{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(4e année) 1 8 8 4", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE. 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I Exposition del'Essor\n                                                               EMILE VERHAEREN.\n           —       II Exposition de M. Cassiers\n           —      III Exposition de M. Cluysenaar .\n           —       IV L'Atelier Van      Alphen A. M.\n    CHRONIQUE MUSICALE\n    MEMENTO MUSICAL HENRY MAUBEL\n    CHRONIQUE THÉÂTRALE\n\n     MEMENTO                                                   NEMO.\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n                 74,   A VENUE       DE LA            TOISON       D'OR\n                                          1884\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LÀ JEUNE BELGIQUE REVUE MENSUELLE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Notre boîte aux lettres est remise", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 143, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 164, "texte": "LÀ JEUNE BELGIQUE\n                     REVUE MENSUELLE\n\n                  PRIX D'ABONNEMENT:\n   Belgique : 5 francs par an. — Etranger : 7 fr. par an.\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Notre boîte aux lettres est remise", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 143, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 164, "fin_caractere_exclue": 1095, "texte": "Notre boîte aux lettres est remise au numéro prochain.\n\n\n   Notre numéro 3 contiendra tout le premier acte de Faust\ntraduit par M. EDMOND PICARD.\n   11 contiendra en outre une étude que l'encombrement des\nmatières à dû nous faire reculer de trois mois. Elle est inti­\ntulée La critique nihiliste et a pour auteur M. F . Nautet.\n\n\n  Nous pouvons annoncer comme prochaine la suite des\nEtudes d'Esthétique de notre collaborateur Albert Giraud,\nainsi que des Nouvelles pour les Jeunes ûlles de M. Max\nWaller.\n\n   Prochainement aussi de nouveaux Dialogues des morts\net des études satiriques : Nos Grimauds.\n\n\n   On nous annonce comme prochaine l'apparition du Pierrot\nlunaire d'Albert Giraud, chez Alphonse Lemerre.\n\n\n  Le volume à paraître de Georges Rodenbach s'intitulera,\nnon les Salons, mais L'Hiver Mondain.\n\n\n  M. Max Waller prépare un roman nouveau, dont la\nValse allemande, que nous avons donnée l'an dernier, est\nun fragment.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 131, "titre_corps": "Une Maîtresse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Sensations", "signature_source": "Maurice Sulzberger", "ancre_debut": "SENSATIONS", "ancre_fin": "MAURICE SULZBERGER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 144, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1503, "texte": "SENSATIONS\n\n                                   I.\n\n                         UNE MAITRESSE\n\n         AH bien, messieurs, grogna le surveillant en dardant son œil de\n          bouledogue sur deux rhétoriciens du dernier banc, un petit\n           roux à figure blanche, cravaté de vert, et un long mince à\n          moustache de joli-cœur, qui n'avaient cessé de bavarder depuis\nle commencement de. l'étude, — puisque cette conversation vous amuse\nsi fort, vous la continuerez pendant que les autres iront en récréation.\n   On sortit.\n   — Alors, reprit le rousseau en levant le nez après que le dernier\nélève eut refermé la porte, — alors, c'est vrai que tu as une maîtresse ?\n   — Parbleu, si je te le dis !\n   — Et... les parents ?\n   — D'où sors-tu, mon cher ? C'est une vraie maîtresse, une femme\nmariée.\n   Les yeux du petit s'arrondirent comme des pièces de cent sous. Il se\nmit à ravager avec l'ongle la tablette du pupitre, sans souffler mot, cher­\nchant dans sa cervelle enflammée de curiosité des phrases adroites qui\nquestionneraient sans avoir l'air d'y toucher.\n   — Veux-tu venir à ma chambrette? je te montrerai.\n   Ils s'échappèrent, grimpèrent l'escalier l'un derrière l'autre, trois\nmarches à la fois, se gardant d'appuyer le pied trop fort, de peur de faire\ncrier le bois. Le rousseau suivait, avalant sa respiration et retenant\nle bruit de ses lourds souliers de provincial.\n   — Nous y sommes.\n                                                                   9\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "                                 — 130 —\n\n     Par la fenêtre ouverte sur la cour entrait, dans une poussière de\n  soleil, le tapage clair de la récréation.\n     — Gare au pion, dit le grand en allumant une cigarette ; s'il nous\n  pince, collés pour huit jours.\n     Le novice se blottit dans un coin, loin de la fenêtre. L'autre se fit\n  tout petit, s'accroupit avec précaution devant l'armoire.\n     — Voilà le musée aux reliques.\n     Il ouvrit lentement le tiroir, dans l'ombre duquel le campagnard vit\n  rougeoyer la soie d'étuis chamarrés de perles, des œillets (emblèmes de\n l'Amour, lui expliqua son condisciple) se détacher en relief sur une\n paire de pantoufles neuves, et à côté, en piles, des mouchoirs fins\n écussonnés d'initiales.\n    — Brodés à la barbe de l'autre, exprès pour moi !... Maintenant, je\n vais te la présenter, la déesse. Tu vas juger si je t'en ai trop parlé.\n    Le Don Juan tira d'une enveloppe une photographie sur laquelle\n il mit les lèvres : « C'est notre habitude : j'ai dû lui promettre ça. Elle\n fait de même, là-bas.\n    — Laisse voir.\n    C'était une blonde boulotte, courte et large, en robe de soirée, le nez\nlégèrement épaté, la bouche souriant un peu de travers ; et comme un\npigeon dans son jabot, elle se rengorgeait dans ses appas, bombant jus­\n qu'au bord du cadre.\n    — Une belle femme ! dit le petit.\n    — Je crois bien qu'elle est belle!... Tu devrais la voir assise dans la\nboutique — le mari est pâtissier, toujours à ses fours, tu comprends. —\nC'est elle (lui ne saurait pas) qui tous les matins arrange l'étalage, et avec\nun art ! Les gâteaux, les liqueurs, alignés sur les rayons de marbre, on ne\nse figure pas : de vrais tableaux. Et quand je pense aux petits pâtés qu'elle\nme confectionne pendant les vacances... avec quoi elle pétrit ça, je n'en\nsais rien, mais c'est d'un poétique !.. Ah, elle est charmante, dans ce joli\nmagasin blanc, entourée de bocaux de pralines, de pyramides de fondants,\nde sachets mystérieux coquettement ficelés, de toutes ces friandises allé­\nchantes... On dirait seulement une friandise plus grande que les autres...\n    — Meilleure, aussi ! ajouta le petit, honteux de n'avoir rien dit\nencore qui lui donnât l'air de s'y connaître.\n    — Et comme elle écrit ! Veux-tu que je te lise de ses lettres ?... Cet\nidiot de directeur me disait l'autre jour : « De qui donc recevez-vous\nces enveloppes constellées de fautes d'orthographe ?» Il est vrai qu'elle\nfait quelques fautes ; mais ce n'est que sur l'adresse, parole d'honneur.\nD'ailleurs, n'en faisons-nous jamais, nous autres?\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2513, "texte": "                                 —   131   —\n\n    Il choisit au hasard parmi les lettres. Elles étaient sur papier rose,\net presque toutes commençaient ainsi: Ange adoré, je rêve de toi...\nDe son coin, le provincial humait le parfum musqué qui s'en exha­\nlait, suivait de l'œil l'écriture fine et penchée, une écriture qu'il n'avait\nvue que dans les cahiers des fillettes à l'école de son village.\n    Mais il n'écoutait plus. Ange adoré, je rêve de toi... Il pensait à cela.\nUne féminine atmosphère de sollicitudes inconnues, plus maternelles\nque celles d'une mère, se levait autour de lui. Un être dont les rêves\nseraient pour vous!... Et ses songeries s'envolaient... Ces femmes qu'il\nn'avait jamais regardées, il voyait tout d'un coup combien elles étaient\nbelles : leur chair souple, fondante, lui apparaissait, imprégnée, non pas\nde fleurs, comme disent les poètes, mais de tendresses : rien qu'un geste\nde leur nuque, qu'une ondulation de cheveux fins autour d'une oreille,\ndonnait, il le sentait maintenant, la sensation d'une caresse, d'un baiser\nreçu de leurs lèvres. Elles contenaient tant de choses, ces phrases qui\nsortaient du papier rose comme d'une boîte à musique, qu'il s'attardait\nà chacune, ne voulant pas les oublier avant d'avoir imaginé toutes les\ndélices qu'elles cachaient; et, les yeux vides, de la lecture qui continuait,\nil entendait encore quelques mots épars, des motes magiques qui vague­\nment compris le portaient comme d'un coup d'aile, plus avant dans le\nbleu des paradis...\n   — Voici mieux encore. Pèse-moi ça.\n    C'était une grande tresse noire, les deux bouts rassemblés par une\nfaveur de soie.\n    — On dirait une couronne, remarqua le petit.\n    Il la prit en main, hésitant. « Et quel poids ! »\n    Comme il admirait les lourds cheveux artistement entrelacés, le cor­\ndonnet se dénoua; dans sa main la robuste natte se détendit avec un\nsaut de ressort cassé; et à la sentir s'allonger et frétiller sous ses doigts,\nil lui sembla manier il ne savait quoi de vivant.\n    La cloche sonna.\n    — Vite, tout de côté.\n    Le marmouset restait dans son coin, très rouge.\n    A la fin, suppliant du regard :\n    — Dis, donne-m'en une mèche!\n    Sautant de joie, il dégringola les marches de l'escalier, sur lequel il\nfaisait résonner ses talons ferrés, au risque de se faire découvrir, et punir\ndurement, punir pour elle, avec la sottise déjà de l'amoureux,... car il\nl'était, amoureux, — et amoureux fou !\n                                               M A U R I C E SULZBERGER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 132, "page_fin": 132, "titre_corps": "Hiver", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Van Arenbergh", "ancre_debut": "HIVER", "ancre_fin": "EMILE VAN ARENBERGH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AU PAYS WALLON", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 147, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 974, "texte": "HIVER\n\n                    PAQUERETTES de gel et fougères de givre,\n                    Le blanc printemps d'hiver fleurit sur les carreaux ,\n                    Et, du haut des pignons, la gargouille et la guivre\n                    Filent, en grimaçant, des baves de cristaux.\n          Semblables aux trous noirs des balles dans la cible,\n          Les freux, par vols épars, criblent un ciel d'étain ;\n          Et la neige, pareille au silence visible,\n          Tombe sur chaque bruit, qu'aussitôt elle éteint.\n         Puis, quand le soir s'ajoute à la paix mortuaire,\n         Là-bas, sous le brouillard, comme sous un suaire,\n         Les formes peu à peu vont se désagrégeant.\n         Et le soleil, alors, qui de l'horizon tombe.\n         Semble, pâle et fané, la couronne d'argent\n         Qu'une invisible main pose sur une tombe.\n                                           E M I L E VAN A R E N B E R G H .\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 132, "page_fin": 137, "titre_corps": "Tirage au sort", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Au pays wallon", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "AU PAYS WALLON", "ancre_fin": "JULES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNET D AUTOMNE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 147, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 974, "fin_caractere_exclue": 1404, "texte": "AU PAYS WALLON\n\n                          TIRAGE AU SORT\n            LES Vertiaux avaient eu une certaine aisance. Jadis, chacun\n            apportait un peu au ménage : le père, bon ouvrier, gagnait de\n            forts salaires ; Denise, dès qu'elle avait été grande, s'en était\n            allée coudre au dehors, à la journée; Gustave, au sortir de\nl'école, et à cause de sa belle écriture, était bientôt entré dans une admi-\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "                                — 133 —\n\nnistration ; tandis que la mère, en leur absence, tenait un petit cabaret\noù il ne venait guère du monde que les jours de fête. Un instant ils\navaient espéré se payer ce luxe de bourgeois : un remplaçant pour leur\nfils, — mais un jour, le père après une longue maladie qui l'avait désac­\ncoutumé du travail, s'était mis à boire et à fainéanter et depuis, tout\navait mal tourné. L'estaminet avait fait de mauvaises affaires, car Ver-\ntiaux passait maintenant de longues journées à son comptoir, buvant\nson fonds, et amenant sans cesse de nouveaux amis pour leur payer\ndes « tournées » et courir ensuite avec eux faire scandale au village.\nDenise, à cause de la mauvaise conduite de son père, avait perdu\nquelques-unes de ses meilleures « pratiques » ; des gens posés qui crai­\ngnaient de voir entrer chez eux, avec leur couturière, les inconvenances\npopulacières ; enfin la mère se faisait vieille. Toute la communauté\nvivait sur lès maigres appointements de Gustave et l'on tremblait qu'ils\nne vinssent à manquer. Gustave Vertiaux venait d'avoir 19 ans; il\nétait grand, solide, puissamment musclé, avec une pâleur élégante due à\nson bureau; il ne pouvait espérer l'exemption si le sort lui était contraire.\nLa mère prise d'un regain de piété, était retournée à l'église, longtemps\nnégligée, pour y faire des neuvaines et brûler des cierges aux Saints du\nParadis et à la Vierge Marie; Gustave avait même dû communier et\npendant trois semaines, on lui avait donné, de toutes parts, les meilleurs\nconseils pour forcer la chance à se montrer favorable. — Le grand jour\narriva.\n   Un jour triste, brumeux, froid. Une petite pluie fine tombait, enve­\nloppant la nature d'un brouillard. Les arbres sans feuillage, frisson­\nnaient au souffle de la bise et entrechoquaient, avec un désagréable\nbruit de bois sec, leurs branches dénudées. Au loin, dans les horizons\nmornes, sans verdure, se dressaient sous le ciel gris les cheminées\nfumantes des grands ateliers noirs. Des nuages sombres, chassés par le\nvent, roulaient au-dessus des campagnes leurs masses menaçantes. Une\natmosphère trouble, sale, noyait les contours vagues des choses.\n   Par les chemins détrempés, les conscrits, avec leurs parents, leurs\namis, vaguaient par troupes. Aux sons monotones d'un tambour battant\naux champs, des cortèges se formaient et parcouraient en braillant [le\nvillage, de cabaret en cabaret. Déjà, la veille, quelques-uns s'étaient pro­\nmenés ainsi à travers la commune, s'arrêtant à toutes les portes, qui\nentr'ouvertes, projetaient, avec une acre odeur d'alcool et de tabac, un\nrayon lumineux sur la boue noirâtre des pavés. Ceux-là étaient mainte­\nnant haves, éreintés, la voix cassée, le « sarrau » déchiré, et Gustave,\nen les voyant, se sentit une satisfaction égoïste de ne pas les avoir accom-\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "                                 -      134-\n\npagnes. — Avec les autres, depuis le matin, il marchait sous la pluie,\n sans but, anxieux de l'acte qu'il allait poser, un peu troublé par les\n  « chopes » qu'il devait vider à chaque instant. Son père était avec lui ;\n et le vieux, égayé par ce commencement de soûlerie, lui avait donné le\n bras et l'excitait à boire et à chanter : Il fallait faire comme les autres :\n noyer les idées tristes — il aurait un bon numéro, d'ailleurs... Derrière\n une guenille aux trois couleurs, qui pendait tristement, souillée de boue,\n ils erraient au 'hasard des routes. A chaque cabaret, la bande s'arrêtait\n un instant pour se masser devant la porte ; puis, drapeau en tête, un à\n un, se poussant par les mains posées aux épaules, ils entraient et défi­\n laient lentement dans l'étroite salle, en marquant d'un piétinement sourd\n la mesure de leurs chants ; puis, les verres séchés, la bande bruyante\n s'éloignait vers un autre débit, mettant une rumeur de fête dans l'im­\n mense tristesse de la campagne.\n    Sur la place, devant la maison communale où devait avoir lieu le\ntirage au sort, quelques groupes stationnaient, discutant les chances,\ncommentant les renseignements. Des marchands de fleurs artificielles\nachevaient leur étalage, très préoccupés de bien exposer, tout en les\npréservant de la pluie, leurs énormes bouquets blancs et rouges ornés\nde longues et flottantes banderolles de papier, ou bien leurs funèbres\ntouffes de roses noires, ou bien encore les grands numéros qu'on s'at­\ntache à la casquette. — Peu à peu croissait l'animation ; à chaque instant\nles rues latérales déversaient des bandes déguenillées, ivres, sales, qui\ns'étourdissaient dans des rondes sauvages, autour du drapeau et des\ntambours. Certains étaient affreusement pâles, les yeux sans regard, les\nvêtements déchirés; et trébuchaient en dansant, tombaient sur le terrain\ngluant, puis se relevant salis, boueux et tête nue, sans sentir la glaciale\npluie, continuaient en forcenés leurs gambades inconscientes. On n'at­\ntendait plus que ceux de Varfonciennes, le village voisin, qui devait\nparticiper au même tirage au sort. Brusquement un grondement sourd\nde tambours lointains s'éleva, s'accrut, et la clameur incessante et\nmonotone\n                        Saudards tra la la\n\nse perçut vague d'abord, puis plus distincte, grandie, formidable, puis­\nsante de cette force du chant des foules et, sur la place les rondes\nrépétèrent :\n\n                        Saudards tra la la.\n\n  Et quand les Varfonciennois enfin arrivèrent, il y eut une accolade\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "                                — 135 —\n\ngénérale et une immense acclamation partie de toutes les voix, gronda\nla fin de la chanson :\n\n                        Ce n'est pas la barbe\n                        Qui fait les bons soldats !\n\n   D'autres encore se braillaient à la fois : de vieilles chansons remon­\ntant aux siècles passés, ou aux époques troublées du premier Empire et\ninvariablement conservées par les traditions orales, malgré toutes les\nrévolutions politiques ; mais ce refrain dominait surtout, résonnant\ncomme une menace sourde et berçant le piétinement ininterrompu de\nla multitude :\n\n                        Saudards tra la la\n                        Ce n'est pas la barbe\n                        Qui fait les bons soldats !\n\n    Gustave était épuisé. Le cerveau obscurci par la bière et le genièvre,\n il n'avait plus qu'une demie conscience de lui-même. Un seul in­\n stinct survivait en lui : l'imitation. Il vit les portes de la maison com­\n munale s'ouvrir, ses compagnons y entrer en s'écrasant, il les suivit.\nAvec eux il gravit un escalier au haut duquel la voix brève et dure du\n commissaire de police au képi galonné d'argent, commandait : « Otez\nvotre casquette ! » Intimidé, il obéit et entra dans une grande salle où\npeu à peu se massèrent tous les conscrits. Au fond sur une estrade des\n« messieurs » s'agitaient autour d'un tapis vert. Après que l'un d'eux\neut prononcé quelques mots, peu compris, un autre, celui du milieu,\nfit tourner une petite boîte longue, carrée, comme un petit cercueil,\ntoute remplie de numéros, avec une pétarade de légers chocs qui rappela\nà Gustave le moulin dans lequel sa mère grillait le café. Puis séparément,\nils furent tous appelés. Alors ce qui restait en eux d'intelligence parut se\nréveiller. Des conversations s'engagèrent. Par instants la voix cassante\ndu commissaire de police s'élevait :\n   — « Silence ! » —\n   Tous suivaient avec une attention inquiète les résultats du tirage ;\net sans aucune arrière-pensée égoïste, se réjouissaient des bons et s'affli­\ngeaient des mauvais, comme si chaque numéro sortant fut sorti pour\nchacun ; sauf une fois, le « maieur » qu'on disait avoir la « bonne main »,\ntirait pour un jeune étudiant de Liége qui n'avait pas voulu se déran­\nger, se commettre avec toute cette plèbe ; il amena le nombre le plus\ninférieur, le « bidet » ; alors un rire courut, rire égoïste et joyeux d'où\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "                                — 136 —\n\nvriers qui raillent des bourgeois. — On appela : « Gustave Vertiaux! »\n   — Pre'sent.\n    Encore ému du tressaillement que lui avait causé l'appel brusque de\nson nom, il se dirigea vers l'urne et y plongea la main. Alors, par une\ngrande concentration d'esprit, il essaya de se rappeler les recomman­\ndations qu'on lui serinait depuis quinze jours, fouilla au milieu des\npetits morceaux de bois, hésita, oppressé, en tenant plusieurs dans la\nmain sans pouvoir se décider pour cet inconnu ; puis sur l'ordre impa­\ntienté du monsieur qui lui faisait face, il perdit la tête, saisit un numéro\nau hasard et le déroula.\n    — 63! —\n    Il eut un éblouissement, comme un effondrement intérieur: c'était\nun mauvais. Machinalement il retraversa la salle, où les autres le regar­\ndèrent passer avec des regards d'apitoyement, descendit l'escalier et le\npapier fatal toujours en main, d'une voix brisée qui pleurait, avec un\nsourire navrant, il annonça à la foule massée à la porte et contenue par\ndeux gendarmes :\n   — 63 ! Foutu ! J'sus d'dans !\n    Puis il fut saisi, enlevé, porté au-dessus des têtes qui houlaient\ncomme des vagues, jusque près de son père, complètement ivre à cette\nheure, qui lui dit sans tristesse :\n    — Bah ! ce n'est rien. Viens boire une pinte ?\n   Et ill'entraîna, avec d'autres. Alors la promenade piétinante dans la pluie\net dans la boue, recommença. Sur la route, on rencontrait des groupes\nde curieux, des femmes qui s'informaient des nouvelles et les commen­\ntaient avec de grandes exclamations. Jusqu'au dernier moment Denise\net sa mère avaient espéré ; quand elles apprirent que Gustave était\n« tcheu » (tombé), ce fut pour elles un coup terrible. L'angoisse de\nl'attente se résolvait en une certitude affreuse. La mère Vertiaux s'af­\nfaissa sur une chaise, en se lamentant, au milieu des doléances des voi­\nsines et Denise se sauva dans sa chambre pour pleurer à son aise.\n    Tout à coup un grand vacarme se fit sur le chemin, se rapprocha et\npénétra dans le petit estaminet, qu'il secoua comme une tempête. C'était\n Gustave et son père avec une dizaine de camarades. A peine le mal­\nheureux reconnut-il sa sœur et sa mère; hébété, saoul, il chantonnait\nmachinalement, d'une voix coupée de hoquets, un des refrains du\njour ; tandis quelle père Vertiaux, l'œil brillant, le geste menaçant\n vociférait des injures contre sa femme, parce que la pauvre vieille,\nencore toute tremblante et que Denise devait aider, n'allait pas assez\nvite pour remplir les « chopes ». Puis après plusieurs « tournées », la\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 902, "texte": "                                 -      137-\n\nbande tapageuse se rassembla pour partir et Denise et sa mère restèrent\nseules.\n   La mère abrutie par la douleur et par les colères du mari, s'était\nécroulée dans un coin, sur une chaise, le corps soulevé de rauques et\nconvulsifs sanglots; Denise, les yeux séchés, l'air grave, ranimée par le\nsentiment de sa responsabilité, rêvait aux moyens de faire vivre le mé­\nnage qui maintenant ne pouvait plus compter que sur elle. Un grand\nsilence planait sur la maison. — Au dehors on entendait des pas qui\ns'éloignaient et, mêlés aux sifflements lugubres du vent, des lambeaux de\nchansons joyeuses, adoucies par la distance, mouillées par la pluie, et\nqui semblaient une grande voix mugissante et plaintive, d'une irrémis­\nsible tristesse !\n    Marcinelle, Novembre 1885.\n                                                   JULES   DESTRÉE.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 137, "page_fin": 137, "titre_corps": "Sonnet d’automne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Gilson", "ancre_debut": "SONNET D AUTOMNE", "ancre_fin": "JULES GILSON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 152, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 902, "fin_caractere_exclue": 1879, "texte": "SONNET D'AUTOMNE\n                      EN avant les coupés, les tramways, les voitures,\n                      On a déjà rentré les monops découverts ;\n                      Adieu les doux combats dans les bocages verts ;\n                      Pour les amants à l'œil, quelles déconfitures !...\n\n           Car Boitsfort est désert, ses routes sont obscures\n           Le fourré n'entend plus les amoureux concerts...\n           Viens, ma belle, partons, va mettre tes fourrures ;\n           Les théâtres, les bals, sont désormais ouverts.\n           Bah ! ne nous plaignons pas, notre vie est si belle!\n           Crions « Vive l'hiver » car nous aimons qu'il gèle,\n           C'est alors seulement qu'on jouit des baisers.\n           Dans ta chambre riante où s'allonge un lit rose,\n           Ne songeons qu'à l'amour, chassons les froids pensers ;\n           Est-on plus sérieux avec un front morose ?\n                                                       JULES     GILSON."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 138, "page_fin": 139, "titre_corps": "Le « Zut » de Blanchette", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Carl Maubray", "ancre_debut": "LE ZUT DE BLANCHETTE", "ancre_fin": "CARL MAUBRAY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA SECONDE A L OFFICE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 153, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 944, "texte": "LE «ZUT» DE BLANCHETTE\n\n\n  LE        farceur de soleil d'avril,\n                       Nombril,\n           Met dans le bleu du ciel immense\n                       Sa panse.\n Un frisson drôle court dans l'air\n               Plus clair ;\n Pigeon chatouille sa mignonne\n               Pigeonne,\n Pinson fait rire dans les bois\n               Sa voix.\n C'est temps scabreux pour jeunes filles\n              Gentilles\n Et pour maris vieux et perclus\n               Cocus.\n Mais c'est pour nous autres bohèmes,\n              — Problèmes.\n Des bourgeois — le temps des baisers\n              Aise's.\n Le grand ciel et la cochonnette\n               Herbette\n Vont servir à l'amour sans frein\n              D'e'crin.\n Et c'est pourquoi j'ai dit à Blanche\n              Dimanche :\n « J'ai découvert là-bas, bien loin,\n              « Un coin\n « A l'abri de toute insolite\n               « Visite\n « Où je t'apprendrai chaque jour\n              L'amour. »\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 307, "texte": "                                   — 130 —\n\n                 Et Blanchette m'a — t o u t e . . . chose\n                               Et rose —\n                 Dans u n sifflement de contr'ut,\n                               Dit « Zut ! »\n                                       CARL MAUBRAY.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 139, "page_fin": 142, "titre_corps": "La Seconde à l’Office de Publicité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tête de mort", "ancre_debut": "LA SECONDE A L OFFICE", "ancre_fin": "Amen", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 154, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 307, "fin_caractere_exclue": 2085, "texte": "LA SECONDE A L'OFFICE DE PUBLICITÉ\n\n\n         Nous le disions un jour, il y a deux sortes de critiques, la critique propre\n         et la critique malpropre. L'Office de Publicité cultive la dernière\n         avec un rare toupet.\n   Une première fois déjà nous avons signalé une lettre écrite par les rédac­\nteurs de cet intéressant dépotoir — à eux-mêmes. Le cas se représente. Voici,\nce que nous lisons dans l'Office de Publicité du dimanche 2 décembre :\n\n                « Correspondance.\n                                                       A M. M.           r\n  « Croyez bien, monsieur, que nous sommes désolés de ne pouvoir pas\n« rendre compte de votre livre. A son sujet, nous aurions justement beaucoup\n« a vous dire, ou plutôt à vous redire. Par exemple, nous vous eussions\n« signalé le danger où vous courez inconsidérément, par une espèce de bra­\n« vade d'adolescent, et nous vous eussions crié bien fort: - Prenez garde.\n« Quand elle n'est pas faisandée, votre littérature flaire abominablement le\n« patchouli, et si elle ne prend plus l'allure canaille des mauvais lieux, c'est\n« pour adopter le langage mignard et désossé du boudoir d'une moderne\n« Cathos. Elle parle trop avec la bouche en cœur — telle quelle, elle nous\n« produit l'effet de quelque tricoteuse de Robespierre qui se serait déguisée en\n« muscadine. Hier, vous sacriez comme le Père Duchêne, vous et les vôtres,\n« et parce qu'aujourd'hui vous n'avez que des voyelles sur les lèvres, vous\n« vous croyez Boufflers. Pardon, vous n'êtes pas Régence, vous êtes Directoire.\n« Ce n'est plus la même chose. Il ne suffit pas, pour qu'on vous proclame\n« talon rouge, que vous pirouettiez avec une grâce affectée. Ce serait tomber\n« dans une grossière erreur que de vous l'imaginer. Oui, quelques flatteurs\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3227, "texte": "                                  —    140   —\n\n« pourront vous l'assurer, quelques ignorants le croire; mais ne vous y trom­\n  pez pas, s'il est une palette difficile à manier, c'est assurément celle qui\n« porte des couleurs tendres et gaies ; et vous avez la main encore lourde de la\n« grosse besogne de la veille ! Tout cela, nous aurions voulu vous l'adresser\n« directement, parlant à votre personne. Par bonheur nous ne sommes\n« plus les innocents de jadis, et nous savons ce qu'il en coûte de dire sa\n« pensée sur quelqu'un, même avec courtoisie, même s'il vous en a prié.\n« Nous sommes donc fermement décidés à ne plus tomber dans le piège que\n« l'on pourrait nous tendre; nous ne voulons pas être obligés, de par la loi,\n« d'insérer en réponse un article double de celui que nous aurions publié.\n« C'est là le seul motif qui nous fait refuser d'agréer votre insidieuse propo­\n  sition.\n   « Cependant, comme l'occasion nous tente, si vous vous engagez, par écrit,\n« à ne pas aller jusqu'au bout de votre droit, c'est-à-dire, si vous consentez à\n« ne pas nous répondre plus de cinquante lignes, eh bien, en bons enfants que\n« nous sommes, nous vous accorderons la critique que vous sollicitez avec\n« tant d'instance et, pourquoi ne pas l'ajouter? avec tant d'humilité.\n   « Et nous aurons quelque mérite à le faire. Avouez-le. Car nous n'ignorons\n« pas avec quelle désinvolture vous nous traitez dans vos petits cénacles, et\n  cela en même temps que vous mettez en branle toutes les influences, petites\n« et grandes, qui peuvent agir sur nous. Auprès de vos amis, vous affectez du\n« dédain pour nos jugements ; et auprès des nôtres vous capitulez, vous reniez\n« vos dieux ; vous brûlez ici ce que vous adorez là-bas ; et nous la connaissons\n« aussi cette poignée de main de solliciteur que vous tendez si cordialement.\n   « Mais nous avons assez de bon sens pour ne pas nous fâcher de toutes ces\n« petites faiblesses, et pour en rire.\n   « Ce n'est pas à dire, cependant, que nous soyons prêts à faire votre jeu;\n« et nous ne le ferons pas dans votre intérêt même. Vous avez besoin d'être\n« maintenus dans une certaine modestie. Vous n'avez que trop de propension\n« déjà à prendre certains airs supérieurs qui vous rendent ridicules. — Vous\n« voyez que nous sommes animés d'une véritable charité chrétienne envers\n« vous, puisque nous voulons vous éviter les sourires ironiques que votre\n« suffisance ne manquerait pas de provoquer. — C'est au sort des Coquelin\n« aîné et jeune que nous voudrions vous soustraire. Vous connaissez, sans\n« doute, la querelle qu'ils ont en ce moment avec M. Sarcey.\n   « M. Sarcey a cru devoir leur adresser quelques observations, avec sa\n« bonne grâce habituelle. Mais ils ont mal pris la chose, et voyez donc quel\n« dédain ils affectent pour lui! Ma foi, oui, ils lui parlent de très haut; l'on\n« sent qu'ils se retiennent, pour ne pas luicrier : Que nous veut donc ce cuistre?\n« Et de quoi s'avise-t-il ! Avons-nous des leçons à recevoir de lui? Tout au\n« plus lui reconnaissons-nous le droit de nous prodiguer ses éloges et de nous\n« encenser. — Voilà bien où la vanité surexcitée mène certaines gens, qui\n« parce qu'on les a traités en enfants gâtés, vous prennent ensuite des façons\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2681, "texte": "                                  — 141 —\n\n« à vous l'aire pouffer de rire. Passe encore pour les Coquelin. C'est leur\n  métier de faire rire le public, et tout au moins l'un d'eux y est excellent.\n   « Mais à vous, cela vous plairait-il donc que l'on vous jetât des pommes\n« cuites ? Laissez donc alors ces airs rogues et hautains à d'autres; laissez le\n« cabotinage aux cabotins, et ne gâchez point par une présomption intempestive\n« un avenir qui, si vous travaillez, peut être beau. D'ailleurs, le vrai talent\n« est affable et avenant, sachez-le; et nous en parlons en connaissance de\n« cause, attendu que toutes les fois qu'il nous est arrivé de parler de quelque\n« écrivain de mérite, nous en avons reçu mieux que de simples remercie-\n« ments. Tâchez de vous modeler sur eux; vous y gagnerez tout au moins\n« de n'être pas exposé aux ironies. »\n                                                                    GIBRAC.\n\n   « Eh bien, ces jeunes Belgique! les voilà donc! Ils éreintent un journal et\nquand ils ont publié un livre ils se prosternent et implorent un bout d'article I»\n   Voilà ce que disent ceux qui lisent l'Office. L'article de M. Gibrac visait\nM. Max Waller, c'était évident pour tout le monde, et rien n'est redoutable\ncomme ce tout le monde.\n   M. Waller se rendit à l'Office de Publicité. Le mot d'ordre étant donné, tous\nles employés ignoraient l'adresse de l'individu.\n   — Mais M. Gibrac vient ici ?\n   — Oui, Monsieur, entre dix heures et midi.\n   — Il est dix heures et demie, donc...\n   — M. Gibrac est en conversation avec M. Lebègue.\n   — J'attendrai.\n   — Oh ! inutile, Monsieur, ils « en ont » pour très longtemps.\n   — Ah ! Bonjour.\n   Max Waller écrivit alors la lettre suivante :\n\n          Monsieur,\n    « Vous avez publié dans le dernier numéro de l'Office un article-correspon­\n dance qui, pour le public, ne peut être adressé qu'à moi. Comme il n'est pas\n possible qu'il ait été dans vos intentions de me désigner — étant donné que\njamais je n'ai envoyé un seul de mes écrits à l'Office de Publicité, je suppose\nque vous insérerez volontiers dans votre prochain numéro l'entrefilet ci-joint\nqui témoignera de votre bonne foi et me disculpera d'une accusation si peu\nvraisemblable et que toute ma conduite passée réprouve. Cet incident sera\nclos en trois lignes, j'espère, et quoique je n'aie pas légalement droit a\nune réponse, je compte sur votre galanterie pour réparer le tort — inconscient\nsans doute — que vous m'avez fait. Agréez, etc.\n                                                            MAX WALLER.    »\n       Etait jointe la note suivante :\n  « Dans notre dernier numéro 2 décembre), nous avons publié sous la rubrique:\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2307, "texte": "                                 —    142 —\n\nCorrespondance, une lettre adressée à M. M     r. Quelques personnes ayant cru\nreconnaître sous ces initiales le nom de M. Max Waller, nous nous empressons\nde déclarer que nous n'avons absolument pas eu l'intention de le désigner et\nque cet article ne s'adresse aucunement à lui.\n                                                              GIBRAC. »\n\n\n    Le dimanche suivant, la note ne paraissait pas dans l'Office de Publicité,\nil fallait s'y attendre. Elle était remplacée par ceci :\n\n                           CORRESPONDANCE.\n\n   « Plusieurs personnes ont cru se reconnaître dans la correspondance publiée\ndans le numéro de dimanche dernier, et nous ont écrit pour nous demander\nde déclarer que nous n'avons pas voulu les désigner. Il nous serait assez diffi­\ncile de satisfaire à tous ces désirs, on le comprendra, et nous devons nous en\ntenir à conseiller à chacun de nos correspondants de ne point se reconnaître\ndans notre portrait — et d'y reconnaître son voisin. »\n                                                                       G.\n                                        ***\n\n    Toutes les pièces du dossier étant étalées, nos lecteurs apprécieront.\n    Renseignements pris, le procédé nous étonne peu. M. Gibrac est, nous\na-t-on dit, un réfugié français — pourquoi ???? — et, qui plus est, pédicure,\n ce qui est plus drôle. Nous voulons bien, nous, lui tailler cette réclame qui\nlui fournira peut-être quelques nouveaux cors, durillons, et œils de perdrix\nà extirper.\n    Mais nous ne nous commettrons plus avec ce monde-là. L'Office a la spécia­\nlité des heureuses recrues. Une « dame » qui se cache sous un tas de pseudo­\nnymes bretons pour signer des ouvrages pornographiques se partage avec\nM. Gibrac (pédicure) les dernières pages du journal.\n    On nous assure que MM. Hymans et Lebègue sont de très honnêtes gens ;\nnous voulons bien le croire. Mais, qu'ils l'avouent, ils sont en bonne com­\npagnie !\n    L'affaire est jugée. Que toute cette jolie rédaction accumule ses procédés de\nmauvaise guerre et ses immondices littéraires, qu'elle éjacule sa haine en\nparoles fielleuses et malpropres, qu'elle nous morde au talon et déchire nos\nbas de culottes', nous la laisserons en paix. On n'empêche pas les chiens de se\nsatisfaire. Amen."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 143, "page_fin": 151, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jacques Arnoux", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTERAIRE", "ancre_fin": "Deville et Vigneron", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 158, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "CHRONIQUE LITTERAIRE\n\nI. Les Vacances d'un séminariste par EMILE DODILLON, I vol. Paris. Lemcrre,\n   3.50. —Naïs Micoulin par EMILE ZOLA, I vol. Paris, Charpentier, 3.50. —\n   Contes mélancoliques par CÉLESTIN DEMBLON, I vol. Li2ge, 2.00. — Contes\n   guillerets par CARL MAUBRAY, I vol. Bruxelles. Brancart, 4.00. — II. Bruxel-\n   les rigole... par HENRI NIZET. Un vol. Bruxelles. Kistemaeckers, 3.50. —\n   III. La Belgique, par Camille Lemonnier (Le Tour du monde). Paris, Ha­\n   chette.\n                                        I\n\n         ous ne savons plus lire : dans cette existence moderne qui de jour\n         en jour semble se restreindre aux choses utiles, courtes, brûlées en\n         une minute, il faut, pour nous attacher, des œuvres d'un art très\nraffiné, très quintessencié que notre esprit impatient puisse juger d'une volée.\n   Et lorsque, par hasard, un ouvrage de longue haleine se présente, quelle\nvaillance ne faut-il pas pour le lire jusqu'au bout, s'il n'est un chef-d'œuvre.\n   Ce courage, nous avons vainement essayé de l'avoir en présence du pavé\n— non, du volume de 552 pages que vient de publier l'auteur du Forgeron de\nMontglas, M. Emile Dodillon, sous ce titre les Vacances d'un séminariste.\nŒuvre campagnarde sentant bon la terre, mais longue comme une généalogie,\noù la tête se perd littéralement dans un fouillis de personnages mal groupés,\nsans l'ombre d'unité, et que l'on oublie l'un après l'autre. Après les 100 pre­\nmières pages, le lecteur doit se rappeler Firin, Mauclerc, Vendescal, Jérôme,\nLe Pousseux;, Julien Larguier, Sophie, Mirant, Magloire, Joachim, Aurélie,\nBenoist, Nono-Pèpé, l'Hussard, Catherine, Théodore, la Mougnotte, et une foule\nd'autres qui grouillent dans un paysage de Brie bien décrit de main d'artiste.\nEcourtée et mieux mise au point, l'œuvre de M. Dodillon eût été digne d'un\nsuccès. Aujourd'hui nous ne pouvons qu'encourager vivement M. Dodillon à\nConserver son style remarquable — mais à le mieux employer.\n                                       ***\n   Naïs Micoulin, dont nos lecteurs se souviennent certainement, vient de\nparaître en volume suivie de plusieurs autres nouvelles écrites il y a très long­\ntemps par le puissant écrivain de La Curée. Ce sont bien des œuvres de\njeunesse, encore dépourvues des procédés descriptifs qu'Emile Zola devait plus\ntard prodiguer'au point de les rendre aussi insupportables et poncifs que le\nsont les ballades nocturnes du premier romantisme. Ici la puissance d'Emile\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2945, "texte": "                                 — '44 —\nZola ne se montre pas encore. A vrai dire, Naïs Micoulin signé d'un autre\nnom n'eût pas eu le succès d'office que l'on fait à ce recueil. Seules les deux\nnouvelles qui ouvrent le volume méritaient les honneurs de la réimpression,\nla première par cette belle flambée de soleil du midi qui demeure à travers les\npages jusqu'au mot final, la deuxième par la figure remarquablement brossée\nde ce Nantas, première esquisse sans doute du Rougon de plus tard.\n\n\n   M. Célestin Demblon n'est pas un inconnu de la Jeune Belgique. Tempé­\nrament délicat et esprit inquiet, il remplit depuis quelques temps les journaux\nde ses déboires politiques, et nous sommes heureux de le voir abandonner un\npeu cette galère aux rames bien lourdes pour se livrer à la littérature. Non\nque ses Contes mélancoliques soient un chef-d'œuvre, mais ce livre est plein de\nchoses dolentes et apaisées qui charment et qui attachent. La forme est peu\nmoderne ; M. Demblon est de la vieille école et ne se gêne guère pour donner\nà ses phrases la tournure poncive de Jules Sandeau. D'aucuns de ses contes —\nje citerai La vieille Morte — ont pourtant une grande saveur très nationale,\nqui font des Contes mélancoliques un livre à conserver sinon à relire, un recueil\nqui dénote un écrivain dont nous sommes heureux d'accueillir l'avènement.\n\n\n   J'arrive, dans cette chronique que l'abondance des livres nouveaux rend\ntrop sommaire, aux Contes guillerets de notre joyeux ami Carl Maubray.\nCelui-là n'est pas un mélancolique. Il connaît son Silvestre et a, dans sa com­\npagnie et dans celle du vieux Rabelais, sucé l'amour des histoires hautes en\ncouleur, grasses et burlesques. Il a compris qu'en notre temps d'embêtement\nperpétuel, il fallait une forte dose de poivre pour nous allécher et de drôleries\npour nous faire rire. On criera peut-être au scandale et à la bienséance violée.\nAs pas pur ! Maubray ! Les Contes guillerets sont guillerets bien écrits et nous\nn'avons pas à demander plus. Nous ne résistons pas à l'envie d'en transcrire,\nun. quitte à nous faire conspuer par les pudibondes populations. Le voici :\n\n                           PRÉDICTION       LUNAIRE\n   « Ceux qui ont la funeste habitude de s'occuper des astres se souviennent,\nsans aucun doute, de certain débat scientifique au sujet duquel la Gazette de\nBrenpoli fit un terrible et légitime vacarme.\n   Le vulgaire, toutefois, me sera vraisemblablement reconnaissant si je lui\nfourre le nez dans cette ténébreuse affaire. Aussi, me souciant des savants et\nde leur haine comme d'une demi-douzaine de guignes, je fais présent à la pos­\ntérité du récit édifiant que voici.\n   Il y avait déjà bien longtemps que les bêtes ne parlaient plus, lorsque\nM. Josephus Van Groosbedene éprouva le besoin de se rendre célèbre.\n   Josephus Van Groosbedene, fils légitime de Francisais Van Groosbedene,\navait hérité de celui-ci — avec une verrue sur le nez — la charge de directeur\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3000, "texte": "                                  —    143 —\n\nà l'observatoire royal de Poperinghe. Or, pour être plus jeune, Josephus était\ninfiniment plus idiot que son père, ce qui paraîtra inadmissible à ceux qui ont\nconnu ce dernier. Mais, ce qui révolte entre toutes choses, c'est que ce gorille\nflamand s'était matrimonialement empaté certain jour de la plus jolie fille du\npays. On narrait même une foule de vilaines choses à propos de la première\nnuit de noces ; mais comme je ne suis pas de ceux qui racontent des malpro­\npretés pour le plaisir de les dire, je me refuse à noircir de ces détestables can­\ncans la réputation de l'astronome.\n   ' Donc, Mme Van Groosbedene versait depuis un an déjà des larmes brûlantes\nqui absorbaient le frais carmin de ses joues, lorsqu'un soir Josephus, avec\nun sourire tapissé d'infâmes chicots, annonça à brûle-pourpoint :\n     — Thérèse, nous recevons du monde.\n     Thérèse Van Groosbedene pensa se trouver mal et dut se tenir des deux\nmains à la table pour ne pas sauter au cou de son mari.\n     — Cela vous surprend ? C'est pourtant vrai. Le savant Strompedli de la faculté\nde Brenpolia combattu énergiquement ma thèse surle parfum lunaire. J'ai sou­\ntenu avec fermeté que ce satellite devait dégager une forte odeur d'éther. Il a nié\navec une ironie déplacée. J'ai prétendu que la lune n'est point habitée et que\nles montagnes que l'on pense y voir sont l'effet d'une illusion d'optique. Il s'est\n appuyé sur Xénophane et m'a abreuvé de sarcasmes. Or, aujourd'hui, ma\nscience a aplani les difficultés ; demain le triomphe couronnera mes efforts !\n     Et, avec un geste solennel qu'on eût volontiers attribué à une crampe dans\n le bras, Josephus montra à sa moitié une façon d'énorme tuyau double, posé\n verticalement le long de la maison.\n     — Vous ne saisissez pas ? continua-t-il, heureux de n'être point compris.\n Ces gigantesques cylindres, Thérèse, vont me donner gain de cause. Le plus\n large est un instrument d'une force prodigieuse rendant appréciables à quatre-\n vingt-dix mille lieues les sensations olfactives. L'autre est un télescope d'une\n puissance extraordinaire... Demain, les sommités de la science arriveront ici;\n à vous de les bien recevoir.\n     — Combien de chambres faudra-t il préparer? demanda Thérèse avec une\n joie qui imprimait à sa gorge appétissante de brusques mouvements de flux et\n de reflux.\n     — Voyons, fit Josephus qui calcula comme il suit: Lentillard, u n e ; Lachoz\n de Lunas, deux; Van Lerpuboon, trois; Strompedli et son fils, quatre.\n Quatre chambres, Thérèse.\n     — Cinq chambres, pensa Thérèse qui reprit sur-le-champ : Ces messieurs\n sont-ils tous des savants ?\n     — Tous, sauf Raphaël Strompedli, un simple avocat qui voyage pour son\n  agrément.\n     — Allons, tant mieux, pensa encore Thérèse qui approuvait Raphaël dans\n  le plus profond de son cœur.\n      Il y eut grand remue-ménage, le lendemain, au logis des Van Groosbedene.\n                                                                        10\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3128, "texte": "                                   —    146 —\n\n  Thérèse se multipliait avec frénésie pour faire bon accueil aux voyageurs.\n  Aussi, les quatre savants aux têtes uniformément chauves furent-ils positivement\n  ravis de cette réception. Mais point ne furent-ils autant ravis que le cinquième\n  étranger qui, ayant des cheveux pour eux tous, n'avait d'yeux que pour\n  M me Van Groosbedene.\n     Le repas fut charmant. Josephus rayonnait et sa femme ayant, je ne sais où,\n retrouvé ses couleurs d'antan, feignit de croire pendant tout le dîner que\n Raphaël eût pris son joli peton pour un pied de table.\n     Le jeune Strompedli était dans les nues, bien haut, défiant tous les téles­\n copes ; pour se donner une contenance, il avalait sans distinction ni prudence\n les mets et les vins que sa délicieuse voisine lui servait profusément. Hélas !\n le pauvre jeune homme avait compté sans son estomac ! Tout à coup, avec une\n grimace horrible, il s'enfuit au galop.\n     En trois bonds il se trouva dans sa chambre, — la plus jolie de la villa.\n     Fiévreusement il ouvrit la mignonne armoire d'acajou et, saisissant l'urne\n des petites circonstances,... il en exagéra le rôle. Ce fut une horrible tempête !\n    Puis, lorsque l'orage se fut apaisé, l'infortuné, d'une main inquiète se\n fouilla les vêtements... Rien! pas le moindre bout de vélin... Que faire? Ah!\nsapristi, là, sur le marbre, un billet rose engageant et sauveur... Raphaël s'en\nsaisit... Mais, pourquoi diable ce papier rose se prélassait-il si providentiel­\nlement à portée de sa main : Étrange ! dit-il en le déployant... O ! sacrebleu !\najouta-t-il après avoir lu la surprenante épître qui suit :\n    « Mon mari me rend très malheureuse ; aussi, je vous aime déjà. Quoi que\n« vous puissiez penser de moi, je me rendrai ce soir dans votre chambre, pen­\n    dant les expériences astronomiques, et, si vous êtes susceptible de pitié,\n« Van Groosbedene sera cocu. »\n    Sacrebleu! répéta Raphaël avec un sincère dégoût, et il se servit du poulet.\n    Cependant, les traces si évidentes de son intempérance le gênaient considé­\nrablement; aussi se mit-il en devoir de faire disparaître le corps du délit. Il\nne tarda pas à apercevoir, par la fenêtre ouverte, deux conduits fort disposés à\ngarder le plus profond secret: le billet tomba dans l'un, le reste dans l'autre\net l'avocat se glissa, boudeur, sous les couvertures.\n    Alors il se mit à enrager de tout son cœur en pensant à Mme Van Groosbe­\ndene et, après avoir beaucoup enragé, il chercha le moyen d'excuser cette\nmignonne Thérèse qu'il trouvait bien malheureuse : mon Dieu, elle ne con­\nnaissait peut-être pas la portée de ses termes... cocu... c'était raide... mais\nenfin... pauvre petite !.. l'amour lui mettait malicieusement des malpropretés\nsous la plume...\n    La porte cria et, toute blanche, dans un costume d'une légèreté irrésistible,\nla jeune femme s'arrêta, prise d'une crainte folle, le sein palpitant. En ce\nmoment, la brise pénétrant dans la chambre dévoila aux yeux éblouis de\nRaphaël des reliefs et des cavités d'une splendeur... Le moyen de résister à\nune femme habillée en courant d'air.\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "                                   — 147 —\n   Il ne résista pas.\n   Un immense éclat de rire partit du belvédère. Van Leerpuboon venait de\ntomber à la renverse en hurlant un « pouah! » formidable, tandis que le\nsavant Strompedli, dans une lune étrangement rose et montagneuse lisait cette\narrière prédiction :\n   « Van Groosbedene sera cocu ! »\n\n                                       II.\n\n           VOICI, croyons-nous, le premier livre qui ait été écrit sur ce Bruxelles\n           ignoré qui houle entre l'Eden-Théàtre et le bas de la ville. M. Nizet,\n           a tenté de rendre la physionomie de la colonie étrangère, hétéroclite,\nde ce groupe de roumains, de grecs, de polonais dont les revenus sont aussi\nmystérieux que l'origine. La bande de rastaquouères qu'il fait mouvoir dans\nla lumière éclatante de l'Eden est remarquablement campée, elle vit, s'agite,\nsous la plume solide d'un auteur jeune qui, à son début dans le roman, pos­\nsède déjà les vraies qualités du dramaturge de la vie.\n    Bruxelles rigole... n'est cependant pas complet et M. Nizet semble n'avoir\npas fouillé très profondément la réalité. De l'Eden il semble ignorer le péle­\nrinage habituel des noctambules, la descente chez Marugg, puis à Tortoni, et\nenfin le rendez-vous des exotiques véreux à ce fameux tripot de la petite rue\ndes Bouchers où la police fit récemment une razzia qui fit changer la maison\nde propriétaire. 11 a passé trop rapidement sur le billard des Milles Colonnes,\noublié l'absinthe légendaire de Sesino, les haltes dernières au Café de l'aris,\nchez Happel, au Grand-Comptoir, chez Horton, au British (j'ai l'air de faire\nune réclame !) La vie nocturne ne lui est pas connue sans doute et cela fait\ndans Bruxelles rigole... un vide regrettable. De plus, et ce reproche est plus\nsérieux encore, le roman se passe à l'Eden mais non à Bruxelles; il ne sent pas\nle, belge ; les exotiques y sont toujours entre eux, mais aucune silhouette « indi­\ngène » ne vient rappeler que nous sommes en une ville déterminée qu'il\neût fallu dépeindre plus sérieusement dans ses mœurs et dans son aspect. Enfin\nM. Nizet qui est, croyons-nous, un adepte fervent du naturalisme, en a adopté\nle langage et les poncifs :\n    « Sur la commode, un peigne de femme mord à belles dents un paquet de\ncigarettes ; près d'un mouchoir sali dont les relents fanés de vétiver luttent\ncontre la fumée de cigares qui bleuie l'atmosphère d'une buée douce... »\n    « Son œil strié de veinules sanglantes s'écarquille au ramentevoir de\nl'odyssée... »\n    « des familiarités impermises...\n      elle n'avait empletté rien qui fut vendable\n    Pourquoi pas souvenir pour ramcnlevoir, interdites pour impermises et\nacheté pour empletté.\n    Une des manies de ce chimérique naturalisme consiste à mettre des néolo-\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3156, "texte": "                                     -    148     -\n\n  gismes à la place de mots usuels absolument synonymes, M. Nizet y donne\n en plein et tout son roman est écrit dans cette langue factice, difficile à lire,\n encombrée de tous les procédés vieux jeu dont Ludine est la dernière charge\n et semblait devoir démontrer péremptoirement l'absurdité.\n     Après ces reproches que nous faisons ouvertement et sincèrement à\n  M. Nizet, disons que malgré tout, son livre est vraiment bon. D'aucunes\n pages, celles entre autres de la mort lente du grec Milostaki, sont de solide\n observation et d'excellente littérature; son Jugbanovitch est une trouvaille très\n heureuse, et ce type, dont on voit la silhouette, rend remarquablement le rasta-\n quouère, le vrai. J'en dirai autant de la bonne binette de Jadouillet. Nous\n nous abstiendrons de parler de la préface de Bruxelles rigole... M. Nizet la regret­\n tera quelque jour. Au demeurant, Bruxelles rigole... sera discuté et éreinté;\n peu importe ! c'est un livre de jeune, qui mérite un sérieux succès.\n                                         ***\n   Nous n'en dirons pas autant du Boul'Mich de M. Joseph Caraguel. A notre\nsens, il est dangereux après Goncourt, Vallès, Flaubert, de décrire la jeunesse\ndes écoles et des ateliers de Paris répandue sur les asphaltes de ce houleux\nboulevard Saint-Michel où tous nous avons bocké peu ou prou. M. Caraguel\nconnaît son trottoir et le décrit assez bien, mais c'est encore cette langue\ndont le moule est vieilli après avoir servi dix ans à peine. Le Boul'Mich res­\ntera peut-être comme document pour servir à l'histoire future. L'auteur doit\nse contenter de cette mince espérance.\n                                                              JACQUES ARNOUX.\n\n                                          III\n\n          CE qui fait la valeur de ces vraies et vivantes descriptions, études et pein­\n          tures de pays flamand, c'est la maîtresse façon dont le sujet est traité par\n          un styliste de fière école. Camille Lemonnier est de forte et grande race\n en art, il a une plume d'excellent métal, une plume souple, forte, trempée de\nbonne encre et victorieuse toujours dans ses luttes compliquées contre les rébel­\nlions du verbe. Les simples relations de voyage qu'il publie, à cet instant, dans\nle Tour du monde de Charton, sont des spécimens de langue parfaite, et tels mor­\nceaux, soit la transposition en littérature de L'agneau mystique des Van Eyck,\nsoit la prise sur le vif d'un réveil de petite ville, soit encore une visite aux bé­\nguinages gantois, tiennent rang parmi les meilleures pages qu'il ait écrites.\n   Voici la magnifique page consacrée au triptique de St-Bavon :\n   « Dans une des chapelles se voit, en effet, du maître flamand à qui fut at-\n« tribuée l'invention de la peinture à l'huile, cette admirable Adoration de l'a­\n  gneau, devant laquelle l'esprit prend vaguement la posture de contemplation\n« imaginée par le peintre lui-même pour les personnages de sa grande scène\na symbolique. A peine les volets du triptyque ont-ils tourné sur leurs gonds,\n« comme les seuils d'or d'un paradis, qu'une lumière plus subtile que celle du\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3345, "texte": "                                   — 149 —\n« jour naturel caresse les yeux, jaillie toute vive de la blancheur d'innocence\n« de l'agneau et du rayonnement des adorations qui l'entourent, ainsi qu'une\n« grâce ruisselée des fontaines d'un divin amour. En même temps, l'oreille,\n« affinée au contact des surexcitations de la vue, par cette loi qui répercute la\n« vibration d'un sens à travers tous les autres dans une sorte de plénitude de\n« sensibilité, perçoit des musiques séraphiques et lointaines, accords d'une\n« infinie douceur faits des soupirs de toute une foule priante et, du fond des\n« gouffres de l'extase, aspirant à la félicité des communions spirituelles. Au­\n  cune toile au monde, je pense, ne donne la commotion de ce chef-d'œuvre\n« amoureux où les fleurs, tombées sur les gazons comme de la poussière\n« d'étoiles, sont elles-mêmes pareilles à de la candeur qui aimerait, où un\n« vent de mystique tendresse fait onduler les longs plis des tuniques blanches\n  et tourbillonner l'encens des cassolettes dans les frissons de l'air, où la cou­\n  leur, étincelante comme des gemmes liquéfiées et toute chauffée des rayons\n« partout visibles d'un soleil qui ne l'est pas, semble tomber des urnes larges\n« ouvertes du ciel en une pluie de tranquilles scintillations. L'agneau, debout\n« sur l'autel, tourne une face presque humaine, animée d'un grand œil doux,\n« vers les innombrables théories d'âmes et de vertus confondues dans ces ma­\n  gnificences d'apothéoses; à l'avant-plan de droite, les apôtres, les confes­\n  seurs et les martyrs, avec leurs rudes visages bruns, hâlés parla prédication\n« au désert, labourés par les tortures du supplice, mais tous transformés par\n« la sublimité de la foi ; à gauche, les patriarches et les prophètes dans une\n« majesté d'attitudes et de visages où, par l'effet de la révélation, se lit la con­\n  stante approche du Très-Haut; puis, s'avançant du pas des processions,\n« parmi un envolement de blancheurs et une clarté lactescente qui donne aux\n« corps comme l'ondoiement des purs esprits, les onze mille vierges et mar­\n  tyres balançant des palmes et des lis; et enfin, tout reluisants d'or et de\n« pierreries dans l'éclat de leurs chasubles et de leurs dalmatiques, et sembla­\n  bles à un long fleuve de pourpre et de lumière coulant à travers un paysage,\n« le groupe des saints évêques et des chefs d'ordres monastiques.\n   « Au loin, dans la reculée du ciel, les tours de Munster, de Maesyck et de\n« Maestricht, dressées sur la même ligne que le Dôme de Cologne, ressem­\n  blent à des porte-cierges géants où l'artiste aurait rêvé d'allumer le feu de ses\n« filiales tendresses pour des lieux auxquels fut mêlée son existence. »\n                                        ***\n   Contrairement aux écrivassiers officiels, le souci de notre maître a été de\nse garer de tout étalage d'histoire banale et d'archéologie courante. Il est\nménager dès qu'il s'agit de nomenclatures, de dates à donner à propos des\nmoindres détails, de discussions à conduire à l'endroit de vétilles, de pointes\nd'aiguilles et de têtes d'épingles. D'un travail tel que le sien, un narrateur\nacadémique eût fait un square bien aligné, avec des petits sentiers propres,\ndes plantes symétriquement plantées, coupées, arrangées, des parterres de\nmonotone floraison, avec un petit jet d'eau au centre pour amuser les grands\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3168, "texte": "                                    — 150 —\n\nenfants, ses lecteurs. Lemonnier lui, a taillé un parc en pleine forêt. Il a pris\nl'histoire artistique sociale et politique de notre Flandre, telle qu'elle est, épi­\nque, touffue; il y a mis l'ordre à coups de hache sans lui rien ôter de sa force\nni de sa beauté rude et, voilà que son œuvre reste large, toute en caractère,\nfrissonnante de la vie héroïque, du passé énorme, de la légende superbe, de\nl'évocation grandiose des communes flamandes.\n    Puis il est descendu dans les réalités, dans l'existence actuelle de nos villes,\nil les a observées dans leur aller et venir, dans leurs marchés, leurs rues, leurs\nplaces publiques, leurs églises, leurs hôtels de ville ; il les a surprises se réveil­\nlant le matin dans les brumes, se couchant le soir avec leurs réverbères pour\nveilleuses ; il a pénétré leurs coutumes si trempées encore dans le passé, si\nmarquées du baptême reçu au moyen-âge, quand elles naissaient. Les mœurs\ndes flamands d'aujourd'hui sont là notées point par point; la vie circule dans\nces simples notes d'un passant jusqu'au point d'en faire ci et là des morceaux\nde roman. Ce ne sont pas des coins de pavs, aperçus à travers les vasistas d'un\nwagon ou d'une patache, ni des courses à perdre haleine à travers champs;\non remarque au contraire que l'écrivain a vécu en pays belge, que son obser­\nvation se concentre depuis longtemps sur notre peuple, que c'est lui qui, jeune\nencore, fit les Contes flamands et wallons, les Gras et les Maigres et plus tard\nce chef d'œuvre : Le Mort, avant de publier dans le Tour du monda son étude\nsur la Belgique. Et voilà pourquoi cette étude est plus attachante, plus vraie,\nplus profonde, plus creusée que n'importe quelle autre du recueil de M. Char-\nton où bien souvent les écrivains ne sont que des passants en pays étranger, des\ncollectionneurs de notes prises sur un calepin, entre deux trains express, des\nreporters voyageant au hasard et livrés au caprice des guides et des ciceroni\nhableurs.\n    Quand M. Lemonnier publia, voici deux ans, sa magnifique description\nd'Anvers, quelques roquets de plume aboyèrent à ses talons. On mena grand\nvacarme autour de ses déploiements de prose violente. A l'heure actuelle on\nse tait. Se serait-on corrigé comme de bons petits écoliers auxquels on aurait\nmis le bonnet d'âne et qui auraient tenu « à ne plus recommencer »?\n    Quoiqu'il en soit, pour tous ceux qui lisent « Bruxelles à travers les âges,\ndédié au prince Baudouin et porté aux nues par tout ce que l'académisme\ncompte en Belgique de cariatides officielles, de souteneurs de renommées\nlittéraires fausses et ineptes, le nouveau travail de Camille Lemonnier appa­\nraîtra comme une fresque Renaissance de grand maître à coté d'une grisaille\npâle d'un d'Ottevaere ou d'un Picqué.\n                                                         EMILE VERHAEREN.\n\n\n  N. B. — Vient de paraître un questionnaire de Morale dont l'auteur\nM. Jules Destrée nous pardonnera de ne pas parler, eu égard à son caractère\npolitique. Notre prochaine chronique sera consacrée aux ouvrages suivants :\nLa Peinture flamande par A. J. Wauters (Quantin). — Baudemont par Jacques\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 265, "texte": "                                    —    151   —\n\nLozère (E. Giraud). — La Tombola par Ch. Potvin (Liége). —Contes de Minuit\npar Émile Verhaeren (Collection de la Jeune Belgique). — Kerkadec, garde-\nbarrière par Léon Cladel, (Deville et Vigneron).\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 151, "page_fin": 153, "titre_corps": "Exposition de l’Essor", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "jaillissent les chefs", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II EXPOSITION DE M CASSIERS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 166, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 265, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                                          I.\n\n                        L'EXPOSITION DE L'ESSOR.\n          ET d'abord un mot de l'installation.\n             Triste, à vrai dire. Ni les abominables plats de cuivre, ni les fou­\n          gères chloroliques, ni les palmiers minuscules, ni les plantes ci et\nlà dans les jardinières n'effaceront cette impression pénible. Cela sue la hâte,\nla précipitation, l'aménagement bâclé, à la rapin, au débotté. Et que dire du\nlambris qui court autour de la salle, lambris horrible tuant de sa couleur\ncanaille les tableaux derrière lesquels il apparaît et plaquant du rouge lie-de­\nvin tout à coté des ciels, des verdures et des terrains où les peintres mettent toutes\nles finesses et les délicatesses de leur art..\n   Cela dit, avouons que l'Essor est en progrès et qu'il donne tort à ceux qui le\nproclamaient fini, détraqué, moribond.\n   Et en effet « les Vingt » faisant bande à part, on ne pouvait s'attendre à aussi\nconvenable exposition. On croyaitmeme qu'aucune œuvre n'aurait violemment\nattiré l'admiration. C'était juger mal. La société a fait une recrue d'excellente\nsouche : M. Toorop ; voici M. Marcette qui envoie deux toiles superbes, et\nM. Frédéric qui tient la rampe avec des œuvres de très bon choix.\n   M. Toorop est javanais et l'on s'en aperçoit. Il a une manière tout à lui\nd'entendre l'Art; il se rapproche beaucoup des artistes orientaux. Son Enterrement\nest d'une science et d'un faire entièrement japonais : le fond est détaché d'un\nécran; les personnages semblent venus exprès des contrées lointaines pour poser\ndevant lui. L'un avec sa longue barbe parait un prêtre assyrien; le jeune homme\narrivé de Bornéo, et la jeune fille assise d'Yeddo. A cet égard l'œuvre prête\nflanc à large critique, mais la couleur en est si amusante, si agréablement\nfantaisiste qu'on n'a cure de chicaner l'artiste. Les mêmes qualités exotiques\nse découvrent dans : L'ouvrier chez lui.\n   Pourtant que M. Toorop prenne garde. Sous prétexte de faire joli, il voitfaux,\ngravement. Il lui serait impossible, je crois, de justifier les tons de feu du poële;\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3197, "texte": "                                   — 152 —\n\n impossible qu'il ait vu des noirs aussi accusés à côté de rouges aussi vifs.\n Ces plaquages de tons crus aboutissent au drapeau tricolore, au découpage\n d'emblèmes, aux filets de papier multicolore dont on revêt les charcuteries.\n    Dans sa grande toile, l'artiste est préoccupé de Millet et d'Israël. Il s'y\n rencontre une magistrale impression de vie ; que c'est presque du grand art,\ncela est sobre, vigoureux, excellent.\n    Bien que les vues d'Anvers de M. Marcette rappellent les De Braekeleer, elles\n renferment de telles harmonies de couleurs, qu'elles se placent splendidement\nen vedette parmi toutes les œuvres exposées. La gamme des rouges dans la\nMontagne d'or est merveilleuse. On ne fait de telles trouvailles que sur ces sup­\nperbes palettes flamandes, où les plus fiers maîtres ont ébouriffé leurs pin­\nceaux. Un coloriste de première marque se révèle en M. Marcette et qui\nplus est, un poète, séduit par les intimes et tranquilles impressions mélanco­\nlieuses des coins de ville, qui fait songer au hollandais parisiennant. J.K. Huys­\nmans, le chanteur de ruelles, culs-de-sac et faubourgs, ou à Coppée le nostal­\ngique rêveur des banlieues de Montmartre et de Ménilmontant.\n    Les marines de M. Marcette séduisent moins : la Rade d'Anvers est lourde­\n nent traité, Marée basse est moucheté, cotonneux, effiloqué, le Calme, le son\nsort à peine d'une honnête moyenne.\n    Reste M. Frédéric. La toile qui me paraît la plus réussie n'est ni le Triptyque,\nni ses Femmes à loques, mais bien celle le Berger. Il est tout poésie, ce petit\ntableau, poésie fine, profonde, mélancolique et pénétrante comme le brouillard\nde la prairie représentée. On ne se lasse pas à le voir et à le revoir et c'est\nl'œuvre qui attire le plus chez les Essoriens, bien que le sujet en soit rebattu.\n   Certes l'artiste a de graves défauts. Ses noirs donnent à ses œuvres un côté\ndéplaisant et faux ; il voit cotonneux et veule, il manque de justesse dans la\ndisposition des plans, sa facture est uniforme, nullement variée suivant les\nobjets qu'elle traite.\n    Pourtant, malgré tous ces vices, voulus peut-être, M. Frédéric possède un\ntalent, qu'il cultive étrangement et qui grandit de même. J'admire énormement\nsa volonté, son désir de ne rien sacrifier au goût bourgeois et surtout ce don\nde poésie qui lui fait découvrir et peindre des fonds de tableaux presqu'aussi\ncaptivants que ceux des gothiques. Son Semeur a grande allure ; mais qui\ndiable dirait que c'est le même peintre qui a fait la Vache et Dans la prairie?\n    La Triste veillée de M. Dierickx est d'un juste effet lumineux. Les Trois\namies sont de la peinture sincère et étudiée. Le Portrait resplendit de noirs\nsuperbes. Quel dommage que les cadres distraient si grossièrement l'attention!\n   M. Bellis s'embourgeoise de plus en plus et M. Herbo ne sort pas de\nses tant chères et mauvaises habitudes. On se lasse de rééditer au sujet de ces\ndeux artistes les mêmes critiques. Lors de son exposition du Cercle, M. Herbo\nsemblait aller à Canossa comme un simple M. De Bismarck. C'était mal­\nheureusement un faux départ.\n   Khnopff fait école. Voici M. Lemmen qui peint plus dur et plus sec.\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "                                   —    153 —\n\n    M. Laboulaye peint le fait divers. l'Abondonnée n'émeut pas, malgré l'attrou­\npement que l'accident provoque, malgré l'enfant qui pleure, malgré l'ouvrier\nqui la soutient, malgré la belle dame qui la regarde, malgré M. Crocq. La\nSorcière, rappelle la mégère de Portaels. Sylvia et Violetta ne sont guère plus\ntentantes.\n    C'est de la peinture sous la jambe que celle de Mlle Meunier. Le couteau et\nles doigts, les frottis et le blairautage s'y trahissent à chaque instant. Le truc\nconnu, on abat pareille besogne tant que l'on veut. Les badauds s'émerveillent,\nd'autres qui connaissent les œuvres de début de l'artiste regrettent le gaspillage\nde ses réelles qualités.\n    Le Blessé de M. Van de Vyver est de la peinture d'enseigne, de tréteau, de\nbarraque, Un jour M. Van de Vyver a couché bas un manequin à nombril\nallumé, dans un tir à trois sous. La jeune patronne s'est précipitée vers le mal­\nheureux, s'est mis à genoux, à pleuré peut-être, et M. Van de Vyver à noté la\nscène, comme digne d'être reproduite en grandeur nature. M. de Lalaing n'a-\nt-il point peint des Blessés lui aussi ?\n    MM. Duyck, Evrard, Hoyoux, Crespin, Clarys, Mayné, Van Damme, Van\nGelder Van Leemputten, piétinent sur place comme certains chevaux de ce\ndernier.\n    M. Halkett recule. Je me souviens encore de sa Candiserie. C'était de vrai\net serré travail. Aujourd'hui rien, pis que rien. Le Portrait de jeune fille (robe\nhorriblement rose où détonne la tâche d'un vase horriblement bleu) est\nscandaleusement mauvais. Croirait-on que ce même M. Halkett a été à l'école\ndes Watteau et des Terburg et qu'il a fait de leurs œuvres de très attachantes et\nfidèles copies ?\n    Les paysages de M. Hamesse semblent traités sur zinc.\n    M. Hoeterickx a le coup de pinceau très crâne. Certes le peintre masque\nimparfaitement l'aquarelliste, mais qu'importe ! Coup de vent et le Soir sont\ndeux morceaux exquis. Le fond de Porte de Schaerbeeh est malheureusement\nen sucre fondant.\n    Et maintenant courage ! Que l'émulation la plus acharnée règne entre\nl'Essor et les Vingt. De la lutte des groupes jaillissent les chefs-d'œuvre.\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 153, "page_fin": 154, "titre_corps": "Exposition de M. 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Il y a en lui des préoccupations tantôt du très magistral\n         maître hollandais Mesdag, tantôt du très délicat et charmant fantaisiste\nbelge Stacquêt.\n   Mais ce qui donne confiance dès aujourd'hui dans l'avenir du jeune artiste,\nc'est sa science, la possession jusqu'au bout des doigts de son métier, son achar-\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "                                    -    154    -\n\n nement et sa ferveur au travail, sa vue artistique et choisie des choses, son en­\n tente des couleurs et sa sûreté de touche.\n     Il voit la nature sous bon angle, il détermine du premier coup le charme,\n l'attrait et le pittoresque des objets; ce qu'il y a de plus reproduisible et de\n tangible pour l'œil et la main d'un vrai peintre il le devine, il l'attrape, il\n l'ébauche, il l'achève en quelques nets et infaillibles coups de pinceau. Il a l'âme\n aimantée par la mélancolie des sites marins ; il comprend les pâleurs nostal­\n giques de leurs vagues et de leurs ciels ; il peint l'aridité jaune de leurs grèves,\n la silhouette épique de leurs dunes. Dans certaines études se relève de la gran­\n deur ; le drame hurlant des mers et des rivages, il le traite à larges coups de\n brosse. Malheureusement c'est alors aussi que le grand Mesdag l'inspire le\n plus despotiquement.\n    J'attire l'attention sur l'aquarelle où des profils de pêcheurs apparaissent\n gagnant leur navire, portant des provisions, s'apprêtant au voyage du pas lourd\n et bovin des gueux de mer. Elle me paraît la mieux réussie.\n    Les paysages de M. Cassiers sont moins bien venus. On sait qu'il est moins\n à leurs mystérieuses attirances, qu'il les pratique moins et que ses meilleurs\n amis sont les flots et les sables.\n                                                           EMILE VERHAEREN.\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 154, "page_fin": 155, "titre_corps": "Exposition de M. Cluysenaar", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "A. 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Cluysenaar n'a pas l'éclat fulgurant que donne au pays\nle soleil andalou. Il a vu la contrée sous un aspect plus sobre et n'a pas\nressenti non plus la farouche impression que M. Constantin Meunier, qui se\ntrouvait en Espagne à la même époque, a fait passer dans ses œuvres. Ses\nétudes sont intéressantes ; elles n'émeuvent pas, et l'on sent un peu l'artiste\ndépaysé, cherchant à s'assimiler une contrée dont il ne pénètre pas la nature\nintime.\n   M. Cluysenaar complète son exposition par un portrait en pied de M. Frère-\nOrban, assez ressemblant, mais raide dans la pose, mal établi et peint lourde­\nment; par deux portraits de jeunes filles, dont nous n'aimons guère la colora­\ntion crayeuse et l'attitude cherchée.\n   Ce qu'il y a de mieux dans l'exposition intime de M. Cluysenaar, et ici nous\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 292, "texte": "                                   — 155 —\n\nsommes heureux de lui décerner un éloge sans aucune restriction, c'est sa\ncharmante série d'aquarelles, qui révèlent toutes une justesse de coup d'œil,\nun sentiment et une habileté d'exécution remarquables.\n\n                                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 155, "page_fin": 155, "titre_corps": "L’Atelier Van Alphen", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "A. 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Il est très aimé de tout le petit monde qui\nsuit ou qui a suivi ses leçons, et tous s'efforcent à la fin de chaque année, de\nprouver, par l'exposition de quelques-uns de leurs croquis, de leurs albums, de\nleurs tableaux, la supériorité de la méthode que leur fait suivre leur maître. Il v\na déjà, dans l'atelier Van Alphen, quelques tempéraments d'artistes, bien mar­\nqués qui ne tarderont pas à prendre leur vol, et que le professeur, par une\nentente de l'éducation artistique qu'on ne saurait assez louer, se garde bien de\ncomprimer en les astreignant à suivre une voix unique, à se soumettre à telle\nou telle règle adoptée par l'enseignement académique. Chacun se développe\nlibrement selon ses dons naturels, et le professeur se borne à diriger l'élève\ndans le chemin qu'il choisit, à rectifier ses idées, à lui enseigner le moyen le\nplus rapide d'exprimer ce qu'il a en lui. L'atelier Van Alphen n'est pas une\nserre chaude destinée à abriter quelques fleurs qui seraient incapables de sup­\nporter le grand air. C'est la pépinière où les plants deviennent robustes et\nsains, croissent au soleil et s'emplissent de sève vivifiante.\n                                                                            A. M.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 155, "page_fin": 160, "titre_corps": "Le Mouvement national", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MEMENTO MUSICAL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 170, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1957, "fin_caractere_exclue": 2333, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n\n                      LE    MOUVEMENT NATIONAL.\n\n   « .... Et maintenant que la propagande continue. La lutte commence seule­\nment, la vraie lutte à coups de plume, par les articles, par les conférences, par\nla scène ! Nos batteries sont prêtes et nous suivrons fièrement et sans hésita­\ntion le mot de défi que nous avons pris pour devise : NE CRAINS ! »\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "                                     — 156 —\n\n     Notre rédaction terminait ainsi, il y a deux mois, son manifeste de fin\n  d'année..\n     Quand une armée a pris de telles allures, c'est qu'elle est lavant-garde ou­\n vrière d'un corps d'action sérieux; c'est qu'elle a l'instinct d'une bataille\n nécessaire et d'une victoire certaine; c'est qu'elle porte le drapeau, non-seule­\n ment d'une côterie, d'une chapelle, mais d'une race nouvelle. Son champ\n s'élargit; fut-elle essentiellement littéraire, il devient impossible qu'elle n'en­\n veloppe dans son entraînement les arts parallèles, car elle est, avant tout, révo­\n lutionnaire de la vie intellectuelle et c'est pour cette vie qu'elle lutte à outrance\n pour cette vie spirituelle et glorieuse qui se continue au delà des tombes.\n    Ainsi notre Jeune         avec ses airs de balafre, partie en éclaireur de cette\n race anti-bourgeoise que cinquante années de bourgeoisie paisible ont fécondée,\n a pris pour mission de claironner l'appel, d'éveiller les morts même, à l'œuvre\n du combat. Manieurs de plume, de pinceau, d'ébauchoir, manieurs d'archet,\n manieurs d'orchestre, aucun bras n'est de trop, aucune tête, et nous les appe­\nlons toutes qui vont le nez en l'air, au ciel de leur idéal, l'œil fixe à l'étoile\n ambulante, nous guidant à l'avenir comme jadis, les trois mages, au Messie.\n    Les peintres groupés à l'Essor puis aux Vingt nous ont tendu la main.\nSeul, le mouvement musical n'apas trouvé son ère Jeune Belgique et s'attarde.\nIl faut que ses éléments non agrégés s'unissent; c'est le moyen de faire\nballe et trouer l'opinion publique.\n    Mouvement musical. — L'expression n'est guère juste pour une chose qui\nse meut si peu. Il était négatif, il y a quelques années ; il est latent, aujour­\nd'hui. Ses atomes cherchent à s'accrocher, se combiner, monter au jour ; il\nsourd, gronde, bouillonne, éclate de ci, de là, comme un feu d'artifice humide\net retombe sous une couche d'économie politique, le meilleur extincteur de\ntels coups de lyrisme absolument déplacés dans notre bon pays de sagesse.\nMais, le meilleur extincteur n'est pas inamovible. Un jour arrive où l'art\nenjambe le bimétallisme et l'industrie locomotive, et je suis tenté d'espérer\nque nous y voilà presque.\n    Depuis qu'on parle en Belgique de musique belge, bien des plumes, — sou­\nvent mouches du coche, récriminant pour ne rien faire — ont reproché au\ngouvernement, à la presse, aux directeurs de théâtres, au public, leur apathie\nen ces matières. L'art est dans le marasme — comme le commerce.— J'en­\ntends cela depuis ma naissance. L'histoire est vieille, elle a du bon. Je laisse à\nd'autres le soin de la rééditer périodiquement. Il est vrai que les moyens ma­\ntériels de développement n'abondent pas. Il y a de plus, l'inévitable opposition\ndes vieux aux jeunes, des académiques aux impressionnistes, de ce qui est\nen haut à ce qui monte. On repousse les reproches : — Mais comment, nous\nn'empêchons pas les jeunes, nous leur faisons de la place, nous leur ouvrons\nles portes toutes larges ! — Seulement, il y a une manière de dire aux gens :\n— Donnez-vous donc la peine d'entrer — puis de barrer le passage en se\ncouchant au travers...\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3304, "texte": "                                   -    137   —\n\n\n   Tout ceci est de détail. Il y a pour expliquer ce vide d'un demi siècle un\namas d'autres causes physiologiques, indépendantes des hommes. La renais­\nsance actuelle, en laquelle j'ai foi, est l'avènement d'une couche nouvelle.\nC'est une peau neuve à notre société, un sixième sens à ce qui n'en avait que\ncinq. Toutes les insurrections ne donnent pas des Marseillaises. Il fallait à\nnotre petite Belgique calée au soleil, le temps de s'asseoir et de voir clair.\nMaintenant elle peut faire des chefs-d'œuvre. A-t-elle des ouvriers? Elle a un\nmaître reconnu : Peter Benoît. Elle a les Huberti. les Blockx, les Mathieu,\nles Van den Eeden, les Waelput, les Radoux, et bien d'autres, dont chacun,\nmalheureusement, s'isole et travaille en son ombre, peut-être un peu las et dé­\nsespérant, à la fin, d'une cause qui semblait perdue. C'est qu'ils n'ont déjà plus\nl'entrain primesautier qui fait les émeutes, et ce n'est pas tout seul qu'on prend\nune barricade.\n   Certaines sociétés humaines, et la plupart passent leur temps à renverser la\nnature. Il y a cela d'étrange, à remarquer dans l'activité civilisée, que, lorsqu'il\nfaudrait s'unir, on se dissémine. Quand il faudrait une levée en masse, on\npart un à un, pour ne se joindre qu'en haut à condition qu'on y arrive ; et\nl'on y arrive pas vite. Alors, comme on est vieux, comme on est chauve, on\ncouronne de lauriers ses calvities, et l'on fait de l'obstructionnisme acadé­\nmique. Heureusement, nos artistes ont trop de crinière encore pour accomplir\ncette évolution conique dont le tracé figure un éteignoir ayant à sa pointe, un\nprésident d'Institut. Mais ne vaudrait-il pas mieux fonder d'accord l'édifice,\net s'éparpiller au faîte ? Ce serait suivant l'ordre et la ligne de toute genèse.\nLes bourgeons, les fleurs, les feuilles, l'eau, les flammes, la fumée, un bou­\nquet, une gerbe, tout ce qui monte en masse, s'épanouit; le germe se tasse,\ns'absorbe à la base ; c'est une propulsion vigoureuse qui se fait : Cela croît,\ngrandit, s'élève lentement, la face au ciel libre en pleine lumière, et s'anato­\nmise, s'allège, se subtilise dans l'invisible et l'infini. C'est une apothéose.\n   Tandis que là, c'est la traction d'un corps en sac qui baisse la tête comme\nun pendu, arrive au jour comme un seau sort d'un puits ; au lieu de l'air glo­\nrieux d'un vainqueur à l'assaut, il a la mine piteuse d'un noyé qu'on sauve.—\nRetenez ceci : dans toute secousse sociale, dans toute révolution vraie, libé­\nrale, généreuse, héroïque, l'effort était une poussée et s'est produit en bas. En\nbas, ce sont les jeunes qui poussent, en haut, les vieux qui tirent; nous\navons tout à gagner au premier cas.\n   Le seul essai — que je sache — d'une association des musiciens belges, fut\ncelui des CONCERTS NATIONAUX. L'initiative en appartenait à Guillaume\nMeynne, un vieux, mais un vieuxbien jeune encore, qui avait gardé dans une\ncarcasse souffreteuse, le cœur de ses vingt ans. Je me souviens de lui, dont\nquelques-uns parlent avec un sourire qui dit : « C'était peu de chose. » Ils\nont tort. C'était un esprit très compréhensif, très pénétrant ; beaucoup trop\nlarge pour se parquer dans les mesquineries de sa génération. Il aimait les\njeunes et les encourageait sachant qu'après lui, qu'après eux, d'autres vien-\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3195, "texte": "                                   — 158 —\n\ndraient qui feraient plus et mieux, et le désirant, car il aimait l'art pour l'art.\nSon génie philosophique nous eût laissé, je me figure, à côté d'œuvres lyriques,\ndes travaux précieux d'analyse musicale, sans le mal incurable qui le prit de\nbonne heure et lui cassa l'avenir. Avant de s'en aller tout à fait de la vie, et\ncraignant de n'y laisser qu'un souvenir d'estime et des regrets d'amis, il vou­\nlut tâcher de donner aux autres ce qu'il n'avait pas eu; et, comme s'il pressen­\ntait l'heure tant attendue d'une sortie, enfin décisive et fructueuse, ce fut lui,\n de tous le plus infirme, qui hasarda le premier coup. Dès que le projet fût en\nvoie de réalisation, il s'activa, se multiplia, se fit l'âme de cette institution à\nlaquelle il dévoua réellement dix ans de sa vie, voulant même, à ce prix, pous­\nser à bout de ses débuts pénibles, l'œuvre qu'il avait entreprise. Je me le\nréimagine, aux répétitions des concerts, dans le froid de cette, jolie salle co­\nquette, toute rouge et blanche, de la Philharmonie défunte. Les plus vigoureux,\ngelés, transis par les journées d'hiver, y jouaient le chapeau sur la tête, le col­\nlet remonté, le foulard au cou. A Meynne n'importaient l'intempérie ni la fa­\ntigue; clopin-clopan, se soutenant à peine, appuyé sur une canne, il y arrivait\nle premier, toujours, ayant pour tous ce même regard et ce même sourire\nbons.\n    Dans cette salle, j'ai vu, pour la première fois, munis du bâton de chef, ces\nêtres extraordinaires qui passent leur vie à moucheter de mystérieux signes,\n des portées, et que, pendant longtemps, je m'étais représentés comme une\nespèce fabuleuse de demi-dieux. Cette figuration naïve au reste, est un peu celle\nque s'en fait la foule, qui est, considérée dans sa collectivité, un enfant ignorant\net de compréhension étroite. Elle ne put jamais s'habituer à voir à l'entresol de\nson ciel lyrique ces sous-divinités compatriotes qu'on appelait Monsieur, qui\navaient un nez en pleine figure et s'habillaient comme elle. On vint au concert\nnational par faveur, par genre protecteur et philanthropique ; on en sortait en\nriant de parti-pris.\n   J'ai parlé tantôt d'association. C'est inexact ; l'effort, encore une fois, ne\nvenait pas des jeunes assemblés. Il n'y avait qu'un comité de quelques-uns,\ngraves, pacifiques, pas casseurs de vitres, du tout. Meynne très timide et\nmodeste, d'autres très jaloux et envieux, d'autres très arriérés, parmi les­\nquels Stéveniers, ce type de vieux soldat de 1830, donne assez bien le ton du\nnoyau. Mais ces quelques-uns, sans tapage, faisaient chose téméraire en appe­\nlant au feu de rampe un beau soir, ces compositeurs belges, dissimulés comme\ndes malfaiteurs dans les coins ombreux du pays, pour leur offrir, gratis, un\norchestre et un public.\n   Au bout de trois années, les concerts nationaux cessèrent d'exister. Meynne\nvit leur chute ; c'est ce qui l'acheva. Il y a trois mois qu'il est mort. Personne\nne s'est souvenu de ce qu'il avait fait pour en honorer suprêmement son\ncercueil.\n   Pourtant, l'élan donné, le mouvement se continuait doucement, sans dra­\npeau ni manifeste, aux Concerts populaires. Il fut soutenu par l'Art Moderne,\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3263, "texte": "                                    -   159     -\n\nle premier organe qui ait osé bouleverser de sa critique carrée et solide, les\nponcifs et les silences conspirateurs du reportage quotidien. Le public com­\nmence à savoir qu'il y a quelque part en Belgique des faiseurs d'opéras et de\nsymphonies ; il consent à lire de temps en temps leurs noms au programme\net les apprend lettre à lettre comme un bébé qui épelle. Il ne les siffle pas,\nparce qu'un public belge ne siffle jamais, fait semblant de les écouter, en\nparle un peu — et sans rire. Il ne faut pas lui eh demander davantage.\n    Un seul d'entre eux, qui les domine, a vu son nom admis parmi les\nétrangers; c'est Benoit, l'extatique Flamand dont le cerveau noyé dans des\nflots montants d'harmonieuse polyphonie, fait y surgir, du sommet de son\nemphase orchestrale, des sentences fatidiques, des appels de jugement dernier.\nOn ne dit plus de lui : Monsieur Benoit, mais : Peter Benoit. C'est la moitié de\nla célébrité. Les ovations chaleureuses méritées dont il vient d'être l'objet\nhors chez nous ; ses triomphes en France et en Allemagne ont encore hausssé\nd'un cran sa renommée ici, où l'on a exécuté en août dernier, son Guillaume-\nle-Taciturne au Waux-Hall et, tout dernièrement, aux Artistes Musiciens, Char-\nlotte-Corday. Il est un singulier tempérament complexe de vigueur et de lan­\ngueur de sang et de nerfs, tempérament tout Germain, du Nord, du bas pays\nvoisin des mers; Germain Batave, ayant d'eux la ligne sculpturale et\nl'ampleur massive des plans gras ; amollissant sa rudesse teutonne à la douce\nimpression bleue mystique des rêveuses étendues de l'océan.\n    Hors son talent génial, son attitude de chef flamand a beaucoup contribué à\nson succès — je ne dis pas à sa gloire —• je dis succès, réussite positive, immé­\ndiate, qu'on palpe étant vivant; la gloire peut venir post mortem; et n'en vaut\npas moins. Le mal est, que la plupart des jeunes s'y sont trompés; admira­\nteurs enthousiastes subjugués par sa maîtrise, ils se sont faits ses disciples,\nses féaux, absolument, presque aveuglément. Comme ils étaient des talents\nles plus actifs, et à quelques uns près, les seuls sur qui l'art musical comptât,\nils firent croire, — le croyant eux-mêmes — qu'il n'y a point de musique belge\npossible, en dehors de la musique flamande.\n    C'est une question d'appréciation ; la leur me paraît fausse, étant donné, en\nfait, que leur phalange musicale, comme la nôtre, littéraire se compose des\nindividualités les plus dissemblables, et, cela s'explique. La Belgique est à\ncheval sur deux races : elle est batarde de sang germain et gaulois panaché par\ntoutes les dominations du passé. La nationalité n'est ici qu'une question de\nfrontières. Notre renaissance est celle d'un peuple libre qui veut s'émanciper\nintellectuellement et fournir sa part de lumière au mouvement humain ; la\nmontrer comme le fruit simple d'une race homogène et sympathique, et y\naider dans ce sens, c'est contrecarrer l'expansion naturelle de ses forces et la\n faire avorter.\n    Au reste, il en est de même universellement. Il y a un art et des tempéra­\n ments divers qui y concourent. Vouloir les classer par écoles, c'est amoindrir l'art\n qu'on fractionne. Sans doute, ceux d'une même souche ont des affinités. Mais\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 972, "texte": "                                   — 160 —\n\naprès tant de siècles et dans l'état de cosmopolitisme où nous sommes, nous\nmarchons à la fusion, de plus en plus, des éléments ethnographiques autrefois\ndistincts. Comme la couleur locale des mœurs et des costumes, peu à peu,\ns'efface, ainsi doit disparaître tout à fait de ces natures, le fond d'entièreté qui\nles démarquait des barbares. Une race parfois encore, s'incarne pleinement\ndans un homme, les autres font mieux de suivre leur penchant sans s'inquiéter\nde savoir à quelle couleur ramener leur sang, qu'ils s'unissent. Qu'ils s'unis­\nsent dans le but supérieur de faire triompher leur personnalité au profit de\nl'esthétique contemporaine.\n   Si le mouvement flamand pouvait leur être un point de repère, et s'il\naboutissait à une trouée au grand jour des hommes de talent qui l'animent,\nil aurait bien mérité de l'art.\n                                                             HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 160, "page_fin": 161, "titre_corps": "Memento musical", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. 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Après les éxécutions données l'hiver dernier de la Symphonie funèbre\nd'Huberti et du Hoyoux de Mathieu, on annonce pour cette saison un nou­\nveau poëme de Raway : les Adieux et une suite au Hoyoux : La Frehyr. La\nsérie des concerts se terminera par une audition d'oeuvres wagnériennes.\n\n\n  Gustave Huberti, l'un des champions les plus actifs du mouvement flamand\na deux œuvres sur le métier.\n   La première, Bloemardinne est empruntée au moyen-âge de notre histoire,\ndonnée sur laquelle Hiel a composé un poème symbolique d'une très large al-\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2630, "texte": "                                   —    161   —\n\n\nlure ; la partition est presque achevée ; l'auteur en a choisi des interprêtes qui\nseront Mme Biemans d'Anvers et M. Blauwaert.\n    La seconde œuvre, qui est une sorte de petit oratorio, a pour titre Tanche-\nlyn; elle est également de Hiel pour le livret.\n    On annonce encore de ce côté l'œuvre d'un autre flamand : Wambach ;\ntitre : Yolan.\n    Quant à Benoit, après ses succès bruyants en France et en Allemagne, les\nexécutions du Lucifer et le festival d'Angers, il prend rang peu à peu, en\nmême temps que Berlioz et Wagner, aux programmes des Concerts Pasdeloup,\nColonne, Lamoureux. L'Oorlog sera prochainement édité chez Breitkopf et\nHaertel.\n\n   Sigurd a passé le 7 à la Monnaie. Nous y consacrerons notre prochaine\nchronique.\n   Manon passera prochainement à l'Opéra-Comique de Paris, puis à Bruxelles.\n   Richard III de Salvayre a obtenu un succès discuté à St-Pétersbourg. A\nl'Opéra de Paris, doit passer l'Egmont du même auteur. On annonce de Saint-\nSaëns, un nouvel ouvrage : le Roi Arthur.\n\n   C'est le 20 Janvier que passera au théâtre royal d'Anvers le Pedro de Zalaméa,\nde Benjamin Godard,\n   On annonce la fondation à Paris, sous la présidence d'Ernest Reyer, d'une\nunion internationale des compositeurs qui a pour but de créer en six auditions\nannuelles, une exposition de la musique contemporaine. Ces auditions auront\nlieu, pour cette année, en avril, mai et juin. Les œuvres belges y exécutées\nseront la Rubens-Cantate de Benoit et Daphnis et Chloé, un poème de Fernand\nLeborne.\n\n   Le 6 Janvier l'Essor, avec ses excellents musiciens Kefer, Lerminiaux,\nAgniez, Van der Goten, Jacob et Danneels, a donné une séance des plus inté­\nressantes et consacrée toute entière à l'exécution des œuvres de Mendelssohn.\nOn a très remarqué surtout l'adagio (Nachtstück) de la sonate en ré majeur\n(op. 58) pour piano et violoncelle. Toutes nos félicitations à nos amis les Es­\nsoriens.\n\n   Nous venons de recevoir la seconde série des ballades de Goëthe que\nM. Mathieu traduit dans une langue musicale fort élevée. Toute cette musique\na une grande allure, très originale et très mélodique, se rapprochant beau­\ncoup de la première manière de Wagner. Lorsque M. Mathieu se sera complè­\ntement débarrassé de cette forte empreinte, dont il peut se passer aujourd'hui,\nlorsqu'il aura su dégager sa personnalité, très intéressante et vaillante, nous\nsaluerons en lui, un des maîtres de la composition moderne. Nous signalerons\ntout particulièrement dans ce recueil la Ballade du Roi des Aulnes: une mer­\nveille de sentiment et de couleur.                                   H. M."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 162, "page_fin": 168, "titre_corps": "Chronique théâtrale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "CHRONIQUE THÉÂTRALE", "ancre_fin": "tour du monde", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MEMENTO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 177, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "CHRONIQUE THÉÂTRALE\n\n                          DU 5 DÉCEMBRE AU 5 JANVIER.\n\n Le but de cette chronique, dont la appréciations seront très brèves, est de fixer,\n   comme le font pour la France MM. Noël et Stoullig, dans leurs « Annales du\n   théâtre et de ta musique, n le bilan du mouvement théâtral en Belgique, Nous\n   ne nous arrêterons donc qu'aux cinq théâtres importants, et aux premières\n   représentations intéressantes qui y auront été données, nous bornant pour les\n   autres à un simple résumé chronologique.\n\n    THÉÂTRE ROYAL DE LA MONNAIE. — 5 Dec. : — Giralda, op.com. en 3 actes;\n   musique de Adam, paroles de Scribe. Les Sorrentines.\n      L'interprétation de Giralda laisse beaucoup à désirer. M lle Arnaud y est\n   plus que médiocre. Mlle Legault et l'excellent comique M. Chappuis y sont\n   seuls intéressants.\n      6 Déc. : Les Huguenots, gr. op. en 5 actes, musique de Meyerbeer, paroles\n   de Scribe.\n      Après l'éclatant début de M\"\"-' Caron dans Faust, son grand triomphe dans\n  les Huguenots n'a étonné personne. Comme le dit l'Art Moderne, M11e Caron réalise\n  le type tant prisé, tant recherché par Wagner, de la chanteuse qui joue, qui\n  ne s'absorbe pas dans l'unique sensation de son gosier fonctionnant, vibrant,\n  trillant, vocalisant, mais se souvient qu'elle a une âme pour sentir, et un corps\n  pour traduire cette âme. Elle remplirait triomphalement, croyons-nous, les\n rôles d'Eisa, d'Elisabeth, de Sieglinde. Ne le pressentait-on pas l'an dernier\n  quand elle a chanté Yseult aux Concerts populaires? Singulièrement servie par\n sa grande taille souple, majestueuse sans solennité conventionnelle, ayant des\n levées et des lentes retombées de bras d'une dignité de prêtresse, la physiono­\n mie apte à toutes les transformations, surtout à celles de la douleur, de la\n crainte, de l'horreur ou du désespoir, elle semble posséder des ressources in­\n définies. Même dans les trois chutes dont est émaillé son rôle de Valentine,\n elle a su sortir des mouvements réglés comme au ballet, et trouver des formu­\n les imprévues.\n     Ces qualités sont de premier ordre. Des spectateurs moins coiffés que nous\n ne le sommes du côté musical, y sont toujours très sensibles en admettent\n difficilement l'absence. C'est sur elles qu'est fondée la popularité inépuisable\nde M me Krauss : en vain la voix s'use-t-elle ; la flamme dramatique subsiste et\nle public, ému encore, admire et applaudit. C'est parce que M lle Duvivier ne\nles possédait pas et a cru pouvoir s'en remettre, pour son succès, uniquement\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2905, "texte": "                                  — 163 —\n\nàsa belle voix, dans ce même rôle de Valentine, qu'elle a échoué à l'Opéra.\nCar si certaines oeuvres du vieux répertoire s'accommodent de l'insuffisance\ndramatique, elle devient intolérable quand la passion est la dominante de la\npièce.\n    M lle Legault, ravissante dans son costume de page, joue et chante adorable-\nment le rôle d'Urbain.\n    M lle Hamaeckers a toujours cette voix et cette diction admirables de fraî­\ncheur etde pureté... sur le déclin.\n    M. Gresse, qui débutait le 18 Décembre 1875 au Grand-Opéra de Paris,\ndans le rôle de Saint-Bris, qui ne lui réussit pas, n'a guère été plus heureux\ndans celui de Marcel. Il vise trop aux effets de sonorité et ne s'inquiète pas\nassez de la couleur et du relief d'ensemble à donner à son personnage.\n    M. Massart a fait des progrès énormes, et comme chanteur et comme\ncomédien, mais il est bien pâle dans le duo du 4e acte.\n    M. Devriès joue élégamment le rôle de Nevers, mais son organe désagréa­\nble le sert bien malheureusement.\n    7 Déc. : L'Eclair, op. com. en 3 actes, musique d'Halévy. — et Coppélia\n(I er acte), ballet en 2 actes, musique de Léo Delibes. Ce ravissant premier acte\nde Coppélia, très bien dansé, a eu un sérieux succès. M. Jehin y est remarquable\ndans la direction de l'orchestre qui a détaillé très finement ce bijou musical.\n    9 Dec. : Les Huguenots.\n     10 Dec. : Le Barbier de Séville, op. com. en 3 actes, musique de Rossini.\n     L'interprétation, dans l'ensemble, est assez bonne ; il y avait même très\nlongtemps qu'on n'avait entendu Le Barbier chanté aussi proprement.\nMelle Arnaud y apporte ses excentricités américaines qui paraissent plaire\nbeaucoup au public des petites places, mais qui sont trop antipathiques à l'art\npour qu'on s'y laisse prendre. Du reste Melle Arnaud n'a absolument pas le\nmoindre sens musical ; sa place est au café-concert. MM. Rodier et Soula-\ncroix se démènent lourdement et ne sont point à leur aise dans ce gargarisme\ncontinuel et soporifique. M. Gresse exagère comme toujours certains côtés\nfutiles de son personnage et néglige totalement le caractère à lui donner.\n   12 Dec. : La Poupée de Nuremberg, op. com. de A. Adam, et L'Eclair.\n   13 Dec. : Les Huguenots.\n   14 Dec. : Si j'étais Roi, op. en 3 actes, musique de A. Adam.\n   16 Dec. : Mèphistophélès, op. en 5 actes et 9 tabl., poème et musique de\nArrigo Boïto.\n   La reprise de cet opéra était attendue avec curiosité ; elle n'a pas été fort\nheureuse. La première surprise passée, on s'est aperçu combien cette œuvre\nétait creuse, ne devant son semblant d'originalité qu'à une orchestration très\nfouillée et très intéressante. M. Jourdain y est toujours franchement mauvais.\nTout à fait vulgaire dans l'acte du jardin, il ne se relève un peu que dans\nl'Epilogue. M. Gresse est remarquable dans sa création de Méphisto ; c'est\nun rôle qui convient a sa voix et à son jeu.\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "                                  — 164 —\n\n   17 D e c : Le Pardon de Ploermel, op.''; com., musique de Meyerbeer.\nMelle Arnaud chante presque convenablement le rôle de Dinorah et surtout\nla valse: Ombre légère      Le reste de l'interprétation, a droit aux éloges.\n   19 Dec. : La Maître de Chapelle et Les Dragons de Villars           op. com.\nde Maillart.\n  20 Dec. : Les Huguenots.\n  21 Dec. : L'Eclair et Le Maître de Chapelle.\n  23 Dec. : La Fête du Village voisin et la Dame Blanche         op.   com.    de\nBoieldieu.\n    24 Dec. : La Fille du Régiment, op. com musique de Donizetti, et Le\nMaître de Chapelle.\n    25 Dec. : Carmen, op. com. en 4 actes, musique de G. Bizet. Mlle Des­\nchamps est médiocre dans Carmen et cela se conçoit. Elle n'a ni la grâce,\nni la hardiesse nécessaires, et ses grands gestes télégraphiques, toujours les\nmêmes, produisent un eflet déplorable. Elle chante avec goût, mais manque\ntotalement de cette allure souple et presque canaille qu'exige ce rôle si remar­\nquablement humanisé par M\"'c Galli-Marié. Le reste de l'interprétation, si\nnous en exceptons Mlle Legault et M. Soulacroix, est fort inférieur.\n    28 Dec. : Le Pardon de Ploermel.\n    30 Dec. : Le Maître de Chapelle, La Fille du Régiment et Les Noces de\n Jeannette.\n    Depuis le 20, une indisposition de M. Gresse et les répétitions du Sigurd\n font qu'on ne joue plus que l'opéra comique. Aussi la troupe paraît-elle fati­\n guée, pas autant d'ailleurs que le p u b l i e r o n t l'annonce de la première de\n l'opéra de Reyer pour le 7 janvier calme l'impatience.\n     Ier Janv. 1884 : Le Barbier de Séville.\n     4 Janv. : La Dame Blanche.\n     — THÉÂTRE DU PARC — du 5 au 15 d é c : Onze jours de siège — Prête-moi ta\n Femme.\n     15 Déc. : 1re repr. de L'Aîné, pièce inédite en 4 actes de Paul'Delair : La\n pièce de M. Delair (connu par l'insuccès de Garin en 1880) ne tient que six\n fois l'affiche, sauvée du four éclatant par l'interprétation remarquable de\n  MM. Coquelin, Coquelin cadet, Garnier, MM es Brindeau et Favart, tous\n comédiens de Théâtre-Français. Mélodrame bourré des ficelles du vieux jeu\n avec le trémolo en moins ; scène d'ivresse, scène de jeu, portrait de l'aîné,\n (croix de ma mère), scène de malédiction (imprécations de Camille), le tout\n  mal agencé, mal écrit et digne de « ces bons petits belges ».\n     L'Aîné ou l'Ange blanc et l'Ange noir, tel devrait être le titre de ce mélo...\n  pardon ! de cette comédie en quatre actes, dont la synthèse se trouve dans une\n  phrase dite sur un ton prophétique au premier acte : « La vie trompe sou­\n  vent, mais la mort tient ses promesses! »\n      Michel Lefort vient de mourir intestat. Il laisse seul sur terre et sans res-\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "                                   — 165 —\n\nsources une orpheline, Iveline, qu'il a recueillie autrefois toute jeune, et qui est\npresque la fiancée de Georges Rémond, jeune premier. Le seul héritier de\nMichel est son frère Vivien, un bohême, buveur et joueur, que la nouvelle de\nson héritage inespéré va cueillir en Amérique. Il revient accompagné de son\naller ego Chavagnac, — l'ange noir ! — bandit comme lui et décidé à profiter\ndes miettes du million tombé du ciel. Robert Macaire et Bertrand ; c'est neuf.\n   Ils arrivent, avec leurs mines et leurs costumes d'arsouilles, demandent les\nclefs, s'installent et mettent à la porte l'orpheline et son institutrice Jeanne,\nqui s'en vont sur l'heure en les maudissant. Le premier acte se ferme sur la\nmalédiction d'Iveline ; Vivien-Coquelin est foudroyé par ces paroles venge­\nresses. Maudit ! il est maudit ! et lui qui ne croit plus à rien, qui se moque et\nricane, qui a volé et tué dans le cours de sa carrière infâme, lui le sceptique,\nle misérable, le brigand, est littéralement pétrifié par la malédiction et fond en\nlarmes. C'est d'un vraisemblable stupéfiant.\n   Au deuxième acte, nous sommes chez Ivéline, le jour de sa fête. Vivien, dé­\ncidément « revenu à de meilleurs sentiments, » a envoyé à l'orpheline tous ses\nmeubles, et aujourd'hui, pour mettre un comble à ses bienfaits, il lui envoie le\nportrait de Michel, l'aîné le bienfaiteur. Georges Rémond, inquiété par ces\nmunificences, fait à Iveline une scène de jalousie. Elle, sereine, lui laisse en­\ntendre qu'elle l'aime. Entre, à ce moment, Vivien avec Chavagnac. Ce dernier\nprend le bras de Georges et le prie de lui jouer sa symphonie (Georges est\ncompositeur). Pendant que Georges s'exécute dins une salle voisine, Vivien,\ndevenu correct, corrigé, nouvel homme, honnête, parfait, reste seul avec\nIveline et lui fait ses premiers et brûlants aveux d'amour. Elle se trouble, bal­\n butie... et demande huit jours de réflexion. A ce moment, Chavagnac rentre\n avec Georges, qu'il accable d'onomatopées admiratives. «Superbe! Génial!\n Du Beethoven ! Mon grand poème est fait, je l'écrirai sous cette foudroyante\n impression. — Son poème ! dit Vivien en riant ; rien n'en est écrit, depuis\n quinze ans qu'il m'en parle. Je le connais, le voilà ! » Et il prend dans la\n poche du poète alcoolisé un jeu de carte.\n   Pendant ce temps, Iveline prépare le thé. Les deux amis se rapprochent ins­\ntinctivement d'une table ; Chavagnac coupe. Dix louis ! Tenus ! Mais la main\nde l'ange blanc enlève le jeu de cartes des mains de l'ange noir. Elle enlève\naussi le flacon d'eau-de-vie que les joueurs ont à moitié vidé. La fin de cet acte,\nfort peu importante, se compose surtout d'une longue tirade de Coquelin-Vivien,\ndisant à Iveline qu'il y a en lui deux hommes, l'ancien et le nouveau, l'ancien\nplongé dans toutes les fanges, le nouveau régénéré par elle. De plus en plus\nneuf.\n    Huit jours d'attente et de perplexité, dans la compagnie odieuse de l'ange\n noir, de ce Chavagnac, qui veut empêcher le mariage qui le mettra sur le pavé,\n et qui s'attache à éveiller des doutes dans l'espoir de Vivien, à faire revivre le\n vieil homme, le buveur, le joueur. Il réussit, et au troisième acte, Vivien en­\n tre en scène, chez Iveline, devant elle, ivre, la bouche pâteuse, l'œil hagard,\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3209, "texte": "                                    — 166 —\n\nles jambes chancelantes. Georges le regarde avec dégoût. Vivien le voit, sa\njalousie s'exaspère, il s'élance dans une fureur d'ivrogne. Iveline le retient de\nsa douce main d'ange. Il tombe ivre-mort dans un fauteuil. Lorsqu'il se réveille,\ngrâce aux sels qu'Iveline lui a fait respirer, aux parfums dont elle a oint son\nfront, il lui dit que c'est pour elle, par désespoir qu'il s'est enivré, qu'il l'aime\néperdument, mais qu'il se sent indigne d'elle, toujours prêt aux rechutes, et\nque la mort seule peut mettre un terme à ses tourments. Elle, touchée, lui\nrépond par de douces paroles : « Voulez-vous que je sois votre femme ? » Et\nà part, dans une exaltation: « L'autre, l'aîné, m'a donné une âme: mon devoir\nest de sauver celle-ci ! » — La toile, sentant que c'est ce qu'elle a de mieux à\nfaire, tombe.\n    Quatre ans se sont écoulés. Georges, qui a obtenu le prix de Rome, est parti\npour l'Italie. A son retour à Paris, il retrouve un homme heureux, absolument\nguéri, honnête, sérieux: Vivien Lefort, et une femme écrasée sous le poids de\nson sacrifice, ayant eu la force de donner à son mari une apparence d'amour\nmais dont l'extravagante abnégation n'a pu obtenir pour récompense l'oubli de\nsa profonde passion pour le fiancé de sa jeunesse. La seule vue de Georges a\nfait fondre toute l'énergie dont elle s'était armée pour la lutte. Elle résistera,\nelle mourra plutôt que de succomber. Mais Georges, fou d'amour et de colère,\npénètre chez elle, la nuit. Il lui reproche sa trahison, il l'enlace : si elle l'aban­\ndonne, il deviendra le bandit et le débauché qu'a été Vivien. La gouvernante,\nJeanne, survient — à temps — pour séparer les amoureux, mais le mari, pré­\nvenu par Chavagnac (le bon petit ami !), s'est dissimulé derrière une portière,\noù il a tout entendu. Il est de trop sur la terre, et la délicatesse l'oblige, cela\nva sans dire, à céder la place à Georges. Quelques gouttes de laudanum met­\ntront fin à sa situation. C'est ce qu'il explique fort tranquillement à Jeanne,\nqui essaie vainement de le détourner de ce projet. Assis dans un fauteuil, à la\nmain son petit flacon, dans l'attitude du docteur Faust au moment où, dans\nl'opéra de M. Gounod, il chante : « Salut, ô mon dernier matin ! » il meurt\ndoucement, et la gouvernante éteint la lampe, ce qui veut dire que la pièce est\n finie.\n    22 Dec. : 1re repr. de Ma Camarade, com. en 5 actes de H. Meilhac et\n Ph. Gilles (tient l'affiche jusqu'au 5 Janv. A continuer):\n    Une de ces pièces qu'on a déjà vues on ne sait où. Les trois premiers actes\ntrès drôles, les deux derniers allongés et ennuyeux. Au lendemain du mariage,\n deux jeunes époux se séparent à l'amiable. De Boistulbe fait une moue bête en\n embrassant ; cela suffit à dégoûter de lui Adrienne. « Nous serons désormais\n camarades », lui dit-elle. De Boistulbé accepte, mais se rattrappe chez\n des... amies. Adrienne l'apprend et renonce à la camaraderie pour rendre à son\n infidèle ses... droits. Grâce à la pétillante et délicieuse Mme Sigall ainsi qu'à\n  M. Huguenet qui a enfin trouvé la vraie et bonne verve de la comédie,\n  Ma Camarade a du succès.\n    — THÉÂTRE DES GALERIES. — Du 5 au 12 Dec.          : Boccace.\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3108, "texte": "                                  -    167    -\n\n   12 Dec. : 1re repr. de Le Présomptif, op. bouffe en 3 actes, musique de\nM. Louis Gregh, paroles de MM. Hennequin et Valabrègue (du 12 au\n 18 Décembre). Barbotin XXXVI roi de Cocassie, a une fille, Sophie, qui doit\népouser l'héritier présomptif du trône. Or, il y a deux héritiers, Agénoret\nLudovic, nés le même jour, à la même heure, ensemble. On tire le trône au\nsort et c'est Ludovic, l'aimé de Sophie, qui est favorisé.\n   Sur cette amusante donnée, M. Gregh, l'auteur du Lycée déjeunes filles, aécrit\nune petite musique drôlette mais pigée un peu à droite et à gauche, sans origi­\nnalité aucune. Bonne interprétation par MM. Deschamps, Pottier et Lureau.\nMlle Blanche Miroir insuffisante.\n   18 Dec. : La Rose de Saint-Flow (opérette connue d'Offenbach) et Le\nPrésomptif (du 18 au 24 D é c ) .\n   24 Déc. : 1re repr. de L'Oiseau bleu, com. en 1 acte de M. Maurice\nDebrun (Maurice Hennequin, fils). Un début de jeune et un succès. Le sujet\nplein de situations amusantes, est simple : c'est l'histoire d'un homme\ncherchant l'idéal rêvé, l'oiseau bleu, et croyant l'avoir trouvé enfin dans la\ngracieuse personne d'une femme mariée. Il s'aperçoit vite que l'idéal n'est\nqu'un soleil décevant (voir Rodenbach, Jeune Belg. t. II,p. 412). Acte passable­\nment mal joué, abstraction faite de M. Lureau etMmeAciana.\n   Du 24 au 28 D é c : La Rose deSaint-Flour, L'Oiseau bleu, Le Présomptif.\n   Du 28 Déc au 5 Janv. : L'Oiseau bleu, Le Présomptif.\n    5 Janv., Reprise de Bébé, com. en 3 actes de Alfred Hennequin et Emile de\n Najac. — L e Présomptif.\n   — THÉÂTRE MOLIÈRE. — Du 5 au 8 Déc : Le Père de Martial.\n   Du 8 au 15 D é c — Dora. La très passionnante comédie de Sardou, celle\nde toutes qui met le mieux en lumière, à côté des ficelles dont il se sert avec une\nsereine impudeur, ses qualités d'écrivain dramatique, habile à nouer une in­\ntrigue et à la mener jusqu'à son cinquième acte, a trouvé au théâtre Molière\nune interprétation, sinon parfaite, du moins très satisfaisante et de nature à\nfaire comprendre et apprécier l'ouvrage. MM. Laty et Pierre Manin, dans les\nrôles de Mauriac et de Favrolles, ont tous deux du naturel, de l'entrain, un bon\ndébit. Avec un peu plus de chaleur et de tendresse dans les scènes d'amour, le\npremier serait tout à fait bien. Le second a un jeu bon enfant, une physiono­\nmie mobile, un peu railleuse, une excellente tenue en scène, qui en feront as­\nsurément, d'ici à peu de temps, une personnalité remarquée. La façon toute\npersonnelle dont il avait compris le personnage de l'Américain Clarkson, dans\nl'Etrangère, au début de la saison, nous avait donné du jeune premier rôle une\nfavorable opinion, que les événements justifient. Du côté des femmes, Mme\nClarence, une fort jolie blonde, mérite une mention. Elle a, dans le rôle diffi­\ncile de Dora, quelques moments remarquables, notamment au 4 e acte, quand\nelle refuse de se justifier du soupçon que son mari dirige contre elle. Elle a\naccentué avec beaucoup d'énergie cette scène, — la plus dramatique et la\nmieux venue, à notre sens, de la pièce de M. Sardou.\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "                                  —   168 —\n\n   On trouve dans Dora plusieurs des idées qui devaient quelques années plus\ntard s'épanouir dans Fèdora, l'expression la plus complète de l'art complexe\ndu dramaturge. Les correspondances secrètes de ces bachelettes de la politi­\nque, les intrigues mystérieuses, ayant pour cadre un milieu international bi­\nzarre, forment la trame de Dura comme celle de Fèclora. A divers titres donc,\ncette reprise présentait de l'intérêt. (L'Art Moderne.)\n   Du 15 ou 21 Déc. : Une Corneille qui abat des noix. (Barrière et Lambert)\net Les Yeux du Cœur (Emile Abraham).\n   Du 22 au 29 Déc. : — Croque-Poule et Les Sceptiques.\n   Du 19 Déc. au 4 Janv. : — Comme celles sont toutes. — Le Piano de Berlhe.\n — La Poudre aux yeux.\n   Le 5 janv. : —Pendant le bal.\n  — THÉÂTRE DES FANTAISIES PARISIENNES (ALCAZAR ROYAL). — Après un sombrage\ntotal dans le genre café-concert, l'Alcazar se rélève tout-à-coup le 20 Déc.\npar une brillante reprise de Fatinitza, la charmante opérette de Suppé.\n   On a fait à chaque artiste un entrée presque triomphale. Pour la plupart,\nn'était-ce pas un retour d'enfant prodigue, ramenant la joie et la paix dans la\nmaison? Mario Widmer, redevenu ténor d'opérette, réapparaissant aux avant-\npostes russes sous sa pelisse et sa toque de loutre étoilées de flocons de neige,\nGéraizer, incarnant comme jadis, Tchitchatcheff-le-Bourru, qui scande ses ju­\nrons de coups de fouet et poursuit de ses amoureuses ardeurs l'introuvable F a -\ntinitza; Castelain, reprenant son emploi de gardien du harem avec son prodi­\ngieux grimage et son irrésistible verve comique ; M lle Lacourrière, retrouvant\nsous l'élégant uniforme de Vladimir ses précédents succès, quelle fortune ines­\npérée ! La joie était si grande, du parquet au paradis, qu'on eût volontiers en­\njambé l'orchestre pour aller serrer la main à toutes ces anciennes et chères con­\n naissances. Quand le rideau s'est levé, au deuxième acte, sur un décor neuf,\nfort joliment brossé, et s'ouvrant sur une perpective dans laquelle s'élançait un\njet d'eau naturel, la foule à trépigné d'enthousiasme. Elle a été indulgente poul­\nies rôles secondaires et pour les chœurs et a, finalement, rappelé tout le monde,\n après avoir, comme jadis, bissé le fameux trio du troisième acte, cette joyeuse\nenvolée de sonneries de clairon qui a fait le tour du monde.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 168, "page_fin": 172, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "presque un aveu", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 183, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 2389, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "MEMENTO\n\nI. Statistique de 1883. — Poèmes ironiques par Emile Goudeau, 1 vol. Paris.\n   Ollendorf, 3. 50. — La faute de Madame Bucières par Georges Pradel, 1 vol.\n   Paris. Ollendorff, 3.50. —Paris illustré — Bal de l'Académie — Ferdinand\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "                                         —   169    —\n\n   Génissieu — Conférence de M. Bourson. — Bibliothèque Gilon. — Encore\n   Octave P i r m e z ; droit de réponse. — Clément.\n\n\n                                              I\n          Nos lecteurs v e r r o n t avec intérêt le tableau suivant des ouvrages pu­\n          bliés pendant l'année 1883 par les écrivains de la Jeune Belgique ( 1).\n\n\n Janvier :      HÉLÈNE SWARTH : Les Printanières,     poésies.\n Février:       EDMOND PICARD : Grelots progressistes, histoire politique.\n                EMILE VERHAEREN : Les Flamandes,            poésies.\n Mars :         LUCIEN SOLVAY : La Critique        et les critiques,   étude.\n                ALBERT GIRAUD : Le Scribe,         nouvelles.\n Avril :           GEORGES EEKHOUD : Kees Doorik, r o m a n .\n Mai :             THÉODORE HANNON : Au pays de Manneken-pis,          poésies.\n Juin :            THÉODORE HANNON : Le candélabre, opérinette.\n Juillet :         MAX W A L L E R : La vie bête, nouvelle.\n N o v e m b r e : EDMOND PICARD : L'Amiral,       scènes de la vie judiciaire.\n Décembre : OCTAVE MAUS : Aux Ambassadeurs,                 nouvelles.\n                   MAX W A L L E R : Le Baiser, nouvelles.\n                   MAX W A L L E R : L'Amour fantasque, nouvelles.\n\n\n    Paraissent à la librairie P . OLLENDORFF, les Poèmes ironiques, d'EMILE GOUDEAU.\nL ' a u t e u r s'est a t t a c h é , dans une série de tableaux largement et vigoureusement\nbrossés, à peindre la vie m o d e r n e , les fièvres et les joies, les rictus et les sou­\nrires de P a r i s . Les Lamentations           de la Lumière, la Bible de Méphisto, la Revan-\nche des Bêtes, en de vers nerveusement écrits, donnent bien ce que l'auteur\np r o m e t p a r sa préface, qui porte ce titre significatif : Paris-Paradoxe.          Cette\npréface, e n p r o s e , donne le plan et l'essence d'un grandiose p o è m e , où l'on\nverrait la multitude des Parisiens cacher perpétuellement, sous u n ironique\ns o u r i r e et sous u n gouailleur sarcasme, la profonde a m e r t u m e de la Lutte pour-\nla vie, plus dure en cette grand'ville, qu'en, aucune autre au m o n d e .\n\n\n\n   La Faute de Madame        Bucières,   par GEORGES PRADEL, vient de paraître chez\nP A U L OLLENDORFF.\n   C'est u n e étude consciencieusement fouillée, écrite avec un soin extrême,\nreposant s u r u n e donnée originale et absolument neuve.\n   Peut-être le lecteur reconnaîtra-t il, dans ce r o m a n , si réel et si vécu, une\npersonnalité célèbre et regrettée qui vient de disparaître dans des circonstances\nterribles.\n\n  (I) Tous ceux qui ont écrit au moins un article dans notre revue.\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3028, "texte": "                                   — - 170 —\n\n  Au surplus, La faute de Madame Bucières, n'a pas besoin de cet élément de\ncuriosité pour être bientôt dans toutes les mains.\n                                       ***\n    Le Numéro 8 du Paris Illustré vient de paraître sous le titre : ETRENNES.\n    Voilà un titre bien justifié par le numéro que nous avons sous les yeux.\n    Cette livraison du Paris Illustré contient, en effet, de superbes Etrennes\noffertes par le journal à ses lecteurs : deux magnifiques dessins à la plume, le\npremier de Roybet, le maître puissant à la fois et gracieux, qui peint si bien\nles élégances du XVI e siècle ; le second d'Emile Bayard, l'illustrateur fécond\net spirituel dont nos lecteurs ont déjà pu apprécier l'immense talent et qui s'est\ncette fois surpassé pour eux. Elle renferme, en outre, une intéressante revue\ndes beaux Livres de fin d'année, des Contes de Noël, et des dessins tirés en\ncouleur, et signés de : Aranda, Chelmonski, Courboin, Deroy, Grasset,\nA. Marie, Myrbach, Scott, etc.\n    Ajoutons que ce numéro, comme tous ceux du Paris Illustré, est tiré par\ndes ouvriers français, sur du papier français, avec de l'encre française, au moyen\nde machines françaises, et qu'il est une victorieuse réfutation des accusations\nd'impuissance lancées contre la typographie française au profit de publications\n imprimées à l'étranger. 1 fr. le numéro.\n    En vente : chez Rozez, libraire-éditeur, 8 1 , rue de la Madeleine et chez tous\n les libraires et dans tous les kiosques.\n                                          ***\n   Le samedi 29 Décembre a eu lieu au Théâtre Lyrique le bal annuel de nos\namis les jeunes de l'Académie de peinture, ayant à leur tête le sympathique\nartiste, M. Vanpeteghem. La salle, placardée de pochades anti-académiques,\nétaient pleine de godailleurs en verve, et Jeunes Belgique et jeunes peintres ont\nsoigneusement mis au vestiaire, avec leur pardessus, le sérieux et l'ennui du\nnouvel an qui s'avançait avec ses scies de visites et de palinodies, pour chahuter\net rire et blaguer. Félicitations à notre ami Vanpeteghem.\n                                        ***\n   Le 21 Décembre dernier est mort à Sainte-Menehould, Ferdinand Génissieu,\nun écrivain de beaucoup de mérite et peu connu — naturellement. Son prin­\ncipal ouvrage En prenant la thé, qui rappelle les fines esquisses de Gustave\nDroz était précédé d'une préface de Paul Lacroix dans laquelle celui-ci ren­\ndant hommage à notre compatriote, disait : « Un pareil livre est de ceux qui ne\nse montrent que bien rarement dans le pandémonium de notre littérature pari­\nsienne. »\n   Souhaitons que l'on publie une nouvelle édition de ce livre devenu rare, et\nqu'un renouveau de succès fleurisse sur la tombe d'un de nos écrivains.\n                                        ***\n   Le vendredi 21 Décembre, M. Bourson, le doyen de la presse belge, a\ndonné au Cercle artistique et littéraire une conférence charmante sur La Fon­\ntaine. Avec son fin esprit un peu bonhomme qui le fait ressembler au fabuliste\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3071, "texte": "                                   — 171 —\n\nqu'il évoquait, M. Bourson a rajeuni le thème qu'il avait choisi et rendu avec\nune spirituelle verve quelques-unes de ces fables que nous savons tous par\ncœur comme les vieux airs berceurs des premières années. Cette causerie don­\nnée presque en famille, vu les innombrables sympathies que M. Bourson a\nréunies autour de lui, n'était pas déplacée entre celle d'Armand Sylvestre et\ncelle un peu déplaisante de M me Henri Gréville.\n                                      ***\n   Viennent de paraître dans l'intarissable et Danaïdesque bibliothèque Gilon\nune nouvelle: La Lutte pour l'existence d'un auteur russe A. C. Kourbsky\ntraduite par un anonyme, et une intéressante étude de M. R. Serrure sur\nLa Monnaie en Belgique.\n                                       II\n\n           Voici la note que nous trouvons dans le dernier numéro du\n           Journal des Beaux Arts :\n     « A propos des lettres d'Octave Pirmez publiées dans la Jeune Belgique, contre\n la volonté du défunt et le désir de la famille, la rédaction produit cette remar­\n que qui constitue un injurieux soupçon : «...Ces lettres seraient vraisemblable-\n ment restées inédites, la publication de la correspondance de Pirmez ayant été\n confiée à des amis timorés qui n'hésiteront pas à supprimer des dossiers les\n lettres compromettantes pour le combat rétrograde et bourgeois qu'ils livrent.»\n    La Jeune Belgique se trompe. En ce qui nous concerne, lorsque nous au­\n rons publié les extraits de la correspondance, nous déposerons les originaux\n(5oo lettres environ) chez un notaire où la rédaction de la Jeune Belgique\n pourra, s'il lui plaît, en prendre connaissance. Elle s'assurera ainsi que, dans\nle cas où nous aurions supprimé des lettres compromettantes, ce n'est pas elle\n qui devrait s'en plaindre.                                    AD. SIRET.\n    Nous n'entrons pas dans cette querelle. L'affaire est claire pour nous.\n M. Siret est-il chargé par le défunt de publier toutes ses lettres? Si oui, pour­\nquoi ne s'est-il pas adressé à MM. Giraud, Picard, Lemonnier, Waller qui en\npossèdent plusieurs ? Si non, nous avons eu raison de les publier, nous, ne\nfût-ce que pour compléter le volume que M. Siret prépare. Le désir de la fa-\nmille nous est indifférent comme une vieille savate et la volonté d'Octave\nPirmez nous semble trop commodément interprétée. Si après l'apparition du\nvolume, il reste des lettres inédites et que nous parvenions à nous les procurer,\nNOUS LES PUBLIERONS, nous moquant fort de l'avis de M. Siret qui, entre\nparenthèses, pourrait bien se presser un peu. Ajoutons que notre ami Emile\nVan Arenbergh n'a rien à faire en ceci ; aucune des lettres qu'il possède n'a été\npubliée par nous et il tient à ne pas s'en dessaisir. Et maintenant zut, flûte!\nQu'on nous laisse la paix !\n    Voici la lettre que nous recevons à ce propos et qui, nous semble-t-il, ne\nchange rien à ce que nous disons ci-dessus. Cette question reste toujours la\nmême : publicra-t-on toutes les lettres? Sinon, pourquoi nous reprocher de\ncombler les lacunes ?\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3114, "texte": "                                       —    172    —\n\n                                                    Bruxelles, 1er janvier 1884.\n           A Monsieur le Directeur de la Jeune            Belgique,\n              MONSIEUR LE DIRECTEUR,\n    Je lis dans la Jeune Belgique du 20 Décembre :\n    «Presque tous les écrivains de la Jeune Belqique possèdent une certaine quan­\ntité de lettres que leur adressa Octave Pirmez à propos de leurs articles ou de\nleurs livres. Ces lettres seraient vraisemblablement restées inédites, la publi­\ncation de la correspondance de Pirmez, ayant été confiée à des amis timorés\nqui n'hésiteront pas à supprimer des dossiers les lettres compromettantes pour\nle combat rétrograde et bourgeois qu'ils livrent. »\n   Ayant été chargé de publier des (1) lettres d'Octave Pirmez, je tiens, en ce\nqui me concerne à protester contre cette remarque au moins étrange. Je ne\nlivre aucun combat et je n'aurais aucun motif, le cas échéant, pour ne pas pu­\nblieras lettres adressées par Octave Pirmez aux écrivains de la Jeune Belgique.\nSeulement, je ne suis pas chargé de ce soin. Ma mission, toute différente, est\nd'ailleurs parfaitement indiquée à la page 123 de la Jeune Belgique du 20 Dé­\ncembre dans un article relatif à la correspondance d'Octave Pirmez.\n    Si l'auteur de la note veut bien le relire, il se convaincra de l'inanité de son\n observation.\n    Vous me seriez bien agréable, Monsieur le Directeur, en insérant cette lettre\ndans votre prochain numéro.\n    Veuillez agréer l'assurance de ma considération distinguée.\n                                                                       J. DE COPPIN.\n\n   Nous lisons dans le journal du sieur Clément Lyon (des bassins de Charleroi,\ndu Centre, de la Basse-Sambrej l'aimable articulet suivant :\n   « L e musée Wiertz. — La succession de Henri Conscience était restée\n« ouverte et, pendant quelque temps, on avait pensé qu'il ne serait pas pourvu\n« au remplacement de Conscience, en tant que conservateur du musée Wiertz.\n   « On en a décidé autrement, et le successeur vient d'être nommé. C'est\n« M. Charles Potvin, membre de l'Académie de Belgique, né à Mons, l'esti-\n« mable poète qui a l'honneur d'être sans cesse outragé par des gamins mal\n   élevés de la Jeune Belgique (.?!) »\n   M. Clément Lyon n'a pas encore digéré les triolets épithalamesques d'Ed­\nmond Picard II sent toujours dans sa... Basse-Sambre les coups de pied reçus,\net ça l'embête.\n   Allons, tant mieux !\n                                            ***\n\n    A la suite d'une lettre qui leur a été adressée par un mauvais plaisant, un\ngrand nombre de journaux ont annoncé la mort de LUTÈCE, journal littéraire\net politique. Cette nouvelle est absolument dénuée de fondement. Loin de\nsongera disparaître, LUTÈCE est au contraire en pleine prospérité. Et le bruit\nl'ait autour de cette prétendue disparition prouve uniquement que LUTÈCE a su\nconquérir une place enviée dans la presse parisienne.\n                                                                                NEMO.\n\n     Il est écrit des, non les ; c'est plus qu'une nuance et presque un aveu.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "En vente chez tous les libraires", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 188, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2064, "texte": "En vente chez tous les libraires :\n\n      CARL MAUBRAY                        .               MAX WALLER\nCONTES GUILLERETS L'AMOUR FANTASQUE\n (eau-forte de LÉON RIBEAUNARDY)              U n petit vol., édition populaire,\n       U n vol. de luxe édité\n                                                               édité par\n                    par\n                                                         A. BOITTE.\n    AUG. BRANCART.\n            PRIX : 4 F r .                            PRIX : 0 , 5 0 c e n t i m e s .\n\n\n\n\n                     GIL                      BLAS\n                               JOURNAL QUOTIDIEN\n16, BOULEVARD DES CAPUCINES, 16, PARIS.\n                                          PUBLIE\n\n\n\n                  par E D M O N D D E G O N C O U R T\n       U n n u m é r o : 20 centimes. Abonnements: (3 mois): 17 fr.\n                                En vente partout.\n\n\n               DÉGUSTEZ A LA                         Pour paraître prochainement\n    TAVERNE ROYALE                             C O N T E S                DE         MINUIT\n        (Galerie du Roi)                                            par\n               la                                           EMILE VERHAEREN\n                                                                dessin de\nLiqueur Jeune            Belgique                      THÉO VAN RYSSELBERGHE\n      tonique et apéritive.                                    prix.: 2 0 0 .\n\n\n\nGravateJeune Belgique Cigare Jeune Belgique\n              DERNIER GENRE                                  EXQUISIT o\n                    CHEZ                                           CHEZ\n\n GENTINNE-BILLEN                                    Marie             XOLIN\n            A BRUXELLES                                   A BRUXELLES.\n       35, Place de B r o u c k è r e .          30 A, Avenue de la toison d ' O r .\n\n   Lingeries. — Article blancs. — Bonne­        Ce cigare au détail se vend 10 centimes et\nterie. — Spécialité de chemises sur mesure.   ne le cède en rien aux meilleurs Havane.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-01-15-n2-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "À tous nos abonnés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A TOUS NOS ABONNES, A l'appel", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 189, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "A TOUS NOS ABONNES,\n   A l'appel de propagande que nous avons fait pendant les\nsix derniers mois, beaucoup de voix ont répondu. Une\ncentaine d'abonnés nous ont été faits ainsi par quelques\namis zélés, et nous tenons à les remercier publiquement de\nleur dévouement à la cause des Lettres belges.\n\n    Notre revue, dont le succès croît chaque jour, est\ndevenue l'organe du bon combat littéraire en Belgique.\nParfois violente & brutale, elle ne cesse -de brandir le\ndrapeau moderne dont elle s'est fait une arme contre les\nroyautés caduques Il faut que nos principes se répandent\ndavantage encore, qu'une propagande active s'établisse,\nqu'une ligue se forme. Cette ligue, nous en avons arrêté\ndéfinitivement les conditions ; ceux de nos abonnés qui\ndésirent en faire partie sont priés de demander à nos bureaux\nDIX, QUINZE ou VINGT cartes d'abonnement, qui\nleur seront envoyées portant un numéro d'ordre qui nous\nen indiquera le dépositaire.\n    1° Lorsque DIX cartes seront revenues aux bureaux, re­\nvêtues de noms d'abonnés nouveaux, le dépositaire recevra\nson abonnement gratis pendant un an.\n    2° Lorsque QUINZE cartes seront revenues, le déposi­\ntaire recevra son abonnement gratis à perpétuité et son nom\nsera inscrit à la liste des membres fondateurs de la Jeune\nBelgique, qui paraîtra à la fin de chaque année.\n    3° Lorsque VINGT cartes seront revenues, le dépositaire\nrecevra 1° son abonnement gratis à perpétuité, 2° une carte\nlui donnant accès libre aux fêtes, (conférences, etc.) que nous\ndonnerons dans l'avenir, 3° toutes les publications (plaquet­\ntes, etc.) que publiera la Jeune Belgique. Il sera nommé\nde même MEMBRE FONDATEUR.\n                      EN VENTE        CHEZ TOUS LES       LIBRAIRES\n   AUX AMBASSADEURS                                     LE BAISER\n                 Nouvelles                                     Nouvelles\n            PAR OCTAVE MAUS                               PAR MAX WALLER\n Une plaquette de luxe ornée d'un dessin de     Une plaquette de luxe ornée d'un dessin de\nOH. HERMANS.                                   FERNAND KNOPFF.\n           Tirée à 300 exemplaires                       Tirée à 300 exemplaires.\n               Prix: fr. 2 . 0 0 .                          Prix : fr. 2 . 0 0 .\n\n     LA JEUNE BELGIQUE                          L'ART M O D E R N E\n                                                         Paraissant le dimanche\n               Tome     deuxième\n                                                    Abonnement: Belgique, fr. 10.00.—\n                                                          Union postale. fr. 13.00.\n   Un fort volume in-8° d'environ 500 pages.                  Administration :\n               Prix : 5 francs.                      26, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 142, "texte": "(4e année) 1 8 8 4 .    P r i x : 60 c.        T o m e I I I . N° 2.       15 janvier.\n\n\n\n\n                                          LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 SOMMAIRE.\n    SENSATIONS                                                 MAURICE SULZBERGER.\n    HIVER (Sonnet) . . .                                       EMILE VAN ARENBERGH.\n    AU PAYS W A L L O N                                        JULES DESTRÉE.\n    SONNET D'AUTOMNE                                           JULES GILSON.\n    LE « ZUT » DE B L A N C H E T T E                          CARL MAUBRAY.\n    LA SECONDE A L'Office de Publicité.        .' .    .   .   TÊTE DE MORT.\n    CHRONIQUE L I T T É R A I R E                Jacques               ARNOUX.\n                                                               EMILE VERHAEREN.\n    CHRONIQUE ARTISTIQUE. I Exposition del'Essor\n                                                               EMILE VERHAEREN.\n           —       II Exposition de M. Cassiers\n           —      III Exposition de M. Cluysenaar .\n           —       IV L'Atelier Van      Alphen A. M.\n    CHRONIQUE MUSICALE\n    MEMENTO MUSICAL HENRY MAUBEL\n    CHRONIQUE THÉÂTRALE\n\n     MEMENTO                                                   NEMO.\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n                 74,   A VENUE       DE LA            TOISON       D'OR\n                                          1884\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "         LÀ JEUNE BELGIQUE\n                     REVUE MENSUELLE\n\n                  PRIX D'ABONNEMENT:\n   Belgique : 5 francs par an. — Etranger : 7 fr. par an.\n\n\n  Notre boîte aux lettres est remise au numéro prochain.\n\n\n   Notre numéro 3 contiendra tout le premier acte de Faust\ntraduit par M. EDMOND PICARD.\n   11 contiendra en outre une étude que l'encombrement des\nmatières à dû nous faire reculer de trois mois. Elle est inti­\ntulée La critique nihiliste et a pour auteur M. F . Nautet.\n\n\n  Nous pouvons annoncer comme prochaine la suite des\nEtudes d'Esthétique de notre collaborateur Albert Giraud,\nainsi que des Nouvelles pour les Jeunes ûlles de M. Max\nWaller.\n\n   Prochainement aussi de nouveaux Dialogues des morts\net des études satiriques : Nos Grimauds.\n\n\n   On nous annonce comme prochaine l'apparition du Pierrot\nlunaire d'Albert Giraud, chez Alphonse Lemerre.\n\n\n  Le volume à paraître de Georges Rodenbach s'intitulera,\nnon les Salons, mais L'Hiver Mondain.\n\n\n  M. Max Waller prépare un roman nouveau, dont la\nValse allemande, que nous avons donnée l'an dernier, est\nun fragment.\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                     SENSATIONS\n\n                                   I.\n\n                         UNE MAITRESSE\n\n         AH bien, messieurs, grogna le surveillant en dardant son œil de\n          bouledogue sur deux rhétoriciens du dernier banc, un petit\n           roux à figure blanche, cravaté de vert, et un long mince à\n          moustache de joli-cœur, qui n'avaient cessé de bavarder depuis\nle commencement de. l'étude, — puisque cette conversation vous amuse\nsi fort, vous la continuerez pendant que les autres iront en récréation.\n   On sortit.\n   — Alors, reprit le rousseau en levant le nez après que le dernier\nélève eut refermé la porte, — alors, c'est vrai que tu as une maîtresse ?\n   — Parbleu, si je te le dis !\n   — Et... les parents ?\n   — D'où sors-tu, mon cher ? C'est une vraie maîtresse, une femme\nmariée.\n   Les yeux du petit s'arrondirent comme des pièces de cent sous. Il se\nmit à ravager avec l'ongle la tablette du pupitre, sans souffler mot, cher­\nchant dans sa cervelle enflammée de curiosité des phrases adroites qui\nquestionneraient sans avoir l'air d'y toucher.\n   — Veux-tu venir à ma chambrette? je te montrerai.\n   Ils s'échappèrent, grimpèrent l'escalier l'un derrière l'autre, trois\nmarches à la fois, se gardant d'appuyer le pied trop fort, de peur de faire\ncrier le bois. Le rousseau suivait, avalant sa respiration et retenant\nle bruit de ses lourds souliers de provincial.\n   — Nous y sommes.\n                                                                   9\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "                                 — 130 —\n\n     Par la fenêtre ouverte sur la cour entrait, dans une poussière de\n  soleil, le tapage clair de la récréation.\n     — Gare au pion, dit le grand en allumant une cigarette ; s'il nous\n  pince, collés pour huit jours.\n     Le novice se blottit dans un coin, loin de la fenêtre. L'autre se fit\n  tout petit, s'accroupit avec précaution devant l'armoire.\n     — Voilà le musée aux reliques.\n     Il ouvrit lentement le tiroir, dans l'ombre duquel le campagnard vit\n  rougeoyer la soie d'étuis chamarrés de perles, des œillets (emblèmes de\n l'Amour, lui expliqua son condisciple) se détacher en relief sur une\n paire de pantoufles neuves, et à côté, en piles, des mouchoirs fins\n écussonnés d'initiales.\n    — Brodés à la barbe de l'autre, exprès pour moi !... Maintenant, je\n vais te la présenter, la déesse. Tu vas juger si je t'en ai trop parlé.\n    Le Don Juan tira d'une enveloppe une photographie sur laquelle\n il mit les lèvres : « C'est notre habitude : j'ai dû lui promettre ça. Elle\n fait de même, là-bas.\n    — Laisse voir.\n    C'était une blonde boulotte, courte et large, en robe de soirée, le nez\nlégèrement épaté, la bouche souriant un peu de travers ; et comme un\npigeon dans son jabot, elle se rengorgeait dans ses appas, bombant jus­\n qu'au bord du cadre.\n    — Une belle femme ! dit le petit.\n    — Je crois bien qu'elle est belle!... Tu devrais la voir assise dans la\nboutique — le mari est pâtissier, toujours à ses fours, tu comprends. —\nC'est elle (lui ne saurait pas) qui tous les matins arrange l'étalage, et avec\nun art ! Les gâteaux, les liqueurs, alignés sur les rayons de marbre, on ne\nse figure pas : de vrais tableaux. Et quand je pense aux petits pâtés qu'elle\nme confectionne pendant les vacances... avec quoi elle pétrit ça, je n'en\nsais rien, mais c'est d'un poétique !.. Ah, elle est charmante, dans ce joli\nmagasin blanc, entourée de bocaux de pralines, de pyramides de fondants,\nde sachets mystérieux coquettement ficelés, de toutes ces friandises allé­\nchantes... On dirait seulement une friandise plus grande que les autres...\n    — Meilleure, aussi ! ajouta le petit, honteux de n'avoir rien dit\nencore qui lui donnât l'air de s'y connaître.\n    — Et comme elle écrit ! Veux-tu que je te lise de ses lettres ?... Cet\nidiot de directeur me disait l'autre jour : « De qui donc recevez-vous\nces enveloppes constellées de fautes d'orthographe ?» Il est vrai qu'elle\nfait quelques fautes ; mais ce n'est que sur l'adresse, parole d'honneur.\nD'ailleurs, n'en faisons-nous jamais, nous autres?\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                                 —   131   —\n\n    Il choisit au hasard parmi les lettres. Elles étaient sur papier rose,\net presque toutes commençaient ainsi: Ange adoré, je rêve de toi...\nDe son coin, le provincial humait le parfum musqué qui s'en exha­\nlait, suivait de l'œil l'écriture fine et penchée, une écriture qu'il n'avait\nvue que dans les cahiers des fillettes à l'école de son village.\n    Mais il n'écoutait plus. Ange adoré, je rêve de toi... Il pensait à cela.\nUne féminine atmosphère de sollicitudes inconnues, plus maternelles\nque celles d'une mère, se levait autour de lui. Un être dont les rêves\nseraient pour vous!... Et ses songeries s'envolaient... Ces femmes qu'il\nn'avait jamais regardées, il voyait tout d'un coup combien elles étaient\nbelles : leur chair souple, fondante, lui apparaissait, imprégnée, non pas\nde fleurs, comme disent les poètes, mais de tendresses : rien qu'un geste\nde leur nuque, qu'une ondulation de cheveux fins autour d'une oreille,\ndonnait, il le sentait maintenant, la sensation d'une caresse, d'un baiser\nreçu de leurs lèvres. Elles contenaient tant de choses, ces phrases qui\nsortaient du papier rose comme d'une boîte à musique, qu'il s'attardait\nà chacune, ne voulant pas les oublier avant d'avoir imaginé toutes les\ndélices qu'elles cachaient; et, les yeux vides, de la lecture qui continuait,\nil entendait encore quelques mots épars, des motes magiques qui vague­\nment compris le portaient comme d'un coup d'aile, plus avant dans le\nbleu des paradis...\n   — Voici mieux encore. Pèse-moi ça.\n    C'était une grande tresse noire, les deux bouts rassemblés par une\nfaveur de soie.\n    — On dirait une couronne, remarqua le petit.\n    Il la prit en main, hésitant. « Et quel poids ! »\n    Comme il admirait les lourds cheveux artistement entrelacés, le cor­\ndonnet se dénoua; dans sa main la robuste natte se détendit avec un\nsaut de ressort cassé; et à la sentir s'allonger et frétiller sous ses doigts,\nil lui sembla manier il ne savait quoi de vivant.\n    La cloche sonna.\n    — Vite, tout de côté.\n    Le marmouset restait dans son coin, très rouge.\n    A la fin, suppliant du regard :\n    — Dis, donne-m'en une mèche!\n    Sautant de joie, il dégringola les marches de l'escalier, sur lequel il\nfaisait résonner ses talons ferrés, au risque de se faire découvrir, et punir\ndurement, punir pour elle, avec la sottise déjà de l'amoureux,... car il\nl'était, amoureux, — et amoureux fou !\n                                               M A U R I C E SULZBERGER.\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "                              HIVER\n\n                    PAQUERETTES de gel et fougères de givre,\n                    Le blanc printemps d'hiver fleurit sur les carreaux ,\n                    Et, du haut des pignons, la gargouille et la guivre\n                    Filent, en grimaçant, des baves de cristaux.\n          Semblables aux trous noirs des balles dans la cible,\n          Les freux, par vols épars, criblent un ciel d'étain ;\n          Et la neige, pareille au silence visible,\n          Tombe sur chaque bruit, qu'aussitôt elle éteint.\n         Puis, quand le soir s'ajoute à la paix mortuaire,\n         Là-bas, sous le brouillard, comme sous un suaire,\n         Les formes peu à peu vont se désagrégeant.\n         Et le soleil, alors, qui de l'horizon tombe.\n         Semble, pâle et fané, la couronne d'argent\n         Qu'une invisible main pose sur une tombe.\n                                           E M I L E VAN A R E N B E R G H .\n\n\n\n\n                   AU PAYS WALLON\n\n                          TIRAGE AU SORT\n            LES Vertiaux avaient eu une certaine aisance. Jadis, chacun\n            apportait un peu au ménage : le père, bon ouvrier, gagnait de\n            forts salaires ; Denise, dès qu'elle avait été grande, s'en était\n            allée coudre au dehors, à la journée; Gustave, au sortir de\nl'école, et à cause de sa belle écriture, était bientôt entré dans une admi-\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                                — 133 —\n\nnistration ; tandis que la mère, en leur absence, tenait un petit cabaret\noù il ne venait guère du monde que les jours de fête. Un instant ils\navaient espéré se payer ce luxe de bourgeois : un remplaçant pour leur\nfils, — mais un jour, le père après une longue maladie qui l'avait désac­\ncoutumé du travail, s'était mis à boire et à fainéanter et depuis, tout\navait mal tourné. L'estaminet avait fait de mauvaises affaires, car Ver-\ntiaux passait maintenant de longues journées à son comptoir, buvant\nson fonds, et amenant sans cesse de nouveaux amis pour leur payer\ndes « tournées » et courir ensuite avec eux faire scandale au village.\nDenise, à cause de la mauvaise conduite de son père, avait perdu\nquelques-unes de ses meilleures « pratiques » ; des gens posés qui crai­\ngnaient de voir entrer chez eux, avec leur couturière, les inconvenances\npopulacières ; enfin la mère se faisait vieille. Toute la communauté\nvivait sur lès maigres appointements de Gustave et l'on tremblait qu'ils\nne vinssent à manquer. Gustave Vertiaux venait d'avoir 19 ans; il\nétait grand, solide, puissamment musclé, avec une pâleur élégante due à\nson bureau; il ne pouvait espérer l'exemption si le sort lui était contraire.\nLa mère prise d'un regain de piété, était retournée à l'église, longtemps\nnégligée, pour y faire des neuvaines et brûler des cierges aux Saints du\nParadis et à la Vierge Marie; Gustave avait même dû communier et\npendant trois semaines, on lui avait donné, de toutes parts, les meilleurs\nconseils pour forcer la chance à se montrer favorable. — Le grand jour\narriva.\n   Un jour triste, brumeux, froid. Une petite pluie fine tombait, enve­\nloppant la nature d'un brouillard. Les arbres sans feuillage, frisson­\nnaient au souffle de la bise et entrechoquaient, avec un désagréable\nbruit de bois sec, leurs branches dénudées. Au loin, dans les horizons\nmornes, sans verdure, se dressaient sous le ciel gris les cheminées\nfumantes des grands ateliers noirs. Des nuages sombres, chassés par le\nvent, roulaient au-dessus des campagnes leurs masses menaçantes. Une\natmosphère trouble, sale, noyait les contours vagues des choses.\n   Par les chemins détrempés, les conscrits, avec leurs parents, leurs\namis, vaguaient par troupes. Aux sons monotones d'un tambour battant\naux champs, des cortèges se formaient et parcouraient en braillant [le\nvillage, de cabaret en cabaret. Déjà, la veille, quelques-uns s'étaient pro­\nmenés ainsi à travers la commune, s'arrêtant à toutes les portes, qui\nentr'ouvertes, projetaient, avec une acre odeur d'alcool et de tabac, un\nrayon lumineux sur la boue noirâtre des pavés. Ceux-là étaient mainte­\nnant haves, éreintés, la voix cassée, le « sarrau » déchiré, et Gustave,\nen les voyant, se sentit une satisfaction égoïste de ne pas les avoir accom-\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                                 -      134-\n\npagnes. — Avec les autres, depuis le matin, il marchait sous la pluie,\n sans but, anxieux de l'acte qu'il allait poser, un peu troublé par les\n  « chopes » qu'il devait vider à chaque instant. Son père était avec lui ;\n et le vieux, égayé par ce commencement de soûlerie, lui avait donné le\n bras et l'excitait à boire et à chanter : Il fallait faire comme les autres :\n noyer les idées tristes — il aurait un bon numéro, d'ailleurs... Derrière\n une guenille aux trois couleurs, qui pendait tristement, souillée de boue,\n ils erraient au 'hasard des routes. A chaque cabaret, la bande s'arrêtait\n un instant pour se masser devant la porte ; puis, drapeau en tête, un à\n un, se poussant par les mains posées aux épaules, ils entraient et défi­\n laient lentement dans l'étroite salle, en marquant d'un piétinement sourd\n la mesure de leurs chants ; puis, les verres séchés, la bande bruyante\n s'éloignait vers un autre débit, mettant une rumeur de fête dans l'im­\n mense tristesse de la campagne.\n    Sur la place, devant la maison communale où devait avoir lieu le\ntirage au sort, quelques groupes stationnaient, discutant les chances,\ncommentant les renseignements. Des marchands de fleurs artificielles\nachevaient leur étalage, très préoccupés de bien exposer, tout en les\npréservant de la pluie, leurs énormes bouquets blancs et rouges ornés\nde longues et flottantes banderolles de papier, ou bien leurs funèbres\ntouffes de roses noires, ou bien encore les grands numéros qu'on s'at­\ntache à la casquette. — Peu à peu croissait l'animation ; à chaque instant\nles rues latérales déversaient des bandes déguenillées, ivres, sales, qui\ns'étourdissaient dans des rondes sauvages, autour du drapeau et des\ntambours. Certains étaient affreusement pâles, les yeux sans regard, les\nvêtements déchirés; et trébuchaient en dansant, tombaient sur le terrain\ngluant, puis se relevant salis, boueux et tête nue, sans sentir la glaciale\npluie, continuaient en forcenés leurs gambades inconscientes. On n'at­\ntendait plus que ceux de Varfonciennes, le village voisin, qui devait\nparticiper au même tirage au sort. Brusquement un grondement sourd\nde tambours lointains s'éleva, s'accrut, et la clameur incessante et\nmonotone\n                        Saudards tra la la\n\nse perçut vague d'abord, puis plus distincte, grandie, formidable, puis­\nsante de cette force du chant des foules et, sur la place les rondes\nrépétèrent :\n\n                        Saudards tra la la.\n\n  Et quand les Varfonciennois enfin arrivèrent, il y eut une accolade\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                                — 135 —\n\ngénérale et une immense acclamation partie de toutes les voix, gronda\nla fin de la chanson :\n\n                        Ce n'est pas la barbe\n                        Qui fait les bons soldats !\n\n   D'autres encore se braillaient à la fois : de vieilles chansons remon­\ntant aux siècles passés, ou aux époques troublées du premier Empire et\ninvariablement conservées par les traditions orales, malgré toutes les\nrévolutions politiques ; mais ce refrain dominait surtout, résonnant\ncomme une menace sourde et berçant le piétinement ininterrompu de\nla multitude :\n\n                        Saudards tra la la\n                        Ce n'est pas la barbe\n                        Qui fait les bons soldats !\n\n    Gustave était épuisé. Le cerveau obscurci par la bière et le genièvre,\n il n'avait plus qu'une demie conscience de lui-même. Un seul in­\n stinct survivait en lui : l'imitation. Il vit les portes de la maison com­\n munale s'ouvrir, ses compagnons y entrer en s'écrasant, il les suivit.\nAvec eux il gravit un escalier au haut duquel la voix brève et dure du\n commissaire de police au képi galonné d'argent, commandait : « Otez\nvotre casquette ! » Intimidé, il obéit et entra dans une grande salle où\npeu à peu se massèrent tous les conscrits. Au fond sur une estrade des\n« messieurs » s'agitaient autour d'un tapis vert. Après que l'un d'eux\neut prononcé quelques mots, peu compris, un autre, celui du milieu,\nfit tourner une petite boîte longue, carrée, comme un petit cercueil,\ntoute remplie de numéros, avec une pétarade de légers chocs qui rappela\nà Gustave le moulin dans lequel sa mère grillait le café. Puis séparément,\nils furent tous appelés. Alors ce qui restait en eux d'intelligence parut se\nréveiller. Des conversations s'engagèrent. Par instants la voix cassante\ndu commissaire de police s'élevait :\n   — « Silence ! » —\n   Tous suivaient avec une attention inquiète les résultats du tirage ;\net sans aucune arrière-pensée égoïste, se réjouissaient des bons et s'affli­\ngeaient des mauvais, comme si chaque numéro sortant fut sorti pour\nchacun ; sauf une fois, le « maieur » qu'on disait avoir la « bonne main »,\ntirait pour un jeune étudiant de Liége qui n'avait pas voulu se déran­\nger, se commettre avec toute cette plèbe ; il amena le nombre le plus\ninférieur, le « bidet » ; alors un rire courut, rire égoïste et joyeux d'où\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                                — 136 —\n\nvriers qui raillent des bourgeois. — On appela : « Gustave Vertiaux! »\n   — Pre'sent.\n    Encore ému du tressaillement que lui avait causé l'appel brusque de\nson nom, il se dirigea vers l'urne et y plongea la main. Alors, par une\ngrande concentration d'esprit, il essaya de se rappeler les recomman­\ndations qu'on lui serinait depuis quinze jours, fouilla au milieu des\npetits morceaux de bois, hésita, oppressé, en tenant plusieurs dans la\nmain sans pouvoir se décider pour cet inconnu ; puis sur l'ordre impa­\ntienté du monsieur qui lui faisait face, il perdit la tête, saisit un numéro\nau hasard et le déroula.\n    — 63! —\n    Il eut un éblouissement, comme un effondrement intérieur: c'était\nun mauvais. Machinalement il retraversa la salle, où les autres le regar­\ndèrent passer avec des regards d'apitoyement, descendit l'escalier et le\npapier fatal toujours en main, d'une voix brisée qui pleurait, avec un\nsourire navrant, il annonça à la foule massée à la porte et contenue par\ndeux gendarmes :\n   — 63 ! Foutu ! J'sus d'dans !\n    Puis il fut saisi, enlevé, porté au-dessus des têtes qui houlaient\ncomme des vagues, jusque près de son père, complètement ivre à cette\nheure, qui lui dit sans tristesse :\n    — Bah ! ce n'est rien. Viens boire une pinte ?\n   Et ill'entraîna, avec d'autres. Alors la promenade piétinante dans la pluie\net dans la boue, recommença. Sur la route, on rencontrait des groupes\nde curieux, des femmes qui s'informaient des nouvelles et les commen­\ntaient avec de grandes exclamations. Jusqu'au dernier moment Denise\net sa mère avaient espéré ; quand elles apprirent que Gustave était\n« tcheu » (tombé), ce fut pour elles un coup terrible. L'angoisse de\nl'attente se résolvait en une certitude affreuse. La mère Vertiaux s'af­\nfaissa sur une chaise, en se lamentant, au milieu des doléances des voi­\nsines et Denise se sauva dans sa chambre pour pleurer à son aise.\n    Tout à coup un grand vacarme se fit sur le chemin, se rapprocha et\npénétra dans le petit estaminet, qu'il secoua comme une tempête. C'était\n Gustave et son père avec une dizaine de camarades. A peine le mal­\nheureux reconnut-il sa sœur et sa mère; hébété, saoul, il chantonnait\nmachinalement, d'une voix coupée de hoquets, un des refrains du\njour ; tandis quelle père Vertiaux, l'œil brillant, le geste menaçant\n vociférait des injures contre sa femme, parce que la pauvre vieille,\nencore toute tremblante et que Denise devait aider, n'allait pas assez\nvite pour remplir les « chopes ». Puis après plusieurs « tournées », la\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                 -      137-\n\nbande tapageuse se rassembla pour partir et Denise et sa mère restèrent\nseules.\n   La mère abrutie par la douleur et par les colères du mari, s'était\nécroulée dans un coin, sur une chaise, le corps soulevé de rauques et\nconvulsifs sanglots; Denise, les yeux séchés, l'air grave, ranimée par le\nsentiment de sa responsabilité, rêvait aux moyens de faire vivre le mé­\nnage qui maintenant ne pouvait plus compter que sur elle. Un grand\nsilence planait sur la maison. — Au dehors on entendait des pas qui\ns'éloignaient et, mêlés aux sifflements lugubres du vent, des lambeaux de\nchansons joyeuses, adoucies par la distance, mouillées par la pluie, et\nqui semblaient une grande voix mugissante et plaintive, d'une irrémis­\nsible tristesse !\n    Marcinelle, Novembre 1885.\n                                                   JULES   DESTRÉE.\n\n\n\n\n                 SONNET D'AUTOMNE\n                      EN avant les coupés, les tramways, les voitures,\n                      On a déjà rentré les monops découverts ;\n                      Adieu les doux combats dans les bocages verts ;\n                      Pour les amants à l'œil, quelles déconfitures !...\n\n           Car Boitsfort est désert, ses routes sont obscures\n           Le fourré n'entend plus les amoureux concerts...\n           Viens, ma belle, partons, va mettre tes fourrures ;\n           Les théâtres, les bals, sont désormais ouverts.\n           Bah ! ne nous plaignons pas, notre vie est si belle!\n           Crions « Vive l'hiver » car nous aimons qu'il gèle,\n           C'est alors seulement qu'on jouit des baisers.\n           Dans ta chambre riante où s'allonge un lit rose,\n           Ne songeons qu'à l'amour, chassons les froids pensers ;\n           Est-on plus sérieux avec un front morose ?\n                                                       JULES     GILSON.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "LE «ZUT» DE BLANCHETTE\n\n\n  LE        farceur de soleil d'avril,\n                       Nombril,\n           Met dans le bleu du ciel immense\n                       Sa panse.\n Un frisson drôle court dans l'air\n               Plus clair ;\n Pigeon chatouille sa mignonne\n               Pigeonne,\n Pinson fait rire dans les bois\n               Sa voix.\n C'est temps scabreux pour jeunes filles\n              Gentilles\n Et pour maris vieux et perclus\n               Cocus.\n Mais c'est pour nous autres bohèmes,\n              — Problèmes.\n Des bourgeois — le temps des baisers\n              Aise's.\n Le grand ciel et la cochonnette\n               Herbette\n Vont servir à l'amour sans frein\n              D'e'crin.\n Et c'est pourquoi j'ai dit à Blanche\n              Dimanche :\n « J'ai découvert là-bas, bien loin,\n              « Un coin\n « A l'abri de toute insolite\n               « Visite\n « Où je t'apprendrai chaque jour\n              L'amour. »\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                   — 130 —\n\n                 Et Blanchette m'a — t o u t e . . . chose\n                               Et rose —\n                 Dans u n sifflement de contr'ut,\n                               Dit « Zut ! »\n                                       CARL MAUBRAY.\n\n\n\n\n           LA SECONDE A L'OFFICE DE PUBLICITÉ\n\n\n         Nous le disions un jour, il y a deux sortes de critiques, la critique propre\n         et la critique malpropre. L'Office de Publicité cultive la dernière\n         avec un rare toupet.\n   Une première fois déjà nous avons signalé une lettre écrite par les rédac­\nteurs de cet intéressant dépotoir — à eux-mêmes. Le cas se représente. Voici,\nce que nous lisons dans l'Office de Publicité du dimanche 2 décembre :\n\n                « Correspondance.\n                                                       A M. M.           r\n  « Croyez bien, monsieur, que nous sommes désolés de ne pouvoir pas\n« rendre compte de votre livre. A son sujet, nous aurions justement beaucoup\n« a vous dire, ou plutôt à vous redire. Par exemple, nous vous eussions\n« signalé le danger où vous courez inconsidérément, par une espèce de bra­\n« vade d'adolescent, et nous vous eussions crié bien fort: - Prenez garde.\n« Quand elle n'est pas faisandée, votre littérature flaire abominablement le\n« patchouli, et si elle ne prend plus l'allure canaille des mauvais lieux, c'est\n« pour adopter le langage mignard et désossé du boudoir d'une moderne\n« Cathos. Elle parle trop avec la bouche en cœur — telle quelle, elle nous\n« produit l'effet de quelque tricoteuse de Robespierre qui se serait déguisée en\n« muscadine. Hier, vous sacriez comme le Père Duchêne, vous et les vôtres,\n« et parce qu'aujourd'hui vous n'avez que des voyelles sur les lèvres, vous\n« vous croyez Boufflers. Pardon, vous n'êtes pas Régence, vous êtes Directoire.\n« Ce n'est plus la même chose. Il ne suffit pas, pour qu'on vous proclame\n« talon rouge, que vous pirouettiez avec une grâce affectée. Ce serait tomber\n« dans une grossière erreur que de vous l'imaginer. Oui, quelques flatteurs\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "                                  —    140   —\n\n« pourront vous l'assurer, quelques ignorants le croire; mais ne vous y trom­\n  pez pas, s'il est une palette difficile à manier, c'est assurément celle qui\n« porte des couleurs tendres et gaies ; et vous avez la main encore lourde de la\n« grosse besogne de la veille ! Tout cela, nous aurions voulu vous l'adresser\n« directement, parlant à votre personne. Par bonheur nous ne sommes\n« plus les innocents de jadis, et nous savons ce qu'il en coûte de dire sa\n« pensée sur quelqu'un, même avec courtoisie, même s'il vous en a prié.\n« Nous sommes donc fermement décidés à ne plus tomber dans le piège que\n« l'on pourrait nous tendre; nous ne voulons pas être obligés, de par la loi,\n« d'insérer en réponse un article double de celui que nous aurions publié.\n« C'est là le seul motif qui nous fait refuser d'agréer votre insidieuse propo­\n  sition.\n   « Cependant, comme l'occasion nous tente, si vous vous engagez, par écrit,\n« à ne pas aller jusqu'au bout de votre droit, c'est-à-dire, si vous consentez à\n« ne pas nous répondre plus de cinquante lignes, eh bien, en bons enfants que\n« nous sommes, nous vous accorderons la critique que vous sollicitez avec\n« tant d'instance et, pourquoi ne pas l'ajouter? avec tant d'humilité.\n   « Et nous aurons quelque mérite à le faire. Avouez-le. Car nous n'ignorons\n« pas avec quelle désinvolture vous nous traitez dans vos petits cénacles, et\n  cela en même temps que vous mettez en branle toutes les influences, petites\n« et grandes, qui peuvent agir sur nous. Auprès de vos amis, vous affectez du\n« dédain pour nos jugements ; et auprès des nôtres vous capitulez, vous reniez\n« vos dieux ; vous brûlez ici ce que vous adorez là-bas ; et nous la connaissons\n« aussi cette poignée de main de solliciteur que vous tendez si cordialement.\n   « Mais nous avons assez de bon sens pour ne pas nous fâcher de toutes ces\n« petites faiblesses, et pour en rire.\n   « Ce n'est pas à dire, cependant, que nous soyons prêts à faire votre jeu;\n« et nous ne le ferons pas dans votre intérêt même. Vous avez besoin d'être\n« maintenus dans une certaine modestie. Vous n'avez que trop de propension\n« déjà à prendre certains airs supérieurs qui vous rendent ridicules. — Vous\n« voyez que nous sommes animés d'une véritable charité chrétienne envers\n« vous, puisque nous voulons vous éviter les sourires ironiques que votre\n« suffisance ne manquerait pas de provoquer. — C'est au sort des Coquelin\n« aîné et jeune que nous voudrions vous soustraire. Vous connaissez, sans\n« doute, la querelle qu'ils ont en ce moment avec M. Sarcey.\n   « M. Sarcey a cru devoir leur adresser quelques observations, avec sa\n« bonne grâce habituelle. Mais ils ont mal pris la chose, et voyez donc quel\n« dédain ils affectent pour lui! Ma foi, oui, ils lui parlent de très haut; l'on\n« sent qu'ils se retiennent, pour ne pas luicrier : Que nous veut donc ce cuistre?\n« Et de quoi s'avise-t-il ! Avons-nous des leçons à recevoir de lui? Tout au\n« plus lui reconnaissons-nous le droit de nous prodiguer ses éloges et de nous\n« encenser. — Voilà bien où la vanité surexcitée mène certaines gens, qui\n« parce qu'on les a traités en enfants gâtés, vous prennent ensuite des façons\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                                  — 141 —\n\n« à vous l'aire pouffer de rire. Passe encore pour les Coquelin. C'est leur\n  métier de faire rire le public, et tout au moins l'un d'eux y est excellent.\n   « Mais à vous, cela vous plairait-il donc que l'on vous jetât des pommes\n« cuites ? Laissez donc alors ces airs rogues et hautains à d'autres; laissez le\n« cabotinage aux cabotins, et ne gâchez point par une présomption intempestive\n« un avenir qui, si vous travaillez, peut être beau. D'ailleurs, le vrai talent\n« est affable et avenant, sachez-le; et nous en parlons en connaissance de\n« cause, attendu que toutes les fois qu'il nous est arrivé de parler de quelque\n« écrivain de mérite, nous en avons reçu mieux que de simples remercie-\n« ments. Tâchez de vous modeler sur eux; vous y gagnerez tout au moins\n« de n'être pas exposé aux ironies. »\n                                                                    GIBRAC.\n\n   « Eh bien, ces jeunes Belgique! les voilà donc! Ils éreintent un journal et\nquand ils ont publié un livre ils se prosternent et implorent un bout d'article I»\n   Voilà ce que disent ceux qui lisent l'Office. L'article de M. Gibrac visait\nM. Max Waller, c'était évident pour tout le monde, et rien n'est redoutable\ncomme ce tout le monde.\n   M. Waller se rendit à l'Office de Publicité. Le mot d'ordre étant donné, tous\nles employés ignoraient l'adresse de l'individu.\n   — Mais M. Gibrac vient ici ?\n   — Oui, Monsieur, entre dix heures et midi.\n   — Il est dix heures et demie, donc...\n   — M. Gibrac est en conversation avec M. Lebègue.\n   — J'attendrai.\n   — Oh ! inutile, Monsieur, ils « en ont » pour très longtemps.\n   — Ah ! Bonjour.\n   Max Waller écrivit alors la lettre suivante :\n\n          Monsieur,\n    « Vous avez publié dans le dernier numéro de l'Office un article-correspon­\n dance qui, pour le public, ne peut être adressé qu'à moi. Comme il n'est pas\n possible qu'il ait été dans vos intentions de me désigner — étant donné que\njamais je n'ai envoyé un seul de mes écrits à l'Office de Publicité, je suppose\nque vous insérerez volontiers dans votre prochain numéro l'entrefilet ci-joint\nqui témoignera de votre bonne foi et me disculpera d'une accusation si peu\nvraisemblable et que toute ma conduite passée réprouve. Cet incident sera\nclos en trois lignes, j'espère, et quoique je n'aie pas légalement droit a\nune réponse, je compte sur votre galanterie pour réparer le tort — inconscient\nsans doute — que vous m'avez fait. Agréez, etc.\n                                                            MAX WALLER.    »\n       Etait jointe la note suivante :\n  « Dans notre dernier numéro 2 décembre), nous avons publié sous la rubrique:\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "                                 —    142 —\n\nCorrespondance, une lettre adressée à M. M     r. Quelques personnes ayant cru\nreconnaître sous ces initiales le nom de M. Max Waller, nous nous empressons\nde déclarer que nous n'avons absolument pas eu l'intention de le désigner et\nque cet article ne s'adresse aucunement à lui.\n                                                              GIBRAC. »\n\n\n    Le dimanche suivant, la note ne paraissait pas dans l'Office de Publicité,\nil fallait s'y attendre. Elle était remplacée par ceci :\n\n                           CORRESPONDANCE.\n\n   « Plusieurs personnes ont cru se reconnaître dans la correspondance publiée\ndans le numéro de dimanche dernier, et nous ont écrit pour nous demander\nde déclarer que nous n'avons pas voulu les désigner. Il nous serait assez diffi­\ncile de satisfaire à tous ces désirs, on le comprendra, et nous devons nous en\ntenir à conseiller à chacun de nos correspondants de ne point se reconnaître\ndans notre portrait — et d'y reconnaître son voisin. »\n                                                                       G.\n                                        ***\n\n    Toutes les pièces du dossier étant étalées, nos lecteurs apprécieront.\n    Renseignements pris, le procédé nous étonne peu. M. Gibrac est, nous\na-t-on dit, un réfugié français — pourquoi ???? — et, qui plus est, pédicure,\n ce qui est plus drôle. Nous voulons bien, nous, lui tailler cette réclame qui\nlui fournira peut-être quelques nouveaux cors, durillons, et œils de perdrix\nà extirper.\n    Mais nous ne nous commettrons plus avec ce monde-là. L'Office a la spécia­\nlité des heureuses recrues. Une « dame » qui se cache sous un tas de pseudo­\nnymes bretons pour signer des ouvrages pornographiques se partage avec\nM. Gibrac (pédicure) les dernières pages du journal.\n    On nous assure que MM. Hymans et Lebègue sont de très honnêtes gens ;\nnous voulons bien le croire. Mais, qu'ils l'avouent, ils sont en bonne com­\npagnie !\n    L'affaire est jugée. Que toute cette jolie rédaction accumule ses procédés de\nmauvaise guerre et ses immondices littéraires, qu'elle éjacule sa haine en\nparoles fielleuses et malpropres, qu'elle nous morde au talon et déchire nos\nbas de culottes', nous la laisserons en paix. On n'empêche pas les chiens de se\nsatisfaire. Amen.\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "             CHRONIQUE LITTERAIRE\n\nI. Les Vacances d'un séminariste par EMILE DODILLON, I vol. Paris. Lemcrre,\n   3.50. —Naïs Micoulin par EMILE ZOLA, I vol. Paris, Charpentier, 3.50. —\n   Contes mélancoliques par CÉLESTIN DEMBLON, I vol. Li2ge, 2.00. — Contes\n   guillerets par CARL MAUBRAY, I vol. Bruxelles. Brancart, 4.00. — II. Bruxel-\n   les rigole... par HENRI NIZET. Un vol. Bruxelles. Kistemaeckers, 3.50. —\n   III. La Belgique, par Camille Lemonnier (Le Tour du monde). Paris, Ha­\n   chette.\n                                        I\n\n         ous ne savons plus lire : dans cette existence moderne qui de jour\n         en jour semble se restreindre aux choses utiles, courtes, brûlées en\n         une minute, il faut, pour nous attacher, des œuvres d'un art très\nraffiné, très quintessencié que notre esprit impatient puisse juger d'une volée.\n   Et lorsque, par hasard, un ouvrage de longue haleine se présente, quelle\nvaillance ne faut-il pas pour le lire jusqu'au bout, s'il n'est un chef-d'œuvre.\n   Ce courage, nous avons vainement essayé de l'avoir en présence du pavé\n— non, du volume de 552 pages que vient de publier l'auteur du Forgeron de\nMontglas, M. Emile Dodillon, sous ce titre les Vacances d'un séminariste.\nŒuvre campagnarde sentant bon la terre, mais longue comme une généalogie,\noù la tête se perd littéralement dans un fouillis de personnages mal groupés,\nsans l'ombre d'unité, et que l'on oublie l'un après l'autre. Après les 100 pre­\nmières pages, le lecteur doit se rappeler Firin, Mauclerc, Vendescal, Jérôme,\nLe Pousseux;, Julien Larguier, Sophie, Mirant, Magloire, Joachim, Aurélie,\nBenoist, Nono-Pèpé, l'Hussard, Catherine, Théodore, la Mougnotte, et une foule\nd'autres qui grouillent dans un paysage de Brie bien décrit de main d'artiste.\nEcourtée et mieux mise au point, l'œuvre de M. Dodillon eût été digne d'un\nsuccès. Aujourd'hui nous ne pouvons qu'encourager vivement M. Dodillon à\nConserver son style remarquable — mais à le mieux employer.\n                                       ***\n   Naïs Micoulin, dont nos lecteurs se souviennent certainement, vient de\nparaître en volume suivie de plusieurs autres nouvelles écrites il y a très long­\ntemps par le puissant écrivain de La Curée. Ce sont bien des œuvres de\njeunesse, encore dépourvues des procédés descriptifs qu'Emile Zola devait plus\ntard prodiguer'au point de les rendre aussi insupportables et poncifs que le\nsont les ballades nocturnes du premier romantisme. Ici la puissance d'Emile\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                                 — '44 —\nZola ne se montre pas encore. A vrai dire, Naïs Micoulin signé d'un autre\nnom n'eût pas eu le succès d'office que l'on fait à ce recueil. Seules les deux\nnouvelles qui ouvrent le volume méritaient les honneurs de la réimpression,\nla première par cette belle flambée de soleil du midi qui demeure à travers les\npages jusqu'au mot final, la deuxième par la figure remarquablement brossée\nde ce Nantas, première esquisse sans doute du Rougon de plus tard.\n\n\n   M. Célestin Demblon n'est pas un inconnu de la Jeune Belgique. Tempé­\nrament délicat et esprit inquiet, il remplit depuis quelques temps les journaux\nde ses déboires politiques, et nous sommes heureux de le voir abandonner un\npeu cette galère aux rames bien lourdes pour se livrer à la littérature. Non\nque ses Contes mélancoliques soient un chef-d'œuvre, mais ce livre est plein de\nchoses dolentes et apaisées qui charment et qui attachent. La forme est peu\nmoderne ; M. Demblon est de la vieille école et ne se gêne guère pour donner\nà ses phrases la tournure poncive de Jules Sandeau. D'aucuns de ses contes —\nje citerai La vieille Morte — ont pourtant une grande saveur très nationale,\nqui font des Contes mélancoliques un livre à conserver sinon à relire, un recueil\nqui dénote un écrivain dont nous sommes heureux d'accueillir l'avènement.\n\n\n   J'arrive, dans cette chronique que l'abondance des livres nouveaux rend\ntrop sommaire, aux Contes guillerets de notre joyeux ami Carl Maubray.\nCelui-là n'est pas un mélancolique. Il connaît son Silvestre et a, dans sa com­\npagnie et dans celle du vieux Rabelais, sucé l'amour des histoires hautes en\ncouleur, grasses et burlesques. Il a compris qu'en notre temps d'embêtement\nperpétuel, il fallait une forte dose de poivre pour nous allécher et de drôleries\npour nous faire rire. On criera peut-être au scandale et à la bienséance violée.\nAs pas pur ! Maubray ! Les Contes guillerets sont guillerets bien écrits et nous\nn'avons pas à demander plus. Nous ne résistons pas à l'envie d'en transcrire,\nun. quitte à nous faire conspuer par les pudibondes populations. Le voici :\n\n                           PRÉDICTION       LUNAIRE\n   « Ceux qui ont la funeste habitude de s'occuper des astres se souviennent,\nsans aucun doute, de certain débat scientifique au sujet duquel la Gazette de\nBrenpoli fit un terrible et légitime vacarme.\n   Le vulgaire, toutefois, me sera vraisemblablement reconnaissant si je lui\nfourre le nez dans cette ténébreuse affaire. Aussi, me souciant des savants et\nde leur haine comme d'une demi-douzaine de guignes, je fais présent à la pos­\ntérité du récit édifiant que voici.\n   Il y avait déjà bien longtemps que les bêtes ne parlaient plus, lorsque\nM. Josephus Van Groosbedene éprouva le besoin de se rendre célèbre.\n   Josephus Van Groosbedene, fils légitime de Francisais Van Groosbedene,\navait hérité de celui-ci — avec une verrue sur le nez — la charge de directeur\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                                  —    143 —\n\nà l'observatoire royal de Poperinghe. Or, pour être plus jeune, Josephus était\ninfiniment plus idiot que son père, ce qui paraîtra inadmissible à ceux qui ont\nconnu ce dernier. Mais, ce qui révolte entre toutes choses, c'est que ce gorille\nflamand s'était matrimonialement empaté certain jour de la plus jolie fille du\npays. On narrait même une foule de vilaines choses à propos de la première\nnuit de noces ; mais comme je ne suis pas de ceux qui racontent des malpro­\npretés pour le plaisir de les dire, je me refuse à noircir de ces détestables can­\ncans la réputation de l'astronome.\n   ' Donc, Mme Van Groosbedene versait depuis un an déjà des larmes brûlantes\nqui absorbaient le frais carmin de ses joues, lorsqu'un soir Josephus, avec\nun sourire tapissé d'infâmes chicots, annonça à brûle-pourpoint :\n     — Thérèse, nous recevons du monde.\n     Thérèse Van Groosbedene pensa se trouver mal et dut se tenir des deux\nmains à la table pour ne pas sauter au cou de son mari.\n     — Cela vous surprend ? C'est pourtant vrai. Le savant Strompedli de la faculté\nde Brenpolia combattu énergiquement ma thèse surle parfum lunaire. J'ai sou­\ntenu avec fermeté que ce satellite devait dégager une forte odeur d'éther. Il a nié\navec une ironie déplacée. J'ai prétendu que la lune n'est point habitée et que\nles montagnes que l'on pense y voir sont l'effet d'une illusion d'optique. Il s'est\n appuyé sur Xénophane et m'a abreuvé de sarcasmes. Or, aujourd'hui, ma\nscience a aplani les difficultés ; demain le triomphe couronnera mes efforts !\n     Et, avec un geste solennel qu'on eût volontiers attribué à une crampe dans\n le bras, Josephus montra à sa moitié une façon d'énorme tuyau double, posé\n verticalement le long de la maison.\n     — Vous ne saisissez pas ? continua-t-il, heureux de n'être point compris.\n Ces gigantesques cylindres, Thérèse, vont me donner gain de cause. Le plus\n large est un instrument d'une force prodigieuse rendant appréciables à quatre-\n vingt-dix mille lieues les sensations olfactives. L'autre est un télescope d'une\n puissance extraordinaire... Demain, les sommités de la science arriveront ici;\n à vous de les bien recevoir.\n     — Combien de chambres faudra-t il préparer? demanda Thérèse avec une\n joie qui imprimait à sa gorge appétissante de brusques mouvements de flux et\n de reflux.\n     — Voyons, fit Josephus qui calcula comme il suit: Lentillard, u n e ; Lachoz\n de Lunas, deux; Van Lerpuboon, trois; Strompedli et son fils, quatre.\n Quatre chambres, Thérèse.\n     — Cinq chambres, pensa Thérèse qui reprit sur-le-champ : Ces messieurs\n sont-ils tous des savants ?\n     — Tous, sauf Raphaël Strompedli, un simple avocat qui voyage pour son\n  agrément.\n     — Allons, tant mieux, pensa encore Thérèse qui approuvait Raphaël dans\n  le plus profond de son cœur.\n      Il y eut grand remue-ménage, le lendemain, au logis des Van Groosbedene.\n                                                                        10\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                                   —    146 —\n\n  Thérèse se multipliait avec frénésie pour faire bon accueil aux voyageurs.\n  Aussi, les quatre savants aux têtes uniformément chauves furent-ils positivement\n  ravis de cette réception. Mais point ne furent-ils autant ravis que le cinquième\n  étranger qui, ayant des cheveux pour eux tous, n'avait d'yeux que pour\n  M me Van Groosbedene.\n     Le repas fut charmant. Josephus rayonnait et sa femme ayant, je ne sais où,\n retrouvé ses couleurs d'antan, feignit de croire pendant tout le dîner que\n Raphaël eût pris son joli peton pour un pied de table.\n     Le jeune Strompedli était dans les nues, bien haut, défiant tous les téles­\n copes ; pour se donner une contenance, il avalait sans distinction ni prudence\n les mets et les vins que sa délicieuse voisine lui servait profusément. Hélas !\n le pauvre jeune homme avait compté sans son estomac ! Tout à coup, avec une\n grimace horrible, il s'enfuit au galop.\n     En trois bonds il se trouva dans sa chambre, — la plus jolie de la villa.\n     Fiévreusement il ouvrit la mignonne armoire d'acajou et, saisissant l'urne\n des petites circonstances,... il en exagéra le rôle. Ce fut une horrible tempête !\n    Puis, lorsque l'orage se fut apaisé, l'infortuné, d'une main inquiète se\n fouilla les vêtements... Rien! pas le moindre bout de vélin... Que faire? Ah!\nsapristi, là, sur le marbre, un billet rose engageant et sauveur... Raphaël s'en\nsaisit... Mais, pourquoi diable ce papier rose se prélassait-il si providentiel­\nlement à portée de sa main : Étrange ! dit-il en le déployant... O ! sacrebleu !\najouta-t-il après avoir lu la surprenante épître qui suit :\n    « Mon mari me rend très malheureuse ; aussi, je vous aime déjà. Quoi que\n« vous puissiez penser de moi, je me rendrai ce soir dans votre chambre, pen­\n    dant les expériences astronomiques, et, si vous êtes susceptible de pitié,\n« Van Groosbedene sera cocu. »\n    Sacrebleu! répéta Raphaël avec un sincère dégoût, et il se servit du poulet.\n    Cependant, les traces si évidentes de son intempérance le gênaient considé­\nrablement; aussi se mit-il en devoir de faire disparaître le corps du délit. Il\nne tarda pas à apercevoir, par la fenêtre ouverte, deux conduits fort disposés à\ngarder le plus profond secret: le billet tomba dans l'un, le reste dans l'autre\net l'avocat se glissa, boudeur, sous les couvertures.\n    Alors il se mit à enrager de tout son cœur en pensant à Mme Van Groosbe­\ndene et, après avoir beaucoup enragé, il chercha le moyen d'excuser cette\nmignonne Thérèse qu'il trouvait bien malheureuse : mon Dieu, elle ne con­\nnaissait peut-être pas la portée de ses termes... cocu... c'était raide... mais\nenfin... pauvre petite !.. l'amour lui mettait malicieusement des malpropretés\nsous la plume...\n    La porte cria et, toute blanche, dans un costume d'une légèreté irrésistible,\nla jeune femme s'arrêta, prise d'une crainte folle, le sein palpitant. En ce\nmoment, la brise pénétrant dans la chambre dévoila aux yeux éblouis de\nRaphaël des reliefs et des cavités d'une splendeur... Le moyen de résister à\nune femme habillée en courant d'air.\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                                   — 147 —\n   Il ne résista pas.\n   Un immense éclat de rire partit du belvédère. Van Leerpuboon venait de\ntomber à la renverse en hurlant un « pouah! » formidable, tandis que le\nsavant Strompedli, dans une lune étrangement rose et montagneuse lisait cette\narrière prédiction :\n   « Van Groosbedene sera cocu ! »\n\n                                       II.\n\n           VOICI, croyons-nous, le premier livre qui ait été écrit sur ce Bruxelles\n           ignoré qui houle entre l'Eden-Théàtre et le bas de la ville. M. Nizet,\n           a tenté de rendre la physionomie de la colonie étrangère, hétéroclite,\nde ce groupe de roumains, de grecs, de polonais dont les revenus sont aussi\nmystérieux que l'origine. La bande de rastaquouères qu'il fait mouvoir dans\nla lumière éclatante de l'Eden est remarquablement campée, elle vit, s'agite,\nsous la plume solide d'un auteur jeune qui, à son début dans le roman, pos­\nsède déjà les vraies qualités du dramaturge de la vie.\n    Bruxelles rigole... n'est cependant pas complet et M. Nizet semble n'avoir\npas fouillé très profondément la réalité. De l'Eden il semble ignorer le péle­\nrinage habituel des noctambules, la descente chez Marugg, puis à Tortoni, et\nenfin le rendez-vous des exotiques véreux à ce fameux tripot de la petite rue\ndes Bouchers où la police fit récemment une razzia qui fit changer la maison\nde propriétaire. 11 a passé trop rapidement sur le billard des Milles Colonnes,\noublié l'absinthe légendaire de Sesino, les haltes dernières au Café de l'aris,\nchez Happel, au Grand-Comptoir, chez Horton, au British (j'ai l'air de faire\nune réclame !) La vie nocturne ne lui est pas connue sans doute et cela fait\ndans Bruxelles rigole... un vide regrettable. De plus, et ce reproche est plus\nsérieux encore, le roman se passe à l'Eden mais non à Bruxelles; il ne sent pas\nle, belge ; les exotiques y sont toujours entre eux, mais aucune silhouette « indi­\ngène » ne vient rappeler que nous sommes en une ville déterminée qu'il\neût fallu dépeindre plus sérieusement dans ses mœurs et dans son aspect. Enfin\nM. Nizet qui est, croyons-nous, un adepte fervent du naturalisme, en a adopté\nle langage et les poncifs :\n    « Sur la commode, un peigne de femme mord à belles dents un paquet de\ncigarettes ; près d'un mouchoir sali dont les relents fanés de vétiver luttent\ncontre la fumée de cigares qui bleuie l'atmosphère d'une buée douce... »\n    « Son œil strié de veinules sanglantes s'écarquille au ramentevoir de\nl'odyssée... »\n    « des familiarités impermises...\n      elle n'avait empletté rien qui fut vendable\n    Pourquoi pas souvenir pour ramcnlevoir, interdites pour impermises et\nacheté pour empletté.\n    Une des manies de ce chimérique naturalisme consiste à mettre des néolo-\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                                     -    148     -\n\n  gismes à la place de mots usuels absolument synonymes, M. Nizet y donne\n en plein et tout son roman est écrit dans cette langue factice, difficile à lire,\n encombrée de tous les procédés vieux jeu dont Ludine est la dernière charge\n et semblait devoir démontrer péremptoirement l'absurdité.\n     Après ces reproches que nous faisons ouvertement et sincèrement à\n  M. Nizet, disons que malgré tout, son livre est vraiment bon. D'aucunes\n pages, celles entre autres de la mort lente du grec Milostaki, sont de solide\n observation et d'excellente littérature; son Jugbanovitch est une trouvaille très\n heureuse, et ce type, dont on voit la silhouette, rend remarquablement le rasta-\n quouère, le vrai. J'en dirai autant de la bonne binette de Jadouillet. Nous\n nous abstiendrons de parler de la préface de Bruxelles rigole... M. Nizet la regret­\n tera quelque jour. Au demeurant, Bruxelles rigole... sera discuté et éreinté;\n peu importe ! c'est un livre de jeune, qui mérite un sérieux succès.\n                                         ***\n   Nous n'en dirons pas autant du Boul'Mich de M. Joseph Caraguel. A notre\nsens, il est dangereux après Goncourt, Vallès, Flaubert, de décrire la jeunesse\ndes écoles et des ateliers de Paris répandue sur les asphaltes de ce houleux\nboulevard Saint-Michel où tous nous avons bocké peu ou prou. M. Caraguel\nconnaît son trottoir et le décrit assez bien, mais c'est encore cette langue\ndont le moule est vieilli après avoir servi dix ans à peine. Le Boul'Mich res­\ntera peut-être comme document pour servir à l'histoire future. L'auteur doit\nse contenter de cette mince espérance.\n                                                              JACQUES ARNOUX.\n\n                                          III\n\n          CE qui fait la valeur de ces vraies et vivantes descriptions, études et pein­\n          tures de pays flamand, c'est la maîtresse façon dont le sujet est traité par\n          un styliste de fière école. Camille Lemonnier est de forte et grande race\n en art, il a une plume d'excellent métal, une plume souple, forte, trempée de\nbonne encre et victorieuse toujours dans ses luttes compliquées contre les rébel­\nlions du verbe. Les simples relations de voyage qu'il publie, à cet instant, dans\nle Tour du monde de Charton, sont des spécimens de langue parfaite, et tels mor­\nceaux, soit la transposition en littérature de L'agneau mystique des Van Eyck,\nsoit la prise sur le vif d'un réveil de petite ville, soit encore une visite aux bé­\nguinages gantois, tiennent rang parmi les meilleures pages qu'il ait écrites.\n   Voici la magnifique page consacrée au triptique de St-Bavon :\n   « Dans une des chapelles se voit, en effet, du maître flamand à qui fut at-\n« tribuée l'invention de la peinture à l'huile, cette admirable Adoration de l'a­\n  gneau, devant laquelle l'esprit prend vaguement la posture de contemplation\n« imaginée par le peintre lui-même pour les personnages de sa grande scène\na symbolique. A peine les volets du triptyque ont-ils tourné sur leurs gonds,\n« comme les seuils d'or d'un paradis, qu'une lumière plus subtile que celle du\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                                   — 149 —\n« jour naturel caresse les yeux, jaillie toute vive de la blancheur d'innocence\n« de l'agneau et du rayonnement des adorations qui l'entourent, ainsi qu'une\n« grâce ruisselée des fontaines d'un divin amour. En même temps, l'oreille,\n« affinée au contact des surexcitations de la vue, par cette loi qui répercute la\n« vibration d'un sens à travers tous les autres dans une sorte de plénitude de\n« sensibilité, perçoit des musiques séraphiques et lointaines, accords d'une\n« infinie douceur faits des soupirs de toute une foule priante et, du fond des\n« gouffres de l'extase, aspirant à la félicité des communions spirituelles. Au­\n  cune toile au monde, je pense, ne donne la commotion de ce chef-d'œuvre\n« amoureux où les fleurs, tombées sur les gazons comme de la poussière\n« d'étoiles, sont elles-mêmes pareilles à de la candeur qui aimerait, où un\n« vent de mystique tendresse fait onduler les longs plis des tuniques blanches\n  et tourbillonner l'encens des cassolettes dans les frissons de l'air, où la cou­\n  leur, étincelante comme des gemmes liquéfiées et toute chauffée des rayons\n« partout visibles d'un soleil qui ne l'est pas, semble tomber des urnes larges\n« ouvertes du ciel en une pluie de tranquilles scintillations. L'agneau, debout\n« sur l'autel, tourne une face presque humaine, animée d'un grand œil doux,\n« vers les innombrables théories d'âmes et de vertus confondues dans ces ma­\n  gnificences d'apothéoses; à l'avant-plan de droite, les apôtres, les confes­\n  seurs et les martyrs, avec leurs rudes visages bruns, hâlés parla prédication\n« au désert, labourés par les tortures du supplice, mais tous transformés par\n« la sublimité de la foi ; à gauche, les patriarches et les prophètes dans une\n« majesté d'attitudes et de visages où, par l'effet de la révélation, se lit la con­\n  stante approche du Très-Haut; puis, s'avançant du pas des processions,\n« parmi un envolement de blancheurs et une clarté lactescente qui donne aux\n« corps comme l'ondoiement des purs esprits, les onze mille vierges et mar­\n  tyres balançant des palmes et des lis; et enfin, tout reluisants d'or et de\n« pierreries dans l'éclat de leurs chasubles et de leurs dalmatiques, et sembla­\n  bles à un long fleuve de pourpre et de lumière coulant à travers un paysage,\n« le groupe des saints évêques et des chefs d'ordres monastiques.\n   « Au loin, dans la reculée du ciel, les tours de Munster, de Maesyck et de\n« Maestricht, dressées sur la même ligne que le Dôme de Cologne, ressem­\n  blent à des porte-cierges géants où l'artiste aurait rêvé d'allumer le feu de ses\n« filiales tendresses pour des lieux auxquels fut mêlée son existence. »\n                                        ***\n   Contrairement aux écrivassiers officiels, le souci de notre maître a été de\nse garer de tout étalage d'histoire banale et d'archéologie courante. Il est\nménager dès qu'il s'agit de nomenclatures, de dates à donner à propos des\nmoindres détails, de discussions à conduire à l'endroit de vétilles, de pointes\nd'aiguilles et de têtes d'épingles. D'un travail tel que le sien, un narrateur\nacadémique eût fait un square bien aligné, avec des petits sentiers propres,\ndes plantes symétriquement plantées, coupées, arrangées, des parterres de\nmonotone floraison, avec un petit jet d'eau au centre pour amuser les grands\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "                                    — 150 —\n\nenfants, ses lecteurs. Lemonnier lui, a taillé un parc en pleine forêt. Il a pris\nl'histoire artistique sociale et politique de notre Flandre, telle qu'elle est, épi­\nque, touffue; il y a mis l'ordre à coups de hache sans lui rien ôter de sa force\nni de sa beauté rude et, voilà que son œuvre reste large, toute en caractère,\nfrissonnante de la vie héroïque, du passé énorme, de la légende superbe, de\nl'évocation grandiose des communes flamandes.\n    Puis il est descendu dans les réalités, dans l'existence actuelle de nos villes,\nil les a observées dans leur aller et venir, dans leurs marchés, leurs rues, leurs\nplaces publiques, leurs églises, leurs hôtels de ville ; il les a surprises se réveil­\nlant le matin dans les brumes, se couchant le soir avec leurs réverbères pour\nveilleuses ; il a pénétré leurs coutumes si trempées encore dans le passé, si\nmarquées du baptême reçu au moyen-âge, quand elles naissaient. Les mœurs\ndes flamands d'aujourd'hui sont là notées point par point; la vie circule dans\nces simples notes d'un passant jusqu'au point d'en faire ci et là des morceaux\nde roman. Ce ne sont pas des coins de pavs, aperçus à travers les vasistas d'un\nwagon ou d'une patache, ni des courses à perdre haleine à travers champs;\non remarque au contraire que l'écrivain a vécu en pays belge, que son obser­\nvation se concentre depuis longtemps sur notre peuple, que c'est lui qui, jeune\nencore, fit les Contes flamands et wallons, les Gras et les Maigres et plus tard\nce chef d'œuvre : Le Mort, avant de publier dans le Tour du monda son étude\nsur la Belgique. Et voilà pourquoi cette étude est plus attachante, plus vraie,\nplus profonde, plus creusée que n'importe quelle autre du recueil de M. Char-\nton où bien souvent les écrivains ne sont que des passants en pays étranger, des\ncollectionneurs de notes prises sur un calepin, entre deux trains express, des\nreporters voyageant au hasard et livrés au caprice des guides et des ciceroni\nhableurs.\n    Quand M. Lemonnier publia, voici deux ans, sa magnifique description\nd'Anvers, quelques roquets de plume aboyèrent à ses talons. On mena grand\nvacarme autour de ses déploiements de prose violente. A l'heure actuelle on\nse tait. Se serait-on corrigé comme de bons petits écoliers auxquels on aurait\nmis le bonnet d'âne et qui auraient tenu « à ne plus recommencer »?\n    Quoiqu'il en soit, pour tous ceux qui lisent « Bruxelles à travers les âges,\ndédié au prince Baudouin et porté aux nues par tout ce que l'académisme\ncompte en Belgique de cariatides officielles, de souteneurs de renommées\nlittéraires fausses et ineptes, le nouveau travail de Camille Lemonnier appa­\nraîtra comme une fresque Renaissance de grand maître à coté d'une grisaille\npâle d'un d'Ottevaere ou d'un Picqué.\n                                                         EMILE VERHAEREN.\n\n\n  N. B. — Vient de paraître un questionnaire de Morale dont l'auteur\nM. Jules Destrée nous pardonnera de ne pas parler, eu égard à son caractère\npolitique. Notre prochaine chronique sera consacrée aux ouvrages suivants :\nLa Peinture flamande par A. J. Wauters (Quantin). — Baudemont par Jacques\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                                    —    151   —\n\nLozère (E. Giraud). — La Tombola par Ch. Potvin (Liége). —Contes de Minuit\npar Émile Verhaeren (Collection de la Jeune Belgique). — Kerkadec, garde-\nbarrière par Léon Cladel, (Deville et Vigneron).\n\n\n\n\n             CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                                          I.\n\n                        L'EXPOSITION DE L'ESSOR.\n          ET d'abord un mot de l'installation.\n             Triste, à vrai dire. Ni les abominables plats de cuivre, ni les fou­\n          gères chloroliques, ni les palmiers minuscules, ni les plantes ci et\nlà dans les jardinières n'effaceront cette impression pénible. Cela sue la hâte,\nla précipitation, l'aménagement bâclé, à la rapin, au débotté. Et que dire du\nlambris qui court autour de la salle, lambris horrible tuant de sa couleur\ncanaille les tableaux derrière lesquels il apparaît et plaquant du rouge lie-de­\nvin tout à coté des ciels, des verdures et des terrains où les peintres mettent toutes\nles finesses et les délicatesses de leur art..\n   Cela dit, avouons que l'Essor est en progrès et qu'il donne tort à ceux qui le\nproclamaient fini, détraqué, moribond.\n   Et en effet « les Vingt » faisant bande à part, on ne pouvait s'attendre à aussi\nconvenable exposition. On croyaitmeme qu'aucune œuvre n'aurait violemment\nattiré l'admiration. C'était juger mal. La société a fait une recrue d'excellente\nsouche : M. Toorop ; voici M. Marcette qui envoie deux toiles superbes, et\nM. Frédéric qui tient la rampe avec des œuvres de très bon choix.\n   M. Toorop est javanais et l'on s'en aperçoit. Il a une manière tout à lui\nd'entendre l'Art; il se rapproche beaucoup des artistes orientaux. Son Enterrement\nest d'une science et d'un faire entièrement japonais : le fond est détaché d'un\nécran; les personnages semblent venus exprès des contrées lointaines pour poser\ndevant lui. L'un avec sa longue barbe parait un prêtre assyrien; le jeune homme\narrivé de Bornéo, et la jeune fille assise d'Yeddo. A cet égard l'œuvre prête\nflanc à large critique, mais la couleur en est si amusante, si agréablement\nfantaisiste qu'on n'a cure de chicaner l'artiste. Les mêmes qualités exotiques\nse découvrent dans : L'ouvrier chez lui.\n   Pourtant que M. Toorop prenne garde. Sous prétexte de faire joli, il voitfaux,\ngravement. Il lui serait impossible, je crois, de justifier les tons de feu du poële;\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "                                   — 152 —\n\n impossible qu'il ait vu des noirs aussi accusés à côté de rouges aussi vifs.\n Ces plaquages de tons crus aboutissent au drapeau tricolore, au découpage\n d'emblèmes, aux filets de papier multicolore dont on revêt les charcuteries.\n    Dans sa grande toile, l'artiste est préoccupé de Millet et d'Israël. Il s'y\n rencontre une magistrale impression de vie ; que c'est presque du grand art,\ncela est sobre, vigoureux, excellent.\n    Bien que les vues d'Anvers de M. Marcette rappellent les De Braekeleer, elles\n renferment de telles harmonies de couleurs, qu'elles se placent splendidement\nen vedette parmi toutes les œuvres exposées. La gamme des rouges dans la\nMontagne d'or est merveilleuse. On ne fait de telles trouvailles que sur ces sup­\nperbes palettes flamandes, où les plus fiers maîtres ont ébouriffé leurs pin­\nceaux. Un coloriste de première marque se révèle en M. Marcette et qui\nplus est, un poète, séduit par les intimes et tranquilles impressions mélanco­\nlieuses des coins de ville, qui fait songer au hollandais parisiennant. J.K. Huys­\nmans, le chanteur de ruelles, culs-de-sac et faubourgs, ou à Coppée le nostal­\ngique rêveur des banlieues de Montmartre et de Ménilmontant.\n    Les marines de M. Marcette séduisent moins : la Rade d'Anvers est lourde­\n nent traité, Marée basse est moucheté, cotonneux, effiloqué, le Calme, le son\nsort à peine d'une honnête moyenne.\n    Reste M. Frédéric. La toile qui me paraît la plus réussie n'est ni le Triptyque,\nni ses Femmes à loques, mais bien celle le Berger. Il est tout poésie, ce petit\ntableau, poésie fine, profonde, mélancolique et pénétrante comme le brouillard\nde la prairie représentée. On ne se lasse pas à le voir et à le revoir et c'est\nl'œuvre qui attire le plus chez les Essoriens, bien que le sujet en soit rebattu.\n   Certes l'artiste a de graves défauts. Ses noirs donnent à ses œuvres un côté\ndéplaisant et faux ; il voit cotonneux et veule, il manque de justesse dans la\ndisposition des plans, sa facture est uniforme, nullement variée suivant les\nobjets qu'elle traite.\n    Pourtant, malgré tous ces vices, voulus peut-être, M. Frédéric possède un\ntalent, qu'il cultive étrangement et qui grandit de même. J'admire énormement\nsa volonté, son désir de ne rien sacrifier au goût bourgeois et surtout ce don\nde poésie qui lui fait découvrir et peindre des fonds de tableaux presqu'aussi\ncaptivants que ceux des gothiques. Son Semeur a grande allure ; mais qui\ndiable dirait que c'est le même peintre qui a fait la Vache et Dans la prairie?\n    La Triste veillée de M. Dierickx est d'un juste effet lumineux. Les Trois\namies sont de la peinture sincère et étudiée. Le Portrait resplendit de noirs\nsuperbes. Quel dommage que les cadres distraient si grossièrement l'attention!\n   M. Bellis s'embourgeoise de plus en plus et M. Herbo ne sort pas de\nses tant chères et mauvaises habitudes. On se lasse de rééditer au sujet de ces\ndeux artistes les mêmes critiques. Lors de son exposition du Cercle, M. Herbo\nsemblait aller à Canossa comme un simple M. De Bismarck. C'était mal­\nheureusement un faux départ.\n   Khnopff fait école. Voici M. Lemmen qui peint plus dur et plus sec.\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                                   —    153 —\n\n    M. Laboulaye peint le fait divers. l'Abondonnée n'émeut pas, malgré l'attrou­\npement que l'accident provoque, malgré l'enfant qui pleure, malgré l'ouvrier\nqui la soutient, malgré la belle dame qui la regarde, malgré M. Crocq. La\nSorcière, rappelle la mégère de Portaels. Sylvia et Violetta ne sont guère plus\ntentantes.\n    C'est de la peinture sous la jambe que celle de Mlle Meunier. Le couteau et\nles doigts, les frottis et le blairautage s'y trahissent à chaque instant. Le truc\nconnu, on abat pareille besogne tant que l'on veut. Les badauds s'émerveillent,\nd'autres qui connaissent les œuvres de début de l'artiste regrettent le gaspillage\nde ses réelles qualités.\n    Le Blessé de M. Van de Vyver est de la peinture d'enseigne, de tréteau, de\nbarraque, Un jour M. Van de Vyver a couché bas un manequin à nombril\nallumé, dans un tir à trois sous. La jeune patronne s'est précipitée vers le mal­\nheureux, s'est mis à genoux, à pleuré peut-être, et M. Van de Vyver à noté la\nscène, comme digne d'être reproduite en grandeur nature. M. de Lalaing n'a-\nt-il point peint des Blessés lui aussi ?\n    MM. Duyck, Evrard, Hoyoux, Crespin, Clarys, Mayné, Van Damme, Van\nGelder Van Leemputten, piétinent sur place comme certains chevaux de ce\ndernier.\n    M. Halkett recule. Je me souviens encore de sa Candiserie. C'était de vrai\net serré travail. Aujourd'hui rien, pis que rien. Le Portrait de jeune fille (robe\nhorriblement rose où détonne la tâche d'un vase horriblement bleu) est\nscandaleusement mauvais. Croirait-on que ce même M. Halkett a été à l'école\ndes Watteau et des Terburg et qu'il a fait de leurs œuvres de très attachantes et\nfidèles copies ?\n    Les paysages de M. Hamesse semblent traités sur zinc.\n    M. Hoeterickx a le coup de pinceau très crâne. Certes le peintre masque\nimparfaitement l'aquarelliste, mais qu'importe ! Coup de vent et le Soir sont\ndeux morceaux exquis. Le fond de Porte de Schaerbeeh est malheureusement\nen sucre fondant.\n    Et maintenant courage ! Que l'émulation la plus acharnée règne entre\nl'Essor et les Vingt. De la lutte des groupes jaillissent les chefs-d'œuvre.\n\n\n                                         II\n\n    EXPOSITION DE M. CASSIERS AU CERCLE ARTISTIQUE\n\n         Si M. Cassiers croit avoir trouvé sa voie, il se trompe; c'est peu pro­\n         bable d'ailleurs. Il y a en lui des préoccupations tantôt du très magistral\n         maître hollandais Mesdag, tantôt du très délicat et charmant fantaisiste\nbelge Stacquêt.\n   Mais ce qui donne confiance dès aujourd'hui dans l'avenir du jeune artiste,\nc'est sa science, la possession jusqu'au bout des doigts de son métier, son achar-\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "                                    -    154    -\n\n nement et sa ferveur au travail, sa vue artistique et choisie des choses, son en­\n tente des couleurs et sa sûreté de touche.\n     Il voit la nature sous bon angle, il détermine du premier coup le charme,\n l'attrait et le pittoresque des objets; ce qu'il y a de plus reproduisible et de\n tangible pour l'œil et la main d'un vrai peintre il le devine, il l'attrape, il\n l'ébauche, il l'achève en quelques nets et infaillibles coups de pinceau. Il a l'âme\n aimantée par la mélancolie des sites marins ; il comprend les pâleurs nostal­\n giques de leurs vagues et de leurs ciels ; il peint l'aridité jaune de leurs grèves,\n la silhouette épique de leurs dunes. Dans certaines études se relève de la gran­\n deur ; le drame hurlant des mers et des rivages, il le traite à larges coups de\n brosse. Malheureusement c'est alors aussi que le grand Mesdag l'inspire le\n plus despotiquement.\n    J'attire l'attention sur l'aquarelle où des profils de pêcheurs apparaissent\n gagnant leur navire, portant des provisions, s'apprêtant au voyage du pas lourd\n et bovin des gueux de mer. Elle me paraît la mieux réussie.\n    Les paysages de M. Cassiers sont moins bien venus. On sait qu'il est moins\n à leurs mystérieuses attirances, qu'il les pratique moins et que ses meilleurs\n amis sont les flots et les sables.\n                                                           EMILE VERHAEREN.\n\n\n                                         III.\n\n                   EXPOSITION DE M. CLUYSENAAR.\n\n         LA saison des expositions s'ouvre, et déjà, ainsi que résonnent les pre­\n         miers accords préludant à un concert, des ateliers privés convient le\n         public à des exhibitions intimes, précédant la grande mêlée.\n   C'est d'abord M. Cluysenaar, le consciencieux et intelligent artiste dont\nnous avons déjà fait l'éloge. Il a fait en Espagne un assez long séjour,\ns'atiachant surtout à Séville, dont le captivaient les aspects pittoresques. Il en\na rapporté des études, des tableaux et des croquis.\n    La coloration de M. Cluysenaar n'a pas l'éclat fulgurant que donne au pays\nle soleil andalou. Il a vu la contrée sous un aspect plus sobre et n'a pas\nressenti non plus la farouche impression que M. Constantin Meunier, qui se\ntrouvait en Espagne à la même époque, a fait passer dans ses œuvres. Ses\nétudes sont intéressantes ; elles n'émeuvent pas, et l'on sent un peu l'artiste\ndépaysé, cherchant à s'assimiler une contrée dont il ne pénètre pas la nature\nintime.\n   M. Cluysenaar complète son exposition par un portrait en pied de M. Frère-\nOrban, assez ressemblant, mais raide dans la pose, mal établi et peint lourde­\nment; par deux portraits de jeunes filles, dont nous n'aimons guère la colora­\ntion crayeuse et l'attitude cherchée.\n   Ce qu'il y a de mieux dans l'exposition intime de M. Cluysenaar, et ici nous\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                                   — 155 —\n\nsommes heureux de lui décerner un éloge sans aucune restriction, c'est sa\ncharmante série d'aquarelles, qui révèlent toutes une justesse de coup d'œil,\nun sentiment et une habileté d'exécution remarquables.\n\n                                        IV.\n\n                           L'ATELIER VAN A L P H E N .\n\n         C'EST à examiner les travaux de ses élèves que M. Van Alphen, dont\n         nous avons également eu l'occasion de parler dans ces colonnes, avait, la\n         semaine dernière, convie la critique. On sait combien l'excellent profes­\nseur apporte, dans la direction de l'atelier qu'il a créé, de conscience, d'intelli­\ngente initiative, d'activité et de soin. Il est très aimé de tout le petit monde qui\nsuit ou qui a suivi ses leçons, et tous s'efforcent à la fin de chaque année, de\nprouver, par l'exposition de quelques-uns de leurs croquis, de leurs albums, de\nleurs tableaux, la supériorité de la méthode que leur fait suivre leur maître. Il v\na déjà, dans l'atelier Van Alphen, quelques tempéraments d'artistes, bien mar­\nqués qui ne tarderont pas à prendre leur vol, et que le professeur, par une\nentente de l'éducation artistique qu'on ne saurait assez louer, se garde bien de\ncomprimer en les astreignant à suivre une voix unique, à se soumettre à telle\nou telle règle adoptée par l'enseignement académique. Chacun se développe\nlibrement selon ses dons naturels, et le professeur se borne à diriger l'élève\ndans le chemin qu'il choisit, à rectifier ses idées, à lui enseigner le moyen le\nplus rapide d'exprimer ce qu'il a en lui. L'atelier Van Alphen n'est pas une\nserre chaude destinée à abriter quelques fleurs qui seraient incapables de sup­\nporter le grand air. C'est la pépinière où les plants deviennent robustes et\nsains, croissent au soleil et s'emplissent de sève vivifiante.\n                                                                            A. M.\n\n\n\n\n                CHRONIQUE MUSICALE\n\n                      LE    MOUVEMENT NATIONAL.\n\n   « .... Et maintenant que la propagande continue. La lutte commence seule­\nment, la vraie lutte à coups de plume, par les articles, par les conférences, par\nla scène ! Nos batteries sont prêtes et nous suivrons fièrement et sans hésita­\ntion le mot de défi que nous avons pris pour devise : NE CRAINS ! »\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "                                     — 156 —\n\n     Notre rédaction terminait ainsi, il y a deux mois, son manifeste de fin\n  d'année..\n     Quand une armée a pris de telles allures, c'est qu'elle est lavant-garde ou­\n vrière d'un corps d'action sérieux; c'est qu'elle a l'instinct d'une bataille\n nécessaire et d'une victoire certaine; c'est qu'elle porte le drapeau, non-seule­\n ment d'une côterie, d'une chapelle, mais d'une race nouvelle. Son champ\n s'élargit; fut-elle essentiellement littéraire, il devient impossible qu'elle n'en­\n veloppe dans son entraînement les arts parallèles, car elle est, avant tout, révo­\n lutionnaire de la vie intellectuelle et c'est pour cette vie qu'elle lutte à outrance\n pour cette vie spirituelle et glorieuse qui se continue au delà des tombes.\n    Ainsi notre Jeune         avec ses airs de balafre, partie en éclaireur de cette\n race anti-bourgeoise que cinquante années de bourgeoisie paisible ont fécondée,\n a pris pour mission de claironner l'appel, d'éveiller les morts même, à l'œuvre\n du combat. Manieurs de plume, de pinceau, d'ébauchoir, manieurs d'archet,\n manieurs d'orchestre, aucun bras n'est de trop, aucune tête, et nous les appe­\nlons toutes qui vont le nez en l'air, au ciel de leur idéal, l'œil fixe à l'étoile\n ambulante, nous guidant à l'avenir comme jadis, les trois mages, au Messie.\n    Les peintres groupés à l'Essor puis aux Vingt nous ont tendu la main.\nSeul, le mouvement musical n'apas trouvé son ère Jeune Belgique et s'attarde.\nIl faut que ses éléments non agrégés s'unissent; c'est le moyen de faire\nballe et trouer l'opinion publique.\n    Mouvement musical. — L'expression n'est guère juste pour une chose qui\nse meut si peu. Il était négatif, il y a quelques années ; il est latent, aujour­\nd'hui. Ses atomes cherchent à s'accrocher, se combiner, monter au jour ; il\nsourd, gronde, bouillonne, éclate de ci, de là, comme un feu d'artifice humide\net retombe sous une couche d'économie politique, le meilleur extincteur de\ntels coups de lyrisme absolument déplacés dans notre bon pays de sagesse.\nMais, le meilleur extincteur n'est pas inamovible. Un jour arrive où l'art\nenjambe le bimétallisme et l'industrie locomotive, et je suis tenté d'espérer\nque nous y voilà presque.\n    Depuis qu'on parle en Belgique de musique belge, bien des plumes, — sou­\nvent mouches du coche, récriminant pour ne rien faire — ont reproché au\ngouvernement, à la presse, aux directeurs de théâtres, au public, leur apathie\nen ces matières. L'art est dans le marasme — comme le commerce.— J'en­\ntends cela depuis ma naissance. L'histoire est vieille, elle a du bon. Je laisse à\nd'autres le soin de la rééditer périodiquement. Il est vrai que les moyens ma­\ntériels de développement n'abondent pas. Il y a de plus, l'inévitable opposition\ndes vieux aux jeunes, des académiques aux impressionnistes, de ce qui est\nen haut à ce qui monte. On repousse les reproches : — Mais comment, nous\nn'empêchons pas les jeunes, nous leur faisons de la place, nous leur ouvrons\nles portes toutes larges ! — Seulement, il y a une manière de dire aux gens :\n— Donnez-vous donc la peine d'entrer — puis de barrer le passage en se\ncouchant au travers...\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                                   -    137   —\n\n\n   Tout ceci est de détail. Il y a pour expliquer ce vide d'un demi siècle un\namas d'autres causes physiologiques, indépendantes des hommes. La renais­\nsance actuelle, en laquelle j'ai foi, est l'avènement d'une couche nouvelle.\nC'est une peau neuve à notre société, un sixième sens à ce qui n'en avait que\ncinq. Toutes les insurrections ne donnent pas des Marseillaises. Il fallait à\nnotre petite Belgique calée au soleil, le temps de s'asseoir et de voir clair.\nMaintenant elle peut faire des chefs-d'œuvre. A-t-elle des ouvriers? Elle a un\nmaître reconnu : Peter Benoît. Elle a les Huberti. les Blockx, les Mathieu,\nles Van den Eeden, les Waelput, les Radoux, et bien d'autres, dont chacun,\nmalheureusement, s'isole et travaille en son ombre, peut-être un peu las et dé­\nsespérant, à la fin, d'une cause qui semblait perdue. C'est qu'ils n'ont déjà plus\nl'entrain primesautier qui fait les émeutes, et ce n'est pas tout seul qu'on prend\nune barricade.\n   Certaines sociétés humaines, et la plupart passent leur temps à renverser la\nnature. Il y a cela d'étrange, à remarquer dans l'activité civilisée, que, lorsqu'il\nfaudrait s'unir, on se dissémine. Quand il faudrait une levée en masse, on\npart un à un, pour ne se joindre qu'en haut à condition qu'on y arrive ; et\nl'on y arrive pas vite. Alors, comme on est vieux, comme on est chauve, on\ncouronne de lauriers ses calvities, et l'on fait de l'obstructionnisme acadé­\nmique. Heureusement, nos artistes ont trop de crinière encore pour accomplir\ncette évolution conique dont le tracé figure un éteignoir ayant à sa pointe, un\nprésident d'Institut. Mais ne vaudrait-il pas mieux fonder d'accord l'édifice,\net s'éparpiller au faîte ? Ce serait suivant l'ordre et la ligne de toute genèse.\nLes bourgeons, les fleurs, les feuilles, l'eau, les flammes, la fumée, un bou­\nquet, une gerbe, tout ce qui monte en masse, s'épanouit; le germe se tasse,\ns'absorbe à la base ; c'est une propulsion vigoureuse qui se fait : Cela croît,\ngrandit, s'élève lentement, la face au ciel libre en pleine lumière, et s'anato­\nmise, s'allège, se subtilise dans l'invisible et l'infini. C'est une apothéose.\n   Tandis que là, c'est la traction d'un corps en sac qui baisse la tête comme\nun pendu, arrive au jour comme un seau sort d'un puits ; au lieu de l'air glo­\nrieux d'un vainqueur à l'assaut, il a la mine piteuse d'un noyé qu'on sauve.—\nRetenez ceci : dans toute secousse sociale, dans toute révolution vraie, libé­\nrale, généreuse, héroïque, l'effort était une poussée et s'est produit en bas. En\nbas, ce sont les jeunes qui poussent, en haut, les vieux qui tirent; nous\navons tout à gagner au premier cas.\n   Le seul essai — que je sache — d'une association des musiciens belges, fut\ncelui des CONCERTS NATIONAUX. L'initiative en appartenait à Guillaume\nMeynne, un vieux, mais un vieuxbien jeune encore, qui avait gardé dans une\ncarcasse souffreteuse, le cœur de ses vingt ans. Je me souviens de lui, dont\nquelques-uns parlent avec un sourire qui dit : « C'était peu de chose. » Ils\nont tort. C'était un esprit très compréhensif, très pénétrant ; beaucoup trop\nlarge pour se parquer dans les mesquineries de sa génération. Il aimait les\njeunes et les encourageait sachant qu'après lui, qu'après eux, d'autres vien-\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "                                   — 158 —\n\ndraient qui feraient plus et mieux, et le désirant, car il aimait l'art pour l'art.\nSon génie philosophique nous eût laissé, je me figure, à côté d'œuvres lyriques,\ndes travaux précieux d'analyse musicale, sans le mal incurable qui le prit de\nbonne heure et lui cassa l'avenir. Avant de s'en aller tout à fait de la vie, et\ncraignant de n'y laisser qu'un souvenir d'estime et des regrets d'amis, il vou­\nlut tâcher de donner aux autres ce qu'il n'avait pas eu; et, comme s'il pressen­\ntait l'heure tant attendue d'une sortie, enfin décisive et fructueuse, ce fut lui,\n de tous le plus infirme, qui hasarda le premier coup. Dès que le projet fût en\nvoie de réalisation, il s'activa, se multiplia, se fit l'âme de cette institution à\nlaquelle il dévoua réellement dix ans de sa vie, voulant même, à ce prix, pous­\nser à bout de ses débuts pénibles, l'œuvre qu'il avait entreprise. Je me le\nréimagine, aux répétitions des concerts, dans le froid de cette, jolie salle co­\nquette, toute rouge et blanche, de la Philharmonie défunte. Les plus vigoureux,\ngelés, transis par les journées d'hiver, y jouaient le chapeau sur la tête, le col­\nlet remonté, le foulard au cou. A Meynne n'importaient l'intempérie ni la fa­\ntigue; clopin-clopan, se soutenant à peine, appuyé sur une canne, il y arrivait\nle premier, toujours, ayant pour tous ce même regard et ce même sourire\nbons.\n    Dans cette salle, j'ai vu, pour la première fois, munis du bâton de chef, ces\nêtres extraordinaires qui passent leur vie à moucheter de mystérieux signes,\n des portées, et que, pendant longtemps, je m'étais représentés comme une\nespèce fabuleuse de demi-dieux. Cette figuration naïve au reste, est un peu celle\nque s'en fait la foule, qui est, considérée dans sa collectivité, un enfant ignorant\net de compréhension étroite. Elle ne put jamais s'habituer à voir à l'entresol de\nson ciel lyrique ces sous-divinités compatriotes qu'on appelait Monsieur, qui\navaient un nez en pleine figure et s'habillaient comme elle. On vint au concert\nnational par faveur, par genre protecteur et philanthropique ; on en sortait en\nriant de parti-pris.\n   J'ai parlé tantôt d'association. C'est inexact ; l'effort, encore une fois, ne\nvenait pas des jeunes assemblés. Il n'y avait qu'un comité de quelques-uns,\ngraves, pacifiques, pas casseurs de vitres, du tout. Meynne très timide et\nmodeste, d'autres très jaloux et envieux, d'autres très arriérés, parmi les­\nquels Stéveniers, ce type de vieux soldat de 1830, donne assez bien le ton du\nnoyau. Mais ces quelques-uns, sans tapage, faisaient chose téméraire en appe­\nlant au feu de rampe un beau soir, ces compositeurs belges, dissimulés comme\ndes malfaiteurs dans les coins ombreux du pays, pour leur offrir, gratis, un\norchestre et un public.\n   Au bout de trois années, les concerts nationaux cessèrent d'exister. Meynne\nvit leur chute ; c'est ce qui l'acheva. Il y a trois mois qu'il est mort. Personne\nne s'est souvenu de ce qu'il avait fait pour en honorer suprêmement son\ncercueil.\n   Pourtant, l'élan donné, le mouvement se continuait doucement, sans dra­\npeau ni manifeste, aux Concerts populaires. Il fut soutenu par l'Art Moderne,\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                    -   159     -\n\nle premier organe qui ait osé bouleverser de sa critique carrée et solide, les\nponcifs et les silences conspirateurs du reportage quotidien. Le public com­\nmence à savoir qu'il y a quelque part en Belgique des faiseurs d'opéras et de\nsymphonies ; il consent à lire de temps en temps leurs noms au programme\net les apprend lettre à lettre comme un bébé qui épelle. Il ne les siffle pas,\nparce qu'un public belge ne siffle jamais, fait semblant de les écouter, en\nparle un peu — et sans rire. Il ne faut pas lui eh demander davantage.\n    Un seul d'entre eux, qui les domine, a vu son nom admis parmi les\nétrangers; c'est Benoit, l'extatique Flamand dont le cerveau noyé dans des\nflots montants d'harmonieuse polyphonie, fait y surgir, du sommet de son\nemphase orchestrale, des sentences fatidiques, des appels de jugement dernier.\nOn ne dit plus de lui : Monsieur Benoit, mais : Peter Benoit. C'est la moitié de\nla célébrité. Les ovations chaleureuses méritées dont il vient d'être l'objet\nhors chez nous ; ses triomphes en France et en Allemagne ont encore hausssé\nd'un cran sa renommée ici, où l'on a exécuté en août dernier, son Guillaume-\nle-Taciturne au Waux-Hall et, tout dernièrement, aux Artistes Musiciens, Char-\nlotte-Corday. Il est un singulier tempérament complexe de vigueur et de lan­\ngueur de sang et de nerfs, tempérament tout Germain, du Nord, du bas pays\nvoisin des mers; Germain Batave, ayant d'eux la ligne sculpturale et\nl'ampleur massive des plans gras ; amollissant sa rudesse teutonne à la douce\nimpression bleue mystique des rêveuses étendues de l'océan.\n    Hors son talent génial, son attitude de chef flamand a beaucoup contribué à\nson succès — je ne dis pas à sa gloire —• je dis succès, réussite positive, immé­\ndiate, qu'on palpe étant vivant; la gloire peut venir post mortem; et n'en vaut\npas moins. Le mal est, que la plupart des jeunes s'y sont trompés; admira­\nteurs enthousiastes subjugués par sa maîtrise, ils se sont faits ses disciples,\nses féaux, absolument, presque aveuglément. Comme ils étaient des talents\nles plus actifs, et à quelques uns près, les seuls sur qui l'art musical comptât,\nils firent croire, — le croyant eux-mêmes — qu'il n'y a point de musique belge\npossible, en dehors de la musique flamande.\n    C'est une question d'appréciation ; la leur me paraît fausse, étant donné, en\nfait, que leur phalange musicale, comme la nôtre, littéraire se compose des\nindividualités les plus dissemblables, et, cela s'explique. La Belgique est à\ncheval sur deux races : elle est batarde de sang germain et gaulois panaché par\ntoutes les dominations du passé. La nationalité n'est ici qu'une question de\nfrontières. Notre renaissance est celle d'un peuple libre qui veut s'émanciper\nintellectuellement et fournir sa part de lumière au mouvement humain ; la\nmontrer comme le fruit simple d'une race homogène et sympathique, et y\naider dans ce sens, c'est contrecarrer l'expansion naturelle de ses forces et la\n faire avorter.\n    Au reste, il en est de même universellement. Il y a un art et des tempéra­\n ments divers qui y concourent. Vouloir les classer par écoles, c'est amoindrir l'art\n qu'on fractionne. Sans doute, ceux d'une même souche ont des affinités. Mais\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "                                   — 160 —\n\naprès tant de siècles et dans l'état de cosmopolitisme où nous sommes, nous\nmarchons à la fusion, de plus en plus, des éléments ethnographiques autrefois\ndistincts. Comme la couleur locale des mœurs et des costumes, peu à peu,\ns'efface, ainsi doit disparaître tout à fait de ces natures, le fond d'entièreté qui\nles démarquait des barbares. Une race parfois encore, s'incarne pleinement\ndans un homme, les autres font mieux de suivre leur penchant sans s'inquiéter\nde savoir à quelle couleur ramener leur sang, qu'ils s'unissent. Qu'ils s'unis­\nsent dans le but supérieur de faire triompher leur personnalité au profit de\nl'esthétique contemporaine.\n   Si le mouvement flamand pouvait leur être un point de repère, et s'il\naboutissait à une trouée au grand jour des hommes de talent qui l'animent,\nil aurait bien mérité de l'art.\n                                                             HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n                   MEMENTO MUSICAL\n\n         Dès cette année nous développons la partie musicologique de notre revue.\n         La Jeune Belgique, dorénavant, publiera régulièrement une chronique\n         musicale et un memento des nouvelles intéressant l'art contemporain.\nNous soutiendrons surtout le mouvement national, et jeune.\n   Nos principaux compositeurs veulent bien nous prêter leur appui et nous\ntenir au courant de leurs travaux.\n   Nous annoncerons et analyserons toutes les œuvres qui nous seront com­\nmuniquées.\n\n   Les Concerts populaires annoncent leur première matinée pour le 13 jan­\nvier. Après les éxécutions données l'hiver dernier de la Symphonie funèbre\nd'Huberti et du Hoyoux de Mathieu, on annonce pour cette saison un nou­\nveau poëme de Raway : les Adieux et une suite au Hoyoux : La Frehyr. La\nsérie des concerts se terminera par une audition d'oeuvres wagnériennes.\n\n\n  Gustave Huberti, l'un des champions les plus actifs du mouvement flamand\na deux œuvres sur le métier.\n   La première, Bloemardinne est empruntée au moyen-âge de notre histoire,\ndonnée sur laquelle Hiel a composé un poème symbolique d'une très large al-\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                   —    161   —\n\n\nlure ; la partition est presque achevée ; l'auteur en a choisi des interprêtes qui\nseront Mme Biemans d'Anvers et M. Blauwaert.\n    La seconde œuvre, qui est une sorte de petit oratorio, a pour titre Tanche-\nlyn; elle est également de Hiel pour le livret.\n    On annonce encore de ce côté l'œuvre d'un autre flamand : Wambach ;\ntitre : Yolan.\n    Quant à Benoit, après ses succès bruyants en France et en Allemagne, les\nexécutions du Lucifer et le festival d'Angers, il prend rang peu à peu, en\nmême temps que Berlioz et Wagner, aux programmes des Concerts Pasdeloup,\nColonne, Lamoureux. L'Oorlog sera prochainement édité chez Breitkopf et\nHaertel.\n\n   Sigurd a passé le 7 à la Monnaie. Nous y consacrerons notre prochaine\nchronique.\n   Manon passera prochainement à l'Opéra-Comique de Paris, puis à Bruxelles.\n   Richard III de Salvayre a obtenu un succès discuté à St-Pétersbourg. A\nl'Opéra de Paris, doit passer l'Egmont du même auteur. On annonce de Saint-\nSaëns, un nouvel ouvrage : le Roi Arthur.\n\n   C'est le 20 Janvier que passera au théâtre royal d'Anvers le Pedro de Zalaméa,\nde Benjamin Godard,\n   On annonce la fondation à Paris, sous la présidence d'Ernest Reyer, d'une\nunion internationale des compositeurs qui a pour but de créer en six auditions\nannuelles, une exposition de la musique contemporaine. Ces auditions auront\nlieu, pour cette année, en avril, mai et juin. Les œuvres belges y exécutées\nseront la Rubens-Cantate de Benoit et Daphnis et Chloé, un poème de Fernand\nLeborne.\n\n   Le 6 Janvier l'Essor, avec ses excellents musiciens Kefer, Lerminiaux,\nAgniez, Van der Goten, Jacob et Danneels, a donné une séance des plus inté­\nressantes et consacrée toute entière à l'exécution des œuvres de Mendelssohn.\nOn a très remarqué surtout l'adagio (Nachtstück) de la sonate en ré majeur\n(op. 58) pour piano et violoncelle. Toutes nos félicitations à nos amis les Es­\nsoriens.\n\n   Nous venons de recevoir la seconde série des ballades de Goëthe que\nM. Mathieu traduit dans une langue musicale fort élevée. Toute cette musique\na une grande allure, très originale et très mélodique, se rapprochant beau­\ncoup de la première manière de Wagner. Lorsque M. Mathieu se sera complè­\ntement débarrassé de cette forte empreinte, dont il peut se passer aujourd'hui,\nlorsqu'il aura su dégager sa personnalité, très intéressante et vaillante, nous\nsaluerons en lui, un des maîtres de la composition moderne. Nous signalerons\ntout particulièrement dans ce recueil la Ballade du Roi des Aulnes: une mer­\nveille de sentiment et de couleur.                                   H. M.\n                                                                   11\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "              CHRONIQUE THÉÂTRALE\n\n                          DU 5 DÉCEMBRE AU 5 JANVIER.\n\n Le but de cette chronique, dont la appréciations seront très brèves, est de fixer,\n   comme le font pour la France MM. Noël et Stoullig, dans leurs « Annales du\n   théâtre et de ta musique, n le bilan du mouvement théâtral en Belgique, Nous\n   ne nous arrêterons donc qu'aux cinq théâtres importants, et aux premières\n   représentations intéressantes qui y auront été données, nous bornant pour les\n   autres à un simple résumé chronologique.\n\n    THÉÂTRE ROYAL DE LA MONNAIE. — 5 Dec. : — Giralda, op.com. en 3 actes;\n   musique de Adam, paroles de Scribe. Les Sorrentines.\n      L'interprétation de Giralda laisse beaucoup à désirer. M lle Arnaud y est\n   plus que médiocre. Mlle Legault et l'excellent comique M. Chappuis y sont\n   seuls intéressants.\n      6 Déc. : Les Huguenots, gr. op. en 5 actes, musique de Meyerbeer, paroles\n   de Scribe.\n      Après l'éclatant début de M\"\"-' Caron dans Faust, son grand triomphe dans\n  les Huguenots n'a étonné personne. Comme le dit l'Art Moderne, M11e Caron réalise\n  le type tant prisé, tant recherché par Wagner, de la chanteuse qui joue, qui\n  ne s'absorbe pas dans l'unique sensation de son gosier fonctionnant, vibrant,\n  trillant, vocalisant, mais se souvient qu'elle a une âme pour sentir, et un corps\n  pour traduire cette âme. Elle remplirait triomphalement, croyons-nous, les\n rôles d'Eisa, d'Elisabeth, de Sieglinde. Ne le pressentait-on pas l'an dernier\n  quand elle a chanté Yseult aux Concerts populaires? Singulièrement servie par\n sa grande taille souple, majestueuse sans solennité conventionnelle, ayant des\n levées et des lentes retombées de bras d'une dignité de prêtresse, la physiono­\n mie apte à toutes les transformations, surtout à celles de la douleur, de la\n crainte, de l'horreur ou du désespoir, elle semble posséder des ressources in­\n définies. Même dans les trois chutes dont est émaillé son rôle de Valentine,\n elle a su sortir des mouvements réglés comme au ballet, et trouver des formu­\n les imprévues.\n     Ces qualités sont de premier ordre. Des spectateurs moins coiffés que nous\n ne le sommes du côté musical, y sont toujours très sensibles en admettent\n difficilement l'absence. C'est sur elles qu'est fondée la popularité inépuisable\nde M me Krauss : en vain la voix s'use-t-elle ; la flamme dramatique subsiste et\nle public, ému encore, admire et applaudit. C'est parce que M lle Duvivier ne\nles possédait pas et a cru pouvoir s'en remettre, pour son succès, uniquement\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                                  — 163 —\n\nàsa belle voix, dans ce même rôle de Valentine, qu'elle a échoué à l'Opéra.\nCar si certaines oeuvres du vieux répertoire s'accommodent de l'insuffisance\ndramatique, elle devient intolérable quand la passion est la dominante de la\npièce.\n    M lle Legault, ravissante dans son costume de page, joue et chante adorable-\nment le rôle d'Urbain.\n    M lle Hamaeckers a toujours cette voix et cette diction admirables de fraî­\ncheur etde pureté... sur le déclin.\n    M. Gresse, qui débutait le 18 Décembre 1875 au Grand-Opéra de Paris,\ndans le rôle de Saint-Bris, qui ne lui réussit pas, n'a guère été plus heureux\ndans celui de Marcel. Il vise trop aux effets de sonorité et ne s'inquiète pas\nassez de la couleur et du relief d'ensemble à donner à son personnage.\n    M. Massart a fait des progrès énormes, et comme chanteur et comme\ncomédien, mais il est bien pâle dans le duo du 4e acte.\n    M. Devriès joue élégamment le rôle de Nevers, mais son organe désagréa­\nble le sert bien malheureusement.\n    7 Déc. : L'Eclair, op. com. en 3 actes, musique d'Halévy. — et Coppélia\n(I er acte), ballet en 2 actes, musique de Léo Delibes. Ce ravissant premier acte\nde Coppélia, très bien dansé, a eu un sérieux succès. M. Jehin y est remarquable\ndans la direction de l'orchestre qui a détaillé très finement ce bijou musical.\n    9 Dec. : Les Huguenots.\n     10 Dec. : Le Barbier de Séville, op. com. en 3 actes, musique de Rossini.\n     L'interprétation, dans l'ensemble, est assez bonne ; il y avait même très\nlongtemps qu'on n'avait entendu Le Barbier chanté aussi proprement.\nMelle Arnaud y apporte ses excentricités américaines qui paraissent plaire\nbeaucoup au public des petites places, mais qui sont trop antipathiques à l'art\npour qu'on s'y laisse prendre. Du reste Melle Arnaud n'a absolument pas le\nmoindre sens musical ; sa place est au café-concert. MM. Rodier et Soula-\ncroix se démènent lourdement et ne sont point à leur aise dans ce gargarisme\ncontinuel et soporifique. M. Gresse exagère comme toujours certains côtés\nfutiles de son personnage et néglige totalement le caractère à lui donner.\n   12 Dec. : La Poupée de Nuremberg, op. com. de A. Adam, et L'Eclair.\n   13 Dec. : Les Huguenots.\n   14 Dec. : Si j'étais Roi, op. en 3 actes, musique de A. Adam.\n   16 Dec. : Mèphistophélès, op. en 5 actes et 9 tabl., poème et musique de\nArrigo Boïto.\n   La reprise de cet opéra était attendue avec curiosité ; elle n'a pas été fort\nheureuse. La première surprise passée, on s'est aperçu combien cette œuvre\nétait creuse, ne devant son semblant d'originalité qu'à une orchestration très\nfouillée et très intéressante. M. Jourdain y est toujours franchement mauvais.\nTout à fait vulgaire dans l'acte du jardin, il ne se relève un peu que dans\nl'Epilogue. M. Gresse est remarquable dans sa création de Méphisto ; c'est\nun rôle qui convient a sa voix et à son jeu.\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "                                  — 164 —\n\n   17 D e c : Le Pardon de Ploermel, op.''; com., musique de Meyerbeer.\nMelle Arnaud chante presque convenablement le rôle de Dinorah et surtout\nla valse: Ombre légère      Le reste de l'interprétation, a droit aux éloges.\n   19 Dec. : La Maître de Chapelle et Les Dragons de Villars           op. com.\nde Maillart.\n  20 Dec. : Les Huguenots.\n  21 Dec. : L'Eclair et Le Maître de Chapelle.\n  23 Dec. : La Fête du Village voisin et la Dame Blanche         op.   com.    de\nBoieldieu.\n    24 Dec. : La Fille du Régiment, op. com musique de Donizetti, et Le\nMaître de Chapelle.\n    25 Dec. : Carmen, op. com. en 4 actes, musique de G. Bizet. Mlle Des­\nchamps est médiocre dans Carmen et cela se conçoit. Elle n'a ni la grâce,\nni la hardiesse nécessaires, et ses grands gestes télégraphiques, toujours les\nmêmes, produisent un eflet déplorable. Elle chante avec goût, mais manque\ntotalement de cette allure souple et presque canaille qu'exige ce rôle si remar­\nquablement humanisé par M\"'c Galli-Marié. Le reste de l'interprétation, si\nnous en exceptons Mlle Legault et M. Soulacroix, est fort inférieur.\n    28 Dec. : Le Pardon de Ploermel.\n    30 Dec. : Le Maître de Chapelle, La Fille du Régiment et Les Noces de\n Jeannette.\n    Depuis le 20, une indisposition de M. Gresse et les répétitions du Sigurd\n font qu'on ne joue plus que l'opéra comique. Aussi la troupe paraît-elle fati­\n guée, pas autant d'ailleurs que le p u b l i e r o n t l'annonce de la première de\n l'opéra de Reyer pour le 7 janvier calme l'impatience.\n     Ier Janv. 1884 : Le Barbier de Séville.\n     4 Janv. : La Dame Blanche.\n     — THÉÂTRE DU PARC — du 5 au 15 d é c : Onze jours de siège — Prête-moi ta\n Femme.\n     15 Déc. : 1re repr. de L'Aîné, pièce inédite en 4 actes de Paul'Delair : La\n pièce de M. Delair (connu par l'insuccès de Garin en 1880) ne tient que six\n fois l'affiche, sauvée du four éclatant par l'interprétation remarquable de\n  MM. Coquelin, Coquelin cadet, Garnier, MM es Brindeau et Favart, tous\n comédiens de Théâtre-Français. Mélodrame bourré des ficelles du vieux jeu\n avec le trémolo en moins ; scène d'ivresse, scène de jeu, portrait de l'aîné,\n (croix de ma mère), scène de malédiction (imprécations de Camille), le tout\n  mal agencé, mal écrit et digne de « ces bons petits belges ».\n     L'Aîné ou l'Ange blanc et l'Ange noir, tel devrait être le titre de ce mélo...\n  pardon ! de cette comédie en quatre actes, dont la synthèse se trouve dans une\n  phrase dite sur un ton prophétique au premier acte : « La vie trompe sou­\n  vent, mais la mort tient ses promesses! »\n      Michel Lefort vient de mourir intestat. Il laisse seul sur terre et sans res-\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                   — 165 —\n\nsources une orpheline, Iveline, qu'il a recueillie autrefois toute jeune, et qui est\npresque la fiancée de Georges Rémond, jeune premier. Le seul héritier de\nMichel est son frère Vivien, un bohême, buveur et joueur, que la nouvelle de\nson héritage inespéré va cueillir en Amérique. Il revient accompagné de son\naller ego Chavagnac, — l'ange noir ! — bandit comme lui et décidé à profiter\ndes miettes du million tombé du ciel. Robert Macaire et Bertrand ; c'est neuf.\n   Ils arrivent, avec leurs mines et leurs costumes d'arsouilles, demandent les\nclefs, s'installent et mettent à la porte l'orpheline et son institutrice Jeanne,\nqui s'en vont sur l'heure en les maudissant. Le premier acte se ferme sur la\nmalédiction d'Iveline ; Vivien-Coquelin est foudroyé par ces paroles venge­\nresses. Maudit ! il est maudit ! et lui qui ne croit plus à rien, qui se moque et\nricane, qui a volé et tué dans le cours de sa carrière infâme, lui le sceptique,\nle misérable, le brigand, est littéralement pétrifié par la malédiction et fond en\nlarmes. C'est d'un vraisemblable stupéfiant.\n   Au deuxième acte, nous sommes chez Ivéline, le jour de sa fête. Vivien, dé­\ncidément « revenu à de meilleurs sentiments, » a envoyé à l'orpheline tous ses\nmeubles, et aujourd'hui, pour mettre un comble à ses bienfaits, il lui envoie le\nportrait de Michel, l'aîné le bienfaiteur. Georges Rémond, inquiété par ces\nmunificences, fait à Iveline une scène de jalousie. Elle, sereine, lui laisse en­\ntendre qu'elle l'aime. Entre, à ce moment, Vivien avec Chavagnac. Ce dernier\nprend le bras de Georges et le prie de lui jouer sa symphonie (Georges est\ncompositeur). Pendant que Georges s'exécute dins une salle voisine, Vivien,\ndevenu correct, corrigé, nouvel homme, honnête, parfait, reste seul avec\nIveline et lui fait ses premiers et brûlants aveux d'amour. Elle se trouble, bal­\n butie... et demande huit jours de réflexion. A ce moment, Chavagnac rentre\n avec Georges, qu'il accable d'onomatopées admiratives. «Superbe! Génial!\n Du Beethoven ! Mon grand poème est fait, je l'écrirai sous cette foudroyante\n impression. — Son poème ! dit Vivien en riant ; rien n'en est écrit, depuis\n quinze ans qu'il m'en parle. Je le connais, le voilà ! » Et il prend dans la\n poche du poète alcoolisé un jeu de carte.\n   Pendant ce temps, Iveline prépare le thé. Les deux amis se rapprochent ins­\ntinctivement d'une table ; Chavagnac coupe. Dix louis ! Tenus ! Mais la main\nde l'ange blanc enlève le jeu de cartes des mains de l'ange noir. Elle enlève\naussi le flacon d'eau-de-vie que les joueurs ont à moitié vidé. La fin de cet acte,\nfort peu importante, se compose surtout d'une longue tirade de Coquelin-Vivien,\ndisant à Iveline qu'il y a en lui deux hommes, l'ancien et le nouveau, l'ancien\nplongé dans toutes les fanges, le nouveau régénéré par elle. De plus en plus\nneuf.\n    Huit jours d'attente et de perplexité, dans la compagnie odieuse de l'ange\n noir, de ce Chavagnac, qui veut empêcher le mariage qui le mettra sur le pavé,\n et qui s'attache à éveiller des doutes dans l'espoir de Vivien, à faire revivre le\n vieil homme, le buveur, le joueur. Il réussit, et au troisième acte, Vivien en­\n tre en scène, chez Iveline, devant elle, ivre, la bouche pâteuse, l'œil hagard,\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "                                    — 166 —\n\nles jambes chancelantes. Georges le regarde avec dégoût. Vivien le voit, sa\njalousie s'exaspère, il s'élance dans une fureur d'ivrogne. Iveline le retient de\nsa douce main d'ange. Il tombe ivre-mort dans un fauteuil. Lorsqu'il se réveille,\ngrâce aux sels qu'Iveline lui a fait respirer, aux parfums dont elle a oint son\nfront, il lui dit que c'est pour elle, par désespoir qu'il s'est enivré, qu'il l'aime\néperdument, mais qu'il se sent indigne d'elle, toujours prêt aux rechutes, et\nque la mort seule peut mettre un terme à ses tourments. Elle, touchée, lui\nrépond par de douces paroles : « Voulez-vous que je sois votre femme ? » Et\nà part, dans une exaltation: « L'autre, l'aîné, m'a donné une âme: mon devoir\nest de sauver celle-ci ! » — La toile, sentant que c'est ce qu'elle a de mieux à\nfaire, tombe.\n    Quatre ans se sont écoulés. Georges, qui a obtenu le prix de Rome, est parti\npour l'Italie. A son retour à Paris, il retrouve un homme heureux, absolument\nguéri, honnête, sérieux: Vivien Lefort, et une femme écrasée sous le poids de\nson sacrifice, ayant eu la force de donner à son mari une apparence d'amour\nmais dont l'extravagante abnégation n'a pu obtenir pour récompense l'oubli de\nsa profonde passion pour le fiancé de sa jeunesse. La seule vue de Georges a\nfait fondre toute l'énergie dont elle s'était armée pour la lutte. Elle résistera,\nelle mourra plutôt que de succomber. Mais Georges, fou d'amour et de colère,\npénètre chez elle, la nuit. Il lui reproche sa trahison, il l'enlace : si elle l'aban­\ndonne, il deviendra le bandit et le débauché qu'a été Vivien. La gouvernante,\nJeanne, survient — à temps — pour séparer les amoureux, mais le mari, pré­\nvenu par Chavagnac (le bon petit ami !), s'est dissimulé derrière une portière,\noù il a tout entendu. Il est de trop sur la terre, et la délicatesse l'oblige, cela\nva sans dire, à céder la place à Georges. Quelques gouttes de laudanum met­\ntront fin à sa situation. C'est ce qu'il explique fort tranquillement à Jeanne,\nqui essaie vainement de le détourner de ce projet. Assis dans un fauteuil, à la\nmain son petit flacon, dans l'attitude du docteur Faust au moment où, dans\nl'opéra de M. Gounod, il chante : « Salut, ô mon dernier matin ! » il meurt\ndoucement, et la gouvernante éteint la lampe, ce qui veut dire que la pièce est\n finie.\n    22 Dec. : 1re repr. de Ma Camarade, com. en 5 actes de H. Meilhac et\n Ph. Gilles (tient l'affiche jusqu'au 5 Janv. A continuer):\n    Une de ces pièces qu'on a déjà vues on ne sait où. Les trois premiers actes\ntrès drôles, les deux derniers allongés et ennuyeux. Au lendemain du mariage,\n deux jeunes époux se séparent à l'amiable. De Boistulbe fait une moue bête en\n embrassant ; cela suffit à dégoûter de lui Adrienne. « Nous serons désormais\n camarades », lui dit-elle. De Boistulbé accepte, mais se rattrappe chez\n des... amies. Adrienne l'apprend et renonce à la camaraderie pour rendre à son\n infidèle ses... droits. Grâce à la pétillante et délicieuse Mme Sigall ainsi qu'à\n  M. Huguenet qui a enfin trouvé la vraie et bonne verve de la comédie,\n  Ma Camarade a du succès.\n    — THÉÂTRE DES GALERIES. — Du 5 au 12 Dec.          : Boccace.\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                  -    167    -\n\n   12 Dec. : 1re repr. de Le Présomptif, op. bouffe en 3 actes, musique de\nM. Louis Gregh, paroles de MM. Hennequin et Valabrègue (du 12 au\n 18 Décembre). Barbotin XXXVI roi de Cocassie, a une fille, Sophie, qui doit\népouser l'héritier présomptif du trône. Or, il y a deux héritiers, Agénoret\nLudovic, nés le même jour, à la même heure, ensemble. On tire le trône au\nsort et c'est Ludovic, l'aimé de Sophie, qui est favorisé.\n   Sur cette amusante donnée, M. Gregh, l'auteur du Lycée déjeunes filles, aécrit\nune petite musique drôlette mais pigée un peu à droite et à gauche, sans origi­\nnalité aucune. Bonne interprétation par MM. Deschamps, Pottier et Lureau.\nMlle Blanche Miroir insuffisante.\n   18 Dec. : La Rose de Saint-Flow (opérette connue d'Offenbach) et Le\nPrésomptif (du 18 au 24 D é c ) .\n   24 Déc. : 1re repr. de L'Oiseau bleu, com. en 1 acte de M. Maurice\nDebrun (Maurice Hennequin, fils). Un début de jeune et un succès. Le sujet\nplein de situations amusantes, est simple : c'est l'histoire d'un homme\ncherchant l'idéal rêvé, l'oiseau bleu, et croyant l'avoir trouvé enfin dans la\ngracieuse personne d'une femme mariée. Il s'aperçoit vite que l'idéal n'est\nqu'un soleil décevant (voir Rodenbach, Jeune Belg. t. II,p. 412). Acte passable­\nment mal joué, abstraction faite de M. Lureau etMmeAciana.\n   Du 24 au 28 D é c : La Rose deSaint-Flour, L'Oiseau bleu, Le Présomptif.\n   Du 28 Déc au 5 Janv. : L'Oiseau bleu, Le Présomptif.\n    5 Janv., Reprise de Bébé, com. en 3 actes de Alfred Hennequin et Emile de\n Najac. — L e Présomptif.\n   — THÉÂTRE MOLIÈRE. — Du 5 au 8 Déc : Le Père de Martial.\n   Du 8 au 15 D é c — Dora. La très passionnante comédie de Sardou, celle\nde toutes qui met le mieux en lumière, à côté des ficelles dont il se sert avec une\nsereine impudeur, ses qualités d'écrivain dramatique, habile à nouer une in­\ntrigue et à la mener jusqu'à son cinquième acte, a trouvé au théâtre Molière\nune interprétation, sinon parfaite, du moins très satisfaisante et de nature à\nfaire comprendre et apprécier l'ouvrage. MM. Laty et Pierre Manin, dans les\nrôles de Mauriac et de Favrolles, ont tous deux du naturel, de l'entrain, un bon\ndébit. Avec un peu plus de chaleur et de tendresse dans les scènes d'amour, le\npremier serait tout à fait bien. Le second a un jeu bon enfant, une physiono­\nmie mobile, un peu railleuse, une excellente tenue en scène, qui en feront as­\nsurément, d'ici à peu de temps, une personnalité remarquée. La façon toute\npersonnelle dont il avait compris le personnage de l'Américain Clarkson, dans\nl'Etrangère, au début de la saison, nous avait donné du jeune premier rôle une\nfavorable opinion, que les événements justifient. Du côté des femmes, Mme\nClarence, une fort jolie blonde, mérite une mention. Elle a, dans le rôle diffi­\ncile de Dora, quelques moments remarquables, notamment au 4 e acte, quand\nelle refuse de se justifier du soupçon que son mari dirige contre elle. Elle a\naccentué avec beaucoup d'énergie cette scène, — la plus dramatique et la\nmieux venue, à notre sens, de la pièce de M. Sardou.\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "                                  —   168 —\n\n   On trouve dans Dora plusieurs des idées qui devaient quelques années plus\ntard s'épanouir dans Fèdora, l'expression la plus complète de l'art complexe\ndu dramaturge. Les correspondances secrètes de ces bachelettes de la politi­\nque, les intrigues mystérieuses, ayant pour cadre un milieu international bi­\nzarre, forment la trame de Dura comme celle de Fèclora. A divers titres donc,\ncette reprise présentait de l'intérêt. (L'Art Moderne.)\n   Du 15 ou 21 Déc. : Une Corneille qui abat des noix. (Barrière et Lambert)\net Les Yeux du Cœur (Emile Abraham).\n   Du 22 au 29 Déc. : — Croque-Poule et Les Sceptiques.\n   Du 19 Déc. au 4 Janv. : — Comme celles sont toutes. — Le Piano de Berlhe.\n — La Poudre aux yeux.\n   Le 5 janv. : —Pendant le bal.\n  — THÉÂTRE DES FANTAISIES PARISIENNES (ALCAZAR ROYAL). — Après un sombrage\ntotal dans le genre café-concert, l'Alcazar se rélève tout-à-coup le 20 Déc.\npar une brillante reprise de Fatinitza, la charmante opérette de Suppé.\n   On a fait à chaque artiste un entrée presque triomphale. Pour la plupart,\nn'était-ce pas un retour d'enfant prodigue, ramenant la joie et la paix dans la\nmaison? Mario Widmer, redevenu ténor d'opérette, réapparaissant aux avant-\npostes russes sous sa pelisse et sa toque de loutre étoilées de flocons de neige,\nGéraizer, incarnant comme jadis, Tchitchatcheff-le-Bourru, qui scande ses ju­\nrons de coups de fouet et poursuit de ses amoureuses ardeurs l'introuvable F a -\ntinitza; Castelain, reprenant son emploi de gardien du harem avec son prodi­\ngieux grimage et son irrésistible verve comique ; M lle Lacourrière, retrouvant\nsous l'élégant uniforme de Vladimir ses précédents succès, quelle fortune ines­\npérée ! La joie était si grande, du parquet au paradis, qu'on eût volontiers en­\njambé l'orchestre pour aller serrer la main à toutes ces anciennes et chères con­\n naissances. Quand le rideau s'est levé, au deuxième acte, sur un décor neuf,\nfort joliment brossé, et s'ouvrant sur une perpective dans laquelle s'élançait un\njet d'eau naturel, la foule à trépigné d'enthousiasme. Elle a été indulgente poul­\nies rôles secondaires et pour les chœurs et a, finalement, rappelé tout le monde,\n après avoir, comme jadis, bissé le fameux trio du troisième acte, cette joyeuse\nenvolée de sonneries de clairon qui a fait le tour du monde.\n\n\n\n\n                             MEMENTO\n\nI. Statistique de 1883. — Poèmes ironiques par Emile Goudeau, 1 vol. Paris.\n   Ollendorf, 3. 50. — La faute de Madame Bucières par Georges Pradel, 1 vol.\n   Paris. Ollendorff, 3.50. —Paris illustré — Bal de l'Académie — Ferdinand\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                         —   169    —\n\n   Génissieu — Conférence de M. Bourson. — Bibliothèque Gilon. — Encore\n   Octave P i r m e z ; droit de réponse. — Clément.\n\n\n                                              I\n          Nos lecteurs v e r r o n t avec intérêt le tableau suivant des ouvrages pu­\n          bliés pendant l'année 1883 par les écrivains de la Jeune Belgique ( 1).\n\n\n Janvier :      HÉLÈNE SWARTH : Les Printanières,     poésies.\n Février:       EDMOND PICARD : Grelots progressistes, histoire politique.\n                EMILE VERHAEREN : Les Flamandes,            poésies.\n Mars :         LUCIEN SOLVAY : La Critique        et les critiques,   étude.\n                ALBERT GIRAUD : Le Scribe,         nouvelles.\n Avril :           GEORGES EEKHOUD : Kees Doorik, r o m a n .\n Mai :             THÉODORE HANNON : Au pays de Manneken-pis,          poésies.\n Juin :            THÉODORE HANNON : Le candélabre, opérinette.\n Juillet :         MAX W A L L E R : La vie bête, nouvelle.\n N o v e m b r e : EDMOND PICARD : L'Amiral,       scènes de la vie judiciaire.\n Décembre : OCTAVE MAUS : Aux Ambassadeurs,                 nouvelles.\n                   MAX W A L L E R : Le Baiser, nouvelles.\n                   MAX W A L L E R : L'Amour fantasque, nouvelles.\n\n\n    Paraissent à la librairie P . OLLENDORFF, les Poèmes ironiques, d'EMILE GOUDEAU.\nL ' a u t e u r s'est a t t a c h é , dans une série de tableaux largement et vigoureusement\nbrossés, à peindre la vie m o d e r n e , les fièvres et les joies, les rictus et les sou­\nrires de P a r i s . Les Lamentations           de la Lumière, la Bible de Méphisto, la Revan-\nche des Bêtes, en de vers nerveusement écrits, donnent bien ce que l'auteur\np r o m e t p a r sa préface, qui porte ce titre significatif : Paris-Paradoxe.          Cette\npréface, e n p r o s e , donne le plan et l'essence d'un grandiose p o è m e , où l'on\nverrait la multitude des Parisiens cacher perpétuellement, sous u n ironique\ns o u r i r e et sous u n gouailleur sarcasme, la profonde a m e r t u m e de la Lutte pour-\nla vie, plus dure en cette grand'ville, qu'en, aucune autre au m o n d e .\n\n\n\n   La Faute de Madame        Bucières,   par GEORGES PRADEL, vient de paraître chez\nP A U L OLLENDORFF.\n   C'est u n e étude consciencieusement fouillée, écrite avec un soin extrême,\nreposant s u r u n e donnée originale et absolument neuve.\n   Peut-être le lecteur reconnaîtra-t il, dans ce r o m a n , si réel et si vécu, une\npersonnalité célèbre et regrettée qui vient de disparaître dans des circonstances\nterribles.\n\n  (I) Tous ceux qui ont écrit au moins un article dans notre revue.\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "                                   — - 170 —\n\n  Au surplus, La faute de Madame Bucières, n'a pas besoin de cet élément de\ncuriosité pour être bientôt dans toutes les mains.\n                                       ***\n    Le Numéro 8 du Paris Illustré vient de paraître sous le titre : ETRENNES.\n    Voilà un titre bien justifié par le numéro que nous avons sous les yeux.\n    Cette livraison du Paris Illustré contient, en effet, de superbes Etrennes\noffertes par le journal à ses lecteurs : deux magnifiques dessins à la plume, le\npremier de Roybet, le maître puissant à la fois et gracieux, qui peint si bien\nles élégances du XVI e siècle ; le second d'Emile Bayard, l'illustrateur fécond\net spirituel dont nos lecteurs ont déjà pu apprécier l'immense talent et qui s'est\ncette fois surpassé pour eux. Elle renferme, en outre, une intéressante revue\ndes beaux Livres de fin d'année, des Contes de Noël, et des dessins tirés en\ncouleur, et signés de : Aranda, Chelmonski, Courboin, Deroy, Grasset,\nA. Marie, Myrbach, Scott, etc.\n    Ajoutons que ce numéro, comme tous ceux du Paris Illustré, est tiré par\ndes ouvriers français, sur du papier français, avec de l'encre française, au moyen\nde machines françaises, et qu'il est une victorieuse réfutation des accusations\nd'impuissance lancées contre la typographie française au profit de publications\n imprimées à l'étranger. 1 fr. le numéro.\n    En vente : chez Rozez, libraire-éditeur, 8 1 , rue de la Madeleine et chez tous\n les libraires et dans tous les kiosques.\n                                          ***\n   Le samedi 29 Décembre a eu lieu au Théâtre Lyrique le bal annuel de nos\namis les jeunes de l'Académie de peinture, ayant à leur tête le sympathique\nartiste, M. Vanpeteghem. La salle, placardée de pochades anti-académiques,\nétaient pleine de godailleurs en verve, et Jeunes Belgique et jeunes peintres ont\nsoigneusement mis au vestiaire, avec leur pardessus, le sérieux et l'ennui du\nnouvel an qui s'avançait avec ses scies de visites et de palinodies, pour chahuter\net rire et blaguer. Félicitations à notre ami Vanpeteghem.\n                                        ***\n   Le 21 Décembre dernier est mort à Sainte-Menehould, Ferdinand Génissieu,\nun écrivain de beaucoup de mérite et peu connu — naturellement. Son prin­\ncipal ouvrage En prenant la thé, qui rappelle les fines esquisses de Gustave\nDroz était précédé d'une préface de Paul Lacroix dans laquelle celui-ci ren­\ndant hommage à notre compatriote, disait : « Un pareil livre est de ceux qui ne\nse montrent que bien rarement dans le pandémonium de notre littérature pari­\nsienne. »\n   Souhaitons que l'on publie une nouvelle édition de ce livre devenu rare, et\nqu'un renouveau de succès fleurisse sur la tombe d'un de nos écrivains.\n                                        ***\n   Le vendredi 21 Décembre, M. Bourson, le doyen de la presse belge, a\ndonné au Cercle artistique et littéraire une conférence charmante sur La Fon­\ntaine. Avec son fin esprit un peu bonhomme qui le fait ressembler au fabuliste\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                                   — 171 —\n\nqu'il évoquait, M. Bourson a rajeuni le thème qu'il avait choisi et rendu avec\nune spirituelle verve quelques-unes de ces fables que nous savons tous par\ncœur comme les vieux airs berceurs des premières années. Cette causerie don­\nnée presque en famille, vu les innombrables sympathies que M. Bourson a\nréunies autour de lui, n'était pas déplacée entre celle d'Armand Sylvestre et\ncelle un peu déplaisante de M me Henri Gréville.\n                                      ***\n   Viennent de paraître dans l'intarissable et Danaïdesque bibliothèque Gilon\nune nouvelle: La Lutte pour l'existence d'un auteur russe A. C. Kourbsky\ntraduite par un anonyme, et une intéressante étude de M. R. Serrure sur\nLa Monnaie en Belgique.\n                                       II\n\n           Voici la note que nous trouvons dans le dernier numéro du\n           Journal des Beaux Arts :\n     « A propos des lettres d'Octave Pirmez publiées dans la Jeune Belgique, contre\n la volonté du défunt et le désir de la famille, la rédaction produit cette remar­\n que qui constitue un injurieux soupçon : «...Ces lettres seraient vraisemblable-\n ment restées inédites, la publication de la correspondance de Pirmez ayant été\n confiée à des amis timorés qui n'hésiteront pas à supprimer des dossiers les\n lettres compromettantes pour le combat rétrograde et bourgeois qu'ils livrent.»\n    La Jeune Belgique se trompe. En ce qui nous concerne, lorsque nous au­\n rons publié les extraits de la correspondance, nous déposerons les originaux\n(5oo lettres environ) chez un notaire où la rédaction de la Jeune Belgique\n pourra, s'il lui plaît, en prendre connaissance. Elle s'assurera ainsi que, dans\nle cas où nous aurions supprimé des lettres compromettantes, ce n'est pas elle\n qui devrait s'en plaindre.                                    AD. SIRET.\n    Nous n'entrons pas dans cette querelle. L'affaire est claire pour nous.\n M. Siret est-il chargé par le défunt de publier toutes ses lettres? Si oui, pour­\nquoi ne s'est-il pas adressé à MM. Giraud, Picard, Lemonnier, Waller qui en\npossèdent plusieurs ? Si non, nous avons eu raison de les publier, nous, ne\nfût-ce que pour compléter le volume que M. Siret prépare. Le désir de la fa-\nmille nous est indifférent comme une vieille savate et la volonté d'Octave\nPirmez nous semble trop commodément interprétée. Si après l'apparition du\nvolume, il reste des lettres inédites et que nous parvenions à nous les procurer,\nNOUS LES PUBLIERONS, nous moquant fort de l'avis de M. Siret qui, entre\nparenthèses, pourrait bien se presser un peu. Ajoutons que notre ami Emile\nVan Arenbergh n'a rien à faire en ceci ; aucune des lettres qu'il possède n'a été\npubliée par nous et il tient à ne pas s'en dessaisir. Et maintenant zut, flûte!\nQu'on nous laisse la paix !\n    Voici la lettre que nous recevons à ce propos et qui, nous semble-t-il, ne\nchange rien à ce que nous disons ci-dessus. Cette question reste toujours la\nmême : publicra-t-on toutes les lettres? Sinon, pourquoi nous reprocher de\ncombler les lacunes ?\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "                                       —    172    —\n\n                                                    Bruxelles, 1er janvier 1884.\n           A Monsieur le Directeur de la Jeune            Belgique,\n              MONSIEUR LE DIRECTEUR,\n    Je lis dans la Jeune Belgique du 20 Décembre :\n    «Presque tous les écrivains de la Jeune Belqique possèdent une certaine quan­\ntité de lettres que leur adressa Octave Pirmez à propos de leurs articles ou de\nleurs livres. Ces lettres seraient vraisemblablement restées inédites, la publi­\ncation de la correspondance de Pirmez, ayant été confiée à des amis timorés\nqui n'hésiteront pas à supprimer des dossiers les lettres compromettantes pour\nle combat rétrograde et bourgeois qu'ils livrent. »\n   Ayant été chargé de publier des (1) lettres d'Octave Pirmez, je tiens, en ce\nqui me concerne à protester contre cette remarque au moins étrange. Je ne\nlivre aucun combat et je n'aurais aucun motif, le cas échéant, pour ne pas pu­\nblieras lettres adressées par Octave Pirmez aux écrivains de la Jeune Belgique.\nSeulement, je ne suis pas chargé de ce soin. Ma mission, toute différente, est\nd'ailleurs parfaitement indiquée à la page 123 de la Jeune Belgique du 20 Dé­\ncembre dans un article relatif à la correspondance d'Octave Pirmez.\n    Si l'auteur de la note veut bien le relire, il se convaincra de l'inanité de son\n observation.\n    Vous me seriez bien agréable, Monsieur le Directeur, en insérant cette lettre\ndans votre prochain numéro.\n    Veuillez agréer l'assurance de ma considération distinguée.\n                                                                       J. DE COPPIN.\n\n   Nous lisons dans le journal du sieur Clément Lyon (des bassins de Charleroi,\ndu Centre, de la Basse-Sambrej l'aimable articulet suivant :\n   « L e musée Wiertz. — La succession de Henri Conscience était restée\n« ouverte et, pendant quelque temps, on avait pensé qu'il ne serait pas pourvu\n« au remplacement de Conscience, en tant que conservateur du musée Wiertz.\n   « On en a décidé autrement, et le successeur vient d'être nommé. C'est\n« M. Charles Potvin, membre de l'Académie de Belgique, né à Mons, l'esti-\n« mable poète qui a l'honneur d'être sans cesse outragé par des gamins mal\n   élevés de la Jeune Belgique (.?!) »\n   M. Clément Lyon n'a pas encore digéré les triolets épithalamesques d'Ed­\nmond Picard II sent toujours dans sa... Basse-Sambre les coups de pied reçus,\net ça l'embête.\n   Allons, tant mieux !\n                                            ***\n\n    A la suite d'une lettre qui leur a été adressée par un mauvais plaisant, un\ngrand nombre de journaux ont annoncé la mort de LUTÈCE, journal littéraire\net politique. Cette nouvelle est absolument dénuée de fondement. Loin de\nsongera disparaître, LUTÈCE est au contraire en pleine prospérité. Et le bruit\nl'ait autour de cette prétendue disparition prouve uniquement que LUTÈCE a su\nconquérir une place enviée dans la presse parisienne.\n                                                                                NEMO.\n\n     Il est écrit des, non les ; c'est plus qu'une nuance et presque un aveu.\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                  En vente chez tous les libraires :\n\n      CARL MAUBRAY                        .               MAX WALLER\nCONTES GUILLERETS L'AMOUR FANTASQUE\n (eau-forte de LÉON RIBEAUNARDY)              U n petit vol., édition populaire,\n       U n vol. de luxe édité\n                                                               édité par\n                    par\n                                                         A. BOITTE.\n    AUG. BRANCART.\n            PRIX : 4 F r .                            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Une\ncentaine d'abonnés nous ont été faits ainsi par quelques\namis zélés, et nous tenons à les remercier publiquement de\nleur dévouement à la cause des Lettres belges.\n\n    Notre revue, dont le succès croît chaque jour, est\ndevenue l'organe du bon combat littéraire en Belgique.\nParfois violente & brutale, elle ne cesse -de brandir le\ndrapeau moderne dont elle s'est fait une arme contre les\nroyautés caduques Il faut que nos principes se répandent\ndavantage encore, qu'une propagande active s'établisse,\nqu'une ligue se forme. Cette ligue, nous en avons arrêté\ndéfinitivement les conditions ; ceux de nos abonnés qui\ndésirent en faire partie sont priés de demander à nos bureaux\nDIX, QUINZE ou VINGT cartes d'abonnement, qui\nleur seront envoyées portant un numéro d'ordre qui nous\nen indiquera le dépositaire.\n    1° Lorsque DIX cartes seront revenues aux bureaux, re­\nvêtues de noms d'abonnés nouveaux, le dépositaire recevra\nson abonnement gratis pendant un an.\n    2° Lorsque QUINZE cartes seront revenues, le déposi­\ntaire recevra son abonnement gratis à perpétuité et son nom\nsera inscrit à la liste des membres fondateurs de la Jeune\nBelgique, qui paraîtra à la fin de chaque année.\n    3° Lorsque VINGT cartes seront revenues, le dépositaire\nrecevra 1° son abonnement gratis à perpétuité, 2° une carte\nlui donnant accès libre aux fêtes, (conférences, etc.) que nous\ndonnerons dans l'avenir, 3° toutes les publications (plaquet­\ntes, etc.) que publiera la Jeune Belgique. Il sera nommé\nde même MEMBRE FONDATEUR.\n                      EN VENTE        CHEZ TOUS LES       LIBRAIRES\n   AUX AMBASSADEURS                                     LE BAISER\n                 Nouvelles                                     Nouvelles\n            PAR OCTAVE MAUS                               PAR MAX WALLER\n Une plaquette de luxe ornée d'un dessin de     Une plaquette de luxe ornée d'un dessin de\nOH. HERMANS.                                   FERNAND KNOPFF.\n           Tirée à 300 exemplaires                       Tirée à 300 exemplaires.\n               Prix: fr. 2 . 0 0 .                          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