{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(3 e année) 1883 T o m e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE LE BANQUET", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 89, "fin_caractere_exclue": 257, "texte": "3 e année)   1883           T o m e I I . N° 7.                     5 Juin\n\n\n\n                                       LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE LE BANQUET LEMONNIER", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 257, "fin_caractere_exclue": 1388, "texte": "SOMMAIRE\n\n\n\n\n  LE BANQUET LEMONNIER:            I\n                                   Liste des adhérents.\n                                  II\n                                   Discours de Georges Rodenbach.\n                                III Discours d'Edmond Picard.\n                                 IV Réponse de Camille     Lemonnier.J.B\n                                  V Poésie d'Emile Verhaeren.\n                                 VI Un futur prix quinquennal.\n                                VII Lettre de Léon Cladel.\n                               VIII Lettre d'Emile Zola.\n  CORRESPONDANCE                                  J. B.\n  L'EXPOSITION DES AQUARELLISTES .            .    CL.\n  LE PRIX QUINQUENNAL A LA CHAMBRE .              MAX WALLER.\n  LE SALON DE PARIS (Premier article) . ~.~ .      HIPPOLYTE DEVILLERS.\n  MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE. . . . .                NEMO.\n\n\n\n\n                            LE NUMERO :\n         E n Belgique: fr. o.6o. — A l'Étranger: fr. 0.75.\n\n                             BRUXELLES\n                BUREAUX       : 90, RUE            BOSQUET\n                              MDCCCLXXXIII\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Au lecteur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "AU LECTEUR Notre prochain", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 301, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 600, "texte": "AU LECTEUR\n\n  Notre prochain n u m é r o con­\ntiendra u n superbe portrait de\nCAMILLE LEMONNIER,\ngravé à l'eau-forte par Lenain.\n  Ce portrait ne sera pas mis\ndans le commerce; les abonnés\nde la Jeune Belgique S E U L S\nle recevront.\n\n   Voir la Boite aux Lettres à la page suivante de la couver­\nture.\n\n\n\n  Un de nos rédacteurs a perdu au banquet de Dimanche\nun crayon d'argent auquel il tient beaucoup. Il doit l'avoir\nprêté à un convive. Si celui-ci veut éviter un suicide de\ndésespoir, qu'il envoie le crayon à nos bureaux.\n\n\n\n              B R U X . — IMP. A D . MERTENS, 12, RUE D'OR.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 249, "page_fin": 253, "titre_corps": "Liste des adhérents", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Le Banquet Lemonnier", "signature_source": "J. B.", "ancre_debut": "LE BANQUET LEMONNIER", "ancre_fin": "majestueuse réunion", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Au nom de la Jeune Belgique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 302, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "LE BANQUET LEMONNIER\n                             27 MAI 1883\n\n   Jamais, au grand jamais, la Jeune Belgique ne pouvait espérer un plus\néclatant, un plus radieux succès. Ce banquet, où nous avons couronné\nnotre Maître, est la première fête vraiment littéraire qui ait eu lieu\nen Belgique. Toutes les forces vives de l'intelligence, tout ce qui touche\nau hautain idéal, tout ce qui cherche l'étoile, la brillante étoile que seul\nl'artiste voit, s'était réuni dans une confraternité superbe d'admiration\net de sympathie. Jusqu'à la dernière heure, les adhésions avaient assailli\nnos bureaux, nombreuses, pressées, enthousiastes ; écrivains, artistes\npeintres, journalistes, tous noms connus, avaient voulu figurer à ce ban­\nquet de guerre qui, dans l'histoire de notre littérature, marquera\ncomme le jour de notre renaissance et de notre triomphe.\n   Donnons d'abord la liste des personnes qui ont adhéré à la fête :\nA. de B (Madame).                        Brouez (Fernand), étudiant en\nAbry (Léon) artiste-peintre.                Médecine.\nAnonymes.                                Cardon (J. Louis).\nArnould (Victor), membre de la           Cardon (Ch.)\n   Chambre des Représentants ,           Carpentier, directeur de la Circu­\n   — de l'Art Moderne.                      lation.\nArtan, artiste-peintre.                  Carter (Frédéric).\nAuriol (Marc), étudiant.                 Cattier (Armand), statuaire.\nBaron (T.), artiste peintre.             Cauderlier (Emile), homme de\nBarnaba, artiste peintre.                   Lettres.\nBauss, (C), avocat.                      Chansay (Edmond), — de la\nBauwens (Georges), directeur du            Jeune Belgique.\n   Correspondant Belge.                  Charlet (Frantz), artiste-peintre,\nBeck (Oscar), employé communal              — de l'Essor.\n   à Liége.                              Claes (Louis).\nBinjé (J.), artiste-peintre.             Claus (Emile), artiste-peintre.\nBlanc-Garin, artiste-peintre.            Collart (Marie), artiste-peintre.\nBlockx(Jan), compositeur.                Coopman (Ph.)\nBolsius (Edouard) senior.                Conem(E).\nBosièrs (Ernest), avocat.                Destrée (Jules) — de la Jeune\nBrancart (A.), éditeur.                     Belgique.\n                                                                   19\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3106, "texte": "                                    250\n\nDandoy-de Coster (Armand), ar-            Franeau (Paul).\n Artiste-peintre.                         Francart — du Journal de Char­\nDansaert (A. ), membre de la                 leroi.\n   Chambre des Représentants.             Franck (Emile), publiciste.\nDebroux (Jules), avocat.                  Franck (Robert), homme de Let­\nDe Casembroot (Louis) — de la                tres — de Mons Journal.\n  Jeune Belgique.                         Fuchs (Félix), avocat.\nDe la Hoese, artiste peintre.             Gilkin (Iwan), avocat, homme de\nDelgouffre (F.) artiste-peintre.             Lettres — de la Jeune Bel­\nDelsaux (G.), artiste-peintre.               gique.\nDelvin (J.), artiste-peintre.             Gilon (Ernest), éditeur.\nD                                         Giraud (Albert), homme de Let­\nDemblon (Célestin), instituteur.            tres — de la Jeune Belgique.\nDemolder (Eug.)                           Gislain (Alexandre).\nDenis (Hector), professeur à l'U­         Gittens. (Frantz)\n  niversité de Bruxelles.                 Gœmaere, directeur du Précur­\nDesagher (M.)                               seur.\nDescamps (Fréd.), du Journal              Gœthals ( C h . ) , président du\n  des Gens de Lettres belges.               Cercle des aquarellistes et des\nDes Essarts (Jules), du Journal             aquafortistes.\n  de Charleroi.                           Gravez (Henry), secrétaire de la\nDevaux (Corneille),                          Rédaction du Journal des Gens\nDe Vigne (Paul), sculpteur.                 de Lettres Belges.\nDiericx de Ten Hamme (Joe),               Greyson (Emile), directeur-géné­\n  homme de Lettres.                         ral de l'Enseignement Moyen.\nDubois, artiste-musicien.                 Grün (Karl), président du Caveau\nDumont (H.), homme de Lettres                Verviétois.\n  — de la Revue Moderne.                  Guérin (Eugène).\nDupont (Auguste), professeur au           Gueymard (Fernand) , avocat ,\n  Conservatoire.                             homme de Lettres.\nDupont (J.), homme de Lettres             Guillery (Raoul), avocat.\n   directeur de la Fédération Ar­         Gurickx (Camille), professeur au\n   tistique.                                 Conservatoire de musique de\nEekboud (Georges), homme de                 Mons.\n   Lettres — de la Jeune Belgi­           Hagemans ( Maurice ) , artiste-\n  que.                                      peintre.\nEschbach.                                 Hallaux (Victor), directeur de la\nEvrard (Henri) — artiste-peintre            Chronique.\n  de l'Essor.                             d'Hane Steenhuys, (A.)\nEverard (J.), docteur en méde­            Hannon (Théodore), artiste-pein­\n  cine.                                     tre, homme de Lettres — de\nFagnes (Léon des), homme de                 la Jeune Belgique.\n  Lettres.                                Hebbelynck (Th.), avocat.\nFinck (Joseph,), libraire.                Hecq (Victor).\nFlor O'Squarr, — du Figaro.               Heins, (A.), artiste-peintre, de\nFrantz Foulon.                              l' Essor.\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "                                   251\n\n\nH.- Van H. (Madame)                        Lemaire (Gustave), — de l'Etoile\nHenrotin (Le Capitaine-Comman­               Belge.\n  dant), aide-de-camp du Lieu­             Lemonnier (Alfred), ingénieur.\n  tenant général Beving.                   Lemonnier (Maurice), ingénieur.\nHerbo (Léon), artiste-peintre —            Lemonnier (Victor).\n  de l'Essor.                              Lequime ( Léon ) , homme de\nHerman (Alfred), homme de Let­                Lettres.\n  tres.                                    Lequime (Jules), fils, docteur en\nHeymans, (A. J.), artiste-peintre.           Médecine.\nHouben (Henri), artiste-peintre.           Le Roy (Grégoire).\nHouzeau de Lehaye (Ch.), ingé­             Lerminiaux, artiste-musicien —\n  nieur.                                     de l'Essor.\nHubert(Alf.), artiste-peintre.             Levis (Edouard), homme de Let­\nHuwart, (F.)                                 tres. — de la Jeune Belgique.\nImpens (J.), artiste-peintre.              Licot (Charles), architecte.\nJaboneau (D.), artiste-peintre.            Mabille (M.), —de la Chronique.\nJacob, artiste-musicien, de l'Essor        Maeterlinck (M.)\nJames (Arthur), avocat, homme              Maeterlinck- (M ), artiste-peintre.\n   de Lettres — de la Jeune Bel­          'Mahutte (Frantz), homme de\n  gique.                                      Lettres. — de l'Indépendance\nJanson ( Paul ) membre de la                  belge et de Gil Blas.\n   Chambre des Représentants.              Maillet (Alb.), avocat.\nJonniaux (Alfred).                         Marcette (Alex.), artiste-peintre\nKaiser (Georges), ingénieur,— du              — de l'Essor.\n   Correspondant Belge.                    Martiny (Emile), avocat,\nKéfer (Gustave), artiste-musicien.         Masset (Georges].\n  — de l'Essor.                            Maus (Octave), avocat, homme de\nKetels (Maurice).                             Lettres. — de l'Art Moderne\nKeym (Edouard).                               et du Journal des Tribunaux.\nKhnopff (Fernand) artiste-peintre          Mellery (Xavier), artiste-peintre.\n  — de Y Essor.                            Mestdagh (Auguste), homme de\nKnopff (Georges) , homme de                   Lettres — du Correspondant\n   Lettres — de la Revue Mo­                  belge.\n   derne.                                  Meunier(Constantin), artiste-pein­\nKirsch (Guillaume).                           tre.\nLabarre(Louis), homme de Lettres.          Meunier (J. B.), artiste-peintre.\nLandoy (Eugène), du Précurseur.            Meunier (Georgette), artiste-pein­\nLaroche (Hippolyte), homme de                 tre.\n   Lettres.                                Michielsens (Adrien), avocat.\nLebègue (Jules), — de          l'Office    Montigny (Jules).\n   de Publicité.                           Moguez (Etienne), — de L'Echo\nLe Bourguignon (A.)                           du Parlement.\nLeclercq (Ad.), de l'Etoile Belge.         Motte (Emile), artiste-peintre.\nLejeune (Jules), avocat.                   Mulders (P. J.), industriel.\nLekeu (Jean), du Caveau Ver­               Nève (Joseph), avocat — de la\n   viétois                                    Revue Moderne.\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3187, "texte": "                                    252\n\n\nNizet (Henri), rédacteur en chef          Sulzberger (Maurice), homme de\n   de la Revue Artistique.                  Lettres — de la Jeune Belgique.\nOlin (Pierre).                            Sulzberger (Max), homme de Let­\nPaër (Auguste), directeur de la             tres, — de l'Etoile Belge.\n   Revue pour Tous.                       Taelemans (François) , artiste-\nPérier (Odilon).                            peintre.\nPicard (Edmond), avocat à la cour         Teirlinck-Styns (J.).\n   de Cassation, directeur du Jour­       Valentin (Emile) , rédacteur en\n   nal des Tribunaux, — de l'Art            chef du Journal des Gens de\n   Moderne.                                 Lettres belges.\nPicard (Georges).                         Van Arenbergh (Emile), avocat,\nPirlot (Eugène).                            — de la Jeune Belgique.\nPoot (Auguste), cultivateur.              Van Beneden (Ch.).\nRegoyos (Dario de), artiste-pein­         Vandenbossche (Ad.).\n   tre,— de l'Essor.                      Vanden Eeden, directeur du Con­\nRodenbach (Constant).                       servatoire de Musique de Mons.\nRodenbach (Georges), avocat,              Vanderkindere (Léon), membre\n   homme de Lettres, — de la                de la Chambre des Représen­\n   Jeune Belgique.                          tant.\nRobert (Eugène), membre de la             Vanderkindere (Marcel), étudiant\n   Chambre des Représentants —              — de l'Essai Littéraire.\n   de l'Art Moderne.                      Van der Stappen (Charles), sta­\nRobert (Louis).                             tuaire.\nRon.val (Ed.) — de la Jeune Bel­          Van der Straeten (G.), statuaire.\n  gique.                                  Van Elewyck (E.), homme de\nRotiers (Fréd.), — de la Chro­              Lettres, — de la Chronique.\n  nique.                                  Van Engelen (Louis) , artiste-\nSchoenfeld (Georges), avocat.               peintre.\nSchipperges(H.),— du Do-Mi-Sol.           Van Gelder, (Eugène), artiste-\nScribe, artiste-peintre.                    peintre, — de l'Essor.\nSeaut (Edmond), artiste-musicien          Van H. (Madame).\nSeeldrayers ( E . ) , artiste-peintre     Van Langenhove (M.).\nSergennois (J.), homme de Let­            Van Lerberghe Ch.).\n   tres.                                  Van Ryswyck (Jan), avocat.\nSilvercruys (Frantz), avocat.             Van Rysselberghe (Théo.), ar­\nSyoen.                                      tiste-peintre, — de l'Essor.\nSpeeckaert (Léopold), artiste-            Van Styvoort (D.), professeur au\n   peintre.                                 Conservatoire.\nStanislaus (Guillaume), homme             Vastersavendts (Auguste), profes­\n   de Lettres, — du Caveau Ver­             seur au Conservatoire de Mu­\n   viétois.                                 sique de Mons.\nStevens (Alfred), artiste-peintre,        Verdyen (E.), artiste-peintre.\n   à Paris.                               Verhaeren (Alfred), artiste-peintre.\nStevens (Arthur).                         Verhaeren ( Emile ) , avocat,\nStevens (Joseph), artiste-peintre.          homme de Lettres, — de la\nStobbaerts (Jan), artiste-peintre.          Jeune Belgique.\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "                                —    253   —\n\nVerhas (Jan), artiste peintre.              Jeune Belgique et de la Revue\nVerheyden (J.), artiste-peintre.            Moderne.\nVerstraete (Th.), artiste-peintre.         Walton, (Fern.).\nVervvée (Alfred), artiste-peintre.         Weber (Armand), secrétaire du\nWagener ( Félix ) , homme de                Caveau Verviétois.\n  Lettres.                                 Wilmotte (Maurice), homme de\nWaller (Max), directeur de la                Lettres,— du Journal de Liège.\n\n\n\n   A 5 heures, les salons du Grand-Hôtel étant pleins de monde,\nCamille Lemonnier recevait comme premier hommage les superbes\nbouquets de sa sœur et de ses adorables petites fillettes qui lui disaient\navec une grâce charmante leurs compliments naïfs et émus. C'est sous\ncette intime impression de père que Lemonnier fit son entrée dans la\ngrande salle du banquet. Une salve d'applaudissements l'accueillit,\nvibrante, spontanée, folle, tandis que l'orchestre entonnait l'air populaire,\nsi bien en situation à cette heure de confraternité : « Où peut-on être\nmieux qu'au sein de sa famille? » Les tables étaient chargées de fleurs;\nen face du maître une haute chaise vide à laquelle était attaché un\nsuperbe bouquet de roses blanches, évoquait l'autre maitre que la\nBelgique littéraire vient de perdre : Octave Pirmez.\n   Des chevalets couraient tout le long de la salle, supportant une col­\nlection de superbes Courbet : Les Lutteurs, Le Mendiant, etc ; et, au\nmilieu, à côté d'un merveilleux dessin de Xavier Mellery, rappelant les\nœuvres du Mâle, le buste très ressemblant de Lemonnier modelé par le\nsculpteur Armand Cattier.\n   A la droite de Camille Lemonnier se trouvaient Edmond Picard,\nEugène Robert, Max Waller, Emile Verhaeren ; à sa gauche, Georges\nRodenbach, Georges Eekhoud, Victor Arnould, Léon Vanderkindere.\n   L'heure des toasts étant arrivée, Georges Rodenbach se leva, et, d'une\nvoix sonore, vibrante d'émotion et de colère, dit le but de cette grande\net majestueuse réunion.\n\n   « "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 253, "page_fin": 255, "titre_corps": "Discours de Georges Rodenbach", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Le Banquet Lemonnier", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "Au nom de la Jeune Belgique", "ancre_fin": "notre grand Camille Lemonnier", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Ce discours dont le texte", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 306, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 2019, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "Au nom de la Jeune Belgique, dit-il lentement, j'ai cette mission\némotionnante de vous dire pourquoi nous vous avons prié, cher\nMaître, de vous asseoir parmi nous.\n   « Ce banquet n'est pas seulement une fête — c'est aussi un combat !\nc'est en quelque sorte la Veillée d'armes d'une troupe de conscrits décidés\nà tout et qui viennent, à cette heure solennelle, vous reconnaître et vous\nsaluer comme leur Maréchal de lettres.\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "                                — 254 —\n\n     « Quant à l'injure officielle qu'on vient de vous faire, et par consé­\n quent à nous tous qui travaillons pour créer une littérature nationale,\n qu'importe !\n     Si un Etat ne couronne pas ses vrais grands hommes, ce n'est pas\n ceux-ci qu'il faut plaindre, mais les gouvernements bourgeois qui n'ont\n pas su les comprendre !\n     « D'ailleurs c'était prévu, certain, inévitable !\n     « Qu'avait à faire votre art hautain et loyal avec ces jurés de notre\n Académie des Lettres qui n'accueille que des marchands de latin et des\n marchands de français avarié — jamais un seul de nos vrais écrivains —\n si bien qu'on devrait l'appeler, pour être exact, l'Hôtel des Invalides.\n    Là-bas, je le sais, on nous représente volontiers comme une jeunesse\n insolente et irrespectueuse, mais cette chaise vide, Messieurs, ce bouquet\n dont les fleurs sont en dueil, ce couvert dressé par nous à cette place\n inoccupée — tout celà n'est-il pas un témoignage suprême à ce grand\n méconnu qui vient de mourir et sur la tombe duquel nous serons les\n seuls à faire fleurir un peu de gloire!\n     \" Oui ! nous savons honorer nos anciens, les vrais, les purs, les forts,\n et c'est précisément pour cela que l'idée de cette fête nous est venue, afin\n de vous dire — cher Maître — tout ce que nous avons pour vous dans\n le cœur d'admiration, de dévouement, de tendresse — et aussi de recon­\n naissance !\n     « Vos livres, vos beaux livres, ils sont sur le rayon favori de nos\n bibliothèques ; ils l'occupent déjà presque tout entier il y a là vos Contes\nflamands et wallons, vos Charniers, votre Coin de Village, votre Mort\n d'une profondeur nette d'eau-forte, puis Thérèse Monique, cette œuvre\n triste et poétique qui en a fait pleurer bien d'entre nous — et enfin le\n Mâle, ce feu d'artifice de couleurs qui a soudain illuminé notre horizon\n littéraire si noir et si désolé.\n     « Avec ce livre-là, vous avez forcé la victoire ! mais auparavant, vous\n avez bien dû souffrir, quand vous commenciez seul la bataille de l'art\n libre et moderne, dans ce pays si traître à ses grands écrivains, si indif­\n férent, si coupable — devrait-on dire — vis-à-vis des hommes et des\n choses de la littérature.\n     « Et récemment encore, tandis qu'avec tous les maîtres de la France\n qui vous apprécient, — vous chassiez en domaine seigneurial, sur les\n sommets de la pensée et du rêve, visant les mots rares comme des gibiers\n de prix, — en Belgique, la plupart ont cru spirituel et patriotique de\n faire les gardes-champêtres, et — pour quelques vocables nouveaux, de\n vous dresser procès-verbal !\n    « Oui, Maître, vous avez dû souffrir ! mais les choses vont changer 1\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1598, "texte": "                                —   255   —\n\nVous sentez bien qu'un orage de colère a traversé nos têtes ! Vous\nvoyez bien qu'une jeunesse révolutionnaire vous entoure, celle que vous\navez formée par votre accueillante amitié, celle qui s'est éprise\ncomme vous d'art pur, d'idéal fier, de langage raffiné et qui, dans les\nchamps de la pensée, s'en est allée avec vous, secouant les arbres pour\nen faire tomber les poncifs, les banalités, toutes ces choses fanées, artifi­\ncielles, mortes — et y substituer un vert épanouissement de feuilles nou­\nvelles !\n    « Une jeunesse littéraire qui veut conquérir une place pour les siens;\net faire accepter désormais comme de grands hommes dont un pays à le\ndevoir d'être enorgueilli, ceux qui passent leur vie — comme vous — à\nécrire dans la paix des villages !\n    « Une jeunesse enfin qui vous a compris, qui vous a aimé, qui vous a\ndéfendu, qui s'est rué après vous, quand vous avez fait vous-mêrre comme\nle Mâle de votre livre, indiscipliné et fougueux autant que lui, arcboutant\nvos œuvres, tendant vos phrases comme des muscles solides, saisissant\nvotre art à pleine empoignade de vos bras, pour vous faire avec lui —à\ntravers la cohue hostile — une triomphante et superbe trouée !\n    « Et maintenant, Messieurs, debout, tous à la fois, debout ! Le cœur\nvibrant, les verres en main, debout! Venez vers lui, battez-lui des mains,\napportez-lui des fleurs !\n   « Glorifiez-le dans une grande acclamation qui retentisse ailleurs\ncomme une menace — et qui sonne ici comme une fanfare de fête.\n   « A notre cher — à notre grand Camille Lemonnier !\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 255, "page_fin": 261, "titre_corps": "Discours d’Edmond Picard", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Le Banquet Lemonnier", "signature_source": "Edmond Picard", "ancre_debut": "Ce discours dont le texte", "ancre_fin": "Nous tenterons encor les mers", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Après cette superbe page", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 308, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 1598, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "Ce discours dont le texte ci-dessus n'est qu'approximatif, et danslequel\nRodenbach rendait hommage, d'abord à la Presse, au vaillant ensuite qui\nn'a pas craint de porter à la Chambre la cause méconnue de nos Lettres,\nce discours fut vingt fois interrompu par les effrénés applaudissements\nde deux cents mains, de deux cents voix, de deux cents cœurs.\n   Lorsque le silence se rétablit, Edmond Picard se leva, et ici que\ndirai-je ? Une émotion immense étreignit la salle tout entière. Au nom\nde la génération de Camille Lemonnier, au nom du Maître que vient\nde prendre la tombe, Picard s'éleva avec des gestes superbes, jusqu'aux\nsommets les plus hautains de l'éloquence. Les mots n'ont point été con­\nservés, exacts de ce discours, mais l'écho en reste en nous grondant\ncomme un tonnerre.\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2954, "texte": "                                 — 256 —\n\n  Au reste, le voici :\n\n\n          M O N C H E R AMI E T MON M A Î T R E ,\n\n   Ceux qui sont entrés dans la vie littéraire longtemps après vous,\nqui sont presque vos enfants, qui sont tout au moins vos frères cadets,\nviennent de vous exprimer, par la bouche de Georges Rodenbach, les\nsentiments de sympathie et de profonde reconnaissance qu'ils ressentent\npour vous qui leur avez ouvert et facilité la voie dans laquelle ils sont\nsi brillamment engagés. Permettez à ceux qui sont vos contemporains\nde vous dire, à leur tour, tout ce qu'ils pensent de votre vie laborieuse,\ndes efforts que vous avez faits pour la cause commune, et de l'admira­\ntion qu'ils ont pour les résultats que vous avez conquis.\n    Ce sont eux qui peuvent, pour les avoir supportées comme vous,\nraconter les luttes et les souffrances de la vie artistique telle qu'elle était\nil y a vingt années, quand vous avez commencé et qu'elle était si loin de\nl'épanouissement qui lui donne aujourd'hui tant d'éclat. Ce sont eux qui\nsavent qu'alors il n'existait point de littérature, tout au moins de litté­\nrature nationale. Ceux qui écrivaient le faisaient à l'écart, la plupart\npour eux seuls, les plus heureux pour quelques amis, mais leurs travaux\n n'avaient aucun retentissement au dehors, car c'était au milieu, non\nseulement de l'indifférence, mais on peut ajouter de la malveillance\ndu public qu'ils poursuivaient leur œuvre. C'était un temps où lorsqu'un\n avocat écrivait il perdait ses clients, lorsqu'un médecin était poète il\n perdait ses malades ; si un officier était écrivain il nuisait à son avance­\n ment, si un ingénieur avait l'audace de tenir une plume il était assuré\n de se voir refuser tout emploi par la haute industrie.\n    C'était d'instinct qu'on s'occupait d'écrire, par une impulsion natu­\n relle, irrésistible, mais qui, chez la plupart, était rapidement étouffée. Il\n n'y avait point chez nous de maîtres ou de guides. Il fallait tout tirer de\n soi-même, et sur l'ensemble de ces conditions décourageantes venait\n encore brocher cette hostilité officielle qui, aujourd'hui, n'est pas encore\n éteinte pour tout ce qui est indépendant, et, parmi les obstacles d'autre­\n fois, est le seul qui persiste encore dans sa muette arrogance.\n    Pendant ce combat de quatre lustres, quelques-uns ont triomphé comme\n vous, ce sont les plus rares; d'autres se sont usés à la peine où ont passé\n à l'ennemi, trouvant ainsi le labeur plus facile et plus fructueux,\n d'autres enfin sont morts, s'égrenant sur la route et frappés en pleine\n bataille.\n     Parmi ces derniers, il faut signaler surtout Charles De Coster et Octave\n Pirmez.\n     Charles De Coster a disparu depuis longtemps au milieu de l'oubli, au\n moment où il venait d'achever un chef-d'œuvre qu'il croyait, dans sa\n naïveté, devoir lui donner la gloire. Personne ne l'a compris et, abattu\n par cette déception cruelle, il est mort (en vérité, ceux qui l'ont connu\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3197, "texte": "                               — 257 —\n\ndans les derniers temps le savent) de s'être trouvé incompris au milieu de\nses compatriotes dont il avait cru les instincts et les cœurs d'accord avec\nles siens. C'est à peine si aujourd'hui, par une justice tardive, le poème\n« d'Ulenspiegel » reprend la place glorieuse qu'il méritait dès la première\nheure.\n    Octave Pirmez s'est évanoui ces jours derniers. Pour lui, la gloire\ncommençait à poindre, pas encore, il est vrai, dans le public, mais tout\nau moins dans la cohorte des artistes chaque jour plus nombreuse et\nplus accessible aux belles choses qui sont accomplies par l'un des nôtres.\nComme vous, il était adopté pour modèle par cette jeunesse, et c'est pour­\nquoi, renouvelant une coutume touchante du moyen-âge, elle a, dans la\nfête fraternelle qui nous réunit, mis le couvert de ce héros qu'elle a sacré\ncomme un exemple et comme un maître.\n    Il est là parmi nous, remplissant en réalité sa place vide, participant\nà ce banquet dans la communion de nos sentiments et de nos pensées,\nconversant avec nous, répandant, sur tous ceux qui sont ici, les élans de\nsa grande âme, peuplant nos cerveaux des souvenirs qu'il a laissés der­\nrière lui. On peut en dire ce que Victor Hugo applique à tous les morts\nqui vivent par leurs œuvres : « Il n'est point disparu, il est simplement\ninvisible. »\n    On a essayé de revendiquer ailleurs cette personnalité qui nous appar­\ntient. Depuis qu'il n'est plus à craindre comme vivant, on s'est senti pour\nlui des sympathies étranges et l'on a prétendu en faire un écrivain digne,\ndisait-on, d'entrer dans le panthéon académique. C'est une pratique des\ngens officiels de réclamer morts ceux qu'ils ont dédaignés vivants. Mais\nnous ne permettrons pas qu'on nous enlève celui qui est à nous. C'est\nnous qui lisions ses livres. C'est nous qui le comprenions. C'est\nnous qui l'avions signalé comme un artiste admirable. C'est nous qui\navions commencé à faire tomber le mépris sur ceux qui le méconnais­\nsaient. C'est donc, en réalité, un de nos chefs, et nous saurons combattre\npour empêcher qu'on ne nous ravisse à la fois et son âme et sa gloire.\n    On a tenté, du reste, pour justifier cette attitude nouvelle, de l'oppo­\nser à vous comme le représentant d'un art absolument différent. On a\nsignalé sa vie obscure, dans cette vallée chérie qu'il aimait d'un amour\nsimple et élevé, ne permettant même pas, tant il la respectait, qu'on y\ncoupât ou qu'on y ébranchât les arbres, et on l'a opposée à votre exis­\ntence militante, s'agitant partout où l'on combat, partout où l'on frappe,\npartout où l'art est en péril. On a mis en relief sa pensée mystique,\nrêveuse, sentimentale, fixant toujours les choses supra-sensibles, et on\nl'a opposée à votre pensée toute saturée de réalité, demandant surtout\n au monde extérieur ses inspirations et ses énergies. On a enfin parlé de\n son style limpide et doux, d'une correction presque surhumaine, et on\n l'a opposé à votre force et à votre âpreté.\n    Mais malgré ces subtilités, vous êtes, en réalité, les deux faces du\n même art. L'un en représente le caractère serein, l'autre, l'allure sévère.\n Aussi les dédains communs du pouvoir pour tous deux, l'oubli où 1 on\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "                                —   258   —\n\nvous a laissés tous les deux, la volonté persistante de ne pas vous com­\nprendre tous les deux, sont-ils déjà une première preuve que vous étiez\ndes champions de la même cause. Vous n'eussiez pas été des jumeaux\npar l'unité de vos vues artistiques, qu'on pourrait établir ce lien entre\nvous par le sort identique qui vous a été fait.\n   Avec vos aptitudes spéciales, char.mantes ou robustes, vous étiez les\nartisans de la même cause, celle de la vérité contemplée avec profondeur\net exprimée avec émotion. Pirmez observait son âme l'œil tourné vers le\ndedans ; vous, vous observez la réalité l'œil tourné vers le dehors.\nComme vous, il avait le mépris des puissances et de toute courtisanerie ;\npas plus que vous on ne l'a vu dans les antichambres, recherchant des\nappuis et sollicitant des protections. Tous deux vous aviez la pudeur,\npresque la honte, de toute faveur recherchée.\n   L'un et l'autre, si vous aviez le culte ardent de la forme, vous aviez\ncompris qu'il n'y a point d'art véritable sans le fond ; la virtuosité ne\nsuffit pas, il faut aller au-delà, puisque dans tous les arts, littérature,\npeinture, sculpture, musique, l'homme n'est ému véritablement, quand\nil écoute, qu'il lit ou qu'il regarde, qu'à la condition de se trouver\ndevant une œuvre qui exprime une émotion personnelle. Le vêtement,\ncertes, est beau, mais que ce soit avant tout l'âme et son enveloppe\nqu'on nous exprime; ce sont des corps que nous voulons toucher et\nsentir vivre.\n   L'un et l'autre, enfin, vous avez toujours rêvé l'indépendance littéraire,\net vous en avez donné d'éclatants exemples. Vous saviez que l'art\nasservi n'est jamais un art élevé, et que d'où vienne l'asservissement,\nmême des régions les plus hautes, il a toujours une influence délétère,\nparce qu'il diminue la fierté de l'artiste et, par cela même, amoindrit son\ninspiration. Etre libre, voilà quelle a été votre devise, et votre cri de\nguerre, et c'est celui qui est aujourd'hui repris par toute cette jeunesse\nqui vous entoure et qui a voulu vous fêter.\n    Oui, jeunes gens, vous avez bien fait de choisir ces deux artistes\ncomme vos maîtres et comme vos modèles. En eux s'incarnent toutes les\ngrandes inspirations qui doivent vous diriger et vous soutenir. Il y a\nplus en eux que leur responsabilité considérée isolément, il y a le\ngrand évangile de l'Art, dont ils sont de brûlantes expressions.\n   Aussi faut-il ce soir que vous honoriez le vivant et que vous pleuriez\nle mort, le vivant de qui nous pouvons ici serrer les mains cordiales, le\nmort, dont la mémoire plane au dessus de nous.\n   Leur vie restera pour vous un grand enseignement. Elle peut être\nimitée dans tout ce qu'ils ont fait depuis l'âge ou ils ont commencé à\nécrire. Elle vous montre que le grand art dédaigne les protections gou­\nvernementales et qu'il n'a pas besoin d'elles pour réussir, que seul il\ndépasse les bornes au-delà desquelles ne vont jamais ceux que l'appui\nofficiel soutient. Aussi, puisque l'occasion déjà presqu'oubliée de cette\nfête, a été l'étrange et injuste refus d'accorder au plus grand de nos\nécrivains une récompense qui lui revenait de droit, pouvons-nous, au-\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3279, "texte": "                                — 259 —\n\njourd'hui qu'un tel acte a augmente' notre mépris pour toutes ces distinc­\ntions arbitraires, renvoyer à ceux qui en disposent tout ce qui pourait en\nrevenir aux nôtres. Qu'ils gardent pour eux leurs prix, leurs médailles,\nleurs décorations, leurs faveurs. Dédaignons-les. Dans la cohue des mé­\ndiocrités qui s'abritent autour d'eux, ils trouveront toujours assez de\npersonnalités dignes de les recevoir; qu'il soit désormais acquis, dans\nnotre art libre et dans notre littérature indépendante, que nous savons\nréussir sans rien obtenir, et que nos œuvres seront d'autant plus belles\net plus fortes qu'elles grandiront dans une liberté plus haute et plus fière.\n    La vie de Pirmez et de Lemonnier nous enseigne encore qu'on réussit\ntoujours quand on a foi dans l'art, quand on ne s'arrête pas devant les in­\ncertitudes et les défiances que les timides ou les habiles font constamment\nsurgir devant une jeune vocation, qu'il faut compter pour rien les périls,\nqu'ils faut toujours se persuader qu'ils n'ont point l'importance que les\napparences leur donnent. Mais il faut à cette foi joindre l'audace, pousser\ntoujours en avant.ne rien craindre, et avoir la conviction que lorsque on\nlutte pour l'art, il n'est rien d'impossible.\n    Ils vous ont appris enfin que vous devez vous efforcer de joindre aux\nqualités que vous avez déjà conquises et qui ont attiré sur vous, avec\ntant de rapidité, l'attention et les sympathies du public, les qualités que\ndonnent la science, la sensibilité, l'observation approfondie de ce qui se\npasse autour de vous, la logique dans l'exposé de tout ce que vous\nécrivez, la préoccupation constante de respecter la réalité en la voyant\nà travers votre cœur. Dans les œuvres de Lemonnier, comme dans\ncelles de Pirmez, il règne une chaude émotion qui jamais ne s'éteint et\nqui en fait le charme puissant. C'est cela qu'il faut vous efforcer d'ac­\nquérir, cette tendresse constante, cette héroïsme, cette flamme qui\nsont le secret des productions séduisantes, de celles qui attirent, qui\nretiennent, qu'on n'oublie jamais après les avoir lues. Ce n'est que lorsque\nl'art atteint cette hauteur qu'il a une influence sociale régénératrice, car\nil est bien véritablement, dans notre humanité, la puissance la plus\nénergique et la plus efficace. Assurément la politique, la science, l'in­\ndustrie règnent autour de nous et contribuent largement au progrès ;\nmais lorsqu'il s'agit de faire disparaître un abus qui a résisté à tout ou\nde combattre un homme funeste dont on ne peut avoir raison, et que\ntoutes les autres forces sociales seront revenues vaincues des assauts\nqu'elles ont livrés, si l'art apparaît comme une suprême réserve, attaque\nà son tour par l'indignation ou par l'ironie, il n'est pas d'exemple que\njamais ni l'homme ni l'abus aient résisté.\n    C'est là ce qui fait, dans le monde où nous vivons, votre dignité et\nvotre utilité. C'est en concevant ainsi votre mission que vous acqué-\nrerez cette grandeur d'âme et de sentiment qui imprimera à ce que vous\nferez un caractère vraiment noble.\n    Le banquet d'aujourd'hui concentre toutes ces idées. C'est un homme,\n c'est un ami bien cher qui en a été l'occasion ; mais la mani­\nfestation dépasse son individualité sympathique, elle s'élargit de\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "                                    —    260\n\ntout ce qu'elle emprunte aux idées qui s'incarnent en lui et il semble\nqu'il prend des ailes pour monter plus haut encore que la région où\nl'ont porté votre admiration et votre amitié.\n   Oui, ce banquet est une date et un point de départ. Il résume les\nefforts qui ont été faits depuis vingt ans et qui enfin aboutissent il prépare\npar une base solide les progrès nouveaux. Tous ceux qui y ont assisté\ns'en souviendront, et le jeune mouvement littéraire peut dater de lui son\nhégire. Il consacre définitivement en Belgique la révolution littéraire et\nl'émancipation de l'Art.\n   A vous, les jeunes, de maintenir la liberté et la dignité reconquises.\n Ce qu'on voit dans vos travaux, c'est l'essor de l'art, et non son avilis­\nsement, comme on a osé le dire dans les régions académiques. Vos\nanciens ici présents devinent l'avenir qui vous est réservé. Ils démèlent de\nvotre jeunesse exhubérante tout ce qu'il y a de promesses. Ils ne blâment\nrien en vous, parce que la chose qui serait blamable ce serait l'excès de\nvotre ardeur et que celle-ci peut toujours être réprimée. D'un cœur\npassionné on fait tout, même un cœur sage. Laissez-vous aller librement\nà vos passions artistiques. Nous y applaudissons et nous plaignons ceux\nqui, en voyant leur libre et féconde expansion, se voilent la face et crient\nau scandale. Continuez, vous aurez toujours notre appui. Votre mission\nest de faire servir l'art à détruire les abus d'une société qui semble en\ndécadence, mais où se prépare en réalité l'éclosion d'un monde nouveau.\nAu-dessous de ces classes bourgeoises, vieillies et corrompues, il en est\nd'autres éternellement saines et jeunes. C'est de là que doit sortir la\nrenaissance. Dans vos œuvres, ne décrivez plus simplement vos senti­\nments personnels ou les épisodes charmants, mais restreints, de votre\nexistence. Allez au delà, venez dans nos villes, observez ce qui s'y passe,\nfrappez sur ce qu'elles ont de honteux, éveillez les grands sentiments\npopulaires et préparez ainsi la marée qui submergera tout ce qui se\npasse d'avilissant autour de nous.\n   Et maintenant, après ces échappées sur les principes les plus élevés\nde notre mission artistique, revenons une fois encore à l'ami autour de\nqui voltigent toutes ces idées comme de grands oiseaux divins. Expri­\nmons une fois encore notre gratitude pour le maître écrivain dont elles\nsont le naturel cortège. C'est lui qui nous a procurés ces bienfaits.\nAussi est-ce du fond du cœur que je lui dis: Poursuis ton œuvre, vaillant\nsoldat, tu as des ennemis, tu as des détracteurs, c'est la preuve de ta\nforce, ne t'en émeus point. Ne redoute pas les attaques, ce sont elles\nsurtout qui t'ont servi, qui t'ont donné tout ton ressort et ta fierté. En\nvoyant la place magistrale quelles t'ont donnée, sur mes lèvres revien­\nnent les vers d'un de nos poètes, qui, lui aussi, fut en son temps une\nvictime de la sottise et de l'inimitié officielles, d'André Van Hasselt,\ns'adressant à quelqu'un qui comme toi, avait souffert et avait été injus­\ntement méconnu :\n              Va. laisse-les crier à l'envi, que t'importe ?\n              A leurs vaines clameurs, ami, ferme ta porte.\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1080, "texte": "                                        261\n\n              Leur souffle n'atteint pas les lauriers de ton front.\n              Va, toujours plus tenace et plus ardent à l'œuvre,\n              Sans les fouler aux pieds ; car leurs dents de couleuvre\n              Sur ton front glorieux un jour s'émousseront.\n\n   Dans cette communion fraternelle, tout entiers maintenant à la joie\nde nous sentir si serrés dans nos rangs, pensons aux luttes prochaines\nque nous aurons à soutenir encore et dont, on peut le prédire, nous\nsortirons victorieux, car partout pointent et se développent les idées\ndémocratiques dont nous sommes ici les défenseurs.\n   Levons nos verres, en nous souvenant de cette strophe d'un autre de\nnos poètes exprimant une pensée toujours jeune parce qu'elle est\nvraiment humaine, le cras ingens iterabimur œquor d'HORACE :\n             Le verre en main, ce soir, vidons, pleins d'espérance,\n                      Tout souvenir de nos revers,\n             Demain, d'un libre essor, dans l'horizon immense,\n                      Nous tenterons encor les mers !\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 261, "page_fin": 263, "titre_corps": "Réponse de Camille Lemonnier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Le Banquet Lemonnier", "signature_source": "Camille Lemonnier", "ancre_debut": "Après cette superbe page", "ancre_fin": "je vous salue et vous dis merci", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Après la lecture de cette belle page", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 314, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 1080, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "Après cette superbe page d'éloquence, Camille Lemonnier se leva et\nviolemment ému prononça les paroles suivantes :\n\n\n             MESSIEURS,\n\n   J'ai peine à dominer mon émotion devant la grandeur et la spontanéité\nde cette manifestation. La pensée en est sortie de vos cœurs toute\nchaude de vivace sympathie. Et dans votre générosité vous n'avez pas\ncraint de vous exagérer le mérite de celui à qui vous rapportez ces hon­\nneurs. Je reconnais là l'admirable élan de votre fraternel esprit.\n   Permettez-moi cependant de ne pas considérer cette fête comme celle\nd'un seul homme : c'est bien plutôt la fête en ce moment de la jeunesse\némancipée dans l'idée et affirmant son droit à la vie. Tous ensemble nous\ncélébrons la Pâque publique de notre renaissante littérature : par la force\ndes choses, le pain et le vin de ce banquet se changeront en aliments\npirituels qui vivifieront le jeune et puissant essor de nos activités intel­\nsectuelles.\n   Sauf pour les aveugles de naissance, — e t ils sont nombreux en ce\npays, — il n'est plus possible de méconnaître la large poussée des intelli­\ngences qui est en train de modifier la face de notre Belgique.\n   Sur le tronc de la vieille société s'est greffée une sève merveilleuse­\nment faite pour fructifier. En politique, dans les arts, dans les sciences,\nun besoin d'affranchissement a substitué à l'axe rouillé où s'immobilisait\nla routine, un axe tout neuf sur lequel la machine s'est mise à tourner\nd'un mouvement plus rapide. Et comme dans le frisson du jour qui se\nlève, les lettres, elles aussi, se sont animées au vent de l'esprit nouveau\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3095, "texte": "                                    262\n\nA peine eut-il soufflé, que de l'ingrat terreau dans lequel la haute cul­\nture littéraire ne paraissait pouvoir s'acclimater, est sorti tout un jardin\nde jeunesse et de poésie.\n   Quel que soit le dédain qui accueille mes paroles ailleurs, je l'affirme :\nle pays a désormais un groupe de cerveaux noblement pensants et appor­\ntant à l'expression de la pensée la sensibilité subtile et raffinée qui est\nl'âme des littératures.\n   Pour moi, je veux être, ici et au dehors, l'apôtre de la bonne parole,\nuni dans une tâche commune à tous ceux d'entre vous qui ont accepté\nde souffrir pour la gloire de nos Lettres.\n   Hélas ! d'autres sont morts au dur labeur dont nous continuons à\nsupporter le faix : d'autres, qui plus que moi, peut-être, ont honoré\nnotre profession sacrée. Ne l'oublions jamais, Messieurs. Cette graine\nqui s'est levée depuis eux, abondante et magnifique, c'est dans le sillon\ncreusé par leur douloureux labour qu'elle a germé. Il semble que l'esprit,\ncomme la terre, ait besoin, pour s'épanouir dans les moissons définitives,\nd'un engrais d'âmes. Nulle part les floraisons ne croissent plus touffues\nque sur les tombes. Notre jeune école a subi cette loi de nature : c'est\ndu sang des agonies qu'elle est sortie, avec ses éclatantes floraisons\nactuelles.\n    Mon cher Picard, mon cher Rodenbach, vous avez bien fait d'évoquer\nles ombres de nos grands amis disparus : aucune mélancolie ne\ns'attache d'ailleurs à cette évocation ; car, matériellement engloutis dans\nla mort, ils ont ressuscité dans l'éternité du Livre.\n   Tandis que je vous parle, je sens autour de nous leur esprit :\n   De Coster, aussi bien que Pirmez, avait la bonté ; ils ont passé dans\nla vie avec un sourire pensif et cordial, et le sourire continue à illumi­\nner l'atmosphère dans laquelle nous pensons et nous écrivons.\n   Et je vous dis à mon tour, non seulement pour obéir aux voix secrètes\nde mon cœur, mais aussi pour être moi-même plus à l'aise devant vous :\n « Dans les bouquets apportés ici, prenez les fleurs les plus belles et faites-\nen hommage à ces héros expirés!» Il m'est consolant de penser qu'ainsi,\nune part de cette journée ira à ces deux nobles cerveaux comme la cha­\nleur sensible du soleil qui s'est levé sur leurs mémoires et ne doit plus\ns'éteindre.\n   Tous deux m'ont précédé dans la carrière, alors que, novice encore\nau Verbe, je me débattais contre le fuyant Protée. Ils m'ont insufflé les\nparoles qui réconfortent et du doigt montré les chemins qui mènent à\nla terre promise, à celle que nous convoitons éternellement et qu'éternel­\nlement déçoit notre effort. Je n'ai fait que suivre leur exemple en vous\ntransmettant, à vous, nos cadets, le legs de cette amitié qu'eux-mêmes\nm'avaient si largement octroyée. Eût-elle seulement pour effet de vous\nraffermir aux heures d'épreuve, toujours renaissantes dans le rude métier\nque nous nous sommes choisi, j'aurai goûté du moins la douceur de ne\npas la savoir inutile. Plus que jamais, d'ailleurs, mon esprit sera avec\nvous dans vos combats. Bien que je touche à cette maturité de la vie,\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1052, "texte": "                                     263\n\nqui, dit-on, attiédit le sang, il me semble qu'une même jeunesse bout\ndans nos veines à tous et fait de nous les frères, égaux en âge, d'une\ngrande famille. Nul, il est vrai, ne sait les jours futurs : les feuilles sont-\nelles comptées à l'arbre de ma pensée? ou doit-il reverdir encore, avec\nla vigueur des sèves premières? Qu'importe, puisque, grâce à vos pro­\ndigues sympathies, j'ai connu la forte jouissance humaine de me sentir\nen une heure payé de tous les mécomptes de ma vie de lutte et de\ntravail.\n   A vous, les amitiés éprouvées et les amitiés nouvelles, à vous, les\nglorieux et les débutants, qui êtes venus ici acclamer, sinon le talent,\ndu moins l'ardeur des convictions et la persistante volonté de ne pas\ndémériter de l'art,- je vous envoie le cri de mon cœur reconnaissant.\nL'homme de lettres, dans sa haute signification universelle, sortira\ngrandi de cette fête des cœurs, qui est aussi celle des intelligences.\n   Au nom de la patrie littéraire, je vous salue et vous dis : merci !\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 263, "page_fin": 264, "titre_corps": "Poésie d’Émile Verhaeren", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Le Banquet Lemonnier", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "Après la lecture de cette belle page", "ancre_fin": "rameaux sur ton front", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Un fin publiciste", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 316, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1052, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "Après la lecture de cette belle page dite par le Maître d'une voix\ngrave et émue, M. Verhaeren se leva et lut les superbes vers suivants :\n\n        En Flandre, lorsqu'on a récolté le méteil,\n        Sur le dernier charroi, lourd d'épis tassés ferme,\n        Qui s'en revient, couleur de gloire et de soleil,\n        Un gars, le plus rablé parmi ceux de la ferme,\n        Reste debout, comme un vainqueur, sur la moisson ;\n        On le conduit gaiement sous les drèves superbes\n        Qui balancent, au vent du soir, leur frondaison ;\n        Les arbres font la haie au passage des gerbes ;\n        Là-bas, vers le couchant, l'horizon, rouge encor,\n        Pavoise de ses feux buisson, arbuste et plante.\n        Des javelles, ainsi que des crinières d'or,\n        Flottent sur le sommet de la meule roulante,\n        Et tout autour des blés, et devant les chevaux,\n        De jeunes paysans qu'un coup de bière enflamme\n        Chantent, marchant au pas sous l'éclair bleu des taux.\n        Et lui, le gars vainqueur, dans son bourg qui l'acclame,\n        Royalement porté sur ce grand trône roux,\n        Hautainement campé sur son œuvre agrandie,\n        Et planté dans le grain à hauteur de genoux\n        Passe levant des mains une gerbe brandie.\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 734, "texte": "                              — 264 —\n\n       Maître ! il me semble, à moi ton fervent, qu'à bon droit\n       La fête des blés murs rappelle notre fête.\n       Sur ton œuvre debout, orgueilleusement droit,\n       Tu m'apparais aussi, haut le cœur, haut la tête,\n       Toi l'âpre travailleur, l'écrivain rude et fort.\n       Ton art robuste et sain est comme un char qui bouge\n       Trainé par des bœufs noirs — et ton Mâle et ton Mort\n       Flambent dans ta moisson de cette lueur rouge\n       Qu'allume le grand style aux livres qui vivront ;\n       Et nous, nous t'acclamons comme ces gars des plaines,\n       Tandis que ton char passe et que les bras des chênes\n       Tendent d'un geste vert leurs rameaux sur ton front.\n\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 264, "page_fin": 268, "titre_corps": "Un futur prix quinquennal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Le Banquet Lemonnier", "signature_source": "Un futur prix quinquennal", "ancre_debut": "Un fin publiciste", "ancre_fin": "le prix ne fut pas décerné", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Plusieurs lettres et télégrammes", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 317, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 734, "fin_caractere_exclue": 1934, "texte": "Un fin publiciste que l'on reconnaîtra aisément s'est fait représenter\nau banquet par cette boutade en vers qu'il signe : Un futur prix quin­\nquennal.\n\n       Notre gouvernement encourage les arts,\n       C'est un fait positif. Il veut que les artistes,\n       Au lieu de s'étaler, ainsi que des lézards,\n       Dans les gazons riants ou sur les rochers tristes,\n       Etirant au soleil leurs membres paresseux,\n       Prennent gaillardement ou la brosse ou la plume,\n       Et, forgerons du Beau, de leurs bras vigoureux,\n       Martèlent sans repos l'Idéal sur l'enclume ;\n       La pensée était belle, et l'on va voir comment\n       Elle fut appliquée à la littérature.\n       Tous les cinq ans, dit-on — hâte toi lentement —\n       Un jury composé, par crainte d'imposture,\n       De gros bonnets — s'entend : de bonnets de coton — ,\n       Honnêtes, vaccinés, versés dans l'industrie,\n       Au courant des besoins moraux de la patrie,\n       Et sachant distinguer un gigot d'un mouton,\n       Grave, s'assemblera, boira de l'eau sucrée,\n       Ronflera quelquefois, sommeillera toujours,\n       Pour n'être point distrait de sa tâche sacrée,\n       Et rendra sans pâlir un arrêt sans recours.\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1948, "texte": "                       — 265 —\n\nOr, pendant ces cinq ans, les jurés devaient lire,\nEt, soit dit à leur gloire, ils en tombaient d'accord.\nIls se promettaient même, en leur noble délire,\nDe s'attaquer à tout, en dévorant d'abord\nLes écrits enfantés par notre Académie,\nLes livres couronnés, le stock officiel,\nAimant mieux être tous taxés de bonhomie\nQue de risquer d'omettre un point essentiel.\nIls s'adressèrent donc aux sphères patentées,\nAinsi qu'au ministère, hôpital des Beaux-Arts,\nTraquant avec ardeur les qualités cotées.\nMême, chez l'épicier ils firent des hasards,\nSurprirent des chefs d'œuvre aux pages non coupées,\nDont l'odeur trahissait la fraîche impression,\nQui passaient en cornets dans ses mains occupées.\nHélas ! Que de feuillets pleins d'érudition\nÉtaient ainsi partis, asiles déplorables\nD'un peu de cassonnade ou de quelques pruneaux !\nQue d'écrivains fameux, de penseurs vénérables\nAvaient dans les fruits secs rencontré leurs lombeaux !\nQue de morceaux parfaits, rayonnant de lumière,\nAvaient enveloppé des chandelles d'un sou,\nOu remplacé, peut-être en leur forme première,\nDu beurre inconscient l'humble feuille de chou !\nEt que d'autres encor, d'un style si limpide,\nNoyés dans la mélasse ou le cirage impur,\nEt que d'autres enfin, d'un esprit si candide,\nD'un ton si pénétrant, d'un jugement si sûr,\nEnvoyés sans procès — ô honte ! — à la moutarde ! !\nLa chasse, au ministère, avait beaucoup produit :\nOn avait exhumé dans certaine mansarde\nDes coffres de talents, et dans certain réduit\nDifficile à nommer, trois ou quatre génies,\nConvertis en carrés pas plus grand que la main,\nTraversés d'un crampon — c'était leurs gémonies —\nAttendaient en tremblant un piteux lendemain.\nMerci, mon Dieu, merci ! Vous voyez cette scène :\nLes membres du jury, sautant sur les carrés,\nSauvèrent leurs destins de l'auréole obscène\nDont ils appréhendaient d'être déshonorés,\n                                                          20\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1872, "texte": "                          266\n\nEt joignirent ce tas au monceau respectable\nQui, sur une charrette, était là, dans la cour.\nIl leur fallut trois ans d'un zèle véritable\nPour se mettre au courant et lire tour à tour\nTous ces livres de prix, oeuvres philosophiques,\nRecueils d'instruction, librettos d'opéra,\nLeçons d'économie et travaux historiques,\nPoèmes et pamphlets, romans, et cœtera.\nEnfin, ils virent clair dans leur docte entreprise\nEt surent leurs auteurs du premier au dernier.\nAussi ne fût-ce pas sans une âpre surprise\nQu'ils ouïrent parler d'un certain Lemonnier,\nLe soir, au cabaret. Ils prêtèrent l'oreille :\n« Auteur national ! » Les bras leur en tombaient,\nEt pour comble d'angoisse, on en disait merveille.\nLes cheveux hérissés, les jurés succombaient\nA leur émotion. Un Lemonnier, Camille,\nAuteur national ! Camille Lemonnier!\nEt nous ne connaissons même pas sa famille!..\nMais le devoir commande : allons chez l'épicier\nEt trouvons, s'il se peut, ce maudit personnage.\nIls cherchent. Boulanger, épicier, pâtissier,\nIls arpentent Bruxelles, et se mettent en nage,\nInspectent sans succès les moindres magasins.\nHors ceux des éditeurs. Ils auraient pu sans doute\nS'adresser aux passants ou même à leurs voisins,\nMais... Bref, du ministère ils reprennent la route\nEt font avec ardeur balayer le grenier,\n Révolutionnant les rats et les punaises :\nMais rien, pas de Camille et pas de Lemonnier\nJe présume qu'au fond ils en étaient bien aises ;\nCependant, par pudeur, ils lancent à Paris\nUn exprès demandant une prompte réponse.\nPuis, pour charmer l'attente ils ouvrent des paris,\nDînent, et de bon sang chacun se fait une once.\nBientôt un télégramme arrive, ainsi conçu :\n» Lemonnier, auteur belge; a fait Mâle, Belgique\n » Tour du monde, le Mort, et ccetera. Connu. »\n— J'y suis, dit. esquissant un pas chorégraphique,\nUn membre du jury : Camille Lemonnier,\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1855, "texte": "                      267\n\nAyant bouclé sa malle, a fait le tour du monde,\nMais il est mort. Voilà ce qu'on ne peut nier,\nEt le correspondant dans cette thèse abonde\nEn ajoutant : Connu. C'est : connu qu'il est mort.\nMais son et cœtera, toutefois, me chiffonne,\nEt, pour l'interpréter, il me faut un effort...\nEt cœtera... Mystère... Ah ! ah! elle est bien bonne !\nNous y voilà, messieurs ! mais oui, c'est évident,\nOn l'aura disséqué : c'est une mode en France.\nLe jury, transorté, lance un hourrah strident\nEt fait au traducteur un succès d'importance.\nEnsuite, l'on décide, à l'unanimité,\nDe ne point s'occuper de Lemonnier, Camille.\nMort, il était censé n'avoir point existé,\nEt si la chose était triste pour sa famille,\nPersonne n'ignorait que le prix quinquennal\n Etait, bien entendu, moins une récompense\nQu'un encouragement. Or, c'est un fait banal\nQue l'encouragement exige l'existence.\nUn membre du jury, qui connaissait les lois,\nInsista sur le cas de l'enfant non viable,\nQue le code déclare incapable de droits,\nEt l'argument parut à tous inébranlable.\nPendant un an encor, le docte aréopage\nCompulsa ses dossiers, sans passer un seul jour,\nSans scruter un chapitre ou même une humble page.\nMais tous ces rossignols — soit dit sans calembour —\nExcitèrent entre eux la légitime envie\nDe concourir aussi pour le prix quinquennal,\nEt chacun résolut, en son âme ravie,\nDe se donner sa voix. Bref, au délai fatal,\nSans avoir emprunté le secours de la grâce,\nIls accouchèrent tous d'un fœtus immortel.\nOn s'assemble, on discute, au vote enfin l'on passe.\nAlors le président . « L'instant est solennel ;\n» Vous savez que l'art seul doit entrer en balance,\n» Messieurs ; donc quels que soient nos sentiments privés,\n» Jurons de n'écouter que notre conscience\n» Et de sacrifier les auteurs arrivés\n» Si, dans quelqu'inconnu nous trouvons des mérites.\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 867, "texte": "                                — 268 —\n\n         » Plus l'effort sera grand, plus nous aurons d'honneur\n         » A nous émanciper de nos sévères rites.\n         » Ainsi, c'est entendu : pas de tour de faveur.\n         » Une fois par hasard, ce n'est pas bien terrible,\n         » Et le gouvernement ne nous en voudra pas! »\n        On applaudit en chœur, on jure sur la Bible,\n        Et bien haut, mais on fait des réserves tout bas.\n        Les billets sont écrits, déposés dans la boîte,\n        Brouillés, décachetés... Le président pâlit,\n        Il se pince la lèvre et d'une sueur moite\n        Son front se couvre. Enfin, d'une voix morne, il lit,\n        Et le verdict allume une commune rage,\n        Car tout le monde en bloc se trouve condamné,\n        Chacun s'étant donné son unique suffrage.\n        Voilà pourquoi le prix ne fut pas décerné.\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 268, "page_fin": 268, "titre_corps": "Lettre de Léon Cladel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Le Banquet Lemonnier", "signature_source": "Léon Cladel", "ancre_debut": "Plusieurs lettres et télégrammes", "ancre_fin": "LÉON CLADEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Mon cher confrère", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 321, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 867, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "Plusieurs lettres et télégrammes sont arrivés pendant le banquet.\n Nous citerons entre autres les deux missives suivantes, celle de Léon\n Cladel adressée à Camille Lemonnier et celle d'Emile Zola adressée au\n secrétaire de la manifestation :\n    Voici ces lettres :\n     « Cher ami, que je regrette de ne pouvoir être des vôtres dimanche!\n S'il m'avait été permis d'assister à la fête, je vous aurais toasté à peu\nprès en ces termes : Je bois à Camille Lemonnier, l'honneur des lettres\nfrançaises en Belgique ; cette expression est de moi ; je la revendique ;\non a dit des peuples qu'ils ont le gouvernement qu'ils méritent ; per­\nmettez-moi d'ajouter qu'ils possèdent aussi la langue dont ils sont\ndignes. Or, celui que vous honorez aujourd'hui s'exprime dans la\nlangue la plus souple du monde, témoin Voltaire; la plus cordiale,\ntémoin Alfred de Musset; la plus subtile, témoin Baudelaire; et sinon\nla plus puissante, du moins la plus picturale, témoin Hugo.\n    Gaulois du Sud-Ouest, je bois à mon confrère et ami Gaulois du\nNord- Ouest de la France. Vivent les Lettres Françaises ! et que dans la\nRépublique des Lettres, il y ait des rivaux, mais non pas d'ennemis ! tel\nest mon souhait. »\n                                                   LÉON   CLADEL.\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 268, "page_fin": 269, "titre_corps": "Lettre d’Émile Zola", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Le Banquet Lemonnier", "signature_source": "Émile Zola", "ancre_debut": "Mon cher confrère", "ancre_fin": "EMILE ZOLA", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Nous remercions", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 321, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 2138, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "Mon cher confrère,\n  \" J'aurais été très heureux de témoigner publiquement à Camille\nLemonnier ma vive sympathie littéraire. Cependant, j'avoue que\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 660, "texte": "                                    — 269 —\n\n j'aurais peut-être hésité à le faire dans la circonstance présente. T o u t e\n ma vie j'ai protesté contre les prix littéraires.\n    On n'a pas couronné Lemonnier. Eh bien! tant mieux pour lui; je\n l'estime heureux d'avoir échapqé à l'estampille gouvernementale, voilà\n tout. Pourquoi donc vous ètes-vous révoltés et avez-vous manifesté,\n lorsque l'honneur de votre ami est de rester à l'écart, original et fort?\n    Dites-lui que je lui envoie une chaude poignée de main quand même,\n et croyez-moi votre bien dévoué confrère. »\n                                                              EMILE    ZOLA.\n\n\n\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 269, "page_fin": 270, "titre_corps": "Remerciements à la presse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Le Banquet Lemonnier", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "Nous remercions", "ancre_fin": "La Jeune Belgique", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "OCTAVE PIRMEZ", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 322, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 660, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "Nous remercions au nom de Camille Lemonnier et au nom de la\n Jeune Belgique tous les journaux et toutes les revues qui se sont unis à\n nous dans cette glorieuse fête.\n    On le verra par la liste que nous publions, les principaux organes\n étaient représentés : L'Etoile belge, la Chronique, l'Indépendance,      Gil\nBlas, la Revue Moderne, le Précurseur. l'Art Moderne, le Journal des\n Gens de Lettres, la Revue artistique, le Correspondant belge, le Jour­\nnal du Dimanche (et le Caveau), la Fédération Artistique,         le Voltaire,\nla Revue Contemporaine,         l'Essai littéraire, le Journal de Liége,\nl'Office de Publicité, le Figaro, l'Echo du Parlement       etc..    et enfin\nla Jeune     Belgique.\n   Rappellerai-je la façon hardie dont tous ont empoigné le taureau'?\n Flor O' Squarr (Perkéo) disant dans le Figaro que « les subsides sont\n » partagés d'une façon très régulière entre quelques privilégiés qui\n» vivent tranquillement dans les fromages officiels et dont les livres,\n» imprimés aux frais de l'Etat, vont moisir dans les greniers des minis­\ntères » ; et plus loin : « Lemonnier est de ceux qui doivent donner des\nprix et n'en pas accepter. »\n   Voici Eekhoud, dans le Précurseur         .\n   « Des partisans du laisser faire et du déshonorant statu quo, des gens que\n» le réveil éclatant auquel ils assistent horripile, à la façon des hiboux con­\n  trariés par l'aube, ont déjà prononcé ce mot : coterie !\n   « Coterie ! Vraiment on est bien venu de nous la jeter à la face, après tou\n» ce qui s'est passé dans notre heureux pays depuis 1830.\n   « Coterie ! Peut-être parce que, las d'une situation intolérable, tous les jeunes\n» talents, — et les plus dissemblables — se sont rapprochés ponr se réunir\n» autour des seuls vrais écrivains qu'ait possédés la Belgique. Coterie ! Parce\n» que nous nous proposons comme idéal la séparation radicale de l'Art et de\n» l'Etat! Coterie ! Parce que lorsque nous reconnaissons la valeur d'une œuvre,\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1656, "texte": "                                —    270    —\n\n» nous avons la franchise de dire notre pensée sans réticences et même de\n» l'écrire, différant en cela de certains cuistres à qui leur conviction des\n» mérites d'un confrère inspire le dénigrement systématique, la mauvaise foi.\n» Coterie ! Parce que vos génies couronnés ne parviennent pas à nous en\n» imposer. Coterie! Parce qu'entre le grand public et nous, c'est tout au plus\n» si nous admettrions le jugement de nos pairs, les vrais artistes, les litté­\n   rateurs pour du bon, et que nous n'avons jamais reconnu la compétence ou\n» gueuse l'encens de gens sans doute fort tionorables, mais recrutés, un peu à\n» la façon des jurys de cours d'assises, dans toutes les professions. Coterie\n» enfin, parce que nous voulons une littérature émanant du génie du terroir,\n» une littérature patriale plutôt que patriotique, une littérature qui soit de\n» notre cru et non pas de celui du voisin; une littérature franche, colorée,\n» vigoureuse et grasse comme le bel art flamand de nos peintres ; une litté-\n» rature qui fera bondir Prud'homme et se signer Tartuffe, mais que goûteront\n» les vrais fils de la mère Flandre, aussi peu suspects de bêtise que d'hypo-\n» crisie, n'est-ce pas Tyl Uilenspiegel, n'est-ce pas, cher et grand De Costerï\n    « Oui, alors, coterie nous sommes, c'est bien une coterie qui acclamera\n » Camille Lemonnier, en ce banquet de l'art libre. »\n\n                                      *\n\n  T o u s ont donné, vigoureusement, de conviction et d'indignation ;\nnous ne l'oublierons jamais.\n                                              La Jeune    Belgique.\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 270, "page_fin": 270, "titre_corps": "Octave Pirmez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "OCTAVE PIRMEZ", "ancre_fin": "dans notre prochain numéro", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Société des Aquarellistes", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 323, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1656, "fin_caractere_exclue": 1976, "texte": "OCTAVE         PIRMEZ.\n\n   Octave Pirmez, l'auteur des Feuillées (1861), des Jours de Solitude\n (1869), des Heures    de philosophie   ( 1 8 7 3 ) , de Rémo (1880), est\n mort le 1er mai 1883 au château d'Acoz, à l'âge de cinquante-un ans.\n Georges Rodenbach lui consacrera une étude dans notre prochain\n numéro.\n\n\n\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 270, "page_fin": 270, "titre_corps": "La Société des Aquarellistes et des Aquafortistes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La Société des Aquarellistes", "ancre_fin": "Exposition de l Atelier Portaels", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 323, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1976, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "La Société des Aquarellistes et des Aquafortistes n'ayant pas jugé bon\n d'inviter la Jeune Belgique à son exposition, nous nous abstiendrons\n d'en parler. 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Vous avez\n   eu raison de voter pour M. Vautier. Un Mâle n'est que de la littérature\n   de gazette à côté du Crime du Substitut, c'est lumineux ; et votre sens\n   littéraire ne vous a pas trompé, maître ! N'est-ce point vous qui, à la\n   Société littéraire de Louvain, disiez : « je n'admets pas Monsieur\n., Baudelaire. » Vous vouliez être à la hauteur de M. de Ribeaucourt\n   qui disait de Victor Hugo: « Cet individu. » Vous êtes très fort, Mon­\n   sieur de Monge, mais quant à vous éreinter, allons donc ! Est-ce\n   qu'on attaque ce qui n'existe pas? Vous et la littérature moderne,\n   voyons, est-ce que cela peut se comprendre? Misère! c'est absolument\n   comme une colone Rambuteau qui voudrait parler de la colonne Ven­\n   dôme !\n                                                               J. B.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 271, "page_fin": 275, "titre_corps": "Exposition des aquarellistes", "titre_sommaire": "L’Exposition des aquarellistes", "rubrique": "", "signature_source": "C. 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Toute la malice\ndu monde ne suffit pas, en effet, à regarder avec droiture au fond des choses :\nau contraire, elle détourne l'esprit des contemplations naïves qui alimentent\nl'art sincère. On en a la preuve chaque fois qu'on se retrouve en présence de\nces Italiens mignards, tellement attachés à la mécanique extérieure qu'ils en\noublient le fond et la conception générale. Cabianca, Carlandi. Maccari,\nTarenghi, Cipriani et les autres imitateurs souvent maladroits de Fortuny,\nqui, du moins, dans ses fouillis de touches minuscules, brouillées comme\nles visions d'un kaléidoscope, jetait le frisson et le tourbillon de la vie, appli­\nquent à la notation du détail des yeux d'horloger regardant à travers une loupe.\nQuelquefois, cependant, un des leurs, d'un œil plus sublil que les autres,\nparvient à fixer la noble harmonie des choses dans la lumière. Baccialelli,\npar exemple, dans deux vues de Venise, détaille les dilicates ciselures de ses\narchitectures avec une préciosité qui se rachète par la fondante atmosphère\ndans laquelle il les entoure. Encore sa facture, guillochée et paillletée, est-elle\nloin d'atteindre l'effet des aquarelles de M me Montalba, une main légère\net qui néanmoins sait appuyer tout juste assez pour donner la vision des\nchoses. Avec ses eaux mortes, roulant sous la voûte des ponts leur noir flot\n huileux, égratigné de raies claires, son Canal à Venise, bordé de façades\n niellées comme des orfèvreries, prolonge dans le songe et le silence une per­\nspective mystérieuse, bien faite pour éveiller les conjectures. Mais peut-être\n cette page, qui est la plus admirée de celles qu'a envoyées l'artiste, trahit-elle\n dans le faire des ambitions un peu trop sérieuses pour le pimpant esprit de\n l'aquarelle. Le Printemps, un autre souvenir de Venise, dans sa pousse tur­\n bulente de jeunes feuilles, et sa pluie de fin lumière, et les Fortifi­\n cations au Lido, un coin perdu des remparts, avec son arbre ébranché émergeant\n des lignes brusquées du sol et silhouetté sur les pâleurs hivernales du ciel,\n ont une grâce plus déliée, qui, à moins de frais, me charme tout autant.\n   C'est pour la même raison que je prise bien haut les Boses d'automne de\nM. Ch. Hermans, un morceau gras, étoffé, solide, d'une couleur mourante\net sourde comme les vieux velours fanés, et qui dans sa chaleur refroidie de\nfloraisons poussées sous un soleil pâle, a la beauté mélancolique des choses\nsur le point de trépasser. Je ne crois pas cependant que le bouquet gagne\nbeaucoup aux coulées de matière colorante, étendues comme des taches\nde moisissure sur le papier : le ton franchement attaqué dans son plein\nparaîtra toujours préférable aux malices d'exécution. Personne plus que\nMM. Stacquet et Uytterschaut, dont les noms s'accouplent volontiers au bout\nde la plume, bien que chacun d'eux ait cecours à des moyens différents, n'a\nle don de l'exécution soutenue. Le Canal du premier, filant entre les petites\nmaisons pignonnantes des rives sa glace grise où s'immobilisent des bateaux\naux rechampis crus, dégage une impression de tristesse douce et persistante;\nau contraire, le Matin à Heyst, tout baigné de fluides adamantins, dans sa\nfine poussière de pastel, s'emplit des gaîtés d'un matin d'été, exquisement\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "                                   — 273 —\n\nrendu. C'est bien là de l'aquarelle dans toute sa spontanéité fraîche et sans\nrepentirs. De même, chez M. Uytterschaut, le charme de la Vue prise à\nBouillon, un paysage de verts lustrés, glacés d'une patne dorée, avec des\nclartés moites, une chaleur de jour scintillante et perlée, résulte de la limpidité\nde l'atmosphère et de la grâce de l'interprétation.\n   M. Binjé, lui aussi, a le secret des poésies expressives : sa Soirée d'hiver,\ndans ses grises estompes crépusculaires, piquetées par le jaune éclair d'un\nréverbère de banlieue et accordées aux blancs rompus de la neige, éveille\ndes sensations de nature. Elles ne son pas moins irrésistibles chez\nM. Goethals, qui cette fois, a mis son intense pénétration des intimités\nrustiques dans un Effet de neige, empreint des placidités de la campagne\nhollandaise. Il y a longtemps que je loue cet art simple, grave, sincère, dans\nlequel s'exprime un esprit attentif, détaché plus qu'aucun autre de toute imi­\ntation. N'est-ce pas là aussi ce qui fait l'attrait des aquarelles de M. Mauve,\ndans leur mélancolie de nature, si loin de toute virtuosité? La Vente de bois,\nune clairière décimée, toute nue sous le pâle jour d'hiver, s'emplit des plaintes\ndu vent, dans une solitude que rend plus sensible encore le petit groupe des\nmarchands, autour du notaire en habit noir.\n   J'aime beaucoup le talent de M. Mesdag; mais, malgré de jolies valeurs\ndans le ciel, l'Entrée des bateaux de pêche, d'un aspect fatigué et froid, me\nplait moins que d'habitude; et dans les deux aquarelles de M. J. Maris, bavo­\nchées, décousues et gauches, je trouve quelque chose d'une lassitude semblable;\nMM. Neuhuys et Blommers en revanche, avec une sympathie égale pour le détail\ndes existences humbles, s'apparient dans le goût et la volonté d'une exécution\nhonnête et tranquille, qui ne connait pas les défaillances. Un même scrupule\nse remarque dans les paysanneries de M. Claus, encadrées de verdures claires\noù des saules mêlent leurs touffes ébouriffées. Cependant l'idylle à laquelle se\ncomplait habituellement l'artiste anversois, semble lui avoir moins réussi, cette\nfois, qu'une scène empruntée à l'industrie rustique : les petites figures des\n Trieurs de tabac en Westphalie se détachent en postures très nettes sur un fond\nmordoré, dans le coup de lumière tombé d'une échappée de ciel. C'est à coup sûr\nune des perles de l'exposition. J'estime encore la justesse du mouvement, l'aisance\nla composition et les adresses de la technique dans les deux scènes militaires\nde M. Alf. Hubert: l'aquarelle, sous ses lestes pinceaux, garde un air délibéré\nde croquis qui s'allie heureusement au tour nerveux de son dessin. Rarement,\nd'ailleurs, l'excellent artiste a montré plus de savoir-faire et d'esprit que dans\nl'ordonnance de son Rendez-Vous de chasse, un difficile travail qui pour lu\nse doublait de toutes sortes de difficultés. Ce n'était pas tout, en effet, que de\nfaire ressemblants les cavaliers et leurs montures, les uns et les autres de race:\nil fallait encore observer les distances, marquer les hiérarchies, tenir compte\nde la personne royale mêlée à la scène, avec des conditions intransgressibles d'en­\ntourage. Aucune hésitation ne s'aperçoit pourtant dans ce grand paysage d'au­\ntomne, taillé au rouge carrefour des bois, avec son train d'équipages, ses\naristocraties de bêtes, le fourmillement écarlate de ses habits piqués sur les fonds.\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3330, "texte": "                                  —    274   —\n\n   M. Hennebicq, lui, apporte dans le maniement de la couleur à l'eau la solidité\ndes pratiques en pleine pâte. Avec sa chemise aux blancs écrus. rompus de\ngris sur un fond de boiseries brunes, l'homme qui, dans la Toilette, se fait la\nbarbe devant un miroir où se reflète son jaune museau plaqué de reflets clairs,\nrappelle la patine chaude et le faire appuyé des Braekeleer. Il nous était\nréservé, d'ailleurs, de voir le peintre se révéler dans un genre inhabituel: son\nEclaircie, une crevée de jour baillant sur une coupe de bois, a l'accent d'un\nbon paysage terminé sur nature.\n   Trois notes de M. Eugène Smits, dans ces harmonies de ton effacées et\nsourdes qu'il module en musicien de la couleur, deux études de femmes de\nM. Camille Van Camp, s'enlevant dans une clarté laiteuse en chairs grasse­\nment tournantes, quelques vives pochades de ces joyeux compères, David et\nPierre Oyens, et surtout les envois de MM. Mellery et Constant Meunier\ncomplètent l'exposition de cette année.\n   On connaissait par les reproductions du Tour du monde, la Ronde d'enfants\net le Pèlerinage à Hal du viril et scrupuleux artiste qui a nom Mellery. Le\ngraveur, cependant, n'avait qu'imparfaitement rendu l'intense et pénétrante\nsimplicité du dessin original; et c'est l'aquarelle qui nous la rend aujourd'hui.\nDéployée dans la verdure d'un pré, une ronde de fillettes remplit le\npaysage de ses visages clairs comme des lunes. Une atmosphère d'après-midi,\nvoilée de sourdines grises, enveloppe cette fraîche idylle, lui communiquant\nquelque chose de la douceur d'une ballade d'enfants. Et dans la reculée,\nd'autres fillettes se tiennent par les mains, dansant aussi ; et toutes pen­\nchées du même côté, comme des arbustes sur lesquels souffle le vent. Le\ncharme, ici, résulte non des subtilités de l'exécution, mais d'une émotion\nrépandue dans les choses, d'une certaine beauté mystérieuse flottante par l'air,\nde la grâce naive des figures, pareilles à de grandes poupées bariolées. Le\nPèlerinage Hal, dans un autre ordre d'idées, dégage une impression aussi\nprofonde. Des éclopés, des paralytiques, des souffrants se pressent devant un\nChrist assis sur des rocailles, avec son corps demi nu et donnant la sensation\nde la chair humaine étalée. Et tout près, la sombre église dresse ses contre­\nforts puissants, dont l'ombre se projette sur le groupe, ajoutant encore à ses\nmélancolies. Ceci touche aux blessures même de l'être; on croit entendre, on\nentend vraiment la plainte de cette humanité désolée ; et les têtes à elles seules,\n labourées par le mal, sont un chef-d'œuvre d'observation douloureuse.\n   M. Constant Meunier, lui, après une absence de plusieurs mois, nous\nréapparaît brusquement dans une peau bronzée d'espagnol. Rassurez-vous : la\nclassique contrée des seguedilles n'a rien entamé de sa robuste personnalité;\net ce n'est pas par un cliquetis de castagnettes qu'il signale son retour. Ses\nquatre aquarelles ont une beauté rude, dans leur lumière violente et leur sévé­\nrité de lignes ; quelque chose de l'Espagnolet semble à travers le temps se\nrefléter dans le Choeur de la Cathédrale, embrasé à la splendeur rouge des\ncierges, comme un lointain brasier sur lequel se silhouettent d'énigmatiques\nfigures de mendiants accroupis. Et une émotion réfléchie, concentrée, perce\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 543, "texte": "                                  — 275 —\n\ndans cette vision d'une Espagne dévorée par son paupérisme et bêtifiée par ses\nprêtres. — Pareillement, le Prêtre se chauffant à un brasero, avec son grand\ncorps osseux, ses longues mains plates et son teint couleur de bois, évoque\nla pensée d'une humanité brûlée par le feu intérieur. Partout, le caractère est\nmarqué largement avec une fermeté de style et une solidité d'effets que l'artiste\na rarement égalées.\n                                                              C. L.\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 275, "page_fin": 278, "titre_corps": "Le Prix quinquennal à la Chambre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "LE PRIX QUINQUENNAL", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE SALON DE PARIS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 328, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 543, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "LE PRIX QUINQUENNAL\n                          A LA CHAMBRE.\n\n\n    Elle a trouvé son écho à la Chambre des Représentants, notre pro­\ntestation, et bien qu'il soit trop tard, que désormais rien ne puisse nous\nramener à l'Etat qui n'a pas su nous comprendre, que couronnes et\nlauriers officiels ne soient, jusqu'à nouvel ordre, pour nous, que feuilles\nmortes pour engraisser les terres incultes, nous tenons à féliciter de tout\nnotre cœur M. Vanderkindere de son attitude crâne et hautaine.\n    Voici la fin de son discours, dont nous soulignons les passages les\n plus topiques :\n    « Messieurs, je ne puis me rasseoir sans ajouter quelques mots au sujet\n de la question des concours.\n    L'honorable ministre n'a pas cru pouvoir accepter la proposition que\n je lui faisais de consentir éventuellement au partage des prix. Je le\n regrette, car je pense que sa détermination est fâcheuse.\n    L'Académie des Inscriptions en France, l'Académie des sciences\n morales et politiques divisent parfaitement leur prix. Il n'y a presque\n pas d'années où l'on n'en voie des exemples. Pourquoi n'en est-il pas\n de même chez nous? N'est-il pas possible que dans une période quin­\n quennale il se trouve un ouvrage qui prime absolument tous les autres?\n Dans ce cas-là, s'il y a deux ou trois ouvrages qui sont bons, pourquoi\n  ne pas les couronner tous les trois, pourquoi ne pas accorder à chacun\n le tiers de la somme qui devrait être donnée à un seul?\n    Je crois que la manière actuelle de procéder est d'autant plus regrettable\n  qu'elle tend à inspirer au jury lui-même une fausse idée de sa mission.\n  Le jury croit devoir fixer une chose sacrée,à laquelle il sera très difficile\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "                                  — 276 —\n\nde parvenir ; il est généralement convaincu qu'il communique au lauréat\nun certain caractère officiel.\n    Nous avons encore eu, dans ces derniers temps, un exemple de cette\n manière de procéder. Je n'entends certes pas critiquer les décisions d'un\njury. Le jury est omnipotent et je respecte sa manière de voir ; mais il\nest permis de chercher à expliquera interpréter une décision. Pourquoi\nle dernier concours de littérature n'a-t-il pas abouti ?\n    Evidemment parce que la majorité du jury a pensé que l'œuvre distin­\nguée à laquelle on proposait de décerner la récompense, n'avait pas un\ncaractère assez académique. Le jury a craint, non de compromettre sa\ndignité, mais de compromettre le gouvernement en couronnant un écrit\nqui s'écartait trop de saintes traditions de la littérature officielle. A mes\nyeux, cette préoccupation est fâcheuse. Nous n'avons pas à nous inquiéter\nde savoir à quelle école appartient un écrivain de talent. Qu'il ait du\ntalent, voilà le principal.\n    Si j'avais l'honneur de faire partie du jury chargé de décerner le prix de\nphilosophie, je couronnerais une œuvre de mérite, qu'elle fût matérialiste,\npositiviste ou spiritualiste. Pareillement, qu'un romancier, qu'un poète\nse rattache à l'école naturaliste, réaliste ou classique, on n'a point à s'en\ninquiéter, et nous ne sommes pas, je l'espère, assez faibles pour nous\nlaisser effaroucher par des mots.\n    J'arrive, messieurs, à ma conclusion. Le gouvernement donne des sub­\nsides depuis cinquante ans ; ces subsides ont-ils produit une œuvre vrai­\nment forte ? ' Ont-ils suscité une littérature ? Ils sont demeurés\nstériles.\n    Aujourd'hui, nous voyons dans la jeunesse une sorte de réveil littéraire ;\nily a un effort sincère. Cet effort aboutira-t-il ? Mérite-t-il ou non des\nencouragements ? Peu importe. Ce que je veux constater, c'est qu'il se\nproduit en dehors des sphères officielles, sans le concours du gouverne­\nment, je dirai même EN DÉPIT de l'action du gouvernement.\n    N'est-ce pas là une leçon? N'est-ce pas une confirmation expérimentale .\nde la thèse que j'ai voulu soutenir ?\n    Qu'on me permette de le répéter, j'attache un prix énorme aux œuvres\nde l'intelligence, mais je vois qu'elles ne prospèrent que par la liberté. La\nprotection les énerve, la protection ne favorise que le parasitisme\nlittéraire; c'est ce parasitisme que j'ai voulu combattre. »\n    Ereintements, roulades, dialogues des morts, etc., etc. n'ont jamais\ndit plus clairement leur fait aux deux spécimens de littérateurs\nparasitaires qui régnent, l'un à l'Office de Publicité, l'autre à la Revue\nde Belgique. Well roared, lion !\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2926, "texte": "                                 —   277   —\n\n\n\n     Puisque j'ai prononcé le nom de l'Office de Publicité, ne signa­\n lerai-je pas l'étonnant et stupéfiant article signé L. H. qui y a paru\n dimanche dernier sous ce titre : Le patronage des arts et lettres, article\n dans lequel M. Hymans s'insurge contre la séparation que nous\n demandons, de l'Art et de l'Etat, et réclame la protection officielle.\n    Cet article, dans lequel se glissent naturellement quelques aimables\n plaisanteries à l'adresse de notre jeune école, est d'une rare naïveté,\n venant de celui qui réalise le plus parfait type de parasite littéraire qu'on\n ait jamais vu, de celui qui publie aujourd'hui même sous un titre singé\n des Français, une histoire, fort richement éditée d'ailleurs, de Bruxelles,\n livre qu'il dédie, avec la gracieuse autorisation de L. L. A. A. R R.\n Mgr le Comtesse et Madame la Comtesse de Flandre, à son altesse\n Mgr le Prince Baudouin!!!\n    Le gouvernement achètera un bon nombre d'exemplaires! et M. Hy­\n mans, qui n'est pas si bête que son journal, se dit avec une certaine\n raison que le Prince Baudouin étant destiné à régner un jour, il y a\n certain profit à se mettre dans ses bonnes grâces. M. Hymans a trouvé\n un comble: le parasitisme anticipé ! Potvin n'a jamais été jusque-là!\n    Oui, dans ses vieux jours, M. Hymans se retirera à la cour du Roi\n Baudouin qui lui donnera, avec la dernière pension alimentaire et para­\nsitaire, la place de gardien du sérail !\n    Voici un fragment facétieux de l'article de l'Office de Publicité.\n                                          *\n                                         **\n    « Il faut bien le dire, il y a chez nous une école qui s'est prescrit pour\nprogramme de déprécier tout ce qui n'a pas une tendance ou un parfum exo­\ntique. Cette disposition regrettable se manifeste surtout dans le domaine\nlittéraire. Elle n'a d'admiration que pour ce qui vient de France ou trahit\nl'envie d'y retourner. Pour cette école il y a plus de gloire à être balancé à\nParis qu'à être loué en Belgique. — Une œuvre quelconque n'a de valeur\nqu'à la condition qu'on en parle entre le boulevard Montmartre et la Made­\nleine. De plates imitations de piètres écrivains, dont on glose dans les bras­\nseries parisiennes, sont portées aux nues — par ceux qui les font. — L'on\ntravaille à faire passer pour original ce qui n'est en définitive que la copie\ninforme des chefs-d'œuvre en renom sur les bords fleuris de la Seine où l'on\nrit sous cape de cette plaisante manie de se faire passer pour ce qu'on n'est\npas. Des gens qui ont crié sur les toits pendant trente ans qu'il n'y avait pas\nde littérature en Belgique, proclament aujourd'hui à son de trompe qu'une\nlittérature nous est née parce qu'on a fondé à Bruxelles des succursales de\nprose et de poésie qui n'ont de belge que le nom de l'imprimeur. — Cela\ns'appelle un mouvement, et au fond de leur âme ceux qui le fabriquent n'ont\n"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 584, "texte": "                                — 278 —\n\npas d'autre idéal que de le transporter au delà des frontières. — Regrettables\nillusions ! Beaucoup de talent dépensé en pure perte en vue d'une chimère ! »\n   Cela était écrit le jour où plus de deux cents artistes acclamaient\nglorieusement avec Camille Lemonnier, notre jeune école. Franche­\nment M. H y m a n s a mal choisi son heure et pour se crever les yeux à\nforce de s'y fourrer les doigts, il ne ferait pas mal de le faire plus\ndiscrètement.\n                                                       MAX    WALLER.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 278, "page_fin": 286, "titre_corps": "Le Salon de Paris (premier article)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hippolyte Duvillers", "ancre_debut": "LE SALON DE PARIS", "ancre_fin": "HlPPOLYTE DUVILLERS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 331, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 584, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "LE SALON DE PARIS\n                                    1883.\n\n\n                           PREMIER ARTICLE.\n\n  Bien présomptueux qui voudrait avoir une opinion sur le Salon, un jour de\nvernissage :\n   — Un va-et-vient continuel, des rencontres, des affolés, des mécontents; et\ntoujours, devant chaque tableau, deux yeux que l'on se sent braqués dans le\ndos... ceux du peintre! — puis les élégants, les bottes-vernies, les princes\nde l'avenue de Villiers qui règnent, chacun dans sa salle respective, en con­\nquérants. Enfin le fameux Tout-Paris des deux sexes ; celui qui se moque de la\npeinture comme de rien et est fait pour s'occuper d'art comme moi pour\nchanter matines; le Tout-Paris qui vient ici par devoir, qui se dévoue, et fait\nsonger à cette tant spirituelle boutade des Goncourt : « Ce qui entend le plus\nde bêtises dans le monde est peut-être un tableau de Musée. »\n   — A h ! c'est vous... je quitte B . . . avez-vous vu X?...\n   — Oui... là-bas... voyez, il cause avec Y...\n   — Adieu!\n   Puis c'est un jargon tout spécial, celui des critiques: — C'est très fait.\n— C'est honnête. — C'est exécuté. — C'est amusant. — C'est voulu. — C'est\nagréable. — C'est peint dans la pâte. — Ça crie. — Bonne indication. —\nC'est insuffisant. — Peinture solide. — C'est dans le sucre. — Ca se tient.\n— Comme ça s'est apaisé... »\n   A la besogne donc, et allons à la découverte au milieu de deux mille quatre\ncents toiles !\n                                       *\n                                      **\n   Peindre une femme nue est une chose grave, et celui qui s'y décide sans\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3302, "texte": "                                   — 279 —\n\ninquiétude, sans émotion, n'est qu'un étourdi qui fera de la vilaine besogne.\nAvant d'oser caresser sur la toile la forme féminine, l'éternel poème d'amour,\nil faut être sûr d'avoir en soi une valable somme de poésie à pouvoir dépenser\nau profit de l'œuvre. C'est pourquoi, je le répète, peindre une nudité tout\nsimplement pour rendre très fidèlement de la chair, est un acte de mauvais\ngoût qui ne profite qu'aux collégiens et aux séminaristes. Sous ce rapport,\ndisons que le Salon de cette année n'est pas trop encombré par les banalités\nque l'on sait; — qu'il se tient même assez bien au point de vue du nu et\ncompte en ce genre quelques belles choses.\n    En première ligne vient Henner, le merveilleux maître dont on peut dire\nde lui que ses œuvres sont la plus haute expression de la poésie en art. Il\nexpose une Liseuse; — avec deux bouts de bois en croix ou le moindre os\nfrontal dans un coin de la toile, ce serait une Magdeleine. Je crois que c'était\nle premier titre que, du reste, quelques-uns de nous conservent à cette œuvre.\nJ'avais déjà vu cette toile splendide dans l'atelier du maître, où elle était\nmieux, et qu'elle semblait éclairer, emplir de son rayonnement. Henner nous\na depuis longtemps habitués aux chefs-d'œuvre, certes, mais jamais, je crois,il\nn'avait envoyé semblable merveille au salon. Aucune toile de grand maître ne\nsurpasse celle-là, et dans l'avenir elle devra trouver sa place en notre Louvre,\nau Salon-Carré, en compagnie de Giorgione, de Corrège et de Léonard.\n   Cette Liseuse, ou Magdeleine, entièrement nue, allongée sur le flanc droit\net la tête demi haute appuyée dans la main, lit, sans que le moindre voile nous\ncache une parcelle de son corps admirablement beau, que nul repentir ne\nsaurait inquiéter. Le tableau est éclairé de face, et jamais Henner n'a su\nenvelopper un corps d'une lumière plus caressante, ni donner à la chair plus\nde finesse et de fraîcheur. Quelles que soient tes pensées et la pureté de ton\nâme, ô Liseuse ! maîtresse imperfectible de l'homme-dieu ! c'est par ta seule\nbeauté charnelle, idéale et divinisée, que tu nous captives et nous ravis ! Avec\nHenner, l'adoration de la chair se fait chaste : il immatérialise le désir; il fait\ntenir tout l'amour dans la forme et crée la religion du Beau. Cependant il\nm'est impossible de croire qu'Henner, avant de se séparer de sa Liseuse, de sa\nMagdeleine, de cet étonnant rêve rêvé et fixé, ne se soit pas agenouillé devant\nl'œuvre qui contient de sa vie à lui, et n'ait pas, comme Pigmalion, tenté\ndans une intime caresse, d'animer sa création.\n   La médaille d'honneur et là, ou ce serait à la supprimer. On n'a que trop\ndifféré déjà :\n   Henner expose uneseconde toile : un portrait d'une jeune religieuse. La\nfigure d'une suavité virginale, d'une distinction délicate, s'enlève, caressée par\n des blancs qui la font valoir, sur le noir du costume. Ce fascinateur fait ce\nqu'il veut avec son pinceau, c'est le thaumaturge de la peinture.\n   De mes confrères, qui cependant aiment Henner, lui reprochent ce qu'ils\nappellent son manque d'imagination. Est-ce sérieux ? — en ce cas pardonnez-\nlui, ô mes frères, puisque chaque redite est un nouveau chef-d'œuvre; — et\nsi vous persistez, critiquez donc aussi le printemps qui à chaque nouvel an\n"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2630, "texte": "                                    —    280   —\n\n  gonfle les bourgeons de la même frondaison verte, et veuillez je vous prie\n  médire du baiser qui depuis Eve n'a pas encore varié.\n     Comme les directeurs de Revues sont féroces quand il s'agit d'admettre des\n  vers dans leurs colonnes, même mauvais, j'en vais, de vive force, passer ici\n  quelques-uns sur le Maître :\n\n              Henner est le profond poète de la chair !\n              Sous sa caresse tiède elle émane des choses\n              Et des affinités de la terre avec l'air.\n              — Sous d'inconnus baisers, ses nudités écloses :\n\n             Filles des soirs troublants, des eaux, des bois ombreux ;\n             Dans le repos sacré des chaudes solitudes\n             Endorment l'être, et font pleurer la mort des dieux\n             Dont le pinceau du Maître a su les habitudes...\n\n\n\n\n     Une des toiles capitales du Salon, et que je place directement après le chef-\n d'œuvre d'Henner, est la Danse au crépuscule de M. Feyen-Perrin. L'éminent\n portraitiste de Daudet, qui d'habitude idéalise peut-être un peu trop ses cauca-\n laises, nous donne là une belle et large page de poésie d'où se dégage un\n charme profond et pénétrant. Il s'est inspiré de ces quelques beaux vers\n d'Armand Silvestre:\n\n            Devant le flot chanteur dont l'azur clair recule\n            Vers les confins du ciel où se lève Vénus,\n            Dans l'air où la tiédeur des aromes circule.\n            Sous les frissons d'argent tombés du crépuscule,\n            Les nymphes en dansant, tordent leurs membres nus.\n\n     Le peintre a adouci le dernier vers; et, en traduisant cette superbe strophe,\n est demeuré plus rêveur que faune, plus virgilien qu'anacréontique. Avec\n Silvestre, les membres se tordent; sur la toile de M. Feyen-Perrin ils s'enche­\n vêtrent; et cette tant voluptueuse chaîne de chair que forment les bras des\n danseuses nues enfermerait-elle le monde, que pas un prisonnier ne tenterait\n l'évasion. Quelle grâce dans les lignes, quelle simplicité, quelle paix char­\n mante dans cette fin de jour, où le mouvement semble être un apaisement,\n comme le dernier chant d'un poème divinement charnel qui se meurt avec\nlassitude dans la moiteur du soir. Ces nymphes sont pudiques, leur nudité\nn'est pas provocatrice, leur chair a des tons fauves qui se détachent avec\ndouceur sur l'indécis des fonds vagues. Et de cette œuvre chaude, à la\nlumière éteinte, une grande mélancolie naît et nous pénètre.\n    Une autre toile, toute gaie, toute ravissante, Printemps; une jeune fille à\nla chair ensoleillée est assise dans un bois au feuillage un peu jaune ; elle\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3220, "texte": "                                    — 281 —\n\ntient, sur la seule étoffe cerise qui cache ses genoux, un nid, — un nid? on\nen ferait un avec cette vierge. M. Feyen-Perrin se montre sous deux notes\nbien différentes. Excellente exposition.\n   M. Hans Makart envoie l'Eté, une grande toile. D'un coin de parc à peine\naperçu, une pièce d'eau vient, endiguée par le marbre, fraîchir une cham­\nbre ouverte, sorte de gynécée, où les lits de repos sont perdus parmi les\nlourdes tentures de brocart et des ors éteints des piliers sculptés. Des\nfemmes aux belles chevelures ardentes, vêtues d'étoffes brodées, jouent aux\néchecs; d'autres, nues, laissent voir de belles lignes; une, superbe comme une\nCléopâtre, joue, étendue sur les coussins, avec des papillons ! C'est du nu tran­\nquille, qui n'inquiète pas le cerveau. Il v a dans tout cela une grande somp­\ntuosité de palette, une décoration très magnifique, enfin, un grand, mais très\ngracieux nonchaloir. Une réminiscence de tons Flamands, mais où Rubens\nn'a cependant rien à revendiquer.\n    — Aimé Morot. Martyre de Jésus de Nazareth. Comme autrefois le Christ\n de Bonnat, celui de M. Morat est bien fait pour épouvanter les outranciers\n du convenu. L'artiste a fait bon marché de la croix catholique bien équarrie\net consciencieusement rabotée. Deux gros troncs d'arbres forment l'instrument\n de supplice : un T brutal, rugueux, sur lequel Jésus est lié; il fout dire qu'il\n y est également cloué ce qui serait discutable au point de vue historique.\n A quand la suppression de ces clous? — Un sang descendant, accumulé, d'un\n violet noir, gonfle les jambes écartées sur le bois. Elles sont d'un ton de chair\nqui va mourir la première. Cette portion du tableau est du plus sérieux\n réalisme. Le torse, qui est en pleine lumière et plus vivant, est un très beau\nmorceau de nu. Enfin la tête, renversée sur le bois transversal, est un peu\ntrop pensive et n'indique pas assez la souffrance. Cette critique ne s'adresse\npas au peintre dont l'œuvre est supérieurement traitée, mais à l'historien. Un\npas de plus et c'était tout à fait du Renan, peut-être plus, du Jules Soury. —\nBref, cette toile est certainement une des principales du salon et, à mon avis,\nla meilleure que jusqu'à ce jour M. Morot nous ait donnée. M. Bonnat trouve\nlà un sérieux rival qui a, lui, cettequalité que ses chairs ne sont en gros cuir.\n\n\n\n   — Une toile terrifiante, et qui est un des clous du salon, m'arrête, me\nhappe au passage : L'Alcool '. elle est signée par le délicieux fantaisiste qui, l'an\ndernier, exposait la Dame de. trèfle; Henry de Beaulieu, le peintre habituel des\ndemi-nudités entrevues en des rêves paradisiaques, des charmeuses de serpents\net des impudiques aux ibis roses. Cette toile est donc une lugubre fantaisie à\nrebours de ce fantaisiste qui n'a pas barguigné, je vous assure, pour nous\nmontrer, brossé avec une stupéfiante hardiesse, son épouvantable alcoolique\ngrandeur de nature. C'est horrible assez pour être beau. Dans une cour d'hô­\npital, contre un mur, l'homme est là sur une pierre, plutôt effondré qu'assis,\nhaillonneux et décharné. La tête tombe pesamment sur la poitrine, nue d'un\n                                                                            1\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3130, "texte": "                                   — 282 —\n\n côté, et tend de i'épaule, au cou, une peau déjà décomposée qui se plaque sur\n  la clavicule en saillie. C'est sinistre ! — La chair a des teintes verdâtres de\n  charogne, et pourtant il v a encore un souffle de vie dans ce reste d'être qui\n  va finir; mais c'est l'insensibilité, la fin..., plus rien, c'est l'hébétude,\n l'homme vidé! l'alcoolisme à son dernier période; « période de dissection.»\n comme on dit à l'hôpital. — La bouche s'est ouverte, la dernière lueur d'intel­\n ligence est partie, ce qui reste ne compte plus... c'est la loque humaine ! —\n Quand on ose il ne faut pas oser à demi ; M. de Beaulieu l'a compris ; il a été\n très crâne.\n     — Jean-Paul Laurens. Un robuste maître qui ne nous a pas gâté cette\nannée. Deux petites toiles dont une : Le pape et /'inquisiteur qui est bien dans\nsa facture, hardie de dessin et de coloris; — belles oppositions de rouges dans\nces robes de prêtres; têtes très étudiées, énergiquement rendues ; on sent bien\nque l'inquisiteur à la face cruelle, ravagée, est le vrai maître de ce pape débon­\nnaire qui l'écoute lire je ne sais quel décret sanguinaire. — L'autre toile est\nune carte de visite : de hautes murailles rouges, briqueteuses, celles du Saint-\nOffice, dressent leurs masses sinistres ; au bas, une femme tout encapuchonnée\nprie à genoux dans l'herbe. Prière perdue !\n    Pour me refaire, en sortant du Salon, je suis, pour la vingtième fois, entré\nau Panthéon admirer l'œuvre sans égale de Jean-Paul Laurens.\n\n\n\n   Une réaction paraît se produire en faveur de M. Bouguereau. Nous avouons\n ne pas être disposé à emboîter le pas, quoiqu'il devienne de plus en plus dif­\nficile de faire une critique sur un homme qu'il est aujourd'hui presque bour­\ngeois de tomber ; et cependant que faire ? — dire la vérité. — Peut-être serait-il\nmieux de ne plus souffler mot de ce non-peintre, et, comme à César sa monnaie,\nde laisser à la chromo-lithographie ce qui lui revient de droit. M. Bouguereau\nest exactement à l'art pictural ce qu'était Scribe à la poésie, il a le don.. de\nne pas peindre. — En réalité il n'existe qu'une toile de M. Bouguereau et c'est\nassez; c'est de la peinture inamovible qui doit coûter peu de frais de modèles à\nson auteur ; la même cire de vitrine de modiste ou de coiffeur figure périodi­\nquement Vénus ou Marie, l'Aurore ou la Nuit, c'est au choix. Les boyards et\nles yankees (ours et steamers, bono et beautiful) se pâment là devant; grand\nbien leur fasse ! Un simple avis : avant d'empiéter un Bouguereau, prière de\ns'assurer si on ne l'a déjà.\n   La peinture de M. Bouguereau n'a même pas l'excusable qualité d'être mau­\nvaise ; elle est lassante, c'est un somnifère. Il n'y a rien là-dedans, pas même\nun petit défaut; c'est l'exagération de la banalité, c'est moins original qu'une\nimage d'Epinal; pas l'ombre d'un sentiment, c'est de la mythologie d'école\nprimaire de la religion de catéchisme et de l'allégorie surannée. Ses nudités,...\nquel mauvais repas pour des sangsues ! toutes en porcelaine de Sèvres, prendre\nbien garde â la casse. Il ne comprend l'Olympe que le ménage très bien fait;\n"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3144, "texte": "                                   — 283 —\n\n ses dieux et ses déesses ont élu domicile au Marais et flanquent incontinent la\n femme de service à la porte pour le moindre grain de poussière qui traîne sur\n un nuage. Ses tritons sont frisés, ses amours gonflés, ses vierges pommadées.\n Je sais un mien ami, très dilettante, qui se fâche tout rouge quand on dit\n Auber tout court, il exige le monsieur, Monsieur Auber ! — cette boutade peut\n s'appliquer à M. Bouguereau.\n    Ce que je reproche à son dessin c'est d'être irréprochable; à sa peinture,\n rien, elle n'est pas. Je n'ai pas la moindre animosité contre M. Bouguereau\n que je sais être un fort galant homme, je déplore seulement qu'il n'ait pas fait\n des vins, par exemple; et quant à ses tableaux, je voudrais qu'il les vendit le\n double et le triple, car ils ne coûteront jamais assez cher à ceux qui les\n achètent.\n    Les peintres élisent leur jury et M. Bouguereau est arrivé bon premier, —\n qui pourra veuille me donner la clef de ce comble. Après tout, peut-être est-il\n bon juge et bienveillant. Et maintenant, pour finir, une anecdote que nous a\ncontée Claretie ; c'est d'un joli !\n    — « Millet vivrait, disait dernièrement M. Bouguereau au fin paysagiste\n Chaigneau, et il enverrait ses tableaux au Salon... je les refuserais encore! »\nJ.-F. Millet, le peintre de l'Angelus, cet inimitable chef-d'œuvre, vous enten­\ndez ! — Eh!, bien, c'est parfaitcela, M. Bouguereau; quand on est possesseur\nd'une opinion de ce calibre, il est d'un bon citoyen de la conserver, de la\nsoigner même, et surtout pour ne pas l'amoindrir de ne la faire partager à\npersonne.\n   Les deux toiles qu'expose M. Bouguereau, salle 16, sont : N° 127. — Alma\nparens. — N° 328. — La Nuit. Je crois tout autre renseignement superflu.\n   — Vollon. —Pot-au feu. Pourde la peinture en voilà !... Faire beaucoup avec\npeu est le fait de l'art. Une marmite en fonte où le noir n'existe pas, mais seu­\nlement de beaux gris poussés au sombre; devant, un morceau de viande ; que\ndis-je, de carne, rouge, sanguinolente, sortant de l'étal du boucher et jetée là\nbrusquement. Il y a dans ce morceau, — et comme en opposition avec les\nfonds et la marmite exécutés finement, — des empâtements d'un tel relief\nqu'ils ont des ombres portées. Deux gousses d'ail sont la note fine posée\ndélicatement. Vollon est le virtuose de la nature morte. Il expose encore\n« Oiseaux du Midi » un plein panier de petits emplumés destinés à la casse­\nrole; charmantes victimes aux ventres roses et aux gorges orangées. Toile\nplus douce que la première ; mais dans tout cela un gras et une puissance de\nfacture incroyables.\n   — Dans la salle 21 — dite le dépotoir: « Deux sœurs » de M. Ch. Giron,\ntrès grande et trop grande toile à thèse, c'est-à-dire ennuyeuse. Une belle\npetite, pleine de pschutt, passe, couchée dans son landau, devant sa sœur qui\ntraîne ses mioches par la main. Question sociale, aussi intéressante qu'irré-\nsoluble, — renvoyée aux innombrables feuilles politiques qui ont pour\nmétier de paraître tous les jours pour... ne pas la résoudre.\n   M. Rochegrosse a déjà deux qualités qui sont: d'être tout jeune et d'être.\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3109, "texte": "                                   — 284 —\n\nje crois, le gendre de Banville; de plus, c'est un peintre de grand avenir. Il\nexpose: Andromaque. — Après la prise de Troie, des soldats grecs arrachent\nbrutalement l'enfant royal Astyanax des bras de sa mère. La scène se passe\nsur un escalier droit, qui monte aux remparts. Andromaque se défend déses­\npérément, en louve mère, — une odeur de sang règne dans cette toile ; ce\nn'est plus de l'épopée mais du carnage. C'est du réalisme antique. Une grande\nfougue, des défauts, des qualités; — finalement le prix du salon désigné. En\nbas de la rampe de pierre un tas de têtes coupées, du sang, des cadavres,\nl'incendie qui enfume l'atmosphère. Effet un peu théâtral, mais grande puis­\nsance de palette. M. Rochegrosse cette année me fait songer à Regnault.\n    M. Puvis de Chavannes ne sait pas voir petit. Son « Rêve.' » n'est pas heu­\nreux. L'homme qui sommeille voit passer trois poupées à treize ou à vingt-\ncinq ; le livre dit: l'Amour, la Gloire, la Richesse. — J'ignore si la Gloire et\nla Richesse ont si pauvre mine, quant à l'Amour j'affirme que non. — Le\nportait de Me C , du même maître —, car M. Puvis de Chavannes en est un —,\nest d'un sentiment pénible, mais pénétrant; et, à côté d'un autre portrait de\nMlle A. D. par Saintin, fait comprendre la différence qu'il y a entre l'Art et\nle journal de mode.\n   — M. Protais refait en petit, en grand, au matin, au soir, ses deux toiles\nconnues; Avant l'Attaque et Après le Combat. — « Marche » c'est-à-dire un\ndétachement en route à la nuit tombante, est une note douce, mais trop\néditée. Néanmoins, c'est bien.\n   — Dans le salon d'entrée, M. Lançon, le graveur émérite, expose: le Lion\namoureux. Rien d'allégorique, je vous assure. Sur le premier plan d'un site\ntrès sauvage, mais qui n'est qu'un paysage de fond sombre et vigoureusement\npeint, un lion et sa belle s'ébattent, intimement. La lionne est supérieure­\nment faite; d'une patte jetée sur le front du grand félin, elle l'agace galamment.\n Le roi de l'Atlas, ou d'ailleurs, fait un peu trop son œil de carpe pâmée.\n M. Lançon a un talent plein de robustesse, mais c'est de la peinture sculptée,\nun tant soit peu dure. Le peintre a bien la science de la structure et de la\ncalinerie des grands fauves. En somme, des amoureux qu'il serait imprudent\n de déranger.\n    — M. Lehoux. — ancien prix du salon, voyage à Rome. — « Berger\nétouffant un lion » — ça n'est pas si difficile qu'on pourrait le penser. Le\nberger en grinçant des dents comme un sauvage de la foire qui mâche du\nverre pilé, étouffe la bête, plate comme punaise, et qui baille aux étoiles. Je\nvoudrais savoir ce qu'en pensent le lion et la lionne de M. L a n ç o n ? — Si\n M. Lehoux n'a pas fait un pari c'est que cette toile a été commandée par\n Bidel.\n    — M. Ch. Voillemot : « Le rappel des amoureux » — Rien du jardin\n d'amour de Watteau, qui peut dormir tranquille. Costumes très frais.\n Soieries du Louvre (grand magasins).\n    — Jean Desbrosses expose deux excellents paysages. L'an dernier, ce\n vaillant élève du regretté Chintreuil obtenait une 3e médaille; cette année, la\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3323, "texte": "                                    — 285 —\n\nseconde me semble aussi méritée que certaine. Le bout du lac d'Annecy est\nbien dans sa manière osée et vraie; le lac, sous un ciel tranquille, dort paisi­\n blement dans les fonds. Le tableau est coupé par une ligne de forêt d'un\nvert sombre, en opposition avec une prairie de premier plan d'un ton plus\njeune. C'est un vrai Desbrosses, plein de qualités. — L'autre toile : Le val de\nPralognan, est une vue prise en Savoie. La vallée est envahie par de nua­\ngeuses vapeurs grises du plus bel effet. Le Gave coule au milieu, rocailleux,\nfuyant, assombri dans un lointain très étudié. Jean Desbrosses est un peintre,\nqui dit toute la vérité !\n   — Même salle : un très vigoureux paysage de Karl Daubigny : Le Trépor\ndont nous reparlerons, et un autre, Etang de Rochefort-en-Terre par M. C. Du­\nfour qui est dans un ton très chaud et mérite d'être remarqué par le jury.\n   — M. Stott. — Quelle exquise distinction il y a dans la peinture de ce fils\nd'Albion ! Quelle délicatesse de sentiment ! —• On se souvient du succès qu'ont\neu l'an dernier ses deux toiles ; celle de cette année « Ronde d'enfants » se\ntient à leur hauteur. C'est une mélancolique fin de journée que seules les plages\nconnaissent; six fillettes tournent en rond sur le sable mouillé, et leurs jambes\nmaigrelettes se reflètent dans une flaque d'eau. Des fonds d'un rose incolore\ns'éteignent sur la ligne lointaine et gris-bleuâtre de la mer retirée. Il y a des\ntons innommables dans cette peinture qui a des raffinements inouis de finesse.\n— Une autre toile: l'Atelier du grand-père est plus dans le clair obscur. Une\npetite fille au profil ravissant joue, sur l'établi, avec les outils de l'aïeul qui la\nregarde, pensif, attendri. — Une note très douce, et des copeaux qui sont\nfaits ! — M. Stott en est à sa 3° médaille, or, (puisque médaille il y a, ce qui\n ne signifie rien), c'est simplement ridicule.\n   — M. Renouf. — Ce peintre d'un incontestable talent, et envers lequel la\ncritique ne doit pas le prendre de trop haut, avait l'habitude d'enserrer son\nsujet dans un cadre un peu restreint en raison de sa valeur ; ne tombe-t-il pas\ncette année dans l'excès contraire ? Son grand tableau : « Le Pilote » est barré\nhorizontalement par trois gigantesques vagues que coupe hardiment la barque\nmontée par trois intrépides rameurs et par le pilote qui godille à l'arrière.\nCes braves, giflés par la mousse d'eau, gouvernent droit au bâtiment aperçu.\nC'est l'océan menaçant, terrible, gros vert — bouteille, — c'est aussi la bra­\nvoure muette, ignorée; le dévouement obscur de l'homme de la mer, simple\net grand ! — Beaucoup de caractère dans les physionomies avec une grande\nlargeur d'exécution. - Une autre petite toile, dans le genre de Jules Breton,\nest tout à fait remarquable. C'est une tête de jeune paysanne; d'un beau\nmodelé, d'une agréable transparence de chair, et qui se détache avec fraîcheur\nsur des fonds d'un vert jaune.\n   — M. Sargent est comme M. Stott un coloriste de l'école des tons fins,\nrecherchés ; il emprunte beaucoup aux Espagnols mais en affinant. « Portraits\nd'enfants » est une toile adorable. Sur un fond très poussé au sombre, mais\nd'où tout noir est banni, deux grandes fillettes en sarreaux blancs sont\nappuyées contre un haut vase japonais qui les domine; une autre, sur le\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 433, "texte": "                                  — 286 —\n\ndevant, est assise sur le tapis et joue avec une poupée; la quatrième debout,\nest un peu raide, mais il y a dans cette toile de vrais morceaux de maître.\nC'est un peintre délicieux qui ' ravit les délicats tout en conservant la liberté\nd'allure de son maître Carolus Duran à qui il fait le plus grand honneur.\n                                                HlPPOLYTE DUVILLERS.\n\n\n\n\n       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 286, "page_fin": 288, "titre_corps": "Memento bibliographique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE", "ancre_fin": "NEMO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 339, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 433, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE\n\n   Georges Rodenbach a donné le 8 mai au Caveau veroiétois une conférence à\nnos excellents confrères de Verviers. Après avoir, avec son énergie de mouton\nenragé, flétri le scandale académique qui vient de se passer, il a lu avec son\ncharme connu, des pièces exquises extraites de son prochain volume.\nRemercions le Caveau de son initiative et de sa cordiale hospitalité, et sou­\nhaitons qu'il continue sa courageuse propagande littéraire.\n\n\n\n   Vient de paraître chez Gilon un volume de Madame Courtmans, traduit par\nJ. Elseni et F. Gueury Dambois, avec une préface de Paul Frédéricq : Tante\nSidonie.\n   Ce sont des nouvelles écrites dans un style très simple à la portée du peuple.\n                                       *\n                                       **\n Chez Jouaust, une plaquette élégante de M. Alexandre Huré, l'auteur de\nMarguerite, intitulée Ad Gloriam.\n  Vers délicats dans un écrin coquet.\n\n                                        *\n\n   Chez Calmann-Lévy, Plaisir d'amour par Henri Amie le subtil auteur de\nMadame de Karnel, de Renée et des Vingt-huit jours d'un réserviste\n   M. Amie, un féal de Georges Sand, a réuni dans ce volume une suite de\nnouvelles coulées dans un style élégant et poétique qui rappelle l'envolement\nrêveur de Lèlia et de Consuelo. La place nous manque pour dire tout le bien\nque nous voudrions de cet aristocratique et excellent écrivain.\n                                        *\n                                       **\n  Chez Henri Jouve, une plaquette de Blanche D. Mon: Un Réveillon, récit\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "                                   — 287 —\n\nen vers dit pour la première fois par Mlle Delphine Murât, au théâtre de Bor-\ndeaux. C'est un drame parisien, une scène de la vie de misère, qui plaira à\nceux qui déclament en public. Comme dans la Grève des Forgerons, ils y trou-\nveront les beaux effets scéniques qui font pleurer les dames.\n\n                                       # *\n\n   Chez Lucien Hochsteyn, le Candélabre, l'opérinette abracadabrante de\nThéo Hannon le vieux trousseur de calembourgs.. . et d'autre chose ; l'auteur\ndu récent volume: Au pays de Manneken-Pis ; l'éternel zwanzeur; le Can-\ndélabre n'est ni bon ni mauvais; il est drôle. Les fidèles de la Renaissance\ns'en sont désopilé la rate durant de longues soirées, tandis que leurs « dames»\nbaissant les yeux d'un air pudique, rougissaient comme des poêles en plein\nhiver !\n                                       *\n                                       **\n   Chez Ed. Rouveyre et G. Blond: Le Coffret de perles noires.\n    Sous ce titre, un poète d'avenir, le Marquis de Pimodan, dont le nom était\njusqu'à présent plus connu dans l'histoire que dans les Lettres, vient de\nfaire paraître un volume de poésie édité avec un luxe de bon goût.\n   L'auteur a déjà publié, sous un pseudonyme, Lyres et Clairons, chez\nDentu.\n   Ces deux volumes sont écrits avec une grande pureté, dans une forme toute\nmoderne et très personnelle.\n\n                                       « *\n\n    L'œuvre vaillante des Soirées Populaires vient d'ouvrir un concours inter-\n national des sciences morales et économiques. En voici le règlement :\n    1. L'Œuvre demande un ouvrage français sur la question suivante : « Quels\nsont les soins physiques, intellectuels et moraux à donner à un enfant, depuis\nle jour de sa naissance jusqu'à l'âge de sept ans, au double point de vue de la\nsanté et de l'éducation ? »\n   2. L'ouvrage ne dépassera pas, en étendue, 120 pages in-12.\n   3. Les auteurs pourront choisir le genre littéraire à leur convenance (dis-\nsertation, lettres, dialogues, nouvelle, etc.,); mais le Comité désire avant tout\nque le livre soit écrit dans une forme à là fois simple et esthétique. Les\nexpressions techniques seront élaguées, à moins qu'elles ne soient indis-\npensables, et les écrivains voudront bien ne pas oublier que leur livre doit\npouvoir être remis à des jeunes filles, aux jeunes mariés, à toutes les personnes\nqui assistent à nos Soirées.\n   Les concurrents sont priés de se pénétrer des idées suivantes :\n   La question hygiénique devra être traitée d'une façon gradative au point de\nvue de l'âge. Le Comité désire t non des généralités, mais des recomman-\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2720, "texte": "                                   — 288 —\n\n dations claires et précises sur la plupart des incidents qui peuvent se présenter.\n     La question intellectuelle sera traitée, non en énumérant les connaissances à\n acquérir, mais en montrant comment les parents doivent s'y prendre pour\n donner la première instruction à l'enfant.\n    Au point de vue de l'éducation, l'Œuvre des Soirées Populaires exige des\n vues nouvelles et minutieusement étudiées, cette partie de l'enseignement\n étant très négligée. Les auteurs resteront plutôt dans le domaine de la raison\n que dans celui du sentiment.\n    4. Le concours est accessible à tous les écrivains, quelle que soit leur\n nationalité.\n    5. Le prix unique affecté à ce travail consistera en un diplôme et une\n somme de cinq cents francs.\n    6. L'auteur recevra, en outre, cent exemplaires de son travail.\n    7. Le Comité se propose de donner la plus grande publicité à l'ouvrage\n couronné.\n    8. Tous les manuscrits resteront la propriété du Comité des Soirées Popu­\n laires. Celui-ci ne sera tenu, en aucun cas, de les livrer aux auteurs, même pour\n leur en laisser prendre copie ; il aura seul le droit de publier le travail cou­\n ronné.\n    Les manuscrits non couronnés pourront être publiés, soit par le Comité,\n soit par les auteurs eux-mêmes.\n    9. La proclamation du nom du lauréat et la remise du prix auront lieu en\n séance publique, en présence des autorités.\n    10. Les manuscrits devront être envoyés au Président de l'Œuvre, M. Eug.\n Novent, rue de la Colline, 40, à Verviers, avant le 1 er Janvier 1885.\n    Ils ne porteront pas de noms d'auteurs. Ceux-ci ne se feront connaître\n(en rappelant les premières lignes de leur travail) que lorsque les résultats\nauront été publiés parla voie des journaux.\n    11. Un jury spécial, chargé d'examiner les manuscrits et de se prononcer\nsur leur valeur, est institué et composé comme suit:\n    Mlle J. GATTI DE GAMOND, directrice d'un Institut de demoiselles, à Bru­\nxelles; — MM. EMILE GENS, docteur en sciences et professeur, à Verviers ; —\n KARL GRÜN, secrétaire des Soirées Populaires, docteur en sciences, professeur\net pharmacien; — JULES LACROIX, archivistes des Soirées Populaires, ingénieur-\nchimiste et professeur; — EM. PUTZEYS, ancien officier du génie, ingénieur-\ndirecteur des travaux de la ville de Verviers; — HENRI STAPPERS, conseiller\ncommunal, industriel, membre du Comité des Soirées Populaires; — EUG.\nNOVENT, professeur, président des Soirées Populaires. »\n   Nous applaudissons de tout cœur à cette œuvre éminemment utile, tout en\nsouhaitant qu'en cas d'équivalence, la préférence soit donnée à des écrivains\nbelges.\n                                                                    NEMO."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES. 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La femme qui pleure continuera\nà pleurer jusqu'au n° 10.\n   53. Carolus — Un peu long, et manque d'intérêt.\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-06-05-n7-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DIETRICH & CIE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 342, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 795, "fin_caractere_exclue": 1810, "texte": "DIETRICH                                            & CIE\n                                 23a, rue Royale\n               BRUXELLES\n   GRAVURES, AQUARELLES, TABLEAUX, MODÈLES DE DESSIN. ETC.\n                      EN VENTE :\n       CATALOGUE ILLUSTRÉ DU SALON DE PARIS. 1883\n contenant environ 400 reproductions des œuvres les plus importantes\n          d'après les dessins originaux des artistes, publié par\n                                F. G. DUMAS.\n                                                                 Prix.      fr.         3,50\n\n\n             L'ART MODERNE\n                               paraissant   le   dimanche,\nR E V U E CRITIQU E D E S ARTS E T DE LA L I T T É R A T U R E\n                         COMITÉ DE RÉDACTION :\n    VICTOR ARNOULD, OCTAVE MAUS, EDMOND PICARD, EUGÈNE ROBERT.\n                                     Abonnement\n       BELGIQUE : UN AN : Fr.       1 0 . — U N I O N POSTALE : UN AN : Fr.       13.\n                 BUREAUX        : 26,RUEde l'Industrie,      à BRUXELLES.\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "                Pour paraître              le 15 juin      prochain\n                     CHEZ A. B R A N C A R T , ÉDITEUR :\n\n\n  LA VIE                                           BETE\n                        MAX W A L L E R\n             Préface de CAMILLE L E M O N N I E R\n                Eau-forte de THÉODORE HANNON.\n\nUn beau volume de bibliophile, petit in-12, imprimé par\n                                       LEFÈVRE.\n                                 Prix : 4 francs.\n\n     On souscrit au bureau de La Jeune                             Belgique.\n\n                                                                    LA\n         RÉVOLUTION\n                DANS L'ART DE SE RASER\n\n\n\n\n       RASOIR                                             REVUE\n          AMÉRICAIN,      breveté s.     g.d.g.\n     Il est impossible dans une annonce de\ndonner une idée complète des avantages                   MODERNE\nextraordinaires de cette merveilleuse inven­\ntion ; cet appareil justifie entièrement sa\nvogue ; il permet à toute personne de se\nraser sans en avoir aucune habitude, et cela                POLITIQUE, LITTÉRAIRE\nsans crainte de coupure.                                      ET SCIENTIFIQUE.\n    Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement\nnerveux, on peut se - raser d'une façon plus\nparfaite que ne le ferait le barbier le plus\nexpérimenté par les procédés anciens.\n     Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce             12 FR. PAR AN.\n nouveau rasoir est tellement ordinaire qu'il\nest certain qu'il remplacera partout l'ancien\nsystème ; il suffit de l'avoir essayé une fois\npour ne plus vouloir se raser ni se laisser\n raser par d'autres procédés.                             BUREAU\n Ne pas confondre avec des appareils similaires\n   qui se vendent à vif prix et qui n'ont aucun\n   des avantages du rasoir américain.\n    Pour le recevoir franco, envoyer fr. 5-50 en un         A BRUXELLES\n mandat-poste à M. MICHEL, 37, rue des Solitaires,\n Paris. Remises pour les achats en gros).\n       Prière de nous indiquer dans quel journal\n                 on a lu cette annonce.\n                                                        74, Avenue de la Toison d'Or\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 300, "texte": "                                                                              \\ \">'\n\n\n\n\n(3 e année)   1883           T o m e I I . N° 7.                     5 Juin\n\n\n\n                                       LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                             SOMMAIRE\n\n\n\n\n  LE BANQUET LEMONNIER:            I\n                                   Liste des adhérents.\n                                  II\n                                   Discours de Georges Rodenbach.\n                                III Discours d'Edmond Picard.\n                                 IV Réponse de Camille     Lemonnier.J.B\n                                  V Poésie d'Emile Verhaeren.\n                                 VI Un futur prix quinquennal.\n                                VII Lettre de Léon Cladel.\n                               VIII Lettre d'Emile Zola.\n  CORRESPONDANCE                                  J. B.\n  L'EXPOSITION DES AQUARELLISTES .            .    CL.\n  LE PRIX QUINQUENNAL A LA CHAMBRE .              MAX WALLER.\n  LE SALON DE PARIS (Premier article) . ~.~ .      HIPPOLYTE DEVILLERS.\n  MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE. . . . .                NEMO.\n\n\n\n\n                            LE NUMERO :\n         E n Belgique: fr. o.6o. — A l'Étranger: fr. 0.75.\n\n                             BRUXELLES\n                BUREAUX       : 90, RUE            BOSQUET\n                              MDCCCLXXXIII\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "         AU LECTEUR\n\n  Notre prochain n u m é r o con­\ntiendra u n superbe portrait de\nCAMILLE LEMONNIER,\ngravé à l'eau-forte par Lenain.\n  Ce portrait ne sera pas mis\ndans le commerce; les abonnés\nde la Jeune Belgique S E U L S\nle recevront.\n\n   Voir la Boite aux Lettres à la page suivante de la couver­\nture.\n\n\n\n  Un de nos rédacteurs a perdu au banquet de Dimanche\nun crayon d'argent auquel il tient beaucoup. Il doit l'avoir\nprêté à un convive. Si celui-ci veut éviter un suicide de\ndésespoir, qu'il envoie le crayon à nos bureaux.\n\n\n\n              B R U X . — IMP. A D . MERTENS, 12, RUE D'OR.\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "            LE BANQUET LEMONNIER\n                             27 MAI 1883\n\n   Jamais, au grand jamais, la Jeune Belgique ne pouvait espérer un plus\néclatant, un plus radieux succès. Ce banquet, où nous avons couronné\nnotre Maître, est la première fête vraiment littéraire qui ait eu lieu\nen Belgique. Toutes les forces vives de l'intelligence, tout ce qui touche\nau hautain idéal, tout ce qui cherche l'étoile, la brillante étoile que seul\nl'artiste voit, s'était réuni dans une confraternité superbe d'admiration\net de sympathie. Jusqu'à la dernière heure, les adhésions avaient assailli\nnos bureaux, nombreuses, pressées, enthousiastes ; écrivains, artistes\npeintres, journalistes, tous noms connus, avaient voulu figurer à ce ban­\nquet de guerre qui, dans l'histoire de notre littérature, marquera\ncomme le jour de notre renaissance et de notre triomphe.\n   Donnons d'abord la liste des personnes qui ont adhéré à la fête :\nA. de B (Madame).                        Brouez (Fernand), étudiant en\nAbry (Léon) artiste-peintre.                Médecine.\nAnonymes.                                Cardon (J. Louis).\nArnould (Victor), membre de la           Cardon (Ch.)\n   Chambre des Représentants ,           Carpentier, directeur de la Circu­\n   — de l'Art Moderne.                      lation.\nArtan, artiste-peintre.                  Carter (Frédéric).\nAuriol (Marc), étudiant.                 Cattier (Armand), statuaire.\nBaron (T.), artiste peintre.             Cauderlier (Emile), homme de\nBarnaba, artiste peintre.                   Lettres.\nBauss, (C), avocat.                      Chansay (Edmond), — de la\nBauwens (Georges), directeur du            Jeune Belgique.\n   Correspondant Belge.                  Charlet (Frantz), artiste-peintre,\nBeck (Oscar), employé communal              — de l'Essor.\n   à Liége.                              Claes (Louis).\nBinjé (J.), artiste-peintre.             Claus (Emile), artiste-peintre.\nBlanc-Garin, artiste-peintre.            Collart (Marie), artiste-peintre.\nBlockx(Jan), compositeur.                Coopman (Ph.)\nBolsius (Edouard) senior.                Conem(E).\nBosièrs (Ernest), avocat.                Destrée (Jules) — de la Jeune\nBrancart (A.), éditeur.                     Belgique.\n                                                                   19\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "                                    250\n\nDandoy-de Coster (Armand), ar-            Franeau (Paul).\n Artiste-peintre.                         Francart — du Journal de Char­\nDansaert (A. ), membre de la                 leroi.\n   Chambre des Représentants.             Franck (Emile), publiciste.\nDebroux (Jules), avocat.                  Franck (Robert), homme de Let­\nDe Casembroot (Louis) — de la                tres — de Mons Journal.\n  Jeune Belgique.                         Fuchs (Félix), avocat.\nDe la Hoese, artiste peintre.             Gilkin (Iwan), avocat, homme de\nDelgouffre (F.) artiste-peintre.             Lettres — de la Jeune Bel­\nDelsaux (G.), artiste-peintre.               gique.\nDelvin (J.), artiste-peintre.             Gilon (Ernest), éditeur.\nD                                         Giraud (Albert), homme de Let­\nDemblon (Célestin), instituteur.            tres — de la Jeune Belgique.\nDemolder (Eug.)                           Gislain (Alexandre).\nDenis (Hector), professeur à l'U­         Gittens. (Frantz)\n  niversité de Bruxelles.                 Gœmaere, directeur du Précur­\nDesagher (M.)                               seur.\nDescamps (Fréd.), du Journal              Gœthals ( C h . ) , président du\n  des Gens de Lettres belges.               Cercle des aquarellistes et des\nDes Essarts (Jules), du Journal             aquafortistes.\n  de Charleroi.                           Gravez (Henry), secrétaire de la\nDevaux (Corneille),                          Rédaction du Journal des Gens\nDe Vigne (Paul), sculpteur.                 de Lettres Belges.\nDiericx de Ten Hamme (Joe),               Greyson (Emile), directeur-géné­\n  homme de Lettres.                         ral de l'Enseignement Moyen.\nDubois, artiste-musicien.                 Grün (Karl), président du Caveau\nDumont (H.), homme de Lettres                Verviétois.\n  — de la Revue Moderne.                  Guérin (Eugène).\nDupont (Auguste), professeur au           Gueymard (Fernand) , avocat ,\n  Conservatoire.                             homme de Lettres.\nDupont (J.), homme de Lettres             Guillery (Raoul), avocat.\n   directeur de la Fédération Ar­         Gurickx (Camille), professeur au\n   tistique.                                 Conservatoire de musique de\nEekboud (Georges), homme de                 Mons.\n   Lettres — de la Jeune Belgi­           Hagemans ( Maurice ) , artiste-\n  que.                                      peintre.\nEschbach.                                 Hallaux (Victor), directeur de la\nEvrard (Henri) — artiste-peintre            Chronique.\n  de l'Essor.                             d'Hane Steenhuys, (A.)\nEverard (J.), docteur en méde­            Hannon (Théodore), artiste-pein­\n  cine.                                     tre, homme de Lettres — de\nFagnes (Léon des), homme de                 la Jeune Belgique.\n  Lettres.                                Hebbelynck (Th.), avocat.\nFinck (Joseph,), libraire.                Hecq (Victor).\nFlor O'Squarr, — du Figaro.               Heins, (A.), artiste-peintre, de\nFrantz Foulon.                              l' Essor.\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                                   251\n\n\nH.- Van H. (Madame)                        Lemaire (Gustave), — de l'Etoile\nHenrotin (Le Capitaine-Comman­               Belge.\n  dant), aide-de-camp du Lieu­             Lemonnier (Alfred), ingénieur.\n  tenant général Beving.                   Lemonnier (Maurice), ingénieur.\nHerbo (Léon), artiste-peintre —            Lemonnier (Victor).\n  de l'Essor.                              Lequime ( Léon ) , homme de\nHerman (Alfred), homme de Let­                Lettres.\n  tres.                                    Lequime (Jules), fils, docteur en\nHeymans, (A. J.), artiste-peintre.           Médecine.\nHouben (Henri), artiste-peintre.           Le Roy (Grégoire).\nHouzeau de Lehaye (Ch.), ingé­             Lerminiaux, artiste-musicien —\n  nieur.                                     de l'Essor.\nHubert(Alf.), artiste-peintre.             Levis (Edouard), homme de Let­\nHuwart, (F.)                                 tres. — de la Jeune Belgique.\nImpens (J.), artiste-peintre.              Licot (Charles), architecte.\nJaboneau (D.), artiste-peintre.            Mabille (M.), —de la Chronique.\nJacob, artiste-musicien, de l'Essor        Maeterlinck (M.)\nJames (Arthur), avocat, homme              Maeterlinck- (M ), artiste-peintre.\n   de Lettres — de la Jeune Bel­          'Mahutte (Frantz), homme de\n  gique.                                      Lettres. — de l'Indépendance\nJanson ( Paul ) membre de la                  belge et de Gil Blas.\n   Chambre des Représentants.              Maillet (Alb.), avocat.\nJonniaux (Alfred).                         Marcette (Alex.), artiste-peintre\nKaiser (Georges), ingénieur,— du              — de l'Essor.\n   Correspondant Belge.                    Martiny (Emile), avocat,\nKéfer (Gustave), artiste-musicien.         Masset (Georges].\n  — de l'Essor.                            Maus (Octave), avocat, homme de\nKetels (Maurice).                             Lettres. — de l'Art Moderne\nKeym (Edouard).                               et du Journal des Tribunaux.\nKhnopff (Fernand) artiste-peintre          Mellery (Xavier), artiste-peintre.\n  — de Y Essor.                            Mestdagh (Auguste), homme de\nKnopff (Georges) , homme de                   Lettres — du Correspondant\n   Lettres — de la Revue Mo­                  belge.\n   derne.                                  Meunier(Constantin), artiste-pein­\nKirsch (Guillaume).                           tre.\nLabarre(Louis), homme de Lettres.          Meunier (J. B.), artiste-peintre.\nLandoy (Eugène), du Précurseur.            Meunier (Georgette), artiste-pein­\nLaroche (Hippolyte), homme de                 tre.\n   Lettres.                                Michielsens (Adrien), avocat.\nLebègue (Jules), — de          l'Office    Montigny (Jules).\n   de Publicité.                           Moguez (Etienne), — de L'Echo\nLe Bourguignon (A.)                           du Parlement.\nLeclercq (Ad.), de l'Etoile Belge.         Motte (Emile), artiste-peintre.\nLejeune (Jules), avocat.                   Mulders (P. J.), industriel.\nLekeu (Jean), du Caveau Ver­               Nève (Joseph), avocat — de la\n   viétois                                    Revue Moderne.\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "                                    252\n\n\nNizet (Henri), rédacteur en chef          Sulzberger (Maurice), homme de\n   de la Revue Artistique.                  Lettres — de la Jeune Belgique.\nOlin (Pierre).                            Sulzberger (Max), homme de Let­\nPaër (Auguste), directeur de la             tres, — de l'Etoile Belge.\n   Revue pour Tous.                       Taelemans (François) , artiste-\nPérier (Odilon).                            peintre.\nPicard (Edmond), avocat à la cour         Teirlinck-Styns (J.).\n   de Cassation, directeur du Jour­       Valentin (Emile) , rédacteur en\n   nal des Tribunaux, — de l'Art            chef du Journal des Gens de\n   Moderne.                                 Lettres belges.\nPicard (Georges).                         Van Arenbergh (Emile), avocat,\nPirlot (Eugène).                            — de la Jeune Belgique.\nPoot (Auguste), cultivateur.              Van Beneden (Ch.).\nRegoyos (Dario de), artiste-pein­         Vandenbossche (Ad.).\n   tre,— de l'Essor.                      Vanden Eeden, directeur du Con­\nRodenbach (Constant).                       servatoire de Musique de Mons.\nRodenbach (Georges), avocat,              Vanderkindere (Léon), membre\n   homme de Lettres, — de la                de la Chambre des Représen­\n   Jeune Belgique.                          tant.\nRobert (Eugène), membre de la             Vanderkindere (Marcel), étudiant\n   Chambre des Représentants —              — de l'Essai Littéraire.\n   de l'Art Moderne.                      Van der Stappen (Charles), sta­\nRobert (Louis).                             tuaire.\nRon.val (Ed.) — de la Jeune Bel­          Van der Straeten (G.), statuaire.\n  gique.                                  Van Elewyck (E.), homme de\nRotiers (Fréd.), — de la Chro­              Lettres, — de la Chronique.\n  nique.                                  Van Engelen (Louis) , artiste-\nSchoenfeld (Georges), avocat.               peintre.\nSchipperges(H.),— du Do-Mi-Sol.           Van Gelder, (Eugène), artiste-\nScribe, artiste-peintre.                    peintre, — de l'Essor.\nSeaut (Edmond), artiste-musicien          Van H. (Madame).\nSeeldrayers ( E . ) , artiste-peintre     Van Langenhove (M.).\nSergennois (J.), homme de Let­            Van Lerberghe Ch.).\n   tres.                                  Van Ryswyck (Jan), avocat.\nSilvercruys (Frantz), avocat.             Van Rysselberghe (Théo.), ar­\nSyoen.                                      tiste-peintre, — de l'Essor.\nSpeeckaert (Léopold), artiste-            Van Styvoort (D.), professeur au\n   peintre.                                 Conservatoire.\nStanislaus (Guillaume), homme             Vastersavendts (Auguste), profes­\n   de Lettres, — du Caveau Ver­             seur au Conservatoire de Mu­\n   viétois.                                 sique de Mons.\nStevens (Alfred), artiste-peintre,        Verdyen (E.), artiste-peintre.\n   à Paris.                               Verhaeren (Alfred), artiste-peintre.\nStevens (Arthur).                         Verhaeren ( Emile ) , avocat,\nStevens (Joseph), artiste-peintre.          homme de Lettres, — de la\nStobbaerts (Jan), artiste-peintre.          Jeune Belgique.\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                                —    253   —\n\nVerhas (Jan), artiste peintre.              Jeune Belgique et de la Revue\nVerheyden (J.), artiste-peintre.            Moderne.\nVerstraete (Th.), artiste-peintre.         Walton, (Fern.).\nVervvée (Alfred), artiste-peintre.         Weber (Armand), secrétaire du\nWagener ( Félix ) , homme de                Caveau Verviétois.\n  Lettres.                                 Wilmotte (Maurice), homme de\nWaller (Max), directeur de la                Lettres,— du Journal de Liège.\n\n\n\n   A 5 heures, les salons du Grand-Hôtel étant pleins de monde,\nCamille Lemonnier recevait comme premier hommage les superbes\nbouquets de sa sœur et de ses adorables petites fillettes qui lui disaient\navec une grâce charmante leurs compliments naïfs et émus. C'est sous\ncette intime impression de père que Lemonnier fit son entrée dans la\ngrande salle du banquet. Une salve d'applaudissements l'accueillit,\nvibrante, spontanée, folle, tandis que l'orchestre entonnait l'air populaire,\nsi bien en situation à cette heure de confraternité : « Où peut-on être\nmieux qu'au sein de sa famille? » Les tables étaient chargées de fleurs;\nen face du maître une haute chaise vide à laquelle était attaché un\nsuperbe bouquet de roses blanches, évoquait l'autre maitre que la\nBelgique littéraire vient de perdre : Octave Pirmez.\n   Des chevalets couraient tout le long de la salle, supportant une col­\nlection de superbes Courbet : Les Lutteurs, Le Mendiant, etc ; et, au\nmilieu, à côté d'un merveilleux dessin de Xavier Mellery, rappelant les\nœuvres du Mâle, le buste très ressemblant de Lemonnier modelé par le\nsculpteur Armand Cattier.\n   A la droite de Camille Lemonnier se trouvaient Edmond Picard,\nEugène Robert, Max Waller, Emile Verhaeren ; à sa gauche, Georges\nRodenbach, Georges Eekhoud, Victor Arnould, Léon Vanderkindere.\n   L'heure des toasts étant arrivée, Georges Rodenbach se leva, et, d'une\nvoix sonore, vibrante d'émotion et de colère, dit le but de cette grande\net majestueuse réunion.\n\n   « Au nom de la Jeune Belgique, dit-il lentement, j'ai cette mission\némotionnante de vous dire pourquoi nous vous avons prié, cher\nMaître, de vous asseoir parmi nous.\n   « Ce banquet n'est pas seulement une fête — c'est aussi un combat !\nc'est en quelque sorte la Veillée d'armes d'une troupe de conscrits décidés\nà tout et qui viennent, à cette heure solennelle, vous reconnaître et vous\nsaluer comme leur Maréchal de lettres.\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                                — 254 —\n\n     « Quant à l'injure officielle qu'on vient de vous faire, et par consé­\n quent à nous tous qui travaillons pour créer une littérature nationale,\n qu'importe !\n     Si un Etat ne couronne pas ses vrais grands hommes, ce n'est pas\n ceux-ci qu'il faut plaindre, mais les gouvernements bourgeois qui n'ont\n pas su les comprendre !\n     « D'ailleurs c'était prévu, certain, inévitable !\n     « Qu'avait à faire votre art hautain et loyal avec ces jurés de notre\n Académie des Lettres qui n'accueille que des marchands de latin et des\n marchands de français avarié — jamais un seul de nos vrais écrivains —\n si bien qu'on devrait l'appeler, pour être exact, l'Hôtel des Invalides.\n    Là-bas, je le sais, on nous représente volontiers comme une jeunesse\n insolente et irrespectueuse, mais cette chaise vide, Messieurs, ce bouquet\n dont les fleurs sont en dueil, ce couvert dressé par nous à cette place\n inoccupée — tout celà n'est-il pas un témoignage suprême à ce grand\n méconnu qui vient de mourir et sur la tombe duquel nous serons les\n seuls à faire fleurir un peu de gloire!\n     \" Oui ! nous savons honorer nos anciens, les vrais, les purs, les forts,\n et c'est précisément pour cela que l'idée de cette fête nous est venue, afin\n de vous dire — cher Maître — tout ce que nous avons pour vous dans\n le cœur d'admiration, de dévouement, de tendresse — et aussi de recon­\n naissance !\n     « Vos livres, vos beaux livres, ils sont sur le rayon favori de nos\n bibliothèques ; ils l'occupent déjà presque tout entier il y a là vos Contes\nflamands et wallons, vos Charniers, votre Coin de Village, votre Mort\n d'une profondeur nette d'eau-forte, puis Thérèse Monique, cette œuvre\n triste et poétique qui en a fait pleurer bien d'entre nous — et enfin le\n Mâle, ce feu d'artifice de couleurs qui a soudain illuminé notre horizon\n littéraire si noir et si désolé.\n     « Avec ce livre-là, vous avez forcé la victoire ! mais auparavant, vous\n avez bien dû souffrir, quand vous commenciez seul la bataille de l'art\n libre et moderne, dans ce pays si traître à ses grands écrivains, si indif­\n férent, si coupable — devrait-on dire — vis-à-vis des hommes et des\n choses de la littérature.\n     « Et récemment encore, tandis qu'avec tous les maîtres de la France\n qui vous apprécient, — vous chassiez en domaine seigneurial, sur les\n sommets de la pensée et du rêve, visant les mots rares comme des gibiers\n de prix, — en Belgique, la plupart ont cru spirituel et patriotique de\n faire les gardes-champêtres, et — pour quelques vocables nouveaux, de\n vous dresser procès-verbal !\n    « Oui, Maître, vous avez dû souffrir ! mais les choses vont changer 1\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                                —   255   —\n\nVous sentez bien qu'un orage de colère a traversé nos têtes ! Vous\nvoyez bien qu'une jeunesse révolutionnaire vous entoure, celle que vous\navez formée par votre accueillante amitié, celle qui s'est éprise\ncomme vous d'art pur, d'idéal fier, de langage raffiné et qui, dans les\nchamps de la pensée, s'en est allée avec vous, secouant les arbres pour\nen faire tomber les poncifs, les banalités, toutes ces choses fanées, artifi­\ncielles, mortes — et y substituer un vert épanouissement de feuilles nou­\nvelles !\n    « Une jeunesse littéraire qui veut conquérir une place pour les siens;\net faire accepter désormais comme de grands hommes dont un pays à le\ndevoir d'être enorgueilli, ceux qui passent leur vie — comme vous — à\nécrire dans la paix des villages !\n    « Une jeunesse enfin qui vous a compris, qui vous a aimé, qui vous a\ndéfendu, qui s'est rué après vous, quand vous avez fait vous-mêrre comme\nle Mâle de votre livre, indiscipliné et fougueux autant que lui, arcboutant\nvos œuvres, tendant vos phrases comme des muscles solides, saisissant\nvotre art à pleine empoignade de vos bras, pour vous faire avec lui —à\ntravers la cohue hostile — une triomphante et superbe trouée !\n    « Et maintenant, Messieurs, debout, tous à la fois, debout ! Le cœur\nvibrant, les verres en main, debout! Venez vers lui, battez-lui des mains,\napportez-lui des fleurs !\n   « Glorifiez-le dans une grande acclamation qui retentisse ailleurs\ncomme une menace — et qui sonne ici comme une fanfare de fête.\n   « A notre cher — à notre grand Camille Lemonnier !\n\n\n\n\n   Ce discours dont le texte ci-dessus n'est qu'approximatif, et danslequel\nRodenbach rendait hommage, d'abord à la Presse, au vaillant ensuite qui\nn'a pas craint de porter à la Chambre la cause méconnue de nos Lettres,\nce discours fut vingt fois interrompu par les effrénés applaudissements\nde deux cents mains, de deux cents voix, de deux cents cœurs.\n   Lorsque le silence se rétablit, Edmond Picard se leva, et ici que\ndirai-je ? Une émotion immense étreignit la salle tout entière. Au nom\nde la génération de Camille Lemonnier, au nom du Maître que vient\nde prendre la tombe, Picard s'éleva avec des gestes superbes, jusqu'aux\nsommets les plus hautains de l'éloquence. Les mots n'ont point été con­\nservés, exacts de ce discours, mais l'écho en reste en nous grondant\ncomme un tonnerre.\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "                                 — 256 —\n\n  Au reste, le voici :\n\n\n          M O N C H E R AMI E T MON M A Î T R E ,\n\n   Ceux qui sont entrés dans la vie littéraire longtemps après vous,\nqui sont presque vos enfants, qui sont tout au moins vos frères cadets,\nviennent de vous exprimer, par la bouche de Georges Rodenbach, les\nsentiments de sympathie et de profonde reconnaissance qu'ils ressentent\npour vous qui leur avez ouvert et facilité la voie dans laquelle ils sont\nsi brillamment engagés. Permettez à ceux qui sont vos contemporains\nde vous dire, à leur tour, tout ce qu'ils pensent de votre vie laborieuse,\ndes efforts que vous avez faits pour la cause commune, et de l'admira­\ntion qu'ils ont pour les résultats que vous avez conquis.\n    Ce sont eux qui peuvent, pour les avoir supportées comme vous,\nraconter les luttes et les souffrances de la vie artistique telle qu'elle était\nil y a vingt années, quand vous avez commencé et qu'elle était si loin de\nl'épanouissement qui lui donne aujourd'hui tant d'éclat. Ce sont eux qui\nsavent qu'alors il n'existait point de littérature, tout au moins de litté­\nrature nationale. Ceux qui écrivaient le faisaient à l'écart, la plupart\npour eux seuls, les plus heureux pour quelques amis, mais leurs travaux\n n'avaient aucun retentissement au dehors, car c'était au milieu, non\nseulement de l'indifférence, mais on peut ajouter de la malveillance\ndu public qu'ils poursuivaient leur œuvre. C'était un temps où lorsqu'un\n avocat écrivait il perdait ses clients, lorsqu'un médecin était poète il\n perdait ses malades ; si un officier était écrivain il nuisait à son avance­\n ment, si un ingénieur avait l'audace de tenir une plume il était assuré\n de se voir refuser tout emploi par la haute industrie.\n    C'était d'instinct qu'on s'occupait d'écrire, par une impulsion natu­\n relle, irrésistible, mais qui, chez la plupart, était rapidement étouffée. Il\n n'y avait point chez nous de maîtres ou de guides. Il fallait tout tirer de\n soi-même, et sur l'ensemble de ces conditions décourageantes venait\n encore brocher cette hostilité officielle qui, aujourd'hui, n'est pas encore\n éteinte pour tout ce qui est indépendant, et, parmi les obstacles d'autre­\n fois, est le seul qui persiste encore dans sa muette arrogance.\n    Pendant ce combat de quatre lustres, quelques-uns ont triomphé comme\n vous, ce sont les plus rares; d'autres se sont usés à la peine où ont passé\n à l'ennemi, trouvant ainsi le labeur plus facile et plus fructueux,\n d'autres enfin sont morts, s'égrenant sur la route et frappés en pleine\n bataille.\n     Parmi ces derniers, il faut signaler surtout Charles De Coster et Octave\n Pirmez.\n     Charles De Coster a disparu depuis longtemps au milieu de l'oubli, au\n moment où il venait d'achever un chef-d'œuvre qu'il croyait, dans sa\n naïveté, devoir lui donner la gloire. Personne ne l'a compris et, abattu\n par cette déception cruelle, il est mort (en vérité, ceux qui l'ont connu\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                               — 257 —\n\ndans les derniers temps le savent) de s'être trouvé incompris au milieu de\nses compatriotes dont il avait cru les instincts et les cœurs d'accord avec\nles siens. C'est à peine si aujourd'hui, par une justice tardive, le poème\n« d'Ulenspiegel » reprend la place glorieuse qu'il méritait dès la première\nheure.\n    Octave Pirmez s'est évanoui ces jours derniers. Pour lui, la gloire\ncommençait à poindre, pas encore, il est vrai, dans le public, mais tout\nau moins dans la cohorte des artistes chaque jour plus nombreuse et\nplus accessible aux belles choses qui sont accomplies par l'un des nôtres.\nComme vous, il était adopté pour modèle par cette jeunesse, et c'est pour­\nquoi, renouvelant une coutume touchante du moyen-âge, elle a, dans la\nfête fraternelle qui nous réunit, mis le couvert de ce héros qu'elle a sacré\ncomme un exemple et comme un maître.\n    Il est là parmi nous, remplissant en réalité sa place vide, participant\nà ce banquet dans la communion de nos sentiments et de nos pensées,\nconversant avec nous, répandant, sur tous ceux qui sont ici, les élans de\nsa grande âme, peuplant nos cerveaux des souvenirs qu'il a laissés der­\nrière lui. On peut en dire ce que Victor Hugo applique à tous les morts\nqui vivent par leurs œuvres : « Il n'est point disparu, il est simplement\ninvisible. »\n    On a essayé de revendiquer ailleurs cette personnalité qui nous appar­\ntient. Depuis qu'il n'est plus à craindre comme vivant, on s'est senti pour\nlui des sympathies étranges et l'on a prétendu en faire un écrivain digne,\ndisait-on, d'entrer dans le panthéon académique. C'est une pratique des\ngens officiels de réclamer morts ceux qu'ils ont dédaignés vivants. Mais\nnous ne permettrons pas qu'on nous enlève celui qui est à nous. C'est\nnous qui lisions ses livres. C'est nous qui le comprenions. C'est\nnous qui l'avions signalé comme un artiste admirable. C'est nous qui\navions commencé à faire tomber le mépris sur ceux qui le méconnais­\nsaient. C'est donc, en réalité, un de nos chefs, et nous saurons combattre\npour empêcher qu'on ne nous ravisse à la fois et son âme et sa gloire.\n    On a tenté, du reste, pour justifier cette attitude nouvelle, de l'oppo­\nser à vous comme le représentant d'un art absolument différent. On a\nsignalé sa vie obscure, dans cette vallée chérie qu'il aimait d'un amour\nsimple et élevé, ne permettant même pas, tant il la respectait, qu'on y\ncoupât ou qu'on y ébranchât les arbres, et on l'a opposée à votre exis­\ntence militante, s'agitant partout où l'on combat, partout où l'on frappe,\npartout où l'art est en péril. On a mis en relief sa pensée mystique,\nrêveuse, sentimentale, fixant toujours les choses supra-sensibles, et on\nl'a opposée à votre pensée toute saturée de réalité, demandant surtout\n au monde extérieur ses inspirations et ses énergies. On a enfin parlé de\n son style limpide et doux, d'une correction presque surhumaine, et on\n l'a opposé à votre force et à votre âpreté.\n    Mais malgré ces subtilités, vous êtes, en réalité, les deux faces du\n même art. L'un en représente le caractère serein, l'autre, l'allure sévère.\n Aussi les dédains communs du pouvoir pour tous deux, l'oubli où 1 on\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                                —   258   —\n\nvous a laissés tous les deux, la volonté persistante de ne pas vous com­\nprendre tous les deux, sont-ils déjà une première preuve que vous étiez\ndes champions de la même cause. Vous n'eussiez pas été des jumeaux\npar l'unité de vos vues artistiques, qu'on pourrait établir ce lien entre\nvous par le sort identique qui vous a été fait.\n   Avec vos aptitudes spéciales, char.mantes ou robustes, vous étiez les\nartisans de la même cause, celle de la vérité contemplée avec profondeur\net exprimée avec émotion. Pirmez observait son âme l'œil tourné vers le\ndedans ; vous, vous observez la réalité l'œil tourné vers le dehors.\nComme vous, il avait le mépris des puissances et de toute courtisanerie ;\npas plus que vous on ne l'a vu dans les antichambres, recherchant des\nappuis et sollicitant des protections. Tous deux vous aviez la pudeur,\npresque la honte, de toute faveur recherchée.\n   L'un et l'autre, si vous aviez le culte ardent de la forme, vous aviez\ncompris qu'il n'y a point d'art véritable sans le fond ; la virtuosité ne\nsuffit pas, il faut aller au-delà, puisque dans tous les arts, littérature,\npeinture, sculpture, musique, l'homme n'est ému véritablement, quand\nil écoute, qu'il lit ou qu'il regarde, qu'à la condition de se trouver\ndevant une œuvre qui exprime une émotion personnelle. Le vêtement,\ncertes, est beau, mais que ce soit avant tout l'âme et son enveloppe\nqu'on nous exprime; ce sont des corps que nous voulons toucher et\nsentir vivre.\n   L'un et l'autre, enfin, vous avez toujours rêvé l'indépendance littéraire,\net vous en avez donné d'éclatants exemples. Vous saviez que l'art\nasservi n'est jamais un art élevé, et que d'où vienne l'asservissement,\nmême des régions les plus hautes, il a toujours une influence délétère,\nparce qu'il diminue la fierté de l'artiste et, par cela même, amoindrit son\ninspiration. Etre libre, voilà quelle a été votre devise, et votre cri de\nguerre, et c'est celui qui est aujourd'hui repris par toute cette jeunesse\nqui vous entoure et qui a voulu vous fêter.\n    Oui, jeunes gens, vous avez bien fait de choisir ces deux artistes\ncomme vos maîtres et comme vos modèles. En eux s'incarnent toutes les\ngrandes inspirations qui doivent vous diriger et vous soutenir. Il y a\nplus en eux que leur responsabilité considérée isolément, il y a le\ngrand évangile de l'Art, dont ils sont de brûlantes expressions.\n   Aussi faut-il ce soir que vous honoriez le vivant et que vous pleuriez\nle mort, le vivant de qui nous pouvons ici serrer les mains cordiales, le\nmort, dont la mémoire plane au dessus de nous.\n   Leur vie restera pour vous un grand enseignement. Elle peut être\nimitée dans tout ce qu'ils ont fait depuis l'âge ou ils ont commencé à\nécrire. Elle vous montre que le grand art dédaigne les protections gou­\nvernementales et qu'il n'a pas besoin d'elles pour réussir, que seul il\ndépasse les bornes au-delà desquelles ne vont jamais ceux que l'appui\nofficiel soutient. Aussi, puisque l'occasion déjà presqu'oubliée de cette\nfête, a été l'étrange et injuste refus d'accorder au plus grand de nos\nécrivains une récompense qui lui revenait de droit, pouvons-nous, au-\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                                — 259 —\n\njourd'hui qu'un tel acte a augmente' notre mépris pour toutes ces distinc­\ntions arbitraires, renvoyer à ceux qui en disposent tout ce qui pourait en\nrevenir aux nôtres. Qu'ils gardent pour eux leurs prix, leurs médailles,\nleurs décorations, leurs faveurs. Dédaignons-les. Dans la cohue des mé­\ndiocrités qui s'abritent autour d'eux, ils trouveront toujours assez de\npersonnalités dignes de les recevoir; qu'il soit désormais acquis, dans\nnotre art libre et dans notre littérature indépendante, que nous savons\nréussir sans rien obtenir, et que nos œuvres seront d'autant plus belles\net plus fortes qu'elles grandiront dans une liberté plus haute et plus fière.\n    La vie de Pirmez et de Lemonnier nous enseigne encore qu'on réussit\ntoujours quand on a foi dans l'art, quand on ne s'arrête pas devant les in­\ncertitudes et les défiances que les timides ou les habiles font constamment\nsurgir devant une jeune vocation, qu'il faut compter pour rien les périls,\nqu'ils faut toujours se persuader qu'ils n'ont point l'importance que les\napparences leur donnent. Mais il faut à cette foi joindre l'audace, pousser\ntoujours en avant.ne rien craindre, et avoir la conviction que lorsque on\nlutte pour l'art, il n'est rien d'impossible.\n    Ils vous ont appris enfin que vous devez vous efforcer de joindre aux\nqualités que vous avez déjà conquises et qui ont attiré sur vous, avec\ntant de rapidité, l'attention et les sympathies du public, les qualités que\ndonnent la science, la sensibilité, l'observation approfondie de ce qui se\npasse autour de vous, la logique dans l'exposé de tout ce que vous\nécrivez, la préoccupation constante de respecter la réalité en la voyant\nà travers votre cœur. Dans les œuvres de Lemonnier, comme dans\ncelles de Pirmez, il règne une chaude émotion qui jamais ne s'éteint et\nqui en fait le charme puissant. C'est cela qu'il faut vous efforcer d'ac­\nquérir, cette tendresse constante, cette héroïsme, cette flamme qui\nsont le secret des productions séduisantes, de celles qui attirent, qui\nretiennent, qu'on n'oublie jamais après les avoir lues. Ce n'est que lorsque\nl'art atteint cette hauteur qu'il a une influence sociale régénératrice, car\nil est bien véritablement, dans notre humanité, la puissance la plus\nénergique et la plus efficace. Assurément la politique, la science, l'in­\ndustrie règnent autour de nous et contribuent largement au progrès ;\nmais lorsqu'il s'agit de faire disparaître un abus qui a résisté à tout ou\nde combattre un homme funeste dont on ne peut avoir raison, et que\ntoutes les autres forces sociales seront revenues vaincues des assauts\nqu'elles ont livrés, si l'art apparaît comme une suprême réserve, attaque\nà son tour par l'indignation ou par l'ironie, il n'est pas d'exemple que\njamais ni l'homme ni l'abus aient résisté.\n    C'est là ce qui fait, dans le monde où nous vivons, votre dignité et\nvotre utilité. C'est en concevant ainsi votre mission que vous acqué-\nrerez cette grandeur d'âme et de sentiment qui imprimera à ce que vous\nferez un caractère vraiment noble.\n    Le banquet d'aujourd'hui concentre toutes ces idées. C'est un homme,\n c'est un ami bien cher qui en a été l'occasion ; mais la mani­\nfestation dépasse son individualité sympathique, elle s'élargit de\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "                                    —    260\n\ntout ce qu'elle emprunte aux idées qui s'incarnent en lui et il semble\nqu'il prend des ailes pour monter plus haut encore que la région où\nl'ont porté votre admiration et votre amitié.\n   Oui, ce banquet est une date et un point de départ. Il résume les\nefforts qui ont été faits depuis vingt ans et qui enfin aboutissent il prépare\npar une base solide les progrès nouveaux. Tous ceux qui y ont assisté\ns'en souviendront, et le jeune mouvement littéraire peut dater de lui son\nhégire. Il consacre définitivement en Belgique la révolution littéraire et\nl'émancipation de l'Art.\n   A vous, les jeunes, de maintenir la liberté et la dignité reconquises.\n Ce qu'on voit dans vos travaux, c'est l'essor de l'art, et non son avilis­\nsement, comme on a osé le dire dans les régions académiques. Vos\nanciens ici présents devinent l'avenir qui vous est réservé. Ils démèlent de\nvotre jeunesse exhubérante tout ce qu'il y a de promesses. Ils ne blâment\nrien en vous, parce que la chose qui serait blamable ce serait l'excès de\nvotre ardeur et que celle-ci peut toujours être réprimée. D'un cœur\npassionné on fait tout, même un cœur sage. Laissez-vous aller librement\nà vos passions artistiques. Nous y applaudissons et nous plaignons ceux\nqui, en voyant leur libre et féconde expansion, se voilent la face et crient\nau scandale. Continuez, vous aurez toujours notre appui. Votre mission\nest de faire servir l'art à détruire les abus d'une société qui semble en\ndécadence, mais où se prépare en réalité l'éclosion d'un monde nouveau.\nAu-dessous de ces classes bourgeoises, vieillies et corrompues, il en est\nd'autres éternellement saines et jeunes. C'est de là que doit sortir la\nrenaissance. Dans vos œuvres, ne décrivez plus simplement vos senti­\nments personnels ou les épisodes charmants, mais restreints, de votre\nexistence. Allez au delà, venez dans nos villes, observez ce qui s'y passe,\nfrappez sur ce qu'elles ont de honteux, éveillez les grands sentiments\npopulaires et préparez ainsi la marée qui submergera tout ce qui se\npasse d'avilissant autour de nous.\n   Et maintenant, après ces échappées sur les principes les plus élevés\nde notre mission artistique, revenons une fois encore à l'ami autour de\nqui voltigent toutes ces idées comme de grands oiseaux divins. Expri­\nmons une fois encore notre gratitude pour le maître écrivain dont elles\nsont le naturel cortège. C'est lui qui nous a procurés ces bienfaits.\nAussi est-ce du fond du cœur que je lui dis: Poursuis ton œuvre, vaillant\nsoldat, tu as des ennemis, tu as des détracteurs, c'est la preuve de ta\nforce, ne t'en émeus point. Ne redoute pas les attaques, ce sont elles\nsurtout qui t'ont servi, qui t'ont donné tout ton ressort et ta fierté. En\nvoyant la place magistrale quelles t'ont donnée, sur mes lèvres revien­\nnent les vers d'un de nos poètes, qui, lui aussi, fut en son temps une\nvictime de la sottise et de l'inimitié officielles, d'André Van Hasselt,\ns'adressant à quelqu'un qui comme toi, avait souffert et avait été injus­\ntement méconnu :\n              Va. laisse-les crier à l'envi, que t'importe ?\n              A leurs vaines clameurs, ami, ferme ta porte.\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                                        261\n\n              Leur souffle n'atteint pas les lauriers de ton front.\n              Va, toujours plus tenace et plus ardent à l'œuvre,\n              Sans les fouler aux pieds ; car leurs dents de couleuvre\n              Sur ton front glorieux un jour s'émousseront.\n\n   Dans cette communion fraternelle, tout entiers maintenant à la joie\nde nous sentir si serrés dans nos rangs, pensons aux luttes prochaines\nque nous aurons à soutenir encore et dont, on peut le prédire, nous\nsortirons victorieux, car partout pointent et se développent les idées\ndémocratiques dont nous sommes ici les défenseurs.\n   Levons nos verres, en nous souvenant de cette strophe d'un autre de\nnos poètes exprimant une pensée toujours jeune parce qu'elle est\nvraiment humaine, le cras ingens iterabimur œquor d'HORACE :\n             Le verre en main, ce soir, vidons, pleins d'espérance,\n                      Tout souvenir de nos revers,\n             Demain, d'un libre essor, dans l'horizon immense,\n                      Nous tenterons encor les mers !\n\n\n\n  Après cette superbe page d'éloquence, Camille Lemonnier se leva et\nviolemment ému prononça les paroles suivantes :\n\n\n             MESSIEURS,\n\n   J'ai peine à dominer mon émotion devant la grandeur et la spontanéité\nde cette manifestation. La pensée en est sortie de vos cœurs toute\nchaude de vivace sympathie. Et dans votre générosité vous n'avez pas\ncraint de vous exagérer le mérite de celui à qui vous rapportez ces hon­\nneurs. Je reconnais là l'admirable élan de votre fraternel esprit.\n   Permettez-moi cependant de ne pas considérer cette fête comme celle\nd'un seul homme : c'est bien plutôt la fête en ce moment de la jeunesse\némancipée dans l'idée et affirmant son droit à la vie. Tous ensemble nous\ncélébrons la Pâque publique de notre renaissante littérature : par la force\ndes choses, le pain et le vin de ce banquet se changeront en aliments\npirituels qui vivifieront le jeune et puissant essor de nos activités intel­\nsectuelles.\n   Sauf pour les aveugles de naissance, — e t ils sont nombreux en ce\npays, — il n'est plus possible de méconnaître la large poussée des intelli­\ngences qui est en train de modifier la face de notre Belgique.\n   Sur le tronc de la vieille société s'est greffée une sève merveilleuse­\nment faite pour fructifier. En politique, dans les arts, dans les sciences,\nun besoin d'affranchissement a substitué à l'axe rouillé où s'immobilisait\nla routine, un axe tout neuf sur lequel la machine s'est mise à tourner\nd'un mouvement plus rapide. Et comme dans le frisson du jour qui se\nlève, les lettres, elles aussi, se sont animées au vent de l'esprit nouveau\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "                                    262\n\nA peine eut-il soufflé, que de l'ingrat terreau dans lequel la haute cul­\nture littéraire ne paraissait pouvoir s'acclimater, est sorti tout un jardin\nde jeunesse et de poésie.\n   Quel que soit le dédain qui accueille mes paroles ailleurs, je l'affirme :\nle pays a désormais un groupe de cerveaux noblement pensants et appor­\ntant à l'expression de la pensée la sensibilité subtile et raffinée qui est\nl'âme des littératures.\n   Pour moi, je veux être, ici et au dehors, l'apôtre de la bonne parole,\nuni dans une tâche commune à tous ceux d'entre vous qui ont accepté\nde souffrir pour la gloire de nos Lettres.\n   Hélas ! d'autres sont morts au dur labeur dont nous continuons à\nsupporter le faix : d'autres, qui plus que moi, peut-être, ont honoré\nnotre profession sacrée. Ne l'oublions jamais, Messieurs. Cette graine\nqui s'est levée depuis eux, abondante et magnifique, c'est dans le sillon\ncreusé par leur douloureux labour qu'elle a germé. Il semble que l'esprit,\ncomme la terre, ait besoin, pour s'épanouir dans les moissons définitives,\nd'un engrais d'âmes. Nulle part les floraisons ne croissent plus touffues\nque sur les tombes. Notre jeune école a subi cette loi de nature : c'est\ndu sang des agonies qu'elle est sortie, avec ses éclatantes floraisons\nactuelles.\n    Mon cher Picard, mon cher Rodenbach, vous avez bien fait d'évoquer\nles ombres de nos grands amis disparus : aucune mélancolie ne\ns'attache d'ailleurs à cette évocation ; car, matériellement engloutis dans\nla mort, ils ont ressuscité dans l'éternité du Livre.\n   Tandis que je vous parle, je sens autour de nous leur esprit :\n   De Coster, aussi bien que Pirmez, avait la bonté ; ils ont passé dans\nla vie avec un sourire pensif et cordial, et le sourire continue à illumi­\nner l'atmosphère dans laquelle nous pensons et nous écrivons.\n   Et je vous dis à mon tour, non seulement pour obéir aux voix secrètes\nde mon cœur, mais aussi pour être moi-même plus à l'aise devant vous :\n « Dans les bouquets apportés ici, prenez les fleurs les plus belles et faites-\nen hommage à ces héros expirés!» Il m'est consolant de penser qu'ainsi,\nune part de cette journée ira à ces deux nobles cerveaux comme la cha­\nleur sensible du soleil qui s'est levé sur leurs mémoires et ne doit plus\ns'éteindre.\n   Tous deux m'ont précédé dans la carrière, alors que, novice encore\nau Verbe, je me débattais contre le fuyant Protée. Ils m'ont insufflé les\nparoles qui réconfortent et du doigt montré les chemins qui mènent à\nla terre promise, à celle que nous convoitons éternellement et qu'éternel­\nlement déçoit notre effort. Je n'ai fait que suivre leur exemple en vous\ntransmettant, à vous, nos cadets, le legs de cette amitié qu'eux-mêmes\nm'avaient si largement octroyée. Eût-elle seulement pour effet de vous\nraffermir aux heures d'épreuve, toujours renaissantes dans le rude métier\nque nous nous sommes choisi, j'aurai goûté du moins la douceur de ne\npas la savoir inutile. Plus que jamais, d'ailleurs, mon esprit sera avec\nvous dans vos combats. Bien que je touche à cette maturité de la vie,\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                     263\n\nqui, dit-on, attiédit le sang, il me semble qu'une même jeunesse bout\ndans nos veines à tous et fait de nous les frères, égaux en âge, d'une\ngrande famille. Nul, il est vrai, ne sait les jours futurs : les feuilles sont-\nelles comptées à l'arbre de ma pensée? ou doit-il reverdir encore, avec\nla vigueur des sèves premières? Qu'importe, puisque, grâce à vos pro­\ndigues sympathies, j'ai connu la forte jouissance humaine de me sentir\nen une heure payé de tous les mécomptes de ma vie de lutte et de\ntravail.\n   A vous, les amitiés éprouvées et les amitiés nouvelles, à vous, les\nglorieux et les débutants, qui êtes venus ici acclamer, sinon le talent,\ndu moins l'ardeur des convictions et la persistante volonté de ne pas\ndémériter de l'art,- je vous envoie le cri de mon cœur reconnaissant.\nL'homme de lettres, dans sa haute signification universelle, sortira\ngrandi de cette fête des cœurs, qui est aussi celle des intelligences.\n   Au nom de la patrie littéraire, je vous salue et vous dis : merci !\n\n\n\n\n   Après la lecture de cette belle page dite par le Maître d'une voix\ngrave et émue, M. Verhaeren se leva et lut les superbes vers suivants :\n\n        En Flandre, lorsqu'on a récolté le méteil,\n        Sur le dernier charroi, lourd d'épis tassés ferme,\n        Qui s'en revient, couleur de gloire et de soleil,\n        Un gars, le plus rablé parmi ceux de la ferme,\n        Reste debout, comme un vainqueur, sur la moisson ;\n        On le conduit gaiement sous les drèves superbes\n        Qui balancent, au vent du soir, leur frondaison ;\n        Les arbres font la haie au passage des gerbes ;\n        Là-bas, vers le couchant, l'horizon, rouge encor,\n        Pavoise de ses feux buisson, arbuste et plante.\n        Des javelles, ainsi que des crinières d'or,\n        Flottent sur le sommet de la meule roulante,\n        Et tout autour des blés, et devant les chevaux,\n        De jeunes paysans qu'un coup de bière enflamme\n        Chantent, marchant au pas sous l'éclair bleu des taux.\n        Et lui, le gars vainqueur, dans son bourg qui l'acclame,\n        Royalement porté sur ce grand trône roux,\n        Hautainement campé sur son œuvre agrandie,\n        Et planté dans le grain à hauteur de genoux\n        Passe levant des mains une gerbe brandie.\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "                              — 264 —\n\n       Maître ! il me semble, à moi ton fervent, qu'à bon droit\n       La fête des blés murs rappelle notre fête.\n       Sur ton œuvre debout, orgueilleusement droit,\n       Tu m'apparais aussi, haut le cœur, haut la tête,\n       Toi l'âpre travailleur, l'écrivain rude et fort.\n       Ton art robuste et sain est comme un char qui bouge\n       Trainé par des bœufs noirs — et ton Mâle et ton Mort\n       Flambent dans ta moisson de cette lueur rouge\n       Qu'allume le grand style aux livres qui vivront ;\n       Et nous, nous t'acclamons comme ces gars des plaines,\n       Tandis que ton char passe et que les bras des chênes\n       Tendent d'un geste vert leurs rameaux sur ton front.\n\n\n\n\n  Un fin publiciste que l'on reconnaîtra aisément s'est fait représenter\nau banquet par cette boutade en vers qu'il signe : Un futur prix quin­\nquennal.\n\n       Notre gouvernement encourage les arts,\n       C'est un fait positif. Il veut que les artistes,\n       Au lieu de s'étaler, ainsi que des lézards,\n       Dans les gazons riants ou sur les rochers tristes,\n       Etirant au soleil leurs membres paresseux,\n       Prennent gaillardement ou la brosse ou la plume,\n       Et, forgerons du Beau, de leurs bras vigoureux,\n       Martèlent sans repos l'Idéal sur l'enclume ;\n       La pensée était belle, et l'on va voir comment\n       Elle fut appliquée à la littérature.\n       Tous les cinq ans, dit-on — hâte toi lentement —\n       Un jury composé, par crainte d'imposture,\n       De gros bonnets — s'entend : de bonnets de coton — ,\n       Honnêtes, vaccinés, versés dans l'industrie,\n       Au courant des besoins moraux de la patrie,\n       Et sachant distinguer un gigot d'un mouton,\n       Grave, s'assemblera, boira de l'eau sucrée,\n       Ronflera quelquefois, sommeillera toujours,\n       Pour n'être point distrait de sa tâche sacrée,\n       Et rendra sans pâlir un arrêt sans recours.\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                       — 265 —\n\nOr, pendant ces cinq ans, les jurés devaient lire,\nEt, soit dit à leur gloire, ils en tombaient d'accord.\nIls se promettaient même, en leur noble délire,\nDe s'attaquer à tout, en dévorant d'abord\nLes écrits enfantés par notre Académie,\nLes livres couronnés, le stock officiel,\nAimant mieux être tous taxés de bonhomie\nQue de risquer d'omettre un point essentiel.\nIls s'adressèrent donc aux sphères patentées,\nAinsi qu'au ministère, hôpital des Beaux-Arts,\nTraquant avec ardeur les qualités cotées.\nMême, chez l'épicier ils firent des hasards,\nSurprirent des chefs d'œuvre aux pages non coupées,\nDont l'odeur trahissait la fraîche impression,\nQui passaient en cornets dans ses mains occupées.\nHélas ! Que de feuillets pleins d'érudition\nÉtaient ainsi partis, asiles déplorables\nD'un peu de cassonnade ou de quelques pruneaux !\nQue d'écrivains fameux, de penseurs vénérables\nAvaient dans les fruits secs rencontré leurs lombeaux !\nQue de morceaux parfaits, rayonnant de lumière,\nAvaient enveloppé des chandelles d'un sou,\nOu remplacé, peut-être en leur forme première,\nDu beurre inconscient l'humble feuille de chou !\nEt que d'autres encor, d'un style si limpide,\nNoyés dans la mélasse ou le cirage impur,\nEt que d'autres enfin, d'un esprit si candide,\nD'un ton si pénétrant, d'un jugement si sûr,\nEnvoyés sans procès — ô honte ! — à la moutarde ! !\nLa chasse, au ministère, avait beaucoup produit :\nOn avait exhumé dans certaine mansarde\nDes coffres de talents, et dans certain réduit\nDifficile à nommer, trois ou quatre génies,\nConvertis en carrés pas plus grand que la main,\nTraversés d'un crampon — c'était leurs gémonies —\nAttendaient en tremblant un piteux lendemain.\nMerci, mon Dieu, merci ! Vous voyez cette scène :\nLes membres du jury, sautant sur les carrés,\nSauvèrent leurs destins de l'auréole obscène\nDont ils appréhendaient d'être déshonorés,\n                                                          20\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "                          266\n\nEt joignirent ce tas au monceau respectable\nQui, sur une charrette, était là, dans la cour.\nIl leur fallut trois ans d'un zèle véritable\nPour se mettre au courant et lire tour à tour\nTous ces livres de prix, oeuvres philosophiques,\nRecueils d'instruction, librettos d'opéra,\nLeçons d'économie et travaux historiques,\nPoèmes et pamphlets, romans, et cœtera.\nEnfin, ils virent clair dans leur docte entreprise\nEt surent leurs auteurs du premier au dernier.\nAussi ne fût-ce pas sans une âpre surprise\nQu'ils ouïrent parler d'un certain Lemonnier,\nLe soir, au cabaret. Ils prêtèrent l'oreille :\n« Auteur national ! » Les bras leur en tombaient,\nEt pour comble d'angoisse, on en disait merveille.\nLes cheveux hérissés, les jurés succombaient\nA leur émotion. Un Lemonnier, Camille,\nAuteur national ! Camille Lemonnier!\nEt nous ne connaissons même pas sa famille!..\nMais le devoir commande : allons chez l'épicier\nEt trouvons, s'il se peut, ce maudit personnage.\nIls cherchent. Boulanger, épicier, pâtissier,\nIls arpentent Bruxelles, et se mettent en nage,\nInspectent sans succès les moindres magasins.\nHors ceux des éditeurs. Ils auraient pu sans doute\nS'adresser aux passants ou même à leurs voisins,\nMais... Bref, du ministère ils reprennent la route\nEt font avec ardeur balayer le grenier,\n Révolutionnant les rats et les punaises :\nMais rien, pas de Camille et pas de Lemonnier\nJe présume qu'au fond ils en étaient bien aises ;\nCependant, par pudeur, ils lancent à Paris\nUn exprès demandant une prompte réponse.\nPuis, pour charmer l'attente ils ouvrent des paris,\nDînent, et de bon sang chacun se fait une once.\nBientôt un télégramme arrive, ainsi conçu :\n» Lemonnier, auteur belge; a fait Mâle, Belgique\n » Tour du monde, le Mort, et ccetera. Connu. »\n— J'y suis, dit. esquissant un pas chorégraphique,\nUn membre du jury : Camille Lemonnier,\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                      267\n\nAyant bouclé sa malle, a fait le tour du monde,\nMais il est mort. Voilà ce qu'on ne peut nier,\nEt le correspondant dans cette thèse abonde\nEn ajoutant : Connu. C'est : connu qu'il est mort.\nMais son et cœtera, toutefois, me chiffonne,\nEt, pour l'interpréter, il me faut un effort...\nEt cœtera... Mystère... Ah ! ah! elle est bien bonne !\nNous y voilà, messieurs ! mais oui, c'est évident,\nOn l'aura disséqué : c'est une mode en France.\nLe jury, transorté, lance un hourrah strident\nEt fait au traducteur un succès d'importance.\nEnsuite, l'on décide, à l'unanimité,\nDe ne point s'occuper de Lemonnier, Camille.\nMort, il était censé n'avoir point existé,\nEt si la chose était triste pour sa famille,\nPersonne n'ignorait que le prix quinquennal\n Etait, bien entendu, moins une récompense\nQu'un encouragement. Or, c'est un fait banal\nQue l'encouragement exige l'existence.\nUn membre du jury, qui connaissait les lois,\nInsista sur le cas de l'enfant non viable,\nQue le code déclare incapable de droits,\nEt l'argument parut à tous inébranlable.\nPendant un an encor, le docte aréopage\nCompulsa ses dossiers, sans passer un seul jour,\nSans scruter un chapitre ou même une humble page.\nMais tous ces rossignols — soit dit sans calembour —\nExcitèrent entre eux la légitime envie\nDe concourir aussi pour le prix quinquennal,\nEt chacun résolut, en son âme ravie,\nDe se donner sa voix. Bref, au délai fatal,\nSans avoir emprunté le secours de la grâce,\nIls accouchèrent tous d'un fœtus immortel.\nOn s'assemble, on discute, au vote enfin l'on passe.\nAlors le président . « L'instant est solennel ;\n» Vous savez que l'art seul doit entrer en balance,\n» Messieurs ; donc quels que soient nos sentiments privés,\n» Jurons de n'écouter que notre conscience\n» Et de sacrifier les auteurs arrivés\n» Si, dans quelqu'inconnu nous trouvons des mérites.\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "                                — 268 —\n\n         » Plus l'effort sera grand, plus nous aurons d'honneur\n         » A nous émanciper de nos sévères rites.\n         » Ainsi, c'est entendu : pas de tour de faveur.\n         » Une fois par hasard, ce n'est pas bien terrible,\n         » Et le gouvernement ne nous en voudra pas! »\n        On applaudit en chœur, on jure sur la Bible,\n        Et bien haut, mais on fait des réserves tout bas.\n        Les billets sont écrits, déposés dans la boîte,\n        Brouillés, décachetés... Le président pâlit,\n        Il se pince la lèvre et d'une sueur moite\n        Son front se couvre. Enfin, d'une voix morne, il lit,\n        Et le verdict allume une commune rage,\n        Car tout le monde en bloc se trouve condamné,\n        Chacun s'étant donné son unique suffrage.\n        Voilà pourquoi le prix ne fut pas décerné.\n\n     Plusieurs lettres et télégrammes sont arrivés pendant le banquet.\n Nous citerons entre autres les deux missives suivantes, celle de Léon\n Cladel adressée à Camille Lemonnier et celle d'Emile Zola adressée au\n secrétaire de la manifestation :\n    Voici ces lettres :\n     « Cher ami, que je regrette de ne pouvoir être des vôtres dimanche!\n S'il m'avait été permis d'assister à la fête, je vous aurais toasté à peu\nprès en ces termes : Je bois à Camille Lemonnier, l'honneur des lettres\nfrançaises en Belgique ; cette expression est de moi ; je la revendique ;\non a dit des peuples qu'ils ont le gouvernement qu'ils méritent ; per­\nmettez-moi d'ajouter qu'ils possèdent aussi la langue dont ils sont\ndignes. Or, celui que vous honorez aujourd'hui s'exprime dans la\nlangue la plus souple du monde, témoin Voltaire; la plus cordiale,\ntémoin Alfred de Musset; la plus subtile, témoin Baudelaire; et sinon\nla plus puissante, du moins la plus picturale, témoin Hugo.\n    Gaulois du Sud-Ouest, je bois à mon confrère et ami Gaulois du\nNord- Ouest de la France. Vivent les Lettres Françaises ! et que dans la\nRépublique des Lettres, il y ait des rivaux, mais non pas d'ennemis ! tel\nest mon souhait. »\n                                                   LÉON   CLADEL.\n\n          Mon cher confrère,\n  \" J'aurais été très heureux de témoigner publiquement à Camille\nLemonnier ma vive sympathie littéraire. Cependant, j'avoue que\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                                    — 269 —\n\n j'aurais peut-être hésité à le faire dans la circonstance présente. T o u t e\n ma vie j'ai protesté contre les prix littéraires.\n    On n'a pas couronné Lemonnier. Eh bien! tant mieux pour lui; je\n l'estime heureux d'avoir échapqé à l'estampille gouvernementale, voilà\n tout. Pourquoi donc vous ètes-vous révoltés et avez-vous manifesté,\n lorsque l'honneur de votre ami est de rester à l'écart, original et fort?\n    Dites-lui que je lui envoie une chaude poignée de main quand même,\n et croyez-moi votre bien dévoué confrère. »\n                                                              EMILE    ZOLA.\n\n\n\n\n    Nous remercions au nom de Camille Lemonnier et au nom de la\n Jeune Belgique tous les journaux et toutes les revues qui se sont unis à\n nous dans cette glorieuse fête.\n    On le verra par la liste que nous publions, les principaux organes\n étaient représentés : L'Etoile belge, la Chronique, l'Indépendance,      Gil\nBlas, la Revue Moderne, le Précurseur. l'Art Moderne, le Journal des\n Gens de Lettres, la Revue artistique, le Correspondant belge, le Jour­\nnal du Dimanche (et le Caveau), la Fédération Artistique,         le Voltaire,\nla Revue Contemporaine,         l'Essai littéraire, le Journal de Liége,\nl'Office de Publicité, le Figaro, l'Echo du Parlement       etc..    et enfin\nla Jeune     Belgique.\n   Rappellerai-je la façon hardie dont tous ont empoigné le taureau'?\n Flor O' Squarr (Perkéo) disant dans le Figaro que « les subsides sont\n » partagés d'une façon très régulière entre quelques privilégiés qui\n» vivent tranquillement dans les fromages officiels et dont les livres,\n» imprimés aux frais de l'Etat, vont moisir dans les greniers des minis­\ntères » ; et plus loin : « Lemonnier est de ceux qui doivent donner des\nprix et n'en pas accepter. »\n   Voici Eekhoud, dans le Précurseur         .\n   « Des partisans du laisser faire et du déshonorant statu quo, des gens que\n» le réveil éclatant auquel ils assistent horripile, à la façon des hiboux con­\n  trariés par l'aube, ont déjà prononcé ce mot : coterie !\n   « Coterie ! Vraiment on est bien venu de nous la jeter à la face, après tou\n» ce qui s'est passé dans notre heureux pays depuis 1830.\n   « Coterie ! Peut-être parce que, las d'une situation intolérable, tous les jeunes\n» talents, — et les plus dissemblables — se sont rapprochés ponr se réunir\n» autour des seuls vrais écrivains qu'ait possédés la Belgique. Coterie ! Parce\n» que nous nous proposons comme idéal la séparation radicale de l'Art et de\n» l'Etat! Coterie ! Parce que lorsque nous reconnaissons la valeur d'une œuvre,\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "                                —    270    —\n\n» nous avons la franchise de dire notre pensée sans réticences et même de\n» l'écrire, différant en cela de certains cuistres à qui leur conviction des\n» mérites d'un confrère inspire le dénigrement systématique, la mauvaise foi.\n» Coterie ! Parce que vos génies couronnés ne parviennent pas à nous en\n» imposer. Coterie! Parce qu'entre le grand public et nous, c'est tout au plus\n» si nous admettrions le jugement de nos pairs, les vrais artistes, les litté­\n   rateurs pour du bon, et que nous n'avons jamais reconnu la compétence ou\n» gueuse l'encens de gens sans doute fort tionorables, mais recrutés, un peu à\n» la façon des jurys de cours d'assises, dans toutes les professions. Coterie\n» enfin, parce que nous voulons une littérature émanant du génie du terroir,\n» une littérature patriale plutôt que patriotique, une littérature qui soit de\n» notre cru et non pas de celui du voisin; une littérature franche, colorée,\n» vigoureuse et grasse comme le bel art flamand de nos peintres ; une litté-\n» rature qui fera bondir Prud'homme et se signer Tartuffe, mais que goûteront\n» les vrais fils de la mère Flandre, aussi peu suspects de bêtise que d'hypo-\n» crisie, n'est-ce pas Tyl Uilenspiegel, n'est-ce pas, cher et grand De Costerï\n    « Oui, alors, coterie nous sommes, c'est bien une coterie qui acclamera\n » Camille Lemonnier, en ce banquet de l'art libre. »\n\n                                      *\n\n  T o u s ont donné, vigoureusement, de conviction et d'indignation ;\nnous ne l'oublierons jamais.\n                                              La Jeune    Belgique.\n\n\n\n\n                            OCTAVE         PIRMEZ.\n\n   Octave Pirmez, l'auteur des Feuillées (1861), des Jours de Solitude\n (1869), des Heures    de philosophie   ( 1 8 7 3 ) , de Rémo (1880), est\n mort le 1er mai 1883 au château d'Acoz, à l'âge de cinquante-un ans.\n Georges Rodenbach lui consacrera une étude dans notre prochain\n numéro.\n\n\n\n\n    La Société des Aquarellistes et des Aquafortistes n'ayant pas jugé bon\n d'inviter la Jeune Belgique à son exposition, nous nous abstiendrons\n d'en parler. Notre prochain numéro contiendra le compte-rendu de\n l'Exposition de l'Atelier Portaels.\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                                    —    271   —\n\n\n\n\n                         CORRESPONDANCE\n    Nous recevons la lettre suivante :\n\n                                                        Louvain, 9 ma 1885\n\n             Monsieur le directeur de la Jeune Belgique,\n\n     On vous a mal renseigné sur le prix quinquennal. MM. Stappaerts\n  et Rivier se sont abstenus. j'ai voté pour M. Vautier. J'ai donc les\n  mêmes droits que M. Fétis à vos injures.\n                                                 Léon de Monge.\n\n       M. de Monge désire être éreinté, roulé, bafoué, n'est-ce pas? La\n   palme du martyre, quoi ! Et puis, ce lui ferait une petite popularité.\n   N'est pas roulé qui veut, pas vrai, Monsieur le Professeur? Vous avez\n   eu raison de voter pour M. Vautier. Un Mâle n'est que de la littérature\n   de gazette à côté du Crime du Substitut, c'est lumineux ; et votre sens\n   littéraire ne vous a pas trompé, maître ! N'est-ce point vous qui, à la\n   Société littéraire de Louvain, disiez : « je n'admets pas Monsieur\n., Baudelaire. » Vous vouliez être à la hauteur de M. de Ribeaucourt\n   qui disait de Victor Hugo: « Cet individu. » Vous êtes très fort, Mon­\n   sieur de Monge, mais quant à vous éreinter, allons donc ! Est-ce\n   qu'on attaque ce qui n'existe pas? Vous et la littérature moderne,\n   voyons, est-ce que cela peut se comprendre? Misère! c'est absolument\n   comme une colone Rambuteau qui voudrait parler de la colonne Ven­\n   dôme !\n                                                               J. B.\n\n\n\n\n                              EXPOSITION\n                                        DES\n\n\n               AQUARELLISTES\n     Mes prédilections, dans l'aquarelle comme dans la peinture à l'huile, sont\n  surtout pour les curieux du geste expressif et de la note large. L'outrance dans\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "                                  — 272 —\n\nla virtuosité finit par agacer comme une pose, et plutôt que de l'esprit, il\nfaut à la fonction sacrée de l'artiste un sens simple et droit. Toute la malice\ndu monde ne suffit pas, en effet, à regarder avec droiture au fond des choses :\nau contraire, elle détourne l'esprit des contemplations naïves qui alimentent\nl'art sincère. On en a la preuve chaque fois qu'on se retrouve en présence de\nces Italiens mignards, tellement attachés à la mécanique extérieure qu'ils en\noublient le fond et la conception générale. Cabianca, Carlandi. Maccari,\nTarenghi, Cipriani et les autres imitateurs souvent maladroits de Fortuny,\nqui, du moins, dans ses fouillis de touches minuscules, brouillées comme\nles visions d'un kaléidoscope, jetait le frisson et le tourbillon de la vie, appli­\nquent à la notation du détail des yeux d'horloger regardant à travers une loupe.\nQuelquefois, cependant, un des leurs, d'un œil plus sublil que les autres,\nparvient à fixer la noble harmonie des choses dans la lumière. Baccialelli,\npar exemple, dans deux vues de Venise, détaille les dilicates ciselures de ses\narchitectures avec une préciosité qui se rachète par la fondante atmosphère\ndans laquelle il les entoure. Encore sa facture, guillochée et paillletée, est-elle\nloin d'atteindre l'effet des aquarelles de M me Montalba, une main légère\net qui néanmoins sait appuyer tout juste assez pour donner la vision des\nchoses. Avec ses eaux mortes, roulant sous la voûte des ponts leur noir flot\n huileux, égratigné de raies claires, son Canal à Venise, bordé de façades\n niellées comme des orfèvreries, prolonge dans le songe et le silence une per­\nspective mystérieuse, bien faite pour éveiller les conjectures. Mais peut-être\n cette page, qui est la plus admirée de celles qu'a envoyées l'artiste, trahit-elle\n dans le faire des ambitions un peu trop sérieuses pour le pimpant esprit de\n l'aquarelle. Le Printemps, un autre souvenir de Venise, dans sa pousse tur­\n bulente de jeunes feuilles, et sa pluie de fin lumière, et les Fortifi­\n cations au Lido, un coin perdu des remparts, avec son arbre ébranché émergeant\n des lignes brusquées du sol et silhouetté sur les pâleurs hivernales du ciel,\n ont une grâce plus déliée, qui, à moins de frais, me charme tout autant.\n   C'est pour la même raison que je prise bien haut les Boses d'automne de\nM. Ch. Hermans, un morceau gras, étoffé, solide, d'une couleur mourante\net sourde comme les vieux velours fanés, et qui dans sa chaleur refroidie de\nfloraisons poussées sous un soleil pâle, a la beauté mélancolique des choses\nsur le point de trépasser. Je ne crois pas cependant que le bouquet gagne\nbeaucoup aux coulées de matière colorante, étendues comme des taches\nde moisissure sur le papier : le ton franchement attaqué dans son plein\nparaîtra toujours préférable aux malices d'exécution. Personne plus que\nMM. Stacquet et Uytterschaut, dont les noms s'accouplent volontiers au bout\nde la plume, bien que chacun d'eux ait cecours à des moyens différents, n'a\nle don de l'exécution soutenue. Le Canal du premier, filant entre les petites\nmaisons pignonnantes des rives sa glace grise où s'immobilisent des bateaux\naux rechampis crus, dégage une impression de tristesse douce et persistante;\nau contraire, le Matin à Heyst, tout baigné de fluides adamantins, dans sa\nfine poussière de pastel, s'emplit des gaîtés d'un matin d'été, exquisement\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                                   — 273 —\n\nrendu. C'est bien là de l'aquarelle dans toute sa spontanéité fraîche et sans\nrepentirs. De même, chez M. Uytterschaut, le charme de la Vue prise à\nBouillon, un paysage de verts lustrés, glacés d'une patne dorée, avec des\nclartés moites, une chaleur de jour scintillante et perlée, résulte de la limpidité\nde l'atmosphère et de la grâce de l'interprétation.\n   M. Binjé, lui aussi, a le secret des poésies expressives : sa Soirée d'hiver,\ndans ses grises estompes crépusculaires, piquetées par le jaune éclair d'un\nréverbère de banlieue et accordées aux blancs rompus de la neige, éveille\ndes sensations de nature. Elles ne son pas moins irrésistibles chez\nM. Goethals, qui cette fois, a mis son intense pénétration des intimités\nrustiques dans un Effet de neige, empreint des placidités de la campagne\nhollandaise. Il y a longtemps que je loue cet art simple, grave, sincère, dans\nlequel s'exprime un esprit attentif, détaché plus qu'aucun autre de toute imi­\ntation. N'est-ce pas là aussi ce qui fait l'attrait des aquarelles de M. Mauve,\ndans leur mélancolie de nature, si loin de toute virtuosité? La Vente de bois,\nune clairière décimée, toute nue sous le pâle jour d'hiver, s'emplit des plaintes\ndu vent, dans une solitude que rend plus sensible encore le petit groupe des\nmarchands, autour du notaire en habit noir.\n   J'aime beaucoup le talent de M. Mesdag; mais, malgré de jolies valeurs\ndans le ciel, l'Entrée des bateaux de pêche, d'un aspect fatigué et froid, me\nplait moins que d'habitude; et dans les deux aquarelles de M. J. Maris, bavo­\nchées, décousues et gauches, je trouve quelque chose d'une lassitude semblable;\nMM. Neuhuys et Blommers en revanche, avec une sympathie égale pour le détail\ndes existences humbles, s'apparient dans le goût et la volonté d'une exécution\nhonnête et tranquille, qui ne connait pas les défaillances. Un même scrupule\nse remarque dans les paysanneries de M. Claus, encadrées de verdures claires\noù des saules mêlent leurs touffes ébouriffées. Cependant l'idylle à laquelle se\ncomplait habituellement l'artiste anversois, semble lui avoir moins réussi, cette\nfois, qu'une scène empruntée à l'industrie rustique : les petites figures des\n Trieurs de tabac en Westphalie se détachent en postures très nettes sur un fond\nmordoré, dans le coup de lumière tombé d'une échappée de ciel. C'est à coup sûr\nune des perles de l'exposition. J'estime encore la justesse du mouvement, l'aisance\nla composition et les adresses de la technique dans les deux scènes militaires\nde M. Alf. Hubert: l'aquarelle, sous ses lestes pinceaux, garde un air délibéré\nde croquis qui s'allie heureusement au tour nerveux de son dessin. Rarement,\nd'ailleurs, l'excellent artiste a montré plus de savoir-faire et d'esprit que dans\nl'ordonnance de son Rendez-Vous de chasse, un difficile travail qui pour lu\nse doublait de toutes sortes de difficultés. Ce n'était pas tout, en effet, que de\nfaire ressemblants les cavaliers et leurs montures, les uns et les autres de race:\nil fallait encore observer les distances, marquer les hiérarchies, tenir compte\nde la personne royale mêlée à la scène, avec des conditions intransgressibles d'en­\ntourage. Aucune hésitation ne s'aperçoit pourtant dans ce grand paysage d'au­\ntomne, taillé au rouge carrefour des bois, avec son train d'équipages, ses\naristocraties de bêtes, le fourmillement écarlate de ses habits piqués sur les fonds.\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "                                  —    274   —\n\n   M. Hennebicq, lui, apporte dans le maniement de la couleur à l'eau la solidité\ndes pratiques en pleine pâte. Avec sa chemise aux blancs écrus. rompus de\ngris sur un fond de boiseries brunes, l'homme qui, dans la Toilette, se fait la\nbarbe devant un miroir où se reflète son jaune museau plaqué de reflets clairs,\nrappelle la patine chaude et le faire appuyé des Braekeleer. Il nous était\nréservé, d'ailleurs, de voir le peintre se révéler dans un genre inhabituel: son\nEclaircie, une crevée de jour baillant sur une coupe de bois, a l'accent d'un\nbon paysage terminé sur nature.\n   Trois notes de M. Eugène Smits, dans ces harmonies de ton effacées et\nsourdes qu'il module en musicien de la couleur, deux études de femmes de\nM. Camille Van Camp, s'enlevant dans une clarté laiteuse en chairs grasse­\nment tournantes, quelques vives pochades de ces joyeux compères, David et\nPierre Oyens, et surtout les envois de MM. Mellery et Constant Meunier\ncomplètent l'exposition de cette année.\n   On connaissait par les reproductions du Tour du monde, la Ronde d'enfants\net le Pèlerinage à Hal du viril et scrupuleux artiste qui a nom Mellery. Le\ngraveur, cependant, n'avait qu'imparfaitement rendu l'intense et pénétrante\nsimplicité du dessin original; et c'est l'aquarelle qui nous la rend aujourd'hui.\nDéployée dans la verdure d'un pré, une ronde de fillettes remplit le\npaysage de ses visages clairs comme des lunes. Une atmosphère d'après-midi,\nvoilée de sourdines grises, enveloppe cette fraîche idylle, lui communiquant\nquelque chose de la douceur d'une ballade d'enfants. Et dans la reculée,\nd'autres fillettes se tiennent par les mains, dansant aussi ; et toutes pen­\nchées du même côté, comme des arbustes sur lesquels souffle le vent. Le\ncharme, ici, résulte non des subtilités de l'exécution, mais d'une émotion\nrépandue dans les choses, d'une certaine beauté mystérieuse flottante par l'air,\nde la grâce naive des figures, pareilles à de grandes poupées bariolées. Le\nPèlerinage Hal, dans un autre ordre d'idées, dégage une impression aussi\nprofonde. Des éclopés, des paralytiques, des souffrants se pressent devant un\nChrist assis sur des rocailles, avec son corps demi nu et donnant la sensation\nde la chair humaine étalée. Et tout près, la sombre église dresse ses contre­\nforts puissants, dont l'ombre se projette sur le groupe, ajoutant encore à ses\nmélancolies. Ceci touche aux blessures même de l'être; on croit entendre, on\nentend vraiment la plainte de cette humanité désolée ; et les têtes à elles seules,\n labourées par le mal, sont un chef-d'œuvre d'observation douloureuse.\n   M. Constant Meunier, lui, après une absence de plusieurs mois, nous\nréapparaît brusquement dans une peau bronzée d'espagnol. Rassurez-vous : la\nclassique contrée des seguedilles n'a rien entamé de sa robuste personnalité;\net ce n'est pas par un cliquetis de castagnettes qu'il signale son retour. Ses\nquatre aquarelles ont une beauté rude, dans leur lumière violente et leur sévé­\nrité de lignes ; quelque chose de l'Espagnolet semble à travers le temps se\nrefléter dans le Choeur de la Cathédrale, embrasé à la splendeur rouge des\ncierges, comme un lointain brasier sur lequel se silhouettent d'énigmatiques\nfigures de mendiants accroupis. Et une émotion réfléchie, concentrée, perce\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                                  — 275 —\n\ndans cette vision d'une Espagne dévorée par son paupérisme et bêtifiée par ses\nprêtres. — Pareillement, le Prêtre se chauffant à un brasero, avec son grand\ncorps osseux, ses longues mains plates et son teint couleur de bois, évoque\nla pensée d'une humanité brûlée par le feu intérieur. Partout, le caractère est\nmarqué largement avec une fermeté de style et une solidité d'effets que l'artiste\na rarement égalées.\n                                                              C. L.\n\n\n\n\n              LE PRIX QUINQUENNAL\n                          A LA CHAMBRE.\n\n\n    Elle a trouvé son écho à la Chambre des Représentants, notre pro­\ntestation, et bien qu'il soit trop tard, que désormais rien ne puisse nous\nramener à l'Etat qui n'a pas su nous comprendre, que couronnes et\nlauriers officiels ne soient, jusqu'à nouvel ordre, pour nous, que feuilles\nmortes pour engraisser les terres incultes, nous tenons à féliciter de tout\nnotre cœur M. Vanderkindere de son attitude crâne et hautaine.\n    Voici la fin de son discours, dont nous soulignons les passages les\n plus topiques :\n    « Messieurs, je ne puis me rasseoir sans ajouter quelques mots au sujet\n de la question des concours.\n    L'honorable ministre n'a pas cru pouvoir accepter la proposition que\n je lui faisais de consentir éventuellement au partage des prix. Je le\n regrette, car je pense que sa détermination est fâcheuse.\n    L'Académie des Inscriptions en France, l'Académie des sciences\n morales et politiques divisent parfaitement leur prix. Il n'y a presque\n pas d'années où l'on n'en voie des exemples. Pourquoi n'en est-il pas\n de même chez nous? N'est-il pas possible que dans une période quin­\n quennale il se trouve un ouvrage qui prime absolument tous les autres?\n Dans ce cas-là, s'il y a deux ou trois ouvrages qui sont bons, pourquoi\n  ne pas les couronner tous les trois, pourquoi ne pas accorder à chacun\n le tiers de la somme qui devrait être donnée à un seul?\n    Je crois que la manière actuelle de procéder est d'autant plus regrettable\n  qu'elle tend à inspirer au jury lui-même une fausse idée de sa mission.\n  Le jury croit devoir fixer une chose sacrée,à laquelle il sera très difficile\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "                                  — 276 —\n\nde parvenir ; il est généralement convaincu qu'il communique au lauréat\nun certain caractère officiel.\n    Nous avons encore eu, dans ces derniers temps, un exemple de cette\n manière de procéder. Je n'entends certes pas critiquer les décisions d'un\njury. Le jury est omnipotent et je respecte sa manière de voir ; mais il\nest permis de chercher à expliquera interpréter une décision. Pourquoi\nle dernier concours de littérature n'a-t-il pas abouti ?\n    Evidemment parce que la majorité du jury a pensé que l'œuvre distin­\nguée à laquelle on proposait de décerner la récompense, n'avait pas un\ncaractère assez académique. Le jury a craint, non de compromettre sa\ndignité, mais de compromettre le gouvernement en couronnant un écrit\nqui s'écartait trop de saintes traditions de la littérature officielle. A mes\nyeux, cette préoccupation est fâcheuse. Nous n'avons pas à nous inquiéter\nde savoir à quelle école appartient un écrivain de talent. Qu'il ait du\ntalent, voilà le principal.\n    Si j'avais l'honneur de faire partie du jury chargé de décerner le prix de\nphilosophie, je couronnerais une œuvre de mérite, qu'elle fût matérialiste,\npositiviste ou spiritualiste. Pareillement, qu'un romancier, qu'un poète\nse rattache à l'école naturaliste, réaliste ou classique, on n'a point à s'en\ninquiéter, et nous ne sommes pas, je l'espère, assez faibles pour nous\nlaisser effaroucher par des mots.\n    J'arrive, messieurs, à ma conclusion. Le gouvernement donne des sub­\nsides depuis cinquante ans ; ces subsides ont-ils produit une œuvre vrai­\nment forte ? ' Ont-ils suscité une littérature ? Ils sont demeurés\nstériles.\n    Aujourd'hui, nous voyons dans la jeunesse une sorte de réveil littéraire ;\nily a un effort sincère. Cet effort aboutira-t-il ? Mérite-t-il ou non des\nencouragements ? Peu importe. Ce que je veux constater, c'est qu'il se\nproduit en dehors des sphères officielles, sans le concours du gouverne­\nment, je dirai même EN DÉPIT de l'action du gouvernement.\n    N'est-ce pas là une leçon? N'est-ce pas une confirmation expérimentale .\nde la thèse que j'ai voulu soutenir ?\n    Qu'on me permette de le répéter, j'attache un prix énorme aux œuvres\nde l'intelligence, mais je vois qu'elles ne prospèrent que par la liberté. La\nprotection les énerve, la protection ne favorise que le parasitisme\nlittéraire; c'est ce parasitisme que j'ai voulu combattre. »\n    Ereintements, roulades, dialogues des morts, etc., etc. n'ont jamais\ndit plus clairement leur fait aux deux spécimens de littérateurs\nparasitaires qui régnent, l'un à l'Office de Publicité, l'autre à la Revue\nde Belgique. Well roared, lion !\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                                 —   277   —\n\n\n\n     Puisque j'ai prononcé le nom de l'Office de Publicité, ne signa­\n lerai-je pas l'étonnant et stupéfiant article signé L. H. qui y a paru\n dimanche dernier sous ce titre : Le patronage des arts et lettres, article\n dans lequel M. Hymans s'insurge contre la séparation que nous\n demandons, de l'Art et de l'Etat, et réclame la protection officielle.\n    Cet article, dans lequel se glissent naturellement quelques aimables\n plaisanteries à l'adresse de notre jeune école, est d'une rare naïveté,\n venant de celui qui réalise le plus parfait type de parasite littéraire qu'on\n ait jamais vu, de celui qui publie aujourd'hui même sous un titre singé\n des Français, une histoire, fort richement éditée d'ailleurs, de Bruxelles,\n livre qu'il dédie, avec la gracieuse autorisation de L. L. A. A. R R.\n Mgr le Comtesse et Madame la Comtesse de Flandre, à son altesse\n Mgr le Prince Baudouin!!!\n    Le gouvernement achètera un bon nombre d'exemplaires! et M. Hy­\n mans, qui n'est pas si bête que son journal, se dit avec une certaine\n raison que le Prince Baudouin étant destiné à régner un jour, il y a\n certain profit à se mettre dans ses bonnes grâces. M. Hymans a trouvé\n un comble: le parasitisme anticipé ! Potvin n'a jamais été jusque-là!\n    Oui, dans ses vieux jours, M. Hymans se retirera à la cour du Roi\n Baudouin qui lui donnera, avec la dernière pension alimentaire et para­\nsitaire, la place de gardien du sérail !\n    Voici un fragment facétieux de l'article de l'Office de Publicité.\n                                          *\n                                         **\n    « Il faut bien le dire, il y a chez nous une école qui s'est prescrit pour\nprogramme de déprécier tout ce qui n'a pas une tendance ou un parfum exo­\ntique. Cette disposition regrettable se manifeste surtout dans le domaine\nlittéraire. Elle n'a d'admiration que pour ce qui vient de France ou trahit\nl'envie d'y retourner. Pour cette école il y a plus de gloire à être balancé à\nParis qu'à être loué en Belgique. — Une œuvre quelconque n'a de valeur\nqu'à la condition qu'on en parle entre le boulevard Montmartre et la Made­\nleine. De plates imitations de piètres écrivains, dont on glose dans les bras­\nseries parisiennes, sont portées aux nues — par ceux qui les font. — L'on\ntravaille à faire passer pour original ce qui n'est en définitive que la copie\ninforme des chefs-d'œuvre en renom sur les bords fleuris de la Seine où l'on\nrit sous cape de cette plaisante manie de se faire passer pour ce qu'on n'est\npas. Des gens qui ont crié sur les toits pendant trente ans qu'il n'y avait pas\nde littérature en Belgique, proclament aujourd'hui à son de trompe qu'une\nlittérature nous est née parce qu'on a fondé à Bruxelles des succursales de\nprose et de poésie qui n'ont de belge que le nom de l'imprimeur. — Cela\ns'appelle un mouvement, et au fond de leur âme ceux qui le fabriquent n'ont\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                                — 278 —\n\npas d'autre idéal que de le transporter au delà des frontières. — Regrettables\nillusions ! Beaucoup de talent dépensé en pure perte en vue d'une chimère ! »\n   Cela était écrit le jour où plus de deux cents artistes acclamaient\nglorieusement avec Camille Lemonnier, notre jeune école. Franche­\nment M. H y m a n s a mal choisi son heure et pour se crever les yeux à\nforce de s'y fourrer les doigts, il ne ferait pas mal de le faire plus\ndiscrètement.\n                                                       MAX    WALLER.\n\n\n\n\n                  LE SALON DE PARIS\n                                    1883.\n\n\n                           PREMIER ARTICLE.\n\n  Bien présomptueux qui voudrait avoir une opinion sur le Salon, un jour de\nvernissage :\n   — Un va-et-vient continuel, des rencontres, des affolés, des mécontents; et\ntoujours, devant chaque tableau, deux yeux que l'on se sent braqués dans le\ndos... ceux du peintre! — puis les élégants, les bottes-vernies, les princes\nde l'avenue de Villiers qui règnent, chacun dans sa salle respective, en con­\nquérants. Enfin le fameux Tout-Paris des deux sexes ; celui qui se moque de la\npeinture comme de rien et est fait pour s'occuper d'art comme moi pour\nchanter matines; le Tout-Paris qui vient ici par devoir, qui se dévoue, et fait\nsonger à cette tant spirituelle boutade des Goncourt : « Ce qui entend le plus\nde bêtises dans le monde est peut-être un tableau de Musée. »\n   — A h ! c'est vous... je quitte B . . . avez-vous vu X?...\n   — Oui... là-bas... voyez, il cause avec Y...\n   — Adieu!\n   Puis c'est un jargon tout spécial, celui des critiques: — C'est très fait.\n— C'est honnête. — C'est exécuté. — C'est amusant. — C'est voulu. — C'est\nagréable. — C'est peint dans la pâte. — Ça crie. — Bonne indication. —\nC'est insuffisant. — Peinture solide. — C'est dans le sucre. — Ca se tient.\n— Comme ça s'est apaisé... »\n   A la besogne donc, et allons à la découverte au milieu de deux mille quatre\ncents toiles !\n                                       *\n                                      **\n   Peindre une femme nue est une chose grave, et celui qui s'y décide sans\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                                   — 279 —\n\ninquiétude, sans émotion, n'est qu'un étourdi qui fera de la vilaine besogne.\nAvant d'oser caresser sur la toile la forme féminine, l'éternel poème d'amour,\nil faut être sûr d'avoir en soi une valable somme de poésie à pouvoir dépenser\nau profit de l'œuvre. C'est pourquoi, je le répète, peindre une nudité tout\nsimplement pour rendre très fidèlement de la chair, est un acte de mauvais\ngoût qui ne profite qu'aux collégiens et aux séminaristes. Sous ce rapport,\ndisons que le Salon de cette année n'est pas trop encombré par les banalités\nque l'on sait; — qu'il se tient même assez bien au point de vue du nu et\ncompte en ce genre quelques belles choses.\n    En première ligne vient Henner, le merveilleux maître dont on peut dire\nde lui que ses œuvres sont la plus haute expression de la poésie en art. Il\nexpose une Liseuse; — avec deux bouts de bois en croix ou le moindre os\nfrontal dans un coin de la toile, ce serait une Magdeleine. Je crois que c'était\nle premier titre que, du reste, quelques-uns de nous conservent à cette œuvre.\nJ'avais déjà vu cette toile splendide dans l'atelier du maître, où elle était\nmieux, et qu'elle semblait éclairer, emplir de son rayonnement. Henner nous\na depuis longtemps habitués aux chefs-d'œuvre, certes, mais jamais, je crois,il\nn'avait envoyé semblable merveille au salon. Aucune toile de grand maître ne\nsurpasse celle-là, et dans l'avenir elle devra trouver sa place en notre Louvre,\nau Salon-Carré, en compagnie de Giorgione, de Corrège et de Léonard.\n   Cette Liseuse, ou Magdeleine, entièrement nue, allongée sur le flanc droit\net la tête demi haute appuyée dans la main, lit, sans que le moindre voile nous\ncache une parcelle de son corps admirablement beau, que nul repentir ne\nsaurait inquiéter. Le tableau est éclairé de face, et jamais Henner n'a su\nenvelopper un corps d'une lumière plus caressante, ni donner à la chair plus\nde finesse et de fraîcheur. Quelles que soient tes pensées et la pureté de ton\nâme, ô Liseuse ! maîtresse imperfectible de l'homme-dieu ! c'est par ta seule\nbeauté charnelle, idéale et divinisée, que tu nous captives et nous ravis ! Avec\nHenner, l'adoration de la chair se fait chaste : il immatérialise le désir; il fait\ntenir tout l'amour dans la forme et crée la religion du Beau. Cependant il\nm'est impossible de croire qu'Henner, avant de se séparer de sa Liseuse, de sa\nMagdeleine, de cet étonnant rêve rêvé et fixé, ne se soit pas agenouillé devant\nl'œuvre qui contient de sa vie à lui, et n'ait pas, comme Pigmalion, tenté\ndans une intime caresse, d'animer sa création.\n   La médaille d'honneur et là, ou ce serait à la supprimer. On n'a que trop\ndifféré déjà :\n   Henner expose uneseconde toile : un portrait d'une jeune religieuse. La\nfigure d'une suavité virginale, d'une distinction délicate, s'enlève, caressée par\n des blancs qui la font valoir, sur le noir du costume. Ce fascinateur fait ce\nqu'il veut avec son pinceau, c'est le thaumaturge de la peinture.\n   De mes confrères, qui cependant aiment Henner, lui reprochent ce qu'ils\nappellent son manque d'imagination. Est-ce sérieux ? — en ce cas pardonnez-\nlui, ô mes frères, puisque chaque redite est un nouveau chef-d'œuvre; — et\nsi vous persistez, critiquez donc aussi le printemps qui à chaque nouvel an\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "                                    —    280   —\n\n  gonfle les bourgeons de la même frondaison verte, et veuillez je vous prie\n  médire du baiser qui depuis Eve n'a pas encore varié.\n     Comme les directeurs de Revues sont féroces quand il s'agit d'admettre des\n  vers dans leurs colonnes, même mauvais, j'en vais, de vive force, passer ici\n  quelques-uns sur le Maître :\n\n              Henner est le profond poète de la chair !\n              Sous sa caresse tiède elle émane des choses\n              Et des affinités de la terre avec l'air.\n              — Sous d'inconnus baisers, ses nudités écloses :\n\n             Filles des soirs troublants, des eaux, des bois ombreux ;\n             Dans le repos sacré des chaudes solitudes\n             Endorment l'être, et font pleurer la mort des dieux\n             Dont le pinceau du Maître a su les habitudes...\n\n\n\n\n     Une des toiles capitales du Salon, et que je place directement après le chef-\n d'œuvre d'Henner, est la Danse au crépuscule de M. Feyen-Perrin. L'éminent\n portraitiste de Daudet, qui d'habitude idéalise peut-être un peu trop ses cauca-\n laises, nous donne là une belle et large page de poésie d'où se dégage un\n charme profond et pénétrant. Il s'est inspiré de ces quelques beaux vers\n d'Armand Silvestre:\n\n            Devant le flot chanteur dont l'azur clair recule\n            Vers les confins du ciel où se lève Vénus,\n            Dans l'air où la tiédeur des aromes circule.\n            Sous les frissons d'argent tombés du crépuscule,\n            Les nymphes en dansant, tordent leurs membres nus.\n\n     Le peintre a adouci le dernier vers; et, en traduisant cette superbe strophe,\n est demeuré plus rêveur que faune, plus virgilien qu'anacréontique. Avec\n Silvestre, les membres se tordent; sur la toile de M. Feyen-Perrin ils s'enche­\n vêtrent; et cette tant voluptueuse chaîne de chair que forment les bras des\n danseuses nues enfermerait-elle le monde, que pas un prisonnier ne tenterait\n l'évasion. Quelle grâce dans les lignes, quelle simplicité, quelle paix char­\n mante dans cette fin de jour, où le mouvement semble être un apaisement,\n comme le dernier chant d'un poème divinement charnel qui se meurt avec\nlassitude dans la moiteur du soir. Ces nymphes sont pudiques, leur nudité\nn'est pas provocatrice, leur chair a des tons fauves qui se détachent avec\ndouceur sur l'indécis des fonds vagues. Et de cette œuvre chaude, à la\nlumière éteinte, une grande mélancolie naît et nous pénètre.\n    Une autre toile, toute gaie, toute ravissante, Printemps; une jeune fille à\nla chair ensoleillée est assise dans un bois au feuillage un peu jaune ; elle\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "                                    — 281 —\n\ntient, sur la seule étoffe cerise qui cache ses genoux, un nid, — un nid? on\nen ferait un avec cette vierge. M. Feyen-Perrin se montre sous deux notes\nbien différentes. Excellente exposition.\n   M. Hans Makart envoie l'Eté, une grande toile. D'un coin de parc à peine\naperçu, une pièce d'eau vient, endiguée par le marbre, fraîchir une cham­\nbre ouverte, sorte de gynécée, où les lits de repos sont perdus parmi les\nlourdes tentures de brocart et des ors éteints des piliers sculptés. Des\nfemmes aux belles chevelures ardentes, vêtues d'étoffes brodées, jouent aux\néchecs; d'autres, nues, laissent voir de belles lignes; une, superbe comme une\nCléopâtre, joue, étendue sur les coussins, avec des papillons ! C'est du nu tran­\nquille, qui n'inquiète pas le cerveau. Il v a dans tout cela une grande somp­\ntuosité de palette, une décoration très magnifique, enfin, un grand, mais très\ngracieux nonchaloir. Une réminiscence de tons Flamands, mais où Rubens\nn'a cependant rien à revendiquer.\n    — Aimé Morot. Martyre de Jésus de Nazareth. Comme autrefois le Christ\n de Bonnat, celui de M. Morat est bien fait pour épouvanter les outranciers\n du convenu. L'artiste a fait bon marché de la croix catholique bien équarrie\net consciencieusement rabotée. Deux gros troncs d'arbres forment l'instrument\n de supplice : un T brutal, rugueux, sur lequel Jésus est lié; il fout dire qu'il\n y est également cloué ce qui serait discutable au point de vue historique.\n A quand la suppression de ces clous? — Un sang descendant, accumulé, d'un\n violet noir, gonfle les jambes écartées sur le bois. Elles sont d'un ton de chair\nqui va mourir la première. Cette portion du tableau est du plus sérieux\n réalisme. Le torse, qui est en pleine lumière et plus vivant, est un très beau\nmorceau de nu. Enfin la tête, renversée sur le bois transversal, est un peu\ntrop pensive et n'indique pas assez la souffrance. Cette critique ne s'adresse\npas au peintre dont l'œuvre est supérieurement traitée, mais à l'historien. Un\npas de plus et c'était tout à fait du Renan, peut-être plus, du Jules Soury. —\nBref, cette toile est certainement une des principales du salon et, à mon avis,\nla meilleure que jusqu'à ce jour M. Morot nous ait donnée. M. Bonnat trouve\nlà un sérieux rival qui a, lui, cettequalité que ses chairs ne sont en gros cuir.\n\n\n\n   — Une toile terrifiante, et qui est un des clous du salon, m'arrête, me\nhappe au passage : L'Alcool '. elle est signée par le délicieux fantaisiste qui, l'an\ndernier, exposait la Dame de. trèfle; Henry de Beaulieu, le peintre habituel des\ndemi-nudités entrevues en des rêves paradisiaques, des charmeuses de serpents\net des impudiques aux ibis roses. Cette toile est donc une lugubre fantaisie à\nrebours de ce fantaisiste qui n'a pas barguigné, je vous assure, pour nous\nmontrer, brossé avec une stupéfiante hardiesse, son épouvantable alcoolique\ngrandeur de nature. C'est horrible assez pour être beau. Dans une cour d'hô­\npital, contre un mur, l'homme est là sur une pierre, plutôt effondré qu'assis,\nhaillonneux et décharné. La tête tombe pesamment sur la poitrine, nue d'un\n                                                                            1\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "                                   — 282 —\n\n côté, et tend de i'épaule, au cou, une peau déjà décomposée qui se plaque sur\n  la clavicule en saillie. C'est sinistre ! — La chair a des teintes verdâtres de\n  charogne, et pourtant il v a encore un souffle de vie dans ce reste d'être qui\n  va finir; mais c'est l'insensibilité, la fin..., plus rien, c'est l'hébétude,\n l'homme vidé! l'alcoolisme à son dernier période; « période de dissection.»\n comme on dit à l'hôpital. — La bouche s'est ouverte, la dernière lueur d'intel­\n ligence est partie, ce qui reste ne compte plus... c'est la loque humaine ! —\n Quand on ose il ne faut pas oser à demi ; M. de Beaulieu l'a compris ; il a été\n très crâne.\n     — Jean-Paul Laurens. Un robuste maître qui ne nous a pas gâté cette\nannée. Deux petites toiles dont une : Le pape et /'inquisiteur qui est bien dans\nsa facture, hardie de dessin et de coloris; — belles oppositions de rouges dans\nces robes de prêtres; têtes très étudiées, énergiquement rendues ; on sent bien\nque l'inquisiteur à la face cruelle, ravagée, est le vrai maître de ce pape débon­\nnaire qui l'écoute lire je ne sais quel décret sanguinaire. — L'autre toile est\nune carte de visite : de hautes murailles rouges, briqueteuses, celles du Saint-\nOffice, dressent leurs masses sinistres ; au bas, une femme tout encapuchonnée\nprie à genoux dans l'herbe. Prière perdue !\n    Pour me refaire, en sortant du Salon, je suis, pour la vingtième fois, entré\nau Panthéon admirer l'œuvre sans égale de Jean-Paul Laurens.\n\n\n\n   Une réaction paraît se produire en faveur de M. Bouguereau. Nous avouons\n ne pas être disposé à emboîter le pas, quoiqu'il devienne de plus en plus dif­\nficile de faire une critique sur un homme qu'il est aujourd'hui presque bour­\ngeois de tomber ; et cependant que faire ? — dire la vérité. — Peut-être serait-il\nmieux de ne plus souffler mot de ce non-peintre, et, comme à César sa monnaie,\nde laisser à la chromo-lithographie ce qui lui revient de droit. M. Bouguereau\nest exactement à l'art pictural ce qu'était Scribe à la poésie, il a le don.. de\nne pas peindre. — En réalité il n'existe qu'une toile de M. Bouguereau et c'est\nassez; c'est de la peinture inamovible qui doit coûter peu de frais de modèles à\nson auteur ; la même cire de vitrine de modiste ou de coiffeur figure périodi­\nquement Vénus ou Marie, l'Aurore ou la Nuit, c'est au choix. Les boyards et\nles yankees (ours et steamers, bono et beautiful) se pâment là devant; grand\nbien leur fasse ! Un simple avis : avant d'empiéter un Bouguereau, prière de\ns'assurer si on ne l'a déjà.\n   La peinture de M. Bouguereau n'a même pas l'excusable qualité d'être mau­\nvaise ; elle est lassante, c'est un somnifère. Il n'y a rien là-dedans, pas même\nun petit défaut; c'est l'exagération de la banalité, c'est moins original qu'une\nimage d'Epinal; pas l'ombre d'un sentiment, c'est de la mythologie d'école\nprimaire de la religion de catéchisme et de l'allégorie surannée. Ses nudités,...\nquel mauvais repas pour des sangsues ! toutes en porcelaine de Sèvres, prendre\nbien garde â la casse. Il ne comprend l'Olympe que le ménage très bien fait;\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "                                   — 283 —\n\n ses dieux et ses déesses ont élu domicile au Marais et flanquent incontinent la\n femme de service à la porte pour le moindre grain de poussière qui traîne sur\n un nuage. Ses tritons sont frisés, ses amours gonflés, ses vierges pommadées.\n Je sais un mien ami, très dilettante, qui se fâche tout rouge quand on dit\n Auber tout court, il exige le monsieur, Monsieur Auber ! — cette boutade peut\n s'appliquer à M. Bouguereau.\n    Ce que je reproche à son dessin c'est d'être irréprochable; à sa peinture,\n rien, elle n'est pas. Je n'ai pas la moindre animosité contre M. Bouguereau\n que je sais être un fort galant homme, je déplore seulement qu'il n'ait pas fait\n des vins, par exemple; et quant à ses tableaux, je voudrais qu'il les vendit le\n double et le triple, car ils ne coûteront jamais assez cher à ceux qui les\n achètent.\n    Les peintres élisent leur jury et M. Bouguereau est arrivé bon premier, —\n qui pourra veuille me donner la clef de ce comble. Après tout, peut-être est-il\n bon juge et bienveillant. Et maintenant, pour finir, une anecdote que nous a\ncontée Claretie ; c'est d'un joli !\n    — « Millet vivrait, disait dernièrement M. Bouguereau au fin paysagiste\n Chaigneau, et il enverrait ses tableaux au Salon... je les refuserais encore! »\nJ.-F. Millet, le peintre de l'Angelus, cet inimitable chef-d'œuvre, vous enten­\ndez ! — Eh!, bien, c'est parfaitcela, M. Bouguereau; quand on est possesseur\nd'une opinion de ce calibre, il est d'un bon citoyen de la conserver, de la\nsoigner même, et surtout pour ne pas l'amoindrir de ne la faire partager à\npersonne.\n   Les deux toiles qu'expose M. Bouguereau, salle 16, sont : N° 127. — Alma\nparens. — N° 328. — La Nuit. Je crois tout autre renseignement superflu.\n   — Vollon. —Pot-au feu. Pourde la peinture en voilà !... Faire beaucoup avec\npeu est le fait de l'art. Une marmite en fonte où le noir n'existe pas, mais seu­\nlement de beaux gris poussés au sombre; devant, un morceau de viande ; que\ndis-je, de carne, rouge, sanguinolente, sortant de l'étal du boucher et jetée là\nbrusquement. Il y a dans ce morceau, — et comme en opposition avec les\nfonds et la marmite exécutés finement, — des empâtements d'un tel relief\nqu'ils ont des ombres portées. Deux gousses d'ail sont la note fine posée\ndélicatement. Vollon est le virtuose de la nature morte. Il expose encore\n« Oiseaux du Midi » un plein panier de petits emplumés destinés à la casse­\nrole; charmantes victimes aux ventres roses et aux gorges orangées. Toile\nplus douce que la première ; mais dans tout cela un gras et une puissance de\nfacture incroyables.\n   — Dans la salle 21 — dite le dépotoir: « Deux sœurs » de M. Ch. Giron,\ntrès grande et trop grande toile à thèse, c'est-à-dire ennuyeuse. Une belle\npetite, pleine de pschutt, passe, couchée dans son landau, devant sa sœur qui\ntraîne ses mioches par la main. Question sociale, aussi intéressante qu'irré-\nsoluble, — renvoyée aux innombrables feuilles politiques qui ont pour\nmétier de paraître tous les jours pour... ne pas la résoudre.\n   M. Rochegrosse a déjà deux qualités qui sont: d'être tout jeune et d'être.\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "                                   — 284 —\n\nje crois, le gendre de Banville; de plus, c'est un peintre de grand avenir. Il\nexpose: Andromaque. — Après la prise de Troie, des soldats grecs arrachent\nbrutalement l'enfant royal Astyanax des bras de sa mère. La scène se passe\nsur un escalier droit, qui monte aux remparts. Andromaque se défend déses­\npérément, en louve mère, — une odeur de sang règne dans cette toile ; ce\nn'est plus de l'épopée mais du carnage. C'est du réalisme antique. Une grande\nfougue, des défauts, des qualités; — finalement le prix du salon désigné. En\nbas de la rampe de pierre un tas de têtes coupées, du sang, des cadavres,\nl'incendie qui enfume l'atmosphère. Effet un peu théâtral, mais grande puis­\nsance de palette. M. Rochegrosse cette année me fait songer à Regnault.\n    M. Puvis de Chavannes ne sait pas voir petit. Son « Rêve.' » n'est pas heu­\nreux. L'homme qui sommeille voit passer trois poupées à treize ou à vingt-\ncinq ; le livre dit: l'Amour, la Gloire, la Richesse. — J'ignore si la Gloire et\nla Richesse ont si pauvre mine, quant à l'Amour j'affirme que non. — Le\nportait de Me C , du même maître —, car M. Puvis de Chavannes en est un —,\nest d'un sentiment pénible, mais pénétrant; et, à côté d'un autre portrait de\nMlle A. D. par Saintin, fait comprendre la différence qu'il y a entre l'Art et\nle journal de mode.\n   — M. Protais refait en petit, en grand, au matin, au soir, ses deux toiles\nconnues; Avant l'Attaque et Après le Combat. — « Marche » c'est-à-dire un\ndétachement en route à la nuit tombante, est une note douce, mais trop\néditée. Néanmoins, c'est bien.\n   — Dans le salon d'entrée, M. Lançon, le graveur émérite, expose: le Lion\namoureux. Rien d'allégorique, je vous assure. Sur le premier plan d'un site\ntrès sauvage, mais qui n'est qu'un paysage de fond sombre et vigoureusement\npeint, un lion et sa belle s'ébattent, intimement. La lionne est supérieure­\nment faite; d'une patte jetée sur le front du grand félin, elle l'agace galamment.\n Le roi de l'Atlas, ou d'ailleurs, fait un peu trop son œil de carpe pâmée.\n M. Lançon a un talent plein de robustesse, mais c'est de la peinture sculptée,\nun tant soit peu dure. Le peintre a bien la science de la structure et de la\ncalinerie des grands fauves. En somme, des amoureux qu'il serait imprudent\n de déranger.\n    — M. Lehoux. — ancien prix du salon, voyage à Rome. — « Berger\nétouffant un lion » — ça n'est pas si difficile qu'on pourrait le penser. Le\nberger en grinçant des dents comme un sauvage de la foire qui mâche du\nverre pilé, étouffe la bête, plate comme punaise, et qui baille aux étoiles. Je\nvoudrais savoir ce qu'en pensent le lion et la lionne de M. L a n ç o n ? — Si\n M. Lehoux n'a pas fait un pari c'est que cette toile a été commandée par\n Bidel.\n    — M. Ch. Voillemot : « Le rappel des amoureux » — Rien du jardin\n d'amour de Watteau, qui peut dormir tranquille. Costumes très frais.\n Soieries du Louvre (grand magasins).\n    — Jean Desbrosses expose deux excellents paysages. L'an dernier, ce\n vaillant élève du regretté Chintreuil obtenait une 3e médaille; cette année, la\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                                    — 285 —\n\nseconde me semble aussi méritée que certaine. Le bout du lac d'Annecy est\nbien dans sa manière osée et vraie; le lac, sous un ciel tranquille, dort paisi­\n blement dans les fonds. Le tableau est coupé par une ligne de forêt d'un\nvert sombre, en opposition avec une prairie de premier plan d'un ton plus\njeune. C'est un vrai Desbrosses, plein de qualités. — L'autre toile : Le val de\nPralognan, est une vue prise en Savoie. La vallée est envahie par de nua­\ngeuses vapeurs grises du plus bel effet. Le Gave coule au milieu, rocailleux,\nfuyant, assombri dans un lointain très étudié. Jean Desbrosses est un peintre,\nqui dit toute la vérité !\n   — Même salle : un très vigoureux paysage de Karl Daubigny : Le Trépor\ndont nous reparlerons, et un autre, Etang de Rochefort-en-Terre par M. C. Du­\nfour qui est dans un ton très chaud et mérite d'être remarqué par le jury.\n   — M. Stott. — Quelle exquise distinction il y a dans la peinture de ce fils\nd'Albion ! Quelle délicatesse de sentiment ! —• On se souvient du succès qu'ont\neu l'an dernier ses deux toiles ; celle de cette année « Ronde d'enfants » se\ntient à leur hauteur. C'est une mélancolique fin de journée que seules les plages\nconnaissent; six fillettes tournent en rond sur le sable mouillé, et leurs jambes\nmaigrelettes se reflètent dans une flaque d'eau. Des fonds d'un rose incolore\ns'éteignent sur la ligne lointaine et gris-bleuâtre de la mer retirée. Il y a des\ntons innommables dans cette peinture qui a des raffinements inouis de finesse.\n— Une autre toile: l'Atelier du grand-père est plus dans le clair obscur. Une\npetite fille au profil ravissant joue, sur l'établi, avec les outils de l'aïeul qui la\nregarde, pensif, attendri. — Une note très douce, et des copeaux qui sont\nfaits ! — M. Stott en est à sa 3° médaille, or, (puisque médaille il y a, ce qui\n ne signifie rien), c'est simplement ridicule.\n   — M. Renouf. — Ce peintre d'un incontestable talent, et envers lequel la\ncritique ne doit pas le prendre de trop haut, avait l'habitude d'enserrer son\nsujet dans un cadre un peu restreint en raison de sa valeur ; ne tombe-t-il pas\ncette année dans l'excès contraire ? Son grand tableau : « Le Pilote » est barré\nhorizontalement par trois gigantesques vagues que coupe hardiment la barque\nmontée par trois intrépides rameurs et par le pilote qui godille à l'arrière.\nCes braves, giflés par la mousse d'eau, gouvernent droit au bâtiment aperçu.\nC'est l'océan menaçant, terrible, gros vert — bouteille, — c'est aussi la bra­\nvoure muette, ignorée; le dévouement obscur de l'homme de la mer, simple\net grand ! — Beaucoup de caractère dans les physionomies avec une grande\nlargeur d'exécution. - Une autre petite toile, dans le genre de Jules Breton,\nest tout à fait remarquable. C'est une tête de jeune paysanne; d'un beau\nmodelé, d'une agréable transparence de chair, et qui se détache avec fraîcheur\nsur des fonds d'un vert jaune.\n   — M. Sargent est comme M. Stott un coloriste de l'école des tons fins,\nrecherchés ; il emprunte beaucoup aux Espagnols mais en affinant. « Portraits\nd'enfants » est une toile adorable. Sur un fond très poussé au sombre, mais\nd'où tout noir est banni, deux grandes fillettes en sarreaux blancs sont\nappuyées contre un haut vase japonais qui les domine; une autre, sur le\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "                                  — 286 —\n\ndevant, est assise sur le tapis et joue avec une poupée; la quatrième debout,\nest un peu raide, mais il y a dans cette toile de vrais morceaux de maître.\nC'est un peintre délicieux qui ' ravit les délicats tout en conservant la liberté\nd'allure de son maître Carolus Duran à qui il fait le plus grand honneur.\n                                                HlPPOLYTE DUVILLERS.\n\n\n\n\n       MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE\n\n   Georges Rodenbach a donné le 8 mai au Caveau veroiétois une conférence à\nnos excellents confrères de Verviers. Après avoir, avec son énergie de mouton\nenragé, flétri le scandale académique qui vient de se passer, il a lu avec son\ncharme connu, des pièces exquises extraites de son prochain volume.\nRemercions le Caveau de son initiative et de sa cordiale hospitalité, et sou­\nhaitons qu'il continue sa courageuse propagande littéraire.\n\n\n\n   Vient de paraître chez Gilon un volume de Madame Courtmans, traduit par\nJ. Elseni et F. Gueury Dambois, avec une préface de Paul Frédéricq : Tante\nSidonie.\n   Ce sont des nouvelles écrites dans un style très simple à la portée du peuple.\n                                       *\n                                       **\n Chez Jouaust, une plaquette élégante de M. Alexandre Huré, l'auteur de\nMarguerite, intitulée Ad Gloriam.\n  Vers délicats dans un écrin coquet.\n\n                                        *\n\n   Chez Calmann-Lévy, Plaisir d'amour par Henri Amie le subtil auteur de\nMadame de Karnel, de Renée et des Vingt-huit jours d'un réserviste\n   M. Amie, un féal de Georges Sand, a réuni dans ce volume une suite de\nnouvelles coulées dans un style élégant et poétique qui rappelle l'envolement\nrêveur de Lèlia et de Consuelo. La place nous manque pour dire tout le bien\nque nous voudrions de cet aristocratique et excellent écrivain.\n                                        *\n                                       **\n  Chez Henri Jouve, une plaquette de Blanche D. Mon: Un Réveillon, récit\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                                   — 287 —\n\nen vers dit pour la première fois par Mlle Delphine Murât, au théâtre de Bor-\ndeaux. C'est un drame parisien, une scène de la vie de misère, qui plaira à\nceux qui déclament en public. Comme dans la Grève des Forgerons, ils y trou-\nveront les beaux effets scéniques qui font pleurer les dames.\n\n                                       # *\n\n   Chez Lucien Hochsteyn, le Candélabre, l'opérinette abracadabrante de\nThéo Hannon le vieux trousseur de calembourgs.. . et d'autre chose ; l'auteur\ndu récent volume: Au pays de Manneken-Pis ; l'éternel zwanzeur; le Can-\ndélabre n'est ni bon ni mauvais; il est drôle. Les fidèles de la Renaissance\ns'en sont désopilé la rate durant de longues soirées, tandis que leurs « dames»\nbaissant les yeux d'un air pudique, rougissaient comme des poêles en plein\nhiver !\n                                       *\n                                       **\n   Chez Ed. Rouveyre et G. Blond: Le Coffret de perles noires.\n    Sous ce titre, un poète d'avenir, le Marquis de Pimodan, dont le nom était\njusqu'à présent plus connu dans l'histoire que dans les Lettres, vient de\nfaire paraître un volume de poésie édité avec un luxe de bon goût.\n   L'auteur a déjà publié, sous un pseudonyme, Lyres et Clairons, chez\nDentu.\n   Ces deux volumes sont écrits avec une grande pureté, dans une forme toute\nmoderne et très personnelle.\n\n                                       « *\n\n    L'œuvre vaillante des Soirées Populaires vient d'ouvrir un concours inter-\n national des sciences morales et économiques. En voici le règlement :\n    1. L'Œuvre demande un ouvrage français sur la question suivante : « Quels\nsont les soins physiques, intellectuels et moraux à donner à un enfant, depuis\nle jour de sa naissance jusqu'à l'âge de sept ans, au double point de vue de la\nsanté et de l'éducation ? »\n   2. L'ouvrage ne dépassera pas, en étendue, 120 pages in-12.\n   3. Les auteurs pourront choisir le genre littéraire à leur convenance (dis-\nsertation, lettres, dialogues, nouvelle, etc.,); mais le Comité désire avant tout\nque le livre soit écrit dans une forme à là fois simple et esthétique. Les\nexpressions techniques seront élaguées, à moins qu'elles ne soient indis-\npensables, et les écrivains voudront bien ne pas oublier que leur livre doit\npouvoir être remis à des jeunes filles, aux jeunes mariés, à toutes les personnes\nqui assistent à nos Soirées.\n   Les concurrents sont priés de se pénétrer des idées suivantes :\n   La question hygiénique devra être traitée d'une façon gradative au point de\nvue de l'âge. Le Comité désire t non des généralités, mais des recomman-\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "                                   — 288 —\n\n dations claires et précises sur la plupart des incidents qui peuvent se présenter.\n     La question intellectuelle sera traitée, non en énumérant les connaissances à\n acquérir, mais en montrant comment les parents doivent s'y prendre pour\n donner la première instruction à l'enfant.\n    Au point de vue de l'éducation, l'Œuvre des Soirées Populaires exige des\n vues nouvelles et minutieusement étudiées, cette partie de l'enseignement\n étant très négligée. Les auteurs resteront plutôt dans le domaine de la raison\n que dans celui du sentiment.\n    4. Le concours est accessible à tous les écrivains, quelle que soit leur\n nationalité.\n    5. Le prix unique affecté à ce travail consistera en un diplôme et une\n somme de cinq cents francs.\n    6. L'auteur recevra, en outre, cent exemplaires de son travail.\n    7. Le Comité se propose de donner la plus grande publicité à l'ouvrage\n couronné.\n    8. Tous les manuscrits resteront la propriété du Comité des Soirées Popu­\n laires. Celui-ci ne sera tenu, en aucun cas, de les livrer aux auteurs, même pour\n leur en laisser prendre copie ; il aura seul le droit de publier le travail cou­\n ronné.\n    Les manuscrits non couronnés pourront être publiés, soit par le Comité,\n soit par les auteurs eux-mêmes.\n    9. La proclamation du nom du lauréat et la remise du prix auront lieu en\n séance publique, en présence des autorités.\n    10. Les manuscrits devront être envoyés au Président de l'Œuvre, M. Eug.\n Novent, rue de la Colline, 40, à Verviers, avant le 1 er Janvier 1885.\n    Ils ne porteront pas de noms d'auteurs. Ceux-ci ne se feront connaître\n(en rappelant les premières lignes de leur travail) que lorsque les résultats\nauront été publiés parla voie des journaux.\n    11. Un jury spécial, chargé d'examiner les manuscrits et de se prononcer\nsur leur valeur, est institué et composé comme suit:\n    Mlle J. GATTI DE GAMOND, directrice d'un Institut de demoiselles, à Bru­\nxelles; — MM. EMILE GENS, docteur en sciences et professeur, à Verviers ; —\n KARL GRÜN, secrétaire des Soirées Populaires, docteur en sciences, professeur\net pharmacien; — JULES LACROIX, archivistes des Soirées Populaires, ingénieur-\nchimiste et professeur; — EM. PUTZEYS, ancien officier du génie, ingénieur-\ndirecteur des travaux de la ville de Verviers; — HENRI STAPPERS, conseiller\ncommunal, industriel, membre du Comité des Soirées Populaires; — EUG.\nNOVENT, professeur, président des Soirées Populaires. »\n   Nous applaudissons de tout cœur à cette œuvre éminemment utile, tout en\nsouhaitant qu'en cas d'équivalence, la préférence soit donnée à des écrivains\nbelges.\n                                                                    NEMO.\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "                     BOITE AUX LETTRES.\n\n  Tous les engagements pris dans la boîte aux lettres se rapportant\naux articles à publier, seront tenus régulièrement à partir de notre\nnuméro g.\n\n\n  47. Th. H, Huy. — Merci pour vos bonnes intentions de propagande. Vos essais\ndoivent être châtiés davantage. Trop de chevilles. Ami.\n  48. Ernest J. Tournai. — Facture lâchée. Lisez Banville. Cordio.\n  49. Pierfond. — Encore faible. Progrès. Courage.\n   50. Bruyère, —All right.\n   51 . Jean D. — Médiocre; un bon coup de feu, tonnerre!\n   52. Fr. F. Termonde. — Est-ce pour nous ou pour la Revue Artistique ? Vos Baisers\nétaient sur le marbre. Ce sont là des étourderies ridicules. La femme qui pleure continuera\nà pleurer jusqu'au n° 10.\n   53. Carolus — Un peu long, et manque d'intérêt.\n\n\n\n         DIETRICH                                            & CIE\n                                 23a, rue Royale\n               BRUXELLES\n   GRAVURES, AQUARELLES, TABLEAUX, MODÈLES DE DESSIN. ETC.\n                      EN VENTE :\n       CATALOGUE ILLUSTRÉ DU SALON DE PARIS. 1883\n contenant environ 400 reproductions des œuvres les plus importantes\n          d'après les dessins originaux des artistes, publié par\n                                F. G. DUMAS.\n                                                                 Prix.      fr.         3,50\n\n\n             L'ART MODERNE\n                               paraissant   le   dimanche,\nR E V U E CRITIQU E D E S ARTS E T DE LA L I T T É R A T U R E\n                         COMITÉ DE RÉDACTION :\n    VICTOR ARNOULD, OCTAVE MAUS, EDMOND PICARD, EUGÈNE ROBERT.\n                                     Abonnement\n       BELGIQUE : UN AN : Fr.       1 0 . — U N I O N POSTALE : UN AN : Fr.       13.\n                 BUREAUX        : 26,RUEde l'Industrie,      à BRUXELLES.\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                Pour paraître              le 15 juin      prochain\n                     CHEZ A. B R A N C A R T , ÉDITEUR :\n\n\n  LA VIE                                           BETE\n                        MAX W A L L E R\n             Préface de CAMILLE L E M O N N I E R\n                Eau-forte de THÉODORE HANNON.\n\nUn beau volume de bibliophile, petit in-12, imprimé par\n                                       LEFÈVRE.\n                                 Prix : 4 francs.\n\n     On souscrit au bureau de La Jeune                             Belgique.\n\n                                                                    LA\n         RÉVOLUTION\n                DANS L'ART DE SE RASER\n\n\n\n\n       RASOIR                                             REVUE\n          AMÉRICAIN,      breveté s.     g.d.g.\n     Il est impossible dans une annonce de\ndonner une idée complète des avantages                   MODERNE\nextraordinaires de cette merveilleuse inven­\ntion ; cet appareil justifie entièrement sa\nvogue ; il permet à toute personne de se\nraser sans en avoir aucune habitude, et cela                POLITIQUE, LITTÉRAIRE\nsans crainte de coupure.                                      ET SCIENTIFIQUE.\n    Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement\nnerveux, on peut se - raser d'une façon plus\nparfaite que ne le ferait le barbier le plus\nexpérimenté par les procédés anciens.\n     Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce             12 FR. PAR AN.\n nouveau rasoir est tellement ordinaire qu'il\nest certain qu'il remplacera partout l'ancien\nsystème ; il suffit de l'avoir essayé une fois\npour ne plus vouloir se raser ni se laisser\n raser par d'autres procédés.                             BUREAU\n Ne pas confondre avec des appareils similaires\n   qui se vendent à vif prix et qui n'ont aucun\n   des avantages du rasoir américain.\n    Pour le recevoir franco, envoyer fr. 5-50 en un         A BRUXELLES\n mandat-poste à M. MICHEL, 37, rue des Solitaires,\n Paris. Remises pour les achats en gros).\n       Prière de nous indiquer dans quel journal\n                 on a lu cette annonce.\n                                                        74, Avenue de la Toison d'Or\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1883-06-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 300."}}