{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(3 e année) 1883 Tome I I", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE GUSTAVE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 144, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 208, "texte": "3 e année)     1883             Tome I I . 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MAURICE BURNY.\n    L E CAFÉ L A F L E U R                                                HIPPOLYTE DEVILLERS.\n    REMEMBRANCES                                                          PAUL LAMBER.\n    M É N U E T T O DES BAISERS                                           HENRI MAUBEL.\n    POÈMES IRONIQUES                                                      EMILE GOUDEAU.\n    SONNET                                                                OCTAVE RICHARD.\n    SONNET A UN P E T I T MOUCHOIR. .                                     GEORGES RODENBACH.\n    A CAMILLE LEMONNIER . . . . . ' .                                     L. DE CASEMBROOT.\n    POÈMES EN MINIATURE                   .       . . .       .       .   CHARLES FUSTER.\n    AGAR                                                                  ALBERT GIRAUD.\n    LES RANTZAU                                                           MENANT.\n    AU PAYS W A L L O N , Une Soirée                                      IULES DESTRÉE.\n    REVUE DES LIVRES . . . . . . . .                                      ALBERT GIRAUD.\n    CHRONIQUE DE PARTOUT . . . -                                          NEMO.\n\n\n\n\n                                 BRUXELLES\n              BUREAUX                : 90, RUE                            BOSQUET\n                                     MnCCCLXXXIII\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE Paraissant le 5", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES. 19.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 145, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 410, "texte": "LA JEUNE BELGIQUE\n                   Paraissant le 5 de chaque mois.\n\n\n\n                            BUREAUX\n                BRUXELLES : 90, rue Bosquet.\n\n\n                       ABONNEMENTS\nUn an                   .   5 fr.   |   Un semestre . . . .      3 fr.\n\n                    Union postale : le port en sus.\n\n\n\n        Les abonnements se prennent          d toute époque.\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES. 19.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 145, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 410, "fin_caractere_exclue": 1249, "texte": "BOITE AUX LETTRES.\n   19. Charles M, Li2ge. — Reçu 3 e lettre, — d'injures naturellement.\nNous ne répondrons certes pas ; ce n\"est plus du style, mais de la\ndéjection. Silence éternel. Vous êtes jugé, mon bon.\n   20. Léon C. Schaerbeek. — C'est bien complainte, cher confrère, et\nbien long; vous avez de grandes qualités; troussez-nous de mignons\nsonnets, pierres de touche des poètes, et nous serons heureux de vous\nadopter dans la grande famille de la Jeune Belgique.\n   21. Un abonné liégeois. — Idem, cher confrère, plus quelques\nfautes ; remaniée, votre poésie pourrait devenir charmante.\n\n\n   Nous prions les directeurs des journaux avec lesquels\nnous faisons échange, ainsi que les libraires et nos corres­\npondants de vouloir bien tenir compte du changement\nd'adresse des bureaux de la Jeune Belgique: go, rue Bosquet\nà Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 121, "page_fin": 124, "titre_corps": "Gustave Doré", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Burny", "ancre_debut": "GUSTAVE DORÉ", "ancre_fin": "MAURICE BURNY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 146, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2243, "texte": "GUSTAVE DORÉ\n\n\n\n   Quarante années d'incessante production tiennent dans sa vie — et\nc'est à cinquante et un ans qu'il est mort. Existence consacrée à l'art\nsous toutes ses formes : caricature, dessin historique et religieux,\nstatuaire, peinture de genre et paysage. Mais le sculpteur, le peintre\nde ces tours romantiques qui se décarcassent dans le bitume, un rayon\nde lune filtrant à travers leurs brêches comme à travers les côtes d'un\nsquelette ; le paysagiste des torrents qui précipitent leur écume entre les\ngranits alpestres, avec, dans le lointain, des montagnes bleues plaquées\nsur un ciel indigo — espèces de chromolithographies rapportées de ce\npays que nous a gâté la chromolithographie — sont, on peut le dire, déjà\noubliés. Ce qui reste debout, c'est le caricaturiste, et c'est (d'illustrateur. »\n    Illustrateur, Gustave Doré l'est d'instinct. Il sait à peine tenir une\nplume, que ses cahiers de « déliés » se couvrent de figurines et de sil­\nhouettes. A onze ans, il imprime ses premiers dessins. Depuis ce jour-\nlà, sans compter les travaux courants, vont sortir de son atelier\npour se répandre dans toute l'Europe, sertis à sa marque, les joyaux\nde l'esprit, les livres qui forment la bibliothèque de l'humanité.\n    Il commence par la caricature, au Journal pour rire, où il plaisante\nles mœurs contemporaines. Rien du fausset de Cham, moins encore\ndu cruel coup de crayon de Daumier: une communicative jovialité.\nune indéfectible bonne humeur: c'est le rire pour le rire. Le « tous-les-\njours » de la vie apparaît en ces amusantes pochades avec toutes ses co­\ncasseries, depuis le Garde-national à qui son ceinturon bouclé sous\nl'aisselle donne l'air d'une femme enceinte de trois mois, jusqu'au Bassin\nde natation, où des gaillards aux anatomies dérisoires piquent des têtes\nau milieu des bourgeois ventripotents qui font la planche, les nombrils\némergeant de l'eau comme de burlesques nénuphars.\n    Entretemps, sa verve, avec l'ardeur d'un vin jeune, prend du corps,\n fermente à faire éclater le léger flacon de verre dans lequel on l'a em­\n bouteillée ; et c'est le broc de Rabelais, pas trop grand pour elle, qu'elle\n    5 Mars 1883.                                                          10\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "                                    122\n\n va emplir, frémissante, emplir jusqu'au bord, en épandant sa mousse\n sur la table. Le Rabelais, c'est son chef-d'œuvre. Le long des pages de\n ces deux volumes in-folio, des débandades de croquis, trognes joufflues,\n ventres distendus à crever — car Gustave Doré a une prédilection pour la\n rondeur du trait — roulent leurs larges allégresses. Sur l'herbe verte,\n devant les bons géants, Grandgousier et Gargamelle la mamelue, une\n gogaille se vautre, pour laquelle des douzaines de bœufs empalés\n rôtissent au soleil, enduits de sauce qui grésille, lapée par les flammes ;\npots et plats trottent sur la table, aussitôt sèches ; on plonge le nez,\ndans les gobelets ; les gigots empoignés à même laissent au joues deux\n rigoles de jus. A distance, les «povres vilains» se divertissent, jouent\nau saut-de-mouton, dévalent les tertres à écorche-cul ; gaillards et com­\nmères dansent — autour d'une clique d'oies qui, attendant le coutelas,\nclaironnent en allongeant le cou,— des rondes affolées où le vent soulève\nles jupes. Dans un coin, près d'un banqueteur qui se soulage, un bon­\nhomme regarde la feuille à l'envers, les genoux repliés, les bras étendus\nà terre, christ de la beuverie, la tête cachée par son ventre qui s'arrondit\nen dôme. Tournez la page et vous verrez surgir comme par une lucarne\nles hures d'aubergistes, pouffant dans leur lard, si rouges et si luisants\nqu'on les dirait arrosés de sauce — les crânes de moines, auréolés par\nune tonsure qui se perd entre les plis de leur nuque. Dans les cérémo­\nnies, d'innocents chantres d'église lancent les notes à pleine volée par\ndessus leur livre de messe, la bouche élargie en entonnoir dilatant les\nnarines, mettant un froncement aux sourcils, sous lesquels les pupilles\nroulent, effroyables. Puis, c'est Panurge, l'effilé, les prunelles toujours\ndardées de côté, à la recherche d'un nouveau tour — frère Jean des\nEtommeures, sanglé dans sa cordelière comme un baril dans son cer­\nceau, sortant du froc une gueule dont le nez pudiquement rouge se cache\nentre les mamelons des bajoues, boursoufflées, envahissant chaque joui-\nun peu plus la bouche et les yeux. Plus loin, sergents, huissiers, chica­\nneurs serrant leurs doctes lèvres, laissent flotter sur leurs mâchoires leur\npeau trbp large, ridée, tannée comme un vieux cuir, ou étendent à perte\nde vue au dessus d'un nez en pied de marmite,un front grotesquement\ndéveloppé par les méditations juridiques. — Et partout dans cette liesse\népanouie, où rit une bonhomie digne parfois de la mâle bonté du\nTourangeau, les géants mettent, comme une protection, leur carrure\nmonstrueuse.\n   C'est le carnaval de tous les types du temps jadis. Feuilletez les\nContes drolatiques, fonctionnante parodie du moyennageux, roman­\ntique raillerie du romantisme. Les rapières, comme dans les mélo­\ndrames, soulèvent le pan des manteaux ; les toques des velours s'empa-\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "                                — 123      -\n\nnachent d'une floraison de plumes retombantes qui, dans les cavalcades,\némouchent la figure du voisin, ou balaient la croupe du cheval ; des\narmures, sous lesquelles il n'y à peut-être personne, causent, visière\nbaissée, avec de gentes dames en robe écussonnée, tandis que les coins\nd'aciers de la visière se relèvent vers le cimier avec une minauderie de\njoli-cœur. Et sur les degrés des palais, larges comme des avenues, dans\nles ruelles où les tours en poivrière étranglées piquent sur le ciel sombre,\nles pointes de leurs éteignoirs, se passent, l'ombre à des balcons en sur­\nplomb, des scènes innommables...\n    Le Rabelais terminé, Gustave Doré se sent mordu, comme Daumier\nle fut toute sa vie, du désir de sortir de la caricature, de faire du\n« grand art ». Il rêve d'illustrer la Bible, le Dante, l'Arioste, Don\nQuichotte, La Fontaine, tous les génies. Tâche au dessus des forces\nhumaines et qu'il accomplit. Œuvre trop vaste pour n'être pas\nmédiocre. Si médiocre qu'elle fût, elle venait à son heure — les vignet­\ntistes du groupe de 1830 avaient fait leur temps — et, cause plus\nsérieuse de succès, elle avait les vanités pour elle : les acheteurs s'ima­\nginaient comprendre et favoriser ce « grand art » que croyait pratiquer\ncelui qui signait. Négligeant maintenant les gracieuses fadaises de Tony\nJohannot, les bourgeois étaient fiers de posséder pour quelques louis\nces albums où s'étalent à chaque page d'énormes compositions, presque\ndes tableaux. Livres d'étrennes — et ce mot dit bien ce qu'ils sont —\non trouve sur les guéridons de tous les salons leurs reliures rouges à\ngaufrures d'or. Dans Don Quichotte, la gaîté jaillit encore par places :\nle flacon verse ses dernières gouttes. Quelques verveuses têtes de cha­\npitre : voyez Sancho, embarrassé, se grattant du doigt l'occiput; ailleurs\nune petite hôtesse blanche dans le décolleté de son corsage, rengorgée\ncomme une colombe, accueille les propos d'un torero avec des rires qui\nsecouent sa taille grassouillette, tandis que dans le fond s'approchent,\nles yeux fulgurant sous le feutre, deux longs escogriffes, la moustache\nen croc, une cape rapiécée pendant sur leurs tibias. — L'on va aux\ngrandes illustrations, et au lieu du picaresque attendu, voleurs de grand\nchemin, gueux espagnols aux allures de princes du sang, matamorant,\nau bruit du grelot des mules, pour une infante à accroche-cœurs, on\ntrouve du sérieux, un sérieux sans couleur, blanc et sec comme la\npoussière des sierras.\n    Les Fables de La Fontaine sont traduites avec une mièvrerie de boîtes\nà dragées. Mais la Bibleï La vierge aurore de l'homme et de la terre,\nles Babylones disparues, les cités maudites s'effondrant au geste de\nDieu, y revivent-elles? Faut-il parler de la Divine comédie ? Que sont\ndevenues les géhennes de l'Enfer, la gloire des élus dans les éternelles\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2354, "texte": "                                — 124 —\n\n clartés du Paradis ? Les tortures, que l'âpre Gibelin dessina d'une plume\n d'acier trempée de fiel, apparaissent, sous le crayon de Gustave Doré,\n dans des paysages sans intérêt ni vraisemblance, mers noirâtres épaisses\n comme l'encre, bombant leurs reflets métalliques au pied de vertigineux\n blocs de basalte qui s'enfoncent dans le ciel uniformément noir, avec un\n ange, atome lumineux, assis à leur sommet. Epouvantails qui n'effraient\n plus que les petits enfants... le soir. Plus ennuyeux qu'un chant de la\n Messiade, ses Empyrées où les figures travaillées par hachures blanches,\n ont l'air de bonhommes en verre filé, sont vulgaires comme des apothéo­\n ses d'opéras, à la lumière électrique.\n    La célébrité, qui attend si souvent pour venir, que le talent s'en soit\nallé, était arrivée. Elle promenait son nom dans toute l'Europe : Les édi­\nteurs à l'affût lui arrachaient ses dessins sans presque lui laisser le temps\n de les achever : « Produisez, Produisez ! » Les personnages ne se déta­\n chent plus du fond gris que par le linéament du contour. Plus rien\nde gaulois : c'est anglais, c'est allemand, c'est du faux grandiose —\noù pourtant il laisse toujours sa marque. Devant ces planches énormes,\non ne s'écrie point : « voilà qui est vrai » — on dit : « voilà du Gus­\ntave Doré. » On les regarde, mais pour n'y pas revenir parce que le\ndétail manque, ce détail observé sans lequel on ne fait pas grand.\nL'imagination seule travaille, débridée. Tout y est au dessus de la\nnature, ou plutôt à côté. On pense à la boursoufflure d'un poème épique\nimprovisé au courant de la parole. Gustave Doré est devenu l'Ossian de\n« l'illustration. »\n   Non, son œuvre, nous l'avons dit, est tout entier dans le Pantagruel\net dans les Contes drolatiques \" il fut alors un artiste à la fois si prime­\nsautier et si imprégné de l'inspiration des deux maîtres que le souvenir\nde ses dessins demeurera attaché à celui de leur texte.\n   Et maintenant, quand son talent devrait, par un de ces hasards\nqu'offrent les renommées, passer de goût du jour au lendemain, il\nlui resterait encore, comme à ce prodigieux Dumas dont il venait de\nmodeler la stitue, la gloire d'avoir été l'amuseur de cette portion de\nl'humanité que voit s'écouler un demi-siècle.\n                                                  MAURICE     BURNY."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 125, "page_fin": 129, "titre_corps": "Le Café Lafleur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hyppolyte Devillers", "ancre_debut": "LE CAFE LAFLEUR", "ancre_fin": "HYPPOLYTE DEVILLERS", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 150, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2272, "texte": "LE CAFE LAFLEUR\n\n\n\n     Nous sommes en 1880. C'est dans la banlieue de Paris, à V...,\n  tout au bout de la commune, passé le dernier réverbère ; — près d'un\n  fort. Une petite maison blanche, isolée, touchant aux premiers champs;\n  avec, derrière, un jardin où sont quatre ou cinq tables sous des tonnelles.\n  Sur la façade un gros tronc de glycine, vieux, tordu, garanti par un\n treillis, mord le mur et monte sans branches jusqu'au dessus de la porte\n d'entrée; là, sous les fenêtres du premier étage, et sur toute la façade,\n s'étendent des branches garnies de feuilles naissantes d'un vert frais, un\n peu jaune ; et, d'entre ces feuilles, pendent de longues grappes de fleurs\n violettes, gracieuses et lourdes. — C'est le printemps.\n    La maison a bonne apparence ; au premier, trois fenêtres garnies de\n rideaux blancs ; trois chambres meublées ; deux, presque toujours rete­\n nues à l'avance, sont généralement occupées par des officiers, la troi­\n sième n'est jamais louée, et cependant, jamais d'écriteau à la porte de la\n maison, qui, du reste, n'a aucune enseigne annonçant qu'on y loge au\n mois ou à la nuit. Cette chambre inhabitée est la plus confortable des\ntrois, bourgoisement meublée, un bon lit toujours blanc, une armoire,\n une toilette, un tapis moelleux, une pendule toujours à l'heure et deux\n fauteuils méritant ce nom ; enfin trois gravures dans des cadres dorés ;\n « Dieu et Patrie », un prêtre qui lit son bréviaire en montant sa garde\nl'aime au bras; — les deux autres, formant pendants : « Ça ira », et\n « Ça été », deux vieilles estampes licencieuses — en somme de quoi con­\ntenter l'honneur et l'amour, la religion et le péché, Mars et Vénus. —\nLa chambre de la servante est au second dans les mansardes, à côté\nd'une autre, mansardée aussi, mais plus grande, occupée par les époux\nLafleur.\n    Au rez-de-chaussée, une boutique de débitant, porte vitrée au milieu,\net sur les carreaux dépolis des fenêtres cette inscription : « Café Lafleur\n— Vins et Eaux-de-vie ». La devanture est peinte en rouge sombre, et\nsur chaque appui de fenêtre il y a des pots de fleurs, en dehors.\nA l'intérieur quelques tables longues où l'on sert à manger ; puis, une\ncloison vitrée où des rideaux plissés et tendus par des tringles en haut\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "                               — 126 —\n\net en bas, cachent un grand cabinet où se tiennent les clients sérieux ,\nsur la gauche une vaste cuisine d'où s'échappe une borne odeur de\npôt-au-feu et de viandes roties. On sent que dans cette maison tout\ndoit être ponctuel, militaire, régulièrement ordonnancé.\n\n\n   On appelle volontiers la patronne « la mère » ou « maman Lafleur »,\n— le patron jamais autrement que « monsieur Lafleur ».\n   Madame Lafleur est une belle femme, jeune encore, bien en chair,\nforte, rougeaude, bien portante. Véritable reine de débit, elle sait attirer\net captiver sa clientèle par tous les moyens, — voire les plus naturels !\n— on l'aime, on la craint, on l'écoute. Elle a le rire bruyant, la plaisan­\nterie salée, le sous-entendu grivois ; elle se tient pourtant et l'on dit\nd'elle : « la mère n'est pas commode ». Elle a la main leste ; — il faut\nconserver ses distances.\n   Il y a des jours, à peu près réguliers, où Madame Lafleur a la\nmigraine et garde la chambre ; elle a ses intimes qui viennent la voir,\non passe par le jardin, et ces jours-là Monsieur Lafleur s'absente. C'est\nMarie, la bonne, qui sert au comptoir.\n   Elle est nouvelle, cette bonne ; un vrai morceau de roi, dix-huit ans,\net fraiche..! C'est la fille de Pierre Maréchal, un brave homme.\n   La maison a une clientèle diverse : les dimanches d'été, d'honnêtes pari­\nsiens, de petits boutiquiers en villégiature, qui font prendre l'air à leur\nmarmaille ou à leur grande fille à marier pendue au bras du prétendu, le\npremier commis, s'y arrêtent, attirés par la bonne mine de l'établisse­\nment, pour se livrer à une orgie de lapin sauté. La maison est tenue sur\nun bon pied ; on y revient ; Madame Lafleur ne tolère ni les braillards\nni les femmes qui se font remarquer, et souvent elle dit à ses habitués\ndu dimanche : « au moins on peut amener ses filles ici », et la maman\nne manque jamais de répéter à son aînée, la grande qui tourne toujours\nses talons : « Félicie.? madame Lafleur, en voilà une femme d'ordre, et\nsoigneuse !..»\n    En semaine on donne à manger à des ouvriers bien, à des contre­\n maîtres d'ateliers, tous gens de fort appétit, qui dépensent, et veulent\n une nourriture saine et abondante ; pas de dessert, un bon café après\nl'ordinaire. — On ne sert jamais plus d'un litre à chaque client, c'est\nla règle ; et le crédit, le plus restreint possible, ne dépasse jamais le\nsamedi de paye. Il y a quelques habitués qui prennent pension ; c'est\n madame Lafleur qui les sert à part, dans le cabinet vitré.\n   Le soir, un peu tard et après les derniers dîners, tout change ; une\ndizaine de noctambules s'emparent du cabinet et y sont chez eux :\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "                                —   I27   —\n\n\n espèce de comité en permanence, de génération spontanée, — citoyens\n vivant comme poussent les champignons, à l'ombre ; et comme eux pres­\n que tous vénéneux. C'est le club des mécontents, des grincheux, des\n médisants, des disgraciés, des blackboulés ; club qui a son loustic, Rémy\n dit Traîne-patte, un peintre de lettres, très entreprenant avec les femmes,\n se vantant de leurs faveurs et ne collectionnant que leurs gifles; il a une\n jambe qui n'entre jamais que bien après lui, de là son surnom. Traîne-\n patte lance comme pas un la tyrolienne de gosier, et n'a pas son pareil\n pour imiter les cris d'animaux ou organiser le boucan dans une réunion\n publique ; — en somme une forte colonne de cette petite église dont il\n est le pître.\n    Frimeux : l'intime du précédent; — est employé dans une banque\nvéreuse; toujours bien mis, barbe peignée, brun, du linge propre blanchi\npar sa femme qui fait des ménages pour s'aider à élever deux enfants.\n Frimeux quitte son bureau à quatre heures mais dîne rarement chez\nlui : — de la soupe, et de l'eau dans laquelle rouillent des clous pour la\nrendre fortifiante        nourriture de femme, soit          lui mange chez\n Lafleur, et sa pauvre dévouée, une simple, le plaint et dit : « Frimeux\nse donne trop de mal pour la commune. »\n    Ce froid petit homme jure dans ce milieu de grotesques, il est sinistre\nmais convenable, « on peut le sortir » dit Traîne-patte. C'est la plus\naffreuse petite vipère qui soit, c'est lui qui invente les calomnies, les\nrépand, souffle le feu, entretient les jalousies, les animosités de com­\nmune ; et tout cela sans profit, par plaisir. Frimeux fait de l'art pour\nl'art. Cependant il voudrait se sortir du bourbier, il a de l'ambition\nmais n'est pas aidé, il dit s'être mal marié, avoir une femme bête, et il\nattend.\n    Il y a là le bilieux, candidat inamovible qui a usé toutes les couleurs\nd'affiches ; grand, jaune de teint, il ressemble à un peuplier sans feuilles\net a une maladie de foie ; arrivera à l'état de squelette avant sa mort et\nne sentira rien après, — vit avec sa bonne. Enfin deux ou trois pochards\nde profession qui disposent des voix d'une partie de leur atelier ; un\nimbécile que sa femme envoie faire de la politique après son dîner, pour\nêtre libre d'aider le voisin à n'en pas faire ; — puis le classique mouchard\ncomplémentaire, retraité de la préfecture, qui fait double emploi avec\nMonsieur Lafleur ; et enfin le bon-enfant, un palefrenier très honoré de\nfaire les courses et de trinquer avec des électeurs influents.\n    Un dernier : Lartigue, — un grand corps, trente ans, le front bas,\ndes cheveux ras qui se redressent, peu de barbe, toujours en gilet à\n manches et sans cravate. Un débraillé. Déhanché, membré, laisse voir\n une poitrine velue. Quand il a bu, un mince filet de bave violacée suinte\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "                                — 138 —\n\nà chaque coin de sa bouche ; et il a le rire hébété, le rire rouge et mena­\nçant d'un habitué du couteau. Avec cela l'œil atone de quelqu'un qui a\neu de mauvaises habitudes dans sa jeunesse N'a pas de métier avoué,\nse dit journalier, mais on sait qu'il a été tondeur de chiens à Ménil-\nmontant, et qu'à présent il vit avec, et de l'unique fille de mauvaise vie\nqu'il y a dans la commune. Lartigue est une utilité, un ouvrage de\ndéfense; on l'a en cas de coups à éviter ou à donner, plutôt à donner.—\nAu total, un monsieur avec qui il serait imprudent de lier conversation\n sur la grand' route. —\n   Chaque soir on fait de la cuisine électorale, et celle-ci est comme\nl'autre, on perd l'appétit à la voir faire. Tous ces Francs-Juges déli­\nbèrent quotidiennement, boivent, conspuent et sauvent la commune à\nl'heure où les honnêtes gens sont couchés. Souvent, à la sortie, il sont\nen désaccord sur les moyens, et le passant attardé qui tombe au milieu\nde tous ces sauveurs commence prudemment par se sauver lui-même —\nà toutes jambes.—\n\n\n   Ce qui est à remarquer dans ces sortes d'associations, c'est la parfaite\nconnaissance d'eux-mêmes qu'ont tous ces augures qui ne peuvent se\nregarder sans une envie de rire; ils se possèdent à fond, et cette\nfraternité du vice qui leur donne des yeux de lynx, fait naître entre ces\ncyniques une confiance réciproque, attendu l'impossibilité où ils sont\nde se trahir. Il y a de rares exceptions. Or, dans ce cénacle, où l'on ne\nparlait que de prolétariat, un seul prolétaire avait accès, et encore était-\nil admis par tolérance. C'était Pierre Maréchal, le père de Marie, la\nservante des Lafleur.\n   Maréchal était maître paveur, travailleur endurci, rangé, il apportait\nde grosses semaines à sa bourgeoise ; et Marie, sa fille unique, fut bien\nélevée et choyée comme une demoiselle. Mais la mère Maréchal mourut\net le pauvre homme demeura seul, ahuri. Fort comme un bœuf et doux\ncomme un agneau, il s'acoquina, ne sais comment, avec les Lafleur.\nSa fille entra chez eux en service, et le père, depuis lors, ne quitta guère\nla maison que pour s'aller coucher, tristement et le plus tard possible,\nLes purs sentirent, d'instinct, que le pauvre diable était trop épais pour\nêtre dangereux, et lui firent une petite place.\n   Quant Marie entra comme servante, Frimeux eut un sursaut de joie:\nconvoitise ou seulement plaisir de voir quelqu'un qui se noie? — peut-\nêtre les deux. Traîne-patte, au contraire, avait, dans un bon mouve­\nment, dit à Maréchal :\n   — Père Pierre placez votre fille ailleurs.\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "                                    129\n\n   Maréchal faillit se fâcher. Lafleur [l'avait déjà fasciné ; — celui-là,\ndisait-il, est un bon.\n  Etre un bon, résumait tout pour le père Pierre.\n   Traîne-patte lui dit encore :\n  — \" C'est votre affaire, Maréchal, mais vous êtes une vieille bête. \"\n\n\n     Lafleur: le patron, Monsieur Lafleur, est un homme grisonnant,\n trapu, de taille moyenne; une barbe dure et courte lui donne un faux\n air de cabotin sans emploi ; l'allure commune, le visage tout sillonné de\n petites craquelures vineuses, la bouche lippue; — cet inclassé a quelque\n chose de répulsif.\n    Froid, réservé, il jouit d'un grand prestige, dans le comité nocturne\n où il pontifie. Il ne prend généralement la parole que quand son audi­\n toire est allumé, passé minuit, une fois les volets clos, heure à laquelle\n il résoud la question sociale, qu'il possède à fond.\n    Il parle avec lenteur, traîne ses mots ; sans doute pour s'entendre plus\n longtemps. Il revient à tout propos sur un prétendu voyage en Amé­\n rique, — et probablement n'en a pas dépassé les carrières. Il a l'habi­\ntude de terminer, de conclure, par un éloquent Vox populi, Vox Dei !\nce qui fait que Maréchal dit partout que Monsieur Lafleur a été au\ncollège et qu'il sait le latin.\n    Lafleur à le plus profond mépris pour les simples républicains : des\ncanailles! comme les autres; — et leur République?... une farce! ce\n qu'il nous faut c'est la Sociale.\n    — Qu'est-ce que c'est ? — dit toujours Pierre Maréchal.\n    Lafleur est l'homme des réunions publiques, l'orateur ennuyeux\nressassant continuellement les mêmes lieux communs, faits de lambeaux\nde phrases usées, cousus les uns au bout des autres. De ce tœnia de\nl'éloquence de bas-fonds, qui use de la tribune et en abuse, on peut dire\nqu'il rend ses discours. Coiffé d'un chapeau haut de forme, dont le\ncoup de fer n'a fait que donner du lustre aux taches graisseuses ; vêtu\nd'une redingote râpée, très boutonnée, qui ne laisse voir que la pointe\nd'un col douteux et une grosse épingle de chrysocale piquée sur une\ncravate à pois bleus; cet être hybride, ni bourgeois ni prolétaire, détonne\nlugubrement au milieu d'un public d'ouvriers.\n       (à continuer)                       H Y P P O L Y T E DEVILLERS,\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 130, "page_fin": 131, "titre_corps": "Remembrances", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Lamber", "ancre_debut": "REMEMBRANCES", "ancre_fin": "PAUL LAMBER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 155, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "REMEMBRANCES\n\n\n   Ce soir-là, vers dix heures, Madame Jalain était seule dans son\nboudoir, et vraiment il fallait toute l'importance d'un 31 décembre pour\npriver la jolie veuve de son entourage mondain. Mais cette soirée étant\nofficiellement consacrée aux fêtes de famille, il était de bon ton qu'on\nréveillonnât chez soi.\n   L'année finissait mal, très mal. Depuis l'aube la neige tombait, molle\net lente, désespérément, comme pour engourdir le mouvement de Paris\nfiévreux. Un vrai temps de funérailles, triste et grave, mettant un suaire\nà l'an qu'on enterrait. Une froideur humide, glacée, tombait des lourds\nnuages et s'infiltrait partout.\n   Dans le boudoir la jeune femme se pelotonnait, frileuse, près du feu.\nLes bûches brûlaient comme à regret, suintant, avec une fumée bleuâtre,\nde grosses larmes de sève sur les cendres qui luisaient rouge.\n   Malgré elle, Madame Jalain songeait. Certaines dates font penser,\ntoujours, fatalement. Celle-ci plus que toute autre. Chacun se remémore\nles choses gaies où tristes — plus souvent tristes — qui jalonnent pour\nlui les heures parcourues si vite depuis le jour gris de pluie où cette\nannée, maintenant vécue, naissait maussade, grosse d'inconnu.\n   Que faire se soir? Madame Jalain attendait pour le goûter de minuit\nquelques uns de ces parents que l'on voit par habitude, comme ces\nmeubles que l'on a toujours connu autour de soi et parmi lesquels on a\nvieilli. Que faire en les attendant? Une sorte d'ennui affadissant enve­\nloppait la jeune femme, un engourdissement semblait monter du\nmobilier aux tons clairs, de la symphonie de couleurs gaies que la lueur\nrose de la lampe noyait dans une harmonie discrète.\n   Machinalement la veuve prit dans un tiroir une liasse de papiers —\ndes lettres gardées elle ne savait pourquoi — et pour s'occuper se mit à\nles classer. Sa pensée voyageait toujours, elle remontait loin, dans la\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "                                  —   131   —\n\n poussière des choses passées, jusqu'au jour où, indifferente, elle avait\nmis sa main dans celle de l'homme dont elle portait aujourd'hui le nom.\n Ils étaient partis côte à côte « pour le grand voyage ! » comme disait son\noncle André en buvant aux mariés.\n    Puis elle revoyait, peu après, la mort soudaine de ce mari, la rupture\nde cette chaîne sans amour qui cependant n'avait été lourde à aucun.—\n Les lettres passaient toujours dans ses doigts, les papiers clairs, les bristols\n gris s'amoncelaient, exhalant ce relent particulier de l'encrevieillie. Ma­\ndame Jalain ne relisait pas, elle arrangeait en petits tas, distraitement.\n    Maintenant sa pensée retraçait ce moment troublé de sa vie, moment\nencore tout proche, où pour la première fois elle avait senti battre son\ncœur et où, pensant à un homme, elle s'était dit sans rougir :\nJe l'aime !\n    Lui aussi l'aimait. — Du moins elle l'avait cru. Quel rêve de refaire\nà son bras le grand voyage !\n    Et puis, un soir, son délicieux émoi quand enfin il avait avoué son\namour, et l'instant d'après, l'épouvantable écroulement, car brusquement\nelle avait compris ce qu'était cet amour : un caprice ! — ce qu'il voulait :\nune maîtresse !\n    C'est vrai, il était beaucoup plus riche qu'elle !\n    Un sanglot lui monta aux lèvres, et fiévreusement elle chercha parmi\nles lettres une lettre de lui, la seule qu'il lui eut écrite, réponse ironique\nau billet indigné par lequel elle avait consommé la rupture.\n    Que tout cela était vil !\n    Une volonté d'oublier la prenait, il lui sembla que du passé rien ne\ndevait rester et qu'avec l'année nouvelle sa vie devait recommencer.\nAlors bravement, sans un regard, elle jeta au feu cette lettre, et comme,\nanéantie, elle regardait de ses yeux fixes le papier noirci se recroqueviller\ntandis qu'au dessus une flamme dansait claire, la bonne voix bourrue\nde l'oncleAndré la fit tressaillir : \" Allons ma nièce, nous avons bien fini\nl'année ? Je te la souhaite bonne et heureuse! \"\n                                                   PAUL    LAMBER\n    Décembre 1881.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 132, "page_fin": 132, "titre_corps": "Menuetto des Baisers", "titre_sommaire": "Ménuetto des Baisers", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "MENUETTO DES BAISERS", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 157, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "MENUETTO DES BAISERS\n\n\n    Au temps du Rococo, au temps des Pompadour, qui donnaient à\n baiser aux écuyers galants, la pointe de leurs ongles roses — quand les\n violons du roi, piano, pizzicato, rythmaient le menuet joli — tendres\n marquis poudrés, chiquenaudant leur jabot, marquisettes mignardes,\n une mouche piquée au coin d'un éternel sourire, deux par deux s'en\n allaient, toute jeunesse et tout amour, pincer, dans les coins sombres, le\nmenuetto des baisers, pizzicato, pianissimo ... autemps jadis....—\n    Mais il n'est pas fini, le doux règne des belles. Des Pompadour\nd'antan, toutes ne sont pas mortes. Les plus jeunes nous restent,\n rieuses, gracieuses, pour picoter nos cœurs d'un petit rire cruel, au plus\n timide aveu et les faire saigner goutte à goutte. —\n    Elles ont secoué la poudre de leurs toisons, sur les cheveux blanchis\n des vieilles endormies. A force de menuets, leurs mouches sont tom­\n bées, creusant de noires fossettes au coin de leur sourire. Leurs petits\n pieds cambrés, lassés de compasser d'antiques révérences, se détachent\ndu sol, montent, s'élèvent, planent sur d'invisibles ailes, dans le tour­\nnoiement voluptueux des valses : valses lentes, valses blondes, valses\nmolles       Et quand nous les avons, souples et frémissantes, en nos\nbras mi-pâmées, les mignonnes fragiles, nous n'osons point presser\ntrop fort leurs membres frêles, de peur de les casser. —\n    Des soirs, pourtant, la valse les rend graves, tristes.—\n    Tandis que, sous le cliquetant pailletis des lustres, lourds soleils\ndont la clarté s'épand en brûlantes coulées, les ors flamboient; les pier­\nreries ruissellent ; la foule houle et roule dans un éblouissement de\nlumières et de sons. Nous glissons à l'écart, vers les salons étroits, her­\nmétiquement clos de tentures épaisses : salons coquets, chauffés, ouatés,\nmoitement tièdes. A deux, nous restons là, blottis dans du velours.\nTous les bruits du dehors, les clameurs, les rumeurs s'étouffent. Les\néclatants forte des valses s'assoupissent. Il ne nous envient plus que\ntrès lointainement, une musique sourde, un rythme berçant, sonore....\nà peine. Nos marquisettes songent. —\n    Leurs yeux et leur pensée, dans l'outre-mer des ciels, poursuivent\ndes amours joufflus. —-\n   Nous, qui ne rêvons plus, nous nous disons tout bas, en les voyant\nainsi : quel frissonement effleurerait leur être, à l'attouchement doux\nde chaudes lèvres rouges, sur le charnel satin de leurs épaules blanches.\n                                                  HENRY     MAUBEL"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 133, "page_fin": 138, "titre_corps": "La Bible de Méphisto", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poèmes ironiques", "signature_source": "Émile Goudeau", "ancre_debut": "POÈMES IRONIQUES", "ancre_fin": "EMILE GOUDEAU", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNET Quand le Seigneur", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 158, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 944, "texte": "POÈMES IRONIQUES\n\n                      FRAGMENTS\n\n\n\n\n       LA     BIBLE        DE     MÉPHISTO\n\n\nUn soir, je compulsais les livres de cabale,\nOù, comme un cheval fou, l'esprit humain s'emballe\nDans l'ornière et sur les cailloux de l'infini :\nLe vieux Platon avec son idéal béni,\nKant, sa critique d'or, Spinosa, ses facettes,\nMonsieur Victor Cousin, ses petites recettes,\nBonald, le Rêve en Dieu, Comte, le positif,\nDarwin, la Lutte et le Principe sélectif,\nBüchner. Force et Matière, Allan-Kardec, les gnomes,\nMonades, antités, cellules et fantômes,\nTous sans pouvoir forcer jusqu'au bout le chemin,\nQui mène à la croyance ; et le front dans la main,\nSur ces livres ouverts je m'accoudais morose,\nNe sachant que penser de l'homme et de la chose,\nMoins avancé, moins fort, moins sûr qu'auparavant.\n\nUne lampe éclairait ce spectacle émouvant.\n\nTout à coup j'aperçois dans mon armoire à glace\nUne ombre ; elle grandit, se dessine et se masse :\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "                      -   134    -\n\nMéphisto m'apparaît. Non pas le Méphisto\nDes opéras, avec l'épée et le manteau,\nL'escarcelle, la toque à plume, la guitare,\nNon; mais un Méphisto moderne à barbe rare\nA l'Henri III, le nez busqué, les yeux cernés,\nSes cheveux sur le front par plaques ramenés,\nSous le hâle et la bile une joue un peu sèche,\nLa bouche comme la pointe d'un fer de flèche,\nChapeau de haute forme, et veston bleu collant,\nLe col anglais, cravate, et bout de gilet blanc,\nLe pantalon très court, anciens bijoux, mais certe\nUn monocle vissé dans l'œil. D'un pied alerte\nIl s'avança vers moi, posa ses doigts gantés\nSur le bord de la table, et me dit : Écoutez !\n\n\nAlors je constatai que ce roi de l'abîme,\nAu lieu de soufre avait une senteur sublime\nDe femme, de londrès, de musc évaporé,\nUn charme ! et que de plus il était décoré.\n\nLors il dit :\n\n           « Je suis las de voir que l'on me nie,\nQu'on méconnaisse encor l'esprit de l'Ironie,\nQue, suivant sa raison, lampion incertain,\nL'humanité stupide ignore son destin,\nQue tous, papes ou rois, curés, bourgeois, bohèmes, .\nVous lâchiez vos savants à travers les systèmes,\nComme des chiens sans nez à la chasse du vrai,\nCourse folle ! Et j'ai dit : Je me révélerai !\nToi, mon fils, dont la tête est façonnée au doute,\nPour répéter au loin mes paroles, écoute.\nMoi, Méphistophélès, la Force non le Droit,\nDès le commencement des choses je fus Roi.\nJe fus le grand seigneur de l'étendue immense,\nEt le chaos était mon œuvre de démence,\nTrès ironiquement je me jouais ainsi,\nLaissant les mouvements aveugles, sans merci,\nRouler comme une pâte au fond du pétrin-gouffre,\nL'iode, le fluor, le phosphore, le soufre,\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1843, "texte": "                     — 135 —\n\nLes gaz lourds, les vapeurs, les fusibles métaux ;\nJe voyais s'épuiser en des combats brutaux,\nPoitrail contre poitrail, et torses contre torses,\nLe sauvage troupeau des primitives forces.\n   Ça ne servait à rien déraisonnablement.\nMais je pus m'amuser dix siècles : un moment —\nQue veux-tu? Je sortais d'une éternité noire\nOù comme un peuple heureux je n'avais pas d'histoire ;\nMais la Force s'ennuie en face du chaos.\nOr donc je m'ennuyais à flotter sur les eaux.\nIl faisait nuit. Je pris du gaz frais, du phosphore,\nDe l'or en fusion et j'allumai l'aurore.\nPuis dans l'espace ouvert du premier des matins,\nJe lançai mille blocs et tourbillons lointains;\nDes soleils s'enroulaient sur eux-mêmes, des terres\nEn un mouvement double entraînant leurs cratères,\nCorps de ballet bizarre en un ciel d'opéra —\nEt j'inventai la valse avant monsieur Métra.\nPour brocher sur le tout j'ajoutai des tas d'astres,\nEt les méridiens qui règlent vos cadastres,\nLes constellations à forme d'animaux,\nLes comètes vaguent en des coins anormaux,\nPour porter la terreur ; et la Lune fantasque\nParmi ce carnaval élargissant son masque ;\nEt je fis, souriant, tourner en sens divers,\nAutour de l'humble Terre un millier d'Univers,\n(Si depuis trois cents ans, la loi renouvelée\nA tout changé, c'est sur l'avis de Galilée,\nRailleur de mes amis qui s'est évertué\nA rendre fort amer le sort de Josué.)\nMais revenons. J'étais trop seul devant mon œuvre.\nAlors j'inventai tout : l'hyène, la couleuvre,\nLe tigre, le chacal, la teigne, le vautour,\nLa pieuvre, le cochon et la trichine autour,\nEt les chiens enragés, et la fille ambiguë,\nLa nicotine, et l'arsenic et la ciguë,\nLes sels de cuivre et tel et tel autre poison,\nQui n'empoisonne plus sans rime ni raison ;\nLa maladie et le médecin, le parjure,\nLe vol, l'assasinat et la littérature,\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "                      — 136 —\n\nEt trois cents millions encor d'et cœtera.\n— Puis l'Homme — m'écriant : C'est là qu'il luttera.\nL'Homme, cette substance en cervelle infinie,\nCapable de saisir et d'aimer l'Ironie.\nL'Homme, pose devant mon chef-d'œuvre de fou,\nAvec trente-deux dents pour se rire de tout.\nJ'espe'rais voir ce preux, puissant en la bataille,\nPortant son grand cerveau sur sa petite taille ;\nD'ailleurs, je lui laissais comme baume divin,\nPour jouir : le soleil, les femmes et le vin,\nPffe ! je vis malgré ma suprême indifférence,\nQu'à moins que l'on soit Roi, l'Ironie est souffrance,\nQue l'Amour, et la Haine et les Ambitions,\nPeuplaient ces cœurs mesquins de malédictions ;\nQu'ils tremblaient — riez-en!— devant l'occident rouge\nDevant la lune pâle ou la Foudre qui bouge ;\nQue la mort, ce repos du Rire, les clouait\nDans la pauvre stupeur d'un immortel souhait;\nJe n'étais qu'un bourreau, la raillerie un glaive.\nEt ces faibles voulaient s'évader dans le rêve.\nAlors, pour les distraire avec un nouveau jeu,\nComme je suis bon Diable au fond, je créai Dieu.\n\n\nMéphisto me sembla grandir, droit sur un socle,\nAvec sa barbe en pointe, et l'éclair du monocle,\nAvec je ne sais quoi de triste et de badin,\nMalgré l'aspect suprême et ganté de dédain.\n\n\n«Dieu! reprit-il, ce Dieu, ma frêle créature,\nQui sortait de mes mains au sceau de ma facture,\nChef-d'œuvre éblouissant d'ironique bonté\nEn dehors du réel de l'âpre vérité,\nLeur devint un refuge à ces bêtes humaines,\nAux femmes, aux enfants, aux boiteux, aux poètes,\nA tout le ramassis des eunuques, des vieux,\nAux Zoïles perdus dans un songe envieux,\nAux vaincus machinant d'impossibles revanches,\nAux ignares bergers, guetteurs d'étoiles blanches.\nIls firent son portrait grotesque, en bois d'abord,\nPuis fétiches en cuivre et fétiches en or :\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2127, "texte": "                         -   137   ~\n\n  Des Baals de granit, des Jupiters de marbre,\n  Ils en mirent partout, dans le fleuve, sur l'arbre ;\n  Le besoin de prier, de croire, d'espérer,\n  Les fit d'idolâtrie abjecte s'enivrer.\n  Quelques forts résistaient en me gardant leur culte\n  Ironique ; mais sous la menace et l'insulte\n  Des faibles, devenus étant foule et les forts ;\n  Ils donnèrent au dieu leur esprit et leurs corps ;\n  Et lui, leur promettant Paradis et merveilles,\n   Bouchant d'erreur leurs yeux et de bruit leurs oreilles,\n   Grandissait. De Baal il devint Jéhovah,\n   Et, comme un rebellé toujours plus haut s'en va,\n   Lorsqu'il fut devenu lui seul dieu, lui seul maître,\n   Il fit courir le bruit par la bouche du prêtre,\n   Qu'il m'avait enchaîné, moi, l'Ironie, au fond.\n   D'une géhenne, en son Enfer, sous triple gond !\n   Noir menteur! J'aurais pu, si je n'étais bon diable,\n   D'un soufflet de mon gant renverser sur la table\n   Toi, tes temples et tes édens faits de carton.\n   Mais ceci me parut plaisant et de bon ton\n   De me laisser un peu, dans ma force hautaine,\n   Clouer aux piloris et mettre en quarantaine.\n   Je riais dans l'espace éternel et joyeux,\n    Près de chaos naissants qui flottaient sous mes yeux,\n   Raillant les airs confits de tous ces bons apôtres —\n   C'était une ironie à joindre à beaucoup d'autres —\n    Mais en songeant un jour que de libres esprits\n    Combattaient pour ma cause et scellaient leurs écrits\n    Du sang très précieux qui leur coulait aux veines,\n    Je sortis de mon calme et des hauteurs sereines,\n    Et je choisis Paris, ville du gai savoir\n    Et du rire éclatant, pour me montrer et voir.\n    Je suscitai l'esprit gaulois à bonne enseigne,\n    Le sel de Rabelais, la verve de Montaigne,\n    Cet enfant La Fontaine, et Molière ce roi,\n    Voltaire, mon sosie — et sur le sol étroit\n    Je me fais élever jusqu'au fond des nuées,\n    Un temple fait de rire acerbe et de huées ;\n    Et pour environner nos autels triomphants,\n    O Paris, j'ai choisi tes sceptiques enfants.\n                                                              11\n5 Mars 1883.\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 774, "texte": "                        138\n\n\nEt maintenant, vois-tu, mon cher, la lutte est forte.\nFerme ces livres-ci, pleins d'une chose morte ;\nRis de tout, frappe tout de railleuses clameurs ;\nPrends la vie avec joie : Aime, travaille et meurs\nCrois aux réalités, moque-toi des sornettes,\nQue ta jeune folie agite ses sonnettes ;\nCar tu peux mépriser l'Enfer ou le ciel bleu —\nQuand je l'aurai tué je ne créerai plus Dieu. »\n\nSoudain le coq chanta : la rue Monsieur-le-Prince\nPossède encore un coq ou deux; et l'aube mince\nJeta son linceul pâle au-dessus des grands toits.\nMais quand je voulus voir une dernière fois.\nCelui qui me parlait de la sorte à voix basse,\nIl avait disparu dans le tain de la glace.\n\n                                     EMILE GOUDEAU.\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 138, "page_fin": 138, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Octave Richard", "ancre_debut": "SONNET Quand le Seigneur", "ancre_fin": "OCTAVE RICHARD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 163, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 774, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "SONNET\nQuand le Seigneur eut fait le mâle et la femelle,\nIl prononça ces mots — comme jetant un sort —\n« Croissez, multipliez ! Que l'éternel ressort\nArbre, soit dans ton fruit, femme, dans ta mamelle ! »\n\nL'homme doit faire l'homme et cette loi formelle,\nLa nature la suit dans son sublime essor ;\nL'eunuque avili seul, croit en vain qu'il en sort,\nMa.is à sa pourriture un grand germe se mêle :\n\nIl revit malgré lui ; succulent pour le vers,\nSon corps nourrit le sol, c'est l'humus des prés verts.\nEn vain on veut chercher le néant, la matière\n\nJamais ne périra. Quand un être a passé,\nA d'autres il transmet son existence entière.\nLe monde ne meurt point : il n'a pas commencé.\n                                      OCTAVE R I C H A R D ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 139, "page_fin": 139, "titre_corps": "Sonnet à un petit Mouchoir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "SONNET A UN PETIT MOUCHOIR", "ancre_fin": "GEORGES RODENBACH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A CAMILLE LEMONNIER", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 806, "texte": "SONNET\n\n             A UN PETIT        MOUCHOIR\n\nVous avez un mouchoir, petit, joli, coquet\nQu'on croirait fait ainsi pour un nez de poupée ;\nDans un parfum' grisant l'étoffe en est trempée\nRose et vert — comme l'aîle en fleur d'un perroquet.\n\nL'autre jour, quand au bal chacun vous remarquait,\nVous, cessant de danser, vous étiez occupée\nDans le vase que-fait la poche découpée\nA l'arranger du bout des doigts comme un bouquet.\n\nOn dirait un mignon drapeau, toujours fidèle,\nDéfendant votre cœur, comme une citadelle\nQu'une armée amoureuse assiège chaque soir.\n\nN'importe ! tel qu'il est, il a bien plus de charmes ;\nMais s'il est si petit, votre petit mouchoir\nEst-ce donc qu'en partant vous aurez peu de larmes?..\n\n                                G E O R G E S RODENBACH.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 139, "page_fin": 140, "titre_corps": "À Camille Lemonnier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis de Casembroot", "ancre_debut": "A CAMILLE LEMONNIER", "ancre_fin": "Louis DE CASEMBROOT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "POÈMES EN MINIATURE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 806, "fin_caractere_exclue": 1127, "texte": "A CAMILLE LEMONNIER\n\n        Maître, quand j'entrai chez vous,\n        Voulez-vous que je vous dise\n        Ce que j'ai vu de si doux\n        Que mon âme en fut surprise.\n\n        J'ai vu deux petits bijoux,\n        Deux enfants que divinise\n        Leur grand nom, venir vers nous\n        Dans leur gentillesse exquise;\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 260, "texte": "                — 140 —\n\n Je ne les vis qu'un moment,\n Mais j'eus un rayonnement\n Dans mes yeux et dans mon âme.\n\n Les enfants des créateurs\n Ont une auréole en flamme\n Sur leur front plein de splendeurs !\n                          Louis    DE CASEMBROOT.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 140, "page_fin": 140, "titre_corps": "Demandes vaines", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poèmes en miniature", "signature_source": "Ch. 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FUSTER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 141, "page_fin": 141, "titre_corps": "Agar", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "AGAR", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 166, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1178, "texte": "AGAR\n\n      A LA MÉMOIRE DE GUSTAVE DORÉ.\n\nLe ciel immense et rond, où l'orbe éblouissant\nDu soleil aboli laisse une rouge tache,\nEt sur l'ombre du soir brusquement se détache,\nSemble un œil noir et fou qui s'injecte de sang.\n\nUne étrange clarté, fausse comme un mensonge.\nUne méchanceté lumineuse apparaît\nAu-dessus de la vague et lointaine forêt\nQui s'éplore, — absorbée en la vapeur d'un songe.\n\nLes rochers allongés dans un stupide ennui,\nComme un hideux troupeau de chimères géantes,\nOuvrent des trous pareils à des gueules béantes,\nAboyant à l'horreur muette de la nuit.\n\nLe paysage pâle et sombre a l'air d'attendre ;\nEt, sous la paix subite et lugubre du vent,\nS'alanguit au travers d'un silence vivant,\nD'un silence que seule une âme sait entendre.\n\nUn silence orageux, qui voudrait se muer\nEn de rauques clameurs et des appels farouches,\nUn silence où l'on sent de douloureuses bouches,\nDes lèvres à jamais aphones remuer.\n\nFuyant devant Sara, femme du patriarche,\nSoudain la concubine Agar, jaune de fiel,\nSur la lividité sympathique du ciel,\nSurgit, les bras ouverts, — comme une croix qui marche !\n                                ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 142, "page_fin": 145, "titre_corps": "Les Rantzau", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Menant", "ancre_debut": "LES RANTZAU", "ancre_fin": "MENANT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 167, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "LES RANTZAU\n\n\n\n\n   Les Rantzau sont tirés des Contes et Romans Alsaciens que\nMM. Erckmann et Chatrian publiaient il y a quelque vingt ans. La nou­\nvelle avait pour titre primitif « les deux frères. » En dehors de son sai­\nsissant intérêt dramatique, elle prenait un charme tout particulier dans\nce détail exact, pittoresque, dans cette couleur de paysage qui affirme\nl'originalité, la personnalité des auteurs de Maître Daniel Rock et de la\nmaison Forestière. En passant du livre à la scène, la nouvelle a subi\nbien des déperditions, elle a perdu de ses côtés intimes, mais le théâtre\na mis en relief ses personnages, et a donné une vie plus intime à ses\nantipathies, à ses haines ; il a fait vibrer ses passions. Malgré cela, ce\nroman joué il y a quelques jours, n'a pas obtenu le succès qui l'accueille\nà Paris.\n    Dans un village d'Alsace vivent les deux frères, Jean et Jacques\n Rantzau. Leurs maisons sont porte à porte. Ils sont condamnés à ce\nvoisinage et pourtant une guerre terrible les sépare, l'erreur de leur père\nleur a mis au cœur cette haine implacable : le vieux Rantzau a avantagé\nson fils aîné, Jean, et lui a laissé par testament, outre les biens que la\nloi lui permettait de donner, le logis paternel ; le cadet a été forcé de se\ncontenter d'une maison plus modeste.\n    Par cette injustice, Jacques a été chassé de la demeure de ses pères, il\nn'a plus mis les pieds dans cette chambre à coucher où sa mère est morte:\nJean lui a tout pris, jusqu'à ses souvenirs. Jacques se venge: c'est la\n bataille de chaque jour, la lutte irritée par l'insulte, par les vexations de\nchaque heure, de chaque minute, avec les voisins pour alliés, et prenant\npour armes tout ce qui peut leur tomber sous la main. Ils se fuient de\ncrainte de se sauter à la gorge, l'un et l'autre, mais ils se rencontrent\npartout dans le mal qu'ils se font. 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Il trouve un gendre: le garde général des forêts,\n M. Lebel : le choix est excellent et atteint Georges au cœur d'abord et\n puis il donne un allié, un complice même à Jean dans ce personnage\n officiel et puissant qui accablera de procès verbaux ce frère Jacques\n Rantzau, ce marchand de bois, propriétaire de scieries dans les forêts de\n l'Etat. — Jean a la haine profonde : sa volonté est transmise à Louise\n par le bonhomme Florence. — Grand embarras de l'ambassadeur qui,\n au courant de ces explications avec la jeune fille, trouve qu'elle a raison\net se voit obligé de retourner à M. Jean, pour porter une réponse inat­\ntendue, Louise refuse de se marier avec M. Lebel. Louise veut entrer au\ncouvent. C'estune révolte.— Jean entre en fureur, il chasse le bonhomme\nFlorence et d'une bourrade jette à terre le pauvre vieillard. — Puis il\nappelle sa fille par trois fois, le sang l'étouffé — et la met au défi de réi-\ntirer son refus. Louise veut se donner à Dieu. « Je le connais ton Dieu ! »\nréplique Jean. Tu ne veux pas? Non, réplique Louise avec douceur,\ncomme si ce martyr attendait la mort. — Rantzau la saisit alors par le\nbras, la jette à ses pieds et lève les deux poings sur elle. Le père est\neffrayé devant cette enfant inerte, un éclair a traversé son âme folle de\ncolère : « Jean ! sauve-toi ; Je sens que je la tuerais.» — Belle scène d'un\ngrand effet: j'ai pourtant entendu quelques bons esprits qui la critiquaient\ndans sa violence! c'est une erreur, elle est préparée avec un art infini,\nl'orage se dessine depuis longtemps dans le lointain: il éclate: la foudre\nest tombée, il fallait absolument qu'elle écrasât quelqu'un : elle a brisé\ndeux cœurs et de là est sortie une situation des plus émouvantes et des\nplus dramatiques : celle du troisième acte, Il fait nuit : la rue du village est\ndéserte ; une fenêtre est éclairée dans la maison de Jean Rantzau, les lu­\nmières filtrent à travers les rideaux hermétiquement fermés d'une chambre,\nc'est celle de Louise. Louise qui a refusé toute nourriture, est à la mort.\n    Cependant on a affiché ses bans de mariage à la mairie. Georges qui\nsait tout et qui n'ose franchir cette maison où l'appelle en secret la bien-\naimée de son cœur, Georges se révolte contre son père et jure que ce\nmariage ne se fera pas.\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3005, "texte": "                                 — 144 —\n\n    Jacques Rantzau est inflexible comme Jean. Louise mourra donc. Les\n médecins qu'on a appelés n'ont plus d'espoir; la cause du mal, ils l'igno­\nrent d'ailleurs.— Qu'a cette jeune fille qui veut mourir? Je vais vous\nle dire, dit Florence, que n'arrêtent ni la crainte de Jean, ni la pensée\n qu'il va perdre par cette liberté de langage sa position, c'est-à-dire le pain\n de sa femme et de sa fille, et qui embrasse sa fille comme pour se donner\n du courage dans cette bonne action. — Ce qu'elle a? Elle a qu'on veut la\n marier contre son gré et qu'on refuse celle qu'elle aime'. — Voilà pour­\nquoi Mademoiselle Louise va mourir. Tous s'éloignent — Jean reste\nseul dans la rue. Sa fille va mourir! L'amour paternel est descendu\n dans ce cœur dont la haine était jusque là maîtresse. Il lève les yeux sur\ncette chambre. Louise meurt désespérée et son regard se tourne lente­\nment vers la maison fraternelle. Jacques veille encore, sa chambre est\néclairée. Jean traverse à pas lents la rue. il frappe à la porte de son frère.\nJacques vient lui ouvrir : à la lumière de la lampe qu'il porte, il recon­\nnaît son frère. « Que veux tu ? » — Louise aime Georges. Je viens te de­\n mander de les unir.—Jamais ! — Mais ma fille va mourir ! — Que m'im­\n porte! — Tu laisserais donc mourir ton fils ? — Entre, dit Jacques, et\nla maison s'est ouverte pour les deux frères.\n    Voilà du bon théâtre, bien vrai, bien juste, bien saisissant, — une\ntelle scène ferait à elle seule le succès d'un ouvrage. Depuis une heure\n nous marchons avec les Rantzau dans les situations les plus émouvantes,\nqui se déduisent facilement, logiquement, les unes des autres. Sans attein­\ndre à des effets aussi puissants, le quatrième acte vaut les actes qui pré­\ncèdent, il contient une scène adorable. Où sont les amoureux dans tout\n ceci ? Où retrouvons-nous ces Roméo et Juliette, enfants de Capulets et\nde Montaigus de village ? Pas de nuits étoilées, pas de balcons. Ils ne\nse sont pas rencontrés une seule fois et nous ne les avons pas entendus\nse parler de leur amour. Attendez : l'amour n'y perdra rien. Louise, le\ncœur meurtri de tant de douleurs, Louise a auprès d'elle le bon Florence,\nc'est à ce seul ami de la jeunesse qu'elle confie le secret de son âme,\nqu'elle dit les tristesses et les joies de son amour, qu'elle livre une à une\ntoutes ses espérances et ses désespoirs de jeune fille. Et le bonhomme\nqui l'écoute et qui l'embrasse lui redit toutes les confidences de Georges.\nLa scène est d'un goût charmant, elle est chaleureuse, pénétrante. Sui­\nvons le drame. Nous sommes maintenant dans cette chambre de la mère\ndu Rantzau, dont le souvenir est sacré pour les deux frères. Jacques\nen rentrant a salué le portrait de sa mère, il a revu après plus de\ntrente ans le lit où elle était morte. Toute la famille est réunie, Georges\nest auprès de Louise, Florence a écrit le contrat de mariage, on le lit,\nil est cruel, la haine de Jacques a tout demandé, Jean s'est humilié, il a\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1087, "texte": "                                — 143 —\n\ntout accordé, il restitue ce qu'il a reçu de plus que son cadet dans la suc­\ncession paternelle, il passe par des exigences qui vont jusqu'à l'insulte ;\nquand son âme se révolte, il regarde sa fille et se soumet. Enfin la tor­\nture est finie, il signe, Louise se lève pour signer. A ce moment Georges\nlui prend la plume des mains et se refuse à s'associer, elle et lui, à\ncette œuvre de haine. Il rejette ce pacte de famille qui n'est qu'un acte de\nguerre, qu'une injure à celui qui va devenir son père et qu'une insulte à\ntous. Il leur rappelle leur nom, leur fortune, il invoque le souvenir de\nleur mère et les force à se jeter dans les bras l'un de l'autre. Georges\navait raison, l'amour tuera la haine. Voilà donc les deux frères réconci­\nliés et Georges et Louise mariés, quant au garde général Lebel, il part\naprès avoir reçu un coup d'épée de Georges, je ne sais pas trop quand,\npar exemple, mais au fond c'est un bien mince détail et la pièce reste\nbelle, une et grande,\n                                                            MENANT."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 146, "page_fin": 149, "titre_corps": "Une « Soirée »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Au pays wallon", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "AU PAYS WALLON", "ancre_fin": "JULES DESTRÉE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 171, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "AU PAYS WALLON\n\n                           UNE « S O I R É E » .\n\n\n    Il était venu là, sans but, cherchant la distraction, poussé par un\nvague désir de se désennuyer; et maintenant seul, terriblement seul,\nau milieu de cette foule, il regardait, narquois.\n    La salle où le Cercle dramatique et littéraire du village allait donner\nsa soirée était remplie de monde. Une grande salle basse, blanchie de\nfrais, occupant tout le premier d'une série d'estaminets, et dont on es­\nsuyait les plâtres ce jour-là. Ça et là, de petits drapeaux déployant leurs\ntriples couleurs au-dessus de cartons, où les armes de la province et les\nlions belgiques alternaient, grossièrement barbouillés, mettaient des\nnotes gaies et voyantes dans la grande blancheur de la muraille. Des\nquinquets fumeux, brûlaient, éclairant à peine. Au fond, la scène, avec\nson rideau neuf, où un artiste du crû avait peint un paysage fantaisiste,\net, de chaque côté, un escalier improvisé, presqu'une échelle, dissimulé\npar une tenture qui se soulevait de temps en temps pour laisser passer\nles acteurs.\n    Il se sentait dépaysé, mal à l'aise, dans cette grande rusticité, et l'es­\nprit, plein encore des splendeurs raffinées de la capitale, sa délicatesse\nse choquait du rude et grossier spectacle qu'il avait sous les yeux. Il\ns'ingéniait à chercher des ridicules et rendait en mépris ironiques l'en­\nnui qu'il ressentait. L'air lui manquait ; il s'approcha d'une fenêtre\nentr'ouverte qui laissait passer, dans une bise glacée, des bruits de verres\net les cris des cabarets d'en bas. Le front un peu rafraîchi par cette\nfroidure, il devint plus indulgent et regarda de nouveau. Un singulier\ncoup d'ceil, après tout.\n   Aux premiers rangs, les notabilités de l'endroit, venues là, un peu\npour encourager la société naissante, beaucoup pour y étaler leur im­\nportance ; et, près d'eux, leurs femmes, leurs filles, toutes les familles,\naux toilettes éclatantes, aux chapeaux surchargés de fleurs, avec de\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "                                — 147 —\n\n longues plumes blanches, qui ondulaient suivant les caquetages. Plus\n loin, des ouvriers aux mains rudes et calleuses, aux traits intelligents,\n durcis par les fatigues; des houilleurs, aux jambes déformées, à la figure\n marquée de cicatrices bleuâtres, des paysans venus avec leurs bonnes\n amies, croquant des noisettes entre deux pintes, se prenant la taille de\n gestes brusques et balourds et se donnant comme galanterie suprême\n de formidables coups de coude et de soudaines poussées dans les flancs.\n Debout, appuyés au mur, faisant la roue près des demoiselles, les jeunes\n gens, les élégants du lieu, mis à la dernière mode — d'il y a cinq ans —\n gourmés prétentieux. Les conversations allaient leur train, vives, courtes,\n souvent interrompues, pleines d'une grosse gaieté et dans le demi jour\n des lampes, on entendait un bruit sourd, confus, fait des cancans du\n village et du tapage des chaises déplacées.\n     Trois coups solennels retentissent et tout se tut. Le spectacle com­\n mença.\n     C'était d'abord un grand drame en cinq actes, rempli d'attaques de\n brigands, de fermes incendiées, de pathétiques scènes de dévouement et\nd'effrayants dangers. Les acteurs y allaient de tout cœur; vêtus de cos­\ntumes invraisemblables où les temps et les lieux se confondaient en un\nensemble grotesque ; ils débitaient consciencieusement leurs tirades,\nguindés, avec des gestes appris ; seule, une femme joua avec sentiment\net naturel une longue scène d'amour            De temps en temps, leurs\n rôles récités, ils regardaient dans la salle, nullement gênés, échangeant\n des coups d'ceil amicaux et satisfaits avec des connaissances. Et tout\n invraisemblable que fut l'intrigue, tout grossiers que fussent les décors,\n il fallait voir ce public ému, l'esprit tendu, les yeux rivés à la scène,\ncharmé des sentimentalités fausses des acteurs, et sur toutes ces rudes\n figures de prolétaires voués au travail de leurs mains, éclatait, joyeuse et\n franche, la jouissance du plaisir intellectuel des émotions partagées ; et\nquand après mille péripéties, l'orpheline échappée aux bandits, retrouve\nses parents et épouse celui qu'elle aime, ce furent des bravos, des tré­\npignements, des rappels.\n    Puis, les conversations reprirent, plus animées encore. Les apprécia­\ntions se croisaient, diverses, enthousiastes. Un membre du Conseil\ncommunal se leva pour aller féliciter les acteurs qui, rentrés dans la\nsalle, vidaient, à fortes lampées, de nombreuses chopes. Les jeunes\ngens descendirent aux estaminets d'en bas. Le payer des tournées, et\nle bruit sec des noisettes qu'on cassait, recommença, mêlé de rires.\n    Lui se promenait, grincheux, allant des fenêtres sombres aux quin-\nquets de la rampe; ces cinq longs actes l'avaient énervé; il se sentait\nplus ennuyé, plus triste encore dans cette joie de tous, se maudissant\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "                                 — 148 —\n\n  d'être venu, hésitant à s'en aller. Il lui prenait des envies baroques,\n  comme de sauter sur la scène et de haranguer ces travailleurs, de leur\n  parler de leurs droits méconnus, de toutes ces réformes dont il avait la\n  tête pleine.\n     Tout en se promenant, il examinait les groupes, détaillait les figures.\n  Aux premiers rangs, une fraîche et jolie fille, aux traits fins, mise sim­\n  plement et avec plus de goût que ses voisines ; et il se plaisait à remar­\n  quer l'éclat expressif de ses yeux, la délicatesse provocante de sa bouche,\n  le gracieux modelé de ses formes ; et peu à peu, charmé, il passait et\n  repassait, la regardant.\n     De nouveau, trois coups firent un brusque silence, et une nouvelle\n  pièce commença, plus gaie, mieux jouée. Quand un passage lestement\n  enlevé amenait un rire dans la salle, la jeune fille riait aussi, mais si\n gentiment, si adorablement qu'il eût fallu être de bien méchante humeur\n pour trouver encore la comédie stupide, les acteurs ridicules. Mainte­\n nant, toujours plus indulgent, il ne parlait plus de s'en aller, se promet­\n tant même de rester au bal qui devait suivre le spectacle. Quand le\n rideau tomba, voyant les deux mignonnes mains applaudir, il applaudit\n aussi : ce n'était pas trop mal en somme, pour ce village.\n     Puis au milieu du bruit, la salle se vida, dégorgeant son trop-plein\n dans les cabarets voisins. Des groupes se formaient discutant, appréciant\n la soirée, et les acteurs, très entourés, posaient. Quelques fenêtres ou­\nvertes laissaient entrer un air pur et frais qui faisait vaciller les flammes\ndes lampes: Sur la scène, au milieu des arbres d'un décor, l'orchestre\ns'installait pour le bal, et peu à peu, lentement, les chaises et les ban­\nquettes s'enlevaient, une à une. Enfin un rapide coup de balai ramassa\ndes programmes froissés, des coques brisées d'œufs durs, des débris de\nnoisettes, dans une poussière épaisse qui montait du plancher.\n    Les premières mesures d'une polka retentirent et pressés les couples\nrentrèrent se serrant à pleins bras, sautant avec des dandinements d'ours\napprivoisé.\n    Voulant danser aussi, il la chercha, furetant du regard dans les coins\nsombres. Mais en vain ! Elle n'était plus là. Alors furieux, retrouvant\ntout grossier, ridicule, il partit, un regret au cœur. Dans l'escalier, sa\nbouderie se croisa, avec un rire gai, résonnant de jeunesse et d'entrain.\nAlors il hésita\n    Quand il rentra dans la salle, une valse y tournait, enlaçant les cou­\nples. De suite il la reconnut, elle était à peu près la seule qui valsa\ncorrectement, suivant la mesure en glissements gracieux. Décidément,\nelle était gentille, cette petite ! Pourtant il hésitait encore, craignant une\ndésillusion. Puis, bruquement, prenant son parti, il s'approcha avec\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1668, "texte": "                                   —   149—\n\ndes politesses de salon. Son invitation fut acceptée et, dans le sautil­\nlement d'une polka, il lui demanda son nom. Elle s'appelait Denise;\nun nom simple, charmant, distingué comme elle-même; elle causait\nbien, gentiment, joyeuse de l'amour qu'elle devinait. Et maintenant,\ncommençant à s'amuser beaucoup, il ne sentait plus l'atmosphère lourde\net brûlante de la salle basse où l'on étouffait, la poussière qui s'élevait\ndu plancher, vous prenant à la gorge et la cacophonie discordante de\nl'orchestre où les clarinettes s'échinaient à suivre en variations suraiguës,\nla mesure monotone et cadencée des tubas et des trombones.\n   Un galop souleva les lourdeurs villageoises et emporta les danseurs\ndans des bondissements effrénés. Puis les musiciens se turent, épuisés,\net la foule essoufflée sortit lentement, s'enveloppant dans les manteaux\net les châles, aux lueurs mourantes des derniers quinquets.\n   Il ramena Denise à son frère, lui offrant son bras pour les accom­\npagner. Sans répondre, elle prit son bras et tous trois partirent.\n   Le ciel était d'un bleu sombre, tout piqué d'étoiles. La gelée hâtive\npinçait. Une petite bise soulevait les feuilles mortes qui, luttant de\nvitesse, se poursuivaient sur les pavés avec de légers bruissements.\nTous deux amoureusement serrés, revenaient, sans paroles, perdus dans\nune même rêverie. Et quand ils furent arrivés, un long serrement de\nmain, un regard dans lequel tous deux avaient mis leur âme, fut leur\nadieu.\n    Et, pensifs, le cœur troublé, ils se quittèrent.\n                                                   JULES    DESTRÉE.\n    Marcinelle, 3 octobre- 1882.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 150, "page_fin": 155, "titre_corps": "Revue des livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "REVUE DES LIVRES", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE DE PARTOUT", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 175, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "REVUE DES LIVRES\n\n\nL E S N É V R O S E S , par Maurice Rollinat. Un vol. tr. 3,50. Charpen­\n   tier. Paris. — C O N T E S C R U E L S , par Villiers de l'Isle-Adam.\n   Un vol. fr. 3,50. Calmann-Lévy. Paris. — L E C O R B E A U , par\n   B.-H. Gausseron. Une brochure fr. 0 , 7 5 . Auguste Ghio. Paris.\n\n                                      **\n\n   Voici un sot volume : Les Névroses. J'ai pesé et soupesé l'adjectif: c'est\nle seul propre ; M. Rollinat m'est, — Dieu lui fasse paix ! — très indifférent,\net si les critiques, désagréablement surpris par son œuvre, s'exacerbent, la\nfaute en est au poète et à ceux qui l'ont gonflé comme une vessie. Tant pis\npour les cornacs si la foule siffle leurs éléphants en baudruche. Et les sifflets\ncommencent à faire rage.\n   Avant la formidable réclame du Figaro, M. Rollinat n'était guère connu\nque de quelques lecteurs du Chat Noir, le fantaisiste et invraisemblable journal\nde Goudeau et de Salis. On savait vaguement, qu'il v avait, quelque part,\ndans un vieux bois de piano, un poète-musicien pas mal excentrique, jouant\nau squelette devant sa glace, un petit Baudelaire qui demandait à devenir\ngrand.\n   C'était tout.\n   Et soudain, le Figaro tambourine, le Voltaire corne, le Gil Blas parodie,\net M. Rollinat — qu'un premier recueil : Dans les Brandes, n'avait pas dé­\nnoncé, — grâce à la seule récitation de quelques vers chez les Damala, est\nimprovisé génie.\n   Alors, — à quoi bon publier encore les Névroses ?\n   M. Rollinat ne pouvait qu'y perdre.\n   Il y a perdu.\n   M. Rollinat n'est rien moins qu'un névropathe, un halluciné, un hystérique\nUn Baudelaire. Tout lui manque pour incarner la maladie moderne. Georges\nSand, — son... oncle, — semble avoir fortement déteint sur lui. Les Réfuges\nne sont qu'un reflet des paysanneries georgesandesques, de la Mare au Diable,\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "                                  —    151   —\n\n\nde la Petite Fadette. de François le Champi. C'est le même coin de nature\nattendri, rapetissé, — et bourgeois.\n\n                     La toute petite grenouille\n                     La regarde et croit voir sa sœur.\n                     Au bord du pacage qui grouille\n                     De fougères couleur de rouille.\n                     Dans sa rigole l'eau gazouille,\n                     Sur son brin de jonc carresseur,\n                     La toute petite grenouille\n                     La regarde et croit voir sa sœur !\n\n   Ces nonpareils triolets, adressés à la sauterelle, auraient pu ne point satis­\nfaire cet insecte; aussi, M. Rollinat ajoute cette précieuse strophe, pour le\ncoup final :\n\n                    Cauchemar de l'agriculteur,\n                    Tu plairas toujours au poète.\n                    Au doux poète fureteur.\n                    Mélancolique observateur.\n                    Beau petit insecte sauteur,\n                    Je t'aime des pieds à la tête :\n                    Cauchemar de l'agriculteur.\n                    Tu plairas toujours au poète.\n\n   Quand on a stylé ce chef d'œuvre, il ne reste qu'une chose à faire : embras­\nser l'abbé Delille, — et mourir !\n   Après cela, lecteur ou lectrice, si vous avez des enfants à endormir le soir,\nà force de féeriques histoires, je vous recommande le couplet que voici :\n\n               Dans un mélancolique et langoureux voyage\n               Que je fis tout au fond d'un jardin sans grillage ,\n               Où des quatre horizons le mystère affluait,\n               J'entendis tout-à-coup le charmant babillage\n               De la petite rose et du petit bluet.\n\n   L'auteur de La Famille Buvard , dans sa balourde chronique de l'Office\nde Publicité, s'extasie devant ces vers pour petites filles. Cela me renfonce\ndans mon opinion.\n   Et tous les vers des Refuges sont dans cette douce et hilarante gamme. A\nl'exception de deux ou trois pièces sur lesquelles je reviendrai plus loin, rien\nque de petits paysages insignifiants, sentimentalement niais, des rimes-sans\nforme ni couleur, comme Hyppolite, des pâmoissons de philistins à la Henri\nHeine devant des choux verts et des haricots, quelque chose de « romance »,\nqui appelle vaguement des mélodies de Paul Henrion.\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "                                  152\n\n\n    Tel est, — pour son valet de chambre — ce grand homme : M. Rollinat.\nUn brave Berrichon, pas fort, mais sensible, qui aurait du succès au dessert,\nchez les héros d'Henry Monnier.\n    Mais M. Rollinat ne prétend pas être un Berrichon, un être de sangfroid,\n— non! Il étudie Baudelaire, Edgar Poe, Quincey. Il se déforme. Il a un\nsquelette sur le nez. Il peine à faire du macabrisme, du diabolisme. Il s'ima­\ngine ressembler à Baudelaire, à Poe, et jamais, — Les Névroses le prouvent\n—• il n'a pénétré dans l'intimité de ces anges noirs. Il ne leur a su dérober\nqu'un décor, que certaines formules : il n'est jamais entré dans leur âme phos­\nphorescente et soufrée. Il n'a rien de la spiritualité exaspérée du Corbeau,\ndu mysticisme des Fleurs du Mal. Au lieu de créer, comme Baudelaire et\nPoe, un fantastique nouveau, puisé aux sources du monde moderne, M. Rol­\nlinat ne rougit pas d'ouvrir son livre aux farfadets, aux gnomes, aux stryges, à\ntous les vieux spectres de ballade allemande aujourd'hui sans emploi. Il use\nde ces « coffres horriblement oblongs » — que Baudelaire nomme plus sim­\nplement des cerceuils, — à jeter le plus spleenétique des lecteurs en des joies\n folles. C'est l'ancienne et creuse rhétorique du cauchemar débité par un homme\nsans conviction, et qui, entre deux phrases de mélo, s'interrompt pour aspirer\nune prise ! Car il prise, le génial poète, — il prise !!'.\n    Pour donner un exemple de la force de M. Rollinat dans la note lugubre,\nlisez ce passage d'une pièce qu'il appelle La Morgue:\n\n                     Et dans une stupeur qui navre.\n                     Le regard fixe et sans éclat,\n                     Maint grand et maint petit (1) cadavre\n                     Semblent s'étonner d'être là.\n\n                     C'est que vierges et courtisanes.\n                     Ceux des palais et des taudis,\n                     Citadines et paysannes,\n                     Les mendiants et les dandys,\n\n                     Tous, plein de faim ou plein de morgue,\n                     Lorsqu'ils périssent inconnus,\n                     Sont mis à l'état de la Morgue,\n                     Côte à côte, sanglants et nus!\n\n   O la triomphante-banalité de ces vers, où M. Rollinat n'a pas même reculé\ndevant le ridicule d'une antithèse de collégien ! ô la désolante platitude ! ô le\ncalme à la fin exaspérant de sa placide nature de Berrichon !\n   Qu'on puisse indiquer ça et là quelques beaux vers dans Las Néoroses\n\n   (i) Baudelaire soutient que les mots les plus fréquents chez un poète contiennent\nl'essence même de son talent. L'adjectif favori de M. Rollinat est : petit.\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3282, "texte": "je veux bien l'admettre. Mais il sont très rares, et qui donc aujourd'hui, grâce\n au perfectionnement des procédés parnassiens, ne serait capable d'écrire, par\nintervalles, un beau vers? Et d'ailleurs, s'il y a dans Les Névroses quelques\nstrophes bien venues, jamais une pièce n'est entièrement belle. Il semble\nmême qu'immédiatement après un alexandrin remarquable, M. Rollinat se soit\nfait un jeu de commettre un vers atroce , qui noie dans son ombre le\n premier. Ces fautes de composition, pardonnables à de très jeunes poètes, ne\n le sont plus à M. Rollinat, qui a quarante ans. Les Névroses dénotent une\n inexpérience piteuse, une maladresse incroyable à construire une pièce, à\n charpenter un sonnet. Souvent les vers à effet, les traits caractéristiques sont\n au début du poème. Souvent le sonnet s'arrête sur un vers sans couleur, sans\n ligne, sans musique. On me dira que je critique Les Névroses par leurs\n petits côtés. Erreur évidente. En art d'ailleurs, il n'existe pas de choses\npetites, ni à négliger. Une sensation étant à produire, chaque mot du poème\ndoit concourir à l'éveiller, et pas une virgule, pas un tiret, qui, en vue de\nl'ensemble, ne doive avoir sa raison suprême. Edgar Poe a démontré, dans\n ses Contes, que la logique supérieure est le principal adjuvant de la\n  Poésie.\n    Telle est, en toute franchise, mon avis sur le volume de M. Rollinat, dont\n les vers me semblent écrits pour être déclamés par l'auteur lui-même.\n  M. Rollinat récite superbement ses strophes, en hypnotisant les auditeurs par la\n solennité de son débit et par l'étrangeté de son geste. C'est par ses rares\n qualités de comédien que M. Rollinat a su tromper les parrains de sa fragile\n  gloire. Mais cette duperie ne durera point; la réaction s'annonce, et Les\n  Névroses resteront pour tous ce. qu'elle est déjà pour quelques uns : une\n  œuvre médiocre et sottement gonflée.\n                                        *\n                                       * *\n     Le hasard, qui a presqu'autant d'esprit que maître Théodore de Banville\n joue à l'auteur des Nécroses un très méchant tour. En même temps que les\n vers de M. Rollinat paraissaient Les Contes Cruels, par Villiers de l'Isle-\n Adam, le dramaturge du Nouveau Monde. Autour de ce nom encore inoui,\n on n'avait point, comme autour du nom de M. Rollinat, crié au miracle, au\n génie. On n'avait pas annoncé l'écrivain comme une incarnation posthume de\n Baudelaire et de Poe. Et, chose au premier abord curieuse et pourtant fatale,\n celui dont on a dit tout cela ne le mérite guère, et seul le mérite celui dont\n  on n'a rien dit. Dans les Contes Cruels, nulle étrangeté de commande, nulle\n surexcitation factice. Une sombre et mystérieuse nature, ouverte aux sensations\n  les plus subtiles, avertie des plus lointaines correspondances, fantastique et\n  supra-terrestre par essence. Ajoutez une ironie plus terrible encore que celle\n  d'Edgar Poe et de Baudelaire, un satanisme continuel qui se complaît en\n  d'effrayantes perversions morales. Ici l'effet de terreur n'est pas demandé, —\n  inutilement demandé — aux évocations puériles de diables cornus, de farfadets\n  et de goules, — il est obtenu par un simple changement d'angle visuel, par\n       5 Mars 1883.                                                      12\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3224, "texte": "                                    -    154    -\n\n  une déviation de la ligne ordinaire, par une révolte contre la Norme, — ce qui\n est le diabolisme par excellence. Aussi Villiers de l'Isle-Adam est-il beaucoup\n plus moderne, et pénètre-t-il beaucoup plus profondément que M. Rollinat.\n Je citerai comme des chefs-d'œuvre : Vera, un conte à la fois violent et\n doux comme une musique de Chopin, supérieur surtout par la frissonnante vie\n que Villiers de l'Isle-Adam communique aux choses, L'intersigne, où il\n arrive à l'une des plus prestigieuses impressions de suffocante peur que je\n connaisse, L'Impatience de la Foule, une page d'allure épique, qui évoque\n le souvenir de Flaubert, et surtout, Sombre récit, conteur plus sombre,\n les Demoiselles de Bienfîlâtre, et les Deux Augures, où, — se soustrayant enfin\n à d'obsédantes réminiscences, Villiers de l'Isle-Adam s'est enfermé tout\n entier avec ses terribles renversements d'idées et de sentiments, sa froide et\n féroce conception de la vie, sa sournoiserie méphïstophélétique, son hypocrisie\nde conviction cachant les plus cruelles vérités sous une bonhomie raffinée qui,\n peu à peu, bouleverse et glace.\n    Je transcris ici une admonestation d'un directeur de journal à un poète qui\nlui soumet une chronique :\n    « Mon jeune ami, c'est triste à dire, mais vous êtes atteint de beaucoup, d'énor­\nmément de talent. Pardonnez-moi ma rude franchise. Mon intention n'est pas\nde vous blesser. Certaines vérités sont dures à entendre, à votre âge, je le sais\nmais... du courage! Je comprends, j'approuve, même, l'effort inoui que vous\navez,—dis-je,— commis dans la répréhensible action de cet article : mais, que\nvoulez-vous! cet effort est stérile : il est impossible de devenir une canaille\nsincère : il faut le don! il faut... l'onction! c'est de naissance. Il ne faut pas\nqu'un article infâme sente le haut-le-cceur, mais la sincérité, et, surtout,\nl'inconscience : Sinon vous serez antipathique : on vous devinera. Le mieux\nest de vous résigner. Toutefois, — si vous n'êtes pas un génie (comme je\nl'espère sans en être sûr), votre cas n'est pas désespéré. En ne travaillant pas,\nvous arriverez peut-être. Par exemple , si vous vouliez vous constituer ,\nsciemment, plagiaire, cela ferait polémique, on vendrait, et vous pourriez alors\nrevenir me voir : sans cela, rien à faire ensemble. »\n    La forme de Villiers de l'Isle-Adam, merveilleusement appropriée au fond,\nest d'une précision et d'un faste presque inconciliables. De brusques inversions\nde mots, des phrases étrangement rythmées, de riches et sombres couleurs,\n tout s'harmonise dans un style exacte et inventé. Souvent, l'adjectif précède\n son substantif, — procédé qui fera hausser les épaules à quelques petits\n chroniqueurs cuistreux, — mais qui, — par sa nouveauté même, met admira­\n blement en saillie les sensations nouvelles que l'écrivain réalise. Et souvent,\n qualité magistrale de ce grand style spiritualiste, des vocables suggestifs,\n pleins d'au delà, derrière lesquels, surgissent brusquement des mondes,\n comme derrière un rideau noir soudain écarté, précipitamment s'allonge un\n  paysage submergé de lune.\n\n\n   De Villiers de l'Isle-Adam. le très malicieux hasard nous fait dégringoler\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 674, "texte": "                                        —     155 —\n\n    jusqu'à M. Gausseron, qui a l'exorbitante prétention de traduire en vers le\n    Corbeau d'Edgar Poë.\n       Rien que cela.\n      J'en détache une strophe :\n\n                         Cela tomba dans le silence,\n                         Avec un étrange à-propos.\n                         J'en tressaillis, puis : « Quoi ! J'y pense ! »\n                         Dis-je, \"C'est là son stock de mots.\n\n      Sur ce stock de mots, je m'arrête pour prédire à M. Gausseron que nous\n    nous gausserons de lui, — dans l'éternité.\n                                                               ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 155, "page_fin": 160, "titre_corps": "Chronique de partout", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo (au sommaire)", "ancre_debut": "CHRONIQUE DE PARTOUT", "ancre_fin": "un répertoire très commode à consulter", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 180, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 674, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "CHRONIQUE DE PARTOUT\n\n    BASOEFou LES PIEDS DE PHILOMÈNE.^ConférencedeGeorges\n.    Rodenbach. — LA R E V U E A R T I S T I Q U E . — LA B A L L A D E . —\n     B I B L I O T H È Q U E G I L O N . — H Y S T É R I Q U E . — L . - H . — Comité\n     Navez. — Concours des Soirées populaires. — L I V R E S .\n\n\n\n    Avec l'hérédité du vice, qui existe un peu partout, nous avons, nous belges,\nl'hérédité de la Zvvanze , mot et chose caractéristiques et bizarres que seul le\nbourgeoisant bruxellois peut comprendre.\n    Après Boussemart le membre de l'Académie de Paris-lez-Montmartre, les\njoyeux de l ' A n n u l a i r e ; après les Agathopèdes, Joseph Casteleyn d'Eecloo,\n le poète national.\n    Après le T o u r n e u r de C o r d e s ou Le C a d a v r e r é c a l c i t r a n t , le\nT r a m w a y de z i n c , et aujourd'hui, dans une grande salle, au roulement des\napplaudissements énormes, des gros rires, des hurlements d'une foule ravie,\nBASOEF ou LES PIEDS DE PHILOMÈNE, g r a n d m é l o d r a m e tombé\ndu c i e l lors des d e r n i è r e s i n o n d a t i o n s .\n    C'est idiot, c'est vulgaire, c'est plat, c'est tout ce que vous voudrez, mais\nsous le gros sel flamand, sous la farce des tréteaux, on découvre un réalisme\nfrappant et comme la parodie d'un Théâtre possible, où n'existerait point le\ngrandissement de l'art. Les auteurs de Basoef, aidés du grand Casteleyn, ont\nporté à la scène les types populaires des Marolles dans toute leur vulgarité\ntrainarde, avec leur patois veule, leurs gestes canailles. Cela est photographié\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2816, "texte": "                                    —     156   -\n\nsans retouches et campé brutalement en scène par des Z w a n z e u r s habiles\nqui ont compris le goût du public bruxellois et se sont attachés à le flatter,\ntout en blaguant ferme ce bon Casteleyn,qui se laisse faire avec une bêtise rare\npeut-être, — avec une finesse roublarde sans doute.\n    Le premier tableau L e s A m o u r s de B a s o e f , remarquablement joué par\nles « monteurs » de cette énorme fumisterie, a été le sublime du genre, l'idylle\nmarollienne avec les regards tendres ; le gendarme, le peuple, l'enlèvement,\nque sais-je, tout cela est observé par un œil juste et planté avec une rare\nadresse. Cela sent son terroir, cela vit avec son relent de b o e s t r i n c k et de\ns c h o l l , et si l'on se trouve un peu dégoûté par la négation du goût et la sot­\ntise de cette pièce échaffaudée par des fumistes en joie, éprouve-t-on une cer­\ntaine jouissance à entendre ces accents ignobles où grouille la vie puante des\nmarolles défuntes.\n    On est pris de pitié pour le pauvre simple que la foule prend pour jouet de\nson plaisir et l'on s'en console bien vite en songeant que le noctambule du\nG r a n d C o m p t o i r a palpé sa part, qu'il n'y a là ni méchanceté ni haine, et\nqu'en somme, dans ces solennités drôles, ni le public ni les acteurs n'y per­\n dent leur aménité ou leur argent.\n    On rit de bon cœur à la lecture du chef-d'œuvre prosodique du « poète\n national « et notamment de son inénarrable B r a b a n ç o n n e :\n\n                « Ge garanti par les alliées puissante\n                Nommé Léopold premier comme roi des Belges\n                Nous sommes sauvés des guerres qui nous menaçante\n                Le mot d'ordre des Belges c'est l'union fait la forces\n                Gloire à la reine de Angleterre\n                Qui soutené notre prospérité\n                La flotte anglaise qui flottant dans la mère (bis)\n                Jette un coup d'œil sur notre liberté. »\n\n   C'est encore le refrain impossible du CHANT PATRIOTIQUE, par o c c a s i o n de\nla g r a n d e v i c t o i r e de l ' a r m é e s a n g l a i s a T e l - e l K e b i r :\n\n                      « Les anglais sont l'honneur de la victoire\n                      Les amis de tous les grands puissance\n                      Ils resteront dans la mémoire\n                                                            bis.\n                      Comme : HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE.\n\n\n   Et voilà ! La ponctuation se croise les bras dans sa sinécure, la rime danse\nle plus effrené des cancans et la raison épouvantée s'enfuit au loin, au loin\nlà-bas !\n                                          **\n   Notre rédacteur et ami Georges Rodenbach, quoique claustré dans son coin\nde province, ne perd pas son temps. Comme nous, il a compris que nous devons\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "                                          -    157      -\n\nnous pousser mutuellement pour arriver au public: ce sourd, et bravement, il\ncombat pour la cause de la renaissance. Il vient de donner successivement à\nLiége, à Anvers et à Gand des conférences sur le jeune mouvement littéraire\nen Belgique. Avec cette exquise diction qu'on lui connaît et de sa voix chaude et\nséduisante, il s'est attaché à prouver l'existence de cette évolution; successive­\nment il a lu les pages magistrales d'Edmond Picard (La forge R o u s s e l ) , de\nCamille Lemonnier (La cathédrale d'Anvers, dans le T o u r du M o n d e )\nd'Octave Pirmez ( R e m o ) . Il a lu ensuite des fragments de Georges Eekhoud\n(Kees D o o r i k ) , de Théodore Hannon (Au p a ys d e M an n e k e n - P is),\nd'Emile Verhaeren (Les F l a m a n d e s ) , d'Albert Giraud (I n v i t a t i o n à la\ng a v o t t e ) , de Max Waller (La vie bête), de Marguerite Van de Wiele ( L a d y\nF auvette). Avecune rare délicatesse, Georges Rodenbacha plaidé notre cause,\nen nous montrant, en nous touchant du doigt; avec une rare vigueur il a flétri\nla conspiration du silence qui nous écrase, 1'officialisme qui nous abaisse et\nl'animosité qui nous ronge, et nous lui avons une profonde reconnaissance\nd'avoir osé du haut d'une tribune revendiquer les droits de l'art jeune et\nlibre.\n\n\n   La R e v u e A r t i s t i q u e , remise à neuf, déprovincialisée, retapée et confiée\nà la direction de Castor Nizet et Pollux Mahutte, vient de faire son entrée\ndans notre Val d'Andorre littéraire.\n  Tous les mois une phototypie très fine, et tous les quinze jours seize pages\nimprimées avec une rare élégance, telle est la R e v u e A r t i s t i q u e à laquelle\nnous souhaitons vie et a b o n n é s , ces poumons des revues.\n\n\n\n  A Bordeaux vient de paraître la B a l l a d e , revue poétique dirigée par notre\ncollaborateur Charles Fuster, MM. Ventenat et Chapelot. Bonne chance et\nsuccès. Pas trop de vers surtout, confrère, on en meurt.\n\n\n\n   B i b l i o t h è q u e G i l o n . La L i b e r t é par l ' i n s t r u c t i o n etc., confé­\nrences de M. Th. Bost. Sous ce titre, M. Théophile-Emmanuel Bost a réuni\nquelques-unes de ses substantielles allocutions si remarquables par l'élévation\ndu langage, la pureté de la doctrine, et la charité évangélique.\n   — Ce q u e se d i s e n t les P o u p é e s , parMmeLafouge-Agimont. L'auteur,\nqui a publié des romans dans la M o d e I l l u s t r é e , et qui collabore au journal\npédagogique l ' A v e n i r , excelle pour l'art si difficile d'écrire pour l'enfance\nsimplement, mais non niaisement. Son livre trouvera sa place dans toutes les\nbibliothèques de famille.\n   — S c è n e s F a m i l i è r e s , de Virginie et Rosalie Loveling, traduites par\nY. Elseni et F. Gueury-Dambois. Ceci est un hommage rendu au talent si\ndélicat et si touchant des sœurs Loveling par deux traducteurs de mérite qui\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3093, "texte": "                                       — 158 —\n\nse sont vaillamment mesurés avec la grâce et la naïveté du texe fla et mand, —\net qui n'ont pas toujours été vaincus.\n   — M a t é r i a l i s m e et S p i r i t u a l i s m e , par Emile Berlier. Un volume 1 fr.\nBruxelles. Dans ce petit traité fort substantiel, l'auteur avec une grande force\n de dialectique, et une très libre allure au milieu des subtilités philosophiques,\n conclut très nettement à l'Athéisme, au Matérialisme et au Transformisme.\n   — J u i f s et C h r é t i e n s , par Isidore Van Cleef, une brochure. Prix: 1 franc.\nParis-Auguste Ghio. Ceci est une œuvre à la fois de science et de courage. Il\nest bon, il est réconfortant que devant cette odieuse et ridicule persécution\nanti-sémitique, les esprits s'indignent et protestent. M. Van Cleef l'a fait avec\nbeaucoup de bonheur et de tact. Les vrais amis de la liberté lui sauront gré\nde sa brochure.\n\n    On a beaucoup parlé, ces derniers temps, du roman encore inédit de\nM. Camille Lemonnier, roman qui a pour titre: 1 ' H y s t é r i q u e , et d'un autre\nroman pour lequel l'auteur, M. Francis Enne, aurait choisi le même titre, à\nl'article près.\n    Renseignements pris, il est bien vrai que M. Enne avait, au dernier moment,\ndonné à son ouvrage le même titre que, celui antérieurement choisi par\n M. Camille Lemonnier; mais, aussitôt qu'il connut cette coïncidence toute\nfortuite, M. Enne s'empressa d'écrire à l'auteur du M â l e pour l'informer que,\nlors de la publication en volume, il changerait son titre. H y s t é r i q u e ayant\nété annoncé dans la M a r s e i l l a i s e où elle devait paraître, il ne lui était plus\npossible de faire le changement pour la publication en feuilleton. M. Camille\nLemonnier se déclara satisfait.\n    Voici d'ailleurs la lettre dont M. Francis Enne fait précéder dans la Mar­\ns e i l l a i s e la publication de son premier chapitre.\n                                                        Paris, le 19 février 1883.\n\n           Mon cher Directeur,\n\n   Quand je vous ai apporté le manuscrit de: H y s t é r i q u e , et que vous l'avez\naccepté pour la M a r s e i l l a i s e , j'ignorais absolument que mon confrère\nCamille Lemonnier (dont le grand talent s'est révélé lorsqu'il a publié U n\nM â l e ) allait faire paraître lui aussi, une étude psychologique sous le titre d e :\n1' H y s t é r i q u e , et que cet ouvrage était sous presse chez l'éditeur Lalouette.\nSi j'avais connu à temps ce fait, nul doute que j'eusse changé le titre de mon\nroman, n'étant pas de ceux qui aiment à fouiller dans les poches de leurs\nconfrères; mais il m'était impossible d'agir ainsi ; l'annonce avait été faite dans\nla M a r s e i l l a i s e . Je regrette profondément cet incident, et lors de l'appari­\ntion du livre de M. Camille Lemonnier, je me propose de le présenter et de le\nrecommander au public, car je suis certain que ce sera une œuvre digne d'inté­\nrêt, étant donné le brillant passé littéraire de l'auteur.\n   Agréez, mon cher directeur, etc.\n                                                                   FRANCIS ENNE.\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3175, "texte": "                                      — 159 —\n\n   C'est là un bel exemple de confraternité littéraire et qui honore autant notre\ncompatriote que M. Henne.\n   Nous n'ajouterons qu'un mot au sujet de 1' H y s t é r i q u e même : c'est que\nsous ce titre hardi, qui a mis à la torture certaines imaginations, Camille\nLemonnier ne s'est point attaqué à la plus commune des formes de la névrose\nféminine; il a peint l'hystérie religieuse, en se basant surtout sur l'étude de\nfaits qui ont eu pour théâtre un petit village de la Belgique. L'expression :\n« réalisme effroyable » dont s'est servi le V o l t a i r e n'implique donc pas l'idée\nd'une donnée scabreuse et leste, mais, au contraire, d'une observation âpre\nqui n'a reculé devant aucune des exigences du sujet.\n                                            *   ■\n\n\n\n\n   L. H. a donné. L'Office de p u b l i c i t é du dimanche 25 février est le com­\nmencement des représailles. Le scribe piteux s'agite, Géronte éternue. Il est\nsorti de sa penne un article rageur, parlant à mots couverts sans préciser le\nbut, un article de gros peureux qui se tape le ventre pour se donner du cœur.\n   Cela se termine ainsi: « Je m'arrête car il y aurait un livre à écrire sur cette\nnévrose contagieuse qui ravage des cervelles enkylosées. Mais je me garderai\nbien d'y songer. On me répondrait que je suis un vieil idiot... »\n   Tu l'as dit, m'amour !\n                                            *\n                                           **\n    Un comité vient de se constituer à Charleroi dans le but de s'entendre pour\nl'érection d'un monument à la mémoire de NAVEZ, l'élève de David. Les\nmembres de ce comité provisoire qui s'est réuni le 3 mars à l'Hôtel de ville\nde Charleroi sont: MM. Louis Alvin, Jules Audent, Emile Balisaux, Nestor\nBertrand, Aimé Bodson, Auguste Cador, Amédée Davin, Hippolyte Defontaine,\nMarcel de Dorlodot, Léon Dubois, Charles Dupret, Georges Dupret, Nicolas\nGeoris-Geubel, Gustave Gillieaux, Jules Isaac, Casimir Lambert, Charles\nLambert, Emile Leclerq, Armand Libioulle, Clément Lyon, Jean-Baptiste\n Menard, Charles Meurice, Paul Ricard, Julien Simar, Emile Vandam,\n Camille Wautelet.\n                                        * *\n   ŒUVRE DES SOIRÉES POPULAIRES DE VERVIERS. — C o n c o u r s de L i t t é r a t u r e ,\nde 1883. — Onzième année. C o n c o u r s o u v e r t à t o u t e la B e l g i q u e . —\nPremière catégorie : Un D r a m e ou u n e C o m é d i e e n vers : 1er prix :\nMédaille d'or. 2me prix : Médaille de vermeil. 3 m e prix : Médaille d'argent.\nDeuxième Catégorie. N o u v e l l e ou R o m a n en p r o s e . Aucune limite n'est\nimposée aux auteurs quant à la longueur de leurs œuvres, 1er prix : Médaille\nd'or. — 2 me prix : Médaille de vermeil. — 3 m c prix : Médaille d'argent. —\nLes auteurs qui concourront pour l'une de ces deux catégories devront\nl'indiquer en tête de leurs œuvres. — C o m p o s i t i o n du J u r y . Mme Deros\n(Violette); MM. A. Bonjean, Avocat, Vice-Président du Caveau V e r v i é t o i s ;\nJ. Cardols, Professeur : E. Harroy, Directeur de l'École Normale; Eugène\nNovent, Président de l ' Œ u v r e des S o i r é e s P o p u l a i r e s . S'adresser, pour\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "                                     — 160 —\n\nrecevoir le Programme avec les conditions du Concours, à M. Eug. Novent,\nPrésident de l ' Œ u v r e des S o i r é e s P o p u l a i r e s , 40, rue de la Colline,\nVerviers.\n                                           *\n                                          * *\n   ESSAI SUR LA CONDITION DES FEMMES EN EUROPE ET EN AMÉRIQUE; I volume.\nA. Ghio. Paris. 3 fr. 50.\n   L'auteur de ce remarquable ouvrage a voulu garder l'anonyme par excès de\nmodestie, mais il n'est pas difficile de reconnaître une plume compétente dès\nles premières pages.\n   Les droits politiques et sociaux, les conditions déplorables du travail par les\nfemmes sont exposés avec une clarté et une activité remarquables.\n   Le parallèle entre la vieille Europe et la jeune Amérique est fort instructif\nau moment où les grandes questions sociales et démocratiques passionnent les\nmasses.\n\n\n   On n'a pas oublié le bruit que se fit naguère autour d'un volume de révéla­\ntions intimes sur l'empereur Alexandre II, signé LAFERTÉ, mais attribué à la\nprincesse Dolgorouki, la veuve morganatique de l'empereur.\n   Cet ouvrage a donné lieu à une brochure intitulée : QUELQUES MOTS SUR LA\nBROCHURE DE M. LAFERTÉ, et signée par u n Russe du g r a n d m o n d e , non\nmoins intéressante que l'ouvrage auquel elle répond. Ces deux ouvrages sont\nune révélation et une page d'histoire curieuse à plus d'un titre. Ils sont tous\ndeux publiés par l'éditeur A. Ghio, Palais-Royal, 1, 3, 5, 7 et 11, Galerie\nd'Orléans à Paris.\n                                           *\n  NOUVELLES ET CURIOSITÉS SCIENTIFIQUES, par S. Zaborowski. — Le volume\nque la librairie Marpon et Flammarion vient de mettre en vente sous ce titre\nest, au fond, comme le dit l'auteur, une intéressante revue critique. Tous les\nprincipaux faits scientifiques de l'année, tous les plus curieux, y sont présentés\nsous une forme attrayante et succincte qui rend leur intelligence facile. Ils se\nsuivent dans l'ordre même que leur assigne l'histoire au jour le jour du mou­\nvement intellectuel. Et, débarrassés de toutes les minuties techniques et de\ntoutes les inutilités pédantesques, ils ont dans leur cadre la physionomie d'une\nnouvelle et l'intérêt d'une actualité.\n   Les explications claires et les renseignements précis que les accompagnent,\npeuvent d'ailleurs servir à éclairer toutes les questions qui ont occupé ou occu­\npent encore le public; et un index alphabétique très complet fait de leur\nensemble un répertoire très commode à consulter.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Nous tenons à la disposition de tous", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA REVUE MODERNE Paraissant", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 186, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 524, "texte": "Nous tenons à la disposition de tous ceux de nos abonnés qui en\nferont la demande par écrit, des couvertures imprimées destinées au\nbrochage du t. I de notre revue. Elles seront envoyées à titre gracieux\ndans le numéro qui suivra la demande.\n\n                   En vente au Bureau de la Jeune Belgique :\n       Collections complètes de la Jeune Belgique, t. I. prix: 5 fr.\n                —          (sur papier de Hollande) t. I, prix: 20 fr.\n                —          de la Jeune Revue (très rare), prix: 2 5 fr.\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-03-05-n4-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA REVUE MODERNE Paraissant le 20", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 186, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 524, "fin_caractere_exclue": 1873, "texte": "LA REVUE MODERNE\n                    Paraissant le 20 de chaque mois.\n\n                                    COMITE\n            BELGIQUE :                                            FRANCE :\nCAMILLE LEMONNIER - EDMOND PICARD                              LÉON CLADEL\n              VICTOR ARNOULD.                             EDMOND DE CONCOURT.\n                                          SUISSE :\n                                     CARL VOGT.\n\n  La Revue Moderne,       scientifique, littéraire, artistique et\nsociale, formera p a r an deux volumes d'environ 400 pages\nchacun, imprimés avec soin sur beau papier teinté, avec\ncouvertures et tables des matières.\n\n                    PRIX D'ABONNEMENT.\n   BELGIQUE — UN AN : 1 2 Fr. — ETRANGER (Union Postule) : 1 4 FR.\n          Pour les abonnés de la JEUNE BELGIQUE: 10 Fr. par an.\n\n\n      Je soussigné\ndemeurant à\nRue                  -                „                      n°\ndéclare m'abonner pour un an à LA REVUE MODERNE.\n       Le                       -                     -      188        .\n                                                               Signature :\n\n\n   Détacher cette page après y avoir inscrit lisiblement ses nom, profession et adresse, et\nl'envoyer sous bande avec un timbre d'un centime à l'adresse suivante: La Revue Moderne,\n1k, Avenue de la Toison d'Or, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "   EN VENTE                 CHEZ TOUS LES                                                                                        LIBRAIRES.\n\n\n           LES FLAMANDES\n                  poésies d'EMILE VERHAEREN\n                                  U n volume : fr. 3.30.\n\n\n\n                        LE SCRIBE\n                           par ALBERT GIRAUD\n                                  UN volume : fr. 3.30.\n\n\n\n\n                 KEES DOORIK\n      Scènes du Polder, par GEORGES EEKHOUD\n                                  Un volume : fr. 5.50.\n\n\n\n                                                                                                                  momentanée de travail, causées par accident: UN CAPITAL OU UNE ALLO-\n                                                                                                                  CATION QUOTIDIENNE. Assurances des Ouvriers et des Patrons.\n\n                                                                                                                   La Compagnie garantit : En cas de décès; En cas d'incapacité permanente ou\n        RÉVOLUTION\n              DANS L'ART D E SE RASER\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         L'ASSURANCE FRANÇAISE\n       RASOIR\n                                                           Agence Générale à Bruxelles : 6, Rue des Dominicains\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                                                                                              CONTRE LES ACCIDENTS DE PERSONNES\n          AMÉRICAIN,      breveté s. g. d. g.\n    Il est impossible dans- une annonce de\ndonner une idée complète des avantages\nextraordinaires de cette merveilleuse inven­\n                                                                                                                                                                                                Établie à Paris, 6, Boulevard des Italiens.\n\n\n\n\ntion , cet appareil justifie entièrement sa\n                                                                                                                                                                                                                                                                                  C A P I T A L ; 12;000;000 DE FRANCS\n\n\n\n\nvogue ; il permet à toute personne de se\nraser sans en avoir aucune habitude, et cela\nsans crainte de coupure.\n    Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement\nnerveux, on peut se raser d'une façon plus\nparfaite que ne le ferait le barbier le plus\nexpérimenté par les procédés anciens.\n     Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce\nnouveau rasoir est tellement ordinaire qu'il\nest certain qu'il remplacera partout l'ancien\nsystème ; il suffit de l'avoir essayé une fois\n pour ne plus vouloir se raser ni se laisser\n rasser par d'autres procédés.\n Ne pas confondre avec des appareils similaires\n   qui se vendent à vil prix et qui n'ont aucun\n   des avantages du rasoir américain.\n   Pour le recevoir franco, envoyer fr. 5-5O en un.\nmandat-poste à M. MICHEL, 57, rue des Solitaires,\nParis. Remises pour les achats en gros).\n       Prière de nous indiquer dans quel journal\n                 on a lu cette annonce.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 144, "texte": "(3 e année)     1883             Tome I I . N° 4 .                                          5 Mars\n\n\n\n\n                                                  LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 SOMMAIRE\n    GUSTAVE DORÉ        .    .   .    .       .     .     .       .       MAURICE BURNY.\n    L E CAFÉ L A F L E U R                                                HIPPOLYTE DEVILLERS.\n    REMEMBRANCES                                                          PAUL LAMBER.\n    M É N U E T T O DES BAISERS                                           HENRI MAUBEL.\n    POÈMES IRONIQUES                                                      EMILE GOUDEAU.\n    SONNET                                                                OCTAVE RICHARD.\n    SONNET A UN P E T I T MOUCHOIR. .                                     GEORGES RODENBACH.\n    A CAMILLE LEMONNIER . . . . . ' .                                     L. DE CASEMBROOT.\n    POÈMES EN MINIATURE                   .       . . .       .       .   CHARLES FUSTER.\n    AGAR                                                                  ALBERT GIRAUD.\n    LES RANTZAU                                                           MENANT.\n    AU PAYS W A L L O N , Une Soirée                                      IULES DESTRÉE.\n    REVUE DES LIVRES . . . . . . . .                                      ALBERT GIRAUD.\n    CHRONIQUE DE PARTOUT . . . -                                          NEMO.\n\n\n\n\n                                 BRUXELLES\n              BUREAUX                : 90, RUE                            BOSQUET\n                                     MnCCCLXXXIII\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "             LA JEUNE BELGIQUE\n                   Paraissant le 5 de chaque mois.\n\n\n\n                            BUREAUX\n                BRUXELLES : 90, rue Bosquet.\n\n\n                       ABONNEMENTS\nUn an                   .   5 fr.   |   Un semestre . . . .      3 fr.\n\n                    Union postale : le port en sus.\n\n\n\n        Les abonnements se prennent          d toute époque.\n\n\n\n                BOITE AUX LETTRES.\n   19. Charles M, Li2ge. — Reçu 3 e lettre, — d'injures naturellement.\nNous ne répondrons certes pas ; ce n\"est plus du style, mais de la\ndéjection. Silence éternel. Vous êtes jugé, mon bon.\n   20. Léon C. Schaerbeek. — C'est bien complainte, cher confrère, et\nbien long; vous avez de grandes qualités; troussez-nous de mignons\nsonnets, pierres de touche des poètes, et nous serons heureux de vous\nadopter dans la grande famille de la Jeune Belgique.\n   21. Un abonné liégeois. — Idem, cher confrère, plus quelques\nfautes ; remaniée, votre poésie pourrait devenir charmante.\n\n\n   Nous prions les directeurs des journaux avec lesquels\nnous faisons échange, ainsi que les libraires et nos corres­\npondants de vouloir bien tenir compte du changement\nd'adresse des bureaux de la Jeune Belgique: go, rue Bosquet\nà Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                      GUSTAVE DORÉ\n\n\n\n   Quarante années d'incessante production tiennent dans sa vie — et\nc'est à cinquante et un ans qu'il est mort. Existence consacrée à l'art\nsous toutes ses formes : caricature, dessin historique et religieux,\nstatuaire, peinture de genre et paysage. Mais le sculpteur, le peintre\nde ces tours romantiques qui se décarcassent dans le bitume, un rayon\nde lune filtrant à travers leurs brêches comme à travers les côtes d'un\nsquelette ; le paysagiste des torrents qui précipitent leur écume entre les\ngranits alpestres, avec, dans le lointain, des montagnes bleues plaquées\nsur un ciel indigo — espèces de chromolithographies rapportées de ce\npays que nous a gâté la chromolithographie — sont, on peut le dire, déjà\noubliés. Ce qui reste debout, c'est le caricaturiste, et c'est (d'illustrateur. »\n    Illustrateur, Gustave Doré l'est d'instinct. Il sait à peine tenir une\nplume, que ses cahiers de « déliés » se couvrent de figurines et de sil­\nhouettes. A onze ans, il imprime ses premiers dessins. Depuis ce jour-\nlà, sans compter les travaux courants, vont sortir de son atelier\npour se répandre dans toute l'Europe, sertis à sa marque, les joyaux\nde l'esprit, les livres qui forment la bibliothèque de l'humanité.\n    Il commence par la caricature, au Journal pour rire, où il plaisante\nles mœurs contemporaines. Rien du fausset de Cham, moins encore\ndu cruel coup de crayon de Daumier: une communicative jovialité.\nune indéfectible bonne humeur: c'est le rire pour le rire. Le « tous-les-\njours » de la vie apparaît en ces amusantes pochades avec toutes ses co­\ncasseries, depuis le Garde-national à qui son ceinturon bouclé sous\nl'aisselle donne l'air d'une femme enceinte de trois mois, jusqu'au Bassin\nde natation, où des gaillards aux anatomies dérisoires piquent des têtes\nau milieu des bourgeois ventripotents qui font la planche, les nombrils\némergeant de l'eau comme de burlesques nénuphars.\n    Entretemps, sa verve, avec l'ardeur d'un vin jeune, prend du corps,\n fermente à faire éclater le léger flacon de verre dans lequel on l'a em­\n bouteillée ; et c'est le broc de Rabelais, pas trop grand pour elle, qu'elle\n    5 Mars 1883.                                                          10\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "                                    122\n\n va emplir, frémissante, emplir jusqu'au bord, en épandant sa mousse\n sur la table. Le Rabelais, c'est son chef-d'œuvre. Le long des pages de\n ces deux volumes in-folio, des débandades de croquis, trognes joufflues,\n ventres distendus à crever — car Gustave Doré a une prédilection pour la\n rondeur du trait — roulent leurs larges allégresses. Sur l'herbe verte,\n devant les bons géants, Grandgousier et Gargamelle la mamelue, une\n gogaille se vautre, pour laquelle des douzaines de bœufs empalés\n rôtissent au soleil, enduits de sauce qui grésille, lapée par les flammes ;\npots et plats trottent sur la table, aussitôt sèches ; on plonge le nez,\ndans les gobelets ; les gigots empoignés à même laissent au joues deux\n rigoles de jus. A distance, les «povres vilains» se divertissent, jouent\nau saut-de-mouton, dévalent les tertres à écorche-cul ; gaillards et com­\nmères dansent — autour d'une clique d'oies qui, attendant le coutelas,\nclaironnent en allongeant le cou,— des rondes affolées où le vent soulève\nles jupes. Dans un coin, près d'un banqueteur qui se soulage, un bon­\nhomme regarde la feuille à l'envers, les genoux repliés, les bras étendus\nà terre, christ de la beuverie, la tête cachée par son ventre qui s'arrondit\nen dôme. Tournez la page et vous verrez surgir comme par une lucarne\nles hures d'aubergistes, pouffant dans leur lard, si rouges et si luisants\nqu'on les dirait arrosés de sauce — les crânes de moines, auréolés par\nune tonsure qui se perd entre les plis de leur nuque. Dans les cérémo­\nnies, d'innocents chantres d'église lancent les notes à pleine volée par\ndessus leur livre de messe, la bouche élargie en entonnoir dilatant les\nnarines, mettant un froncement aux sourcils, sous lesquels les pupilles\nroulent, effroyables. Puis, c'est Panurge, l'effilé, les prunelles toujours\ndardées de côté, à la recherche d'un nouveau tour — frère Jean des\nEtommeures, sanglé dans sa cordelière comme un baril dans son cer­\nceau, sortant du froc une gueule dont le nez pudiquement rouge se cache\nentre les mamelons des bajoues, boursoufflées, envahissant chaque joui-\nun peu plus la bouche et les yeux. Plus loin, sergents, huissiers, chica­\nneurs serrant leurs doctes lèvres, laissent flotter sur leurs mâchoires leur\npeau trbp large, ridée, tannée comme un vieux cuir, ou étendent à perte\nde vue au dessus d'un nez en pied de marmite,un front grotesquement\ndéveloppé par les méditations juridiques. — Et partout dans cette liesse\népanouie, où rit une bonhomie digne parfois de la mâle bonté du\nTourangeau, les géants mettent, comme une protection, leur carrure\nmonstrueuse.\n   C'est le carnaval de tous les types du temps jadis. Feuilletez les\nContes drolatiques, fonctionnante parodie du moyennageux, roman­\ntique raillerie du romantisme. Les rapières, comme dans les mélo­\ndrames, soulèvent le pan des manteaux ; les toques des velours s'empa-\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                                — 123      -\n\nnachent d'une floraison de plumes retombantes qui, dans les cavalcades,\némouchent la figure du voisin, ou balaient la croupe du cheval ; des\narmures, sous lesquelles il n'y à peut-être personne, causent, visière\nbaissée, avec de gentes dames en robe écussonnée, tandis que les coins\nd'aciers de la visière se relèvent vers le cimier avec une minauderie de\njoli-cœur. Et sur les degrés des palais, larges comme des avenues, dans\nles ruelles où les tours en poivrière étranglées piquent sur le ciel sombre,\nles pointes de leurs éteignoirs, se passent, l'ombre à des balcons en sur­\nplomb, des scènes innommables...\n    Le Rabelais terminé, Gustave Doré se sent mordu, comme Daumier\nle fut toute sa vie, du désir de sortir de la caricature, de faire du\n« grand art ». Il rêve d'illustrer la Bible, le Dante, l'Arioste, Don\nQuichotte, La Fontaine, tous les génies. Tâche au dessus des forces\nhumaines et qu'il accomplit. Œuvre trop vaste pour n'être pas\nmédiocre. Si médiocre qu'elle fût, elle venait à son heure — les vignet­\ntistes du groupe de 1830 avaient fait leur temps — et, cause plus\nsérieuse de succès, elle avait les vanités pour elle : les acheteurs s'ima­\nginaient comprendre et favoriser ce « grand art » que croyait pratiquer\ncelui qui signait. Négligeant maintenant les gracieuses fadaises de Tony\nJohannot, les bourgeois étaient fiers de posséder pour quelques louis\nces albums où s'étalent à chaque page d'énormes compositions, presque\ndes tableaux. Livres d'étrennes — et ce mot dit bien ce qu'ils sont —\non trouve sur les guéridons de tous les salons leurs reliures rouges à\ngaufrures d'or. Dans Don Quichotte, la gaîté jaillit encore par places :\nle flacon verse ses dernières gouttes. Quelques verveuses têtes de cha­\npitre : voyez Sancho, embarrassé, se grattant du doigt l'occiput; ailleurs\nune petite hôtesse blanche dans le décolleté de son corsage, rengorgée\ncomme une colombe, accueille les propos d'un torero avec des rires qui\nsecouent sa taille grassouillette, tandis que dans le fond s'approchent,\nles yeux fulgurant sous le feutre, deux longs escogriffes, la moustache\nen croc, une cape rapiécée pendant sur leurs tibias. — L'on va aux\ngrandes illustrations, et au lieu du picaresque attendu, voleurs de grand\nchemin, gueux espagnols aux allures de princes du sang, matamorant,\nau bruit du grelot des mules, pour une infante à accroche-cœurs, on\ntrouve du sérieux, un sérieux sans couleur, blanc et sec comme la\npoussière des sierras.\n    Les Fables de La Fontaine sont traduites avec une mièvrerie de boîtes\nà dragées. Mais la Bibleï La vierge aurore de l'homme et de la terre,\nles Babylones disparues, les cités maudites s'effondrant au geste de\nDieu, y revivent-elles? Faut-il parler de la Divine comédie ? Que sont\ndevenues les géhennes de l'Enfer, la gloire des élus dans les éternelles\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                                — 124 —\n\n clartés du Paradis ? Les tortures, que l'âpre Gibelin dessina d'une plume\n d'acier trempée de fiel, apparaissent, sous le crayon de Gustave Doré,\n dans des paysages sans intérêt ni vraisemblance, mers noirâtres épaisses\n comme l'encre, bombant leurs reflets métalliques au pied de vertigineux\n blocs de basalte qui s'enfoncent dans le ciel uniformément noir, avec un\n ange, atome lumineux, assis à leur sommet. Epouvantails qui n'effraient\n plus que les petits enfants... le soir. Plus ennuyeux qu'un chant de la\n Messiade, ses Empyrées où les figures travaillées par hachures blanches,\n ont l'air de bonhommes en verre filé, sont vulgaires comme des apothéo­\n ses d'opéras, à la lumière électrique.\n    La célébrité, qui attend si souvent pour venir, que le talent s'en soit\nallé, était arrivée. Elle promenait son nom dans toute l'Europe : Les édi­\nteurs à l'affût lui arrachaient ses dessins sans presque lui laisser le temps\n de les achever : « Produisez, Produisez ! » Les personnages ne se déta­\n chent plus du fond gris que par le linéament du contour. Plus rien\nde gaulois : c'est anglais, c'est allemand, c'est du faux grandiose —\noù pourtant il laisse toujours sa marque. Devant ces planches énormes,\non ne s'écrie point : « voilà qui est vrai » — on dit : « voilà du Gus­\ntave Doré. » On les regarde, mais pour n'y pas revenir parce que le\ndétail manque, ce détail observé sans lequel on ne fait pas grand.\nL'imagination seule travaille, débridée. Tout y est au dessus de la\nnature, ou plutôt à côté. On pense à la boursoufflure d'un poème épique\nimprovisé au courant de la parole. Gustave Doré est devenu l'Ossian de\n« l'illustration. »\n   Non, son œuvre, nous l'avons dit, est tout entier dans le Pantagruel\net dans les Contes drolatiques \" il fut alors un artiste à la fois si prime­\nsautier et si imprégné de l'inspiration des deux maîtres que le souvenir\nde ses dessins demeurera attaché à celui de leur texte.\n   Et maintenant, quand son talent devrait, par un de ces hasards\nqu'offrent les renommées, passer de goût du jour au lendemain, il\nlui resterait encore, comme à ce prodigieux Dumas dont il venait de\nmodeler la stitue, la gloire d'avoir été l'amuseur de cette portion de\nl'humanité que voit s'écouler un demi-siècle.\n                                                  MAURICE     BURNY.\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                    LE CAFE LAFLEUR\n\n\n\n     Nous sommes en 1880. C'est dans la banlieue de Paris, à V...,\n  tout au bout de la commune, passé le dernier réverbère ; — près d'un\n  fort. Une petite maison blanche, isolée, touchant aux premiers champs;\n  avec, derrière, un jardin où sont quatre ou cinq tables sous des tonnelles.\n  Sur la façade un gros tronc de glycine, vieux, tordu, garanti par un\n treillis, mord le mur et monte sans branches jusqu'au dessus de la porte\n d'entrée; là, sous les fenêtres du premier étage, et sur toute la façade,\n s'étendent des branches garnies de feuilles naissantes d'un vert frais, un\n peu jaune ; et, d'entre ces feuilles, pendent de longues grappes de fleurs\n violettes, gracieuses et lourdes. — C'est le printemps.\n    La maison a bonne apparence ; au premier, trois fenêtres garnies de\n rideaux blancs ; trois chambres meublées ; deux, presque toujours rete­\n nues à l'avance, sont généralement occupées par des officiers, la troi­\n sième n'est jamais louée, et cependant, jamais d'écriteau à la porte de la\n maison, qui, du reste, n'a aucune enseigne annonçant qu'on y loge au\n mois ou à la nuit. Cette chambre inhabitée est la plus confortable des\ntrois, bourgoisement meublée, un bon lit toujours blanc, une armoire,\n une toilette, un tapis moelleux, une pendule toujours à l'heure et deux\n fauteuils méritant ce nom ; enfin trois gravures dans des cadres dorés ;\n « Dieu et Patrie », un prêtre qui lit son bréviaire en montant sa garde\nl'aime au bras; — les deux autres, formant pendants : « Ça ira », et\n « Ça été », deux vieilles estampes licencieuses — en somme de quoi con­\ntenter l'honneur et l'amour, la religion et le péché, Mars et Vénus. —\nLa chambre de la servante est au second dans les mansardes, à côté\nd'une autre, mansardée aussi, mais plus grande, occupée par les époux\nLafleur.\n    Au rez-de-chaussée, une boutique de débitant, porte vitrée au milieu,\net sur les carreaux dépolis des fenêtres cette inscription : « Café Lafleur\n— Vins et Eaux-de-vie ». La devanture est peinte en rouge sombre, et\nsur chaque appui de fenêtre il y a des pots de fleurs, en dehors.\nA l'intérieur quelques tables longues où l'on sert à manger ; puis, une\ncloison vitrée où des rideaux plissés et tendus par des tringles en haut\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                               — 126 —\n\net en bas, cachent un grand cabinet où se tiennent les clients sérieux ,\nsur la gauche une vaste cuisine d'où s'échappe une borne odeur de\npôt-au-feu et de viandes roties. On sent que dans cette maison tout\ndoit être ponctuel, militaire, régulièrement ordonnancé.\n\n\n   On appelle volontiers la patronne « la mère » ou « maman Lafleur »,\n— le patron jamais autrement que « monsieur Lafleur ».\n   Madame Lafleur est une belle femme, jeune encore, bien en chair,\nforte, rougeaude, bien portante. Véritable reine de débit, elle sait attirer\net captiver sa clientèle par tous les moyens, — voire les plus naturels !\n— on l'aime, on la craint, on l'écoute. Elle a le rire bruyant, la plaisan­\nterie salée, le sous-entendu grivois ; elle se tient pourtant et l'on dit\nd'elle : « la mère n'est pas commode ». Elle a la main leste ; — il faut\nconserver ses distances.\n   Il y a des jours, à peu près réguliers, où Madame Lafleur a la\nmigraine et garde la chambre ; elle a ses intimes qui viennent la voir,\non passe par le jardin, et ces jours-là Monsieur Lafleur s'absente. C'est\nMarie, la bonne, qui sert au comptoir.\n   Elle est nouvelle, cette bonne ; un vrai morceau de roi, dix-huit ans,\net fraiche..! C'est la fille de Pierre Maréchal, un brave homme.\n   La maison a une clientèle diverse : les dimanches d'été, d'honnêtes pari­\nsiens, de petits boutiquiers en villégiature, qui font prendre l'air à leur\nmarmaille ou à leur grande fille à marier pendue au bras du prétendu, le\npremier commis, s'y arrêtent, attirés par la bonne mine de l'établisse­\nment, pour se livrer à une orgie de lapin sauté. La maison est tenue sur\nun bon pied ; on y revient ; Madame Lafleur ne tolère ni les braillards\nni les femmes qui se font remarquer, et souvent elle dit à ses habitués\ndu dimanche : « au moins on peut amener ses filles ici », et la maman\nne manque jamais de répéter à son aînée, la grande qui tourne toujours\nses talons : « Félicie.? madame Lafleur, en voilà une femme d'ordre, et\nsoigneuse !..»\n    En semaine on donne à manger à des ouvriers bien, à des contre­\n maîtres d'ateliers, tous gens de fort appétit, qui dépensent, et veulent\n une nourriture saine et abondante ; pas de dessert, un bon café après\nl'ordinaire. — On ne sert jamais plus d'un litre à chaque client, c'est\nla règle ; et le crédit, le plus restreint possible, ne dépasse jamais le\nsamedi de paye. Il y a quelques habitués qui prennent pension ; c'est\n madame Lafleur qui les sert à part, dans le cabinet vitré.\n   Le soir, un peu tard et après les derniers dîners, tout change ; une\ndizaine de noctambules s'emparent du cabinet et y sont chez eux :\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                —   I27   —\n\n\n espèce de comité en permanence, de génération spontanée, — citoyens\n vivant comme poussent les champignons, à l'ombre ; et comme eux pres­\n que tous vénéneux. C'est le club des mécontents, des grincheux, des\n médisants, des disgraciés, des blackboulés ; club qui a son loustic, Rémy\n dit Traîne-patte, un peintre de lettres, très entreprenant avec les femmes,\n se vantant de leurs faveurs et ne collectionnant que leurs gifles; il a une\n jambe qui n'entre jamais que bien après lui, de là son surnom. Traîne-\n patte lance comme pas un la tyrolienne de gosier, et n'a pas son pareil\n pour imiter les cris d'animaux ou organiser le boucan dans une réunion\n publique ; — en somme une forte colonne de cette petite église dont il\n est le pître.\n    Frimeux : l'intime du précédent; — est employé dans une banque\nvéreuse; toujours bien mis, barbe peignée, brun, du linge propre blanchi\npar sa femme qui fait des ménages pour s'aider à élever deux enfants.\n Frimeux quitte son bureau à quatre heures mais dîne rarement chez\nlui : — de la soupe, et de l'eau dans laquelle rouillent des clous pour la\nrendre fortifiante        nourriture de femme, soit          lui mange chez\n Lafleur, et sa pauvre dévouée, une simple, le plaint et dit : « Frimeux\nse donne trop de mal pour la commune. »\n    Ce froid petit homme jure dans ce milieu de grotesques, il est sinistre\nmais convenable, « on peut le sortir » dit Traîne-patte. C'est la plus\naffreuse petite vipère qui soit, c'est lui qui invente les calomnies, les\nrépand, souffle le feu, entretient les jalousies, les animosités de com­\nmune ; et tout cela sans profit, par plaisir. Frimeux fait de l'art pour\nl'art. Cependant il voudrait se sortir du bourbier, il a de l'ambition\nmais n'est pas aidé, il dit s'être mal marié, avoir une femme bête, et il\nattend.\n    Il y a là le bilieux, candidat inamovible qui a usé toutes les couleurs\nd'affiches ; grand, jaune de teint, il ressemble à un peuplier sans feuilles\net a une maladie de foie ; arrivera à l'état de squelette avant sa mort et\nne sentira rien après, — vit avec sa bonne. Enfin deux ou trois pochards\nde profession qui disposent des voix d'une partie de leur atelier ; un\nimbécile que sa femme envoie faire de la politique après son dîner, pour\nêtre libre d'aider le voisin à n'en pas faire ; — puis le classique mouchard\ncomplémentaire, retraité de la préfecture, qui fait double emploi avec\nMonsieur Lafleur ; et enfin le bon-enfant, un palefrenier très honoré de\nfaire les courses et de trinquer avec des électeurs influents.\n    Un dernier : Lartigue, — un grand corps, trente ans, le front bas,\ndes cheveux ras qui se redressent, peu de barbe, toujours en gilet à\n manches et sans cravate. Un débraillé. Déhanché, membré, laisse voir\n une poitrine velue. Quand il a bu, un mince filet de bave violacée suinte\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "                                — 138 —\n\nà chaque coin de sa bouche ; et il a le rire hébété, le rire rouge et mena­\nçant d'un habitué du couteau. Avec cela l'œil atone de quelqu'un qui a\neu de mauvaises habitudes dans sa jeunesse N'a pas de métier avoué,\nse dit journalier, mais on sait qu'il a été tondeur de chiens à Ménil-\nmontant, et qu'à présent il vit avec, et de l'unique fille de mauvaise vie\nqu'il y a dans la commune. Lartigue est une utilité, un ouvrage de\ndéfense; on l'a en cas de coups à éviter ou à donner, plutôt à donner.—\nAu total, un monsieur avec qui il serait imprudent de lier conversation\n sur la grand' route. —\n   Chaque soir on fait de la cuisine électorale, et celle-ci est comme\nl'autre, on perd l'appétit à la voir faire. Tous ces Francs-Juges déli­\nbèrent quotidiennement, boivent, conspuent et sauvent la commune à\nl'heure où les honnêtes gens sont couchés. Souvent, à la sortie, il sont\nen désaccord sur les moyens, et le passant attardé qui tombe au milieu\nde tous ces sauveurs commence prudemment par se sauver lui-même —\nà toutes jambes.—\n\n\n   Ce qui est à remarquer dans ces sortes d'associations, c'est la parfaite\nconnaissance d'eux-mêmes qu'ont tous ces augures qui ne peuvent se\nregarder sans une envie de rire; ils se possèdent à fond, et cette\nfraternité du vice qui leur donne des yeux de lynx, fait naître entre ces\ncyniques une confiance réciproque, attendu l'impossibilité où ils sont\nde se trahir. Il y a de rares exceptions. Or, dans ce cénacle, où l'on ne\nparlait que de prolétariat, un seul prolétaire avait accès, et encore était-\nil admis par tolérance. C'était Pierre Maréchal, le père de Marie, la\nservante des Lafleur.\n   Maréchal était maître paveur, travailleur endurci, rangé, il apportait\nde grosses semaines à sa bourgeoise ; et Marie, sa fille unique, fut bien\nélevée et choyée comme une demoiselle. Mais la mère Maréchal mourut\net le pauvre homme demeura seul, ahuri. Fort comme un bœuf et doux\ncomme un agneau, il s'acoquina, ne sais comment, avec les Lafleur.\nSa fille entra chez eux en service, et le père, depuis lors, ne quitta guère\nla maison que pour s'aller coucher, tristement et le plus tard possible,\nLes purs sentirent, d'instinct, que le pauvre diable était trop épais pour\nêtre dangereux, et lui firent une petite place.\n   Quant Marie entra comme servante, Frimeux eut un sursaut de joie:\nconvoitise ou seulement plaisir de voir quelqu'un qui se noie? — peut-\nêtre les deux. Traîne-patte, au contraire, avait, dans un bon mouve­\nment, dit à Maréchal :\n   — Père Pierre placez votre fille ailleurs.\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                    129\n\n   Maréchal faillit se fâcher. Lafleur [l'avait déjà fasciné ; — celui-là,\ndisait-il, est un bon.\n  Etre un bon, résumait tout pour le père Pierre.\n   Traîne-patte lui dit encore :\n  — \" C'est votre affaire, Maréchal, mais vous êtes une vieille bête. \"\n\n\n     Lafleur: le patron, Monsieur Lafleur, est un homme grisonnant,\n trapu, de taille moyenne; une barbe dure et courte lui donne un faux\n air de cabotin sans emploi ; l'allure commune, le visage tout sillonné de\n petites craquelures vineuses, la bouche lippue; — cet inclassé a quelque\n chose de répulsif.\n    Froid, réservé, il jouit d'un grand prestige, dans le comité nocturne\n où il pontifie. Il ne prend généralement la parole que quand son audi­\n toire est allumé, passé minuit, une fois les volets clos, heure à laquelle\n il résoud la question sociale, qu'il possède à fond.\n    Il parle avec lenteur, traîne ses mots ; sans doute pour s'entendre plus\n longtemps. Il revient à tout propos sur un prétendu voyage en Amé­\n rique, — et probablement n'en a pas dépassé les carrières. Il a l'habi­\ntude de terminer, de conclure, par un éloquent Vox populi, Vox Dei !\nce qui fait que Maréchal dit partout que Monsieur Lafleur a été au\ncollège et qu'il sait le latin.\n    Lafleur à le plus profond mépris pour les simples républicains : des\ncanailles! comme les autres; — et leur République?... une farce! ce\n qu'il nous faut c'est la Sociale.\n    — Qu'est-ce que c'est ? — dit toujours Pierre Maréchal.\n    Lafleur est l'homme des réunions publiques, l'orateur ennuyeux\nressassant continuellement les mêmes lieux communs, faits de lambeaux\nde phrases usées, cousus les uns au bout des autres. De ce tœnia de\nl'éloquence de bas-fonds, qui use de la tribune et en abuse, on peut dire\nqu'il rend ses discours. Coiffé d'un chapeau haut de forme, dont le\ncoup de fer n'a fait que donner du lustre aux taches graisseuses ; vêtu\nd'une redingote râpée, très boutonnée, qui ne laisse voir que la pointe\nd'un col douteux et une grosse épingle de chrysocale piquée sur une\ncravate à pois bleus; cet être hybride, ni bourgeois ni prolétaire, détonne\nlugubrement au milieu d'un public d'ouvriers.\n       (à continuer)                       H Y P P O L Y T E DEVILLERS,\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "           REMEMBRANCES\n\n\n   Ce soir-là, vers dix heures, Madame Jalain était seule dans son\nboudoir, et vraiment il fallait toute l'importance d'un 31 décembre pour\npriver la jolie veuve de son entourage mondain. Mais cette soirée étant\nofficiellement consacrée aux fêtes de famille, il était de bon ton qu'on\nréveillonnât chez soi.\n   L'année finissait mal, très mal. Depuis l'aube la neige tombait, molle\net lente, désespérément, comme pour engourdir le mouvement de Paris\nfiévreux. Un vrai temps de funérailles, triste et grave, mettant un suaire\nà l'an qu'on enterrait. Une froideur humide, glacée, tombait des lourds\nnuages et s'infiltrait partout.\n   Dans le boudoir la jeune femme se pelotonnait, frileuse, près du feu.\nLes bûches brûlaient comme à regret, suintant, avec une fumée bleuâtre,\nde grosses larmes de sève sur les cendres qui luisaient rouge.\n   Malgré elle, Madame Jalain songeait. Certaines dates font penser,\ntoujours, fatalement. Celle-ci plus que toute autre. Chacun se remémore\nles choses gaies où tristes — plus souvent tristes — qui jalonnent pour\nlui les heures parcourues si vite depuis le jour gris de pluie où cette\nannée, maintenant vécue, naissait maussade, grosse d'inconnu.\n   Que faire se soir? Madame Jalain attendait pour le goûter de minuit\nquelques uns de ces parents que l'on voit par habitude, comme ces\nmeubles que l'on a toujours connu autour de soi et parmi lesquels on a\nvieilli. Que faire en les attendant? Une sorte d'ennui affadissant enve­\nloppait la jeune femme, un engourdissement semblait monter du\nmobilier aux tons clairs, de la symphonie de couleurs gaies que la lueur\nrose de la lampe noyait dans une harmonie discrète.\n   Machinalement la veuve prit dans un tiroir une liasse de papiers —\ndes lettres gardées elle ne savait pourquoi — et pour s'occuper se mit à\nles classer. Sa pensée voyageait toujours, elle remontait loin, dans la\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                                  —   131   —\n\n poussière des choses passées, jusqu'au jour où, indifferente, elle avait\nmis sa main dans celle de l'homme dont elle portait aujourd'hui le nom.\n Ils étaient partis côte à côte « pour le grand voyage ! » comme disait son\noncle André en buvant aux mariés.\n    Puis elle revoyait, peu après, la mort soudaine de ce mari, la rupture\nde cette chaîne sans amour qui cependant n'avait été lourde à aucun.—\n Les lettres passaient toujours dans ses doigts, les papiers clairs, les bristols\n gris s'amoncelaient, exhalant ce relent particulier de l'encrevieillie. Ma­\ndame Jalain ne relisait pas, elle arrangeait en petits tas, distraitement.\n    Maintenant sa pensée retraçait ce moment troublé de sa vie, moment\nencore tout proche, où pour la première fois elle avait senti battre son\ncœur et où, pensant à un homme, elle s'était dit sans rougir :\nJe l'aime !\n    Lui aussi l'aimait. — Du moins elle l'avait cru. Quel rêve de refaire\nà son bras le grand voyage !\n    Et puis, un soir, son délicieux émoi quand enfin il avait avoué son\namour, et l'instant d'après, l'épouvantable écroulement, car brusquement\nelle avait compris ce qu'était cet amour : un caprice ! — ce qu'il voulait :\nune maîtresse !\n    C'est vrai, il était beaucoup plus riche qu'elle !\n    Un sanglot lui monta aux lèvres, et fiévreusement elle chercha parmi\nles lettres une lettre de lui, la seule qu'il lui eut écrite, réponse ironique\nau billet indigné par lequel elle avait consommé la rupture.\n    Que tout cela était vil !\n    Une volonté d'oublier la prenait, il lui sembla que du passé rien ne\ndevait rester et qu'avec l'année nouvelle sa vie devait recommencer.\nAlors bravement, sans un regard, elle jeta au feu cette lettre, et comme,\nanéantie, elle regardait de ses yeux fixes le papier noirci se recroqueviller\ntandis qu'au dessus une flamme dansait claire, la bonne voix bourrue\nde l'oncleAndré la fit tressaillir : \" Allons ma nièce, nous avons bien fini\nl'année ? Je te la souhaite bonne et heureuse! \"\n                                                   PAUL    LAMBER\n    Décembre 1881.\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "                 MENUETTO DES BAISERS\n\n\n    Au temps du Rococo, au temps des Pompadour, qui donnaient à\n baiser aux écuyers galants, la pointe de leurs ongles roses — quand les\n violons du roi, piano, pizzicato, rythmaient le menuet joli — tendres\n marquis poudrés, chiquenaudant leur jabot, marquisettes mignardes,\n une mouche piquée au coin d'un éternel sourire, deux par deux s'en\n allaient, toute jeunesse et tout amour, pincer, dans les coins sombres, le\nmenuetto des baisers, pizzicato, pianissimo ... autemps jadis....—\n    Mais il n'est pas fini, le doux règne des belles. Des Pompadour\nd'antan, toutes ne sont pas mortes. Les plus jeunes nous restent,\n rieuses, gracieuses, pour picoter nos cœurs d'un petit rire cruel, au plus\n timide aveu et les faire saigner goutte à goutte. —\n    Elles ont secoué la poudre de leurs toisons, sur les cheveux blanchis\n des vieilles endormies. A force de menuets, leurs mouches sont tom­\n bées, creusant de noires fossettes au coin de leur sourire. Leurs petits\n pieds cambrés, lassés de compasser d'antiques révérences, se détachent\ndu sol, montent, s'élèvent, planent sur d'invisibles ailes, dans le tour­\nnoiement voluptueux des valses : valses lentes, valses blondes, valses\nmolles       Et quand nous les avons, souples et frémissantes, en nos\nbras mi-pâmées, les mignonnes fragiles, nous n'osons point presser\ntrop fort leurs membres frêles, de peur de les casser. —\n    Des soirs, pourtant, la valse les rend graves, tristes.—\n    Tandis que, sous le cliquetant pailletis des lustres, lourds soleils\ndont la clarté s'épand en brûlantes coulées, les ors flamboient; les pier­\nreries ruissellent ; la foule houle et roule dans un éblouissement de\nlumières et de sons. Nous glissons à l'écart, vers les salons étroits, her­\nmétiquement clos de tentures épaisses : salons coquets, chauffés, ouatés,\nmoitement tièdes. A deux, nous restons là, blottis dans du velours.\nTous les bruits du dehors, les clameurs, les rumeurs s'étouffent. Les\néclatants forte des valses s'assoupissent. Il ne nous envient plus que\ntrès lointainement, une musique sourde, un rythme berçant, sonore....\nà peine. Nos marquisettes songent. —\n    Leurs yeux et leur pensée, dans l'outre-mer des ciels, poursuivent\ndes amours joufflus. —-\n   Nous, qui ne rêvons plus, nous nous disons tout bas, en les voyant\nainsi : quel frissonement effleurerait leur être, à l'attouchement doux\nde chaudes lèvres rouges, sur le charnel satin de leurs épaules blanches.\n                                                  HENRY     MAUBEL\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "POÈMES IRONIQUES\n\n                      FRAGMENTS\n\n\n\n\n       LA     BIBLE        DE     MÉPHISTO\n\n\nUn soir, je compulsais les livres de cabale,\nOù, comme un cheval fou, l'esprit humain s'emballe\nDans l'ornière et sur les cailloux de l'infini :\nLe vieux Platon avec son idéal béni,\nKant, sa critique d'or, Spinosa, ses facettes,\nMonsieur Victor Cousin, ses petites recettes,\nBonald, le Rêve en Dieu, Comte, le positif,\nDarwin, la Lutte et le Principe sélectif,\nBüchner. Force et Matière, Allan-Kardec, les gnomes,\nMonades, antités, cellules et fantômes,\nTous sans pouvoir forcer jusqu'au bout le chemin,\nQui mène à la croyance ; et le front dans la main,\nSur ces livres ouverts je m'accoudais morose,\nNe sachant que penser de l'homme et de la chose,\nMoins avancé, moins fort, moins sûr qu'auparavant.\n\nUne lampe éclairait ce spectacle émouvant.\n\nTout à coup j'aperçois dans mon armoire à glace\nUne ombre ; elle grandit, se dessine et se masse :\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                      -   134    -\n\nMéphisto m'apparaît. Non pas le Méphisto\nDes opéras, avec l'épée et le manteau,\nL'escarcelle, la toque à plume, la guitare,\nNon; mais un Méphisto moderne à barbe rare\nA l'Henri III, le nez busqué, les yeux cernés,\nSes cheveux sur le front par plaques ramenés,\nSous le hâle et la bile une joue un peu sèche,\nLa bouche comme la pointe d'un fer de flèche,\nChapeau de haute forme, et veston bleu collant,\nLe col anglais, cravate, et bout de gilet blanc,\nLe pantalon très court, anciens bijoux, mais certe\nUn monocle vissé dans l'œil. D'un pied alerte\nIl s'avança vers moi, posa ses doigts gantés\nSur le bord de la table, et me dit : Écoutez !\n\n\nAlors je constatai que ce roi de l'abîme,\nAu lieu de soufre avait une senteur sublime\nDe femme, de londrès, de musc évaporé,\nUn charme ! et que de plus il était décoré.\n\nLors il dit :\n\n           « Je suis las de voir que l'on me nie,\nQu'on méconnaisse encor l'esprit de l'Ironie,\nQue, suivant sa raison, lampion incertain,\nL'humanité stupide ignore son destin,\nQue tous, papes ou rois, curés, bourgeois, bohèmes, .\nVous lâchiez vos savants à travers les systèmes,\nComme des chiens sans nez à la chasse du vrai,\nCourse folle ! Et j'ai dit : Je me révélerai !\nToi, mon fils, dont la tête est façonnée au doute,\nPour répéter au loin mes paroles, écoute.\nMoi, Méphistophélès, la Force non le Droit,\nDès le commencement des choses je fus Roi.\nJe fus le grand seigneur de l'étendue immense,\nEt le chaos était mon œuvre de démence,\nTrès ironiquement je me jouais ainsi,\nLaissant les mouvements aveugles, sans merci,\nRouler comme une pâte au fond du pétrin-gouffre,\nL'iode, le fluor, le phosphore, le soufre,\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                     — 135 —\n\nLes gaz lourds, les vapeurs, les fusibles métaux ;\nJe voyais s'épuiser en des combats brutaux,\nPoitrail contre poitrail, et torses contre torses,\nLe sauvage troupeau des primitives forces.\n   Ça ne servait à rien déraisonnablement.\nMais je pus m'amuser dix siècles : un moment —\nQue veux-tu? Je sortais d'une éternité noire\nOù comme un peuple heureux je n'avais pas d'histoire ;\nMais la Force s'ennuie en face du chaos.\nOr donc je m'ennuyais à flotter sur les eaux.\nIl faisait nuit. Je pris du gaz frais, du phosphore,\nDe l'or en fusion et j'allumai l'aurore.\nPuis dans l'espace ouvert du premier des matins,\nJe lançai mille blocs et tourbillons lointains;\nDes soleils s'enroulaient sur eux-mêmes, des terres\nEn un mouvement double entraînant leurs cratères,\nCorps de ballet bizarre en un ciel d'opéra —\nEt j'inventai la valse avant monsieur Métra.\nPour brocher sur le tout j'ajoutai des tas d'astres,\nEt les méridiens qui règlent vos cadastres,\nLes constellations à forme d'animaux,\nLes comètes vaguent en des coins anormaux,\nPour porter la terreur ; et la Lune fantasque\nParmi ce carnaval élargissant son masque ;\nEt je fis, souriant, tourner en sens divers,\nAutour de l'humble Terre un millier d'Univers,\n(Si depuis trois cents ans, la loi renouvelée\nA tout changé, c'est sur l'avis de Galilée,\nRailleur de mes amis qui s'est évertué\nA rendre fort amer le sort de Josué.)\nMais revenons. J'étais trop seul devant mon œuvre.\nAlors j'inventai tout : l'hyène, la couleuvre,\nLe tigre, le chacal, la teigne, le vautour,\nLa pieuvre, le cochon et la trichine autour,\nEt les chiens enragés, et la fille ambiguë,\nLa nicotine, et l'arsenic et la ciguë,\nLes sels de cuivre et tel et tel autre poison,\nQui n'empoisonne plus sans rime ni raison ;\nLa maladie et le médecin, le parjure,\nLe vol, l'assasinat et la littérature,\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                      — 136 —\n\nEt trois cents millions encor d'et cœtera.\n— Puis l'Homme — m'écriant : C'est là qu'il luttera.\nL'Homme, cette substance en cervelle infinie,\nCapable de saisir et d'aimer l'Ironie.\nL'Homme, pose devant mon chef-d'œuvre de fou,\nAvec trente-deux dents pour se rire de tout.\nJ'espe'rais voir ce preux, puissant en la bataille,\nPortant son grand cerveau sur sa petite taille ;\nD'ailleurs, je lui laissais comme baume divin,\nPour jouir : le soleil, les femmes et le vin,\nPffe ! je vis malgré ma suprême indifférence,\nQu'à moins que l'on soit Roi, l'Ironie est souffrance,\nQue l'Amour, et la Haine et les Ambitions,\nPeuplaient ces cœurs mesquins de malédictions ;\nQu'ils tremblaient — riez-en!— devant l'occident rouge\nDevant la lune pâle ou la Foudre qui bouge ;\nQue la mort, ce repos du Rire, les clouait\nDans la pauvre stupeur d'un immortel souhait;\nJe n'étais qu'un bourreau, la raillerie un glaive.\nEt ces faibles voulaient s'évader dans le rêve.\nAlors, pour les distraire avec un nouveau jeu,\nComme je suis bon Diable au fond, je créai Dieu.\n\n\nMéphisto me sembla grandir, droit sur un socle,\nAvec sa barbe en pointe, et l'éclair du monocle,\nAvec je ne sais quoi de triste et de badin,\nMalgré l'aspect suprême et ganté de dédain.\n\n\n«Dieu! reprit-il, ce Dieu, ma frêle créature,\nQui sortait de mes mains au sceau de ma facture,\nChef-d'œuvre éblouissant d'ironique bonté\nEn dehors du réel de l'âpre vérité,\nLeur devint un refuge à ces bêtes humaines,\nAux femmes, aux enfants, aux boiteux, aux poètes,\nA tout le ramassis des eunuques, des vieux,\nAux Zoïles perdus dans un songe envieux,\nAux vaincus machinant d'impossibles revanches,\nAux ignares bergers, guetteurs d'étoiles blanches.\nIls firent son portrait grotesque, en bois d'abord,\nPuis fétiches en cuivre et fétiches en or :\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                         -   137   ~\n\n  Des Baals de granit, des Jupiters de marbre,\n  Ils en mirent partout, dans le fleuve, sur l'arbre ;\n  Le besoin de prier, de croire, d'espérer,\n  Les fit d'idolâtrie abjecte s'enivrer.\n  Quelques forts résistaient en me gardant leur culte\n  Ironique ; mais sous la menace et l'insulte\n  Des faibles, devenus étant foule et les forts ;\n  Ils donnèrent au dieu leur esprit et leurs corps ;\n  Et lui, leur promettant Paradis et merveilles,\n   Bouchant d'erreur leurs yeux et de bruit leurs oreilles,\n   Grandissait. De Baal il devint Jéhovah,\n   Et, comme un rebellé toujours plus haut s'en va,\n   Lorsqu'il fut devenu lui seul dieu, lui seul maître,\n   Il fit courir le bruit par la bouche du prêtre,\n   Qu'il m'avait enchaîné, moi, l'Ironie, au fond.\n   D'une géhenne, en son Enfer, sous triple gond !\n   Noir menteur! J'aurais pu, si je n'étais bon diable,\n   D'un soufflet de mon gant renverser sur la table\n   Toi, tes temples et tes édens faits de carton.\n   Mais ceci me parut plaisant et de bon ton\n   De me laisser un peu, dans ma force hautaine,\n   Clouer aux piloris et mettre en quarantaine.\n   Je riais dans l'espace éternel et joyeux,\n    Près de chaos naissants qui flottaient sous mes yeux,\n   Raillant les airs confits de tous ces bons apôtres —\n   C'était une ironie à joindre à beaucoup d'autres —\n    Mais en songeant un jour que de libres esprits\n    Combattaient pour ma cause et scellaient leurs écrits\n    Du sang très précieux qui leur coulait aux veines,\n    Je sortis de mon calme et des hauteurs sereines,\n    Et je choisis Paris, ville du gai savoir\n    Et du rire éclatant, pour me montrer et voir.\n    Je suscitai l'esprit gaulois à bonne enseigne,\n    Le sel de Rabelais, la verve de Montaigne,\n    Cet enfant La Fontaine, et Molière ce roi,\n    Voltaire, mon sosie — et sur le sol étroit\n    Je me fais élever jusqu'au fond des nuées,\n    Un temple fait de rire acerbe et de huées ;\n    Et pour environner nos autels triomphants,\n    O Paris, j'ai choisi tes sceptiques enfants.\n                                                              11\n5 Mars 1883.\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                        138\n\n\nEt maintenant, vois-tu, mon cher, la lutte est forte.\nFerme ces livres-ci, pleins d'une chose morte ;\nRis de tout, frappe tout de railleuses clameurs ;\nPrends la vie avec joie : Aime, travaille et meurs\nCrois aux réalités, moque-toi des sornettes,\nQue ta jeune folie agite ses sonnettes ;\nCar tu peux mépriser l'Enfer ou le ciel bleu —\nQuand je l'aurai tué je ne créerai plus Dieu. »\n\nSoudain le coq chanta : la rue Monsieur-le-Prince\nPossède encore un coq ou deux; et l'aube mince\nJeta son linceul pâle au-dessus des grands toits.\nMais quand je voulus voir une dernière fois.\nCelui qui me parlait de la sorte à voix basse,\nIl avait disparu dans le tain de la glace.\n\n                                     EMILE GOUDEAU.\n\n\n\n\n                    SONNET\nQuand le Seigneur eut fait le mâle et la femelle,\nIl prononça ces mots — comme jetant un sort —\n« Croissez, multipliez ! Que l'éternel ressort\nArbre, soit dans ton fruit, femme, dans ta mamelle ! »\n\nL'homme doit faire l'homme et cette loi formelle,\nLa nature la suit dans son sublime essor ;\nL'eunuque avili seul, croit en vain qu'il en sort,\nMa.is à sa pourriture un grand germe se mêle :\n\nIl revit malgré lui ; succulent pour le vers,\nSon corps nourrit le sol, c'est l'humus des prés verts.\nEn vain on veut chercher le néant, la matière\n\nJamais ne périra. Quand un être a passé,\nA d'autres il transmet son existence entière.\nLe monde ne meurt point : il n'a pas commencé.\n                                      OCTAVE R I C H A R D .\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                     SONNET\n\n             A UN PETIT        MOUCHOIR\n\nVous avez un mouchoir, petit, joli, coquet\nQu'on croirait fait ainsi pour un nez de poupée ;\nDans un parfum' grisant l'étoffe en est trempée\nRose et vert — comme l'aîle en fleur d'un perroquet.\n\nL'autre jour, quand au bal chacun vous remarquait,\nVous, cessant de danser, vous étiez occupée\nDans le vase que-fait la poche découpée\nA l'arranger du bout des doigts comme un bouquet.\n\nOn dirait un mignon drapeau, toujours fidèle,\nDéfendant votre cœur, comme une citadelle\nQu'une armée amoureuse assiège chaque soir.\n\nN'importe ! tel qu'il est, il a bien plus de charmes ;\nMais s'il est si petit, votre petit mouchoir\nEst-ce donc qu'en partant vous aurez peu de larmes?..\n\n                                G E O R G E S RODENBACH.\n\n\n\n\n      A CAMILLE LEMONNIER\n\n        Maître, quand j'entrai chez vous,\n        Voulez-vous que je vous dise\n        Ce que j'ai vu de si doux\n        Que mon âme en fut surprise.\n\n        J'ai vu deux petits bijoux,\n        Deux enfants que divinise\n        Leur grand nom, venir vers nous\n        Dans leur gentillesse exquise;\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "                — 140 —\n\n Je ne les vis qu'un moment,\n Mais j'eus un rayonnement\n Dans mes yeux et dans mon âme.\n\n Les enfants des créateurs\n Ont une auréole en flamme\n Sur leur front plein de splendeurs !\n                          Louis    DE CASEMBROOT.\n\n\n\n\nPOÈMES EN MINIATURE\n\n         DEMANDES VAINES\n\n\n\n\n                                  A EDMOND   SAUTEREAU\n\n\nL'enfant rêvait dans son nid rose,\nAussi parfumé qu'une rose,\nAussi gazouilleux qu'un oiseau.\nJ'ai dit au berceau de dentelle:\n\" Cette âme blanche, d'où vient-elle ?\"\n— Je ne sais, m'a dit le berceau.\n\nUn vieillard dormait sous sa pierre,\nEn murmurant une prière,\nTriste et douloureux, je passais.\nJ'ai dit à la tombe voilée :\n\" Cette âme, où s'en est-elle allée ? \"\nLa tombe m'a dit : « Je ne sais. »\n\n                                    CH.   FUSTER.\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                     AGAR\n\n      A LA MÉMOIRE DE GUSTAVE DORÉ.\n\nLe ciel immense et rond, où l'orbe éblouissant\nDu soleil aboli laisse une rouge tache,\nEt sur l'ombre du soir brusquement se détache,\nSemble un œil noir et fou qui s'injecte de sang.\n\nUne étrange clarté, fausse comme un mensonge.\nUne méchanceté lumineuse apparaît\nAu-dessus de la vague et lointaine forêt\nQui s'éplore, — absorbée en la vapeur d'un songe.\n\nLes rochers allongés dans un stupide ennui,\nComme un hideux troupeau de chimères géantes,\nOuvrent des trous pareils à des gueules béantes,\nAboyant à l'horreur muette de la nuit.\n\nLe paysage pâle et sombre a l'air d'attendre ;\nEt, sous la paix subite et lugubre du vent,\nS'alanguit au travers d'un silence vivant,\nD'un silence que seule une âme sait entendre.\n\nUn silence orageux, qui voudrait se muer\nEn de rauques clameurs et des appels farouches,\nUn silence où l'on sent de douloureuses bouches,\nDes lèvres à jamais aphones remuer.\n\nFuyant devant Sara, femme du patriarche,\nSoudain la concubine Agar, jaune de fiel,\nSur la lividité sympathique du ciel,\nSurgit, les bras ouverts, — comme une croix qui marche !\n                                ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "                        LES RANTZAU\n\n\n\n\n   Les Rantzau sont tirés des Contes et Romans Alsaciens que\nMM. Erckmann et Chatrian publiaient il y a quelque vingt ans. La nou­\nvelle avait pour titre primitif « les deux frères. » En dehors de son sai­\nsissant intérêt dramatique, elle prenait un charme tout particulier dans\nce détail exact, pittoresque, dans cette couleur de paysage qui affirme\nl'originalité, la personnalité des auteurs de Maître Daniel Rock et de la\nmaison Forestière. En passant du livre à la scène, la nouvelle a subi\nbien des déperditions, elle a perdu de ses côtés intimes, mais le théâtre\na mis en relief ses personnages, et a donné une vie plus intime à ses\nantipathies, à ses haines ; il a fait vibrer ses passions. Malgré cela, ce\nroman joué il y a quelques jours, n'a pas obtenu le succès qui l'accueille\nà Paris.\n    Dans un village d'Alsace vivent les deux frères, Jean et Jacques\n Rantzau. Leurs maisons sont porte à porte. Ils sont condamnés à ce\nvoisinage et pourtant une guerre terrible les sépare, l'erreur de leur père\nleur a mis au cœur cette haine implacable : le vieux Rantzau a avantagé\nson fils aîné, Jean, et lui a laissé par testament, outre les biens que la\nloi lui permettait de donner, le logis paternel ; le cadet a été forcé de se\ncontenter d'une maison plus modeste.\n    Par cette injustice, Jacques a été chassé de la demeure de ses pères, il\nn'a plus mis les pieds dans cette chambre à coucher où sa mère est morte:\nJean lui a tout pris, jusqu'à ses souvenirs. Jacques se venge: c'est la\n bataille de chaque jour, la lutte irritée par l'insulte, par les vexations de\nchaque heure, de chaque minute, avec les voisins pour alliés, et prenant\npour armes tout ce qui peut leur tomber sous la main. Ils se fuient de\ncrainte de se sauter à la gorge, l'un et l'autre, mais ils se rencontrent\npartout dans le mal qu'ils se font. Dans cette terre du combat il y a un\nterrain neutre cependant : la maison de l'instituteur Florence, de ce\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                                  -   143     -\n\n  brave homme de maître d'école qui a élevé dans leurs premières années\n  Louise, la fille de Jean et Georges, le fils de Jacques.\n     La bonté de Florence a rendu ce toit sacré pour tous : Vous qui entrez\n laissez toute haine : l'amour est né entre les deux jeunes gens, dans cette\n maison du pardon et de la paix. Louise et Georges s'aiment, mais ils ont\n crainte de se le dire l'un et l'autre ; ils l'ignorent, mais ce secret qu'ils se\n cachent est pénétré parleurs pères. Jean, cet homme violent,tyrannique,\n brutal, qui fait tout ployer sous sa terrible volonté, qui a maîtrisé sa\n femme, coupe court à ce roman qui aurait pour résultat de marier\n Louise avec Georges. Il trouve un gendre: le garde général des forêts,\n M. Lebel : le choix est excellent et atteint Georges au cœur d'abord et\n puis il donne un allié, un complice même à Jean dans ce personnage\n officiel et puissant qui accablera de procès verbaux ce frère Jacques\n Rantzau, ce marchand de bois, propriétaire de scieries dans les forêts de\n l'Etat. — Jean a la haine profonde : sa volonté est transmise à Louise\n par le bonhomme Florence. — Grand embarras de l'ambassadeur qui,\n au courant de ces explications avec la jeune fille, trouve qu'elle a raison\net se voit obligé de retourner à M. Jean, pour porter une réponse inat­\ntendue, Louise refuse de se marier avec M. Lebel. Louise veut entrer au\ncouvent. C'estune révolte.— Jean entre en fureur, il chasse le bonhomme\nFlorence et d'une bourrade jette à terre le pauvre vieillard. — Puis il\nappelle sa fille par trois fois, le sang l'étouffé — et la met au défi de réi-\ntirer son refus. Louise veut se donner à Dieu. « Je le connais ton Dieu ! »\nréplique Jean. Tu ne veux pas? Non, réplique Louise avec douceur,\ncomme si ce martyr attendait la mort. — Rantzau la saisit alors par le\nbras, la jette à ses pieds et lève les deux poings sur elle. Le père est\neffrayé devant cette enfant inerte, un éclair a traversé son âme folle de\ncolère : « Jean ! sauve-toi ; Je sens que je la tuerais.» — Belle scène d'un\ngrand effet: j'ai pourtant entendu quelques bons esprits qui la critiquaient\ndans sa violence! c'est une erreur, elle est préparée avec un art infini,\nl'orage se dessine depuis longtemps dans le lointain: il éclate: la foudre\nest tombée, il fallait absolument qu'elle écrasât quelqu'un : elle a brisé\ndeux cœurs et de là est sortie une situation des plus émouvantes et des\nplus dramatiques : celle du troisième acte, Il fait nuit : la rue du village est\ndéserte ; une fenêtre est éclairée dans la maison de Jean Rantzau, les lu­\nmières filtrent à travers les rideaux hermétiquement fermés d'une chambre,\nc'est celle de Louise. Louise qui a refusé toute nourriture, est à la mort.\n    Cependant on a affiché ses bans de mariage à la mairie. Georges qui\nsait tout et qui n'ose franchir cette maison où l'appelle en secret la bien-\naimée de son cœur, Georges se révolte contre son père et jure que ce\nmariage ne se fera pas.\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "                                 — 144 —\n\n    Jacques Rantzau est inflexible comme Jean. Louise mourra donc. Les\n médecins qu'on a appelés n'ont plus d'espoir; la cause du mal, ils l'igno­\nrent d'ailleurs.— Qu'a cette jeune fille qui veut mourir? Je vais vous\nle dire, dit Florence, que n'arrêtent ni la crainte de Jean, ni la pensée\n qu'il va perdre par cette liberté de langage sa position, c'est-à-dire le pain\n de sa femme et de sa fille, et qui embrasse sa fille comme pour se donner\n du courage dans cette bonne action. — Ce qu'elle a? Elle a qu'on veut la\n marier contre son gré et qu'on refuse celle qu'elle aime'. — Voilà pour­\nquoi Mademoiselle Louise va mourir. Tous s'éloignent — Jean reste\nseul dans la rue. Sa fille va mourir! L'amour paternel est descendu\n dans ce cœur dont la haine était jusque là maîtresse. Il lève les yeux sur\ncette chambre. Louise meurt désespérée et son regard se tourne lente­\nment vers la maison fraternelle. Jacques veille encore, sa chambre est\néclairée. Jean traverse à pas lents la rue. il frappe à la porte de son frère.\nJacques vient lui ouvrir : à la lumière de la lampe qu'il porte, il recon­\nnaît son frère. « Que veux tu ? » — Louise aime Georges. Je viens te de­\n mander de les unir.—Jamais ! — Mais ma fille va mourir ! — Que m'im­\n porte! — Tu laisserais donc mourir ton fils ? — Entre, dit Jacques, et\nla maison s'est ouverte pour les deux frères.\n    Voilà du bon théâtre, bien vrai, bien juste, bien saisissant, — une\ntelle scène ferait à elle seule le succès d'un ouvrage. Depuis une heure\n nous marchons avec les Rantzau dans les situations les plus émouvantes,\nqui se déduisent facilement, logiquement, les unes des autres. Sans attein­\ndre à des effets aussi puissants, le quatrième acte vaut les actes qui pré­\ncèdent, il contient une scène adorable. Où sont les amoureux dans tout\n ceci ? Où retrouvons-nous ces Roméo et Juliette, enfants de Capulets et\nde Montaigus de village ? Pas de nuits étoilées, pas de balcons. Ils ne\nse sont pas rencontrés une seule fois et nous ne les avons pas entendus\nse parler de leur amour. Attendez : l'amour n'y perdra rien. Louise, le\ncœur meurtri de tant de douleurs, Louise a auprès d'elle le bon Florence,\nc'est à ce seul ami de la jeunesse qu'elle confie le secret de son âme,\nqu'elle dit les tristesses et les joies de son amour, qu'elle livre une à une\ntoutes ses espérances et ses désespoirs de jeune fille. Et le bonhomme\nqui l'écoute et qui l'embrasse lui redit toutes les confidences de Georges.\nLa scène est d'un goût charmant, elle est chaleureuse, pénétrante. Sui­\nvons le drame. Nous sommes maintenant dans cette chambre de la mère\ndu Rantzau, dont le souvenir est sacré pour les deux frères. Jacques\nen rentrant a salué le portrait de sa mère, il a revu après plus de\ntrente ans le lit où elle était morte. Toute la famille est réunie, Georges\nest auprès de Louise, Florence a écrit le contrat de mariage, on le lit,\nil est cruel, la haine de Jacques a tout demandé, Jean s'est humilié, il a\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                                — 143 —\n\ntout accordé, il restitue ce qu'il a reçu de plus que son cadet dans la suc­\ncession paternelle, il passe par des exigences qui vont jusqu'à l'insulte ;\nquand son âme se révolte, il regarde sa fille et se soumet. Enfin la tor­\nture est finie, il signe, Louise se lève pour signer. A ce moment Georges\nlui prend la plume des mains et se refuse à s'associer, elle et lui, à\ncette œuvre de haine. Il rejette ce pacte de famille qui n'est qu'un acte de\nguerre, qu'une injure à celui qui va devenir son père et qu'une insulte à\ntous. Il leur rappelle leur nom, leur fortune, il invoque le souvenir de\nleur mère et les force à se jeter dans les bras l'un de l'autre. Georges\navait raison, l'amour tuera la haine. Voilà donc les deux frères réconci­\nliés et Georges et Louise mariés, quant au garde général Lebel, il part\naprès avoir reçu un coup d'épée de Georges, je ne sais pas trop quand,\npar exemple, mais au fond c'est un bien mince détail et la pièce reste\nbelle, une et grande,\n                                                            MENANT.\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "                  AU PAYS WALLON\n\n                           UNE « S O I R É E » .\n\n\n    Il était venu là, sans but, cherchant la distraction, poussé par un\nvague désir de se désennuyer; et maintenant seul, terriblement seul,\nau milieu de cette foule, il regardait, narquois.\n    La salle où le Cercle dramatique et littéraire du village allait donner\nsa soirée était remplie de monde. Une grande salle basse, blanchie de\nfrais, occupant tout le premier d'une série d'estaminets, et dont on es­\nsuyait les plâtres ce jour-là. Ça et là, de petits drapeaux déployant leurs\ntriples couleurs au-dessus de cartons, où les armes de la province et les\nlions belgiques alternaient, grossièrement barbouillés, mettaient des\nnotes gaies et voyantes dans la grande blancheur de la muraille. Des\nquinquets fumeux, brûlaient, éclairant à peine. Au fond, la scène, avec\nson rideau neuf, où un artiste du crû avait peint un paysage fantaisiste,\net, de chaque côté, un escalier improvisé, presqu'une échelle, dissimulé\npar une tenture qui se soulevait de temps en temps pour laisser passer\nles acteurs.\n    Il se sentait dépaysé, mal à l'aise, dans cette grande rusticité, et l'es­\nprit, plein encore des splendeurs raffinées de la capitale, sa délicatesse\nse choquait du rude et grossier spectacle qu'il avait sous les yeux. Il\ns'ingéniait à chercher des ridicules et rendait en mépris ironiques l'en­\nnui qu'il ressentait. L'air lui manquait ; il s'approcha d'une fenêtre\nentr'ouverte qui laissait passer, dans une bise glacée, des bruits de verres\net les cris des cabarets d'en bas. Le front un peu rafraîchi par cette\nfroidure, il devint plus indulgent et regarda de nouveau. Un singulier\ncoup d'ceil, après tout.\n   Aux premiers rangs, les notabilités de l'endroit, venues là, un peu\npour encourager la société naissante, beaucoup pour y étaler leur im­\nportance ; et, près d'eux, leurs femmes, leurs filles, toutes les familles,\naux toilettes éclatantes, aux chapeaux surchargés de fleurs, avec de\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                                — 147 —\n\n longues plumes blanches, qui ondulaient suivant les caquetages. Plus\n loin, des ouvriers aux mains rudes et calleuses, aux traits intelligents,\n durcis par les fatigues; des houilleurs, aux jambes déformées, à la figure\n marquée de cicatrices bleuâtres, des paysans venus avec leurs bonnes\n amies, croquant des noisettes entre deux pintes, se prenant la taille de\n gestes brusques et balourds et se donnant comme galanterie suprême\n de formidables coups de coude et de soudaines poussées dans les flancs.\n Debout, appuyés au mur, faisant la roue près des demoiselles, les jeunes\n gens, les élégants du lieu, mis à la dernière mode — d'il y a cinq ans —\n gourmés prétentieux. Les conversations allaient leur train, vives, courtes,\n souvent interrompues, pleines d'une grosse gaieté et dans le demi jour\n des lampes, on entendait un bruit sourd, confus, fait des cancans du\n village et du tapage des chaises déplacées.\n     Trois coups solennels retentissent et tout se tut. Le spectacle com­\n mença.\n     C'était d'abord un grand drame en cinq actes, rempli d'attaques de\n brigands, de fermes incendiées, de pathétiques scènes de dévouement et\nd'effrayants dangers. Les acteurs y allaient de tout cœur; vêtus de cos­\ntumes invraisemblables où les temps et les lieux se confondaient en un\nensemble grotesque ; ils débitaient consciencieusement leurs tirades,\nguindés, avec des gestes appris ; seule, une femme joua avec sentiment\net naturel une longue scène d'amour            De temps en temps, leurs\n rôles récités, ils regardaient dans la salle, nullement gênés, échangeant\n des coups d'ceil amicaux et satisfaits avec des connaissances. Et tout\n invraisemblable que fut l'intrigue, tout grossiers que fussent les décors,\n il fallait voir ce public ému, l'esprit tendu, les yeux rivés à la scène,\ncharmé des sentimentalités fausses des acteurs, et sur toutes ces rudes\n figures de prolétaires voués au travail de leurs mains, éclatait, joyeuse et\n franche, la jouissance du plaisir intellectuel des émotions partagées ; et\nquand après mille péripéties, l'orpheline échappée aux bandits, retrouve\nses parents et épouse celui qu'elle aime, ce furent des bravos, des tré­\npignements, des rappels.\n    Puis, les conversations reprirent, plus animées encore. Les apprécia­\ntions se croisaient, diverses, enthousiastes. Un membre du Conseil\ncommunal se leva pour aller féliciter les acteurs qui, rentrés dans la\nsalle, vidaient, à fortes lampées, de nombreuses chopes. Les jeunes\ngens descendirent aux estaminets d'en bas. Le payer des tournées, et\nle bruit sec des noisettes qu'on cassait, recommença, mêlé de rires.\n    Lui se promenait, grincheux, allant des fenêtres sombres aux quin-\nquets de la rampe; ces cinq longs actes l'avaient énervé; il se sentait\nplus ennuyé, plus triste encore dans cette joie de tous, se maudissant\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "                                 — 148 —\n\n  d'être venu, hésitant à s'en aller. Il lui prenait des envies baroques,\n  comme de sauter sur la scène et de haranguer ces travailleurs, de leur\n  parler de leurs droits méconnus, de toutes ces réformes dont il avait la\n  tête pleine.\n     Tout en se promenant, il examinait les groupes, détaillait les figures.\n  Aux premiers rangs, une fraîche et jolie fille, aux traits fins, mise sim­\n  plement et avec plus de goût que ses voisines ; et il se plaisait à remar­\n  quer l'éclat expressif de ses yeux, la délicatesse provocante de sa bouche,\n  le gracieux modelé de ses formes ; et peu à peu, charmé, il passait et\n  repassait, la regardant.\n     De nouveau, trois coups firent un brusque silence, et une nouvelle\n  pièce commença, plus gaie, mieux jouée. Quand un passage lestement\n  enlevé amenait un rire dans la salle, la jeune fille riait aussi, mais si\n gentiment, si adorablement qu'il eût fallu être de bien méchante humeur\n pour trouver encore la comédie stupide, les acteurs ridicules. Mainte­\n nant, toujours plus indulgent, il ne parlait plus de s'en aller, se promet­\n tant même de rester au bal qui devait suivre le spectacle. Quand le\n rideau tomba, voyant les deux mignonnes mains applaudir, il applaudit\n aussi : ce n'était pas trop mal en somme, pour ce village.\n     Puis au milieu du bruit, la salle se vida, dégorgeant son trop-plein\n dans les cabarets voisins. Des groupes se formaient discutant, appréciant\n la soirée, et les acteurs, très entourés, posaient. Quelques fenêtres ou­\nvertes laissaient entrer un air pur et frais qui faisait vaciller les flammes\ndes lampes: Sur la scène, au milieu des arbres d'un décor, l'orchestre\ns'installait pour le bal, et peu à peu, lentement, les chaises et les ban­\nquettes s'enlevaient, une à une. Enfin un rapide coup de balai ramassa\ndes programmes froissés, des coques brisées d'œufs durs, des débris de\nnoisettes, dans une poussière épaisse qui montait du plancher.\n    Les premières mesures d'une polka retentirent et pressés les couples\nrentrèrent se serrant à pleins bras, sautant avec des dandinements d'ours\napprivoisé.\n    Voulant danser aussi, il la chercha, furetant du regard dans les coins\nsombres. Mais en vain ! Elle n'était plus là. Alors furieux, retrouvant\ntout grossier, ridicule, il partit, un regret au cœur. Dans l'escalier, sa\nbouderie se croisa, avec un rire gai, résonnant de jeunesse et d'entrain.\nAlors il hésita\n    Quand il rentra dans la salle, une valse y tournait, enlaçant les cou­\nples. De suite il la reconnut, elle était à peu près la seule qui valsa\ncorrectement, suivant la mesure en glissements gracieux. Décidément,\nelle était gentille, cette petite ! Pourtant il hésitait encore, craignant une\ndésillusion. Puis, bruquement, prenant son parti, il s'approcha avec\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                   —   149—\n\ndes politesses de salon. Son invitation fut acceptée et, dans le sautil­\nlement d'une polka, il lui demanda son nom. Elle s'appelait Denise;\nun nom simple, charmant, distingué comme elle-même; elle causait\nbien, gentiment, joyeuse de l'amour qu'elle devinait. Et maintenant,\ncommençant à s'amuser beaucoup, il ne sentait plus l'atmosphère lourde\net brûlante de la salle basse où l'on étouffait, la poussière qui s'élevait\ndu plancher, vous prenant à la gorge et la cacophonie discordante de\nl'orchestre où les clarinettes s'échinaient à suivre en variations suraiguës,\nla mesure monotone et cadencée des tubas et des trombones.\n   Un galop souleva les lourdeurs villageoises et emporta les danseurs\ndans des bondissements effrénés. Puis les musiciens se turent, épuisés,\net la foule essoufflée sortit lentement, s'enveloppant dans les manteaux\net les châles, aux lueurs mourantes des derniers quinquets.\n   Il ramena Denise à son frère, lui offrant son bras pour les accom­\npagner. Sans répondre, elle prit son bras et tous trois partirent.\n   Le ciel était d'un bleu sombre, tout piqué d'étoiles. La gelée hâtive\npinçait. Une petite bise soulevait les feuilles mortes qui, luttant de\nvitesse, se poursuivaient sur les pavés avec de légers bruissements.\nTous deux amoureusement serrés, revenaient, sans paroles, perdus dans\nune même rêverie. Et quand ils furent arrivés, un long serrement de\nmain, un regard dans lequel tous deux avaient mis leur âme, fut leur\nadieu.\n    Et, pensifs, le cœur troublé, ils se quittèrent.\n                                                   JULES    DESTRÉE.\n    Marcinelle, 3 octobre- 1882.\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "                    REVUE DES LIVRES\n\n\nL E S N É V R O S E S , par Maurice Rollinat. Un vol. tr. 3,50. Charpen­\n   tier. Paris. — C O N T E S C R U E L S , par Villiers de l'Isle-Adam.\n   Un vol. fr. 3,50. Calmann-Lévy. Paris. — L E C O R B E A U , par\n   B.-H. Gausseron. Une brochure fr. 0 , 7 5 . Auguste Ghio. Paris.\n\n                                      **\n\n   Voici un sot volume : Les Névroses. J'ai pesé et soupesé l'adjectif: c'est\nle seul propre ; M. Rollinat m'est, — Dieu lui fasse paix ! — très indifférent,\net si les critiques, désagréablement surpris par son œuvre, s'exacerbent, la\nfaute en est au poète et à ceux qui l'ont gonflé comme une vessie. Tant pis\npour les cornacs si la foule siffle leurs éléphants en baudruche. Et les sifflets\ncommencent à faire rage.\n   Avant la formidable réclame du Figaro, M. Rollinat n'était guère connu\nque de quelques lecteurs du Chat Noir, le fantaisiste et invraisemblable journal\nde Goudeau et de Salis. On savait vaguement, qu'il v avait, quelque part,\ndans un vieux bois de piano, un poète-musicien pas mal excentrique, jouant\nau squelette devant sa glace, un petit Baudelaire qui demandait à devenir\ngrand.\n   C'était tout.\n   Et soudain, le Figaro tambourine, le Voltaire corne, le Gil Blas parodie,\net M. Rollinat — qu'un premier recueil : Dans les Brandes, n'avait pas dé­\nnoncé, — grâce à la seule récitation de quelques vers chez les Damala, est\nimprovisé génie.\n   Alors, — à quoi bon publier encore les Névroses ?\n   M. Rollinat ne pouvait qu'y perdre.\n   Il y a perdu.\n   M. Rollinat n'est rien moins qu'un névropathe, un halluciné, un hystérique\nUn Baudelaire. Tout lui manque pour incarner la maladie moderne. Georges\nSand, — son... oncle, — semble avoir fortement déteint sur lui. Les Réfuges\nne sont qu'un reflet des paysanneries georgesandesques, de la Mare au Diable,\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                  —    151   —\n\n\nde la Petite Fadette. de François le Champi. C'est le même coin de nature\nattendri, rapetissé, — et bourgeois.\n\n                     La toute petite grenouille\n                     La regarde et croit voir sa sœur.\n                     Au bord du pacage qui grouille\n                     De fougères couleur de rouille.\n                     Dans sa rigole l'eau gazouille,\n                     Sur son brin de jonc carresseur,\n                     La toute petite grenouille\n                     La regarde et croit voir sa sœur !\n\n   Ces nonpareils triolets, adressés à la sauterelle, auraient pu ne point satis­\nfaire cet insecte; aussi, M. Rollinat ajoute cette précieuse strophe, pour le\ncoup final :\n\n                    Cauchemar de l'agriculteur,\n                    Tu plairas toujours au poète.\n                    Au doux poète fureteur.\n                    Mélancolique observateur.\n                    Beau petit insecte sauteur,\n                    Je t'aime des pieds à la tête :\n                    Cauchemar de l'agriculteur.\n                    Tu plairas toujours au poète.\n\n   Quand on a stylé ce chef d'œuvre, il ne reste qu'une chose à faire : embras­\nser l'abbé Delille, — et mourir !\n   Après cela, lecteur ou lectrice, si vous avez des enfants à endormir le soir,\nà force de féeriques histoires, je vous recommande le couplet que voici :\n\n               Dans un mélancolique et langoureux voyage\n               Que je fis tout au fond d'un jardin sans grillage ,\n               Où des quatre horizons le mystère affluait,\n               J'entendis tout-à-coup le charmant babillage\n               De la petite rose et du petit bluet.\n\n   L'auteur de La Famille Buvard , dans sa balourde chronique de l'Office\nde Publicité, s'extasie devant ces vers pour petites filles. Cela me renfonce\ndans mon opinion.\n   Et tous les vers des Refuges sont dans cette douce et hilarante gamme. A\nl'exception de deux ou trois pièces sur lesquelles je reviendrai plus loin, rien\nque de petits paysages insignifiants, sentimentalement niais, des rimes-sans\nforme ni couleur, comme Hyppolite, des pâmoissons de philistins à la Henri\nHeine devant des choux verts et des haricots, quelque chose de « romance »,\nqui appelle vaguement des mélodies de Paul Henrion.\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "                                  152\n\n\n    Tel est, — pour son valet de chambre — ce grand homme : M. Rollinat.\nUn brave Berrichon, pas fort, mais sensible, qui aurait du succès au dessert,\nchez les héros d'Henry Monnier.\n    Mais M. Rollinat ne prétend pas être un Berrichon, un être de sangfroid,\n— non! Il étudie Baudelaire, Edgar Poe, Quincey. Il se déforme. Il a un\nsquelette sur le nez. Il peine à faire du macabrisme, du diabolisme. Il s'ima­\ngine ressembler à Baudelaire, à Poe, et jamais, — Les Névroses le prouvent\n—• il n'a pénétré dans l'intimité de ces anges noirs. Il ne leur a su dérober\nqu'un décor, que certaines formules : il n'est jamais entré dans leur âme phos­\nphorescente et soufrée. Il n'a rien de la spiritualité exaspérée du Corbeau,\ndu mysticisme des Fleurs du Mal. Au lieu de créer, comme Baudelaire et\nPoe, un fantastique nouveau, puisé aux sources du monde moderne, M. Rol­\nlinat ne rougit pas d'ouvrir son livre aux farfadets, aux gnomes, aux stryges, à\ntous les vieux spectres de ballade allemande aujourd'hui sans emploi. Il use\nde ces « coffres horriblement oblongs » — que Baudelaire nomme plus sim­\nplement des cerceuils, — à jeter le plus spleenétique des lecteurs en des joies\n folles. C'est l'ancienne et creuse rhétorique du cauchemar débité par un homme\nsans conviction, et qui, entre deux phrases de mélo, s'interrompt pour aspirer\nune prise ! Car il prise, le génial poète, — il prise !!'.\n    Pour donner un exemple de la force de M. Rollinat dans la note lugubre,\nlisez ce passage d'une pièce qu'il appelle La Morgue:\n\n                     Et dans une stupeur qui navre.\n                     Le regard fixe et sans éclat,\n                     Maint grand et maint petit (1) cadavre\n                     Semblent s'étonner d'être là.\n\n                     C'est que vierges et courtisanes.\n                     Ceux des palais et des taudis,\n                     Citadines et paysannes,\n                     Les mendiants et les dandys,\n\n                     Tous, plein de faim ou plein de morgue,\n                     Lorsqu'ils périssent inconnus,\n                     Sont mis à l'état de la Morgue,\n                     Côte à côte, sanglants et nus!\n\n   O la triomphante-banalité de ces vers, où M. Rollinat n'a pas même reculé\ndevant le ridicule d'une antithèse de collégien ! ô la désolante platitude ! ô le\ncalme à la fin exaspérant de sa placide nature de Berrichon !\n   Qu'on puisse indiquer ça et là quelques beaux vers dans Las Néoroses\n\n   (i) Baudelaire soutient que les mots les plus fréquents chez un poète contiennent\nl'essence même de son talent. L'adjectif favori de M. Rollinat est : petit.\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "je veux bien l'admettre. Mais il sont très rares, et qui donc aujourd'hui, grâce\n au perfectionnement des procédés parnassiens, ne serait capable d'écrire, par\nintervalles, un beau vers? Et d'ailleurs, s'il y a dans Les Névroses quelques\nstrophes bien venues, jamais une pièce n'est entièrement belle. Il semble\nmême qu'immédiatement après un alexandrin remarquable, M. Rollinat se soit\nfait un jeu de commettre un vers atroce , qui noie dans son ombre le\n premier. Ces fautes de composition, pardonnables à de très jeunes poètes, ne\n le sont plus à M. Rollinat, qui a quarante ans. Les Névroses dénotent une\n inexpérience piteuse, une maladresse incroyable à construire une pièce, à\n charpenter un sonnet. Souvent les vers à effet, les traits caractéristiques sont\n au début du poème. Souvent le sonnet s'arrête sur un vers sans couleur, sans\n ligne, sans musique. On me dira que je critique Les Névroses par leurs\n petits côtés. Erreur évidente. En art d'ailleurs, il n'existe pas de choses\npetites, ni à négliger. Une sensation étant à produire, chaque mot du poème\ndoit concourir à l'éveiller, et pas une virgule, pas un tiret, qui, en vue de\nl'ensemble, ne doive avoir sa raison suprême. Edgar Poe a démontré, dans\n ses Contes, que la logique supérieure est le principal adjuvant de la\n  Poésie.\n    Telle est, en toute franchise, mon avis sur le volume de M. Rollinat, dont\n les vers me semblent écrits pour être déclamés par l'auteur lui-même.\n  M. Rollinat récite superbement ses strophes, en hypnotisant les auditeurs par la\n solennité de son débit et par l'étrangeté de son geste. C'est par ses rares\n qualités de comédien que M. Rollinat a su tromper les parrains de sa fragile\n  gloire. Mais cette duperie ne durera point; la réaction s'annonce, et Les\n  Névroses resteront pour tous ce. qu'elle est déjà pour quelques uns : une\n  œuvre médiocre et sottement gonflée.\n                                        *\n                                       * *\n     Le hasard, qui a presqu'autant d'esprit que maître Théodore de Banville\n joue à l'auteur des Nécroses un très méchant tour. En même temps que les\n vers de M. Rollinat paraissaient Les Contes Cruels, par Villiers de l'Isle-\n Adam, le dramaturge du Nouveau Monde. Autour de ce nom encore inoui,\n on n'avait point, comme autour du nom de M. Rollinat, crié au miracle, au\n génie. On n'avait pas annoncé l'écrivain comme une incarnation posthume de\n Baudelaire et de Poe. Et, chose au premier abord curieuse et pourtant fatale,\n celui dont on a dit tout cela ne le mérite guère, et seul le mérite celui dont\n  on n'a rien dit. Dans les Contes Cruels, nulle étrangeté de commande, nulle\n surexcitation factice. Une sombre et mystérieuse nature, ouverte aux sensations\n  les plus subtiles, avertie des plus lointaines correspondances, fantastique et\n  supra-terrestre par essence. Ajoutez une ironie plus terrible encore que celle\n  d'Edgar Poe et de Baudelaire, un satanisme continuel qui se complaît en\n  d'effrayantes perversions morales. Ici l'effet de terreur n'est pas demandé, —\n  inutilement demandé — aux évocations puériles de diables cornus, de farfadets\n  et de goules, — il est obtenu par un simple changement d'angle visuel, par\n       5 Mars 1883.                                                      12\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "                                    -    154    -\n\n  une déviation de la ligne ordinaire, par une révolte contre la Norme, — ce qui\n est le diabolisme par excellence. Aussi Villiers de l'Isle-Adam est-il beaucoup\n plus moderne, et pénètre-t-il beaucoup plus profondément que M. Rollinat.\n Je citerai comme des chefs-d'œuvre : Vera, un conte à la fois violent et\n doux comme une musique de Chopin, supérieur surtout par la frissonnante vie\n que Villiers de l'Isle-Adam communique aux choses, L'intersigne, où il\n arrive à l'une des plus prestigieuses impressions de suffocante peur que je\n connaisse, L'Impatience de la Foule, une page d'allure épique, qui évoque\n le souvenir de Flaubert, et surtout, Sombre récit, conteur plus sombre,\n les Demoiselles de Bienfîlâtre, et les Deux Augures, où, — se soustrayant enfin\n à d'obsédantes réminiscences, Villiers de l'Isle-Adam s'est enfermé tout\n entier avec ses terribles renversements d'idées et de sentiments, sa froide et\n féroce conception de la vie, sa sournoiserie méphïstophélétique, son hypocrisie\nde conviction cachant les plus cruelles vérités sous une bonhomie raffinée qui,\n peu à peu, bouleverse et glace.\n    Je transcris ici une admonestation d'un directeur de journal à un poète qui\nlui soumet une chronique :\n    « Mon jeune ami, c'est triste à dire, mais vous êtes atteint de beaucoup, d'énor­\nmément de talent. Pardonnez-moi ma rude franchise. Mon intention n'est pas\nde vous blesser. Certaines vérités sont dures à entendre, à votre âge, je le sais\nmais... du courage! Je comprends, j'approuve, même, l'effort inoui que vous\navez,—dis-je,— commis dans la répréhensible action de cet article : mais, que\nvoulez-vous! cet effort est stérile : il est impossible de devenir une canaille\nsincère : il faut le don! il faut... l'onction! c'est de naissance. Il ne faut pas\nqu'un article infâme sente le haut-le-cceur, mais la sincérité, et, surtout,\nl'inconscience : Sinon vous serez antipathique : on vous devinera. Le mieux\nest de vous résigner. Toutefois, — si vous n'êtes pas un génie (comme je\nl'espère sans en être sûr), votre cas n'est pas désespéré. En ne travaillant pas,\nvous arriverez peut-être. Par exemple , si vous vouliez vous constituer ,\nsciemment, plagiaire, cela ferait polémique, on vendrait, et vous pourriez alors\nrevenir me voir : sans cela, rien à faire ensemble. »\n    La forme de Villiers de l'Isle-Adam, merveilleusement appropriée au fond,\nest d'une précision et d'un faste presque inconciliables. De brusques inversions\nde mots, des phrases étrangement rythmées, de riches et sombres couleurs,\n tout s'harmonise dans un style exacte et inventé. Souvent, l'adjectif précède\n son substantif, — procédé qui fera hausser les épaules à quelques petits\n chroniqueurs cuistreux, — mais qui, — par sa nouveauté même, met admira­\n blement en saillie les sensations nouvelles que l'écrivain réalise. Et souvent,\n qualité magistrale de ce grand style spiritualiste, des vocables suggestifs,\n pleins d'au delà, derrière lesquels, surgissent brusquement des mondes,\n comme derrière un rideau noir soudain écarté, précipitamment s'allonge un\n  paysage submergé de lune.\n\n\n   De Villiers de l'Isle-Adam. le très malicieux hasard nous fait dégringoler\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                        —     155 —\n\n    jusqu'à M. Gausseron, qui a l'exorbitante prétention de traduire en vers le\n    Corbeau d'Edgar Poë.\n       Rien que cela.\n      J'en détache une strophe :\n\n                         Cela tomba dans le silence,\n                         Avec un étrange à-propos.\n                         J'en tressaillis, puis : « Quoi ! J'y pense ! »\n                         Dis-je, \"C'est là son stock de mots.\n\n      Sur ce stock de mots, je m'arrête pour prédire à M. Gausseron que nous\n    nous gausserons de lui, — dans l'éternité.\n                                                               ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n              CHRONIQUE DE PARTOUT\n\n    BASOEFou LES PIEDS DE PHILOMÈNE.^ConférencedeGeorges\n.    Rodenbach. — LA R E V U E A R T I S T I Q U E . — LA B A L L A D E . —\n     B I B L I O T H È Q U E G I L O N . — H Y S T É R I Q U E . — L . - H . — Comité\n     Navez. — Concours des Soirées populaires. — L I V R E S .\n\n\n\n    Avec l'hérédité du vice, qui existe un peu partout, nous avons, nous belges,\nl'hérédité de la Zvvanze , mot et chose caractéristiques et bizarres que seul le\nbourgeoisant bruxellois peut comprendre.\n    Après Boussemart le membre de l'Académie de Paris-lez-Montmartre, les\njoyeux de l ' A n n u l a i r e ; après les Agathopèdes, Joseph Casteleyn d'Eecloo,\n le poète national.\n    Après le T o u r n e u r de C o r d e s ou Le C a d a v r e r é c a l c i t r a n t , le\nT r a m w a y de z i n c , et aujourd'hui, dans une grande salle, au roulement des\napplaudissements énormes, des gros rires, des hurlements d'une foule ravie,\nBASOEF ou LES PIEDS DE PHILOMÈNE, g r a n d m é l o d r a m e tombé\ndu c i e l lors des d e r n i è r e s i n o n d a t i o n s .\n    C'est idiot, c'est vulgaire, c'est plat, c'est tout ce que vous voudrez, mais\nsous le gros sel flamand, sous la farce des tréteaux, on découvre un réalisme\nfrappant et comme la parodie d'un Théâtre possible, où n'existerait point le\ngrandissement de l'art. Les auteurs de Basoef, aidés du grand Casteleyn, ont\nporté à la scène les types populaires des Marolles dans toute leur vulgarité\ntrainarde, avec leur patois veule, leurs gestes canailles. Cela est photographié\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "                                    —     156   -\n\nsans retouches et campé brutalement en scène par des Z w a n z e u r s habiles\nqui ont compris le goût du public bruxellois et se sont attachés à le flatter,\ntout en blaguant ferme ce bon Casteleyn,qui se laisse faire avec une bêtise rare\npeut-être, — avec une finesse roublarde sans doute.\n    Le premier tableau L e s A m o u r s de B a s o e f , remarquablement joué par\nles « monteurs » de cette énorme fumisterie, a été le sublime du genre, l'idylle\nmarollienne avec les regards tendres ; le gendarme, le peuple, l'enlèvement,\nque sais-je, tout cela est observé par un œil juste et planté avec une rare\nadresse. Cela sent son terroir, cela vit avec son relent de b o e s t r i n c k et de\ns c h o l l , et si l'on se trouve un peu dégoûté par la négation du goût et la sot­\ntise de cette pièce échaffaudée par des fumistes en joie, éprouve-t-on une cer­\ntaine jouissance à entendre ces accents ignobles où grouille la vie puante des\nmarolles défuntes.\n    On est pris de pitié pour le pauvre simple que la foule prend pour jouet de\nson plaisir et l'on s'en console bien vite en songeant que le noctambule du\nG r a n d C o m p t o i r a palpé sa part, qu'il n'y a là ni méchanceté ni haine, et\nqu'en somme, dans ces solennités drôles, ni le public ni les acteurs n'y per­\n dent leur aménité ou leur argent.\n    On rit de bon cœur à la lecture du chef-d'œuvre prosodique du « poète\n national « et notamment de son inénarrable B r a b a n ç o n n e :\n\n                « Ge garanti par les alliées puissante\n                Nommé Léopold premier comme roi des Belges\n                Nous sommes sauvés des guerres qui nous menaçante\n                Le mot d'ordre des Belges c'est l'union fait la forces\n                Gloire à la reine de Angleterre\n                Qui soutené notre prospérité\n                La flotte anglaise qui flottant dans la mère (bis)\n                Jette un coup d'œil sur notre liberté. »\n\n   C'est encore le refrain impossible du CHANT PATRIOTIQUE, par o c c a s i o n de\nla g r a n d e v i c t o i r e de l ' a r m é e s a n g l a i s a T e l - e l K e b i r :\n\n                      « Les anglais sont l'honneur de la victoire\n                      Les amis de tous les grands puissance\n                      Ils resteront dans la mémoire\n                                                            bis.\n                      Comme : HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE.\n\n\n   Et voilà ! La ponctuation se croise les bras dans sa sinécure, la rime danse\nle plus effrené des cancans et la raison épouvantée s'enfuit au loin, au loin\nlà-bas !\n                                          **\n   Notre rédacteur et ami Georges Rodenbach, quoique claustré dans son coin\nde province, ne perd pas son temps. Comme nous, il a compris que nous devons\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                          -    157      -\n\nnous pousser mutuellement pour arriver au public: ce sourd, et bravement, il\ncombat pour la cause de la renaissance. Il vient de donner successivement à\nLiége, à Anvers et à Gand des conférences sur le jeune mouvement littéraire\nen Belgique. Avec cette exquise diction qu'on lui connaît et de sa voix chaude et\nséduisante, il s'est attaché à prouver l'existence de cette évolution; successive­\nment il a lu les pages magistrales d'Edmond Picard (La forge R o u s s e l ) , de\nCamille Lemonnier (La cathédrale d'Anvers, dans le T o u r du M o n d e )\nd'Octave Pirmez ( R e m o ) . Il a lu ensuite des fragments de Georges Eekhoud\n(Kees D o o r i k ) , de Théodore Hannon (Au p a ys d e M an n e k e n - P is),\nd'Emile Verhaeren (Les F l a m a n d e s ) , d'Albert Giraud (I n v i t a t i o n à la\ng a v o t t e ) , de Max Waller (La vie bête), de Marguerite Van de Wiele ( L a d y\nF auvette). Avecune rare délicatesse, Georges Rodenbacha plaidé notre cause,\nen nous montrant, en nous touchant du doigt; avec une rare vigueur il a flétri\nla conspiration du silence qui nous écrase, 1'officialisme qui nous abaisse et\nl'animosité qui nous ronge, et nous lui avons une profonde reconnaissance\nd'avoir osé du haut d'une tribune revendiquer les droits de l'art jeune et\nlibre.\n\n\n   La R e v u e A r t i s t i q u e , remise à neuf, déprovincialisée, retapée et confiée\nà la direction de Castor Nizet et Pollux Mahutte, vient de faire son entrée\ndans notre Val d'Andorre littéraire.\n  Tous les mois une phototypie très fine, et tous les quinze jours seize pages\nimprimées avec une rare élégance, telle est la R e v u e A r t i s t i q u e à laquelle\nnous souhaitons vie et a b o n n é s , ces poumons des revues.\n\n\n\n  A Bordeaux vient de paraître la B a l l a d e , revue poétique dirigée par notre\ncollaborateur Charles Fuster, MM. Ventenat et Chapelot. Bonne chance et\nsuccès. Pas trop de vers surtout, confrère, on en meurt.\n\n\n\n   B i b l i o t h è q u e G i l o n . La L i b e r t é par l ' i n s t r u c t i o n etc., confé­\nrences de M. Th. Bost. Sous ce titre, M. Théophile-Emmanuel Bost a réuni\nquelques-unes de ses substantielles allocutions si remarquables par l'élévation\ndu langage, la pureté de la doctrine, et la charité évangélique.\n   — Ce q u e se d i s e n t les P o u p é e s , parMmeLafouge-Agimont. L'auteur,\nqui a publié des romans dans la M o d e I l l u s t r é e , et qui collabore au journal\npédagogique l ' A v e n i r , excelle pour l'art si difficile d'écrire pour l'enfance\nsimplement, mais non niaisement. Son livre trouvera sa place dans toutes les\nbibliothèques de famille.\n   — S c è n e s F a m i l i è r e s , de Virginie et Rosalie Loveling, traduites par\nY. Elseni et F. Gueury-Dambois. Ceci est un hommage rendu au talent si\ndélicat et si touchant des sœurs Loveling par deux traducteurs de mérite qui\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "                                       — 158 —\n\nse sont vaillamment mesurés avec la grâce et la naïveté du texe fla et mand, —\net qui n'ont pas toujours été vaincus.\n   — M a t é r i a l i s m e et S p i r i t u a l i s m e , par Emile Berlier. Un volume 1 fr.\nBruxelles. Dans ce petit traité fort substantiel, l'auteur avec une grande force\n de dialectique, et une très libre allure au milieu des subtilités philosophiques,\n conclut très nettement à l'Athéisme, au Matérialisme et au Transformisme.\n   — J u i f s et C h r é t i e n s , par Isidore Van Cleef, une brochure. Prix: 1 franc.\nParis-Auguste Ghio. Ceci est une œuvre à la fois de science et de courage. Il\nest bon, il est réconfortant que devant cette odieuse et ridicule persécution\nanti-sémitique, les esprits s'indignent et protestent. M. Van Cleef l'a fait avec\nbeaucoup de bonheur et de tact. Les vrais amis de la liberté lui sauront gré\nde sa brochure.\n\n    On a beaucoup parlé, ces derniers temps, du roman encore inédit de\nM. Camille Lemonnier, roman qui a pour titre: 1 ' H y s t é r i q u e , et d'un autre\nroman pour lequel l'auteur, M. Francis Enne, aurait choisi le même titre, à\nl'article près.\n    Renseignements pris, il est bien vrai que M. Enne avait, au dernier moment,\ndonné à son ouvrage le même titre que, celui antérieurement choisi par\n M. Camille Lemonnier; mais, aussitôt qu'il connut cette coïncidence toute\nfortuite, M. Enne s'empressa d'écrire à l'auteur du M â l e pour l'informer que,\nlors de la publication en volume, il changerait son titre. H y s t é r i q u e ayant\nété annoncé dans la M a r s e i l l a i s e où elle devait paraître, il ne lui était plus\npossible de faire le changement pour la publication en feuilleton. M. Camille\nLemonnier se déclara satisfait.\n    Voici d'ailleurs la lettre dont M. Francis Enne fait précéder dans la Mar­\ns e i l l a i s e la publication de son premier chapitre.\n                                                        Paris, le 19 février 1883.\n\n           Mon cher Directeur,\n\n   Quand je vous ai apporté le manuscrit de: H y s t é r i q u e , et que vous l'avez\naccepté pour la M a r s e i l l a i s e , j'ignorais absolument que mon confrère\nCamille Lemonnier (dont le grand talent s'est révélé lorsqu'il a publié U n\nM â l e ) allait faire paraître lui aussi, une étude psychologique sous le titre d e :\n1' H y s t é r i q u e , et que cet ouvrage était sous presse chez l'éditeur Lalouette.\nSi j'avais connu à temps ce fait, nul doute que j'eusse changé le titre de mon\nroman, n'étant pas de ceux qui aiment à fouiller dans les poches de leurs\nconfrères; mais il m'était impossible d'agir ainsi ; l'annonce avait été faite dans\nla M a r s e i l l a i s e . Je regrette profondément cet incident, et lors de l'appari­\ntion du livre de M. Camille Lemonnier, je me propose de le présenter et de le\nrecommander au public, car je suis certain que ce sera une œuvre digne d'inté­\nrêt, étant donné le brillant passé littéraire de l'auteur.\n   Agréez, mon cher directeur, etc.\n                                                                   FRANCIS ENNE.\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                      — 159 —\n\n   C'est là un bel exemple de confraternité littéraire et qui honore autant notre\ncompatriote que M. Henne.\n   Nous n'ajouterons qu'un mot au sujet de 1' H y s t é r i q u e même : c'est que\nsous ce titre hardi, qui a mis à la torture certaines imaginations, Camille\nLemonnier ne s'est point attaqué à la plus commune des formes de la névrose\nféminine; il a peint l'hystérie religieuse, en se basant surtout sur l'étude de\nfaits qui ont eu pour théâtre un petit village de la Belgique. L'expression :\n« réalisme effroyable » dont s'est servi le V o l t a i r e n'implique donc pas l'idée\nd'une donnée scabreuse et leste, mais, au contraire, d'une observation âpre\nqui n'a reculé devant aucune des exigences du sujet.\n                                            *   ■\n\n\n\n\n   L. H. a donné. L'Office de p u b l i c i t é du dimanche 25 février est le com­\nmencement des représailles. Le scribe piteux s'agite, Géronte éternue. Il est\nsorti de sa penne un article rageur, parlant à mots couverts sans préciser le\nbut, un article de gros peureux qui se tape le ventre pour se donner du cœur.\n   Cela se termine ainsi: « Je m'arrête car il y aurait un livre à écrire sur cette\nnévrose contagieuse qui ravage des cervelles enkylosées. Mais je me garderai\nbien d'y songer. On me répondrait que je suis un vieil idiot... »\n   Tu l'as dit, m'amour !\n                                            *\n                                           **\n    Un comité vient de se constituer à Charleroi dans le but de s'entendre pour\nl'érection d'un monument à la mémoire de NAVEZ, l'élève de David. Les\nmembres de ce comité provisoire qui s'est réuni le 3 mars à l'Hôtel de ville\nde Charleroi sont: MM. Louis Alvin, Jules Audent, Emile Balisaux, Nestor\nBertrand, Aimé Bodson, Auguste Cador, Amédée Davin, Hippolyte Defontaine,\nMarcel de Dorlodot, Léon Dubois, Charles Dupret, Georges Dupret, Nicolas\nGeoris-Geubel, Gustave Gillieaux, Jules Isaac, Casimir Lambert, Charles\nLambert, Emile Leclerq, Armand Libioulle, Clément Lyon, Jean-Baptiste\n Menard, Charles Meurice, Paul Ricard, Julien Simar, Emile Vandam,\n Camille Wautelet.\n                                        * *\n   ŒUVRE DES SOIRÉES POPULAIRES DE VERVIERS. — C o n c o u r s de L i t t é r a t u r e ,\nde 1883. — Onzième année. C o n c o u r s o u v e r t à t o u t e la B e l g i q u e . —\nPremière catégorie : Un D r a m e ou u n e C o m é d i e e n vers : 1er prix :\nMédaille d'or. 2me prix : Médaille de vermeil. 3 m e prix : Médaille d'argent.\nDeuxième Catégorie. N o u v e l l e ou R o m a n en p r o s e . Aucune limite n'est\nimposée aux auteurs quant à la longueur de leurs œuvres, 1er prix : Médaille\nd'or. — 2 me prix : Médaille de vermeil. — 3 m c prix : Médaille d'argent. —\nLes auteurs qui concourront pour l'une de ces deux catégories devront\nl'indiquer en tête de leurs œuvres. — C o m p o s i t i o n du J u r y . Mme Deros\n(Violette); MM. A. Bonjean, Avocat, Vice-Président du Caveau V e r v i é t o i s ;\nJ. Cardols, Professeur : E. Harroy, Directeur de l'École Normale; Eugène\nNovent, Président de l ' Œ u v r e des S o i r é e s P o p u l a i r e s . S'adresser, pour\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "                                     — 160 —\n\nrecevoir le Programme avec les conditions du Concours, à M. Eug. Novent,\nPrésident de l ' Œ u v r e des S o i r é e s P o p u l a i r e s , 40, rue de la Colline,\nVerviers.\n                                           *\n                                          * *\n   ESSAI SUR LA CONDITION DES FEMMES EN EUROPE ET EN AMÉRIQUE; I volume.\nA. Ghio. Paris. 3 fr. 50.\n   L'auteur de ce remarquable ouvrage a voulu garder l'anonyme par excès de\nmodestie, mais il n'est pas difficile de reconnaître une plume compétente dès\nles premières pages.\n   Les droits politiques et sociaux, les conditions déplorables du travail par les\nfemmes sont exposés avec une clarté et une activité remarquables.\n   Le parallèle entre la vieille Europe et la jeune Amérique est fort instructif\nau moment où les grandes questions sociales et démocratiques passionnent les\nmasses.\n\n\n   On n'a pas oublié le bruit que se fit naguère autour d'un volume de révéla­\ntions intimes sur l'empereur Alexandre II, signé LAFERTÉ, mais attribué à la\nprincesse Dolgorouki, la veuve morganatique de l'empereur.\n   Cet ouvrage a donné lieu à une brochure intitulée : QUELQUES MOTS SUR LA\nBROCHURE DE M. LAFERTÉ, et signée par u n Russe du g r a n d m o n d e , non\nmoins intéressante que l'ouvrage auquel elle répond. Ces deux ouvrages sont\nune révélation et une page d'histoire curieuse à plus d'un titre. Ils sont tous\ndeux publiés par l'éditeur A. Ghio, Palais-Royal, 1, 3, 5, 7 et 11, Galerie\nd'Orléans à Paris.\n                                           *\n  NOUVELLES ET CURIOSITÉS SCIENTIFIQUES, par S. Zaborowski. — Le volume\nque la librairie Marpon et Flammarion vient de mettre en vente sous ce titre\nest, au fond, comme le dit l'auteur, une intéressante revue critique. Tous les\nprincipaux faits scientifiques de l'année, tous les plus curieux, y sont présentés\nsous une forme attrayante et succincte qui rend leur intelligence facile. Ils se\nsuivent dans l'ordre même que leur assigne l'histoire au jour le jour du mou­\nvement intellectuel. Et, débarrassés de toutes les minuties techniques et de\ntoutes les inutilités pédantesques, ils ont dans leur cadre la physionomie d'une\nnouvelle et l'intérêt d'une actualité.\n   Les explications claires et les renseignements précis que les accompagnent,\npeuvent d'ailleurs servir à éclairer toutes les questions qui ont occupé ou occu­\npent encore le public; et un index alphabétique très complet fait de leur\nensemble un répertoire très commode à consulter.\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "     Nous tenons à la disposition de tous ceux de nos abonnés qui en\nferont la demande par écrit, des couvertures imprimées destinées au\nbrochage du t. I de notre revue. Elles seront envoyées à titre gracieux\ndans le numéro qui suivra la demande.\n\n                   En vente au Bureau de la Jeune Belgique :\n       Collections complètes de la Jeune Belgique, t. I. prix: 5 fr.\n                —          (sur papier de Hollande) t. I, prix: 20 fr.\n                —          de la Jeune Revue (très rare), prix: 2 5 fr.\n\n\n\nLA REVUE MODERNE\n                    Paraissant le 20 de chaque mois.\n\n                                    COMITE\n            BELGIQUE :                                            FRANCE :\nCAMILLE LEMONNIER - EDMOND PICARD                              LÉON CLADEL\n              VICTOR ARNOULD.                             EDMOND DE CONCOURT.\n                                          SUISSE :\n                                     CARL VOGT.\n\n  La Revue Moderne,       scientifique, littéraire, artistique et\nsociale, formera p a r an deux volumes d'environ 400 pages\nchacun, imprimés avec soin sur beau papier teinté, avec\ncouvertures et tables des matières.\n\n                    PRIX D'ABONNEMENT.\n   BELGIQUE — UN AN : 1 2 Fr. — ETRANGER (Union Postule) : 1 4 FR.\n          Pour les abonnés de la JEUNE BELGIQUE: 10 Fr. par an.\n\n\n      Je soussigné\ndemeurant à\nRue                  -                „                      n°\ndéclare m'abonner pour un an à LA REVUE MODERNE.\n       Le                       -                     -      188        .\n                                                               Signature :\n\n\n   Détacher cette page après y avoir inscrit lisiblement ses nom, profession et adresse, et\nl'envoyer sous bande avec un timbre d'un centime à l'adresse suivante: La Revue Moderne,\n1k, Avenue de la Toison d'Or, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "   EN VENTE                 CHEZ TOUS LES                                                                                        LIBRAIRES.\n\n\n           LES FLAMANDES\n                  poésies d'EMILE VERHAEREN\n                                  U n volume : fr. 3.30.\n\n\n\n                        LE SCRIBE\n                           par ALBERT GIRAUD\n                                  UN volume : fr. 3.30.\n\n\n\n\n                 KEES DOORIK\n      Scènes du Polder, par GEORGES EEKHOUD\n                                  Un volume : fr. 5.50.\n\n\n\n                                                                                                                  momentanée de travail, causées par accident: UN CAPITAL OU UNE ALLO-\n                                                                                                                  CATION QUOTIDIENNE. Assurances des Ouvriers et des Patrons.\n\n                                                                                                                   La Compagnie garantit : En cas de décès; En cas d'incapacité permanente ou\n        RÉVOLUTION\n              DANS L'ART D E SE RASER\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         L'ASSURANCE FRANÇAISE\n       RASOIR\n                                                           Agence Générale à Bruxelles : 6, Rue des Dominicains\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                                                                                              CONTRE LES ACCIDENTS DE PERSONNES\n          AMÉRICAIN,      breveté s. g. d. g.\n    Il est impossible dans- une annonce de\ndonner une idée complète des avantages\nextraordinaires de cette merveilleuse inven­\n                                                                                                                                                                                                Établie à Paris, 6, Boulevard des Italiens.\n\n\n\n\ntion , cet appareil justifie entièrement sa\n                                                                                                                                                                                                                                                                                  C A P I T A L ; 12;000;000 DE FRANCS\n\n\n\n\nvogue ; il permet à toute personne de se\nraser sans en avoir aucune habitude, et cela\nsans crainte de coupure.\n    Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement\nnerveux, on peut se raser d'une façon plus\nparfaite que ne le ferait le barbier le plus\nexpérimenté par les procédés anciens.\n     Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce\nnouveau rasoir est tellement ordinaire qu'il\nest certain qu'il remplacera partout l'ancien\nsystème ; il suffit de l'avoir essayé une fois\n pour ne plus vouloir se raser ni se laisser\n rasser par d'autres procédés.\n Ne pas confondre avec des appareils similaires\n   qui se vendent à vil prix et qui n'ont aucun\n   des avantages du rasoir américain.\n   Pour le recevoir franco, envoyer fr. 5-5O en un.\nmandat-poste à M. MICHEL, 57, rue des Solitaires,\nParis. Remises pour les achats en gros).\n       Prière de nous indiquer dans quel journal\n                 on a lu cette annonce.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1883-03-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 144."}}