{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(3e année) 1883 Tome II. 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(i;\n   CAMILLE LEMONNIER                       (Médaillon)             MAURICE SULZBERGER.\n  OCTAVE PIRMEZ                                                   GEORGES RODENBACH.\n  LA VIE B Ê T E                                                  MAX WALLER\n  LA VALSE DES MUGUETS                                            EDOUARD LEVIS.\n  RONDELS A LA L U N E                                            ALBERT GIRAUD.\n  L E VIEUX CHATEAU                                               CELESTIN DEMBLON.\n   LE CAVEAU VERVIÉTOIS (2d article) . . . .                      JACQUES ARNOUX.\n   L'ATELIER PORTAELS                                              BOCK.\n   LE SALON DE PARIS (2d article)                                 HIPPOLYTE DEVILLERS.\n   MEMENTO                                                        NEMO.\n\n\n\n\n     Abonnements: 5 fr. par a n . — Union postale 7.00\n\n                                   LE NUMÉRO :\n                                Soixante centimes.\n\n                                    BRUXELLES\n                 BUREAUX             : 90, RUE               BOSQUET\n                                     MDCCCLXXXIII\n\n     (1) L'eau-forte ne se trouve pas dans les exemplaires destinés à la vente au numéro.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "À tous nos abonnés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A TOUS NOS A B O N N E S", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ERRATUM. 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Ces cartes\nleur sont envoyées marquées d'un numéro d'ordre qui nous en indi­\nquera le dépositaire.\n   Lorsque DIX cartes seront revenues au bureau revêtues de noms d'abon­\nnés nouveaux, le dépositaire recevra son abonnement gratis pendant\nun an.\n   Lorsque QUINZE cartes seront revenues, le dépositaire recevra son\nabonnement gratis, à perpétuité, et son nom sera inscrit dans le dernier\nnuméro de l'année à la liste des MEMBRES FONDATEURS de la Jeune\nBelgique.\n   Et maintenant, à l'assaut, les Jeunes Belgique?\n                                                 LA DIRECTION\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Errata", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "ERRATUM. 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Faute de paiement, la Revue cessera de leur\nêtre adressée à partir du prochain numéro. Avis respectueux à MM. R.\n(Edimbourg) — Georges B. (Bielefeld) — Hipp. B. (Paris) — Cam...\n(Paris-Batignolles) — L. F. (Maestricht) — et H . M. (Toulon). —\nFerd. H. Paris — Michel S. (Paris-Batignolles) — Fr. N. (Paris. —\nLouis Le N . . . 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Nous faisons de la littérature, non du mercantilisme, et seule\nla valeur des articles nous guide.\n   55. Necuis. Verviers. — Très drôle, la chanson, confrère; laissez-nous-la inédite et elle\npassera. D'autres engagements nous empêchent de la donner tout de suite. A vous.\n   56. Abonni 30671. — Un peu charabiique, sans vous offenser, feldspathique, malèche !\n   57. H. G. Louvain. — Trop local ; le nez du Président du Pape manque d'intérêt, et puis\nle bonhomme croirait que c'est moi qui me venge sur sa protubérence incendiaire I Ami.\n   58. A\". G. Verviers. — Très beau votre « Tempête et l'homme , mais dix fois trop\nlong. A vous.\n   57». Carolus. — Bien dogmatique et trop peu littéraire comme forme.\n   60. A. M. A.— Sauf qques tares, votre Végétation Occulte est de tout premier ordre,\nNous attendons votre nom pour la publier.\n   61. Charles-Marie. — Très imparfait à présent. Faites mieux dans le futur. Ami.\n   62. Racso. Huy. — Oh ! « la planeur du champ » — l'impatience d'une attente de\nsignal — le « soubresaut lugubrement tintant d'un aigle — « cinquante mille râles\n— pour un chef-d'œuvre, c'est roide 1 Je vous tape sur le ventre. Ami.\n                     BRUI. — IMP. A D . 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C'est l'œuvre — et c'est\nl'homme.\n    L'ampleur de son corps, taillé pour les vaillantes besognes, dit assez\nla sincérité de son art. Il est flamand de race. Bombant sous le drap du\nvêtement, le torse oscille souplement ; les épaules s'élargissent, dégagent\nle cou : un cou de taureau, qui supporte comme une colonne la tête\n puissante, en haut de laquelle une toison fauve éparpille ses mèches,\nmariant ses reflets dorés au ton des joues, très pleines, avec un pli dans\nleur chair rose lustrée par le rasoir. Sous le nez, modelé par larges\nméplats, la bouche cache sa fine sinuosité entre une « mouche » levant\nsur le menton, et le retroussis de la moustache rousse tordue en coquille\nd'épée, qu'il aime à lisser de sa main grasse, matérielle, aux doigts pote­\nlés, cerclés d'anneaux. Physionomie vivante et mâle, on pense tout\nd'abord en le voyant, aux patriciens néerlandais que Van der Helst et\n Franz Hais groupent dans la lumière blonde de leurs banquets. Mais,\ncomme un glacis sur un portrait, les petites boucles alignées sur le front,\nle binocle qui miroite devant les yeux bleus, avivent d'une pointe de pari­\nsianisme ce visage opulent, et achèvent de lui donner son caractère...\n   C'est chez lui qu'il faut le voir, chaussée de Vleurgat, dans cet amusant\ncabinet de travail d'où sont sorties tant de pages ayant la force et la jeu­\nnesse. Véritable chambrette d'artiste, si pimpante qu'il semble que le\n premier venu, se mettant là, ne saurait rien écrire de banal ni de vieillot.\nAu milieu de la pièce, meublée de fauteuils et de sièges, un bureau-\nministre disparaissant sous un encombrement de paperasses, d'épreuves\nà corriger, avec des piles de volumes non encore découpés étalant la\n fraîcheur de leurs couvertures, dont se dégage une bonne odeur d'impri­\n merie; puis encore des journaux, des eaux-fortes, la Vie Moderne aux\n fins croquis, et, appuyé contre un Lemerre, le robuste fusain de Meunier,\n Lassitude : un manœuvre erréné, veines et muscles gonflant sous sa peau\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "                                — 290 —\n\n nue, darde, ployé en deux, son regard vide. — Sur la cheminée, et\ns'accrochant jusqu'au plafond, un accumulis de bibelots, miniatures\ndans leur cadre de velours, poupées japonaises, brimborions qui ont la\n couleur et qui amusent l'œil. Au-dessus du foyer où crépitent quelques\ncharbons, une grande glace, avec glissées dans la bordure, les photo­\ngraphies des amis, réfléchit les murs, diaprés d'ébauches signées\nAlfred Stevens, Meunier, Verdyen, de nerveuses pochades au mono­\ngramme de Rops.\n    Tous les vendredis matin, réception intime. Arrivent ceux qui\nveulent. Ce sont des peintres, des graveurs, ou bien Georges Eekhoud,\ndes « jeunes-Belgique » Albert Giraud, Max Waller. Et sans qu'il soit\nbesoin de remettre sa carte à la vieille servante qui ouvre la porte, on\ngrimpe tout droit à l'étage, où Lemonnier vous reçoit toujours ainsi\nqu'un hôte attendu. On y est chez soi, et il se montre avec les « jeunes »\nnon comme un ancêtre, mais comme un frère, et pas même comme un\nfrère aîné. Lui, vêtu d'un veston bleu-marine, assis, les jambes croisées,\ndevant la fenêtre à rideaux de mousseline, près d'un « secrétaire » sur la\ntablette duquel des samovars, des théières de Delft, des potiches en\nvieux japon bombent leur ventre rouge et bleu, achève de revoir une\népreuve, le boutd'ambre d'une pipe enfoui sous sa moustache. Les autres\ns'installent, allument un cigare, ou, feuilletant un livre nouveau, enta­\nmant une discussion littéraire à laquelle, tout en travaillant, il mêle son\nmot, se promènent d'une chambre à l'autre, passent dans la bibliothèque,\nqu'une porte relie au cabinet de travail. Là, même bureau-ministre. A\nterre, des fardes remplies de dessins et de gravures. Le long du mur,\ndepuis le plancher jusqu'à la cimaise, des rayons courent, pliant sous les\nvolumes, parmi lesquels les ouvrages du « Mâle», comme on l'appelle\nfamilièrement, mettent leur reliure de veau relevée d'une étiquette\nrouge. Dans un coin, collée à une porte, une grande affiche verte :\n\n                     Lisez dans l'Europe de demain\n\n                          LE       MALE\n                Grand roman par Camille         Lemonnier.\n\n   La fenêtre du fond ouvre sur l'étang d'Ixelles, au bord duquel l'église\nSainte-Croix dresse sa façade de briques. Le soleil de midi, qui brise ses\nrayons sur la nappe d'eau, envoie sa lumière dans les deux chambrettes,\nqu'il emplit de gaîté, faisant étinceler le verre des aquarelles, accrochant\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 861, "texte": "                                      — 291 —\n\nun rubis sur l'empâtement d'une esquisse, se glissant sur le parquet et\nallant allumer une flammèche dans la rousse chevelure du liseur.\n    Sa feuille corrigée, il est tout à vous, va de l'un à l'autre, mêle aux\nconversations le timbre de sa voix chaude et mordante — une voix de la\ncouleur de ses cheveux, disait une femme — et qui sur-le-champ met à\nl'aise les timidités de ceux qui l'approchent pour la première fois. Et peu\nà peu apparaît le dessous de cet esprit supérieur — c'est-à-dire un esprit\ncharmant, un causeur, et ce qui est plus rare, un causeur coloré, mettant\nle mot comme un peintre presse sur sa toile un tube de laque, et d'une\nphrase clouant devant vous, en chair et en os, l'homme de qui vous\nparlez-.\n   Avril 1881.                                         MAURICE SULZBERGER.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 291, "page_fin": 291, "titre_corps": "Bibliographie de Camille Lemonnier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BIBLIOGRAPHIE DE CAMILLE LEMONNIER", "ancre_fin": "La Vie bute par Max Waller", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 348, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 861, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE CAMILLE LEMONNIER.\n   Salon de Bruxelles 1863. Bruxelles; en vente chez tous les libraires. — Salon do\nBruxelles 1866. Bruxelles chez Fauteur, chaussée d'Ixelles, 46. — Nos Flamands. Bruxelles.\nRozez et Dentu 1869. — Nos Flamands, 2° édit. Bruxelles. Muquardt. 1869. — Croquis\nd'automne. Paris-Bruxelles. Imprimerie P.-J.-D. De Somer. 1870. — Salon de Paris. 1870.\nParis. Veuve A. Morel & Cie. 1870.— 1870. Paris-Berlin, anonyme. Bruxelles. C. Mur-\nquardt. H. Merzbach Sucer. 1871.— Sedan. Bruxelles. Muquardt 1871.— Contes flamands\net wallons. Bruxelles, Lansberger 1873. — Contes flamands et wallons. Paris. 1874, —\nHistoires de gras & de maigres. Paris. Casimir Pont. 1874.— Derrière le Rideau. Paris.\nCasimir Pont. 1876. — Gustave Courbet & son œuvre. Paris. Alphonse Lemerre. I878. —\nUn coin de village. Paris. Alphonse Lemerre. 1879. — En Brabant. Bibliothèque Gilon\n1879. — Les bons amis. Bibliothèque Gilon. 1880. —Trois contes. Bibliothèque Gilon\n1880.— Les Charniers. Paris. Alphonse Lemerre 1881. — Un Mâle. Bruxelles. Henri\nKislemaeckers. 1882. — Le Mort. Bruxelles. Henri Kistemaeckers. 1882. — Histoire des\nBeaux-Arts en Belgique. Bruxelles. P. YVeissenbruch. 1882.— La Belgique. — Description\npittoresque, dans le Tour du Monde. 1882.— Thérèse Monique. Paris. Charpentier. 1881.\n— Bébés & joujoux. Paris. Hetzel. 1882. — Les petits contes. Bruxelles. Parent & Cie. 1882.\n— Morteroche. (La Revue de Belgique 1882).\n\n                                    EN- PRÉPARATION\n\n\n    Ni chair ni poisson. Bruxelles. A. Brancart. — L'Hystérique. Paris. Rouveyre et Blond\n    COLLABORATION : — Gazette des Beaux-Arts (de Paris). — Bien Publie (de Paris;. —\nMagasin pittoresque (de Paris). — Le Musée des deux Mondes. — Bulletin de la Société\ndes Gens de lettres. — Revue de Belgique. — L'Artiste. — L'Europe. — L'Art Univer­\nsel. — L'Actualité. — La Jeune Belgique. — Le Livre. — La Revue Moderne.— Le Tour\ndu Monde.\n  PRÉFACES : — Voyage au pays du Kirsctouasser, par Fernand Gueymard. 1882. — La\nVie bute, par Max Waller. 1883.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 292, "page_fin": 300, "titre_corps": "Octave Pirmez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "OCTAVE PIRMEZ", "ancre_fin": "GEORGES RODEN BACH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 349, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1958, "texte": "OCTAVE PIRMEZ\n\n                                           Ne serait-ce pas une consolation pour\n                                             nous, pauvres absents, d'espérer\n                                             qu'on évoquera encore notre sou­\n                                            venir et que des vivants prendront\n                                            un jour la plume pour animer nos\n                                             cendres !\n                                                                   O.P.\n\n   Lorsqu'un défunt cher va être mis en terre, une foule quelconque\nse rassemble devant sa fosse, et, tandis qu'on y fait descendre —\ntel qu'un seau dans un puits obscur — le cercueil de chêne avec\ndes coins damasquinés, tous à la file viennent en hâte secouer sur\nlui une pelletée de terre, — puis on comble le trou creusé et l'herbe\nrepousse !\n   Mais ceux qui regrettent sincèrement le mort disparu, reviennent\nplus tard s'agenouiller devant sa tombe et s'entretenir avec lui,\nquand les feuillages frémissent au vent du soir, comme traversés\npar un vol d'âmes.\n   De même après quelques éloges jetés hâtivement — ainsi que\ndes pelletées de terre — dans la fosse ouverte d'Octave Pirmez, les\npoètes religieux viendront longuement s'attendrir et rêver devant\nson œuvre — mélancolique et solennelle comme un mausolée de\nmarbre blanc.\n                               ** *\n\n   « Elles ne sont pas vaines les vies dont il demeure de telles\nombres de gloire ! » écrivait-il ; et c'est sans doute cet espoir pres­\nsenti de se survivre un peu qui l'avait soutenu dans la conscience\nde son existence sacrifiée.\n   Appartenant à une famille riche et influente qui de tous temps\ns'est signalée dans les affaires et les fonctions publiques, il aurait\npu, lui aussi, parla politique, se faire un nom populaire et bruyant.\n\n Feuillées, 1801. — Jours de Solitude,   1869. — Heures de Philosophie, 1875.\n— Rémo, 1878.\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": "                                  293\n\n  Il a préféré « se fourvoyer », ne pas marcher dans l'admiration de\n  la cohue imbécile, gravir le calvaire des Lettres, sûr qu'au moment\n  de sa mort, le voile de l'indifférence se déchirerait et qu'on recon­\n  naîtrait dans le supplicié — un dieu !\n     Lui aussi se contentait de quelques disciples : une élite intellec­\n  tuelle qui suivait ses travaux dévotement. « C'est en ne s'occupant\n  pas du vulgaire qu'on le traite selon ses mérites, » écrivait-il.\n  Comme on le voit, c'était un aristocrate d'intelligence ; il n'avait\n  pas même daigné entamer la lutte contre le bourgeoisisme effrayant\n  dont nous sommes entourés. Il avait fui nos luttes mesquines\n  d'où monte une poussière qui aurait troublé la sereine contem­\n  plation à laquelle il voulait habituer ses yeux, et comme, le poète\n hautain dont parle Alfred de Vigny qui s'enfermerait dans une\n Tour d'ivoire, cachant sa vie et répandant son œuvre, il s'était\n relégué dans l'exil volontaire d'une demeure seigneuriale.\n     Là-bas, au fond de son château d'Acoz, je me le représente avec\n une physionomie douce et méditative comme son œuvre, prome­\n nant ses rêveries dans son grand parc inspirateur, attentif au chu­\n chotement des sources, aux langueurs des nuages s'étirant comme\n des corps, à la limpidité des étangs où des cygnes — voguant à\n travers des frissons de soleil — semblaient lui dire en comparant\nsa destinée à la leur : « Nous sommes toute blancheur, et cependant\n toute obscurité, toute fierté et tout mystère. Ainsi votre vie,\n ô rêveur! »\n     Comme Victor Hugo dans les Contemplations, il dialogue avec\nles arbres et les plantes, ses frères et ses sœurs, comme s'il les\nsavait compréhensifs et susceptibles de sensations, à tel point que\njamais il n'a permis qu'on les émondàt et qu'on fît couler le sang\nde la sève par la blessure des cognées !\n    Un large panthéisme traverse son Ame et la Nature et les relie\npar d'indivisibles et fraternels chaînons. C'est dans le même sens\nque Sully-Prudhomme, un poète philosophe avec lequel il a de\ngrandes affinités, a pu écrire ces beaux vers :\n          D'innombrables liens frêles et douloureux\n          Dans l'univers entier vont de mon âme aux choses !\n\n   Pour lui aussi, la Conscience et la Nature étaient les deux champs\nd'observation où se tournaient les yeux de sa pensée.\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "                              — 294 —\n\n    Re'aliste à sa façon, il les étudiait et les scrutait sans cesse, car\n pour le reste il s'était volontairement séparé du monde moderne,\nnégligeant de porter son attention sur lui et s'élevant plus haut, sur\nles sommets de la pensée, afin d'envisager la Création dans ce\nqu'elle a de permanent et d'immortel.\n    Ainsi il a vécu comme en un cloître, car le vrai cloître, écrivait-\nil dans ses Jours de solitude, c'est la conscience illuminée de la\nclarté de Dieu, qui elle aussi a ses dalles sonores où résonnent les\nfaits accomplis et sa cour carrée où des croix rendent témoignage\ndes illusions disparues.\n    Et quand il avait ainsi, tout le jour, mené le troupeau blanc de\nses rêves, le soir — comme les pâtres légendaires de la Chaldée —\nil devenait un contemplateur d'étoiles. Celles-ci le fixaient dans\nl'ombre, ainsi que les yeux vibrants des morts regrettés, et alors,\ncomme pour continuer ce commerce d'outre-tombe, il se retirait\ndans la grande bibliothèque du château et lisait les poèmes d'Os­\nsian où Fingal et les guerriers immolés de Morven s'enveloppent\ndans les nuages du couchant, comme en de grands linceuls de\npourpre!\n    Mais cette sérénité n'était qu'apparente chez le doux solitaire\nd'Acoz ; il n'y avait là qu'une attitude voulue et stoïque, comme\ncelle de l'enfant de Sparte mordu par un renard qu'il cachait dans\nsa robe.\n    Sous l'uniforme ampleur de ses phrases, déroulées comme des\n flots, on sentait à la vérité bien des rêves engloutis, et c'est pour\n cela qu'elles vibrent en de plaintives mélopées comme celles des\n marées montantes.\n    Au fond, lui-même souffrait de ce mal qu'il attribue à son frère\n Rémo, « celui qu'éprouvent toutes les grandes âmes, meurtries aux\n bornes de ce misérable monde. »\n    Il a fait comme ceux dont parle Pascal, « qui cherchent en\n gémissant », et il aurait pu assurément prendre pour devise cet\n admirable vers de Baudelaire, triste comme une épitaphe :\n\n          Je sais que la douleur est la noblesse unique !\n  Mais là s'arrête sa ressemblance avec les grands romantiques\nauxquels des critiques à courte vue ont eu tort de l'apparenter\nsouvent.\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "                              — 295 —\n\n    Il n'avait pas cette inspiration mélancolisée de Goethe, de\n Chateaubriand et de Lamartine, cette tristesse maladive et sans\n cause dont ceux-ci s'enorgueillissaient comme d'un privilège pour\nle génie — selon l'observation d'Aristote.\n    Chez lui rien de semblable ; pas de tristesse subjective, d'éle'gies\npersonnelles pour apitoyer sur des abandons ou des meurtrissures,\nmais d'objectives réflexions sur la fatalité du malheur attaché à\nl'existence humaine, à la façon de Léopardi et des autres poètes\npessimistes.\n   Ce n'est pas, comme ceux-ci, que sa désespérance soit arrière,\nviolente, absolue.\n   Si le raisonnement et l'expérience l'ont amené lui aussi à con­\nnaître la bêtise et la méchanceté des hommes, les fausses paroles, les\nrires perfides, les trahisons lâches, toutes ces choses navrantes\ncomme des mélancolies d'automne, il a du moins un refuge dans\nla Nature, et devant tout cela — comme il le dit suavement — il\ndresse une haie en fleurs.\n    Mais néanmoins son cœur reste tiraillé, comme écartelé, entre\n l'avenir incertain et le passé regretté; ses yeux souffrent par l'ab­\n sence et gardent, après avoir voyagé en de lointains pays, la tache\n noire des chauds soleils entrevus.\n    Et toujours, impitoyablement, l'analyste qui est en lui et regarde\nvivre le poète — contrarie ses joies les plus pures : a-t-il vu une\nfleur somptueuse qui se déplie au soleil comme un insecte aux ailes\nde velours, au lieu de se borner à en respirer le parfum, il descend\nà la tige et de la tige aux racines et soudain il souffre en songeant\nque celles-ci s'enfoncent dans la terre où sont les Morts !\n    Oh ! les morts abandonnés tout seuls, dans la terre, sous l'herbe\népaisse et qui seront nos compagnons de demain ! Cette pensée de\nla mort l'empêchait de vivre. — Et au lieu de s'éjouir comme les\nautres hommes, d'être pareil à ces petites tortues entrevues un\njour par Renan dans un étang de la Syrie, gaies et vives sans s'in­\nquiéter de ce que l'eau du Ouadi-Hamoul serait tarie le lendemain\n— lui s'est énervé dans cette fatale solitude dont parle la Bible :\n Vœ solil\n    Et dans le vide de son cœur se répercutaient tous les glas mor­\ntuaires qui tintaient aux clochers dispersés :\n    « O morts, restez doucement couchés où vous êtes, j'irai bientôt\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2169, "texte": "                              — 296 —\n\n« m'étendre à vos côtés? Je descends à vous par l'escalier des\n« heures. Écoutez chacun de mes pas retentir au clocher de l'église\n« prochaine. Ah! quelle procession variée m'accompagne sur l'es­\n  calier funèbre! Vous toutes, générations disparues, vous êtes les\n« vivants d'hier et moi je suis le mort de demain!... »\n\n\n\n\n   Admirable pensée, expression impeccable, non seulement dans\nles lignes qui précèdent mais dans son œuvre entière.\n    On dirait d'un temple majestueux, aux parois si hautes et si\nlisses qu'on n'y peut accrocher une critique.\n    Les phrases se creusent avec des nettetés de bas-relief et partout\ndes images éclatantes flamboient comme des vitraux pleins de\nsoleil.\n    Écoutez cette sublime comparaison, à propos des âmes solitaires\net recueillies :\n    « Qui n'a rencontré, dans les landes désertes, le creux d'une\n« carrière abandonnée lentement, emplie par l'eau des mers? Là,\n « nul concert d'oiseaux, nulle touffe d'herbe, nulle fleur; un\n « morne silence planant sur une eau sourde et cristalline, qui\n « jamais ne tremble à la nageoire ou à l'aile d'un être vivant.\n « Cependant, entourée d'un ciel bleu et de robes grisâtres, cette\n « eau est verte ! Les êtres qui l'approchent craignent de la frôler,\n « et pendant que la bruyère d'alentour crépite au soleil de midi,\n « si la silhouette d'un ramier voyageur ou la figure d'un pâtre s'y\n « reflète, c'est pour soudainement s'évanouir, — Mare mysté­\n    rieuse! tu ne peux vivre et tu ne peux mourir. Tu as l'éclat et\n « pas la jeunesse ; tu as la douceur et pas les attraits ; tu es limpide,\n « et les vivants te fuient ! Ta destinée est de ne jamais te répandre\n « sur les stériles sommets qui te tiennent prisonnière ; mais du\n « moins as-tu la joie, quand les ombres de la nuit s'épandent sur\n    les terres, de palpiter de la vie illimitée du ciel étoile ! »\n    Son œuvre abonde en figures de ce genre, en raffinements de\n style, en détails élégants, en recherches de mots rares et picturaux,\n en comparaisons neuves, comme lorsqu'il assimile les voix brèves\n des moineaux, rassemblés sur les toits, à des bruits de ciseau sur\n la pierre.\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2010, "texte": "                           — 297 —\n   Puis de grandes idées condensées en une expression pénétrante\ncomme une goutte d'essence ; « Le poète cisèle de l'ombre. »\n   Puis encore d'exquises trouvailles de sentiment, comme cette\nphrase à propos de son frère Rémo qui avait partagé sa vie : « De\nlui il ne reste plus que moi ici-bas ! »\n   Et ainsi, d'un bout à l'autre de son œuvre, de graves pensées\nmorales dans une forme colorée, évoquant d'énormes papillons\népingles sous une vitrine de verre, les ailes en fleur.\n\n\n\n   Après avoir lu cette œuvre grandiose, on ne s'étonne plus\nqu'Octave Pirmez ait été aimé de Victor Hugo, de Sainte-Beuve\nqui avait écrit des annotations en marge de ses livres, de Saint\nRené-Taillandier qui l'a appelé un rêveur éloquent et se disposait\n— si la mort ne l'en eût pas empêché — à lui consacrer un grand\narticle dans la Revue des Deux-Monde .\n   A Paris, il aurait certes occupé une situation éminente dans le\ngroupe des esprits hautains et contemplatifs, entre Taine, Renan\net Paul de Saint-Victor.\n   En Belgique, on le connaissait à peine. Dans un temps où un\nartiste n'existait pas pour le public sans la consécration officielle,\nil n'avait jamais rien obtenu de nos gouvernements bourgeois :\nni une distinction, ni un prix quinquennal, ni une décoration, ni\nune couronne ! Quant aux talents neutres — comme il les appelait\n— qui font ici de la critique, ils en parlaient peu ou se bornaient\nà lui reprocher ses pensées vagues, son style mou et ses inutiles\ntentatives de restauration romantique, après Lamartine et Cha­\nteaubriand.\n    Mais lui, sans s'embarrasser des pierres qu'on lui jetait, sans\ns'inquiéter si on l'écoutait, si même on l'entendait, continua sa\n mystérieuse ascension, car il était vraiment le poète, tel que\n de Goncourt l'a défini : un monsieur qui met une échelle contre\n une étoile et qui monte en jouant du violon !\n\n\n\n   Quand les Jeunes-Belgique sont entrés en campagne, eux qu'on\nreprésente méchamment comme une jeunesse infatuée et irrévéren-\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2235, "texte": "                               —    298   —\n\n  rieuse, ils ont bien compris qu'ils n'étaient que des conscrits. Ils ont\n  donc cherché des chefs, mais ils ont vite reconnu que ceux qui\n  avaient le plus de galons à leurs manches n'étaient que de\n  mauvais Invalides, indignes et incapables de diriger leurs fraîches\n  milices.\n     Alors, révolutionnairement, ils se sont insurgés contre les\n  pédants, les marchands de lieux communs, les confectionneurs\n  de cantates, les historiens de contrebande, les politiqueurs qui se\n  mêlent de juger l'art et la littérature, et ils se sont tournés vers les\n grands, les sincères, les originaux comme Charles De Coster,\n André Van Hasselt, Camille Lemonnier, Edmond Picard, Octave\n  Pirmez.\n     Parmi ceux-là, Octave Pirmez surtout était un initiateur, car\n nous trouvons dans son œuvre toutes les théories d'art qui nous\n sont chères.\n     Lui aussi proclamait la gloire des réalistes « qui avaient com­\n pris la force de la sincérité, en tenant compte de l'instinct, en\n délaissant l'école pour s'instruire à la Nature et reproduire des\n êtres dans leur réalité saisissante. »\n    Lui encore répondait à cette confusion absurde de l'Art et de la\n Morale que nous avons toujours combattue ;\n    « Parce que tel romancier n'a pas un but moral, il ne faut pas\n « conclure que son œuvre soit inutile. Certains écrivains ressem­\n    blent à ces grands fleuves qui roulent vers l'Océan leurs flots\n « soulevés et ne les emploient ni à fertiliser les plaines ni à porter\n « les navires marchands. Ils viennent témoigner de la puissance\n « des instincts de l'homme et de la vigueur de son talent. Ils repré­\n    sentent la jeunesse, la santé, la vie.\n    « Leurs livres, c'est la nature même mise en pages, ils sont ins­\n    pirateurs comme elle. »\n    Enfin son œuvre est comme un arsenal où nous trouvons des\narmes pour nous défendre contre ceux qui nous accusent d'avoir\nune forme ciselée sans qu'il y ait du fond dans ce que nous écri­\nvons.\n    Etrange reproche, puisque toute ciselure suppose un métal sur\nlequel on ait pu exercer sa patience et son habileté.\n    « Il arrive à beaucoup — lisons-nous dans les Heures de philo­\n   sophie, de dire d'une œuvre : La forme en est charmante, mais\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "                              —   299   —\n\n  « le fond est vulgaire. — Parole peu juste. Une forme littéraire ne\n  « peut être telle si elle n'a germé sur un sentiment profond. Autant\n  « vaudrait dire d'un homme ; C'est un bel homme, mais sa char­\n    pente est vilaine. Dans une œuvre d'art, la beauté de la forme\n « ne se sépare point de la beauté de la pensée qui l'inspire. On ne\n « crée une belle forme qu'à la lueur d'un idéal. »\n    Enfin il dit encore ailleurs : « Il ne restera dans l'avenir que les\n livres où s'accuse le génie de la Forme. »\n    N'est-ce pas le germe de ce que nous avons toujours écrit et\ndéfendu : qu'importe la pensée si le livre est bien écrit !\n    Qu'importe le sujet si le tableau est bien peint ! Il y a œuvre\nd'art partout où le style se raffine, où la couleur vibre.\n    Gomme on le voit. Octave Pirmez était bien des nôtres, lui\ndont les théories esthétiques s'appariaient si bien avec celles que\nnous professons, et c'est là sans doute la raison de la sympathie\nvivace qu'il nous avait témoignée dès l'origine de nos efforts, et dont\nl'affirmation reste vibrante dans les lettres que nous gardons de\nlui — comme les reliques d'un Ancien vénéré.\n    Mais ce n'est pas seulement cet idéal commun qui nous avait\npoussés vers lui, c'est encore et surtout la maîtrise de son œuvre\nmagistralement écrite.\n    Lui et les autres méconnus dont je parlais tantôt étaient vrai­\nment « les bons esprits de l'ancienne Belgique. »\n    Dès lors, comment ose-t-on nous accuser d'irrévérence vis-à-vis\nd'eux alors que, s'ils sont sortis de l'ombre, si des lueurs de gloire\ns'allument sur leurs noms, c'est à nous, à nos revues, à nos confé­\nrences qu'ils en sont redevables ?\n    Tandis que vous, les critiques myopes, les adorateurs du fait\naccompli, vous l'aviez toujours jusque-là relégué et diminué; mais\nil était édifié sur votre compte, le grand solitaire d'Acoz, lorsqu'il\nvous mettait narquoisement dans la bouche ce que vous disiez de\nlui et ce que vous dites maintenant de nous : « Ah ! pauvre jou­\nvenceau ! qui osez nous dire que cette prairie vous enchante, à nous\nqui venons d'y découvrir trois orties et un chardon ! »\n\n\n\n\n  Au moment même où nous couronnions nos maîtres, Octave\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1667, "texte": "                             —   300   —\n\nPirmez est mort, comme si ce génie solitaire avait voulu se\ndérober à de publiques ovations !\n   Contraste triste : son convoi funèbre a croisé le char triomphal\nde Lemonnier — et dans une démonstration récente de l'Art\nnational, que d'aucuns ont cru patriotique de ridiculiser, nous\nn'avons pu qu'honorer sa mémoire en dressant son couvert avec une\nchaise vide et des fleurs en deuil dans du crêpe, en renouvellement\nd'une émotionnante coutume du moyen âge.\n   C'est quand tout renaît dans l'allégresse du printemps qu'Octave\nPirmez a disparu, et dans ses derniers moments, il aura pu chu­\nchoter ce premier vers de Jocelyn qu'il avait lu si souvent :\n\n        Aujourd'hui premier mai : date où mon cœur s'arrête !\n\n   A ses obsèques, quelques-uns d'entre nous ont représenté la\nJeune Belgique; ils ont suivi, chapeau bas, ce grand mort qu'on\nportait sur la rampe d'une colline vers le lointain cimetière.\n   Le corbillard, attelé de quatre chevaux, était tendu de draperies\nbleu pâle, et le soleil nouveau l'enveloppait d'une clarté d'apo­\nthéose, tandis qu'au loin la campagne riait, toute verte — couleur\nde l'espérance.\n   Tous les paysans des villages suivaient et des musiques jouaient\nlugubrement la si émouvante Marche de Chopin.\n   Tout à coup, quand s'étaient tues les fanfares, cette chose étrange\nfut remarquée : au milieu du grand silence, un rossignol vocalisa\ndans les hautes branches d'un arbre de la route — comme si la\nNature, reconnaissante envers celui qui l'aima tant, avait délégué\nson plus éloquent oiseau pour chanter son Oraison Funèbre.\n\n                                       GEORGES   RODEN BACH."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 301, "page_fin": 303, "titre_corps": "La Vie bête", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "LA VIE BÊTE", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA VALSE DES MUGUETS", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 358, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "                         LA VIE BÊTE\n\n\n   CASSE ET SENÉ ! ces deux vocables pharmaceutiques depuis long­\ntemps me tintent à l'oreille, railleurs, implacables. Hélas! nous a-t-on\nassez reproché nos mutuelles sympathies !\n   A tout le monde il est permis d'admirer Kees Doorik, les Flamandes,\nla Mer Élégante, le Scribe. A nous, point. Notre admiration est\nabsolument comme le style de Louis Hymans : sans valeur ; c'est de\n« l'encensement réciproque », de la « petite chapelle », de la « fleur-\nde-compère. »\n   La Vie bête vient deparaître, Albert Giraud en devait faire la critique.\nMais songez ! Si Giraud avait eu la malencontreuse idée d'en trouver une\nseule page convenable, j'étais perdu !... camaraderie, compérage, compli­\ncité, parbleu!... sans oublier une ou plusieurs admonestations frater­\nnelles ! (Ceci à l'œil droit de l'ami Valentin.ï\n   Ce que j'avais de mieux à faire, c'était de présenter moi-même ce petit\nlivre écrit par moi, de dire que je le considère comme un merveilleux\nchef-d'œuvre, et de me briser à jamais le nez sous l'écroulement d'une\npyramide d'encensoirs et d'une montange de piédestaux.\n   Eh bien non, le livre n'est pas bon ; il est d'une conception absolu­\nment maladroite et naïve; il ne tient pas; ses trois parties vont à la file\nsans la moindre unité; le récit est illogique et la deuxième partie\nennuyeuse comme une leçon de M. Rivier.\n   C'est le journal d'une vie, jour par jour. Les premières pages en sont\nvraies, les autres non. Madeleine Auriol existe, Veinard existe, Jacques\nBalmus existe, et quant à Lucie Merlet, la petite française, elle existait,\nla charmante, elle existait, rieuse, spirituelle et mignonne; elle est morte\nil y a trois mois à peine !\n   Oh ! la folle rage que nous avons tous, dans notre métier d'encre et\nde papier blanc, de mettre à nu les intimités les plus douces et les plus\npalpitantes de nous-mêmes ; de dévoiler notre cœur, comme si nous\navions l'orgueil — ou le cynisme — de nos fautes !\n   11 nous semble que l'œuvre sera plus vivante parce que nous y aurons\n mis notre vie, plus chaude parce que nous y avons soufflé notre chaleur,\n plus émotionnante parce que, comme sur la table de marbre des amphi-\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "                                     302\n\nthéâtres où l'on étale des cadavres ouverts, nous y aurons éparpillé les\nplaies rouges de notre âme et les sanglantes blessures de notre conscience.\n   Mais le public comprend-il cette communion douloureuse de l'écri­\nvain et du livre, saisit-il ce travail cruel où l'on s'épuise, comme\n Dedalus, à mettre des ailes à ses chimères-filles ?\n   Octave Pirmez l'a bien dit : «notre époque n'aime point la tristesse.\nétant éprise de vie florissante». Pas d'oeuvres décevantes, pas de mélan­\ncolies sottes, pas d'intimités pensives, pas de pénombres. Vive le soleil !\nce qui brille, ce qui chante, ce qui rit !\n   Alors, nous, les gais qui rient de tout pour en pleurer tout bas,\nlorsque nous épandons dans nos écrits le poème de nos pensées tristes,\nnous sommes pareils à ces lépreux dont on s'éloigne, de peur que les\nregardant de trop près, on ne se découvre rongé comme eux, et que le\nlivre ne leur dise en ricanant, comme ce fantôme que le poète fait errer\nau long des cimetières, sous la tiède blancheur de la lune :\n\n                 Prenez garde ! car vous avez la maladie\n                      Dont je suis mort!\n\n\n\n   On a contesté au romancier le droit de prendre dans la vivante réalité,\nautour de lui, les personnages de ses livres; ce droit pourtant n'est pas\ncontestable, car le lecteur ne pourra jamais savoir où commence la\nfiction, où la réalité. D'ailleurs, comme le disait très justement Maufri-\ngneuse (i), le public qui s'indigne si facilement en certains cas, se\n « montre en certains autres d'une curiosité aussi bête que malsaine.\n c Tantôt on lui dit : c'est l'histoire de M'\"e B..., et il achète. Il adore\n« le scandale quand il ne soupçonne pas qu'il puisse être atteint à son\n « tour, mais il s'indigne quand il croit pouvoir être également touché\n« un jour ou l'autre. »\n   Croit-on qu'il soit possible à l'écrivain de figer ses souvenirs et de se\nbander les yeux, lorsque son œuvre prend la forme décisive, et n'arri­\nverait-il pas ainsi à la frigidité la plus morne? Dans tout héros de\nroman, d'ailleurs, on reconnaîtra, à un trait de hasard, à une nuance\nquelconque, une personnalité qu'on connaît ou qu'on a connue.\n   Non, prenons autour de nous nos types ; donnons-leur, au pinceau\n\n\n (1) Gil Bias. Mardi 5 juin 1885.\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "                                  — 303 —\n\n de nos fantaisies, une couleur nouvelle, transformons-les à notre vision\nd'Art, et ne craignons ni les susceptibilités prétentieuses, ni les recon­\nnaissances hasardées.\n    « Travaillons chacun dans notre coin, nous dit Camille Lemonnier,\n « et mettons le plus possible de nous-même dans nos œuvres, sans\n « nous soucier des formules et des canons ; c'est encore le mieux pour\n « laisser de nous quelque chose où l'on puisse retrouver notre humanité\n « actuelle. »\n   La Vie bête (1) a été conçue ainsi. Comme dans un tiroir aimé où dor­\nment les reliques chères, l'auteur a pris dans le passé les souvenirs qui\ns'y éparpillaient liés par les faveurs roses du sentiment ; pieusement il les\na recueillis, et, de même que dans un cadre on pique des papillons, il\nles a piqués dans le cadre du style.\n   Qu'on n'y voie autre chose qu'une œuvrette de sentiment ; si l'on y\ndécouvre une délicatesse apportée par le hasard et jetée dans le livre\ncomme dans le sable un grain d'or, qu'on la recueille et qu'on se dise :\nle roman dont on peut retenir une phrase n'est pas tout-à-fait mauvais.\n\n                                                      MAX    WALLER.\n\n\n\n\n            "}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 1772, "fin_caractere_exclue": 1922, "texte": "(1) La Vie bête, par Max Waller. — Préface de Camille Lemonnier. — Eau-forte de\nThéodore Hannon. — Un vol. Bruxelles. A. Brancart, éditeur, fr. 4 00.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 303, "page_fin": 304, "titre_corps": "La Valse des Muguets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Édouard Levis", "ancre_debut": "LA VALSE DES MUGUETS", "ancre_fin": "EDOUARD LEVIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "RONDELS A LA LUNE", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 360, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 1216, "fin_caractere_exclue": 1772, "texte": "LA VALSE DES MUGUETS\n\n                                                             A Mlle Marie B.\n\n        Mai sur la terre avait jeté son rayon jaune,\n        Et de ses doigts dorés ouvrait les lilas blancs,\n        Epandant dans le ciel de longs parfums troublants,\n        Qui faisaient se pâmer la vierge sur son trône.\n\n        Les poètes chantaient leurs nouvelles amours,\n        Tandis que moi, blasé de ces vieilles rengaines,\n        Je renfermais les miens dans de coquettes gaines,\n        Comme de vieux poignards dans de rouges velours.\n\n\n  "}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 492, "texte": "                                  ~   304     -\n\n       P o u r t a n t il en fut un qui, déchirant ses langes,\n       Me porta, triomphant, quelques clochettes blanches\n       Et rouvrit le verrou de mon cœur aux aguets.\n\n       Le tourbillon depuis nous berce, nous rend ivre,\n       Vainqueurs, nous célébrons le verbe qui fait vivre\n       Et les vents près de nous font valser les muguets.\n                                                        EDOUARD       LEVIS.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 304, "page_fin": 306, "titre_corps": "Rondels à la lune", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "RONDELS A LA LUNE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 361, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 492, "fin_caractere_exclue": 2648, "texte": "RONDELS A LA LUNE\n\n                                            Il flageole, et s'agenouillant,\n               SPLEEN\n                                            Rêve, dans l'immensité noire,\n                                            Que pour la mort expiatoire\nPierrot de Bergame s'ennuie :               Sur son cou s'abat en sifflant,\nIl renonce aux charmes du vol :             La Lune, comme un sabre blanc !\nSon étrange gaîté de fol\nComme un oiseau blanc s'est enfuie.\n                                                              III\n                                                      BROSSEUR DE LUNE\nLe spleen, à l'horizon de suie,\nFermente ainsi qu'un noir alcool.           Un très pâle rayon de Lune\nPierrot de Bergame s'ennuie :               Sur le dos de son habit noir,\nIl renonce aux charmes du vol.              Pierrot-Willette sort le soir,\n                                            Pour aller en bonne fortune.\nLa Lune sympathique essuie\nSes larmes de lumière au vol                Mais sa toilette l'importune:\nDes nuages, et sur le sol                   Il s'inspecte, et finit par voir\nClaque la chanson de la pluie :             Un très pâle rayon de Lune\nPierrot de Bergame s'ennuie.                Sur le dos de son habit noir.\n                                            Il s'imagine que c'est une\n                  II                        Tâche de plâtre, et sans espoir,\n                                            Jusqu'au matin, sur le trottoir,\n             DÉCOLLATION\n                                            Frotte, le cœur gros de rancune,\nLa Lune, comme un sabre blanc               Un très pâle rayon de Lune !\nSur un sombre coussin de moire.\nSe courbe en la nocturne gloire                                IV\nD'un ciel fantastique et dolent.\n                                                        ROUGE ET BLANC\n\nUn long Pierrot déambulant                  Une cruelle et rouge langue\nFixe, avec des gestes de foire,             Aux chairs salivantes de sang,\nLa, Lune, comme un sabre blanc              Comme un éclair érubescent\nSur un sombre coussin de moire              Sillonne son visage exsangue.\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3004, "texte": "                                    — 305 —\n\nSa face pâle est une gangue                              VII\nD'où sort ce rubis repoussant:\nUne cruelle et rouge langue                           SUPPLIQUE\nAux chairs salivantes de sang.\n                                        O Pierrot ! le ressort du rire,\n                                        Entre mes dents je l'ai cassé;\nSon corps vertigineux qui tangue        Le clair décor s'est effacé\nEst comme un blanc vaisseau hissant     Dans un mirage à la Shakspeare.\nA son géband mât louissant\nSon pavillon couleur de mangue :\n                                        Au mât de mon triste navire\nUne cruelle et rouge langue.\n                                        Un pavillon noir est hissé :\n                                        O Pierrot, le ressort du rire,\n                  V\n                                        Entre mes dents je l'ai cassé.\n               L'ÉGLISE\n\nDans l'église odorante et sombre,       Quand me rendras-tu, porte-lyre,\nComme un rayon de Lune entré            Guérisseur de l'esprit blessé,\nPar le vitrail décoloré,                Neige adorable du passé,\nPierrot éclaire la pénombre.            Face de Lune, blanc messire,\n                                        O Pierrot! — le ressort du rire?\n11 marche vers la nef qui sombre,\nAvec un regard d'inspiré,                                VIII\nDans l'église odorante et sombre\nComme un rayon de Lune entré.                       VIOLON DE LUNE\n\n\nEt soudain les cierges sans nombre,     L'âme du violon tremblant,\nDéchirant le soir expiré,               Plein de silence et d'harmonie,\nSaignent sur l'autel illustré,          Rêve dans sa boîte vernie\nComme les blessures de l'ombre,         Un rêve languide et troublant.\nDans l'église odorante et sombre.\n                                        Qui donc fera, d'un bras dolent.\n                  VI                    Vibrer en la nuit infinie\n                                        L'âme du violon tremblant,\n             MESSE ROUGE                Plein de silence et d'harmonie?\nPour la cruelle Eucharistie,\nSous l'éclair des ors aveuglants        La Lune, d'un rais mince et lent.\nEt des cierges aux feux troublants,     Avec des douceurs d'ironie,\nPierrot sort de la sacristie.           Caresse de son agonie,\n                                        Comme un lumineux archet blanc,\nSa main, de la Grâce investie,          L'âme du violon tremblant.\nDéchire ses ornements blancs,\nPour la cruelle Eucharistie,\nSous l'éclair des ors aveuglants.                        XI\n\n                                                      NOSTALGIE\nEt d'un grand geste d'amnistie\nIl montre aux fidèles tremblants        Comme un doux soupir de cristal.\nSon cœur entre ses doigts sanglants     L'âme des vieilles comédies\nComme une horrible et rouge hostie,     Se plaint des allures raidies\nPour la cruelle Eucharistie !           Du lent Pierrot occidental.\n                                                                     23\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "                                       306 —\n\nDans son triste désert mental            Le mépris des choses indignes.\nRésonne en notes assourdies.             Le dégoût des cœurs amollis\nComme un doux soupir de cristal,         Sont les préceptes que je lis\nL'âme des vieilles comédies.             Dans le triomphe de vos lignes,\n                                         Blancheurs de la Neige et des Cygnes!\nIl désapprend son air fatal :\nA travers les blancs incendies                             XII\nDes Lunes dans Tonde attiédies.                    DÉPART DE PIERROT\nSon regret vole au ciel natal            Un rayon de Lune est la rame,\nComme un doux soupir de cristal.         Un blanc nénuphar, la chaloupe ;\n                                         Il regagne, la brise en poupe,\n                  X                      Sur un fleuve pâle, Bergame.\n         PARFUMS DE BERGAME\n                                         Le flot chante une humide gamme\nO vieux parfum vaporisé                  Sous la nacelle qui le coupe.\nDont mes narines sont grisées '.         Un rayon de Lune est la rame,\nLes douces et folles risées              Un blanc nénuphar, la chaloupe.\nTournent dans l'air subtilisé.\n                                         Le neigeux roi du mimodrame\nDésir enfin réalisé                      Redresse fièrement sa houppe :\nDes choses longtemps méprisées ;         Comme du punch dans une coupe,\nO vieux parfum vaporisé,                 Le vague horizon vert s'enflamme.\nDont mes narines sont grisées !          Un rayon de Lune est la rame.\n\nLe charme du spleen est brisé :                           XIII\nPar mes fenêtres irisées,                            LUNE AU LAVOIR\nJe revois les bleus Elysées              Comme une pâle lavandière\nOù Watteau s'est éternisé.               Elle lave ses failles blanches,\nO vieux parfum vaporisé !                Ses bras d'argent hors de leurs manches\n                                         Au fil chantant de la rivière.\n                  XI\n         BLANCHEURS SACRÉES              Les vents à travers la clairière\n                                         Soufflent dans leurs flûtes sans anches.\nBlancheurs de la Neige et des Cygnes     Comme une pâle lavandière\nBlancheurs de la Lune et du Lys,         Elle lave ses failles blanches.\nVous étiez, aux jours abolis,\nDe Pierrot les pâles insignes!           La céleste et douce ouvrière\n                                         Nouant sa jupe sur ses hanches,\nIl vous dédiait de beaux signes          Sous le baiser frôlant des branches\nDans la féerie ensevelis;                Etend son linge de lumière,\nBlancheurs de la Neige et des Cygnes     Comme une pâle lavandière.\nBlancheurs de la Lune et du Lys !                          ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 307, "page_fin": 310, "titre_corps": "Le Vieux Château", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Contes mélancoliques", "signature_source": "Célestin Demblon", "ancre_debut": "CONTES MELANCOLIQUES", "ancre_fin": "Liége décembre 1882", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE CAVEAU VERVIÉTOiS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 364, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "CONTES MELANCOLIQUES\n\n                       LE VIEUX CHATEAU..\n\n    Le train filait à toute volée. Seul, debout dans un froid compartiment\nde troisième, courbé sous des rêveries noires je voyais vaguement derrière\nla glace vaporeuse de ternes paysages d'hiver fuir comme des visions.\nToujours et toujours des campagnes brunes, des arbres nus, des villages\nmornes, l'assoupissement d'un fleuve plombé.\n    Connais-tu, lecteur, ces heures où l'ennui, sans que l'on sache pour­\nquoi, étreint l'âme comme un glacial et insupportable spectre? Ah !\nl'ennui ! Plutôt la souffrance !\n    Le train ralentissait, je baissai la glace.\n    Tout à coup, dans le carré de la portière, les tours et les toits d'un\nvieux château m'apparurent sur le gris brouillé du ciel, au milieu d'un\n immense parc désert, émergeant d'un groupe de sapins dont la verdure\n était tachée d'éclatantes blancheurs de neige.\n    Quelle solitude profonde, quel charme mystérieux, là-bas ! Plus\nd'ennui. Je me sentis inopinément joyeux : dans mon cœur affluait avec\ndes caresses douces la poésie romantique et pénétrante des vieux châ­\n teaux.\n    Les vieux châteaux! Rappelons-nous Walter Scott, Georges Sand,\n Charles de Bernard et Jules Sandeau : les bons vieux manoirs décrits\n dans leurs romans ! Celui-ci leur ressemblait; car, ils se ressemblent un\n peu tous: ils ont tous, plus ou moins, de vieilles tours drapées dans des\n épaisseurs de lierre sombre, une immense façade sévère, des fossés ver­\n dâtres avec des roseaux et des cygnes, une vaste pelouse brillantée de\n corolles multicolores, des allées et des bosquets ombreux, mélanco­\n liques.\n    Le train faisant à la station un arrêt d'un quart d'heure, il me prit\n fantaisie de descendre et d'entrer dans la campagne. Là, appuyé contre\n le tronc d'un arbre, les yeux rivés aux tours, je me perdis dans une\n rêverie.\n    Oui, il y avait dans le vieux château une héroïne blonde et angélique.\n Et comme on ne conçoit pas un vieux château sans une histoire\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "                                 — 308 —\n\n d'amour, il y avait donc aussi un chevalier servant. Un inconnu. Un jeune\n noble qui voyageait pour se distraire. Il était arrivé au milieu de l'au­\n tomne, non par le train, comme moi, c'est trop prosaïque, mais à\n cheval, au déclin du jour.\n    Je me le représentais, arrêté à l'aspect des tours, laissant flotter dis­\n traitement sa bride, bercé par le concert des confuses harmonies du soir\n qui s'éteignaient avec des douceurs de musiques très lointaines. Puis, il\n s'était remis en marche. Les bons campagnards, appuyés sur leurs\n bêches, le regardaient, d'un air respectueusement ravi, passer sur sa\n magnifique monture, élégant et fier, son pâle profil et ses noirs cheveux\n détachés sur la pourpre flamboyante et dorée du soleil couchant. Dis­\n paru derrière les arbres jaunis du parc du château où il allait demander\nl'hospitalité, les campagnards avaient repris leur travail avec un hoche­\nment de tête attendri, murmurant :\n    « Sans doute, un amoureux pour mademoiselle la comtesse Blanche,\nla providence des pauvres. Dieu les ait en joie ! »\n    Rien de plus facile à dessiner que le reste de l'histoire.\n    Le cavalier s'était arrêté au pied du perron sur lequel apparaissait\nprécisément la jeune comtesse Blanche, quelques roses à la main.\nTrouble et rougeur de la jeune comtesse. Introduction du bel inconnu\ndans le grand salon rouge décoré des portraits de famille. Arrivée du\npère de la jeune comtesse, un vieillard grave, mais aimable, qui avait\ndécidé le jeune homme à passer l'hiver au château.\n    Maintenant, Blanche et Roger s'aiment. Les journées si douloureuses\net si longues pour tant d'humains, passent, pour eux, délicieuses et\nrapides. Leur amour est si divin qu'il n'est pas même triste comme le\nsont un peu toutes les amours. De légers soupirs, des regards humides,\ndes baisers secrets sur des fleurs échangées, des songeries célestes, un\ndélire, enfin, voilà leur vie. Et je me sens heureux de leur bonheur. Je\nvis en eux. Qui sait? Ils vont peut-être apparaître, là-bas, près des\nsapins. Mais non : je les vois distinctement dans le demi-jour mystérieux\nd'une vaste pièce aux boiseries brunes, assis côte à côte devant un\ngrand orgue à sculptures; et je crois saisir des lambeaux de ces vieux\nairs touchants, composés par on ne sait qui, déjà entendus on ne sait\noù, et faisant vibrer l'exquisité de ces indécises nuances de sentiment\nconnues des âmes délicates, mais intraduisibles par le langage.\n    Puis, il me sembla que l'orgue se taisait.\n    Si Blanche et Roger pouvaient venir maintenait. ? Je voudrais tant\nles voir! Ils doivent être si beaux ! Je leur parlerais. Je les sup­\nplierais de ne pas laisser passer une seule des secondes bénies d'aujour-\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "                                —    309   —\n\n d'hui, sans en goûter les délices, et de faire une riche moisson de sou­\n venirs pour se réconforter un peu, plus tard, s'il leur vient des jours\n amers —\n     Un bruit s'éleva derrière moi: eux! sans doute. Je bondis, tressail­\n lant comme au réveil d'un rêve. C'est un mendiant. Un pauvre vieux,\n courbé, loqueteux, la face terreuse, le regard craintif. Il tend la main.\n Je lui donne quelques sous.\n     « Vous êtes du pays, mon brave homme?... Alors, vous connaissez\n les habitants du château ?\n    — Pas beaucoup, monsieur. On n'ose approcher du château : M. le\n comte est si dur !\n    — Ah! le comte est dur... Mais sa fille ?\n     — Sa fille?... Eh bien, monsieur, tenez, entre nous, là, sa fille ne\n vaut pas mieux. La semaine dernière elle a encore chassé Jacqueline,\n une malheureuse, veuve avec trois petits... Trois petits ! monsieur, vous\ncomprenez, dans cette saison... Oui, oui, monsieur, elle l'a chassée...\nAvec ça qu'elle ne fait pas mal parler d'elle, la jeune comtesse... Enfin !\nce ne sont pas nos affaires, n'est-il pas vrai, monsieur? Chacun se conduit\ncomme il lui plaît... Si du moins on aidait un peu les pauvres... Il est\nvrai que M. Adhémar, toujours à la ville, n'a pas trop des revenus de\nson père... »\n    Un cavalier s'approchait au trot d'un superbe alezan.\n     (( Monsieur le baron, dit le mendiant. Le fiancé de mademoiselle la\ncomtesse. »\n    Le baron passa et, fouillant dans la poche de son gilet, jeta dédaigneu­\nsement un sou au mendiant, sans même tourner la tête.\n    Ça le fiancé de la comtesse ! Mais, à trente ans, il était plus cassé que\nle vieillard. Figurez-vous un singe à cheval. Un de ces fragiles avortons,\nvidé par les veilles, et dont l'ironie narquoise de nos paysans s'exclame:\n   Il est mort depuis quinze jours, et il ne s'en doute pas encore ! »\n    Je remontai dans le train, attristé. Il me semblait entendre le laid\ngommeux bailler, étendu dans un large fauteuil du salon aux boiseries\nbrunes ; puis se lever et tapoter sur le vieil orgue à sculptures les pre­\nmières mesures d'un refrain idiot ; puis se rasseoir, baillant plus fort.\nDans un coin, le dos tourné, renfrognée, la jeune comtesse boudait.\n    Dix minutes après, emporté par le train, je regardais le vieux château\nprolané décroître au milieu de la tristesse des arbres dépouillés du parc\net des sapins de la pelouse. A un coude du chemin de fer, tout disparut.\n   — Et Blanche? Et Roger ?\n   — Vous les retrouverez dans certains romans.\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 262, "texte": "                                —   3 10 -\n\n\n  — Pas dans la vie ?\n  — Des sceptiques disent: jamais. Moi, je dis: parfois, mais rare­\nment. .., très rarement\n                                        CÉLEST1N DEMBI.ON.\n    Liége, décembre 1882.\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 310, "page_fin": 313, "titre_corps": "Le Caveau verviétois (second article)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jacques Arnoux", "ancre_debut": "LE CAVEAU VERVIÉTOiS", "ancre_fin": "JACQUES ARNOUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "EXPOSITION", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 367, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 262, "fin_caractere_exclue": 1876, "texte": "LE CAVEAU VERVIÉTOiS\n\n                            SECOND ARTICLE.\n\n\n   Nous voici très embarrassés. M. Karl Griin a été tant aimable et con­\nfraternel pour nous tous, il a si cordialement accueilli nos livres, que\nnous hésitons à dire ouvertement ce que nous pensons de ses œuvres.\nLes volumes de l'Annuaire en sont pleins, et nous recevions récemment\nun album de sonnets: les Oiseaux Chanteurs, que M. Karl Griin vient\nde publier à Verviers chez Nautet-Hans, avec le concours artistique\nd'un sous-Giacomelli. Il faut bien le dire, l'œuvre est presque médiocre.\nLe poète se fait du sonnet une idée fausse, il semble ne pas se douter\ndes règles qui le commandent. A-t-il aligné quatorze vers divisés en\nquatre strophes, il est content de lui-même et croit avoir écrit un sonnet.\nLe trait final n'existe pas, l'unité pas davantage, et la lecture ne laisse\npas l'impression voulue d'un chant spécial dont chaque note à sa\nvibrance, et la dernière son point d'orgue :\n            L'alouette se dresse au sein de la bruyère,\n            Puis, rapide, elle part avec de joyeux cris.\n            Tout l'espace s'emplit de sa voix douce et claire :\n            Elle chante, en veillant sur ses enfants chéris.\n\n           Elle tourne en spirale: elle monte, légère.\n           Les promeneurs, de loin, l'écoutént attendris,\n           Et cherchent le point noir perdu dans Yatmosphère\n           D'où l'harmonie à flots descend aux prés fleuris.\n\n           Tout à coup le chant cesse. Elle tombe en silence,\n           Bat de l'aile un instant et puis d'un bond s'élance\n           Et regagne le nid caché dans le gazon.\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "                                —   311   —\n\n          Au fond de sa retraite elle gazouille encore,\n          Son grand œil clair fixé sur l'azur quelle adore.\n          Sur le mont violet qui rêve à l'horizon.\n\n   Cela ne nous dit rien ; rien ne nous frappe dans ce sonnet dont est\nbannie toute préoccupation de modernité. Les prés fleuris et l'azur\nqu'elle adore nous reportent aux petits moutons de Madame Deshou­\nlières; cela crie de vieillesse. Je néglige les promeneurs, l'atmosphère,\nle et puis qui est une cheville, et j'en arrive à conclure par le manque\nd'éducation littéraire du poète. Claire ne pourra jamais rimer à bruyère\nnon plus qu'atmosphère; nous défions M. Griin de trouver une seule\nrime aussi piètre dans tout Hugo, dans Gautier, dans Banville. Mais\nM. Grün ne les a pas lus, il est impossible qu'il les ait lus; Baudelaire,\nCoppée, etc., n'ont pas passé par ses inexpertes mains. Il en est encore\naux vers classiques, frigides, mornes, d'autrefois. Il retarde de deux\nsiècles. Je gage qu'il n'a pas lu Villon même, ce moderne du XVIe\nsiècle, qui après trois cents ans a produit Richepin. Et s'il les a lus, se\npeut-il qu'il n'ait pas subi l'impressionnante influence de ces maîtres?\n   Je trouve encore dans les poésies de M. Karl Grün une tendance à\n« humanitaireriser», j'entends à parler fréquemment de progrès, lumière,\nliberté... Mon Dieu! tout cela est très beau en soi; sans le progrès nous\nn'aurions ni fabriques de drap, ni fabriques de vers, ni manufactures,\nni caveau, mais le lyrisme dans cet ordre d'idées est si vulgaire, si\nce déjà lu cent fois », si agaçant en un mot, que l'on a de réelles, crispa­\nlions en lisant de ces strophes:\n\n          « Pilâtre de Rozier, toi, chevalier d'Arlandes,\n          L'histoire citera vos noms retentissants,\n          Lorsque ceux des Césars, renvoyés aux légendes\n          Dans les bouquins moisis s'en iront, pâlissants         »\n\nd'où il ressort que César n'est plus qu'un vieux bronze et Pilàtre de\nRozier l'homme de l'Histoire, ce qui n'est pas mal drôle!\n   Hâtons-nous de le dire; nous ne nions pas que M. Griin ait du\ntalent; d'aucuns de ses vers sont des mélodies, vieilles peut-être comme\ndes danses de Rameau, mais douces aussi comme elles :\n\n          « Je vais partir. Je vais flâner pendant trois jours.\n          Le long de la rivière où murmurent les aunes.\n          J'entends déjà mugir, dans ces calmes séjours,\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "                                —   312   —\n\n           Les cascades de lait dans les prés aux fleurs jaunes.\n           Je verrai, quand le soir descendra pas à pas,\n           Des flocons de brouillards, voiles légers de fées.\n           Flotter sur les gazons au-dessus des vallées\n                   Et vous n'y serez pas. »\n\n    Tel est encore M. Ernest Gauthier, avec la même forme retardataire\n en même temps que le même sentiment rêveur et poétique, très délicat.\n L'absence de personnalité bien marquée est aussi son écueil ; sa signature\nest la seule étiquette qui puisse, comme à M. Grün, lui donner la\npaternité de ses oeuvres. C'est l'éternelle romance des étoiles, 4 e l'azur\net des petits oiseaux, avec la phrase pleine de réminiscences des poètes\nlakistes. Tel est aussi M. Xhoffer, tel M. Weber, tel M. Gens, M. Bon­\njean, M. Lekeu, tels sont-ils tous, coulés dans un même moule qui a\ndéjà servi. Tous ont une moyenne de talent, tous une uniformité\nmodeste; ils doivent posséder à fond Lamartine, ils se l'asssimilent —\nmoins le génie, — et l'on est désolé de voir un groupe aussi uni, maître\nde cet élément superbe d'avenir : la confraternité, possédant un public\nliseur, et justement fier de sa décentralisation littéraire, s'attarder dans\nune formule surannée et terne, alors qu'un effort l'en ferait si aisément\nsortir.\n   Cet effort, je le trouve pourtant à la première page de l'Annuaire qui\nvient de paraître; dans un sonnet auquel il y aurait bien des choses à\nreprendre encore, M. Ernest Gauthier semble avoir compris le parti que\nl'on peut tirer de l'antithèse du beau et de l'ignoble. Baudelaire, avec la\nCharogne que les imbéciles appellent un morceau « naturaliste », ne\ns'est-il élevé au sommet de la plus pénétrante spiritualité ?\n   Voici la pièce de M. Gauthier; nous en « italiquons » les tares :\n          Près des Halles, non loin de l'étal au poisson,\n          Armé d'un long balai plein de crotte et d'ordure,\n          Un balayeur, puant la crasse et la boisson,\n          De Paris vers l'égout pousse la pourriture.\n\n        Et dans l'épais courant, où roule maint tesson\n        Escortant maint débris d'humaine nourriture,\n        L'homme, avec un regard à donner le frisson\n        Puise un trognon de chou dont il fait sa pâture.\n        Mais le balai, qui glisse et tombe de ses doigts,\n        S'étend dans le cloaque empesté ; l'homme grogne,\n        Dévore sa pitance en maudissant les lois,\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1454, "texte": "                                  — 313 —\n\n        Puis il reprend l'outil et, tout à sa besogne,\n        Semble dire à l'égout: « Tiens, sale gueule, bois!....\n\n        — O les ruisseaux bordés de mousse au fond des bois !\n\n    Le sonnet est faible. Je passe sur les inversions vieillottes, sur la\ncheville: maint tesson, et celle: \" dont il fait sa pâture \", sur l'allusion\n « pauv'peup' » du vers:... en maudissant les lois, mais ce que nous y\nvoyons c'est l'ombre d'une tendance vers un art plus moderne, et moins\n« caveau ».\n   Il suffirait d'une bonne poussée et de quelques lectures des œuvres\nactuelles. Flaubert pour la prose et Baudelaire pour les vers ont exercé\nune influence énorme; impeccables tous deux, ils imposent leur maîtrise\net sollicitent à une facture plus serrée les écrivains qui les comprennent.\n   Nous avons été sévères dans nos deux articles, mais nous aspirons de\ntoutes nos forces à voir le Caveau Verviétois devenir le deuxième centre\nde notre littérature ; nos sympathies se verront sous notre franchise.\nPlus tard nous continuerons, en étudiant séparément tous les écrivains\nde l'Annuiare, cette étude sommaire dont les éléments sont conformes\nà l'actuelle formule d'art. Que le Caveau le sache : si tout chemin mène\nà Rome, on peut bien trouver le chemin de Damas en passant par la\nBéotie; il est toujours temps.\n                                                    J A C Q U E S ARNOUX.\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 313, "page_fin": 316, "titre_corps": "Exposition de l’ancien atelier Portaels", "titre_sommaire": "L’Atelier Portaels", "rubrique": "", "signature_source": "Bock", "ancre_debut": "EXPOSITION DE L ANCIEN ATELIER PORTAELS", "ancre_fin": "BOCK", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE SALON DE PARIS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 370, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1454, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": "EXPOSITION\n\n    DE L'ANCIEN ATELIER PORTAELS\n\n   M. Verheyden expose une Forêt de Soignes d'un effet puissant. Un clair de\nlune vaporeux blanchit vaguement dans le ciel plein d'une paix pensive. Au\npremier plan, sur le sol déboisé, des bûcherons travaillent avec la lenteur lasse\nd'une fin de journée. Derrière eux s'étend la ligne sévère et sombre des grands\narbres, qui dressent méditativement leurs têtes hautaines. Tout cela est plein\nd'ombre, de grandeur, de tranquillité, de vie. Le gris-perle du ciel et le roux\nvert-de-grisé du sol et des bois, toute cette nuit est d'une poésie profonde. Ce\nqui nuit un peu à cette belle toile c'est le voisinage de deux tableaux éblouis­\nsants de lumière : Le Hameau que l'hiver a ouaté de neige lumineuse et la\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "                                  -    314    -\n\nMoisson où l'or des blés, ensanglantés de larges coquelicots, rutile au soleil\nde midi : le moissonneur, le visage Jobombré d'un large chapeau qui le protège\nmal contre la lave aérienne du soleil, le genou pesamment enfoncé en terre,\nplonge la faucille dans la gerbe jaune qui flamboie.\n   Nous n'aimons guère la peinture de M. Vefdyen. Ses couleurs t'ont mauvais\nménage. 11 y a là une jeune fille vêtue d'une robe d'été à volants violemment\nbleus et roses, et couchée lourdement sur le sable jaune des dunes, que héris­\nsent des joncs d'un vert féroce et des chardons bleuâtres. Est-ce l'effet de lu\nchaleur? Toutes ces couleurs ont quelque chose de lustré et de fondant, on\ndirait qu'elles transpirent. Pourquoi aussi cet éternel petit bateau à vapeur qui\nfume à l'horizon de chaque marine? Est-ce une signature comme les oiseaux\nde Breughel ? Crèpusculaire montre une autre jeune fille étendue sur une autre\ndune, mais à plat ventre. Le ciel carminé où se couche le soleil est assez\nréussi; mais la mer ressemble à une gelée de reines-Claude. M. Verdyen est,\nen résumé, mal représenté à cette exposition.\n   Les Fleurs de M. Cormon ne sont certainement pas faites pour le plaisir des\nyeux. Les couleurs exaspérées crient de fureur. Les rouges ont l'air enragés.\nL'artiste a oublié de distribuer la lumière dans ce tableau. Les esquisses de la\nSeine de l'âge de pierre et de la Fuite de Caïn sont remarquables de dessin et\nde composition, mais la couleur y brille par son absence. M. Cormon est\npourtant bon coloriste: voyez les deux petites toiles intitulées Salle à manger et\nSalon. L'ameublement est riche et tranquille: pas de teintes crues., une douce\net chaude harmonie de couleurs. Seules les verrières de la salle à manger sont\ntrop flamboyantes : évidemment elles sont frappées d'un vif rayon de soleil,\nqui oublie d'entrer dans l'appartement. M. Cormon expose aussi quelques têtes\nréussies; nous avons remarqué celle d'un garçonnet aux cheveux ras, qui\nrespire une vraie vie et ne sort pas d'un musée Tussaud.\n   M. Mayné, dans sa Bosse-cour a le tort d'imiter Bastien-Lepage. Dans ses\nautres toiles il paraît atteint de la monomanie des fenêtres comme M. Meerts\nde celle des escaliers.\n   Chez M. Impens tout est gris, d'un gris sombre et triste à faire pleurer.\nLes détails sont très :— fouillés, — trop à notre avis. M. Impens cherche à\ncontinuer les petits maîtres flamands.\n   M. Van Gelder expose des chiens variés. Très drôle le toutou japonais,\nmais pas beau. Un autre Médor, d'un caractère plus élégiaque. déplore mélan­\ncoliquement la tension de ses pattes.\n   MM. Oyens ont quelques bonnes toiles. L'exposition de David est plus\nheureuse que celle de son frère : remarquons la Crèche, un joli tas de gamins\ntrès naturellement endormis sur un lit collectif. David Oyens attrape merveil­\nleusement le pittoresque d'une pose ou d'un geste.\n   Les vues de Bruxelles de M. Blanc-Garin ne sont pas vues du tout. Les\nmonuments manquent de solidité, les pierres sont fluides. La Bourse de\nBruxelles est un édifice en confiserie, glacé de sirop de framboise.\n   La Danse macabre de M. Coppieters est originale; le costume de la Mort\n"}, {"page_pdf": 372, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3323, "texte": "                                   — 315 —\n\nest d'une étrangeté singulière, — la scène où la mort s'éboule sur l'épaule du\nbourgeois qui lui prend son chapeau et sa faux, est bien composée. Mais le\nfaire et le coloris de M. Coppieters ne sont pas séduisants. Ses portraits sur\nfond blanc évoquent fâcheusement des idées d'imagerie.\n    M. Frédéric est un véritable artiste. A part la brouette, le tableau A la pompe\nest très beau. Quelle belle couleur, juste, ferme, harmonieuse ! Le corsage de\nla femme est d'un gris' superbe. Et quel naturel dans les personnages ! Quelle\nsimplicité dans les traits et les attitudes ! Au jardin a aussi de grandes qualités :\nmais les arbres ressemblent nu mancenillier de carton du cinquième acte de\nl'Africaine. Par contre, la bonne qui porte les rafraîchissements est une personne\naccomplie, pleine de qualités heureuses.\n    M. Van Hammée pratique la peinture joviale. Son Marc-Antoine, affreuse­\nment vexé de la laideur de Cléopâtre, est un excellent satire de la peinture\nacadémique. En faisant sortir d'un œuf une mazette tout habillée, l'artiste a\nsymbolisé ce mot profond comme l'Atlantique: il n'y a plus d'enfants'. Son\ngrand tableau Vire le Rai persifle très drôlement les modes de 1830. En\nvoyant Campenhout chanter la Brabançonne, on s'explique la valeur littéraire de\n notre hymne national.\n    M. Wauters n'a pas exposé ce qu'il a fait de mieux. Ses portraits manquent\nd'élégance. Les têtes, trop brutales, onttoutes le nez congestionné et les joues en\ncoup de sang. Par-ci par-là courent sur les chairs des patarafies rouges. Ainsi\nla dame qui étale son visage écarlate devant une tenture pourpre, s'est gratté\nla poitrine jusqu'au sang. Les étoffes valent mieux que les chairs: elles se\nplissent, se froissent et ondulent avec des opulences de lumière.\n    MM. Charlet, Lefebvre, Vander Hecht, Hennebicq et T'Schaggeny, ont\nexposé des toiles nombreuses de mérites divers. Mais j'ai hâte d'arriver à\nAgneessens. Son étude de jeune homme est le meilleur tableau de l'exposition.\nSur un fond sombre et verdàtre. un corps d'adolescent étale la blancheur mate\net douteuse de ses chairs. Le jeune homme, assis dans un grand fauteuil, ren­\nverse presque complètement sa jolie tête sur le dossier du siège. Un coup de\nsoleil illumine son visage pensif et sa blonde chevelure bouclée, qui par der­\n rière s'épaissit dans l'ombre. Quel charme dans cette tête rêveuse, dans ce corps\n débile et maladif aux blancheurs de cire, où éclate dans toute sa beauté le nu\n moderne ! Comparez avec ce merveilleux morceau le monsieur qui a valu au\n même peintre son grand prix: quelle différence! Admirons aussi la Convales­\n CENTE appuyant sur un coussin rouge son visage souffrant, chargé encore d'une\n langueur morbide. Parmi les portraits, remarquons celui de M. L. D., fumant\n négligemment sa cigarette, et l'énigmatique dame en robe bleue, au visage fûté,\n qui tourne entre ses doigts un camélia rose.\n   MM. Van Humbeek et Licot exposent de bonnes épreuves. M. Van der\nStappen présente au public de vrais chefs-d'œuvre. La tête, qui porte le n° 17\nest pleine de noblesse et de fierté. Les paupières dédaigneuses à demi fermées,\nle front hautain et rêveur, le cou fin, souple et nerveux lui composent une\nbeauté. La Jeune juive (n° 8) n'est pas ce qu'on peut appeler une jolie personne;\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 492, "texte": "                                  — 316 —\n\nmais ce visage irrégulier charme. Quelle expression de méditation profonde a\nla belle tête du Sphinx ! Le Saint Michel nous plaît moins; il est terriblement\nraide dans l'étui de son armure.\n   Il est vrai que l'archange est enferme dans une niche, — que Satan lui a\nfaite, sans doute pour se venger de le méchante position où il est bistourné lui-\nmême.\n                                                                   BOCK.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 316, "page_fin": 326, "titre_corps": "Le Salon de Paris (second article)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hippolyte Devillers", "ancre_debut": "LE SALON DE PARIS", "ancre_fin": "HIPPOLYTE DEVILLERS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 373, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 492, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "LE SALON DE PARIS\n                             SECOND ARTICLE.\n   Je commence à croire que les peintres n'entendent rien à la peinture ; rien,\nabsolument rien! — ils ont au Salon la Liseuse d'Henner; c'est beau comme\nun très beau Corrège; la médaille d'honneur était là, le vote était tout mâché,\nque font-ils ? — ils éparpillent leurs voix sur une douzaine de noms !\n   Passons, c'est bien fait, autrement dit : guerre aux médailles ! Toutes les\nvieilles ganaches en ont une brochette, de médailles,... Rembrandt n'en eut\npas. — En ce temps là les maîtres, quand ils avaient signé un chef-d'œuvre,\ncouraient le guilledou et vidaient des brocs — aujourd'hui ils achètent de la\nrente. Médaillons-les '.\n                                        *\n\n   Je voudrais parler de M. Jules Lefebvre,et, pour bien faire comprendre où\nje place son incontestable talent, j'ai besoin de poser des jalons. — Comme\nfagot et fagot, il y a nu et nu : celui de M. Gervex, par exemple, est polisson:\ncelui d'Henner idéalise l'idéal ! Le nu de M. Lefebvre se tient entre ces deux\npôles, ce n'est pas du Bouguereau, o h ! non, mais il ne sait pas plus contenter\nle voluptueux que satisfaire le poète. C'est un art très délicat, d'un dessin\ncharmant, et aussi ennemi que possible de la brutalité. Psyché entièrement\nnue, assise sur un rocher, se détache blanche sur des fonds sombres; sa chair\nfine est celle d'une adolescente. C'est un joli morceau, très suave.\n   — M. Lerolle nous montre dans une étable très éclairée une sainte famille trop\npetite ; sur le devant, des pâtres demi-nus regardent ébahis; — la compagne\nde Joseph a la tête auréolée; pour un tableau réaliste, c'est une gaffe.\nM. Lerolle est un artiste que nous suivons avec le plus grand intérêt : il a\nbeaucoup de talent, mais il a fait beaucoup mieux aussi.\n   — De M. Le Blant, une Exécution du général Charette, c'est à Nantes :\nen 1796. Charette est près du mur; le peloton d'exécution s'avance ; entre les\nsoldats et le condamné, un sol détrempé par la pluie. Grande sobriété de tac-\n"}, {"page_pdf": 374, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3094, "texte": "                                  -    317     -\n\nture. coloris très réserve, exécution correcte comme peinture et comme\nhistoire. M. Le Blnnt s'apaise, il dramatise à froid. Quelle fougue il avait dans\nson La Rochejacquelin de 1879!\n   — M. Lhermitte nous montre deux belles toiles. Une Fileuse tenue dans\nun ton assourdi, bien intime, bonne tonalité, peinture vraie sans fracas. —\nL'autre, La Moisson est une des belles choses du Salon. Dans une campagne\nchaude, on moissonne les grands blés murs ; l'homme, la faux en main, s'essuie\nle front; son attitude est noblement robuste; la femme qui est entrain de\ngerber est un morceau de maître. Peinture hardie, sobre et solide — très belle\ncomposition d'une franchise très réaliste.\n                                        **\n   — Une bien excellente toile que le Saint Lièvin du peintre belge M. Vanaise\nqui obtient une mention honorable, ce qui n'est que très imparfaitement justice.\nNous sommes en Flandre; le saint, devant'des paysans assemblés, pose un\ndoigt de chaque main sur le front d'un vieillard aveugle et le guérit. L'effet est\nsimple et émeut naïvement. La composition est tenue dans le meilleur goût\ndécoratif. Ce tableau gagnerait à être vu dans un temple, encadré de colonnes.\nIl y a dans cette œuvre un jeu de verts très habile : très frais et fleuris de\nhautes pâquerettes dans les herbes des premiers plans, ils s'éteignent dans le\nfonds et tournent aux gris tendres. Le manteau de saint Liévin, égalements\nd'un vert bleu, tranche sur une robe de dessous d'un bleu plus cru. — Savan­\ntes oppositions d'une palette tranquille. — Belle ordonnance de coloris. Puvis\nde Chavannes, celui du Panthéon, tolérerait parfaitement un pareil voisinage.\n\n                                       * *\n   M. Van Beers s'est fait le petit succès de mécontent que l'on sait, en bar­\nbouillant une de ses toiles le jour du vernissage. O modestie ! Son Retour du\ngrand prix est plutôt le retour du persil de mademoiselle Polichinelle qui,\nchapeau sur l'oreille, rapporte dans la capote de sa voiture une brassée de\nfleurs mal peintes ; le cocher n'a ni jambes ni tête — mais ne nous aventurons\npas trop avec M. Van Beers; il envoie du papier timbré à qui n'opine pas du\nbonnet, je ne dirai donc pas, comme j'en avais l'intention, que sa peinture est\ndésagréable au superlatif, mais comme Dumanet, je le penserai.\n   — M. Mesdag nous envoie deux petites toiles, qui ne sont presque que de\n grandes études, mais combien bonnes! : Le Soir à Scheveningue et Le Retour\n des barques de pêcheurs. C'est brossé d'une façon décidée par une main sûre\n d'elle. C'est bien la mer et ce sont bien les gens de la mer. Un petit tableau\n peut avoir grande allure, c'est ce qui arrive dans le cas présent. M. Mesdag qui\n n'a peut-être pas travaillé pour le Salon, y tient une bonne place, celle d'un\n véritable artiste.\n    — M. Henri Martin ne doit pas être mécontent de sa première médaille, cela\n ne veut pas dire qu'il ne la mérite pas. C'est un élève qui fait honneur à un grand\n maître, J. P.Laurens. Ce q'uil y a de plus beau dans le tableau de M. Martin:\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3164, "texte": "                                  — 318 —\n\nPaolo et Françoise de Rimini, c'est la longue robe rouge de Dante et la lueur\nde feu qui colore les deux victimes de l'amour. Belle chose, en somme.\n   — Les sculpteurs sont décidément plus forts que les peintres; ils peignent\nen maître quand et à l'heure qu'ils veulent; après Dubois, après Falguière.\nvoici l'auteur du Gloria Victis, M. Mercié, qui nous surprend avec une petite\nVénus qui se tiendrait parfaitement au Louvre. La pose est un peu pénible;\nmais quelle délicieuse peinture ! quelle tête adorable ! quels seins propices à la\nperdition des chastes! peut-être est-ce plus mondain que païen, mais bast!\nquand une aussi jolie chair naît sous le pinceau, elle est de tous les temps.\n\n\n   — M. Rousseau pâlit à côté de M. Bergeret. Ce dernier, M. Bergeret, qui\nexpose deux toiles, en a u n e : Pour les jours de fête, qui est un délicieux\nchef-d'œuvre. Des bocaux de prunes ; prunes vertes, prunes violettes, sont\nemplis; — et le verre n'est, d'une touche surprenante de légèretée, figuré que\npar une petite traînée de blanc à peine teintée et arrêtée seulement par une\ntache au cou du bocal — les fruits se tiennent entassés en hauteur dans ce\nverre'. C'est merveilleux comme délicatesse de trompe-l'œil.\n    M. Monginot est très amusant avec ses deux toiles: Buveurs de lait,\nBuveurs de sang; tous ces fameux buveurs sont des chats en bas âge très\n réjouissants et très agréablement peints.\n    — M. Attendu, élève d'un délicat qui n'expose pas, en quoi il a le plus\ngrand tort, Mettling, nous montre une pleine voiture d'oranges, de ces pauvres\n oranges d'entre onze heures et minuit, belles et tristes dépavsées à terre, sous\n des grenades et des paillons tressés, — c'est le réalisme de la nature morte;\nc'est une bonne et consciencieuse chose, vraie comme ce que peint M. Jeannin,\nle prodigue des fleurs, qui les entasse cette année sur un Balcon parisien, avec\nla même richesse que d'habitude.\n    — Tristan Lacroix ; c'est un nouveau venu qui n'obtient qu'une mention\n et aurait tort de s'en contenter. Sa grande toile du Salon d'entrée, La gorge aux\nloups, est un des bons paysages des non arrivés. De grands arbres de premier\nplan, hardiment brossés, font cadre à des roches mousseuses prises sur nature\nC'est un des beaux sites de la forêt de Fontainebleau artistement rendu. Une\nbiche va s'engager dans le défilé, l'oreille au vent, inquiète un peu; cette note\nest une trouvaille. Les fonds, resserrés, sont lumineux et très étudiés; je sens\nlà un pinceau appelé à nous dire bien des vérités avec franchise et crànerie.\n    — M. Aimé Perret est toujours bien intéressant, mais combien je préfère sa\npetite toile: Bal champêtre en Bourgogne à son autre grande : La Fi/le des\nchamps qui, bouche ouverte, a l'air un peu... par trop fille des champs. —\nDans son bal champêtre, M. Perret est tout à fait lui: gentille gaucherie des\ndanseurs, bonhomie du garde-champêtre bien inoftensif, naïveté de la servante\nqui préférerait entrer dans la danse que porter les brocs aux buveurs attablés.\nDessin charmant, d'un coloris très agréable.\n   — Mlle Louise Abbema est l'élève de trois maîtres; Chaplin. Henner,\n"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3027, "texte": "                                  — 319 —\n\n Carolus Duran. Elle a un coup de pinceau d'une fermeté incroyable; le talent\n de cette artiste me surprend et m'attire toujours. Son portrait de Mlle Marie\n Louise G... est d'une hardiesse de facture qui étonne chez une femme, et je\n n'hésite en aucune façon à dire que Mlle Louise Abbema est un peintre de\n premier ordre.\n     — M. James Bertrand n'a jamais eu une aussi belle exposition ; je\n ne le reconnais plus, le très sage est devenu coloriste, bravo ! qu'il ne\n regarde plus derrière lui et que ses deux toiles de cette année inaugurent une\n nouvelle manière, c'est ce que nous lui souhaitons de grand cœur ! Ledernier\njour de Charlotte Cordai/ est une toile supérieurement traitée, Les Sirènes en\n est une de maître.\n\n\n\n   — Une belle page d'histoire est celle que nous donne M. Diogène Maillart\navec son Et tenue Marcel. Le prévôt des marchands fait donner lecture au peu­\nple, par l'huissier de la ville, de la mémorable ordonnance de 1357. Robert le\nCoq, éveque de Laon, l'ami et le conseiller de Marcel, est à cheval à son côté.\nIls tournent le dos au vieil Hôtel de Ville, la maison aux trois piliers; au fond\nNotre-Dame se détache en masse sombre. — L'effet est des plus beaux. La\nfoule acclame le maître aimé, le révolutionnaire d'alors : écoliers, manants,\nbourgeois, femmes, enfants, sont massés sur la place. C'est le moyen âge\nsavamment évoqué. Cette toile est une revivance de mœurs, de costumes et de\ntypes ; les figures de Marcel et de Robert le Coq sont fouillées de main de maî­\ntre. La composition du tableau est excellente, pas d'emphase, c'est vécu. La\npeinture est d'une grande sobriété de coloris et d'une sérieuse vérité archéolo­\ngique. Il est à désirer que la ville s'assure cette toile pour décorer notre nou­\nvelle maison commune. — M. Maillart expose aussi un des bons portraits du\nSalon : celui du docteur J. B. Dereins ; — sur un fond roux la face se détache,\nparlante, encadrée de beaux cheveux gris et avec une expression de ravissante\nbonhomie; — peinture franche et saine.\n   — J'ai remarqué deux belles études de nu : l'Agar de M. Doucet, et l'Epave\nde M. Krug. M. Doucet nous montre Agar épuisée de fatigue, étendue mourante\nsur un sable aride ; la chair est d'un superbe ton fauve, hâlé, — la tonalité\nde cette toile est sévère et belle. — M. Krug a peint un corps nu échoué sur\nune roche, c'est un jeune homme, les bras étendus; la tête pend dans une flaque\nd'eau ; le torse, en lumière, est modelé d'une façon tout à fait supérieure. Il\ny a de l'Abel de Prudhon dans cette figure. L'océan, d'un vert sinistre, est\nsombre et d'une grande étendue          Un oiseau passe, les ailes grandes. —\nBeau morceau, belle et large peinture.\n   — Un paysage m'arrête, il est signé Malivoire, un nouveau venu, ce me\nsemble, et que je retrouve aux dessins avec une crime aquarelle. Il est élève de\nJean Desbrosses, ce qui est déjà une bonne note. Son paysage Au bord du lac\nd'Annecy est d'un calme invitant. Dans des herbes toute fleuries une jeune\n"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2855, "texte": "                                      32 0   —\n\n\nfemme est assise. De grands arbres sont largement brossés dans la manière du\nmaître, mais les premiers plans sont moins hardis. Les fonds, d'une couleur\ndes plus tendres, sont ravissamment traités dans une tonalité grise qui repose.\n Très bonne chose.\n   — De M. Georges Sauvage un excellent portrait de Madame de la Villehervé\ndont le mari est aussi habile marieur que bon diseur de belles rimes.\n    — M. Jobbé-Duval peut-il regarder sa toile Electre en gardant son sérieux?\nJ'en doute, et devant une telle bouffonnerie, je songe que le salon triennal va\nnous réserver quelques bonnes joyeusetés de ce genre.\n   — Quelle étrange manière a M. Heullant ! Ses deux petites toiles, Un harem\net Une rencontre, sont deux bouquets de couleurs, deux palettes sur lesquelles\non serait arrivé à tracer, à définir un dessin et des figures. Je me propose\nd'étudier cet art curieux dans un article spécial.\n   — M. Landelle m'ennuie avec sa Femme de Bethléem, c'est du très vieux\njeu.\n   — M. Hector Leroux est l'éternel et bien gracieux peintre des vestales qui,\nje le remarque, prennent quelque peu la mine d'ouvrières en chemises; c'est\nun ragout de plus. Note tendre. Toujours des blancs.\n   — M. Louis Matifas nous montre dans sa Pointe Saint-Gildas une mer su­\nperbe, de beaux lointains, de vraies roches très entourées d'air et un ciel très\nfranc. Un très bon paysage à l'actif de cet élève de Vollon.\n   — M.Comerre qui a été tenté par le Coupeau de l'antiquité, nous donne une\ngrande toile représentant Silène et les Bacchantes; c'est bien, il y a un certain\nentrain très acceptable. Silène couché n'est pas ce qu'il y a de plus agréable\ndans cette bonne composition ; mais la nymphe qui barbouille le pochard\ndivin ainsi que celle qui, debout et rieuse, tient du raisin en réserve, sont\njolies de dessin et peintes avec souplesse. Les nus de ces dévergondées\nclassiques sont plantureux et très appétissants. Bon tableau, mais qui n'a pas\nla furia de celui que fit Roll sur le même sujet. — M. Comerre expose une\ndeuxième toile qui est un vrai bijou ; c'est le portrait de Mlle Achille Fould\nen japonaise. C'est un tour de force de rouges-cerise foncés et clairs mêlés, où\ndes ors se jouent, et d'où la figure pleine de distinction se détache adorable­\nment. L'effet est des plus réussis.\n   Deux très beaux portraits de M. Cabanel (il faut être juste), mais véritable­\nment beaux.\n\n                                      *\n\n\n   En parlant du Silène de M. Comerre j'ai rappelé la toile de M. Roll dont\nJordaens eût été content; — cette année, ce peintre d'un vigoureux talent nous\nenvoie une très grande Vache normande bien peinte mais qui emplit trop une\ntoile exiguë; c'est une erreur dont nous dédommage amplement M. Roll avec\nson superbe portrait de femme ; Mme***, grandeur naturelle et debout, se déta-\n"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3273, "texte": "                                  — 32 1\n\nclie sur un beau fond vert éteint ; les fourrures et la robe noires sont grasse­\nment brossées, pas de nus; seul le visage, h la chair vivante, brille sourdement\ndans ce tout sombre comme la vie intense. Une superbe tenue, une peinture\ncrâne; — c'est un des beaux morceaux du salon.\n    — M. Ary Renan, le fils de l'illustre écrivain, me semble destiné à pren­\ndre dans la peinture une place inoccupée et qui ne peut l'être que par un pen­\nseur. J'entends, de se faire le traducteur des mythes et non d'une mythologie\nqui court les rues ; d'être enfin le Leconte de Lisle de la peinture. Son\nAphrodite, insuffisante peut-être, est une généreuse promesse.\n    — M. Gervex, un peintre que j'aime entre tous, nous montre encore une\ntoile destinée à la mairie du XIX arrondissement : Un bureau de bienfaisance, —\nc'est vécu, c'est senti, c'est triste au possible, mais peu consolant comme déco­\nration d'une maison commune. Peinture d'une grande distinction de tons\ncomme tout ce que fait M. Gervex. Son second tableau : Portrait de Mlle la\nbaronne de Beyens, fille du ministre plénipotentiaire de Belgique, est tout à\nfait dans la note tendre et si délicieuse de l'inimitable virtuose des blancs. La\njeune fille, la gorge et les bras nus, s'enlève légèrement sur un fond gris\ntrès fin. Sur la jupe blanche des fleurs en guirlandes sont jetées comme des\nindications. Les chairs sont jeunes ; — c'est du printemps posé sur une toile. —\n Ravissant !\n    MM. les peintres, je vous en prie, laissez les blancs à Gervex (comme les\nenfants à leurs mères); lui seul en joue à merveille. Ceci est dit pour M. Courtat\net son Réveil de Vénus ; tous ces blancs quelque peu rosés sont durs, désagréa­\n bles, aveuglants; — cette femme opulente qui s'éveille n'est pas Vénus, c'est\nsimplement une femme nue, ce qui est tout autre chose, — elle est bien peinte\npar exemple et parfaitement à sa place sur un lit. Si M. Courtat avait eu la\n bonne idée de la coucher sur des draps noirs, elle y eut beaucoup gagné. (Bran­\ntôme n'est pas à dédaigner, au point de vue de l'effet en peinture, qu'on y\n songe.)\n    — J'avoue n'avoir que fort peu d'estime pour les petits tableaux de genre\n faits pour la vente, et qui, je le regrette, se vendent très cher. M. Worms qui\n est toujours très bien coté, expose Les politiciens. Deux peintres parlaient un\n jour devant moi de M. Worms. — Le premier dit: « Ce diable de Worms a\n vraiment beaucoup d'esprit ! » — « Vous voulez dire qu'il en a toujours?... »\n répartit le second.\n     J'excepte M. Plassan, le délicieux peintre des minois roses, le Chaplin des\n petites figures ; — son petit tableau Les deux sœurs (rien de la grande machine\n de M. Giron) est d'un croustillant àfaire se damner un saint. — Dans une cham­\n bre, où les seules discussions admises doivent traiter d'amour, deux jeunes filles\n s'habillent, près d'un grand lit luxueux; — l'une, en mettant son bas, montre\n une jambe toute parisienne; l'autre, en laçant son corset bleu, ne nous\n cache heureusement pas ce qu'il va contenir. M. Plassan est le peintre des\n chairs de boudoir, des gorges et des bras aux repos rosés, où l'œil demeure,\n et qui invitent la lèvre.\n                                                                         24\n"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3052, "texte": "                                         322    —\n\n\n     — M. Ballavoine a aussi l'amour des gentilles frimousses, comme dans sa\n  petite femme du Marché aux fleurs, qui traîne par la main son gentil bébé ; il\n  aime également à caresser des membres dodus les corps grassouillets, comme\n  dans sa Petite Bohémienne aux longs cheveux blonds, dont le corsage indiscrè­\n  tement ouvert excuse toutes les tentations.\n     — Ce mot de tentation m'invite à parler de M. Jules Garnier qui en a peint\n  une autrefois, où deux horribles femmes nues qu'il croyait provocantes, pou­\n  vaient avantageusement remplacer le camphre. Cette année, M. Garnier nous\n  montre une Vérité sortant de son puits ; on sait dans quel costume ! Or, la\n  Vérité du peintre met tout le monde en fuite sur la toile, sauf un tout jeune\n enfant; — et ce qui est amusant, c'est que là où l'auteur n'a voulu exprimer\n qu'une pensée, nous sommes autorisés, nous, à ne voir que l'effet produit par\n la hideur de cet espèce de faucheux qui émerge du puits sous le fallacieux\n sobriquet de femme nue. J'ai toujours pensé que M. Garnier en faisant du nu\n féminin voulait faire œuvre de moraliste et avait à cœur de modérer nos désirs\n au profit de nos forces. Son nu est un refroidissant qui dépasse le but et nous\n ferait mépriser le sexe auquel nous devons nos.... amis ! — O Gervex !! —\n\n                                        **\n\n    Je ne classe pas. Je cours au hasard de ma fantaisie et de ma sympathie.\n  Mais parlons un peu de certains qui sont des maîtres.\n    M. Bastien-Lepage est un des peintres modernes que j'estime le plus. Son\n art est personnel et pénétrant. Cette année son tableau la Cour au village m'en­\n chante moins, il reste cependant un des plus saillants du Salon. Il y a ce diable\n de mouchoir à carreaux qui sèche !... Mais quelle sincérité et quelle poésie il\n y a dans tout ce que nous peint ce délicieux réaliste d'un genre où il y a tou­\n jours un fond d'archaïsme.\n    — Je n'ose guère parler de M. Cazin et de sa Judith; c'est un regrettable\n logogriphe dans un paysage où il y a une grande dépense de talent ; je ne sau­\n rais en dire davantage.\n    — M. Français fait du paysage comme on n'en fait plus, pour un peu je\n dirais : heureusement ; c'est de la pure convention et dans ce genre il n'y a plus\n que M. Harpignies qui sache rester magistral même dans ses petites toiles ; ses\n deux paysages sévères et ensoleillés le prouvent.\n    De M. Bonnat deux bons portraits        Toujours ! — Du portrait à perpétuité\nalors ?\n    M. Jules Breton, aussi poète avec la brosse qu'avec la plume, nous donne\ndeux toiles : Le Matin: deux jeunes amoureux se rencontrent à l'aube dans\nles champs ; un ruisseau les sépare ; c'est peu et pourtant ce filet d'eau semble\nune barrière; c'est une fraîche idylle ; — l'autre toile : L'arc-en-ciel est plus\nsombre et plus monte en couleur, l'arc cercle l'horizon ; et, montée sur un\nâne, une paysanne rentre. Très bel effet de coloration.\n   La fille de ce grand artiste, M me Demont-Breton, expose une grande et belle\n"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3066, "texte": " toile • Sur la plage : de beaux enfants nus, une femme vigoureusement des­\nsinée; — Mme Demont-Breton chasse de race.\n    Je n'ai pas toujours pensé de M. Carolus-Duran tout le bien que j'en pense\ncette année. Sa Vision est une bien agréable chose et diantrement bien\n peinte. Laissons dire, il y a du Delacroix là-dedans. Un vieil anachorète, dont\n—soit'dit en passant — le dos est un superbe morceau de nu, voit se détacher\nde la croix qu'il contemple, une belle nudité qui, les bras étendus, vient à\nlui. Ce corps jeune et beau, s'enlève sur une draperie rouge semée de fleurs et\ncache la croix ; de longs cheveux or rouge caressent cette voluptueuse vision\nqui va jeter le trouble dans les pensées du saint. Quelle palette étourdissante ! Et\nquels fonds hardiment traités. J'eusse préféré que l'heure du ciel fût plus avancée.\nJe ne saurais trop engager M. Jules Garnier à voir et revoir cette femme nue.\n    Dans l'art du portrait, nul plus que M. Paul Dubois ne me ravit... Il y a\ncependant aussi M. Fantin-Latour ; c'est fini, intime, réservé autant que dis­\ntingué, et mieux en place dans un musée qu'au Salon.\n    M. Butin reste le robuste peintre des gens de mer, sa Mise à l'eau est une\ntoile de grande valeur; au bas d'une falaise des femmes à demi dans l'eau pous­\nsent une barque. Je ne connais personne qui traduise comme M. Butin l'espèce\nd'agression qu'à l'Océan et sache vous rendre presque avec tristesse les rudes\nphysionomies de nos marins des petits ports. — M. Butin vient d'être terri­\nblement frappé par la perte de sa femme ; nous l'assurons de nos regrets et de\ntoute notre sympathie.\n\n\n\n   Il faut nous hâter. — M. Luminais est loin de ses Enervés de Jumièges ; son\ntableau Childêric III est bien peint, les moines sont très bons, mais le dernier\nmérovingien qu'ils sont en train de tondre ressemble fort à un récidiviste que vise\nla nouvelle loi. — Je n'aime pas le Rouget de Liste de M. Mélingue, il se tient\nau piano comme s'il était préoccupé de l'effet qu'il produit, — je pense la même\nchose du portrait de Mme Krauss par un peintre que j'aime, M. Clairin.\n   Quelques paysages: de M. Ségé, Vallée de Ploukermen, M. Ségé est le\npaysagiste du site reposé, tranquille; il a l'intelligence des touches à effet doux,\ndes taches faisant masses, et des petites fleurettes bien jetées dans l'herbe, —\nde M. Rapin l'Averse, le village au fond est noyé sous l'ondée ; sur le premier\nplan, dans la mare où les rayons de soleil assombris s'éteignent, il ne pleut\nplus, — effet très étudié et très vrai.\n   — M. Jundt est toujours frais et charmant, idyllique, poétique, émaillé de\nfleurs; — ravissante, sa petite Alsacienne qui, poitrine et bras nus, fait boire\nses vaches à l'abreuvoir. — M. Hanoteau expose un beau paysage : La haie\nmitoyenne, — près d'un gros saule noueux une jeune fille, quenouille en main,\nest très attentive au discours de son galant. Les personnages ne sont là que\npour animer le paysage très vigoureusement traité. Beaucoup d'air, d'espace,\ndes'arbres solidement plantés, de beaux fonds, enfin la campagne sentie et\n"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3207, "texte": "                                   -    324    -\n\n rendue. M. Hanoteau qui n'est pas coutumier du fait nous montre un fort bon\n portrait d'homme : A l'ami Ch. Baille, c'est largement peint, la figure très\n colorée est vivante, et le paletot gris crânement brossé. M. Hanoteau a une\n très sérieuse exposition cette année.\n    Que j'aime la peinture de M. Gilbert, le peintre habituel des halles et des\n poissons ! — Il a des façons de peindre en pleine lumière qui me ravissent; ses\npoissons sont glissants, ses raies gluantes, ses toiles sentent la marée, — bref,\nson tableau Etal aux halles centrales est toujours dans la bonne manière de ce\n peintre d'un réalisme si intéressant et si vrai.\n    M. Jean Béraud ne m'a pas encore autant plu que cette année. Sa petite et\nsi délicieuse toile La Prière nous fait connaître ce moderniste sous un nouveau\njour. Une jeune fille ou jeune femme (à Paris il y a peu de différence) prie si\ngracieusement penchée sur le dossier d'une chaise que ce serait grand dommage\nqu'une semblable personne ne pratiquât pas. Peinture fine, douce, qui mérite\nbien la deuxième médaille qu'elle obtient. — L'autre toile : La Brasserie, est tout\nà fait dans la manière de M. Béraud pour qui Paris n'a pas d'inconnu. Nous\nconnaissons tous ces Hébé de brasserie, jolies parfois, cyniques toujours,\ndrôles à leurs heures et dont quelques-unes sont célèbres. L'une d'elles, une\nfille superbe, a posé pour la Thamar de Cabanel, et en a gardé le nom.\nM. Bérand a su rendre cette vie de noctambules avec un art inouï. C'est une\npage du Paris-Moderne, — du Paris Boul-Mich. —\n   — Une Andromède de M. Paul Robert qui fait honneur à cet élève de\nMM. Henner et Carolus Duran. — Le Berger de M. Julien Dupré est un bon\ntableau, c'est du Millet sans poésie, mais c'est bien peint.\n   M. Sicard a peint une Plumeuse qui mérite des éloges; c'est d'une vérité\nsans égale et d'une franche exécution. Le sang qui tombe dans l'assiette, mêlé\naux plumes, va couler de la toile.\n   Le Sphinx de M. Falguière est une toile qui épouvante, — dans une grotte\nsombre, des cadavres verts, des crânes, des chairs décomposées, reste du festin\nde ce sphinx dont on ne voit que deux yeux luire. C'est hardi ; mais pour nous\nremettre, regardons le beau portrait de M me C'**par ce même sculpteur, portrait\nsévèrement peint, large de facture, et d'un très beau coloris.\n   M. Montenard aime les bleus crus du Midi, et son Cimetière sur les côtes de\nla Méditerranée, avec toutes ses croix fichées de droite et de gauche dans la\nterre jaune, est d'un effet très intense.\n   M. Loustaunau est toujours aussi bourgeois avec ses Fiancés ; c'est de la\npeinture faite en vue de la reproduction; affaire de commerce. M. Rudaux,\nLe péage, déjà passé, etc., etc. est exactement dans le même cas.\n   M. Hébert ne nous envoie qu'une petite toile, c'est peu pour un maître,\nmais c'est beau de tons : Le Violoneux; le pauvre petit diable à la chair brune,\nau visage doux, à la bouche à demi ouverte. Charmant tableau, plein de\n poésie comme tout ce que fait ce grand peintre.\n   Une belle toile de M. Hauqette: L'Attente. — M. Jenoudet expose une toile\n dans la manière du malheureux Tassaert : Novembre; l'aïeule voit mourir la\n"}, {"page_pdf": 382, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3113, "texte": "                                   —   325   —\n\njeune fille, le sujet est emprunté à de beaux vers de Th. de Banville;\ntoutes nos félicitations à M. Jenoudet que je remarque pour la première fois,\nje l'avoue à ma honte.\n   M. Georges Bertrand étonne avec son immense composition Printemps qui\nnasse : sur des chevaux lancés à fond de train, et presque de face, des femmes\nnues, très blanches, passent rapides comme des météores de chair ; c'est le\nprintemps qui passe ! ! Ce sont de belles taches en tout cas que ces filles de\nmai ! et ce tableau, tant critiqué, s'il est une erreur, ce qui n'est pas mon avis,\na bien son charme. Il est entraînant. C'est un rêve fouetté.\n   — M. Beyle ne m'émeut pas, mais il peint solidement, — trop peut-être.\n   — Etonnante toile que Au Louvre, Etude, de M. Béroud qui obtient une\nbourse de voyage; des visiteurs grandeur naturelle au Salon-Carré et les chefs-\nd'œuvre de nos maîtres reproduits. Têtes très étudiées, costumes modernes\nd'une exactitude parfaite, — une palette fort riche en couleurs, enfin beau­\ncoup de talent dépensé pour une œuvre froide. — M. Moreau de Tours nous\nmontre un Carnot à la bataille de Wattignies qui a aussi mauvaise façon que\nmauvaise mine, il ressemble à un échappé de cabanon.\n   Des deux beaux tableaux de M. Vinllefroy, je préfère Dans les prés: ces cinq\nvaches sont bien dans l'herbe mouillée, il y a de l'air respirable dans cette\ntoile, c'est une des belles choses du déjà très célèbre animalier.\n   M. Firmin Girard peint avec des têtes d'épingles; son Baptême au XVIIIe\nSiècle est toujours cette peinture pignochée que nous connaissons trop et\nn'aimons guère.\n   Sans asile, de M. Pelez, est une bonne toile ; une vieille pauvresse et trois\ngarçonnets sont là contre un mur, déguenillés. C'est la misère bien rendue\npar un peintre qui connaît son métier.\n                                        * *\n   Que de bons paysages signés de noms aimés et célèbres que nous sommes\nforcés, faute de place, d'enregistrer seulement: — de Lausyer, deux marines\nsuperbes — de Guillemet, un maître, Saint Suliac — de Selouse, un des rois\ndu paysage, toujours superbe dans ses effets de ciel, La Vallée des Ardoisières —\nde jolis Defaux, le peintre de la gent piailleuse — deux Danoye très supérieurs\n— Le Ruisseau de M. Demout, un des bons paysages du Salon — deux très\nfins Beauverie — le Château-Gaillard de M. Péraire, toile très calme et pleine\nde mélancolie — deux beaux tableaux de mer de M. Frantz Hall — La Rafale\nde M. Yon, toile remarquée; — un très beau Départ des Pêcheurs de M. Le\nSénéchal, — de jolis paysages de M. Binet — de beaux Lepic... etc., etc.\n                                         *\n                                        * *\n   Que de ravissantes choses dans les salles de dessins, d'aquarelles, fusains et\ngravures ! Il est impossible d'en dire un mot; cela nous entraînerait trop loin et\nnous n'aurions pas fini, que le Salon de 1884 nous surprendrait encore à la\nbesogne. C'est dommage. Mais nous avons omis déjà bien des choses en pein­\nture. De même pour la sculpture, ce grand art dont l'Ecole française tient si\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 685, "texte": "                                    — 326 —\n\nhaut le drapeau, il faut nous abstenir à regret. Contentons-nous de dire que le\nmarbre de M. Barrias Les Premières Funérailles est un chef-d'œuvre de perfec­\ntion; et que M. Dalou se pose en maître et en très grand maître avec ces deux\ngrandes compositions d'ont l'une : Etats Généraux 23 juin 1789, où Mirabeau\nfait au marquis de Dreux-Brézé la réponse que l'on sait, est destinéeàla Cham­\nbre des députés — et dont l'autre : La République, allégorie en haut relief, est\nune œuvre magistrale qui ne saurait être mieux comparée qu'à du Rubens\nsculpté.\n                                                    HIPPOLYTE    DEVILLERS.\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 326, "page_fin": 328, "titre_corps": "Memento bibliographique", "titre_sommaire": "Memento", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE", "ancre_fin": "NEMO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 383, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 685, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE\nLa Jeune Revue. — Le Petit Touriste. — Correspondance. — Fragment d'un\n  voyage dans l'Inde et à Ceylan, de Jean Robie.\n    Sous notre ancien titre : La Jeune Revue (1), quelques très jeunes écrivains\nfont paraître une publication mensuelle à laquelle nos lecteurs ne manqueront\npas de s'intéresser. Elle commence comme nous avons commencé, sans\nprétention et sans casser de vitres; La Jeune Revue combattra avec nous, elle\nest des nôtres et sera une force de plus dans l'avenir. Avec La Revue Contem­\nporaine (2) et L'Essai littéraire (3), elle formera l'escadrille d'avant-garde, bonne\naux escarmouches.\n    Les deux premiers numéros de La Jeune Revue renferment de bons articles.\nNous y relevons, outre des vers de Célestin Demblon, le sympathique écrivain\nliégeois, de J.de Baugnies,de Henry Marius,etc, une étude très bien comprise\nsur Camille Lemonnier par le rédacteur-en-chef Albert Chalys. Nous conseil­\nlons à La Jeune Revue littéraire de rester dans la note qu'elle adopte, de\nfavoriser les « primes go.urmes » des tout jeunes qui s'essaient à la rime et\nà la prose, de ne décourager personne. La Jeune Belgique n'est pas assez\nlarge pour accueillir tout le monde ; de jour en jour elle doit devenir plus\ndifficile dans le choix de ses articles et en refuser beaucoup qui sont dignes\nde l'impression; à La Jeune Revue de les accueillir; c'est ce que nous avons\nfait au début; le succès a démontré que nous n'avions pas tort. Nous souhai-\n\n\n  (1) LA JEUNE REVUE (mensuelle.) Directeur: Albert Chalys, 5.00 par an, Bruxelles,\n38, rue de l'Hôpital.\n  (2) LA REVUE CONTEMPORAINE (mensuelle.) 5.00 par an. Bruxelles, 7, rue de France.\n  (5) L'ESSAI LITTERAIRE (bi-mensuel.) Comité de rédaction: MM. Lefèvre, président\nCh. Brouwet, L. Malpertuis, E. Royer, M. Vanderkindere et Em. Vauthier. — 5.00 par\nan. Bruxelles, 61, rue Capouillet.\n"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2635, "texte": "                                      —   327    —\n\n tons à La Jeune Revue longue vie et succès. Qu'elle aille sans peur; comme l'a\n dit La Revue Moderne, il ne faut pas croire «qu'à suivre les puissances on assure\n sa fortune ».\n\n   Voici maintenant Le Petit Touriste, un minuscule journal très mystérieux\nrédigé, me dit-on, par des jeunes filles charmantes, qui l'autographient elles-\nmêmes à 50 exemplaires. Le Petit Touriste ne se vend pas; aucune adresse\nn'indique d'où il vient; il n'a ni abonnés ni rédacteurs visibles, et pourtant\nil existe. Il existe, puisque, de. Blankenberghe où il baigne ses charmes,\nEmile Verhaeren lui adresse des correspondances, et que le suave Georges\nRodenbach, lui trousse des sonnets. J'en détache un :\n\n                                 CHAPEAU ROSE.\n                   Oh ! le joli chapeau tout rcse — de bergère,\n                   Guirlande de printemps nouant votre chignon ;\n                   C'est un chapeau Watteau pittoresque et mignon,\n                   Comme on en voit parfois aux Sèvres d'étagère.\n\n                   Avec ses bords très grands que la mode exagère\n                   Il aurait fait fureur jadis à Trianon,\n                   Quoique simple, sans fleurs, sans ornements, sinon\n                   Quelques nœuds de satin sur la paille légère.\n\n                   Et quai d tombent sur lui mes yeux extasiés,\n                   Je songe qu'au milieu de l'été les rosiers\n                   Cessent d'être charmants quand on cueille leurs roses,\n\n                   Tandis que vous, rosier d'amour, vous, vous restez\n                   Aussi jolie, aussi fraîche, quand vous ôtez\n                   Ce chapeau pavoisé d'un tas de rubans roses\n\n\n\n   Nous recevons la lettre suivante :\n        « My very dear Sir.\n   « J'ignore la valeur artistique de votre article sur le Salon de Paris : admet­\n  tons qu'il soit sublime, et passons.\n   « Mais on ne s'attendait pas à y trouver, sous prétexte de peinture, des insi­\n   nuations assez peu spirituelles contre le cléricalisme.\n   « Qu'elles soient l'expression de la foi politique et littéraire de M. Devillers,\n« soit : mais il importe que la Jeune Belgique ne contresigne pas pareilles ap­\n   prédations, sous peine de créer une division religieuse entre ses adhérents.\n   « Ainsi croyez-vous bien neutres ce « o liseuse, maîtresse imperfectible de\n« l'homme-Dieu » , « ce peindre une nudité tout simplement pour rendre très\n« fidèlement la chair est un acte de mauvais goût qui ne profite qu'aux comé­\n   diens et aux séminaristes (?) »\n   « Je passe la tirade sur les clous qui ont percé les membres du Christ et que\n"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2998, "texte": "                                       328\n\n« ce bon monsieur trouve non historiques ; tout comme la tirade sur le pape et\n« l'inquisiteur.\n  « Voilà assez pour reconnaître de graves symptômes d'esprit fort peu\n  neutre. L'approuvez-vous? Avez vous renié votre déclaration du n° 1 ??.\n                                                 Un lecteur impartial. »\n   Notre impartial lecteur devrait se souvenir que jamais La Jeune Belgique n'a\nexercé de censure sur ses rédacteurs. M. Devillers a peut-être eu tort de mêler\nà des questions d'art les mesquineries de parti, mais l'article signé par lui\nn'engage nullement la Jeune Belgique et elle n'en ratifie pas les idées. D'ailleurs\nnotre lecteur impartial eût-il réclamé si l'article avait été dans le sens catho­\nlique ? Nous en doutons fort. Nous l'eussions inséré pourtant.\n                                        -■*   -*\n\n\n\n\n    Chez Parent et Cie Bruxelles : Fragment d'un voyage dans l'Inde, par Jean\nRobie. 1883.\n    Souvent nous avons regretté, à la lecture des récits de voyage, d'y trouver,\ncommentant le texte, de médiocres gravures représentant des paysages croqués\npar ouï-dire et des panoramas dessinés de ... réputation. Un peintre, M. Jean\nRobie, nous offre aujourd'hui sous la forme d'un bel album, un « Fragment\nd'un voyage dans l'Inde et à Ceylan » qui satisfera les difficiles comme nous.\nPendant toute sa longue excursion il a garni ses cartons de larges études\nd'après nature, dont il publie les excellentes reproductions photographiques.\n   Et ce sont de merveilleux points de vue d'Alexandrie, de Suez, de la côte\nd'Arabie, d'Aden, de Colombo, de Ceylan; des pagodes et des temples aux\nblancheurs crues, environnés d'une nature grise et séchée par le soleil, des\njungles crêtées de nappes de lumière où s'entrevoient, plongés dans des mares\nhuileuses, jusqu'à mi-jambe, de grands éléphants bruns ; des campements\nhindous au milieu de l'oasis; enfin la pagode de Madura : « A l'extrémité\n« d'une longue avenue ombragée par des banans et des manguiers, nous tour­\n   nons à gauche, et arrivons à l'improviste devant le grand portique du côté\n« de l'Est.\n    « Toute la façade et le portique sont dans l'ombre, tandis qu'à l'intérieur,\n« et d'un bout à l'autre de l'immense galerie d'entrée, le soleil à son déclin,\n« lance un dernier jet de lumière qui se brise sur les arêtes des colonnes, sur\n« les profils des innombrables statues, et s'éparpille en atomes dans la pous-\n(i sière dorée. »\n    C'est bien un livre de peintre épris des vives colorations, voyant juste et\nsaisissant le grand côté mystérieux de la nature orientale. Pour nous, l'œuvre\nde Jean Robie sera toujours sous nos yeux lorsque, avide de la lumière, de là-\nbas, nous relirons les étincelantes pages de Théophile Gautier de Flaubert, de\n Renan, de Gérard de Nerval            nous allions dire d'Octave Maus, mais ça\nle ferait rougir, et puis, vous savez, toujours CASSE ET SENÉ!\n                                                                      NEMO."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-07-01-n8-207", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA REVUE MODERNE Paraissant le 20", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 386, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "LA REVUE MODERNE\n                    Paraissant le 20 de chaque mois.\n\n                                      COMITE:\nCAMILLE L E M O N N I E R - EDMOND PICARD - VICTOR ARNOULD\n  LÉON'CLADEL - EDMOND DE GONCOURT - CARL VOGT.\n  La Revue Moderne, politique, scientifique, littéraire et\nartistique, formera par an deux volumes d'environ 400\npages chacun, imprimés avec soin sur beau papier teinté,\navec titres, couvertures et tables des matières.\n                                     PRIX    D'ABONNEMENT.\n\n   BELGIQUE — UN AN : 12 FR. — ÉTRANGER (Union Postale) : 14 FR.\n              Sommaire du n° 1, du Tome II 1r juillet:\n    La crise politique en Belgique                                  EDMOND PICARD\n    Les mariages précoces\n    Les Nuits du Garde.      .   .    .v                            PAUL HAGEMANS\n    Rondels Lunaires                                                ALBERT GIRAUD\n    L'Idole                                                          IWAN G I L K I N\n    Chronique scientifique                                           H. DUMONT\n    Chronique artistique\n    Chronique littéraire\n\n                        A. BRANCART, ÉDITEUR,\n                                           MET EN V E N T E :\n\n\n\n   LA                   V I E                                   B Ê T E\n                                                  PAR\n\n                     MAX W A L L E R\n           Préface de C A M I L L E L E I V I O N N I E R\n             Eau-forte de THÉODORE HANNON.\n     Rédacteur en chef et Directeur-Gérant : Max Waller.\n\nUn beau volume de bibliophile, petit in-12, imprimé par\n                                            LEFÈVRE.\n                                      Prix : 4 francs.\n   Pavait chez l'éditeur P. OLLENDORFF, M a î t r e S a u v a t , par PAUL LABARRIÈRE.\n   Très soigné comme style, développé en tableaux d'une originalité pittoresque, cet\nouvrage, histoire dramatique d'un notaire, s'adresse à la fois aux lecteurs qui recherchent\nl'émotion dans le roman et aux délicats amoureux de la forme.\n"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "      EN VENTE CHEZ TO US LES                                   LIBRAIRES:\n  La servante      de Dom Mathias,               opéra-comique en u n acte, paroles\nde GUILLAUME STANISLAUS, musique de MAURICE CARMAN.— Mort\nde Léon Gambetta ! par JEAN FONTAINE, 0.25 c. — La charité et le\nPaupérisme,      par LOUIS ROBERT. — Tintilaire,   poésies par IVES\nJOCELYN. 1.00. — Le sourd-muet p a r F . GUEURY et E . GRÉGOIRE.\n0 . 6 0 . — Le comte de Cavour, p a r THÉODORE JUSTE. 0 . 6 0 .\n\n   M. LÉON DE TINSEAU fait paraître, chez O L L E N D O R F F , u n nouveau\nroman intitulé : A l a i n d e K e r i s e l .\n   L'auteur possède la rare qualité de peindre, en parfaite connaissance\nde cause, la haute société où se déroulent les scènes passionnées qu'il\nraconte. P a r m i de nombreuses esquisses d'après nature sur lesquelles\nles gens du monde ne seront pas embarrassés de mettre u n n o m , il faut\nsignaler le portrait curieux d'une femme connue dans tout l'Orient par\nsa beauté et son rôle important dans plusieurs négociations diplomati­\nques au moment de la guerre T u r c o - R u s s e .\n\n\n          RÉVOLUTION\n                 DANS L'ART D E SE RASER                               LA\n\n        RASOIR\n           AMÉRICAIN,      breveté s. g. d. g.            CIGARETTE INDIGA-\n     Il est impossible dans une annonce de\n donner une idée complète des avantages                     NE SE TROUVE QUE CHEZ\n\n extraordinaires de cette merveilleuse inven­\n tion ; cet appareil justifie entièrement sa                MARIJS X O L I N\n vogue ; il permet à toute personne de se\n raser bans en avoir aucune habitude, et cela\n sans crainte de coupure.                            30a, Avenue de la Toison d'Or\n     Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement\n nerveux, on peut se raser d'une façon plus                  BRUXELLES\n parfaite que ne le ferait le barbier le plus\n expérimenté par les procédés anciens.\n      Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce\n                                                           SPÉCIALITÉ\n nouveau rasoir est tellement ordinaire qu'il\n est certain qu'il remplacera partout l'ancien\n système ; il suffit de l'avoir essayé une fois                DE TABACS,\n pour ne plus vouloir se raser ni se laisser\n  raser par d'autres procédés'.                         DE CIGARES FINS\n  Ne pas confondre avec des appareils similaires\n    qui se vendent à vif prix et qui n'ont aucun                    E T DE\n    des avantages du rasoir américain.\n    Pour le recevoir franco, envoyer fr.' 5-50 en un           CIGARETTES\n  mandat-poste à M. MICHEL, 57, rue des Solitaires,\n  Paris. Remises pour les achats en gros).           des firmes les plus r e n o m m é e s .\n        Prière de nous indiquer dans quel journal\n                  on a lu cette annonce.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 344, "texte": "(3e année)         1883            Tome II. N° 8 . .                   1              Juillet\n\n\n\n                                             LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                    SOMMAIRE\n\n                   PORTRAIT DE CAMILLE LEMONNIER.\n                         (Eau-forte de Louis Lenaiti). (i;\n   CAMILLE LEMONNIER                       (Médaillon)             MAURICE SULZBERGER.\n  OCTAVE PIRMEZ                                                   GEORGES RODENBACH.\n  LA VIE B Ê T E                                                  MAX WALLER\n  LA VALSE DES MUGUETS                                            EDOUARD LEVIS.\n  RONDELS A LA L U N E                                            ALBERT GIRAUD.\n  L E VIEUX CHATEAU                                               CELESTIN DEMBLON.\n   LE CAVEAU VERVIÉTOIS (2d article) . . . .                      JACQUES ARNOUX.\n   L'ATELIER PORTAELS                                              BOCK.\n   LE SALON DE PARIS (2d article)                                 HIPPOLYTE DEVILLERS.\n   MEMENTO                                                        NEMO.\n\n\n\n\n     Abonnements: 5 fr. par a n . — Union postale 7.00\n\n                                   LE NUMÉRO :\n                                Soixante centimes.\n\n                                    BRUXELLES\n                 BUREAUX             : 90, RUE               BOSQUET\n                                     MDCCCLXXXIII\n\n     (1) L'eau-forte ne se trouve pas dans les exemplaires destinés à la vente au numéro.\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "                  A TOUS NOS A B O N N E S\n   La Jeune Belgique dont le succès croît chaque jour, est devenue,\ndepuis la fête récente surtout, le véritable organe du combat littéraire\nen Belgique. Parfois violente et brutale, elle ne cesse de brandir le\ndrapeau moderne dont elle s'est fait une arme contre les royautés\ncaduques. Il faut que nos idées se répandent davantage, qu'une propa­\ngande active s'établisse par le fait de nos abonnés qui nous ont jusque\naujourd'hui soutenus et fortifiés par leur collaboration.\n   Nous avons donc organisé une sorte de ligue destinée à cette propa­\ngande. Ceux de nos abonnés qui désirent en faire partie spnt priés de\ndemander à nos bureaux DIX ou QUINZE cartes d'abonnement. Ces cartes\nleur sont envoyées marquées d'un numéro d'ordre qui nous en indi­\nquera le dépositaire.\n   Lorsque DIX cartes seront revenues au bureau revêtues de noms d'abon­\nnés nouveaux, le dépositaire recevra son abonnement gratis pendant\nun an.\n   Lorsque QUINZE cartes seront revenues, le dépositaire recevra son\nabonnement gratis, à perpétuité, et son nom sera inscrit dans le dernier\nnuméro de l'année à la liste des MEMBRES FONDATEURS de la Jeune\nBelgique.\n   Et maintenant, à l'assaut, les Jeunes Belgique?\n                                                 LA DIRECTION\n   ERRATUM. A la page 304, au lieu du premier vers, lire :\n   Mais le tien, plus robuste et d'allures plus franches.\n   Nous prions ceux de nos abonnés étrangers qui n'ont pas encore payé\nleur abonnement, de vouloir bien envoyer à nos bureaux la somme de\n7 francs en mandat-poste. Faute de paiement, la Revue cessera de leur\nêtre adressée à partir du prochain numéro. Avis respectueux à MM. R.\n(Edimbourg) — Georges B. (Bielefeld) — Hipp. B. (Paris) — Cam...\n(Paris-Batignolles) — L. F. (Maestricht) — et H . M. (Toulon). —\nFerd. H. Paris — Michel S. (Paris-Batignolles) — Fr. N. (Paris. —\nLouis Le N . . . (Rome).\n\n                     BOITE AUX LETTRES.\n   54. J. R. B. — Non, Monsieur, il n'est pas du tout nécessaire d'être abonné à la\nJ. B. pour y collaborer. Nous faisons de la littérature, non du mercantilisme, et seule\nla valeur des articles nous guide.\n   55. Necuis. Verviers. — Très drôle, la chanson, confrère; laissez-nous-la inédite et elle\npassera. D'autres engagements nous empêchent de la donner tout de suite. A vous.\n   56. Abonni 30671. — Un peu charabiique, sans vous offenser, feldspathique, malèche !\n   57. H. G. Louvain. — Trop local ; le nez du Président du Pape manque d'intérêt, et puis\nle bonhomme croirait que c'est moi qui me venge sur sa protubérence incendiaire I Ami.\n   58. A\". G. Verviers. — Très beau votre « Tempête et l'homme , mais dix fois trop\nlong. A vous.\n   57». Carolus. — Bien dogmatique et trop peu littéraire comme forme.\n   60. A. M. A.— Sauf qques tares, votre Végétation Occulte est de tout premier ordre,\nNous attendons votre nom pour la publier.\n   61. Charles-Marie. — Très imparfait à présent. Faites mieux dans le futur. Ami.\n   62. Racso. Huy. — Oh ! « la planeur du champ » — l'impatience d'une attente de\nsignal — le « soubresaut lugubrement tintant d'un aigle — « cinquante mille râles\n— pour un chef-d'œuvre, c'est roide 1 Je vous tape sur le ventre. Ami.\n                     BRUI. — IMP. A D . MERTENS, 12, RUE D'OR.\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                CAMILLE LEMONNIER\n\n                                  Médaillon.\n\n\n    Une flamande exubérance de chair et de poil, parfumée d'une goutte de\n cette subtile essence qui s'appelle la Parisine. C'est l'œuvre — et c'est\nl'homme.\n    L'ampleur de son corps, taillé pour les vaillantes besognes, dit assez\nla sincérité de son art. Il est flamand de race. Bombant sous le drap du\nvêtement, le torse oscille souplement ; les épaules s'élargissent, dégagent\nle cou : un cou de taureau, qui supporte comme une colonne la tête\n puissante, en haut de laquelle une toison fauve éparpille ses mèches,\nmariant ses reflets dorés au ton des joues, très pleines, avec un pli dans\nleur chair rose lustrée par le rasoir. Sous le nez, modelé par larges\nméplats, la bouche cache sa fine sinuosité entre une « mouche » levant\nsur le menton, et le retroussis de la moustache rousse tordue en coquille\nd'épée, qu'il aime à lisser de sa main grasse, matérielle, aux doigts pote­\nlés, cerclés d'anneaux. Physionomie vivante et mâle, on pense tout\nd'abord en le voyant, aux patriciens néerlandais que Van der Helst et\n Franz Hais groupent dans la lumière blonde de leurs banquets. Mais,\ncomme un glacis sur un portrait, les petites boucles alignées sur le front,\nle binocle qui miroite devant les yeux bleus, avivent d'une pointe de pari­\nsianisme ce visage opulent, et achèvent de lui donner son caractère...\n   C'est chez lui qu'il faut le voir, chaussée de Vleurgat, dans cet amusant\ncabinet de travail d'où sont sorties tant de pages ayant la force et la jeu­\nnesse. Véritable chambrette d'artiste, si pimpante qu'il semble que le\n premier venu, se mettant là, ne saurait rien écrire de banal ni de vieillot.\nAu milieu de la pièce, meublée de fauteuils et de sièges, un bureau-\nministre disparaissant sous un encombrement de paperasses, d'épreuves\nà corriger, avec des piles de volumes non encore découpés étalant la\n fraîcheur de leurs couvertures, dont se dégage une bonne odeur d'impri­\n merie; puis encore des journaux, des eaux-fortes, la Vie Moderne aux\n fins croquis, et, appuyé contre un Lemerre, le robuste fusain de Meunier,\n Lassitude : un manœuvre erréné, veines et muscles gonflant sous sa peau\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "                                — 290 —\n\n nue, darde, ployé en deux, son regard vide. — Sur la cheminée, et\ns'accrochant jusqu'au plafond, un accumulis de bibelots, miniatures\ndans leur cadre de velours, poupées japonaises, brimborions qui ont la\n couleur et qui amusent l'œil. Au-dessus du foyer où crépitent quelques\ncharbons, une grande glace, avec glissées dans la bordure, les photo­\ngraphies des amis, réfléchit les murs, diaprés d'ébauches signées\nAlfred Stevens, Meunier, Verdyen, de nerveuses pochades au mono­\ngramme de Rops.\n    Tous les vendredis matin, réception intime. Arrivent ceux qui\nveulent. Ce sont des peintres, des graveurs, ou bien Georges Eekhoud,\ndes « jeunes-Belgique » Albert Giraud, Max Waller. Et sans qu'il soit\nbesoin de remettre sa carte à la vieille servante qui ouvre la porte, on\ngrimpe tout droit à l'étage, où Lemonnier vous reçoit toujours ainsi\nqu'un hôte attendu. On y est chez soi, et il se montre avec les « jeunes »\nnon comme un ancêtre, mais comme un frère, et pas même comme un\nfrère aîné. Lui, vêtu d'un veston bleu-marine, assis, les jambes croisées,\ndevant la fenêtre à rideaux de mousseline, près d'un « secrétaire » sur la\ntablette duquel des samovars, des théières de Delft, des potiches en\nvieux japon bombent leur ventre rouge et bleu, achève de revoir une\népreuve, le boutd'ambre d'une pipe enfoui sous sa moustache. Les autres\ns'installent, allument un cigare, ou, feuilletant un livre nouveau, enta­\nmant une discussion littéraire à laquelle, tout en travaillant, il mêle son\nmot, se promènent d'une chambre à l'autre, passent dans la bibliothèque,\nqu'une porte relie au cabinet de travail. Là, même bureau-ministre. A\nterre, des fardes remplies de dessins et de gravures. Le long du mur,\ndepuis le plancher jusqu'à la cimaise, des rayons courent, pliant sous les\nvolumes, parmi lesquels les ouvrages du « Mâle», comme on l'appelle\nfamilièrement, mettent leur reliure de veau relevée d'une étiquette\nrouge. Dans un coin, collée à une porte, une grande affiche verte :\n\n                     Lisez dans l'Europe de demain\n\n                          LE       MALE\n                Grand roman par Camille         Lemonnier.\n\n   La fenêtre du fond ouvre sur l'étang d'Ixelles, au bord duquel l'église\nSainte-Croix dresse sa façade de briques. Le soleil de midi, qui brise ses\nrayons sur la nappe d'eau, envoie sa lumière dans les deux chambrettes,\nqu'il emplit de gaîté, faisant étinceler le verre des aquarelles, accrochant\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                                      — 291 —\n\nun rubis sur l'empâtement d'une esquisse, se glissant sur le parquet et\nallant allumer une flammèche dans la rousse chevelure du liseur.\n    Sa feuille corrigée, il est tout à vous, va de l'un à l'autre, mêle aux\nconversations le timbre de sa voix chaude et mordante — une voix de la\ncouleur de ses cheveux, disait une femme — et qui sur-le-champ met à\nl'aise les timidités de ceux qui l'approchent pour la première fois. Et peu\nà peu apparaît le dessous de cet esprit supérieur — c'est-à-dire un esprit\ncharmant, un causeur, et ce qui est plus rare, un causeur coloré, mettant\nle mot comme un peintre presse sur sa toile un tube de laque, et d'une\nphrase clouant devant vous, en chair et en os, l'homme de qui vous\nparlez-.\n   Avril 1881.                                         MAURICE SULZBERGER.\n\n\n\n\n          BIBLIOGRAPHIE DE CAMILLE LEMONNIER.\n   Salon de Bruxelles 1863. Bruxelles; en vente chez tous les libraires. — Salon do\nBruxelles 1866. Bruxelles chez Fauteur, chaussée d'Ixelles, 46. — Nos Flamands. Bruxelles.\nRozez et Dentu 1869. — Nos Flamands, 2° édit. Bruxelles. Muquardt. 1869. — Croquis\nd'automne. Paris-Bruxelles. Imprimerie P.-J.-D. De Somer. 1870. — Salon de Paris. 1870.\nParis. Veuve A. Morel & Cie. 1870.— 1870. Paris-Berlin, anonyme. Bruxelles. C. Mur-\nquardt. H. Merzbach Sucer. 1871.— Sedan. Bruxelles. Muquardt 1871.— Contes flamands\net wallons. Bruxelles, Lansberger 1873. — Contes flamands et wallons. Paris. 1874, —\nHistoires de gras & de maigres. Paris. Casimir Pont. 1874.— Derrière le Rideau. Paris.\nCasimir Pont. 1876. — Gustave Courbet & son œuvre. Paris. Alphonse Lemerre. I878. —\nUn coin de village. Paris. Alphonse Lemerre. 1879. — En Brabant. Bibliothèque Gilon\n1879. — Les bons amis. Bibliothèque Gilon. 1880. —Trois contes. Bibliothèque Gilon\n1880.— Les Charniers. Paris. Alphonse Lemerre 1881. — Un Mâle. Bruxelles. Henri\nKislemaeckers. 1882. — Le Mort. Bruxelles. Henri Kistemaeckers. 1882. — Histoire des\nBeaux-Arts en Belgique. Bruxelles. P. YVeissenbruch. 1882.— La Belgique. — Description\npittoresque, dans le Tour du Monde. 1882.— Thérèse Monique. Paris. Charpentier. 1881.\n— Bébés & joujoux. Paris. Hetzel. 1882. — Les petits contes. Bruxelles. Parent & Cie. 1882.\n— Morteroche. (La Revue de Belgique 1882).\n\n                                    EN- PRÉPARATION\n\n\n    Ni chair ni poisson. Bruxelles. A. Brancart. — L'Hystérique. Paris. Rouveyre et Blond\n    COLLABORATION : — Gazette des Beaux-Arts (de Paris). — Bien Publie (de Paris;. —\nMagasin pittoresque (de Paris). — Le Musée des deux Mondes. — Bulletin de la Société\ndes Gens de lettres. — Revue de Belgique. — L'Artiste. — L'Europe. — L'Art Univer­\nsel. — L'Actualité. — La Jeune Belgique. — Le Livre. — La Revue Moderne.— Le Tour\ndu Monde.\n  PRÉFACES : — Voyage au pays du Kirsctouasser, par Fernand Gueymard. 1882. — La\nVie bute, par Max Waller. 1883.\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "                   OCTAVE PIRMEZ\n\n                                           Ne serait-ce pas une consolation pour\n                                             nous, pauvres absents, d'espérer\n                                             qu'on évoquera encore notre sou­\n                                            venir et que des vivants prendront\n                                            un jour la plume pour animer nos\n                                             cendres !\n                                                                   O.P.\n\n   Lorsqu'un défunt cher va être mis en terre, une foule quelconque\nse rassemble devant sa fosse, et, tandis qu'on y fait descendre —\ntel qu'un seau dans un puits obscur — le cercueil de chêne avec\ndes coins damasquinés, tous à la file viennent en hâte secouer sur\nlui une pelletée de terre, — puis on comble le trou creusé et l'herbe\nrepousse !\n   Mais ceux qui regrettent sincèrement le mort disparu, reviennent\nplus tard s'agenouiller devant sa tombe et s'entretenir avec lui,\nquand les feuillages frémissent au vent du soir, comme traversés\npar un vol d'âmes.\n   De même après quelques éloges jetés hâtivement — ainsi que\ndes pelletées de terre — dans la fosse ouverte d'Octave Pirmez, les\npoètes religieux viendront longuement s'attendrir et rêver devant\nson œuvre — mélancolique et solennelle comme un mausolée de\nmarbre blanc.\n                               ** *\n\n   « Elles ne sont pas vaines les vies dont il demeure de telles\nombres de gloire ! » écrivait-il ; et c'est sans doute cet espoir pres­\nsenti de se survivre un peu qui l'avait soutenu dans la conscience\nde son existence sacrifiée.\n   Appartenant à une famille riche et influente qui de tous temps\ns'est signalée dans les affaires et les fonctions publiques, il aurait\npu, lui aussi, parla politique, se faire un nom populaire et bruyant.\n\n Feuillées, 1801. — Jours de Solitude,   1869. — Heures de Philosophie, 1875.\n— Rémo, 1878.\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                                  293\n\n  Il a préféré « se fourvoyer », ne pas marcher dans l'admiration de\n  la cohue imbécile, gravir le calvaire des Lettres, sûr qu'au moment\n  de sa mort, le voile de l'indifférence se déchirerait et qu'on recon­\n  naîtrait dans le supplicié — un dieu !\n     Lui aussi se contentait de quelques disciples : une élite intellec­\n  tuelle qui suivait ses travaux dévotement. « C'est en ne s'occupant\n  pas du vulgaire qu'on le traite selon ses mérites, » écrivait-il.\n  Comme on le voit, c'était un aristocrate d'intelligence ; il n'avait\n  pas même daigné entamer la lutte contre le bourgeoisisme effrayant\n  dont nous sommes entourés. Il avait fui nos luttes mesquines\n  d'où monte une poussière qui aurait troublé la sereine contem­\n  plation à laquelle il voulait habituer ses yeux, et comme, le poète\n hautain dont parle Alfred de Vigny qui s'enfermerait dans une\n Tour d'ivoire, cachant sa vie et répandant son œuvre, il s'était\n relégué dans l'exil volontaire d'une demeure seigneuriale.\n     Là-bas, au fond de son château d'Acoz, je me le représente avec\n une physionomie douce et méditative comme son œuvre, prome­\n nant ses rêveries dans son grand parc inspirateur, attentif au chu­\n chotement des sources, aux langueurs des nuages s'étirant comme\n des corps, à la limpidité des étangs où des cygnes — voguant à\n travers des frissons de soleil — semblaient lui dire en comparant\nsa destinée à la leur : « Nous sommes toute blancheur, et cependant\n toute obscurité, toute fierté et tout mystère. Ainsi votre vie,\n ô rêveur! »\n     Comme Victor Hugo dans les Contemplations, il dialogue avec\nles arbres et les plantes, ses frères et ses sœurs, comme s'il les\nsavait compréhensifs et susceptibles de sensations, à tel point que\njamais il n'a permis qu'on les émondàt et qu'on fît couler le sang\nde la sève par la blessure des cognées !\n    Un large panthéisme traverse son Ame et la Nature et les relie\npar d'indivisibles et fraternels chaînons. C'est dans le même sens\nque Sully-Prudhomme, un poète philosophe avec lequel il a de\ngrandes affinités, a pu écrire ces beaux vers :\n          D'innombrables liens frêles et douloureux\n          Dans l'univers entier vont de mon âme aux choses !\n\n   Pour lui aussi, la Conscience et la Nature étaient les deux champs\nd'observation où se tournaient les yeux de sa pensée.\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "                              — 294 —\n\n    Re'aliste à sa façon, il les étudiait et les scrutait sans cesse, car\n pour le reste il s'était volontairement séparé du monde moderne,\nnégligeant de porter son attention sur lui et s'élevant plus haut, sur\nles sommets de la pensée, afin d'envisager la Création dans ce\nqu'elle a de permanent et d'immortel.\n    Ainsi il a vécu comme en un cloître, car le vrai cloître, écrivait-\nil dans ses Jours de solitude, c'est la conscience illuminée de la\nclarté de Dieu, qui elle aussi a ses dalles sonores où résonnent les\nfaits accomplis et sa cour carrée où des croix rendent témoignage\ndes illusions disparues.\n    Et quand il avait ainsi, tout le jour, mené le troupeau blanc de\nses rêves, le soir — comme les pâtres légendaires de la Chaldée —\nil devenait un contemplateur d'étoiles. Celles-ci le fixaient dans\nl'ombre, ainsi que les yeux vibrants des morts regrettés, et alors,\ncomme pour continuer ce commerce d'outre-tombe, il se retirait\ndans la grande bibliothèque du château et lisait les poèmes d'Os­\nsian où Fingal et les guerriers immolés de Morven s'enveloppent\ndans les nuages du couchant, comme en de grands linceuls de\npourpre!\n    Mais cette sérénité n'était qu'apparente chez le doux solitaire\nd'Acoz ; il n'y avait là qu'une attitude voulue et stoïque, comme\ncelle de l'enfant de Sparte mordu par un renard qu'il cachait dans\nsa robe.\n    Sous l'uniforme ampleur de ses phrases, déroulées comme des\n flots, on sentait à la vérité bien des rêves engloutis, et c'est pour\n cela qu'elles vibrent en de plaintives mélopées comme celles des\n marées montantes.\n    Au fond, lui-même souffrait de ce mal qu'il attribue à son frère\n Rémo, « celui qu'éprouvent toutes les grandes âmes, meurtries aux\n bornes de ce misérable monde. »\n    Il a fait comme ceux dont parle Pascal, « qui cherchent en\n gémissant », et il aurait pu assurément prendre pour devise cet\n admirable vers de Baudelaire, triste comme une épitaphe :\n\n          Je sais que la douleur est la noblesse unique !\n  Mais là s'arrête sa ressemblance avec les grands romantiques\nauxquels des critiques à courte vue ont eu tort de l'apparenter\nsouvent.\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                              — 295 —\n\n    Il n'avait pas cette inspiration mélancolisée de Goethe, de\n Chateaubriand et de Lamartine, cette tristesse maladive et sans\n cause dont ceux-ci s'enorgueillissaient comme d'un privilège pour\nle génie — selon l'observation d'Aristote.\n    Chez lui rien de semblable ; pas de tristesse subjective, d'éle'gies\npersonnelles pour apitoyer sur des abandons ou des meurtrissures,\nmais d'objectives réflexions sur la fatalité du malheur attaché à\nl'existence humaine, à la façon de Léopardi et des autres poètes\npessimistes.\n   Ce n'est pas, comme ceux-ci, que sa désespérance soit arrière,\nviolente, absolue.\n   Si le raisonnement et l'expérience l'ont amené lui aussi à con­\nnaître la bêtise et la méchanceté des hommes, les fausses paroles, les\nrires perfides, les trahisons lâches, toutes ces choses navrantes\ncomme des mélancolies d'automne, il a du moins un refuge dans\nla Nature, et devant tout cela — comme il le dit suavement — il\ndresse une haie en fleurs.\n    Mais néanmoins son cœur reste tiraillé, comme écartelé, entre\n l'avenir incertain et le passé regretté; ses yeux souffrent par l'ab­\n sence et gardent, après avoir voyagé en de lointains pays, la tache\n noire des chauds soleils entrevus.\n    Et toujours, impitoyablement, l'analyste qui est en lui et regarde\nvivre le poète — contrarie ses joies les plus pures : a-t-il vu une\nfleur somptueuse qui se déplie au soleil comme un insecte aux ailes\nde velours, au lieu de se borner à en respirer le parfum, il descend\nà la tige et de la tige aux racines et soudain il souffre en songeant\nque celles-ci s'enfoncent dans la terre où sont les Morts !\n    Oh ! les morts abandonnés tout seuls, dans la terre, sous l'herbe\népaisse et qui seront nos compagnons de demain ! Cette pensée de\nla mort l'empêchait de vivre. — Et au lieu de s'éjouir comme les\nautres hommes, d'être pareil à ces petites tortues entrevues un\njour par Renan dans un étang de la Syrie, gaies et vives sans s'in­\nquiéter de ce que l'eau du Ouadi-Hamoul serait tarie le lendemain\n— lui s'est énervé dans cette fatale solitude dont parle la Bible :\n Vœ solil\n    Et dans le vide de son cœur se répercutaient tous les glas mor­\ntuaires qui tintaient aux clochers dispersés :\n    « O morts, restez doucement couchés où vous êtes, j'irai bientôt\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "                              — 296 —\n\n« m'étendre à vos côtés? Je descends à vous par l'escalier des\n« heures. Écoutez chacun de mes pas retentir au clocher de l'église\n« prochaine. Ah! quelle procession variée m'accompagne sur l'es­\n  calier funèbre! Vous toutes, générations disparues, vous êtes les\n« vivants d'hier et moi je suis le mort de demain!... »\n\n\n\n\n   Admirable pensée, expression impeccable, non seulement dans\nles lignes qui précèdent mais dans son œuvre entière.\n    On dirait d'un temple majestueux, aux parois si hautes et si\nlisses qu'on n'y peut accrocher une critique.\n    Les phrases se creusent avec des nettetés de bas-relief et partout\ndes images éclatantes flamboient comme des vitraux pleins de\nsoleil.\n    Écoutez cette sublime comparaison, à propos des âmes solitaires\net recueillies :\n    « Qui n'a rencontré, dans les landes désertes, le creux d'une\n« carrière abandonnée lentement, emplie par l'eau des mers? Là,\n « nul concert d'oiseaux, nulle touffe d'herbe, nulle fleur; un\n « morne silence planant sur une eau sourde et cristalline, qui\n « jamais ne tremble à la nageoire ou à l'aile d'un être vivant.\n « Cependant, entourée d'un ciel bleu et de robes grisâtres, cette\n « eau est verte ! Les êtres qui l'approchent craignent de la frôler,\n « et pendant que la bruyère d'alentour crépite au soleil de midi,\n « si la silhouette d'un ramier voyageur ou la figure d'un pâtre s'y\n « reflète, c'est pour soudainement s'évanouir, — Mare mysté­\n    rieuse! tu ne peux vivre et tu ne peux mourir. Tu as l'éclat et\n « pas la jeunesse ; tu as la douceur et pas les attraits ; tu es limpide,\n « et les vivants te fuient ! Ta destinée est de ne jamais te répandre\n « sur les stériles sommets qui te tiennent prisonnière ; mais du\n « moins as-tu la joie, quand les ombres de la nuit s'épandent sur\n    les terres, de palpiter de la vie illimitée du ciel étoile ! »\n    Son œuvre abonde en figures de ce genre, en raffinements de\n style, en détails élégants, en recherches de mots rares et picturaux,\n en comparaisons neuves, comme lorsqu'il assimile les voix brèves\n des moineaux, rassemblés sur les toits, à des bruits de ciseau sur\n la pierre.\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                           — 297 —\n   Puis de grandes idées condensées en une expression pénétrante\ncomme une goutte d'essence ; « Le poète cisèle de l'ombre. »\n   Puis encore d'exquises trouvailles de sentiment, comme cette\nphrase à propos de son frère Rémo qui avait partagé sa vie : « De\nlui il ne reste plus que moi ici-bas ! »\n   Et ainsi, d'un bout à l'autre de son œuvre, de graves pensées\nmorales dans une forme colorée, évoquant d'énormes papillons\népingles sous une vitrine de verre, les ailes en fleur.\n\n\n\n   Après avoir lu cette œuvre grandiose, on ne s'étonne plus\nqu'Octave Pirmez ait été aimé de Victor Hugo, de Sainte-Beuve\nqui avait écrit des annotations en marge de ses livres, de Saint\nRené-Taillandier qui l'a appelé un rêveur éloquent et se disposait\n— si la mort ne l'en eût pas empêché — à lui consacrer un grand\narticle dans la Revue des Deux-Monde .\n   A Paris, il aurait certes occupé une situation éminente dans le\ngroupe des esprits hautains et contemplatifs, entre Taine, Renan\net Paul de Saint-Victor.\n   En Belgique, on le connaissait à peine. Dans un temps où un\nartiste n'existait pas pour le public sans la consécration officielle,\nil n'avait jamais rien obtenu de nos gouvernements bourgeois :\nni une distinction, ni un prix quinquennal, ni une décoration, ni\nune couronne ! Quant aux talents neutres — comme il les appelait\n— qui font ici de la critique, ils en parlaient peu ou se bornaient\nà lui reprocher ses pensées vagues, son style mou et ses inutiles\ntentatives de restauration romantique, après Lamartine et Cha­\nteaubriand.\n    Mais lui, sans s'embarrasser des pierres qu'on lui jetait, sans\ns'inquiéter si on l'écoutait, si même on l'entendait, continua sa\n mystérieuse ascension, car il était vraiment le poète, tel que\n de Goncourt l'a défini : un monsieur qui met une échelle contre\n une étoile et qui monte en jouant du violon !\n\n\n\n   Quand les Jeunes-Belgique sont entrés en campagne, eux qu'on\nreprésente méchamment comme une jeunesse infatuée et irrévéren-\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "                               —    298   —\n\n  rieuse, ils ont bien compris qu'ils n'étaient que des conscrits. Ils ont\n  donc cherché des chefs, mais ils ont vite reconnu que ceux qui\n  avaient le plus de galons à leurs manches n'étaient que de\n  mauvais Invalides, indignes et incapables de diriger leurs fraîches\n  milices.\n     Alors, révolutionnairement, ils se sont insurgés contre les\n  pédants, les marchands de lieux communs, les confectionneurs\n  de cantates, les historiens de contrebande, les politiqueurs qui se\n  mêlent de juger l'art et la littérature, et ils se sont tournés vers les\n grands, les sincères, les originaux comme Charles De Coster,\n André Van Hasselt, Camille Lemonnier, Edmond Picard, Octave\n  Pirmez.\n     Parmi ceux-là, Octave Pirmez surtout était un initiateur, car\n nous trouvons dans son œuvre toutes les théories d'art qui nous\n sont chères.\n     Lui aussi proclamait la gloire des réalistes « qui avaient com­\n pris la force de la sincérité, en tenant compte de l'instinct, en\n délaissant l'école pour s'instruire à la Nature et reproduire des\n êtres dans leur réalité saisissante. »\n    Lui encore répondait à cette confusion absurde de l'Art et de la\n Morale que nous avons toujours combattue ;\n    « Parce que tel romancier n'a pas un but moral, il ne faut pas\n « conclure que son œuvre soit inutile. Certains écrivains ressem­\n    blent à ces grands fleuves qui roulent vers l'Océan leurs flots\n « soulevés et ne les emploient ni à fertiliser les plaines ni à porter\n « les navires marchands. Ils viennent témoigner de la puissance\n « des instincts de l'homme et de la vigueur de son talent. Ils repré­\n    sentent la jeunesse, la santé, la vie.\n    « Leurs livres, c'est la nature même mise en pages, ils sont ins­\n    pirateurs comme elle. »\n    Enfin son œuvre est comme un arsenal où nous trouvons des\narmes pour nous défendre contre ceux qui nous accusent d'avoir\nune forme ciselée sans qu'il y ait du fond dans ce que nous écri­\nvons.\n    Etrange reproche, puisque toute ciselure suppose un métal sur\nlequel on ait pu exercer sa patience et son habileté.\n    « Il arrive à beaucoup — lisons-nous dans les Heures de philo­\n   sophie, de dire d'une œuvre : La forme en est charmante, mais\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                              —   299   —\n\n  « le fond est vulgaire. — Parole peu juste. Une forme littéraire ne\n  « peut être telle si elle n'a germé sur un sentiment profond. Autant\n  « vaudrait dire d'un homme ; C'est un bel homme, mais sa char­\n    pente est vilaine. Dans une œuvre d'art, la beauté de la forme\n « ne se sépare point de la beauté de la pensée qui l'inspire. On ne\n « crée une belle forme qu'à la lueur d'un idéal. »\n    Enfin il dit encore ailleurs : « Il ne restera dans l'avenir que les\n livres où s'accuse le génie de la Forme. »\n    N'est-ce pas le germe de ce que nous avons toujours écrit et\ndéfendu : qu'importe la pensée si le livre est bien écrit !\n    Qu'importe le sujet si le tableau est bien peint ! Il y a œuvre\nd'art partout où le style se raffine, où la couleur vibre.\n    Gomme on le voit. Octave Pirmez était bien des nôtres, lui\ndont les théories esthétiques s'appariaient si bien avec celles que\nnous professons, et c'est là sans doute la raison de la sympathie\nvivace qu'il nous avait témoignée dès l'origine de nos efforts, et dont\nl'affirmation reste vibrante dans les lettres que nous gardons de\nlui — comme les reliques d'un Ancien vénéré.\n    Mais ce n'est pas seulement cet idéal commun qui nous avait\npoussés vers lui, c'est encore et surtout la maîtrise de son œuvre\nmagistralement écrite.\n    Lui et les autres méconnus dont je parlais tantôt étaient vrai­\nment « les bons esprits de l'ancienne Belgique. »\n    Dès lors, comment ose-t-on nous accuser d'irrévérence vis-à-vis\nd'eux alors que, s'ils sont sortis de l'ombre, si des lueurs de gloire\ns'allument sur leurs noms, c'est à nous, à nos revues, à nos confé­\nrences qu'ils en sont redevables ?\n    Tandis que vous, les critiques myopes, les adorateurs du fait\naccompli, vous l'aviez toujours jusque-là relégué et diminué; mais\nil était édifié sur votre compte, le grand solitaire d'Acoz, lorsqu'il\nvous mettait narquoisement dans la bouche ce que vous disiez de\nlui et ce que vous dites maintenant de nous : « Ah ! pauvre jou­\nvenceau ! qui osez nous dire que cette prairie vous enchante, à nous\nqui venons d'y découvrir trois orties et un chardon ! »\n\n\n\n\n  Au moment même où nous couronnions nos maîtres, Octave\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "                             —   300   —\n\nPirmez est mort, comme si ce génie solitaire avait voulu se\ndérober à de publiques ovations !\n   Contraste triste : son convoi funèbre a croisé le char triomphal\nde Lemonnier — et dans une démonstration récente de l'Art\nnational, que d'aucuns ont cru patriotique de ridiculiser, nous\nn'avons pu qu'honorer sa mémoire en dressant son couvert avec une\nchaise vide et des fleurs en deuil dans du crêpe, en renouvellement\nd'une émotionnante coutume du moyen âge.\n   C'est quand tout renaît dans l'allégresse du printemps qu'Octave\nPirmez a disparu, et dans ses derniers moments, il aura pu chu­\nchoter ce premier vers de Jocelyn qu'il avait lu si souvent :\n\n        Aujourd'hui premier mai : date où mon cœur s'arrête !\n\n   A ses obsèques, quelques-uns d'entre nous ont représenté la\nJeune Belgique; ils ont suivi, chapeau bas, ce grand mort qu'on\nportait sur la rampe d'une colline vers le lointain cimetière.\n   Le corbillard, attelé de quatre chevaux, était tendu de draperies\nbleu pâle, et le soleil nouveau l'enveloppait d'une clarté d'apo­\nthéose, tandis qu'au loin la campagne riait, toute verte — couleur\nde l'espérance.\n   Tous les paysans des villages suivaient et des musiques jouaient\nlugubrement la si émouvante Marche de Chopin.\n   Tout à coup, quand s'étaient tues les fanfares, cette chose étrange\nfut remarquée : au milieu du grand silence, un rossignol vocalisa\ndans les hautes branches d'un arbre de la route — comme si la\nNature, reconnaissante envers celui qui l'aima tant, avait délégué\nson plus éloquent oiseau pour chanter son Oraison Funèbre.\n\n                                       GEORGES   RODEN BACH.\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                         LA VIE BÊTE\n\n\n   CASSE ET SENÉ ! ces deux vocables pharmaceutiques depuis long­\ntemps me tintent à l'oreille, railleurs, implacables. Hélas! nous a-t-on\nassez reproché nos mutuelles sympathies !\n   A tout le monde il est permis d'admirer Kees Doorik, les Flamandes,\nla Mer Élégante, le Scribe. A nous, point. Notre admiration est\nabsolument comme le style de Louis Hymans : sans valeur ; c'est de\n« l'encensement réciproque », de la « petite chapelle », de la « fleur-\nde-compère. »\n   La Vie bête vient deparaître, Albert Giraud en devait faire la critique.\nMais songez ! Si Giraud avait eu la malencontreuse idée d'en trouver une\nseule page convenable, j'étais perdu !... camaraderie, compérage, compli­\ncité, parbleu!... sans oublier une ou plusieurs admonestations frater­\nnelles ! (Ceci à l'œil droit de l'ami Valentin.ï\n   Ce que j'avais de mieux à faire, c'était de présenter moi-même ce petit\nlivre écrit par moi, de dire que je le considère comme un merveilleux\nchef-d'œuvre, et de me briser à jamais le nez sous l'écroulement d'une\npyramide d'encensoirs et d'une montange de piédestaux.\n   Eh bien non, le livre n'est pas bon ; il est d'une conception absolu­\nment maladroite et naïve; il ne tient pas; ses trois parties vont à la file\nsans la moindre unité; le récit est illogique et la deuxième partie\nennuyeuse comme une leçon de M. Rivier.\n   C'est le journal d'une vie, jour par jour. Les premières pages en sont\nvraies, les autres non. Madeleine Auriol existe, Veinard existe, Jacques\nBalmus existe, et quant à Lucie Merlet, la petite française, elle existait,\nla charmante, elle existait, rieuse, spirituelle et mignonne; elle est morte\nil y a trois mois à peine !\n   Oh ! la folle rage que nous avons tous, dans notre métier d'encre et\nde papier blanc, de mettre à nu les intimités les plus douces et les plus\npalpitantes de nous-mêmes ; de dévoiler notre cœur, comme si nous\navions l'orgueil — ou le cynisme — de nos fautes !\n   11 nous semble que l'œuvre sera plus vivante parce que nous y aurons\n mis notre vie, plus chaude parce que nous y avons soufflé notre chaleur,\n plus émotionnante parce que, comme sur la table de marbre des amphi-\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "                                     302\n\nthéâtres où l'on étale des cadavres ouverts, nous y aurons éparpillé les\nplaies rouges de notre âme et les sanglantes blessures de notre conscience.\n   Mais le public comprend-il cette communion douloureuse de l'écri­\nvain et du livre, saisit-il ce travail cruel où l'on s'épuise, comme\n Dedalus, à mettre des ailes à ses chimères-filles ?\n   Octave Pirmez l'a bien dit : «notre époque n'aime point la tristesse.\nétant éprise de vie florissante». Pas d'oeuvres décevantes, pas de mélan­\ncolies sottes, pas d'intimités pensives, pas de pénombres. Vive le soleil !\nce qui brille, ce qui chante, ce qui rit !\n   Alors, nous, les gais qui rient de tout pour en pleurer tout bas,\nlorsque nous épandons dans nos écrits le poème de nos pensées tristes,\nnous sommes pareils à ces lépreux dont on s'éloigne, de peur que les\nregardant de trop près, on ne se découvre rongé comme eux, et que le\nlivre ne leur dise en ricanant, comme ce fantôme que le poète fait errer\nau long des cimetières, sous la tiède blancheur de la lune :\n\n                 Prenez garde ! car vous avez la maladie\n                      Dont je suis mort!\n\n\n\n   On a contesté au romancier le droit de prendre dans la vivante réalité,\nautour de lui, les personnages de ses livres; ce droit pourtant n'est pas\ncontestable, car le lecteur ne pourra jamais savoir où commence la\nfiction, où la réalité. D'ailleurs, comme le disait très justement Maufri-\ngneuse (i), le public qui s'indigne si facilement en certains cas, se\n « montre en certains autres d'une curiosité aussi bête que malsaine.\n c Tantôt on lui dit : c'est l'histoire de M'\"e B..., et il achète. Il adore\n« le scandale quand il ne soupçonne pas qu'il puisse être atteint à son\n « tour, mais il s'indigne quand il croit pouvoir être également touché\n« un jour ou l'autre. »\n   Croit-on qu'il soit possible à l'écrivain de figer ses souvenirs et de se\nbander les yeux, lorsque son œuvre prend la forme décisive, et n'arri­\nverait-il pas ainsi à la frigidité la plus morne? Dans tout héros de\nroman, d'ailleurs, on reconnaîtra, à un trait de hasard, à une nuance\nquelconque, une personnalité qu'on connaît ou qu'on a connue.\n   Non, prenons autour de nous nos types ; donnons-leur, au pinceau\n\n\n (1) Gil Bias. Mardi 5 juin 1885.\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                                  — 303 —\n\n de nos fantaisies, une couleur nouvelle, transformons-les à notre vision\nd'Art, et ne craignons ni les susceptibilités prétentieuses, ni les recon­\nnaissances hasardées.\n    « Travaillons chacun dans notre coin, nous dit Camille Lemonnier,\n « et mettons le plus possible de nous-même dans nos œuvres, sans\n « nous soucier des formules et des canons ; c'est encore le mieux pour\n « laisser de nous quelque chose où l'on puisse retrouver notre humanité\n « actuelle. »\n   La Vie bête (1) a été conçue ainsi. Comme dans un tiroir aimé où dor­\nment les reliques chères, l'auteur a pris dans le passé les souvenirs qui\ns'y éparpillaient liés par les faveurs roses du sentiment ; pieusement il les\na recueillis, et, de même que dans un cadre on pique des papillons, il\nles a piqués dans le cadre du style.\n   Qu'on n'y voie autre chose qu'une œuvrette de sentiment ; si l'on y\ndécouvre une délicatesse apportée par le hasard et jetée dans le livre\ncomme dans le sable un grain d'or, qu'on la recueille et qu'on se dise :\nle roman dont on peut retenir une phrase n'est pas tout-à-fait mauvais.\n\n                                                      MAX    WALLER.\n\n\n\n\n            LA VALSE DES MUGUETS\n\n                                                             A Mlle Marie B.\n\n        Mai sur la terre avait jeté son rayon jaune,\n        Et de ses doigts dorés ouvrait les lilas blancs,\n        Epandant dans le ciel de longs parfums troublants,\n        Qui faisaient se pâmer la vierge sur son trône.\n\n        Les poètes chantaient leurs nouvelles amours,\n        Tandis que moi, blasé de ces vieilles rengaines,\n        Je renfermais les miens dans de coquettes gaines,\n        Comme de vieux poignards dans de rouges velours.\n\n\n  (1) La Vie bête, par Max Waller. — Préface de Camille Lemonnier. — Eau-forte de\nThéodore Hannon. — Un vol. Bruxelles. A. Brancart, éditeur, fr. 4 00.\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "                                  ~   304     -\n\n       P o u r t a n t il en fut un qui, déchirant ses langes,\n       Me porta, triomphant, quelques clochettes blanches\n       Et rouvrit le verrou de mon cœur aux aguets.\n\n       Le tourbillon depuis nous berce, nous rend ivre,\n       Vainqueurs, nous célébrons le verbe qui fait vivre\n       Et les vents près de nous font valser les muguets.\n                                                        EDOUARD       LEVIS.\n\n\n\n\n                RONDELS A LA LUNE\n\n                                            Il flageole, et s'agenouillant,\n               SPLEEN\n                                            Rêve, dans l'immensité noire,\n                                            Que pour la mort expiatoire\nPierrot de Bergame s'ennuie :               Sur son cou s'abat en sifflant,\nIl renonce aux charmes du vol :             La Lune, comme un sabre blanc !\nSon étrange gaîté de fol\nComme un oiseau blanc s'est enfuie.\n                                                              III\n                                                      BROSSEUR DE LUNE\nLe spleen, à l'horizon de suie,\nFermente ainsi qu'un noir alcool.           Un très pâle rayon de Lune\nPierrot de Bergame s'ennuie :               Sur le dos de son habit noir,\nIl renonce aux charmes du vol.              Pierrot-Willette sort le soir,\n                                            Pour aller en bonne fortune.\nLa Lune sympathique essuie\nSes larmes de lumière au vol                Mais sa toilette l'importune:\nDes nuages, et sur le sol                   Il s'inspecte, et finit par voir\nClaque la chanson de la pluie :             Un très pâle rayon de Lune\nPierrot de Bergame s'ennuie.                Sur le dos de son habit noir.\n                                            Il s'imagine que c'est une\n                  II                        Tâche de plâtre, et sans espoir,\n                                            Jusqu'au matin, sur le trottoir,\n             DÉCOLLATION\n                                            Frotte, le cœur gros de rancune,\nLa Lune, comme un sabre blanc               Un très pâle rayon de Lune !\nSur un sombre coussin de moire.\nSe courbe en la nocturne gloire                                IV\nD'un ciel fantastique et dolent.\n                                                        ROUGE ET BLANC\n\nUn long Pierrot déambulant                  Une cruelle et rouge langue\nFixe, avec des gestes de foire,             Aux chairs salivantes de sang,\nLa, Lune, comme un sabre blanc              Comme un éclair érubescent\nSur un sombre coussin de moire              Sillonne son visage exsangue.\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                                    — 305 —\n\nSa face pâle est une gangue                              VII\nD'où sort ce rubis repoussant:\nUne cruelle et rouge langue                           SUPPLIQUE\nAux chairs salivantes de sang.\n                                        O Pierrot ! le ressort du rire,\n                                        Entre mes dents je l'ai cassé;\nSon corps vertigineux qui tangue        Le clair décor s'est effacé\nEst comme un blanc vaisseau hissant     Dans un mirage à la Shakspeare.\nA son géband mât louissant\nSon pavillon couleur de mangue :\n                                        Au mât de mon triste navire\nUne cruelle et rouge langue.\n                                        Un pavillon noir est hissé :\n                                        O Pierrot, le ressort du rire,\n                  V\n                                        Entre mes dents je l'ai cassé.\n               L'ÉGLISE\n\nDans l'église odorante et sombre,       Quand me rendras-tu, porte-lyre,\nComme un rayon de Lune entré            Guérisseur de l'esprit blessé,\nPar le vitrail décoloré,                Neige adorable du passé,\nPierrot éclaire la pénombre.            Face de Lune, blanc messire,\n                                        O Pierrot! — le ressort du rire?\n11 marche vers la nef qui sombre,\nAvec un regard d'inspiré,                                VIII\nDans l'église odorante et sombre\nComme un rayon de Lune entré.                       VIOLON DE LUNE\n\n\nEt soudain les cierges sans nombre,     L'âme du violon tremblant,\nDéchirant le soir expiré,               Plein de silence et d'harmonie,\nSaignent sur l'autel illustré,          Rêve dans sa boîte vernie\nComme les blessures de l'ombre,         Un rêve languide et troublant.\nDans l'église odorante et sombre.\n                                        Qui donc fera, d'un bras dolent.\n                  VI                    Vibrer en la nuit infinie\n                                        L'âme du violon tremblant,\n             MESSE ROUGE                Plein de silence et d'harmonie?\nPour la cruelle Eucharistie,\nSous l'éclair des ors aveuglants        La Lune, d'un rais mince et lent.\nEt des cierges aux feux troublants,     Avec des douceurs d'ironie,\nPierrot sort de la sacristie.           Caresse de son agonie,\n                                        Comme un lumineux archet blanc,\nSa main, de la Grâce investie,          L'âme du violon tremblant.\nDéchire ses ornements blancs,\nPour la cruelle Eucharistie,\nSous l'éclair des ors aveuglants.                        XI\n\n                                                      NOSTALGIE\nEt d'un grand geste d'amnistie\nIl montre aux fidèles tremblants        Comme un doux soupir de cristal.\nSon cœur entre ses doigts sanglants     L'âme des vieilles comédies\nComme une horrible et rouge hostie,     Se plaint des allures raidies\nPour la cruelle Eucharistie !           Du lent Pierrot occidental.\n                                                                     23\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "                                       306 —\n\nDans son triste désert mental            Le mépris des choses indignes.\nRésonne en notes assourdies.             Le dégoût des cœurs amollis\nComme un doux soupir de cristal,         Sont les préceptes que je lis\nL'âme des vieilles comédies.             Dans le triomphe de vos lignes,\n                                         Blancheurs de la Neige et des Cygnes!\nIl désapprend son air fatal :\nA travers les blancs incendies                             XII\nDes Lunes dans Tonde attiédies.                    DÉPART DE PIERROT\nSon regret vole au ciel natal            Un rayon de Lune est la rame,\nComme un doux soupir de cristal.         Un blanc nénuphar, la chaloupe ;\n                                         Il regagne, la brise en poupe,\n                  X                      Sur un fleuve pâle, Bergame.\n         PARFUMS DE BERGAME\n                                         Le flot chante une humide gamme\nO vieux parfum vaporisé                  Sous la nacelle qui le coupe.\nDont mes narines sont grisées '.         Un rayon de Lune est la rame,\nLes douces et folles risées              Un blanc nénuphar, la chaloupe.\nTournent dans l'air subtilisé.\n                                         Le neigeux roi du mimodrame\nDésir enfin réalisé                      Redresse fièrement sa houppe :\nDes choses longtemps méprisées ;         Comme du punch dans une coupe,\nO vieux parfum vaporisé,                 Le vague horizon vert s'enflamme.\nDont mes narines sont grisées !          Un rayon de Lune est la rame.\n\nLe charme du spleen est brisé :                           XIII\nPar mes fenêtres irisées,                            LUNE AU LAVOIR\nJe revois les bleus Elysées              Comme une pâle lavandière\nOù Watteau s'est éternisé.               Elle lave ses failles blanches,\nO vieux parfum vaporisé !                Ses bras d'argent hors de leurs manches\n                                         Au fil chantant de la rivière.\n                  XI\n         BLANCHEURS SACRÉES              Les vents à travers la clairière\n                                         Soufflent dans leurs flûtes sans anches.\nBlancheurs de la Neige et des Cygnes     Comme une pâle lavandière\nBlancheurs de la Lune et du Lys,         Elle lave ses failles blanches.\nVous étiez, aux jours abolis,\nDe Pierrot les pâles insignes!           La céleste et douce ouvrière\n                                         Nouant sa jupe sur ses hanches,\nIl vous dédiait de beaux signes          Sous le baiser frôlant des branches\nDans la féerie ensevelis;                Etend son linge de lumière,\nBlancheurs de la Neige et des Cygnes     Comme une pâle lavandière.\nBlancheurs de la Lune et du Lys !                          ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "          CONTES MELANCOLIQUES\n\n                       LE VIEUX CHATEAU..\n\n    Le train filait à toute volée. Seul, debout dans un froid compartiment\nde troisième, courbé sous des rêveries noires je voyais vaguement derrière\nla glace vaporeuse de ternes paysages d'hiver fuir comme des visions.\nToujours et toujours des campagnes brunes, des arbres nus, des villages\nmornes, l'assoupissement d'un fleuve plombé.\n    Connais-tu, lecteur, ces heures où l'ennui, sans que l'on sache pour­\nquoi, étreint l'âme comme un glacial et insupportable spectre? Ah !\nl'ennui ! Plutôt la souffrance !\n    Le train ralentissait, je baissai la glace.\n    Tout à coup, dans le carré de la portière, les tours et les toits d'un\nvieux château m'apparurent sur le gris brouillé du ciel, au milieu d'un\n immense parc désert, émergeant d'un groupe de sapins dont la verdure\n était tachée d'éclatantes blancheurs de neige.\n    Quelle solitude profonde, quel charme mystérieux, là-bas ! Plus\nd'ennui. Je me sentis inopinément joyeux : dans mon cœur affluait avec\ndes caresses douces la poésie romantique et pénétrante des vieux châ­\n teaux.\n    Les vieux châteaux! Rappelons-nous Walter Scott, Georges Sand,\n Charles de Bernard et Jules Sandeau : les bons vieux manoirs décrits\n dans leurs romans ! Celui-ci leur ressemblait; car, ils se ressemblent un\n peu tous: ils ont tous, plus ou moins, de vieilles tours drapées dans des\n épaisseurs de lierre sombre, une immense façade sévère, des fossés ver­\n dâtres avec des roseaux et des cygnes, une vaste pelouse brillantée de\n corolles multicolores, des allées et des bosquets ombreux, mélanco­\n liques.\n    Le train faisant à la station un arrêt d'un quart d'heure, il me prit\n fantaisie de descendre et d'entrer dans la campagne. Là, appuyé contre\n le tronc d'un arbre, les yeux rivés aux tours, je me perdis dans une\n rêverie.\n    Oui, il y avait dans le vieux château une héroïne blonde et angélique.\n Et comme on ne conçoit pas un vieux château sans une histoire\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "                                 — 308 —\n\n d'amour, il y avait donc aussi un chevalier servant. Un inconnu. Un jeune\n noble qui voyageait pour se distraire. Il était arrivé au milieu de l'au­\n tomne, non par le train, comme moi, c'est trop prosaïque, mais à\n cheval, au déclin du jour.\n    Je me le représentais, arrêté à l'aspect des tours, laissant flotter dis­\n traitement sa bride, bercé par le concert des confuses harmonies du soir\n qui s'éteignaient avec des douceurs de musiques très lointaines. Puis, il\n s'était remis en marche. Les bons campagnards, appuyés sur leurs\n bêches, le regardaient, d'un air respectueusement ravi, passer sur sa\n magnifique monture, élégant et fier, son pâle profil et ses noirs cheveux\n détachés sur la pourpre flamboyante et dorée du soleil couchant. Dis­\n paru derrière les arbres jaunis du parc du château où il allait demander\nl'hospitalité, les campagnards avaient repris leur travail avec un hoche­\nment de tête attendri, murmurant :\n    « Sans doute, un amoureux pour mademoiselle la comtesse Blanche,\nla providence des pauvres. Dieu les ait en joie ! »\n    Rien de plus facile à dessiner que le reste de l'histoire.\n    Le cavalier s'était arrêté au pied du perron sur lequel apparaissait\nprécisément la jeune comtesse Blanche, quelques roses à la main.\nTrouble et rougeur de la jeune comtesse. Introduction du bel inconnu\ndans le grand salon rouge décoré des portraits de famille. Arrivée du\npère de la jeune comtesse, un vieillard grave, mais aimable, qui avait\ndécidé le jeune homme à passer l'hiver au château.\n    Maintenant, Blanche et Roger s'aiment. Les journées si douloureuses\net si longues pour tant d'humains, passent, pour eux, délicieuses et\nrapides. Leur amour est si divin qu'il n'est pas même triste comme le\nsont un peu toutes les amours. De légers soupirs, des regards humides,\ndes baisers secrets sur des fleurs échangées, des songeries célestes, un\ndélire, enfin, voilà leur vie. Et je me sens heureux de leur bonheur. Je\nvis en eux. Qui sait? Ils vont peut-être apparaître, là-bas, près des\nsapins. Mais non : je les vois distinctement dans le demi-jour mystérieux\nd'une vaste pièce aux boiseries brunes, assis côte à côte devant un\ngrand orgue à sculptures; et je crois saisir des lambeaux de ces vieux\nairs touchants, composés par on ne sait qui, déjà entendus on ne sait\noù, et faisant vibrer l'exquisité de ces indécises nuances de sentiment\nconnues des âmes délicates, mais intraduisibles par le langage.\n    Puis, il me sembla que l'orgue se taisait.\n    Si Blanche et Roger pouvaient venir maintenait. ? Je voudrais tant\nles voir! Ils doivent être si beaux ! Je leur parlerais. Je les sup­\nplierais de ne pas laisser passer une seule des secondes bénies d'aujour-\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "                                —    309   —\n\n d'hui, sans en goûter les délices, et de faire une riche moisson de sou­\n venirs pour se réconforter un peu, plus tard, s'il leur vient des jours\n amers —\n     Un bruit s'éleva derrière moi: eux! sans doute. Je bondis, tressail­\n lant comme au réveil d'un rêve. C'est un mendiant. Un pauvre vieux,\n courbé, loqueteux, la face terreuse, le regard craintif. Il tend la main.\n Je lui donne quelques sous.\n     « Vous êtes du pays, mon brave homme?... Alors, vous connaissez\n les habitants du château ?\n    — Pas beaucoup, monsieur. On n'ose approcher du château : M. le\n comte est si dur !\n    — Ah! le comte est dur... Mais sa fille ?\n     — Sa fille?... Eh bien, monsieur, tenez, entre nous, là, sa fille ne\n vaut pas mieux. La semaine dernière elle a encore chassé Jacqueline,\n une malheureuse, veuve avec trois petits... Trois petits ! monsieur, vous\ncomprenez, dans cette saison... Oui, oui, monsieur, elle l'a chassée...\nAvec ça qu'elle ne fait pas mal parler d'elle, la jeune comtesse... Enfin !\nce ne sont pas nos affaires, n'est-il pas vrai, monsieur? Chacun se conduit\ncomme il lui plaît... Si du moins on aidait un peu les pauvres... Il est\nvrai que M. Adhémar, toujours à la ville, n'a pas trop des revenus de\nson père... »\n    Un cavalier s'approchait au trot d'un superbe alezan.\n     (( Monsieur le baron, dit le mendiant. Le fiancé de mademoiselle la\ncomtesse. »\n    Le baron passa et, fouillant dans la poche de son gilet, jeta dédaigneu­\nsement un sou au mendiant, sans même tourner la tête.\n    Ça le fiancé de la comtesse ! Mais, à trente ans, il était plus cassé que\nle vieillard. Figurez-vous un singe à cheval. Un de ces fragiles avortons,\nvidé par les veilles, et dont l'ironie narquoise de nos paysans s'exclame:\n   Il est mort depuis quinze jours, et il ne s'en doute pas encore ! »\n    Je remontai dans le train, attristé. Il me semblait entendre le laid\ngommeux bailler, étendu dans un large fauteuil du salon aux boiseries\nbrunes ; puis se lever et tapoter sur le vieil orgue à sculptures les pre­\nmières mesures d'un refrain idiot ; puis se rasseoir, baillant plus fort.\nDans un coin, le dos tourné, renfrognée, la jeune comtesse boudait.\n    Dix minutes après, emporté par le train, je regardais le vieux château\nprolané décroître au milieu de la tristesse des arbres dépouillés du parc\net des sapins de la pelouse. A un coude du chemin de fer, tout disparut.\n   — Et Blanche? Et Roger ?\n   — Vous les retrouverez dans certains romans.\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "                                —   3 10 -\n\n\n  — Pas dans la vie ?\n  — Des sceptiques disent: jamais. Moi, je dis: parfois, mais rare­\nment. .., très rarement\n                                        CÉLEST1N DEMBI.ON.\n    Liége, décembre 1882.\n\n\n\n\n              LE CAVEAU VERVIÉTOiS\n\n                            SECOND ARTICLE.\n\n\n   Nous voici très embarrassés. M. Karl Griin a été tant aimable et con­\nfraternel pour nous tous, il a si cordialement accueilli nos livres, que\nnous hésitons à dire ouvertement ce que nous pensons de ses œuvres.\nLes volumes de l'Annuaire en sont pleins, et nous recevions récemment\nun album de sonnets: les Oiseaux Chanteurs, que M. Karl Griin vient\nde publier à Verviers chez Nautet-Hans, avec le concours artistique\nd'un sous-Giacomelli. Il faut bien le dire, l'œuvre est presque médiocre.\nLe poète se fait du sonnet une idée fausse, il semble ne pas se douter\ndes règles qui le commandent. A-t-il aligné quatorze vers divisés en\nquatre strophes, il est content de lui-même et croit avoir écrit un sonnet.\nLe trait final n'existe pas, l'unité pas davantage, et la lecture ne laisse\npas l'impression voulue d'un chant spécial dont chaque note à sa\nvibrance, et la dernière son point d'orgue :\n            L'alouette se dresse au sein de la bruyère,\n            Puis, rapide, elle part avec de joyeux cris.\n            Tout l'espace s'emplit de sa voix douce et claire :\n            Elle chante, en veillant sur ses enfants chéris.\n\n           Elle tourne en spirale: elle monte, légère.\n           Les promeneurs, de loin, l'écoutént attendris,\n           Et cherchent le point noir perdu dans Yatmosphère\n           D'où l'harmonie à flots descend aux prés fleuris.\n\n           Tout à coup le chant cesse. Elle tombe en silence,\n           Bat de l'aile un instant et puis d'un bond s'élance\n           Et regagne le nid caché dans le gazon.\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                                —   311   —\n\n          Au fond de sa retraite elle gazouille encore,\n          Son grand œil clair fixé sur l'azur quelle adore.\n          Sur le mont violet qui rêve à l'horizon.\n\n   Cela ne nous dit rien ; rien ne nous frappe dans ce sonnet dont est\nbannie toute préoccupation de modernité. Les prés fleuris et l'azur\nqu'elle adore nous reportent aux petits moutons de Madame Deshou­\nlières; cela crie de vieillesse. Je néglige les promeneurs, l'atmosphère,\nle et puis qui est une cheville, et j'en arrive à conclure par le manque\nd'éducation littéraire du poète. Claire ne pourra jamais rimer à bruyère\nnon plus qu'atmosphère; nous défions M. Griin de trouver une seule\nrime aussi piètre dans tout Hugo, dans Gautier, dans Banville. Mais\nM. Grün ne les a pas lus, il est impossible qu'il les ait lus; Baudelaire,\nCoppée, etc., n'ont pas passé par ses inexpertes mains. Il en est encore\naux vers classiques, frigides, mornes, d'autrefois. Il retarde de deux\nsiècles. Je gage qu'il n'a pas lu Villon même, ce moderne du XVIe\nsiècle, qui après trois cents ans a produit Richepin. Et s'il les a lus, se\npeut-il qu'il n'ait pas subi l'impressionnante influence de ces maîtres?\n   Je trouve encore dans les poésies de M. Karl Grün une tendance à\n« humanitaireriser», j'entends à parler fréquemment de progrès, lumière,\nliberté... Mon Dieu! tout cela est très beau en soi; sans le progrès nous\nn'aurions ni fabriques de drap, ni fabriques de vers, ni manufactures,\nni caveau, mais le lyrisme dans cet ordre d'idées est si vulgaire, si\nce déjà lu cent fois », si agaçant en un mot, que l'on a de réelles, crispa­\nlions en lisant de ces strophes:\n\n          « Pilâtre de Rozier, toi, chevalier d'Arlandes,\n          L'histoire citera vos noms retentissants,\n          Lorsque ceux des Césars, renvoyés aux légendes\n          Dans les bouquins moisis s'en iront, pâlissants         »\n\nd'où il ressort que César n'est plus qu'un vieux bronze et Pilàtre de\nRozier l'homme de l'Histoire, ce qui n'est pas mal drôle!\n   Hâtons-nous de le dire; nous ne nions pas que M. Griin ait du\ntalent; d'aucuns de ses vers sont des mélodies, vieilles peut-être comme\ndes danses de Rameau, mais douces aussi comme elles :\n\n          « Je vais partir. Je vais flâner pendant trois jours.\n          Le long de la rivière où murmurent les aunes.\n          J'entends déjà mugir, dans ces calmes séjours,\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "                                —   312   —\n\n           Les cascades de lait dans les prés aux fleurs jaunes.\n           Je verrai, quand le soir descendra pas à pas,\n           Des flocons de brouillards, voiles légers de fées.\n           Flotter sur les gazons au-dessus des vallées\n                   Et vous n'y serez pas. »\n\n    Tel est encore M. Ernest Gauthier, avec la même forme retardataire\n en même temps que le même sentiment rêveur et poétique, très délicat.\n L'absence de personnalité bien marquée est aussi son écueil ; sa signature\nest la seule étiquette qui puisse, comme à M. Grün, lui donner la\npaternité de ses oeuvres. C'est l'éternelle romance des étoiles, 4 e l'azur\net des petits oiseaux, avec la phrase pleine de réminiscences des poètes\nlakistes. Tel est aussi M. Xhoffer, tel M. Weber, tel M. Gens, M. Bon­\njean, M. Lekeu, tels sont-ils tous, coulés dans un même moule qui a\ndéjà servi. Tous ont une moyenne de talent, tous une uniformité\nmodeste; ils doivent posséder à fond Lamartine, ils se l'asssimilent —\nmoins le génie, — et l'on est désolé de voir un groupe aussi uni, maître\nde cet élément superbe d'avenir : la confraternité, possédant un public\nliseur, et justement fier de sa décentralisation littéraire, s'attarder dans\nune formule surannée et terne, alors qu'un effort l'en ferait si aisément\nsortir.\n   Cet effort, je le trouve pourtant à la première page de l'Annuaire qui\nvient de paraître; dans un sonnet auquel il y aurait bien des choses à\nreprendre encore, M. Ernest Gauthier semble avoir compris le parti que\nl'on peut tirer de l'antithèse du beau et de l'ignoble. Baudelaire, avec la\nCharogne que les imbéciles appellent un morceau « naturaliste », ne\ns'est-il élevé au sommet de la plus pénétrante spiritualité ?\n   Voici la pièce de M. Gauthier; nous en « italiquons » les tares :\n          Près des Halles, non loin de l'étal au poisson,\n          Armé d'un long balai plein de crotte et d'ordure,\n          Un balayeur, puant la crasse et la boisson,\n          De Paris vers l'égout pousse la pourriture.\n\n        Et dans l'épais courant, où roule maint tesson\n        Escortant maint débris d'humaine nourriture,\n        L'homme, avec un regard à donner le frisson\n        Puise un trognon de chou dont il fait sa pâture.\n        Mais le balai, qui glisse et tombe de ses doigts,\n        S'étend dans le cloaque empesté ; l'homme grogne,\n        Dévore sa pitance en maudissant les lois,\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "                                  — 313 —\n\n        Puis il reprend l'outil et, tout à sa besogne,\n        Semble dire à l'égout: « Tiens, sale gueule, bois!....\n\n        — O les ruisseaux bordés de mousse au fond des bois !\n\n    Le sonnet est faible. Je passe sur les inversions vieillottes, sur la\ncheville: maint tesson, et celle: \" dont il fait sa pâture \", sur l'allusion\n « pauv'peup' » du vers:... en maudissant les lois, mais ce que nous y\nvoyons c'est l'ombre d'une tendance vers un art plus moderne, et moins\n« caveau ».\n   Il suffirait d'une bonne poussée et de quelques lectures des œuvres\nactuelles. Flaubert pour la prose et Baudelaire pour les vers ont exercé\nune influence énorme; impeccables tous deux, ils imposent leur maîtrise\net sollicitent à une facture plus serrée les écrivains qui les comprennent.\n   Nous avons été sévères dans nos deux articles, mais nous aspirons de\ntoutes nos forces à voir le Caveau Verviétois devenir le deuxième centre\nde notre littérature ; nos sympathies se verront sous notre franchise.\nPlus tard nous continuerons, en étudiant séparément tous les écrivains\nde l'Annuiare, cette étude sommaire dont les éléments sont conformes\nà l'actuelle formule d'art. Que le Caveau le sache : si tout chemin mène\nà Rome, on peut bien trouver le chemin de Damas en passant par la\nBéotie; il est toujours temps.\n                                                    J A C Q U E S ARNOUX.\n\n\n\n\n                            EXPOSITION\n\n    DE L'ANCIEN ATELIER PORTAELS\n\n   M. Verheyden expose une Forêt de Soignes d'un effet puissant. Un clair de\nlune vaporeux blanchit vaguement dans le ciel plein d'une paix pensive. Au\npremier plan, sur le sol déboisé, des bûcherons travaillent avec la lenteur lasse\nd'une fin de journée. Derrière eux s'étend la ligne sévère et sombre des grands\narbres, qui dressent méditativement leurs têtes hautaines. Tout cela est plein\nd'ombre, de grandeur, de tranquillité, de vie. Le gris-perle du ciel et le roux\nvert-de-grisé du sol et des bois, toute cette nuit est d'une poésie profonde. Ce\nqui nuit un peu à cette belle toile c'est le voisinage de deux tableaux éblouis­\nsants de lumière : Le Hameau que l'hiver a ouaté de neige lumineuse et la\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "                                  -    314    -\n\nMoisson où l'or des blés, ensanglantés de larges coquelicots, rutile au soleil\nde midi : le moissonneur, le visage Jobombré d'un large chapeau qui le protège\nmal contre la lave aérienne du soleil, le genou pesamment enfoncé en terre,\nplonge la faucille dans la gerbe jaune qui flamboie.\n   Nous n'aimons guère la peinture de M. Vefdyen. Ses couleurs t'ont mauvais\nménage. 11 y a là une jeune fille vêtue d'une robe d'été à volants violemment\nbleus et roses, et couchée lourdement sur le sable jaune des dunes, que héris­\nsent des joncs d'un vert féroce et des chardons bleuâtres. Est-ce l'effet de lu\nchaleur? Toutes ces couleurs ont quelque chose de lustré et de fondant, on\ndirait qu'elles transpirent. Pourquoi aussi cet éternel petit bateau à vapeur qui\nfume à l'horizon de chaque marine? Est-ce une signature comme les oiseaux\nde Breughel ? Crèpusculaire montre une autre jeune fille étendue sur une autre\ndune, mais à plat ventre. Le ciel carminé où se couche le soleil est assez\nréussi; mais la mer ressemble à une gelée de reines-Claude. M. Verdyen est,\nen résumé, mal représenté à cette exposition.\n   Les Fleurs de M. Cormon ne sont certainement pas faites pour le plaisir des\nyeux. Les couleurs exaspérées crient de fureur. Les rouges ont l'air enragés.\nL'artiste a oublié de distribuer la lumière dans ce tableau. Les esquisses de la\nSeine de l'âge de pierre et de la Fuite de Caïn sont remarquables de dessin et\nde composition, mais la couleur y brille par son absence. M. Cormon est\npourtant bon coloriste: voyez les deux petites toiles intitulées Salle à manger et\nSalon. L'ameublement est riche et tranquille: pas de teintes crues., une douce\net chaude harmonie de couleurs. Seules les verrières de la salle à manger sont\ntrop flamboyantes : évidemment elles sont frappées d'un vif rayon de soleil,\nqui oublie d'entrer dans l'appartement. M. Cormon expose aussi quelques têtes\nréussies; nous avons remarqué celle d'un garçonnet aux cheveux ras, qui\nrespire une vraie vie et ne sort pas d'un musée Tussaud.\n   M. Mayné, dans sa Bosse-cour a le tort d'imiter Bastien-Lepage. Dans ses\nautres toiles il paraît atteint de la monomanie des fenêtres comme M. Meerts\nde celle des escaliers.\n   Chez M. Impens tout est gris, d'un gris sombre et triste à faire pleurer.\nLes détails sont très :— fouillés, — trop à notre avis. M. Impens cherche à\ncontinuer les petits maîtres flamands.\n   M. Van Gelder expose des chiens variés. Très drôle le toutou japonais,\nmais pas beau. Un autre Médor, d'un caractère plus élégiaque. déplore mélan­\ncoliquement la tension de ses pattes.\n   MM. Oyens ont quelques bonnes toiles. L'exposition de David est plus\nheureuse que celle de son frère : remarquons la Crèche, un joli tas de gamins\ntrès naturellement endormis sur un lit collectif. David Oyens attrape merveil­\nleusement le pittoresque d'une pose ou d'un geste.\n   Les vues de Bruxelles de M. Blanc-Garin ne sont pas vues du tout. Les\nmonuments manquent de solidité, les pierres sont fluides. La Bourse de\nBruxelles est un édifice en confiserie, glacé de sirop de framboise.\n   La Danse macabre de M. Coppieters est originale; le costume de la Mort\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                                   — 315 —\n\nest d'une étrangeté singulière, — la scène où la mort s'éboule sur l'épaule du\nbourgeois qui lui prend son chapeau et sa faux, est bien composée. Mais le\nfaire et le coloris de M. Coppieters ne sont pas séduisants. Ses portraits sur\nfond blanc évoquent fâcheusement des idées d'imagerie.\n    M. Frédéric est un véritable artiste. A part la brouette, le tableau A la pompe\nest très beau. Quelle belle couleur, juste, ferme, harmonieuse ! Le corsage de\nla femme est d'un gris' superbe. Et quel naturel dans les personnages ! Quelle\nsimplicité dans les traits et les attitudes ! Au jardin a aussi de grandes qualités :\nmais les arbres ressemblent nu mancenillier de carton du cinquième acte de\nl'Africaine. Par contre, la bonne qui porte les rafraîchissements est une personne\naccomplie, pleine de qualités heureuses.\n    M. Van Hammée pratique la peinture joviale. Son Marc-Antoine, affreuse­\nment vexé de la laideur de Cléopâtre, est un excellent satire de la peinture\nacadémique. En faisant sortir d'un œuf une mazette tout habillée, l'artiste a\nsymbolisé ce mot profond comme l'Atlantique: il n'y a plus d'enfants'. Son\ngrand tableau Vire le Rai persifle très drôlement les modes de 1830. En\nvoyant Campenhout chanter la Brabançonne, on s'explique la valeur littéraire de\n notre hymne national.\n    M. Wauters n'a pas exposé ce qu'il a fait de mieux. Ses portraits manquent\nd'élégance. Les têtes, trop brutales, onttoutes le nez congestionné et les joues en\ncoup de sang. Par-ci par-là courent sur les chairs des patarafies rouges. Ainsi\nla dame qui étale son visage écarlate devant une tenture pourpre, s'est gratté\nla poitrine jusqu'au sang. Les étoffes valent mieux que les chairs: elles se\nplissent, se froissent et ondulent avec des opulences de lumière.\n    MM. Charlet, Lefebvre, Vander Hecht, Hennebicq et T'Schaggeny, ont\nexposé des toiles nombreuses de mérites divers. Mais j'ai hâte d'arriver à\nAgneessens. Son étude de jeune homme est le meilleur tableau de l'exposition.\nSur un fond sombre et verdàtre. un corps d'adolescent étale la blancheur mate\net douteuse de ses chairs. Le jeune homme, assis dans un grand fauteuil, ren­\nverse presque complètement sa jolie tête sur le dossier du siège. Un coup de\nsoleil illumine son visage pensif et sa blonde chevelure bouclée, qui par der­\n rière s'épaissit dans l'ombre. Quel charme dans cette tête rêveuse, dans ce corps\n débile et maladif aux blancheurs de cire, où éclate dans toute sa beauté le nu\n moderne ! Comparez avec ce merveilleux morceau le monsieur qui a valu au\n même peintre son grand prix: quelle différence! Admirons aussi la Convales­\n CENTE appuyant sur un coussin rouge son visage souffrant, chargé encore d'une\n langueur morbide. Parmi les portraits, remarquons celui de M. L. D., fumant\n négligemment sa cigarette, et l'énigmatique dame en robe bleue, au visage fûté,\n qui tourne entre ses doigts un camélia rose.\n   MM. Van Humbeek et Licot exposent de bonnes épreuves. M. Van der\nStappen présente au public de vrais chefs-d'œuvre. La tête, qui porte le n° 17\nest pleine de noblesse et de fierté. Les paupières dédaigneuses à demi fermées,\nle front hautain et rêveur, le cou fin, souple et nerveux lui composent une\nbeauté. La Jeune juive (n° 8) n'est pas ce qu'on peut appeler une jolie personne;\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "                                  — 316 —\n\nmais ce visage irrégulier charme. Quelle expression de méditation profonde a\nla belle tête du Sphinx ! Le Saint Michel nous plaît moins; il est terriblement\nraide dans l'étui de son armure.\n   Il est vrai que l'archange est enferme dans une niche, — que Satan lui a\nfaite, sans doute pour se venger de le méchante position où il est bistourné lui-\nmême.\n                                                                   BOCK.\n\n\n\n\n                  LE SALON DE PARIS\n                             SECOND ARTICLE.\n   Je commence à croire que les peintres n'entendent rien à la peinture ; rien,\nabsolument rien! — ils ont au Salon la Liseuse d'Henner; c'est beau comme\nun très beau Corrège; la médaille d'honneur était là, le vote était tout mâché,\nque font-ils ? — ils éparpillent leurs voix sur une douzaine de noms !\n   Passons, c'est bien fait, autrement dit : guerre aux médailles ! Toutes les\nvieilles ganaches en ont une brochette, de médailles,... Rembrandt n'en eut\npas. — En ce temps là les maîtres, quand ils avaient signé un chef-d'œuvre,\ncouraient le guilledou et vidaient des brocs — aujourd'hui ils achètent de la\nrente. Médaillons-les '.\n                                        *\n\n   Je voudrais parler de M. Jules Lefebvre,et, pour bien faire comprendre où\nje place son incontestable talent, j'ai besoin de poser des jalons. — Comme\nfagot et fagot, il y a nu et nu : celui de M. Gervex, par exemple, est polisson:\ncelui d'Henner idéalise l'idéal ! Le nu de M. Lefebvre se tient entre ces deux\npôles, ce n'est pas du Bouguereau, o h ! non, mais il ne sait pas plus contenter\nle voluptueux que satisfaire le poète. C'est un art très délicat, d'un dessin\ncharmant, et aussi ennemi que possible de la brutalité. Psyché entièrement\nnue, assise sur un rocher, se détache blanche sur des fonds sombres; sa chair\nfine est celle d'une adolescente. C'est un joli morceau, très suave.\n   — M. Lerolle nous montre dans une étable très éclairée une sainte famille trop\npetite ; sur le devant, des pâtres demi-nus regardent ébahis; — la compagne\nde Joseph a la tête auréolée; pour un tableau réaliste, c'est une gaffe.\nM. Lerolle est un artiste que nous suivons avec le plus grand intérêt : il a\nbeaucoup de talent, mais il a fait beaucoup mieux aussi.\n   — De M. Le Blant, une Exécution du général Charette, c'est à Nantes :\nen 1796. Charette est près du mur; le peloton d'exécution s'avance ; entre les\nsoldats et le condamné, un sol détrempé par la pluie. Grande sobriété de tac-\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "                                  -    317     -\n\nture. coloris très réserve, exécution correcte comme peinture et comme\nhistoire. M. Le Blnnt s'apaise, il dramatise à froid. Quelle fougue il avait dans\nson La Rochejacquelin de 1879!\n   — M. Lhermitte nous montre deux belles toiles. Une Fileuse tenue dans\nun ton assourdi, bien intime, bonne tonalité, peinture vraie sans fracas. —\nL'autre, La Moisson est une des belles choses du Salon. Dans une campagne\nchaude, on moissonne les grands blés murs ; l'homme, la faux en main, s'essuie\nle front; son attitude est noblement robuste; la femme qui est entrain de\ngerber est un morceau de maître. Peinture hardie, sobre et solide — très belle\ncomposition d'une franchise très réaliste.\n                                        **\n   — Une bien excellente toile que le Saint Lièvin du peintre belge M. Vanaise\nqui obtient une mention honorable, ce qui n'est que très imparfaitement justice.\nNous sommes en Flandre; le saint, devant'des paysans assemblés, pose un\ndoigt de chaque main sur le front d'un vieillard aveugle et le guérit. L'effet est\nsimple et émeut naïvement. La composition est tenue dans le meilleur goût\ndécoratif. Ce tableau gagnerait à être vu dans un temple, encadré de colonnes.\nIl y a dans cette œuvre un jeu de verts très habile : très frais et fleuris de\nhautes pâquerettes dans les herbes des premiers plans, ils s'éteignent dans le\nfonds et tournent aux gris tendres. Le manteau de saint Liévin, égalements\nd'un vert bleu, tranche sur une robe de dessous d'un bleu plus cru. — Savan­\ntes oppositions d'une palette tranquille. — Belle ordonnance de coloris. Puvis\nde Chavannes, celui du Panthéon, tolérerait parfaitement un pareil voisinage.\n\n                                       * *\n   M. Van Beers s'est fait le petit succès de mécontent que l'on sait, en bar­\nbouillant une de ses toiles le jour du vernissage. O modestie ! Son Retour du\ngrand prix est plutôt le retour du persil de mademoiselle Polichinelle qui,\nchapeau sur l'oreille, rapporte dans la capote de sa voiture une brassée de\nfleurs mal peintes ; le cocher n'a ni jambes ni tête — mais ne nous aventurons\npas trop avec M. Van Beers; il envoie du papier timbré à qui n'opine pas du\nbonnet, je ne dirai donc pas, comme j'en avais l'intention, que sa peinture est\ndésagréable au superlatif, mais comme Dumanet, je le penserai.\n   — M. Mesdag nous envoie deux petites toiles, qui ne sont presque que de\n grandes études, mais combien bonnes! : Le Soir à Scheveningue et Le Retour\n des barques de pêcheurs. C'est brossé d'une façon décidée par une main sûre\n d'elle. C'est bien la mer et ce sont bien les gens de la mer. Un petit tableau\n peut avoir grande allure, c'est ce qui arrive dans le cas présent. M. Mesdag qui\n n'a peut-être pas travaillé pour le Salon, y tient une bonne place, celle d'un\n véritable artiste.\n    — M. Henri Martin ne doit pas être mécontent de sa première médaille, cela\n ne veut pas dire qu'il ne la mérite pas. C'est un élève qui fait honneur à un grand\n maître, J. P.Laurens. Ce q'uil y a de plus beau dans le tableau de M. Martin:\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "                                  — 318 —\n\nPaolo et Françoise de Rimini, c'est la longue robe rouge de Dante et la lueur\nde feu qui colore les deux victimes de l'amour. Belle chose, en somme.\n   — Les sculpteurs sont décidément plus forts que les peintres; ils peignent\nen maître quand et à l'heure qu'ils veulent; après Dubois, après Falguière.\nvoici l'auteur du Gloria Victis, M. Mercié, qui nous surprend avec une petite\nVénus qui se tiendrait parfaitement au Louvre. La pose est un peu pénible;\nmais quelle délicieuse peinture ! quelle tête adorable ! quels seins propices à la\nperdition des chastes! peut-être est-ce plus mondain que païen, mais bast!\nquand une aussi jolie chair naît sous le pinceau, elle est de tous les temps.\n\n\n   — M. Rousseau pâlit à côté de M. Bergeret. Ce dernier, M. Bergeret, qui\nexpose deux toiles, en a u n e : Pour les jours de fête, qui est un délicieux\nchef-d'œuvre. Des bocaux de prunes ; prunes vertes, prunes violettes, sont\nemplis; — et le verre n'est, d'une touche surprenante de légèretée, figuré que\npar une petite traînée de blanc à peine teintée et arrêtée seulement par une\ntache au cou du bocal — les fruits se tiennent entassés en hauteur dans ce\nverre'. C'est merveilleux comme délicatesse de trompe-l'œil.\n    M. Monginot est très amusant avec ses deux toiles: Buveurs de lait,\nBuveurs de sang; tous ces fameux buveurs sont des chats en bas âge très\n réjouissants et très agréablement peints.\n    — M. Attendu, élève d'un délicat qui n'expose pas, en quoi il a le plus\ngrand tort, Mettling, nous montre une pleine voiture d'oranges, de ces pauvres\n oranges d'entre onze heures et minuit, belles et tristes dépavsées à terre, sous\n des grenades et des paillons tressés, — c'est le réalisme de la nature morte;\nc'est une bonne et consciencieuse chose, vraie comme ce que peint M. Jeannin,\nle prodigue des fleurs, qui les entasse cette année sur un Balcon parisien, avec\nla même richesse que d'habitude.\n    — Tristan Lacroix ; c'est un nouveau venu qui n'obtient qu'une mention\n et aurait tort de s'en contenter. Sa grande toile du Salon d'entrée, La gorge aux\nloups, est un des bons paysages des non arrivés. De grands arbres de premier\nplan, hardiment brossés, font cadre à des roches mousseuses prises sur nature\nC'est un des beaux sites de la forêt de Fontainebleau artistement rendu. Une\nbiche va s'engager dans le défilé, l'oreille au vent, inquiète un peu; cette note\nest une trouvaille. Les fonds, resserrés, sont lumineux et très étudiés; je sens\nlà un pinceau appelé à nous dire bien des vérités avec franchise et crànerie.\n    — M. Aimé Perret est toujours bien intéressant, mais combien je préfère sa\npetite toile: Bal champêtre en Bourgogne à son autre grande : La Fi/le des\nchamps qui, bouche ouverte, a l'air un peu... par trop fille des champs. —\nDans son bal champêtre, M. Perret est tout à fait lui: gentille gaucherie des\ndanseurs, bonhomie du garde-champêtre bien inoftensif, naïveté de la servante\nqui préférerait entrer dans la danse que porter les brocs aux buveurs attablés.\nDessin charmant, d'un coloris très agréable.\n   — Mlle Louise Abbema est l'élève de trois maîtres; Chaplin. Henner,\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "                                  — 319 —\n\n Carolus Duran. Elle a un coup de pinceau d'une fermeté incroyable; le talent\n de cette artiste me surprend et m'attire toujours. Son portrait de Mlle Marie\n Louise G... est d'une hardiesse de facture qui étonne chez une femme, et je\n n'hésite en aucune façon à dire que Mlle Louise Abbema est un peintre de\n premier ordre.\n     — M. James Bertrand n'a jamais eu une aussi belle exposition ; je\n ne le reconnais plus, le très sage est devenu coloriste, bravo ! qu'il ne\n regarde plus derrière lui et que ses deux toiles de cette année inaugurent une\n nouvelle manière, c'est ce que nous lui souhaitons de grand cœur ! Ledernier\njour de Charlotte Cordai/ est une toile supérieurement traitée, Les Sirènes en\n est une de maître.\n\n\n\n   — Une belle page d'histoire est celle que nous donne M. Diogène Maillart\navec son Et tenue Marcel. Le prévôt des marchands fait donner lecture au peu­\nple, par l'huissier de la ville, de la mémorable ordonnance de 1357. Robert le\nCoq, éveque de Laon, l'ami et le conseiller de Marcel, est à cheval à son côté.\nIls tournent le dos au vieil Hôtel de Ville, la maison aux trois piliers; au fond\nNotre-Dame se détache en masse sombre. — L'effet est des plus beaux. La\nfoule acclame le maître aimé, le révolutionnaire d'alors : écoliers, manants,\nbourgeois, femmes, enfants, sont massés sur la place. C'est le moyen âge\nsavamment évoqué. Cette toile est une revivance de mœurs, de costumes et de\ntypes ; les figures de Marcel et de Robert le Coq sont fouillées de main de maî­\ntre. La composition du tableau est excellente, pas d'emphase, c'est vécu. La\npeinture est d'une grande sobriété de coloris et d'une sérieuse vérité archéolo­\ngique. Il est à désirer que la ville s'assure cette toile pour décorer notre nou­\nvelle maison commune. — M. Maillart expose aussi un des bons portraits du\nSalon : celui du docteur J. B. Dereins ; — sur un fond roux la face se détache,\nparlante, encadrée de beaux cheveux gris et avec une expression de ravissante\nbonhomie; — peinture franche et saine.\n   — J'ai remarqué deux belles études de nu : l'Agar de M. Doucet, et l'Epave\nde M. Krug. M. Doucet nous montre Agar épuisée de fatigue, étendue mourante\nsur un sable aride ; la chair est d'un superbe ton fauve, hâlé, — la tonalité\nde cette toile est sévère et belle. — M. Krug a peint un corps nu échoué sur\nune roche, c'est un jeune homme, les bras étendus; la tête pend dans une flaque\nd'eau ; le torse, en lumière, est modelé d'une façon tout à fait supérieure. Il\ny a de l'Abel de Prudhon dans cette figure. L'océan, d'un vert sinistre, est\nsombre et d'une grande étendue          Un oiseau passe, les ailes grandes. —\nBeau morceau, belle et large peinture.\n   — Un paysage m'arrête, il est signé Malivoire, un nouveau venu, ce me\nsemble, et que je retrouve aux dessins avec une crime aquarelle. Il est élève de\nJean Desbrosses, ce qui est déjà une bonne note. Son paysage Au bord du lac\nd'Annecy est d'un calme invitant. Dans des herbes toute fleuries une jeune\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "                                      32 0   —\n\n\nfemme est assise. De grands arbres sont largement brossés dans la manière du\nmaître, mais les premiers plans sont moins hardis. Les fonds, d'une couleur\ndes plus tendres, sont ravissamment traités dans une tonalité grise qui repose.\n Très bonne chose.\n   — De M. Georges Sauvage un excellent portrait de Madame de la Villehervé\ndont le mari est aussi habile marieur que bon diseur de belles rimes.\n    — M. Jobbé-Duval peut-il regarder sa toile Electre en gardant son sérieux?\nJ'en doute, et devant une telle bouffonnerie, je songe que le salon triennal va\nnous réserver quelques bonnes joyeusetés de ce genre.\n   — Quelle étrange manière a M. Heullant ! Ses deux petites toiles, Un harem\net Une rencontre, sont deux bouquets de couleurs, deux palettes sur lesquelles\non serait arrivé à tracer, à définir un dessin et des figures. Je me propose\nd'étudier cet art curieux dans un article spécial.\n   — M. Landelle m'ennuie avec sa Femme de Bethléem, c'est du très vieux\njeu.\n   — M. Hector Leroux est l'éternel et bien gracieux peintre des vestales qui,\nje le remarque, prennent quelque peu la mine d'ouvrières en chemises; c'est\nun ragout de plus. Note tendre. Toujours des blancs.\n   — M. Louis Matifas nous montre dans sa Pointe Saint-Gildas une mer su­\nperbe, de beaux lointains, de vraies roches très entourées d'air et un ciel très\nfranc. Un très bon paysage à l'actif de cet élève de Vollon.\n   — M.Comerre qui a été tenté par le Coupeau de l'antiquité, nous donne une\ngrande toile représentant Silène et les Bacchantes; c'est bien, il y a un certain\nentrain très acceptable. Silène couché n'est pas ce qu'il y a de plus agréable\ndans cette bonne composition ; mais la nymphe qui barbouille le pochard\ndivin ainsi que celle qui, debout et rieuse, tient du raisin en réserve, sont\njolies de dessin et peintes avec souplesse. Les nus de ces dévergondées\nclassiques sont plantureux et très appétissants. Bon tableau, mais qui n'a pas\nla furia de celui que fit Roll sur le même sujet. — M. Comerre expose une\ndeuxième toile qui est un vrai bijou ; c'est le portrait de Mlle Achille Fould\nen japonaise. C'est un tour de force de rouges-cerise foncés et clairs mêlés, où\ndes ors se jouent, et d'où la figure pleine de distinction se détache adorable­\nment. L'effet est des plus réussis.\n   Deux très beaux portraits de M. Cabanel (il faut être juste), mais véritable­\nment beaux.\n\n                                      *\n\n\n   En parlant du Silène de M. Comerre j'ai rappelé la toile de M. Roll dont\nJordaens eût été content; — cette année, ce peintre d'un vigoureux talent nous\nenvoie une très grande Vache normande bien peinte mais qui emplit trop une\ntoile exiguë; c'est une erreur dont nous dédommage amplement M. Roll avec\nson superbe portrait de femme ; Mme***, grandeur naturelle et debout, se déta-\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "                                  — 32 1\n\nclie sur un beau fond vert éteint ; les fourrures et la robe noires sont grasse­\nment brossées, pas de nus; seul le visage, h la chair vivante, brille sourdement\ndans ce tout sombre comme la vie intense. Une superbe tenue, une peinture\ncrâne; — c'est un des beaux morceaux du salon.\n    — M. Ary Renan, le fils de l'illustre écrivain, me semble destiné à pren­\ndre dans la peinture une place inoccupée et qui ne peut l'être que par un pen­\nseur. J'entends, de se faire le traducteur des mythes et non d'une mythologie\nqui court les rues ; d'être enfin le Leconte de Lisle de la peinture. Son\nAphrodite, insuffisante peut-être, est une généreuse promesse.\n    — M. Gervex, un peintre que j'aime entre tous, nous montre encore une\ntoile destinée à la mairie du XIX arrondissement : Un bureau de bienfaisance, —\nc'est vécu, c'est senti, c'est triste au possible, mais peu consolant comme déco­\nration d'une maison commune. Peinture d'une grande distinction de tons\ncomme tout ce que fait M. Gervex. Son second tableau : Portrait de Mlle la\nbaronne de Beyens, fille du ministre plénipotentiaire de Belgique, est tout à\nfait dans la note tendre et si délicieuse de l'inimitable virtuose des blancs. La\njeune fille, la gorge et les bras nus, s'enlève légèrement sur un fond gris\ntrès fin. Sur la jupe blanche des fleurs en guirlandes sont jetées comme des\nindications. Les chairs sont jeunes ; — c'est du printemps posé sur une toile. —\n Ravissant !\n    MM. les peintres, je vous en prie, laissez les blancs à Gervex (comme les\nenfants à leurs mères); lui seul en joue à merveille. Ceci est dit pour M. Courtat\net son Réveil de Vénus ; tous ces blancs quelque peu rosés sont durs, désagréa­\n bles, aveuglants; — cette femme opulente qui s'éveille n'est pas Vénus, c'est\nsimplement une femme nue, ce qui est tout autre chose, — elle est bien peinte\npar exemple et parfaitement à sa place sur un lit. Si M. Courtat avait eu la\n bonne idée de la coucher sur des draps noirs, elle y eut beaucoup gagné. (Bran­\ntôme n'est pas à dédaigner, au point de vue de l'effet en peinture, qu'on y\n songe.)\n    — J'avoue n'avoir que fort peu d'estime pour les petits tableaux de genre\n faits pour la vente, et qui, je le regrette, se vendent très cher. M. Worms qui\n est toujours très bien coté, expose Les politiciens. Deux peintres parlaient un\n jour devant moi de M. Worms. — Le premier dit: « Ce diable de Worms a\n vraiment beaucoup d'esprit ! » — « Vous voulez dire qu'il en a toujours?... »\n répartit le second.\n     J'excepte M. Plassan, le délicieux peintre des minois roses, le Chaplin des\n petites figures ; — son petit tableau Les deux sœurs (rien de la grande machine\n de M. Giron) est d'un croustillant àfaire se damner un saint. — Dans une cham­\n bre, où les seules discussions admises doivent traiter d'amour, deux jeunes filles\n s'habillent, près d'un grand lit luxueux; — l'une, en mettant son bas, montre\n une jambe toute parisienne; l'autre, en laçant son corset bleu, ne nous\n cache heureusement pas ce qu'il va contenir. M. Plassan est le peintre des\n chairs de boudoir, des gorges et des bras aux repos rosés, où l'œil demeure,\n et qui invitent la lèvre.\n                                                                         24\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": "                                         322    —\n\n\n     — M. Ballavoine a aussi l'amour des gentilles frimousses, comme dans sa\n  petite femme du Marché aux fleurs, qui traîne par la main son gentil bébé ; il\n  aime également à caresser des membres dodus les corps grassouillets, comme\n  dans sa Petite Bohémienne aux longs cheveux blonds, dont le corsage indiscrè­\n  tement ouvert excuse toutes les tentations.\n     — Ce mot de tentation m'invite à parler de M. Jules Garnier qui en a peint\n  une autrefois, où deux horribles femmes nues qu'il croyait provocantes, pou­\n  vaient avantageusement remplacer le camphre. Cette année, M. Garnier nous\n  montre une Vérité sortant de son puits ; on sait dans quel costume ! Or, la\n  Vérité du peintre met tout le monde en fuite sur la toile, sauf un tout jeune\n enfant; — et ce qui est amusant, c'est que là où l'auteur n'a voulu exprimer\n qu'une pensée, nous sommes autorisés, nous, à ne voir que l'effet produit par\n la hideur de cet espèce de faucheux qui émerge du puits sous le fallacieux\n sobriquet de femme nue. J'ai toujours pensé que M. Garnier en faisant du nu\n féminin voulait faire œuvre de moraliste et avait à cœur de modérer nos désirs\n au profit de nos forces. Son nu est un refroidissant qui dépasse le but et nous\n ferait mépriser le sexe auquel nous devons nos.... amis ! — O Gervex !! —\n\n                                        **\n\n    Je ne classe pas. Je cours au hasard de ma fantaisie et de ma sympathie.\n  Mais parlons un peu de certains qui sont des maîtres.\n    M. Bastien-Lepage est un des peintres modernes que j'estime le plus. Son\n art est personnel et pénétrant. Cette année son tableau la Cour au village m'en­\n chante moins, il reste cependant un des plus saillants du Salon. Il y a ce diable\n de mouchoir à carreaux qui sèche !... Mais quelle sincérité et quelle poésie il\n y a dans tout ce que nous peint ce délicieux réaliste d'un genre où il y a tou­\n jours un fond d'archaïsme.\n    — Je n'ose guère parler de M. Cazin et de sa Judith; c'est un regrettable\n logogriphe dans un paysage où il y a une grande dépense de talent ; je ne sau­\n rais en dire davantage.\n    — M. Français fait du paysage comme on n'en fait plus, pour un peu je\n dirais : heureusement ; c'est de la pure convention et dans ce genre il n'y a plus\n que M. Harpignies qui sache rester magistral même dans ses petites toiles ; ses\n deux paysages sévères et ensoleillés le prouvent.\n    De M. Bonnat deux bons portraits        Toujours ! — Du portrait à perpétuité\nalors ?\n    M. Jules Breton, aussi poète avec la brosse qu'avec la plume, nous donne\ndeux toiles : Le Matin: deux jeunes amoureux se rencontrent à l'aube dans\nles champs ; un ruisseau les sépare ; c'est peu et pourtant ce filet d'eau semble\nune barrière; c'est une fraîche idylle ; — l'autre toile : L'arc-en-ciel est plus\nsombre et plus monte en couleur, l'arc cercle l'horizon ; et, montée sur un\nâne, une paysanne rentre. Très bel effet de coloration.\n   La fille de ce grand artiste, M me Demont-Breton, expose une grande et belle\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": " toile • Sur la plage : de beaux enfants nus, une femme vigoureusement des­\nsinée; — Mme Demont-Breton chasse de race.\n    Je n'ai pas toujours pensé de M. Carolus-Duran tout le bien que j'en pense\ncette année. Sa Vision est une bien agréable chose et diantrement bien\n peinte. Laissons dire, il y a du Delacroix là-dedans. Un vieil anachorète, dont\n—soit'dit en passant — le dos est un superbe morceau de nu, voit se détacher\nde la croix qu'il contemple, une belle nudité qui, les bras étendus, vient à\nlui. Ce corps jeune et beau, s'enlève sur une draperie rouge semée de fleurs et\ncache la croix ; de longs cheveux or rouge caressent cette voluptueuse vision\nqui va jeter le trouble dans les pensées du saint. Quelle palette étourdissante ! Et\nquels fonds hardiment traités. J'eusse préféré que l'heure du ciel fût plus avancée.\nJe ne saurais trop engager M. Jules Garnier à voir et revoir cette femme nue.\n    Dans l'art du portrait, nul plus que M. Paul Dubois ne me ravit... Il y a\ncependant aussi M. Fantin-Latour ; c'est fini, intime, réservé autant que dis­\ntingué, et mieux en place dans un musée qu'au Salon.\n    M. Butin reste le robuste peintre des gens de mer, sa Mise à l'eau est une\ntoile de grande valeur; au bas d'une falaise des femmes à demi dans l'eau pous­\nsent une barque. Je ne connais personne qui traduise comme M. Butin l'espèce\nd'agression qu'à l'Océan et sache vous rendre presque avec tristesse les rudes\nphysionomies de nos marins des petits ports. — M. Butin vient d'être terri­\nblement frappé par la perte de sa femme ; nous l'assurons de nos regrets et de\ntoute notre sympathie.\n\n\n\n   Il faut nous hâter. — M. Luminais est loin de ses Enervés de Jumièges ; son\ntableau Childêric III est bien peint, les moines sont très bons, mais le dernier\nmérovingien qu'ils sont en train de tondre ressemble fort à un récidiviste que vise\nla nouvelle loi. — Je n'aime pas le Rouget de Liste de M. Mélingue, il se tient\nau piano comme s'il était préoccupé de l'effet qu'il produit, — je pense la même\nchose du portrait de Mme Krauss par un peintre que j'aime, M. Clairin.\n   Quelques paysages: de M. Ségé, Vallée de Ploukermen, M. Ségé est le\npaysagiste du site reposé, tranquille; il a l'intelligence des touches à effet doux,\ndes taches faisant masses, et des petites fleurettes bien jetées dans l'herbe, —\nde M. Rapin l'Averse, le village au fond est noyé sous l'ondée ; sur le premier\nplan, dans la mare où les rayons de soleil assombris s'éteignent, il ne pleut\nplus, — effet très étudié et très vrai.\n   — M. Jundt est toujours frais et charmant, idyllique, poétique, émaillé de\nfleurs; — ravissante, sa petite Alsacienne qui, poitrine et bras nus, fait boire\nses vaches à l'abreuvoir. — M. Hanoteau expose un beau paysage : La haie\nmitoyenne, — près d'un gros saule noueux une jeune fille, quenouille en main,\nest très attentive au discours de son galant. Les personnages ne sont là que\npour animer le paysage très vigoureusement traité. Beaucoup d'air, d'espace,\ndes'arbres solidement plantés, de beaux fonds, enfin la campagne sentie et\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": "                                   -    324    -\n\n rendue. M. Hanoteau qui n'est pas coutumier du fait nous montre un fort bon\n portrait d'homme : A l'ami Ch. Baille, c'est largement peint, la figure très\n colorée est vivante, et le paletot gris crânement brossé. M. Hanoteau a une\n très sérieuse exposition cette année.\n    Que j'aime la peinture de M. Gilbert, le peintre habituel des halles et des\n poissons ! — Il a des façons de peindre en pleine lumière qui me ravissent; ses\npoissons sont glissants, ses raies gluantes, ses toiles sentent la marée, — bref,\nson tableau Etal aux halles centrales est toujours dans la bonne manière de ce\n peintre d'un réalisme si intéressant et si vrai.\n    M. Jean Béraud ne m'a pas encore autant plu que cette année. Sa petite et\nsi délicieuse toile La Prière nous fait connaître ce moderniste sous un nouveau\njour. Une jeune fille ou jeune femme (à Paris il y a peu de différence) prie si\ngracieusement penchée sur le dossier d'une chaise que ce serait grand dommage\nqu'une semblable personne ne pratiquât pas. Peinture fine, douce, qui mérite\nbien la deuxième médaille qu'elle obtient. — L'autre toile : La Brasserie, est tout\nà fait dans la manière de M. Béraud pour qui Paris n'a pas d'inconnu. Nous\nconnaissons tous ces Hébé de brasserie, jolies parfois, cyniques toujours,\ndrôles à leurs heures et dont quelques-unes sont célèbres. L'une d'elles, une\nfille superbe, a posé pour la Thamar de Cabanel, et en a gardé le nom.\nM. Bérand a su rendre cette vie de noctambules avec un art inouï. C'est une\npage du Paris-Moderne, — du Paris Boul-Mich. —\n   — Une Andromède de M. Paul Robert qui fait honneur à cet élève de\nMM. Henner et Carolus Duran. — Le Berger de M. Julien Dupré est un bon\ntableau, c'est du Millet sans poésie, mais c'est bien peint.\n   M. Sicard a peint une Plumeuse qui mérite des éloges; c'est d'une vérité\nsans égale et d'une franche exécution. Le sang qui tombe dans l'assiette, mêlé\naux plumes, va couler de la toile.\n   Le Sphinx de M. Falguière est une toile qui épouvante, — dans une grotte\nsombre, des cadavres verts, des crânes, des chairs décomposées, reste du festin\nde ce sphinx dont on ne voit que deux yeux luire. C'est hardi ; mais pour nous\nremettre, regardons le beau portrait de M me C'**par ce même sculpteur, portrait\nsévèrement peint, large de facture, et d'un très beau coloris.\n   M. Montenard aime les bleus crus du Midi, et son Cimetière sur les côtes de\nla Méditerranée, avec toutes ses croix fichées de droite et de gauche dans la\nterre jaune, est d'un effet très intense.\n   M. Loustaunau est toujours aussi bourgeois avec ses Fiancés ; c'est de la\npeinture faite en vue de la reproduction; affaire de commerce. M. Rudaux,\nLe péage, déjà passé, etc., etc. est exactement dans le même cas.\n   M. Hébert ne nous envoie qu'une petite toile, c'est peu pour un maître,\nmais c'est beau de tons : Le Violoneux; le pauvre petit diable à la chair brune,\nau visage doux, à la bouche à demi ouverte. Charmant tableau, plein de\n poésie comme tout ce que fait ce grand peintre.\n   Une belle toile de M. Hauqette: L'Attente. — M. Jenoudet expose une toile\n dans la manière du malheureux Tassaert : Novembre; l'aïeule voit mourir la\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "                                   —   325   —\n\njeune fille, le sujet est emprunté à de beaux vers de Th. de Banville;\ntoutes nos félicitations à M. Jenoudet que je remarque pour la première fois,\nje l'avoue à ma honte.\n   M. Georges Bertrand étonne avec son immense composition Printemps qui\nnasse : sur des chevaux lancés à fond de train, et presque de face, des femmes\nnues, très blanches, passent rapides comme des météores de chair ; c'est le\nprintemps qui passe ! ! Ce sont de belles taches en tout cas que ces filles de\nmai ! et ce tableau, tant critiqué, s'il est une erreur, ce qui n'est pas mon avis,\na bien son charme. Il est entraînant. C'est un rêve fouetté.\n   — M. Beyle ne m'émeut pas, mais il peint solidement, — trop peut-être.\n   — Etonnante toile que Au Louvre, Etude, de M. Béroud qui obtient une\nbourse de voyage; des visiteurs grandeur naturelle au Salon-Carré et les chefs-\nd'œuvre de nos maîtres reproduits. Têtes très étudiées, costumes modernes\nd'une exactitude parfaite, — une palette fort riche en couleurs, enfin beau­\ncoup de talent dépensé pour une œuvre froide. — M. Moreau de Tours nous\nmontre un Carnot à la bataille de Wattignies qui a aussi mauvaise façon que\nmauvaise mine, il ressemble à un échappé de cabanon.\n   Des deux beaux tableaux de M. Vinllefroy, je préfère Dans les prés: ces cinq\nvaches sont bien dans l'herbe mouillée, il y a de l'air respirable dans cette\ntoile, c'est une des belles choses du déjà très célèbre animalier.\n   M. Firmin Girard peint avec des têtes d'épingles; son Baptême au XVIIIe\nSiècle est toujours cette peinture pignochée que nous connaissons trop et\nn'aimons guère.\n   Sans asile, de M. Pelez, est une bonne toile ; une vieille pauvresse et trois\ngarçonnets sont là contre un mur, déguenillés. C'est la misère bien rendue\npar un peintre qui connaît son métier.\n                                        * *\n   Que de bons paysages signés de noms aimés et célèbres que nous sommes\nforcés, faute de place, d'enregistrer seulement: — de Lausyer, deux marines\nsuperbes — de Guillemet, un maître, Saint Suliac — de Selouse, un des rois\ndu paysage, toujours superbe dans ses effets de ciel, La Vallée des Ardoisières —\nde jolis Defaux, le peintre de la gent piailleuse — deux Danoye très supérieurs\n— Le Ruisseau de M. Demout, un des bons paysages du Salon — deux très\nfins Beauverie — le Château-Gaillard de M. Péraire, toile très calme et pleine\nde mélancolie — deux beaux tableaux de mer de M. Frantz Hall — La Rafale\nde M. Yon, toile remarquée; — un très beau Départ des Pêcheurs de M. Le\nSénéchal, — de jolis paysages de M. Binet — de beaux Lepic... etc., etc.\n                                         *\n                                        * *\n   Que de ravissantes choses dans les salles de dessins, d'aquarelles, fusains et\ngravures ! Il est impossible d'en dire un mot; cela nous entraînerait trop loin et\nnous n'aurions pas fini, que le Salon de 1884 nous surprendrait encore à la\nbesogne. C'est dommage. Mais nous avons omis déjà bien des choses en pein­\nture. De même pour la sculpture, ce grand art dont l'Ecole française tient si\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "                                    — 326 —\n\nhaut le drapeau, il faut nous abstenir à regret. Contentons-nous de dire que le\nmarbre de M. Barrias Les Premières Funérailles est un chef-d'œuvre de perfec­\ntion; et que M. Dalou se pose en maître et en très grand maître avec ces deux\ngrandes compositions d'ont l'une : Etats Généraux 23 juin 1789, où Mirabeau\nfait au marquis de Dreux-Brézé la réponse que l'on sait, est destinéeàla Cham­\nbre des députés — et dont l'autre : La République, allégorie en haut relief, est\nune œuvre magistrale qui ne saurait être mieux comparée qu'à du Rubens\nsculpté.\n                                                    HIPPOLYTE    DEVILLERS.\n\n\n\n\n        MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE\nLa Jeune Revue. — Le Petit Touriste. — Correspondance. — Fragment d'un\n  voyage dans l'Inde et à Ceylan, de Jean Robie.\n    Sous notre ancien titre : La Jeune Revue (1), quelques très jeunes écrivains\nfont paraître une publication mensuelle à laquelle nos lecteurs ne manqueront\npas de s'intéresser. Elle commence comme nous avons commencé, sans\nprétention et sans casser de vitres; La Jeune Revue combattra avec nous, elle\nest des nôtres et sera une force de plus dans l'avenir. Avec La Revue Contem­\nporaine (2) et L'Essai littéraire (3), elle formera l'escadrille d'avant-garde, bonne\naux escarmouches.\n    Les deux premiers numéros de La Jeune Revue renferment de bons articles.\nNous y relevons, outre des vers de Célestin Demblon, le sympathique écrivain\nliégeois, de J.de Baugnies,de Henry Marius,etc, une étude très bien comprise\nsur Camille Lemonnier par le rédacteur-en-chef Albert Chalys. Nous conseil­\nlons à La Jeune Revue littéraire de rester dans la note qu'elle adopte, de\nfavoriser les « primes go.urmes » des tout jeunes qui s'essaient à la rime et\nà la prose, de ne décourager personne. La Jeune Belgique n'est pas assez\nlarge pour accueillir tout le monde ; de jour en jour elle doit devenir plus\ndifficile dans le choix de ses articles et en refuser beaucoup qui sont dignes\nde l'impression; à La Jeune Revue de les accueillir; c'est ce que nous avons\nfait au début; le succès a démontré que nous n'avions pas tort. Nous souhai-\n\n\n  (1) LA JEUNE REVUE (mensuelle.) Directeur: Albert Chalys, 5.00 par an, Bruxelles,\n38, rue de l'Hôpital.\n  (2) LA REVUE CONTEMPORAINE (mensuelle.) 5.00 par an. Bruxelles, 7, rue de France.\n  (5) L'ESSAI LITTERAIRE (bi-mensuel.) Comité de rédaction: MM. Lefèvre, président\nCh. Brouwet, L. Malpertuis, E. Royer, M. Vanderkindere et Em. Vauthier. — 5.00 par\nan. Bruxelles, 61, rue Capouillet.\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "                                      —   327    —\n\n tons à La Jeune Revue longue vie et succès. Qu'elle aille sans peur; comme l'a\n dit La Revue Moderne, il ne faut pas croire «qu'à suivre les puissances on assure\n sa fortune ».\n\n   Voici maintenant Le Petit Touriste, un minuscule journal très mystérieux\nrédigé, me dit-on, par des jeunes filles charmantes, qui l'autographient elles-\nmêmes à 50 exemplaires. Le Petit Touriste ne se vend pas; aucune adresse\nn'indique d'où il vient; il n'a ni abonnés ni rédacteurs visibles, et pourtant\nil existe. Il existe, puisque, de. Blankenberghe où il baigne ses charmes,\nEmile Verhaeren lui adresse des correspondances, et que le suave Georges\nRodenbach, lui trousse des sonnets. J'en détache un :\n\n                                 CHAPEAU ROSE.\n                   Oh ! le joli chapeau tout rcse — de bergère,\n                   Guirlande de printemps nouant votre chignon ;\n                   C'est un chapeau Watteau pittoresque et mignon,\n                   Comme on en voit parfois aux Sèvres d'étagère.\n\n                   Avec ses bords très grands que la mode exagère\n                   Il aurait fait fureur jadis à Trianon,\n                   Quoique simple, sans fleurs, sans ornements, sinon\n                   Quelques nœuds de satin sur la paille légère.\n\n                   Et quai d tombent sur lui mes yeux extasiés,\n                   Je songe qu'au milieu de l'été les rosiers\n                   Cessent d'être charmants quand on cueille leurs roses,\n\n                   Tandis que vous, rosier d'amour, vous, vous restez\n                   Aussi jolie, aussi fraîche, quand vous ôtez\n                   Ce chapeau pavoisé d'un tas de rubans roses\n\n\n\n   Nous recevons la lettre suivante :\n        « My very dear Sir.\n   « J'ignore la valeur artistique de votre article sur le Salon de Paris : admet­\n  tons qu'il soit sublime, et passons.\n   « Mais on ne s'attendait pas à y trouver, sous prétexte de peinture, des insi­\n   nuations assez peu spirituelles contre le cléricalisme.\n   « Qu'elles soient l'expression de la foi politique et littéraire de M. Devillers,\n« soit : mais il importe que la Jeune Belgique ne contresigne pas pareilles ap­\n   prédations, sous peine de créer une division religieuse entre ses adhérents.\n   « Ainsi croyez-vous bien neutres ce « o liseuse, maîtresse imperfectible de\n« l'homme-Dieu » , « ce peindre une nudité tout simplement pour rendre très\n« fidèlement la chair est un acte de mauvais goût qui ne profite qu'aux comé­\n   diens et aux séminaristes (?) »\n   « Je passe la tirade sur les clous qui ont percé les membres du Christ et que\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "                                       328\n\n« ce bon monsieur trouve non historiques ; tout comme la tirade sur le pape et\n« l'inquisiteur.\n  « Voilà assez pour reconnaître de graves symptômes d'esprit fort peu\n  neutre. L'approuvez-vous? Avez vous renié votre déclaration du n° 1 ??.\n                                                 Un lecteur impartial. »\n   Notre impartial lecteur devrait se souvenir que jamais La Jeune Belgique n'a\nexercé de censure sur ses rédacteurs. M. Devillers a peut-être eu tort de mêler\nà des questions d'art les mesquineries de parti, mais l'article signé par lui\nn'engage nullement la Jeune Belgique et elle n'en ratifie pas les idées. D'ailleurs\nnotre lecteur impartial eût-il réclamé si l'article avait été dans le sens catho­\nlique ? Nous en doutons fort. Nous l'eussions inséré pourtant.\n                                        -■*   -*\n\n\n\n\n    Chez Parent et Cie Bruxelles : Fragment d'un voyage dans l'Inde, par Jean\nRobie. 1883.\n    Souvent nous avons regretté, à la lecture des récits de voyage, d'y trouver,\ncommentant le texte, de médiocres gravures représentant des paysages croqués\npar ouï-dire et des panoramas dessinés de ... réputation. Un peintre, M. Jean\nRobie, nous offre aujourd'hui sous la forme d'un bel album, un « Fragment\nd'un voyage dans l'Inde et à Ceylan » qui satisfera les difficiles comme nous.\nPendant toute sa longue excursion il a garni ses cartons de larges études\nd'après nature, dont il publie les excellentes reproductions photographiques.\n   Et ce sont de merveilleux points de vue d'Alexandrie, de Suez, de la côte\nd'Arabie, d'Aden, de Colombo, de Ceylan; des pagodes et des temples aux\nblancheurs crues, environnés d'une nature grise et séchée par le soleil, des\njungles crêtées de nappes de lumière où s'entrevoient, plongés dans des mares\nhuileuses, jusqu'à mi-jambe, de grands éléphants bruns ; des campements\nhindous au milieu de l'oasis; enfin la pagode de Madura : « A l'extrémité\n« d'une longue avenue ombragée par des banans et des manguiers, nous tour­\n   nons à gauche, et arrivons à l'improviste devant le grand portique du côté\n« de l'Est.\n    « Toute la façade et le portique sont dans l'ombre, tandis qu'à l'intérieur,\n« et d'un bout à l'autre de l'immense galerie d'entrée, le soleil à son déclin,\n« lance un dernier jet de lumière qui se brise sur les arêtes des colonnes, sur\n« les profils des innombrables statues, et s'éparpille en atomes dans la pous-\n(i sière dorée. »\n    C'est bien un livre de peintre épris des vives colorations, voyant juste et\nsaisissant le grand côté mystérieux de la nature orientale. Pour nous, l'œuvre\nde Jean Robie sera toujours sous nos yeux lorsque, avide de la lumière, de là-\nbas, nous relirons les étincelantes pages de Théophile Gautier de Flaubert, de\n Renan, de Gérard de Nerval            nous allions dire d'Octave Maus, mais ça\nle ferait rougir, et puis, vous savez, toujours CASSE ET SENÉ!\n                                                                      NEMO.\n"}, {"page_pdf": 386, "texte": "LA REVUE MODERNE\n                    Paraissant le 20 de chaque mois.\n\n                                      COMITE:\nCAMILLE L E M O N N I E R - EDMOND PICARD - VICTOR ARNOULD\n  LÉON'CLADEL - EDMOND DE GONCOURT - CARL VOGT.\n  La Revue Moderne, politique, scientifique, littéraire et\nartistique, formera par an deux volumes d'environ 400\npages chacun, imprimés avec soin sur beau papier teinté,\navec titres, couvertures et tables des matières.\n                                     PRIX    D'ABONNEMENT.\n\n   BELGIQUE — UN AN : 12 FR. — ÉTRANGER (Union Postale) : 14 FR.\n              Sommaire du n° 1, du Tome II 1r juillet:\n    La crise politique en Belgique                                  EDMOND PICARD\n    Les mariages précoces\n    Les Nuits du Garde.      .   .    .v                            PAUL HAGEMANS\n    Rondels Lunaires                                                ALBERT GIRAUD\n    L'Idole                                                          IWAN G I L K I N\n    Chronique scientifique                                           H. DUMONT\n    Chronique artistique\n    Chronique littéraire\n\n                        A. BRANCART, ÉDITEUR,\n                                           MET EN V E N T E :\n\n\n\n   LA                   V I E                                   B Ê T E\n                                                  PAR\n\n                     MAX W A L L E R\n           Préface de C A M I L L E L E I V I O N N I E R\n             Eau-forte de THÉODORE HANNON.\n     Rédacteur en chef et Directeur-Gérant : Max Waller.\n\nUn beau volume de bibliophile, petit in-12, imprimé par\n                                            LEFÈVRE.\n                                      Prix : 4 francs.\n   Pavait chez l'éditeur P. OLLENDORFF, M a î t r e S a u v a t , par PAUL LABARRIÈRE.\n   Très soigné comme style, développé en tableaux d'une originalité pittoresque, cet\nouvrage, histoire dramatique d'un notaire, s'adresse à la fois aux lecteurs qui recherchent\nl'émotion dans le roman et aux délicats amoureux de la forme.\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": "      EN VENTE CHEZ TO US LES                                   LIBRAIRES:\n  La servante      de Dom Mathias,               opéra-comique en u n acte, paroles\nde GUILLAUME STANISLAUS, musique de MAURICE CARMAN.— Mort\nde Léon Gambetta ! par JEAN FONTAINE, 0.25 c. — La charité et le\nPaupérisme,      par LOUIS ROBERT. — Tintilaire,   poésies par IVES\nJOCELYN. 1.00. — Le sourd-muet p a r F . GUEURY et E . GRÉGOIRE.\n0 . 6 0 . — Le comte de Cavour, p a r THÉODORE JUSTE. 0 . 6 0 .\n\n   M. LÉON DE TINSEAU fait paraître, chez O L L E N D O R F F , u n nouveau\nroman intitulé : A l a i n d e K e r i s e l .\n   L'auteur possède la rare qualité de peindre, en parfaite connaissance\nde cause, la haute société où se déroulent les scènes passionnées qu'il\nraconte. P a r m i de nombreuses esquisses d'après nature sur lesquelles\nles gens du monde ne seront pas embarrassés de mettre u n n o m , il faut\nsignaler le portrait curieux d'une femme connue dans tout l'Orient par\nsa beauté et son rôle important dans plusieurs négociations diplomati­\nques au moment de la guerre T u r c o - R u s s e .\n\n\n          RÉVOLUTION\n                 DANS L'ART D E SE RASER                               LA\n\n        RASOIR\n           AMÉRICAIN,      breveté s. g. d. g.            CIGARETTE INDIGA-\n     Il est impossible dans une annonce de\n donner une idée complète des avantages                     NE SE TROUVE QUE CHEZ\n\n extraordinaires de cette merveilleuse inven­\n tion ; cet appareil justifie entièrement sa                MARIJS X O L I N\n vogue ; il permet à toute personne de se\n raser bans en avoir aucune habitude, et cela\n sans crainte de coupure.                            30a, Avenue de la Toison d'Or\n     Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement\n nerveux, on peut se raser d'une façon plus                  BRUXELLES\n parfaite que ne le ferait le barbier le plus\n expérimenté par les procédés anciens.\n      Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce\n                                                           SPÉCIALITÉ\n nouveau rasoir est tellement ordinaire qu'il\n est certain qu'il remplacera partout l'ancien\n système ; il suffit de l'avoir essayé une fois                DE TABACS,\n pour ne plus vouloir se raser ni se laisser\n  raser par d'autres procédés'.                         DE CIGARES FINS\n  Ne pas confondre avec des appareils similaires\n    qui se vendent à vif prix et qui n'ont aucun                    E T DE\n    des avantages du rasoir américain.\n    Pour le recevoir franco, envoyer fr.' 5-50 en un           CIGARETTES\n  mandat-poste à M. MICHEL, 57, rue des Solitaires,\n  Paris. Remises pour les achats en gros).           des firmes les plus r e n o m m é e s .\n        Prière de nous indiquer dans quel journal\n                  on a lu cette annonce.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1883-07-01", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 344."}}