{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(3 e année) 1883 T o m e I I . 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MAX WALLER.\n   POESIES :   I L'Idéal                                        GEORGES RODENBACH.\n              II Mer rouge (Villanelle)                         IWAN GILKIN.\n             III Vers pervers                                   ALFRED POUTHIER.\n   SQUARE E T MAIRIE                                            HIPPOLYTE DEVILLERS.\n   L E RAT (Monocoquelogue)                             .   .   DOMKIKI.\n   LE ROMAN D'UNE N U I T                                           CATULLE MENDÈS.\n   C H R O N I Q U E A R T I S T I Q L ' E : I. (Le Salon de Gand) EMILE VERHAEREN\n                                            II. Exposition d'archi­\n                                         tecture.   .   .   .   CHARDEL.\n   CHRONIQUE L I T T É R A I R E .                              ALBERT GIRAUD.\n   MEMENTO  . . .                                               NEMO.\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n    BUREAUX            : 7 4 , AVENUE               DE LA       TOISON          D'OR\n                                     MDCCCLXXXIII\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE paraissant le 1er", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Notre prochain numéro contiendra", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 477, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 408, "texte": "LA JEUNE                                 BELGIQUE\n                    paraissant le 1er de chaque mois.\n\n\n                              ABONNEMENTS :\n\nPour la Belgique: Un an: 5 fr. Pour l'Union postale: 7.00.\n\n                                   BUREAUX:\nBRUXELLES,                 74 , A VENUE             DE LA TOISON                    D'OR.\n\n                     Prix du numéro : 60 centimes.\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Notre prochain numéro contiendra", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 477, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 408, "fin_caractere_exclue": 546, "texte": "Notre prochain numéro contiendra les titre, table des\nmatières et couverture du tome II de L A J E U N E BELGIQUE.\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 477, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 546, "fin_caractere_exclue": 1971, "texte": "BOITE AUX LETTRES.\n  78. Maur. Cr. Ixelles.— Un peu bien lakiste, cher confrère et trop long. Essayez du\nsonnet. Mille fois merci pour votre très aimable lettre.\n  79. M, Ed. Defouruy. Liège. — Votre abonnement partira du premier numéro du\ntome III, La Revue vous est envoyée actuellement à titre gracieux.\n  80. Alfred P... Paris. — Reviens de la campagne. Ai beaucoup regretté de ne pouvoir\nvous serrer la main avant votre départ. Bonne chance à Mostaganem et no nous oubliez pas\nau profit des lions et des fellahines.\n   81. Hatto.Gand. — Bonne votre impression de cirque. Passera prochainement.\n   82. Emile M. Bruxelles. — La prose vous chausse mieux que le vers; votre Orage\nest médiocre. Revenez à l'Andante. A vous cordialement.\n   83. M. E. Van der PI. Comblain-la-Tour,— Les plaquettes ne paraîtront que le 13 octo­\nbre. Patience et résignation.\n   84. — J. V. B. Gand. — Très bien vos triolets. Nous supprimons quelques couplets\ninutiles et ferons paraître tout de suite.\n   85. Mlle L. Dubois. Anv:rs. — Toute galanterie mise de côté, votre Etude n'est pas\ndigne de la J. B. Ecrite au courant de la plume, dites-vous. Ce n'est pas ainsi qu'on fait de\nla littérature, A vous, Mademoiselle.\n   86. N. S. Anvers. — Rollinat 1 Rollinat ! trop de crapauds, de fange, de remords.\n Vers facile et bon. A.\n   87. P. M. Namur. —Bon. Merci. Passera.\n\n                      BRUX. —Ir.ir. A D . 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Conscience, en effet, s'est\nadressé aux masses; plus artisan qu'artiste, il a voulu donner\nau peuple une pâture intellectuelle qui le rendît bon et reli­\ngieux. Comme Erckmann-Chatrian, dont il semble procéder, le\nvaillant qui vient de mourir voulait chanter à son ami des\ncampagnes des poèmes où il pût se retrouver lui-même.\n    Conscience est l'écrivain qui a le plus et le mieux dit l'âme\nflamande, non en la grandissant dans un effort d'Art, comme\nl'ont fait De Coster, Eekhoud et Lemonnier, mais en la ren­\ndant simple, dans toute sa saveur primitive, et comme s'il eût\nvoulu pénétrer en elle pour lui donner un peu de la bonté de\nson cœur et de l'honnêteté de sa vie.\n   Car elle l'avait imbibé, cette âme des Flandres ; elle vibre\n                                                            31\n"}, {"page_pdf": 479, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "                              — 410 —\n\ndans tous ses livres, tantôt douce comme une résignation,\ntantôt pleine du tintamarre des clairons. Avec elle il souffre,\nlorsqu'il se reporte au temps des guerres qui firent saigner nos\nplaines ; avec elle il jette le cri d'orgueil, lorsqu'il dit les vic­\ntoires de ce peuple d'Artevelde, qui met dans le passé son\ngrand geste hautain.\n   Henri Conscience disait un jour à Georges Eekhoud, qu'il\naimait beaucoup et qui lui a consacré un volume plein de res­\npect et d'émotion :\n   — « Dans la collection des cent volumes qui forment jus­\nqu'à présent mon oeuvre, vous ne rencontrerez pas une seule\nintrigue immorale, pas un seul adultère. »\n   Ce mot caractérise Conscience et prouve qu'il avait en vue\nplutôt l'idéal social que l'idéal d'art. Il a fait bon avant de faire\nbeau, et ce n'est pas au raffinement moderne mais à la simpli­\ncité populaire qu'il aspirait. Pour nous qui écrivons et parlons\nen français, nous avons pour lui plus de profonde vénération\net de reconnaissance que d'admiration littéraire. De ce respect\nsont sorties ces strophes qu'un des nôtres Georges Rodenbach\nécrivit lors de la manifestation Conscience :\n     Maître, tu la connais, dans ta ville natale,\n     Dans Anvers, la gothique et blanche cathédrale,\n     Dont la tour effilée, avec son cadran d'or,\n     Apparaît dans l'azur quand le soleil s'endort,\n\n     Comme un arbre sublime aux floraisons de pierre,\n     La vieille église est là, debout dans la lumière,\n     Et l'on voit à ses pieds de noirs entassements\n     De maisons, de palais et de pignons flamands\n     Groupés comme un village au pied d'une montagne.\n     Et devant, c'est l'Escaut fuyant vers la campagne,\n     C'est le fleuve élargi, le fleuve impétueux\n     Qui pousse devant lui ses flots tumultueux\n      Comme des régiments frissonnants d'épouvante\n      Qui s'abattront bientôt dans la mer triomphante.\n      Sourdement il s'écoule et s'en va vers l'oubli,\n      Mais tandis que décroît son murmure affaibli,\n"}, {"page_pdf": 480, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1446, "texte": "                         —   411   —\n\n    L'église dans sa robe aux fines broderies\n    Laisse envoler au vent du soir ses sonneries\n    Qui dominant les bruits, les rumeurs, les chansons,\n    S'effeuillent dans le ciel comme un bouquet de sons!\n    Maître! ton œuvre est telle\n\n     Oui ! ton œuvre est debout ! elle a conquis l'espace\n     Et, devant elle aussi, dans un bruit de sanglots,\n     Les siècles passeront plus changeants que des flots ;\n     Mais elle, subsistant dans ses riches sculptures,\n     Livrera ta pensée aux époques futures,\n     Comme la tour dressée au fond du ciel serein\n     Fera chanter toujours son carillon d'airain!\n\n   Cette œuvre est-elle durable? Je ne sais; qu'importe d'ail­\nleurs? car qui pourra dire ce qui vaut le mieux au point de\nvue populaire : d'être utile dans le temps ou d'être beau à ja­\nmais?\n   L'écrivain qui vient de mourir a reçu, mort, les plus bruyants\nhommages du gouvernement. Vivant, on l'avait chargé de garder,\ndans un coin de faubourg, quelques toiles médiocres ; couché\ndans le cercueil, on l'honore comme l'héritier d'un trône. C'est\nl'usage dans notre pays de traiter ainsi les grands hommes.\n    Heureusement, ces honneurs posthumes n'ont point taché la\ngloire de Conscience. Les Flamands, qui l'ont compris, ont\njeté sur sa tombe de cette terre qu'il a tant aimée et il repose\ntranquille sous le baiser de la mère Flandre.\n\n                                           MAX WALLER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 412, "page_fin": 413, "titre_corps": "L’Idéal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "POÉSIES", "ancre_fin": "GEORGES RODENBACH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MER ROUGE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 481, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 828, "texte": "POÉSIES\n\n            L'IDÉAL\n                  I\nAu printemps, dans le rose éveil\nDes liserons sur chaque haie,\nLa bande des enfants s'égaie\nA jouer avec le soleil.\n\nEnchâssant des débris de glaces\nDans l'argent pâle de leurs doigts,\n— Les rayons accrochés aux toits\nIls les promènent par les classes.\n\nCes lueurs bougeantes ont l'air\nDe grands papillons de lumière\nSur la tristesse coutumière\nDu tableau noir et du mur clair ;\n\nSi métalliques et si frêles,\nSi soyeuses, qu'on croirait voir\nLe mirage dans un miroir\nDe fleurs d'or artificielles.\n\n                  II\nIdéal ! soleil décevant\nDans des ciels éloignés et tristes !\nL'âme na'ive des artistes\nJoue avec toi comme un enfant.\n\n Chacun dans la forme choisie\n Qui pèse entre nos doigts tremblants,\n Nous promenons nos miroirs blancs\n De musique ou de poésie.\n"}, {"page_pdf": 482, "page_imprimee": 413, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 239, "texte": "                    — 413 —\n\n       Et ce soleil, nous essayons\n       D'en projeter à notre envie\n       Sur les murailles de la vie,\n       De mélancoliques rayons !\n                             GEORGES     RODENBACH.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 413, "page_fin": 414, "titre_corps": "Mer rouge (villanelle)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "MER ROUGE", "ancre_fin": "IWAN GILKlN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS PERVERS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 482, "page_imprimee": 413, "debut_caractere": 239, "fin_caractere_exclue": 1344, "texte": "MER ROUGE\n\nLes yeux ensanglantés de pourpre et de carmin,\nCette nuit j'ai noyé le spleen qui me consume\nDans les flots cramoisis d'un océan de vin.\nJ'ai bu. Pour me soûler j'ai bu jusqu'au matin\nLe bourgogne entêtant dont la vapeur embrume\nLes yeux ensanglantés de pourpre et de carmin.\n\nEt voici qu'ivre-fou, liquide pèlerin,\nMon corps danse au hasard, fouetté de rose écume,\nDans les flots cramoisis d'un océan de vin.\n\nPoint de bords. Un ciel rond qu'interrogent en vain\nDans la viduité de sa vaste amertume\nLes yeux ensanglantés de pourpre et de carmin.\n\nSeul un rouge soleil, un soleil assassin,\nLave ses rais sanglants où le meurtre encor fume,\nDans les flots cramoisis d'un océan de vin.\n\nSoudain de chaque vague émerge un front humain :\nFaces d'hommes, d'enfants, où la colère allume\nLes yeux ensanglantés de pourpre et de carmin, —\n\nFaces aux traits crispés de misère et de faim,\nOu que le vice enfla d'un hideux apostume\nDans les flots cramoisis d'un océan de vin.\n\nDu sommeil limoneux de son tombeau marin\nLe peuple des noyés séculaires s'exhume,\nLes yeux ensanglantés de pourpre et de carmin.\n"}, {"page_pdf": 483, "page_imprimee": 414, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 279, "texte": "                    — 414 —\n\nSeigneur, avec ces morts vais-je nager sans fin\nEn la stupide horreur d'une ivresse posthume,\nLes yeux ensanglante ? de pourpre et de carmin,\nDans les flots cramoisis d'un océan de vin?\n                                  IWAN GILKlN.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 414, "page_fin": 416, "titre_corps": "Vers pervers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poésies", "signature_source": "Alfred Pouthier", "ancre_debut": "VERS PERVERS", "ancre_fin": "ALFRED POUTHIER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SQUARE ET MAIRIE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 483, "page_imprimee": 414, "debut_caractere": 279, "fin_caractere_exclue": 1186, "texte": "VERS PERVERS\n\n\n                         I\n\nVraiment oui, je connais une bouche, ô méchante,\nDont les baisers plus chauds que des brasiers ardents,\nChauds comme mes désirs, mordent comme des dents;\nEt dans ta gorge c'est l'Esprit du Mal qui chante.\n\nJe connais des yeux noirs comme la Mort qui hante\nEt fait gémir le cœur des hommes dépendants,\nEt je sais des bijoux jusqu'à tes seins pendants,\nA la voix de métal— fausse mais attachante.\n\nJe sais ta chevelure ondoyante et tes mains\nQui peuvent aisément aplanir les chemins\nEt vous tendre le Rêve en de folles caresses.\n\nOui, mais je sais surtout — et surtout lui m'est cher !\nMême devant ta fougue et devant tes paresses,\nLe parfum suggestif qui monte de ta chair !\n\n                         II\n       Sous l'opulence de tes seins,\n       Fleurs de chair de velours serties,\n       J'ai vu que germaient les desseins\n       Mauvais des Vierges perverties.\n"}, {"page_pdf": 484, "page_imprimee": 415, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1387, "texte": "                     -    415    -\n\n        Dans tes yeux noirs et tourmentants\n        Qui miroitent comme la soie,\n        J'ai vu que luisait par instants\n        Le Mal qui fait toute ma joie.\n\n        Mon cœur que la méchanceté\n        Ravit, que le bien désespère,\n        Sous tes pieds fins, je l'ai jeté,\n        Pour qu'il se guérisse, ô Vipère !\n\n                          III\nTon amour rend pensif comme un soleil couchant,\nUn soleil rouge encor, mais dont l'heure dernière\nParaît proche; en noyant mon front dans ta crinière,\nJe n'en fais plus toujours sortir l'Ennui méchant.\n\nCependant... cependant, résultat peu touchant,\nD'habitude ancienne et d'humeur casanière,\nJ'arrive à croire en toi, pauvre fouet sans lanière\nQui ne fait plus cabrer mon Rêve chevauchant.\n\nJe rebâtis pour moi la beauté de tes formes,\nJe change tes yeux morts et tes jambes énormes\nEn brûlants diamants, en Paros éternel.\n\nEt tandis que mes bras t'étreignent enlacée,\nMon esprit, délivré de tout lien charnel,\nGoûte dans ton baiser la volupté passée.\n\n                          IV\n\n        L'éclat de tes chairs frissonnantes.\n        Le poison de tes yeux lascifs\n        Et les fanfares résonnantes\n        De tes fins bijoux d'ors massifs ;\n\n        Tes lèvres qui, toutes câlines,\n        Paraissent vouloir et s'offrir,\n        Et tes réticences félines\n        Qui doucement me font mourir,\n"}, {"page_pdf": 485, "page_imprimee": 416, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 899, "texte": "                               — 416 —\n\n                  Sans que ton esprit s'ingénie\n                  Ont enlacé mon corps brutal\n                  D'un anneau tordu — d'harmonie,\n                  De parfums lents et de métal.\n\n\n\n                 Laisse moi regarder tes yeux\n                 Où brûle le feu des pensées,\n                 Par qui mon Être peu joyeux\n                 Goûte aux ivresses insensées.\n\n                  Demi voilés ou tournés vers\n                  Un vol de visions hautaines,\n                  Ils sont cruels, tes doux yeux verts,\n                  Comme les vagues incertaines.\n\n                  Mais ils font jouir mon esprit\n                  Qu'émeut aisément l'artifice\n                  Et quelquefois mon cœur se prit\n                  A leur limpidité factice.\n\n                                          ALFRED P O U T H I E R .\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 416, "page_fin": 420, "titre_corps": "Square et mairie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hippolyte Devillers", "ancre_debut": "SQUARE ET MAIRIE", "ancre_fin": "HIPPOLYTE DEVILLERS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE RAT", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 485, "page_imprimee": 416, "debut_caractere": 899, "fin_caractere_exclue": 1553, "texte": "SQUARE ET MAIRIE\n\n   En été, deux choses me réjouissent le cœur : entendre, au petit jour,\nles oiseaux chanter dans les bois ; voir, au soleil, les enfants sauter dans\nles squares, parmi les fleurs.\n   A Paris, chaque square a sa physionomie particulière ; il y en a de mal\nfréquentés où les rôdeurs de nuit se vautrent sur les bancs, il y en a de\npropices aux rendez-vous comme celui de Cluny, — celui du Temple,\nlui, est par excellence le square des enfants; ils sont là chez eux, on les\ny voit courir en grappes ; et, multicolores en leurs charmants accoutre­\nments, ils ressemblent, turbulents entre les fleurs, à d'autres petits\nparterres dansants.\n"}, {"page_pdf": 486, "page_imprimee": 417, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "                                 — 417 —\n   — Je m'étais assis tout en haut du square, tournant le dos à la\nmairie du troisième arrondissement ; et cela pour deux raisons : je\nvoyais ainsi le jardin dans son entier; puis, je l'avoue, la vue d'une\nmairie m'est toujours désagréable. C'est une bâtisse bête, qui sue la\ndéclaration à outrance, et nous rappelle qu'à chaque instant, dans la vie,\naux heures de joie comme aux jours de deuil, il faut, ainsi que pour\nun duel permanent, s'acheminer vers la laide maison — flanqué de\ntémoins !\n   On se marie, — vite, avec quatre habits flambants neufs, on s'en va\nle déclarer à un prud'hommesque maire ou à son adjoint non moins\ngrave, le tout avec force signatures et paraphes; et, à la sortie, les\npetites fleuristes aux grands sarraux de toile, curieuses, affriolantes, de\nrire et de se chuchoter :\n   — « Hein! ma chère, crois-tu? — que d'histoires..! »\n   C'est un heureux ménage. Un an se passe, et un jour le père s'écrie\ntout joyeux : « C'est un garçon !.. va, mon gros, je vais travailler ferme\nà présent, je veux faire quelque chose de toi..! « — La belle-mère dit :\nIl faut aller déclarer l'enfant. » Ah ! oui, c'est vrai, il faut aller déclarer\nque je suis ton père, moutard, je le crois sacrebleu bien !.. mais qu'est-\nce que ça peut leur faire?... enfin allons!., allons!.. » — et l'on rit,\ncar la joie est dans la maison.\n   En descendant, le père emmène le charbonnier d'en bas, Chaumeille ;\npuis, à la mairie, on prend le garçon de bureau, et tous deux signent\net témoignent que monsieur X.. a un fils; quand au poupon, qui s'en\nmoque comme de rien, il est en règle avec la loi. On prend quelque\nchose et le charbonnier dit : « Je n'avais pas remarqué que madame\nvotre épouge était encheinte, vous chavez.. on a chés affaires,., enfin\ntout ch'est bien paché ?.. »\n   — Mais oui, mais oui! — puis le père blague,.. « Vous venez d'attester\nque l'enfant à moi?.. »\n   — J'ai bien confianche en vous, peut-être ! —\n   Le père rentre tard ; il est bien rouge, il a rencontré des amis et fait\ndes haltes prolongées. Sa femme lui tend la main :\n   — Tu es donc bien content ?\n   — Oh ! oui, va, et il est joliment bien déclaré, le petit ! —\n   Les années passent vite ; l'enfant a sept ans, c'est un destructeur de\nfonds de culottes, un incorrigible polisson, mais il apprend bien à l'école\nson maître est content de lui. Les parents sont tout fiers. En huit jours\nune scarlatine l'enlève. Il est là, mort, à peine changé, et le père est dans\nun état de prostration voisin de l'hébétude. En une nuit il a blanchi.\n"}, {"page_pdf": 487, "page_imprimee": 418, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "                                     418 —\n\n On attend le me'decin des morts — le médecin des morts ! quelle sinistre\n ironie ! — Enfin il entre, pressé, indifférent, et demande à voir les\n ordonnances. Alors, seulement, le pauvre père semble s'éveiller et lance\n à cet homme un regard haineux, méchant : — croirait-il, par hasard\n que l'enfant a été mal soigné ? Le médecin examine le petit mort pour\n la forme, signe un bulletin, salue et se retire. Le décès est légal et cons­\n taté, — constaté ! c'est horrible —\n    — Mon ami, — dit doucement à son mari la femme qui est plus\n forte ou a plus de courage que lui, — va faire la déclaration, mainte­\n nant, à la mairie. —\n    — Quoi?., encore! déclarer qu'il est mort,.. Oh! mon Dieu! mon\n Dieu! qu'on me laisse...\n    — Voyons, sois raisonnable, il le faut...\n    La pauvre femme lui donne son chapeau et le pousse dehors ; —\n « Tu prendras, en bas, le charbonnier Chaumeille         » et une fois parti\n la malheureuse mère suffoque. —\n    A la mairie, le père s'embrouille dans les dates et les noms; il déclare\n Pierre Louis au lieu de Louis-Pierre, et le crétin que le gouvernement\n engrillage moyennant dix-huit cents francs l'an, fait des observations ;\nil demande au père si c'est bien Louis-Pierre, son fils, qui est mort.\nLe père a un « oui » qui s'arrête dans sa gorge, et le charbonnier\nrépond, explique, rétablit les noms en leur ordre. Enfin c'est fait,\nle décès est régulier ! — C'est beau, l'administration. Les deux hommes\ns'en vont sans mot dire. Cette fois on ne fait pas de haltes en route, et\nle brave auvergnat qui regarde son voisin pense en son gros bon sens\nqu'il reviendra peut-être bientôt encore dans la laide maison, pour\ny déclarer cette fois que le chagrina tué le père du petit Pierre-Louis\nou Louis-Pierre !\n\n\n   Toutes ces choses dans lesquelles nous avons été tous plus ou moins\nacteurs me trottaient dans la tête, quand je reçus un projectile en pleine\npoitrine : c'était une balle ; elle roula sous mon banc, et le coupable\nou le maladroit, un joli petit mutin, un chef de troupe de quatre à cinq\nans, ne pouvant la reprendre sous mes jambes, se campa crânement\ndevant moi, et d'un ton très gaillard :\n   — Ma balle !\n   — On dit : s'il vous plait, mon ami.\n   — S'il te plait, monsieur !\n   Je donne la balle, on la prend. — « On dit merci, mon gros » —\ndécidément je devenais ennuyeux. L'enfant me regarde une seconde,\n"}, {"page_pdf": 488, "page_imprimee": 419, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2883, "texte": "                                — 419 —\n\nrit délicieusement, et me tire la langue en se sauvant à toutes petites\njambes. — C'est bien fait, monsieur le pédagogue! Je ne sais si je me\ntrompe, mais ce petit bonhomme là ne promet pas d'être dans l'avenir\nun bien chaud défenseur du grand principe d'autorité. —\n   Autant d'hommes en miniature, tous ces moutards. Ils sont tous\ndifférents, à les bien voir : il y a ceux qui tapent toujours et ceux qui\nsont tapés ; ceux qui se revanchent et ceux qui vont larmoyer dans les\njupes de la bonne ou de la maman ; il y a les boudeurs, les braillards, les\ntaciturnes, ceux qui jouent avec tout le monde et ceux qui n'osent pas;\nil y a les partageux de tartines et les égoïstes... — Et les petites filles !\ndes femmes en herbes ; — il y a les sans-soin, et les coquettes, et les\nmaniérées... toutes bavardes.: « Tu sais, madame m'a dit... — et, ma\npetite mère par ci, et ma. robe bleue par là... — c'est le monde de Lilli­\nput. Tous les vices ont de la grâce, mais ils y sont, adorables, et adorés.\n— Quelles joyeuses sauteries ! quelle endiablée furia de jeu ! Et tous\nles grands chapeaux de feutre ou de peluche à lourds glands écarlates,\nles larges ceintures, les rubans, les cols Louis XIII, les passementeries,\nles jupes plissées, les casaques brodées, éblouissent l'œil dans une sara-\nbnnde magique de couleurs, — un sabbat de petits Carolus-Duran !\n   Ils vont, s'entremêlant, entre de longs lacets de laine rouge, des\nattelages, et courent ainsi à perdre haleine ; — un tout petit va\nderrière, égrènant en fraîches cascades son rire argentin,... il court, les\nautres sont loin déjà; lui, court toujours, riant toujours, si bien que\nmaintenant les grands qui ont tourné le parterre se retrouvent derrière\nlui... — l u i , court encore, les grands le redépassent et il continue de\ncourir, heureux comme un roi... — As-tu conscience que c'est la vie,\ncela, petit philosophe? — As-tu l'intuition qu'il n'est rien de bon comme\nde courir droit devant soi, sans but, en chantant sous le soleil ?\n    Devant moi, un plus fluet, l'air doux, trois ans peut-être, jambes nues,\navec de beaux cheveux blonds bouclés, fins, et de grands yeux bleus,\nescalade à grand'peine le très bas entourage en fonte d'une pelouse. Il\nveut attrapper un pierrot qui sautille, en quête de mies de pain. Il s'en\napproche, confiant, tend la main.... mais l'oiseau, du reste peu craintif,\ns'éloigne en quelques sauts. Sans se décourager le ravissant bébé renou­\nvelle vingt fois sa tentative ; c'est une idée fixe ! — Enfin le pierrot\ns'envole et l'enfant le regarde aller, sans colère, avec, seulement, comme\nune grosse envie de pleurer, une peine de ne pouvoir le suivre.\n   Je gage que ce gentil solitaire sera poète !\n   Une jeune femme passe ; elle est tout en noir; deux enfants marchent\nsagement devant elle; ils sont en noir aussi, moins le col blanc. Ils joue-\n"}, {"page_pdf": 489, "page_imprimee": 420, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 616, "texte": "                               — 420 —\nraient bien, eux! mais la mère aura dit : « Tenez-vous » . — C'est triste !\nil faut laisser les enfants rire sur les tombes, c'est plus gai pour les\nmorts\n   Mais ce groupe s'éloigne et se fond parmi les autres, comme une larme\ndans un flot de joie, comme une agonie dans une grande poussée de\nvie !\n   O ! adorables et chers tapageurs : courez, sautez, criez, vivez enfin !\net faites vos plus jolies grimaces à la bâtisse bête qui est devant vous, à\nla laide maison !\n       Aout 1883\n                                HIPPOLYTE     DEVILLERS.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 420, "page_fin": 421, "titre_corps": "Le Rat (monocoquelogue)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Domkiki", "ancre_debut": "LE RAT", "ancre_fin": "DOMKIKI", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE ROMAN D UNE NUIT", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 489, "page_imprimee": 420, "debut_caractere": 616, "fin_caractere_exclue": 1936, "texte": "LE RAT\n                           (MONOCOQUELOGUE)\n\n                   {La scène représente un      Monsieur)\n\n   Ecoutez... vous ne savez pas... moi bien... hier {étonné), mais c'est\nimmense un rat. Je croyais... vous comprenez... grande souris, pas\nméchante, pas de bruit... discrète.., dans les tapisseries, fromages.., très\ngros fromages... oh! oui ! {avec effroi) c'est immense, un rat!\n   (Calmé) Invitation... beau papier... coûte cher, beau papier... écri­\nture de femme... {aimable) » Cher, passer quelques jours château, chas­\nser... pêcher... clair de lune... à cheval... promenade... venez ! »\n   (Bonhomme) Veux bien moi.\n   Arrive, bien reçu... beau château... jardin... parc... grands arbres\navec des feuilles autour... lac... belle dame... un peu... très imperti­\nnente... {avec mansuétude) bonne tout de même.\n   (Cordial) « Comment allez-vous? et votre père? Merci (effaré)... c'est\nimmense un rat !\n   Entrer. Chambre très bien, sent un peu le fumier... pas mauvais...\nles poumons, comprenez... Tout neuf, sent un peu le vernis... on s'y\nfera... ra... (obsédé) c'est immense, un rat.\n   On me colle un poète pour compagnon... pas fâché... poète... sen­\nsible... (avec mielleur) doux... petite fleur... cœur... petit mouchoir...\nsoir... petits toutes sortes de choses,., roses, marquise, exquise, Pom-\n"}, {"page_pdf": 490, "page_imprimee": 421, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2282, "texte": "                                —   421   —\n\npadour... [avec mépris) usé Pompadour... comprenez... Goncourt...\nMe dis: poète... pas dangereux... m'égorgera pas... hum... mais nasil­\nlard quand jabote... Avais peur... nasillard... hum... ronflera... n'ron­\nflera pas... ronfler.a., n'ronflait pas!.. Sauvé... dormirai, bon lit... drap\nfin... coûte cher, drap fin... fait rien... riche, comprenez... avocat...\nsuccès... [réticence) crie trop fort... [affriolé) Petite bonne bien... mais\nmoral moi... [sévère) pas toucher... Poète roulait des yeux ! Moi lui\ndis : \" pas toucher... sage ! » (haussant les épaules) Me répond en vers...\n« petite fleur... cœur... marquise... exquise... Pompadour, usé! Tout à\ncoup... motus! chut! (terreur) c'est immense, un rat!\n    (Calme) Dîner... bon vin... esprit... moi surtout! Poète roulait des\nyeux!... Drôle... café... bon... trop chaud... bon tout de même... Ma­\ndame passer au billard... piano. . musique... poète heureux... jubi­\nlait... gestes tendres... madame pas broncher... Pompadour... usé! ouf!..\nFatigué?..— heu !.. coucher., .(cordialement) bonsoir... bonsoir... seuls...\npoète roulait des yeux... Moi, ôte une bottine... lacets... prend du\ntemps... poète en caleçon... avait l'air bête... moi aussi... (en arrêt)\nchut... rien entendu?., non... quoi? (tranquillisé) rien. Ote caleçon...\njambe dans le lit... poète aussi... belle jambe... queue de billard...\nriais... (peur) chut!., entendu quelque chose... porte... gratté... rien. .\néteins bougie...ah ! (bâillement) ah! bonsoir... bonsoir... ferme les yeux...\n (épouvanté) hein!... gratté plus fort... allumette... bougie... rien en­\ntendu?., oui... poète tout blanc... moi aussi... Un rat...(affollé) c'est im­\nmense un rat! .. (découragé) Plus dormir, rat mordre cors au pied...\n brrr... une heure... deux heures... grattait... moi chanter, avais peur...\n traderidera... traderidera... ra... c'est immense un rat! Poète coura­\n geux... Prend brosse et... moi l'arrête... (sarcasme) Pompadour... usé...\n lui furieux... roulait des yeux... jette brosse... plus gratte... dormir...\n (Baillant) Bonsoir... bonsoir... (éclatant de rire) un rat... (geste de :\n et après'!) c'est immense un rat...\n                                                            DOMKIKI.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 421, "page_fin": 431, "titre_corps": "Le Roman d’une nuit", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Catulle Mendès", "ancre_debut": "LE ROMAN D UNE NUIT", "ancre_fin": "CATULLE MENDÈS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 490, "page_imprimee": 421, "debut_caractere": 2282, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "LE ROMAN D'UNE NUIT\n\n  Nous trouvant récemment à Paris chez l'éditeur Mlle Douce, en\ncompagnie de Catulle Mendès, celui-ci nous montra les épreuves d'une\n"}, {"page_pdf": 491, "page_imprimee": 422, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "                              — 422 —\n\nréédition qu'il va livrer l'hiver prochain de son Roman d'une nuit une\ncomédie ultra-romantique dans la manière de Musset, qui lui valut\nnaguère un mois de prison. A cette réimpression, Catulle Mendès\nioindra une préface des plus intéressantes pour l'histoire du « Par­\nnasse. » Cest cette préface, absolument inédite qu'il a bien voulu nous\ncommuniquer et que nous publions aujourd'hui in extenso.\n\n       A Mademoiselle H. Douce, éditeur,\n\n             MADEMOISELLE,\n\n\n   Vous voulez publier le Roman d'une nuit dans un de ces petits livres\nexquis, chers aux bibliophiles, et que les eaux-fortes de Rops rendent si\nprécieux ?\n   J'y consens volontiers.\n   Oui, il me plaît qu'elle soit réimprimée, cette épouvantable comédie\nqui m'a valu jadis — oh ! comme il y a longtemps, longtemps ! — les\nrigueurs de la justice, et grâce à laquelle — à l'âge ingénu où il est si\ndoux d'aller voir se déshabiller sous les branches les hamadryades de\nMeudon, — j'ai passé un mois dans la morne prison de Sainte-Pélagie,\nsous la surveillance hargneuse d'un guichetier appelé Vert-de-Gris, en\ncompagnie de cochers maraudeurs, de marchands de vin qui avaient\nmis de l'eau dans leur lait, de marchands de lait qui avaient mis de l'eau\ndans leur vin, et de jeunes voleurs de souliers. L'un de ceux-ci mangeait\nde la chandelle avec passion, avait soixante-quatre dents, et s'appelait\nRatier! Qu'es-tu devenu, mon jeune et hideux compagnon de captivité?\nJe t'en ai longtemps voulu, parce que tu m'avais dérobé dans ma pistole\nun mouchoir de batiste, dont les initiales brodées étaient mon unique et\nchère consolation. Pendant que je faisais mon chemin à ma façon, — il\nest des vocations diverses, — tu as persévéré, j'imagine, dans la carrière\ndu vol, tu as escaladé des murs, enfoncé des portes, vidé des tiroirs, des\ncaisses, et des juges sévères t'ont sans doute envoyé à la Nouvelle-Calé­\ndonie ou dans quelque prison cellulaire. Je les approuve, à cause du\nmouchoir.\n    Mais si j'autorise la réimpression de ma comédie, ce n'est pas que je\nla juge bonne! Parfaitement absurde, voilà ce qu'elle est en effet; et peu\n originale, dans sa recherche de l'originalité. Le Roman d'une nuit, c'est\nles Marrons du feu, avec la rime riche en plus, et le génie en moins;\nAlfred de Musset avait accroché au balcon l'échelle de corde par où j'ai\n grimpé jusqu'au boudoir de Bombinella, et mon Antonio a baisé sur les\n"}, {"page_pdf": 492, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "                                — 42 3 —\n\nlèvres de cette folle fille la bouche de la Camargo. Une seule chose dans\ncette bouffonnerie mérite peut-être quelque estime: l'inquiétude de la\nforme; j'espère que quelques lecteurs y reconnaîtront, dans le ton et\ndans l'allure des vers, cette « qualité » spéciale, presque indéfinissable,\ninhérente aux vers de ceux qui ne cesseront jamais d'en faire.\n    En somme, l'œuvre est frivole et médiocre.\n    Mais elle n'est pas coupable, et elle n'est pas dangereuse, non, non\npas, non, mille fois non! A l'heure actuelle, quand je la relis, je me\ndemande avec stupeur où diantre les juges d'autrefois ont pu trouver un\nprétexte pour m'envoyer tenir compagnie au jeune Ratier, qui avait\npresque autant de dents que le dieu bleu Chrichna.\n    Non seulement vous pouvez éditer le Roman dune Nuit, Mademoi­\nselle, mais vous pouvez le lire !\n     Pour ce qui est de moi, je ne parviendrai jamais à me repentir de\n l'avoir écrit.\n     Depuis quand, sacrebleu ! n'est-il plus permis, lorsqu'on a dix-huit\n ans, et que le souper a été gai, et que les femmes ont été clémentes, —\nil leur a suffi, pour être bonnes, de ne pas cacher leurs bras, — depuis\n quand est-il défendu de se divertir après boire, en chantant de folles\nchansons? La joie, c'est de la vertu; la mousse du champagne ne tache\n pas les consciences Oui, c'est vrai, j'ai promené dans les tripots, parmi\nles filles qu'on embrasse et les brocs que l'on vide, des moines peu aus­\n tères ; j'ai fait bavarder des bouffons et chanter des étudiants ; j'ai soulevé\n un peu les rideaux de l'alcôve où soupire un duo d'amour; dans le fan­\n tasque emportement d'une nuit de carnaval, j'ai mêlé les Pierrots avinés\n et les Arlequins ivres ; le sang — comme un vin plus rouge — a coulé\n sur la neige; et peut-être quelque-un de mes extravagants ivrognes\n a-t-il lâché, sans y prendre garde, quelque cynique parole. Où est le\n grand crime, s'il vous plaît? C'est l'ivrognerie de ces fous, et non l'auteur\n lui-même qui parle. D'ailleurs, épées de bois et blasphèmes pour rire.\n Est-ce que l'on croit à ces cadavres ? Vous savez bien qu'après la farce\n jouée, ils vont se lever et rentrer dans la vie réelle ; comme les comédiens\n au dernier acte de l'Illusion comique. Je voudrais que l'on me montrât\n un seul homme un peu intelligent, capable de prendre au sérieux ce cau­\n chemar funambulesque. Hé 1 bon Dieu, n'entendez-vous pas que tous les\n vers de la comédie chantent, comme l'épigraphe de la farce, sur l'air du\n  Carnaval de Venise: tra la, la la, la la, la laire?\n     C'est pourquoi je vois sans peine la réimpression du Roman dune\n Nuit. Le public sait que j'ai été condamné ; je veux qu'il sache pourquoi»\n  Il est inutile d'épargner un ridicule à des magistrats qui ont poursuivi\n"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "                                — 424 —\n\nThéophile Gautier, Gustave Flaubert, Charles Baudelaire, Barbey d'Au­\nrevilly, Léon Cladel et Jean Richepin.\n   Et puis, malgré moi, je l'aime un peu, cette comédie impertinente, à\ncause du temps, du beau temps chimérique où elle a été écrite en quel­\nques folles heures...\n   En ce temps-là, par une belle matinée de juin, — car cette fantasque\nhistoire peut commencer comme un roman, — un être extraordinaire\nprojetait d'interminables jambes sur l'un des grands chemins qui abou­\ntissent à Paris. Si longue que fût la route, ses jambes, certes, en attein­\ndraient le bout ! Maigre, plus maigre qu'à aucune époque il n'a été donné\nà aucun homme de l'être, transparent même, si son étroite redingote,\nquoique amincie par l'usage, n'eût offert encore quelque apparence\nd'opacité, il allait, ses courts cheveux dressés par le vent qui rebroussait\nsa course, sa narine de faune relevée, comme si elle eût flairé quelque\nnymphe prochaine. Parfois, sans s'arrêter, il paraissait écouter le bruit\nque fait sur les cailloux le clair ruisseau qui fuit, et souriait avec un air\nd'attendrissement délicieux. Aux petites hirondelles qui volent, il faisait\ndes signes de menace amicale et arrachait, toujours courant, des touffes\nd'herbes fleuries. Aucun bagage, d'ailleurs. Quoi de plus gênant qu'un\nbagage ? Une poche de sa redingote pourtant, — celle sous laquelle le\ncœur bat, — était renflée comme par quelque paquet. Il marchait tou­\njours avec les allures rectangulaires du Matamore dessiné par Théophile\nGautier. « Qu'avez-vous à déclarer? » lui demanda un employé de l'oc­\ntroi. Le voyageur, fièrement, répondit: « Rien! »\n   Rien, en effet, voilà ce qu'avait Albert Glatigny.\n   D'où venait-il? Son père, un honnête gendarme, — de qui plus tard\nil parlait souvent des larmes plein les yeux et la voix tremblante d'émo­\ntion, bien qu'il fît peu de vers sur les personnes de sa famille, — son\npère, un matin, ne le vit pas s'asseoir à la table patriarcale. Que voulez-\nvous ? une troupe de comédiens vagabonds était passée par la bourgade,\net Glatigny, qui avait quinze ans alors, s'était féru d'amour pour les\ncheveux roux de la soubrette. Son cœur, comme une mouche, s'était\npris dans cette toile d'araignée en or. Mais il fallait gagner sa vie.\n« Vous serez souffleur, » dit Zerbine. Elle lui expliqua ce que c'est que\nd'être souffleur; il ne comprit pas bien et répondit: « C'est convenu. »\nIl rencontra d'abord quelque difficulté dans l'exercice de la profession\nacceptée. Ce n'était pas qu'il ne sût pas souffler, mais c'était qu'il ne\nsavait pas lire. Huit jours plus tard, il avait appris, en soufflant. Oui,\nc'est à force d'épeler les mornes phrases de M. Eugène Scribe ou de\nM. Anicet Bourgeois qu'il retint ses lettres, cet enfant qui plus tard\n"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2760, "texte": "                               — 425 —\n\ndevait egaler en délicatesse et en préciosité les plus subtils ouvriers du\nstyle! L'apprentissage fut amer. Mais du fond de sa niche il voyait\nflamboyer dans l'apothéose du gaz les cheveux dorés de Zerbinette.\nD'ailleurs, un jour, chez quelque bouquiniste, dans une ville où l'on\ncoucha, il s'avisa d'acheter les Stalactites de Théodore de Banville. Dès\nlors, il vécut ébloui! Un poète lui avait révélé la poésie; il voulut lire\ntous les poètes. Il ne s'est jamais rappelé comment il avait fait pour se\nprocurer un Ronsard ; il se le procura. L'ivresse devint irrémédiable et\ns'accrut de jour en jour, à mesure qu'il entrait plus intimement dans la\nconnaissance des chefs-d'œuvre. Afin de lire Virgile, dont André Ché-\nnier lui avait parlé, il apprit le latin. Entre deux portants de coulisses,\nil étudiait gravement la grammaire de Lhomond ! et un soir qu'il souf­\nflait — car il soufflait toujours, regardant du coin de l'œil un livre\nchéri à côté de l'odieuse brochure, — une comédienne en représen­\ntation, au lieu de la phrase attendue : « Non, misérable, vous ne m'ar­\nracherez pas ma fille ! , l'entendit murmurer : Nos patriam        fugimus,\nnos dulcia linquimus arva !\n    Souffleur, comédien, toujours pauvre, jamais triste, combien de\n temps dura cette vie? quatre ou cinq années, je crois. Elle ne semblait\n pas près de s'interrompre, lorsqu'un jour, à Alençon, le vagabond ren­\n contra l'éditeur Poulet Malassis et Charles Asselineau, l'aimable et\n regretté bibliophile. « Il faut aller à Paris, » lui dirent-ils, quand ils\n eurent lu ses premiers vers. « Fort bien, dit Glatigny, j'y vais, » et il\n partit, à pied.\n    Que venait-il faire dans la grand'ville? E h ! parbleu, la conquérir!\n    Alors — c'était vers le commencement de l'année 1861, — il y avait\n à Paris quatre grands poètes: Théophile Gautier, Leconte de Lisle,\n Charles Baudelaire, Théodore de Banville; car celui devant qui s'in­\n clinent religieusement tous ceux qui pensent et qui rêvent, car le Père\n était « là-bas, dans l'île ! »\n    Incontesté, paisible, heureux, Théophile Gautier régnait, regardant\n face à face la calme figure de Gœthe, et peu détourné des visions sereines\n par la nécessité du feuilleton et de la vaine critique.\n    Dans la hauteur de ses rêves, Leconte de Lisle, plus illustre que\n célèbre, s'isolait, n'interrogeant qu'Homère ou Hésiode évoqués sur la\n  beauté de ses poèmes antiques.\n    Charles Baudelaire, qui déjà ravissait de rares esprits, étonnait la\n  multitude des sots; il passait pour quelque peu diabolique, en attendant\n  qu'on le reconnût divin. '\n    Plus imprudent et plus familier, Théodore de Banville jetait sur tous,\n                                                                   32\n"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "                               426\n\nà pleines mains, ses resplendissantes pierreries. Celui-là, il fallait bien\nqu'on le vît, car il éblouissait de tout près. Ce rôle de météore à travers\nla foule obscure l'amusait, et, parmi les auteurs de vaudevilles, d'opé­\nrettes et de mélodrames, il laissait la traînée lumineuse d'un dieu qui\npasse dans le soir.\n   Autour de ces poètes, qui faisait de beaux vers? Auguste Vacquerie,\n en proie au drame et les yeux tournés vers l'île d'où devait revenir 'le\n maître, semblait avoir oublié les strophes et les rythmes ; il s'en est\nsouvenu depuis. Louis Bouilhet s'éloignait trop rarement du théâtre,\nLéon Dierx ne s'était pas révélé encore. Sully-Prud'homme était un nom\nque l'on ne connaissait pas. Ignoré, François Coppée s'ignorait lui-\nmême. Seul, Alphonse Daudet avait publié ses délicates Amoureuses,\nmais le roman bientôt devait le prendre, en nous laissant un long regret.\nHélas ! la fade romance et l'élégie aux rimes pauvres triomphaient!\nFaisant voguer des nacelles dans des cuvettes qui croyaient ressembler\nau lac céleste d'Elvire, repleurant avec des yeux de veau les larmes\ndivines d'Alfred de Musset, quelques hommes — oh ! qu'ils soient\noubliés ! — se croyaient des poètes. De l'art, nul soupçon; de la\nlangue, du rythme, nul souci. Du moins, la tendresse vraie, l'émotion\nsincère, la passion, en un mot, l'exprimeraient-ils parfois? Jamais, et\npas un seul d'entre eux ne posséda une seule des qualités auxquelles ils\nse vantaient de sacrifier toutes les autres.\n   Enfin Glatigny vint, et le premier parmi les nouveaux, à travers ce\nconcert de sanglots enroués, fit sonner les belles rimes avec un bruit\njoyeux de sequins entrechoqués.\n   Mais les sequins de ses rimes, Albert Glatigny ne les avait pas dans\nsa poche, même en menue monnaie. Le poète parisien fut aussi pauvre\nque le comédien de province. Vainement, quelques amis — parmi les­\nquels, au premier rang, Théodore de Banville qui a toujours ranimé\nceux qui défaillaient, — l'encourageaient et tentaient de le secourir. Il\nsouffrait. Mais il ne le disait pas. Pour un dîner de moins dans son\nsobre estomac, pour une déchirure de plus au coude de son habit, il se\nfût plaint, lui qui, en plein hiver, sous les froides toiles, après avoir\nsoupe d'une carotte arrachée dans un champ voisin, n'avait eu un soir\nd'autre vêtement qu'un étrange costume de théâtre, fait avec de vieux\njournaux peints de couleurs brillantes ? Allons donc ! il en avait vu bien\nd'autres, et il espérait certes en voir d'autres encore. Sans soucis appa­\nrents, il arpentait le grand Paris avec ses jambes de sept lieues. Pluie ou\nbeau temps, n'importe, il allait, et toujours, quelle que fût peut-être\nl'anxiété intime de son âme, c'était le même Albert Glatigny, joyeux,\n"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "                                  — 427 —\n familier, conteur de bouffonnes histoires, faisant sauter, à force de rire,\n les boutons de son gilet — quand il restait à son gilet des boutons, —\n fou de passion pour son art et d'enthousiasme pour ses maîtres, amou­\n reux de toutes les femmes, même des plus cruelles, content de tous les\n hommes, même des plus mauvais, empruntant quelquefois cent sous,\n espérant rendre des trésors ; probe d'ailleurs, hautain parfois et n'en­\n tendant pas raillerie sur certaines choses, et brave au point que le jour\n de son premier duel, se souvenant de ses mésaventures de comédien\nquand il créait en province quelque rôle nouveau, il s'écria, comme la\n balle de son adversaire lui passait près de l'oreille avec un petit bruit\nvif : « Je serai donc sifflé à toutes mes premières ! »\n    Une joie le soutint dans ces pénibles jours; grâce à la générosité d'un\nami. — je remercie ici M. Ernest Rassetti au nom de tous ceux qui ont\naimé Albert Glatigny, — il put enfin voir imprimé le manuscrit qui lui\ngonflait la poche — celle sous laquelle le cœur bat, — le jour de son\narrivée à Paris ; il publia les Vignes folles.\n    Certainement ce premier recueil, fantasque, violent, en désordre, où\nse montrent trop visiblement l'influence directe de Théodore de Ban­\nville et pafois celle de Charles Baudelaire, ne saurait être comparé aux\nvers achevé plus tard par Glatigny, lorsque, viril et devenu grave, moins\npeut-être à cause de ses longues souffrances qu'à cause du bonheur de\ns'en voir consolé par une aimante et dévouée épouse, il put recueillir son\ncœur et son esprit dans des poèmes plus proches de la sorte de perfec­\ntion à laquelle il lui était permis d'aspirer. Mais à l'époque où il fut\npublié, ce livre, dépourvu de la niaise sensiblerie qui déshonorait alors\nla poésie et révélant un artiste soucieux des nobles formes, dut paraître\nremarquable et l'était en effet. Il conserve l'honneur de marquer une\ndate heureuse dans l'histoire poétique de ces dernières années.\n   Or, vers le même temps — c'est du plus loin qu'on se souvienne, —\nun autre jeune homme, appelé Catulle Mendès, tout frais arrivé de sa\nprovince et que n'avaient pas fait connaître quelques vers publiés çà et\nlà, venait de fonder une revue littéraire, la Revue fantaisiste. Albert\nGlatigny s'avisa de l'aller voir et de lui apporter les Vignes folles. Une\ndédicace au crayon disait :\n                    Voici les vers que dans mes courses\n                    J'ai faits au hasard du chemin,\n                    Ainsi que l'on boit l'eau des sources\n                    Dans le creux brûlant de sa main.\n\n  Le jeune homme de province lut le livre et fut émerveillé.\n  — Vous êtes un poète ! dit-il le lendemain quand il revit Glatigny.\n"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "                                 — 428 —\n\n      Celui-ci répliqua :\n      — Vous en êtes un autre !\n      Ces injures échangées, les deux jeunes gens se serrèrent la main, et ce\n  fut le commencement du groupe qui devait se former ; du groupe —\n  non pas de l'école, entendez-vous bien ! — que l'on a tour à tour appelé\n  les « Fantaisistes, » les « Impassibles, » — oh! dites-moi pourquoi?\n  — que l'on a nommé plus tard les « Parnassiens » ; de ce groupe si\n  longtemps repoussé, raillé, bafoué, qui a exercé cependant une si mani­\n  feste et si profonde influence, non seulement sur la poésie, mais sur toute\n la littérature de ce temps ! Et ceux-là même qui disent non, en se fâchant,\n savent bien que je dis vrai.\n     Vous en souvenez-vous, mes camarades de jadis, mes amis de main­\n tenant, car la vie, qui sépare les autres hommes, n'a fait que mieux nous\nunir, nous, poètes ! — vous en souvenez-vous, de la petite Revue fraîche,\ntéméraire, jolie, à la couverture pimpante, dont nous étions les imper­\ntinents Buloz, dans l'âge invraisemblable où Chérubin se borne encore à\nembrasser l'écorce des arbres ? La Revue fantaisiste était la Revue bien\n nommée ; toutes les jeunes et folles audaces, elle les avait, narguant les\n pédantismes et les sottises, pouffant de rire au nez des Philistins,\n bafouant les railleurs, ces bourgeois plus méchants, et ne comprenant\nici-bas que deux choses, qui sont tout à la vérité : la Poésie et la Joie !\nPour moi, lorsque je songe à elle, c'est toujours avec un doux tremble­\nment au cœur et avec un doux sourire de tendresse, comme un homme\nqui, au milieu des angoisses, et même du bonheur, se souvient de sa\ncrémière amourette.\n    J'y pense aussi avec fierté.\n    Car elle eut, cette folle, le courage magnanime, et qui parut étrange,\nde faire l'émeute des vers, des véritables vers, contre ce roi, le sentimen­\ntalisme élégiaque, et cette reine, la Faute-de-français ; car adoratrice\neffrénée du Génie et de la Passion, elle célébra de toutes ces chansons\nde jeune oiseau, le Maître suprême alors exilé, et défendit, elle seule,\nde toutes ses petites griffes, l'œuvre de Richard Wagner, alors, incom­\nprise ; car elle eut la gloire d'être approuvée et patronnée par ces hauts\net purs esprits: Théophile Gautier, Charles Baudelaire, Théodore de\n Banville, et l'honneur de rechercher ou d'accueillir, de révéler à ce petit\nnombre qui est bientôt le grand nombre, la plupart des jeunes talents\nque la France admire aujourd'hui ; pour ne point parler des poètes —\nelle eut tous les poètes ! — c'est sous la couverture satinée et couleur\nd'or de la petite Revue, qu'Alphonse Daudet, peu illustre encore malgré\nles Amoureuses, publia quelques-unes de ses exquises fantaisies, que\n"}, {"page_pdf": 498, "page_imprimee": 429, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "                                — 429 —\n\n Jules Claretie — vous rappelez-vous, mon cher confrère, les Amours\n d'une Cétoine? — glissa, presque hésitant, ses toutes premières lignes,\n que Léon Cladel, farouche improvisateur, — mais quel artiste, à pré­\n sent I — enferma, ainsi qu'on met des tigres en cage, ses plus formi­\n dables nouvelles, qui mordaient et déchiraient les feuillets. Ah! comme\n  nous sommes vieux déjà ; mais comme nous sommes jeunes encore !\n     C'est dans le bureau de la Revue fantaisiste que j'ai vu Sully-Pru­\n  d'homme pour la première fois.\n     Un lieu passablement extraordinaire, ce bureau. Des tentures de\n  Perse, vertes et roses, qui riaient à l'œil avec un air de prairie, s'éton­\n naient de l'acajou des armoires et des tables; une chaise-longue, au\n fond, qui ne s'ennuyait pas toujours, boudait le fauteuil de cuir et le\n cartonnier plein de poèmes. Presque un salon, qui aurait bien voulu\n  être un boudoir.\n     C'était là que tous les jours, l'après-midi, vers trois heures, venaient\n Théodore de Banville, nous offrant, dans sa bonté de jeune maître, les\n éblouissements de sa verve lyrique et parisienne, — Orphée et Balzac\n mêlés; Charles Asselineau, aux cheveux doux, longs, déjà gris, ayant\n aux lèvres ce sourire ironique et tendre, que Nodier seul, avant lui,\n avait eu ; et Charles Baudelaire, svelte, élégant, un peu furtif, presque\n  effrayant à cause de son attitude vaguement effrayée ; hautain d'ailleurs,\n  mais avec grâce, ayant le charme attirant du joli dans l'épouvante, —\n l'air d'un très délicat évêque, un peu damné, qui aurait mis, pour un\n voyage, d'exquis habits de laïque ; Son Éminence Monseigneur Brum­\n mel. Là aussi, Albert Glatigny, avec sa vagabonde faconde, un poing\n sur la hanche, la cravate défaite, le gilet trop court, — ô ignorance en­\n têtée des bretelles ! — nous récitait, ayant aux lèvres son rire de jeune\n faune amaigri par les tendresses des nymphes, ses amoureuses strophes\n aux rimes retentissantes comme des bruits de baisers ! Mais ce n'était\n pas toujours de littérature que l'on s'inquiétait au bureau de la Revue\nfantaisiste : plus d'une fois, le soirvenu, après les graves maîtres partis,\n il arriva\" aux très jeunes poètes — ne ris pas, public, tu les envies ! —\n d'entrer dans le salon de perse rose et verte, accompagnés de muses qui\n peut-être ne savaient pas l'orthographe, mais qui riaient bien aux bou­\n ches diseuses de vers avec les rimes de neige de leurs trente-deux dents !\n     Lorsque Sully se présenta — un matin, — je pris un air très grave\n et presque magistral. Je dus lui sembler d'autant plus ridicule qu'il avait,\n je pense, deux ou trois années de plus que moi. Mais quoi ! n'étais-je\n point, malgré mon menton imberbe et mes cheveux d'enfant, — je les\n ai expédiés, ces cheveux ! — n'étais-je point un directeur de Revue ?\n"}, {"page_pdf": 499, "page_imprimee": 430, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "                                 — 430 —\ntandis que le visiteur n'était, en somme, qu'un « jeune poète » venant\noffrir des vers au recueil que je dirigeais. Ah ! qu'on était gamin ! Le\nsouvenir de ces enfantillages-là, aujourd'hui, nous amuse.\n    Mais Sully-Prud'homme m'étonna,\n    Doux, calme, grave, vêtu avec une correction qui, pour un obser­\nvateur subtil, aurait dû être le pronostic déjà du futur habit à palmes\nvertes, il parlait d'une voix lente, lointainement sonore, comme si on\nl'eût entendue d'une chambre voisine, ne faisait guère de mouvements\n— seulement des gestes de politesse, qui saluent, tendent la main un\npeu, ne se rétractent pas, mais se restreignent, — n'était pas timide,\nmais modéré, mais paisible, avait dans toute son attitude comme un\nennui d'être vu, comme une recherche de solitude, et, dans sa parole\n parlée presque à regret, un infini désir de silence ! Dans ses yeux,\n presque tristes, purs comme des yeux de jeune fille, se peignait tout le\n rêve des aspirations sacrées et des mourantes tendresses.\n     Tel je l'avais vu autrefois, tel à peu près, je l'ai revu, non pas vieilli,\n virilisé, il y a peu de mois, chez Victor Hugo.\n     Toujours cette paix, cette calme réserve, ce charme poli, qui a des\n reculs de sensitive; toujours, dans les regards, ce rêve qui s'isole.\n     Et qui sait si ce n'est point à cet éloignement instinctif de l'éclat, à\n cet amour du silence et de la bonne solitude, que Sully-Prud'homme a\n dû en grande partie sa belle renommée? Pour se faire distinguer parmi\n la foule, le meilleur moyen n'est pas de faire de grands gestes ni de\n  mener plus grand fracas que le vulgaire des passants ; on est tenté,\n parmi les pêles-mêles et les brouhahas, de suivre de plus près celui qui\n marche à pas sourd et d'écouter, en tendant l'oreille, celui qui parle à\n voix basse.\n     Hélas ! la Revue fantaisiste, où le Roman d'une Nuit avait été publié,\n  ne survécut pas longtemps à la condamnation de son directeur. Malgré\n  la très spirituelle et très généreuse plaidoirie de Me Lachaud, elle dut\n  payer l'amende; et comme elle était peu riche...\n     Mais elle eut de joyeuses funérailles! C'est mon procès que je veux dire.\n     Comme nous étions assez fantasques, nous, les néo-romantiques, le\n  prétoire, ce jour-là, présenta un aspect qui ne manquait pas de pitto­\n  resque. Certes les maîtres — Méry, Léon ,Gozlan, Gustave Flaubert,\n  Charles Baudelaire, Théodore de Banville, Philoxène Boyer, — qui\n  étaient venus à l'audience pour me donner un témoignage de sympathie\n  dont je serai éternellement fier et pour me défendre par l'autorité de leur\n  présence, portaient des habits d'une convenance irréprochable et gar­\n  daient un maintien parfait. Mais les nouveaux Jeunes-France, hardis et\n"}, {"page_pdf": 500, "page_imprimee": 431, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1083, "texte": "                               -    431   -\n\n\nfougueux, se gardaient bien d'avoir de ces modesties; beaucoup de têtes\ndéfiaient les Philistins chauves par l'abondance effrénée des chevelures,\nbeaucoup de cravates violentes éclataient sur la .blancheur des chemises,\nbeaucoup de gilets offensaient les yeux bourgeois par des flamboiements\nécarlates ; et c'était, à la IXme chambre, comme un coin du foyer de la\nComédie Française le premier soir de Hernani.\n   D'ailleurs, si je fus condamné, je ne fus pas sifflé.\n   Quand le substitut du procureur-impérial eut achevé de lire d'une voix\nretentissante — en accompagnant les vers de commentaires furibonds,\n— l'un des trente-six passages incriminés de l'ouvrage, des applaudis­\nsements éclatèrent.\n   L'orateur leva la tête, triomphant.\n   Mais il comprit vite son erreur et sa joie fut de peu de durée.\n   Ce n'était pas sa harangue que l'on applaudissait : c'étaient mes vers !\n   Veuillez agréer, mademoiselle, l'expression de ma respectueuse\nsympathie.\n                                               CATULLE MENDÈS.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 431, "page_fin": 438, "titre_corps": "Le Salon de Gand", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "I R", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 500, "page_imprimee": 431, "debut_caractere": 1083, "fin_caractere_exclue": 2123, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n                                    I.\n                        LE SALON DE GAND.\nI. Wittamp — Van den Bussche. — Van Beers. — II. Asselberghs. — Mon-\n   tigny. — Coosemans. — Marie Collart, — Xavier De Cock. — Claeys.\n   — Théo Van Rysselberghe. — Fernand Khnopff. — Frantz Charlet. —\n   Dario de Regoyos. — James Ensor. — Van Struydonck. — Delvin. —\n   Delsaux. — Goethals.—Willy Schlobach. — de Lalaing. — III Constantin\n    Meunier. — Verwée. — Roelofs. — Gabriel. — Crépin. — Meyer. —\n   Rosseels. — Terlinden. — Verhaeren. — Heymans. — Courtens. —\n   Théodore Hannon. —IV. Mlle Beernaert. — Mlle Héger.— V. de Braeke­\n   leer. — Verhaert. — Stobbaerts. — Farasyn. — Théodore Verstraete. —\n   Claus. — De Jans. —Ooms. — Van Aise. — Heins. — Denduyts. —\n   Wijtsman. —Van den Eeden. — Scribe. —Maeterlinck. — Tydtgat. —\n   de Kesel.\n                                     I.\n  Avez-vous vu les envois de MM. Witcamp et Van den Bussche ? M. Wit­\ncamp doit être quelque vieux peintre, toqué de peinture dite historique\n"}, {"page_pdf": 501, "page_imprimee": 432, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3214, "texte": "                                  -    432    -\n\net gâchant, sous prétexte de célébrer les « fastes nationaux « de la belle et\nsolide toile, là-bas, dans un garni de sa bonne ville d'Anvers, entre un chat\nqui ronronne et un canari tout déplumé qui ne chante plus. Quant à\nM. Van den Bussche, il a versé jadis dans les sujets tragiques — et je me rap­\npelle de lui un Napoléon effrayant, revenant de Russie, ventre à terre — mais\ndepuis quelque temps il est sorti des batailles et des carnages, pour cultiver les\nparterres du tableau de genre.\n    Leurs deux envois sont des spécimens d'horreurs picturales. Ils servent de\ntypes aux autres; ils marchent à la tête du cortège interminable des' croûtes ;\nils concentrent à tel point la gaucherie, la béotisme et la bêtise, qu'ils font\ntrouver superbes, le premier les Bestene, les Geets, les Van der Ouderaa,\nl'autre les Cap, les Col et les Bok. Mais ils sont aussi des antidotes. Eux\ndigérés, on peut regarder impunément tous les coins et toutes les frises. On\nne voit rien de pis. Et c'est une bonne précaution à prendre par ce temps de\nfavoritisme officiel où ce qu'il y a de plus médiocre dans l'art expose à Gand,\ncorrompt le goût et — viens que je t'embrasse ! — est médaillé.\n   Donc M. Witcamp cloue à la rampe l'Arrestation de Marnix et M. Van\nden Bussche Serments éternels.\n   Un drame à crever de rire, le premier tableau. A mi-côte d'un monti­\ncule vert-pomme, des soldats se jettent sur Marnix et le capitaine Jean Pettin\n(c'est la notice qui me fournit ce nom). Jean Pettin pique une tête dans le vert-\npomme, mais Marnix, lui — sabre de bois et pistolet de paille ! — leur jette\nun de ses regards en fer-blanc, qui dans l'esprit de M. Wittcamp à pour devoir,\nje crois, de couper un homme en deux. Les soldats, contre toute attente, restent\nentiers. D'autres même, nullement interloqués, dévalent prêter main forte, et\ncela de la façon la plus folichonne du monde — à cloche-pied. En présence\nd'une telle agression, on devine que Marnix finira par se laisser faire et c'est\nau fond ce que désire M. Wittcamp pour légitimer le titre donné à sa toile.\n    Les Serments éternels de M. Van den Bussche n'ont, par opposition, rien de\nterrible. C'est de l'idylle, de la limonade, de l'orgeat... de l'amour. Deux\namoureux gravent le mot «toujours «dans l'écorce d'un chêne, tandis que,\nauprès, passe une jeune veuve avec son enfant. L'enfant pourchasse des papil­\nlons. Une église s'aperçoit au fond d'une allée d'arbres.\n    M. Van den Bussche a sans aucun doute visé à être profond. Il a voulu\n résumer la vie humaine, peindre en penseur, en philosophe, en moraliste.\n    Que les muses de la Romance et de la Sentimentalerie tiennent M. Van den\n Bussche en leur sainte garde, mais là, d'honneur, jamais je n'ai vu peinture\n plus stupide, plus nulle, plus insultante à l'Art que la sienne. Rien — ni\ncouleur, ni dessin, ni relief, ni impression. De la sauce jaune mêlée à du jus\nbrun; ci et là, un ton malade, étique, bête; puis, passant sur le tout, un blai­\nreautage avachissant, dégradant, honteux.\n    Dieu ! qui nous délivrera de la peinture de genre et d'histoire ! Car, ainsi\nque je l'ai dit, je ne cite MM. Wittcamp et Van den Bussche qu'en exemples,\n"}, {"page_pdf": 502, "page_imprimee": 433, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3341, "texte": "                                   — 433 —\n\n ne pouvant taper du pied dans l'immense tas de médiocrités qui encombrent le\n Salon et qui peignent comme eux, soit l'histoire, soit le genre. Ils sont là cent,\n cent cinquante, deux cents, tous Wittcamp, tous Van den Bussche à peu de\n chose près, tous également communs, ridicules, à côté ou plutôt à dos de\n l'art. Ils encombrent les halls, ils débordent à la rampe, ils grimpent aux\n frises, ils nichent partout. Et c'est à eux qu'on doit attribuer l'énervante\n impression de banalité qui sort de l'exposition entière, mêlée à un agacement\nsourd qui incite à cravacher toute cette peinture et à donner raison à ceux qui\nla corrigent, comme la Sirène, à coups de canif. Car M. Van Beers lui aussi est\ndès leurs. Son Retour du gand prix est tout à fait mauvais. C'est de l'art\npitoyable, de vingtième ordre; ce n'est plus même un pétard. Cette machine\nlà le condamne définitivement et exclusivement à l'admiration des bourgeois ;\net la demi-réussite du portrait de Benoît ne fera changer personne d'opinion\nà cet égard. Le peintre a représenté le musicien anversois, affaissé dans un fau­\nteuil profond, avec une multitude de bibelots autour. La pose est bonne, mais\nquelle idée d'entourer le beau et puissant maître flamand, un vrai mâle, de\nbabioles et de fanfreluches ? C'est un non-sens et un grave défaut de conception.\n    Je voudrais dire à l'occasion des envois de M. Van Beers quelques mots sur\nles peintres-photographes. Ils augmentent d'année en année, d'exposition en\nexposition. Ils accouchent de tableaux où tout semble figé, où tous les person­\nnages semblent arrêtés comme, à Londres, quand, pour cause d'encombre­\nment, un policeman lève la main. En voulez-vous un spécimen complet?\nVoici une toile intitulée : Le Matin, rue Treurenberg à Bruxelles. Cette toile\nà toutes les apparences d'une photographie et à première vue, grâce à sa tona­\nlité pâle, on pourrait confondre. Tout y est posé, placé, immobilisé. Le motif\nparaît taillé dans un bloc de craie ou de plâtre. Cela est raide, commun, banal,\nne reflète en rien une préoccupation d'artiste, ne laisse aucune trace de main\nadroite ou malhabile; cela est mort. Je ne sache pas de machine plus cynique.\n    Il faudrait que tous ceux qui ont souci de l'art se gendarmassent (superbe !)\ncontre de telles toiles, il faudrait que les peintres qu'on est convenu d'appeler\npeintres-photographes ne fussent plus reçus dans les sociétés artistiques, il fau­\ndrait les mettre dehors, impitoyablement, si autrefois grâce à des œuvres\nmeilleures ils s'y étaient introduits, il faudrait surtout que les commissions des\nsalons triennaux se fissent hérissés, impitoyables, hostiles, considérant de sem­\nblables envois comme une injure faite à leur probité, à leur dignité et à leur\ngoût. On peut diamétralement différer d'appréciation à l'endroit de peintures,\nsoit idéalistes, soit réalistes, soit modernistes, mais à l'égard de la peinture\nphotographique, artistes et bourgeois, gens de progrès et gens de routine, gens\nd'académie et gens d'art libre, devraient être unanimes de sentiment, et rivali­\nser de colère et de dégoût.\n                                          II\n  Chose étrange, il suffit de nos jours qu'un artiste atteigne l'époque de l'épa­\nnouissement entier de son talent, pour qu'il décline et se perde. Ce phénomène\n"}, {"page_pdf": 503, "page_imprimee": 434, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3282, "texte": "                                  — 434 —\n\n désorientant se vérifie chez une foule de peintres belges et même chez les\n français. Depuis deux ou trois ans, on assiste à des dégringolades nombreuses,\n à des chutes sérieuses, à des éclipses inattendues. Bien qu'il m'en coûte, je\n citerai en exemples : Asselberghs, Montigny, Coosemans, Marie Collart,\nXavier Decock et Claeys, tous peintres de vraie souche, de bon terreau, de\nréel mérite, tous renommés. Examinez leurs envois à Gand.\n    La peinture d'Asselberghs est rude, pierreuse, déplaisante, froide, commune;\ncelle de Montigny sèche dès qu'elle veut être\" lumineuse, noire dès qu'elle\ns'avise de rechercher la délicatesse des tons par les temps gris ; celle de Coose­\nmans porcelaineuse, métallique, émaillée; celle de Mme Collart, saucée de\nvert cru, juteuse, fondante ; celle de Xavier Decock, grossière, sans distinc­\ntion et sans poésie, celle de Claeys miroitante, aveuglante, multicolorée comme\nun arlequin.\n    Heureusement les jeunes montent, alors que d'autres descendent. A\nmain droite, aussitôt qu'on entre au Casino, voici En West-Flandre de Van\nRysselberghe. Tableau bien conçu, rendant à merveille le terrain et l'air de la\ncôte flamande. Des trois personnages qui en occupent le milieu, je préfère le\ngamin, un gamin loqueteux, hirsute, abruti, croqué dans une pose admirable\nde vérité et de rendu. Quelles que soient les autres qualités de l'œuvre, ce\ngamin là les fait oublier par le puissant fluide de réalité qu'il dégage. Le marin\net la pêcheuse peuvent prêter flanc aux critiques, mais ce gamin, à lui seul, ce\ngamin planté en toute sincérité sur la toile, hausse l'artiste au rang des rares\npeintres qui savent pénétrer l'âme des choses et des êtres, et l'exprimer toute\nchaude, toute vraie, toute vivante. M. Van Rysselberghe a d'ailleurs la spécia­\nlité de réussir à peindre toute l'intensité des hébétudes, des dégradations et des\navachissements dans l'homme. Qu'on se rappelle ses Fumeurs d'opium à « l'Es­\nsor. » Son autre tableau le Soir est une vision reposante et mélancolique de\nnature vespérale, d'une harmonie de tons parfaite. Il est fâcheux toutefois qu'on\nl'ait flanqué d'une statue l'Ivresse qui empêche de la bien voir. Pourtant tel\nqu'il est, il entre tout entier dans le souvenir, avec sa grande vieille, debout\ndans la nudité de l'avant plan, avec son air d'une si admirable justesse et son\nfond de village assoupi — s'endormant dans le vague.\n    Tout en haut, après avoir franchi un grand escalier, une salle de dessins,\n une autre d'aquarelles, on arrive dans un boyau ou l'on a relégué A Fosset; Le\ngarde qui attend de M. Khnopff. En écoutant Schumann (œuvre dont j'ai\nparlé dans la Revue moderne, livraison de Mai) se trouve mieux placé.\n    Le nouvel envoi de M. Khnopff est très remarquable. A l'avant-plan, un\ngarde est là, tout près d'un arbre, dans un grand carré vert. Au delà, monte un\ndos de colline ardennaise. Ce fond est un chef-d'œuvre. Il est tellement\nvrai, tellement intime et sincère, il évite tellement l'écueil si à redouter dans\nl'espèce, de ressembler à une carte à échantillons, que je ne crois pas outrer\nla louange en me servant de ce terme. Je ne sais rien de plus poétique et de\nplus original, de plus réussi et de plus consciencieux. M. Khnopff se révèle\n"}, {"page_pdf": 504, "page_imprimee": 435, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3286, "texte": "                                  — 435 —\n\ncomme un paysagiste de tout premier mérite ; il est vrai que ses charmants\ntableautins exposés à l'Essor à diverses reprises, nous avaient préparés à ce\nsuccès. Quant au garde qui attend et à l'arbre montant tout droit à ses pieds,\nils ont quelque chose de hiératiquement raide, qui me semble grandir l'œuvre\nau lieu de la faire tomber, comme on le prétend, dans la fumisterie et la blague.\nIl est d'ailleurs évident que la nudité de l'avant-plan fait valoir le fond.\n    L'Enterrement qui passe de M. Frantz Charlet intrigue à première vue, mais,\nle sujet connu, l'attitude des personnages s'explique à merveille et plus on\npénètre dans l'intimité de l'œuvre, plus on l'admire. Et d'abord quelle excel­\nlente facture et quelle finesse et quelle distinction de tons ! Et ensuite combien\nce jour sombre est enveloppant et doux. L'impression — cette âme du tableau\n — est donnée à bout portant, elle arrête, elle saisit. Ces enfants figés dans\n l'étonnement, cette petite fille raide, et, là-bas, ce pauvre vieux ôtant d'une\n façon si bonhomme et si gauche son bonnet, tout cela est de l'excellente de la\n vraie et de l'humaine observation. Rien qui sente la charge, mais tout qui sent\n la vie. Les Faucheurs, du même, sont moins réussis. M. Charlet a tapé à côté —\n cela arrive aux meilleurs.\n    Dario de Regoyos, qui exposait avec lui à l'Essor lors de leur retour\n d'Orient, tient la rampe avec la La plage d'Almeria. Cette toile est connue de\n ceux qui suivent les exhibitions d'art à Bruxelles. Elle possède de très belles\n qualités de rendu, elle est d'une superbe lumière lunaire, toute électrique de\n clartés bleues.\n     On a hissé Ensor jusqu'aux frises. Patience, un jour viendra où il sera jugé\n  digne d'une meilleure place. Chez Miss — c'est le titre de sa nouvelle œuvre —\n  possède tous les mérites d'art qu'on lui reconnaît d'ordinaire. Jour excellent,\n  intimité, vie, exécution large, indiquant une sûreté et une audace de maître.\n  Le sujet est tout simple : une femme joue du piano, un jeune homme l'écoute.\n  Et pourtant à travers cette donnée si « première venue ». nous sentons notre\n  vie, notre existence, notre train-train journalier qui filtre. Nous revivons une\n  de nos heures défuntes ; nous avons le souvenir d'une visite analogue faite\n  quelque part dans un salon bourgeois, l'après-dînée, alors que pour répondre\n  à notre prière, la miss de la maison se met au piano et nous joue du Mendels­\n  sohn ou du Schubert. Et c'est là le rare et glorieux don de cette peinture,\n  d'être une évocation de vie telle, que d'emblée elle nous fait entrer pour ainsi\n  dire comme acteurs dans la scène\"représentée.\n     Voici encore des jeunes : Van Struydonck, Delvin, Delsaux, Goethals, qui\n  tous marchent vivement de l'avant ainsi que Willy Schlobach, de qui la Route\n  abandonnée a de rares qualités d'impression et de plein air. Une étude du\n  même: une Barque, est robustement enlevée et fait deviner quel solide brosseur\n  et quel peintre vigoureux l'avenir couve en Willy Schlobach.\n     J'allais oublier de Lalaing, qui expose Enfant au bain, peinture moins\n  remarquable que ses portraits de l'an dernier, mais néanmoins superbe en\n  bien des points. Le torse de la petite fille est admirablement modelé et les\n"}, {"page_pdf": 505, "page_imprimee": 436, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2880, "texte": "                                   — 436 —\naccessoires : le lit et les rideaux et la chaise parfaitement rendus. Par contre,\nles bras ne sont pas assez travaillés et les jambes sont rouges, au point de\nrendre l'œuvre un tantinet commune.\n\n                                        III\n   Je citais au début du paragraphe précédent la litanie des peintres, arrivés à\nmaturité, qui perdaient pied. Ils sont nombreux; en voici pourtant qui font\nbonne exception et se maintiennent encore « tout debout sur leurs grands\nétriers. »\n   Et d'abord Meunier. La Fabrique de tabac à Séville est d'un ensemble et d'un\ngroupement parfait ; de beaux types de femmes canailles apparaissent aux\navant-plans et le couple de cigarrières debout, à droite, est superbe de main­\ntien et d'allure. C'est presque de la sculpture tragique. Il y a dans l'œuvre entière\ndu mouvement, de l'activité, du brouhaha.Tout ce monde peine, jacasse, grouille,\nvit. Parfois un peu d'exagération, et coupant la toile, une trainée de soleil\nqui ressemble plutôt à un volant d'usine qu'à une danse en ligne de poussières\nd'or. Mais, somme toute, belle et artistique peinture, ruisselante de caractère\net de personnalité et digne d'un Musée, bien qu'il soit préférable que l'Etat\nachète un groupe de mineurs ou une scène de notre borinage, que Meunier\nrend en maître.\n   Ensuite Verwée, au moins le Verwée des Deux jeunes taureaux luttant. Les\nanimaux dans une mare sont de bien moindre qualité. La pose du taureau roux\nest superbe et de très grande allure, le noir a l'arrière-train gauchement\ndessiné, mais la tête est brossée et traitée bellement. Le fond du paysage est\ncru, tandis que l'avant-plan rend à merveille le sol sablonneux et pâle des\ncôtes flamandes.\n   Ensuite encore: Roelofs, Gabriel, Crépin, Meyers, Rosseels, Terlinden,\nVerhaeren, qui dans des genres différents soutiennent leur réputation acquise\nde bons peintres. Ils ont envoyé, les uns des sites, les autres des sous-bois,\nd'autres des natures-mortes, d'autres des vues de rivière et de ville, tous de\nbons et artistiques morceaux, résistant à la critique comme une solide carcasse\nà la dent des chiens.\n   Heymans, lui aussi, reste le magnifique artiste, un des plus puissants et des\nplus riches en talent que nous possédions. A preuve ses deux tableaux déjà\nexaminés dans cette revue' lors de leur apparition au Cercle Artistique de\nBruxelles.\n   Reste Courtens que je range peut-être un peu hâtivement dans la présente\ncatégorie, mais il y est en si bonne compagnie qu'il ne pourra s'en plaindre,\nnon plus que Hannon dont le Déjeuner anglais a été analysé et loué dans la\nRevue moderne au mois de mai dernier.\n   Courtens envoie une marine : Départ pour la pêche et un paysage, Dans les\nchoux, avant midi. Ces deux œuvres sont belles, très belles ; surtout la seconde,\noù se prouve une vigueur de pinceau et une robustesse d'art étonnantes. La\n"}, {"page_pdf": 506, "page_imprimee": 437, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "                                  — 437 —\nmarine est peut-être trop crue. Quant aux Choux, ils sont de belle et royale\ncouleur, et le paysage entier, embrumé aux horizons, d'une splendeur etd'une\nvérité vues. Quel beau mâle-peintre que M. Courtens !\n\n                                       IV\n   Il va sans dire, que depuis que les jeunes filles apprennent à peindre, comme\njadis elles apprenaient à jouer du piano, les expositions sont inondées de\ntoiles féminines. C'est comme une pluie de roses ; car presque toutes peignent\ndes fleurs — des fleurs qui ont un langage ! Dussé-je pécher par manque de\ngalanterie, je n'en dirai mot.\n   Les femmes paysagistes sont plus clair-semées. J'ai noté plus haut la déca­\ndence de M me Collart. Mlle Beernaert suit la même voie. Ses tableaux sont\nmoroses, mal venus, couverts d'une buée d'ennui. A l'exposition de Gand,\nparmi les femmes-artistes belges, c'est en définitive Mlle Héger qui tient le\npremier rang, non avec son Etude en Campine, qui est crue et de couleur\ncommune, mais avec son Printemps, très fin, de ton gris, et d'une très excel­\nlente impression. C'est une des meilleures toiles exposées jusqu'aujourd'hui\npar l'artiste.\n                                         V\n\n    Il me tarde de parler de l'Ecole anversoise. A part de Braekeleer, le recul\n est général. Lui se maintient peintre admirable, flamand du XVII e siècle, dé­\nplacé mais compris encore parmi nous, et loué, et applaudi comme pas un.\nSon Broyeur de couleurs est de premier ordre. Cela est digne d'une signature\n illustre et cela vivra comme les Brauwer, les Steen et les Teniers.\n    Mais les autres ! même les meilleurs, les Verhaert et les Stobbaerts ! Celui-\n ci, sauce La première charrette de foin de la façon la plus huileuse ; celui-là,\n toqué on ne sait pourquoi, de la si anti-artistique peinture allemande, semble\n subir dans sa Cour d'auberge flamande l'influence d'un certain Bokelman, fort\ncouru, l'an dernier, à l'exposition d'Anvers. Il y a au centre, un petit person­\n nage assis, qu'on dirait détaché d'un tableau du peintre teuton. Il est en zinc,\nen papier, en tout ce qu'on voudra, mais en chair et en os, jamais. Et tous\nen sont plus ou moins là. Farasyn subit le même esclavage. S a Minque au\npoisson, d\"un ton si criard, si crayeux, si « fer blanc», malgré de réels mérites\nde groupement, est pourri d'art mauvais. Et tous s'imitent, se copient, se\ndonnent la main pour s'en venir à reculons, à travers le bel art flamand, jusqu'à\nDusseldorf ou Munich. Qu'on laisse faire ce voyage aux Cap, aux Boks et aux\nCol, passe encore, mais que ce soit un Verhaert que l'an dernier, tous\napplaudissaient, cela est profondément déplorable. La peinture anversoise va-\nt-elle se germaniser comme la ville, s'alourdir elle aussi et tendre vers l'ima­\ngerie et la pacotille allemandes comme vers un nouvel et fulgurant idéal ?\n    M. Théodore Verstraete continue à nous charmer par de lunaires et poé­\ntiques paysages; M. Claus n'est pas en progrès. Il est trop séduit par les sujets\n"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 438, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3264, "texte": "                                         — 438 —\n\n  enfantins et sentimentaux. De Jans fait de l'orientalisme de chambre. Ooms\n  réexpose un Duc d'Albe que tout le monde connaît et que peu de gens\n  apprécient.\n     L'école gantoise est mieux représentée. Il y a d'abord Van Aise dont le talent\n  muri a produit une œuvre très sérieuse et d'une belle tentative. Il est dommage\n toutefois que ce peintre voie vert et dépare ses meilleures toiles, par la violence\n  et la crudité agaçante de ses paysages. Toutefois Saint Liévin en Flandre\n s'impose, comme une œuvre de puissance et de travail. Dimanche soir est\n plus pénétrant. On s'arrête longtemps devant cet envoi d'un dessin si parfait\n et d'une poésie si intime. Mais le vert ! le vert ! le vert !\n    Voici M. Heins. Son Coin de boucherie est plutôt d'un dessinateur que d'un\n peintre. Cela est très fort comme dessin et difficulté vaincue, mais la facture\n et la couleur ne sont nullement parfaites. Il y a cependant, un quartier de\n bœuf, admirablement traité et qui prouve que M. Heins finira pas réussir.\n    Le chemin d'Afsnè de Denduyts ne plaît que médiocrement. On se demande\n si les tons bleus du fond sont vrais et l'on trouve l'emmêlement des branchettes\n d'arbres un peu trop « toile d'arraignée. »\n    Le défaut de M. Wytsman consiste dans sa facture. On dirait qu'il ligne ses\n toiles, peignant toujours horizontalement. Ses paysages italiens ne me séduisent\n guère. Tous ceux qui connaissent cet artiste, savent qu'il est capable de prendre\n une éclatante revanche, que nous serons les plus enthousiastes à constater.\n    M. Van den Eeden a tiré un sujet de la Dame aux camélias. On déterre une\n morte en présence de son ancien amant. La scène est intitulée: Dernières amours.\nC'est un vigoureux effort et presque une réussite. Il est dommage pourtant que\nla tonalité générale soit sèche. Ensuite la morte devrait être plus... morte,\nelle est trop propre! Mais il y avait à éviter l'horreur, à rendre le cadavre\nprésentable, toutes choses auxquelles je ne songe pas. Somme toute, grand\npas en avant, lorsqu'on se souvient de Il passe.\n    M. Scribe a envoyéun Coin de verger flamand qui est, me semble-t-il, ce qu'il\na produit de meilleur; M. Maeterlinck continue à faire de la peinture bour­\ngeoise et gantoise; M. Tydtgat et M. de Kesel sont figés dans l'officiel, M, de\nKesel surtout, qui accroche à la rampe un des plus mauvais portraits qu'on\npuisse peindre.\n\n   Et voilà en résumé, le bilan de l'exposition. Je ne m'occuperai pas de la\npeinture française, la plupart des toiles envoyées ayant figuré au Salon de Paris,\net je m'abstiendrai aussi de faire des réflexions générales, ces réflexions étant\ntrès souvent de la haute fantaisie débitée sérieusement en cravate blanche et\nen habit noir.,\n                                                                   EMILE VERHAEREN.\n  NOTA-BENE. L'éditeur Adolphe Hoste de Gand a mis en vente le jour de l'ouverture du\nSalon, un excellent catalogue pratique destiné à guider les visiteurs dans le dédale des salles.\nRempli de croquis des meilleurs tableaux exposés, croquis exécutés merveilleusement par\nM. Armand Heins, un de nos meilleurs dessinateurs, ce catalogue, tiré en deux couleurs,\nest une véritable œuvre d'art à conserver. I. 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On y remarque tout d'abord l'absence complète de\nnos plus grands maîtres : Balat, Beyaert, Viron, Poelaert (sauf le Palais de\nJustice, exposé par le gouvernement).\n   On n'y remarque rien de bien saillant; certes nous pouvions donner une\nautre idée de notre art aux étrangers qui ont afflué à l'exposition.\n   Nous avons des choses plus dignes d'être exposées que beaucoup d'insigni­\nfiances qui s'y prélassent.\n   Il y a cependant quelques expositions remarquables et notamment celle de\nBaes (Jean), le président de la société centrale d'architecture qui est bien inté­\nressant, bes dessins sont de véritables aquarelles très artistiques.\n   Je remarque surtout « les tours de Hollande » et une vue d'un pavillon\nd'angle du Palais de Justice de Bruxelles. Tout cela est charmant et d'un ren­\ndu étonnant.\n   Quelques dessins de Dumont, un disparu, sont biens jolis et bien délicats.\n   Une étude tout à fait remarquable, comme conception et comme fini, est\nle projet de cathédrale de De Carte.\n   Signalons aussi dans l'architecture religieuse l'exposition de Van Ysendych\nqui ne manque pas de cachet et d'originalité.\n   Un arc de triomphe de Blomme serait très remarquable s'il n'était si froid\ndans sa sécheresse académique.\n   Qnant à l'entrée monumentale d'un tunnel de De Vestel, c'est hors de toute\nproportion et franchement c'est bien funéraire.\n   Une perle littéraire servant probablement de devise à un projet couronné de\n Gcefs :\n                               Douce est la peine\n                               Quant elle amène\n                               Après tourment\n                               Contentement.\n\n    Si on va en rouler autour des maisons, ce sont les caramels qui vont réclamer !\n    Bien jolis, les plans et dessins de Schadde (station de Bruges). Mais ce\ngothique brugeois, qui est du reste très artistique, ne convient guère et ne\ns'allie pas avec les servfces d'une gare. Luys, éprouvait le besoin évidemment\nintempestif de nous montrer 4 vues de sa Bourse de Bruxelles, ainsi qu'un pro­\njet de monument national que je recommande à M. Brosi pour ses pièces\nmontées. Remarquons en passant un très joli projet de musée national de\n Van Peteghem, mais le rendu en est peut-être un peu dur.\n   Dujardin sous prétexte d'exposer 2 ou 3 villas fort peu intéressantes, en pré­\nsente 2 groupes photographiés dont les plus remarquables ne sont pas de lui.\n"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 440, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 912, "texte": "                                    — 440 —\n   Au dernier moment il doit avoir eu un remords, car il y a une timide tenta­\ntive, à l'encre rouge, indiquant le peu de Dujardin qu'il y a dans ses panneaux.\n   Schoy expose une belle et intéressante étude de décoration intérieure d'une\ngrande richesse de coloris. Très remarquable, sa collection d'art rétrospectif,\nqui est je crois ce qu'il y a de mieux à l'exposition, mais là encore, il y avait\nmoyen d'être plus complet.\n   Signalons encore quelques dessins de Becraene (études d'Italie) et un très\njoli projet de maison particulière de Landa, un jeune qui a beaucoup et de très\nsérieuses qualités.\n   Voilà, au courant de la plume, quelques notes évidemment fort incomplètes.\nJe fais mes humbles excuses aux oubliés d'aujourd'hui, me promettant de les\nrevoir, du reste.\n                                                                CHARDEL.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 440, "page_fin": 444, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 509, "page_imprimee": 440, "debut_caractere": 912, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nLes réimpressions du XVIII e siècle : Les Amours du Chevalier de Faublas,\n  par Louvet de Couvray. Un vol. Bruxelles. A. Brancart, 5.oo; Matinées du\n  Palais-Royal. Un vol. Bruxelles. A. Brancart. 5.00 ; Point de lendemain,\n  par Vivant-Denon, un vol., Bruxelles. A. Brancart, (eau-forte de L. Ri­\n  beaunardy) 3.00; — LaNuitetle      Moment, par Crébillon, fils., un vol,\n  Bruxelles, 4.00;— Courtisane! par Pierre de Lano, un vol. Paris, Rouveyre\n  et Blond, 3.50. — Marie-Queue-de-Vache, par Hector France, un vol, Paris\n  Oriol, 3.50. — Une Lyre, par Frédéric Bataille, un vol., Paris Lemerre.\n  4,00.\n\n   L'étude des moeurs françaises au XVIII e siècle, poussée si loin dans l'histoire\n anecdotique par les Goncourt, et par Taine dans l'histoire philosophique,\ns'achève aujourd'hui avec passion. Les nombreuses rééditions de romans, de\nnouvelles, de pamphlets, entreprises en France par cet éditeur doublé d'un\nartiste: Jouaust, continuées ici, en Belgique, par Kistemaeckers et par Brancart,\nnous font pénétrer dans l'intimité de cette époque inconnue encore il y a trente\nans. On a découvert le XVIII e siècle. La restauration, glorieusement accom­\nplie par les Goncourt pour la peinture et la gravure, se complète de jour en jour\npar la remise en lumière des libelles, des gazettes et des journaux. On a forcé\nles portes secrètes, éventré les placards, fouillé les correspondances, les\nmémoires, les comptes des fournisseurs, tout. On a reconstitué par le détail\nhumble et journalier, par la déduction laborieuse et lente, cette période\nétrange où tous les esprits s'agitaient dans la fièvre inconsciente des révolu­\ntions prochaines. On yoitenfin les coulisses, les dessous, la machination de cet\néblouissant théâtre des pastorales et des fêtes galantes.\n   Ces réflexions me venaient à la lecture des derniers volumes réimprimés par\n"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 441, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3207, "texte": "                                  — 441 —\nBrancart. J'ai là sur ma table une pile de livres réédités par lui, depuis ceux\ndont on cite le titre jusqu'à ceux dont on ne parle pas, de mérite très inégal\nd'ailleurs, mais tous intéressants et utiles, le Faublas de Louvet de Couvray\nles Matinées du Palais-Royal, Point de Lendemain de Vivant-Denon, La Nuit\net le Moment de Crébillon fils, etc.\n    Les deux premières oeuvres, sans valeur littéraire aucune, ne mériteraient\nguère les honneurs d'une réédition, si l'on n'y retrouvait, à travers l'exagéra­\ntion et la grivoiserie une peinture d'un coin de ville ou de société. Là est\nd'ailleurs le seul attrait de ces exhumations intellectuelles, car la gravelure y\nest fade et vulgaire. On peut ouvrir le cercueir : il n'y a plus qu'un squelette,\net l'infection n'est pas à craindre.\n    Les contes de Denonet de Crébillon fils, au contraire, si l'on peut y savourer\nles piments chers aux palais raffinés, ont d'incontestables mérites littéraires.\n Dans la nouvelle de Denon, on remarquera sans doute une pointe de senti­\n mentalité amoureuse peu fréquente chez les beaux esprits du temps. Quant au\n roman dialogué de Crébillon, tranchons le mot, c'est une merveille d'esprit,\n de finesse, d'entortillé, sorte de Dépit Amoureux joué, non pas comme dans\n Molière, par deux enfants novices, mais par deux amants experts et retors,\n artistes en bel air et en roueries. Le sujet rappelle curieusement une des scènes\nles plus.... déshabillées de Mademoiselle de Maupin, où Albert et Rosette\ndissertent théologiquement sur l'amour. Mais autant les phrases de Gautier\n vont droit à leur but, autant les conversations de Crébillon se déguisent, se\n dérobent, effleurent, et scintillent. Cette courte nouvelle est un des plus fidèles\n monuments de la galanterie au XVIII e siècle.\n    Ajoutons que l'édition est une œuvre d'expérience et de goût. Rien de criard\n ni de faux. Avant de donner un régal à l'esprit, les livres de luxe offrent une\n fête aux yeux. Quelques unes des réimpressions de Brancart sont irréprocha­\n bles et peuvent compter parmi les meilleurs ouvrages composés chez nous.\n     Des tentatives de ce genre méritent d'être encouragées. Espérons que nos\n éditeurs belges mèneront à bonne fin leur beau travail de résurrection histori­\n que, et qu'après les œuvres riantes et légères du XVIII e siècle, ils nous pré­\n senteront aussi la littérature de la révolution même, si tragique dans sa\n  niaiserie de pastel aspergé de sang, hideuse et fidèle comme un voile de Véro­\n  nique où la France aurait imprimé son image, dans la sueur et dans la pourpre\n  des agonies.\n                                           ***\n\n    Au rebours de l'éditeur belge que j'ai signalé plus haut, les éditeurs\n Rouveyre et Blond semblent se vouer à la diffusion du roman contemporain.\n Rapidement ils ont pris une large place au soleil. En moins d'une année — et\n j'énumère ces livres au hasard de mes souvenirs — ils ont répandu, à des\n milliers d'exemplaires, des œuvres de haute et sérieuse valeur, telles que les\n Contes de la Bécasse, par Guy de Maupassant, les Ridicules du Temps, par J. Bar-\n                                                                        35\n"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3200, "texte": "                                   — 442 —\n\nbey d'Aurevilly, le Deuxième mystère de l'Incarnation, par Léon Cladel, Jules\n Fabien, par M. Pierre de Lano, etc. etc.\n    Un des derniers romans édités par Rouveyre et Blond est celui de M. Pierre\nde Lano, Courtisane!\n    M. Pierre de Lano n'est pas un inconnu par nos lecteurs. La Jeune Belgique,\nnaguère, a signalé le grand succès de son premier roman: Jules Fabien, aujour­\nd'hui à sa cinquième édition. Et en effet, l'œuvre n'était pas une œuvre\nordinaire. Elle dépassait de plusieurs coudées la plupart des études de la\nseconde génération naturaliste. Il y avait là, malgré quelques redondances de\nstyle et quelques faiblesses de conceptions, une main robuste, presque sûre\nd'elle-même, un sentiment profond de l'humanité moderne, et surtout cette\nqualité qui manque à beaucoup de romanciers de la dernière heure : l'accent\nvital. C'est assez dire en quelle estime nous avons le talent de M. Pierre de\nLano. Eh bien ! à cause de cette estime même, suis-je disposé, quoiqu'il m'en\ncoûte, à ne point lui mâcher la vérité, et à ne point lui déguiser mon avis sur\nCourtisane.' Je le ferai avec toute la rudesse d'un critique... du bord du Danube.\n    Le sujet est usé, vulgaire, — impossible. Après Nana, il fallait une forte\ndose de courage pour aborder encore l'étude de la courtisane. M. Pierre de\nLano s'est embarqué bellement dans cette aventure, et pour montrer qu'il sait\nà l'occasion braver le ridicule, il a fait de sa courtisane — une institutrice.\n    En littérature il n'y a plus d'institutrices. Qu'elles existent encore dans'la\nvie réelle, cela est probable. Toutefois je n'oserais pas l'affirmer. Mais ce dont\nje suis sûr, c'est qu'elles sont mortes pour le livre.\n    Cette institutrice a porté malheur au livre de M. Pierre de Lano. C'est elle\nqui est coupable, non lui. J'espère que la leçon suffira.\n    Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait de belles pages dans Courtisane ! L'œuvre\nd'un écrivain de race, même quand elle est médiocre, — ne l'est pas à la\nfaçon ordinaire. Il y a dans ce livre avorté quelques chapitres pleins de puis­\nsance et de relief, entre autres celui qui clôt le roman. Et la langue, plus\nlâchée que dans Jules Fabien, est encore en certains fragments pleine de force,\nde mordacité et de couleur.\n    Ainsi, cette fin de chapitre:\n    « Cependant, dans le renoncement de ses plus chères espérances, une anxiété\nle tourmentait, une rêverie l'amollissait, et lui volait sa force et son courage.\nIl lui semblait qu'en ses causeries avec la jeune fille, qu'en ses regards tout\n pleins de naïve candeur et de foi, une émotion furtive et voilée était née et\n s'était révélée. Etait-ce de sa part une illusion menteuse ainsi que toutes les\n choses en lesquelles il avait cru ? Il lui semblait que le souvenir de cette émotion\n demeurait entre lui et Hélène, ainsi qu'un lien mystérieux, ainsi qu'un accord.\n Et devant cette certitude d'un amour partagé, d'un amour capable d'embellir\nson lendemain, de le dorer d'un peu de chaudsoleil, sa souffrance était d'autant\n plus grande, qu'il infligeait à cette certitude un démenti désespéré, à mesure\n qu'elle s'affirmait, qu'il arrachait de son cœur cette affection à mesure\n"}, {"page_pdf": 512, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "                                  -    443     -\n\nqu'elle l'étreignait, pareil, dans sa farouche obstination de paria, à ces fous du\nsuicide qui écartent de leurs dix doigts la plaie que le rasoir a faite à leur\ngorge,et qui, saisis du vertige de la mort, déchirent à coups d'ongles, la cou­\nture chirurgicale qui rapproche les chairs. »\n   Pierre de Lano est tout entier dans ce passage, avec ses qualités et ses\ndéfauts, avec sa langue souvent incorrecte, embrouillée, peu serrée, — mais\naussi avec sa passion et sa force.\n   Si le roman de M. Pierre de Lano n'a pas répondu à mon espoir, celui\nde M.Hector France, Marie Queue-de-Vache, m'a horripilé. Figurez-vous\ntoutes les atrocités commises par les curés, les moines et les petits frères\npendant cinquante ans, racontées en un seul volume, concentrées en une seule\naction. Vols, suicides, assassinats, luxure, tout y est. On dirait plus facilement\nce qui n'y est pas. C'est une collection de faits divers, une divagation de\ncommis voyageur' esprit fort. Œuvre de fanatique, qui pourrait être signée\nHomais, — et ce qui est le pis — pleine de talent et de puissance.\n   En écrivant ce livre banal, l'auteur a commis un crime de lèse-idéal d'art.\nLe châtiment ne se fera pas attendre: Marie Queue-de-Vache obtiendra l'ap­\nprobation de M. Francisque Sarcey.\n\n\n                                       ***\n\n\n   Avec M. Frédéric Bataille, nous remontons en pleine poésie.\n   Les abonnés de la Jeune Belgique connaissent depuis longtemps l'auteur\nd'Une Lyre. La plupart de ses Fusains mignons ont paru dans la première\nJeune Revue Littéraire et dans la Jeune Belgique, il y a deux ans. Ils se rappel­\nleront sans doute La Grande Peur, cette pièce pleine de mouvement et de\nlyrisme :\n\n            Ce qui me fait peur, ô toi la Lumière,\n            Ce qui m'épouvante, ô toi, le Soleil,\n            C'est la nuit qui va clore ma paupière !\n\n            C'est le repos froid du fatal sommeil,\n            C'est l'inconnu noir où mon esprit sombre,\n            C'est le temps sans fin, égal et pareil.\n\n            O Matin, j'ai peur des griffes de l'ombre !\n            O rose, j'ai peur des baisers du ver !\n            O pinson, j'ai peur du vieux vautour sombre !\n\n\n            O printemps j'ai peur des neiges d'hiver !\n"}, {"page_pdf": 513, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1849, "texte": "                                 — 444 —\n\n\n  Citons encore\n\n                                   LES CROIX\n\n\n         Je ne passe jamais près de ces christs en pierre\n         Que la piété plante aux bord des grands chemins,\n         Sans qu'un éclair brûlant traverse ma paupière.\n\n         Je crois voir les vrais clous saigner au creux des mains,\n         Et les muscles des flancs crispés par la torture\n         Se soulever avec des efforts surhumains.\n\n         J'entends hurler la haine et blasphémer l'ordure,\n         La hideuse canaille insulter le martyr,\n         La vile populace outrager la nature,\n\n          Et le crucifié compter dans un soupir\n          Ce qu'il faut de bûchers étouffant vos paroles\n          Pour éclairer le front brumeux de l'avenir,\n\n          O vous, tous les Jean Huss et les Savonaroles !\n\n   On a pu juger par ces deux extraits du talent réel et vraiment lyrique de\nde M. Bataille. Mélodie douce et forte, passion débordante, telles semblent\nles qualités principales de cette poésie, par moments un peu facile et trop peu\nsurveillée. Dans les sonnets satiriques, je relève cette strophe :\n\n          L'oracle de Bayreuth tudesquement marie\n          Dans l'assommant fracas des grands trombones creux,\n          Au cri des vieux corbeaux et des crapauds goitreux,\n          Les hurlements d'amour d'une louve attendrie.\n\n   Si cela était écrit par un chroniqueur quelconque, je ne lui ferais pas l'hon­\nneur d'une citation. Mais cela émane d'un poète, et il y a toujours quelque\nchose d'irritant à voir un poète exprimer en aveugle les ignorances ou les sot­\ntises de la masse. On s'imagine immédiatement, comme le prétendait d'Auguste\nBarbier la toute spirituelle Delphine de Girardin, qu'il a trouvé son manuscrit\ndans la malle d'un voyageur.\n                                                ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 445, "page_fin": 448, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "NEMO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 514, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 76, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "MEMENTO\n   L'hiver qui va s'ouvrir promet d'être riche en publications littéraires belges.\nOutre l'Hystérique tant attendue de CAMILLE LEMONNIER, paraîtra\nl'Amiral, un nouveau volume des scènes de la vie judiciaire qu'EDMOND\nPICARD a commencées avec le Paradoxe sur l'Avocat et La Forge Roussel.\n   Chez Lemerre paraîtra Pierrot lunaire, une suite de cinquante rondels\nd'ALBERT GIRAUD.\n   Paraîtront encore : Les Kermesses, nouvelles flamandes de GEORGES\nEEKHOUD : Les Salons, un volume de vers de GEORGES RODENRACH,\nfaisant suite à la Mer élégante.\n   Nouvelles pour les jeunes filles, et l'Amour fantasque par MAX W A L L E R et\nenfin les Moines par EMILE VERHAEREN.\n                                           ***\n   Nous lisons dans l'Epingle, nouvelle satire hebdomadaire bruxelloise, la\npiquante révélation suivante :\n   « La Revue britannique a, depuis quelque temps, un correspondant de\n Belgique qui la tient au courant du mouvement littéraire de notre pays. Ce\ncorrespondant est un homme entendu qui connaît le sujet dont il s'occupe,\ncomme personne. Il lit tout, même des choses que personne jusqu'à présent\nn'avait jamais songé à lire: les livres de M. Potvin, par exemple.\n   « Avez-vous jamais songé à lire les ouvrages de M. Potvin, même quand on\nles distribuait pour rien comme sa machine rimée de 1880 ?\n   « Non n'est-ce pas ? Le supposer serait presque impertinent.\n   « Eh bien, le correspondant de la Revue britannique a lu tout cela, il connaît\nles titres, les sujets, et cite même par cœur des passages entiers.\n   « Quel peut être ce chercheur infatigable et consciencieux que rien ne rebute?\n   « On se le demandait, et pendant longtemps les lecteurs de la Revue britan­\nnique auraient été réduits à la pénible obligation de donner leurs langues aux\nchiens — et on sait le triste usage qu'en font ces animaux ! — si l'indiscrétion\nd'un ouvrier typographe qui avait reconnu l'écriture, n'avait révélé que l'auteur\nde ces correspondances où éclate si inopinément l'éloge des écrits de M. Pot­\nvin, n'était autre que...\n   « Mais, non, vous ne le croiriez pas.\n   « Et pourquoi pas, après tout? puisque, même en amour, il y a des gens qui\nsont d'avis qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même.\n   « Pas vrai, Chariot ? »\n                                          ***\n  Le peintre Hans Makart expose en ce moment à Coblence une suite de cinq\n"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2794, "texte": "                                   — 446 —\n\ntableaux représentant les cinq sens, grandes toiles de près de 75 centimètres de\nlarge sur 3.50 de haut.\n   Cinq femmes nues symbolisent les sens. La plus remarquable de ces toiles\nest l'Odorat. Une Vénus respire le parfum d'une rose fraîchement cueillie ; sur\nun fond de verdure rougissante se détachent des fruits que cueille une autre\nnymphe vue de dos ; une grande impression se dégage de la nature mourante.\n   La Vite est représentée par une femme se mirant dans une glace.\n   L'Ouïe est une femme aux aguets qui semble écouter un vague bruit\nd'amour.\n   Le Toucher est personnifié par une femme sortant de l'eau, tenant un enfant\ndans ses bras.\n   Ces tableaux seront prochainement exposés à Bruxelles.\n                                         ***\n\n   Voici une pièce ACROSTICHE parue récemment dans une grotesque et chari­\ntable publication Bruxelles-Ischia, sous le nom ou le pseudonyme d'Alphonse\nHim. Ce sont des vers, nous les alignons comme de la prose ; un vers de Louis\nHymans à celui qui parviendra à trouver l'acrostiche et             les pieds\n(ô Philomène !) :\n\n                                  ACROSTICHE\n   « Croire à la destruction de cette Ile dorée, est difficile, ressusciter! Ischia­\nla-belle oublierait l'orage; o h ! toi qui faisait boire l'oranger dans les ravins\nde ton île, ignorais-tu que Lamartine écrivait un jour là plusieurs pages, xylo­\nphoner par un temps clair, un ciel si pur, réminiscences grecques de Théocrite\net d'Anacréon, ou le soir à l'endroit où la proue quittait la verdure, une muse\ndivulguait le bruit des flots, assise sur le gazon. Gloire à l'humanité dont l'œil\nperce à travers la tempête, encore et toujours du dévouement notre harpe\nest prête. »\n                                         ***\n   Voici la réponse que ne nous apas envoyée M. Jules Bailly, aux petites chi­\nquenaudes que notre rédacteur Albert Giraud lui a fait l'honneur de lui\ndonner. Cette réponse autographiée et que M. Bailly a envoyé à la Presse,\nmérite d'être reproduite sans commentaire :\n   « Il existe de par le monde, certains critiques fanfarons qu'il y a fortement lieu\nde rappeler à l'ordre: ils finiraient par se croire tout permis, si l'on se taisait de­\nvant leurs cavaliers jugements, considérés, par eux seuls, comme étant péremp-\ntoires. Ils n'arrivent jamais en cassant les vitres, qu'à la tapageuse extravagance,\ntout en croyant saisir la fuyante originalité qui leur échappe toujours. Le vraisem­\nblablement très jeune Albert Giraud, de la revue la Jeune Belgique, auquel ses\namis feraient bien de donner, comme cadeau d'étrennes, dans six mois, une\nbonne grammaire française et le petit dictionnaire seulement de l'illustre\nLittré, est, à coup sûr, du nombre des fanfarons critiques dont il s'agit, et le\n"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 447, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3269, "texte": "                                    — 447 —\npremier rang, parmi eux, ne peut absolument lui être disputé. Le service de\nses amis grandirait s'il était immédiatement rendu ; car le jeune Giraud, d'ici à\nsix mois, peut encore, pas mal de fois, faire sauter de colère, dans leurs cer­\ncueils, MM. Noël et Chapsal. Le susdit, comme on le peut vérifier, dans la\nsoi-disant chronique littéraire de la livraison du 28 avril dernier, de la revue\nprécitée, a la vraie toquade des embrassements ; il la pousse jusqu'à vouloir '\nêtre embrassé, à tout prix, par ceux-là même qu'il attaque le plus cavalière­\nment, avec un sans façon à nul autre pareil. Je m'aperçois que ce dernier\n membre de phrase est un alexandrin.\n     « Serais-je, par hasard, un poète pour parler de la sorte, en vers, sans le savoir,\n à l'instar de ce bel esprit, du siècle d'Auguste, Ovidius Naso? Je ne suis sûre­\n ment pas un poète, ni pour le jeune Albert, ni, non plus, pour le beaucoup\n moins jeune Ernest Ameline, lequel croit devoir apprendre, à son siècle et à la\n postérité, dans un de ses livres, qu'il y a quatorze fenêtres à son appartement.\n Mieux vaudrait, hélas! une fenêtre unique, pour autant que cet oiseau bleu du\n ciel, appelé poésie, y vînt frapper, de temps à autre, à coups de bec redoublé.\n Le dix-neuvième siècle et la postérité, (nous pouvons ici l'affirmer en toute\n sûreté) ignoreront toujours que M. Ameline a, ou a eu, à Paris, quatorze\n fenêtres à son appartement, certaines élucubrations rimées ressemblant aux\n poésies sacrées de Le Franc de Pompignan, (Haute-Garonne) : « sacrées, disait\n Voltaire, parce que personne n'y touche ! »\n     « Deux petites remarques grammaticales; je ne savais pas, avant que le ful­\n gurant critique de la Jeune Belgique me l'apprît, que le verbe angoisser existât.\n Il est vrai que j'ignorais aussi, il y a quelque temps de cela, l'existence ter­\n restre du flamboyant Giraud lui-même. Je ne savais pas non plus, que l'on\n pût écrire s'en déchirer, un lieu de s'en séparer. Quelle crasseuse ignorance,\n n'est ce pas, mon petit Giraud?\n     « On turlupine aussi, dans la Jeune Belgique des hommes d'un incontestable\n talent et d'un savoir reconnu : notamment MM. Benoit Quinet, Charles Potvin\n  Louis Hymans et Victor Billaud, le délicieux poète de Royan. Je me trouve\n  donc en excellente compagnie. Je me mets moi-même en bouteilles, avance le\n  terrible Giraud ! Je déclare ici, en m'arrêtant que je ne mettrai de lui, rien en\n  bouteilles, n'ayant, jusqu'ici, rien lu qui méritât d'être conservé. Quinet,\n  puisqu'il s'agit de flacons, en buvant, à Mons, quelque bon verre de Bour­\n  gogne, avec Antoine Clesse, lancera quelque flèche, à fine pointe, en se car­\n   ressant les moustaches, au bien peu redoutable Albert Billaud, lui rejetant\n   en arrière d'un rapide coup de main, sa longue chevelure noire, sur les bords\n   de son Océan, s'écrira à son tour : Mais que me veulent donc tous ces petits\n   roquets qui viennent japper à mes talons des bords du joli canal de Bruxelles\n   à l'Escaut! »\n                                                                JULES BAILLY.\n\n                                                              Off. d'Académie.\n     P. S. Les heures de Soleil, (Paris, Ghio, 1880) et la Proie pour l'Ombre,\n"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 448, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2465, "texte": "                                 -    448     -\n\n(Bruxelles, Rosez, 1883), m'ont valu des appréciations qui étonneraient beau­\ncoup le jeune pourfendeur de derrière Quiévrain ; elles sont, elles, je suis\namené à le dire, suivies des signatures les plus célèbres du monde littéraire ou\nde celui des Beaux-Arts, de Belgique et de France.\n   Je constate, sans m'en accuser, qu'il m'est arrivé de m'endormir, l'un de ces\njours derniers, sur des farces nouvelles du petit ou du grand Albert; car je ne\nl'ai jamais vu, jusqu'à présent, même en portrait. Il est certain qu'il en peut\ndire tout autant de moi, bien qu'il se complaise dans la description de mes\nlarges oreilles ! Les dites dernières bouffonneries sont datées du premier août\ncourant, tombées à mes pieds, pendant mon sommeil, elles y sont restées à\nmon réveil.\n                                                    Paris, 2 5 Août 1883\n                                             58bis, boulevard Richard-Lenoir.\n     !!!!!!! (N. D. L. R.)\n\n\n   Nous croyons devoir informer ceux de nos abonnés qui désireraient profiter\nde la réduction accordée aux abonnés de la Jeune Belgique, sur le prix de\nsouscription aux « Plaquettes artistiques » que le tirage de ces mignons volumes\nest strictement limité à 300 exemplaires. Ils feront donc bien de souscrire sans\nretard, le nombre des demandes étant déjà considérable.\n   La nouvelle d'Octave Maus, illustrée par Charles Hermans, — qui ouvrira\nla série avec le Baiser, illustré par Khnopff, de MAX Waller, — portera défini­\ntivement le titre : Aux Ambassadeurs.\n   Rappelons que le prix de chacune de ces plaquettes, imprimées en caractères\nElzévir sur beau papier anglais avec lettres ornées, etc., est de fr. 1-50 pour\nle public, de fr. 1-20 seulement pour les abonnés de la Jeune Belgique. Les\nabonnés qui souscriront à toute la série, recevront les volumes à raison de\nfr. 1-10.\n  Les premiers seront mis en librairie au plus tard le 15 octobre. Les\nsouscriptions sont reçues au bureau de la Jeune Belgique.\n                                      ***\n\n   Sommaire de l'Art Moderne(30septembre 1883) :\n   EXPOSITION D'AMSTERDAM. (Quatrième et dernier article). Artistes français —\nArtistes allemands. — FRANS HALS ET MANET. — BIBLIOGRAPHIE. Bréviaire de\nl'amour expérimental, par le docteur Jules Guyot. — CORRESPONDANCE. — A\nPROPOS DE LA PROPRIÉTÉ ARTISTIQUE.      P E T I T E CHRONIQUE.\n\n                                                                    NEMO."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1883-10-01-n11-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1882-1883-001-002_f.pdf", "ocr_sha256": "c24057a02d22dfbb28d63da6a5a25cc69298209cd0c916f76a5b8ebba37810c7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "GIL BLAS JOURNAL QUOTIDIEN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 518, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1790, "texte": "GIL                     BLAS\n                          JOURNAL QUOTIDIEN\n\n16, BOULEVARD DES CAPUCINES 16, PARIS.\n                                     PUBLIE\n\n\n   CE QUI NE MEURT PAS\n                                          PAR\n\n\nJULES BARBEY d'AUREVILLY.\n      U n n u m é r o : 20 centimes. A b o n n e m e n t s : (3 mois): 17 fr.\n                                  En vente partout.\n\n\n\n\n                              :                                          ■\n\n\n\n\n                         REVOLUTION\n                                  DANS L'ART DE SE RASER\n\n\n\n\n                       RASOIR\n                          AMÉRICAIN,       brevetés,   g. a. g.\n     Il est impossible dans une annonce de donner une idée complète des\navantages extraordinaires de cette merveilleuse invention ; cet appareil\njustifie entièrement sa vogue ; il permet à toute personne de se raser\nsans en avoir aucune habitude, et cela sans crainte de coupure.\n    Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement nerveux, on peut se raser\nd'une façon plus parfaite que ne le ferait le barbier le plus expérimenté\npar les procédés anciens.\n    Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce nouveau rasoir est tellement\nordinaire qu'il est certain qu'il remplacera partout l'ancien système ; il\nsuffit de l'avoir essayé une fois pour ne plus vouloir se raser ni se laisser\nraser par d'autres procédés.\nNe pas confondre avec des appareils similaires qui se vendent à vil prix et\n              qui n'ont aucun des avantages du rasoir américain.\n   Pour le recevoir franco, envoyer fr. 5-50 en un mandat-poste à M. MICHEL, 37,\nrue des Solitaires, Paris. (Remises pour les achats en gros).\n                     Prière de nous indiquer dans quel journal\n                                on a lu cette annonce.\n"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "              Seront mis en vente le quinze octobre :\n\n\n\nROYAL-GOMMEU                      NOUVELLE          PAR\n\n                     OCTAVE                         M A US\n                                    avec un dessin de\n\n\n         CHARLES                                  HERMANS.\n  Une plaquette artistique imprimée à petit nombre (3oo\nexemplaires) sur beau papier anglais, en caractères Elzévir,\navec lettres ornées, culs-de-lampe, etc..\n                            PRIX : 1 f r .         50       c.\n\n      pour les abonnés de la Jeune Belgique : 1 fr. 20 c.\n                    (souscrits à l'avance).\n\n\n\n\n      LE B A I S E R              NOUVELLE PAR\n\n                       MAX                 WALLER\n                                     avec un dessin de\n\n          F E RNA N D                             KHNOPFF.\n  Une plaquette artistique imprimée à petit nombre (300\nexemplaires) sur beau papier anglais, en caractères Elzévir,\navec lettres ornées, culs-de-lampe, etc.\n                              PRIX: 1 f r .        50       c.\n        pour les abonnés de la Jeune Belgique: 1 fr. 20.\n                      (souscrits à l'avance).\n~—■                                           ]                                            —\n\n   Ces plaquettes étant tirées à très petit nombre, ne tarderont pas à être épuisées, et nous\nengageons vivement nos abonnés à envoyer au plus vile leurs souscriptions à nos bureaux.\nIls recevront leur ou leurs exemplaires avant la mise en librairie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 476, "texte": "(3 e année) 1883                  T o m e I I . N° 11.                        1er octobre\n\n\n\n                                            LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE                (REVUE           MODERNE)\n\n\n\n\n                                    SOMMAIRE\n   HENRI CONSCIENCE.                                            MAX WALLER.\n   POESIES :   I L'Idéal                                        GEORGES RODENBACH.\n              II Mer rouge (Villanelle)                         IWAN GILKIN.\n             III Vers pervers                                   ALFRED POUTHIER.\n   SQUARE E T MAIRIE                                            HIPPOLYTE DEVILLERS.\n   L E RAT (Monocoquelogue)                             .   .   DOMKIKI.\n   LE ROMAN D'UNE N U I T                                           CATULLE MENDÈS.\n   C H R O N I Q U E A R T I S T I Q L ' E : I. (Le Salon de Gand) EMILE VERHAEREN\n                                            II. Exposition d'archi­\n                                         tecture.   .   .   .   CHARDEL.\n   CHRONIQUE L I T T É R A I R E .                              ALBERT GIRAUD.\n   MEMENTO  . . .                                               NEMO.\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n    BUREAUX            : 7 4 , AVENUE               DE LA       TOISON          D'OR\n                                     MDCCCLXXXIII\n"}, {"page_pdf": 477, "texte": "         LA JEUNE                                 BELGIQUE\n                    paraissant le 1er de chaque mois.\n\n\n                              ABONNEMENTS :\n\nPour la Belgique: Un an: 5 fr. Pour l'Union postale: 7.00.\n\n                                   BUREAUX:\nBRUXELLES,                 74 , A VENUE             DE LA TOISON                    D'OR.\n\n                     Prix du numéro : 60 centimes.\n\n Notre prochain numéro contiendra les titre, table des\nmatières et couverture du tome II de L A J E U N E BELGIQUE.\n\n                      BOITE AUX LETTRES.\n  78. Maur. Cr. Ixelles.— Un peu bien lakiste, cher confrère et trop long. Essayez du\nsonnet. Mille fois merci pour votre très aimable lettre.\n  79. M, Ed. Defouruy. Liège. — Votre abonnement partira du premier numéro du\ntome III, La Revue vous est envoyée actuellement à titre gracieux.\n  80. Alfred P... Paris. — Reviens de la campagne. Ai beaucoup regretté de ne pouvoir\nvous serrer la main avant votre départ. Bonne chance à Mostaganem et no nous oubliez pas\nau profit des lions et des fellahines.\n   81. Hatto.Gand. — Bonne votre impression de cirque. Passera prochainement.\n   82. Emile M. Bruxelles. — La prose vous chausse mieux que le vers; votre Orage\nest médiocre. Revenez à l'Andante. A vous cordialement.\n   83. M. E. Van der PI. Comblain-la-Tour,— Les plaquettes ne paraîtront que le 13 octo­\nbre. Patience et résignation.\n   84. — J. V. B. Gand. — Très bien vos triolets. Nous supprimons quelques couplets\ninutiles et ferons paraître tout de suite.\n   85. Mlle L. Dubois. Anv:rs. — Toute galanterie mise de côté, votre Etude n'est pas\ndigne de la J. B. Ecrite au courant de la plume, dites-vous. Ce n'est pas ainsi qu'on fait de\nla littérature, A vous, Mademoiselle.\n   86. N. S. Anvers. — Rollinat 1 Rollinat ! trop de crapauds, de fange, de remords.\n Vers facile et bon. A.\n   87. P. M. Namur. —Bon. Merci. Passera.\n\n                      BRUX. —Ir.ir. A D . MERTE\\ T S, 12, RUE D ' O K .\n"}, {"page_pdf": 478, "texte": "            HENRI CONSCIENCE\n\n\n\n   Il y a de longues années déjà, aux jours de première jeu­\nnesse, je me souviens des livres que je lisais à la veillée — cette\nheure où les choses s'apaisent.\n   A la fin de l'étude du soir, on nous donnait, pour nous dé­\nlasser, un roman simple, qui ne troublât point nos sens déli­\ncats — pareils alors à ces fleurs de Palestine qu'une larme\nsuffit à faire éclore.\n   Le livre posé sur le pupitre, la tête entre les mains, nous\nlisions sous le gaz, tandis que là bas, dans sa chaire, le surveil­\nlant laissait tomber le front et s'absorbait dans le silence.\n    Et ce livre que nous lisions, c'était La tombe de fer,\nLe Lion de Flandre, La mère Job, Le jeune docteur, La\nguerre des paysans.\n    Une impression tranquille nous est restée de ces romans que\nnous ne voudrions pas relire, de crainte de voir tomber le sou­\nvenir de ces bonnes lectures d'alors. Conscience, en effet, s'est\nadressé aux masses; plus artisan qu'artiste, il a voulu donner\nau peuple une pâture intellectuelle qui le rendît bon et reli­\ngieux. Comme Erckmann-Chatrian, dont il semble procéder, le\nvaillant qui vient de mourir voulait chanter à son ami des\ncampagnes des poèmes où il pût se retrouver lui-même.\n    Conscience est l'écrivain qui a le plus et le mieux dit l'âme\nflamande, non en la grandissant dans un effort d'Art, comme\nl'ont fait De Coster, Eekhoud et Lemonnier, mais en la ren­\ndant simple, dans toute sa saveur primitive, et comme s'il eût\nvoulu pénétrer en elle pour lui donner un peu de la bonté de\nson cœur et de l'honnêteté de sa vie.\n   Car elle l'avait imbibé, cette âme des Flandres ; elle vibre\n                                                            31\n"}, {"page_pdf": 479, "texte": "                              — 410 —\n\ndans tous ses livres, tantôt douce comme une résignation,\ntantôt pleine du tintamarre des clairons. Avec elle il souffre,\nlorsqu'il se reporte au temps des guerres qui firent saigner nos\nplaines ; avec elle il jette le cri d'orgueil, lorsqu'il dit les vic­\ntoires de ce peuple d'Artevelde, qui met dans le passé son\ngrand geste hautain.\n   Henri Conscience disait un jour à Georges Eekhoud, qu'il\naimait beaucoup et qui lui a consacré un volume plein de res­\npect et d'émotion :\n   — « Dans la collection des cent volumes qui forment jus­\nqu'à présent mon oeuvre, vous ne rencontrerez pas une seule\nintrigue immorale, pas un seul adultère. »\n   Ce mot caractérise Conscience et prouve qu'il avait en vue\nplutôt l'idéal social que l'idéal d'art. Il a fait bon avant de faire\nbeau, et ce n'est pas au raffinement moderne mais à la simpli­\ncité populaire qu'il aspirait. Pour nous qui écrivons et parlons\nen français, nous avons pour lui plus de profonde vénération\net de reconnaissance que d'admiration littéraire. De ce respect\nsont sorties ces strophes qu'un des nôtres Georges Rodenbach\nécrivit lors de la manifestation Conscience :\n     Maître, tu la connais, dans ta ville natale,\n     Dans Anvers, la gothique et blanche cathédrale,\n     Dont la tour effilée, avec son cadran d'or,\n     Apparaît dans l'azur quand le soleil s'endort,\n\n     Comme un arbre sublime aux floraisons de pierre,\n     La vieille église est là, debout dans la lumière,\n     Et l'on voit à ses pieds de noirs entassements\n     De maisons, de palais et de pignons flamands\n     Groupés comme un village au pied d'une montagne.\n     Et devant, c'est l'Escaut fuyant vers la campagne,\n     C'est le fleuve élargi, le fleuve impétueux\n     Qui pousse devant lui ses flots tumultueux\n      Comme des régiments frissonnants d'épouvante\n      Qui s'abattront bientôt dans la mer triomphante.\n      Sourdement il s'écoule et s'en va vers l'oubli,\n      Mais tandis que décroît son murmure affaibli,\n"}, {"page_pdf": 480, "texte": "                         —   411   —\n\n    L'église dans sa robe aux fines broderies\n    Laisse envoler au vent du soir ses sonneries\n    Qui dominant les bruits, les rumeurs, les chansons,\n    S'effeuillent dans le ciel comme un bouquet de sons!\n    Maître! ton œuvre est telle\n\n     Oui ! ton œuvre est debout ! elle a conquis l'espace\n     Et, devant elle aussi, dans un bruit de sanglots,\n     Les siècles passeront plus changeants que des flots ;\n     Mais elle, subsistant dans ses riches sculptures,\n     Livrera ta pensée aux époques futures,\n     Comme la tour dressée au fond du ciel serein\n     Fera chanter toujours son carillon d'airain!\n\n   Cette œuvre est-elle durable? Je ne sais; qu'importe d'ail­\nleurs? car qui pourra dire ce qui vaut le mieux au point de\nvue populaire : d'être utile dans le temps ou d'être beau à ja­\nmais?\n   L'écrivain qui vient de mourir a reçu, mort, les plus bruyants\nhommages du gouvernement. Vivant, on l'avait chargé de garder,\ndans un coin de faubourg, quelques toiles médiocres ; couché\ndans le cercueil, on l'honore comme l'héritier d'un trône. C'est\nl'usage dans notre pays de traiter ainsi les grands hommes.\n    Heureusement, ces honneurs posthumes n'ont point taché la\ngloire de Conscience. Les Flamands, qui l'ont compris, ont\njeté sur sa tombe de cette terre qu'il a tant aimée et il repose\ntranquille sous le baiser de la mère Flandre.\n\n                                           MAX WALLER.\n"}, {"page_pdf": 481, "texte": "           POÉSIES\n\n            L'IDÉAL\n                  I\nAu printemps, dans le rose éveil\nDes liserons sur chaque haie,\nLa bande des enfants s'égaie\nA jouer avec le soleil.\n\nEnchâssant des débris de glaces\nDans l'argent pâle de leurs doigts,\n— Les rayons accrochés aux toits\nIls les promènent par les classes.\n\nCes lueurs bougeantes ont l'air\nDe grands papillons de lumière\nSur la tristesse coutumière\nDu tableau noir et du mur clair ;\n\nSi métalliques et si frêles,\nSi soyeuses, qu'on croirait voir\nLe mirage dans un miroir\nDe fleurs d'or artificielles.\n\n                  II\nIdéal ! soleil décevant\nDans des ciels éloignés et tristes !\nL'âme na'ive des artistes\nJoue avec toi comme un enfant.\n\n Chacun dans la forme choisie\n Qui pèse entre nos doigts tremblants,\n Nous promenons nos miroirs blancs\n De musique ou de poésie.\n"}, {"page_pdf": 482, "texte": "                    — 413 —\n\n       Et ce soleil, nous essayons\n       D'en projeter à notre envie\n       Sur les murailles de la vie,\n       De mélancoliques rayons !\n                             GEORGES     RODENBACH.\n\n\n\n\n               MER ROUGE\n\nLes yeux ensanglantés de pourpre et de carmin,\nCette nuit j'ai noyé le spleen qui me consume\nDans les flots cramoisis d'un océan de vin.\nJ'ai bu. Pour me soûler j'ai bu jusqu'au matin\nLe bourgogne entêtant dont la vapeur embrume\nLes yeux ensanglantés de pourpre et de carmin.\n\nEt voici qu'ivre-fou, liquide pèlerin,\nMon corps danse au hasard, fouetté de rose écume,\nDans les flots cramoisis d'un océan de vin.\n\nPoint de bords. Un ciel rond qu'interrogent en vain\nDans la viduité de sa vaste amertume\nLes yeux ensanglantés de pourpre et de carmin.\n\nSeul un rouge soleil, un soleil assassin,\nLave ses rais sanglants où le meurtre encor fume,\nDans les flots cramoisis d'un océan de vin.\n\nSoudain de chaque vague émerge un front humain :\nFaces d'hommes, d'enfants, où la colère allume\nLes yeux ensanglantés de pourpre et de carmin, —\n\nFaces aux traits crispés de misère et de faim,\nOu que le vice enfla d'un hideux apostume\nDans les flots cramoisis d'un océan de vin.\n\nDu sommeil limoneux de son tombeau marin\nLe peuple des noyés séculaires s'exhume,\nLes yeux ensanglantés de pourpre et de carmin.\n"}, {"page_pdf": 483, "texte": "                    — 414 —\n\nSeigneur, avec ces morts vais-je nager sans fin\nEn la stupide horreur d'une ivresse posthume,\nLes yeux ensanglante ? de pourpre et de carmin,\nDans les flots cramoisis d'un océan de vin?\n                                  IWAN GILKlN.\n\n\n\n\n             VERS PERVERS\n\n\n                         I\n\nVraiment oui, je connais une bouche, ô méchante,\nDont les baisers plus chauds que des brasiers ardents,\nChauds comme mes désirs, mordent comme des dents;\nEt dans ta gorge c'est l'Esprit du Mal qui chante.\n\nJe connais des yeux noirs comme la Mort qui hante\nEt fait gémir le cœur des hommes dépendants,\nEt je sais des bijoux jusqu'à tes seins pendants,\nA la voix de métal— fausse mais attachante.\n\nJe sais ta chevelure ondoyante et tes mains\nQui peuvent aisément aplanir les chemins\nEt vous tendre le Rêve en de folles caresses.\n\nOui, mais je sais surtout — et surtout lui m'est cher !\nMême devant ta fougue et devant tes paresses,\nLe parfum suggestif qui monte de ta chair !\n\n                         II\n       Sous l'opulence de tes seins,\n       Fleurs de chair de velours serties,\n       J'ai vu que germaient les desseins\n       Mauvais des Vierges perverties.\n"}, {"page_pdf": 484, "texte": "                     -    415    -\n\n        Dans tes yeux noirs et tourmentants\n        Qui miroitent comme la soie,\n        J'ai vu que luisait par instants\n        Le Mal qui fait toute ma joie.\n\n        Mon cœur que la méchanceté\n        Ravit, que le bien désespère,\n        Sous tes pieds fins, je l'ai jeté,\n        Pour qu'il se guérisse, ô Vipère !\n\n                          III\nTon amour rend pensif comme un soleil couchant,\nUn soleil rouge encor, mais dont l'heure dernière\nParaît proche; en noyant mon front dans ta crinière,\nJe n'en fais plus toujours sortir l'Ennui méchant.\n\nCependant... cependant, résultat peu touchant,\nD'habitude ancienne et d'humeur casanière,\nJ'arrive à croire en toi, pauvre fouet sans lanière\nQui ne fait plus cabrer mon Rêve chevauchant.\n\nJe rebâtis pour moi la beauté de tes formes,\nJe change tes yeux morts et tes jambes énormes\nEn brûlants diamants, en Paros éternel.\n\nEt tandis que mes bras t'étreignent enlacée,\nMon esprit, délivré de tout lien charnel,\nGoûte dans ton baiser la volupté passée.\n\n                          IV\n\n        L'éclat de tes chairs frissonnantes.\n        Le poison de tes yeux lascifs\n        Et les fanfares résonnantes\n        De tes fins bijoux d'ors massifs ;\n\n        Tes lèvres qui, toutes câlines,\n        Paraissent vouloir et s'offrir,\n        Et tes réticences félines\n        Qui doucement me font mourir,\n"}, {"page_pdf": 485, "texte": "                               — 416 —\n\n                  Sans que ton esprit s'ingénie\n                  Ont enlacé mon corps brutal\n                  D'un anneau tordu — d'harmonie,\n                  De parfums lents et de métal.\n\n\n\n                 Laisse moi regarder tes yeux\n                 Où brûle le feu des pensées,\n                 Par qui mon Être peu joyeux\n                 Goûte aux ivresses insensées.\n\n                  Demi voilés ou tournés vers\n                  Un vol de visions hautaines,\n                  Ils sont cruels, tes doux yeux verts,\n                  Comme les vagues incertaines.\n\n                  Mais ils font jouir mon esprit\n                  Qu'émeut aisément l'artifice\n                  Et quelquefois mon cœur se prit\n                  A leur limpidité factice.\n\n                                          ALFRED P O U T H I E R .\n\n\n\n\n                   SQUARE ET MAIRIE\n\n   En été, deux choses me réjouissent le cœur : entendre, au petit jour,\nles oiseaux chanter dans les bois ; voir, au soleil, les enfants sauter dans\nles squares, parmi les fleurs.\n   A Paris, chaque square a sa physionomie particulière ; il y en a de mal\nfréquentés où les rôdeurs de nuit se vautrent sur les bancs, il y en a de\npropices aux rendez-vous comme celui de Cluny, — celui du Temple,\nlui, est par excellence le square des enfants; ils sont là chez eux, on les\ny voit courir en grappes ; et, multicolores en leurs charmants accoutre­\nments, ils ressemblent, turbulents entre les fleurs, à d'autres petits\nparterres dansants.\n"}, {"page_pdf": 486, "texte": "                                 — 417 —\n   — Je m'étais assis tout en haut du square, tournant le dos à la\nmairie du troisième arrondissement ; et cela pour deux raisons : je\nvoyais ainsi le jardin dans son entier; puis, je l'avoue, la vue d'une\nmairie m'est toujours désagréable. C'est une bâtisse bête, qui sue la\ndéclaration à outrance, et nous rappelle qu'à chaque instant, dans la vie,\naux heures de joie comme aux jours de deuil, il faut, ainsi que pour\nun duel permanent, s'acheminer vers la laide maison — flanqué de\ntémoins !\n   On se marie, — vite, avec quatre habits flambants neufs, on s'en va\nle déclarer à un prud'hommesque maire ou à son adjoint non moins\ngrave, le tout avec force signatures et paraphes; et, à la sortie, les\npetites fleuristes aux grands sarraux de toile, curieuses, affriolantes, de\nrire et de se chuchoter :\n   — « Hein! ma chère, crois-tu? — que d'histoires..! »\n   C'est un heureux ménage. Un an se passe, et un jour le père s'écrie\ntout joyeux : « C'est un garçon !.. va, mon gros, je vais travailler ferme\nà présent, je veux faire quelque chose de toi..! « — La belle-mère dit :\nIl faut aller déclarer l'enfant. » Ah ! oui, c'est vrai, il faut aller déclarer\nque je suis ton père, moutard, je le crois sacrebleu bien !.. mais qu'est-\nce que ça peut leur faire?... enfin allons!., allons!.. » — et l'on rit,\ncar la joie est dans la maison.\n   En descendant, le père emmène le charbonnier d'en bas, Chaumeille ;\npuis, à la mairie, on prend le garçon de bureau, et tous deux signent\net témoignent que monsieur X.. a un fils; quand au poupon, qui s'en\nmoque comme de rien, il est en règle avec la loi. On prend quelque\nchose et le charbonnier dit : « Je n'avais pas remarqué que madame\nvotre épouge était encheinte, vous chavez.. on a chés affaires,., enfin\ntout ch'est bien paché ?.. »\n   — Mais oui, mais oui! — puis le père blague,.. « Vous venez d'attester\nque l'enfant à moi?.. »\n   — J'ai bien confianche en vous, peut-être ! —\n   Le père rentre tard ; il est bien rouge, il a rencontré des amis et fait\ndes haltes prolongées. Sa femme lui tend la main :\n   — Tu es donc bien content ?\n   — Oh ! oui, va, et il est joliment bien déclaré, le petit ! —\n   Les années passent vite ; l'enfant a sept ans, c'est un destructeur de\nfonds de culottes, un incorrigible polisson, mais il apprend bien à l'école\nson maître est content de lui. Les parents sont tout fiers. En huit jours\nune scarlatine l'enlève. Il est là, mort, à peine changé, et le père est dans\nun état de prostration voisin de l'hébétude. En une nuit il a blanchi.\n"}, {"page_pdf": 487, "texte": "                                     418 —\n\n On attend le me'decin des morts — le médecin des morts ! quelle sinistre\n ironie ! — Enfin il entre, pressé, indifférent, et demande à voir les\n ordonnances. Alors, seulement, le pauvre père semble s'éveiller et lance\n à cet homme un regard haineux, méchant : — croirait-il, par hasard\n que l'enfant a été mal soigné ? Le médecin examine le petit mort pour\n la forme, signe un bulletin, salue et se retire. Le décès est légal et cons­\n taté, — constaté ! c'est horrible —\n    — Mon ami, — dit doucement à son mari la femme qui est plus\n forte ou a plus de courage que lui, — va faire la déclaration, mainte­\n nant, à la mairie. —\n    — Quoi?., encore! déclarer qu'il est mort,.. Oh! mon Dieu! mon\n Dieu! qu'on me laisse...\n    — Voyons, sois raisonnable, il le faut...\n    La pauvre femme lui donne son chapeau et le pousse dehors ; —\n « Tu prendras, en bas, le charbonnier Chaumeille         » et une fois parti\n la malheureuse mère suffoque. —\n    A la mairie, le père s'embrouille dans les dates et les noms; il déclare\n Pierre Louis au lieu de Louis-Pierre, et le crétin que le gouvernement\n engrillage moyennant dix-huit cents francs l'an, fait des observations ;\nil demande au père si c'est bien Louis-Pierre, son fils, qui est mort.\nLe père a un « oui » qui s'arrête dans sa gorge, et le charbonnier\nrépond, explique, rétablit les noms en leur ordre. Enfin c'est fait,\nle décès est régulier ! — C'est beau, l'administration. Les deux hommes\ns'en vont sans mot dire. Cette fois on ne fait pas de haltes en route, et\nle brave auvergnat qui regarde son voisin pense en son gros bon sens\nqu'il reviendra peut-être bientôt encore dans la laide maison, pour\ny déclarer cette fois que le chagrina tué le père du petit Pierre-Louis\nou Louis-Pierre !\n\n\n   Toutes ces choses dans lesquelles nous avons été tous plus ou moins\nacteurs me trottaient dans la tête, quand je reçus un projectile en pleine\npoitrine : c'était une balle ; elle roula sous mon banc, et le coupable\nou le maladroit, un joli petit mutin, un chef de troupe de quatre à cinq\nans, ne pouvant la reprendre sous mes jambes, se campa crânement\ndevant moi, et d'un ton très gaillard :\n   — Ma balle !\n   — On dit : s'il vous plait, mon ami.\n   — S'il te plait, monsieur !\n   Je donne la balle, on la prend. — « On dit merci, mon gros » —\ndécidément je devenais ennuyeux. L'enfant me regarde une seconde,\n"}, {"page_pdf": 488, "texte": "                                — 419 —\n\nrit délicieusement, et me tire la langue en se sauvant à toutes petites\njambes. — C'est bien fait, monsieur le pédagogue! Je ne sais si je me\ntrompe, mais ce petit bonhomme là ne promet pas d'être dans l'avenir\nun bien chaud défenseur du grand principe d'autorité. —\n   Autant d'hommes en miniature, tous ces moutards. Ils sont tous\ndifférents, à les bien voir : il y a ceux qui tapent toujours et ceux qui\nsont tapés ; ceux qui se revanchent et ceux qui vont larmoyer dans les\njupes de la bonne ou de la maman ; il y a les boudeurs, les braillards, les\ntaciturnes, ceux qui jouent avec tout le monde et ceux qui n'osent pas;\nil y a les partageux de tartines et les égoïstes... — Et les petites filles !\ndes femmes en herbes ; — il y a les sans-soin, et les coquettes, et les\nmaniérées... toutes bavardes.: « Tu sais, madame m'a dit... — et, ma\npetite mère par ci, et ma. robe bleue par là... — c'est le monde de Lilli­\nput. Tous les vices ont de la grâce, mais ils y sont, adorables, et adorés.\n— Quelles joyeuses sauteries ! quelle endiablée furia de jeu ! Et tous\nles grands chapeaux de feutre ou de peluche à lourds glands écarlates,\nles larges ceintures, les rubans, les cols Louis XIII, les passementeries,\nles jupes plissées, les casaques brodées, éblouissent l'œil dans une sara-\nbnnde magique de couleurs, — un sabbat de petits Carolus-Duran !\n   Ils vont, s'entremêlant, entre de longs lacets de laine rouge, des\nattelages, et courent ainsi à perdre haleine ; — un tout petit va\nderrière, égrènant en fraîches cascades son rire argentin,... il court, les\nautres sont loin déjà; lui, court toujours, riant toujours, si bien que\nmaintenant les grands qui ont tourné le parterre se retrouvent derrière\nlui... — l u i , court encore, les grands le redépassent et il continue de\ncourir, heureux comme un roi... — As-tu conscience que c'est la vie,\ncela, petit philosophe? — As-tu l'intuition qu'il n'est rien de bon comme\nde courir droit devant soi, sans but, en chantant sous le soleil ?\n    Devant moi, un plus fluet, l'air doux, trois ans peut-être, jambes nues,\navec de beaux cheveux blonds bouclés, fins, et de grands yeux bleus,\nescalade à grand'peine le très bas entourage en fonte d'une pelouse. Il\nveut attrapper un pierrot qui sautille, en quête de mies de pain. Il s'en\napproche, confiant, tend la main.... mais l'oiseau, du reste peu craintif,\ns'éloigne en quelques sauts. Sans se décourager le ravissant bébé renou­\nvelle vingt fois sa tentative ; c'est une idée fixe ! — Enfin le pierrot\ns'envole et l'enfant le regarde aller, sans colère, avec, seulement, comme\nune grosse envie de pleurer, une peine de ne pouvoir le suivre.\n   Je gage que ce gentil solitaire sera poète !\n   Une jeune femme passe ; elle est tout en noir; deux enfants marchent\nsagement devant elle; ils sont en noir aussi, moins le col blanc. Ils joue-\n"}, {"page_pdf": 489, "texte": "                               — 420 —\nraient bien, eux! mais la mère aura dit : « Tenez-vous » . — C'est triste !\nil faut laisser les enfants rire sur les tombes, c'est plus gai pour les\nmorts\n   Mais ce groupe s'éloigne et se fond parmi les autres, comme une larme\ndans un flot de joie, comme une agonie dans une grande poussée de\nvie !\n   O ! adorables et chers tapageurs : courez, sautez, criez, vivez enfin !\net faites vos plus jolies grimaces à la bâtisse bête qui est devant vous, à\nla laide maison !\n       Aout 1883\n                                HIPPOLYTE     DEVILLERS.\n\n\n\n\n                              LE RAT\n                           (MONOCOQUELOGUE)\n\n                   {La scène représente un      Monsieur)\n\n   Ecoutez... vous ne savez pas... moi bien... hier {étonné), mais c'est\nimmense un rat. Je croyais... vous comprenez... grande souris, pas\nméchante, pas de bruit... discrète.., dans les tapisseries, fromages.., très\ngros fromages... oh! oui ! {avec effroi) c'est immense, un rat!\n   (Calmé) Invitation... beau papier... coûte cher, beau papier... écri­\nture de femme... {aimable) » Cher, passer quelques jours château, chas­\nser... pêcher... clair de lune... à cheval... promenade... venez ! »\n   (Bonhomme) Veux bien moi.\n   Arrive, bien reçu... beau château... jardin... parc... grands arbres\navec des feuilles autour... lac... belle dame... un peu... très imperti­\nnente... {avec mansuétude) bonne tout de même.\n   (Cordial) « Comment allez-vous? et votre père? Merci (effaré)... c'est\nimmense un rat !\n   Entrer. Chambre très bien, sent un peu le fumier... pas mauvais...\nles poumons, comprenez... Tout neuf, sent un peu le vernis... on s'y\nfera... ra... (obsédé) c'est immense, un rat.\n   On me colle un poète pour compagnon... pas fâché... poète... sen­\nsible... (avec mielleur) doux... petite fleur... cœur... petit mouchoir...\nsoir... petits toutes sortes de choses,., roses, marquise, exquise, Pom-\n"}, {"page_pdf": 490, "texte": "                                —   421   —\n\npadour... [avec mépris) usé Pompadour... comprenez... Goncourt...\nMe dis: poète... pas dangereux... m'égorgera pas... hum... mais nasil­\nlard quand jabote... Avais peur... nasillard... hum... ronflera... n'ron­\nflera pas... ronfler.a., n'ronflait pas!.. Sauvé... dormirai, bon lit... drap\nfin... coûte cher, drap fin... fait rien... riche, comprenez... avocat...\nsuccès... [réticence) crie trop fort... [affriolé) Petite bonne bien... mais\nmoral moi... [sévère) pas toucher... Poète roulait des yeux ! Moi lui\ndis : \" pas toucher... sage ! » (haussant les épaules) Me répond en vers...\n« petite fleur... cœur... marquise... exquise... Pompadour, usé! Tout à\ncoup... motus! chut! (terreur) c'est immense, un rat!\n    (Calme) Dîner... bon vin... esprit... moi surtout! Poète roulait des\nyeux!... Drôle... café... bon... trop chaud... bon tout de même... Ma­\ndame passer au billard... piano. . musique... poète heureux... jubi­\nlait... gestes tendres... madame pas broncher... Pompadour... usé! ouf!..\nFatigué?..— heu !.. coucher., .(cordialement) bonsoir... bonsoir... seuls...\npoète roulait des yeux... Moi, ôte une bottine... lacets... prend du\ntemps... poète en caleçon... avait l'air bête... moi aussi... (en arrêt)\nchut... rien entendu?., non... quoi? (tranquillisé) rien. Ote caleçon...\njambe dans le lit... poète aussi... belle jambe... queue de billard...\nriais... (peur) chut!., entendu quelque chose... porte... gratté... rien. .\néteins bougie...ah ! (bâillement) ah! bonsoir... bonsoir... ferme les yeux...\n (épouvanté) hein!... gratté plus fort... allumette... bougie... rien en­\ntendu?., oui... poète tout blanc... moi aussi... Un rat...(affollé) c'est im­\nmense un rat! .. (découragé) Plus dormir, rat mordre cors au pied...\n brrr... une heure... deux heures... grattait... moi chanter, avais peur...\n traderidera... traderidera... ra... c'est immense un rat! Poète coura­\n geux... Prend brosse et... moi l'arrête... (sarcasme) Pompadour... usé...\n lui furieux... roulait des yeux... jette brosse... plus gratte... dormir...\n (Baillant) Bonsoir... bonsoir... (éclatant de rire) un rat... (geste de :\n et après'!) c'est immense un rat...\n                                                            DOMKIKI.\n\n\n\n\n               LE ROMAN D'UNE NUIT\n\n  Nous trouvant récemment à Paris chez l'éditeur Mlle Douce, en\ncompagnie de Catulle Mendès, celui-ci nous montra les épreuves d'une\n"}, {"page_pdf": 491, "texte": "                              — 422 —\n\nréédition qu'il va livrer l'hiver prochain de son Roman d'une nuit une\ncomédie ultra-romantique dans la manière de Musset, qui lui valut\nnaguère un mois de prison. A cette réimpression, Catulle Mendès\nioindra une préface des plus intéressantes pour l'histoire du « Par­\nnasse. » Cest cette préface, absolument inédite qu'il a bien voulu nous\ncommuniquer et que nous publions aujourd'hui in extenso.\n\n       A Mademoiselle H. Douce, éditeur,\n\n             MADEMOISELLE,\n\n\n   Vous voulez publier le Roman d'une nuit dans un de ces petits livres\nexquis, chers aux bibliophiles, et que les eaux-fortes de Rops rendent si\nprécieux ?\n   J'y consens volontiers.\n   Oui, il me plaît qu'elle soit réimprimée, cette épouvantable comédie\nqui m'a valu jadis — oh ! comme il y a longtemps, longtemps ! — les\nrigueurs de la justice, et grâce à laquelle — à l'âge ingénu où il est si\ndoux d'aller voir se déshabiller sous les branches les hamadryades de\nMeudon, — j'ai passé un mois dans la morne prison de Sainte-Pélagie,\nsous la surveillance hargneuse d'un guichetier appelé Vert-de-Gris, en\ncompagnie de cochers maraudeurs, de marchands de vin qui avaient\nmis de l'eau dans leur lait, de marchands de lait qui avaient mis de l'eau\ndans leur vin, et de jeunes voleurs de souliers. L'un de ceux-ci mangeait\nde la chandelle avec passion, avait soixante-quatre dents, et s'appelait\nRatier! Qu'es-tu devenu, mon jeune et hideux compagnon de captivité?\nJe t'en ai longtemps voulu, parce que tu m'avais dérobé dans ma pistole\nun mouchoir de batiste, dont les initiales brodées étaient mon unique et\nchère consolation. Pendant que je faisais mon chemin à ma façon, — il\nest des vocations diverses, — tu as persévéré, j'imagine, dans la carrière\ndu vol, tu as escaladé des murs, enfoncé des portes, vidé des tiroirs, des\ncaisses, et des juges sévères t'ont sans doute envoyé à la Nouvelle-Calé­\ndonie ou dans quelque prison cellulaire. Je les approuve, à cause du\nmouchoir.\n    Mais si j'autorise la réimpression de ma comédie, ce n'est pas que je\nla juge bonne! Parfaitement absurde, voilà ce qu'elle est en effet; et peu\n originale, dans sa recherche de l'originalité. Le Roman d'une nuit, c'est\nles Marrons du feu, avec la rime riche en plus, et le génie en moins;\nAlfred de Musset avait accroché au balcon l'échelle de corde par où j'ai\n grimpé jusqu'au boudoir de Bombinella, et mon Antonio a baisé sur les\n"}, {"page_pdf": 492, "texte": "                                — 42 3 —\n\nlèvres de cette folle fille la bouche de la Camargo. Une seule chose dans\ncette bouffonnerie mérite peut-être quelque estime: l'inquiétude de la\nforme; j'espère que quelques lecteurs y reconnaîtront, dans le ton et\ndans l'allure des vers, cette « qualité » spéciale, presque indéfinissable,\ninhérente aux vers de ceux qui ne cesseront jamais d'en faire.\n    En somme, l'œuvre est frivole et médiocre.\n    Mais elle n'est pas coupable, et elle n'est pas dangereuse, non, non\npas, non, mille fois non! A l'heure actuelle, quand je la relis, je me\ndemande avec stupeur où diantre les juges d'autrefois ont pu trouver un\nprétexte pour m'envoyer tenir compagnie au jeune Ratier, qui avait\npresque autant de dents que le dieu bleu Chrichna.\n    Non seulement vous pouvez éditer le Roman dune Nuit, Mademoi­\nselle, mais vous pouvez le lire !\n     Pour ce qui est de moi, je ne parviendrai jamais à me repentir de\n l'avoir écrit.\n     Depuis quand, sacrebleu ! n'est-il plus permis, lorsqu'on a dix-huit\n ans, et que le souper a été gai, et que les femmes ont été clémentes, —\nil leur a suffi, pour être bonnes, de ne pas cacher leurs bras, — depuis\n quand est-il défendu de se divertir après boire, en chantant de folles\nchansons? La joie, c'est de la vertu; la mousse du champagne ne tache\n pas les consciences Oui, c'est vrai, j'ai promené dans les tripots, parmi\nles filles qu'on embrasse et les brocs que l'on vide, des moines peu aus­\n tères ; j'ai fait bavarder des bouffons et chanter des étudiants ; j'ai soulevé\n un peu les rideaux de l'alcôve où soupire un duo d'amour; dans le fan­\n tasque emportement d'une nuit de carnaval, j'ai mêlé les Pierrots avinés\n et les Arlequins ivres ; le sang — comme un vin plus rouge — a coulé\n sur la neige; et peut-être quelque-un de mes extravagants ivrognes\n a-t-il lâché, sans y prendre garde, quelque cynique parole. Où est le\n grand crime, s'il vous plaît? C'est l'ivrognerie de ces fous, et non l'auteur\n lui-même qui parle. D'ailleurs, épées de bois et blasphèmes pour rire.\n Est-ce que l'on croit à ces cadavres ? Vous savez bien qu'après la farce\n jouée, ils vont se lever et rentrer dans la vie réelle ; comme les comédiens\n au dernier acte de l'Illusion comique. Je voudrais que l'on me montrât\n un seul homme un peu intelligent, capable de prendre au sérieux ce cau­\n chemar funambulesque. Hé 1 bon Dieu, n'entendez-vous pas que tous les\n vers de la comédie chantent, comme l'épigraphe de la farce, sur l'air du\n  Carnaval de Venise: tra la, la la, la la, la laire?\n     C'est pourquoi je vois sans peine la réimpression du Roman dune\n Nuit. Le public sait que j'ai été condamné ; je veux qu'il sache pourquoi»\n  Il est inutile d'épargner un ridicule à des magistrats qui ont poursuivi\n"}, {"page_pdf": 493, "texte": "                                — 424 —\n\nThéophile Gautier, Gustave Flaubert, Charles Baudelaire, Barbey d'Au­\nrevilly, Léon Cladel et Jean Richepin.\n   Et puis, malgré moi, je l'aime un peu, cette comédie impertinente, à\ncause du temps, du beau temps chimérique où elle a été écrite en quel­\nques folles heures...\n   En ce temps-là, par une belle matinée de juin, — car cette fantasque\nhistoire peut commencer comme un roman, — un être extraordinaire\nprojetait d'interminables jambes sur l'un des grands chemins qui abou­\ntissent à Paris. Si longue que fût la route, ses jambes, certes, en attein­\ndraient le bout ! Maigre, plus maigre qu'à aucune époque il n'a été donné\nà aucun homme de l'être, transparent même, si son étroite redingote,\nquoique amincie par l'usage, n'eût offert encore quelque apparence\nd'opacité, il allait, ses courts cheveux dressés par le vent qui rebroussait\nsa course, sa narine de faune relevée, comme si elle eût flairé quelque\nnymphe prochaine. Parfois, sans s'arrêter, il paraissait écouter le bruit\nque fait sur les cailloux le clair ruisseau qui fuit, et souriait avec un air\nd'attendrissement délicieux. Aux petites hirondelles qui volent, il faisait\ndes signes de menace amicale et arrachait, toujours courant, des touffes\nd'herbes fleuries. Aucun bagage, d'ailleurs. Quoi de plus gênant qu'un\nbagage ? Une poche de sa redingote pourtant, — celle sous laquelle le\ncœur bat, — était renflée comme par quelque paquet. Il marchait tou­\njours avec les allures rectangulaires du Matamore dessiné par Théophile\nGautier. « Qu'avez-vous à déclarer? » lui demanda un employé de l'oc­\ntroi. Le voyageur, fièrement, répondit: « Rien! »\n   Rien, en effet, voilà ce qu'avait Albert Glatigny.\n   D'où venait-il? Son père, un honnête gendarme, — de qui plus tard\nil parlait souvent des larmes plein les yeux et la voix tremblante d'émo­\ntion, bien qu'il fît peu de vers sur les personnes de sa famille, — son\npère, un matin, ne le vit pas s'asseoir à la table patriarcale. Que voulez-\nvous ? une troupe de comédiens vagabonds était passée par la bourgade,\net Glatigny, qui avait quinze ans alors, s'était féru d'amour pour les\ncheveux roux de la soubrette. Son cœur, comme une mouche, s'était\npris dans cette toile d'araignée en or. Mais il fallait gagner sa vie.\n« Vous serez souffleur, » dit Zerbine. Elle lui expliqua ce que c'est que\nd'être souffleur; il ne comprit pas bien et répondit: « C'est convenu. »\nIl rencontra d'abord quelque difficulté dans l'exercice de la profession\nacceptée. Ce n'était pas qu'il ne sût pas souffler, mais c'était qu'il ne\nsavait pas lire. Huit jours plus tard, il avait appris, en soufflant. Oui,\nc'est à force d'épeler les mornes phrases de M. Eugène Scribe ou de\nM. Anicet Bourgeois qu'il retint ses lettres, cet enfant qui plus tard\n"}, {"page_pdf": 494, "texte": "                               — 425 —\n\ndevait egaler en délicatesse et en préciosité les plus subtils ouvriers du\nstyle! L'apprentissage fut amer. Mais du fond de sa niche il voyait\nflamboyer dans l'apothéose du gaz les cheveux dorés de Zerbinette.\nD'ailleurs, un jour, chez quelque bouquiniste, dans une ville où l'on\ncoucha, il s'avisa d'acheter les Stalactites de Théodore de Banville. Dès\nlors, il vécut ébloui! Un poète lui avait révélé la poésie; il voulut lire\ntous les poètes. Il ne s'est jamais rappelé comment il avait fait pour se\nprocurer un Ronsard ; il se le procura. L'ivresse devint irrémédiable et\ns'accrut de jour en jour, à mesure qu'il entrait plus intimement dans la\nconnaissance des chefs-d'œuvre. Afin de lire Virgile, dont André Ché-\nnier lui avait parlé, il apprit le latin. Entre deux portants de coulisses,\nil étudiait gravement la grammaire de Lhomond ! et un soir qu'il souf­\nflait — car il soufflait toujours, regardant du coin de l'œil un livre\nchéri à côté de l'odieuse brochure, — une comédienne en représen­\ntation, au lieu de la phrase attendue : « Non, misérable, vous ne m'ar­\nracherez pas ma fille ! , l'entendit murmurer : Nos patriam        fugimus,\nnos dulcia linquimus arva !\n    Souffleur, comédien, toujours pauvre, jamais triste, combien de\n temps dura cette vie? quatre ou cinq années, je crois. Elle ne semblait\n pas près de s'interrompre, lorsqu'un jour, à Alençon, le vagabond ren­\n contra l'éditeur Poulet Malassis et Charles Asselineau, l'aimable et\n regretté bibliophile. « Il faut aller à Paris, » lui dirent-ils, quand ils\n eurent lu ses premiers vers. « Fort bien, dit Glatigny, j'y vais, » et il\n partit, à pied.\n    Que venait-il faire dans la grand'ville? E h ! parbleu, la conquérir!\n    Alors — c'était vers le commencement de l'année 1861, — il y avait\n à Paris quatre grands poètes: Théophile Gautier, Leconte de Lisle,\n Charles Baudelaire, Théodore de Banville; car celui devant qui s'in­\n clinent religieusement tous ceux qui pensent et qui rêvent, car le Père\n était « là-bas, dans l'île ! »\n    Incontesté, paisible, heureux, Théophile Gautier régnait, regardant\n face à face la calme figure de Gœthe, et peu détourné des visions sereines\n par la nécessité du feuilleton et de la vaine critique.\n    Dans la hauteur de ses rêves, Leconte de Lisle, plus illustre que\n célèbre, s'isolait, n'interrogeant qu'Homère ou Hésiode évoqués sur la\n  beauté de ses poèmes antiques.\n    Charles Baudelaire, qui déjà ravissait de rares esprits, étonnait la\n  multitude des sots; il passait pour quelque peu diabolique, en attendant\n  qu'on le reconnût divin. '\n    Plus imprudent et plus familier, Théodore de Banville jetait sur tous,\n                                                                   32\n"}, {"page_pdf": 495, "texte": "                               426\n\nà pleines mains, ses resplendissantes pierreries. Celui-là, il fallait bien\nqu'on le vît, car il éblouissait de tout près. Ce rôle de météore à travers\nla foule obscure l'amusait, et, parmi les auteurs de vaudevilles, d'opé­\nrettes et de mélodrames, il laissait la traînée lumineuse d'un dieu qui\npasse dans le soir.\n   Autour de ces poètes, qui faisait de beaux vers? Auguste Vacquerie,\n en proie au drame et les yeux tournés vers l'île d'où devait revenir 'le\n maître, semblait avoir oublié les strophes et les rythmes ; il s'en est\nsouvenu depuis. Louis Bouilhet s'éloignait trop rarement du théâtre,\nLéon Dierx ne s'était pas révélé encore. Sully-Prud'homme était un nom\nque l'on ne connaissait pas. Ignoré, François Coppée s'ignorait lui-\nmême. Seul, Alphonse Daudet avait publié ses délicates Amoureuses,\nmais le roman bientôt devait le prendre, en nous laissant un long regret.\nHélas ! la fade romance et l'élégie aux rimes pauvres triomphaient!\nFaisant voguer des nacelles dans des cuvettes qui croyaient ressembler\nau lac céleste d'Elvire, repleurant avec des yeux de veau les larmes\ndivines d'Alfred de Musset, quelques hommes — oh ! qu'ils soient\noubliés ! — se croyaient des poètes. De l'art, nul soupçon; de la\nlangue, du rythme, nul souci. Du moins, la tendresse vraie, l'émotion\nsincère, la passion, en un mot, l'exprimeraient-ils parfois? Jamais, et\npas un seul d'entre eux ne posséda une seule des qualités auxquelles ils\nse vantaient de sacrifier toutes les autres.\n   Enfin Glatigny vint, et le premier parmi les nouveaux, à travers ce\nconcert de sanglots enroués, fit sonner les belles rimes avec un bruit\njoyeux de sequins entrechoqués.\n   Mais les sequins de ses rimes, Albert Glatigny ne les avait pas dans\nsa poche, même en menue monnaie. Le poète parisien fut aussi pauvre\nque le comédien de province. Vainement, quelques amis — parmi les­\nquels, au premier rang, Théodore de Banville qui a toujours ranimé\nceux qui défaillaient, — l'encourageaient et tentaient de le secourir. Il\nsouffrait. Mais il ne le disait pas. Pour un dîner de moins dans son\nsobre estomac, pour une déchirure de plus au coude de son habit, il se\nfût plaint, lui qui, en plein hiver, sous les froides toiles, après avoir\nsoupe d'une carotte arrachée dans un champ voisin, n'avait eu un soir\nd'autre vêtement qu'un étrange costume de théâtre, fait avec de vieux\njournaux peints de couleurs brillantes ? Allons donc ! il en avait vu bien\nd'autres, et il espérait certes en voir d'autres encore. Sans soucis appa­\nrents, il arpentait le grand Paris avec ses jambes de sept lieues. Pluie ou\nbeau temps, n'importe, il allait, et toujours, quelle que fût peut-être\nl'anxiété intime de son âme, c'était le même Albert Glatigny, joyeux,\n"}, {"page_pdf": 496, "texte": "                                  — 427 —\n familier, conteur de bouffonnes histoires, faisant sauter, à force de rire,\n les boutons de son gilet — quand il restait à son gilet des boutons, —\n fou de passion pour son art et d'enthousiasme pour ses maîtres, amou­\n reux de toutes les femmes, même des plus cruelles, content de tous les\n hommes, même des plus mauvais, empruntant quelquefois cent sous,\n espérant rendre des trésors ; probe d'ailleurs, hautain parfois et n'en­\n tendant pas raillerie sur certaines choses, et brave au point que le jour\n de son premier duel, se souvenant de ses mésaventures de comédien\nquand il créait en province quelque rôle nouveau, il s'écria, comme la\n balle de son adversaire lui passait près de l'oreille avec un petit bruit\nvif : « Je serai donc sifflé à toutes mes premières ! »\n    Une joie le soutint dans ces pénibles jours; grâce à la générosité d'un\nami. — je remercie ici M. Ernest Rassetti au nom de tous ceux qui ont\naimé Albert Glatigny, — il put enfin voir imprimé le manuscrit qui lui\ngonflait la poche — celle sous laquelle le cœur bat, — le jour de son\narrivée à Paris ; il publia les Vignes folles.\n    Certainement ce premier recueil, fantasque, violent, en désordre, où\nse montrent trop visiblement l'influence directe de Théodore de Ban­\nville et pafois celle de Charles Baudelaire, ne saurait être comparé aux\nvers achevé plus tard par Glatigny, lorsque, viril et devenu grave, moins\npeut-être à cause de ses longues souffrances qu'à cause du bonheur de\ns'en voir consolé par une aimante et dévouée épouse, il put recueillir son\ncœur et son esprit dans des poèmes plus proches de la sorte de perfec­\ntion à laquelle il lui était permis d'aspirer. Mais à l'époque où il fut\npublié, ce livre, dépourvu de la niaise sensiblerie qui déshonorait alors\nla poésie et révélant un artiste soucieux des nobles formes, dut paraître\nremarquable et l'était en effet. Il conserve l'honneur de marquer une\ndate heureuse dans l'histoire poétique de ces dernières années.\n   Or, vers le même temps — c'est du plus loin qu'on se souvienne, —\nun autre jeune homme, appelé Catulle Mendès, tout frais arrivé de sa\nprovince et que n'avaient pas fait connaître quelques vers publiés çà et\nlà, venait de fonder une revue littéraire, la Revue fantaisiste. Albert\nGlatigny s'avisa de l'aller voir et de lui apporter les Vignes folles. Une\ndédicace au crayon disait :\n                    Voici les vers que dans mes courses\n                    J'ai faits au hasard du chemin,\n                    Ainsi que l'on boit l'eau des sources\n                    Dans le creux brûlant de sa main.\n\n  Le jeune homme de province lut le livre et fut émerveillé.\n  — Vous êtes un poète ! dit-il le lendemain quand il revit Glatigny.\n"}, {"page_pdf": 497, "texte": "                                 — 428 —\n\n      Celui-ci répliqua :\n      — Vous en êtes un autre !\n      Ces injures échangées, les deux jeunes gens se serrèrent la main, et ce\n  fut le commencement du groupe qui devait se former ; du groupe —\n  non pas de l'école, entendez-vous bien ! — que l'on a tour à tour appelé\n  les « Fantaisistes, » les « Impassibles, » — oh! dites-moi pourquoi?\n  — que l'on a nommé plus tard les « Parnassiens » ; de ce groupe si\n  longtemps repoussé, raillé, bafoué, qui a exercé cependant une si mani­\n  feste et si profonde influence, non seulement sur la poésie, mais sur toute\n la littérature de ce temps ! Et ceux-là même qui disent non, en se fâchant,\n savent bien que je dis vrai.\n     Vous en souvenez-vous, mes camarades de jadis, mes amis de main­\n tenant, car la vie, qui sépare les autres hommes, n'a fait que mieux nous\nunir, nous, poètes ! — vous en souvenez-vous, de la petite Revue fraîche,\ntéméraire, jolie, à la couverture pimpante, dont nous étions les imper­\ntinents Buloz, dans l'âge invraisemblable où Chérubin se borne encore à\nembrasser l'écorce des arbres ? La Revue fantaisiste était la Revue bien\n nommée ; toutes les jeunes et folles audaces, elle les avait, narguant les\n pédantismes et les sottises, pouffant de rire au nez des Philistins,\n bafouant les railleurs, ces bourgeois plus méchants, et ne comprenant\nici-bas que deux choses, qui sont tout à la vérité : la Poésie et la Joie !\nPour moi, lorsque je songe à elle, c'est toujours avec un doux tremble­\nment au cœur et avec un doux sourire de tendresse, comme un homme\nqui, au milieu des angoisses, et même du bonheur, se souvient de sa\ncrémière amourette.\n    J'y pense aussi avec fierté.\n    Car elle eut, cette folle, le courage magnanime, et qui parut étrange,\nde faire l'émeute des vers, des véritables vers, contre ce roi, le sentimen­\ntalisme élégiaque, et cette reine, la Faute-de-français ; car adoratrice\neffrénée du Génie et de la Passion, elle célébra de toutes ces chansons\nde jeune oiseau, le Maître suprême alors exilé, et défendit, elle seule,\nde toutes ses petites griffes, l'œuvre de Richard Wagner, alors, incom­\nprise ; car elle eut la gloire d'être approuvée et patronnée par ces hauts\net purs esprits: Théophile Gautier, Charles Baudelaire, Théodore de\n Banville, et l'honneur de rechercher ou d'accueillir, de révéler à ce petit\nnombre qui est bientôt le grand nombre, la plupart des jeunes talents\nque la France admire aujourd'hui ; pour ne point parler des poètes —\nelle eut tous les poètes ! — c'est sous la couverture satinée et couleur\nd'or de la petite Revue, qu'Alphonse Daudet, peu illustre encore malgré\nles Amoureuses, publia quelques-unes de ses exquises fantaisies, que\n"}, {"page_pdf": 498, "texte": "                                — 429 —\n\n Jules Claretie — vous rappelez-vous, mon cher confrère, les Amours\n d'une Cétoine? — glissa, presque hésitant, ses toutes premières lignes,\n que Léon Cladel, farouche improvisateur, — mais quel artiste, à pré­\n sent I — enferma, ainsi qu'on met des tigres en cage, ses plus formi­\n dables nouvelles, qui mordaient et déchiraient les feuillets. Ah! comme\n  nous sommes vieux déjà ; mais comme nous sommes jeunes encore !\n     C'est dans le bureau de la Revue fantaisiste que j'ai vu Sully-Pru­\n  d'homme pour la première fois.\n     Un lieu passablement extraordinaire, ce bureau. Des tentures de\n  Perse, vertes et roses, qui riaient à l'œil avec un air de prairie, s'éton­\n naient de l'acajou des armoires et des tables; une chaise-longue, au\n fond, qui ne s'ennuyait pas toujours, boudait le fauteuil de cuir et le\n cartonnier plein de poèmes. Presque un salon, qui aurait bien voulu\n  être un boudoir.\n     C'était là que tous les jours, l'après-midi, vers trois heures, venaient\n Théodore de Banville, nous offrant, dans sa bonté de jeune maître, les\n éblouissements de sa verve lyrique et parisienne, — Orphée et Balzac\n mêlés; Charles Asselineau, aux cheveux doux, longs, déjà gris, ayant\n aux lèvres ce sourire ironique et tendre, que Nodier seul, avant lui,\n avait eu ; et Charles Baudelaire, svelte, élégant, un peu furtif, presque\n  effrayant à cause de son attitude vaguement effrayée ; hautain d'ailleurs,\n  mais avec grâce, ayant le charme attirant du joli dans l'épouvante, —\n l'air d'un très délicat évêque, un peu damné, qui aurait mis, pour un\n voyage, d'exquis habits de laïque ; Son Éminence Monseigneur Brum­\n mel. Là aussi, Albert Glatigny, avec sa vagabonde faconde, un poing\n sur la hanche, la cravate défaite, le gilet trop court, — ô ignorance en­\n têtée des bretelles ! — nous récitait, ayant aux lèvres son rire de jeune\n faune amaigri par les tendresses des nymphes, ses amoureuses strophes\n aux rimes retentissantes comme des bruits de baisers ! Mais ce n'était\n pas toujours de littérature que l'on s'inquiétait au bureau de la Revue\nfantaisiste : plus d'une fois, le soirvenu, après les graves maîtres partis,\n il arriva\" aux très jeunes poètes — ne ris pas, public, tu les envies ! —\n d'entrer dans le salon de perse rose et verte, accompagnés de muses qui\n peut-être ne savaient pas l'orthographe, mais qui riaient bien aux bou­\n ches diseuses de vers avec les rimes de neige de leurs trente-deux dents !\n     Lorsque Sully se présenta — un matin, — je pris un air très grave\n et presque magistral. Je dus lui sembler d'autant plus ridicule qu'il avait,\n je pense, deux ou trois années de plus que moi. Mais quoi ! n'étais-je\n point, malgré mon menton imberbe et mes cheveux d'enfant, — je les\n ai expédiés, ces cheveux ! — n'étais-je point un directeur de Revue ?\n"}, {"page_pdf": 499, "texte": "                                 — 430 —\ntandis que le visiteur n'était, en somme, qu'un « jeune poète » venant\noffrir des vers au recueil que je dirigeais. Ah ! qu'on était gamin ! Le\nsouvenir de ces enfantillages-là, aujourd'hui, nous amuse.\n    Mais Sully-Prud'homme m'étonna,\n    Doux, calme, grave, vêtu avec une correction qui, pour un obser­\nvateur subtil, aurait dû être le pronostic déjà du futur habit à palmes\nvertes, il parlait d'une voix lente, lointainement sonore, comme si on\nl'eût entendue d'une chambre voisine, ne faisait guère de mouvements\n— seulement des gestes de politesse, qui saluent, tendent la main un\npeu, ne se rétractent pas, mais se restreignent, — n'était pas timide,\nmais modéré, mais paisible, avait dans toute son attitude comme un\nennui d'être vu, comme une recherche de solitude, et, dans sa parole\n parlée presque à regret, un infini désir de silence ! Dans ses yeux,\n presque tristes, purs comme des yeux de jeune fille, se peignait tout le\n rêve des aspirations sacrées et des mourantes tendresses.\n     Tel je l'avais vu autrefois, tel à peu près, je l'ai revu, non pas vieilli,\n virilisé, il y a peu de mois, chez Victor Hugo.\n     Toujours cette paix, cette calme réserve, ce charme poli, qui a des\n reculs de sensitive; toujours, dans les regards, ce rêve qui s'isole.\n     Et qui sait si ce n'est point à cet éloignement instinctif de l'éclat, à\n cet amour du silence et de la bonne solitude, que Sully-Prud'homme a\n dû en grande partie sa belle renommée? Pour se faire distinguer parmi\n la foule, le meilleur moyen n'est pas de faire de grands gestes ni de\n  mener plus grand fracas que le vulgaire des passants ; on est tenté,\n parmi les pêles-mêles et les brouhahas, de suivre de plus près celui qui\n marche à pas sourd et d'écouter, en tendant l'oreille, celui qui parle à\n voix basse.\n     Hélas ! la Revue fantaisiste, où le Roman d'une Nuit avait été publié,\n  ne survécut pas longtemps à la condamnation de son directeur. Malgré\n  la très spirituelle et très généreuse plaidoirie de Me Lachaud, elle dut\n  payer l'amende; et comme elle était peu riche...\n     Mais elle eut de joyeuses funérailles! C'est mon procès que je veux dire.\n     Comme nous étions assez fantasques, nous, les néo-romantiques, le\n  prétoire, ce jour-là, présenta un aspect qui ne manquait pas de pitto­\n  resque. Certes les maîtres — Méry, Léon ,Gozlan, Gustave Flaubert,\n  Charles Baudelaire, Théodore de Banville, Philoxène Boyer, — qui\n  étaient venus à l'audience pour me donner un témoignage de sympathie\n  dont je serai éternellement fier et pour me défendre par l'autorité de leur\n  présence, portaient des habits d'une convenance irréprochable et gar­\n  daient un maintien parfait. Mais les nouveaux Jeunes-France, hardis et\n"}, {"page_pdf": 500, "texte": "                               -    431   -\n\n\nfougueux, se gardaient bien d'avoir de ces modesties; beaucoup de têtes\ndéfiaient les Philistins chauves par l'abondance effrénée des chevelures,\nbeaucoup de cravates violentes éclataient sur la .blancheur des chemises,\nbeaucoup de gilets offensaient les yeux bourgeois par des flamboiements\nécarlates ; et c'était, à la IXme chambre, comme un coin du foyer de la\nComédie Française le premier soir de Hernani.\n   D'ailleurs, si je fus condamné, je ne fus pas sifflé.\n   Quand le substitut du procureur-impérial eut achevé de lire d'une voix\nretentissante — en accompagnant les vers de commentaires furibonds,\n— l'un des trente-six passages incriminés de l'ouvrage, des applaudis­\nsements éclatèrent.\n   L'orateur leva la tête, triomphant.\n   Mais il comprit vite son erreur et sa joie fut de peu de durée.\n   Ce n'était pas sa harangue que l'on applaudissait : c'étaient mes vers !\n   Veuillez agréer, mademoiselle, l'expression de ma respectueuse\nsympathie.\n                                               CATULLE MENDÈS.\n\n\n\n\n           CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n                                    I.\n                        LE SALON DE GAND.\nI. Wittamp — Van den Bussche. — Van Beers. — II. Asselberghs. — Mon-\n   tigny. — Coosemans. — Marie Collart, — Xavier De Cock. — Claeys.\n   — Théo Van Rysselberghe. — Fernand Khnopff. — Frantz Charlet. —\n   Dario de Regoyos. — James Ensor. — Van Struydonck. — Delvin. —\n   Delsaux. — Goethals.—Willy Schlobach. — de Lalaing. — III Constantin\n    Meunier. — Verwée. — Roelofs. — Gabriel. — Crépin. — Meyer. —\n   Rosseels. — Terlinden. — Verhaeren. — Heymans. — Courtens. —\n   Théodore Hannon. —IV. Mlle Beernaert. — Mlle Héger.— V. de Braeke­\n   leer. — Verhaert. — Stobbaerts. — Farasyn. — Théodore Verstraete. —\n   Claus. — De Jans. —Ooms. — Van Aise. — Heins. — Denduyts. —\n   Wijtsman. —Van den Eeden. — Scribe. —Maeterlinck. — Tydtgat. —\n   de Kesel.\n                                     I.\n  Avez-vous vu les envois de MM. Witcamp et Van den Bussche ? M. Wit­\ncamp doit être quelque vieux peintre, toqué de peinture dite historique\n"}, {"page_pdf": 501, "texte": "                                  -    432    -\n\net gâchant, sous prétexte de célébrer les « fastes nationaux « de la belle et\nsolide toile, là-bas, dans un garni de sa bonne ville d'Anvers, entre un chat\nqui ronronne et un canari tout déplumé qui ne chante plus. Quant à\nM. Van den Bussche, il a versé jadis dans les sujets tragiques — et je me rap­\npelle de lui un Napoléon effrayant, revenant de Russie, ventre à terre — mais\ndepuis quelque temps il est sorti des batailles et des carnages, pour cultiver les\nparterres du tableau de genre.\n    Leurs deux envois sont des spécimens d'horreurs picturales. Ils servent de\ntypes aux autres; ils marchent à la tête du cortège interminable des' croûtes ;\nils concentrent à tel point la gaucherie, la béotisme et la bêtise, qu'ils font\ntrouver superbes, le premier les Bestene, les Geets, les Van der Ouderaa,\nl'autre les Cap, les Col et les Bok. Mais ils sont aussi des antidotes. Eux\ndigérés, on peut regarder impunément tous les coins et toutes les frises. On\nne voit rien de pis. Et c'est une bonne précaution à prendre par ce temps de\nfavoritisme officiel où ce qu'il y a de plus médiocre dans l'art expose à Gand,\ncorrompt le goût et — viens que je t'embrasse ! — est médaillé.\n   Donc M. Witcamp cloue à la rampe l'Arrestation de Marnix et M. Van\nden Bussche Serments éternels.\n   Un drame à crever de rire, le premier tableau. A mi-côte d'un monti­\ncule vert-pomme, des soldats se jettent sur Marnix et le capitaine Jean Pettin\n(c'est la notice qui me fournit ce nom). Jean Pettin pique une tête dans le vert-\npomme, mais Marnix, lui — sabre de bois et pistolet de paille ! — leur jette\nun de ses regards en fer-blanc, qui dans l'esprit de M. Wittcamp à pour devoir,\nje crois, de couper un homme en deux. Les soldats, contre toute attente, restent\nentiers. D'autres même, nullement interloqués, dévalent prêter main forte, et\ncela de la façon la plus folichonne du monde — à cloche-pied. En présence\nd'une telle agression, on devine que Marnix finira par se laisser faire et c'est\nau fond ce que désire M. Wittcamp pour légitimer le titre donné à sa toile.\n    Les Serments éternels de M. Van den Bussche n'ont, par opposition, rien de\nterrible. C'est de l'idylle, de la limonade, de l'orgeat... de l'amour. Deux\namoureux gravent le mot «toujours «dans l'écorce d'un chêne, tandis que,\nauprès, passe une jeune veuve avec son enfant. L'enfant pourchasse des papil­\nlons. Une église s'aperçoit au fond d'une allée d'arbres.\n    M. Van den Bussche a sans aucun doute visé à être profond. Il a voulu\n résumer la vie humaine, peindre en penseur, en philosophe, en moraliste.\n    Que les muses de la Romance et de la Sentimentalerie tiennent M. Van den\n Bussche en leur sainte garde, mais là, d'honneur, jamais je n'ai vu peinture\n plus stupide, plus nulle, plus insultante à l'Art que la sienne. Rien — ni\ncouleur, ni dessin, ni relief, ni impression. De la sauce jaune mêlée à du jus\nbrun; ci et là, un ton malade, étique, bête; puis, passant sur le tout, un blai­\nreautage avachissant, dégradant, honteux.\n    Dieu ! qui nous délivrera de la peinture de genre et d'histoire ! Car, ainsi\nque je l'ai dit, je ne cite MM. Wittcamp et Van den Bussche qu'en exemples,\n"}, {"page_pdf": 502, "texte": "                                   — 433 —\n\n ne pouvant taper du pied dans l'immense tas de médiocrités qui encombrent le\n Salon et qui peignent comme eux, soit l'histoire, soit le genre. Ils sont là cent,\n cent cinquante, deux cents, tous Wittcamp, tous Van den Bussche à peu de\n chose près, tous également communs, ridicules, à côté ou plutôt à dos de\n l'art. Ils encombrent les halls, ils débordent à la rampe, ils grimpent aux\n frises, ils nichent partout. Et c'est à eux qu'on doit attribuer l'énervante\n impression de banalité qui sort de l'exposition entière, mêlée à un agacement\nsourd qui incite à cravacher toute cette peinture et à donner raison à ceux qui\nla corrigent, comme la Sirène, à coups de canif. Car M. Van Beers lui aussi est\ndès leurs. Son Retour du gand prix est tout à fait mauvais. C'est de l'art\npitoyable, de vingtième ordre; ce n'est plus même un pétard. Cette machine\nlà le condamne définitivement et exclusivement à l'admiration des bourgeois ;\net la demi-réussite du portrait de Benoît ne fera changer personne d'opinion\nà cet égard. Le peintre a représenté le musicien anversois, affaissé dans un fau­\nteuil profond, avec une multitude de bibelots autour. La pose est bonne, mais\nquelle idée d'entourer le beau et puissant maître flamand, un vrai mâle, de\nbabioles et de fanfreluches ? C'est un non-sens et un grave défaut de conception.\n    Je voudrais dire à l'occasion des envois de M. Van Beers quelques mots sur\nles peintres-photographes. Ils augmentent d'année en année, d'exposition en\nexposition. Ils accouchent de tableaux où tout semble figé, où tous les person­\nnages semblent arrêtés comme, à Londres, quand, pour cause d'encombre­\nment, un policeman lève la main. En voulez-vous un spécimen complet?\nVoici une toile intitulée : Le Matin, rue Treurenberg à Bruxelles. Cette toile\nà toutes les apparences d'une photographie et à première vue, grâce à sa tona­\nlité pâle, on pourrait confondre. Tout y est posé, placé, immobilisé. Le motif\nparaît taillé dans un bloc de craie ou de plâtre. Cela est raide, commun, banal,\nne reflète en rien une préoccupation d'artiste, ne laisse aucune trace de main\nadroite ou malhabile; cela est mort. Je ne sache pas de machine plus cynique.\n    Il faudrait que tous ceux qui ont souci de l'art se gendarmassent (superbe !)\ncontre de telles toiles, il faudrait que les peintres qu'on est convenu d'appeler\npeintres-photographes ne fussent plus reçus dans les sociétés artistiques, il fau­\ndrait les mettre dehors, impitoyablement, si autrefois grâce à des œuvres\nmeilleures ils s'y étaient introduits, il faudrait surtout que les commissions des\nsalons triennaux se fissent hérissés, impitoyables, hostiles, considérant de sem­\nblables envois comme une injure faite à leur probité, à leur dignité et à leur\ngoût. On peut diamétralement différer d'appréciation à l'endroit de peintures,\nsoit idéalistes, soit réalistes, soit modernistes, mais à l'égard de la peinture\nphotographique, artistes et bourgeois, gens de progrès et gens de routine, gens\nd'académie et gens d'art libre, devraient être unanimes de sentiment, et rivali­\nser de colère et de dégoût.\n                                          II\n  Chose étrange, il suffit de nos jours qu'un artiste atteigne l'époque de l'épa­\nnouissement entier de son talent, pour qu'il décline et se perde. Ce phénomène\n"}, {"page_pdf": 503, "texte": "                                  — 434 —\n\n désorientant se vérifie chez une foule de peintres belges et même chez les\n français. Depuis deux ou trois ans, on assiste à des dégringolades nombreuses,\n à des chutes sérieuses, à des éclipses inattendues. Bien qu'il m'en coûte, je\n citerai en exemples : Asselberghs, Montigny, Coosemans, Marie Collart,\nXavier Decock et Claeys, tous peintres de vraie souche, de bon terreau, de\nréel mérite, tous renommés. Examinez leurs envois à Gand.\n    La peinture d'Asselberghs est rude, pierreuse, déplaisante, froide, commune;\ncelle de Montigny sèche dès qu'elle veut être\" lumineuse, noire dès qu'elle\ns'avise de rechercher la délicatesse des tons par les temps gris ; celle de Coose­\nmans porcelaineuse, métallique, émaillée; celle de Mme Collart, saucée de\nvert cru, juteuse, fondante ; celle de Xavier Decock, grossière, sans distinc­\ntion et sans poésie, celle de Claeys miroitante, aveuglante, multicolorée comme\nun arlequin.\n    Heureusement les jeunes montent, alors que d'autres descendent. A\nmain droite, aussitôt qu'on entre au Casino, voici En West-Flandre de Van\nRysselberghe. Tableau bien conçu, rendant à merveille le terrain et l'air de la\ncôte flamande. Des trois personnages qui en occupent le milieu, je préfère le\ngamin, un gamin loqueteux, hirsute, abruti, croqué dans une pose admirable\nde vérité et de rendu. Quelles que soient les autres qualités de l'œuvre, ce\ngamin là les fait oublier par le puissant fluide de réalité qu'il dégage. Le marin\net la pêcheuse peuvent prêter flanc aux critiques, mais ce gamin, à lui seul, ce\ngamin planté en toute sincérité sur la toile, hausse l'artiste au rang des rares\npeintres qui savent pénétrer l'âme des choses et des êtres, et l'exprimer toute\nchaude, toute vraie, toute vivante. M. Van Rysselberghe a d'ailleurs la spécia­\nlité de réussir à peindre toute l'intensité des hébétudes, des dégradations et des\navachissements dans l'homme. Qu'on se rappelle ses Fumeurs d'opium à « l'Es­\nsor. » Son autre tableau le Soir est une vision reposante et mélancolique de\nnature vespérale, d'une harmonie de tons parfaite. Il est fâcheux toutefois qu'on\nl'ait flanqué d'une statue l'Ivresse qui empêche de la bien voir. Pourtant tel\nqu'il est, il entre tout entier dans le souvenir, avec sa grande vieille, debout\ndans la nudité de l'avant plan, avec son air d'une si admirable justesse et son\nfond de village assoupi — s'endormant dans le vague.\n    Tout en haut, après avoir franchi un grand escalier, une salle de dessins,\n une autre d'aquarelles, on arrive dans un boyau ou l'on a relégué A Fosset; Le\ngarde qui attend de M. Khnopff. En écoutant Schumann (œuvre dont j'ai\nparlé dans la Revue moderne, livraison de Mai) se trouve mieux placé.\n    Le nouvel envoi de M. Khnopff est très remarquable. A l'avant-plan, un\ngarde est là, tout près d'un arbre, dans un grand carré vert. Au delà, monte un\ndos de colline ardennaise. Ce fond est un chef-d'œuvre. Il est tellement\nvrai, tellement intime et sincère, il évite tellement l'écueil si à redouter dans\nl'espèce, de ressembler à une carte à échantillons, que je ne crois pas outrer\nla louange en me servant de ce terme. Je ne sais rien de plus poétique et de\nplus original, de plus réussi et de plus consciencieux. M. Khnopff se révèle\n"}, {"page_pdf": 504, "texte": "                                  — 435 —\n\ncomme un paysagiste de tout premier mérite ; il est vrai que ses charmants\ntableautins exposés à l'Essor à diverses reprises, nous avaient préparés à ce\nsuccès. Quant au garde qui attend et à l'arbre montant tout droit à ses pieds,\nils ont quelque chose de hiératiquement raide, qui me semble grandir l'œuvre\nau lieu de la faire tomber, comme on le prétend, dans la fumisterie et la blague.\nIl est d'ailleurs évident que la nudité de l'avant-plan fait valoir le fond.\n    L'Enterrement qui passe de M. Frantz Charlet intrigue à première vue, mais,\nle sujet connu, l'attitude des personnages s'explique à merveille et plus on\npénètre dans l'intimité de l'œuvre, plus on l'admire. Et d'abord quelle excel­\nlente facture et quelle finesse et quelle distinction de tons ! Et ensuite combien\nce jour sombre est enveloppant et doux. L'impression — cette âme du tableau\n — est donnée à bout portant, elle arrête, elle saisit. Ces enfants figés dans\n l'étonnement, cette petite fille raide, et, là-bas, ce pauvre vieux ôtant d'une\n façon si bonhomme et si gauche son bonnet, tout cela est de l'excellente de la\n vraie et de l'humaine observation. Rien qui sente la charge, mais tout qui sent\n la vie. Les Faucheurs, du même, sont moins réussis. M. Charlet a tapé à côté —\n cela arrive aux meilleurs.\n    Dario de Regoyos, qui exposait avec lui à l'Essor lors de leur retour\n d'Orient, tient la rampe avec la La plage d'Almeria. Cette toile est connue de\n ceux qui suivent les exhibitions d'art à Bruxelles. Elle possède de très belles\n qualités de rendu, elle est d'une superbe lumière lunaire, toute électrique de\n clartés bleues.\n     On a hissé Ensor jusqu'aux frises. Patience, un jour viendra où il sera jugé\n  digne d'une meilleure place. Chez Miss — c'est le titre de sa nouvelle œuvre —\n  possède tous les mérites d'art qu'on lui reconnaît d'ordinaire. Jour excellent,\n  intimité, vie, exécution large, indiquant une sûreté et une audace de maître.\n  Le sujet est tout simple : une femme joue du piano, un jeune homme l'écoute.\n  Et pourtant à travers cette donnée si « première venue ». nous sentons notre\n  vie, notre existence, notre train-train journalier qui filtre. Nous revivons une\n  de nos heures défuntes ; nous avons le souvenir d'une visite analogue faite\n  quelque part dans un salon bourgeois, l'après-dînée, alors que pour répondre\n  à notre prière, la miss de la maison se met au piano et nous joue du Mendels­\n  sohn ou du Schubert. Et c'est là le rare et glorieux don de cette peinture,\n  d'être une évocation de vie telle, que d'emblée elle nous fait entrer pour ainsi\n  dire comme acteurs dans la scène\"représentée.\n     Voici encore des jeunes : Van Struydonck, Delvin, Delsaux, Goethals, qui\n  tous marchent vivement de l'avant ainsi que Willy Schlobach, de qui la Route\n  abandonnée a de rares qualités d'impression et de plein air. Une étude du\n  même: une Barque, est robustement enlevée et fait deviner quel solide brosseur\n  et quel peintre vigoureux l'avenir couve en Willy Schlobach.\n     J'allais oublier de Lalaing, qui expose Enfant au bain, peinture moins\n  remarquable que ses portraits de l'an dernier, mais néanmoins superbe en\n  bien des points. Le torse de la petite fille est admirablement modelé et les\n"}, {"page_pdf": 505, "texte": "                                   — 436 —\naccessoires : le lit et les rideaux et la chaise parfaitement rendus. Par contre,\nles bras ne sont pas assez travaillés et les jambes sont rouges, au point de\nrendre l'œuvre un tantinet commune.\n\n                                        III\n   Je citais au début du paragraphe précédent la litanie des peintres, arrivés à\nmaturité, qui perdaient pied. Ils sont nombreux; en voici pourtant qui font\nbonne exception et se maintiennent encore « tout debout sur leurs grands\nétriers. »\n   Et d'abord Meunier. La Fabrique de tabac à Séville est d'un ensemble et d'un\ngroupement parfait ; de beaux types de femmes canailles apparaissent aux\navant-plans et le couple de cigarrières debout, à droite, est superbe de main­\ntien et d'allure. C'est presque de la sculpture tragique. Il y a dans l'œuvre entière\ndu mouvement, de l'activité, du brouhaha.Tout ce monde peine, jacasse, grouille,\nvit. Parfois un peu d'exagération, et coupant la toile, une trainée de soleil\nqui ressemble plutôt à un volant d'usine qu'à une danse en ligne de poussières\nd'or. Mais, somme toute, belle et artistique peinture, ruisselante de caractère\net de personnalité et digne d'un Musée, bien qu'il soit préférable que l'Etat\nachète un groupe de mineurs ou une scène de notre borinage, que Meunier\nrend en maître.\n   Ensuite Verwée, au moins le Verwée des Deux jeunes taureaux luttant. Les\nanimaux dans une mare sont de bien moindre qualité. La pose du taureau roux\nest superbe et de très grande allure, le noir a l'arrière-train gauchement\ndessiné, mais la tête est brossée et traitée bellement. Le fond du paysage est\ncru, tandis que l'avant-plan rend à merveille le sol sablonneux et pâle des\ncôtes flamandes.\n   Ensuite encore: Roelofs, Gabriel, Crépin, Meyers, Rosseels, Terlinden,\nVerhaeren, qui dans des genres différents soutiennent leur réputation acquise\nde bons peintres. Ils ont envoyé, les uns des sites, les autres des sous-bois,\nd'autres des natures-mortes, d'autres des vues de rivière et de ville, tous de\nbons et artistiques morceaux, résistant à la critique comme une solide carcasse\nà la dent des chiens.\n   Heymans, lui aussi, reste le magnifique artiste, un des plus puissants et des\nplus riches en talent que nous possédions. A preuve ses deux tableaux déjà\nexaminés dans cette revue' lors de leur apparition au Cercle Artistique de\nBruxelles.\n   Reste Courtens que je range peut-être un peu hâtivement dans la présente\ncatégorie, mais il y est en si bonne compagnie qu'il ne pourra s'en plaindre,\nnon plus que Hannon dont le Déjeuner anglais a été analysé et loué dans la\nRevue moderne au mois de mai dernier.\n   Courtens envoie une marine : Départ pour la pêche et un paysage, Dans les\nchoux, avant midi. Ces deux œuvres sont belles, très belles ; surtout la seconde,\noù se prouve une vigueur de pinceau et une robustesse d'art étonnantes. La\n"}, {"page_pdf": 506, "texte": "                                  — 437 —\nmarine est peut-être trop crue. Quant aux Choux, ils sont de belle et royale\ncouleur, et le paysage entier, embrumé aux horizons, d'une splendeur etd'une\nvérité vues. Quel beau mâle-peintre que M. Courtens !\n\n                                       IV\n   Il va sans dire, que depuis que les jeunes filles apprennent à peindre, comme\njadis elles apprenaient à jouer du piano, les expositions sont inondées de\ntoiles féminines. C'est comme une pluie de roses ; car presque toutes peignent\ndes fleurs — des fleurs qui ont un langage ! Dussé-je pécher par manque de\ngalanterie, je n'en dirai mot.\n   Les femmes paysagistes sont plus clair-semées. J'ai noté plus haut la déca­\ndence de M me Collart. Mlle Beernaert suit la même voie. Ses tableaux sont\nmoroses, mal venus, couverts d'une buée d'ennui. A l'exposition de Gand,\nparmi les femmes-artistes belges, c'est en définitive Mlle Héger qui tient le\npremier rang, non avec son Etude en Campine, qui est crue et de couleur\ncommune, mais avec son Printemps, très fin, de ton gris, et d'une très excel­\nlente impression. C'est une des meilleures toiles exposées jusqu'aujourd'hui\npar l'artiste.\n                                         V\n\n    Il me tarde de parler de l'Ecole anversoise. A part de Braekeleer, le recul\n est général. Lui se maintient peintre admirable, flamand du XVII e siècle, dé­\nplacé mais compris encore parmi nous, et loué, et applaudi comme pas un.\nSon Broyeur de couleurs est de premier ordre. Cela est digne d'une signature\n illustre et cela vivra comme les Brauwer, les Steen et les Teniers.\n    Mais les autres ! même les meilleurs, les Verhaert et les Stobbaerts ! Celui-\n ci, sauce La première charrette de foin de la façon la plus huileuse ; celui-là,\n toqué on ne sait pourquoi, de la si anti-artistique peinture allemande, semble\n subir dans sa Cour d'auberge flamande l'influence d'un certain Bokelman, fort\ncouru, l'an dernier, à l'exposition d'Anvers. Il y a au centre, un petit person­\n nage assis, qu'on dirait détaché d'un tableau du peintre teuton. Il est en zinc,\nen papier, en tout ce qu'on voudra, mais en chair et en os, jamais. Et tous\nen sont plus ou moins là. Farasyn subit le même esclavage. S a Minque au\npoisson, d\"un ton si criard, si crayeux, si « fer blanc», malgré de réels mérites\nde groupement, est pourri d'art mauvais. Et tous s'imitent, se copient, se\ndonnent la main pour s'en venir à reculons, à travers le bel art flamand, jusqu'à\nDusseldorf ou Munich. Qu'on laisse faire ce voyage aux Cap, aux Boks et aux\nCol, passe encore, mais que ce soit un Verhaert que l'an dernier, tous\napplaudissaient, cela est profondément déplorable. La peinture anversoise va-\nt-elle se germaniser comme la ville, s'alourdir elle aussi et tendre vers l'ima­\ngerie et la pacotille allemandes comme vers un nouvel et fulgurant idéal ?\n    M. Théodore Verstraete continue à nous charmer par de lunaires et poé­\ntiques paysages; M. Claus n'est pas en progrès. Il est trop séduit par les sujets\n"}, {"page_pdf": 507, "texte": "                                         — 438 —\n\n  enfantins et sentimentaux. De Jans fait de l'orientalisme de chambre. Ooms\n  réexpose un Duc d'Albe que tout le monde connaît et que peu de gens\n  apprécient.\n     L'école gantoise est mieux représentée. Il y a d'abord Van Aise dont le talent\n  muri a produit une œuvre très sérieuse et d'une belle tentative. Il est dommage\n toutefois que ce peintre voie vert et dépare ses meilleures toiles, par la violence\n  et la crudité agaçante de ses paysages. Toutefois Saint Liévin en Flandre\n s'impose, comme une œuvre de puissance et de travail. Dimanche soir est\n plus pénétrant. On s'arrête longtemps devant cet envoi d'un dessin si parfait\n et d'une poésie si intime. Mais le vert ! le vert ! le vert !\n    Voici M. Heins. Son Coin de boucherie est plutôt d'un dessinateur que d'un\n peintre. Cela est très fort comme dessin et difficulté vaincue, mais la facture\n et la couleur ne sont nullement parfaites. Il y a cependant, un quartier de\n bœuf, admirablement traité et qui prouve que M. Heins finira pas réussir.\n    Le chemin d'Afsnè de Denduyts ne plaît que médiocrement. On se demande\n si les tons bleus du fond sont vrais et l'on trouve l'emmêlement des branchettes\n d'arbres un peu trop « toile d'arraignée. »\n    Le défaut de M. Wytsman consiste dans sa facture. On dirait qu'il ligne ses\n toiles, peignant toujours horizontalement. Ses paysages italiens ne me séduisent\n guère. Tous ceux qui connaissent cet artiste, savent qu'il est capable de prendre\n une éclatante revanche, que nous serons les plus enthousiastes à constater.\n    M. Van den Eeden a tiré un sujet de la Dame aux camélias. On déterre une\n morte en présence de son ancien amant. La scène est intitulée: Dernières amours.\nC'est un vigoureux effort et presque une réussite. Il est dommage pourtant que\nla tonalité générale soit sèche. Ensuite la morte devrait être plus... morte,\nelle est trop propre! Mais il y avait à éviter l'horreur, à rendre le cadavre\nprésentable, toutes choses auxquelles je ne songe pas. Somme toute, grand\npas en avant, lorsqu'on se souvient de Il passe.\n    M. Scribe a envoyéun Coin de verger flamand qui est, me semble-t-il, ce qu'il\na produit de meilleur; M. Maeterlinck continue à faire de la peinture bour­\ngeoise et gantoise; M. Tydtgat et M. de Kesel sont figés dans l'officiel, M, de\nKesel surtout, qui accroche à la rampe un des plus mauvais portraits qu'on\npuisse peindre.\n\n   Et voilà en résumé, le bilan de l'exposition. Je ne m'occuperai pas de la\npeinture française, la plupart des toiles envoyées ayant figuré au Salon de Paris,\net je m'abstiendrai aussi de faire des réflexions générales, ces réflexions étant\ntrès souvent de la haute fantaisie débitée sérieusement en cravate blanche et\nen habit noir.,\n                                                                   EMILE VERHAEREN.\n  NOTA-BENE. L'éditeur Adolphe Hoste de Gand a mis en vente le jour de l'ouverture du\nSalon, un excellent catalogue pratique destiné à guider les visiteurs dans le dédale des salles.\nRempli de croquis des meilleurs tableaux exposés, croquis exécutés merveilleusement par\nM. Armand Heins, un de nos meilleurs dessinateurs, ce catalogue, tiré en deux couleurs,\nest une véritable œuvre d'art à conserver. I. R.\n"}, {"page_pdf": 508, "texte": "                                  — 439 —\n                                       II.\n\n                    EXPOSITION D'ARCHITECTURE.\n\n   L'impression que vous laisse une visite à l'exposition d'architecture n'est\npas ce qu'elle devrait être. On y remarque tout d'abord l'absence complète de\nnos plus grands maîtres : Balat, Beyaert, Viron, Poelaert (sauf le Palais de\nJustice, exposé par le gouvernement).\n   On n'y remarque rien de bien saillant; certes nous pouvions donner une\nautre idée de notre art aux étrangers qui ont afflué à l'exposition.\n   Nous avons des choses plus dignes d'être exposées que beaucoup d'insigni­\nfiances qui s'y prélassent.\n   Il y a cependant quelques expositions remarquables et notamment celle de\nBaes (Jean), le président de la société centrale d'architecture qui est bien inté­\nressant, bes dessins sont de véritables aquarelles très artistiques.\n   Je remarque surtout « les tours de Hollande » et une vue d'un pavillon\nd'angle du Palais de Justice de Bruxelles. Tout cela est charmant et d'un ren­\ndu étonnant.\n   Quelques dessins de Dumont, un disparu, sont biens jolis et bien délicats.\n   Une étude tout à fait remarquable, comme conception et comme fini, est\nle projet de cathédrale de De Carte.\n   Signalons aussi dans l'architecture religieuse l'exposition de Van Ysendych\nqui ne manque pas de cachet et d'originalité.\n   Un arc de triomphe de Blomme serait très remarquable s'il n'était si froid\ndans sa sécheresse académique.\n   Qnant à l'entrée monumentale d'un tunnel de De Vestel, c'est hors de toute\nproportion et franchement c'est bien funéraire.\n   Une perle littéraire servant probablement de devise à un projet couronné de\n Gcefs :\n                               Douce est la peine\n                               Quant elle amène\n                               Après tourment\n                               Contentement.\n\n    Si on va en rouler autour des maisons, ce sont les caramels qui vont réclamer !\n    Bien jolis, les plans et dessins de Schadde (station de Bruges). Mais ce\ngothique brugeois, qui est du reste très artistique, ne convient guère et ne\ns'allie pas avec les servfces d'une gare. Luys, éprouvait le besoin évidemment\nintempestif de nous montrer 4 vues de sa Bourse de Bruxelles, ainsi qu'un pro­\njet de monument national que je recommande à M. Brosi pour ses pièces\nmontées. Remarquons en passant un très joli projet de musée national de\n Van Peteghem, mais le rendu en est peut-être un peu dur.\n   Dujardin sous prétexte d'exposer 2 ou 3 villas fort peu intéressantes, en pré­\nsente 2 groupes photographiés dont les plus remarquables ne sont pas de lui.\n"}, {"page_pdf": 509, "texte": "                                    — 440 —\n   Au dernier moment il doit avoir eu un remords, car il y a une timide tenta­\ntive, à l'encre rouge, indiquant le peu de Dujardin qu'il y a dans ses panneaux.\n   Schoy expose une belle et intéressante étude de décoration intérieure d'une\ngrande richesse de coloris. Très remarquable, sa collection d'art rétrospectif,\nqui est je crois ce qu'il y a de mieux à l'exposition, mais là encore, il y avait\nmoyen d'être plus complet.\n   Signalons encore quelques dessins de Becraene (études d'Italie) et un très\njoli projet de maison particulière de Landa, un jeune qui a beaucoup et de très\nsérieuses qualités.\n   Voilà, au courant de la plume, quelques notes évidemment fort incomplètes.\nJe fais mes humbles excuses aux oubliés d'aujourd'hui, me promettant de les\nrevoir, du reste.\n                                                                CHARDEL.\n\n\n\n\n             CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nLes réimpressions du XVIII e siècle : Les Amours du Chevalier de Faublas,\n  par Louvet de Couvray. Un vol. Bruxelles. A. Brancart, 5.oo; Matinées du\n  Palais-Royal. Un vol. Bruxelles. A. Brancart. 5.00 ; Point de lendemain,\n  par Vivant-Denon, un vol., Bruxelles. A. Brancart, (eau-forte de L. Ri­\n  beaunardy) 3.00; — LaNuitetle      Moment, par Crébillon, fils., un vol,\n  Bruxelles, 4.00;— Courtisane! par Pierre de Lano, un vol. Paris, Rouveyre\n  et Blond, 3.50. — Marie-Queue-de-Vache, par Hector France, un vol, Paris\n  Oriol, 3.50. — Une Lyre, par Frédéric Bataille, un vol., Paris Lemerre.\n  4,00.\n\n   L'étude des moeurs françaises au XVIII e siècle, poussée si loin dans l'histoire\n anecdotique par les Goncourt, et par Taine dans l'histoire philosophique,\ns'achève aujourd'hui avec passion. Les nombreuses rééditions de romans, de\nnouvelles, de pamphlets, entreprises en France par cet éditeur doublé d'un\nartiste: Jouaust, continuées ici, en Belgique, par Kistemaeckers et par Brancart,\nnous font pénétrer dans l'intimité de cette époque inconnue encore il y a trente\nans. On a découvert le XVIII e siècle. La restauration, glorieusement accom­\nplie par les Goncourt pour la peinture et la gravure, se complète de jour en jour\npar la remise en lumière des libelles, des gazettes et des journaux. On a forcé\nles portes secrètes, éventré les placards, fouillé les correspondances, les\nmémoires, les comptes des fournisseurs, tout. On a reconstitué par le détail\nhumble et journalier, par la déduction laborieuse et lente, cette période\nétrange où tous les esprits s'agitaient dans la fièvre inconsciente des révolu­\ntions prochaines. On yoitenfin les coulisses, les dessous, la machination de cet\néblouissant théâtre des pastorales et des fêtes galantes.\n   Ces réflexions me venaient à la lecture des derniers volumes réimprimés par\n"}, {"page_pdf": 510, "texte": "                                  — 441 —\nBrancart. J'ai là sur ma table une pile de livres réédités par lui, depuis ceux\ndont on cite le titre jusqu'à ceux dont on ne parle pas, de mérite très inégal\nd'ailleurs, mais tous intéressants et utiles, le Faublas de Louvet de Couvray\nles Matinées du Palais-Royal, Point de Lendemain de Vivant-Denon, La Nuit\net le Moment de Crébillon fils, etc.\n    Les deux premières oeuvres, sans valeur littéraire aucune, ne mériteraient\nguère les honneurs d'une réédition, si l'on n'y retrouvait, à travers l'exagéra­\ntion et la grivoiserie une peinture d'un coin de ville ou de société. Là est\nd'ailleurs le seul attrait de ces exhumations intellectuelles, car la gravelure y\nest fade et vulgaire. On peut ouvrir le cercueir : il n'y a plus qu'un squelette,\net l'infection n'est pas à craindre.\n    Les contes de Denonet de Crébillon fils, au contraire, si l'on peut y savourer\nles piments chers aux palais raffinés, ont d'incontestables mérites littéraires.\n Dans la nouvelle de Denon, on remarquera sans doute une pointe de senti­\n mentalité amoureuse peu fréquente chez les beaux esprits du temps. Quant au\n roman dialogué de Crébillon, tranchons le mot, c'est une merveille d'esprit,\n de finesse, d'entortillé, sorte de Dépit Amoureux joué, non pas comme dans\n Molière, par deux enfants novices, mais par deux amants experts et retors,\n artistes en bel air et en roueries. Le sujet rappelle curieusement une des scènes\nles plus.... déshabillées de Mademoiselle de Maupin, où Albert et Rosette\ndissertent théologiquement sur l'amour. Mais autant les phrases de Gautier\n vont droit à leur but, autant les conversations de Crébillon se déguisent, se\n dérobent, effleurent, et scintillent. Cette courte nouvelle est un des plus fidèles\n monuments de la galanterie au XVIII e siècle.\n    Ajoutons que l'édition est une œuvre d'expérience et de goût. Rien de criard\n ni de faux. Avant de donner un régal à l'esprit, les livres de luxe offrent une\n fête aux yeux. Quelques unes des réimpressions de Brancart sont irréprocha­\n bles et peuvent compter parmi les meilleurs ouvrages composés chez nous.\n     Des tentatives de ce genre méritent d'être encouragées. Espérons que nos\n éditeurs belges mèneront à bonne fin leur beau travail de résurrection histori­\n que, et qu'après les œuvres riantes et légères du XVIII e siècle, ils nous pré­\n senteront aussi la littérature de la révolution même, si tragique dans sa\n  niaiserie de pastel aspergé de sang, hideuse et fidèle comme un voile de Véro­\n  nique où la France aurait imprimé son image, dans la sueur et dans la pourpre\n  des agonies.\n                                           ***\n\n    Au rebours de l'éditeur belge que j'ai signalé plus haut, les éditeurs\n Rouveyre et Blond semblent se vouer à la diffusion du roman contemporain.\n Rapidement ils ont pris une large place au soleil. En moins d'une année — et\n j'énumère ces livres au hasard de mes souvenirs — ils ont répandu, à des\n milliers d'exemplaires, des œuvres de haute et sérieuse valeur, telles que les\n Contes de la Bécasse, par Guy de Maupassant, les Ridicules du Temps, par J. Bar-\n                                                                        35\n"}, {"page_pdf": 511, "texte": "                                   — 442 —\n\nbey d'Aurevilly, le Deuxième mystère de l'Incarnation, par Léon Cladel, Jules\n Fabien, par M. Pierre de Lano, etc. etc.\n    Un des derniers romans édités par Rouveyre et Blond est celui de M. Pierre\nde Lano, Courtisane!\n    M. Pierre de Lano n'est pas un inconnu par nos lecteurs. La Jeune Belgique,\nnaguère, a signalé le grand succès de son premier roman: Jules Fabien, aujour­\nd'hui à sa cinquième édition. Et en effet, l'œuvre n'était pas une œuvre\nordinaire. Elle dépassait de plusieurs coudées la plupart des études de la\nseconde génération naturaliste. Il y avait là, malgré quelques redondances de\nstyle et quelques faiblesses de conceptions, une main robuste, presque sûre\nd'elle-même, un sentiment profond de l'humanité moderne, et surtout cette\nqualité qui manque à beaucoup de romanciers de la dernière heure : l'accent\nvital. C'est assez dire en quelle estime nous avons le talent de M. Pierre de\nLano. Eh bien ! à cause de cette estime même, suis-je disposé, quoiqu'il m'en\ncoûte, à ne point lui mâcher la vérité, et à ne point lui déguiser mon avis sur\nCourtisane.' Je le ferai avec toute la rudesse d'un critique... du bord du Danube.\n    Le sujet est usé, vulgaire, — impossible. Après Nana, il fallait une forte\ndose de courage pour aborder encore l'étude de la courtisane. M. Pierre de\nLano s'est embarqué bellement dans cette aventure, et pour montrer qu'il sait\nà l'occasion braver le ridicule, il a fait de sa courtisane — une institutrice.\n    En littérature il n'y a plus d'institutrices. Qu'elles existent encore dans'la\nvie réelle, cela est probable. Toutefois je n'oserais pas l'affirmer. Mais ce dont\nje suis sûr, c'est qu'elles sont mortes pour le livre.\n    Cette institutrice a porté malheur au livre de M. Pierre de Lano. C'est elle\nqui est coupable, non lui. J'espère que la leçon suffira.\n    Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait de belles pages dans Courtisane ! L'œuvre\nd'un écrivain de race, même quand elle est médiocre, — ne l'est pas à la\nfaçon ordinaire. Il y a dans ce livre avorté quelques chapitres pleins de puis­\nsance et de relief, entre autres celui qui clôt le roman. Et la langue, plus\nlâchée que dans Jules Fabien, est encore en certains fragments pleine de force,\nde mordacité et de couleur.\n    Ainsi, cette fin de chapitre:\n    « Cependant, dans le renoncement de ses plus chères espérances, une anxiété\nle tourmentait, une rêverie l'amollissait, et lui volait sa force et son courage.\nIl lui semblait qu'en ses causeries avec la jeune fille, qu'en ses regards tout\n pleins de naïve candeur et de foi, une émotion furtive et voilée était née et\n s'était révélée. Etait-ce de sa part une illusion menteuse ainsi que toutes les\n choses en lesquelles il avait cru ? Il lui semblait que le souvenir de cette émotion\n demeurait entre lui et Hélène, ainsi qu'un lien mystérieux, ainsi qu'un accord.\n Et devant cette certitude d'un amour partagé, d'un amour capable d'embellir\nson lendemain, de le dorer d'un peu de chaudsoleil, sa souffrance était d'autant\n plus grande, qu'il infligeait à cette certitude un démenti désespéré, à mesure\n qu'elle s'affirmait, qu'il arrachait de son cœur cette affection à mesure\n"}, {"page_pdf": 512, "texte": "                                  -    443     -\n\nqu'elle l'étreignait, pareil, dans sa farouche obstination de paria, à ces fous du\nsuicide qui écartent de leurs dix doigts la plaie que le rasoir a faite à leur\ngorge,et qui, saisis du vertige de la mort, déchirent à coups d'ongles, la cou­\nture chirurgicale qui rapproche les chairs. »\n   Pierre de Lano est tout entier dans ce passage, avec ses qualités et ses\ndéfauts, avec sa langue souvent incorrecte, embrouillée, peu serrée, — mais\naussi avec sa passion et sa force.\n   Si le roman de M. Pierre de Lano n'a pas répondu à mon espoir, celui\nde M.Hector France, Marie Queue-de-Vache, m'a horripilé. Figurez-vous\ntoutes les atrocités commises par les curés, les moines et les petits frères\npendant cinquante ans, racontées en un seul volume, concentrées en une seule\naction. Vols, suicides, assassinats, luxure, tout y est. On dirait plus facilement\nce qui n'y est pas. C'est une collection de faits divers, une divagation de\ncommis voyageur' esprit fort. Œuvre de fanatique, qui pourrait être signée\nHomais, — et ce qui est le pis — pleine de talent et de puissance.\n   En écrivant ce livre banal, l'auteur a commis un crime de lèse-idéal d'art.\nLe châtiment ne se fera pas attendre: Marie Queue-de-Vache obtiendra l'ap­\nprobation de M. Francisque Sarcey.\n\n\n                                       ***\n\n\n   Avec M. Frédéric Bataille, nous remontons en pleine poésie.\n   Les abonnés de la Jeune Belgique connaissent depuis longtemps l'auteur\nd'Une Lyre. La plupart de ses Fusains mignons ont paru dans la première\nJeune Revue Littéraire et dans la Jeune Belgique, il y a deux ans. Ils se rappel­\nleront sans doute La Grande Peur, cette pièce pleine de mouvement et de\nlyrisme :\n\n            Ce qui me fait peur, ô toi la Lumière,\n            Ce qui m'épouvante, ô toi, le Soleil,\n            C'est la nuit qui va clore ma paupière !\n\n            C'est le repos froid du fatal sommeil,\n            C'est l'inconnu noir où mon esprit sombre,\n            C'est le temps sans fin, égal et pareil.\n\n            O Matin, j'ai peur des griffes de l'ombre !\n            O rose, j'ai peur des baisers du ver !\n            O pinson, j'ai peur du vieux vautour sombre !\n\n\n            O printemps j'ai peur des neiges d'hiver !\n"}, {"page_pdf": 513, "texte": "                                 — 444 —\n\n\n  Citons encore\n\n                                   LES CROIX\n\n\n         Je ne passe jamais près de ces christs en pierre\n         Que la piété plante aux bord des grands chemins,\n         Sans qu'un éclair brûlant traverse ma paupière.\n\n         Je crois voir les vrais clous saigner au creux des mains,\n         Et les muscles des flancs crispés par la torture\n         Se soulever avec des efforts surhumains.\n\n         J'entends hurler la haine et blasphémer l'ordure,\n         La hideuse canaille insulter le martyr,\n         La vile populace outrager la nature,\n\n          Et le crucifié compter dans un soupir\n          Ce qu'il faut de bûchers étouffant vos paroles\n          Pour éclairer le front brumeux de l'avenir,\n\n          O vous, tous les Jean Huss et les Savonaroles !\n\n   On a pu juger par ces deux extraits du talent réel et vraiment lyrique de\nde M. Bataille. Mélodie douce et forte, passion débordante, telles semblent\nles qualités principales de cette poésie, par moments un peu facile et trop peu\nsurveillée. Dans les sonnets satiriques, je relève cette strophe :\n\n          L'oracle de Bayreuth tudesquement marie\n          Dans l'assommant fracas des grands trombones creux,\n          Au cri des vieux corbeaux et des crapauds goitreux,\n          Les hurlements d'amour d'une louve attendrie.\n\n   Si cela était écrit par un chroniqueur quelconque, je ne lui ferais pas l'hon­\nneur d'une citation. Mais cela émane d'un poète, et il y a toujours quelque\nchose d'irritant à voir un poète exprimer en aveugle les ignorances ou les sot­\ntises de la masse. On s'imagine immédiatement, comme le prétendait d'Auguste\nBarbier la toute spirituelle Delphine de Girardin, qu'il a trouvé son manuscrit\ndans la malle d'un voyageur.\n                                                ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 514, "texte": "                                  — 445 —\n\n\n\n\n                              MEMENTO\n   L'hiver qui va s'ouvrir promet d'être riche en publications littéraires belges.\nOutre l'Hystérique tant attendue de CAMILLE LEMONNIER, paraîtra\nl'Amiral, un nouveau volume des scènes de la vie judiciaire qu'EDMOND\nPICARD a commencées avec le Paradoxe sur l'Avocat et La Forge Roussel.\n   Chez Lemerre paraîtra Pierrot lunaire, une suite de cinquante rondels\nd'ALBERT GIRAUD.\n   Paraîtront encore : Les Kermesses, nouvelles flamandes de GEORGES\nEEKHOUD : Les Salons, un volume de vers de GEORGES RODENRACH,\nfaisant suite à la Mer élégante.\n   Nouvelles pour les jeunes filles, et l'Amour fantasque par MAX W A L L E R et\nenfin les Moines par EMILE VERHAEREN.\n                                           ***\n   Nous lisons dans l'Epingle, nouvelle satire hebdomadaire bruxelloise, la\npiquante révélation suivante :\n   « La Revue britannique a, depuis quelque temps, un correspondant de\n Belgique qui la tient au courant du mouvement littéraire de notre pays. Ce\ncorrespondant est un homme entendu qui connaît le sujet dont il s'occupe,\ncomme personne. Il lit tout, même des choses que personne jusqu'à présent\nn'avait jamais songé à lire: les livres de M. Potvin, par exemple.\n   « Avez-vous jamais songé à lire les ouvrages de M. Potvin, même quand on\nles distribuait pour rien comme sa machine rimée de 1880 ?\n   « Non n'est-ce pas ? Le supposer serait presque impertinent.\n   « Eh bien, le correspondant de la Revue britannique a lu tout cela, il connaît\nles titres, les sujets, et cite même par cœur des passages entiers.\n   « Quel peut être ce chercheur infatigable et consciencieux que rien ne rebute?\n   « On se le demandait, et pendant longtemps les lecteurs de la Revue britan­\nnique auraient été réduits à la pénible obligation de donner leurs langues aux\nchiens — et on sait le triste usage qu'en font ces animaux ! — si l'indiscrétion\nd'un ouvrier typographe qui avait reconnu l'écriture, n'avait révélé que l'auteur\nde ces correspondances où éclate si inopinément l'éloge des écrits de M. Pot­\nvin, n'était autre que...\n   « Mais, non, vous ne le croiriez pas.\n   « Et pourquoi pas, après tout? puisque, même en amour, il y a des gens qui\nsont d'avis qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même.\n   « Pas vrai, Chariot ? »\n                                          ***\n  Le peintre Hans Makart expose en ce moment à Coblence une suite de cinq\n"}, {"page_pdf": 515, "texte": "                                   — 446 —\n\ntableaux représentant les cinq sens, grandes toiles de près de 75 centimètres de\nlarge sur 3.50 de haut.\n   Cinq femmes nues symbolisent les sens. La plus remarquable de ces toiles\nest l'Odorat. Une Vénus respire le parfum d'une rose fraîchement cueillie ; sur\nun fond de verdure rougissante se détachent des fruits que cueille une autre\nnymphe vue de dos ; une grande impression se dégage de la nature mourante.\n   La Vite est représentée par une femme se mirant dans une glace.\n   L'Ouïe est une femme aux aguets qui semble écouter un vague bruit\nd'amour.\n   Le Toucher est personnifié par une femme sortant de l'eau, tenant un enfant\ndans ses bras.\n   Ces tableaux seront prochainement exposés à Bruxelles.\n                                         ***\n\n   Voici une pièce ACROSTICHE parue récemment dans une grotesque et chari­\ntable publication Bruxelles-Ischia, sous le nom ou le pseudonyme d'Alphonse\nHim. Ce sont des vers, nous les alignons comme de la prose ; un vers de Louis\nHymans à celui qui parviendra à trouver l'acrostiche et             les pieds\n(ô Philomène !) :\n\n                                  ACROSTICHE\n   « Croire à la destruction de cette Ile dorée, est difficile, ressusciter! Ischia­\nla-belle oublierait l'orage; o h ! toi qui faisait boire l'oranger dans les ravins\nde ton île, ignorais-tu que Lamartine écrivait un jour là plusieurs pages, xylo­\nphoner par un temps clair, un ciel si pur, réminiscences grecques de Théocrite\net d'Anacréon, ou le soir à l'endroit où la proue quittait la verdure, une muse\ndivulguait le bruit des flots, assise sur le gazon. Gloire à l'humanité dont l'œil\nperce à travers la tempête, encore et toujours du dévouement notre harpe\nest prête. »\n                                         ***\n   Voici la réponse que ne nous apas envoyée M. Jules Bailly, aux petites chi­\nquenaudes que notre rédacteur Albert Giraud lui a fait l'honneur de lui\ndonner. Cette réponse autographiée et que M. Bailly a envoyé à la Presse,\nmérite d'être reproduite sans commentaire :\n   « Il existe de par le monde, certains critiques fanfarons qu'il y a fortement lieu\nde rappeler à l'ordre: ils finiraient par se croire tout permis, si l'on se taisait de­\nvant leurs cavaliers jugements, considérés, par eux seuls, comme étant péremp-\ntoires. Ils n'arrivent jamais en cassant les vitres, qu'à la tapageuse extravagance,\ntout en croyant saisir la fuyante originalité qui leur échappe toujours. Le vraisem­\nblablement très jeune Albert Giraud, de la revue la Jeune Belgique, auquel ses\namis feraient bien de donner, comme cadeau d'étrennes, dans six mois, une\nbonne grammaire française et le petit dictionnaire seulement de l'illustre\nLittré, est, à coup sûr, du nombre des fanfarons critiques dont il s'agit, et le\n"}, {"page_pdf": 516, "texte": "                                    — 447 —\npremier rang, parmi eux, ne peut absolument lui être disputé. Le service de\nses amis grandirait s'il était immédiatement rendu ; car le jeune Giraud, d'ici à\nsix mois, peut encore, pas mal de fois, faire sauter de colère, dans leurs cer­\ncueils, MM. Noël et Chapsal. Le susdit, comme on le peut vérifier, dans la\nsoi-disant chronique littéraire de la livraison du 28 avril dernier, de la revue\nprécitée, a la vraie toquade des embrassements ; il la pousse jusqu'à vouloir '\nêtre embrassé, à tout prix, par ceux-là même qu'il attaque le plus cavalière­\nment, avec un sans façon à nul autre pareil. Je m'aperçois que ce dernier\n membre de phrase est un alexandrin.\n     « Serais-je, par hasard, un poète pour parler de la sorte, en vers, sans le savoir,\n à l'instar de ce bel esprit, du siècle d'Auguste, Ovidius Naso? Je ne suis sûre­\n ment pas un poète, ni pour le jeune Albert, ni, non plus, pour le beaucoup\n moins jeune Ernest Ameline, lequel croit devoir apprendre, à son siècle et à la\n postérité, dans un de ses livres, qu'il y a quatorze fenêtres à son appartement.\n Mieux vaudrait, hélas! une fenêtre unique, pour autant que cet oiseau bleu du\n ciel, appelé poésie, y vînt frapper, de temps à autre, à coups de bec redoublé.\n Le dix-neuvième siècle et la postérité, (nous pouvons ici l'affirmer en toute\n sûreté) ignoreront toujours que M. Ameline a, ou a eu, à Paris, quatorze\n fenêtres à son appartement, certaines élucubrations rimées ressemblant aux\n poésies sacrées de Le Franc de Pompignan, (Haute-Garonne) : « sacrées, disait\n Voltaire, parce que personne n'y touche ! »\n     « Deux petites remarques grammaticales; je ne savais pas, avant que le ful­\n gurant critique de la Jeune Belgique me l'apprît, que le verbe angoisser existât.\n Il est vrai que j'ignorais aussi, il y a quelque temps de cela, l'existence ter­\n restre du flamboyant Giraud lui-même. Je ne savais pas non plus, que l'on\n pût écrire s'en déchirer, un lieu de s'en séparer. Quelle crasseuse ignorance,\n n'est ce pas, mon petit Giraud?\n     « On turlupine aussi, dans la Jeune Belgique des hommes d'un incontestable\n talent et d'un savoir reconnu : notamment MM. Benoit Quinet, Charles Potvin\n  Louis Hymans et Victor Billaud, le délicieux poète de Royan. Je me trouve\n  donc en excellente compagnie. Je me mets moi-même en bouteilles, avance le\n  terrible Giraud ! Je déclare ici, en m'arrêtant que je ne mettrai de lui, rien en\n  bouteilles, n'ayant, jusqu'ici, rien lu qui méritât d'être conservé. Quinet,\n  puisqu'il s'agit de flacons, en buvant, à Mons, quelque bon verre de Bour­\n  gogne, avec Antoine Clesse, lancera quelque flèche, à fine pointe, en se car­\n   ressant les moustaches, au bien peu redoutable Albert Billaud, lui rejetant\n   en arrière d'un rapide coup de main, sa longue chevelure noire, sur les bords\n   de son Océan, s'écrira à son tour : Mais que me veulent donc tous ces petits\n   roquets qui viennent japper à mes talons des bords du joli canal de Bruxelles\n   à l'Escaut! »\n                                                                JULES BAILLY.\n\n                                                              Off. d'Académie.\n     P. S. Les heures de Soleil, (Paris, Ghio, 1880) et la Proie pour l'Ombre,\n"}, {"page_pdf": 517, "texte": "                                 -    448     -\n\n(Bruxelles, Rosez, 1883), m'ont valu des appréciations qui étonneraient beau­\ncoup le jeune pourfendeur de derrière Quiévrain ; elles sont, elles, je suis\namené à le dire, suivies des signatures les plus célèbres du monde littéraire ou\nde celui des Beaux-Arts, de Belgique et de France.\n   Je constate, sans m'en accuser, qu'il m'est arrivé de m'endormir, l'un de ces\njours derniers, sur des farces nouvelles du petit ou du grand Albert; car je ne\nl'ai jamais vu, jusqu'à présent, même en portrait. Il est certain qu'il en peut\ndire tout autant de moi, bien qu'il se complaise dans la description de mes\nlarges oreilles ! Les dites dernières bouffonneries sont datées du premier août\ncourant, tombées à mes pieds, pendant mon sommeil, elles y sont restées à\nmon réveil.\n                                                    Paris, 2 5 Août 1883\n                                             58bis, boulevard Richard-Lenoir.\n     !!!!!!! (N. D. L. R.)\n\n\n   Nous croyons devoir informer ceux de nos abonnés qui désireraient profiter\nde la réduction accordée aux abonnés de la Jeune Belgique, sur le prix de\nsouscription aux « Plaquettes artistiques » que le tirage de ces mignons volumes\nest strictement limité à 300 exemplaires. Ils feront donc bien de souscrire sans\nretard, le nombre des demandes étant déjà considérable.\n   La nouvelle d'Octave Maus, illustrée par Charles Hermans, — qui ouvrira\nla série avec le Baiser, illustré par Khnopff, de MAX Waller, — portera défini­\ntivement le titre : Aux Ambassadeurs.\n   Rappelons que le prix de chacune de ces plaquettes, imprimées en caractères\nElzévir sur beau papier anglais avec lettres ornées, etc., est de fr. 1-50 pour\nle public, de fr. 1-20 seulement pour les abonnés de la Jeune Belgique. Les\nabonnés qui souscriront à toute la série, recevront les volumes à raison de\nfr. 1-10.\n  Les premiers seront mis en librairie au plus tard le 15 octobre. Les\nsouscriptions sont reçues au bureau de la Jeune Belgique.\n                                      ***\n\n   Sommaire de l'Art Moderne(30septembre 1883) :\n   EXPOSITION D'AMSTERDAM. (Quatrième et dernier article). Artistes français —\nArtistes allemands. — FRANS HALS ET MANET. — BIBLIOGRAPHIE. Bréviaire de\nl'amour expérimental, par le docteur Jules Guyot. — CORRESPONDANCE. — A\nPROPOS DE LA PROPRIÉTÉ ARTISTIQUE.      P E T I T E CHRONIQUE.\n\n                                                                    NEMO.\n"}, {"page_pdf": 518, "texte": "                  GIL                     BLAS\n                          JOURNAL QUOTIDIEN\n\n16, BOULEVARD DES CAPUCINES 16, PARIS.\n                                     PUBLIE\n\n\n   CE QUI NE MEURT PAS\n                                          PAR\n\n\nJULES BARBEY d'AUREVILLY.\n      U n n u m é r o : 20 centimes. A b o n n e m e n t s : (3 mois): 17 fr.\n                                  En vente partout.\n\n\n\n\n                              :                                          ■\n\n\n\n\n                         REVOLUTION\n                                  DANS L'ART DE SE RASER\n\n\n\n\n                       RASOIR\n                          AMÉRICAIN,       brevetés,   g. a. g.\n     Il est impossible dans une annonce de donner une idée complète des\navantages extraordinaires de cette merveilleuse invention ; cet appareil\njustifie entièrement sa vogue ; il permet à toute personne de se raser\nsans en avoir aucune habitude, et cela sans crainte de coupure.\n    Fût-on aveugle ou agité d'un tremblement nerveux, on peut se raser\nd'une façon plus parfaite que ne le ferait le barbier le plus expérimenté\npar les procédés anciens.\n    Le résultat qu'on obtient par l'usage de ce nouveau rasoir est tellement\nordinaire qu'il est certain qu'il remplacera partout l'ancien système ; il\nsuffit de l'avoir essayé une fois pour ne plus vouloir se raser ni se laisser\nraser par d'autres procédés.\nNe pas confondre avec des appareils similaires qui se vendent à vil prix et\n              qui n'ont aucun des avantages du rasoir américain.\n   Pour le recevoir franco, envoyer fr. 5-50 en un mandat-poste à M. MICHEL, 37,\nrue des Solitaires, Paris. (Remises pour les achats en gros).\n                     Prière de nous indiquer dans quel journal\n                                on a lu cette annonce.\n"}, {"page_pdf": 519, "texte": "              Seront mis en vente le quinze octobre :\n\n\n\nROYAL-GOMMEU                      NOUVELLE          PAR\n\n                     OCTAVE                         M A US\n                                    avec un dessin de\n\n\n         CHARLES                                  HERMANS.\n  Une plaquette artistique imprimée à petit nombre (3oo\nexemplaires) sur beau papier anglais, en caractères Elzévir,\navec lettres ornées, culs-de-lampe, etc..\n                            PRIX : 1 f r .         50       c.\n\n      pour les abonnés de la Jeune Belgique : 1 fr. 20 c.\n                    (souscrits à l'avance).\n\n\n\n\n      LE B A I S E R              NOUVELLE PAR\n\n                       MAX                 WALLER\n                                     avec un dessin de\n\n          F E RNA N D                             KHNOPFF.\n  Une plaquette artistique imprimée à petit nombre (300\nexemplaires) sur beau papier anglais, en caractères Elzévir,\navec lettres ornées, culs-de-lampe, etc.\n                              PRIX: 1 f r .        50       c.\n        pour les abonnés de la Jeune Belgique: 1 fr. 20.\n                      (souscrits à l'avance).\n~—■                                           ]                                            —\n\n   Ces plaquettes étant tirées à très petit nombre, ne tarderont pas à être épuisées, et nous\nengageons vivement nos abonnés à envoyer au plus vile leurs souscriptions à nos bureaux.\nIls recevront leur ou leurs exemplaires avant la mise en librairie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1883-10-01", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 476."}}