{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(4° A N N É E ) 1884", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE : L'HIVER MONDAIN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 278, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 233, "texte": "4° A N N É E ) 1884. P R I X : 60 c .        T O M E I I I , N° 5 .            D u 15 A V R I L AU 15 M A I .\n\n\n\n\n                                                    LA\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE : L'HIVER MONDAIN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 278, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 233, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "SOMMAIRE :\n    L'HIVER MONDAIN                                                            MAX W A L L E R .\n    SONNETS                                                                    G EORGES RODENBACH.\n    LE    CŒUR       DE TONY W A N D E L                                       GEORGES EEKHOUD.\n    SONNETS                                                                    ALBERT     GIRAUD.\n    CROQUIS F U N È B R E S                                                    HENRY     MAUBEL.\n    LE    LÉVRIER        .   .   .                       .    .    .   .   .   IWAN G I L K I N .\n    INTIMITÉS                                                              .   MAURICE      GUILLEMOT.\n    CHINOISERIES                                                               GEORGES K H N O P F F .\n    NOUVELLES            D E LA GRAND'ROUTE                   .    .   .   .   MARIUS     RÉTY.\n    APPELS        D'HIVER        .   .   .                                     EDOUARD      LEVIS.\n    CHRONIQUE LITTÉRAIRE                                           .   .   .   JEAN-BERNARD.\n    CHRONIQUE           MUSICALE                                               HENRY     MAUBEL.\n    MEMENTO MUSICAL                                                            H . M.\n    MEMENTO                                                                    NEMO.\n\n\n\n\n                                         BRUXELLES\n                                              BUREAUX :\n    74, AVENUE                           DE LA                    TOISON               D'OR, 74\n\n                       BRUXELLES\n\n                    J. F I N K                                         L. F I N K\n           I , PASSAGE DE LA MONNAIE, I                       7 3 , RUE SAINT-JACQUES, 7 3\n\n                                                    I884\n\n\n                     Bruxelles. — Imprimerie E D . MAHEU, 18, rue des Sables.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE REVUE MENSUELLE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Notre ami Emile Verhaeren", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 279, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 189, "texte": "LA JEUNE BELGIQUE\n                            REVUE          MENSUELLE\n\n                      PRIX         D'ABONNEMENT :\n\nBelgique : 5 francs par an. — Etranger : 7 fr. par an.\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Notre ami Emile Verhaeren", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 279, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 329, "texte": "Notre ami Emile Verhaeren étant absent, nous sommes\nforcés de remettre toute critique d'art au prochain numéro.\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 279, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 329, "fin_caractere_exclue": 2049, "texte": "BOITE AUX LETTRES\n  33. Paul Berg.... à Gand. —• ISlonds-Belgique vous remercie de la musique charmante\nque vous avez faite pour les couplets de la Petite Veuve. Si jamais' un salon pas trop\nbégueule joue la saynète, vous participerez au four !..., ou au succès.\n  34. Saïd-Bruyïre. — L'idéal est égaré. Nous le recherchons, et il passera dans le\nprochain. C'est clair, ça. N'avez-vous pas de brouillon? Vôtre.\n  35. 0. B. Trop complainte, cher confrère; regardez le triste effet que cela fait, imprimé :\n\n\n                  CROIRE,           AIMER,                SOUFFRIR!\n                     Croire est un mot, une chimère\n                     Que l'âme au cœur donne en passant ;\n                     C'est un rayon plus qu'éphémère\n                     Qui luit et meurt tout en naissant.\n\n                     Aimer n'est rien qu'une folie,\n                     Un rêve creux qui très souvent\n                     Se courbe à la mélancolie;\n                     Comme un roseau battu du vent.\n\n                     Souffrir, voilà, sans espérance\n                     Ce qu'ici-bas fait notre bien;\n                     Chaque jour donne à la souffrance\n                     Croyance, Amour, qui ne sont rien!\n                                                                    O. B.\n\n  36. Aug. V. Namur. Du calme! Chacun son tour.\n   37. Un septuor de fervents à tous crins. — Tout de même c'est un peu... drôle, mais les\nvers, vous savez! Et puis le difficile n'est pas de faire une omelette avec des œufs, mais\nd'en faire sans. C'est le cas! Cordialement.\n   38. Un journal bien informé a trouvé que la Jeune Belgique était en discorde et que\nrien n'allait plus. Regarde le numéro d'aujourd'hui, f..., bête !\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 253, "page_fin": 258, "titre_corps": "L’Hiver mondain", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "L HIVER MONDAIN", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 280, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1730, "texte": "L'HIVER MONDAIN\n\n\n                                           A GEORGES RODENBACH.\n\n          Mon cher camarade,\n\n\nI    L y a bien longtemps déjà, à l'époque où je m'occupais de littérature\n     en amateur, lisant tout ce qui tombait sous ma main d'étudiant\n paresseux, je vis ton nom inscrit en tête d'un petit volume mince,\n fluet, maigrichon, timide, qui semblait tout confus d'entrer si grêle dans\n le monde. C'était Le Foyer et les Champs, une macédoine de médiocres\n vers — disons mauvais — où tu chantais la foule des désespoirs que\ntu n'avais pas eus et des larmes que tu n'avais pas pleurées. C'était un\nlivricule de bon jeune homme très sage, qui avait gardé de Lamartine\net de Musset juste assez pour ne pas être original. Pour moi, qui n'ai\njamais de ma vie fait un bon vers, je n'étais pas loin, en ce temps-là,\nde trouver très majestueuses les strophes ébouriffantes qui closent le\nvolume : Les Amours de Roland, légende du Rhin! Ne me rappelaient-elles\npas cette Allemagne où j'avais trouvé les plus chaudes et les plus\nintenses impressions ?\n    Aujourd'hui tu dois bien sourire en relisant tout cela ; sourire et non\nrougir ; après avoir fait de mauvais vers tu devais plus tard en faire de\nbons, au contraire de certains cuistres prétentieux qui après avoir\nperpétré d'infâmes rimes, ne sont jamais arrivés qu'à en pondre de\npires !\n    Tu partis pour Paris, sous prétexte d'y faire du droit, mais je crois bien\nque, durant tout ton séjour là-bas, tu ne sus que d'une façon fort vague\nla situation du Palais. Ta robe servit peut-être de domino en carnaval,\nsi tant est que tu eusses eu la naïveté de t'en faire faire une.\n                                                                      19\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "                                     — 254 —\n\n   T u dois te souvenir avec regret de cette année-là, mon cher Georges ;\ntu arrivais, petit provincial, de notre Belgique où la littérature alors se\ncachait comme une coupable, où florissait la cantate — non lue mais\nprimée, — où s'empilaient d a n s les greniers ministériels les volumes\ngros comme le ventre de leurs auteurs et comme, eux décrépits.\n   D e ce milieu bête tu t o m b a s d a n s la cohue parisienne à une heure\nsuperbe pour la L i t t é r a t u r e . L e s Parnassiens avec, à leur tête, le poète\nde bronze Lecoate de Lisle, le poète de dentelle Catulle Mendès, le\npoète de sucre d'orge François Coppée — règnaient. L e s draconiennes\nrègles prosodiques, formulées par Théodore de Banville, étaient articles\nde foi, et la langue, dans cette renaissance, s'affinait, se châtiait, deve­\nnait lumineuse, dans une aurore de rimes riches et de strophes impec­\ncables. Victor H u g o trônait toujours, dans la majesté de son grand âge\net de son génie; Baudelaire, avec Les Fleurs du mal, avait dans la\njeunesse jeté la semence maladive d'un art admirable qui devait troubler\ntoutes les cervelles et déconcerter toutes les conventions esthétiques.\n   L e s H y d r o p a t h e s , une escadrille nouvelle, s'étaient constitués. D a n s\nles brasseries, on lisait des vers, les siens et ceux des a u t r e s ; on se\ngrisait de bocks et de poésie, tantôt sur la table et tantôt d e s s o u s ! L e\nQuartier-Latin t'accueillit comme un frère; tu laissas alors croître tes\ncheveux, plus fins que d u tabac turc, t u arboras une cravate qui, dans son\nampleur, faisait songer à un grand corbeau, ailes déployées sur ta\npoitrine, cédant à ce besoin peut-être puéril que nous avons tous\nd'étonner les p a s s a n t s des r u e s ; puis, sous l'œil de Coppée, ton maître,\nde cette écriture que tu lui volas inconsciemment, toi aussi tu alignas\nles syllabes sonores et fis se baiser les rimes jumelles.\n    De ce frottement, de cette vie nouvelle, a m u s a n t e , folle, cahotée à\nt o u s les plaisirs et jetée à toutes les » vadrouilles », sortirent Les\nTristesses\n    Je me suis dit, en commençant cette lettre, que je te débiterais en face\nd u public tout ce que je pense de toi, mon frère; nous devons donner à\nla P r e s s e — qui ne nous hait pas tant qu'a bien voulu le dire notre ami\nGiraud — l'exemple de l'impartialité. Je ne m'arrêterai donc pas dans ma\npoursuite de chacun de tes pas dans l'art.\n   J e n'aime pas tes Tristesses. Elles m'irritent et me blessent. Elles n e\nsont pas vraies, elles sont factices. T u te mettais des ognons — de\njacynthe, si cela peut te faire plaisir — dans les yeux et t u pleurais sans\nsavoir pourquoi des désillusions chimériques, toi le plus naïf et le plus\ncroyant! Au lieu d'être jeune et viril, tu ramassais les vieux sanglots de\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "                                 -   255 —\n\nMalfilâtre, ce pleurnichard imbécile, et tes vers sonnèrent faux comme\nles siens.\n   Oui, elles m'irritent tes Tristesses, car tu ne les a pas éprouvées; ton\ncœur\n             » Qui n'a plus ses élans et sa chaleur première »\nton cœur te disait des mensonges auxquels tu croyais, grand enfant! et\ntu te prétendais désespéré entre deux bocks et mort à la vie après un\nsouper fin. Tes larmes, tu les versais en fumant une cigarette, et tes\ndésespoirs venaient à heure fixe — lorsque tu avais le temps. Histoire\nde lâcher les écluses !\n   Une fois ou deux seulement, dans Les Absentes, dans Le Coffret, tu fus\ntriste. Le souvenir mélancolique des deux anges blonds, tes sœurs,\nparties comme deux colombes dans le mystère de la mort et des nues,\nremonta dans ton âme, et tu pleuras cette fois dans des vers bien frappés\noù ta main ne faiblit pas. Ce n'étaient point les sanglots d'une douleur\nrécente, mais la douleur pensive d'un regret. La tristesse, lointaine déjà,\ns'était changée en une harmonieuse mélopée, et tes strophes chantèrent\ncomme chantait en toi-même la voix affaiblie et reculée des absentes.\n   A ton retour de Paris, ta vie changea. Le gouffre morne de la\nprovince t'engloutit; on te reprocha tes vers, comme on rit de ta\ncravate; le dédain succèda à l'encouragement des amitiés parisiennes.\nTu sus résister à l'étouffoir. Tu passas les étés au bord de la mer,\nvaguement épris déjà d'un idéal d'art nouveau. Toi qui mets la femme\nà toutes les sauces — piquantes d'ailleurs ! — tu suivis en marivaudant\nles robes claires et les parasols japonais des jolies baigneuses ; tu t'effé­\nminas au contact des mains effilées, des gants mousquetaires, des\nJersey couleur crème et des majestueux Gainsborough de » ces dames ».\nAlors, voyant les jeunes filles et les cocottes, tu oublias de regarder la mer.\nElle ne fut pour toi qu'un décor » joli » ; tu n'aperçus que ses teintes\nfanées que tu comparais à des traînes de robes ou à des chevelures\nd'anglaises !\n   Dès lors, ton chemin fut tracé. Les choses mondaines t'inspirèrent\nune poésie bien moderne, inexplorée, neuve, et tu écrivis presque d'un\ntrait, en un hiver, La Mer élégante.\n   Je ne sais, mon cher Georges, si tu as lu le livre que Jules Barbey\nd'Aurevilly a consacré à la mémoire de Brummel, le roi des dandys. Tu\ny aurais trouvé la philosophie de l'élégance, et quelque chose de plus\nencore. C'est une étude dont les linéaments sont insaisissables, et, lors­\nqu'on a fermé le livre, on a senti ce quelque chose, qui est le dandysme.\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "                                — 256 —\n\n   A mon sens, il n'y a pas deux élégances. Les grandes dames de\nVéronèse et les mondaines d'Alfred Stevens, — celles-ci avec une\npointe de cocotterie, — ont le même signe de race. Dans leur sens\ninfaillible de la toilette, elles ont compris que les grandes lignes sim­\nples, la courbe inviolée des formes constituent l'art de s'habiller ; elles\nont rejeté les bijoux, les nœuds, les falbalas, trouvant injurieux ces\nartifices.\n   Mais les petites filles de province, mais les jeunes mamans économes,\nles anglaises des plages, ont un diminutif d'élégance petite, un peu\nnaïve et d'un mauvais goût touchant. Elles viennent de quitter la pen­\nsion où leur coquetterie sanglotait dans la robe d'uniforme, et rentrées\nau foyer, vite ! elles se font percer les oreilles — première erreur ! —\nelles se rivent au poignet trois ou quatre bracelets en toc, au cou un\ncollier souvent compliqué d'une broche. Ce sont elles qui vont au bal\nen fiacre, qui replissent chaque hiver les volants de leur robe en tarlatane,\nqui ont peur de manquer de danseurs et qui se laissent embrasser sur\nla bouche dans un coin de boudoir. Fi donc ! que voilà de mauvais\nton!\n   Elles font du crochet et jouent des lieder. Elles rêvent de Faust et\nde Roméo ; elles ont des gants très longs — à dix boutons — qui coûtent\ntrès cher et qu'elles mettent le dimanche. Elles portent des robes roses.\nElles mangent goulûment plusieurs douzaines d'huîtres (d'Ostende) le\njour où leur petit mari les conduit au cabaret.\n   C'est d'un popote ! Madame de X*** en aurait des nausées et la\nla petite baronne de Z*** en ferait une maladie !\n   Ecoute-moi bien.\n   La femme du monde, la vraie, ne fait ni crochet ni dentelle ; elle ne\nfait rien.\n   Elle trouve Faust et Roméo d'un goût déplorable ; l'un de s'être\ndonné tant de peine pour une petite bourgeoise très sotte ; l'autre d'être\nmonté chez une femme par le balcon, au risque de déranger l'ordon­\nnance de sa toilette.\n   Elle est très musicienne, mais ne joue jamais ni lied, ni menuet, ni\nrien, et personne ne peut se vanter de l'avoir entendue.\n   Elle ne lit pas le livre qui a paru ce matin ; elle l'a lu.\n   Elle joue au lawn-tennis, en été, non à Ostende mais dans le jardin\nde sa villa, à Trouville.\n   Elle a horreur de l'Italie qu'elle a vue, raffole de l'Ecosse et de la\nNorwège qu'elle verra.\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2666, "texte": "                               — 257 —\n\n   Elle n'a jamais aimé\n   Tu le vois, mon cher compagnon, ta Mer élégante, comme ton Hiver\nmondain d'ailleurs, sont bien loin de tout cela, et j'en suis heureux pour\ntoi. Inconsciemment ou non, tu as chanté dans tes livres la femme de\nnotre monde, la femme qui sera nôtre, et à qui nous ne pourrons —\npauvres gâcheurs de style ! — offrir ni calèche ni rivière, mais que nous\naimerons sans qu'elle rougisse de notre tendresse.\n   Tu as aussi décrit, de ta plume d'ivoire trempée dans du parfum,\nl'élégante un peu bourgeoise, pas très riche, et bonne enfant. Tu as jeté\nhors cadre l'impassibilité — ce premier terme de l'équation mondaine —\net tu as bien fait. Tes petites femmes dans leurs toilettes claires ont la\nsensibilité que tu as toi-même ; tes poupées poudrederizées, et fagotées\net pomponnées n'ont pas peur de vivre et de palpiter. Toutes » sont ado­\nrablement mièvres « mais elles sont femmes aussi et parlent d'une voix\ndouce et chantent d'une voix tendre ; elles aiment, elles souffrent, elles\nsont toi ! Tout cela est bien rêvé et bien dit dans ton œuvre.\n   Un beau jour, la province te révolte; on ne s'enterre pas ainsi lorsque\nles autres, groupés, combattent dans cette Jeune Belgique, notre œuvre\ncommune. Tu n'hésites pas longtemps. Il n'est pas trop tard. La place\nne manque pas au Palais de Justice pour... attendre les clients futurs ;\nune malle, bien ! mes livres, ma robe vierge et ma toque immaculée,\nc'est cela ! mon flacon de white-rose, trois porte-plumes, les Cinq codes\net les Baisers de Dorat, la farde des lettres chères où dorment les boucles\nde leurs cheveux, et en avant !\n   Le soir même tu noctambulais avec nous aux Galeries Saint-Hubert,\net, attablés tard dans la nuit, nous écoutions, enveloppés dans la fumée\nde nos cigares, les Teintes fanées et les Fêtes galantes. Tu étais sauvé.\nDès lors ton volume fut fait, mon cher Georges ; les vers et les stro­\nphes se déroulèrent comme une banderolle lâchée dans l'espace, et tu\nnous lus tour à tour les Strophes Blondes, ton Idylle de Sopha, toute cette\nlégende sentimentale où la mièvrerie s'épand en couplets de dentelle et\nen rimes de moire !\n   Il est bien la continuation de la Mer élégante, ton nouveau livre,\nl'Hiver mondain, mais, comme elle, il est moins mondain qu'il n'en a\nl'air. Ah ! mon pauvre ami, nous serons toujours les mêmes, vois-tu !\ndes indiscrets et des bavards ! Pour le public, qui souvent se moque ou\nne comprend pas, nous nous ouvrons le cœur, et chacun de nos livres\nen est une parcelle que nous livrons aux bêtes. Pour toi, plus que pour\ntout autre, cette fatalité de confession transparaît dans ton œuvre. Tu\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "                                    — 258 —\n\nmets des rubans à tes mélancolies et t u revêts ta tristesse d'une robe\nP o m p a d o u r ; tes regrets se blottissent dans de fines dentelles, et ta\npeine intérieure se parfume de honey-dew !\n   Mais c'est encore la mélancolie, c'est toujours la tristesse, ce sont\néternellement les regrets de la chose attendue et qui ne se montre p a s .\nC'est la peine inéluctable des amours espérées et des amours enfuies :\n\n                    « On aime l'effacement doux\n                      D e s m â t s , sur la mer, et des voiles,\n                      Et si l'on s'attache aux étoiles\n                      C'est qu'elles sont si loin de nous ! »\n\n   Il y a d a n s l'Hiver mondain deux notes bien distinctes : celle, pensive\net intime, du Pélérinage d'amour — selon moi la meilleure pièce du\nvolume — et celle, mignarde et affêtée, des Fêtes galantes. T u les déve­\nlopperas toutes deux quelque jour.\n    T u reliras, charmé, les contes de Boufflers, de Crébillon, de Caylus\net d u marquis de Voisenon, le Neveu de Rameau, un des plus beaux livres\nqui soient, et Manon Lescaut et Restif, de la Bretonne ; tu t'arrêteras\na u L o u v r e , devant les œuvres, les œuvrines et les œuvrettes de W a t t e a u ,\nL a t o u r , Boucher, Greuze, F r a g o n a r d , Cochin, Lancret, Eisen, Moreau;\ntu écouteras, jouées au clavecin, les grêles musiques de Cimarose et de\nR a m e a u ; enveloppé d'une atmosphère parfumée de p o u d r e à la maré­\nchale, rappelé en arrière vers l'époque raffinée de P o m p a d o u r et\nDubarry, tu noteras dans de petits vers mignons, sucrés, aimable­\nment scandaleux, la mélodie que doivent chuchotter la nuit sur leurs\nconsoles en bois de roses, du fond de leur âme de biscuit tendre, les\np a s t e u r s et les bergères de Saxe !\n    T u diras aussi, de cette voix lente qu'on a devant les tombes, les\nmélancolies de nos existences d'artistes. T u diras nos dégoûts de la\nvie dans les L e t t r e s , où souvent nos espoirs s'éteignent et nos courages\nfléchissent. T u diras surtout nos désirs d e calme et de sérénité, notre\nbesoin de repos d a n s le travail, bercés par des tendresses nouvelles et\ndes joies apaisées. T u chanteras la vie lente et douce, la vie familiale,\nles gaîtés faciles, les riens qui font l'homme heureux au moment où,\ncrevé de dégoûts, lassé de plaisirs, gorgé d'inquiétudes et fatigué\nd'avoir mal et bêtement vécu, il n'a plus qu'un désir : Commencer à\nvivre !\n                                                             MAX   WALLER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 259, "page_fin": 261, "titre_corps": "Sonnets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "SONNETS", "ancre_fin": "GEORGES RODENBACH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE CŒUR DE TONY WANDEL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 286, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "SONNETS (1)\n                                SOIR      D'IDÉAL\n\n                                                                 A Léon Cladel.\n                     H ! je voudrais pouvoir vivre comme les forts,\n                    D e la foi d a n s mon Art me faisant une armure,\n                     Loin du monde, attendant que mon œuvre fût mûre,\n                     E t lui soufflant mon âme en d'incessants efforts.\n\n        D a n s ma chambre, le bruit de la verdure morte\n        P a r la fenêtre ouverte arriverait vers moi,\n        Si doux qu'il semblerait pour mon cœur en émoi\n        L e froufrou d'une robe au seuil noir de ma porte.\n\n        Car maintenant je songe, après les maux soufferts :\n        L e meilleur c'est encor de trouver un beau vers\n        Comme un diamant noir d a n s les flancs de son âme.\n\n        Je me dis que l'Orgueil console de la F e m m e ,\n        C e p e n d a n t que ma lampe, en ce calme profond,\n        A formé comme un grand clair de lune a u plafond!...\n\n\n\n\n                            FEMME         EN      DEUIL\n\n                                                            A Georges Eekhoud.\n           T r è s pâle, maladive et ses d e u x yeux creusés\n           Comme des t r o u s de nuit où se meurt une étoile,\n           E n grand deuil, et cachant sa langueur sous un voile,\n           Elle allait d a n s la neige avec des airs brisés.\n\n           E t la voyant passer je me disais : mon âme\n           E s t en grand deuil aussi dans le blanc de l'hiver,\n           Mais afin d'oublier t o u s d e u x le mal souffert\n           Il suffirait d'avoir l'amour de cette femme.\n\n\n    (1) Nous extrayons ces quatre sonnets du nouveau volume de SI. GEORGES KODENBACU\nLHiver Mondain, 1 vol. Bruxelles. Henry Kistemaaeckers. 2 dessins de Jan Van Becrs. 5.00.\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1295, "texte": "                    —   260   —\n\n\nCar rien qu'à nous presser les mains quelques moments,\nNous ferions une joie avec nos deux tourments !\nEt tandis que je songe, elle est loin disparue.\n\nDans le balancement mélancolique et las\nDe sa robe, on croirait, tout au bout de la rue,\nEntendre agoniser sa marche comme un glas.\n\n\n\n\n               SOIR     FAMILIAL\n\n                                  A ma chère sœur Marie.\nLes soirs d'hiver, la sœur fait un peu de musique\nEt l'on se ressouvient des adorables jours\nDe l'enfance, où la chère avait des jupons courts\nElle qui joue et chante un lied mélancolique.\n\nLe père écoute, un livre en main, dans un fauteuil;\nLa mère, en entendant dehors tousser la bise,\nS'approche du foyer où la braise agonise,\nEt le chat les regarde en ouvrant son grand œil.\n\nO soir familial! on songe avec reproche\nQu'on les aime trop peu, que quand ils seront morts,\nLes bons parents vieillis — on aura des remords.\n\nOn se dit que l'hiver de deuil peut-être est proche\nOù, triste, on n'aura plus que sa sœur seulement,\nQui chantera toujours le même air allemand.\n\n\n\n\n                 DU     MOZART\n\nHier, dans ton peignoir de soie et de malines,\nSur la terrasse en fleur du parc seigneurial,\nIl te vint ce charmant caprice vespéral\nD'agacer ma guitare avec tes mains câlines,\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 690, "texte": "                               — 26I —\n\n        Les yeux vers le couchant, tu chantais au hasard\n        Des vers presque oubliés, d'indistinctes paroles\n        Où des papillons fous mouraient sur des corolles,\n        Et le rythme était doux comme un air de Mozart !\n\n        Tout au loin, les corbeaux, en de longs vols funèbres,\n        Sur leurs aîles semblaient apporter des ténèbres,\n        Mais un blanc clair de lune alanguissait le soir.\n\n        Tu laissas l'instrument, par un désir bizarre,\n        Et tu m'improvisas très longtemps, dans le soir,\n        En prenant les rayons de lune pour guitare!\n\n                                              GEORGES RODENBACH.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 261, "page_fin": 266, "titre_corps": "Le Cœur de Tony Wandel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "George Eekhoud", "ancre_debut": "LE CŒUR DE TONY WANDEL", "ancre_fin": "GEORGE EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNETS ÉNIGMATIQUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 690, "fin_caractere_exclue": 1739, "texte": "LE CŒUR DE TONY WANDEL\n                                    I.\n\n            SI j'en crois les chroniques saturniennes publiées après la dis­\n            parition de notre planète, c'est vers l'an 2250 que la science\n            atteignit son apogée chez les hommes. On tenait l'antidote\n            contre le virus de la rage et les microbes du choléra, les\nrecherches opiniâtres des physiologistes aboutissaient ; l'anthropologie\nnouvelle distançait vertigineusement les découvertes antérieures ; dans\ndes manières de phalanstères placés sous l'invocation de l'initiateur\nCharles Darwin, les spécialistes activaient la sélection de la race\nhumaine, — lorsqu'un savant, peu renommé encore, dégagea victorieu­\nsement un des X les plus formidables de l'équation universelle.\n   C'était un chirurgien des Flandres, le docteur Van Kipekap, hardi\net persévérant comme tous ceux de son pays. Sans cesse interrogeant\nsur leurs causes les phénomènes de la vie, il crut longtemps possible,\navec Christophe Wren et Denis, de substituer, chez l'homme décrépit,\n"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "                               — 262 —\n\n\nà un sang vicié celui d'un enfant ou d'un adolescent. Il reprit en les\nétendant les expériences commencées par Brown Séquard aux siècles\nrévolus ; notamment il parcourait les pays où la peine de mort existait\nencore pour opérer sur les suppliciés. Les essais de ses prédécesseurs\nportaient sur des chiens, des lapins, tout au plus sur un bras humain\nfraîchement amputé : il fut le premier qui rendit à la vie des têtes\nd'hommes décapités.\n   Une de ces résurrections compta dans sa carrière d'anatomiste :\nSe trouvant au Japon et apprenant la décollation imminente d'un\nsoldat rebelle il obtint de se livrer sur la dépouille, après l'œu­\nvre du bourreau, à ses manipulations favorites. Comme d'habi ude\nil attendit que la tête enlevée eut perdu, peu à peu, la sensibilité, et\nlorsque les paupières furent fermées, les yeux ternes, les narines immo­\nbiles, il fit entrer, par une pompe, du sang rouge et clair privé de sa\nmatière coagulante, dans les artères du cerveau. Alors tous les\nseigneurs invités virent, graduellement, cette tête, inanimée auparavant,\nrevenir à la vie, se rouvrir les paupières, s'enfler la narine, le teint\n exsangue se raviver, les yeux s'illuminer. L'injection continuant, la\n bouche grimaça, les dents crissèrent, les regards roulèrent douloureux,\ndes larmes perlèrent. Puis, quelqu'un ayant appelé l'assassin de son\nnom, les prunelles allèrent lentement du côté d'où venait l'appel et la\n voix effroyablement faible du condamné demanda : « Que me voulez-\nvous ? » En ce moment une panique s'empara de l'assistance haletante\n et pétrifiée; tous gagnèrent les portes; l'aide de l'expérimentateur\n même abandonna la partie. Ils culbutèrent l'appareil, la pompe, les\n récipients et jusqu'à la tête qui roula, bondissante et hurlante, sur le\n parquet cherchant\" à happer les jambes des fuyards empêtrés dans leurs\n harnachements de gala.\n    Après cette scène, le docteur demeura trois mois sans poursuivre ses\n explorations.\n    Il les reprit, les étendit, cuirassant ses nerfs à l'épreuve de toute\n surprise, mais elles ne parvenaient plus à le satisfaire. Les phénomènes\n de résurrection ne duraient qu'aussi longtemps qu'on continuait d'intro­\n duire le sang au moyen du procédé artificiel et mécanique.\n    Il essaya de rappeler à la vie des individus morts de maladie et\n rencontra des obstacles plus considérables encore. Souvent le fluide\n nouveau conduit dans le cadavre ne suffisait plus pour le galvaniser.\n  Le docteur attribua cet échec à l'usure ou à la contamination des\n  organes. Il importait que la chair coulante, le suc régénérateur trouvât\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2760, "texte": "                                 — 263 —\n\ndes canaux et des réservoirs dignes de lui. Le problème reviendrait à\nrenouveler les parties essentielles du corps. Mais lesquelles? Les rem­\nplacer toutes eût été chimérique.\n   Van Kipekap n'hésita plus longtemps. L'impulsion donnée au sang\npartant du cœur c'est à ce viscère que s'arrêta le docteur. Une consi­\ndération plus sérieuse encore dictait son choix. Comme Aristote et\nFicinus, il plaçait l'âme dans le cœur à l'encontre de Platon et de\nDescartes qui la logeaient dans le cerveau. Le cœur représentait non\nseulement à ses yeux l'origine et le moteur de la circulation, mais bien\nle principe et la source même de la vie. Par la substitution d'un cœur\nsain à un cœur épuisé il rajeunirait les vieillards, guérirait les malades,\nréaliserait cette fabuleuse fontaine de Jouvence que ses prédécesseurs et\nlui-même attendaient de la simple transfusion du sang. Dans cette foi\nil se remit à ses exercices de vivisection afin de s'entretenir la main,\nd'acquérir l'habileté et la prrmptitude indispensables. L'extraction du\ncœur comportait d'abord une large incision pratiquée dans la poitrine,\nprès de la sixième vraie côte ; ensuite une première section pour séparer\nles veines caves supérieure et inférieure de l'oreillette droite, un second\ncoup de scalpel pour détacher le cœur de l'artère pulmonaire, un\ntroisième pour disjoindre les veines pulmonaires et l'oreillette gauche,\nenfin un dernier tour de main pour trancher l'artère aorte. Si l'on songe\nqu'il fallait pratiquer cette extraction sur deux individus, fixer le cœur\nsain à la place de l'organe contaminé, raccorder par des ligatures les\ntronçons de veines et d'artères aux embranchements correspondants\ndans la poitrine de l'individu à calfater, recoudre le péricarte et les chairs\ndu thorax, on comprendra les dépècements innombrables auxquels se\nlivra Van Kipekap, dans le mystère et la retraite, sur toutes les bêtes de\nla création, avant d'expérimenter sur ses semblables. Enfin il crut son\n » entrainement » suffisant et n'attendit plus que l'occasion d'affronter\nl'épreuve décisive. Elle se présenta :\n   A l'hôpital de N., sur l'Escaut, où le docteur Van Kipekap avait sa\nclinique, il avisa un jour deux voisins de lit, un vieux grabataire et un\njeune blessé. Tous deux agonisaient, avec cette différence que le\npremier succombait à la maladie, à la sénilité et que l'autre, bâti pour\nvivre de longs jours, périssait accidentellement. Le novateur tenait sa\ndémonstration. Ayant convoqué solennellement les plus illustres des\ndocteurs, ses internes, et les grands de Flandre, il chloroforma les deux\npatients, exécuta point par point le petit programme répété si souvent\nsur d'innocents chiens de rue et de sympathiques lapins, parvint effec-\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "                                 — 264 —\n\ntivement à substituer le viscère bien vivant et intact de l'adulte à la\npatraque détériorée du septuagénaire. Le blessé expirait, tandis qu'après\nun sommeil réparateur l'invalide se réveillait, complètement transfi­\nguré, gaillard, dispos, rajeuni de quarante ans. Des confrères de Van\nKipekap les uns crièrent au miracle, à l'exception ; les autres à la super­\ncherie, au compérage. Tous le mirent au défi de renouveler cette miri­\nfique expérience. Van Kipekap ne demandait pas mieux, il réussit\nderechef; il opéra itérativement avec la même facilité. Alors les envieux\ns'inclinèrent. En attendant, la nouvelle de ce prodige se répandait,\nfulgurante et retentissante, aux quatre coins du monde. L'humanité\nentière exalta ce Flamand qui la dotait d'une presque immortalité. A la\nvérité la trouvaille n'intéressait que les gens assez fortunés pour se payer\nce regain de jeunesse. Ceux-là changeraient de cœur comme de pelure\net de maîtresse. Par l'introduction d'un cœur nouveau dans l'économie\nles autres rouages de l'horloge humaine se radoubaient.\n   Il devint fort difficile de se procurer les viscères de rechange, car il ne\nse trouvait pas tous les jours, à point nommé, un maraud bien consti­\ntué que le sort livrât à une mort tragique, et qui, déclaré perdu, con­\nsentit à se séparer de son cœur irréprochable au profit du millionnaire\nhypothéqué par la vieillesse et les excès. En temps normal on ne s'ap­\nprovisionnait de cet estimable article que dans la catégorie des héros\nde faits-divers : les maçons qui dégringolent des échafaudages, les\nhouilleurs surpris par une déflagration de mofette, les voyageurs broyés\ndans un coup de tampon, les mômes écrasés par une voiture, les victi­\nmes des escarpes et aussi les mêmes escarpes à l'heure de l'expiation.\nLe cœur représentait l'article de luxe par excellence, le monopole des\nCrésus. Les prix montaient en raison de la jeunesse et de la vigueur du\nsujet. La spéculation s'en mêla ; le cœur humain fut coté à la Bourse\ncomme toutes autres valeurs. Malgré les sommes inouies auxquelles\nrevenait cet engin, l'offre restait invariablement en dessous de la\ndemande.\n   La guerre seule provoquait une baisse. C'était l'unique occasion de\nraccommodage offerte aux marmiteux des classes moyennes. Aussi, assis­\ntait-on alors au plus extraordinaire des spectacles. Cacochymes et incu­\nrables se faisaient charrier à la suite des corps d'armée, haletant après\nles lendemains de boucheries, attendant leur longévité de la suppression\nviolente de milliers de valides et de crânes. Sur les échiquiers sanglants\ndes hommes noirs cravatés de blanc, les chirurgiens et les notaires de\nces messieurs, trimbalés dans des litières, se penchaient armés de leurs\n"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "                                — 265 —\n\ntrousses et de leurs écritoires au-dessus des jeunes recrues et des cons­\ncrits blessés à mort. A ceux de ces blonds éphèbes qui râlaient déjà,\nles vampires ne demandaient même plus le consentement signé ou pro­\nnoncé devant témoins. Le chirurgien se passait du ministère de l'homme\nde loi et trouait et charcutait en toute diligence le soldat expirant. Ils\nallaient ainsi, d'un corps à l'autre, préludant aux mutilations des grolles\net des vautours.\n    Fatalement des abus se produisirent et la justice s'arma de lois\nnouvelles. En temps de paix maint industriel sans vergogne ne recula\npas devant le crime pour s'approprier le trésor que la politique tardait\nà lui livrer. Les assassins suppléèrent les conquérants. Les tribunaux\ninstruisirent d'abominables affaires de rapts et de tueries d'enfants.\n    Ainsi, la découverte du docteur Van Kipekap ne profita qu'à l'infime\nminorité des humains et aggrava le sort du peuple en exposant sa\nrobustesse et son sang même aux convoitises féroces des grands. Et\nl'ilotisme subsista sous des formes aussi variées que dans le passé :\ngraines de bagne, larve d'hôpital, gibier de potence, chair à canon,\nchair à plaisir, chair à scalpel.\n\n\n                                     II\n\n   En ces temps-là le D r Van Kipekap de V... sur l'Escaut avait pour\nconcitoyen un pauvre diable de paveur nommé Tony Wandel. C'était\nune âme simple et chrétienne dans un corps digne des siècles homéri­\nques. Uni à une blonde pauvresse, son équivalent par la résignation et\nbelle à l'égal des légendaires bourgeoises d'Anvers et de Bruges, père\nde trois petiots joufflus comme des aquilons rubéniens, il peinait ferme\ndurant les six jours, sa hie ou sa maillote retombant en cadence, sans\ncesse, sur les cadettes à paver. Il ne connaissait d'autres chômages que\nceux de commande ; il aurait cru voler les quatre candides créatures\ncomposant son paradis sur terre en distrayant seulement, au profit de\nl'ivresse, un quart d'heure du jour ouvrable et un sou de son salaire.\nTony Wandel n'éprouvait ni envie, ni rancœur en comparant son sort à\ncelui des patriciens de N... Il prenait le temps comme Dieu l'envoyait,\ns'estimant sans rival tant qu'il pourrait nourrir, loger et vêtir les siens.\nLes dimanches d'été et aux fériés, après vêpres, l'humble maisonnée se\npromenait amoureusement le long du fleuve. Ils humaient les brises\nsalines, les fragrances des foins fauchés en contrebas des digues, et\naussi les odeurs iodées des varechs et la fleur avifiante des goudrons.\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "                                 — 266 —\n\nLeurs yeux suivaient le vol d'une voile blanche sur la nappe verdâtre\ndes flots ou la tirebouchonnante fumée d'un paquebot. Moins contem­\nplatifs, les enfants dévalaient des talus, cueillaient des brassées\nde fleurs gourmandes, tandis que des bestiaux vautrés et des che­\nvaux farouches les saluaient d'un hennissement ou d'une lamenta­\ntion. Vers le soir, après la marche bienfaisante, ils se blottissaient sous\nla tonnelle d'un cabaret de barrière, tenu en vibration par l'orgue et la\ndanse, et se partageaient une waterzoei,cette bouillabaisse des Flandres,\net des tartines au fromage blanc relevé d'ail, le tout accompagné d'une\ndélectable uitzet, la bière des bières. Ils rentraient à la nuit fermée, sym­\npathiquement taciturnes, les parents portant sur leurs bras les deux\nderniers nés.\n   Ainsi ils labouraient leur vie, coulaient des semaines grises et mono­\ntones comme un ciel d'averses que les dimanches traversaient d'arc-en-\nciel. Mais cette humble félicité de paria s'éclipsa. Un jour la ménagère\nattendit plus longtemps que d'habitude le paveur à l'heure de la soupe.\nInquiète elle courut au chantier. Elle y apprit des camarades d'équipe de\nson homme, que celui-ci, secourable à son ordinaire, en donnant un coup\nde main pour dégager un camion, avait été renversé au moment où le\ncheval, fouaillé par le conducteur impatient, tirait du collier et réussis­\nsait à ébranler le lourd véhicule dont une roue passa sur les jambes du\npaveur. Elle trouverait le blessé à l'hôpital et, ajoutèrent les com­\npagnons en hochant la tête, peut-être — avec deux membres de moins.\n\n  (A suivre).                                         GEORGE EEKHOUD.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 266, "page_fin": 268, "titre_corps": "Sonnets énigmatiques", "titre_sommaire": "Sonnets", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "SONNETS ÉNIGMATIQUES", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 293, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 1710, "fin_caractere_exclue": 2034, "texte": "SONNETS ÉNIGMATIQUES\n\n                         SENTIMENTALISME\n                JAMAIS je n'ai pu croire aux larmes des artistes,\n                 Quand ils pleurent la Femme et le goût des baisers :\n                 Aux douceurs du mensonge ils se sont abusés;\n                 Les plus sentimentals sont les plus égoïstes.\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1382, "texte": "                         — 267 —\n\nSi parfois leurs esprits, comme les parodistes,\nS'éprennent du paillon qui les a déguisés,\nC'est afin de mirer leurs traits adonisés\nDans les miroirs de l'âme, hypocrites et tristes.\n\nEt quand je vous entends, ô violons maudits !\nCommuniquer la soif des mauvais Paradis\nA la race crédule et simple qui vous aime,\n\nJe refrêne un désir de briser l'instrument,\nEt de crier soudain : » Détournez-vous, il ment :\nCe n'est qu'un Amati qui s'écoute lui-même. »\n\n\n\n                L E S NOCES DE CANA\n\nEn ces temps abolis ou l'Ephèbe attristé,\nL'élu de Magdeleine et des femmes bibliques,\nA travers la splendeur des soirs évangéliques,\nTraînait comme un manteau sa vaste charité,\n\nDistribuant à tous sa riche humanité,\nParfois il s'asseyait aux noces faméliques,\nEt leur épanchait l'eau des fontaines publiques\nChangée en un vin pur empli d'éternité.\n\nAinsi dans vos repas, petits rimeurs avares,\nPâles buveurs d'eau claire, ennemis des vins rares,\nOù dans sa robe rouge habite un dieu vermeil,\n\nJe vous présenterai de ma main despotique\nUne liqueur si. fière en sa pourpre mystique,\nQue vous semblerez boire un coucher de soleil!\n\n\n\n                       INQUISITION\n\nJ'interroge votre âme, ô vous tous, fiers esprits !\nDes batailles de l'Art généreuse milice,\nVous qui portez en vous votre propre supplice,\nEt qui, sauf de vos pairs, végétez incompris.\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1278, "texte": "                         — 268 —\n\nEt sur l'un d'entre vous si je m'était mépris,\nSi l'un de vous osait brocanter le calice,\nPour s'entendre acclamer par la foule complice,\nIl me révélerait les charmes du mépris.\n\nAvec une infernale et douce patience,\nJe le suivrais partout comme une conscience,\nPour l'asperger du sang héroïque des dieux.\n\nEt toujours, au milieu de son arithmétique,\nIl sentirait braqué sur sa face hérétique,\nLe rire dédaigneux et calme de mes yeux !\n\n\n\n\n                      L E SPHINX\n\n     Les hommes ont raison: pour eux je suis fermé,\n     Et pour eux rien d'humain ne pleure en ma pensée;\n     Ma peine est au silence éternel fiancée:\n     Ils ne connaîtront pas les êtres que j'aimai.\n\n     Et quand j'avoûrais tout, quand j'aurais diffamé\n     Le mystère où ma vie altière est dépensée,\n     Quand je dévoilerais ma chimère offensée,\n     Leurs yeux s'aveugleraient à son vol enflammé.\n\n     Eloignez-vous de moi: je suis plein de vertiges:\n     Mon rêve est un abîme où tournent les prestiges,\n     Où la lune blanchit des ossements rongés.\n\n     Je suis un des derniers de la race divine,\n     Et, comme les grands Sphinx dans l'énigme allongés\n     Mon âme engloutira celui qui la devine!\n\n                                           ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 269, "page_fin": 275, "titre_corps": "Croquis funèbres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "CROQUIS FUNÈBRES", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE LÉVRIER", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 296, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "CROQUIS FUNÈBRES\n\n                                     X\n\n                             FIANÇAILLES\n\n            DES nuées de patineurs, les courroies en sautoir, l'acier battant\n             les reins, s'abattaient sur le bois, par troupes, comme'des\n             hordes à l'assaut, taillaient dans la forêt sèche, leur route,\nà travers les petits chemins, s'espaçaient, se disloquaient, s'effilaient au\nrétrécissement des sentiers; quatre, trois, deux de front se hâtaient à\npetits pas serrés, tout rentrés en eux-mêmes, les mains dans les poches,\nle collet remonté, le nez violacé, les yeux larmoyants et sans rien dire»\n une buée d'haleine devant leur bouche entr'ouverte; puis, un seul, à la\npointe, les distançait à courir, avec, sur ses talons, le reste de la bande\nqui semait des traînards. Denière le treillis noir des massifs, dans la\nneige des grandes allées, des équipages voilés de sueur blanche\nsemblaient piétiner de l'ouate, rouler clans de la mousse.\n    Au débouché des chemins, éclatait le paysage aveuglant du lac, noir\nsur blanc, giroyant comme un immense moulin d'ombre et de lumière\navec un grincement de meule intense où fusait par boutades le glisse­\n ment de soie d'un trait vertigineux. — Une fourmilière, une mêlée de\n corps, un grouillement d'où partaient des cris, des chants, des rires, des\n appels, du bruit, des bouffées de joie, une expansion de vie suractivée\n par le plein air vivace qui fouette au sang libre la sensation de sa\n liberté. L'île au pied gelé, fagottée d'arbres secs comme une vieille\n boudant à l'hiver, avait l'air lugubre de regarder cela, dans le jour bleu\n froid d'un ciel pur et d'un soleil pâle, levé comme une hostie jaune dans\n le brouillard du matin.\n    Une jeune fille blonde et un jeune homme arrivaient au bord du lac ;\n ils précédaient un groupe plus nombreux. L'un contre l'autre, ils\n s'arrêtèrent, les yeux grands ouverts, un peu saisis par cette poussière\n de clarté soulevée jusqu'à eux dans un murmure.\n    — C'est joli, là-bas, dit-elle, en montrant à droite où le soleil brisait\n                                                                      20\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "                                — 270 —\n\n en lumière stridente une gerbe de rayons qui rejaillissaient de la glace\n en tronçons de feu.\n   Ils s'interrogeaient en souriant.\n   Il lui dit : Veux-tu ?\n   Elle répondit par un Oui très long.\n   Elle s'était assise. A genoux devant elle, il lui bouclait un patin. Ils\nétaient seuls, dans une déchirure de la terre, derrière un buisson mort.\n   — Sais-tu qu'il est mignon, ce petit pied?\n   L'accent convaincu dont il parlait la fit sourire, mais elle redevint\nsérieuse et faisant une moue de dédain :\n   — Monsieur Léo, je n'aime pas les compliments.\n   — Oh ! ma petite Laurette !...\n   — Chut!\n   — J'ai envie de t'embrasser !\n   — Veux-tu bien !\n   — Faut-il le dire plus haut ? Je vais monter aux arbres pour crier de\nlà que je t'adore !\n   — Allons bavard, est-ce tout ?\n   — Encore deux boucles.\n   — Dieu ! les hommes, quels lambins !\n   — Et quand ce sera fini, nous recommencerons, ajouta Léo, très\nsérieusement. On est bien ici !\n   — Oh ! Oh ! vois donc ce gros qui cherche son équilibre à tâtons !\n   — Ma petite Laure, si tu bouges comme cela...\n   — Boum ! ça y est, les quatre fers en l'air; mais regarde-le donc !\n   Des éclats de rire partaient de la glace...\n   — Je le vois, dit Léo, sans se retourner.\n   — Alors, viens le ramasser ; c'est fait, n'est-ce pas ? Mais tiens-moi\nbien ici, parce qu'il y a du roulis.\n   Un patineur fendait la masse d'un train d'éclair : Laure et Léo filant,\nd'une envolée, droit sur lui, faisaient le tour de l'île, buvaient de l'air\nà plein souffle, et revenaient déjà grisés de cette première gorgée de\nlarge.\n   Ils repartaient alors, plus mollement, plus longuement, allant au ha­\nsard, en travers, en oblique, en zigzag, en spirale, au plaisir de manger,\nd'absorber de l'espace ; s'amusaient à retracer deux grands L enlacés\ndans une pointe de glace, qui mordait, à l'écart, une baie dans la berge,\net, vers le soir surtout, s'abandonnaient à tourner, à pirouetter, valser,\nà bercer leur amour, l'un à l'autre penchés, un souffle froid dans leurs\n"}, {"page_pdf": 298, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "                                 — 271 —\n\n\n yeux mi-clos, riant de tous et d'eux-mêmes pour le bonheur de rire, ils\n remontaient, battus, fatigués, haletants, le teint vif. Laure avait les\n joues fraîches, les yeux brillants; ses cheveux fins voletaient en cendre\n blonde au vent. Elle soufflait dans ses doigts raidis.\n    — Hou ! que ça pince !\n    — Donne ! Et Léo cachait dans ses mains les menottes endolories,\n les réchauffait d'une longue étreinte.\n    Le soleil tombait, estompait de gris le ciel, les hauts arbres, le bois.\n    — As-tu bon maintenant ?\n    — Oui.\n    — Alors, viens vite..., il est tard, disait Léo.\n    — Laure ! Laure ! criait-on.\n    — Oh ! mère, encore, un tour, le dernier !\n    Laure, bien sûre qu'on ne la rattraperait pas, avait jeté ça de loin,\n d'un son de voix perdu dans la pénombre où ils entraient; la mère, qui\n s'était avancée, ne distingua plus rien d'eux; leurs silhouettes effacées\n dans le monde s'étaient envolées, d'un trait, sans un regard en arrière,\n ayant dans le dos ce petit frisson des échappés qui sentent la poursuite,\n et devant, la tentation du vide, de l'isolement, de la nuit.\n    — Plus vite ! criait Laure, plus vite ! et Léo la tenait étroitement,\nemporté lui-même à cette course folle qui tournait au vertige, au délire,\n à la rage d'envelopper dans l'exaltation de vigueur du dernier coup de\npatin, tout ce qu'ils pouvaient avoir d'air, de liberté....\n    Du brouillard descendait dans la ramée, bouchait, au loin, les grandes\nroutes ; les sentiers devenaient obscurs.\n    De l'ombre et du froid, de plus en plus, s'abaissaient, enveloppaient\nles têtes, les épaules, les torses, brouillaient les visages de cette foule\ntrouée, déchirée, éparpillée peu à peu, dont la couleur, le bruit, le\nmouvement s'apaisaient sous la nuit. Des couples passaient encore,\nserrés, grelottants, qui parlaient à mi-voix dans l'allentissement de leur\nallure, en poursuivant une étincelle mourante, aux lames de leurs patins,\nsur la glace plus blanche — et la procession noire d'une file ininter­\nrompue remontait par les pelouses, s'enfonçait dans le bois...\n   Mais un mouvement singulier là-bas, quelque chose d'étrange se\npassa; le défilé cessait, il y eut un arrêt, puis un reflux; un repeuplement\ndu lac par cette foule qui se mit à rouler, dégringoler, confluer, de\npartout vers l'île — des gens couraient, sans voir autour d'eux, avec le\nregard fixe qui se concentre au point d'une catastrophe. Un homme, à\nleur rencontre, leur cria : — » La glace brisée ; il y en a trois dedans !\n"}, {"page_pdf": 299, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "                                 — 2/2    —\n\n\n    L a nuit s'étalait brusquement à la terre.\n    D a n s le temps d'un regard à tout ce qui s'éteignait, elle devint\nprofonde — une belle nuit, calme, épanouie, au clair de lune, sur ce qui\nrepose. L e bois endormi sous une tramée laiteuse épandue du ciel bleu\nd'argent. L e lac, comme u n champ de neige, désert et reculant, à\nl'infini, ses rives ...\n   D a n s cette diaphane, immatérielle pâleur d'un sommeil de rêve,\nune tache — un coin de veille et de besogne louche — l'échancrure\nsinistre de la baie de L a u r e et Léo, effondrée sous eux. — Un baquet\nflottant — trois hommes silencieux penchés par-dessus bord — leurs\nbras maniant des perches — le choc sourd des gaffes — un bruit d'eau\nremuée.... Autour, le noir impénétrable de profondeurs liquides où\ntrempent des torchons de flammes rouges, parmi des débris de glaçons.\nU n groupe se tasse à distance. On y distingue des visages livides\nteintés de lueurs pourpres, élancées des falots, et dont la clarté v a\nmourir dans le bleuté des futaies...\n   Quelques paroles basses, lentes, sans geste, des sons de voix mornes\neffleurent les ténèbres...\n   Enfin, vers neuf heures, une poussée de la cohue qui s'ouvre, se dé­\nbande, se rue à la poursuite d'un objet qu'on ne voit pas...\n   Une civière traverse le bois; ses porteurs vont vite, comme s'ils por­\ntaient quelque chose de honteux.\n\n  Il neige. L e ciel est blanc, la terre est blanche. Un char empanaché,\ntout un cortège en deuil écrasent une flaque noire au milieu de cette\nblancheur.\n   Dans la chambre ardente où des cierges jaunes versent un demi-jour,\nL a u r e et Léo reposent, sous un même drap noir qui rase le sol et s o u s\nun amoncellement de fleurs. Une foule pressée emplit la maison.\n   T o u s les visages sont graves, tristes. On chuchote, un m u r m u r e se\nrépand, puis un silence... où l'on n'entend que des craquements de cer­\ncueils, des sanglots étouffés...\n   L e char s'ébranle, on le suit. Dans cette torpeur qui pèse sur toutes\nchoses, les heurts d'un bourdon funèbre tombent...\n   L e cortège avance, lentement\n"}, {"page_pdf": 300, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "                                 — 273 —\n\n                                      XI\n                       LE JOUR DES            MORTS\n   Un corps de vierge svelte, élancé d'un seul jet, suivant l'envolée\nsuperbe de la ligne antique. — Une ligne ferme, recte à force de sou­\nplesse, dont les points roulent et s'équilibrent en courbes si parfaites,\nqu'ils semblent onduler comme des atomes fluides, pour maintenir à la\nstature des formes leur harmonie.\n   Espagnole, de nom — un nom plein voyelle, doucement sonore, dont\nla sonorité se rythme à la retombée molle des syllabes — elle porte de\nC3tte race d'aristocrates la grâce et la fierté hautaines, les chaudes effluves\net le sang violent, sous la délicate nervure des fleurs blanches du Nord.\n   C'était, naguère, une enfant, une petite, dont les petons légers jouaient\nau sol, en des sautillements de gamine. Déjà sa jolie tête avait des\nredressements mâles, des révoltes qui faisaient bondir, cingler l'air et\nbattre les épaules, ses crins noirs en torsades ; alors, reposée, calme,\nmélancolique, elle contemplait, à pic, sous le ciel bleu, les maisons\nblanches injectées de soleil, elle penchait son visage, y amenait sa che­\nvelure soyeuse, s'en câlinait le cou comme d'un duvet d'oiseau, écoutait,\nau dehors, quelque orgue d'Italiens dérouler en lumineux harpèges la\nvolupté qu'elle devinait en elle et, le suivant des yeux, dans le\ndiminuendo des lointains pâlissants où la campagne commence, contre\nles tertres jaunes échevelés de verdure, elle regardait, au poing de\nl'homme, la manivelle tourner, tourner en vain, comme tournerait, sans\nparler, la langue d'un muet.\n   Le deuil qui drape son corps de jeune fille le rend grave, presque\nrigide. Son crêpe amassé, d'une main, sur la tempe, au long de l'épaule\nrépandu, encadre des tons mats dont tout le sang flambe aux yeux. —\nEt ce sont des yeux noirs, dilatés, énormes, qui mangent le visage comme\ndeux taches d'orbites, deux braises, deux glaçons ardents, ouvrant\nà fleur du masque l'âme de cette nature : coup de passion du Midi dans\nl'enveloppe dure et froide d'une septentrionale ; des yeux intenses où\nfulgure, à travers les cils, au moindre battement de paupières un\nentrechoc d'éclairs comme un glissement de feux, au pivotement d'une\nlame d'acier dans la lumière et dont le lancement blesse, dont le jet\nfoudroie, dont le rayonnement insoutenable, ainsi que l'éblouissement\nd'une fournaise à blanc, mord, entame, aveugle.\n  Elle prie, et son regard de croyante aux lumières éternelles, cherche,\nau ciel, un soleil qui brûle pour les morts.\n"}, {"page_pdf": 301, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "                                — 274 —\n\n                                   XII\n\n                        PARC AUX MORTS\n\n   Il est très tôt — désert le parc aux morts. Pas un bruit, pas un\nsouffle. Un peu de soleil pâle, aux tombes, monte, doux et clair comme\npar un lever de printemps, et l'on croirait entendre, dans un murmure\nd'éveil, des oisillons chanter. Mais les arbres sont secs ; leurs brindilles\nnoires entrelacées filigranent le ciel comme des mailles. Un trot d'en­\nfants sur la terre dure — des paroles dites au loin, un entremêlement\nde voix, puis, parmi les monuments, plus proche, une jambe, un\nchapeau, des bouts de vêtements qui s'arrêtent, hésitent, passent,\nreviennent encore...\n   — Max par ici! Pas si vite, les enfants !\n   C'est une voix de femme. Le trot cesse ; apparaissent trois bambins\nde front, le nez rouge, les mains emmitoufflées.\n   En avant, la fillette grave ainsi qu'une personne à qui l'on doit le\nrespect porte religieusement, comme une tarte, un paquet ficelé. Elle\ninspecte tout un rang de tombes au mur, retourne aux premières,\nbalance entre deux d'elles, s'approche, lit...\n   — Mère, c'est ici, dis ?\n   — Oui, ma Jane.\n   Ici est, au bout d'un petit chemin bordé de fleurettes, une maison­\nnette de terre, à moyenne taille d'homme et large pour deux.\n   Un autel catholique est au fond qu'embuissonne un assaut désordonné\nde plantes chaudes : l'inextricable fouillis d'une mignonne forêt vierge ;\net, se balancent aux émanations de cette flore équatoriale des étalages\ncliquotants d'horribles disques plats, de ces galettes de faïence pâle ou\nnoire, imprimées d'une dédicace qui font ressembler la maisonnette\ntombale à quelque échoppe de plaques funéraires dans une exposition\nhorticole en miniature.\n   — Mère, c'est là qu'il est ton frère? exclame Max, comme il est petit!\n   Jane a ouvert la porte dont glisse une carte d'adresse enrainée dans\nl'encadrement du verre : J. B. César, jardinier horticulteur. Elle déballe sa\ncouronne, et comme une grande, sa jeune initiative met de l'ordre à la\ntombe, arrange, remarque, prévoit, propose même à sa mère. On\ndirait d'elles un ménage de propriétaires dans l'intimité du jardinage,\ncausant des travaux d'hiver sur leur coin de terre pour rire, en pleine\nterre de campagne,\n"}, {"page_pdf": 302, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 879, "texte": "                                — 275 —\n\n    — D'abord, faire nettoyer les anges de plâtre. Voir chez Marie\n quelques verdures nouvelles pour remplacer celles-ci qui jaunissent. On\n les a mal soignées — surtout, ne pas oublier de demander des boutures\nà l'oncle Jean — ici, des chrysanthèmes, n'est-ce pas?\n    — Mère, si l'on époussetait le velours du prie-Dieu ?\n    — Attends, j'ai la petite brosse.\n    — Mère, mère !\n   — Max laisse-nous. As-tu la ficelle, Jane?\n   — Mère, regarde-moi. Mère, mère, mère ! vocifère Max; à cheval, les\njambes ballant sur les bras d'une croix dont la tête lui vient au menton, il\nfouaille d'une branche d'arbuste effeuillée la pierre et, simulant les\nsecousses à retombée molle d'un galop, pousse, à tout souffle de ses\npetits poumons, des hue! hue!...\n                                                   HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 275, "page_fin": 275, "titre_corps": "Le Lévrier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "LE LÉVRIER", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 302, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 879, "fin_caractere_exclue": 1795, "texte": "LE LÉVRIER\n                                                     A Georges Picard.\n\n                LE lévrier d'Ecosse aux poils fauves, très longs,\n                 Accompagne au jardin matinal sa maîtresse.\n                 Sous le frisson léger du doigt qui le caresse,\n       Des rêves de baisers pleurent dans ses yeux blonds.\n\n       Le soir, sur les tapis orgueilleux des salons,\n       Allongeant sa pensive et hautaine paresse,\n       Sous les pieds de sa reine il pâme de tendresse\n       Et râle de plaisir en léchant ses talons.\n\n       Et, le regard peuplé de captives pensées,\n       Dans l'horreur d'un silence invincible enfoncées,\n       Il se meurt lentement du secret de son mal.\n\n       Ainsi, dans leurs amours étranges, les poètes\n       Épris d'un impossible et sublime idéal\n       Expirent, le cœur plein de paroles muettes.\n                                                      IWAN GILKIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 276, "page_fin": 278, "titre_corps": "Intimités", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Guillemot", "ancre_debut": "INTIMITÉS", "ancre_fin": "MAURICE GUILLEMOT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHINOISERIES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 303, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2327, "texte": "INTIMITÉS\n\n           LENTEMENT, sans trop conscience du chemin suivi, la\n             conversation intime murmurée à l'oreille égarant nos pas,\n             nous arrivâmes par le bord de l'eau jusqu'à la terrasse\ndes Tuileries; bien que l'air vif qui ridait la surface de la Seine et\nles branches dépouillées des arbres déchiquetant le ciel de leurs\nsquelettes maigres annonçassent l'hiver, le soleil dardait des rayons\nbrûlants sous la chaleur desquels nous nous pelotonnions, frileux,\nelle tendrement appuyée à mon bras et se serrant contre moi; des\nnuages d'une jolie teinte orangée couraient vite à l'horizon clair\nau-dessus des tourelles du Trocadéro aperçues dans l'éloignement,\net la masse des toits de Paris flambait étincelante dans la limpidité\nde l'atmosphère; sur les rebords de pierre du quai, des oiseaux\nvoletaient heureux, mettant dans le calme de cette heure matinale\nleurs fusées brusques et leurs petits airs moqueurs de pierrots\nparisiens.\n   La terrasse des Tuileries était presque déserte, et dans la perspective\nde l'allée, tout là-bas, au bout, du côté de la place de la Concorde,\napparaissait, silhouetté massivement, un lion de pierre sur son socle;\nnous nous assîmes sur un banc à peine sec où, la rosée de la nuit se\nvoyait encore, et là, tous deux, à côté l'un de l'autre, les mains unies,\nles souffles confondus, nous sommes restés longtemps, seuls proprié­\ntaires de ce coin de jardin surplombant les quais où passaient en\nbeuglant les tramways de Saint-Cloud ; à travers les pilastres qui\ncouronnent le mur de la terrasse, nous apercevions les gens de l'im­\npériale, des petits employés venant de loin et lisant leur journal d'un sou.\nDerrière nous, le jardin s'étendait avec ses massifs d'arbres tâchés çà et\nlà par la blancheur des statues ou les animaux de bronze de Barye aux\nsaillies desquels le soleil accrochait des étincelles lumineuse à travers\nles branches : sur le bassin dont la nappe sourcillait aux caresses\ndu zéphir matinal, des cygnes voguaient calmes et superbes, les ondu­\nlations de leur col aux courbes gracieuses apportant une animation de\nvie ambiante dans cette tranquillité et dans cette solitude ; quelques\nvoitures passaient dans la rue des Tuileries qu'on devinait aux éclairs\nde leurs roues et au remuement de leurs attelages, et puis, tout-\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2746, "texte": "                                — 277 —\n\nà fait de l'autre côté, par delà toute la largeur du jardin, la rue\nde Rivoli, bruissait tumultueuse, déjà pleine de circulation.\n   Dans la douce tiédeur de ce repos au soleil sur ce banc isolé, nous\nlaissions notre pensée errer au pays des songes, et nous rêvions loin du\nmonde, d'une maisonnette enfouie sous la verdure, au fond d'un bois,\noù nous serions bien seuls à deux, toujours l'un avec l'autre, d'un\nréduit tout intime où nous serions cachés sans le vouloir, où le\npoète aimant pourrait murmurer sans crainte ses cantiques et ses stro­\nphes à la charmante adorée; cette apparition lumineuse d'un avenir\ndésiré mais irréalisable faisait perler des larmes aux cils de la mignonne\nlorsque, retombant dans la pénible réalité des choses existantes, son\nesprit envisageait sainement ce voyage à travers l'impossible que nous\nfaisions de concert, et des craintes la hantaient de l'avenir incertain où,\ncomme deux passereaux audacieux et téméraires, nous nous envolions\nà l'aventure.\n   Les petites aiguilles dorées de sa montre avaient couru si vite qu'il\nnous fallut quitter notre banc et partir; pour allonger encore le temps\nd'être ensemble, nous fîmes lentement toute la longueur de la terrasse,\net même, vous le vous rappelez-vous, miss Bébé? au bout, près de l'Oran­\ngerie, nous vîmes, assis contre le piédestal d'une statue de Cérès, un\njeune homme qui lisait, si absorbé que nos pas criant sur le sable ne\npurent le distraire et qu'il ne leva pas la tête pour nous regarder passer ;\ntu crus alors que le livre était d'un poète, quelque Musset accoutumé\nqui dort sous le chevet et qu'on emporte à la promenade, et tu fis une\ndélicieuse moue vexée quand je t'eus montré que c'était, hélas ! un\nalmanach comique — en prose !\n   La place de la Concorde était très animée quand nous la traversâmes\npour gagner les Champs-Elysées, et les équipages circulant qui\néclaboussaient ta robe au passage scintillaient au soleil plus élevé\nmaintenant dans le ciel, et de nombreux piétons se croisaient sur\nl'asphalte se rendant à leurs occupations diverses, la vie parisienne\ntout à l'heure pas encore éveillée s'accentuait et s'enfiévrait; et de peur\nd'être vus par tout ce monde, d'être reconnus par un passant, nous\nprîmes à l'entrée des Champs-Élysées un » sapin « qui stationnait,\nd'apparence minable; le cocher, vieux et empaqueté de manteaux, nous\nouvrit de ses doigts gourds la portière de son véhicule, et quand je lui\neus jeté l'adresse d'un journal où tu me lis parfois, il se hissa sur son\nsiège d'où il claqua la pauvre haridelle qui devait nous traîner.\n   Amoureux qui se dérobent aux regards, nous baissâmes les stores de\n                                                                   21\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 332, "texte": "                                — 278 —\n\nchaque côté à moitié des carreaux, et tandis que se cahotait pénible­\nment sur l'inégal pavé des rues notre carrosse de louage, nous nous\nmangeâmes de baisers dans une longue et passionnée étreinte...\n                                               MAURICE GUILLEMOT.\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 278, "page_fin": 279, "titre_corps": "Chinoiseries", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Khnopff", "ancre_debut": "CHINOISERIES", "ancre_fin": "GEORGES KHNOPFF", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOUVELLES DE LA GRAND", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 305, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 332, "fin_caractere_exclue": 1678, "texte": "CHINOISERIES\n\n                                     I\n\n                SUR un fond vert de mer auréolé d'argent,\n                   Un soleil de rubis apparaît, émergeant\n                   Entre des saules gris et des cerisiers roses ;\n      Des touffes de lilas bleuâtres et de roses\n      Parfument les chemins vaguement assoupis;\n      Et, la simarre au vent, passe entre les épis\n      Dessinés, un par un, en traits d'or sur la laque,\n      Une chinoise. Au loin, un drapeau pourpre claque\n      Tout en haut d'une tour de cristal miroitant.\n      Les yeux pleins de soleil, la jeune fille attend\n      Que l'aube, s'éveillant au ciel , resplendissante,\n      Vienne effleurer son front d'une main caressante,\n      Pour offrir à l'aimé dans un baiser d'amour\n      Toute la floraison de rêves que le joui-\n      Fait chanter dans le bleu limpide de l'aurore.\n      Entre des bords fleuris, le sillage sonore\n      Des jonques, lentement, lentement, sur les eaux\n      Recourbe avec douceur les pointes des roseaux;\n      Un long vol de flamants ondoie sur les feuillées;\n      Les flèches du soleil dans les herbes mouillées\n      Scintillent... Et voici l'aimé, sonnant du cor,\n      Qui s'avance, drapé dans un grand manteau d'or\n      Tout enneigé d'hermine et lourd de pierreries,\n      Pour baiser la blancheur de ses lèvres fleuries.\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 989, "texte": "                                 — 279 —\n\n                                     II\n                                                      Sonnet pour A. G.\n         Du haut d'un éléphant chamarré d'or, la reine,\n         La simarre entr'ouverte à la courbe des reins,\n         Entend l'écho répondre au choc des tambourins,\n         Et son bras fatigué laisse pendre la rêne.\n\n         Les vagues bleu d'azur s'éteignent sur l'arène\n         Où se découpe en noir l'ombre des tamarins;\n         Avec des ronflements sourds, des monstres marins\n         Projettent vers le ciel un jet d'eau qui s'égrène.\n\n         Et, la chair en sueur, les courtisanes nues\n         Voient le soleil de flamme éclater sous les nues,\n         Et voudraient se rouler avec lui dans la mer;\n\n         Mais, étendue au fond de sa tour ajourée,\n         La reine les regarde et son sourire amer\n         Suit l'ondulation de la danse sacrée.\n                                                 GEORGES KHNOPFF.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 279, "page_fin": 282, "titre_corps": "Rabelais", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Nouvelles de la grand’route", "signature_source": "Marius Réty", "ancre_debut": "NOUVELLES DE LA GRAND", "ancre_fin": "MARIUS RÉTY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 306, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 989, "fin_caractere_exclue": 1683, "texte": "NOUVELLES DE LA GRAND'ROUTE\n\n                                     III\n\n                                RABELAIS\n           JE le rencontrai sous bois, non loin de la fontaine Marie, assis au\n             pied d'un chêne. Aux environs, dans les feuilles jaunissantes,\n             quelques linots voltigeaient et caquetaient du côté de la ferme ;\ndans une éclaircie des branches, un coin de ciel apparaissait, tout d'azur\net de soleil ouvrant un cercle de lumière sur le terrain sablonneux de la\nforêt ; et par intervalles, le coucou nous jetait ses deux notes monotones\nque l'écho recevait et nous renvoyait avec des demi-tons tristes et\nmélancoliques.\n   A mon aspect, le joyeux curé se leva.\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "                                — 28o —\n\n   Il se faisait vieux, le bonhomme; sa grosse face rougeâtre; son nez\n aplati; ses oreilles déformées; ses yeux fins et profonds; sa bouche élar­\ngie par les convulsions du rire; son menton à plis de soufflet, eussent pu\nle faire prendre pour un satyre déguisé. Mais le maître ès-pitance\nm'était trop bien connu pour que je m'y trompasse.\n   Tranquillement, le vieillard me prit le bras; et nous allâmes, chemi­\nnant au milieu du treillis de végétation hirsute, jusqu'au bord de la Seine.\n   Là, le bon curé se laissa conduire, un peu étonné de voir les change­\nments survenus dans sa paroisse depuis le moyen âge. Enfin, au bout\nd'un quart d'heure, avisant de l'autre côté du fleuve un de ces riants\nbouchons comme on n'en trouve qu'à Suresne, nous prîmes l'aviron et\ntraversâmes le courant; puis nous nous blottîmes le long d'une treille\nnoueuse, ayant, entre nous, deux planches de canot brisé pour nous\nservir de table.\n   La plantureuse matrone du lieu nous apporta le pot de grès plein de\nproduit du crû. Alors, versant lui-même, le gai compère fit pétiller le\npetit griolet, couleur eau-de-javelle, qui devait nous mettre en belle\nhumeur.\n   Et moi, choquant les verres, je portai le toast à haute voix, criant\nseul sous la tonnelle :\n   A ta santé, vieux Rabelais !\n                                       *\n                                   *       *\n   En face de nous, Meudon, boiseux et brumeux, reposait, calme, de\nce calme des heures chaudes. A nos pieds, la Seine coulait, presque\nlimpide, à peine ridée par les coups d'épervier du pêcheur de friture.\n   Plus loin, une épaisse ligne de forêt allait, suivant le fleuve, et se\nperdant dans sa courbe vers les hauteurs de Bellevue. Sur le feuillage\nune légère brume planait, estompant les cîmes des arbres, et fondant\navec le ciel leurs dentelures capricieuses. Plus loin encore, au-dessus\ndes bois, un moulin au repos détachait en noir sur le bleu de l'horizon\nla croix de ses quatre ailes vermoulues.\n   Quand nous eûmes bu d'un trait le premier verre, le vieux curé\nprit la parole :\n   — Proscrit de cette terre qui m'a porté, je suis aujourd'hui comme\nun être qui vient à la vie, ignorant encore les idées et les coutumes du\nsiècle. J'aime à m'instruire entre deux verres. Voudrais-tu, mon fils,\nm'initier aux usages de ton époque ?\n   — Volontiers, mon maître, répondis-je.\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "                                 — 28l —\n\n   Nous vivons dans un siècle qui te condamne. La vieille gaîté gauloise\nest bannie de chez nous comme étant trop bruyante. La grivoiserie\nde tes homériques histoires est taxée de pornographie ; et les hilarantes\nripailles de Pantagruel sont baptisées : festins d'ivrognes.\n   Quant aux sauteries champêtres de tes bergères, elles sont regardées\ncomme immorales ; et les quadrilles échevelés de Mabille les ont fait\ntomber en désuétude. Toi-même, Rabelais, es honni et vilipendé par\nnos contemporains. De notre temps les curés ne font plus danser les\nbergères à la fête de Meudon; ils préfèrent...\n   — Bah ! interrompit le compère, tu te gausses de moi, mon fils ! Les\njoyeux conteurs ne trouvent-ils plus d'encre dans leur écritoire, ni de vins\ndans leurs celliers! N'existent-ils donc plus, les amis de la bonne gaîté?\n   — Ne parlons pas des absents ! répondis-je; vidons plutôt ce cruchon,\nque l'air finirait par tarir.\n   Et remplissant les verres, nous trinquâmes bruyamment :\n   — A ta santé, vieux Rabelais !\n                                        *\n                                    *       *\n   Quand nous eûmes entamé le second pot, le bonhomme reprit :\n   — Tu disais donc, mon fils, que par suite du temps et des change­\nments survenus dans le caractère des hommes, mes éclats de rire\navaient été trouvés sonnant faux; et mes paroles trop redondantes pour\nêtre dites à haute voix?\n   Hélas! tes contemporains ne m'ont point compris!\n   — Pardon, cher maître! ils t'ont compris; mais, blasés et sensuels,\nils ont fouillé et tronqué ton œuvre; ils ont pris sur le vif les tons crus\nde tes peintures énergiques ; ils ont fait ressortir tes coups de plume\ngrivois, et les ont rendus lascifs ; ils ont fait croire qu'ils devinaient ta\npensée intime, et lorsque, dans un tableau vrai, tu montrais le cœur\nen éveil, ils ont fait voir la chair en rut...\n   — Mais ces hommes sont donc bien méchants? dit amèrement le\nbon curé.\n   — Ces hommes ont intérêt à te nuire pour s'élever. Ta grosse gloire\nbonne femme les gêne. Et, lierres qui grimpent aux vieilles arches, ils\nse hissent sur ton nom pour être mieux vus, quittes à faire ensuite\ncrouler ta renommée sous le poids de leur impudence !\n   — Buvons! dit le curé.\n   Et je hélai la matrone, qui nous servit un autre pot.\n   — A ta santé, vieux Rabelais !\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2196, "texte": "                                — 282 —\n\n\n                                       *\n                                      * *\n   — Buvons ! répéta le compère.\n   Et je le regardais embrasser entre ses lèvres charnues le bord du\nverre qui cliquetait sur les dents jaunes du bonhomme.\n   Au-dessus de Meudon, le soleil apparaissait comme un disque roux\nentre les nuages plombés. Sur le fleuve, quelques jeunes gens remontaient\nle courant en barquette, chantant un refrain de canotiers que rythmait\nle bruit des rames. Le pêcheur avait étendu son filet sur une haie\nd'échalas, et s'occupait, dans l'officine du bouchon, au recensement de\nsa friture. Tandis que la matrone, alanguie par les ardeurs de juin,\nbalançait doucement sa taille ronde, en frappant une cadence de polka sur\nle bord du comptoir d'étain.\n   Alors, le curé se leva et courut prendre le bras de la tavernière;\npuis il la conduisit auprès de moi et me dit, en glissant ma main\nautour du corsage de la jolie femme :\n   — A toi la belle fille, mon fils !\n   Et, pris lui-même d'une jovialité débordante, il se mit à pirouetter\nsur ses talons, faisant claquer ses doigts, en chantonnant sur un air\ngothique :\n                    Trémoussez-vous, jeunes garçons,\n                            Et fillettes\n                            Gentillettes...\n                                      *\n                                    * *\n  Quand nous rentrâmes sous bois, la nuit était venue, toute étoilée\nentre les feuilles; des feux s'étaient allumés au bord de l'eau; et les in­\nsectes nocturnes crépitaient dans les taillis, autour de nous.\n  Soudain, auprès de la fontaine où je l'avais rencontré, mon compa­\ngnon disparut dans l'ombre, entre les arbres. Je l'appelai : il ne me\nrépondit point.\n  Mais j'entendis au loin sa voix qui fredonnait encore:\n                       Le front ceint de pâquerettes,\n                       Les pimpantes bergerettes\n                       Courent, blanches, et proprettes\n                       A la fête de Meudon...\n                                       *\n                                     * *\n  Depuis, je n'ai plus revu Rabelais.\n                                                  MARIUS RÉTY."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 283, "page_fin": 283, "titre_corps": "Appels d’hiver", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Édouard Levis", "ancre_debut": "APPELS D HIVER", "ancre_fin": "EDOUARD LEVIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 310, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1639, "texte": "APPELS D'HIVER\n\n                                I\n            OU donc sont-ils passés ces j o u r s illuminés,\n             Où tes yeux allumés d'étoiles d'espérances\n             Transportaient dans mes yeux leurs désirs déchaînés\nE t jetaient dans mon cœur leurs caresses immenses?\nOù donc est le Printemps, le grand voluptueux,\nQui baisa d e sa bouche enfiévrée et troublante\nNos d e u x fronts rapprochés ?\n                  UNE   VOIX    DANS   L'INFINI\n                             L e P r i n t e m p s somptueux\nPlein de sève et d'amour, dort, près de son amante.\n                                II\nOù donc est l'Astre heureux, où donc es-tu, Soleil?\nT o i ! mon maître et mon Roi, T o i ! ma lumière sainte!\nViens, que je cherche encor s u r ton m a s q u e vermeil\nD u fragile passé la flamboyante empreinte.\nOù donc es-tu, Soleil? Réponds, où donc es-tu,\nQ u e j ' e m b r a s e mes yeux à ta pourpre éclatante ?\nRéponds, réponds, réponds !\n                          LA    VOIX\n                               L e Soleil revêtu\nD'or, tisse près des dieux sa crinière sanglante.\n                               III\nE t toi, chère adorée, idole au casque blond !\nDéesse irrésistible, irrésistible femme,\nPar où donc erres-tu, dans quel tombeau profond\nA jamais portes-tu les soupirs de mon âme?\nP o u r q u o i donc châtier la faiblesse d'un cœur\nQui te suit, dans les nuits à ton ombre mourante\nAttaché par des fers ?\n                          LA    VOIX\n                       L'attente et la Douleur\nSont les forges du Ciel où le bonheur s'enfante.\n                                                  EDOUARD L E V I S "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 284, "page_fin": 286, "titre_corps": "Urbains et ruraux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Jean-Bernard", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "JEAN BERNARD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 311, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                           URBAINS       ET    RURAUX       (I)\n          L'APPARITION d'un nouvel ouvrage de Léon Cladel, le styliste puis­\n           sant, est un véritable événement pour les gourmets et les délicats ;\n           aussi le volume que va publier M. Ollendorff mérite d'attirer l'attention\ndes lecteurs de ce journal, et je suis fier de consacrer une chronique littéraire à\nun livre que je viens de lire en épreuves et qui m'a fortement remué.\n   Mais, pour être franc, je dois déclarer au début que je suis de ceux qui admi­\nrent les œuvres de Léon Cladel, et qui aiment chez cet écrivain remarquable\nmême ses défauts, quelquefois voulus, qui donnent la fièvre aux lecteurs dont le\ntempérament a été débilité par l'absorbtion à forte dose de ces productions à\nl'opoponax, au benjoin où de ces grossières montépinades au poivre de Cayenne,\nqu'on fabrique surtout pour l'exportation, pour les pays chauds de l'Amérique.\n   Le livre d'aujourd'hui est certainement un des meilleurs qu'ait produit l'au­\nteur des. Va-nu-pieds ; il est digne en tout de figurer entre Le Bouscassiè et\nl'Homme de la Croix-aux-bœufs, que l'éditeur Lemerre va publier sous peu dans\ncette célèbre collection blanche, qui est comme la Légion d'Honneur des œuvres\nsolides consacrées par le succès, par la vogue, par la réussite auprès du gros\npublic comme auprès des lettrés.\n    Urbains et ruraux, tel est le titre du nouveau volume que les brocheuses sont\n en train de plier, et qui se compose de nouvelles, sortes d'eaux-fortes à la plume,\n retraçant des scènes sanglantes, reproduisant des héros de haute vaillance tom­\n bés sur les barricades, ignorés, perdus, ensevelis en quelque sorte dans la fumée\n des luttes de la Semaine sanglante.\n    Nous retrouvons là le Cladel plein de jeunesse, de vigueur et d'éclat, que nous\nconnaissons par les pages qui ont fait sa réputation. C'est toujours le même sys­\n tème indiquant le travail d'un artiste convaincu qui fouille la langue, met les\n expressions en relief, ravive les incidentes, élague les adjectifs, construit une\n phrase avec la patience d'un ciseleur, la trempe, la pointillé, et dont l'œuvre\n scintille avec un chatoiement de pierres précieuses, disposées par une main qui\n sait son métier jusques dans les détails les plus infimes ; les points et les virgules\n eux-mêmes ne sont placés qu'à bon escient ; tout, jusqu'aux alinéas coupés avec\n méthode, dénotent l'ouvrier qui manie la plume comme le sculpteur son marteau\n ou son burin.\n   Voilà pour la forme.\n\n   (I) M. Jean Bernard, le jeune avocat déjà célèbre au barreau de Paris, qui a fait la pré­\nface de Pierre Patient, a bien voulu écrire pour la Jeune Belgique le compte-rendu de la\nnouvelle œuvre encore inédite : Urbains et ruraux.\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3219, "texte": "                                    — 285 —\n\n    Quant au fond, c'est l'homme de cœur qui se livre tout entier avec ses élans,\n ses rages, ses enthousiasmes humanitaires, ses haines pour les dominateurs, ses\n amours souvent irraisonnés pour les petits, les faibles, les humbles, les vaincus,\n ceux qu'on méprise, qu'on outrage et qu'on écrase. C'est l'écrivain populaire qui\n aime le plébéien, le connaît, le décrit et l'exalte.\n    M. Léon Cladel n'est pas de cette école qui tourne tout à l'ordure, qui fouille\n dans la bave pour y trouver des cadavres afin de les décrire en expliquant la\n mort par l'hystérie, l'alcoolisme ou les maladies héréditaires. Non. Il n'est pas\ncomme ces écrivains qui, s'affublant de la perruque des queues rouges, montent\nsur les trétaux des systèmes en débitant des réclames, des boniments, des pré­\ntendues données scientifiques et médicales, au son de la grosse caisse et du zim,\nboum, boum. Il n'a pas su ou n'a pas voulu grouper autour de lui de bons petits\njeunes gens, chargés de lui composer une garde d'honneur, une escouade de thuri­\nféraires et qui, lorsque le pontife a terminé la parade, jouent, pour leur propre\ncompte, sur de plus petites clarinettes, les mêmes airs, en jetant à la foule la\npetite phrase traditionnelle : « Ne nous oubliez pas, mesdames et messieurs,\nc'est pour nos petits bénéfices, et nos volumes ne se vendent pas au coin du\nquai. »\n   Ces moyens sont inconnus de l'auteur de la Fête votive ; il écrit une œuvre avec\ntoute sa conscience d'artiste; puis, sans avoir la prétention de régénérer le goût\net de révolutionner l'art, il la publie en disant aux lecteurs : Voilà, jugez ! Et il\nse trouve que le livre est un chef d'œuvre.\n   M. Léon Cladel ne fait pas ce métier peu propre de prendre les vierges plé­\nbéiennes, et les éphèbes du prolétariat, de violer les unes dès les premiers chapi­\ntres, de salir les autres, de les rouler dans la boue des ruisseaux ou des trottoirs\net les montrant à la foule, de lui crier avec des airs inspirés : Voilà le peuple !\n   Non, mais choisissant les types de la plèbe dont il est, qu'il connaît, qu'il aime\net qu'il admire, il nous décrit leurs bonheurs, leurs joies, leurs affres, leurs mi­\nsères ; il chante leurs vertus, leurs souffrances et leurs douleurs ; il les suit pas\nà pas, nous les montrant dans les combats journaliers : luttes contre la faim,\nluttes contre l'amour, et quand la bête humaine, qui croupit au fond de tout\nhomme, trébuche et tombe, il nous cache ses défaillances en jetant un rayon de\ngaîté dans les yeux de ses urbains et un rayon de bonheur dans l'âme de ses\nruraux, qu'il fait vivre, là sous nos yeux, souffler au travail, panteler à la peine,\npuis mourir... quelquefois sur la barricade éventrée en criant, après des batailles\nhomériques dans les rues : Vive la Sociale!\n   Telle est encore une ois, dans son nouveau livre, le système adopté par\nLéon Cladel. — Au fait, est-ce bien un système et ne sommes-nous pas, au con­\ntraire, en présence d'un tempérament qui se livre au public avec toute la sincé­\nrité d'une foi ardente dans les héros qu'il célèbre. Pour ma part, je le croirais\nvolontiers.\n   Quoi qu'il en soit, Urbains et ruraux sont les récits des épopées, de héros\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1096, "texte": "                                        — 286 —\n\n\ninconnus, morts d u r a n t cette fatidique semaine où la F r a n c e , saisie par une\nnévrose étrange titubait entre ces deux sentiments : l'amour de la liberté poussé\njusqu'à l'incendie; l'amour de la légalité poussé jusqu'à l'assassinat. Ces héros,\nM. Léon Cladel nous les montre dans le rayonnement de leur fin dernière, mou­\nr a n t en martyrs, vaincus, mais non désespérés et emportant dans la t r a n c h é e ,\noù la chaux vive va les recouvrir et les consumer, l'âpre contentement de tomber\nvengés.\n    Ces nouvelles, je viens de les lire tout d'un trait, avec la fièvre aux tempes et\nl'émotion qui m'a serré le c œ u r ; je ne vous les raconte pas, à quoi bon ? Est-ce\nq u ' u n e photographie d'une aiguière sortie autrefois des mains de Cellini, vous\ndonnerait une idée de l'œuvre du célèbre Florentin ?\n   Des livres comme ceux-là ne s'analysent p a s ; on les lit, on les admire et on\nles signale à ceux qui aiment les belles œuvres.\n                                                                  JEAN-BERNARD.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 286, "page_fin": 287, "titre_corps": "De Schelde", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MEMENTO MUSICAL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 313, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 1096, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n                                   DE   SCHELDE        (I)\n\n             DE cette colossale et tranquille poussée qui gonfle d'un invisible remous\n              les fleuves, il coule... De la fraîcheur s'exhale à ses bords; le jour\n              agonise, tout penche au sommeil. Les vibrations harmoniques s'étei­\ngnent. De longues traînées de voix, des filées de sons comme des rayons m o u r a n t s\ns'inclinent, et, derrière la flambée froide des eaux, tonne d'un rythme lourd, la\ntombée du soleil. SOUS l'aphonie crépusculaire, un chant lointain s'immobilise aux\nrives... tandis que des couples errants descendent par les berges aux appels méphis­\ntophéliques du Vaarman : « Hoi hi, ôh! komt varen » — qu'ils aillent voguer, qu'ils\naillent a i m e r et s'absorber d'un long baiser dans cette nature mi-close, d'où la\nvie, doucement, s'effuse dans la nuit... La barque file... La nuit est pleine... Alors,\nparmi ces formes vagues qui reculent à leurs côtés, sous un glissement de lune,\nsemble ressusciter, comme l'âme de ces bords, l'ombre du peuple a n t i q u e . Dans\nun c a u c h e m a r de mort qui s'attache à l'amour, l'Escaut recrache dans le sang des\ngoedendags, le fantôme géant de ses luttes communales, Z a n n e k i n , Van Arte­\nvelde, les tribuns, les héros, Guillaume d'Orange et les Gueux, et tout le\nseizième siècle en fièvre de m a r t y r e . L e c h a n t des Gueux s'indique, transpa-\n\n\n  (I) Oratorio historique de Benoît et Hiel, exécuté à Louvain le 3 avril, sous la direction\nd'Emile Mathieu.\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1463, "texte": "                                          — 287 —\n\n\n r a n t , se dessine, é c l a t e ! . . . E t ce n'est plus un, ce ne sont plus dix, ni mille, ni\n•dix mille, c'est toute la t e r r e de F l a n d r e , l'héroïque féconde dont un frappement\n de piques, ferait surgir des a r m é e s , qui ramasse son souffle et clame d'une seule\n voix, à la face du ciel libre, l'hymne de liberté !\n  Telle est la conception géniale q u e , l'autre soir, à Louvain, deux cent têtes\nmusicales sous un solide bâton d'interprète nous ont très puissamment rendue,\nmalgré leur travail technique imparfait, dans des circonstances matérielles\nprécaires. Mais, si leur œuvre ne fut q u ' u n e ébauche, ce fut une de ces ébauches\nsuperbes, quintessences de chef-d'œuvre, où se trouve rejetée, d'une seule\ntouche, dans un pétris de couleurs, la pensée, ainsi q u e , toute en palpitations,\nsous un coup de lumière vive, elle a surgi du cerveau de l'auteur.\n  De telles œuvres ne s'analysent pas ; et celle ci est peut-être la plus vivante\ndu m a î t r e . Pourquoi, sans chercher, une affabulation qui ressort des choses, ne\npoint leur laisser l'intensité d'une impression? Faudra-t-il y retrouver toujours\ncette agaçante figure de l'esprit sceptique pour lacérer à coups de froid acier la\nchair, et grimacer, sans cesse, le commentaire de l'homme en marge de la\nnature?!\n                                                                    HENRY      MAUBEL.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 287, "page_fin": 290, "titre_corps": "Memento musical", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. 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L a forme importe peu ; le savoir-faire, les trucs, sont\n à tout le monde ; mais ce fond         de t e m p é r a m e n t , cette base, où se caleront un\n style, une personnalité, c'est ce que tout le monde n ' a pas, et ce que Flon, l'un des\n premiers, au t h é â t r e belge, nous a donné. C'est, je pense, le plus véritable\néloge qu'on fasse d'un d é b u t a n t auquel on montre ainsi l'avenir large ouvert ;\n c'est ce que j'ai voulu faire entendre, en reprochant à quelques-uns de ne l'avoir\n pas dit avant moi.\n                                            *\n                                         * *\n   Les Concerts populaires nous ont r a m e n é un peu de musique vraie, après avoir\n fait la part grosse au public chien-savant. Ondricek, d'Albert, d'Albert surtout,\n\n   (I) Entendu au Cercle artistique.\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3038, "texte": "                                    — 288 —\n\naccroupi sur son clavier et battant l'air de ses coudes, et dont les poings abattus\ndu cintre enfoncent un accord comme on replonge un crâne qui se noie !...\nd'Albert pourra revenir, au grand trépignement de la foule, chercher sa gloire\ndans le lustre ; ce n'est pas moi qui irai la lui décrocher.\n   Parmi tous ces Messieurs de l'instrument seul, les créateurs demeurent\nadmirables, les interprêtes qui laissent sous le bruit et le mouvement, le son et\nl'expression. Parmi eux, Popper, quand il phrase du Schumann, et Sarasate,\nun vrai slave alangui par le soleil d'Espagne. Son jeu, félin, tout de charme et de\nsouplesse, est coloriste, si l'on entend par là l'intelligence infinie des nuances et\nde l'accent et le sens des plus imperceptibles vibrations de la lumière sonore ;\nmalgré des concessions à l'acrobatisme, il conserve, sous l'échevellement noir\nde son masque épaté, trop de pensée, pour être de ces singes de l'art qu'on\nnomme virtuoses.\n   Je sais bien que le public applaudit le virtuose dans l'artiste, comme le\nsinge dans l'homme, mais ceci est affaire de vieille sympathie qui n'a rien\nd'esthétique.\n   Au troisième concert, qui était, à part Blockx, entièrement français, à côté de\ndeux fragments de Berlioz, venait se placer une œuvre nouvelle — pour nous —\nde Saint-Saëns : le Déluge. C'est un véritable oratorio dans la manière ancienne,\nayant, en plus, toutes les ressources modernes, puissamment instrumentées dans\nla deuxième partie, Cette symphonie terrifiante d'accent, hausse de plusieurs\ncrans sur son bloc, la femme à trompette qui va, criant de par le monde, que\nl'auteur de la danse Macabre n'est qu'un misérable dramaturge, mais la plus\nrude patte symphoniste de France.\n   Le Déluge a été interprêté par Heuschling de sa voix ample, largement stylée;\npar Mlle Soubre et M, Goffoel, deux organes aux sons bien posés, à la diction\ntrès pure. Quant à la voix prétendûment grave de Mlle de St-Moulin, c'est une\ngrosse voix de gorge, mal donnée par une jeune fille qui pose au Jupiter tonnant.\n                                            *\n                                        *       *\n  Jan Blockx s'est enrôlé sous le drapeau flamand. Soit; il n'avait pas besoin\nde cette étiquette au front pour se faire reconnaître entre les plus forts. Son\nKermisdag est un tryptique : I. l'Aube, une description délicate, finement nuan­\ncée, mais trop retenue, froide. II. à l'Église : scène mystique, des trois la plus\nentière, très fouillée dans un sens absolument psychologique, métaphysique\nmême. Les demi-teintes se renforcent seulement, s'accentuent jusqu'aux tons\npleins, dans la troisième partie : Kermesse, mais ici encore, rien de débordant ni\nd'empâté. C'est la plus mouvementée, la plus « tape à l'oreille » par les com­\nbinaisons de timbres et l'intercalation de thèmes populaires, non la plus\noriginale.\n   Blockx, à no considérer que cette œuvre, présente un tempérament incom­\nplètement dégagé, une plume qui n'a qu'imparfaitement trouvé son moule, mais\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3182, "texte": "                                   — 289 —\n\nqui, par son dessin serré, son allure ramassée, réserve d'autant plus de vigueur\nen elle, pour le coup droit et sûr, qu'elle portera bientôt au cœur d'un avenir\nglorieux.\n                                          *\n                                      *       *\n    Je n'ai dit qu'un mot de Manon et au hasard de l'impression première. Cette\n impression n'a pas varié. L'œuvre, en son ensemble, paraît inférieure d'inspira­\ntion, d'unité, de personnalité, mais, par contraste, en cet ensemble inégal, res­\nsortent d'autant plus violemment et signées d'un coup de griffe superbe, certaines\nscènes : le premier acte depuis l'entrée de Desgrieux, le tableau du parloir à\nSt-Sulpice et le cinquième acte. C'est par ici que l'ouvrage est intéressant à\nétudier dans son système nouveau, dont l'anti-massénisme s'est peu intelligem­\nment moqué. Le procédé sensationiste de l'orchestration continue est simplement\nla théorie des milieux. Les personnages s'humanisent en se rattachant à la\nnature ambiante, tandis qu'ils n'étaient dans l'ancien opéra italien que des pan­\ntins qu'un tour de ritournelle, comme un trait de corde, faisait mouvoir.\n   La musique de Massenet est avant tout sincère et personnelle, bien que cette\npersonnalité instinctive, atténuée par l'effort d'une idée fixe vers une technique\nnouvelle, ne soit pas aussi nettement affirmée cette fois. Il y a des redites, sou­\nvent ; jamais de plagiat. L'émotion en est d'autant plus intime qu'elle se dégage\nplus mollement, s'insinue par impression lente, et berce, enveloppe, enserre,\nétreint alors, dans un excès de passion nerveuse qu'on nomme de l'hystérie.\nComme si Wagner à ce compte-là, et même Benoit n'étaient aussi des hystériques.\n   Comme le roman, tout le poëme reste, à vrai dire, dans une succession de\nscènes entre Manon et Desgrieux. Mais il y a dans cette trame, si mince qu'elle\nsoit, un développement dramatique tissé tout d'un fil, qui atteint sa tension\nextrême au duo du parloir. Ceci est, dans le cadre de l'opéra français, du chef-\nd'œuvre de drame lyrique et il appartenait à Massenet d'y atteindre, lui, le plus\nFrançais, et dont la plume souple, dans les poèmes— les Erynnies, l'Eve, la\nVierge — avait su creuser un dessin d'une expression si pénétrante, en moulant\nle plus puissamment le rythme mélodique à la déclamation.\n   II y a donc dans cette partition, tout au moins une indication pour qui cherche\nà grande ardeur une formule française — non gauloise — et, sans qu'il soit\nquestion d'évolution ni de révolution, Manon pourrait avoir une plus haute portée\nque ne pensent ceux qui ne voient pas au-delà de leurs partis-pris.\n\n                                      ***\n   Il existe à Bruxelles une Société, de Musique gardée par un concierge du gouver­\nnement, et vouée, semble-t-il, au ramassement des gloires qui ont beaucoup\nservi. Elle se réveille une fois l'an, à la pousse des feuilles, en brandissant\nquelqu'œuvre empaillée de l'air bonhomme de ces antiquaires de comédie qui\nprennent un tisonnier pour un glaive romain. Je crois que si cette société ne\nse décide à sortir de son trou de taupe pour voir qu'il fait plein jour, elle pour-\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 571, "texte": "                                         — 290 —\n\nrait bien de Gounod en Verdi et de Requiem en Requiem, finir p a r chanter le\nsien — bientôt.\n   Ce n'est pas pour une telle fin qu'on bataillait jadis, aux temps épiques de la\nscission.\n                                              * *\n   A Mons et à Louvain. — L'abondance de matières nous limite pour aujourd'hui\nà une simple mention du concert très moderniste de Mons et de celui du Cercle\nchoral de Louvain.\n                                                                 H . M.\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 290, "page_fin": 292, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO Date", "ancre_fin": "NEMO", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 571, "fin_caractere_exclue": 862, "texte": "MEMENTO\nDate. — Les Progressistes et Frère-Orban. — Rimes de Joie. — Missel de l'Amour\n    sentimental. — Le Crépuscule des dieux. — Catulle Mendès. — Gustave De Jonghe.\n    Le bon Dieu. — La Revue provinciale. — Le Mouvement géographique. — Maurice\n    Ledroit. — La Gitane. — Kerkadec.\n\n  "}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 862, "fin_caractere_exclue": 899, "texte": "Notre ami et maître Camille Lemonnier"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 951, "fin_caractere_exclue": 988, "texte": "nous prie, pour sa pudeur de père, de"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1049, "fin_caractere_exclue": 1086, "texte": "constater que Le Carnaval publié dans"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1144, "fin_caractere_exclue": 1183, "texte": "notre dernier numéro a été mis au monde"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1239, "fin_caractere_exclue": 1277, "texte": "en 1862, ce qui légitime son aspect un"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1331, "fin_caractere_exclue": 1346, "texte": "peu     jeunet."}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1559, "fin_caractere_exclue": 1597, "texte": "Les Progressistes et Frire-Or ban, par"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1654, "fin_caractere_exclue": 1697, "texte": "M. 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Le drame qui"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 3256, "fin_caractere_exclue": 3291, "texte": "commence en 1866, pendant la guerre"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 3344, "fin_caractere_exclue": 3385, "texte": "Austro-Prussienne, se clôt dix ans après,"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "à Bayreuth, le jour où l'on y joue, pour"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 152, "fin_caractere_exclue": 193, "texte": "la première fois, le Crépuscule des Dieux"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 217, "fin_caractere_exclue": 264, "texte": "de W a g n e r . C e roman poignant, passionné,"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 411, "fin_caractere_exclue": 455, "texte": "est appelé, croyons-nous, à un grand succès."}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 747, "fin_caractere_exclue": 788, "texte": "Il est bon de détruire les légendes. Dans"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 838, "fin_caractere_exclue": 882, "texte": "son article sur Catulle Mendès, notre colla­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1023, "fin_caractere_exclue": 1067, "texte": "borateur F . Nautet s'était fait l'écho d'un"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1116, "fin_caractere_exclue": 1161, "texte": "bruit d'ailleurs fort accrédité et mettant en"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1209, "fin_caractere_exclue": 1247, "texte": "doute la légitimité du nom du charmant"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1302, "fin_caractere_exclue": 1342, "texte": "écrivain du Gil-Blas. Catulle Mendès lui"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1399, "fin_caractere_exclue": 1441, "texte": "écrit à ce sujet, tout en adressant par la"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1589, "fin_caractere_exclue": 1629, "texte": "même occasion ses salutations amicales à"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1730, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "ses camarades de la Jeune Belgique :"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1832, "fin_caractere_exclue": 1869, "texte": "» Où diantre avez-vous pris, mon cher"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1921, "fin_caractere_exclue": 1964, "texte": "« confrère, que je ne m'appelais pas tout à"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2016, "fin_caractere_exclue": 2058, "texte": "« fait Catulle Mendès, que j'avais quelque"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2081, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "« peu modifié mon prénom ou mon nom?"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2183, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "« C'est une légende absolument chimérique,"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2279, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "« et si j'avais publié les premiers vagis­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2376, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "sements de mon berceau, ils seraient"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2473, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "« signés du même double nom, romain et"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2570, "fin_caractere_exclue": 2614, "texte": "« portugais, dont j ' a i signé Philoméla. »"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2765, "fin_caractere_exclue": 2775, "texte": "Dont acte."}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2879, "fin_caractere_exclue": 2880, "texte": "*"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3040, "fin_caractere_exclue": 3074, "texte": "Nous recevons la lettre suivante :"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3152, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "Bruxelles, le 6 avril 1884."}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3326, "fin_caractere_exclue": 3335, "texte": "MONSIEUR,"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3436, "fin_caractere_exclue": 3473, "texte": "Vous connaissez l'affreux malheur qui"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3500, "fin_caractere_exclue": 3538, "texte": "vient de frapper le peintre Gustave De"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3539, "fin_caractere_exclue": 3584, "texte": "J o n g h e . L e malheureux artiste, atteint"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3630, "fin_caractere_exclue": 3669, "texte": "d'une congestion cérébrale, attend dans"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3734, "fin_caractere_exclue": 3772, "texte": "une maison de santé le moment suprême,"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3829, "fin_caractere_exclue": 3869, "texte": "laissant sans ressources une jeune femme"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3927, "fin_caractere_exclue": 3948, "texte": "et deux e n f a n t ."}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4005, "fin_caractere_exclue": 4045, "texte": "Four venir en aide à cette grande infor­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4079, "fin_caractere_exclue": 4120, "texte": "tune, une commission s'est constituée im­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4148, "fin_caractere_exclue": 4185, "texte": "médiatement, puissamment secondée par"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4186, "fin_caractere_exclue": 4227, "texte": "des comités correspondants organisés dans"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4282, "fin_caractere_exclue": 4326, "texte": "toutes les grandes villes du pays et à Paris"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4378, "fin_caractere_exclue": 4425, "texte": "m ê m e , où le pauvre artiste, fauché en plei­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4426, "fin_caractere_exclue": 4469, "texte": "ne carrière et en plein talent, ne comptait"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4499, "fin_caractere_exclue": 4512, "texte": "que des amis."}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4584, "fin_caractere_exclue": 4625, "texte": "N o u s voulons, à l'exemple des artistes"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4679, "fin_caractere_exclue": 4724, "texte": "français, toujours prêts à se prêter secours,"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4725, "fin_caractere_exclue": 4767, "texte": "faire une vente d'objets d'art au bénéfice"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4824, "fin_caractere_exclue": 4867, "texte": "de la famille du peintre. Cette idée à ren­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4921, "fin_caractere_exclue": 4964, "texte": "c o n t r é partout une sympathie profonde."}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 5017, "fin_caractere_exclue": 5055, "texte": "Vous en pourrez juger par la liste des"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 5115, "fin_caractere_exclue": 5153, "texte": "adhésions spontanément envoyées au bu­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 5154, "fin_caractere_exclue": 5194, "texte": "reau, avant même que les comités eussent"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 5254, "fin_caractere_exclue": 5290, "texte": "commencé leurs démarches. Elles sont"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 5351, "fin_caractere_exclue": 5393, "texte": "venues du pays m ê m e , comme de l'étran­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 5394, "fin_caractere_exclue": 5437, "texte": "ger, tellement est puissante la loi de cha­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 5438, "fin_caractere_exclue": 5481, "texte": "rité et de solidarité, à laquelle, plus que"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 151, "texte": "nulle a u t r e , est fidèle la grande famille"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 205, "fin_caractere_exclue": 216, "texte": "artistique."}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 273, "fin_caractere_exclue": 313, "texte": "C e n'est pas en Belgique, où toutes les"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 367, "fin_caractere_exclue": 410, "texte": "catastrophes étrangères ont rencontré notre"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 509, "fin_caractere_exclue": 551, "texte": "appui, que nous pourrions faillir à porter"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 605, "fin_caractere_exclue": 645, "texte": "secours à un compatriote qui a contribué"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 699, "fin_caractere_exclue": 743, "texte": "par son talent à soutenir à l'étranger notre"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 797, "fin_caractere_exclue": 837, "texte": "réputation artistique. Aussi croyon-nous"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 891, "fin_caractere_exclue": 929, "texte": "pouvoir compter sur un mouvement géné­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 983, "fin_caractere_exclue": 1022, "texte": "ral. Oui, c'est avec confiance que nous"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1076, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "faisons appel à votre noblesse d'âme et"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1169, "fin_caractere_exclue": 1208, "texte": "que nous osons vous répondre du succès."}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1265, "fin_caractere_exclue": 1301, "texte": "Seulement le temps presse. L a vente"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1355, "fin_caractere_exclue": 1398, "texte": "restant fixée au 15 mai, c'est avant le Ier"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1452, "fin_caractere_exclue": 1490, "texte": "du même mois que toutes les œuvres de­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1544, "fin_caractere_exclue": 1588, "texte": "vraient être remises ou envoyées à l'adresse"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1683, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "des comités respectifs des différentes villes,"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1783, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "ou à celle de M. L o u i s L A M P E , expert"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1882, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "des Musées royaux de Belgique, 82, rue"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1974, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "Traversière,      (Saint-Josse-Ten-Noode-"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2069, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "Bruxelles)."}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2137, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "Afin d'éviter les frais inutiles, qui g r è ­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2236, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "veraient d'autant notre œuvre, nous ferons"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2332, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "connaître par voie de la presse les expé­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2427, "fin_caractere_exclue": 2472, "texte": "diteurs qui, à Anvers, a G a n d , à Liège et"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2526, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "à Paris, seront chargés de nous expédier en"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2623, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "bloc les dons offerts par les groupes étran­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2721, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "gers à Bruxelles. N o s comités locaux se"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2816, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "chargeront, d'ailleurs, de veiller à ces"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2910, "fin_caractere_exclue": 2950, "texte": "détails pratiques et nous nous en remet­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3004, "fin_caractere_exclue": 3037, "texte": "tons pleinement à leur dévoûment."}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3094, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "Certains de rencontrer auprès de vous"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3185, "fin_caractere_exclue": 3222, "texte": "un accueil généreux, nous vous prions"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3276, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "d'agréer avec l'expression de notre grati­"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3389, "fin_caractere_exclue": 3431, "texte": "tude anticipée, l'assurance de notre haute"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3485, "fin_caractere_exclue": 3499, "texte": "considération."}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3604, "fin_caractere_exclue": 3629, "texte": "Les Présidents d'honneur,"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3685, "fin_caractere_exclue": 3733, "texte": "V E R V O O R T , L. 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Deux cents abonnés\n nous ont été faits ainsi p a r quelques amis zélés, et nous tenons à les\n remercier publiquement de leur dévouement à la cause des Lettres\n belges.\n\n   Notre revue, dont le succès croît chaque- jour, est devenue l'organe\ndu bon combat littéraire en Belgique. Parfois violente & brutale, elle\nn e cesse d e brandir le drapeau moderne d o i t elle s'est une arme contre\nles royautés c a d u q u e s . I1 faut que nos principes se répandent davantage\nencore, q u ' u n e propagande active s'établisse, qu'une ligne se forme.\nCette ligue, nous en avons arrêté définitivement les conditions; ceux d e\nnos abonnés qui désirent en faire partie sont pries de demander à nos\nbureaux D I X , Q U I N Z E ou V I N G T cartes d'abonnement, qui leur\nseront envoyées portant un numéro d'ordre qui nous en indiquera\nle dépositaire.\n   1° L o r s q u e D I X cartes seront revenues a u x bureaux, revêtues de\nnoms d'abonnés nouveaux, le dépositaire recevra son abonnement\ngratis pendant un an.\n   2° L o r s q u e Q U I N Z E cartes seront avenues, le dépositaire recevra\nson abonnement gratis à perpétuité et son nom sera inscrit à la liste des\nmembres fondateurs d e la Jeune Belgique, qui paraîtra à la fin de chaque\nannée.\n   3° L o r s q u e V I N G T cartes seront revenues, le dépositaire recevra\n1° son abonnement gratis à perpétuité, 2° une carte lui donnant accès libre\naux fêtes (conférences, etc.), que nous donnerons dans l'avenir, 3° toutes\nles publications (plaquettes, etc.) que publiera la Jeune Belgique. 11 sera\nnommé d e même MEMBRE FONDATEUR.\n\n\n               EN          VENTE             CHEZ   TOUS     LES             LIBRAIRES\n\n\n       AUX AMBASSADEURS                                                   LE BAISEE\n            PAR O C T A V E M A U S                               PAR M A X W A L L E R\n\n   U n e plaquette d e luxe ornée d'un dessin              Une plaquette de luxe ornée d'un dessin\nde C H . H E R M A N S .                               de F E R N A N D    KHNOIFF.\n\n\n                 P r i x : fr 1 . 5 0 .                               Prix : fr. 1 . 5 0 .\n\n\n         CONTES DE MINUIT                                         L'ART MODERNE\n      PAR     EMILE         VERHAEREN                          PARAISSANT LE DIMANCHE\n\n   U n e plaquette d e luxe ornée d'un dessin              Abonnement : Belgique, fr. 10.00.\nde T H É O V A N R Y S S E L B E R G H E .                     Union postale, fr. 13.00.\n                                                                     Administration      :\n                 Prix : fr. 1 . 5 0 .                  Rue de l'Industrie, 26, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-04-15-n5-207", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "INSTITUTION INTERNATIONALE POUR", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 321, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "INSTITUTION INTERNATIONALE\nPOUR L'ÉDUCATION DES JEUNES OENS\n          établie e n 1850\n                  à\n     B O N N (PRUSSE RHÉNANE)\n                                       (31, Weberstrasse, 31)\n                                 s o u s la direction\n                                                         de\n         Laurent                                M O R S B A C H ,\n   Docteur en philosophie et gradué en langues anciennes et modernes par\n                            l'Université de Bonn.\n\n\n                         PROGRAMME DES COURS :\n    L A N G U E S M O D E R N E S (Allemand, Anglais, Espagnol, F r a n ç a i s ) .\n    L A N G U E S C L A S S I Q U E S ( L a t i n et G r e c ) .\n    HISTOIRE ET GÉOGRAPHIE.\n    MATHÉMATIQUES (Arithmétique, Algèbre, Géométrie).\n    SCIENCES COMMERCIALES.\n\n\n                                 Observations Générales\n     L e nombre d'élèves est limité à u n e vingtaine — ne sont admis q u e\ndes i n t e r n e s .\n     L e pensionnat est situé dans le premier q u a r t i e r de la ville.\n     Bonn, ville d'université, est connue pour la salubrité de sa situation\ne t ses beaux environs.\n\n                                      CONDITIONS\n    L e prix de la Pension est : 1200 marcs (1500 francs) p a r a n .\n    Ce prix comprend la pension, l'instruction et le blanchissage.\n    L ' a n n é e scolaire commence le premier octobre.\n\n\n\n                       GIL                              BLAS\n                                      Journal Quotidien\nPARIS, 16, BOULEVARD DES CAPUCINES, 16, PARIS\n                                                     PUBLIE\n\n\n\n    MONSIEUR LE BANQUIER\n                      par CHARLES MAYRET\n     Un numéro : 20 centimes. Abonnements : (3 mois) : 17 francs\n                    EN VENTE PARTOUT\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 278, "texte": "(4° A N N É E ) 1884. P R I X : 60 c .        T O M E I I I , N° 5 .            D u 15 A V R I L AU 15 M A I .\n\n\n\n\n                                                    LA\n\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                             SOMMAIRE :\n    L'HIVER MONDAIN                                                            MAX W A L L E R .\n    SONNETS                                                                    G EORGES RODENBACH.\n    LE    CŒUR       DE TONY W A N D E L                                       GEORGES EEKHOUD.\n    SONNETS                                                                    ALBERT     GIRAUD.\n    CROQUIS F U N È B R E S                                                    HENRY     MAUBEL.\n    LE    LÉVRIER        .   .   .                       .    .    .   .   .   IWAN G I L K I N .\n    INTIMITÉS                                                              .   MAURICE      GUILLEMOT.\n    CHINOISERIES                                                               GEORGES K H N O P F F .\n    NOUVELLES            D E LA GRAND'ROUTE                   .    .   .   .   MARIUS     RÉTY.\n    APPELS        D'HIVER        .   .   .                                     EDOUARD      LEVIS.\n    CHRONIQUE LITTÉRAIRE                                           .   .   .   JEAN-BERNARD.\n    CHRONIQUE           MUSICALE                                               HENRY     MAUBEL.\n    MEMENTO MUSICAL                                                            H . M.\n    MEMENTO                                                                    NEMO.\n\n\n\n\n                                         BRUXELLES\n                                              BUREAUX :\n    74, AVENUE                           DE LA                    TOISON               D'OR, 74\n\n                       BRUXELLES\n\n                    J. F I N K                                         L. F I N K\n           I , PASSAGE DE LA MONNAIE, I                       7 3 , RUE SAINT-JACQUES, 7 3\n\n                                                    I884\n\n\n                     Bruxelles. — Imprimerie E D . MAHEU, 18, rue des Sables.\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "      LA JEUNE BELGIQUE\n                            REVUE          MENSUELLE\n\n                      PRIX         D'ABONNEMENT :\n\nBelgique : 5 francs par an. — Etranger : 7 fr. par an.\n\n    Notre ami Emile Verhaeren étant absent, nous sommes\nforcés de remettre toute critique d'art au prochain numéro.\n\n                           BOITE AUX LETTRES\n  33. Paul Berg.... à Gand. —• ISlonds-Belgique vous remercie de la musique charmante\nque vous avez faite pour les couplets de la Petite Veuve. Si jamais' un salon pas trop\nbégueule joue la saynète, vous participerez au four !..., ou au succès.\n  34. Saïd-Bruyïre. — L'idéal est égaré. Nous le recherchons, et il passera dans le\nprochain. C'est clair, ça. N'avez-vous pas de brouillon? Vôtre.\n  35. 0. B. Trop complainte, cher confrère; regardez le triste effet que cela fait, imprimé :\n\n\n                  CROIRE,           AIMER,                SOUFFRIR!\n                     Croire est un mot, une chimère\n                     Que l'âme au cœur donne en passant ;\n                     C'est un rayon plus qu'éphémère\n                     Qui luit et meurt tout en naissant.\n\n                     Aimer n'est rien qu'une folie,\n                     Un rêve creux qui très souvent\n                     Se courbe à la mélancolie;\n                     Comme un roseau battu du vent.\n\n                     Souffrir, voilà, sans espérance\n                     Ce qu'ici-bas fait notre bien;\n                     Chaque jour donne à la souffrance\n                     Croyance, Amour, qui ne sont rien!\n                                                                    O. B.\n\n  36. Aug. V. Namur. Du calme! Chacun son tour.\n   37. Un septuor de fervents à tous crins. — Tout de même c'est un peu... drôle, mais les\nvers, vous savez! Et puis le difficile n'est pas de faire une omelette avec des œufs, mais\nd'en faire sans. C'est le cas! Cordialement.\n   38. Un journal bien informé a trouvé que la Jeune Belgique était en discorde et que\nrien n'allait plus. Regarde le numéro d'aujourd'hui, f..., bête !\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "                  L'HIVER MONDAIN\n\n\n                                           A GEORGES RODENBACH.\n\n          Mon cher camarade,\n\n\nI    L y a bien longtemps déjà, à l'époque où je m'occupais de littérature\n     en amateur, lisant tout ce qui tombait sous ma main d'étudiant\n paresseux, je vis ton nom inscrit en tête d'un petit volume mince,\n fluet, maigrichon, timide, qui semblait tout confus d'entrer si grêle dans\n le monde. C'était Le Foyer et les Champs, une macédoine de médiocres\n vers — disons mauvais — où tu chantais la foule des désespoirs que\ntu n'avais pas eus et des larmes que tu n'avais pas pleurées. C'était un\nlivricule de bon jeune homme très sage, qui avait gardé de Lamartine\net de Musset juste assez pour ne pas être original. Pour moi, qui n'ai\njamais de ma vie fait un bon vers, je n'étais pas loin, en ce temps-là,\nde trouver très majestueuses les strophes ébouriffantes qui closent le\nvolume : Les Amours de Roland, légende du Rhin! Ne me rappelaient-elles\npas cette Allemagne où j'avais trouvé les plus chaudes et les plus\nintenses impressions ?\n    Aujourd'hui tu dois bien sourire en relisant tout cela ; sourire et non\nrougir ; après avoir fait de mauvais vers tu devais plus tard en faire de\nbons, au contraire de certains cuistres prétentieux qui après avoir\nperpétré d'infâmes rimes, ne sont jamais arrivés qu'à en pondre de\npires !\n    Tu partis pour Paris, sous prétexte d'y faire du droit, mais je crois bien\nque, durant tout ton séjour là-bas, tu ne sus que d'une façon fort vague\nla situation du Palais. Ta robe servit peut-être de domino en carnaval,\nsi tant est que tu eusses eu la naïveté de t'en faire faire une.\n                                                                      19\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "                                     — 254 —\n\n   T u dois te souvenir avec regret de cette année-là, mon cher Georges ;\ntu arrivais, petit provincial, de notre Belgique où la littérature alors se\ncachait comme une coupable, où florissait la cantate — non lue mais\nprimée, — où s'empilaient d a n s les greniers ministériels les volumes\ngros comme le ventre de leurs auteurs et comme, eux décrépits.\n   D e ce milieu bête tu t o m b a s d a n s la cohue parisienne à une heure\nsuperbe pour la L i t t é r a t u r e . L e s Parnassiens avec, à leur tête, le poète\nde bronze Lecoate de Lisle, le poète de dentelle Catulle Mendès, le\npoète de sucre d'orge François Coppée — règnaient. L e s draconiennes\nrègles prosodiques, formulées par Théodore de Banville, étaient articles\nde foi, et la langue, dans cette renaissance, s'affinait, se châtiait, deve­\nnait lumineuse, dans une aurore de rimes riches et de strophes impec­\ncables. Victor H u g o trônait toujours, dans la majesté de son grand âge\net de son génie; Baudelaire, avec Les Fleurs du mal, avait dans la\njeunesse jeté la semence maladive d'un art admirable qui devait troubler\ntoutes les cervelles et déconcerter toutes les conventions esthétiques.\n   L e s H y d r o p a t h e s , une escadrille nouvelle, s'étaient constitués. D a n s\nles brasseries, on lisait des vers, les siens et ceux des a u t r e s ; on se\ngrisait de bocks et de poésie, tantôt sur la table et tantôt d e s s o u s ! L e\nQuartier-Latin t'accueillit comme un frère; tu laissas alors croître tes\ncheveux, plus fins que d u tabac turc, t u arboras une cravate qui, dans son\nampleur, faisait songer à un grand corbeau, ailes déployées sur ta\npoitrine, cédant à ce besoin peut-être puéril que nous avons tous\nd'étonner les p a s s a n t s des r u e s ; puis, sous l'œil de Coppée, ton maître,\nde cette écriture que tu lui volas inconsciemment, toi aussi tu alignas\nles syllabes sonores et fis se baiser les rimes jumelles.\n    De ce frottement, de cette vie nouvelle, a m u s a n t e , folle, cahotée à\nt o u s les plaisirs et jetée à toutes les » vadrouilles », sortirent Les\nTristesses\n    Je me suis dit, en commençant cette lettre, que je te débiterais en face\nd u public tout ce que je pense de toi, mon frère; nous devons donner à\nla P r e s s e — qui ne nous hait pas tant qu'a bien voulu le dire notre ami\nGiraud — l'exemple de l'impartialité. Je ne m'arrêterai donc pas dans ma\npoursuite de chacun de tes pas dans l'art.\n   J e n'aime pas tes Tristesses. Elles m'irritent et me blessent. Elles n e\nsont pas vraies, elles sont factices. T u te mettais des ognons — de\njacynthe, si cela peut te faire plaisir — dans les yeux et t u pleurais sans\nsavoir pourquoi des désillusions chimériques, toi le plus naïf et le plus\ncroyant! Au lieu d'être jeune et viril, tu ramassais les vieux sanglots de\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "                                 -   255 —\n\nMalfilâtre, ce pleurnichard imbécile, et tes vers sonnèrent faux comme\nles siens.\n   Oui, elles m'irritent tes Tristesses, car tu ne les a pas éprouvées; ton\ncœur\n             » Qui n'a plus ses élans et sa chaleur première »\nton cœur te disait des mensonges auxquels tu croyais, grand enfant! et\ntu te prétendais désespéré entre deux bocks et mort à la vie après un\nsouper fin. Tes larmes, tu les versais en fumant une cigarette, et tes\ndésespoirs venaient à heure fixe — lorsque tu avais le temps. Histoire\nde lâcher les écluses !\n   Une fois ou deux seulement, dans Les Absentes, dans Le Coffret, tu fus\ntriste. Le souvenir mélancolique des deux anges blonds, tes sœurs,\nparties comme deux colombes dans le mystère de la mort et des nues,\nremonta dans ton âme, et tu pleuras cette fois dans des vers bien frappés\noù ta main ne faiblit pas. Ce n'étaient point les sanglots d'une douleur\nrécente, mais la douleur pensive d'un regret. La tristesse, lointaine déjà,\ns'était changée en une harmonieuse mélopée, et tes strophes chantèrent\ncomme chantait en toi-même la voix affaiblie et reculée des absentes.\n   A ton retour de Paris, ta vie changea. Le gouffre morne de la\nprovince t'engloutit; on te reprocha tes vers, comme on rit de ta\ncravate; le dédain succèda à l'encouragement des amitiés parisiennes.\nTu sus résister à l'étouffoir. Tu passas les étés au bord de la mer,\nvaguement épris déjà d'un idéal d'art nouveau. Toi qui mets la femme\nà toutes les sauces — piquantes d'ailleurs ! — tu suivis en marivaudant\nles robes claires et les parasols japonais des jolies baigneuses ; tu t'effé­\nminas au contact des mains effilées, des gants mousquetaires, des\nJersey couleur crème et des majestueux Gainsborough de » ces dames ».\nAlors, voyant les jeunes filles et les cocottes, tu oublias de regarder la mer.\nElle ne fut pour toi qu'un décor » joli » ; tu n'aperçus que ses teintes\nfanées que tu comparais à des traînes de robes ou à des chevelures\nd'anglaises !\n   Dès lors, ton chemin fut tracé. Les choses mondaines t'inspirèrent\nune poésie bien moderne, inexplorée, neuve, et tu écrivis presque d'un\ntrait, en un hiver, La Mer élégante.\n   Je ne sais, mon cher Georges, si tu as lu le livre que Jules Barbey\nd'Aurevilly a consacré à la mémoire de Brummel, le roi des dandys. Tu\ny aurais trouvé la philosophie de l'élégance, et quelque chose de plus\nencore. C'est une étude dont les linéaments sont insaisissables, et, lors­\nqu'on a fermé le livre, on a senti ce quelque chose, qui est le dandysme.\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "                                — 256 —\n\n   A mon sens, il n'y a pas deux élégances. Les grandes dames de\nVéronèse et les mondaines d'Alfred Stevens, — celles-ci avec une\npointe de cocotterie, — ont le même signe de race. Dans leur sens\ninfaillible de la toilette, elles ont compris que les grandes lignes sim­\nples, la courbe inviolée des formes constituent l'art de s'habiller ; elles\nont rejeté les bijoux, les nœuds, les falbalas, trouvant injurieux ces\nartifices.\n   Mais les petites filles de province, mais les jeunes mamans économes,\nles anglaises des plages, ont un diminutif d'élégance petite, un peu\nnaïve et d'un mauvais goût touchant. Elles viennent de quitter la pen­\nsion où leur coquetterie sanglotait dans la robe d'uniforme, et rentrées\nau foyer, vite ! elles se font percer les oreilles — première erreur ! —\nelles se rivent au poignet trois ou quatre bracelets en toc, au cou un\ncollier souvent compliqué d'une broche. Ce sont elles qui vont au bal\nen fiacre, qui replissent chaque hiver les volants de leur robe en tarlatane,\nqui ont peur de manquer de danseurs et qui se laissent embrasser sur\nla bouche dans un coin de boudoir. Fi donc ! que voilà de mauvais\nton!\n   Elles font du crochet et jouent des lieder. Elles rêvent de Faust et\nde Roméo ; elles ont des gants très longs — à dix boutons — qui coûtent\ntrès cher et qu'elles mettent le dimanche. Elles portent des robes roses.\nElles mangent goulûment plusieurs douzaines d'huîtres (d'Ostende) le\njour où leur petit mari les conduit au cabaret.\n   C'est d'un popote ! Madame de X*** en aurait des nausées et la\nla petite baronne de Z*** en ferait une maladie !\n   Ecoute-moi bien.\n   La femme du monde, la vraie, ne fait ni crochet ni dentelle ; elle ne\nfait rien.\n   Elle trouve Faust et Roméo d'un goût déplorable ; l'un de s'être\ndonné tant de peine pour une petite bourgeoise très sotte ; l'autre d'être\nmonté chez une femme par le balcon, au risque de déranger l'ordon­\nnance de sa toilette.\n   Elle est très musicienne, mais ne joue jamais ni lied, ni menuet, ni\nrien, et personne ne peut se vanter de l'avoir entendue.\n   Elle ne lit pas le livre qui a paru ce matin ; elle l'a lu.\n   Elle joue au lawn-tennis, en été, non à Ostende mais dans le jardin\nde sa villa, à Trouville.\n   Elle a horreur de l'Italie qu'elle a vue, raffole de l'Ecosse et de la\nNorwège qu'elle verra.\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "                               — 257 —\n\n   Elle n'a jamais aimé\n   Tu le vois, mon cher compagnon, ta Mer élégante, comme ton Hiver\nmondain d'ailleurs, sont bien loin de tout cela, et j'en suis heureux pour\ntoi. Inconsciemment ou non, tu as chanté dans tes livres la femme de\nnotre monde, la femme qui sera nôtre, et à qui nous ne pourrons —\npauvres gâcheurs de style ! — offrir ni calèche ni rivière, mais que nous\naimerons sans qu'elle rougisse de notre tendresse.\n   Tu as aussi décrit, de ta plume d'ivoire trempée dans du parfum,\nl'élégante un peu bourgeoise, pas très riche, et bonne enfant. Tu as jeté\nhors cadre l'impassibilité — ce premier terme de l'équation mondaine —\net tu as bien fait. Tes petites femmes dans leurs toilettes claires ont la\nsensibilité que tu as toi-même ; tes poupées poudrederizées, et fagotées\net pomponnées n'ont pas peur de vivre et de palpiter. Toutes » sont ado­\nrablement mièvres « mais elles sont femmes aussi et parlent d'une voix\ndouce et chantent d'une voix tendre ; elles aiment, elles souffrent, elles\nsont toi ! Tout cela est bien rêvé et bien dit dans ton œuvre.\n   Un beau jour, la province te révolte; on ne s'enterre pas ainsi lorsque\nles autres, groupés, combattent dans cette Jeune Belgique, notre œuvre\ncommune. Tu n'hésites pas longtemps. Il n'est pas trop tard. La place\nne manque pas au Palais de Justice pour... attendre les clients futurs ;\nune malle, bien ! mes livres, ma robe vierge et ma toque immaculée,\nc'est cela ! mon flacon de white-rose, trois porte-plumes, les Cinq codes\net les Baisers de Dorat, la farde des lettres chères où dorment les boucles\nde leurs cheveux, et en avant !\n   Le soir même tu noctambulais avec nous aux Galeries Saint-Hubert,\net, attablés tard dans la nuit, nous écoutions, enveloppés dans la fumée\nde nos cigares, les Teintes fanées et les Fêtes galantes. Tu étais sauvé.\nDès lors ton volume fut fait, mon cher Georges ; les vers et les stro­\nphes se déroulèrent comme une banderolle lâchée dans l'espace, et tu\nnous lus tour à tour les Strophes Blondes, ton Idylle de Sopha, toute cette\nlégende sentimentale où la mièvrerie s'épand en couplets de dentelle et\nen rimes de moire !\n   Il est bien la continuation de la Mer élégante, ton nouveau livre,\nl'Hiver mondain, mais, comme elle, il est moins mondain qu'il n'en a\nl'air. Ah ! mon pauvre ami, nous serons toujours les mêmes, vois-tu !\ndes indiscrets et des bavards ! Pour le public, qui souvent se moque ou\nne comprend pas, nous nous ouvrons le cœur, et chacun de nos livres\nen est une parcelle que nous livrons aux bêtes. Pour toi, plus que pour\ntout autre, cette fatalité de confession transparaît dans ton œuvre. Tu\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "                                    — 258 —\n\nmets des rubans à tes mélancolies et t u revêts ta tristesse d'une robe\nP o m p a d o u r ; tes regrets se blottissent dans de fines dentelles, et ta\npeine intérieure se parfume de honey-dew !\n   Mais c'est encore la mélancolie, c'est toujours la tristesse, ce sont\néternellement les regrets de la chose attendue et qui ne se montre p a s .\nC'est la peine inéluctable des amours espérées et des amours enfuies :\n\n                    « On aime l'effacement doux\n                      D e s m â t s , sur la mer, et des voiles,\n                      Et si l'on s'attache aux étoiles\n                      C'est qu'elles sont si loin de nous ! »\n\n   Il y a d a n s l'Hiver mondain deux notes bien distinctes : celle, pensive\net intime, du Pélérinage d'amour — selon moi la meilleure pièce du\nvolume — et celle, mignarde et affêtée, des Fêtes galantes. T u les déve­\nlopperas toutes deux quelque jour.\n    T u reliras, charmé, les contes de Boufflers, de Crébillon, de Caylus\net d u marquis de Voisenon, le Neveu de Rameau, un des plus beaux livres\nqui soient, et Manon Lescaut et Restif, de la Bretonne ; tu t'arrêteras\na u L o u v r e , devant les œuvres, les œuvrines et les œuvrettes de W a t t e a u ,\nL a t o u r , Boucher, Greuze, F r a g o n a r d , Cochin, Lancret, Eisen, Moreau;\ntu écouteras, jouées au clavecin, les grêles musiques de Cimarose et de\nR a m e a u ; enveloppé d'une atmosphère parfumée de p o u d r e à la maré­\nchale, rappelé en arrière vers l'époque raffinée de P o m p a d o u r et\nDubarry, tu noteras dans de petits vers mignons, sucrés, aimable­\nment scandaleux, la mélodie que doivent chuchotter la nuit sur leurs\nconsoles en bois de roses, du fond de leur âme de biscuit tendre, les\np a s t e u r s et les bergères de Saxe !\n    T u diras aussi, de cette voix lente qu'on a devant les tombes, les\nmélancolies de nos existences d'artistes. T u diras nos dégoûts de la\nvie dans les L e t t r e s , où souvent nos espoirs s'éteignent et nos courages\nfléchissent. T u diras surtout nos désirs d e calme et de sérénité, notre\nbesoin de repos d a n s le travail, bercés par des tendresses nouvelles et\ndes joies apaisées. T u chanteras la vie lente et douce, la vie familiale,\nles gaîtés faciles, les riens qui font l'homme heureux au moment où,\ncrevé de dégoûts, lassé de plaisirs, gorgé d'inquiétudes et fatigué\nd'avoir mal et bêtement vécu, il n'a plus qu'un désir : Commencer à\nvivre !\n                                                             MAX   WALLER.\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                        SONNETS (1)\n                                SOIR      D'IDÉAL\n\n                                                                 A Léon Cladel.\n                     H ! je voudrais pouvoir vivre comme les forts,\n                    D e la foi d a n s mon Art me faisant une armure,\n                     Loin du monde, attendant que mon œuvre fût mûre,\n                     E t lui soufflant mon âme en d'incessants efforts.\n\n        D a n s ma chambre, le bruit de la verdure morte\n        P a r la fenêtre ouverte arriverait vers moi,\n        Si doux qu'il semblerait pour mon cœur en émoi\n        L e froufrou d'une robe au seuil noir de ma porte.\n\n        Car maintenant je songe, après les maux soufferts :\n        L e meilleur c'est encor de trouver un beau vers\n        Comme un diamant noir d a n s les flancs de son âme.\n\n        Je me dis que l'Orgueil console de la F e m m e ,\n        C e p e n d a n t que ma lampe, en ce calme profond,\n        A formé comme un grand clair de lune a u plafond!...\n\n\n\n\n                            FEMME         EN      DEUIL\n\n                                                            A Georges Eekhoud.\n           T r è s pâle, maladive et ses d e u x yeux creusés\n           Comme des t r o u s de nuit où se meurt une étoile,\n           E n grand deuil, et cachant sa langueur sous un voile,\n           Elle allait d a n s la neige avec des airs brisés.\n\n           E t la voyant passer je me disais : mon âme\n           E s t en grand deuil aussi dans le blanc de l'hiver,\n           Mais afin d'oublier t o u s d e u x le mal souffert\n           Il suffirait d'avoir l'amour de cette femme.\n\n\n    (1) Nous extrayons ces quatre sonnets du nouveau volume de SI. GEORGES KODENBACU\nLHiver Mondain, 1 vol. Bruxelles. Henry Kistemaaeckers. 2 dessins de Jan Van Becrs. 5.00.\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "                    —   260   —\n\n\nCar rien qu'à nous presser les mains quelques moments,\nNous ferions une joie avec nos deux tourments !\nEt tandis que je songe, elle est loin disparue.\n\nDans le balancement mélancolique et las\nDe sa robe, on croirait, tout au bout de la rue,\nEntendre agoniser sa marche comme un glas.\n\n\n\n\n               SOIR     FAMILIAL\n\n                                  A ma chère sœur Marie.\nLes soirs d'hiver, la sœur fait un peu de musique\nEt l'on se ressouvient des adorables jours\nDe l'enfance, où la chère avait des jupons courts\nElle qui joue et chante un lied mélancolique.\n\nLe père écoute, un livre en main, dans un fauteuil;\nLa mère, en entendant dehors tousser la bise,\nS'approche du foyer où la braise agonise,\nEt le chat les regarde en ouvrant son grand œil.\n\nO soir familial! on songe avec reproche\nQu'on les aime trop peu, que quand ils seront morts,\nLes bons parents vieillis — on aura des remords.\n\nOn se dit que l'hiver de deuil peut-être est proche\nOù, triste, on n'aura plus que sa sœur seulement,\nQui chantera toujours le même air allemand.\n\n\n\n\n                 DU     MOZART\n\nHier, dans ton peignoir de soie et de malines,\nSur la terrasse en fleur du parc seigneurial,\nIl te vint ce charmant caprice vespéral\nD'agacer ma guitare avec tes mains câlines,\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "                               — 26I —\n\n        Les yeux vers le couchant, tu chantais au hasard\n        Des vers presque oubliés, d'indistinctes paroles\n        Où des papillons fous mouraient sur des corolles,\n        Et le rythme était doux comme un air de Mozart !\n\n        Tout au loin, les corbeaux, en de longs vols funèbres,\n        Sur leurs aîles semblaient apporter des ténèbres,\n        Mais un blanc clair de lune alanguissait le soir.\n\n        Tu laissas l'instrument, par un désir bizarre,\n        Et tu m'improvisas très longtemps, dans le soir,\n        En prenant les rayons de lune pour guitare!\n\n                                              GEORGES RODENBACH.\n\n\n\n\n      LE CŒUR DE TONY WANDEL\n                                    I.\n\n            SI j'en crois les chroniques saturniennes publiées après la dis­\n            parition de notre planète, c'est vers l'an 2250 que la science\n            atteignit son apogée chez les hommes. On tenait l'antidote\n            contre le virus de la rage et les microbes du choléra, les\nrecherches opiniâtres des physiologistes aboutissaient ; l'anthropologie\nnouvelle distançait vertigineusement les découvertes antérieures ; dans\ndes manières de phalanstères placés sous l'invocation de l'initiateur\nCharles Darwin, les spécialistes activaient la sélection de la race\nhumaine, — lorsqu'un savant, peu renommé encore, dégagea victorieu­\nsement un des X les plus formidables de l'équation universelle.\n   C'était un chirurgien des Flandres, le docteur Van Kipekap, hardi\net persévérant comme tous ceux de son pays. Sans cesse interrogeant\nsur leurs causes les phénomènes de la vie, il crut longtemps possible,\navec Christophe Wren et Denis, de substituer, chez l'homme décrépit,\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "                               — 262 —\n\n\nà un sang vicié celui d'un enfant ou d'un adolescent. Il reprit en les\nétendant les expériences commencées par Brown Séquard aux siècles\nrévolus ; notamment il parcourait les pays où la peine de mort existait\nencore pour opérer sur les suppliciés. Les essais de ses prédécesseurs\nportaient sur des chiens, des lapins, tout au plus sur un bras humain\nfraîchement amputé : il fut le premier qui rendit à la vie des têtes\nd'hommes décapités.\n   Une de ces résurrections compta dans sa carrière d'anatomiste :\nSe trouvant au Japon et apprenant la décollation imminente d'un\nsoldat rebelle il obtint de se livrer sur la dépouille, après l'œu­\nvre du bourreau, à ses manipulations favorites. Comme d'habi ude\nil attendit que la tête enlevée eut perdu, peu à peu, la sensibilité, et\nlorsque les paupières furent fermées, les yeux ternes, les narines immo­\nbiles, il fit entrer, par une pompe, du sang rouge et clair privé de sa\nmatière coagulante, dans les artères du cerveau. Alors tous les\nseigneurs invités virent, graduellement, cette tête, inanimée auparavant,\nrevenir à la vie, se rouvrir les paupières, s'enfler la narine, le teint\n exsangue se raviver, les yeux s'illuminer. L'injection continuant, la\n bouche grimaça, les dents crissèrent, les regards roulèrent douloureux,\ndes larmes perlèrent. Puis, quelqu'un ayant appelé l'assassin de son\nnom, les prunelles allèrent lentement du côté d'où venait l'appel et la\n voix effroyablement faible du condamné demanda : « Que me voulez-\nvous ? » En ce moment une panique s'empara de l'assistance haletante\n et pétrifiée; tous gagnèrent les portes; l'aide de l'expérimentateur\n même abandonna la partie. Ils culbutèrent l'appareil, la pompe, les\n récipients et jusqu'à la tête qui roula, bondissante et hurlante, sur le\n parquet cherchant\" à happer les jambes des fuyards empêtrés dans leurs\n harnachements de gala.\n    Après cette scène, le docteur demeura trois mois sans poursuivre ses\n explorations.\n    Il les reprit, les étendit, cuirassant ses nerfs à l'épreuve de toute\n surprise, mais elles ne parvenaient plus à le satisfaire. Les phénomènes\n de résurrection ne duraient qu'aussi longtemps qu'on continuait d'intro­\n duire le sang au moyen du procédé artificiel et mécanique.\n    Il essaya de rappeler à la vie des individus morts de maladie et\n rencontra des obstacles plus considérables encore. Souvent le fluide\n nouveau conduit dans le cadavre ne suffisait plus pour le galvaniser.\n  Le docteur attribua cet échec à l'usure ou à la contamination des\n  organes. Il importait que la chair coulante, le suc régénérateur trouvât\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "                                 — 263 —\n\ndes canaux et des réservoirs dignes de lui. Le problème reviendrait à\nrenouveler les parties essentielles du corps. Mais lesquelles? Les rem­\nplacer toutes eût été chimérique.\n   Van Kipekap n'hésita plus longtemps. L'impulsion donnée au sang\npartant du cœur c'est à ce viscère que s'arrêta le docteur. Une consi­\ndération plus sérieuse encore dictait son choix. Comme Aristote et\nFicinus, il plaçait l'âme dans le cœur à l'encontre de Platon et de\nDescartes qui la logeaient dans le cerveau. Le cœur représentait non\nseulement à ses yeux l'origine et le moteur de la circulation, mais bien\nle principe et la source même de la vie. Par la substitution d'un cœur\nsain à un cœur épuisé il rajeunirait les vieillards, guérirait les malades,\nréaliserait cette fabuleuse fontaine de Jouvence que ses prédécesseurs et\nlui-même attendaient de la simple transfusion du sang. Dans cette foi\nil se remit à ses exercices de vivisection afin de s'entretenir la main,\nd'acquérir l'habileté et la prrmptitude indispensables. L'extraction du\ncœur comportait d'abord une large incision pratiquée dans la poitrine,\nprès de la sixième vraie côte ; ensuite une première section pour séparer\nles veines caves supérieure et inférieure de l'oreillette droite, un second\ncoup de scalpel pour détacher le cœur de l'artère pulmonaire, un\ntroisième pour disjoindre les veines pulmonaires et l'oreillette gauche,\nenfin un dernier tour de main pour trancher l'artère aorte. Si l'on songe\nqu'il fallait pratiquer cette extraction sur deux individus, fixer le cœur\nsain à la place de l'organe contaminé, raccorder par des ligatures les\ntronçons de veines et d'artères aux embranchements correspondants\ndans la poitrine de l'individu à calfater, recoudre le péricarte et les chairs\ndu thorax, on comprendra les dépècements innombrables auxquels se\nlivra Van Kipekap, dans le mystère et la retraite, sur toutes les bêtes de\nla création, avant d'expérimenter sur ses semblables. Enfin il crut son\n » entrainement » suffisant et n'attendit plus que l'occasion d'affronter\nl'épreuve décisive. Elle se présenta :\n   A l'hôpital de N., sur l'Escaut, où le docteur Van Kipekap avait sa\nclinique, il avisa un jour deux voisins de lit, un vieux grabataire et un\njeune blessé. Tous deux agonisaient, avec cette différence que le\npremier succombait à la maladie, à la sénilité et que l'autre, bâti pour\nvivre de longs jours, périssait accidentellement. Le novateur tenait sa\ndémonstration. Ayant convoqué solennellement les plus illustres des\ndocteurs, ses internes, et les grands de Flandre, il chloroforma les deux\npatients, exécuta point par point le petit programme répété si souvent\nsur d'innocents chiens de rue et de sympathiques lapins, parvint effec-\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "                                 — 264 —\n\ntivement à substituer le viscère bien vivant et intact de l'adulte à la\npatraque détériorée du septuagénaire. Le blessé expirait, tandis qu'après\nun sommeil réparateur l'invalide se réveillait, complètement transfi­\nguré, gaillard, dispos, rajeuni de quarante ans. Des confrères de Van\nKipekap les uns crièrent au miracle, à l'exception ; les autres à la super­\ncherie, au compérage. Tous le mirent au défi de renouveler cette miri­\nfique expérience. Van Kipekap ne demandait pas mieux, il réussit\nderechef; il opéra itérativement avec la même facilité. Alors les envieux\ns'inclinèrent. En attendant, la nouvelle de ce prodige se répandait,\nfulgurante et retentissante, aux quatre coins du monde. L'humanité\nentière exalta ce Flamand qui la dotait d'une presque immortalité. A la\nvérité la trouvaille n'intéressait que les gens assez fortunés pour se payer\nce regain de jeunesse. Ceux-là changeraient de cœur comme de pelure\net de maîtresse. Par l'introduction d'un cœur nouveau dans l'économie\nles autres rouages de l'horloge humaine se radoubaient.\n   Il devint fort difficile de se procurer les viscères de rechange, car il ne\nse trouvait pas tous les jours, à point nommé, un maraud bien consti­\ntué que le sort livrât à une mort tragique, et qui, déclaré perdu, con­\nsentit à se séparer de son cœur irréprochable au profit du millionnaire\nhypothéqué par la vieillesse et les excès. En temps normal on ne s'ap­\nprovisionnait de cet estimable article que dans la catégorie des héros\nde faits-divers : les maçons qui dégringolent des échafaudages, les\nhouilleurs surpris par une déflagration de mofette, les voyageurs broyés\ndans un coup de tampon, les mômes écrasés par une voiture, les victi­\nmes des escarpes et aussi les mêmes escarpes à l'heure de l'expiation.\nLe cœur représentait l'article de luxe par excellence, le monopole des\nCrésus. Les prix montaient en raison de la jeunesse et de la vigueur du\nsujet. La spéculation s'en mêla ; le cœur humain fut coté à la Bourse\ncomme toutes autres valeurs. Malgré les sommes inouies auxquelles\nrevenait cet engin, l'offre restait invariablement en dessous de la\ndemande.\n   La guerre seule provoquait une baisse. C'était l'unique occasion de\nraccommodage offerte aux marmiteux des classes moyennes. Aussi, assis­\ntait-on alors au plus extraordinaire des spectacles. Cacochymes et incu­\nrables se faisaient charrier à la suite des corps d'armée, haletant après\nles lendemains de boucheries, attendant leur longévité de la suppression\nviolente de milliers de valides et de crânes. Sur les échiquiers sanglants\ndes hommes noirs cravatés de blanc, les chirurgiens et les notaires de\nces messieurs, trimbalés dans des litières, se penchaient armés de leurs\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                                — 265 —\n\ntrousses et de leurs écritoires au-dessus des jeunes recrues et des cons­\ncrits blessés à mort. A ceux de ces blonds éphèbes qui râlaient déjà,\nles vampires ne demandaient même plus le consentement signé ou pro­\nnoncé devant témoins. Le chirurgien se passait du ministère de l'homme\nde loi et trouait et charcutait en toute diligence le soldat expirant. Ils\nallaient ainsi, d'un corps à l'autre, préludant aux mutilations des grolles\net des vautours.\n    Fatalement des abus se produisirent et la justice s'arma de lois\nnouvelles. En temps de paix maint industriel sans vergogne ne recula\npas devant le crime pour s'approprier le trésor que la politique tardait\nà lui livrer. Les assassins suppléèrent les conquérants. Les tribunaux\ninstruisirent d'abominables affaires de rapts et de tueries d'enfants.\n    Ainsi, la découverte du docteur Van Kipekap ne profita qu'à l'infime\nminorité des humains et aggrava le sort du peuple en exposant sa\nrobustesse et son sang même aux convoitises féroces des grands. Et\nl'ilotisme subsista sous des formes aussi variées que dans le passé :\ngraines de bagne, larve d'hôpital, gibier de potence, chair à canon,\nchair à plaisir, chair à scalpel.\n\n\n                                     II\n\n   En ces temps-là le D r Van Kipekap de V... sur l'Escaut avait pour\nconcitoyen un pauvre diable de paveur nommé Tony Wandel. C'était\nune âme simple et chrétienne dans un corps digne des siècles homéri­\nques. Uni à une blonde pauvresse, son équivalent par la résignation et\nbelle à l'égal des légendaires bourgeoises d'Anvers et de Bruges, père\nde trois petiots joufflus comme des aquilons rubéniens, il peinait ferme\ndurant les six jours, sa hie ou sa maillote retombant en cadence, sans\ncesse, sur les cadettes à paver. Il ne connaissait d'autres chômages que\nceux de commande ; il aurait cru voler les quatre candides créatures\ncomposant son paradis sur terre en distrayant seulement, au profit de\nl'ivresse, un quart d'heure du jour ouvrable et un sou de son salaire.\nTony Wandel n'éprouvait ni envie, ni rancœur en comparant son sort à\ncelui des patriciens de N... Il prenait le temps comme Dieu l'envoyait,\ns'estimant sans rival tant qu'il pourrait nourrir, loger et vêtir les siens.\nLes dimanches d'été et aux fériés, après vêpres, l'humble maisonnée se\npromenait amoureusement le long du fleuve. Ils humaient les brises\nsalines, les fragrances des foins fauchés en contrebas des digues, et\naussi les odeurs iodées des varechs et la fleur avifiante des goudrons.\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "                                 — 266 —\n\nLeurs yeux suivaient le vol d'une voile blanche sur la nappe verdâtre\ndes flots ou la tirebouchonnante fumée d'un paquebot. Moins contem­\nplatifs, les enfants dévalaient des talus, cueillaient des brassées\nde fleurs gourmandes, tandis que des bestiaux vautrés et des che­\nvaux farouches les saluaient d'un hennissement ou d'une lamenta­\ntion. Vers le soir, après la marche bienfaisante, ils se blottissaient sous\nla tonnelle d'un cabaret de barrière, tenu en vibration par l'orgue et la\ndanse, et se partageaient une waterzoei,cette bouillabaisse des Flandres,\net des tartines au fromage blanc relevé d'ail, le tout accompagné d'une\ndélectable uitzet, la bière des bières. Ils rentraient à la nuit fermée, sym­\npathiquement taciturnes, les parents portant sur leurs bras les deux\nderniers nés.\n   Ainsi ils labouraient leur vie, coulaient des semaines grises et mono­\ntones comme un ciel d'averses que les dimanches traversaient d'arc-en-\nciel. Mais cette humble félicité de paria s'éclipsa. Un jour la ménagère\nattendit plus longtemps que d'habitude le paveur à l'heure de la soupe.\nInquiète elle courut au chantier. Elle y apprit des camarades d'équipe de\nson homme, que celui-ci, secourable à son ordinaire, en donnant un coup\nde main pour dégager un camion, avait été renversé au moment où le\ncheval, fouaillé par le conducteur impatient, tirait du collier et réussis­\nsait à ébranler le lourd véhicule dont une roue passa sur les jambes du\npaveur. Elle trouverait le blessé à l'hôpital et, ajoutèrent les com­\npagnons en hochant la tête, peut-être — avec deux membres de moins.\n\n  (A suivre).                                         GEORGE EEKHOUD.\n\n\n\n\n          SONNETS ÉNIGMATIQUES\n\n                         SENTIMENTALISME\n                JAMAIS je n'ai pu croire aux larmes des artistes,\n                 Quand ils pleurent la Femme et le goût des baisers :\n                 Aux douceurs du mensonge ils se sont abusés;\n                 Les plus sentimentals sont les plus égoïstes.\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                         — 267 —\n\nSi parfois leurs esprits, comme les parodistes,\nS'éprennent du paillon qui les a déguisés,\nC'est afin de mirer leurs traits adonisés\nDans les miroirs de l'âme, hypocrites et tristes.\n\nEt quand je vous entends, ô violons maudits !\nCommuniquer la soif des mauvais Paradis\nA la race crédule et simple qui vous aime,\n\nJe refrêne un désir de briser l'instrument,\nEt de crier soudain : » Détournez-vous, il ment :\nCe n'est qu'un Amati qui s'écoute lui-même. »\n\n\n\n                L E S NOCES DE CANA\n\nEn ces temps abolis ou l'Ephèbe attristé,\nL'élu de Magdeleine et des femmes bibliques,\nA travers la splendeur des soirs évangéliques,\nTraînait comme un manteau sa vaste charité,\n\nDistribuant à tous sa riche humanité,\nParfois il s'asseyait aux noces faméliques,\nEt leur épanchait l'eau des fontaines publiques\nChangée en un vin pur empli d'éternité.\n\nAinsi dans vos repas, petits rimeurs avares,\nPâles buveurs d'eau claire, ennemis des vins rares,\nOù dans sa robe rouge habite un dieu vermeil,\n\nJe vous présenterai de ma main despotique\nUne liqueur si. fière en sa pourpre mystique,\nQue vous semblerez boire un coucher de soleil!\n\n\n\n                       INQUISITION\n\nJ'interroge votre âme, ô vous tous, fiers esprits !\nDes batailles de l'Art généreuse milice,\nVous qui portez en vous votre propre supplice,\nEt qui, sauf de vos pairs, végétez incompris.\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "                         — 268 —\n\nEt sur l'un d'entre vous si je m'était mépris,\nSi l'un de vous osait brocanter le calice,\nPour s'entendre acclamer par la foule complice,\nIl me révélerait les charmes du mépris.\n\nAvec une infernale et douce patience,\nJe le suivrais partout comme une conscience,\nPour l'asperger du sang héroïque des dieux.\n\nEt toujours, au milieu de son arithmétique,\nIl sentirait braqué sur sa face hérétique,\nLe rire dédaigneux et calme de mes yeux !\n\n\n\n\n                      L E SPHINX\n\n     Les hommes ont raison: pour eux je suis fermé,\n     Et pour eux rien d'humain ne pleure en ma pensée;\n     Ma peine est au silence éternel fiancée:\n     Ils ne connaîtront pas les êtres que j'aimai.\n\n     Et quand j'avoûrais tout, quand j'aurais diffamé\n     Le mystère où ma vie altière est dépensée,\n     Quand je dévoilerais ma chimère offensée,\n     Leurs yeux s'aveugleraient à son vol enflammé.\n\n     Eloignez-vous de moi: je suis plein de vertiges:\n     Mon rêve est un abîme où tournent les prestiges,\n     Où la lune blanchit des ossements rongés.\n\n     Je suis un des derniers de la race divine,\n     Et, comme les grands Sphinx dans l'énigme allongés\n     Mon âme engloutira celui qui la devine!\n\n                                           ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "             CROQUIS FUNÈBRES\n\n                                     X\n\n                             FIANÇAILLES\n\n            DES nuées de patineurs, les courroies en sautoir, l'acier battant\n             les reins, s'abattaient sur le bois, par troupes, comme'des\n             hordes à l'assaut, taillaient dans la forêt sèche, leur route,\nà travers les petits chemins, s'espaçaient, se disloquaient, s'effilaient au\nrétrécissement des sentiers; quatre, trois, deux de front se hâtaient à\npetits pas serrés, tout rentrés en eux-mêmes, les mains dans les poches,\nle collet remonté, le nez violacé, les yeux larmoyants et sans rien dire»\n une buée d'haleine devant leur bouche entr'ouverte; puis, un seul, à la\npointe, les distançait à courir, avec, sur ses talons, le reste de la bande\nqui semait des traînards. Denière le treillis noir des massifs, dans la\nneige des grandes allées, des équipages voilés de sueur blanche\nsemblaient piétiner de l'ouate, rouler clans de la mousse.\n    Au débouché des chemins, éclatait le paysage aveuglant du lac, noir\nsur blanc, giroyant comme un immense moulin d'ombre et de lumière\navec un grincement de meule intense où fusait par boutades le glisse­\n ment de soie d'un trait vertigineux. — Une fourmilière, une mêlée de\n corps, un grouillement d'où partaient des cris, des chants, des rires, des\n appels, du bruit, des bouffées de joie, une expansion de vie suractivée\n par le plein air vivace qui fouette au sang libre la sensation de sa\n liberté. L'île au pied gelé, fagottée d'arbres secs comme une vieille\n boudant à l'hiver, avait l'air lugubre de regarder cela, dans le jour bleu\n froid d'un ciel pur et d'un soleil pâle, levé comme une hostie jaune dans\n le brouillard du matin.\n    Une jeune fille blonde et un jeune homme arrivaient au bord du lac ;\n ils précédaient un groupe plus nombreux. L'un contre l'autre, ils\n s'arrêtèrent, les yeux grands ouverts, un peu saisis par cette poussière\n de clarté soulevée jusqu'à eux dans un murmure.\n    — C'est joli, là-bas, dit-elle, en montrant à droite où le soleil brisait\n                                                                      20\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "                                — 270 —\n\n en lumière stridente une gerbe de rayons qui rejaillissaient de la glace\n en tronçons de feu.\n   Ils s'interrogeaient en souriant.\n   Il lui dit : Veux-tu ?\n   Elle répondit par un Oui très long.\n   Elle s'était assise. A genoux devant elle, il lui bouclait un patin. Ils\nétaient seuls, dans une déchirure de la terre, derrière un buisson mort.\n   — Sais-tu qu'il est mignon, ce petit pied?\n   L'accent convaincu dont il parlait la fit sourire, mais elle redevint\nsérieuse et faisant une moue de dédain :\n   — Monsieur Léo, je n'aime pas les compliments.\n   — Oh ! ma petite Laurette !...\n   — Chut!\n   — J'ai envie de t'embrasser !\n   — Veux-tu bien !\n   — Faut-il le dire plus haut ? Je vais monter aux arbres pour crier de\nlà que je t'adore !\n   — Allons bavard, est-ce tout ?\n   — Encore deux boucles.\n   — Dieu ! les hommes, quels lambins !\n   — Et quand ce sera fini, nous recommencerons, ajouta Léo, très\nsérieusement. On est bien ici !\n   — Oh ! Oh ! vois donc ce gros qui cherche son équilibre à tâtons !\n   — Ma petite Laure, si tu bouges comme cela...\n   — Boum ! ça y est, les quatre fers en l'air; mais regarde-le donc !\n   Des éclats de rire partaient de la glace...\n   — Je le vois, dit Léo, sans se retourner.\n   — Alors, viens le ramasser ; c'est fait, n'est-ce pas ? Mais tiens-moi\nbien ici, parce qu'il y a du roulis.\n   Un patineur fendait la masse d'un train d'éclair : Laure et Léo filant,\nd'une envolée, droit sur lui, faisaient le tour de l'île, buvaient de l'air\nà plein souffle, et revenaient déjà grisés de cette première gorgée de\nlarge.\n   Ils repartaient alors, plus mollement, plus longuement, allant au ha­\nsard, en travers, en oblique, en zigzag, en spirale, au plaisir de manger,\nd'absorber de l'espace ; s'amusaient à retracer deux grands L enlacés\ndans une pointe de glace, qui mordait, à l'écart, une baie dans la berge,\net, vers le soir surtout, s'abandonnaient à tourner, à pirouetter, valser,\nà bercer leur amour, l'un à l'autre penchés, un souffle froid dans leurs\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "                                 — 271 —\n\n\n yeux mi-clos, riant de tous et d'eux-mêmes pour le bonheur de rire, ils\n remontaient, battus, fatigués, haletants, le teint vif. Laure avait les\n joues fraîches, les yeux brillants; ses cheveux fins voletaient en cendre\n blonde au vent. Elle soufflait dans ses doigts raidis.\n    — Hou ! que ça pince !\n    — Donne ! Et Léo cachait dans ses mains les menottes endolories,\n les réchauffait d'une longue étreinte.\n    Le soleil tombait, estompait de gris le ciel, les hauts arbres, le bois.\n    — As-tu bon maintenant ?\n    — Oui.\n    — Alors, viens vite..., il est tard, disait Léo.\n    — Laure ! Laure ! criait-on.\n    — Oh ! mère, encore, un tour, le dernier !\n    Laure, bien sûre qu'on ne la rattraperait pas, avait jeté ça de loin,\n d'un son de voix perdu dans la pénombre où ils entraient; la mère, qui\n s'était avancée, ne distingua plus rien d'eux; leurs silhouettes effacées\n dans le monde s'étaient envolées, d'un trait, sans un regard en arrière,\n ayant dans le dos ce petit frisson des échappés qui sentent la poursuite,\n et devant, la tentation du vide, de l'isolement, de la nuit.\n    — Plus vite ! criait Laure, plus vite ! et Léo la tenait étroitement,\nemporté lui-même à cette course folle qui tournait au vertige, au délire,\n à la rage d'envelopper dans l'exaltation de vigueur du dernier coup de\npatin, tout ce qu'ils pouvaient avoir d'air, de liberté....\n    Du brouillard descendait dans la ramée, bouchait, au loin, les grandes\nroutes ; les sentiers devenaient obscurs.\n    De l'ombre et du froid, de plus en plus, s'abaissaient, enveloppaient\nles têtes, les épaules, les torses, brouillaient les visages de cette foule\ntrouée, déchirée, éparpillée peu à peu, dont la couleur, le bruit, le\nmouvement s'apaisaient sous la nuit. Des couples passaient encore,\nserrés, grelottants, qui parlaient à mi-voix dans l'allentissement de leur\nallure, en poursuivant une étincelle mourante, aux lames de leurs patins,\nsur la glace plus blanche — et la procession noire d'une file ininter­\nrompue remontait par les pelouses, s'enfonçait dans le bois...\n   Mais un mouvement singulier là-bas, quelque chose d'étrange se\npassa; le défilé cessait, il y eut un arrêt, puis un reflux; un repeuplement\ndu lac par cette foule qui se mit à rouler, dégringoler, confluer, de\npartout vers l'île — des gens couraient, sans voir autour d'eux, avec le\nregard fixe qui se concentre au point d'une catastrophe. Un homme, à\nleur rencontre, leur cria : — » La glace brisée ; il y en a trois dedans !\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "                                 — 2/2    —\n\n\n    L a nuit s'étalait brusquement à la terre.\n    D a n s le temps d'un regard à tout ce qui s'éteignait, elle devint\nprofonde — une belle nuit, calme, épanouie, au clair de lune, sur ce qui\nrepose. L e bois endormi sous une tramée laiteuse épandue du ciel bleu\nd'argent. L e lac, comme u n champ de neige, désert et reculant, à\nl'infini, ses rives ...\n   D a n s cette diaphane, immatérielle pâleur d'un sommeil de rêve,\nune tache — un coin de veille et de besogne louche — l'échancrure\nsinistre de la baie de L a u r e et Léo, effondrée sous eux. — Un baquet\nflottant — trois hommes silencieux penchés par-dessus bord — leurs\nbras maniant des perches — le choc sourd des gaffes — un bruit d'eau\nremuée.... Autour, le noir impénétrable de profondeurs liquides où\ntrempent des torchons de flammes rouges, parmi des débris de glaçons.\nU n groupe se tasse à distance. On y distingue des visages livides\nteintés de lueurs pourpres, élancées des falots, et dont la clarté v a\nmourir dans le bleuté des futaies...\n   Quelques paroles basses, lentes, sans geste, des sons de voix mornes\neffleurent les ténèbres...\n   Enfin, vers neuf heures, une poussée de la cohue qui s'ouvre, se dé­\nbande, se rue à la poursuite d'un objet qu'on ne voit pas...\n   Une civière traverse le bois; ses porteurs vont vite, comme s'ils por­\ntaient quelque chose de honteux.\n\n  Il neige. L e ciel est blanc, la terre est blanche. Un char empanaché,\ntout un cortège en deuil écrasent une flaque noire au milieu de cette\nblancheur.\n   Dans la chambre ardente où des cierges jaunes versent un demi-jour,\nL a u r e et Léo reposent, sous un même drap noir qui rase le sol et s o u s\nun amoncellement de fleurs. Une foule pressée emplit la maison.\n   T o u s les visages sont graves, tristes. On chuchote, un m u r m u r e se\nrépand, puis un silence... où l'on n'entend que des craquements de cer­\ncueils, des sanglots étouffés...\n   L e char s'ébranle, on le suit. Dans cette torpeur qui pèse sur toutes\nchoses, les heurts d'un bourdon funèbre tombent...\n   L e cortège avance, lentement\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                                 — 273 —\n\n                                      XI\n                       LE JOUR DES            MORTS\n   Un corps de vierge svelte, élancé d'un seul jet, suivant l'envolée\nsuperbe de la ligne antique. — Une ligne ferme, recte à force de sou­\nplesse, dont les points roulent et s'équilibrent en courbes si parfaites,\nqu'ils semblent onduler comme des atomes fluides, pour maintenir à la\nstature des formes leur harmonie.\n   Espagnole, de nom — un nom plein voyelle, doucement sonore, dont\nla sonorité se rythme à la retombée molle des syllabes — elle porte de\nC3tte race d'aristocrates la grâce et la fierté hautaines, les chaudes effluves\net le sang violent, sous la délicate nervure des fleurs blanches du Nord.\n   C'était, naguère, une enfant, une petite, dont les petons légers jouaient\nau sol, en des sautillements de gamine. Déjà sa jolie tête avait des\nredressements mâles, des révoltes qui faisaient bondir, cingler l'air et\nbattre les épaules, ses crins noirs en torsades ; alors, reposée, calme,\nmélancolique, elle contemplait, à pic, sous le ciel bleu, les maisons\nblanches injectées de soleil, elle penchait son visage, y amenait sa che­\nvelure soyeuse, s'en câlinait le cou comme d'un duvet d'oiseau, écoutait,\nau dehors, quelque orgue d'Italiens dérouler en lumineux harpèges la\nvolupté qu'elle devinait en elle et, le suivant des yeux, dans le\ndiminuendo des lointains pâlissants où la campagne commence, contre\nles tertres jaunes échevelés de verdure, elle regardait, au poing de\nl'homme, la manivelle tourner, tourner en vain, comme tournerait, sans\nparler, la langue d'un muet.\n   Le deuil qui drape son corps de jeune fille le rend grave, presque\nrigide. Son crêpe amassé, d'une main, sur la tempe, au long de l'épaule\nrépandu, encadre des tons mats dont tout le sang flambe aux yeux. —\nEt ce sont des yeux noirs, dilatés, énormes, qui mangent le visage comme\ndeux taches d'orbites, deux braises, deux glaçons ardents, ouvrant\nà fleur du masque l'âme de cette nature : coup de passion du Midi dans\nl'enveloppe dure et froide d'une septentrionale ; des yeux intenses où\nfulgure, à travers les cils, au moindre battement de paupières un\nentrechoc d'éclairs comme un glissement de feux, au pivotement d'une\nlame d'acier dans la lumière et dont le lancement blesse, dont le jet\nfoudroie, dont le rayonnement insoutenable, ainsi que l'éblouissement\nd'une fournaise à blanc, mord, entame, aveugle.\n  Elle prie, et son regard de croyante aux lumières éternelles, cherche,\nau ciel, un soleil qui brûle pour les morts.\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "                                — 274 —\n\n                                   XII\n\n                        PARC AUX MORTS\n\n   Il est très tôt — désert le parc aux morts. Pas un bruit, pas un\nsouffle. Un peu de soleil pâle, aux tombes, monte, doux et clair comme\npar un lever de printemps, et l'on croirait entendre, dans un murmure\nd'éveil, des oisillons chanter. Mais les arbres sont secs ; leurs brindilles\nnoires entrelacées filigranent le ciel comme des mailles. Un trot d'en­\nfants sur la terre dure — des paroles dites au loin, un entremêlement\nde voix, puis, parmi les monuments, plus proche, une jambe, un\nchapeau, des bouts de vêtements qui s'arrêtent, hésitent, passent,\nreviennent encore...\n   — Max par ici! Pas si vite, les enfants !\n   C'est une voix de femme. Le trot cesse ; apparaissent trois bambins\nde front, le nez rouge, les mains emmitoufflées.\n   En avant, la fillette grave ainsi qu'une personne à qui l'on doit le\nrespect porte religieusement, comme une tarte, un paquet ficelé. Elle\ninspecte tout un rang de tombes au mur, retourne aux premières,\nbalance entre deux d'elles, s'approche, lit...\n   — Mère, c'est ici, dis ?\n   — Oui, ma Jane.\n   Ici est, au bout d'un petit chemin bordé de fleurettes, une maison­\nnette de terre, à moyenne taille d'homme et large pour deux.\n   Un autel catholique est au fond qu'embuissonne un assaut désordonné\nde plantes chaudes : l'inextricable fouillis d'une mignonne forêt vierge ;\net, se balancent aux émanations de cette flore équatoriale des étalages\ncliquotants d'horribles disques plats, de ces galettes de faïence pâle ou\nnoire, imprimées d'une dédicace qui font ressembler la maisonnette\ntombale à quelque échoppe de plaques funéraires dans une exposition\nhorticole en miniature.\n   — Mère, c'est là qu'il est ton frère? exclame Max, comme il est petit!\n   Jane a ouvert la porte dont glisse une carte d'adresse enrainée dans\nl'encadrement du verre : J. B. César, jardinier horticulteur. Elle déballe sa\ncouronne, et comme une grande, sa jeune initiative met de l'ordre à la\ntombe, arrange, remarque, prévoit, propose même à sa mère. On\ndirait d'elles un ménage de propriétaires dans l'intimité du jardinage,\ncausant des travaux d'hiver sur leur coin de terre pour rire, en pleine\nterre de campagne,\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "                                — 275 —\n\n    — D'abord, faire nettoyer les anges de plâtre. Voir chez Marie\n quelques verdures nouvelles pour remplacer celles-ci qui jaunissent. On\n les a mal soignées — surtout, ne pas oublier de demander des boutures\nà l'oncle Jean — ici, des chrysanthèmes, n'est-ce pas?\n    — Mère, si l'on époussetait le velours du prie-Dieu ?\n    — Attends, j'ai la petite brosse.\n    — Mère, mère !\n   — Max laisse-nous. As-tu la ficelle, Jane?\n   — Mère, regarde-moi. Mère, mère, mère ! vocifère Max; à cheval, les\njambes ballant sur les bras d'une croix dont la tête lui vient au menton, il\nfouaille d'une branche d'arbuste effeuillée la pierre et, simulant les\nsecousses à retombée molle d'un galop, pousse, à tout souffle de ses\npetits poumons, des hue! hue!...\n                                                   HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n                     LE LÉVRIER\n                                                     A Georges Picard.\n\n                LE lévrier d'Ecosse aux poils fauves, très longs,\n                 Accompagne au jardin matinal sa maîtresse.\n                 Sous le frisson léger du doigt qui le caresse,\n       Des rêves de baisers pleurent dans ses yeux blonds.\n\n       Le soir, sur les tapis orgueilleux des salons,\n       Allongeant sa pensive et hautaine paresse,\n       Sous les pieds de sa reine il pâme de tendresse\n       Et râle de plaisir en léchant ses talons.\n\n       Et, le regard peuplé de captives pensées,\n       Dans l'horreur d'un silence invincible enfoncées,\n       Il se meurt lentement du secret de son mal.\n\n       Ainsi, dans leurs amours étranges, les poètes\n       Épris d'un impossible et sublime idéal\n       Expirent, le cœur plein de paroles muettes.\n                                                      IWAN GILKIN.\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "                       INTIMITÉS\n\n           LENTEMENT, sans trop conscience du chemin suivi, la\n             conversation intime murmurée à l'oreille égarant nos pas,\n             nous arrivâmes par le bord de l'eau jusqu'à la terrasse\ndes Tuileries; bien que l'air vif qui ridait la surface de la Seine et\nles branches dépouillées des arbres déchiquetant le ciel de leurs\nsquelettes maigres annonçassent l'hiver, le soleil dardait des rayons\nbrûlants sous la chaleur desquels nous nous pelotonnions, frileux,\nelle tendrement appuyée à mon bras et se serrant contre moi; des\nnuages d'une jolie teinte orangée couraient vite à l'horizon clair\nau-dessus des tourelles du Trocadéro aperçues dans l'éloignement,\net la masse des toits de Paris flambait étincelante dans la limpidité\nde l'atmosphère; sur les rebords de pierre du quai, des oiseaux\nvoletaient heureux, mettant dans le calme de cette heure matinale\nleurs fusées brusques et leurs petits airs moqueurs de pierrots\nparisiens.\n   La terrasse des Tuileries était presque déserte, et dans la perspective\nde l'allée, tout là-bas, au bout, du côté de la place de la Concorde,\napparaissait, silhouetté massivement, un lion de pierre sur son socle;\nnous nous assîmes sur un banc à peine sec où, la rosée de la nuit se\nvoyait encore, et là, tous deux, à côté l'un de l'autre, les mains unies,\nles souffles confondus, nous sommes restés longtemps, seuls proprié­\ntaires de ce coin de jardin surplombant les quais où passaient en\nbeuglant les tramways de Saint-Cloud ; à travers les pilastres qui\ncouronnent le mur de la terrasse, nous apercevions les gens de l'im­\npériale, des petits employés venant de loin et lisant leur journal d'un sou.\nDerrière nous, le jardin s'étendait avec ses massifs d'arbres tâchés çà et\nlà par la blancheur des statues ou les animaux de bronze de Barye aux\nsaillies desquels le soleil accrochait des étincelles lumineuse à travers\nles branches : sur le bassin dont la nappe sourcillait aux caresses\ndu zéphir matinal, des cygnes voguaient calmes et superbes, les ondu­\nlations de leur col aux courbes gracieuses apportant une animation de\nvie ambiante dans cette tranquillité et dans cette solitude ; quelques\nvoitures passaient dans la rue des Tuileries qu'on devinait aux éclairs\nde leurs roues et au remuement de leurs attelages, et puis, tout-\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                                — 277 —\n\nà fait de l'autre côté, par delà toute la largeur du jardin, la rue\nde Rivoli, bruissait tumultueuse, déjà pleine de circulation.\n   Dans la douce tiédeur de ce repos au soleil sur ce banc isolé, nous\nlaissions notre pensée errer au pays des songes, et nous rêvions loin du\nmonde, d'une maisonnette enfouie sous la verdure, au fond d'un bois,\noù nous serions bien seuls à deux, toujours l'un avec l'autre, d'un\nréduit tout intime où nous serions cachés sans le vouloir, où le\npoète aimant pourrait murmurer sans crainte ses cantiques et ses stro­\nphes à la charmante adorée; cette apparition lumineuse d'un avenir\ndésiré mais irréalisable faisait perler des larmes aux cils de la mignonne\nlorsque, retombant dans la pénible réalité des choses existantes, son\nesprit envisageait sainement ce voyage à travers l'impossible que nous\nfaisions de concert, et des craintes la hantaient de l'avenir incertain où,\ncomme deux passereaux audacieux et téméraires, nous nous envolions\nà l'aventure.\n   Les petites aiguilles dorées de sa montre avaient couru si vite qu'il\nnous fallut quitter notre banc et partir; pour allonger encore le temps\nd'être ensemble, nous fîmes lentement toute la longueur de la terrasse,\net même, vous le vous rappelez-vous, miss Bébé? au bout, près de l'Oran­\ngerie, nous vîmes, assis contre le piédestal d'une statue de Cérès, un\njeune homme qui lisait, si absorbé que nos pas criant sur le sable ne\npurent le distraire et qu'il ne leva pas la tête pour nous regarder passer ;\ntu crus alors que le livre était d'un poète, quelque Musset accoutumé\nqui dort sous le chevet et qu'on emporte à la promenade, et tu fis une\ndélicieuse moue vexée quand je t'eus montré que c'était, hélas ! un\nalmanach comique — en prose !\n   La place de la Concorde était très animée quand nous la traversâmes\npour gagner les Champs-Elysées, et les équipages circulant qui\néclaboussaient ta robe au passage scintillaient au soleil plus élevé\nmaintenant dans le ciel, et de nombreux piétons se croisaient sur\nl'asphalte se rendant à leurs occupations diverses, la vie parisienne\ntout à l'heure pas encore éveillée s'accentuait et s'enfiévrait; et de peur\nd'être vus par tout ce monde, d'être reconnus par un passant, nous\nprîmes à l'entrée des Champs-Élysées un » sapin « qui stationnait,\nd'apparence minable; le cocher, vieux et empaqueté de manteaux, nous\nouvrit de ses doigts gourds la portière de son véhicule, et quand je lui\neus jeté l'adresse d'un journal où tu me lis parfois, il se hissa sur son\nsiège d'où il claqua la pauvre haridelle qui devait nous traîner.\n   Amoureux qui se dérobent aux regards, nous baissâmes les stores de\n                                                                   21\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "                                — 278 —\n\nchaque côté à moitié des carreaux, et tandis que se cahotait pénible­\nment sur l'inégal pavé des rues notre carrosse de louage, nous nous\nmangeâmes de baisers dans une longue et passionnée étreinte...\n                                               MAURICE GUILLEMOT.\n\n\n\n\n                    CHINOISERIES\n\n                                     I\n\n                SUR un fond vert de mer auréolé d'argent,\n                   Un soleil de rubis apparaît, émergeant\n                   Entre des saules gris et des cerisiers roses ;\n      Des touffes de lilas bleuâtres et de roses\n      Parfument les chemins vaguement assoupis;\n      Et, la simarre au vent, passe entre les épis\n      Dessinés, un par un, en traits d'or sur la laque,\n      Une chinoise. Au loin, un drapeau pourpre claque\n      Tout en haut d'une tour de cristal miroitant.\n      Les yeux pleins de soleil, la jeune fille attend\n      Que l'aube, s'éveillant au ciel , resplendissante,\n      Vienne effleurer son front d'une main caressante,\n      Pour offrir à l'aimé dans un baiser d'amour\n      Toute la floraison de rêves que le joui-\n      Fait chanter dans le bleu limpide de l'aurore.\n      Entre des bords fleuris, le sillage sonore\n      Des jonques, lentement, lentement, sur les eaux\n      Recourbe avec douceur les pointes des roseaux;\n      Un long vol de flamants ondoie sur les feuillées;\n      Les flèches du soleil dans les herbes mouillées\n      Scintillent... Et voici l'aimé, sonnant du cor,\n      Qui s'avance, drapé dans un grand manteau d'or\n      Tout enneigé d'hermine et lourd de pierreries,\n      Pour baiser la blancheur de ses lèvres fleuries.\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                                 — 279 —\n\n                                     II\n                                                      Sonnet pour A. G.\n         Du haut d'un éléphant chamarré d'or, la reine,\n         La simarre entr'ouverte à la courbe des reins,\n         Entend l'écho répondre au choc des tambourins,\n         Et son bras fatigué laisse pendre la rêne.\n\n         Les vagues bleu d'azur s'éteignent sur l'arène\n         Où se découpe en noir l'ombre des tamarins;\n         Avec des ronflements sourds, des monstres marins\n         Projettent vers le ciel un jet d'eau qui s'égrène.\n\n         Et, la chair en sueur, les courtisanes nues\n         Voient le soleil de flamme éclater sous les nues,\n         Et voudraient se rouler avec lui dans la mer;\n\n         Mais, étendue au fond de sa tour ajourée,\n         La reine les regarde et son sourire amer\n         Suit l'ondulation de la danse sacrée.\n                                                 GEORGES KHNOPFF.\n\n\n\n\nNOUVELLES DE LA GRAND'ROUTE\n\n                                     III\n\n                                RABELAIS\n           JE le rencontrai sous bois, non loin de la fontaine Marie, assis au\n             pied d'un chêne. Aux environs, dans les feuilles jaunissantes,\n             quelques linots voltigeaient et caquetaient du côté de la ferme ;\ndans une éclaircie des branches, un coin de ciel apparaissait, tout d'azur\net de soleil ouvrant un cercle de lumière sur le terrain sablonneux de la\nforêt ; et par intervalles, le coucou nous jetait ses deux notes monotones\nque l'écho recevait et nous renvoyait avec des demi-tons tristes et\nmélancoliques.\n   A mon aspect, le joyeux curé se leva.\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                                — 28o —\n\n   Il se faisait vieux, le bonhomme; sa grosse face rougeâtre; son nez\n aplati; ses oreilles déformées; ses yeux fins et profonds; sa bouche élar­\ngie par les convulsions du rire; son menton à plis de soufflet, eussent pu\nle faire prendre pour un satyre déguisé. Mais le maître ès-pitance\nm'était trop bien connu pour que je m'y trompasse.\n   Tranquillement, le vieillard me prit le bras; et nous allâmes, chemi­\nnant au milieu du treillis de végétation hirsute, jusqu'au bord de la Seine.\n   Là, le bon curé se laissa conduire, un peu étonné de voir les change­\nments survenus dans sa paroisse depuis le moyen âge. Enfin, au bout\nd'un quart d'heure, avisant de l'autre côté du fleuve un de ces riants\nbouchons comme on n'en trouve qu'à Suresne, nous prîmes l'aviron et\ntraversâmes le courant; puis nous nous blottîmes le long d'une treille\nnoueuse, ayant, entre nous, deux planches de canot brisé pour nous\nservir de table.\n   La plantureuse matrone du lieu nous apporta le pot de grès plein de\nproduit du crû. Alors, versant lui-même, le gai compère fit pétiller le\npetit griolet, couleur eau-de-javelle, qui devait nous mettre en belle\nhumeur.\n   Et moi, choquant les verres, je portai le toast à haute voix, criant\nseul sous la tonnelle :\n   A ta santé, vieux Rabelais !\n                                       *\n                                   *       *\n   En face de nous, Meudon, boiseux et brumeux, reposait, calme, de\nce calme des heures chaudes. A nos pieds, la Seine coulait, presque\nlimpide, à peine ridée par les coups d'épervier du pêcheur de friture.\n   Plus loin, une épaisse ligne de forêt allait, suivant le fleuve, et se\nperdant dans sa courbe vers les hauteurs de Bellevue. Sur le feuillage\nune légère brume planait, estompant les cîmes des arbres, et fondant\navec le ciel leurs dentelures capricieuses. Plus loin encore, au-dessus\ndes bois, un moulin au repos détachait en noir sur le bleu de l'horizon\nla croix de ses quatre ailes vermoulues.\n   Quand nous eûmes bu d'un trait le premier verre, le vieux curé\nprit la parole :\n   — Proscrit de cette terre qui m'a porté, je suis aujourd'hui comme\nun être qui vient à la vie, ignorant encore les idées et les coutumes du\nsiècle. J'aime à m'instruire entre deux verres. Voudrais-tu, mon fils,\nm'initier aux usages de ton époque ?\n   — Volontiers, mon maître, répondis-je.\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                                 — 28l —\n\n   Nous vivons dans un siècle qui te condamne. La vieille gaîté gauloise\nest bannie de chez nous comme étant trop bruyante. La grivoiserie\nde tes homériques histoires est taxée de pornographie ; et les hilarantes\nripailles de Pantagruel sont baptisées : festins d'ivrognes.\n   Quant aux sauteries champêtres de tes bergères, elles sont regardées\ncomme immorales ; et les quadrilles échevelés de Mabille les ont fait\ntomber en désuétude. Toi-même, Rabelais, es honni et vilipendé par\nnos contemporains. De notre temps les curés ne font plus danser les\nbergères à la fête de Meudon; ils préfèrent...\n   — Bah ! interrompit le compère, tu te gausses de moi, mon fils ! Les\njoyeux conteurs ne trouvent-ils plus d'encre dans leur écritoire, ni de vins\ndans leurs celliers! N'existent-ils donc plus, les amis de la bonne gaîté?\n   — Ne parlons pas des absents ! répondis-je; vidons plutôt ce cruchon,\nque l'air finirait par tarir.\n   Et remplissant les verres, nous trinquâmes bruyamment :\n   — A ta santé, vieux Rabelais !\n                                        *\n                                    *       *\n   Quand nous eûmes entamé le second pot, le bonhomme reprit :\n   — Tu disais donc, mon fils, que par suite du temps et des change­\nments survenus dans le caractère des hommes, mes éclats de rire\navaient été trouvés sonnant faux; et mes paroles trop redondantes pour\nêtre dites à haute voix?\n   Hélas! tes contemporains ne m'ont point compris!\n   — Pardon, cher maître! ils t'ont compris; mais, blasés et sensuels,\nils ont fouillé et tronqué ton œuvre; ils ont pris sur le vif les tons crus\nde tes peintures énergiques ; ils ont fait ressortir tes coups de plume\ngrivois, et les ont rendus lascifs ; ils ont fait croire qu'ils devinaient ta\npensée intime, et lorsque, dans un tableau vrai, tu montrais le cœur\nen éveil, ils ont fait voir la chair en rut...\n   — Mais ces hommes sont donc bien méchants? dit amèrement le\nbon curé.\n   — Ces hommes ont intérêt à te nuire pour s'élever. Ta grosse gloire\nbonne femme les gêne. Et, lierres qui grimpent aux vieilles arches, ils\nse hissent sur ton nom pour être mieux vus, quittes à faire ensuite\ncrouler ta renommée sous le poids de leur impudence !\n   — Buvons! dit le curé.\n   Et je hélai la matrone, qui nous servit un autre pot.\n   — A ta santé, vieux Rabelais !\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "                                — 282 —\n\n\n                                       *\n                                      * *\n   — Buvons ! répéta le compère.\n   Et je le regardais embrasser entre ses lèvres charnues le bord du\nverre qui cliquetait sur les dents jaunes du bonhomme.\n   Au-dessus de Meudon, le soleil apparaissait comme un disque roux\nentre les nuages plombés. Sur le fleuve, quelques jeunes gens remontaient\nle courant en barquette, chantant un refrain de canotiers que rythmait\nle bruit des rames. Le pêcheur avait étendu son filet sur une haie\nd'échalas, et s'occupait, dans l'officine du bouchon, au recensement de\nsa friture. Tandis que la matrone, alanguie par les ardeurs de juin,\nbalançait doucement sa taille ronde, en frappant une cadence de polka sur\nle bord du comptoir d'étain.\n   Alors, le curé se leva et courut prendre le bras de la tavernière;\npuis il la conduisit auprès de moi et me dit, en glissant ma main\nautour du corsage de la jolie femme :\n   — A toi la belle fille, mon fils !\n   Et, pris lui-même d'une jovialité débordante, il se mit à pirouetter\nsur ses talons, faisant claquer ses doigts, en chantonnant sur un air\ngothique :\n                    Trémoussez-vous, jeunes garçons,\n                            Et fillettes\n                            Gentillettes...\n                                      *\n                                    * *\n  Quand nous rentrâmes sous bois, la nuit était venue, toute étoilée\nentre les feuilles; des feux s'étaient allumés au bord de l'eau; et les in­\nsectes nocturnes crépitaient dans les taillis, autour de nous.\n  Soudain, auprès de la fontaine où je l'avais rencontré, mon compa­\ngnon disparut dans l'ombre, entre les arbres. Je l'appelai : il ne me\nrépondit point.\n  Mais j'entendis au loin sa voix qui fredonnait encore:\n                       Le front ceint de pâquerettes,\n                       Les pimpantes bergerettes\n                       Courent, blanches, et proprettes\n                       A la fête de Meudon...\n                                       *\n                                     * *\n  Depuis, je n'ai plus revu Rabelais.\n                                                  MARIUS RÉTY.\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "            APPELS D'HIVER\n\n                                I\n            OU donc sont-ils passés ces j o u r s illuminés,\n             Où tes yeux allumés d'étoiles d'espérances\n             Transportaient dans mes yeux leurs désirs déchaînés\nE t jetaient dans mon cœur leurs caresses immenses?\nOù donc est le Printemps, le grand voluptueux,\nQui baisa d e sa bouche enfiévrée et troublante\nNos d e u x fronts rapprochés ?\n                  UNE   VOIX    DANS   L'INFINI\n                             L e P r i n t e m p s somptueux\nPlein de sève et d'amour, dort, près de son amante.\n                                II\nOù donc est l'Astre heureux, où donc es-tu, Soleil?\nT o i ! mon maître et mon Roi, T o i ! ma lumière sainte!\nViens, que je cherche encor s u r ton m a s q u e vermeil\nD u fragile passé la flamboyante empreinte.\nOù donc es-tu, Soleil? Réponds, où donc es-tu,\nQ u e j ' e m b r a s e mes yeux à ta pourpre éclatante ?\nRéponds, réponds, réponds !\n                          LA    VOIX\n                               L e Soleil revêtu\nD'or, tisse près des dieux sa crinière sanglante.\n                               III\nE t toi, chère adorée, idole au casque blond !\nDéesse irrésistible, irrésistible femme,\nPar où donc erres-tu, dans quel tombeau profond\nA jamais portes-tu les soupirs de mon âme?\nP o u r q u o i donc châtier la faiblesse d'un cœur\nQui te suit, dans les nuits à ton ombre mourante\nAttaché par des fers ?\n                          LA    VOIX\n                       L'attente et la Douleur\nSont les forges du Ciel où le bonheur s'enfante.\n                                                  EDOUARD L E V I S ,\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "           CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                           URBAINS       ET    RURAUX       (I)\n          L'APPARITION d'un nouvel ouvrage de Léon Cladel, le styliste puis­\n           sant, est un véritable événement pour les gourmets et les délicats ;\n           aussi le volume que va publier M. Ollendorff mérite d'attirer l'attention\ndes lecteurs de ce journal, et je suis fier de consacrer une chronique littéraire à\nun livre que je viens de lire en épreuves et qui m'a fortement remué.\n   Mais, pour être franc, je dois déclarer au début que je suis de ceux qui admi­\nrent les œuvres de Léon Cladel, et qui aiment chez cet écrivain remarquable\nmême ses défauts, quelquefois voulus, qui donnent la fièvre aux lecteurs dont le\ntempérament a été débilité par l'absorbtion à forte dose de ces productions à\nl'opoponax, au benjoin où de ces grossières montépinades au poivre de Cayenne,\nqu'on fabrique surtout pour l'exportation, pour les pays chauds de l'Amérique.\n   Le livre d'aujourd'hui est certainement un des meilleurs qu'ait produit l'au­\nteur des. Va-nu-pieds ; il est digne en tout de figurer entre Le Bouscassiè et\nl'Homme de la Croix-aux-bœufs, que l'éditeur Lemerre va publier sous peu dans\ncette célèbre collection blanche, qui est comme la Légion d'Honneur des œuvres\nsolides consacrées par le succès, par la vogue, par la réussite auprès du gros\npublic comme auprès des lettrés.\n    Urbains et ruraux, tel est le titre du nouveau volume que les brocheuses sont\n en train de plier, et qui se compose de nouvelles, sortes d'eaux-fortes à la plume,\n retraçant des scènes sanglantes, reproduisant des héros de haute vaillance tom­\n bés sur les barricades, ignorés, perdus, ensevelis en quelque sorte dans la fumée\n des luttes de la Semaine sanglante.\n    Nous retrouvons là le Cladel plein de jeunesse, de vigueur et d'éclat, que nous\nconnaissons par les pages qui ont fait sa réputation. C'est toujours le même sys­\n tème indiquant le travail d'un artiste convaincu qui fouille la langue, met les\n expressions en relief, ravive les incidentes, élague les adjectifs, construit une\n phrase avec la patience d'un ciseleur, la trempe, la pointillé, et dont l'œuvre\n scintille avec un chatoiement de pierres précieuses, disposées par une main qui\n sait son métier jusques dans les détails les plus infimes ; les points et les virgules\n eux-mêmes ne sont placés qu'à bon escient ; tout, jusqu'aux alinéas coupés avec\n méthode, dénotent l'ouvrier qui manie la plume comme le sculpteur son marteau\n ou son burin.\n   Voilà pour la forme.\n\n   (I) M. Jean Bernard, le jeune avocat déjà célèbre au barreau de Paris, qui a fait la pré­\nface de Pierre Patient, a bien voulu écrire pour la Jeune Belgique le compte-rendu de la\nnouvelle œuvre encore inédite : Urbains et ruraux.\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                                    — 285 —\n\n    Quant au fond, c'est l'homme de cœur qui se livre tout entier avec ses élans,\n ses rages, ses enthousiasmes humanitaires, ses haines pour les dominateurs, ses\n amours souvent irraisonnés pour les petits, les faibles, les humbles, les vaincus,\n ceux qu'on méprise, qu'on outrage et qu'on écrase. C'est l'écrivain populaire qui\n aime le plébéien, le connaît, le décrit et l'exalte.\n    M. Léon Cladel n'est pas de cette école qui tourne tout à l'ordure, qui fouille\n dans la bave pour y trouver des cadavres afin de les décrire en expliquant la\n mort par l'hystérie, l'alcoolisme ou les maladies héréditaires. Non. Il n'est pas\ncomme ces écrivains qui, s'affublant de la perruque des queues rouges, montent\nsur les trétaux des systèmes en débitant des réclames, des boniments, des pré­\ntendues données scientifiques et médicales, au son de la grosse caisse et du zim,\nboum, boum. Il n'a pas su ou n'a pas voulu grouper autour de lui de bons petits\njeunes gens, chargés de lui composer une garde d'honneur, une escouade de thuri­\nféraires et qui, lorsque le pontife a terminé la parade, jouent, pour leur propre\ncompte, sur de plus petites clarinettes, les mêmes airs, en jetant à la foule la\npetite phrase traditionnelle : « Ne nous oubliez pas, mesdames et messieurs,\nc'est pour nos petits bénéfices, et nos volumes ne se vendent pas au coin du\nquai. »\n   Ces moyens sont inconnus de l'auteur de la Fête votive ; il écrit une œuvre avec\ntoute sa conscience d'artiste; puis, sans avoir la prétention de régénérer le goût\net de révolutionner l'art, il la publie en disant aux lecteurs : Voilà, jugez ! Et il\nse trouve que le livre est un chef d'œuvre.\n   M. Léon Cladel ne fait pas ce métier peu propre de prendre les vierges plé­\nbéiennes, et les éphèbes du prolétariat, de violer les unes dès les premiers chapi­\ntres, de salir les autres, de les rouler dans la boue des ruisseaux ou des trottoirs\net les montrant à la foule, de lui crier avec des airs inspirés : Voilà le peuple !\n   Non, mais choisissant les types de la plèbe dont il est, qu'il connaît, qu'il aime\net qu'il admire, il nous décrit leurs bonheurs, leurs joies, leurs affres, leurs mi­\nsères ; il chante leurs vertus, leurs souffrances et leurs douleurs ; il les suit pas\nà pas, nous les montrant dans les combats journaliers : luttes contre la faim,\nluttes contre l'amour, et quand la bête humaine, qui croupit au fond de tout\nhomme, trébuche et tombe, il nous cache ses défaillances en jetant un rayon de\ngaîté dans les yeux de ses urbains et un rayon de bonheur dans l'âme de ses\nruraux, qu'il fait vivre, là sous nos yeux, souffler au travail, panteler à la peine,\npuis mourir... quelquefois sur la barricade éventrée en criant, après des batailles\nhomériques dans les rues : Vive la Sociale!\n   Telle est encore une ois, dans son nouveau livre, le système adopté par\nLéon Cladel. — Au fait, est-ce bien un système et ne sommes-nous pas, au con­\ntraire, en présence d'un tempérament qui se livre au public avec toute la sincé­\nrité d'une foi ardente dans les héros qu'il célèbre. Pour ma part, je le croirais\nvolontiers.\n   Quoi qu'il en soit, Urbains et ruraux sont les récits des épopées, de héros\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "                                        — 286 —\n\n\ninconnus, morts d u r a n t cette fatidique semaine où la F r a n c e , saisie par une\nnévrose étrange titubait entre ces deux sentiments : l'amour de la liberté poussé\njusqu'à l'incendie; l'amour de la légalité poussé jusqu'à l'assassinat. Ces héros,\nM. Léon Cladel nous les montre dans le rayonnement de leur fin dernière, mou­\nr a n t en martyrs, vaincus, mais non désespérés et emportant dans la t r a n c h é e ,\noù la chaux vive va les recouvrir et les consumer, l'âpre contentement de tomber\nvengés.\n    Ces nouvelles, je viens de les lire tout d'un trait, avec la fièvre aux tempes et\nl'émotion qui m'a serré le c œ u r ; je ne vous les raconte pas, à quoi bon ? Est-ce\nq u ' u n e photographie d'une aiguière sortie autrefois des mains de Cellini, vous\ndonnerait une idée de l'œuvre du célèbre Florentin ?\n   Des livres comme ceux-là ne s'analysent p a s ; on les lit, on les admire et on\nles signale à ceux qui aiment les belles œuvres.\n                                                                  JEAN-BERNARD.\n\n\n\n\n               CHRONIQUE MUSICALE\n                                   DE   SCHELDE        (I)\n\n             DE cette colossale et tranquille poussée qui gonfle d'un invisible remous\n              les fleuves, il coule... De la fraîcheur s'exhale à ses bords; le jour\n              agonise, tout penche au sommeil. Les vibrations harmoniques s'étei­\ngnent. De longues traînées de voix, des filées de sons comme des rayons m o u r a n t s\ns'inclinent, et, derrière la flambée froide des eaux, tonne d'un rythme lourd, la\ntombée du soleil. SOUS l'aphonie crépusculaire, un chant lointain s'immobilise aux\nrives... tandis que des couples errants descendent par les berges aux appels méphis­\ntophéliques du Vaarman : « Hoi hi, ôh! komt varen » — qu'ils aillent voguer, qu'ils\naillent a i m e r et s'absorber d'un long baiser dans cette nature mi-close, d'où la\nvie, doucement, s'effuse dans la nuit... La barque file... La nuit est pleine... Alors,\nparmi ces formes vagues qui reculent à leurs côtés, sous un glissement de lune,\nsemble ressusciter, comme l'âme de ces bords, l'ombre du peuple a n t i q u e . Dans\nun c a u c h e m a r de mort qui s'attache à l'amour, l'Escaut recrache dans le sang des\ngoedendags, le fantôme géant de ses luttes communales, Z a n n e k i n , Van Arte­\nvelde, les tribuns, les héros, Guillaume d'Orange et les Gueux, et tout le\nseizième siècle en fièvre de m a r t y r e . L e c h a n t des Gueux s'indique, transpa-\n\n\n  (I) Oratorio historique de Benoît et Hiel, exécuté à Louvain le 3 avril, sous la direction\nd'Emile Mathieu.\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                                          — 287 —\n\n\n r a n t , se dessine, é c l a t e ! . . . E t ce n'est plus un, ce ne sont plus dix, ni mille, ni\n•dix mille, c'est toute la t e r r e de F l a n d r e , l'héroïque féconde dont un frappement\n de piques, ferait surgir des a r m é e s , qui ramasse son souffle et clame d'une seule\n voix, à la face du ciel libre, l'hymne de liberté !\n  Telle est la conception géniale q u e , l'autre soir, à Louvain, deux cent têtes\nmusicales sous un solide bâton d'interprète nous ont très puissamment rendue,\nmalgré leur travail technique imparfait, dans des circonstances matérielles\nprécaires. Mais, si leur œuvre ne fut q u ' u n e ébauche, ce fut une de ces ébauches\nsuperbes, quintessences de chef-d'œuvre, où se trouve rejetée, d'une seule\ntouche, dans un pétris de couleurs, la pensée, ainsi q u e , toute en palpitations,\nsous un coup de lumière vive, elle a surgi du cerveau de l'auteur.\n  De telles œuvres ne s'analysent pas ; et celle ci est peut-être la plus vivante\ndu m a î t r e . Pourquoi, sans chercher, une affabulation qui ressort des choses, ne\npoint leur laisser l'intensité d'une impression? Faudra-t-il y retrouver toujours\ncette agaçante figure de l'esprit sceptique pour lacérer à coups de froid acier la\nchair, et grimacer, sans cesse, le commentaire de l'homme en marge de la\nnature?!\n                                                                    HENRY      MAUBEL.\n\n\n\n\n                     MEMENTO MUSICAL\n           E S gens qui ne savent pas lire ont vu dans mon articulet forcément trop\n            restreint, consacré d e r n i è r e m e n t au « Fanache blanc », un blâme plutôt\n            qu'un éloge ( I ) . Je les prie de voir, sous les mots, les idées. J'ai dit que\n l'œuvre, mal agencée, mal équilibrée est un morceau de matière brute, naturelle,\n sincère ; je le répète. L ' œ u v r e parfaite d'un jeune ne peut être que d'un vieux\njeune et d'un talent mort-né. L a forme importe peu ; le savoir-faire, les trucs, sont\n à tout le monde ; mais ce fond         de t e m p é r a m e n t , cette base, où se caleront un\n style, une personnalité, c'est ce que tout le monde n ' a pas, et ce que Flon, l'un des\n premiers, au t h é â t r e belge, nous a donné. C'est, je pense, le plus véritable\néloge qu'on fasse d'un d é b u t a n t auquel on montre ainsi l'avenir large ouvert ;\n c'est ce que j'ai voulu faire entendre, en reprochant à quelques-uns de ne l'avoir\n pas dit avant moi.\n                                            *\n                                         * *\n   Les Concerts populaires nous ont r a m e n é un peu de musique vraie, après avoir\n fait la part grosse au public chien-savant. Ondricek, d'Albert, d'Albert surtout,\n\n   (I) Entendu au Cercle artistique.\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "                                    — 288 —\n\naccroupi sur son clavier et battant l'air de ses coudes, et dont les poings abattus\ndu cintre enfoncent un accord comme on replonge un crâne qui se noie !...\nd'Albert pourra revenir, au grand trépignement de la foule, chercher sa gloire\ndans le lustre ; ce n'est pas moi qui irai la lui décrocher.\n   Parmi tous ces Messieurs de l'instrument seul, les créateurs demeurent\nadmirables, les interprêtes qui laissent sous le bruit et le mouvement, le son et\nl'expression. Parmi eux, Popper, quand il phrase du Schumann, et Sarasate,\nun vrai slave alangui par le soleil d'Espagne. Son jeu, félin, tout de charme et de\nsouplesse, est coloriste, si l'on entend par là l'intelligence infinie des nuances et\nde l'accent et le sens des plus imperceptibles vibrations de la lumière sonore ;\nmalgré des concessions à l'acrobatisme, il conserve, sous l'échevellement noir\nde son masque épaté, trop de pensée, pour être de ces singes de l'art qu'on\nnomme virtuoses.\n   Je sais bien que le public applaudit le virtuose dans l'artiste, comme le\nsinge dans l'homme, mais ceci est affaire de vieille sympathie qui n'a rien\nd'esthétique.\n   Au troisième concert, qui était, à part Blockx, entièrement français, à côté de\ndeux fragments de Berlioz, venait se placer une œuvre nouvelle — pour nous —\nde Saint-Saëns : le Déluge. C'est un véritable oratorio dans la manière ancienne,\nayant, en plus, toutes les ressources modernes, puissamment instrumentées dans\nla deuxième partie, Cette symphonie terrifiante d'accent, hausse de plusieurs\ncrans sur son bloc, la femme à trompette qui va, criant de par le monde, que\nl'auteur de la danse Macabre n'est qu'un misérable dramaturge, mais la plus\nrude patte symphoniste de France.\n   Le Déluge a été interprêté par Heuschling de sa voix ample, largement stylée;\npar Mlle Soubre et M, Goffoel, deux organes aux sons bien posés, à la diction\ntrès pure. Quant à la voix prétendûment grave de Mlle de St-Moulin, c'est une\ngrosse voix de gorge, mal donnée par une jeune fille qui pose au Jupiter tonnant.\n                                            *\n                                        *       *\n  Jan Blockx s'est enrôlé sous le drapeau flamand. Soit; il n'avait pas besoin\nde cette étiquette au front pour se faire reconnaître entre les plus forts. Son\nKermisdag est un tryptique : I. l'Aube, une description délicate, finement nuan­\ncée, mais trop retenue, froide. II. à l'Église : scène mystique, des trois la plus\nentière, très fouillée dans un sens absolument psychologique, métaphysique\nmême. Les demi-teintes se renforcent seulement, s'accentuent jusqu'aux tons\npleins, dans la troisième partie : Kermesse, mais ici encore, rien de débordant ni\nd'empâté. C'est la plus mouvementée, la plus « tape à l'oreille » par les com­\nbinaisons de timbres et l'intercalation de thèmes populaires, non la plus\noriginale.\n   Blockx, à no considérer que cette œuvre, présente un tempérament incom­\nplètement dégagé, une plume qui n'a qu'imparfaitement trouvé son moule, mais\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                   — 289 —\n\nqui, par son dessin serré, son allure ramassée, réserve d'autant plus de vigueur\nen elle, pour le coup droit et sûr, qu'elle portera bientôt au cœur d'un avenir\nglorieux.\n                                          *\n                                      *       *\n    Je n'ai dit qu'un mot de Manon et au hasard de l'impression première. Cette\n impression n'a pas varié. L'œuvre, en son ensemble, paraît inférieure d'inspira­\ntion, d'unité, de personnalité, mais, par contraste, en cet ensemble inégal, res­\nsortent d'autant plus violemment et signées d'un coup de griffe superbe, certaines\nscènes : le premier acte depuis l'entrée de Desgrieux, le tableau du parloir à\nSt-Sulpice et le cinquième acte. C'est par ici que l'ouvrage est intéressant à\nétudier dans son système nouveau, dont l'anti-massénisme s'est peu intelligem­\nment moqué. Le procédé sensationiste de l'orchestration continue est simplement\nla théorie des milieux. Les personnages s'humanisent en se rattachant à la\nnature ambiante, tandis qu'ils n'étaient dans l'ancien opéra italien que des pan­\ntins qu'un tour de ritournelle, comme un trait de corde, faisait mouvoir.\n   La musique de Massenet est avant tout sincère et personnelle, bien que cette\npersonnalité instinctive, atténuée par l'effort d'une idée fixe vers une technique\nnouvelle, ne soit pas aussi nettement affirmée cette fois. Il y a des redites, sou­\nvent ; jamais de plagiat. L'émotion en est d'autant plus intime qu'elle se dégage\nplus mollement, s'insinue par impression lente, et berce, enveloppe, enserre,\nétreint alors, dans un excès de passion nerveuse qu'on nomme de l'hystérie.\nComme si Wagner à ce compte-là, et même Benoit n'étaient aussi des hystériques.\n   Comme le roman, tout le poëme reste, à vrai dire, dans une succession de\nscènes entre Manon et Desgrieux. Mais il y a dans cette trame, si mince qu'elle\nsoit, un développement dramatique tissé tout d'un fil, qui atteint sa tension\nextrême au duo du parloir. Ceci est, dans le cadre de l'opéra français, du chef-\nd'œuvre de drame lyrique et il appartenait à Massenet d'y atteindre, lui, le plus\nFrançais, et dont la plume souple, dans les poèmes— les Erynnies, l'Eve, la\nVierge — avait su creuser un dessin d'une expression si pénétrante, en moulant\nle plus puissamment le rythme mélodique à la déclamation.\n   II y a donc dans cette partition, tout au moins une indication pour qui cherche\nà grande ardeur une formule française — non gauloise — et, sans qu'il soit\nquestion d'évolution ni de révolution, Manon pourrait avoir une plus haute portée\nque ne pensent ceux qui ne voient pas au-delà de leurs partis-pris.\n\n                                      ***\n   Il existe à Bruxelles une Société, de Musique gardée par un concierge du gouver­\nnement, et vouée, semble-t-il, au ramassement des gloires qui ont beaucoup\nservi. Elle se réveille une fois l'an, à la pousse des feuilles, en brandissant\nquelqu'œuvre empaillée de l'air bonhomme de ces antiquaires de comédie qui\nprennent un tisonnier pour un glaive romain. Je crois que si cette société ne\nse décide à sortir de son trou de taupe pour voir qu'il fait plein jour, elle pour-\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "                                         — 290 —\n\nrait bien de Gounod en Verdi et de Requiem en Requiem, finir p a r chanter le\nsien — bientôt.\n   Ce n'est pas pour une telle fin qu'on bataillait jadis, aux temps épiques de la\nscission.\n                                              * *\n   A Mons et à Louvain. — L'abondance de matières nous limite pour aujourd'hui\nà une simple mention du concert très moderniste de Mons et de celui du Cercle\nchoral de Louvain.\n                                                                 H . M.\n\n\n\n\n                                MEMENTO\nDate. — Les Progressistes et Frère-Orban. — Rimes de Joie. — Missel de l'Amour\n    sentimental. — Le Crépuscule des dieux. — Catulle Mendès. — Gustave De Jonghe.\n    Le bon Dieu. — La Revue provinciale. — Le Mouvement géographique. — Maurice\n    Ledroit. — La Gitane. — Kerkadec.\n\n  Notre ami et maître Camille Lemonnier             mais Théo Hannon a tenu à répandre son\nnous prie, pour sa pudeur de père, de               livre dans le grand public et il a eu raison.\nconstater que Le Carnaval publié dans               Peut-être certaines pièces nouvelles sont-\nnotre dernier numéro a été mis au monde             elles disparates, mais les premières n'ont\nen 1862, ce qui légitime son aspect un              pas changé et restent de la poésie bien\npeu     jeunet.                                     moderne et bien forte.\n                                                                         *\n                                                                        * *\n  Les Progressistes et Frire-Or ban, par              Missel de l'Amour sentimental,         par\nM. JEAN FONTAINE,        I vol. Liège,   F.         M.   GEORGES     BARRAL.     I   vol.   Paris.\nd'Heur. 1.00.                                       Marpon et Flammarion. 5.00. Un pendant\n   Nous regrettons de ne pouvoir rendre             à l'Amour expérimental du docteur Guyot;\ncompte de l'ouvrage de M. Jean Fontaine.            le livre de l'épouse comme celui-là est le\nL'auteur nous excusera, sachant que les             livre de l'époux. Philosophie calme et\nœuvres politiques ne sont pas de la compé­          sereine. Apologie de la vie du foyer et pré­\ntence de la Jeune Belgique.                         ceptes de saine morale. Bon livre, bon\n                                                    écrivain et bonne édition.\n                                                                       * *\n  Rimes de joie, par THÉODORE HANNON.                  Le Crépuscule des Dieux, par M. ELÉMIR\nEau-forte par un artiste en renom. I vol.           BOURGES. I vol. Paris, Giraud; Bruxelles,\nBruxelles, Henry Kistemaeckers. 3.50.               Rozez 3,50. Ce roman, très étudié, où\n   Nous n'avons autre chose à faire qu'à            M. Bourges nous dépeint la décadence et\nsignaler l'apparition de ce volume, réédi­          l'agonie d'une race royale, que tout le\ntion d'une œuvra dont nous avons dit                monde reconnaîtra, donne par moments\nnaguère tout le bien que nous en pensions.          l'impression (les Douze Césars de Suétone,\nL'édition définitive, dépouillée des quatre         et de l'Histoire d'Auguste. Le drame qui\ndessin de Rops qui ornent celle de Doucé,           commence en 1866, pendant la guerre\nest évidemment moins belle que celle-ci,            Austro-Prussienne, se clôt dix ans après,\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                                             — 291\n\nà Bayreuth, le jour où l'on y joue, pour             nulle a u t r e , est fidèle la grande famille\nla première fois, le Crépuscule des Dieux            artistique.\nde W a g n e r . C e roman poignant, passionné,         C e n'est pas en Belgique, où toutes les\n                                                     catastrophes étrangères ont rencontré notre\nest appelé, croyons-nous, à un grand succès.\n                                                     appui, que nous pourrions faillir à porter\n                                                     secours à un compatriote qui a contribué\n                                                     par son talent à soutenir à l'étranger notre\n   Il est bon de détruire les légendes. Dans         réputation artistique. Aussi croyon-nous\nson article sur Catulle Mendès, notre colla­         pouvoir compter sur un mouvement géné­\n                                                     ral. Oui, c'est avec confiance que nous\nborateur F . Nautet s'était fait l'écho d'un         faisons appel à votre noblesse d'âme et\nbruit d'ailleurs fort accrédité et mettant en        que nous osons vous répondre du succès.\ndoute la légitimité du nom du charmant                  Seulement le temps presse. L a vente\nécrivain du Gil-Blas. Catulle Mendès lui             restant fixée au 15 mai, c'est avant le Ier\nécrit à ce sujet, tout en adressant par la           du même mois que toutes les œuvres de­\n                                                     vraient être remises ou envoyées à l'adresse\nmême occasion ses salutations amicales à\n                                                     des comités respectifs des différentes villes,\nses camarades de la Jeune Belgique :                 ou à celle de M. L o u i s L A M P E , expert\n   » Où diantre avez-vous pris, mon cher             des Musées royaux de Belgique, 82, rue\n« confrère, que je ne m'appelais pas tout à          Traversière,      (Saint-Josse-Ten-Noode-\n« fait Catulle Mendès, que j'avais quelque           Bruxelles).\n« peu modifié mon prénom ou mon nom?                    Afin d'éviter les frais inutiles, qui g r è ­\n« C'est une légende absolument chimérique,           veraient d'autant notre œuvre, nous ferons\n« et si j'avais publié les premiers vagis­           connaître par voie de la presse les expé­\n  sements de mon berceau, ils seraient               diteurs qui, à Anvers, a G a n d , à Liège et\n« signés du même double nom, romain et               à Paris, seront chargés de nous expédier en\n« portugais, dont j ' a i signé Philoméla. »         bloc les dons offerts par les groupes étran­\n                                                     gers à Bruxelles. N o s comités locaux se\n  Dont acte.                                         chargeront, d'ailleurs, de veiller à ces\n                      *                              détails pratiques et nous nous en remet­\n                                                     tons pleinement à leur dévoûment.\n  Nous recevons la lettre suivante :                    Certains de rencontrer auprès de vous\n                    Bruxelles, le 6 avril 1884.      un accueil généreux, nous vous prions\n                                                     d'agréer avec l'expression de notre grati­\n       MONSIEUR,\n                                                     tude anticipée, l'assurance de notre haute\n    Vous connaissez l'affreux malheur qui            considération.\nvient de frapper le peintre Gustave De\nJ o n g h e . L e malheureux artiste, atteint                    Les Présidents d'honneur,\nd'une congestion cérébrale, attend dans                V E R V O O R T , L. G A L L A I T , L.   ROBBE.\nune maison de santé le moment suprême,                                           Le Président,\nlaissant sans ressources une jeune femme                                ERNEST       SLIXGENEYER.\net deux e n f a n t .                                     Les Secrétaires,\n   Four venir en aide à cette grande infor­          THÉODORE        HANNON,\ntune, une commission s'est constituée im­             GUSTAVE LAGYE.\nmédiatement, puissamment secondée par\ndes comités correspondants organisés dans              La Jeune Belgique     s'associe d e tout\ntoutes les grandes villes du pays et à Paris         cœur à cette œuvre de touchante et frater­\nm ê m e , où le pauvre artiste, fauché en plei­\nne carrière et en plein talent, ne comptait          nelle bienfaisance.\nque des amis.                                                                  *\n    N o u s voulons, à l'exemple des artistes           U n e des fantaisies les plus spirituelles\nfrançais, toujours prêts à se prêter secours,\nfaire une vente d'objets d'art au bénéfice           et les plus comiques que C O Q U E L I N aîné\nde la famille du peintre. Cette idée à ren­          ait dites dans les derniers temps, est bien\nc o n t r é partout une sympathie profonde.          certainement Le bon Dieu, de G R E N E T -\nVous en pourrez juger par la liste des               D A N C O U R T ; — attendu et demandé d e ­\nadhésions spontanément envoyées au bu­\nreau, avant même que les comités eussent             puis l o n g t e m p s , ce monologue vient de\ncommencé leurs démarches. Elles sont                 paraître chez P A U L O L L E N D O R F F .\nvenues du pays m ê m e , comme de l'étran­\nger, tellement est puissante la loi de cha­\nrité et de solidarité, à laquelle, plus que            U n e nouvelle revue littéraire française\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "                                          — 292 —\n\n\n la Revue provinciale, organe mensuel de\n                                                                     »   #\n la Renaissance littéraire artistique du Midi\n                                                   Kerkadec, garde-barrière ; 1 vol. par\n et du Nord français, vient de paraître,\n                                                M. Léon Cladel; Delille et Vigneron\n dirigée par MM. Auguste Fourès et Jean\n                                                éditeurs.\n Lombard. Au contraire de la plupart des\n                                                   Ceci est un livre de bonté.\n publications que nous envoie la province\n                                                   M. Léon Cladel décrit la misère d'un\n française, celle-ci n'annonce pas de con­\n                                                déshérité, avec beaucoup de force et de\n cours.\n                                                douceur. Ce n'est point un appel à la\n    Nos bons souhaits donc à la nouvelle\n                                                révolte, c'est un plaidoyer fort émouvant\n venue.\n                                                en faveur du malheur immérité.\n                    * *                            M. Léon Cladel a étudié avec une pro­\n  Autre nouvelle revue, belge et bi-men­        fonde sympathie la vie de ces très humbles\nsuelle celle-ci, qui est dirigée par M. A. J.   serviteurs des compagnies de chemins de\nWauters et a pour titre le Mouvement            fer.\nGéographique (6.00 par an). Le mouve­              Les descriptions dont ce livre est parse­\nment géographique? De 1» politique alors !      mé sont, en général, d'une réalité saisis­\n                     *                          sante.\n                    * *                            Voici, par exemple, une peinture de\n   Maurice     Le droit par Mme Deros           grand hiver :\n(Violette).                                        «Huit jours durant, la neige tomba, lourde,\n   Un livre sans valeur, impossible à lire au    opaque, sans trêve ni merci. Vingt couches\ndelà de la 1re phrase de la 1re page. Peut       surperposées s'amoncelaient ici, s'arron­\n                                                 dissaient en boules, là se quarrant en cubes,\nêtre mis entre les mains des jeunes filles       plus loin s'élançant en colonnes? Et ces\natteintes de gâtisme précoce. C'est là tout     amas innombrables durcirent, se pétrifiè­\nle bien que nous en pouvons dire ! et notre     rent. Toute la végétation était couverte de\nindulgence va loin! Au panier s. v. p.           givre; une pluie menue, immédiatement\n                                                convertie en verglas, rendant la marche\n                     *                          presque impossible, on voyageait en traî­\n                   * »                          neau, de même que les peuplades des\n   La Gitane, par D. MON. I vol. Paris-         régions hyperboréennes; si les piétons\n                                                étaient chaussés de feutre, les chevaux\n Souve, 3.50.                                   avaient les fers blindés de paille, et\n   Je ne comprends pas très bien par quel       l'embâcle de la Seine charmait les Russes\ncourant d'idées M. D. Mon a été amené à         de séjour à Paris, qui songeaient à celui\nécrire la Gitane; l'auteur est une dame,        que leur offre en décembre et janvier\n                                                la Neva.\ncharmante comme toutes les dames dont\non parle, et naïve aussi sans doute. Le            « Devenues impraticables, les routes\n                                                étaient aussi désertes que la campagne\nPassant de François Coppée doit l'avoir         qu'elles sillonnaient et dont on les distin­\nhantée, non moins que les moyen-âgeries         guait à peine, surtout dans la banlieue ; et\ndu gros Dumas père. Il en est sorti une         les communications interceptées presque\nsorte de poème en prose, racontant dans         partout ne demeuraient libres entre la\n                                                capitale et les communes suburbaines qu'au\nune langue archaïque les amours con­            prix d'une lutte acharnée contre les élé­\ntrariées d'un jeune chanteur de route Ary       ments et de sacrifices excessifs. Soir et\net d'une bohémienne Manoune, tous deux          matin, à chaque instant, une armée de\n                                                mercenaires, la pioche ou la pelle en main,\nbeaux comme le soleil. Cela est absolu­         échelonnée au long des lignes ferrées,\nment primitif comme donnée, mais il             sapait, balayait, désobstruait Te terrain, où\nserait injuste de ne pas dire que l'auteur a    nombre d'entre eux, frappés de congestion\nsu rajeunir son sujet, notamment dans les       célébrale, se renversaient comme des\n                                                soldats à l'assaut et ne se relevaient plus. »\nscènes de la nature qu'elle comprend et\nqu'elle rend avec une vibrante émotion.          Ce volume est orné de dessins de\nLa Gitane vaut d'être lue par les amateurs      MM. Poirson et Willette. NEMO.\nde bergeries.\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                   A TOUS NOS ABONNÉS\n    A l'appel d e propagande q u e nous avons fait pendant les siv\n derniers mois, beaucoup d e voix ont répondu. Deux cents abonnés\n nous ont été faits ainsi p a r quelques amis zélés, et nous tenons à les\n remercier publiquement de leur dévouement à la cause des Lettres\n belges.\n\n   Notre revue, dont le succès croît chaque- jour, est devenue l'organe\ndu bon combat littéraire en Belgique. Parfois violente & brutale, elle\nn e cesse d e brandir le drapeau moderne d o i t elle s'est une arme contre\nles royautés c a d u q u e s . I1 faut que nos principes se répandent davantage\nencore, q u ' u n e propagande active s'établisse, qu'une ligne se forme.\nCette ligue, nous en avons arrêté définitivement les conditions; ceux d e\nnos abonnés qui désirent en faire partie sont pries de demander à nos\nbureaux D I X , Q U I N Z E ou V I N G T cartes d'abonnement, qui leur\nseront envoyées portant un numéro d'ordre qui nous en indiquera\nle dépositaire.\n   1° L o r s q u e D I X cartes seront revenues a u x bureaux, revêtues de\nnoms d'abonnés nouveaux, le dépositaire recevra son abonnement\ngratis pendant un an.\n   2° L o r s q u e Q U I N Z E cartes seront avenues, le dépositaire recevra\nson abonnement gratis à perpétuité et son nom sera inscrit à la liste des\nmembres fondateurs d e la Jeune Belgique, qui paraîtra à la fin de chaque\nannée.\n   3° L o r s q u e V I N G T cartes seront revenues, le dépositaire recevra\n1° son abonnement gratis à perpétuité, 2° une carte lui donnant accès libre\naux fêtes (conférences, etc.), que nous donnerons dans l'avenir, 3° toutes\nles publications (plaquettes, etc.) que publiera la Jeune Belgique. 11 sera\nnommé d e même MEMBRE FONDATEUR.\n\n\n               EN          VENTE             CHEZ   TOUS     LES             LIBRAIRES\n\n\n       AUX AMBASSADEURS                                                   LE BAISEE\n            PAR O C T A V E M A U S                               PAR M A X W A L L E R\n\n   U n e plaquette d e luxe ornée d'un dessin              Une plaquette de luxe ornée d'un dessin\nde C H . H E R M A N S .                               de F E R N A N D    KHNOIFF.\n\n\n                 P r i x : fr 1 . 5 0 .                               Prix : fr. 1 . 5 0 .\n\n\n         CONTES DE MINUIT                                         L'ART MODERNE\n      PAR     EMILE         VERHAEREN                          PARAISSANT LE DIMANCHE\n\n   U n e plaquette d e luxe ornée d'un dessin              Abonnement : Belgique, fr. 10.00.\nde T H É O V A N R Y S S E L B E R G H E .                     Union postale, fr. 13.00.\n                                                                     Administration      :\n                 Prix : fr. 1 . 5 0 .                  Rue de l'Industrie, 26, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "   INSTITUTION INTERNATIONALE\nPOUR L'ÉDUCATION DES JEUNES OENS\n          établie e n 1850\n                  à\n     B O N N (PRUSSE RHÉNANE)\n                                       (31, Weberstrasse, 31)\n                                 s o u s la direction\n                                                         de\n         Laurent                                M O R S B A C H ,\n   Docteur en philosophie et gradué en langues anciennes et modernes par\n                            l'Université de Bonn.\n\n\n                         PROGRAMME DES COURS :\n    L A N G U E S M O D E R N E S (Allemand, Anglais, Espagnol, F r a n ç a i s ) .\n    L A N G U E S C L A S S I Q U E S ( L a t i n et G r e c ) .\n    HISTOIRE ET GÉOGRAPHIE.\n    MATHÉMATIQUES (Arithmétique, Algèbre, Géométrie).\n    SCIENCES COMMERCIALES.\n\n\n                                 Observations Générales\n     L e nombre d'élèves est limité à u n e vingtaine — ne sont admis q u e\ndes i n t e r n e s .\n     L e pensionnat est situé dans le premier q u a r t i e r de la ville.\n     Bonn, ville d'université, est connue pour la salubrité de sa situation\ne t ses beaux environs.\n\n                                      CONDITIONS\n    L e prix de la Pension est : 1200 marcs (1500 francs) p a r a n .\n    Ce prix comprend la pension, l'instruction et le blanchissage.\n    L ' a n n é e scolaire commence le premier octobre.\n\n\n\n                       GIL                              BLAS\n                                      Journal Quotidien\nPARIS, 16, BOULEVARD DES CAPUCINES, 16, PARIS\n                                                     PUBLIE\n\n\n\n    MONSIEUR LE BANQUIER\n                      par CHARLES MAYRET\n     Un numéro : 20 centimes. 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