANT BELGE. — Sommaire du n° 1 :\nLe Ménétrier (conte), Frédéric Cousol. — Robert Helmont, Alphonse Daudet.\n   — Devant la mer (poésie), Frédéric Cousot. — Croquis bruxellois, Théo­\n   dore Hannon. — Caractères drôles : Nicolas Tacite, Georges Bauwens.\n    — Revue littéraire, Albert Giraud. — Notes de musique, Ernest Van\n   Dyck. — Bavardages d'un peintre, C. Gemot. — Architecture, D... —\n    Causerie scientifique, Georges Kaiser. — Carnet d'un flâneur. — Bulletin\n   financier, A., A. — Bibliographie, Serge Aubry.\n\n                                                             NEMO."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LVCIEN HOCHSTEYN, ÉDITEVR", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 142, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 537, "texte": "LVCIEN HOCHSTEYN,              ÉDITEVR\n      Bruxelles, 8, rue de la Paille, 8, Bruxelles.\n\n\n\n         EMILE            VERHAEREN\n\n\n                          LES\n\n\n\n FLAMANDES .\n                      POÉSIES\n\n     Un vol. in-18. Prix : 3 fr. 50. — En vente,\n\n\n\n             ALBERT              GIRAUD\n\n\n\n\nLE S C R I B E\n     Un vol. in-18. Prix : 3 fr. 50. — En vente.\n\n\n\n           GEORGES              EEKHOUD\n\n\n\nKEES DOORIK\n                 SCÈNES    DU    POLDER\n\n\n\n\nUn vol. in-18. Prix : 3 fr. 50. — Paraîtra le 15 février.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE paraissant le 5", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Librairie A. 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'                      3 fr.\n                       les abonnements se prennent à toute époque.\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-02-05-n3-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Librairie A. BOITTE, éditeur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 143, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 378, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "Librairie A. BOITTE, éditeur, Bruxelles,      38, rue de l'Hôpital, 38,   Bruxelles\n\n\n                  COLLECTION BOITTE\nMagnifiques volumes in-18, véritables bijoux de typographie, composés de 128 pages\n          imprimées en caractères elzéviriens sur beau & fort papier teinté.\n                         PRIX : 50 CENTIMES LE VOLUME\n                       Le premier volume a paru le 15 novembre 1882.\n              E N V E N T E :• L e deuxième volume de la collection\n\n   PARNY           -     LES      GALANTERIES               DE       LA        BIBLE\n                                   et Poésies diverses.\nP o u r paraître fin Mars : L A        CONFESSION          D'UNE       COURTISANE.\n\n                  RÉVOLUTION DANS L'ART DE SE RASER\n\n               RASOIR                                     AMÉRICAIN\n                                   Breveté S. G. D. G.\n           Il est impossible dans une annonce de donner une idée complète des\n    avantages extraordinaires de cette merveilleuse invention, cet appareil jus­\n    tifie entièrement sa vogue ; il permet à toute personne de se raser sans en\n    avoir aucune habitude, & cela sans crainte de coupure.\n           Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement nerveux on peut se raser\n    d'une façon plus parfaite que ne le ferait le barbier le plus expérimenté par\n    les procédés anciens.\n           Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce nouveau rasoir est telle­\n    ment extraordinaire qu'il est certain qu'il remplacera partout l'ancien sys­\n    tème ; il suffit de l'avoir essayé une fois pour ne plus vouloir se raser ni se\n    laisser raser par d'autres procédés.\n          Ne pas confondre avec des appareils similaires qui se vendent à vil\n             prix & qui n'ont aucun des avantages du RASOIR AMÉRICAIN.\n         Pour le recevoir franco, envoyer 5 fr. 50 en un mandat-poste à\n    M, MICHEL, 37, rue des solitaires, Paris. (Remises pour les achats en gros.}\n              (Prière d'indiquer dans quel journal on a lu cette annonce»)\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 100, "texte": "(3e année) 1883               Tome I L N°                    3        5        FÉVRIER\n\n\n\n\n                                    LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                             SOMMAIRE\n       DIALOGUES DES MORTS.           .     .   ,   ,   .        T Ê T E DE MORT\n       CAVALCADE DES LIEUX COMMUNS .,       PIERROT\n       NOËL DU CŒUR, poésie . . . . . . . THÉODORE   HANNOK\n       VERS BERGAMASQUES. . . . . . . . .   ALFRED POUTHIER\n       POCHADE, poésie                       , . . .             EMILE VERHAEREN\n       SENSATIONS                         . . „ . , ' . .        MAURICE BURNY\n       VIEILLES NOUVELLES          . . . . . . .                 MAX WALLER\n       CHRONIQUE LITTÉRAIRE           . . . . .              AlBERT       GirAUD\n                                                                 IWAN GlLKIK\n\n\n\n\n                         Le numéro : 60 centimes.\n\n\n\n\n                             BRUXELLES\n              BUREAUX         :, 9 0 , RUE                  BOSQUET\n                  LUCIEN H O C H S T E Y N , ÉDITEUR\n\n                             MDCCCLXXXIII\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "               BOITE AUX LETTRES\n\n      12. A nos abonnés. — Des réclamations nous ont été faites relativement à\nl'irrégularité de l'envoi de notre dernier numéro. C'est à l'Administration des\npostes, affolée par la période nouvel-annesque qu'il faut s'en prendre.\n      13. Napoléon, avocat, à Louvain. — Je t'aime !\n      14. Clovis M., Nantes. — 1° Lorsqu'on envoie à la critique un sien\nouvrage, on s'expose à l'éreintement, & ce que l'on a de mieux à faire, c'est de\nl'accepter, se défendre ne sert à rien. Ne vous connaissant pas, je n'ai aucune\nraison de débiner vos vers ; à mon avis ils sont détestables, c'est mon affaire,\net je ne vous ai pas demandé votre brochure. 2 0 Lisez je vous prie dans la\nJeune Belgique, t. I, n° 16, l'art, de M. W. sur les organes de concours, & la\nvaleur de vos couronnes & diplômes. Vos académies & vos instituts ne sont\nque des chapelles d'admiration mutuelle à l'usage des adorateurs de nombril.\nIl n'en sort que des sots qui se gobent & des impuissants qui s'illusionnent.\nNous avons sympathie & confraternité pour le talent jeune & l'effort, non pour\nvos immondes spéculations de concours. 3° Affranchissez vos lettres s. v. p.,\nou plutôt, n'en écrivez plus. Bonsoir. NEMO.\n     15. L. Pradinet. Bien terne, cher confrère, cela manque d'un peu de\npoivre, mettez-en. Il faudrait vous expliquer verbalement la ligne à suivre.\n     16. Octave R. — Rondeau détestable & excellent sonnet qui passera pro­\nchainement, sous quel titre ? Merci.\n     17. Emile L., à Liège. — Trop enfantin, cher confrère, & trop pur pour\nnous ! Très bien rythmé pourtant.\n     18. Charles M.-L. — Est-ce menace ou tentative d'intimidation? Si oui,\nattends, je viens !\n\n     Notre article sur Basoef, la désopilante pièce de Casteleyn, passera dans\nnotre n° 4.\n\n\n     A partir de ce jour, les bureaux de la Jeune Belgique sont transférés\ngo, rue Bosquet, à Bruxelles.\n\n     Nous tenons à la disposition de tous ceux de nos abonnés qui en feront la\ndemande par écrit, des couvertures imprimées destinées au brochage du t. I de\nnotre revue. Elles seront envoyées à titre gracieux dans le numéro qui suivra\nla demande.\n\n                 En vente au Bureau de la Jeune Belgique :\n        Collections complètes de la Jeune Belgique, t. I, prix : 5 fr.\n                 —         (sur papier de Hollande) t. I, prix : 20 fr.\n                 —         de la Jeune Revue (très rare), prix : 2 5 fr.\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "           DIALOGUES DES MORTS\n               POUR FAIRE SUITE A CEUX DE LUCIEN\n\n\n\n\n    La scène se passe dans le grand salon de Pluton, tendu de noir. Cà et là\ndes crânes, au centre desquels brûlent des bougies, font lanternes vénitiennes.\nQuelques squelettes lancent des calembourgs, Le vieux corbeau s'est endormi\nsur le haut dossier de son fauteuil ; à ses serres git, incoupée, La Famille\nBuvard de Louis, dit Hymans.\n\n                               E n l'an futur 1900.\n\n\n                                        III\n\n                                    ROLLINAT\n\n          (Il se promène, l'air fatal, en voulant des yeux   pyramidaux.)\n\n               O toi qui m'as si souvent visité,\n               Satan, vieux roi de la Perversité,\n               Fais-moi la grâce, ô sulfureux messire,\n               P a r un minuit lugubrement tinté,\n               De voir entrer chez moi la dame en cire !\n\n(Un grand éclat de rire se fait entendre; c'est, dans un coin de la salle, Rops et\n                          Baudelaire qui se tordent.)\n\n                                   BAUDELAIRE\n\n                          (Il s'adresse à M.    Rollinat.)\n\n           Il te faut pour gagner ton pain de chaque soir\n           Comme un enfant de chœur jouer de l'encensoir,\n           Chanter des Te-Deum auxquels tu ne crois guère.,\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "                              — 82 —\n\n      Ou, saltimbanque à jeun, étaler tes appas\n      Et tonriretrempé de pleurs qu'on ne voit pas,\n      Pour faire épanouir la rate du vulgaire !\n\n                                LISZT\n\nEh ! Chopin ! Chopin ! viens donc rire !\n\n                    UN SQUELETTE MANIAQUE\n\nAustère Liszt !\n\n                       EMILE VERHAEREN\n\n         Jamais ne m'épata de plus plat calembourg.\n\n                       SARAH BERNHARDT\n\n                             (Minaudant.)\nJe suis plus plate encore.\n\n                        CHARLES POTVIN\n\n\nEt mon style, qu'en faites-vous, madame ?\n\n                             LOUIS HYMANS\n\nEt le mien ?\n\n                       HENRI DE BORNIER\n\nEt le mien ?\n\n                         ALBERT WOLFF\n\nEt le mien ?\n\n                         LÉON CLADEL\n\n\nChut ! assez jaboté, motus !\n\n                    LE SQUELETTE MANIAQUE\n\nMotus vivendi.\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                                     - 8 3 -\n\n                                   M. DE LONGÉ\n\n                                    (Exaspéré.)\n     A la porte !\n\n                                      BANVILLE\n\n                                (Mélancoliquement.)\n     Voici le temps pour les coquecigrues !\n\n                                   LOUIS HYMANS\n\n                                   (A vec fureur.)\n     Arrière une littérature dont la gestation, si elle arrivait à son terme,\nenfanterait la négation du goût, la décadence et le mépris de toute cul­\nture sociale !\n\n                                      BANVILLE\n\n                                    (A L. H.)\n     As-tu bien déjeuné, Jacquot ?\n\n                                   LOUIS HYMANS\n\n                     (Il lève la patte sur Camille Lemonnier.)\n     Pss ! pss ! pss !\n\n                               CAMILLE LEMONNIER\n\n                    (Il prend ses jumelles et regarde à ses pieds.)\n\n     Çà ne fait rien? çà ne tache pas.\n\n                                   LOUIS HYMANS\n\n     Mon œuvre me défend ! Je marche...\n\n                         UN FROMAGE DE ROQUEFORT\n\n     Comme moi!\n\n                                  THÉO HANNON\n\n(Il entre en frisant ses crocs, puis s'adressant au groupe d'enfants qui jouent dans\n                                  un coin de la salle.)\n\n            Jeunes poulettes, vous que des mamans sans cœur\n                 Mènent coucher en temps des poules.\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "                                - 8 4 -\n\n                       MARGUERITE VAN DE WIELE\n\n                               (Effarouchée.)\n     Monsieur Hannon va encore me faire rougir !\n\n                              THÉO HANNON\n\n                      ( II déclame d'un air triomphant. )\n                La très chère était appuyée\n                Au balcon à trèfles pesantss,\n                Regardant passer les passant,\n                Distraite, et la mine ennuyée.\n                A pas de loup je m'avançai...\n\n                          HENRY KISTEMAECKERS\n\n    Tais-toi, malheureux! tu vas me faire saisir !\n\n                                  PLUTON\n\n     Messieurs, faites silence, ou je me verrai obligé de vous lire la\nRevue de Belgique!\n     A l'occasion du carnaval, je me suis entendu — pour la première\nfois! — avec madame Proserpine, afin de nous divertir un peu. Une\nfête monstre vous attend dans les salons du palais ; le programme se\ncomposera d'une foire dans le goût flamand...\n\n                             M. VAN ISEGHEM\n\n    Jan ver mille !\n\n                                  PLUTON\n\n     . . . d'une kermesse à laquelle j'ai l'honneur de vous convier tous.\n                  (Les morts se précipitent vers les valves.)\n\n                            LE VIEUX CORBEAU\n                            ( éveillé en sursaut. )\n    Hein! quoi! quel est ce tumule? (Il regarde mélancoliquement La\nFamille Buvard gisant à ses pieds,) Ce livre-là, voyez-vous : Nevermore !\nnevermore !\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                                     -   85     -\n\n                                         IV\n\n                      KERMESSE                FLAMANDE\n\n    Des baraques disposées en ligne. Au milieu une grande toile peinte repré­\nsente un phénomène vivant, devant laquelle un squelette pître joue des casta­\ngnettes avec ses métatarses, en hurlant le boniment. Plus loin, des squelettes\ndéguisés en hommes vendent de la double brune ; le spectre de Hamlet, l'ombre\nde Juliette; le fantôme de Marguerite; personnages du premier tableau.\n\n                                     LE PITRE\n\n     Mesdames et messieurs, venez voir le phénomène le plus extraor­\ndinaire et le plus impossible de la terre et des cieux, un homme bizarre\nqui n'est pas un homme, qui tient du perroquet, du singe, du coiffeur,\nd e tous les êtres inférieurs, depuis le mollusque jusqu'à l'éponge ; un\npoète, messieurs et d a m e s , qui se nourrit exclusivement de barba­\nrismes, de chevilles et de cacophonies; il a été présenté à toutes les\ncours du monde ; aucun succès ne lui a manqué, ni amitiés solides, ni\nestimes viriles, ni prix quinquennal; rien, sauf l'attention soutenue d'un\nnombreux public d'acheteurs. E n avant, la musique! venez voir le phé­\nnomène vivant qui est mort !\n        Messieurs, il y avait à Bruxelles, en B r a b a n t , trois hospices : le\nF o n t a i n a s pour les vieux hommes, le Pachéco pour les vieilles femmes,\net l'Académie pour les vieilles bêtes. Il en était. Saluez. C'est un\nimmortel. L'empereur du Japon l'a nommé Ko-Ko du céleste empire.\n\n                            LE SQUELETTE MANIAQUE\n\n     Il y a deux ans : l'an mauvais et l'an pire.\n\n                                    ROCHEFORT\n\n     Hou ! Hou !\n\n                             UN BRASSEUR FLAMAND\n\n     L a m b i c ! brune ! faro ! six cents la chope.\n\n                             LE SPECTRE D'HAMLET\n\n     Oh ! give us a bit of Stout ! goddam !\n\n                                  MARGUERITE\n\n     Donner W e t t e r ! hast du kein Bairischer, oder Münchener oder\nNürnberger Bier ?\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "                                    — 86 —\n\n                                    PAGANINI\n                            (Il entre en se dandinant.)\n     Macaroni, pifïeraro, allegretto, zut, dolce con amore, Piccolino ! Ze\nzouis il signor Paganini, li plous grang mouzicieng dou monde !\n                                      POTVIN\n                         Il sort de la baraque, radieux.\n    Enfin, c'est fini mon rôle de phénomène ! Je jouis d'un bonheur qui\nne manque plus que d'être complété par un malheur cruel.\n                        LA PRINCESSE DE GÉROLSTEIN\n    Allons ouste, le vieux ! (Elle donne un coup de pied à Charles.)\n                                     HYMANS\n       (S'approche d'elle en arrondissant son geste, et, d'une voix suave. )\n               Vous allez nous quitter, princesse,\n               Pour devenir archiduchesse.\n                           (UN ÉCHO IMPLACABLE.)\n               Et sur le trône des Hapsbourg\n               Faire asseoir le sang des Cobourg.\n        (Le sirocco, le simoun et le mistral passent en se donnant le bras\n                             et balaient rassemblée.)\n                                     MASSART\n    Vision fugitive et toujours poursuivie !\n\n                            POST SCRIPTUM\n                                CHARLES POTVIN\n    Monsieur Tête-de-mort...\n                           LE SQUELETTE MANIAQUE\n    Vous qui faites le crâne...\n                                CHARLES POTVIN\n    ...je suis indignement bafoué dans vos stupides dialogues! Je\ndemande une réparation.\n                                 TÊTE-DE-MORT\n                               (Avec compassion.)\n    Une réparation? Ah ! mince! vous en avez bien besoin, mon pauvre\nCharles !\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "          LA GRANDE CAVALCADE\n\n                          D E S L I E U X COMMUNS\n\n\n\n\n     U n e bouche inutile, gueulant la Marseillaise du Progrès, annonce aux\nmasses indisciplinées le\n\n                             CHAR DE         L'ÉTAT\n\n que traînent les Séides du despotisme. Un gardien sévère des mœurs tient les\nrênes du gouvernement. L e Char représente un superbe boulevard de la civi­\nlisation, planté d'arbres de la liberté, êmaillé de fleurs de rhétorique. Aux quatre\ncoins tournent gravement des sphères gouvernementales, pleines de petits\nmessieurs en habits noirs. Debout sur le trône et l'autel, un honorable\nmembre, irréprochablement cravaté de blanc, proclame avec une émotion\nindicible les splendeurs des vertus civiques. Une voix plus autorisée, per­\nchée sur le suprême degré de l'échelle sociale, pérore dans un autre ordre\nd'idées.\n      T a n d i s que les Prétoriens en délire foulent aux pieds la conscience\npublique indignée, les hommes providentiels, descendus tout exprès de leur\nSinaï en carton-pierre, bénissent le suffrage éclairé qui, revêtu d'un solen­\nnel verdict de la nation, permet aux rois-citoyens de s'asseoir sans façon sur\nles nouvelles couches, tout en respectant avec autant d'honneur que de\ngloire les immortels principes. C'est en vain que plusieurs arrogances sacer­\ndotales expectorent leur bile sur les Colonnes de l'Etat ; ces ilotes ivres courent\naux gémonies, et les libres institutions que l'Europe nous envie, s'assoient paisi­\nblement d a n s le Temple du Commerce. Alors les pionniers de la civilisation\ndont le besoin se fait généralement sentir, préludent aux nécessités impérieuses en\npréparant les urnes pour le soulagement universel. D a n s son cabinet M. Gui-\nzot « proscrit les bases du lien social ». E t tout au sommet du char,\nl'Extinction du paupérisme en tunique d'azur, étend ses ailes de pourpre et\nd'or sur la Bastille de la réaction.\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "                                  — 88 —\n\n                       CHAR DE L'INQUISITION\n       Il roule sur la Roue de la Fortune et représente les plus mauvais jours de\n notre histoire. La fumée des bûchers entoure le pilori de l'indignation publique\n qui trame un peu partout sur des braises à feu et à sang, la déplorable victime,\n de l'arbitraire. Les stygmates de l'infamie tatouent Philippe II et le duc\n d'Albe. Torquemada, évadé du drame de Hugo, allume le flambeau de\n l'obscurantisme, répand du poivre dans les plaies de la société et se dilate au\n supplice d'une femme. Il joue avec une orfèvrerie de pinces, de tenailles, de\nfers rouges. Un membre de la Chambre fournit les fers blancs. Un hideux\n fouillis d'instruments de terrorisation, parmi lesquels gît En famille, de Charles\n Potvin. Le Masque de l'hypocrisie se décolle. Et sous une descente pla­\n nante d'auréoles du malheur et de palmes du martyre, flambe atrocement,\ndevant un cortège d'inquisiteurs, monstres à face humaine, le suprême\nA uto date Coffee !\n       Quatre journalistes, à cheval sur des clarinettes, lancent de formi­\ndables canards. Un pourceau d'Epicure, truffe au vent, précède\n                                     *\n\n                           LA CAGE DE F E R\n forgée par MM. Louis XI, La Balue, et Clc, c'est le grand char zoolo­\n gique. Les mouches du coche caracolent à l'entour, guettées par l'araignée\n du plafond. Voici Y Aigle de M eaux qui plume le Cygne de Mantoue. Dans un\n coin mal famé les Rats de l'Opéra pincent un cancan avec les Rats d'église.\n Le Coq-à-l'âne fait des calembourgs pour ébourriffer les Dindons de la farce.\n Sous les fleurs, le Serpent de l'envie siffle le Lion du jour, à la grande joie de\n deux Ours mal léchés, tandis, que, avec des larmes de crocodiles, les Oies du\n Capitule pleurent comme des veaux. Les Tigres altérés de sang agonisent d'in­\njures un pauvre bouc émissaire. Des chiens dévorants, du chenil de Racine,\n gardent dans une loge solidement grillée l'hydre du Cléricalisme. Au dessus\n de la cage le Singe du génie médite sur le trente-deuxième adultère des\nfidèles colombes. Le char est suivi par les Moutons de Panurge.\n\n                               *\n                              * *\n                      CHAR PANORAMIQUE\n     Le char représente le Stmggle for lifc. . Au premier plan gisent des\ntas d'arguments qui comblent d'énormes lacunes. Sur le terrain de la lutte à\noutrance, derrière le mur de la vie privée, au bas duquel des avocats font\n\n\n\n\n                                                                        /\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                                    — 89 —\n\nsentinelle, sur le domaine des suppositions gratuites, s'élève l'édifice de notre\nConstitution. Un massif d'arbres généalogiques aux racines grecques entretien­\nnent, à peu de frais, un ombrage perpétuel. Derrière, à peu près à la\nhauteur d'une institution, jetant des flammes brûlantes, scintille le phare de\nla civilisation. U n grand calme, venant des vastes horizons, s'épand sur les\nspectacles de la Nature. Au loin, parmi les raves et les betteraves de la\nhaute culture intellectuelle, le conseil de perfectionnement attise des foyers de\nlumière. Des sommités scientifiques dressent leurs arêtes montagneuses au\ndernier plan. Des points de vue encore plus élevés s'argentent de neiges\nétemelles. D a n s un coin, au fil d'une rivière de diamants, des blanchis­\nseuses lavent des fautes.\n   Mais soudain, les orages de la vie éclatent. Des signes des temps fulgurent\nau ciel. D e nouvelles perspectives se creusent. La pente du gouffre, dérobée\nsous des fleurs, devient glissante, la Roche tarpéienne se rapproche du\nCapitole. U n e pluie métamorphose le paysage en une immense vallée de\nlarmes. M. Charles Potvin, aux lueurs d'un feu personnel, la traverse\nsur le pont aux ânes. Un bruit qui court traîne sur la claie\n\n                                         *\n                                        * *\n                       LE CONCERT             EUROPÉEN\n\n     Un souffle épique vacarme dans les trompettes de la Renommée qui,\nmieux que la. flûte champêtre, fait vibrer les cordes sensibles au son des har­\nmonies de la nature? Écoutez les harpes éoliennes arpéger des accords de vues !\nL e clavier de l'âme humaine joue la marche logique des événements ; les cory­\nphées du parti chantent un chœur d'imprécations, et deux virtuoses d'élite fon­\ndent en un touchant ensemble le cri du cœur et la voix du sang.\n\n                                         *\n\n                           CHAR ANATOMIQUE\n\n      Sur une table d'amphithéâtre s'étale un mannequin gigantesque. Il\na les jambes à son cou, son ventre à terre, le profil perdu. Etabli sur un large pied,\ncomme la Philomène de Bazocf, il étire paresseusement des bras de mer,\net presse avec désespoir son front de bataille. Une main de fer, pétrissant\nsa chair à canon, lui communique la chair de poule. Des régions abdomi­\nnales s'échappent ses entrailles de père. Toutes les forces vives de la nation\ns'éplorent autour. L a tête du mouvement se perd, le cœur du sujet s'atten-\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "                                - 90 -\ndrit, et devant le patient qui prête leflancau sein des commissions en délire,\nsortant d'un nuage biblique, les doigts roses de l'aurore s'enfoncent dans\nl'autre face de la question.\n\n\n\n                   L E CHAR DE LA PEINTURE\n\n      Dans les cadres de l'armée s'épanouit la peinture des sentiments. Un\npeintre de mœurs, très affairé, et qui ressemble à Ensor, s'échine à rendre\n sur la toile la couleur d'une opinion. Il y renonce, et la remplace par une\n ombrelle rose. Mademoiselle Marguerite Van de Wiele, costumée en\ndemi-teinte, barbouille l'éditeur Gilon avec des pinceaux vengeurs. Ferdi­\nnand Loise surveille les noirs complots d'Emile Verhaeren contre Lamar­\ntine. Le rire jaune du chanoine Bernard et la voix blanche de Mgr du\nRousseaux forment un drapeau aux couleurs pontificales. Tout près, et\nlui montrant le poing, jurent des couleurs rationalistes. Théo Hannon sur­\nvient, et fait baisser les yeux à la demi-teinte en lui montrant de coupables\ndessins. M. Slingeneyer avale le burin de l'histoire. Et, tout au sommet,\nJan van Beers, en échevin de l'état-civil, procède au mariage des couleurs,\nqui se dispersent aussitôt pour courir commettre des adultères.\n     Gallien et Hippocrate, fouettant une fièvre de cheval, conduisent\n\n                  L E CHAR DE LA MÉDECINE\n\n     Pitié suprême ! Le corps du délit est étendu sur le siège de la maladie.\nLa lèpre des couvents ronge ses chairs ; les organes internes sont dévorés\npar le chancre de la superstition ; le virus démagogique développe dans les\ntissus la gangrène du monarchisme. Tout son sang charrie une effroyable\ncorruption électorale. Le scalpel de la science se bouche le nez devant cette\ninfection naturaliste. Au sommet du char planent lugubrement, comme\ndeux anges noirs, la Contagion révolutionnaire et l'Epidémie du scepticisme.\n\n\n                                                   PIERROT.\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "POÉSIES\n\n   NOËL DU CŒUR\n\n\n\n\nC'est liesse en la nature entière,\nLe Christmas carillonne, enfin !\nC'est fête chez la gent rentière,\nC'est fête chez les meurt-de-faim.\n\nNoël vient mettre tout en joie :\nLes vitrines des charcutiers.\nOù bombent les dindons altiers\nPrès du Jambonneau qui roujoie,\n\nEt les montres des confiseurs\nExagérant les flatteries\nDes savoureuses chatteries\nAux inestimables douceurs.\n\nLa neige qui partout se plaque\nMet la nappe pour l'affamé,\nEt des draps pour ce mal-famé :\nLe vagabond dont la dent claque.\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "            — 92 —\n\nCe doit être Noël aussi\nPour les naïfs dont l'âme tendre\nVoudrait célébrer, sans attendre,\nL'objet de son dolent souci.\n\nLes truffes paradisiaques,\nLes gingembres férus d'amour.\nLes bourgognes remplis d'humour,\nTous ces grands aphrodisiaques\n\nRéveillent les sens en rumeur\nEt viennent répandre leur lave\nDans le cœur, l'éternel esclave !\nDes amoureux en belle humeur.\n\nArrière, filles maigrelettes\nDont la peau descend à plis droits,\nComme une robe aux tours étroits,\nSur vos impalpables squelettes !\n\nA moi la femme blonde, aux chairs\nGrasses, dûment apéritives,\nEt dont les rondeurs nutritives\nOnt des luisants qui nous sont chers !\n\nCar,— dédaignant les cochons d'Inde\nOu d'autres lieux — mon large cœur\nVeut, en un réveillon vainqueur,\nVeut se payer cent sous de dinde !\n\n\n              THÉODORE    HANNON.\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "           — 93 —\n\n\n\n\nVERS      BERGAMASQUES\n\n\n\n                                       A Paul Verlaine.\n\n                       Colombine rêve, surprise\n                       De sentir un cœur dans la brise\n                       Et d'entendre en son cœur des voix.\n                                           P. VERLAINE.\n\n\n\n Colombine en jupe courte\n Et Pierrot en pantalon\n     Large et long\n Tiennent des discours qu'écourte\n Le crin-crin d'un violon.\n\n Exquis est le paysage,\n Et Pierrot comme un marquis\n     Est exquis.\n De même il a de l'usage,\n Les esprits lui sont acquis.\n\n La Colombine est exquise\n Avec sa robe en brocart\n      Rouge, car\n Elle n'en fait qu'à sa guise,\n Risquant jusqu'au grand écart.\n\n              *\n             * *\n Colombine est presque tendre,\n Pierrot n'a plus les yeux creux,\n       Bienheureux :\n Si bas, qu'on ne peut entendre,\n Ils rient et causent entre eux.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "         — 94 —\n\nColombine rit et cause !\nPierrot qui seul sait de quoi\n     Se tient coi,\nChatouillé par tout ce qu'ose\nCette enfant qui lui dit « toi « ;\n\nQui le tutoie et le serre\nDe plus en plus sur son cœur\n    Escroqueur,\nDe bien d'autres cœurs corsaire,\nDe soupirs, toujours vainqueur.\n\n\n\nDouce, oh! si douce est la brise,\nSi doux le soleil levant,\n     Que souvent\nEux deux que son baiser grise\nOublient le rythme, rêvant.\n\nMais à quoi ? Çà se devine !\nCertainement le Pierrot\n    Rêve au rôt\nArrosé de la divine\nLiqueur d'un immense broc.\n\nLa belle rêve toilette\nClaire, robe à falbalas,\n    Bandeaux plats\nFleurant bon la violette\nEt rubans couleur lilas.\n\n          ALFRED POUTHIER.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                        — 95 —\n\n\n\n\n                     POCHADE\n\n\n\n\nUn soir de Carnaval et d'écœurement bête,\nJe fis dans mon fauteuil un rêve souhaité',\nMe figurant l'enfer, où s'en vont les poètes\nVivre après leur trépas leur immortalité.\n\nDrôle était-ce de les contempler dans cet antre :\nLes uns repus, rassis, le visage empourpré ;\nD'autres montrant du doigt le vide de leur ventre,\nOù depuis l'Obüt plus rien n'était entré.\n\nIls passaient, noirs et lents, mêlés à l'ombre blême,\nOù ne brûlait aucun bec de gaz près des murs,\nOù seuls de lourds quinquets de foire — vieux système,\nOuvraient leur œil jauni dans des recoins obscurs.\n\nJe vis Musset penaud, fouillant en vain sa poche.\nRien ! pas un sou vaillant ! — Rolla, dit une voix.\nPuisque tu n'as plus rien du tout dans ta sacoche,\nNe vas-tu pas mourir une seconde fois?\n\nMurger, toujours bon cœur, prêta deux francs, sans dire\nQu'il les avait lui-même empruntés hier, fort tard,\nPour rapiécer le vieil acajou de sa lyre,\nLe premier à Marcel, le second à Schaunard.\n\nGautier, prêtre indien, était assis au centre\nD'un tas d'or, aussi lourd et large qu'un baril,\nEt les regards fixés vers le nu de son ventre,\nComme un chou de Bruxelle exhibait son nombril.\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "                           96\n\nTout près d'un océan immonde, sur la dune,\nCausaient et discutaient, Glatigny, sec et beau,\nQui vécut ses trente ans dans un rayon de lune,\nComme une maigre épée en un maigre fourreau,\n\nEt Charles Baudelaire, opiumesque ivrogne,\nQui, tous les soirs, voulait que les vents étonnés\nLui servissent, bien crus, des parfums de charogne,\nEt pour les mieux humer s'ouvrait des doigts le nez.\n\nLamartine pleurait sous les branches d'un saule,\nAu bord d'un lac d'azur, les pieds effleurant l'eau,\nEt quand il lui tombait des feuilles sur l'épaule,\nIl les baisait et les mettait dans son chapeau.\n\nIl gémissait : Elvire ! et l'écho disait : Vire !\nDe bord ! fit Lamartine. — Alors mit tête au jour\nUn poisson vieux farceur, qui lui râla : Messire,\nJamais ne m'épata de plus plat calembourg.\n\nLa muse de Barbier, large, les seins à l'aise\nDans l'emprisonnement ouaté du corset,\nJouait sur la guitare un air de Marseillaise,\nQu'un lapin à tambour mécanisé bissait.\n\nCe fut tout. Je les vis s'enfuir dans la bruine.\nJe m'éveillai. — Pierrot cocu sortait du bal;\nArlequin avait pris la taille à Colombine ;\nEt dans la nuit mourraient les bruits du Carnaval.\n\n                           EMILE VERHAEREN.\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                        SENSATIONS\n\n                                                   Il y avait une fois...\n\n     Elle venait tous les dimanches soirs. Au coup de sept heures, elle\nentrait, la douce vieille, sa robe, comme celle d'une jeune fille, légère­\nment retroussée sur la pointe de ses bottines, pour éviter la boue. Nous\nrestions seuls; sous l'abat-jour la lampe brûlait lentement; éclairant le\ngrand fauteuil où la vieille se reposait; un reflet tombait sur ses joues,\nun peu décolorées, semblables aux pétales séchées entre les pages d'un\nlivre.\n     — Vous n'êtes plus fatiguée, ma tante? Eh bien, contez-moi une\nhistoire.\n    Elle réfléchissait quelque minutes, puis passant la main sur les\ndeux boucles blanches qui tirebouchonnaient sous la dentelle de sa coiffe :\n     — Il était une fois...\n     Et moi, petit enfant, le coude sur mes cahiers tachés d'encre, je\nl'écoutais, les yeux large ouverts.\n     Les merveilleux contes !\n     Elle me disait comment, le matin, à l'heure où nous dormons\nencore, les chérubins viennent recueillir les larmes que les fleurs ont\npleuré la nuit dans leurs corolles, et les remontent au ciel pour en faire\nles âmes des petites filles. Vers le soir, une fée descend sur un nuage,\ns'arrêtant pour déposer les pétiotes dans les maisons. Avec quelle ten­\ndresse on les reçoit, et comme les sœurs, autour du berceau bien blanc,\nleur font risette ! Mais d'autres tombent chez des méchants; pour elles,\npas de bons parents qui les aiment : des mégères qui les harcellent,\nsans pitié pour leur chair délicate. Les pauvrettes n'osent pas se\nplaindre, mais elles sont si pâles que tout le monde devine qu'elles\nmourront bientôt. Et alors, elles vont droit au Paradis; Dieu le Père\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "                                 -   98   -\n\nest là qui les attend ; il veut qu'elles soient heureuses pour l'éternité.\nDes ailes diaphanes comme la gaze, avec des couleurs prises aux arcs-\nen-ciel, leur poussent sur le dos, comme aux papillons : elles deviennent\ndes anges du bon Dieu. Et les séraphins leur apportent des poupées,\ndes poupées qui marchent, qui parlent, autrement jolies que celles qu'on\na sur la terre ; et puis des étoiles, de vraies étoiles pour se mettre dans\nles cheveux.\n     Bien d'autres histoires encore !\n     La petite princesse aussi qui, malgré la défense du roi son père,\nétait venue prendre le frais sur les nénuphars, et qui, pour avoir désobéi,\ns'en était allée à la dérive, bien loin. Le roi inquiet envoyait des guer­\nriers pour la chercher. Les chevaliers, tout bardés de fer, après s'être\nrecommandés à Madame la Vierge, partirent en guerre au grand galop\nde leurs chevaux, et les pièces de leur armure, où le soleil mettait des\nflammes, s'entrechoquaient avec un bruit effroyable. Bien facilement ils\nmassacraient le dragon couvert d'écaillés qui gardait la grotte où le cou­\nrant avait emporté la princesse, et ils ramenaient celle-ci dans son pays.\nAu retour, ils trouvaient sur le perron du palais le roi attendant, déses­\npéré, avec des larmes qui tombaient sur sa large barbe blonde. Soudain,\nau claquement des sabots des chevaux, comme ses yeux s'illuminaient!\nPleurant et riant, il embrassait la princesse qui pleurait aussi, jurait\nqu'elle ne recommencerait plus. Et le soir il y avait bal au palais. Dans\nles salles en enfilade où les lustres versaient leur lumière, faisaient étin­\nceler les dorures des lambris, le chambellan paraissait devant l'assistance,\nannonçait Sa Majesté. Bientôt le monarque entrait en habit de gala,\npourpoint de velours chamarré, couronne en tête, bas blancs ; il donnait\nla main à la princesse sa fille, et après avoir répondu d'un signe de tête\naux révérences, il dansait avec la princesse un menuet. Les quadrilles,\ncommençaient : sur une file, les dames de la cour s'avançaient dans\nleurs robes de soie claire, mesurant leurs pas sur la cadence des violons ;\net au sommet de leur tête, une aigrette de plumes roses, retenues par\nun bouton de diamant, se balançait...\n\n    — Ma tante, que vous savez de belles choses !\n     La tête pleine, je montais me coucher. Comme j'entrais au lit, des\nlutins, des farfadets, dont les yeux pétillaient sous la broussaille de\nleurs sourcils grisonnants, ramenaient, de leurs mains liliputiennes, la\nchaude couverture sur mes oreilles. Je m'assoupissais. A moitié endormi,\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                                 — 99 —\n\nune ondine aux cheveux lourds m'attirait, me conduisait à travers des\nallées d'arbres en corail, au palais des fées de la mer; j'entrais, le ballet\ndes fée s'arrêtait pour me recevoir ; elles rejetaient de leur blanche main\nleur chevelure flave sur leurs épaules, et leurs sandales cessaient de\nbattre le parquet de cristal où se reflétait la lune, tandis que dans le\nlointain j'entendis les harpes, touchées par le doigt des nymphes, exha­\nler, comme en un sanglot, des sons presque liquides.. .\n\n\n\n     Voilà longtemps qu'elle a cessé de conter, la pauvre ancêtre, et mes\ncheveux striés de gris avertissent que je deviens un ancien à mon tour.\nSouvent je contemple un pastel jauni qui la représente, souriant de son\nsourire de vieille. Je me ressouviens, à ces heures-là, et je souhaite\nqu'un de ces génies dont elle parlait me dise : » Fais un vœu, il sera\nexaucé. « Je demanderais de la voir entrer un soir, comme les diman­\nches d'autrefois, secouant la neige de ses fourrures. Et alors, je donne­\nrais cinq ans de ma vie pour jeter bas un instant ce bloc de soucis qui\nnous force, cariatides haletantes, à nous roidir sans cesse, je les donne­\nrais pour me sentir enfant une heure, une heure seulement, et entendre\ncette voix qui évoquait mes rêves : » Il y avait une fois ...\"\n\n\n                                                 MAURICE   BURNY.\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "            VIEILLES NOUVELLES\n\n                                     I.\n\n                        DANS L E          MONDE.\n\n      Les salons où l'on danse se sont rouverts; les habits noirs se sont\nretapés sous la chaude caresse du fer, et les blanches épaules se sont\ndécolletées au milieu de la neige immaculée des mousselines et des\ntarlatanes.\n      Plusieurs fois déjà nos pauvres pieds se sont plaints à cors et à cris\ndans la laque cruelle des escarpins, et nos bras se sont arrondis avec\ntoute grâce, s'offrant aux bras nus des jeunes filles.\n      Cela me rappelle une scène à la Droz que me racontait un soir, avec\nle brio qu'on lui connaît, ce bon père de famille Albert d'Azcot, naguère\nsémillant dandy, le plus bourgeoisant aujourd'hui des bourgeois.\n      » C'était en janvier, me disait-il en se versant une tasse de thé, oui,\nen janvier chez madame X...., tu sais bien la belle madame X..., qui est\nsi bien avec le petit machin de la rue...., enfin, ça ne fait rien. Il était\nminuit. La salle, comble, resplendissait. Se heurtant et se pressant dans\nle tournoiement ininterrompu de la valse, les couples glissaient, embras­\nsés, sous la lumière tombante des lustres et des girandoles. Au fond,\ncaché par des caisses d'orangers et de fougères, l'orchestre rythmait les\nmesures mollement entraînantes d'un air de Suppé. Dans les coins, des\ngroupes de femmes âgées comméraient, détaillant les toilettes, dévisageant\nles jeunes qui, gênés, passaient en baissant tout-à-coup la voix comme\npour des confidences. Quelques mamans se haussaient en quête de leurs\nfilles cachées dans le remous onduleux de la danse, tandis que, s'entre­\nmêlant et fouettant les pantalons noirs des cavaliers, les robes claires à\ntraînes sur lesquelles tremblaient des fleurs jetées, balayaient le parquet\nde leur blanc tourbillon.\n      » Et de cette affluence bourdonnante jaillissaient à gauche, à droite,\npartout, des rires de femmes perlés comme le bruit des sources,\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                                  — 101 —\n\n      » Dans les salons qui s'ouvraient sur la droite de la salle principale,\n d'autres groupes plus calmes se formaient, et des hommes en habit noir,\ndont la figure jaunissait sur la blancheur mate du linge, jouaient au whist,\njetant méthodiquement leurs cartes, sans parler, avec des airs de\ndiplomates.\n      « Assis dans un boudoir couleur de bronze, sur un pouf capitonné, je\nfrisai ma moustache, incrustai dans mon œil gauche mon monocle et\ncommençai l'assaut; ma cousine Mariette, adorable dans sa robe de\nfoulard crême, boudait, me tournant impertinemment le dos et jouant\navec son éventail qu'elle tapotait sur sa petite main rose.\n      » Eh bien, cousine ?\n      — Eh bien ! non, là !\n      « Vous ne voulez pas de moi, cousine ?\n      — Ni de vous ni d'un autre; je ne me marierai pas.\n      « Toutes les jeunes filles disent cela; si on les croyait, l'humanité...\n      — L'humanité! vous voilà déjà avec vos grands mots, cela vous\nva si mal, mon pauvre Albert !\n      » Ah ! cousine, j'ai gagné une manche : la pitié !\n      — Peu flatteuse, je vous jure.\n      « Ne jurez pas, cousine...\n     — D'ailleurs, je n'épouserai jamais un...\n      \" Un?\n     — Un gommeux, na! déclara-t-elle en s'animant, et alors, se tour­\nnant vers moi, elle continua avec volubilité :\n      » Oui, un gommeux, avec votre rond de verre, vos souliers pointus,\nvos cheveux plaqués, vos poses de vieillard » qui a de l'expérience, «\nvos mines impossibles; est-ce que je vous connais, moi, lorsque vous\nne pouvez pas dire deux mots naturellement ; lorsque, pour dire bon­\njour, vous vous croyez obligé de pincer les lèvres et d'arrondir le geste ;\nje n'ai pas envie d'épouser un singe, voilà ! monsieur mon cousin\nd'Azcot. «\n     » Je me sentis bête, mais mon orgueil fut cruellement blessé ;\nMariette s'était levée, avait d'un coup de pied rejeté sa traîne derrière\nelle et, majestueusement, avait « défilé » sous mes yeux au bras d'un\nattaché d'ambassade.\n      » Je me mis à réfléchir. J'étais donc un poseur, un gommeux, une\n» tête qu'on ne peut présenter », un singe ! Oh ! elle l'avait dit : un singe !\n      « Je me levai, descendis au vestiaire, pris ma fourrure, montai dans\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "                                 — 102 —\n\nun fiacre et retournai chez moi, décidé. Dans ma chambre, mon domes­\ntique m'attendait en lisant l'Indépendance.\n      » Vite, Pierre, une paire de souliers mats sans pointes.\n      — Mais monsieur n'en a pas !\n      » Ce ne serait pas difficile à trouver, si j'en avais ; allez en prendre\n chez mon père.\n      — » Bon ! Maintenant, jetez-moi cela par la fenêtre. Et je lui donnai\nmon monocle; puis, d'un coup de brosse, je rabattis mes accroche-cœur\net commandai ma voiture. Une demi-heure après, j'étais au bal; le\ncotillon allait commencer; une débandade se faisait. Je cherchai\nMariette et ne tardai pas à la retrouver dans le boudoir, toujours avec\nson attaché d'ambassade.\n      » Mariette fit un petit cri d'étonnement, puis un sourire si doux, si\nreconnaissant, que j'en eus presque les larmes aux yeux.\n      » Dis donc, Mariette, te souviens-tu, quand nous dansions là-bas,\nsur la pelouse du château d'Azcot ? Si tu veux, nous danserons comme\nalors.\n      « Elle prit mon bras, radieuse, et murmura :\n      » Te revoilà, Albert ! «\n      » Et maintenanrt tu veux bien de moi ?\n      » Un long accord éclata qui emporta la réponse; les couples s'ébran­\nlèrent, et mon bras passé autour de la taille de Mariette fut notre\nanneau de fiançailles.\n\n\n\n\n                                     II.\n\n                      CHERS         SOUVENIRS\n\n                                                   Nous n'irons plus au bois,\n                                                   Les lauriers sont coupes;\n                                                   La belle que voilà\n                                                   Ira les ramasser.\n\n    Oh ! cette naïve chanson que rythmait la danse des petites filles\nblanches du Parc, en plein été, tandis que les pompiers, assis en rond\ndans le kiosque, jouaient Guillaume Tell!\n    Nous n'irons plus au bois ! c'est fini, les folles promenades bras\ndessus, bras dessous.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                                 — 103 —\n\n       Nous n'irons plus au bois nous rouler dans les pommes de pin qui\n s'attachent aux vêtements.\n      Les lauriers sont coupés et les feuilles sont mortes ; l'automne est\nvenue avec son soleil pâle comme un visage de nonne.\n      Les lauriers sont coupés et l'été a dépouillé sa belle robe vert\ntendre, jusqu'aux chaleurs prochaines.\n      La belle que voilà ira les ramasser, ces lauriers secs, et elle s'en\nfera une couronne d'Ophélie, la petite reine que tant j'aimais !\n      La belle que voilà est devenue une grande demoiselle avec de\nsoyeux cheveux blonds et une taille fine. Des bêtes qui ont des mousta­\nches et une barbe tournent autour de la belle que voilà. Ne lui faites pas\nde mal !\n       Elle s'appelle Alice et je la nommais Blanchette.\n       Nous jouions à cache-cache, et lorsque je devins malade et qu'on\n dut me rouler au Parc dans une voiture, elle venait me montrer ses\n petites dents blanche et me rire au nez en me racontant des histoires,\n et je disais toujours : Encore, encore!\n       Elle avait été, très sage et sa petite mère lui avait donné une\n poupée aux yeux pâles qui disait maman, papa, d'une voix nasillarde.\n       Son frère avait été bien méchant; il avait dit que Blanchette était\n trop grande pour jouer avec une poupée.\n      — Mais ce n'est pas une poupée, avait répondu Blanchette, c'est\nma fille, entendez-vous ?\n      Un jour la, mignonne m'avait dit :\n      — Tu ne sais pas ? nous allons donner un grand bal.\n      — » Un grand bal?\n      — Oui, reprit-elle en sautant et en frappant l'une contre l'autre ses\nmenottes roses, et maman a dit qu'elle t'inviterait.\n      Je fus bien flatté.\n      — Mais, d'abord, tu dois demander à tes parents.\n      — » Bien sûr.\n      — ... Et tu te feras beau; tu seras mon petit mari et je serai ta\npetite femme. »\n      Douce logique d'enfant !\n      J'avais sept ans et un magnifique costume en velours noir. Un bal,\nc'était la magnificence des magnificences ! Tout ce qui brille et tout ce\nqui se mange : lustres et bonbons, voilà un bal, pensais-je. De fait, est-ce\nautre chose?\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "                                 — 104 —\n\n      Aujourd'hui, que je n'ai plus dix ans et que, ficelé dans un habit\nnoir qui me fait ressembler à un serveur, je risque de loin en loin un\nescarpin verni dans les soirées d'hiver, il me semble que le bal de Blan­\nchette devait être plus spirituel que ces réunions où les femmes se\nmaquillent le visage et le cœur, où les hommes se plaquent les cheveux\net l'esprit.\n     Dieu de Dieu! la vieille garde qui ne meurt jamais, qu'on revoit\npartout, qui ne manque pas à une soirée, et qu'il faut faire valser, tandis\nqu'il serait si bon de fumer sa cigarette, au coin du feu, en lisant\nRabelais !\n     Dieu de Dieu ! les chipies, les grues, les vieilles filles qui hargnent,\nles aigres-douces qui mignardent, les jeunes vieillotes qui se cambrent !\n      Bon petit bal d'enfant; ô Blanchette, où es-tu, ma tant jolie, avec\nta robe de mousseline et tes boucles blondes ?\n     Bon petit bal d'enfant ! ô Blanchette, toi, tout mon passé qui\nrayonne, toute ma jeunesse qui chante, toute ma joie qui revient !\n      Comme ils sont loin, ces jours; il me semble que des siècles ont\npassé sur eux, et lorsque le printemps revient et que j'erre avec mes\nsoucis et mes peines, un écho très moelleux et très tendre m'apporte,\ndans une brise tiède, la douce et ravissante ronde d'autrefois :\n\n                           Nous n'irons plus au bois,\n                           Les lauriers sont coupés !\n\n\n                                                        MAX W A L L E R .\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "              REVUE                 DES            LIVRES\n\n\n\n      KEES DOORIK, SCÈNES DU POLDER, par Georges Eekhoud. Un vol. in-18.\n3 fr. 5o. Bruxelles. Lucien Hochsteyn.\n      Avec ce livre, dont l'impression très artistique est le brillant début de\nl'éditeur Lucien Hochsteyn, Georges Eekhoud se place définitivement à la tête\nde nos écrivains nationaux. A ceux qui nous contestent une littérature origi­\nnale, il vient de répondre par le meilleur argument qui soit : une œuvre, où\nse dénoncent la personnalité d'un tempérament & la main d'un maître ouvrier.\n      Kees Doorik est un de ces livres que les poètes gestent depuis leur puberté\nlittéraire, qu'ils entrevoient longtemps avant de les styler, qui transparaissent\ndans l'incertitude des premiers écrits, & qu'une obsession toujours grandis­\nsante force enfin l'artiste, vers l'époque de la maturité intellectuelle, à réaliser.\n      Déjà, dans Myrtes & Cyprès, son volume de début, puis dans les Zigzags\npoétiques, & dans son dernier recueil de vers, Les Pittoresques, Georges\nEekhoud portait en lui Kees Doorik. Ouvrez les Myrtes &. Cyprès : au milieu\nde l'éploration & de la vaguesse lamàrtiniennes, çà & là détonne un vers rude,\nbrusquement cassé, au verbe inquiet & frémissant, une strophe révoltée contre\nles autres, où je gagerais que des critiques à courte vue, lors de l'apparition du\nvolume, ont découvert des fautes, mais qui n'étaient que les premiers sons\ninouïs d'un puissant instrument qui s'accordait. Ainsi, dans une pièce qui date\nde 1870, toute mielleuse & susurrante d'ailleurs, soudain dissonne, — dissonne\nsuperbement à mes oreilles, ce vers :\n                  Le silence a fermé les bouches de l'espace.\n     Ainsi, pêle-mêle avec des paysages de nature romantisée, qui sublimisent\net transfigurent tout, avec des apothéoses à la façon de Lamartine & de Hugo,\ncette simple & forte esquisse qui, en 1874 déjà, prélude aux sobres & noires\ndescriptions du Polder :\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "                                   — 106 —\n\n\n              L'automne allait venir... Sur les halliers touffus\n              Apparaissaient déjà des tons bruns & confus ;\n              Le rouge cramoisi montait au vert des haies ;\n              Les sapins exhalaient de sauvages senteurs ;\n              L'air était tiède & pur; de bleuâtres lueurs\n              D'un beau ciel recueilli tombaient sur les futaies.\n\n\n     De même, dans Guzman, dans ce rappel espagnolisant de Musset, ces\nalexandrins qui trahissent la recherche de l'expression robuste, de l'image\nférocement juste, & qui ne recule pas devant l'exagération nécessaire pour le\nrelief :\n\n              Les couteaux sont tirés aux refrains des chansons ;\n              L'âme quitte le corps, pareille à ces bouchons\n              Qui volent au plafond en cassant la bouteille !\n\n\n     De même encore, dans La Guigne, ce poème où les nerfs commencent à\nse tendre & les muscles à saillir, où l'observation locale se fond avec l'hispa­\nnisme, contraste bien anversois du reste, ces strophes du Lavis sont restées\ndans toutes les mémoires :\n\n\n              Les soirs d'été surtout la scène est pittoresque.\n              Le linge sèche au vent sur le balcon mauresque.\n              Les vieilles sur le seuil tricotent en jasant,\n              Le chef ridé branlant dans le bonnet grotesque,\n              Le corps pelotonné, ramassé, l'œil luisant,\n\n\n              Avides au détail d'un récit médisant.\n              D'autres d'un café noir se versent une tasse,\n              La prennent à deux mains de peur qu'elle ne casse,\n              Hument à petits coups le breuvage odorant,\n              Et font claquer la langue avec béatitude...\n\n\n     De même, aussitôt que dans La Guigne, Eekhoud s'attaque aux horizons\ncrépusculaires, & si étrangement suggestifs des bords de l'Escaut, le vers a des\nbalancements lents & larges de bestiaux regagnant l'étable, des vocables\nvitreux, vaguement éblouis, comme la prunelle à la fois stupide & superbe des\nruminants, & la description se clôt sur ce trait magnifique, que seul un poète\nélu était capable d'imaginer :\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                   — 107 —\n\n              Les prés sont endormis. Entre les digues mornes,\n              Le fleuve se déroule à l'horizon sans bornes.\n              Surpris dans le repos qui se répand sur nous,\n              Vers le croissant des cieux, taillé comme leurs cornes,\n              Les taureaux mugissants lèvent leurs muffles roux.\n\n      J'insiste à dessein sur les vers de Georges Eckhoud : d'abord, parce que la\n critique à cette malencontreuse tendance de ne voir dans un poète qu'un mon­\nsieur qui apprend à écrire en prose ; ensuite, pour désobliger les bonnes âmes\nqui ne demandent pas mieux que d'écraser les poésies sous un roman ; enfin,\net c'est là mon principal motif, parce qu'il n'existe pas de génération spontanée\nen littérature, & que, pour apprécier justement ce qu'un artiste édifie aujour­\nd'hui, il faut étudier ce qu'il échafaudait hier.\n      Dans Kees Doorik, Georges Eekhoud rompt définitivement avec ses sou­\nvenirs romantiques. Il s'est aperçu que sa nature foncière se rebellait contre la\n molle mélancolie de la strophe des Méditations, & contre l'incisif, le spirituel\n couplet, la dialoguante fantaisie de Namouna. Il a regardé autour de lui. Il a\neu la révélation d'une poésie nouvelle, rude, scabreuse, gutturale, où la sève a\nses explosions, la poésie du Polder, avec ses teintes assourdies, ses gris\nbrouillés, ses noirs attristants, son grand paysage fluide, qui souvent s'estompe\ndans de longs brouillards pâles comme des buées d'étuve, ses horizons de rêve\nsombre & abruti, ses reculantes & infinies perspectives, où, noyées dans les\nnèbles, ça & là, en des attitudes incertaines & fantomatiques, se dres­\nsent des apparences de cahutes & d'arbres, & parfois des ailes de\nmoulin lentement tournantes, comme un grand oiseau noir se débattant\nsur le ciel. Et, dans ce paysage scrupuleusement traduit, Georges Eekhoud a\ncampé d'inoubliables figures de rustres. Rablés en colosses, d'une lourdeur\nplacide & bovine qui parfois, quand elle voit rouge, se soûle en des orgies de\nsang, fiers de leur force, n'ayant, au lieu de sentiments humains, que l'animale\nconscience & le physique orgueil de leur robustesse, dépensant les énergies de\nleurs corps en accouplements avec la glèbe, en fauves & mordants baisers sur\nles brunes lèvres de la terre, puis soudain s'affolant d'une passion brute pour\nla première jupe qui passe, sans lyrisme d'âmes primitives, sans naïveté d'ado­\nrants, mais avec des fougues bestiales, fécondant, la femelle comme ils ense­\nmencent l'humus, — la femelle qui n'est pour eux qu'une espèce d'humus un\npeu plus vivant que l'autre ! Et grippe-sous, renfermés, sournois, madrés\nautant qu'un procureur, habiles à parler autour de leur pensée, créanciers\nféroces, débiteurs insolvables jusqu'aux menaces de saisie, puis alignant, pièce\npar pièce, en soupirant dru, la somme exigée, recommençant le calcul dix fois,\nharassant l'attention de l'adversaire, & finissant toujours par le frustrer de\nquelques argents, — tels sont-ils, les rustiques de Dinghelaar & de Cappellen,\ndans les scènes du Polder, de Georges Eekhoud.\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "                                    — 108 —\n\n\n       Le sujet de Kees Doorik peut tenir en quelques lignes. Kees Doorik est\n valet de ferme chez la baesin Annemie, la riche veuve du fermier Nelis Cramp.\n  Le jeune gars s'éprend d'Annemie. Un mauvais gamin, Janneke, chargé par\n  Wannes Andries, le frère d'Annemie, d'espionner les gens de la ferme, sur­\n prend les amours naissantes de la baesin & du domestique. Andries, qui veut\n empêcher sa sœur de se remarier, lui arrache le renvoi de Kees. A la kermesse\n  de Putte, la fermière s'amourache d'un nouvel amant : Jurgen Faas, un riche\n paysan du Polder. Kees Doorik, à la traditionnelle fête des Gansryders, dont\n Jurgen Faas est proclamé roi, apprend tout à coup le prochain mariage\n d'Annemie & de Jurgen Faas. Fou de jalousie. Kees Doorik est accroché par\n son rival ivre, qui lui narre, entre deux hoquets, ses faciles amours avec\n Annemie. Kees Doorik voit rouge, & tue Jurgen Faas.\n      La donnée est simple, largement humaine ; les rustiques sont d'un dessin\n superbe, où se fondent la patience des traits longtemps caressés, & la soudai­\n neté du crayon qui, d'un seul coup, indique la ligne ; & le dénouement d'une\n grandeur épique, s'allume d'une effrayante gloire de sang.\n      Si l'on étudie le livre en ses détails, l'intérêt ne faiblit pas un instant.\n Entre les capitales scènes du drame, se déroulent quelques eaux-fortes admira­\n blement mordues, où l'artiste évoque les vieux us du Polder. Tout dénonce une\n observation scrupuleuse, un œil qui voit, qui garde la vision, une main qui obéit\nà l'impérieuse pensée. Cette œuvre a une brusque évidence de vérité qui agrippe,\nsecoue, & ne lâche plus. Les plus insaisissables attitudes, les plus vagues\nprofits des choses, leurs profondes intimités, Georges Eekhoud traduit tout,\nréalise tout. Sa moindre description est évocative comme la vie elle-même.\n      Lisez cet original chapitre du repas dans la grande chambre :\n      « . . . Les garçons se précipitèrent vers la table, s'affalèrent lourdement sur\nles escabeaux; les mains-calleuses posées au-dessus des genoux, les pieds rap­\nprochés, les jambes & les coudes écartés. Quoiqu'il n'y eût pas de boue aux\nchamps, ils avaient laissé leurs sabots dans la cuisine, par un excès de déférence\npour les arabesques de sable blanc dessinées par Paulke sur le dallage de bri­\nques rouges lavées au fiel de bœuf.\n      « Leurs yeux doux de belles brutes affamées, où la fatigue mettait plus de\nlangueur nouvelle, jaugeaient l'épaisseur de la couche de victuailles ; leurs\nnarines se dilataient, caressées par les vapeurs grasses s'élevant versie plafond,\net leurs oreilles de faunes, écartées de la tête, écoutèrent quelques secondes\nle rissolement du lard prolongeant sur le plat la cuisson de la casserole.\n      « La baesin prit place en face de Kees. Elle se signa, joignit les mains. Les\n paysans l'imitèrent, penchèrent la tête. On entendait à présent le tictac régulier\n de la grande horloge enfermée dans sa haute cage de chêne, à vitrine. Puis,\narmés de leurs fourchettes, les hommes & les deux femmes piquèrent à même\n le plat, creusant devant eux autant de brèches dans le ragoût. Ils mangeaient\n sans rien dire, mâchaient bruyamment, engloutissaient avec une voracité de\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                                   — 109 —\n\npoissons, des goulées de légumes & de viande, ou échancraient d'épais chan-\nteaux de pain de seigle, savoureux, légèrement acidulé.\n     « ... Les fourchettes cessèrent leur va-et-vient. Repus, les hommes coulaient\nlentement leurs mains ouvertes de leur poitrine à leur cuisse, en poussant un\nsoupir de sensualité satisfaite. »\n     On le voit, Georges Eekhoud est un observateur de premier ordre. Pour­\ntant, s'il n'était que cela, je ne louangerais pas son livre. Que les naturalistes\nme le pardonnent, — existe-t-il un naturaliste ? — ce que je recherche surtout\ndans une œuvre, c'est la personnalité de l'écrivain. Or, le roman de Georges\nEekhoud est doublement personnel.\n     Personnel d'abord par la langue. Langue rude, abrupte, aux soudaines cas­\nsures, où les pâtes grises & noires dominent, brusquement magnifiées par de\ngrandes explosions rouges, langue admirablement adaptée aux choses qu'elle\nexprime, tantôt sournoise, retorse & têtue comme les paysans du livre, tantôt,\ncomme eux, primesautiere, bestiale, cruelle, avec des phrases spontanées\ncomme des cris. Langue large & puissante, qui parfois se contourne pittores-\n quement, pareille à cet Escaut qui, « là-bas, derrière les digues, roule ses eaux\n blondes » ; langue enfin, qui charrie, pêle-mêle dans l'emportement de ses\n vagues, toutes les richesses & les naïvetés du patois.\n      Personnel, le roman l'est aussi par son impression d'ensemble. Georges\nEekhoud exprime ce qu'il a vu, certes ; mais il exprime en même temps les\nsensations que les paysages du Polder lui ont suggérées. Il subit fortement\nl'effet réflexe de la vision sur l'esprit, sans lequel il n'y a point d'artiste.\nComme tous les grands amants de notre terre, il a vu son coin natal à travers\nune forte & religieuse émotion, à travers la mélancolie physique naturelle aux\ntempéraments du Nord. Eekhoud nous apparaît comme une espèce de Millet\nflamand, un Millet plus sûr & plus robuste, le poète du cal & des héroïsmes\npaysans.\n\n\n\n\n     LES FLAMANDES, poésies, par Emile Verhaeren. 1 vol. in-18. 3 fr. 50.\nBruxelles. Lucien Hochsteyn.\n      Un des grands écrivains français de notre temps, le plus profond historien\net le plus pénétrant critique du XIXe siècle, Taine, démontre que l'artiste ne\ndoit pas, en des œuvres scrupuleuses, traduire les réalités, mais abstraire un\ndes éléments essentiels de son sujet, & l'exagérer.\n      Un poète belge, dans un volume qui, chose rare, est un volume définitif,\nvient de confirmer, par un éclatant exemple, la théorie de l'exagération néces­\nsaire.\n      Emile Vcrhacren appartient à la race flamande des faiseurs de chairs. C'est\nJordaens poète.\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "                                   —   110   —\n\n\n     Plus d'une fois, dans mes promenades à travers les musées, devant les\n Rubens, les Jordaens, les Teniers, les Steen, devant ces merveilles de l'art fla­\nmand, devant le Martyre de Saint-Liévin, qui n'a d'un martyre que le nom,\noù l'extase du supplicié, la descente glorieuse des anges porte-palmes, tout l'ap­\npareil religieux s'éclipse, & qui n'est qu'une rouge tuerie, le rêve atroce et\nsuperbe d'un soudard soûlé de sang, un cauchemar écarlate, un fouillis de\nchevaux cabrés sur le ciel, de chiens hurlant aux blessures, & que traverse\nfurieusement le torse athlétique d'un tortureur au large turban de pourpre; —\ndevant Le Satyre & le Paysan, cette plantureuse épopée du ventre, où les atta­\nblés, le corps sur les plats, lapant les sauces gluantes, les joues fluxionnées de\nviandes & de lards, la balèvre animale & tombante, depuis deux siècles, se\ngavent ; — devant les Kermesses de Teniers, ces intempérances de bière, de\nmangeailles, d'amour, où, dans un coin, avec le glou-glou des bouteilles, se\nvident les ivrognes; — devant L'Offre galante, de Steen, cette verveuse et\ncochonne anecdote où les mots crus, saisis par le peintre au vol, semblent\ncollés aux juteuses couleurs de la toile ; — et, devant les intérieurs tranquilles\ndes petits maîtres, où le sujet, presque toujours le même, est sacrifié aux belles\nombres rousses, aux antithèses du clair obscur, aux teintes savoureuses et\nappétissantes de cette peinture si ragoûtante qu'elle semble une cuisine, aux\nlumineuses taches, aux avivantes éclaboussures de soleil sur le rire des cuivres,\ndevant ces miracles de l'art des ancêtres, devant ces prestigieux tableaux d'exis­\ntence béate, souvent j'ai regretté que notre si mélancolieuse & décrépite poésie\nn'allât redemander la santé & la joie à ces grands & prodigues dispensateurs\nde la sève.\n     Depuis que j'ai lu Les Flamandes, ce regret, je ne l'ai plus.\n     Emile Verhaeren est un tempérament matériel, l'un des plus matériels et\nl'un des plus puissants que je connaisse. Flamand d'origine & de nature, sur­\ntout attiré, comme Jordaens & Steen, — pour qui l'art fut une immortelle\nribotte, — par le côté charnel, exubérant des gars & du pays de Flandre, par\nl'exultante fécondité de ses femmes & de ses terres, par le grand coup de folie,\nd'ivresse & de chaleur qui traverse les foires, par la truculence des couleurs,\npar la formidable kermesse des contours, des lumières & des musiques.\nComme les vieux peintres des musées, il a longuement contemplé les hommes\net les choses de la patrie, — mais, au lieu de les photographier dans leur\nréalité immédiate, ce qu'un écrivain médiocre eut essayé, — il a cherché, et\natteint, une réalité supérieure : la quintessence des moeurs & des aspirations\nd'une race. Georges Eekhoud, dans Kees Doorik, incarne l'idéal sombre, mé­\nlancoliquement animal, vaguement religieux du rustre en communion avec la\nglèbe. Emile Verhaeren, lui, dégage l'idéal charnel flamand, l'idéal des amours\nde ventre, des hilarantes & sempiternelles godailles. A travers l'exagérant\nlyrisme d'une poésie royalement outrancière, il a concentré cet idéal dans une\nmagistrale œuvre qui évoquera, pour les générations prochaines, comme Jor-\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                                  —    111   —\n\n\n\ndaens & Steen l'évoquèquent pour les générations passées, les gloires de la\ngrasse Vie rouge !\n     Les Flamandes s'ouvrent par une ode d'un large vol descriptif, les\nVieux Maîtres, dédiée à Jean Richepin, & qui me semble un des efforts les\nplus heureux du poète :\n\n             Dans les bouges fumeux où pendent des jambons,\n             Des boudins gras, crevant leurs tissus de vessies,\n             Des grappes de poulets, des grappes de dindons,\n             D'énormes chapelets de volailles farcies,\n             Tachant de rose & blanc les coins du plafond noir,\n             En cercle, autour des mets entassés de la table\n             Qui saignent, la fourchette au flanc, dans un tranchoir,\n             Tous ceux qu'auprès des brocs la goinfrerie attable :\n             Craesbeke, Brakenburgh, Teniers, Dusart, Brauwer,\n             Avec Steen, le plus gros, le plus ivrogne au centre,\n             Sont réunis, menton gluant, gilet ouvert,\n             De rires plein la bouche & de lard plein le ventre.\n             Leurs commères, corps lourds où se bombent les chairs\n             Dans la nette blancheur des linges du corsage,\n             Leurs versent à jets longs de superbes vins clairs\n             Qu'un rais d'or du soleil égratigne au passage,\n             Avant d'incendier les panses des chaudrons.\n\n     Claironne après, l'Art flamand, une rutilante invocation aux femmes de\nRubens, de Jordaens & de Steen, une ardente symphonie de chairs rouges, de\nseins en sueur, de croupes vautrées, où l'assaut des satyres & des faunes, fonce\nen une ruée de débauche, une vision violente & ignée, férocement & superbe­\nment triviale, ci & là relevée par un trait de grandesse, exaltée jusqu'aux som­\nmets de la poésie par l'apothéose de la fin :\n\n                    Dans la splendeur des paysages,\n                    Et des palais lambrissés d'or,\n                    Dans la pourpre & dans le décor\n                    Somptueux des anciens âges,\n\n                    Vos femmes suaient la santé,\n                    Rouges de sang, blanches de graisse,\n                    Elles menaient les ruts en laisse,\n                    Avec des airs de royauté !\n\n    A l'Art flamand succède une très longue pièce, Les Plaines       flamandes,\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "                                   —   112 —\n\n\nd'une touche plus reposée, d'une couleur moins triomphante, très belle & très\nhaute encore dans ses assourdissements calculés. Paysages de mai, perspec­\ntives estivales, tombées de soleil derrière les bois roux d'automne, horizons de\nneige & de ciel mat où des vols noirs de corbeaux simulent de rapides asper­\ngées d'encre, tout y dénonce un pinceau riche & franc, habile à traduire la\nvibrante lumière qui baigne les choses.\n     Se pressent alors les Croquis de Ferme, tout un musée de sonnets pictu­\nraux, version de la vie des champs, où se jouent les salubrités du vent & les\nfantaisies du soleil. Je cite, parmi les -meilleurs, Les Granges,     l'Abreuvoir.\nLes Greniers, Les Espaliers, & surtout La Cuisson du Pain, un chef-d'œuvre\nd'opulentes couleurs, de clarté chaude, & dont la dernière image n'a pu être\ninventée que par un intense & grand poète :\n\n\n\n            Les servantes faisaient le pain pour les dimanches,\n            Avec le meilleur lait, avec le meilleur grain,\n            Le front courbé, le coude en pointe hors des manches,\n            La sueur les mouillant & coulant au pétrin.\n\n\n\n            Leurs mains, leurs doigts, leur corps entier fumait de hâte ;\n            Leur gorge remuait dans les corsages pleins ;\n            Leurs deux poings monstrueux pataugeaient dans la pâte,\n            Et la moulaient en ronds comme la chair des seins.\n\n\n\n            Dehors, les grands fournils chauffaient leurs braises rouges ;\n            Et deux par deux, du bout d'une planche, les gouges\n            Dans le ventre des fours engouffraient les pains mous.\n\n\n            Et les flammes, par les gueules s'ouvrant passage,\n            Comme une meute énorme & chauve de chiens roux.\n            Sautaient en rugissant leur mordre le visage.\n\n\n     Puis, vers la fin du volume, Kato. Les Truandailles, La Vache, d'une\nfougue lyrique haletante, Amours de Gars, une page de réalisme épique,\nsonore & flambante, digne du maître auquel elle est dédiée ; Les Femmes de\nRubens, larges strophes aux chairs pulpeuses & fleuries, un éblouissement de\nnudités fières ; & cet autre chef-d'œuvre : Les Vieilles, une élégie se terminant\nen satire, où tinte une forte & matérielle mélancolie, une inspiration qui m'é-\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                                 — 113 —\n\nvoque le souvenir de Ronsard, mais d'un Ronsard flamand plus robuste, de\nplus haute envergure, débarrassé de la grâce un peu vernie des diminutifs :\n\n\n           Les chairs, les belles chairs en fleur des gouges mortes,\n           Jeunes encor, où vont-elles ? Et qui de nous\n           Les verra resplendir ailleurs rouges & fortes,\n           Et les adorera toujours, à deux genoux?\n           Souvent lorsque juillet flamboie, on rêve d'elles,\n           De leurs beaux corps défunts qu'on a connus jadis,\n           Et plus haut que ne va le vol des hirondelles,\n           Près des cieux, on croit voir de lointains paradis\n           Embrasés de lumières & tapissés de nues,\n           Où, l'œil vainqueur, les seins sortis du corset d'or,\n           Des anneaux de rubis cerclant leurs jambes nues,\n           Le front plaqué d'un feu de soleil qui s'endort,\n            Les gouges dans leur gloire ardente se promènent.\n\n\n      Puis enfin, pour clore le livre, Les Paysans, une longue pièce au prélude\ncalme & analysant, qui après s'enfièvre & se congestionne dans une rage\nlyrique, & qui rougeoie d'une furieuse description de kermesse, une des pages\nles' plus féroces & les plus précipitées de toute la littérature française :\n\n\n           Aux kermesses pourtant les paysans font fête,\n           Même les plus crasseux, les plus ladres. Leurs gars\n           Y vont chercher femelle & s'y chauffer la tête.\n           Un fort repas, graissé de sauces & de lards,\n           Sale à point les gosiers & les enflamme à boire.\n           On roule aux cabarets, goussets ronds, coeurs en feu,\n           On y bataille, on y casse gueule & mâchoire\n           Aux gens du bourg voisin qui voudraient, nom de Dieu !\n           Lécher trop goulument les filles du village,\n           Et gloutonner un plat de chair, qui n'est pas leur.\n           Tout l'argent mis à part y passe, en gaspillage,\n           En danse, en brocs offerts de sableur à sableur,\n           En bouteilles gitant à terre en tas difformes ;\n           Des plus fiers de leur force ont des gestes de roi,\n           A rafler d'un seul trait des pots de bière énormes,\n           Et leurs masques, plaqués de feu, suant l'effroi,\n           Avec leurs yeux sanglants & leur bouche gluante,\n           Allument des soleils dans le grouillement noir.\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "                                       114\n\n      Tel est, en raccourci, ce livre puissant, qui hausse Emile Verhaeren au\npremier rang, non seulement des écrivains belges, mais encore des poètes fran­\n çais contemporains.\n      Après cette réduction des Flamandes, il importe de dégager la psychologie\n de l'œuvre.\n      Certes, Emile Verhaeren est le Flamand, & le Flamand matériel que\ndénonce son livre. Il ne peut être question ici, ni d'idéal factice, ni d'origina­\nlité long cherchée, ni d'une gageure d'art, — ce que de très perspicaces criti­\nques ne manqueront pas d'insinuer. Je connais Emile Verhaeren depuis quatre\nans. En 1879, Les Flamandes le hantaient déjà. La Vachère, une des pièces\nles moins fortes du recueil, date de cette époque. Depuis, Emile Verhaeren\ns'est développé, mais dans le même sens, & là où certains cerveaux obscurs\ndécouvriront sans doute un parti pris de singularité, il n'y a que la facile\nexpansion d'un tempérament.\n      Ce n'est, en effet, que dans la poursuite d'un idéal personnel, nourri de\nson sang & de sa moëlle, que le poète atteint la fougue & l'intempérance lyri­\nques. & qu'il appose au bas de son œuvre cette rare & royale & léonine signa­\nture : la griffe.\n      Oui, Emile Verhaeren est bien l'homme de son livre, l'homme de ses vers\nsanguins, charnus, rouges & blancs comme les corps des nymphes de Rubens.\nSans doute ses Flamandes sont une protestation contre les chloroses modernes,\ncontre les\n\n                       ... yeux malades de phtisiques\n                       Où micassent les désespoirs,\n                       Les grâces fausses & gommées\n                       S'allanguissant sur les sofas,\n                       Dans des peignoirs en taffetas\n                       Et des chemises parfumées,\n\n     Mais il est sûr, lui, le poète charnel, le matérialiste entêté, de ne pas\nouvrir son volume à quelques-uns de ces rhythmes morbides, à quelques-unes\nde ces sensations rares, de ces images aux correspondances mystiques qui sont\nle principal objectif des stylistes contemporains? N'est-ce pas dans Les Fla­\nmandes que je trouve ces vers :\n\n              Des ardeurs s'allumant au feu noir des viols.\n\n\n\n             Comme d'un blanc parfum de fades renoncules.\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                                   —115—\n\n              Mais en face le lait restait froid, restait vierge\n\n\n\n              En automne, saison des belles pourritures\n\n\n\n              Les flots traînent ce grand horizon dans leurs moires,\n              Se vêtent de ses tons électriques & faux.\n\n\n\n     Ces images, grandes & glorieuses d'ailleurs, je ne songe pas à les repro­\ncher au poète. Même, elles m'éjouissent, car elles semblent annoncer chez\nEmile Verhaeren une tendance à spiritualiser davantage son art, à traduire\nl'au-delà des choses. Et seulement après avoir étudié ces vers qui ne sont pas\ndans l'entière logique du livre, on saisit l'idée génératrice des Flamandes. Par\ntempérament, Emile Verhaeren est poussé vers les franchises & les verdeurs\nd'autrefois. Mais il subit aussi l'influence fatale de son époque : la domination\ndes nerfs. Et, alors cet intense volume m'apparaît à la fois comme un hom­\nmage à la plantureuse vie des ancêtres, — & comme un regret.\n      Par les nombreuses citations que j'ai faites, on a pu juger la force & le\ngénie pictural de la langue. Les expressions tiennent debout, mais sans le\nsecours des tropes. Les couleurs riches, vibrantes, grasses, donnent des fêtes\naux yeux. Et, les strophes savamment orchestrées, clament la pensée du poète\ndans une violente gloire sonore.\n     J'espère que Les Flamandes seront applaudies avec véhémence. Déjà, les\nvieux maîtres flamands, à cette table croulant de rouges viandes où le poète les\na vus trôner, s'entretiennent de lui. Jordaens approuve de la tête ses Truan­\ndailles, Teniers, ses Paysans, Dusart, l'Abreuvoir, Brakenburgh se lève titu­\nbant pour dresser un couvert, Steen, la trogne hilare, s'érige comme à l'arrivée\nd'un nouveau mangeur, & les immortelles gouges, descendues de leurs cadres,\nversant au cristal des coupes un vin de soleil, encerclent un grand fauteuil\nroux cloué d'or, — qui attend.\n\n                                                     ALBERT GIRAUD.\n\n\n     LE SCRIBE, par Albert Giraud. Un vol. in-18. 3 fr. 50. Bruxelles.\n(Lucien Hochsteyn).\n     Livre étrange, nerveux à l'excès, bilieux, — superbe ! Sur un fond dou­\nloureux de passions exulcérées, de haine, de colère, de faux amour, de lanci­\nnantes souffrances, s'auréole cette blême & fascinante figure, — le Scribe.\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "                                   — 116 —\n\nAinsi, dans les orageuses soirées automnales, on voit à l'horizon un phtysique\nsoleil agoniser sur de sales nuages verts, jaunes & rouges, des nuages de bile,\nde joie & de sang.\n      Jean Heurraut, le scribe, c'est l'actuel poète, l'être détraqué, aux mai­\ngreurs morbidement débiles, sans chairs ni muscles, aux nerfs exaspérés,\nsecoués de longs furieux spasmes, où le corps s'use, comme un violon dont la\ntrop mince table d'harmonie, sous la tyrannique tension des cordes, trépide à\nse briser.\n      Né dans une petite ville, fils de placides commerçants, d'une tranquille\nsanté bourgeoise, il est le légitime enfant des vastes cités modernes, lui, le ma­\nladif, qui semble avoir bu par tous les pores leur alcoolique atmosphère. Et\nc'est là qu'il ira vivre, dans les fourmillantes & corrosives grandes villes,\nce milieu naturel de son maigre & nerveux corps, de son intelligence qui quin­\ntescencie.\n      Hélas ! vivre, pour celui-là, c'est mortellement souffrir.\n      11 est poète. Il aime.\n      Poète, de cette exsangue race qui a pour nourrice notre insalubre époque,\n— il écrit le lumineux poème de ceux qui n'ont pas vingt ans, & qui, parce\nqu'ils souffrent, rêvent la Beauté impassible, dans une immortelle tranquillité\nmajestueuse.\n      Il aime, — d'un amour absolu, de toutes ses ardeurs d'adolescent resté\nlongtemps vierge, de toute la véhémence de sa paroxyste nature.\n      Mais Mirah, l'adorée, Mirah, la féline, joue avec son cœur comme avec\nune souris rouge. Et, parce qu'elle l'aime, l'orgueilleuse frigide, elle veut\nétrangler son génie, elle veut l'arracher à cette rivale jalousée, la Muse.\n      Un soir, Jean Heurtaut entend Mirah dire à une amie : « Oui, si quelque\npoètereau te tombe sous la patte, imite-moi; persuade-le qu'il est une croûte,\net il t'aimera. »\n      Et, dans le cœur foudroyé du Scribe, 1 amour, en un instant, s'éteint.\n      Ici, commence véritablement le poignant drame.\n      Guéri de son amour, Jean Heurtaut, le fatal malade, est repris du mal\n d'écrire. Talonné par la fièvre, il travaille. Et quel travail ! C'est la langue\n ennemie qu'il doit vaincre, la langue qui, furieusement, se débat, révoltée. Les\n mots en colère refusent d'obéir ; le verbe fuit comme un visqueux serpent que\n les mains convulsivement serrées ne peuvent retenir. La phrase se rebelle\n contre l'audacieux pétrisseur, et, entre ses doigts fébriles, s'écroule. De quoi te\n sert, poète, d'avoir en ton souffle un feu d'âme, si le corps de ton œuvre dans\n ta main tombe en poudre, insoumise argile que tu veux en vain façonner à\n ton image !\n       Lutte formidable !\n       Le poète en sort vainqueur, mais frappé à mort. Par une pure & parfumée\n fin de jour, qu'empourpre de gloire un couchant soleil, il meurt, tenant à la\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                                   —    117   —\n\n\nmain son livre, ce livre écrit avec son sang, ce livre dont l'enfantement lui a\ncoûté la vie, — ce livre qui, né dans la colère, la haine & le poison, ira tuer à\nson tour d'autres âmes.\n     Rien de plus tragiquement simple que cette histoire. A peine y trouverait-\non ce que les pédants nomment un nœud, ce que le vulgaire appelle une\nintrigue. C'est une saignante analyse des douleurs toute modernes, que dans\nleur monstrueux cerveau & leurs despotiques nerfs & leur aimant cœur, pâtissent\naujourd'hui ceux qui ont le malheur de naître poètes. Il ne s'agit ici, ni des\nlamartinicnnes confidences d'un amour dépareillé, ni des bestiales coucheries\nréalistes, que l'énormité seule peut rendre lyriques : c'est l'effroyable souf­\nfrance d'une âme géante qui se débat contre l'impuissance de la matière, c'est\nl'horrible agonie d'un superbe & doux esprit, qui, aux temps des Sophocle et\ndes Virgile, eût été Virgile ou Sophocle, & qui, enfermé dans un corps mal­\nsain, dans une vie morbide, dans une époque impoétique, venu trop tard dans\nun siècle trop vieux, férocement se venge de son martyre par une œuvre inouïe,\nqui communiquera son mal aux quatre coins du monde, comme une hideuse\net purulente & inguérissable lèpre.\n     Albert Giraud a fait là un maître livre. Notre public belge l'appréciera-t-il?\nJ'en doute. Cela n'est pas écrit pour la foule. Les critiques de pacotille crie­\nront au scandale, comme s'il était scandaleux d'enfoncer le scalpel dans de\nputrides chairs & de crier au monde : Regarde, voilà le mal qui te pourrit!\n      Les journalistes aveugles, dont l'imbécilité a plâtré les yeux, comme fit\nl'hirondelle à Tobie, parleront d'infection réaliste, comme s'il y avait le\nmoindre réalisme dans ce cri de révolte de l'esprit contre la chair!\n      Mais les artistes comprendront ce livre. Ils y verront leur vie moribonde,\net de leur cœur jaillira une immense sympathie pour l'écrivain qui les a si bien\ncompris. Albert Giraud sera, pour ces viriles pages, rageusement haï & vigou­\nreusement aimé.\n     Je veux dire un mot de la langue dont il s'est servi. Le délicat poète, qui,\nle mois dernier, a, dans la Revue Moderne, si finement orfévré douze rondels\nbergamasques, a dompté, lui, le verbe farouche. Merveilleusement les mots\nobéissent au despotisme de sa pensée. L'œuvre étrange éclate dans toute la\nsuperbe bizarrerie d'un style nouveau & parfait. Peut-être lui reprochera-t-on\nses fières phrases qui sonnent comme d'inaudites symphonies, & ses hardis\nnéologismes moulant la pensée comme un maillot couleur chair. Tout cela a\npourtant sa raison profonde. Cet écrivain tout de nerfs & de sensations, Albert\nGiraud, coupe aux mots leurs caudales syllabes incolores ; trop de vocables\ntraînent à leurs pieds ailés le pesant boulet des désinences en ment; leur\nchaîne est coupée, ils s'élancent radieusement libres : chatoiement devient\nchatoi, flamboiement, flamboi; & à l'amputation de ce membre exsangue, ils\ngagnent une santé nouvelle, pleine de jeunesse & de couleurs.\n     Et ce n'est pas seulement la couleur que ce superbe style apothéose ; le\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "                                   — 118 —\n\ndessin, la ligne, que Théophile Gautier seul a su tracer dans ses nettes phrases,\nse découpent superbement dans celle d'Albert Giraud. L'ordre bizarre des\nmots, pour quiconque lit avec des yeux d'artistes, fait saillir des angles,\narrondit de graciles courbes, creuse de profondes perspectives, casse les mor­\ndants traits avec une brusque arrête.\n     Avec quelle vivacité de ligne, quelle profusion d'éblouissantes couleurs il\npeint, par exemple, ce bal au théâtre :\n     « Sous la gloire des mythologiques plafonds, sous l'or incendié des lus­\ntres, sous une poussière de gaz & de chaleur, au rhythme de la Valse des Roses,\nla foule toujours accrue par les vomissants couloirs, bondit, sonnante du trépi\ndes pieds, des fusants rires, des quolibets crevant à la surface de ce moutonne­\nment comme des bulles d'air sur l'eau, des lambeaux de musique hurlés en\nchœur après l'orchestre, sonores haillons arrachés par la crapule à la planante\net tournoyante valse, la foule, où les couples, sous les invisibles & claquants\nfouets de la bestiale joie, tournent avec le bruit & le vertige des toupies, la\nfoule, où se confondent dans une rapide hallucination de couleurs les intri­\ngants dominos, les gibbeux polichinelles, les serpentins arlequins dont les\nbattes battent, les matamorants matamores aux insolentes moustaches en croc,\nles escarmouchants scaramouches, les estudiantinos guitarant, les faméliques\nMacaires, les enfarinés & lunaires pierrots, la foule, où sur un fond d'habits\nnoirs les violents oripeaux, éclatent à l'œil, comme de jaunes, d'indigos, de\nbleus, de verts, de rouges pétardants pétards ! »\n\n\n                                                       IWAN   GILKIN.\n\n\n\n\n                 MEMENTO            BIBLIOGRAPHIQUE\n\n\n\n\n     Le recueil des scènes désopilantes du Colonel Ramollot, ce type étourdis­\nsant créé par Charles Leroy, vient de paraître à la librairie Marpon & Flam­\nmarion, avec eau-forte & illustrations.\n     Le Colonel Ramollot est déjà célèbre, car il n'est pas de fête artistique, où\nl'on ne demande à l'auteur sur l'air des lampions : Ramollot !\n     Charles Leroy ne le cède en rien à ses devanciers : Galetti, Durandeau,\nNoriac, etc. Avec un tact rare, il a su éviter les redites & trouver un filon nou-\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                                      — 119 —\n\nveau. On dirait un chirurgien faisant de la dissection. On croirait qu'il est né\nenfant de troupe, passant sa vie à la caserne où à la cantine.\n     Le Colonel Ramollot restera le type du Prudhomme militaire, & qui n'a\neu la bonne fortune d'entendre l'auteur, voudra au moins lire : Pinteau, la\nBaignoire, la Musique, le Tableau d'avancement, etc.\n\n\n\n\n             Sommaire du n° 2 de la Revue Moderne (20 Janvier) :\n       Gambetta                                     Victor Arnould.\n       Bilan du suffrage censitaire .   .   .      Edmond Picard.\n       Rondels bergamasques .      .  .   .        Albert Giraud.\n       Bonshommes & Bonnes femmes .         .      Henri Nizet.\n       A travers le Gothard    .   .  .   .        A.-J. Wauters.\n       Chronique artistique. .     .  .   .        Théo Hannon.\n            —      littéraire\n\n  Le prochain numéro de la Revue Moderne (20 février), contiendra :\n\n       Rococo                                                Ed. & J. de Concourt.\n       Pamphlet contre l'amour         .     .      .        Caroline Gravière.\n       Sixain de sonnets .     .   .     .     .             Iwan Gilkin.\n       Line, poésie.        .  .   .     .     .             Georges Eekhoud.\n       Richard Wagner (1re partie) .\n       A travers le Gothard (fin)      .     .      .        A.-J.   Wauters.\n       Chronique littéraire      .     .     .      .        Max     Waller.\n            —      scientifique .    .     .    .       Dr       W.\n            —      judiciaire. .     .     .    .             Nève.\n            —      artistique. .     .     .    .            Théodore   Hannon.\n\n\n\n      Vient de paraître à Liége une intéressante étude de M. Célestin Demblon\nsur le fécond écrivain Joseph Demoulin.\n      — Viennent de paraître chez Boitte : Les Galanteries de la Bible, le\npoème joyeux de Parny l'erotique, qui attribuait sa conversion à la lecture de\nla Bible, que son confesseur lui avait toujours interdite !\n      Jonglant avec les vers de huit que tant prisait son siècle, Parny a la faci­\nlité de Voltaire & la grâce de Dorat. L'éditeur qu'i réimprime aujourd'hui la\ngalante - œuvre dans une édition mignonne & « bon marché », a joint aux\nGalanteries de la Bible les Tableaux égrillards : la Rose, la Main, le Songe,\nle Baiser, les Rideaux, toutes ces petites scènes poudrederizées qui rappellent\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "                                 —    120 —\n\n\nles licences roses de Fragonard, & que l'on déguste ainsi que des sorbets, aux\nheures de flemme.\n      — Chez Parent : le Voyage à travers l'Univers, de Paul Combes, dans la\ntrès excellente Bibliothèque belge illustrée que nous ne saurions assez recom­\nmander aux maisons d'éducation & aux familles. La science, mise à la portée\nde tous sous une forme attrayante qui appelle la lecture, est dans ce volume,\ncomme dans Les Monuments à travers les âges, qui l'a précédé sous la signa­\nture de E.-J. Dardenne, traitée d'une main familière & savante que nous\napprouvons de tous nos encouragements.\n\nL'ART DE LA FEMME. — Sommaire du n° 2 — (15 Janvier 1883). (Rou­\n    veyre & G. Blond, imprimeurs-éditeurs, 98, rue de Richelieu, à Paris). —\n    Le Costume Féminin, par Marguerite d'Aincourt. Illustrations de Cortazzo\n    et Scott (deuxième article). — Les Salons de Paris, par Bachaumont.\n    Illustr itions de Cortazzo (deuxième article). — Hygiène de la Parisienne,\n    par le docteur Darfeu. Illustrations de Cortazzo (deuxième article). — Le\n    chien de Loulou, par Henry Desbruyère. Illustrations de Henriot. —\n    Le Théâtre à Paris en 1883, par Pierre Decourcelle (deuxième article).—\n    Album musical de l'Art de la Femme, Floréal, paroles & musique, par\n    Edouard Okolowicz. — Courrier illustré de la Mode parisienne, par une\n    parisienne (Camée). (Deuxième article). — La Bourse & les affaires.\n    Cette publication paraît les 1er & 15 de chaque mois & contient de 32 à 40\npages de texte; l'abonnement d'un prix modique (3o francs par an), est offert\ncomme surprise & cadeau par toute la haute société parisienne.\n    Un numéro spécimen est adressé franco contre envoi de 1 franc 50 cen­\ntimes en timbres-poste.\n\n        LE CORRESPONDANT BELGE. — Sommaire du n° 1 :\nLe Ménétrier (conte), Frédéric Cousol. — Robert Helmont, Alphonse Daudet.\n   — Devant la mer (poésie), Frédéric Cousot. — Croquis bruxellois, Théo­\n   dore Hannon. — Caractères drôles : Nicolas Tacite, Georges Bauwens.\n    — Revue littéraire, Albert Giraud. — Notes de musique, Ernest Van\n   Dyck. — Bavardages d'un peintre, C. Gemot. — Architecture, D... —\n    Causerie scientifique, Georges Kaiser. — Carnet d'un flâneur. — Bulletin\n   financier, A., A. — Bibliographie, Serge Aubry.\n\n                                                             NEMO.\n\n\n\n\n         LUCIEN-CHARLES     HOCHSTEYN,         IMPRIMEUR.\n\n                                Bruxelles,   8, rue de la Paille,\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "        LVCIEN HOCHSTEYN,              ÉDITEVR\n      Bruxelles, 8, rue de la Paille, 8, Bruxelles.\n\n\n\n         EMILE            VERHAEREN\n\n\n                          LES\n\n\n\n FLAMANDES .\n                      POÉSIES\n\n     Un vol. in-18. Prix : 3 fr. 50. — En vente,\n\n\n\n             ALBERT              GIRAUD\n\n\n\n\nLE S C R I B E\n     Un vol. in-18. Prix : 3 fr. 50. — En vente.\n\n\n\n           GEORGES              EEKHOUD\n\n\n\nKEES DOORIK\n                 SCÈNES    DU    POLDER\n\n\n\n\nUn vol. in-18. Prix : 3 fr. 50. — Paraîtra le 15 février.\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "                    LA JEUNE BELGIQUE\n                              paraissant le 5 de chaque mois\n                       BUREAUX          BRUXELLES, 90, rue Bosquet.\n                                   ABONNEMENTS\nU n an.    . . . . . . . . . . . .  5 fr.   |    U n semestre. '                      3 fr.\n                       les abonnements se prennent à toute époque.\n\n    Librairie A. BOITTE, éditeur, Bruxelles,      38, rue de l'Hôpital, 38,   Bruxelles\n\n\n                  COLLECTION BOITTE\nMagnifiques volumes in-18, véritables bijoux de typographie, composés de 128 pages\n          imprimées en caractères elzéviriens sur beau & fort papier teinté.\n                         PRIX : 50 CENTIMES LE VOLUME\n                       Le premier volume a paru le 15 novembre 1882.\n              E N V E N T E :• L e deuxième volume de la collection\n\n   PARNY           -     LES      GALANTERIES               DE       LA        BIBLE\n                                   et Poésies diverses.\nP o u r paraître fin Mars : L A        CONFESSION          D'UNE       COURTISANE.\n\n                  RÉVOLUTION DANS L'ART DE SE RASER\n\n               RASOIR                                     AMÉRICAIN\n                                   Breveté S. G. D. G.\n           Il est impossible dans une annonce de donner une idée complète des\n    avantages extraordinaires de cette merveilleuse invention, cet appareil jus­\n    tifie entièrement sa vogue ; il permet à toute personne de se raser sans en\n    avoir aucune habitude, & cela sans crainte de coupure.\n           Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement nerveux on peut se raser\n    d'une façon plus parfaite que ne le ferait le barbier le plus expérimenté par\n    les procédés anciens.\n           Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce nouveau rasoir est telle­\n    ment extraordinaire qu'il est certain qu'il remplacera partout l'ancien sys­\n    tème ; il suffit de l'avoir essayé une fois pour ne plus vouloir se raser ni se\n    laisser raser par d'autres procédés.\n          Ne pas confondre avec des appareils similaires qui se vendent à vil\n             prix & qui n'ont aucun des avantages du RASOIR AMÉRICAIN.\n         Pour le recevoir franco, envoyer 5 fr. 50 en un mandat-poste à\n    M, MICHEL, 37, rue des solitaires, Paris. (Remises pour les achats en gros.}\n              (Prière d'indiquer dans quel journal on a lu cette annonce»)\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1883-02-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 100."}}