{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(4e année) 1884. Prix: 60 c.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE. 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EDOUARD LEVIS.\n   CHRONIQUE ARTISTIQUE I Exposition des XX .\n                —                 II     —       de M. Stacquet. EMILE VERHAEREN.\n                                 III         —     de. M. Roelofs.\n   MEMENTO MUSICAI                                                   .     NIEMAND.\n   MEMENTO                                                                NEMO.\n\n\n\n\n                               BRUXELLES\n                                      BUREAUX:\n             74,     AVENUE           DE LA TOISON                           D'OR\n\n                   BRUXELLES                                     PARIS\n              J.      F I N K                              L.            F I N K\n        I , PASSAGE D E LA MONNAIE.    I ,            7 3 , RUE ST.-JACQUES,          j3.\n\n                                             1884\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE REVUE MENSUELLE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Notre chronique littéraire, ainsi", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 191, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 187, "texte": "LA JEUNE BELGIQUE\n                               REVUE MENSUELLE\n                          PRIX D'ABONNEMENT :\n     Belgique : 5 francs par an. — Etranger : 7 fr. par an.\n "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Notre chronique littéraire, ainsi", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 191, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 187, "fin_caractere_exclue": 314, "texte": "Notre chronique littéraire, ainsi que le Faust de M. Ed­\nmond Picard, sont remis au prochain numéro.\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 191, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 314, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": "BOITE AUX LETTRES.\n   20. P. H. Votre Tante Gertrude m'a l'air d'un tout premier essai. Quel style lâché,\nSeigneur! Je vous envoie mon petit doigt sous bande si vous avez mis plus de dix minutes\nà ces dix pages, et quoique « le temps ne fasse rien à l'affaire » c'est un peu. . . peu.\n   21. Erratum. Dans le sonnet qui se trouve au n° 18 de notre dernière boîte aux lettres,\nau lieu de puisez, lire : suivez.\n   22. J. F. Bruxelles. Reçu vos essais, cher monsieur, mais ininsérables 1 Pas corrects,\npieds de trop: Exemple : « Et je vous envoie tout d'un bond. » Il y en a d'autres. Au\nrevoir, n'est-ce pas ?\n   25. Aug. V. Namur. Bon, le sonnet : Elévation. Passera prochainement.\n   24-. Van Pet. Votre Lapin fourmille de fautes, confrère; est-ce que vous vous f'tez\nd'nous, Scrongnieu ! Suis pas un croûte, m'illusionne! Votre Enterrement vaut mieux mais\nil faudra rudement bloquer pour moderniser cela !\n  25. Eug. Raynaud.     Charmant ruisseau qui sous l'ombrage,\n                        Doucement épanches tes flot»,\n                        J'aime ton vent et fiais feuillage\n                        lit le murmure de tes eaux.\n\n                        Ton eau transparente et limpide\n                        Sur une couche de gazon,\n                        S'enfuir dans sa course rapide\n                        Gazouillant au fond du vallon.\nMais on écrivait ainsi du temps de Gilbert et de Maifilâtre, cher collabo; ça se trouve à\nfoison dans l'Almanach des dames pour 181 i, ou dans les balançoires de Désaugiers. Si\nnous publiions celle douce Berquinade au complet, nos lecteurs nous jetteraient des\npommes cuites ! Surtout ne vous rebutez pas, vos vers sont corrects, mais lisez les moder­\nnes.\n   26. Un récidiviste. Ne récidivez plus, confrère.\n   27. Raymond N. Mauvaise qualité, tout cela; châtie?, châtiez le style, sans qu'on s'en\naperçoive, et pas de broussailles inutiles.\n   27. Sonnet iguanodontesque trouvé gravé dans le bois d'un banc du cabinet de lecture\nde l'Université de Liège.\n                Chut ! les voilà, silence. Et puis chacun se lève\n                Et tandis qu'en marchant ses cils tombent, peureux, .\n                Sur s s grands yeux de jais aux flamboiments de glaive\n                Deux cents yeux ont dardé, tels des brasiers, leurs feux.\n\n                Dans sa chaire il est là comme un arbre sans sève.\n                Philosophe blasé, pédagogue ennuyeux.\n                Mais qui sait ce qu'il dit ! Est-ce à cela qu'on rêve\n                Quand un soleil d'amour triomphe dans les deux ?\n\n                Que veux-tu nous prouver, ô notre assommant maître ?\n                Qu'il est une âme en nous et que l'âme doit être.\n                Ah ! faut-il pour si peu tant faire aller tes bras!\n\n                Au lieu de me charger d'arguments la cervelle,\n                Dis-moi de regarder cette femme .si belle,\n                De sentir s'il se peut que l'âme ne soit pas!\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 173, "page_fin": 182, "titre_corps": "Le Nihilisme littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. Nautet", "ancre_debut": "LE NIHILISME LITTERAIRE", "ancre_fin": "F NAUTKT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 192, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1681, "texte": "LE NIHILISME LITTERAIRE\n\n\n\n\n            PAUL Bourget, le fin poète des Aveux, vient de faire tout\n             récemment un superbe début dans la critique par un volume\n             d'Essais de Psychologie Contemporaine. Et vraiment ce\nvolume ou plutôt ce critique nous manquait. Depuis les pages vigou­\nreuses et malheureusement trop exclusives de M. Zola, auquel on\npourrait reprocher « l'horrible manie de la certitude », nous en étions\nréduits, en fait de critiques, aux analyses sèches de M. Brunetière dont\nl'esprit consciencieux mais attardé ne correspond que rarement à notre\nconception plus large et plus tolérante des libertés artistiques. Chez\nM. Bourget rien de semblable. La phrase suivante que j'extrais de son\nvolume est comme sa profession de foi : « Nous avons tant multiplié\n« les point de vue, si habilement raffiné les interprétations, si patiemment\n« recherché la genèse, partant la légitimité, de toutes les doctrines, que\n« nous en sommes arrivés à penser qu'une âme de vérité se dissimule\n    dans les hypothèses les plus contradictoires. » Ajoutez à cette lar­\ngeur compréhensive l'étrange saveur d'un esprit inquiet sans être crain­\ntif, profondément désenchanté sans être morose, sceptique sans raillerie,\net dites si de telles dispositions ne sont pas communes à l'élite pensante\nactuelle.\n    Le doute est donc la note dominante de ces Essais, et ce doute nous\nnous y sommes tous livrés aux heures découragées qui suivent les exa­\nmens impartiaux et profonds. Ainsi que le dit très bien M. Bourget :\n« Nous n'avonsplus, comme les gens du XVII e siècle, un Credo général,\n                                                                  13\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2885, "texte": "                                 — 174 —\n\n régulateur de toutes les consciences et principe de tous les actes, mais\n nous avons perdu aussi cette force de négation qui fut le Credo à rebours\n du XVIII e siècle. » Aussi, c'est parce qu'il reflète si parfaitement nos\n états d'âme et qu'il pose impitoyablement devant notre pensée le redou­\n table point d'interrogation de nos fins, que le livre de M. Bourget nous\n est cher. Malgré l'amertume du fond, on éprouve je ne sais quel\ndélice à s'abîmer dans ce flot abondant d'idées neuves, hardies, élevées,\n toujours exprimées avec une rare élégance de forme et toujours mûries.\n Le savant, très discret, et d'une érudition qui sait paraître modeste, est\n ici doublé d'un poète qui n'abdique pas ses droits en pénétrant sur le\n terrain ardu de la science. A côté d'analyses serrées, écrites avec la soli­\n dité de style qui convient, il ébauche d'adorables descriptions qui, loin\n de nuire à sa dialectique, la renforcent, l'éclairent, et, dirais-je bien, la\n font vivre.\n    Cependant ce n'est pas une pensée littéraire qui a inspiré ce volume.\n Entre tous les titres auxquels il eût pu prétendre sans conteste,\n M. Bourget a choisi celui de psychologue. A mon sens, il est tout autant\n un philosophe avorté, ou tout au moins mal servi par des circonstances\n qui l'on fait naître alors que les sujets qu'il affectionne particulièrement\net pour l'étude desquels il semble très heureusement doué, avaient trouvé\ndéjà leurs écrivains. De par ce fait, il n'est donc pas, à proprement\nparler, le reflet immédiat d'un milieu, ni l'interprète inconscient de\ndésirs encore vagues et inexprimés. Son rôle est de seconde main et\nquoique les idées qui abondent dans son livre lui soient incontestable­\nment propres, on sent néanmoins, au-dessus d'elles, l'influence des\nmaîtres de qui il a appris à penser. Cette influence, chacune de ses pages\nen porte l'empreinte. Il a tout à la fois la religiosité de Renan, la har­\ndiesse de Stendhal, l'acuité de Baudelaire et la ferme logique de Taine.\n Pour analyser les facultés de ses initiateurs il se sert du même esprit\nqui les a inspirés, en sorte que la communion est si intime entre l'ana­\nlyste et son sujet que l'on pourrait croireque c'est M. Taine, M. Renan,\nqui établissent eux-mêmes leur psychologie et surajoutent çà et là de la\nlumière aux parties trop peu saillantes de leurs œuvres.— Cette précieuse\net rare faculté de compréhension fait de M. Bourget le guide le plus sûr\net le critique le plus pénétrant que nous ayons jamais eu.\n   Néanmoins, et malgré l'évidence de cette sujétion, l'élève aboutit à\ndes conclusions tout personnelles. « Le choix d'un sujet, nous dit-il,\npeut être considéré comme l'indication d'une sensibilité ». On ne devine\npourtant pas de quelle nature seront ses articles, en lisant, en tête du\nvolume, l'énumération des chapitres respectivement consacrés à Baude-\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2943, "texte": "                                -   175    -\n\nlaire, Renan, Flaubert, Taine et Stendhal. Ces écrivains sont comme les\njoyaux d'une couronne — la couronne de la supériorité intellectuelle\nmoderne. Mais le fil qui les unit n'est guère perceptible. Si bien qu'on\nles ait étudiés et compris, on ne saisit pas immédiatement la correspon­\ndance et nous sommes certainement quelques-uns qui n'eussent pas\nsongé à apparenter aussi intimement dés esprits si divers. M. Bourget\nrassemble le faisceau avec une rare dextérité, en faisant d'emblée entre­\nvoir la raison supérieure à laquelle il obéit. On s'aperçoit bientôt que\nces études psychologiques sont un prétexte. Elles semblent planer au-\ndessus de toute doctrine quand, au contraire, elles concourent à en\nétablir une et des plus redoutables, rigoureusement soutenue d'ailleurs.\n De ce qu'il a lu, de ce que les écrivains, ses maîtres, lui ont enseigné, le\njeune essayiste conclut avec insistance àun irrémédiable avortement de la\n civilisation, à la banqueroute de la nature — « banqueroute qui promet\n de devenir la foi sinistre du XXe siècle. » Plus de foi, plus d'espérance,\n plus de confiance dans les ressources du génie humain pour équilibrer\n un monde vacillant. Bien que « l'humanité vive d'affirmation et mour­\n rait de l'incertitude », l'ensemble des expériences nous pousse à dépasser\n cette incertitude même pour aboutir à la négation formelle. Tout le\n prouve ' la nature se joue de nos efforts. Au moment d'atteindre le faîte,\n dont nous n'approchons d'ailleurs qu'épuisés, une rafale survient qui\n nous secoue comme des pygmées, et renverse, comme de simples châ­\n teaux de cartes, le travail patiemment échafaudé par les siècles. Et pour\n arriver à cette démonstration, M. Bourget n'a qu'à prendre comme exem­\n ples lui-même et tous ceux qui ont atteint le degré suprême de civi\n lisation. Ils n'ont acquis leur large développement du sens intellectuel\n qu'au détriment d'autres sens pourtant indispensables à la vie. « L'abon­\n dance des sensations fines et l'exquisité des sentiments en ont fait des\n virtuoses stérilisés mais raffinés. » Dans le domaine moral : « l'inuti­\n lité finale des efforts apparaissant, aucun but ne tente plus l'âme\n dégoûtée », et « la légitimité de beaucoup de points de vue contradic­\n toires empêchant de prendre position pour le combat », il en résulte\n l'anarchie, l'arrêt de tout mouvement et de toute conviction. C'est, en\n effet, une vérité qui s'infiltre dans nos consciences comme malgré nous\n que la criminalité elle-même a ses excuses et qu'il y a une sorte de bar­\n barie à sévir contre des victimes non responsables de ce que la nature les\n a faites. — Au point de vue physique : « n'ayant pas mesuré la capacité\n de cette machine humaine que nous surchargeons de connaissances », il\n s'ensuit un déséquilibre qui produit un état voisin de la maladie. L'une\n et l'autre cause ont pour effets : d'abord cet état exquis qu'on appelle le\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2946, "texte": "                                   — 176 —\n\n   dilettantisme, ensuite l'inaction volontaire. Ceux qui ont vécu au milieu\n   de cette jeunesse parisienne si intelligente, mais si énervée qu'elle en\n   arrive à l'impuissance, ne récuseront pas M. Bourget. On y rencontre\n   par centaines de ces êtres trop compréhensifs qui sont dégoûtés de tout,\n   qui se renferment dans un dédain voulu de l'action, et cela si profondé­\n   ment qu'ils feraient fi du conseil que leur donne le jeune essayiste » de\n   se guérir de leurs rêves en les exprimant. » Et la chose s'explique: pour\n   qui consent à se livrer, sans réagir, aux rêves malsains d'une société\n  immatérialisée, les joies les plus saines, les plus vitales, celles de la\n  famille par exemple, sont des joies vulgaires, des joies bourgeoises.\n  Pour qui croit à l'avortement certain de tous nos efforts, les travaux\n  comme celui de M. Bourget lui-même sont des travaux inutiles, des\n  travaux de dupes. M. Bourget, il est vrai, invoquera cette excuse qu'il\n  donne un corps à une doctrine jusqu'alors effleurée par quelques philo­\n  sophes pessimistes et non encore absolument affirmée. Mais une fois la\n  propagande faite, le nihilisme répandu, les convictions solidement éta­\n  blies, il ne nous restera d'autre parti, pour échapper à cette vie qui\n nous humilie à tous le cœur » que celui d'aller nous endormir sur la\n tombe où seront ensevelis tous nos espoirs. — Tel est, en raccourci, le\n souriant tableau qu'on trace de nos destinées.\n     Qu'un esprit incontestablement maladif comme l'auteur des Fleurs\n du mal, ou excessif comme Flaubert, l'approuve entièrement, nous le\n voulons bien. Et encore, en ce qui concerne Flaubert, l'hypothèse\n demeure-t-elle fort douteuse, puisque, contrairement à Baudelaire, son\n nihilisme était inconscient ou tout au moins provoqué par des souffran­\n ces physiques tout personnelles. Il n'a pas, que je sache, donné son avis\n sur cette troublante question, et les nihilistes littéraires ne le rangent dans\n leur camp que sur des indications très contestables. En effet, loin de\n vouloir étendre la doctrine de l'avortement à l'humanité toute entière, ce\n qui d'ailleurs serait injuste, l'auteur de Salammbô ne semble viser que\ncertaines éducations. Cette Emma Bovary, avec quelle insistance il le\ndémontre ! est surtout la victime d'une de ces éducations maladroites et\nincomplètes. Non seulement on la pénètre d'une conception fausse de la\nvie, mais encore on lui inculque des goûts que les exigences de sa situa­\ntion médiocre ne lui permettront jamais de satisfaire. Passe pour les\ngoûts, nul n'est autorisé à prêcher le bonheur par la médiocrité et la fille\ndu fermier Rouault, d'une organisation naturellement délicate, pouvait\nprétendre, comme toute autre, à une culture distinguée. Le grand point\nqu'on néglige c'est d'imprégner en même temps l'esprit de notions si\nexactes que les erreurs de sentiments, si élevés qu'ils soient, deviennent\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2874, "texte": "                                 — 177 —\n\n impossibles. Emma Bovary pouvait être une créature supérieure, affinée,\n sans qu'elle courût grand risque. Il ne lui manquait réellement que la\n connaissance de la vie, car, ayant conscience de sa supériorité, elle\n n'eût pas consenti à devenir la femme de cet honnête et obscur Bovary\n qui devient la cause bien involontaire de toutes ses fautes.\n    Et Frédéric ? Ce fait seul qu'« il trouve le bonheur mérité par l'excel-\n lence de son âme bien lent à venir » n'est il pas l'indice d'une naïveté\n monstrueuse qui, elle aussi, a sa source dans l'éducation. Comment\nun pareil homme, aussi ignorant des injustices du sort et des aveugles\nréussites, ferait-il sa trouée au milieu des ambitions machiavéliques et\n des froids calculs? Et l'on voudrait qu'une nature si mal façonnée pour\nla lutte servît de type et que de son avortement nous concluiions à l'avor-\ntement général! Car bien qu'il veuille s'en défendre, M. Bourget\n aboutit en maints endroits à cette conclusion excessive. Sans doute nous\nretrouverons quelque chose de nous-mêmes dans ce Frédéric si intime­\nment observé. Il est comme le miroir où nous pouvons lire nos faiblesses,\nnos incertitudes, nos candeurs et nos spontanéités généreuses. Mais\ncette image pénible et désolante est la plus haute leçon dont nous puis­\nsions nous inspirer: elle nous dit de subordonner notre cœur à notre\nraison, quittes à pleurer sur les rigueurs d'un tel sacrifice. Hélas ! nous\nle savons depuis longtemps que « nos souffrances proviennent de ce que\nnous nous façonnons par avance une idée sur les sentiments que nous\néprouverons. » Nous savons aussi qu'il est impossible de « pétrir la\nréalité au gré de ses désirs. » L'humanité en a fait son deuil depuis des\nsiècles et dans cette déception de tous les jours il n'y a pas matière à\nsuicide.\n   D'ailleurs Flaubert, comme Stendhal, aimait l'action et, pour qui l'aime\net s'y passionne, le spectacle si mouvementé de la vie est suffisant pour\nexpliquer le plaisir de vivre, partant de vouloir améliorer, dans la mesure\npossible, les conditions d'existence. Il n'avait pas la superbe indifférence\nd'un Leconte de Lisle, si dédaigneux de notre avenir, si peu confiant dans\nnos ressources qu'il ne descendrait jamais jusque des créatures banales\ncomme l'héroïne du Cœur simple, ou grotesques comme Homais. Le\nmajestueux poète plane dans ces sphères idéalisées d'où l'humanité appa­\nraît exagérément amoindrie, et nous comprendrions qu'un esprit à cepoint\ndétaché des choses terrestres, se sentît si vivement blessé par les contacts\nvulgaires qu'il aspirât au solennel Néant. Flaubert, lui, était trop intéressé,\ntrop captivé par le spectacle des sottises et le jeu bizarre des événements\npour ne pas trouver dans cet intérêt de vifs sujets de jouissance. Il n'ai­\nmait pas l'homme, mais il s'y intéressait, ce qui est encore une sorte\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "                                 — 178 —\n\nd'affection. Il est injuste de dire qu'il s'est réfugié dans la phrase parfaite\npour se soustraire aux tristesses humaines, quand, au contraire, il sem­\nble s'y être complu. Et il est bon d'ajouter, en ce temps où l'on s'oublie\njusqu'à insinuer, à propos de Musset, que le caractère humain d'une\nœuvre est inconciliable avec la pureté artistique, que Flaubert a su être\ntout à la fois un homme en communion avec les plus infimes de ses sem­\nblables et un grand artiste, parmi les plus grands.\n\n                                      II\n\n   Pour appuyer la doctrine pessimiste qui termine, comme une sourde\nplainte, chacune de ses études, M. Bourget sera-t-il plus heureux avec\nM. Taine et M. Renan? Il est bien visible que, guidé par un sentiment\ntout intime, il n'a voulu retenir des œuvres de nos grands philosophes\nmodernes que les pensées d'amertume qui en troublent çà et là l'évidente\nsérénité. La petitesse des moyens de ceux-là mêmes qui se rallient aux vues\nscientifiques de M. Renan ou de M. Taine, non moins que les injustices des\nadversaires, devaient tout naturellement inspirer à ces esprits supérieurs\nde ces réflexions découragées qui ne sont pas des paroles de désespoir.\n Certes, chez M. Renan, on ne trouve pas de ces affirmations catégoriques\n qui nous plaisent parce qu'elles dissipent nos doutes et cela d'autant mieux\nque la source autorisée d'où elles émanent paraît devoir nous épargner tout\n contrôle. Quand M. Renan s'aventure trop loin dans une affirmation, sa\n conscience imprime tout aussitôt à sa raison une sorte de mouvement de\n recul. Il est trop savant pour n'être pas réservé en ses convictions et trop\n pénétré de la complexité des choses pour croire à l'infaillibilité de son juge­\n ment. Sa pensée, grave et légère tout à la fois, comme un bourdonnement\n d'abeille, butine d'un horizon à l'autre; parfois elle se désabuse au fond\n d'amers calices, mais le plus souvent elle revient de ses excursions intel­\n lectuelles avec une sorte d'allégresse communicative qui réjouit l'âme.\n Le philosophe onctueux qui a écrit la Vie de Jésus n'a-t-il pas eu\n naguère le rarissime privilège de confesser que sa vie avait été exempte\n de toute peine, qu il avait été heureux, heureux sans restrictions! M. Bour­\nget prête néanmoins au charmant écrivain une constante préoccupation\n morale, le souci de nos destinées. Si, de son enquête, M. Renan était\n revenu découragé, s'il se fût senti blessé clans ses plus vives affections\n intellectuelles, si ses plus chers espoirs avaient été déçus, lui serait-il\n possible de faire l'aveu d'un bonheur si profondément ressenti? Non!...\nà moins d'insinuer que cette félicité, pour s'assouvir, s'est médiocrement\ncontentée des satisfactions du succès et de l'autorité conquise. M. Bourget,\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "                                —    179 —\n\ntout le premier, dans son religieux respect pour le Maître, combattrait\ncette ravalante insinuation.\n    L'impression de son œuvre, prise d'ensemble, n'est donc nullement\nattristante. Les socialistes les plus illusionnés n'ont pas donné de l'avenir\nd'image plus souriante — et plus vraisemblable — que M. Renan.\n Faut-il rappeler à M. Bourget le parallèle de l'auteur des Questions con-\ntemporaines, entre la fiction poétique du ciel et la donnée positive de la\nscience ? Qu'elle rassure au moins les poètes : loin de réduire le domaine\nde la poésie, dit-il quelque part, la science l'a infiniment agrandi. Et,\nau point de vue social, tout en étant aussi éloigné des utopies socialistes\n que des entêtements doctrinaires, le subtil philosophe n'a-t-il pas écrit\n que nos temps apparaîtraient un jour comme de la pure barbarie ? C'est\n donc qu'il entretient la croyance en un monde supérieur — et meilleur.\n Sans doute, il appréhende une prochaine invasion de barbares qui\n obscurciront pendant un' certain temps, comme aux premiers siècles de\n notre ère, la civilisation. Mais ce mot de barbares prend sous sa plume\n un sens tout spécial. Il n'implique pas l'idée d'une série de désastres\n comparables à ceux qui marquèrent la décadence romaine. Les racines\n de notre société sont autrement profondes, son action sera autrement\n fertile. Pourtant, si la théorie du D1' Jacoby contre les aristocraties est\n vraie, nous pouvons nous attendre au spectacle très affligeant d'une\n décomposition lente des' fruits les plus savoureux de notre société.\n Mais ces effets sont la raison même de la vie. Comme les années, les\n civilisations ont leurs saisons. Viennent le mélancolieux automne avec\n ses douces tristesses, mars avec ses rafales et ses tempêtes, le prin­\ntemps radieux d'une société neuve leur succédera. Et d'autres automnes\nsuccéderont à d'autres printemps. A certaines époques, les civilisations,\ncomme la nature, se dépouillent, non pour mourir, mais pour se refaire.\nEt qui oserait dire qu'à chaque renouveau, la terre, toujours plus pro­\nfondément labourée et ensemencée, ne porte pas des fruits plus abon­\ndants. N'aurions-nous donc rien conquis depuis tant de siècles de\npatientes luttes !\n    Que M. Bourget veuille bien m'en croire, nous traversons un automne.\nLe ciel est tout obscurci de menaçantes giboulées. Tout est si gris que\nnous en sommes malades, nous avons des névroses et de déplorables\nfaiblesses. Et cela dure, dure depuis si longtemps que notre foi s'en est\nallée sous la fébrile action de nos impatiences. Paix aux désespérés: les\nfleurs délicates frissonnent et s'affolent sous la tourmente. Seulement\nn'imputons pas à la science moderne, à cette science si sage et si mesu­\nrée, des conclusions qu'elle n'approuve pas. Savourons l'incomparable\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "                                —   180 —\n\nintensité des pages endolories de Baudelaire, mais n'établissons pas de\ndoctrines sur d'aussi étranges exceptions, et reconnaissons enfin dans\nnos malaises des causes morales et physiques qu'il n'est pas difficile de\ndéterminer.\n   Tout d'abord, il faut constater notre manque absolu d'hygiène sociale.\n« Nous n'avons pas, dit M. Bourget, mesuré les capacités de cette\nmachine humaine que nous surchargeons de connaissances. » Il serait\nplus juste de dire que nous ne l'avons pas préparée à les recevoir. S'il est\nbien admis que les deux générations de 1820 et 185o n'ont reçu aucune\néducation corporelle, pourquoi s'étonner si nos tempéraments sont\naujourd'hui déséquilibrés, si nous restons à ce point indifférents au\ncharme ambiant des choses naturelles qu'il nous faille des excitations\nfactices pour procurer à notre organisme les émotions dont il a besoin ?\nA vrai dire, ce n'est pas le contenu qui nous détraque, c'est surtout l'in­\nsuffisance du contenant. Et nos tristesses sont bien plus la résultante de\nla pauvreté de notre sang que de la dure réalité.\n   Voyez Paris. L.a sombre désespérance ne pouvait naître que dans cette\natmosphère surchauffée et malsaine. Dans ce tourbillon fou, dans ce\nperpétuel frottement, les plus solides intelligences s'émiettent. Elles se\nbigarrent adorablement, il est vrai, de mille nuances qui y radient Mais\naussi elles s'y usent, et un jour, si l'on ne peut y remédier, tous ces corps\ntrop frêles se pulvériseront en impalpable poussière. En province,\noù la vie matérielle est plus large, sans qu'on y rencontre moins d'intel­\nligence, les névroses sont inconnues et le pessimisme aigu ne compte\nguère d'adeptes. M. Bourget invoquera les travaux de quelques philo­\nsophes allemands, conçus dans le sain recueillement de la solitude Mais\nils ne nous effrayent pas. Nous sommes les premiers rejetons d'une\npuissante famille scientifique sur qui l'intoxication du romantisme n'a eu\nque peu de prise. Le pessimisme n'est redoutable que pour ceux dont les\n rêves furent disproportionnés. La vie, telle que nous la concevons, nous\nl'acceptons, malgré le cortège de ses misères et parce que ces misères\nmêmes, nous en sommes convaincus, servent Je repoussoir et donnent\n toute leur valeur aux quelques biens dont nous jouissons Que si M. Bour­\n get voyait dans cette résignation toute positive le signe d'une        com­\n ment dire — d'une certaine épaisseur de nature, nous répondrions\n immodestement qu'il s'abuse, que nos sens, si nous les consultons,\n accusent une vive sensibilité et que nous ne sommes pas plus indifférents\n aux morbides productions des décadents qu'aux tranquilles inspirations\n des robustes génies. Nous désirerions même que notre organisme acquît\n une telle sensitivité que nos nerfs contribuassent comme noire pensée à la\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "                                — 181 —\n\nrécréation de tout notre être. Mais nous voulons que les uns s'équilibrent\nsur l'autre. Après une excitation baudelairienne, nous nous plairons à\ndemander à M. Renan qu'il nous communique quelque chose de sa\nnoble sérénité. Car il est le type le plus parfait de ce rare équilibre de\nl'idée et de la sensation qui lui permet de tout comprendre et de tout\naimer et que M. Bourget nomme le dilettantisme. Il est vrai que ce di­\nlettantisme inquiète le jeune essayiste autant que tout le reste, toujours\npour cette raison du trop-plein intellectuel. Nous y avons répondu en\ndémontrant combien nous avons méprisé certaines lois. Avertie du péril\nauquel elle allait aveuglément aboutir, la société, qui porte en elle,\ncomme dans chaque individu séparément, l'instinct de la vie, saura\ntrouver le remède nécessaire plutôt que de consentir à son anéantissement.\n On s'en occupe du reste; nos nouveaux systèmes d'éducation, si impar­\n faits encore, dénotent cette préoccupation.\n     D'ailleurs, dans ce nihilisme, il n'y a pas que des causes physiques.\n A-t-on remarqué cette singulière et inexplicable loi qui pousse toutes\n les écoles d'art ou de philosophie à exagérer jusqu'au point le plus\n extrême la forme ou la doctrine innovée? Voyez la suite de M. Zola et\n les étranges élèves de M. de Goncourt, tous gens à qui manque l'inspi­\n ratrice féconde des talents vraiment personnels, l'Inconscience, et qui\n pensent dépasser les limites d'une honnête médiocrité en s'attribuant les\n procédés d'autrui, — lesquels procédés, ajoutons-le, n'ont générale­\n  ment de valeur que pour autant qu'ils demeurent rares et comme l'ex­\n  pression particulière d'un tempérament. Aussi, de même qu'il y a des\n  petits Goncourt poussifs, s'épuisant à se boursoufler jusqu'à ce qu'ils\n  en soient écarlates, de même (que M. Bourget me pardonne de sembla­\n  bles promiscuités), le sage et fécond scepticisme de nos philosophes\n  modernes compte-t-il de trop zélés disciples. Quoi ! c'est parce que\n  M. Taine ne nous apporte pas une solution nette et sûre du problème\n  social qu'il faut abandonner toute lutte ! Et de ses sages hésitations il\n  faut conclure à l'inutilité de tous les efforts. Que M. Taine n'a-t-il hésité\n  davantage ! Il ne se serait pas contenté, ainsi que cela lui est arrivé par­\n  fois, de bâtir une doctrine sur la foi de dix faits très probants, alors\n  qu'il existe dix preuves contraires, non moins excellentes, pour la dé­\n  truire Il n'en a pas moins trouvé un magistral procédé d'enquête, de\n  même que M. Renan, par l'élevée modération de ses vues, a presque\n  atteint l'idéal de sagesse qui pénètrera sans doute un jour les partis poli­\n  tiques eux-mêmes, aujourd'hui livrés aux médiocres.\n     Enfin, une des causes encore du nihilisme littéraire, la moins appa­\n  rante mais peut-être la plus certaine, trouve sa source dans un respecta-\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "                               —    l82 —\n\nble orgueil. Quelques rares artistes souffrent de n'être pas suffisamment\ndistingués du vulgaire. Ils rêvent une sorte de cour aristocratique où on\nles mette à part et d'où leur supériorité apparaîtrait éclatante. Et, en ap­\nparence, quel plus sûr moyen d'atteindre cette distinction, sinon d'aller\ncamper dans l'Au-delà, de se rallier à des doctrines assurément origi­\nnales et de rompre ainsi tout commerce avec le trivial humain? Exami­\nnez intimement la riche et glorieuse pléiade des poètes parnassiens et\nvous constaterez ce dédain du naturel et du terrestre. Probablement\nsans qu'ils se l'avouent, il leur en coûte de voir les plus riches intelli­\ngences de ce temps se préoccuper de philosophie, de morale, d'éduca­\ntion, quand la seule puissance de leur merveilleux outil artistique leur\nassurait la gloire. Ils voudraient leur faire avouer que dans cette lutte\ntout est déboire, désenchantement et duperies. Leur approbation serait\nla consécration des idées séparatistes qui leur sont chères et le groupe\naristocratique s'enrichirait, se consoliderait par l'adhésion d'adeptes de\ncette envergure,\n   Qu'ils y rêvent! Ceux qui connaissent la séduction de la mode, le\nprestige de la chose rare, uniquement parce qu'elle est rare, ne s'étonne­\nront pas de cette recherche de l'extraordinaire, de ce détachement qui\nengendre le nihilisme intellectuel d'abord, ensuite l'impuissance. Au\nfond, l'attrait du nihilisme réside surtout dans ce fait qu'il est une reli­\ngion nouvelle, ne comptant que fort peu d'initiés. Hélas ! les choses qui\nn'ont d'autre valeur que leur rareté lassent, car elles se répandent et\nperdent alors la seule raison qui les rend précieuses. Parfois l'original\nlui-même s'en trouve discrédité. — Et puis il y a une loi des réactions.\nQui y croit éprouvera quelque jouissance à résister à ces engouements.\n   D'autant plus que, philosophiquement, les superbes lamentations\nnihilistes sont inutiles, si admirablement mises en musique qu'elles\nsoient, et que la seule action d'une propagande, surtout en ce sens, peut\ninspirer des doutes sur la sincérité des convictions ou tout au moins sur\nleur solidité. Car le propre du vrai dédain, du détachement absolu, du\nprofond désespoir, enfin de la misanthropie arrivée à l'état aigu n'est-ce\npas le silence ?\n                                                  F . NAUTKT."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 183, "page_fin": 187, "titre_corps": "Strophes blondes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "STROPHES BLONDES", "ancre_fin": "Georges RODENBACH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 202, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 773, "texte": "STROPHES BLONDES\n\n\n\n                                 A Paul   Bourget.\n\n\n                  I\n\n           O! ma très blonde, tes cheveux\n           Sont si blonds que tu réalises\n           La douceur conforme à mes vœux\n           Qu'ont les madones des églises.\n\nIls sont d'un fin, d'un moelleux tel\nQu'on croirait, quand on les desserre,\nVoir la chevelure au pastel\nD'un ancien portrait mis sous verre.\n\nO ma très blonde, je suis fou\nDe ta blondeur insaisissable\nOù se détache un clair bijou\nComme une ancre d'or sur du sable.\n\nElle a son histoire d'amour,\nTa riche toison merveilleuse,\nMais il faudrait un troubadour\nPour la chanter sous ta veilleuse,\n\nMusicien aux doigts nerveux\nPinçant, par caprice bizarre,\nLe rêve blond de tes cheveux\nComme des cordes de guitare !\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1067, "texte": "              -   184    -\n\n\n                  II\n\n O ma très blonde, à dix-sept ans\n Captive d'un couvent morose,\n Quand tes grands yeux inquie'tants\n Etaient cerne's par la chlorose,\n\n Ta blondeur de miel e'clairait\n Ta robe noire d'uniforme\n Où ta poitrine se cambrait\n Dans un commencement de forme.\n\nTu prenais gaîment tes ébats\nSous les arbres des cours cloîtrées\nOù l'horloge, comme un compas,\nOuvrait ses aiguilles dorées.\n\nDans le silence du dortoir\nEt des alcôves endormies,\nTu lisais lentement, le soir,\nLes billets doux de tes amies,\n\nDe ces ardentes qui t'aimaient\nAvec de chauds baisers précoces\nEt qui déjà ne s'endormaient\nQu'en songeant au jour de leurs noces.\nMais aucuns doigts n'avaient encor,\nAucuns doigts experts en caresses,\nDénoué tes longs cheveux d'or\nEt fait un voile de tes tresses.\n\nTu les partageais en bandeaux\nAvec l'exquise enjolivure\nDe nattes longues sur le dos ;\nC'était ta première coiffure,\n\nSimple et chaste autour de ton front,\nNimbant tes pâleurs lymphatiques,\nUne coiffure comme en ont\nLes vierges des missels gothiques!...\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1033, "texte": "               —   185 —\n\n\n                   III\n\n  Quand tu fréquentas les salons\n  Les bals, les fêtes, les soirées\n  Où les femmes ont des gants longs\n  Et de longues traînés moirées,\n\n Métamorphosée à l'instant\n Tu quittas, hardie et fêtée,\n La robe à corsage montant\n Pour la robe décolletée.\n\n Et dans l'air du bal accablant\n Qu'une odeur de musc féminise,\n T u passais comme un rêve blanc\n Devant les glaces de Venise ;\n Et les valses des violons\n Faisant leur musique câline,\n Te berçaient dans leurs tourbillons\n Comme un berceau de mousseline !\n Tandis qu'un vieux coureur de bal,\n Un vieux donneur de sérénade,\n Te parlait de son idéal\n Et de son pauvre cœur nomade,\n\nT'offrant l'hommage instantané,\nSéduit par ta fauve crinière,\nD'un amour plus vite fané\nQue la fleur de sa boutonnière !\n\nAlors, te voyant chaque soir\nAvec des toilettes fleuries,\nPrès des galants en habit noir,\nIl te vint des coquetteries;\n\nEt tu coupas un beau matin,\nUn matin triste de l'automne,\nTa chevelure de satin\nTes bandeaux lisses de madone.\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1106, "texte": "             — 186 —\n\nEn peignoir, devant la psyché\nDe la chambre où tu te pomponnes,\nTu les coupas, le corps penché,\nEn un tas de mêches friponnes.\nEt ces frisures sur ton front\nEvoquaient les grâces jumelles\nDes barbes d'épis tout en rond\nAvec les bleuets des prunelles !\n\n                 IV.\n\nPuis tu m'aimas ! ce fut l'instant\nDu premier trouble triste et vague,\nDes doigts pressés en prétextant\nD'admirer un châton de bague.\nAlors je te fis un sonnet,\nToi, tu me fis des confidences,\nEt chaque soir, sur ton carnet,\nTu m'inscrivais pour plusieurs danses.\nL'été dernier, dans un grand parc\nDevant le ciel couchant rougeâtre,\nSous les bosquets courbés en arc\nOù s'aimaient des Amours de plâtre,\nTu m'as donné — j'en rêve encor\nEt je vois que toi, tu tressailles! —\nUne boucle de cheveux d'or\nComme un anneau de fiançailles !\n\n                 V.\n\nO ma très blonde, si tu veux\nQu'à toutjamais je t'appartienne,\nIl suffit d'un de tes cheveux\nPour nouer ma vie à la tienne.\n\nSi tu veux, madrigalisons !\nPour fêter ta blondeur que j'aime,\nJe n'ai pris des comparaisons\nQu'aux choses blondes du ciel même :\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 952, "texte": "            — 187 —\n\nQuand je te vois en peignoir bleu\nComme une miss, frêle et rosée,\nTes mèches ressemblent un peu\nA de la lumière frisée.\n\nQuand je les prends dès ton réveil\nJ'ai cette croyance factice\nQue c'est un rayon de soleil\nQu'au rouet de mes doigts je tisse.\n\nO ma très blonde, écoute encor\nCette bizarre et tendre idée :\nC'est qu'une étoile, cocon d'or,\nPour ton chignon s'est dévidée.\n\nPuis il suffit que ta toison\nSur tes épaules, tu la mettes,\nPour m'évoquer à l'horizon\nLes rayons peignés des comètes. .\n\nDans ton alcôve échevelons\nTes cheveux d'or pâle et fluide,\nCar plus ils sont soyeux et longs\nPlus s'accroît mon amour morbide.\n\nEt quand sur leur fond d'un blond roux\nQui s'élargit en auréole\nEt s'enroule en brillants froufrous,\nSourit ta tête pâle et folle,\n\nO ma très blonde, alors je crois\nPar une nuit mélancolique\nVoir un halo dans les cieux froids\nAutour d'une Lune phtisique ! —\n                          Georges RODENBACH."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 188, "page_fin": 188, "titre_corps": "Rêve d’automne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Nouvelles pour les jeunes filles", "signature_source": "Max Waller (signature commune aux deux textes)", "ancre_debut": "NOUVELLES POUR LES JEUNES FILLES", "ancre_fin": "nuits d automne", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "III FERRIAS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 207, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1773, "texte": "NOUVELLES POUR LES JEUNES FILLES\n                                     II\n                            RÊVE D'AUTOMNE\n\n           1ENS, Jeanne! les nénuphars dorment dans l'ombre ; il ne faut\n            point troubler le rêve des feuilles mortes. Ne vois-tu pas qu'el­\n            les regardent, de leurs yeux qui miroitent, la Lune souriante et\n            triste comme une fiancée à l'agonie. Les branches des arbres\nreçoivent, pensifs, le baiser pâle de ses rayons, et sa lumière descend\navec lenteur comme la blanche mélancolie du ciel. Ne remuons point\nles brouillards qui s'épandent, et n'agitons point leur marche dolente à\ntravers l'horizon. Ils voguent ainsi que des voiles de madone pour\ncacher la nudité frissonnante des bois. Viens ! les étoiles se sont\ncachées. N'entends-tu pas la nuit qui sanglote et dans le lointain les\nbruits qui s'apaisent. Les plaintes de la forêt sont mystérieuses et l'hom­\nme ne les doit pas surprendre ; viens ! les âmes sont descendues, errantes\ndans les chemins assombris...; elles nous regardent par les yeux phos­\nphorescents des feuilles; ô Jeanne! elles attendent que nos pas s'éteignent\net que nos voix s'endorment, pour venir, sur l'étang qui songe, baigner\ndans le brouillard leur forme inviolée. La valse des ombres commence\nau chant des roseaux ; les fées sortent du lit vert des sources et sous les\ngrands hêtres les sylvains s'étirent. Viens, l'âme de la nuit prélude, les\nchoses frémissent, les concerts étouffés s'accordent, et la Lune, la\n céleste Blanche, la grande Païenne tend ses cornes de lumière ; viens\n par le sentier noir où les branches soupirent, elle éclairera notre marche\n et nous chantera dans un chœur de rayons, la ballade lumineuse des\n nuits d'automne!\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 188, "page_fin": 190, "titre_corps": "Ferrias", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Nouvelles pour les jeunes filles", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "III FERRIAS", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ABSORPTION", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 207, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1773, "fin_caractere_exclue": 2142, "texte": "III\n                                FERRIAS.\n           ANS rien dire, distraitement, Ferrias écoutait cette conversation\n            qui durait depuis plus d'une heure. Absorbé et comme replié\n            sur lui-même dans une pose détendue, il semblait être loin,\nbien loin des choses extérieures, et son regard se fixait, vague, sur un\nobjet invisible : une pensée.\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "                                 —   189   —\n\n\n   — Ohé Ferrias ! cria Chastel, l'artiste exquis dont le dernier tableau\navait fait le nom presque illustre, tu as avalé ta belle-mère ?\n   Ferrias se redressa brusquement ainsi qu'un homme frappé d'un coup:\n   — Non, Chastel, je         je songeais !\n   — Et à quoi !\n   — Indiscret !\n   — Va toujours.\n   — Je songeais à vous qui semblez avoir des bes oins de gloire, de suc­\ncès, d'admiration et qui n'aboutirez, en somme, qu'au même résultat\nque les autres hommes : la mort et l'oubli.\n   — Ouais, fit Marius, voilà Ferrias qui va disserter comme Pic de\nla Mirandole. Hallo ! vas-y gaîment ! tu me fais rire !\n   — Ne te gène pas.... Oui, continua-t-il, ce bonheur que vous croyez\ntenir....\n   - Assez ! ht Chastel.\n    — Non, laisse-le aller, il est absolument inondant !\n   — Je me rappelais, poursuivit imperturbablement Ferrias, un spectacle,\ntrès banal peut-être, auquel j'ai assisté. C'était à la campagne, où je vais\nsouvent lorsque ma vieille brave cousine veut bien m'inviter. Ce jour-là,\nle village festoyait. Kermesse, carrousel, etc., vous connaissez cela. Le\nsoir, entre les arbres de la place, on dansait au son du violon.\n    — Estelleet Némorin, Daphnis et Chloé, Paul et Virginie, trou la la !\nfit Chastel.\n    — . . . au plus beau de l'animation de la fête, alors que déjà des couples\nse séparaient, cherchant l'ombre pour s'y donner de chauds baisers cam­\npagnards, la musiquecessa; les cris se turent; au loin, d'un village voisin,\narrivait, plaintive et désolée comme un appel mourant, la mélopée frisson­\nnante d'un glas. Par delà les bois et les plaines la sonnerie lugubre venait\nexpirer dans les feuilles, et la mort semblait râler dans cette monotone\nharmonie qui s'approchait et s'éloignait portée sur des brises contraires.\n    Alors les couples se séparèrent, en silence, et, dans le soir, la cloche\nlointaine pleurait toujours, agonisante.\n    Et j'ai songé, mes amis, que nos joies sont comme ces fêtes de village.\n Folles et débordantes, elles s'arrêtent lorsque sonne le glas des déceptions\net des désespoirs.\n    — .. mais nous sommes heureux tout de même, dit Chastel, con­\ntinuant la phrase, parce qu'une minute est pour nous une heure et que\nl'artiste n'a besoin ni de bonheur, ni de désespoir, ni de mort, il a besoin\nd'Art — et il l'a en lui.\n                                                                     14\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 172, "texte": "                           —    190 —\n\n— Donc j'ai dit une sottise ?\n— Oui.\n— A ta santé !\n                                      MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 190, "page_fin": 191, "titre_corps": "Absorption", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "ABSORPTION", "ancre_fin": "ALBERT GlRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "TRfSTIA", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 209, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 172, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "ABSORPTION\n                                                          A Max Waller.\n\n                   FEMME, à mon désir du néant tu t'imposes!\n                   Ton œil stagnant ressemble aux mares de la nuit,\n                   Liquide indifférence, — où jamais ne reluit\n                   Que la forme rapide et diverse des choses.\n        Ta chevelure noire, aux soudaines fraîcheurs,\n        Lorsque je la dénoue, envahit ton visage,\n        Comme l'ombre du soir — un pâle paysage,\n        Et mange lentement tes obscures blancheurs.\n       Un sapide baiser — de ta lèvre superbe\n       Tombe mystérieux, sans ressort et sans bruit,\n       Comme, sous les chaleurs estivales, un fruit\n       Mûr et lourd de soleil longuement choit dans l'herbe.\n       Ainsi que dans une eau, je m'abîme en ta chair ;\n       Ta houleuse poitrine a des bercements vagues:\n       Et, de ta vaste gorge enflant les blanches vagues,\n       Ta respiration monte comme la mer.\n       L'homme efforce vers toi ses mains universelles,\n       Car ton être répond à ses désirs secrets :\n       La formidable horreur dormante des forêts\n       Frissonne dans le creux de tes larges aisselles.\n       Ton geste, cadencé comme un hymne ancien,\n       Traîne royalement ses strophes élargies.\n       Et transpose à mes yeux les lentes liturgies\n       Et les solennités du chant grégorien.\n       Telle je te chéris, ô femme fiancée !\n       A tous les hauts esprits déchus de leur orgueil,\n       Recherchant le repos pour leurs âmes en deuil\n       Dans la placidité d'un regard sans pensée.\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 979, "texte": "                               —   191   —\n\n\n         Je ne discerne plus ni le bien ni le mal;\n         Dans le puits de ton œil j'ai noyé ma science,\n         Et j'ai récupéré la prime inconscience\n         Et la divinité de l'antique Animal,\n\n          Et j'abdique l'Idée ainsi qu'une couronne\n          Dont les cercles massifs inclinent au tombeau\n          Les rouges souverains de l'empire du Beau,\n          Que le poids de leur chef précipite du trône.\n\n          Sauve-moi, dans tes bras, de mon rêve assassin!\n          Bouche de volupté, poitrine de silence,\n          Urne de nonchaloir, oreiller d'indolence ;\n          Je veux m'anéantir dans la nuit de ton sein !\n\n          Car je savoure en toi, puissante créature,\n          Dont le béant amour est une absorption,\n          Un suave avant-goût de ma dispersion\n          Dans le cadavre en fleur de l'immense Nature !\n                                          ALBERT GlRAUD.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 191, "page_fin": 193, "titre_corps": "Tristia", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Guillemot", "ancre_debut": "TRfSTIA", "ancre_fin": "MAURICE GUILLEMOT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 210, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 979, "fin_caractere_exclue": 1715, "texte": "TRfSTIA\n\n\n           LLE est là, toujours attentive, toujours prête, la triste et\n            implacable mort, et dans cet éternel recommencement banal\n            qu'est la vie, elle est la cruelle pourvoyeuse des douleurs et\ndes désespoirs, l'injuste cause des amères tristesses endeuillantes, des\nchagrins attendus et d'autant plus terribles. Cette ombre vision que\nles peintres composent d'un squelette décharné et menaçant, je l'ai eue\ndans la chambre de la malade agonisante; l'épouvantable silhouette de\nla Camarde altérée de sang je l'ai devinée, au-dessus de ce lit de souf­\nfrances, suspendue sur cette tête amaigrie et blanche de l'aïeule paralysée,\nplanant sur ce corps que le néant a déjà fait presque sien, et ses orbites\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "                                — 192     --\n\n vides pleines de nuit ont épouvanté mon regard tandis que, pieusement\n penché près de la malade, je cherchais à saisir les quelques mots\n indistincts qu'elle me murmurait à voix basse.\n    C'était le soir : à travers les carreaux de la fenêtre, j'apercevais les\nmille lumières scintillantes de Paris plongé dans l'ardente surexcitation\ndes plaisirs et de la vie à outrance, et, de la ville en liesse une rumeur\nsourde montait monotonement bruissante que coupait à larges intervalles\nla respiration lente de la pauvre étendue immobile : dans la chambre\ncalme une lampe brûlait, dont la lumière, diffuse par l'éloignement,\nenveloppait de clarté douce le visage fatigué de l'aïeule glissant des\noreillers et à peine animé par instants d'un rictus convulsif, écho presque\n imperceptible des souffrances internes ; sur une table, auprès, les\n médicaments alignés disaient tous les soins donnés, toute la sollicitude\n empressée des enfants à soulager leur vieille mère au seuil de la tombe ;\npendant du plafond, dans une immobilité morne, tombait le bâton, au­\nquel, aux primes heures de son alitement, la malade se suspendait, secours\naujourd'hui inutile les mains gourdes se refusant à le saisir, tout le corps\naffaissé et écrasé dans la torpeur des suprêmes instants, ne pouvant plus\nse remuer.\n    Inattentif aux éclats de voix arrivant de la pièce voisine, oublieux du\nreste du monde, j'étais là près de ce lit, la main serrée par les doigts\nosseux de la malade, son souffle sur ma joue, l'oreille tendue aux muettes\narticulations de ses lèvres ; le cœur angoissé par des souvenances\ncruelles, je repensais à ma mère, à la mienne veillée ainsi, et devant mes\nyeux obscurcis par les larmes prêtes à couler, les deux visages se con­\nfondaient saintement n'en faisant plus qu'un, comme une même affection\nnaissant de la même mort, et l'envie me prenait de me pencher davan­\ntage sur ce lit de souffrances pour y embrasser en un élan de respec­\ntueux attendrissement cette autre mère à peine connue et pourtant\naimée,— et l'épouvantablesilhouette de la Camarde altérée de sang, je la\ndevinais planant\n\n\n\n   Qu'est-ce que c'est donc que cette horrible nécessité d'un anéantisse­\nment inévitable, que cette disparition de toutes les affections, pourquoi\nfaut-il toujours refermer ses bras dans le vide quand on cherche à\nétreindre contre son cœur les êtres longtemps chéris ? Aux réalités pré­\nsentes s'ajoutent alors les appréhensions funèbres, —- et la femme\nadorée dont les cheveux blonds vous caressent et vous troublent, dont\nles yeux bleus se mirent dans vos yeux, dont l'âme vit et palpite à\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2323, "texte": "l'unisson de la vôtre, dont la chair vous ensorcelle et vous grise, dont\nl'amour vous transporte, la mort aussi vous la prendra ! aujourd'hui,\nce soir, demain peut-être, quand ? on ne sait ; ce baiser de tout à\nl'heure est peut-être le baiser suprême, ce regard est peut-être le dernier\ndes profondes et mystérieuses prunelles d'azur que le destin va clore! Aussi\nle jeune homme mélancolique se sent tenaillé par une torture intime à\ncette pensée de deuil, lui, le pauvre orphelin dont le faisceau de famille\ns'est rompu peu à peu, lui dont les parents reposent là-bas sur la colline,\nlui qui n'a plus maintenant pour raison de vivre que l'idéale figure d'une\nadorée aux longues tresses d'or, d'une femme qui ne lui est rien et qui\ncependant est tout pour lui, la continuelle contemplation de ses jours\net de ses nuits, l'absorbante possession de son existence entière, il a\npeur de la mort alors, il frissonne devant l'avenir, et les croyances effacées\nparla raison reparaissent, il se plaît à supposer un être supérieur qu'il\npeut fléchir ; défaillant, accablé, il tombe à genoux, il supplie « ne me\nla ravis pas, ô Dieu, laisse-la moi ! » il parle d'elle comme il a parlé de\nsa mère, son cœur tressaillant d'un amour aussi immense; il croit alors\nà quelque étrange puissant du monde, à quelque souverain céleste\naccessible à nos pleurs et à nos cris, à nos gémissements et à nosplaintes,\n et il s'adresse à lui, audacieux, confiant, lui demandant l'Amour, lui\ndemandant le Bonheur !\n                                     ** *\n    Des yeux qui se ferment, un souffle qui s'échappe, des doigts qui se\ndétendent, des chairs qui pâlissent et s'affaissent, et puis... rien, plus\nrien : un corps inerte dans une boîte que l'on ferme, un trou qu'on\ncreuse en terre et que l'on remplit, une croix qu'on plante sur un tertre,\ndes fleurs qui se fanent sur une tombe, — et le vide, l'irremplaçable,\nvide... « ne me la ravis pas, ô Dieu, laisse-la moi ! » et l'enfant blonde\nignore pourquoi les baisers sont si fiévreux, les étreintes si passionnées\nde l'orphelin qui songe et pleure, c'est que là-haut son esprit affolé de\nsouvenances et d'effrois lui montre planant sur leurs têtes la triste et\nimplacable mort, toujours là, toujours attentive, toujours prête...\n                                         MAURICE G U I L L E M O T ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 194, "page_fin": 194, "titre_corps": "Invocation au soleil", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Édouard Levis", "ancre_debut": "INVOCATION AU SOLEIL", "ancre_fin": "EDOUARD LEVIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 213, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "INVOCATION AU SOLEIL\n\n         ASTRE des jours heureux, flambeau de tous les mondes,\n         Œil ironique et fier, au regard éternel,\n         Par ta prunelle d'or fais choir sur mon autel\n         Toutes les volupte's de tes flammes profondes.\n\nOuvre mon large cœur à tes flots capiteux,\nDe mon cerveau brûlant par tes hautaines fièvres,\nFais, ô Dieu des splendeurs, descendre sur mes lèvres\nLes rythmes inspirés par tes cils lumineux.\n\nAllume en mon esprit de géants incendies,\nEn consumant mon corps, surélève, vermeil,\nUn vaste jet de flamme à ton orbe pareil,\nO maître éblouissant des hauteurs engourdies !\n\nQue mon sang empourpré se cabre à tes clartés,\nQue la sève du mâle exaspérant mon être\nEmbrase ma pensée et fasse disparaître\nLa trace des langueurs et des obscurités.\n\nPour boire avidement ta superbe lumière,\nJe veux de mes deux yeux fixer ton cercle d'or,\nEt je veux pour mes vers posséder le trésor\nQue tu portes, soleil, dans ta rouge crinière.\n\nEt si je ne le puis, ô trop glorieux roi,\nSi mon âme restreinte est pour toi par trop vile,\nLaisse-moi pénétrer en ton âme fertile,\nAstre des jours heureux, soleil, engloutis-moi !\n                                              EDOUARD L E V I S ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 195, "page_fin": 202, "titre_corps": "Exposition des XX", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "J B", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II EXPOSITION DE M STACQUET", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 214, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "CHRONIQUE                          ARTISTIQUE\n                                           I\n                           EXPOSITION DES XX\n\nPériclès Pantazis. — Guillaume Vogels. —James Ensor. — Willy Finch.\n  — Dario de Regoyos. — Théo Van Rysselberghe. — Frantz Charlet. —\n  Rodolphe Wijtsman. — Willy Shlobach. — Frantz Simons. — Piet Ver-\n  haert. — Théodore Verstraete. — Guillaume Vanaise. — Jean Delvin. —\n   Charles Goethals. — Guillaume Van Strydonck. — Fernand Khnopff.\n\n\n\n         CE sont les selected des jeunes.\n            Quand diminueront comme des clartés solaires les renommées des\n           Stevens, des Verwée. des Meunier, dans le soir inévitable de l'âge,\nceux-ci seront les forts du jour, les porteurs de l'art d'alors, les maîtres belges\n — et dès aujourd'hui, grâce à leur brillante exposition, on peut se les repré­\nsenter larges d'épaules, solides de torse, nerveux de main, pour soutenir le\ngrand fardeau. Ils sont là, beaux vainqueurs, étalant leur travail, le dé­\nployant en espalier superbe au ras des murs. Leurs œuvres témoignent que\nl'audace conquérante les guide, que le neuf à découvrir les sollicite, que la\nténacité dans l'effort les fortifie, que l'Idéal moderne tout en nerfs les attire,\nque les nouvelles voies où s'engage la peinture est leur voie, que le nouveau\nbut est leur but. Ils subissent presque tous l'influence des génies de notre\ntemps, influence inévitable qui les trempe dans le vrai milieu du progrès. Ils\nne sont nullement des imitateurs, ils ne font que travailler comme tout artiste\nnon rétrograde travaille aujourd'hui, respirant l'atmosphère de son époque,\nen dehors de laquelle il v aurait folie de vouloir trouver de l'air. Et tels con­\nservent-ils leurs originalités, chacun la sienne, tranchantes entre elles, avec\ndes contours et des angles spéciaux; des faces et des coins disparates. Absur­\ndité de dire, comme je l'ai entendu dernièrement, qu'ils sont des sous-Manet:\nphrases bêtes, moisies d'ignorance ou puantes de mauvaise foi.\n   Dès qu'un rénovateur surgit, il est fatal qu'il change les conditions d'éla­\nboration de l'art; qu'il déplace la vision des choses et les éclaire d'un jour\ninsoupçonné. Il brutalise de sa poigne puissante la beauté d'antan, la cingle\nà coups de foudre prise on ne sait où; il la déshonore, la flétrit, la chasse\ndans le « sein» de l'académie, chez les vieux, chez les tremblants des doigts et\ndu cerveau, chez les usés et les clopinants. Et longtemps elle reste là, assise\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3109, "texte": "                                  — 196 —\n\nsur un soubassement néo-grec, plâtrant un reste de charmes comme on panse\n des plaies.\n    Voilà l'œuvre des révolutionnaires, — mais aucun d'eux ne va au delà,\n aucun n'empêche des tempéraments différents du sien de s'affirmer, aucun n'ab­\n sorbe les foules. Ils ne font que les pousser en des chemins nouveaux, où cha­\n cun peut creuser son ornière, où chacun peut tracer son sentier et le marquer\n nerveusement à son talon.\n    L'influence des Van der Weyden,a-t-elle tué l'individualité de Memling, la\n royauté de Rubens? A-t-elle rayonné au point d'éteindre Van Dyck, Jordaens,\n Crayer ? La maîtrise de Rembrandt a-t-elle annihilé Schalken ? Celle de\nCourbet, Dubois? Et, à quelques échelons inférieurs de hiérarchie, David\n a-t-il biffé Gros, Gérard, Navez ?\n    Aujourd'hui les mêmes phénomènes se produisent, ils auront mêmes résul­\ntats. Les maîtres modernes sont venus, éteignant les chandelles charbonneuses,\n pour leur substituer les clartés du grand jour, et nos jeunes marchent dans\n cette lumière nouvelle ; ils y marchent à grands pas.\n    Au surplus, à quoi bon ce plaidoyer, au lendemain du grand succès rem­\n porté par les XX ? Dès qu'on entrait chez eux, il n'y avait qu'un cri, qu'une\n unanimité d'éloges et d'admiration. C'était vrai : depuis longtemps on n'avait\n à Bruxelles inauguré exhibition d'art plus choisie, plus sérieuse, plus remplie\n d'œuvres grandes, et fortes, et superbes. Les salons triennaux, où les perles\nsont mêlées aux ordures et les belles viandes aux charognes, descendaient,\ns'effondraient dans le chaos des banalités et des ficelles réglementaires. La\nsolennité prud'hommesque qui règne à leur ouverture, augmentait encore l'im­\npression pitoyable que les comparaisons faisaient naître ; on se souvenait de\nces grandes salles toutes tapissées de productions telles quelles, neutres, nul­\nles, où rien ne flambait d'une aurore neuve, tandis qu'ici, des deux côtés, faisant\nla haie, sonnaient des fanfares de couleurs riches, éclataient des tons presti­\ngieux, se levaient des toiles avec la gloire des fortes œuvres le long d'elles. On\nne se tenait pas de proclamer qu'il fallait remonter loin pour rencontrer pa­\nreille fête, et pareille surprise, et pareille victoire. On aurait voulu que toute la\nprocession emperruquée des académiques défilât à point nommé pour l'ac­\ncabler sous cette levée d'enthousiasme, qui sortait de partout, qui débordait\nde tous les groupes d'artistes, qui surgissait de ce public captivé et empoigné,\nde ce flot de visiteurs, si froids d'ordinaire, mais secoués, à cette heure-là, par\nl'impression forte et nette, reçue subitement, à bout portant.\n   Deux salles bien garnies — toutes œuvres à la rampe — composent toute l'ex­\nposition. L'aménagement est simple. On aurait pu, me semble-t-il, repeindre\nles lambris horribles dans leur toilette lie-de-vin. Le temps a fait défaut.\n   Entrons.\n   Et d'abord, allons droit à lui, n'est-ce pas, à celui à qui tous nous avons\nsongé en pénétrant dans la salle, à PÉRICLÈS PANTAZIS qui vient d'avoir sa vie\nvolée en pleine force, en plein talent.\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3223, "texte": "                                    -   197    —\n\n    La fréquence tragique de ces fins prématurées devient si grande, que la pitié\nqu'elle inspire se banalise. Et pourtant, à voir tant de réelles œuvres signées du\nnom de ce mort, et surtout à se rappeler ses toiles d'antan, ses portraits mo­\ndelés aussi solidement que ceux de Courbet, ses natures mortes où la trucu­\nlence des tons et des couleurs jutait pour ainsi dire à travers, il vous jaillit\nforcément des mots de révolte. Pantazis a succombé dans toute l'efflorescence\ndu tempérament, cassé, comme un être quelconque, parla mort, seul, loin\nde tous, dans la débine, dans la maladie, dans la nuit approchante de l'au delà !\nFins lugubres : l'atelier se vide, les murs se dénudent, la gêne devient pau­\nvreté. Ce n'est pas mourir, c'est crever.\n    Aux XX, quelques toiles de mérite inégal composent son exposition.\n Parmi toutes brille la Bouillabaisse, d'une facture et d'un ton fermes et riches.\n Le coup de pinceau est prodigieux de sûreté et la tonalité d'une distinction et\nd'une réalité parfaites. L'Effet de lumière rappelle les plus audacieuses esquis­\nses du peintre. Et ce qui charme et étonne plus encore, c'est la Drève du Capo-\n ral. La structure des arbres, leur teinte, leur physionomie, tout est saisi. Le\n vert des feuillages vit d'une vie extraordinaire. Il y a illusion entière dans ce\ncoin de nature fière et hautaine, remplie de majesté aristocratique et de si­\n lence sylvestre que trouble à peine la traversée d'un véhicule.\n   On a eu l'excellente idée de joindre aux œuvres précédemment exposées deux\n portraits déjà anciens, je crois. Ils sont —surtout la tête du vieillard — d'un\n relief et d'une intimité saisissants. Ils élèvent à haut rang Périclès Pantazis\n et le vengent de ceux qui prétendent qu'il ne savait ni dessiner ni pousser une\n œuvre.\n   — VOGELS est un maître. Il a tous les dons, il grandit et se fortifie dans un\nart d'une autorité définitive ; il a sa patte et sa griffe. Je ne sache rien de plus re­\nmarquable que la silhouette qu'il donne aux choses, notamment dans le Lever\nde Lune et l'Effet de pluie. Certes faut-il prendre ces œuvres par ensemble,\npar larges lignes, les voir de haut. Glisser à leur endroit dans la minutie et le\ndétail, ne sied guère, et la recherche de la petite bête, toujours facile, l'est sur­\ntout ici.\n   La pénétrance de ces œuvres réside avant tout dans le mystère dont le pein­\ntre enveloppe ses sujets; sa manière de voir se complique de grandiose et de\ntragique; on éprouve, devant L'Impasse des Quatre Livres, et devant les deux\ntoiles citées plus haut, l'envahissement intime des mélancolies vespérales, et\nje ne connais que la grand Dupré qui la donne à si large dose.\n    Inutile après cela d'insister sur l'exécution, qui est parfaite, sur la délica­\ntesse et la valeur des colorations qui sont des fêtes pour l'œil, sur la solidité\net la construction des plans, qui témoignent d'une science sûre et complète.\nCela devient accessoire pour un homme de telle force.\n   — Si JAMES ENSOR équilibrait comme Vogels, il serait le plus\nstupéfiant impressionniste qui soit. Sa couleur est prestigieuse, et je ne\njuge rien de supérieur sur ce point à ses Chinoiseries, sa Coloriste et sa\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "                                   —   198 —\n\n Femme, en détresse. Certes il s'y rencontre des maladresses gigantesques : peu\n d'objets tiennent sur pied, la vaisselle semble dégringoler de la table; le lit\noù la dame est couchée paraît céder sous le poids. Mais qu'importe ! En face\ndes maîtresses —qualités que ces toiles arborent, ces défauts disparaissent et\nil ne reste debout que la belle et si artistique personnalité d'Ensor, toujours\ngrandissante et qui ne s'arrêtera qu'à la maîtrise. Alors on finira bien,\nmême les bourgeois, par la subir et par l'acclamer; et seront oubliés depuis\nlongtemps les lazzis dont on l'égratigne et les soi-disant bons mots dont on\népingle les Masques et les Pochards. Ces deux dernières œuvres ne sont d'ail­\nleurs que le résultat de l'entière sincérité du peintre — j'allais dire de sa naï­\nveté. Car, comme tous les grands, il semble aveuglé quelquefois dans le choix\nde ses sujets, il est si en dehors de l'atmosphère empuantie du public qu'il\nne sait pas au juste où ses audaces doivent s'arrêter. Au surplus, ce ne sont\nque glorieuses méprises, méprises de convaincu à tous crins.\n   Son Lampiste me parait la plus sérieuse œuvre qu'il ait produite jusqu'au­\njourd'hui. Le dessin en est irréprochable, la facture de belle force. Quant au\nton, il est merveilleux. Les noirs en sont superbes et les reflets de cuivre\njustement attrapés. Cela sent le pétrole ; cela est dans l'air, cela est en­\nveloppé, cela plonge dans un bain de réalité entière; c'est pénétrant, subju­\nguant, supérieurement interprété et senti. Cela est chef-d'œuvre ou peu s'en\nfaut.\n   — FINCH est moins bien représenté que son ami. Il serait inopportun de le\njuger d'après le présent envoi.\n   Pourtant, tout comme Ensor, il témoigne d'une vigoureuse audace et lui\naussi luttera loin de tout compromis abêtissant et vil, contre la « vacherie »\nartistique. Les snobs lui lanceront des pierres. Eh bien! Tant mieux !\n   J'admire beaucoup son Soleil d'Octobre traité en bonne lumière apâlie et fa­\nnée qui enveloppe les choses de caresses tristes. L'impression est juste et\nforte.\n    Les autres tableautins intéressent à titres divers, et partout en découvrent\nde grands soucis de sincérité et de vie.\n    — DARIO DE REGOYOS. Avec lui je me mets carrément à l'aise. Il sait\ncombien j'ai fière estime de son talent et combien sa nature me paraît\ntraversée et bourrée d'art. Il a un fond superbe — mais !\n    Paresseux? il l'est, en bon Espagnol qui se respecte; ignorant, il l'est aussi.\nL'acquis, chose que tant de jeunes parmi nos peintres ont en trop — lui ne\nl'a pas. il en est pauvre jusqu'à tréfond. Il se contente d'un art sommaire au\npossible, il ne dessine pas, il ne creuse pas, il ne pioche pas. Quatre coups de\npinceau — et son tableau lui paraît à point. Sa Récolte du maïs semble fait avec\ndes allumettes, sans soin aucun, sous la jambe. Quant à sa Scène de cabaret,\nquoi qu'il ait fait pour la rendre grotesque, un crâne caractère artistique y\ntransparaît. Elle nous dit où Regoyos est capable d'atteindre. Il y a là des types\nsuperbes, croqués avec une patte et une intuition de grand artiste. Regoyos\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3769, "texte": "                                            —     199    —\n\n devrait se résoudre à ne travailler, pendant une a n n é e , que le m o r c e a u , et à\n serrer de très près son travail. Il lui faudrait u n r e c o m m e n c e m e n t d'études,\n u n e discipline rude et constante. Il est t r o p riche de t e m p é r a m e n t pour\n  n'aboutir qu'à des œ u v r e s en deux temps et trois m o u v e m e n t s .\n      — T H É O VAN RYSSELBERGHE est le chef du petit clan de peintres établis à\n  Knocke, et dont Regoyos, W y t s m a n , Charlet et Schlobach font p a r t i e .\n      E n été, ils se réunissent, menant la vie de plein air, piochant d'arrache-pied,\n  et c'est de Knocke que sont datés leurs plus belles toiles.\n      Le Soir et En West Flandre ont été exposés à Gand ; nous eu avons parlé. Il\n  est d o m m a g e que les tableaux envoyés p a r Van Rysselberghe actuellement au\n  Maroc ne soient pas arrivés à t e m p s . P a r m i les jeunes, il est certes le plus\n  beau p e i n t r e , et sa palette doit s'irradier, l à - b a s , de soleil et de l u m i è r e .\n      — FRANTZ CHARLET, é g a l e m e n t à T a n g e r , n'a exposé q u ' u n e seule œuvre\n  inédite : Le Portrait.                 L ' a u t r e , l' Enterrement qui passe, a été loué dans notre\n  compte rendu du dernier salon triennal. Le portrait ne plaît que m é d i o c r e ­\n  ment : il est d'une tonalité trop sèche, trop c o m m u n e ; l'ensemble m a n q u e de\n  g o û t , d ' a r r a n g e m e n t . Verhas nous a accoutumé à u n e peinture enfantine, toute\n  de grâce facile, b i b e l o t e u s e , agaçante, sans caractère. Charlet n'y aboutit pas\n  e n c o r e , mais il est peut-être sur la route qui y conduit. P o u r Dieu ! qu'il s'ar­\n  rête. Au s u r p l u s , son splendide Enterrement qui passe est là p o u r dissiper une\n  crainte exagérée et hâtive.\n       — RODOPLHE WYTSMAN, l u i , vogue en plein progrès. Les Fleurs, une toile\n  d'une grande lumière et d'une sérieuse exécution. Le sol est solide, l'air\n  vibrant, les plans bien établis, et, p a r dessus tout, l'âme du pays W e s t - i l a m a n d\n  flotte dans cette a t m o s p h è r e , habite ce paysage, vivifie ces d u n e s , ce ciel, ces\n  a r b r e s , ces h e r b e s , ces floraisons. Q u i connaît le pays y retrouve toutes les\n  impressions reçues là-bas, au roulant air de la côte, dans les journées claires\n  d'été. La Mare est légèrement m o u . Q u a n t à La Ferme, sans offrir les mêmes\n  qualités que les Fleurs, on peut la ranger n é a n m o i n s p a r m i les bonnes toiles\n. du p e i n t r e , allumées à la façade de son œ u v r e et jetant fier éclat.\n       — W I L L Y SHLOBACH, le plus jeune des « Knockiens », est le plus t r i o m p h a n t\n  d'eux tous à cette h e u r e . Son exposition est en effet u n succès net et incontesté.\n  De ses cinq tableaux les Braconniers é m e r g e n t c o m m e chose s u p e r b e . L e u r\n  silhouette est saisie de b o n n e m a i n , la ligne de la dune et le fond m a r i n leur\n  d o n n e n t une g r a n d e u r et u n relief presque g r a n d i o s e . Ils sont dans l'air,\n  construits avec u n dessin i r r é p r o c h a b l e , solides, campés et carrés en pleine\n  vie, inoubliables p o u r qui les a examinés, fût-ce entre deux coups de chapeau.\n   Ils tiennent de l'œuvre g r a n d e , je dirais volontiers définitive.\n    La Barque et la Haute abandonnée sont du déjà vu. Elles ont figuré au cata­\n logue, à Gand. l'Effel de /une a de larges et puissantes parties, mais l'ensemble,\n surtout le ciel est u n tantinet r o m a n t i q u e , et le terrain m a n q u e de solidité. La\n tonalité, par c o n t r e , ne laisse rien à souhaiter.\n    Au r é s u m é , W i l l y Shlobach se révèle c o m m e un grand paysagiste d'avenir,\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2947, "texte": "                                   —   200\n\nsolide de principes, habile de brosse et de faire, vigoureux et harmonieux de\ncoloris.\n   Anvers est pauvrement représenté.\n   — SIMONS s'attarde à la peinture d'antan,avec ses luisants et ses pâtes noires,\nsa facture molle, ses tons morts. Son grand tableau laisse froid. Son Coin du\nfeu, tout en terre glaise, agace l'œil de sa tache sale de lumière, plaquée au\ncentre, Réverie a des apparences photographiques et pourrait illustrer une\nromance.\n   — VERHAERT voisine avec les peintres allemands, il fait bon ménage avec Bo-\nkelman. avec de Fregger, et je gage qu'il ne déteste pas Lieberman, même\nquand ce dernier fait médiocre comme dans le Tisserand et le Concert de\nMunich.\n   Sa Cour de cabaret flamand a été analysée ici. Ses Joueurs de quilles relui­\nsent d'une couleur juteuse et commune. Retour de voyage et Joueurs de quilles\nsont passables, mais toute cette peinture contrarie, ennuie, s'attarde dans la\nrépétition et la redite; elle n'ouvre pas sur l'avenir, elle manque de largeur,\nelle est à côté des nouvelles tendances et des modernes audaces. Le talent de\nM. Verhaert se raccornit à traiter ces brimborions de sujets. Qu'il revienne à\nsa franchise et à sa vigueur d'antan qui l'ont poussé à faire sa Marchanda de\npoisson du musée d'Anvers où sa brosse, toute emportée, brûlait la toile de\ntons éclatants et superbes.\n   — VERSTRAETE est surtout poète. Son talent se plaît dans une évocation de\nclair de lune, drapé d'atmosphère brouillardeuse et bleuâtre et de prairie\nmélancolique et silencieuse, pleine de tristesse vespérale, où passe, rentrant à\nl'étable, la procession blanche des bœufs solennels. Peu de variété dans le\nsujet et dans la peinture qui parfois faiblit jusqu'à la décoloration, ou s'égare\njusqu'à rappeler les couchants de jour des chromolithographies.\n   L'œuvre la meilleure me semble être celle qui occupe le centre. Les per­\nsonnages qui étoffent le paysage sont sincèrement et austèrement traités. Il\nfallait de l'audace pour se risquer dans l'entreprise d'un tel avant-plan, forcé­\nment ingrat et de sérieuse difficulté avec ses têtards moussus dans le terrain\nchocolat.\n   Les autres toiles font rêver d'idylle ; elles sont d'un romantisme doux et\nvague où les acteurs sont paysan et paysanne, vacher et vachère, mais il\nleur manque précisément cette rusticité vraie, sortant toute vive de terre,\ncomme une plante grasse des labours gras, et qui n'a rien de commun avec la\nsentimentalité paul-et-virginienne que les amoureux de Verstraete effeuillent\nensemble, du bout des lèvres, comme on effeuille des marguerites du bout des\ndoigts. L'artiste manque essentiellement de caractère et de force pour empoigner\nles scènes flamandes.\n    — VANAISE, qui touche Verstraete du coude, étale trois tableaux dont deux\nont figuré à Gand et ont été analysés dans notre numéro d'octobre. La Bac-\nchante, travail consciencieux, mais est-ce bien de la chair? n'est-ce pas\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3129, "texte": "                                        201\n\n de la terre cuite? Au reste, le dessin y est parfait, rigide, serré. Vanaise pos­\n sède son métier, travaille d'arrache-pied, réussira — mais l'œuvre décisive n'est\n point encore sortie entière Heureusement, St-Liévin en Flandre la fait presager.\n   — DELVIN, autre Gantois, était plus heureux au dernier Salon. Son Sportsman\navait crâne allure et grande distinction.\n    Le Pécheur de crevettes, actuellement exposé aux XX, est d'un aspect trop\ndécoratif; les proportions énormes de la toile nuisent au sujet. Le ciel a de\nbelles parties, mais dans la marine il y a je ne sais quoi de factice qui déplaît\net détourne de la grande impression qu'on devrait ressentir.\n   Je préfère l'étude : La Campine ; il s'y rencontre de la solidité, de beaux\ntons trouvés et sûrs, de prestes coups de brosse accusant une main décidée et\nfranche.\n    — GOETHAELS est préoccupé des misères et des pauvretés. Il veut être tout\nsentiment; il tente, à la suite de Degroux, de nous intéresser aux souffrants\netaux écrasés de la vie. C'est, au vrai, un noble but, mais plus noble serait, j'ose\ncroire, le but unique de bien peindre et de faire de l'art, simplement. Pour\nles plus difficiles, j'incline qu'ils s'en contenteraient. D'ailleurs à trop vouloir\napitoyer on risque d'accoucher du Viatique, toile médiocre et tranchons net,\nmauvaise.\n   A la parle d'an maitre de pauvres me paraît, par contre, une très sérieuse\net très intéressante page. La scène est d'un groupement et d'une étude par­\nfaites; elle émeut réellement, elle n'a rien que de vrai et de senti. Peut-être\nle faire est-il un tantinet sec, la couleur légèrement monotone, la tonalité\ndure. Goethaels y témoigne néanmoins d'un très notable progrès.\n   La Dentelière est ratée. Quand au Portrait, je laisse à des voix plus auto­\nrisées que la mienne (!) d'en publier les louanges.\n   — VAN STRYDONCK est des forts; il a une personnalité déjà adulte. Il voit bien\net exécute avec sûreté. Ses deux portraits, surtout celui de la vieille dame, est\nd'une belle vie et d'un beau modelé. L'autre pêche par quelques détails. Les\nmains, par exemple, sont d'un style gauche et pâteux.\n    Les Choux et le Potager sont des toiles de première marque. Les fonds\nexquis, la couleur solide et de grande distinction. Les légumes surtout appa­\nraissent avec des tons riches et appliqués de main de grand artiste.\n   — KHNOPFF. C'est de lui qu'on conserve la plus hantante idée, en quittant\nle salon des XX. Il se révèle le plus solidement taillé pour porter haut son\nœuvre, pour la tenir au-dessus de toute banalité, pour la pousser le plus loin\ndans les chemins nouveaux. Son art est tout de volonté, il s'étale solennel, hiéra­\ntique, traversé par une influence gothique des vieux et suprêmes maîtres. Il\nen sort du recueillement et de la grandeur, une conviction entière, une ténacité\nacharnée, une science et une inspiration marchant de pair, à pas égaux, vers\nles sommets. Khnopff est le plus penseur, le plus analyseur, le plus fouilleur des\nXX. Le temps est loin où on lui jetait en gaminant sa Crise à la tète.\nC'était jeu de gens spirituels.\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2666, "texte": "                                    —   202   —\n\n\n     J'ai déjà apprécié son Garde qui attend; ses Portraits, surtout celui de\n l'Enfant, sont conduits et achevés avec la minutie profonde qu'il met en tout\nce qu'il fait.\n    Mais passons au superbe fusain qui fait le centre de son exposition.\n    D'après Flaubert, malgré les piaillements qu'il suscite, est une page de pre­\n mière importance.\n    Certes, elle rappelle les conceptions de Gustave Moreau. Mais après?\n    Après ? Elle n'en reste pas moins une des plus saisissantes œuvres que\nje connaisse, elle est d'un art suprême, elle inquiète, elle donne une impres­\nsion insecouable comme une vision biblique, comme un drame sacré, comme\nune orestie grecque. Il faut avoir lu le Gautier du Roman de la momie, le\nHugo de la Légende des sièclesetsurtout le Flaubert de La Tentation de St. An-\ntoine, de Hérodiade et de Salammbò, pour apprécier à quel échelon de poésie\népique l'artiste, grâce à cette page, est monté.\n    Quoi d'étonnant après cela, que l'on ne comprenne point ! A peine connaît-\non Gautier; Hugo et Flaubert de nom.\n    D'après Flaubert est l'évocation de tout un Orient hiératique et grandiose,\nL'apparition dorée et comme habillée de soleil, fait rêver aux reines et aux\ndéesses hindoues, à toute la gloire des fulgurences humaines et divines qui tra­\nversent les légendes, expliquent les mythes et règnent dans les mystères religieux.\n    Le visionnaire lui, hirsute, sauvage, rigide d'horreur sacrée, est là comme\nle symbole de l'humanité tournée vers l'inconnu. Ce corps émacié, cette tête\nsuperbe, ce torse, cette chevelure et ces yeux concentrent en eux toutes les\ninquiétudes, toutes les austérités, toutes les souffrances, tous les doutes, toutes\nles tentations de la chair martyrisée par l'invisible, par le songe, par les ter­\nreurs, par les affres de l'âme et de l'esprit. L'œuvre est du grand art et\nmériterait une bordée de louanges au lieu des haussements d'épaules qu'elle\nsoulève sous les gros paletots fourrés des visiteurs ébaubis\n                                                          EMILE VERHAEREN.\n  N. B. Le second article sur les XX, qui paraîtra dans notre prochain\nnuméro, sera consacré aux trois sculpteurs ACHILLE CHAINAYE, PAUL DUBOIS,\net JEF LAMBEAUX, ainsi qu'aux œuvres des artistes étrangers qu'on a eu l'heu­\nreuse idée d'inviter à l'exposition Notre critique d'art s'abstiendra d'y parler,\ncomme l'ont fait deux journaux importants de notre très consciencieuse presse,\nde l'œuvre de M. Thomas Vinçotte qui ne figure... qu'au catalogue !\n                                                                      J. B.\n                                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 202, "page_fin": 203, "titre_corps": "Exposition de M. 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Les\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1410, "texte": "                                   —   203\n\nsujets, une barque sur une plage, une maison fraîche à volets verts, au bord\nd'une route, une mare bordée de saules avec un petit bonhomme à la gouache.\n   Aujourd'hui ce n'est plus cela du tout et, disons-le, heureusement.\n   Sans suivre les Hollandais, les Mauve, Maris, Mesdag, qui poussent l'aqua­\nrelle jusqu'au tableau, ni se mésallier aux Italiens qui en font de la tapisserie,\noù le soin de l'exécution aboutit à la mièvrerie, à l'affadissement, au travail à la\nloupe, M. Stacquet, grâce à un incontestable progrès de facture et de coloris,\nse carre dans le vrai domaine de l'art qu'il cultive, et conquiert là une réelle\nmaîtrise.\n   Telles d'œuvres : Bateaux de pêche alignés le long d'une estacade ; Houle-\ntard du Nord tu d'un deuxième étage ; Moulin dominant un champ de blé fauché,\nme semblent très remarquablement et très solidement réussis.\n   Autrefois, l'artiste faisait un tout d'un rien ; ce qu'on appelle en littérature\nbâtir une pièce sur une tête d'épingle. Pour les goûts aisément satisfaits, ce\npouvait être un idéal, mais pour ceux qui désirent un beau corps sous la robe,\nde la vraie farine de seigle dans le pain, et non pas de la viande creuse,\n M. Stacquet n'était pas précisément le meilleur aquarelliste qui fût.\n    Mais tout change, et l'artiste est en voie de le devenir.... en Belgique.\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 203, "page_fin": 203, "titre_corps": "Exposition Roelofs au Cercle artistique et littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "EXPOSITION ROELOFS", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 222, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 1442, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "EXPOSITION ROELOFS\n\n                     AU CERCLE ARTISTIQUE E T     LITTÉRAIRE.\n\n\n    Le talent du vieux peintre Roelofs est encore là, qui s'affirme ferme et vi­\ngoureux comme aux jours de jeunesse, avec sa crudité un peu entière, sa bru­\ntalité un peu outrée. Pourtant qu'importe!\n   Quand l'âge affadit tant de natures artistiques et qu'il émascule même des\npeintres non encore cinquantenaires, on ne peut se tenir de longuement ap­\nplaudir à ces œuvres mâles, riches, superbes. Il y a là des ciels — où\ncourt toute une débandade de nuages cabrés — dignes de Boulanger: des mares\nd'une eau profonde qu'on ne pourrait mieux traiter ; des vaches construites\nen belle couleur et avec une sûreté et une solidité de main prestigieuses.\n   La plupart des toiles exposées sont des études. Tant mieux. Pour un vrai ar­\ntiste, l'étude intéresse plus que le tableau. 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Entre la Symphonie de Meyerbeer\n (Struensée) et la Virtuosité d'Andrieck, (un Slave médiocre) — Raway, nous\n présentait sa nouvelle œuvre. Nous y étions allé, les oreilles nous tintinnabu­\n lant encore du grand succès des Scènes indoues ; les Adieux ont mis une\nimpression de glace sur notre enthousiasme naïvement préconçu. Adieux,\ndésespoir, retour, j'avoue sincèrement n'avoir pas suffisamment compris à\nl'indication de ces trois idées vagues, le sujet de cette musique très abstraite\net métaphysique On y sent une manière originale, volontaire mais énergique;\nune couleur spéciale, un peu sombre, un peu dure, une patte serrée nerveuse\nqui n'est pas d'un élève.\n                                        ***\n    Le VI. — A Louvain, le premier concert de l'éccle de musique dirigé par\nEmile Mathieu avec le concours de M11e Antonia Kufferath, de MM. Alexandre\nCornélis, François et Van Leuvv et du cercle choral des anciennes élèves de\n'école. Nous regrettons d'en avoir été informé trop tard pour y assister.\n\n    Le 31. — A la salle Marugg, Heuschling a réuni nombreuse chambrée et\nfoule de menottes prêtes à claquer pour lui, auquel sont venus en si peu de\ntemps la vogue et le succès. C'est qu'il possède cet organe sympathique du\nbaryton développé au plein médium de la voix humaine et dont s'émettent des\nsons chauds et vibrants. A ces auditions intimes, son talent moderniste le\nconduit de préférence aux aquarelles mélodiques des Bizet, Delibes, Massenet...\nCes brimborions charmants flattent le public ainsi qu'une caresse, quand on y\nmet le ton juste et l'émotion sincère d'Heuschling ; mais ses cordes sonnantes\nfont craquer le cadre de la petite poésie. Sa voix ample le porte à de plus\namples sujets où elle puisse se développer plus librement. C'est, pour ainsi\ndire, une voix scénique qui devrait se tailler au théâtre une superbe carrière.\n   A lui, s'étaient joints avec M. Massage comme accompagnateur,\n Mlle Verheyden et M. Jehin-Prume. 1-e violoniste a joué quelques compositions,\n parfois un peu vieillottes, avec cette expression de phrase et de style qui\ncharment.\n   M1le Verheyden, drapée, gantée, panachée de bleu, ce soir-là plus gracieuse\nque toujours, devrait, au contraire d'Heuschling, aborder la mélodie et susurrer\nde sa petite bouche en cœur de tourterelle, les poèmuscules français. On ne\n"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3098, "texte": "                                  —   205\n\npardonne pas à un aussi joli minois de dégringoler dans la mécanique à rou­\nlades et de vocaliser de l'italien, quand il pourrait chanter du français, tout\nsimplement, tout gentiment comme il est.\n                                        ***\n    Le même soir avait lieu à Anvers la première de Pedro de Zalaméa de\nGodard dont on a dit qu'il était depuis Carmen le plus délicieux opéra-comique\nfrançais que fût. Comme l'a dit l'Art Moderne, « ce nouveau venu, dont quel­\nques compositions de petite envergure avaient fait pressentir les mérites,\nvient d'affirmer un véritable tempérament de symphoniste. Si l'instinct de la\nscène n'est pas encore entièrement développé chez le très jeune compositeur,\n si certaines parties de son œuvre semblent plutôt faites en vue d'une audition\n dans une salle de concerts que pour être enchâssées dans un drame lyrique, si,\nen un mot, l'optique du théâtre n'est pas définitivement acquise, en revanche,\n la partition, depuis l'introduction jusqu'à la chute du rideau sur le quatrième\nacte, est merveilleusement conduite, d'une irréprochable distinction de lignes,\n d'une finesse d'instrumentation qui en rend, pour des oreilles délicates, l'audi­\ntion des plus intéressantes, même dans les conditions imparfaites où elle a été\n interprétée par le théâtre d'Anvers.\n    Ce que j'aime dans Benjamin Godard, c'est qu'il ne cherche jamais à sortir\n de sa nature, à emprunter à autrui des effets incompatibles avec le génie de sa\n race. Sa partition est française, bien française, dans sa coupe, dans l'allure\nprimesautière et pimpante de ses morceaux, dans ses phrases mélodiques, dans\nson essence. »\n\n   A Anvers. — On espère Rubinstein pour diriger l'exécution de l'oratorio\nLa tour de Babel; il a officieusement accepté. C'est une question de réalisation\nmatérielle.\n                                        ***\n   L'Association des artistes musiciens fondée sous le patronage de Gounod,\nprojette un concert Gounod; puis un 2e où l'on exécuterait la Symphonie funèbre\nd'Huberti et le Concerto de flûte de Benoit.\n\n   Sous ce titre : Tablettes du musicien, la maison Schott frères vient de\npublier un petit annuaire qui s'adresse à la fois aux musiciens de profession et\naux amateurs de musique. Il contient un calendrier-éphémérides donnant pour\nchaque jour de l'année les événements artistiques qui y correspondent, date de\nnaissance ou jourmortuaire des artistes célèbres, première représentation d'ou­\nvrages de maîtres; Intéressant répertoire où chacun peut aisément puiser des\nrenseignements utiles. Ce calendrier éphémérides est suivi de notes et rensei-\ngnements sur les institutions musicales du pays et de l'étranger avec un grand\nnombre d'adresses de musiciens en Belgique, en France eten Allemagne. Enfin,\nil contient le nécrologe musical de l'année, une notice biographique sur\n Wagner et sa famille, et un petit dictionnaire des locutions étrangères les\n plus usitées en musique. Cette compilation (un joli volume de 250 pages, d'un\n                                                                         15\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 477, "texte": "                                     206\n\nformat commode, ornée d'un bon portrait de Wagner, remplit une lacune\ndans la série des annuaires spéciaux. (Prix : 2 fr. 2 5).\n                                       ***\n  Nos lecteurs comprendront que nous ne parlions pas de Sigurd; ce n'est plus\nune nouveauté et en faire une étude aujourd'hui serait de l'ennuyeux réchauffé.\n                                                                NlEMAND.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 206, "page_fin": 212, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO SIRET", "ancre_fin": "NEMO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 225, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 477, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "MEMENTO\nSIRET-GERVAIS-BUDGÉTIVORE. — Contes de Minuit par EMILE VERHAIREN (collec­\n  tion de la Jeune Belgique). Dessin de THÉO VAN RYSSELBERGHE. Une pla­\n  quette. Bruxelles J. FINK, éditeur, 1 fr. 50. — Droit de réponse. —\n  Conférence de Georges Rodenbach. — Nécrologie. — Georges Khnopff. —\n  Bruxelles rigole !.. — Buste Conscience — Greta Friedmann. — La joie de\n  vicie, par Emile Zola. — Noël héroïque, par Martial Ténéo. — Théâtre. —\n  Gaffe blonde. — Conférence de M. Edmond Picard aux XX. — Conféren­\n  ces suivantes.\n\n\n\n             AIMABLE vieillard,\n                    Permettez moi ce vocable, cher Directeur, dont vous a si\n               « justement gratifié M. l'avocat Picard que vous empêchez,\n« paraît-il, de dormir. Oui, permettez-moi ce vocable qui grâce à ce farouche\n« intransigeant politique, artistique et littéraire, va devenir l'étiquette de\n« votre personnalité sur la fin d'une longue, laborieuse et utile carrière   »\n   Ainsi débute, dans le Journal des Beaux-Arts, l'article sur l'exposition\nde l'Essor adressé sous forme de lettre à M. SIRET par M. PIERRE GERVAIS.\n   Nos lecteurs trouveront peut-être piquant d'apprendre, après avoir dégusté\nce petit éloge de début, que c'est M. Siret lui-même qui se l'adresse, par\nl'auto-plume de son pseudonyme Gervais. Oh ! aimable vieillard ! que voilà de\npetitesse pour un grand académicien, deux fois subsidié !\n   Car La Jeune Belgique n'a pas encore raconté l'amusante polémique de\nl'Art Moderne avec le Journal des Beaux-Arts. C'est instructif et amusant.\n   Donc, l'Art Moderne, un beau matin, se permet de demander à M. Siret si\nson journal est budgétivore et, si oui, de quel droit.\n   « Non, nous ne sommes pas subsidiés par le gouvernement, répond M. Siret.\nMais il ajoute : 10 Le gouvernement souscrit à un certain nombre d'exem­\nplaires. 2° Il nous donne 1600 francs pour encourager nos concours !!!\n   Donc vous émargez ? et nous demandons pourquoi au ministre que cela\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2971, "texte": "                                  — 207 —\n\nregarde? Cela ennuie M. Siret. Que nous fassions une petite interpellation par\nla voix d'un de nos amis, et le Journal des Beaux-Arts se voit les vivres coupées.\nNous la ferons, cher monsieur, nous la ferons, ne fût-ce que pour supprimer\nces concours de gravures médiocres que vous lancez chaque année dans le\nmonde des gobards à qui vous faites avaler des pochades pour des œuvres\nd'art. Cela vous rendra peut-être plus prudent, aimable vieillard, et plus mo­\n deste, aimable vieillard.\n                                         ***\n         La Jeune Belgique vient de lancer la troisième plaquette de sa collec­\n         tion : Contes de Minuit, par notre ami et rédacteur Emile Verhaeren.\n          Les amateurs de virtuosités littéraires y trouveront une profonde\ndélectation. Le poète des Flamandes, en effet, y fait parler la matière avec\nune étonnante vigueur. Le réveil des choses inertes évoquées, les rondes\nnocturnes, les fantasmagories trouventsous sa plume un relief bizarre et évocatif,\ndont le Noël blanc, — un des trois contes et le meilleur — nous semble être\nle plus parfait effort. Ce Noël blanc est bien blanc, et, par une rouerie de\npeintre, M. Verhaeren a complété la blancheur de sa toile par la tache\nnoire qu'il y met d'un coup de pouce habile. Ce n'est que de la virtuosité, rien\nde plus, comme un essai descriptif nouveau, qui plaira surtout à ceux qui\nvoient, qui ont l'œil, et saisissent la valeur des tons. Ils y trouveront aussi un\nVerhaeren inconnu, dans ce Noël blanc surtout, où, abandonnant le rouge vif\nde ses truandailles, il semble vouloir reposer sa vue sur la pureté moelleuse\nd'une neige immaculée. Le jeune peintre, un des XX, M. Théo Van Ryssel-\nberghe, a illustré le volume d'un remarquable dessin, très fini et très vigoureux\nen même temps, qui fait de l'œuvrette de notre ami une plaquette des plus\nartistiques que tous les bibliophiles se disputeront.\n                                         ***\n   Nous avons reçu récemment la visite de M. Gibrac qui nous a prié de d é ­\nmentir ce que nous avons dit dans notre article « La seconde à l'Office de\nPublicité)): à savoir qu'il estréfugié français. Renseignements pris, nous avons,\nparaît-il, commis une erreur que nous nous empressons de rectifier,\nM. Gibrac, d'ailleurs, nous ayant donné sa parole que l'article violemment\nattaqué par nous n'était pas dirigé contre M. Max Waller, mais contre une\nautre personne qu'il ne nous a pas nommée mais qui s'y est reconnue, l'affaire est\njugée; satisfaction est donnée de part et d'autre.\n  Cela fait, voici la lettre — droit de réponse — que M. Camille Gibrac a cru\ndevoir nous adresser après sa visite. Cette lettre était inutile :\n                                              Bruxelles, le 22 janvier 1884.\n     « A M. Max Waller, directeur de la Jeune       Belgique.\n                  MONSIEUR,\n\n  Toute réflexion faite, je préfère user du droit de réponse, que vous m'avez\nreconnu.\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2922, "texte": "                                    —    208     —\n\n    Néanmoins, ma réponse sera courte ; elle sera courtoise aussi, quoique le\nprocédé de polémique employé par vous contre moi soit de nature à rendre\ntoutes représailles légitimes.\n    Donc, je ne suis pas un réfugié, — ni même un pédicure. Vous l'avez\nreconnu très suffisamment, attendu que vous avez jugé superflue la preuve de\nma parfaite honorabilité que j'offrais de produire (1)\n    Là-dessus le débat est clos, et je pourrais finir ma lettre ici.\n    Je veux cependant vous donner un conseil :\n    Dorénavant, n'accueillez plus si facilement ces bruits équivoques et per­\n fides que certains adversaires, plus criminels cent fois qu'un vulgaire assassin,\n lancent contre des hommes qui n'ont eu peut-être d'autre tort que de n'avoir\n pas consenti à faire acte de vasselage devant eux.\n    En vous priant d insérer cette réponse à la place où a paru l'attaque, je\n  vous assure de toute ma considération.\n                                                     CAMILLE GIBRAC   »\n                                        ***\n   Tous les journaux, qui semblent revenir pour les jeunes Belgique à plus de\nsympathie et d'intérêt, ayant rendu compte de la conférence donnée le 15 janvier\nau « Cercle artistique et littéraire » par notre ami et confrère Georges Roden­\nbach, nous n'en parlerons que pour mémoire.\n   Le poète des mièvreries modernes y a lu de nombreuses pièces de son pro­\nchain volume, l'Hiver mondain, parmi lesquelles les adorables Strophes blondes\nque nous publions aujourd'hui. Il y a, de plus, et avec une rare énergie, reven­\ndiqué le droit des jeunes au succès et à l'estime de notre pays. Cette confé­\nrence est une victoire sérieuse pour la Jeune Belgique. La glace d'indifférence\nest rompue, et qui sait, le jour n'est peut-être pas loin du renouveau et du\nsuccès. Nous ne parlons pas de L'Echo du Parlement, l'ancien organe de feu\n L. H., qui a vidé sa poche à fiel sur M. Rodenbach avec un entrain remar­\n quable. Il s'est senti mordu par certains mots de notre confrère et il aboie.\n C'est trop naturel.\n                                           ***\n\n    Notre collaborateur, M. F . Nautet, vient d'avoir la douleur de perdre son\n père, M. G. Nautet-Hans, mort à Verviers, le 21 janvier dernier, dans sa\n 82' année.\n    M. G. Nautet, membre de l'Institut archéologique liégeois, appartient aux\n Lettres par un ouvrage en 3 volumes, aujourd'hui très rare et très recherché,\n de Notices historiques sur le pays de Liège. Il laisse inédit un \"Recueil de sou-\n venirs se rattachant à l'histoire de la ville de Verviers.\n    M. Nautet a joué autrefois un rôle politique assez important. Il déclina à\n plusieurs reprises des offres pressantes de candidature. C'était un modeste qui\n fut bientôt dégoûté des vaines agitations politiques et leur préféra les calmes\n jouissances de l'étude.\n\n   (I) Mais que ne nous avons recherchée après réflexion.\n"}, {"page_pdf": 228, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2976, "texte": "                                  — 209 —\n\n\n   Notre collaborateur et ami Georges Khnopff prépare pour l'hiver prochain\nquatre volumes, dont un seul de prose, qui paraîtront simultanément. Voici\nquels en sont les titres: I. LES RÊVES, poésies. 2. LA VIE, (I Sérénité.\nII Spleen III Désolation. IV Suicide) poésies. 3. L'IMPASSIBILITÉ DOULOUREUSE\nDES CHOSES, poésies. 4. NOUVELLES IRONIQUES.\n                                       ***\n   Plusieurs étudiants Roumains ont cru voir dans le roman de M. Nizet\nBruxelles rigole!. des attaques personnelles. Nous nous empressons de cons­\ntater qu'il n'en est rien. M. Nizet est trop artiste pour avoir songé à faire de\nson livre une œuvre de scandale ; ses types il les a recréés et mis à la forme de\nson réel talent et personne n'a le droit ni le prétexte de se reconnaître\ndans Bruxelles rigole! ...\n                                       ***\n   L'éditeur Arthur Boitte vient de mettre en vente un buste en plâtre de\nHenri Conscience, dû à un intelligent sculpteur, et que nous recommandons\naux maisons d'éducation. Peu artistique, surtout lorsqu'on se rappelle\nl'œuvre admirable de Jef Lambeaux, mais très ressemblant au dire de la fa­\nmille de notre vénéré romancier flamand défunt, ce buste, d'un prix modique,\nmérite d'être répandu, ne fût-ce que pour rappeler le souvenir — qui sera un\nexemple rare — d'un écrivain belge acclamé de son vivant par ses con­\ncitoyens, dans son propre pays.\n                                       ***\n   M. Max Waller, le directeur de notre revue, prépare en ce moment un ro­\n man de longue haleine intitulé définitivement: Greta Friedmann. Nous en\n donnerons quelques extraits avant son apparition.\n                                       ***\n         Gil Blas vient d'achever la publication de la Joie de vivre, qui for­\n          mera le onzième volume de la série des Rougon-Macquart. C'a été\n          une désillusion. Sauf quelques rares chapitres bien venus, cette œuvre\ntout-à-fait décousue, est absolument inférieure. Exagérant la forme sobre mais\npuissante qui lui a si bien réussi dans Pot-Bouille et le Bonheur des Dames,\nM. Zola en est arrivé à confondre simplicité avec banalité et à écrire dans un\nstyle incolore, sans imprévu et sans accent. Quel mauvais souffle a donc\npassé sur la fournaise de Médan pour qu'elle nous paraisse à ce point éteinte?\n   Question de forme à part, il n'est pas difficile de déterminer les causes qui\nfont de la Joie de vivre l'œuvre la plus médiocre d'Emile Zola. On lui a tant\nreproché son manque d'observation psychologique qu'il a voulu donner un dé­\nmenti à ses juges. Tout d'abord il a lu Schopenhauer et il en a retenu surtout\nla théorie sur l'Amour et celle sur le Néant. La première, il l'a parfaitement\ncomprise parce qu'elle est entièrement basée sur l'influence physiologique dont\nM. Zola possède si intimement le sens. Aussi triomphe-t-il dans les courtes\nscènes, chastes d'ailleurs, où il analyse l'éveil des désirs dans l'âme de son hé-\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3337, "texte": "                                        210\n\n\nroïne. Quant à la seconde, la plus développée, elle est absolument ratée. Ce\nn'était vraiment pas la peine de nous donner un pareil pendant au de Werther\nGœthe. Ce Lazare Chameau qui redoute la mort autant qu'il déteste la vie, ne\nvit pas, n'existe pas, ou tout au moins forme une de ces exceptions qui ne\nprouvent rien tant elles sont exceptions... Artistiquement, le type n'a plus\nde valeur ; les choses exceptionnelles ne sont attrayantes qu'à cette condition\nd'être pittoresques. Tout ce qui est étrange ne vaut pas par soi-même, il faut\nsavoir choisir les cas vraiment curieux. Même au point de vue scientifique, je\ndoute fort que le cerveau déséquilibré de Lazare offre quelque intérêt. Encore\ny avait-il dans cette lutte entre l'instinct naturel qui pousse la bête à vivre et\nles rancœurs de l'âme qui lui conseillent de mourir le sujet d'une superbe\nanalyse que M. Zola n'a pas faite.\n    Pauline Quenu sert d'opposition à la figure peu humaine de Lazare. Autant\ncelui-ci défaille à la moindre secousse, se désespère, se rebute devant le moin­\ndre obstacle, autant Pauline est courageuse. Elle trouve la joie de vivre dans\nl'abnégation, le dévouement et le devoir. Tout lui rate à cette pauvre et belle\nfille dont on abîme le cœur autant que la bourse. Et elle demeure souriante,\nbonne, devouée, inaltérablement, parce qu'elle trouve dans sa petite tête rai­\nsonnable remède à tout.\n    Il y a toute une philosophie dans ce personnage dont certains côtés sont bien\ntraités. Mais je veux croire que M. Zola n'a pas songé à lui faire prouver quel­\nque chose. L'exemple de Pauline demeure fort aléatoire, car elle a des rêves\nbien médiocres, cette brave fille, et les désespérés ne trouveront pas dans l'imi­\ntation de ses vertus un peu banales cette joie de vivre qui leur manque. M. Zola\navait autrement défendu sa thèse avec Octave Mouret quand il le montre pui­\nsant dans l'action et l'activité le charme de l'existence. En somme, c'est encore\nle mouvement le grand remède. Se griser de tapage est une façon adroite de ne\npas entendre son cœur se plaindre et d'échapper à soi-même.\n    N'importe, n'est-il pas intéressant de voir celui qu'on a appelé l'ours de\nMédan s'abuser dans des rêves de charité, prêcher les saintes consolations du\nsacrifice et redire la douce maxime du Christ : Aimez-vous les uns les autres ?\n Par ces soucis d'apaisement, de pacification, de fraternité, cette figure un peu\n rude s'éclaire d'un rayon tendre qui la rend plus sympathique. Sous ce révolu­\n tionnaire on trouve un pacificateur qui, s'il a des armes pour blesser, voudrait\n aussi trouver des baumes pour guérir. A bien l'examiner, sa misanthropie est\n plus apparente que réelle. Ses haines sont pour les forts. Il a l'amour des fai­\n bles, ce qui n'est pas d'un vulgaire, et il l'a bien prouvé par Gervaise, par\n Denise, par Josserand ettant d'autres figures qu'il a peintes en s'apitoyant sur\n elles avec une émotion vive quoique dénuée de toute sentimentalité.\n     Il est bien regrettable que, cette fois, l'artiste ait été inférieur à lui-même.\n M. Zola tendrait, paraît-il, à s'équilibrer, ce à quoi nous perdrions peut-être.\n  On a beau dire, l'auteur de Pot-Douille n'est qu'un talent ordinaire, si nous\n  comprenons par ce mot la perfectibilité s'accusant, la mesure, la justesse, le\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "                                      211    —\n\nfini du travail. Par le côté fougueux, excessif, disproportionné de son tem­\npérament, il est génie et il est à souhaiter qu'il le reste en continuant ses\npuissantes études sociales et physiologiques, de préférence aux notations de\nl'âme qui exigent un toucher plus délicat et une moins grande curiosité du\nmonde extérieur. C'est à cette curiosité que M. Zola doit le meilleur de sa for­\ntune. Toutes ses facultés se sont développées par elle. Pour comprendre l'âme\net la décrire, il faut un absorbant commerce intérieur auquel il ne semble pas\ns'être livré jusqu'à présent. Et d'ailleurs, l'étendue du domaine psychologique\nest telle que toute l'activité d'un esprit, uniquement porté vers ce point, ne\nsuffit pas toujours pour saisir les innombrables nuances et les lueurs fugitives\ndes vérités non tangibles. Il n'est donc pas étonnant que M. Zola, physiologiste\nremarquable, se soit montré médiocre psychologue. On ne court pas facile­\nment deux pareils lièvres à la fois.\n                                        ***\n    Signalons un nouveau poème dramatique, un peu gaga, de M. Martial\nTénéo. Nous mettons en garde le sympathique poète contre la tendance qu'il\na de ramasser de vieilles larmes qui ont beaucoup servi. De plus — et ceci est\nune chicane de pion —, Noël a toujours été masculin, ce qui nous fait trouver\nun peu bizarre le titre du poème de M. Ténéo : La Noël héroïque-\n                                        ***\n   Après un essai de Chronique théâtrale que nos lecteurs ont peu goûté, et\nayant constaté qu'une telle chronique prenait trop de place dans nos étroites\npages, nous avons philosophiquement renoncé à cette nouvelle rubrique ma­\nlencontreuse.\n                                       ***\n   Voici le quatrain que nous venons de recevoir sur carte-correspondance,\ndédié : A l'auteur des abracadabrantes « Sensations» publiées dans le dernier nu-\n méro de la Jeune Belgique :\n               Indiscret, j'implore l'adresse\n               De la boulotte aux blonds cheveux\n               Que tu vis, ô mon ténébreux,\n               Donner en gage de tendresse\n               Une très noire et lourde tresse.\n   Que notre ami Sulzberger, auteur de cette distraction, se voile la face et sur\nl'édition définitive de ses exquises et très littéraires Sensations qui, nous l'es­\npérons, paraîtront un jour en volume, la répare d'un coup de plume. Quant à\nM. Albert Grésil qui nous envoie ce billet de caramel, et que nous n'avons pas\nl'honneur de connaître comme écrivain, nous nous contenterons de lui faire\nremarquer que lorsque dans les œuvres d'art on cherche la petite bête, on s'ex­\npose à passer pour... la grande !\n                                         **\n   Un public d'élite, composé de quelques jolies femmes, de littérateurs, de\nmusiciens; de sculpteurs et de peintres et légèrement acidulé par quelques\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3026, "texte": "                                      2 12\n\n chroniqueurs de la petite presse, assistait samedi à la conférence donnée au\n Cercle des XX par M. Edmond Picard.\n    Le conférencier a largement esquissé l'histoire de la peinture en Belgique\n depuis le commencement de ce siècle.\n    Notre renouveau pictural commence à l'exil de David, ce peintre à la fois\nclassique et réaliste dont Navez et Wappers reçurent des leçons très diffé­\nrentes. L'art académique de Navez procède de l'Enlèvement des Sabines, l'art\nplus moderne de Wappers s'inspire de Marat.\n    Avant la révolution de 1830, l'art classique absorbe seul la protection offi­\ncielle. Puis Wappers et son école l'emportent à peu près jusqu'en 1848.\n    Alors, isolément, presque sans se connaître, après ces peintres dont l'œuvre\n n'a plus guère qu'un intérêt historique, méconnus, persécutés, traités de fous\npar les derniers romantiques, surgissent ces artistes de race : Dubois,\nDe Groux, Boulenger. L'art de plus en plus s'attaque aux réalités contempo­\nraines et loin de rester la vision obscure des siècles abolis, devient le miroir\nsplendide de la vie moderne.\n    C'est à eux que se rattache le mouvement des XX.\n    Fondé* en dehors de toute aide officielle, malgré l'hostilité des derniers\nvétérans de l'art académique, la hargne et les gouailleries de certains jour­\nnaux, l'impuissante jalousie de quelques peintres dont le seul grief contre les\nXX est qu'ils ne sont par les XXI, le nouveau cercle affirme sa vitalité par\nune effloraison soudaine de toiles hardies et originales.\n   M. Picard met en relief le danger pour les artistes de viser à l'indépendance,\net la vie béate des barbouilleurs qui se confinent dans des traditions d'école,\net à qui en récompense de leur médiocrité, font ruisseler sur leurs têtes les\nrosées bienfaisantes du budget. A ce propos le conférencier paraphrase avec\nune ironie à l'emporte-pièce la fable de La Fontaine : Le Loup et le Chien.\n    En terminant, l'orateur prédit aux XX une victoire définitive, s'ils conser­\nvent et développent leur originalité savoureuse, s'ils attaquent vaillamment\nnon seulement le décor contemporain mais aussi l'âme contemporaine, et s'ils\nen arrivent à cette facilité de technique qui permet aux grands peintres de\ntraduire leur émotion d'art sans même surveiller leur main.\n    Cette conférence à la fois familière et pathétique, débitée avec la voix hau­\ntaine et vibrante qu'avait M. Picard au banquet Lemonnier, a été très\napplaudie.\n    L'attitude de certains journalistes, au moment où M. Picard traitait notre\ncritique d'art de reportage, de débinage et de bavardage, était superlativement\ndrôlatique.\n    Chacun d'eux regardait son voisin!\n                                         ***\n   Cette conférence sera suivie le samedi 17 d'une conférence de M. Georges\nRodenbach : titre: Les Jeunes Belgique, et le samedi 24 d'une causerie\nd'Albert Giraud sur La petite presse en Belgique. Il y aura des hurlements !\n                                                                   NEMO."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "En vente chez tous les libraires", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 232, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1350, "texte": "En vente chez tous les libraires :\n             COLLECTION DE LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n    CONTES DE MINUIT               PAR\n\n                     EMILE        VERHAEREN.\nUne p l a q u e t t e a r t i s t i q u e o r n é e d ' u n e eau-forte\n                                    DE\n              THÉO     VAN RYSSELBERGHE.\n                           J. F I N K . ÉDITEUR.\n                        PRIX :    1 F R . 5 0 CENT.\n\n\n\n                GIL                BLAS\n                       JOURNAL QUOTIDIEN\n 16, BOULEVARD DES CAPUCINES, 16, PARIS.\n                               PUBLIE\n\n          CHERIE\n              par E D M O N D D E G O N C O U R T\n      U n n u m é r o : 20 centimes. Abonnements: (3 mois): 17 fr.\n                               E n vente partout.\n\n\nLA VIE BÊTE par MAX WALLER. Un vol                4.00.\nLE BAISER par MAX W A L L E R . Un vol            1.50.\nL'AMOUR FANTASQUE par MAX W A L L E R . Un vol. . 0.50.\n\n           POUR PARAITRE                  PROCHAINEMENT\n                                   CHEZ\n\n                 HENRY KISTEMAECKERS :\n\n\n   L'H I VER                             MONDAIN\n                                POESIES DE\n\n                GEORGES  RODENBACH\n        avec un frontispice et trois dessins de\n                JAN V A N B E E R S .\n                            Prix : 5 francs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-02-15-n3-207", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "À tous nos abonnés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A TOUS NOS ABONNES, Notre revue", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 233, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1614, "texte": "A TOUS NOS             ABONNES,\n\n\n   Notre revue, dont le succès croît chaque jour, est\ndevenue l'organe du bon combat littéraire en Belgique.\nParfois violente & brutale, elle ne cesse de brandir le\ndrapeau moderne dont elle s'est fait une arme contre les\nroyautés caduques. Il faut que nos principes se répandent\ndavantage encore, qu'une propagande active s'établisse,\nqu'une ligue se forme. Cette ligue, nous en avons arrêté\ndéfinitivement les conditions ; ceux de nos abonnés qui\ndésirent en faire partie sont priés de demander à nos bureaux\nDIX, QUINZE ou VINGT cartes d'abonnement, qui\nleur seront envoyées portant un numéro d'ordre qui nous\nen indiquera le dépositaire.\n   1° Lorsque DIX cartes seront revenues aux bureaux, re­\nvêtues de noms d'abonnés nouveaux, le dépositaire recevra\nson abonnement gratis pendant un an.\n   2\" Lorsque Q U I N Z E cartes seront revenues, le déposi­\ntaire recevra son abonnement gratis à perpétuité et son nom\nsera inscrit à la liste des membres fondateurs de la Jeune\nBelgique, qui paraîtra à la fin de chaque année.\n   3° Lorsque VINGT cartes seront revenues, le dépositaire\nrecevra 1° son abonnement gratis à perpétuité, 2° une carte\nlui donnant accès libre aux fêtes, (conférences, etc.) que nous\npoumons donner dans l'avenir, 3° toutes les publications\n(plaquettes, etc.) que publiera la Jeune Belgique. Il sera\nnommé de même MEMBRE FONDATEUR.\n\n\n\n                 EN     PRÉPARATION :\n\n\n   GRETA FRIEDMANN\n                 ROMAN     CONTEMPORAIN\n                             PAR\n\n\n                      MAX WALLER\n              Un v o l u m e de 200 pages.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 190, "texte": "(4e année) 1884.        Prix: 60 c.                 Tome I I I . N° 3.              15      février.\n\n\n\n\n                                              LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 SOMMAIRE.\n   LE NIHILISME LITTÉRAIRE                                                F. NAUTET.\n   S T R O P H E S BLONDES                                                GEORGES RODENBACH.\n   NOUVELLES POUR LES JEUNES FILLES .                                ..\n       II Rêve d'automne                                                  MAX WALLER.\n      III Ferrias    . . . . . . . . . . . . .\n   ABSORPTION                                                             ALBERT GIRAUD.\n   TRISTIA                                                                . MAURICE GUILLEMOT.\n   INVOCATION AU S O L E I L .                                            EDOUARD LEVIS.\n   CHRONIQUE ARTISTIQUE I Exposition des XX .\n                —                 II     —       de M. Stacquet. EMILE VERHAEREN.\n                                 III         —     de. M. Roelofs.\n   MEMENTO MUSICAI                                                   .     NIEMAND.\n   MEMENTO                                                                NEMO.\n\n\n\n\n                               BRUXELLES\n                                      BUREAUX:\n             74,     AVENUE           DE LA TOISON                           D'OR\n\n                   BRUXELLES                                     PARIS\n              J.      F I N K                              L.            F I N K\n        I , PASSAGE D E LA MONNAIE.    I ,            7 3 , RUE ST.-JACQUES,          j3.\n\n                                             1884\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "               LA JEUNE BELGIQUE\n                               REVUE MENSUELLE\n                          PRIX D'ABONNEMENT :\n     Belgique : 5 francs par an. — Etranger : 7 fr. par an.\n Notre chronique littéraire, ainsi que le Faust de M. Ed­\nmond Picard, sont remis au prochain numéro.\n                          BOITE AUX LETTRES.\n   20. P. H. Votre Tante Gertrude m'a l'air d'un tout premier essai. Quel style lâché,\nSeigneur! Je vous envoie mon petit doigt sous bande si vous avez mis plus de dix minutes\nà ces dix pages, et quoique « le temps ne fasse rien à l'affaire » c'est un peu. . . peu.\n   21. Erratum. Dans le sonnet qui se trouve au n° 18 de notre dernière boîte aux lettres,\nau lieu de puisez, lire : suivez.\n   22. J. F. Bruxelles. Reçu vos essais, cher monsieur, mais ininsérables 1 Pas corrects,\npieds de trop: Exemple : « Et je vous envoie tout d'un bond. » Il y en a d'autres. Au\nrevoir, n'est-ce pas ?\n   25. Aug. V. Namur. Bon, le sonnet : Elévation. Passera prochainement.\n   24-. Van Pet. Votre Lapin fourmille de fautes, confrère; est-ce que vous vous f'tez\nd'nous, Scrongnieu ! Suis pas un croûte, m'illusionne! Votre Enterrement vaut mieux mais\nil faudra rudement bloquer pour moderniser cela !\n  25. Eug. Raynaud.     Charmant ruisseau qui sous l'ombrage,\n                        Doucement épanches tes flot»,\n                        J'aime ton vent et fiais feuillage\n                        lit le murmure de tes eaux.\n\n                        Ton eau transparente et limpide\n                        Sur une couche de gazon,\n                        S'enfuir dans sa course rapide\n                        Gazouillant au fond du vallon.\nMais on écrivait ainsi du temps de Gilbert et de Maifilâtre, cher collabo; ça se trouve à\nfoison dans l'Almanach des dames pour 181 i, ou dans les balançoires de Désaugiers. Si\nnous publiions celle douce Berquinade au complet, nos lecteurs nous jetteraient des\npommes cuites ! Surtout ne vous rebutez pas, vos vers sont corrects, mais lisez les moder­\nnes.\n   26. Un récidiviste. Ne récidivez plus, confrère.\n   27. Raymond N. Mauvaise qualité, tout cela; châtie?, châtiez le style, sans qu'on s'en\naperçoive, et pas de broussailles inutiles.\n   27. Sonnet iguanodontesque trouvé gravé dans le bois d'un banc du cabinet de lecture\nde l'Université de Liège.\n                Chut ! les voilà, silence. Et puis chacun se lève\n                Et tandis qu'en marchant ses cils tombent, peureux, .\n                Sur s s grands yeux de jais aux flamboiments de glaive\n                Deux cents yeux ont dardé, tels des brasiers, leurs feux.\n\n                Dans sa chaire il est là comme un arbre sans sève.\n                Philosophe blasé, pédagogue ennuyeux.\n                Mais qui sait ce qu'il dit ! Est-ce à cela qu'on rêve\n                Quand un soleil d'amour triomphe dans les deux ?\n\n                Que veux-tu nous prouver, ô notre assommant maître ?\n                Qu'il est une âme en nous et que l'âme doit être.\n                Ah ! faut-il pour si peu tant faire aller tes bras!\n\n                Au lieu de me charger d'arguments la cervelle,\n                Dis-moi de regarder cette femme .si belle,\n                De sentir s'il se peut que l'âme ne soit pas!\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "            LE NIHILISME LITTERAIRE\n\n\n\n\n            PAUL Bourget, le fin poète des Aveux, vient de faire tout\n             récemment un superbe début dans la critique par un volume\n             d'Essais de Psychologie Contemporaine. Et vraiment ce\nvolume ou plutôt ce critique nous manquait. Depuis les pages vigou­\nreuses et malheureusement trop exclusives de M. Zola, auquel on\npourrait reprocher « l'horrible manie de la certitude », nous en étions\nréduits, en fait de critiques, aux analyses sèches de M. Brunetière dont\nl'esprit consciencieux mais attardé ne correspond que rarement à notre\nconception plus large et plus tolérante des libertés artistiques. Chez\nM. Bourget rien de semblable. La phrase suivante que j'extrais de son\nvolume est comme sa profession de foi : « Nous avons tant multiplié\n« les point de vue, si habilement raffiné les interprétations, si patiemment\n« recherché la genèse, partant la légitimité, de toutes les doctrines, que\n« nous en sommes arrivés à penser qu'une âme de vérité se dissimule\n    dans les hypothèses les plus contradictoires. » Ajoutez à cette lar­\ngeur compréhensive l'étrange saveur d'un esprit inquiet sans être crain­\ntif, profondément désenchanté sans être morose, sceptique sans raillerie,\net dites si de telles dispositions ne sont pas communes à l'élite pensante\nactuelle.\n    Le doute est donc la note dominante de ces Essais, et ce doute nous\nnous y sommes tous livrés aux heures découragées qui suivent les exa­\nmens impartiaux et profonds. Ainsi que le dit très bien M. Bourget :\n« Nous n'avonsplus, comme les gens du XVII e siècle, un Credo général,\n                                                                  13\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "                                 — 174 —\n\n régulateur de toutes les consciences et principe de tous les actes, mais\n nous avons perdu aussi cette force de négation qui fut le Credo à rebours\n du XVIII e siècle. » Aussi, c'est parce qu'il reflète si parfaitement nos\n états d'âme et qu'il pose impitoyablement devant notre pensée le redou­\n table point d'interrogation de nos fins, que le livre de M. Bourget nous\n est cher. Malgré l'amertume du fond, on éprouve je ne sais quel\ndélice à s'abîmer dans ce flot abondant d'idées neuves, hardies, élevées,\n toujours exprimées avec une rare élégance de forme et toujours mûries.\n Le savant, très discret, et d'une érudition qui sait paraître modeste, est\n ici doublé d'un poète qui n'abdique pas ses droits en pénétrant sur le\n terrain ardu de la science. A côté d'analyses serrées, écrites avec la soli­\n dité de style qui convient, il ébauche d'adorables descriptions qui, loin\n de nuire à sa dialectique, la renforcent, l'éclairent, et, dirais-je bien, la\n font vivre.\n    Cependant ce n'est pas une pensée littéraire qui a inspiré ce volume.\n Entre tous les titres auxquels il eût pu prétendre sans conteste,\n M. Bourget a choisi celui de psychologue. A mon sens, il est tout autant\n un philosophe avorté, ou tout au moins mal servi par des circonstances\n qui l'on fait naître alors que les sujets qu'il affectionne particulièrement\net pour l'étude desquels il semble très heureusement doué, avaient trouvé\ndéjà leurs écrivains. De par ce fait, il n'est donc pas, à proprement\nparler, le reflet immédiat d'un milieu, ni l'interprète inconscient de\ndésirs encore vagues et inexprimés. Son rôle est de seconde main et\nquoique les idées qui abondent dans son livre lui soient incontestable­\nment propres, on sent néanmoins, au-dessus d'elles, l'influence des\nmaîtres de qui il a appris à penser. Cette influence, chacune de ses pages\nen porte l'empreinte. Il a tout à la fois la religiosité de Renan, la har­\ndiesse de Stendhal, l'acuité de Baudelaire et la ferme logique de Taine.\n Pour analyser les facultés de ses initiateurs il se sert du même esprit\nqui les a inspirés, en sorte que la communion est si intime entre l'ana­\nlyste et son sujet que l'on pourrait croireque c'est M. Taine, M. Renan,\nqui établissent eux-mêmes leur psychologie et surajoutent çà et là de la\nlumière aux parties trop peu saillantes de leurs œuvres.— Cette précieuse\net rare faculté de compréhension fait de M. Bourget le guide le plus sûr\net le critique le plus pénétrant que nous ayons jamais eu.\n   Néanmoins, et malgré l'évidence de cette sujétion, l'élève aboutit à\ndes conclusions tout personnelles. « Le choix d'un sujet, nous dit-il,\npeut être considéré comme l'indication d'une sensibilité ». On ne devine\npourtant pas de quelle nature seront ses articles, en lisant, en tête du\nvolume, l'énumération des chapitres respectivement consacrés à Baude-\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                                -   175    -\n\nlaire, Renan, Flaubert, Taine et Stendhal. Ces écrivains sont comme les\njoyaux d'une couronne — la couronne de la supériorité intellectuelle\nmoderne. Mais le fil qui les unit n'est guère perceptible. Si bien qu'on\nles ait étudiés et compris, on ne saisit pas immédiatement la correspon­\ndance et nous sommes certainement quelques-uns qui n'eussent pas\nsongé à apparenter aussi intimement dés esprits si divers. M. Bourget\nrassemble le faisceau avec une rare dextérité, en faisant d'emblée entre­\nvoir la raison supérieure à laquelle il obéit. On s'aperçoit bientôt que\nces études psychologiques sont un prétexte. Elles semblent planer au-\ndessus de toute doctrine quand, au contraire, elles concourent à en\nétablir une et des plus redoutables, rigoureusement soutenue d'ailleurs.\n De ce qu'il a lu, de ce que les écrivains, ses maîtres, lui ont enseigné, le\njeune essayiste conclut avec insistance àun irrémédiable avortement de la\n civilisation, à la banqueroute de la nature — « banqueroute qui promet\n de devenir la foi sinistre du XXe siècle. » Plus de foi, plus d'espérance,\n plus de confiance dans les ressources du génie humain pour équilibrer\n un monde vacillant. Bien que « l'humanité vive d'affirmation et mour­\n rait de l'incertitude », l'ensemble des expériences nous pousse à dépasser\n cette incertitude même pour aboutir à la négation formelle. Tout le\n prouve ' la nature se joue de nos efforts. Au moment d'atteindre le faîte,\n dont nous n'approchons d'ailleurs qu'épuisés, une rafale survient qui\n nous secoue comme des pygmées, et renverse, comme de simples châ­\n teaux de cartes, le travail patiemment échafaudé par les siècles. Et pour\n arriver à cette démonstration, M. Bourget n'a qu'à prendre comme exem­\n ples lui-même et tous ceux qui ont atteint le degré suprême de civi\n lisation. Ils n'ont acquis leur large développement du sens intellectuel\n qu'au détriment d'autres sens pourtant indispensables à la vie. « L'abon­\n dance des sensations fines et l'exquisité des sentiments en ont fait des\n virtuoses stérilisés mais raffinés. » Dans le domaine moral : « l'inuti­\n lité finale des efforts apparaissant, aucun but ne tente plus l'âme\n dégoûtée », et « la légitimité de beaucoup de points de vue contradic­\n toires empêchant de prendre position pour le combat », il en résulte\n l'anarchie, l'arrêt de tout mouvement et de toute conviction. C'est, en\n effet, une vérité qui s'infiltre dans nos consciences comme malgré nous\n que la criminalité elle-même a ses excuses et qu'il y a une sorte de bar­\n barie à sévir contre des victimes non responsables de ce que la nature les\n a faites. — Au point de vue physique : « n'ayant pas mesuré la capacité\n de cette machine humaine que nous surchargeons de connaissances », il\n s'ensuit un déséquilibre qui produit un état voisin de la maladie. L'une\n et l'autre cause ont pour effets : d'abord cet état exquis qu'on appelle le\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "                                   — 176 —\n\n   dilettantisme, ensuite l'inaction volontaire. Ceux qui ont vécu au milieu\n   de cette jeunesse parisienne si intelligente, mais si énervée qu'elle en\n   arrive à l'impuissance, ne récuseront pas M. Bourget. On y rencontre\n   par centaines de ces êtres trop compréhensifs qui sont dégoûtés de tout,\n   qui se renferment dans un dédain voulu de l'action, et cela si profondé­\n   ment qu'ils feraient fi du conseil que leur donne le jeune essayiste » de\n   se guérir de leurs rêves en les exprimant. » Et la chose s'explique: pour\n   qui consent à se livrer, sans réagir, aux rêves malsains d'une société\n  immatérialisée, les joies les plus saines, les plus vitales, celles de la\n  famille par exemple, sont des joies vulgaires, des joies bourgeoises.\n  Pour qui croit à l'avortement certain de tous nos efforts, les travaux\n  comme celui de M. Bourget lui-même sont des travaux inutiles, des\n  travaux de dupes. M. Bourget, il est vrai, invoquera cette excuse qu'il\n  donne un corps à une doctrine jusqu'alors effleurée par quelques philo­\n  sophes pessimistes et non encore absolument affirmée. Mais une fois la\n  propagande faite, le nihilisme répandu, les convictions solidement éta­\n  blies, il ne nous restera d'autre parti, pour échapper à cette vie qui\n nous humilie à tous le cœur » que celui d'aller nous endormir sur la\n tombe où seront ensevelis tous nos espoirs. — Tel est, en raccourci, le\n souriant tableau qu'on trace de nos destinées.\n     Qu'un esprit incontestablement maladif comme l'auteur des Fleurs\n du mal, ou excessif comme Flaubert, l'approuve entièrement, nous le\n voulons bien. Et encore, en ce qui concerne Flaubert, l'hypothèse\n demeure-t-elle fort douteuse, puisque, contrairement à Baudelaire, son\n nihilisme était inconscient ou tout au moins provoqué par des souffran­\n ces physiques tout personnelles. Il n'a pas, que je sache, donné son avis\n sur cette troublante question, et les nihilistes littéraires ne le rangent dans\n leur camp que sur des indications très contestables. En effet, loin de\n vouloir étendre la doctrine de l'avortement à l'humanité toute entière, ce\n qui d'ailleurs serait injuste, l'auteur de Salammbô ne semble viser que\ncertaines éducations. Cette Emma Bovary, avec quelle insistance il le\ndémontre ! est surtout la victime d'une de ces éducations maladroites et\nincomplètes. Non seulement on la pénètre d'une conception fausse de la\nvie, mais encore on lui inculque des goûts que les exigences de sa situa­\ntion médiocre ne lui permettront jamais de satisfaire. Passe pour les\ngoûts, nul n'est autorisé à prêcher le bonheur par la médiocrité et la fille\ndu fermier Rouault, d'une organisation naturellement délicate, pouvait\nprétendre, comme toute autre, à une culture distinguée. Le grand point\nqu'on néglige c'est d'imprégner en même temps l'esprit de notions si\nexactes que les erreurs de sentiments, si élevés qu'ils soient, deviennent\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                                 — 177 —\n\n impossibles. Emma Bovary pouvait être une créature supérieure, affinée,\n sans qu'elle courût grand risque. Il ne lui manquait réellement que la\n connaissance de la vie, car, ayant conscience de sa supériorité, elle\n n'eût pas consenti à devenir la femme de cet honnête et obscur Bovary\n qui devient la cause bien involontaire de toutes ses fautes.\n    Et Frédéric ? Ce fait seul qu'« il trouve le bonheur mérité par l'excel-\n lence de son âme bien lent à venir » n'est il pas l'indice d'une naïveté\n monstrueuse qui, elle aussi, a sa source dans l'éducation. Comment\nun pareil homme, aussi ignorant des injustices du sort et des aveugles\nréussites, ferait-il sa trouée au milieu des ambitions machiavéliques et\n des froids calculs? Et l'on voudrait qu'une nature si mal façonnée pour\nla lutte servît de type et que de son avortement nous concluiions à l'avor-\ntement général! Car bien qu'il veuille s'en défendre, M. Bourget\n aboutit en maints endroits à cette conclusion excessive. Sans doute nous\nretrouverons quelque chose de nous-mêmes dans ce Frédéric si intime­\nment observé. Il est comme le miroir où nous pouvons lire nos faiblesses,\nnos incertitudes, nos candeurs et nos spontanéités généreuses. Mais\ncette image pénible et désolante est la plus haute leçon dont nous puis­\nsions nous inspirer: elle nous dit de subordonner notre cœur à notre\nraison, quittes à pleurer sur les rigueurs d'un tel sacrifice. Hélas ! nous\nle savons depuis longtemps que « nos souffrances proviennent de ce que\nnous nous façonnons par avance une idée sur les sentiments que nous\néprouverons. » Nous savons aussi qu'il est impossible de « pétrir la\nréalité au gré de ses désirs. » L'humanité en a fait son deuil depuis des\nsiècles et dans cette déception de tous les jours il n'y a pas matière à\nsuicide.\n   D'ailleurs Flaubert, comme Stendhal, aimait l'action et, pour qui l'aime\net s'y passionne, le spectacle si mouvementé de la vie est suffisant pour\nexpliquer le plaisir de vivre, partant de vouloir améliorer, dans la mesure\npossible, les conditions d'existence. Il n'avait pas la superbe indifférence\nd'un Leconte de Lisle, si dédaigneux de notre avenir, si peu confiant dans\nnos ressources qu'il ne descendrait jamais jusque des créatures banales\ncomme l'héroïne du Cœur simple, ou grotesques comme Homais. Le\nmajestueux poète plane dans ces sphères idéalisées d'où l'humanité appa­\nraît exagérément amoindrie, et nous comprendrions qu'un esprit à cepoint\ndétaché des choses terrestres, se sentît si vivement blessé par les contacts\nvulgaires qu'il aspirât au solennel Néant. Flaubert, lui, était trop intéressé,\ntrop captivé par le spectacle des sottises et le jeu bizarre des événements\npour ne pas trouver dans cet intérêt de vifs sujets de jouissance. Il n'ai­\nmait pas l'homme, mais il s'y intéressait, ce qui est encore une sorte\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "                                 — 178 —\n\nd'affection. Il est injuste de dire qu'il s'est réfugié dans la phrase parfaite\npour se soustraire aux tristesses humaines, quand, au contraire, il sem­\nble s'y être complu. Et il est bon d'ajouter, en ce temps où l'on s'oublie\njusqu'à insinuer, à propos de Musset, que le caractère humain d'une\nœuvre est inconciliable avec la pureté artistique, que Flaubert a su être\ntout à la fois un homme en communion avec les plus infimes de ses sem­\nblables et un grand artiste, parmi les plus grands.\n\n                                      II\n\n   Pour appuyer la doctrine pessimiste qui termine, comme une sourde\nplainte, chacune de ses études, M. Bourget sera-t-il plus heureux avec\nM. Taine et M. Renan? Il est bien visible que, guidé par un sentiment\ntout intime, il n'a voulu retenir des œuvres de nos grands philosophes\nmodernes que les pensées d'amertume qui en troublent çà et là l'évidente\nsérénité. La petitesse des moyens de ceux-là mêmes qui se rallient aux vues\nscientifiques de M. Renan ou de M. Taine, non moins que les injustices des\nadversaires, devaient tout naturellement inspirer à ces esprits supérieurs\nde ces réflexions découragées qui ne sont pas des paroles de désespoir.\n Certes, chez M. Renan, on ne trouve pas de ces affirmations catégoriques\n qui nous plaisent parce qu'elles dissipent nos doutes et cela d'autant mieux\nque la source autorisée d'où elles émanent paraît devoir nous épargner tout\n contrôle. Quand M. Renan s'aventure trop loin dans une affirmation, sa\n conscience imprime tout aussitôt à sa raison une sorte de mouvement de\n recul. Il est trop savant pour n'être pas réservé en ses convictions et trop\n pénétré de la complexité des choses pour croire à l'infaillibilité de son juge­\n ment. Sa pensée, grave et légère tout à la fois, comme un bourdonnement\n d'abeille, butine d'un horizon à l'autre; parfois elle se désabuse au fond\n d'amers calices, mais le plus souvent elle revient de ses excursions intel­\n lectuelles avec une sorte d'allégresse communicative qui réjouit l'âme.\n Le philosophe onctueux qui a écrit la Vie de Jésus n'a-t-il pas eu\n naguère le rarissime privilège de confesser que sa vie avait été exempte\n de toute peine, qu il avait été heureux, heureux sans restrictions! M. Bour­\nget prête néanmoins au charmant écrivain une constante préoccupation\n morale, le souci de nos destinées. Si, de son enquête, M. Renan était\n revenu découragé, s'il se fût senti blessé clans ses plus vives affections\n intellectuelles, si ses plus chers espoirs avaient été déçus, lui serait-il\n possible de faire l'aveu d'un bonheur si profondément ressenti? Non!...\nà moins d'insinuer que cette félicité, pour s'assouvir, s'est médiocrement\ncontentée des satisfactions du succès et de l'autorité conquise. M. Bourget,\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                —    179 —\n\ntout le premier, dans son religieux respect pour le Maître, combattrait\ncette ravalante insinuation.\n    L'impression de son œuvre, prise d'ensemble, n'est donc nullement\nattristante. Les socialistes les plus illusionnés n'ont pas donné de l'avenir\nd'image plus souriante — et plus vraisemblable — que M. Renan.\n Faut-il rappeler à M. Bourget le parallèle de l'auteur des Questions con-\ntemporaines, entre la fiction poétique du ciel et la donnée positive de la\nscience ? Qu'elle rassure au moins les poètes : loin de réduire le domaine\nde la poésie, dit-il quelque part, la science l'a infiniment agrandi. Et,\nau point de vue social, tout en étant aussi éloigné des utopies socialistes\n que des entêtements doctrinaires, le subtil philosophe n'a-t-il pas écrit\n que nos temps apparaîtraient un jour comme de la pure barbarie ? C'est\n donc qu'il entretient la croyance en un monde supérieur — et meilleur.\n Sans doute, il appréhende une prochaine invasion de barbares qui\n obscurciront pendant un' certain temps, comme aux premiers siècles de\n notre ère, la civilisation. Mais ce mot de barbares prend sous sa plume\n un sens tout spécial. Il n'implique pas l'idée d'une série de désastres\n comparables à ceux qui marquèrent la décadence romaine. Les racines\n de notre société sont autrement profondes, son action sera autrement\n fertile. Pourtant, si la théorie du D1' Jacoby contre les aristocraties est\n vraie, nous pouvons nous attendre au spectacle très affligeant d'une\n décomposition lente des' fruits les plus savoureux de notre société.\n Mais ces effets sont la raison même de la vie. Comme les années, les\n civilisations ont leurs saisons. Viennent le mélancolieux automne avec\n ses douces tristesses, mars avec ses rafales et ses tempêtes, le prin­\ntemps radieux d'une société neuve leur succédera. Et d'autres automnes\nsuccéderont à d'autres printemps. A certaines époques, les civilisations,\ncomme la nature, se dépouillent, non pour mourir, mais pour se refaire.\nEt qui oserait dire qu'à chaque renouveau, la terre, toujours plus pro­\nfondément labourée et ensemencée, ne porte pas des fruits plus abon­\ndants. N'aurions-nous donc rien conquis depuis tant de siècles de\npatientes luttes !\n    Que M. Bourget veuille bien m'en croire, nous traversons un automne.\nLe ciel est tout obscurci de menaçantes giboulées. Tout est si gris que\nnous en sommes malades, nous avons des névroses et de déplorables\nfaiblesses. Et cela dure, dure depuis si longtemps que notre foi s'en est\nallée sous la fébrile action de nos impatiences. Paix aux désespérés: les\nfleurs délicates frissonnent et s'affolent sous la tourmente. Seulement\nn'imputons pas à la science moderne, à cette science si sage et si mesu­\nrée, des conclusions qu'elle n'approuve pas. Savourons l'incomparable\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "                                —   180 —\n\nintensité des pages endolories de Baudelaire, mais n'établissons pas de\ndoctrines sur d'aussi étranges exceptions, et reconnaissons enfin dans\nnos malaises des causes morales et physiques qu'il n'est pas difficile de\ndéterminer.\n   Tout d'abord, il faut constater notre manque absolu d'hygiène sociale.\n« Nous n'avons pas, dit M. Bourget, mesuré les capacités de cette\nmachine humaine que nous surchargeons de connaissances. » Il serait\nplus juste de dire que nous ne l'avons pas préparée à les recevoir. S'il est\nbien admis que les deux générations de 1820 et 185o n'ont reçu aucune\néducation corporelle, pourquoi s'étonner si nos tempéraments sont\naujourd'hui déséquilibrés, si nous restons à ce point indifférents au\ncharme ambiant des choses naturelles qu'il nous faille des excitations\nfactices pour procurer à notre organisme les émotions dont il a besoin ?\nA vrai dire, ce n'est pas le contenu qui nous détraque, c'est surtout l'in­\nsuffisance du contenant. Et nos tristesses sont bien plus la résultante de\nla pauvreté de notre sang que de la dure réalité.\n   Voyez Paris. L.a sombre désespérance ne pouvait naître que dans cette\natmosphère surchauffée et malsaine. Dans ce tourbillon fou, dans ce\nperpétuel frottement, les plus solides intelligences s'émiettent. Elles se\nbigarrent adorablement, il est vrai, de mille nuances qui y radient Mais\naussi elles s'y usent, et un jour, si l'on ne peut y remédier, tous ces corps\ntrop frêles se pulvériseront en impalpable poussière. En province,\noù la vie matérielle est plus large, sans qu'on y rencontre moins d'intel­\nligence, les névroses sont inconnues et le pessimisme aigu ne compte\nguère d'adeptes. M. Bourget invoquera les travaux de quelques philo­\nsophes allemands, conçus dans le sain recueillement de la solitude Mais\nils ne nous effrayent pas. Nous sommes les premiers rejetons d'une\npuissante famille scientifique sur qui l'intoxication du romantisme n'a eu\nque peu de prise. Le pessimisme n'est redoutable que pour ceux dont les\n rêves furent disproportionnés. La vie, telle que nous la concevons, nous\nl'acceptons, malgré le cortège de ses misères et parce que ces misères\nmêmes, nous en sommes convaincus, servent Je repoussoir et donnent\n toute leur valeur aux quelques biens dont nous jouissons Que si M. Bour­\n get voyait dans cette résignation toute positive le signe d'une        com­\n ment dire — d'une certaine épaisseur de nature, nous répondrions\n immodestement qu'il s'abuse, que nos sens, si nous les consultons,\n accusent une vive sensibilité et que nous ne sommes pas plus indifférents\n aux morbides productions des décadents qu'aux tranquilles inspirations\n des robustes génies. Nous désirerions même que notre organisme acquît\n une telle sensitivité que nos nerfs contribuassent comme noire pensée à la\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                                — 181 —\n\nrécréation de tout notre être. Mais nous voulons que les uns s'équilibrent\nsur l'autre. Après une excitation baudelairienne, nous nous plairons à\ndemander à M. Renan qu'il nous communique quelque chose de sa\nnoble sérénité. Car il est le type le plus parfait de ce rare équilibre de\nl'idée et de la sensation qui lui permet de tout comprendre et de tout\naimer et que M. Bourget nomme le dilettantisme. Il est vrai que ce di­\nlettantisme inquiète le jeune essayiste autant que tout le reste, toujours\npour cette raison du trop-plein intellectuel. Nous y avons répondu en\ndémontrant combien nous avons méprisé certaines lois. Avertie du péril\nauquel elle allait aveuglément aboutir, la société, qui porte en elle,\ncomme dans chaque individu séparément, l'instinct de la vie, saura\ntrouver le remède nécessaire plutôt que de consentir à son anéantissement.\n On s'en occupe du reste; nos nouveaux systèmes d'éducation, si impar­\n faits encore, dénotent cette préoccupation.\n     D'ailleurs, dans ce nihilisme, il n'y a pas que des causes physiques.\n A-t-on remarqué cette singulière et inexplicable loi qui pousse toutes\n les écoles d'art ou de philosophie à exagérer jusqu'au point le plus\n extrême la forme ou la doctrine innovée? Voyez la suite de M. Zola et\n les étranges élèves de M. de Goncourt, tous gens à qui manque l'inspi­\n ratrice féconde des talents vraiment personnels, l'Inconscience, et qui\n pensent dépasser les limites d'une honnête médiocrité en s'attribuant les\n procédés d'autrui, — lesquels procédés, ajoutons-le, n'ont générale­\n  ment de valeur que pour autant qu'ils demeurent rares et comme l'ex­\n  pression particulière d'un tempérament. Aussi, de même qu'il y a des\n  petits Goncourt poussifs, s'épuisant à se boursoufler jusqu'à ce qu'ils\n  en soient écarlates, de même (que M. Bourget me pardonne de sembla­\n  bles promiscuités), le sage et fécond scepticisme de nos philosophes\n  modernes compte-t-il de trop zélés disciples. Quoi ! c'est parce que\n  M. Taine ne nous apporte pas une solution nette et sûre du problème\n  social qu'il faut abandonner toute lutte ! Et de ses sages hésitations il\n  faut conclure à l'inutilité de tous les efforts. Que M. Taine n'a-t-il hésité\n  davantage ! Il ne se serait pas contenté, ainsi que cela lui est arrivé par­\n  fois, de bâtir une doctrine sur la foi de dix faits très probants, alors\n  qu'il existe dix preuves contraires, non moins excellentes, pour la dé­\n  truire Il n'en a pas moins trouvé un magistral procédé d'enquête, de\n  même que M. Renan, par l'élevée modération de ses vues, a presque\n  atteint l'idéal de sagesse qui pénètrera sans doute un jour les partis poli­\n  tiques eux-mêmes, aujourd'hui livrés aux médiocres.\n     Enfin, une des causes encore du nihilisme littéraire, la moins appa­\n  rante mais peut-être la plus certaine, trouve sa source dans un respecta-\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "                               —    l82 —\n\nble orgueil. Quelques rares artistes souffrent de n'être pas suffisamment\ndistingués du vulgaire. Ils rêvent une sorte de cour aristocratique où on\nles mette à part et d'où leur supériorité apparaîtrait éclatante. Et, en ap­\nparence, quel plus sûr moyen d'atteindre cette distinction, sinon d'aller\ncamper dans l'Au-delà, de se rallier à des doctrines assurément origi­\nnales et de rompre ainsi tout commerce avec le trivial humain? Exami­\nnez intimement la riche et glorieuse pléiade des poètes parnassiens et\nvous constaterez ce dédain du naturel et du terrestre. Probablement\nsans qu'ils se l'avouent, il leur en coûte de voir les plus riches intelli­\ngences de ce temps se préoccuper de philosophie, de morale, d'éduca­\ntion, quand la seule puissance de leur merveilleux outil artistique leur\nassurait la gloire. Ils voudraient leur faire avouer que dans cette lutte\ntout est déboire, désenchantement et duperies. Leur approbation serait\nla consécration des idées séparatistes qui leur sont chères et le groupe\naristocratique s'enrichirait, se consoliderait par l'adhésion d'adeptes de\ncette envergure,\n   Qu'ils y rêvent! Ceux qui connaissent la séduction de la mode, le\nprestige de la chose rare, uniquement parce qu'elle est rare, ne s'étonne­\nront pas de cette recherche de l'extraordinaire, de ce détachement qui\nengendre le nihilisme intellectuel d'abord, ensuite l'impuissance. Au\nfond, l'attrait du nihilisme réside surtout dans ce fait qu'il est une reli­\ngion nouvelle, ne comptant que fort peu d'initiés. Hélas ! les choses qui\nn'ont d'autre valeur que leur rareté lassent, car elles se répandent et\nperdent alors la seule raison qui les rend précieuses. Parfois l'original\nlui-même s'en trouve discrédité. — Et puis il y a une loi des réactions.\nQui y croit éprouvera quelque jouissance à résister à ces engouements.\n   D'autant plus que, philosophiquement, les superbes lamentations\nnihilistes sont inutiles, si admirablement mises en musique qu'elles\nsoient, et que la seule action d'une propagande, surtout en ce sens, peut\ninspirer des doutes sur la sincérité des convictions ou tout au moins sur\nleur solidité. Car le propre du vrai dédain, du détachement absolu, du\nprofond désespoir, enfin de la misanthropie arrivée à l'état aigu n'est-ce\npas le silence ?\n                                                  F . NAUTKT.\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "STROPHES BLONDES\n\n\n\n                                 A Paul   Bourget.\n\n\n                  I\n\n           O! ma très blonde, tes cheveux\n           Sont si blonds que tu réalises\n           La douceur conforme à mes vœux\n           Qu'ont les madones des églises.\n\nIls sont d'un fin, d'un moelleux tel\nQu'on croirait, quand on les desserre,\nVoir la chevelure au pastel\nD'un ancien portrait mis sous verre.\n\nO ma très blonde, je suis fou\nDe ta blondeur insaisissable\nOù se détache un clair bijou\nComme une ancre d'or sur du sable.\n\nElle a son histoire d'amour,\nTa riche toison merveilleuse,\nMais il faudrait un troubadour\nPour la chanter sous ta veilleuse,\n\nMusicien aux doigts nerveux\nPinçant, par caprice bizarre,\nLe rêve blond de tes cheveux\nComme des cordes de guitare !\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "              -   184    -\n\n\n                  II\n\n O ma très blonde, à dix-sept ans\n Captive d'un couvent morose,\n Quand tes grands yeux inquie'tants\n Etaient cerne's par la chlorose,\n\n Ta blondeur de miel e'clairait\n Ta robe noire d'uniforme\n Où ta poitrine se cambrait\n Dans un commencement de forme.\n\nTu prenais gaîment tes ébats\nSous les arbres des cours cloîtrées\nOù l'horloge, comme un compas,\nOuvrait ses aiguilles dorées.\n\nDans le silence du dortoir\nEt des alcôves endormies,\nTu lisais lentement, le soir,\nLes billets doux de tes amies,\n\nDe ces ardentes qui t'aimaient\nAvec de chauds baisers précoces\nEt qui déjà ne s'endormaient\nQu'en songeant au jour de leurs noces.\nMais aucuns doigts n'avaient encor,\nAucuns doigts experts en caresses,\nDénoué tes longs cheveux d'or\nEt fait un voile de tes tresses.\n\nTu les partageais en bandeaux\nAvec l'exquise enjolivure\nDe nattes longues sur le dos ;\nC'était ta première coiffure,\n\nSimple et chaste autour de ton front,\nNimbant tes pâleurs lymphatiques,\nUne coiffure comme en ont\nLes vierges des missels gothiques!...\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "               —   185 —\n\n\n                   III\n\n  Quand tu fréquentas les salons\n  Les bals, les fêtes, les soirées\n  Où les femmes ont des gants longs\n  Et de longues traînés moirées,\n\n Métamorphosée à l'instant\n Tu quittas, hardie et fêtée,\n La robe à corsage montant\n Pour la robe décolletée.\n\n Et dans l'air du bal accablant\n Qu'une odeur de musc féminise,\n T u passais comme un rêve blanc\n Devant les glaces de Venise ;\n Et les valses des violons\n Faisant leur musique câline,\n Te berçaient dans leurs tourbillons\n Comme un berceau de mousseline !\n Tandis qu'un vieux coureur de bal,\n Un vieux donneur de sérénade,\n Te parlait de son idéal\n Et de son pauvre cœur nomade,\n\nT'offrant l'hommage instantané,\nSéduit par ta fauve crinière,\nD'un amour plus vite fané\nQue la fleur de sa boutonnière !\n\nAlors, te voyant chaque soir\nAvec des toilettes fleuries,\nPrès des galants en habit noir,\nIl te vint des coquetteries;\n\nEt tu coupas un beau matin,\nUn matin triste de l'automne,\nTa chevelure de satin\nTes bandeaux lisses de madone.\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "             — 186 —\n\nEn peignoir, devant la psyché\nDe la chambre où tu te pomponnes,\nTu les coupas, le corps penché,\nEn un tas de mêches friponnes.\nEt ces frisures sur ton front\nEvoquaient les grâces jumelles\nDes barbes d'épis tout en rond\nAvec les bleuets des prunelles !\n\n                 IV.\n\nPuis tu m'aimas ! ce fut l'instant\nDu premier trouble triste et vague,\nDes doigts pressés en prétextant\nD'admirer un châton de bague.\nAlors je te fis un sonnet,\nToi, tu me fis des confidences,\nEt chaque soir, sur ton carnet,\nTu m'inscrivais pour plusieurs danses.\nL'été dernier, dans un grand parc\nDevant le ciel couchant rougeâtre,\nSous les bosquets courbés en arc\nOù s'aimaient des Amours de plâtre,\nTu m'as donné — j'en rêve encor\nEt je vois que toi, tu tressailles! —\nUne boucle de cheveux d'or\nComme un anneau de fiançailles !\n\n                 V.\n\nO ma très blonde, si tu veux\nQu'à toutjamais je t'appartienne,\nIl suffit d'un de tes cheveux\nPour nouer ma vie à la tienne.\n\nSi tu veux, madrigalisons !\nPour fêter ta blondeur que j'aime,\nJe n'ai pris des comparaisons\nQu'aux choses blondes du ciel même :\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "            — 187 —\n\nQuand je te vois en peignoir bleu\nComme une miss, frêle et rosée,\nTes mèches ressemblent un peu\nA de la lumière frisée.\n\nQuand je les prends dès ton réveil\nJ'ai cette croyance factice\nQue c'est un rayon de soleil\nQu'au rouet de mes doigts je tisse.\n\nO ma très blonde, écoute encor\nCette bizarre et tendre idée :\nC'est qu'une étoile, cocon d'or,\nPour ton chignon s'est dévidée.\n\nPuis il suffit que ta toison\nSur tes épaules, tu la mettes,\nPour m'évoquer à l'horizon\nLes rayons peignés des comètes. .\n\nDans ton alcôve échevelons\nTes cheveux d'or pâle et fluide,\nCar plus ils sont soyeux et longs\nPlus s'accroît mon amour morbide.\n\nEt quand sur leur fond d'un blond roux\nQui s'élargit en auréole\nEt s'enroule en brillants froufrous,\nSourit ta tête pâle et folle,\n\nO ma très blonde, alors je crois\nPar une nuit mélancolique\nVoir un halo dans les cieux froids\nAutour d'une Lune phtisique ! —\n                          Georges RODENBACH.\n\n\n\n              -itt-gâ)-\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "        NOUVELLES POUR LES JEUNES FILLES\n                                     II\n                            RÊVE D'AUTOMNE\n\n           1ENS, Jeanne! les nénuphars dorment dans l'ombre ; il ne faut\n            point troubler le rêve des feuilles mortes. Ne vois-tu pas qu'el­\n            les regardent, de leurs yeux qui miroitent, la Lune souriante et\n            triste comme une fiancée à l'agonie. Les branches des arbres\nreçoivent, pensifs, le baiser pâle de ses rayons, et sa lumière descend\navec lenteur comme la blanche mélancolie du ciel. Ne remuons point\nles brouillards qui s'épandent, et n'agitons point leur marche dolente à\ntravers l'horizon. Ils voguent ainsi que des voiles de madone pour\ncacher la nudité frissonnante des bois. Viens ! les étoiles se sont\ncachées. N'entends-tu pas la nuit qui sanglote et dans le lointain les\nbruits qui s'apaisent. Les plaintes de la forêt sont mystérieuses et l'hom­\nme ne les doit pas surprendre ; viens ! les âmes sont descendues, errantes\ndans les chemins assombris...; elles nous regardent par les yeux phos­\nphorescents des feuilles; ô Jeanne! elles attendent que nos pas s'éteignent\net que nos voix s'endorment, pour venir, sur l'étang qui songe, baigner\ndans le brouillard leur forme inviolée. La valse des ombres commence\nau chant des roseaux ; les fées sortent du lit vert des sources et sous les\ngrands hêtres les sylvains s'étirent. Viens, l'âme de la nuit prélude, les\nchoses frémissent, les concerts étouffés s'accordent, et la Lune, la\n céleste Blanche, la grande Païenne tend ses cornes de lumière ; viens\n par le sentier noir où les branches soupirent, elle éclairera notre marche\n et nous chantera dans un chœur de rayons, la ballade lumineuse des\n nuits d'automne!\n\n                                    III\n                                FERRIAS.\n           ANS rien dire, distraitement, Ferrias écoutait cette conversation\n            qui durait depuis plus d'une heure. Absorbé et comme replié\n            sur lui-même dans une pose détendue, il semblait être loin,\nbien loin des choses extérieures, et son regard se fixait, vague, sur un\nobjet invisible : une pensée.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                                 —   189   —\n\n\n   — Ohé Ferrias ! cria Chastel, l'artiste exquis dont le dernier tableau\navait fait le nom presque illustre, tu as avalé ta belle-mère ?\n   Ferrias se redressa brusquement ainsi qu'un homme frappé d'un coup:\n   — Non, Chastel, je         je songeais !\n   — Et à quoi !\n   — Indiscret !\n   — Va toujours.\n   — Je songeais à vous qui semblez avoir des bes oins de gloire, de suc­\ncès, d'admiration et qui n'aboutirez, en somme, qu'au même résultat\nque les autres hommes : la mort et l'oubli.\n   — Ouais, fit Marius, voilà Ferrias qui va disserter comme Pic de\nla Mirandole. Hallo ! vas-y gaîment ! tu me fais rire !\n   — Ne te gène pas.... Oui, continua-t-il, ce bonheur que vous croyez\ntenir....\n   - Assez ! ht Chastel.\n    — Non, laisse-le aller, il est absolument inondant !\n   — Je me rappelais, poursuivit imperturbablement Ferrias, un spectacle,\ntrès banal peut-être, auquel j'ai assisté. C'était à la campagne, où je vais\nsouvent lorsque ma vieille brave cousine veut bien m'inviter. Ce jour-là,\nle village festoyait. Kermesse, carrousel, etc., vous connaissez cela. Le\nsoir, entre les arbres de la place, on dansait au son du violon.\n    — Estelleet Némorin, Daphnis et Chloé, Paul et Virginie, trou la la !\nfit Chastel.\n    — . . . au plus beau de l'animation de la fête, alors que déjà des couples\nse séparaient, cherchant l'ombre pour s'y donner de chauds baisers cam­\npagnards, la musiquecessa; les cris se turent; au loin, d'un village voisin,\narrivait, plaintive et désolée comme un appel mourant, la mélopée frisson­\nnante d'un glas. Par delà les bois et les plaines la sonnerie lugubre venait\nexpirer dans les feuilles, et la mort semblait râler dans cette monotone\nharmonie qui s'approchait et s'éloignait portée sur des brises contraires.\n    Alors les couples se séparèrent, en silence, et, dans le soir, la cloche\nlointaine pleurait toujours, agonisante.\n    Et j'ai songé, mes amis, que nos joies sont comme ces fêtes de village.\n Folles et débordantes, elles s'arrêtent lorsque sonne le glas des déceptions\net des désespoirs.\n    — .. mais nous sommes heureux tout de même, dit Chastel, con­\ntinuant la phrase, parce qu'une minute est pour nous une heure et que\nl'artiste n'a besoin ni de bonheur, ni de désespoir, ni de mort, il a besoin\nd'Art — et il l'a en lui.\n                                                                     14\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "                           —    190 —\n\n— Donc j'ai dit une sottise ?\n— Oui.\n— A ta santé !\n                                      MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n                     ABSORPTION\n                                                          A Max Waller.\n\n                   FEMME, à mon désir du néant tu t'imposes!\n                   Ton œil stagnant ressemble aux mares de la nuit,\n                   Liquide indifférence, — où jamais ne reluit\n                   Que la forme rapide et diverse des choses.\n        Ta chevelure noire, aux soudaines fraîcheurs,\n        Lorsque je la dénoue, envahit ton visage,\n        Comme l'ombre du soir — un pâle paysage,\n        Et mange lentement tes obscures blancheurs.\n       Un sapide baiser — de ta lèvre superbe\n       Tombe mystérieux, sans ressort et sans bruit,\n       Comme, sous les chaleurs estivales, un fruit\n       Mûr et lourd de soleil longuement choit dans l'herbe.\n       Ainsi que dans une eau, je m'abîme en ta chair ;\n       Ta houleuse poitrine a des bercements vagues:\n       Et, de ta vaste gorge enflant les blanches vagues,\n       Ta respiration monte comme la mer.\n       L'homme efforce vers toi ses mains universelles,\n       Car ton être répond à ses désirs secrets :\n       La formidable horreur dormante des forêts\n       Frissonne dans le creux de tes larges aisselles.\n       Ton geste, cadencé comme un hymne ancien,\n       Traîne royalement ses strophes élargies.\n       Et transpose à mes yeux les lentes liturgies\n       Et les solennités du chant grégorien.\n       Telle je te chéris, ô femme fiancée !\n       A tous les hauts esprits déchus de leur orgueil,\n       Recherchant le repos pour leurs âmes en deuil\n       Dans la placidité d'un regard sans pensée.\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                               —   191   —\n\n\n         Je ne discerne plus ni le bien ni le mal;\n         Dans le puits de ton œil j'ai noyé ma science,\n         Et j'ai récupéré la prime inconscience\n         Et la divinité de l'antique Animal,\n\n          Et j'abdique l'Idée ainsi qu'une couronne\n          Dont les cercles massifs inclinent au tombeau\n          Les rouges souverains de l'empire du Beau,\n          Que le poids de leur chef précipite du trône.\n\n          Sauve-moi, dans tes bras, de mon rêve assassin!\n          Bouche de volupté, poitrine de silence,\n          Urne de nonchaloir, oreiller d'indolence ;\n          Je veux m'anéantir dans la nuit de ton sein !\n\n          Car je savoure en toi, puissante créature,\n          Dont le béant amour est une absorption,\n          Un suave avant-goût de ma dispersion\n          Dans le cadavre en fleur de l'immense Nature !\n                                          ALBERT GlRAUD.\n\n\n\n\n                             TRfSTIA\n\n\n           LLE est là, toujours attentive, toujours prête, la triste et\n            implacable mort, et dans cet éternel recommencement banal\n            qu'est la vie, elle est la cruelle pourvoyeuse des douleurs et\ndes désespoirs, l'injuste cause des amères tristesses endeuillantes, des\nchagrins attendus et d'autant plus terribles. Cette ombre vision que\nles peintres composent d'un squelette décharné et menaçant, je l'ai eue\ndans la chambre de la malade agonisante; l'épouvantable silhouette de\nla Camarde altérée de sang je l'ai devinée, au-dessus de ce lit de souf­\nfrances, suspendue sur cette tête amaigrie et blanche de l'aïeule paralysée,\nplanant sur ce corps que le néant a déjà fait presque sien, et ses orbites\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "                                — 192     --\n\n vides pleines de nuit ont épouvanté mon regard tandis que, pieusement\n penché près de la malade, je cherchais à saisir les quelques mots\n indistincts qu'elle me murmurait à voix basse.\n    C'était le soir : à travers les carreaux de la fenêtre, j'apercevais les\nmille lumières scintillantes de Paris plongé dans l'ardente surexcitation\ndes plaisirs et de la vie à outrance, et, de la ville en liesse une rumeur\nsourde montait monotonement bruissante que coupait à larges intervalles\nla respiration lente de la pauvre étendue immobile : dans la chambre\ncalme une lampe brûlait, dont la lumière, diffuse par l'éloignement,\nenveloppait de clarté douce le visage fatigué de l'aïeule glissant des\noreillers et à peine animé par instants d'un rictus convulsif, écho presque\n imperceptible des souffrances internes ; sur une table, auprès, les\n médicaments alignés disaient tous les soins donnés, toute la sollicitude\n empressée des enfants à soulager leur vieille mère au seuil de la tombe ;\npendant du plafond, dans une immobilité morne, tombait le bâton, au­\nquel, aux primes heures de son alitement, la malade se suspendait, secours\naujourd'hui inutile les mains gourdes se refusant à le saisir, tout le corps\naffaissé et écrasé dans la torpeur des suprêmes instants, ne pouvant plus\nse remuer.\n    Inattentif aux éclats de voix arrivant de la pièce voisine, oublieux du\nreste du monde, j'étais là près de ce lit, la main serrée par les doigts\nosseux de la malade, son souffle sur ma joue, l'oreille tendue aux muettes\narticulations de ses lèvres ; le cœur angoissé par des souvenances\ncruelles, je repensais à ma mère, à la mienne veillée ainsi, et devant mes\nyeux obscurcis par les larmes prêtes à couler, les deux visages se con­\nfondaient saintement n'en faisant plus qu'un, comme une même affection\nnaissant de la même mort, et l'envie me prenait de me pencher davan­\ntage sur ce lit de souffrances pour y embrasser en un élan de respec­\ntueux attendrissement cette autre mère à peine connue et pourtant\naimée,— et l'épouvantablesilhouette de la Camarde altérée de sang, je la\ndevinais planant\n\n\n\n   Qu'est-ce que c'est donc que cette horrible nécessité d'un anéantisse­\nment inévitable, que cette disparition de toutes les affections, pourquoi\nfaut-il toujours refermer ses bras dans le vide quand on cherche à\nétreindre contre son cœur les êtres longtemps chéris ? Aux réalités pré­\nsentes s'ajoutent alors les appréhensions funèbres, —- et la femme\nadorée dont les cheveux blonds vous caressent et vous troublent, dont\nles yeux bleus se mirent dans vos yeux, dont l'âme vit et palpite à\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "l'unisson de la vôtre, dont la chair vous ensorcelle et vous grise, dont\nl'amour vous transporte, la mort aussi vous la prendra ! aujourd'hui,\nce soir, demain peut-être, quand ? on ne sait ; ce baiser de tout à\nl'heure est peut-être le baiser suprême, ce regard est peut-être le dernier\ndes profondes et mystérieuses prunelles d'azur que le destin va clore! Aussi\nle jeune homme mélancolique se sent tenaillé par une torture intime à\ncette pensée de deuil, lui, le pauvre orphelin dont le faisceau de famille\ns'est rompu peu à peu, lui dont les parents reposent là-bas sur la colline,\nlui qui n'a plus maintenant pour raison de vivre que l'idéale figure d'une\nadorée aux longues tresses d'or, d'une femme qui ne lui est rien et qui\ncependant est tout pour lui, la continuelle contemplation de ses jours\net de ses nuits, l'absorbante possession de son existence entière, il a\npeur de la mort alors, il frissonne devant l'avenir, et les croyances effacées\nparla raison reparaissent, il se plaît à supposer un être supérieur qu'il\npeut fléchir ; défaillant, accablé, il tombe à genoux, il supplie « ne me\nla ravis pas, ô Dieu, laisse-la moi ! » il parle d'elle comme il a parlé de\nsa mère, son cœur tressaillant d'un amour aussi immense; il croit alors\nà quelque étrange puissant du monde, à quelque souverain céleste\naccessible à nos pleurs et à nos cris, à nos gémissements et à nosplaintes,\n et il s'adresse à lui, audacieux, confiant, lui demandant l'Amour, lui\ndemandant le Bonheur !\n                                     ** *\n    Des yeux qui se ferment, un souffle qui s'échappe, des doigts qui se\ndétendent, des chairs qui pâlissent et s'affaissent, et puis... rien, plus\nrien : un corps inerte dans une boîte que l'on ferme, un trou qu'on\ncreuse en terre et que l'on remplit, une croix qu'on plante sur un tertre,\ndes fleurs qui se fanent sur une tombe, — et le vide, l'irremplaçable,\nvide... « ne me la ravis pas, ô Dieu, laisse-la moi ! » et l'enfant blonde\nignore pourquoi les baisers sont si fiévreux, les étreintes si passionnées\nde l'orphelin qui songe et pleure, c'est que là-haut son esprit affolé de\nsouvenances et d'effrois lui montre planant sur leurs têtes la triste et\nimplacable mort, toujours là, toujours attentive, toujours prête...\n                                         MAURICE G U I L L E M O T .\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "      INVOCATION AU SOLEIL\n\n         ASTRE des jours heureux, flambeau de tous les mondes,\n         Œil ironique et fier, au regard éternel,\n         Par ta prunelle d'or fais choir sur mon autel\n         Toutes les volupte's de tes flammes profondes.\n\nOuvre mon large cœur à tes flots capiteux,\nDe mon cerveau brûlant par tes hautaines fièvres,\nFais, ô Dieu des splendeurs, descendre sur mes lèvres\nLes rythmes inspirés par tes cils lumineux.\n\nAllume en mon esprit de géants incendies,\nEn consumant mon corps, surélève, vermeil,\nUn vaste jet de flamme à ton orbe pareil,\nO maître éblouissant des hauteurs engourdies !\n\nQue mon sang empourpré se cabre à tes clartés,\nQue la sève du mâle exaspérant mon être\nEmbrase ma pensée et fasse disparaître\nLa trace des langueurs et des obscurités.\n\nPour boire avidement ta superbe lumière,\nJe veux de mes deux yeux fixer ton cercle d'or,\nEt je veux pour mes vers posséder le trésor\nQue tu portes, soleil, dans ta rouge crinière.\n\nEt si je ne le puis, ô trop glorieux roi,\nSi mon âme restreinte est pour toi par trop vile,\nLaisse-moi pénétrer en ton âme fertile,\nAstre des jours heureux, soleil, engloutis-moi !\n                                              EDOUARD L E V I S .\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "            CHRONIQUE                          ARTISTIQUE\n                                           I\n                           EXPOSITION DES XX\n\nPériclès Pantazis. — Guillaume Vogels. —James Ensor. — Willy Finch.\n  — Dario de Regoyos. — Théo Van Rysselberghe. — Frantz Charlet. —\n  Rodolphe Wijtsman. — Willy Shlobach. — Frantz Simons. — Piet Ver-\n  haert. — Théodore Verstraete. — Guillaume Vanaise. — Jean Delvin. —\n   Charles Goethals. — Guillaume Van Strydonck. — Fernand Khnopff.\n\n\n\n         CE sont les selected des jeunes.\n            Quand diminueront comme des clartés solaires les renommées des\n           Stevens, des Verwée. des Meunier, dans le soir inévitable de l'âge,\nceux-ci seront les forts du jour, les porteurs de l'art d'alors, les maîtres belges\n — et dès aujourd'hui, grâce à leur brillante exposition, on peut se les repré­\nsenter larges d'épaules, solides de torse, nerveux de main, pour soutenir le\ngrand fardeau. Ils sont là, beaux vainqueurs, étalant leur travail, le dé­\nployant en espalier superbe au ras des murs. Leurs œuvres témoignent que\nl'audace conquérante les guide, que le neuf à découvrir les sollicite, que la\nténacité dans l'effort les fortifie, que l'Idéal moderne tout en nerfs les attire,\nque les nouvelles voies où s'engage la peinture est leur voie, que le nouveau\nbut est leur but. Ils subissent presque tous l'influence des génies de notre\ntemps, influence inévitable qui les trempe dans le vrai milieu du progrès. Ils\nne sont nullement des imitateurs, ils ne font que travailler comme tout artiste\nnon rétrograde travaille aujourd'hui, respirant l'atmosphère de son époque,\nen dehors de laquelle il v aurait folie de vouloir trouver de l'air. Et tels con­\nservent-ils leurs originalités, chacun la sienne, tranchantes entre elles, avec\ndes contours et des angles spéciaux; des faces et des coins disparates. Absur­\ndité de dire, comme je l'ai entendu dernièrement, qu'ils sont des sous-Manet:\nphrases bêtes, moisies d'ignorance ou puantes de mauvaise foi.\n   Dès qu'un rénovateur surgit, il est fatal qu'il change les conditions d'éla­\nboration de l'art; qu'il déplace la vision des choses et les éclaire d'un jour\ninsoupçonné. Il brutalise de sa poigne puissante la beauté d'antan, la cingle\nà coups de foudre prise on ne sait où; il la déshonore, la flétrit, la chasse\ndans le « sein» de l'académie, chez les vieux, chez les tremblants des doigts et\ndu cerveau, chez les usés et les clopinants. Et longtemps elle reste là, assise\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "                                  — 196 —\n\nsur un soubassement néo-grec, plâtrant un reste de charmes comme on panse\n des plaies.\n    Voilà l'œuvre des révolutionnaires, — mais aucun d'eux ne va au delà,\n aucun n'empêche des tempéraments différents du sien de s'affirmer, aucun n'ab­\n sorbe les foules. Ils ne font que les pousser en des chemins nouveaux, où cha­\n cun peut creuser son ornière, où chacun peut tracer son sentier et le marquer\n nerveusement à son talon.\n    L'influence des Van der Weyden,a-t-elle tué l'individualité de Memling, la\n royauté de Rubens? A-t-elle rayonné au point d'éteindre Van Dyck, Jordaens,\n Crayer ? La maîtrise de Rembrandt a-t-elle annihilé Schalken ? Celle de\nCourbet, Dubois? Et, à quelques échelons inférieurs de hiérarchie, David\n a-t-il biffé Gros, Gérard, Navez ?\n    Aujourd'hui les mêmes phénomènes se produisent, ils auront mêmes résul­\ntats. Les maîtres modernes sont venus, éteignant les chandelles charbonneuses,\n pour leur substituer les clartés du grand jour, et nos jeunes marchent dans\n cette lumière nouvelle ; ils y marchent à grands pas.\n    Au surplus, à quoi bon ce plaidoyer, au lendemain du grand succès rem­\n porté par les XX ? Dès qu'on entrait chez eux, il n'y avait qu'un cri, qu'une\n unanimité d'éloges et d'admiration. C'était vrai : depuis longtemps on n'avait\n à Bruxelles inauguré exhibition d'art plus choisie, plus sérieuse, plus remplie\n d'œuvres grandes, et fortes, et superbes. Les salons triennaux, où les perles\nsont mêlées aux ordures et les belles viandes aux charognes, descendaient,\ns'effondraient dans le chaos des banalités et des ficelles réglementaires. La\nsolennité prud'hommesque qui règne à leur ouverture, augmentait encore l'im­\npression pitoyable que les comparaisons faisaient naître ; on se souvenait de\nces grandes salles toutes tapissées de productions telles quelles, neutres, nul­\nles, où rien ne flambait d'une aurore neuve, tandis qu'ici, des deux côtés, faisant\nla haie, sonnaient des fanfares de couleurs riches, éclataient des tons presti­\ngieux, se levaient des toiles avec la gloire des fortes œuvres le long d'elles. On\nne se tenait pas de proclamer qu'il fallait remonter loin pour rencontrer pa­\nreille fête, et pareille surprise, et pareille victoire. On aurait voulu que toute la\nprocession emperruquée des académiques défilât à point nommé pour l'ac­\ncabler sous cette levée d'enthousiasme, qui sortait de partout, qui débordait\nde tous les groupes d'artistes, qui surgissait de ce public captivé et empoigné,\nde ce flot de visiteurs, si froids d'ordinaire, mais secoués, à cette heure-là, par\nl'impression forte et nette, reçue subitement, à bout portant.\n   Deux salles bien garnies — toutes œuvres à la rampe — composent toute l'ex­\nposition. L'aménagement est simple. On aurait pu, me semble-t-il, repeindre\nles lambris horribles dans leur toilette lie-de-vin. Le temps a fait défaut.\n   Entrons.\n   Et d'abord, allons droit à lui, n'est-ce pas, à celui à qui tous nous avons\nsongé en pénétrant dans la salle, à PÉRICLÈS PANTAZIS qui vient d'avoir sa vie\nvolée en pleine force, en plein talent.\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                                    -   197    —\n\n    La fréquence tragique de ces fins prématurées devient si grande, que la pitié\nqu'elle inspire se banalise. Et pourtant, à voir tant de réelles œuvres signées du\nnom de ce mort, et surtout à se rappeler ses toiles d'antan, ses portraits mo­\ndelés aussi solidement que ceux de Courbet, ses natures mortes où la trucu­\nlence des tons et des couleurs jutait pour ainsi dire à travers, il vous jaillit\nforcément des mots de révolte. Pantazis a succombé dans toute l'efflorescence\ndu tempérament, cassé, comme un être quelconque, parla mort, seul, loin\nde tous, dans la débine, dans la maladie, dans la nuit approchante de l'au delà !\nFins lugubres : l'atelier se vide, les murs se dénudent, la gêne devient pau­\nvreté. Ce n'est pas mourir, c'est crever.\n    Aux XX, quelques toiles de mérite inégal composent son exposition.\n Parmi toutes brille la Bouillabaisse, d'une facture et d'un ton fermes et riches.\n Le coup de pinceau est prodigieux de sûreté et la tonalité d'une distinction et\nd'une réalité parfaites. L'Effet de lumière rappelle les plus audacieuses esquis­\nses du peintre. Et ce qui charme et étonne plus encore, c'est la Drève du Capo-\n ral. La structure des arbres, leur teinte, leur physionomie, tout est saisi. Le\n vert des feuillages vit d'une vie extraordinaire. Il y a illusion entière dans ce\ncoin de nature fière et hautaine, remplie de majesté aristocratique et de si­\n lence sylvestre que trouble à peine la traversée d'un véhicule.\n   On a eu l'excellente idée de joindre aux œuvres précédemment exposées deux\n portraits déjà anciens, je crois. Ils sont —surtout la tête du vieillard — d'un\n relief et d'une intimité saisissants. Ils élèvent à haut rang Périclès Pantazis\n et le vengent de ceux qui prétendent qu'il ne savait ni dessiner ni pousser une\n œuvre.\n   — VOGELS est un maître. Il a tous les dons, il grandit et se fortifie dans un\nart d'une autorité définitive ; il a sa patte et sa griffe. Je ne sache rien de plus re­\nmarquable que la silhouette qu'il donne aux choses, notamment dans le Lever\nde Lune et l'Effet de pluie. Certes faut-il prendre ces œuvres par ensemble,\npar larges lignes, les voir de haut. Glisser à leur endroit dans la minutie et le\ndétail, ne sied guère, et la recherche de la petite bête, toujours facile, l'est sur­\ntout ici.\n   La pénétrance de ces œuvres réside avant tout dans le mystère dont le pein­\ntre enveloppe ses sujets; sa manière de voir se complique de grandiose et de\ntragique; on éprouve, devant L'Impasse des Quatre Livres, et devant les deux\ntoiles citées plus haut, l'envahissement intime des mélancolies vespérales, et\nje ne connais que la grand Dupré qui la donne à si large dose.\n    Inutile après cela d'insister sur l'exécution, qui est parfaite, sur la délica­\ntesse et la valeur des colorations qui sont des fêtes pour l'œil, sur la solidité\net la construction des plans, qui témoignent d'une science sûre et complète.\nCela devient accessoire pour un homme de telle force.\n   — Si JAMES ENSOR équilibrait comme Vogels, il serait le plus\nstupéfiant impressionniste qui soit. Sa couleur est prestigieuse, et je ne\njuge rien de supérieur sur ce point à ses Chinoiseries, sa Coloriste et sa\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "                                   —   198 —\n\n Femme, en détresse. Certes il s'y rencontre des maladresses gigantesques : peu\n d'objets tiennent sur pied, la vaisselle semble dégringoler de la table; le lit\noù la dame est couchée paraît céder sous le poids. Mais qu'importe ! En face\ndes maîtresses —qualités que ces toiles arborent, ces défauts disparaissent et\nil ne reste debout que la belle et si artistique personnalité d'Ensor, toujours\ngrandissante et qui ne s'arrêtera qu'à la maîtrise. Alors on finira bien,\nmême les bourgeois, par la subir et par l'acclamer; et seront oubliés depuis\nlongtemps les lazzis dont on l'égratigne et les soi-disant bons mots dont on\népingle les Masques et les Pochards. Ces deux dernières œuvres ne sont d'ail­\nleurs que le résultat de l'entière sincérité du peintre — j'allais dire de sa naï­\nveté. Car, comme tous les grands, il semble aveuglé quelquefois dans le choix\nde ses sujets, il est si en dehors de l'atmosphère empuantie du public qu'il\nne sait pas au juste où ses audaces doivent s'arrêter. Au surplus, ce ne sont\nque glorieuses méprises, méprises de convaincu à tous crins.\n   Son Lampiste me parait la plus sérieuse œuvre qu'il ait produite jusqu'au­\njourd'hui. Le dessin en est irréprochable, la facture de belle force. Quant au\nton, il est merveilleux. Les noirs en sont superbes et les reflets de cuivre\njustement attrapés. Cela sent le pétrole ; cela est dans l'air, cela est en­\nveloppé, cela plonge dans un bain de réalité entière; c'est pénétrant, subju­\nguant, supérieurement interprété et senti. Cela est chef-d'œuvre ou peu s'en\nfaut.\n   — FINCH est moins bien représenté que son ami. Il serait inopportun de le\njuger d'après le présent envoi.\n   Pourtant, tout comme Ensor, il témoigne d'une vigoureuse audace et lui\naussi luttera loin de tout compromis abêtissant et vil, contre la « vacherie »\nartistique. Les snobs lui lanceront des pierres. Eh bien! Tant mieux !\n   J'admire beaucoup son Soleil d'Octobre traité en bonne lumière apâlie et fa­\nnée qui enveloppe les choses de caresses tristes. L'impression est juste et\nforte.\n    Les autres tableautins intéressent à titres divers, et partout en découvrent\nde grands soucis de sincérité et de vie.\n    — DARIO DE REGOYOS. Avec lui je me mets carrément à l'aise. Il sait\ncombien j'ai fière estime de son talent et combien sa nature me paraît\ntraversée et bourrée d'art. Il a un fond superbe — mais !\n    Paresseux? il l'est, en bon Espagnol qui se respecte; ignorant, il l'est aussi.\nL'acquis, chose que tant de jeunes parmi nos peintres ont en trop — lui ne\nl'a pas. il en est pauvre jusqu'à tréfond. Il se contente d'un art sommaire au\npossible, il ne dessine pas, il ne creuse pas, il ne pioche pas. Quatre coups de\npinceau — et son tableau lui paraît à point. Sa Récolte du maïs semble fait avec\ndes allumettes, sans soin aucun, sous la jambe. Quant à sa Scène de cabaret,\nquoi qu'il ait fait pour la rendre grotesque, un crâne caractère artistique y\ntransparaît. Elle nous dit où Regoyos est capable d'atteindre. Il y a là des types\nsuperbes, croqués avec une patte et une intuition de grand artiste. Regoyos\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                                            —     199    —\n\n devrait se résoudre à ne travailler, pendant une a n n é e , que le m o r c e a u , et à\n serrer de très près son travail. Il lui faudrait u n r e c o m m e n c e m e n t d'études,\n u n e discipline rude et constante. Il est t r o p riche de t e m p é r a m e n t pour\n  n'aboutir qu'à des œ u v r e s en deux temps et trois m o u v e m e n t s .\n      — T H É O VAN RYSSELBERGHE est le chef du petit clan de peintres établis à\n  Knocke, et dont Regoyos, W y t s m a n , Charlet et Schlobach font p a r t i e .\n      E n été, ils se réunissent, menant la vie de plein air, piochant d'arrache-pied,\n  et c'est de Knocke que sont datés leurs plus belles toiles.\n      Le Soir et En West Flandre ont été exposés à Gand ; nous eu avons parlé. Il\n  est d o m m a g e que les tableaux envoyés p a r Van Rysselberghe actuellement au\n  Maroc ne soient pas arrivés à t e m p s . P a r m i les jeunes, il est certes le plus\n  beau p e i n t r e , et sa palette doit s'irradier, l à - b a s , de soleil et de l u m i è r e .\n      — FRANTZ CHARLET, é g a l e m e n t à T a n g e r , n'a exposé q u ' u n e seule œuvre\n  inédite : Le Portrait.                 L ' a u t r e , l' Enterrement qui passe, a été loué dans notre\n  compte rendu du dernier salon triennal. Le portrait ne plaît que m é d i o c r e ­\n  ment : il est d'une tonalité trop sèche, trop c o m m u n e ; l'ensemble m a n q u e de\n  g o û t , d ' a r r a n g e m e n t . Verhas nous a accoutumé à u n e peinture enfantine, toute\n  de grâce facile, b i b e l o t e u s e , agaçante, sans caractère. Charlet n'y aboutit pas\n  e n c o r e , mais il est peut-être sur la route qui y conduit. P o u r Dieu ! qu'il s'ar­\n  rête. Au s u r p l u s , son splendide Enterrement qui passe est là p o u r dissiper une\n  crainte exagérée et hâtive.\n       — RODOPLHE WYTSMAN, l u i , vogue en plein progrès. Les Fleurs, une toile\n  d'une grande lumière et d'une sérieuse exécution. Le sol est solide, l'air\n  vibrant, les plans bien établis, et, p a r dessus tout, l'âme du pays W e s t - i l a m a n d\n  flotte dans cette a t m o s p h è r e , habite ce paysage, vivifie ces d u n e s , ce ciel, ces\n  a r b r e s , ces h e r b e s , ces floraisons. Q u i connaît le pays y retrouve toutes les\n  impressions reçues là-bas, au roulant air de la côte, dans les journées claires\n  d'été. La Mare est légèrement m o u . Q u a n t à La Ferme, sans offrir les mêmes\n  qualités que les Fleurs, on peut la ranger n é a n m o i n s p a r m i les bonnes toiles\n. du p e i n t r e , allumées à la façade de son œ u v r e et jetant fier éclat.\n       — W I L L Y SHLOBACH, le plus jeune des « Knockiens », est le plus t r i o m p h a n t\n  d'eux tous à cette h e u r e . Son exposition est en effet u n succès net et incontesté.\n  De ses cinq tableaux les Braconniers é m e r g e n t c o m m e chose s u p e r b e . L e u r\n  silhouette est saisie de b o n n e m a i n , la ligne de la dune et le fond m a r i n leur\n  d o n n e n t une g r a n d e u r et u n relief presque g r a n d i o s e . Ils sont dans l'air,\n  construits avec u n dessin i r r é p r o c h a b l e , solides, campés et carrés en pleine\n  vie, inoubliables p o u r qui les a examinés, fût-ce entre deux coups de chapeau.\n   Ils tiennent de l'œuvre g r a n d e , je dirais volontiers définitive.\n    La Barque et la Haute abandonnée sont du déjà vu. Elles ont figuré au cata­\n logue, à Gand. l'Effel de /une a de larges et puissantes parties, mais l'ensemble,\n surtout le ciel est u n tantinet r o m a n t i q u e , et le terrain m a n q u e de solidité. La\n tonalité, par c o n t r e , ne laisse rien à souhaiter.\n    Au r é s u m é , W i l l y Shlobach se révèle c o m m e un grand paysagiste d'avenir,\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "                                   —   200\n\nsolide de principes, habile de brosse et de faire, vigoureux et harmonieux de\ncoloris.\n   Anvers est pauvrement représenté.\n   — SIMONS s'attarde à la peinture d'antan,avec ses luisants et ses pâtes noires,\nsa facture molle, ses tons morts. Son grand tableau laisse froid. Son Coin du\nfeu, tout en terre glaise, agace l'œil de sa tache sale de lumière, plaquée au\ncentre, Réverie a des apparences photographiques et pourrait illustrer une\nromance.\n   — VERHAERT voisine avec les peintres allemands, il fait bon ménage avec Bo-\nkelman. avec de Fregger, et je gage qu'il ne déteste pas Lieberman, même\nquand ce dernier fait médiocre comme dans le Tisserand et le Concert de\nMunich.\n   Sa Cour de cabaret flamand a été analysée ici. Ses Joueurs de quilles relui­\nsent d'une couleur juteuse et commune. Retour de voyage et Joueurs de quilles\nsont passables, mais toute cette peinture contrarie, ennuie, s'attarde dans la\nrépétition et la redite; elle n'ouvre pas sur l'avenir, elle manque de largeur,\nelle est à côté des nouvelles tendances et des modernes audaces. Le talent de\nM. Verhaert se raccornit à traiter ces brimborions de sujets. Qu'il revienne à\nsa franchise et à sa vigueur d'antan qui l'ont poussé à faire sa Marchanda de\npoisson du musée d'Anvers où sa brosse, toute emportée, brûlait la toile de\ntons éclatants et superbes.\n   — VERSTRAETE est surtout poète. Son talent se plaît dans une évocation de\nclair de lune, drapé d'atmosphère brouillardeuse et bleuâtre et de prairie\nmélancolique et silencieuse, pleine de tristesse vespérale, où passe, rentrant à\nl'étable, la procession blanche des bœufs solennels. Peu de variété dans le\nsujet et dans la peinture qui parfois faiblit jusqu'à la décoloration, ou s'égare\njusqu'à rappeler les couchants de jour des chromolithographies.\n   L'œuvre la meilleure me semble être celle qui occupe le centre. Les per­\nsonnages qui étoffent le paysage sont sincèrement et austèrement traités. Il\nfallait de l'audace pour se risquer dans l'entreprise d'un tel avant-plan, forcé­\nment ingrat et de sérieuse difficulté avec ses têtards moussus dans le terrain\nchocolat.\n   Les autres toiles font rêver d'idylle ; elles sont d'un romantisme doux et\nvague où les acteurs sont paysan et paysanne, vacher et vachère, mais il\nleur manque précisément cette rusticité vraie, sortant toute vive de terre,\ncomme une plante grasse des labours gras, et qui n'a rien de commun avec la\nsentimentalité paul-et-virginienne que les amoureux de Verstraete effeuillent\nensemble, du bout des lèvres, comme on effeuille des marguerites du bout des\ndoigts. L'artiste manque essentiellement de caractère et de force pour empoigner\nles scènes flamandes.\n    — VANAISE, qui touche Verstraete du coude, étale trois tableaux dont deux\nont figuré à Gand et ont été analysés dans notre numéro d'octobre. La Bac-\nchante, travail consciencieux, mais est-ce bien de la chair? n'est-ce pas\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                                        201\n\n de la terre cuite? Au reste, le dessin y est parfait, rigide, serré. Vanaise pos­\n sède son métier, travaille d'arrache-pied, réussira — mais l'œuvre décisive n'est\n point encore sortie entière Heureusement, St-Liévin en Flandre la fait presager.\n   — DELVIN, autre Gantois, était plus heureux au dernier Salon. Son Sportsman\navait crâne allure et grande distinction.\n    Le Pécheur de crevettes, actuellement exposé aux XX, est d'un aspect trop\ndécoratif; les proportions énormes de la toile nuisent au sujet. Le ciel a de\nbelles parties, mais dans la marine il y a je ne sais quoi de factice qui déplaît\net détourne de la grande impression qu'on devrait ressentir.\n   Je préfère l'étude : La Campine ; il s'y rencontre de la solidité, de beaux\ntons trouvés et sûrs, de prestes coups de brosse accusant une main décidée et\nfranche.\n    — GOETHAELS est préoccupé des misères et des pauvretés. Il veut être tout\nsentiment; il tente, à la suite de Degroux, de nous intéresser aux souffrants\netaux écrasés de la vie. C'est, au vrai, un noble but, mais plus noble serait, j'ose\ncroire, le but unique de bien peindre et de faire de l'art, simplement. Pour\nles plus difficiles, j'incline qu'ils s'en contenteraient. D'ailleurs à trop vouloir\napitoyer on risque d'accoucher du Viatique, toile médiocre et tranchons net,\nmauvaise.\n   A la parle d'an maitre de pauvres me paraît, par contre, une très sérieuse\net très intéressante page. La scène est d'un groupement et d'une étude par­\nfaites; elle émeut réellement, elle n'a rien que de vrai et de senti. Peut-être\nle faire est-il un tantinet sec, la couleur légèrement monotone, la tonalité\ndure. Goethaels y témoigne néanmoins d'un très notable progrès.\n   La Dentelière est ratée. Quand au Portrait, je laisse à des voix plus auto­\nrisées que la mienne (!) d'en publier les louanges.\n   — VAN STRYDONCK est des forts; il a une personnalité déjà adulte. Il voit bien\net exécute avec sûreté. Ses deux portraits, surtout celui de la vieille dame, est\nd'une belle vie et d'un beau modelé. L'autre pêche par quelques détails. Les\nmains, par exemple, sont d'un style gauche et pâteux.\n    Les Choux et le Potager sont des toiles de première marque. Les fonds\nexquis, la couleur solide et de grande distinction. Les légumes surtout appa­\nraissent avec des tons riches et appliqués de main de grand artiste.\n   — KHNOPFF. C'est de lui qu'on conserve la plus hantante idée, en quittant\nle salon des XX. Il se révèle le plus solidement taillé pour porter haut son\nœuvre, pour la tenir au-dessus de toute banalité, pour la pousser le plus loin\ndans les chemins nouveaux. Son art est tout de volonté, il s'étale solennel, hiéra­\ntique, traversé par une influence gothique des vieux et suprêmes maîtres. Il\nen sort du recueillement et de la grandeur, une conviction entière, une ténacité\nacharnée, une science et une inspiration marchant de pair, à pas égaux, vers\nles sommets. Khnopff est le plus penseur, le plus analyseur, le plus fouilleur des\nXX. Le temps est loin où on lui jetait en gaminant sa Crise à la tète.\nC'était jeu de gens spirituels.\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "                                    —   202   —\n\n\n     J'ai déjà apprécié son Garde qui attend; ses Portraits, surtout celui de\n l'Enfant, sont conduits et achevés avec la minutie profonde qu'il met en tout\nce qu'il fait.\n    Mais passons au superbe fusain qui fait le centre de son exposition.\n    D'après Flaubert, malgré les piaillements qu'il suscite, est une page de pre­\n mière importance.\n    Certes, elle rappelle les conceptions de Gustave Moreau. Mais après?\n    Après ? Elle n'en reste pas moins une des plus saisissantes œuvres que\nje connaisse, elle est d'un art suprême, elle inquiète, elle donne une impres­\nsion insecouable comme une vision biblique, comme un drame sacré, comme\nune orestie grecque. Il faut avoir lu le Gautier du Roman de la momie, le\nHugo de la Légende des sièclesetsurtout le Flaubert de La Tentation de St. An-\ntoine, de Hérodiade et de Salammbò, pour apprécier à quel échelon de poésie\népique l'artiste, grâce à cette page, est monté.\n    Quoi d'étonnant après cela, que l'on ne comprenne point ! A peine connaît-\non Gautier; Hugo et Flaubert de nom.\n    D'après Flaubert est l'évocation de tout un Orient hiératique et grandiose,\nL'apparition dorée et comme habillée de soleil, fait rêver aux reines et aux\ndéesses hindoues, à toute la gloire des fulgurences humaines et divines qui tra­\nversent les légendes, expliquent les mythes et règnent dans les mystères religieux.\n    Le visionnaire lui, hirsute, sauvage, rigide d'horreur sacrée, est là comme\nle symbole de l'humanité tournée vers l'inconnu. Ce corps émacié, cette tête\nsuperbe, ce torse, cette chevelure et ces yeux concentrent en eux toutes les\ninquiétudes, toutes les austérités, toutes les souffrances, tous les doutes, toutes\nles tentations de la chair martyrisée par l'invisible, par le songe, par les ter­\nreurs, par les affres de l'âme et de l'esprit. L'œuvre est du grand art et\nmériterait une bordée de louanges au lieu des haussements d'épaules qu'elle\nsoulève sous les gros paletots fourrés des visiteurs ébaubis\n                                                          EMILE VERHAEREN.\n  N. B. Le second article sur les XX, qui paraîtra dans notre prochain\nnuméro, sera consacré aux trois sculpteurs ACHILLE CHAINAYE, PAUL DUBOIS,\net JEF LAMBEAUX, ainsi qu'aux œuvres des artistes étrangers qu'on a eu l'heu­\nreuse idée d'inviter à l'exposition Notre critique d'art s'abstiendra d'y parler,\ncomme l'ont fait deux journaux importants de notre très consciencieuse presse,\nde l'œuvre de M. Thomas Vinçotte qui ne figure... qu'au catalogue !\n                                                                      J. B.\n                                        II\n                     EXPOSITION DE M. STACQUET\n                      AU CERCLE ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE.\n\n          Stacquet grandit son art.\n             On connaît sa manière ancienne : page presque blanche piquée ci\n          et là de notes vives, de taches rouges et bleues. C'était charmant. Les\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                                   —   203\n\nsujets, une barque sur une plage, une maison fraîche à volets verts, au bord\nd'une route, une mare bordée de saules avec un petit bonhomme à la gouache.\n   Aujourd'hui ce n'est plus cela du tout et, disons-le, heureusement.\n   Sans suivre les Hollandais, les Mauve, Maris, Mesdag, qui poussent l'aqua­\nrelle jusqu'au tableau, ni se mésallier aux Italiens qui en font de la tapisserie,\noù le soin de l'exécution aboutit à la mièvrerie, à l'affadissement, au travail à la\nloupe, M. Stacquet, grâce à un incontestable progrès de facture et de coloris,\nse carre dans le vrai domaine de l'art qu'il cultive, et conquiert là une réelle\nmaîtrise.\n   Telles d'œuvres : Bateaux de pêche alignés le long d'une estacade ; Houle-\ntard du Nord tu d'un deuxième étage ; Moulin dominant un champ de blé fauché,\nme semblent très remarquablement et très solidement réussis.\n   Autrefois, l'artiste faisait un tout d'un rien ; ce qu'on appelle en littérature\nbâtir une pièce sur une tête d'épingle. Pour les goûts aisément satisfaits, ce\npouvait être un idéal, mais pour ceux qui désirent un beau corps sous la robe,\nde la vraie farine de seigle dans le pain, et non pas de la viande creuse,\n M. Stacquet n'était pas précisément le meilleur aquarelliste qui fût.\n    Mais tout change, et l'artiste est en voie de le devenir.... en Belgique.\n\n\n                                         III\n\n                           EXPOSITION ROELOFS\n\n                     AU CERCLE ARTISTIQUE E T     LITTÉRAIRE.\n\n\n    Le talent du vieux peintre Roelofs est encore là, qui s'affirme ferme et vi­\ngoureux comme aux jours de jeunesse, avec sa crudité un peu entière, sa bru­\ntalité un peu outrée. Pourtant qu'importe!\n   Quand l'âge affadit tant de natures artistiques et qu'il émascule même des\npeintres non encore cinquantenaires, on ne peut se tenir de longuement ap­\nplaudir à ces œuvres mâles, riches, superbes. Il y a là des ciels — où\ncourt toute une débandade de nuages cabrés — dignes de Boulanger: des mares\nd'une eau profonde qu'on ne pourrait mieux traiter ; des vaches construites\nen belle couleur et avec une sûreté et une solidité de main prestigieuses.\n   La plupart des toiles exposées sont des études. Tant mieux. Pour un vrai ar­\ntiste, l'étude intéresse plus que le tableau. Et surtout elle est bonne et réjouis­\nsante à voir, quand ce sont des qualités de facture qu'on recherche — et c'est\nle cas chez tous ces Hollandais, maître-ès-poigne s'il en fût.\n\n                                                           EMILE VERHAEREN.\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "                  MEMENTO MUSICAL\n\n    Le 13 janvier: — 1er concert populaire. Entre la Symphonie de Meyerbeer\n (Struensée) et la Virtuosité d'Andrieck, (un Slave médiocre) — Raway, nous\n présentait sa nouvelle œuvre. Nous y étions allé, les oreilles nous tintinnabu­\n lant encore du grand succès des Scènes indoues ; les Adieux ont mis une\nimpression de glace sur notre enthousiasme naïvement préconçu. Adieux,\ndésespoir, retour, j'avoue sincèrement n'avoir pas suffisamment compris à\nl'indication de ces trois idées vagues, le sujet de cette musique très abstraite\net métaphysique On y sent une manière originale, volontaire mais énergique;\nune couleur spéciale, un peu sombre, un peu dure, une patte serrée nerveuse\nqui n'est pas d'un élève.\n                                        ***\n    Le VI. — A Louvain, le premier concert de l'éccle de musique dirigé par\nEmile Mathieu avec le concours de M11e Antonia Kufferath, de MM. Alexandre\nCornélis, François et Van Leuvv et du cercle choral des anciennes élèves de\n'école. Nous regrettons d'en avoir été informé trop tard pour y assister.\n\n    Le 31. — A la salle Marugg, Heuschling a réuni nombreuse chambrée et\nfoule de menottes prêtes à claquer pour lui, auquel sont venus en si peu de\ntemps la vogue et le succès. C'est qu'il possède cet organe sympathique du\nbaryton développé au plein médium de la voix humaine et dont s'émettent des\nsons chauds et vibrants. A ces auditions intimes, son talent moderniste le\nconduit de préférence aux aquarelles mélodiques des Bizet, Delibes, Massenet...\nCes brimborions charmants flattent le public ainsi qu'une caresse, quand on y\nmet le ton juste et l'émotion sincère d'Heuschling ; mais ses cordes sonnantes\nfont craquer le cadre de la petite poésie. Sa voix ample le porte à de plus\namples sujets où elle puisse se développer plus librement. C'est, pour ainsi\ndire, une voix scénique qui devrait se tailler au théâtre une superbe carrière.\n   A lui, s'étaient joints avec M. Massage comme accompagnateur,\n Mlle Verheyden et M. Jehin-Prume. 1-e violoniste a joué quelques compositions,\n parfois un peu vieillottes, avec cette expression de phrase et de style qui\ncharment.\n   M1le Verheyden, drapée, gantée, panachée de bleu, ce soir-là plus gracieuse\nque toujours, devrait, au contraire d'Heuschling, aborder la mélodie et susurrer\nde sa petite bouche en cœur de tourterelle, les poèmuscules français. On ne\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "                                  —   205\n\npardonne pas à un aussi joli minois de dégringoler dans la mécanique à rou­\nlades et de vocaliser de l'italien, quand il pourrait chanter du français, tout\nsimplement, tout gentiment comme il est.\n                                        ***\n    Le même soir avait lieu à Anvers la première de Pedro de Zalaméa de\nGodard dont on a dit qu'il était depuis Carmen le plus délicieux opéra-comique\nfrançais que fût. Comme l'a dit l'Art Moderne, « ce nouveau venu, dont quel­\nques compositions de petite envergure avaient fait pressentir les mérites,\nvient d'affirmer un véritable tempérament de symphoniste. Si l'instinct de la\nscène n'est pas encore entièrement développé chez le très jeune compositeur,\n si certaines parties de son œuvre semblent plutôt faites en vue d'une audition\n dans une salle de concerts que pour être enchâssées dans un drame lyrique, si,\nen un mot, l'optique du théâtre n'est pas définitivement acquise, en revanche,\n la partition, depuis l'introduction jusqu'à la chute du rideau sur le quatrième\nacte, est merveilleusement conduite, d'une irréprochable distinction de lignes,\n d'une finesse d'instrumentation qui en rend, pour des oreilles délicates, l'audi­\ntion des plus intéressantes, même dans les conditions imparfaites où elle a été\n interprétée par le théâtre d'Anvers.\n    Ce que j'aime dans Benjamin Godard, c'est qu'il ne cherche jamais à sortir\n de sa nature, à emprunter à autrui des effets incompatibles avec le génie de sa\n race. Sa partition est française, bien française, dans sa coupe, dans l'allure\nprimesautière et pimpante de ses morceaux, dans ses phrases mélodiques, dans\nson essence. »\n\n   A Anvers. — On espère Rubinstein pour diriger l'exécution de l'oratorio\nLa tour de Babel; il a officieusement accepté. C'est une question de réalisation\nmatérielle.\n                                        ***\n   L'Association des artistes musiciens fondée sous le patronage de Gounod,\nprojette un concert Gounod; puis un 2e où l'on exécuterait la Symphonie funèbre\nd'Huberti et le Concerto de flûte de Benoit.\n\n   Sous ce titre : Tablettes du musicien, la maison Schott frères vient de\npublier un petit annuaire qui s'adresse à la fois aux musiciens de profession et\naux amateurs de musique. Il contient un calendrier-éphémérides donnant pour\nchaque jour de l'année les événements artistiques qui y correspondent, date de\nnaissance ou jourmortuaire des artistes célèbres, première représentation d'ou­\nvrages de maîtres; Intéressant répertoire où chacun peut aisément puiser des\nrenseignements utiles. Ce calendrier éphémérides est suivi de notes et rensei-\ngnements sur les institutions musicales du pays et de l'étranger avec un grand\nnombre d'adresses de musiciens en Belgique, en France eten Allemagne. Enfin,\nil contient le nécrologe musical de l'année, une notice biographique sur\n Wagner et sa famille, et un petit dictionnaire des locutions étrangères les\n plus usitées en musique. Cette compilation (un joli volume de 250 pages, d'un\n                                                                         15\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "                                     206\n\nformat commode, ornée d'un bon portrait de Wagner, remplit une lacune\ndans la série des annuaires spéciaux. (Prix : 2 fr. 2 5).\n                                       ***\n  Nos lecteurs comprendront que nous ne parlions pas de Sigurd; ce n'est plus\nune nouveauté et en faire une étude aujourd'hui serait de l'ennuyeux réchauffé.\n                                                                NlEMAND.\n\n\n\n\n                             MEMENTO\nSIRET-GERVAIS-BUDGÉTIVORE. — Contes de Minuit par EMILE VERHAIREN (collec­\n  tion de la Jeune Belgique). Dessin de THÉO VAN RYSSELBERGHE. Une pla­\n  quette. Bruxelles J. FINK, éditeur, 1 fr. 50. — Droit de réponse. —\n  Conférence de Georges Rodenbach. — Nécrologie. — Georges Khnopff. —\n  Bruxelles rigole !.. — Buste Conscience — Greta Friedmann. — La joie de\n  vicie, par Emile Zola. — Noël héroïque, par Martial Ténéo. — Théâtre. —\n  Gaffe blonde. — Conférence de M. Edmond Picard aux XX. — Conféren­\n  ces suivantes.\n\n\n\n             AIMABLE vieillard,\n                    Permettez moi ce vocable, cher Directeur, dont vous a si\n               « justement gratifié M. l'avocat Picard que vous empêchez,\n« paraît-il, de dormir. Oui, permettez-moi ce vocable qui grâce à ce farouche\n« intransigeant politique, artistique et littéraire, va devenir l'étiquette de\n« votre personnalité sur la fin d'une longue, laborieuse et utile carrière   »\n   Ainsi débute, dans le Journal des Beaux-Arts, l'article sur l'exposition\nde l'Essor adressé sous forme de lettre à M. SIRET par M. PIERRE GERVAIS.\n   Nos lecteurs trouveront peut-être piquant d'apprendre, après avoir dégusté\nce petit éloge de début, que c'est M. Siret lui-même qui se l'adresse, par\nl'auto-plume de son pseudonyme Gervais. Oh ! aimable vieillard ! que voilà de\npetitesse pour un grand académicien, deux fois subsidié !\n   Car La Jeune Belgique n'a pas encore raconté l'amusante polémique de\nl'Art Moderne avec le Journal des Beaux-Arts. C'est instructif et amusant.\n   Donc, l'Art Moderne, un beau matin, se permet de demander à M. Siret si\nson journal est budgétivore et, si oui, de quel droit.\n   « Non, nous ne sommes pas subsidiés par le gouvernement, répond M. Siret.\nMais il ajoute : 10 Le gouvernement souscrit à un certain nombre d'exem­\nplaires. 2° Il nous donne 1600 francs pour encourager nos concours !!!\n   Donc vous émargez ? et nous demandons pourquoi au ministre que cela\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "                                  — 207 —\n\nregarde? Cela ennuie M. Siret. Que nous fassions une petite interpellation par\nla voix d'un de nos amis, et le Journal des Beaux-Arts se voit les vivres coupées.\nNous la ferons, cher monsieur, nous la ferons, ne fût-ce que pour supprimer\nces concours de gravures médiocres que vous lancez chaque année dans le\nmonde des gobards à qui vous faites avaler des pochades pour des œuvres\nd'art. Cela vous rendra peut-être plus prudent, aimable vieillard, et plus mo­\n deste, aimable vieillard.\n                                         ***\n         La Jeune Belgique vient de lancer la troisième plaquette de sa collec­\n         tion : Contes de Minuit, par notre ami et rédacteur Emile Verhaeren.\n          Les amateurs de virtuosités littéraires y trouveront une profonde\ndélectation. Le poète des Flamandes, en effet, y fait parler la matière avec\nune étonnante vigueur. Le réveil des choses inertes évoquées, les rondes\nnocturnes, les fantasmagories trouventsous sa plume un relief bizarre et évocatif,\ndont le Noël blanc, — un des trois contes et le meilleur — nous semble être\nle plus parfait effort. Ce Noël blanc est bien blanc, et, par une rouerie de\npeintre, M. Verhaeren a complété la blancheur de sa toile par la tache\nnoire qu'il y met d'un coup de pouce habile. Ce n'est que de la virtuosité, rien\nde plus, comme un essai descriptif nouveau, qui plaira surtout à ceux qui\nvoient, qui ont l'œil, et saisissent la valeur des tons. Ils y trouveront aussi un\nVerhaeren inconnu, dans ce Noël blanc surtout, où, abandonnant le rouge vif\nde ses truandailles, il semble vouloir reposer sa vue sur la pureté moelleuse\nd'une neige immaculée. Le jeune peintre, un des XX, M. Théo Van Ryssel-\nberghe, a illustré le volume d'un remarquable dessin, très fini et très vigoureux\nen même temps, qui fait de l'œuvrette de notre ami une plaquette des plus\nartistiques que tous les bibliophiles se disputeront.\n                                         ***\n   Nous avons reçu récemment la visite de M. Gibrac qui nous a prié de d é ­\nmentir ce que nous avons dit dans notre article « La seconde à l'Office de\nPublicité)): à savoir qu'il estréfugié français. Renseignements pris, nous avons,\nparaît-il, commis une erreur que nous nous empressons de rectifier,\nM. Gibrac, d'ailleurs, nous ayant donné sa parole que l'article violemment\nattaqué par nous n'était pas dirigé contre M. Max Waller, mais contre une\nautre personne qu'il ne nous a pas nommée mais qui s'y est reconnue, l'affaire est\njugée; satisfaction est donnée de part et d'autre.\n  Cela fait, voici la lettre — droit de réponse — que M. Camille Gibrac a cru\ndevoir nous adresser après sa visite. Cette lettre était inutile :\n                                              Bruxelles, le 22 janvier 1884.\n     « A M. Max Waller, directeur de la Jeune       Belgique.\n                  MONSIEUR,\n\n  Toute réflexion faite, je préfère user du droit de réponse, que vous m'avez\nreconnu.\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "                                    —    208     —\n\n    Néanmoins, ma réponse sera courte ; elle sera courtoise aussi, quoique le\nprocédé de polémique employé par vous contre moi soit de nature à rendre\ntoutes représailles légitimes.\n    Donc, je ne suis pas un réfugié, — ni même un pédicure. Vous l'avez\nreconnu très suffisamment, attendu que vous avez jugé superflue la preuve de\nma parfaite honorabilité que j'offrais de produire (1)\n    Là-dessus le débat est clos, et je pourrais finir ma lettre ici.\n    Je veux cependant vous donner un conseil :\n    Dorénavant, n'accueillez plus si facilement ces bruits équivoques et per­\n fides que certains adversaires, plus criminels cent fois qu'un vulgaire assassin,\n lancent contre des hommes qui n'ont eu peut-être d'autre tort que de n'avoir\n pas consenti à faire acte de vasselage devant eux.\n    En vous priant d insérer cette réponse à la place où a paru l'attaque, je\n  vous assure de toute ma considération.\n                                                     CAMILLE GIBRAC   »\n                                        ***\n   Tous les journaux, qui semblent revenir pour les jeunes Belgique à plus de\nsympathie et d'intérêt, ayant rendu compte de la conférence donnée le 15 janvier\nau « Cercle artistique et littéraire » par notre ami et confrère Georges Roden­\nbach, nous n'en parlerons que pour mémoire.\n   Le poète des mièvreries modernes y a lu de nombreuses pièces de son pro­\nchain volume, l'Hiver mondain, parmi lesquelles les adorables Strophes blondes\nque nous publions aujourd'hui. Il y a, de plus, et avec une rare énergie, reven­\ndiqué le droit des jeunes au succès et à l'estime de notre pays. Cette confé­\nrence est une victoire sérieuse pour la Jeune Belgique. La glace d'indifférence\nest rompue, et qui sait, le jour n'est peut-être pas loin du renouveau et du\nsuccès. Nous ne parlons pas de L'Echo du Parlement, l'ancien organe de feu\n L. H., qui a vidé sa poche à fiel sur M. Rodenbach avec un entrain remar­\n quable. Il s'est senti mordu par certains mots de notre confrère et il aboie.\n C'est trop naturel.\n                                           ***\n\n    Notre collaborateur, M. F . Nautet, vient d'avoir la douleur de perdre son\n père, M. G. Nautet-Hans, mort à Verviers, le 21 janvier dernier, dans sa\n 82' année.\n    M. G. Nautet, membre de l'Institut archéologique liégeois, appartient aux\n Lettres par un ouvrage en 3 volumes, aujourd'hui très rare et très recherché,\n de Notices historiques sur le pays de Liège. Il laisse inédit un \"Recueil de sou-\n venirs se rattachant à l'histoire de la ville de Verviers.\n    M. Nautet a joué autrefois un rôle politique assez important. Il déclina à\n plusieurs reprises des offres pressantes de candidature. C'était un modeste qui\n fut bientôt dégoûté des vaines agitations politiques et leur préféra les calmes\n jouissances de l'étude.\n\n   (I) Mais que ne nous avons recherchée après réflexion.\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "                                  — 209 —\n\n\n   Notre collaborateur et ami Georges Khnopff prépare pour l'hiver prochain\nquatre volumes, dont un seul de prose, qui paraîtront simultanément. Voici\nquels en sont les titres: I. LES RÊVES, poésies. 2. LA VIE, (I Sérénité.\nII Spleen III Désolation. IV Suicide) poésies. 3. L'IMPASSIBILITÉ DOULOUREUSE\nDES CHOSES, poésies. 4. NOUVELLES IRONIQUES.\n                                       ***\n   Plusieurs étudiants Roumains ont cru voir dans le roman de M. Nizet\nBruxelles rigole!. des attaques personnelles. Nous nous empressons de cons­\ntater qu'il n'en est rien. M. Nizet est trop artiste pour avoir songé à faire de\nson livre une œuvre de scandale ; ses types il les a recréés et mis à la forme de\nson réel talent et personne n'a le droit ni le prétexte de se reconnaître\ndans Bruxelles rigole! ...\n                                       ***\n   L'éditeur Arthur Boitte vient de mettre en vente un buste en plâtre de\nHenri Conscience, dû à un intelligent sculpteur, et que nous recommandons\naux maisons d'éducation. Peu artistique, surtout lorsqu'on se rappelle\nl'œuvre admirable de Jef Lambeaux, mais très ressemblant au dire de la fa­\nmille de notre vénéré romancier flamand défunt, ce buste, d'un prix modique,\nmérite d'être répandu, ne fût-ce que pour rappeler le souvenir — qui sera un\nexemple rare — d'un écrivain belge acclamé de son vivant par ses con­\ncitoyens, dans son propre pays.\n                                       ***\n   M. Max Waller, le directeur de notre revue, prépare en ce moment un ro­\n man de longue haleine intitulé définitivement: Greta Friedmann. Nous en\n donnerons quelques extraits avant son apparition.\n                                       ***\n         Gil Blas vient d'achever la publication de la Joie de vivre, qui for­\n          mera le onzième volume de la série des Rougon-Macquart. C'a été\n          une désillusion. Sauf quelques rares chapitres bien venus, cette œuvre\ntout-à-fait décousue, est absolument inférieure. Exagérant la forme sobre mais\npuissante qui lui a si bien réussi dans Pot-Bouille et le Bonheur des Dames,\nM. Zola en est arrivé à confondre simplicité avec banalité et à écrire dans un\nstyle incolore, sans imprévu et sans accent. Quel mauvais souffle a donc\npassé sur la fournaise de Médan pour qu'elle nous paraisse à ce point éteinte?\n   Question de forme à part, il n'est pas difficile de déterminer les causes qui\nfont de la Joie de vivre l'œuvre la plus médiocre d'Emile Zola. On lui a tant\nreproché son manque d'observation psychologique qu'il a voulu donner un dé­\nmenti à ses juges. Tout d'abord il a lu Schopenhauer et il en a retenu surtout\nla théorie sur l'Amour et celle sur le Néant. La première, il l'a parfaitement\ncomprise parce qu'elle est entièrement basée sur l'influence physiologique dont\nM. Zola possède si intimement le sens. Aussi triomphe-t-il dans les courtes\nscènes, chastes d'ailleurs, où il analyse l'éveil des désirs dans l'âme de son hé-\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "                                        210\n\n\nroïne. Quant à la seconde, la plus développée, elle est absolument ratée. Ce\nn'était vraiment pas la peine de nous donner un pareil pendant au de Werther\nGœthe. Ce Lazare Chameau qui redoute la mort autant qu'il déteste la vie, ne\nvit pas, n'existe pas, ou tout au moins forme une de ces exceptions qui ne\nprouvent rien tant elles sont exceptions... Artistiquement, le type n'a plus\nde valeur ; les choses exceptionnelles ne sont attrayantes qu'à cette condition\nd'être pittoresques. Tout ce qui est étrange ne vaut pas par soi-même, il faut\nsavoir choisir les cas vraiment curieux. Même au point de vue scientifique, je\ndoute fort que le cerveau déséquilibré de Lazare offre quelque intérêt. Encore\ny avait-il dans cette lutte entre l'instinct naturel qui pousse la bête à vivre et\nles rancœurs de l'âme qui lui conseillent de mourir le sujet d'une superbe\nanalyse que M. Zola n'a pas faite.\n    Pauline Quenu sert d'opposition à la figure peu humaine de Lazare. Autant\ncelui-ci défaille à la moindre secousse, se désespère, se rebute devant le moin­\ndre obstacle, autant Pauline est courageuse. Elle trouve la joie de vivre dans\nl'abnégation, le dévouement et le devoir. Tout lui rate à cette pauvre et belle\nfille dont on abîme le cœur autant que la bourse. Et elle demeure souriante,\nbonne, devouée, inaltérablement, parce qu'elle trouve dans sa petite tête rai­\nsonnable remède à tout.\n    Il y a toute une philosophie dans ce personnage dont certains côtés sont bien\ntraités. Mais je veux croire que M. Zola n'a pas songé à lui faire prouver quel­\nque chose. L'exemple de Pauline demeure fort aléatoire, car elle a des rêves\nbien médiocres, cette brave fille, et les désespérés ne trouveront pas dans l'imi­\ntation de ses vertus un peu banales cette joie de vivre qui leur manque. M. Zola\navait autrement défendu sa thèse avec Octave Mouret quand il le montre pui­\nsant dans l'action et l'activité le charme de l'existence. En somme, c'est encore\nle mouvement le grand remède. Se griser de tapage est une façon adroite de ne\npas entendre son cœur se plaindre et d'échapper à soi-même.\n    N'importe, n'est-il pas intéressant de voir celui qu'on a appelé l'ours de\nMédan s'abuser dans des rêves de charité, prêcher les saintes consolations du\nsacrifice et redire la douce maxime du Christ : Aimez-vous les uns les autres ?\n Par ces soucis d'apaisement, de pacification, de fraternité, cette figure un peu\n rude s'éclaire d'un rayon tendre qui la rend plus sympathique. Sous ce révolu­\n tionnaire on trouve un pacificateur qui, s'il a des armes pour blesser, voudrait\n aussi trouver des baumes pour guérir. A bien l'examiner, sa misanthropie est\n plus apparente que réelle. Ses haines sont pour les forts. Il a l'amour des fai­\n bles, ce qui n'est pas d'un vulgaire, et il l'a bien prouvé par Gervaise, par\n Denise, par Josserand ettant d'autres figures qu'il a peintes en s'apitoyant sur\n elles avec une émotion vive quoique dénuée de toute sentimentalité.\n     Il est bien regrettable que, cette fois, l'artiste ait été inférieur à lui-même.\n M. Zola tendrait, paraît-il, à s'équilibrer, ce à quoi nous perdrions peut-être.\n  On a beau dire, l'auteur de Pot-Douille n'est qu'un talent ordinaire, si nous\n  comprenons par ce mot la perfectibilité s'accusant, la mesure, la justesse, le\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "                                      211    —\n\nfini du travail. Par le côté fougueux, excessif, disproportionné de son tem­\npérament, il est génie et il est à souhaiter qu'il le reste en continuant ses\npuissantes études sociales et physiologiques, de préférence aux notations de\nl'âme qui exigent un toucher plus délicat et une moins grande curiosité du\nmonde extérieur. C'est à cette curiosité que M. Zola doit le meilleur de sa for­\ntune. Toutes ses facultés se sont développées par elle. Pour comprendre l'âme\net la décrire, il faut un absorbant commerce intérieur auquel il ne semble pas\ns'être livré jusqu'à présent. Et d'ailleurs, l'étendue du domaine psychologique\nest telle que toute l'activité d'un esprit, uniquement porté vers ce point, ne\nsuffit pas toujours pour saisir les innombrables nuances et les lueurs fugitives\ndes vérités non tangibles. Il n'est donc pas étonnant que M. Zola, physiologiste\nremarquable, se soit montré médiocre psychologue. On ne court pas facile­\nment deux pareils lièvres à la fois.\n                                        ***\n    Signalons un nouveau poème dramatique, un peu gaga, de M. Martial\nTénéo. Nous mettons en garde le sympathique poète contre la tendance qu'il\na de ramasser de vieilles larmes qui ont beaucoup servi. De plus — et ceci est\nune chicane de pion —, Noël a toujours été masculin, ce qui nous fait trouver\nun peu bizarre le titre du poème de M. Ténéo : La Noël héroïque-\n                                        ***\n   Après un essai de Chronique théâtrale que nos lecteurs ont peu goûté, et\nayant constaté qu'une telle chronique prenait trop de place dans nos étroites\npages, nous avons philosophiquement renoncé à cette nouvelle rubrique ma­\nlencontreuse.\n                                       ***\n   Voici le quatrain que nous venons de recevoir sur carte-correspondance,\ndédié : A l'auteur des abracadabrantes « Sensations» publiées dans le dernier nu-\n méro de la Jeune Belgique :\n               Indiscret, j'implore l'adresse\n               De la boulotte aux blonds cheveux\n               Que tu vis, ô mon ténébreux,\n               Donner en gage de tendresse\n               Une très noire et lourde tresse.\n   Que notre ami Sulzberger, auteur de cette distraction, se voile la face et sur\nl'édition définitive de ses exquises et très littéraires Sensations qui, nous l'es­\npérons, paraîtront un jour en volume, la répare d'un coup de plume. Quant à\nM. Albert Grésil qui nous envoie ce billet de caramel, et que nous n'avons pas\nl'honneur de connaître comme écrivain, nous nous contenterons de lui faire\nremarquer que lorsque dans les œuvres d'art on cherche la petite bête, on s'ex­\npose à passer pour... la grande !\n                                         **\n   Un public d'élite, composé de quelques jolies femmes, de littérateurs, de\nmusiciens; de sculpteurs et de peintres et légèrement acidulé par quelques\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "                                      2 12\n\n chroniqueurs de la petite presse, assistait samedi à la conférence donnée au\n Cercle des XX par M. Edmond Picard.\n    Le conférencier a largement esquissé l'histoire de la peinture en Belgique\n depuis le commencement de ce siècle.\n    Notre renouveau pictural commence à l'exil de David, ce peintre à la fois\nclassique et réaliste dont Navez et Wappers reçurent des leçons très diffé­\nrentes. L'art académique de Navez procède de l'Enlèvement des Sabines, l'art\nplus moderne de Wappers s'inspire de Marat.\n    Avant la révolution de 1830, l'art classique absorbe seul la protection offi­\ncielle. Puis Wappers et son école l'emportent à peu près jusqu'en 1848.\n    Alors, isolément, presque sans se connaître, après ces peintres dont l'œuvre\n n'a plus guère qu'un intérêt historique, méconnus, persécutés, traités de fous\npar les derniers romantiques, surgissent ces artistes de race : Dubois,\nDe Groux, Boulenger. L'art de plus en plus s'attaque aux réalités contempo­\nraines et loin de rester la vision obscure des siècles abolis, devient le miroir\nsplendide de la vie moderne.\n    C'est à eux que se rattache le mouvement des XX.\n    Fondé* en dehors de toute aide officielle, malgré l'hostilité des derniers\nvétérans de l'art académique, la hargne et les gouailleries de certains jour­\nnaux, l'impuissante jalousie de quelques peintres dont le seul grief contre les\nXX est qu'ils ne sont par les XXI, le nouveau cercle affirme sa vitalité par\nune effloraison soudaine de toiles hardies et originales.\n   M. Picard met en relief le danger pour les artistes de viser à l'indépendance,\net la vie béate des barbouilleurs qui se confinent dans des traditions d'école,\net à qui en récompense de leur médiocrité, font ruisseler sur leurs têtes les\nrosées bienfaisantes du budget. A ce propos le conférencier paraphrase avec\nune ironie à l'emporte-pièce la fable de La Fontaine : Le Loup et le Chien.\n    En terminant, l'orateur prédit aux XX une victoire définitive, s'ils conser­\nvent et développent leur originalité savoureuse, s'ils attaquent vaillamment\nnon seulement le décor contemporain mais aussi l'âme contemporaine, et s'ils\nen arrivent à cette facilité de technique qui permet aux grands peintres de\ntraduire leur émotion d'art sans même surveiller leur main.\n    Cette conférence à la fois familière et pathétique, débitée avec la voix hau­\ntaine et vibrante qu'avait M. Picard au banquet Lemonnier, a été très\napplaudie.\n    L'attitude de certains journalistes, au moment où M. Picard traitait notre\ncritique d'art de reportage, de débinage et de bavardage, était superlativement\ndrôlatique.\n    Chacun d'eux regardait son voisin!\n                                         ***\n   Cette conférence sera suivie le samedi 17 d'une conférence de M. Georges\nRodenbach : titre: Les Jeunes Belgique, et le samedi 24 d'une causerie\nd'Albert Giraud sur La petite presse en Belgique. Il y aura des hurlements !\n                                                                   NEMO.\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "              En vente chez tous les libraires :\n             COLLECTION DE LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n    CONTES DE MINUIT               PAR\n\n                     EMILE        VERHAEREN.\nUne p l a q u e t t e a r t i s t i q u e o r n é e d ' u n e eau-forte\n                                    DE\n              THÉO     VAN RYSSELBERGHE.\n                           J. F I N K . ÉDITEUR.\n                        PRIX :    1 F R . 5 0 CENT.\n\n\n\n                GIL                BLAS\n                       JOURNAL QUOTIDIEN\n 16, BOULEVARD DES CAPUCINES, 16, PARIS.\n                               PUBLIE\n\n          CHERIE\n              par E D M O N D D E G O N C O U R T\n      U n n u m é r o : 20 centimes. 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Il faut que nos principes se répandent\ndavantage encore, qu'une propagande active s'établisse,\nqu'une ligue se forme. Cette ligue, nous en avons arrêté\ndéfinitivement les conditions ; ceux de nos abonnés qui\ndésirent en faire partie sont priés de demander à nos bureaux\nDIX, QUINZE ou VINGT cartes d'abonnement, qui\nleur seront envoyées portant un numéro d'ordre qui nous\nen indiquera le dépositaire.\n   1° Lorsque DIX cartes seront revenues aux bureaux, re­\nvêtues de noms d'abonnés nouveaux, le dépositaire recevra\nson abonnement gratis pendant un an.\n   2\" Lorsque Q U I N Z E cartes seront revenues, le déposi­\ntaire recevra son abonnement gratis à perpétuité et son nom\nsera inscrit à la liste des membres fondateurs de la Jeune\nBelgique, qui paraîtra à la fin de chaque année.\n   3° Lorsque VINGT cartes seront revenues, le dépositaire\nrecevra 1° son abonnement gratis à perpétuité, 2° une carte\nlui donnant accès libre aux fêtes, (conférences, etc.) que nous\npoumons donner dans l'avenir, 3° toutes les publications\n(plaquettes, etc.) que publiera la Jeune Belgique. Il sera\nnommé de même MEMBRE FONDATEUR.\n\n\n\n                 EN     PRÉPARATION :\n\n\n   GRETA FRIEDMANN\n                 ROMAN     CONTEMPORAIN\n                             PAR\n\n\n                      MAX WALLER\n              Un v o l u m e de 200 pages.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1884-02-15", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 190."}}