{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(4e année) 1 8 8 4", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE. 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NAUTET.\n    ÉLÉVATION                                                                      AUG. VIERSET.\n    CHRONIQUE L I T T É R A I R E\n    CHRONIQUE A R T I S T I Q U E                                                   EMILE VERHAEREN.\n    MEMENTO MUSICAL                                                                H . N.\n    MEMENTO                                                                        NEMO.\n\n\n\n\n                                BRUXELLES\n                                        BUREAUX :\n               74,     AVENUE           DE LA TOISON                                D OR\n\n                   BRUXELLES                                                  PARIS\n                 J,     F I N K                                  L.               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D. à Liège — MM. Frantz Heirdam, à Bruxelles —Eug. Raynaud à Paris\n— Emile G. à Izier— Jules C. à Ostende.\n   Mademoiselle, Messieurs, Vous avez tous les mêmes défauts et les mêmes qualités ;\npoètes vous l'êtes par la pensée, par la mélancolie, par le charme, —versificateurs — faiseurs\nde vers — vous ne l'êtes pas et vous pouvez le devenir. Aucun de vous n'a lu et vous avez eu\ntort. Il ne suffit pas, de notre temps, de connaître le Lac de Lamartine ou le Souvenir\nde Musset.\n   Nous avons pleuré naguère à la caresse de cette enveloppante mélodie des premiers\nromantiques, inaltérablement belle et sereine. Mais nous avons aussi fortifié nos plumes\nen les trempant dans le bronze des vers plus mâles et plus modernes. Hugo, Leconte\nde Lisle, Gautier, Banville, Baudelaire, ont été les sources où nous avons bu tous. Faites\nde même et vous sourirez en relisant les strophes que vous adressez à la Jeune Belgique\nsouvent trop hospitalière à vos primes gourmes ; vous jetterez au panier ces vers :\n                      Coulez sur eux, ô flots, et pleurez en silence !\n                      Mais songez que là-haut les attend l'espérance.\n                      Ensevelissez-les dans vos voiles d'argent\n                      Et dérobez-les bien aux regards du passant                (E. D.)\nou ceux-ci :\n                      Ton candide visage ainsi qu'un blanc camée\n                      Couvert des diamants d'une fraîche rosée\n                      Etait si séduisant, si naturel, si pur,\n                      Que tu me paraissais flottillant dans l'azur               (F. H.)\nou ceux-ci encore :\n                      Radieuse Aurora, ton sourire, c'est l'aube,\n                      L'aube qui change l'ombre en vivantes couleurs;\n                      Ton zéphyr, le frisson d'un des plis de la robe\n                      Qui porte jusqu'aux cieux le parfum de tes      fleurs     (E. G.)\n\n                        Qu'il fait bon de s'asseoir sous les feuillages sombres\n                                              Des bois,\n                        Ou du zéphyr frémit sous les tièdes ombres\n                                             La voix!                            (E. R.)\n   Nous nous comprenons, n'est-ce pas? donc bloquez et bloquez ferme, secouez les zéphirs\net l'azur, oubliez la lyre qui est devenue un orgue de barbarie; et la Jeune Belgique qui ne\ncesse jamais de chercher dans le tas des médiocrités, les bons et les forts, vous accueillera\ndans son escadrille et vous tendra la main.\n   29. P. M. Bon, l'Insensé, passera prochainement.\n   30. Louis Pr. L'Amour s'éveille nous arrive à l'instant. Paraît bon, sera lu et examiné\nsoigneusement.\n   31. Paul B. Peuh ! ii est trop tard pour parler encor d'elle ! Nana a trop roulé dans la\ncritique pour que nous la ramassions encore. Votre étude a un intérêt contingent ; elle\nnous servira. Merci.\n   32. Corbeau. Votre réclamation, fort juste peut-être, n'est pas de notre compétence.\nAdressez-vous aux journaux quotidiens et s'il y a un scandale dans l'établissement dont\nvous parlez, ils ne manqueront pas de le dévoiler.\n                      Bruxelles. — Imp. A D . MF.RTEVS, rue d'Or,    12.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 213, "page_fin": 216, "titre_corps": "Le Carnaval", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Camille Lemonnier", "ancre_debut": "LE CARNAVAL", "ancre_fin": "CAMILLE LEMONNIER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "JARDIN D HIVER", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 236, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1809, "texte": "LE CARNAVAL\n\n\n            LE carnaval est enterré. Pierrot s'est débarbouillé la face ;\n             Arlequin a jeté sa batte dans l'ombre et Colombine a pendu\n             sa défroque au clou. Hier, le fossoyeur sombre a fait un\n             paquet de toutes ces joies, de toutes ces ivresses, et les\n a cachées dans les plis de son manteau.\n    Le carnaval est devenu une chose stupide. On ne le comprend plus.\n Il y a cependant encore des gens qui vous disent, entre bonjour et\n bonsoir : « J'ai fait le carnaval. »\n    Nous ne sommes pas de ces esprits froids qui dans la rose cherchent\nla chenille, et qui ne regardent le soleil que pour y voir des taches\n Dieu merci ! nous aimons la gaieté, mais nous la voulons franche el\nentière, s'épanouissant à pleins bords et s'élançant, les ailes déployées.\n Nous détestons les demi-folies.\n    Le carnaval était un joyeux polisson qui flamboyait d'esprit et qui\nfolâtrait, la batte à la main, dans un ameutement de vanités piquées et\nde bêtises démasquées. C'était l'intrigue, leste et étincelante, qui faisait\nclignoter, à travers les échancrures du masque, les mystères et les réti­\ncences du demi-mot. Comme elle s'élançait, couverte de paillons et\nfulgurante de verve, à la chasse des aventures bouffonnes et des sinistres\ndrolatiques ! Comme elle égratignait en passant, et comme à propos elle\nallongeait sa griffe emmitouflée de caresses, arrachant les faux noms et\nles perruques, accrochant des ridicules et les tartuferies ! Rien ne l'arrê­\ntait : Elle franchissait les obstacles, elle bousculait le code pénal.\nC'était la jeunesse, la gaieté, la folie. Elle était éperdue d'inconnu,\neffarée d'enivrement; elle avait des ailes. Derrière son masque elle rutilait\n                                                                16\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": "                                      214\n\n de toutes les joies : elle riait de toute sa gorge et ses joues s'enflaient\n dans l'expansion d'un rire énorme. Elle riait de tout, de ce qui était\n grand et de ce qui était petit, de ce qui était beau et de ce qui était laid.\n Gibbosités, tortuosités, difformités, elle sabrait à travers pour sabrer\n ensuite dans l'idéal et la plastique. Elle allait ainsi, ardente, enthousiaste,\n bourrée de scepticisme, éparpillant, au hasard du jeté, sa verve et ses\n rires, et dominant, de toute la hauteur de sa bouffonne majesté, la\n foule qui se fendait, ravie et effrayée. C'était l'éclair. Où elle passait, il\n se faisait un large sillon qu'emplissait l'odeur sulfureuse de ses foudres.\n Elle donnait le vertige ; elle éblouissait. Violente et emportée, elle se\n faisait parfois douce et mielleuse ; elle caquetait avec des sourires et\n papillonnait avec toutes sortes d'épanouissements charmants. Les fleurs\n et les perles tombaient de sa lèvre, et l'on sentait se dégager de ses char­\n mes galants des saveurs et des parfums à tourner la tête.\n    Voilà le carnaval. Qu'en avez-vous fait ? Un affreux mannequin qui\n promène une ivresse grognonne et bête dans les maculatures du cabaret\n et qui, gorgé de vin, repu de viandes, s'en va, titubant, la gorge cinglée\n de hoquets. Il râle ; il se tord ; il se saoûle; il hurle des inepties ; il\ngrommelle des grossièretés ; il est sordide et il infecte. Je veux le\ncarnaval gris ; le vôtre est ivre. Je le veux amusant : le vôtre est lugu­\nbre. Je le veux avec les lazzis goguenards et la verve moqueuse : le vôtre\nest composé de jurons. Je le veux enfin avec des ailes : le vôtre rampe\nsous la table d'un cabaret.\n    Vous vous ennuyez et, dans le pli de vos rires, il y a une perspective\nde bâillement. A la troisième bouteille, vous regardez l'heure ; à la\nquatrième, votre œil clignote et vous voyez se dessiner, au travers des\nfumées du Champagne, les formes arrondies du traversin. A la cinquième,\nvous prenez votre chapeau et, sans attendre la sixième, vous vous\ncoiffez du diadème de Morphée.\n    Si vous avez le courage de résister aux séductions du lit, vous\nvous accoudez au bord d'une table ; vous regardez votre voisin dans le\nblanc des yeux. Sa paupière clignote ; sa bouche ébauche des ovales\nennuyés. Il est titillé par le sommeil ; vous faites comme lui. Cependant\nla bouteille est vide. Garçon ! à la cave. Et vous buvez. Vous n'étiez\npas malin en vidant le premier verre ; l'abrutissement vous monte au\ncerveau à mesure que les bouteilles venues se vident en vous. On était\nbête ; on devient stupide. La raison pivote en vous et l'on voit osciller,\nsur une base instable, votre corps plein au ventre, vide à la tête. Il\narrive un moment ou le plancher exerce sur vous une fascination étrange\nque vous subissez dans une sorte d'extase. Le dessous de la table vous\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2787, "texte": "                               —   215   —\n\n\nsemble une retraite moelleuse. C'est une hallucination de buveur,\nlourde, fiévreuse, rampante, débraillée, rauque, pendant laquelle le vin\nvous remonte à la bouche sans qu'aucune vision hatchitique vous trans­\nporte dans les extases voluptueuses du septième ciel. Gela dure jusqu'au\nmoment où vous roulez par terre, masse informe qui grimace et se tord\navec des ronflements avinés.\n    O le divin amusement et le beau carnaval que l'on passe dans cette\nrécréante position ! La douce joie de s'étendre sur un plancher raboteux\navec le poids de dix bouteilles sur la conscience !\n    Vous appelez cela le carnaval. C'est la saturnale immonde et gros­\n sière. Allons ! Peuplez-moi votre ivresse de femmes ; mettez-les nues\n jusqu'à la ceinture ; donnez-leur à boire jusqu'à ce que, saoûles et las­\n cives, elle dénouent elles-mêmes leurs chevelures. Aspirez les parfums\n de leurs chairs en sueur, et buvez, avec des baisers, la goutte de vin qui\n tremble au bord de leur lèvre. Que l'orgie soit complète et qu'elle se\n déchaîne, ardente et enflammée, autour de la statue reconstruite du\n Priape antique.\n     Qu'est-ce que vos bals ?\n     Dans une salle huileuse, enfumée, et dont les murailles disloquées\n sont rajeunies par des plâtrages ternes, l'on voit s'élancer des couples\n furibonds. On crie, on hurle, on jure, on se bouscule, on se bat. On a\n l'air de s'amuser quand, au fond, on s'ennuie horriblement. Tous les\n visages mentent, tous les yeux louchent. Cette gaieté est mensonge,\n cette folie est fausseté. On ne rit pas, on glapit ; le rire a des félures.\n Et cependant on se trémousse, on trépigne, on se tortille. Les danses\n sont échevelées ; les postures passent par toutes les contorsions du dé­\n hanchement ; les yeux lancent des flammes ; les chevelures se dénouent,\n la gaze glisse le long des épaules ; les gorges se découvrent ; les pâmoi­\n sons circulent au bras des femmes; l'air est embrasé du feu des haleines,\n  Et, sur toutes ces hypocrisies, sur tous ces rayonnements factices, un\n  orchestre sourd éparpille ses notes époumonées, beuglant, croassant,\n  glapissant, rugissant et tonnant avec un sang-froid olympien. L'heure\n  avance et le Champagne pétille plus abondant : c'est une lave qui allume\n les ivresses sur son passage. Le danseur étreint, dans un enlacement plus\n étroit, sa danseuse, et la danseuse, ivre et furieuse, redouble d'attitudes\n provocantes et de contorsions lascives. Tous ces couples semblent pi­\n  qués de la tarentule ; c'est un tourbillon qui marche dans le délire.\n     Les femmes sont d'horribles créatures, fardées de brique, enluminées\n  comme des fresques, vermoulues, ridées, édentées, — vieux sanctuaires\n  dont le temps a fait des ruines avant d'en faire de la poussière. — Leurs\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "                                     2l6\n\njoues sont crevassées et leurs lèvres usées à force d'embrassements. Sous\nle velours et la soie, elles cachent des maigreurs de squelette et des\nlividités de cadavre. Leurs gorges pendent flétries ; leurs épaules sont\nosseuses et effritées. Ces femmes n'ont plus de chairs et dans leurs yeux\nternes on voit l'épuisement de la vie.\n\n   Voilà vos maîtresses, voilà votre carnaval.\n   Vous ne connaissez plus l'intrigue. Vous vous affublez d'oripeaux ;\nvous ajustez à votre corps des guenilles frangées de crotte. Il vous faut\ndes mascarades sordides pêchées dans la fange et auxquelles la canaille bat\ndes mains. Vous aimez à évoquer, dans la trivialité ordurière de vos\naccoutrements, les horreurs des halles. Votre art consiste à choisir les\nloques les plus effilées et les lambeaux les plus déchiquetés. Vous vous\npavanez dans la graisse et dans l'huile. Vous croyez être grotesques,\nvous êtes grossiers. Et puis, où donc est la verve ? Où donc est l'esprit?\nOù donc est le caractère? Vous vous promenez, immuables, impassibles;\nle masque ne remue pas sur votre visage, et vous n'animez pas ses rides\net ses verrues aux folies des lazzis. Vous saluez par-ci par-là quelque tête\nconnue dans la foule ; vous regardez aux fenêtres; vous haussez la tête ; vous\nlorgnez les femmes. De cette façon vous croyez être goguenard et bouffon.\nSi vous desserrez les dents, c'est pour moduler quelque piaulement ou si­\nmuler les hurlements d'un fauve quelconque. Le soir, vous rentrez chez\nvous; vous vous débarbouillez le front, et vous vous frottez les mains.\n   Le Titi ne querelle plus. — Le Débardeur est glacial. — Pierrot a\ndévoré toute sa farine. — Arlequin a pris du ventre.\n\n                                              CAMILLE     LEMONNIER.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 216, "page_fin": 216, "titre_corps": "Jardin d’hiver", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "JARDIN D HIVER", "ancre_fin": "Georges RODENBACH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 239, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 1808, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "JARDIN D'HIVER\n                 E soir, lorsque la lune épand ses frissons bleus\n                  Et que des peaux de tigre et des tapis moelleux\n                  Assourdissent les pas dans la chambre de verre,\n       Un grand jet d'eau sanglotte au milieu de la serre\n       Comme s'il se plaignait élégiaquement\n       De retomber toujours dans le bassin dormant,\n       Et de ne pas pouvoir, pour calmer sa rancune,\n       Porter son baiser froid aux lèvres de la lune.\n                                             Georges RODENBACH."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 217, "page_fin": 226, "titre_corps": "La Petite Veuve (saynète)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Blonds-Belgique", "ancre_debut": "LA PETITE VEUVE", "ancre_fin": "BLONDS BELGIQUE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 240, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1387, "texte": "LA PETITE VEUVE\n\n                                      SAYNÈTE.\n\n\n\n\n                               PERSONNAGES :\n   JEANNE A R V È R E , veuve, 25 ans. — MARCEL CHANTREUIL, 35 ans. — M A R I E T T E . —\nUn boudoir moderne, très élégant — étagères — poufs — tableaux — pendule de Saxe —\n terre-cuite de Clodion — à gauche la cheminée ; plus loin un piano — bureau élégant à\n droite — porte au fond.\n\n                             SCÈNE        PREMIÈRE.\n                     JEANNE ARVÈRE. —               MARIETTE.\n  (Jeanne assise devant un petit bureau, fouille                dans les tiroirs.\n                           Elle sonne).\n               MARIETTE        (elle entre par la porte du fond).\n   Madame a sonné?\n                                      JEANNE.\n  Mariette, je ne suis pas là, — pour personne.\n                                    MARIETTE\n   Pas même pour M. Chantreuil?\n                                JEANNE (vivement).\n  Surtout pour lui.\n                               MARIETTE       (à part).\n  Alors, je l'introduirai dans le salon bleu.\n\n                                    SCÈNE II.\n                  JEANNE (seule, assise devant le bureau).\n                                      JEANNE.\n    Allons! Marcel se marie!... C'est fini... deux mots seulement : (elle\nlit) « Restons bons amis, je viendrai vous faire mes adieux ce soir. » Ses\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "                                —    2l8     —\n\nadieux! et il croira que tout est fini, et qu'on se déchire ainsi l'un de\nl'autre. Folle que j'étais! Mais qu'y peut-on? jeune, veuve, rêveuse, on\nlaisse son âme s'ouvrir, et puis. . (tragiquement) C'est horrible ! Mais il\nn'en sait rien, il ne peut rien savoir., je ne lui ai rien dit !...\n    Et c'est comme cela que maintenant il écrit à une autre ce qu'il devrait\nn'écrire qu'à moi ! Ses lettres, elles sont là, toutes, dans leur enveloppe ..\n(elle se lève, quitte le bureau et s'assied devant lefoyer). Gomme c'était\nbon, le commencement de notre amour; en décembre, après un bal,\nj'étais à cette place même, devant ce foyer, lorsqu'il est entré pour me\nrapporter le gant que j'avais perdu. Il s'est assis là. très pâle, la voix\ntremblante ; on y entendait son cœur battre de l'aile comme un oiseau\nqui va s'envoler. Il me suppliait de le lui laisser, ce gant; oui, je me sou­\nviens, cela revit, cela palpite, cela pleure ; il me semble que ma vie s'est\narrêtée là et qu'il n'y a rien d'autre au monde que ce souvenir de douceur\net de mélancolie. Et le lendemain, il m'envoyait des vers, de la mu­\nsique... Oh! cette musique!\n   (Elle a ouvert le piano dont elle s'est approchée tout en parlant, et\nchante :)\n                       Le papillon inconsistant\n                        Saupoudré d'or et d'étincelles,\n                       Qu'on croit voir fondre à chaque instant,\n                        N'est que le rêve de deux ailes.\n                      L'amour qui sait subtiliser\n                      Les plus chastes, les farouches\n                      Dans l'enivrement du baiser,\n                      N'est que le rêve de deux bouches.\n\n                                SCÈNE III.\n                    JEANNE ARVÈRE. —             MARIETTE.\n                                 MARIETTE.\n   Madame, Monsieur Chantreuil demande à être reçu.\n                                    JEANNE.\n   Ah!\n                                 MARIETTE.\n   Je lui ai dit que Madame n'était pas là ; il m'a répondu d'aller voir si\nj'en étais certaine.\n                              JEANNE       (à part).\n   Le fat! (Elle s'approche de la cheminée). Que vient-il faire? Il est\n"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1369, "texte": "                               —   219      —\n\ndonc bien sûr de lui... Et cependant., (d'une voix sourde) il faut que je\nle reprenne.\n   Faites entrer M. Chantreuil.\n\n                              SCÈNE IV.\nMarcel Chantreuil entre, le visage très grave ; il salue    profondément.\n                  CHANTREUIL. — JEANNE ARVÈRE.\n\n                              CHANTREUIL\n  Madame...\n                          JEANNE (vivement).\n  Pourquoi m'appelles-tu madame ?\n                              CHANTREUIL.\n  Mais., je ne sais pas.. . je croyais...\n                           JEANNE (railleuse).\n  Quoi ?\n                              CHANTREUIL.\n  Vous n'avez pas reçu ma lettre ?\n                                JEANNE.\n  Si ! tu te maries, je lé sais... Que veux-tu que cela me fasse, Marcel ?\nCe n'est pas une raison pour être froid comme un jour d'hiver...\n                        CHANTREUIL (souriant).\n  De dégel alors ?...\n                                JEANNE.\n  A la bonne heure ! Restons bons camarades. Ta femme est-elle jolie ?\n                             CHANTREUIL.\n  Mais oui...\n                                 JEANNE.\n  Spirituelle ?\n                             CHANTREUIL.\n  Quand on vous a connue...\n                        JEANNE (l'interrompant).\n  Ah I des compliments. Au fait, c'est juste, on met des fleurs sur les\ntombes ! Et elle est riche ?\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1791, "texte": "                                    220\n\n\n                              CHANTREUIL.\n  Oui.\n                                JEANNE.\n   C'est clair ! je n'aurais pas dû le demander. Vous êtes tous les mêmes.\nA vingt ans, vous lisez Mûrger; c'est le cœur et la chaumière; vous\nn'épouserez jamais que la femme aimée. Vous faites de grandes profes­\nsions de foi. Vous êtes les progressistes de l'amour, revendiquant le\nsuffrage universel des femmes. Toutes, les plus humbles, les plus pau­\nvres, sont admises à déposer leurs billets doux dans l'urne de vos cœurs!\nMais, à trente ans, vous devenez les doctrinaires amoureux; vous n'ad­\nmettez plus que les femmes censitaires, — celles qui pourront vous\npayer un très gros cens, — de quoi, un beau matin, vous faire nommer\nsénateurs !\n                              CHANTREUIL.\n\n   Qe voulez-vous, Jeanne ? Il est si dangereux d'être tout simplement\nintelligent ou spirituel !.. et puis, ce n'est pas sérieux ! Les bons mots ?\nOn n'a le droit de les promener qu'en équipage.\n                                 JEANNE.\n  Donc, tu veux te faire prendre comme une pilule... que ta femme\ndoit dorer !... C'est pour cela que tu te maries !\n                              CHANTREUIL.\n  Peut-être... et pour autre chose. D'abord, cette jeune fille m'aime. Je\nme suis laissé aller...\n                       JEANNE {sur le même ton).\n   ... à la sympathie...\n                              CHANTREUIL.\n  C'est une forme de l'amour.\n                                 JEANNE.\n  De l'amour-propre.\n                              CHANTREUIL.\n  Ne riez pas Jeanne, c'est ainsi. Nous sommes souvent très bons.\n                                 JEANNE.\n  Oh !\n                              CHANTREUIL.\n  Mais nous ferions tout pour qu'on ne s'en doutât pas. C'est si bien\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1539, "texte": "                                      221\n\nporté d'être sceptique. Et puis si facile. Cela donne un air mondain,\nartiste, comme un parfum de bohème élégante.\n\n                                 JEANNE.\n\n  C'est ça. Vous jouez aux petits-fils de Don Juan.\n\n                              CHANTREUIL.\n   Mais non, pas du tout. Nous voudrions plutôt tailler son manteau en\nrobe de chambre. C'est le rêve de notre jeunesse et c'est ce qui nous\nrend mélancoliques.\n                                 JEANNE.\n\n  La mélancolie, oui : le dandysme du cœur. Vous la portez comme un\npardessus mastic.\n                             CHANTREUIL.\n\n   Allons dons ! — Nous avons tous en nous un bourgeois qui dort. Il\nsommeille, devant un bon feu. Il a une jeune femme qui l'aime, qui\nl'admire...\n                                     JEANNE.\n  Oh ! ceci est la grande affaire.\n\n                              CHANTREUIL.\n  Qu'il aime aussi, lui, mais doucement, le cœur reposé, pour long­\ntemps, pour toujours !\n                                 JEANNE.\n  Folie !\n                              CHANTREUIL.\n    Eh non ! qu'est-ce que toujours sinon la minute où l'on croit à\nl'éternité des choses ? Toujours, c'est la perpétuité de l'amour dans\nl'enfant.\n                       JEANNE (douloureusement).\n    Oui.\n                              CHANTREUIL.\n Un petit enfant qui rit, qui jase comme un oiseau, qu'on aide à\nmarcher... et qui vous le rend plus tard !...\n                          JEANNE (brusquement).\n   Tais-toi ! tais-toi, Marcel, je t'en supplie !\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1712, "texte": "                                  221\n\n                             CHANTREUIL.\n  Qu'as-tu ?\n                         JEANNE (froidement).\n  Rien. Mariez-vous Qu'est-ce que cela peut me faire ? Moi je suis\nheureuse, veuve, la petite veuve, on m'appelle ainsi dans votre monde.\nQue me manque-t-il ? Le veuvage, c'est le bâton de maréchal de la\nfemme !\n   Mais à propos, c'est... pour faire de la théorie que vous êtes venu 1\n                            CHANTREUIL.\n  Mais oui. Je suis stagiaire du mariage, — un stage que j'ai com­\nmencé chez vous... Et précisément je vous rapportais mes diplômes.\n                                JEANNE\n   Ah ! nos lettres, je comprends ! En rendre, c'est une façon polie de\nredemander les siennes. Quand on a fini son bail, on reprend ses meu­\nbles. Elles sont là, vos lettres, Monsieur Chantreuil, j'ai eu tort de les\ngarder.\n                             CHANTREUIL.\n  Pourquoi ?\n                                JEANNE.\n  Et vous avez eu tort de les écrire.\n                             CHANTREUIL.\n  Mais elles étaient sincères, Madame.\n                                JEANNE.\n  Oh ! oui ! Et vous avez cru en mourir !\n                             CHANTREUIL.\n  En vivre.\n                                 JEANNE.\n   C'est plus juste. Il n'y a en amour que des malades imaginaires. (Elle\nva vers le bureau). Les voilà vos lettres, mon cher, trente-deux. Ce\nn'est pas trop mal écrit, un certain style, de la passion, du feu... de\nBengale ! Ah ! çà ! mais pourquoi ne riez-vous pas ? c'est très drôle, ce\nque nous faisons ; vous ne répondez pas, et l'on dirait que vous êtes\nmal à l'aise...\n                             CHANTREUIL..\n   Mais, Madame, j'avoue que cet entretien..\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1762, "texte": "                                —   223    —\n\n\n                                 JEANNE.\n    Eh bien quoi ? Cet entretien ? Regrettez-vous que je sois de bonne\nhumeur; votre amour-propre souhaite-t-il que je pleure, que je vous\nappelle ingrat, perfide, comme dans Racine ? (Elle éparpille quelques\nlettres). Tiens ! voici la lettre que vous m'avez écrite il y a deux mois.\n(Elle lit) : « Jeanne-bien aimée, je ne pourrai te voir demain, ma\npauvre mère est indisposée et je dois aller au château. Je t'aime.\nMarcel. »\n    Traduction libre : « Madame, je n'irai pas vous voir demain ; ma\nmère se porte très bien, mais je dois aller faire la cour à ma fiancée. Je\nne vous aime plus guère. Bonsoir! Marcel. »\n                             CHANTREUIL.\n  Vous êtes dure, Jeanne.\n                          JEANNE (hautaine).\n   Vous ai-je permis de m'appeler Jeanne?\n                              CHANTREUIL.\n   Mais, ici même, tout à l'heure...\n                                JEANNE.\n  Soit ! Et vous me trouvez dure ?\n                              CHANTREUIL.\n  Pourquoi me rappeler ces lettres, et les relire, et les commenter.\nParce que les fleurs sont mortes, en ont-elles été moins parfumées ? On\nne relit pas les lettres d'amour... on se souvient de les avoir lues !\n(gaîment). Savez-vous bien, Madame, que vos plaisanteries sont pres­\nque des reproches ?\n                          JEANNE (avec pitié).\n   Oh ! pauvre ami !\n                        CHANTREUIL        (gaîment).\n   Cela veut dire : pauvre sot ! à moi de traduire !\n                       JEANNE       (paresseusement).\n   Mais non...\n                              CHANTREUIL\n      (Il se rapproche de Jeanne qui lui tourne à demi le dos).\n   Enfin, si je vous disais que je vous aime encore, moi ?\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1850, "texte": "                                     224   —\n\n\n                                  JEANNE.\n   Une rechute alors ?\n                               CHANTREUIL.\n   Que je ne me marierai pas, si vous voulez...\n                            JEANNE (hautaine).\n   Vous seriez un fou, mon cher. Ou vous auriez voulu éprouver mon\naffection en lui donnant une fausse alerte et je vous dirais que c'est un\njeu qu'une femme ne peut comprendre, ou l'histoire de vos fiançailles\nest vraie... et que deviendraient ma confiance et ma foi? Vous ne\nsavez donc pas, vous autres, ce que nous avons en nous de colères,\nlorsque nous voyons vos amours qui volent devant les nôtres qui\ndemeurent ! Vous croyez avoir droit à un orgueil immense, sous pré­\ntexte que vous avez de l'esprit qui vous rend sots et de la force qui vous\nrend lâches ?\n                       CHANTREUIL (plaisantant ).\n   Pas toujours !\n                         JEANNE (brusquement).\n  Tiens, laisse-moi ! Va-t-en avec tes phrases et tes lettres !\n  (Chantreuil s'avance vers le secrétaire ; elle le regarde faire,    puis\n           soudain bondit, et, lui arrachant les lettres :)\n   Non! tu ne les auras pas, tes lettres! Je ne veux plus! Elles ne sont\npas à toi. C'est ton papier, c'est ton écriture, c'est ton encre, c'est ton\nstyle, c'est ton âme, soit ! Mais il y a, à moi, là-dessus, les larmes qui\nles ont mouillées et déteintes, la trace de mes doigts qui les ont froissées,\nl'odeur de mes cheveux qui ont dormi sur elles. Regarde ! elles sont là,\ntoutes ! je ne te les donne pas : Prends-les, si tu oses ! ou plutôt vole-\nles, vole-les, et va-t'en !...\n\n                              CHANTREUIL.\n\n  Vous me chassez, Madame?\n                         JEANNE [sourdement).\n  Non... je vous dis de partir.\n                      CHANTREUIL (avec passion).\n  Parce que vous savez que je reviendrai.\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1866, "texte": "                                —   225    —\n\n\n\n                                 JEANNE.\n   Non, adieu !\n                              CHANTREUIL.\n   Au revoir !\n                               SCÈNE V.\n                             JEANNE (seule).\n                                 JEANNE.\n    Parti! (d'une voix saccadée). Bah! Qu'est-ce que cela me fait! Je ne\nl'aimais plus, non, je ne l'aimais plus! Tant pis! C'est fini. J'en avais\nassez; se cacher comme un coupable... — Je m'en irai! je voyagerai,\n(elle ouvre le piano brusquement et, dune voix nerveuse chante:)\n\n                     Le papillon inconsistant\n                     Saupoudré d'or et d'étincelles\n                     Qu'on croit voir fondre à chaque instant\n                     N'est que le rêve de deux ailes...\n\n(rêveuse) J'ai eu tort de me fâcher, on ne doit pas se quitter ainsi\nlorsqu'on s'est tant aimés... il ne reviendra plus... tout est brisé... la\nmesse du cœur est dite... et l'autre, il n'y tient même pas... (jouant ma-\nchinalement le thême de la romance, dun doigt, très lentement.) Il me\nsemble que je l'aurais compris, moi, et cette vie intime qu'il rêve, je la\nrêve et je la vois... les soirs d'hiver un salon tranquille... nous causons\ndoucement... nous jouons du Chopin en sourdine .. pour ne pas éveiller\nl'enfant qui dort dans un, fauteuil... (un silence, puis très tristement) ;\n\n                     L'amour qui sait subtiliser\n                     Les plus chastes, les plus farouches\n                     Dans l'enivrement du baiser,\n                     N'est que le rêve de deux bouches.\n\n         (Chantreuil entre sans bruit pendant quelle    chante).\n\n                              SCÈNE VI.\n                          JEANNE, CHANTREUIL\n\n                             CHANTREUIL.\n  Oh cette romance... comme elle pleure! comme elle ressuscite le\npassé!... Jeanne !\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "                                    226 —\n\n              JEANNE (les yeux fixes, comme hallucinée).\n   Ah! c'est toi, Marcel, je sentais que tu revenais, que tu étais là !...\n(vivement) mais, au fait pourquoi reviens-tu ?\n                              CHANTREUIL.\n   Le sais-je? Demande-moi pourquoi je suis parti. Je m'en suis allé\nmachinalement; j'ai marché, j'ai couru, j'ai crié dans le noir, dans la\nnuit ; et soudain je me suis retrouvé devant ta porte, parce que cela\ndevait être, parce que tous les chemins me ramènent à toi, parce qu'il\nne se peut pas que nous nous quittions ainsi ! nous nous sommes tant-\naimés! parce que je t'aime encore!., toujours! j'étais mauvais... j'étais\nbête, j'étais fou d'en désirer une autre... mais je la hais, celle-là... je ne\nla veux pas, je ne l'ai jamais voulue !..\n                                 JEANNE.\n  Comment veux-tu que je te croie encore ?\n                              CHANTREUIL.\n   Si! tu me crois ! c'est tantôt que tu ne me croyais pas, quand je par­\nlais d'adieux! Est-ce qu'on délie les âmes? Jeanne, tu es ma seule.. ton\nrêve c'est mon rêve, ta vie sera ma vie... une vie intime. .\n                        JEANNE {comme extasiée).\n    Oui! ce sera doux, doux!., un salon tranquille... on jouera du Cho­\npin, en sourdine, pour ne pas éveiller l'enfant, notre enfant. . car je ne\nt'ai pas dit, il viendra... je n'avais pas voulu te le dire !\n                                                  BLONDS-BELGIQUE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 227, "page_fin": 228, "titre_corps": "Soirs de cirque (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Lamber", "ancre_debut": "SOIRS DE CIRQUE", "ancre_fin": "PAUL LAMBER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOUVELLES DE LA GRAND", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1573, "texte": "SOIRS DE CIRQUE\n\n                                      (suite).\n\n                                          III\n                                 VIOLON SOLO\n                                SE disloquant en maillot rose,\n                                 Un nègre étreint un violon;\n                                 Il fait crier sous son talon\n                                 La chanterelle aigre et morose.\n                   Jambes en l'air, le virtuose\n                   Se tient raide comme un jalon.\n                   Se disloquant en maillot rose\n                   Un nègre étreint un violon.\n                   La sérénade se transpose\n                   Sous l'archet blanc du négrillon. —\n                   — Dans des clartés d'apothéose\n                   Le musicien semble un grillon\n                   Se disloquant en maillot rose.\n                                          IV\n                                HAUTE ÉCOLE.\n                               MINCE et svelte en son amazone,\n                                Une écuyère entre à cheval,\n                                Sur un galop de carnaval\n                                Qu'un sifflet criard assaisonne.\n                   Sous la jupe qui l'emprisonne\n                   L'éperon pointe son métal.\n                   L'étalon noir heurte, brutal,\n                   Le bourrelet blanc qui résonne.\n                   Exaspéré par son licol\n                   Il scande le pas espagnol\n                   Berçant son allure cabrée,\n(Voir l'Almanach de la Jeune Belgique.)\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 282, "texte": "                                — 228       -\n\n                   Puis d'un élan, comme l'éclair\n                   Sort, franchissant le mur d'entrée,\n                   L'amazone, cravache en l'air !\n                                                         P A U L LAMBER.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 228, "page_fin": 229, "titre_corps": "L’Automne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Nouvelles de la grand’route", "signature_source": "Marius Réty", "ancre_debut": "NOUVELLES DE LA GRAND", "ancre_fin": "MARIus RÉTY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 282, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "NOUVELLES DE LA GRAND'ROUTE\n\n                                     II\n                              L'AUTOMNE\n            VEC les dernières feuilles jaunes s'en vont les bruyants refrains\n             de l'été. Les portes vert-sombre du cimetière du village s'ou­\n             vrent en criant pour laisser passer les convois de phtisiques.\nUn souffle froid balaiela route, faisant s'entrechoquer les branches nues,\navec un bruit sec d'ossements froissés. Dans les champs désolés, quelque\npaysan travaille, ployé, en chantant, d'une voix mélancolique comme la\nplainte du vent, une ritournelle monotone. Le brouillard, humide et pé­\nnétrant tombe en fine rosée, ruisselant sur l'écorce brune des troncs, et\ndégouttant des branches. Les étangs et les mares se rident et se moirent\nde cercles, au milieu desquels canotent de rares insectes aquatiques. Le\nruisseau, tari par les feux de juillet, ne roucoule plus son ariette; et son\nlit rocailleux où les feuilles sèches se sont amoncelées, a pour hôtes\nsilencieux l'orvet et la couleuvre.\n   Et là-bas, au milieu même du chemin, le casseur de pierres élève et\nabaisse automatiquement sa masse de fer au long manche, qui tombe sur\nles cailloux en résonnant d'un son mat, semblable à celui que produirait\nun corps lourd en s'enfonçant dans la terre détrempée.\n   C'est l'automne, époque mièvre de l'année...\n                                      ***\n   « Du haut en bas ! » crient au loin les hirondelles d'hiver, noires de\nsuie, portant sur leurs échines maigres, le hérisson et la raclette,\nentourés d'anneaux de corde. Et les messagers de Noël passent, traînant\nla jambe, galériens que la misère, rivant à leur pied le boulet, force\nà cheminer dans l'ornière.\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1934, "texte": "                                    229\n\n    Et le voyageur grelottant pense, en courant pour s'échauffer, à ces\npoètes gothiques qui, pour un lai, recevaient l'hospitalité.\n    Pourtant, sur le parcours, des gens passent, qui rient ; ces gens-là ne\nsouffrent donc point de l'automne? Non. L'automne est une saison\nnouvelle qui vient varier leurs plaisirs. Ce matin, avec le jour, ils se sont\nlevés, bourgeois alertes quoique pansus ; et, vêtus chaudement, après\nun large déjeuner, ils ont gagné le bois. Ils aiment ce paysage embrumé;\ncela leur rappelle les chefs-d'œuvre de l'école poitrinaire, ils pensent\nà Léon Gozlan et à Octave Feuillet ; et ils jouissent de leur rêverie, ne\nsachant même pas que les écrivains maladifs se tuent ou se sont tués\npour les distraire.\n    A l'horizon il y a des cheminées qui fument. Vite, rentrez, c'est\nl'heure du repas.\n    Laissez, ne regardez même pas le voyageur que la faim appelle\naux soupiraux de l'officine ; car peut-être verriez-vous, de cette poche où\n s'agite une main osseuse, sortir le manche d'un couteau...\n                                     **\n   L'automne est dur aux pauvres gens : la brume, le froid, la pluie,\nla faim...\n\n   C'est alors qu'il faut gagner la grand'route, vêtu du costume de l'été,\navec le chapeau de paille et les souliers de toile. C'est alors qu'il faut\nmarcher, transi, les mains dans les poches vides, les coudes collés aux\nhanches saillantes; glacé au souffle de l'air qui, perçant la mince\nétoffe du vêtement, court sur la peau comme un frisson, en vous don­\nnant la chair de poule. C'est alors qu'il faut sursauter et tressaillir,\ncomme un homme qui va commettre une mauvaise action, au coup de\nfusil du chasseur égaré ; qu'il faut se coller aux vitres des laboureurs\net des bourgeois derrière lesquelles brillent les flammes de l'âtre, et se\ndire : « Il fait bon, là-dedans ! »\n                                                      MARIus     RÉTY."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 230, "page_fin": 230, "titre_corps": "Sonnets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Khnopff", "ancre_debut": "SONNETS", "ancre_fin": "GEORGES KHNOPFF", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 253, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1720, "texte": "SONNETS\n                                                    A Arthur   James.\n              A lande grise étend sa masse sépulcrale ;\n              Et, triste à la clarté douce du jour tombant,\n              Un christ tord vers le ciel son ventre se bombant\n              Dans l'exaltation frénétique du râle.\n    Il passe dans le vent des terreurs inconnues ;\n    Et, masquant le soleil qui baisse ses yeux d'or,\n    Des corbeaux effarés ouvrent leur large essor\n    Dans un croassement sinistre vers les nues.\n    Ses bras exténués s'affaissent sur la croix;\n    Le grand ciel maladif, où des nuages froids\n    Rêvent, versant leur deuil sur les choses muettes,\n    N'a plus qu'un soupir vague exhalé dans la nuit ;\n    Et les flaques d'eau morte en leurs torpeurs secrètes\n    Profilent ce vieux christ qui se pâme d'ennui.\n\n                SOIR (LA VIE : Sérénité).\n                                              A Georges Rodenbach.\n    Une barre de feu tout au bord des cieux blancs\n    Frémit : — la mer sonore a calmé sa colère ;\n    Seul, rayant la clarté de son vol circulaire,\n    Passe un roucoulement plaintif de goélands ;\n    Les flots demeurent sourds aux sanglots du soleil\n    Dont l'orbe d'or s'éteint dans la sanglante écume,\n    Les flots exténués murmurent dans la brume\n    Vers les oiseaux de neige au plumage vermeil ;\n    Les lointains effleurés par des visions blanches\n    Ont la douceur d'enfants assoupis dans leurs langes;\n    Et la sérénité luit dans le firmament.\n    Et, tandis que le chant des étoiles s'élance,\n    J'entends Dieu chuchoter mystérieusement\n    Un doux aveu d'amour à l'âme du silence.\n1884.\n                                        GEORGES KHNOPFF."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 231, "page_fin": 237, "titre_corps": "Catulle Mendès : Le Parnasse", "titre_sommaire": "Catulle Mendès", "rubrique": "", "signature_source": "F. 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Et les exceptions\nne font que confirmer la règle.\n   Quelque paradoxale que soit cette abracadabrante doctrine, il se pro­\nduit incontestablement de piquantes coïncidences et Catulle Mendès en\nfournira une des plus heureuses preuves. Si l'on veut bien oublier le\nsens latin de son prénom, on trouve dans la finale de Catulle, je ne sais\nquoi d'aérien et de léger, de même que Mendès est tout vibrant d'élégance\namoureuse. Ici le nom c'est bien l'homme. Ce poète délicat et féminin ne\npouvait s'appeler Lacordaire. Tout le monde sait, du reste, que ce nom\nde Catulle Mendès n'est pas absolument d'accord avec l'inscription au\nregistre de l'état-civil. Mais en ceci encore, en modifiant son nom pour\nl'adoucir, l'auteur d'Hesperus trahit l'idéal qui le domine et auquel il\nobéit tout entier : celui de séduire, de caresser, de baigner son public\ndans des flots de tendresse, de l'envelopper d'une atmosphère toute de\nparfums. Ceux qui ont eu le plaisir de l'approcher lui connaissent des\nvirilités, une aisance, un abandon qu'il se gardera bien de montrer à la\nfoule. S'il est gracieux, c'est moins par naturel que par attitude, sa grâce\nn'étant pas de celles qui s'ignorent. Quand il parle publiquement, sa\nvoix cherche des harmonies — et les trouve. Quand il écrit, il surveille\nméticuleusement la toilette de ses phrases et rejettera toute parure dont\nl'éclat ne concourrait pas au but qu'il poursuit : — plaire. Son œuvre est\nainsi comme un bouquet de fleurs pâles, aux parfums troublants, et dont\nles tons, choisis parmi les plus tendres, forment une harmonie parfaite\noù rien n'éclate, où rien ne blesse, où rien non plus n'étonne. Car,\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2987, "texte": "                                    232   —\n\n Mendès, laissant d'autres créer l'intérêt par l'émotion, l'imprévu, la\n hardiesse, l'étrangeté ou la crudité obtient, lui, son succès par le charme.\n     Son originalité consiste donc, quant à la forme, dans l'art avec lequel\n il sait revêtir une idée et la rendre séduisante. Quant au fond, il a établi\n une sorte de psychologie de l'amour, incomplète sans doute, mais si ca­\n ractéristique qu'elle vaut qu'on s'y arrête. Elle nous entraîne bien loin de\nla théorie scientifique de l'amour si bien définie par Schopenhauer.\n D'après Mendès, ces appels physiques qui, sans raison apparente, sans\n causes tangibles jettent une amante affinée, délicate, rêveuse dans les\n bras d'un valet grossier, ignorant des fascinations savantes et des subtils\ndétours, ne comptent pas. Le « coup de foudre » qui établit sans apprêt\nune correspondance sympathique entre deux êtres ne semble mériter à\nson sens aucun crédit. Pas davantage, la nature humaine n'obéit, dans\nles choses de l'amour, à de mystérieuses lois qui n'ont d'autre but, en\nprovoquant les unions sexuelles, que la reproduction de l'espèce. Mendès\nest trop raffiné, trop civilisé pour s'attarder à ces vérités biologiques si\névidentes qu'elles soient. Mais il s'en écarte sans commettre d'hérésie, car\nla théorie des savants qui réduit tout aux intentions matérielles est aussi\nincomplète que la sienne. Il faut les réunir pour obtenir une donnée\nexacte. Ne reste-t-il pas, en effet, à déterminer ce que les provocations\nnaturelles, qu'explique si logiquement Schopenhauer, peuvent conserver\nd'influence sur certains tempéraments si désorganisés, si raffinés, si en\ndehors de toute animalité qu'ils vivent d'on ne sait quelle vie artificielle?\nLa grande dame qui s'oublie chez son palefrenier demeure, elle, dans la\nnature. Malgré l'empire des convenances et les pudeurs nées d'une édu­\ncation sévère, elle subit l'irrésistible force qui veut sa chute. Mais il est\nd'autres femmes, de sang moins riche, d'imagination plus délicate, de\nsens plus raffinés qui résistent aux volontés physiologiques. L'aimant\nn'agissant plus sur leur organisme délabré, l'artifice devient nécessaire.\nA celles-là donc, fruits d'une civilisation avancée, les évocations paradi­\nsiaques, les patientes carresses, les fascinations lentes, l'encens, les par­\nfums, tous les piments, tous les aiguillons sans lesquels leur chair appau­\nvrie ignorerait les délices dont les robustes jouissent naturellement.\nCatulle Mendès — et qui mieux qu'un poète pouvait remplir cette mis­\nsion — s'est fait le mentor et l'éducateur de tous ceux qui veulent initier\nces âmes rebelles et les introduire dans un paradis qui aurait pu leur\ndemeurer fermé. Voyez les conseils qu'il donne aux amants dans ses fines\ncauseries de Gil-Blas. Ne rien laisser au naturel, à la passion, à la bru­\ntale nature, tel est le résumé de sa méthode. Pour aboutir à vos fins,\ndira-t-il, soyez retors et composé, — avec grâce. Faites-vous une huma-\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2941, "texte": "                                  —   233   —\n\n  nité supérieure, trompez en souriant, mentez avec feu, calculez vos moin­\n  dres séductions. Si l'âge, ou l'abus, vous a rendu sceptique, si vous êtes\n  désillusionné sur la réelle valeur des jouissances et que vous vouliez\n néanmoins boire la rosée amoureuse de quelque âme virginale, mettez-vous\n à son diapason. Soyez ingénu, empruntez tous les charmes naïfs des\n cœurs printaniers car sans « le divin mensonge » il n'est point de con­\n quête durable. — Ainsi faisait don Juan, ainsi parlent maints livres\n clandestins très en vogue à la fin du siècle dernier et dont Catulle\n Mendès semble parfois s'inspirer. — Jusqu'ici, cependant, rien d'abso­\n lument original, si ce n'est cette forme pure, tendre, capiteuse qui lui\n appartient en propre. Où il se distingue et se modernise, c'est lorsqu'il\n s'attache à retenir la minute si courte du plaisir. Car il s'agit de jouer la\n nature qui, poursuivant ses fins égoïstes, retire par un artifice admirable\n tout charme à la jouissance dès que son but utilitaire est atteint. Chaque\n assouvissement, s'il produit physiquement une certaine détente, entraîne\n immédiatement à sa suite le vide et la désillusion. L'objet aimé, naguère\n entrevu à travers un prisme, perd soudain ses plus vifs attraits et\n l'âme est désolée de trouver des limites à l'Infini. C'est alors que Mendès\n vous arme de savantes astuces pour lutter contre le désenchantement. Il\n dira à l'amant quelles attitudes il doit prendre pour retenir l'illusion et\n ne rien perdre de ses avantages.\n    Il mettra l'amante en garde contre une foule de petites négligences\n en apparence futiles mais qui en réalité suffiraient à rompre l'harmonie\nsi elle n'y veillait. C'est une agrafe, une jarretière, un ruban, une pré­\noccupation matérielle capables de dissiper soudainement le charme. Et\nil semble réaliser ainsi de telles conquêtes sur la nature qu'on se demande\n— presque sérieusement — si, cette science s'étendant, l'homme n'arri­\nverait pas à prolonger à son gré des félicités jusqu'alors fugitives.\n    J'ignore d'ailleurs si ces conseils sont d'une application pratique. Mais\ntout cela est charmant de finesse et très certainement fort peu immoral.\nFleur perverse de décadence disent les uns, sensualité fardée gémissent\nles autres. Nous pensons, nous, que cette littérature exquise, toute\nparfumée de distinction, épure le goût et qu'en cherchant à purifier\nl'amour des humaines souillures, son rôle est de ceux qu'on peut estimer.\n    Au surplus, ce n'est là qu'une note de son talent, la note dominante\npeut-être. Je ne crois pas que le temps soit venu de faire de Mendès une\nétude définitive. Il ne me paraît pas encore avoir atteint ce point culmi­\nnant de maturité où l'écrivain se répète. Chaque page qu'il ajoute à son\nœuvre trahit de nouvelles et jeunes efflorescences. Et du reste, s'il y a\nmatière pour rédiger une étude sur le dramaturge et le romancier tou-\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "                                -    234    -\n\njours imbus des traditions romantiques, que dire de ces idylles adorables\nqui rangent Mendès tout à côté du radieux et poétique écrivain qui vient\nd'écrire ou plutôt de mélodier Riquet à la houpe? N'est-il pas plus sage\nd'épargner à ces imaginations exquises le contrôle indiscret de la pe­\nsante critique et se taire religieusement pour mieux admirer?\n\n                                      II\n\n   Etant donné un esprit à ce point assoiffé de pures et délicates jouissances,\nil ne faut pas s'étonner si, en ses jeunes années, il a tenté d'établir une\ndoctrine littéraire, dite des parnassiens, et professant le désintéressement\ndes luttes sociales et l'impassibilitédevant les douleurs humaines. Catulle\nMendès est venu nous dire en Belgique l'histoire anecdotique de ce petit\ncénacle, mais en devenant historien il est demeuré poète — et poète fan­\ntaisiste. Il s'est bien gardé de nous dire les exagérations, les partis pris,\nles erreurs qui valurent aux parnassiens le sourire indulgent des éclec­\ntiques et le sot dédain des médiocres, confondant l'exagération des jeunes\ndisciples avec leur talent pourtant hors pair. Est-il d'ailleurs un rêve\nplus humain que celui d'une sorte de paradis terrestre où, toute lutte\ncessant, l'homme ne connaîtrait d'autres récréations que les paisibles\njouissances d'un art sans drame, où l'œil s'ouvrirait sur de tran­\nquilles spectacles, où l'oreille s'enivrerait de la rime d'or des poètes\nchantant uniquement la Beauté et l'Amour ? Qui ne voudrait dire avec\n Banville :\n\n                 Faisons des vers, et non des livres !\n                 Et de rosée et de fleurs ivres\n                 Couchons-nous dans le vert gazon.\n\n    Hélas ! nos temps n'y sont guère propices. La lutte pour l'existence,\nles rigueurs de nos climats, le choc des intérêts contraires ne permettent\npas à l'homme les douceurs du lit de mousse où il voudrait suivre son\nrêve dans une douce paresse animale. Il s'y ennuierait d'ailleurs et\nredemanderait bientôt au mouvement sa variété et son imprévu. Une\n sourde inquiétude mine les esprits. Une soif de savoir, de pénétrer l'in­\n connu nous altère, et c'est ainsi que se justifie l'assemblage dans le\n concert humain des lamentations du souffrant, des chants du poète et de\n la parole lumineuse du savant. Chacun obéit à sa sensibilité particulière\n et toutes les sensibilités sont légitimes dès qu'elles se traduisent avec\n art. Le Parnasse ne voulut voir que son idéal propre. Dans les ardeurs\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "                               —   235   —\n\n\ndu début il demeura fermé aux idéals qui se différenciaient du sien ;\ncela peut être par ignorance, à coup sûr par exubérance de foi. Au­\njourd'hui qu'on s'efforce de tout comprendre dans la seule fin de mul­\ntiplier ses jouissances, les théories exclusives sont discréditées. Catulle\nMendès l'a si bien compris qu'il a réduit l'intransigeante doctrine du\nParnasse à cette simple formule : que l'inspiration ne suffit pas, que la\nforme lui est nécessaire. Ce qui revient à dire que le diamant à l'état\nbrut n'a qu'une valeur relative. Encore est-ce une valeur. Musset demeure\nainsi, en dépit du Parnasse, d'un prix considérable. Il se peut que les\nsentiments se modifiant avec les conditions sociales, il perde un jour une\npartie de ses attraits, Mais sa muse, pour avoir des négligences d'al­\nlures, n'en restera pas moins l'une des muses les plus pénétrantes, car\nrarement l'âme humaine vibra avec autant d'intensité. Pour que Musset\nfût parfait, il lui manquait donc le souci de la forme. Personne certai­\nnement n'applaudira ses incorrections. Et voilà comment nous sommes\ntous d'accord avec la doctrine du Parnasse. Une tendance nous pousse\naujourd'hui à mettre le talent pondéré, attentif, parfait au-dessus du\ngénie, qui pousse à l'aventure, jaillit comme d'une source, et, peut-être,\nne s'élève si haut que grâce à son dédain de la minutie. Cela est dans\nnotre sang, dans notre goût : c'est la mode. Nous voulons une littéra­\nture râtissée, ordonnée comme un jardin anglais. Le Nôtre triomphe et\nnon sans raison. Car ce n'est pas que la forêt sauvage, embroussaillée,\nrépugne à nos élégances ; que, seuls, les ifs coquettement taillés nous\nséduisent, que le buisson débraillé nous offusque. Non! Nos salutaires\nrépugnances ont d'autres causes et il est assez curieux de constater\nqu'aucun parnassien ne les ait signalées, pas même M. Mendès. C'est à\ncroire que le Parnasse a agi en parfaite inconscience.\n   Il n'était pas possible, en effet, qu'en notre siècle, un groupe ne se\nlevât pas pourhonorer la formed'un culte exclusif. On a voulu expliquer\nle rôle du Parnasse comme une sorte de réaction contre les pasticheurs\nde Musset et de Lamartine qui, ayant mis à la mode les attitudes penchées,\net quelles attitudes ! dégénérèrent en pleurnichards et se prétendirent les\ninterprètes émus des plus purs sentiments, hormis, bien entendu,\ncelui de la pureté littéraire. C'est une raison, non la seule. Des néces­\nsités plus impérieuses exigeaient que pour un temps toutes les préoccu­\npations se rejetassent sur la forme. Que pouvait la belle et pure langue\ndes classiques pour exprimer les nuances et les subtilités dans le monde\ndesquelles il nous était réservé de pénétrer? Le dix-huitième siècle ne fit\nque jeter, dans son esprit général, les grandes lignes du tableau humain\nauquel nous travaillons toujours. Il dressa le plan, régla la composition\n"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "                                 — 236 —\n\net indiqua les perspectives avec un rigoureuse justesse. Il nous était dévolu,\nà nous, d'y mettre les reflets et les ombres. Mais comment arriver à\nexprimer le vague et l'insaisissable sinon par un travail préparatoire ?\nA chaque époque une forme correspond qui en est l'image. La nôtre fine,\nnerveuse, sensitive, réclamait une notation particulière. Se figure-t-on\nle gâchis littéraire qu'eussent créé d'inhabiles écrivains voulant rendre\nce que le milieu, l'atmosphère ambiante leur inspiraient. Ne leur\nfallait-il pas acquérir la dextérité nécessaire, se familiariser avec l'inconnu,\ndompter la phrase, pénétrer les choses et chercher jusqu'au fond de leur\nâme le secret de leur nom ? Sans la vigoureuse impulsion du Parnasse\nnous en serions peut-être encore à balbutier. Aussi lui devons-nous ce\nrespect de la beauté littéraire qui caractérise notre génération. Quand\nmême, et ce n'est pas le cas, son œuvre ne serait que simple exercice\nde virtuose, les lettres lui devraient encore de la reconnaissance pour le\nzèle attentif, le soin jaloux qu'il apporta — après Victor Hugo d'ailleurs\n— à assouplir la langue, à lui donner la vibration, le coloris, le parfum\nsans lesquels tout un monde de sensation demeurait inexprimé. C'est\ntout cela que Mendès eût dû nous dire. Il a préféré nous conter l'histoire\nanecdotique du Parnasse. C'était moins instructif, mais infiniment\nplus attrayant.\n     D'autant plus attrayant que les jeunes littérateurs présents à la confé­\n rence n'ont pas manqué d'établir des rapprochements entre l'accueil que\n reçut le Parnasse à ses débuts et l'accueil que l'on fait actuellement à la\n jeunesse littéraire qui lutte en Belgique pour conquérir sa place au\n soleil. L'embryon fut le même. Mendès fonda la Revue fantaisiste où\n vinrent se grouper tous les jeunes poètes sans renommée et sans crédit.\n A leurs essais valeureux, nul écho ne répondit d'abord. La presse demeu­\n ra indifférente, puis se montra franchement hostile. Le Parnasse, mé­\n  prisé des uns, méconnu des autres, eut ses Hymans tout comme les\n Jeune-Belgique. Mais de ces jugements-là il n'avait cure et se sentait\n  suffisamment encouragé par l'approbation peu tapageuse de quelques\n  esprits d'élite. Le succès vint lentement. Mais quels jours de misères il\n  fallut traverser ! Aujourd'hui que leur amer souvenir est adouci par une\n  réussite brillante, Mendès semble se féliciter de les avoir connus. Enten­\n  dons-nous. La misère ne nuit pas au talent, certes. Elle crée une solitude\n  où l'esprit se recueille ; l'âme comprimée se sensibilise, l'œil devient\n  plus lucide. Mais si on compte les survivants, qui dira le nombre des\n  morts ! Si la rivière livrait ses secrets, peut-être saurait-on combien de\n génies étranglés par la souffrance n'ont pu arriver à la lumière. Il y a des\n générations qui sont plus favorisées les unes que les autres, certains\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1131, "texte": "                               — 237 —\n\nmoments sont plus propices, des occasions favorables d'association se\nproduisent qui ne se rencontrent pas tous les jours. D'ailleurs des talents\nne manquant ni de profondeur ni de sensibilité n'ont pas eu besoin\npour se mûrir de connaître ce temps d'épreuves. Ce qui demeure vrai\nc'est que, toute question matérielle écartée, il n'est pas mauvais que les\ndébuts soient pénibles. Les réussites trop faciles amènent le relâchement ;\nla curiosité s'émousse; l'amour-propre, satisfait, se suffit d'un idéal\nmoins élevé et ce n'est que tardivement qu'on s'aperçoit, à moins d'être\nun sot, de quels misérables et mesquins succès on s'est contenté.\n   Que l'exemple du Parnasse excite donc les ardeurs des Jeune-\nBelgique et grandisse leur dédain. S'il faut dix ans de travail, d'études,\nd'obscurité, qu'importe! Leur idéal plane haut dans le ciel de l'art. Les\nassisses sont solides, le noyau riche et varié, les plumes acérées, et\ndevant l'avenir qui s'ouvre tout large ils disent : Ne crains !\n                                                          F . NAUTET.\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 237, "page_fin": 237, "titre_corps": "Élévation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Auguste Vierset", "ancre_debut": "ELEVATION", "ancre_fin": "AUGUSTE VlERSET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 260, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 1131, "fin_caractere_exclue": 2033, "texte": "ELEVATION\n\n                       PAR delà les hauteurs dont la féerique gloire\n                        Exalte la splendeur des rêves abolis,\n                        Par delà des jardins aux cascades de moire\n             Où les Vierges du Ciel baignent leurs pieds polis,\n\n             0 chère ! pour dresser ton autel de victoire\n             J'ai taillé des degrés d'azur, jonchés de lis,\n             Et mis un tel soleil à la voûte d'ivoire\n             Qu'il efface l'éclat des astres appâlis :\n             Tes yeux brillent d'amour, ô ma mystique reine !\n             Ton corps, en étalant sa majesté sereine\n             Resplendit de lumière en ce divin décor !\n\n              Et pour glorifier sa grâce parfumée,\n              Mes désirs épurés s'élèvent en fumée,\n              — Comme un pieux encens vers un ostensoir d'or!\n                                                AUGUSTE VlERSET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 238, "page_fin": 242, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 261, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\nNi chair ni poisson, par Camille Lemonnier. Un vol. Bruxelles. Brancart.3.5o.\n  — La peinture flamande, par A.-J. Wauters. Un vol. Paris. Quantin. 4.00.\n  — Ma jeunesse, par .J. Michelet. Un vol. Paris. Hachette. 3. 50. - Lettres\n  de Flaubert à Georges Sand. Un vol. Paris. Charpentier. 3.50.\n\n                                         I\n   Choses d'antan, écrites pendant les années de formation, inspirées à travers\nles lectures et les succès d'alors, teintées d'humour et de satire, apparentées à\nDroz et Dickens — mais après tout, choses charmantes, bibelots taillés avec\nsoin, nouvelles écrites de bonne encre, sujets coupés dans la bonne étoffe,\nétoffe pompadour ou directoire, contes fleuris formant ci et là phrases en\nrinceaux et métaphores en bouquets.\n    Le recueil est dédié à Georges Eekhoud, ami de Lemonnier et auteur de\nKees Doorik, beau livre construit abruptement à chaux et à sable, en plein site,\nen plein polder flamands. L'épître dédicatoire témoigne de la solide amitié qui\nlie les deux auteurs, si bien faits pour se comprendre et s'aimer, dégagés au­\njourd'hui de toute influence et marchant de pied ferme, chacun dans son\nchemin.\n   La nouvelle qui ouvre le volume et donne son titre au livre me paraît la\nmieux conçue et la plus personnelle.\n   Elle est toute vive, elle marche preste, dans une langue légère, nette, alerte,\nelle trottine et arrive h bon but sans fatigue et toute fringante encore. Au\ncours du conte sont peints des personnages poudrés, en habit de soie, en\nculotte, en souliers à boucles, charmants bonshommes d'ancien régime, avec\nleurs manies, leurs travers, leurs tics, leurs malices, leurs intrigues, leurs sou­\nrires et leurs jalousies. Tout un petit monde de cour, esquissé à brosse joyeuse,\nd'esprit, de verve, sans dégringoler dans la charge ni l'opérette.\n    Le sujet ? Une naissance d'enfant royal, attendu impatiemment, décidant\nd'une succession au trône d'après son sexe. Enfin la duchesse accouche — et\ntandis que tout le monde, princes, comtes, marquis, médecins, diplomates,\nvalets, laquais, peuple sont haletants — le tant désiré mioche arrive à l'état\nneutre, « ni chair ni poisson. »\n   Le costume d'Adam, autre nouvelle légèrement ... déculottée, est charmante\nd'entrain. Elle nous convainc que, novice encore, Lemonnier avait le talent de\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3042, "texte": "                                   — 239 —\n\ntrousser le conte, quasi en maître. Impossible de narrer mieux, de façon plus\nconcise, plus mouvementée, plus diable au corps. Cela plaît si infiniment bien\nque Droz y semble avoir mis ci et là son maquillage.\n   La tache noire, Les maris deMlleNoumouchet Chapoteau assassin, le Colis 2775.\nachèvent de donner bonne tenue au volume qui trouve sa place à côté de ceux\ndes conteurs amusants et fins.\n\n\n                                         II\n\n    M, A. J. Wauters estun critique consciencieux, honnête, mais timide. Il a\nvu tous les tableaux, dit il, dont il parle, il a fait des tours et des détours en\nEurope ; il connaît sa Pinacothèque et son Louvre, salle par salle, galerie par\ngalerie ; il sait les peintres de chaque époque, les groupes d'artistes autour des\nmaîtres, les bataillons autour des drapeaux. Il est érudit. Rubens, en quelle\nannée est-il né ? Et Van Dyck ? Et Teniers ? Il vous répondra, net, roide\ncomme balle. Van Eyck, Memling, Gossaert, Van Orley, quand moururent-\nils ? Aussitôt les dates fleurissent ses lèvres, il parle d'abondance, à moins\nqu'il n'y ait controverse.\n    M. A. J. Wauters a dévoré les documents officiels par montagnes. Nais­\nsances, mariages, décès d'une part, décès, mariages, naissances de l'autre ont\n défilé devant lui, écharpes autour du ventre, bicorne sur la tête, sur deux\n rangs. Il s'est enquis de l'époque précise où tel tableau a été fait et n'a eu garde\nd'oublier le jour où il a été parachevé. S'il a péri, soit par le fer, soit par le\n feu, M. A. J. Wauters l'a noté d'une main émue mais implacable.\n     Son livre apparaît donc comme une biographie des peintres belges et puis­\n que les chefs-d'œuvre vivent aussi, comme une biographie de leurs tableaux.\n     Cela suffit-il ?\n     Lorsqu'on lit Cinquante ans de liberté, ce patriotique ouvrage où Camille\n Lemonnier a fait l'histoire de notre art contemporain depuis 1830\n jusqu'en 1880, on ne pardonne pas à M. A. J. Wauters d'être resté rivé à la\n notice, à « l'esquisse d'un plan » à « la mise en place des noms et des œuvres »\n à un résumé de travaux de ses prédécesseurs. » On exige plus. On est en droit\n de lui demander de faire pour la vieille école flamande ce que son confrère en\n art a fait pour la moderne. On exige d'autres bras que les siens pour étreindre\n ce travail, d'autres poumons que les siens pour chanter les Rubens, les\n Van Dyck et les Teniers, une autre main, une autre plume, une autre âme que\n les siennes pour écrire dans une « bibliothèque d'enseignement des Beaux-\n  Arts » française, l'histoire de notre grandeur et de notre gloire nationales.\n     Mais hélas, M. A. J. Wauters est timide, et timide à tel point que dès qu'il\n  s'agit de porter un jugement ou de fixer une classification, c'est à autrui qu'il\n  a recours. Dans son introduction il saisit à deux poings, la main de M. Taine\n  pour faire la division de son sujet, dans ses appréciations sur des peintres tels\n  que Rubens, celle d'Eugène Fromentin. A chaque feuillet on trouve des notes\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3069, "texte": "                                  — 240 —\n\net de remarques indiquant de quels puits il tire sa science, de quel mine il\nextrait son or, son argent ou son cuivre; et, tant il y a que la peinture flamande\nsemble le fruit d'une lecture attentive faite par un jeune homme qui veut s'in­\nstruire et faire profiter de ses connaissances en les classant et en les résumant\npour des bourgeois ou des professeurs d'académies de province.\n    En somme dans ce livre il n'y a rien de personnel, de grand, de fort, rien\nqui soit à la hauteur du sujet traité, qui saute à travers le médiocre, qui fasse\nmiroir pour refléter les époques de Rubens, les ducs et les duchesses de Van\nDyck, les kermesses de Teniers, les bouges de Craesbeke et les colosses de\nJordaens. Le style est plat : il a l'amble d'un style de journaliste; la pensée\nrase la terre, comme un poulet quand il s'efforce de voler; la critique est\nnulle, elle ne marche que lorsqu'elle chausse les bottes ou les sabots des autres.\n   M. A.-J. Wauters dit dans sa préface en parlant de lui : « L'auteur de ce petit\nlivre     » — ce qui prouve qu'on se juge mieux soi-même qu'autrui.\n\n\n                                       III\n\n   Grâce aux soins de sa veuve, les Mémoires si impatiemment attendus de\nJules Michelet viennent de paraître. Le livre est intitulé ; Ma jeunesse, et ce\nn'est, je crois, qu'une première partie.\n   Celui qui de tous les historiens français marqua le plus profondément à\nson coin les annales et le passé de son pays, a laissé un peu de son cœur à\nchaque événement, à chaque question, à chaque fait. Il apparaît dès son enfance\ncomme impressionnable à l'excès, avec une nature de femme, facile aux larmes\net molle aux rêveries. Il aime la solitude, la mélancolie. S'il ne pleure pas\nJean-Jacques à la vue d'une pervenche éclose, toujours est-il que le\nmoindre incident triste le bouleverse et lui mouille cils et joues. Dès cet âge,\nl'âme des choses le tente. Lui, qui devait connaître et aimer plus tard la mer,\nla montagne, l'oiseau, l'insecte, les aimer comme des semblables, comme des\nfrères ou des sœurs ou des mères, et leur prêter par conséquent une vie\ngrandiose, personnelle, épique, il écoute, ausculte, et comprend déjà l'inanimé,\net d'emblée lui prête le sentiment. Il le doue de haine ou de tendresse, de\nbonté ou de cruauté. Une fenêtre à guillotine manque de lui tomber sur\nla tête et aussitôt il y voit un ennemi, un être malfaisant ; il ne la regarde\nplus qu'avec peur et défiance. Au reste toute son enfance est morne. Ty­\npographe dans l'imprimerie de son père, il passe les jours dans une cave,\nsans air, plié sur le travail. Aucune joie. La France est vidée d'hommes et\nde richesses par Napoléon. Le régime impérial apparaît « comme un immense\ndésert gris que jamais ne dore le soleil. » Bientôt, la défaite de Russie sévis­\nsant, la presse qui n'avait été jusqu'à cette époque que liée est bâillonnée ; le\nnombre des imprimeurs parisiens réduit à soixante ; les familles ruinées, la\nmisère partout.\n   Au lycée, persécutions ; et, grâce à un tempérament à la Jean-Jacques,\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3084, "texte": "                                   — 241 —\n\n misanthropie, hypocondrie, dégoût de vivre. Ce tempérament se développant,\nil est logique que moins sa sensibilité native trouvera parmi les hommes à qui\nse donner, plus elle se tournera vers la nature. Pourtant un ami survient:\n Poinsot. Celui-ci traverse toute ma jeunesse: bon, tendre, moins nerveux,\nmoins ardent, versé dans les sciences, herborisant, discutant, amenant\nMichelet à l'étude des faits, développant en lui ses goûts naturalistes, mettant\nà côté des siennes des tendances contraires, résultat d'une éducation différente.\nMichelet au cours de ses Mémoires se complait dans l'analyse de son caractère,\nfouille son âme pour l'opposer à l'âme de son ami. Il en résulte des décou­\nvertes physiologiques faites en historien du cœur de l'homme, par le futur\nhistorien du cœur des peuples. L'enfance fuyant, après les vingt ans, le livre\nqui forme et détermine la vocation de Michelet c'est le livre de Vico. Dès\nlors, les études historiques vont le tenter et et le savant et l'écrivain entrent\nen scène. Ma jeunesse nous conduit jusqu'à ce début.\n\n                                        IV\n\n    Les Lettres de Flaubert à Georges Sand marquent un important événement\nlittéraire et jettent un nouveau jour sur la grande et déjà sculpturale person­\nnalité du poète de Salammbô. Flaubert et Sand se trouvent aux antipodes dans\nnotre art moderne. L'homme, styliste impeccable, observateur à la loupe,\nmicroscopiste, tout en volonté et en patience ; la femme d'une sensibilité\ndiverse, compatissante aux misères et aux doutes humains, créant son œuvre à\ntravers l'imagination et le rêve, écrivant d'abondance, phrases fluantes. Aucun\naccord possible entre eux. Et pourtant s'estimant, se pénétrant, s'admirant,\ns'aimant.\n    A tel point de vue, cette longue correspondance est d'un attrait tout spécial et\nprouve combien une solide amitié est possible entre gens d'opinion opposée,\npourvu qu'ils soient gens d'esprit. Au vrai, il s'agit d'homme et de femme, ce\nqui atténue, j'imagine, la difficulté.\n    Les idées littéraires de Flaubert apparaissent ici, en plein jour. Son esprit\nest planté de quelques dogmes, auxquels il croit, les yeux fermés. S'il les\n discute avec celle qu'il nomme son cher maître, c'est pour les affirmer contre\nvents et marée, sans jamais en découdre, quelles que soient les raisons qu'elle\nleur oppose. Ces dogmes, les voici :\n    Inpersonnalité dans le livre ; l'auteur ne doit transparaître à travers ses\n phrases, jamais L'objectivité de l'étude sera entière ; l'élément subjectif réduit\n à néant. Le lecteur ne devinera point les sympathies, les antipathies, les idées,\n les sentiments, les impressions du romancier.\n    Equation entre la pensée et la phrase, à moins que le rythme ne le com­\n mande autrement. Car le rythme c'est la suprême loi, le rythme de la prose\n française, plus subtil à saisir que celui des vers, plus varié, plus raffiné,\n plus délicat. Les mots se marieront et s'harmoniseront comme les couleurs,\n chacun gardant sa physionomie, son accent, sa valeur ; chacun moulant l'idée\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1269, "texte": "                                    —   242\n\ncomme un maillot le corps humain ; chacun vivant d'une vie à soi, comme une\ncellule de l'organisme, qui fait vivre l'ensemble et vit de l'ensemble.\n    L'art pour l'art. On n'écrit pas pour la foule, mais pour quelques-uns.\nCeux-ci satisfaits, le livre est bon ; il fera son chemin ; attaqué, contesté, nié,\nil s'imposera, comme toutes vérités assaillies passagèrement.\n    Le ton des lettres, moitié doux, moitié brusque, est d'une originalité savou­\nreuse, d'un normand dégrossi par Paris, d'un « metteur de pieds dans le plat »\n bon enfant un tantinet rude, jurant moustache en croc et bravache. Elles tou­\nchent à tout sujet : au théâtre, à la philosophie, à la politique, mais principalement\n— cela va de soi — à la littérature, pour laquelle seule Flaubert avait cerveau et\ncœur, yeux et mains, poumons et nerfs, colère et bonté, haine et amour, mé­\nlancolie et orgueil. Car tel est l'homme : il avait la religion de l'art, il était\nplanté sur les marches de l'autel, comme un de ces prêtres guerriers qui dé­\nfendent leur Dieu à coups de crucifix, et, comme ceux-ci meurent, lui aussi,\n pour ses dogmes, il serait mort.\n                                                               EMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 242, "page_fin": 248, "titre_corps": "Chronique artistique : Exposition des XX (second article)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "Au revoir cher Monsieur Verstraete", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MEMENTO MUSICAL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 265, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 1269, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n                                          I\n                             EXPOSITION DES XX.\n\n                                  (Second article).\n\nJef Lambeaux. — Achille Chainaye.— Paul Dubois. — Whistler. —Sargent.\n   — Chase. — Stott. — Gervex. — Lieberman. — Mauve. — Maris. —\n   Israëls. - Bergh. — Heymans. — Rops. — Stobbaerts. — Rodin. —\n   Injalbert. — Roty.\n\n         MON précédent compte rendu a paru très lyrique et très hyperbolique. Il\n          m'est revenu que ce ton d'enthousiasme avait ébaubi bien des gens de\n          plume, de crayon et de pinceau. On trouve indécent de louer chaude­\nment les jeunes, de dire carrément son avis en face de leurs toiles, de les\nproclamer grands et forts, d'emblée, sans les y préparer par le stage de l'éloge\ndiscret, banal, conventionnel. Au surplus peut-on être un grand peintre à vingt-\ncinq ans? Peut-on faire des chefs-d'œuvre à moins d'avoir à la boutonnière\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3003, "texte": "                                     —    243     -\n\n « le ruban » ? Ne faut-il être au moins chevalier et avoir eu les signes précur­\n seurs d'un rhumatisme?\n     Au vrai, peu m'en chaud. Il est grotesque, ce me semble, d'attendre qu'un\n artiste soit vieux pour le louer sans réticence, qu'il soit mort pour crier qu'il\nest grand et trouver chefs-d'œuvre, précisément ses toiles de jeunesse. C'est de\n l'incurable bêtise humaine que jaillit ce procédé; aussi assiste-t-on tous les\n jours à de honteuses et dégradantes palinodies de critique, à des changements\n à vue d'appréciation publique autour d'un peintre. Manet vivant est un gâcheur,\n Manet mort devient génie.\n     Il est opportun de faire pareilles remarques avant d'analyser l'œuvre si\ncapitale de Lambeaux. Ses lutteurs les font naître, fatalement. L'artiste, pour\njeune qu'il soit, arbore un talent d'une nature si hautaine, si bellement carac­\ntéristique et complète, qu'on peut s'attendre à le voir un jour rangé parmi les\nplus grands.\n     Un mouvement et une vie extraordinaires, d'une audace et d'une nouveauté\nfougueuses, se joignent dans ces œuvres à la trouvaille de lignes grandioses,\népiques.\n     Le lutteur vaincu, le corps tordu, les reins craquants, la jambe dans le vide,\nest d'un dessin supérieur; le vainqueur, le pied mordant le sol, le genou d'une\nmusculature héroïque étonne par son grand style. Le groupe entier s'agite et se\ndébat dans une rage, une colère, une haine empreintes sur les visages en cinq\ncoups de ciseau, avec des précisions et des sûretés de main infaillibles.\n    Chainaye se montre moins emporté, moins viril que son ami, il tâche de\nglisser dans son art plus de sentiment. Il émane de l'apitoiement de ses six\nenvois, Typha et surtout la Muette impressionnent et attendrissent. L'archer,\nencore qu'il soit campé avec grâce, manque de caractère et de ce quelque\nchose de crâne, de « plume au vent » qu'on trouve dans les œuvres réussies en\nce genre.\n    Dubois témoigne d'un talent distingué et joli. Ses deux bustes doivent char­\nmer ses modèles ; le faire en est délicat, l'allure fine ; cela plait.\n    Passons aux Invités; d'abord aux peintres et parmi eux à Whistlcr. Il séduit\nprincipalement, lui, le peintre des symphonies parfaites, l'impeccable brosseur,\nqui manie le pinceau, comme Velasquez, presque avec la même autorité, la\nmême infaillibilité. Que cet art soit faux, que cette lumière soit arrangée; soit.\n Nous admettons volontiers ces superbes non-réalités, convaincus que l'artiste\n ne doit point s'asservir à reproduire adéquatement ce qu'il voit, mais avant\ntout le tirer à travers son cerveau et le colorer comme il sent et imagine.\n     La fillette avec ses airs de reine est surtout attirante . Elle est d'une grandesse\nexquise, on devine en elle l'enfant de race, venu d'ancêtres aussi fiers que ceux\n que les maîtres espagnols campaient, la main sur l'épée, la tête hautaine, le\n pourpoint relevé d'un geste bravache. On dirait qu'ils sont faits pour elle, ces\n vers d'Hugo :\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3064, "texte": "                                   — 244 —\n\n                  Un jour elle sera duchesse de Brabant,\n                  Elle gouvernera la Flandre ou la Sardaigne.\n                  Elle est l'infante, elle a sept ans ; elle dédaigne,\n                  Car les enfants des rois sont ainsi.\n\n    Le portrait de la dame en noir a mêmes qualités de touche et d'harmonie.\nC'est la perfection réalisée, ou peu s'en faut. Rien d'apprêté, de tapageur, de\nthéâtral; dans la pose rien de forcé, rien qui indique une allure donnée au\nmodèle pour la circonstance. Distinction suprême et naturelle ; il faut être\ngrand peintre pour la traduire ainsi.\n    Tout autre est l'envoi de Sargent. Son homme en rouge, en rouge groseille\nsur fond lie de vin, doit faire venir l'eau ou plutôt le sirop à la bouche\nde M. Herbo. Cela est criard, cela sent le convenu, cela semble compris à\ntravers Carolus Duran. Peu de sincérité, de vérité. Quelque crânerie certes,\nmais au résumé manque de dessous ; tout est chic et parisianisme,\n    Chase paraît autrement vrai et vivant. Son rouge à lui est discret, calme, en\nsourdine. Son œuvre exquise de grâce et de finesse. Taille, poitrine et tête\nsont modelés à miracle. Et combien d'art et quel dessin et quelle naïveté dans\nl'ensemble; comme cette enfant pense, et songe, et s'abandonne et se repose\nlà toute belle et toute blonde ! Elle aurait pu inspirer à Musset « A quoi rêvent\nles jeunes filles. »\n    Aussi bien tout le groupe anglo-américain fait merveille. Siott à son tour\nétale une toile étonnante, personnelle, de belle valeur. A première vue, on\n dirait de la tapisserie, mais cette impression s'efface bientôt à l'examen de la\nfacture prestigieuse et de la couleur si appropriée au sujet. La scène avec ses\n nus superbes fait songer à quelque pastorale antique du temps de Longus ; les\n verts et les bleus des ramures et de l'étang y versent leur paix humide, l'air y\n circule tamisé à travers une fraîcheur tendre, la maison blanche de la rive se\n reflète dans l'eau comme en miroir grandissant. L'art de Stott préoccupe\n certains de nos vingtistes au point de nuire à leur originalité. Attention.\n    Voici Gervex. Il expose Job. Très solide peinture, mais malheureusement\n entachée d'académisme. Depuis — car Job est une œuvre de jeunesse — le\n peintre s'est dégagé de toute attache avec les conventions ; il a fait du moderne\n à outrance; il marche dans les routes tracées en forêt vierge, par Manet.\n    Pardon, mais l'Allemand Lieberman ne devait point figurer au catalogue.\n Sa peinture fait tache horrible, elle semble comme une grimace de vieux parmi\n les sourires jeunes, elle pend au mur comme une antiquaille qui détonne au\n milieu des tableaux audacieux des XX.\n     Le Café-concert à Munich demeure commun, trivial, criard de couleur.\n Tous les personnages semblent contournés d'un fil blanc : on dirait qu'une\n  araignée a tissé sa toile par dessus.\n     Le Tisserand s'étale plus médiocre encore. Le métier n'est qu'un vélocipède,\n ancien régime, tel qu'il a dû sortir à l'état de projet d'une cervelle teutonne.\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "                                   — 245 —\n\n    Tout cela fâche, agace, ennuie. Munich et Düsseldorf sont les capitales des\nBéoties artistiques d'Europe.\n    Les Hollandais Mauve et Maris, surtout ce dernier, plongent en pleine mo­\ndernité et en pleine vérité.\n   Les Travailleurs de la mer sont coulés en patte grasse et belle comme la terre\npoldérienne ; le groupe, chevaux et hommes, tient admirablement, et bien\nque les tons crus ne soient pas épargnés, l'ensemble est d'harmonie parfaite.\n    Après la pluie travaillé à la diable, dégage belle impression. Le site est très\nhollandais ; il présente un calme et une tristesse profonds; l'humidité suinte\nà travers, la rivière qui tranche le paysage charrie des reflets et des teintes\nattrapés de main sûre. Mais que diable ! pourquoi cette tache de couleur\nbleue canaille dans le ciel ? Qu'elle soit juste, je l'admets, mais qu'elle ne nuise\nau tableau, je le conteste.\n    Israëls est resté en déçà de sa réputation. Le Repas est d'une qualité ordi­\nnaire. Cela n'est ni superbe, ni mauvais et pour tout dire, l'œuvre si médiocre\n de M. Simons Au coin du feu ne s'en trouve point écrasée. On dirait que le\nRepas a inspiré Au coin du feu. Quelle que soit notre admiration pour le maître\n de La Haye, nous craignons que sa manie humanitaire, son démocratisme\n artistique ne lui nuise en mainte occasion. Faire du sentiment, c'est parfait;\n mais bien peindre vaut mieux. On ne court pas deux lièvres à la fois et une\n œuvre d'art ne doit point viser à apitoyer, mais à enthousiasmer.\n    Bergh n'était point connu à Bruxelles, que je sache. Y perdrions-nous ? Son\n portrait fait croire que non. Il est honnête, habile, de bonne pointe. Distin­\n gué? — Nullement. De belle tonalité? — Encore moins. Frais, coquet, léger?\n — Au contraire. La lourdeur suédoise ne s'est point allégée au contact de la\n grâce parisienne. Un pastel demande des qualités toutes opposées à celles que\n semble posséder l'artiste.\n     Les invités belges qui ont fait des envois aux XX sont : Heymans, Rops,\n Stobbaerts. Du dernier et de sa Charrette de foin j'ai parlé dans le numéro d'oc­\n tobre.\n     Le Heymans n'est guère de premier titre. Il sonne ereux et vide.\n L'engraissement des prairies de la Campine fait peu d'honneur au maître. Car\n maître, il l'est et de première force, et si incontestablement qu'il serait difficile\n  de trouver même en France, un paysagiste qui le valût. Le plus profondément\n de tous il creuse, il établit, il plante son œuvre; ses sites sont merveilleux\n  d'air, de silhouette et de perspective ; point par point, centimètre par centi­\n  mètre, il élabore et construit son terrain et ses ciels; sa brosse et son couteau\n  lui sont instruments glorieux, il les connaît et les manie comme les suprêmes\n  artistes, et tout en lui se fait d'originalité pure.\n     Rops, dans sa Tentation de St. Antoine touche au grand art. Cet étrange tem­\n  pérament, mi-littéraire mi-artistique, hanté par le surnaturel macabre,\n  funèbre, démoniaque, ce dilettante d'érotisme, ce gourmet du vice, poussant\n  la polissonnerie jusqu'au génie, ne pouvait se soustraire à la hantise d'un tel\n                                                                            18\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3070, "texte": "                                   — 246 —\n\nsujet. Fatalement il le traiterait, mais à la moderne, en y infusant notre rail­\nlerie et notre scepticisme. Saint Antoine, compris en toute naïveté par les\nartistes du moyen âge, apparaît ici comme un Faust épouvanté, terrifié, affolé.\nTous les accessoires, monstres, nains, fœtus, gnomes et farfadets sont sup­\nprimés, plus de sorcières, de manches à balai, de squelettes à tête de cheval\njouant de la flûte par le trou des yeux, ni ventres de squales ouverts, boyaux\ncouiants. Le drame éternel de la tentation résumé, concentré, quintessencié :1a\nfemme s'étalant sur la croix à la place du Christ — voilà pour l'amour; un porc\nmettant ses pattes sur les livres saints — voilà pour la science. Et l'action\ngagne en fermeté et en impression.\n    Quant à l'exécution, toutes les qualités — nervosité, précision, sûreté, mou­\n vement — de Rops y sont répandues à mains pleines.\n    La sculpture française, la plus belle et la plus grande qui soit actuellement,\nest représentée aux XX par Roty, Injalbert, Rodin.\n    Rodin a envoyé un chef-d'œuvre : le buste d'Hugo. Jamais le masque du\n poète n'a été sculpté avec telle vigeur, tel emportement, telle inspiration. Le\nlyrique des chants du crépuscule, et suttout le satyrique des Châtiments et\nl'épique de la Légende des siècles percent au travers, presque sauvagement Les\ntraits accusés violemment, s'accentuent en grandeur et en force, les chairs\nvivent, le front se lève grandiose. Cela témoigne d'une inspiration et d'une\nscience étonnantes, car dans tout cet emportement de travail, il n'est pas un\n trait de ciseau qui soit gauche ou tremblé.\n    Plus douce, plus modérée, plus calme est l'œuvre d'Injalbert. Le Philippo\nLippi, avec sa figure d'enfant de chœur naïf, charme et retient comme une\nœuvre d'exquise mélodie et l'on rêve, arrêté devant, à quelque cérémonie\nd'église, pendant le mois de la Vierge, en mai. Cette terre-cuite, exquisement\nteintée, a toute une grâce italienne qui fait songer aux primitifs de là-bas.\n    Roty élève la gravure très haut. Ses médailles ont fier style — légèrement\nacadémique pourtant. Mais de quelle distinction, de quelle correction, de\nquel charme elles font montre. Elles inspirent artistiquement l'horreur des\npièces de cent sous — ce qui est excellent pour les sculpteurs et les peintres\net pour les défenseurs de la morale qui doivent à ce point de vue, les trouver\nbelles sans restriction.\n    Et maintenant, à l'an prochain — et au travail!\n                                                       EMILE VERHAEREN.\n\n                                        II\n                               DROIT DE RÉPONSE\n                                              A Monsienr Emile Verhaeren,\n                                         Critique d'art à « la Jeune Belgique .\n                                   Brasschaet, près d'Anvers, ce 21 février 1884.\n                  MONSIEUR,\n\n   Quoiqu'il ne soit pas dans mes habitudes de m'occuper des attaques de la\ncritique, je dois avouer que je trouve votre dernier article sur l'Exposition\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3412, "texte": "                                  — 247 —\n\n  des XX, dans « La Jeune Belgique », d'une injustice qui me révolte et me force\n à parler. Votre parti pris pour la défense de vos Amis, ainsi que vos attaques\n contre ceux qui n'ont pas le mérite d'en être, me semble peu en rapport avec\n  un article intitulé « La lutte pour l'Art » qui a paru dans « Le National Belge »\n  du dimanche 17 février, signé de votre nom, et donnant un compte rendu de\n  la conférence de M. G. Rodenbach, dans la salle des XX. Cet article, je\n  répète, contredisant ainsi qu'il le fait, vos principes déclarés dans la « Jeune\n Belgique », me rappelle, que moi aussi, dont votre critique accuse la pein­\n ture de « rappeler les couchants de jour des chromolithographies »... (quoique\n  la toile en question représente Une Matinée! ) que moi aussi dis-je. je suis\n de cette union forte et saine des « jeunes qui se dresse la tête haute en face des\n hostilités. » — Moi aussi, je suis de cette chapelle, ou plutôt de cette grande\n église, qui se réunit pour combattre les faux principes, pour lutter pour le\n Vrai et le Beau.\n     Anvers, que vous signalez avec mépris, comme étant pauvrement représenté\n dans le combat qu'ont livré les XX, n'est pas si arriéré que vous le prétendez\n sur le chemin de l'Art. — Mais je ne prétends relever que vos propos\n à mon adresse, et, si dix années de travail sincère devant la Nature, que tous\n me connaissent, si les études sévères, la lutte que je soutiens journellement\n pour arriver vers l'interprétation des merveilleuses beautés de nos pays fla­\n mands, ne méritent pas d'éloge, ce que moi tout premier j'admets, sachant\n que ce que je fais n'est tout simplement que le devoir de chaque artiste, je\n prétends toutefois, vous demander à vous, Monsieur, qui parlez si sommaire­\n ment d'un Art dont la difficulté est incompréhensible, qui flétrissez d'un trait\nde plume une carrière, je vous demanderai simplement, connaissez-vous donc\nsi bien cette coloration de nos pays dont vous parlez si légèrement? — Avez-\nvous jamais, le matin, lorsque le givre couvre encore le terrain, avant que le\njour ait percé les nuages, — êtes-vous jamais sorti par les prairies? Avez-vous\nattendu avec impatience se lever les premières lueurs de l'aube ? Connaissez-\n vous ces tremblements de toute la nature palpitante aux premiers rayons du\nsoleil? — Connaissez-vous cette hymne suprême de la Nature entière, l'avez-\nvous étudiée? — Et le soir ! — Vous êtes-vous jamais attardé dans nos larges\nbruyères qui semblent s'étendre jusque dans l'infini? Avez-vous jamais vu se\nlever les brumes du soir, tandis que le soleil se laissait aller, fatigué, derrière\nl'horizon? — Avez-vous entendu ces chants mélodieux du crépuscule : le cri\ndes vachers ; le beuglement des bestiaux rentrant à leur étable, — puis le\nsilence imposant qui doucement enveloppe toute la nature et le calme im­\nmense où tout s'endort? Connaissez-vous la première étoile qui perce le ciel,\nla nappe de lune qui, voilée et tendre plane sur la terre endormie? — Avez-\nvous étudié tout cela, Monsieur? Avez-vous, comme moi et d'autres de mes\nconfrères, qui ont voué leur existence et leur culte à interpréter ces gloires de\nla nature, — rôdé, seul, et l'âme pénétrée de votre impuissance devant ces\nscènes qui restent inaperçues de tant de gens parce qu'ils croient les con­\nnaître ? Sinon, j'ai l'honneur de vous le dire. Monsieur, tout écrivain que\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1280, "texte": "                                   — 248 —\n\nvous êtes, tout critique que vous croyez être, vous n'avez pas le droit de parler\nde choses que vous ne connaissez point ; — si en littérateur, il ne vous a\njamais semblé nécessaire d'étudier les merveilleux et étonnants effets de\ncouleur de nos landes flamandes, vous ne pouvez dicter aux peintres, surtout\nà l'un d'eux qui en a fait une étude spéciale, comment il faut les représenter.\n   Somme toute, pour terminer, je ne citerai que la devise de nos Jeunes :\n« Ne crains » — et je soutiens que quiconque a travaillé ainsi que je le fais et\nque j'espère le faire toujours, sincèrement et uniquement devant la Nature, sans\narrière-pensée, sans convention ni parti pris, ne saurait manquer, tôt ou tard\nà friser la vérité, et peut fièrement s'écrier « Ne crains » aux attaques d'une\ncritique irréfléchie.\n                                                     THÉODORE VERSTRAETE,\n                                                               des XX.\n   Cette lettre comme les tableaux de M. Verstraete, émane d'un poète un peu\nfroissé - bien plus que d'un peintre. Elle confirme la critique que j'avais\nfaite de ses envois et me donne raison d'une manière assez piquante.\n   Au revoir, cher Monsieur Verstraete.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 248, "page_fin": 249, "titre_corps": "Memento musical", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. 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C'est un gros morceau de matière brute, mal agencée,\nmal équilibrée, mais par là même naturelle, sincère, jeune.\n    On en a dit du bien et du mal ; du mal surtout.\n    Aussi le public, à la seconde, avait pris le mot d'ordre : il a essayé de siffler.\n    J'avais donc raison de le dire, il y a trois mois ; la vieille histoire des vieux\npréjugés n'est pas encore finie, en matière de musique.\n    Les flamands seuls, tassés sous un drapeau, font leurtrouée ;.pourles autres:\n— pas flamand.? pas Belge, mon ami — Bâtard ! — au panier. Un coup de\n talon, un coup de balai, c'est vite fait.\n    Venant des doctrinaires, grands ou petits officiels, cela ne m'eût pas\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3056, "texte": "                                  — 249 —\n\n  onné, mais de ceux-là qui, en principe, combattent pour nos idées, et sont\nnos aînés dans la lutte pour l'art, c'est inexplicable.\n    Le public belge, sans doute n'a pas assez de sifflets pour ses compatriotes ;\nfaut-il qu'on aille encore doubler la masse en sifflant avec elle ?\n   Avx Artistes (3e concert). On s'est écrasé, il y a eu des pirouttements, des\ntournoiements, des cris de femmes en marmelade, des gens déshabillés, des\nchemises tout entières perdues dans la cohue et dont on a retrouvé des pans\nà Molenbeek, comme naguère des archives de la Chambre — tout cela pour\nAlbani. Le triomphe de cette école italienne, qui n'a pas même inventé les\nbannières Nadar.\n   Massenet a dirigé la première exécution des Scènes Alsaciennes où se retrou­\nvent toutes les nostalgies du poète des « Souvenirs, » et cette superbe page\nsymphonique du Sommeil de la Vierge, une des plus personnelles qu'il ait\njamais écrites. Il nous revient aujourd'hui voletant après Manon, l'incorrigible,\nqui court les capitales. Je ne dirai pas si la pièce « a réussi » — l'avis du\npublic à peu de poids. Il est de fait que dix têtes intelligentes quand elles en\nfont une seule, la font stupide.\n    En dépit de son système mélodramatique, Manon retombe dans le petit\nopéra-comique ; les acharnés de nationalité, y trouveront-ils leur compte de\nmusiquette; ce que j'y retrouve beaucoup moins, dans son entièreté, c'est la\npersonnalité du maître des premières œuvres mystiques.\n    Mlle Berthe Marx est venue compléter la série des d'Albert et Siloti ; encore\nun long canard celui-ci, un long canard qui nous vient de l'Escaut, sans\navoir, de d'Albert, les mérites acrobatiques. M Siloti ne fait pas même le poirier:\n d'Albert, au moins, s'il lui faut de volumineux accords,les plaque du... siège ;\nl'effet y est et c'est plus poli parce qu'on ne tourne pas le dos au public.\n    J'en demande pardon à Mlle Marx, mais, de par ses émules, l'impôt sur les\n pianos devient une question de salubrité publique.\n    Le Conservatoire prépare une manifestation clandestine à feu son premier\n chef dont l'ombre aura cent ans, le 25 mars prochain. Une loi spéciale\n accorde à M. Gevaert, chef du pouvoir exécutif au pays symphonique, le\n droit de requérir la force armée. Les abords du palais Conservatoire seront\n gardés par la gendarmerie à cheval qui portera, au kolback, le ruban rose\n d'ordonnance. Les portes et fenêtres seront calfeutrées pendant la cérémonie\n et la circulation interdite dans les rues avoisinantes.\n     M Gevaert et sa famille auront accès à cette petite fête qui est destinée à\n populariser la mémoire de Fétis.\n     Un jeune violoniste qui laisse les boyaux de chat pour de très jolies cordes\n vocales a donné un concert à la salle Marugg. Je lui demande pardon d'avoir\n oublié son nom. Je compte bien rattrapper, au vol, son état civil et ne man­\n querai pas de constater son identité à une nouvelle rencontre que j'espère\n  prochaine.\n                                                                      H. 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De parti pris, nous donnons\n raison à nos hommes, parce que ce sont nos hommes, mais\n le public est juge et chacun est responsable de ce qu'il signe.\n L'exposition des XX et les conférences qui y ont été données\nsont déjà loin et restent comme une deuxième période des\njours de bataille. La lutte continuera encore et toujours.\nQu'ils aient eu tort ou raison dans leurs mots, dans leurs\nattaques, dans leurs partis pris, MM. Edmond Picard,\nGeorges Rodenbach, Albert Giraud et Catulle Mendès ont\nsuivi comme ils la comprenaient notre devise Ne Crains ;\nils ont eu raison envers et contre tous, mais par leur cons­\ncience et par leur sincérité.\n                                     ***\n   Le dernier numéro de Paris-Illustré, la superbe publication de A. G. Dumas,\nest consacré entièrement au CARNAVAL. En voici le sommaire.\n   GRAVURES. — Carnaval, aquarelle de Kæmmerer. — Variations sur le Car­\nnaval, illustrations de E. Courboin— Le Bœuf gras dans l'antiquité; le Bœuf\nApis, dessin de E. Grasset. — Une Soirée rue de Turbigo, illustrations de\nE. Courboin. — Le Carnaval il y a vingt ans ; le Bœuf gras, aquarelle de\nAdrien Marie. — Le Bœuf gras, illustrations de Ferdinandus. — Le Carna­\nval au moyen âge; la Fête des Fous, dessin de E. Grasset. — Le Mercredi\ndes Cendres, dessin de Myrbach. — Masques, aquarelle de Giraldon.\n   TEXTE. — Variations sur le Carnaval, par Ch. Monselet. — Une Soirée rue\n de Turbigo, par Ernest d'Hervilly. — Le Bœuf gras. — Où est la Vérité,\nsonnet de Ernest d'Hervilly\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "                                      251 —\n\n\n   Sous le titre Vieille histoire, M. Oscar Cerf publie un récit, vieux en effet\ncomme donnée, mais auquel il a su infuser une intense émotion. C'est l'étude\ncruelle d'une séduction et d'un abandon, récit de tous les jours et de tous les\ntemps. Nous félicitons notre confrère-ès-jeunesse de cette jolie plaquette qui\nmontre en lui un moderne épris de réalité et soucieux de forme.\n\n  Chez OLLENDORFF, viennent de paraître .\n   La comédie en un acte de MAURICE DESVALLIÈRES : Une Matinée de Contrat,\nqui est représentée en ce moment sur le Théâtre-Français.\n  Le Costume de Pierrot (histoire vraie), monologue dramatique en vers, par\nALPHONSE SCHELER, dit par madame SARAH BERNHARDT.\n  Pincé!   saynète par EMILE MENDEL\n                                     ***\n   Jamais titre ne fut mieux approprié à un livre que celui de : Pour lire en\nWagon, que porte le piquant et étrange volume d'Auguste Cordier, paru\nchez l'éditeur P. Ollendorff.\n   On ne se mettra plus en route sans cet agréable compagnon, et on le re­\ntrouvera encore avec plaisir au coin de son feu.\n                                     ***\n   Viennent de paraître dans la Bibliothèque Gilon :\n   1. Une étude de M. L. de Sagher sur Les Musiciens liégeois (Grétry, Gres­\nnick. J. N. Hamal). L'auteur, un des plus brillants officiers supérieurs de\nnotre armée, y raconte d'une façon attachante la vie de Grétry, de Gresnick et\nde Hamal. Nous ne lui ferons qu'un reproche, c'est de n'avoir pas suffisam­\nment approfondi l'art simple de l'auteur de Richard dans ses origines musico­\nlogiques, mais les volumes de M. Gilon seront toujours trop sommaires pour\npermettre des études vraiment complètes.\n   2. Une étude de M. Jules Carlier sur Richard Cobden.\n   3. Une sorte de nouvelle autobiographique : Mon fils! traduite de l'italien\nde Salvatore Farina, parM. Ferdinand Gravrand. C'est un fragment de tétralogie\nque l'auteur pourrait appeler L histoire d'un homme et qui comportera quatre\nvolumes intitulés :\n  1 . Avant sa naissance. — Les trois Nourrices.\n  2. Courage et en avant ! — L'Intermezzo. — Mon fils étudie.\n  3 La page noire. — Mon fils devient amoureux.\n  4. Le Mari de Laurina. — Grand'père.\n  Nous reviendrons sur l'œuvre dans son ensemble lorsque les deux derniers\nvolumes auront paru.\n  4. Le merveilleux dans la nature par Léon Dormoy.\n  5. Tournesol par M re Poradowska-Gachet.\n                                       ***\n  On a rattaché avec raison le séduisant Daudet à Dickens dans Jack et le Petit\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "                                       252\n\nChose ; la lecture de Nicolas Nickleby et d'Oliver Twist, en même temps que sa\njeunesse tourmentée et maladive, devaient le pousser à cette étude de vie triste\nse débattant dans un continuel besoin d'aimer comprimé par la dureté des\nautres.\n   Avec Tartarin de Tarascon et surtout les Lettres de mon moulin, Daudet se\nmontre sous un autre jour. Le soleil de Provence et celui d'Algérie, où le\nromancier alla « calfater ses poumons délabrés », fit éclore ces deux œuvres,\nsœurs des Contes à Ninon de Miette et Noré de Mireiô ; Daudet s'y montre\nvrai méridional, avec ses hâbleries en même temps que sa sensibilité\nparfois enfantine ; les deux œuvres sont d'ailleurs connues, et si nous les rap­\n pelons à l'attention, c'est pour signaler surtout la superbe édition nouvelle,\n précédée d'une histoire du livre qui intéressera tous les lettrés, en les aidant à\n pénétrer la nature complexe d'un de nos plus exquis conteurs.\n\n                                                                      NEMO."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "En vente chez tous les libraires", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 276, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1345, "texte": "En vente chez tous les libraires :\n             COLLECTION DE LA JEUNE BELGIQUE :\n\n\n    CONTES DE MINUIT              PAR\n\n                     EMILE          VERHAEREN.\nU n e p l a q u e t t e a r t i s t i q u e o r n é e d ' u n e eau-forte\n                                   DE\n\n              THÉO      VAN RYSSELBERGHE.\n                            J. FINK. ÉDITEUR.\n                        P R I X : 1 FR. 50 CENT.\n\n\n\n                 GIL              BLAS\n                        JOURNAL QUOTIDIEN\n 16, BOULEVARD DES CAPUCINES, 16, PARIS.\n                                PUBLIE\n\n          CHERIE\n               par E D M O N D D E G O N C O U R T\n      U n n u m é r o : 20 centimes. Abonnements: (3 mois): 17 fr.\n                               E n vente partout.\n\n\nLA VIE BÊTE par MAX WALLER. Un vol         4.00.\nLE BAISER par MAX WALLER. Un vol            1.50.\nL'AMOUR FANTASQUE par MAX WALLER. Un vol. . 0.50.\n\n            POUR PARAITRE                 PROCHAINEMENT\n                                   CHEZ\n\n                  HENRY KISTEMAECKERS :\n\n\n    L'H I VER                           MONDAIN\n                                POESIES DE\n\n                GEORGES  RODENBACH\n        avec un frontispice et trois dessins de\n                     JAN VAN              BEERS.\n                             Prix : 5 francs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-03-15-n4-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "À tous nos abonnés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A TOUS NOS ABONNES, Notre revue", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 277, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "A TOUS NOS              ABONNES,\n\n\n   Notre revue, dont le succès croît chaque jour, est\ndevenue l'organe du bon combat littéraire en Belgique.\nParfois violente & brutale, elle ne cesse de brandir le\ndrapeau moderne dont elle s'est fait une arme contre les\nroyautés caduques. Il faut que nos principes se répandent\ndavantage encore, qu'une propagande active s'établisse,\nqu'une ligue se forme. Cette ligue, nous en avons arrêté\ndéfinitivement les conditions ; ceux de nos abonnés qui\ndésirent en faire partie sont priés de demander à nos bureaux\nDIX, QUINZE ou VINGT cartes d'abonnement, qui\nleur seront envoyées portant un numéro d'ordre qui nous\nen indiquera le dépositaire.\n   1° Lorsque DIX cartes seront revenues aux bureaux, re­\nvêtues de noms d'abonnés nouveaux, le dépositaire recevra\nson abonnement gratis pendant un an.\n   2° Lorsque QUINZE cartes seront revenues, le déposi­\ntaire recevra son abonnement gratis à perpétuité et son nom\nsera inscrit à la liste des membres fondateurs de la Jeune\nBelgique, qui paraîtra à la fin de chaque année.\n   3° Lorsque VINGT cartes seront revenues, le dépositaire\nrecevra 1° son abonnement gratis à prepétuité, 2° une carte\nlui donnant accès libre aux fêtes, (conférences, etc.) que nous\npourrions donner dans l'avenir, 3° toutes les publications\n(plaquettes, etc.) que publiera la Jeune Belgique. Il sera\nnommé de même MEMBRE FONDATEUR.\n\n\n                 EN     PRÉPARATION:\n\n\n   GRETA FRIEDMANN\n                 ROMAN     CONTEMPORAIN\n                             PAR\n\n                       MAX WALLER\n              U n v o l u m e de 200 pages.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 234, "texte": "(4e année) 1 8 8 4 .      P r i x : 60 c.            T o m e I I I . N° 4 .                      15 mars.\n\n\n\n                                                LA\n\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                       DIRECTEUR: MAX WALLER.\n\n\n\n                                    SOMMAIRE.\n    LE CARNAVAL                                                                     CAMILLE LEMONNIER.\n    JARDIN D'HIVER.         .                                                      GEORGES RODENBACH.\n    LA P E T I T E VEUVE .      .   .   .   .   .    .   .       .        .         BLONDS-BELGIQUE.\n    SOIRS DE CIRQUE         .                                                      PAUL LAMBER.\n    N O U V E L L E S DE LA GRAND'ROUTE .                    .        .       .    MARIUS RÉTY.\n    SONNETS                                                                   .    GEORGES KHNOPFF.\n    CATULLE MENDÈS                                                                 F . NAUTET.\n    ÉLÉVATION                                                                      AUG. VIERSET.\n    CHRONIQUE L I T T É R A I R E\n    CHRONIQUE A R T I S T I Q U E                                                   EMILE VERHAEREN.\n    MEMENTO MUSICAL                                                                H . N.\n    MEMENTO                                                                        NEMO.\n\n\n\n\n                                BRUXELLES\n                                        BUREAUX :\n               74,     AVENUE           DE LA TOISON                                D OR\n\n                   BRUXELLES                                                  PARIS\n                 J,     F I N K                                  L.               F I N K\n          I , PASSAGE DE LA MONNAIE, I,                  7 3 , RUE ST-JACQUES, 7 3 .\n\n                                            1884\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "               LA JEUNE BELGIQUE\n                                REVUE MENSUELLE\n                            PRIX D'ABONNEMENT:\n     Belgique : 5 francs par an. — Etranger : 7 fr. par an.\n\n                            BOITE AUX LETTRES.\n\n   28 Mlle Eug. D. à Liège — MM. Frantz Heirdam, à Bruxelles —Eug. Raynaud à Paris\n— Emile G. à Izier— Jules C. à Ostende.\n   Mademoiselle, Messieurs, Vous avez tous les mêmes défauts et les mêmes qualités ;\npoètes vous l'êtes par la pensée, par la mélancolie, par le charme, —versificateurs — faiseurs\nde vers — vous ne l'êtes pas et vous pouvez le devenir. Aucun de vous n'a lu et vous avez eu\ntort. Il ne suffit pas, de notre temps, de connaître le Lac de Lamartine ou le Souvenir\nde Musset.\n   Nous avons pleuré naguère à la caresse de cette enveloppante mélodie des premiers\nromantiques, inaltérablement belle et sereine. Mais nous avons aussi fortifié nos plumes\nen les trempant dans le bronze des vers plus mâles et plus modernes. Hugo, Leconte\nde Lisle, Gautier, Banville, Baudelaire, ont été les sources où nous avons bu tous. Faites\nde même et vous sourirez en relisant les strophes que vous adressez à la Jeune Belgique\nsouvent trop hospitalière à vos primes gourmes ; vous jetterez au panier ces vers :\n                      Coulez sur eux, ô flots, et pleurez en silence !\n                      Mais songez que là-haut les attend l'espérance.\n                      Ensevelissez-les dans vos voiles d'argent\n                      Et dérobez-les bien aux regards du passant                (E. D.)\nou ceux-ci :\n                      Ton candide visage ainsi qu'un blanc camée\n                      Couvert des diamants d'une fraîche rosée\n                      Etait si séduisant, si naturel, si pur,\n                      Que tu me paraissais flottillant dans l'azur               (F. H.)\nou ceux-ci encore :\n                      Radieuse Aurora, ton sourire, c'est l'aube,\n                      L'aube qui change l'ombre en vivantes couleurs;\n                      Ton zéphyr, le frisson d'un des plis de la robe\n                      Qui porte jusqu'aux cieux le parfum de tes      fleurs     (E. G.)\n\n                        Qu'il fait bon de s'asseoir sous les feuillages sombres\n                                              Des bois,\n                        Ou du zéphyr frémit sous les tièdes ombres\n                                             La voix!                            (E. R.)\n   Nous nous comprenons, n'est-ce pas? donc bloquez et bloquez ferme, secouez les zéphirs\net l'azur, oubliez la lyre qui est devenue un orgue de barbarie; et la Jeune Belgique qui ne\ncesse jamais de chercher dans le tas des médiocrités, les bons et les forts, vous accueillera\ndans son escadrille et vous tendra la main.\n   29. P. M. Bon, l'Insensé, passera prochainement.\n   30. Louis Pr. L'Amour s'éveille nous arrive à l'instant. Paraît bon, sera lu et examiné\nsoigneusement.\n   31. Paul B. Peuh ! ii est trop tard pour parler encor d'elle ! Nana a trop roulé dans la\ncritique pour que nous la ramassions encore. Votre étude a un intérêt contingent ; elle\nnous servira. Merci.\n   32. Corbeau. Votre réclamation, fort juste peut-être, n'est pas de notre compétence.\nAdressez-vous aux journaux quotidiens et s'il y a un scandale dans l'établissement dont\nvous parlez, ils ne manqueront pas de le dévoiler.\n                      Bruxelles. — Imp. A D . MF.RTEVS, rue d'Or,    12.\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "                        LE CARNAVAL\n\n\n            LE carnaval est enterré. Pierrot s'est débarbouillé la face ;\n             Arlequin a jeté sa batte dans l'ombre et Colombine a pendu\n             sa défroque au clou. Hier, le fossoyeur sombre a fait un\n             paquet de toutes ces joies, de toutes ces ivresses, et les\n a cachées dans les plis de son manteau.\n    Le carnaval est devenu une chose stupide. On ne le comprend plus.\n Il y a cependant encore des gens qui vous disent, entre bonjour et\n bonsoir : « J'ai fait le carnaval. »\n    Nous ne sommes pas de ces esprits froids qui dans la rose cherchent\nla chenille, et qui ne regardent le soleil que pour y voir des taches\n Dieu merci ! nous aimons la gaieté, mais nous la voulons franche el\nentière, s'épanouissant à pleins bords et s'élançant, les ailes déployées.\n Nous détestons les demi-folies.\n    Le carnaval était un joyeux polisson qui flamboyait d'esprit et qui\nfolâtrait, la batte à la main, dans un ameutement de vanités piquées et\nde bêtises démasquées. C'était l'intrigue, leste et étincelante, qui faisait\nclignoter, à travers les échancrures du masque, les mystères et les réti­\ncences du demi-mot. Comme elle s'élançait, couverte de paillons et\nfulgurante de verve, à la chasse des aventures bouffonnes et des sinistres\ndrolatiques ! Comme elle égratignait en passant, et comme à propos elle\nallongeait sa griffe emmitouflée de caresses, arrachant les faux noms et\nles perruques, accrochant des ridicules et les tartuferies ! Rien ne l'arrê­\ntait : Elle franchissait les obstacles, elle bousculait le code pénal.\nC'était la jeunesse, la gaieté, la folie. Elle était éperdue d'inconnu,\neffarée d'enivrement; elle avait des ailes. Derrière son masque elle rutilait\n                                                                16\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "                                      214\n\n de toutes les joies : elle riait de toute sa gorge et ses joues s'enflaient\n dans l'expansion d'un rire énorme. Elle riait de tout, de ce qui était\n grand et de ce qui était petit, de ce qui était beau et de ce qui était laid.\n Gibbosités, tortuosités, difformités, elle sabrait à travers pour sabrer\n ensuite dans l'idéal et la plastique. Elle allait ainsi, ardente, enthousiaste,\n bourrée de scepticisme, éparpillant, au hasard du jeté, sa verve et ses\n rires, et dominant, de toute la hauteur de sa bouffonne majesté, la\n foule qui se fendait, ravie et effrayée. C'était l'éclair. Où elle passait, il\n se faisait un large sillon qu'emplissait l'odeur sulfureuse de ses foudres.\n Elle donnait le vertige ; elle éblouissait. Violente et emportée, elle se\n faisait parfois douce et mielleuse ; elle caquetait avec des sourires et\n papillonnait avec toutes sortes d'épanouissements charmants. Les fleurs\n et les perles tombaient de sa lèvre, et l'on sentait se dégager de ses char­\n mes galants des saveurs et des parfums à tourner la tête.\n    Voilà le carnaval. Qu'en avez-vous fait ? Un affreux mannequin qui\n promène une ivresse grognonne et bête dans les maculatures du cabaret\n et qui, gorgé de vin, repu de viandes, s'en va, titubant, la gorge cinglée\n de hoquets. Il râle ; il se tord ; il se saoûle; il hurle des inepties ; il\ngrommelle des grossièretés ; il est sordide et il infecte. Je veux le\ncarnaval gris ; le vôtre est ivre. Je le veux amusant : le vôtre est lugu­\nbre. Je le veux avec les lazzis goguenards et la verve moqueuse : le vôtre\nest composé de jurons. Je le veux enfin avec des ailes : le vôtre rampe\nsous la table d'un cabaret.\n    Vous vous ennuyez et, dans le pli de vos rires, il y a une perspective\nde bâillement. A la troisième bouteille, vous regardez l'heure ; à la\nquatrième, votre œil clignote et vous voyez se dessiner, au travers des\nfumées du Champagne, les formes arrondies du traversin. A la cinquième,\nvous prenez votre chapeau et, sans attendre la sixième, vous vous\ncoiffez du diadème de Morphée.\n    Si vous avez le courage de résister aux séductions du lit, vous\nvous accoudez au bord d'une table ; vous regardez votre voisin dans le\nblanc des yeux. Sa paupière clignote ; sa bouche ébauche des ovales\nennuyés. Il est titillé par le sommeil ; vous faites comme lui. Cependant\nla bouteille est vide. Garçon ! à la cave. Et vous buvez. Vous n'étiez\npas malin en vidant le premier verre ; l'abrutissement vous monte au\ncerveau à mesure que les bouteilles venues se vident en vous. On était\nbête ; on devient stupide. La raison pivote en vous et l'on voit osciller,\nsur une base instable, votre corps plein au ventre, vide à la tête. Il\narrive un moment ou le plancher exerce sur vous une fascination étrange\nque vous subissez dans une sorte d'extase. Le dessous de la table vous\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "                               —   215   —\n\n\nsemble une retraite moelleuse. C'est une hallucination de buveur,\nlourde, fiévreuse, rampante, débraillée, rauque, pendant laquelle le vin\nvous remonte à la bouche sans qu'aucune vision hatchitique vous trans­\nporte dans les extases voluptueuses du septième ciel. Gela dure jusqu'au\nmoment où vous roulez par terre, masse informe qui grimace et se tord\navec des ronflements avinés.\n    O le divin amusement et le beau carnaval que l'on passe dans cette\nrécréante position ! La douce joie de s'étendre sur un plancher raboteux\navec le poids de dix bouteilles sur la conscience !\n    Vous appelez cela le carnaval. C'est la saturnale immonde et gros­\n sière. Allons ! Peuplez-moi votre ivresse de femmes ; mettez-les nues\n jusqu'à la ceinture ; donnez-leur à boire jusqu'à ce que, saoûles et las­\n cives, elle dénouent elles-mêmes leurs chevelures. Aspirez les parfums\n de leurs chairs en sueur, et buvez, avec des baisers, la goutte de vin qui\n tremble au bord de leur lèvre. Que l'orgie soit complète et qu'elle se\n déchaîne, ardente et enflammée, autour de la statue reconstruite du\n Priape antique.\n     Qu'est-ce que vos bals ?\n     Dans une salle huileuse, enfumée, et dont les murailles disloquées\n sont rajeunies par des plâtrages ternes, l'on voit s'élancer des couples\n furibonds. On crie, on hurle, on jure, on se bouscule, on se bat. On a\n l'air de s'amuser quand, au fond, on s'ennuie horriblement. Tous les\n visages mentent, tous les yeux louchent. Cette gaieté est mensonge,\n cette folie est fausseté. On ne rit pas, on glapit ; le rire a des félures.\n Et cependant on se trémousse, on trépigne, on se tortille. Les danses\n sont échevelées ; les postures passent par toutes les contorsions du dé­\n hanchement ; les yeux lancent des flammes ; les chevelures se dénouent,\n la gaze glisse le long des épaules ; les gorges se découvrent ; les pâmoi­\n sons circulent au bras des femmes; l'air est embrasé du feu des haleines,\n  Et, sur toutes ces hypocrisies, sur tous ces rayonnements factices, un\n  orchestre sourd éparpille ses notes époumonées, beuglant, croassant,\n  glapissant, rugissant et tonnant avec un sang-froid olympien. L'heure\n  avance et le Champagne pétille plus abondant : c'est une lave qui allume\n les ivresses sur son passage. Le danseur étreint, dans un enlacement plus\n étroit, sa danseuse, et la danseuse, ivre et furieuse, redouble d'attitudes\n provocantes et de contorsions lascives. Tous ces couples semblent pi­\n  qués de la tarentule ; c'est un tourbillon qui marche dans le délire.\n     Les femmes sont d'horribles créatures, fardées de brique, enluminées\n  comme des fresques, vermoulues, ridées, édentées, — vieux sanctuaires\n  dont le temps a fait des ruines avant d'en faire de la poussière. — Leurs\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "                                     2l6\n\njoues sont crevassées et leurs lèvres usées à force d'embrassements. Sous\nle velours et la soie, elles cachent des maigreurs de squelette et des\nlividités de cadavre. Leurs gorges pendent flétries ; leurs épaules sont\nosseuses et effritées. Ces femmes n'ont plus de chairs et dans leurs yeux\nternes on voit l'épuisement de la vie.\n\n   Voilà vos maîtresses, voilà votre carnaval.\n   Vous ne connaissez plus l'intrigue. Vous vous affublez d'oripeaux ;\nvous ajustez à votre corps des guenilles frangées de crotte. Il vous faut\ndes mascarades sordides pêchées dans la fange et auxquelles la canaille bat\ndes mains. Vous aimez à évoquer, dans la trivialité ordurière de vos\naccoutrements, les horreurs des halles. Votre art consiste à choisir les\nloques les plus effilées et les lambeaux les plus déchiquetés. Vous vous\npavanez dans la graisse et dans l'huile. Vous croyez être grotesques,\nvous êtes grossiers. Et puis, où donc est la verve ? Où donc est l'esprit?\nOù donc est le caractère? Vous vous promenez, immuables, impassibles;\nle masque ne remue pas sur votre visage, et vous n'animez pas ses rides\net ses verrues aux folies des lazzis. Vous saluez par-ci par-là quelque tête\nconnue dans la foule ; vous regardez aux fenêtres; vous haussez la tête ; vous\nlorgnez les femmes. De cette façon vous croyez être goguenard et bouffon.\nSi vous desserrez les dents, c'est pour moduler quelque piaulement ou si­\nmuler les hurlements d'un fauve quelconque. Le soir, vous rentrez chez\nvous; vous vous débarbouillez le front, et vous vous frottez les mains.\n   Le Titi ne querelle plus. — Le Débardeur est glacial. — Pierrot a\ndévoré toute sa farine. — Arlequin a pris du ventre.\n\n                                              CAMILLE     LEMONNIER.\n\n\n\n\n                     JARDIN D'HIVER\n                 E soir, lorsque la lune épand ses frissons bleus\n                  Et que des peaux de tigre et des tapis moelleux\n                  Assourdissent les pas dans la chambre de verre,\n       Un grand jet d'eau sanglotte au milieu de la serre\n       Comme s'il se plaignait élégiaquement\n       De retomber toujours dans le bassin dormant,\n       Et de ne pas pouvoir, pour calmer sa rancune,\n       Porter son baiser froid aux lèvres de la lune.\n                                             Georges RODENBACH.\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                      LA PETITE VEUVE\n\n                                      SAYNÈTE.\n\n\n\n\n                               PERSONNAGES :\n   JEANNE A R V È R E , veuve, 25 ans. — MARCEL CHANTREUIL, 35 ans. — M A R I E T T E . —\nUn boudoir moderne, très élégant — étagères — poufs — tableaux — pendule de Saxe —\n terre-cuite de Clodion — à gauche la cheminée ; plus loin un piano — bureau élégant à\n droite — porte au fond.\n\n                             SCÈNE        PREMIÈRE.\n                     JEANNE ARVÈRE. —               MARIETTE.\n  (Jeanne assise devant un petit bureau, fouille                dans les tiroirs.\n                           Elle sonne).\n               MARIETTE        (elle entre par la porte du fond).\n   Madame a sonné?\n                                      JEANNE.\n  Mariette, je ne suis pas là, — pour personne.\n                                    MARIETTE\n   Pas même pour M. Chantreuil?\n                                JEANNE (vivement).\n  Surtout pour lui.\n                               MARIETTE       (à part).\n  Alors, je l'introduirai dans le salon bleu.\n\n                                    SCÈNE II.\n                  JEANNE (seule, assise devant le bureau).\n                                      JEANNE.\n    Allons! Marcel se marie!... C'est fini... deux mots seulement : (elle\nlit) « Restons bons amis, je viendrai vous faire mes adieux ce soir. » Ses\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "                                —    2l8     —\n\nadieux! et il croira que tout est fini, et qu'on se déchire ainsi l'un de\nl'autre. Folle que j'étais! Mais qu'y peut-on? jeune, veuve, rêveuse, on\nlaisse son âme s'ouvrir, et puis. . (tragiquement) C'est horrible ! Mais il\nn'en sait rien, il ne peut rien savoir., je ne lui ai rien dit !...\n    Et c'est comme cela que maintenant il écrit à une autre ce qu'il devrait\nn'écrire qu'à moi ! Ses lettres, elles sont là, toutes, dans leur enveloppe ..\n(elle se lève, quitte le bureau et s'assied devant lefoyer). Gomme c'était\nbon, le commencement de notre amour; en décembre, après un bal,\nj'étais à cette place même, devant ce foyer, lorsqu'il est entré pour me\nrapporter le gant que j'avais perdu. Il s'est assis là. très pâle, la voix\ntremblante ; on y entendait son cœur battre de l'aile comme un oiseau\nqui va s'envoler. Il me suppliait de le lui laisser, ce gant; oui, je me sou­\nviens, cela revit, cela palpite, cela pleure ; il me semble que ma vie s'est\narrêtée là et qu'il n'y a rien d'autre au monde que ce souvenir de douceur\net de mélancolie. Et le lendemain, il m'envoyait des vers, de la mu­\nsique... Oh! cette musique!\n   (Elle a ouvert le piano dont elle s'est approchée tout en parlant, et\nchante :)\n                       Le papillon inconsistant\n                        Saupoudré d'or et d'étincelles,\n                       Qu'on croit voir fondre à chaque instant,\n                        N'est que le rêve de deux ailes.\n                      L'amour qui sait subtiliser\n                      Les plus chastes, les farouches\n                      Dans l'enivrement du baiser,\n                      N'est que le rêve de deux bouches.\n\n                                SCÈNE III.\n                    JEANNE ARVÈRE. —             MARIETTE.\n                                 MARIETTE.\n   Madame, Monsieur Chantreuil demande à être reçu.\n                                    JEANNE.\n   Ah!\n                                 MARIETTE.\n   Je lui ai dit que Madame n'était pas là ; il m'a répondu d'aller voir si\nj'en étais certaine.\n                              JEANNE       (à part).\n   Le fat! (Elle s'approche de la cheminée). Que vient-il faire? Il est\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                               —   219      —\n\ndonc bien sûr de lui... Et cependant., (d'une voix sourde) il faut que je\nle reprenne.\n   Faites entrer M. Chantreuil.\n\n                              SCÈNE IV.\nMarcel Chantreuil entre, le visage très grave ; il salue    profondément.\n                  CHANTREUIL. — JEANNE ARVÈRE.\n\n                              CHANTREUIL\n  Madame...\n                          JEANNE (vivement).\n  Pourquoi m'appelles-tu madame ?\n                              CHANTREUIL.\n  Mais., je ne sais pas.. . je croyais...\n                           JEANNE (railleuse).\n  Quoi ?\n                              CHANTREUIL.\n  Vous n'avez pas reçu ma lettre ?\n                                JEANNE.\n  Si ! tu te maries, je lé sais... Que veux-tu que cela me fasse, Marcel ?\nCe n'est pas une raison pour être froid comme un jour d'hiver...\n                        CHANTREUIL (souriant).\n  De dégel alors ?...\n                                JEANNE.\n  A la bonne heure ! Restons bons camarades. Ta femme est-elle jolie ?\n                             CHANTREUIL.\n  Mais oui...\n                                 JEANNE.\n  Spirituelle ?\n                             CHANTREUIL.\n  Quand on vous a connue...\n                        JEANNE (l'interrompant).\n  Ah I des compliments. Au fait, c'est juste, on met des fleurs sur les\ntombes ! Et elle est riche ?\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "                                    220\n\n\n                              CHANTREUIL.\n  Oui.\n                                JEANNE.\n   C'est clair ! je n'aurais pas dû le demander. Vous êtes tous les mêmes.\nA vingt ans, vous lisez Mûrger; c'est le cœur et la chaumière; vous\nn'épouserez jamais que la femme aimée. Vous faites de grandes profes­\nsions de foi. Vous êtes les progressistes de l'amour, revendiquant le\nsuffrage universel des femmes. Toutes, les plus humbles, les plus pau­\nvres, sont admises à déposer leurs billets doux dans l'urne de vos cœurs!\nMais, à trente ans, vous devenez les doctrinaires amoureux; vous n'ad­\nmettez plus que les femmes censitaires, — celles qui pourront vous\npayer un très gros cens, — de quoi, un beau matin, vous faire nommer\nsénateurs !\n                              CHANTREUIL.\n\n   Qe voulez-vous, Jeanne ? Il est si dangereux d'être tout simplement\nintelligent ou spirituel !.. et puis, ce n'est pas sérieux ! Les bons mots ?\nOn n'a le droit de les promener qu'en équipage.\n                                 JEANNE.\n  Donc, tu veux te faire prendre comme une pilule... que ta femme\ndoit dorer !... C'est pour cela que tu te maries !\n                              CHANTREUIL.\n  Peut-être... et pour autre chose. D'abord, cette jeune fille m'aime. Je\nme suis laissé aller...\n                       JEANNE {sur le même ton).\n   ... à la sympathie...\n                              CHANTREUIL.\n  C'est une forme de l'amour.\n                                 JEANNE.\n  De l'amour-propre.\n                              CHANTREUIL.\n  Ne riez pas Jeanne, c'est ainsi. Nous sommes souvent très bons.\n                                 JEANNE.\n  Oh !\n                              CHANTREUIL.\n  Mais nous ferions tout pour qu'on ne s'en doutât pas. C'est si bien\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                                      221\n\nporté d'être sceptique. Et puis si facile. Cela donne un air mondain,\nartiste, comme un parfum de bohème élégante.\n\n                                 JEANNE.\n\n  C'est ça. Vous jouez aux petits-fils de Don Juan.\n\n                              CHANTREUIL.\n   Mais non, pas du tout. Nous voudrions plutôt tailler son manteau en\nrobe de chambre. C'est le rêve de notre jeunesse et c'est ce qui nous\nrend mélancoliques.\n                                 JEANNE.\n\n  La mélancolie, oui : le dandysme du cœur. Vous la portez comme un\npardessus mastic.\n                             CHANTREUIL.\n\n   Allons dons ! — Nous avons tous en nous un bourgeois qui dort. Il\nsommeille, devant un bon feu. Il a une jeune femme qui l'aime, qui\nl'admire...\n                                     JEANNE.\n  Oh ! ceci est la grande affaire.\n\n                              CHANTREUIL.\n  Qu'il aime aussi, lui, mais doucement, le cœur reposé, pour long­\ntemps, pour toujours !\n                                 JEANNE.\n  Folie !\n                              CHANTREUIL.\n    Eh non ! qu'est-ce que toujours sinon la minute où l'on croit à\nl'éternité des choses ? Toujours, c'est la perpétuité de l'amour dans\nl'enfant.\n                       JEANNE (douloureusement).\n    Oui.\n                              CHANTREUIL.\n Un petit enfant qui rit, qui jase comme un oiseau, qu'on aide à\nmarcher... et qui vous le rend plus tard !...\n                          JEANNE (brusquement).\n   Tais-toi ! tais-toi, Marcel, je t'en supplie !\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "                                  221\n\n                             CHANTREUIL.\n  Qu'as-tu ?\n                         JEANNE (froidement).\n  Rien. Mariez-vous Qu'est-ce que cela peut me faire ? Moi je suis\nheureuse, veuve, la petite veuve, on m'appelle ainsi dans votre monde.\nQue me manque-t-il ? Le veuvage, c'est le bâton de maréchal de la\nfemme !\n   Mais à propos, c'est... pour faire de la théorie que vous êtes venu 1\n                            CHANTREUIL.\n  Mais oui. Je suis stagiaire du mariage, — un stage que j'ai com­\nmencé chez vous... Et précisément je vous rapportais mes diplômes.\n                                JEANNE\n   Ah ! nos lettres, je comprends ! En rendre, c'est une façon polie de\nredemander les siennes. Quand on a fini son bail, on reprend ses meu­\nbles. Elles sont là, vos lettres, Monsieur Chantreuil, j'ai eu tort de les\ngarder.\n                             CHANTREUIL.\n  Pourquoi ?\n                                JEANNE.\n  Et vous avez eu tort de les écrire.\n                             CHANTREUIL.\n  Mais elles étaient sincères, Madame.\n                                JEANNE.\n  Oh ! oui ! Et vous avez cru en mourir !\n                             CHANTREUIL.\n  En vivre.\n                                 JEANNE.\n   C'est plus juste. Il n'y a en amour que des malades imaginaires. (Elle\nva vers le bureau). Les voilà vos lettres, mon cher, trente-deux. Ce\nn'est pas trop mal écrit, un certain style, de la passion, du feu... de\nBengale ! Ah ! çà ! mais pourquoi ne riez-vous pas ? c'est très drôle, ce\nque nous faisons ; vous ne répondez pas, et l'on dirait que vous êtes\nmal à l'aise...\n                             CHANTREUIL..\n   Mais, Madame, j'avoue que cet entretien..\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                                —   223    —\n\n\n                                 JEANNE.\n    Eh bien quoi ? Cet entretien ? Regrettez-vous que je sois de bonne\nhumeur; votre amour-propre souhaite-t-il que je pleure, que je vous\nappelle ingrat, perfide, comme dans Racine ? (Elle éparpille quelques\nlettres). Tiens ! voici la lettre que vous m'avez écrite il y a deux mois.\n(Elle lit) : « Jeanne-bien aimée, je ne pourrai te voir demain, ma\npauvre mère est indisposée et je dois aller au château. Je t'aime.\nMarcel. »\n    Traduction libre : « Madame, je n'irai pas vous voir demain ; ma\nmère se porte très bien, mais je dois aller faire la cour à ma fiancée. Je\nne vous aime plus guère. Bonsoir! Marcel. »\n                             CHANTREUIL.\n  Vous êtes dure, Jeanne.\n                          JEANNE (hautaine).\n   Vous ai-je permis de m'appeler Jeanne?\n                              CHANTREUIL.\n   Mais, ici même, tout à l'heure...\n                                JEANNE.\n  Soit ! Et vous me trouvez dure ?\n                              CHANTREUIL.\n  Pourquoi me rappeler ces lettres, et les relire, et les commenter.\nParce que les fleurs sont mortes, en ont-elles été moins parfumées ? On\nne relit pas les lettres d'amour... on se souvient de les avoir lues !\n(gaîment). Savez-vous bien, Madame, que vos plaisanteries sont pres­\nque des reproches ?\n                          JEANNE (avec pitié).\n   Oh ! pauvre ami !\n                        CHANTREUIL        (gaîment).\n   Cela veut dire : pauvre sot ! à moi de traduire !\n                       JEANNE       (paresseusement).\n   Mais non...\n                              CHANTREUIL\n      (Il se rapproche de Jeanne qui lui tourne à demi le dos).\n   Enfin, si je vous disais que je vous aime encore, moi ?\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "                                     224   —\n\n\n                                  JEANNE.\n   Une rechute alors ?\n                               CHANTREUIL.\n   Que je ne me marierai pas, si vous voulez...\n                            JEANNE (hautaine).\n   Vous seriez un fou, mon cher. Ou vous auriez voulu éprouver mon\naffection en lui donnant une fausse alerte et je vous dirais que c'est un\njeu qu'une femme ne peut comprendre, ou l'histoire de vos fiançailles\nest vraie... et que deviendraient ma confiance et ma foi? Vous ne\nsavez donc pas, vous autres, ce que nous avons en nous de colères,\nlorsque nous voyons vos amours qui volent devant les nôtres qui\ndemeurent ! Vous croyez avoir droit à un orgueil immense, sous pré­\ntexte que vous avez de l'esprit qui vous rend sots et de la force qui vous\nrend lâches ?\n                       CHANTREUIL (plaisantant ).\n   Pas toujours !\n                         JEANNE (brusquement).\n  Tiens, laisse-moi ! Va-t-en avec tes phrases et tes lettres !\n  (Chantreuil s'avance vers le secrétaire ; elle le regarde faire,    puis\n           soudain bondit, et, lui arrachant les lettres :)\n   Non! tu ne les auras pas, tes lettres! Je ne veux plus! Elles ne sont\npas à toi. C'est ton papier, c'est ton écriture, c'est ton encre, c'est ton\nstyle, c'est ton âme, soit ! Mais il y a, à moi, là-dessus, les larmes qui\nles ont mouillées et déteintes, la trace de mes doigts qui les ont froissées,\nl'odeur de mes cheveux qui ont dormi sur elles. Regarde ! elles sont là,\ntoutes ! je ne te les donne pas : Prends-les, si tu oses ! ou plutôt vole-\nles, vole-les, et va-t'en !...\n\n                              CHANTREUIL.\n\n  Vous me chassez, Madame?\n                         JEANNE [sourdement).\n  Non... je vous dis de partir.\n                      CHANTREUIL (avec passion).\n  Parce que vous savez que je reviendrai.\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                                —   225    —\n\n\n\n                                 JEANNE.\n   Non, adieu !\n                              CHANTREUIL.\n   Au revoir !\n                               SCÈNE V.\n                             JEANNE (seule).\n                                 JEANNE.\n    Parti! (d'une voix saccadée). Bah! Qu'est-ce que cela me fait! Je ne\nl'aimais plus, non, je ne l'aimais plus! Tant pis! C'est fini. J'en avais\nassez; se cacher comme un coupable... — Je m'en irai! je voyagerai,\n(elle ouvre le piano brusquement et, dune voix nerveuse chante:)\n\n                     Le papillon inconsistant\n                     Saupoudré d'or et d'étincelles\n                     Qu'on croit voir fondre à chaque instant\n                     N'est que le rêve de deux ailes...\n\n(rêveuse) J'ai eu tort de me fâcher, on ne doit pas se quitter ainsi\nlorsqu'on s'est tant aimés... il ne reviendra plus... tout est brisé... la\nmesse du cœur est dite... et l'autre, il n'y tient même pas... (jouant ma-\nchinalement le thême de la romance, dun doigt, très lentement.) Il me\nsemble que je l'aurais compris, moi, et cette vie intime qu'il rêve, je la\nrêve et je la vois... les soirs d'hiver un salon tranquille... nous causons\ndoucement... nous jouons du Chopin en sourdine .. pour ne pas éveiller\nl'enfant qui dort dans un, fauteuil... (un silence, puis très tristement) ;\n\n                     L'amour qui sait subtiliser\n                     Les plus chastes, les plus farouches\n                     Dans l'enivrement du baiser,\n                     N'est que le rêve de deux bouches.\n\n         (Chantreuil entre sans bruit pendant quelle    chante).\n\n                              SCÈNE VI.\n                          JEANNE, CHANTREUIL\n\n                             CHANTREUIL.\n  Oh cette romance... comme elle pleure! comme elle ressuscite le\npassé!... Jeanne !\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "                                    226 —\n\n              JEANNE (les yeux fixes, comme hallucinée).\n   Ah! c'est toi, Marcel, je sentais que tu revenais, que tu étais là !...\n(vivement) mais, au fait pourquoi reviens-tu ?\n                              CHANTREUIL.\n   Le sais-je? Demande-moi pourquoi je suis parti. Je m'en suis allé\nmachinalement; j'ai marché, j'ai couru, j'ai crié dans le noir, dans la\nnuit ; et soudain je me suis retrouvé devant ta porte, parce que cela\ndevait être, parce que tous les chemins me ramènent à toi, parce qu'il\nne se peut pas que nous nous quittions ainsi ! nous nous sommes tant-\naimés! parce que je t'aime encore!., toujours! j'étais mauvais... j'étais\nbête, j'étais fou d'en désirer une autre... mais je la hais, celle-là... je ne\nla veux pas, je ne l'ai jamais voulue !..\n                                 JEANNE.\n  Comment veux-tu que je te croie encore ?\n                              CHANTREUIL.\n   Si! tu me crois ! c'est tantôt que tu ne me croyais pas, quand je par­\nlais d'adieux! Est-ce qu'on délie les âmes? Jeanne, tu es ma seule.. ton\nrêve c'est mon rêve, ta vie sera ma vie... une vie intime. .\n                        JEANNE {comme extasiée).\n    Oui! ce sera doux, doux!., un salon tranquille... on jouera du Cho­\npin, en sourdine, pour ne pas éveiller l'enfant, notre enfant. . car je ne\nt'ai pas dit, il viendra... je n'avais pas voulu te le dire !\n                                                  BLONDS-BELGIQUE\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                     SOIRS DE CIRQUE\n\n                                      (suite).\n\n                                          III\n                                 VIOLON SOLO\n                                SE disloquant en maillot rose,\n                                 Un nègre étreint un violon;\n                                 Il fait crier sous son talon\n                                 La chanterelle aigre et morose.\n                   Jambes en l'air, le virtuose\n                   Se tient raide comme un jalon.\n                   Se disloquant en maillot rose\n                   Un nègre étreint un violon.\n                   La sérénade se transpose\n                   Sous l'archet blanc du négrillon. —\n                   — Dans des clartés d'apothéose\n                   Le musicien semble un grillon\n                   Se disloquant en maillot rose.\n                                          IV\n                                HAUTE ÉCOLE.\n                               MINCE et svelte en son amazone,\n                                Une écuyère entre à cheval,\n                                Sur un galop de carnaval\n                                Qu'un sifflet criard assaisonne.\n                   Sous la jupe qui l'emprisonne\n                   L'éperon pointe son métal.\n                   L'étalon noir heurte, brutal,\n                   Le bourrelet blanc qui résonne.\n                   Exaspéré par son licol\n                   Il scande le pas espagnol\n                   Berçant son allure cabrée,\n(Voir l'Almanach de la Jeune Belgique.)\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "                                — 228       -\n\n                   Puis d'un élan, comme l'éclair\n                   Sort, franchissant le mur d'entrée,\n                   L'amazone, cravache en l'air !\n                                                         P A U L LAMBER.\n\n\n\n\n   NOUVELLES DE LA GRAND'ROUTE\n\n                                     II\n                              L'AUTOMNE\n            VEC les dernières feuilles jaunes s'en vont les bruyants refrains\n             de l'été. Les portes vert-sombre du cimetière du village s'ou­\n             vrent en criant pour laisser passer les convois de phtisiques.\nUn souffle froid balaiela route, faisant s'entrechoquer les branches nues,\navec un bruit sec d'ossements froissés. Dans les champs désolés, quelque\npaysan travaille, ployé, en chantant, d'une voix mélancolique comme la\nplainte du vent, une ritournelle monotone. Le brouillard, humide et pé­\nnétrant tombe en fine rosée, ruisselant sur l'écorce brune des troncs, et\ndégouttant des branches. Les étangs et les mares se rident et se moirent\nde cercles, au milieu desquels canotent de rares insectes aquatiques. Le\nruisseau, tari par les feux de juillet, ne roucoule plus son ariette; et son\nlit rocailleux où les feuilles sèches se sont amoncelées, a pour hôtes\nsilencieux l'orvet et la couleuvre.\n   Et là-bas, au milieu même du chemin, le casseur de pierres élève et\nabaisse automatiquement sa masse de fer au long manche, qui tombe sur\nles cailloux en résonnant d'un son mat, semblable à celui que produirait\nun corps lourd en s'enfonçant dans la terre détrempée.\n   C'est l'automne, époque mièvre de l'année...\n                                      ***\n   « Du haut en bas ! » crient au loin les hirondelles d'hiver, noires de\nsuie, portant sur leurs échines maigres, le hérisson et la raclette,\nentourés d'anneaux de corde. Et les messagers de Noël passent, traînant\nla jambe, galériens que la misère, rivant à leur pied le boulet, force\nà cheminer dans l'ornière.\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                                    229\n\n    Et le voyageur grelottant pense, en courant pour s'échauffer, à ces\npoètes gothiques qui, pour un lai, recevaient l'hospitalité.\n    Pourtant, sur le parcours, des gens passent, qui rient ; ces gens-là ne\nsouffrent donc point de l'automne? Non. L'automne est une saison\nnouvelle qui vient varier leurs plaisirs. Ce matin, avec le jour, ils se sont\nlevés, bourgeois alertes quoique pansus ; et, vêtus chaudement, après\nun large déjeuner, ils ont gagné le bois. Ils aiment ce paysage embrumé;\ncela leur rappelle les chefs-d'œuvre de l'école poitrinaire, ils pensent\nà Léon Gozlan et à Octave Feuillet ; et ils jouissent de leur rêverie, ne\nsachant même pas que les écrivains maladifs se tuent ou se sont tués\npour les distraire.\n    A l'horizon il y a des cheminées qui fument. Vite, rentrez, c'est\nl'heure du repas.\n    Laissez, ne regardez même pas le voyageur que la faim appelle\naux soupiraux de l'officine ; car peut-être verriez-vous, de cette poche où\n s'agite une main osseuse, sortir le manche d'un couteau...\n                                     **\n   L'automne est dur aux pauvres gens : la brume, le froid, la pluie,\nla faim...\n\n   C'est alors qu'il faut gagner la grand'route, vêtu du costume de l'été,\navec le chapeau de paille et les souliers de toile. C'est alors qu'il faut\nmarcher, transi, les mains dans les poches vides, les coudes collés aux\nhanches saillantes; glacé au souffle de l'air qui, perçant la mince\nétoffe du vêtement, court sur la peau comme un frisson, en vous don­\nnant la chair de poule. C'est alors qu'il faut sursauter et tressaillir,\ncomme un homme qui va commettre une mauvaise action, au coup de\nfusil du chasseur égaré ; qu'il faut se coller aux vitres des laboureurs\net des bourgeois derrière lesquelles brillent les flammes de l'âtre, et se\ndire : « Il fait bon, là-dedans ! »\n                                                      MARIus     RÉTY.\n\n\n\n\n                                                                 17\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "                      SONNETS\n                                                    A Arthur   James.\n              A lande grise étend sa masse sépulcrale ;\n              Et, triste à la clarté douce du jour tombant,\n              Un christ tord vers le ciel son ventre se bombant\n              Dans l'exaltation frénétique du râle.\n    Il passe dans le vent des terreurs inconnues ;\n    Et, masquant le soleil qui baisse ses yeux d'or,\n    Des corbeaux effarés ouvrent leur large essor\n    Dans un croassement sinistre vers les nues.\n    Ses bras exténués s'affaissent sur la croix;\n    Le grand ciel maladif, où des nuages froids\n    Rêvent, versant leur deuil sur les choses muettes,\n    N'a plus qu'un soupir vague exhalé dans la nuit ;\n    Et les flaques d'eau morte en leurs torpeurs secrètes\n    Profilent ce vieux christ qui se pâme d'ennui.\n\n                SOIR (LA VIE : Sérénité).\n                                              A Georges Rodenbach.\n    Une barre de feu tout au bord des cieux blancs\n    Frémit : — la mer sonore a calmé sa colère ;\n    Seul, rayant la clarté de son vol circulaire,\n    Passe un roucoulement plaintif de goélands ;\n    Les flots demeurent sourds aux sanglots du soleil\n    Dont l'orbe d'or s'éteint dans la sanglante écume,\n    Les flots exténués murmurent dans la brume\n    Vers les oiseaux de neige au plumage vermeil ;\n    Les lointains effleurés par des visions blanches\n    Ont la douceur d'enfants assoupis dans leurs langes;\n    Et la sérénité luit dans le firmament.\n    Et, tandis que le chant des étoiles s'élance,\n    J'entends Dieu chuchoter mystérieusement\n    Un doux aveu d'amour à l'âme du silence.\n1884.\n                                        GEORGES KHNOPFF.\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "                   CATULLE MENDÈS\n\n\n                            LE PARNASSE\n\n            E me souviens d'avoir un jour entendu, dans un de ces petits\n             cercles littéraires qui pullulent à Paris, la très humouristique\n             conférence d'un jeune poète qui s'attachait à démontrer quelles\ninéluctables affinités existent entre le nom d'une personne et sa destinée.\nOn ne s'appelle pas indifféremment Théodore ou Auguste ; des prénoms\ntels qu'Isidore ou Arthur, s'ils ne sont pas corrigés par le nom patrony­\nmique, entraînent fatalement une certaine déchéance. Et les exceptions\nne font que confirmer la règle.\n   Quelque paradoxale que soit cette abracadabrante doctrine, il se pro­\nduit incontestablement de piquantes coïncidences et Catulle Mendès en\nfournira une des plus heureuses preuves. Si l'on veut bien oublier le\nsens latin de son prénom, on trouve dans la finale de Catulle, je ne sais\nquoi d'aérien et de léger, de même que Mendès est tout vibrant d'élégance\namoureuse. Ici le nom c'est bien l'homme. Ce poète délicat et féminin ne\npouvait s'appeler Lacordaire. Tout le monde sait, du reste, que ce nom\nde Catulle Mendès n'est pas absolument d'accord avec l'inscription au\nregistre de l'état-civil. Mais en ceci encore, en modifiant son nom pour\nl'adoucir, l'auteur d'Hesperus trahit l'idéal qui le domine et auquel il\nobéit tout entier : celui de séduire, de caresser, de baigner son public\ndans des flots de tendresse, de l'envelopper d'une atmosphère toute de\nparfums. Ceux qui ont eu le plaisir de l'approcher lui connaissent des\nvirilités, une aisance, un abandon qu'il se gardera bien de montrer à la\nfoule. S'il est gracieux, c'est moins par naturel que par attitude, sa grâce\nn'étant pas de celles qui s'ignorent. Quand il parle publiquement, sa\nvoix cherche des harmonies — et les trouve. Quand il écrit, il surveille\nméticuleusement la toilette de ses phrases et rejettera toute parure dont\nl'éclat ne concourrait pas au but qu'il poursuit : — plaire. Son œuvre est\nainsi comme un bouquet de fleurs pâles, aux parfums troublants, et dont\nles tons, choisis parmi les plus tendres, forment une harmonie parfaite\noù rien n'éclate, où rien ne blesse, où rien non plus n'étonne. Car,\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "                                    232   —\n\n Mendès, laissant d'autres créer l'intérêt par l'émotion, l'imprévu, la\n hardiesse, l'étrangeté ou la crudité obtient, lui, son succès par le charme.\n     Son originalité consiste donc, quant à la forme, dans l'art avec lequel\n il sait revêtir une idée et la rendre séduisante. Quant au fond, il a établi\n une sorte de psychologie de l'amour, incomplète sans doute, mais si ca­\n ractéristique qu'elle vaut qu'on s'y arrête. Elle nous entraîne bien loin de\nla théorie scientifique de l'amour si bien définie par Schopenhauer.\n D'après Mendès, ces appels physiques qui, sans raison apparente, sans\n causes tangibles jettent une amante affinée, délicate, rêveuse dans les\n bras d'un valet grossier, ignorant des fascinations savantes et des subtils\ndétours, ne comptent pas. Le « coup de foudre » qui établit sans apprêt\nune correspondance sympathique entre deux êtres ne semble mériter à\nson sens aucun crédit. Pas davantage, la nature humaine n'obéit, dans\nles choses de l'amour, à de mystérieuses lois qui n'ont d'autre but, en\nprovoquant les unions sexuelles, que la reproduction de l'espèce. Mendès\nest trop raffiné, trop civilisé pour s'attarder à ces vérités biologiques si\névidentes qu'elles soient. Mais il s'en écarte sans commettre d'hérésie, car\nla théorie des savants qui réduit tout aux intentions matérielles est aussi\nincomplète que la sienne. Il faut les réunir pour obtenir une donnée\nexacte. Ne reste-t-il pas, en effet, à déterminer ce que les provocations\nnaturelles, qu'explique si logiquement Schopenhauer, peuvent conserver\nd'influence sur certains tempéraments si désorganisés, si raffinés, si en\ndehors de toute animalité qu'ils vivent d'on ne sait quelle vie artificielle?\nLa grande dame qui s'oublie chez son palefrenier demeure, elle, dans la\nnature. Malgré l'empire des convenances et les pudeurs nées d'une édu­\ncation sévère, elle subit l'irrésistible force qui veut sa chute. Mais il est\nd'autres femmes, de sang moins riche, d'imagination plus délicate, de\nsens plus raffinés qui résistent aux volontés physiologiques. L'aimant\nn'agissant plus sur leur organisme délabré, l'artifice devient nécessaire.\nA celles-là donc, fruits d'une civilisation avancée, les évocations paradi­\nsiaques, les patientes carresses, les fascinations lentes, l'encens, les par­\nfums, tous les piments, tous les aiguillons sans lesquels leur chair appau­\nvrie ignorerait les délices dont les robustes jouissent naturellement.\nCatulle Mendès — et qui mieux qu'un poète pouvait remplir cette mis­\nsion — s'est fait le mentor et l'éducateur de tous ceux qui veulent initier\nces âmes rebelles et les introduire dans un paradis qui aurait pu leur\ndemeurer fermé. Voyez les conseils qu'il donne aux amants dans ses fines\ncauseries de Gil-Blas. Ne rien laisser au naturel, à la passion, à la bru­\ntale nature, tel est le résumé de sa méthode. Pour aboutir à vos fins,\ndira-t-il, soyez retors et composé, — avec grâce. Faites-vous une huma-\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "                                  —   233   —\n\n  nité supérieure, trompez en souriant, mentez avec feu, calculez vos moin­\n  dres séductions. Si l'âge, ou l'abus, vous a rendu sceptique, si vous êtes\n  désillusionné sur la réelle valeur des jouissances et que vous vouliez\n néanmoins boire la rosée amoureuse de quelque âme virginale, mettez-vous\n à son diapason. Soyez ingénu, empruntez tous les charmes naïfs des\n cœurs printaniers car sans « le divin mensonge » il n'est point de con­\n quête durable. — Ainsi faisait don Juan, ainsi parlent maints livres\n clandestins très en vogue à la fin du siècle dernier et dont Catulle\n Mendès semble parfois s'inspirer. — Jusqu'ici, cependant, rien d'abso­\n lument original, si ce n'est cette forme pure, tendre, capiteuse qui lui\n appartient en propre. Où il se distingue et se modernise, c'est lorsqu'il\n s'attache à retenir la minute si courte du plaisir. Car il s'agit de jouer la\n nature qui, poursuivant ses fins égoïstes, retire par un artifice admirable\n tout charme à la jouissance dès que son but utilitaire est atteint. Chaque\n assouvissement, s'il produit physiquement une certaine détente, entraîne\n immédiatement à sa suite le vide et la désillusion. L'objet aimé, naguère\n entrevu à travers un prisme, perd soudain ses plus vifs attraits et\n l'âme est désolée de trouver des limites à l'Infini. C'est alors que Mendès\n vous arme de savantes astuces pour lutter contre le désenchantement. Il\n dira à l'amant quelles attitudes il doit prendre pour retenir l'illusion et\n ne rien perdre de ses avantages.\n    Il mettra l'amante en garde contre une foule de petites négligences\n en apparence futiles mais qui en réalité suffiraient à rompre l'harmonie\nsi elle n'y veillait. C'est une agrafe, une jarretière, un ruban, une pré­\noccupation matérielle capables de dissiper soudainement le charme. Et\nil semble réaliser ainsi de telles conquêtes sur la nature qu'on se demande\n— presque sérieusement — si, cette science s'étendant, l'homme n'arri­\nverait pas à prolonger à son gré des félicités jusqu'alors fugitives.\n    J'ignore d'ailleurs si ces conseils sont d'une application pratique. Mais\ntout cela est charmant de finesse et très certainement fort peu immoral.\nFleur perverse de décadence disent les uns, sensualité fardée gémissent\nles autres. Nous pensons, nous, que cette littérature exquise, toute\nparfumée de distinction, épure le goût et qu'en cherchant à purifier\nl'amour des humaines souillures, son rôle est de ceux qu'on peut estimer.\n    Au surplus, ce n'est là qu'une note de son talent, la note dominante\npeut-être. Je ne crois pas que le temps soit venu de faire de Mendès une\nétude définitive. Il ne me paraît pas encore avoir atteint ce point culmi­\nnant de maturité où l'écrivain se répète. Chaque page qu'il ajoute à son\nœuvre trahit de nouvelles et jeunes efflorescences. Et du reste, s'il y a\nmatière pour rédiger une étude sur le dramaturge et le romancier tou-\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "                                -    234    -\n\njours imbus des traditions romantiques, que dire de ces idylles adorables\nqui rangent Mendès tout à côté du radieux et poétique écrivain qui vient\nd'écrire ou plutôt de mélodier Riquet à la houpe? N'est-il pas plus sage\nd'épargner à ces imaginations exquises le contrôle indiscret de la pe­\nsante critique et se taire religieusement pour mieux admirer?\n\n                                      II\n\n   Etant donné un esprit à ce point assoiffé de pures et délicates jouissances,\nil ne faut pas s'étonner si, en ses jeunes années, il a tenté d'établir une\ndoctrine littéraire, dite des parnassiens, et professant le désintéressement\ndes luttes sociales et l'impassibilitédevant les douleurs humaines. Catulle\nMendès est venu nous dire en Belgique l'histoire anecdotique de ce petit\ncénacle, mais en devenant historien il est demeuré poète — et poète fan­\ntaisiste. Il s'est bien gardé de nous dire les exagérations, les partis pris,\nles erreurs qui valurent aux parnassiens le sourire indulgent des éclec­\ntiques et le sot dédain des médiocres, confondant l'exagération des jeunes\ndisciples avec leur talent pourtant hors pair. Est-il d'ailleurs un rêve\nplus humain que celui d'une sorte de paradis terrestre où, toute lutte\ncessant, l'homme ne connaîtrait d'autres récréations que les paisibles\njouissances d'un art sans drame, où l'œil s'ouvrirait sur de tran­\nquilles spectacles, où l'oreille s'enivrerait de la rime d'or des poètes\nchantant uniquement la Beauté et l'Amour ? Qui ne voudrait dire avec\n Banville :\n\n                 Faisons des vers, et non des livres !\n                 Et de rosée et de fleurs ivres\n                 Couchons-nous dans le vert gazon.\n\n    Hélas ! nos temps n'y sont guère propices. La lutte pour l'existence,\nles rigueurs de nos climats, le choc des intérêts contraires ne permettent\npas à l'homme les douceurs du lit de mousse où il voudrait suivre son\nrêve dans une douce paresse animale. Il s'y ennuierait d'ailleurs et\nredemanderait bientôt au mouvement sa variété et son imprévu. Une\n sourde inquiétude mine les esprits. Une soif de savoir, de pénétrer l'in­\n connu nous altère, et c'est ainsi que se justifie l'assemblage dans le\n concert humain des lamentations du souffrant, des chants du poète et de\n la parole lumineuse du savant. Chacun obéit à sa sensibilité particulière\n et toutes les sensibilités sont légitimes dès qu'elles se traduisent avec\n art. Le Parnasse ne voulut voir que son idéal propre. Dans les ardeurs\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                               —   235   —\n\n\ndu début il demeura fermé aux idéals qui se différenciaient du sien ;\ncela peut être par ignorance, à coup sûr par exubérance de foi. Au­\njourd'hui qu'on s'efforce de tout comprendre dans la seule fin de mul­\ntiplier ses jouissances, les théories exclusives sont discréditées. Catulle\nMendès l'a si bien compris qu'il a réduit l'intransigeante doctrine du\nParnasse à cette simple formule : que l'inspiration ne suffit pas, que la\nforme lui est nécessaire. Ce qui revient à dire que le diamant à l'état\nbrut n'a qu'une valeur relative. Encore est-ce une valeur. Musset demeure\nainsi, en dépit du Parnasse, d'un prix considérable. Il se peut que les\nsentiments se modifiant avec les conditions sociales, il perde un jour une\npartie de ses attraits, Mais sa muse, pour avoir des négligences d'al­\nlures, n'en restera pas moins l'une des muses les plus pénétrantes, car\nrarement l'âme humaine vibra avec autant d'intensité. Pour que Musset\nfût parfait, il lui manquait donc le souci de la forme. Personne certai­\nnement n'applaudira ses incorrections. Et voilà comment nous sommes\ntous d'accord avec la doctrine du Parnasse. Une tendance nous pousse\naujourd'hui à mettre le talent pondéré, attentif, parfait au-dessus du\ngénie, qui pousse à l'aventure, jaillit comme d'une source, et, peut-être,\nne s'élève si haut que grâce à son dédain de la minutie. Cela est dans\nnotre sang, dans notre goût : c'est la mode. Nous voulons une littéra­\nture râtissée, ordonnée comme un jardin anglais. Le Nôtre triomphe et\nnon sans raison. Car ce n'est pas que la forêt sauvage, embroussaillée,\nrépugne à nos élégances ; que, seuls, les ifs coquettement taillés nous\nséduisent, que le buisson débraillé nous offusque. Non! Nos salutaires\nrépugnances ont d'autres causes et il est assez curieux de constater\nqu'aucun parnassien ne les ait signalées, pas même M. Mendès. C'est à\ncroire que le Parnasse a agi en parfaite inconscience.\n   Il n'était pas possible, en effet, qu'en notre siècle, un groupe ne se\nlevât pas pourhonorer la formed'un culte exclusif. On a voulu expliquer\nle rôle du Parnasse comme une sorte de réaction contre les pasticheurs\nde Musset et de Lamartine qui, ayant mis à la mode les attitudes penchées,\net quelles attitudes ! dégénérèrent en pleurnichards et se prétendirent les\ninterprètes émus des plus purs sentiments, hormis, bien entendu,\ncelui de la pureté littéraire. C'est une raison, non la seule. Des néces­\nsités plus impérieuses exigeaient que pour un temps toutes les préoccu­\npations se rejetassent sur la forme. Que pouvait la belle et pure langue\ndes classiques pour exprimer les nuances et les subtilités dans le monde\ndesquelles il nous était réservé de pénétrer? Le dix-huitième siècle ne fit\nque jeter, dans son esprit général, les grandes lignes du tableau humain\nauquel nous travaillons toujours. Il dressa le plan, régla la composition\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "                                 — 236 —\n\net indiqua les perspectives avec un rigoureuse justesse. Il nous était dévolu,\nà nous, d'y mettre les reflets et les ombres. Mais comment arriver à\nexprimer le vague et l'insaisissable sinon par un travail préparatoire ?\nA chaque époque une forme correspond qui en est l'image. La nôtre fine,\nnerveuse, sensitive, réclamait une notation particulière. Se figure-t-on\nle gâchis littéraire qu'eussent créé d'inhabiles écrivains voulant rendre\nce que le milieu, l'atmosphère ambiante leur inspiraient. Ne leur\nfallait-il pas acquérir la dextérité nécessaire, se familiariser avec l'inconnu,\ndompter la phrase, pénétrer les choses et chercher jusqu'au fond de leur\nâme le secret de leur nom ? Sans la vigoureuse impulsion du Parnasse\nnous en serions peut-être encore à balbutier. Aussi lui devons-nous ce\nrespect de la beauté littéraire qui caractérise notre génération. Quand\nmême, et ce n'est pas le cas, son œuvre ne serait que simple exercice\nde virtuose, les lettres lui devraient encore de la reconnaissance pour le\nzèle attentif, le soin jaloux qu'il apporta — après Victor Hugo d'ailleurs\n— à assouplir la langue, à lui donner la vibration, le coloris, le parfum\nsans lesquels tout un monde de sensation demeurait inexprimé. C'est\ntout cela que Mendès eût dû nous dire. Il a préféré nous conter l'histoire\nanecdotique du Parnasse. C'était moins instructif, mais infiniment\nplus attrayant.\n     D'autant plus attrayant que les jeunes littérateurs présents à la confé­\n rence n'ont pas manqué d'établir des rapprochements entre l'accueil que\n reçut le Parnasse à ses débuts et l'accueil que l'on fait actuellement à la\n jeunesse littéraire qui lutte en Belgique pour conquérir sa place au\n soleil. L'embryon fut le même. Mendès fonda la Revue fantaisiste où\n vinrent se grouper tous les jeunes poètes sans renommée et sans crédit.\n A leurs essais valeureux, nul écho ne répondit d'abord. La presse demeu­\n ra indifférente, puis se montra franchement hostile. Le Parnasse, mé­\n  prisé des uns, méconnu des autres, eut ses Hymans tout comme les\n Jeune-Belgique. Mais de ces jugements-là il n'avait cure et se sentait\n  suffisamment encouragé par l'approbation peu tapageuse de quelques\n  esprits d'élite. Le succès vint lentement. Mais quels jours de misères il\n  fallut traverser ! Aujourd'hui que leur amer souvenir est adouci par une\n  réussite brillante, Mendès semble se féliciter de les avoir connus. Enten­\n  dons-nous. La misère ne nuit pas au talent, certes. Elle crée une solitude\n  où l'esprit se recueille ; l'âme comprimée se sensibilise, l'œil devient\n  plus lucide. Mais si on compte les survivants, qui dira le nombre des\n  morts ! Si la rivière livrait ses secrets, peut-être saurait-on combien de\n génies étranglés par la souffrance n'ont pu arriver à la lumière. Il y a des\n générations qui sont plus favorisées les unes que les autres, certains\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                               — 237 —\n\nmoments sont plus propices, des occasions favorables d'association se\nproduisent qui ne se rencontrent pas tous les jours. D'ailleurs des talents\nne manquant ni de profondeur ni de sensibilité n'ont pas eu besoin\npour se mûrir de connaître ce temps d'épreuves. Ce qui demeure vrai\nc'est que, toute question matérielle écartée, il n'est pas mauvais que les\ndébuts soient pénibles. Les réussites trop faciles amènent le relâchement ;\nla curiosité s'émousse; l'amour-propre, satisfait, se suffit d'un idéal\nmoins élevé et ce n'est que tardivement qu'on s'aperçoit, à moins d'être\nun sot, de quels misérables et mesquins succès on s'est contenté.\n   Que l'exemple du Parnasse excite donc les ardeurs des Jeune-\nBelgique et grandisse leur dédain. S'il faut dix ans de travail, d'études,\nd'obscurité, qu'importe! Leur idéal plane haut dans le ciel de l'art. Les\nassisses sont solides, le noyau riche et varié, les plumes acérées, et\ndevant l'avenir qui s'ouvre tout large ils disent : Ne crains !\n                                                          F . NAUTET.\n\n\n\n\n                          ELEVATION\n\n                       PAR delà les hauteurs dont la féerique gloire\n                        Exalte la splendeur des rêves abolis,\n                        Par delà des jardins aux cascades de moire\n             Où les Vierges du Ciel baignent leurs pieds polis,\n\n             0 chère ! pour dresser ton autel de victoire\n             J'ai taillé des degrés d'azur, jonchés de lis,\n             Et mis un tel soleil à la voûte d'ivoire\n             Qu'il efface l'éclat des astres appâlis :\n             Tes yeux brillent d'amour, ô ma mystique reine !\n             Ton corps, en étalant sa majesté sereine\n             Resplendit de lumière en ce divin décor !\n\n              Et pour glorifier sa grâce parfumée,\n              Mes désirs épurés s'élèvent en fumée,\n              — Comme un pieux encens vers un ostensoir d'or!\n                                                AUGUSTE VlERSET.\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "             CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\nNi chair ni poisson, par Camille Lemonnier. Un vol. Bruxelles. Brancart.3.5o.\n  — La peinture flamande, par A.-J. Wauters. Un vol. Paris. Quantin. 4.00.\n  — Ma jeunesse, par .J. Michelet. Un vol. Paris. Hachette. 3. 50. - Lettres\n  de Flaubert à Georges Sand. Un vol. Paris. Charpentier. 3.50.\n\n                                         I\n   Choses d'antan, écrites pendant les années de formation, inspirées à travers\nles lectures et les succès d'alors, teintées d'humour et de satire, apparentées à\nDroz et Dickens — mais après tout, choses charmantes, bibelots taillés avec\nsoin, nouvelles écrites de bonne encre, sujets coupés dans la bonne étoffe,\nétoffe pompadour ou directoire, contes fleuris formant ci et là phrases en\nrinceaux et métaphores en bouquets.\n    Le recueil est dédié à Georges Eekhoud, ami de Lemonnier et auteur de\nKees Doorik, beau livre construit abruptement à chaux et à sable, en plein site,\nen plein polder flamands. L'épître dédicatoire témoigne de la solide amitié qui\nlie les deux auteurs, si bien faits pour se comprendre et s'aimer, dégagés au­\njourd'hui de toute influence et marchant de pied ferme, chacun dans son\nchemin.\n   La nouvelle qui ouvre le volume et donne son titre au livre me paraît la\nmieux conçue et la plus personnelle.\n   Elle est toute vive, elle marche preste, dans une langue légère, nette, alerte,\nelle trottine et arrive h bon but sans fatigue et toute fringante encore. Au\ncours du conte sont peints des personnages poudrés, en habit de soie, en\nculotte, en souliers à boucles, charmants bonshommes d'ancien régime, avec\nleurs manies, leurs travers, leurs tics, leurs malices, leurs intrigues, leurs sou­\nrires et leurs jalousies. Tout un petit monde de cour, esquissé à brosse joyeuse,\nd'esprit, de verve, sans dégringoler dans la charge ni l'opérette.\n    Le sujet ? Une naissance d'enfant royal, attendu impatiemment, décidant\nd'une succession au trône d'après son sexe. Enfin la duchesse accouche — et\ntandis que tout le monde, princes, comtes, marquis, médecins, diplomates,\nvalets, laquais, peuple sont haletants — le tant désiré mioche arrive à l'état\nneutre, « ni chair ni poisson. »\n   Le costume d'Adam, autre nouvelle légèrement ... déculottée, est charmante\nd'entrain. Elle nous convainc que, novice encore, Lemonnier avait le talent de\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                                   — 239 —\n\ntrousser le conte, quasi en maître. Impossible de narrer mieux, de façon plus\nconcise, plus mouvementée, plus diable au corps. Cela plaît si infiniment bien\nque Droz y semble avoir mis ci et là son maquillage.\n   La tache noire, Les maris deMlleNoumouchet Chapoteau assassin, le Colis 2775.\nachèvent de donner bonne tenue au volume qui trouve sa place à côté de ceux\ndes conteurs amusants et fins.\n\n\n                                         II\n\n    M, A. J. Wauters estun critique consciencieux, honnête, mais timide. Il a\nvu tous les tableaux, dit il, dont il parle, il a fait des tours et des détours en\nEurope ; il connaît sa Pinacothèque et son Louvre, salle par salle, galerie par\ngalerie ; il sait les peintres de chaque époque, les groupes d'artistes autour des\nmaîtres, les bataillons autour des drapeaux. Il est érudit. Rubens, en quelle\nannée est-il né ? Et Van Dyck ? Et Teniers ? Il vous répondra, net, roide\ncomme balle. Van Eyck, Memling, Gossaert, Van Orley, quand moururent-\nils ? Aussitôt les dates fleurissent ses lèvres, il parle d'abondance, à moins\nqu'il n'y ait controverse.\n    M. A. J. Wauters a dévoré les documents officiels par montagnes. Nais­\nsances, mariages, décès d'une part, décès, mariages, naissances de l'autre ont\n défilé devant lui, écharpes autour du ventre, bicorne sur la tête, sur deux\n rangs. Il s'est enquis de l'époque précise où tel tableau a été fait et n'a eu garde\nd'oublier le jour où il a été parachevé. S'il a péri, soit par le fer, soit par le\n feu, M. A. J. Wauters l'a noté d'une main émue mais implacable.\n     Son livre apparaît donc comme une biographie des peintres belges et puis­\n que les chefs-d'œuvre vivent aussi, comme une biographie de leurs tableaux.\n     Cela suffit-il ?\n     Lorsqu'on lit Cinquante ans de liberté, ce patriotique ouvrage où Camille\n Lemonnier a fait l'histoire de notre art contemporain depuis 1830\n jusqu'en 1880, on ne pardonne pas à M. A. J. Wauters d'être resté rivé à la\n notice, à « l'esquisse d'un plan » à « la mise en place des noms et des œuvres »\n à un résumé de travaux de ses prédécesseurs. » On exige plus. On est en droit\n de lui demander de faire pour la vieille école flamande ce que son confrère en\n art a fait pour la moderne. On exige d'autres bras que les siens pour étreindre\n ce travail, d'autres poumons que les siens pour chanter les Rubens, les\n Van Dyck et les Teniers, une autre main, une autre plume, une autre âme que\n les siennes pour écrire dans une « bibliothèque d'enseignement des Beaux-\n  Arts » française, l'histoire de notre grandeur et de notre gloire nationales.\n     Mais hélas, M. A. J. Wauters est timide, et timide à tel point que dès qu'il\n  s'agit de porter un jugement ou de fixer une classification, c'est à autrui qu'il\n  a recours. Dans son introduction il saisit à deux poings, la main de M. Taine\n  pour faire la division de son sujet, dans ses appréciations sur des peintres tels\n  que Rubens, celle d'Eugène Fromentin. A chaque feuillet on trouve des notes\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "                                  — 240 —\n\net de remarques indiquant de quels puits il tire sa science, de quel mine il\nextrait son or, son argent ou son cuivre; et, tant il y a que la peinture flamande\nsemble le fruit d'une lecture attentive faite par un jeune homme qui veut s'in­\nstruire et faire profiter de ses connaissances en les classant et en les résumant\npour des bourgeois ou des professeurs d'académies de province.\n    En somme dans ce livre il n'y a rien de personnel, de grand, de fort, rien\nqui soit à la hauteur du sujet traité, qui saute à travers le médiocre, qui fasse\nmiroir pour refléter les époques de Rubens, les ducs et les duchesses de Van\nDyck, les kermesses de Teniers, les bouges de Craesbeke et les colosses de\nJordaens. Le style est plat : il a l'amble d'un style de journaliste; la pensée\nrase la terre, comme un poulet quand il s'efforce de voler; la critique est\nnulle, elle ne marche que lorsqu'elle chausse les bottes ou les sabots des autres.\n   M. A.-J. Wauters dit dans sa préface en parlant de lui : « L'auteur de ce petit\nlivre     » — ce qui prouve qu'on se juge mieux soi-même qu'autrui.\n\n\n                                       III\n\n   Grâce aux soins de sa veuve, les Mémoires si impatiemment attendus de\nJules Michelet viennent de paraître. Le livre est intitulé ; Ma jeunesse, et ce\nn'est, je crois, qu'une première partie.\n   Celui qui de tous les historiens français marqua le plus profondément à\nson coin les annales et le passé de son pays, a laissé un peu de son cœur à\nchaque événement, à chaque question, à chaque fait. Il apparaît dès son enfance\ncomme impressionnable à l'excès, avec une nature de femme, facile aux larmes\net molle aux rêveries. Il aime la solitude, la mélancolie. S'il ne pleure pas\nJean-Jacques à la vue d'une pervenche éclose, toujours est-il que le\nmoindre incident triste le bouleverse et lui mouille cils et joues. Dès cet âge,\nl'âme des choses le tente. Lui, qui devait connaître et aimer plus tard la mer,\nla montagne, l'oiseau, l'insecte, les aimer comme des semblables, comme des\nfrères ou des sœurs ou des mères, et leur prêter par conséquent une vie\ngrandiose, personnelle, épique, il écoute, ausculte, et comprend déjà l'inanimé,\net d'emblée lui prête le sentiment. Il le doue de haine ou de tendresse, de\nbonté ou de cruauté. Une fenêtre à guillotine manque de lui tomber sur\nla tête et aussitôt il y voit un ennemi, un être malfaisant ; il ne la regarde\nplus qu'avec peur et défiance. Au reste toute son enfance est morne. Ty­\npographe dans l'imprimerie de son père, il passe les jours dans une cave,\nsans air, plié sur le travail. Aucune joie. La France est vidée d'hommes et\nde richesses par Napoléon. Le régime impérial apparaît « comme un immense\ndésert gris que jamais ne dore le soleil. » Bientôt, la défaite de Russie sévis­\nsant, la presse qui n'avait été jusqu'à cette époque que liée est bâillonnée ; le\nnombre des imprimeurs parisiens réduit à soixante ; les familles ruinées, la\nmisère partout.\n   Au lycée, persécutions ; et, grâce à un tempérament à la Jean-Jacques,\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "                                   — 241 —\n\n misanthropie, hypocondrie, dégoût de vivre. Ce tempérament se développant,\nil est logique que moins sa sensibilité native trouvera parmi les hommes à qui\nse donner, plus elle se tournera vers la nature. Pourtant un ami survient:\n Poinsot. Celui-ci traverse toute ma jeunesse: bon, tendre, moins nerveux,\nmoins ardent, versé dans les sciences, herborisant, discutant, amenant\nMichelet à l'étude des faits, développant en lui ses goûts naturalistes, mettant\nà côté des siennes des tendances contraires, résultat d'une éducation différente.\nMichelet au cours de ses Mémoires se complait dans l'analyse de son caractère,\nfouille son âme pour l'opposer à l'âme de son ami. Il en résulte des décou­\nvertes physiologiques faites en historien du cœur de l'homme, par le futur\nhistorien du cœur des peuples. L'enfance fuyant, après les vingt ans, le livre\nqui forme et détermine la vocation de Michelet c'est le livre de Vico. Dès\nlors, les études historiques vont le tenter et et le savant et l'écrivain entrent\nen scène. Ma jeunesse nous conduit jusqu'à ce début.\n\n                                        IV\n\n    Les Lettres de Flaubert à Georges Sand marquent un important événement\nlittéraire et jettent un nouveau jour sur la grande et déjà sculpturale person­\nnalité du poète de Salammbô. Flaubert et Sand se trouvent aux antipodes dans\nnotre art moderne. L'homme, styliste impeccable, observateur à la loupe,\nmicroscopiste, tout en volonté et en patience ; la femme d'une sensibilité\ndiverse, compatissante aux misères et aux doutes humains, créant son œuvre à\ntravers l'imagination et le rêve, écrivant d'abondance, phrases fluantes. Aucun\naccord possible entre eux. Et pourtant s'estimant, se pénétrant, s'admirant,\ns'aimant.\n    A tel point de vue, cette longue correspondance est d'un attrait tout spécial et\nprouve combien une solide amitié est possible entre gens d'opinion opposée,\npourvu qu'ils soient gens d'esprit. Au vrai, il s'agit d'homme et de femme, ce\nqui atténue, j'imagine, la difficulté.\n    Les idées littéraires de Flaubert apparaissent ici, en plein jour. Son esprit\nest planté de quelques dogmes, auxquels il croit, les yeux fermés. S'il les\n discute avec celle qu'il nomme son cher maître, c'est pour les affirmer contre\nvents et marée, sans jamais en découdre, quelles que soient les raisons qu'elle\nleur oppose. Ces dogmes, les voici :\n    Inpersonnalité dans le livre ; l'auteur ne doit transparaître à travers ses\n phrases, jamais L'objectivité de l'étude sera entière ; l'élément subjectif réduit\n à néant. Le lecteur ne devinera point les sympathies, les antipathies, les idées,\n les sentiments, les impressions du romancier.\n    Equation entre la pensée et la phrase, à moins que le rythme ne le com­\n mande autrement. Car le rythme c'est la suprême loi, le rythme de la prose\n française, plus subtil à saisir que celui des vers, plus varié, plus raffiné,\n plus délicat. Les mots se marieront et s'harmoniseront comme les couleurs,\n chacun gardant sa physionomie, son accent, sa valeur ; chacun moulant l'idée\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "                                    —   242\n\ncomme un maillot le corps humain ; chacun vivant d'une vie à soi, comme une\ncellule de l'organisme, qui fait vivre l'ensemble et vit de l'ensemble.\n    L'art pour l'art. On n'écrit pas pour la foule, mais pour quelques-uns.\nCeux-ci satisfaits, le livre est bon ; il fera son chemin ; attaqué, contesté, nié,\nil s'imposera, comme toutes vérités assaillies passagèrement.\n    Le ton des lettres, moitié doux, moitié brusque, est d'une originalité savou­\nreuse, d'un normand dégrossi par Paris, d'un « metteur de pieds dans le plat »\n bon enfant un tantinet rude, jurant moustache en croc et bravache. Elles tou­\nchent à tout sujet : au théâtre, à la philosophie, à la politique, mais principalement\n— cela va de soi — à la littérature, pour laquelle seule Flaubert avait cerveau et\ncœur, yeux et mains, poumons et nerfs, colère et bonté, haine et amour, mé­\nlancolie et orgueil. Car tel est l'homme : il avait la religion de l'art, il était\nplanté sur les marches de l'autel, comme un de ces prêtres guerriers qui dé­\nfendent leur Dieu à coups de crucifix, et, comme ceux-ci meurent, lui aussi,\n pour ses dogmes, il serait mort.\n                                                               EMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n             CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n                                          I\n                             EXPOSITION DES XX.\n\n                                  (Second article).\n\nJef Lambeaux. — Achille Chainaye.— Paul Dubois. — Whistler. —Sargent.\n   — Chase. — Stott. — Gervex. — Lieberman. — Mauve. — Maris. —\n   Israëls. - Bergh. — Heymans. — Rops. — Stobbaerts. — Rodin. —\n   Injalbert. — Roty.\n\n         MON précédent compte rendu a paru très lyrique et très hyperbolique. Il\n          m'est revenu que ce ton d'enthousiasme avait ébaubi bien des gens de\n          plume, de crayon et de pinceau. On trouve indécent de louer chaude­\nment les jeunes, de dire carrément son avis en face de leurs toiles, de les\nproclamer grands et forts, d'emblée, sans les y préparer par le stage de l'éloge\ndiscret, banal, conventionnel. Au surplus peut-on être un grand peintre à vingt-\ncinq ans? Peut-on faire des chefs-d'œuvre à moins d'avoir à la boutonnière\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "                                     —    243     -\n\n « le ruban » ? Ne faut-il être au moins chevalier et avoir eu les signes précur­\n seurs d'un rhumatisme?\n     Au vrai, peu m'en chaud. Il est grotesque, ce me semble, d'attendre qu'un\n artiste soit vieux pour le louer sans réticence, qu'il soit mort pour crier qu'il\nest grand et trouver chefs-d'œuvre, précisément ses toiles de jeunesse. C'est de\n l'incurable bêtise humaine que jaillit ce procédé; aussi assiste-t-on tous les\n jours à de honteuses et dégradantes palinodies de critique, à des changements\n à vue d'appréciation publique autour d'un peintre. Manet vivant est un gâcheur,\n Manet mort devient génie.\n     Il est opportun de faire pareilles remarques avant d'analyser l'œuvre si\ncapitale de Lambeaux. Ses lutteurs les font naître, fatalement. L'artiste, pour\njeune qu'il soit, arbore un talent d'une nature si hautaine, si bellement carac­\ntéristique et complète, qu'on peut s'attendre à le voir un jour rangé parmi les\nplus grands.\n     Un mouvement et une vie extraordinaires, d'une audace et d'une nouveauté\nfougueuses, se joignent dans ces œuvres à la trouvaille de lignes grandioses,\népiques.\n     Le lutteur vaincu, le corps tordu, les reins craquants, la jambe dans le vide,\nest d'un dessin supérieur; le vainqueur, le pied mordant le sol, le genou d'une\nmusculature héroïque étonne par son grand style. Le groupe entier s'agite et se\ndébat dans une rage, une colère, une haine empreintes sur les visages en cinq\ncoups de ciseau, avec des précisions et des sûretés de main infaillibles.\n    Chainaye se montre moins emporté, moins viril que son ami, il tâche de\nglisser dans son art plus de sentiment. Il émane de l'apitoiement de ses six\nenvois, Typha et surtout la Muette impressionnent et attendrissent. L'archer,\nencore qu'il soit campé avec grâce, manque de caractère et de ce quelque\nchose de crâne, de « plume au vent » qu'on trouve dans les œuvres réussies en\nce genre.\n    Dubois témoigne d'un talent distingué et joli. Ses deux bustes doivent char­\nmer ses modèles ; le faire en est délicat, l'allure fine ; cela plait.\n    Passons aux Invités; d'abord aux peintres et parmi eux à Whistlcr. Il séduit\nprincipalement, lui, le peintre des symphonies parfaites, l'impeccable brosseur,\nqui manie le pinceau, comme Velasquez, presque avec la même autorité, la\nmême infaillibilité. Que cet art soit faux, que cette lumière soit arrangée; soit.\n Nous admettons volontiers ces superbes non-réalités, convaincus que l'artiste\n ne doit point s'asservir à reproduire adéquatement ce qu'il voit, mais avant\ntout le tirer à travers son cerveau et le colorer comme il sent et imagine.\n     La fillette avec ses airs de reine est surtout attirante . Elle est d'une grandesse\nexquise, on devine en elle l'enfant de race, venu d'ancêtres aussi fiers que ceux\n que les maîtres espagnols campaient, la main sur l'épée, la tête hautaine, le\n pourpoint relevé d'un geste bravache. On dirait qu'ils sont faits pour elle, ces\n vers d'Hugo :\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "                                   — 244 —\n\n                  Un jour elle sera duchesse de Brabant,\n                  Elle gouvernera la Flandre ou la Sardaigne.\n                  Elle est l'infante, elle a sept ans ; elle dédaigne,\n                  Car les enfants des rois sont ainsi.\n\n    Le portrait de la dame en noir a mêmes qualités de touche et d'harmonie.\nC'est la perfection réalisée, ou peu s'en faut. Rien d'apprêté, de tapageur, de\nthéâtral; dans la pose rien de forcé, rien qui indique une allure donnée au\nmodèle pour la circonstance. Distinction suprême et naturelle ; il faut être\ngrand peintre pour la traduire ainsi.\n    Tout autre est l'envoi de Sargent. Son homme en rouge, en rouge groseille\nsur fond lie de vin, doit faire venir l'eau ou plutôt le sirop à la bouche\nde M. Herbo. Cela est criard, cela sent le convenu, cela semble compris à\ntravers Carolus Duran. Peu de sincérité, de vérité. Quelque crânerie certes,\nmais au résumé manque de dessous ; tout est chic et parisianisme,\n    Chase paraît autrement vrai et vivant. Son rouge à lui est discret, calme, en\nsourdine. Son œuvre exquise de grâce et de finesse. Taille, poitrine et tête\nsont modelés à miracle. Et combien d'art et quel dessin et quelle naïveté dans\nl'ensemble; comme cette enfant pense, et songe, et s'abandonne et se repose\nlà toute belle et toute blonde ! Elle aurait pu inspirer à Musset « A quoi rêvent\nles jeunes filles. »\n    Aussi bien tout le groupe anglo-américain fait merveille. Siott à son tour\nétale une toile étonnante, personnelle, de belle valeur. A première vue, on\n dirait de la tapisserie, mais cette impression s'efface bientôt à l'examen de la\nfacture prestigieuse et de la couleur si appropriée au sujet. La scène avec ses\n nus superbes fait songer à quelque pastorale antique du temps de Longus ; les\n verts et les bleus des ramures et de l'étang y versent leur paix humide, l'air y\n circule tamisé à travers une fraîcheur tendre, la maison blanche de la rive se\n reflète dans l'eau comme en miroir grandissant. L'art de Stott préoccupe\n certains de nos vingtistes au point de nuire à leur originalité. Attention.\n    Voici Gervex. Il expose Job. Très solide peinture, mais malheureusement\n entachée d'académisme. Depuis — car Job est une œuvre de jeunesse — le\n peintre s'est dégagé de toute attache avec les conventions ; il a fait du moderne\n à outrance; il marche dans les routes tracées en forêt vierge, par Manet.\n    Pardon, mais l'Allemand Lieberman ne devait point figurer au catalogue.\n Sa peinture fait tache horrible, elle semble comme une grimace de vieux parmi\n les sourires jeunes, elle pend au mur comme une antiquaille qui détonne au\n milieu des tableaux audacieux des XX.\n     Le Café-concert à Munich demeure commun, trivial, criard de couleur.\n Tous les personnages semblent contournés d'un fil blanc : on dirait qu'une\n  araignée a tissé sa toile par dessus.\n     Le Tisserand s'étale plus médiocre encore. Le métier n'est qu'un vélocipède,\n ancien régime, tel qu'il a dû sortir à l'état de projet d'une cervelle teutonne.\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "                                   — 245 —\n\n    Tout cela fâche, agace, ennuie. Munich et Düsseldorf sont les capitales des\nBéoties artistiques d'Europe.\n    Les Hollandais Mauve et Maris, surtout ce dernier, plongent en pleine mo­\ndernité et en pleine vérité.\n   Les Travailleurs de la mer sont coulés en patte grasse et belle comme la terre\npoldérienne ; le groupe, chevaux et hommes, tient admirablement, et bien\nque les tons crus ne soient pas épargnés, l'ensemble est d'harmonie parfaite.\n    Après la pluie travaillé à la diable, dégage belle impression. Le site est très\nhollandais ; il présente un calme et une tristesse profonds; l'humidité suinte\nà travers, la rivière qui tranche le paysage charrie des reflets et des teintes\nattrapés de main sûre. Mais que diable ! pourquoi cette tache de couleur\nbleue canaille dans le ciel ? Qu'elle soit juste, je l'admets, mais qu'elle ne nuise\nau tableau, je le conteste.\n    Israëls est resté en déçà de sa réputation. Le Repas est d'une qualité ordi­\nnaire. Cela n'est ni superbe, ni mauvais et pour tout dire, l'œuvre si médiocre\n de M. Simons Au coin du feu ne s'en trouve point écrasée. On dirait que le\nRepas a inspiré Au coin du feu. Quelle que soit notre admiration pour le maître\n de La Haye, nous craignons que sa manie humanitaire, son démocratisme\n artistique ne lui nuise en mainte occasion. Faire du sentiment, c'est parfait;\n mais bien peindre vaut mieux. On ne court pas deux lièvres à la fois et une\n œuvre d'art ne doit point viser à apitoyer, mais à enthousiasmer.\n    Bergh n'était point connu à Bruxelles, que je sache. Y perdrions-nous ? Son\n portrait fait croire que non. Il est honnête, habile, de bonne pointe. Distin­\n gué? — Nullement. De belle tonalité? — Encore moins. Frais, coquet, léger?\n — Au contraire. La lourdeur suédoise ne s'est point allégée au contact de la\n grâce parisienne. Un pastel demande des qualités toutes opposées à celles que\n semble posséder l'artiste.\n     Les invités belges qui ont fait des envois aux XX sont : Heymans, Rops,\n Stobbaerts. Du dernier et de sa Charrette de foin j'ai parlé dans le numéro d'oc­\n tobre.\n     Le Heymans n'est guère de premier titre. Il sonne ereux et vide.\n L'engraissement des prairies de la Campine fait peu d'honneur au maître. Car\n maître, il l'est et de première force, et si incontestablement qu'il serait difficile\n  de trouver même en France, un paysagiste qui le valût. Le plus profondément\n de tous il creuse, il établit, il plante son œuvre; ses sites sont merveilleux\n  d'air, de silhouette et de perspective ; point par point, centimètre par centi­\n  mètre, il élabore et construit son terrain et ses ciels; sa brosse et son couteau\n  lui sont instruments glorieux, il les connaît et les manie comme les suprêmes\n  artistes, et tout en lui se fait d'originalité pure.\n     Rops, dans sa Tentation de St. Antoine touche au grand art. Cet étrange tem­\n  pérament, mi-littéraire mi-artistique, hanté par le surnaturel macabre,\n  funèbre, démoniaque, ce dilettante d'érotisme, ce gourmet du vice, poussant\n  la polissonnerie jusqu'au génie, ne pouvait se soustraire à la hantise d'un tel\n                                                                            18\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "                                   — 246 —\n\nsujet. Fatalement il le traiterait, mais à la moderne, en y infusant notre rail­\nlerie et notre scepticisme. Saint Antoine, compris en toute naïveté par les\nartistes du moyen âge, apparaît ici comme un Faust épouvanté, terrifié, affolé.\nTous les accessoires, monstres, nains, fœtus, gnomes et farfadets sont sup­\nprimés, plus de sorcières, de manches à balai, de squelettes à tête de cheval\njouant de la flûte par le trou des yeux, ni ventres de squales ouverts, boyaux\ncouiants. Le drame éternel de la tentation résumé, concentré, quintessencié :1a\nfemme s'étalant sur la croix à la place du Christ — voilà pour l'amour; un porc\nmettant ses pattes sur les livres saints — voilà pour la science. Et l'action\ngagne en fermeté et en impression.\n    Quant à l'exécution, toutes les qualités — nervosité, précision, sûreté, mou­\n vement — de Rops y sont répandues à mains pleines.\n    La sculpture française, la plus belle et la plus grande qui soit actuellement,\nest représentée aux XX par Roty, Injalbert, Rodin.\n    Rodin a envoyé un chef-d'œuvre : le buste d'Hugo. Jamais le masque du\n poète n'a été sculpté avec telle vigeur, tel emportement, telle inspiration. Le\nlyrique des chants du crépuscule, et suttout le satyrique des Châtiments et\nl'épique de la Légende des siècles percent au travers, presque sauvagement Les\ntraits accusés violemment, s'accentuent en grandeur et en force, les chairs\nvivent, le front se lève grandiose. Cela témoigne d'une inspiration et d'une\nscience étonnantes, car dans tout cet emportement de travail, il n'est pas un\n trait de ciseau qui soit gauche ou tremblé.\n    Plus douce, plus modérée, plus calme est l'œuvre d'Injalbert. Le Philippo\nLippi, avec sa figure d'enfant de chœur naïf, charme et retient comme une\nœuvre d'exquise mélodie et l'on rêve, arrêté devant, à quelque cérémonie\nd'église, pendant le mois de la Vierge, en mai. Cette terre-cuite, exquisement\nteintée, a toute une grâce italienne qui fait songer aux primitifs de là-bas.\n    Roty élève la gravure très haut. Ses médailles ont fier style — légèrement\nacadémique pourtant. Mais de quelle distinction, de quelle correction, de\nquel charme elles font montre. Elles inspirent artistiquement l'horreur des\npièces de cent sous — ce qui est excellent pour les sculpteurs et les peintres\net pour les défenseurs de la morale qui doivent à ce point de vue, les trouver\nbelles sans restriction.\n    Et maintenant, à l'an prochain — et au travail!\n                                                       EMILE VERHAEREN.\n\n                                        II\n                               DROIT DE RÉPONSE\n                                              A Monsienr Emile Verhaeren,\n                                         Critique d'art à « la Jeune Belgique .\n                                   Brasschaet, près d'Anvers, ce 21 février 1884.\n                  MONSIEUR,\n\n   Quoiqu'il ne soit pas dans mes habitudes de m'occuper des attaques de la\ncritique, je dois avouer que je trouve votre dernier article sur l'Exposition\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                                  — 247 —\n\n  des XX, dans « La Jeune Belgique », d'une injustice qui me révolte et me force\n à parler. Votre parti pris pour la défense de vos Amis, ainsi que vos attaques\n contre ceux qui n'ont pas le mérite d'en être, me semble peu en rapport avec\n  un article intitulé « La lutte pour l'Art » qui a paru dans « Le National Belge »\n  du dimanche 17 février, signé de votre nom, et donnant un compte rendu de\n  la conférence de M. G. Rodenbach, dans la salle des XX. Cet article, je\n  répète, contredisant ainsi qu'il le fait, vos principes déclarés dans la « Jeune\n Belgique », me rappelle, que moi aussi, dont votre critique accuse la pein­\n ture de « rappeler les couchants de jour des chromolithographies »... (quoique\n  la toile en question représente Une Matinée! ) que moi aussi dis-je. je suis\n de cette union forte et saine des « jeunes qui se dresse la tête haute en face des\n hostilités. » — Moi aussi, je suis de cette chapelle, ou plutôt de cette grande\n église, qui se réunit pour combattre les faux principes, pour lutter pour le\n Vrai et le Beau.\n     Anvers, que vous signalez avec mépris, comme étant pauvrement représenté\n dans le combat qu'ont livré les XX, n'est pas si arriéré que vous le prétendez\n sur le chemin de l'Art. — Mais je ne prétends relever que vos propos\n à mon adresse, et, si dix années de travail sincère devant la Nature, que tous\n me connaissent, si les études sévères, la lutte que je soutiens journellement\n pour arriver vers l'interprétation des merveilleuses beautés de nos pays fla­\n mands, ne méritent pas d'éloge, ce que moi tout premier j'admets, sachant\n que ce que je fais n'est tout simplement que le devoir de chaque artiste, je\n prétends toutefois, vous demander à vous, Monsieur, qui parlez si sommaire­\n ment d'un Art dont la difficulté est incompréhensible, qui flétrissez d'un trait\nde plume une carrière, je vous demanderai simplement, connaissez-vous donc\nsi bien cette coloration de nos pays dont vous parlez si légèrement? — Avez-\nvous jamais, le matin, lorsque le givre couvre encore le terrain, avant que le\njour ait percé les nuages, — êtes-vous jamais sorti par les prairies? Avez-vous\nattendu avec impatience se lever les premières lueurs de l'aube ? Connaissez-\n vous ces tremblements de toute la nature palpitante aux premiers rayons du\nsoleil? — Connaissez-vous cette hymne suprême de la Nature entière, l'avez-\nvous étudiée? — Et le soir ! — Vous êtes-vous jamais attardé dans nos larges\nbruyères qui semblent s'étendre jusque dans l'infini? Avez-vous jamais vu se\nlever les brumes du soir, tandis que le soleil se laissait aller, fatigué, derrière\nl'horizon? — Avez-vous entendu ces chants mélodieux du crépuscule : le cri\ndes vachers ; le beuglement des bestiaux rentrant à leur étable, — puis le\nsilence imposant qui doucement enveloppe toute la nature et le calme im­\nmense où tout s'endort? Connaissez-vous la première étoile qui perce le ciel,\nla nappe de lune qui, voilée et tendre plane sur la terre endormie? — Avez-\nvous étudié tout cela, Monsieur? Avez-vous, comme moi et d'autres de mes\nconfrères, qui ont voué leur existence et leur culte à interpréter ces gloires de\nla nature, — rôdé, seul, et l'âme pénétrée de votre impuissance devant ces\nscènes qui restent inaperçues de tant de gens parce qu'ils croient les con­\nnaître ? Sinon, j'ai l'honneur de vous le dire. Monsieur, tout écrivain que\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "                                   — 248 —\n\nvous êtes, tout critique que vous croyez être, vous n'avez pas le droit de parler\nde choses que vous ne connaissez point ; — si en littérateur, il ne vous a\njamais semblé nécessaire d'étudier les merveilleux et étonnants effets de\ncouleur de nos landes flamandes, vous ne pouvez dicter aux peintres, surtout\nà l'un d'eux qui en a fait une étude spéciale, comment il faut les représenter.\n   Somme toute, pour terminer, je ne citerai que la devise de nos Jeunes :\n« Ne crains » — et je soutiens que quiconque a travaillé ainsi que je le fais et\nque j'espère le faire toujours, sincèrement et uniquement devant la Nature, sans\narrière-pensée, sans convention ni parti pris, ne saurait manquer, tôt ou tard\nà friser la vérité, et peut fièrement s'écrier « Ne crains » aux attaques d'une\ncritique irréfléchie.\n                                                     THÉODORE VERSTRAETE,\n                                                               des XX.\n   Cette lettre comme les tableaux de M. Verstraete, émane d'un poète un peu\nfroissé - bien plus que d'un peintre. Elle confirme la critique que j'avais\nfaite de ses envois et me donne raison d'une manière assez piquante.\n   Au revoir, cher Monsieur Verstraete.\n\n\n\n\n                   MEMENTO MUSICAL\n\n    Les directeurs de la Monnaie ont poussé dernièrement au feu de leur\nrampe, un jeune Belge; Philippe Flon,un fort en contre-point, nous est tombé\nlà avec toutes ses inexpériences de débutant. Son opérinette, pas faite de\nchic, n'a rien de cette bijouterie, de cette perfection minutieuse qui limite\nd'emblée un petit talent. C'est un gros morceau de matière brute, mal agencée,\nmal équilibrée, mais par là même naturelle, sincère, jeune.\n    On en a dit du bien et du mal ; du mal surtout.\n    Aussi le public, à la seconde, avait pris le mot d'ordre : il a essayé de siffler.\n    J'avais donc raison de le dire, il y a trois mois ; la vieille histoire des vieux\npréjugés n'est pas encore finie, en matière de musique.\n    Les flamands seuls, tassés sous un drapeau, font leurtrouée ;.pourles autres:\n— pas flamand.? pas Belge, mon ami — Bâtard ! — au panier. Un coup de\n talon, un coup de balai, c'est vite fait.\n    Venant des doctrinaires, grands ou petits officiels, cela ne m'eût pas\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "                                  — 249 —\n\n  onné, mais de ceux-là qui, en principe, combattent pour nos idées, et sont\nnos aînés dans la lutte pour l'art, c'est inexplicable.\n    Le public belge, sans doute n'a pas assez de sifflets pour ses compatriotes ;\nfaut-il qu'on aille encore doubler la masse en sifflant avec elle ?\n   Avx Artistes (3e concert). On s'est écrasé, il y a eu des pirouttements, des\ntournoiements, des cris de femmes en marmelade, des gens déshabillés, des\nchemises tout entières perdues dans la cohue et dont on a retrouvé des pans\nà Molenbeek, comme naguère des archives de la Chambre — tout cela pour\nAlbani. Le triomphe de cette école italienne, qui n'a pas même inventé les\nbannières Nadar.\n   Massenet a dirigé la première exécution des Scènes Alsaciennes où se retrou­\nvent toutes les nostalgies du poète des « Souvenirs, » et cette superbe page\nsymphonique du Sommeil de la Vierge, une des plus personnelles qu'il ait\njamais écrites. Il nous revient aujourd'hui voletant après Manon, l'incorrigible,\nqui court les capitales. Je ne dirai pas si la pièce « a réussi » — l'avis du\npublic à peu de poids. Il est de fait que dix têtes intelligentes quand elles en\nfont une seule, la font stupide.\n    En dépit de son système mélodramatique, Manon retombe dans le petit\nopéra-comique ; les acharnés de nationalité, y trouveront-ils leur compte de\nmusiquette; ce que j'y retrouve beaucoup moins, dans son entièreté, c'est la\npersonnalité du maître des premières œuvres mystiques.\n    Mlle Berthe Marx est venue compléter la série des d'Albert et Siloti ; encore\nun long canard celui-ci, un long canard qui nous vient de l'Escaut, sans\navoir, de d'Albert, les mérites acrobatiques. M Siloti ne fait pas même le poirier:\n d'Albert, au moins, s'il lui faut de volumineux accords,les plaque du... siège ;\nl'effet y est et c'est plus poli parce qu'on ne tourne pas le dos au public.\n    J'en demande pardon à Mlle Marx, mais, de par ses émules, l'impôt sur les\n pianos devient une question de salubrité publique.\n    Le Conservatoire prépare une manifestation clandestine à feu son premier\n chef dont l'ombre aura cent ans, le 25 mars prochain. Une loi spéciale\n accorde à M. Gevaert, chef du pouvoir exécutif au pays symphonique, le\n droit de requérir la force armée. Les abords du palais Conservatoire seront\n gardés par la gendarmerie à cheval qui portera, au kolback, le ruban rose\n d'ordonnance. Les portes et fenêtres seront calfeutrées pendant la cérémonie\n et la circulation interdite dans les rues avoisinantes.\n     M Gevaert et sa famille auront accès à cette petite fête qui est destinée à\n populariser la mémoire de Fétis.\n     Un jeune violoniste qui laisse les boyaux de chat pour de très jolies cordes\n vocales a donné un concert à la salle Marugg. Je lui demande pardon d'avoir\n oublié son nom. Je compte bien rattrapper, au vol, son état civil et ne man­\n querai pas de constater son identité à une nouvelle rencontre que j'espère\n  prochaine.\n                                                                      H. M.\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "                            MEMENTO\n\n\n    La Jeune Belgique ne se mêlera pas pour le moment aux\n violentes polémiques qui sévissent depuis quelque temps.\n Albert Giraud dans la Réforme et Théodore Hannon dans\n la Chronique se sont fort inutilement dit des contre dou­\n ceurs qui n'ont pas plus intéressé le public que la polémique\n Picard-Lagye ou Valentin Potvin. De parti pris, nous donnons\n raison à nos hommes, parce que ce sont nos hommes, mais\n le public est juge et chacun est responsable de ce qu'il signe.\n L'exposition des XX et les conférences qui y ont été données\nsont déjà loin et restent comme une deuxième période des\njours de bataille. La lutte continuera encore et toujours.\nQu'ils aient eu tort ou raison dans leurs mots, dans leurs\nattaques, dans leurs partis pris, MM. Edmond Picard,\nGeorges Rodenbach, Albert Giraud et Catulle Mendès ont\nsuivi comme ils la comprenaient notre devise Ne Crains ;\nils ont eu raison envers et contre tous, mais par leur cons­\ncience et par leur sincérité.\n                                     ***\n   Le dernier numéro de Paris-Illustré, la superbe publication de A. G. Dumas,\nest consacré entièrement au CARNAVAL. En voici le sommaire.\n   GRAVURES. — Carnaval, aquarelle de Kæmmerer. — Variations sur le Car­\nnaval, illustrations de E. Courboin— Le Bœuf gras dans l'antiquité; le Bœuf\nApis, dessin de E. Grasset. — Une Soirée rue de Turbigo, illustrations de\nE. Courboin. — Le Carnaval il y a vingt ans ; le Bœuf gras, aquarelle de\nAdrien Marie. — Le Bœuf gras, illustrations de Ferdinandus. — Le Carna­\nval au moyen âge; la Fête des Fous, dessin de E. Grasset. — Le Mercredi\ndes Cendres, dessin de Myrbach. — Masques, aquarelle de Giraldon.\n   TEXTE. — Variations sur le Carnaval, par Ch. Monselet. — Une Soirée rue\n de Turbigo, par Ernest d'Hervilly. — Le Bœuf gras. — Où est la Vérité,\nsonnet de Ernest d'Hervilly\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                                      251 —\n\n\n   Sous le titre Vieille histoire, M. Oscar Cerf publie un récit, vieux en effet\ncomme donnée, mais auquel il a su infuser une intense émotion. C'est l'étude\ncruelle d'une séduction et d'un abandon, récit de tous les jours et de tous les\ntemps. Nous félicitons notre confrère-ès-jeunesse de cette jolie plaquette qui\nmontre en lui un moderne épris de réalité et soucieux de forme.\n\n  Chez OLLENDORFF, viennent de paraître .\n   La comédie en un acte de MAURICE DESVALLIÈRES : Une Matinée de Contrat,\nqui est représentée en ce moment sur le Théâtre-Français.\n  Le Costume de Pierrot (histoire vraie), monologue dramatique en vers, par\nALPHONSE SCHELER, dit par madame SARAH BERNHARDT.\n  Pincé!   saynète par EMILE MENDEL\n                                     ***\n   Jamais titre ne fut mieux approprié à un livre que celui de : Pour lire en\nWagon, que porte le piquant et étrange volume d'Auguste Cordier, paru\nchez l'éditeur P. Ollendorff.\n   On ne se mettra plus en route sans cet agréable compagnon, et on le re­\ntrouvera encore avec plaisir au coin de son feu.\n                                     ***\n   Viennent de paraître dans la Bibliothèque Gilon :\n   1. Une étude de M. L. de Sagher sur Les Musiciens liégeois (Grétry, Gres­\nnick. J. N. Hamal). L'auteur, un des plus brillants officiers supérieurs de\nnotre armée, y raconte d'une façon attachante la vie de Grétry, de Gresnick et\nde Hamal. Nous ne lui ferons qu'un reproche, c'est de n'avoir pas suffisam­\nment approfondi l'art simple de l'auteur de Richard dans ses origines musico­\nlogiques, mais les volumes de M. Gilon seront toujours trop sommaires pour\npermettre des études vraiment complètes.\n   2. Une étude de M. Jules Carlier sur Richard Cobden.\n   3. Une sorte de nouvelle autobiographique : Mon fils! traduite de l'italien\nde Salvatore Farina, parM. Ferdinand Gravrand. C'est un fragment de tétralogie\nque l'auteur pourrait appeler L histoire d'un homme et qui comportera quatre\nvolumes intitulés :\n  1 . Avant sa naissance. — Les trois Nourrices.\n  2. Courage et en avant ! — L'Intermezzo. — Mon fils étudie.\n  3 La page noire. — Mon fils devient amoureux.\n  4. Le Mari de Laurina. — Grand'père.\n  Nous reviendrons sur l'œuvre dans son ensemble lorsque les deux derniers\nvolumes auront paru.\n  4. Le merveilleux dans la nature par Léon Dormoy.\n  5. Tournesol par M re Poradowska-Gachet.\n                                       ***\n  On a rattaché avec raison le séduisant Daudet à Dickens dans Jack et le Petit\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "                                       252\n\nChose ; la lecture de Nicolas Nickleby et d'Oliver Twist, en même temps que sa\njeunesse tourmentée et maladive, devaient le pousser à cette étude de vie triste\nse débattant dans un continuel besoin d'aimer comprimé par la dureté des\nautres.\n   Avec Tartarin de Tarascon et surtout les Lettres de mon moulin, Daudet se\nmontre sous un autre jour. Le soleil de Provence et celui d'Algérie, où le\nromancier alla « calfater ses poumons délabrés », fit éclore ces deux œuvres,\nsœurs des Contes à Ninon de Miette et Noré de Mireiô ; Daudet s'y montre\nvrai méridional, avec ses hâbleries en même temps que sa sensibilité\nparfois enfantine ; les deux œuvres sont d'ailleurs connues, et si nous les rap­\n pelons à l'attention, c'est pour signaler surtout la superbe édition nouvelle,\n précédée d'une histoire du livre qui intéressera tous les lettrés, en les aidant à\n pénétrer la nature complexe d'un de nos plus exquis conteurs.\n\n                                                                      NEMO.\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "              En vente chez tous les libraires :\n             COLLECTION DE LA JEUNE BELGIQUE :\n\n\n    CONTES DE MINUIT              PAR\n\n                     EMILE          VERHAEREN.\nU n e p l a q u e t t e a r t i s t i q u e o r n é e d ' u n e eau-forte\n                                   DE\n\n              THÉO      VAN RYSSELBERGHE.\n                            J. FINK. ÉDITEUR.\n                        P R I X : 1 FR. 50 CENT.\n\n\n\n                 GIL              BLAS\n                        JOURNAL QUOTIDIEN\n 16, BOULEVARD DES CAPUCINES, 16, PARIS.\n                                PUBLIE\n\n          CHERIE\n               par E D M O N D D E G O N C O U R T\n      U n n u m é r o : 20 centimes. Abonnements: (3 mois): 17 fr.\n                               E n vente partout.\n\n\nLA VIE BÊTE par MAX WALLER. Un vol         4.00.\nLE BAISER par MAX WALLER. Un vol            1.50.\nL'AMOUR FANTASQUE par MAX WALLER. Un vol. . 0.50.\n\n            POUR PARAITRE                 PROCHAINEMENT\n                                   CHEZ\n\n                  HENRY KISTEMAECKERS :\n\n\n    L'H I VER                           MONDAIN\n                                POESIES DE\n\n                GEORGES  RODENBACH\n        avec un frontispice et trois dessins de\n                     JAN VAN              BEERS.\n                             Prix : 5 francs.\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "           A TOUS NOS              ABONNES,\n\n\n   Notre revue, dont le succès croît chaque jour, est\ndevenue l'organe du bon combat littéraire en Belgique.\nParfois violente & brutale, elle ne cesse de brandir le\ndrapeau moderne dont elle s'est fait une arme contre les\nroyautés caduques. Il faut que nos principes se répandent\ndavantage encore, qu'une propagande active s'établisse,\nqu'une ligue se forme. Cette ligue, nous en avons arrêté\ndéfinitivement les conditions ; ceux de nos abonnés qui\ndésirent en faire partie sont priés de demander à nos bureaux\nDIX, QUINZE ou VINGT cartes d'abonnement, qui\nleur seront envoyées portant un numéro d'ordre qui nous\nen indiquera le dépositaire.\n   1° Lorsque DIX cartes seront revenues aux bureaux, re­\nvêtues de noms d'abonnés nouveaux, le dépositaire recevra\nson abonnement gratis pendant un an.\n   2° Lorsque QUINZE cartes seront revenues, le déposi­\ntaire recevra son abonnement gratis à perpétuité et son nom\nsera inscrit à la liste des membres fondateurs de la Jeune\nBelgique, qui paraîtra à la fin de chaque année.\n   3° Lorsque VINGT cartes seront revenues, le dépositaire\nrecevra 1° son abonnement gratis à prepétuité, 2° une carte\nlui donnant accès libre aux fêtes, (conférences, etc.) que nous\npourrions donner dans l'avenir, 3° toutes les publications\n(plaquettes, etc.) que publiera la Jeune Belgique. Il sera\nnommé de même MEMBRE FONDATEUR.\n\n\n                 EN     PRÉPARATION:\n\n\n   GRETA FRIEDMANN\n                 ROMAN     CONTEMPORAIN\n                             PAR\n\n                       MAX WALLER\n              U n v o l u m e de 200 pages.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1884-03-15", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 234."}}