{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(3 e année) 1883 T o m e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE UNE CAGE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 188, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 258, "texte": "3 e année)    1883                        T o m e I I . N°. 5 .                                                  5 Avril\n\n\n\n\n                                                                   LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE UNE CAGE DE BÈTES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 188, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 258, "fin_caractere_exclue": 2513, "texte": "SOMMAIRE\n  UNE CAGE DE BÈTES FÉROCES                                             .       .    .    .     EMILE ZOLA.\n  L E CAFÉ LAFLEUR (fin)                       .       .       .        .       .    .    .     HIPPOLYTE DEVILLEKS.\n  V I E I L L E S NOUVELLES                III. Réponse                             à une .\n                                                                   papetière .            .    MAX WALLER.\n                                           IV. Derniers bourgeois\n NOVEMBRE .           .    .   .       .       .       .        .       .       .     .   .     JUAN CRESSONIO.\n POESIES I La ronde des Souvenirs .                                             .     .   .     EMILE VEKHAEREN.\n              II La Nymphe                                                                .     ALUERT GIRAUD. ,\n              III Prière           .                                                            HIPPOLYTE BUFFENOIR.\n              IV Sonnet intime                                                                  EDOUARD LEVIS.\n OBSESSION                                                                                      GEORGES BAUWENS.\n RÊVE INDIEN          ...      .   .       .       .       .        .       .        .    .     A. FONTAINAS.\n C E L L E QUI P E I N T       .   . -                                                         ALFRED POUTHIER.\n L E PRIX DE LA VIE .              .           .       .       . . .            .    .    .    AUGUSTE LAVALLÉ.\n A L'OFFICE DE P U B L I C I T É                       .       .        • •                    TÈTE DE MORT.\n REVUE DES LIVRES . . .                                .       .        . .          .    .    ALBERT GIRAUD.\n REVUE MUSICALE . . .\"                                                                         H . M.\n MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE .                                              .       .    .    .    NEMO.\n\n\n                                   . LE NUMÉRO\n\n        En Belgique : fr. 0.60. — A l'Étranger: fr. 0.75.\n\n                                           BRUXELLES\n                 BUREAUX                    : 90, RUE                                         BOSQUET\n                                            MDCCGLXXXIII\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE Paraissant le 5", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES. 22.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 189, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 496, "texte": "LA JEUNE BELGIQUE\n                          Paraissant le 5 de chaque mois.\n\n\n                                     BUREAUX\n                       BRUXELLES : 90, rue Bosquet.\n\n\n                               ABONNEMENTS\n U n an                              5 fr.    |    Un semestre .      .   .   .        3 fr.\n                           U n i o n postale : le port en sus.\n\n\n\n          Les abonnements se prennent                      à toute époque.\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES. 22.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 189, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 496, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "BOITE AUX LETTRES.\n   22. Pierfond, — Bien plus que f eu Tantale me semble un peu chevillard, cher poète.\n Le dernier quatrain est charmant ; les premiers sont médiocres. Mille bombes ! Avril doit\n vous inspirer mieux que cela !\n   23. M. C. — Très élégiaque ; un peu passé de mode, mais bon. Passera certainement.\n Patience et merci.\n   24. Henri M. — Votre lettre nous a beaucoup touché, mais fias vos vers qui demandent\ndu secours. Merci tout de même; vous êtes un fidèle, un ami, un rare et nous vous serrons\nla main bien fort.\n   25. Maurice K. — Ton cousin — hum ! — n'est pas encore un Hugo. Dis-lui de se\nsoigner. — Sa Vieille histoire est troubadouresquement mauvaise, mais en revanche elle\nest très vieille — troubadouresquement parlant.\n   26. Jean Rage. — Moi aussi, de voir que nous ne puissions insérer votre sonnet, en\nprésence de votre lettre si aimable. Revenez-y avec de la marchandise plus saine. Ceci est\ndu jambon d'Amérique littéraire.\n   27. Ferdinand H. — Je prends: Au Caji-Conceri pour le n° 6 de la J. B.\n   28. Charles-Marie. Encore un Café-Concert; je ne le prends pas; revenez-y avec meil­\nleur.\n   29. Raphaël B. Liége. — Le sage conseil de rédaction a reculé d'horreur ! — Ami.\n   30. Max Hym. —Abonné ? Philanthropie passera peut-être.\n   31. Léon C. Schaerbeek. — Pour l'amour de Jéhovah, ne nous envoyez pas de ces lon­\ngues pièces de vers qui n'en finissent pas ! Un bon sonnet vaudrait cent fois mieux. Et puis,\nsongez; ce ne serait rien de les insérer     mais il faut les lire !\n   32. Frédéric B. Béthoncourt. — Le Satyre passera dans le n° 6 de la J. B.\n   33. yules IL. Passy. — Les vers de Casteleyn sont des perles à côté des vôtres 1\n    34. Nous prions l'auteur de Bucolique Moderne de bien vouloir nous dire son nom.\nVeut-il signer Clodion? Passera dans le n° 6 (en partie) après réponse.\n   35. Un abonné Liégeois — Retapé, votre dernier sonnet passera, mais, que diable !\napprenez la prosodie; cela fourmille de fautes. Sous quel nom on pseudonyme f\n                     BRUX. — I M P R . A D . MERTENS, 12, RUE D'OR.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 161, "page_fin": 165, "titre_corps": "Une Cage de Bêtes féroces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Zola", "ancre_debut": "UNE CAGE DE BÊTES FÉROCES", "ancre_fin": "EMILE ZOLA", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE CAFÉ LAFLEUR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 190, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2090, "texte": "UNE CAGE DE BÊTES FÉROCES\n\n\n\n   Un matin, un Lion et une Hyène du Jardin des Plantes réussirent à\nouvrir la porte de leur cage, fermée avec négligence.\n   La matinée était blanche et un clair soleil luisait gaiement au bord\ndu ciel pâle. Il y avait, sous les grands marronniers, des fraîcheurs\npénétrantes, les fraîcheurs tièdes du printemps naissant. Les deux hon­\nnêtes animaux, qui venaient de déjeuner copieusemenst, se promenèrent\navec lenteur dans le Jardin, s'arrêtant de temps à autre, pour se lécher\net jouir en braves gens des douceurs de la matinée.\n   Ils se rencontrèrent au fond d'une allée, et. après les politesses\nd'usage, ils se mirent à marcher de compagnie, causant en toute bonne\namitié. Le Jardin ne tarda pas à les ennuyer et à leur paraître bien petit.\nAlors ils se demandèrent à quels amusements ils pourraient consacrer\nleur journée.\n   — Ma foi, dit le Lion, j'ai bien envie de contenter un caprice qui\nme tient depuis longtemps. Voici des années que les hommes viennent,\ncomme des imbéciles, me regarder dans ma cage, et je me suis toujours\npromis de saisir la première occasion qui se présenterait, pour aller les\nregarder dans la leur, quitte à paraître aussi bête qu'eux... Je vous\npropose un bout de promenade dans la cage des hommes.\n    A ce moment, Paris, qui s'éveillait, se mit à rugir d'une telle force,\nque la Hyène s'arrêta court, écoutant avec inquiétude. La clameur de\nla ville montait, sourde et menaçante, et cette clameur faite du bruit\ndes voitures, des cris de la rue, de nos sanglots et de nos rires, ressem­\n blait à des hurlements de fureur et à des râles d'agonie.\n    — Bon Dieu ! murmura la Hyène, ils s'égorgent pour sûr dans leur\n cage. Entendez-vous comme ils sont en colère et comme ils pleurent?\n    — Il est de fait, répondit le Lion, qu'ils font un tapage effroyable :\n quelque dompteur les tourmente peut-être.\n    Le bruit croissait et la Hyène avait décidément peur.\n    — Croyez-vous, demanda-t-elle, qu'il soit prudent de se hasarder là-\n dedans ?\n      5 Avril 1883.                                                13\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "                                —   102 -—\n\n  — Bah! dit le Lion, ils ne nous mangeront pas, que diable! Venez\ndonc. Ils doivent se mordre d'une belle façon, et cela nous fera rire.\n\n                                    II\n\n    Dans les rues, ils marchèrent modestement le long des maisons.\n Comme ils arrivaient à un carrefour, ils furent entraîne's par une foule\nénorme. Ils obéirent à cette poussée qui leur promettait un spectacle\nintéressant.\n     Ils se trouvèrent bientôt sur une vaste place où s'écrasait tout un\npeuple. Au milieu, il y avait une sorte de charpente en bois rouge, et\ntous les yeux étaient fixés sur cette charpente, d'un air d'avidité et de\njouissance.\n    — Voyez-vous, dit à voix basse le Lion à la Hyène, cette charpente\nest sans doute une table sur laquelle on va sen ir un bon repas à tous\nces gens qui se passent déjà la langue sur les lèvres. Seulement la table\n me paraît bien petite.\n    Comme il disait ces mots, la foule poussa un grognement de satis­\n faction et le Lion déclara que ce devait être les vivres qui arrivaient,\nd'autant plus qu'une voiture passa au grand galop devant lui. On tira\nun homme de la voiture, ou le monta sur la charpente et on lui coupa\nla tête avec dextérité ; puis, l'on mit le cadavre dans une autre voiture,\net l'on se hâta de l'enlever à l'appétit féroce de la foule, qui hurlait,\nsans doute de faim.\n   — Tiens, on ne le mange pas ! s'écria le Lion désappointé. La Hyène\nsentit un petit frisson agiter ses poils.\n   — Au milieu de quelles bêtes fauves m'avez-vous conduite? dit-elle.\nElles tuent sans avoir faim... Pour l'amour de Dieu, tâchons de sorti?,\nvite de cette foule.\n                                     III\n   Quand ils eurent quitté la place, ils prirent les boulevards extérieurs\net marchèrent ensuite tout doucement le long des quais. En arrivant à\nla Cité, ils aperçurent, derrière Notre-Dame, une maison basse et\nlongue, dans laquelle les passants entraient comme on entre dans une\nbaraque de la foire, pour y voir quelque phénomène et en sortir émer­\nveillé. On ne payait d'ailleurs ni en entrant ni en sortant. Le Lion et la\nHyène suivirent la foule, et ils vinrent sur de larges dalles des cadavres\nétendus, la chair trouée de blessures. Les spectateurs muets et curieux,\nregardaient tranquillement les cadavres.\n   — Eh ! que disais-je ! murmura la Hyène, ils ne tuent pas pour\nmanger. Voyez comme ils laissent gâter les vivres.\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "                               — 163 —\n\n   Lorsqu'ils se trouvèrent de nouveau dans la rue, ils passèrent devant\nun étal de boucher. La viande pendue aux crocs d'acier était toute rouge ;\nil y avait contre les murs des entassements de chair, et le sang, par\nminces ruisseaux, coulait sur les plaques de marbre. La boutique entière\nflambait sinistrement.\n   Regardez donc, dit le Lion, vous dites qu'ils ne mangent pas. Voilà\nde quoi nourrir notre colonie du Jardin des Plantes pendant huit jours..\nEst-ce que c'est de la viande d'homme, cela?\n   La Hyène, je l'ai dit, avait copieusement déjeuné.\n   — Pouah ! fit-elle en détournant la tête, c'est dégoûtant. La vue de\ntoute cette viande me fait mal au cœur.\n\n                                    IV\n\n   — Remarquez-vous, reprit la Hyène un peu plus loin, remarquez-\nvous ces portes épaisses et ces énormes serrures? Les hommes mettent\ndu fer et du bois entre eux, pour éviter le désagrément de s'entre-\ndévorer. Et il y a, à chaque coin de rue, des gens avec des épées, qui\nmaintiennent la politesse publique Quels animaux farouches !\n   A ce moment, un fiacre qui passait écrasa un enfant et le sang jaillit\njusque sur la face du Lion.\n   — Mais c'est écœurant ! s'écria-t-il en s'essuyant avec sa patte ; on ne\npeut faire deux pas tranquille. Il pleut du sang dans cette cage.\n   — Parbleu, ajouta la Hyène, ils ont inventé ces machines roulantes\npour en obtenir le plus possible, et ce sont là les pressoirs de leur\nignoble vendange. Depuis un instant, je remarque, à chaque pas, des\ncavernes empestées au fond desquelles les hommes boivent de grands\nverres pleins d'une couleur rougeâtre qui ne peut être autre chose que\ndu sang. Et ils boivent beaucoup de cette liqueur pour se donner la folie\ndu meurtre, car, dans plusieurs cavernes, j'ai vu les buveurs s'assommer\nà coups de poing.\n   — Je comprends maintenant, reprit le Lion, la nécessité du grand\nruisseau qui traverse la cage, Il en lave les impuretés et emporte tout le\nsang répandu. Ce sont les hommes qui ont dû l'amener ainsi chez eux,\npar crainte de la peste. Ils y jettent les gens qu'ils assassinent.\n   — Nous ne passerons plus sur les ponts, interrompit la Hyène en\nfrémissant... N'êtes-vous pas fatigué'' Il serait peut-être prudent de\nrentrer.\n                                       V\n  Je ne puis suivre pas à pas les deux honnêtes animaux. Le Lion\nvoulait tout visiter, et la Hyène, dont l'effroi croissait à chaque pas,\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "                               — 164 —\n\nétait bien forcée de le suivre, car jamais elle n'aurait osé s'en retourner\ntoute seule.\n    Lorsqu'ils passèrent devant la Bourse, elle obtint par ses prières\ninstantes qu'on n'entrerait pas. Il sortait de cet antre de telles plaintes,\nde telles vociférations, qu'elle se tenait à la porte, frissonnante, le poil\nhérissé.\n   — Venez, venez vite, disait-elle en tâchant d'entraîner le Lion, c'est\nsûrement là le théâtre du massacre général. Entendez-vous les gémisse­\nments des victimes et les cris de joie furieuse des bourreaux. ? Voilà un\nabattoir qui doit fournir toutes les boucheries du quartier. Par grâce,\néloignons-nous.\n   Le Lion, que la peur gagnait, et qui commençait à porter la queue\nentre ses jambes, s'éloigna volontiers. S'il ne fuyait pas, c'est qu'il\nvoulait garder intacte sa réputation de courage. Mais, au fond de lui,\nil s'accusait de témérité, il se disait que les rugissements de Paris, le\nmatin, auraient dû l'empêcher de pénétrer au milieu d'une si farouche\nménagerie.\n    Les dents de la Hyène claquaient d'effroi, et, tous deux, ils s'avan­\nçaient avec précaution, cherchant leur chemin pour rentrer chez eux,\ncroyant à chaque instant sentir les crocs des passants s'enfoncer dans\nleur cou.\n                                      VI\n\n    Et voilà que, brusquement il s'élève une clameur sourde des coins de\nla cage. Les boutiques se ferment, le tocsin se lamente d'une voix hale­\n tante et inquiète.\n    Des groupes d'hommes armés envahissent les rues, arrachent les\n pavés, dressent à la hâte des barricades. Les rugissements de la ville ont\n cessé; il y règne un silence lourd et sinistre. Les bêtes humaines se\n taisent; elles rampent le long des maisons, prêtes à bondir.\n    Et bientôt elles bondissent. La fusillade éclate, accompagnée de la\n voix grave du canon. Le sang coule, les morts s'écrasent la face dans\n ruisseaux, les blessés hurlent. 11 s'est formé deux camps dans la cage\n des hommes, et ces animaux s'égayent un peu à s'égorger en famille.\n   Quand le Lion eut compris ce dont il s'agissait:\n   — Mon Dieu! s'écria-t-il, sauvez-nous de la bagarre! Je suis bien\npuni d'avoir cédé à la bête d'envie que j'avais de rendre visite à ces ter­\nribles carnassiers. Que nos mœurs sont douces à côté des leurs! Jamais\nnous ne nous mangeons entre nous.\n    Et s'adressant à la Hyène :\n    — Allons, vite, détalons, continua-t-il. Ne faisons plus les braves.\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "                                — 165\n\nPour moi, je l'avoue, j'ai les os gelés d'épouvante. Il nous faut quitter\nlestement ce pays barbare.\n   Alors, ils s'enfuirent honteusement et peureusement. Leur course\ndevint de plus en plus furieuse et emportée, car l'effroi les battait aux\nflancs et les souvenirs terrifiants de la journée étaient comme autant\nd'aiguillons qui précipitaient leurs bonds.\n   Ils arrivèrent ainsi au Jardin des Plantes, hors d'haleine, regardant\navec terreur derrière eux. Alors, ils respirèrent à l'aise, ils coururent se\nblottir dans une cage vide dont ils fermèrent vigoureusement la porte\nLà, ils se félicitèrent avec effusion de leur retour.\n   — Ah! bien, dit le Lion, on ne me reprendra pas à sortir de ma cage\npour aller me promener dans celle des hommes. Il n'y a de paix et de\nbonheur possible qu'au fond de cette cellule douce et civilisée.\n                                    VII\n   Et, comme la Hyène tâtait les barreaux de la cage les uns après les\nautres :\n   — Que regardez-vous donc? demanda le Lion.\n  — Je regarde, répondit la Hyène, si ces barreaux sont solides et s'ils\nnous défendent suffisamment contre la férocité des hommes.\n                                                       E M I L E ZOLA.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 165, "page_fin": 171, "titre_corps": "Le Café Lafleur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hippolyte Devillers", "ancre_debut": "LE CAFÉ LAFLEUR", "ancre_fin": "HlPPOLYTE DEVILLERS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VIEILLES NOUVELLES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 194, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1267, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "LE CAFÉ LAFLEUR\n                                  (FIN.)\n\n   Un an plus tard, bien des choses se sont passées.\n   Les époux Bouvard — un couple entre deux âges et bien rente, —\nhabitaient la commune depuis des années déjà. 'Beaucoup les évitaient,\nd'aucuns les enviaient. De fait ils vivaient seuls ; la femme entendait\nune messe basse chaque matin et le mari était du Conseil de Fabrique.\nCes gens avaient fait fortune à Paris en louant des services de table :\nlinge, argenterie, vaisselle, soit au mois soit pour des dîners d'apparat.\nMétier inconnu, et clientèle exotique qui récompense largement cer­\ntaines complaisances ou mises-en-rapport. M. Bouvard portait lunettes\n— ce qui le gênait un peu pour voir — et avait la figure ravagée. Les\nmauvaises langues affirmaient qu'autrefois il avait été compromis dans\nune affaire de mœurs, et s'en était tiré comme témoin à décharge.\n   Comment Lafleur et M. Bouvard firent-ils connaissance? mystère,\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "                               — 166 —\n\nplutôt affinité. Ces faux extrêmes ne demandent qu'à se rencontrer. Le\npremier était rouge, le second était blanc, tous deux d'opinion comme\nde barbe.\n   Depuis que la fille de Pierre Maréchal était chez Lafleur les deux\nhommes se parlaient plus souvent ; un jour Lafleur dit à Bouvard :\n« Entrez-donc! » et Marie leur servit de la bière.\n   — Beau brin de fille!... dit Bouvard.\n   — Et c'est honnête!... ajouta Mme Lafleur qui avait entendu.\n   On causa politique; on se fit des concessions, et Lafleur quitta\nBouvard en lui disant : « Mon cher ami, permettez-moi cette appella­\ntion, quand on est d'honnêtes gens, et gens de bonne foi, même adver­\nsaires, on s'estime. »\n   Bouvard vint souvent. Lafleur voulut offrit un déjeuner : Mme Lafleur\nconsulta le calendrier et fixa le jour.\n   On déjeuna longuement, et Bouvard offrit le champagne. Pendant\nle service Marie se plaignit d'un fort mal de tête, elle avait eu même\nun étourdissement dans sa cuisine. Mme Lafleur la fit monter de suite,\nprendre un peu de repos; et, comme elle ne se sentait pas mieux, l'aida\nà se défaire et la coucha dans le bon lit de la chambre du premier, de\nla chambre d'ami. M. Bouvard devait comprendre cela., la fille d'un\nami... presque leur enfant. .\n   Le café se prolongea ; puis Lafleur s'excusa d'avoir un rendez-vous à\nParis et laissa Bouvard avec sa femme : « Vous n'êtes pas si pressé,\nvous tiendrez bien un peu compagnie à la bourgeoise?.. »\n   Mme Lafleur monta; elle était inquiète de Marie. En redescendant elle\ndit à Bouvard : « Elle est mieux, les couleurs reviennent,.. elle dort...\nOn dirait une jolie vierge du bon Dieu.. Montez doucement, vous\nverrez... »\n   Le lendemain Marie avait un air hagard, les yeux creux, l'expression\nindéfinissable Maréchal lui dit : « Tu es malade? »\n   — « Non père » — et elle pleura.\n\n\n   Bouvard eut ses jours attitrés, et cela dura quelques mois. La pa­\ntronne étrenna de beaux pendants d'oreilles et M. Lafleur une redingote\nneuve. Bouvard emmenait les époux au théâtre, à Paris, et le soir les\nramenait en fiacre, passé minuit. La dépense était grosse, car pour\npasser la barrière à cette heure, le cocher faisait son prix.\n   Nos noctambules clubistes ne pouvaient rien ignorer et n'ignoraient\nrien; mais de plus graves questions les intéressaient, et de grands pro­\nblèmes à résoudre les empêchaient de s'arrêter à de pareilles' vétilles.\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "                                  —   167\n\n   Un seul avait un épais bandeau sur les yeux : l'honnête Pierre\n   Maréchal.\n      Les belles joues fraîches de Marie n'étaient plus qu'un souvenir, ses\n  traits se tiraient ; et, de jour en jour, sa bouche se déformait visiblement,\n   Frimeux, qui observait, constata cela avec une joie comprimée et féroce.\n      Un soir il dit à Maréchal : Ta fille engraisse.\n      — Tu crois?... moi qui lui trouvais mauvaise mine.\n     — Affaire de temps, répartit Frimeux.\n      — Faut espérer!\n      Le coup faisait long feu. A quelque temps de là Pierre, Maréchal\n  reçut une lettre anonyme ainsi conçue : « Lafleur a vendu votre fille,\n  elle est enceinte. »\n     Quand le pauvre père entra le soir chez Lafleur, il était très pâle et\n trébuchait comme un homme ivre. Il tendit la lettre au patron, e\n sa main tremblait. Lafleur lut, et demeura impassible. La force de cet\n  homme était toute entière dans son sang-froid. Il lança un regard\n oblique à Frimeux qui lisait le journal, sans mot dire, et tranquillement\n  dit à Maréchal : « Mon ami, il y a de bien vilaines gens ! » puis il\n appela Marie, alla au devant d'elle jusqu'à la porte de sa cuisine, et lui\n donna la lettre en lui disant haut et d'un ton navré : « Lisez ma fille,\n et répondez à votre père, » mais rapidement il lui sifflait à l'oreille :\n « Niez... il vous tuerait ! »\n     En une seconde elle eut l'horreur des conséquences d'un aveu qui\n était sur ses lèvres ; et se jetant au cou de Pierre Maréchal elle lui dit\n en suffoquant : « C'est une infamie, mon bon père, non, sois tranquille\n tu ne rougiras jamais de ta fille ! »\n     — C'est que, vois-tu, je n'ai plus que toi... plus que toi Marie! — et\n il pleurait, ce colosse, il pleurait comme un enfant consolé. Il n'avait\n pas compris tout ce qu'il y avait de sombre dans les paroles de la mal\nheureuse.\n                                          *\n                                         **\n     Que se passait-il? Quand Bouvard fut certain que Marie était en­\nceinte, il jugea, au désespoir de sa victime, qu'il serait dangereux de\nrompre brusquement, et voulant éviter tout scandale il promit de\nplacer sous peu Marie à Paris et de se charger de faire élever l'enfant.\nPeu à peu il vint moins, enfin il ne vint plus et fit même courir de\nmauvais bruits sur les Lafleur qui comprirent vite que Bouvard était\nplus fort qu'eux, qu'ils s'étaient fourvoyés et n'avaient plus qu'à se sou­\nmettre. Mme Lafleur se chargea de catéchiser Marie; et Frimeux, un\nsoir, passant devant la cuisine, prêta l'oreille et saisit ces quelques\nmots : « Mais ma fille, ça se fait tous les jours, et moi... »\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "                               —   168 —\n\n   — Jamais I j'aimerais mieux mourir avec mon enfant!...\n   — « Folle!... écoutez-moi...»\n   Un après-midi, Marie demanda à sortir, s'habilla, et alla résolument\nchez Bouvard. — Madame Bouvard était là. — Elle s'était grisée, la\npauvre enfant ; et, n'ayant plus aucun ménagement à garder, elle éleva\nla voix, en désespérée!... Aux premiers mots les époux Bouvard la traitè­\nrent comme une gueuse, la jetèrent à la porte, et menacèrent de la faire\narrêter si jamais elle osait se représenter.\n   Affolée, la tête perdue, elle courut jusqu'à la nuit. Orpheline, elle\neût accepté son sort peut-être, élevé le cher petit être qu'elle sentait\ndéjà vivre, mais reparaître devant son père l'épouvantait ! Elle n'osa pas.\n                                     *\n\n   Un, deux jours, se passèrent, et Marie ne rentrait pas. Maréchal allait\net venait, comme un fou ; dix fois par jour il faisait irruption chez\nLafleur : « Est-elle revenue?... »\n   — Non !\n   Il commençait à devenir menaçant. Monsieur Lafleur, lui, faisait\ndes démarches et évitait Maréchal. Le troisième jour, au matin, Maréchal\nlut dans les nouvelles diverses d'un journal que le corps d'une jeune\nfemme enceinte avait été trouvé dans la Seine et porté à la Morgue.\nPas de papiers, aucune blessure, des vêtements propres ; tout faisait\ncroire à un suicide; le linge était marqué MM.\n    « C'est Marie!... gémit le pauvre homme dont la raison s'égarait,\n Mon Dieu ! mon Dieu ! »\n    Et la vérité dans toute sa hideur lui crevait enfin les yeux, lui\n entrait au ventre ! Il se rappelait les avertissements de Traîne-Patte, les\n méchants sous-entendus de Frimeux, la lettre anonyme... « Oh ! les\n misérables !!...»\n    Il courut II essaya de courir ; ses jambes ne le pouvaient. Les pas­\n sants le regardaient, étonnés ; d'aucuns se rangeaient, le croyant ivre.\n    A la Morgue, il faillit tomber à la renverse; jusque là il avait encore\n douté !\n    Sa fille était étendue sur l'épouvantable pierre, penchée comme celles\n de certaines tombes, mais avec son cadavre dessus. C'était bien Marie; les\n membres roidis, les doigts écartés, les cheveux plaqués, mouillés; le corps\n gonflé, la bouche ouverte; elle était là, Marie! et son pauvre corpsqu'on\n avait vendu et défloré, qui avait souffert sans avoir aimé, avait cet aspect\n horriblement repoussant qu'a le cadavre livré à la profanation des re­\n gards, aux propos du public. Ce n'est plus la mort habituelle, ordinaire,\n respectable et respectée; le mort qui est chez soi, dans son home, sur\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "                               — 169 —\n\nson lit. Non ! Là, dans ce hangar du crime, du de'sespoir ou de l'acci­\ndent, la mort est avilie, dégradée, honteuse même ; elle est jetée en\npâture à la gouaillerie cynique d'une grande ville, à la curiosité mal­\nsaine du désœuvré, aux racontars imbéciles des commères, aux besoins\ndu reportage. Sur le champ de bataille, la dépouille humaine a la salut\nde l'ennemi ; quand elle passe dans la rue, elle peut encore espérer le\ncoup de chapeau de l'indifférent: mais quand elle échoue à la Morgue,\nelle n'a plus droit qu'à l'oraison funèbre du voyou : une blague ou une\nobscénité...!\n    Les effets de Marie: robe, jupon, bas, chemise, et jusqu'au petit bonnet\nà rubans, étaient accrochés au mur, et à présent semblaient des loques.\nC'est que dans cette salle publique, plus encore que la fosse, où du moins\nles morts sont chez eux, tout vêtement devient guenille. Ici l'eau sainte,\nque par un reste de naïve croyance on met auprès du mort qui fut cher,\npour en purifier les restes, est remplacée par l'eau froide du robinet de\nla salubrité qui filtre lentement sur ce cadavre inconnu. Et, goutte à\ngoutte, elle tombait, cette eau ! elle tombait de haut, comme de lourdes\nlarmes, et rejaillissait en s'écrasant d'entre les deux seins de Marie, tu­\n méfiés maintenant, et d'où déjà, la nature faisant son œuvre avec\n impassibilité, avait perlé d'annonciatrices petites gouttelettes de lait.\n    Maréchal regardait, depuis longtemps, sans parter; il devenait idiot\n et attendait que le corps bougeât, même il riait. On le remarquait;\n des gamins dirent : « Il en a un béguin, le vieux ! »\n    — Alors le garde lui frappant brusquement sur l'épaule : « Allons !\n vous... circulez !... »\n    Ce fut un réveil. Maréchal pris de frayeur se sauva.\n\n\n   Le lendemain il reprenait son travail; et le soir, vint, comme à son\nhabitude, diner chez Lafleur On s'attendait à des questions plus pres­\nsantes ; il n'en fit pas, mangea peu et but beaucoup. Après son repas il\ndemanda un carafon d'eau-de-vie. Frimeux et Traîne-Patte qui faisaient\nun cent de piquet regardèrent Lafleur On se sentait inquiet. M. Lafleur\nn'osa pas refuser l'eau-de-vie. Le maître paveur but le contenu du carafon\net ne desserra les dents que pour dire: «. Un autre ! » C'est Mme Lafleur\nqui le servit, blanche comme un linge.\n   Rien, Maréchal ne disait rien! il buvait! Lui parler, le faire parler?\nOui; mais comment ? que lui dire ? Une gêne augmentait qui devenait\nde la peur. On comprenait que Maréchal savait tout; et le silence per­\nsistant de cet athlète qui se soûlait devenait effrayant !\n   — « Un carafon ! »\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2298, "texte": "                                —   170 —\n\n    Les deux Lafleur, Frimeux et Traîne-Patte jetaient des coups d'oeil\nvers la porte ; tous les quatre eussent voulu fuir, pas un n'osait. Ils\nétaient terrifiés. On le sait encore.\n    Maréchal avait entre ses jambes une grosse barre de fer amincie du\nbout qui sert aux paveurs.\n    — « Un carafon ! ! »\n    Ils s'entre-regardèrent, blêmes. On hésitait ; mais comme Maréchal\nfit un mouvement pour se lever, Lafleur s'empressa : « Voilà, Maréchal,\nvoilà !... » et il lui lui donna un litre plein, un espoir maintenant lui\nvenait : l'achever.\n   — « Payez-vous !... » dit le paveur en jetant une grosse pièce en\nargent sur la table. La pièce roula à terre et Lafleur se baissa pour la\nramasser.\n    Maréchal se leva, brusquement ; sa massue de fer tournoya comme\nune badine dans la main d'un enfant ; et, avant que Lafleur ne fût de­\nbout, la lourde tringle s'abattit sur son crâne nu, qu'elle fracassa ...\n    Un bruit sourd, et Lafleur, à demi redressé, retomba lourdement la\nface aplatie sur les dalles de sa boutique, avec un gros mugissement de\nbœuf assommé, — mort !\n\n    Il n'y eut pas un cri. On s'attendait à quelque chose, et l'anxiété était\nfaite d'inconnu ; peut-être même les témoins du meurtre eurent-ils un\nsoulagement... c'était fini !\n   Maréchal s'en alla, tranquillement, comme un homme à jeun ; et\nMme Lafleur avec Frimeux et Traîne-Patte fermèrent la boutique.\n\n\n    La mort de Lafleur fit connaître bien des choses. Lafleur, marié en\n province, avait abandonné sa femme et deux enfants pour venir à\n V... ouvrir avec la fille Flore Durand le café que nous connaissons.\n La maison était louée à la demoiselle Durand, ce qui empêcha les héritiers\n de la victime de pouvoir inquiéter la fausse M\" Lafleur. L'affaire fit\n grand bruit; les clubistes se séparèrent et la maison resta fermée pendant\n quelques mois.\n    Tout est bien changé à V.... — Traîne-Patte a quitté la commune et\nfait du chêne à Paris dans les escaliers. Le grand, à la maladie de foie,\n est mort au lendemain d'un ballottage désastreux. Le Saint-Joséphié\n a compris, et est devenu philosophe. La femme de Frimeux est morte\n phtisique peu de jours après le crime, et Frimeux vient d'épouser\n Mme Lafleur ; il apporte un nom, elle de l'argent. C'est un homme\n arrivé.\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 677, "texte": "                                —    171    —\n\n\n   Tout s'apaise. Frimeux a fait repeindre la boutique, construire et\ndécorer une grande salle dans le jardin, et de très loin on lit, le dimanche,\nces deux mots en grandes lettres au gaz: « Bal Frimeux. »\n   Bouvard est maire de la commune.\n   Quant à Pierre Maréchal, les gendarmes le prirent chez lui, et sans\nqu'il fît résistance, le lendemain du coup. Il attendait qu'on vînt l'arrêter.\nIl a été comdamné à perpétuité et vient d'être dirigé sur la Nouvelle\nCalédonie.\n   — Ni reconnu, ni réclamé, le corps de Marie a été à l'amphithéâtre.\n                                           HlPPOLYTE DEVILLERS.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 171, "page_fin": 172, "titre_corps": "Réponse à une papetière", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Vieilles Nouvelles", "signature_source": "Max Waller (signature commune aux deux textes)", "ancre_debut": "VIEILLES NOUVELLES", "ancre_fin": "miserere", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "IV DERNIERS BOURGEOIS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 200, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 677, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "VIEILLES NOUVELLES\n                          III.\n                      RÉPONSE A UNE PAPETIÈRE\n\n    Parbleu oui! je me souviens de vous, de toi, petite aux yeux noirs, que\nje baisai sur la bouche un matin de nouvel an. Parbleu oui ! je me sou­\nviens ! C'était le beau temps où tous les bonnets dansaient aux peignes\ndes moulins, malgré les oncles pansus qui roulaient des yeux de por­\ncelaine !\n    Tu aurais bien pu m'appeler Max tout court et me dire tu, mignonne\nd'autrefois, gentillette de la chère époque passée !\n    Pit ouït ! Mire Ion la ! lanlaire ; c'était bon, cré nom ! et que je te\nremercie de m'avoir un instant, à la pointe de tes pattes de mouche,\nremis sous le blair le temps de soleil, et tes yeux sombres que tant\nj'aimais !\n   Te souviens-tu, toi, te souviens-tu bien, papetière douce, de ces jours\nlointains où je t'allais agacer en ta boutique du coin? Tu disais non et\nje demandais pourquoi. Tu disais non et je criais oui, avec de la braise\nrouge dans la voix. Cela t'était bien égal, la braise rouge ! tu mettais un\npeu plus de velours noir dans tes prunelles, un peu plus de satin dans\nla main blanche, et tu répétais non. Alors j'achetais une Ramette de\nCream-laid que tu me faisais payer très cher, je te laissais avec ma mon­\nnaie, un lambeau tout sanglant de mon cœur et je partais grimoulant et\nrageur, tandis que tu montrais tes quenottes perlines au premier imbécile\nvenu qui entrait pour acheter un porte-plume. Tu me regardais partir et\nsans pitié souriais à d'autres qui t'aimaient moins ; oui, bien sûr, ils\nt'aimaient moins. Pour te plaire, j'aurais pris un cent de crayons Faber,\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1035, "texte": "                               — 172 —\n\nmille kilos de papier buvard et une tonne d'encre communicative. Pour\nte plaire, douce ancienne, je me serais jeté à l'eau, dût mon corps maigre\nreparaître vert à la lumière du jour, avec des bleuissures fantastiques et\nmacabres ! Tiens ! j'ai vu ce soir les fantoches de Holden ; et j'ai pensé\nque j'étais comme eux, ma Holdenette aimée ; tu tenais les fils et je\ndansais, détraqué, la langue sortie, dans une grimace de clown ou de\npendu, les membres ballants avec une lassitude lourde.\n   Bah! C'est fini, n'est-ce pas? On n'a plus la gaude de s'aimer à la\nPlaton en roulant des yeux ! Les joues se sont tirées et le regard s'est\nobscurci ; nous n'irons plus sur le pont d'Avignon de l'amour, danser à\nla ronde au son des cornemusettes. et du bignou, laitou ! nous n'avons\nplus nos jambes d'antan, dégingandées et lestes, les bénignes jambes de\nce temps-là, trou la la! le beau livre à tranche rose est lu, lanturlu ! et\nle cœur est désespéré, miserere !.\n\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 172, "page_fin": 174, "titre_corps": "Derniers Bourgeois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Vieilles Nouvelles", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "IV DERNIERS BOURGEOIS", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 201, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 1035, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "IV.\n\n                        DERNIERS BOURGEOIS.\n\n   Ce jour-là, dimanche 6 janvier Epiphanie, de l'an de grâce 1844,\nsous le règne du bon roi Léopold, premier du nom, à Bruxelles,\" en\nBrabant, M. Coremans, François-Claes-Joseph, le mercier de la rue de\nla Tète d'Or, se sentit fatigué en se levant.\n   Madame son épouse, sur pied depuis deux heures bientôt, était déjà\nen courses, devant commander chez ses marchands ordinaires de quoi\nfêter dignement les rois, à deux heures de l'après-midi, en son salon\ndéhoussé.\n   Il lui fallait encore inviter M. et Mme Vanderdonck avec leur demoi­\nselle, le père Duyse, ancien lieutenant de la garde-civique, et voir si la\nvieille Mme Vreughem ne souffrait pas trop de sa goutte, auquel cas\nMme Coremans était bien décidée à la faire chercher en vigilante, quand\nmême cela coûterait un franc cinquante, sans compter la dringuelle.\n    « Oh ! elle ferait tout bien, ça c'est sûr ; quand on a soucié pendant\ntoute une année derrière un comptoir, à vendre des merceries, on pou­\nvait bien une fois faire kermesse à la maison » disait-elle en elle-même,\ntandis qu'elle traversait la rue de la Colline.\n   Aussi avait-elle commandé du double faro, tant qu'on voudrait,\ntrois litres d'Uytzet pour les Bolleghem qui n'aimaient que cela, et,\npour le dessert, après le café — sans chicorée, savez-vous — on aurait\ndes chinois de la mère Moreau, avec des spikelaus.\n   Mais M. Coremans s'était senti fatigué, en se levant, et triste. « Je\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "                               -    173    -\n\nsuis comme tout raide, marmottait-il, hum, hum, tu deviens, vermille!\nvieux, papa Coremans ! »\n    Il se leva doucement et alla regarder à la fenêtre qui donnait sur la\nGrand'Place. Il e'tait huit heures du matin et un soleil pâle et glacé\ns'éparpillait en rayons d'or sur les étalages du verdurières. Un grouille­\nment de madras rouges et de blouses bleues se faisait, tandis qu'en un\nbourdonnement confus, les cris et les appels des marchands montaient\nvers la tête cuivrée de Mijnheer Saint-Michel, patron de ville et\ngirouette de mairie.\n    M. Coremans passa son beau pantalon de drap noir, \" och kerm! \"\n comme il avait du mal pour lever la jambe! qu'est-ce qui lui prenait\nmaintenant qu'on aurait dit qu'il avait l'arbre de la Liberté dans son dos ?\n « Eh ! Thérèse ! Thérèse! Madame Coremans ! vous n'êtes pas là Madame\nCoremans? » Et naturellement Mme Coremans ne répondait pas, car elle\nétait en route pour commander le cramique et le spikelaus.\n    Le vieux mercier acheva sa toilette mélancoliquement. Oui, décidé­\nment il était décati, et cependant, voyons : il n'avait que soixante-\nquatre... cinq... six, oui, il n'avait que soixante-neuf ans.\n    Soixante-neuf ans... ah! sans ce coquin de rhumatisme qui lui\n courait dans les moelles !\n     Il descendit au magasin, mit une allumette sous le tiroir du petit\n diable en fonte, bourra sa belle pipe d'écume calcinée, s'assit dans son\n grand fauteuil de cuir limé, devant le rayon des lainages, et, par la de­\n vanture où s'alignaient les bottes de lacets, les écheveaux de laine et\n les cravates, regarda les passants.\n     Un assoupissement général le prenait, mettant du plomb dans ses\n veines. Il se sentait partir, le brave mijnheer Coremans. Il n'en aurait\n plus pour longtemps, et il grommelait :\n     « Gott ! Gott ! qu'est-ce que j'ai, mais qu'est-ce que j'ai maintenant,\n voilà mes yeux qui dansent ! Rire, c'est rire. Est-ce que je vais mourir\n comme ça tout seul ? »\n      La petite sonnette de la porte s'agita, tintant indéfiniment et la mer­\n  cière entra, le cabas plein, si plein qu'on aurait presque cru qu'il allait\n  crever.\n      « A well, François, est-ce que vous avez trouvé votre café sur la\n  cuisinière ?\n     — Non, Thérèse.\n     — Et l'eau que j'ai mis dans le coquemard pour la chaufferette ?\n      — Non, Thérèse.\n      — Non, Thérèse, non, Thérèse, qu'est-ce que c'est que ça pour une\n  réponse? est-ce que votre langue dort encore ?\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "                              — 174 —\n   — J'ai pour sûr attrapé un froid, Thérèse, je suis comme tout droll.\n   — Allez ! François, vous êtes tout de même un zwanzeur, savez-\nvous.\n   — Je crois que vous allez perdre votre homme, Thérèse.\n   — Vous n'allez pas encore retourner mon déjeûner dans mon estomac\navec vos bêtises. C'est la fête des Rois, Monsieur Coremans, il faut\nrire aujourd'hui ; ce n'est pas tous les jours dimanche.\n   La vieille femme déposa son cabas sur le comptoir et s'assit, après\navoir secoué le bas de sa robe ;\n    « Vous souvenez-vous, François, de la fête des Rois l'année de notre\nmariage? Ça c'était une fois une belle fête, hein, François? C'était vous\nle Roi — Et moi la Reine — Et Claes Nippelen le Fou — Et Van\nBilsen le Médecin, et Bastyn le Cuisinier. — Comme il était farce\ncelui-là ! Et en retournant, capon, vous avez été casser les carreaux\nchez Strueman, au Cantersteen, en criant : « Vive mijnheer Van der\nNoot ! » C'était amusant ! »\n   Et la vieille femme alla chercher un médaillon ovale accroché au\nmur. C'était un dessin colorié, sur un côté duquel les armes de la\nBelgique, dans un écusson entouré de drapeaux tricolores, se déta­\nchaient sur un banderole où étaient tracé ces mots : V. Patriote. — Sur\nl'autre face, recouverte ainsi que la première, d'un verre, se lisait en\nlettres noires sur fond jaune, entre deux palmes : Vive Henri Van der\nNoot !\n   M. Coremans regarda longuement ce médaillon qui lui rappelait le\nbon temps, quand il était de la garde civique, des fanfares de Sainte-\nCécile, et qu'il gagnait toujours les prix dans les tirs au berceau, aux\nfêtes de Septembre\n    Le soir, après avoir bu trois bons verres de faro, M. Coremans s'en­\ndormit en songeant à toutes ces bonnes choses et un ange vint le cher­\ncher pendant la nuit pour le conduire au paradis où l'on mange de la\nryspap dans des cuillers d'or, où le waterzœy est préparé par Sainte\nGudule pour les bourgeois de Bruxelles, où les fleuves coulent du lambic\net les sources de la petite bière de Louvain.\n                                                   MAX W A L L E R ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 175, "page_fin": 176, "titre_corps": "Novembre (eau-forte)", "titre_sommaire": "Novembre", "rubrique": "", "signature_source": "Juan Cressonio", "ancre_debut": "NOVEMBRE", "ancre_fin": "JUAN CRESSONIO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 204, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2004, "texte": "NOVEMBRE\n                              (EAU-FORTE).\n\n\n\n\n   Novembre, porte-bannière de l'hiver, vient à peine d'ouvrir le défilé\ndes quatre longs mois de gelées et de neiges, et déjà la grande armée\nblanche a commencé sa marche.\n    Le ciel gris et triste semble abandonner péniblement la virginité im­\nmaculée de la nouvelle saison, qui effeuille sur terre, lentement et à\nregret, les candides fleurs de sa pureté. Hésitantes et incertaines, elles\nvacillent paresseusement, en désordre, dans les hauteurs brumeuses, et\ncontemplent le boueux tombeau qui réclame le droit de salir leur blan­\ncheur. Elles tombent plus vite, elles descendent pressées, se choquent\nen furie, quand un coup de vent glacial les enlève au hasard dans sa\ncourse rapide, les disperse en un tourbillon sans frein, puis, de sa poussée\nviolente et brutale, les lance puissamment sur un pavé sali où leur\nblancheur se souille. Et, de neiges qu'elles étaient il y a un moment,\nces fleurs effeuillées meurent honteusement dans une couche impure, et\nun limon gras et noir renaît de leurs cendres qui rapidement se fondent.\n    Les rues sont de longues traînées sombres, couvertes d'une boue\népaisse, où les roues des chariots laissent derrière elles leurs humides\nornières ; et le pas des piétons, et le trot des chevaux et le roulement\ndes chars se fondent en un sourd clapotis.\n    Une impasse obscure ouvre à droite de la rue son entrée voûtée, et\nsur son pavé penché où passe une rigole, l'eau de neige glisse conti­\n nuellement.\n    Le fond de ce passage se rouvre à ciel ouvert quelques pas plus loin\n et des deux côtés de ce recoin sans jour, lentement tombe la neige\n blanche, lentement.\n    A la sortie de l'impasse est placé un tréteau sur lequel de grands pa­\n niers plats dressés en échelons, étalent au passant des tas de fruits dé­\n trempés que le froid contracte et ride, quelques sucres brûlés fondus\n dans une carte roulée en cornet, et des blocs de pain d'épice gris que\n l'humidité amollit.\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1662, "texte": "                                 —    176   —\n\n\n    La marchande de fruits, une petite vieille bossue, est assise au bout de\n sa table sur une chaise boiteuse, et derrière elle, un paravent de papier,\n qui se plie, l'abrite du vent froid qui court dans le couloir.\n    Un châle fané, de nuance rougeàtre, garni aux bords de quelques brins\n de laine qui s'entremêlent, recouvre sa petite tète, et laisse à peine entre­\n voir un profil couperosé, qui se détache sur les mûrs suintants.\n   Une main est placée sous son tablier de toile bleue déchirée et par\nmoments la vieille marchande avance le cou vers la table et boit une\nlongue gorgée de café brûlant qui fume près d'elle dans une tasse ébrê-\nchée. Cette ruine vivante, insoucieuse et calme, semble insensible au\nfroid et attend le client en bredouillant tout bas quelques Ave Maria,\npar habitude.\n   Dans le fond de l'impasse, derrière le scintillant voile, blanc de flo­\ncons, une silhouette se dessine vaguement. Elle s'approche. C'est une\njeune pauvresse, 'maigrelette et chétive qui marche à grands pas en bais­\nsant la tête, grelottant sous les minces haillons qui la recouvrent. Ar­\nrivée à couvert sous le portail voûté, elle frappe du pied pour débarrasser\nses sabots de leur couche de neige et soufflant dans ses doigts rougis,\ns'approche du tréteau.\n    Sa main fouille dans la pochette qui pend le long de sa jupe, et en\nretire un sou que la vieille marchande accepte avec un hochement de\ntête. Puis choisissant dans le tas, une pomme bien froide et bien hu­\n mide elle s'en retourne là-bas, en y mordant à pleines dents.\n                                                   JUAN C R E S S O N I O ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 177, "page_fin": 177, "titre_corps": "La Ronde des Souvenirs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "LA RONDE DES SOUVENIRS", "ancre_fin": "EMILE VERHAËREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA NYMPHE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 206, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 871, "texte": "LA RONDE DES SOUVENIRS.\nLentement, accablés chacun de leur fardeau.\nLes souvenirs amers font le tour de mon âme;\nA les voir s'avancer on songe au cercle infâme\nD'un groupe de forçats tournant dans un préau.\n\nLes uns ont le stigmate horrible sur la peau ;\nD'autres lugubrement, le front bas, l'œil sans flamme,\nPassent avec des pleurs et des sanglots de femme ;\nD'autres vaguent, le sein traversé d'un couteau.\n\nEt tous nous les sentons marcher, marcher sans trêve,\nLe jour dans la pensée et la nuit dans le rêve.\nPour régler leurs pas lourds on dit que le cœur bat.\n\nRien n'est funèbre et noir comme leur lent cortège,\nAllant toujours, malgré vent, pluie, orage, neige ;\nEt laissant après lui du sang, comme un combat.\n\n                                    EMILE V E R H A Ë R E N ,\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 177, "page_fin": 178, "titre_corps": "La Nymphe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "LA NYMPHE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PRIÈRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 206, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 871, "fin_caractere_exclue": 1190, "texte": "LA NYMPHE.\n                                           à Emile Van Arenbergh.\n  La nymphe sort de l'onde, et la nudité fière\n  De son corps musical en son rhythme divin\n  Laisse, à travers la noire épaisseur du ravin,\n  Un écho prolongé de vibrante lumière.\n                                                           14\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 562, "texte": "                      — 178 —\n\nElle s'étend sur l'herbe, à l'heure coutumière,\nSous le ciel de midi, capiteux comme un vin.\nLe bonheur du néant luit dans son œil bovin;\nElle incline la tête, et ferme la paupière.\n\nEt soudain, sur la paix blanche de son sommeil,\nArd le visage rond et suant du soleil,\nDu soleil estival, lubrique comme un faune.\n\nEt le glissement chaud de ses effluves d'or\nGagne les seins aigus de la nymphe qui dort,\nComme l'attouchement d'une grande main jaune.\n\n                                        ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 178, "page_fin": 179, "titre_corps": "Prière", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Hippolyte Buffenoir", "ancre_debut": "PRIÈRE A JEANNE THILDA", "ancre_fin": "HIPPOLYTE BUFFENOIR", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNET INTIME", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 207, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 562, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "PRIÈRE.\n\n              A JEANNE-THILDA.\n                                      Nous allons aller ensemble à la\n                                        recherche de celle qu'il faut\n                                       aimer ! »\n                                         JEANNE-THILDA —      Gil-Blas\n\n\nSi vous savez trouver cette perle des mers,\nCette femme au cœur chaud, cette amie inconnue\nQui doit rendre léger le poids des jours amers,\nEt peut donner l'oubli d'une vierge ingénue !\n\nSi, la voyant passer, vous devinez son cœur ;\nSi le besoin d'aimer soudain vous la révéle ;\nS'il lui faut les serments, les baisers d'un vainqueur,\nEt la félicité d'une étreinte nouvelle !\n\nSi ses yeux sont profonds comme un lac enchanté\nSi l'Idéal habite en ses formes superbes ;\nSi le désir rugit quand il voit sa beauté,\nEt veut y moissonner le blé dur de ses gerbes !\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1380, "texte": "                         — 179 —\n\n    Si tout son corps languit dans un rut immortel,\n    Et si vraiment elle est la grande charmeresse,\n    Dites-lui qu'elle approche, et vienne à mon appel !\n    Dites-lui que je l'aime, et qu'elle est ma maîtresse !\n\n    Ah ! depuis si longtemps je cherche autour de moi\n    Ce trésor, cette sœur, cette sublime amante !\n    L'espoir, le doux espoir de vivre sous sa loi\n    M'accompagne partout, et partout me tourmente !\n\n     Se donner sans réserve, être-compris toujours.\n     Quels que soient l'horizon, le projet, la pensée;\n     Entendre dans les bons et dans les mauvais jours\n     Une voix rappelant la tâche commencée!\n\n     Sentir que cette femme est l'ange inespéré\n     Qui fait monter au cœur la joie et l'harmonie ;\n     A son baiser qui mord trouver le feu sacré,\n     Et féconder ainsi l'élan de son génie !\n\n     Quel rêve et quelle vie ! Est-il un sort plus beau\n     Pour le poète ardent à poursuivre la gloire,\n     Pour l'inquiet penseur qui demande un flambeau,\n     Et veut qu'un pur rayon tombe sur sa victoire !\n\n     Si vous savez trouver cette perle des mers,\n     Cette femme au cœur chaud, cette amie inconnue\n     Qui doit rendre léger le poids des jours amers,\n     Dites-lui, dites-lui que j'attends sa venue !\nParis, mars 1883.\n\n                                    HIPPOLYTE BUFFENOIR.\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 179, "page_fin": 180, "titre_corps": "Sonnet intime", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Édouard Levis", "ancre_debut": "SONNET INTIME", "ancre_fin": "EDOUARD LEVIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 208, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 1380, "fin_caractere_exclue": 1603, "texte": "SONNET INTIME.\n     Tu m'as dit: « écris-moi », je t'écris ce sonnet ;\n     Cache-le sous ta robe, il t'appartient, mignonne\n     Ou bien là, sur tes seins, dans ton joli corset\n     Il y sera content et je te l'abandonne.\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 530, "texte": "                    — 180 —\n\nIl y fera son nid, un nid de roitelet\nTout petit, tout gentil, et sans gêner personne\nA ton cœur il dira de son souffle discret\nQue Cupidon et lui ne sont qu'une personne.\n\nQu'il aime tes traits et ta chevelure blonde\nQue l'azur de tes yeux est pour lui tout un monde\nUn monde bâti de folles illusions ;\n\nQue ton cœur et le mien, hier pleins d'émotions,\nOnt juré de s'aimer dans un baiser sonore\nEt que de ce baiser ma lèvre est chaude encore.\n\n                                      EDOUARD      LEVIS"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 181, "page_fin": 184, "titre_corps": "Obsession", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Bauwens", "ancre_debut": "OBSESSION", "ancre_fin": "GEORGES BAUWENS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "REVE INDIEN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 210, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "OBSESSION\n\n    Le café du Grand-Hôtel était animé d'une vie intense.\n    Gaîment flambait le gaz sous les lambris dorés, fusant en gerbes\n papillonnantes dans le fouillis des lustres, et s'effilant en écharpes lumi­\n neuses dans les traînées infinies des glaces miroitantes\n    Sur les banquettes velours rubis, devant les carrés de marbre blanc\n ou bruissaient les dominos aux yeux noirs, des messieurs cravatés de\n satin, des freluquets pommadés et de mignonnes élégantes, jasaient,\n riaient, égrenaient des jeux de voix au milieu du brouhaha général et\n du tintinnabulement des cuillers dans les limonades cristallines.\n    Nous étions trois amis, Albert, Iwan et moi, assis dans le petit coin\n à droite de l'entrée, au fond. Nous étions là bien peletonnés, sirotant\n des grogs et d'amers cafés. Au dernier angle de notre table, un vieux\n monsieur à lunettes scrutait avec obstination le « guide officiel des\n chemins de fer. » Brave homme, il ne parvenait pas à gober un chiffre,\n tant notre voisinage devait l'éthérifier. Chevauchant sur les chimères du\n bavardage, nous parcourions les régions bleues, jaunes et noires de nos\nimaginations fantasques. Cette envolée d'idées étranges, de concepts\njusqu'alors inexprimés, nous laissait l'âme grande ouverte et augmentait\nla ténuité de nos sensations. Nos prunelles dilatées percevaient amou­\nreusement le clapotis des gouttes lumineuses cascadant des cintres aux\nbrillantes acanthes des colonnes et aux cannelures d'or des panneaux.\nDouce, comme sous l'édredon satiné, l'atmosphère chaude nous portait\nau pays des rêves. — C'est alors qu'on se raconte des choses drôles dont\non ne rit plus le lendemain. — C'est l'ivresse encore intelligente de la\nvie de café. Sous cette température de serre, dans l'énervement général,\nles idées circulent avec volubilité.\n   Il y a toutefois sur cette mer houleuse des moments d'accalmie. La salle\nentière, semble reprendre haleine sur son lit de visionnaire et un\nsilence momentané pèse sur tous\n   Cric! la porte du café s'ouvre. Le pommeau nickelé a grincé. C'était\ncomme le cri d'une chauve-souris qu'on écrase.\n   — Une petite vieille, marchande de journaux, est entrée. Elle a une\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "                               — l82\n\n figure sinistre, un nez pointu, des mâchoires édentées, des yeux en\ntrous de vrille où ignitent de prunelles vertes. Elle est enveloppée d'un\nmouchoir à carreaux tombant sur un dos voûté comme la pèlerine\n bombée d'un scarabée — métamorphose maudite peut-être ! scarabée\nd'or puni d'avoir froissé des feuilles de roses et transformé en petite\nvieille, vêtue d'un jupon en guenilles, trop court, laissant passer deux\ntibias fluets qui traînent des pieds larges comme des barques, deux gros\npieds noirs qui semblent raboter le plancher.\n    Et puis une voix étrange monocordisant sur une aigre chanterelle\nl'Étoile Belge, édition du soir !\n    — C'est comme un écho d'outre-tombe, remarqua Albert, comme la\nvoix étouffée et râlante d'un polichinelle pressé sous un matelas.\n    — Vois donc! c'est la vieille Fliedermaus des contes d'Erckmann,\nme dit Iwan en me poussant mystérieusement du coude.\n    — Elle a une face de pomme blette ratatinée aux brasiers du sabbat,\nreprit Albert.\n    Elle vint près de nous, nous regarda longuement de ses yeux aigus\net passa.\n    — Sorcière va, dit Iwan.\n    — Pomme blette, ajouta Albert.\n    Et moi j'eus un frisson. C'était bébête, je l'avoue, mais pourquoi cette\nfemme m'avait-elle ainsi regardé — et une sombre idée me hantait.\n    On parla de choses et d'autres, de choses drôles surtout. Puis nous\nsortîmes. J'étais toujours sous mon impression étrange. — Le boulevard\nétait noir, des papillons de gaz dansaient follement sur les réverbères,\ndes ombres pirouettaient sur les façades. Des hommes passaient hâtifs\ncomme des fantômes. Sur l'asphalte roulaient des masses confuses, de\nlourds véhicules, des carosses aux yeux brillants écartés comme des yeux\nde pieuvres.\n    Voulant me débarrasser de l'obsédante idée qui me torturait dans ses\ncercles de fer, je dis bourgeoisement à mes compagnons, « Allons\nprendre un bonnet de nuit. »\n    Nous pénétrâmes dans une taverne aux âcres senteurs de pipe et\nd'alcool, et devant le comptoir poisseux nous vidâmes notre verre à la\nhâte. Puis à un carrefour on se sépara.\n    Et j'allais seul par les rues désertes.\n    Et je pensais à la petite vieille au jupon gris puant la misère, — à ses\ngrands pieds noirs !\n    Et j'avais peur de la sorcière à figure de pomme blette !\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2024, "texte": "                               — 183 —\n\n   Qu'est-ce qui craque dans l'armoire ?\n   — Il fait froid et j'ai sommeil.\n\n   Qu'est-ce qui craque dans l'armoire ?\n   — Mais que sais-je? Ce sont peut-être les horloges de la mort qui\nminent le vieux bois. Ces horloges de la mort sont de petites bêtes\ninoffensives.\n\n     Qu'est-ce qui craque\n    — Halte! J'ai réellement entendu du bruit dans le meuble. Des\n coups secs... Qu'est-ce?... Allons, voyons, il me semble qu'une voix\n fluette me demandait la cause de ce bruit.\n     Elle disait bien : « Qu'est-ce qui craque dans l'armoire ? » Serais-je\n hanté?\n    J'ai peur... si quelqu'un était caché là-dedans ?\n     Je me suis doucement glissé de dessous mes couvertures et me suis\n assis sur mon séant.\n    J'ai taché de voir dans l'obscurité.\n    De quoi avais-je peur?\n    Je portai la main à ma boîte d'allumettes posée sur la table de nuit et\ninstantanément je fis de la lumière.\n    Ah ! il n'y avait rien !\n    J'allai voir quand même et bravement j'ouvris l'armoire. Dans ses\nflancs béants s'étalait une série de vêtements pendus tout penauds à leurs\nT de bois.\n    Je la refermai et me remis au lit.\n    Mais ce qui m'arriva alors fut plus drôle. Pendant que se consumait\nla bougie, je lisais distraitement ÏEtoile belge que j'avais laissé traîner\nà mon chevet.\n    Et je m'assoupissais en pensant de nouveau à la petite vieille, à la\nsorcière à figure de pomme.\n    Tout à coup les lettres du titre de mon journal grandirent comme\npar enchantement, comme si une vie diabolique filtrait en elles.\n    L' prenait la forme de la petite vieille assise par terre, sa maigre\njambe tendue et faisant sauter sur son gros pied noir une tête de coq\nfigurant l'apostrophe. Elle grimaçait affreusement. Une voix lointaine\nrépétait en sourdine : « C'est une sorcière à figure de pomme blette...\n    Je m'éveillai de nouveau. Le jour levant blémissait mes rideaux et\ndans mon bougeoir une flamme agonisante sursautait convulsivement\nstriant ma chambre de reflets rouges. Je me levai.\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 809, "texte": "                               — 184 —\n\n  Vers dix heures, lorsque je passai sur le boulevard, devant le café où\nrègne le Bock aux blondeurs germaines et la fe'e verte opalisée des\npoètes, je vis la petite vieille vendre ses journaux.\n   Des rayons de soleil jouaient dans les rubans crasseux de sa coiffe,\nmiroitaient sur ses bandeaux argentés et projetaient en larges flaques\nnoires les contours grotesques de son ombre sur les dalles pou­\ndreuses.\n   Elle arrivait de nouveau vers moi\n   Je descendis instinctivement du trottoir.\n   Etait-ce réellement peur? Je ne crois pas.\n   J'aurais dû réagir et rester en place, mais que voulez-vous, ce mou­\nvement était peut-être indiqué dans l'ordre nécessaire des choses.\n\n                                              GEORGES BAUWEN S.\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 184, "page_fin": 187, "titre_corps": "Rêve indien", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. Fontainas", "ancre_debut": "REVE INDIEN", "ancre_fin": "A FONTAINAS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CELLE QUI PEINT", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 213, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 809, "fin_caractere_exclue": 1934, "texte": "REVE INDIEN\n\n\n   Après avoir, suivant l'antique rituel, plongé par trois fois son pied\nrose dans les ondes nacrées du Miellos, Vichtra, la blonde Maharabite,\nregardait longuement le remous léger et limpide du fleuve sacré.\n   Les larges eucalyptus, les manguiers rameux, les palmiers gigan­\ntesques qui se pressaient sur le rivage, s'harmonisaient dans un concert\nmerveilleux, pour projeter sur les eaux bleues et pailletées les vifs rayons\ndu soleil ardent, leur douceur veloutée, leur pénombre bienfaisante et\nnoire. C'était comme une oasis au milieu du flamboîment intense de la\nnature ensoleillée : là, dans les feuillages, on apercevait encore par\nmoments les plumes éblouissantes des bengalis à la voix chaude ou des\nvifs loris aux cent mille nuances, tandis que tout être vivant semblait\navoir fui la fournaise irradiante du soleil tropical dans tous les alen­\ntours.\n   Vichtra, la belle blonde, contemplait, pensive, ce spectacle radieux\nde lumière et de sérénité.\n   Les brahmes avaient cessé leurs cantiques ; les libations s'achevaient\ndans le silence et le recueillement de la prière; bientôt allait s'accomplir\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "                                — 185 —\n\n le sacrifice divin, et la vierge, abandonnée seule dans les profondes\n étendues de la forêt imposante et calme, pourrait enfin laisser flotter\n son esprit dans le songe et la réflexion, tandis que le peuple, en s'éloi­\n gnant, irait étouffer de ses clameurs les cris impuissants de la victime\n choisie.\n    La jeune vierge était debout : sa main mollement appuyée contre le\n tronc élancé d'un eucalyptus, soutenait sa tête fraîche et rosée. La blan­\n cheur de son bras nu, où seul le coude replié étincelait comme un point\n rose, contrastait avec le vert sombre de l'arbre, et une ombre gracieuse\n et ambrée en profilait vaguement les chaudes plissures.\n    Son blanc vêtement, très long, laissant le cou dégagé, se fermait\n étroitement à la naissance de la poitrine, et de là retombait large et\n ondoyant, serré seulement à la ceinture par un ruban de verdure, et\n retroussé à mi-jambe, du côté droit, pour qu'elle pût aisément accom­\n plir son sacrifice.\n    Sa chevelure était blonde, et tombait en boucles épaisses sur son dos,\n jusqu'à la ceinture. Cette teinte de cheveux, si rare dans les contrées\ntropicales, eût suffi à la faire paraître belle, si son visage expressif et\n d'une pureté de formes incomparable n'eût pas été assez pour répandre\n un grand agrément sur tout son corps. Ses lèvres minces et appétis­\n santes étaient courtes, sous un nez finement arqué, aspirant largement\n les effluves de la terre; ses yeux enfin, ses grands yeux bleus, brillaient\nd'une éclatante douceur, et leurs diaprés éclairs se confondaient à pré­\nsent avec les scintillements qui du soleil descendaient en pluie d'or sur\nla surface du fleuve.\n    Elle rêvait, immobile auprès de l'arbre géant qui la recouvrait de son\nombrageux parasol ; et cependant ses pensées n'étaient pas à la cérémonie\ndu jour, et tout à coup ses lèvres palpitantes s'entrouvrirent, un soupir\nprofond s'en exhala, auquel succéda un chant mélancolique aux paroles\nailées :\n    « O mon amant! — disait-elle, — regarde: la terre a ses parfums,\nles fleurs ont leurs senteurs enivrantes et subtiles, mais ton épaisse\nchevelure dégage une odeur plus fine, qui court par mes membres glacés\net réchauffe mon cœur !\n    «O mon amant! les prés ont leur herbage touffu, les eaux reluisent de\nmille reflets vermeils, mais je préfère à tout l'éclat éblouissant de tes\nprunelles d'or, lorsque tu me parles en doux accents d'amour ;\n    « O mon amant! les oiseaux des deux ont leurs nids où ils abritent de\nleurs ailes leurs timides couvées ; les tigres mêmes et les gavials ont\nleurs repaires où de courts moments de tendresse mutuelle les dédom­\nmagent de leurs fatigues et de leurs peines de chasse;\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2849, "texte": "                                 — 186 —\n\n     « Nous seuls, ô mon amant ! sommes privés de cette douce chose ;\n  nous seuls sommes séparés, alors que nous respirons ensemble, alors\n que nos cœurs battent à l'unisson, alors que nous nous aimons ! »\n    Ainsi chantait-elle, la belle Vichtra, et sa pensée entière s'égarait dans\ncette chanson aux accents tristes, et elle ne songeait guère que si on\nl'avait laissée seule ainsi dans la grande forêt, c'était pour qu'elle réflé­\nchît au choix à faire entre ses prétendants ; elle oubliait que ce devait être\naujourd'hui la fête de ses fiançailles, et elle se perdait dans une dou­\nloureuse extase — car, du choix qu'elle pouvait faire, son amant était à\njamais exclu !\n    Quand son père — le tout puissant Maharadjah Vengà, dont la puis­\nsance s'étendait sur les pays les plus lointains, — avait rappelé à sa\nblonde fille que, suivant la loi prescrite par les Vêdas, elle devait se\nchoisir un fiancé le jour de sa vingtième année, elle avait senti d'abord\nson cœur bondir de joie; puis, brusquement, une mélancolie profonde\n avait envahi son âme limpide, et le voile noir de la tristesse avait recou­\n vert l'éclat de ses yeux de lotus.\n    Elle avait réfléchi que son amour était mal placé, que son père, —\n ni les brahmes, — ne consentiraient à l'unir à l'objet de son choix, le\n jeune homme au cœur ardent dont les paroles enflammées avaient péné­\n tré son cœur. Un moment, elle songea à le supplier de renoncer à\n l'œuvre qu'il avait entreprise : car il n'avait jamais pu résoudre son âme\nà croire aux mystères des Vêdas ou à la sainteté des brahmes ; il cher­\nchait à résoudre autrement le grand problème de la vie et de la mort, et\nson nom avait été anathématisé par les prêtres et les fidèles.\n    Et Vichtra se désolait, car elle aimait ce cœur ardent et malheureux,\n elle aimait le brun Kosça dont les flèches atteignaient toujours leur but.\n Elle ne pouvait se réduire à abattre sa fierté native ; elle savait bien qu'il\n y aurait consenti, si elle l'en avait prié, mais c'était son orgueil dédai­\n gneux qui faisait resplendir la mâle beauté de son visage, dont le charme\n l'avait prise, et Vichtra ne pouvait se décider à briser ce qui l'avait\n séduite\n    Tout à coup — ô sacrilège ! ô impiété horrible — les lianes frisson­\n nent, les flots du Miellos s'agitent : une barque souillait, en le sillon­\n nant, le fleuve saint sur lequel il est défendu de naviguer. Vichtra tourne\n la tête; ses yeux étincèlent, un cri de joie s'échappe de sa poitrine, et\n elle tend les mains vers son amant adoré !\n     Kosça s'approche de la rive, met un pied sur le sol et soutient la\n blonde vierge qui vient s'asseoir sur un banc sous la tente de verdure\n que le jeune homme a dressée de ses mains. Et la barque repart lentement,\n emportant avec elle ces deux âmes jeunes et aimantes qui s'unissent à\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 395, "texte": "                                      —     187    —\n\njamais par une mort certaine dans l'infini de la mer où les conduit sûre­\nment le courant du Miellos, tandis que leurs cœurs palpitent et que\nleurs lèvres pressées fiévreusement se communiquent leur chaleur et\nleur vie dans un spasme sans retour\n                                                    A. FONTAINAS.\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 187, "page_fin": 189, "titre_corps": "Celle qui peint en haut d’une rue", "titre_sommaire": "Celle qui peint", "rubrique": "", "signature_source": "Alfred Pouthier", "ancre_debut": "CELLE QUI PEINT", "ancre_fin": "ALFRED POUTHIER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE PRIX DE LA VIE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 216, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 395, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "CELLE QUI PEINT\n                  EN        HAUT              D'UNE                RUE\n                                                                    il Mlle M. Espego.\n\n   C'est délicieusement bon de somnoler dans la tiédeur des draps, les\nfenêtres étant closes ; c'est bon de se tourner, se retourner et rêvasser\ndans un demi sommeil ! Au dehors, quoique ce soit l'été, le matin est\nfrais, humide encore des brouillards de la veille et de la rosée du jour;\nn'importe ! la jeune peintresse, Rose Spéro, dont le cœur est en entier\npris par la passion plus virile de l'art, n'hésite pas. Elle ne fait ni une,\nni deux; prenant, comme on dit, son courage à pleines mains, elle\nsaute du lit, et en un clin d'œil achève sa toilette. Une fois prête et\nparée à plaisir, elle aligne les tubes dans leur boîte, range les brosses,\npasse un linge mouillé sur la palette et lorsque celle-ci est aussi nette\nqu'un plat où des gourmands ont mis le nez, elle gagne la route par le\npetit sentier entre les vignes.\n   C'est folie pure de se lever à pareille heure, comme si le matin n'était\nplus fait pour se tourner, retourner et rêvasser en un demi sommeil !\nMais à la ville voisine où les cancans sont plus nombreux et plus\nbruyants que les mouches, elle a, dans une promenade récente, découvert\nun admirable point de vue, qu'elle brûle de fixer sur un carré de toile.\n\n\n   (1) Quelque banale et rebattue que soit la formule, il faut que je commence par vous\ndemander pardon de la liberté grande que je prends de vous dédier ce tableautin de genre.\nNous ne sommes plus là-bas où 1 on pouvait causer de façon paysanne; nous sommes à la\nville et l'on y doit avoir des paroles confites dans la bouche comme des gants glacés aux\nmains — le bon ton ! Mais vous aurez de l'indulgence, n'est-ce pas? et vous me pardonnerez\nsans trop vous faire violence, de vous avoir pour l'instant choisie entre ce que j'avais dans\nmes souvenirs — des bêles et des gens! — comme étant, et de beaucoup, le plus charmant,\nle plus gracieux, et ce qui dit tout, le plus exquis des modèles. Sur ce, vous saluez, et je\nvous salue.\n                                                              Paris, 15 décembre 1882,\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2885, "texte": "                               — 188 —\n\n    Insensible aux meilleures paroles, la rosse gris-pommelé qui va, les\n jours de marché, dans la ville au point de vue fameux, justement appa­\n raît. Le vieux roulier, apercevant une jeune fille campée au beau milieu\n du chemin, et supposant qu'elle n'est sans doute pas là uniquement\n pour des prunes, tire sur le mors et arrête sa bête qui, en toutes circon­\n stances, s'arrête volontiers. La boîte à couleur et la toile sont rangées\nde façon à arriver sans encombre; Rose Spéro se case alors tant bien\nque mal, ce qui signifie mal, aux côtés du père Truchot qui la fait\nasseoir sur un bacchus, — un tonneau, pour le vulgaire !\n    Et voilà le vieux parti sans tambour ni trompette, rabâchant des tas\nde choses qui — puisqu'elles l'intéressent, lui un malin! — doivent\nintéresser tout le monde: le prix qu'on lui vend les cerises et le prix\nauquel il voudrait les acheter, et finit, après d'homériques marchandages,\npar les avoir ; les quatre bandes du garde champêtre, un joueur de\nbillard comme il n'y en a pas à dix lieues à la ronde et qui a été à Paris,\nun lapin, quoi ! le facteur qui a battu sa femme parce qu'elle vidait les\nfonds de bouteilles en son absence sous prétexte de tout mettre en ordre\nchez elle ; la buraliste qui en tient pour le monsieur du château ; en\nveux-tu ? en voilà ! Et sans ravaler sa salive, le roulier emmanche des\nmariages.\n    Rose Spéro, qui a fermé les yeux et les oreilles comme elle a pu, ne\nvoulantpas davantage écouter les bavardages de commère de son trouble-\nfête, ni le voir ; se croit, en entendant parler hymen et ce qui s'ensuit,\nassise en un bon fauteuil, dans le salon moelleux de quelque douai­\nrière, marieuse forcenée de jeunes 'gens ; mais hélas ! le plaisant rêve\nd'être bien assise et de boire son thé à petites gorgées, combien peu il\ndure ! un cahot du véhicule fait choir sur la tête de Rose Spéro un\npanier heureusement vide ; et ce brigand de roulier lui enlève toute\nillusion sur les lieux où elle se trouve effectivement, en allumant une\nénorme pipe et surtout en lui jetant brusquement au visage — qu'il\nétait garde-national sous le roi qui avait la tête en poire.\n   Cependant les brouillards s'élèvent lentement et la rivière reluit au\nsoleil. La jeune peintresse songe au point de vue. Elle voit distinctement\nla rue droite et tortueuse comme une vipère sifflante dressée sur le bout\nde la queue ; elle voit les pavés pointus qui meurtriront ses pieds fins,\nmais quelle gravira, énergique, comme s'il étaient le chemin du para­\ndis; son œil s'égaie à l'avance, car il voit déjà la vigne verte, lumineuse\net vivante dentelle, tremblante au moindre vent, qui pend du haut d'un\nmur ; et tout son être est plein d'une ineffable joie à la pensée de pou­\nvoir peindre une matinée, par le beau temps, dans une rue silencieuse,\noù le soleil met sa clarté douce et sa douce chaleur.\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1677, "texte": "                                — 189 —\n\n    Elle est heureuse et n'a plus souci, aucunement souci du roulier dont\nrien ne bride la langue et qui à toute force lui crie dans le tympan des\nsecrets auxquels elle n'éprouve pas un besoin immédiat d'être initiée.\nLui, philosophe, se console du peu d'intérêt qu'on porte à ses nouvelles\nen lançant vers le ciel d'énormes panaches de fumée, architectures imma­\ntérielles que le vent disperse à mesure. Dans des a parte faits exprès à\nforte et intelligible voix pour être entendus, sans se tourner du côté de\nsa voyageuse, fixant les yeux entre les deux oreilles de son cheval, il\nénumère les gens du pays qui ont le cœur sur la main: chez chacun\nd'eux il a bu de bons verres, et chez chacun d'eux il trouverait à em­\nprunter ce qu'il voudrait, sans papier en échange des écus, foi de\nTruchot !\n    Rose Spéro n'a pas le temps de montrer du dépit, soit en mordant\nles doigts de ses gants, soit en pinçant les lèvres ou en tapant du pied :\nelle est arrivée sans dire au revoir à son compagnon de route, ce qui\nserait évoquer l'idée d'un retour, elle s'élance à bas de la voiture ; et\naprès avoir donné deux ou trois pichenettes à sa robe froissée et rajusté\n son chapeau à larges bords qui protège ses yeux du soleil et les passants\n de ses yeux, elle s'achemine vers le bienheureux point de vue.\n    A peine installée en haut de la rue, en équilibre presque sur son\n pliant, elle presse les tubes gonflés d'où gicle un arc-en-ciel de couleurs\n et de sa main royale, longue et blanche comme un lys, Rose Spéro\n peint la rue sur un carré de toile.\n                                                ALFRED POUTHIER.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 189, "page_fin": 192, "titre_corps": "Le Prix de la Vie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Auguste Lavallé", "ancre_debut": "LE PRIX DE LA VIE", "ancre_fin": "AUGUSTE LAVALLÉ", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 218, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 1677, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "LE PRIX DE LA VIE\n\n   Comme ceux qui s'en vont seuls à travers l'existence monotone des\nhumbles et des obscurs, j'ai vu peu de choses et n'ai rien retenu de ce\nqui pourrait mettre des rires aux lèvres. J'en suis resté tout imprégné de\ncette mélancolie vague et pénétrante que dégage l'automne, ma saison\npréférée, sous les deux gris et mornes du Nord, mes horizons favoris.\n   Et c'est par un jour de pluie, à l'heure des premières grisailles, dans\nun moment de tristesse insurmontable que l'on me sentira le mieux.\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2760, "texte": "                                 — 190 —\n\n\n\n                                       I\n\n                          J E U N E F I L L E A AIMER.\n\n\n    Elle avait alors vingt ans, une figure rieuse et douce, toute mignonne\net presque trop étroite pour les deux grands yeux charmeurs. Gracieuse\net frêle comme une enfant, elle prenait souvent d'adorables sérieux de\nfemme sur qui pèsent, de tout leur poids, d'accablants soucis.\n    Il est vrai que dans sa vie plus d'un coin se montrait sombre. Ses\nparents, chargés d'une famille nombreuse, ne purent avoir pour elle\ntoutes les délicatesses des âmes éprises, et de bonne heure il lui fallut se\nmettre au ménage, servir le client du débit de Vins et Liqueurs qui les\n faisait vivre, donner sa part de travail sinon de revenu. Puis on l'envoya\n en apprentissage à Paris, chez une modiste ; des goûts d'élégance lui\n vinrent à voir ces toilettes qui s'étalaient sous ses yeux, et parfois le soir,\n prétextant au cousin qui l'hébergeait un travail pressant, elle s'en allait\n au théâtre avec une amie au lieu de retourner à l'atelier. Et un jour,\n son engagement terminé, elle voulut demeurer avec les siens — qui\n habitaient la banlieue — disant quelle, avait assez de Paris. Ce fut\n comme une petite mère ; elle raccommoda le linge et les vêtements\n derrièrele comptoir, attirant ceux qui avaient entrevu son profil délicieux\n ou senti les caresses de sa voix charmante. Les petits grouillaient autour\n d'elle — les garçons tapageant, les filles jetant leur note aiguë dans les\n jeux ou les querelles. La mère, petite et active, quelquefois malade,\nétait toujours occupée; le père, campagnard lourd et grossier, souvent\n dehors, ne rentrait que pour tenir ses écritures d'agent d'assurances et\n emplir la maison de sa parole aigrelette et rauque. Alors dans ce milieu\n bruyant et insipide où aucune amélioration ne lui semblait possible à\n son existence végétante, une désolation tenace l'envahit. Des découra­\n gements qui lui revenaient de temps à autre l'énervèrent et tout à coup\n une idée entra en elle : partir. Elle essaya de se placer comme ouvrière\n sur les lieux mêmes, mais d'autres, plus connues, absorbant l'ouvrage,\n elle eut tant de morte-saison que la question ne fut pas résolue ; une de\n ses tantes vivait dans une petite ville de Normandie ; elle lui demanda de\n s'assurer dans ce coin perdu d'un emploi quelconque chez une modiste.\n  La mère adhéra facilement encore à ce projet, mais le père éclata au pre­\n mier mot déclarant qu'il ne consentirait jamais. Pendant des mois il\n fallut à Louise user de diplomatie, insinuer que sa main se gâtait à ne\n plus pratiquer, faire entendre que peut-être là-bas une circonstance lui\n  permettrait de reprendre un fonds qui lui procurerait du pain pour le\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "                                —    191   —\n\n\nreste de ses jours. Le père écoutait, le cou gonflé, un regard plein de\ndéfiance, presque menaçant, sous le sourcil froncé; et parfois furieux\nd'avoir dit oui, il s'opposait avec plus d'emportement à ce départ.\n    Sur ces entrefaites, une occasion se présenta réellement.\n    A deux pas, dans la même rue, une vieille fille s'était mariée avec\nl'homme qu'elle avait patiemment attendu pendant quinze années de\nservice militaire. Les soins du ménage empiétant sur ses heures de tra­\nvail, elle prit Louise pour ouvrière afin de conserver toute sa clientèle\nde modiste et de lingère.\n    Un bébé vint dont la mère ne se releva pas aussitôt.\n     Une maladie grave se déclara ; des médecins furent appelés qui eurent\n souvent des consultations et le mal traînant, les frais augmentèrent d'une\n façon effrayante, devenant énormes. La jeune fille tint le magasin,\n soigna la malade, coucha même à la maison pour ne pas faire défaut un\n seul instant. Puis la pauvre femme mourut. Le mari qui avec un emploi\nde quelques centaines de francs ne pouvait certes faire face à tout,\nvoulut vendre le fonds, mais l'installation n'était pas grandiose et les\n amateurs affluèrent d'autant moins qu'on en exigeait trois mille francs,\n un prix exorbitant.\n     Aidée d'une apprentie, Louise exécutait les commandes et satisfaisait\n la clientèle. Parfois, la journée finie, après avoir fermé, elle allait passer\n une heure dans sa famille, ou bien, au bras du veuf, se rendait chez le\n père de la morte, à une demi-lieue de là, en suivant une magnifique\n promenade qui longe la Seine. Puis, vers dix heures, ils rentraient. Six\n mois durant, elle habita, seule avec lui, sous le même toit.\n     Les parents, aveugles et sourds, ne disaient rien.\n     Néanmoins le fonds ne se vendait pas. Lui, désespérant de ne pas\n  trouver d'acquéreur, lâcha mille francs, puis quinze cents, puis deux\n  mille. Louise, sans fortune, n'avait pu songer dès les premiers jours à\n  se mettre sur les rangs, malgré son envie de reprendre l'affaire ; en ce\n  moment des pourparlers s'ouvrirent qui n'aboutirent pas immédiate­\n  ment, les parents refusant de s'engager. Et la jeune fille dut patienter\n  jusqu'à sa majorité.\n    En attendant le veuf s'occupa d'un appartement pour lui. C'était un\n homme de haute taille, au visage sanguin, d'une virilité puissante.\n Quand, au cours de ses recherches, on lui parlait de la défunte qui avait\n eu tant de confiance et de vertu, il disait placidement :\n    — Que voulez-vous, ce n'est pas de ma faute, mais, moi, je ne suis\n pas d'un tempéramment à vivre toujours seul.\n    Louise, elle, resta bien seule. Entre deux rires elle eut quelquefois\n des mélancolies soudaines. L'ennui la gagna, des dégoûts lui vinrent.\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 655, "texte": "                              —    192   —\n\nUn honnête garçon la fit demander en mariage et fut galant assidu\nauprès d'elle — à distance, par l'intermédiaire de personnes qui n'avaient\nque son éloge à la bouche. Au dimanche fixé pour la réponse, défaillant\nbrusquement, elle partit dès le matin, laissant un mot qui conseillait à\nl'épouseur de ne faire aucune nouvelle démarche désormais inutile.\n   Maintenant elle a vingt et un ans, une figure moins rieuse mais plus\ndouce encore où l'on ne voit bien d'abord que l'élargissement de ses\ngrands yeux profonds légèrement cernés de noir.\n\n                                              A U G U S T E LAVALLÉ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 191, "page_fin": 192, "titre_corps": "À « L’Office de Publicité »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tête de mort", "ancre_debut": "A L OFFICE DE PUBLICITÉ", "ancre_fin": "M L H", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 222, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "A \" L'OFFICE DE PUBLICITÉ \"\n\n  Voici ce que nous lisons dans le n° 1283 (2 5 lévrier 1883) de l'Office de\nPublicité, sous la rubrique : CORRESPONDANCE :\n\n          Monsieur,\n\n   J'ai eu l'honneur de cous adresser deux exemplaires      de mon licre. et cous\nn'avez pas eu la simple politesse de charger un de cos scribes de le lire et d'en\nrendre compte; vous ne l'avez pas même annoncé dans votre journal. Vous cous\nenrichissez de nos sueurs, et votre devoir le plus élémentaire est de publier une\nnotice sur tous les livres nouveaux qui paraissent chaque  semaine.\n   Recevez, monsieur, l'expression de ma médiocre considération.             X...\n\n                                    RÉPONSE.\n          Monsieur,\n\n   Nous conviendrons que pour un auteur dédaigné, notre correspondant est\nencore suffisamment courtois. D'autres, en pareille circonstance, nous traitent de\ngâteux et d'idiots, épithètes que certains génies méconnus emploient volontiers à\nnotre égard.\n   Ordinairement    de pareilles lettres vont retrouver le sonnet d'Oronte,       mais\naujourd'hui nous préférons répondre.\n   Vous pensez, en envoyant deux exemplaires d'un ouvrage, avoir droit à un\ncompte rendu ou au moins à une annonce dans l'Office, c'est une erreur. Vous\npouce: réclamer vos deux exemplaires, si cous le juge: convenable, mais nous ne\nvous devons rien.\n   Notre devoir est de prendre connaissance de tout ce qui nous est adressée! d'enren­\ndrecompte... si nous le jugeons convenable. Si le livre est inepte ou malsain, comme\nc'est le cas, notre devoir est de nous abstenir. La critique est encore un genre de,\nréclame qui vous permet d'user du droit de réponse. Qu'il vous suffise de savoir\nque votre livre est non seulement mauvais et ennuyeux, le sujet ignoble et le style\nsurchargé de chrysocale, mais encore qu'il est ordurier. C'est du jargon de mauvais\nlieu.\n   Si vous tenez à imiter quelqu'un, choisissez des maîtres comme Renan,        Augier,\nDumas, etc., etc., et ne vous vautrez pas dans la fange à la suite des pasticheurs\nde Zola.\n   Recevez, etc.                                                            A. L,\n\n   Voilà.\n   T o u s nous avons lu très froidement ce factum qui — par un hasard provi­\nvidentiel — est inséré précisément le jour où paraissent le Scribe et les Flamandes.\n"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3030, "texte": "                                     — 192 —\n\n     Providenciel ! oui, d'une Providence qui ferait des cantates !\n     Tous ceux qui ont lu la lettre inepte, plate et vile signée X — un X qui ferait\n des cantates ! toujours ! — l'ont attribuée à Emile Verhaeren ou à Albert Giraud;\n c'est stupide, mais c'est ainsi, et l'Officine de Publicité le prévoyait certes.\n     Il importe que l'on ne s'y trompe pas. La lettre en question n'étant pas\n signée, nous la considérons comme apocryphe, fabriquée de toutes pièces par\n des proxénètes littéraires et des ennemis ; vous n'avez pas le droit de faire\n croire qu'un de nous soit capable de mendier vos éloges, de lécher vos\n mains sur lesquelles nous crachons ; votre journal — ce dépotoir du style à quinze\n centimes — n'est pas des nôtres. Est-ce que nous sommes des éteignoirs,\n nous, des mouchettes, des abat-jour verts? Est-ce que nous vous connaissons,\n vous dont la besogne littéraire se fait la nuit ?\n     Octave Mirbeau parlait du comédien vil ; celui-là n'est pas sur les planches ;\n il n'a ni fard ni perruque ; il n'a point au-dessus de lui l'étoile ; non le comédien,\nle « sinistre comédien » c'est ce monsieur nul, arrivé au royaume des aveu­\ngles, qui n'a ni amis ni ennemis : rien que des sots qui le craignent; c'est\ncelui qui dit à l'actrice : « je te veux, donne-toi ou je te tombe dans ma feuille\nde rue; » à l'écrivain: « rampe ou je tombe dans ma feuille de vigne »; à\nl'artiste : « lèche ma botte, tu vois, ma botte boueuse — ou je te tombe dans\nma feuille de chou ».\n    Puis cherchez le, ce crétin ; ni vu ni connu ! vous ne le trouverez jamais ! Il\nn'existe que pour la calomnie et l'injure, non pour la réparation. C'est un\nfantôme ne laissant derrière lui qu'une odeur forte de vidange et de patchouli.\nC'est une force aussi. Il le sait. Tous nous sommes dans ses griffes, tous nous\nsubissons le fatal crachat dont il nous honore. Ses articles sont des bavures et\nses comptes-rendus des déjections; que lui importe? Il touche des appointe­\nments gras; autant pour ce scandale, bien; voici pour cette calomnie, c'est\ncela ! et ce chantage à effet, combien ? Autant — parfait.\n    Sales bêtes !\n    Ils ont eu tort, les vieux qui ne nous ont point accueillis lorsque nous\ndemandions une place au jour. Leur silence est une déclaration de guerre.\nCest bien. Mais qu'ils le sachent; ils seront écrasés, ceux-là. La partie n'est pas\n égale; nous avons de bons poings et de bonnes plumes; ils partent, nous\n arrivons, nous les poussons dehors peu à peu, invinciblement; nous les crè­\nverons à coups de langue, à coups de plume, à coups de marteau, et nous nous\nmontrerons, nous, car nos articles d'attaque sont sans peur, et lorsqu'on deman­\ndera le nom de l'auteur, dix voix répondront pour une.\n    Posons le dilemme : ou la lettre est réelle et l'auteur l'a signée — signez-la;\nou elle est de vous — et dans ce cas vous êtes d'infâmes misérables.\n    Et maintenant vous voudrez bien nous donner le nom du monsieur X qui a\ndes sueurs, n'est-ce pas, M. L. H.?\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 193, "page_fin": 197, "titre_corps": "Revue des livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "REVUE DES LIVRES", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "REVUE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 224, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "REVUE DES LIVRES\n\n\n\nGRELOTS PROGRESSISTES par Edmond Picard. Un vol. Ferdinand Larcier. Bru­\n  xelles. — KEES DOORIK par Georges Eekhoud. Un vol. 3,5o. Hochsteyn.\n   Bruxelles. — UNE CAMPAGNE CONTRE LE NATURALISME par Ferdinand Loise.\n   Un vol. Lebegue. Bruxelles. — AU BONHEUR DES DAMES par Emile Zola. Un\n   vol. 3 fr. 50 Charpentier. Paris. — L'ŒILLET BLEU — par Georges Pradel.\n   Un vol. 5 fr. Rouveyre et Blond — Paris.\n\n     L'apparition d'un pamphlet politique digne de ce nom, touchant à l'his­\n  toire par l'étude consciencieuse des faits, à la science par son développement\n  méthodique, à la littérature par la pureté de sa forme — est un événement chez\n  nous. Il semblait jusqu'aujourd'hui que le pamphlet ne fût ni dans nos mœurs,\n  ni dans nos forces intellectuelles. La génération de 1830 n'a produit aucune\n oeuvre de ce genre qui puisse survivre. L'Angleterre a Cobbet; la France,\n  Paul-Louis Courrier, Armand Carrel, — ce démocrate chevaleresque, —\n  Henri Fonfrède, et de plus illustres encore : Châteaubriand et Lammennais.\n  La Belgique       , Joseph Boniface. Le rapprochement est pénible. C'est la\n plus impitoyable et la plus sèche des constatations.\n     Ouvrez les brochures de Joseph Boniface, qui représentent l'idéal du pam­\n phlet politique Belge. Une idée — non, pas une idée, — une rancune poli­\n tique, qui n'atteint même jamais la haine, et qui, sous-l'analyse, dévie et fuit\n comme un front déprimé; pas la moindre élévation de pensée, rien qui soit\nl'indice d'une aristocratie spirituelle ; nulle inquisition des besoins de l'époque;\nune polémique qui traîne à terre, parmi les lieux communs, les plaisanteries\nfossiles, les lourdes amplifications; une forme hésitante entre le français et\nle flamand, — et qui finit par devenir le Belge, ce patois de nos journaux\npolitiques, et ce charabia de nos orateurs parlementaires.\n    Le pamphlet d'Edmond Picard, au contraire de nos brochurettes, est une\nimportante manifestation intellectuelle et littéraire.\n    On y découvre, à chaque page, une large et tolérante ouverture d'esprit, un\nmépris des doctrines surannées, sans valeur scientifique, si chères à la plou­\ntocratie qui nous gouverne, et surtout, cette indépendance de toute coterie qui\na fait écrire par l'auteur, comme épigraphe à son livre, cette devise qu'on nous\na déshabitués d'entendre : « Il faut être de son pays avant d'être de son parti. »\n    Ensuite, et c'est ce qui nous permet, — sans violer notre programme de\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3256, "texte": "                                   — 194 —\n\nstricte neutralité — de nous occuper d'un libelle politique, le pamphlet d'Ed­\nmond Picard, 'a cette rare, cette presqu'insolente qualité d'être écrit en langue\nfrançaise. La forme est adéquate au fond. Claire, correcte, élégante, rapide,\n— si rapide qu'en certains moments cette prose à toutes les vivacités de l'ac­\ntion — employant le mot, non point dans son élastique signification de\nbarreau ou de tribune, mais dans son sens propre et rigoureusement exact,\npuis aussi, quand l'exposition des faits, le récit, la statistique font place à des\naperçus philosophiques à des enseignements sociaux, forme riche, harmo­\nnieuse, dissertation pleine de noblesse et de grandeur. J'ai noté, dans cette\ngamme, le dernier chapitre, très original dans sa forme de menaçante allusion\nhistorique.\n   Certes, émanant de l'écrivain de race qui a stylé la Forge Roussel le Para­\ndoxe sur l'avocat, et qui, naguère, dans sa paraphrase d'Eschyle à propos d'un\nprocès célèbre, s'est élevé jusqu'aux sommets, de l'éloquence, — cette per­\nfection littéraire ne saurait étonner. Mais il m'a paru intéressant de signaler\nun phénomène intellectuel : la littérature moderne, le mouvement artistique\ncontemporain à la formation duquel les mesquineries de la politique de parti\nn'ont pas été étrangères, envahissant peu à peu et transformant cette politi­\nque, en l'élargissant, en l'émancipant des vulgarités quotidiennes. Et il m'a\nsemblé aussi que l'occasion était bonne, au milieu de l'aplatissement universel,\npour saluer de la plume une conscience et un caractère.\n                                          **\n   A ce mouvement artistique contemporain dont je parlais plus haut appartient\nGeorges Eekhoud, dont le nouveau roman, Kees Boorik, attire les yeux à\ntoutes les vitrines de libraire. J'ai déjà, — il y a deux mois entretenu nos lec­\nteurs de cette éclatante manifestation de l'art national. Je m'imaginais — le\npauvre ! — que ma chronique n'aurait précédé le volume que de quelques\njours, et que Kees Doorik, le robuste poldérien, allait faire son entrée dans le\nmonde spirituel, à la date fixée. J'ignorais qu'en librairie il v a deux dates :\ncelle qu'on fixe et celle qu'on ne fixe pas. C'est cette dernière qui est la bonne.\nRésultat: un compte-rendu avancé — faisandé — de deux mois.\n    Et notez bien que sur la foi de ces compte-rendus anticipés, certains lecteurs\n— très imaginatifs — se sont persuadés que le roman avait déjà paru, même\nqu'ils l'avaient lu. Quelques-uns très entêtés, n'en veulent pas démordre,\naujourd'hui que le roman a surgi aux étalages. Eh bien ! s'il en est ainsi,\nillustres gascons de Belgique, courez acheter le volume, — pour le relire'.\n   Oui, achetez bien vite ce livre puissamment suggestif. Après deux pages\nlues, vous émigrerez en esprit vers Dinghelaar et vers Cappellen, vers les hori­\nzons attirants des vastes campagnes. Vous vivrez — un volume durant, —\ndans les âcres et dilatantes senteurs de la terre, en communion avec le rustre\ndes glèbes primitives. Vous pénètrerez les anciennes mœurs et les us du Polder.\nEt si vous savez découvrir l'écrivain dans ses personnages, vous vivrez quel­\nques heures dans l'intimité d'un rare, d'un large, d'un excellent et robuste\nesprit.\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3010, "texte": "                                   —    195 —\n\n                                         *\n   Ne me demandez pas ce que M. Ferdinand Loise vient faire ici. Je n'en sais\nrien. Lui non plus, du reste. M. Loise a pris la croix — rien de l'éditeur\nLacroix, qui du reste ne prendrait pas M. Loise — mais la croix des croisés.\nOui, on fait sa petite croisade... contre le naturalisme ! Il est un peu tard, mais\nça ne fait rien. Les infidèles de Medan patienteront. Attends! Il vient:\n   « Le naturalisme a nié l'idéal... c'est pour cela que je lui ai déclaré la guerre.\nJe n'ai pas la prétention de l'avoir détrôné, (as-tu déjeuné Warwick) mais on\nme rendra cette justice que je n'ai pas du moins épargné mes efforts pour con­\ntribuer à sa ruine dans notre pavs, et je l'ai fait avec un complet désintéresse­\nment. J'ajoute que ma critique n'a pas été sans succès ( Casteleyn non plus) et\nqu'elle a opéré plus d'une conversion. M. Camille Lemonnier, maître artiste\nde l'école descriptive, aurait-il renoncé lui-même à ce naturalisme exclusif dont\nle triomphe d'un jour l'avait un moment séduit? »\n    D'où il résulte, clair comme une vessie qui ne serait pas une lanterne, que\nc'est M. Loise qui a converti Camille Lemonnier.\n    Pas modeste, M. Loise '. oh! mais pas du tout! Est-ce que Emile Valentin\nva l'admonester fraternellement, — vanitatis causa?\n    Enfin, voilà Lemonnier converti.\n    Les autres suivront.\n    Et M. Loise connaîtra une neuvième béatitude.\n    Et il chantera du Lamartine, mis en musique par Niedermeyer.\n    Adoncques. M. Loise, continuez votre tant précieuse guerre sainte. Mais\nsouvenez-vous que tout n'est pas rose aux croisades. Rappelez-vous ce\nque beaucoup de croisés rapportèrent de Palestine. Et justement, il s'agit ici\n d'une croisade naturaliste ! !\n\n   Précisément le hasard rapproche, dans cette chronique, M. Loise du roman­\ncier naturaliste contre lequel il a surtout dirigé son livre.\n   An Bonheur des Dames, d'Emile Zola, me paraît être une des oeuvres les plus\nfortement charpentées, les mieux équilibrées, et les plus vues des Rougon-\nMacquart. Depuis l'Assommoir, Zola n'a point publié de roman qui tienne\ndebout comme celui-ci, par la vigueur seule de le pensée, et la carrure de la\nlogique.\n   La lutte entre le vieux commerce parisien, et le commerce moderne, —\nidée magnifique et digne d'inspirer Balzac — est le véritable sujet de l'étude, car\nle mot roman me semble, appliqué à la dernière oeuvre d'Emile Zola, détonner.\nOpposer à la vieille routine, aux antiques traditions de l'ancien commerce,\nsur de l'excellence de ses produits, ignorant les violences de la réclame, atten­\ndant, confiné dans un magasin sombre, mal étalagé, les visites de la dimi­\nnuante clientèle, renfermé dane son scrupule d'honnêteté puritaine, opposer a\nce commerce moribond le commerce moderne, crevant d'intempérance en de\nvastes palais, fonçant de jour en jour plus avant dans le puff et l'américanisme,\nremplaçant la solidité par le brillant, voletant comme un acrobate parmi les\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3117, "texte": "                                    — 196 —\n\ncasse-cou des spéculations vertigineuses, superbe et grand par sa soif d'uni­\nverselle conquête, — est incontestablement une inspiration d'observateur\npénétrant et de magistral analyste.\n    Et cette lutte, en l'incarnant d'une part dans les Baudu, — de l'autre dans Octave\nMouret, Emile Zola l'a dramatisée, arrachée à l'abstraction; il la résume dans\nune action poignante et simple, qui dès l'exposition attache, et peu à peu\npassionne et angoisse. Un souffle de chaude émotion parcourt l'œuvre; etainsi\nl'austère étude d'Emile Zola, si remarquable déjà par la conception, atteint,\npar l'exécution, une large, vivante et tragique humanité. Et sous ce rapport,\nune page m'a surtout vivement frappé: le chapitre où madame Desforges,\npour humilier, devant Mouret, Denise dont elle est jalouse, l'aiguille de mots\naigre-doux, puis, exaspérée par la dignité calme de sa rivale, se livre dans une\nmaladroite insulte. C'est un chef-d'œuvre de puissance et de maîtrise.\n    La question de la forme, toujours attirante à étudier chez un écrivain de la\ntrempe d'Emile Zola, l'est ici doublement parce que l'auteur des Rougon-\nMacquart traverse aujourd'hui une crise littéraire qui me semble arrivée à la\n période aiguë.\n    Depuis l'Assommoir, Emile Zola, qui, pour employer une de ses expressions\n favorites, plonge par les deux pieds en plein romantisme, se rebelle de plus\nen plus contre l'école dont il sort, et rêve de s'en déchirer par un effort\nsoudain et suprême.\n    « J'ai un assez joli tas de jargon romantique derrière moi, — écrivait-il, il\ny a un mois encore à l'un d'entre nous, — pour avoir le droit de condammer\nce jargon. Si j'avais quelque influence sur la jeunesse littéraire, je ne cesserais\nde répéter aux nouveaux romanciers : soyez simples, soyez bonhomme, au\nrisque d'être plats. La vieille phrase bêtement concise de Noël et Chapsal est\nredevenue une rare originalité, par ces temps de style névrosé, d'une imitation\nsi facile. »\n    Aussi est-ce bien au risque d'être plat, qu'Emile Zola, appliquant ses\nthéories, écrit, dans Au Bonheur des Dames, les phrases suivantes, non pas,\ncomme on le pourrait imaginer, en discours indirect, mais en style de nar­\n  ration :\n    « — Au Bonheur des Dames, lut Jean avec son rire tendre de bel adoles­\ncent, qui avait eu déjà une histoire de femme à Valognes              »\n     ... « Retenue par une entorse prise en montant aux escaliers           »\n    Il fait bon lire, après ces phrases lâchées cette description du hall au soleil\n couchant :\n     « Il y avait comme un élargissement continu, un rayonnement de la clien­\n tèle, remportée aux quatre points de la cité, vidant les magasins avec la cla­\n meur ronflante d'une écluse. Cependant les toitures du Bonheur, les grandes\nlettres d'or des enseignes, les bannières hissées en plein ciel, flambaient tou­\n jours au reflet de l'incendie du couchant, si colossales dans cet éclairage oblique\n qu'elles évoquaient le monstre des réclames, le phalanstère dont les ailes, mul­\n tipliées saus cesse, dévoraient les quartiers, jusqu'aux bas lointains de la ban-\n"}, {"page_pdf": 228, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1201, "texte": "                                  — 197 —\n\nlieue. Et l'âme épandue de Paris, un souffle énorme et doux, s'endormait dans\nsa sérénité du soir, courait en longues et molles caresses sur les dernières voi­\ntures, filant par la rue peu à peu déblayée de la foule, tombée au noir de la\nnuit. »\n   De ces deux exemples, l'un de style plat et bêtement correct, l'autre de jargon\nromantique, je n'hésite pas à préférer le jargon.\n                                        *\n                                        **\n   M. Georges Pradel lui, n'écrira jamais le jargon. Il se préoccupe peu de la\nforme. Il s'agit de deviner à flair de nez, ce que veut le public. Or le public\ndemande à cor et à cris des romans honnêtes, et M. Georges Pradel écrit\nL'Œillet bleu.\n   Ni invention, ni analyse, ni humour, ni passion, — ni style. Des pages\nniaises — à donner en prix dans les pensionnats de demoiselles.\n   Ah ! le public veut de l'honnête. En voilà.\n   De l'honnête à foison, mon brave public !\n   Eh ! que diable, on peut bien spéculer un peu sur l'honnête !\n   De l'honnêteté à deux cent cinquante pour cent, quoi !\n\n                                                      ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 197, "page_fin": 198, "titre_corps": "Revue musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. 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L'œuvre\net l'auteur valaient la peine qu'on se fût donnée à dire carrément le motif de\ncette indifférence apparente : les déplorables conditions matérielles dans les­\nquelles cette exécution s'est faite et qui rendaient impossible, toute appréciation\nsérieuse.\n   On conçoit à peine que Massenet, si exigeant d'ordinaire, et à raison, quant\naux conditions d'acoustique et d'interprétation, ait consenti à faire entendre sa\nmusique de demi-teinte, dans ce hangar ou, comme on l'a mieux dit, dans\ncette gare. Cette faiblesse est d'autant plus regrettable que les mêmes éléments,\ndans un autre local, auraient donné une très complète audition d'un ouvrage\nintéressant, en somme.\n   Marie-Magdeleine est, en effet, une des premières productions que Massenet\nait livrées au public. Il avait donné précédemment : La Grand'tante, Don César\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1093, "texte": "                                     — 198 —\n\nde Bazan, une Suite d'orchestre, des Poèmes, et deux mois auparavant : les\nErynnies\n   Marie Magdeleine commence la série des poèmes bibliques, et, tout en se\nressentant de Gounod, dont Massenet dérive, elle l'ait pressentir et contient en\ngerme les deux œuvres capitales où il dégagera complétement sa personnalité :\nl'Ere et la    Vierge.\n   Le rôle qui fut créé par Mlle Viardot, était confié à Mlle Mahieux, une débu­\ntante mais une artiste, c'est-à-dire une interprête intelligente qui sous la note\nsaisit la pensée et l'exprime : mais sa voix, comme celles de Mlle Jeurissen et\nde Mr Marris devait se perdre dans cette immense salle où les cordes solides de\nBlauwaert sonnent terne.\n\n   Dans le prochain numéro, nous parlerons de la. Rédemption, dernière oeuvre\nde Gounod que la Nouvelle Société de Musique exécutera le 22 avril sous la\ndirection de l'auteur.\n   — Rappelons aussi le festival funèbre h la mémoire de Wagner : la date en\nest fixée au 8 avril.\n                                                               H. 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Le Souvenir de Sedan de M. Prorrey rappelle les rap\nsodies guerrières de Coppée et de Bergerat:\n\n              « Les canons, tout le jour, avaient vomi le fer,\n              Le carnage et le deuil au sein de la bataille;\n              Les guerriers tombaient drus dans cet horrible enfer\n              Que leur traçaient au loin la poudre et la mitraille...\n              Cependant ils allaient, tout noirs, couverts de sang.\n              Disputant, pied à pied, le coteau, puis la plaine.\n              La mort soufflait sur eux sa dévorante haleine:\n              Le bronze, en éclatant, les fauchait rang par rang; »\n\n    M. Prorrey manie bien le vers et certaines strophes de son poème ont un\n souffle très réel.\n                                                                NEMO."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Nous joignons au présent numéro", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA REVUE MODERNE Paraissant", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 230, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 417, "texte": "Nous joignons au présent numéro des couvertures                          imprimées\ndestinées au brochage du t. I de notre revue.\n\n\n                    En vente au Bureau de la Jeune Belgique :\n        Collections complètes de la Jeune Belgique, t. I. prix: 5 fr.\n                 —          (sur papier de Hollande) t. I, prix: 20 fr.\n                 —          de la Jeune Revue (très rare), prix: 2 5 fr.\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-05-n5-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA REVUE MODERNE Paraissant le 20", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 230, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 417, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "LA REVUE MODERNE\n                     Paraissant le 20 de chaque mois.\n\n\n                                  COMITE\n                   BELGIQUE :                                      FRANCE :\nCAMILLE LEMONNIER - EDMOND PICARD                           LÉON CLADEL\n          VICTOR ARNOULD.                               EDMOND DE GONCOURT.\n                                         SUISSE :\n                                      CARL VOGT.\n\n  La Revue Moderne, scientifique, littéraire, artistique et\nsociale, formera par an deux volumes d'environ 400 pages\nchacun, imprimés avec soin sur beau papier teinté, avec\ncouvertures et tables des matières.\n                    PRIX D'ABONNEMENT.\n   BELGIQUE — UN AN : 1 2 FR. — ÉTRANGER (Union Postale) : 1 4 FR.\n          Pour les abonnés de la JEUNE BELGIQUE: 10 FR. par an.\n\n\n       Je soussigné\ndemeurant à\nRue.                                                          n°\ndéclare m'abonner pour un an a LA REVUE MODERNE.\n       Le                              188                              .\n                                                               Signature :\n\n\n   Détacher cette page après y avoir inscrit lisiblement ses nom, profession et adresse, et\nl'envoyer sous bande avec un timbre d'un centime à l'adresse suivante : La Revue Moderne,\n74, Avenue de la Toison d'Or, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3693, "texte": "    EN       VENTE              CHEZ               TOUS LES                                                                                                                 LIBRAIRES.\n\n\n            LES FLAMANDES\n                   poésies d'EMILE V E R H A E R E N\n                                      Un volume :        fr.3.50\n\n\n\n\n                          LE SCRIBE\n                              par ALBERT GIRAUD\n                                      Un volume : fr. 5.50.\n\n\n\n\n                  KEES DOORIK\n       Scènes du Polder, par GEORGES EEKHOUD\n                                      Un volume : fr, 5.50. -\n\n\n                                                                                                                          momentanée de travail, causées par accident: UN CAPITAL OU UNE ALLO-\n                                                                                                                          CATION QUOTIDIENNE. Assurances des Ouvriers et des Patrons.\n\n         RÉVOLUTION                                                                                                        La Compagnie garantit : En cas de décès; En cas d'incapacité permanente ou\n               DANS L ' A R T D E S E RASER\n\n\n\n\n       RASOIR\n                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          L'ASSURANCE F R A N Ç A I S E\n                                                                   Agence Générale à Bruxelles : 6, Rue des Dominicains\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                                                                                                      CONTRE LES'ACCIDENTS DE PERSONNES\n\n          AMÉRICAIN,       breveté     .      s.g.d.g.\n    Il est impossible dans une annonce de\ndonner une idée complète des avantages\nextraordinaires de cette merveilleuse inven­\n                                                                                                                                                                                                        Etablie à Paris, 6, Boulevard des Italiens.\n\n\n\n\ntion ; cet appareil justifie entièrement sa\n                                                                                                                                                                                                                                                                                          CAPITAL; I2;000;000 DE FRANCS\n\n\n\n\nvogue ; il permet à toute personne de se\nraser sans en avoir aucune habitude, et cela\nsans crainte de coupure.\n    Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement\nnerveux, on peut se raser d'une façon plus\nparfaite que ne le ferait le barbier le plus\nexpérimenté par les procédés anciens.\n    Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce\nnouveau rasoir est tellement ordinaire qu'il-\nest certain qu'il remplacera partout l'ancien\nsystème : il suffit de l'avoir essayé une fois\npour ne plus vouloir se raser ni se laisser\nraser par d'autres procédés.\nNe pas confondre avec des appareils similaires\n  qui se vendent à vil prix et qui n'ont aucun\n  des avantages du rasoir américain.\n  Pour le recevoir franco, envoyer fr. 5-50 en un\nmandat-poste à M. MICHEL, 37, rue des Solitaires,\nParis. Remises pour les achats en gros).\n      Prière de nous indiquer dans quel journal\n                on a lu cette annonce.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 188, "texte": "(3 e année)    1883                        T o m e I I . N°. 5 .                                                  5 Avril\n\n\n\n\n                                                                   LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                           SOMMAIRE\n  UNE CAGE DE BÈTES FÉROCES                                             .       .    .    .     EMILE ZOLA.\n  L E CAFÉ LAFLEUR (fin)                       .       .       .        .       .    .    .     HIPPOLYTE DEVILLEKS.\n  V I E I L L E S NOUVELLES                III. Réponse                             à une .\n                                                                   papetière .            .    MAX WALLER.\n                                           IV. Derniers bourgeois\n NOVEMBRE .           .    .   .       .       .       .        .       .       .     .   .     JUAN CRESSONIO.\n POESIES I La ronde des Souvenirs .                                             .     .   .     EMILE VEKHAEREN.\n              II La Nymphe                                                                .     ALUERT GIRAUD. ,\n              III Prière           .                                                            HIPPOLYTE BUFFENOIR.\n              IV Sonnet intime                                                                  EDOUARD LEVIS.\n OBSESSION                                                                                      GEORGES BAUWENS.\n RÊVE INDIEN          ...      .   .       .       .       .        .       .        .    .     A. FONTAINAS.\n C E L L E QUI P E I N T       .   . -                                                         ALFRED POUTHIER.\n L E PRIX DE LA VIE .              .           .       .       . . .            .    .    .    AUGUSTE LAVALLÉ.\n A L'OFFICE DE P U B L I C I T É                       .       .        • •                    TÈTE DE MORT.\n REVUE DES LIVRES . . .                                .       .        . .          .    .    ALBERT GIRAUD.\n REVUE MUSICALE . . .\"                                                                         H . M.\n MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE .                                              .       .    .    .    NEMO.\n\n\n                                   . LE NUMÉRO\n\n        En Belgique : fr. 0.60. — A l'Étranger: fr. 0.75.\n\n                                           BRUXELLES\n                 BUREAUX                    : 90, RUE                                         BOSQUET\n                                            MDCCGLXXXIII\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "                  LA JEUNE BELGIQUE\n                          Paraissant le 5 de chaque mois.\n\n\n                                     BUREAUX\n                       BRUXELLES : 90, rue Bosquet.\n\n\n                               ABONNEMENTS\n U n an                              5 fr.    |    Un semestre .      .   .   .        3 fr.\n                           U n i o n postale : le port en sus.\n\n\n\n          Les abonnements se prennent                      à toute époque.\n\n\n                      BOITE AUX LETTRES.\n   22. Pierfond, — Bien plus que f eu Tantale me semble un peu chevillard, cher poète.\n Le dernier quatrain est charmant ; les premiers sont médiocres. Mille bombes ! Avril doit\n vous inspirer mieux que cela !\n   23. M. C. — Très élégiaque ; un peu passé de mode, mais bon. Passera certainement.\n Patience et merci.\n   24. Henri M. — Votre lettre nous a beaucoup touché, mais fias vos vers qui demandent\ndu secours. Merci tout de même; vous êtes un fidèle, un ami, un rare et nous vous serrons\nla main bien fort.\n   25. Maurice K. — Ton cousin — hum ! — n'est pas encore un Hugo. Dis-lui de se\nsoigner. — Sa Vieille histoire est troubadouresquement mauvaise, mais en revanche elle\nest très vieille — troubadouresquement parlant.\n   26. Jean Rage. — Moi aussi, de voir que nous ne puissions insérer votre sonnet, en\nprésence de votre lettre si aimable. Revenez-y avec de la marchandise plus saine. Ceci est\ndu jambon d'Amérique littéraire.\n   27. Ferdinand H. — Je prends: Au Caji-Conceri pour le n° 6 de la J. B.\n   28. Charles-Marie. Encore un Café-Concert; je ne le prends pas; revenez-y avec meil­\nleur.\n   29. Raphaël B. Liége. — Le sage conseil de rédaction a reculé d'horreur ! — Ami.\n   30. Max Hym. —Abonné ? Philanthropie passera peut-être.\n   31. Léon C. Schaerbeek. — Pour l'amour de Jéhovah, ne nous envoyez pas de ces lon­\ngues pièces de vers qui n'en finissent pas ! Un bon sonnet vaudrait cent fois mieux. Et puis,\nsongez; ce ne serait rien de les insérer     mais il faut les lire !\n   32. Frédéric B. Béthoncourt. — Le Satyre passera dans le n° 6 de la J. B.\n   33. yules IL. Passy. — Les vers de Casteleyn sont des perles à côté des vôtres 1\n    34. Nous prions l'auteur de Bucolique Moderne de bien vouloir nous dire son nom.\nVeut-il signer Clodion? Passera dans le n° 6 (en partie) après réponse.\n   35. Un abonné Liégeois — Retapé, votre dernier sonnet passera, mais, que diable !\napprenez la prosodie; cela fourmille de fautes. Sous quel nom on pseudonyme f\n                     BRUX. — I M P R . A D . MERTENS, 12, RUE D'OR.\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "       UNE CAGE DE BÊTES FÉROCES\n\n\n\n   Un matin, un Lion et une Hyène du Jardin des Plantes réussirent à\nouvrir la porte de leur cage, fermée avec négligence.\n   La matinée était blanche et un clair soleil luisait gaiement au bord\ndu ciel pâle. Il y avait, sous les grands marronniers, des fraîcheurs\npénétrantes, les fraîcheurs tièdes du printemps naissant. Les deux hon­\nnêtes animaux, qui venaient de déjeuner copieusemenst, se promenèrent\navec lenteur dans le Jardin, s'arrêtant de temps à autre, pour se lécher\net jouir en braves gens des douceurs de la matinée.\n   Ils se rencontrèrent au fond d'une allée, et. après les politesses\nd'usage, ils se mirent à marcher de compagnie, causant en toute bonne\namitié. Le Jardin ne tarda pas à les ennuyer et à leur paraître bien petit.\nAlors ils se demandèrent à quels amusements ils pourraient consacrer\nleur journée.\n   — Ma foi, dit le Lion, j'ai bien envie de contenter un caprice qui\nme tient depuis longtemps. Voici des années que les hommes viennent,\ncomme des imbéciles, me regarder dans ma cage, et je me suis toujours\npromis de saisir la première occasion qui se présenterait, pour aller les\nregarder dans la leur, quitte à paraître aussi bête qu'eux... Je vous\npropose un bout de promenade dans la cage des hommes.\n    A ce moment, Paris, qui s'éveillait, se mit à rugir d'une telle force,\nque la Hyène s'arrêta court, écoutant avec inquiétude. La clameur de\nla ville montait, sourde et menaçante, et cette clameur faite du bruit\ndes voitures, des cris de la rue, de nos sanglots et de nos rires, ressem­\n blait à des hurlements de fureur et à des râles d'agonie.\n    — Bon Dieu ! murmura la Hyène, ils s'égorgent pour sûr dans leur\n cage. Entendez-vous comme ils sont en colère et comme ils pleurent?\n    — Il est de fait, répondit le Lion, qu'ils font un tapage effroyable :\n quelque dompteur les tourmente peut-être.\n    Le bruit croissait et la Hyène avait décidément peur.\n    — Croyez-vous, demanda-t-elle, qu'il soit prudent de se hasarder là-\n dedans ?\n      5 Avril 1883.                                                13\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "                                —   102 -—\n\n  — Bah! dit le Lion, ils ne nous mangeront pas, que diable! Venez\ndonc. Ils doivent se mordre d'une belle façon, et cela nous fera rire.\n\n                                    II\n\n    Dans les rues, ils marchèrent modestement le long des maisons.\n Comme ils arrivaient à un carrefour, ils furent entraîne's par une foule\nénorme. Ils obéirent à cette poussée qui leur promettait un spectacle\nintéressant.\n     Ils se trouvèrent bientôt sur une vaste place où s'écrasait tout un\npeuple. Au milieu, il y avait une sorte de charpente en bois rouge, et\ntous les yeux étaient fixés sur cette charpente, d'un air d'avidité et de\njouissance.\n    — Voyez-vous, dit à voix basse le Lion à la Hyène, cette charpente\nest sans doute une table sur laquelle on va sen ir un bon repas à tous\nces gens qui se passent déjà la langue sur les lèvres. Seulement la table\n me paraît bien petite.\n    Comme il disait ces mots, la foule poussa un grognement de satis­\n faction et le Lion déclara que ce devait être les vivres qui arrivaient,\nd'autant plus qu'une voiture passa au grand galop devant lui. On tira\nun homme de la voiture, ou le monta sur la charpente et on lui coupa\nla tête avec dextérité ; puis, l'on mit le cadavre dans une autre voiture,\net l'on se hâta de l'enlever à l'appétit féroce de la foule, qui hurlait,\nsans doute de faim.\n   — Tiens, on ne le mange pas ! s'écria le Lion désappointé. La Hyène\nsentit un petit frisson agiter ses poils.\n   — Au milieu de quelles bêtes fauves m'avez-vous conduite? dit-elle.\nElles tuent sans avoir faim... Pour l'amour de Dieu, tâchons de sorti?,\nvite de cette foule.\n                                     III\n   Quand ils eurent quitté la place, ils prirent les boulevards extérieurs\net marchèrent ensuite tout doucement le long des quais. En arrivant à\nla Cité, ils aperçurent, derrière Notre-Dame, une maison basse et\nlongue, dans laquelle les passants entraient comme on entre dans une\nbaraque de la foire, pour y voir quelque phénomène et en sortir émer­\nveillé. On ne payait d'ailleurs ni en entrant ni en sortant. Le Lion et la\nHyène suivirent la foule, et ils vinrent sur de larges dalles des cadavres\nétendus, la chair trouée de blessures. Les spectateurs muets et curieux,\nregardaient tranquillement les cadavres.\n   — Eh ! que disais-je ! murmura la Hyène, ils ne tuent pas pour\nmanger. Voyez comme ils laissent gâter les vivres.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                               — 163 —\n\n   Lorsqu'ils se trouvèrent de nouveau dans la rue, ils passèrent devant\nun étal de boucher. La viande pendue aux crocs d'acier était toute rouge ;\nil y avait contre les murs des entassements de chair, et le sang, par\nminces ruisseaux, coulait sur les plaques de marbre. La boutique entière\nflambait sinistrement.\n   Regardez donc, dit le Lion, vous dites qu'ils ne mangent pas. Voilà\nde quoi nourrir notre colonie du Jardin des Plantes pendant huit jours..\nEst-ce que c'est de la viande d'homme, cela?\n   La Hyène, je l'ai dit, avait copieusement déjeuné.\n   — Pouah ! fit-elle en détournant la tête, c'est dégoûtant. La vue de\ntoute cette viande me fait mal au cœur.\n\n                                    IV\n\n   — Remarquez-vous, reprit la Hyène un peu plus loin, remarquez-\nvous ces portes épaisses et ces énormes serrures? Les hommes mettent\ndu fer et du bois entre eux, pour éviter le désagrément de s'entre-\ndévorer. Et il y a, à chaque coin de rue, des gens avec des épées, qui\nmaintiennent la politesse publique Quels animaux farouches !\n   A ce moment, un fiacre qui passait écrasa un enfant et le sang jaillit\njusque sur la face du Lion.\n   — Mais c'est écœurant ! s'écria-t-il en s'essuyant avec sa patte ; on ne\npeut faire deux pas tranquille. Il pleut du sang dans cette cage.\n   — Parbleu, ajouta la Hyène, ils ont inventé ces machines roulantes\npour en obtenir le plus possible, et ce sont là les pressoirs de leur\nignoble vendange. Depuis un instant, je remarque, à chaque pas, des\ncavernes empestées au fond desquelles les hommes boivent de grands\nverres pleins d'une couleur rougeâtre qui ne peut être autre chose que\ndu sang. Et ils boivent beaucoup de cette liqueur pour se donner la folie\ndu meurtre, car, dans plusieurs cavernes, j'ai vu les buveurs s'assommer\nà coups de poing.\n   — Je comprends maintenant, reprit le Lion, la nécessité du grand\nruisseau qui traverse la cage, Il en lave les impuretés et emporte tout le\nsang répandu. Ce sont les hommes qui ont dû l'amener ainsi chez eux,\npar crainte de la peste. Ils y jettent les gens qu'ils assassinent.\n   — Nous ne passerons plus sur les ponts, interrompit la Hyène en\nfrémissant... N'êtes-vous pas fatigué'' Il serait peut-être prudent de\nrentrer.\n                                       V\n  Je ne puis suivre pas à pas les deux honnêtes animaux. Le Lion\nvoulait tout visiter, et la Hyène, dont l'effroi croissait à chaque pas,\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "                               — 164 —\n\nétait bien forcée de le suivre, car jamais elle n'aurait osé s'en retourner\ntoute seule.\n    Lorsqu'ils passèrent devant la Bourse, elle obtint par ses prières\ninstantes qu'on n'entrerait pas. Il sortait de cet antre de telles plaintes,\nde telles vociférations, qu'elle se tenait à la porte, frissonnante, le poil\nhérissé.\n   — Venez, venez vite, disait-elle en tâchant d'entraîner le Lion, c'est\nsûrement là le théâtre du massacre général. Entendez-vous les gémisse­\nments des victimes et les cris de joie furieuse des bourreaux. ? Voilà un\nabattoir qui doit fournir toutes les boucheries du quartier. Par grâce,\néloignons-nous.\n   Le Lion, que la peur gagnait, et qui commençait à porter la queue\nentre ses jambes, s'éloigna volontiers. S'il ne fuyait pas, c'est qu'il\nvoulait garder intacte sa réputation de courage. Mais, au fond de lui,\nil s'accusait de témérité, il se disait que les rugissements de Paris, le\nmatin, auraient dû l'empêcher de pénétrer au milieu d'une si farouche\nménagerie.\n    Les dents de la Hyène claquaient d'effroi, et, tous deux, ils s'avan­\nçaient avec précaution, cherchant leur chemin pour rentrer chez eux,\ncroyant à chaque instant sentir les crocs des passants s'enfoncer dans\nleur cou.\n                                      VI\n\n    Et voilà que, brusquement il s'élève une clameur sourde des coins de\nla cage. Les boutiques se ferment, le tocsin se lamente d'une voix hale­\n tante et inquiète.\n    Des groupes d'hommes armés envahissent les rues, arrachent les\n pavés, dressent à la hâte des barricades. Les rugissements de la ville ont\n cessé; il y règne un silence lourd et sinistre. Les bêtes humaines se\n taisent; elles rampent le long des maisons, prêtes à bondir.\n    Et bientôt elles bondissent. La fusillade éclate, accompagnée de la\n voix grave du canon. Le sang coule, les morts s'écrasent la face dans\n ruisseaux, les blessés hurlent. 11 s'est formé deux camps dans la cage\n des hommes, et ces animaux s'égayent un peu à s'égorger en famille.\n   Quand le Lion eut compris ce dont il s'agissait:\n   — Mon Dieu! s'écria-t-il, sauvez-nous de la bagarre! Je suis bien\npuni d'avoir cédé à la bête d'envie que j'avais de rendre visite à ces ter­\nribles carnassiers. Que nos mœurs sont douces à côté des leurs! Jamais\nnous ne nous mangeons entre nous.\n    Et s'adressant à la Hyène :\n    — Allons, vite, détalons, continua-t-il. Ne faisons plus les braves.\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                                — 165\n\nPour moi, je l'avoue, j'ai les os gelés d'épouvante. Il nous faut quitter\nlestement ce pays barbare.\n   Alors, ils s'enfuirent honteusement et peureusement. Leur course\ndevint de plus en plus furieuse et emportée, car l'effroi les battait aux\nflancs et les souvenirs terrifiants de la journée étaient comme autant\nd'aiguillons qui précipitaient leurs bonds.\n   Ils arrivèrent ainsi au Jardin des Plantes, hors d'haleine, regardant\navec terreur derrière eux. Alors, ils respirèrent à l'aise, ils coururent se\nblottir dans une cage vide dont ils fermèrent vigoureusement la porte\nLà, ils se félicitèrent avec effusion de leur retour.\n   — Ah! bien, dit le Lion, on ne me reprendra pas à sortir de ma cage\npour aller me promener dans celle des hommes. Il n'y a de paix et de\nbonheur possible qu'au fond de cette cellule douce et civilisée.\n                                    VII\n   Et, comme la Hyène tâtait les barreaux de la cage les uns après les\nautres :\n   — Que regardez-vous donc? demanda le Lion.\n  — Je regarde, répondit la Hyène, si ces barreaux sont solides et s'ils\nnous défendent suffisamment contre la férocité des hommes.\n                                                       E M I L E ZOLA.\n\n\n\n\n                  LE CAFÉ LAFLEUR\n                                  (FIN.)\n\n   Un an plus tard, bien des choses se sont passées.\n   Les époux Bouvard — un couple entre deux âges et bien rente, —\nhabitaient la commune depuis des années déjà. 'Beaucoup les évitaient,\nd'aucuns les enviaient. De fait ils vivaient seuls ; la femme entendait\nune messe basse chaque matin et le mari était du Conseil de Fabrique.\nCes gens avaient fait fortune à Paris en louant des services de table :\nlinge, argenterie, vaisselle, soit au mois soit pour des dîners d'apparat.\nMétier inconnu, et clientèle exotique qui récompense largement cer­\ntaines complaisances ou mises-en-rapport. M. Bouvard portait lunettes\n— ce qui le gênait un peu pour voir — et avait la figure ravagée. Les\nmauvaises langues affirmaient qu'autrefois il avait été compromis dans\nune affaire de mœurs, et s'en était tiré comme témoin à décharge.\n   Comment Lafleur et M. Bouvard firent-ils connaissance? mystère,\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "                               — 166 —\n\nplutôt affinité. Ces faux extrêmes ne demandent qu'à se rencontrer. Le\npremier était rouge, le second était blanc, tous deux d'opinion comme\nde barbe.\n   Depuis que la fille de Pierre Maréchal était chez Lafleur les deux\nhommes se parlaient plus souvent ; un jour Lafleur dit à Bouvard :\n« Entrez-donc! » et Marie leur servit de la bière.\n   — Beau brin de fille!... dit Bouvard.\n   — Et c'est honnête!... ajouta Mme Lafleur qui avait entendu.\n   On causa politique; on se fit des concessions, et Lafleur quitta\nBouvard en lui disant : « Mon cher ami, permettez-moi cette appella­\ntion, quand on est d'honnêtes gens, et gens de bonne foi, même adver­\nsaires, on s'estime. »\n   Bouvard vint souvent. Lafleur voulut offrit un déjeuner : Mme Lafleur\nconsulta le calendrier et fixa le jour.\n   On déjeuna longuement, et Bouvard offrit le champagne. Pendant\nle service Marie se plaignit d'un fort mal de tête, elle avait eu même\nun étourdissement dans sa cuisine. Mme Lafleur la fit monter de suite,\nprendre un peu de repos; et, comme elle ne se sentait pas mieux, l'aida\nà se défaire et la coucha dans le bon lit de la chambre du premier, de\nla chambre d'ami. M. Bouvard devait comprendre cela., la fille d'un\nami... presque leur enfant. .\n   Le café se prolongea ; puis Lafleur s'excusa d'avoir un rendez-vous à\nParis et laissa Bouvard avec sa femme : « Vous n'êtes pas si pressé,\nvous tiendrez bien un peu compagnie à la bourgeoise?.. »\n   Mme Lafleur monta; elle était inquiète de Marie. En redescendant elle\ndit à Bouvard : « Elle est mieux, les couleurs reviennent,.. elle dort...\nOn dirait une jolie vierge du bon Dieu.. Montez doucement, vous\nverrez... »\n   Le lendemain Marie avait un air hagard, les yeux creux, l'expression\nindéfinissable Maréchal lui dit : « Tu es malade? »\n   — « Non père » — et elle pleura.\n\n\n   Bouvard eut ses jours attitrés, et cela dura quelques mois. La pa­\ntronne étrenna de beaux pendants d'oreilles et M. Lafleur une redingote\nneuve. Bouvard emmenait les époux au théâtre, à Paris, et le soir les\nramenait en fiacre, passé minuit. La dépense était grosse, car pour\npasser la barrière à cette heure, le cocher faisait son prix.\n   Nos noctambules clubistes ne pouvaient rien ignorer et n'ignoraient\nrien; mais de plus graves questions les intéressaient, et de grands pro­\nblèmes à résoudre les empêchaient de s'arrêter à de pareilles' vétilles.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                                  —   167\n\n   Un seul avait un épais bandeau sur les yeux : l'honnête Pierre\n   Maréchal.\n      Les belles joues fraîches de Marie n'étaient plus qu'un souvenir, ses\n  traits se tiraient ; et, de jour en jour, sa bouche se déformait visiblement,\n   Frimeux, qui observait, constata cela avec une joie comprimée et féroce.\n      Un soir il dit à Maréchal : Ta fille engraisse.\n      — Tu crois?... moi qui lui trouvais mauvaise mine.\n     — Affaire de temps, répartit Frimeux.\n      — Faut espérer!\n      Le coup faisait long feu. A quelque temps de là Pierre, Maréchal\n  reçut une lettre anonyme ainsi conçue : « Lafleur a vendu votre fille,\n  elle est enceinte. »\n     Quand le pauvre père entra le soir chez Lafleur, il était très pâle et\n trébuchait comme un homme ivre. Il tendit la lettre au patron, e\n sa main tremblait. Lafleur lut, et demeura impassible. La force de cet\n  homme était toute entière dans son sang-froid. Il lança un regard\n oblique à Frimeux qui lisait le journal, sans mot dire, et tranquillement\n  dit à Maréchal : « Mon ami, il y a de bien vilaines gens ! » puis il\n appela Marie, alla au devant d'elle jusqu'à la porte de sa cuisine, et lui\n donna la lettre en lui disant haut et d'un ton navré : « Lisez ma fille,\n et répondez à votre père, » mais rapidement il lui sifflait à l'oreille :\n « Niez... il vous tuerait ! »\n     En une seconde elle eut l'horreur des conséquences d'un aveu qui\n était sur ses lèvres ; et se jetant au cou de Pierre Maréchal elle lui dit\n en suffoquant : « C'est une infamie, mon bon père, non, sois tranquille\n tu ne rougiras jamais de ta fille ! »\n     — C'est que, vois-tu, je n'ai plus que toi... plus que toi Marie! — et\n il pleurait, ce colosse, il pleurait comme un enfant consolé. Il n'avait\n pas compris tout ce qu'il y avait de sombre dans les paroles de la mal\nheureuse.\n                                          *\n                                         **\n     Que se passait-il? Quand Bouvard fut certain que Marie était en­\nceinte, il jugea, au désespoir de sa victime, qu'il serait dangereux de\nrompre brusquement, et voulant éviter tout scandale il promit de\nplacer sous peu Marie à Paris et de se charger de faire élever l'enfant.\nPeu à peu il vint moins, enfin il ne vint plus et fit même courir de\nmauvais bruits sur les Lafleur qui comprirent vite que Bouvard était\nplus fort qu'eux, qu'ils s'étaient fourvoyés et n'avaient plus qu'à se sou­\nmettre. Mme Lafleur se chargea de catéchiser Marie; et Frimeux, un\nsoir, passant devant la cuisine, prêta l'oreille et saisit ces quelques\nmots : « Mais ma fille, ça se fait tous les jours, et moi... »\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "                               —   168 —\n\n   — Jamais I j'aimerais mieux mourir avec mon enfant!...\n   — « Folle!... écoutez-moi...»\n   Un après-midi, Marie demanda à sortir, s'habilla, et alla résolument\nchez Bouvard. — Madame Bouvard était là. — Elle s'était grisée, la\npauvre enfant ; et, n'ayant plus aucun ménagement à garder, elle éleva\nla voix, en désespérée!... Aux premiers mots les époux Bouvard la traitè­\nrent comme une gueuse, la jetèrent à la porte, et menacèrent de la faire\narrêter si jamais elle osait se représenter.\n   Affolée, la tête perdue, elle courut jusqu'à la nuit. Orpheline, elle\neût accepté son sort peut-être, élevé le cher petit être qu'elle sentait\ndéjà vivre, mais reparaître devant son père l'épouvantait ! Elle n'osa pas.\n                                     *\n\n   Un, deux jours, se passèrent, et Marie ne rentrait pas. Maréchal allait\net venait, comme un fou ; dix fois par jour il faisait irruption chez\nLafleur : « Est-elle revenue?... »\n   — Non !\n   Il commençait à devenir menaçant. Monsieur Lafleur, lui, faisait\ndes démarches et évitait Maréchal. Le troisième jour, au matin, Maréchal\nlut dans les nouvelles diverses d'un journal que le corps d'une jeune\nfemme enceinte avait été trouvé dans la Seine et porté à la Morgue.\nPas de papiers, aucune blessure, des vêtements propres ; tout faisait\ncroire à un suicide; le linge était marqué MM.\n    « C'est Marie!... gémit le pauvre homme dont la raison s'égarait,\n Mon Dieu ! mon Dieu ! »\n    Et la vérité dans toute sa hideur lui crevait enfin les yeux, lui\n entrait au ventre ! Il se rappelait les avertissements de Traîne-Patte, les\n méchants sous-entendus de Frimeux, la lettre anonyme... « Oh ! les\n misérables !!...»\n    Il courut II essaya de courir ; ses jambes ne le pouvaient. Les pas­\n sants le regardaient, étonnés ; d'aucuns se rangeaient, le croyant ivre.\n    A la Morgue, il faillit tomber à la renverse; jusque là il avait encore\n douté !\n    Sa fille était étendue sur l'épouvantable pierre, penchée comme celles\n de certaines tombes, mais avec son cadavre dessus. C'était bien Marie; les\n membres roidis, les doigts écartés, les cheveux plaqués, mouillés; le corps\n gonflé, la bouche ouverte; elle était là, Marie! et son pauvre corpsqu'on\n avait vendu et défloré, qui avait souffert sans avoir aimé, avait cet aspect\n horriblement repoussant qu'a le cadavre livré à la profanation des re­\n gards, aux propos du public. Ce n'est plus la mort habituelle, ordinaire,\n respectable et respectée; le mort qui est chez soi, dans son home, sur\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                               — 169 —\n\nson lit. Non ! Là, dans ce hangar du crime, du de'sespoir ou de l'acci­\ndent, la mort est avilie, dégradée, honteuse même ; elle est jetée en\npâture à la gouaillerie cynique d'une grande ville, à la curiosité mal­\nsaine du désœuvré, aux racontars imbéciles des commères, aux besoins\ndu reportage. Sur le champ de bataille, la dépouille humaine a la salut\nde l'ennemi ; quand elle passe dans la rue, elle peut encore espérer le\ncoup de chapeau de l'indifférent: mais quand elle échoue à la Morgue,\nelle n'a plus droit qu'à l'oraison funèbre du voyou : une blague ou une\nobscénité...!\n    Les effets de Marie: robe, jupon, bas, chemise, et jusqu'au petit bonnet\nà rubans, étaient accrochés au mur, et à présent semblaient des loques.\nC'est que dans cette salle publique, plus encore que la fosse, où du moins\nles morts sont chez eux, tout vêtement devient guenille. Ici l'eau sainte,\nque par un reste de naïve croyance on met auprès du mort qui fut cher,\npour en purifier les restes, est remplacée par l'eau froide du robinet de\nla salubrité qui filtre lentement sur ce cadavre inconnu. Et, goutte à\ngoutte, elle tombait, cette eau ! elle tombait de haut, comme de lourdes\nlarmes, et rejaillissait en s'écrasant d'entre les deux seins de Marie, tu­\n méfiés maintenant, et d'où déjà, la nature faisant son œuvre avec\n impassibilité, avait perlé d'annonciatrices petites gouttelettes de lait.\n    Maréchal regardait, depuis longtemps, sans parter; il devenait idiot\n et attendait que le corps bougeât, même il riait. On le remarquait;\n des gamins dirent : « Il en a un béguin, le vieux ! »\n    — Alors le garde lui frappant brusquement sur l'épaule : « Allons !\n vous... circulez !... »\n    Ce fut un réveil. Maréchal pris de frayeur se sauva.\n\n\n   Le lendemain il reprenait son travail; et le soir, vint, comme à son\nhabitude, diner chez Lafleur On s'attendait à des questions plus pres­\nsantes ; il n'en fit pas, mangea peu et but beaucoup. Après son repas il\ndemanda un carafon d'eau-de-vie. Frimeux et Traîne-Patte qui faisaient\nun cent de piquet regardèrent Lafleur On se sentait inquiet. M. Lafleur\nn'osa pas refuser l'eau-de-vie. Le maître paveur but le contenu du carafon\net ne desserra les dents que pour dire: «. Un autre ! » C'est Mme Lafleur\nqui le servit, blanche comme un linge.\n   Rien, Maréchal ne disait rien! il buvait! Lui parler, le faire parler?\nOui; mais comment ? que lui dire ? Une gêne augmentait qui devenait\nde la peur. On comprenait que Maréchal savait tout; et le silence per­\nsistant de cet athlète qui se soûlait devenait effrayant !\n   — « Un carafon ! »\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "                                —   170 —\n\n    Les deux Lafleur, Frimeux et Traîne-Patte jetaient des coups d'oeil\nvers la porte ; tous les quatre eussent voulu fuir, pas un n'osait. Ils\nétaient terrifiés. On le sait encore.\n    Maréchal avait entre ses jambes une grosse barre de fer amincie du\nbout qui sert aux paveurs.\n    — « Un carafon ! ! »\n    Ils s'entre-regardèrent, blêmes. On hésitait ; mais comme Maréchal\nfit un mouvement pour se lever, Lafleur s'empressa : « Voilà, Maréchal,\nvoilà !... » et il lui lui donna un litre plein, un espoir maintenant lui\nvenait : l'achever.\n   — « Payez-vous !... » dit le paveur en jetant une grosse pièce en\nargent sur la table. La pièce roula à terre et Lafleur se baissa pour la\nramasser.\n    Maréchal se leva, brusquement ; sa massue de fer tournoya comme\nune badine dans la main d'un enfant ; et, avant que Lafleur ne fût de­\nbout, la lourde tringle s'abattit sur son crâne nu, qu'elle fracassa ...\n    Un bruit sourd, et Lafleur, à demi redressé, retomba lourdement la\nface aplatie sur les dalles de sa boutique, avec un gros mugissement de\nbœuf assommé, — mort !\n\n    Il n'y eut pas un cri. On s'attendait à quelque chose, et l'anxiété était\nfaite d'inconnu ; peut-être même les témoins du meurtre eurent-ils un\nsoulagement... c'était fini !\n   Maréchal s'en alla, tranquillement, comme un homme à jeun ; et\nMme Lafleur avec Frimeux et Traîne-Patte fermèrent la boutique.\n\n\n    La mort de Lafleur fit connaître bien des choses. Lafleur, marié en\n province, avait abandonné sa femme et deux enfants pour venir à\n V... ouvrir avec la fille Flore Durand le café que nous connaissons.\n La maison était louée à la demoiselle Durand, ce qui empêcha les héritiers\n de la victime de pouvoir inquiéter la fausse M\" Lafleur. L'affaire fit\n grand bruit; les clubistes se séparèrent et la maison resta fermée pendant\n quelques mois.\n    Tout est bien changé à V.... — Traîne-Patte a quitté la commune et\nfait du chêne à Paris dans les escaliers. Le grand, à la maladie de foie,\n est mort au lendemain d'un ballottage désastreux. Le Saint-Joséphié\n a compris, et est devenu philosophe. La femme de Frimeux est morte\n phtisique peu de jours après le crime, et Frimeux vient d'épouser\n Mme Lafleur ; il apporte un nom, elle de l'argent. C'est un homme\n arrivé.\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                                —    171    —\n\n\n   Tout s'apaise. Frimeux a fait repeindre la boutique, construire et\ndécorer une grande salle dans le jardin, et de très loin on lit, le dimanche,\nces deux mots en grandes lettres au gaz: « Bal Frimeux. »\n   Bouvard est maire de la commune.\n   Quant à Pierre Maréchal, les gendarmes le prirent chez lui, et sans\nqu'il fît résistance, le lendemain du coup. Il attendait qu'on vînt l'arrêter.\nIl a été comdamné à perpétuité et vient d'être dirigé sur la Nouvelle\nCalédonie.\n   — Ni reconnu, ni réclamé, le corps de Marie a été à l'amphithéâtre.\n                                           HlPPOLYTE DEVILLERS.\n\n\n\n\n                 VIEILLES NOUVELLES\n                          III.\n                      RÉPONSE A UNE PAPETIÈRE\n\n    Parbleu oui! je me souviens de vous, de toi, petite aux yeux noirs, que\nje baisai sur la bouche un matin de nouvel an. Parbleu oui ! je me sou­\nviens ! C'était le beau temps où tous les bonnets dansaient aux peignes\ndes moulins, malgré les oncles pansus qui roulaient des yeux de por­\ncelaine !\n    Tu aurais bien pu m'appeler Max tout court et me dire tu, mignonne\nd'autrefois, gentillette de la chère époque passée !\n    Pit ouït ! Mire Ion la ! lanlaire ; c'était bon, cré nom ! et que je te\nremercie de m'avoir un instant, à la pointe de tes pattes de mouche,\nremis sous le blair le temps de soleil, et tes yeux sombres que tant\nj'aimais !\n   Te souviens-tu, toi, te souviens-tu bien, papetière douce, de ces jours\nlointains où je t'allais agacer en ta boutique du coin? Tu disais non et\nje demandais pourquoi. Tu disais non et je criais oui, avec de la braise\nrouge dans la voix. Cela t'était bien égal, la braise rouge ! tu mettais un\npeu plus de velours noir dans tes prunelles, un peu plus de satin dans\nla main blanche, et tu répétais non. Alors j'achetais une Ramette de\nCream-laid que tu me faisais payer très cher, je te laissais avec ma mon­\nnaie, un lambeau tout sanglant de mon cœur et je partais grimoulant et\nrageur, tandis que tu montrais tes quenottes perlines au premier imbécile\nvenu qui entrait pour acheter un porte-plume. Tu me regardais partir et\nsans pitié souriais à d'autres qui t'aimaient moins ; oui, bien sûr, ils\nt'aimaient moins. Pour te plaire, j'aurais pris un cent de crayons Faber,\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "                               — 172 —\n\nmille kilos de papier buvard et une tonne d'encre communicative. Pour\nte plaire, douce ancienne, je me serais jeté à l'eau, dût mon corps maigre\nreparaître vert à la lumière du jour, avec des bleuissures fantastiques et\nmacabres ! Tiens ! j'ai vu ce soir les fantoches de Holden ; et j'ai pensé\nque j'étais comme eux, ma Holdenette aimée ; tu tenais les fils et je\ndansais, détraqué, la langue sortie, dans une grimace de clown ou de\npendu, les membres ballants avec une lassitude lourde.\n   Bah! C'est fini, n'est-ce pas? On n'a plus la gaude de s'aimer à la\nPlaton en roulant des yeux ! Les joues se sont tirées et le regard s'est\nobscurci ; nous n'irons plus sur le pont d'Avignon de l'amour, danser à\nla ronde au son des cornemusettes. et du bignou, laitou ! nous n'avons\nplus nos jambes d'antan, dégingandées et lestes, les bénignes jambes de\nce temps-là, trou la la! le beau livre à tranche rose est lu, lanturlu ! et\nle cœur est désespéré, miserere !.\n\n                                   IV.\n\n                        DERNIERS BOURGEOIS.\n\n   Ce jour-là, dimanche 6 janvier Epiphanie, de l'an de grâce 1844,\nsous le règne du bon roi Léopold, premier du nom, à Bruxelles,\" en\nBrabant, M. Coremans, François-Claes-Joseph, le mercier de la rue de\nla Tète d'Or, se sentit fatigué en se levant.\n   Madame son épouse, sur pied depuis deux heures bientôt, était déjà\nen courses, devant commander chez ses marchands ordinaires de quoi\nfêter dignement les rois, à deux heures de l'après-midi, en son salon\ndéhoussé.\n   Il lui fallait encore inviter M. et Mme Vanderdonck avec leur demoi­\nselle, le père Duyse, ancien lieutenant de la garde-civique, et voir si la\nvieille Mme Vreughem ne souffrait pas trop de sa goutte, auquel cas\nMme Coremans était bien décidée à la faire chercher en vigilante, quand\nmême cela coûterait un franc cinquante, sans compter la dringuelle.\n    « Oh ! elle ferait tout bien, ça c'est sûr ; quand on a soucié pendant\ntoute une année derrière un comptoir, à vendre des merceries, on pou­\nvait bien une fois faire kermesse à la maison » disait-elle en elle-même,\ntandis qu'elle traversait la rue de la Colline.\n   Aussi avait-elle commandé du double faro, tant qu'on voudrait,\ntrois litres d'Uytzet pour les Bolleghem qui n'aimaient que cela, et,\npour le dessert, après le café — sans chicorée, savez-vous — on aurait\ndes chinois de la mère Moreau, avec des spikelaus.\n   Mais M. Coremans s'était senti fatigué, en se levant, et triste. « Je\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                               -    173    -\n\nsuis comme tout raide, marmottait-il, hum, hum, tu deviens, vermille!\nvieux, papa Coremans ! »\n    Il se leva doucement et alla regarder à la fenêtre qui donnait sur la\nGrand'Place. Il e'tait huit heures du matin et un soleil pâle et glacé\ns'éparpillait en rayons d'or sur les étalages du verdurières. Un grouille­\nment de madras rouges et de blouses bleues se faisait, tandis qu'en un\nbourdonnement confus, les cris et les appels des marchands montaient\nvers la tête cuivrée de Mijnheer Saint-Michel, patron de ville et\ngirouette de mairie.\n    M. Coremans passa son beau pantalon de drap noir, \" och kerm! \"\n comme il avait du mal pour lever la jambe! qu'est-ce qui lui prenait\nmaintenant qu'on aurait dit qu'il avait l'arbre de la Liberté dans son dos ?\n « Eh ! Thérèse ! Thérèse! Madame Coremans ! vous n'êtes pas là Madame\nCoremans? » Et naturellement Mme Coremans ne répondait pas, car elle\nétait en route pour commander le cramique et le spikelaus.\n    Le vieux mercier acheva sa toilette mélancoliquement. Oui, décidé­\nment il était décati, et cependant, voyons : il n'avait que soixante-\nquatre... cinq... six, oui, il n'avait que soixante-neuf ans.\n    Soixante-neuf ans... ah! sans ce coquin de rhumatisme qui lui\n courait dans les moelles !\n     Il descendit au magasin, mit une allumette sous le tiroir du petit\n diable en fonte, bourra sa belle pipe d'écume calcinée, s'assit dans son\n grand fauteuil de cuir limé, devant le rayon des lainages, et, par la de­\n vanture où s'alignaient les bottes de lacets, les écheveaux de laine et\n les cravates, regarda les passants.\n     Un assoupissement général le prenait, mettant du plomb dans ses\n veines. Il se sentait partir, le brave mijnheer Coremans. Il n'en aurait\n plus pour longtemps, et il grommelait :\n     « Gott ! Gott ! qu'est-ce que j'ai, mais qu'est-ce que j'ai maintenant,\n voilà mes yeux qui dansent ! Rire, c'est rire. Est-ce que je vais mourir\n comme ça tout seul ? »\n      La petite sonnette de la porte s'agita, tintant indéfiniment et la mer­\n  cière entra, le cabas plein, si plein qu'on aurait presque cru qu'il allait\n  crever.\n      « A well, François, est-ce que vous avez trouvé votre café sur la\n  cuisinière ?\n     — Non, Thérèse.\n     — Et l'eau que j'ai mis dans le coquemard pour la chaufferette ?\n      — Non, Thérèse.\n      — Non, Thérèse, non, Thérèse, qu'est-ce que c'est que ça pour une\n  réponse? est-ce que votre langue dort encore ?\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "                              — 174 —\n   — J'ai pour sûr attrapé un froid, Thérèse, je suis comme tout droll.\n   — Allez ! François, vous êtes tout de même un zwanzeur, savez-\nvous.\n   — Je crois que vous allez perdre votre homme, Thérèse.\n   — Vous n'allez pas encore retourner mon déjeûner dans mon estomac\navec vos bêtises. C'est la fête des Rois, Monsieur Coremans, il faut\nrire aujourd'hui ; ce n'est pas tous les jours dimanche.\n   La vieille femme déposa son cabas sur le comptoir et s'assit, après\navoir secoué le bas de sa robe ;\n    « Vous souvenez-vous, François, de la fête des Rois l'année de notre\nmariage? Ça c'était une fois une belle fête, hein, François? C'était vous\nle Roi — Et moi la Reine — Et Claes Nippelen le Fou — Et Van\nBilsen le Médecin, et Bastyn le Cuisinier. — Comme il était farce\ncelui-là ! Et en retournant, capon, vous avez été casser les carreaux\nchez Strueman, au Cantersteen, en criant : « Vive mijnheer Van der\nNoot ! » C'était amusant ! »\n   Et la vieille femme alla chercher un médaillon ovale accroché au\nmur. C'était un dessin colorié, sur un côté duquel les armes de la\nBelgique, dans un écusson entouré de drapeaux tricolores, se déta­\nchaient sur un banderole où étaient tracé ces mots : V. Patriote. — Sur\nl'autre face, recouverte ainsi que la première, d'un verre, se lisait en\nlettres noires sur fond jaune, entre deux palmes : Vive Henri Van der\nNoot !\n   M. Coremans regarda longuement ce médaillon qui lui rappelait le\nbon temps, quand il était de la garde civique, des fanfares de Sainte-\nCécile, et qu'il gagnait toujours les prix dans les tirs au berceau, aux\nfêtes de Septembre\n    Le soir, après avoir bu trois bons verres de faro, M. Coremans s'en­\ndormit en songeant à toutes ces bonnes choses et un ange vint le cher­\ncher pendant la nuit pour le conduire au paradis où l'on mange de la\nryspap dans des cuillers d'or, où le waterzœy est préparé par Sainte\nGudule pour les bourgeois de Bruxelles, où les fleuves coulent du lambic\net les sources de la petite bière de Louvain.\n                                                   MAX W A L L E R .\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                          NOVEMBRE\n                              (EAU-FORTE).\n\n\n\n\n   Novembre, porte-bannière de l'hiver, vient à peine d'ouvrir le défilé\ndes quatre longs mois de gelées et de neiges, et déjà la grande armée\nblanche a commencé sa marche.\n    Le ciel gris et triste semble abandonner péniblement la virginité im­\nmaculée de la nouvelle saison, qui effeuille sur terre, lentement et à\nregret, les candides fleurs de sa pureté. Hésitantes et incertaines, elles\nvacillent paresseusement, en désordre, dans les hauteurs brumeuses, et\ncontemplent le boueux tombeau qui réclame le droit de salir leur blan­\ncheur. Elles tombent plus vite, elles descendent pressées, se choquent\nen furie, quand un coup de vent glacial les enlève au hasard dans sa\ncourse rapide, les disperse en un tourbillon sans frein, puis, de sa poussée\nviolente et brutale, les lance puissamment sur un pavé sali où leur\nblancheur se souille. Et, de neiges qu'elles étaient il y a un moment,\nces fleurs effeuillées meurent honteusement dans une couche impure, et\nun limon gras et noir renaît de leurs cendres qui rapidement se fondent.\n    Les rues sont de longues traînées sombres, couvertes d'une boue\népaisse, où les roues des chariots laissent derrière elles leurs humides\nornières ; et le pas des piétons, et le trot des chevaux et le roulement\ndes chars se fondent en un sourd clapotis.\n    Une impasse obscure ouvre à droite de la rue son entrée voûtée, et\nsur son pavé penché où passe une rigole, l'eau de neige glisse conti­\n nuellement.\n    Le fond de ce passage se rouvre à ciel ouvert quelques pas plus loin\n et des deux côtés de ce recoin sans jour, lentement tombe la neige\n blanche, lentement.\n    A la sortie de l'impasse est placé un tréteau sur lequel de grands pa­\n niers plats dressés en échelons, étalent au passant des tas de fruits dé­\n trempés que le froid contracte et ride, quelques sucres brûlés fondus\n dans une carte roulée en cornet, et des blocs de pain d'épice gris que\n l'humidité amollit.\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "                                 —    176   —\n\n\n    La marchande de fruits, une petite vieille bossue, est assise au bout de\n sa table sur une chaise boiteuse, et derrière elle, un paravent de papier,\n qui se plie, l'abrite du vent froid qui court dans le couloir.\n    Un châle fané, de nuance rougeàtre, garni aux bords de quelques brins\n de laine qui s'entremêlent, recouvre sa petite tète, et laisse à peine entre­\n voir un profil couperosé, qui se détache sur les mûrs suintants.\n   Une main est placée sous son tablier de toile bleue déchirée et par\nmoments la vieille marchande avance le cou vers la table et boit une\nlongue gorgée de café brûlant qui fume près d'elle dans une tasse ébrê-\nchée. Cette ruine vivante, insoucieuse et calme, semble insensible au\nfroid et attend le client en bredouillant tout bas quelques Ave Maria,\npar habitude.\n   Dans le fond de l'impasse, derrière le scintillant voile, blanc de flo­\ncons, une silhouette se dessine vaguement. Elle s'approche. C'est une\njeune pauvresse, 'maigrelette et chétive qui marche à grands pas en bais­\nsant la tête, grelottant sous les minces haillons qui la recouvrent. Ar­\nrivée à couvert sous le portail voûté, elle frappe du pied pour débarrasser\nses sabots de leur couche de neige et soufflant dans ses doigts rougis,\ns'approche du tréteau.\n    Sa main fouille dans la pochette qui pend le long de sa jupe, et en\nretire un sou que la vieille marchande accepte avec un hochement de\ntête. Puis choisissant dans le tas, une pomme bien froide et bien hu­\n mide elle s'en retourne là-bas, en y mordant à pleines dents.\n                                                   JUAN C R E S S O N I O .\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                     POESIES\n\n                            I.\n      LA RONDE DES SOUVENIRS.\nLentement, accablés chacun de leur fardeau.\nLes souvenirs amers font le tour de mon âme;\nA les voir s'avancer on songe au cercle infâme\nD'un groupe de forçats tournant dans un préau.\n\nLes uns ont le stigmate horrible sur la peau ;\nD'autres lugubrement, le front bas, l'œil sans flamme,\nPassent avec des pleurs et des sanglots de femme ;\nD'autres vaguent, le sein traversé d'un couteau.\n\nEt tous nous les sentons marcher, marcher sans trêve,\nLe jour dans la pensée et la nuit dans le rêve.\nPour régler leurs pas lourds on dit que le cœur bat.\n\nRien n'est funèbre et noir comme leur lent cortège,\nAllant toujours, malgré vent, pluie, orage, neige ;\nEt laissant après lui du sang, comme un combat.\n\n                                    EMILE V E R H A Ë R E N ,\n\n\n\n\n                  LA NYMPHE.\n                                           à Emile Van Arenbergh.\n  La nymphe sort de l'onde, et la nudité fière\n  De son corps musical en son rhythme divin\n  Laisse, à travers la noire épaisseur du ravin,\n  Un écho prolongé de vibrante lumière.\n                                                           14\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "                      — 178 —\n\nElle s'étend sur l'herbe, à l'heure coutumière,\nSous le ciel de midi, capiteux comme un vin.\nLe bonheur du néant luit dans son œil bovin;\nElle incline la tête, et ferme la paupière.\n\nEt soudain, sur la paix blanche de son sommeil,\nArd le visage rond et suant du soleil,\nDu soleil estival, lubrique comme un faune.\n\nEt le glissement chaud de ses effluves d'or\nGagne les seins aigus de la nymphe qui dort,\nComme l'attouchement d'une grande main jaune.\n\n                                        ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                     PRIÈRE.\n\n              A JEANNE-THILDA.\n                                      Nous allons aller ensemble à la\n                                        recherche de celle qu'il faut\n                                       aimer ! »\n                                         JEANNE-THILDA —      Gil-Blas\n\n\nSi vous savez trouver cette perle des mers,\nCette femme au cœur chaud, cette amie inconnue\nQui doit rendre léger le poids des jours amers,\nEt peut donner l'oubli d'une vierge ingénue !\n\nSi, la voyant passer, vous devinez son cœur ;\nSi le besoin d'aimer soudain vous la révéle ;\nS'il lui faut les serments, les baisers d'un vainqueur,\nEt la félicité d'une étreinte nouvelle !\n\nSi ses yeux sont profonds comme un lac enchanté\nSi l'Idéal habite en ses formes superbes ;\nSi le désir rugit quand il voit sa beauté,\nEt veut y moissonner le blé dur de ses gerbes !\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                         — 179 —\n\n    Si tout son corps languit dans un rut immortel,\n    Et si vraiment elle est la grande charmeresse,\n    Dites-lui qu'elle approche, et vienne à mon appel !\n    Dites-lui que je l'aime, et qu'elle est ma maîtresse !\n\n    Ah ! depuis si longtemps je cherche autour de moi\n    Ce trésor, cette sœur, cette sublime amante !\n    L'espoir, le doux espoir de vivre sous sa loi\n    M'accompagne partout, et partout me tourmente !\n\n     Se donner sans réserve, être-compris toujours.\n     Quels que soient l'horizon, le projet, la pensée;\n     Entendre dans les bons et dans les mauvais jours\n     Une voix rappelant la tâche commencée!\n\n     Sentir que cette femme est l'ange inespéré\n     Qui fait monter au cœur la joie et l'harmonie ;\n     A son baiser qui mord trouver le feu sacré,\n     Et féconder ainsi l'élan de son génie !\n\n     Quel rêve et quelle vie ! Est-il un sort plus beau\n     Pour le poète ardent à poursuivre la gloire,\n     Pour l'inquiet penseur qui demande un flambeau,\n     Et veut qu'un pur rayon tombe sur sa victoire !\n\n     Si vous savez trouver cette perle des mers,\n     Cette femme au cœur chaud, cette amie inconnue\n     Qui doit rendre léger le poids des jours amers,\n     Dites-lui, dites-lui que j'attends sa venue !\nParis, mars 1883.\n\n                                    HIPPOLYTE BUFFENOIR.\n\n\n\n\n                    SONNET INTIME.\n     Tu m'as dit: « écris-moi », je t'écris ce sonnet ;\n     Cache-le sous ta robe, il t'appartient, mignonne\n     Ou bien là, sur tes seins, dans ton joli corset\n     Il y sera content et je te l'abandonne.\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "                    — 180 —\n\nIl y fera son nid, un nid de roitelet\nTout petit, tout gentil, et sans gêner personne\nA ton cœur il dira de son souffle discret\nQue Cupidon et lui ne sont qu'une personne.\n\nQu'il aime tes traits et ta chevelure blonde\nQue l'azur de tes yeux est pour lui tout un monde\nUn monde bâti de folles illusions ;\n\nQue ton cœur et le mien, hier pleins d'émotions,\nOnt juré de s'aimer dans un baiser sonore\nEt que de ce baiser ma lèvre est chaude encore.\n\n                                      EDOUARD      LEVIS\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                           OBSESSION\n\n    Le café du Grand-Hôtel était animé d'une vie intense.\n    Gaîment flambait le gaz sous les lambris dorés, fusant en gerbes\n papillonnantes dans le fouillis des lustres, et s'effilant en écharpes lumi­\n neuses dans les traînées infinies des glaces miroitantes\n    Sur les banquettes velours rubis, devant les carrés de marbre blanc\n ou bruissaient les dominos aux yeux noirs, des messieurs cravatés de\n satin, des freluquets pommadés et de mignonnes élégantes, jasaient,\n riaient, égrenaient des jeux de voix au milieu du brouhaha général et\n du tintinnabulement des cuillers dans les limonades cristallines.\n    Nous étions trois amis, Albert, Iwan et moi, assis dans le petit coin\n à droite de l'entrée, au fond. Nous étions là bien peletonnés, sirotant\n des grogs et d'amers cafés. Au dernier angle de notre table, un vieux\n monsieur à lunettes scrutait avec obstination le « guide officiel des\n chemins de fer. » Brave homme, il ne parvenait pas à gober un chiffre,\n tant notre voisinage devait l'éthérifier. Chevauchant sur les chimères du\n bavardage, nous parcourions les régions bleues, jaunes et noires de nos\nimaginations fantasques. Cette envolée d'idées étranges, de concepts\njusqu'alors inexprimés, nous laissait l'âme grande ouverte et augmentait\nla ténuité de nos sensations. Nos prunelles dilatées percevaient amou­\nreusement le clapotis des gouttes lumineuses cascadant des cintres aux\nbrillantes acanthes des colonnes et aux cannelures d'or des panneaux.\nDouce, comme sous l'édredon satiné, l'atmosphère chaude nous portait\nau pays des rêves. — C'est alors qu'on se raconte des choses drôles dont\non ne rit plus le lendemain. — C'est l'ivresse encore intelligente de la\nvie de café. Sous cette température de serre, dans l'énervement général,\nles idées circulent avec volubilité.\n   Il y a toutefois sur cette mer houleuse des moments d'accalmie. La salle\nentière, semble reprendre haleine sur son lit de visionnaire et un\nsilence momentané pèse sur tous\n   Cric! la porte du café s'ouvre. Le pommeau nickelé a grincé. C'était\ncomme le cri d'une chauve-souris qu'on écrase.\n   — Une petite vieille, marchande de journaux, est entrée. Elle a une\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "                               — l82\n\n figure sinistre, un nez pointu, des mâchoires édentées, des yeux en\ntrous de vrille où ignitent de prunelles vertes. Elle est enveloppée d'un\nmouchoir à carreaux tombant sur un dos voûté comme la pèlerine\n bombée d'un scarabée — métamorphose maudite peut-être ! scarabée\nd'or puni d'avoir froissé des feuilles de roses et transformé en petite\nvieille, vêtue d'un jupon en guenilles, trop court, laissant passer deux\ntibias fluets qui traînent des pieds larges comme des barques, deux gros\npieds noirs qui semblent raboter le plancher.\n    Et puis une voix étrange monocordisant sur une aigre chanterelle\nl'Étoile Belge, édition du soir !\n    — C'est comme un écho d'outre-tombe, remarqua Albert, comme la\nvoix étouffée et râlante d'un polichinelle pressé sous un matelas.\n    — Vois donc! c'est la vieille Fliedermaus des contes d'Erckmann,\nme dit Iwan en me poussant mystérieusement du coude.\n    — Elle a une face de pomme blette ratatinée aux brasiers du sabbat,\nreprit Albert.\n    Elle vint près de nous, nous regarda longuement de ses yeux aigus\net passa.\n    — Sorcière va, dit Iwan.\n    — Pomme blette, ajouta Albert.\n    Et moi j'eus un frisson. C'était bébête, je l'avoue, mais pourquoi cette\nfemme m'avait-elle ainsi regardé — et une sombre idée me hantait.\n    On parla de choses et d'autres, de choses drôles surtout. Puis nous\nsortîmes. J'étais toujours sous mon impression étrange. — Le boulevard\nétait noir, des papillons de gaz dansaient follement sur les réverbères,\ndes ombres pirouettaient sur les façades. Des hommes passaient hâtifs\ncomme des fantômes. Sur l'asphalte roulaient des masses confuses, de\nlourds véhicules, des carosses aux yeux brillants écartés comme des yeux\nde pieuvres.\n    Voulant me débarrasser de l'obsédante idée qui me torturait dans ses\ncercles de fer, je dis bourgeoisement à mes compagnons, « Allons\nprendre un bonnet de nuit. »\n    Nous pénétrâmes dans une taverne aux âcres senteurs de pipe et\nd'alcool, et devant le comptoir poisseux nous vidâmes notre verre à la\nhâte. Puis à un carrefour on se sépara.\n    Et j'allais seul par les rues désertes.\n    Et je pensais à la petite vieille au jupon gris puant la misère, — à ses\ngrands pieds noirs !\n    Et j'avais peur de la sorcière à figure de pomme blette !\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                               — 183 —\n\n   Qu'est-ce qui craque dans l'armoire ?\n   — Il fait froid et j'ai sommeil.\n\n   Qu'est-ce qui craque dans l'armoire ?\n   — Mais que sais-je? Ce sont peut-être les horloges de la mort qui\nminent le vieux bois. Ces horloges de la mort sont de petites bêtes\ninoffensives.\n\n     Qu'est-ce qui craque\n    — Halte! J'ai réellement entendu du bruit dans le meuble. Des\n coups secs... Qu'est-ce?... Allons, voyons, il me semble qu'une voix\n fluette me demandait la cause de ce bruit.\n     Elle disait bien : « Qu'est-ce qui craque dans l'armoire ? » Serais-je\n hanté?\n    J'ai peur... si quelqu'un était caché là-dedans ?\n     Je me suis doucement glissé de dessous mes couvertures et me suis\n assis sur mon séant.\n    J'ai taché de voir dans l'obscurité.\n    De quoi avais-je peur?\n    Je portai la main à ma boîte d'allumettes posée sur la table de nuit et\ninstantanément je fis de la lumière.\n    Ah ! il n'y avait rien !\n    J'allai voir quand même et bravement j'ouvris l'armoire. Dans ses\nflancs béants s'étalait une série de vêtements pendus tout penauds à leurs\nT de bois.\n    Je la refermai et me remis au lit.\n    Mais ce qui m'arriva alors fut plus drôle. Pendant que se consumait\nla bougie, je lisais distraitement ÏEtoile belge que j'avais laissé traîner\nà mon chevet.\n    Et je m'assoupissais en pensant de nouveau à la petite vieille, à la\nsorcière à figure de pomme.\n    Tout à coup les lettres du titre de mon journal grandirent comme\npar enchantement, comme si une vie diabolique filtrait en elles.\n    L' prenait la forme de la petite vieille assise par terre, sa maigre\njambe tendue et faisant sauter sur son gros pied noir une tête de coq\nfigurant l'apostrophe. Elle grimaçait affreusement. Une voix lointaine\nrépétait en sourdine : « C'est une sorcière à figure de pomme blette...\n    Je m'éveillai de nouveau. Le jour levant blémissait mes rideaux et\ndans mon bougeoir une flamme agonisante sursautait convulsivement\nstriant ma chambre de reflets rouges. Je me levai.\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "                               — 184 —\n\n  Vers dix heures, lorsque je passai sur le boulevard, devant le café où\nrègne le Bock aux blondeurs germaines et la fe'e verte opalisée des\npoètes, je vis la petite vieille vendre ses journaux.\n   Des rayons de soleil jouaient dans les rubans crasseux de sa coiffe,\nmiroitaient sur ses bandeaux argentés et projetaient en larges flaques\nnoires les contours grotesques de son ombre sur les dalles pou­\ndreuses.\n   Elle arrivait de nouveau vers moi\n   Je descendis instinctivement du trottoir.\n   Etait-ce réellement peur? Je ne crois pas.\n   J'aurais dû réagir et rester en place, mais que voulez-vous, ce mou­\nvement était peut-être indiqué dans l'ordre nécessaire des choses.\n\n                                              GEORGES BAUWEN S.\n\n                         REVE INDIEN\n\n\n   Après avoir, suivant l'antique rituel, plongé par trois fois son pied\nrose dans les ondes nacrées du Miellos, Vichtra, la blonde Maharabite,\nregardait longuement le remous léger et limpide du fleuve sacré.\n   Les larges eucalyptus, les manguiers rameux, les palmiers gigan­\ntesques qui se pressaient sur le rivage, s'harmonisaient dans un concert\nmerveilleux, pour projeter sur les eaux bleues et pailletées les vifs rayons\ndu soleil ardent, leur douceur veloutée, leur pénombre bienfaisante et\nnoire. C'était comme une oasis au milieu du flamboîment intense de la\nnature ensoleillée : là, dans les feuillages, on apercevait encore par\nmoments les plumes éblouissantes des bengalis à la voix chaude ou des\nvifs loris aux cent mille nuances, tandis que tout être vivant semblait\navoir fui la fournaise irradiante du soleil tropical dans tous les alen­\ntours.\n   Vichtra, la belle blonde, contemplait, pensive, ce spectacle radieux\nde lumière et de sérénité.\n   Les brahmes avaient cessé leurs cantiques ; les libations s'achevaient\ndans le silence et le recueillement de la prière; bientôt allait s'accomplir\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                                — 185 —\n\n le sacrifice divin, et la vierge, abandonnée seule dans les profondes\n étendues de la forêt imposante et calme, pourrait enfin laisser flotter\n son esprit dans le songe et la réflexion, tandis que le peuple, en s'éloi­\n gnant, irait étouffer de ses clameurs les cris impuissants de la victime\n choisie.\n    La jeune vierge était debout : sa main mollement appuyée contre le\n tronc élancé d'un eucalyptus, soutenait sa tête fraîche et rosée. La blan­\n cheur de son bras nu, où seul le coude replié étincelait comme un point\n rose, contrastait avec le vert sombre de l'arbre, et une ombre gracieuse\n et ambrée en profilait vaguement les chaudes plissures.\n    Son blanc vêtement, très long, laissant le cou dégagé, se fermait\n étroitement à la naissance de la poitrine, et de là retombait large et\n ondoyant, serré seulement à la ceinture par un ruban de verdure, et\n retroussé à mi-jambe, du côté droit, pour qu'elle pût aisément accom­\n plir son sacrifice.\n    Sa chevelure était blonde, et tombait en boucles épaisses sur son dos,\n jusqu'à la ceinture. Cette teinte de cheveux, si rare dans les contrées\ntropicales, eût suffi à la faire paraître belle, si son visage expressif et\n d'une pureté de formes incomparable n'eût pas été assez pour répandre\n un grand agrément sur tout son corps. Ses lèvres minces et appétis­\n santes étaient courtes, sous un nez finement arqué, aspirant largement\n les effluves de la terre; ses yeux enfin, ses grands yeux bleus, brillaient\nd'une éclatante douceur, et leurs diaprés éclairs se confondaient à pré­\nsent avec les scintillements qui du soleil descendaient en pluie d'or sur\nla surface du fleuve.\n    Elle rêvait, immobile auprès de l'arbre géant qui la recouvrait de son\nombrageux parasol ; et cependant ses pensées n'étaient pas à la cérémonie\ndu jour, et tout à coup ses lèvres palpitantes s'entrouvrirent, un soupir\nprofond s'en exhala, auquel succéda un chant mélancolique aux paroles\nailées :\n    « O mon amant! — disait-elle, — regarde: la terre a ses parfums,\nles fleurs ont leurs senteurs enivrantes et subtiles, mais ton épaisse\nchevelure dégage une odeur plus fine, qui court par mes membres glacés\net réchauffe mon cœur !\n    «O mon amant! les prés ont leur herbage touffu, les eaux reluisent de\nmille reflets vermeils, mais je préfère à tout l'éclat éblouissant de tes\nprunelles d'or, lorsque tu me parles en doux accents d'amour ;\n    « O mon amant! les oiseaux des deux ont leurs nids où ils abritent de\nleurs ailes leurs timides couvées ; les tigres mêmes et les gavials ont\nleurs repaires où de courts moments de tendresse mutuelle les dédom­\nmagent de leurs fatigues et de leurs peines de chasse;\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "                                 — 186 —\n\n     « Nous seuls, ô mon amant ! sommes privés de cette douce chose ;\n  nous seuls sommes séparés, alors que nous respirons ensemble, alors\n que nos cœurs battent à l'unisson, alors que nous nous aimons ! »\n    Ainsi chantait-elle, la belle Vichtra, et sa pensée entière s'égarait dans\ncette chanson aux accents tristes, et elle ne songeait guère que si on\nl'avait laissée seule ainsi dans la grande forêt, c'était pour qu'elle réflé­\nchît au choix à faire entre ses prétendants ; elle oubliait que ce devait être\naujourd'hui la fête de ses fiançailles, et elle se perdait dans une dou­\nloureuse extase — car, du choix qu'elle pouvait faire, son amant était à\njamais exclu !\n    Quand son père — le tout puissant Maharadjah Vengà, dont la puis­\nsance s'étendait sur les pays les plus lointains, — avait rappelé à sa\nblonde fille que, suivant la loi prescrite par les Vêdas, elle devait se\nchoisir un fiancé le jour de sa vingtième année, elle avait senti d'abord\nson cœur bondir de joie; puis, brusquement, une mélancolie profonde\n avait envahi son âme limpide, et le voile noir de la tristesse avait recou­\n vert l'éclat de ses yeux de lotus.\n    Elle avait réfléchi que son amour était mal placé, que son père, —\n ni les brahmes, — ne consentiraient à l'unir à l'objet de son choix, le\n jeune homme au cœur ardent dont les paroles enflammées avaient péné­\n tré son cœur. Un moment, elle songea à le supplier de renoncer à\n l'œuvre qu'il avait entreprise : car il n'avait jamais pu résoudre son âme\nà croire aux mystères des Vêdas ou à la sainteté des brahmes ; il cher­\nchait à résoudre autrement le grand problème de la vie et de la mort, et\nson nom avait été anathématisé par les prêtres et les fidèles.\n    Et Vichtra se désolait, car elle aimait ce cœur ardent et malheureux,\n elle aimait le brun Kosça dont les flèches atteignaient toujours leur but.\n Elle ne pouvait se réduire à abattre sa fierté native ; elle savait bien qu'il\n y aurait consenti, si elle l'en avait prié, mais c'était son orgueil dédai­\n gneux qui faisait resplendir la mâle beauté de son visage, dont le charme\n l'avait prise, et Vichtra ne pouvait se décider à briser ce qui l'avait\n séduite\n    Tout à coup — ô sacrilège ! ô impiété horrible — les lianes frisson­\n nent, les flots du Miellos s'agitent : une barque souillait, en le sillon­\n nant, le fleuve saint sur lequel il est défendu de naviguer. Vichtra tourne\n la tête; ses yeux étincèlent, un cri de joie s'échappe de sa poitrine, et\n elle tend les mains vers son amant adoré !\n     Kosça s'approche de la rive, met un pied sur le sol et soutient la\n blonde vierge qui vient s'asseoir sur un banc sous la tente de verdure\n que le jeune homme a dressée de ses mains. Et la barque repart lentement,\n emportant avec elle ces deux âmes jeunes et aimantes qui s'unissent à\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                                      —     187    —\n\njamais par une mort certaine dans l'infini de la mer où les conduit sûre­\nment le courant du Miellos, tandis que leurs cœurs palpitent et que\nleurs lèvres pressées fiévreusement se communiquent leur chaleur et\nleur vie dans un spasme sans retour\n                                                    A. FONTAINAS.\n\n\n\n\n                         CELLE QUI PEINT\n                  EN        HAUT              D'UNE                RUE\n                                                                    il Mlle M. Espego.\n\n   C'est délicieusement bon de somnoler dans la tiédeur des draps, les\nfenêtres étant closes ; c'est bon de se tourner, se retourner et rêvasser\ndans un demi sommeil ! Au dehors, quoique ce soit l'été, le matin est\nfrais, humide encore des brouillards de la veille et de la rosée du jour;\nn'importe ! la jeune peintresse, Rose Spéro, dont le cœur est en entier\npris par la passion plus virile de l'art, n'hésite pas. Elle ne fait ni une,\nni deux; prenant, comme on dit, son courage à pleines mains, elle\nsaute du lit, et en un clin d'œil achève sa toilette. Une fois prête et\nparée à plaisir, elle aligne les tubes dans leur boîte, range les brosses,\npasse un linge mouillé sur la palette et lorsque celle-ci est aussi nette\nqu'un plat où des gourmands ont mis le nez, elle gagne la route par le\npetit sentier entre les vignes.\n   C'est folie pure de se lever à pareille heure, comme si le matin n'était\nplus fait pour se tourner, retourner et rêvasser en un demi sommeil !\nMais à la ville voisine où les cancans sont plus nombreux et plus\nbruyants que les mouches, elle a, dans une promenade récente, découvert\nun admirable point de vue, qu'elle brûle de fixer sur un carré de toile.\n\n\n   (1) Quelque banale et rebattue que soit la formule, il faut que je commence par vous\ndemander pardon de la liberté grande que je prends de vous dédier ce tableautin de genre.\nNous ne sommes plus là-bas où 1 on pouvait causer de façon paysanne; nous sommes à la\nville et l'on y doit avoir des paroles confites dans la bouche comme des gants glacés aux\nmains — le bon ton ! Mais vous aurez de l'indulgence, n'est-ce pas? et vous me pardonnerez\nsans trop vous faire violence, de vous avoir pour l'instant choisie entre ce que j'avais dans\nmes souvenirs — des bêles et des gens! — comme étant, et de beaucoup, le plus charmant,\nle plus gracieux, et ce qui dit tout, le plus exquis des modèles. Sur ce, vous saluez, et je\nvous salue.\n                                                              Paris, 15 décembre 1882,\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "                               — 188 —\n\n    Insensible aux meilleures paroles, la rosse gris-pommelé qui va, les\n jours de marché, dans la ville au point de vue fameux, justement appa­\n raît. Le vieux roulier, apercevant une jeune fille campée au beau milieu\n du chemin, et supposant qu'elle n'est sans doute pas là uniquement\n pour des prunes, tire sur le mors et arrête sa bête qui, en toutes circon­\n stances, s'arrête volontiers. La boîte à couleur et la toile sont rangées\nde façon à arriver sans encombre; Rose Spéro se case alors tant bien\nque mal, ce qui signifie mal, aux côtés du père Truchot qui la fait\nasseoir sur un bacchus, — un tonneau, pour le vulgaire !\n    Et voilà le vieux parti sans tambour ni trompette, rabâchant des tas\nde choses qui — puisqu'elles l'intéressent, lui un malin! — doivent\nintéresser tout le monde: le prix qu'on lui vend les cerises et le prix\nauquel il voudrait les acheter, et finit, après d'homériques marchandages,\npar les avoir ; les quatre bandes du garde champêtre, un joueur de\nbillard comme il n'y en a pas à dix lieues à la ronde et qui a été à Paris,\nun lapin, quoi ! le facteur qui a battu sa femme parce qu'elle vidait les\nfonds de bouteilles en son absence sous prétexte de tout mettre en ordre\nchez elle ; la buraliste qui en tient pour le monsieur du château ; en\nveux-tu ? en voilà ! Et sans ravaler sa salive, le roulier emmanche des\nmariages.\n    Rose Spéro, qui a fermé les yeux et les oreilles comme elle a pu, ne\nvoulantpas davantage écouter les bavardages de commère de son trouble-\nfête, ni le voir ; se croit, en entendant parler hymen et ce qui s'ensuit,\nassise en un bon fauteuil, dans le salon moelleux de quelque douai­\nrière, marieuse forcenée de jeunes 'gens ; mais hélas ! le plaisant rêve\nd'être bien assise et de boire son thé à petites gorgées, combien peu il\ndure ! un cahot du véhicule fait choir sur la tête de Rose Spéro un\npanier heureusement vide ; et ce brigand de roulier lui enlève toute\nillusion sur les lieux où elle se trouve effectivement, en allumant une\nénorme pipe et surtout en lui jetant brusquement au visage — qu'il\nétait garde-national sous le roi qui avait la tête en poire.\n   Cependant les brouillards s'élèvent lentement et la rivière reluit au\nsoleil. La jeune peintresse songe au point de vue. Elle voit distinctement\nla rue droite et tortueuse comme une vipère sifflante dressée sur le bout\nde la queue ; elle voit les pavés pointus qui meurtriront ses pieds fins,\nmais quelle gravira, énergique, comme s'il étaient le chemin du para­\ndis; son œil s'égaie à l'avance, car il voit déjà la vigne verte, lumineuse\net vivante dentelle, tremblante au moindre vent, qui pend du haut d'un\nmur ; et tout son être est plein d'une ineffable joie à la pensée de pou­\nvoir peindre une matinée, par le beau temps, dans une rue silencieuse,\noù le soleil met sa clarté douce et sa douce chaleur.\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                                — 189 —\n\n    Elle est heureuse et n'a plus souci, aucunement souci du roulier dont\nrien ne bride la langue et qui à toute force lui crie dans le tympan des\nsecrets auxquels elle n'éprouve pas un besoin immédiat d'être initiée.\nLui, philosophe, se console du peu d'intérêt qu'on porte à ses nouvelles\nen lançant vers le ciel d'énormes panaches de fumée, architectures imma­\ntérielles que le vent disperse à mesure. Dans des a parte faits exprès à\nforte et intelligible voix pour être entendus, sans se tourner du côté de\nsa voyageuse, fixant les yeux entre les deux oreilles de son cheval, il\nénumère les gens du pays qui ont le cœur sur la main: chez chacun\nd'eux il a bu de bons verres, et chez chacun d'eux il trouverait à em­\nprunter ce qu'il voudrait, sans papier en échange des écus, foi de\nTruchot !\n    Rose Spéro n'a pas le temps de montrer du dépit, soit en mordant\nles doigts de ses gants, soit en pinçant les lèvres ou en tapant du pied :\nelle est arrivée sans dire au revoir à son compagnon de route, ce qui\nserait évoquer l'idée d'un retour, elle s'élance à bas de la voiture ; et\naprès avoir donné deux ou trois pichenettes à sa robe froissée et rajusté\n son chapeau à larges bords qui protège ses yeux du soleil et les passants\n de ses yeux, elle s'achemine vers le bienheureux point de vue.\n    A peine installée en haut de la rue, en équilibre presque sur son\n pliant, elle presse les tubes gonflés d'où gicle un arc-en-ciel de couleurs\n et de sa main royale, longue et blanche comme un lys, Rose Spéro\n peint la rue sur un carré de toile.\n                                                ALFRED POUTHIER.\n\n\n\n\n                   LE PRIX DE LA VIE\n\n   Comme ceux qui s'en vont seuls à travers l'existence monotone des\nhumbles et des obscurs, j'ai vu peu de choses et n'ai rien retenu de ce\nqui pourrait mettre des rires aux lèvres. J'en suis resté tout imprégné de\ncette mélancolie vague et pénétrante que dégage l'automne, ma saison\npréférée, sous les deux gris et mornes du Nord, mes horizons favoris.\n   Et c'est par un jour de pluie, à l'heure des premières grisailles, dans\nun moment de tristesse insurmontable que l'on me sentira le mieux.\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "                                 — 190 —\n\n\n\n                                       I\n\n                          J E U N E F I L L E A AIMER.\n\n\n    Elle avait alors vingt ans, une figure rieuse et douce, toute mignonne\net presque trop étroite pour les deux grands yeux charmeurs. Gracieuse\net frêle comme une enfant, elle prenait souvent d'adorables sérieux de\nfemme sur qui pèsent, de tout leur poids, d'accablants soucis.\n    Il est vrai que dans sa vie plus d'un coin se montrait sombre. Ses\nparents, chargés d'une famille nombreuse, ne purent avoir pour elle\ntoutes les délicatesses des âmes éprises, et de bonne heure il lui fallut se\nmettre au ménage, servir le client du débit de Vins et Liqueurs qui les\n faisait vivre, donner sa part de travail sinon de revenu. Puis on l'envoya\n en apprentissage à Paris, chez une modiste ; des goûts d'élégance lui\n vinrent à voir ces toilettes qui s'étalaient sous ses yeux, et parfois le soir,\n prétextant au cousin qui l'hébergeait un travail pressant, elle s'en allait\n au théâtre avec une amie au lieu de retourner à l'atelier. Et un jour,\n son engagement terminé, elle voulut demeurer avec les siens — qui\n habitaient la banlieue — disant quelle, avait assez de Paris. Ce fut\n comme une petite mère ; elle raccommoda le linge et les vêtements\n derrièrele comptoir, attirant ceux qui avaient entrevu son profil délicieux\n ou senti les caresses de sa voix charmante. Les petits grouillaient autour\n d'elle — les garçons tapageant, les filles jetant leur note aiguë dans les\n jeux ou les querelles. La mère, petite et active, quelquefois malade,\nétait toujours occupée; le père, campagnard lourd et grossier, souvent\n dehors, ne rentrait que pour tenir ses écritures d'agent d'assurances et\n emplir la maison de sa parole aigrelette et rauque. Alors dans ce milieu\n bruyant et insipide où aucune amélioration ne lui semblait possible à\n son existence végétante, une désolation tenace l'envahit. Des découra­\n gements qui lui revenaient de temps à autre l'énervèrent et tout à coup\n une idée entra en elle : partir. Elle essaya de se placer comme ouvrière\n sur les lieux mêmes, mais d'autres, plus connues, absorbant l'ouvrage,\n elle eut tant de morte-saison que la question ne fut pas résolue ; une de\n ses tantes vivait dans une petite ville de Normandie ; elle lui demanda de\n s'assurer dans ce coin perdu d'un emploi quelconque chez une modiste.\n  La mère adhéra facilement encore à ce projet, mais le père éclata au pre­\n mier mot déclarant qu'il ne consentirait jamais. Pendant des mois il\n fallut à Louise user de diplomatie, insinuer que sa main se gâtait à ne\n plus pratiquer, faire entendre que peut-être là-bas une circonstance lui\n  permettrait de reprendre un fonds qui lui procurerait du pain pour le\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                                —    191   —\n\n\nreste de ses jours. Le père écoutait, le cou gonflé, un regard plein de\ndéfiance, presque menaçant, sous le sourcil froncé; et parfois furieux\nd'avoir dit oui, il s'opposait avec plus d'emportement à ce départ.\n    Sur ces entrefaites, une occasion se présenta réellement.\n    A deux pas, dans la même rue, une vieille fille s'était mariée avec\nl'homme qu'elle avait patiemment attendu pendant quinze années de\nservice militaire. Les soins du ménage empiétant sur ses heures de tra­\nvail, elle prit Louise pour ouvrière afin de conserver toute sa clientèle\nde modiste et de lingère.\n    Un bébé vint dont la mère ne se releva pas aussitôt.\n     Une maladie grave se déclara ; des médecins furent appelés qui eurent\n souvent des consultations et le mal traînant, les frais augmentèrent d'une\n façon effrayante, devenant énormes. La jeune fille tint le magasin,\n soigna la malade, coucha même à la maison pour ne pas faire défaut un\n seul instant. Puis la pauvre femme mourut. Le mari qui avec un emploi\nde quelques centaines de francs ne pouvait certes faire face à tout,\nvoulut vendre le fonds, mais l'installation n'était pas grandiose et les\n amateurs affluèrent d'autant moins qu'on en exigeait trois mille francs,\n un prix exorbitant.\n     Aidée d'une apprentie, Louise exécutait les commandes et satisfaisait\n la clientèle. Parfois, la journée finie, après avoir fermé, elle allait passer\n une heure dans sa famille, ou bien, au bras du veuf, se rendait chez le\n père de la morte, à une demi-lieue de là, en suivant une magnifique\n promenade qui longe la Seine. Puis, vers dix heures, ils rentraient. Six\n mois durant, elle habita, seule avec lui, sous le même toit.\n     Les parents, aveugles et sourds, ne disaient rien.\n     Néanmoins le fonds ne se vendait pas. Lui, désespérant de ne pas\n  trouver d'acquéreur, lâcha mille francs, puis quinze cents, puis deux\n  mille. Louise, sans fortune, n'avait pu songer dès les premiers jours à\n  se mettre sur les rangs, malgré son envie de reprendre l'affaire ; en ce\n  moment des pourparlers s'ouvrirent qui n'aboutirent pas immédiate­\n  ment, les parents refusant de s'engager. Et la jeune fille dut patienter\n  jusqu'à sa majorité.\n    En attendant le veuf s'occupa d'un appartement pour lui. C'était un\n homme de haute taille, au visage sanguin, d'une virilité puissante.\n Quand, au cours de ses recherches, on lui parlait de la défunte qui avait\n eu tant de confiance et de vertu, il disait placidement :\n    — Que voulez-vous, ce n'est pas de ma faute, mais, moi, je ne suis\n pas d'un tempéramment à vivre toujours seul.\n    Louise, elle, resta bien seule. Entre deux rires elle eut quelquefois\n des mélancolies soudaines. L'ennui la gagna, des dégoûts lui vinrent.\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "                              —    192   —\n\nUn honnête garçon la fit demander en mariage et fut galant assidu\nauprès d'elle — à distance, par l'intermédiaire de personnes qui n'avaient\nque son éloge à la bouche. Au dimanche fixé pour la réponse, défaillant\nbrusquement, elle partit dès le matin, laissant un mot qui conseillait à\nl'épouseur de ne faire aucune nouvelle démarche désormais inutile.\n   Maintenant elle a vingt et un ans, une figure moins rieuse mais plus\ndouce encore où l'on ne voit bien d'abord que l'élargissement de ses\ngrands yeux profonds légèrement cernés de noir.\n\n                                              A U G U S T E LAVALLÉ.\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "          A \" L'OFFICE DE PUBLICITÉ \"\n\n  Voici ce que nous lisons dans le n° 1283 (2 5 lévrier 1883) de l'Office de\nPublicité, sous la rubrique : CORRESPONDANCE :\n\n          Monsieur,\n\n   J'ai eu l'honneur de cous adresser deux exemplaires      de mon licre. et cous\nn'avez pas eu la simple politesse de charger un de cos scribes de le lire et d'en\nrendre compte; vous ne l'avez pas même annoncé dans votre journal. Vous cous\nenrichissez de nos sueurs, et votre devoir le plus élémentaire est de publier une\nnotice sur tous les livres nouveaux qui paraissent chaque  semaine.\n   Recevez, monsieur, l'expression de ma médiocre considération.             X...\n\n                                    RÉPONSE.\n          Monsieur,\n\n   Nous conviendrons que pour un auteur dédaigné, notre correspondant est\nencore suffisamment courtois. D'autres, en pareille circonstance, nous traitent de\ngâteux et d'idiots, épithètes que certains génies méconnus emploient volontiers à\nnotre égard.\n   Ordinairement    de pareilles lettres vont retrouver le sonnet d'Oronte,       mais\naujourd'hui nous préférons répondre.\n   Vous pensez, en envoyant deux exemplaires d'un ouvrage, avoir droit à un\ncompte rendu ou au moins à une annonce dans l'Office, c'est une erreur. Vous\npouce: réclamer vos deux exemplaires, si cous le juge: convenable, mais nous ne\nvous devons rien.\n   Notre devoir est de prendre connaissance de tout ce qui nous est adressée! d'enren­\ndrecompte... si nous le jugeons convenable. Si le livre est inepte ou malsain, comme\nc'est le cas, notre devoir est de nous abstenir. La critique est encore un genre de,\nréclame qui vous permet d'user du droit de réponse. Qu'il vous suffise de savoir\nque votre livre est non seulement mauvais et ennuyeux, le sujet ignoble et le style\nsurchargé de chrysocale, mais encore qu'il est ordurier. C'est du jargon de mauvais\nlieu.\n   Si vous tenez à imiter quelqu'un, choisissez des maîtres comme Renan,        Augier,\nDumas, etc., etc., et ne vous vautrez pas dans la fange à la suite des pasticheurs\nde Zola.\n   Recevez, etc.                                                            A. L,\n\n   Voilà.\n   T o u s nous avons lu très froidement ce factum qui — par un hasard provi­\nvidentiel — est inséré précisément le jour où paraissent le Scribe et les Flamandes.\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "                                     — 192 —\n\n     Providenciel ! oui, d'une Providence qui ferait des cantates !\n     Tous ceux qui ont lu la lettre inepte, plate et vile signée X — un X qui ferait\n des cantates ! toujours ! — l'ont attribuée à Emile Verhaeren ou à Albert Giraud;\n c'est stupide, mais c'est ainsi, et l'Officine de Publicité le prévoyait certes.\n     Il importe que l'on ne s'y trompe pas. La lettre en question n'étant pas\n signée, nous la considérons comme apocryphe, fabriquée de toutes pièces par\n des proxénètes littéraires et des ennemis ; vous n'avez pas le droit de faire\n croire qu'un de nous soit capable de mendier vos éloges, de lécher vos\n mains sur lesquelles nous crachons ; votre journal — ce dépotoir du style à quinze\n centimes — n'est pas des nôtres. Est-ce que nous sommes des éteignoirs,\n nous, des mouchettes, des abat-jour verts? Est-ce que nous vous connaissons,\n vous dont la besogne littéraire se fait la nuit ?\n     Octave Mirbeau parlait du comédien vil ; celui-là n'est pas sur les planches ;\n il n'a ni fard ni perruque ; il n'a point au-dessus de lui l'étoile ; non le comédien,\nle « sinistre comédien » c'est ce monsieur nul, arrivé au royaume des aveu­\ngles, qui n'a ni amis ni ennemis : rien que des sots qui le craignent; c'est\ncelui qui dit à l'actrice : « je te veux, donne-toi ou je te tombe dans ma feuille\nde rue; » à l'écrivain: « rampe ou je tombe dans ma feuille de vigne »; à\nl'artiste : « lèche ma botte, tu vois, ma botte boueuse — ou je te tombe dans\nma feuille de chou ».\n    Puis cherchez le, ce crétin ; ni vu ni connu ! vous ne le trouverez jamais ! Il\nn'existe que pour la calomnie et l'injure, non pour la réparation. C'est un\nfantôme ne laissant derrière lui qu'une odeur forte de vidange et de patchouli.\nC'est une force aussi. Il le sait. Tous nous sommes dans ses griffes, tous nous\nsubissons le fatal crachat dont il nous honore. Ses articles sont des bavures et\nses comptes-rendus des déjections; que lui importe? Il touche des appointe­\nments gras; autant pour ce scandale, bien; voici pour cette calomnie, c'est\ncela ! et ce chantage à effet, combien ? Autant — parfait.\n    Sales bêtes !\n    Ils ont eu tort, les vieux qui ne nous ont point accueillis lorsque nous\ndemandions une place au jour. Leur silence est une déclaration de guerre.\nCest bien. Mais qu'ils le sachent; ils seront écrasés, ceux-là. La partie n'est pas\n égale; nous avons de bons poings et de bonnes plumes; ils partent, nous\n arrivons, nous les poussons dehors peu à peu, invinciblement; nous les crè­\nverons à coups de langue, à coups de plume, à coups de marteau, et nous nous\nmontrerons, nous, car nos articles d'attaque sont sans peur, et lorsqu'on deman­\ndera le nom de l'auteur, dix voix répondront pour une.\n    Posons le dilemme : ou la lettre est réelle et l'auteur l'a signée — signez-la;\nou elle est de vous — et dans ce cas vous êtes d'infâmes misérables.\n    Et maintenant vous voudrez bien nous donner le nom du monsieur X qui a\ndes sueurs, n'est-ce pas, M. L. H.?\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "                     REVUE DES LIVRES\n\n\n\nGRELOTS PROGRESSISTES par Edmond Picard. Un vol. Ferdinand Larcier. Bru­\n  xelles. — KEES DOORIK par Georges Eekhoud. Un vol. 3,5o. Hochsteyn.\n   Bruxelles. — UNE CAMPAGNE CONTRE LE NATURALISME par Ferdinand Loise.\n   Un vol. Lebegue. Bruxelles. — AU BONHEUR DES DAMES par Emile Zola. Un\n   vol. 3 fr. 50 Charpentier. Paris. — L'ŒILLET BLEU — par Georges Pradel.\n   Un vol. 5 fr. Rouveyre et Blond — Paris.\n\n     L'apparition d'un pamphlet politique digne de ce nom, touchant à l'his­\n  toire par l'étude consciencieuse des faits, à la science par son développement\n  méthodique, à la littérature par la pureté de sa forme — est un événement chez\n  nous. Il semblait jusqu'aujourd'hui que le pamphlet ne fût ni dans nos mœurs,\n  ni dans nos forces intellectuelles. La génération de 1830 n'a produit aucune\n oeuvre de ce genre qui puisse survivre. L'Angleterre a Cobbet; la France,\n  Paul-Louis Courrier, Armand Carrel, — ce démocrate chevaleresque, —\n  Henri Fonfrède, et de plus illustres encore : Châteaubriand et Lammennais.\n  La Belgique       , Joseph Boniface. Le rapprochement est pénible. C'est la\n plus impitoyable et la plus sèche des constatations.\n     Ouvrez les brochures de Joseph Boniface, qui représentent l'idéal du pam­\n phlet politique Belge. Une idée — non, pas une idée, — une rancune poli­\n tique, qui n'atteint même jamais la haine, et qui, sous-l'analyse, dévie et fuit\n comme un front déprimé; pas la moindre élévation de pensée, rien qui soit\nl'indice d'une aristocratie spirituelle ; nulle inquisition des besoins de l'époque;\nune polémique qui traîne à terre, parmi les lieux communs, les plaisanteries\nfossiles, les lourdes amplifications; une forme hésitante entre le français et\nle flamand, — et qui finit par devenir le Belge, ce patois de nos journaux\npolitiques, et ce charabia de nos orateurs parlementaires.\n    Le pamphlet d'Edmond Picard, au contraire de nos brochurettes, est une\nimportante manifestation intellectuelle et littéraire.\n    On y découvre, à chaque page, une large et tolérante ouverture d'esprit, un\nmépris des doctrines surannées, sans valeur scientifique, si chères à la plou­\ntocratie qui nous gouverne, et surtout, cette indépendance de toute coterie qui\na fait écrire par l'auteur, comme épigraphe à son livre, cette devise qu'on nous\na déshabitués d'entendre : « Il faut être de son pays avant d'être de son parti. »\n    Ensuite, et c'est ce qui nous permet, — sans violer notre programme de\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "                                   — 194 —\n\nstricte neutralité — de nous occuper d'un libelle politique, le pamphlet d'Ed­\nmond Picard, 'a cette rare, cette presqu'insolente qualité d'être écrit en langue\nfrançaise. La forme est adéquate au fond. Claire, correcte, élégante, rapide,\n— si rapide qu'en certains moments cette prose à toutes les vivacités de l'ac­\ntion — employant le mot, non point dans son élastique signification de\nbarreau ou de tribune, mais dans son sens propre et rigoureusement exact,\npuis aussi, quand l'exposition des faits, le récit, la statistique font place à des\naperçus philosophiques à des enseignements sociaux, forme riche, harmo­\nnieuse, dissertation pleine de noblesse et de grandeur. J'ai noté, dans cette\ngamme, le dernier chapitre, très original dans sa forme de menaçante allusion\nhistorique.\n   Certes, émanant de l'écrivain de race qui a stylé la Forge Roussel le Para­\ndoxe sur l'avocat, et qui, naguère, dans sa paraphrase d'Eschyle à propos d'un\nprocès célèbre, s'est élevé jusqu'aux sommets, de l'éloquence, — cette per­\nfection littéraire ne saurait étonner. Mais il m'a paru intéressant de signaler\nun phénomène intellectuel : la littérature moderne, le mouvement artistique\ncontemporain à la formation duquel les mesquineries de la politique de parti\nn'ont pas été étrangères, envahissant peu à peu et transformant cette politi­\nque, en l'élargissant, en l'émancipant des vulgarités quotidiennes. Et il m'a\nsemblé aussi que l'occasion était bonne, au milieu de l'aplatissement universel,\npour saluer de la plume une conscience et un caractère.\n                                          **\n   A ce mouvement artistique contemporain dont je parlais plus haut appartient\nGeorges Eekhoud, dont le nouveau roman, Kees Boorik, attire les yeux à\ntoutes les vitrines de libraire. J'ai déjà, — il y a deux mois entretenu nos lec­\nteurs de cette éclatante manifestation de l'art national. Je m'imaginais — le\npauvre ! — que ma chronique n'aurait précédé le volume que de quelques\njours, et que Kees Doorik, le robuste poldérien, allait faire son entrée dans le\nmonde spirituel, à la date fixée. J'ignorais qu'en librairie il v a deux dates :\ncelle qu'on fixe et celle qu'on ne fixe pas. C'est cette dernière qui est la bonne.\nRésultat: un compte-rendu avancé — faisandé — de deux mois.\n    Et notez bien que sur la foi de ces compte-rendus anticipés, certains lecteurs\n— très imaginatifs — se sont persuadés que le roman avait déjà paru, même\nqu'ils l'avaient lu. Quelques-uns très entêtés, n'en veulent pas démordre,\naujourd'hui que le roman a surgi aux étalages. Eh bien ! s'il en est ainsi,\nillustres gascons de Belgique, courez acheter le volume, — pour le relire'.\n   Oui, achetez bien vite ce livre puissamment suggestif. Après deux pages\nlues, vous émigrerez en esprit vers Dinghelaar et vers Cappellen, vers les hori­\nzons attirants des vastes campagnes. Vous vivrez — un volume durant, —\ndans les âcres et dilatantes senteurs de la terre, en communion avec le rustre\ndes glèbes primitives. Vous pénètrerez les anciennes mœurs et les us du Polder.\nEt si vous savez découvrir l'écrivain dans ses personnages, vous vivrez quel­\nques heures dans l'intimité d'un rare, d'un large, d'un excellent et robuste\nesprit.\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "                                   —    195 —\n\n                                         *\n   Ne me demandez pas ce que M. Ferdinand Loise vient faire ici. Je n'en sais\nrien. Lui non plus, du reste. M. Loise a pris la croix — rien de l'éditeur\nLacroix, qui du reste ne prendrait pas M. Loise — mais la croix des croisés.\nOui, on fait sa petite croisade... contre le naturalisme ! Il est un peu tard, mais\nça ne fait rien. Les infidèles de Medan patienteront. Attends! Il vient:\n   « Le naturalisme a nié l'idéal... c'est pour cela que je lui ai déclaré la guerre.\nJe n'ai pas la prétention de l'avoir détrôné, (as-tu déjeuné Warwick) mais on\nme rendra cette justice que je n'ai pas du moins épargné mes efforts pour con­\ntribuer à sa ruine dans notre pavs, et je l'ai fait avec un complet désintéresse­\nment. J'ajoute que ma critique n'a pas été sans succès ( Casteleyn non plus) et\nqu'elle a opéré plus d'une conversion. M. Camille Lemonnier, maître artiste\nde l'école descriptive, aurait-il renoncé lui-même à ce naturalisme exclusif dont\nle triomphe d'un jour l'avait un moment séduit? »\n    D'où il résulte, clair comme une vessie qui ne serait pas une lanterne, que\nc'est M. Loise qui a converti Camille Lemonnier.\n    Pas modeste, M. Loise '. oh! mais pas du tout! Est-ce que Emile Valentin\nva l'admonester fraternellement, — vanitatis causa?\n    Enfin, voilà Lemonnier converti.\n    Les autres suivront.\n    Et M. Loise connaîtra une neuvième béatitude.\n    Et il chantera du Lamartine, mis en musique par Niedermeyer.\n    Adoncques. M. Loise, continuez votre tant précieuse guerre sainte. Mais\nsouvenez-vous que tout n'est pas rose aux croisades. Rappelez-vous ce\nque beaucoup de croisés rapportèrent de Palestine. Et justement, il s'agit ici\n d'une croisade naturaliste ! !\n\n   Précisément le hasard rapproche, dans cette chronique, M. Loise du roman­\ncier naturaliste contre lequel il a surtout dirigé son livre.\n   An Bonheur des Dames, d'Emile Zola, me paraît être une des oeuvres les plus\nfortement charpentées, les mieux équilibrées, et les plus vues des Rougon-\nMacquart. Depuis l'Assommoir, Zola n'a point publié de roman qui tienne\ndebout comme celui-ci, par la vigueur seule de le pensée, et la carrure de la\nlogique.\n   La lutte entre le vieux commerce parisien, et le commerce moderne, —\nidée magnifique et digne d'inspirer Balzac — est le véritable sujet de l'étude, car\nle mot roman me semble, appliqué à la dernière oeuvre d'Emile Zola, détonner.\nOpposer à la vieille routine, aux antiques traditions de l'ancien commerce,\nsur de l'excellence de ses produits, ignorant les violences de la réclame, atten­\ndant, confiné dans un magasin sombre, mal étalagé, les visites de la dimi­\nnuante clientèle, renfermé dane son scrupule d'honnêteté puritaine, opposer a\nce commerce moribond le commerce moderne, crevant d'intempérance en de\nvastes palais, fonçant de jour en jour plus avant dans le puff et l'américanisme,\nremplaçant la solidité par le brillant, voletant comme un acrobate parmi les\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "                                    — 196 —\n\ncasse-cou des spéculations vertigineuses, superbe et grand par sa soif d'uni­\nverselle conquête, — est incontestablement une inspiration d'observateur\npénétrant et de magistral analyste.\n    Et cette lutte, en l'incarnant d'une part dans les Baudu, — de l'autre dans Octave\nMouret, Emile Zola l'a dramatisée, arrachée à l'abstraction; il la résume dans\nune action poignante et simple, qui dès l'exposition attache, et peu à peu\npassionne et angoisse. Un souffle de chaude émotion parcourt l'œuvre; etainsi\nl'austère étude d'Emile Zola, si remarquable déjà par la conception, atteint,\npar l'exécution, une large, vivante et tragique humanité. Et sous ce rapport,\nune page m'a surtout vivement frappé: le chapitre où madame Desforges,\npour humilier, devant Mouret, Denise dont elle est jalouse, l'aiguille de mots\naigre-doux, puis, exaspérée par la dignité calme de sa rivale, se livre dans une\nmaladroite insulte. C'est un chef-d'œuvre de puissance et de maîtrise.\n    La question de la forme, toujours attirante à étudier chez un écrivain de la\ntrempe d'Emile Zola, l'est ici doublement parce que l'auteur des Rougon-\nMacquart traverse aujourd'hui une crise littéraire qui me semble arrivée à la\n période aiguë.\n    Depuis l'Assommoir, Emile Zola, qui, pour employer une de ses expressions\n favorites, plonge par les deux pieds en plein romantisme, se rebelle de plus\nen plus contre l'école dont il sort, et rêve de s'en déchirer par un effort\nsoudain et suprême.\n    « J'ai un assez joli tas de jargon romantique derrière moi, — écrivait-il, il\ny a un mois encore à l'un d'entre nous, — pour avoir le droit de condammer\nce jargon. Si j'avais quelque influence sur la jeunesse littéraire, je ne cesserais\nde répéter aux nouveaux romanciers : soyez simples, soyez bonhomme, au\nrisque d'être plats. La vieille phrase bêtement concise de Noël et Chapsal est\nredevenue une rare originalité, par ces temps de style névrosé, d'une imitation\nsi facile. »\n    Aussi est-ce bien au risque d'être plat, qu'Emile Zola, appliquant ses\nthéories, écrit, dans Au Bonheur des Dames, les phrases suivantes, non pas,\ncomme on le pourrait imaginer, en discours indirect, mais en style de nar­\n  ration :\n    « — Au Bonheur des Dames, lut Jean avec son rire tendre de bel adoles­\ncent, qui avait eu déjà une histoire de femme à Valognes              »\n     ... « Retenue par une entorse prise en montant aux escaliers           »\n    Il fait bon lire, après ces phrases lâchées cette description du hall au soleil\n couchant :\n     « Il y avait comme un élargissement continu, un rayonnement de la clien­\n tèle, remportée aux quatre points de la cité, vidant les magasins avec la cla­\n meur ronflante d'une écluse. Cependant les toitures du Bonheur, les grandes\nlettres d'or des enseignes, les bannières hissées en plein ciel, flambaient tou­\n jours au reflet de l'incendie du couchant, si colossales dans cet éclairage oblique\n qu'elles évoquaient le monstre des réclames, le phalanstère dont les ailes, mul­\n tipliées saus cesse, dévoraient les quartiers, jusqu'aux bas lointains de la ban-\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "                                  — 197 —\n\nlieue. Et l'âme épandue de Paris, un souffle énorme et doux, s'endormait dans\nsa sérénité du soir, courait en longues et molles caresses sur les dernières voi­\ntures, filant par la rue peu à peu déblayée de la foule, tombée au noir de la\nnuit. »\n   De ces deux exemples, l'un de style plat et bêtement correct, l'autre de jargon\nromantique, je n'hésite pas à préférer le jargon.\n                                        *\n                                        **\n   M. Georges Pradel lui, n'écrira jamais le jargon. Il se préoccupe peu de la\nforme. Il s'agit de deviner à flair de nez, ce que veut le public. Or le public\ndemande à cor et à cris des romans honnêtes, et M. Georges Pradel écrit\nL'Œillet bleu.\n   Ni invention, ni analyse, ni humour, ni passion, — ni style. Des pages\nniaises — à donner en prix dans les pensionnats de demoiselles.\n   Ah ! le public veut de l'honnête. En voilà.\n   De l'honnête à foison, mon brave public !\n   Eh ! que diable, on peut bien spéculer un peu sur l'honnête !\n   De l'honnêteté à deux cent cinquante pour cent, quoi !\n\n                                                      ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                     REVUE MUSICALE\n\n\n   Le 17 mars, a eu lieu, à Gand, le festival Massenet, où le jeune maître a\ndirigé l'exécution de sa Marie-Magdeleine.\n   La plupart des journaux quotidiens n'y ont consacré que quelques notes\nbanales, comme par acquit de conscience. C'était trop et trop peu. L'œuvre\net l'auteur valaient la peine qu'on se fût donnée à dire carrément le motif de\ncette indifférence apparente : les déplorables conditions matérielles dans les­\nquelles cette exécution s'est faite et qui rendaient impossible, toute appréciation\nsérieuse.\n   On conçoit à peine que Massenet, si exigeant d'ordinaire, et à raison, quant\naux conditions d'acoustique et d'interprétation, ait consenti à faire entendre sa\nmusique de demi-teinte, dans ce hangar ou, comme on l'a mieux dit, dans\ncette gare. Cette faiblesse est d'autant plus regrettable que les mêmes éléments,\ndans un autre local, auraient donné une très complète audition d'un ouvrage\nintéressant, en somme.\n   Marie-Magdeleine est, en effet, une des premières productions que Massenet\nait livrées au public. Il avait donné précédemment : La Grand'tante, Don César\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "                                     — 198 —\n\nde Bazan, une Suite d'orchestre, des Poèmes, et deux mois auparavant : les\nErynnies\n   Marie Magdeleine commence la série des poèmes bibliques, et, tout en se\nressentant de Gounod, dont Massenet dérive, elle l'ait pressentir et contient en\ngerme les deux œuvres capitales où il dégagera complétement sa personnalité :\nl'Ere et la    Vierge.\n   Le rôle qui fut créé par Mlle Viardot, était confié à Mlle Mahieux, une débu­\ntante mais une artiste, c'est-à-dire une interprête intelligente qui sous la note\nsaisit la pensée et l'exprime : mais sa voix, comme celles de Mlle Jeurissen et\nde Mr Marris devait se perdre dans cette immense salle où les cordes solides de\nBlauwaert sonnent terne.\n\n   Dans le prochain numéro, nous parlerons de la. Rédemption, dernière oeuvre\nde Gounod que la Nouvelle Société de Musique exécutera le 22 avril sous la\ndirection de l'auteur.\n   — Rappelons aussi le festival funèbre h la mémoire de Wagner : la date en\nest fixée au 8 avril.\n                                                               H. M.\n\n\n\n\n         MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE\n  BRETON ET PATRIE, par Emile Prorrey. — Petite brochure patriotique que\nmet en vente la Librairie des jeunes fondée, je pense, par l'excellent poète\nErnest d'Orllanges. Le Souvenir de Sedan de M. Prorrey rappelle les rap\nsodies guerrières de Coppée et de Bergerat:\n\n              « Les canons, tout le jour, avaient vomi le fer,\n              Le carnage et le deuil au sein de la bataille;\n              Les guerriers tombaient drus dans cet horrible enfer\n              Que leur traçaient au loin la poudre et la mitraille...\n              Cependant ils allaient, tout noirs, couverts de sang.\n              Disputant, pied à pied, le coteau, puis la plaine.\n              La mort soufflait sur eux sa dévorante haleine:\n              Le bronze, en éclatant, les fauchait rang par rang; »\n\n    M. Prorrey manie bien le vers et certaines strophes de son poème ont un\n souffle très réel.\n                                                                NEMO.\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "      Nous joignons au présent numéro des couvertures                          imprimées\ndestinées au brochage du t. I de notre revue.\n\n\n                    En vente au Bureau de la Jeune Belgique :\n        Collections complètes de la Jeune Belgique, t. I. prix: 5 fr.\n                 —          (sur papier de Hollande) t. I, prix: 20 fr.\n                 —          de la Jeune Revue (très rare), prix: 2 5 fr.\n\n\n\nLA REVUE MODERNE\n                     Paraissant le 20 de chaque mois.\n\n\n                                  COMITE\n                   BELGIQUE :                                      FRANCE :\nCAMILLE LEMONNIER - EDMOND PICARD                           LÉON CLADEL\n          VICTOR ARNOULD.                               EDMOND DE GONCOURT.\n                                         SUISSE :\n                                      CARL VOGT.\n\n  La Revue Moderne, scientifique, littéraire, artistique et\nsociale, formera par an deux volumes d'environ 400 pages\nchacun, imprimés avec soin sur beau papier teinté, avec\ncouvertures et tables des matières.\n                    PRIX D'ABONNEMENT.\n   BELGIQUE — UN AN : 1 2 FR. — ÉTRANGER (Union Postale) : 1 4 FR.\n          Pour les abonnés de la JEUNE BELGIQUE: 10 FR. par an.\n\n\n       Je soussigné\ndemeurant à\nRue.                                                          n°\ndéclare m'abonner pour un an a LA REVUE MODERNE.\n       Le                              188                              .\n                                                               Signature :\n\n\n   Détacher cette page après y avoir inscrit lisiblement ses nom, profession et adresse, et\nl'envoyer sous bande avec un timbre d'un centime à l'adresse suivante : La Revue Moderne,\n74, Avenue de la Toison d'Or, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "    EN       VENTE              CHEZ               TOUS LES                                                                                                                 LIBRAIRES.\n\n\n            LES FLAMANDES\n                   poésies d'EMILE V E R H A E R E N\n                                      Un volume :        fr.3.50\n\n\n\n\n                          LE SCRIBE\n                              par ALBERT GIRAUD\n                                      Un volume : fr. 5.50.\n\n\n\n\n                  KEES DOORIK\n       Scènes du Polder, par GEORGES EEKHOUD\n                                      Un volume : fr, 5.50. -\n\n\n                                                                                                                          momentanée de travail, causées par accident: UN CAPITAL OU UNE ALLO-\n                                                                                                                          CATION QUOTIDIENNE. Assurances des Ouvriers et des Patrons.\n\n         RÉVOLUTION                                                                                                        La Compagnie garantit : En cas de décès; En cas d'incapacité permanente ou\n               DANS L ' A R T D E S E RASER\n\n\n\n\n       RASOIR\n                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          L'ASSURANCE F R A N Ç A I S E\n                                                                   Agence Générale à Bruxelles : 6, Rue des Dominicains\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                                                                                                      CONTRE LES'ACCIDENTS DE PERSONNES\n\n          AMÉRICAIN,       breveté     .      s.g.d.g.\n    Il est impossible dans une annonce de\ndonner une idée complète des avantages\nextraordinaires de cette merveilleuse inven­\n                                                                                                                                                                                                        Etablie à Paris, 6, Boulevard des Italiens.\n\n\n\n\ntion ; cet appareil justifie entièrement sa\n                                                                                                                                                                                                                                                                                          CAPITAL; I2;000;000 DE FRANCS\n\n\n\n\nvogue ; il permet à toute personne de se\nraser sans en avoir aucune habitude, et cela\nsans crainte de coupure.\n    Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement\nnerveux, on peut se raser d'une façon plus\nparfaite que ne le ferait le barbier le plus\nexpérimenté par les procédés anciens.\n    Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce\nnouveau rasoir est tellement ordinaire qu'il-\nest certain qu'il remplacera partout l'ancien\nsystème : il suffit de l'avoir essayé une fois\npour ne plus vouloir se raser ni se laisser\nraser par d'autres procédés.\nNe pas confondre avec des appareils similaires\n  qui se vendent à vil prix et qui n'ont aucun\n  des avantages du rasoir américain.\n  Pour le recevoir franco, envoyer fr. 5-50 en un\nmandat-poste à M. MICHEL, 37, rue des Solitaires,\nParis. Remises pour les achats en gros).\n      Prière de nous indiquer dans quel journal\n                on a lu cette annonce.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1883-04-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 188."}}