{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(3 e année) 1883 T o m e I I . 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LA JEUNE BELGIQUE.\n  SONNETS                           . . . . . . .         EMILE VAN ARENBERGH.\n  NOUVELLES POUR LES JEUNES F I L L E S              .    MAX WALLER.\n  MALÉDICTION                                             FERNAND ICRES.\n  CROQUIS FUNÈBRES                                         HENRY MAUBEL.\n  LES ÉCHOS MILITAIRES                                     JACQUES ARNOUX.\n  V I L L A N E L L E DE DÈCHE                            IWAN GILKIN.\n  ANDANTE DES SOUPIRS                               ..    EMILE MARCY.\n  CHRONIQUE D'ART. I Exposition de l'Essor. .\n                  II Exposition Vanaise et                                   _\n                                                           M. W E T G . D. G.\n                             Wytsman . . . .\n                        III Exposition Van Engelen.\n  CHRONIQUE L I T T É R A I R E                           ALBERT GIRAUD.\n  MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE                                 NEMO.\n\n\n\n\n       Abonnement: 5 fr. p a r a n . — Union postale: 7.00 :\n\n                             LE NUMÉRO :\n\n                          Soixante centimes.\n\n                                 BRUXELLES\n               BUREAUX            : 90, RUE              BOSQUET\n                                  MDCCCLXXXIII\n\n\n\n\n   *\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "À tous nos abonnés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A TOUS NOS ABONNÉS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "B O I T E A U X LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 389, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1262, "texte": "A TOUS NOS ABONNÉS\n   La Jeune Belgique dont le succès croît chaque jour, est devenue\nle véritable organe du combat littéraire en Belgique. Parfois violente\net brutale, elle ne cesse de brandir le drapeau moderne dont elle\ns'est fait une arme contre les royautés caduques. Il faut que nos idées\nse répandent davantage, qu'une propagande active s'établisse par le\nfait de nos abonnés qui nous ont jusque aujourd'hui soutenus et fortifiés\npar leur collaboration.\n   Nous avons donc organisé une sorte de ligue destinée à cette propa­\ngande. Ceux de nos abonnés qui désirent en faire partie sont priés de\ndemander à nos bureaux DIX ou QUINZE cartes d'abonnement. Ces cartes\nleur sont envoyées marquées d'un numéro d'ordre qui nous en indi­\nquera le dépositaire.\n    Lorsque DIX cartes seront revenues au bureau revêtues de noms d'abon­\nnés nouveaux, le dépositaire recevra son abonnement gratis pendant\nun an.\n    Lorsque QUINZE cartes seront revenues, le dépositaire recevra son\nabonnement gratis, à perpétuité, et son nom sera inscrit à la liste des\nMEMBRES FONDATEURS de la Jeune Belgique.\n    Et maintenant, à l'assaut, les Jeunes Belgique !\n                                                                LA DIRECTION\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "B O I T E A U X LETTRES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 389, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1262, "fin_caractere_exclue": 3096, "texte": "B O I T E A U X LETTRES.\n  64. R. de Latinty.     Gand. — Un grand bouquet de violettes.\n                                   Moucheté d'encre épaissi.\n   Comprend pas. — Un pied manque. — Pas non plus s. v. p. de cheveux d'ébine ni de\nregard d'azur. Idée charmante. — A refaire. Ami.\n   65. Racso. Huy. — On ne replâtre pas les articles médiocres. Faites autre chose.\nJe ne comprends pas vos confidences sur T. H . et je déteste les cancans. Si ce monsieur\nest une canaille, ce que j'ignore, tant pis pour lui. (rien de Hannon).\n   66. Théo Cinna. — Non, monsieur, je n'aurai pas « l'obligeance d'insér. r votre\narticle dans mon estimable revue » et je me permettrai, si vous m'y autorisez, de trouver\nvotre Midi faible comme une poitrinaire agonisante.\n   67. E. F. L. — Impossible d'écrire à la J. B. sans donner son nom à la direction. Des\nennuis passés nous obligent à cette mesure qui n'a rien de draconien.\n   68. Hatto. Gand. — C'est une amplification cela, cher confrère, copiée dans un de vos\nvieux cahiers de troisième latine. La J. B . n'ouvre pas de concours, que diable !\n   69. Villeneu. — Non, non, cher confrère; de vos croquis, l'un n'est pas bon, l'autre est\nmauvais, et il n'y en a pas de troisième !\n   70. A l'auteur de Le Long du Boulevard.. — Egaré la lettre jointe aux poésies. Votre\npetite couturière est fraîche et drôlette, nous la prenons pour le sérail.\n   71. V. Rite.— Votre Mort d'Alphonse, parent de la Complainte de Troppman du nommé\nRol'.inat et de l'Amant d'Amanda, est tout simplement détestable. Triste mais vrai. Cor­\ndialement.\n  Notre prochain numéro contiendra la première partie d'une série d'études esthétiques\nd'AlbertGiraud.\n  Les manuscrits non acceptés seront brûlés, à moins de désir contraire.... affranchir.\n                       B R U X . — I M P . A D . MERTENS, 12, RUE D ' O R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 329, "page_fin": 335, "titre_corps": "Le Jeune Mouvement littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "LE JEUNE MOUVEMENT LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "LA JEUNE BELGIQUE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNETS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 390, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 2239, "texte": "LE JEUNE MOUVEMENT LITTÉRAIRE\n\n                                                         A l'Art moderne.\n\n     L'Art moderne, dans une suite de très sérieux articles intitulés : Le\njeune mouvement littéraire, fait l'historique de l'évolution d'Art qui\n semble aujourd'hui s'affirmer en Belgique avec tant d'unité et de force.\n     Pour nos lecteurs et pour le public, nous ne connaissons pas l'auteur\n de ces articles: les directeurs de l'Art moderne estiment avec raison\n qu'une critique a plus de poids venant d'un écrivain mystérieux, mul­\n tiple, et qui semble l'organe d'un groupe ; c'est précisément à cause de\n la gravité de ces critiques et de l'importance qu'elles ont auprès des\n abonnés de ce journal, que La Jeune Belgique ne peut, par son silence,\n ratifier un article dont elle n'admet ni l'opportunité ni même l'équité.\n     L'Art moderne nous ayant dit franchement son avis, nous n'avons\n  pas à nous gêner pour lui dire le nôtre. Le moment est venu d'ailleurs\n  de fixer notre programme et de justifier nos attaques. La campagne que\n  nous avons menée n'a été ni assez violente ni assez prolongée pour nous\n  permettre de nous arrêter et de constater un résultat qui n'est atteint qu'en\n  partie.\n     L ' A r t moderne parle de nos « réputations dès aujourd'hui bien assises » ;\n  l'auteur de l'article ne vivant qu'avec des lettrés et des artistes, se figure,\n  parce que ceux-ci apprécient notre œuvre, que le grand public la connaît.\n  Hélas! notre mouvement est plus restreint qu'il ne le pense, et nos\n  tempêtes qui après avoir sévi dans un verre d'eau, grondent peut-être\n  aujourd'hui dans un étang, n'en sont pas arrivées encore à remuer des\n  atlantiques.\n     En cela donc, l'Art moderne se trompe. Affaire à lui. Mais où nous\n  avons le droit d'être profondément tristes et blessés, c'est lorsque ce\n  journal qui a encouragé nos efforts, soutenu nos luttes et joûté pour,\n  nous, avance des faits qu'il ne peut prouver, qui atteignent notre pro­\n  bité littéraire et notre indépendance, qui surtout sont de nature à fournir\n  de triomphants arguments aux écrivassiers qui, comme des chiens sour­\n  nois, hargnent à nos bottes.\n                                                                            25\n"}, {"page_pdf": 391, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "                                       — 330 —\n\n     « Quand on est toujours à l'affût d'un compte-rendu, dit l'Art moderne\n    qu'on court les re'dactions de journaux pour obtenir une réclame, quand\n  « cette réclame on la rédige soi-même en se qualifiant d'écrivain de race,\n  « en louant les beautés de son style et l'amplitude de sa pensée, quand\n  « on accompagne ses propres œuvres de qualificatifs aimables et louan­\n    geurs, quand on en expédie des exemplaires à quiconque peut servir,\n  « voire à des académiciens qu'on éreinte devant le public, on fait en\n  « somme un piètre métier. »\n    Voilà une accusation directe et agressive Jamais nos pires ennemis —\n pas même les grimauds sans conscience ni dignité de L'Office de Publi­\n cité, ne nous en ont adressé de pareilles. Un bon pavé de l'ours à la Jeune\n Belgique. Eh bien, voici notre réponse.\n    Ceux d'entre nous qui ont publié, et que vous visez dans ce paragraphe\n de votre article, ont envoyé — ou plutôt fait envoyer leurs livres, — (car\n généralement ce service de presse est laissé à l'éditeur) — à la presque una­\n nimité des journaux de Bruxelles, comme à l'Art moderne. Est-ce là\nun crime? Ou bien aurait-il fallu n'envoyer les volumes qu'au seul Art\nmoderne ? Sans doute les articles de ce journal pèsent d'un grand poids\ndans les balances de la critique, mais il nous paraît difficile qu'un écri­\nvain puisse se contenter de cette unique appréciation. Quant aux\naccusations de réclames rédigées par nous et pour nous, de courses dans\nles bureaux de rédaction pour obtenir un article, d'envois à des acadé­\nmiciens que nous éreintons, nous défions l'Art moderne de pouvoir\narticuler une seule preuve de ces différents actes, soit contre l'ensemble\ndes nôtres, soit contre l'un d'eux isolément.\n\n                                           II.\n\n    L'Art moderne nous reproche « le dédain des jeunes pour ceux qui\n naquirent avant eux, exprimé lors de conjonctures récentes dans une\nforme qui à dépassé la mesure des convenances et de l'équité. » (1)\n    Or, dans le cours même de son étude, l'Art moderne parle des vieux\n comme d' « académiques qui, après avoir juré qu'ils feraient semblant\n de ne rien entendre, se sont mis en branle autant que l'ont permis leurs\n vieilles jambes, exhalant sur tous les rythmes leurs plaintes entremêlées\n de tousseries » — « le groupe des radoteurs et des ganaches — l'épo­\n que antédiluvienne où l'on vit surgir les êtres bizarres dont les exem­\nplaires, encore vivants en partie, mais chargés d'ans, peuplèrent les\n\n\n  (I) L'Art moderne, n° 26 (1er juillet 1883) p. 203.\n"}, {"page_pdf": 392, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "                                    — 331 —\n\nacadémies. Curiosités zoologiques destinées à disparaître, gonflés,\ndémesurés, disproportionnés, lourds et toujours menaçants, écrasant\ntout sur le passage de leurs membres mégalosauriques, prenant pour\ndes merveilles leurs plates déjections, fades d'odeur et de couleur. » (1)\n    La Jeune Belgique a rarement été si loin dans l'expression d'un\nmépris qu'elle partage d'ailleurs avec l'Art moderne, mais l'eût-elle fait,\njamais, elle n'a dit trois pages plus loin que les expressions doivent être\nmitigées et qu'il n'y a rien de comparable à la modération ! — franche­\nment elle préfère encore la logique !\n    Enfin l'Art moderne nous reproche d'avoir été « cruels pour Charles\n Potvin. » Il paraît que ce monsieur nous a rendu un très grand service\nen étant une nullité, en nous ridiculisant inconsciemment à l'étranger;\nil a «déblayé le terrain » en y mettant ses « membres mégalosauriques »,\nil a eu « l'audace de vouloir opiniâtrement affirmer la poésie » (2) en\n faisant des cantates et des pseudo-poèmes qui, à l'aide de subsides et prix\n quinquennaux, lui ont rapporté beaucoup plus que ne gagne aujour­\n d'hui le meilleur poète. L'Art moderne s'apitoie sur lui et demande\n grâce. Mais M. Potvin ne nous a rendu aucun service, il n'a préparé\n aucune voie, il n'a rien déblayé du tout, il n'a fait que retarder notre\n éclosion en asseyant sur nous sa grosse personne gonflée de prétention\n en même temps que d'argent volé à la bêtise et à l'ignorance littéraire\n des gouvernements qu'il a vu défiler sous ses yeux.\n    C'est une grande utopie de croire à cette préparation des forts par les\nfaibles, des vrais par les faux, des brillants par les ternes et des esprits\npar les abdomens.\n    Nos initiateurs, sont, ou bien ici en Belgique : Van Hasselt, De Coster,\n Pirmez, pour ne citer que les morts, ou là-bas, en France, — chose bien\n naturelle puisque nous essayons d'écrire en français —, Cladel, Flau­\n bert, Goncourt, Zola, Barbey d'Aurevilly. On se demande comment la\n si fantastique théorie de l'initiation de Camille Lemonnier par M. Potvin\n a pu naître dans l'imagination... fantaisiste de l'Art moderne, à moins\n que l'auteur de l'article ne se soit mal expliqué, et n'ait voulu insinuer\n ce paradoxe : que la vue du Laid tourne inconsciemment vers le Beau !\n     Enfin ! M. Potvin passe Initiateur en chef.\n     Non seulement notre Initiateur, mais celui de Lemonnier, d'Edmond\n  Picard, de Pirmez, de tous nos aînés.\n\n\n\n  (1) L'Art moderne, n° 25 (10 juin 1885) p. 182.\n  (2)       id.   n°    26, p . 200.\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1644, "texte": "                                  — 332 —\n\n   Citons quelques vers de l'Initiateur :\n\n      Gloires de mon pays, jamais mon humble vie\n      Des sentiments jaloux ne connut l'acre émoi;\n              Mais vous, vous seuls, je vous envie,\n      Chers maîtres : vous pouvez le servir mieux que moi !\n\n     Vous dont l'œuvre vivra, vous dont le nom domine,\n     Stas, Thonissen, Liagre, Houzeau, Dupont, Faider;\n            Vous les héritiers de Comine,\n     Vous qu'on nomme Wacken, Vieuxtemps, Wiertz, De Coster;\n\n     Vous qui, d'un doigt subtil ou de vos mains puissantes,\n     Défrichez l'utopie ou sculptez un joyau,\n             Et vous, sommités renaissantes\n     Qui nous rendez Defacqz, Verhaegen et Castiau ;\n\n     Vous qui prodiguez l'art comme l'Escaut ses ondes,\n     Qui drainez la science en canaux infinis.\n     Vous qui portez le nom du pays aux deux mondes,\n            Je vous envie et vous bénis !\n\n     Ils seront là, les morts, à la tête étoilée ;\n     Léopold, Leys, Fétis, Weustenraad, Ledeganck:\n             Les vivants : Frère, Laveleye,\n     Van Praet, Laurent, Gevaert, Stevens, noble ommegang ! (1)\n\n           C'était au temps où le bimane,\n           Vivant dans un champêtre enclos,\n           Avait le ton, le cri, l'organe,\n           Mais non les mots. (2)\n\n           Et la mère, triste économe,\n           Veille aux vierges, cœurs innocents\n           Qui ne battront qu'au métronome\n           Du calcul pris pour le bon sens. (3)\n\n\n   (1) La Patrie de 1850, poème couronné au concours ouvert par la commission des\nfêtes (1880) I X .\n   (2) En famille. Bruxelles. Parent. 1802—p. 52.\n   (3) Poème d'avril.\n"}, {"page_pdf": 394, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1731, "texte": "                                  — 333 —\n\n            Jacque en ses bras tint Toinette,\n            Il pouvait, sans grand malheur,\n            La prendre à la baïonnette,\n            Mais il respecta son honneur! (1)\n\n            Il chante, et pour peu qu'il progresse,\n                    Il parlera.\n            Elle lui répète sans cesse :\n                       Papa ! Papa !\n\n            Le père est là qui rivalise\n                        Et gravement\n            Parle à l'enfant et veut qu'il dise :\n                       Maman! Mam'man !\n\n           — Écoute ! Pap ! papa ! — La mère\n                    A triomphé,\n           Papa ! Dans des bras, l'heureux père\n                    L'eût étouffé, (2)\n\n\n                                       III\n\n   Nous en arrivons à la grande théorie que développe l'article de l'Art\nModerne. Il parle de la forme et du fond, concluant toujours au but\nsocial que doit chercher à atteindre l'artiste. L'Art pour lui doit avoir\nun résultat plus sérieux que la jouissance intellectuelle de quelques\nesprits affinés qui seuls en peuvent comprendre l'esthétique. Donc point\nde fantaisie, cela ne dure pas, c'est la pastille du Beau, aussitôt fondue.\nOn peut en faire ... comme récréation de jeunesse, mais pour en arriver\nseulement à moraliser les masses par de profondes pensées « de fond »\nrevêtues de cette forme dont on a fait l'apprentissage. Un beau sonnet\ndémontrant la nécessité du suffrage capacitaire est cent fois plus beau\nqu'un beau sonnet sur la profondeur des bois où l'infini des cieux.\nUn rondel peut au besoin servir à combattre les impôts sur le\ntabac, et cette idée exprimée sur un rythme harmonieux sera bien supé-\n\n\n (1) En famille, p. 59.\n (2) En famille, p. 36.\n"}, {"page_pdf": 395, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2816, "texte": "                                — 334 —\n\n rieure à un rondel de Banville ne servant à rien du tout — qu'à nous\n faire goûter une longue et inexprimable joie. C'est la rengaine de l'Art\n et de la morale, cent fois tranchée par les Gautier et les Baudelaire.\n L'Art doit être de l'Art et rien de plus. Il ne prouve point, il n'est pas\n démonstratif, car sinon il serait plutôt une science. Et jamais — voyez\n Voltaire, voyez Dumas fils — , l'Art ne réussira à démontrer n'importe\n quoi. Malgré tout le génie que l'on mettra dans le développement\n de telle ou telle fable prise pour exemple, une autre fable pourra servir\n de preuve contraire, car les dénouements ne sont pas des conclusions.\nD'un cas particulier il ne faut rien induire de général, et les gens qui\nse croient par là progressifs, vont à l'encontre de la science moderne,\nlaquelle exige qu'on amasse beaucoup de faits avant d'établir une loi.\n    L'Art n'a aucune mission sociale — directe ; il en a une en ce sens qu'il\nrend certains hommes très heureux, voilà tout. Et qu'on le note, plus\nl'Art est grand, moins il émeut spontanément, moins il émeut les masses.\nLe gros public s'ennuie au spectacle d'une tragédie, quelque merveilleuse\net magnifiquement exécutée qu'elle soit; le Fils de Monte-Christo tom­\nbera toujours le Cid, et Boccace l'emportera toujours sur Egmont,Fidelio,\nou Annide. La Brabançonne éclipse la Marche Turque, et tel pleurera\nsur les infortunes des Deux Orphelines qui sera parfaitement insensible\naux pleurs d'Andromaque et aux sanglots d'Œdipe ou du roi Lear.\n    Il y a là un effet purement physique causé soit par le trémolo d'un\nartiste à ficelles, soit par la vue des mouchoirs qui reçoivent les pleurs\ndes voisins.\n    L'Art est aristocratique, il est compris en raison inverse de sa magni­\nficence. L'Art populaire et social n'est pas de l'Art. Il n'existe pas. Que\nl'on ne cherche pas à donner au Beau une portée qu'il ne peut avoir ;\nil est indispensable, en un sens, à une fraction d'esprits comme au corps\n le pain et le sel. Que l'on supprime les livres, les tableaux, la musique,\nnous n'aurons plus — nous— qu'à nous en aller, l'esprit mort de faim;\nmais laissez le peuple à son pseudo-Art qu'il aime, à ses imageries d'Epi­\nnal, à ses complaintes de violoneux, qui lui procurent des jouissances\nanalogues aux nôtres. Et ne compromettez point l'Art en le faisant\ndescendre jusqu'au peuple, alors qu'il est impossible de faire monter le\npeuple jusqu'à lui.\n    Vous nous répondrez : instruisez-le obligatoirement. Eh oui, mais\ncela ne suffira pas, il faudra le perfectionner — obligatoirement —, lui\nfaire voir les musées de Rome, de Dresde, d'Amsterdam, de Madrid et\nde Paris — obligatoirement —, lui faire lire entre ses heures de travail\ntous les grands écrivains de quatre siècles — obligatoirement —, le faire\n"}, {"page_pdf": 396, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1036, "texte": "                                   — 335 —\n\naller obligatoirement pendant ses repos de dix minutes à l'Opéra et aux\nconcerts du Conservatoire, lui enseigner — obligatoirement — le grec et le\nlatin pour qu'il comprenne Hésiode et Virgile — et si entre-temps il a\nfait sa tâche — celle qu'il a reçue en legs de ses pères, s'il est parvenu à\ncomprendre,      au point qu'il soit beaucoup trop perfectionné pour con­\nsentir encore, lui, l'aristartiste, à tailler le cuir ou à tisser la laine, il fau­\ndra le pervertir — o b l i g a t o i r e m e n t — , pour qu'il puisse comprendre les\nbeautés subtiles, exquises, mortellement puissantes de l'Art dit de la\nDécadence?\n   T o u t cela est de la superbe utopie.\n   L'Art moderne excelle parfois à exécuter d'adorables voltiges sur la\ncorde roide du paradoxe social. Il rêve de construire, là-bas, en Icarie,\nune cité intellectuelle splendide, mais inhabitable pour les vrais artistes.\n\n                                                   LA JEUNE BELGIQUE.\n\n\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 335, "page_fin": 343, "titre_corps": "Sonnets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Van Arenbergh", "ancre_debut": "SONNETS I SONNET MIGNARD", "ancre_fin": "EMILE VAN ARENBERGH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOUVELLES POUR LES JEUNES FILLES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 396, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 1036, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "SONNETS\n\n                                       I\n\n                          SONNET MIGNARD.\n\n       Honte d'amour ! pudeur d'un cœur qui se dévoile !\n       Je pâlis, je rougis en passant près de toi,\n       Je n'ose regarder, — mais je sens jusqu'à moi\n       Descendre de tes yeux comme un baiser d'étoile.\n\n       Tu regardes ainsi, sans songer, au hasard;\n       Mais, pareil à la mer, qui dans toutes ses lames\n       Berce un soleil aussi sous le soleil de Hammes,\n       Mon cœur illuminé s'emplit de ton regard !\n\n       Ton corps souple, en sa marche, a des bercements vagues\n       Comme une balancelle au rythme mou des vagues,\n       Et dégage un parfum fait d'âme et de benjoin.\n"}, {"page_pdf": 397, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "                          — 336 —\n\nJe cherche en chaque femme un trait qui te ressemble,\nEt lorsque tout à coup je te vois, il me semble\nAvoir senti tantôt que tu venais au loin.\n\n                                II\n\n                   SONNET        D'ANTAN.\n\nEn tes yeux clairs riaient les matins bleus et frais,\nEt Floréal n'était que ton printemps de femme :\nLe parfum de la fleur, c'était ton odeur d'âme;\nA travers ton avril, je sentais Dieu plus près.\n\nTa'chair, comme un ciel d'aube, avait des nacres roses:\nC'était une splendeur éblouissant le jour;\nEt la brise sur toi, dans un baiser d'amour,\nTremblait comme la lèvre invisible des choses.\n\nPartout une bonté descendait du soleil ;\nLes arbres vacillaient, comme ivres de l'éveil,\nEt les blancs papillons neigeaient dans la lumière.\n\nTa route s'enfonçait dans un horizon d'or :\nEt tu ne voyais pas ton ombre, par derrière.\nQui s'allongeait, — pareille au bras noir de la mort.\n\n\n                              III\n\n                       LE PONTON.\n\nAinsi qu'un ponton noir qui danse sur la houle\nMais que l'ancre invisible attache aux bords toujours,\nMon cœur, plein de désirs captifs, fatigue et roule\nDans un flux et reflux de fugitifs amours.\n\nLe cable qui l'amarre à la terre ancienne,\nEt le tient prisonnier des choses d'autrefois,\nDu plus loin de mes jours, ô la première mienne.\nTu le gardes encor, sans savoir, dans tes doigts.\n\nOr, ce ponton jadis était ton beau navire,\nQui s'en allait partout, arborant tes couleurs,\nChercher pour te parer les gemmes et les fleurs.\n"}, {"page_pdf": 398, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "                         -    337    -\n\nLa mer, qui t'y berçait, avait un chant de lyre ;\nEt, pour les pays bleus au large appareillant,\nLe vaisseau noircissait sur un soleil sanglant.\n\n\n                              IV\n\n                         CAMAÏEU.\n\nDans le boudoir ponceau, les velours, les satins,\nOnt, comme un baiser rose, une douceur vibrante ;\nLa lampe ennuagée en son globe amarante,\nRêve comme une lune en des pourpres éteints.\n\nDans l'écrin de santal, où leur flamme radie,\nEscarboucles, rubis, cornalines, grenats,\nCoraux s'entrelaçant en rameaux incarnats,\nMêlent des sangs d'aurore à des feux d'incendie.\n\nLa gamme des carmins chante aux fleurs du tapis ;\nLa chair des roses - thé, sur de fauves mastouches,\nSemble des talons nus qui sortent des babouches.\n\nLes lourds rideaux vineux roidissent, assoupis ;\nVole un ara vermeil, et son cri rude éclate,\nDans le rouge silence, — ainsi que l'écarlate.\n\n                               V\n\n                       LA N Y M P H E .\n\nDans la source, à midi, la Nymphe se dévoile;\nSur l'eau court autour d'elle un frisson de soleil :\nSa blanche nudité dans le bassin vermeil\nLuit comme un diamant serti dans une étoile.\n\nEt, de son corps divin glissant à chaque ébat,\nGazes vertes des flots et dentelles d'écume.\nPerles de rose argent, qu'un rayon vif allume,\nTout son clair vêtement d'onde à ses pieds s'abat.\n\nLa fleur du nénuphar, comme une main de neige,\nDes regards de Satyre, ô Nymphe, te protège :\nSeul, de son baiser d'or t'atteint l'astre amoureux;\n"}, {"page_pdf": 399, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1617, "texte": "                            — 338 —\n\n Et le soir, quand sur lui s'étend l'ombre géante,\n Tu vois sa bouche rouge, à l'horizon béante,\n Vomir sur ta blancheur tout son sang lumineux.\n\n\n                                VI\n\n                          SOUVENIR.\n\n O le printemps d'avril ! les premiers rendez-vous !\n — Ils s'attendaient, là-bas, sur le vieux pont de pierre,\n Croulant sous un assaut d'herbe folle et de lierre,\n Et s'y sentant bien seuls, ils l'appelaient : — chez nous.\n\n Par moments, l'air, comme eux, vibrait d'un souffle doux;\n Rêvant, ils regardaient s'allonger la rivière\n Frissonnante au soleil d'écaillés de lumière,-\n Et d'un rayon sous l'onde allumant les cailloux...\n\n Ils se parlaient tout bas, et sans s'écouter même :\n Tous ce qu'ils se disaient voulait dire : — je t'aime !\n C'était le gazouillis de l'aube dans leur cœur?...\n\nEt lui songe —, à présent qu'elle s'en est allée —,\nQu'il n'aura plus d'amour, et que son âme en fleur\nA laissé son parfum au pied qui l'a foulée.\n\n\n                               VII\n\n                    D E V A N T LA M E R .\n\nDevant nous, c'est la mer. Une voix amoureuse\nNous parle l'un de l'autre en la rumeur des flots :\nPour la mieux écouter, tu tiens ton œil mi-clos,\nEt tu sens dans mes bras comme une angoisse heureuse.\n\nVoici le soir qui tombe, et le couchant vermeil,\nComme un rideau de pourpre, où rutilent des flammes,\nSe détachant des cieux, s'écroule dans les lames,\nEn les éclaboussant de rubis de soleil.\n\nComme en de bleus miroirs, luisant sous ta paupière,\nJe regarde en tes yeux la mort de la lumière,\nEt l'écarlate orgueil du ciel agonisant;\n"}, {"page_pdf": 400, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1538, "texte": "                         — 339 —\n\nEt, dans ce reflet rouge, au fond de ta prunelle,\nJe vois mon cœur blessé qui s'est empreint en elle,\nEt qui, dans un baiser, l'a teinte de son sang.\n\n\n                             VIII\n\n                        MOYEN AGE.\n\nAssise en son retrait, devant l'âtre qui luit\nEt fait frisser sa vie ardente dans les cuivres,\nLa châtelaine rêve, oubliant tout déduit,\nSa harpe, sa quenouille et le coffre des livrés.\n\nElle songe au baron, qui s'en fut outre-mer\nFérir les Sarrazins, — Saint Denis le protège !\nOr, la pauvre l'attend, et, par ce soir d'hiver,\nFouille des yeux les champs, blancs de lune et de neige.\n\nSon svelte lévrier soudain hurle à la mort,\nEt, dans les vents aigus, dont claq'uent les verrières,\nElle entend le Maufàit rire de ses prières,\n\nPuis un râlé... Et là-bas, à l'arbre qui se tord,\nTandis qu'elle demande à Dieu miséricorde,\nUn manant, branché hier, danse au bout de sa corde.\n\n                               IX\n\n                  SONNET        ORIENTAL.\n\n Je rêve un Orient aux mortelles féeries,\n Où la mort elle-même est une volupté ;\n — Terre étrange, où le mal est aussi la beauté,\n Où le boa vous broie entre ses pierreries.\n\n Là le mancenillier lève un rouge éventail ;\n L'aspic, ouvrant sa gueule à l'oiseau qui voltige,\n Semble une fleur de sang qui rampe sur sa tige,\n Et rauquent leurs cris faux les perruches d'émail.\n\n Blanche aieule, la lune, ô poète, s'incline,\n Et, tournant ses fuseaux d'astres, dans le ciel clair,\n Pour t'en faire un linceul tisse sa mousseline.\n"}, {"page_pdf": 401, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1497, "texte": "                           — 340 —\n\nL'hyène impure et lâche y déchire ta chair,\nEt le condor, gorgé d'entrailles et de moelles,\nAvec ton cœur au bec plane dans les étoiles.\n\n\n                                X\n\n                        LE VÉSUVE.\n\nLe Vésuve, en la mer comme en un bleu miroir,\nMire son casque d'or aigrette de fumées,\nEt le jet retombant des laves enflammées\nMêle une penne rouge à son panache noir.\n\nLe poète est semblable au volcan solitaire :\nEn bas, la foule danse au bord des flots chanteurs,\nDans la belle lumière et les molles senteurs,\nEt demande à quoi bon ce stérile cratère.\n\nLui, — dans les cieux muets, il se dresse hurlant;\nToujours il sent saigner sa blessure à son flanc,\nIl la sent jusqu'au fond de lui-même descendre.\n\nMais tout à coup s'ouvrant, dans l'ombre qui s'enfuit\nEt déchirant son sein, plein de flamme et de cendre,\nIl allume, superbe, un soleil dans la nuit.\n\n                              XI\n\n                     DE PROFUNDIS.\n\nAu fond de l'abîme, où, dans la nuit éternelle,\nMonte au travers des temps l'éternelle clameur,\nL'océan des vivants se tord, bondit, chancelle,\nEt le vent dans le vide emporte sa rumeur.\n\nSans cesse, sous les flots qui retombent en elle,\nCette marée humaine atteint plus de hauteur ;\nDe la vague écroulée une vague nouvelle\nSe fait, fouillant plus haut la noire profondeur !\n\nEt, tandis qu'aux parois du gouffre, empli de brume,\nLes races vont roulant leur râle et leur écume,\nEt s'élèvent toujours comme le flux des mers,\n"}, {"page_pdf": 402, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": "                           -    341    -\n\nLà-haut, aux bords croulants, dans une aube vermeille,\nSur sa croix, où le cri des ténèbres l'éveille,\nLe Christ, penché sur l'homme, attend, les bras ouverts !\n\n\n                               XII\n\n                           STABAT.\n\nEt Jésus expirait. Là-haut, sur l'arbre infâme,\nSes bras levés s'ouvraient, étendant le pardon,\nEt, le grand cri jeté, quand succomba son âme,\nLe sol se déchira du suprême frisson !\n\nEt la nuit, noir tombeau, s'ouvrait à l'horizon\nSur le soleil couché sous un linceul de flamme ;\nEt le crucifié, dans l'immense abandon,\nSentit mourir son cœur dans le cœur d'une Femme.\n\nO Dieu, tandis qu'alors ta foudre t'échappait,\nQue la mort dans ton Christ toi-même te frappait,\nEt remportait sur toi sa victoire éphémère,\n\nPeux-tu dire ce qui, dans le plateau sauveur,\nA pesé le plus lourd de son poids de douleur :\nEst-ce le sang du Fils ou les pleurs de la Mère ?\n\n                               XIII\n\n                        TOUJOURS.\n\nTandis que lentement, en ton cœur recueillie,\nTu suivras le sentier amoureux de tes jours,\nJ'irai seul et portant sur mon âme meurtrie\nLe cadavre immortel des premières amours.\n\nMais tel qu'un naufragé, perdu dans l'agonie\nDe la mer, jette encore un appel aux cieux sourds,\nAvant de disparaître en la nuit infinie,\nA toi qui dit : JAMAIS ! je crie encor : TOUJOURS!\n\nCar c'est ainsi que j'aime, et bien que je m'en aille,\nQue plus rien de mon cœur en ton cœur ne tressaille,\nLe vent sur mon autel n'éteindra pas le feu :\n"}, {"page_pdf": 403, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "                        — 342 —\n\nIl emporte la cendre et relève la flamme !\n— Et, puisque tu m'as fait une âme de ton âme,\nNos lèvres s'uniront sur les lèvres de Dieu.\n\n\n                            XIV\n\n                 SONNET MYSTIQUE.\nJe sais une chapelle, où jamais du dehors\nAucun bruit, dans la paix d'éternité, ne tombe;\nUn vieux prêtre, courbé sur des marbres de tombe,\nY chante nuit et jour les prières des morts.\n\nTout au fond, comme un cœur transpercé de flambergcs,\nSaigne un rouge vitrail, traversé de rayons ;\nDans l'air rose, l'encens fond en bleus tourbillons,\nEt des larmes de feu tremblent au bout des cierges.\n\nLà, parmi les clartés, les chants et les parfums,\nA genoux désormais au pied de ses reliques,\nLe vieux prêtre se meurt de voluptés mystiques.\n\nSous la dalle, il a mis tous ses amours défunts ...\n— Depuis, il garde au cœur le froid de ceux qu'il aime,\nEt, debout sur ses morts, il se pleure lui-même.\n\n\n                             XV\n\n              SONNET DE BRUMAIRE.\n\nLa vesprée automnale a la paix d'une église ;\nSous la lune, Vénus, dans l'encens gris du soir,\nS'allume comme un cierge au pied d'un ostensoir;\nOn ne sait quoi d'immense et de doux agonise.\n\nLes arbres noirs, pareils aux funèbres veilleurs,\nRâlent, mourant eux-même, une plainte affaiblie;\nLeur tronc maigre est levé comme un bras qui supplie,\nEt leurs feuilles sans bruit tombent comme des pleurs.\n\nTandis qu'à l'horizon, élargissant ses voiles,\nLa nuit monte et s'étend sur un vaste sommeil,\nComme un drap de cercueil qui se larme d'étoiles,\n"}, {"page_pdf": 404, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 278, "texte": "                                — 343 —\n\n        Là-bas, le ciel qui perd son âme, le soleil !\n        Cadavre lumineux, fond et se décompose,\n        — Et plongent des corbeaux dans sa chair verte et rose.\n\n                                          EMILE VAN     ARENBERGH\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 343, "page_fin": 345, "titre_corps": "Variations sur « Les Prunes »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Nouvelles pour les jeunes filles", "signature_source": "Pour copie informe : Max Waller", "ancre_debut": "NOUVELLES POUR LES JEUNES FILLES", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 404, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 278, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "NOUVELLES POUR LES JEUNES FILLES\n\n                                      I\n\n              VARIATIONS SUR « LES PRUNES ».\n\n   Si vous voulez savoir comment nous nous aimâmes pour des prunes,\npour un rien, sous la tombée tiède du soleil de printemps qui jaillissait\ndu ciel éclaboussant les feuilles de ses miroitements fous, je vous le\ndirai doucement, à voix basse, de peur que ce doux souvenir ne s'envole\navec le vent parfumé qui baise vos cheveux d'or, lectrice.\n   Si vous voulez savoir comment, je glisserai dans votre petite oreille\nrose, rose encore de la dernière déclaration de votre ami, le secret de ce\nmatin de joie. Voyez-vous, l'amour vient toujours en dormant chez les\nbruns comme chez les brunes, il tombe au cœur tout à coup, traîtreuse­\nment, un beau matin ; le rayon alangui d'un œil de femme perce l'épais­\nseur bleue d'une fumée de cigarette, il saute au cœur et rebondit, laissant\nlà sa lueur. On ne veut pas, on essaie de chasser le méchant reflet, mais\nle diable et les prunes sont là qui rient. Le reflet se multiplie et devient\nastre, le cœur murmure, chante, et bientôt la voix tendre s'étend,\ngrandit, tonne, et jette au ciel la clameur radieuse de l'amour triom­\nphant !\n   En quelques mots, voici comment nous aimâmes... pour des prunes !\n\n\n   Mon oncle avait un grand verger et moi j'avais une cousine blonde\nau nez en trompette — un petit nez qui semblait rire — aux yeux bleu\nde ciel au fond desquels dansait une moquerie d'enfant, aux lèvres roses\ncomme le velours des abricots mûrs ; son mignon pied de marquise se\ntortillait dans des souliers mordorés dont le bronze tranchait sur le rose\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "                                 -   344    -\n\n des bas de soie à jours — à grands jours indiscrets. — O ma petite\ncousine, que vous étiez gentillette ainsi, et comme c\"était bon de vous\nregarder, sautillante enfant, quand vous couriez dans les hautes herbes,\nrelevant votre robe du bout des doigts, comme pour danser un menuet!\n    Nous nous aimions sans y songer ; c'était venu comme ça, tout seul,\nentre une aube et un coucher du soleil ; c'était venu avec la rosée : sans\ndoute elle avait pris nos jeunesses éclatantes pour des fleurs et nous avait\ndonné son humide baiser d'amour. C'était venu ainsi ; nos cœurs s'étaient\nouverts en même temps que les muguets, ces clochettes dont le battant\nest une perle, que les campanules festonnées, que les bluets et les coque­\nlicots noyés dans l'océan doré des gerbes.\n    Mon oncle avait un grand verger clôturé d'aubépines, qui montait\ndoucement vers un frêne retombant, sous lequel ma tante avait fait\nmettre des chaises et un grand banc de canne. J'aimais ce bon verger,\ndont l'herbe grasse avait des douceurs de boudoir, dont l'air semblait\nfiltré et attiédi par les arbres aux crêtes basses ; les oiseaux venaient y\nmanger; le printemps faisait leur cuisine, et Mariette riait aux éclats de\nvoir tous ces mignons pierrots éveillés qui venaient piquer les fruits de\nmon oncle. Un grand mannequin fait d'une croix de bois recouverte\nd'une vieille redingote et surmontée d'un chapeau crevé, voulait les\nrepousser de son grand geste bête, mais nos amis perchaient sur son bras\ntragiquement tendu dans l'espace, et même je crois qu'un vieux pigeon\ncynique l'avait inondé de ses... pleurs. N'allez pas répéter cela, au moins\nles pierrots pourraient l'entendre !\n  Donc, mon oncle avait un grand verger et moi j'avais une cousine.\n\n\n\n   Un matin, nous nous promenions dans le verger avec Mariette; elle\navait mis, ce jour-là, sa robe Pompadour, sur laquelle, au milieu de\nfleurs rose-tendre, sautaient des oisillons coupés en quatre par les volants\net les plissés. Les cheveux blonds de ma cousine, relevés et tordus,\ndécouvraient la blancheur de sa nuque, qui appelait le baiser de toute la\nforce de sa voix albe. Moi, j'avais sorti mon plus frais pantalon blanc\net arboré un veston neuf de flanelle bleue à boutons d'or. Et voilà! Tout\ngentils, tout frais, tout mignons, vin matin, nous nous promenions dans la\ntiédeur de l'aube humide. Les cigales et les grillons nous fredonnaient une\nariette; au loin montait une vapeur bleuâtre qui, poussée par une brise,\nvalsait parfois dans l'air avec une mollesse paresseuse, pour s'assoupir\nbientôt dans la tranquillité des gazons. Les coqs, de loin en loin, son­\nnaient la claironnade d'éveil, et du fond des étables, les bœufs répon-\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2547, "texte": "                                 -   345    -\n\ndaient par de longs mugissements ensommeillés. Un matin nous nous\npromenions dans le jardin avec Mariette.\n\n\n   De tous côtés, d'ici, de là, les oiseaux chantaient dans les branches,\nfaisant alterner les strettes avec les trilles, piquant de sautillants pizzi-\ncati, se gargarisant avec la rosée et lançant dans les profondeurs endor­\nmies du bois les magiques puretés de leurs gorges. En si bémol, en ut,\nen la, ils chantaient leur prière du matin, l'ave de la joie et le credo de\nl'amour. De tous côtés, d'ici, de là, on entendait la vie qui allégrait, le\nsourire au front. Les prés en habit de gala avaient mis leurs fleurettes\nblanches dont l'étoilement clair constellait le sol moelleux. Les pâque­\nrettes brillaient comme des communiantes, et tandis qu'elles levaient\nleurs têtes couronnées de pétales blancs, de tous côtés, d'ici, de là, les\noiseaux chantaient dans les branches.\n\n\n   Arrivée au fond du verger, ma cousine lorgne les prunes en faisant\nclignoter son œil drôlet, et la gourmande en veut manger. De fait, ces\nprunes avaient un veloutement et, mûres, étaient gercées de fendilles qui\ninvitaient à mordre ; elles semblaient dire, ces prunes : Allons, mangez-\nnous, nous sommes si bonnes ! Et ma cousine, ma petite cousine blonde,\nregardait soudain de tous côtés avec effarement si mon oncle, mon ter­\nrible oncle, n'était pas là. Petite Eve ! murmurai-je, inquiet... Grand\nAdam! riposta-t-elle d'une grosse voix, et aussitôt lorgnant toujours\nles prunes, elle en prend une, elle la mord et, me l'offrant : « Tiens »\nme dit-elle. Mon pauvre cœur battait bien fort ; il me semblait que dans\nce petit fruit, il chantait, mon cœur ! Je mordis, comme vous pensez, sur\nla trace des lèvres roses, et pendant que je mordais lentement, Mariette\nriait, riait : Que tu as l'air drôle, cousin ! — Ah! oui ! j'avais l'air drôle,\nj'étais amoureux,       pauvre !\n    — Deux années ont sonné leur douze coups sur ce matin de printemps,\net maintenant que ma petite cousine est devenue ma petite femme et qu'un\njoli bébé joufflu est venu mettre ses petons roses dans notre vie, main­\ntenant que notre enfant chéri murmure déjà, dans une langue divine qui\ngazouille, des mots que seuls nous comprenons, nous resongeons à notre\nidylle du verger de mon oncle et, les yeux fixés sur le berceau parfumé\nd'iris où dort notre ange, nous nous aimons toujours, toujours...\n    Plus pour des prunes, par exemple !\n       Pour copie informe :                            ALPH. DAUDET.\n        MAX W A L L E R ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 346, "page_fin": 346, "titre_corps": "Malédiction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Icrès", "ancre_debut": "MALÉDICTION", "ancre_fin": "FERNAND ICRES", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CROQUIS FUNÈBRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 407, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 965, "texte": "MALÉDICTION\n\n           Dès à présent, jusqu'à l'âge où mon pas rendu\n           Traînera lourdement les restes d'une vie,\n           A ton charme fatal trop longtemps asservie,\n           Femme qui m'as aimé, Serpent qui m'as mordu,\n\n           Jusqu'à l'heure où la Mort, exauçant mon envie,\n           Me versant le repos oubJieur qui m'est dû,\n           Après tant de pleurs-vains et de labeur perdu,\n           Clouera dans le cercueil ma carcasse ravie,\n\n           —' Je mets entre nous deux des rancunes sans fond\n           Où le mépris avec la haine se confond,\n           Et que mes vieux désirs savent infranchissables,\n\n           Un désert de dégoût plus large que les mers,\n           Roulant ses dunes comme autant de flots de sables\n           Sous les midis brûlants et les simouns amers.\n\n                                                FERNAND      ICRES.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 346, "page_fin": 348, "titre_corps": "Croquis funèbres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "CROQUIS FUNÈBRES", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 407, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 965, "fin_caractere_exclue": 1328, "texte": "CROQUIS FUNÈBRES\n\n                                      I\n                             NATURE MORTE\n\n   La nuit violàtre imprégnant le bois peu à peu, bouche la perspective\nde deux routes sans fin, croisées au cœur de la futaie. Plus rien n'y\npasse ; la dernière silhouette, affaissée dans l'attitude d'une marche péni­\nble, à pas sourds, tout au loin s'enfonce.\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "                            .   — 347 —\n\n   Un homme vient de se pendre au carrefour : Une grimaçante convul­\nsion d'épileptique ; quelques secousses à travers bras et jambes ballant\ndans le vide, et, sous la branche ployée, l'allongement raide d'un corps\ndont l'agonie s'est éteinte dans un effroyable pirouettement.\n   Tout seul, maintenant, dans ce trou de forêt sombre, on dirait qu'il\na peur. Sous les paupières mal jointes, ses yeux morts sont fixes. Dos\nrond, tête basse, langue poussée, lui font l'air abruti d'un lâche.\n   Autour de lui, pas une brise. L'air chaud s'épaissit, très lent; sa corde\nen grinçant se détord, et le pendu, dans la profondeur noire, tourne,\ntourne...\n\n                                     II\n\n                             LES BUCHERONS\n\n    Le ciel que tourmente un vent d'ouest charrie d'épais coussins de\nvapeur dans ses nappes bleues, et sur un fond de paysage mêlé d'eau et\nde soleil, la forêt morte s'étend à claire-voie. Ses arbres secs s'allongent\nen rayures noires vers la lumière; à leur pied, dans le sol glaiseux qui\nsous bois se détrempe, des tas de feuilles rousses achèvent de pourrir.\nLe vent frôle sans bruit cette nature décharnée; par la forêt, le calme\ns'épand, au large. Seul, y retentit le heurt des cognées aux arbres qu'on\nassomme. Une vague, flottante et lointaine rumeur enveloppe le silence.\n    Depuis le matin, chantent les bûcherons ; les deux plus vieux à terre,\nle buste en chemise rouge, la casquette dans la nuque, les mains jointes\nà l'outil qui s'élève implacable et retombe, et chaque coup porte, écorche\nle hêtre et l'entame à la base, où la chair blanche apparaît sous les\néclats.\n    Un troisième, là-bas, juché dans les hauteurs, se cramponne, le tronc\ncloué au tronc, les pieds ancrés dans l'écorce; il frappe, la branche craque\net bascule, traverse en bruissant la ramure pour s'abattre, et suivant\nles oscillations de la cime, là haut, l'arbre entre les jambes, le corps\n ramassé, l'homme en l'espace un instant se balance. Alors, immobile\n à nouveau, dégage un à un les crocs de ses bottes et faisant un demi-tour,\n va se planter la face au midi. Il s'est remis à cogner. Devant lui, défilent\n lentement de gros nuages noirs, un vent mouillé lui glace la joue droite;\n quand soudain le soleil jaillit éblouissant, un trait de lumière inondant\n le bûcheron, le frappe aux yeux. Sa hache portée à faux coupe la corde\n  qui le tenait au tronc et l'homme à la renverse vient imprimer son\n  crâne dans la terre molle.\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "                                 — 348 —\n\n\n                                      III\n\n                                  LE VIEUX\n\n     Au faubourg, un après-midi de juillet, dans une rue fraîche de\n plâtrages aux madéfïantes exhalaisons, des paveurs au repos s'écartaient\n devant un corbillard de paroisse; un équipage traînaillant et boiteux,\n dont la voiture barbouillée de jaune sent le mort et l'attèle de rosses\n étiques. Suivaient un prêtre en robe et deux hommes d'église, deux por­\n teurs de civières, brutes à face sombre.\n    Comme un tombereau, le corbillard vint en heurtant, s'acculer au trot­\ntoir, devant une porte qui s'ouvrit au prêtre et à ses hommes. Les chevaux\ndont le cuir crevait aux articulations saillantes, allongèrent le col entre\nles genoux ployés. Le croque-mort, désormais en fonctions, empochant\n sa casquette, se posa en travers de la tête un claque jadis noir, avec, aux\npointes, deux loques grasses qui lui battaient les tempes. Puis, il\n attendit.\n    La demeure n'avait rien de funèbre : une maison neuve, à pic sous le\nciel ardent qui roulait du sang bleu, façade joyeuse, haute et claire,\ndilatée au soleil, toutes fenêtres ouvertes; au rez-de-chaussée, des fleurs.\n    Un homme, petit vieillard coiffé d'une calotte à floche, vint au balcon.\n Il vit le croque-mort qui s'étirait en bâillant sur son siège, il vit la croix\njaune, et rentra.\n    Tout aussitôt, le prêtre en bas, ressortait; et l'homme, alors, tête nue,\nchapeau à la main, réapparut dans la rue, seul triste, seui en deuil, à\n suivre un cercueil lourd allongé sous son christ. Simplement, comme\ns'il partait pour une promenade, il tira la porte, et l'on alla, lui, le\n crâne chauve à nu, le regard fixe, un peu de larmes sous les yeux ; à son\n côté, le prêtre, tête basse sous un tricorne, les mains dans les manches,\n par habitude ; il semblait prier ; le vieux pleurait.\n     L'on vit le char cahotté pendant un court trajet et devant la croix\ntremblante, le claque et ses pleureuses ballottés ou roulés comme sur\n une tête d'ivrogne.\n    Sans un salut, sans un coup de cloche, au pied de l'église, on déchar­\ngea la boîte; le coffre de chêne clair étincelant au jour, éclaboussa de\nsoleil son christ ; lors, s'abaissa sous la petite porte arquée du bas-côté,\nle cortège pauvre : Le mort entre ses deux porteurs, le prêtre ensuite et\nle vieux, qui pleurait toujours.\n                                                    HENRY MAUBEL"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 349, "page_fin": 350, "titre_corps": "Les Échos militaires du major La Flamme", "titre_sommaire": "Les Échos militaires", "rubrique": "", "signature_source": "Jacques Arnoux", "ancre_debut": "LES ÉCHOS MILITAIRES", "ancre_fin": "JACQUES ARNOUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 410, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "LES ÉCHOS MILITAIRES\n                                     DU\n\n\n                        MAJOR LA FLAMME.\n\n\n    On n'a pas assez parlé de ce volume. Il mérite plus qu'un compte-\nrendu; il demande une étude, davantage, un éloge. Ils sont trop rares,\nles livres belges, pour que la Jeune Belgique en néglige un seul, surtout\nsi cette œuvre est de celles que l'on relit.\n    Le major La Flamme, nom bizarre qui se prononce Krauss et cache\nmal un des plus aimables et spirituels officiers de notre armée, a donné\ndans ses Echos militaires une note nouvelle que n'ont ni les délicates\nélégances de Droz ni les sabreries spirituelles de Noriac ou de Théo-\nCritt le nouveau venu. Certaines de ses nouvelles, avec leur légère\ngouaillerie, ont des subtilités de sentiment, des ciselures d'émotion déli­\ncieuses, de ces observations intimes que tout le monde connaît mais\nqu'aucun n'a exprimées. Détachons une page que l'on pourrait intituler\nLendemain d'amour :\n    « — Ton cas est bien simple. Elle te plante là. Il y a des milliers\n « d'hommes à qui pareille chose arrive tous les jours et même dans un\n « roman d'aventure manque d'originalité. Seulement tu veux te venger,\n « n'est-ce pas?\n    « —... Oui!\n« — Parfait! Tu voulais lui écrire? Tu ne lui écriras pas. Tu voulais\n « la maudire? Tu ne la maudiras pas. Tu voulais lui envoyer l'expression\n « de ta haine? Tu ne la lui enverras pas. Au fond, vois-tu, elle s'attend\n « joliment à tout cela : or, lorsqu'on veut se venger d'une femme, il\n « convient de ne pas faire ce quelle prévoit et ce dont elle est prête à\n « s'accomoder...»\n    Cette seule observation si exacte et dévoilant si bien une des petites\n fenêtres à volets clos de la villa féminine, ne donne-t-elle pas, seule, le\n « la » du talent de M. La Flamme?\n    Elle n'est pas seule, d'ailleurs. La nouvelle intitulée Sans le sou est\n pleine de ces railleuses et piquantes découvertes intérieures, et cette nou­\n velle tout entière est un petit bijou de mélancolie fine et de sentiment vrai.\n    Il doit y avoir là une bonne part d'autobiographie. Les émotions ne\n s'improvisent guère et ne se communiquent pas, lorsqu'elles sont de pure\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "                                — 350 —\n\ninvention. Elles coulent, du cœur endolori, dans la souplesse confidente\ndu livre et le plus sceptique — ce menteur de l'émotion — n'y peut rien\nfaire. Dans tout écrivain on découvrira une page au moins empreinte de\nl'émotion vivante, écrite ce jour-là — par lequel nous passons tous — où\nnous oublions un instant le convenu de nos proses pour laisser parler\nnotre cœur avant notre plume.\n    Voici une des descriptions de Sans le Sou; elle n'est pas d'un quel­\n conque :\n     « La nuit était complète et les étoiles brillaient dans un dôme sans\nfin. Le bruit de la ville diminuait sensiblement. Les fenêtres s'éclai­\nraient derrière d'épaisses tentures. La vie intime commençait. Aux\nderniers étages, presque sur les toits, les petites bonnes, les demoiselles\nde magasin, pour qui le travail est matinal, allaient se coucher, lasses\nde la journée et des longs escaliers menant sous les combles où la char­\n pente légère trahissait le vent qui glisse sur les ardoises et les démarches\n amoureuses des matous dans les gouttières. Du cadre noir, dans lequel\n il restait immobile, les yeux errant sur le grand charme de la nuit, il\nvenait d'apercevoir en face et un peu en dessous, derrière la mousseline\n des rideaux, une forme blanche, vague, indécise, qui semblait glisser\n dans la clarté tamisée d'une petite lampe. Puis la lumière s'était faite\n calme, comme abandonnée, et brûlant pour rien. Il regarda plus fort, le\n cou tendu, et vit, peu à peu, la forme agenouillée, sans mouvement sur\n le fond blanc d'un lit, plongée dans un long recueillement          »\n     Le major La Flamme, après les Echos militaires, est de force à se\n lancer dans le vrai roman. Il y a de beaux livres à écrire dans lesquels\n l'auteur pourrait peindre nos types militaires si spéciaux, si multiples,\n  si bien belges. Ce qu'aucun romancier n'a tenté dans notre pays : rendre\n  dans une œuvre vivante le train-train de caserne, l'existence souvent\n  admirable et parfois vide et stérile de nos officiers, le mess, les petites\n guerres, les manœuvres, le camp, la garde, que sais-je, le major\n  La Flamme peut le faire et nous attendons une œuvre qu'il sera fatale­\n  ment amené à écrire, étant observateur en même temps que styliste.\n\n                                                 JACQUES ARNOUX."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 351, "page_fin": 351, "titre_corps": "Villanelle de dèche", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "VILLANELLE DE DÈCHE", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 412, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1108, "texte": "VILLANELLE DE DÈCHE\n  Hélas ! c'est toute ma pécune :\n  Là-haut, tout au fond du ciel fou,\n  Comme un écu d'argent, la Lune !\n Ma bourse a connu la fortune ;\n Aujourd'hui je n'ai plus le sou :\n Hélas! c'est toute ma pécune.\n Ma poche, c'est une lacune\n D'où tombe en criant casse-cou,\n Comme un écu d'argent, la Lune.\n  Un louis d'or luit dans chacune\n  Des prunelles de mon matou ;\n  Hélas ! c'est toute ma pécune!\n Monsieur Dimanche m'importune,\n J'offre à cet infâme grigou,\n Comme un écu d'argent, la Lune.\n Et je l'informe, sans rancune,\n Que j'attends de l'or du Pérou.\n Hélas! c'est toute ma pécune.\n Si je me payais une prune!\n Voici, bon marchand de glouglou,\n Comme un écu d'argent, la Lune.\n Mitron, pour une miche brune\n Prends mon billon de sapajou !\n Hélas ! c'est toute ma pécune !\n O Lombard ! je n'ai plus aucune\n Montre. — Veux tu mettre à ton clou.\n Comme un écu d'argent, la Lune ?\n Dans l'eau noire d'une lagune\n Je vais quérir, la meule au cou,\n (Hélas ! c'est toute ma pécune !)\n Comme un écu d'argent, la Lune !\n                                   IWAN GILKIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 352, "page_fin": 353, "titre_corps": "Andante des soupirs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Marcy", "ancre_debut": "ANDANTE DES SOUPIRS", "ancre_fin": "Juillet 1885", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE D ART", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 413, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "ANDANTE DES SOUPIRS\n    Au temps des sentiments vrais, au temps des joies patriarcales, lorsque\n le culte du foyer mettait des rayons dans les yeux et du bonheur dans\n les sourires, lorsque le papillon ne cherchait qu'une seule fleur, qu'un\n seul parfum, et que la fleur gardait sa rosée adamantine pure et fraîche\n pour un seul papillon; lorsque la jeune mère berçait ses bébés roses\n doucement, en chantant une mélodie assoupissante, alanguissante,\n andante       au temps jadis\n    Mais il n'est pas fini, ce doux rêve des âmes chastes et grandes. Des cœurs\nd'autrefois, tous ne sont pas glacés. Les plus forts, les plus noblement\nfiers nous restent pour nous soutenir au milieu de la houle perverse et\nnous verser le baume de l'espérance — goutte à goutte. —\n    Hélas ! cependant, beaucoup ont secoué la neige de leur innocence, et\nces pauvres âmes, prises au piège d'invisibles lacs, se font moins blanches\nque la tête vénérable de l'aïeule. A force de soupirs, au coin de leurs\nlèvres s'est creusé un pli amer.\n    N'étant pas comprises, quelques-unes se sont lassées des sentiments\ngraves. D'autres les enferment douloureusement dans le plus divin de\nleur cœur et se laissent bercer tristement par le rythme traînant des\nandante: andante chagrin, andante souffrant, andante languissant\nEt quand vous les voyez étiolées et penchées, luttant péniblement avec\nles débris de leur vie brisée, vous ne songez pas que dans ces corps\nfrêles un cœur s'agite et se déchire, une âme palpite de douleur. —\n    Des soirs, pourtant, sous l'impression encore vivace des illusions\nd'autrefois, l'andante lointain des souvenirs heureux semble les faire\nrenaître. —\n    Tandis que sous le feu vague d'un ciel d'étoiles, mourantes lampes,\ntristes veilleuses autour desquelles gravitent deux prunelles brillantes de\npleurs ; la terre s'endort, les lucioles ont de timides clartés ; la brise qui\nmollit s'agite à peine dans les ramilles ; le grand Tout de la nature\ns'harmonise dans un calme sublime d'indifférence. Elles coulent un\nregard de prière vers ce Dieu que leur confiance implore, croyant\nqu'aujourd'hui encore l'aigle voit la fourmi dans l'herbe : regards\ndolents, suppliants, suprêmes, éperdûment désespérés. Seules, elles gémis­\nsent, et leur cœur frissonne au froid contact du givre de l'indifférence.\nDe sourdes protestations s'élèvent vaguement d'abord; puis, ce sont des\nmurmures plaintifs ; de longs sanglots qu'on n'étouffe plus. Les déchi-\n"}, {"page_pdf": 414, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 754, "texte": "                                 — 353 —\n\nrants dolce des andante se réveillent et tordent les âmes, lentement,\nsous un rythme funèbre, obstinément cruel. Les jeunes filles souffrent.—\n   Leurs yeux et leur pensée, dans un horizon sombre, cherchent le phare\nintrouvable du bonheur. —\n   Vous qui ne rêvez plus, vous ne voyez dans l'être que la boîte plus\nou moins ciselée. Sceptiques, vous ne vous demandez pas ce que peut\nrenfermer le coffret. Si vous parveniez à l'ouvrir, qui sait si vous n'y\ntrouveriez pas une perle. — Mais vous ne voulez pas : vous n'êtes plus\nconnaisseurs, et vous aimez mieux douter de tout que de vous sentir\nvaincus.\n                                                       EMILE MARCY.\n    Juillet 1885.\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 353, "page_fin": 355, "titre_corps": "L’Essor : exposition de « Noir et Blanc »", "titre_sommaire": "Exposition de l’Essor", "rubrique": "Chronique d’art", "signature_source": "M. 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Sa\nProjection lumineuse est une merveille ; le jet de lumière sort de l'appareil\nprojecteur en fine poussière blanche ; la lueur glisse par les ouvertures laté­\nrales et mange bien les objets ; la figure de l'opérateur, admirablement éclairée\net modelée, vit et bouge; c'est parfait. Toute notre admiration aussi à\nla Méditation, au Maîtred'armes,au Torse de femme nu et à sa voisine une\n Tête de femme nerveusement mordue, dans la manière de Rops. Quelques\nautres eaux-fortes — Cendrillon entre autres — rappellent Tony Johannot —\ncelui des contes de Nodier. Nous n'hésitons pas à le dire; après Félicien Rops,\nM. De Witte est, dès ce jour, un de nos premiers aqua-fortistes.\n    — FERNAND KHNOPFF, avec une fine tête de femme, presque gothique, une\nétude orientale et une lettrine ornée pour illustrer Theuriet, affirme de plus\nen plus son originalité subtile et ferme. Il semble vouloir renouveler, en le\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3273, "texte": "                                    — 354 —\n\n modernisant, l'art des Primitifs, et il tient déjà d'eux cette ligne sûre d'elle\n et cette touche minutieuse qui font la valeur de ses dessins.\n    •— JAMES ENSOR, quoique à notre avis il réédite un peu trop son Pouilleux\n de l'an dernier, demeure fidèle à ses idées casseuses de vitres. Nous sommes\n faits, à la Jeune Belgique, pour comprendre cela ! Son bonhomme sale et\n pensif, est superbe vu à distance ; c'est le peuple dans sa crotte, et, sans viser à\n l'art socialâtre — cette hérésie ! — M. Ensor nous empoigne à cette misère\n simple qu'il décrit en écrasant le fusain comme une pâte, en le pétrissant, en le\n griffant de zébrures à la pointe de ses longs ongles de dandy. Qu'on appelle\n cela de l'impressionnisme, je m'en moque; c'est beau.\n    La fille aux loques et la Suzette de M. FRÉDÉRIC ont des qualités parallèles.\n Le fusain nous sauve de la peinture terne, crayeuse et désagréable des Marchands\n de craie; la perspective n'est pas encore fameuse, mais la fille est supérieure­\n ment campée, cassée en deux par son sac. Cela geint ferme.\n    M. HEINS n'a pas été très heureux cette fois. Dans ses nombreux envois, deux\n dessins valent. C'est d'abord l'homme qu'il courbevers la terre, sur une pente,\net dont la silhouette se découpe vigoureusement sur l'horizon. Les Sarcleuses,\n de même, rappellent vaguement Millet.\n    M. EVRARD (n'imitant en rien M. Hennebicq), plante— en un grand fusain\n qui deviendra tableau — une file d'ouvriers bêchant et peinant dans une plaine,\nau crépuscule. Le dessin du premier travailleur surtout est de premier ordre.\nM. Evrard est un fort qui arrivera à être un très fort; nous attendons sans\ncrainte son tableau.\n    M. JULIEN DILLENS, dans un dessin de commande officielle (hélas !), une\nsorte de bas-relief Renaissance destiné à un monument quelconque, groupe, avec\nune rare sûreté de lignes, mais peut-être un peu « à clair », des personnages\nhenriquatreux qui ont l'air très bête dans la dure fonction qu'on leur impose de\npersonnifier les Arts décoratifs. C'est bon comme facture mais idiot comme\ndonnée. Avis à MM. les officiels qui obligent de bons artistes à élaborer ces\nniaiseries allégoriques.\n   La Forêt, de M. HAMESSE, avec, au fond d'un chemin qui s'enfuit dans le\nsoir, un berger à là silhouette déjà indécise, est absolument superbe. L'artiste\na rendu la sombre mélancolie des Bois, évoqué la tristesse des grands Arbres,\net dans ce merveilleux dessin, donné à la vérité la rêverie des vrais poètes.\n    Nous n'aimons guère les dessins de M. LYNEN, pour illustrer Margot. Le\nXVIII e siècle des Watteau et des Fragonard, a besoin pour interprète d'une tou­\nche très poudrée, très élégante, très délicate et mièvre que M. Lynen n'aura\njamais. Sa souple nature le porte naturellement à rendre la vie belge, cafés-\nconcerts bruxellois, marchandes de crabes, foires, cabarets, — témoins les\ncharmants croquis pas naïfs du tout qu'il a faits en quelques traits fort drôles\npour Au pays de Manneken-Pis de Théo. — C'est là que M. Lynen a trouvé\nsa voie où la distinction serait un défaut et une maladresse.\n    Même chose pour M. VAN GELDER ; celui-ci, par exemple, m'ennuie un peu',\n(je lui abandonne ses chiens qui ne sont pas parfaits) son dessin est souvent\n"}, {"page_pdf": 416, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2156, "texte": "                                   — 355 —\n\ntrès lourd et souvent trop grotesque. Cela touche à la caricature. Il serait\ninjuste pourtant de ne pas parler de son Flûtiste qui est une belle page très\narchaïque et très vigoureuse.\n    THÉO VAN RYSSELBERGHE portraicture avec un incroyable brio le guitarisant\nDario de Regoyos. Il a montré d'ailleurs, à son exposition retour d'Espagne,\n qu'il n'a plus grand'chose à apprendre. On n'oubliera pas son étonnant\nMarchand d'Oranges qui enfonce pour le coloris et l'audace tous les Portaels du\nmonde.\n   M. CHARLET expose un dessin très mystérieux; cela peut s'appeler : Coucher\nde soleil derrière un village, le Feu d'Artifice ou l'Incendie. Le dernier titre, est\nparaît-il, le bon. Cela n'est pas bien venu. Le dessin est mou et l'effet de\nlumière, esquivé par trop lestement à l'aide d'un toit complaisant, n'explique\n pas les attitudes désespérées des paysans qui regardent — sans la voir —\n brûler leur demeure.\n    L'Abattoir de M. CLARYS, très mal exposé, a beaucoup d'allures, plus que La\n Rixe de M. MAYNÉ, dont les contours ne sont pas solides ; le groupe des ouvriers\n qui regardent la lutte est bon et vivant ; nous voudrions moins de fondu et plus\n de franches touches.\n    M. E D . DUYCK expose de bonnes illustrations de livre dont une ou deux\n excellentes.\n    M. LA BOULAYE expose un Mendiant aveugle- Mauvais.\n    L'Homme à la marmite de M. FINCH, d'un art à la Ensor, est très crânement\n attrapé; nous attendons le tableau, qui sera rude à faire : très beau ou très laid.\n    Le Parc et At Home de M. HOETERICKX sont de fines et délicates sanguines\n un peu trop fondantes.\n    En résumé, l'ensemble de cette exposition est excellent. J'y remarque la\n tendance de plus en plus prononcée à sortir de la convention et surtout à\n étudier nos types de la terre natale. C'est ce qu'ont fait MM. Ensor, Frédéric,\n Evrard, Lynen, Van Gelder et Charlet. Tous sont artistes jusqu'au bout des\n ongles et nous saluons l'exhibition de « Noir et Blanc » comme une victoire et\n un Excelsior.\n                                                                    M. W .\n\n                                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 355, "page_fin": 356, "titre_corps": "Exposition de MM. Vanaise et Wytsman à Gand", "titre_sommaire": "Exposition Vanaise et Wytsman", "rubrique": "Chronique d’art", "signature_source": "M. 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WYTSMAN, un Esso­\nrien qui a déjà vigoureusement paysage la Flandre, expose, outre des aquarelles\nbien transparentes et fines, deux ou trois grands tableaux : des marines avec le\nciel et la mer bleus mais où passe librement l'air, une vue des rochers de\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1114, "texte": "                                  — 356 —\nCapri, puis un coin de la ville Borghèse, aux verdures opaques, exactes, et\nrendant les tonalités un peu sèches de la nature romaine.\n   M. Vanaise qui a pris les mêmes points de vue, triomphe surtout avec sa\nmerveilleuse copie de la fresque de Raphaël : La dispute du St-Sacrement. Il a\nexécuté ce tour de force de rendre le dessin magistral et compliqué dans sa\nligne pure, de Raphaël. Notre Musée, qui ne possède du maître que des repro­\nductions photographiques, fera évidemment l'acquisition de cette parfaite copie.\n   M. Vanaise expose encore une Tentation inspirée de llolla, un chef-d'œuvre.\n   Dans la même salle se sont glissés un buste (La Méditation) de M. HIPP. L E\nROY d'une finesse et d'un modelé exquis. — L'artiste a passé, je pense, par\nl'atelier de Falguière—. Une statuette enfin de GEORGES VANDER STRAETEN,\npetit bijou de modernité qui avec le Pierrot et les autres, deviendra d'ici à bien\npeu de temps la coqueluche des salons mondains.\n                                                                  M. W .\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 356, "page_fin": 357, "titre_corps": "Exposition de M. 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Van Engelen pendant\nson séjour en Ligurie.\n   N'en déplaise à l'artiste, dans les œuvres de peinture qu'il nous met sous les\nyeux, nous trouvons beaucoup de toiles — nous allions dire les neuf\ndixièmes — qui sont d'une infériorité notoire.\n   Vraiment, nous avons vu mieux que cela de M. Van Engelen.\n   C'est un amas de couleurs, de figures, de montagnes, de vues, mais dans\nlequel l'esprit ne trouve presque rien qui le frappe, l'enchaîne ou le charme.\n   Cependant, soyons justes : il y a là un panneau intitulé Le berger de la\nmontagne, qui arrête le regard. C'est une conception vivante et dans laquelle\nle peintre a su mettre, avec une vérité étonnante, l'expression de la nature,\navec sa rudesse et sa sauvagerie.\n   A côté de cette petite perle, nous trouvons une figure d'homme, moitié\nvagabond moitié soldat, bizarre entre toutes, mais d'une exécution sérieuse.\n   Plus loin un bon tableau : Sur la plate-forme.\n   Voilà pour la peinture. Passons aux aquarelles.\n   Ici M. Van Engelen se montre dans toute la force de son tempérament\nartistiquement observateur. Il serait difficile de dire laquelle de ces produc­\ntions est la meilleure, car toutes possèdent au même degré les qualités si\nrares de la justesse, du coloris et — disons-le — de la perfection.\n"}, {"page_pdf": 418, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 589, "texte": "                                   — 357 —\n\n    Nous y remarquons surtout un splendide Portrait du moussa, qui est\n l'expression la plus parfaite de la vivante nature.\n    Enfin, l'artiste nous montre une jolie collection de dessins représentant\n une variété infinie de types militaires.\n    En résumé, il y a là, dans le grand nombre des productions exposées,\n quelques œuvres qui prouvent, que l'artiste parviendra à se créer une place\n marquante parmi les meilleurs créateurs de notre Ecole.\n\n                                                                   G. D. G.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 357, "page_fin": 364, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 418, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 589, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nLa Légende des siècles. VICTOR HUGO.— Paris, Calmann-Lévy, prix: fr. 7,50.\n  — La Vie ardente. HIPPOLYTE BUFFENOIR. — Paris, Lemerre, prix : 3 fr. —\n  L'Art Moderne. J. K. HUYSMANS. — Paris, Charpentier, prix: fr. 3-50. —\n  Fantaisies. EUGÈNE MOUTON.— Paris, Charpentier, prix: fr. 3-50. — Jules\n  Bailly, prix : 0.\n\n   Le cinquième et dernier volume de La Légende des Siècles vient de\nparaître, et à ce propos les Fagotins de gazette, ont, comme d'habitude, sopo­\nrifiquement dogmatisé. Les plus ignorants sont les plus infaillibles, et les\nélucubrations de ces petits reporters en rut dispensent de relire François\nRabelais.\n   Encore une fois, — ce ne sera point la dernière —, la critique du petit\njournal a donné son avis sur Hugo. Dans l'œuvre du poète, elle distingue deux\népoques : l'une bonne, l'autre mauvaise. La première comprend les Odes et\nBallades, les Voix intérieures, les Orientales, les Bayons et les Ombres, etc ; la\nseconde renferme la Légende des Siècles, les Châtiments, les Chansons des Rues et\ndes Bois, l'Année terrible, l'Art d'être grand-père, les Quatre Vents de (Esprit.\nToutes ces œuvres sont confondues sous la rubrique : Œuvres de décadence.\nLes suaves chroniqueurs sourient, prononcent à la queue leu leu les mots\nobscurité, fatras, insanité... et se consolent de Hugo par le panégyrique de\nM. Manuel. Il semble que j'entends rire Pantagruel.\n   J'aime furieusement à mécontenter les commis aux écritures de la presse\nhonteuse.\n   C'est pourquoi je leur avoue — avec volupté — que je trouve le Victor\nHugo de la décadence infiniment plus grand et plus beau que le Victor Hugo\nde la bonne époque.\n   Ce n'est ni à vingt ans, ni même à trente, que des hommes de génie comme\nHugo, visiblement organisés par la Nature pour durer physiquement tout un\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3079, "texte": "                                  — 358 —\n\nsiècle, atteignent l'âge viril de l'esprit, cette période de maturité splendide\npendant laquelle éclosent les chefs-d'œuvre. Ce que vous prenez pour la\nvieillesse et la décrépitude est chez eux l'apogée des forces créatrices. Les\nOdes et Ballades, les Orientales etc., sont des vers d'enfant — d'enfant\ngénial, je l'avoue, — mais enfin d'enfant. Les Feuilles d'Automne, les Chants\ndu Crépuscule, sont des vers de jeune homme, — de jeune dieu, peut-\nêtre — ; la virilité ne se dessine que dans les Contemplations. C'est dans ces\ndeux livres étranges, les plus tourmentés que Hugo ait écrit, qu'il faut\nchercher les secrets de sa vraie nature. Là seulement, — car ses œuvres\nprécédentes n'étaient que des commentaires éloquents de la Bible, de Jean-\nBaptiste Rousseau, de Chateaubriand, espèces de beaux lieux — communs déve­\nloppés d'une manière ardente, mais sans grande originalité —, c'est là\nseulement, que, dans les douleurs inséparables de tout enfantement intellectuel,\nil se saisit à pleins poings lui-même, débarrassé désormais de toute influence\nétrangère. Alors les chefs-d'œuvre se succèdent : Les Châtiments, la Légende\ndes Siècles, les Quatre Vents de l'Esprit.\n   Le poète de 1851 n'est plus le rhétoricien romantique de 1830 : il n'écrit\nplus, pour enlever, à la pointe du vers, les principales redoutes classiques; il\nne peint plus dans le seul but de rendre à la langue de 1820, — « sans forme\net sans couleur », comme Hippolyte, — son ancienne splendeur. La période\nmilitante et de transition est passée. Il n'est plus le chef d'école, mais son\npropre chef.\n   Alors se produit chez Victor Hugo une étonnante transfiguration. Le Sens\nde la vie moderne, que certes l'auteur d'Hernani et de Notre-Dame de Paris ne\nposséda jamais à un degré élevé, soudain le quitta complètement. Hugo, qui,\ndans une partie de son œuvre affiche des prétentions sociales, et qui a incarné\nun moment l'utopie humanitaire, considéré comme poète, et dans l'ensemble\nde ses plus glorieux livres, n'est pas un homme de notre temps. Comme tous\nles grands lyriques, il est saisi tout entier par la despotique Nature. Et non\npas, à la façon des rimeurs médiocres, par la Nature telle que l'a corrigée notre\ncivilisation impoétique, mais par la Nature primitive, mystérieuse et sauvage,\nmatrice éternelle des dieux. Et le romantique de 1830, celui qui s'écria dans\nun vers célèbre :\n\n                Qui nous délivrera des Grecs et des Romains?\n\nsubit une vision du monde physique semblable à celle des chanteurs\ncontemporains de la jeunesse du monde. C'est un saut énorme, par dessus les\nsociétés et les siècles, jusque dans le rêve pélasgique d'Eschyle. Ce n'est plus\nune imagination sollicitée par les héroismes du moyen âge, c'est un génie\npoussé en plein hellénisme asiatique. Ni écrivain, ni poète : un Mage.\n   Dès lors, Hugo est possédé par cette horreur sacrée, par l'immense ivresse\ndes feuilles, des mers, des vents et des cieux, par les forces et les énergies\ntelluriques que divinisa le monde payen. Pan le pénètre. La vie universelle\n"}, {"page_pdf": 420, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1978, "texte": "                                   — 359 —\n\nl'assiège, éclatante et sombre, avec la mélancolie et la terreur qui naissent des\ncontemplations. Et le Mage nous entraîne dans un rêve énorme, sur des\nsommets que la poésie lyrique n'avait pas encore soupçonnés.\n   La clef de cette nouvelle manière de Hugo se trouve dans les Quatre Vents de\nl'Esprit\n\n            Souvent, dans le hallier où l'églogue hypocrite\n                         S'en va chantant,\n            J'ai tout à coup cessé de lire Théocrite\n                         Inquiétant ;\n\n            Homère fait trembler; un gouffre est dans Eschyle ;\n                        Parfois je veux\n            M'enfuir quand Circé passe ou que je vois Achille\n                        Pris aux cheveux ;\n\n            Les aigles sur les bords du Gange et du Caystre\n                         Sont effrayants ;\n            Rien de grand qui ne soit confusément sinistre ;\n                         Les noirs pœans,\n\n            Les psaumes, la chanson monstrueuse du mage\n                        Ezéchiel,\n            Font devant notre œil fixe errer la vague image\n                        D'un affreux ciel.\n\n            L'Empyrée est l'abîme, on y plonge, on y reste\n                        Avec terreur.\n            Car planer, c'est trembler; si l'azur est céleste,\n                        C'est par l'horreur.-\n\n             L'épouvante est au fond des choses les plus belles ;\n                         Les bleusvallons\n            Font parfois reculer d'effroi les fauves ailes\n                        Des aquilons.\n\n            Ils sont pleins de regards et d'aspects,; et les sages,\n                           Seuls dans les bois,\n            Méditent, attentifs dans l'ombre à des passages\n                          D'yeux et de voix;\n\n           Le poète serein contient l'obscur prophète ;\n                       Orphée est noir ;\n           C'est dans une lueur mystérieuse, faite\n                       D'aube et de soir;\n"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1891, "texte": "                                — 360 —\n\n            C'est en regardant fuir sous l'insondable voûte\n                         D'affreux griffons,\n            Qu'Amos effaré songe et qu'Isaïe écoute\n                         Les bruits profonds;\n\n            Alcée est sidéral, Lucrèce est redoutable,\n                         Job voit l'Esprit;\n            Le Sphinx vient par moment s'accouder sur la table\n                         Où Dante écrit;\n\n            Plante par Thalia,' formidable bouffonne,\n                        S'entend gronder;\n            Et Pindare, en levant les yeux, voit Tissiphone\n                        Le regarder;\n\n            De là tant de beautés difformes dans leurs œuvres :\n                         Le vers charmant\n            Est par la torsion subite des couleuvres\n                         Pris brusquement ;\n\n            A de certains moments toutes les jeunes flores\n                        Dans la forêt\n            Ont peur, et sur le front des blanches métaphores\n                        L'ombre apparaît ;\n\n            C'est qu'Horace et Virgile ont vu soudain le spectre\n                         Noir se dresser;\n            C'est que là bas, derrière Amaryllis, Electre\n\n                        Vient de passer-\n\n            La nature est en vain pleine de fleurs, de fêtes,\n                         Et de pardons ;\n            Les poètes ont beau rayonner sur nos têtes,\n                         Nous entendons\n            Parler de sombres voix à Delphe, aux Propylées,\n                         Et dans Endor ;\n            Et la nuit a toujours des méduses mêlées\n                         Aux astres d'or.\n\n   Quelle splendeur émane de cette forme presque spontanée, purifiée de sa\npléthore de comparaisons et d'images, souveraine comme le Parthénon et les\nbas-reliefs d'Egine !\n  Voilà ce que les pions et les reporters ne comprenneni point !\n"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "                                     — 361 —\n\n   Le cinquième et dernier volume de La Légende des Siècles est dans la même\nmanière « naturaliste (i) ». Strictement il me semble que le lien qui l'attache\naux deux premières séries est assez mince. Dans son ensemble, l'œuvre est cer­\ntainement moins égale, moins pure que Les Quatre Vents de l'Esprit, mais la\n« Vision de Dante » prendra place parmi les choses les plus vertigineusement\nbelles que le grand poète Panique ait écrites.\n                                      ***\n   Je doute que M. Hippolyte Buffenoir, l'auteur de La Vie Ardente, s'enfonce\njamais dans l'horreur sacrée, et devienne un Mage. Il se contente' d'être un\npoète exact et consciencieux, tenant une place honorable dans la jeune école\nfrançaise contemporaine.\n   Je ne vois pas très bien comment le volume justifie son titre, car la vie\npoétique de M. Buffenoir, loin d'être ardente, ne semble au contraire, malgré\nquelques pièces qui visent au grand et au passionné, incliner surtout vers les\nchoses douces et pensives. C'est un talent qui ne manque point d'intimité, mais\nencore un peu à la recherche de lui-même. Là où il s'abandonne, il atteint\nparfois la note juste. Je n'en veux pour exemple que sa pièce sur les chats.\nCertes, je ne ferai pas à M. Buffenoir la trahison de comparer ses chats aux\nfélins de Baudelaire, comme l'a fait le Figaro pour M. Rollinat. Mais je\npourrais bien, et sans trahison pour M. Buffenoir, les comparer avec ceux\nde M. Rollinat :\n                 Tour à tour triste et gai, somnolent ou folâtre,\n                 C'est bien l'âme du gîte,où je me tiens sous clé;\n                 De la tablé à l'armoire, et du fauteuil à l'âtre,\n                 Il vague, sans salir l'objet qu'il a frôlé,\n                 Tour à tour triste et gai, somnolent ou folâtre.\n\n                 Panthère du foyer, tigre en miniature,\n                 Tu me plais par ton vague et ton aménité,\n                 Et je suis ton ami, car nulle créature\n                 N'a compris mieux que moi ta sombre étrangeté.\n  M. Rollinat se flatte. Je crois que M. Buffenoir, dans ses strophes beaucoup\nmoins présomptueuses et moins baudelairiennes d'intention, a compris le chat\nbeaucoup mieux que l'auteur du Soliloque de Troppmann:\n\n\n                 Vous vous montrez toujours disciples de Montaigne,\n                 Vous savez que la vie est une trahison :\n                 A vos yeux, point de bien que le néant n'atteigne ;\n                 Nul bonheur sur lequel ne descende un soupçon.\n\n  (1) Je prends le mot dans son acception propre, et non dans le sens que lui donne Emile\n Zola.\n                                                                              27\n"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "                                   — 362 —\n\n\n                 Chattes et chats, toujours vous m'êtes sympathiques !\n                 Je vous aime éveillés, je vous aime endormis :\n                 En vous je reconnais des frères, des amis :\n                 Des causeurs délicats, des lettrés, des sceptiques !\n                                        ***\n\n    La critique féline, n'est pas le fait de J. K. Huysmans, qui, sous ce titre :\n L'Ari Moderne, réunit la première série de ses Salons de peinture. Bien au\n contraire, son idéal est d'aller droit au but, sans réticence, sans entortiller\nles phrases, comme un petit Sainte-Beuve, ce Rominagrobis des Lundis. Je\n comprends que les peintres d'histoire, et les enlumineurs de boîtes à bonbons\naient un peu crié. On le ferait sous de moindres gaules. Tudieu ! quelle verve,\nquelle poigne ! Le mot drôle et juste abonde, les tours sont incisifs et pitto­\nresques, l'intelligence des tempéraments complète et rapide. J'ai noté quelques\ntranscriptions de paysages, entre autres de Pissaro et de Raffaëlli, qui sont d'un\nouvrier subtil et compréhensif. Ajoutez que cette œuvre d'avant-garde, qui a\nconservé une odeur de poudre, est pleine de réflexions fines et sensées sur\nl'impressionnisme et les premiers peintres de cette école, entre lesquelles on\nremarquera sans doute une critique magistrale des toiles d'Edouard Manet.\n   Je recommande — en pure perte, mais je recommande quand même — la\nfranchise de J. K. Huysmans à nos pralineurs de comptes-rendus,\n                                    ***\n\n    C'est pourquoi je serai très franc à l'égard de M. Eugène Mouton, le Mérinos\n des Fantaisies.\n    Ce mouton, ou ce mérinos — je n'ai point de préférence — me semble\n atteint de la clavelée, la clavelée parisienne.\n    J'appelle ainsi la maladie de l'esprit banal et vulgaire devant lequel on se\n pâme là-bas.\n    M. Mouton (Mérinos) jouit à Paris d'une grande réputation.\n    11 la mérite, — ou plutôt, non, il le mérite.\n    Je livre à vos réflexions le passage suivant, où ce Mérinos facétieux couvre\nle Tèlèmaque de notes marginales :\n    « Je vous avoue que si j'étais exposé, lorsque je joue de la lyre, ce qui ne\n m'arrive jamais, (parbleu.' chacun sait que la Lyre est un instrument déconsidéré\npar Banville j à voir des tigres, des ours, des lions venir me lécher les pieds,\net des rochers attendris se précipiter sur moi du haut des montagnes, je\nrenoncerais à cet instrument. »\n    Voilà ce que pense de l'allégorie d'Amphion — M. Mérinos.\n    Puisque M. Mérinos n'aime pas les mythes, je me permettrai de lui rappe­\nler l'aventure du Satyre Marsyas écorché par le porte-lyre Apollon. Mérinos est\ntranquille, parce qu'il sait qu'Apollon est dédaigneux. Mais le dédain ne per­\nsiste pas toujours, et alors\n"}, {"page_pdf": 424, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "                                  — 363 —\n\n\n   Je demande la parole pour un fait personnel, sous cet insidieux prétexte,\nqu'après avoir parlé de Mérinos, on peut parler de soi-même.\n   Nous avons reçu de M. Jules Bailly deux lettres d'injures et de récrimi­\nnations à propos d'une pauvre mienne chronique où je n'ai fait cependant que\nle citer.\n   Comme je ne veux pas faire subir à Jules les derniers outrages, je ne\npublierai pas ces éptîres.\n   S'il continue, je m'y résoudrai.\n   En attendant, comme il fallait tirer de Jules une vengeance provisoire, je l'ai\nincrusté dans des\n\n\n                            T R I O L E T S A JULES\n\n\n                    Nous avons fait crier Bailly,\n                    Comme à l'assaut du Capitole,\n                    Son appel d'alarme a jailli :\n                    Nous avons fait crier Bailly.\n                    Je suis joyeux comme un failli\n                    Que l'on nourrit à la pistole :\n                    Nous avons fait crier Bailly\n                    Comme à l'assaut du Capitole.\n\n\n                    La destinée, en cet assaut.\n                    Lui fit jouer le jeu de l'oie !\n                    Il doit subir, sans être un sot,\n                    La destinée en cet assaut.\n                    Sa tête au Muséum Tussaud\n                    De tous les Anglais fait la joie.\n                    La destinée, en cet assaut,\n                    Lui fit jouer le jeu de l'oie !\n\n\n                    De larges oreilles flanqué,\n                    Son chef me rappelle un triptyque !\n                    S'il les referme, il est masqué,\n                    De larges oreilles flanqué.\n                    Ces volets de chair ont manqué\n                    Embellir le Salon Gothique.\n                    De larges oreilles flanqué,\n                    Son chef me rappelle un triptyque !\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "             — 364 —\n\nSur sa plume en guise de pal\n Il force à s'asseoir Melpomène,\n— C'est là son bonheur principal —\nSur sa plume en guise de pal.\nLa cochenille est au nopal.\nEt Jules à sa tache inhumaine :\nSur sa plume en guise de pal\nIl force à s'assoir Melpomène !\n\nIl s'en va partout racontant\nQue nous sommes des stercoraires.\nA l'œil, au rabais, au comptant,\nIl s'en va partout racontant.\nCa s'explique, il n'est pas content\nDe nos chroniques littéraires.\nIl s'en va partout racontant\nQue nous sommes des stercoraires.\nCependant, nous n'avons jamais\nMangé la moindre de ses rimes !\nO mon grave monsieur Homais,\nCependant nous n'avons jamais\nDégusté cet odorant mets :\nNous avons bien d'autres escrimes !...\nCependant nous n'avons jamais\nMangé la moindre de ses rimes !\n\nNous n'avons fait que vous citer,\nO très chère croûte sans mie !\nAlors, pourquoi vous irriter ?\nNous n'avons fait que vous citer.\nVous voulez donc vous éreinter\nVous-même, ou je n'y comprends mie ?\nNous n'avons fait que vous citer,\nO très chère croûte sans mie !\nUn dernier mot : fatalement\nVous finirez en cour d'assises.\nAvec ce physique alarmant,\n— Un dernier mot— fatalement,\nPour affaire d'avortement,\nEn ces époques indécises,\n— Un dernier mot — fatalement\nVous finirez en Cour d'assises !\n                      ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 365, "page_fin": 368, "titre_corps": "Memento bibliographique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE", "ancre_fin": "NEMO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 426, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE\n   Nous signalons à nos lecteurs l'annonce de la Plage en vedette à notre cou­\nverture. Ils trouveront dans ce journal plusieurs noms qu'ils aiment de la Jeune\nBelgique et nous comptons sur leurs adhésions en masse. Le prix d'ailleurs\nn'est pas lourd et nos abonnés auraient tort de se priver dans les loisirs de la\nvillégiature, d'une lecture délassante qui les mettra au courant de ce qui se\npasse là-bas dans le sable.\n   Voici le sommaire des noS 1 et 2 qui ont paru le dimanche 15 et le dimanche\n23 juillet:\n   La Saison de 1883, Emile Verhaerën. — Tableaux de genre, Georges\nRodenbach. — Causettes, Max Waller. — Les flots sont changeants, Emilio. —\nIntérêts locaux, X . — Nouvelles de Blanhenberghe. — Lettre d'Ostende, Vicom­\ntesse Alice. — Liste des Etrangers. — Renseignements divers\n   A table d'hôte, Emilio. — Bêtises, Max Waller. — La rue Breydel, Emile\nVerhaerën,— Phosphorescences. Intérêts locauv, X. — Nouvelles de Blanhen­\nberghe. Correspondances. Lettre d'Ostende. Eva Collet Monté. — Au Kursaal\nd'Ostende, Ludovic. — Liste officielle des Etrangers. Renseignements divers.\n                                      ***\n\n   Un journal hebdomadaire, La Casserole, a publié récemment la lettre d'un\nRaymond de Sombrevalle, dans laquelle, en trop zélé défenseur de La Jeune\nBelgique, celui-ci proteste contre un article inséré dans ce journal. Nous tenons\nà déclarer que ce monsieur est absolument inconnu à La Jeune Belgique et\nque nous ne l'avons pas autorisé à se faire notre champion.\n\n                                       ***\n   Après Boccace et Parny, voici que l'éditeur Boitte publie, dans sa populaire\npetite collection à cinquante centimes, les œuvres choisies du joyeux Piron. On\ny retrouvera les boutades connues, les historiettes lestes, les mots risqués, les\nchansons, les épîtres et les épigrammes de celui qui ne fut rien, mais dont le\nrire est resté, au grand bonheur des rééditeurs.\n                                     ***\n\n  Le Nord Contemporain — 17, rue Grétry à Bruxelles. Un an : 44 francs.\n  Sommaire du n° 32 :\nTexte : Les artistes du nord de la France et de la Belgique au Salon, L. R. —\n  Galerie contemporaine : Le Vice-Amiral de Dompierre-d'Hornoy, D. L. —\n  Revue Archéologique et Artistique: Bruges, La rue Flamande ; Le Havre,\n"}, {"page_pdf": 427, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "                                  — 366 —\n\n   l'Hôtel de Ville. MAXIME VARIN. — Belgique: A nos confrères; le Cercle\n   artistique et littéraire de Bruxelles ; les prochaines Expositions en Belgique;\n   la Belgique à l'Exposition d'Amsterdam, E. L. — Littérature: Le Fabuliste\n   Rossand; Un dîner avec Théo; La vérité sur la mort du poète Gilbert ;\n   Mai, sonnet, ALEXIS MARTIN. — Nouvelle: En battue, JACQUES LOZÈRE. —\n   Variétés : Les Parisiens chez eux : Emile Zola, Victorien Sardou. — La\n   Finance.\n Photographies: Portrait du Vice-Amiral de Dompierre d'Hornoy. — Bruges:\n   Vue de la rue Flamande. — Le Havre : Vue de l'Hôtel de Ville.\n                                        ***\n   Voilà l'plaisir, Mesdames.' par DANIEL DARC, illustré d'un dessin de GEORGES\nJEANNIOT, paraît chez PAUL OLLENDORFF.\n    Ce nouveau volume de l'auteur du Petit Bréviaire du Parisien est gai,\npimpant, un tantinet gaillard, mais d'une morale qui, pour être court-vêtue,\nn'en est pas moins irréprochable.\n    Madame y puisera un renouveau de belle humeur, et la sieste de Monsieur\nen sera agréablement bercée.\n    L'éditeur P. OLLENDORFF vient de mettre également en vente un charmant\nvolume : La Vie en Culotte, par THÉO-CRITT, que nous croyons devoir signaler\nà l'attention toute particulière de nos lecteurs. C'est la continuation d'une série\ndont les premiers volumes, Nos farces à San mur et Le 13e Cuirassiers ont\nassuré le succès. La Vie en Culotte n'est pas seulement une étude humoristique\noù la vérité se confond avec le réel ; l'auteur y a mis la note émue et tou­\nchante. Ce qui ajoute à l'attrait de ce volume, ce sont les délicates illustrations\nd'Henriot, un artiste dont la réputation n'est plus à faire, et une spirituelle\npréface de Pierre Véron.\n                                        ***\n   Ouvrages récents :\n   Chez Gilon: une intéressante nouvelle de M. Emile Greyson: Entre Bourgeois.\nL'auteur, dont la littérature s'apparente à celle d'Emile Leclerq, est un obser­\nvateur de premier ordre ; il connaît notre vie bourgeoise et la rend avec art\ndans ses demi-teintes et ses gris fondus d'aquarelle. Son volume est une\nbonne fortune pour la bibliothèque Gilon — souvent trop complaisante.\n   Chez Gilon encore : Les Contes Ecossais de Charles Gibbon, traduits de l'an­\nglais par Louise Juste, une nouvelle-venue, nous semble-t-il. Nous recomman­\ndons ces contes ; ils ont une faveur très spéciale et plairont sans aucun doute.\n\n                                       ***\n   L'éditeur Arthur Boitte nous envoie un mignon paquet de 42 mignons\nvolumes qu'il annonce vendre 3 5 francs dont 5 payables à réception de la\ncollection et, pour le reste, à raison de 3 francs par mois. Je n'insiste pas sur\ncet étonnant bon marché, sur la commodité des paiements, et j'en arrive à énu-\n"}, {"page_pdf": 428, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "                                  —367—\n\nmérer bien vite les volumes que contient cette collection. Les bibliophiles la\nconnaissent. Du temps de la contrefaçon, cette diablesse de contrefaçon qu'après\ndes années et des années, ces MM. de Paris — éternellement spirituels, nous\nmettent sous le nez avec une nouveauté louable, des éditeurs belges, Lau­\nrent, Tarride, Tarlier, Méline et Cans entreprirent la publication sous forme\nde volumes-bijoux des principaux chefs-d'œuvre contemporains — d'alors.\nC'étaient, commenous l'apprend M. Arthur Boitte dans la Bibliographie de tous\nces ouvrages, des volumes d'un format in-32, de 110 millimètres sur 67, d'un\ncaractère microscopique fondu d'après le système du point Didot et imprimés\nsur un papier à la main non collé. Comme types, ces volumes sont le pastiche\nde ceux publiés au XVII e siècle par les Elzevier.\n   Ce sont ces volumes, dont plusieurs très recherchés des bibliophiles, que\nl'éditeur Boitte offre au public dans de merveilleuses conditions de bon\nmarché.\n   Les lettrés y trouveront une suite curieuse et pêle-mêle d'ouvrages démodés\njoints à d'autres éternellement beaux. En voici la liste : Amour et foi, Hymnes\nsacrées, par EDOUARD TURQUETY; Judith, par M m e DE GIRARDIN ; Les Messénien.\nnes, La Popularité, Une famille au temps de Luther, La fille du Cid, Les enfants\nd'Edouard., par CASIMIR DELAVIGNE; Heraclite et Démocrite, par E D . FOUSSIER;\nLes Porcherons, par T . SAUVAGE et A. GRISAR; Prométhée, par EDGAR QUINET;\nDe la servitude volontaire, d'ETIENNE DE LA BOÉTIE; Philiberte, par EMILE\nAUGIER; De l'absolutisme et de la Liberté, de LAMENNAIS; les Nouvelles Satires\nd'AUGUSTE BARBIER, Le démon du foyer, comédie de GEORGE SAND; Prismes poé­\ntiques, par JULES DE RESSÉGUIER; Poésies et Le dernier jour, par JEAN REBOUL;\nPoésies de SAINTE-BEUVE; Les Régions du Ciel par AUGUSTE ABADIE; Poésies\nD'ANTONI DESCHAMPS ; Les Pleurs et Pauvres Fleurs, par Mme DESBORDES-VAL­\nMORE; Poèmes, par BARTHÉLÉMY et MÉRY; L'Enéide, par BARTHÉLÉMY; Caligula,\nUn mariage sous LouisXV, Napoléon Bonaparte, Antony, L'Alchimiste,  JSenrilll,\nKean, Mlle de Belle-Isle, La Tour de Nesle, Halifax, d'ALEXANDRE DUMAS; enfin\nde VICTOR HUGO : La Esmeralda, Littérature et Philosophie mêlées, Han d'Is­\nlande, Bug-Jargal et Le Rhin. N'oublions pas non plus la Sapho de PHILOXÈNE\nBOYER précédée de ces merveilleux vers de THÉODORE DE BANVLLE .\n\n\n             Je tremble devant vous, ô foule! hôtes illustres,\n             O lèvres de penseurs, ô corsages fleuris !\n             Moi qui vois resplendir, sous l'éclat de ces lustres,\n             Toutes les majestés dont rayonne Paris ;\n\n\n            Je tremble, moi qui sais dans un jardin féerique,\n            Mêlant aux doux ruisseaux la chanson de mes vers,\n            Tresser en souriant la guirlande lyrique\n            Et danser au soleil parmi les gazons verts.\n"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "                                  — 368 —\n\n            Je sais épanouir les odes amoureuses,\n            Charmant avec mes sœurs les bois extasiés,\n            Et j'accorde ma voix, sous les forêts ombreuses,\n            Avec les rossignols cachés dans les rosiers.\n            Mais je tremble d'oser, sur la scène divine\n            Où le maître Racine a fait parler les dieux,\n            Vous montrer après lui cette double colline\n            Que Phœbus remplissait de chants mélodieux.\n\n            J'ai voulu, pauvre enfant, en mes jeunes délires.\n            Vous faire voir, parmi des rayons irisés,\n            La sereine Lesbos où dans la voix des lyres\n            Se confondaient le bruit des chants et des baisers.\n\n            Mais je tremble à présent, moi compagne du pâtre,\n            En voyant mon idylle et mon rêve enchanteur\n            Fouler d'un pied craintif ce carton du théâtre\n            Que peut seul animer le génie, et j'ai peur.\n\n            Ah ! soyez-moi cléments, rois élus de ces fêtes,\n            Qui souriez déjà rien qu'en me regardant,\n            O fronts que le laurier couronne, ô vous, poètes,\n            Qui marchez d'un pied sûr dans le buisson ardent !\n\n\n            Si vous voulez, mes sœurs, votre fière jeunesse\n            Fera vivre un moment dans un rêve fleuri\n            Ma jeunesse impuissante, et j'aurai trop d'ivresse\n            Si vous avez pleuré, si vous avez souri !\n\n\n   Un nouveau volume vient de paraître dans la Bibliothèque belge illustrée, éditée\npar la maison Parent etCiede Bruxelles. Il a pour titre Le Tournesol et pour\nauteur M. Guillaume Chantraine.\n   Nous croyons pouvoir recommander cette Bibliothèque aux Administrations\ncommunales et aux Instituteurs ; ils y trouveront, pour les distributions des\nprix un choix de jolis volumes, intéressants, instructifs et qui ont le mérite\nd'être écrits par des auteurs belges.\n                                      ***\n\n  L ' A R T MODERNE : Sommaire du n° 29 (22 juillet:)\n   Octave Pirmez d'après sa correspondance. — Véracité de la critique litté­\nraire en Belgique. — L'Exposition triennale de Namur. — Livres nouveaux.\n— L'Ecole des chœurs-petite chronique.                       NEMO."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-08-01-n9-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA REVUE MODERNE Paraissant le 20", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 430, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2259, "texte": "LA REVUE MODERNE\n                   Paraissant le 20 de chaque mois.\n\n\n                                  COMITE\nCAMILLE LEMONNIER - EDMOND PICARD - V I C T O R ARNOULD\n  LÉON CLADEL - EDMOND DE GONCOURT - CARL VOGT.\n Rédacteur en chef et Directeur Gerant : MAX W A L L E R .\n  La Revue Moderne, politique, scientifique, littéraire et\nartistique, formera par an deux volumes d'environ 400\npages chacun, imprimés avec soin sur beau papier teinté,\navec titres, couvertures et tables des matières.\n                               PRIX      D'ABONNEMENT:\n\n  BELGIQUE     - UN AN : 12 Fr. — ÉTRANGER (Union Postale) : 14 FR.\n                Bruxelles : Avenue de la Toison d'Or.\n         RÉVOLUTION\n                DANS L'ART DE SE RASER                 WAUX HALL\n       RASOIR\n          AMÉRICAIN,      breveté s. g. d. g.\n    Il est impossible dans une annonce de                   PARC .\ndonner une idée complète des avantages\nextraordinaires de cette merveilleuse inven­\ntion ; cet appareil justifie entièrement sa T O U S L E S S O I R S\nvogue ; il permet à toute personne de se\n                                                               A 8 HEURES :\nraser bans en avoir aucune habitude, et cela\nsans crainte de coupure.\n    Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement\nnerveux, on peut se raser d'une façon plus\n                                                     CONCERTS\nparfaite que ne le ferait le barbier le plus                     DONNES PAR\n\nexpérimenté par les procédés anciens.              L'Orchestre     DE L A M O N N A I E\n    Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce              (85    exécutants).\nnouveau rasoir est tellement ordinaire qu'il\nest certain qu'il remplacera partout l'ancien\nsystème ; il suffit de l'avoir essayé une fois               LE J E U D I :\npour ne plus vouloir se raser ni se laisser\nraser par d'autres procédés.\nNe pas confondre avec des appareils similaires\n  qui se vendent à vif prix et qui n'ont aucun\n  des avantages du rasoir américain.\n   Pour le recevoir franco, envoyer fr. 5-50 en un\nmandat-poste à M. MICHEL, 57, rue des Solitaires,            ENTREE :\nParis. Remises pour les achats en gros).\n      Prière de nous indiquer dans queljournal            UN FRANC,\n                ou a lu cette annonce.\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 933, "texte": "LA PLAGE                          DE\n         BLANKENBERGHE\n             Paraissant le samedi soir\nA BRUXELLES, OSTENDE, BLANKENBERGHE & HEYST.\n          Journal mondain, donnant des\n    NOUVELLES, POÉSIES & ÉTUDES\n          dues à la plume de la plupart\n       DES J E U N E S      BELGIQUE\n\n\nLa Plage publie régulièrement et avant tous les autres journaux\n   la LISTE OFFICIELLE DES ÉTRANGERS,\n               les heures de départ et d'arrivée des\n         T R A I N S DE P L A I S I R ,\n                         les programmes des\n   CONCERTS, THÉÂTRES & BALS\n\n  Elle contiendra en outre des indiscrétions — très honnêtes —\nsur la plage recueillies, par une charmante anonyme du grand\nmonde.\n\n\n        A B O N N E M E N T P O U R LA SAISON:\n                     3     F R A N C S\n\n                  à Bruxelles :\nO N S'ABONNE                  74. avenue de la Toison-d'Or,\n                   à Blankenberghe : 18, rue de l'Église.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 388, "texte": "(3 e année) 1883             T o m e I I . N° 9 .                            1Août\n\n\n\n\n                                       LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 SOMMAIRE\n\n  L E J E U N E MOUVEMENT LITTÉRAIRE .               .    LA JEUNE BELGIQUE.\n  SONNETS                           . . . . . . .         EMILE VAN ARENBERGH.\n  NOUVELLES POUR LES JEUNES F I L L E S              .    MAX WALLER.\n  MALÉDICTION                                             FERNAND ICRES.\n  CROQUIS FUNÈBRES                                         HENRY MAUBEL.\n  LES ÉCHOS MILITAIRES                                     JACQUES ARNOUX.\n  V I L L A N E L L E DE DÈCHE                            IWAN GILKIN.\n  ANDANTE DES SOUPIRS                               ..    EMILE MARCY.\n  CHRONIQUE D'ART. I Exposition de l'Essor. .\n                  II Exposition Vanaise et                                   _\n                                                           M. W E T G . D. G.\n                             Wytsman . . . .\n                        III Exposition Van Engelen.\n  CHRONIQUE L I T T É R A I R E                           ALBERT GIRAUD.\n  MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE                                 NEMO.\n\n\n\n\n       Abonnement: 5 fr. p a r a n . — Union postale: 7.00 :\n\n                             LE NUMÉRO :\n\n                          Soixante centimes.\n\n                                 BRUXELLES\n               BUREAUX            : 90, RUE              BOSQUET\n                                  MDCCCLXXXIII\n\n\n\n\n   *\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": "                  A TOUS NOS ABONNÉS\n   La Jeune Belgique dont le succès croît chaque jour, est devenue\nle véritable organe du combat littéraire en Belgique. Parfois violente\net brutale, elle ne cesse de brandir le drapeau moderne dont elle\ns'est fait une arme contre les royautés caduques. Il faut que nos idées\nse répandent davantage, qu'une propagande active s'établisse par le\nfait de nos abonnés qui nous ont jusque aujourd'hui soutenus et fortifiés\npar leur collaboration.\n   Nous avons donc organisé une sorte de ligue destinée à cette propa­\ngande. Ceux de nos abonnés qui désirent en faire partie sont priés de\ndemander à nos bureaux DIX ou QUINZE cartes d'abonnement. Ces cartes\nleur sont envoyées marquées d'un numéro d'ordre qui nous en indi­\nquera le dépositaire.\n    Lorsque DIX cartes seront revenues au bureau revêtues de noms d'abon­\nnés nouveaux, le dépositaire recevra son abonnement gratis pendant\nun an.\n    Lorsque QUINZE cartes seront revenues, le dépositaire recevra son\nabonnement gratis, à perpétuité, et son nom sera inscrit à la liste des\nMEMBRES FONDATEURS de la Jeune Belgique.\n    Et maintenant, à l'assaut, les Jeunes Belgique !\n                                                                LA DIRECTION\n\n                       B O I T E A U X LETTRES.\n  64. R. de Latinty.     Gand. — Un grand bouquet de violettes.\n                                   Moucheté d'encre épaissi.\n   Comprend pas. — Un pied manque. — Pas non plus s. v. p. de cheveux d'ébine ni de\nregard d'azur. Idée charmante. — A refaire. Ami.\n   65. Racso. Huy. — On ne replâtre pas les articles médiocres. Faites autre chose.\nJe ne comprends pas vos confidences sur T. H . et je déteste les cancans. Si ce monsieur\nest une canaille, ce que j'ignore, tant pis pour lui. (rien de Hannon).\n   66. Théo Cinna. — Non, monsieur, je n'aurai pas « l'obligeance d'insér. r votre\narticle dans mon estimable revue » et je me permettrai, si vous m'y autorisez, de trouver\nvotre Midi faible comme une poitrinaire agonisante.\n   67. E. F. L. — Impossible d'écrire à la J. B. sans donner son nom à la direction. Des\nennuis passés nous obligent à cette mesure qui n'a rien de draconien.\n   68. Hatto. Gand. — C'est une amplification cela, cher confrère, copiée dans un de vos\nvieux cahiers de troisième latine. La J. B . n'ouvre pas de concours, que diable !\n   69. Villeneu. — Non, non, cher confrère; de vos croquis, l'un n'est pas bon, l'autre est\nmauvais, et il n'y en a pas de troisième !\n   70. A l'auteur de Le Long du Boulevard.. — Egaré la lettre jointe aux poésies. Votre\npetite couturière est fraîche et drôlette, nous la prenons pour le sérail.\n   71. V. Rite.— Votre Mort d'Alphonse, parent de la Complainte de Troppman du nommé\nRol'.inat et de l'Amant d'Amanda, est tout simplement détestable. Triste mais vrai. Cor­\ndialement.\n  Notre prochain numéro contiendra la première partie d'une série d'études esthétiques\nd'AlbertGiraud.\n  Les manuscrits non acceptés seront brûlés, à moins de désir contraire.... affranchir.\n                       B R U X . — I M P . A D . MERTENS, 12, RUE D ' O R .\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "  LE JEUNE MOUVEMENT LITTÉRAIRE\n\n                                                         A l'Art moderne.\n\n     L'Art moderne, dans une suite de très sérieux articles intitulés : Le\njeune mouvement littéraire, fait l'historique de l'évolution d'Art qui\n semble aujourd'hui s'affirmer en Belgique avec tant d'unité et de force.\n     Pour nos lecteurs et pour le public, nous ne connaissons pas l'auteur\n de ces articles: les directeurs de l'Art moderne estiment avec raison\n qu'une critique a plus de poids venant d'un écrivain mystérieux, mul­\n tiple, et qui semble l'organe d'un groupe ; c'est précisément à cause de\n la gravité de ces critiques et de l'importance qu'elles ont auprès des\n abonnés de ce journal, que La Jeune Belgique ne peut, par son silence,\n ratifier un article dont elle n'admet ni l'opportunité ni même l'équité.\n     L'Art moderne nous ayant dit franchement son avis, nous n'avons\n  pas à nous gêner pour lui dire le nôtre. Le moment est venu d'ailleurs\n  de fixer notre programme et de justifier nos attaques. La campagne que\n  nous avons menée n'a été ni assez violente ni assez prolongée pour nous\n  permettre de nous arrêter et de constater un résultat qui n'est atteint qu'en\n  partie.\n     L ' A r t moderne parle de nos « réputations dès aujourd'hui bien assises » ;\n  l'auteur de l'article ne vivant qu'avec des lettrés et des artistes, se figure,\n  parce que ceux-ci apprécient notre œuvre, que le grand public la connaît.\n  Hélas! notre mouvement est plus restreint qu'il ne le pense, et nos\n  tempêtes qui après avoir sévi dans un verre d'eau, grondent peut-être\n  aujourd'hui dans un étang, n'en sont pas arrivées encore à remuer des\n  atlantiques.\n     En cela donc, l'Art moderne se trompe. Affaire à lui. Mais où nous\n  avons le droit d'être profondément tristes et blessés, c'est lorsque ce\n  journal qui a encouragé nos efforts, soutenu nos luttes et joûté pour,\n  nous, avance des faits qu'il ne peut prouver, qui atteignent notre pro­\n  bité littéraire et notre indépendance, qui surtout sont de nature à fournir\n  de triomphants arguments aux écrivassiers qui, comme des chiens sour­\n  nois, hargnent à nos bottes.\n                                                                            25\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "                                       — 330 —\n\n     « Quand on est toujours à l'affût d'un compte-rendu, dit l'Art moderne\n    qu'on court les re'dactions de journaux pour obtenir une réclame, quand\n  « cette réclame on la rédige soi-même en se qualifiant d'écrivain de race,\n  « en louant les beautés de son style et l'amplitude de sa pensée, quand\n  « on accompagne ses propres œuvres de qualificatifs aimables et louan­\n    geurs, quand on en expédie des exemplaires à quiconque peut servir,\n  « voire à des académiciens qu'on éreinte devant le public, on fait en\n  « somme un piètre métier. »\n    Voilà une accusation directe et agressive Jamais nos pires ennemis —\n pas même les grimauds sans conscience ni dignité de L'Office de Publi­\n cité, ne nous en ont adressé de pareilles. Un bon pavé de l'ours à la Jeune\n Belgique. Eh bien, voici notre réponse.\n    Ceux d'entre nous qui ont publié, et que vous visez dans ce paragraphe\n de votre article, ont envoyé — ou plutôt fait envoyer leurs livres, — (car\n généralement ce service de presse est laissé à l'éditeur) — à la presque una­\n nimité des journaux de Bruxelles, comme à l'Art moderne. Est-ce là\nun crime? Ou bien aurait-il fallu n'envoyer les volumes qu'au seul Art\nmoderne ? Sans doute les articles de ce journal pèsent d'un grand poids\ndans les balances de la critique, mais il nous paraît difficile qu'un écri­\nvain puisse se contenter de cette unique appréciation. Quant aux\naccusations de réclames rédigées par nous et pour nous, de courses dans\nles bureaux de rédaction pour obtenir un article, d'envois à des acadé­\nmiciens que nous éreintons, nous défions l'Art moderne de pouvoir\narticuler une seule preuve de ces différents actes, soit contre l'ensemble\ndes nôtres, soit contre l'un d'eux isolément.\n\n                                           II.\n\n    L'Art moderne nous reproche « le dédain des jeunes pour ceux qui\n naquirent avant eux, exprimé lors de conjonctures récentes dans une\nforme qui à dépassé la mesure des convenances et de l'équité. » (1)\n    Or, dans le cours même de son étude, l'Art moderne parle des vieux\n comme d' « académiques qui, après avoir juré qu'ils feraient semblant\n de ne rien entendre, se sont mis en branle autant que l'ont permis leurs\n vieilles jambes, exhalant sur tous les rythmes leurs plaintes entremêlées\n de tousseries » — « le groupe des radoteurs et des ganaches — l'épo­\n que antédiluvienne où l'on vit surgir les êtres bizarres dont les exem­\nplaires, encore vivants en partie, mais chargés d'ans, peuplèrent les\n\n\n  (I) L'Art moderne, n° 26 (1er juillet 1883) p. 203.\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "                                    — 331 —\n\nacadémies. Curiosités zoologiques destinées à disparaître, gonflés,\ndémesurés, disproportionnés, lourds et toujours menaçants, écrasant\ntout sur le passage de leurs membres mégalosauriques, prenant pour\ndes merveilles leurs plates déjections, fades d'odeur et de couleur. » (1)\n    La Jeune Belgique a rarement été si loin dans l'expression d'un\nmépris qu'elle partage d'ailleurs avec l'Art moderne, mais l'eût-elle fait,\njamais, elle n'a dit trois pages plus loin que les expressions doivent être\nmitigées et qu'il n'y a rien de comparable à la modération ! — franche­\nment elle préfère encore la logique !\n    Enfin l'Art moderne nous reproche d'avoir été « cruels pour Charles\n Potvin. » Il paraît que ce monsieur nous a rendu un très grand service\nen étant une nullité, en nous ridiculisant inconsciemment à l'étranger;\nil a «déblayé le terrain » en y mettant ses « membres mégalosauriques »,\nil a eu « l'audace de vouloir opiniâtrement affirmer la poésie » (2) en\n faisant des cantates et des pseudo-poèmes qui, à l'aide de subsides et prix\n quinquennaux, lui ont rapporté beaucoup plus que ne gagne aujour­\n d'hui le meilleur poète. L'Art moderne s'apitoie sur lui et demande\n grâce. Mais M. Potvin ne nous a rendu aucun service, il n'a préparé\n aucune voie, il n'a rien déblayé du tout, il n'a fait que retarder notre\n éclosion en asseyant sur nous sa grosse personne gonflée de prétention\n en même temps que d'argent volé à la bêtise et à l'ignorance littéraire\n des gouvernements qu'il a vu défiler sous ses yeux.\n    C'est une grande utopie de croire à cette préparation des forts par les\nfaibles, des vrais par les faux, des brillants par les ternes et des esprits\npar les abdomens.\n    Nos initiateurs, sont, ou bien ici en Belgique : Van Hasselt, De Coster,\n Pirmez, pour ne citer que les morts, ou là-bas, en France, — chose bien\n naturelle puisque nous essayons d'écrire en français —, Cladel, Flau­\n bert, Goncourt, Zola, Barbey d'Aurevilly. On se demande comment la\n si fantastique théorie de l'initiation de Camille Lemonnier par M. Potvin\n a pu naître dans l'imagination... fantaisiste de l'Art moderne, à moins\n que l'auteur de l'article ne se soit mal expliqué, et n'ait voulu insinuer\n ce paradoxe : que la vue du Laid tourne inconsciemment vers le Beau !\n     Enfin ! M. Potvin passe Initiateur en chef.\n     Non seulement notre Initiateur, mais celui de Lemonnier, d'Edmond\n  Picard, de Pirmez, de tous nos aînés.\n\n\n\n  (1) L'Art moderne, n° 25 (10 juin 1885) p. 182.\n  (2)       id.   n°    26, p . 200.\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "                                  — 332 —\n\n   Citons quelques vers de l'Initiateur :\n\n      Gloires de mon pays, jamais mon humble vie\n      Des sentiments jaloux ne connut l'acre émoi;\n              Mais vous, vous seuls, je vous envie,\n      Chers maîtres : vous pouvez le servir mieux que moi !\n\n     Vous dont l'œuvre vivra, vous dont le nom domine,\n     Stas, Thonissen, Liagre, Houzeau, Dupont, Faider;\n            Vous les héritiers de Comine,\n     Vous qu'on nomme Wacken, Vieuxtemps, Wiertz, De Coster;\n\n     Vous qui, d'un doigt subtil ou de vos mains puissantes,\n     Défrichez l'utopie ou sculptez un joyau,\n             Et vous, sommités renaissantes\n     Qui nous rendez Defacqz, Verhaegen et Castiau ;\n\n     Vous qui prodiguez l'art comme l'Escaut ses ondes,\n     Qui drainez la science en canaux infinis.\n     Vous qui portez le nom du pays aux deux mondes,\n            Je vous envie et vous bénis !\n\n     Ils seront là, les morts, à la tête étoilée ;\n     Léopold, Leys, Fétis, Weustenraad, Ledeganck:\n             Les vivants : Frère, Laveleye,\n     Van Praet, Laurent, Gevaert, Stevens, noble ommegang ! (1)\n\n           C'était au temps où le bimane,\n           Vivant dans un champêtre enclos,\n           Avait le ton, le cri, l'organe,\n           Mais non les mots. (2)\n\n           Et la mère, triste économe,\n           Veille aux vierges, cœurs innocents\n           Qui ne battront qu'au métronome\n           Du calcul pris pour le bon sens. (3)\n\n\n   (1) La Patrie de 1850, poème couronné au concours ouvert par la commission des\nfêtes (1880) I X .\n   (2) En famille. Bruxelles. Parent. 1802—p. 52.\n   (3) Poème d'avril.\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": "                                  — 333 —\n\n            Jacque en ses bras tint Toinette,\n            Il pouvait, sans grand malheur,\n            La prendre à la baïonnette,\n            Mais il respecta son honneur! (1)\n\n            Il chante, et pour peu qu'il progresse,\n                    Il parlera.\n            Elle lui répète sans cesse :\n                       Papa ! Papa !\n\n            Le père est là qui rivalise\n                        Et gravement\n            Parle à l'enfant et veut qu'il dise :\n                       Maman! Mam'man !\n\n           — Écoute ! Pap ! papa ! — La mère\n                    A triomphé,\n           Papa ! Dans des bras, l'heureux père\n                    L'eût étouffé, (2)\n\n\n                                       III\n\n   Nous en arrivons à la grande théorie que développe l'article de l'Art\nModerne. Il parle de la forme et du fond, concluant toujours au but\nsocial que doit chercher à atteindre l'artiste. L'Art pour lui doit avoir\nun résultat plus sérieux que la jouissance intellectuelle de quelques\nesprits affinés qui seuls en peuvent comprendre l'esthétique. Donc point\nde fantaisie, cela ne dure pas, c'est la pastille du Beau, aussitôt fondue.\nOn peut en faire ... comme récréation de jeunesse, mais pour en arriver\nseulement à moraliser les masses par de profondes pensées « de fond »\nrevêtues de cette forme dont on a fait l'apprentissage. Un beau sonnet\ndémontrant la nécessité du suffrage capacitaire est cent fois plus beau\nqu'un beau sonnet sur la profondeur des bois où l'infini des cieux.\nUn rondel peut au besoin servir à combattre les impôts sur le\ntabac, et cette idée exprimée sur un rythme harmonieux sera bien supé-\n\n\n (1) En famille, p. 59.\n (2) En famille, p. 36.\n"}, {"page_pdf": 395, "texte": "                                — 334 —\n\n rieure à un rondel de Banville ne servant à rien du tout — qu'à nous\n faire goûter une longue et inexprimable joie. C'est la rengaine de l'Art\n et de la morale, cent fois tranchée par les Gautier et les Baudelaire.\n L'Art doit être de l'Art et rien de plus. Il ne prouve point, il n'est pas\n démonstratif, car sinon il serait plutôt une science. Et jamais — voyez\n Voltaire, voyez Dumas fils — , l'Art ne réussira à démontrer n'importe\n quoi. Malgré tout le génie que l'on mettra dans le développement\n de telle ou telle fable prise pour exemple, une autre fable pourra servir\n de preuve contraire, car les dénouements ne sont pas des conclusions.\nD'un cas particulier il ne faut rien induire de général, et les gens qui\nse croient par là progressifs, vont à l'encontre de la science moderne,\nlaquelle exige qu'on amasse beaucoup de faits avant d'établir une loi.\n    L'Art n'a aucune mission sociale — directe ; il en a une en ce sens qu'il\nrend certains hommes très heureux, voilà tout. Et qu'on le note, plus\nl'Art est grand, moins il émeut spontanément, moins il émeut les masses.\nLe gros public s'ennuie au spectacle d'une tragédie, quelque merveilleuse\net magnifiquement exécutée qu'elle soit; le Fils de Monte-Christo tom­\nbera toujours le Cid, et Boccace l'emportera toujours sur Egmont,Fidelio,\nou Annide. La Brabançonne éclipse la Marche Turque, et tel pleurera\nsur les infortunes des Deux Orphelines qui sera parfaitement insensible\naux pleurs d'Andromaque et aux sanglots d'Œdipe ou du roi Lear.\n    Il y a là un effet purement physique causé soit par le trémolo d'un\nartiste à ficelles, soit par la vue des mouchoirs qui reçoivent les pleurs\ndes voisins.\n    L'Art est aristocratique, il est compris en raison inverse de sa magni­\nficence. L'Art populaire et social n'est pas de l'Art. Il n'existe pas. Que\nl'on ne cherche pas à donner au Beau une portée qu'il ne peut avoir ;\nil est indispensable, en un sens, à une fraction d'esprits comme au corps\n le pain et le sel. Que l'on supprime les livres, les tableaux, la musique,\nnous n'aurons plus — nous— qu'à nous en aller, l'esprit mort de faim;\nmais laissez le peuple à son pseudo-Art qu'il aime, à ses imageries d'Epi­\nnal, à ses complaintes de violoneux, qui lui procurent des jouissances\nanalogues aux nôtres. Et ne compromettez point l'Art en le faisant\ndescendre jusqu'au peuple, alors qu'il est impossible de faire monter le\npeuple jusqu'à lui.\n    Vous nous répondrez : instruisez-le obligatoirement. Eh oui, mais\ncela ne suffira pas, il faudra le perfectionner — obligatoirement —, lui\nfaire voir les musées de Rome, de Dresde, d'Amsterdam, de Madrid et\nde Paris — obligatoirement —, lui faire lire entre ses heures de travail\ntous les grands écrivains de quatre siècles — obligatoirement —, le faire\n"}, {"page_pdf": 396, "texte": "                                   — 335 —\n\naller obligatoirement pendant ses repos de dix minutes à l'Opéra et aux\nconcerts du Conservatoire, lui enseigner — obligatoirement — le grec et le\nlatin pour qu'il comprenne Hésiode et Virgile — et si entre-temps il a\nfait sa tâche — celle qu'il a reçue en legs de ses pères, s'il est parvenu à\ncomprendre,      au point qu'il soit beaucoup trop perfectionné pour con­\nsentir encore, lui, l'aristartiste, à tailler le cuir ou à tisser la laine, il fau­\ndra le pervertir — o b l i g a t o i r e m e n t — , pour qu'il puisse comprendre les\nbeautés subtiles, exquises, mortellement puissantes de l'Art dit de la\nDécadence?\n   T o u t cela est de la superbe utopie.\n   L'Art moderne excelle parfois à exécuter d'adorables voltiges sur la\ncorde roide du paradoxe social. Il rêve de construire, là-bas, en Icarie,\nune cité intellectuelle splendide, mais inhabitable pour les vrais artistes.\n\n                                                   LA JEUNE BELGIQUE.\n\n\n\n\n                               SONNETS\n\n                                       I\n\n                          SONNET MIGNARD.\n\n       Honte d'amour ! pudeur d'un cœur qui se dévoile !\n       Je pâlis, je rougis en passant près de toi,\n       Je n'ose regarder, — mais je sens jusqu'à moi\n       Descendre de tes yeux comme un baiser d'étoile.\n\n       Tu regardes ainsi, sans songer, au hasard;\n       Mais, pareil à la mer, qui dans toutes ses lames\n       Berce un soleil aussi sous le soleil de Hammes,\n       Mon cœur illuminé s'emplit de ton regard !\n\n       Ton corps souple, en sa marche, a des bercements vagues\n       Comme une balancelle au rythme mou des vagues,\n       Et dégage un parfum fait d'âme et de benjoin.\n"}, {"page_pdf": 397, "texte": "                          — 336 —\n\nJe cherche en chaque femme un trait qui te ressemble,\nEt lorsque tout à coup je te vois, il me semble\nAvoir senti tantôt que tu venais au loin.\n\n                                II\n\n                   SONNET        D'ANTAN.\n\nEn tes yeux clairs riaient les matins bleus et frais,\nEt Floréal n'était que ton printemps de femme :\nLe parfum de la fleur, c'était ton odeur d'âme;\nA travers ton avril, je sentais Dieu plus près.\n\nTa'chair, comme un ciel d'aube, avait des nacres roses:\nC'était une splendeur éblouissant le jour;\nEt la brise sur toi, dans un baiser d'amour,\nTremblait comme la lèvre invisible des choses.\n\nPartout une bonté descendait du soleil ;\nLes arbres vacillaient, comme ivres de l'éveil,\nEt les blancs papillons neigeaient dans la lumière.\n\nTa route s'enfonçait dans un horizon d'or :\nEt tu ne voyais pas ton ombre, par derrière.\nQui s'allongeait, — pareille au bras noir de la mort.\n\n\n                              III\n\n                       LE PONTON.\n\nAinsi qu'un ponton noir qui danse sur la houle\nMais que l'ancre invisible attache aux bords toujours,\nMon cœur, plein de désirs captifs, fatigue et roule\nDans un flux et reflux de fugitifs amours.\n\nLe cable qui l'amarre à la terre ancienne,\nEt le tient prisonnier des choses d'autrefois,\nDu plus loin de mes jours, ô la première mienne.\nTu le gardes encor, sans savoir, dans tes doigts.\n\nOr, ce ponton jadis était ton beau navire,\nQui s'en allait partout, arborant tes couleurs,\nChercher pour te parer les gemmes et les fleurs.\n"}, {"page_pdf": 398, "texte": "                         -    337    -\n\nLa mer, qui t'y berçait, avait un chant de lyre ;\nEt, pour les pays bleus au large appareillant,\nLe vaisseau noircissait sur un soleil sanglant.\n\n\n                              IV\n\n                         CAMAÏEU.\n\nDans le boudoir ponceau, les velours, les satins,\nOnt, comme un baiser rose, une douceur vibrante ;\nLa lampe ennuagée en son globe amarante,\nRêve comme une lune en des pourpres éteints.\n\nDans l'écrin de santal, où leur flamme radie,\nEscarboucles, rubis, cornalines, grenats,\nCoraux s'entrelaçant en rameaux incarnats,\nMêlent des sangs d'aurore à des feux d'incendie.\n\nLa gamme des carmins chante aux fleurs du tapis ;\nLa chair des roses - thé, sur de fauves mastouches,\nSemble des talons nus qui sortent des babouches.\n\nLes lourds rideaux vineux roidissent, assoupis ;\nVole un ara vermeil, et son cri rude éclate,\nDans le rouge silence, — ainsi que l'écarlate.\n\n                               V\n\n                       LA N Y M P H E .\n\nDans la source, à midi, la Nymphe se dévoile;\nSur l'eau court autour d'elle un frisson de soleil :\nSa blanche nudité dans le bassin vermeil\nLuit comme un diamant serti dans une étoile.\n\nEt, de son corps divin glissant à chaque ébat,\nGazes vertes des flots et dentelles d'écume.\nPerles de rose argent, qu'un rayon vif allume,\nTout son clair vêtement d'onde à ses pieds s'abat.\n\nLa fleur du nénuphar, comme une main de neige,\nDes regards de Satyre, ô Nymphe, te protège :\nSeul, de son baiser d'or t'atteint l'astre amoureux;\n"}, {"page_pdf": 399, "texte": "                            — 338 —\n\n Et le soir, quand sur lui s'étend l'ombre géante,\n Tu vois sa bouche rouge, à l'horizon béante,\n Vomir sur ta blancheur tout son sang lumineux.\n\n\n                                VI\n\n                          SOUVENIR.\n\n O le printemps d'avril ! les premiers rendez-vous !\n — Ils s'attendaient, là-bas, sur le vieux pont de pierre,\n Croulant sous un assaut d'herbe folle et de lierre,\n Et s'y sentant bien seuls, ils l'appelaient : — chez nous.\n\n Par moments, l'air, comme eux, vibrait d'un souffle doux;\n Rêvant, ils regardaient s'allonger la rivière\n Frissonnante au soleil d'écaillés de lumière,-\n Et d'un rayon sous l'onde allumant les cailloux...\n\n Ils se parlaient tout bas, et sans s'écouter même :\n Tous ce qu'ils se disaient voulait dire : — je t'aime !\n C'était le gazouillis de l'aube dans leur cœur?...\n\nEt lui songe —, à présent qu'elle s'en est allée —,\nQu'il n'aura plus d'amour, et que son âme en fleur\nA laissé son parfum au pied qui l'a foulée.\n\n\n                               VII\n\n                    D E V A N T LA M E R .\n\nDevant nous, c'est la mer. Une voix amoureuse\nNous parle l'un de l'autre en la rumeur des flots :\nPour la mieux écouter, tu tiens ton œil mi-clos,\nEt tu sens dans mes bras comme une angoisse heureuse.\n\nVoici le soir qui tombe, et le couchant vermeil,\nComme un rideau de pourpre, où rutilent des flammes,\nSe détachant des cieux, s'écroule dans les lames,\nEn les éclaboussant de rubis de soleil.\n\nComme en de bleus miroirs, luisant sous ta paupière,\nJe regarde en tes yeux la mort de la lumière,\nEt l'écarlate orgueil du ciel agonisant;\n"}, {"page_pdf": 400, "texte": "                         — 339 —\n\nEt, dans ce reflet rouge, au fond de ta prunelle,\nJe vois mon cœur blessé qui s'est empreint en elle,\nEt qui, dans un baiser, l'a teinte de son sang.\n\n\n                             VIII\n\n                        MOYEN AGE.\n\nAssise en son retrait, devant l'âtre qui luit\nEt fait frisser sa vie ardente dans les cuivres,\nLa châtelaine rêve, oubliant tout déduit,\nSa harpe, sa quenouille et le coffre des livrés.\n\nElle songe au baron, qui s'en fut outre-mer\nFérir les Sarrazins, — Saint Denis le protège !\nOr, la pauvre l'attend, et, par ce soir d'hiver,\nFouille des yeux les champs, blancs de lune et de neige.\n\nSon svelte lévrier soudain hurle à la mort,\nEt, dans les vents aigus, dont claq'uent les verrières,\nElle entend le Maufàit rire de ses prières,\n\nPuis un râlé... Et là-bas, à l'arbre qui se tord,\nTandis qu'elle demande à Dieu miséricorde,\nUn manant, branché hier, danse au bout de sa corde.\n\n                               IX\n\n                  SONNET        ORIENTAL.\n\n Je rêve un Orient aux mortelles féeries,\n Où la mort elle-même est une volupté ;\n — Terre étrange, où le mal est aussi la beauté,\n Où le boa vous broie entre ses pierreries.\n\n Là le mancenillier lève un rouge éventail ;\n L'aspic, ouvrant sa gueule à l'oiseau qui voltige,\n Semble une fleur de sang qui rampe sur sa tige,\n Et rauquent leurs cris faux les perruches d'émail.\n\n Blanche aieule, la lune, ô poète, s'incline,\n Et, tournant ses fuseaux d'astres, dans le ciel clair,\n Pour t'en faire un linceul tisse sa mousseline.\n"}, {"page_pdf": 401, "texte": "                           — 340 —\n\nL'hyène impure et lâche y déchire ta chair,\nEt le condor, gorgé d'entrailles et de moelles,\nAvec ton cœur au bec plane dans les étoiles.\n\n\n                                X\n\n                        LE VÉSUVE.\n\nLe Vésuve, en la mer comme en un bleu miroir,\nMire son casque d'or aigrette de fumées,\nEt le jet retombant des laves enflammées\nMêle une penne rouge à son panache noir.\n\nLe poète est semblable au volcan solitaire :\nEn bas, la foule danse au bord des flots chanteurs,\nDans la belle lumière et les molles senteurs,\nEt demande à quoi bon ce stérile cratère.\n\nLui, — dans les cieux muets, il se dresse hurlant;\nToujours il sent saigner sa blessure à son flanc,\nIl la sent jusqu'au fond de lui-même descendre.\n\nMais tout à coup s'ouvrant, dans l'ombre qui s'enfuit\nEt déchirant son sein, plein de flamme et de cendre,\nIl allume, superbe, un soleil dans la nuit.\n\n                              XI\n\n                     DE PROFUNDIS.\n\nAu fond de l'abîme, où, dans la nuit éternelle,\nMonte au travers des temps l'éternelle clameur,\nL'océan des vivants se tord, bondit, chancelle,\nEt le vent dans le vide emporte sa rumeur.\n\nSans cesse, sous les flots qui retombent en elle,\nCette marée humaine atteint plus de hauteur ;\nDe la vague écroulée une vague nouvelle\nSe fait, fouillant plus haut la noire profondeur !\n\nEt, tandis qu'aux parois du gouffre, empli de brume,\nLes races vont roulant leur râle et leur écume,\nEt s'élèvent toujours comme le flux des mers,\n"}, {"page_pdf": 402, "texte": "                           -    341    -\n\nLà-haut, aux bords croulants, dans une aube vermeille,\nSur sa croix, où le cri des ténèbres l'éveille,\nLe Christ, penché sur l'homme, attend, les bras ouverts !\n\n\n                               XII\n\n                           STABAT.\n\nEt Jésus expirait. Là-haut, sur l'arbre infâme,\nSes bras levés s'ouvraient, étendant le pardon,\nEt, le grand cri jeté, quand succomba son âme,\nLe sol se déchira du suprême frisson !\n\nEt la nuit, noir tombeau, s'ouvrait à l'horizon\nSur le soleil couché sous un linceul de flamme ;\nEt le crucifié, dans l'immense abandon,\nSentit mourir son cœur dans le cœur d'une Femme.\n\nO Dieu, tandis qu'alors ta foudre t'échappait,\nQue la mort dans ton Christ toi-même te frappait,\nEt remportait sur toi sa victoire éphémère,\n\nPeux-tu dire ce qui, dans le plateau sauveur,\nA pesé le plus lourd de son poids de douleur :\nEst-ce le sang du Fils ou les pleurs de la Mère ?\n\n                               XIII\n\n                        TOUJOURS.\n\nTandis que lentement, en ton cœur recueillie,\nTu suivras le sentier amoureux de tes jours,\nJ'irai seul et portant sur mon âme meurtrie\nLe cadavre immortel des premières amours.\n\nMais tel qu'un naufragé, perdu dans l'agonie\nDe la mer, jette encore un appel aux cieux sourds,\nAvant de disparaître en la nuit infinie,\nA toi qui dit : JAMAIS ! je crie encor : TOUJOURS!\n\nCar c'est ainsi que j'aime, et bien que je m'en aille,\nQue plus rien de mon cœur en ton cœur ne tressaille,\nLe vent sur mon autel n'éteindra pas le feu :\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "                        — 342 —\n\nIl emporte la cendre et relève la flamme !\n— Et, puisque tu m'as fait une âme de ton âme,\nNos lèvres s'uniront sur les lèvres de Dieu.\n\n\n                            XIV\n\n                 SONNET MYSTIQUE.\nJe sais une chapelle, où jamais du dehors\nAucun bruit, dans la paix d'éternité, ne tombe;\nUn vieux prêtre, courbé sur des marbres de tombe,\nY chante nuit et jour les prières des morts.\n\nTout au fond, comme un cœur transpercé de flambergcs,\nSaigne un rouge vitrail, traversé de rayons ;\nDans l'air rose, l'encens fond en bleus tourbillons,\nEt des larmes de feu tremblent au bout des cierges.\n\nLà, parmi les clartés, les chants et les parfums,\nA genoux désormais au pied de ses reliques,\nLe vieux prêtre se meurt de voluptés mystiques.\n\nSous la dalle, il a mis tous ses amours défunts ...\n— Depuis, il garde au cœur le froid de ceux qu'il aime,\nEt, debout sur ses morts, il se pleure lui-même.\n\n\n                             XV\n\n              SONNET DE BRUMAIRE.\n\nLa vesprée automnale a la paix d'une église ;\nSous la lune, Vénus, dans l'encens gris du soir,\nS'allume comme un cierge au pied d'un ostensoir;\nOn ne sait quoi d'immense et de doux agonise.\n\nLes arbres noirs, pareils aux funèbres veilleurs,\nRâlent, mourant eux-même, une plainte affaiblie;\nLeur tronc maigre est levé comme un bras qui supplie,\nEt leurs feuilles sans bruit tombent comme des pleurs.\n\nTandis qu'à l'horizon, élargissant ses voiles,\nLa nuit monte et s'étend sur un vaste sommeil,\nComme un drap de cercueil qui se larme d'étoiles,\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "                                — 343 —\n\n        Là-bas, le ciel qui perd son âme, le soleil !\n        Cadavre lumineux, fond et se décompose,\n        — Et plongent des corbeaux dans sa chair verte et rose.\n\n                                          EMILE VAN     ARENBERGH\n\n\n\n\nNOUVELLES POUR LES JEUNES FILLES\n\n                                      I\n\n              VARIATIONS SUR « LES PRUNES ».\n\n   Si vous voulez savoir comment nous nous aimâmes pour des prunes,\npour un rien, sous la tombée tiède du soleil de printemps qui jaillissait\ndu ciel éclaboussant les feuilles de ses miroitements fous, je vous le\ndirai doucement, à voix basse, de peur que ce doux souvenir ne s'envole\navec le vent parfumé qui baise vos cheveux d'or, lectrice.\n   Si vous voulez savoir comment, je glisserai dans votre petite oreille\nrose, rose encore de la dernière déclaration de votre ami, le secret de ce\nmatin de joie. Voyez-vous, l'amour vient toujours en dormant chez les\nbruns comme chez les brunes, il tombe au cœur tout à coup, traîtreuse­\nment, un beau matin ; le rayon alangui d'un œil de femme perce l'épais­\nseur bleue d'une fumée de cigarette, il saute au cœur et rebondit, laissant\nlà sa lueur. On ne veut pas, on essaie de chasser le méchant reflet, mais\nle diable et les prunes sont là qui rient. Le reflet se multiplie et devient\nastre, le cœur murmure, chante, et bientôt la voix tendre s'étend,\ngrandit, tonne, et jette au ciel la clameur radieuse de l'amour triom­\nphant !\n   En quelques mots, voici comment nous aimâmes... pour des prunes !\n\n\n   Mon oncle avait un grand verger et moi j'avais une cousine blonde\nau nez en trompette — un petit nez qui semblait rire — aux yeux bleu\nde ciel au fond desquels dansait une moquerie d'enfant, aux lèvres roses\ncomme le velours des abricots mûrs ; son mignon pied de marquise se\ntortillait dans des souliers mordorés dont le bronze tranchait sur le rose\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "                                 -   344    -\n\n des bas de soie à jours — à grands jours indiscrets. — O ma petite\ncousine, que vous étiez gentillette ainsi, et comme c\"était bon de vous\nregarder, sautillante enfant, quand vous couriez dans les hautes herbes,\nrelevant votre robe du bout des doigts, comme pour danser un menuet!\n    Nous nous aimions sans y songer ; c'était venu comme ça, tout seul,\nentre une aube et un coucher du soleil ; c'était venu avec la rosée : sans\ndoute elle avait pris nos jeunesses éclatantes pour des fleurs et nous avait\ndonné son humide baiser d'amour. C'était venu ainsi ; nos cœurs s'étaient\nouverts en même temps que les muguets, ces clochettes dont le battant\nest une perle, que les campanules festonnées, que les bluets et les coque­\nlicots noyés dans l'océan doré des gerbes.\n    Mon oncle avait un grand verger clôturé d'aubépines, qui montait\ndoucement vers un frêne retombant, sous lequel ma tante avait fait\nmettre des chaises et un grand banc de canne. J'aimais ce bon verger,\ndont l'herbe grasse avait des douceurs de boudoir, dont l'air semblait\nfiltré et attiédi par les arbres aux crêtes basses ; les oiseaux venaient y\nmanger; le printemps faisait leur cuisine, et Mariette riait aux éclats de\nvoir tous ces mignons pierrots éveillés qui venaient piquer les fruits de\nmon oncle. Un grand mannequin fait d'une croix de bois recouverte\nd'une vieille redingote et surmontée d'un chapeau crevé, voulait les\nrepousser de son grand geste bête, mais nos amis perchaient sur son bras\ntragiquement tendu dans l'espace, et même je crois qu'un vieux pigeon\ncynique l'avait inondé de ses... pleurs. N'allez pas répéter cela, au moins\nles pierrots pourraient l'entendre !\n  Donc, mon oncle avait un grand verger et moi j'avais une cousine.\n\n\n\n   Un matin, nous nous promenions dans le verger avec Mariette; elle\navait mis, ce jour-là, sa robe Pompadour, sur laquelle, au milieu de\nfleurs rose-tendre, sautaient des oisillons coupés en quatre par les volants\net les plissés. Les cheveux blonds de ma cousine, relevés et tordus,\ndécouvraient la blancheur de sa nuque, qui appelait le baiser de toute la\nforce de sa voix albe. Moi, j'avais sorti mon plus frais pantalon blanc\net arboré un veston neuf de flanelle bleue à boutons d'or. Et voilà! Tout\ngentils, tout frais, tout mignons, vin matin, nous nous promenions dans la\ntiédeur de l'aube humide. Les cigales et les grillons nous fredonnaient une\nariette; au loin montait une vapeur bleuâtre qui, poussée par une brise,\nvalsait parfois dans l'air avec une mollesse paresseuse, pour s'assoupir\nbientôt dans la tranquillité des gazons. Les coqs, de loin en loin, son­\nnaient la claironnade d'éveil, et du fond des étables, les bœufs répon-\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                                 -   345    -\n\ndaient par de longs mugissements ensommeillés. Un matin nous nous\npromenions dans le jardin avec Mariette.\n\n\n   De tous côtés, d'ici, de là, les oiseaux chantaient dans les branches,\nfaisant alterner les strettes avec les trilles, piquant de sautillants pizzi-\ncati, se gargarisant avec la rosée et lançant dans les profondeurs endor­\nmies du bois les magiques puretés de leurs gorges. En si bémol, en ut,\nen la, ils chantaient leur prière du matin, l'ave de la joie et le credo de\nl'amour. De tous côtés, d'ici, de là, on entendait la vie qui allégrait, le\nsourire au front. Les prés en habit de gala avaient mis leurs fleurettes\nblanches dont l'étoilement clair constellait le sol moelleux. Les pâque­\nrettes brillaient comme des communiantes, et tandis qu'elles levaient\nleurs têtes couronnées de pétales blancs, de tous côtés, d'ici, de là, les\noiseaux chantaient dans les branches.\n\n\n   Arrivée au fond du verger, ma cousine lorgne les prunes en faisant\nclignoter son œil drôlet, et la gourmande en veut manger. De fait, ces\nprunes avaient un veloutement et, mûres, étaient gercées de fendilles qui\ninvitaient à mordre ; elles semblaient dire, ces prunes : Allons, mangez-\nnous, nous sommes si bonnes ! Et ma cousine, ma petite cousine blonde,\nregardait soudain de tous côtés avec effarement si mon oncle, mon ter­\nrible oncle, n'était pas là. Petite Eve ! murmurai-je, inquiet... Grand\nAdam! riposta-t-elle d'une grosse voix, et aussitôt lorgnant toujours\nles prunes, elle en prend une, elle la mord et, me l'offrant : « Tiens »\nme dit-elle. Mon pauvre cœur battait bien fort ; il me semblait que dans\nce petit fruit, il chantait, mon cœur ! Je mordis, comme vous pensez, sur\nla trace des lèvres roses, et pendant que je mordais lentement, Mariette\nriait, riait : Que tu as l'air drôle, cousin ! — Ah! oui ! j'avais l'air drôle,\nj'étais amoureux,       pauvre !\n    — Deux années ont sonné leur douze coups sur ce matin de printemps,\net maintenant que ma petite cousine est devenue ma petite femme et qu'un\njoli bébé joufflu est venu mettre ses petons roses dans notre vie, main­\ntenant que notre enfant chéri murmure déjà, dans une langue divine qui\ngazouille, des mots que seuls nous comprenons, nous resongeons à notre\nidylle du verger de mon oncle et, les yeux fixés sur le berceau parfumé\nd'iris où dort notre ange, nous nous aimons toujours, toujours...\n    Plus pour des prunes, par exemple !\n       Pour copie informe :                            ALPH. DAUDET.\n        MAX W A L L E R .\n                                                                     26\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "                                 — 346\n\n\n\n\n                        MALÉDICTION\n\n           Dès à présent, jusqu'à l'âge où mon pas rendu\n           Traînera lourdement les restes d'une vie,\n           A ton charme fatal trop longtemps asservie,\n           Femme qui m'as aimé, Serpent qui m'as mordu,\n\n           Jusqu'à l'heure où la Mort, exauçant mon envie,\n           Me versant le repos oubJieur qui m'est dû,\n           Après tant de pleurs-vains et de labeur perdu,\n           Clouera dans le cercueil ma carcasse ravie,\n\n           —' Je mets entre nous deux des rancunes sans fond\n           Où le mépris avec la haine se confond,\n           Et que mes vieux désirs savent infranchissables,\n\n           Un désert de dégoût plus large que les mers,\n           Roulant ses dunes comme autant de flots de sables\n           Sous les midis brûlants et les simouns amers.\n\n                                                FERNAND      ICRES.\n\n\n\n\n                 CROQUIS FUNÈBRES\n\n                                      I\n                             NATURE MORTE\n\n   La nuit violàtre imprégnant le bois peu à peu, bouche la perspective\nde deux routes sans fin, croisées au cœur de la futaie. Plus rien n'y\npasse ; la dernière silhouette, affaissée dans l'attitude d'une marche péni­\nble, à pas sourds, tout au loin s'enfonce.\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "                            .   — 347 —\n\n   Un homme vient de se pendre au carrefour : Une grimaçante convul­\nsion d'épileptique ; quelques secousses à travers bras et jambes ballant\ndans le vide, et, sous la branche ployée, l'allongement raide d'un corps\ndont l'agonie s'est éteinte dans un effroyable pirouettement.\n   Tout seul, maintenant, dans ce trou de forêt sombre, on dirait qu'il\na peur. Sous les paupières mal jointes, ses yeux morts sont fixes. Dos\nrond, tête basse, langue poussée, lui font l'air abruti d'un lâche.\n   Autour de lui, pas une brise. L'air chaud s'épaissit, très lent; sa corde\nen grinçant se détord, et le pendu, dans la profondeur noire, tourne,\ntourne...\n\n                                     II\n\n                             LES BUCHERONS\n\n    Le ciel que tourmente un vent d'ouest charrie d'épais coussins de\nvapeur dans ses nappes bleues, et sur un fond de paysage mêlé d'eau et\nde soleil, la forêt morte s'étend à claire-voie. Ses arbres secs s'allongent\nen rayures noires vers la lumière; à leur pied, dans le sol glaiseux qui\nsous bois se détrempe, des tas de feuilles rousses achèvent de pourrir.\nLe vent frôle sans bruit cette nature décharnée; par la forêt, le calme\ns'épand, au large. Seul, y retentit le heurt des cognées aux arbres qu'on\nassomme. Une vague, flottante et lointaine rumeur enveloppe le silence.\n    Depuis le matin, chantent les bûcherons ; les deux plus vieux à terre,\nle buste en chemise rouge, la casquette dans la nuque, les mains jointes\nà l'outil qui s'élève implacable et retombe, et chaque coup porte, écorche\nle hêtre et l'entame à la base, où la chair blanche apparaît sous les\néclats.\n    Un troisième, là-bas, juché dans les hauteurs, se cramponne, le tronc\ncloué au tronc, les pieds ancrés dans l'écorce; il frappe, la branche craque\net bascule, traverse en bruissant la ramure pour s'abattre, et suivant\nles oscillations de la cime, là haut, l'arbre entre les jambes, le corps\n ramassé, l'homme en l'espace un instant se balance. Alors, immobile\n à nouveau, dégage un à un les crocs de ses bottes et faisant un demi-tour,\n va se planter la face au midi. Il s'est remis à cogner. Devant lui, défilent\n lentement de gros nuages noirs, un vent mouillé lui glace la joue droite;\n quand soudain le soleil jaillit éblouissant, un trait de lumière inondant\n le bûcheron, le frappe aux yeux. Sa hache portée à faux coupe la corde\n  qui le tenait au tronc et l'homme à la renverse vient imprimer son\n  crâne dans la terre molle.\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "                                 — 348 —\n\n\n                                      III\n\n                                  LE VIEUX\n\n     Au faubourg, un après-midi de juillet, dans une rue fraîche de\n plâtrages aux madéfïantes exhalaisons, des paveurs au repos s'écartaient\n devant un corbillard de paroisse; un équipage traînaillant et boiteux,\n dont la voiture barbouillée de jaune sent le mort et l'attèle de rosses\n étiques. Suivaient un prêtre en robe et deux hommes d'église, deux por­\n teurs de civières, brutes à face sombre.\n    Comme un tombereau, le corbillard vint en heurtant, s'acculer au trot­\ntoir, devant une porte qui s'ouvrit au prêtre et à ses hommes. Les chevaux\ndont le cuir crevait aux articulations saillantes, allongèrent le col entre\nles genoux ployés. Le croque-mort, désormais en fonctions, empochant\n sa casquette, se posa en travers de la tête un claque jadis noir, avec, aux\npointes, deux loques grasses qui lui battaient les tempes. Puis, il\n attendit.\n    La demeure n'avait rien de funèbre : une maison neuve, à pic sous le\nciel ardent qui roulait du sang bleu, façade joyeuse, haute et claire,\ndilatée au soleil, toutes fenêtres ouvertes; au rez-de-chaussée, des fleurs.\n    Un homme, petit vieillard coiffé d'une calotte à floche, vint au balcon.\n Il vit le croque-mort qui s'étirait en bâillant sur son siège, il vit la croix\njaune, et rentra.\n    Tout aussitôt, le prêtre en bas, ressortait; et l'homme, alors, tête nue,\nchapeau à la main, réapparut dans la rue, seul triste, seui en deuil, à\n suivre un cercueil lourd allongé sous son christ. Simplement, comme\ns'il partait pour une promenade, il tira la porte, et l'on alla, lui, le\n crâne chauve à nu, le regard fixe, un peu de larmes sous les yeux ; à son\n côté, le prêtre, tête basse sous un tricorne, les mains dans les manches,\n par habitude ; il semblait prier ; le vieux pleurait.\n     L'on vit le char cahotté pendant un court trajet et devant la croix\ntremblante, le claque et ses pleureuses ballottés ou roulés comme sur\n une tête d'ivrogne.\n    Sans un salut, sans un coup de cloche, au pied de l'église, on déchar­\ngea la boîte; le coffre de chêne clair étincelant au jour, éclaboussa de\nsoleil son christ ; lors, s'abaissa sous la petite porte arquée du bas-côté,\nle cortège pauvre : Le mort entre ses deux porteurs, le prêtre ensuite et\nle vieux, qui pleurait toujours.\n                                                    HENRY MAUBEL,\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "                                 — 349 —\n\n\n              LES ÉCHOS MILITAIRES\n                                     DU\n\n\n                        MAJOR LA FLAMME.\n\n\n    On n'a pas assez parlé de ce volume. Il mérite plus qu'un compte-\nrendu; il demande une étude, davantage, un éloge. Ils sont trop rares,\nles livres belges, pour que la Jeune Belgique en néglige un seul, surtout\nsi cette œuvre est de celles que l'on relit.\n    Le major La Flamme, nom bizarre qui se prononce Krauss et cache\nmal un des plus aimables et spirituels officiers de notre armée, a donné\ndans ses Echos militaires une note nouvelle que n'ont ni les délicates\nélégances de Droz ni les sabreries spirituelles de Noriac ou de Théo-\nCritt le nouveau venu. Certaines de ses nouvelles, avec leur légère\ngouaillerie, ont des subtilités de sentiment, des ciselures d'émotion déli­\ncieuses, de ces observations intimes que tout le monde connaît mais\nqu'aucun n'a exprimées. Détachons une page que l'on pourrait intituler\nLendemain d'amour :\n    « — Ton cas est bien simple. Elle te plante là. Il y a des milliers\n « d'hommes à qui pareille chose arrive tous les jours et même dans un\n « roman d'aventure manque d'originalité. Seulement tu veux te venger,\n « n'est-ce pas?\n    « —... Oui!\n« — Parfait! Tu voulais lui écrire? Tu ne lui écriras pas. Tu voulais\n « la maudire? Tu ne la maudiras pas. Tu voulais lui envoyer l'expression\n « de ta haine? Tu ne la lui enverras pas. Au fond, vois-tu, elle s'attend\n « joliment à tout cela : or, lorsqu'on veut se venger d'une femme, il\n « convient de ne pas faire ce quelle prévoit et ce dont elle est prête à\n « s'accomoder...»\n    Cette seule observation si exacte et dévoilant si bien une des petites\n fenêtres à volets clos de la villa féminine, ne donne-t-elle pas, seule, le\n « la » du talent de M. La Flamme?\n    Elle n'est pas seule, d'ailleurs. La nouvelle intitulée Sans le sou est\n pleine de ces railleuses et piquantes découvertes intérieures, et cette nou­\n velle tout entière est un petit bijou de mélancolie fine et de sentiment vrai.\n    Il doit y avoir là une bonne part d'autobiographie. Les émotions ne\n s'improvisent guère et ne se communiquent pas, lorsqu'elles sont de pure\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "                                — 350 —\n\ninvention. Elles coulent, du cœur endolori, dans la souplesse confidente\ndu livre et le plus sceptique — ce menteur de l'émotion — n'y peut rien\nfaire. Dans tout écrivain on découvrira une page au moins empreinte de\nl'émotion vivante, écrite ce jour-là — par lequel nous passons tous — où\nnous oublions un instant le convenu de nos proses pour laisser parler\nnotre cœur avant notre plume.\n    Voici une des descriptions de Sans le Sou; elle n'est pas d'un quel­\n conque :\n     « La nuit était complète et les étoiles brillaient dans un dôme sans\nfin. Le bruit de la ville diminuait sensiblement. Les fenêtres s'éclai­\nraient derrière d'épaisses tentures. La vie intime commençait. Aux\nderniers étages, presque sur les toits, les petites bonnes, les demoiselles\nde magasin, pour qui le travail est matinal, allaient se coucher, lasses\nde la journée et des longs escaliers menant sous les combles où la char­\n pente légère trahissait le vent qui glisse sur les ardoises et les démarches\n amoureuses des matous dans les gouttières. Du cadre noir, dans lequel\n il restait immobile, les yeux errant sur le grand charme de la nuit, il\nvenait d'apercevoir en face et un peu en dessous, derrière la mousseline\n des rideaux, une forme blanche, vague, indécise, qui semblait glisser\n dans la clarté tamisée d'une petite lampe. Puis la lumière s'était faite\n calme, comme abandonnée, et brûlant pour rien. Il regarda plus fort, le\n cou tendu, et vit, peu à peu, la forme agenouillée, sans mouvement sur\n le fond blanc d'un lit, plongée dans un long recueillement          »\n     Le major La Flamme, après les Echos militaires, est de force à se\n lancer dans le vrai roman. Il y a de beaux livres à écrire dans lesquels\n l'auteur pourrait peindre nos types militaires si spéciaux, si multiples,\n  si bien belges. Ce qu'aucun romancier n'a tenté dans notre pays : rendre\n  dans une œuvre vivante le train-train de caserne, l'existence souvent\n  admirable et parfois vide et stérile de nos officiers, le mess, les petites\n guerres, les manœuvres, le camp, la garde, que sais-je, le major\n  La Flamme peut le faire et nous attendons une œuvre qu'il sera fatale­\n  ment amené à écrire, étant observateur en même temps que styliste.\n\n                                                 JACQUES ARNOUX.\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "              — 351 —\n\n\n\nVILLANELLE DE DÈCHE\n  Hélas ! c'est toute ma pécune :\n  Là-haut, tout au fond du ciel fou,\n  Comme un écu d'argent, la Lune !\n Ma bourse a connu la fortune ;\n Aujourd'hui je n'ai plus le sou :\n Hélas! c'est toute ma pécune.\n Ma poche, c'est une lacune\n D'où tombe en criant casse-cou,\n Comme un écu d'argent, la Lune.\n  Un louis d'or luit dans chacune\n  Des prunelles de mon matou ;\n  Hélas ! c'est toute ma pécune!\n Monsieur Dimanche m'importune,\n J'offre à cet infâme grigou,\n Comme un écu d'argent, la Lune.\n Et je l'informe, sans rancune,\n Que j'attends de l'or du Pérou.\n Hélas! c'est toute ma pécune.\n Si je me payais une prune!\n Voici, bon marchand de glouglou,\n Comme un écu d'argent, la Lune.\n Mitron, pour une miche brune\n Prends mon billon de sapajou !\n Hélas ! c'est toute ma pécune !\n O Lombard ! je n'ai plus aucune\n Montre. — Veux tu mettre à ton clou.\n Comme un écu d'argent, la Lune ?\n Dans l'eau noire d'une lagune\n Je vais quérir, la meule au cou,\n (Hélas ! c'est toute ma pécune !)\n Comme un écu d'argent, la Lune !\n                                   IWAN GILKIN.\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "                                 — 352 —\n\n\n\n               ANDANTE DES SOUPIRS\n    Au temps des sentiments vrais, au temps des joies patriarcales, lorsque\n le culte du foyer mettait des rayons dans les yeux et du bonheur dans\n les sourires, lorsque le papillon ne cherchait qu'une seule fleur, qu'un\n seul parfum, et que la fleur gardait sa rosée adamantine pure et fraîche\n pour un seul papillon; lorsque la jeune mère berçait ses bébés roses\n doucement, en chantant une mélodie assoupissante, alanguissante,\n andante       au temps jadis\n    Mais il n'est pas fini, ce doux rêve des âmes chastes et grandes. Des cœurs\nd'autrefois, tous ne sont pas glacés. Les plus forts, les plus noblement\nfiers nous restent pour nous soutenir au milieu de la houle perverse et\nnous verser le baume de l'espérance — goutte à goutte. —\n    Hélas ! cependant, beaucoup ont secoué la neige de leur innocence, et\nces pauvres âmes, prises au piège d'invisibles lacs, se font moins blanches\nque la tête vénérable de l'aïeule. A force de soupirs, au coin de leurs\nlèvres s'est creusé un pli amer.\n    N'étant pas comprises, quelques-unes se sont lassées des sentiments\ngraves. D'autres les enferment douloureusement dans le plus divin de\nleur cœur et se laissent bercer tristement par le rythme traînant des\nandante: andante chagrin, andante souffrant, andante languissant\nEt quand vous les voyez étiolées et penchées, luttant péniblement avec\nles débris de leur vie brisée, vous ne songez pas que dans ces corps\nfrêles un cœur s'agite et se déchire, une âme palpite de douleur. —\n    Des soirs, pourtant, sous l'impression encore vivace des illusions\nd'autrefois, l'andante lointain des souvenirs heureux semble les faire\nrenaître. —\n    Tandis que sous le feu vague d'un ciel d'étoiles, mourantes lampes,\ntristes veilleuses autour desquelles gravitent deux prunelles brillantes de\npleurs ; la terre s'endort, les lucioles ont de timides clartés ; la brise qui\nmollit s'agite à peine dans les ramilles ; le grand Tout de la nature\ns'harmonise dans un calme sublime d'indifférence. Elles coulent un\nregard de prière vers ce Dieu que leur confiance implore, croyant\nqu'aujourd'hui encore l'aigle voit la fourmi dans l'herbe : regards\ndolents, suppliants, suprêmes, éperdûment désespérés. Seules, elles gémis­\nsent, et leur cœur frissonne au froid contact du givre de l'indifférence.\nDe sourdes protestations s'élèvent vaguement d'abord; puis, ce sont des\nmurmures plaintifs ; de longs sanglots qu'on n'étouffe plus. Les déchi-\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "                                 — 353 —\n\nrants dolce des andante se réveillent et tordent les âmes, lentement,\nsous un rythme funèbre, obstinément cruel. Les jeunes filles souffrent.—\n   Leurs yeux et leur pensée, dans un horizon sombre, cherchent le phare\nintrouvable du bonheur. —\n   Vous qui ne rêvez plus, vous ne voyez dans l'être que la boîte plus\nou moins ciselée. Sceptiques, vous ne vous demandez pas ce que peut\nrenfermer le coffret. Si vous parveniez à l'ouvrir, qui sait si vous n'y\ntrouveriez pas une perle. — Mais vous ne voulez pas : vous n'êtes plus\nconnaisseurs, et vous aimez mieux douter de tout que de vous sentir\nvaincus.\n                                                       EMILE MARCY.\n    Juillet 1885.\n\n\n\n\n                    CHRONIQUE D'ART\n\n                                      I.\n                                L'ESSOR.\n             EXPOSITION DE « NOIR ET BLANC »\n   Depuis l'an dernier, ces MM. de l'Essor ont chaussé les bottes de l'Ogre et\nfait en avant un pas de sept lieues. Les médiocrités sont rares à leur exposition\nactuelle et, n'étaient quelques rossignols d'atelier, on pourrait en bloc donner\ncomme bonnes toutes ces œuvres de jeunes.\n    Avant tous, aujourd'hui, nous placerons M. DE WITTE qui rapporte de son\nlong séjour en Italie une remarquable suite de dessins et d'eaux-fortes. Sa\nProjection lumineuse est une merveille ; le jet de lumière sort de l'appareil\nprojecteur en fine poussière blanche ; la lueur glisse par les ouvertures laté­\nrales et mange bien les objets ; la figure de l'opérateur, admirablement éclairée\net modelée, vit et bouge; c'est parfait. Toute notre admiration aussi à\nla Méditation, au Maîtred'armes,au Torse de femme nu et à sa voisine une\n Tête de femme nerveusement mordue, dans la manière de Rops. Quelques\nautres eaux-fortes — Cendrillon entre autres — rappellent Tony Johannot —\ncelui des contes de Nodier. Nous n'hésitons pas à le dire; après Félicien Rops,\nM. De Witte est, dès ce jour, un de nos premiers aqua-fortistes.\n    — FERNAND KHNOPFF, avec une fine tête de femme, presque gothique, une\nétude orientale et une lettrine ornée pour illustrer Theuriet, affirme de plus\nen plus son originalité subtile et ferme. Il semble vouloir renouveler, en le\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "                                    — 354 —\n\n modernisant, l'art des Primitifs, et il tient déjà d'eux cette ligne sûre d'elle\n et cette touche minutieuse qui font la valeur de ses dessins.\n    •— JAMES ENSOR, quoique à notre avis il réédite un peu trop son Pouilleux\n de l'an dernier, demeure fidèle à ses idées casseuses de vitres. Nous sommes\n faits, à la Jeune Belgique, pour comprendre cela ! Son bonhomme sale et\n pensif, est superbe vu à distance ; c'est le peuple dans sa crotte, et, sans viser à\n l'art socialâtre — cette hérésie ! — M. Ensor nous empoigne à cette misère\n simple qu'il décrit en écrasant le fusain comme une pâte, en le pétrissant, en le\n griffant de zébrures à la pointe de ses longs ongles de dandy. Qu'on appelle\n cela de l'impressionnisme, je m'en moque; c'est beau.\n    La fille aux loques et la Suzette de M. FRÉDÉRIC ont des qualités parallèles.\n Le fusain nous sauve de la peinture terne, crayeuse et désagréable des Marchands\n de craie; la perspective n'est pas encore fameuse, mais la fille est supérieure­\n ment campée, cassée en deux par son sac. Cela geint ferme.\n    M. HEINS n'a pas été très heureux cette fois. Dans ses nombreux envois, deux\n dessins valent. C'est d'abord l'homme qu'il courbevers la terre, sur une pente,\net dont la silhouette se découpe vigoureusement sur l'horizon. Les Sarcleuses,\n de même, rappellent vaguement Millet.\n    M. EVRARD (n'imitant en rien M. Hennebicq), plante— en un grand fusain\n qui deviendra tableau — une file d'ouvriers bêchant et peinant dans une plaine,\nau crépuscule. Le dessin du premier travailleur surtout est de premier ordre.\nM. Evrard est un fort qui arrivera à être un très fort; nous attendons sans\ncrainte son tableau.\n    M. JULIEN DILLENS, dans un dessin de commande officielle (hélas !), une\nsorte de bas-relief Renaissance destiné à un monument quelconque, groupe, avec\nune rare sûreté de lignes, mais peut-être un peu « à clair », des personnages\nhenriquatreux qui ont l'air très bête dans la dure fonction qu'on leur impose de\npersonnifier les Arts décoratifs. C'est bon comme facture mais idiot comme\ndonnée. Avis à MM. les officiels qui obligent de bons artistes à élaborer ces\nniaiseries allégoriques.\n   La Forêt, de M. HAMESSE, avec, au fond d'un chemin qui s'enfuit dans le\nsoir, un berger à là silhouette déjà indécise, est absolument superbe. L'artiste\na rendu la sombre mélancolie des Bois, évoqué la tristesse des grands Arbres,\net dans ce merveilleux dessin, donné à la vérité la rêverie des vrais poètes.\n    Nous n'aimons guère les dessins de M. LYNEN, pour illustrer Margot. Le\nXVIII e siècle des Watteau et des Fragonard, a besoin pour interprète d'une tou­\nche très poudrée, très élégante, très délicate et mièvre que M. Lynen n'aura\njamais. Sa souple nature le porte naturellement à rendre la vie belge, cafés-\nconcerts bruxellois, marchandes de crabes, foires, cabarets, — témoins les\ncharmants croquis pas naïfs du tout qu'il a faits en quelques traits fort drôles\npour Au pays de Manneken-Pis de Théo. — C'est là que M. Lynen a trouvé\nsa voie où la distinction serait un défaut et une maladresse.\n    Même chose pour M. VAN GELDER ; celui-ci, par exemple, m'ennuie un peu',\n(je lui abandonne ses chiens qui ne sont pas parfaits) son dessin est souvent\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "                                   — 355 —\n\ntrès lourd et souvent trop grotesque. Cela touche à la caricature. Il serait\ninjuste pourtant de ne pas parler de son Flûtiste qui est une belle page très\narchaïque et très vigoureuse.\n    THÉO VAN RYSSELBERGHE portraicture avec un incroyable brio le guitarisant\nDario de Regoyos. Il a montré d'ailleurs, à son exposition retour d'Espagne,\n qu'il n'a plus grand'chose à apprendre. On n'oubliera pas son étonnant\nMarchand d'Oranges qui enfonce pour le coloris et l'audace tous les Portaels du\nmonde.\n   M. CHARLET expose un dessin très mystérieux; cela peut s'appeler : Coucher\nde soleil derrière un village, le Feu d'Artifice ou l'Incendie. Le dernier titre, est\nparaît-il, le bon. Cela n'est pas bien venu. Le dessin est mou et l'effet de\nlumière, esquivé par trop lestement à l'aide d'un toit complaisant, n'explique\n pas les attitudes désespérées des paysans qui regardent — sans la voir —\n brûler leur demeure.\n    L'Abattoir de M. CLARYS, très mal exposé, a beaucoup d'allures, plus que La\n Rixe de M. MAYNÉ, dont les contours ne sont pas solides ; le groupe des ouvriers\n qui regardent la lutte est bon et vivant ; nous voudrions moins de fondu et plus\n de franches touches.\n    M. E D . DUYCK expose de bonnes illustrations de livre dont une ou deux\n excellentes.\n    M. LA BOULAYE expose un Mendiant aveugle- Mauvais.\n    L'Homme à la marmite de M. FINCH, d'un art à la Ensor, est très crânement\n attrapé; nous attendons le tableau, qui sera rude à faire : très beau ou très laid.\n    Le Parc et At Home de M. HOETERICKX sont de fines et délicates sanguines\n un peu trop fondantes.\n    En résumé, l'ensemble de cette exposition est excellent. J'y remarque la\n tendance de plus en plus prononcée à sortir de la convention et surtout à\n étudier nos types de la terre natale. C'est ce qu'ont fait MM. Ensor, Frédéric,\n Evrard, Lynen, Van Gelder et Charlet. Tous sont artistes jusqu'au bout des\n ongles et nous saluons l'exhibition de « Noir et Blanc » comme une victoire et\n un Excelsior.\n                                                                    M. W .\n\n                                          II\n\n            EXPOSITION DE MM. VANAISE E T WYTSMAN\n                                      à Gand.\n\n   Deux retours d'Italie avec des paquets de soleil emmagasinés dans de belles\nétudes. Cette exposition cale d'emblée les deux artistes. M. WYTSMAN, un Esso­\nrien qui a déjà vigoureusement paysage la Flandre, expose, outre des aquarelles\nbien transparentes et fines, deux ou trois grands tableaux : des marines avec le\nciel et la mer bleus mais où passe librement l'air, une vue des rochers de\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "                                  — 356 —\nCapri, puis un coin de la ville Borghèse, aux verdures opaques, exactes, et\nrendant les tonalités un peu sèches de la nature romaine.\n   M. Vanaise qui a pris les mêmes points de vue, triomphe surtout avec sa\nmerveilleuse copie de la fresque de Raphaël : La dispute du St-Sacrement. Il a\nexécuté ce tour de force de rendre le dessin magistral et compliqué dans sa\nligne pure, de Raphaël. Notre Musée, qui ne possède du maître que des repro­\nductions photographiques, fera évidemment l'acquisition de cette parfaite copie.\n   M. Vanaise expose encore une Tentation inspirée de llolla, un chef-d'œuvre.\n   Dans la même salle se sont glissés un buste (La Méditation) de M. HIPP. L E\nROY d'une finesse et d'un modelé exquis. — L'artiste a passé, je pense, par\nl'atelier de Falguière—. Une statuette enfin de GEORGES VANDER STRAETEN,\npetit bijou de modernité qui avec le Pierrot et les autres, deviendra d'ici à bien\npeu de temps la coqueluche des salons mondains.\n                                                                  M. W .\n\n                                      III.\n\n    EXPOSITION DE M. LOUIS VAN ENGELEN\n                                   à Anvers.\n\n   « La quantité n'est pas la qualité ».\n   Telle est la maxime que l'on pourrait appliquer pleinement à l'exposition\nqui vient de se clôturer hier au Cercle artistique d'Anvers, et qui se composait\ndes tableaux, aquarelles et dessins exécutés par M. L. Van Engelen pendant\nson séjour en Ligurie.\n   N'en déplaise à l'artiste, dans les œuvres de peinture qu'il nous met sous les\nyeux, nous trouvons beaucoup de toiles — nous allions dire les neuf\ndixièmes — qui sont d'une infériorité notoire.\n   Vraiment, nous avons vu mieux que cela de M. Van Engelen.\n   C'est un amas de couleurs, de figures, de montagnes, de vues, mais dans\nlequel l'esprit ne trouve presque rien qui le frappe, l'enchaîne ou le charme.\n   Cependant, soyons justes : il y a là un panneau intitulé Le berger de la\nmontagne, qui arrête le regard. C'est une conception vivante et dans laquelle\nle peintre a su mettre, avec une vérité étonnante, l'expression de la nature,\navec sa rudesse et sa sauvagerie.\n   A côté de cette petite perle, nous trouvons une figure d'homme, moitié\nvagabond moitié soldat, bizarre entre toutes, mais d'une exécution sérieuse.\n   Plus loin un bon tableau : Sur la plate-forme.\n   Voilà pour la peinture. Passons aux aquarelles.\n   Ici M. Van Engelen se montre dans toute la force de son tempérament\nartistiquement observateur. Il serait difficile de dire laquelle de ces produc­\ntions est la meilleure, car toutes possèdent au même degré les qualités si\nrares de la justesse, du coloris et — disons-le — de la perfection.\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "                                   — 357 —\n\n    Nous y remarquons surtout un splendide Portrait du moussa, qui est\n l'expression la plus parfaite de la vivante nature.\n    Enfin, l'artiste nous montre une jolie collection de dessins représentant\n une variété infinie de types militaires.\n    En résumé, il y a là, dans le grand nombre des productions exposées,\n quelques œuvres qui prouvent, que l'artiste parviendra à se créer une place\n marquante parmi les meilleurs créateurs de notre Ecole.\n\n                                                                   G. D. G.\n\n\n\n\n             CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nLa Légende des siècles. VICTOR HUGO.— Paris, Calmann-Lévy, prix: fr. 7,50.\n  — La Vie ardente. HIPPOLYTE BUFFENOIR. — Paris, Lemerre, prix : 3 fr. —\n  L'Art Moderne. J. K. HUYSMANS. — Paris, Charpentier, prix: fr. 3-50. —\n  Fantaisies. EUGÈNE MOUTON.— Paris, Charpentier, prix: fr. 3-50. — Jules\n  Bailly, prix : 0.\n\n   Le cinquième et dernier volume de La Légende des Siècles vient de\nparaître, et à ce propos les Fagotins de gazette, ont, comme d'habitude, sopo­\nrifiquement dogmatisé. Les plus ignorants sont les plus infaillibles, et les\nélucubrations de ces petits reporters en rut dispensent de relire François\nRabelais.\n   Encore une fois, — ce ne sera point la dernière —, la critique du petit\njournal a donné son avis sur Hugo. Dans l'œuvre du poète, elle distingue deux\népoques : l'une bonne, l'autre mauvaise. La première comprend les Odes et\nBallades, les Voix intérieures, les Orientales, les Bayons et les Ombres, etc ; la\nseconde renferme la Légende des Siècles, les Châtiments, les Chansons des Rues et\ndes Bois, l'Année terrible, l'Art d'être grand-père, les Quatre Vents de (Esprit.\nToutes ces œuvres sont confondues sous la rubrique : Œuvres de décadence.\nLes suaves chroniqueurs sourient, prononcent à la queue leu leu les mots\nobscurité, fatras, insanité... et se consolent de Hugo par le panégyrique de\nM. Manuel. Il semble que j'entends rire Pantagruel.\n   J'aime furieusement à mécontenter les commis aux écritures de la presse\nhonteuse.\n   C'est pourquoi je leur avoue — avec volupté — que je trouve le Victor\nHugo de la décadence infiniment plus grand et plus beau que le Victor Hugo\nde la bonne époque.\n   Ce n'est ni à vingt ans, ni même à trente, que des hommes de génie comme\nHugo, visiblement organisés par la Nature pour durer physiquement tout un\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "                                  — 358 —\n\nsiècle, atteignent l'âge viril de l'esprit, cette période de maturité splendide\npendant laquelle éclosent les chefs-d'œuvre. Ce que vous prenez pour la\nvieillesse et la décrépitude est chez eux l'apogée des forces créatrices. Les\nOdes et Ballades, les Orientales etc., sont des vers d'enfant — d'enfant\ngénial, je l'avoue, — mais enfin d'enfant. Les Feuilles d'Automne, les Chants\ndu Crépuscule, sont des vers de jeune homme, — de jeune dieu, peut-\nêtre — ; la virilité ne se dessine que dans les Contemplations. C'est dans ces\ndeux livres étranges, les plus tourmentés que Hugo ait écrit, qu'il faut\nchercher les secrets de sa vraie nature. Là seulement, — car ses œuvres\nprécédentes n'étaient que des commentaires éloquents de la Bible, de Jean-\nBaptiste Rousseau, de Chateaubriand, espèces de beaux lieux — communs déve­\nloppés d'une manière ardente, mais sans grande originalité —, c'est là\nseulement, que, dans les douleurs inséparables de tout enfantement intellectuel,\nil se saisit à pleins poings lui-même, débarrassé désormais de toute influence\nétrangère. Alors les chefs-d'œuvre se succèdent : Les Châtiments, la Légende\ndes Siècles, les Quatre Vents de l'Esprit.\n   Le poète de 1851 n'est plus le rhétoricien romantique de 1830 : il n'écrit\nplus, pour enlever, à la pointe du vers, les principales redoutes classiques; il\nne peint plus dans le seul but de rendre à la langue de 1820, — « sans forme\net sans couleur », comme Hippolyte, — son ancienne splendeur. La période\nmilitante et de transition est passée. Il n'est plus le chef d'école, mais son\npropre chef.\n   Alors se produit chez Victor Hugo une étonnante transfiguration. Le Sens\nde la vie moderne, que certes l'auteur d'Hernani et de Notre-Dame de Paris ne\nposséda jamais à un degré élevé, soudain le quitta complètement. Hugo, qui,\ndans une partie de son œuvre affiche des prétentions sociales, et qui a incarné\nun moment l'utopie humanitaire, considéré comme poète, et dans l'ensemble\nde ses plus glorieux livres, n'est pas un homme de notre temps. Comme tous\nles grands lyriques, il est saisi tout entier par la despotique Nature. Et non\npas, à la façon des rimeurs médiocres, par la Nature telle que l'a corrigée notre\ncivilisation impoétique, mais par la Nature primitive, mystérieuse et sauvage,\nmatrice éternelle des dieux. Et le romantique de 1830, celui qui s'écria dans\nun vers célèbre :\n\n                Qui nous délivrera des Grecs et des Romains?\n\nsubit une vision du monde physique semblable à celle des chanteurs\ncontemporains de la jeunesse du monde. C'est un saut énorme, par dessus les\nsociétés et les siècles, jusque dans le rêve pélasgique d'Eschyle. Ce n'est plus\nune imagination sollicitée par les héroismes du moyen âge, c'est un génie\npoussé en plein hellénisme asiatique. Ni écrivain, ni poète : un Mage.\n   Dès lors, Hugo est possédé par cette horreur sacrée, par l'immense ivresse\ndes feuilles, des mers, des vents et des cieux, par les forces et les énergies\ntelluriques que divinisa le monde payen. Pan le pénètre. La vie universelle\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "                                   — 359 —\n\nl'assiège, éclatante et sombre, avec la mélancolie et la terreur qui naissent des\ncontemplations. Et le Mage nous entraîne dans un rêve énorme, sur des\nsommets que la poésie lyrique n'avait pas encore soupçonnés.\n   La clef de cette nouvelle manière de Hugo se trouve dans les Quatre Vents de\nl'Esprit\n\n            Souvent, dans le hallier où l'églogue hypocrite\n                         S'en va chantant,\n            J'ai tout à coup cessé de lire Théocrite\n                         Inquiétant ;\n\n            Homère fait trembler; un gouffre est dans Eschyle ;\n                        Parfois je veux\n            M'enfuir quand Circé passe ou que je vois Achille\n                        Pris aux cheveux ;\n\n            Les aigles sur les bords du Gange et du Caystre\n                         Sont effrayants ;\n            Rien de grand qui ne soit confusément sinistre ;\n                         Les noirs pœans,\n\n            Les psaumes, la chanson monstrueuse du mage\n                        Ezéchiel,\n            Font devant notre œil fixe errer la vague image\n                        D'un affreux ciel.\n\n            L'Empyrée est l'abîme, on y plonge, on y reste\n                        Avec terreur.\n            Car planer, c'est trembler; si l'azur est céleste,\n                        C'est par l'horreur.-\n\n             L'épouvante est au fond des choses les plus belles ;\n                         Les bleusvallons\n            Font parfois reculer d'effroi les fauves ailes\n                        Des aquilons.\n\n            Ils sont pleins de regards et d'aspects,; et les sages,\n                           Seuls dans les bois,\n            Méditent, attentifs dans l'ombre à des passages\n                          D'yeux et de voix;\n\n           Le poète serein contient l'obscur prophète ;\n                       Orphée est noir ;\n           C'est dans une lueur mystérieuse, faite\n                       D'aube et de soir;\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": "                                — 360 —\n\n            C'est en regardant fuir sous l'insondable voûte\n                         D'affreux griffons,\n            Qu'Amos effaré songe et qu'Isaïe écoute\n                         Les bruits profonds;\n\n            Alcée est sidéral, Lucrèce est redoutable,\n                         Job voit l'Esprit;\n            Le Sphinx vient par moment s'accouder sur la table\n                         Où Dante écrit;\n\n            Plante par Thalia,' formidable bouffonne,\n                        S'entend gronder;\n            Et Pindare, en levant les yeux, voit Tissiphone\n                        Le regarder;\n\n            De là tant de beautés difformes dans leurs œuvres :\n                         Le vers charmant\n            Est par la torsion subite des couleuvres\n                         Pris brusquement ;\n\n            A de certains moments toutes les jeunes flores\n                        Dans la forêt\n            Ont peur, et sur le front des blanches métaphores\n                        L'ombre apparaît ;\n\n            C'est qu'Horace et Virgile ont vu soudain le spectre\n                         Noir se dresser;\n            C'est que là bas, derrière Amaryllis, Electre\n\n                        Vient de passer-\n\n            La nature est en vain pleine de fleurs, de fêtes,\n                         Et de pardons ;\n            Les poètes ont beau rayonner sur nos têtes,\n                         Nous entendons\n            Parler de sombres voix à Delphe, aux Propylées,\n                         Et dans Endor ;\n            Et la nuit a toujours des méduses mêlées\n                         Aux astres d'or.\n\n   Quelle splendeur émane de cette forme presque spontanée, purifiée de sa\npléthore de comparaisons et d'images, souveraine comme le Parthénon et les\nbas-reliefs d'Egine !\n  Voilà ce que les pions et les reporters ne comprenneni point !\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "                                     — 361 —\n\n   Le cinquième et dernier volume de La Légende des Siècles est dans la même\nmanière « naturaliste (i) ». Strictement il me semble que le lien qui l'attache\naux deux premières séries est assez mince. Dans son ensemble, l'œuvre est cer­\ntainement moins égale, moins pure que Les Quatre Vents de l'Esprit, mais la\n« Vision de Dante » prendra place parmi les choses les plus vertigineusement\nbelles que le grand poète Panique ait écrites.\n                                      ***\n   Je doute que M. Hippolyte Buffenoir, l'auteur de La Vie Ardente, s'enfonce\njamais dans l'horreur sacrée, et devienne un Mage. Il se contente' d'être un\npoète exact et consciencieux, tenant une place honorable dans la jeune école\nfrançaise contemporaine.\n   Je ne vois pas très bien comment le volume justifie son titre, car la vie\npoétique de M. Buffenoir, loin d'être ardente, ne semble au contraire, malgré\nquelques pièces qui visent au grand et au passionné, incliner surtout vers les\nchoses douces et pensives. C'est un talent qui ne manque point d'intimité, mais\nencore un peu à la recherche de lui-même. Là où il s'abandonne, il atteint\nparfois la note juste. Je n'en veux pour exemple que sa pièce sur les chats.\nCertes, je ne ferai pas à M. Buffenoir la trahison de comparer ses chats aux\nfélins de Baudelaire, comme l'a fait le Figaro pour M. Rollinat. Mais je\npourrais bien, et sans trahison pour M. Buffenoir, les comparer avec ceux\nde M. Rollinat :\n                 Tour à tour triste et gai, somnolent ou folâtre,\n                 C'est bien l'âme du gîte,où je me tiens sous clé;\n                 De la tablé à l'armoire, et du fauteuil à l'âtre,\n                 Il vague, sans salir l'objet qu'il a frôlé,\n                 Tour à tour triste et gai, somnolent ou folâtre.\n\n                 Panthère du foyer, tigre en miniature,\n                 Tu me plais par ton vague et ton aménité,\n                 Et je suis ton ami, car nulle créature\n                 N'a compris mieux que moi ta sombre étrangeté.\n  M. Rollinat se flatte. Je crois que M. Buffenoir, dans ses strophes beaucoup\nmoins présomptueuses et moins baudelairiennes d'intention, a compris le chat\nbeaucoup mieux que l'auteur du Soliloque de Troppmann:\n\n\n                 Vous vous montrez toujours disciples de Montaigne,\n                 Vous savez que la vie est une trahison :\n                 A vos yeux, point de bien que le néant n'atteigne ;\n                 Nul bonheur sur lequel ne descende un soupçon.\n\n  (1) Je prends le mot dans son acception propre, et non dans le sens que lui donne Emile\n Zola.\n                                                                              27\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "                                   — 362 —\n\n\n                 Chattes et chats, toujours vous m'êtes sympathiques !\n                 Je vous aime éveillés, je vous aime endormis :\n                 En vous je reconnais des frères, des amis :\n                 Des causeurs délicats, des lettrés, des sceptiques !\n                                        ***\n\n    La critique féline, n'est pas le fait de J. K. Huysmans, qui, sous ce titre :\n L'Ari Moderne, réunit la première série de ses Salons de peinture. Bien au\n contraire, son idéal est d'aller droit au but, sans réticence, sans entortiller\nles phrases, comme un petit Sainte-Beuve, ce Rominagrobis des Lundis. Je\n comprends que les peintres d'histoire, et les enlumineurs de boîtes à bonbons\naient un peu crié. On le ferait sous de moindres gaules. Tudieu ! quelle verve,\nquelle poigne ! Le mot drôle et juste abonde, les tours sont incisifs et pitto­\nresques, l'intelligence des tempéraments complète et rapide. J'ai noté quelques\ntranscriptions de paysages, entre autres de Pissaro et de Raffaëlli, qui sont d'un\nouvrier subtil et compréhensif. Ajoutez que cette œuvre d'avant-garde, qui a\nconservé une odeur de poudre, est pleine de réflexions fines et sensées sur\nl'impressionnisme et les premiers peintres de cette école, entre lesquelles on\nremarquera sans doute une critique magistrale des toiles d'Edouard Manet.\n   Je recommande — en pure perte, mais je recommande quand même — la\nfranchise de J. K. Huysmans à nos pralineurs de comptes-rendus,\n                                    ***\n\n    C'est pourquoi je serai très franc à l'égard de M. Eugène Mouton, le Mérinos\n des Fantaisies.\n    Ce mouton, ou ce mérinos — je n'ai point de préférence — me semble\n atteint de la clavelée, la clavelée parisienne.\n    J'appelle ainsi la maladie de l'esprit banal et vulgaire devant lequel on se\n pâme là-bas.\n    M. Mouton (Mérinos) jouit à Paris d'une grande réputation.\n    11 la mérite, — ou plutôt, non, il le mérite.\n    Je livre à vos réflexions le passage suivant, où ce Mérinos facétieux couvre\nle Tèlèmaque de notes marginales :\n    « Je vous avoue que si j'étais exposé, lorsque je joue de la lyre, ce qui ne\n m'arrive jamais, (parbleu.' chacun sait que la Lyre est un instrument déconsidéré\npar Banville j à voir des tigres, des ours, des lions venir me lécher les pieds,\net des rochers attendris se précipiter sur moi du haut des montagnes, je\nrenoncerais à cet instrument. »\n    Voilà ce que pense de l'allégorie d'Amphion — M. Mérinos.\n    Puisque M. Mérinos n'aime pas les mythes, je me permettrai de lui rappe­\nler l'aventure du Satyre Marsyas écorché par le porte-lyre Apollon. Mérinos est\ntranquille, parce qu'il sait qu'Apollon est dédaigneux. Mais le dédain ne per­\nsiste pas toujours, et alors\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                                  — 363 —\n\n\n   Je demande la parole pour un fait personnel, sous cet insidieux prétexte,\nqu'après avoir parlé de Mérinos, on peut parler de soi-même.\n   Nous avons reçu de M. Jules Bailly deux lettres d'injures et de récrimi­\nnations à propos d'une pauvre mienne chronique où je n'ai fait cependant que\nle citer.\n   Comme je ne veux pas faire subir à Jules les derniers outrages, je ne\npublierai pas ces éptîres.\n   S'il continue, je m'y résoudrai.\n   En attendant, comme il fallait tirer de Jules une vengeance provisoire, je l'ai\nincrusté dans des\n\n\n                            T R I O L E T S A JULES\n\n\n                    Nous avons fait crier Bailly,\n                    Comme à l'assaut du Capitole,\n                    Son appel d'alarme a jailli :\n                    Nous avons fait crier Bailly.\n                    Je suis joyeux comme un failli\n                    Que l'on nourrit à la pistole :\n                    Nous avons fait crier Bailly\n                    Comme à l'assaut du Capitole.\n\n\n                    La destinée, en cet assaut.\n                    Lui fit jouer le jeu de l'oie !\n                    Il doit subir, sans être un sot,\n                    La destinée en cet assaut.\n                    Sa tête au Muséum Tussaud\n                    De tous les Anglais fait la joie.\n                    La destinée, en cet assaut,\n                    Lui fit jouer le jeu de l'oie !\n\n\n                    De larges oreilles flanqué,\n                    Son chef me rappelle un triptyque !\n                    S'il les referme, il est masqué,\n                    De larges oreilles flanqué.\n                    Ces volets de chair ont manqué\n                    Embellir le Salon Gothique.\n                    De larges oreilles flanqué,\n                    Son chef me rappelle un triptyque !\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "             — 364 —\n\nSur sa plume en guise de pal\n Il force à s'asseoir Melpomène,\n— C'est là son bonheur principal —\nSur sa plume en guise de pal.\nLa cochenille est au nopal.\nEt Jules à sa tache inhumaine :\nSur sa plume en guise de pal\nIl force à s'assoir Melpomène !\n\nIl s'en va partout racontant\nQue nous sommes des stercoraires.\nA l'œil, au rabais, au comptant,\nIl s'en va partout racontant.\nCa s'explique, il n'est pas content\nDe nos chroniques littéraires.\nIl s'en va partout racontant\nQue nous sommes des stercoraires.\nCependant, nous n'avons jamais\nMangé la moindre de ses rimes !\nO mon grave monsieur Homais,\nCependant nous n'avons jamais\nDégusté cet odorant mets :\nNous avons bien d'autres escrimes !...\nCependant nous n'avons jamais\nMangé la moindre de ses rimes !\n\nNous n'avons fait que vous citer,\nO très chère croûte sans mie !\nAlors, pourquoi vous irriter ?\nNous n'avons fait que vous citer.\nVous voulez donc vous éreinter\nVous-même, ou je n'y comprends mie ?\nNous n'avons fait que vous citer,\nO très chère croûte sans mie !\nUn dernier mot : fatalement\nVous finirez en cour d'assises.\nAvec ce physique alarmant,\n— Un dernier mot— fatalement,\nPour affaire d'avortement,\nEn ces époques indécises,\n— Un dernier mot — fatalement\nVous finirez en Cour d'assises !\n                      ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "                                 — 365 —\n\n\n\n\n       MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE\n   Nous signalons à nos lecteurs l'annonce de la Plage en vedette à notre cou­\nverture. Ils trouveront dans ce journal plusieurs noms qu'ils aiment de la Jeune\nBelgique et nous comptons sur leurs adhésions en masse. Le prix d'ailleurs\nn'est pas lourd et nos abonnés auraient tort de se priver dans les loisirs de la\nvillégiature, d'une lecture délassante qui les mettra au courant de ce qui se\npasse là-bas dans le sable.\n   Voici le sommaire des noS 1 et 2 qui ont paru le dimanche 15 et le dimanche\n23 juillet:\n   La Saison de 1883, Emile Verhaerën. — Tableaux de genre, Georges\nRodenbach. — Causettes, Max Waller. — Les flots sont changeants, Emilio. —\nIntérêts locaux, X . — Nouvelles de Blanhenberghe. — Lettre d'Ostende, Vicom­\ntesse Alice. — Liste des Etrangers. — Renseignements divers\n   A table d'hôte, Emilio. — Bêtises, Max Waller. — La rue Breydel, Emile\nVerhaerën,— Phosphorescences. Intérêts locauv, X. — Nouvelles de Blanhen­\nberghe. Correspondances. Lettre d'Ostende. Eva Collet Monté. — Au Kursaal\nd'Ostende, Ludovic. — Liste officielle des Etrangers. Renseignements divers.\n                                      ***\n\n   Un journal hebdomadaire, La Casserole, a publié récemment la lettre d'un\nRaymond de Sombrevalle, dans laquelle, en trop zélé défenseur de La Jeune\nBelgique, celui-ci proteste contre un article inséré dans ce journal. Nous tenons\nà déclarer que ce monsieur est absolument inconnu à La Jeune Belgique et\nque nous ne l'avons pas autorisé à se faire notre champion.\n\n                                       ***\n   Après Boccace et Parny, voici que l'éditeur Boitte publie, dans sa populaire\npetite collection à cinquante centimes, les œuvres choisies du joyeux Piron. On\ny retrouvera les boutades connues, les historiettes lestes, les mots risqués, les\nchansons, les épîtres et les épigrammes de celui qui ne fut rien, mais dont le\nrire est resté, au grand bonheur des rééditeurs.\n                                     ***\n\n  Le Nord Contemporain — 17, rue Grétry à Bruxelles. Un an : 44 francs.\n  Sommaire du n° 32 :\nTexte : Les artistes du nord de la France et de la Belgique au Salon, L. R. —\n  Galerie contemporaine : Le Vice-Amiral de Dompierre-d'Hornoy, D. L. —\n  Revue Archéologique et Artistique: Bruges, La rue Flamande ; Le Havre,\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "                                  — 366 —\n\n   l'Hôtel de Ville. MAXIME VARIN. — Belgique: A nos confrères; le Cercle\n   artistique et littéraire de Bruxelles ; les prochaines Expositions en Belgique;\n   la Belgique à l'Exposition d'Amsterdam, E. L. — Littérature: Le Fabuliste\n   Rossand; Un dîner avec Théo; La vérité sur la mort du poète Gilbert ;\n   Mai, sonnet, ALEXIS MARTIN. — Nouvelle: En battue, JACQUES LOZÈRE. —\n   Variétés : Les Parisiens chez eux : Emile Zola, Victorien Sardou. — La\n   Finance.\n Photographies: Portrait du Vice-Amiral de Dompierre d'Hornoy. — Bruges:\n   Vue de la rue Flamande. — Le Havre : Vue de l'Hôtel de Ville.\n                                        ***\n   Voilà l'plaisir, Mesdames.' par DANIEL DARC, illustré d'un dessin de GEORGES\nJEANNIOT, paraît chez PAUL OLLENDORFF.\n    Ce nouveau volume de l'auteur du Petit Bréviaire du Parisien est gai,\npimpant, un tantinet gaillard, mais d'une morale qui, pour être court-vêtue,\nn'en est pas moins irréprochable.\n    Madame y puisera un renouveau de belle humeur, et la sieste de Monsieur\nen sera agréablement bercée.\n    L'éditeur P. OLLENDORFF vient de mettre également en vente un charmant\nvolume : La Vie en Culotte, par THÉO-CRITT, que nous croyons devoir signaler\nà l'attention toute particulière de nos lecteurs. C'est la continuation d'une série\ndont les premiers volumes, Nos farces à San mur et Le 13e Cuirassiers ont\nassuré le succès. La Vie en Culotte n'est pas seulement une étude humoristique\noù la vérité se confond avec le réel ; l'auteur y a mis la note émue et tou­\nchante. Ce qui ajoute à l'attrait de ce volume, ce sont les délicates illustrations\nd'Henriot, un artiste dont la réputation n'est plus à faire, et une spirituelle\npréface de Pierre Véron.\n                                        ***\n   Ouvrages récents :\n   Chez Gilon: une intéressante nouvelle de M. Emile Greyson: Entre Bourgeois.\nL'auteur, dont la littérature s'apparente à celle d'Emile Leclerq, est un obser­\nvateur de premier ordre ; il connaît notre vie bourgeoise et la rend avec art\ndans ses demi-teintes et ses gris fondus d'aquarelle. Son volume est une\nbonne fortune pour la bibliothèque Gilon — souvent trop complaisante.\n   Chez Gilon encore : Les Contes Ecossais de Charles Gibbon, traduits de l'an­\nglais par Louise Juste, une nouvelle-venue, nous semble-t-il. Nous recomman­\ndons ces contes ; ils ont une faveur très spéciale et plairont sans aucun doute.\n\n                                       ***\n   L'éditeur Arthur Boitte nous envoie un mignon paquet de 42 mignons\nvolumes qu'il annonce vendre 3 5 francs dont 5 payables à réception de la\ncollection et, pour le reste, à raison de 3 francs par mois. Je n'insiste pas sur\ncet étonnant bon marché, sur la commodité des paiements, et j'en arrive à énu-\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                                  —367—\n\nmérer bien vite les volumes que contient cette collection. Les bibliophiles la\nconnaissent. Du temps de la contrefaçon, cette diablesse de contrefaçon qu'après\ndes années et des années, ces MM. de Paris — éternellement spirituels, nous\nmettent sous le nez avec une nouveauté louable, des éditeurs belges, Lau­\nrent, Tarride, Tarlier, Méline et Cans entreprirent la publication sous forme\nde volumes-bijoux des principaux chefs-d'œuvre contemporains — d'alors.\nC'étaient, commenous l'apprend M. Arthur Boitte dans la Bibliographie de tous\nces ouvrages, des volumes d'un format in-32, de 110 millimètres sur 67, d'un\ncaractère microscopique fondu d'après le système du point Didot et imprimés\nsur un papier à la main non collé. Comme types, ces volumes sont le pastiche\nde ceux publiés au XVII e siècle par les Elzevier.\n   Ce sont ces volumes, dont plusieurs très recherchés des bibliophiles, que\nl'éditeur Boitte offre au public dans de merveilleuses conditions de bon\nmarché.\n   Les lettrés y trouveront une suite curieuse et pêle-mêle d'ouvrages démodés\njoints à d'autres éternellement beaux. En voici la liste : Amour et foi, Hymnes\nsacrées, par EDOUARD TURQUETY; Judith, par M m e DE GIRARDIN ; Les Messénien.\nnes, La Popularité, Une famille au temps de Luther, La fille du Cid, Les enfants\nd'Edouard., par CASIMIR DELAVIGNE; Heraclite et Démocrite, par E D . FOUSSIER;\nLes Porcherons, par T . SAUVAGE et A. GRISAR; Prométhée, par EDGAR QUINET;\nDe la servitude volontaire, d'ETIENNE DE LA BOÉTIE; Philiberte, par EMILE\nAUGIER; De l'absolutisme et de la Liberté, de LAMENNAIS; les Nouvelles Satires\nd'AUGUSTE BARBIER, Le démon du foyer, comédie de GEORGE SAND; Prismes poé­\ntiques, par JULES DE RESSÉGUIER; Poésies et Le dernier jour, par JEAN REBOUL;\nPoésies de SAINTE-BEUVE; Les Régions du Ciel par AUGUSTE ABADIE; Poésies\nD'ANTONI DESCHAMPS ; Les Pleurs et Pauvres Fleurs, par Mme DESBORDES-VAL­\nMORE; Poèmes, par BARTHÉLÉMY et MÉRY; L'Enéide, par BARTHÉLÉMY; Caligula,\nUn mariage sous LouisXV, Napoléon Bonaparte, Antony, L'Alchimiste,  JSenrilll,\nKean, Mlle de Belle-Isle, La Tour de Nesle, Halifax, d'ALEXANDRE DUMAS; enfin\nde VICTOR HUGO : La Esmeralda, Littérature et Philosophie mêlées, Han d'Is­\nlande, Bug-Jargal et Le Rhin. N'oublions pas non plus la Sapho de PHILOXÈNE\nBOYER précédée de ces merveilleux vers de THÉODORE DE BANVLLE .\n\n\n             Je tremble devant vous, ô foule! hôtes illustres,\n             O lèvres de penseurs, ô corsages fleuris !\n             Moi qui vois resplendir, sous l'éclat de ces lustres,\n             Toutes les majestés dont rayonne Paris ;\n\n\n            Je tremble, moi qui sais dans un jardin féerique,\n            Mêlant aux doux ruisseaux la chanson de mes vers,\n            Tresser en souriant la guirlande lyrique\n            Et danser au soleil parmi les gazons verts.\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "                                  — 368 —\n\n            Je sais épanouir les odes amoureuses,\n            Charmant avec mes sœurs les bois extasiés,\n            Et j'accorde ma voix, sous les forêts ombreuses,\n            Avec les rossignols cachés dans les rosiers.\n            Mais je tremble d'oser, sur la scène divine\n            Où le maître Racine a fait parler les dieux,\n            Vous montrer après lui cette double colline\n            Que Phœbus remplissait de chants mélodieux.\n\n            J'ai voulu, pauvre enfant, en mes jeunes délires.\n            Vous faire voir, parmi des rayons irisés,\n            La sereine Lesbos où dans la voix des lyres\n            Se confondaient le bruit des chants et des baisers.\n\n            Mais je tremble à présent, moi compagne du pâtre,\n            En voyant mon idylle et mon rêve enchanteur\n            Fouler d'un pied craintif ce carton du théâtre\n            Que peut seul animer le génie, et j'ai peur.\n\n            Ah ! soyez-moi cléments, rois élus de ces fêtes,\n            Qui souriez déjà rien qu'en me regardant,\n            O fronts que le laurier couronne, ô vous, poètes,\n            Qui marchez d'un pied sûr dans le buisson ardent !\n\n\n            Si vous voulez, mes sœurs, votre fière jeunesse\n            Fera vivre un moment dans un rêve fleuri\n            Ma jeunesse impuissante, et j'aurai trop d'ivresse\n            Si vous avez pleuré, si vous avez souri !\n\n\n   Un nouveau volume vient de paraître dans la Bibliothèque belge illustrée, éditée\npar la maison Parent etCiede Bruxelles. Il a pour titre Le Tournesol et pour\nauteur M. Guillaume Chantraine.\n   Nous croyons pouvoir recommander cette Bibliothèque aux Administrations\ncommunales et aux Instituteurs ; ils y trouveront, pour les distributions des\nprix un choix de jolis volumes, intéressants, instructifs et qui ont le mérite\nd'être écrits par des auteurs belges.\n                                      ***\n\n  L ' A R T MODERNE : Sommaire du n° 29 (22 juillet:)\n   Octave Pirmez d'après sa correspondance. — Véracité de la critique litté­\nraire en Belgique. — L'Exposition triennale de Namur. — Livres nouveaux.\n— L'Ecole des chœurs-petite chronique.                       NEMO.\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "LA REVUE MODERNE\n                   Paraissant le 20 de chaque mois.\n\n\n                                  COMITE\nCAMILLE LEMONNIER - EDMOND PICARD - V I C T O R ARNOULD\n  LÉON CLADEL - EDMOND DE GONCOURT - CARL VOGT.\n Rédacteur en chef et Directeur Gerant : MAX W A L L E R .\n  La Revue Moderne, politique, scientifique, littéraire et\nartistique, formera par an deux volumes d'environ 400\npages chacun, imprimés avec soin sur beau papier teinté,\navec titres, couvertures et tables des matières.\n                               PRIX      D'ABONNEMENT:\n\n  BELGIQUE     - UN AN : 12 Fr. — ÉTRANGER (Union Postale) : 14 FR.\n                Bruxelles : Avenue de la Toison d'Or.\n         RÉVOLUTION\n                DANS L'ART DE SE RASER                 WAUX HALL\n       RASOIR\n          AMÉRICAIN,      breveté s. g. d. g.\n    Il est impossible dans une annonce de                   PARC .\ndonner une idée complète des avantages\nextraordinaires de cette merveilleuse inven­\ntion ; cet appareil justifie entièrement sa T O U S L E S S O I R S\nvogue ; il permet à toute personne de se\n                                                               A 8 HEURES :\nraser bans en avoir aucune habitude, et cela\nsans crainte de coupure.\n    Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement\nnerveux, on peut se raser d'une façon plus\n                                                     CONCERTS\nparfaite que ne le ferait le barbier le plus                     DONNES PAR\n\nexpérimenté par les procédés anciens.              L'Orchestre     DE L A M O N N A I E\n    Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce              (85    exécutants).\nnouveau rasoir est tellement ordinaire qu'il\nest certain qu'il remplacera partout l'ancien\nsystème ; il suffit de l'avoir essayé une fois               LE J E U D I :\npour ne plus vouloir se raser ni se laisser\nraser par d'autres procédés.\nNe pas confondre avec des appareils similaires\n  qui se vendent à vif prix et qui n'ont aucun\n  des avantages du rasoir américain.\n   Pour le recevoir franco, envoyer fr. 5-50 en un\nmandat-poste à M. MICHEL, 57, rue des Solitaires,            ENTREE :\nParis. Remises pour les achats en gros).\n      Prière de nous indiquer dans queljournal            UN FRANC,\n                ou a lu cette annonce.\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "LA PLAGE                          DE\n         BLANKENBERGHE\n             Paraissant le samedi soir\nA BRUXELLES, OSTENDE, BLANKENBERGHE & HEYST.\n          Journal mondain, donnant des\n    NOUVELLES, POÉSIES & ÉTUDES\n          dues à la plume de la plupart\n       DES J E U N E S      BELGIQUE\n\n\nLa Plage publie régulièrement et avant tous les autres journaux\n   la LISTE OFFICIELLE DES ÉTRANGERS,\n               les heures de départ et d'arrivée des\n         T R A I N S DE P L A I S I R ,\n                         les programmes des\n   CONCERTS, THÉÂTRES & BALS\n\n  Elle contiendra en outre des indiscrétions — très honnêtes —\nsur la plage recueillies, par une charmante anonyme du grand\nmonde.\n\n\n        A B O N N E M E N T P O U R LA SAISON:\n                     3     F R A N C S\n\n                  à Bruxelles :\nO N S'ABONNE                  74. avenue de la Toison-d'Or,\n                   à Blankenberghe : 18, rue de l'Église.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1883-08-01", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 388."}}