{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(3 e année) 1883 Tome I I . 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ALBERT GIRAUD.\n   LA VILLA CLOSE                           .   .       . . .       .    EMILE VERHAEREN\n   POÉSIES:      I Le vieux prêtre                                       EDOUARD LEVIS.\n                II Chanson délectable           .       .       .   .    ARMAND WEBER.\n               III Végétation occulte   .   .   .       .       .   .    A. M. A.\n               IV La nonne                                               LÉON CHOMÉ.\n                V Messidor                                      •   •    Louis DE CASEMBROOT.\n                IV Amour, bonheur                                   .    M. C.\n   CROQUIS FUNÈBRES : IV En faction                 .       .   .   .\n                                                                         HENRY MAUBEL.\n                               V Immortelles\n   LES ARTS DÉCORATIFS                                                   JACQUES ARNOUX.\n   N O U V E L L E DE LA GRAND'ROUTE                .   .       .   .    MARIUS RÉTY.\n   LES JOYEUSETES DE LA BIBLIOGRAPHIE                               .    TÊTE-DE-MORT.\n   TRIOLETS ÉPITHALAMESQUES                                              EDMOND PICARD.\n   AU W A U X - H A L L                                                  ALBERT GIRAUD.\n   CHICANE L I T T É R A I R E\n   MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE                                               NEMO.\n\n\n\n\n                                     BRUXELLES\n                 BUREAUX             : 90, RUE                          BOSQUET\n                                     MDCCCLXXXIII\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE paraissant le 1er", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 433, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 416, "texte": "LA JEUNE                                BELGIQUE\n                     paraissant le 1er de chaque mois.\n\n\n\n                             ABONNEMENTS :\n\nPour la Belgique : Un an. 5 fr. Pour l'Union postale: 7.00.\n\n\n\n                                   BUREAUX:\n\n             BRUXELLES,                 90, RUE              BOSQUET.\n\n\n                    Prix du numéro : 60 centimes.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 433, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 416, "fin_caractere_exclue": 1936, "texte": "BOITE AUX LETTRES.\n   72. A. M. Schaerbeek. — Impossible malheureusement. Nos collections nous interdisent\nde distraire un seul portrait, Mille regrets.\n   73. Charles G., Bruxelles. — Votre Bal des Charcutiers est très original. Hélas ! vos\njambons ont trop de chevilles, et s'il est vrai que certaines strophes coulent de bonne\nsource, d'autres tirées par les cheveux empêchent absolument la publication.\n   74. Raymond de Sombrevalle. —Tourquoi vous cabrez-vous. Nous avons simplement\nmis notre responsabilité à couvert dans une question où le public pouvait vous considérer\ncomme notre champion. Cela n'a rien de blessant, je pense. Tout volve.\n   75. Alb. H. — D'ores et déjà parmi nos amis, nous avons inscrit 92 souscripteurs à la\nsérie complète des plaquettes; vous voyez que nous avions raison de vous dire mardi der­\nnier que les collections ont beaucoup de chance de devenir très rares. La troisième sera\nvraisemblablement un Conte rouge de l'ami Verhaerenavec un dessin de Théo Van Ryssel­\nberghe; la quatrième, de Waller, avec une photogravure d'après Chaplin; la cinquième,\n Cassandre à l'Académie, d Giraud avec un dessin de Regoyos. A jeudi chez G.\n   76. R. de Latiney-Fée d'amour, pensée rose n'a jamais fait un vers suffisant aux aspira­\ntions d'Orphée- Vous avez encore rudement à piocher, et nous sommes exigants.\n   77. Fernando Bravo. — Bien cogné, confrère, mais on ne s'aplatit pas à combattre de\ntelles feuilles de rues.\n\n                      B R U X . — IMP. A D . MERTENS, 12, RUE D ' O R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 369, "page_fin": 379, "titre_corps": "L’Art social", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Études d’esthétique", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "ETUDES D ESTHÉTIQUE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA VILLA CLOSE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 434, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "ETUDES D'ESTHÉTIQUE (1)\n\n                                  I. L'ART SOCIAL.\n\n    L'hérésie de l'Art Social, de l'Art Utile, ou de l'Enseignement, comme\nl'appelle Charles Baudelaire, vient de nous être prêchée, en une polé­\nmique de très haute allure, par des esprits qui qualifient de vieillerie\nnotre doctrine de l'Art pour l'Art. (2)\n    Les deux doctrines sont également vieilles, ou à peu près, mais l'une\nsemble vieille comme l'erreur, et l'autre, comme la vérité.\n    Le jour où l'on inventa le brocard: Castigat ridendo mores, on\naffirma solennellement Y Art utile. Il y a longtemps, comme chacun\nsait, La doctrine de l'Art pour l'Art, alors existait déjà, mais informu­\nlée. Victor Hugo, le premier, dans une discussion sur le théâtre de\nVoltaire, l'enferma dans une courte sentence qui fit fortune, et que la\ncritique ramassa.\n    Aujourd'hui, les revoilà en présence, ces éternelles devises, entre\nlesquelles les vrais artistes n'hésitent pas, mais avec lesquelles il faut\n compter, car elles personnifient deux forces essentiellement incompa­\n tibles : la Littérature et la Politique.\n    Comme nous l'avons dit plus haut, l'Art social n'est qu'une localisa­\ntion\"— ce terme médical est le seul juste — de l'Art utile.\n    Nous n'examinerons, dans cette étude, que l' Art social, parce que\nl' hérésie sociale se combat au moyen des mêmes arguments que Yhérésie\n utile.\n    Quand on lit les nombreux volumes entassés par les défenseurs de\n l'Art social, on s'aperçoit qu'on peut les classer en deux catégories nette­\n ment accusées :\n\n\n   (1) La deuxième étude sera consacrée à la question du fond et de la forme.             A. G.\n   (2) Un Monsieur... quelconque a, dans un journal de dixième marque, insinué que la\nJeune Belgique et l'Art Moderne se battaient à coups de flèches... empoisonnées ; quoique\nl'insinuation vienne de très bas, il importe de la rectifier et de déclarer que nos études et\nnos discussions ne créeront jamais ni rivalités ni froissements. L'Art Moderne a, comme\nnous, le culte de L ' A R T , et nous nous tenons avec lui par la main et par le coeur (Af. d. l.r.)\n                                                                                        28\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2483, "texte": "                                 — 370 —\n\n    D'une part, les intransigeants, qui réclament une littérature à thèses,\ndont la propagande est le seul but, et qui ne permettent à l'artiste de\nrechercher le Beau que dans la mesure où il peut rendre plus rapide la\npropagation du principe choisi; d'autre part, les opportunistes, qui ne\ncourent point aux extrêmes, répudient même, peu sincèrement, semble-\nt-il, et du bout des lèvres, la littérature directement démonstrative, pour\nrecommander un art, qui, sans prôner ouvertement telle ou telle réforme\nsociale, y pousse d'une manière plus sourde et plus médiate.\n   Les premiers sont les plus logiques.\n   Les seconds, les plus dangereux.\n\n                                      I\n\n    Un des plus grands et des plus terribles outranciers de la logique,\n Proudhon, donne, dans son livre posthume sur Courbet, la définition\n suivante de l'Art :\n    Une représentation idéaliste de la nature et de nous-mêmes, en vue\n du perfectionnement physique et moral de notre espèce.\n    Cette définition nous semble, à cause de son audace même, inoffen­\n sive. Aucun artiste ne la lira sans hausser les épaules, ni sans s'apitoyer\n doucement sur la puérile illusion de ce philosophe égaré dans l'Art.\n    La meilleure réfutation de Proudhon, c'est Proud'hon lui-même.\n    Voici comment il apprécie le Retour de la Foire, de Courbet :\n    C'est la France rustique, avec son humeur INDECISE et son esprit\npositif, SA LANGUE SIMPLE, ses passions douces, SON STYLE\nsans emphase, sa pensée plus près de la terre que des nues, SES\n M Œ U R S ÉGALEMENT ÉLOIGNÉES DE LA DÉMOCRATIE\n ET DE LA DÉMAGOGIE, sa préférence marquée pour les façons\ncommunes, éloignée de toute exaltation idéaliste, H E U R E U S E SOUS\n UNE A U T O R I T É T E M P É R É E , dans ce juste milieu aux bonnes\n gens si cher, et qui, hélas ! constamment les trahit.\n    N'est-ce pas qu'elle est tristement comique, l'aberration de cet homme\nqui dans un tableau voit tout, sauf le tableau même?\n    Nous cherchons en vain, à travers l'histoire de l'Art, une œuvre à\nlaquelle puisse s'appliquer strictement la définition del'écrivain socialiste.\n    Proudhon le sentait fort bien lorsqu'il s'écriait : Plût à Dieu que\nLuther ait exterminé les Raphaël, les Michel-Ange et leurs émules,\ntous ces ornementateurs de PALAIS d'ÉGLISES !\n   Aussi, après avoir nié toute la littérature du passé, tous ses arts plas­\ntiques, prophétise-t-il la venue d'écrivains et d'artistes nouveaux, et livre-\n"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "                                -    371   -\n\nt-il, pour conquérir le peintre d'Ornans, une bataille désespe'rée, qui\ntémoigne à la fois des ressources de son génie et de l'inanité de ses\nconceptions.\n    Loin, très loin de la définition de Proudhon, mais enfermant, comme\nil l'exige, une thèse dans chacune de leurs œuvres, enseignent Voltaire\net Alexandre Dumas fils.\n    Il suffit de relire les tragédies de Voltaire pour vérifier combien son\nidée de l'Art est petite et vaine. Ses pompeuses tirades, qui ne sonnent ni\nl'accent vital, ni l'humanité, étaient de bruyantes trompettes où l'auteur\nde Zaïre clamait les maximes philosophiques de l'Encyclopédie. Aujour­\nd'hui elles gisent dans un coin, muettes et vert-de-grisées.\n   Voltaire, souvent, se contentait de développer la thèse d'une manière\naccidentelle, au courant du drame. Dumas fils bâtit sur la thèse sa\ncomédie, sorte de syllogisme dialogué dont les conclusions dépassent les\nprémices.\n    Toutes les pièces d'Alexandre Dumas fils peuvent se ramener à la\nforme abstraite et concise du raisonnement scholastique. Cette réduc­\ntion, ennuyeuse et quelque peu pédante, est cependant un argument très\npuissant, et qui suffit à annihiler, par quelques phrases implacables et\ncoupantes, toutes les déclamations des utilitaires.\n   Tel est par exemple, le canevas du Fils Naturel, syllogisé :\n   M. Sternay a abandonné son fils naturel ;\n    Or, ce fils naturel, par son travail, se crée une position très haute,\nsauve l'Europe en sa qualité de diplomate, etc.\n   Donc, tous les pères doivent reconnaître leurs fils naturels.\n    Chaque drame de Dumas fils est un raisonnement boiteux, un immense\nlatins hos, aux développements duquel la beauté artistique est sacrifiée,\net qui, malgré ses prétentions à l'enseignement, ne démontre rien, sinon\nson impuissance.\n    D'ailleurs, pour qui prend la question de plus haut, plusieurs raisons,\nles unes pratiques, les autres philosophiques, condamnent absolument\nles œuvres de ces commis-voyageurs en idées qui s'imaginent avoir créé\n une littérature.\n    Énumérons brièvement ces arguments.\n    Ainsi que le prouve la réduction en syllogismes, la pièce à thèse,\nconcluant du particulier au général, est incapable de démontrer quoi que\n ce soit. Le dramaturge, certes, peut étourdir un instant le public, pro­\nfiter de la rapidité de l'action et de l'illusion scénique pour ravir momen­\ntanément l'esprit des foules, mais quand le spectateur, dégagé de l'électri­\ncité du théâtre ou de la fièvre du livre, se trouvera, dans la vie, devant\n"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "                               — 372 —\n\nun de ces problèmes que l'auteur a résolu si généreusement dans son\nœuvre, il repoussera sans hésiter la solution idéale offerte par le roman\nou la comédie, pour n'écouter que l'intérêt et l'instinct de conservation.\n    En admettant qu'il ne faille point négliger le beau pour le bien,\nmais les amalgamer en proportions justes, n'est-il pas évident que la\nrecherche du beau et du bien, déjà si ardue quand on les poursuit isolé­\nment, soit en poète, soit en moraliste, devient impossible quand il s'agit\nd'harmoniser en une manifestation spirituelle deux éléments distincts et\nsouvent même contradictoires ? On ne chasse pas deux aigles à la fois.\n    L'hérésie de l'enseignement enlève à l'œuvre d'art une de ses qualités\nessentielles : la personnalité. Je me soucie fort peu, écrit Proudhon en\ns'adressant à Delacroix, de vos impressions personnelles... Ce nest pas\npar vos idées et par votre idéal que vous devez agir sur mon esprit, en\npassantpar mes yeux;       C'EST A L'AIDE DES IDÉES ET DE L'IDÉAL QUI\n SONT EN MOI: ce qui est justement le contraire de ce que vous vous\nvantez de faire.\n    L'artiste arrivera, dans son œuvre, à une représentation essentiel­\nlement fausse des hommes et des choses, puisqu'il lui sera loisible\net même nécessaire d'arranger les faits et de modifier les caractères en\nvue de sa conclusion finale.\n    L'artiste, en enfermant une idée utile dans une œuvre d'imagination,\ns'il peut frapper violemment quelques âmes jeunes et sans décision, risque\nfort de compromettre l'austérité et la grandeur de ses principes en les\nenjolivant d'ornements romanesques qui feront sourire les gens graves.\n    Enfin, l'artiste, en attachant le sort de son œuvre à la propagation\net au triomphe d'une cause, se résigne à voir disparaître son livre\n  uand cette cause sera victorieuse.\n\n                                     II.\n\n   L'Art Moderne, lui, n'exige pas que l'écrivain fasse de la littérature\nà thèse. Il semble abandonner l'enseignement direct pour une manière\nde doctrine d'ordre composite, qu'il serait difficile de résumer en une\ncourte phrase parallèle à celle de Proudhon.\n   Avant d'aborder le fond des théories de l'Art Moderne, constatons\nqu'il ne s'agit point ici d'une influence fatale, non voulue par l'écrivain,\nexercée par le livre sur les générations contemporaines, mais d'une\naction immédiate et consciente de l'artiste sur le public. Car sinon les\nquatre articles de l'Art Moderne étaient inutiles, le bon sens n'ad­\nmettant point que l'on écrive une étude de longue haleine afin de con-\n"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "                                 — 373 —\n\n seiller aux romanciers et aux poètes une chose qu'ils accomplissent\n nécessairement, et à leur insu.\n     L'art destiné à distraire ne doit venir qu'après celui qui a MISSION\n d'améliorer, de combattre, d'ennoblir.\n     Telle est, semble-t-il à première vue, la synthèse des théories de\n l'Art Moderne.\n     Le mot mission est ici caractéristique. Et il serait difficile de n'y voir\n qu'une erreur de plume, car le mot revient à travers l'étude entière,\n composée de fragments écrits à huit jours d'intervalle, parfois à quinze.\n Si le mot mission rend bien la pensée du critique, il s'agit, comme nous\n le constations plus haut, d'un but que se propose le romancier. C'est ce\n qu'on pourrait appeler l'œuvre sociale avec préméditation.\n     Mais alors c'est le livre à thèse, c'est la doctrine d'Alexandre Dumas\n fils, c'est l'enseignement direct au moyen de l'Art ?\n     Et pourtant, le critique de l'Art Moderne, à propos des écrivains\nnaturalistes, qui lui semblent appliquer admirablement la doctrine de\nl'Art social, dit expressément:\n    Les œuvres naturalistes ne sont point des thèses, des plaidoyers pé-\ndantesques, etc         ce que les livres de ce genre ont f ait pour ruiner la\ndomination bourgeoise est gigantesque, ET CEUX QUI LES ONT ÉCRITS\nNE S'EN DOUTENT PAS.\n    Voilà qui est clair: pas de thèse; inconscience de la part du roman­\ncier ; donc — pas de MISSON. Donc cherchez ailleurs les romanciers qui\nappliquent votre doctrine.\n    Et pourtant, dans ce même passage où il reconnaît l'inconscience des\nouvriers du naturalisme, l'Art Moderne ajoute :\n    Elles (ces œuvres naturalistes qui ne sont pas des thèses) obéissent\naux principes artistiques, exposant dans une forme originale, étrange,\nchoquante pour ceux qui sont attaqués et en péril, des faits, des sen­\ntiments, des mœurs, pittoresques, entraînants, curieux, ingénieux, qui\nlaissent invinciblement dans les âmes des impressions profondes d'où\nrésulte un glissement général vers des conceptions inaperçues et un\ndéplacement de l'axe sur lequel tournent les préoccupations humaines.\n    Ce qui, en substance, paraît vouloir dire que les écrivains naturalistes\nn'énoncent point la thèse dans le Livre, mais par une combinaison\nspéciale de faits et d'idées, évoquent irrésistiblement dans l'esprit du\nlecteur le principe informulé. Ainsi, dans Pot-Bouille, Zola ne dit nulle\npart — que la bourgeoisie, rongée par ses vices, doit sous bref délai\ndisparaître devant le mouvement ascensionnel des classes populaires, —\nmais il suggère cette conviction au public intelligent.\n"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "                                — 374 —\n\n     Mais alors, il y a une thèse. La différence entre un drame de Dumas\n fils et un roman naturaliste n'est pas essentielle, mais purement acci­\n dentelle. Une simple question de forme les sépare. Dans la comédie\n de Dumas, la thèse est exprimée. Dans le roman naturaliste, elle est\nsous-entendue, car pour produire dans l'âme du lecteur cette brusque\n évidence qui emporte d'assaut les convictions, il faut un arrangement\n méthodique, et non l'incertitude du hasard. Thèse extérieure ou thèse\n intérieure, mais thèse dans les deux cas. Telle encore, par exemple, une\n fable de La Fontaine où la morale est énoncée, en regard d'une autre\n fable où le bonhomme laisse à son lecteur le soin de trouver lui-même\n la moralité. Les deux morceaux sont des fables.\n     Et maintenant, plus de tergiversations. Faut-il la thèse, ne la faut-il\n pas?\n     La logique ici vous prend au collet, et vous.force à avouer que la\n thèse est nécessaire. A cette seule condition vous restez conséquent avec\n votre synthèse : L'art destiné à distraire ne doit venir qu'après celui qui\n a MISSION d'améliorer, de combattre, d'ennoblir. Thèse expresse ou\n tacite, peu importe, mais thèse, puisqu'il y a mission.\n     Et dans ce cas, nous vous opposons les arguments que nous avons\n développés plus haut contre les doctrines des caudataires de Proudhon.\n     Voilà donc l'Art Moderne, malgré sa démonstration, ondoyante et\n diverse comme l'homme de Montaigne, convaincu, à part la nuance\n peu importante de la thèse cachée, d'être partisan des terribles paradoxes\n de Proudhon.\n     C'est un spectacle curieux que de voir l'Art Moderne se débattre\n contre la dialectique puissante du grand socialiste. Le nom de Proudhon\n n'est pas prononcé dans l'article, mais ses théories l'emplissent tout\n entier, sourdement, implacablement, à travers les atténuations, les\n subtilités, les nuances, les révoltes. Dans chaque phrase il se révèle\n comme une lutte secrète, où l'auteur a tour à tour le dessous et le dessus.\n     Une façon familière, à l'Art Moderne, consiste à ériger en principes,\net presqu'en axiomes, les conséquences extrêmes et parfois 'inattendues\nde ses doctrines.\n     Ainsi, après avoir énoncé sa synthèse: l'art a pour mission d'amé­\nliorer, de combattre et d'ennoblir, l'auteur de l'article a fini par s'aper­\ncevoir que cette délinition l'oblige à condamner le caprice et la fantaisie.\nAussitôt, il s'empare de cette conséquence, l'habille en dogme, et inscrit\nau portail de son étude le principe de la hiérarchie artistique.\n    Comme le rêve de Jacob, l'esthétique a son échelle. En bas les fantai­\nsistes, c'est-à-dire ceux qui consacrèrent leur vie à réaliser exclusivement\n"}, {"page_pdf": 440, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "                               — 375 —\n\nle beau, à travers l'imagination et le rêve; en haut, beaucoup plus haut,\nceux qui par leurs œuvres améliorèrent la société. Watteau, Breughel,\nFragonard sur les échelons infinies, Wiertz au sommet. Si Shakespeare\nn'avait produit que ses féeries, les échelons supérieurs lui seraient\n interdits, etc..\n    Nous n'admettons pas qu'il y ait une hiérarchie de genres en Art.\n L'œuvre d'un fantaisiste de génie (Le Songe d'une Nuit d'été, C o m m e il\nvous plaira) est aussi belle que le drame d'un tragique de génie (Hamlet,\n le Roi Lear). Vous pouvez préférer — question de tempérament— Othello\n à La Tempête, mais vous ne pouvez affirmer que le drame est supérieur\n à la féerie. Dans Othello vous écoutez, vous sentez battre un cœur\n pantelant et saignant, mais dans LA Tempête vous admirez un fragment\ndu grand rêve humain : manifestations toutes les deux également et\néternellement souveraines !\n    Vous nous répondez qu'à ce prix nous devons placer Offenbach sur le\nrang d'Eschyle. Cette diversion ne tient pas. Si nous combattons le\nprincipe de la hiérarchie entre genres différents, nous reconnaissons qu'il\ny a une hiérarchie dans chaque genre particulier. Il y a des fantaisistes\nde talent, et des fantaisistes de génie. La comparaison d'Offenbach, un\nparodiste musical, avec Eschyle, ne prouve rien, voulant trop prouver.\nUn sourire en fait justice. Mais quand vous comparerez aux drames\nd'Eschyle et de Shakspeare, les parodies d'Aristophane et de Molière, les.\ncarricatures grandioses de Rabelais, car Les Nuées, Le Malade imagi­\nnaire, Pantagruel sont des parodies géniales, alors, de génie à génie,\nnous vous défions bien de prononcer!\n    Et puis — et c'est là le danger des classifications trop rigides, dont\nle fouillis métallique ressemble à d'immenses machines aux mou­\nvements automatiques et factices, où toujours manquera la vie —\nquel est ce divorce absolu que vous prononcez entre le cœur et le\ncerveau, entre le drame humain, et la fantaisie! Pouvez-vous scinder\nl'homme, d'un coup de hache, en deux tronçons? N'y a-t-il point de rêve,\nde fantaisie dans les drames humains de Shakspeare? Et n'y a-t-il\npoint d'humanité dans ses féeries? Les doux et vibrants miroirs du rêve\nterrestre, Watteau, Breughel, de Paradis, Fragonard, ne deviennent-ils\npas soudain pensifs et dolents? Ne sentez-vous pas en eux l'effort inutile\nde s'arracher aux réalités cruelles, n'entendez-vous pas en eux le cri\npoussé vers les Paradis inconnus ? Comme s'il était possible au fantaisiste\nde ne point mêler ses sentiments à ses imaginations, et comme si une\nœuvre d'art, quelle qu'elle soit, pouvait ne pas refléter la dualité\nhumaine !\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "                               — 376 —\n\n   Après avoir affirmé le principe de la hiérarchie des genres, l'Art\nModerne, par le même chemin, s'aventure jusqu'à proclamer la fragilité\net la vanité de l'Art.\n   L'Art est passager par essence.\n    Voyez-le, dit-il, dans ses plus beaux domaines, dans ceux où il est\nle plus émouvant et le plus social, dans l'éloquence et la déclamation\nau théâtre. Qu'en reste-t-il après qu'il s'est manifesté'? Rien qu'un souve­\nnir pour ceux qui voudraient admirer encore ; au point de vue des\nsociétés humaines, ce qui subsiste, c'est l'effet puissant qu'il a produit\nen remuant les âmes, en y éveillant des lueurs qui, en peu d'instants,\nmodifient les résolutions, les sentiments, les vues. C'est le symbole de ce\nqu'on pourrait nommer le fluide artistique excité, se répandant, agis­\nsant souvent comme la foudre... cette puissance transitoire, fugitiv\nmais énerique et divine, se retrouve encore dans le chant.\n   Nous citons ce long passage en entier. Il est caractéristique, et ren­\nferme deux ou trois confusions assez curieuses.\n   Que l'art oratoire soit passager de son essence, qui le conteste ? Qu'en\nvoulez-vous conclure? Que l'art tout entier est passager? Ce serait un\nlatins hos qui n'aurait rien à envier à ceux de Dumas !\n   Ce premier argument — qui est un exemple —• ne tient pas.\n    Ensuite, nous nous demandons ce que la déclamation au théâtre,\nainsi que l'art du chant viennent démontrer en cette circonstance. Il ne\nreste rien de la déclamation ni du chant, c'est vrai, mais vous confondez\nl'œuvre d'art avec les arts d'exécution et les moyens de vulgarisation. Le\ndrame et l'opéra existent en dépit de toute déclamation et de tout chant,\nd'une existence continue. Rossi ne laisse derrière lui qu'un nom, mais\n Shakspeare demeure.\n    Le second argument fie tient pas plus, semble-t-il, que le premier.\n   Aussi, le critique de l'Art moderne, qui sent la situation mauvaise,\nfait-il une réserve. L'art est passager dans son essence, a-t-il écrit ; il\najoute : et n'est durable que dans quelques œuvres exceptionnelles.\n    Ceci est une concession : Proudhon ne l'eût jamais faite.\n    Donc, dans la pensée de l'Art moderne, seules, quelques œuvres excep­\ntionnelles survivent : les œuvres géniales.\n    Nous croyons que le plus souvent c'est l'originalité d'une œuvre d'art\nqui lui assurel'éternité. Au-dessous des génies énumérés par le critique de\nl'Art moderne foisonnent ce que l'on appelle d'ordinaire, assez impropre­\nment, les petits maîtres. Ce sont les poètes, les musiciens, les peintres,\nqui, pour n'être point les premiers dans leur genre, possèdent une vie\npropre, un accent particulier, une intimité quelconque, bref, un des\n"}, {"page_pdf": 442, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "                                 — 377 —\n\néléments de la personnalité. Ce ne sont point des génies, mais bien des\ntempéraments. Les conteurs de la Renaissance avaient-ils du génie? En\navaient-ils, les petits maîtres hollandais et flamands dont les Intérieurs\ncouvrent des murs entiers de nos Musées? Les artistes originaux,\nqu'ils aient ou non du génie, ont leur part assurée d'immortalité.\n    Mais à peine cette concession faite, à savoir que certaines œuvres\nexceptionnelles survivent, l'Art moderne la retire presque en prétendant\nque les quelques génies créateurs qui dominent la fuite des siècles\ndoivent leur gloire persistante au caractère profondément social de leurs\nmonuments. Il cite Eschyle, Tacite, le Dante, Schiller, Shakespeare,\nHugo.\n    Leurs œuvres, dit-il, ne sont pas des leçons, etc., mais sous les\névénements qu'ils ont mis en scène, sous leurs personnages d'une huma­\nnité étrange, coule invisible, âcre, débordante, une sève qui, sans\njamais suinter au dehors, attire pour la faire dévier et la diriger vers\ndes pôles nouveaux, cette âme populaire qui est l'agent de toutes les\ntransformations sociales.... c'est Eschyle ennoblissant les Grecs de son\ntemps en exposant leur histoire sur le théâtre, Tacite préparant la chute\ndes Césars en racontant leurs infamies, Dante civilisant l'Italie du\nmoyen âgeen la reflétant dans sa DIVINE COMÉDIE, Shakespeare transfor­\nmant toute la société anglaise, en peignant dans ses drames, les tyrans,\nlespatriotes, les amants, les amis, Schiller électrisant l'Allemagne, etc., etc.\n    Nous sommes d'un avis absolument opposé à celui de l'Art Moderne.\nCertes, nous ne voulons pas nier l'influence du milieu social sur le\ndéveloppement de ces génies. Il est vrai que leurs œuvres reflètent les\nidées et les postulations de leur temps. Mais ce n'est point à cause de\ncela qu'elles sont durables et belles. C'est malgré cela, plutôt. Il y a\ndans leurs livres une partie relative et contingente, que finit par assom­\n brir et par éteindre l'action insensible du temps : ce sont précisément\nles pages empreintes des préjugés, des erreurs, des désirs de leur époque,\ncelles qui réfléchissent les crises économiques et politiques, pages qui\n pour nous sont mortes, utiles naguère, aujourd'hui délaissées de tous,\n sauf des historiens scrupuleux. Au contraire, les pages indestructibles\n sont celles où le poète a réalisé le Beau, soit en dehors de toute actualité,\n soit à travers le mouvement social de son siècle. Ce qui était beau — dans\n son essence — à l'époque où Homère écrivait, l'est encore aujourd'hui.\n Ce qui était vrai a cessé de l'être, ne nous émeut plus ; ce qui était\n convoité a été atteint, et ne nous passionne plus guère. L'auteur de\n l'article a mauvaise grâce à citer Eschyle, car si la tragédie grecque\n ennoblissait, ce qui est à démontrer, et n'est nullement axiomatique, —\n"}, {"page_pdf": 443, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "                                            — 378 —\n\nc'était moins à cause de l'art que de la religion même, dont le théâtre\nétait alors un des mystères, quelque chose de correspondant aux autos\nsacramentales de Lope de Vega et de Calderon. L'auteur eût pu se\ndispenser aussi de nommer Tacite, qu'il faut considérer avant tout\ncomme un historien. Remarquons d'ailleurs que l'influence des Annales\net des Histoires, même dans l'hypothèse de l'Art Moderne, a dû être\ntrès limitée, les copies du manuscrit étant rares et dangereuses à pos­\nséder. Nous inclinons à croire que Tacite n'est pour rien dans la\nchute des Césars, dont l'empire s'est liquéfié, comme ces charognes\ndont s'est retirée la vie, pourri par le luxe et la débauche. Si les grandes\nlois qui président au déclin de toutes les sociétés n'avaient point\njoué, et surtout si les barbares n'avaient pas envahi l'Italie, Tacite,\nentassant livre sur livre, Juvénal, satire sur satire, eussent écrit dans\nun désert d'âmes indifférentes. Post hoc, non propter hoc. L'auteur de\nl'article commet ici la même erreur que s'il attribuait à Hugo la dégra­\ndation de Napoléon III (1). Et quelle fantasmagorie que ce Dante idéal\ncivilisant l'Italie, par quoi? Par un poème de haine et de vengeance\nsuintant le fiel, la bile, le sang! QUELLE EST DONC LA RÉFORME\nÉCONOMIQUE, POLITIQUE, SOCIALE, INTRODUITE DANS LES INSTI­\nTUTIONS DE LEUR PAYS PAR LE DANTE OU PAR SHAKESPEARE?\n    Du reste nous ne croyons guère à l'influence sociale des grands\npoètes. L'action du milieu sur l'écrivain est puissante, mais l'action\nréflexe de l'écrivain de génie sur le milieu est plus étouffée. L'amélio­\nration est presque nulle. Molière — que vous citez — a-t-il corrigé un\navare en lui montrant Harpagon, un malade imaginaire en ridiculisant\nArgan? Si la révolution de 89 n'avait eu pour préparateurs que des Po­\nquelin, nous l'attendrions encore. Cette influence sociale appartient\nmoins aux génies, aux grands réalisateurs du beau, qu'aux écrivains de\ndernier ordre toujours prêts à monter derrière une idée politique comme\nles laquais derrière les voitures. Les vrais poètes — individuels par\nessence — sont trop aristocratiques, trop raffinés, trop subtils de senti­\nment et d'expression pour que leur action sur la masse puisse être con­\nsidérable. La foule comprend-elle Shakespeare, Dante, Hugo, Baudelaire?\n    Pour que l'influence du Livre sur le milieu social fût sérieuse, il\nfaudrait que le Livre émanât, non d'un |poète ou d'un romancier de\nrace, mais d'un grimaud assez plat de l'âme et du gousset pour consentir\n\n\n  (1) Si le Livre a contribué en quelque manière à la chute de Napoléon III, ce n'est guère\ndans le» Châtiments qu'il faut rechercher cette influence, mais plutôt dans La Lanterne,\ndONT   LE M É R I T E L I T T É R A I R E EST A PEU PRÈS NUL.\n"}, {"page_pdf": 444, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1475, "texte": "                                 -   379    -\n\nà ramasser, par hottées, les lieux communs de morale et de politique\noù se complait la foule, pour les enjoliver dans une forme accessible à\ntous, anti-littéraire surtout, quelque chose comme un patois ronflant et\nindigeste, un français de garde civique, puis, à jeter cette œuvre sans nom\nen pâture à l'ignorance de la masse. Toute production qui s'adresse au\npeuple doit être banale par le fond et par la forme. La supériorité\nintellectuelle irrite les imbéciles et les brutes : ni dindons ni taureaux\nne souffrent le rouge.\n    L'art social, vulgaire nécessairement, est la négation même de l'Art, tel\nqu'il existe dans les sociétés aristocratiques, les seules où il puisse se dé­\nvelopper, car la démocratie est l'ennemie inconsciente des choses de\nl'esprit.\n    Nous espérons que le jeune mouvement littéraire n'adoptera point les\nthéories de l'Art Social. Certes nous ne doutons point de la conscience\net du désintéressement de ceux qui voudraient convertir les JEUNES\nBELGIQUE à cette doctrine, mais nous considérons la théorie de l'en­\nseignement comme pernicieuse. Si les nouveaux venus l'adoptaient, ils\nabdiqueraient insensiblement, et par la force lente des choses, — la\nlittérature pour la politique, et la superbe révolte intellectuelle d'aujour­\nd'hui s'anéantirait dans le plus piteux et le plus mérité des avortements.\n\n                                                   ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 379, "page_fin": 382, "titre_corps": "La Villa close", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "LA VILLA CLOSE", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "POÉSIES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 444, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1475, "fin_caractere_exclue": 2255, "texte": "LA VILLA CLOSE\n\n   Il y a deux ans, une villa resta fermée la saison entière. Dans le\nrenouveau rose des fêtes balnéaires, entre un hôtel grouillant de\nmonde et des magasins de bibelots, elle plaquait sa façade salie et ravagée\naux vents de mer. Il en sortait une impression de chose morte, pourrie,\ndétruite. Derrière les cloisons en planches brunes, on devinait des salles\nmoisies, des meubles cassés, des tapis rongés, des murs suintants, des\npendules détraquées — toute une agonie de choses familières. La rampe\ndu balcon se détachait de la balustrade et sur les murs les lézardes grif­\nfonnaient en caractères tragiques la ruine.\n   Jadis je l'avais connue pimpante et fleurie : un monde raffiné l'em­\nplissait de bruit et de toilettes, un monde de femmes belles s'agitant à\n"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "                                 — 380 —\n\ntravers un luxe de meubles rares et de réunions galantes. Je me souviens\nde dîners précieux, de mets étranges préparés à miracle, de vins mous­\n seux servis dans des flûtes vertes, de friandises succulentes où tous les\ngoûts se rencontraient disposés en une mosaïque de crêmes et de\nsucreries.\n    L'amphytrion était l'homme le plus aimable qui fût. S'étant conquis\nsa part d'or, il s'était toqué d'art. Et son goût était parfait, car tout jeune\nil avait peint la grâce et l'indolence des belles, et du jour où il se prit à\ns'entourer de bronzes et de tableaux on s'aperçut qu'il n'avait cessé un\nseul instant d'être artiste. Deux pâles et diaphanes visages l'entouraient\net mettaient dans sa vie le rayonnement de la femme : c'étaient ses deux\nfilles. Il les aimait avec la douceur des forts ; elles, de leur côté, fleuris­\nsaient son existence, comme des plantes de serre décorent les coins d'un\nsalon. Et grâce à elles, la maison était chantante et gaie et coquette et su­\nperbe; elles l'arrangeaient, l'encombraient de bibelots, desoies, detentures,\nde tapis somptueux, de velours rouges où leur fantaisie s'amusait à broder\nde grands oiseaux enflammés. Leurs appartements devenaient des retraites\nremplies de merveilles et partout la splendeur des choses éclatait, enca­\ndrant leur beauté, la magnifiant avec l'harmonie de leurs couleurs et de\nleurs lignes.\n    Des années se passèrent.\n    Une saison elles ne vinrent point. Puis dès le printemps de l'année\nsuivante, on les vit apparaître, pareilles toutes deux aux marbres\némaciés que l'Art plaçait jadis au bord des tombeaux noirs. Elles se\nmouraient, jeunes, belles, regrettées — et près d'elles se moura aussi\nleur père. Je les revois encore sur la terrasse, étendues dans d'énormes\nchaises longues, avec leurs grandes mains jaunes plaquant le peignoir\nblanc, leurs pieds enveloppés de châles ; leur tête aux cheveux éparpillés,\nlanguissamment pesante sur les coussins. Personne ne passait, si ce\nn'est d'énormes marins solides, en vareuse blanche et culotte rouge.\n    Le temps était doux, le ciel tendu d'azur. Elles restaient là toutes\ndeux sans rien dire, ayant chacune à ses côtés, une grande sœur de\ncharité, toujours debout. Et parfois par la porte ouverte de la veranda,\naux heures chaudes du jour, on roulait près d'elles le père paralytique,\nqui, sans voix, sans parole, mais avec un regard fixe les regardait\nmourir.\n    Un drame avait cogné leur vie et tordu leur bonheur. Ce drame, le\nmonde l'avait criblé de commentaires, l'avait exagéré jusqu'à des propor­\ntions invraisemblables, faisant d'une tache une mare et d'une mare\nun lac.\n"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "                                 — 381 —\n\n   On accusait le père, encore jeune, d'aimer en amant, une de ses filles\net de refuser systématiquement tout gendre qui se présentait. Ce bruit\navait été répandu par le petit comte de Beltheimz, éperdument fou de\nl'aînée des sœurs.\n    Un soir, qu'il dansait avec elle au Kursaal et qu'il lui parlait d'amour:\n— Oh! impossible, avait-elle répondu négligemment, mon père m'aime\ntrop.\n    L'Allemand prit la chose au pied de la lettre et dès lors les rumeurs\ncoururent, et grandirent et allumèrent un incendie de calomnies et de\nbêtises.\n    Le monde les mit, dès ce jour, en quarantaine. Ils se sentirent\nentourés de méfiances et d'hostilités ; on ne les invitait plus, et aux fêtes\nqu'ils donnèrent, il ne parut personne. Un désastre financier compliqua\nleur situation : la ruine était là, hideuse, tragique. Mais une hausse\nsubite et inexpliquée de valeurs douteuses les sauva. Le père néanmoins\ny laissa la raison, et la folie survint, suivie d'une paralysie lente. Avait-\non assailli, attaqué, combattu le mal ! Avait-on soigné, veillé, consolé\nle malade ! Et rien n'y fit. La maladie était restée invincible, inexpugna­\nble, elle s'était figée dans les membres ; elle s'était étendue, agrandie, soli­\ndifiée. Elle faisait du corps une chose effrayamment immobile et raide\ndéjà pour le cercueil Et les deux sœurs furent vaincues dans cette lutte\ncontre la douleur et la souffrance. Leur santé se mina pendant les nuits\nd'insomnie, passées auprès de leur père et à l'âge où leur mère était morte\nphtisique, elles commencèrent à leur tour la longue agonie blanche.\n    A les voir ainsi funèbrement vivantes dans la villa, un peu de l'an­\ncienne sympathie remonta vers elles. On les plaignait. On faisait, en\n parlant d'elles, un banal étalage de commisérations niaises et cette pitié\nde bon ton rompait heureusement avec les fadeurs des politesses de salon.\n C'était un dérivatif aux dissertations sur le mauvais temps.\n                                       ***\n\n   Mais les deux malades ne s'en aperçurent guère. Elles étaient déjà trop\nsinistrement entamées par la mort pour que ce changement d'opinion les\npût émouvoir. Toujours seules, elles traînaient leur maladie dans le\nprintemps revenu, les yeux sans cesse aimantés par la mer et regardant\nchaque soir le soleil s'affaisser à l'horizon comme une meule incendiée\ndans les campagnes. Elles ne prenaient plus goût à rien. Leur maison\njadis chantante, les tuait d'ennui, car ce luxe qui les entourait était\ndevenu un non-sens, cette vie d'art immortel qu'elles avaient levée autour\nd'elles, une raillerie bête. La jeunesse des fleurs qui vivifiait les tapisseries\n"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1950, "texte": "                                  — 382 —\n\n  les insultait, les cupidons joufflus qui volaient dans les fresques sem­\n  blaient diriger sur elles leurs flèches de mort, l'éternité des bronzes et\n des marbres, qui pesaient sur les guéridons et les cheminées surgissait,\n froidement cruelle et moqueuse.\n     Un jour, peut-être par' mégarde, l'une d'elles laissa tomber une\n statuette d'albâtre qui se brisa comme verre. Elle eut un sourire. Elle\n cassa ensuite une corbeille hérissée de fleurs et lentement déchira une\n broderie d'orient. Ce fut comme un signal et une trouvaille. Une rage\n de détruire les affola. Leurs longues mains pâles, d'où la vie sortait, se\n crispèrent encore autour des plâtres et des terres-cuites, leurs ongles\n aigus entrèrent parmi les chairs et dans la vie réalisée par l'art sur les\npanneaux. Ce qu'elles ne purent détruire elles le jetèrent au fumier. Et\nle père, le père immobile, approuvait du regard.\n    Furent sacrifiés ainsi les pâtes les plus précieuses, les Sèvres bleus,\nles Saxes roses, les Delft dorés, les Chines verts. Des coupes de Venise\n furent tranchées d'un coup de couteau, des vases japonais renversés d'un\ncoup de coude. Ce qui leur restait de vie, les malades l'employaient\nà produire la mort, et seule, cette ruine des choses aimées semblait les\ndistraire un instant des baisers violets de la camarde.\n    Ce fut dans cet anéantissement brutal qu'elles s'éteignirent presque\njoyeuses. Elles moururent à des intervalles très rapprochés, dans leur\nchambre en loques, toute entière saccagée et pillée et vidée. Et le père\nles suivit, le regard souffrant encore de l'agonie de ses filles. Et maintenant la\nmaison entière continue à se détraquer, la rampe du balcon se détache de\nplus en plus et sur les murs les lézardes agrandies griffonnent en caractè­\nres tragiques la ruine totale de demain.\n                                                  EMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 382, "page_fin": 383, "titre_corps": "Le Vieux Prêtre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Édouard Levis", "ancre_debut": "POÉSIES", "ancre_fin": "EDOUARD LEVIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHANSON DÉLECTABLE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 447, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 1950, "fin_caractere_exclue": 2316, "texte": "POÉSIES\n                                                            à J. Louis Cardon.\n\n                           LE VIEUX P R Ê T R E .\n         Devant lui, sur l'autel, s'ouvre un vieux bréviaire\n         Et ses yeux, presque morts sous l'éteignoir des ans,\n         Faibles comme une lune aux rais agonisants,\n         Y plongent fixement leur pâleur de prière.\n"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 593, "texte": "                      — 383 —\n\nLorsqu'à l'heure du Christ, les orgues d'airain pleurent,\nLe prêtre arrêtant ses rêves religieux,\nDebout, ainsi qu'un marbre idéal et pieux\nEcoute en frissonnant les arpèges qui meurent ;\n\nEt de même, il voudrait s'élever au Seigneur,\nGravir l'espace bleu, puis, déchirant son cœur,\nTailler dans ses lambeaux de saignants scapulaires ;\n\nMais soudain se sont tus les orgues mortuaires\nEt lui, les bras levés, vers le Christ, en tremblant,\nParaît un ange d'or sur un piédestal blanc.\n                                           EDOUARD       LEVIS.\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 383, "page_fin": 385, "titre_corps": "Chanson délectable", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Armand Weber", "ancre_debut": "CHANSON DÉLECTABLE", "ancre_fin": "ARMAND WEBER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VÉGÉTATION OCCULTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 448, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 593, "fin_caractere_exclue": 1297, "texte": "CHANSON DÉLECTABLE.\n\n                   sur l'air de Pandore.\n\n                                  Dédiée à mon ami Joseph Xhoffer .\n\n     Morbleu, quel pays de Cocagne !\n     Si, rivale du cabaret,\n     La Vesdre roulait du Champagne\n     Où jusqu'au cou l'on entrerait :\n     On sablerait à perdre haleine,\n     On boirait du soir au matin\n     A faire crever sa bedaine,\n     Si la Vesdre roulait du vin.\n\n     Verviers, plein de gueux et d'artistes\n     Ornés de gros nez rubiconds\n     Ne subirait plus les gens tristes ;\n     On n'entendrait que des chansons.\n     Un grand rire homérique et bête\n     Ebranlerait le genre humain.\n     Le voleur deviendrait honnête\n     Si la Vesdre roulait du vin.\n"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1191, "texte": "                  — 384 —\n\nPlus rien que rutilantes trognes,\nNous serions, à la ville, aux champs,\nTous de vermillonnés ivrognes\nAux cous gonflés, aux grands yeux blancs\nPlus de grincheux, plus de malingre ;\nLa boisson ne coûterait rien,\nPlus même la face d'un pingre,\nSi la Vesdre roulait du vin.\n\nSe moquant du Progrès moderne,\nLe derrière sur les talons,\nLa bouche comme une caverne,\nOn boirait comme des cochons.\nEt ne brandissant plus d'autre arme\nQu'un verre aussi creux qu'un ravin,\nChacun dormirait comme un carme,\nSi la Vesdre roulait du vin.\n\nBacchus ! quelles apothéoses!\nDe ce vin des jets continus\nComme un collier de gouttes roses\n Ruissellerait sur les seins nus\nDes femmes dévoilant leurs tailles:\nFrancs viveurs, le séjour divin!\nNuit et jour, jour et nuit, ripailles!\nSi la Vesdre roulait du vin.\n\nA l'aurore, en l'onde vineuse,\nRetrempant les sens ramollis,\nOn reprendrait, bande joyeuse,\nNouvelle existence d'oublis.\nNulle part de lèvre revêche,\nPartout des gosiers de satin,\nEt plus aucune langue sèche\nSi la Vesdre roulait du vin.\n\nEt quand notre dépouille grasse\nS'en irait au dernier repos,\nGueux et gueuses viendraient en masse\nBraillant, gueulant comme des veaux ;\n"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 261, "texte": "                       — 385 —\n\n       Parents, amis, prêtres et filles,\n       Chantres, toute la bande enfin\n       Suivrait en dansant des quadrilles,\n       Si la Vesdre roulait du vin.\n                                        ARMAND WEBER.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 385, "page_fin": 385, "titre_corps": "Végétation occulte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "A. 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Mais à sa vue errante\nSans cesse reparaît le spectre qui la hante,\nCar la femme est bien faible et l'amour est bien fort.\n                                          LÉON     CHOMÉ.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 386, "page_fin": 386, "titre_corps": "Messidor", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Louis de Casembroot", "ancre_debut": "MESSIDOR", "ancre_fin": "Louis DE CASEMBROOT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 451, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 800, "fin_caractere_exclue": 1384, "texte": "MESSIDOR.\n     La nature, au temps des moissons,\n     Est la grande voluptueuse\n     Qui vous enlace et qui, berceuse,\n     Chante de troublantes chansons.\n     Dans l'herbe courent des frissons\n     Que sent la chair de la glaneuse,\n     Et vers vous une odeur fiévreuse\n     Monte de l'ombre des buissons.\n     Les papillons et les abeilles\n     Mêlent aux floraisons vermeilles\n     Le tremblement doux de leur vol ;\n     Et c'est comme une rouge ivresse\n     Des choses qui couvrent le sol\n     Et qui palpitent de jeunesse.\n                               L o u i s DE CASEMBROOT."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 387, "page_fin": 387, "titre_corps": "Amour, bonheur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "M. 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Le pioupiou a mis le fusil sur\nl'épaule, et, renfoncé dans sa grosse capote, il arpente le trottoir en bat­\ntant la semelle.\n    C'est la fête de Toussaint; bien finis sont les beaux jours; les arbres\namaigris se sont tordus désespérément sous l'effort du vent de bise ; les\ndernières rafales ont achevé de dépouiller leurs branches ; des paquets\n"}, {"page_pdf": 453, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": "                                  — 388 —\n\n  de feuilles jaunies jonchent le sol. En l'honneur des saints, les cloches\n  ont tinte' dès l'aube ; mais le jour va mourir et les sons s'e'teignent, peu à\n  peu. Les rues sont nues et froides. Par intervalles, si quelque personne\n  passe, elle a l'air ennuyé des jours de grande fête, et, dans le calme et le\n  silence du quartier, son pas fait sonner les dalles. Des familles de bour­\n  geois, guindés dans leurs habits du dimanche, s'en vont le long des\n  maisons aux volets clos; les enfants sont maussades; ils ont froid. Un\n  groupe de paysans aux casquettes soufflées, traverse la rue en riant haut,\n  et le pauvre pioupiou les regarde avec envie. Un soleil pâle d'hiver se\n  couche; dans la demi-teinte du crépuscule de novembre, les passants\n  ont le nez plus rouge, leurs visages verdissent et sous la bise aigre qui\n  donne un frisson, ils se hâtent en grelottant.\n     Immobile contre sa guérite, il songe au premier feu qu'on allume\n  sans doute au village, à la bûche qui flambe en belles flammes bleuâ­\n  tres, à la soupe fumante, et tandis qu'il songe, la nuit est venue tout\n  à fait.\n     Mais alors, la sonnerie de fête se change en glas funèbre; les cloches,\n une à une, s'ébranlent de toutes parts; les gémissements sourds, les\n lentes mélopées sur trois notes plaintives et défaillantes, les ronflements\n graves des bourdons de cathédrale, s'entrelacent, se mêlent, se con­\n fondent, montent en une intense clameur lugubre et cela devient affreu­\n sement triste, au milieu de cette pleine nuit, dans ces grandes rues vides\net mornes. C'est alors, qu'il pense au cimetière où dort le père. Les\nautres iront demain, tous ensemble, y porter une couronne, une prière,\n un souvenir; lui seul n'y sera pas.\n    Dans la rue, des pas pesants retentissent ; des fusils, des shakos ont\nlui, sous la lumière jaune du gaz. C'est le caporal et ses hommes, qui\nviennent relever de faction, le petit chasseur. Tout en bouclant son sac,\nil mange une grosse larme qui débordait et courageusement, il attend,\ncrosse au pied, l'instant de présenter armes et de donner le mot d'ordre.\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 388, "page_fin": 390, "titre_corps": "Immortelles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Croquis funèbres", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "V IMMORTELLES", "ancre_fin": "trémolanie", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "LES ARTS DÉCORATIFS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 453, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2170, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "V.\n\n                            IMMORTELLES.\n\n   Une grande boutique neuve hautement aérée et badigeonnée de cou­\nleurs claires. Aux murs, sous des couronnes de fleurs sèches, quelques\ncercueils rangés debout, d'autres, de toutes tailles, allongés sur le sol,\npêle-mêle. Un seul au fond gisait ouvert, capitonné de satin blanc avec\nun bon petit oreiller moelleux à la tête. Et sous le plein jour tombant\n"}, {"page_pdf": 454, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "                                  — 389 —\n\n  de la rue large par l'immense vitrine, cette espèce de hangar empli de\n  fleurs, étincelant du vernis de ses bois clairs et de ses argents polis, avait\n l'éclat joyeux d'un bazar de luxe.\n     Une toute jeune fille, y était assise constamment, courbée sur un ou­\n vrage. Elle tricotait pour ses petits frères, des marmots fragiles qu'il fallait\n dorloter, disait-elle. C'était l'aînée de la maison, dix-sept ans à peine; une\n petite, mince et frêle à la poitrine plate. Sa figure mignonne, très pâle,\n émergeait d'une toison de frisons bruns qui retombaient sur le front et\n cachaient les tempes.\n     Elle n'avait pas depuis longtemps laissé sa poupée pour lés cercueils,\n et pourtant, elle restait là comme ailleurs, insouciante et rieuse. Seuls,\n dans sa figure diaphane, ses grands yeux gardaient un reflet des choses\n d'alentour.\n     Vers une fin de chaude journée, elle travaillait sans relâche. Un solide\n garçon de haute stature et brun comme elle, posté devant le magasin dans\n la rue déserte, vint s'accoler le front à la glace... elle l'appela d'un geste,\n et courut lui ouvrir.\n     — « Entre, je suis seule.\n    — « Toujours ici, fit-il avec un regret.\n    — « Hé bien quoi? n'es-tu pas content de me trouver?\n    — « J'ai peine à te voir sans cesse, parmi ces choses tristes.\n    — « Tristes ! — Elle lui sourit d'un air moqueur, en arrondissant\nses grands yeux.\n    — « Est-il drôle ! est-ce que- j'ai l'air triste ?\n    — « Tout de même, tu devrais sortir, tu as besoin d'air, — et il insis­\ntait, voulant à toutes forces l'emmener dehors, rien qu'une minute, une\nseconde.\n    Elle refusa. C'était impossible, elle ne pouvait pas.\n    Un instant, ils restèrent à causer, face à face, en se tenant les mains.\n    — « Décidément tu ne viens pas ? demanda-t-il encore.\n    — « Non, pas aujourd'hui, dimanche, — tu sais bien, nous irons à\nBerchem, Léon y viendra aussi, et Adèle ; nous prendrons la carriole\navec les poneys du petit corbillard, ce sera très amusant.\n    Lui, que ces choses d'enterrements ne réjouissaient qu'à moitié, dit:\n    — « Pourquoi pas à pied, tout simplement, à nous deux, ce serait\nbien plus gentil. Il la fixait longuement dans les yeux et l'enveloppait d'un\nregard avide et brûlant :\n    — \" Ninon, j'ai une envie folle de t'embrasser!\n    Elle s'écarta d'un pas: Oh ! pas ici! — et lui jetant une immortelle:\n    — « Tiens, pour te faire prendre patience.\n"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1127, "texte": "                                        — 390 —\n\n   Il la porta à ses lèvres ; et, comme il faisait la grimace, trouvant que\ncela sentait le « mortuaire », elle éclata de rire et lui en planta toute une\ncouronne sur la tête.\n   Alors, à la voir ainsi, son désir lui revint plus violent: il voulut la\nsaisir; tremblante elle se renversa d'instinct ; sa main droite, cherchant un\nappui, s'était plongée dans le cercueil ouvert, et sans plus résister, elle s'y\nlaissait mollement coucher sous l'étreinte, la figure plus blême mordue\nd'un ineffable, très long baiser.\n                                                                HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n                                       ERRATA\n   Dans l'impression des Croquis précédents. (N° du l r août) :\n   P. 347 1. 8, au lieu de... s'éfaissit, très lent, lisez: s'épaissit. D'un mouvement uniforme\ntrès lent, etc.\n   P. 547 1. 19, au lieu de... chantent, lisez: ahanent.\n   P. 548 1. 4, au lieu de... et l'attelé, lisez: et s'attelle.\n   P. » 1. 2S, au lieu de... tremblante, lisez: trémolanie.\n   P. » 1. » au lieu de... ou roulés, lisez: au roulis.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 390, "page_fin": 392, "titre_corps": "Les Arts décoratifs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jacques Arnoux", "ancre_debut": "LES ARTS DÉCORATIFS", "ancre_fin": "JACQUES ARNOUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOUVELLES DE LA GRAND", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 455, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 1127, "fin_caractere_exclue": 2121, "texte": "LES ARTS DÉCORATIFS\n\n    Depuis quelque temps, la Belgique artiste s'est emparée de cette ques­\ntion si importante et si négligée : le besoin de créer en notre pays une école\ndes Arts décoratifs. De fait, la banalité nous envahit, et les costumes, et\nles objets usuels, et les rues, et tout ce qui entoure et fait partie de\nnotre vie, a perdu le caractère national et l'originalité d'autrefois.\n    Le style moderne qui n'est pas un style, mais comme l'a dit Préault,\n « l'art assassiné par la géométrie », tend à faire oublier nos vieux styles\narchaïques d'où se dégage la hautaine expression du Beau. On ne se\nsouvient ni des gothiques ni des flamands de la Renaissance, et l'artiste\nétranger qui serait mené, les yeux bandés, dans les grandes villes de\nBelgique, ne saurait, son bandeau enlevé, s'il se trouve à Paris, à New-\nYork ou à Bruxelles.\n   Autrefois, en Flandre et en Brabant, le moindre objet portait son\ncachet d'art. Les lanternes suspendues aux carrefours, les enseignes écus-\n"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 391, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3070, "texte": "                                   -    391     -\n\nsonnées, les serrures, les clefs, les grilles de jardins étaient ciselés par\ndes ouvriers habiles, à l'esprit créateur, élevés dans le culte de leurs\nmaîtres et à l'école de l'Art ; aujourd'hui les modèles manquent, l'ama­\nteur doit aller chercher à Paris ou en Bavière les artisans capables\nd'orner sa maison ou sa chambre. Trouverait-on en Belgique un groupe\nd'ouvriers capables de monter dans ses moindres détails une salle à\nmanger gothique? Assurément n o n . Certaines maisons de Malines et de\nBruges en fourniraient les meubles peut-être, mais qui donnerait les\nferronneries, les dalles, les tapisseries, les menus objets?\n    Les points d'interrogation se succèdent, quel que soit le métier vers\nlequel on se tourne. Nos dentellières vont chercher leurs modèles à\nParis ; nos bijoutiers font de la fantaisie souvent détestable de goût.\nQu'on regardé nos réverbères plantés comme des poutres en plein\ntrottoir, avec leur St-Michel mal fondu, nos boîtes aux lettres massives,\nlaides, nos enseignes grotesques, nos colonnes... (pourquoi pas?) nos\nportes de maison, partout vulgarité, mauvais goût.\n    Le square du Petit-Sablon et la restauration des églises sont u n pro­\ngrès, mais il faut une école où les fils d'ouvriers apprennent l'art en\nrestant artisans; tout est prêt pour cela, et la création de cette école ne\ndemande qu'un peu de bonne volonté, si l'on en croit l ' A r t Moderne\n qui a été des premiers à élever la voix :\n    « On se souvient, dit-il, du succès qu'obtint à Bruxelles l'exposition des\n« arts industriels, organisée en 1874 aux Halles centrales. Les comptes de\n« cette exposition soldèrent par un boni considérable que les organisateurs\n« eurent la généreuse pensée de consacrer à la création d'un musée des arts\n« industriels. Ils adoptèrent à l'unanimité un rapport rédigé par M. Buls et\n« présenté au nom de la sous-commission que les organisateurs de l'exposition\n« avaient instituée à cet effet. Ce rapport, qui constitue le programme complet\n« du musée à créer, reflète l'esprit de méthode et les idées pratiques du bourg­\n   mestre de Bruxelles. Le plan du musée, qui fait de cette institution un éta­\n   blissement modèle, nous a particulièrement frappé. Le voici, sommairement\n« exposé.\n    « Le local du musée serait divisé en zones concentriques et en secteurs\n« rayonnants. Chaque secteur comprendrait une des grandes périodes de l'art:\n « l'art asiatique ancien, l'art égyptien, l'art grec, l'art romain, l'art bvzantin,\n« l'art mauresque, etc., jusqu'à l'art moderne; chaque zone correspondrait à\n« un art spécial, en commençant par ceux sur lesquels la matière et le procédé\n «technique ont le plus d'influence: 1° les tissus, les vêtements; 2 0 la céra­\n mique,     la poterie, le verre; 3° les métaux: orfèvrerie, armurerie, etc., et\n « ainsi de suite. Le visiteur qui voudrait comparer l'ensemble des manifes­\n   tations artistiques d'une époque, n'aurait donc qu'à parcourir successivement\n « chacun des secteurs; pour comparer différentes phases d'un art déterminé.\n"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1689, "texte": "                                    — 392 —\n\n  « il devrait suivre celle des zones contenant les produits de l'art qu'il se\n  « propose d'étudier.\n     « L'emplacement est tout indiqué : il suffirait d'approprier à cette dispo­\n    sition nouvelle et de compléter les bâtiments de l'exposition de 1880, ainsi\n « que cela a été proposé depuis longtemps. Quant aux ressources pécuniaires,\n « il y a, prêt à être employé dans ce but, un premier fonds de cent mille francs,\n « formant, avec ses intérêts, l'excédent des recettes de l'exposition des arts\n « industriels de 1874. M. Buis estime, et nous croyons que sa prévision\n « pourrait être dépassée, qu'il serait possible de réunir en une Association des\n « arts industriels un millier de membres, payant une cotisation annuelle de\n « 25 francs, ce qui constituerait un revenu de 25,000 francs. 11 faut ajouter à\n « ces ressources celles pouvant résulter des expositions organisées par l'asso­\n   dation. A Berlin, l'installation du musée n'a coûté que 69,837 francs. L'on\n « ne dépense guère plus de 2,000 fr. par an pour l'augmentation des ccllec­\n   tions. La question d'argent n'a donc rien de bien effrayant. Dès lors, pourquoi\n « retarder plus longtemps la réalisation d'un projet qui recevra certainement\n « l'approbation générale? »\n  Nous n'avons rien à ajouter ; les chiffres ont une voix plus éloquente\nque les plus éloquents discours. Au moment où toutes choses vont, en\nnotre Belgique, à l'assaut de l'Art, où se détrônent de jour en jour les\nbourgeois-rois d'antan, il est bon de jeter le cri d'alarme lorsque le\ndanger est si facile à éviter.\n                                                         JACQUES   ARNOUX.\n\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 392, "page_fin": 394, "titre_corps": "La Saint-Lundi (triolets à Trinetté)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Nouvelles de la grand’route", "signature_source": "Marius Réty", "ancre_debut": "NOUVELLES DE LA GRAND", "ancre_fin": "MARIUS RÉTY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES JOYEUSETÉS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 457, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 1689, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "NOUVELLES DE LA GRAND'ROUTE\n                                        I\n\n                            LA SAINT-LUNDI\n                               (Triolets à   Trinetté)\n\n\n    C'est aujourd'hui la Saint-Lundi. Au-dessus des toits d'argile, le\nsoleil se montre, indiscret, filtrant à travers nos rideaux ses rayons\nencore pâles. Après une nuit de fraîcheur, l'aube se lève, pleine de\njoyeuses promesses. La journée sera belle, T r i n e t t é ; et tandis que la\nforge, exempte de ses rais de feu, ne résonnera point sous les coups\npuissants du marteau, les cabarets déborderont de refrains populaires;\nles quintettes, les trilles, et les arpèges jailliront des bosquets cham-\n"}, {"page_pdf": 458, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "                                — 393 —\n\n pêtres ; et des bruits inde'finissables de soupirs et de baisers voltigeront\n derrière les buissons de sureaux.\n    Allons aux champs, Trinette ; je sais au bord d'une eau qui court,\nlimpide, en chantant des ariettes, une oseraie épaisse où de profanes\namoureux n'ont point encore fait leur nid. Nous y mangerons les fraises\nqu'au bois nous aurons cueillies en chemin.; et nous y dormirons,\n petite, à l'ombre, avec un oreiller de pâquerettes et des draps d'herbe\nfraîche.\n    C'est aujourd'hui la Saint-Lundi. Vite, chausse tes bottines de\nlasting; mets ta jupe des jours prospères, celle que tu tachas de vert\nl'an passe', lorsque nous dînâmes sur le gazon ; et coiffe ton chapeau de\npaille blanche.\n   Viens ; à la ferme, nous boirons du lait dans des bols de faïence ;\ntu sais, de ce lait tiède et doux pour lequel tu me fis dépenser tant\nd'argent, au temps où je t'appelais mademoiselle ?\n   C'est aujourd'hui la Saint-Lundi ; allons aux champs, Trinette...\n\n\n    Viens; à la ferme nous boirons du lait dans des bols de faïence.\n Et de là nous irons voir si le ménétrier a mis du crin neuf à son archet,\npour faire danser les jeunes couples du village. Il y avait, l'été dernier,\ndu sable fin sous les tilleuls, pour les valseuses; et des tonneaux en\nchantier pour les buveurs. Et les amants tournaient, tournaient, autour\ndes verres.\n   Comme l'été dernier nous danserons à la guinguette ; et nous nous\ngriserons d'air et d'amour. Sur le versant d'une colline pierreuse, lorsque\nle laboureur, aux lueurs rousses du couchant, regagnera sa maisonnée,\nnous nous élancerons, furtifs, entre les haies d'épine blanche qui clôtu­\nrent les vergers, et nous cueillerons, à même les branches noueuses, les\nbelles prunes vertes du curé de village ; et nous les croquerons, ces\nprunes, un peu plus loin, sous le feuillage assombri des trembles.\n   Viens ; à la ferme nous boirons du lait dans des bols de faïence.\n   Avant que la nuit ait envahi le ciel, nous descendrons dans la vallée\noù se balancent mollement les coquelicots rouges, les marguerites blan­\nches, les clochettes bleues et les pivoines roses; et, sans pitié, je\ndévasterai la flore du pays, afin de t'oifrir un bouquet, que tu n'oublîras\npas, Trinette, dans les blés, comme celui de la fois dernière.\n   Puis, nous rentrerons au village, l'appétit aiguisé par nos courses,\nun peu las, ouvrant les narines à l'odeur de la large omelette jaune\nlardée de jambon rose ; aspirant à longs traits le liquide pétillant, heu-\n"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1594, "texte": "                                 — 394 —\n\nreux de contempler tour à tour l'affable et rougeaude campagnarde\nde l'auberge, et la vaste salle, aux murs couverts de chaudrons panta­\ngruéliques, aux fonds de cuivre, luisants et polis au sable, semblables\nà des disques de feu.\n   Viens ; à la ferme nous boirons du lait dans des bols de fa'ience ;\ncomme l'été dernier, nous danserons à la guinguette; et nous nous\ny griserons d'air et d'amour.\n\n    Puis nous rentrerons au village. Et nous retournerons sous les\ntilleuls, tourbillonner dans une valse dernière. Et, s'il ne pleut pas,\nTrinette, nous ferons notre possible pour nous égarer quelque temps\nà l'entrée du bois de houx.\n   Tu souris, petite ; et tu regardes au loin le soleil s'élever sur cette\ncampagne que bientôt nous traverserons, chercheurs d'ombre, que les\nardeurs de juin poussent sous les taillis, en leur soufflant de folles\nrêveries.\n   Viens, te dis-je; battent dans ma poche comme des castagnettes,\ndeux larges pièces blanches nous promettant une bonne journée.\nA demain l'aiguille; à demain le marteau. Partons; jusqu'à ce soir\nsoyons des amoureux; demain nous serons des esclaves. Nous avons\nbesoin d'air pour laver notre esprit des sombres tracas de l'existence ;\nprenons deux jours sur sept pour nous aimer et goûter à la vie.\n   Et ce soir, en rentrant au village, nous retournerons sous les tilleuls\ntourbillonner dans une valse dernière.\n   Viens, te dis-je. C'est aujourd'hui la Saint-Lundi ; allons aux champs,\nTrinette.\n                                                      MARIUS RÉTY.\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 394, "page_fin": 396, "titre_corps": "Les Joyeusetés de la bibliographie nationale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tête-de-mort", "ancre_debut": "LES JOYEUSETÉS", "ancre_fin": "Contre un mur", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "TRIOLETS ÉPITHALAMESQUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 459, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1594, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "LES JOYEUSETÉS\n\n  DE LA BIBLIOGRAPHIE NATIONALE\n\n   Joyeusetés, oui, à faire sauter tous les boutons de culottes, en d'extra­\nvagantes pétarades de rire !\n   Joyeusetés oui! à déboîter les maxillaires les plus robustes avec des bruits\nétranges et cinglants comme des cordes de violes qui se cassent!\n"}, {"page_pdf": 460, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2160, "texte": "                                — 305 —\n\n    A crever, je vous dis, mais à crever sur place, apoplectiquement.\n    Et dire que les deux irréconciliables Potvin et Hymans, (Calino et\n Guibollard) se sont mutuellement dévoré le nez en l'honneur de cette\n pyramidalité, de cet inouïsme, de cette désopilation énorme : la Biblio­\ngraphie Nationale!\n    Depuis trois ans, quatre braves archivistes se sont attelés à cette\n besogne étonnante qui consiste à rechercher tout ce qui a été écrit en\n Belgique de 183o à 1880!\n    Ils en sont, en l'an de grâce 1883, à la lettre C; UNE LETTRE PAR\nAN ce qui donne à espérer qu'en 1906, l'ouvrage sera terminé\n Alors... faudra recommencer!\n    Grâce au ciel, ces MM. ne risquent pas d'y gagner des cheveux\n blancs, c'est déjà fait; ni d'y faire de vieux os, tous ayant dépassé, le\n cap qui n'est plus d'aucune bonne espérance !\n    Ce travail est destiné à     je vous le donne en mille, en dix mille, en\n un Pactole, en trois Californies et en vingt Pérous             à établir le\n bilan de la littérature en Belgique !\n    Je cueille :\n    A. — A propos de la question du ressort commercial. — Voy.\n SW1NNEN (on pourra voir SWINNEN à la lettre S, en 1899 !)\n    — A propos d'Uccle. Brux. Decq 1852. In-8° 30 p. 1 fr. (ceci est en\nsituation).\n    — Abner (Clément Théodore) pseudonyme de VAN DOREN, docteur\nen médecine.\n   (Voyez VAN DOREN en 1902, lors de l'achèvement possible du Palais de\nJustice !)\n   — ABSTINENCE (de l') du samedi, par un vieux théologien. Voyez\nWINS, C.\n   (Le brave vieux théologien verra son nom dans la BIBLIOGRAPHIE par\nles yeux de ses petits-neveux).\n   — B. BALDOU. L'Hydrapathie, traitement rationnel. Brux. Deprez-\nParent 1841. In-18, 1 fr.\n   (Ceci est évidemment une fine épigrammé à Louis Hymans)'.\n   — BLUNTSCHLI (J.) — De la responsabilité et de l'irresponsabilité du\npape. — Voyez RIVIER.\n   (Non, je vous en prie, ne le voyez pas... ou plutôt, au fait... lettre R.,\nen 1898; il sera mort, oui, décidément, voyez RIVIER!)\n   — COQUIN D'AMOUR, par l'auteur de l'Homme. Liège, Massard 1864\nIn-8° 24 p., 50 c.\n   (Si cela ne vous suffit pas, vous n'êtes qu'un obstructionniste, vous ne\n"}, {"page_pdf": 461, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 379, "texte": "                                   — 396 —\n\nconnaissez pas l'auteur de l'HOMME; eh bien, en 1888, allez voir à la\nBIBLIOGRAPHIE : L'HOMME et vous aurez vos apaisements. On vous ren­\nseignera:\n   L'HOMME par l'auteur de COQUIN D'AMOUR !)\n\n\n\n   Cela s'appelle e'tablir le bilan de la littérature en Belgique:\n   Un de ces bilans qu'on devrait de'poser\n   Contre un mur.\n\n\n\n\n       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 396, "page_fin": 399, "titre_corps": "Triolets épithalamesques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Picard", "ancre_debut": "TRIOLETS ÉPITHALAMESQUES", "ancre_fin": "EDMOND PICARD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AU WAUX HALL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 461, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 379, "fin_caractere_exclue": 1376, "texte": "TRIOLETS ÉPITHALAMESQUES\n\nPour célébrer l'heureuse union de M. Clément Lyon, du bassin de Charleroi, du Centre\n    et de la Basse-Sambre, — et de M. Adolphe Siret, du bassin de St-Nicolas.\n\n                    Nous voyons Adolphe et Clément\n                    Faire une vilaine besogne;\n                    Pour inventer indécemment\n                    S'unissent Adolphe et Clément.\n                    Administrons- leur un calmant\n                    Pour leur rendre un peu de vergogne.\n                    Nous voyons Adolphe et Clément\n                    Faire une vilaine besogne.\n\n                    Clément Lyon ouvrit le feu\n                    Et Siret vint à la rescousse.\n                    Avec l'espoir d'avoir beau jeu\n                    Clément Lyon ouvrit le feu.\n                    Le coup ne fit pas même un bleu :\n                    Ils n'avaient rien dans leur gargousse\n                    Clément Lyon ouvrit le feu\n                    Et Siret vint à la rescousse,\n"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1277, "texte": "              — 397 —\n\nCe couple loquace et dolent\nSans biscuit s'était mis en guerre;\nSuant, soufflant et renâclant,\nS'avançait ce couple dolent.\nIl a suffi d'un seul élan\nPour les jeter le nez par terre.\nCe couple loquace et dolent\nSans biscuit s'était mis en guerre.\n\nPar des articles inconnus.\nIls auraient fait Pirmez grand homme ;\nOn ne les avait jamais lus,\nTous ces articles inconnus.\nIls veulent aux nouveaux venus\nPrendre leur œuvre, et voilà comme\nPar des articles inconnus,\nIls auraient fait Pirmez grand homme.\n\nDe l'Enfant brugeois avorté\nAdolphe rêvait la revanche ;\nIl a le cerveau déjeté\nPar l'Enfant brugeois avorté.\nLuister qu'en veste il a porté\nVa perdre sa seconde manche.\nDe l'Enfant brugeois avorté\nAdolphe rêvait la revanche.\n\nCercle de fer mystérieux\nDont Clément nous parle sans cesse.\nDaigne enfin paraître à nos yeux,\nCercle de fer mystérieux.\nN'est-il qu'un cercle vicieux,\nLui qui me hante et qui m'oppresse?\nCercle de fer mystérieux.\nDont Clément nous parle sans cesse !\n\nDepuis vingt ans, dit ce farceur,\nPirmez a surgi pour la gloire.\nC'est à nous qu'il doit cet honneur!\nDepuis vingt ans, dit ce farceur;\nC'est depuis vingt jours, par malheur.\nQu'il s'avise de cette histoire.\nDepuis vingt ans, dit ce farceur,\nPirmez a surgi pour la gloire.\n"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2118, "texte": "                                   — 398 —\n\n                      Dedans Ie Journal des Beaux-Arts (1)\n                      Siret sévit impitoyable.\n                      Il élève de grands canards\n                      Dans la basse-cour des Beaux-Arts.\n                      Tordons le cou sans nuls retards\n                      A cette volaille effroyable.\n                      Dedans le Journal des Beaux-Arts\n                      Siret sévit impitoyable.\n\n                      Il faut à Lyon trois bassins\n                      Pour se soulager de sa prose ;\n                      Pour ses lamentables desseins,\n                      Il faut à Lyon trois bassins.\n                      Ces bassins devenus malsains\n                      Hélas ! ne fleurent plus la rose,\n                      Il faut à Lyon trois bassins\n                      Pour se soulager de sa prose.\n\n                     Vraiment Siret réussirait\n                     S'il restait un Prudhomme honnête,\n                     Styliste autant qu'on le connaît,\n                     Vraiment Siret réussirait.\n                     Si le Lyon n'est qu'un furet,\n                     Son copain a l'air bonne bête.\n                     Vraiment Siret réussirait\n                     S'il restait un Prudhomme honnête.\n\n                      Voyons, Clément, soyez clément,\n                      Rendez-nous la paix salutaire.\n                      Vous nous rasez énormément;\n                      Voyons, Clément, soyez clément;\n                      Retournez à votre élément,\n                      L'Education populaire (2).\n                      Voyons Clément, soyez clément,\n                      Rendez-nous la paix salutaire.\n\n                      De ces terribles Siamois,\n                      Dieu vous tienne en sa sainte garde !\n                      Ils sévissent depuis un mois,\n                      Ces deux terribles Siamois.\n\n\n\n  (1) Organe du bassin. de St-Nicolas, rédacteur en chef: M. Adolphe Siret.\n  (2) Organe des trois bassins de Charleroi, du Centre et de la Basse-Sambre, rédacteur\nen chef : M. Clément Lyon.\n"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1203, "texte": "                                    —    399   —\n\n                     Ils me causent de tels émois,\n                     Que j'en ai mal au péricarde.\n                     De ces terribles Siamois,\n                     Dieu vous tienne en sa sainte garde !\n\n                     Gémeaux peu divins, vos cancans\n                     Ont tout le succès qu'ils méritent.\n                     Nous croyez-vous des Mohicans\n                     Pour nous crachoter vos cancans ?\n                     Vos syllogismes claudicants\n                     Font rire bien plus qu'ils n'irritent.\n                     Gémeaux peu divins, vos cancans\n                     Ont tout le succès qu'ils méritent.\n\n                     Adolphe et Clément sont unis.\n                     J'ai rimé ces rondels burlesques\n                     Pour ces compères assortis.\n                     Adolphe et Clément sont unis.\n                     Comme un moxa je les ai mis\n                     Sur ces héros funambulesques,\n                     Pour Adolphe et Clément unis\n                     J'ai rimé ces rondels burlesques.\n\n                                                        EDMOND PICARD.\n\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 399, "page_fin": 401, "titre_corps": "Au Waux-Hall", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "AU WAUX HALL", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHICANE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 464, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 1203, "fin_caractere_exclue": 2079, "texte": "AU WAUX-HALL\n\n   Tous les soirs, le jardin s'éclaire. Les globes de gaz projettent leur lumière\nsur les feuilles des arbres, dont les verts pâlis prennent des tons artificiels,\nsemblables aux perspectives attirantes et fausses des décors d'opéra. Le monde\n« pschutt » afflue, et, dominant le ronron des conversations, ça et là piqué par\nun rire aigu de femme, et les appels des garçons, éclate au fond, sur l'estrade,\nl'orchestre, dirigé par Jehin, qui se détache en noir sur la clarté jaune, et, de\nson archet nerveux semble découper et dessiner la musique.\n   On exécute de la bonne musique le dimanche et le jeudi, — le jeudi surtout.\nLes autres jours de la semaine sont réservés aux danses, aux transcriptions,\nbref à ce que le Bruxellois appelle des « Dontjes ». Pourquoi? Je n'en sais\nrien. Et cela est d'autant plus étrange, que, les soirs de « Dontjes », il n'y a pas\n"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2528, "texte": "                                   — 400 —\n un chat, et que les soirs de bonne musique, il y a foule. Il paraît que le Waux-\n hall ne veut pas faire de belles recettes.\n    Aussi, quelle affluence, et quel enthousiasme aux derniers concerts extraordi­\n naires, consacrés à Berlioz et à Peter Benoit!\n    Depuis quelques années déjà, Berlioz est adopté par notre public. Le gros de\n la foule ne le comprend guère, mais ne proteste plus. Il devine vaguement que\n cela est beau pour d'autres... C'est la seule manière dont les grands artistes sont\n consacrés par la masse.\n    Quelle nature étrange que celle de Berlioz ! Supra-nerveuse, prodigue d'elle-\n même, incertaine à la façon des torches tourmentées par le vent des nuits.\nGénie désordonné, astre errant du ciel musical, toujours sorti de son orbite, et\nqui ne connut jamais ni la sereine splendeur ni la majesté olympienne. C'est,\navec Chopin, le musicien cher aux âmes troublées !\n    En cela il est bien moderne. Lui aussi, comme Chopin, comme Baudelaire,\nmourut du mal de la fin du siècle, qu'on pourrait appeler de ce nom énigma-\ntique : la fièvre des derniers jours.\n    Son œuvre semble une vaste hallucination, traversée de joies et de douleurs\nextrêmes, baignant dans une atmosphère orageuse et blafarde. Quel rêve d'opium\nque la Symphonie Fantastique ! Quelle verve capricieuse et morbide ! Quoi de\nplus poignant que ces brusques sautes d'idées musicales, ouvrant parfois, sur\nle fond noir et lugubre de l'œuvre, une fenêtre soudaine, rouge d'apothéose et\nde gloire. Tel, dans la Marche au supplice le motif des reines et des princesses,\nsomptueux et fulgurant comme les vers de Banville, ou comme ceux de Jean\nLorrain ;\n\n                     Filles adorables du rêve,\n                     Des femmes aux longs cheveux d'or\n                     Se tiennent en rond sur la grève.\n                     Debout dans un superbe effort.\n\n                     Reines d'amour et de légende,\n                     Le front hautain et les seins nus.\n                     Elles viennent de Brocéliande\n                     Et des royaumes disparus.\n\n                    Moulant dans d'étroites simarres\n                    A fleurs d'azur, à rinceaux d'ors,\n                    Leurs bras surchargés d'anneaux rares\n                    Et la sveltesse de leurs corps.\n\n                    Les lys en feu de leur poitrine\n                    Aux siècles croulés dans l'oubli\n                    Jettent dans leur splendeur divine\n                    Un héroïque et fier défi.\n"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "                                  — 401 —\n    Tout autre est la sensation produite par la musique de Peter Benoît.\n    Ici une santé robuste, athlétique, bien flamande. Une carrure formidable,\nun solidité et une ampleur sculpturale. Point de nerfs, du sang, de bon sang\nrouge, de la chair. Une couleur foncière et magistrale. Toutes les énergies et\ntoutes les forces.\n    Benoît fait de la musique essentiellement architecturale et décorative. Il\nsemble porté vers la musique de scène, et s'est jusqu'ici, tenu à l'écart du\nvéritable drame lyrique. Au moyen des entr'actes et des mimodrames, il entoure\nla pièce de son collaborateur d'une espèce d'atmosphère sonore, où trempe\nl'action.\n    Telle est la superbe musique qu'il a écrite pour le Guillaume le Taciturne de\nVan Goethem.\n    Les concerts du Waux-Hall, au moins pour quelques-uns d'entre nous, ont\nété une révélation du talent si original de Peter Benoît, qui s'est peu produit\nà Bruxelles, et que le mouvement flamand absorbait trop. On a applaudi vigou­\nreusement les belles pages du maître : l'Ouverture, l'Entrée du duc d'Albe à\nBruxelles, le Cortège final, et surtout l'entr'acte destiné à décrire le caractère\ndu Taciturne, qui est un chef-d'œuvre de pureté et de grandeur.\n    L'impression a été profonde : le public semble conquis à Benoît, et l'heure\n n'est pas lointaine où tout le monde saluera, comme la Jeune Belgique le fait\n aujourd'hui, le maître d'Anvers comme le premier de nos musiciens et comme\n l'une de nos plus chères gloires.\n                                                               ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 401, "page_fin": 403, "titre_corps": "Chicane littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "CHICANE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "EMILE VAN ARENBERGH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 466, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1609, "fin_caractere_exclue": 2496, "texte": "CHICANE LITTÉRAIRE\n  Nous lisons dans le Journal des Gens de lettres belges (15 août 1883)\nsous le titre : Correspondance, la lettre et l'entrefilet suivants :\n                                                      Bruxelles, 9 août 83.\n           « MONSIEUR,\n\n   « Vous avez admiré, avec raison, un sonnet de M. Van Arenbergh, intitulé :\n« Stabat, inséré dans la Jeune Belgique du I er août 1883.\n  « Permettez-moi, Monsieur, de vous signaler un sonnet identiquement sem­\n« blable quant à l'idée et ne différant que très peu dans la chute, inséré dans le\n« Journal des Beaux-Arts du 16 janvier 1878. Ce sonnet me paraît supérieur\n«comme simplicité et comme grandeur. Il est signé : Paul Siret, mort aujour-\n« d'hui.\n  « Monsieur E. Van Arenbergh ne pourrait-il expliquer cette imitation venue\n\" cinq ans après ?\n                                                                        30\n"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "                                     —    402    —\n\n\n   « Voici le sonnet de Monsieur Paul Siret :\n                              .. STABAT MATER\n              « Le sang divin coulait sur l'arbre expiatoire\n              « Et les anges tremblants sur la croix se penchaient ;\n              « Et le Christ jusqu'au fond buvait l'amer ciboire :\n              « Et devant Dieu mourant les hommes blasphémaient.\n              « Les astres éblouis se voilaient dans leur gloire,\n              « Et dans l'immensité lugubrement planaient ;\n              « Et l'on voyait, baisant le signe de victoire,\n              \" Une femme ployée et dont les yeux pleuraient.\n              « Et pendant ce temps-là, dans l'azur des cieux calmes,\n              « Au premier des martyrs on préparait des palmes,\n              « On bâtissait son trône aux éternels parvis.\n              « Et Dieu, vovant pleurer et saigner le calvaire,\n              « Se demandait comment pardonner à la terre ;\n              « Par les pleurs de la mère ou par le sang du fils.,.\n                                                                       « PAUL SIRET.\n                                                            « Votre abonné,\n                                                               D. L. »\n  « RÉPONSE. — La remarque de notre correspondant est très juste. De quel­\n  que part qu'ils viennent, de semblables « emprunts » nous font toujours\n« penser au geai de la fable. Après cela, l'on pourra dire encore que la forme\n\" est tout et que la pensée n'est rien.\n              \" Qu'il faut être ignorant comme un maître d'école\n              « Pour se flatter de dire une seule parole\n              « Que personne ici-bas n'ait pu dire avant nous. »\n  « C'est en vérité fort commode. M. Van Arenbergh nous permettra de retirer\n» un éloge que nous ne lui adressions que par erreur et nous l'engageons vive­\n  ment pour l'avenir à laisser à César ce qui est à César.\n                                                                 D r E. V. »\n   Voici la réponse que M. Emile Van Arenbergh a adressée au Journal\ndes Gens de lettres :\n         « Monsieur,\n   « Votre bonne foi a été surprise par votre correspondant, qui, peut-\n« être, ne pourrait invoquer la même excuse (1).\n\n   (1) Si les initiales de ce correspondant ne nous trompent pas, notre ami Van Arenbergh\nest mille fois trop bon en lui faisant l'honneur d'un peut-être. Voici pourquoi. Quand le\nStabat parut il y a trois ans dans La Semains des Étudiants de Louvain, la même chicane\nfut élevée et par le même personnage qu'aujourd'hui. On lui expliqua la rencontre, péremp-\n"}, {"page_pdf": 468, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "                                       -   403     -\n\n   « Voici l'explication de la rencontre toute naturelle et même inévi­\n« table, entre le sonnet de mon ami Paul Siret et le mien.\n   « E n 1877, nous convînmes, Paul Siret et moi, de concourir pour le\n« sonnet à la Vierge, aux Jeux Floraux.\n   « Afin de nous assurer plus de chances, et trop amis pour lutter l'un\n« contre l'autre, nous nous associâmes ; l'idée finale cherchée, trouvée\n« et débattue en c o m m u n , nous écrivîmes sur-le-champ, à la même\n« table, les deux sonnets dont j'ai conservé par hasard les brouillons et\n« dont le meilleur fut envoyé à Toulouse.\n   « Vous vous étiez trop hâté, vous le voyez, Monsieur, de suspecter\n« ma probité littéraire, laquelle, pour la Jeune Belgique qui connaissait\n« ces circonstances, n'a jamais fait doute.\n  « Agréez, etc.\n                                            E M I L E VAN A R E N B E R G H .\n         Bruxelles, le 23 août 1885.\n\n\n\n        "}, {"page_pdf": 468, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2295, "fin_caractere_exclue": 2817, "texte": "toirement. Le correspondant du Journal des Gens de Lettres, si sa peu courageuse signa­\nture est véridique, commet donc une petite malpropreté. .Quant à notre confrère Valentin,\nil me semble avoir agi avec une certaine étourderie en insérant la prose d'un pied    aussi\npeu cambré. Il aurait dû remuer sept fois la plume dans, l'encrier, avant d'accuser de pla­\ngiat un poète dont l'honnêteté littéraire est poussée jusqu'au scrupule.\n                                                                   Albert      GIRAUD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-017", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 403, "page_fin": 408, "titre_corps": "Memento bibliographique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE", "ancre_fin": "NEMO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 468, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 959, "fin_caractere_exclue": 2295, "texte": "MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE\nMonstres parisiens par CATULLE MENDÈS. Un vol. Paris. Marpon et Flamma­\n   rion, fr. 1,50.—Le Baiser par MAX WALLER.— Royal-Gommeux, par OCTAVE\n   MAUS. — Bréviaire de l'Amour expérimental,          par le Dr JULES GUYOT, 6e édi­\n   tion. Un vol. Paris Marpon et Flammarion, fr. 5,00. —                    L'Irréparable,par\n   PAUL BOURGET. — Ce qui ne meurt pas, par JULES BARBEY D'AUREVILLY. —\n   Clément et Adolphe. — Une séparation par FLANOCHE. — La chanson du\n   pauvre homme par GUY-VALVOR, I vol. Paris, Oriot, éditeur, fr. 2,00.—\n   Per l'Alsacio-Lourreno.— Collection Boitte. Tablettes de Pierrot. — Pitié!\n    Les éditeurs Marpon et Flammarion, de P a r i s s e basant sur ce fait que\nle public ne lit plus, qu'il entend prendre la littérature à petites doses, et que,\nseules, les chroniques et nouvelles, telles qu'en donne Gil Blas, peuvent actuel­\nlement avoir du succès, ont entrepris la publication de mignonnes plaquettes\nde 40 pages environ, ornées d'une gravure et se vendant fr. 1,50. La conte­\nnance s'en borne à deux nouvelles très courtes. Catulle Mendès inaugure la\ncollection avec ses Monstres parisiens, des modernités fines, élégantes, cruelles\nparfois. mais incarnant nos fièvres et nos inspirations maladives. Nous recom­\nmandons beaucoup ces plaquettes essentiellement artistiques.\n"}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2849, "texte": "                                  — 404 —\n\n\n                              ICI A T T E N T I O N !\n\n   La Jeune Belgique fera la même tentative — avec ses auteurs. L'essai réus­\nsira ou ne réussira pas, c'est... son affaire !\n   D'ici à un mois, donc, paraîtront les deux premières plaquettes de la « col­\nlection de la Jeune Belgique », qui seront immédiatement suivies d'autres. La\npremière, une nouvelle d'OCTAVE MAUS intitulée: Royal-Gommeux, sera ornée\nd'un dessin de CHARLES HERMANS reproduit en photogravure ; la deuxième une\nnouvelle de MAX WALLER intitulée: Le Baiser, sera ornée d'un dessin de FER­\nNAND KHNOPFF reproduit par le même procédé (Evely).\n   Ces mignons volumes seront tirés à très petit nombre et ne seront jamais\nréimprimés; ils deviendront donc fatalement très rares en collections. lisseront\nimprimés par la maison Mertens, en caractères elzévir neufs, sur très beau papier\nanglais, avec fleurons, lettres ornées, culs-de-lampe, frontispices, etc.\n   Le prix de chaque volume dans le commerce sera d'un franc cinquante;\ntous les abonnés de la Jeune Belgique qui souscriront dans nos bureaux rece­\nvront les exemplaires avant la mise en librairie, avec une REMISE DE 20 p. c., soit\n un franc et vingt payable d'avance en timbres-postes de dix centimes, ou en\n mandats-poste. (Voir l'annonce à la couverture). Les abonnés qui souscriront\n à toute la série recevront les volumes à raison de fr. 1,10.\n\n\n   La prochaine chronique de notre collaborateur Albert Giraud sera consacrée\naux réimpressions XVIII e siècle qui viennent de paraître en très élégantes édi­\ntions chez A. Brancart. Ce sont notamment le Faublas, de Louvet de Cou­\nvrey, La Nuit et le Moment, de Crébillon fils, les Matinées du Palais-Royal,\nl'Abbé en belle humeur, de Macé, etc., etc.\n                                       ** *\n\n    Quel sujet délicat sous ce titre : Bréviaire de l'Amour expérimental, et qu'il\n fallait de tact pour ne pas faire d'un manuel conjugal un traité de grivoiserie.\n Le D r Jules Guyot a exécuté ce tour de force en un livre que nous considérons\ncomme un chef-d'œuvre en même temps qu'une œuvre honnête et saine. Un\nancien élève de Claude Bernard, M. Georges Barrai, chargé par le Dr Guyot\n de publier posthumement le livre, nous le présente en ces termes :\n    « L'écrit que nous publions porte une date historique. Il a été composé le\n 18 mars 1859, à l'occasion du récent mariage du Princg Napoléon avec la\nPrincesse Clotilde de Savoie, fille de Victor-Emmanuel, roi de Piémont — à\nla veille de la guerre d'Italie....\n    « Le temps a consacré ce petit traité. Il s'occupe d'un sujet éternel qui\ntouche aux entrailles mêmes de l'humanité. Compris comme il l'est par le\nD r Jules Guyot, qui avec une souplesse de plume merveilleuse, a mis en pleine\n clarté le côté expérimental de l'amour, il constitue un véritable manuel du\n"}, {"page_pdf": 470, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "                                  — 405 ~~\n\nmariage. C'est un livre fait en vue des unions légitimes. Le libertinage n'a\nrien à y voir ».\n    Ces mots ne sont pas une réclame ni une duperie. Le bréviaire du Dr Guyot\nest hautement moral et qui l'a lu n'en oubliera pas les préceptes ; M. Barrai, un\nsavant et un travailleur, a bien fait de le publier et nous conseillons vivement\nà nos amis les jeunes une œuvre où ils apprendront bien des choses pour\nl'avenir.\n                                         ***\n   La Nouvelle Revue vient de publier un superbe roman de Paul Bourget :\nl'Irréparable. C'est pensons-nous en dehors des remarquables critiques qu'il a\ndonnées sous le titre de Psychologie coniempomine la première étude en prose\nqu'ait écrite le subtil et aristocratique poète d'Edel et des Areux.\n    Gil Bias va commencer la publication d'un nouveau roman de Barbey d'Au­\nrevilly : Ce qui ne meurt pas.\n\n   Les lecteurs de la Jeune Belgique se sont étonnés que nous ne nous soyons\npas mêlés à la polémique de l'Art Moderne et de l'Education populaire relati­\nvement à Octave Pirmez. Un nommé Clément Lyon, sorte de palefrenier ou\nde balayeur littéraire, a jugé à propos de baver des ergotages mesquins, d'une\nrépulsive mauvaise foi, sur cette question de savoir à qui l'écrivain d'Acoz doit\nla lumière éblouissante qui se fait soudain autour de ses œuvres ; M. Picard\nconstate que c'est à nos journaux la Jeune Belgique, l'Art Moderne, etc.,\nainsi qu'à l'hommage rendu aux mânes de Pirmez devant deux cents personnes\nlors du banquet Lemonnier. Cela n'est pas douteux. Le Clément Lyon — qui\na commencé ce pénible débat — s'insurge, et, dans un patois grotesque\naccumule des inepties, des contre-vérités, des faux-fuyants, toutes petitesses de\nbalourd et de charbonnier.\n   Seul M. Emile Valentin, dans un article très pondéré et concluant, a remis\nla vérité à sa place. Voici ce que nous trouvons dans le Journal des Gens de\nLettres du 1er août 1883 :\n    « . . . Nous comprenons parfaitement l'énergique revendication d'Octave\n« Pirmez par les organisateurs du banquet du 27 mai. Ils n'ont pas comme on\n« l'a dit, attendu sa mort pour aller à lui et pour lui tresser des couronnes.\n« Cette assertion est absolument contraire à la vérité. Ce fut pour Octave\n« Pirmez une véritable joie que leur attitude inattendue; il ne leur mesura ni\n« sa sympathie ni ses applaudissements.»\n   Ces paroles venant d'un critique dont tout le monde reconnaît la sauvage\nindépendance, nous dispensent d'en dire plus au nommé Lyon; il ne mérite\nmême pas nos réponses et n'est digne que du plus profond mépris. On verra\ndans les Triolets épithalamesques que nous envoie M. Edmond Picard, que nous\nne sommes pas seuls à l'éprouver et à l'exprimer.\n                                        ***\n   Nous recevons de Flanoche, un des mystérieux rédacteurs du Petit Touriste\n( je dis rédacteur ou rédactrice), une plaquette mignonne intitulée Une sépa-\n"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2877, "texte": "                                   — 406 —\nration.), et en sous-titre Monologuet. Modeste Flanoche ! Ce monologuet est\nune rêverie mélancolique très fine faite pour la lecture plutôt que pour la\nscène. J'y cueille ce fragment pensif, si bien observé et si intime :\n   « Réellement, nous nous familiarisons avec les choses qui nous entourent.\nNous nous faisons des amis dans ces inanimés de la maison: ils connaissent et\nservent nos petites manies de chaque heure ; ils nous rendent à tout propos\nde bons services, nous offrent du feu, gardent' nos papiers, nous aident à\nécrire, à penser, nous disent l'heure et nous indiquent la température; ils\nnous conseillent de prendre un parapluie, nous réveillent, nous amusent, ces\nserviteurs sans colères. Ils forment notre chez nous, nous manquent au\ndehors, nous rappellent et font la joie du retour : ce sont « nos petites affaires. »\nUn objet nouvellement acheté fait la même impression qu'un étranger dans un\ngroupe d'amis; il apporte une réserve guindée; on ne sait pas ce qu'il est,\nd'où il vient; on ignore ses mérites, ses défauts ; on le regarde, on ne le manie\nqu'avec une politesse de soins cérémonieuses ; on n'a pas pour lui la franche\nrudesse des mains habituées à se rencontrer. »\n                                         ***\n    REVUE DES CHEFS-D'ŒUVRE. —Maison Henry du Parc, 4, rue Hau­\ntefeuille à Paris. — Sommaire du numéro du 10 août 1583 : La Reine fan­\ntasque (conte), J.-J. Rousseau. — Les Mœurs du temps, comédie en un acte,\nSaurin. — Lettres sur l'Italie (suite). Le Président de Brosse. — Entretien sur\nla vie de Nicolas Poussin (suite), Félibien. — Mémoires et correspondance\n(suite), M me d'Epinay. — Ode : Sonnet pour Cassandre ; Sonnet pour Marie;\nSonnet pour Hélène; Chanson, Ronsart. — Homélie sur l'athéisme, Voltaire.\n— La Journée du 10 août 1792, Sergent Marceau. — Bulletins du mois :\nChronique théâtrale, Henry Signoret; Chronique littéraire, Elémir Bourges.\n   Cette publication paraît le 10 de chaque mois dans le format in-octavo et\ncontient de 192 à 200 pages de texte. L'abonnement est du prix modique\nde 20 fr. par an pour Paris, 23 fr. pour les départements et 7.5 fr. pour\nl'étranger.\n\n  LE P E T I T TOURISTE : Sommaire du n° 9 (1er,septembre) : Psychologie\nsentimentale, Max Waller. — Pastel, Jeanne — Sur les bords de l'Orneau,\nLujeni. — En Chine, Lao-Ru. — Aux fonds de Leffe, P. Destre.\n                                 ***\n   Sous ce titre La Chanson du pauvre homme, un poète infiltré de Baudelaire\npublie chez Henry Oriot un recueil de vers étranges, très inégaux comme fac­\nture et comme conception. Malheureusement aberré par la question sociale\nqu'il mêle à la poésie, M. Guy-Valvor doit avoir gobé le poète des Névroses\nlorsqu'il chante en des strophes assez vigoureuses ;\n\n                      Travaille, travaille, travaille:\n                      Sur ton lit de paille.\n"}, {"page_pdf": 472, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2433, "texte": "                                 — 407 —\n\n                 Accablé par l'homme et par Dieu maudit,\n                 Sans trêve, sans fin, sans espoir, travaille !\n                 Le malheur t'étreint, la faim de triraille,\n                 La mort te sourit, mais vaille que vaille,\n                 Etouffant de chaud ou de froid roidi,\n                 Torturé toujours par l'âpre tenaille.\n                 Du sort qui sur toi toujours s'alourdit,\n                      Pauvre homme maudit,\n                      Pauvre homme, travaille !\n                 Tandis que le riche en haut fait ripaille,\n                 Blême, grelotant de fièvre, engourdi\n                 Par la mort rampant sous ton lit de paille,\n                      Travaille, travaille, travaille !\n\n  Mille fois préféron-snous à ces revendications rimées, les strophes intitulées\nSainte Hypocrisie ; c'est du Baudelaire de deuxième marque, mais le vers est\nsouple, moderne, et le pastiche est sans doute inconscient. Que M. Guy-\nValvor dégage son originalité et ne suive point la trace de ceux qui comme\nRollinet tâchant de faire de l'horrible beau, avortent piteusement dans des\nproductions horriblement grotesques.\n\n\n\n   Nous recevons de M. Auguste Fourès un volume de vers français, langue­\ndociens et provençaux, qui se vend au profit des pauvres de l'Alsace-Lorraine.\n   Per l'Alsacio-Lourreno est une œuvre collective des principaux poètes\nfélibres, Charles et Paul Leser l'ouvrent par une pièce française d'allures\nfougueuses :\n\n             \" L'Alsace ! à ce seul nom s'éveillent vos colères !\n             Votre vers s'inspirant des rêves de vos cœurs,\n             Fait crouler sous le poids des haines populaires\n                   L'édifice de nos vainqueurs ! \"\n\n   Vient une lettre de, Frederi Mistrale le poète populaire de Miréio, puis des\nstrophes de son Isclo d'or: Le tambour d'Arcole, traduites par Constant Hen­\nnion ; Je ne veux pas de toi! d'Albert Arnavielle; A deux vierges ravies, de\nLouis Astruc ; la Guerre et Palinello de Théodore Aubanel :\n   « D'une flamme étrange, — au fond de la nuit, des étoiles l'âme — allume\nles yeux ; — étoiles ni lune ne font tressaillir — comme de ma brune — les\ngrands yeux pâlis.\n    « Mer qui rebondis, — bois pleins de rumeurs, — dites à la belle — mon\ntourment d'amour! »\n    Le livre est plein de ces jolies piécettes fraîches et claires comme dans les\n blés de Provence le chant des cigales.\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "                                    — 408 —\n\n    Nous ne connaissons pas assez cette belle phalange des poètes du soleil, et\n il v aurait de belles études d'art à faire sur les cigaliers connus et appréciés en\n Provence, en Quercy, partout depuis le pont d'Avignon et les flèches de Mont­\n pellier; Astruc de Marseille. Fourès de Castelnaudary, Gaut d'Aix-en-\n Provence, Mir de Carcassonne, Roumieux de Nimes, tous provençaux,\n languedociens, limousins, gascons, périgourdins, bardes naïfs aux accents\n profondément poétiques, amoureux de la nature et de la patrie.\n\n\n   L'éditeur Boitte met en vente le 40 volume de sa petite collection populaire:\nLes Coules choisis de La Fontaine. Dans la même collection paraîtra l'Amour\nfantasque, recueil des nouvelles éparses de notre rédacteur Max Waller.\n\n\n\n   Vient de paraître à Bruxelles le 5\" numéro d'une nouvelle publication heb­\ndomadaire : Les Tablettes de Pierrot, sorte de pamphlet sur les choses de la\nsemaine, destiné à faire pendant aux Grimaces qu'Octave Mirbeau, le trop\nfameux éréinteur des comédiens, lance de son côté à Paris. Bien dirigée,\nméchante à point et frappant juste sans parti-pris, une publication de ce genre\nréussira vraisemblablement dans ce pays où il faut combattre pour vivre. Bien\nvenu soit le Pierrot nouveau !\n                                        ***\n     Lire dans le dernier numéro de la Revue de Belgique la chronique littéraire\n de Charles Potvin. Décidément nous devrons cesser nos attaques. Il y a là un\ntel affaiblissement de toutes les facultés, disons le mot, un tel gâtisme, que cela\n fait pitié. Ecoutez ce pauvre vieillard demandant grâce :\n     « Nous ne voudrions pas mettre l'obstacle d'un cheveu sur la route d'un\nécrivain national. Nous savons quelle chose délicate à respecter est quelquefois\nune nature d'artiste, et la carrière n'est pas tellement semée de roses que l'on\n puisse y ajouter des épines. On peut user contre nous des procédés contraires;\nchaque fois qu'il se produira en Belgique une œuvre, et quand même l'auteur\nnous récuserait d'avance en ne daignant pas nous l'envoyer, nous l'achèterons\npour la faire apprécier de nos lecteurs selon nos lumières et notre goût, ne\ndisposant malheureusement pas des idées ni du goût d'autrui. »\n    Comme ce langage est navrant! Pauvre M. Potvin qui va devoir acheter\ntous les livres que nous ne lui avons pas envoyés 1 quelle pitié ! O conscience\nlittéraire de ce père de famille se dépouillant pour mettre au courant des livres\nnationaux ses bien-aimés lecteurs !\n    Et quelle bonne foi dans cette déclaration généreuse! Comme il fait bien et\ncomme il va bien faire ce qu'il dit, ce brave homme dont le cœur n'a que\ndouceur et aménité, indulgence, miséricorde, pardon, ô mes frères, prenons\npitié, des pauvres ramollis !\n                                                                    NEMO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-09-01-n10-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "GIL BLAS JOURNAL QUOTIDIEN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 474, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1579, "texte": "GIL                  BLAS\n                              JOURNAL QUOTIDIEN\n\n  16, BOULEVARD DES CAPUCINES                                          16, PARIS.\n\n                    P U B L I E R A L E 20 S E P T E M B R E :\n\n\n     CE QUI NE MEURT PAS\n                                           PAR\n\n\nJULES                BARBEY                       d'AUREVILLY\n        Un numéro: 20 centimes. Abonnements: (3 mois): 17 fr.\n                                   En vente partout.\n\n\n\n\n   LE NORD CONTEMPORAIN\n                   SOMMAIRE DU N 0 39. (20 août 1883).\n\n\n\n\nSOMMAIRE. — T e x t e : Causerie, R. H . — Galerie contemporaine-. Jules Dutilleul\n   E. S. — Revue artistique et archéologique : Rouen, l'église Saint-Ouen ; Belgique :\n   Anvers, le Palais de Justice, D . L . — Chronique nécrologique, G. A. — Littérature :\n   Chair et Poisson, EUG. VERMEERSCH ; La chanson du Poirier, PAUL FÉVAL. —\n   Nouvelle : Un Reclus, GABRIEL MARQ {Ronde des Couleurs). — Variétés : Colom­\n  bine, FULBERT-DUMONTEIL. — Actualités : La claudication du comte de Chambord :\n   Trouillebert & Corot ; Le mensonge au théâtre ; Le ménage du poète Henri Heine.\n    — Théâtre : La Quinzaine Théâtrale à Paris/. Les Hongrois à la Comédie-Française.\n    — La Finance. — S u p p l é m e n t Industriel, Commercial & A g r i c o l e : La\n    discussion des Conventions à la Chambre ; Jurisprudence industrielle et commer­\n    ciale.\n\nP h o t o g r a p h i e s : Portrait de M. Jules Dutilleuil ; Vue de l'église Saint-Oueu, a\n      Rouen ; Vue du nouveau Palais de Justice d'Anvers.\n"}, {"page_pdf": 475, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1376, "texte": " Seront mis en vente avant le commencement d'octobre:\n\n\n\nROYAL-GOMMEUX                     NOUVELLE          PAR\n\n                     OCTAVE                         M A US\n                                    avec un dessin de\n\n          CHARLES                                H E R M A N S . .\n  Une plaquette artistique imprimée à petit nombre sur\nbeau papier anglais, en caractères Elzévir, avec lettres\nornées, culs-de-lampe, etc.\n                              PRIX :    1 f'r.     50       c.\n\n      pour les abonnés de la Jeune Belgique : 1 fr. 20 c.\n                   . (souscrits à l'avance).\n\n\n\n\n     LE B A I S E R               NOUVELLE PAR\n\n                       MAX               WA LLER\n                                     avec un dessin de\n\n          FERNAND                                 KHNOPFF.\n  Une plaquette artistique imprimée à petit nombre sur\nbeau papier anglais, en caractères Elzévir, avec lettres\nornées, culs-de-lampe, etc.\n                          -   PRIX: 1 f r .        50       c.\n        pour les abonnés de la Jeune Belgique: 1- fr. 20.\n                      (souscrits à l'avance).\n   Ces plaquettes étant tirée? à très petit nombre, ne tarderont pas à être épuisées, et nous\nengageons vivement nos abonnés à envoyer au plus vite leurs souscriptions à nos bureaux.\nIls recevront leur ou leurs exemplaires avant la mise en librairie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 432, "texte": "(3 e année)       1883          Tome I I . N° 10.                          1er          septembre\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                     SOMMAIRE\n   ÉTUDES D ' E S T H É T I Q U E : L'Art Social .              .        ALBERT GIRAUD.\n   LA VILLA CLOSE                           .   .       . . .       .    EMILE VERHAEREN\n   POÉSIES:      I Le vieux prêtre                                       EDOUARD LEVIS.\n                II Chanson délectable           .       .       .   .    ARMAND WEBER.\n               III Végétation occulte   .   .   .       .       .   .    A. M. A.\n               IV La nonne                                               LÉON CHOMÉ.\n                V Messidor                                      •   •    Louis DE CASEMBROOT.\n                IV Amour, bonheur                                   .    M. C.\n   CROQUIS FUNÈBRES : IV En faction                 .       .   .   .\n                                                                         HENRY MAUBEL.\n                               V Immortelles\n   LES ARTS DÉCORATIFS                                                   JACQUES ARNOUX.\n   N O U V E L L E DE LA GRAND'ROUTE                .   .       .   .    MARIUS RÉTY.\n   LES JOYEUSETES DE LA BIBLIOGRAPHIE                               .    TÊTE-DE-MORT.\n   TRIOLETS ÉPITHALAMESQUES                                              EDMOND PICARD.\n   AU W A U X - H A L L                                                  ALBERT GIRAUD.\n   CHICANE L I T T É R A I R E\n   MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE                                               NEMO.\n\n\n\n\n                                     BRUXELLES\n                 BUREAUX             : 90, RUE                          BOSQUET\n                                     MDCCCLXXXIII\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "          LA JEUNE                                BELGIQUE\n                     paraissant le 1er de chaque mois.\n\n\n\n                             ABONNEMENTS :\n\nPour la Belgique : Un an. 5 fr. Pour l'Union postale: 7.00.\n\n\n\n                                   BUREAUX:\n\n             BRUXELLES,                 90, RUE              BOSQUET.\n\n\n                    Prix du numéro : 60 centimes.\n\n\n\n\n                     BOITE AUX LETTRES.\n   72. A. M. Schaerbeek. — Impossible malheureusement. Nos collections nous interdisent\nde distraire un seul portrait, Mille regrets.\n   73. Charles G., Bruxelles. — Votre Bal des Charcutiers est très original. Hélas ! vos\njambons ont trop de chevilles, et s'il est vrai que certaines strophes coulent de bonne\nsource, d'autres tirées par les cheveux empêchent absolument la publication.\n   74. Raymond de Sombrevalle. —Tourquoi vous cabrez-vous. Nous avons simplement\nmis notre responsabilité à couvert dans une question où le public pouvait vous considérer\ncomme notre champion. Cela n'a rien de blessant, je pense. Tout volve.\n   75. Alb. H. — D'ores et déjà parmi nos amis, nous avons inscrit 92 souscripteurs à la\nsérie complète des plaquettes; vous voyez que nous avions raison de vous dire mardi der­\nnier que les collections ont beaucoup de chance de devenir très rares. La troisième sera\nvraisemblablement un Conte rouge de l'ami Verhaerenavec un dessin de Théo Van Ryssel­\nberghe; la quatrième, de Waller, avec une photogravure d'après Chaplin; la cinquième,\n Cassandre à l'Académie, d Giraud avec un dessin de Regoyos. A jeudi chez G.\n   76. R. de Latiney-Fée d'amour, pensée rose n'a jamais fait un vers suffisant aux aspira­\ntions d'Orphée- Vous avez encore rudement à piocher, et nous sommes exigants.\n   77. Fernando Bravo. — Bien cogné, confrère, mais on ne s'aplatit pas à combattre de\ntelles feuilles de rues.\n\n                      B R U X . — IMP. A D . MERTENS, 12, RUE D ' O R .\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "               ETUDES D'ESTHÉTIQUE (1)\n\n                                  I. L'ART SOCIAL.\n\n    L'hérésie de l'Art Social, de l'Art Utile, ou de l'Enseignement, comme\nl'appelle Charles Baudelaire, vient de nous être prêchée, en une polé­\nmique de très haute allure, par des esprits qui qualifient de vieillerie\nnotre doctrine de l'Art pour l'Art. (2)\n    Les deux doctrines sont également vieilles, ou à peu près, mais l'une\nsemble vieille comme l'erreur, et l'autre, comme la vérité.\n    Le jour où l'on inventa le brocard: Castigat ridendo mores, on\naffirma solennellement Y Art utile. Il y a longtemps, comme chacun\nsait, La doctrine de l'Art pour l'Art, alors existait déjà, mais informu­\nlée. Victor Hugo, le premier, dans une discussion sur le théâtre de\nVoltaire, l'enferma dans une courte sentence qui fit fortune, et que la\ncritique ramassa.\n    Aujourd'hui, les revoilà en présence, ces éternelles devises, entre\nlesquelles les vrais artistes n'hésitent pas, mais avec lesquelles il faut\n compter, car elles personnifient deux forces essentiellement incompa­\n tibles : la Littérature et la Politique.\n    Comme nous l'avons dit plus haut, l'Art social n'est qu'une localisa­\ntion\"— ce terme médical est le seul juste — de l'Art utile.\n    Nous n'examinerons, dans cette étude, que l' Art social, parce que\nl' hérésie sociale se combat au moyen des mêmes arguments que Yhérésie\n utile.\n    Quand on lit les nombreux volumes entassés par les défenseurs de\n l'Art social, on s'aperçoit qu'on peut les classer en deux catégories nette­\n ment accusées :\n\n\n   (1) La deuxième étude sera consacrée à la question du fond et de la forme.             A. G.\n   (2) Un Monsieur... quelconque a, dans un journal de dixième marque, insinué que la\nJeune Belgique et l'Art Moderne se battaient à coups de flèches... empoisonnées ; quoique\nl'insinuation vienne de très bas, il importe de la rectifier et de déclarer que nos études et\nnos discussions ne créeront jamais ni rivalités ni froissements. L'Art Moderne a, comme\nnous, le culte de L ' A R T , et nous nous tenons avec lui par la main et par le coeur (Af. d. l.r.)\n                                                                                        28\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "                                 — 370 —\n\n    D'une part, les intransigeants, qui réclament une littérature à thèses,\ndont la propagande est le seul but, et qui ne permettent à l'artiste de\nrechercher le Beau que dans la mesure où il peut rendre plus rapide la\npropagation du principe choisi; d'autre part, les opportunistes, qui ne\ncourent point aux extrêmes, répudient même, peu sincèrement, semble-\nt-il, et du bout des lèvres, la littérature directement démonstrative, pour\nrecommander un art, qui, sans prôner ouvertement telle ou telle réforme\nsociale, y pousse d'une manière plus sourde et plus médiate.\n   Les premiers sont les plus logiques.\n   Les seconds, les plus dangereux.\n\n                                      I\n\n    Un des plus grands et des plus terribles outranciers de la logique,\n Proudhon, donne, dans son livre posthume sur Courbet, la définition\n suivante de l'Art :\n    Une représentation idéaliste de la nature et de nous-mêmes, en vue\n du perfectionnement physique et moral de notre espèce.\n    Cette définition nous semble, à cause de son audace même, inoffen­\n sive. Aucun artiste ne la lira sans hausser les épaules, ni sans s'apitoyer\n doucement sur la puérile illusion de ce philosophe égaré dans l'Art.\n    La meilleure réfutation de Proudhon, c'est Proud'hon lui-même.\n    Voici comment il apprécie le Retour de la Foire, de Courbet :\n    C'est la France rustique, avec son humeur INDECISE et son esprit\npositif, SA LANGUE SIMPLE, ses passions douces, SON STYLE\nsans emphase, sa pensée plus près de la terre que des nues, SES\n M Œ U R S ÉGALEMENT ÉLOIGNÉES DE LA DÉMOCRATIE\n ET DE LA DÉMAGOGIE, sa préférence marquée pour les façons\ncommunes, éloignée de toute exaltation idéaliste, H E U R E U S E SOUS\n UNE A U T O R I T É T E M P É R É E , dans ce juste milieu aux bonnes\n gens si cher, et qui, hélas ! constamment les trahit.\n    N'est-ce pas qu'elle est tristement comique, l'aberration de cet homme\nqui dans un tableau voit tout, sauf le tableau même?\n    Nous cherchons en vain, à travers l'histoire de l'Art, une œuvre à\nlaquelle puisse s'appliquer strictement la définition del'écrivain socialiste.\n    Proudhon le sentait fort bien lorsqu'il s'écriait : Plût à Dieu que\nLuther ait exterminé les Raphaël, les Michel-Ange et leurs émules,\ntous ces ornementateurs de PALAIS d'ÉGLISES !\n   Aussi, après avoir nié toute la littérature du passé, tous ses arts plas­\ntiques, prophétise-t-il la venue d'écrivains et d'artistes nouveaux, et livre-\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "                                -    371   -\n\nt-il, pour conquérir le peintre d'Ornans, une bataille désespe'rée, qui\ntémoigne à la fois des ressources de son génie et de l'inanité de ses\nconceptions.\n    Loin, très loin de la définition de Proudhon, mais enfermant, comme\nil l'exige, une thèse dans chacune de leurs œuvres, enseignent Voltaire\net Alexandre Dumas fils.\n    Il suffit de relire les tragédies de Voltaire pour vérifier combien son\nidée de l'Art est petite et vaine. Ses pompeuses tirades, qui ne sonnent ni\nl'accent vital, ni l'humanité, étaient de bruyantes trompettes où l'auteur\nde Zaïre clamait les maximes philosophiques de l'Encyclopédie. Aujour­\nd'hui elles gisent dans un coin, muettes et vert-de-grisées.\n   Voltaire, souvent, se contentait de développer la thèse d'une manière\naccidentelle, au courant du drame. Dumas fils bâtit sur la thèse sa\ncomédie, sorte de syllogisme dialogué dont les conclusions dépassent les\nprémices.\n    Toutes les pièces d'Alexandre Dumas fils peuvent se ramener à la\nforme abstraite et concise du raisonnement scholastique. Cette réduc­\ntion, ennuyeuse et quelque peu pédante, est cependant un argument très\npuissant, et qui suffit à annihiler, par quelques phrases implacables et\ncoupantes, toutes les déclamations des utilitaires.\n   Tel est par exemple, le canevas du Fils Naturel, syllogisé :\n   M. Sternay a abandonné son fils naturel ;\n    Or, ce fils naturel, par son travail, se crée une position très haute,\nsauve l'Europe en sa qualité de diplomate, etc.\n   Donc, tous les pères doivent reconnaître leurs fils naturels.\n    Chaque drame de Dumas fils est un raisonnement boiteux, un immense\nlatins hos, aux développements duquel la beauté artistique est sacrifiée,\net qui, malgré ses prétentions à l'enseignement, ne démontre rien, sinon\nson impuissance.\n    D'ailleurs, pour qui prend la question de plus haut, plusieurs raisons,\nles unes pratiques, les autres philosophiques, condamnent absolument\nles œuvres de ces commis-voyageurs en idées qui s'imaginent avoir créé\n une littérature.\n    Énumérons brièvement ces arguments.\n    Ainsi que le prouve la réduction en syllogismes, la pièce à thèse,\nconcluant du particulier au général, est incapable de démontrer quoi que\n ce soit. Le dramaturge, certes, peut étourdir un instant le public, pro­\nfiter de la rapidité de l'action et de l'illusion scénique pour ravir momen­\ntanément l'esprit des foules, mais quand le spectateur, dégagé de l'électri­\ncité du théâtre ou de la fièvre du livre, se trouvera, dans la vie, devant\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "                               — 372 —\n\nun de ces problèmes que l'auteur a résolu si généreusement dans son\nœuvre, il repoussera sans hésiter la solution idéale offerte par le roman\nou la comédie, pour n'écouter que l'intérêt et l'instinct de conservation.\n    En admettant qu'il ne faille point négliger le beau pour le bien,\nmais les amalgamer en proportions justes, n'est-il pas évident que la\nrecherche du beau et du bien, déjà si ardue quand on les poursuit isolé­\nment, soit en poète, soit en moraliste, devient impossible quand il s'agit\nd'harmoniser en une manifestation spirituelle deux éléments distincts et\nsouvent même contradictoires ? On ne chasse pas deux aigles à la fois.\n    L'hérésie de l'enseignement enlève à l'œuvre d'art une de ses qualités\nessentielles : la personnalité. Je me soucie fort peu, écrit Proudhon en\ns'adressant à Delacroix, de vos impressions personnelles... Ce nest pas\npar vos idées et par votre idéal que vous devez agir sur mon esprit, en\npassantpar mes yeux;       C'EST A L'AIDE DES IDÉES ET DE L'IDÉAL QUI\n SONT EN MOI: ce qui est justement le contraire de ce que vous vous\nvantez de faire.\n    L'artiste arrivera, dans son œuvre, à une représentation essentiel­\nlement fausse des hommes et des choses, puisqu'il lui sera loisible\net même nécessaire d'arranger les faits et de modifier les caractères en\nvue de sa conclusion finale.\n    L'artiste, en enfermant une idée utile dans une œuvre d'imagination,\ns'il peut frapper violemment quelques âmes jeunes et sans décision, risque\nfort de compromettre l'austérité et la grandeur de ses principes en les\nenjolivant d'ornements romanesques qui feront sourire les gens graves.\n    Enfin, l'artiste, en attachant le sort de son œuvre à la propagation\net au triomphe d'une cause, se résigne à voir disparaître son livre\n  uand cette cause sera victorieuse.\n\n                                     II.\n\n   L'Art Moderne, lui, n'exige pas que l'écrivain fasse de la littérature\nà thèse. Il semble abandonner l'enseignement direct pour une manière\nde doctrine d'ordre composite, qu'il serait difficile de résumer en une\ncourte phrase parallèle à celle de Proudhon.\n   Avant d'aborder le fond des théories de l'Art Moderne, constatons\nqu'il ne s'agit point ici d'une influence fatale, non voulue par l'écrivain,\nexercée par le livre sur les générations contemporaines, mais d'une\naction immédiate et consciente de l'artiste sur le public. Car sinon les\nquatre articles de l'Art Moderne étaient inutiles, le bon sens n'ad­\nmettant point que l'on écrive une étude de longue haleine afin de con-\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "                                 — 373 —\n\n seiller aux romanciers et aux poètes une chose qu'ils accomplissent\n nécessairement, et à leur insu.\n     L'art destiné à distraire ne doit venir qu'après celui qui a MISSION\n d'améliorer, de combattre, d'ennoblir.\n     Telle est, semble-t-il à première vue, la synthèse des théories de\n l'Art Moderne.\n     Le mot mission est ici caractéristique. Et il serait difficile de n'y voir\n qu'une erreur de plume, car le mot revient à travers l'étude entière,\n composée de fragments écrits à huit jours d'intervalle, parfois à quinze.\n Si le mot mission rend bien la pensée du critique, il s'agit, comme nous\n le constations plus haut, d'un but que se propose le romancier. C'est ce\n qu'on pourrait appeler l'œuvre sociale avec préméditation.\n     Mais alors c'est le livre à thèse, c'est la doctrine d'Alexandre Dumas\n fils, c'est l'enseignement direct au moyen de l'Art ?\n     Et pourtant, le critique de l'Art Moderne, à propos des écrivains\nnaturalistes, qui lui semblent appliquer admirablement la doctrine de\nl'Art social, dit expressément:\n    Les œuvres naturalistes ne sont point des thèses, des plaidoyers pé-\ndantesques, etc         ce que les livres de ce genre ont f ait pour ruiner la\ndomination bourgeoise est gigantesque, ET CEUX QUI LES ONT ÉCRITS\nNE S'EN DOUTENT PAS.\n    Voilà qui est clair: pas de thèse; inconscience de la part du roman­\ncier ; donc — pas de MISSON. Donc cherchez ailleurs les romanciers qui\nappliquent votre doctrine.\n    Et pourtant, dans ce même passage où il reconnaît l'inconscience des\nouvriers du naturalisme, l'Art Moderne ajoute :\n    Elles (ces œuvres naturalistes qui ne sont pas des thèses) obéissent\naux principes artistiques, exposant dans une forme originale, étrange,\nchoquante pour ceux qui sont attaqués et en péril, des faits, des sen­\ntiments, des mœurs, pittoresques, entraînants, curieux, ingénieux, qui\nlaissent invinciblement dans les âmes des impressions profondes d'où\nrésulte un glissement général vers des conceptions inaperçues et un\ndéplacement de l'axe sur lequel tournent les préoccupations humaines.\n    Ce qui, en substance, paraît vouloir dire que les écrivains naturalistes\nn'énoncent point la thèse dans le Livre, mais par une combinaison\nspéciale de faits et d'idées, évoquent irrésistiblement dans l'esprit du\nlecteur le principe informulé. Ainsi, dans Pot-Bouille, Zola ne dit nulle\npart — que la bourgeoisie, rongée par ses vices, doit sous bref délai\ndisparaître devant le mouvement ascensionnel des classes populaires, —\nmais il suggère cette conviction au public intelligent.\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "                                — 374 —\n\n     Mais alors, il y a une thèse. La différence entre un drame de Dumas\n fils et un roman naturaliste n'est pas essentielle, mais purement acci­\n dentelle. Une simple question de forme les sépare. Dans la comédie\n de Dumas, la thèse est exprimée. Dans le roman naturaliste, elle est\nsous-entendue, car pour produire dans l'âme du lecteur cette brusque\n évidence qui emporte d'assaut les convictions, il faut un arrangement\n méthodique, et non l'incertitude du hasard. Thèse extérieure ou thèse\n intérieure, mais thèse dans les deux cas. Telle encore, par exemple, une\n fable de La Fontaine où la morale est énoncée, en regard d'une autre\n fable où le bonhomme laisse à son lecteur le soin de trouver lui-même\n la moralité. Les deux morceaux sont des fables.\n     Et maintenant, plus de tergiversations. Faut-il la thèse, ne la faut-il\n pas?\n     La logique ici vous prend au collet, et vous.force à avouer que la\n thèse est nécessaire. A cette seule condition vous restez conséquent avec\n votre synthèse : L'art destiné à distraire ne doit venir qu'après celui qui\n a MISSION d'améliorer, de combattre, d'ennoblir. Thèse expresse ou\n tacite, peu importe, mais thèse, puisqu'il y a mission.\n     Et dans ce cas, nous vous opposons les arguments que nous avons\n développés plus haut contre les doctrines des caudataires de Proudhon.\n     Voilà donc l'Art Moderne, malgré sa démonstration, ondoyante et\n diverse comme l'homme de Montaigne, convaincu, à part la nuance\n peu importante de la thèse cachée, d'être partisan des terribles paradoxes\n de Proudhon.\n     C'est un spectacle curieux que de voir l'Art Moderne se débattre\n contre la dialectique puissante du grand socialiste. Le nom de Proudhon\n n'est pas prononcé dans l'article, mais ses théories l'emplissent tout\n entier, sourdement, implacablement, à travers les atténuations, les\n subtilités, les nuances, les révoltes. Dans chaque phrase il se révèle\n comme une lutte secrète, où l'auteur a tour à tour le dessous et le dessus.\n     Une façon familière, à l'Art Moderne, consiste à ériger en principes,\net presqu'en axiomes, les conséquences extrêmes et parfois 'inattendues\nde ses doctrines.\n     Ainsi, après avoir énoncé sa synthèse: l'art a pour mission d'amé­\nliorer, de combattre et d'ennoblir, l'auteur de l'article a fini par s'aper­\ncevoir que cette délinition l'oblige à condamner le caprice et la fantaisie.\nAussitôt, il s'empare de cette conséquence, l'habille en dogme, et inscrit\nau portail de son étude le principe de la hiérarchie artistique.\n    Comme le rêve de Jacob, l'esthétique a son échelle. En bas les fantai­\nsistes, c'est-à-dire ceux qui consacrèrent leur vie à réaliser exclusivement\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                               — 375 —\n\nle beau, à travers l'imagination et le rêve; en haut, beaucoup plus haut,\nceux qui par leurs œuvres améliorèrent la société. Watteau, Breughel,\nFragonard sur les échelons infinies, Wiertz au sommet. Si Shakespeare\nn'avait produit que ses féeries, les échelons supérieurs lui seraient\n interdits, etc..\n    Nous n'admettons pas qu'il y ait une hiérarchie de genres en Art.\n L'œuvre d'un fantaisiste de génie (Le Songe d'une Nuit d'été, C o m m e il\nvous plaira) est aussi belle que le drame d'un tragique de génie (Hamlet,\n le Roi Lear). Vous pouvez préférer — question de tempérament— Othello\n à La Tempête, mais vous ne pouvez affirmer que le drame est supérieur\n à la féerie. Dans Othello vous écoutez, vous sentez battre un cœur\n pantelant et saignant, mais dans LA Tempête vous admirez un fragment\ndu grand rêve humain : manifestations toutes les deux également et\néternellement souveraines !\n    Vous nous répondez qu'à ce prix nous devons placer Offenbach sur le\nrang d'Eschyle. Cette diversion ne tient pas. Si nous combattons le\nprincipe de la hiérarchie entre genres différents, nous reconnaissons qu'il\ny a une hiérarchie dans chaque genre particulier. Il y a des fantaisistes\nde talent, et des fantaisistes de génie. La comparaison d'Offenbach, un\nparodiste musical, avec Eschyle, ne prouve rien, voulant trop prouver.\nUn sourire en fait justice. Mais quand vous comparerez aux drames\nd'Eschyle et de Shakspeare, les parodies d'Aristophane et de Molière, les.\ncarricatures grandioses de Rabelais, car Les Nuées, Le Malade imagi­\nnaire, Pantagruel sont des parodies géniales, alors, de génie à génie,\nnous vous défions bien de prononcer!\n    Et puis — et c'est là le danger des classifications trop rigides, dont\nle fouillis métallique ressemble à d'immenses machines aux mou­\nvements automatiques et factices, où toujours manquera la vie —\nquel est ce divorce absolu que vous prononcez entre le cœur et le\ncerveau, entre le drame humain, et la fantaisie! Pouvez-vous scinder\nl'homme, d'un coup de hache, en deux tronçons? N'y a-t-il point de rêve,\nde fantaisie dans les drames humains de Shakspeare? Et n'y a-t-il\npoint d'humanité dans ses féeries? Les doux et vibrants miroirs du rêve\nterrestre, Watteau, Breughel, de Paradis, Fragonard, ne deviennent-ils\npas soudain pensifs et dolents? Ne sentez-vous pas en eux l'effort inutile\nde s'arracher aux réalités cruelles, n'entendez-vous pas en eux le cri\npoussé vers les Paradis inconnus ? Comme s'il était possible au fantaisiste\nde ne point mêler ses sentiments à ses imaginations, et comme si une\nœuvre d'art, quelle qu'elle soit, pouvait ne pas refléter la dualité\nhumaine !\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "                               — 376 —\n\n   Après avoir affirmé le principe de la hiérarchie des genres, l'Art\nModerne, par le même chemin, s'aventure jusqu'à proclamer la fragilité\net la vanité de l'Art.\n   L'Art est passager par essence.\n    Voyez-le, dit-il, dans ses plus beaux domaines, dans ceux où il est\nle plus émouvant et le plus social, dans l'éloquence et la déclamation\nau théâtre. Qu'en reste-t-il après qu'il s'est manifesté'? Rien qu'un souve­\nnir pour ceux qui voudraient admirer encore ; au point de vue des\nsociétés humaines, ce qui subsiste, c'est l'effet puissant qu'il a produit\nen remuant les âmes, en y éveillant des lueurs qui, en peu d'instants,\nmodifient les résolutions, les sentiments, les vues. C'est le symbole de ce\nqu'on pourrait nommer le fluide artistique excité, se répandant, agis­\nsant souvent comme la foudre... cette puissance transitoire, fugitiv\nmais énerique et divine, se retrouve encore dans le chant.\n   Nous citons ce long passage en entier. Il est caractéristique, et ren­\nferme deux ou trois confusions assez curieuses.\n   Que l'art oratoire soit passager de son essence, qui le conteste ? Qu'en\nvoulez-vous conclure? Que l'art tout entier est passager? Ce serait un\nlatins hos qui n'aurait rien à envier à ceux de Dumas !\n   Ce premier argument — qui est un exemple —• ne tient pas.\n    Ensuite, nous nous demandons ce que la déclamation au théâtre,\nainsi que l'art du chant viennent démontrer en cette circonstance. Il ne\nreste rien de la déclamation ni du chant, c'est vrai, mais vous confondez\nl'œuvre d'art avec les arts d'exécution et les moyens de vulgarisation. Le\ndrame et l'opéra existent en dépit de toute déclamation et de tout chant,\nd'une existence continue. Rossi ne laisse derrière lui qu'un nom, mais\n Shakspeare demeure.\n    Le second argument fie tient pas plus, semble-t-il, que le premier.\n   Aussi, le critique de l'Art moderne, qui sent la situation mauvaise,\nfait-il une réserve. L'art est passager dans son essence, a-t-il écrit ; il\najoute : et n'est durable que dans quelques œuvres exceptionnelles.\n    Ceci est une concession : Proudhon ne l'eût jamais faite.\n    Donc, dans la pensée de l'Art moderne, seules, quelques œuvres excep­\ntionnelles survivent : les œuvres géniales.\n    Nous croyons que le plus souvent c'est l'originalité d'une œuvre d'art\nqui lui assurel'éternité. Au-dessous des génies énumérés par le critique de\nl'Art moderne foisonnent ce que l'on appelle d'ordinaire, assez impropre­\nment, les petits maîtres. Ce sont les poètes, les musiciens, les peintres,\nqui, pour n'être point les premiers dans leur genre, possèdent une vie\npropre, un accent particulier, une intimité quelconque, bref, un des\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "                                 — 377 —\n\néléments de la personnalité. Ce ne sont point des génies, mais bien des\ntempéraments. Les conteurs de la Renaissance avaient-ils du génie? En\navaient-ils, les petits maîtres hollandais et flamands dont les Intérieurs\ncouvrent des murs entiers de nos Musées? Les artistes originaux,\nqu'ils aient ou non du génie, ont leur part assurée d'immortalité.\n    Mais à peine cette concession faite, à savoir que certaines œuvres\nexceptionnelles survivent, l'Art moderne la retire presque en prétendant\nque les quelques génies créateurs qui dominent la fuite des siècles\ndoivent leur gloire persistante au caractère profondément social de leurs\nmonuments. Il cite Eschyle, Tacite, le Dante, Schiller, Shakespeare,\nHugo.\n    Leurs œuvres, dit-il, ne sont pas des leçons, etc., mais sous les\névénements qu'ils ont mis en scène, sous leurs personnages d'une huma­\nnité étrange, coule invisible, âcre, débordante, une sève qui, sans\njamais suinter au dehors, attire pour la faire dévier et la diriger vers\ndes pôles nouveaux, cette âme populaire qui est l'agent de toutes les\ntransformations sociales.... c'est Eschyle ennoblissant les Grecs de son\ntemps en exposant leur histoire sur le théâtre, Tacite préparant la chute\ndes Césars en racontant leurs infamies, Dante civilisant l'Italie du\nmoyen âgeen la reflétant dans sa DIVINE COMÉDIE, Shakespeare transfor­\nmant toute la société anglaise, en peignant dans ses drames, les tyrans,\nlespatriotes, les amants, les amis, Schiller électrisant l'Allemagne, etc., etc.\n    Nous sommes d'un avis absolument opposé à celui de l'Art Moderne.\nCertes, nous ne voulons pas nier l'influence du milieu social sur le\ndéveloppement de ces génies. Il est vrai que leurs œuvres reflètent les\nidées et les postulations de leur temps. Mais ce n'est point à cause de\ncela qu'elles sont durables et belles. C'est malgré cela, plutôt. Il y a\ndans leurs livres une partie relative et contingente, que finit par assom­\n brir et par éteindre l'action insensible du temps : ce sont précisément\nles pages empreintes des préjugés, des erreurs, des désirs de leur époque,\ncelles qui réfléchissent les crises économiques et politiques, pages qui\n pour nous sont mortes, utiles naguère, aujourd'hui délaissées de tous,\n sauf des historiens scrupuleux. Au contraire, les pages indestructibles\n sont celles où le poète a réalisé le Beau, soit en dehors de toute actualité,\n soit à travers le mouvement social de son siècle. Ce qui était beau — dans\n son essence — à l'époque où Homère écrivait, l'est encore aujourd'hui.\n Ce qui était vrai a cessé de l'être, ne nous émeut plus ; ce qui était\n convoité a été atteint, et ne nous passionne plus guère. L'auteur de\n l'article a mauvaise grâce à citer Eschyle, car si la tragédie grecque\n ennoblissait, ce qui est à démontrer, et n'est nullement axiomatique, —\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": "                                            — 378 —\n\nc'était moins à cause de l'art que de la religion même, dont le théâtre\nétait alors un des mystères, quelque chose de correspondant aux autos\nsacramentales de Lope de Vega et de Calderon. L'auteur eût pu se\ndispenser aussi de nommer Tacite, qu'il faut considérer avant tout\ncomme un historien. Remarquons d'ailleurs que l'influence des Annales\net des Histoires, même dans l'hypothèse de l'Art Moderne, a dû être\ntrès limitée, les copies du manuscrit étant rares et dangereuses à pos­\nséder. Nous inclinons à croire que Tacite n'est pour rien dans la\nchute des Césars, dont l'empire s'est liquéfié, comme ces charognes\ndont s'est retirée la vie, pourri par le luxe et la débauche. Si les grandes\nlois qui président au déclin de toutes les sociétés n'avaient point\njoué, et surtout si les barbares n'avaient pas envahi l'Italie, Tacite,\nentassant livre sur livre, Juvénal, satire sur satire, eussent écrit dans\nun désert d'âmes indifférentes. Post hoc, non propter hoc. L'auteur de\nl'article commet ici la même erreur que s'il attribuait à Hugo la dégra­\ndation de Napoléon III (1). Et quelle fantasmagorie que ce Dante idéal\ncivilisant l'Italie, par quoi? Par un poème de haine et de vengeance\nsuintant le fiel, la bile, le sang! QUELLE EST DONC LA RÉFORME\nÉCONOMIQUE, POLITIQUE, SOCIALE, INTRODUITE DANS LES INSTI­\nTUTIONS DE LEUR PAYS PAR LE DANTE OU PAR SHAKESPEARE?\n    Du reste nous ne croyons guère à l'influence sociale des grands\npoètes. L'action du milieu sur l'écrivain est puissante, mais l'action\nréflexe de l'écrivain de génie sur le milieu est plus étouffée. L'amélio­\nration est presque nulle. Molière — que vous citez — a-t-il corrigé un\navare en lui montrant Harpagon, un malade imaginaire en ridiculisant\nArgan? Si la révolution de 89 n'avait eu pour préparateurs que des Po­\nquelin, nous l'attendrions encore. Cette influence sociale appartient\nmoins aux génies, aux grands réalisateurs du beau, qu'aux écrivains de\ndernier ordre toujours prêts à monter derrière une idée politique comme\nles laquais derrière les voitures. Les vrais poètes — individuels par\nessence — sont trop aristocratiques, trop raffinés, trop subtils de senti­\nment et d'expression pour que leur action sur la masse puisse être con­\nsidérable. La foule comprend-elle Shakespeare, Dante, Hugo, Baudelaire?\n    Pour que l'influence du Livre sur le milieu social fût sérieuse, il\nfaudrait que le Livre émanât, non d'un |poète ou d'un romancier de\nrace, mais d'un grimaud assez plat de l'âme et du gousset pour consentir\n\n\n  (1) Si le Livre a contribué en quelque manière à la chute de Napoléon III, ce n'est guère\ndans le» Châtiments qu'il faut rechercher cette influence, mais plutôt dans La Lanterne,\ndONT   LE M É R I T E L I T T É R A I R E EST A PEU PRÈS NUL.\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": "                                 -   379    -\n\nà ramasser, par hottées, les lieux communs de morale et de politique\noù se complait la foule, pour les enjoliver dans une forme accessible à\ntous, anti-littéraire surtout, quelque chose comme un patois ronflant et\nindigeste, un français de garde civique, puis, à jeter cette œuvre sans nom\nen pâture à l'ignorance de la masse. Toute production qui s'adresse au\npeuple doit être banale par le fond et par la forme. La supériorité\nintellectuelle irrite les imbéciles et les brutes : ni dindons ni taureaux\nne souffrent le rouge.\n    L'art social, vulgaire nécessairement, est la négation même de l'Art, tel\nqu'il existe dans les sociétés aristocratiques, les seules où il puisse se dé­\nvelopper, car la démocratie est l'ennemie inconsciente des choses de\nl'esprit.\n    Nous espérons que le jeune mouvement littéraire n'adoptera point les\nthéories de l'Art Social. Certes nous ne doutons point de la conscience\net du désintéressement de ceux qui voudraient convertir les JEUNES\nBELGIQUE à cette doctrine, mais nous considérons la théorie de l'en­\nseignement comme pernicieuse. Si les nouveaux venus l'adoptaient, ils\nabdiqueraient insensiblement, et par la force lente des choses, — la\nlittérature pour la politique, et la superbe révolte intellectuelle d'aujour­\nd'hui s'anéantirait dans le plus piteux et le plus mérité des avortements.\n\n                                                   ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                     LA VILLA CLOSE\n\n   Il y a deux ans, une villa resta fermée la saison entière. Dans le\nrenouveau rose des fêtes balnéaires, entre un hôtel grouillant de\nmonde et des magasins de bibelots, elle plaquait sa façade salie et ravagée\naux vents de mer. Il en sortait une impression de chose morte, pourrie,\ndétruite. Derrière les cloisons en planches brunes, on devinait des salles\nmoisies, des meubles cassés, des tapis rongés, des murs suintants, des\npendules détraquées — toute une agonie de choses familières. La rampe\ndu balcon se détachait de la balustrade et sur les murs les lézardes grif­\nfonnaient en caractères tragiques la ruine.\n   Jadis je l'avais connue pimpante et fleurie : un monde raffiné l'em­\nplissait de bruit et de toilettes, un monde de femmes belles s'agitant à\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "                                 — 380 —\n\ntravers un luxe de meubles rares et de réunions galantes. Je me souviens\nde dîners précieux, de mets étranges préparés à miracle, de vins mous­\n seux servis dans des flûtes vertes, de friandises succulentes où tous les\ngoûts se rencontraient disposés en une mosaïque de crêmes et de\nsucreries.\n    L'amphytrion était l'homme le plus aimable qui fût. S'étant conquis\nsa part d'or, il s'était toqué d'art. Et son goût était parfait, car tout jeune\nil avait peint la grâce et l'indolence des belles, et du jour où il se prit à\ns'entourer de bronzes et de tableaux on s'aperçut qu'il n'avait cessé un\nseul instant d'être artiste. Deux pâles et diaphanes visages l'entouraient\net mettaient dans sa vie le rayonnement de la femme : c'étaient ses deux\nfilles. Il les aimait avec la douceur des forts ; elles, de leur côté, fleuris­\nsaient son existence, comme des plantes de serre décorent les coins d'un\nsalon. Et grâce à elles, la maison était chantante et gaie et coquette et su­\nperbe; elles l'arrangeaient, l'encombraient de bibelots, desoies, detentures,\nde tapis somptueux, de velours rouges où leur fantaisie s'amusait à broder\nde grands oiseaux enflammés. Leurs appartements devenaient des retraites\nremplies de merveilles et partout la splendeur des choses éclatait, enca­\ndrant leur beauté, la magnifiant avec l'harmonie de leurs couleurs et de\nleurs lignes.\n    Des années se passèrent.\n    Une saison elles ne vinrent point. Puis dès le printemps de l'année\nsuivante, on les vit apparaître, pareilles toutes deux aux marbres\némaciés que l'Art plaçait jadis au bord des tombeaux noirs. Elles se\nmouraient, jeunes, belles, regrettées — et près d'elles se moura aussi\nleur père. Je les revois encore sur la terrasse, étendues dans d'énormes\nchaises longues, avec leurs grandes mains jaunes plaquant le peignoir\nblanc, leurs pieds enveloppés de châles ; leur tête aux cheveux éparpillés,\nlanguissamment pesante sur les coussins. Personne ne passait, si ce\nn'est d'énormes marins solides, en vareuse blanche et culotte rouge.\n    Le temps était doux, le ciel tendu d'azur. Elles restaient là toutes\ndeux sans rien dire, ayant chacune à ses côtés, une grande sœur de\ncharité, toujours debout. Et parfois par la porte ouverte de la veranda,\naux heures chaudes du jour, on roulait près d'elles le père paralytique,\nqui, sans voix, sans parole, mais avec un regard fixe les regardait\nmourir.\n    Un drame avait cogné leur vie et tordu leur bonheur. Ce drame, le\nmonde l'avait criblé de commentaires, l'avait exagéré jusqu'à des propor­\ntions invraisemblables, faisant d'une tache une mare et d'une mare\nun lac.\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "                                 — 381 —\n\n   On accusait le père, encore jeune, d'aimer en amant, une de ses filles\net de refuser systématiquement tout gendre qui se présentait. Ce bruit\navait été répandu par le petit comte de Beltheimz, éperdument fou de\nl'aînée des sœurs.\n    Un soir, qu'il dansait avec elle au Kursaal et qu'il lui parlait d'amour:\n— Oh! impossible, avait-elle répondu négligemment, mon père m'aime\ntrop.\n    L'Allemand prit la chose au pied de la lettre et dès lors les rumeurs\ncoururent, et grandirent et allumèrent un incendie de calomnies et de\nbêtises.\n    Le monde les mit, dès ce jour, en quarantaine. Ils se sentirent\nentourés de méfiances et d'hostilités ; on ne les invitait plus, et aux fêtes\nqu'ils donnèrent, il ne parut personne. Un désastre financier compliqua\nleur situation : la ruine était là, hideuse, tragique. Mais une hausse\nsubite et inexpliquée de valeurs douteuses les sauva. Le père néanmoins\ny laissa la raison, et la folie survint, suivie d'une paralysie lente. Avait-\non assailli, attaqué, combattu le mal ! Avait-on soigné, veillé, consolé\nle malade ! Et rien n'y fit. La maladie était restée invincible, inexpugna­\nble, elle s'était figée dans les membres ; elle s'était étendue, agrandie, soli­\ndifiée. Elle faisait du corps une chose effrayamment immobile et raide\ndéjà pour le cercueil Et les deux sœurs furent vaincues dans cette lutte\ncontre la douleur et la souffrance. Leur santé se mina pendant les nuits\nd'insomnie, passées auprès de leur père et à l'âge où leur mère était morte\nphtisique, elles commencèrent à leur tour la longue agonie blanche.\n    A les voir ainsi funèbrement vivantes dans la villa, un peu de l'an­\ncienne sympathie remonta vers elles. On les plaignait. On faisait, en\n parlant d'elles, un banal étalage de commisérations niaises et cette pitié\nde bon ton rompait heureusement avec les fadeurs des politesses de salon.\n C'était un dérivatif aux dissertations sur le mauvais temps.\n                                       ***\n\n   Mais les deux malades ne s'en aperçurent guère. Elles étaient déjà trop\nsinistrement entamées par la mort pour que ce changement d'opinion les\npût émouvoir. Toujours seules, elles traînaient leur maladie dans le\nprintemps revenu, les yeux sans cesse aimantés par la mer et regardant\nchaque soir le soleil s'affaisser à l'horizon comme une meule incendiée\ndans les campagnes. Elles ne prenaient plus goût à rien. Leur maison\njadis chantante, les tuait d'ennui, car ce luxe qui les entourait était\ndevenu un non-sens, cette vie d'art immortel qu'elles avaient levée autour\nd'elles, une raillerie bête. La jeunesse des fleurs qui vivifiait les tapisseries\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": "                                  — 382 —\n\n  les insultait, les cupidons joufflus qui volaient dans les fresques sem­\n  blaient diriger sur elles leurs flèches de mort, l'éternité des bronzes et\n des marbres, qui pesaient sur les guéridons et les cheminées surgissait,\n froidement cruelle et moqueuse.\n     Un jour, peut-être par' mégarde, l'une d'elles laissa tomber une\n statuette d'albâtre qui se brisa comme verre. Elle eut un sourire. Elle\n cassa ensuite une corbeille hérissée de fleurs et lentement déchira une\n broderie d'orient. Ce fut comme un signal et une trouvaille. Une rage\n de détruire les affola. Leurs longues mains pâles, d'où la vie sortait, se\n crispèrent encore autour des plâtres et des terres-cuites, leurs ongles\n aigus entrèrent parmi les chairs et dans la vie réalisée par l'art sur les\npanneaux. Ce qu'elles ne purent détruire elles le jetèrent au fumier. Et\nle père, le père immobile, approuvait du regard.\n    Furent sacrifiés ainsi les pâtes les plus précieuses, les Sèvres bleus,\nles Saxes roses, les Delft dorés, les Chines verts. Des coupes de Venise\n furent tranchées d'un coup de couteau, des vases japonais renversés d'un\ncoup de coude. Ce qui leur restait de vie, les malades l'employaient\nà produire la mort, et seule, cette ruine des choses aimées semblait les\ndistraire un instant des baisers violets de la camarde.\n    Ce fut dans cet anéantissement brutal qu'elles s'éteignirent presque\njoyeuses. Elles moururent à des intervalles très rapprochés, dans leur\nchambre en loques, toute entière saccagée et pillée et vidée. Et le père\nles suivit, le regard souffrant encore de l'agonie de ses filles. Et maintenant la\nmaison entière continue à se détraquer, la rampe du balcon se détache de\nplus en plus et sur les murs les lézardes agrandies griffonnent en caractè­\nres tragiques la ruine totale de demain.\n                                                  EMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n                                POÉSIES\n                                                            à J. Louis Cardon.\n\n                           LE VIEUX P R Ê T R E .\n         Devant lui, sur l'autel, s'ouvre un vieux bréviaire\n         Et ses yeux, presque morts sous l'éteignoir des ans,\n         Faibles comme une lune aux rais agonisants,\n         Y plongent fixement leur pâleur de prière.\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "                      — 383 —\n\nLorsqu'à l'heure du Christ, les orgues d'airain pleurent,\nLe prêtre arrêtant ses rêves religieux,\nDebout, ainsi qu'un marbre idéal et pieux\nEcoute en frissonnant les arpèges qui meurent ;\n\nEt de même, il voudrait s'élever au Seigneur,\nGravir l'espace bleu, puis, déchirant son cœur,\nTailler dans ses lambeaux de saignants scapulaires ;\n\nMais soudain se sont tus les orgues mortuaires\nEt lui, les bras levés, vers le Christ, en tremblant,\nParaît un ange d'or sur un piédestal blanc.\n                                           EDOUARD       LEVIS.\n\n\n\n\n            CHANSON DÉLECTABLE.\n\n                   sur l'air de Pandore.\n\n                                  Dédiée à mon ami Joseph Xhoffer .\n\n     Morbleu, quel pays de Cocagne !\n     Si, rivale du cabaret,\n     La Vesdre roulait du Champagne\n     Où jusqu'au cou l'on entrerait :\n     On sablerait à perdre haleine,\n     On boirait du soir au matin\n     A faire crever sa bedaine,\n     Si la Vesdre roulait du vin.\n\n     Verviers, plein de gueux et d'artistes\n     Ornés de gros nez rubiconds\n     Ne subirait plus les gens tristes ;\n     On n'entendrait que des chansons.\n     Un grand rire homérique et bête\n     Ebranlerait le genre humain.\n     Le voleur deviendrait honnête\n     Si la Vesdre roulait du vin.\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "                  — 384 —\n\nPlus rien que rutilantes trognes,\nNous serions, à la ville, aux champs,\nTous de vermillonnés ivrognes\nAux cous gonflés, aux grands yeux blancs\nPlus de grincheux, plus de malingre ;\nLa boisson ne coûterait rien,\nPlus même la face d'un pingre,\nSi la Vesdre roulait du vin.\n\nSe moquant du Progrès moderne,\nLe derrière sur les talons,\nLa bouche comme une caverne,\nOn boirait comme des cochons.\nEt ne brandissant plus d'autre arme\nQu'un verre aussi creux qu'un ravin,\nChacun dormirait comme un carme,\nSi la Vesdre roulait du vin.\n\nBacchus ! quelles apothéoses!\nDe ce vin des jets continus\nComme un collier de gouttes roses\n Ruissellerait sur les seins nus\nDes femmes dévoilant leurs tailles:\nFrancs viveurs, le séjour divin!\nNuit et jour, jour et nuit, ripailles!\nSi la Vesdre roulait du vin.\n\nA l'aurore, en l'onde vineuse,\nRetrempant les sens ramollis,\nOn reprendrait, bande joyeuse,\nNouvelle existence d'oublis.\nNulle part de lèvre revêche,\nPartout des gosiers de satin,\nEt plus aucune langue sèche\nSi la Vesdre roulait du vin.\n\nEt quand notre dépouille grasse\nS'en irait au dernier repos,\nGueux et gueuses viendraient en masse\nBraillant, gueulant comme des veaux ;\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "                       — 385 —\n\n       Parents, amis, prêtres et filles,\n       Chantres, toute la bande enfin\n       Suivrait en dansant des quadrilles,\n       Si la Vesdre roulait du vin.\n                                        ARMAND WEBER.\n\n\n\n\n             VÉGÉTATION OCCULTE.\n\n Mon cœur est un terreau que féconde mon sang.\n La végétation est gourmande et cruelle\n Qui, sans trêve, éteint là sa soif toujours naissant.\n Mon cœur est à sa lèvre une douce mamelle.\n — Même en suçant ma sève, occultes floraisons,\n En avides enfants vous laissez des morsures,\n Mais vos parfums subtils, aux lâches pâmoisons,\n Me font vite oublier ses saignantes blessures.\n\nFleurs de mes passions, oh ! je vous aime tant !\nToi, volupté hurlante et jamais assouvie,\nVous toutes qui germez en mon sein haletant,\nLe vin de ma jeunesse a chauffé votre vie !\n\nMais dans votre fouillis, une plante qui n'est\nQu'une ortie, a grandi, qui se rit de mes ruses,\nCar j'ai beau l'arracher, toujours elle renaît,\nAvec l'entêtement mauvais des fleurs intruses.\n\nO vieil amour maudit, tant souhaité défunt,\nComme une main ivrogne éîreignant un plein verre.\nTa racine m'enserre, o plante sans parfum,\nTu m'obsèdes et fais de ma vie un calvaire.\nEt mes doigts ont fouillé ma poitrine, impuissants ;\nTa tige encor renaît empoisonnée et verte.\n— Pour te tuer, amour fatal, que je ressens,\nJ'arracherais mon cœur de ma poitrine ouverte !\n\n                                       A. M. A.\n                                                       26\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "                      — 386 —\n\n\n                   LA NONNE.\n\nLe cloître antique et sombre a tremblé douze fois\nSous les coups répe'tés de la cloche sonore ;\nLa lune brille aux cieux et son sourire dore\nLa tour du monastère avec sa grande croix.\nTout repose, et pourtant, une timide voix,\nAu pied de l'humble autel, se fait entendre encore:\nLa nonne est à genoux devant Dieu qu'elle implore,\nTordant son chapelet entre ses maigres doigts.\nUn lointain souvenir, un rêve, un doux caprice\nFait palpiter son sein sous le rugueux cilice\nEt la tient éveillée à l'heure où tout s'endort.\nElle veut oublier. Mais à sa vue errante\nSans cesse reparaît le spectre qui la hante,\nCar la femme est bien faible et l'amour est bien fort.\n                                          LÉON     CHOMÉ.\n\n\n\n\n                MESSIDOR.\n     La nature, au temps des moissons,\n     Est la grande voluptueuse\n     Qui vous enlace et qui, berceuse,\n     Chante de troublantes chansons.\n     Dans l'herbe courent des frissons\n     Que sent la chair de la glaneuse,\n     Et vers vous une odeur fiévreuse\n     Monte de l'ombre des buissons.\n     Les papillons et les abeilles\n     Mêlent aux floraisons vermeilles\n     Le tremblement doux de leur vol ;\n     Et c'est comme une rouge ivresse\n     Des choses qui couvrent le sol\n     Et qui palpitent de jeunesse.\n                               L o u i s DE CASEMBROOT.\n"}, {"page_pdf": 452, "texte": "                               — 387 —\n\n\n                        AMOUR, B O N H E U R .\n\n          Je disais, en suivant mon chemin solitaire,\n          Triste, les yeux fixés sur le ciel sans rayon ;\n          Où trouver le bonheur sur notre pauvre terre ?\n          Le sourire est grimace et la pourpre haillon.\n\n          Et comme des oiseaux de sinistre présage,\n          Mes accents s'envolaient avec des cris de deuil,\n          Dans le calme déjà je prévoyais l'orage,\n          Sous le gazon fleuri je cherchais un cercueil.\n\n          Mon cœur, mort à la joie, est maintenant vivace,\n          La rose a du parfum, le ciel a des oiseaux,\n          Mes chants vont réveiller les échos de l'espace,\n          Et j'écoute, ravi, le murmure des eaux.\n\n          C'est que sur ma douleur a rayonné ta joie,\n          C'est qu'à ton seul aspect s'est enfui sans retour,\n          De mon âme le deuil, abandonnant sa proie.\n          Et je crois au bonheur, car je connais l'amour.\n                                                    M. C.\n\n\n\n\n                 CROQUIS FUNEBRES\n                                   IV.\n                            EN FACTION.\n\n   Le petit chasseur a présenté les armes au général qui vient de rentrer,\net la lourde porte cochère est retombés. Le pioupiou a mis le fusil sur\nl'épaule, et, renfoncé dans sa grosse capote, il arpente le trottoir en bat­\ntant la semelle.\n    C'est la fête de Toussaint; bien finis sont les beaux jours; les arbres\namaigris se sont tordus désespérément sous l'effort du vent de bise ; les\ndernières rafales ont achevé de dépouiller leurs branches ; des paquets\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": "                                  — 388 —\n\n  de feuilles jaunies jonchent le sol. En l'honneur des saints, les cloches\n  ont tinte' dès l'aube ; mais le jour va mourir et les sons s'e'teignent, peu à\n  peu. Les rues sont nues et froides. Par intervalles, si quelque personne\n  passe, elle a l'air ennuyé des jours de grande fête, et, dans le calme et le\n  silence du quartier, son pas fait sonner les dalles. Des familles de bour­\n  geois, guindés dans leurs habits du dimanche, s'en vont le long des\n  maisons aux volets clos; les enfants sont maussades; ils ont froid. Un\n  groupe de paysans aux casquettes soufflées, traverse la rue en riant haut,\n  et le pauvre pioupiou les regarde avec envie. Un soleil pâle d'hiver se\n  couche; dans la demi-teinte du crépuscule de novembre, les passants\n  ont le nez plus rouge, leurs visages verdissent et sous la bise aigre qui\n  donne un frisson, ils se hâtent en grelottant.\n     Immobile contre sa guérite, il songe au premier feu qu'on allume\n  sans doute au village, à la bûche qui flambe en belles flammes bleuâ­\n  tres, à la soupe fumante, et tandis qu'il songe, la nuit est venue tout\n  à fait.\n     Mais alors, la sonnerie de fête se change en glas funèbre; les cloches,\n une à une, s'ébranlent de toutes parts; les gémissements sourds, les\n lentes mélopées sur trois notes plaintives et défaillantes, les ronflements\n graves des bourdons de cathédrale, s'entrelacent, se mêlent, se con­\n fondent, montent en une intense clameur lugubre et cela devient affreu­\n sement triste, au milieu de cette pleine nuit, dans ces grandes rues vides\net mornes. C'est alors, qu'il pense au cimetière où dort le père. Les\nautres iront demain, tous ensemble, y porter une couronne, une prière,\n un souvenir; lui seul n'y sera pas.\n    Dans la rue, des pas pesants retentissent ; des fusils, des shakos ont\nlui, sous la lumière jaune du gaz. C'est le caporal et ses hommes, qui\nviennent relever de faction, le petit chasseur. Tout en bouclant son sac,\nil mange une grosse larme qui débordait et courageusement, il attend,\ncrosse au pied, l'instant de présenter armes et de donner le mot d'ordre.\n\n                                      V.\n\n                            IMMORTELLES.\n\n   Une grande boutique neuve hautement aérée et badigeonnée de cou­\nleurs claires. Aux murs, sous des couronnes de fleurs sèches, quelques\ncercueils rangés debout, d'autres, de toutes tailles, allongés sur le sol,\npêle-mêle. Un seul au fond gisait ouvert, capitonné de satin blanc avec\nun bon petit oreiller moelleux à la tête. Et sous le plein jour tombant\n"}, {"page_pdf": 454, "texte": "                                  — 389 —\n\n  de la rue large par l'immense vitrine, cette espèce de hangar empli de\n  fleurs, étincelant du vernis de ses bois clairs et de ses argents polis, avait\n l'éclat joyeux d'un bazar de luxe.\n     Une toute jeune fille, y était assise constamment, courbée sur un ou­\n vrage. Elle tricotait pour ses petits frères, des marmots fragiles qu'il fallait\n dorloter, disait-elle. C'était l'aînée de la maison, dix-sept ans à peine; une\n petite, mince et frêle à la poitrine plate. Sa figure mignonne, très pâle,\n émergeait d'une toison de frisons bruns qui retombaient sur le front et\n cachaient les tempes.\n     Elle n'avait pas depuis longtemps laissé sa poupée pour lés cercueils,\n et pourtant, elle restait là comme ailleurs, insouciante et rieuse. Seuls,\n dans sa figure diaphane, ses grands yeux gardaient un reflet des choses\n d'alentour.\n     Vers une fin de chaude journée, elle travaillait sans relâche. Un solide\n garçon de haute stature et brun comme elle, posté devant le magasin dans\n la rue déserte, vint s'accoler le front à la glace... elle l'appela d'un geste,\n et courut lui ouvrir.\n     — « Entre, je suis seule.\n    — « Toujours ici, fit-il avec un regret.\n    — « Hé bien quoi? n'es-tu pas content de me trouver?\n    — « J'ai peine à te voir sans cesse, parmi ces choses tristes.\n    — « Tristes ! — Elle lui sourit d'un air moqueur, en arrondissant\nses grands yeux.\n    — « Est-il drôle ! est-ce que- j'ai l'air triste ?\n    — « Tout de même, tu devrais sortir, tu as besoin d'air, — et il insis­\ntait, voulant à toutes forces l'emmener dehors, rien qu'une minute, une\nseconde.\n    Elle refusa. C'était impossible, elle ne pouvait pas.\n    Un instant, ils restèrent à causer, face à face, en se tenant les mains.\n    — « Décidément tu ne viens pas ? demanda-t-il encore.\n    — « Non, pas aujourd'hui, dimanche, — tu sais bien, nous irons à\nBerchem, Léon y viendra aussi, et Adèle ; nous prendrons la carriole\navec les poneys du petit corbillard, ce sera très amusant.\n    Lui, que ces choses d'enterrements ne réjouissaient qu'à moitié, dit:\n    — « Pourquoi pas à pied, tout simplement, à nous deux, ce serait\nbien plus gentil. Il la fixait longuement dans les yeux et l'enveloppait d'un\nregard avide et brûlant :\n    — \" Ninon, j'ai une envie folle de t'embrasser!\n    Elle s'écarta d'un pas: Oh ! pas ici! — et lui jetant une immortelle:\n    — « Tiens, pour te faire prendre patience.\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "                                        — 390 —\n\n   Il la porta à ses lèvres ; et, comme il faisait la grimace, trouvant que\ncela sentait le « mortuaire », elle éclata de rire et lui en planta toute une\ncouronne sur la tête.\n   Alors, à la voir ainsi, son désir lui revint plus violent: il voulut la\nsaisir; tremblante elle se renversa d'instinct ; sa main droite, cherchant un\nappui, s'était plongée dans le cercueil ouvert, et sans plus résister, elle s'y\nlaissait mollement coucher sous l'étreinte, la figure plus blême mordue\nd'un ineffable, très long baiser.\n                                                                HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n                                       ERRATA\n   Dans l'impression des Croquis précédents. (N° du l r août) :\n   P. 347 1. 8, au lieu de... s'éfaissit, très lent, lisez: s'épaissit. D'un mouvement uniforme\ntrès lent, etc.\n   P. 547 1. 19, au lieu de... chantent, lisez: ahanent.\n   P. 548 1. 4, au lieu de... et l'attelé, lisez: et s'attelle.\n   P. » 1. 2S, au lieu de... tremblante, lisez: trémolanie.\n   P. » 1. » au lieu de... ou roulés, lisez: au roulis.\n\n\n\n\n                  LES ARTS DÉCORATIFS\n\n    Depuis quelque temps, la Belgique artiste s'est emparée de cette ques­\ntion si importante et si négligée : le besoin de créer en notre pays une école\ndes Arts décoratifs. De fait, la banalité nous envahit, et les costumes, et\nles objets usuels, et les rues, et tout ce qui entoure et fait partie de\nnotre vie, a perdu le caractère national et l'originalité d'autrefois.\n    Le style moderne qui n'est pas un style, mais comme l'a dit Préault,\n « l'art assassiné par la géométrie », tend à faire oublier nos vieux styles\narchaïques d'où se dégage la hautaine expression du Beau. On ne se\nsouvient ni des gothiques ni des flamands de la Renaissance, et l'artiste\nétranger qui serait mené, les yeux bandés, dans les grandes villes de\nBelgique, ne saurait, son bandeau enlevé, s'il se trouve à Paris, à New-\nYork ou à Bruxelles.\n   Autrefois, en Flandre et en Brabant, le moindre objet portait son\ncachet d'art. Les lanternes suspendues aux carrefours, les enseignes écus-\n"}, {"page_pdf": 456, "texte": "                                   -    391     -\n\nsonnées, les serrures, les clefs, les grilles de jardins étaient ciselés par\ndes ouvriers habiles, à l'esprit créateur, élevés dans le culte de leurs\nmaîtres et à l'école de l'Art ; aujourd'hui les modèles manquent, l'ama­\nteur doit aller chercher à Paris ou en Bavière les artisans capables\nd'orner sa maison ou sa chambre. Trouverait-on en Belgique un groupe\nd'ouvriers capables de monter dans ses moindres détails une salle à\nmanger gothique? Assurément n o n . Certaines maisons de Malines et de\nBruges en fourniraient les meubles peut-être, mais qui donnerait les\nferronneries, les dalles, les tapisseries, les menus objets?\n    Les points d'interrogation se succèdent, quel que soit le métier vers\nlequel on se tourne. Nos dentellières vont chercher leurs modèles à\nParis ; nos bijoutiers font de la fantaisie souvent détestable de goût.\nQu'on regardé nos réverbères plantés comme des poutres en plein\ntrottoir, avec leur St-Michel mal fondu, nos boîtes aux lettres massives,\nlaides, nos enseignes grotesques, nos colonnes... (pourquoi pas?) nos\nportes de maison, partout vulgarité, mauvais goût.\n    Le square du Petit-Sablon et la restauration des églises sont u n pro­\ngrès, mais il faut une école où les fils d'ouvriers apprennent l'art en\nrestant artisans; tout est prêt pour cela, et la création de cette école ne\ndemande qu'un peu de bonne volonté, si l'on en croit l ' A r t Moderne\n qui a été des premiers à élever la voix :\n    « On se souvient, dit-il, du succès qu'obtint à Bruxelles l'exposition des\n« arts industriels, organisée en 1874 aux Halles centrales. Les comptes de\n« cette exposition soldèrent par un boni considérable que les organisateurs\n« eurent la généreuse pensée de consacrer à la création d'un musée des arts\n« industriels. Ils adoptèrent à l'unanimité un rapport rédigé par M. Buls et\n« présenté au nom de la sous-commission que les organisateurs de l'exposition\n« avaient instituée à cet effet. Ce rapport, qui constitue le programme complet\n« du musée à créer, reflète l'esprit de méthode et les idées pratiques du bourg­\n   mestre de Bruxelles. Le plan du musée, qui fait de cette institution un éta­\n   blissement modèle, nous a particulièrement frappé. Le voici, sommairement\n« exposé.\n    « Le local du musée serait divisé en zones concentriques et en secteurs\n« rayonnants. Chaque secteur comprendrait une des grandes périodes de l'art:\n « l'art asiatique ancien, l'art égyptien, l'art grec, l'art romain, l'art bvzantin,\n« l'art mauresque, etc., jusqu'à l'art moderne; chaque zone correspondrait à\n« un art spécial, en commençant par ceux sur lesquels la matière et le procédé\n «technique ont le plus d'influence: 1° les tissus, les vêtements; 2 0 la céra­\n mique,     la poterie, le verre; 3° les métaux: orfèvrerie, armurerie, etc., et\n « ainsi de suite. Le visiteur qui voudrait comparer l'ensemble des manifes­\n   tations artistiques d'une époque, n'aurait donc qu'à parcourir successivement\n « chacun des secteurs; pour comparer différentes phases d'un art déterminé.\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "                                    — 392 —\n\n  « il devrait suivre celle des zones contenant les produits de l'art qu'il se\n  « propose d'étudier.\n     « L'emplacement est tout indiqué : il suffirait d'approprier à cette dispo­\n    sition nouvelle et de compléter les bâtiments de l'exposition de 1880, ainsi\n « que cela a été proposé depuis longtemps. Quant aux ressources pécuniaires,\n « il y a, prêt à être employé dans ce but, un premier fonds de cent mille francs,\n « formant, avec ses intérêts, l'excédent des recettes de l'exposition des arts\n « industriels de 1874. M. Buis estime, et nous croyons que sa prévision\n « pourrait être dépassée, qu'il serait possible de réunir en une Association des\n « arts industriels un millier de membres, payant une cotisation annuelle de\n « 25 francs, ce qui constituerait un revenu de 25,000 francs. 11 faut ajouter à\n « ces ressources celles pouvant résulter des expositions organisées par l'asso­\n   dation. A Berlin, l'installation du musée n'a coûté que 69,837 francs. L'on\n « ne dépense guère plus de 2,000 fr. par an pour l'augmentation des ccllec­\n   tions. La question d'argent n'a donc rien de bien effrayant. Dès lors, pourquoi\n « retarder plus longtemps la réalisation d'un projet qui recevra certainement\n « l'approbation générale? »\n  Nous n'avons rien à ajouter ; les chiffres ont une voix plus éloquente\nque les plus éloquents discours. Au moment où toutes choses vont, en\nnotre Belgique, à l'assaut de l'Art, où se détrônent de jour en jour les\nbourgeois-rois d'antan, il est bon de jeter le cri d'alarme lorsque le\ndanger est si facile à éviter.\n                                                         JACQUES   ARNOUX.\n\n\n\n\n  NOUVELLES DE LA GRAND'ROUTE\n                                        I\n\n                            LA SAINT-LUNDI\n                               (Triolets à   Trinetté)\n\n\n    C'est aujourd'hui la Saint-Lundi. Au-dessus des toits d'argile, le\nsoleil se montre, indiscret, filtrant à travers nos rideaux ses rayons\nencore pâles. Après une nuit de fraîcheur, l'aube se lève, pleine de\njoyeuses promesses. La journée sera belle, T r i n e t t é ; et tandis que la\nforge, exempte de ses rais de feu, ne résonnera point sous les coups\npuissants du marteau, les cabarets déborderont de refrains populaires;\nles quintettes, les trilles, et les arpèges jailliront des bosquets cham-\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "                                — 393 —\n\n pêtres ; et des bruits inde'finissables de soupirs et de baisers voltigeront\n derrière les buissons de sureaux.\n    Allons aux champs, Trinette ; je sais au bord d'une eau qui court,\nlimpide, en chantant des ariettes, une oseraie épaisse où de profanes\namoureux n'ont point encore fait leur nid. Nous y mangerons les fraises\nqu'au bois nous aurons cueillies en chemin.; et nous y dormirons,\n petite, à l'ombre, avec un oreiller de pâquerettes et des draps d'herbe\nfraîche.\n    C'est aujourd'hui la Saint-Lundi. Vite, chausse tes bottines de\nlasting; mets ta jupe des jours prospères, celle que tu tachas de vert\nl'an passe', lorsque nous dînâmes sur le gazon ; et coiffe ton chapeau de\npaille blanche.\n   Viens ; à la ferme, nous boirons du lait dans des bols de faïence ;\ntu sais, de ce lait tiède et doux pour lequel tu me fis dépenser tant\nd'argent, au temps où je t'appelais mademoiselle ?\n   C'est aujourd'hui la Saint-Lundi ; allons aux champs, Trinette...\n\n\n    Viens; à la ferme nous boirons du lait dans des bols de faïence.\n Et de là nous irons voir si le ménétrier a mis du crin neuf à son archet,\npour faire danser les jeunes couples du village. Il y avait, l'été dernier,\ndu sable fin sous les tilleuls, pour les valseuses; et des tonneaux en\nchantier pour les buveurs. Et les amants tournaient, tournaient, autour\ndes verres.\n   Comme l'été dernier nous danserons à la guinguette ; et nous nous\ngriserons d'air et d'amour. Sur le versant d'une colline pierreuse, lorsque\nle laboureur, aux lueurs rousses du couchant, regagnera sa maisonnée,\nnous nous élancerons, furtifs, entre les haies d'épine blanche qui clôtu­\nrent les vergers, et nous cueillerons, à même les branches noueuses, les\nbelles prunes vertes du curé de village ; et nous les croquerons, ces\nprunes, un peu plus loin, sous le feuillage assombri des trembles.\n   Viens ; à la ferme nous boirons du lait dans des bols de faïence.\n   Avant que la nuit ait envahi le ciel, nous descendrons dans la vallée\noù se balancent mollement les coquelicots rouges, les marguerites blan­\nches, les clochettes bleues et les pivoines roses; et, sans pitié, je\ndévasterai la flore du pays, afin de t'oifrir un bouquet, que tu n'oublîras\npas, Trinette, dans les blés, comme celui de la fois dernière.\n   Puis, nous rentrerons au village, l'appétit aiguisé par nos courses,\nun peu las, ouvrant les narines à l'odeur de la large omelette jaune\nlardée de jambon rose ; aspirant à longs traits le liquide pétillant, heu-\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": "                                 — 394 —\n\nreux de contempler tour à tour l'affable et rougeaude campagnarde\nde l'auberge, et la vaste salle, aux murs couverts de chaudrons panta­\ngruéliques, aux fonds de cuivre, luisants et polis au sable, semblables\nà des disques de feu.\n   Viens ; à la ferme nous boirons du lait dans des bols de fa'ience ;\ncomme l'été dernier, nous danserons à la guinguette; et nous nous\ny griserons d'air et d'amour.\n\n    Puis nous rentrerons au village. Et nous retournerons sous les\ntilleuls, tourbillonner dans une valse dernière. Et, s'il ne pleut pas,\nTrinette, nous ferons notre possible pour nous égarer quelque temps\nà l'entrée du bois de houx.\n   Tu souris, petite ; et tu regardes au loin le soleil s'élever sur cette\ncampagne que bientôt nous traverserons, chercheurs d'ombre, que les\nardeurs de juin poussent sous les taillis, en leur soufflant de folles\nrêveries.\n   Viens, te dis-je; battent dans ma poche comme des castagnettes,\ndeux larges pièces blanches nous promettant une bonne journée.\nA demain l'aiguille; à demain le marteau. Partons; jusqu'à ce soir\nsoyons des amoureux; demain nous serons des esclaves. Nous avons\nbesoin d'air pour laver notre esprit des sombres tracas de l'existence ;\nprenons deux jours sur sept pour nous aimer et goûter à la vie.\n   Et ce soir, en rentrant au village, nous retournerons sous les tilleuls\ntourbillonner dans une valse dernière.\n   Viens, te dis-je. C'est aujourd'hui la Saint-Lundi ; allons aux champs,\nTrinette.\n                                                      MARIUS RÉTY.\n\n\n\n\n                         LES JOYEUSETÉS\n\n  DE LA BIBLIOGRAPHIE NATIONALE\n\n   Joyeusetés, oui, à faire sauter tous les boutons de culottes, en d'extra­\nvagantes pétarades de rire !\n   Joyeusetés oui! à déboîter les maxillaires les plus robustes avec des bruits\nétranges et cinglants comme des cordes de violes qui se cassent!\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "                                — 305 —\n\n    A crever, je vous dis, mais à crever sur place, apoplectiquement.\n    Et dire que les deux irréconciliables Potvin et Hymans, (Calino et\n Guibollard) se sont mutuellement dévoré le nez en l'honneur de cette\n pyramidalité, de cet inouïsme, de cette désopilation énorme : la Biblio­\ngraphie Nationale!\n    Depuis trois ans, quatre braves archivistes se sont attelés à cette\n besogne étonnante qui consiste à rechercher tout ce qui a été écrit en\n Belgique de 183o à 1880!\n    Ils en sont, en l'an de grâce 1883, à la lettre C; UNE LETTRE PAR\nAN ce qui donne à espérer qu'en 1906, l'ouvrage sera terminé\n Alors... faudra recommencer!\n    Grâce au ciel, ces MM. ne risquent pas d'y gagner des cheveux\n blancs, c'est déjà fait; ni d'y faire de vieux os, tous ayant dépassé, le\n cap qui n'est plus d'aucune bonne espérance !\n    Ce travail est destiné à     je vous le donne en mille, en dix mille, en\n un Pactole, en trois Californies et en vingt Pérous             à établir le\n bilan de la littérature en Belgique !\n    Je cueille :\n    A. — A propos de la question du ressort commercial. — Voy.\n SW1NNEN (on pourra voir SWINNEN à la lettre S, en 1899 !)\n    — A propos d'Uccle. Brux. Decq 1852. In-8° 30 p. 1 fr. (ceci est en\nsituation).\n    — Abner (Clément Théodore) pseudonyme de VAN DOREN, docteur\nen médecine.\n   (Voyez VAN DOREN en 1902, lors de l'achèvement possible du Palais de\nJustice !)\n   — ABSTINENCE (de l') du samedi, par un vieux théologien. Voyez\nWINS, C.\n   (Le brave vieux théologien verra son nom dans la BIBLIOGRAPHIE par\nles yeux de ses petits-neveux).\n   — B. BALDOU. L'Hydrapathie, traitement rationnel. Brux. Deprez-\nParent 1841. In-18, 1 fr.\n   (Ceci est évidemment une fine épigrammé à Louis Hymans)'.\n   — BLUNTSCHLI (J.) — De la responsabilité et de l'irresponsabilité du\npape. — Voyez RIVIER.\n   (Non, je vous en prie, ne le voyez pas... ou plutôt, au fait... lettre R.,\nen 1898; il sera mort, oui, décidément, voyez RIVIER!)\n   — COQUIN D'AMOUR, par l'auteur de l'Homme. Liège, Massard 1864\nIn-8° 24 p., 50 c.\n   (Si cela ne vous suffit pas, vous n'êtes qu'un obstructionniste, vous ne\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "                                   — 396 —\n\nconnaissez pas l'auteur de l'HOMME; eh bien, en 1888, allez voir à la\nBIBLIOGRAPHIE : L'HOMME et vous aurez vos apaisements. On vous ren­\nseignera:\n   L'HOMME par l'auteur de COQUIN D'AMOUR !)\n\n\n\n   Cela s'appelle e'tablir le bilan de la littérature en Belgique:\n   Un de ces bilans qu'on devrait de'poser\n   Contre un mur.\n\n\n\n\n       TRIOLETS ÉPITHALAMESQUES\n\nPour célébrer l'heureuse union de M. Clément Lyon, du bassin de Charleroi, du Centre\n    et de la Basse-Sambre, — et de M. Adolphe Siret, du bassin de St-Nicolas.\n\n                    Nous voyons Adolphe et Clément\n                    Faire une vilaine besogne;\n                    Pour inventer indécemment\n                    S'unissent Adolphe et Clément.\n                    Administrons- leur un calmant\n                    Pour leur rendre un peu de vergogne.\n                    Nous voyons Adolphe et Clément\n                    Faire une vilaine besogne.\n\n                    Clément Lyon ouvrit le feu\n                    Et Siret vint à la rescousse.\n                    Avec l'espoir d'avoir beau jeu\n                    Clément Lyon ouvrit le feu.\n                    Le coup ne fit pas même un bleu :\n                    Ils n'avaient rien dans leur gargousse\n                    Clément Lyon ouvrit le feu\n                    Et Siret vint à la rescousse,\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "              — 397 —\n\nCe couple loquace et dolent\nSans biscuit s'était mis en guerre;\nSuant, soufflant et renâclant,\nS'avançait ce couple dolent.\nIl a suffi d'un seul élan\nPour les jeter le nez par terre.\nCe couple loquace et dolent\nSans biscuit s'était mis en guerre.\n\nPar des articles inconnus.\nIls auraient fait Pirmez grand homme ;\nOn ne les avait jamais lus,\nTous ces articles inconnus.\nIls veulent aux nouveaux venus\nPrendre leur œuvre, et voilà comme\nPar des articles inconnus,\nIls auraient fait Pirmez grand homme.\n\nDe l'Enfant brugeois avorté\nAdolphe rêvait la revanche ;\nIl a le cerveau déjeté\nPar l'Enfant brugeois avorté.\nLuister qu'en veste il a porté\nVa perdre sa seconde manche.\nDe l'Enfant brugeois avorté\nAdolphe rêvait la revanche.\n\nCercle de fer mystérieux\nDont Clément nous parle sans cesse.\nDaigne enfin paraître à nos yeux,\nCercle de fer mystérieux.\nN'est-il qu'un cercle vicieux,\nLui qui me hante et qui m'oppresse?\nCercle de fer mystérieux.\nDont Clément nous parle sans cesse !\n\nDepuis vingt ans, dit ce farceur,\nPirmez a surgi pour la gloire.\nC'est à nous qu'il doit cet honneur!\nDepuis vingt ans, dit ce farceur;\nC'est depuis vingt jours, par malheur.\nQu'il s'avise de cette histoire.\nDepuis vingt ans, dit ce farceur,\nPirmez a surgi pour la gloire.\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "                                   — 398 —\n\n                      Dedans Ie Journal des Beaux-Arts (1)\n                      Siret sévit impitoyable.\n                      Il élève de grands canards\n                      Dans la basse-cour des Beaux-Arts.\n                      Tordons le cou sans nuls retards\n                      A cette volaille effroyable.\n                      Dedans le Journal des Beaux-Arts\n                      Siret sévit impitoyable.\n\n                      Il faut à Lyon trois bassins\n                      Pour se soulager de sa prose ;\n                      Pour ses lamentables desseins,\n                      Il faut à Lyon trois bassins.\n                      Ces bassins devenus malsains\n                      Hélas ! ne fleurent plus la rose,\n                      Il faut à Lyon trois bassins\n                      Pour se soulager de sa prose.\n\n                     Vraiment Siret réussirait\n                     S'il restait un Prudhomme honnête,\n                     Styliste autant qu'on le connaît,\n                     Vraiment Siret réussirait.\n                     Si le Lyon n'est qu'un furet,\n                     Son copain a l'air bonne bête.\n                     Vraiment Siret réussirait\n                     S'il restait un Prudhomme honnête.\n\n                      Voyons, Clément, soyez clément,\n                      Rendez-nous la paix salutaire.\n                      Vous nous rasez énormément;\n                      Voyons, Clément, soyez clément;\n                      Retournez à votre élément,\n                      L'Education populaire (2).\n                      Voyons Clément, soyez clément,\n                      Rendez-nous la paix salutaire.\n\n                      De ces terribles Siamois,\n                      Dieu vous tienne en sa sainte garde !\n                      Ils sévissent depuis un mois,\n                      Ces deux terribles Siamois.\n\n\n\n  (1) Organe du bassin. de St-Nicolas, rédacteur en chef: M. Adolphe Siret.\n  (2) Organe des trois bassins de Charleroi, du Centre et de la Basse-Sambre, rédacteur\nen chef : M. Clément Lyon.\n"}, {"page_pdf": 464, "texte": "                                    —    399   —\n\n                     Ils me causent de tels émois,\n                     Que j'en ai mal au péricarde.\n                     De ces terribles Siamois,\n                     Dieu vous tienne en sa sainte garde !\n\n                     Gémeaux peu divins, vos cancans\n                     Ont tout le succès qu'ils méritent.\n                     Nous croyez-vous des Mohicans\n                     Pour nous crachoter vos cancans ?\n                     Vos syllogismes claudicants\n                     Font rire bien plus qu'ils n'irritent.\n                     Gémeaux peu divins, vos cancans\n                     Ont tout le succès qu'ils méritent.\n\n                     Adolphe et Clément sont unis.\n                     J'ai rimé ces rondels burlesques\n                     Pour ces compères assortis.\n                     Adolphe et Clément sont unis.\n                     Comme un moxa je les ai mis\n                     Sur ces héros funambulesques,\n                     Pour Adolphe et Clément unis\n                     J'ai rimé ces rondels burlesques.\n\n                                                        EDMOND PICARD.\n\n\n\n\n                      AU WAUX-HALL\n\n   Tous les soirs, le jardin s'éclaire. Les globes de gaz projettent leur lumière\nsur les feuilles des arbres, dont les verts pâlis prennent des tons artificiels,\nsemblables aux perspectives attirantes et fausses des décors d'opéra. Le monde\n« pschutt » afflue, et, dominant le ronron des conversations, ça et là piqué par\nun rire aigu de femme, et les appels des garçons, éclate au fond, sur l'estrade,\nl'orchestre, dirigé par Jehin, qui se détache en noir sur la clarté jaune, et, de\nson archet nerveux semble découper et dessiner la musique.\n   On exécute de la bonne musique le dimanche et le jeudi, — le jeudi surtout.\nLes autres jours de la semaine sont réservés aux danses, aux transcriptions,\nbref à ce que le Bruxellois appelle des « Dontjes ». Pourquoi? Je n'en sais\nrien. Et cela est d'autant plus étrange, que, les soirs de « Dontjes », il n'y a pas\n"}, {"page_pdf": 465, "texte": "                                   — 400 —\n un chat, et que les soirs de bonne musique, il y a foule. Il paraît que le Waux-\n hall ne veut pas faire de belles recettes.\n    Aussi, quelle affluence, et quel enthousiasme aux derniers concerts extraordi­\n naires, consacrés à Berlioz et à Peter Benoit!\n    Depuis quelques années déjà, Berlioz est adopté par notre public. Le gros de\n la foule ne le comprend guère, mais ne proteste plus. Il devine vaguement que\n cela est beau pour d'autres... C'est la seule manière dont les grands artistes sont\n consacrés par la masse.\n    Quelle nature étrange que celle de Berlioz ! Supra-nerveuse, prodigue d'elle-\n même, incertaine à la façon des torches tourmentées par le vent des nuits.\nGénie désordonné, astre errant du ciel musical, toujours sorti de son orbite, et\nqui ne connut jamais ni la sereine splendeur ni la majesté olympienne. C'est,\navec Chopin, le musicien cher aux âmes troublées !\n    En cela il est bien moderne. Lui aussi, comme Chopin, comme Baudelaire,\nmourut du mal de la fin du siècle, qu'on pourrait appeler de ce nom énigma-\ntique : la fièvre des derniers jours.\n    Son œuvre semble une vaste hallucination, traversée de joies et de douleurs\nextrêmes, baignant dans une atmosphère orageuse et blafarde. Quel rêve d'opium\nque la Symphonie Fantastique ! Quelle verve capricieuse et morbide ! Quoi de\nplus poignant que ces brusques sautes d'idées musicales, ouvrant parfois, sur\nle fond noir et lugubre de l'œuvre, une fenêtre soudaine, rouge d'apothéose et\nde gloire. Tel, dans la Marche au supplice le motif des reines et des princesses,\nsomptueux et fulgurant comme les vers de Banville, ou comme ceux de Jean\nLorrain ;\n\n                     Filles adorables du rêve,\n                     Des femmes aux longs cheveux d'or\n                     Se tiennent en rond sur la grève.\n                     Debout dans un superbe effort.\n\n                     Reines d'amour et de légende,\n                     Le front hautain et les seins nus.\n                     Elles viennent de Brocéliande\n                     Et des royaumes disparus.\n\n                    Moulant dans d'étroites simarres\n                    A fleurs d'azur, à rinceaux d'ors,\n                    Leurs bras surchargés d'anneaux rares\n                    Et la sveltesse de leurs corps.\n\n                    Les lys en feu de leur poitrine\n                    Aux siècles croulés dans l'oubli\n                    Jettent dans leur splendeur divine\n                    Un héroïque et fier défi.\n"}, {"page_pdf": 466, "texte": "                                  — 401 —\n    Tout autre est la sensation produite par la musique de Peter Benoît.\n    Ici une santé robuste, athlétique, bien flamande. Une carrure formidable,\nun solidité et une ampleur sculpturale. Point de nerfs, du sang, de bon sang\nrouge, de la chair. Une couleur foncière et magistrale. Toutes les énergies et\ntoutes les forces.\n    Benoît fait de la musique essentiellement architecturale et décorative. Il\nsemble porté vers la musique de scène, et s'est jusqu'ici, tenu à l'écart du\nvéritable drame lyrique. Au moyen des entr'actes et des mimodrames, il entoure\nla pièce de son collaborateur d'une espèce d'atmosphère sonore, où trempe\nl'action.\n    Telle est la superbe musique qu'il a écrite pour le Guillaume le Taciturne de\nVan Goethem.\n    Les concerts du Waux-Hall, au moins pour quelques-uns d'entre nous, ont\nété une révélation du talent si original de Peter Benoît, qui s'est peu produit\nà Bruxelles, et que le mouvement flamand absorbait trop. On a applaudi vigou­\nreusement les belles pages du maître : l'Ouverture, l'Entrée du duc d'Albe à\nBruxelles, le Cortège final, et surtout l'entr'acte destiné à décrire le caractère\ndu Taciturne, qui est un chef-d'œuvre de pureté et de grandeur.\n    L'impression a été profonde : le public semble conquis à Benoît, et l'heure\n n'est pas lointaine où tout le monde saluera, comme la Jeune Belgique le fait\n aujourd'hui, le maître d'Anvers comme le premier de nos musiciens et comme\n l'une de nos plus chères gloires.\n                                                               ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                 CHICANE LITTÉRAIRE\n  Nous lisons dans le Journal des Gens de lettres belges (15 août 1883)\nsous le titre : Correspondance, la lettre et l'entrefilet suivants :\n                                                      Bruxelles, 9 août 83.\n           « MONSIEUR,\n\n   « Vous avez admiré, avec raison, un sonnet de M. Van Arenbergh, intitulé :\n« Stabat, inséré dans la Jeune Belgique du I er août 1883.\n  « Permettez-moi, Monsieur, de vous signaler un sonnet identiquement sem­\n« blable quant à l'idée et ne différant que très peu dans la chute, inséré dans le\n« Journal des Beaux-Arts du 16 janvier 1878. Ce sonnet me paraît supérieur\n«comme simplicité et comme grandeur. Il est signé : Paul Siret, mort aujour-\n« d'hui.\n  « Monsieur E. Van Arenbergh ne pourrait-il expliquer cette imitation venue\n\" cinq ans après ?\n                                                                        30\n"}, {"page_pdf": 467, "texte": "                                     —    402    —\n\n\n   « Voici le sonnet de Monsieur Paul Siret :\n                              .. STABAT MATER\n              « Le sang divin coulait sur l'arbre expiatoire\n              « Et les anges tremblants sur la croix se penchaient ;\n              « Et le Christ jusqu'au fond buvait l'amer ciboire :\n              « Et devant Dieu mourant les hommes blasphémaient.\n              « Les astres éblouis se voilaient dans leur gloire,\n              « Et dans l'immensité lugubrement planaient ;\n              « Et l'on voyait, baisant le signe de victoire,\n              \" Une femme ployée et dont les yeux pleuraient.\n              « Et pendant ce temps-là, dans l'azur des cieux calmes,\n              « Au premier des martyrs on préparait des palmes,\n              « On bâtissait son trône aux éternels parvis.\n              « Et Dieu, vovant pleurer et saigner le calvaire,\n              « Se demandait comment pardonner à la terre ;\n              « Par les pleurs de la mère ou par le sang du fils.,.\n                                                                       « PAUL SIRET.\n                                                            « Votre abonné,\n                                                               D. L. »\n  « RÉPONSE. — La remarque de notre correspondant est très juste. De quel­\n  que part qu'ils viennent, de semblables « emprunts » nous font toujours\n« penser au geai de la fable. Après cela, l'on pourra dire encore que la forme\n\" est tout et que la pensée n'est rien.\n              \" Qu'il faut être ignorant comme un maître d'école\n              « Pour se flatter de dire une seule parole\n              « Que personne ici-bas n'ait pu dire avant nous. »\n  « C'est en vérité fort commode. M. Van Arenbergh nous permettra de retirer\n» un éloge que nous ne lui adressions que par erreur et nous l'engageons vive­\n  ment pour l'avenir à laisser à César ce qui est à César.\n                                                                 D r E. V. »\n   Voici la réponse que M. Emile Van Arenbergh a adressée au Journal\ndes Gens de lettres :\n         « Monsieur,\n   « Votre bonne foi a été surprise par votre correspondant, qui, peut-\n« être, ne pourrait invoquer la même excuse (1).\n\n   (1) Si les initiales de ce correspondant ne nous trompent pas, notre ami Van Arenbergh\nest mille fois trop bon en lui faisant l'honneur d'un peut-être. Voici pourquoi. Quand le\nStabat parut il y a trois ans dans La Semains des Étudiants de Louvain, la même chicane\nfut élevée et par le même personnage qu'aujourd'hui. On lui expliqua la rencontre, péremp-\n"}, {"page_pdf": 468, "texte": "                                       -   403     -\n\n   « Voici l'explication de la rencontre toute naturelle et même inévi­\n« table, entre le sonnet de mon ami Paul Siret et le mien.\n   « E n 1877, nous convînmes, Paul Siret et moi, de concourir pour le\n« sonnet à la Vierge, aux Jeux Floraux.\n   « Afin de nous assurer plus de chances, et trop amis pour lutter l'un\n« contre l'autre, nous nous associâmes ; l'idée finale cherchée, trouvée\n« et débattue en c o m m u n , nous écrivîmes sur-le-champ, à la même\n« table, les deux sonnets dont j'ai conservé par hasard les brouillons et\n« dont le meilleur fut envoyé à Toulouse.\n   « Vous vous étiez trop hâté, vous le voyez, Monsieur, de suspecter\n« ma probité littéraire, laquelle, pour la Jeune Belgique qui connaissait\n« ces circonstances, n'a jamais fait doute.\n  « Agréez, etc.\n                                            E M I L E VAN A R E N B E R G H .\n         Bruxelles, le 23 août 1885.\n\n\n\n        MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE\nMonstres parisiens par CATULLE MENDÈS. Un vol. Paris. Marpon et Flamma­\n   rion, fr. 1,50.—Le Baiser par MAX WALLER.— Royal-Gommeux, par OCTAVE\n   MAUS. — Bréviaire de l'Amour expérimental,          par le Dr JULES GUYOT, 6e édi­\n   tion. Un vol. Paris Marpon et Flammarion, fr. 5,00. —                    L'Irréparable,par\n   PAUL BOURGET. — Ce qui ne meurt pas, par JULES BARBEY D'AUREVILLY. —\n   Clément et Adolphe. — Une séparation par FLANOCHE. — La chanson du\n   pauvre homme par GUY-VALVOR, I vol. Paris, Oriot, éditeur, fr. 2,00.—\n   Per l'Alsacio-Lourreno.— Collection Boitte. Tablettes de Pierrot. — Pitié!\n    Les éditeurs Marpon et Flammarion, de P a r i s s e basant sur ce fait que\nle public ne lit plus, qu'il entend prendre la littérature à petites doses, et que,\nseules, les chroniques et nouvelles, telles qu'en donne Gil Blas, peuvent actuel­\nlement avoir du succès, ont entrepris la publication de mignonnes plaquettes\nde 40 pages environ, ornées d'une gravure et se vendant fr. 1,50. La conte­\nnance s'en borne à deux nouvelles très courtes. Catulle Mendès inaugure la\ncollection avec ses Monstres parisiens, des modernités fines, élégantes, cruelles\nparfois. mais incarnant nos fièvres et nos inspirations maladives. Nous recom­\nmandons beaucoup ces plaquettes essentiellement artistiques.\ntoirement. Le correspondant du Journal des Gens de Lettres, si sa peu courageuse signa­\nture est véridique, commet donc une petite malpropreté. .Quant à notre confrère Valentin,\nil me semble avoir agi avec une certaine étourderie en insérant la prose d'un pied    aussi\npeu cambré. Il aurait dû remuer sept fois la plume dans, l'encrier, avant d'accuser de pla­\ngiat un poète dont l'honnêteté littéraire est poussée jusqu'au scrupule.\n                                                                   Albert      GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": "                                  — 404 —\n\n\n                              ICI A T T E N T I O N !\n\n   La Jeune Belgique fera la même tentative — avec ses auteurs. L'essai réus­\nsira ou ne réussira pas, c'est... son affaire !\n   D'ici à un mois, donc, paraîtront les deux premières plaquettes de la « col­\nlection de la Jeune Belgique », qui seront immédiatement suivies d'autres. La\npremière, une nouvelle d'OCTAVE MAUS intitulée: Royal-Gommeux, sera ornée\nd'un dessin de CHARLES HERMANS reproduit en photogravure ; la deuxième une\nnouvelle de MAX WALLER intitulée: Le Baiser, sera ornée d'un dessin de FER­\nNAND KHNOPFF reproduit par le même procédé (Evely).\n   Ces mignons volumes seront tirés à très petit nombre et ne seront jamais\nréimprimés; ils deviendront donc fatalement très rares en collections. lisseront\nimprimés par la maison Mertens, en caractères elzévir neufs, sur très beau papier\nanglais, avec fleurons, lettres ornées, culs-de-lampe, frontispices, etc.\n   Le prix de chaque volume dans le commerce sera d'un franc cinquante;\ntous les abonnés de la Jeune Belgique qui souscriront dans nos bureaux rece­\nvront les exemplaires avant la mise en librairie, avec une REMISE DE 20 p. c., soit\n un franc et vingt payable d'avance en timbres-postes de dix centimes, ou en\n mandats-poste. (Voir l'annonce à la couverture). Les abonnés qui souscriront\n à toute la série recevront les volumes à raison de fr. 1,10.\n\n\n   La prochaine chronique de notre collaborateur Albert Giraud sera consacrée\naux réimpressions XVIII e siècle qui viennent de paraître en très élégantes édi­\ntions chez A. Brancart. Ce sont notamment le Faublas, de Louvet de Cou­\nvrey, La Nuit et le Moment, de Crébillon fils, les Matinées du Palais-Royal,\nl'Abbé en belle humeur, de Macé, etc., etc.\n                                       ** *\n\n    Quel sujet délicat sous ce titre : Bréviaire de l'Amour expérimental, et qu'il\n fallait de tact pour ne pas faire d'un manuel conjugal un traité de grivoiserie.\n Le D r Jules Guyot a exécuté ce tour de force en un livre que nous considérons\ncomme un chef-d'œuvre en même temps qu'une œuvre honnête et saine. Un\nancien élève de Claude Bernard, M. Georges Barrai, chargé par le Dr Guyot\n de publier posthumement le livre, nous le présente en ces termes :\n    « L'écrit que nous publions porte une date historique. Il a été composé le\n 18 mars 1859, à l'occasion du récent mariage du Princg Napoléon avec la\nPrincesse Clotilde de Savoie, fille de Victor-Emmanuel, roi de Piémont — à\nla veille de la guerre d'Italie....\n    « Le temps a consacré ce petit traité. Il s'occupe d'un sujet éternel qui\ntouche aux entrailles mêmes de l'humanité. Compris comme il l'est par le\nD r Jules Guyot, qui avec une souplesse de plume merveilleuse, a mis en pleine\n clarté le côté expérimental de l'amour, il constitue un véritable manuel du\n"}, {"page_pdf": 470, "texte": "                                  — 405 ~~\n\nmariage. C'est un livre fait en vue des unions légitimes. Le libertinage n'a\nrien à y voir ».\n    Ces mots ne sont pas une réclame ni une duperie. Le bréviaire du Dr Guyot\nest hautement moral et qui l'a lu n'en oubliera pas les préceptes ; M. Barrai, un\nsavant et un travailleur, a bien fait de le publier et nous conseillons vivement\nà nos amis les jeunes une œuvre où ils apprendront bien des choses pour\nl'avenir.\n                                         ***\n   La Nouvelle Revue vient de publier un superbe roman de Paul Bourget :\nl'Irréparable. C'est pensons-nous en dehors des remarquables critiques qu'il a\ndonnées sous le titre de Psychologie coniempomine la première étude en prose\nqu'ait écrite le subtil et aristocratique poète d'Edel et des Areux.\n    Gil Bias va commencer la publication d'un nouveau roman de Barbey d'Au­\nrevilly : Ce qui ne meurt pas.\n\n   Les lecteurs de la Jeune Belgique se sont étonnés que nous ne nous soyons\npas mêlés à la polémique de l'Art Moderne et de l'Education populaire relati­\nvement à Octave Pirmez. Un nommé Clément Lyon, sorte de palefrenier ou\nde balayeur littéraire, a jugé à propos de baver des ergotages mesquins, d'une\nrépulsive mauvaise foi, sur cette question de savoir à qui l'écrivain d'Acoz doit\nla lumière éblouissante qui se fait soudain autour de ses œuvres ; M. Picard\nconstate que c'est à nos journaux la Jeune Belgique, l'Art Moderne, etc.,\nainsi qu'à l'hommage rendu aux mânes de Pirmez devant deux cents personnes\nlors du banquet Lemonnier. Cela n'est pas douteux. Le Clément Lyon — qui\na commencé ce pénible débat — s'insurge, et, dans un patois grotesque\naccumule des inepties, des contre-vérités, des faux-fuyants, toutes petitesses de\nbalourd et de charbonnier.\n   Seul M. Emile Valentin, dans un article très pondéré et concluant, a remis\nla vérité à sa place. Voici ce que nous trouvons dans le Journal des Gens de\nLettres du 1er août 1883 :\n    « . . . Nous comprenons parfaitement l'énergique revendication d'Octave\n« Pirmez par les organisateurs du banquet du 27 mai. Ils n'ont pas comme on\n« l'a dit, attendu sa mort pour aller à lui et pour lui tresser des couronnes.\n« Cette assertion est absolument contraire à la vérité. Ce fut pour Octave\n« Pirmez une véritable joie que leur attitude inattendue; il ne leur mesura ni\n« sa sympathie ni ses applaudissements.»\n   Ces paroles venant d'un critique dont tout le monde reconnaît la sauvage\nindépendance, nous dispensent d'en dire plus au nommé Lyon; il ne mérite\nmême pas nos réponses et n'est digne que du plus profond mépris. On verra\ndans les Triolets épithalamesques que nous envoie M. Edmond Picard, que nous\nne sommes pas seuls à l'éprouver et à l'exprimer.\n                                        ***\n   Nous recevons de Flanoche, un des mystérieux rédacteurs du Petit Touriste\n( je dis rédacteur ou rédactrice), une plaquette mignonne intitulée Une sépa-\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "                                   — 406 —\nration.), et en sous-titre Monologuet. Modeste Flanoche ! Ce monologuet est\nune rêverie mélancolique très fine faite pour la lecture plutôt que pour la\nscène. J'y cueille ce fragment pensif, si bien observé et si intime :\n   « Réellement, nous nous familiarisons avec les choses qui nous entourent.\nNous nous faisons des amis dans ces inanimés de la maison: ils connaissent et\nservent nos petites manies de chaque heure ; ils nous rendent à tout propos\nde bons services, nous offrent du feu, gardent' nos papiers, nous aident à\nécrire, à penser, nous disent l'heure et nous indiquent la température; ils\nnous conseillent de prendre un parapluie, nous réveillent, nous amusent, ces\nserviteurs sans colères. Ils forment notre chez nous, nous manquent au\ndehors, nous rappellent et font la joie du retour : ce sont « nos petites affaires. »\nUn objet nouvellement acheté fait la même impression qu'un étranger dans un\ngroupe d'amis; il apporte une réserve guindée; on ne sait pas ce qu'il est,\nd'où il vient; on ignore ses mérites, ses défauts ; on le regarde, on ne le manie\nqu'avec une politesse de soins cérémonieuses ; on n'a pas pour lui la franche\nrudesse des mains habituées à se rencontrer. »\n                                         ***\n    REVUE DES CHEFS-D'ŒUVRE. —Maison Henry du Parc, 4, rue Hau­\ntefeuille à Paris. — Sommaire du numéro du 10 août 1583 : La Reine fan­\ntasque (conte), J.-J. Rousseau. — Les Mœurs du temps, comédie en un acte,\nSaurin. — Lettres sur l'Italie (suite). Le Président de Brosse. — Entretien sur\nla vie de Nicolas Poussin (suite), Félibien. — Mémoires et correspondance\n(suite), M me d'Epinay. — Ode : Sonnet pour Cassandre ; Sonnet pour Marie;\nSonnet pour Hélène; Chanson, Ronsart. — Homélie sur l'athéisme, Voltaire.\n— La Journée du 10 août 1792, Sergent Marceau. — Bulletins du mois :\nChronique théâtrale, Henry Signoret; Chronique littéraire, Elémir Bourges.\n   Cette publication paraît le 10 de chaque mois dans le format in-octavo et\ncontient de 192 à 200 pages de texte. L'abonnement est du prix modique\nde 20 fr. par an pour Paris, 23 fr. pour les départements et 7.5 fr. pour\nl'étranger.\n\n  LE P E T I T TOURISTE : Sommaire du n° 9 (1er,septembre) : Psychologie\nsentimentale, Max Waller. — Pastel, Jeanne — Sur les bords de l'Orneau,\nLujeni. — En Chine, Lao-Ru. — Aux fonds de Leffe, P. Destre.\n                                 ***\n   Sous ce titre La Chanson du pauvre homme, un poète infiltré de Baudelaire\npublie chez Henry Oriot un recueil de vers étranges, très inégaux comme fac­\nture et comme conception. Malheureusement aberré par la question sociale\nqu'il mêle à la poésie, M. Guy-Valvor doit avoir gobé le poète des Névroses\nlorsqu'il chante en des strophes assez vigoureuses ;\n\n                      Travaille, travaille, travaille:\n                      Sur ton lit de paille.\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "                                 — 407 —\n\n                 Accablé par l'homme et par Dieu maudit,\n                 Sans trêve, sans fin, sans espoir, travaille !\n                 Le malheur t'étreint, la faim de triraille,\n                 La mort te sourit, mais vaille que vaille,\n                 Etouffant de chaud ou de froid roidi,\n                 Torturé toujours par l'âpre tenaille.\n                 Du sort qui sur toi toujours s'alourdit,\n                      Pauvre homme maudit,\n                      Pauvre homme, travaille !\n                 Tandis que le riche en haut fait ripaille,\n                 Blême, grelotant de fièvre, engourdi\n                 Par la mort rampant sous ton lit de paille,\n                      Travaille, travaille, travaille !\n\n  Mille fois préféron-snous à ces revendications rimées, les strophes intitulées\nSainte Hypocrisie ; c'est du Baudelaire de deuxième marque, mais le vers est\nsouple, moderne, et le pastiche est sans doute inconscient. Que M. Guy-\nValvor dégage son originalité et ne suive point la trace de ceux qui comme\nRollinet tâchant de faire de l'horrible beau, avortent piteusement dans des\nproductions horriblement grotesques.\n\n\n\n   Nous recevons de M. Auguste Fourès un volume de vers français, langue­\ndociens et provençaux, qui se vend au profit des pauvres de l'Alsace-Lorraine.\n   Per l'Alsacio-Lourreno est une œuvre collective des principaux poètes\nfélibres, Charles et Paul Leser l'ouvrent par une pièce française d'allures\nfougueuses :\n\n             \" L'Alsace ! à ce seul nom s'éveillent vos colères !\n             Votre vers s'inspirant des rêves de vos cœurs,\n             Fait crouler sous le poids des haines populaires\n                   L'édifice de nos vainqueurs ! \"\n\n   Vient une lettre de, Frederi Mistrale le poète populaire de Miréio, puis des\nstrophes de son Isclo d'or: Le tambour d'Arcole, traduites par Constant Hen­\nnion ; Je ne veux pas de toi! d'Albert Arnavielle; A deux vierges ravies, de\nLouis Astruc ; la Guerre et Palinello de Théodore Aubanel :\n   « D'une flamme étrange, — au fond de la nuit, des étoiles l'âme — allume\nles yeux ; — étoiles ni lune ne font tressaillir — comme de ma brune — les\ngrands yeux pâlis.\n    « Mer qui rebondis, — bois pleins de rumeurs, — dites à la belle — mon\ntourment d'amour! »\n    Le livre est plein de ces jolies piécettes fraîches et claires comme dans les\n blés de Provence le chant des cigales.\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": "                                    — 408 —\n\n    Nous ne connaissons pas assez cette belle phalange des poètes du soleil, et\n il v aurait de belles études d'art à faire sur les cigaliers connus et appréciés en\n Provence, en Quercy, partout depuis le pont d'Avignon et les flèches de Mont­\n pellier; Astruc de Marseille. Fourès de Castelnaudary, Gaut d'Aix-en-\n Provence, Mir de Carcassonne, Roumieux de Nimes, tous provençaux,\n languedociens, limousins, gascons, périgourdins, bardes naïfs aux accents\n profondément poétiques, amoureux de la nature et de la patrie.\n\n\n   L'éditeur Boitte met en vente le 40 volume de sa petite collection populaire:\nLes Coules choisis de La Fontaine. Dans la même collection paraîtra l'Amour\nfantasque, recueil des nouvelles éparses de notre rédacteur Max Waller.\n\n\n\n   Vient de paraître à Bruxelles le 5\" numéro d'une nouvelle publication heb­\ndomadaire : Les Tablettes de Pierrot, sorte de pamphlet sur les choses de la\nsemaine, destiné à faire pendant aux Grimaces qu'Octave Mirbeau, le trop\nfameux éréinteur des comédiens, lance de son côté à Paris. Bien dirigée,\nméchante à point et frappant juste sans parti-pris, une publication de ce genre\nréussira vraisemblablement dans ce pays où il faut combattre pour vivre. Bien\nvenu soit le Pierrot nouveau !\n                                        ***\n     Lire dans le dernier numéro de la Revue de Belgique la chronique littéraire\n de Charles Potvin. Décidément nous devrons cesser nos attaques. Il y a là un\ntel affaiblissement de toutes les facultés, disons le mot, un tel gâtisme, que cela\n fait pitié. Ecoutez ce pauvre vieillard demandant grâce :\n     « Nous ne voudrions pas mettre l'obstacle d'un cheveu sur la route d'un\nécrivain national. Nous savons quelle chose délicate à respecter est quelquefois\nune nature d'artiste, et la carrière n'est pas tellement semée de roses que l'on\n puisse y ajouter des épines. On peut user contre nous des procédés contraires;\nchaque fois qu'il se produira en Belgique une œuvre, et quand même l'auteur\nnous récuserait d'avance en ne daignant pas nous l'envoyer, nous l'achèterons\npour la faire apprécier de nos lecteurs selon nos lumières et notre goût, ne\ndisposant malheureusement pas des idées ni du goût d'autrui. »\n    Comme ce langage est navrant! Pauvre M. Potvin qui va devoir acheter\ntous les livres que nous ne lui avons pas envoyés 1 quelle pitié ! O conscience\nlittéraire de ce père de famille se dépouillant pour mettre au courant des livres\nnationaux ses bien-aimés lecteurs !\n    Et quelle bonne foi dans cette déclaration généreuse! Comme il fait bien et\ncomme il va bien faire ce qu'il dit, ce brave homme dont le cœur n'a que\ndouceur et aménité, indulgence, miséricorde, pardon, ô mes frères, prenons\npitié, des pauvres ramollis !\n                                                                    NEMO.\n"}, {"page_pdf": 474, "texte": "                      GIL                  BLAS\n                              JOURNAL QUOTIDIEN\n\n  16, BOULEVARD DES CAPUCINES                                          16, PARIS.\n\n                    P U B L I E R A L E 20 S E P T E M B R E :\n\n\n     CE QUI NE MEURT PAS\n                                           PAR\n\n\nJULES                BARBEY                       d'AUREVILLY\n        Un numéro: 20 centimes. Abonnements: (3 mois): 17 fr.\n                                   En vente partout.\n\n\n\n\n   LE NORD CONTEMPORAIN\n                   SOMMAIRE DU N 0 39. (20 août 1883).\n\n\n\n\nSOMMAIRE. — T e x t e : Causerie, R. H . — Galerie contemporaine-. Jules Dutilleul\n   E. S. — Revue artistique et archéologique : Rouen, l'église Saint-Ouen ; Belgique :\n   Anvers, le Palais de Justice, D . L . — Chronique nécrologique, G. A. — Littérature :\n   Chair et Poisson, EUG. VERMEERSCH ; La chanson du Poirier, PAUL FÉVAL. —\n   Nouvelle : Un Reclus, GABRIEL MARQ {Ronde des Couleurs). — Variétés : Colom­\n  bine, FULBERT-DUMONTEIL. — Actualités : La claudication du comte de Chambord :\n   Trouillebert & Corot ; Le mensonge au théâtre ; Le ménage du poète Henri Heine.\n    — Théâtre : La Quinzaine Théâtrale à Paris/. Les Hongrois à la Comédie-Française.\n    — La Finance. — S u p p l é m e n t Industriel, Commercial & A g r i c o l e : La\n    discussion des Conventions à la Chambre ; Jurisprudence industrielle et commer­\n    ciale.\n\nP h o t o g r a p h i e s : Portrait de M. Jules Dutilleuil ; Vue de l'église Saint-Oueu, a\n      Rouen ; Vue du nouveau Palais de Justice d'Anvers.\n"}, {"page_pdf": 475, "texte": " Seront mis en vente avant le commencement d'octobre:\n\n\n\nROYAL-GOMMEUX                     NOUVELLE          PAR\n\n                     OCTAVE                         M A US\n                                    avec un dessin de\n\n          CHARLES                                H E R M A N S . .\n  Une plaquette artistique imprimée à petit nombre sur\nbeau papier anglais, en caractères Elzévir, avec lettres\nornées, culs-de-lampe, etc.\n                              PRIX :    1 f'r.     50       c.\n\n      pour les abonnés de la Jeune Belgique : 1 fr. 20 c.\n                   . (souscrits à l'avance).\n\n\n\n\n     LE B A I S E R               NOUVELLE PAR\n\n                       MAX               WA LLER\n                                     avec un dessin de\n\n          FERNAND                                 KHNOPFF.\n  Une plaquette artistique imprimée à petit nombre sur\nbeau papier anglais, en caractères Elzévir, avec lettres\nornées, culs-de-lampe, etc.\n                          -   PRIX: 1 f r .        50       c.\n        pour les abonnés de la Jeune Belgique: 1- fr. 20.\n                      (souscrits à l'avance).\n   Ces plaquettes étant tirée? à très petit nombre, ne tarderont pas à être épuisées, et nous\nengageons vivement nos abonnés à envoyer au plus vite leurs souscriptions à nos bureaux.\nIls recevront leur ou leurs exemplaires avant la mise en librairie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1883-09-01", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 432."}}