{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NUMÉRO DE COMBAT (3e année) 1883", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE LE PRIX", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 232, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 261, "texte": "NUMÉRO DE COMBAT\n\n (3e année) 1883            Tome    I I . N° 6.                     28 Avril\n\nVu les circonstances, nous avons avancé d'une semaine la\n                publication de notre revue\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE LE PRIX QUINQUENNAL", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 232, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 261, "fin_caractere_exclue": 1760, "texte": "SOMMAIRE\nLE PRIX                QUINQUENNAL                    LA JEUNE BELGIQUE.\nDIALOGUES DES MORTS                                   TÊTE-DE-MORT.\nSIMPLE CONSTATATION\nSENSATIONS : II Terreur                               MAURICE BURNY.\nAU PAYS DE MANNEKEN-PIS                                M. W.\nVIEILLES NOUVELLES V. Le Conte de Toone\n                             VI. La dernière fredaine MAX WALLER;\n                                            .\".....)\nPOESIES I Pastorale                                   PAUL LAMBER.\n         II Soirs aux étangs de Naheumont . . G.\n        III A une fille d'auberge                      KARL GRUN.\n        IVLESatyre                                     FRÉDÉRIC BATAILLE,\n         V Au Café-Concert                            FERDINAND HÙART.\nLE CAVEAU VERVIÉTOIS                                  IACQUES ARNOUX.\nCHRONIQUE ARTISTIQUE I L'union des Arts.\n                                                      EMILE VERHAEREN\n                                II L'Essor . . .\nCHRONIQUE MUSICALE : La Rédemption . . HENRY MAI\nCHRONIQUE LITTÉRAIRE                       ALBERT             GIRAUD.\nCONFÉRENCE DE MAX WALLER . . . .                      X.\n MEMENTO                                              NEMO.\n\n\n                            LE N U M E R O :\n       En Belgique: fr. 0.60. — A l'Étranger : fr. 0.75.\n\n                             BRUXELLES\n              BUREAUX         : 90, RUE             BOSQUET\n                              MDCCCLXXXIII\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "À tous nos abonnés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A TOUS NOS A B O N N E S", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 233, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "A TOUS NOS A B O N N E S\n   La Jeune Belgique dont le succès croît chaque jour, est devenue le\nvéritable organe du combat littéraire en Belgique. Parfois violente et\nbrutale, elle ne cesse de brandir le drapeau moderne dont elle s'est fait\nune arme contre les royautés caduques. Il faut que nos idées se répandent\ndavantage, qu'une propagande active s'établisse par le fait de nos abon­\nnés qui nous ont jusque aujourd'hui soutenus et fortifiés par leur colla­\nboration.\n   Nous avons donc organisé une sorte de ligue destinée à cette propa­\ngande. Ceux de nos abonnés qui désirent en faire partie sont priés de\ndemander à nos bureaux DIX ou QUINZE cartes d'abonnement. Ces cartes\nleur sont envoyées marquées d'un numéro d'ordre qui nous en indi­\nquera le dépositaire.\n   Lorsque DIX cartes seront revenues au bureau revêtues de noms d'abon­\nnés nouveaux, le dépositaire recevra son abonnement gratis pendant un\nan.\n   Lorsque QUINZE cartes seront revenues, le dépositaire recevra son\nabonnement gratis, à perpétuité, ef son nom sera inscrit dans le dernier\nnuméro de l'année à la liste des MEMBRES FONDATEURS de la Jeune\nBelgique.\n   Et maintenant, à l'assaut, les Jeunes Belgique !\n                                                          LA DIRECTION\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 233, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1294, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "BOITE AUX LETTRES.\n   30. Albert de Mal... — Fourmille de fautes. Impossible.\n   37. Basile Nestor. — Le sujet bien crû ne pouvait se sauver que par des vers très bau­\ndelairiens et amptes ; ainsi ont pu passer les Stercoraires.\n   38. Jules G. — Avons'en effet reçu votre sonnet d'Octobre, bon s'il m'en souvient. Une\nnégligence est seule cause de notre silence. Choisirons un de ces jours la meilleure chose\nde vous à insérer.\n   39. Paul J. Liége. — Sonnet superbe. Ayez donc la bonté de le mettre en vers.\n   40. Henry Mériot. — Non, cher confrère, la note 24 de notre dernière boite aux lettres\nn'est pas pour vous.\n   41. Clodion. Gand. — Calmez-vous, calmez-vous! je marche sur vos vers : il y en a\npartout ! c'est le printemps, je vous pardonne. Idylle remise au no 7.\n   42. Lionel D. — Vous en êtes à l'a du style, cher confrère. Ecoutez une de vos phrases :\n ( Bruges s'animait de ce mouvement qui, pour les étrangers, semble être le sommeil ;\nBruges venait de s'éveiller, et une personne qui ne la connaît pas, aurait certainement\ndit : Tiens ! l'on dort le jour, à Bruges. » C'est assez réussi comme galimatias triple. Ne\nperdez pas courage et écrivez simplement.\n   45. Un abonné liégeois. —Expliquez moi donc ce vers et scandez\n                          Quand lu lune s'allume derrière       nuage\net celui-ci :\n                          Sur les prés dont elle semble ronger le bord.\nétudiez donc la prosodie avant de faire des vers.\n    14. Jules Daum. — Aurea mediocritas.\n   45. Léon C. Schaerbeek. — La Nonne est parfaite. Passera dnns le n« 8, notre n° 7\ndevant contenir exclusivement, en fait de vers, quinze sonnets admirables d'Emile Van\nArenbergh.\n    46. Edouard R, Houdeng. — Bueno ; passera. \"Merci.\n                     BRUx.—IMPR. AD. M E R T E N S , 12, RUE D'OR.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 201, "page_fin": 209, "titre_corps": "Le Prix quinquennal : Manifestation Lemonnier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "LE PRIX QUINQUENNAL", "ancre_fin": "dans le prochain numéro de la Jeune Belgique", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "DIALOGUES DES MORTS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 234, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "LE PRIX QUINQUENNAL\n\n\n\n            MANIFESTATION L E M O N N I E R\n\n\n\n   Il vient de se produire en Belgique un nouveau et abomi­\nnable scandale qui susciterait des clameurs et des huées, si\nla presse et le public n'étaient pas d'une légendaire indiffé­\nrence vis-à-vis des hommes et des choses de la littérature.\n   Le jury officiel, chargé d'attribuer le prix quinquennal,\nn'a réuni de majorité sur aucun nom, et vient,— après avoir\ntenu un grand nombre de séances, sans doute pour aug­\nmenter le bénéfice de ses jetons de présence, de décider que\nce prix ne sera pas donné.\n   Une pareille décision, au milieu de notre renouveau litté­\nraire, dans les circonstances singulières où elle s'est pro­\nduite et que nous révélerons tantôt, appelle une prompte et\nvéhémente protestation.\n   Tudieu ! Si une chose pareille devait se produire à Paris !\n Là, dans les journaux quotidiens, les poètes et les romanciers\n connus font chaque jour de la chronique littéraire, et vrai­\n semblablement, dans une pareille occurrence, tous à la fois,\n comme des dogues furieux, aboieraient si fort et si long,\n déchireraient si impitoyablement avec leurs ongles et leurs\n crocs — jusqu'au sang, ceux qui ont consommé ce scandale,\n qu'on finirait bien par prendre peur et par leur donner satis­\n faction !\n       28 A V R I L 1883.                               16\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1937, "texte": "                                202\n\n\n     Mais dans notre pays il y a beau temps que les gens de\n  lettres sont des dupes et des parias.\n     Au moins Platon, les mettant à la porte de la République,\n  voulait qu'on les couronnât de roses. Ici on les couronnait\n  d'épines.\n    Maintenant on ne les couronne plus du tout, et les lauriers\n qui leur étaient dûs, on les met plutôt dans le pot-au-feu offi­\n ciel que quelques académiciens, toujours les mêmes, font\n bourgeoisement mijoter, en parlant latin — du latin de\n cuisine !\n    Cela est d'autant plus odieux qu'on affecte vis-à-vis des\nautres artistes toutes sortes de complaisances et d'égards,\nqu'on décerne des Prix de Rome et qu'on organise des Fes­\ntivals nationaux pour les musiciens, qu'on ouvre en grande\npompe les Salons de peinture avec visites royales et ministé­\nrielles, avec médailles, subsides, décorations, voyages à\nl'étranger, achats pour les Musées.\n   Quant aux écrivains, on ne fait rien pour eux, absolument\n rien, rien, rien !\n    Pour ne citer qu'un exemple : aux fêtes du Cinquantenaire,\non a décoré tous les ordres de citoyens, voire même d'artis­\ntes ; il n'y a que le groupe littéraire auquel on n'a pas même\nsongé, de sorte que les plus anciens, les plus forts de nous,\nles plus illustres, — car il y en a, sans qu'on s'en doute —\nont encore la boutonnière vierge du ruban rouge.\n    Cependant, malgré ces défaveurs, il restait le Prix quin­\n quennal. De quoi se plaignait-on ? Tous les cinq ans on\n pouvait gagner 5,000 francs et devenir ce que les Anglais\n prisent si haut : le lauréat national.\n    Aux forçats de la poésie, traînant le boulet de la rime, cette\n perspective devait s'ouvrir riante et verte, comme celle d'un\n préau au sortir de la cellule.\n    Ah! bien oui! c'est une bonne plaisanterie, le prix quin­\n quennal! Voilà dix ans qu'on ne l'a plus donné. Ça va\n faire concurrence à la peine de mort ! C'est remisé avec la\n guillotine !\n"}, {"page_pdf": 236, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1977, "texte": "                             203\n\n\n    Plus de têtes à couper — ni à couronner !\n    Et cependant, y eût-il jamais un moment mieux choisi\npour une récompense littéraire, que celui de l'éveil triomphal\nauquel nous assistons.\n    C'est superbe ! Toute une jeunesse travaille, veille, lutte\net s'affirme. Ecœurée des platitudes de la politique, elle a\ntrouvé ce dérivatif à son activité et cette ambition à sa vie !\nDes revues naissent tous les jours, qui prouvent l'intensité\nde ce mouvement littéraire — comme l'accroissement des\ntrains de chemin de fer qui aboutissent à une ville, attestent\n la prospérité grandissante de celle-ci.\n    Et des livres paraissent depuis ces dernières années, des\nromans, des poèmes auxquels on fait même des succès à\nParis. — Les maîtres de là-bas écrivent des préfaces pour\nles nôtres, heureux de servir de parrains à des œuvres qu'ils\njugent très viables.\n    C'est si vrai qu'il y a quelques jours un des nôtres se\ntrouvait chez Emile Zola. Celui-ci avait sur sa table toutes\n nos revues et, dans un coin de sa bibliothèque, quelques-uns\ndes volumes publiés par nos amis dans ces dernières années.\n Il en trouvait de très remarquables, dignes de soutenir le\n parallèle avec les meilleures productions parisiennes ; bref\n il était on ne peut plus étonné du vigoureux réveil qui\n s'affirme chez nous.\n    Le jury n'avait donc qu'à choisir et bien des noms s'im­\n posaient à son attention.\n    Surtout, CAMILLE L E M O N N I E R qui, pendant la pé­\n riode, a publié cinq romans : Un Coin de Village, les Char­\n niers, Un Mâle, le Mort, Thérèse Monique, plus une\n  superbe Histoire des Beaux-Arts de 183o à 1880 et enfin\n son étude sur la Belgique dans le Tour du monde.\n    Il y avait aussi Edmond Picard avec son Paradoxe sur\n l'avocat, sa Forge Roussel, ce beau livre d'une pensée si\n profonde et d'un style si magistral.\n    Puis Octave Pirmez, qui a publié cette œuvre touchante :\n  Rémo, et réédité ses Feuillées, des maximes frappéescomme\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1990, "texte": "                          —   204   —\n\n\n des médailles, et ses Heures de philosophie, des pensées cou­\n lées dans de courts paragraphes, comme de fines essences\n qui dormiraient dans de petits flacons.\n    D'autres encore se sont fait connaître : Eekhoud,\n Hannon, Rodenbach, Marie Nizet, Marguerite Van de\nWiele, Solvay, Hélène Swarth, toute une vaillante troupe de\nromanciers et de poètes qui se rangent autour des trois chefs\nque nous venons de saluer.\n    En tous cas, le choix de CAMILLE L E M O N N I E R s'im­\nposait: où trouver, dans la littérature belge depuis 183o, des\nlivres comparables au Mort et au Mâle. Ce dernier surtout\nfit tapage ; en deux mois, sept éditions, et le nom de l'auteur\nen vedette dans les grands journaux parisiens — comme sur\ndes affiches. Taine, Barbey d'Aurevilly, Sarcey ont clai­\nronné en son honneur. Interrogez sur lui tous les maîtres\nparisiens: pas un qui ne le connaisse et ne le place au\npremier rang.\n    Et puis n'est-ce pas lui qui a organisé ce mouvement des\nJeunes en Belgique qui promet au pays pour l'avenir une\nlittérature saine, vivante et originale.\n    C'est autour de lui qu'on s'est rassemblé ; c'est lui qui a\ndonné l'espoir, qui a raffermi les défaillances, qui a mené\nau combat, si bien que tous les conscrits le reconnaissent ici,\nà l'heure actuelle, comme leur maréchal de Lettres.\n    D'ailleurs, en supposant même que ses livres ne soient pas\nce que nous les disons, la seule chose demandée au jury,\nc'était de se prononcer sur « la meilleure œuvre publiée\npendant la période quinquennale.\n    C'est relatif, et l'œuvre, même médiocre au point de vue\nabsolu, dans la pensée du jury, pouvait encore et devait être\n couronnée par lui.\n    Comment donc s'y est-on pris pour aboutir à des conclu­\n sions négatives? Voici, paraît-il, ce qui s'est passé :\n    Trois membres ont voté pour CAMILLE LEMONNIER et, ce\n qui est glorieux pour celui-ci, ce sont précisément les trois\n moins incompétents: MM. Potvin, Frédérix et Pergameni.\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "                              203\n\n   Ce n'est pas que nous ayons grande sympathie pour eux :\nl'un est le rimeur qu'on sait, chevauchant un Pégase poussif\net plusieurs fois couronné — comme il arrive à tous les\nmauvais chevaux.\n   L'autre, un homme d'esprit qui n'a jamais publié une\nœuvre, installé dans son feuilleton d'un grand journal,\ncomme dans un comptoir, affecte de n'y débiter que de la\nmarchandise française, sans daigner offrir à sa clientèle\nquelques échantillons des productions nationales.\n   Le troisième a écrit quelques vers, puis s'est adonné à des\nétudes d'histoire et de politique, où ses idées poétiques auront\npéri sans doute, comme des ailes sur du papier tue-mouches.\n   N'importe ! ils ont voté tous les trois pour CAMILLE LE­\nMONNIER : ils ont donné cette preuve d'intelligence et de\ngoût — cela doit leur servir de paratonnerre contre nous.\n   Mais voyons les autres et jusqu'où peut nous mener la\nbêtise et la routine administratives.\n   M. De Monge faisait partie aussi du jury : un esprit fin,\nmais gâté par des préjugés catholiques: il ne sait pas appré­\ncier une œuvre littéraire, indépendamment du point de vue\nreligieux. Il s'abstient toujours — une abstention chronique.\nMais alors, que diable ! il devrait avoir la loyauté de se ré­\ncuser quand on l'appelle dans un jury.\n   M. Rivier aussi s'est abstenu : en voilà un du moins qui\nse condamne lui-même et proclame sa parfaite incompétence.\nCar voyez un peu quel mauvais tour on joue à ce pauvre\nmonsieur Rivier. Il est professeur de Droit Romain, d'Insti­\ntutes et de Pandectes, et on lui demande de juger des livres\nmodernes. Mais il ne lit que du latin, ce pauvre monsieur\nRivier : tout au plus s'il comprend un peu le français, car il\nest Suisse, — et comment voulez-vous alors qu'il ne prêche\npas un peu... pour sa chapelle ?\n   La littérature moderne, qu'est-ce que c'est que ça? indi­\ngeste.... Digestes... ce pauvre monsieur Rivier !\n   Donc, ces deux membres s'abstiennent: pourquoi? de quel\ndroit ? on ne leur demande pas s'il y a un bon livre, mais\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "                              206\n\nquel est le meilleur livre publié. Ils s'abstiennent; c'est qu'ils\nne savent pas en décider. Alors qu'est-ce qu'ils font dans le\njury et comment ne se sont-ils pas récusés d'abord, au lieu de\ns'exécuter eux-mêmes après ?\n   Voici qui est plus drôle : connaissez-vous M. Stappaerts?\n   Nous avons eu beau feuilleter les almanachs royaux et\nautres, interroger les cochers de fiacre, faire crier son nom\ndans les rues comme pour un chien perdu, remuer les cata­\nlogues de toutes les bibliothèques, nous n'avons pas encore\npu savoir ce qu'il vaut, ce qu'il a fait, ce qu'il a publié, ni\nmême s'il existe.\n   D'aucuns nous ont affirmé qu'il n'est autre que l'auteur du\nCadavre récalcitrant, et que c'est lui le barde dont la\nmodestie se cache sous le pseudonyme de Joseph Casteleyn.\n   Quoi qu'il en soit, M. Stappaerts ne s'est pas abstenu;\nil a voté avec M. Fétis, cette vieille perruque — au\npropre et au figuré — dont la spécialité est de n'en pas avoir,\nqui fait partie de toutes les commissions, comme le sel fait\npartie de toutes les sauces. Un homme à tout faire, quoi ! —\ncomme une servante ! Dont on peut dire enfin ce qu'on dit\nd'un des personnages dans le Monde où l'on s'ennuie :\n « C'est ce savant dont le père avait tant de talent ! »\n    Or, savez-vous pour qui ces deux compères ont voté —\n comme un seul homme? — pour M. Vautier, l'auteur par­\n faitement obscur de quelques espèces de romans-feuilletons,\n sans aucun mérite littéraire, à l'usage des conducteurs d'om­\n nibus vides — comme eux!\n    C'est étrange, c'est fou, c'est inexplicable, car l'auteur est\n inconnu, ses romans n'existent pas et sa situation littéraire\n est toujours à l'état de fœtus. Et cependant c'est très simple,\n comme un tour de prestidigitateur.\n    L'urne de vote est à double fond : dans un compartiment\n M. Vautier, le romancier énigmatique qu'on propose pour\n le prix quinquennal; dans l'autre, M. Vautier père, direc­\n teur de la Gazette et M. Fétis, fils, attaché au même journal.\n    Et voilà ! et le bruit court partout de cette véritable\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1995, "texte": "                           —   207   —\n\n  « escroquerie morale », comme au temps de la révolution\n le bruit de la grande trahison du comte de Mirabeau.\n    Il faut donc qu'on s'explique, et vite ! Vos conclusions\n négatives pures et simples, nous n'en voulons pas.\n    Le Rapport ! le Rapport ! Une pleine lumière doit se\n faire, la discussion doit s'ouvrir.\n    Le Rapport ! La camaraderie éhontée doit être flétrie\n publiquement.\n    Le Rapport ! Le Rapport ! il nous le faut et vous n'oserez\n pas ne pas le faire !\n    Ah ! le temps est passé où les gens de lettres se laissaient\n écraser, repousser, annihiler, dominer par un tas de médio­\n crités intrigantes. Il faut que tout cela cesse. !\n    A vrai dire, nous avons perdu nos dernières illusions quant\nà l'intelligence et à la sympathie du gouvernement pour nos\nefforts ; et c'est pourquoi nous négligerons de demander\nqu'on nomme un nouveau jury,— ce qui serait logique, puis­\nque celui-ci n'a pas su se mettre d'accord — ou de réclamer\nqu'on donne un prix à chacun des deux candidats sur les­\nquels on a voté, surtout qu'il reste une somme vacante de la\npériode précédente et qu'on n'affecte aucune autre destina­\ntion littéraire à ces fonds non employés.\n   Assez ! il vaut mieux en finir ! Les prix quinquennaux\ndans le passé n'ont jamais été accordés qu'aux médiocres,\npar intrigue, et nos vrais écrivains, les forts, les grands\ncomme Charles De Coster ou Van Hasselt ont toujours été\nécartés. Il n'y a qu'à lire ce qu'en révèle M. Alvin à propos\ndu poète des Quatre incarnations du Christ.\n   Donc le divorce est irrémédiable : ne demandons plus\nrien, n'attendons plus rien, et puisque subsides et récompen­\nses tombent toujours à faux, désirons-en la.suppression défi­\nnitive et proposons-nous comme idéal la séparation radicale\nde l'Art et de l'État.\n   Qu'est-ce que c'est d'ailleurs que ce singulier concours de\nconcurrents malgré eux. — De quel droit nous juge-t-on et\nvient-on, à nous qui ne demandons rien, déclarer que nos\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "                          —   208   —\n\nœuvres ne valent pas et nous donner à tous un soufflet\nofficiel ?\n    Assez ! Assez ! devant une telle injustice et un tel scan­\ndale, protestons unanimement et révolutionnairement.\" Des­\ncendons dans la rue \", comme disait un des nôtres sous une\nforme piquante, c'est-à-dire, dans la circonstance présente,\npuisqu'une riposte est nécessaire à une aussi inqualifiable\ndécision, réunissons en un Banquet solennel de protestation\ntous ceux qui combattent en ce moment en Belqique le bon\ncombat artistique!\n    A nous ceux de Mons, ceux de Verviers toujours si dévoués\net si vaillants ! A nous le Caveau et les sociétés littéraires !\nA nous toutes les revues nouvelles, toutes ces armes aiguisées\nsur nos jeunes cœurs: l'Art Moderne, la Révue Moderne,\nle Journal des Gens de lettres, le Correspondant Belge, la\nRevue artistique, la Feuille du Dimanche, et aussi les\nanciennes, les sympathiques: le Journal des Beaux-Arts et\nla Fédération artistique !\n    Il faut que tous, pour leurs abonnés, pour leurs lecteurs,\npar poignées, envoyent des bulletins d'adhésion à cet acte de\njustice nationale: La MANIFESTATION LEMONNIER.\n    A nous aussi les Flamands, auxquels on n'ose pas imposer\ndes jurys comme le nôtre, eux qui sont jugés par des produc­\nteurs, de vrais écrivains qui, au dernier concours, n'ont pas\ncraint de couronner un poète de vingt cinq ans !\n    A nous encore les frères et amis de la presse quotidienne\n dont beaucoup nous ont déjà tant aidé dans nos débuts de\ncampagne littéraire!\n    A nous enfin les musiciens, les peintres, les originaux de\n l'Essor qui ont triomphé déjà dans la voie de l'Art libre et\nde l'Art moderne où LEMONNIER les a poussés et soutenus,\nlui le premier de nos critiques d'art !\n    Il faut que tous ceux-là nous viennent, et quand les\nadhésions seront arrivées, nombreuses, tous ensemble,\nnous les gens de lettres, les artistes, nous tous le vrai jury,\nnous acclamerons en un banquet fraternel le romancier des\n"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1337, "texte": "                                  209\n\nFlamands et des Wallons, le puissant écrivain national, le\ncher, le grand CAMILLE LEMONNIER.\n  Ainsi, grâce aux apothéoses que nous décernerons désor­\nmais nous-mêmes, il ne pourra plus se faire qu'on nous\nécrase sous des dédains officiels et que — selon la lugubre\nparole de notre plus grand poète mort,\n\n     «                                    la patrie\n     Ait à rougir de honte un jour, ni qu'on lui crie:\n     « Ingrate, qui dressant des piédestaux jaloux,\n     Plaças les nains dessus et les géants dessous ! »\n\n                              LA J E U N E BELGIQUE. (1)\n\n\n   (1) La manifestation, consistant en un grand banquet auquel sont con­\nviés tous ceux qui s'intéressent à la littérature, aura vraisemblablement\nlieu le DIMANCHE 27 MAI. Le prix de cotisation est de cinq francs. Les\nadhérents sont priés d'envoyer dès aujourd'hui leurs noms et adresses\nexactes au SECRÉTAIRE DE LA JEUNE BELGIQUE, 74, AVENUE DE\nLA TOISON D'OR à Bruxelles. Un avis fixant la date définitive qui sera\ncertainement un dimanche, leur sera envoyé en temps et lieu. Les sous­\ncriptions des dames et autres personnes qui ne pourront assister à la\nfête, seront affectées à en rehausser l'éclat. Les noms de tous les sous­\ncripteurs seront publiés dans le prochain numéro de la Jeune Belgique.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 209, "page_fin": 216, "titre_corps": "Dialogues des morts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tête-de-mort", "ancre_debut": "DIALOGUES DES MORTS", "ancre_fin": "inouismé", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SIMPLE CONSTATATION", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 242, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 1337, "fin_caractere_exclue": 1690, "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n               POUR FAIRE SUITE A CEUX DE LUCIEN.\n\n\n\n    La scène s'ouvre sur le dortoir des morts. Tous sont couchés sur des\nlits en forme de cercueils horriblement oblongs. M. Rivier leur lit\nles Pandectes pour les endormir, et leur sommeil ressemble à une cata­\nlepsie. Louis Hymans déguisé en table de nuit somnole en lisant des\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "                                       210    —\n\nvers d'Emile Valentin dit le Confraternel    Admonesteur.   Cà et là vol­\ntigent, pareils à des chauves-souris, des cacophonies, des chevilles, des\nbarbarismes et des mots bêtes attirés par la table de nuit. U n grand\nsilence règne, coupé parfois par des mots incohérents que prononce\ndans son sommeil Emile Verhaeren.\n\n                              N u i t — Mystère.\n\n                               En l'an futur 1900\n\n                                        V\n\n                             EMILE VALENTIN\n\n           Oui, je suis plébéien: vive à jamais la plèbe,\n           La grande plèbe des grands jours ;\n           Celle de l'atelier et celle de la glèbe,\n           Non pas celle des carrefours!...\n\n                              ALBERT GIRAUD\n\n                              (Il se dresse stupéfié)\n\n       Ce non pas, cher monsieur, me semble une cheville.\n       Je vous renvoie aux vers de l'auteur d'En famille.\n\n                             EMILE VALENTIN\n\n      Et vous, je vous renvoie aux Espoirs              violets.\n\n                              ALBERT GIRAUD\n\n                     Monsieur, vos vers sont laids.\n\n                             EMILE VALENTIN\n\n                          Et les vôtres sont pires.\n\n           De son cercueil, Emile Verhaeren pousse un baillement sourd)\n\n                             ALBERT         GIRAUD\n\n                             Emile, tu soupires !\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1541, "texte": "                                211 —\n\n\n                           EMILE VERHAEREN\n\n                                   (Il rêve)\n\n    N o n , je baille. Grands dieux! les boudins noirs, les noces,\n    Les truandailles, les bedondaines féroces,\n    Les bombances à tout crever, vous êtes loin.\n    Et je gémis à jeun dans mon macabre coin.\n                 (La table de nuit s'est endormie complètement)\n\n                              MAX WALLER\n                         (Il contemple Louis Hymans)\n\n                         Il est heureux, il rêve !\n\n                         GEORGES RODENBACH\n                                   ( Vivement)\n\n        Mais dès qu'on s'en approche et qu'on y touche... il crève!\n\n                         CAMILLE LEMONNIER\n\n         Laissez venir à moi les petits écrivains !\n\n                           EMILE VERHAEREN\n                (Les yeux noyés dans la plus profonde béatitude)\n\n        O h ! les bières en broc ! le cidre ! les vieux vins !\n        O h ! ma gouge Kato, belle gaillarde, grasse.\n\n                                VICTOR HUGO\n                              (A Louis Hymans)\n\n         Je vais ! Ma race en moi poursuit en toi ta race !\n\n                       UNE VOIX DANS L'OMBRE\n\n            Dans une cantate en vers plats et creux,\n            Potvin ose écrire : « Oui, plus de Messies ! »\n            Le pauvre public d i t : — C'est fort heureux!\n            Désormais. Potvin, non, plus de tes scies!\n(Benoit Quinet ayant à son bras Emma Tinel, entre dans le dortoir eu se signant.\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1156, "texte": "                                           2 12      —\n\n\n                               BENOIT         QUINET\n\n\n                      Vous de'sirez de mes vers, soit\n                     Je vais vous trousser un sonnet.\n\n\n                                LOUIS HYMANS\n\n                         T o n nom d'abord !\n\n                               BENOIT QUINET\n\n                                       Benoît Quinet\n\n\n                               ALBERT GIRAUD\n\n                      Autrement dit Bénét Quinoit!\n\n                                LOUIS HYMANS\n\n                                 (A Alb.     Giraud)\n\n\n         Votre âme n'a donc pas l'ombre d'une douceur ?\n\n\n                               ALBERT GIRAUD\n\n                                     (Gouailleur).\n\n\n                              Et ta sœur?\n\n\n                               LOUIS HYMANS\n\n\nJe ne vous comprends pas, monsieur, ma langue aux c h i e n s . . .\n\n\n                              ALBERT GIRAUD\n\n\nT u vas comprendre mieux, Louis. Attends, je viens !\n\n       (Il sort et rentre bientôt,   déguisé en troubadour;   il accorde son luth et, d'une\n            voix verte, chante:)\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "                                      —    2I3 —\n\n                    Devant les écrivains de sève\n                    Toi qui poses comme un zéro,\n                    Tu peints des portraits dont je rêve\n                    O mon béat chef de bureau!...\n                    Administratif Deburau\n                    De ces yeux j'implore l'adresse,\n                    Que tu vis, au Montenegro,\n                    Nager dans un bain de tendresse !\n\n                    Ton esprit fuse à la Congrève ;\n                    On te jalouse au Figaro ;\n                    Et ta verve mettrait en grève,\n                    Avec sa lourdeur de faro,\n                    Les madrigalants de Marot,\n                    Ton œil de bouillon m'intéresse ;\n                    Il a, chez un traiteur faraud,\n                    Nagé dans un bain de tendresse!\n\n                    Ton banal adjectif, sans trêve,\n                    Suit ton substantif en sarrau,\n                    Comme un petit-frère, — un élève !\n                    Qu'importe ! Je suis le héraut\n                    De ton rupin romancero,\n                    Si tu me montres ta princesse :\n                    Je voudrais tant, pauvre Giraud,\n                    Nager dans un bain de tendresse !\n\n                                          Envoi\n\n                    Esprit divin, toi qui sur eau\n                    Flottais naguère avec ivresse,\n                    Viendras-tu, comme un maquereau,\n                    Nager dans ce bain de tendresse? (1)\n\n  (Les derniers mots s'éteignent dans la nuit. A ce moment l'aurore se leva et Giraud\nressentit un désir de s'absorber dans cette nature impassible. Son reyard, incité par les\nbleues vibrances du ciel se fixa, et Lucien Solvay sourit rouge. Soudain, dans le lointain\ndes voix macabres disent lugubrement les litanies de Louis Hymans :)\n\n  (I) «. . .Blanche comme l'hermine et blonde comme les blés, avec de grands yeux bleus\nnageant dans un bain de tendresse...\n                                                          Louis HYMANS.\n                                       six NOUVELLES: Les Pendants d'oreilles.\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1087, "texte": "                     —   214 —\n\n                     U N E VOIX\n\nO toi, le plus cuistreux chroniqueur de l'e'poque,\nVieux journaliste dont tout le monde se moque.\n\n                    LE   CHŒUR\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de l'Office!\n\n                     U N E VOIX\n\nToi qui par un inexplicable calembourg !\n\nAs voulu faire asseoir le vieux sang des Cobourg\n\n                    LE   CHŒUR\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de l'Office!\n\n                     U N E VOIX\nO toi. qui, délaissant la Muse, ingrate amante\nSerais si bon marchand des pastilles de menthe !\n\n                    LE   CHŒUR\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de l'Office!\n\n                     U N E VOIX\n\nToi qu'on voit dans la rue avancer d'un pas lent,\nCherchant dans les trottoirs l'ombre de ton talent !\n\n                    LE   CHŒUR\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de l'Office!\n\n                     U N E VOIX\n\nToi qui crèves de rage avec un air tragique\nChaque fois qu'on te roule à la Jeune Belgique !\n\n                    LE   CHŒUR\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de l'Office !\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1078, "texte": "                    —     215    —\n\n                     U N E VOIX\n\nHomme d'esprit à tant la ligne. Historien !\nToi qui dans le grand Tout seras le petit Rien!\n\n                     LE    CHŒUR\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de     l'Office!\n\n                     U N E VOIX\n\nPère adoptif des vers qu'en sa noire colère\nDe son livre En famille a chassés Potvin père !\n\n                    LE    CHŒUR\n\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de Y Office!\n\n                      U N E VOIX\n\nToi qui sur des morceaux de vieux papier buvard\nAs flué ton roman la Famille Buvard.\n\n                    LE    CHŒUR\n\nO Louis ! prends pitié des lecteurs de l'Office!\n\n                      U N E VOIX\n\nAbandonne, ô Hymans ta part de bénéfice,\nEt fiche nous la paix comme un feu d'artifice !\n\n                     LE    CHŒUR\n\nO Hymans ! prends pitié des lecteurs de       l'Office!\n\n                      L A VOIX\n\n                    (Sêpulcralement).\n                         Oremus\n\nGloire et louange à toi, Louis, dans les hauteurs\nDe l'Echo ton ex-feuille et dans les profondeurs\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 381, "texte": "                                      — 216       —\n\n           De l'Office où cuistreux, tu rages en silence,\n           Fais que ma plume un jour, à ton front chenu lance\n           Un jet d'encre mordant qui gravera ces mots :\n           « Ci git Louis Hymans, dit LE PRINCE DES SOTS.\n\n (Les voix s'éteignent peu à peu, et L. 11. s'évanouit, inouismé.)\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 216, "page_fin": 216, "titre_corps": "Simple constatation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "SIMPLE CONSTATATION", "ancre_fin": "crache par terre", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SENSATIONS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 249, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 381, "fin_caractere_exclue": 852, "texte": "SIMPLE CONSTATATION\n   L'Office de Publicité n'a pas répondu au violent mais juste article de\nnotre dernier numéro. Nous constatons le fait. Nos accusations ont été\nempochées, et désormais, nous savons avoir affaire à des couards qui se\ncachent; c'est bien ; nous n'avons plus de ménagements à avoir. La\nmaison L. H . e t C i e porte un gros numéro plaqué par nous sur sa\nfaçade. Le public est averti ; qu'il se détourne et crache par terre.\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 216, "page_fin": 217, "titre_corps": "Terreur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Sensations", "signature_source": "Maurice Burny", "ancre_debut": "SENSATIONS", "ancre_fin": "MAURICE BURNY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AU PAYS DE MANNEKEN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 249, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 852, "fin_caractere_exclue": 1480, "texte": "SENSATIONS\n                                             H\n\n                                    TERREUR.\n   Souvent, les soirs d'été, au milieu des rêveries qui m'assiègent, la\npensée de la mort se glisse, et semblable à un sombre phalène, s'installe\nen maître sous mon crâne. Touché par l'aiguillon pointu, mon\ncerveau répond comme un clavier, et à chaque piqûre nouvelle, malgré\nmoi qui ferme les yeux et ne veux point voir, surgit dans une lumière\nblafarde qui me perce les paupières, un sinistre tableau, remplacé par un\nplus sinistre. Musée fantasmagorique, où jaillit sous toutes les formes\nl'horreur de l'anéantissement !\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "                                —    217\n\n\n    Une route s'allonge, la route de vie. Des hommes passent en rangs\npressés. De mes yeux voilés par une sueur glaciale qui dégoutte de mon\nfront, je vois un monstre apathique; la Mort, qui les attend patiemment\nau détour du chemin, la prunelle immobile dans l'épaisseur de sa chair\nblanche. Le frisson court sur ma peau, car une voix me crie : « Toi\naussi, que tu marches vite ou lentement, le jour est déjà fixé où le pied\nte manquera : tu entreras dans le néant, tu seras mort à tout, et la vie\nuniverselle continuera sans toi. : » —Et je sens dans ma poitrine chaque\n mot siffler comme une lanière. Affolé, je m'élance de ma couche, pour\n me soustraire à moi-même, pour fouler sous mes orteils nus le froid du\n carreau...\n     Chassant le sommeil de mes membres épuisés, il me montre, le\n lugubre papillon, un cercueil, le mien, porté dans la voiture funèbre par\n des croque-morts, dont le menton rasé sort d'un col de crin ; et, suivi de\n la foule qui bavarde, indifférente je m'achemine, cahoté entre mes\n quatre planches, vers une fosse creusée dès le matin.\n     Je me retourne, secoué dans mes moelles : sur le fond de la nuit\n  tombante se détache mon squelette; homme devenu chose, ses côtes,\n  dépouillées de cette chair qui était la mienne, barrent la 'lueur du soir.\n     Et tandis que le massif insecte se carre en mon cerveau, le froisse de\n  ses ailes rugueuses, je songe qu'après la dernière pelletée, ceux que j'aime\n  s'en iront, et que loin d'eux il me faudra, reposant sans fin sous la dalle\n  rongée par les averses, rester le long des années dans la mélancolie\n  des crépuscules, tout seul ! — Pensée intolérable. Le sang reflue vers\n   mon cœur, ce cœur qui sonne, vivant clairon, bat à toutes mes joies et\n  toutes mes douleurs, ce cœur par qui je vis !.. et qui ne sera plus demain\n   qu'un rouge détritus où germeront les vers !\n\n                                                    MAURICE     BURNY.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 217, "page_fin": 219, "titre_corps": "Au pays de Manneken-Pis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M. 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Dans le plein combat qui se livre aujourd'hui, nous sommes\nheureux de trouver une œuvre qui prouve que tous les genres littéraires\nsont représente's chez les JEUNES BELGIQUE, et que l'esprit national\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 303, "texte": "                                —    219   —\n\n\npeut donner à coté des scènes grandioses de nos romanciers, la plaisante­\nrie, l'humour du terroir ; l'esquisse près de l'eau-forte et l'ariette près\nde la symphonie.\n                                                              M. W.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 219, "page_fin": 221, "titre_corps": "Le Conte de Toone", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Vieilles Nouvelles", "signature_source": "Max Waller (signature commune aux deux textes)", "ancre_debut": "VIEILLES NOUVELLES", "ancre_fin": "Jacobs Monet et Joseph Casteleyn", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VI LA DERNIÈRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 252, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 303, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "VIEILLES NOUVELLES\n                                     V\n\n                       LE CONTE DE TOONE\n\n   Toone mourant de faim se décida à sortir de son grenier de la rue de\nRuysbroeck et descendit au trottoir. Il était une heure de la nuit, et,\nsolitaires, les réverbères se faisaient des clins d'œil jaunes.\n   — « Hum, disait l'un, un vieux du temps de Léopold premier, voilà\nToone qui sort, c'est mauvais signe.\n   — Oui, répondit un autre d'une voix rouillée, le canal de Willebroeek\nlui offrira à boire cette nuit.\n    — Taisez-vous, dit un garde-ville, et laissez faire Toone le brave.\n    Les réverbères se turent ; Toone, oscillant sur ses longues jambes\ngrêles, monta vers le Cantersteen : « Ver mille! mon estomac est comme\nles tambours de la garde civique ; non, ça ne peut plus aller comme ça,\nça est impossible, Toone, vous êtes un malheureux et vous ne servez\ntout de même à rien; il faut partir ; c'est fini ; une bountje dans le canal,\nde l'eau qui spite un peu — et c'est tout. Allons, Toone, il faut partir ! »\n    Il descendit le Cantersteen, regarda avec envie le ventre en bronze de\nVerhaeghen et enfila la rue Nuit et Jour. Il faisait noir comme dans une\ncave et là-haut seulement, entre les toits qui se rejoignaient presque, les\n étoiles riaient.\n    — « Oui, il faut partir, se dit Toone, et partir sans manger; gott ! gott !\n comme ce serait bon tout de même, un roll-mops de chez Van Zoon\navec un double lambic du Prince ; je me rappelle bien quand j'allais\n là avec Truitje, la cuisinière des Van Rikkenhuis, le dimanche, et tout\n le monde regardait Truitje parce qu'elle était si jolie avec ses joues\n rouges, si rouges qu'on aurait cru qu'elle mettait de la couleur comme\n les faiseuses d'embarras du Quartier-Léopold. Moi j'étais au 5e de Ligne\n et j'étais bien beau aussi, tant que mon premier sergent m'avait dit :\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "                                   220\n\n\n Toone, Toone, j'ai une faiblesse pour vous ; je parlerai de vous à l'ad­\n judant, Toone, car vous êtes trop beau pour rester simple. »\n    Toone s'arrêta devant la boutique de Van Zoon où les clients piquaient\n des sardines dans les grandes boîtes en fer blanc.\n    Et il fouilla dans ses poches vides en murmurant follement : « Truitje !\n Truitje ! c'était bon, les sardines ! »\n    A ce moment une étoile qui avait longtemps brillé au-dessus de la rue\n Haute tomba dans la main de Toone.\n    Et c'était une belle pièce d'or avec le portrait du roi dessus .\n   Toone bondit de joie et jeta un regard de reconnaissance au ciel où\ntoutes les étoiles éclataient de rire en voyant sa stupeur béate ; la lune\nblanche se tenait les côtes aussi : « Toone, Toone, tu vas nous faire\ncrever ! »\n   Mais Toone était entré d'un bond chez Van Zoon et, assis sur un\nescabeau, il mangeait des harengs frais — pour commencer. — Il ne\nvoyait pas, n'entendait pas, il mangeait.\n   Et après les harengs vinrent les sardines grassouillettes, ruisselantes .\nde belle huile dorée; et les longs pains s'engouffraient et Toone man­\ngeait toujours — toujours !\n   Au Prince, on allait fermer, mais Toone fit un œil si doux à la baesin\nque celle-ci en eut les larmes aux yeux, car dans ce regard Toone avait\nmis tout son amour pour Truitje et pour le lambic.\n    Et Toone entra ;\n   Il alla s'attabler sous une grande affiche jaune de vente publique, et\nbut comme un vrai Brusseleer de Bruxelles : trois lambic, trois brune,\ntrois faro, trois uitzet et un petit hasselt pour s'éclaircir la voix.\n    Toone sortit du Prince à trois heures ; il était très gai, car l'estomac\n plein fait le cœur léger, et il se mit à chanter la grande chanson qu'il\navait composée autrefois pour la fête du sergent major Vrieskeneer :\n\n           « A Bruxelles en Brabant, il y avait un petit ketje\n           Qui aimait beaucoup les petites femmes ;\n           A Bruxelles en Brabant, il y avait un petit ketje\n           Qui ne faisait pas de son smool ! »\n\n   Et la chanson continua. Toone était très joyeux et il criait très haut\naux étoiles : « Vous êtes tout de même des braves, pot ver deck !\n  Toone s'arrêta à la Grand'place et entra au Cygne pour se rafraîchir,\npuis il remonta vers la rue de Ruysbroeck en racontant des farces très\ngrasses aux réverbères.\n"}, {"page_pdf": 254, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 599, "texte": "                                   — 221    —\n\n   Et ceux-ci riaient aussi en se moquant du canal de Willebroeck qui\nn'aurait pas encore le brave Toone.\n   Mais la nuit, la lune le fit chercher par trois nuages pour le ramener\nau ciel où le bon Dieu demandait à l'avoir pour le faire rire après son\ndéjeûner et le réunir aux vieux compères Lamroe Goedsack et Tiel\nUylenspiegel.\n   Puis, pour dédommager les bons Bruxellois, il sema des graines de\nl'âme de Toone, et ces graines devinrent Jean-Baptiste Boussemart,\nJacobs Monet et Joseph Casteleyn, d'Eecloo.\n\n\n\n\n                                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 221, "page_fin": 225, "titre_corps": "La Dernière Fredaine de Cornélius Braeswyck", "titre_sommaire": "La dernière fredaine", "rubrique": "Vieilles Nouvelles", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "LA DERNIÈRE FREDAINE", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "POESIE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 254, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 603, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "LA DERNIÈRE          FREDAINE DE CORNELIUS BRAESWYCK.\n\n    Cornélius Braeswyck, l'écolier le plus brave et le plus joyeux de\nl'Université, le plus expert ès-art de décrocher les enseignes et de pétrifier\nde terreur le vieux Slim, veilleur de nuit de la bonne ville de Louvain,\nle clerc le plus buveur, le plus fainéant et le plus malin de la Faculté,\nfaillit avoir peur lorsqu'il revint seul, à pied, de Vertryck, en passant\npar le château d'Heverlé, la nuit de Noël de l'an 1578.\n    Depuis trois jours, il avait neigé et le sol criait sous les pas de Cor­\nnélius. A présent le ciel s'était nettoyé, et la lune montait dans le ciel,\ntrès claire et très joyeuse. A droite, à gauche, les champs n'étaient\nqu'une grande plaine blanche, et dans l'allée qui devant lui s'ouvrait\nsombre, le profil des arbres bleuissait sur la blancheur de la neige.\n    Cornélius faillit avoir peur. A l'heure où pas un habitant de Louvain\n n'est profondément endormi sous ses chaudes couvertures, où, seul le\nvieux Slim se promène, rêveur, avec sa trompe, afin de réveiller les gens\npour leur dire qu'il est temps de dormir, à cette heure ténébreuse où les\ntombeaux s'ouvrent, où les morts, les pauvres morts se dégourdissent\nde leur sommeil froid, où des ombres passent dans les nues diaphanes,\nà cette heure, toutes les fenêtres du château étaient illuminées, quoique\nle seigneur et ses valets fussent absents depuis longtemps.\n    — Hum ! Mijn heer Satanas — Cornélius se signa — m'a l'air de se\ngausser du pauvre monde ce soir et le brandevin d'enfer doit couler\nallègrement derrière ces murs. Il ne sera pas dit que Cornélius Braes­\nwyck, dit le Ron Raillard, aura laissé échapper l'occasion de causer avec\nle Sulfureux.\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "                                    222\n\n\n   Et Cornelius, ayant assujetti dans sa main son gourdin à lanière de\ncuir enfila l'avenue qui mène au château.\n   « Hum ! Hum ! grommelait-il en ralentissant le pas avec he'sitation,\nvoudrais bien voir si le révérend Joost Lips ferait ce que fais en ce\nmoment. Malgré toute sa philosophie, le doux docteur aurait fière envie\nde retourner à Iéna avec sa bonne dame épouse. »\n   Cornelius eut un plus grand étonnement encore en voyant ouverte la\nporte du château.\n   « Bah ! c'est sans doute le jardinier qui festoie avec sa mie, pensa-t-il;\nah! si Carolus van Aerschot rentrait à cette heure, tomberait du ciel\nune volée de rudes gaules! »\n   Le clerc entra dans le grand corridor éclairé par une seule lampe qui\ndescendait la voûte, jetant des reflets rouges sur les armures alignées\ncontre les murailles.\n  A droite un escalier monumental en marbre noir invitait le jeune fol\nà monter, ce qu'il fit aussitôt en chantonnant :\n\n                    « Elle est venue d'un village\n                      Pour espouser un advocat\n                 Mais tout d'un coup en son veuvage\n                      A bien haussé son estât »\n\n   L'écolier fut interrompu par un grand fracas qui se faisait au-dessus\nde sa tête.\n   « Eh ! le bonhomme est saoul, dit-il tout haut.\n   — Cornelius ! cria une voix tonnante.\n   — Tiens! le jardinier me connaît! j'arrive! j'arrive, mijn Heer,\nquoique, pour un habitant de Leuven, il soit un tantinet tard pour\ns'introduire dans les chastels.\n   — Cornelius !\n   — Assez! croyez-vous que je sois affligé d'une surdité précoce, invi­\nsible jardinier?\n   — Cornelius !\n   Le clerc atteignit la dernière marche de l'escalier et se trouva devant\nune grande salle vide au milieu de laquelle, seule, une chaise haute en\nchêne noirci, se dressait pareille à un trône.\n   « Mijn Gott ! » qu'est-ce cela? vois bien de la lumière et une sella\ncurulis, mais le jardinier caché en quelque pertuis noir, se gausse du\npauvre Cornelius !\n   Il s'assit.\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2012, "texte": "   — Cornelius?\n   — Assez ! n'aie mie envie de discourir avec ombres et fantômes.\n   — Cornelius, suis l'âme de Goswin, seigneur d'Héverlé et de Ter­\nbanck...\n   — Bien, Mijn Heer, n'était point raison pour crier tantes fois.\n   — ... depuis quatre siècles...\n   — Sœcula sœculorum — psalmodia le bon Raillard.\n   — ... depuis quatre siècles, reprit la voix, plus caverneuse, souffre\nmille morts !\n   — Œuvre de médecin, soupira Cornélius.\n   — ... souffre mille douleurs et dans ses flammes le purgatoire me\nretient.\n   Bonne Dame Vierge, murmura le clerc.\n   — Veux-tu me délivrer?\n   — Avec grande joie, mijn Heer, s'il est en ma force et pouvoir.\n   — Ai volé autrefois dix-mille carolus d'or à un prieur de l'abbaye de\nVillers.\n   — Bien fites-vous, riposta Cornelius.\n   — Pour que sorte de mal et peines infernales, il faut que ces carolus\nsoient rendus à un moine de cette abbaye, dans un an, le jour de Noël,\nà minuit.\n   — Mal, mal, grommela l'écolier, ne les ai point, messire. Avez-vous\njamais ouï dire qu'à petit chien grande queue, à petit rouet bon ressort,\nà maigre écolier lingots ?\n   — Tais-toi, maigriot!\n   — Maigriot, messire ! suis écolier de la très chrétienne université de\nLeuven, disciple du savant docteur Justus Lipsius, et pourrais vous\ndémontrer en quelques verbes ce syllogisme paradoxiqucment formé à\nla cicéronienne: « La lune est plus grande que la terre; la lune nous\n» paraît plus petite ; ergo la chose petite doit nous sembler plus grande\n» que toute la terre. Ecce ! »\n   — Lie trois fois ta langue avant de parler, Cornelius ; verbes et syllo­\ngismes ne sont point carolus d'or. Descends dans le bois de Terbanck\npar le chemin des Folles gaietez.\n   — Connais ; y fus au printemps avec ma mignonne.\n   — Au débouché du sentier, sous la septième branche du troisième\nchêne, verras un trou d'écureuil ; les ors s'y trouvent. Les prendras et\nles donneras à une moine de l'abbaye de Villers au jour dit. Va ! prierai\nDieu pour toi, fol.\n   -— Grand merci, mijn Heer Goswin.\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2181, "texte": "                                  224\n\n   Un grand bruit retentit de nouveau et Cornélius se sentit entraîné\nhors du château par une main invisible.\n   Il se retrouva sur la route au bout de l'allée. La lune noyée à présent\nsemblait triste et le ciel couvert se remit à pleurer de la neige.\n    L'écolier s'enfonça dans le bois, où seul dans le grand silence de la\nnuit résonnait son pas alerte Le cri des chouettes ne se faisait plus\nentendre qu'à de longs intervalles et la nature, sous son pourpoint de\nsatin blanc, grelottait l'angoisse.\n    Cornelius arriva au bout du chemin indiqué, alla sans hésiter au troi­\n sième chêne, grimpa en s'aidant de sa ceinture de cuir et, à la hauteur\nde la septième branche, plongea sa main et son bras dans la cavité noire\n qui s'ouvrait au milieu de la croûte blanche.\n    « Ah ! ah ! le sire n'a point menti, et Cornelius Braeswyck sauvera\n son âme. »\n    A ce moment il sortit du trou un sac gonflé de larges médailles.\n    Il redescendit de l'arbre, après avoir jeté le sac à ses pieds, puis,\n ayant mis la lourde charge sur son épaule, il reprit la route de Louvain,\n par la grand'route d'Héverlé, en fredonnant gaîment :\n\n                   « Le bruit est que la mariée\n                   Est damoiselle au grand ressort :\n                   Chacun en dit sa ratelée.\n                   Tout le inonde dit qu'il a tort.\n                   La David a pris parolle\n                   Pour feu son mari l'advocat,\n                   Disant : ne suis pas si folle\n                   Que d'hausser ainsi mon estat. »\n\n   Quatre heures sonnaient à l'hôtel de ville, lorsque Cornelius Braes­\n wyck rentra dans son grenier, chez le marchand Roost, au coin du mail\n des Trois-Armuriers.\n\n\n    Un an s'est passé : Noël est revenu, et, dans une cellule de l'abbaye\n de Villers, à minuit, un jeune moine à la face réjouie compte pieu­\n sement des carolus d'or.\n    « Cinq cents, six cents, sept, huit, le compte y est. Au nom de Goswin\n seigneur d'Herverlé et de Terbanck, mort en état de péché et souffrant\n tortures en purgatoire, moi, Cornélius Braeswyck, dit le Bon Raillard.\n disciple du célèbre Justus Lipsius et moine non encore ordonné en\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 616, "texte": "                                   225   —\n\ngrandes et irrévocables cérémonies, te lègue, à toi, Cornélius Braeswyck,\nid est à moi-même, la somme de dix mille carolus d'or.\n   Voilà. L'âme du sire est sauve, mijn Heer Satanas est volé et demain\nCornelius quittera ce damné couvent d'ennui pour aller de par le monde\népouser quelque princesse gente comme la muse Erato et belle comme\n Phœbé, la blonde dame du Paradis. Cy est ma dernière fredaine, ainsi\nque l'ai décidé en ma très haute logique et sapience. »\n\n                                                     MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 225, "page_fin": 225, "titre_corps": "Pastorale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Paul Lamber", "ancre_debut": "PASTORALE", "ancre_fin": "PAUL LAMBER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 258, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 652, "fin_caractere_exclue": 1546, "texte": "PASTORALE.\n          Aux molles profondeurs des cieux clairs qui s'azurent.\n          Le soleil blond d'Avril met son disque d'argent,\n          Et sa tiède clarté glisse un rayon bougeant\n          Entre les rameaux nus où des zéphirs susurrent.\n\n           Les bois encor jaunis de l'automne dernier\n           Dessinent sur le bleu leurs grêles silhouettes\n           El très haut, dans l'éther, des trilles d'alouettes\n           Scandent à pleins gosiers un hymne printannier.\n\n           Mais sur le grand chemin tout bordé de pervenches\n           Le cercueil d'une vierge, entre des robes blanches.\n           Au bout des bras lassés oscille doucement.\n\n           En plein soleil doré la funèbre litière\n           S'en va, comme un berceau, d'un long balancement,\n           Et le cortège lent descend au cimetière.\n\n                                                    PAUL    LAMBER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 226, "page_fin": 227, "titre_corps": "Soirs aux étangs de Nabeumont", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "G.", "ancre_debut": "SOIRS AUX ÉTANGS", "ancre_fin": "G", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A UNE FILLE D AUBERGE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 259, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1474, "texte": "SOIRS AUX ÉTANGS DE NABEUMONT.\n                       (Vers libres).\n\n                                                 (En Ardenne).\n                                            A Emile       Verhaeren\n                             I\n\nLe soleil, accroché dans les bois noirs, se roule\nEnsanglanté. Le soir assoupit sous des flots\nDe brume les genêts et la roche qui croule.\nLes bouleaux défeuillés étouffent des sanglots.\n\nAux étangs le héron jette des cris funèbres,\nAinsi qu'un glas de mort hurlant dans les ténèbres ;\nAu cri sauvage, rauque, exhalé dans la nuit.\nEpeuré, bondissant, poudreux, le lièvre fuit.\n\nEt le chant du crapaud aux tons mélodieux\nQui sonne métallique, en notes de cristal,\nEteint, ce soir encor, le tumulte odieux\nDu remords en mon cœur. Un parfum de santal           -\n\nMonte aux rougeurs du jour expirant dans la nuit -\nDes prés diamantés. Et la lune reluit\nSur les étangs blafards, lamés de moire et d'or.\n— Nabeumont, alangui, silencieux s'endort.\n\n                            II\n\n                                          A Georges Rodenbach\n\n Des nuages nacrés couchent le soir, mourant\n Sur un linceul vineux, embruni, mordorant\n Les lignes de sapins, les sorbiers rutilants.\n Sur les brandes en deuil, mélancoliques, lents,\n\n D'un vol silencieux vers les étangs rêveurs\n Les hérons attardés glissant dans les saveurs\n Des brises de l'automne aux molles rêveries,\n Dans le ciel assoupi éteignent les féeries.\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 874, "texte": "                           227\n\n\nLe paysage prend de la Mélancolie\nLa pâleur blêmissante. Au ciel, où se déplie\nL'ombre du soir mystérieux, la nuit caresse\nLa lune qui sourit aux bois morts de tristesse.\n\n                           III\n\nUn cri rauque blêmit les étangs de lapis\nEntr'ouvrant dans les joncs leurs beaux yeux assoupis :\nA grand aile volant, c'est le héron qui tombe,\nA l'heure où les espoirs, déjà mûrs pour la tombe,\n\nReprennent tristement les adorables thèmes\nDes printemps disparus et du bonheur enfui.\nUn corbeau croassant jette ses anathèmes\nAu ciel cuivreux où la première étoile à lui.\n\nAux bois pers couronnés de mièvre cendre d'or\nLes sarts piquent, au loin, leurs fines pierreries\nIntriguant le héron inquiet. — Et tout dort. —\nLa lune passe au ciel en baisant les prairies. —■\n                                                           G.\n\n\n\n       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": 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jours.\n\nQu'elle est fraîche, la rose où pleure l'aube humide!\nMais plus fraîche est ta lèvre aux suaves contours.\nLe saule, qui du lac ombrage les détours,\nEst moins souple que toi, femme au torse splendide.\n\nCombien n'en est-il pas qui, fascinés par toi,\nVoudraient mourir demain, sans plainte et sans effroi !\nS'ils pouvaient dans tes bras jusqu'à l'aurore vivre!\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 279, "texte": "                             228   —\n\nQuand je te vois, j'ai soif, j'entre et je suis au ciel ;\nMais je ne touche pas à la coupe de miel :\nTu le sais, de toi seule en rêvant je m'enivre.\n\n                                                  KARL      GRÜN.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": 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clandestines\n     Ainsi l'emportait vers les sources argentines\n     Où viennent, sur le soir, les naïades au bain.\n\n     Caché dans les roseaux, par un geste invisible,\n     Il répand ses parfums dans une anse paisible.\n     Lors, deux par deux, au borddeces flots embaumés,\n\n     Descendent en dansant les belles nymphes nues,\n     Et l'air subtil allume en leurs torses crispés\n     Le feu des voluptés et des soifs inconnues.\n\n                                        F R É D É R I C BATAILLE.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 228, "page_fin": 229, "titre_corps": "Au Café-Concert", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", 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Hippolyle   Thomas.\n\nQuatorze ans... et déjà sur sa lèvre innocente\nPassent le mot lubrique et les couplets malsains,\nSa jeunesse la rend encore intéressante,\nEt sa mère se prête aux odieux desseins...\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 718, "texte": "                                —      229       —\n\n\n        On raccourcit sa jupe... on découvre ses seins.\n        On montre les trésors de sa gorge naissante,\n        El les mauvais désirs, comme des noirs essaims,\n        La poursuivent, sans même, hélas! qu'elle les sente!. .\n\n        Le mal guette sa proie et l'enfer son butin.\n        Pauvre fleur radieuse, éclose ce matin.\n        Et qui sera demain à tout jamais flétrie !\n\n        Le gouffre sous ses pas s'ouvre... elle y tombera...\n        C'est fatal... et pour toi, c'est en vain que je prie !...\n        — Je te salue, enfant, que rien ne sauvera!... —\n\n                                                     FERDINAND          HUARD.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 229, "page_fin": 231, "titre_corps": "Le Caveau verviétois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jacques Arnoux", "ancre_debut": "LE CAVEAU VERVIÉTOIS", "ancre_fin": "JACQUES ARNOUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 262, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 718, "fin_caractere_exclue": 1985, "texte": "LE CAVEAU VERVIÉTOIS\n                                 (Ier article)\n\n                                    Parny n'est plus; il vient d'expirer sur sa lyre. .. .\n                                             Parny n'est plus!\n                                                                 (BÉRANGER!)\n\n\n                                             I\n   On se remue pas mal là-bas, au pays des étoffes et des pains d'épices.\nAlternativement, ces messieurs de Verviers déroulent les pièces de drap\net les pièces de vers, sans que l'on puisse dire ce qui est meilleur : de la\nchose tissée ou de la chose chantée, de celle qui réchauffe le dos ou de\ncelle qui réchauffe le cœur !\n   Tous les ans, ces gaillards vous jettent du haut de la Gileppe un gros\nvolume — comme un pavé, et sans la moindre blague, placidement, en\nsilence, ils se remettent à l'ouvrage le lendemain, pour peloter le pavé\nde l'année suivante.\n    Ils ne sont pas hommes de lettres par profession — ils sont trop\nmalins pour ignorer qu'on en meurt ; — l'un, le plus fort peut-être,\nfabrique bel et bien des emplâtres et des onguents : il écrit ses vers\npendant que filtrent ses limonades et que mijotent ses sirops ; les pilules\nde fer alternent avec les rimes — ces pilules d'or, et Karl Griin croit\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "                                    —     230   —\n\navec raison que le meilleur moyen de gagner sa vie comme homme de\nlettres, c'est encor d'être pharmacien !\n    Un autre est percepteur des télégraphes; il aligne les strophes au son\ndes timbres électriques; le lointain sifflement des trains bramant comme\nune plainte scande ses vers, et c'est d'un appareil Morse que sont sorties\nles Matinales de Guillaume Stanislaus. P. E. Gauthier dirige les char­\nbonnages de Baelen, ce qui ne l'empêche pas de faire de très propres\nvers; M. Bonjean plaide, M. Nautet imprime, et, la journée finie,\nquand l'heure est venue de siester après la bonne popote de famille, on\nse réunit entre hommes, on se tape sur le ventre ; les pipes s'allument,\nles chopes moutonnent et lanlaire ! on fait musette, o gué ! « que c'est\nun vrai bouquet de fleurs ! »\n    Qu'en sort-il? — Ah! ceci est plus difficile à dire! il en sort un\n Annuaire avec beaucoup de choses dedans : des vers, de la prose et du\n wallon — ni vers ni prose, comme dans le Bourgeois Gentilhomme.\n    Et c'est bon? — Oui da! vous allez trop vite, je n'ai pas dit cela!\n L'Annuaire est absolument comme les fabriques de drap : il renferme\n des pièces de luxe pour les gens chics et des pièces pour les petites\n bourses, du vrai et du toc, du « qualité supérieure » et du rabais, sans\n compter le rayon moyen pour les bourgeois.\n    Enfin c'est de la littérature d'amateurs, de la littérature « aux mo­\n ments perdus, » de la littérature qui a du ventre et qui mange et qui\n digère et qui jouit !\n    Ces MM. n'ont guère le temps de lire et je les soupçonne de connaître\n mieux Desaugiers que Banville et Béranger que Baudelaire. Ils en sont\n encore aux mélodies de Clapisson et de Lo'isa Puget, et leur littérature\n s'en ressent un peu: c'est souvent du Clapisson écrit! c'est très « garde\n urbaine, » quoique très sincère, très harmonieux souvent et très moral\n surtout — rougis, infame Gilbert (1) des Stercoraires.\n    Ils ont pour Pater: le Roi d'Ivetot et pour Ave : Frétillon. Roger\n Bontemps avec « son broc que Dieu remplit » leur a soufflé sa bon­\n homie, à ces bonshommes, et Lisette leur a montré son mollet mollet\n — enfoncé, Giraud !\n    Je crois qu'ils se sont dits, les malins : « restons-en à la proverbiale\n gaîté de nos pères — pauvres pères dont nous faisons des papas ! —\n que nos vers éclatent de rire, à la bonne franquette ; rimons à la fortune\n du pot, ne névrosons pas, ne morbidons pas, ne rollinatons pas! «\n     Ainsi ont-ils fait.\n\n  (1) Faites de bert kin, sans calembourg !\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2012, "texte": "                                —    231   —\n\n\n\n                                     II\n\n   Dans presque aucune des pièces qui gonflent les Annuaires du Caveau\nVerviétois, on ne trouve une personnalité d'avenir, un monsieur dont\non puisse dire : « il sera fort. » Non. Quasi tous ont donné « la mesure\nde leur talent ; » ils sont faits, ils ne progresseront pas ; leur production\nest bien équilibrée, il n'y a pas de mieux à attendre.\n   De ce groupe pourtant nous détacherons quelques écrivains excep­\ntionnels qui se joignent ou certes se joindront à notre grande poussée\nlittéraire.\n    Telles strophes de M. Guillaume Stanislaus dénotent un poète\ndélicat épris d'une modernité coppéenne — très subtile:\n\n                    Entre deux pots de balsamine\n                    Qui manquent d'air et de chaleur,\n                    On voit apparaître sa mine\n                    Rieuse malgré sa paleur,\n\n                    Elle travaille à sa fenêtre\n                    Depuis l'heure de son réveil,\n                    Dans une impasse où ne pénètre\n                    Jamais un rayon de soleil.\n\n                    La fillette et la balsamine\n                    Ont-elles des destins maudits i\n                    L'une languit, l'autre se mine\n                    A la fenêtre du taudis.\n\n                    Mais cette enfant qui se consume\n                    Rit et gazouille tout le jour.\n                    Son œil noir que la fièvre allume\n                    A d'étranges reflets d'amour.\n\n   Remarquez que cette fraîche pièce est intitulée Profil de grisette.\nCe titre — un détail — montre déjà une préoccupation vieillotte qu'ont\npresque tous les poètes du Caveau. Hélas! il n'y a plus de grisettes.\nMonsieur Stanislaus. Elles se sont envolées, ces hirondelles d'amour\ndans la nuit de 185o, avec Schaunard et Marcel, ne laissant qu'un\ndoux souvenir de folie et d'insouciance qui traîne coquettement dans\nles dessins de Gavarni !\n                                                  JACQUES ARNOUX."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 232, "page_fin": 233, "titre_corps": "L’Union des Arts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 265, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n     A MESSIEURS LES ARTISTES DE L'UNION DES ARTS.\n\n    Vous ne doutez pas, j'imagine, combien il me plairait d'applaudir à mains\nrouges au succès de votre salon. A jeune, jeune et demi ; voilà la devise né­\ncessaire dans nos critiques et nos batailles. Mais là, sérieusement, vous croyez\nvous bien jeunes, bien inouis d'audace et de fougue, et ne craignez-vous pas ces\nillustrissimes personnages qui montent la garde autour de votre cercle et se\nmassent en peloton à la tête de votre catalogue ? Que viennent faire, à cette place\nd'honneur, tous ces grands officiels, représentants sexagénaires de l'Art en co­\nthurne et de la peinture en cravate blanche ?\n    Vous croyez-vous en bonne compagnie ? Hélas ; on en jurerait à vous voir\nnous les jeter à la tête pour épater et faire de l'esbrouffe. Pauvres amis ! ces\ndix solivaux-là vous tyranniseront; ces araignées académiques, tissant leurs\ntoiles avec les fils blancs de leurs perruques vous attraperont et vous mange­\n ront. Adieu !\n    Votre exposition est un entassement de tableaux — la plupart médiocres.\nAucune distinction. Vous faites cru et commun. Vous imitez à tour de bras,\nvous marchez en moutons dociles dans les chemins battus ; aucun de vous ne\n saute le fossé pour s'en aller pâturer ailleurs, là-bas où personne encore n'est\n venu. Vous n'avez aucune audace jeune-Belgique; rien de bravache, de crâne,\n d'épée au vent et de plumet en l'air. Vous avez peur de vous emballer, de vous\n eperonner, de taper des pieds sur le tremplin pour sauter haut et loin. Vous ne\n commettrez jamais une seul de ces étrangetés — et disons le mot — une seule\n de ces gaffes de jeunesse qui ameutent à l'Essor. Vous êtes rassis, calmes, pai­\n sibles ; on dirait que votre ambition aspire aux fauteuils et chaises-longues\n  académiques, avec des crachoirs à portée de flegmes.\n     Ah, l'Idylle de M. Van Landuyt et son cadre ! D'honneur ! où l'artiste a-t-il\n  vu une flamande aussi lympathique. aussi clair de lune que cette fileuse ? Faut\n  lui donner une guitare au lieu d'un rouet, une mandoline au lieu d'un fuseau ;\n  faut l'asseoir dans une nacelle et la confier aux ondes d'un lac. Et quel pay­\n  sage ! Où sommes-nous ? En Flandre? Alors pourquoi faire croire que le sous-\n  sol renferme une chaudière comme la scène à Bayreuth et que la vapeur monte,\n  monte et remplit le paysage? Puis encore, qui nous débarrassera, je ne dis pas\n  de l'influence, mais de l'imitation de Bastion-Lepage ?\n     M. Van Landuyt imite d'ailleurs à pinceau que veux-tu ? Son Job est\n  quasi copié sur celui de Bonnat. A deux pas se trouve un portrait d'enfant qui\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2865, "texte": "                                  —    233   —\n\nl'ait songer aux sauces de Bouguereau et de Cabanel. Plus loin on croit décou­\nvrir du Herbo en petit savoyard.\n    Je me sens impitoyable pour M. Van Landuyt, d'autant qu'on m'assure qu'il\na du talent, que c'est un travailleur. En ce cas-Là, il lui faut la vérité crue,\ntoute crue, saignante.\n     M. Schouten prend place parmi les jeunes qui vendent beaucoup. Il y a\ndans sa peinture de la vigueur et de la force, bien qu'elle s'annihile souvent\n par un néant de personnalité. C'était hier du De Haas: aujourd'hui c'est du\n Verwée. L'impression manque : on ne voit pas dans les toiles de l'artiste dont\n je parle, ces coins de nature aimés, traités avec tendresse et entrant avec leur\n intimité dans l'âme. Ses animaux eux-mêmes, bâtis à chaux et à sable, sont\n quelconques. Il travaille au débotté, n'attend pas, pour la peindre, que la scène\n lui soit familière et ne nous fait par conséquent rien ressentir, ne sentant rien\n lui-même.\n      Un portrait à signaler est celui de M. Lampe; de même les pavsages de\n  Van Damme, remarquables par leur coloris agréable et juste. Les œuvres de\n  ces deux peintres détonnent quelque peu sur l'impression grisaille de l'en­\n  semble, sur l'uniforme médiocrité de leurs voisins.\n      J'excepte toutefois M. Delsaux et le mets carrément à la tête des exposants.\n  Il y a chez lui des qualités de vrai paysagiste, une franchise d'exécution peu\n  commune, une incontestable habileté à trouver le ton juste et lumineux. Certes,\n  ses toiles ne sont pas assez poussées et ne sortent point pour la plupart de l'en­\n  fance de l'étude, mais qu'importe ! Ses Brétèques sur la Sambre et la Sambre à\n  Namur, dans leurs tonalités grises et brunes, opèrent ce tour de force de\n  charme, malgré leurs couleurs ingrates et donnent une prodigieuse illusion\n  de réalité et de vie. Ce sont deux tableaux remarquables et conçus dans des\n  données originales. L'artiste aime d'ailleurs ces vues de canaux et de rivières,\n  qui semblent charrier de la poésie à fleur d'eau. Rien n'est plus intime et ne\n  donne, en temps de soleil, plus joyeux motif à peinture savante et fine. Les\n  vieux murs, les campanilles gris, les passerelles, les pignons blancs, les toits\n   rouges tentent toujours, et doivent tenter particulièrement M. Delsaux. puis­\n  que l'eau, cette eau qu'il mouvementé ou apaise si magistralement du pinceau,\n   a la bonne idée de refléter presque toujours ces coins de ville.\n    Il me resterait à dire un peu de bien de Surinx, Wouters, Coenraets. Hoo­\n rinx et beaucoup de mal de Paumen, Dupuis, Carpentier.\n    Je préfère ajourner la critique de leurs essais à l'an prochain, avec l'inten­\n tion de leur consacrer alors un important paragraphe et, si possible, un tas de\n bons points — à tous.\n                                                        EMILE   VERHAEREN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 234, "page_fin": 234, "titre_corps": "L’Essor", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "E. 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Regovos adore les effets de lumière\n blatarde, stellaire et électrique; il en saisit la note fantastique et étrange avec\ntalent.\n   Charlet se révèle surtout dans sa Boucherie, ses Etudes et ses Croquis. La\nBoucherie est superbe : les arcades et voûtes sont peintes avec grande sûreté;\nla viande saigne du vrai sang; le personnage en bleu du milieu est d'une distinc­\ntion charmante de tons. Bien que cette toile ne soit point poussée jusqu'au tableau,\nelle est certes la plus méritoire et la plus solide. Elle est d'un peintre, dans\ntoute la force du mot, elle reste dans la mémoire comme certains morceaux\nde maîtres, et les autres œuvres du peintre s'effacent devant elle, toutes.\n   Van Rysselberghe triomphe avec son Marchand d'Oranges et ses Fumeurs.\nJe préfère le premier tableau au second ; il est peint avec plus de hardiesse et\nd'entrain. Il sonne la couleur claire, forte, vigoureuse, solide — et pourtant\nla crudité si redoutable pour les peintres de soleil et d'air ne l'atteint pas. Les\nFumeurs sont plus du déjà vu; on songe devant eux à d'autres tableaux d'Orient,\nrapportés de là-bas par les Gêrome.\n   Je borne ici mes notes sur l'Exposition de 1'ESSOR, me proposant de mé­\ndaillonner chacun de ces jeunes peintres à tour de rôle. La série s'ouvrira sous\npeu.\n   Je ne veux que constater, pour l'instant, leur succès.\n                                                                      E. V.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 234, "page_fin": 237, "titre_corps": "La Rédemption", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "HENRY MAUBET", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 267, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 2037, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n\n                         LA RÉDEMPTION.\n   « Cet ouvrage est l'exposition lyrique des trois grands faits sur lesquels\nrepose l'existence de la société chrétienne et qui sont: I) la passion et la mort\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3051, "texte": "                                   —   235    —\n\ndu sauveur; II) sa vie glorieuse sur la terre depuis sa résurrection jusqu'à son\nascension; III) la diffusion du christianisme dans le monde par la mission\napostolique. Ces trois parties de la présente trilogie sont précédées d'un pro­\nlogue sur la chute de nos premiers parents, et la promesse d'un libérateur. » (1)\n   L'auteur ajoute : « C'est pendant l'année 1867 que me vint la pensée de\ncomposer une oeuvre musicale sur « la Rédemption. » J'en écrivis le libretto\nà Rome où je passai deux mois de l'hiver 1867-8 chez mon ami Hébert.\nQuant à la musique, je n'en composai à cette époque que deux fragments : 1) la\nmarche au Calcaire en entier: 21 le début du premier morceau de la troisième\npartie, « la Pentecôte. » Ce ne fut que douze ans plus tard que je terminai ce\ntravail, si longtemps interrompu, et le destinai au festival de Birmingham, 1882. »\n   Cette trilogie, Gounod l'appelle : « un œuvre ».\n    Conçue en 1867, on voit dans quelles gigantesques proportions, elle a donc\neu environ treize années de gestation.\n    Je borne ici mes notes et j'analyse.\n    Comme ouverture, une page instrumentale courte et sobre svmphonise le\nchaos de ténèbres que va trouer d'un illumineux rayon, le «fiat lux!» Les réci­\n tants exposent la légende originelle : la création, puis la faute. Ils disent l'inu­\n tilité des sacrifices humains pour la racheter : seul, le sang d'un dieu, pourra\n laver la tache. Ici. peu à peu, s'esquisse le thème caractéristique de la rédemp­\n tion, et, dans le soudain silence des voix, se développe tout entière par le\nquatuor, les gros bois et les cors, cette phrase typique qui subsiste à travers\nl'œuvre et, jusqu'à huit fois, y réapparaîtra comme le symbole de la divine\n charité.\n     Sur le plein-chant de l'orgue, des voix célestes entonnent le choral qui\n annonce la venue du Christ.\n     Un prologue était d'autant plus nécessaire à déterminer le sujet, qu'immé­\n diatement, nous arrivons au cœur de cet organisme poétique, aux scènes de\n la passion qui sont le nœud vital de la légende chrétienne. De ce drame si\n réellement humain du Golgotha, il y avait un superbe poème à bâtir à chair et\n à sang; l'auteur n'avant pas eu la poigne qu'il fallait pour agripper ce point\n culminant, n'est pas parvenu à dominer de là sa matière et c'est ce qui en\n laisse l'ensemble aussi débile et incolore. Cette première partie comprend : la\n marche au Calvaire, le crucifiement, un stabat; autant de pages plus atones que\n sombres, coupées des éclairs de la mélodie typique dont la sixième réapparition\n accompagne les paroles de Jésus promettant au bon laron la récompense de\n son repentir. Commence l'agonie : du ciel voilé de deuil, pendent des lambeaux\n de nuées qui enveloppent le monde; et quand, à la neuvième heure, l'esprit\n du martyr s'arrache de sa chair, la terre est secouée jusqu'aux entrailles, telle­\n ment qu'en ces ténèbres nouvelles, à l'aspect d'un nouveau chaos, le peuple\n terrifié confesse la divinité du Christ.\n\n\n\n   (1) Commentaire de l'auteur.\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "                                    — 236 —\n\n      De tout ceci, la marche au Calvaire est. le fragment le plus saillant. On peut\nen admirer la vigueur et le coloris, mais la conception en est fausse. Cela tient\nà une vision de choses qui est spéciale à l'auteur et qu'il manifeste générale­\nment au cours de sa partition. La marche mise à l'avant-plan dans le segment\ncapital de cette partition, en donne très justement la note dominante. On n'y\nvoit point l'homme traîné à la mort par la brutalité de la force matérielle et\npaïenne, comme l'explique Gounod dans son commentaire. On y prévoit le\nDieu s'élevant à la gloire céleste par le chemin de la croix; sa couronne d'épi­\nnes devient une auréole, et ce cortège funèbre, une marche triomphale.\n    Ainsi se trouve annihilée l'opposition naturelle et pour bien faire inévitable\nentre les éléments de cette personnalité double: l'Homme-Dieu. Par suite, la\nrésurrection, les apparitions aux femmes et aux apôtres, toutes ces scènes\nessentiellement mystiques de la seconde phase, soutenues par une orchestration\ndiaphane où transparaît la sonorité lumineuse des harpes, palissent et s'effacent\npresque, et l'ascension couronnant le drame n'est plus qu'une secondo apo­\n théose. L'œuvre y perd en effet d'antithèse et en grandeur: elle y gagne en\n  monotonie.\n      La troisième partie vient enfin, comme conclusion philosophique, le verbe\n  fait chair s'est immolé: le sacrifice est consommé. Maintenant l'Esprit-Saint\n  descendant sur les apôtres, va les disperser aux quatre coins du monde en\n  accomplissement de leur mission.\n      L'ouvrage se terme sur cette scène qu'on ne peut appeler terminale. Le sujet\n  étant, de sa nature, interminable. Les disciples vont, à nouveau, reprendre\n  l'œuvre de rédemption qui se continuera par la prédication à travers les siècles.\n     Ainsi la donnée légendaire qui sert de base à cet édifice poétique, est infinie\n et son origine se perd dans le chaos. Elle n'est, à vrai dire, que selon la doc­\n trine particulière à une secte, mais elle n'en constitue pas moins, pour celle-ci.\ntoute l'histoire du monde. Effravante est la disproportion entre cette œuvre et\ncelui qui l'a conçue!\n    Une telle pensée prouve les aspirations vastes du poète, mais la volonté ne\nsuffit pas toujours. 11 arrive qu'aux mieux intentionnés le souffle manque.\nC'est, en somme, une question de tempérament.\n    Gounod pouvait traiter l'œuvre en moderniste, en faire ressortir les côtés\n sensibles et humains. Sans parler d'un Wagner — qui seul, peut-être, eût été\n capable de s'attaquer à d'aussi formidables charpentes — . Massenet a donné de\n ces poèmes exprimant un coin de nature et l'exprimant avec vitalité : l' Eve lu\n  Vierge et Marie-Magdeleine surtout qui retracent admirablement ces mêmes\n scènes du Golgotha. C'est ce qu'aujourd'hui l'on s'obstine à appeler des\n oratorios. Mais Gounod n'est pas un descriptif, c'est un mystique. Sa musique\n sacrée n'a pas même la passion du catholicisme; elle a l'austérité des religions\n  réformées; tels sont quelques chorals superbes de la Rédemption. Ses sym­\n  pathies pour la grande musique de cathédrale le reportaient vers la com­\n position parnassienne des premiers oratorios. Il y a entre son œuvre et les\n  poèmes cités plus haut, toute la distance qui sépare les anciens des modernes.\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2280, "texte": "                                  -   237     -\n\nCertes, cette question de forme importerait peu s'il avait le souffle des créa­\nteurs du genre ; un chef-d'œuvre glacé reste un beau mort, (1) Ce souffle,\nil ne l'a jamais eu, et ceci est bien pis car dès lors, son œuvre se déclasse:\nelle ne plane dans le ciel, ni ne marche sur terre; elle n'est ni d'au­\njourd'hui, ni d'hier; elle participe de toutes les époques, c'est une œuvre\nhybride. Elle participe aussi de tous les genres : Elle est française ; on y res­\nsent parfois la pureté, la douceur demi-teinte, le charme caressant d'une\nJuliette ou d'une Marguerite. Elle est italienne par le retour beaucoup plus\nfréquent des couleurs crues et voyantes ou faussement sentimentales qui sont\nle propre de l'école. Elle est wagnerienne par l'emploi de ce système du motif\nsymbolique dont le thème, au reste, est purement rossinien; mais ce procédé\nisolé ne suffit pas à constituer l'homogénéité de l'ouvrage, quand nous trou­\nvons ailleurs une insouciance complète de l'exactitude phraséologique. et\nl'adaptation, malgré tout, de formules mélodiques toutes faites, à une pensée\nqu'elles n'expriment pas. C'est d'une esthétique trop surannée pour être\ntolérée encore. Rien pourtant n'était plus facile à réaliser que cette concor­\ndance de la musique avec la poésie, le musicien ayant écrit lui-même, son\npoème; et ce poème, nous l'avons analysé; nous en avons suivi l'idée mère: il\na son unité, sa charpente équilibrée. C'est une œuvre'. Que manque-t-il donc\nà cette ossature attifée de haillons? La plastique d'une chair palpitante qui\nl'anime et la fasse vivre. C'est une œuvre squelette.\n   Sera-ce la dernière?\n   Je ne connais rien de plus lamentable que ce spectacle d'un homme de\ntalent, en train de refaire à rebours son chemin du Capitole et de redescendre\nde l'autre côté de la montagne où la foule naguère l'élevait comme un dieu.\nBienheureux ceux qui finissent à leur apogée; leur mort est une apothéose.\nPour les autres, on se prend à regretter qu'ils n'aient pas eu le surhumain\ncourage, à l'heure dite, de s'effacer du monde, afin de lui cacher l'inévitable\nretour du génie à la poussière et de conserver intacte leur gloire.\n                                                           HENRY .MAUBET..\n\n\n\n\n  (I) Zola.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-017", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 238, "page_fin": 242, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CONFÉRENCE DE MAX WALLER", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 271, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\nUn coin de la vie de misère. PAIX HEUSY. Un vol. in-18. Prix 3 fr. 50. Oriol,\n  Paris. — Juifs et Russes. AUGUSTE LAVALLÉ. Gilon. Verviers. — La proie\n pour l'ombre. JULES BAILLY. Une brochure. Prix : Un franc. Rozez. Bruxelles.\n  — La Défense immortelle. BOURGEOIS. Prix : 4 fr. 50. Crouquet, Verviers.\n\n\n\n    Quatre volumes d'auteurs belges ! Rien que cela. Qui donc prudhommisera\nencore que l'art est dans le marasme?\n    11 est vrai qu'il y a belge et belge : Le belge de derriere les fagots, repré­\nsenté par Paul Heusy et Auguste Lavallé; le belge de derrière les chevilles,\nincarné en Jules Bailly, et enfin le belge de derrière les bureaux, qui est le\nbelge de M. J. N. F. Bourgeois.\n    Paul Heusy — un jeune écrivain liégeois, récemment débarqué à Paris —\nvient de rééditer son premier volume de nouvelles : Un coin de la n'e de mi­\nsere. C'est un sixain de récits qui dénoncent un observateur pénétrant et sûr.\nPar lui la vie des pauvres et des petits est sobrement et largement traduite. Ft\nil y a plus d'arrangement et plus d'art qu'on le pense de prime abord dans ce\nstyle solide, dépourvu de clinquant, qui fait la force et l'assurance du conteur.\n 11 semble même que Paul Heusy possède un équilibre et une maîtrise excessive­\nment rares chez les romanciers de son âge. Son livre paraît émaner d'un homme\nde quarante ans. C'est à la fois un éloge et une critique : Les maturités pré­\ncoces sont un danger.\n    Je voudrais citer un passage du livre. Voici, découpée dans Jean Benoit, le\n récit dédié à Alphonse Daudet, une laconique et puissante étude de paysan :\n    «       Jean Benoît aura quarante-cinq ans en janvier prochain. Mais si vous\nle voyiez, vous lui en donneriez soixante-dix au moins. En cette saison d'au­\ntomne, tous les matins, au petit jour, lorsqu'une lueur à peine distincte descend\n dans les ruelles étroites de Boussagues, on le rencontre sortant du village à la\ntête de ses bêtes. Les chèvres le frôlent de près ; puis viennent les brebis, aux\n pieds lents ; quelques-unes s'arrêtent de temps à autre, allongeant le col, et\n regardant niaisement devant elles. Il gravit la colline la plus voisine par un\nsentier raboteux dont les cailloux roulent sous ses sabots. Par moments il se\n retourne et fait : tchu, tchu, tchu ; ou lance, de sa houlette, une motte de terre\n aux moulons qui s'écartent. Sa jambe droite est plus courte que la gauche, de\n sorte que. à chaque pas, son buste tombe de côté par une chute brusque. Long.\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3013, "texte": "                                    -   239     -\n\nmaigre, osseux, les joues rentrées, les tempes et le front creusés de rides noires,\nl'œil pâle, la bouche édentée, le cou décharné, le-corps perdu sous une limou­\nsine en haillons, il monte, il monte d'une allure monotone. On aperçoit autour\nde ses oreilles et sur sa nuque quelques cheveux gris mal peignés, qui sortent\nde son bonnet de laine bleue. Ce sont des guenilles informes qui lui servent\nde jaquette et de pantalon. Il n'a pas de chemise.\n   « Parvenu sur le plateau qui couronne la colline, il fait halte, et s'accou­\ndant sur sa houlette, laisse ses regards vaguer à l'aventure, tandis que les chè­\nvres et les brebis s'éparpillent     »\n   Plus loin, Paul Heusy se laisse aller à ajouter que « toute idée religieuse ou\nphilosophique fut toujours absente » de l'esprit de son Jean Benoit.\n   Gare au plaidoyer et à la littératurette de propagande ! c'est là, avec une\ncertaine sécheresse de style, et avec un mépris trop grand du relief, la princi­\npale tare du très remarquable volume de notre compatriote Paul Heusy.\n\n    Auguste Lavalié, lui, — du moins dans le livre qui nous occupe — se ren­\n ferme dans la tâche ardue et décevante de traducteur. I1 publie aujourd'hui,\nchez l'éditeur Gilon, quelques curieuses versions françaises des Idylles de Sa­\ncher-Masoch : Juifs et Russes. Ces courtes nouvelles ont un cachet d'intimité\ndont le traducteur a su garder l'empreinte, et un parfum exotique qu'il a très\nhabilement transvasé d'an idiome dans l'autre. L'Enfant trouvée, Le dernier\nHomme, Aman et Esther, parmi les idylles juives; Le Violon enchanté, Athas\nGawrilos, et le Chemin du Ciel, parmi les idylle russes, sont des récits carac­\ntéristiques de la manière prosaïque et diffuse du conteur allemand. Peut-être\nil y avait-il un meilleur choix à faire, entre les œuvres de Sacher-Masoch, le\nchef de l'école naturaliste en Allemagne. Quoi qu'il en soit, Auguste Lavallé\nmérite plus que de banals éloges pour s'être aussi vaillamment tiré de cette\nadaptation grosse de difficultés et de pièges. Sa traduction porte, d'un bout à\nl'autre, la marque d'une très haute loyauté artistique, d'une intelligence vive\net prompte de l'allemand, et d'un sens littéraire très fin et très souple.\n   Et maintenant, à quand un volume original?\n   Auguste Lavalié met si bien en flacon le vin des autres. — que nous vou­\ndrions tous déguster du sien.\n\n\n   Jules Bailly ne se met pas en flacons : il se tire lui-même en bouteilles.\n   C'est un flandricisme, — et je m'en moque.\n   Oui, Jules Bailly, l'auteur des Heures de Soleil, ou des Coups de Soleil. je\nne sais plus, si triomphalement divisés en époques, — ce qui est leur seule\nmanière de faire époque, — Jules Baillv, — de la Société polytechnique,\ncomme il est imprimé sur la couverture de ses livres. — Jules Bailly, l'ho­\nmonyme du Bailly qui présida la Constituante, mais qui. plus heureux que\ncelui-ci, est assuré, en ces temps d'indifférence littéraire, de ne point finir ses\njours sur l'échafaud\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2192, "texte": "                                 —   240   —\n\n   Avez-vous lu son dernier essai dramatique : La proie pour l'ombre?\n   — Oui?\n   — Moi non plus.\n   Lisons cela ensemble.\n   Gabrielle est aimée de Gaston. Gabrielle, — une coquine avide! Gaston, un\njeune homme ruiné. Gabrielle n'aime pas Gaston. Elle le congédie. Gaston\nrevient lui montrer des billets de banque imprévus, et lui annonce qu'elle n'en\naura pas. Et Gabrielle n'est pas contente.\n   Ce sujet a la simplicité des grandes œuvres.\n   L'exécution — capitale chez M. Jules Bailly de la Société polytechnique —\nest à la hauteur de la conception.\n   La rime, — cette épinglée qu'on voit se glisser, avec un tapage de robes\ncriardes, au travers des poèmes modernistes — entraîne cet honnête M. Jules\nen des aventures regrettables.\n   Regrettables pour la rime, — beaucoup plus que pour M. Jules.\n   M. Jules accoste la rime, passe avec elle ce qu'on appelle un bon quart\nd'heure, et puis, quand il s'agit « d'éclairer » , la paie en monnaie du Pape.\n   M. Jules ! vous avez « posé un lapin ! »\n    Pauvre rime ! Heureusement qu'il lui reste Louis Hymans !\n   Voici des vers de M. Jules :\n\n       « Il doit t'en souvenir, après la sombre guerre.\n       Je te les (les primeurs) apportais, Gabrielle, naguère.\n       Ton bonheur, tu le sais, a toujours fait le mien. »\n  Alors, soyez-le.\n       \" Jadis, à la Bastille, un gai Bohémien.\n       Pauvre petit oiseau chantant dans la fournaise,\n       T'offrait, pour dix louis, une chienne havanaise.\n       Je n'en avais, sur moi, que cinq (?) en ce moment ;\n       Ta joie, en un clin d'œil, fut un rayonnement.\n       Quand j'eus, pour apaiser sur le champ ma souffrance,\n       Dans un café voisin trouvé LA DIFFÉRENCE.\n\n       Ah! supplice infernal, malgré tout je t'adore\n       Comme au temps où tous d'eux, au fond du VAL D'ANDORRE,\n       Nous marchions\n\n        Et quant à ce bouquet, dont je vous remercie.\n        Il n'est rien d'aussi beau de SÉVILLE A MURCIE.\n\n       Madame, j'ai sonné, mais pour ne pas entrer :\n       A travers ces barreaux, j'ai voulu vous montrer.\n       Noir démon dévoilé que je croyais un ange,\n       TOUT CE QUE J'AI TROUVÉ CHEZ MON AGENT DE CHANGE !\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2159, "texte": "                                       —    241     —\n\n\n         Et si vous vous trouviez, quelque jour, sur mes pas,\n         MON CHAPEAU, DEVANT VOUS, NE ME QUITTERAIT PAS !\n   Jules, embrasse-moi !\n\n\n\n                                              LA\n\n                  DÉFENSE                   IMMORTELLE\n                                 POÈME      HISTORIQUE\n\n\n                                      DOUZE    CHANTS\n\n\n\n                           J.-N.-F.        BOURGEOIS\n      chef de bureau de Ire classe au département des Travaux Publics de Belgique.\n\n   Ouf ! j'avais grimpé sur une échelle pour lire le titre !\n   Un poème épique, s'il vous plait !\n   Sur Léon Gambetta.\n   Voici la genèse du poème.\n   Sept ans après la chute du Napoléon III, au cours d'une, nuit                  silencieuse,\nBourgeois, J . - N . - F . , se prit à songer profondément        au.r éclatants revers de\n(armée impériale, et à la, lutte heroïque que Léon Gambetta avait                    soutenue,\navec la nation en armes, contre les soldats du roi Guillaume-.\n   L'âme émue au souvenir de ces désastres, saisi d'admiration              à la pensée que\ntant de citoyens axaient donné noblement leur vie pour venger l'armée et défendre\nleurs foyers, Bourgeois, J . - N . F . , eut la témérité de se dire: « je chanterai les\nmalheurs de la France! «\n   France !... en attendant que la postérité grave ces événements sur le maître\nimmortel, daigne écouter ses trop faibles accents et pardonne à Bourgeois. J . - N . - F . .\nd'avoir empiète sur le droit des maîtres de la lyre.\n   Ici Bourgeois, J . - N . - F . , c o m m e n c e à chatouiller la plante des pieds de\nla Muse:\n\n            Muse de l'éloquence et de la poésie,\n            O déesse s u b l i m e , ô source de la vie.\n            Accours, inspire-moi, rends mes vers c h a l e u r e u x :\n            Je veux peindre à grands traits des exploits douloureux.\n\n            Napoléon L o u i s , pour soutenir son r è g n e .\n            E n appelle aux combats sans que rien l'y contraigne.\n            T o u t prestige est t o m b é , son étoile a pâli.\n            On ne redoute plus son pouvoir affaibli.\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 498, "texte": "                                   —   242    —\n\n\n           I1 lui faut un prétexte : un grand roi d'Allemagne.\n           Guillaume, le lui donne, en offrant à l'Espagne\n           Un prince souverain issu de sa maison.\n           C'en est trop, dit Louis, c'est une trahison :\n           A moi. tous mes guerriers !.. puis il tire le glaive!\n\n  Et moi. mon échelle.\n  Bourgeois, J.-N.-F.. embrasse-moi aussi !\n                                                            ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-018", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 242, "page_fin": 243, "titre_corps": "Conférence de Max Waller", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "X.", "ancre_debut": "CONFÉRENCE DE MAX WALLER", "ancre_fin": "X", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MEMENTO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 275, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 498, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "CONFÉRENCE DE MAX WALLER\n                           (Dimanche 22 avril 1883.)\n\n   Décidément les apôtres du jeune mouvement littéraire en Belgique ont eu\nleur Pentecôte. La miraculeuse descente des langues de feu se renouvelle, et\npartout les missionnaires vont annoncer la bonne parole. Apres Georges Ro-\ndenbach. si vigoureusement applaudi à Gand, à Anvers, à Liège, et dont on\nannonce une nouvelle conférence à Vcrvicrs, après Emile Valentin, qui a lon­\nguement parlé de la jeune école à Namur, et qui est en train de devenir la\ncoqueluche de ceux-là que naguère il admonestait fraternellement, voici Max\nWallcr qui conférencie au Cercle symphimique et f/rnmniiqtie de Bruxelles.\n   Max Waller.avec toute l'ardeur et toute la combativité qu'on lui connaît,\ns'était lancé là dans une entreprise difficile. Initier aux essais des jeunes un\npublic panaché de dames et de jeunes filles, leur verser, à doses prudentes, les\npoisons de Théo Hannon et d'Emile Verhaercn, tout cela sans effaroucher,\nsans être ni trop sérieux ni trop folâtre, trop long ni trop court, trop ci ni trop\nça. misère de nous, sachons gré à Max Waller d'avoir su l'accomplir aussi\nvaillamment.\n   Avec son charme fantasque et sa grâce sentimentale, il s'est acquis d'abord\nla partie féminine de l'auditoire, puis, abordant résolument son sujet, il a de-\nbuté par rendre un éclatant hommage à Charles de Coster, à Camille Lemon-\nnier, à Edmond Picard, à Octave Pirmez.\n   Alors, caractérisant d'un mot chacun d'eux, il a médaillonné tour à tour\nGeorges Eekhoud dont il a lu Le Semeur, Théo Hannon, dont il a délicieu­\nsement détaillé le rondel : Voaleuse 'le pruneaux île Tours, Emile Van Aren-\nberg, dont les deux sonnets ont produit une impression profonde. Albert\nGiraud, dont le rondel : L'omelette a semblé beaucoup épater le public, Emile\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1440, "texte": "                                  — 243 —\n\nVerhaeren, résumé en deux pièces bien opposées Ce pauvre Amour ! et l'Abreu­\nvoir, Iwan Gilkin, dont on a applaudi la Villanelle de Dèche, pleine de désin­\nvolture lyrique, Hélène Swarth, Henri Nizet, Franz Mahutte, Maurice\nSulberger, etc., et pour finir, il a présenté aux dames le Rodenhach de la\nMer Elégante et de la Symphonie en Blanc, dont il a susurré des strophes\ndouces comme un frôlement de robe sur un profond tapis de velours.\n   Un petit incident a marqué la fin de la conférence.\n   Un monsieur, trichinose de littérature officielle, a fait une manifestation\nsolitaire. Il a risqué un silllet académique et poissard, qui a eu pour résultat\nde faire décerner une ovation au conférencier.\n   Nous ne saurions assez louer Max Waller, ni assez recommander son\nexemple à tous ceux qui ne sont ni muets, ni bègues, ni Marolliens. Il est\nune partie du public qui ne lit point, qui ne vient pas à nous et vers laquelle\nnous devons aller. Sur cette partie du public, les conférences et les lectures sont\nun précieux moyen d'action, et un levier dont les pesées successives finiront\npar soulever l'apathie de la foule.\n   P. S. — On annonce une nouvelle série de conférences, qui seront données\npar Emile Vcrhacrcn, dans les Flandres, notamment à Buggenhout et à Saint\nAmand lez-Puers.\n                                                                      X.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-019", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 243, "page_fin": 248, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "NEMO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 276, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 1440, "fin_caractere_exclue": 2405, "texte": "MEMENTO\n\n    Un gaffe de L. H. — Les Sadv'eases d'Henry Mériot. — Le Jour»\"/drs\nGens rie Lettres. — Le Roman d'une Américaine, en Russie de Fanny Lear.\n— La Race sémitique de Théodore Vibert. — Monsieur Daphnis ri Miale-\niiitiisxclle ('Moede A. Bénigne. —Les Rnstaquonères de Guérin-Ginisty. —\nLes qiii-qne-ilonr. — Varia.—\n\n\n   On lit dans VOffice <!c Publicité du Dimanche i e r Avril : «\n   « Tout le monde veut entendre Coquelin, Worms, Mlle Barctta. Mlle Rei-\nchemberg. Le programme est l'accessoire, si bien accessoire qu'on ne le publie\ngénéralement qu'à la dernière heure. Ces dames et ces messieurs sont char­\nmants, adorables ; il suffit de mettre leur nom sur une affiche pour que la\nmultitude se précipite au guichet. M. Coquelin cieniira.it déclamer Maître Cor­\nbeau i'i Mlle Buee.Ua //irait la fable des Deux Pigeons qu'elle n'y aurait pas dix\npersonnes île moins dans la salle que s'il s'agissait d'un monologue d'Airard, de\nCoppée ou de Rollinat. »\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "                                             — 244           ~\n\n   Abstraction faite du style étonnant de ce passage, voilà qui n'est pas mal\nidiot. (Aussi est-ce signé L . H . ) . M. le chef de bureau ignore-t-il que la\nfable des Deux Pigeons fut le succès de Rachel et plus tard celui de Sarah\ndans Adrienne Lecouvreur ? Et quant à Coquelin, il aurait avec Maître Corbeau\nun succès bien plus g r a n d , plus littéraire et plus mérité qu'avec les Ecrevisses\nou quelque autre ineptie que L . M. dit le Cuistre doit si bien c o m p r e n d r e et\napprécier. Quel r a m o l l i s s e m e n t , mes frères, quel ramollissement !\n\n\n\n\n     Nous recevons à l'instant u n c h a r m a n t volume de poésies Les Scabieuses de\nM. H e n r v Mériot. un poète délicat connu déjà de nos lecteurs. Rêveur épris\nde choses douces et mièvres, M. Mériot joue avec le vers c o m m e avec des\nfleurs et sa muse s'attendrit dans u n rêve mélancolique plein de plaintive\nh a r m o n i e . Citons un des morceaux du livre :\n\n                                       DOULEUR S I L E N C I E U S E\n\n\nDans la boite capitonnée                                 En mon âme, cité dolente.\nA clous d'or, au brillant contour,                       Calice de larmes empli.\nSommeill c une rose fanée                                J'évoque l'image tremblante\nAuprès d'une lettre d'amour.                             De l'Adorée au front pâli.\n\nEntre les feuillets d'un beau livre,                     Et ces humbles débris, épaves,\nŒuvre de son Poète aimé,                                 Seuls hôtes de mon coeur désert,\nJ'ai mis, souvenir qui m'enivre,                         Ont les parfums tendres, suaves,\nSon chaste portrait parfumé.                             De l'Eté blond, du Printemps vert.\n\nEnfin, précieuse relique,                                Ils me parlent de la soirée\nJe garde en un médaillon noir                            Oit, dans un confiant aveu,\nDes cheveux que, mélancolique,                           L'Enfant divine, enamourée,\nElle me laissa prendre un soir.                          Leva vers moi son bel oeil bleu.\n\nCheveux, fleur, image chérie.                            Belle comme un camée antique,\nRestes d'heureux rêves passés,                           Rêveuse ainsi qu'Ophélia..\nParfois je m'agenouille et prie                          Je n'eus que cet aveu pudique\nDevant vos vestiges froissés.                            D'un coeur que le mien supplia.\n\n                          Sa vie était la page blanche\n                          Où je traçai mes premiers vers;\n                          Fleur d'un jour comme la pervenche,\n                          Elle dort sous les cyprès verts.\n\n\n   Nous ne regrettons qu'une c h o s e : c'est que M. H e n r y Mériot ait mis son\nlivre sous les préfacières auspices de M. Victor Billaud. Le contraire eût été\nplus logique, si M. Billaud pondait encore. Mais il ne pond plus, heureusement.\n"}, {"page_pdf": 278, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "                                   -   245     -\n\n   'Le Journal îles Geus de Lettres s'en donne, de l'éclectisme, que c'est une béné­\ndiction. Tudieu! monsieur Valentin. quel déchaînement ! En un numéro, nous\nattrapons tous notre petite affaire! Page 75: une chiquenaude à Lemonnier;\npage 76: une pichenette à Gilkin; page 7 7 : une torgnolle à Verhaeren et\npage 78 un pied de nez à Giraud ! Nom d'un petit bonhomme ! Vous allez\nbien !\n   Ah! docteur! mettez vous en garde, la pointe du fleuret à la hauteur de\nl'œil, c'est cela, la jambe gauche d'aplomb, parfait! Un de ces jours. Tête-de\nmort qui vous a dans... l'orbite, va vous trousser quelque chose de fin — sans\nfiel, naturellement; nous gardons cela pour d'autres.\n   Oui, Tête-de-mort s'est mise à étudier les Nationales. Gare à la cuirasse; elle\na ses défauts et Tête-de-mort ses trucs\n\n\n\n\n   L'éditeur Boitte annonce la mise en vente d'un nouveau stock à bon\nmarché (1 fr. 43) d'un ouvrage qui fit beaucoup de bruit naguère, et que la\npolitique actuelle remettra en vogue. C'est le Roman d'une Américaine en Russie\nde Fanny Lear. A ce propos, nous lisions il y a quelques mois dans le Voltaire\nun articulet qui sera la triste conclusion de ce triste livre :\n   « Fanny Lear ayant brûlé Paris, se rendit à Londres. Les Anglais sont gens\n» positifs. Ce petit brin de femme, paquet de nerfs, les laissa froids. Un prince\n» lui vint bien en aide, — mais les princes ne brillent pas par la stabilité de\n» leurs sentiments. Toujours est-il que Fanny Lear roula insensiblement sur\n» la planche savonnée qui conduit à l'abrutissement et à l'ivrognerie.\n   » Promenez-vous dans Piccadilly le soir, vers neuf heures ; vous trouverez\n» une femme vêtue d'une façon sordide et qui vous dira :\n   — » Will you drink a glass of gin ?\n     C'est Fanny Lear.\n   » Pour quelques verres de gin, de porter ou de whisky, elle vous racontera\n» son histoire; si l'ivresse est complète, elle y ajoutera au milieu d'un éclat\n» de rire :\n   — » C'est moi, Fanny Lear, pour qui un grand-duc a pris les diamants\n» d'une impératrice, et que le czar Alexandre II saluait sur la perspective\n» Newski, en disant à son aide-de-camp :\n   — » Savez-vous que mon neveu a bon goût           Très bien, elle est très bien.\n» la petite Française!     »\n\n\n\n   Pour paraître très prochainement, un volume de nouvelles d'Auguste Paër\nintitulé Contes à Zola . En voici le sommaire: I Gueule de singe: La boîte à\nviolon; le suicide de maître Pinchard; Babolein le noyé; Rigobert l'Assassin;\nIdylle de pauvres; monologue d'amour; François. II Les Damnées.\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "                                  — 246 —\n\n\n\n\n  La Race Sémitique, par THÉODORE VIBERT. ( 1 ) Paris, AUGUSTE GHIO, éditeur,\n 1. 3, 5, 7 et 11, galerie d'Orléans, Palais-Royal.\n    Le célèbre orientaliste publie le second volume de ses magistrales études sur\nles races primitives.\n    Il restitue aux enfants de Se m la place qui leur appartient légitimement dans\nl'histoire et porte une lumière toute nouvelle sur la fameuse question Indo-\nEuropéenne sur laquelle le monde savant se bat depuis cinquante ans.\n    C'est un grand service rendu par M. THÉODORE VIBERT. à la démocratie.\n\n\n\n\n  Monsieur Daphnis et Mademoiselle Chloé, le nouveau volume d'Ange Bé­\nnigne, paraît chez Paul Ollendorff.\n  Rien de vif, d'alerte, de parisien, comme les scènes piquantes et gaies qui se\ndéroulent sous ce titre engageant.\n  Monsieur Danphnis et Mademoiselle Chloé, fournira bien certainement une\ncarrière aussi brillante que les Vieilles Maîtresses, du même auteur.\n\n\n\n\n   Un nouveau roman de MM. Guérin-Ginisty. les auteurs de La Fange, un\ndes grands succès littéraires de l'an dernier, vient de paraître chez les éditeurs\nEd. Rouveyre et G. Blond.\n   Dans Les Rastaquouères, ils ont peint, avec une singulière intensité de vie,\nce monde interlope qui, au'milieu de la colonie étrangère, fait tant de bruit à\nParis, et dans lequel se passent tant de scandales.\n   On reconnaîtra facilement, au milieu de ces hardies peintures de mœurs,\nles héros d'une aventure récente.\n   Une préface de Bachaumont explique, avec toute l'originalité de ce maître\nde la chronique, la portée réelle de cette œuvre d'un parisianisme raffiné.\n\n\n\n\n   Le Voltaire, dans un article sur les Dessins du Louvre a fait remarquer que\nson auteur, M. IL de Chennevières (probablement un pseudonyme), a exécuté\nun vrai tour de force littéraire en écrivant quarante-trois livraisons in-folio de\ncette publication sans employer une seule fois les pronoms qui ou que, et ce\n"}, {"page_pdf": 280, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "                                   — 247 —\n\ndans un excellent style. M. de Chennevières a adressé au journal, à ce sujet,\nla lettre suivante :\n\n\n\n          Monsieur,\n\n\n\n    Vous avez bien voulu découvrir, dans les pages des Dessins du Louvre, une\nnouveauté de style. L'attention bienveillante de votre lecture me flatte\ninfiniment.\n    Permettez-moi de vous exposer les motifs de ma lutte littéraire. J'ai juré\nhaine aux qui et aux que, ces lourds conjectifs de la syntaxe. Cette guerre à\noutrance contre de paisibles pronoms trouble l'économie de la langue et le\nmécanisme ordinaire des phrases; mais elle éclaircit la pensée, elle allège la\npériode, elle suspend les longueurs.\n    Depuis quatre siècles, l'horrible qui tyrannise les lettres françaises, il infeste\nles meilleurs écrivains. Rabelais le cultivait dans les bosquets de l'abbave de\nThélème ; Pascal et La Bruyère montrèrent pour lui la plus coupable des\n indulgences. Bossuet le mettait sur ses autels. Ne s'avisait-il pas de dire un\n jour « celui qui règne dans les cieux, de qui relèvent tous les empires, à qui\n seul appartient, etc. »? Cette déclinaison éhontée du qui faisait les délices des\n contemporains. MM. de Port-Royal renchérirent sur Bossuet et les beaux\n esprits de la cour et de la ville, semèrent de qui leurs productions.\n    A l'avènement de Voltaire, le qui règnait despotiquement ; Voltaire le laissa\n vivre. Il lui abandonna ses vers tragiques, mais il l'éconduit de sa prose, de\n sa belle prose si pleine et si vive. Il ne l'expulsa point toutefois avec assez de\n rudesse, et l'ambitieux pronom réapparut au seuil de certaines phrases. Cha­\n teaubriand le caressait de sa plume douillette et le berçait avec une mélancolie\n mignarde. Lamartine lui donna des ailes d'or et le lança dans l'azur de ses\n rêves. Notre qui, rendu insolent par l'hommage de ces grands noms, allait\n terroriser davantage encore la république des lettres. Victor Hugo; ému de\n cette audace, voulut faire bonne justice de cet outrecuidant; il l'appela en\n champ clos, le rudova, l'estocada, mais l'autre tînt ferme.\n    J'ai essayé, monsieur, d'approcher ce monstre, d'étudier sa tactique, ses\n moyens de défense. Enfin, je l'ai surpris et je l'écorche vif: il méritait ce\n châtiment. La patience fut ma seule arme, la patience, à défaut de génie, une\n longue patience.\n    Avec les qui, la phrase s'embourbe, les pensées hautes ou gracieuses\n revêtent une enveloppe bourgeoise, les virilités de la concision perdent de\n leur étreinte. Le qu'il mourrût du vieux Corneille ne me persuade pas. Eman­\n cipée des qui, la phrase s'en va légère, leste, sautillante, agaçante, provo­\n  cante, amusante. Elle a le maintien jeune et aisé. C'est une fillette agile et\n  court-vêtue, gagnant d'un saut le but de sa course.\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "                                  -         248   -\n\n  Le parti pris apparent de mon style, cette rage de l'anti qui. pourrait\nsembler d'abord une gageure peu digne d'un écrivain d'art, mais cette petite\nconquête grammaticale me paraît capable d'intéresser les curieux de littérature.\n  Recevez, monsieur, l'assurance de mes sentiments tout dévoués.\n                                                       HENRY DE CHENNEVIÈRES.-\n\n\n   Signalons un nouveau volume de la Bibliothèque Gilon : Les Papes et la\nBelgique par F. G. Haghe. et de la Bibliothèque belge illustrée: Trains de\nplaisir par Victor Lefèvre.\n\n   TALLEYRAND PRÊTRE ET ÉVÊQUE, par Auguste Marcade. vient de paraître chez\nEd. Rouveyre et G. Blond, les éditeurs en renom de la rue de Richelieu. Ce\njoli volume, une petite merveille de luxe et de goût typographiques, aurait pu\navoir pour sous-titre : Le Jeunesse de Tallegrand.\n    L'auteur a voulu combler une lacune, vraiment incompréhensible, dans les\nbiographies de cet homme qui a conservé le privilège rare de tenir toujours la\ncuriosité publique éveillée, sans la lasser jamais. Il y a deux ans. à peine,\nl'Académie Française couronnait une édition de sa correspondance avec Louis\nXVIII. Jusqu'à l'âge de 37 ans, Tailleyrand appartint à l'Eglise. Ses biogra­\nphes sont à peu près muets sur cette longue période, pourtant bien curieuse\nde son existence. C'est sa vie écclésiastique que retrace Auguste Marcade. Les\ninformations et les documents inédits dont il a rempli son livre, en font une\ndes lectures les plus attachantes. Les anecdoctes y abondent, et l'on est quelque\npeu étonné de voir cette étude historique commencée en 1754 se continuer\njusqu'à nos jours, par les révélations piquantes de l'auteur sur la descendance\nde la main gauche, de l'ancien évêque d'Autun. — On peut prédire à ce livre\nun des grands succès de curiosité de cette année.\n\n\n\n   La Librairie de l'Office de Publicité (A.-X. LEBÈGUE ET CE) à Bruxelles, publie\nrégulièrement depuis cinq ans, le 1er et le 15 de chaque mois, sous le titre de\nBulletin semi-mensuel, un recueil de la plus grande utilité.\n   Le Bulletin renseigne d'une manière très détaillée, avec l'indication du prix\net classées par ordre de matières, toutes les publications nouvelles qui ont vu\nle jour en France et en Belgique pendant la dernière quinzaine.\n   Le savant, l'homme de lettres, l'artiste, le professeur, le bibliophile, l'in­\ndustriel, l'homme du monde, tous ceux enfin qui lisent ou s'occupent du\nlivre, parcourront avec intérêt ce petit journal. Celui-ci est adressé gratuitement\npendent un an à toute personne qui en fait la demande.\n                                                                        NEMO."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-04-28-n6-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "En vente au Bureau de la Jeune Belgique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA REVUE MODERNE Paraissant", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 282, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 267, "texte": "En vente au Bureau de la Jeune Belgique :\n     Collections complètes de la Jeune Belgique, t. 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EDMOND DE GONCOURT.\n                                  SUISSE :\n                               CARL VOGT.\n\n\n  La Revue Moderne, scientifique, littéraire, artistique et\nsociale, formera par an deux volumes d'environ 400 pages\nchacun, imprimés avec soin sur beau papier teinté, avec\ncouvertures et tables des matières.\n               PRIX D'ABONNEMENT.\n  BELGIQUE — UN AN : 1 2 FR. — ETRANGER (Union Postale) : 1 4 FR.\n      Pour les abonnés de la JEUNE BELGIQUE: 10 FR. par an.\n\n         L'ART MODERNE\n                          paraissan1   le   dimanche,\nREVUE CRITIQUE D E SARTS E T DE LA LITTÉRATURE\n                    COMITÉ DE RÉDACTION:\n  VICTOR ARNOULD,OCTAVEMAUS, EDMOND PICARD, EUGÈNE ROBERT\n                               Abonnement\n     BEIGIQUE : UN AN : l r . 1 0 . — UNION POSTALE r UN AN : F r . 1 3\n             BUREAUX      : 26, rue de l'Industrie, à   Bruxelles.\n\n\n\n\nKEES DOORIK. scènes du polder par GEORGES EEKHOUD\n                EN VENTE CHEZ TOUS LES LIBRAIRES :\n\n\n\n                           UN VOL. : 3 fr. 5 0 .\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3851, "texte": "                Pour paraître              le i5 juin                  prochain\n                     CHEZ A . B R A N C A R T , É D I T E U R :\n\n\n    LA V I E                                 PAR\n                                                     BÊTE\n                                MAX WALLER\n                   Préface de CAMILLE LEMONNIER\n                  Eau-forte de THÉODORE HANNON.\n\nUn beau volume de bibliophile, petit in-12, imprimé par\n                                       LEFÈVRE.\n                                 Prix : 4 francs.\n\n       On souscrit au bureau de La Jeune                                                                                                                            Belgique.\n\n                                                                                                                  momentanée do travail, causées par accident: UN CAPITAL OU UNE ALLO\n                                                                                                                  CATION QUOTIDIENNE. Assurances des Ouvriers et des Patron-:.\n\n                                                                                                                   La Compagnie garantit : En cas de décès: En cas d'incapacité permanence ou\n          RÉVOLUTION\n                 DANS L'ART DE SE RASER\n\n\n\n\n        RASOIR\n                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             L'ASSURANCE FRANÇAISE\n                                                           Agence Générale à Bruxelles : 6, Rue des Dominicains\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                                                                                              C O N T R E LES A C C I D E N T S DE P E R S O N N E S\n\n           AMERICAIN.      •\n     I1 est impossible dans une annonce de\n donner une idée complète des avantages\n extraordinaires de cette merveilleuse inven­\n                                                                                                                                                                                                Êlablie à Paris, 6. Boulevard des Italiens.\n\n\n\n\n lion ; cet appareil. justitie entièrement sa\n                                                                                                                                                                                                                                                                                                       CAPITAL-, I5 000 000 DE F R A N C S\n\n\n\n\n vogue ; il permet à toute personne de se\n raser sans en avoir aucune habitude, et cela\n ians crainte de c o u p u r e .\n      Fût-on aveugle ou agité d'un t r e m b l e m e n t\n nerveux, on peut se raser d'une façon plus\n parfaite q u e ne le ferait le barbier le plus\n expérimenté par les procédés anciens.\n      Le résultat q u ' o n obtient par l'usage de ce\n nouveau rasoir est tellement ordinaire qu'il\n est certain qu'il remplacera partout l'ancien\n système ; il suffit de l'avoir essayé une lois\n p o u r ne plus vouloir se raser ni se laisser\n raser par d'autres procédés.\n Ne pas confondre avec df s appareils similaires\n     ui se vendent à vif prix et qui 'n'ont aucun\n   3 es avantages du rasoir américain.\n    Pour le recevons franco, envoyer fr. 5-50 en un\n mandat-poste à M. Michel, 37, rue des Solitaires\n  Paris. Remises pour les achats en gros).\n        Prière de nous Indiquer dans quel journal\n                  on a lu cette annonce.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 232, "texte": "                 NUMÉRO DE COMBAT\n\n (3e année) 1883            Tome    I I . N° 6.                     28 Avril\n\nVu les circonstances, nous avons avancé d'une semaine la\n                publication de notre revue\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                             SOMMAIRE\nLE PRIX                QUINQUENNAL                    LA JEUNE BELGIQUE.\nDIALOGUES DES MORTS                                   TÊTE-DE-MORT.\nSIMPLE CONSTATATION\nSENSATIONS : II Terreur                               MAURICE BURNY.\nAU PAYS DE MANNEKEN-PIS                                M. W.\nVIEILLES NOUVELLES V. Le Conte de Toone\n                             VI. La dernière fredaine MAX WALLER;\n                                            .\".....)\nPOESIES I Pastorale                                   PAUL LAMBER.\n         II Soirs aux étangs de Naheumont . . G.\n        III A une fille d'auberge                      KARL GRUN.\n        IVLESatyre                                     FRÉDÉRIC BATAILLE,\n         V Au Café-Concert                            FERDINAND HÙART.\nLE CAVEAU VERVIÉTOIS                                  IACQUES ARNOUX.\nCHRONIQUE ARTISTIQUE I L'union des Arts.\n                                                      EMILE VERHAEREN\n                                II L'Essor . . .\nCHRONIQUE MUSICALE : La Rédemption . . HENRY MAI\nCHRONIQUE LITTÉRAIRE                       ALBERT             GIRAUD.\nCONFÉRENCE DE MAX WALLER . . . .                      X.\n MEMENTO                                              NEMO.\n\n\n                            LE N U M E R O :\n       En Belgique: fr. 0.60. — A l'Étranger : fr. 0.75.\n\n                             BRUXELLES\n              BUREAUX         : 90, RUE             BOSQUET\n                              MDCCCLXXXIII\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "                 A TOUS NOS A B O N N E S\n   La Jeune Belgique dont le succès croît chaque jour, est devenue le\nvéritable organe du combat littéraire en Belgique. Parfois violente et\nbrutale, elle ne cesse de brandir le drapeau moderne dont elle s'est fait\nune arme contre les royautés caduques. Il faut que nos idées se répandent\ndavantage, qu'une propagande active s'établisse par le fait de nos abon­\nnés qui nous ont jusque aujourd'hui soutenus et fortifiés par leur colla­\nboration.\n   Nous avons donc organisé une sorte de ligue destinée à cette propa­\ngande. Ceux de nos abonnés qui désirent en faire partie sont priés de\ndemander à nos bureaux DIX ou QUINZE cartes d'abonnement. Ces cartes\nleur sont envoyées marquées d'un numéro d'ordre qui nous en indi­\nquera le dépositaire.\n   Lorsque DIX cartes seront revenues au bureau revêtues de noms d'abon­\nnés nouveaux, le dépositaire recevra son abonnement gratis pendant un\nan.\n   Lorsque QUINZE cartes seront revenues, le dépositaire recevra son\nabonnement gratis, à perpétuité, ef son nom sera inscrit dans le dernier\nnuméro de l'année à la liste des MEMBRES FONDATEURS de la Jeune\nBelgique.\n   Et maintenant, à l'assaut, les Jeunes Belgique !\n                                                          LA DIRECTION\n\n                     BOITE AUX LETTRES.\n   30. Albert de Mal... — Fourmille de fautes. Impossible.\n   37. Basile Nestor. — Le sujet bien crû ne pouvait se sauver que par des vers très bau­\ndelairiens et amptes ; ainsi ont pu passer les Stercoraires.\n   38. Jules G. — Avons'en effet reçu votre sonnet d'Octobre, bon s'il m'en souvient. Une\nnégligence est seule cause de notre silence. Choisirons un de ces jours la meilleure chose\nde vous à insérer.\n   39. Paul J. Liége. — Sonnet superbe. Ayez donc la bonté de le mettre en vers.\n   40. Henry Mériot. — Non, cher confrère, la note 24 de notre dernière boite aux lettres\nn'est pas pour vous.\n   41. Clodion. Gand. — Calmez-vous, calmez-vous! je marche sur vos vers : il y en a\npartout ! c'est le printemps, je vous pardonne. Idylle remise au no 7.\n   42. Lionel D. — Vous en êtes à l'a du style, cher confrère. Ecoutez une de vos phrases :\n ( Bruges s'animait de ce mouvement qui, pour les étrangers, semble être le sommeil ;\nBruges venait de s'éveiller, et une personne qui ne la connaît pas, aurait certainement\ndit : Tiens ! l'on dort le jour, à Bruges. » C'est assez réussi comme galimatias triple. Ne\nperdez pas courage et écrivez simplement.\n   45. Un abonné liégeois. —Expliquez moi donc ce vers et scandez\n                          Quand lu lune s'allume derrière       nuage\net celui-ci :\n                          Sur les prés dont elle semble ronger le bord.\nétudiez donc la prosodie avant de faire des vers.\n    14. Jules Daum. — Aurea mediocritas.\n   45. Léon C. Schaerbeek. — La Nonne est parfaite. Passera dnns le n« 8, notre n° 7\ndevant contenir exclusivement, en fait de vers, quinze sonnets admirables d'Emile Van\nArenbergh.\n    46. Edouard R, Houdeng. — Bueno ; passera. \"Merci.\n                     BRUx.—IMPR. AD. M E R T E N S , 12, RUE D'OR.\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "             LE PRIX QUINQUENNAL\n\n\n\n            MANIFESTATION L E M O N N I E R\n\n\n\n   Il vient de se produire en Belgique un nouveau et abomi­\nnable scandale qui susciterait des clameurs et des huées, si\nla presse et le public n'étaient pas d'une légendaire indiffé­\nrence vis-à-vis des hommes et des choses de la littérature.\n   Le jury officiel, chargé d'attribuer le prix quinquennal,\nn'a réuni de majorité sur aucun nom, et vient,— après avoir\ntenu un grand nombre de séances, sans doute pour aug­\nmenter le bénéfice de ses jetons de présence, de décider que\nce prix ne sera pas donné.\n   Une pareille décision, au milieu de notre renouveau litté­\nraire, dans les circonstances singulières où elle s'est pro­\nduite et que nous révélerons tantôt, appelle une prompte et\nvéhémente protestation.\n   Tudieu ! Si une chose pareille devait se produire à Paris !\n Là, dans les journaux quotidiens, les poètes et les romanciers\n connus font chaque jour de la chronique littéraire, et vrai­\n semblablement, dans une pareille occurrence, tous à la fois,\n comme des dogues furieux, aboieraient si fort et si long,\n déchireraient si impitoyablement avec leurs ongles et leurs\n crocs — jusqu'au sang, ceux qui ont consommé ce scandale,\n qu'on finirait bien par prendre peur et par leur donner satis­\n faction !\n       28 A V R I L 1883.                               16\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "                                202\n\n\n     Mais dans notre pays il y a beau temps que les gens de\n  lettres sont des dupes et des parias.\n     Au moins Platon, les mettant à la porte de la République,\n  voulait qu'on les couronnât de roses. Ici on les couronnait\n  d'épines.\n    Maintenant on ne les couronne plus du tout, et les lauriers\n qui leur étaient dûs, on les met plutôt dans le pot-au-feu offi­\n ciel que quelques académiciens, toujours les mêmes, font\n bourgeoisement mijoter, en parlant latin — du latin de\n cuisine !\n    Cela est d'autant plus odieux qu'on affecte vis-à-vis des\nautres artistes toutes sortes de complaisances et d'égards,\nqu'on décerne des Prix de Rome et qu'on organise des Fes­\ntivals nationaux pour les musiciens, qu'on ouvre en grande\npompe les Salons de peinture avec visites royales et ministé­\nrielles, avec médailles, subsides, décorations, voyages à\nl'étranger, achats pour les Musées.\n   Quant aux écrivains, on ne fait rien pour eux, absolument\n rien, rien, rien !\n    Pour ne citer qu'un exemple : aux fêtes du Cinquantenaire,\non a décoré tous les ordres de citoyens, voire même d'artis­\ntes ; il n'y a que le groupe littéraire auquel on n'a pas même\nsongé, de sorte que les plus anciens, les plus forts de nous,\nles plus illustres, — car il y en a, sans qu'on s'en doute —\nont encore la boutonnière vierge du ruban rouge.\n    Cependant, malgré ces défaveurs, il restait le Prix quin­\n quennal. De quoi se plaignait-on ? Tous les cinq ans on\n pouvait gagner 5,000 francs et devenir ce que les Anglais\n prisent si haut : le lauréat national.\n    Aux forçats de la poésie, traînant le boulet de la rime, cette\n perspective devait s'ouvrir riante et verte, comme celle d'un\n préau au sortir de la cellule.\n    Ah! bien oui! c'est une bonne plaisanterie, le prix quin­\n quennal! Voilà dix ans qu'on ne l'a plus donné. Ça va\n faire concurrence à la peine de mort ! C'est remisé avec la\n guillotine !\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "                             203\n\n\n    Plus de têtes à couper — ni à couronner !\n    Et cependant, y eût-il jamais un moment mieux choisi\npour une récompense littéraire, que celui de l'éveil triomphal\nauquel nous assistons.\n    C'est superbe ! Toute une jeunesse travaille, veille, lutte\net s'affirme. Ecœurée des platitudes de la politique, elle a\ntrouvé ce dérivatif à son activité et cette ambition à sa vie !\nDes revues naissent tous les jours, qui prouvent l'intensité\nde ce mouvement littéraire — comme l'accroissement des\ntrains de chemin de fer qui aboutissent à une ville, attestent\n la prospérité grandissante de celle-ci.\n    Et des livres paraissent depuis ces dernières années, des\nromans, des poèmes auxquels on fait même des succès à\nParis. — Les maîtres de là-bas écrivent des préfaces pour\nles nôtres, heureux de servir de parrains à des œuvres qu'ils\njugent très viables.\n    C'est si vrai qu'il y a quelques jours un des nôtres se\ntrouvait chez Emile Zola. Celui-ci avait sur sa table toutes\n nos revues et, dans un coin de sa bibliothèque, quelques-uns\ndes volumes publiés par nos amis dans ces dernières années.\n Il en trouvait de très remarquables, dignes de soutenir le\n parallèle avec les meilleures productions parisiennes ; bref\n il était on ne peut plus étonné du vigoureux réveil qui\n s'affirme chez nous.\n    Le jury n'avait donc qu'à choisir et bien des noms s'im­\n posaient à son attention.\n    Surtout, CAMILLE L E M O N N I E R qui, pendant la pé­\n riode, a publié cinq romans : Un Coin de Village, les Char­\n niers, Un Mâle, le Mort, Thérèse Monique, plus une\n  superbe Histoire des Beaux-Arts de 183o à 1880 et enfin\n son étude sur la Belgique dans le Tour du monde.\n    Il y avait aussi Edmond Picard avec son Paradoxe sur\n l'avocat, sa Forge Roussel, ce beau livre d'une pensée si\n profonde et d'un style si magistral.\n    Puis Octave Pirmez, qui a publié cette œuvre touchante :\n  Rémo, et réédité ses Feuillées, des maximes frappéescomme\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "                          —   204   —\n\n\n des médailles, et ses Heures de philosophie, des pensées cou­\n lées dans de courts paragraphes, comme de fines essences\n qui dormiraient dans de petits flacons.\n    D'autres encore se sont fait connaître : Eekhoud,\n Hannon, Rodenbach, Marie Nizet, Marguerite Van de\nWiele, Solvay, Hélène Swarth, toute une vaillante troupe de\nromanciers et de poètes qui se rangent autour des trois chefs\nque nous venons de saluer.\n    En tous cas, le choix de CAMILLE L E M O N N I E R s'im­\nposait: où trouver, dans la littérature belge depuis 183o, des\nlivres comparables au Mort et au Mâle. Ce dernier surtout\nfit tapage ; en deux mois, sept éditions, et le nom de l'auteur\nen vedette dans les grands journaux parisiens — comme sur\ndes affiches. Taine, Barbey d'Aurevilly, Sarcey ont clai­\nronné en son honneur. Interrogez sur lui tous les maîtres\nparisiens: pas un qui ne le connaisse et ne le place au\npremier rang.\n    Et puis n'est-ce pas lui qui a organisé ce mouvement des\nJeunes en Belgique qui promet au pays pour l'avenir une\nlittérature saine, vivante et originale.\n    C'est autour de lui qu'on s'est rassemblé ; c'est lui qui a\ndonné l'espoir, qui a raffermi les défaillances, qui a mené\nau combat, si bien que tous les conscrits le reconnaissent ici,\nà l'heure actuelle, comme leur maréchal de Lettres.\n    D'ailleurs, en supposant même que ses livres ne soient pas\nce que nous les disons, la seule chose demandée au jury,\nc'était de se prononcer sur « la meilleure œuvre publiée\npendant la période quinquennale.\n    C'est relatif, et l'œuvre, même médiocre au point de vue\nabsolu, dans la pensée du jury, pouvait encore et devait être\n couronnée par lui.\n    Comment donc s'y est-on pris pour aboutir à des conclu­\n sions négatives? Voici, paraît-il, ce qui s'est passé :\n    Trois membres ont voté pour CAMILLE LEMONNIER et, ce\n qui est glorieux pour celui-ci, ce sont précisément les trois\n moins incompétents: MM. Potvin, Frédérix et Pergameni.\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "                              203\n\n   Ce n'est pas que nous ayons grande sympathie pour eux :\nl'un est le rimeur qu'on sait, chevauchant un Pégase poussif\net plusieurs fois couronné — comme il arrive à tous les\nmauvais chevaux.\n   L'autre, un homme d'esprit qui n'a jamais publié une\nœuvre, installé dans son feuilleton d'un grand journal,\ncomme dans un comptoir, affecte de n'y débiter que de la\nmarchandise française, sans daigner offrir à sa clientèle\nquelques échantillons des productions nationales.\n   Le troisième a écrit quelques vers, puis s'est adonné à des\nétudes d'histoire et de politique, où ses idées poétiques auront\npéri sans doute, comme des ailes sur du papier tue-mouches.\n   N'importe ! ils ont voté tous les trois pour CAMILLE LE­\nMONNIER : ils ont donné cette preuve d'intelligence et de\ngoût — cela doit leur servir de paratonnerre contre nous.\n   Mais voyons les autres et jusqu'où peut nous mener la\nbêtise et la routine administratives.\n   M. De Monge faisait partie aussi du jury : un esprit fin,\nmais gâté par des préjugés catholiques: il ne sait pas appré­\ncier une œuvre littéraire, indépendamment du point de vue\nreligieux. Il s'abstient toujours — une abstention chronique.\nMais alors, que diable ! il devrait avoir la loyauté de se ré­\ncuser quand on l'appelle dans un jury.\n   M. Rivier aussi s'est abstenu : en voilà un du moins qui\nse condamne lui-même et proclame sa parfaite incompétence.\nCar voyez un peu quel mauvais tour on joue à ce pauvre\nmonsieur Rivier. Il est professeur de Droit Romain, d'Insti­\ntutes et de Pandectes, et on lui demande de juger des livres\nmodernes. Mais il ne lit que du latin, ce pauvre monsieur\nRivier : tout au plus s'il comprend un peu le français, car il\nest Suisse, — et comment voulez-vous alors qu'il ne prêche\npas un peu... pour sa chapelle ?\n   La littérature moderne, qu'est-ce que c'est que ça? indi­\ngeste.... Digestes... ce pauvre monsieur Rivier !\n   Donc, ces deux membres s'abstiennent: pourquoi? de quel\ndroit ? on ne leur demande pas s'il y a un bon livre, mais\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "                              206\n\nquel est le meilleur livre publié. Ils s'abstiennent; c'est qu'ils\nne savent pas en décider. Alors qu'est-ce qu'ils font dans le\njury et comment ne se sont-ils pas récusés d'abord, au lieu de\ns'exécuter eux-mêmes après ?\n   Voici qui est plus drôle : connaissez-vous M. Stappaerts?\n   Nous avons eu beau feuilleter les almanachs royaux et\nautres, interroger les cochers de fiacre, faire crier son nom\ndans les rues comme pour un chien perdu, remuer les cata­\nlogues de toutes les bibliothèques, nous n'avons pas encore\npu savoir ce qu'il vaut, ce qu'il a fait, ce qu'il a publié, ni\nmême s'il existe.\n   D'aucuns nous ont affirmé qu'il n'est autre que l'auteur du\nCadavre récalcitrant, et que c'est lui le barde dont la\nmodestie se cache sous le pseudonyme de Joseph Casteleyn.\n   Quoi qu'il en soit, M. Stappaerts ne s'est pas abstenu;\nil a voté avec M. Fétis, cette vieille perruque — au\npropre et au figuré — dont la spécialité est de n'en pas avoir,\nqui fait partie de toutes les commissions, comme le sel fait\npartie de toutes les sauces. Un homme à tout faire, quoi ! —\ncomme une servante ! Dont on peut dire enfin ce qu'on dit\nd'un des personnages dans le Monde où l'on s'ennuie :\n « C'est ce savant dont le père avait tant de talent ! »\n    Or, savez-vous pour qui ces deux compères ont voté —\n comme un seul homme? — pour M. Vautier, l'auteur par­\n faitement obscur de quelques espèces de romans-feuilletons,\n sans aucun mérite littéraire, à l'usage des conducteurs d'om­\n nibus vides — comme eux!\n    C'est étrange, c'est fou, c'est inexplicable, car l'auteur est\n inconnu, ses romans n'existent pas et sa situation littéraire\n est toujours à l'état de fœtus. Et cependant c'est très simple,\n comme un tour de prestidigitateur.\n    L'urne de vote est à double fond : dans un compartiment\n M. Vautier, le romancier énigmatique qu'on propose pour\n le prix quinquennal; dans l'autre, M. Vautier père, direc­\n teur de la Gazette et M. Fétis, fils, attaché au même journal.\n    Et voilà ! et le bruit court partout de cette véritable\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                           —   207   —\n\n  « escroquerie morale », comme au temps de la révolution\n le bruit de la grande trahison du comte de Mirabeau.\n    Il faut donc qu'on s'explique, et vite ! Vos conclusions\n négatives pures et simples, nous n'en voulons pas.\n    Le Rapport ! le Rapport ! Une pleine lumière doit se\n faire, la discussion doit s'ouvrir.\n    Le Rapport ! La camaraderie éhontée doit être flétrie\n publiquement.\n    Le Rapport ! Le Rapport ! il nous le faut et vous n'oserez\n pas ne pas le faire !\n    Ah ! le temps est passé où les gens de lettres se laissaient\n écraser, repousser, annihiler, dominer par un tas de médio­\n crités intrigantes. Il faut que tout cela cesse. !\n    A vrai dire, nous avons perdu nos dernières illusions quant\nà l'intelligence et à la sympathie du gouvernement pour nos\nefforts ; et c'est pourquoi nous négligerons de demander\nqu'on nomme un nouveau jury,— ce qui serait logique, puis­\nque celui-ci n'a pas su se mettre d'accord — ou de réclamer\nqu'on donne un prix à chacun des deux candidats sur les­\nquels on a voté, surtout qu'il reste une somme vacante de la\npériode précédente et qu'on n'affecte aucune autre destina­\ntion littéraire à ces fonds non employés.\n   Assez ! il vaut mieux en finir ! Les prix quinquennaux\ndans le passé n'ont jamais été accordés qu'aux médiocres,\npar intrigue, et nos vrais écrivains, les forts, les grands\ncomme Charles De Coster ou Van Hasselt ont toujours été\nécartés. Il n'y a qu'à lire ce qu'en révèle M. Alvin à propos\ndu poète des Quatre incarnations du Christ.\n   Donc le divorce est irrémédiable : ne demandons plus\nrien, n'attendons plus rien, et puisque subsides et récompen­\nses tombent toujours à faux, désirons-en la.suppression défi­\nnitive et proposons-nous comme idéal la séparation radicale\nde l'Art et de l'État.\n   Qu'est-ce que c'est d'ailleurs que ce singulier concours de\nconcurrents malgré eux. — De quel droit nous juge-t-on et\nvient-on, à nous qui ne demandons rien, déclarer que nos\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "                          —   208   —\n\nœuvres ne valent pas et nous donner à tous un soufflet\nofficiel ?\n    Assez ! Assez ! devant une telle injustice et un tel scan­\ndale, protestons unanimement et révolutionnairement.\" Des­\ncendons dans la rue \", comme disait un des nôtres sous une\nforme piquante, c'est-à-dire, dans la circonstance présente,\npuisqu'une riposte est nécessaire à une aussi inqualifiable\ndécision, réunissons en un Banquet solennel de protestation\ntous ceux qui combattent en ce moment en Belqique le bon\ncombat artistique!\n    A nous ceux de Mons, ceux de Verviers toujours si dévoués\net si vaillants ! A nous le Caveau et les sociétés littéraires !\nA nous toutes les revues nouvelles, toutes ces armes aiguisées\nsur nos jeunes cœurs: l'Art Moderne, la Révue Moderne,\nle Journal des Gens de lettres, le Correspondant Belge, la\nRevue artistique, la Feuille du Dimanche, et aussi les\nanciennes, les sympathiques: le Journal des Beaux-Arts et\nla Fédération artistique !\n    Il faut que tous, pour leurs abonnés, pour leurs lecteurs,\npar poignées, envoyent des bulletins d'adhésion à cet acte de\njustice nationale: La MANIFESTATION LEMONNIER.\n    A nous aussi les Flamands, auxquels on n'ose pas imposer\ndes jurys comme le nôtre, eux qui sont jugés par des produc­\nteurs, de vrais écrivains qui, au dernier concours, n'ont pas\ncraint de couronner un poète de vingt cinq ans !\n    A nous encore les frères et amis de la presse quotidienne\n dont beaucoup nous ont déjà tant aidé dans nos débuts de\ncampagne littéraire!\n    A nous enfin les musiciens, les peintres, les originaux de\n l'Essor qui ont triomphé déjà dans la voie de l'Art libre et\nde l'Art moderne où LEMONNIER les a poussés et soutenus,\nlui le premier de nos critiques d'art !\n    Il faut que tous ceux-là nous viennent, et quand les\nadhésions seront arrivées, nombreuses, tous ensemble,\nnous les gens de lettres, les artistes, nous tous le vrai jury,\nnous acclamerons en un banquet fraternel le romancier des\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                                  209\n\nFlamands et des Wallons, le puissant écrivain national, le\ncher, le grand CAMILLE LEMONNIER.\n  Ainsi, grâce aux apothéoses que nous décernerons désor­\nmais nous-mêmes, il ne pourra plus se faire qu'on nous\nécrase sous des dédains officiels et que — selon la lugubre\nparole de notre plus grand poète mort,\n\n     «                                    la patrie\n     Ait à rougir de honte un jour, ni qu'on lui crie:\n     « Ingrate, qui dressant des piédestaux jaloux,\n     Plaças les nains dessus et les géants dessous ! »\n\n                              LA J E U N E BELGIQUE. (1)\n\n\n   (1) La manifestation, consistant en un grand banquet auquel sont con­\nviés tous ceux qui s'intéressent à la littérature, aura vraisemblablement\nlieu le DIMANCHE 27 MAI. Le prix de cotisation est de cinq francs. Les\nadhérents sont priés d'envoyer dès aujourd'hui leurs noms et adresses\nexactes au SECRÉTAIRE DE LA JEUNE BELGIQUE, 74, AVENUE DE\nLA TOISON D'OR à Bruxelles. Un avis fixant la date définitive qui sera\ncertainement un dimanche, leur sera envoyé en temps et lieu. Les sous­\ncriptions des dames et autres personnes qui ne pourront assister à la\nfête, seront affectées à en rehausser l'éclat. Les noms de tous les sous­\ncripteurs seront publiés dans le prochain numéro de la Jeune Belgique.\n\n\n\n\n           DIALOGUES DES MORTS\n               POUR FAIRE SUITE A CEUX DE LUCIEN.\n\n\n\n    La scène s'ouvre sur le dortoir des morts. Tous sont couchés sur des\nlits en forme de cercueils horriblement oblongs. M. Rivier leur lit\nles Pandectes pour les endormir, et leur sommeil ressemble à une cata­\nlepsie. Louis Hymans déguisé en table de nuit somnole en lisant des\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "                                       210    —\n\nvers d'Emile Valentin dit le Confraternel    Admonesteur.   Cà et là vol­\ntigent, pareils à des chauves-souris, des cacophonies, des chevilles, des\nbarbarismes et des mots bêtes attirés par la table de nuit. U n grand\nsilence règne, coupé parfois par des mots incohérents que prononce\ndans son sommeil Emile Verhaeren.\n\n                              N u i t — Mystère.\n\n                               En l'an futur 1900\n\n                                        V\n\n                             EMILE VALENTIN\n\n           Oui, je suis plébéien: vive à jamais la plèbe,\n           La grande plèbe des grands jours ;\n           Celle de l'atelier et celle de la glèbe,\n           Non pas celle des carrefours!...\n\n                              ALBERT GIRAUD\n\n                              (Il se dresse stupéfié)\n\n       Ce non pas, cher monsieur, me semble une cheville.\n       Je vous renvoie aux vers de l'auteur d'En famille.\n\n                             EMILE VALENTIN\n\n      Et vous, je vous renvoie aux Espoirs              violets.\n\n                              ALBERT GIRAUD\n\n                     Monsieur, vos vers sont laids.\n\n                             EMILE VALENTIN\n\n                          Et les vôtres sont pires.\n\n           De son cercueil, Emile Verhaeren pousse un baillement sourd)\n\n                             ALBERT         GIRAUD\n\n                             Emile, tu soupires !\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                                211 —\n\n\n                           EMILE VERHAEREN\n\n                                   (Il rêve)\n\n    N o n , je baille. Grands dieux! les boudins noirs, les noces,\n    Les truandailles, les bedondaines féroces,\n    Les bombances à tout crever, vous êtes loin.\n    Et je gémis à jeun dans mon macabre coin.\n                 (La table de nuit s'est endormie complètement)\n\n                              MAX WALLER\n                         (Il contemple Louis Hymans)\n\n                         Il est heureux, il rêve !\n\n                         GEORGES RODENBACH\n                                   ( Vivement)\n\n        Mais dès qu'on s'en approche et qu'on y touche... il crève!\n\n                         CAMILLE LEMONNIER\n\n         Laissez venir à moi les petits écrivains !\n\n                           EMILE VERHAEREN\n                (Les yeux noyés dans la plus profonde béatitude)\n\n        O h ! les bières en broc ! le cidre ! les vieux vins !\n        O h ! ma gouge Kato, belle gaillarde, grasse.\n\n                                VICTOR HUGO\n                              (A Louis Hymans)\n\n         Je vais ! Ma race en moi poursuit en toi ta race !\n\n                       UNE VOIX DANS L'OMBRE\n\n            Dans une cantate en vers plats et creux,\n            Potvin ose écrire : « Oui, plus de Messies ! »\n            Le pauvre public d i t : — C'est fort heureux!\n            Désormais. Potvin, non, plus de tes scies!\n(Benoit Quinet ayant à son bras Emma Tinel, entre dans le dortoir eu se signant.\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "                                           2 12      —\n\n\n                               BENOIT         QUINET\n\n\n                      Vous de'sirez de mes vers, soit\n                     Je vais vous trousser un sonnet.\n\n\n                                LOUIS HYMANS\n\n                         T o n nom d'abord !\n\n                               BENOIT QUINET\n\n                                       Benoît Quinet\n\n\n                               ALBERT GIRAUD\n\n                      Autrement dit Bénét Quinoit!\n\n                                LOUIS HYMANS\n\n                                 (A Alb.     Giraud)\n\n\n         Votre âme n'a donc pas l'ombre d'une douceur ?\n\n\n                               ALBERT GIRAUD\n\n                                     (Gouailleur).\n\n\n                              Et ta sœur?\n\n\n                               LOUIS HYMANS\n\n\nJe ne vous comprends pas, monsieur, ma langue aux c h i e n s . . .\n\n\n                              ALBERT GIRAUD\n\n\nT u vas comprendre mieux, Louis. Attends, je viens !\n\n       (Il sort et rentre bientôt,   déguisé en troubadour;   il accorde son luth et, d'une\n            voix verte, chante:)\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                                      —    2I3 —\n\n                    Devant les écrivains de sève\n                    Toi qui poses comme un zéro,\n                    Tu peints des portraits dont je rêve\n                    O mon béat chef de bureau!...\n                    Administratif Deburau\n                    De ces yeux j'implore l'adresse,\n                    Que tu vis, au Montenegro,\n                    Nager dans un bain de tendresse !\n\n                    Ton esprit fuse à la Congrève ;\n                    On te jalouse au Figaro ;\n                    Et ta verve mettrait en grève,\n                    Avec sa lourdeur de faro,\n                    Les madrigalants de Marot,\n                    Ton œil de bouillon m'intéresse ;\n                    Il a, chez un traiteur faraud,\n                    Nagé dans un bain de tendresse!\n\n                    Ton banal adjectif, sans trêve,\n                    Suit ton substantif en sarrau,\n                    Comme un petit-frère, — un élève !\n                    Qu'importe ! Je suis le héraut\n                    De ton rupin romancero,\n                    Si tu me montres ta princesse :\n                    Je voudrais tant, pauvre Giraud,\n                    Nager dans un bain de tendresse !\n\n                                          Envoi\n\n                    Esprit divin, toi qui sur eau\n                    Flottais naguère avec ivresse,\n                    Viendras-tu, comme un maquereau,\n                    Nager dans ce bain de tendresse? (1)\n\n  (Les derniers mots s'éteignent dans la nuit. A ce moment l'aurore se leva et Giraud\nressentit un désir de s'absorber dans cette nature impassible. Son reyard, incité par les\nbleues vibrances du ciel se fixa, et Lucien Solvay sourit rouge. Soudain, dans le lointain\ndes voix macabres disent lugubrement les litanies de Louis Hymans :)\n\n  (I) «. . .Blanche comme l'hermine et blonde comme les blés, avec de grands yeux bleus\nnageant dans un bain de tendresse...\n                                                          Louis HYMANS.\n                                       six NOUVELLES: Les Pendants d'oreilles.\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "                     —   214 —\n\n                     U N E VOIX\n\nO toi, le plus cuistreux chroniqueur de l'e'poque,\nVieux journaliste dont tout le monde se moque.\n\n                    LE   CHŒUR\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de l'Office!\n\n                     U N E VOIX\n\nToi qui par un inexplicable calembourg !\n\nAs voulu faire asseoir le vieux sang des Cobourg\n\n                    LE   CHŒUR\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de l'Office!\n\n                     U N E VOIX\nO toi. qui, délaissant la Muse, ingrate amante\nSerais si bon marchand des pastilles de menthe !\n\n                    LE   CHŒUR\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de l'Office!\n\n                     U N E VOIX\n\nToi qu'on voit dans la rue avancer d'un pas lent,\nCherchant dans les trottoirs l'ombre de ton talent !\n\n                    LE   CHŒUR\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de l'Office!\n\n                     U N E VOIX\n\nToi qui crèves de rage avec un air tragique\nChaque fois qu'on te roule à la Jeune Belgique !\n\n                    LE   CHŒUR\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de l'Office !\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                    —     215    —\n\n                     U N E VOIX\n\nHomme d'esprit à tant la ligne. Historien !\nToi qui dans le grand Tout seras le petit Rien!\n\n                     LE    CHŒUR\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de     l'Office!\n\n                     U N E VOIX\n\nPère adoptif des vers qu'en sa noire colère\nDe son livre En famille a chassés Potvin père !\n\n                    LE    CHŒUR\n\n\nO Louis! prends pitié des lecteurs de Y Office!\n\n                      U N E VOIX\n\nToi qui sur des morceaux de vieux papier buvard\nAs flué ton roman la Famille Buvard.\n\n                    LE    CHŒUR\n\nO Louis ! prends pitié des lecteurs de l'Office!\n\n                      U N E VOIX\n\nAbandonne, ô Hymans ta part de bénéfice,\nEt fiche nous la paix comme un feu d'artifice !\n\n                     LE    CHŒUR\n\nO Hymans ! prends pitié des lecteurs de       l'Office!\n\n                      L A VOIX\n\n                    (Sêpulcralement).\n                         Oremus\n\nGloire et louange à toi, Louis, dans les hauteurs\nDe l'Echo ton ex-feuille et dans les profondeurs\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "                                      — 216       —\n\n           De l'Office où cuistreux, tu rages en silence,\n           Fais que ma plume un jour, à ton front chenu lance\n           Un jet d'encre mordant qui gravera ces mots :\n           « Ci git Louis Hymans, dit LE PRINCE DES SOTS.\n\n (Les voix s'éteignent peu à peu, et L. 11. s'évanouit, inouismé.)\n\n\n\n\n                     SIMPLE CONSTATATION\n   L'Office de Publicité n'a pas répondu au violent mais juste article de\nnotre dernier numéro. Nous constatons le fait. Nos accusations ont été\nempochées, et désormais, nous savons avoir affaire à des couards qui se\ncachent; c'est bien ; nous n'avons plus de ménagements à avoir. La\nmaison L. H . e t C i e porte un gros numéro plaqué par nous sur sa\nfaçade. Le public est averti ; qu'il se détourne et crache par terre.\n\n\n\n\n                         SENSATIONS\n                                             H\n\n                                    TERREUR.\n   Souvent, les soirs d'été, au milieu des rêveries qui m'assiègent, la\npensée de la mort se glisse, et semblable à un sombre phalène, s'installe\nen maître sous mon crâne. Touché par l'aiguillon pointu, mon\ncerveau répond comme un clavier, et à chaque piqûre nouvelle, malgré\nmoi qui ferme les yeux et ne veux point voir, surgit dans une lumière\nblafarde qui me perce les paupières, un sinistre tableau, remplacé par un\nplus sinistre. Musée fantasmagorique, où jaillit sous toutes les formes\nl'horreur de l'anéantissement !\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                                —    217\n\n\n    Une route s'allonge, la route de vie. Des hommes passent en rangs\npressés. De mes yeux voilés par une sueur glaciale qui dégoutte de mon\nfront, je vois un monstre apathique; la Mort, qui les attend patiemment\nau détour du chemin, la prunelle immobile dans l'épaisseur de sa chair\nblanche. Le frisson court sur ma peau, car une voix me crie : « Toi\naussi, que tu marches vite ou lentement, le jour est déjà fixé où le pied\nte manquera : tu entreras dans le néant, tu seras mort à tout, et la vie\nuniverselle continuera sans toi. : » —Et je sens dans ma poitrine chaque\n mot siffler comme une lanière. Affolé, je m'élance de ma couche, pour\n me soustraire à moi-même, pour fouler sous mes orteils nus le froid du\n carreau...\n     Chassant le sommeil de mes membres épuisés, il me montre, le\n lugubre papillon, un cercueil, le mien, porté dans la voiture funèbre par\n des croque-morts, dont le menton rasé sort d'un col de crin ; et, suivi de\n la foule qui bavarde, indifférente je m'achemine, cahoté entre mes\n quatre planches, vers une fosse creusée dès le matin.\n     Je me retourne, secoué dans mes moelles : sur le fond de la nuit\n  tombante se détache mon squelette; homme devenu chose, ses côtes,\n  dépouillées de cette chair qui était la mienne, barrent la 'lueur du soir.\n     Et tandis que le massif insecte se carre en mon cerveau, le froisse de\n  ses ailes rugueuses, je songe qu'après la dernière pelletée, ceux que j'aime\n  s'en iront, et que loin d'eux il me faudra, reposant sans fin sous la dalle\n  rongée par les averses, rester le long des années dans la mélancolie\n  des crépuscules, tout seul ! — Pensée intolérable. Le sang reflue vers\n   mon cœur, ce cœur qui sonne, vivant clairon, bat à toutes mes joies et\n  toutes mes douleurs, ce cœur par qui je vis !.. et qui ne sera plus demain\n   qu'un rouge détritus où germeront les vers !\n\n                                                    MAURICE     BURNY.\n\n\n\n\n           AU PAYS DE MANNEKEN-PIS\n\n    Un beau volume, avec dessins... naïfs de Lynen, et signé Théo Hau­\n  non, vient de paraître sous ce titre chez Kistemaeckers.\n    Croquis en vers, drôles, pétaradants d'esprit, cocasses, bruxellois....;\n  marchande de crabes, cocher de fiacre, forains, tout Bruxelles gigote\n                                                                        17\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "dans ces vers boulevardiers qui tournent, sautent, bondissent, pied de\nnez par ci, geste canaille par là, et — au milieu — comme la statue\nhie'ratique, symbolique et macaronique du KETJE de la Rue Haute,\nHannon, moustache en l'air, barbe en pointe, œil gouailleur, trône dans\nun nuage de cigarette, incarnant la ville qui s'amuse et rit à gorge\ndéployée, à ventre pétotant, à dents découvertes !\n  Voici un croquis de foire intitulé Chef aux de bois :\n\n               Nous tournions comme des poupées,\n               Et dans ce tourbillon joyeux,\n               Je ne voyais plus que ses yeux,\n               Qui me perçaient de leurs épées.\n\n               Combien de temps sut nous lier\n               Cette étourdissante voltige\n               Dont garde encore le vertige\n               Mon cœur qui ne peut oublier ?\n\n                Combien d'heures? de jours? qu'importe !\n                Prit-elle fin? je ne le sais\n                Car depuis ces tours insensés\n                Un idéal galop m'emporte.\n\n                Je vais chevauchant sans repos\n                De fantastiques haridelles,\n                Par des pays d'amour fidèles,\n                De paillons, de fards, d'oripeaux,\n\n                Par d'ébriétantes contrées\n                De lumières et de couleurs,\n                De musique aux rythmes hurleurs\n                Et de senteurs exaspérées.\n\n   Tout cela est enlevé par le peintre-poète qui voit si bien, et sait, par\nune magie, reporter sur son papier la couleur spéciale des choses.\n   Le nouveau livre de Hannon, moins hautain à coup sûr et moins\nsavant que les Rimes de joie, restera davantage peut-être, car il\nest presque une page d'histoire, un croquis de mœurs d'une exactitude\nparfaite. Dans le plein combat qui se livre aujourd'hui, nous sommes\nheureux de trouver une œuvre qui prouve que tous les genres littéraires\nsont représente's chez les JEUNES BELGIQUE, et que l'esprit national\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                                —    219   —\n\n\npeut donner à coté des scènes grandioses de nos romanciers, la plaisante­\nrie, l'humour du terroir ; l'esquisse près de l'eau-forte et l'ariette près\nde la symphonie.\n                                                              M. W.\n\n\n\n\n                 VIEILLES NOUVELLES\n                                     V\n\n                       LE CONTE DE TOONE\n\n   Toone mourant de faim se décida à sortir de son grenier de la rue de\nRuysbroeck et descendit au trottoir. Il était une heure de la nuit, et,\nsolitaires, les réverbères se faisaient des clins d'œil jaunes.\n   — « Hum, disait l'un, un vieux du temps de Léopold premier, voilà\nToone qui sort, c'est mauvais signe.\n   — Oui, répondit un autre d'une voix rouillée, le canal de Willebroeek\nlui offrira à boire cette nuit.\n    — Taisez-vous, dit un garde-ville, et laissez faire Toone le brave.\n    Les réverbères se turent ; Toone, oscillant sur ses longues jambes\ngrêles, monta vers le Cantersteen : « Ver mille! mon estomac est comme\nles tambours de la garde civique ; non, ça ne peut plus aller comme ça,\nça est impossible, Toone, vous êtes un malheureux et vous ne servez\ntout de même à rien; il faut partir ; c'est fini ; une bountje dans le canal,\nde l'eau qui spite un peu — et c'est tout. Allons, Toone, il faut partir ! »\n    Il descendit le Cantersteen, regarda avec envie le ventre en bronze de\nVerhaeghen et enfila la rue Nuit et Jour. Il faisait noir comme dans une\ncave et là-haut seulement, entre les toits qui se rejoignaient presque, les\n étoiles riaient.\n    — « Oui, il faut partir, se dit Toone, et partir sans manger; gott ! gott !\n comme ce serait bon tout de même, un roll-mops de chez Van Zoon\navec un double lambic du Prince ; je me rappelle bien quand j'allais\n là avec Truitje, la cuisinière des Van Rikkenhuis, le dimanche, et tout\n le monde regardait Truitje parce qu'elle était si jolie avec ses joues\n rouges, si rouges qu'on aurait cru qu'elle mettait de la couleur comme\n les faiseuses d'embarras du Quartier-Léopold. Moi j'étais au 5e de Ligne\n et j'étais bien beau aussi, tant que mon premier sergent m'avait dit :\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "                                   220\n\n\n Toone, Toone, j'ai une faiblesse pour vous ; je parlerai de vous à l'ad­\n judant, Toone, car vous êtes trop beau pour rester simple. »\n    Toone s'arrêta devant la boutique de Van Zoon où les clients piquaient\n des sardines dans les grandes boîtes en fer blanc.\n    Et il fouilla dans ses poches vides en murmurant follement : « Truitje !\n Truitje ! c'était bon, les sardines ! »\n    A ce moment une étoile qui avait longtemps brillé au-dessus de la rue\n Haute tomba dans la main de Toone.\n    Et c'était une belle pièce d'or avec le portrait du roi dessus .\n   Toone bondit de joie et jeta un regard de reconnaissance au ciel où\ntoutes les étoiles éclataient de rire en voyant sa stupeur béate ; la lune\nblanche se tenait les côtes aussi : « Toone, Toone, tu vas nous faire\ncrever ! »\n   Mais Toone était entré d'un bond chez Van Zoon et, assis sur un\nescabeau, il mangeait des harengs frais — pour commencer. — Il ne\nvoyait pas, n'entendait pas, il mangeait.\n   Et après les harengs vinrent les sardines grassouillettes, ruisselantes .\nde belle huile dorée; et les longs pains s'engouffraient et Toone man­\ngeait toujours — toujours !\n   Au Prince, on allait fermer, mais Toone fit un œil si doux à la baesin\nque celle-ci en eut les larmes aux yeux, car dans ce regard Toone avait\nmis tout son amour pour Truitje et pour le lambic.\n    Et Toone entra ;\n   Il alla s'attabler sous une grande affiche jaune de vente publique, et\nbut comme un vrai Brusseleer de Bruxelles : trois lambic, trois brune,\ntrois faro, trois uitzet et un petit hasselt pour s'éclaircir la voix.\n    Toone sortit du Prince à trois heures ; il était très gai, car l'estomac\n plein fait le cœur léger, et il se mit à chanter la grande chanson qu'il\navait composée autrefois pour la fête du sergent major Vrieskeneer :\n\n           « A Bruxelles en Brabant, il y avait un petit ketje\n           Qui aimait beaucoup les petites femmes ;\n           A Bruxelles en Brabant, il y avait un petit ketje\n           Qui ne faisait pas de son smool ! »\n\n   Et la chanson continua. Toone était très joyeux et il criait très haut\naux étoiles : « Vous êtes tout de même des braves, pot ver deck !\n  Toone s'arrêta à la Grand'place et entra au Cygne pour se rafraîchir,\npuis il remonta vers la rue de Ruysbroeck en racontant des farces très\ngrasses aux réverbères.\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "                                   — 221    —\n\n   Et ceux-ci riaient aussi en se moquant du canal de Willebroeck qui\nn'aurait pas encore le brave Toone.\n   Mais la nuit, la lune le fit chercher par trois nuages pour le ramener\nau ciel où le bon Dieu demandait à l'avoir pour le faire rire après son\ndéjeûner et le réunir aux vieux compères Lamroe Goedsack et Tiel\nUylenspiegel.\n   Puis, pour dédommager les bons Bruxellois, il sema des graines de\nl'âme de Toone, et ces graines devinrent Jean-Baptiste Boussemart,\nJacobs Monet et Joseph Casteleyn, d'Eecloo.\n\n\n\n\n                                     VI\n\nLA DERNIÈRE          FREDAINE DE CORNELIUS BRAESWYCK.\n\n    Cornélius Braeswyck, l'écolier le plus brave et le plus joyeux de\nl'Université, le plus expert ès-art de décrocher les enseignes et de pétrifier\nde terreur le vieux Slim, veilleur de nuit de la bonne ville de Louvain,\nle clerc le plus buveur, le plus fainéant et le plus malin de la Faculté,\nfaillit avoir peur lorsqu'il revint seul, à pied, de Vertryck, en passant\npar le château d'Heverlé, la nuit de Noël de l'an 1578.\n    Depuis trois jours, il avait neigé et le sol criait sous les pas de Cor­\nnélius. A présent le ciel s'était nettoyé, et la lune montait dans le ciel,\ntrès claire et très joyeuse. A droite, à gauche, les champs n'étaient\nqu'une grande plaine blanche, et dans l'allée qui devant lui s'ouvrait\nsombre, le profil des arbres bleuissait sur la blancheur de la neige.\n    Cornélius faillit avoir peur. A l'heure où pas un habitant de Louvain\n n'est profondément endormi sous ses chaudes couvertures, où, seul le\nvieux Slim se promène, rêveur, avec sa trompe, afin de réveiller les gens\npour leur dire qu'il est temps de dormir, à cette heure ténébreuse où les\ntombeaux s'ouvrent, où les morts, les pauvres morts se dégourdissent\nde leur sommeil froid, où des ombres passent dans les nues diaphanes,\nà cette heure, toutes les fenêtres du château étaient illuminées, quoique\nle seigneur et ses valets fussent absents depuis longtemps.\n    — Hum ! Mijn heer Satanas — Cornélius se signa — m'a l'air de se\ngausser du pauvre monde ce soir et le brandevin d'enfer doit couler\nallègrement derrière ces murs. Il ne sera pas dit que Cornélius Braes­\nwyck, dit le Ron Raillard, aura laissé échapper l'occasion de causer avec\nle Sulfureux.\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "                                    222\n\n\n   Et Cornelius, ayant assujetti dans sa main son gourdin à lanière de\ncuir enfila l'avenue qui mène au château.\n   « Hum ! Hum ! grommelait-il en ralentissant le pas avec he'sitation,\nvoudrais bien voir si le révérend Joost Lips ferait ce que fais en ce\nmoment. Malgré toute sa philosophie, le doux docteur aurait fière envie\nde retourner à Iéna avec sa bonne dame épouse. »\n   Cornelius eut un plus grand étonnement encore en voyant ouverte la\nporte du château.\n   « Bah ! c'est sans doute le jardinier qui festoie avec sa mie, pensa-t-il;\nah! si Carolus van Aerschot rentrait à cette heure, tomberait du ciel\nune volée de rudes gaules! »\n   Le clerc entra dans le grand corridor éclairé par une seule lampe qui\ndescendait la voûte, jetant des reflets rouges sur les armures alignées\ncontre les murailles.\n  A droite un escalier monumental en marbre noir invitait le jeune fol\nà monter, ce qu'il fit aussitôt en chantonnant :\n\n                    « Elle est venue d'un village\n                      Pour espouser un advocat\n                 Mais tout d'un coup en son veuvage\n                      A bien haussé son estât »\n\n   L'écolier fut interrompu par un grand fracas qui se faisait au-dessus\nde sa tête.\n   « Eh ! le bonhomme est saoul, dit-il tout haut.\n   — Cornelius ! cria une voix tonnante.\n   — Tiens! le jardinier me connaît! j'arrive! j'arrive, mijn Heer,\nquoique, pour un habitant de Leuven, il soit un tantinet tard pour\ns'introduire dans les chastels.\n   — Cornelius !\n   — Assez! croyez-vous que je sois affligé d'une surdité précoce, invi­\nsible jardinier?\n   — Cornelius !\n   Le clerc atteignit la dernière marche de l'escalier et se trouva devant\nune grande salle vide au milieu de laquelle, seule, une chaise haute en\nchêne noirci, se dressait pareille à un trône.\n   « Mijn Gott ! » qu'est-ce cela? vois bien de la lumière et une sella\ncurulis, mais le jardinier caché en quelque pertuis noir, se gausse du\npauvre Cornelius !\n   Il s'assit.\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "   — Cornelius?\n   — Assez ! n'aie mie envie de discourir avec ombres et fantômes.\n   — Cornelius, suis l'âme de Goswin, seigneur d'Héverlé et de Ter­\nbanck...\n   — Bien, Mijn Heer, n'était point raison pour crier tantes fois.\n   — ... depuis quatre siècles...\n   — Sœcula sœculorum — psalmodia le bon Raillard.\n   — ... depuis quatre siècles, reprit la voix, plus caverneuse, souffre\nmille morts !\n   — Œuvre de médecin, soupira Cornélius.\n   — ... souffre mille douleurs et dans ses flammes le purgatoire me\nretient.\n   Bonne Dame Vierge, murmura le clerc.\n   — Veux-tu me délivrer?\n   — Avec grande joie, mijn Heer, s'il est en ma force et pouvoir.\n   — Ai volé autrefois dix-mille carolus d'or à un prieur de l'abbaye de\nVillers.\n   — Bien fites-vous, riposta Cornelius.\n   — Pour que sorte de mal et peines infernales, il faut que ces carolus\nsoient rendus à un moine de cette abbaye, dans un an, le jour de Noël,\nà minuit.\n   — Mal, mal, grommela l'écolier, ne les ai point, messire. Avez-vous\njamais ouï dire qu'à petit chien grande queue, à petit rouet bon ressort,\nà maigre écolier lingots ?\n   — Tais-toi, maigriot!\n   — Maigriot, messire ! suis écolier de la très chrétienne université de\nLeuven, disciple du savant docteur Justus Lipsius, et pourrais vous\ndémontrer en quelques verbes ce syllogisme paradoxiqucment formé à\nla cicéronienne: « La lune est plus grande que la terre; la lune nous\n» paraît plus petite ; ergo la chose petite doit nous sembler plus grande\n» que toute la terre. Ecce ! »\n   — Lie trois fois ta langue avant de parler, Cornelius ; verbes et syllo­\ngismes ne sont point carolus d'or. Descends dans le bois de Terbanck\npar le chemin des Folles gaietez.\n   — Connais ; y fus au printemps avec ma mignonne.\n   — Au débouché du sentier, sous la septième branche du troisième\nchêne, verras un trou d'écureuil ; les ors s'y trouvent. Les prendras et\nles donneras à une moine de l'abbaye de Villers au jour dit. Va ! prierai\nDieu pour toi, fol.\n   -— Grand merci, mijn Heer Goswin.\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "                                  224\n\n   Un grand bruit retentit de nouveau et Cornélius se sentit entraîné\nhors du château par une main invisible.\n   Il se retrouva sur la route au bout de l'allée. La lune noyée à présent\nsemblait triste et le ciel couvert se remit à pleurer de la neige.\n    L'écolier s'enfonça dans le bois, où seul dans le grand silence de la\nnuit résonnait son pas alerte Le cri des chouettes ne se faisait plus\nentendre qu'à de longs intervalles et la nature, sous son pourpoint de\nsatin blanc, grelottait l'angoisse.\n    Cornelius arriva au bout du chemin indiqué, alla sans hésiter au troi­\n sième chêne, grimpa en s'aidant de sa ceinture de cuir et, à la hauteur\nde la septième branche, plongea sa main et son bras dans la cavité noire\n qui s'ouvrait au milieu de la croûte blanche.\n    « Ah ! ah ! le sire n'a point menti, et Cornelius Braeswyck sauvera\n son âme. »\n    A ce moment il sortit du trou un sac gonflé de larges médailles.\n    Il redescendit de l'arbre, après avoir jeté le sac à ses pieds, puis,\n ayant mis la lourde charge sur son épaule, il reprit la route de Louvain,\n par la grand'route d'Héverlé, en fredonnant gaîment :\n\n                   « Le bruit est que la mariée\n                   Est damoiselle au grand ressort :\n                   Chacun en dit sa ratelée.\n                   Tout le inonde dit qu'il a tort.\n                   La David a pris parolle\n                   Pour feu son mari l'advocat,\n                   Disant : ne suis pas si folle\n                   Que d'hausser ainsi mon estat. »\n\n   Quatre heures sonnaient à l'hôtel de ville, lorsque Cornelius Braes­\n wyck rentra dans son grenier, chez le marchand Roost, au coin du mail\n des Trois-Armuriers.\n\n\n    Un an s'est passé : Noël est revenu, et, dans une cellule de l'abbaye\n de Villers, à minuit, un jeune moine à la face réjouie compte pieu­\n sement des carolus d'or.\n    « Cinq cents, six cents, sept, huit, le compte y est. Au nom de Goswin\n seigneur d'Herverlé et de Terbanck, mort en état de péché et souffrant\n tortures en purgatoire, moi, Cornélius Braeswyck, dit le Bon Raillard.\n disciple du célèbre Justus Lipsius et moine non encore ordonné en\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                                   225   —\n\ngrandes et irrévocables cérémonies, te lègue, à toi, Cornélius Braeswyck,\nid est à moi-même, la somme de dix mille carolus d'or.\n   Voilà. L'âme du sire est sauve, mijn Heer Satanas est volé et demain\nCornelius quittera ce damné couvent d'ennui pour aller de par le monde\népouser quelque princesse gente comme la muse Erato et belle comme\n Phœbé, la blonde dame du Paradis. Cy est ma dernière fredaine, ainsi\nque l'ai décidé en ma très haute logique et sapience. »\n\n                                                     MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n                               POESIE\n\n\n                           PASTORALE.\n          Aux molles profondeurs des cieux clairs qui s'azurent.\n          Le soleil blond d'Avril met son disque d'argent,\n          Et sa tiède clarté glisse un rayon bougeant\n          Entre les rameaux nus où des zéphirs susurrent.\n\n           Les bois encor jaunis de l'automne dernier\n           Dessinent sur le bleu leurs grêles silhouettes\n           El très haut, dans l'éther, des trilles d'alouettes\n           Scandent à pleins gosiers un hymne printannier.\n\n           Mais sur le grand chemin tout bordé de pervenches\n           Le cercueil d'une vierge, entre des robes blanches.\n           Au bout des bras lassés oscille doucement.\n\n           En plein soleil doré la funèbre litière\n           S'en va, comme un berceau, d'un long balancement,\n           Et le cortège lent descend au cimetière.\n\n                                                    PAUL    LAMBER.\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "                           226\n\n\n\n\nSOIRS AUX ÉTANGS DE NABEUMONT.\n                       (Vers libres).\n\n                                                 (En Ardenne).\n                                            A Emile       Verhaeren\n                             I\n\nLe soleil, accroché dans les bois noirs, se roule\nEnsanglanté. Le soir assoupit sous des flots\nDe brume les genêts et la roche qui croule.\nLes bouleaux défeuillés étouffent des sanglots.\n\nAux étangs le héron jette des cris funèbres,\nAinsi qu'un glas de mort hurlant dans les ténèbres ;\nAu cri sauvage, rauque, exhalé dans la nuit.\nEpeuré, bondissant, poudreux, le lièvre fuit.\n\nEt le chant du crapaud aux tons mélodieux\nQui sonne métallique, en notes de cristal,\nEteint, ce soir encor, le tumulte odieux\nDu remords en mon cœur. Un parfum de santal           -\n\nMonte aux rougeurs du jour expirant dans la nuit -\nDes prés diamantés. Et la lune reluit\nSur les étangs blafards, lamés de moire et d'or.\n— Nabeumont, alangui, silencieux s'endort.\n\n                            II\n\n                                          A Georges Rodenbach\n\n Des nuages nacrés couchent le soir, mourant\n Sur un linceul vineux, embruni, mordorant\n Les lignes de sapins, les sorbiers rutilants.\n Sur les brandes en deuil, mélancoliques, lents,\n\n D'un vol silencieux vers les étangs rêveurs\n Les hérons attardés glissant dans les saveurs\n Des brises de l'automne aux molles rêveries,\n Dans le ciel assoupi éteignent les féeries.\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                           227\n\n\nLe paysage prend de la Mélancolie\nLa pâleur blêmissante. Au ciel, où se déplie\nL'ombre du soir mystérieux, la nuit caresse\nLa lune qui sourit aux bois morts de tristesse.\n\n                           III\n\nUn cri rauque blêmit les étangs de lapis\nEntr'ouvrant dans les joncs leurs beaux yeux assoupis :\nA grand aile volant, c'est le héron qui tombe,\nA l'heure où les espoirs, déjà mûrs pour la tombe,\n\nReprennent tristement les adorables thèmes\nDes printemps disparus et du bonheur enfui.\nUn corbeau croassant jette ses anathèmes\nAu ciel cuivreux où la première étoile à lui.\n\nAux bois pers couronnés de mièvre cendre d'or\nLes sarts piquent, au loin, leurs fines pierreries\nIntriguant le héron inquiet. — Et tout dort. —\nLa lune passe au ciel en baisant les prairies. —■\n                                                           G.\n\n\n\n       A UNE FILLE D'AUBERGE.\n                                             Tire de Philostrate.\n\nT'a joue a plus d'éclat que ton vin de velours.\nTon œil plus que ta coupe est brillant et limpide ;\nDans l'azur de cet œil nage une àme candide :\nTel plane un oiseau blanc dans le ciel des beaux jours.\n\nQu'elle est fraîche, la rose où pleure l'aube humide!\nMais plus fraîche est ta lèvre aux suaves contours.\nLe saule, qui du lac ombrage les détours,\nEst moins souple que toi, femme au torse splendide.\n\nCombien n'en est-il pas qui, fascinés par toi,\nVoudraient mourir demain, sans plainte et sans effroi !\nS'ils pouvaient dans tes bras jusqu'à l'aurore vivre!\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "                             228   —\n\nQuand je te vois, j'ai soif, j'entre et je suis au ciel ;\nMais je ne touche pas à la coupe de miel :\nTu le sais, de toi seule en rêvant je m'enivre.\n\n                                                  KARL      GRÜN.\n\n\n\n\n                     LE SATYRE\n                                                      A Albert Giraud.\n\n     Quand il eut recueilli des parfums plein la main,\n     De ceux qui font monter une ivresse aux narines,\n     Et tourmentent le sang généreux des poitrines,\n     Le satyre bondit par un étroit chemin.\n\n     Son pied fourchu foulait le myrte et le jasmin;\n     Le charme non pareil des amours clandestines\n     Ainsi l'emportait vers les sources argentines\n     Où viennent, sur le soir, les naïades au bain.\n\n     Caché dans les roseaux, par un geste invisible,\n     Il répand ses parfums dans une anse paisible.\n     Lors, deux par deux, au borddeces flots embaumés,\n\n     Descendent en dansant les belles nymphes nues,\n     Et l'air subtil allume en leurs torses crispés\n     Le feu des voluptés et des soifs inconnues.\n\n                                        F R É D É R I C BATAILLE.\n\n\n\n\n               AU CAFÉ-CONCERT\n                                              à M. Hippolyle   Thomas.\n\nQuatorze ans... et déjà sur sa lèvre innocente\nPassent le mot lubrique et les couplets malsains,\nSa jeunesse la rend encore intéressante,\nEt sa mère se prête aux odieux desseins...\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                                —      229       —\n\n\n        On raccourcit sa jupe... on découvre ses seins.\n        On montre les trésors de sa gorge naissante,\n        El les mauvais désirs, comme des noirs essaims,\n        La poursuivent, sans même, hélas! qu'elle les sente!. .\n\n        Le mal guette sa proie et l'enfer son butin.\n        Pauvre fleur radieuse, éclose ce matin.\n        Et qui sera demain à tout jamais flétrie !\n\n        Le gouffre sous ses pas s'ouvre... elle y tombera...\n        C'est fatal... et pour toi, c'est en vain que je prie !...\n        — Je te salue, enfant, que rien ne sauvera!... —\n\n                                                     FERDINAND          HUARD.\n\n\n\n\n             LE CAVEAU VERVIÉTOIS\n                                 (Ier article)\n\n                                    Parny n'est plus; il vient d'expirer sur sa lyre. .. .\n                                             Parny n'est plus!\n                                                                 (BÉRANGER!)\n\n\n                                             I\n   On se remue pas mal là-bas, au pays des étoffes et des pains d'épices.\nAlternativement, ces messieurs de Verviers déroulent les pièces de drap\net les pièces de vers, sans que l'on puisse dire ce qui est meilleur : de la\nchose tissée ou de la chose chantée, de celle qui réchauffe le dos ou de\ncelle qui réchauffe le cœur !\n   Tous les ans, ces gaillards vous jettent du haut de la Gileppe un gros\nvolume — comme un pavé, et sans la moindre blague, placidement, en\nsilence, ils se remettent à l'ouvrage le lendemain, pour peloter le pavé\nde l'année suivante.\n    Ils ne sont pas hommes de lettres par profession — ils sont trop\nmalins pour ignorer qu'on en meurt ; — l'un, le plus fort peut-être,\nfabrique bel et bien des emplâtres et des onguents : il écrit ses vers\npendant que filtrent ses limonades et que mijotent ses sirops ; les pilules\nde fer alternent avec les rimes — ces pilules d'or, et Karl Griin croit\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "                                    —     230   —\n\navec raison que le meilleur moyen de gagner sa vie comme homme de\nlettres, c'est encor d'être pharmacien !\n    Un autre est percepteur des télégraphes; il aligne les strophes au son\ndes timbres électriques; le lointain sifflement des trains bramant comme\nune plainte scande ses vers, et c'est d'un appareil Morse que sont sorties\nles Matinales de Guillaume Stanislaus. P. E. Gauthier dirige les char­\nbonnages de Baelen, ce qui ne l'empêche pas de faire de très propres\nvers; M. Bonjean plaide, M. Nautet imprime, et, la journée finie,\nquand l'heure est venue de siester après la bonne popote de famille, on\nse réunit entre hommes, on se tape sur le ventre ; les pipes s'allument,\nles chopes moutonnent et lanlaire ! on fait musette, o gué ! « que c'est\nun vrai bouquet de fleurs ! »\n    Qu'en sort-il? — Ah! ceci est plus difficile à dire! il en sort un\n Annuaire avec beaucoup de choses dedans : des vers, de la prose et du\n wallon — ni vers ni prose, comme dans le Bourgeois Gentilhomme.\n    Et c'est bon? — Oui da! vous allez trop vite, je n'ai pas dit cela!\n L'Annuaire est absolument comme les fabriques de drap : il renferme\n des pièces de luxe pour les gens chics et des pièces pour les petites\n bourses, du vrai et du toc, du « qualité supérieure » et du rabais, sans\n compter le rayon moyen pour les bourgeois.\n    Enfin c'est de la littérature d'amateurs, de la littérature « aux mo­\n ments perdus, » de la littérature qui a du ventre et qui mange et qui\n digère et qui jouit !\n    Ces MM. n'ont guère le temps de lire et je les soupçonne de connaître\n mieux Desaugiers que Banville et Béranger que Baudelaire. Ils en sont\n encore aux mélodies de Clapisson et de Lo'isa Puget, et leur littérature\n s'en ressent un peu: c'est souvent du Clapisson écrit! c'est très « garde\n urbaine, » quoique très sincère, très harmonieux souvent et très moral\n surtout — rougis, infame Gilbert (1) des Stercoraires.\n    Ils ont pour Pater: le Roi d'Ivetot et pour Ave : Frétillon. Roger\n Bontemps avec « son broc que Dieu remplit » leur a soufflé sa bon­\n homie, à ces bonshommes, et Lisette leur a montré son mollet mollet\n — enfoncé, Giraud !\n    Je crois qu'ils se sont dits, les malins : « restons-en à la proverbiale\n gaîté de nos pères — pauvres pères dont nous faisons des papas ! —\n que nos vers éclatent de rire, à la bonne franquette ; rimons à la fortune\n du pot, ne névrosons pas, ne morbidons pas, ne rollinatons pas! «\n     Ainsi ont-ils fait.\n\n  (1) Faites de bert kin, sans calembourg !\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "                                —    231   —\n\n\n\n                                     II\n\n   Dans presque aucune des pièces qui gonflent les Annuaires du Caveau\nVerviétois, on ne trouve une personnalité d'avenir, un monsieur dont\non puisse dire : « il sera fort. » Non. Quasi tous ont donné « la mesure\nde leur talent ; » ils sont faits, ils ne progresseront pas ; leur production\nest bien équilibrée, il n'y a pas de mieux à attendre.\n   De ce groupe pourtant nous détacherons quelques écrivains excep­\ntionnels qui se joignent ou certes se joindront à notre grande poussée\nlittéraire.\n    Telles strophes de M. Guillaume Stanislaus dénotent un poète\ndélicat épris d'une modernité coppéenne — très subtile:\n\n                    Entre deux pots de balsamine\n                    Qui manquent d'air et de chaleur,\n                    On voit apparaître sa mine\n                    Rieuse malgré sa paleur,\n\n                    Elle travaille à sa fenêtre\n                    Depuis l'heure de son réveil,\n                    Dans une impasse où ne pénètre\n                    Jamais un rayon de soleil.\n\n                    La fillette et la balsamine\n                    Ont-elles des destins maudits i\n                    L'une languit, l'autre se mine\n                    A la fenêtre du taudis.\n\n                    Mais cette enfant qui se consume\n                    Rit et gazouille tout le jour.\n                    Son œil noir que la fièvre allume\n                    A d'étranges reflets d'amour.\n\n   Remarquez que cette fraîche pièce est intitulée Profil de grisette.\nCe titre — un détail — montre déjà une préoccupation vieillotte qu'ont\npresque tous les poètes du Caveau. Hélas! il n'y a plus de grisettes.\nMonsieur Stanislaus. Elles se sont envolées, ces hirondelles d'amour\ndans la nuit de 185o, avec Schaunard et Marcel, ne laissant qu'un\ndoux souvenir de folie et d'insouciance qui traîne coquettement dans\nles dessins de Gavarni !\n                                                  JACQUES ARNOUX.\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "                                      232   —\n\n\n\n\n            CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n     A MESSIEURS LES ARTISTES DE L'UNION DES ARTS.\n\n    Vous ne doutez pas, j'imagine, combien il me plairait d'applaudir à mains\nrouges au succès de votre salon. A jeune, jeune et demi ; voilà la devise né­\ncessaire dans nos critiques et nos batailles. Mais là, sérieusement, vous croyez\nvous bien jeunes, bien inouis d'audace et de fougue, et ne craignez-vous pas ces\nillustrissimes personnages qui montent la garde autour de votre cercle et se\nmassent en peloton à la tête de votre catalogue ? Que viennent faire, à cette place\nd'honneur, tous ces grands officiels, représentants sexagénaires de l'Art en co­\nthurne et de la peinture en cravate blanche ?\n    Vous croyez-vous en bonne compagnie ? Hélas ; on en jurerait à vous voir\nnous les jeter à la tête pour épater et faire de l'esbrouffe. Pauvres amis ! ces\ndix solivaux-là vous tyranniseront; ces araignées académiques, tissant leurs\ntoiles avec les fils blancs de leurs perruques vous attraperont et vous mange­\n ront. Adieu !\n    Votre exposition est un entassement de tableaux — la plupart médiocres.\nAucune distinction. Vous faites cru et commun. Vous imitez à tour de bras,\nvous marchez en moutons dociles dans les chemins battus ; aucun de vous ne\n saute le fossé pour s'en aller pâturer ailleurs, là-bas où personne encore n'est\n venu. Vous n'avez aucune audace jeune-Belgique; rien de bravache, de crâne,\n d'épée au vent et de plumet en l'air. Vous avez peur de vous emballer, de vous\n eperonner, de taper des pieds sur le tremplin pour sauter haut et loin. Vous ne\n commettrez jamais une seul de ces étrangetés — et disons le mot — une seule\n de ces gaffes de jeunesse qui ameutent à l'Essor. Vous êtes rassis, calmes, pai­\n sibles ; on dirait que votre ambition aspire aux fauteuils et chaises-longues\n  académiques, avec des crachoirs à portée de flegmes.\n     Ah, l'Idylle de M. Van Landuyt et son cadre ! D'honneur ! où l'artiste a-t-il\n  vu une flamande aussi lympathique. aussi clair de lune que cette fileuse ? Faut\n  lui donner une guitare au lieu d'un rouet, une mandoline au lieu d'un fuseau ;\n  faut l'asseoir dans une nacelle et la confier aux ondes d'un lac. Et quel pay­\n  sage ! Où sommes-nous ? En Flandre? Alors pourquoi faire croire que le sous-\n  sol renferme une chaudière comme la scène à Bayreuth et que la vapeur monte,\n  monte et remplit le paysage? Puis encore, qui nous débarrassera, je ne dis pas\n  de l'influence, mais de l'imitation de Bastion-Lepage ?\n     M. Van Landuyt imite d'ailleurs à pinceau que veux-tu ? Son Job est\n  quasi copié sur celui de Bonnat. A deux pas se trouve un portrait d'enfant qui\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "                                  —    233   —\n\nl'ait songer aux sauces de Bouguereau et de Cabanel. Plus loin on croit décou­\nvrir du Herbo en petit savoyard.\n    Je me sens impitoyable pour M. Van Landuyt, d'autant qu'on m'assure qu'il\na du talent, que c'est un travailleur. En ce cas-Là, il lui faut la vérité crue,\ntoute crue, saignante.\n     M. Schouten prend place parmi les jeunes qui vendent beaucoup. Il y a\ndans sa peinture de la vigueur et de la force, bien qu'elle s'annihile souvent\n par un néant de personnalité. C'était hier du De Haas: aujourd'hui c'est du\n Verwée. L'impression manque : on ne voit pas dans les toiles de l'artiste dont\n je parle, ces coins de nature aimés, traités avec tendresse et entrant avec leur\n intimité dans l'âme. Ses animaux eux-mêmes, bâtis à chaux et à sable, sont\n quelconques. Il travaille au débotté, n'attend pas, pour la peindre, que la scène\n lui soit familière et ne nous fait par conséquent rien ressentir, ne sentant rien\n lui-même.\n      Un portrait à signaler est celui de M. Lampe; de même les pavsages de\n  Van Damme, remarquables par leur coloris agréable et juste. Les œuvres de\n  ces deux peintres détonnent quelque peu sur l'impression grisaille de l'en­\n  semble, sur l'uniforme médiocrité de leurs voisins.\n      J'excepte toutefois M. Delsaux et le mets carrément à la tête des exposants.\n  Il y a chez lui des qualités de vrai paysagiste, une franchise d'exécution peu\n  commune, une incontestable habileté à trouver le ton juste et lumineux. Certes,\n  ses toiles ne sont pas assez poussées et ne sortent point pour la plupart de l'en­\n  fance de l'étude, mais qu'importe ! Ses Brétèques sur la Sambre et la Sambre à\n  Namur, dans leurs tonalités grises et brunes, opèrent ce tour de force de\n  charme, malgré leurs couleurs ingrates et donnent une prodigieuse illusion\n  de réalité et de vie. Ce sont deux tableaux remarquables et conçus dans des\n  données originales. L'artiste aime d'ailleurs ces vues de canaux et de rivières,\n  qui semblent charrier de la poésie à fleur d'eau. Rien n'est plus intime et ne\n  donne, en temps de soleil, plus joyeux motif à peinture savante et fine. Les\n  vieux murs, les campanilles gris, les passerelles, les pignons blancs, les toits\n   rouges tentent toujours, et doivent tenter particulièrement M. Delsaux. puis­\n  que l'eau, cette eau qu'il mouvementé ou apaise si magistralement du pinceau,\n   a la bonne idée de refléter presque toujours ces coins de ville.\n    Il me resterait à dire un peu de bien de Surinx, Wouters, Coenraets. Hoo­\n rinx et beaucoup de mal de Paumen, Dupuis, Carpentier.\n    Je préfère ajourner la critique de leurs essais à l'an prochain, avec l'inten­\n tion de leur consacrer alors un important paragraphe et, si possible, un tas de\n bons points — à tous.\n                                                        EMILE   VERHAEREN.\n\n\n\n\n                                                                              is\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "                                    -   234     -\n\n\n\n\n                                L'ESSOR\n    Ils ont été trois à se partager le succès. Van Rysselberghe en a pris la grande\n part puis Charlet, puis Regovos. A dire vrai, ce dernier n'avait mis que\n quelques tableaux en ligue de bataille, mais quoiqu'on dise, sa Plage de l'Alme­\nria est d'un bon peintre et le lait dignement figurer à côté de ses amis. Ce ciel\n nocturne est solidement fait, et la traînée de clarté sur la mer d'un beau ton\nlumineux. Le pavsage entier est impressionnant, bien que le premier plan\ntombe et fasse angle avec le second. Regovos adore les effets de lumière\n blatarde, stellaire et électrique; il en saisit la note fantastique et étrange avec\ntalent.\n   Charlet se révèle surtout dans sa Boucherie, ses Etudes et ses Croquis. La\nBoucherie est superbe : les arcades et voûtes sont peintes avec grande sûreté;\nla viande saigne du vrai sang; le personnage en bleu du milieu est d'une distinc­\ntion charmante de tons. Bien que cette toile ne soit point poussée jusqu'au tableau,\nelle est certes la plus méritoire et la plus solide. Elle est d'un peintre, dans\ntoute la force du mot, elle reste dans la mémoire comme certains morceaux\nde maîtres, et les autres œuvres du peintre s'effacent devant elle, toutes.\n   Van Rysselberghe triomphe avec son Marchand d'Oranges et ses Fumeurs.\nJe préfère le premier tableau au second ; il est peint avec plus de hardiesse et\nd'entrain. Il sonne la couleur claire, forte, vigoureuse, solide — et pourtant\nla crudité si redoutable pour les peintres de soleil et d'air ne l'atteint pas. Les\nFumeurs sont plus du déjà vu; on songe devant eux à d'autres tableaux d'Orient,\nrapportés de là-bas par les Gêrome.\n   Je borne ici mes notes sur l'Exposition de 1'ESSOR, me proposant de mé­\ndaillonner chacun de ces jeunes peintres à tour de rôle. La série s'ouvrira sous\npeu.\n   Je ne veux que constater, pour l'instant, leur succès.\n                                                                      E. V.\n\n\n\n\n               CHRONIQUE MUSICALE\n\n                         LA RÉDEMPTION.\n   « Cet ouvrage est l'exposition lyrique des trois grands faits sur lesquels\nrepose l'existence de la société chrétienne et qui sont: I) la passion et la mort\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "                                   —   235    —\n\ndu sauveur; II) sa vie glorieuse sur la terre depuis sa résurrection jusqu'à son\nascension; III) la diffusion du christianisme dans le monde par la mission\napostolique. Ces trois parties de la présente trilogie sont précédées d'un pro­\nlogue sur la chute de nos premiers parents, et la promesse d'un libérateur. » (1)\n   L'auteur ajoute : « C'est pendant l'année 1867 que me vint la pensée de\ncomposer une oeuvre musicale sur « la Rédemption. » J'en écrivis le libretto\nà Rome où je passai deux mois de l'hiver 1867-8 chez mon ami Hébert.\nQuant à la musique, je n'en composai à cette époque que deux fragments : 1) la\nmarche au Calcaire en entier: 21 le début du premier morceau de la troisième\npartie, « la Pentecôte. » Ce ne fut que douze ans plus tard que je terminai ce\ntravail, si longtemps interrompu, et le destinai au festival de Birmingham, 1882. »\n   Cette trilogie, Gounod l'appelle : « un œuvre ».\n    Conçue en 1867, on voit dans quelles gigantesques proportions, elle a donc\neu environ treize années de gestation.\n    Je borne ici mes notes et j'analyse.\n    Comme ouverture, une page instrumentale courte et sobre svmphonise le\nchaos de ténèbres que va trouer d'un illumineux rayon, le «fiat lux!» Les réci­\n tants exposent la légende originelle : la création, puis la faute. Ils disent l'inu­\n tilité des sacrifices humains pour la racheter : seul, le sang d'un dieu, pourra\n laver la tache. Ici. peu à peu, s'esquisse le thème caractéristique de la rédemp­\n tion, et, dans le soudain silence des voix, se développe tout entière par le\nquatuor, les gros bois et les cors, cette phrase typique qui subsiste à travers\nl'œuvre et, jusqu'à huit fois, y réapparaîtra comme le symbole de la divine\n charité.\n     Sur le plein-chant de l'orgue, des voix célestes entonnent le choral qui\n annonce la venue du Christ.\n     Un prologue était d'autant plus nécessaire à déterminer le sujet, qu'immé­\n diatement, nous arrivons au cœur de cet organisme poétique, aux scènes de\n la passion qui sont le nœud vital de la légende chrétienne. De ce drame si\n réellement humain du Golgotha, il y avait un superbe poème à bâtir à chair et\n à sang; l'auteur n'avant pas eu la poigne qu'il fallait pour agripper ce point\n culminant, n'est pas parvenu à dominer de là sa matière et c'est ce qui en\n laisse l'ensemble aussi débile et incolore. Cette première partie comprend : la\n marche au Calvaire, le crucifiement, un stabat; autant de pages plus atones que\n sombres, coupées des éclairs de la mélodie typique dont la sixième réapparition\n accompagne les paroles de Jésus promettant au bon laron la récompense de\n son repentir. Commence l'agonie : du ciel voilé de deuil, pendent des lambeaux\n de nuées qui enveloppent le monde; et quand, à la neuvième heure, l'esprit\n du martyr s'arrache de sa chair, la terre est secouée jusqu'aux entrailles, telle­\n ment qu'en ces ténèbres nouvelles, à l'aspect d'un nouveau chaos, le peuple\n terrifié confesse la divinité du Christ.\n\n\n\n   (1) Commentaire de l'auteur.\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "                                    — 236 —\n\n      De tout ceci, la marche au Calvaire est. le fragment le plus saillant. On peut\nen admirer la vigueur et le coloris, mais la conception en est fausse. Cela tient\nà une vision de choses qui est spéciale à l'auteur et qu'il manifeste générale­\nment au cours de sa partition. La marche mise à l'avant-plan dans le segment\ncapital de cette partition, en donne très justement la note dominante. On n'y\nvoit point l'homme traîné à la mort par la brutalité de la force matérielle et\npaïenne, comme l'explique Gounod dans son commentaire. On y prévoit le\nDieu s'élevant à la gloire céleste par le chemin de la croix; sa couronne d'épi­\nnes devient une auréole, et ce cortège funèbre, une marche triomphale.\n    Ainsi se trouve annihilée l'opposition naturelle et pour bien faire inévitable\nentre les éléments de cette personnalité double: l'Homme-Dieu. Par suite, la\nrésurrection, les apparitions aux femmes et aux apôtres, toutes ces scènes\nessentiellement mystiques de la seconde phase, soutenues par une orchestration\ndiaphane où transparaît la sonorité lumineuse des harpes, palissent et s'effacent\npresque, et l'ascension couronnant le drame n'est plus qu'une secondo apo­\n théose. L'œuvre y perd en effet d'antithèse et en grandeur: elle y gagne en\n  monotonie.\n      La troisième partie vient enfin, comme conclusion philosophique, le verbe\n  fait chair s'est immolé: le sacrifice est consommé. Maintenant l'Esprit-Saint\n  descendant sur les apôtres, va les disperser aux quatre coins du monde en\n  accomplissement de leur mission.\n      L'ouvrage se terme sur cette scène qu'on ne peut appeler terminale. Le sujet\n  étant, de sa nature, interminable. Les disciples vont, à nouveau, reprendre\n  l'œuvre de rédemption qui se continuera par la prédication à travers les siècles.\n     Ainsi la donnée légendaire qui sert de base à cet édifice poétique, est infinie\n et son origine se perd dans le chaos. Elle n'est, à vrai dire, que selon la doc­\n trine particulière à une secte, mais elle n'en constitue pas moins, pour celle-ci.\ntoute l'histoire du monde. Effravante est la disproportion entre cette œuvre et\ncelui qui l'a conçue!\n    Une telle pensée prouve les aspirations vastes du poète, mais la volonté ne\nsuffit pas toujours. 11 arrive qu'aux mieux intentionnés le souffle manque.\nC'est, en somme, une question de tempérament.\n    Gounod pouvait traiter l'œuvre en moderniste, en faire ressortir les côtés\n sensibles et humains. Sans parler d'un Wagner — qui seul, peut-être, eût été\n capable de s'attaquer à d'aussi formidables charpentes — . Massenet a donné de\n ces poèmes exprimant un coin de nature et l'exprimant avec vitalité : l' Eve lu\n  Vierge et Marie-Magdeleine surtout qui retracent admirablement ces mêmes\n scènes du Golgotha. C'est ce qu'aujourd'hui l'on s'obstine à appeler des\n oratorios. Mais Gounod n'est pas un descriptif, c'est un mystique. Sa musique\n sacrée n'a pas même la passion du catholicisme; elle a l'austérité des religions\n  réformées; tels sont quelques chorals superbes de la Rédemption. Ses sym­\n  pathies pour la grande musique de cathédrale le reportaient vers la com­\n position parnassienne des premiers oratorios. Il y a entre son œuvre et les\n  poèmes cités plus haut, toute la distance qui sépare les anciens des modernes.\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                                  -   237     -\n\nCertes, cette question de forme importerait peu s'il avait le souffle des créa­\nteurs du genre ; un chef-d'œuvre glacé reste un beau mort, (1) Ce souffle,\nil ne l'a jamais eu, et ceci est bien pis car dès lors, son œuvre se déclasse:\nelle ne plane dans le ciel, ni ne marche sur terre; elle n'est ni d'au­\njourd'hui, ni d'hier; elle participe de toutes les époques, c'est une œuvre\nhybride. Elle participe aussi de tous les genres : Elle est française ; on y res­\nsent parfois la pureté, la douceur demi-teinte, le charme caressant d'une\nJuliette ou d'une Marguerite. Elle est italienne par le retour beaucoup plus\nfréquent des couleurs crues et voyantes ou faussement sentimentales qui sont\nle propre de l'école. Elle est wagnerienne par l'emploi de ce système du motif\nsymbolique dont le thème, au reste, est purement rossinien; mais ce procédé\nisolé ne suffit pas à constituer l'homogénéité de l'ouvrage, quand nous trou­\nvons ailleurs une insouciance complète de l'exactitude phraséologique. et\nl'adaptation, malgré tout, de formules mélodiques toutes faites, à une pensée\nqu'elles n'expriment pas. C'est d'une esthétique trop surannée pour être\ntolérée encore. Rien pourtant n'était plus facile à réaliser que cette concor­\ndance de la musique avec la poésie, le musicien ayant écrit lui-même, son\npoème; et ce poème, nous l'avons analysé; nous en avons suivi l'idée mère: il\na son unité, sa charpente équilibrée. C'est une œuvre'. Que manque-t-il donc\nà cette ossature attifée de haillons? La plastique d'une chair palpitante qui\nl'anime et la fasse vivre. C'est une œuvre squelette.\n   Sera-ce la dernière?\n   Je ne connais rien de plus lamentable que ce spectacle d'un homme de\ntalent, en train de refaire à rebours son chemin du Capitole et de redescendre\nde l'autre côté de la montagne où la foule naguère l'élevait comme un dieu.\nBienheureux ceux qui finissent à leur apogée; leur mort est une apothéose.\nPour les autres, on se prend à regretter qu'ils n'aient pas eu le surhumain\ncourage, à l'heure dite, de s'effacer du monde, afin de lui cacher l'inévitable\nretour du génie à la poussière et de conserver intacte leur gloire.\n                                                           HENRY .MAUBET..\n\n\n\n\n  (I) Zola.\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "                                 — 238 —\n\n\n\n\n             CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\nUn coin de la vie de misère. PAIX HEUSY. Un vol. in-18. Prix 3 fr. 50. Oriol,\n  Paris. — Juifs et Russes. AUGUSTE LAVALLÉ. Gilon. Verviers. — La proie\n pour l'ombre. JULES BAILLY. Une brochure. Prix : Un franc. Rozez. Bruxelles.\n  — La Défense immortelle. BOURGEOIS. Prix : 4 fr. 50. Crouquet, Verviers.\n\n\n\n    Quatre volumes d'auteurs belges ! Rien que cela. Qui donc prudhommisera\nencore que l'art est dans le marasme?\n    11 est vrai qu'il y a belge et belge : Le belge de derriere les fagots, repré­\nsenté par Paul Heusy et Auguste Lavallé; le belge de derrière les chevilles,\nincarné en Jules Bailly, et enfin le belge de derrière les bureaux, qui est le\nbelge de M. J. N. F. Bourgeois.\n    Paul Heusy — un jeune écrivain liégeois, récemment débarqué à Paris —\nvient de rééditer son premier volume de nouvelles : Un coin de la n'e de mi­\nsere. C'est un sixain de récits qui dénoncent un observateur pénétrant et sûr.\nPar lui la vie des pauvres et des petits est sobrement et largement traduite. Ft\nil y a plus d'arrangement et plus d'art qu'on le pense de prime abord dans ce\nstyle solide, dépourvu de clinquant, qui fait la force et l'assurance du conteur.\n 11 semble même que Paul Heusy possède un équilibre et une maîtrise excessive­\nment rares chez les romanciers de son âge. Son livre paraît émaner d'un homme\nde quarante ans. C'est à la fois un éloge et une critique : Les maturités pré­\ncoces sont un danger.\n    Je voudrais citer un passage du livre. Voici, découpée dans Jean Benoit, le\n récit dédié à Alphonse Daudet, une laconique et puissante étude de paysan :\n    «       Jean Benoît aura quarante-cinq ans en janvier prochain. Mais si vous\nle voyiez, vous lui en donneriez soixante-dix au moins. En cette saison d'au­\ntomne, tous les matins, au petit jour, lorsqu'une lueur à peine distincte descend\n dans les ruelles étroites de Boussagues, on le rencontre sortant du village à la\ntête de ses bêtes. Les chèvres le frôlent de près ; puis viennent les brebis, aux\n pieds lents ; quelques-unes s'arrêtent de temps à autre, allongeant le col, et\n regardant niaisement devant elles. Il gravit la colline la plus voisine par un\nsentier raboteux dont les cailloux roulent sous ses sabots. Par moments il se\n retourne et fait : tchu, tchu, tchu ; ou lance, de sa houlette, une motte de terre\n aux moulons qui s'écartent. Sa jambe droite est plus courte que la gauche, de\n sorte que. à chaque pas, son buste tombe de côté par une chute brusque. Long.\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "                                    -   239     -\n\nmaigre, osseux, les joues rentrées, les tempes et le front creusés de rides noires,\nl'œil pâle, la bouche édentée, le cou décharné, le-corps perdu sous une limou­\nsine en haillons, il monte, il monte d'une allure monotone. On aperçoit autour\nde ses oreilles et sur sa nuque quelques cheveux gris mal peignés, qui sortent\nde son bonnet de laine bleue. Ce sont des guenilles informes qui lui servent\nde jaquette et de pantalon. Il n'a pas de chemise.\n   « Parvenu sur le plateau qui couronne la colline, il fait halte, et s'accou­\ndant sur sa houlette, laisse ses regards vaguer à l'aventure, tandis que les chè­\nvres et les brebis s'éparpillent     »\n   Plus loin, Paul Heusy se laisse aller à ajouter que « toute idée religieuse ou\nphilosophique fut toujours absente » de l'esprit de son Jean Benoit.\n   Gare au plaidoyer et à la littératurette de propagande ! c'est là, avec une\ncertaine sécheresse de style, et avec un mépris trop grand du relief, la princi­\npale tare du très remarquable volume de notre compatriote Paul Heusy.\n\n    Auguste Lavalié, lui, — du moins dans le livre qui nous occupe — se ren­\n ferme dans la tâche ardue et décevante de traducteur. I1 publie aujourd'hui,\nchez l'éditeur Gilon, quelques curieuses versions françaises des Idylles de Sa­\ncher-Masoch : Juifs et Russes. Ces courtes nouvelles ont un cachet d'intimité\ndont le traducteur a su garder l'empreinte, et un parfum exotique qu'il a très\nhabilement transvasé d'an idiome dans l'autre. L'Enfant trouvée, Le dernier\nHomme, Aman et Esther, parmi les idylles juives; Le Violon enchanté, Athas\nGawrilos, et le Chemin du Ciel, parmi les idylle russes, sont des récits carac­\ntéristiques de la manière prosaïque et diffuse du conteur allemand. Peut-être\nil y avait-il un meilleur choix à faire, entre les œuvres de Sacher-Masoch, le\nchef de l'école naturaliste en Allemagne. Quoi qu'il en soit, Auguste Lavallé\nmérite plus que de banals éloges pour s'être aussi vaillamment tiré de cette\nadaptation grosse de difficultés et de pièges. Sa traduction porte, d'un bout à\nl'autre, la marque d'une très haute loyauté artistique, d'une intelligence vive\net prompte de l'allemand, et d'un sens littéraire très fin et très souple.\n   Et maintenant, à quand un volume original?\n   Auguste Lavalié met si bien en flacon le vin des autres. — que nous vou­\ndrions tous déguster du sien.\n\n\n   Jules Bailly ne se met pas en flacons : il se tire lui-même en bouteilles.\n   C'est un flandricisme, — et je m'en moque.\n   Oui, Jules Bailly, l'auteur des Heures de Soleil, ou des Coups de Soleil. je\nne sais plus, si triomphalement divisés en époques, — ce qui est leur seule\nmanière de faire époque, — Jules Baillv, — de la Société polytechnique,\ncomme il est imprimé sur la couverture de ses livres. — Jules Bailly, l'ho­\nmonyme du Bailly qui présida la Constituante, mais qui. plus heureux que\ncelui-ci, est assuré, en ces temps d'indifférence littéraire, de ne point finir ses\njours sur l'échafaud\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "                                 —   240   —\n\n   Avez-vous lu son dernier essai dramatique : La proie pour l'ombre?\n   — Oui?\n   — Moi non plus.\n   Lisons cela ensemble.\n   Gabrielle est aimée de Gaston. Gabrielle, — une coquine avide! Gaston, un\njeune homme ruiné. Gabrielle n'aime pas Gaston. Elle le congédie. Gaston\nrevient lui montrer des billets de banque imprévus, et lui annonce qu'elle n'en\naura pas. Et Gabrielle n'est pas contente.\n   Ce sujet a la simplicité des grandes œuvres.\n   L'exécution — capitale chez M. Jules Bailly de la Société polytechnique —\nest à la hauteur de la conception.\n   La rime, — cette épinglée qu'on voit se glisser, avec un tapage de robes\ncriardes, au travers des poèmes modernistes — entraîne cet honnête M. Jules\nen des aventures regrettables.\n   Regrettables pour la rime, — beaucoup plus que pour M. Jules.\n   M. Jules accoste la rime, passe avec elle ce qu'on appelle un bon quart\nd'heure, et puis, quand il s'agit « d'éclairer » , la paie en monnaie du Pape.\n   M. Jules ! vous avez « posé un lapin ! »\n    Pauvre rime ! Heureusement qu'il lui reste Louis Hymans !\n   Voici des vers de M. Jules :\n\n       « Il doit t'en souvenir, après la sombre guerre.\n       Je te les (les primeurs) apportais, Gabrielle, naguère.\n       Ton bonheur, tu le sais, a toujours fait le mien. »\n  Alors, soyez-le.\n       \" Jadis, à la Bastille, un gai Bohémien.\n       Pauvre petit oiseau chantant dans la fournaise,\n       T'offrait, pour dix louis, une chienne havanaise.\n       Je n'en avais, sur moi, que cinq (?) en ce moment ;\n       Ta joie, en un clin d'œil, fut un rayonnement.\n       Quand j'eus, pour apaiser sur le champ ma souffrance,\n       Dans un café voisin trouvé LA DIFFÉRENCE.\n\n       Ah! supplice infernal, malgré tout je t'adore\n       Comme au temps où tous d'eux, au fond du VAL D'ANDORRE,\n       Nous marchions\n\n        Et quant à ce bouquet, dont je vous remercie.\n        Il n'est rien d'aussi beau de SÉVILLE A MURCIE.\n\n       Madame, j'ai sonné, mais pour ne pas entrer :\n       A travers ces barreaux, j'ai voulu vous montrer.\n       Noir démon dévoilé que je croyais un ange,\n       TOUT CE QUE J'AI TROUVÉ CHEZ MON AGENT DE CHANGE !\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                                       —    241     —\n\n\n         Et si vous vous trouviez, quelque jour, sur mes pas,\n         MON CHAPEAU, DEVANT VOUS, NE ME QUITTERAIT PAS !\n   Jules, embrasse-moi !\n\n\n\n                                              LA\n\n                  DÉFENSE                   IMMORTELLE\n                                 POÈME      HISTORIQUE\n\n\n                                      DOUZE    CHANTS\n\n\n\n                           J.-N.-F.        BOURGEOIS\n      chef de bureau de Ire classe au département des Travaux Publics de Belgique.\n\n   Ouf ! j'avais grimpé sur une échelle pour lire le titre !\n   Un poème épique, s'il vous plait !\n   Sur Léon Gambetta.\n   Voici la genèse du poème.\n   Sept ans après la chute du Napoléon III, au cours d'une, nuit                  silencieuse,\nBourgeois, J . - N . - F . , se prit à songer profondément        au.r éclatants revers de\n(armée impériale, et à la, lutte heroïque que Léon Gambetta avait                    soutenue,\navec la nation en armes, contre les soldats du roi Guillaume-.\n   L'âme émue au souvenir de ces désastres, saisi d'admiration              à la pensée que\ntant de citoyens axaient donné noblement leur vie pour venger l'armée et défendre\nleurs foyers, Bourgeois, J . - N . F . , eut la témérité de se dire: « je chanterai les\nmalheurs de la France! «\n   France !... en attendant que la postérité grave ces événements sur le maître\nimmortel, daigne écouter ses trop faibles accents et pardonne à Bourgeois. J . - N . - F . .\nd'avoir empiète sur le droit des maîtres de la lyre.\n   Ici Bourgeois, J . - N . - F . , c o m m e n c e à chatouiller la plante des pieds de\nla Muse:\n\n            Muse de l'éloquence et de la poésie,\n            O déesse s u b l i m e , ô source de la vie.\n            Accours, inspire-moi, rends mes vers c h a l e u r e u x :\n            Je veux peindre à grands traits des exploits douloureux.\n\n            Napoléon L o u i s , pour soutenir son r è g n e .\n            E n appelle aux combats sans que rien l'y contraigne.\n            T o u t prestige est t o m b é , son étoile a pâli.\n            On ne redoute plus son pouvoir affaibli.\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "                                   —   242    —\n\n\n           I1 lui faut un prétexte : un grand roi d'Allemagne.\n           Guillaume, le lui donne, en offrant à l'Espagne\n           Un prince souverain issu de sa maison.\n           C'en est trop, dit Louis, c'est une trahison :\n           A moi. tous mes guerriers !.. puis il tire le glaive!\n\n  Et moi. mon échelle.\n  Bourgeois, J.-N.-F.. embrasse-moi aussi !\n                                                            ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n      CONFÉRENCE DE MAX WALLER\n                           (Dimanche 22 avril 1883.)\n\n   Décidément les apôtres du jeune mouvement littéraire en Belgique ont eu\nleur Pentecôte. La miraculeuse descente des langues de feu se renouvelle, et\npartout les missionnaires vont annoncer la bonne parole. Apres Georges Ro-\ndenbach. si vigoureusement applaudi à Gand, à Anvers, à Liège, et dont on\nannonce une nouvelle conférence à Vcrvicrs, après Emile Valentin, qui a lon­\nguement parlé de la jeune école à Namur, et qui est en train de devenir la\ncoqueluche de ceux-là que naguère il admonestait fraternellement, voici Max\nWallcr qui conférencie au Cercle symphimique et f/rnmniiqtie de Bruxelles.\n   Max Waller.avec toute l'ardeur et toute la combativité qu'on lui connaît,\ns'était lancé là dans une entreprise difficile. Initier aux essais des jeunes un\npublic panaché de dames et de jeunes filles, leur verser, à doses prudentes, les\npoisons de Théo Hannon et d'Emile Verhaercn, tout cela sans effaroucher,\nsans être ni trop sérieux ni trop folâtre, trop long ni trop court, trop ci ni trop\nça. misère de nous, sachons gré à Max Waller d'avoir su l'accomplir aussi\nvaillamment.\n   Avec son charme fantasque et sa grâce sentimentale, il s'est acquis d'abord\nla partie féminine de l'auditoire, puis, abordant résolument son sujet, il a de-\nbuté par rendre un éclatant hommage à Charles de Coster, à Camille Lemon-\nnier, à Edmond Picard, à Octave Pirmez.\n   Alors, caractérisant d'un mot chacun d'eux, il a médaillonné tour à tour\nGeorges Eekhoud dont il a lu Le Semeur, Théo Hannon, dont il a délicieu­\nsement détaillé le rondel : Voaleuse 'le pruneaux île Tours, Emile Van Aren-\nberg, dont les deux sonnets ont produit une impression profonde. Albert\nGiraud, dont le rondel : L'omelette a semblé beaucoup épater le public, Emile\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "                                  — 243 —\n\nVerhaeren, résumé en deux pièces bien opposées Ce pauvre Amour ! et l'Abreu­\nvoir, Iwan Gilkin, dont on a applaudi la Villanelle de Dèche, pleine de désin­\nvolture lyrique, Hélène Swarth, Henri Nizet, Franz Mahutte, Maurice\nSulberger, etc., et pour finir, il a présenté aux dames le Rodenhach de la\nMer Elégante et de la Symphonie en Blanc, dont il a susurré des strophes\ndouces comme un frôlement de robe sur un profond tapis de velours.\n   Un petit incident a marqué la fin de la conférence.\n   Un monsieur, trichinose de littérature officielle, a fait une manifestation\nsolitaire. Il a risqué un silllet académique et poissard, qui a eu pour résultat\nde faire décerner une ovation au conférencier.\n   Nous ne saurions assez louer Max Waller, ni assez recommander son\nexemple à tous ceux qui ne sont ni muets, ni bègues, ni Marolliens. Il est\nune partie du public qui ne lit point, qui ne vient pas à nous et vers laquelle\nnous devons aller. Sur cette partie du public, les conférences et les lectures sont\nun précieux moyen d'action, et un levier dont les pesées successives finiront\npar soulever l'apathie de la foule.\n   P. S. — On annonce une nouvelle série de conférences, qui seront données\npar Emile Vcrhacrcn, dans les Flandres, notamment à Buggenhout et à Saint\nAmand lez-Puers.\n                                                                      X.\n\n\n\n\n                              MEMENTO\n\n    Un gaffe de L. H. — Les Sadv'eases d'Henry Mériot. — Le Jour»\"/drs\nGens rie Lettres. — Le Roman d'une Américaine, en Russie de Fanny Lear.\n— La Race sémitique de Théodore Vibert. — Monsieur Daphnis ri Miale-\niiitiisxclle ('Moede A. Bénigne. —Les Rnstaquonères de Guérin-Ginisty. —\nLes qiii-qne-ilonr. — Varia.—\n\n\n   On lit dans VOffice <!c Publicité du Dimanche i e r Avril : «\n   « Tout le monde veut entendre Coquelin, Worms, Mlle Barctta. Mlle Rei-\nchemberg. Le programme est l'accessoire, si bien accessoire qu'on ne le publie\ngénéralement qu'à la dernière heure. Ces dames et ces messieurs sont char­\nmants, adorables ; il suffit de mettre leur nom sur une affiche pour que la\nmultitude se précipite au guichet. M. Coquelin cieniira.it déclamer Maître Cor­\nbeau i'i Mlle Buee.Ua //irait la fable des Deux Pigeons qu'elle n'y aurait pas dix\npersonnes île moins dans la salle que s'il s'agissait d'un monologue d'Airard, de\nCoppée ou de Rollinat. »\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "                                             — 244           ~\n\n   Abstraction faite du style étonnant de ce passage, voilà qui n'est pas mal\nidiot. (Aussi est-ce signé L . H . ) . M. le chef de bureau ignore-t-il que la\nfable des Deux Pigeons fut le succès de Rachel et plus tard celui de Sarah\ndans Adrienne Lecouvreur ? Et quant à Coquelin, il aurait avec Maître Corbeau\nun succès bien plus g r a n d , plus littéraire et plus mérité qu'avec les Ecrevisses\nou quelque autre ineptie que L . M. dit le Cuistre doit si bien c o m p r e n d r e et\napprécier. Quel r a m o l l i s s e m e n t , mes frères, quel ramollissement !\n\n\n\n\n     Nous recevons à l'instant u n c h a r m a n t volume de poésies Les Scabieuses de\nM. H e n r v Mériot. un poète délicat connu déjà de nos lecteurs. Rêveur épris\nde choses douces et mièvres, M. Mériot joue avec le vers c o m m e avec des\nfleurs et sa muse s'attendrit dans u n rêve mélancolique plein de plaintive\nh a r m o n i e . Citons un des morceaux du livre :\n\n                                       DOULEUR S I L E N C I E U S E\n\n\nDans la boite capitonnée                                 En mon âme, cité dolente.\nA clous d'or, au brillant contour,                       Calice de larmes empli.\nSommeill c une rose fanée                                J'évoque l'image tremblante\nAuprès d'une lettre d'amour.                             De l'Adorée au front pâli.\n\nEntre les feuillets d'un beau livre,                     Et ces humbles débris, épaves,\nŒuvre de son Poète aimé,                                 Seuls hôtes de mon coeur désert,\nJ'ai mis, souvenir qui m'enivre,                         Ont les parfums tendres, suaves,\nSon chaste portrait parfumé.                             De l'Eté blond, du Printemps vert.\n\nEnfin, précieuse relique,                                Ils me parlent de la soirée\nJe garde en un médaillon noir                            Oit, dans un confiant aveu,\nDes cheveux que, mélancolique,                           L'Enfant divine, enamourée,\nElle me laissa prendre un soir.                          Leva vers moi son bel oeil bleu.\n\nCheveux, fleur, image chérie.                            Belle comme un camée antique,\nRestes d'heureux rêves passés,                           Rêveuse ainsi qu'Ophélia..\nParfois je m'agenouille et prie                          Je n'eus que cet aveu pudique\nDevant vos vestiges froissés.                            D'un coeur que le mien supplia.\n\n                          Sa vie était la page blanche\n                          Où je traçai mes premiers vers;\n                          Fleur d'un jour comme la pervenche,\n                          Elle dort sous les cyprès verts.\n\n\n   Nous ne regrettons qu'une c h o s e : c'est que M. H e n r y Mériot ait mis son\nlivre sous les préfacières auspices de M. Victor Billaud. Le contraire eût été\nplus logique, si M. Billaud pondait encore. Mais il ne pond plus, heureusement.\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "                                   -   245     -\n\n   'Le Journal îles Geus de Lettres s'en donne, de l'éclectisme, que c'est une béné­\ndiction. Tudieu! monsieur Valentin. quel déchaînement ! En un numéro, nous\nattrapons tous notre petite affaire! Page 75: une chiquenaude à Lemonnier;\npage 76: une pichenette à Gilkin; page 7 7 : une torgnolle à Verhaeren et\npage 78 un pied de nez à Giraud ! Nom d'un petit bonhomme ! Vous allez\nbien !\n   Ah! docteur! mettez vous en garde, la pointe du fleuret à la hauteur de\nl'œil, c'est cela, la jambe gauche d'aplomb, parfait! Un de ces jours. Tête-de\nmort qui vous a dans... l'orbite, va vous trousser quelque chose de fin — sans\nfiel, naturellement; nous gardons cela pour d'autres.\n   Oui, Tête-de-mort s'est mise à étudier les Nationales. Gare à la cuirasse; elle\na ses défauts et Tête-de-mort ses trucs\n\n\n\n\n   L'éditeur Boitte annonce la mise en vente d'un nouveau stock à bon\nmarché (1 fr. 43) d'un ouvrage qui fit beaucoup de bruit naguère, et que la\npolitique actuelle remettra en vogue. C'est le Roman d'une Américaine en Russie\nde Fanny Lear. A ce propos, nous lisions il y a quelques mois dans le Voltaire\nun articulet qui sera la triste conclusion de ce triste livre :\n   « Fanny Lear ayant brûlé Paris, se rendit à Londres. Les Anglais sont gens\n» positifs. Ce petit brin de femme, paquet de nerfs, les laissa froids. Un prince\n» lui vint bien en aide, — mais les princes ne brillent pas par la stabilité de\n» leurs sentiments. Toujours est-il que Fanny Lear roula insensiblement sur\n» la planche savonnée qui conduit à l'abrutissement et à l'ivrognerie.\n   » Promenez-vous dans Piccadilly le soir, vers neuf heures ; vous trouverez\n» une femme vêtue d'une façon sordide et qui vous dira :\n   — » Will you drink a glass of gin ?\n     C'est Fanny Lear.\n   » Pour quelques verres de gin, de porter ou de whisky, elle vous racontera\n» son histoire; si l'ivresse est complète, elle y ajoutera au milieu d'un éclat\n» de rire :\n   — » C'est moi, Fanny Lear, pour qui un grand-duc a pris les diamants\n» d'une impératrice, et que le czar Alexandre II saluait sur la perspective\n» Newski, en disant à son aide-de-camp :\n   — » Savez-vous que mon neveu a bon goût           Très bien, elle est très bien.\n» la petite Française!     »\n\n\n\n   Pour paraître très prochainement, un volume de nouvelles d'Auguste Paër\nintitulé Contes à Zola . En voici le sommaire: I Gueule de singe: La boîte à\nviolon; le suicide de maître Pinchard; Babolein le noyé; Rigobert l'Assassin;\nIdylle de pauvres; monologue d'amour; François. II Les Damnées.\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "                                  — 246 —\n\n\n\n\n  La Race Sémitique, par THÉODORE VIBERT. ( 1 ) Paris, AUGUSTE GHIO, éditeur,\n 1. 3, 5, 7 et 11, galerie d'Orléans, Palais-Royal.\n    Le célèbre orientaliste publie le second volume de ses magistrales études sur\nles races primitives.\n    Il restitue aux enfants de Se m la place qui leur appartient légitimement dans\nl'histoire et porte une lumière toute nouvelle sur la fameuse question Indo-\nEuropéenne sur laquelle le monde savant se bat depuis cinquante ans.\n    C'est un grand service rendu par M. THÉODORE VIBERT. à la démocratie.\n\n\n\n\n  Monsieur Daphnis et Mademoiselle Chloé, le nouveau volume d'Ange Bé­\nnigne, paraît chez Paul Ollendorff.\n  Rien de vif, d'alerte, de parisien, comme les scènes piquantes et gaies qui se\ndéroulent sous ce titre engageant.\n  Monsieur Danphnis et Mademoiselle Chloé, fournira bien certainement une\ncarrière aussi brillante que les Vieilles Maîtresses, du même auteur.\n\n\n\n\n   Un nouveau roman de MM. Guérin-Ginisty. les auteurs de La Fange, un\ndes grands succès littéraires de l'an dernier, vient de paraître chez les éditeurs\nEd. Rouveyre et G. Blond.\n   Dans Les Rastaquouères, ils ont peint, avec une singulière intensité de vie,\nce monde interlope qui, au'milieu de la colonie étrangère, fait tant de bruit à\nParis, et dans lequel se passent tant de scandales.\n   On reconnaîtra facilement, au milieu de ces hardies peintures de mœurs,\nles héros d'une aventure récente.\n   Une préface de Bachaumont explique, avec toute l'originalité de ce maître\nde la chronique, la portée réelle de cette œuvre d'un parisianisme raffiné.\n\n\n\n\n   Le Voltaire, dans un article sur les Dessins du Louvre a fait remarquer que\nson auteur, M. IL de Chennevières (probablement un pseudonyme), a exécuté\nun vrai tour de force littéraire en écrivant quarante-trois livraisons in-folio de\ncette publication sans employer une seule fois les pronoms qui ou que, et ce\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "                                   — 247 —\n\ndans un excellent style. M. de Chennevières a adressé au journal, à ce sujet,\nla lettre suivante :\n\n\n\n          Monsieur,\n\n\n\n    Vous avez bien voulu découvrir, dans les pages des Dessins du Louvre, une\nnouveauté de style. L'attention bienveillante de votre lecture me flatte\ninfiniment.\n    Permettez-moi de vous exposer les motifs de ma lutte littéraire. J'ai juré\nhaine aux qui et aux que, ces lourds conjectifs de la syntaxe. Cette guerre à\noutrance contre de paisibles pronoms trouble l'économie de la langue et le\nmécanisme ordinaire des phrases; mais elle éclaircit la pensée, elle allège la\npériode, elle suspend les longueurs.\n    Depuis quatre siècles, l'horrible qui tyrannise les lettres françaises, il infeste\nles meilleurs écrivains. Rabelais le cultivait dans les bosquets de l'abbave de\nThélème ; Pascal et La Bruyère montrèrent pour lui la plus coupable des\n indulgences. Bossuet le mettait sur ses autels. Ne s'avisait-il pas de dire un\n jour « celui qui règne dans les cieux, de qui relèvent tous les empires, à qui\n seul appartient, etc. »? Cette déclinaison éhontée du qui faisait les délices des\n contemporains. MM. de Port-Royal renchérirent sur Bossuet et les beaux\n esprits de la cour et de la ville, semèrent de qui leurs productions.\n    A l'avènement de Voltaire, le qui règnait despotiquement ; Voltaire le laissa\n vivre. Il lui abandonna ses vers tragiques, mais il l'éconduit de sa prose, de\n sa belle prose si pleine et si vive. Il ne l'expulsa point toutefois avec assez de\n rudesse, et l'ambitieux pronom réapparut au seuil de certaines phrases. Cha­\n teaubriand le caressait de sa plume douillette et le berçait avec une mélancolie\n mignarde. Lamartine lui donna des ailes d'or et le lança dans l'azur de ses\n rêves. Notre qui, rendu insolent par l'hommage de ces grands noms, allait\n terroriser davantage encore la république des lettres. Victor Hugo; ému de\n cette audace, voulut faire bonne justice de cet outrecuidant; il l'appela en\n champ clos, le rudova, l'estocada, mais l'autre tînt ferme.\n    J'ai essayé, monsieur, d'approcher ce monstre, d'étudier sa tactique, ses\n moyens de défense. Enfin, je l'ai surpris et je l'écorche vif: il méritait ce\n châtiment. La patience fut ma seule arme, la patience, à défaut de génie, une\n longue patience.\n    Avec les qui, la phrase s'embourbe, les pensées hautes ou gracieuses\n revêtent une enveloppe bourgeoise, les virilités de la concision perdent de\n leur étreinte. Le qu'il mourrût du vieux Corneille ne me persuade pas. Eman­\n cipée des qui, la phrase s'en va légère, leste, sautillante, agaçante, provo­\n  cante, amusante. Elle a le maintien jeune et aisé. C'est une fillette agile et\n  court-vêtue, gagnant d'un saut le but de sa course.\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "                                  -         248   -\n\n  Le parti pris apparent de mon style, cette rage de l'anti qui. pourrait\nsembler d'abord une gageure peu digne d'un écrivain d'art, mais cette petite\nconquête grammaticale me paraît capable d'intéresser les curieux de littérature.\n  Recevez, monsieur, l'assurance de mes sentiments tout dévoués.\n                                                       HENRY DE CHENNEVIÈRES.-\n\n\n   Signalons un nouveau volume de la Bibliothèque Gilon : Les Papes et la\nBelgique par F. G. Haghe. et de la Bibliothèque belge illustrée: Trains de\nplaisir par Victor Lefèvre.\n\n   TALLEYRAND PRÊTRE ET ÉVÊQUE, par Auguste Marcade. vient de paraître chez\nEd. Rouveyre et G. Blond, les éditeurs en renom de la rue de Richelieu. Ce\njoli volume, une petite merveille de luxe et de goût typographiques, aurait pu\navoir pour sous-titre : Le Jeunesse de Tallegrand.\n    L'auteur a voulu combler une lacune, vraiment incompréhensible, dans les\nbiographies de cet homme qui a conservé le privilège rare de tenir toujours la\ncuriosité publique éveillée, sans la lasser jamais. Il y a deux ans. à peine,\nl'Académie Française couronnait une édition de sa correspondance avec Louis\nXVIII. Jusqu'à l'âge de 37 ans, Tailleyrand appartint à l'Eglise. Ses biogra­\nphes sont à peu près muets sur cette longue période, pourtant bien curieuse\nde son existence. C'est sa vie écclésiastique que retrace Auguste Marcade. Les\ninformations et les documents inédits dont il a rempli son livre, en font une\ndes lectures les plus attachantes. Les anecdoctes y abondent, et l'on est quelque\npeu étonné de voir cette étude historique commencée en 1754 se continuer\njusqu'à nos jours, par les révélations piquantes de l'auteur sur la descendance\nde la main gauche, de l'ancien évêque d'Autun. — On peut prédire à ce livre\nun des grands succès de curiosité de cette année.\n\n\n\n   La Librairie de l'Office de Publicité (A.-X. LEBÈGUE ET CE) à Bruxelles, publie\nrégulièrement depuis cinq ans, le 1er et le 15 de chaque mois, sous le titre de\nBulletin semi-mensuel, un recueil de la plus grande utilité.\n   Le Bulletin renseigne d'une manière très détaillée, avec l'indication du prix\net classées par ordre de matières, toutes les publications nouvelles qui ont vu\nle jour en France et en Belgique pendant la dernière quinzaine.\n   Le savant, l'homme de lettres, l'artiste, le professeur, le bibliophile, l'in­\ndustriel, l'homme du monde, tous ceux enfin qui lisent ou s'occupent du\nlivre, parcourront avec intérêt ce petit journal. Celui-ci est adressé gratuitement\npendent un an à toute personne qui en fait la demande.\n                                                                        NEMO.\n\n\n\n                   BRUX. — Imp.       Au.   MERTENS, rue d'Or,   12.\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "                 En vente au Bureau de la Jeune Belgique :\n     Collections complètes de la Jeune Belgique, t. I. prix: 5 fr.\n              —          sur papier de Hollande) t. I, prix: 20 fr.\n              —          de la Jeune Revue (très rare), prix : 30 fr.\n\n\n\nLA REVUE MODERNE\n                Paraissant le 20 de chaque mois.\n\n\n\n            BELGIQUE :                                     FRANCE :\nCAMILLE LEMONNIER - EDMOND PICARD                       LÉON CLADEL\n          VICTOR ARNOULD.                         EDMOND DE GONCOURT.\n                                  SUISSE :\n                               CARL VOGT.\n\n\n  La Revue Moderne, scientifique, littéraire, artistique et\nsociale, formera par an deux volumes d'environ 400 pages\nchacun, imprimés avec soin sur beau papier teinté, avec\ncouvertures et tables des matières.\n               PRIX D'ABONNEMENT.\n  BELGIQUE — UN AN : 1 2 FR. — ETRANGER (Union Postale) : 1 4 FR.\n      Pour les abonnés de la JEUNE BELGIQUE: 10 FR. par an.\n\n         L'ART MODERNE\n                          paraissan1   le   dimanche,\nREVUE CRITIQUE D E SARTS E T DE LA LITTÉRATURE\n                    COMITÉ DE RÉDACTION:\n  VICTOR ARNOULD,OCTAVEMAUS, EDMOND PICARD, EUGÈNE ROBERT\n                               Abonnement\n     BEIGIQUE : UN AN : l r . 1 0 . — UNION POSTALE r UN AN : F r . 1 3\n             BUREAUX      : 26, rue de l'Industrie, à   Bruxelles.\n\n\n\n\nKEES DOORIK. scènes du polder par GEORGES EEKHOUD\n                EN VENTE CHEZ TOUS LES LIBRAIRES :\n\n\n\n                           UN VOL. : 3 fr. 5 0 .\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "                Pour paraître              le i5 juin                  prochain\n                     CHEZ A . B R A N C A R T , É D I T E U R :\n\n\n    LA V I E                                 PAR\n                                                     BÊTE\n                                MAX WALLER\n                   Préface de CAMILLE LEMONNIER\n                  Eau-forte de THÉODORE HANNON.\n\nUn beau volume de bibliophile, petit in-12, imprimé par\n                                       LEFÈVRE.\n                                 Prix : 4 francs.\n\n       On souscrit au bureau de La Jeune                                                                                                                            Belgique.\n\n                                                                                                                  momentanée do travail, causées par accident: UN CAPITAL OU UNE ALLO\n                                                                                                                  CATION QUOTIDIENNE. Assurances des Ouvriers et des Patron-:.\n\n                                                                                                                   La Compagnie garantit : En cas de décès: En cas d'incapacité permanence ou\n          RÉVOLUTION\n                 DANS L'ART DE SE RASER\n\n\n\n\n        RASOIR\n                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             L'ASSURANCE FRANÇAISE\n                                                           Agence Générale à Bruxelles : 6, Rue des Dominicains\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                                                                                              C O N T R E LES A C C I D E N T S DE P E R S O N N E S\n\n           AMERICAIN.      •\n     I1 est impossible dans une annonce de\n donner une idée complète des avantages\n extraordinaires de cette merveilleuse inven­\n                                                                                                                                                                                                Êlablie à Paris, 6. Boulevard des Italiens.\n\n\n\n\n lion ; cet appareil. justitie entièrement sa\n                                                                                                                                                                                                                                                                                                       CAPITAL-, I5 000 000 DE F R A N C S\n\n\n\n\n vogue ; il permet à toute personne de se\n raser sans en avoir aucune habitude, et cela\n ians crainte de c o u p u r e .\n      Fût-on aveugle ou agité d'un t r e m b l e m e n t\n nerveux, on peut se raser d'une façon plus\n parfaite q u e ne le ferait le barbier le plus\n expérimenté par les procédés anciens.\n      Le résultat q u ' o n obtient par l'usage de ce\n nouveau rasoir est tellement ordinaire qu'il\n est certain qu'il remplacera partout l'ancien\n système ; il suffit de l'avoir essayé une lois\n p o u r ne plus vouloir se raser ni se laisser\n raser par d'autres procédés.\n Ne pas confondre avec df s appareils similaires\n     ui se vendent à vif prix et qui 'n'ont aucun\n   3 es avantages du rasoir américain.\n    Pour le recevons franco, envoyer fr. 5-50 en un\n mandat-poste à M. Michel, 37, rue des Solitaires\n  Paris. Remises pour les achats en gros).\n        Prière de nous Indiquer dans quel journal\n                  on a lu cette annonce.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1883-04-28", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 232."}}