{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "(4e ANNÉE) 1884. 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Du 15 JUILLET AU 15 AOÛT.\n\n\n\n\n                                         LA\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE : GEORGES EEKHOUD", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 402, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 188, "fin_caractere_exclue": 1296, "texte": "SOMMAIRE :\n         GEORGES EEKHOUD                                   ALBERT GIRAUD,\n\n         VERS D'AMOUR                                      GEORGES RODENBACH.\n\n         GRETA FRIEDMANN . . . . . .                       MAX WALLER.\n\n         L'OCEAN                    .'                     EMILE VAN ARENBERGH.\n\n         AU    BAL    MASQUÉ                               PAUL     CORYDON.\n\n         ÉTUDES      & PORTRAITS.        .   .   .    .    PAUL BOURGET\n\n                                                      ( I. A Rebours — IWAN GILKIN.\n         CHRONIQUE LITTÉRAIRE .              . .\n                                                      ( II. Nerto — ALBERT SAVINE.\n\n         MEMENTO                                            NEMO.\n\n\n\n\n                                   BRUXELLES\n               Bureaux         : 80, RUE BOSQUET,                        80\n\n                     BRUXELLES\n\n                  J. FINK                                 L. FINK\n          I , PASSAGE DE LA MONNAIE, I               1 0 7 , BOULEVARD SAINT-GERMAIN\n\n                                         I884\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES 48.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 403, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2090, "texte": "BOITE      AUX      LETTRES\n\n\n  48. X. Y. Z. Bien faiblot, cher confrère, votre sonnet phtisique, le bien-\nnommé. Nous ne pouvons pas insérer cela.\n  49. J.-F., Cord.... Schaerbeek. Il y a du Souffle dans Le Génie, mais ce\nvers :\n       » Lançaient au loin les pins moins lourds pour eux qu'un gant »\nest obsolument drôlatique au milieu de ce sonnet épique.\n  50. O. B..., Liége. Votre première pièce Croire, aimer, valait cent fois\nvotre Boire que nous mettons délicatement au panier, attendu que vous\npouvez faire bien lorsque vous le voulez.\n  51. Clarold, Liége. Fort jolies vos Remembrances et d'un gracieux senti­\nment, mais les mots cherchés s'y accumulent d'une façon maladroite avec\nun parti pris qui n'est plus de l'art mais de la marqueterie. Attention à\ncela. C'est un travers de tout jeune qui veut devenir général avant de\npasser par les grades.\n  52. R. G. M. Page noire. Brrr ! quel, romantisme maccabre et petrus­\nborelesque, confrère ! » Et maintenant, puisque, bavant et sale, l'amour\nm'a fait sceptique, écoute-moi, public infect, avec ton tigre de rictus et tres­\nsaille ton frisson d'aise ! » Enfoncé, Rollinat ! Ce n'est pas sérieux,\nn'est-ce pas?\n 53. M. Mater. Mauvais, les vers à votre vieil ami Charles V. L., archi­\nmauvais. Autre chose et mieux, s. v. p.\n  54. Georges K. Dans la Forêt manque de correction : » en des détours\nnombreux « par exemple, est une cheville.\n\n   Notre ami Georges Eekhoud, pour faire enrager nos lecteurs, ajourne au\nprochain numéro de la Jeune la fin de son originale nouvelle le Cœur de\n Tony Wandel. Si nos abonnés ne sont pas contents — ce qui est probable —\nils n'ont qu'à le dire.\n   P . S. Cela ne servira absolument à rien.\n\n  Nous donnerons dans notre prochain numéro la critique de la Belgique,\ndont notre ami Camille Lemonnier vient de donner quatre nouveaux fasci­\ncules au Tour du Monde.\n\n  Nous continuerons très prochainement nos études, commencées dans\nnotre premier volume sur Nos écrivains et nos poètes. Elles porteront sur\nCaroline Gravière, Charles De Coster, E. Van Hasselt, Edmond Picard.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 365, "page_fin": 371, "titre_corps": "Georges Eekhoud", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "GEORGES EEKHOUD", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS D AMOUR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 404, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "GEORGES EEKHOUD\n                                            I\n\n             C'EST chez Camille Lemonnier, à l'un de ces déjeûners du\n             vendredi qui réunissaient dans l'hospitalière maison de la\n             chaussée de Vleurgat les amis et les fidèles du maître, que\nj'aperçus pour la première fois Georges Eekhoud.\n    Je revois encore, avec toute l'acuité des chers souvenirs, la salle à\nmanger petite, obstruée d'un massif bahut où scintillaient vague­\nment, au hasard des lumières, les porcelaines et les cristaux. Par la\nfenêtre ouverte entrait à larges bouffées, au travers d'un jardin en fleur,\nl'air frais de l'étang d'Ixelles. Et la causerie se déroulait, vive, cordiale,\n et toujours simple, comme il sied à ces réunions charmantes où l'on\n pense tout haut.\n    En face de Lemonnier j'observais, silencieuse et pensive, la douce,\n l'ascétique, la pâle figure du peintre Constantin Meunier, dont les atti­\n tudes brisées, la parole lointaine, les gestes lents m'évoquaient, avec\n une obstination grandissante, une souffrante image d'apôtre courbé\n sur les obscurs et les humbles. A côté de Meunier, Verhaeren, mis en\n joie par son propre appétit, nous récitait, remplaçant les mots infidèles\n par une pantomime enragée, de truculents morceaux des Flamandes.\n     Et enfin, à côté de Meunier, une tête qui m'était inconnue, et qui\n  m'intriguait.\n     C'était Georges Eekhoud.\n     De taille moyenne, les épaules solides, la tête rouge, les cheveux\n  ras, les yeux à fleur de visage, dont le regard obstiné me fixait avec une\n  espèce de timidité farouche et méfiante, il me déplut. Avait-il deviné\n\n\n  (1) Kermesses, I vol. avec illustrations de Frans Van Kuyck. Prix 5 fr. Bruxelles, Kiste­\n maeckers,\n                                                                                     27\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "                                 -   366   -\n\nen moi l'amoureux des grandes villes, comme je flairais en lui l'amant\ndes campagnes esseulées et tristes, je l'ignore. Instinctivement, nous\nn'échangeâmes que de courtes phrases, et sans cesse je sentis sur moi\nla muette interrogation de ses prunelles hésitantes, où passait par\ninstants je ne savais quel rêve de brouillards mélancoliques et de mono­\ntones horizons.\n   Il se leva le premier, serra énergiquement la main de Lemonnier, nous\nsalua, et disparut, en silence.\n   Six mois plus tard je le revis, à la même place, avec la même\nexpression taciturne avec le même sourire qui semblait garder un\nsecret. Mais cette fois l'énigmatique personnage se dévoila brusque­\nment. Quelqu'un, par hasard, jeta dans la conversation le nom de\nConscience. On parla d'Anvers et du Polder. Et moi qui observais\nEekhoud à la dérobée, j'aperçus que sa physionomie s'éclairait. Une\nrougeur soudaine empourpra ses joues et son front se noya dans une\nonde sanguine, comme si une autre atmosphère, plus puissante et plus\nrude, lui dilatait le cœur. L'œil sortit de sa rêverie bovine, et fixa, droit\ndevant lui, quelque chose que nous ne devinions pas. Et alors, lente­\nment, avec l'embarras de l'homme à qui l'éclair d'une sensation suggère\ntout un monde, il décrivit le paysan de la Campine et du Polder. Ce ne\nfut pas une improvisation de dessert, une fantasia de paroles, où les\nmots, dans une course folle de chevaux arabes, emportent les idées; ce fut\nune traînante évocation, à voix basse et concentrée, avec un accent de\nsincérité qui était à lui seul une éloquence. J'ai remarqué de semblables\ndélectations chez les dévotes qui reçoivent leur Dieu.\n   Ce fut une version avant la lettre du début de l'Ex-Voto :\n   » Ma contrée de dilection n'existe pour aucun touriste, et jamais guide\nou médecin ne la recommandera. Cette certitude rassure ma ferveur\négoïste et ombrageuse. Ma glèbe est fruste, plane, vouée aux brouillards.\nA part les schorres du Polder, la région fertilisée par les alluvions du\nfleuve, peu de coins en sont défrichés. Un canal unique, partant de\nl'Escaut, irrigue ses landes et ses novales, et de rares railways des­\nservent ses bourgs méconnus.\n   » Le politicien l'exècre, le marchand la méprise, elle intimide et\ndéroute la légion des méchants peintres.\n   « Poëtes de boudoirs, virtuoses, ce plan pays se dérobera toujours à\nvos descriptions! Paysagistes, pas le moindre motif à glaner de ce côté.\nO terre élue, tu n'es pas de celles que l'on prend à vol d'oiseau! Les\nmièvres galantins passent devant elle sans se douter de son charme\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "                                -   367    -\n\nrobuste et capiteux, ou n'éprouvent que de l'ennui au milieu de cette\nnature grise et dormante, — privée de collines et de cascatelles, — et\nde ces balourds qui les dévisagent de leurs yeux placides et bovins.\n   « La population demeure robuste, farouche, entêtée et ignorante.\nAucune musique ne me remue comme le flamand dans leurs bouches.\nIls le scandent, le traînent, en nourrissent grassement les syllabes\ngutturales, et les rudes consonnes tombent lourdes comme leurs\npoings. Ils sont d'ailleurs lents et balancés, rablés et mafflus, sanguins,\ntaciturnes. Je ne rencontrai jamais plus plantureuses dirnes, mamelles\nplus décises et prunelles plus appelantes que dans ce pays. Sous le\nkiel bleu, les gars charnus ont crâne mine et se calent pesamment.\nAprès boire, des rivalités les font se massacrer sans criailleries à coups\nde licrcnaar; en s'écharpant, ils gardent aux lèvres ce mystérieux\nsourire des anciens Germains combattant dans les cirques de Rome. En\ntemps de kermesse, ils se gavent, se soûlent, sabotent avec une sorte\nde solennité gauche, accolent leurs femelles sans madrigaliser, et le bal\nfini, rassasient le long du chemin leurs amours exigeantes et prodigues.\n    » Ils se livrent rarement, mais une fois donnée, leur affection ne se\ndétache plus. »\n   Ma défiance tomba. Vit-il sur mon visage autre chose qu'une atten­\ntion polie, et soupçonna-t-il que ma sympathie allait vers lui? Nous\ndescendîmes ensemble l'avenue Louise, laissant nos deux timidités peu\nà peu se fondre dans l'expansion du retour. Le lendemain, je me rendis\nchez lui. Il me donna ses trois volumes de vers, et me lut des fragments\nde Kees Doorik, auquel il mettait la dernière main.\n   Rentré chez moi, je dévorai les Myrtes et Cyprès, les Zig-zags poéti-\nques et les Pittoresques. Si ces livres de début ne satisfirent pas toujours\nle Parnassien qui est — ou plutôt qui était — en moi, ils me plurent\ncependant par leur saveur saline et par leur odeur de terre. Pêle-mêle\navec des rappels de Musset, dont les récits espagnols, en influant sur\nl'imagination flamande de Georges Eekhoud, n'ont pas peu contribué à\nfaire des Pittoresques une œuvre essentiellement anversoise, à côté de\nstrophes sentimentales et jeunes, écrites là-bas, pendant les années de\ncollège, en Suisse, à l'heure de l'éveil des sens, et qui gardent, malgré\nleur inexpérience, un doux et faible parfum de Maitrank, — la liqueur\nde mai ! — au milieu de ces vers hésitants, je fus sollicité\npar quelques pièces curieuses, d'allures franchement rustiques et\nfarouches, où le sol natal est chanté par une voix gutturale et sonnante,\nen train de muer,\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2429, "texte": "                                 -   368    -\n\n   Et, selon mon habitude, attiré par la valeur humaine de l'écrivain, je\nreconstituai, en reliant à ces lectures les premières confidences d'Eek-\nhoud, sa vie intellectuelle et morale. Ainsi préparé, je lus son\nroman, Kees Doorik, qui fut pour moi comme un coup de lumière.\nEekhoud m'apparut tel qu'il est, dans son intégrité d'artiste supérieur,\nde romancier loyal, de cœur honnête et puissant. Et aujourd'hui, quand\nje songe à cette première entrevue, où sans nous connaître et sans rien\nnous dire, nous faillîmes nous brouiller à jamais, je repète en moi cette\nphrase de l'Ex-Voto où en dépeignant ses paysans il s'est aussi dépeint\nlui-même :\n   » Ils se livrent rarement, mais une fois donnée, leur affection ne se\ndétache plus. «\n\n                                      II\n\n\n   Georges Eekhoud, dans les Kermesses comme dans Kees Doorik,\nreste ce qu'il était : un écrivain de terroir. Il a fait pour son pays d'élec­\ntion, le Polder, ce qu'ont fait, à différents degrés, Cladel pour le Quercy,\nErckmann-Chatrian pour l'Alsace-Lorraine, Barbey d'Aurevilly pour la\nNormandie. Chez eux, comme chez l'auteur de Kees Doorik, il y a\nincarnation de toute une race en un homme. De pareils talents de con­\nteurs et de romanciers sont nécessairement rares, aujourd'hui surtout\nque l'utilitarisme uniformise les dernières retraites où se conserve\nencore l'âme des anciennes races. Et il est dangereux, absurde même,\nde prétendre, comme on s'y habitue, que la littérature du terroir est la\nloi universelle de l'art, et d'y incliner ainsi nos prosateurs et nos poètes.\nSe figure-t-on, pour prendre des exemples familiers aux lecteurs de\nnotre Revue, quel pourrait être le terreau d'un Georges Khnopff dont la\nsensibilité maladive se déverse en strophes mystérieusement virginales\nqui rappellent le divin clair obscur des poètes anglais, et quel pourrait\nêtre le terreau d'un Iwan Gilkin, absorbé le plus souvent par la notation\nexacte de certains dessous psychologiques ?\n   Les écrivains de terroir demeurent toujours l'exception. Aussi serait-il\nintéressant d'étudier longuement la naissance et le développement de\nleur œuvre.\n   Il est évident que Georges Eekhoud a la ressemblance physique et\nmorale de ses personnages. La race parle haut en lui. Il en a la rudesse,\nla mélancolie, la mysticité. Leur chair est sa chair, leur sang est son\nsang. Ils pensent en lui, et il pense en eux.\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": "                                 — 369 —\n\n    Exilé aujourd'hui loin d'eux, loin de cette villa de Cappellen dont il\n conserve pieusement le plan dans sa chambre de travail, il éprouve le\n mal du pays, et c'est peut-être d'une de ses nostalgies que sont nés Kees\n Doorik et les Kermesses.\n    Instinctivement, pour tromper son cœur, pour revoir en imagination\n les landes disparues de son horizon, Eekhoud a évoqué dans ses livres\n le taciturne et suggestif décor poldérien, il a cherché des mots pour\n traduire le ciel gris des bruyères, et il a engendré par l'esprit des\npitauds et des dirnes, pareils à ceux qui l'environnaient là-bas.\n    Le besoin d'être ailleurs a fait écrire bien des livres; et l'œuvre d'art,\n qu'est-elle en dernière analyse, sinon le résultat d'un désaccord entre le\ndésir et la réalité ?\n    On a discuté à propos des Kermesses bien des questions étrangères\n au volume, et surtout étrangères à la critique d'art. Qu'importe. — Oh !\n que de papier inutilement dépensé, et que d'encre en vain répandue ! —\nsi Eekhoud est plus exact et plus vrai que Charles De Coster ou que\nCamille Lemonnier? Qu'importe si les vrais Flamands sont gras ou\nmaigres, joyeux ou pensifs, qu'importe si Rubens a tort devant Leys?\n    Le tempérament du Flamand n'est-il pas assez vaste et assez riche\npour que chaque artiste puisse lui dérober l'élément qui l'attire, et le\nmagnifier ensuite dans une conception spirituelle ?\n    Rubens a peint des chairs glorieuses : ces chairs triomphales exis­\ntaient; elles existent encore; Rubens les a vues; en les idéalisant, mais\nil n'a vu qu'elles.\n    Leys a rempli ses toiles de figures souffreteuses et mystiques, où\npasse le frisson du moyen âge. Ces figures dolentes existaient, elles\nexistent encore. Leys les a vues, en les idéalisant, mais il n'a vu\nqu'elles.\n    Il y a autant de transfiguration chez Leys que chez Rubens, chez\nEekhoud que chez Lemonnier. Seulement les transfigurations de Leys\net d'Eekhoud sont plus intimes, plus mystérieuses, plus secrètes, tandis\nque celles de Rubens et de Lemonnier sont plus véhémentes, plus\nsonores et plus lyriques.\n   Eekhoud transforme d'une manière qui lui est spéciale. Il ressemble\nà ses héros, écrivais-je plus haut, il a leurs passions, leurs sentiments,\nleurs croyances. Soit. Mais il est affiné par le luxe et le bien-être de\nplusieurs générations. C'est un civilisé, qui connaît la science de vivre,\nqui savoure les voluptés artistiques. L'âme contemporaine, dont il a\ntraversé les manifestations les plus diverses, le pénètre malgré lui.\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "                                — 370 —\n\nAlors que ses superbes brutes, les paysans, sont restées dans l'igno­\nrance plénière, lui, au contraire, sensibilisé par l'éducation et par les\nlivres, courbe la tête sous un lourd et magnifique héritage, sans cesse\n accru, de sensations et d'idées.\n   Il se met dans la peau de ses personnages, il vit leurs amours et leurs\nhaines, mais il les voit à travers son acuité sensible, à travers son trésor\nde symboles et d'images. Fatalement il leur prête des sentiments plus\ncomplexes; fatalement il va au-delà de l'expression humaine par souci\nde l'au-delà littéraire; et fatalement aussi il contemple la nature et les\nêtres avec des navrements de banni.\n   Tout cela, certes, demeure dans l'infiniment petit des nuances ; cela\npeut échapper à première lecture, mais c'est là, en dehors de l'observa­\ntion proprement dite, l'intérêt et la beauté de l'œuvre. Si cela n'y est\npas, les Kermesses ne sont qu'une suite de nouvelles murmurées à un\nauteur quelconque — sachant écrire — par un être collectif qui s'appelle\nle peuple. Si cela y est, et alors seulement, le livre prend une allure\nsouverainement esthétique et personnelle.\n   C'est là que gît la grande différence entre Eekhoud et Conscience.\n   Outre les dissemblances de tempérament, — Conscience voyant pâle,\net Eekhoud, rouge — Conscience m'a toujours évoqué un écrivain\npublic, honnêtement instruit de l'orthographe et de la langue, établi en\nplein vent, à l'échoppe duquel se présentent les illettrés, servantes et\nsoldats, et qui d'un air bonhomme, écrit à leurs parents ou à leurs amis,\nsous leur dictée.\n   Conscience, comme cet écrivain public, connaît du paysan ce que le\npaysan a bien voulu lui confier. Il ne l'a point regardé comme Eekhoud,\nau fond des yeux et de la pensée, à travers l'hypocrisie de la parole et\ndu masque.\n   Mais cette psychologie encore est inévitablement subjective et person­\nnelle, et devient ainsi dans certains cas, et malgré la pénétration de\nl'analyseur, un élément de transformation.\n   Un passage des Kermesses où l'acuité sensible de l'écrivain dépasse la\nréalité de la sensation chez le personnage, au moins dans la forme, c'est\nla fin du chapitre IV de La Querelle des Bœufs et des Taureaux, où la\npoldérienne Lusse Domus, après l'étourdissement d'une journée passée\navec son amant à Bruxelles, repart pour Molvliet :\n   » Elle était heureuse, mais à mesure qu'elle s'éloignait de Bruxelles,\ndes rechampis de grisaille passaient sur le fond bleu et rose de sa rêverie.\nAu souvenir des chanteuses du musico à qui son bienvoulu s'adressait\n"}, {"page_pdf": 410, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1275, "texte": "                                — 371 —\n\navec tant de familiarité, une pointe de Jalousie aiguillonnait sa tendresse.\net, lancinante, traversait la béatitude infinie de cette journée. »\n   Et cet autre passage encore, ou la fille de ferme Rika guette, la nuit,\nson fiancé inconnu :\n    » Dans la mansarde baignée de rayons d'argent presque bleu, les\nriens sont visibles. Le silence a fermé si complètemente les bouches de\nl'espace, que Rika croirait entendre le bruit de la chute de la blanche\nlumière sur le plancher crépitant. »\n   Puis enfin, comme exemple de raffinement psychologique, la catas­\ntrophe imprévue qui ferme la nouvelle intitulée La Jambette de Kors\nDavie.\n   Telle est, au hasard d'une étude trop courte, la nouvelle œuvre de\nGeorges Eekhoud. C'est un livre d'art, et aussi un livre d'amour filial\npour le sol originel, pour un des rares coins de nature que les politi-\nqueurs et les maquignons électoraux n'aient pas encore pollués, qu'ils\nfiniront par défigurer sans doute, mais dont le souvenir et l'âme s'éter­\nniseront dans l'œuvre d'Eekhoud, alors que les noms même des orateurs\npleins de vent et des courtiers en mensonges seront depuis longtemps\noubliés.\n                                                     ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 371, "page_fin": 380, "titre_corps": "Vers d’amour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "VERS D AMOUR", "ancre_fin": "GEORGES RODENBACH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 410, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 1275, "fin_caractere_exclue": 1807, "texte": "VERS D'AMOUR\n\n                               DÉDICACE\n                                                       A Fernand Brouwez.\n\n                    Toi qui vis dans les hôpitaux\n                    A voir les défunts qu'on encoffre,\n                    Ces anciens vers, je te les offre,\n                    Très anciens vers sentimentaux.\n\n                    Ce sont les toilettes fanées\n                    D'un premier amour décédé\n                    Que mou souvenir a gardé\n                    Tristement depuis des années.\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1389, "texte": "         Oh! combien de rêves pareils\n         Cherchant l'infini dans la femme,\n         Ont, dans l'hôpital de mon Ame,\n         Commencé d'éternels sommeils.\n\n         Combien, à la lueur jaunie\n         De ma jeunesse qui s'éteint,\n         De malades que nul ne plaint\n         Et n'assiste en leur agonie :\n\n         Espoirs conçus, succès rêvés,\n         Tous mes beaux songes héroïques\n         Vont mourir fiévreux ou phtisiques\n         Ou gisent là, les yeux crevés!\n\n         A mours menteurs de la jeunesse\n         Trahisons des meilleurs amis\n         Cote à côte je les ai mis\n         Dans les lits blancs de ma tristesse.\n\n         Et pour ranimer leur langueur\n         Et leur donner une accalmie\n         Je n'ai que ta visite amie\n         Au noir hôpital de mon cœur!\n\n                         I\n               ESPOIR        D'AIMER\nAu nostalgique espoir d'aimer et d'être aimé\n           Mon âme triste s'est rouverte\nParmi l'éveil fleuri de la campagne verte\n           Et les allégresses de mai.\nLa grâce du printemps, quelque peu qu'on la sente,\n            Dit tout bas que l'amour viendra,\nEt, sortant de son lit glacé, la Nature a\n            Des beautés de convalescente.\nLa neige des pommiers, comme un reste d'hiver\n            Poudre le renouveau des branches ;\nA peine ai-je gardé quelques tristesses blanches\n            Du mal passé que j'ai souffert.\n"}, {"page_pdf": 412, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1566, "texte": "                            0/0\n\n\n  Et mon cœur a vingt ans. Je n'abandonne aucune\n           Des primes candeurs que j'avais,\n  Et je veux demeurer, loin du monde mauvais,\n           Un contemplateur de la Lune.\n\n  Je suis naïf, tant mieux ! Car je gôute en ce jour\n            Les jouissances infinies\n  De pouvoir lire encor les jeunes litanies\n            Au missel ancien de l'amour.\n\nOui ! je reste un fervent des femmes et des roses\n             Et je n'ai pas l'orgueil amer\nDe ceux dont l'ironie a défendu la chair\n             Du chaud frisson des lèvres roses.\n\n  A d'autres la rouerie et les subtils propos\n            Des jongleurs de phrases baroques\n  Qui taillent leurs habits de clowns et leurs défroques\n            Dans la gloire de nos drapeaux !\n\n\n                            II\n\n                     SES     YEUX\n  Ses yeux où se blottit comme un rêve frileux\n  Ses grands yeux ont séduit mon Ame émerveillée!\n  D'un bleu d'ancien pastel, d'un bleu de fleur mouillée,\n  Ils semblent regarder de loin, ses grands yeux bleus.\n\n  Ils sont grands comme un ciel tourmenté que parsème\n  — Par les couchants d'automne et les tragiques soirs —\n  Tout un vol douloureux de longs nuages noirs ;\n  Grands comme un ciel, toujours mouvant, toujours le même !\n\n  Et cependant, des yeux, j'en connais de plus beaux\n  Qui voudraient sur mes pas promener leurs flambeaux\n  Mais leur éclat répugne à ma mélancolie.\n\n  Les uns ont la chaleur d'un ciel oriental\n  D'autres le mol azur des lointains d'Italie\n  Mais les siens me sont chers ainsi qu'un ciel natal !\n"}, {"page_pdf": 413, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "                         — 374 —\n                             III\n                   ENVOI DE VERS\nVous aimez Jocelyn, vous aimez Lamartine\nEt vous aimez aussi Musset, tous les beaux vers\nTristes et solennels comme ces jardins verts\nDans lesquels un jet d'eau se lamente en sourdine.\n\nLes vers sont excitants comme l'odeur des foins\nComme l'air de la mer et comme la musique\nEt provoquent tout bas à l'extase physique\nDes beaux corps de vingt ans qu'un grand amour a joints.\n\nAimerez-vous ceux-ci ? C'est toute ma jeunesse\nQue j'y raconte, afin que chacun me connaisse\nEt sache l'abandon douloureux de mon cœur ;\n\nMon cœur, coupe d'argent aux ciselures fines,\nQue la tendresse emplit d'une rouge liqueur\nEt qui voudrait s'offrir à des lèvres divines !...\n\n                             IV\n                   REFUS TENDRE\n  Le soir quand nous causons vous me dites parfois :\n  » Je ne veux plus aimer. Ces choses sont finies.\n  Je ne répondrai plus aux lentes litanies\n  Des aveux qu'un amant vous chuchotte à mi-voix.\n\n  Je ne veux plus aimer. C'est un songe inutile,\n  C'est un hochet d'enfant qui pèse dans la main,\n  C'est le troublant parfum d'un rameau de jasmin\n  Qui, fané, vous poursuit de son odeur subtile!.... »\n\n  Mais en vain vous cherchez à vous raidir. Un jour\n  Les aveux remettront dans vos doigts leur rosaire,\n  Car, malgré vos refus, vous sentez la misère\n  D'une jeunesse morte aux chimères d'amour.\n\n  Vous refusez d'aimer. Vous êtes apeurée\n  Par l'envahissement de l'amour, charme amer,\n  Mais l'amour qui nous vient est semblable à la mer\n  Dont l'amertume chante en montant la marée.\n"}, {"page_pdf": 414, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "                      — 375     -\nVous comprenez déjà qu'on ne peut pas mentir\nA soi-même, à sa chair, à son cœur, à son Ame,\nEt que des lèvres d'homme à vos lèvres de femme\nEperdûment encor devront s'appesantir.\n\nVotre belle jeunesse est pareille à la chambre\nDont on a clos la porte et fermé les volets,\nSans qu'ait pu le soleil allonger ses reflets\nA travers l'épaisseur des rideaux couleur d'ambre.\n\nLa chambre où l'on a mis la Belle au bois dormant,\nOù, pour s'apparier avec sa léthargie,\nLes clavecins ont tû leurs rythmes d'élégie\nMais tantôt vont chanter pour le Prince Charmant.\n\nLors elle descendra de son lit de dentelle,\nSes pieds mêlant leurs lis aux roses du tapis,\nEt ses yeux lui riront, ses grands yeux assoupis,\nCar, tout en semblant morte, elle reste immortelle !\n\n                          V\n              POUR LES FEMMES\nFemme, j'écris mes vers d'amour pour vos pareilles,\nEt le pâle toucher de leurs doigts effilés\nEn murmure indistinct chuchotte à leurs oreilles\nLe rythme suggestif des rêves exilés.\n\nMon poème sera comme un clavier fragile :\nDes arpèges d'aveux, des gammes de baisers\nChanteront dans la nuit sous leur doigter agile\nEt l'ombre écoutera ces airs vaporisés.\n\nSeuls des doigts enrichis par des ongles d'agate,\nSeules des mains de femme avec des bagues d'or\nSauront faire vibrer, en plainte délicate,\nCes touches d'un blanc mat comme un étang qui dort.\n\nQu'aucun homme ne vienne à ce piano frêle\nChercher à transposer son rêve intérieur,\nLes cordes casseraient, car l'instrument est grêle\nEt ne sait que frémir dans un accord mineur.\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "                     — 376 —\n\nMais aux beaux soirs d'été des femmes languissantes,\nSous l'attouchement pâle et triste de leurs mains,\nEntendront doucement l'écho des voix absentes\nFrissonner dans l'ivoire en sanglots presque humains.\n\nEt mon clavier de vers aux musiques éteintes,\nPour que l'amour leur vienne en ayant préludé,\nLeur ouvrira son bois fleuri d'idylles peintes\nComme les clavecins du siècle décédé !\n\n                         VI\n         PRINTEMPS SENTIMENTAL\nVous souvient-il du jour où vous êtes allée\nAvec moi dans le calme et les taillis du Bois ?\nVotre jupe à volants toute raide d'empois\nBalayait la poussière au coin de chaque allée.\n\nNous devenions plus gais sous le ciel du printemps,\nSous le ciel du printemps tendu d'étoffes roses ;\nNous devenions meilleurs dans la bonté des choses\nQue le vent voyageur nous portait par instants.\n\nTout disait la gaîté des branches étoilées,\nLes oiseaux retournant vers leur pays natal,\nLes jets d'eau délivrés des prisons de cristal\nQui sanglotent encor des dernières gelées.\n\nTout disait la chaleur des nids ressuscités\nEt le charme odorant des roses revenues,\nDes roses-thé qui sont comme des gorges nues,\nEt le rythme dolent des vieux airs rechantés !\n\nTout nous disait d'aimer dans ces floraisons neuves,\nD'effacer de nos yeux l'ancien rêve meurtri,\nEt d'aussi nous parer d'un peu d'espoir fleuri\nComme d'un bouquet blanc le demi-deuil des veuves !\n\nTout chantait, tout clamait le triomphe charnel\nDes pistils entr'ouverts, des ailes rapprochées,\nEt le vent nous disait, de ses lèvres cachées,\nQue la fleur souffre aussi du souci maternel.\n"}, {"page_pdf": 416, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "                      -   377 —\n\nEt, tout en souriant dans d'adorables moues,\nSous votre parasol que vos doigts remuaient,\nDe vagues rayons d'or parfois s'insinuaient\nEt l'ombre et le soleil se disputaient vos joues.\n\n\n                          VII\n\n     EST-CE     BIEN VOUS QUE             J'AIME?\nEst-ce bien vous que j'aime ou bien est-ce l'amour ?\nL'amour pour le poète est une cathédrale\nOù le conduit son Ame à l'heure vespérale,\nQuand les prêtres en blanc psalmodient tour à tour.\n\nQu'importent les autels et qu'importent les vierges,\nPourvu que l'ostensoir dans le chœur ait flambé,\nEt que les chants de l'orgue en tombant du jubé\nFassent frémir au loin les trèfles d'or des cierges.\n\nIl a perdu la foi naïve des croyants,\nMais ses yeux sont troublés aux rayons flamboyants,\nNimbant le front des saints qui peuplent les verrières.\n\nEn amour, ce qui charme aussi, c'est le décor,\nEt le poète las qui croit aimer encor\nSubit le même émoi qu'un athée en prières !\n\n\n                          VIII\n\n                     NOCTURNE\nDevant votre maison close dans du silence\nCombien je suis allé souvent, par les beaux soirs,\nAvec les gestes fous d'un amant qui balance\nSes songes dans le vent comme des encensoirs.\n\nJe n'avais nul espoir de vous voir apparaître;\nDans vos rideaux à fleurs je vous savais dormant,\nMais je croyais sentir à travers la fenêtre\nQuelque chose de vous m'arriver par moment.\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1418, "texte": "                      -   373   -\n\nLes rangs d'arbres plissaient dans le brouillard des voiles,\nEn processionnant à l'horizon qui fuit ;\nEt le cortège blanc des divines étoiles\nÉcoutait le Silence et regardait la Nuit.\n\nA peine entendait-on en de lointaines rues\nLes pas lourds d'un veilleur ou l'aboiement d'un chien,\nEt toutes ces rumeurs incessamment décrues\nÉvoquaient une eau morte où l'on ne voit plus rien.\n\nEt je restais longtemps, debout, sous vos croisées\nEt mes yeux fatigués s'amusaient à saisir\nLe caprice des fleurs de fonte entrecroisées\nAux dessins du balcon où montait mon désir. —\n\nEt me sachant tout près de vous dans la nuit calme,\nJ'imaginais qu'un peu de mon Ame en émoi\nDevait aller vers vous avec un bruit de palme\nEt qu'en ce moment-là vous rêveriez de moi !\n\n\n                          IX\n\n                      ADIEU\n                          I\nAinsi donc c'est fini ! mon beau rêve est défunt,\nCelui de vous aimer comme une amante unique,\nDe sentir sur mon front vos mains de Véronique\nS'appuyer comme un voile imprégné de parfum.\n\nIl faut continuer, sans l'appui d'une femme,\nA gravir mon Calvaire élégiaquement,\nEt les hommes mauvais vont rire à mon tourment\nMoi qui porte pour croix le fardeau de mon Ame.\n\nDepuis longtemps déjà par vous j'avais souffert,\nAu miroir de vos yeux se mirait ma tristesse ;\nEt, pour vous abriter, l'arbre de ma jeunesse\nRedevenait vivace et redevenait vert.\n"}, {"page_pdf": 418, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1603, "texte": "                      — 379 —\nJ'aurais tant désiré dans un creux de vallée\nDans un grand paysage emporter notre amour,\nCauser d'éternité dans la douceur du jour\nEt revenir, — pensifs de la joie en allée!...\n\nLa nuit, dans mon sommeil, votre fantôme cher\nLes cheveux dénoués, en peignoir de dentelle,\nMe hantait, et parfois la chimère était telle\nQue mes bras suppliants s'ouvraient vers votre chair !\n\n                           II\nJ'aurais imaginé là-bas, dans les banlieues,\nUne chambre propice aux rendez-vous d'amour,\nUne chambre mignonne avec un demi jour\nDont l'ombre aurait glissé dans les tentures bleues.\n\nLà des fleurs, des parfums — oh ! les plus violents ! —\nDes parfums qu'on eût fait brûler dans de grands vases ;\nEt, puisque la musique alanguit les extases,\nVous m'auriez ébauché des Nocturnes dolents.\n\nPuis, pour interpréter notre âme, un Lamartine\nOuvert au plus ému des chants de Jocelyn,\nQu'on aurait lu, vers l'heure où l'amour est enclin\nA regarder le Soir qui sanglotte en sourdine.\n\nDe ces bonheurs divins je n'en évoque aucun\nSauf la minute rare et toujours poursuivie\nOù réciproquement on se double sa vis\nCar tous les deux alors sont Dieu — n'étant plus qu'un !\n\n                          III\nVous n'avez pas voulu. Peut-être est-ce sincère.\nVotre vie est un parc dont un grillage noir\nEmpêche qu'on approche et qu'on y puisse voir\nDes massifs de verdure et des blancheurs de serre.\n\nVous voulez dans ce parc de jeunesse marcher\nSeule, prêtant l'oreille aux tendresses lointaines,\nComme au sanglot confus de distantes fontaines\nQui pleurent tristement aux fentes d'un rocher.\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1279, "texte": "                      -   380-\n\nMais en avez-vous clos vraiment toutes les portes,\nEt dans le brouillard bleu des soirs extasiés\nAucun n'est-il venu défleurir les rosiers\nQu'a fait germer le temps sur vos tendresses mortes ?\n\nPeut-être en aimez-vous un autre ? O goûts pervers !\nDans l'étang de son parc, au lieu d'un calme cygne\nPromenant la fierté de sa blancheur insigne,\nOn y met des canards parmi les roseaux verts !\n\n                          IV\nAdieu ! je ne suis pas de ceux qu'on humilie !\nVous m'avez repoussé, vous m'avez dédaigné ;\nJ'ai senti que mon cœur orgueilleux a saigné\nEt longuement je meurs de ma mélancolie.\n\nEt dire que ce soir tout est calme et joyeux !\nLe vaste ciel couchant fait flamboyer ses marbres ;\nC'est l'été ; les amants s'en vont sous les grands arbres\nEt l'adieu du soleil se prolonge en leurs yeux.\n\nIl est là, le soleil, qui roule au crépuscule ;\nOn croirait voir flamber sur la mer un ponton ;\nEt moi je suis tout seul, dans mon morne abandon,\nA le voir s'écouler comme du sang qui brûle.\n\nEt, s'harmonisant tous dans un accord pareil,\nLes carillons du soir tombent des clochers proches,\nEt l'on entend pleurer la tristesse des cloches\nSur la mort de mon Ame et la mort du soleil !\n\n                                       GEORGES RODENBACH."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 381, "page_fin": 390, "titre_corps": "Greta Friedmann (fragments)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "GRETA FRIEDMANN", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 420, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "GRETA FRIEDMANN\n                               (FRAGMENTS)              (I)\n\n\n\n\n           ES amis, joyeusement se remirent à causer en attendant le\n            lever du rideau.\n   L'Eden-Théâtre venait seulement de s'ouvrir; la salle était à\npeu près vide. Au premier comptoir, une jeune femme maquillée\net poudrée, vêtue de rouge éclatant, alignait sur le marbre les hauts\nverres alternant avec les bouteilles de bières anglaises et les flacons de\nliqueur. Parfois elle jetait un coup d'œil au groupe de jeunes gens qui\nbavardaient sous les palmes, près du jet d'eau.\n   — Je suis content de vous avoir fait venir à cette heure, dit Marius, le\nplus âgé de la bande, regardez donc, quel caractère étonnant a cette\nsalle illuminée et vide ! On dirait qu'elle attend l'arrivée d'un maharajah\nsuivi de sa cour !\n   — Ah bah ! dit Chastel, un grand blond à la moustache fine, est-ce\nque Marius aurait des envies de débauche picturale? Nous voilà loin des­\ngothiques.\n   — Mon Dieu, fit Marius de sa voix creuse d'ascète, ce qui est beau\nest beau, je n'ai pas de parti pris, pourquoi n'aimerai-je pas ceci?\nd'ailleurs, voyez-vous? on garde toujours un peu de cette lumière orien­\ntale dans la patte, et mes madones en auront demain l'auréole plus\néclatante, voilà tout.\n   — Eden pour paradis...\n   — Profane, va !\n  Jacques Ferrias, l'avocat d'hier, n'écoutait pas la conversation.\nAccoudé au dossier de sa chaise, le regard vague, il semblait perdu\ndans une pensée sans fin.\n  Imberbe, portant vingt-cinq ans à peine, la lèvre un peu tirée, avec\nune sorte de dégoût, l'œil très bleu, Ferrias avait la beauté efféminée\nde l'adolescent, crispée par une vie précoce. Seul, orphelin, libre et\n\n\n  (1) Nous ne publierons que les « bonnes feuilles » de ce roman qui paraîtra prochainement\nen librairie,\n                                                                                      28\n"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": " maître d'une solide fortune, il avait tant bien que mal passé son dernier\n examen de droit, et, la veille, prêté serment au Palais. Ses amis Chastel,\n le compositeur anversois, Beckx le violoncelliste en vogue, Carol le\n gros sous-lieutenant aux chasseurs, Kéradec le peintre breton que son\n tableau Les Landes avait rendu célèbre déjà depuis le dernier Salon,\n Marius enfin son compagnon de jeunesse, tous ensemble étaient allés\n chercher Jacques chez lui et presque de force l'avaient emmené\n à l'Eden.\n   — Dis donc, Ferrias ! cria Carol, tu as l'air ennuyé comme un corps\n de garde?\n    — Moi, pas du tout, je ne m'ennuie jamais, je songeais, voilà tout.\n A ta santé !\n   — A la tienne, et peut-on savoir...\n   — Mon cher Carol, permets-moi de te dire qu'il n'y a rien de sot\n comme de demander à quelqu'un à quoi il pense. Penser c'est se parler\ntout bas et je présume que c'est parce qu'on n'a pas l'envie de le faire\n tout haut.\n   — Zut alors ! le serment t'a rendu grincheux, mon cher.\n   — Voilà un « mon cher » qui vient de l'âme! Pardon! ne te fâche\npas, je suis un peu fatigué, ennuyé, je ne sais quoi. Il fait d'un bête ici!\n Dites-donc, restons-nous ?\n   — Attendons au moins les nègres, on les dit épatants.\n   — Soit.\n   Marius se rapprocha de Ferrias et le regardant fixement, lui dit\ndoucement — comme à un frère :\n   — Tu me diras bien, à moi, ce qu'il y a...\n   — Ce qu'il y a, Pierre, je vais vous le dire à tous, puisque vous y\ntenez; ce qu'il y a, c'est que j'en ai assez; oui, continua-t-il d'une voix\ndevenue tout à coup grave et lente, j'en ai assez de cette vie roulée à\ntous les vents et salie à toutes les fanges. Ici, à Bruxelles, depuis six\nans, rien n'a changé dans mon existence ; c'est un train-train, une\nvivote, une suite d'habitudes inévitables, toujours pareilles. Pas d'hori­\nzon, pas d'au-delà ; sans cesse les rencontres agaçantes de visages trop\nconnus ; l'après-midi la flâne et le soir... ah ! le soir! Dieu sait quoi...\ntenez ! ce que nous faisons ici, dans cette fumée, horripilés par cette\nmusique de bastringue, frolés par ces femmes dont les sourires se figent\net dont les regards se moquent. Je me sens avili, dégradé, là-dedans; il\nme semble que je rougirais d'y être vu par certaines gens que je res­\npecte, que j'aurais le devoir de me dérober à ces soirées vides dont je me\n"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2610, "texte": "                                  -   383   -\n\nretire plus dégoûté, plus vieilli, plus amoindri vis-à-vis de moi-même\net vis-à-vis de vous t o u s . J'éprouve un immense désir de me purifier,\nde me nettoyer demain d'une partie de mon passé, de mettre entre lui et\nmoi une fosse de raison, de tranquillité, d'amour... Vous me trouvez\nstupide, gaga, n'est-ce-pas, j ' a i l'air de crier à l'immoralité du siècle, à\nla fange humaine, vous riez, je v o u s la fais à la Caton, je pose à\nl'homme grave, au désillusionné, au blasé. Vous croyez que je blague,\net c'est vous, oui, c'est vous qui blaguez avec vos joies factices, vos\nhilarités subites, vos bravades, et il n'y en pas un de vous, pas un qui\nne pense comme moi et qui n'éprouve les mômes dégoûts et les mêmes\nfatigues.\n   — Qui sait ? fit Chastel.\n   — P r e n d s garde, on pourrait te croire sincère...\n   — Oh ! je ne me rallie p a s , reprit Chastel avec un mouvement de\nrévolte brusque, mon orgueil à moi est au-dessus de ce que je puis\nsouffrir en moi-môme ; j ' a i le droit de ne pas montrer ma peine si j'en\nai ; j'estime que le faire, c'est demander l'aumône d'une pitié, et j ' a i m e\nmieux crever de mes larmes que de les avouer. .\n   — Bravo, Chastel, dit Beckx, c'est p l u s h o m m e ! . . .\n   — Mais moins humain, interrompit J a c q u e s , d'ailleurs, Chastel, tu\nas plus d e cœur que tu ne veux bien...\n   — P o u r moi, peut-être, c'est mon affaire.\n   — T u as raison, mon brave, et j'avais tort, pardon.\n   L a toile se leva et les causeurs ayant payé le garçon allèrent s'ac­\ncouder au balcon.\n   T a n d i s que les niggers dansaient au son du ben-joe, faisant claquer\navec un bruit d e lattes, sur le plancher, leurs longues savates à pointes,\net roulant des y e u x blancs, tristes, où pleurait le regret des cannes à\nsucre et des palmiers géants, les promenoirs s'étaient r e m p l i s ; sous le\nvelum, a u t o u r des bassins, près des buvettes, s'attablaient des groupes\nparlant haut, jetant parfois des appels burlesques aux femmes qui\npassaient près d'eux ; les globes lumineux des lampes Edison jetaient\nsur la foule une teinte blafarde de clair de lune mêlée à la clarté jaune\ndes gaz. L e gravier s'écrasait sous les pas des garçons qui de table en\ntable apportaient des bocks, au milieu d'un tumulte de voix et d e cris.\n   L e s deux Roumaines venaient d'entrer, deux grandes femmes à la\ndémarche balancée et hautaine, récemment arrivées à Bruxelles. L ' u n e ,\nnoire, Dora, rappelait certaines héroïnes de Véronèse avec sa peau très\nblanche pointée à l'aile du nez d'un grain d e b e a u t é ; l'autre, Fiammine,\n"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "                                 -   384   -\n\nune blonde d'un blond d'or, qui, le nez un peu relevé, les yeux très\nenfoncés, les traits durs, faisait songerait vicieuses de Félicien Rops ;\ntoutes deux grandes et rythmiques, toujours ensemble, ayant le\nmême sourire glacé, dédaigneux presque. De l'Eden, où tous les soirs\nelles arrivaient à 9 heures précises, elles descendaient chez Marugg, et\nrentraient ensuite vers minuit, souvent seules, gardant leur allure d'im­\npératrices romaines qui marcheraient sur un tapis de croupes d'esclaves.\n   Ferrias se retourna brusquement lorsque les Roumaines franchirent\nla dernière marche de l'escalier de marbre et entrèrent dans le jardin\nd'hiver. Dora la noire lui adressa un sourire imperceptible.\n   — Tenez, dit-il soudain en s'adressant de nouveau à Chastel, voilà les\nseules femmes que j'aie un peu aimées, un peu, non! follement, pendant\ntout un temps, hanté par elles, et vous qui êtes artistes, toi Chastel, toi\nMarius, vous me comprenez; ces deux marbres que j'ai possédés, ils\nm'ont révélé la beauté antique, la vibrante beauté ; c'est la Vénus\nimmortelle, celle de Baudelaire, superbe, dont le corps est musical,\ndont la ligne est impeccable, dont chaque geste est grand, harmonique.\nEh bien, voyez-vous, il n'y a que deux amours possibles pour nous\nartistes : celui-ci qui remplit nos yeux mais qui nous fait mal, et l'autre,\nle bon, le vrai, le durable qui remplit nos âmes et nous fait vivre ! J'ai\neu le premier, je veux l'autre. Voilà!\n   — Tu as bien tort, va! dit Chastel. Ton repos tu ne le trouveras pas,\nou si tu le trouves       ah! si tu le trouves, tu en auras plein le dos ! le\nrepos, mon pauvre ami, mais c'est le cercueil, le bois de sapin, la\nconcession à perpétuité !\n   — Pas de concessions ! cria Carol qui n'écoutait plus.\n   — Retourne aux roumaines, je t'assure, continua Chastel.\n   Ferrias contempla encore d'un air pensif les deux grandes femmes,\npuis le visage tourné vers la scène il regarda. Toute cette vaste lumière,\nces gaz, ces lanternes, cette féerie rayons, c'était si beau ce soir-là,\nbeau comme l'apothéose de la jeunesse moderne artificielle et\ntriomphante !\n   Jacques se détourna. Il prit la main de Chastel, puis, avec un\nsourire contraint :\n   — Maintenant mes amis, j'ai vu ces pauvres diables noirs qui n'ont\npas l'air d'aimer beaucoup le théâtre ; je vous ai donné un petit cours\nde philosophie transcendante que vous trouverez profondément popote,\net je m'en vais. Marius vous a dit, n'est pas, que je pars demain\npour l'Allemagne ?\n"}, {"page_pdf": 424, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "                                -   385\n\n  — Mais non.\n  — Ah? Je vous l'annonce, solennellement. Je resterai un an au bord\ndu Rhin, une idée à moi.\n  — Tiens tiens, dit Chastel, elle est bien bonne ! Gretchen, Werther,\nRaison pure et chromolithographie ! Tu me rapporteras une pipe et de la\nchoucroute.\n  Eh bien, bon voyage, Jacques, tâche de trouver là-bas ton oiseau\nbleu, surtout ne prends pas l'accent! Au revoir.\n  — Au revoir, Beckx, Carol, mon vieux, toi, adiousias !\n  Ferrias partit avec Marius tandis que le gros Carol, arrêtant une\npetite boulotte noire, criait de sa voix de basse-taille :\n  — A nous les femmes du monde !\n\n                                    II\n   Là-bas, au milieu de Laeken, dans une rue déserte à petites maisons\nbasses, avec, parfois, de longs murs au dessus desquels des arbres\nfaisaient une grande crête de verdure, Pierre Marius le peintre de vierges\navait son atelier.\n   Les hautes murailles blanches en étaient parsemées d'esquises et\nd'ébauches à peine indiquées. Ça et là, des copies merveilleuses de\ntableaux gothiques où des personnages raides, au geste anguleux, aux\nlèvres minces, aux yeux petits et doux s'immobilisent sous des ciels\ndolents par lesquels volent des anges à cheveux couleur de lune serrés\ndans de longues robes noires qui se cassent d'un seul pli.\n   Là se concentrait la vie de Marius. Gothique, il menait l'existence\ndes peintres gothiques dans les vieilles cités flamandes.\n   Recueilli comme eux dans la sereine observation des choses, il aimait\nles recoins sombres où plane une tristesse. La nature évoquée à ses\nyeux n'était point bruyante ; au contraire, elle semblait assoupie en de\nlongues méditations accumulées, et l'on éprouvait à von' ses tableaux,\nl'impression que donnent les cathédrales immenses où l'on s'écoute\nmarcher au milieu de la sonorité des colonnes.\n   De fait, Marius aimait les temples. Lors de son séjour à Rome, il\ns'était pris de passion pour la cité sainte dans ce qu'elle a de pieux et\nd'austère.\n   Quelle grandeur pensive dans les églises vides ! Les pierres de l'ogive\nsemblent soupirer, le bruit des dalles roule, agrandi, à travers les\ngaleries ; un rais de soleil incendié de rouge par une verrière, griffe le\nsol ; au fond de leurs niches tapissées de vieil or, les saints porte-clefs\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2726, "texte": "                                -   386   -\n\net les apôtres porte-glaive se dressent dans leurs manteaux à plis droits,\net, au fond du chœur, prosterné sur la dernière marche de l'autel,\nquelque moine brun balbutie des prières. Une lumière chaude et rousse\nbaigne toutes choses ; les colonnes entrecroisent leurs larges ombres ; la\nlampe du tabernacle crépite et bouge ; une cloche tinte, un long écho se\nrépercute comme un appel d'âmes, et l'âme à l'unisson s'anéantit dans\nla troublante admiration du Beau.\n   L'église avait déterminé la direction artistique de Marius. Il avait\ncompris, dans une soudaine révélation, la magie des vieux maîtres, la\ncouleur éclatante et douce des triptiques flamands, la divine pureté\ndes vierges blondes aux fines paupières pointées de bleu pâle, la science\nimpeccable des groupes, et, dans les paysages reculés qu'on entrevoit\npar les balcons de marbre, la sereine nature des Primitifs,\n   Marius avait connu Ferrias au collège. Pierre, avec ses allures déjà\ngraves et songeuses, s'était senti attiré par l'esprit vif et subtil de son\ncompagnon. Il aimait ce fantasque dont les boutades souvent avaient\nune épique naïveté et qui, instable, sautait d'une idée à une autre sans\nse douter une minute de ses contradictions.\n   Ferrias avait, à ce contact, acquis un peu de la maturité de Marius.\nNon que son caractère eût changé dans le fond, mais éclairé par la\nnature artistique en même temps que songeuse de Pierre, il s'était\npassionné pour le Beau, visitant les musées, piochant la musique,\nlisant en cachette tous les livres que les pères interdisaient, et s'ouvrant\ndes étendues inexplorées encore où la vie lui déroula ses mystères,\ncomme un théâtre fantastique dont le rideau se lèverait tout-à-coup sur\nune lumineuse apothéose. A seize ans, sans avoir connu le monde, il en\navait la crainte et l'appétit, les réalités que lui avaient révélées ses\nlectures, étant voilées encore par le grandissement de l'écrivain.\n   La piété seule de Marius n'avait pas trouvé d'écho dans cet esprit\nindépendant de naissance qui cherchait à comprendre et ne voulait pas\ncroire. Les mysticités religieuses lui semblaient démodées et il comparait\nla croyance moderne à l'antique, trouvant à toutes deux une poésie —\nrien de plus — et un prétexte pour l'artiste à sortir des lois mathéma­\ntiques des choses pour bondir dans l'infini de l'imagination. Mythologie\net catholicisme lui étaient synonimes, légendes tous deux, mais légendes\nmerveilleuses, inspiratrices de chefs-d'œuvre.\n  Quand il sortit du collège des Pères, le même jour que Marius, il fut\nplus libre de ce laisser-aller à sa passion pour toutes choses d'esprit.\nAvant d'entrer à l'Université, à dix huit ans, encore sous la tutelle d'un\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "                               -   387   -\n\noncle qu'il n'aimait pas, il voulut voyager; il vit l'Allemagne, la France\net l'Angleterre, tandis que Pierre Marius, abandonnant tout pour la\npeinture, entrait à l'Académie sous Portaels et bientôt après allait se\nfixer à Rome où les maîtres et la religion l'appelaient simultanément.\n    Lorsqu'il revint d'Italie, il en rapporta une suite de toiles qui lui\nfirent aussitôt une place au soleil.\n    Calme, ayant de quoi vivre seul, le jeune peintre se retira dans son\nvaste atelier de Laeken qui lui faisait, perdu dans sa rue solitaire,\nl'effet d'une demeure de petite ville. Tous les samedis soirs seulement\nil passait les ponts pour aller aux réunions de camarades chez Ferrias,\net les causeries avec les amis se prolongaient souvent très tard, laissant\nà chacun une bonne impression de cordiale et intelligente intimité. On\ny parlait d'art, toujours, en buvant des grogs; Beckx et Chastel jouaient\ndes duos de Mendelssohn, ou bien le premier improvisait au piano, sur\nles vers berceurs d'un sonnet ou d'une ballade romantique, des chants\ngraves et continus qui pleuraient comme des mélopées, Ferrias lisait\nparfois quelques strophes de poèmes écrits par lui aux heures de spleen,\nà ces heures où, regrettant de ne pas avoir approfondi un art spécial,\nil éprouvait l'intense désir de les embrasser tous à la fois.\n  Marius parlait peu. Il semblait passer dans la vie sans la connaître,\nreplié sur lui-même. Aux causeries du samedi, seul jour où on le vît, il\nécoutait les autres d'un air presque paternel, ne comprenant pas la gaité\nbruyante, lui dont la joie môme paraissait triste.\n  Peu accoutumé à boire, il se sentait tout étourdi lorsqu'il revenait de\nchez Ferrias ; parfois alors il sortait de son mutisme et parlait d'Art\navec une ferveur d'enthousiasme, comme s'il chantait des cantiques, et\ndes exclamations allongées ainsi que des hosannah : « Van Eyck,\nMetsys ! Oh ! c'est beau ! comme c'est grand, comme c'est au dessus de\ntout ce que nous faisons, de tout ce que nous ferons jamais!... » puis,\nsa voix baissait peu à peu et il continuait sa route en se parlant à lui-\nmême, avec de larges gestes lents.\n\n                                   III\n   A Bruxelles, la vie de Jacques Ferrias avait été toute différente de\nl'existence austère du peintre. Loin de s'isoler dans la volonté tenace\nd'une tâche, il s'était jeté dans le monde où l'on s'amuse, aimant\nl'asphalte des boulevards, les galeries Saint-Hubert, les cafés, le bruit\nqui étourdit, et la foule. Mieux que personne, il connaissait la vie\nnocturne de la ville. Tous les soirs, après son dîner qu'il prenait\n"}, {"page_pdf": 427, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "                                -   3»8   -\n\nrarement chez lui par horreur de toute solitude, il descendait la Mon­\ntagne de la Cour et la rue de la Madeleine illuminées à cette heure de\ntoutes les clartés de leurs vitrines, s'arrêtait aux montres des librairies\npour voir d'un coup d'oeil les nouveautés parues, puis entrait dans le\nPassage où seulement il ralentissait le pas, se sentant là presque chez\nlui, en demeure conquise.\n   A la Taverne Royale, il retrouvait presque toujours Carol, Chastel,\nKéradec, et tout en buvant des » ballons, » le quatuor dominait de ses\néclats de voix, de ses exclamations bruyantes, les bruits multiples du\ncafé. Carol surtout, l'officier des chasseurs qui était connu par ses\nfumisteries énormes et ses nombreuses algarades, mettait dans le\ngroupe sa grosse gaîté de soldat bon vivant. Il s'était attaché — on ne\nsut jamais comment — aux trois artistes par une sorte de respect\ndevenu plus tard de l'intime camaraderie et souvent de son bon sens\ninvulnérable il redressait les abracadabrants paradoxes d'atelier que\ndébitaient les autres.\n   Les quatre — on ne les connaissait guère sous d'autres noms — se\nlevaient au coup de huit heures et, qu'il y eût une première représen­\ntation à la Monnaie ou au Parc, un concert, une séance artistique\nquelconque, fût-ce à la Renaissance ou aux Nouveautés, unanimement\nils décidaient d'y aller. Ils dirigeaient même les cabales, applaudis­\nsaient bruyamment avec de grandes exclamations d'enthousiasme, ou\nsifflaient à pleins poumons malgré claque et public.\n    Kéradec et Chastel étaient les plus fougueux de la bande. Le premier,\ndont les tableaux, d'ailleurs, faits avec une étonnante furie de couleur\net comme brossés avec un pinceau de bronze trempé dans du feu,\ndisaient bien la nature violente, portait, sans ce soucier de ce qu'on\nl'appelât M. Mille-Huit-Cent-Trente, les cheveux longs à la mode des\npremiers romantiques. Grand, légèrement courbe, les traits nerveux\nil avait une allure de chouan révolté. Kéradec avait passé par toutes\nles phases de la vie d'artiste. On se souvenait même de l'avoir\nentendu naguère, aux temps d'Académie, pérorer dans les meetings,\n et, de sa voie métallique et sonore, plaider la cause des ouvriers;\n aujourd'hui ses convictions s'étaient presque détruites, étouffées\n par les élans de son art, mais il aimait les humbles et posait même\n à se faire l'égal des vagabonds nocturnes, à leur payer à boire, si bien\n que les autres l'avaient surnommé » Pauv' Peup' », avec ce brin de\n mépris aristocratique qu'a tout artiste fier de l'étoile qu'il sent briller\n au-dessus de lui.\n"}, {"page_pdf": 428, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "                               — 389 —\n\n    Chastel personnifiait bien ce mépris, avec sa moue un peu dédai­\n gneuse, son dandysme excessif qui donnait à toute sa personne l'allure\n d'un prince indien voyageant incognito. Aussi n'avait-il de passion —\n sincère ou non — que pour les auteurs qui parlaient à ses aspirations\n élégantes : Byron, Barbey d'Aurevilly, Bourget ; pour les musiciens\n Schumann et Chopin.\n    A onze heures, on revenait à la Taverne Royale; on rebuvait des bocks\n et la soirée commençait. Noctambules enragés, les quatre faisaient\n régulièrement le pélérinage des caboulots de la rue des Bouchers,\n assistant aux rixes fréquentes des étudiants, des louches bohêmes de\ncafés-concerts et des souteneurs qui, à ces heures tardives, conver­\n gent vers les mômes centres.\n    Certaines boutiques restent ouvertes toute la nuit à ces bandes\npanachées : celles des marchands de comestibles.\n   Derrière le comptoir blanc, un garçon armé d'une fourchette aigûe\npiquait dans les caisses de fer-blanc les grasses sardines dorées ruis­\n selantes d'huile que des consommateurs hétéroclites tassés devant lui\nprenaient à même, des deux doigts, avec un recul du corps; une miche\nde pain français complétaient ce repas nocturne. Et les artistes — les\nquatre — aimaient ces scènes de mœurs si bien locales, le spectacle\nétrange de cette foule d'affamés aux mines souvent haves et défaites,\nse ruant presque sur le garçon en tablier gris, qui, toujours, im­\npassible, flegmatiquement, piquait les sardines, ouvrait de nouvelles\nboîtes, recevait l'argent, pendant des heures.\n   Le décor était d'ailleurs une fête de mangeailles. Les fers blancs\nplaqués de cuivre accrochaient les rayons du gaz et les renvoyaient\nsur les piles d'oranges ; des fromages énormes s'étageaient en colonnes\ngris sombre, tandis que, à l'étalage, de gros saucissons, des cervelas\nventrus habillés d'argent alternaient avec des jambons gonflés et\ndes langues charnues.\n   Des lignes de flacons de tomates et de sauces traçaient aux murs\ndes raies noires et rouges, et à la lumière c'était un festin de couleurs\ngrasses auxquelles les misérables, le visage au dehors collé à la glace\ndes vitrines semblaient, en les fixant d'un œil envieux, vouloir rassasier\nleurs énormes appétits.\n   — Qu'est-ce que c'est que ça pour des stoeffers? disait parfois un\ngavroche en voyant entrer les quatre amis.\n   Et Carol, avec un accent marollien, bien veule et grasseyant, qu'il\navait divinement attrappé, répondait en levant le coude ;\n"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1973, "texte": "                                 — 39° —\n\n    — Smool too, sans ça je vaie le dire à mon père qui est garde-ville\n dans la rue des Renards!\n    C'étaient encore des rires sans fin et des joies lorsque gravement\n Chastel pinçait de ses longs doigs de marquise un des ces harengs à la\n daube nommés roll-mops et le déroulait en faisant des yeux drôles.\n    La dernière halte, vers deux heures du matin, était le Café de Paris.\n Au sortir des quartiers noirs du Ba-ta-clan et de la rue de la Fourche,\n les quatre inséparables respiraient plus librement en débouchant sur le\n nouveau boulevard au fond duquel, comme un œil phosphorescent\n ouvert dans la nuit, s'allumait l'horloge du Temple des Augustins. Ils\n entraient alors dans le café nouvellement installé où se retrouvaient\n toujours des figures connues, de gens souvent coudoyés, attablés en\n groupes, ayant avec eux des filles à la mine provoquante qui, dans les\njaillissantes lumières des lustres refltéées par les glaces, semblaient plus\njeunes et plus fraîches.\n   Bientôt on se séparait, et Ferrias, le seul qui habitât le haut faubourg,\nremontait d'un pas fatigué, ayant perdu son entrain, et longeant les\n murs avec une sorte de frayeur d'être seul vis-à-vis de sa pensée qu'il\nsentait mécontente et aigrie. Les rues étaient désertes, la route semblait\ninterminable, et seulement lorsque Jacques se retrouvait dans sa cham­\nbre, entouré des objets accoutumés, il se ressentait vivre et songeait à\ncette bonne existente paisible d'avenir qu'il caressait comme .un beau\nrêve et comme une revanche à son passé, à son présent pleins d'un\nmorne dégoût.\n   Aussi lorsque, le soir de la représentation de l'Eden, il revint chez\nlui au bras de Ferrias, il fut heureux pour la première fois depuis bien\nlongtemps, en songeant que le lendemain il aurait consommé sa résolu­\ntion de quitter au moins pour un an tout ce qui faisait son ennui et\nson spleen.\n     (A continuer.)                                     MAX WALLER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 391, "page_fin": 392, "titre_corps": "À l’Océan", "titre_sommaire": "L’Océan", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Van Arenbergh", "ancre_debut": "A L OCÉAN", "ancre_fin": "EMILE VAN ARENBERGH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AU BAL MASQUÉ", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 430, "page_imprimee": 391, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1547, "texte": "A L'OCÉAN\n\n         CROIS-TU, vieil Océan, parce que l'homme môle\n          Quelque chant fugitif à ta plainte éternelle,\n          Crois-tu que nul de nous n'ai en lui tes sanglots\nEt que le désespoir soit le secret des flots ?\nPartout l'orage humain lutte avec tes orages\nDe stupide fureur, de deuils et de naufrages ;\nDes voix d'abîme aussi s'élèvent de nos cœurs,\nEt ta propre amertume est le goût de nos pleurs.\nComme à nous, Dieu t'a dit de souffrir, et tu souffres !\nIl t'a cloué, vivant, dans un cercueil de gouffres,\nEt c'est pourquoi ta vague, où se heurtent les morts,\nSemble garder leur râle en rejetant leurs corps !\n\n\nOcéan fraternel, ton argile est la nôtre !\nCe que tu vas hurlant sans fin d'un pôle à l'autre\nEt ce que Dieu répond à ton flot éperdu,\nDans le gouffre du cœur nous l'avons entendu;\nCar nous n'avons en nous aussi que des abîmes,\nL'homme a contre l'écueil tes élans plus sublimes,\nEt, comme toi, vivant de ce qui fait mourir,\nSouffre d'un mal que rien d'humain ne doit guérir !\nAinsi qu'en un tombeau la lampe funéraire\nVerse à chaque cadavre une égale lumière,\nL'âme et toi, vous portez une égale douleur.\nTous les deux, vous roulez de l'ombre et de l'horreur :\nVotre flot a des morts dans son âpre amertume,\nToujours sous quelque orage il lutte dans l'écume,\nEt quand il vient, brisé, retomber sur le bord,\nC'est pour bondir plus haut et pour gémir plus fort !\n\n       Océan, — Océan misérable et superbe !\nQui te tords, à côté du paisible brin d'herbe,\nTa gloire, ta beauté, ta loi, c'est la douleur !\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 707, "texte": "                                     392\n\n            Les âmes t'ont compris, car ton mal, c'est le leur :\n            Tu ne te plaindrais pas si tu n'étais immense!...\n            Et s'il faut que toujours là haut ton flot s'élance,\n            Que l'âme et toi, tous deux sans repos et sans fond,\n            Toujours vous gémissiez devant le ciel profond,\n            Ah ! c'est que vous cherchez votre source immortelle,\n            Où les vents d'ici-bas un jour n'auront plus d'aile\n            Où vos flots, à tous deux, au sein d'une autre Mer,\n            Sans gouffre et sans écueil n'auront plus rien d'amer.\n\n                                           EMILE VAN ARENBERGH.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 392, "page_fin": 396, "titre_corps": "Au bal masqué", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Corydon", "ancre_debut": "AU BAL MASQUÉ", "ancre_fin": "PAUL CORYDON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 431, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 707, "fin_caractere_exclue": 1803, "texte": "AU BAL MASQUÉ\n\n           CHALABOT était embêté.\n               Est-ce qu'il ne s'en foutait pas, lui, du Mardi-Gras !\n             Depuis trente ans qu'il était régisseur de théâtre, un\ndirecteur avait-il jamais pensé à lui faire organiser ces choses-là ?\nIl avait fallu ce poseur de Potard, pour lui flanquer sur le dos,\nla besogne du concierge ! — Lui, le régulateur de l'art, les soirs\nd'opéra, obligé d'arranger la boîte, les soirs de chahut ! Avait-on\njamais vu ça? Malheur, alors !\n   Il aurait bien vite fait, lui, s'il était le maître ! Il enverrait ce tas de\nvoyous se décarcasser à l'Alhambra ! Enfin !\n   L'orchestre était là, en habits noirs, mettant une noirceur dans le\nvert terni du vieux décor.\n   Les massifs de verdure étaient en place : des rhododendrons ané­\nmiques et des orangers, sans fleurs, pour ne pas avoir l'air de blaguer\nces dames.\n   Sur l'immense plancher gris, qui recouvrait la salle, les fissures hémi­\ncirculaires des arrosoirs laissaient des taches plus sombres. Une buée\nbleuâtre s'évaporait vers le lustre qui nimbait l'atmosphère de son\nrayonnement bête.\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "                                — 393 —\n\n   Au fond, l'escalier craquant des jours de fête dégringolait des loges\nclans la salle, en deux courbes symétriques procédant d'un palier\ncentral.\n                                    *\n                                  * *\n  Sur celui-ci, l'autorité avait pris place.\n  Un vieil inspecteur à face grêlée et fromageante, puis un jeune agent,\ndécidé à maintenir l'ordre, quand même, dans ce bazar où il n'avait\njamais mis le nez. On verrait bien.\n  Le vieux faisait ce métier là, quatre fois l'an, depuis 1850.\n  Ça lui était égal, après tout; autant passer sa nuit, là, dans une\nbelle chaleur, que se ballader dans les rues boueuses, pour ramasser\ndes pochards.\n  Ici, au moins, les pochards étaient propres. Et l'effet à faire ne dépas­\nsait pas le chronomôtrique : » Circulez, Messieurs ! » dont il allait\nscander chaque minute de la nuit.\n                                      *-\n                                    * *\n   Au foyer, les nappes et les verres étaient mis.\n   Les garçons, la serviette sous le bras, baillaient en attendant le coup\nde feu lointain, pendant que la patronne, — une ex-cocotte, — déjà au\nposte, contemplait l'enfilade des tables, les pieds dans le derrière des\namours peints sur les panneaux du buffet.\n   Elle aussi, avait jadis colporté son cadavre dans les boîtes publiques,\nrestant, ensuite, les reins cassés, pendant des quinze jours ! Mais\nmaintenant, c'était fini. Elle était calée, grâce à un vieux, bien avec le\ngouvernement ; et très affairée, se fichant des hommes comme d'un pet,\nelle avait des contentements de propriétaire, dans sa belle robe de satin\nnoir pudiquement fermée jusqu'au cou.\n   Les tables, régulièrement posées, se sentaient les coudes, comme des\nsoldats dans une grande sagesse.\n   Le vestiaire était installé.\n   Les tapis tendus....\n   Quand Chalabot eût tout vérifié, il dit : « Zut, à présent. Je vais\nfaire dodo. — Qu'on ouvre ! »\n   Et croisant les premiers arrivants, il cracha par terre, en grognant\nentre ses dents : » Tas de gouapes, va ! »\n                                       *\n                                   *       *\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "                                — 394 —\n\n   La valse commençait à gargouiller dans le ventre vide du gros bâti­\nment.\n   Le corps de ballet était de service, dans les sales costumes tirés du\nmagasin de rebuts.\n  Les grosses marcheuses, en paysannes de Guillaume Tell ou en\nbébés, les coryphées en chicards ou en écossais de la Dame Blanche\nun seigneur huguenot, des pierrots, un Méphistophélès, quelques mes­\nsieurs — payés — en habit noir, essayaient d'allumer le chahut.\n  La galerie se formait peu à peu. Il était trop tôt pour la gomme et\npour les rosses, mais quelques dominos arrivaient ; c'étaient, bien sûr,\ndes jaloux guettant leurs femmes, ou des provinciaux curieux de voir le\nbal, et des mères irrégulières étalant leurs graisses indulgentes sur les\nbanquettes, dans la périphérie ombrée des baignoires.\n                                     *\n                                   * *\n   Dans les loges des premières, des femmes du monde, hermétique­\nment masquées, espéraient bien descendre, plus tard.\n   De vieux messieurs en cravate blanche, qui avaient dîné, leur\ndisaient des choses drôles, à l'oreille, et leur détaillaient le grouille­\nment qui devenait intense.\n                                     *\n                                    * *\n   Maintenant, les couloirs dégobillaient dans la salle de longs jets de\nmasques et de femmes demi-nues.\n   On commençait à se pincer, sur l'escalier, des deux côtés.\n   Une Diane chasseresse, bâtie comme Vénus, passait de mains en\nmains. Les pschutteurs prétendaient tous la reconnaître au grain de\nbeauté qu'elle avait sur un sein. Ils examinaient, tâtaient, embrassaient,\net elle, chatouillée, avec des petits rires effrayés, leur donnait des\npetites tappes sur les doigts, pour ne pas avoir l'air....\n  Le jeune agent de police voulut descendre, mais le vieux le retint\nd'un haussement d'épaule.\n   Il faudrait verbaliser contre toute la salle, alors ! On n'en finirait\nvraiment pas.\n                                     *\n                                   * *\n  Plus loin, un astrologue, bête comme ses pieds, disait des âneries à\ntout le monde, et tout le monde tapait dessus. — Un clown, fortement\nsaoul, voulait marcher sur ses mains, et roulait, poussé comme une\n"}, {"page_pdf": 434, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "                                — 395 —\n\nballe, d'un bout à l'autre du quadrille. Les horizontales, très décolletées\nhors de leurs robes noires, lâchaient leurs méduses dans la symphonie\ndes viandes.\n                                     *\n                                   * *\n   Dans les couloirs, aux endroits sombres, des couples s'isolaient : les\nfemmes mariées avec les hommes qu'elles intriguaient, en se laissant\nsagement embrasser dans les coins.\n   Il ne faut pas être bégueule au bal masqué, n'est-ce pas ? Sinon, ce\nn'est pas la peine d'y aller. Ce serait vraiment trop bête de le prendre\ndu mauvais côté, oh la la !\n   Ça commençait à chauffer partout.\n   En bas, la houle montait. C'était, d'en haut, un moutonnement con­\ntinu, comme une mer.\n   Au foyer, les gueulements de la bacchanale giroyante arrivaient par\nbouffées. — Le Champagne coulait.\n   Sur les escaliers de pierre latéraux on avait casé quelques tables.\nDes duos mystérieux y chuchottaient. Il y faisait déboutonné, plus à\nl'aise.\n                                     *\n\n  Puis, les couloirs furent envahis, les tables prises d'assaut, partout.\nOn commençait à souper; l'orgie montait.\n  Les femmes du monde, leurs maris lâchés, étaient assises, tant bien\nque mal, sur un coin de chaise, ou sur des genoux, à la même table,\navec des cocottes. On commençait par causer, on finissait par trinquer\nensemble, en lançant des mots canailles.\n  On est masqué, après tout; on peut bien rire un peu, sans faire du\nmal pour cela!\n  Une boulotte, de qui le capuchon lâchait des cheveux blonds, avait,\nsous la table, les pieds sur les cuisses du petit chose. Les mains du\npetit chose étaient on ne sait pas où\n                                       *\n                                   *       *\n   Alors, on perdit toute mesure; ce fut un dépoitraillement complet,\nune vacherie à tout casser!\n   Un farceur faisait, avec ses mains, de la salade, dans le corsage\nénorme d'une grosse mère. Un rire hoquetant soulevait, par saccades,\nles gibbosités énormes de sa poitrine.\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1523, "texte": "                                — 396 —\n\n  Et les femmes comme il faut s'amusaient! Il fallait voir. Ce n'était\npas à faire tous les jours, mais, pour une fois, c'était trop drôle!\n                                    *\n                                   * *\n   Peu à peu, cependant, dans la débandade des tables, des couples se\nlevaient, poussiéreux, las de beugler, pressés de calmer des éréthismes\nintenses.\n  On dansait encore, dans la salle, mais les épaves, seulement.\n  Tout ce qui avait trouvé son affaire, dégringolait les escaliers de\nsortie, courant au cabaret ou ailleurs.\n  Les rendez-vous se donnaient, des marchés se faisaient dans les\ncouloirs, jusqu'aux troisièmes, où les ouvreuses attendaient discrète­\nment, la main sur la porte de la loge entr'ouverte.\n                                      *\n\n  Au foyer, maintenant, les garçons commençaient à ramasser les\nécailles d'huîtres, et à rassembler les bouteilles vides.\n  L'orchestre jouait le galop final, pour les couturières et les étudiants\nnoyés dans la poussière. Ils n'étaient pas pressés, eux; c'étaient des\ncollages, autant demain qu'aujourd'hui.\n  Puis, quatre heures sonnèrent. La salle acheva de se vider, comme\nun estomac qui ne rend plus que de la bile.\n                                      *\n                                  *\n      Quand Chalabot vint, le lendemain, à la répétition, il trouva une\nfemme nue, endormie par terre, au fond d'une loge.\n  Sacré bordel, dit-il !\n                                                    PAUL CORYDON."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 397, "page_fin": 402, "titre_corps": "M. Guy de Maupassant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Études et portraits", "signature_source": "Paul Bourget", "ancre_debut": "ÉTUDES PORTRAITS", "ancre_fin": "PAUL BOURGET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 436, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "ÉTUDES & PORTRAITS\n\n                M. GUY DE MAUPASSANT\n\n\nM.          GUY D E M A U P A S S A N T a publié récemment Miss\n            Harriet, — recueil de nouvelles ainsi nommé à cause du\n            titre de la première. Je voudrais, à cette occasion, caracté­\nriser en quelques-uns de ses traits généraux la physionomie de ce\nromancier, très jeune encore, mais dont la renommée est déjà grande.\nParmi tous les écrivains qui ont eu leurs vingt ans aux environs\nde 1870, l'auteur de Miss Harriet est sans doute, avec M. Jean\n Richepin, l'auteur des Blasphèmes publiés, eux aussi, dans la\nquinzaine, — celui dont le talent a le plus profondément pénétré\ndans la masse des lecteurs. Si je ne me trompe, c'est dans une\nrevue aujourd'hui disparue : la République des lettres, et sous le pseu­\ndonyme de Guy de Valmont, que M. de Maupassant donna ses pre­\nmières pages. C'était un puissant et hardi poème qui s'intitulait :\nAu bord de l'eau. Dans ces vers étranges, d'une facture à la fois simple\net savante, circulait un souffle de jeunesse, de rêverie et de sensualité.\nC'était, dans un paysage d'eau courante, et tour à tour sous l'accable­\nment du soleil du Midi et la fraîcheur de la lune de minuit, l'évocation\ndes baisers de deux affolés d'amour. Il y avait là comme une fureur de\npanthéisme enivré, une fièvre brûlante, et en même temps un je ne sais\nquoi de robuste, la libre et heureuse allure d'un être fort. Le poème\nétablit du coup la réputation de M. de Maupassant dans les petits céna­\ncles de littérateurs. Une nouvelle, Boule de suif, imprimée dans le\nvolume des Soirées de Médan, révêla que le poète d'Au bord de l'eau\nétait aussi un conteur d'une sûreté de procédés dès lors accomplie et\nd'une singulière acuité d'observation. Boule de suif était, on se le\nrappelle, le récit d'un épisode du temps de la guerre. Le voyage de\nquelques bourgeois de Rouen à travers les lignes prussiennes faisait\ntoute la matière de ce petit roman, et cette matière avait suffi à l'écri­\nvain pour mettre à jour la nuance de comique dont s'accompagnent les\nplus tragiques événements de l'histoire, la réapparition des petits\n\n                                                                      29\n"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "                                 -   398   -\n\négoïsmes privés à travers le fracas des grandes catastrophes, les com­\npromis de conscience auxquels l'instinct du bien-être amène si vite les\npoltrons. C'était là un morceau de maître, dont la composition rappe­\nlait le » faire » de Mérimée, et dont le style serré valait presque celui\nde Flaubert. M. de Maupassant a, depuis lors, tenu ce que promettait\nce retentissant début. Le recueil de ses vers, son roman d'Une Vie, ses\nvolumes de nouvelles : les Contes de la Bécasse, Mademoiselle Fiji, la\nMaison Tellier, le journal de son voyage en Algérie : Au Soleil,— c'est,\nje crois toute son œuvre publiée, — ont montré en lui un écrivain de\nrace, d'une réelle puissance de production, capable de se renouveler et\nde se développer à travers une riche variété de sujets. Mais ni cette\npuissance ni cette variété ne suffiraient à expliquer la faveur à la fois\nlittéraire et populaire avec laquelle ont été accueillis ces livres. M. de\nMaupassant a eu la chance rare de séduire tout ensemble les raffinés et\nle gros public. Je vois deux raisons à cette fortune : la première est que\nl'auteur d'Une Vie et de Mademoiselle Fifi représente avec beaucoup\nd'intensité quelques-unes des tendances de la génération nouvelle ;\nla seconde me paraît résider dans un tour particulier d'esprit qui a\npermis à cet écrivain de traduire ces tendances d'une façon accessible à\ntous et bien conforme à la vieille tradition française. Ce sont deux\npoints qui valent qu'on y insiste, car il y a là matière à bien des réflexions\nsur les lettres actuelles.\n   Quand on parle des tendances de la génération nouvelle, on risque\nfort de prononcer une phrase dépourvue d'un sens bien précis, car la\nligne générale d'une époque ne se dessine guère avec netteté qu'au\nmoment où cette époque est close, et recule dans la perspective du\npassé. Il est certain que nous comprenons aujourd'hui la Restauration\nmieux que ne pouvait faire même un Sainte-Beuve ou un Stendhal,\nemportés qu'ils étaient l'un et l'autre par le flot mouvant du monde qui\nles enveloppait. N'y a-t-il pas cependant quelques indices que même les\ncontemporains peuvent recueillir et signaler au passage ? Lorsque, par\nexemple, la plupart des livres écrits par des jeunes gens offrent les uns\navec les autres deux ou trois grands traits de ressemblance, n'est-on\npas en droit de considérer ces traits comme essentiels et d'y reconnaître\ndes signes probables d'un changement des mœurs et des âmes ? Si l'on\nexamine de ce point de vue les principales productions des nouveaux\nvenus en littérature, on trouvera, ce me semble, ce me semble, que la\nplupart sont marquées d'un triple caractère de pessimisme, de préoccu­\npation scientifique et de souci minutieux du style. — De pessimisme\n"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "                                     399 —\n\nd'abord : il y a dans la misanthropie de nos romanciers récents, dans la\nmélancolie de nos poètes, dans la sombre extravagance de nos fantai­\nsistes, une très innattendue reprise de ce qui fut, au lendemain\nde René, le mal du siècle. Sans doute, la rhétorique a changé du tout\nau tout. L'Ecole présente est volontiers brutale et cynique, au lieu que\nles premiers' » enfants du siècle » étaient plutôt élégiaques et rêveurs.\nMais que nos modernes Obermann aient passé par la salle de clinique et\nla brasserie, ils n'en sont pas moins des Obermann. L'inutilité finale de\nl'effort humain est l'objet habituel de leur plainte, et, si les paroles de la\nchanson se trouvent modifiées, la triste mélodie est demeurée la même.\nRien qui contraste d'avantage avec le positivisme heureux, le culte du\nsuccès, la forte poussée de vie matérialiste dont le début du second\nempire donna le spectacle. Soit que l'analogie des catastrophes politiques\nait produit une identité dans les sentiments, soit qu'il y ait dans notre\n civilisation moderne quelque chose d'inguérissablement douloureux et\nmeurtri, voici que les temps sont revenus des renoncements désespérés,\nde 1' » à quoi bon « donné comme réponse aux questions angoissantes\n sur le but de vie. Le règne de Werther est arrivé de nouveau, mais cette\nfois c'est bien le Werther-Carabin dont M. Guizot parlait à propos de\nJoseph Delorme; car, et c'est là le second des traits de la jeune École,\n celui par lequel son esthétique se rattache à la génération précédente,\n si la littérature actuelle est volontiers désespérée, elle est plus volontiers\n encore scientifique. En cela elle est bien la fille d'un âge de découvertes\n expérimentales et de création industrielle. Le goût du fait demeure sa\n passion maîtresse, et l'exactitude est pour elle le terme suprême de\n l'art. On s'est beaucoup moqué des prétentions physiologiques de\n quelques romanciers, — ceux-là même qui sont le plus en vogue. Mais\n il est évident qu'avec leurs romans tout imprégnés de théories sur le\n système nerveux, ils ont conquis d'énormes succès. Concluons-en qu'ils\n flattent un des besoins profonds de notre temps, et d'autre part observons\n que ces mêmes romanciers ont raffiné de plus en plus sur leur expression.\n  C'est là un troisième trait par lequel la jeune École se distingue encore\n de la génération précédente. Ceux qui menèrent la réaction contre le\n  romantisme après les Burgraves et au lendemain de 1830 préconisèrent\n le retour à une forme sans pittoresque. Ils exaltèrent la prose et la\n poésie classiques et ils applaudirent aux comédies en vers de M. Augier\n plus tard, aux romans de M. About, par horreur des excès de la prose\n  imagée, de la poésie à recherches plastiques. Aujourd'hui le style des\n  nouveaux auteurs se rattache en ligne directe à Théophile Gautier,\n"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "                                — 400 —\n\n\npartant à Victor Hugo, partant à Chateaubriand. Toutes les curiosités\nde mots, gloire et tourment d'un Aloysius Bertrand et avec lui des purs\nromantiques, n'étaient que le commencement de cette torture de la\nforme que s'infligent les maîtres et les disciples de l'Ecole nouvelle, —\nsi bien que cela fait une esthétique étrangement mêlée, d'une nature\nhybride et complexe, où les contrastes se heurtent, mais que c'est bien là\nl'image de cette fin de siècle, encombrée des débris de tant d'espérances !\n    Ceux qui ont l'habitude des analyses intellectuelles ont dû remarquer\ndès les premiers essais de M. de Maupassant que ces trois tendances de\nl'époque étaient bien en lui. Dans Boule de suif, il laissait entrevoir,\nsous l'apparente indifférence et la froideur volontaire du récit, la misan­\nthropie la plus irrémissible, et il n'est pas une de ses nouvelles, ou toute\nbrève ou développée, de laquelle ne se dégage comme un mortel esprit\nde pessimisme. Qu'il raconte l'histoire entière d'une âme de femme,\ncomme dans Une Vie, ou qu'il étudie, comme dans l'Héritage, comme\ndans En Famille, comme dans Garçon, un bock! un épisode détaché, un\ncoin de nature, une anecdote, — toujours et partout il prend pour objet\npropre de son analyse la mise à nu d'une misère du cœur, la dénoncia­\ntion d'un égoïsme caché, la découverte d'une déception. La créature\nhumaine lui apparaît comme menée par un petit nombre d'instincts qui\ntrouvent à se faire jour sous tous les mensonges de convenances, sous\ntous les enthousiasmes des sentiments, — et nous allons ainsi, menés\npar ces impulsions irrésistibles, jusqu'au terme suprême de notre exis,\ntence, qui est le malheur et la mort ! Ce n'est pas là un caprice d'artiste-\nc'est une manière de voir initiale et finale, c'est une méthode aussi, qui\nse double, dans le cas de M. de Maupassant, d'un souci constant de\nvérification scientifique. Depuis l'impersonnalité calculée de ses récits\n où il a bien soin de s'effacer lui-même le plus qu'il le peut, jusqu'au\n choix de ses sujets, empruntés le plus souvent à l'existence quotidienne,\n tout dans cet écrivain révèle la recherche du document exact. C'est vers\n la vérité qu'il a aiguillé le train de ses idées, non vers la Beauté. Ce\n qu'il s'efforce de donner, ce sont des échantillons, copiés d'après nature\n des différentes classes sociales qu'il a observées. Il a exécuté ce\n programme à maint endroit de ses œuvres et on lui doit des monogra­\n phies du paysan normand, par exemple, surprenantes de réalité; je\n citerai les contes qui ont pour titre : un Normand, aux Champs, les\n Sabots, la Mère sauvage, la Fille de ferme. C'est de la peinture à la fois\n minutieuse et significative. Cela tient de l'eau-forte et du procès-verbal,\n et la prose dans laquelle ces morceaux sont rédigés sauve leur auteur\n"}, {"page_pdf": 440, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2898, "texte": "                                 — 401 —\nde la platitude, écueil habituel des observateurs trop méticuleux. Le\nculte de la forme irréprochable est en effet aussi vif chez M. de Maupas­\nsant qu'il a pu l'être chez les stylistes les plus scrupuleux de l'école de\nl'art pour l'art. Si l'on en doutait, il suffirait de lire les pages de critique\nqu'il a mises cet hiver en tête de la « Correspondance » de Flaubert. Mais\nil n'était pas besoin de cette profession de foi pour deviner chez lui la\npassion du mot pittoresque et de la phrase bien nombrée. Il y a des\nmorceaux de facture qui sont à eux seuls un credo littéraire, Je choisis\ndans au Soleil, cette description d'un lever de la lune au bord d'un lac\nde sel : » La pleine lune emplissait l'espace d'une clarté luisante qui\n» semblait vernir tout ce qu'elle frôlait. Les montagnes jaunes déjà\n« sous le soleil, les sables jaunes, l'horizon jaune semblaient plusjaunes\n» encore, caressés par la lueur safranée de l'astre. Là-bas, devant moi,\n» le Zar'ez, le vaste lac de sel figé semblait incandescent. On eût dit\n« qu'une phosphorescence fantastique s'en dégageait, flottait au-dessus,\n« une brume lumineuse de féerie, quelque chose de si surnaturel, de si\n « doux, de si captivant le regard et la pensée, que je restai plus d'une\n » heure à regarder, ne pouvant me résoudre à fermer les yeux. Et\n » partout, autour de moi, éclatant aussi sous la caresse de la lune, les\n » burnous des Arabes endormis semblaient d'énormes flocons de neige\n » tombés là... « J'imagine qu'un professeur de rhétorique moderne,\ncomme Saint-Beuve s'est amusé à l'être dans certains passages de son\nChateaubriand, donnerait de cette page un bien curieux commentaire. Il\nmontrerait la recherche d'harmonie imitative de ce « tombés là » qui\ntermine sur une sonorité sourde cette phrase d'abord légère et vibrante\ncomme un rayon de lune. Il remarquerait le choix des mots » luisante,\n— frôlait—caressés », l'alanguissement que donne à la période cette\nincorrection volontaire : » de si captivant le regard et la pensée... » Une\nfois entraîné par la doctrine qui veut que le style soit l'équivalent\ncomplet, le substitut intégral de la sensation, à quel scrupule de détail\nn'arrive-t-on pas ! Le malheureux Flaubert que ses lettres nous ont\nmontré écrivant » dans les affres «, — le terme est de lui — était ravi\nd'avoir terminé son conte d'Hérodias par un adverbe qui lui semblait\nreproduire le pas et l'effort des deux esclaves chargés de la tête de\nJean : » Comme elle était très lourde, ils la portèrent alternativement. «\nPoussée à l'extrême, la logique du style d'images doit en effet aboutir\nà des recherches de cet ordre, de même que la logique du style d'idées\nconduisit Stendhal à écrire comme le code civil. On dirait que le langage\nhumain, produit complexe de la sensation et de la réflexion, n'oscille\nainsi qu'entre deux pôles, de l'onomatopée à l'algèbre.\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2222, "texte": "                               — 402 —\n\n   Elles sont donc bien reconnaissables dans M. de Maupassant, les trois\nmaîtresses tendances de notre littérature nouvelle ; mais voici qui\ndistingue aussitôt cet écrivain de la plupart des représentants de cette\nlittérature. Il est sans doute le seul dont on puisse dire que son œuvre\nrespire la santé. Il est en effet une santé littéraire comme il est une\nsanté physique, et l'une n'est pas beaucoup plus aisée à définir que\nl'autre. Est-ce dans le fond des idées, est-ce dans la forme que cette\nsanté littéraire réside ? Ailleurs évidemment, car telle œuvre est morale\ndans ses tendances, accomplie dans son style, dont on ne saurait dire\nqu'elle est saine.\n   Pour ne citer qu'un exemple, mais des plus illustres, est-ce que les\nPensées de Pascal ne sont pas d'une élévation sublime, d'une tenue\nirréprochable de langue, et qui affirmera cependant que ce n'est point là\nun livre malade ? Je n'ai pas dit un livre de malade, car il se rencontre\ndes écrivains d'une belle vigueur physique qui n'ont pas la santé\nlittéraire : témoin Balzac; et, d'autres ont, comme Voltaire, passé\ntoute leur vie dans le plus affolant état d'excitabilité morbide, dont\nl'œuvre écrite est d'une santé parfaite. C'est par le contraste, me sem­\nble-t-il qu'on peut se rendre un compte exact de cette vertu de la santé,\nen analysant ce qui constitue proprement la maladie du talent. On\ntrouvera que cette maladie réside uniquement dans ce fait que l'écri­\nvain n'a pu se retenir d'abuser d'une de ses qualités, si bien que cette\nqualité s'est convertie par une hypertrophie involontaire, en une sorte\nde défaut. — Celui-ci possédait un sens exquis de la valeur des mots,\nune vision subtile de leur vie physique. Il a exaspéré en lui ce pouvoir,\net il aboutit à ce que l'on peut appeler la névropathie de la phrase. Cet\nautre, doué du charme et de l'élégance, poussait sa délicatesse jusqu'à la\nmanière. Un troisième avait le don de l'éloquence passionnée, il en arrive\nà l'éloquence douloureuse, à la passion torturante. Ce fut le cas du grand\nPascal. Carlyle était naturellement visionnaire, il finit par écrire une\nprose d'halluciné.\n    (A                  continuer)                  PAUL BOURGET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 403, "page_fin": 406, "titre_corps": "À rebours, par J. K. 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L'intrigue en est totalement absente; pas la plus petite aventure;\nrien que les pensées et les sensations d'un seul personnage rangées et\nétiquetées avec un soin excessif. Voilà tout. C'est une élude, rien qu'une\nétude. Ecœurés par les fades ficelles du roman-feuilleton, pareilles à une\npelotte de macaroni embrouillée de fils de fromage, quelques artistes\ncontemporains essaient de supprimer toute action dans leurs livres, et du\nmême coup ils en retirent la vie. Ils ont beau faire, quel que soit leur\ntalent, leurs personnages ne sont pas des hommes de chair et de sang où\npalpite le mystère de l'âme; ce sont d'admirables cadavres, embaumés\npar des procédés merveilleux, montés sur d'impeccables ressorts qui\nrépètent avec la plus parfaite précision les mouvements compliqués des\nmoindres muscles, tandis qu'à côté, sur une planche, des bocaux, en file\nméthodique, isolent le sang, la bile, le chyle, puis les viscères, le cœur,\nle cerveau, les reins, les entrailles, scrupuleusement analysées, avec une\nnote détaillée collée sur le vase. On fait ainsi d'excellentes préparations\nplus ou moins artistiques, mais non des œuvres d'art. C'est là que devait\naboutir fatalement le roman dit scientifique.\n   Si de rares écrivains, tels que Barbey d'Aurevilly et Villiers de l'Isle-\nAdam fouillent les secrets des âmes contemporaines, le plus grand nom­\nbre, atteints d'un chirurgite aiguë pour avoir machonné quelques brindilles\néparses de physiologie et de philosophie matérialiste, ne voient partout\nqu'atavisme, hystérie ou névrose. Leurs ouvrages sont des manuels de\nclinique incohérente. Hallucinés par leurs hantises de plaies et de bosses,\nils découvrent parfois des maladies fort inattendues : les médecins bafoués\npar Molière, sont bien vengés. C'est leur tour de rire.\n   Cependant, mauvais ou bons, des matériaux s'entassent. Se trouvera-\nt-il des artistes assez forts pour les trier et les incorporer dans des œuvres\nd'art vivantes ? Celles-ci exigent une action, — aussi peu externe, aussi\npurement intellectuelle que l'on voudra, — une trame, un développement,\nune progression, — peu importe le nom qu'on lui donne, — qui en fera\nl'unité et la vie. Ce n'est que la lutte contre les choses extérieures ou contre\nses propres passions et pensées, contre sa constitution physique même,\n"}, {"page_pdf": 443, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "                                — 404 —\n\nqu'un homme montrera le jeu intéressant de ses facultés psychiques et de\nses organes. L'ingénieur ne doit pas démonter sa machine devant le\npublic; il doit la faire fonctionner dans toute la splendeur de sa force.\n   A Rebours n'est qu'une étude, mais elle est profonde, savante, lumineuse\nde tous les feux d'un style multicolore et prismatique où la lumière\nnaturelle des choses et des mots se détraque en rayons éclatants. C'est un\ncode de l'art maladif et décadent du XIXe siècle. Tous les raffinements,\ntoutes les dépravations d'une civilisation faisandée, y sont étudiés en un\nbizarre et un peu vague personnage, névrotique, halluciné, débile de corps\net d'âme, en qui survit seule la pensée.\n   Le livre est divisé en chapitres, qui sont comme autant de tiroirs ren­\nfermant une pièce d'anatomie. Il y a le chapitre des couleurs, le chapitre\nde la musique, le chapitre de la peinture, le chapitre des parfums, les\nchapitres de la littérature. Cette méthode de laboratoire est agaçante,\nsans doute; mais que de pages superbes! quelles idées ingénieuses ! quelles\nphrases délicieusement compliquées et évocatives ! Et surtout quelles\npénétrantes analyses de cet art trop mûr, si finement savoureux, dont le\npoison fermente dans les cervelles contemporaines ! On doit saluer en\nl'auteur d'A Rebours un si admirable critique, que nul n'oserait réclamer\nle romancier qui se dérobe. Les meilleures pages du livre sont en effet de\nla critique : critique de l'ameublement, critique des oeuvres picturales de\nGustave Moreau, des dessins de Redon, des romans de Barbey d'Aure­\nvilly, des nouvelles de Poë, des poèmes de Baudelaire, et, pour l'antiquité,\nun éreintement bien conditionné du faux grand siècle.\n  Dans ce déluge de digressions, le personnage de des Essseintes est un\npeu noyé. Il ne vit guère que de réflexions, de souvenirs et d'attaques de\nnévrose. C'est là une vie assez bornée. Pourtant l'auteur a si habilement\nmultiplié les souvenances du jeune duc, que peu à|peu les fragments se\ncomplètent, et que sa vie entière nous est enfin connue.\n  Laissons de côté la maladie physique, dont on trouvera l'étude appro­\nfondie dans les dictionnaires de médecine; l'analyse de la déviation\nmentale est autrement captivante. Elle mériterait un article spécial ;\nmalheureusement nous ne pouvons, faute d'espace, lui accorder que quel­\nques lignes à jambages rompus.\n   M. Huysmans prend son héros des son enfance. Le caractère à la fois\nindocile, et mou sceptique et mystique, haineux de toute vulgarité et\ncurieux de toute dépravation, est bien saisi et logiquement développé.\nDes Esseintes a été élevé chez les Jésuites, — et l'auteur dédaignant, lui\naussi, les basses déclamations bourgeoises, n'a pas cru devoir en faire des\nmonstres : ses jésuites sont tout simplement des hommes instruits, doux\net habiles à façonner les cœurs dans la foi.\n  Des Esseintes devait avoir reçu une éducation religieuse; il devait avoir\n"}, {"page_pdf": 444, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "                                — 405 —\n\nétudié, par goût, un peu de théologie. En ce temps-ci, pour connaître le\nvéritable doute, avec ses alternatives de scepticisme amer et de religiosité\néthérée, avec ses accalmies dolentes, il faut avoir prié dans l'adolescence,\nil faut avoir feuilleté des cuistreries édifiantes, lu des livres pieux qui\ntuent la piété,médité les problèmes insolubles de la philosophie chrétienne\net les controverses à cent faces où la vérité combat la vérité, où l'on\noppose Dieu à Dieu.\n   Le goût du merveilleux avait dû naître dans un tel esprit, au milieu des\nrêveries de l'oratoire, des visions aériennes de saintes impalpables,\nauréolées d'une lumière surnaturelle, des supplices monstrueux volup­\ntueusement appelés par les martyrs, des miracles enveloppés d'incer­\ntitude et de poésie, si touchants dans la naïveté des légendes.\n   L'art écclésiastique, sa vertigineuse architecture, sa décoration exquise\net raffinée, son orfévrerie, sa littérature, la pompe, amoindrie mais\ntoujours majestueuse et vraiment pontificale, de ses cérémonies, tout cela\nl'avait grisé d'un encens captieux et inoubliable.\n   Chez Des Esseintes la foi s'évapore, le culte du supra-sensible demeure.\nTelle est la filiation de ses goûts bizarres jusqu'à la dépravation.\n   Le corps s'est usé en débauches, l'intelligence en lectures contradic­\ntoires, la volonté en perpétuels mécomptes, en heurts douloureux contre\nles plates réalités : le pessimisme de Schopenhuaer se greffe sur l'arbre\nde la science et recouvre de ses touffes amères le dogme de la chute\noriginelle.\n   L'affinement du goût a produit le dilettantisme. Des Esseintes est un\nartiste frappé d'impuissance. Il a du faire des vers compliqués, de la\nmusique maladive, de la peinture faisandée ; pourquoi M. Huysmans ne le\ndit-il pas?\n   A part cela, le côté psychologique de l'œuvre est défectueux. Nous\nignorons les amitiés de des Esseintes, celles du moins où il n'y a pas de\nGanymède. La marche progressive de sa maladie mentale est peu visible;\nl'auteur a préféré nous entretenir du sustenteur artificiel et des lavements\nnutritifs, l'alimentation à rebours !\n   Le baroque enfantin ne manque pas dans ce livre. Faut-il signaler le\ndîner de deuil, composé de mets noirs servis par des négresses nues,\ntandis que dans le jardin, saupoudré de poussière de charbon, le bassin\nest plein d'encre? l'aquarium avec des poissons mécaniques? l'orgue à\nbouche? l'appartement circulaire de M.d'Aigurande? et surtout l'exécrable\ncauchemar, déroulé mécaniquement comme la chaîne d'une horloge à\npoids? Tout cela est un peu trivial; le personnage de des Esseintes\nméritait de baigner dans une atmosphère plus aristocratique.\n   Nous avons fait la part large aux critiques; en bonne justice nous\ndevrions citer maintenant les belles pages du livre, — telles que les\n"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1853, "texte": "                                — 406 —\n\ndissertations sur les pierreries, les parfums, les fleurs bizarres, les\nlivres.... et même le récit presque dramatique de la rencontre de des\nEsseintes et du petit jeune homme de l'avenue Latour-Maubourg.\n   Mais la véritable valeur d'A Rebours est plutôt critique que littéraire.\nCe livre est explicatif de beaucoup d'autres. Comme une torche tombant\ndans un puits, il jette une sombre lueur sur la dépravation croissante de\nl'art, sur la perversion grandissante des intelligences et des sens. Depuis\nplusieurs années, les critiques ont comparé la décadence actuelle à celle\ndu vieil empire romain. La lecture d'A Rebours rend cette comparaison\nsaisissante. Dans les lettres surtout, le progrès de la décomposition est\nsuperbe, effrayant, tragique ! On avait cru un instant que le naturalisme\nd'Emile Zola allait ramener la santé dans les idées et les sensations litté­\nraires ; on s'imaginait que sa magnifique exubérance n'était qu'un excès\nde vigueur sanguine. En y regardant de plus près, on retrouve dans la\nFaute de l'Abbé Mourel, dans la Curée, dans son Excellence Eugène Rougon,\ndans tous ses ouvrages, la névrose, la fièvre, l'affaiblissement incurable,\nd'une race qui se meurt dans la débauche, les désirs insensés d'une civili­\nsation lasse, la pourriture physique et morale d'un monde trop vieux.\nCongestionnée ou anémique, c'est toujours la littérature maladive, exces­\nsive, douloureusement inassouvie dans la monstruosité de ses désirs, qui\nd'Edgar Poë à Shelley, de Baudelaire à Swinburne, de Barbey aux de\nGoncourt et à Zola, parcourt toute la gamme des piments et des gingem­\nbres impérieusement réclamés par nos organes dissolus, dégoûtés de la\ngrossièreté des nourritures saines.\n                                                            ÏWAN GlLKIN.\n\n                                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 406, "page_fin": 408, "titre_corps": "Nerto (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Savine", "ancre_debut": "II NERTO", "ancre_fin": "ALBERT SAVINE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 445, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1853, "fin_caractere_exclue": 2957, "texte": "II\n\n                        NERTO             (Suite)\n         IL ne reste plus qu'une voie de salut. Là-bas, enfermé dans son\n           Avignon, le pape Benoît XIII — c'est un anti-pape, pour le dire\n          entre parenthèse, — résiste obstinément aux efforts de l'armée\nroyale. Un souterrain, dont l'existence n'est connue que du baron, relie\nChâteau-Renard au Château des papes. Nerto n'a qu'à s'élancer, qu'à courir,\nsauver la Papauté qui naufrage, et le Pape, en reconnaissance, sauvera à\nson tour son sauveur.\n   « Il y avait soixante et dix ans peut-être — que, loin de Rome aban­\ndonnée, — en Avignon, la Papauté — était venue s'asseoir. — Avignon avait\nrapidement pris l'essor, en revoyant la capitale — du monde et des pon­\ntifes-rois. — Tout ce qui croit en Jésus-Christ — avait fidèlement tourné\nson char vers le séjour de son vicaire... Les Levantins y trafiquaient; —\nles cardinaux y chevauchaient, drapés de pourpre; les pélerins — de Saint-\nAntoine ou de Saint-Barthélmy — chantaient par les rues à tue-tête ; —\nde bateleurs, d'aventurières, — de moines de toutes couleurs, — d'excom-\n"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3081, "texte": "                                  — 407 —\n\n muni2s qui avec componction — se frappaient la poitrine, de gens de\n guerre et de marine — qui se battaient au cabaret, — c'était un fouillis, un\n brouhaha, — comme il n'en est en aucun lieu. »\n    C'est au milieu de ce fracas que Nerto se hasarde, rassurée par la cour­\n toisie du commandant des gardes pontificaux, un neveu de Benoît XIII,\n Rodrigue de Luna, le soldat au cœur de lion et aux yeux de braise. Benoît\n écoute la jeune fille et l'acceptant pour guide gagne Château-Renard.\n   La petite ville est en émoi. Une innombrable cavalcade de gentilshom­\n mes fait escorte au Pape et au roi de Forcolquier, de Naples et de Jérusa­\n lem, qui en Saint-Trophime, demain, épousera la belle Iolande. Demain\n aussi, dans l'église de Saint-Césarin, la blonde Nerto s'étendra sous le\n suaire, tandis que les nonnains chanteront sur elle le De Profondis. Seul le\n mystère du cloître sauvera son âme et les plaisirs du monde ne laissent\n que poussière en s'évanouissant, dit-elle au beau cavalier Rodrigue, dont\nla galante mine n'est pas, malgré tout, sans faire quelque impression sur\nson cœur. Grandes fêtes donc en Arles la romaine, ainsi que nous conte maî­\ntre Boisset, le plus disert des Ariénins. Puis, Nerto, malgré qu'elle en ait,\nprononce ses vœux, hésitant entre l'amour de Jésus et les tendresses de\nRodrigue. « Entres, entres, ô notre sœur, vous ne sortirez plus, ni vivante,\nni morte ! » chantent une à une toutes les nonnes du moustier. Fou de\ndouleur et de rage, Rodrigue parcourt les bas quartiers où soudards et\nmatelots font noce et bombance. Une bande de routiers catalans à qui ni\nDieu ni Diable ne sauraient imposer, sur ses pas, mettent à sac le couvent\net, comme sur la galère capitane, chaque bandit cueille à brassée farouche\nla nonne dont le minois lui fait envie. De la ville, cependant, on vient au\nsecours du couvent saccagé et Rodrigue quitte Nerto évanouie pour proté­\nger la retraite de ses compagnons. La vierge reprend ses sens et fuit par\nla campagne, tandis que Rodrigue l'appelle comme un fou par les alis­\ncamps et la plaine. Un pieux ermite lui offre un instant un abri dans sa\nretraite, mais, sur le regard sévère de l'ange qui, chaque jour, lui apporte\nsa pâture, il craint la tentation possible et chasse la malheureuse délaissée\nqui gagne la Laurade.\n   \" Satan, vous le savez, fait ce qu'il veut, quand le bon Dieu le laisse agir.\nCette fois, le grand moqueur avait construit dans une nuit un bâtiment,\nsuperbe à l'œil, en pleine terre de Laurade. Sur le milieu d'une pres­\nqu'île, près du bois de Saint-Gabriel, le château se découvrait : architec­\nture fantastique, ni gothique, ni provençale, mais rappelant l'art sarrasin ;\ndes losanges de jais, d'or et de cramoisi des arceaux grêles festonnés en\nfaçon de trèfles ; des arabesques, des virevoltes courant follement de par­\ntout; des colonnettes tortillées comme des serpents qui se dressent, et des\ndiablotins qui se nouent aux chapiteaux tourbillants; puis des cornières\npeintes avec gargouilles en forme de dragons; des minarets surmontés\n"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "                                 — 408 —\n\npar cet emblème de l'Islam, le croissant, qui transperce l'azur du ciel de\nses deux cornes ; puis dans la frise, à la moresque, parfaitement serti tout\nà l'entour, un grimoire cabalistique de caractères barbaresque. Enfin au\nfaîte du palais magique et dominant la grande lande, on voyait luire\nune couronne de bronze et d'or, large et farouche, avec des masques\neffrayants pour fleuron, comme au couvercle de l'enfer. Ensuite des sen­\n tiers en zigzag et des jardins en labyrinthe où l'on est perdu, si l'o nentre,\navec des mots mal entendus et des soupirs derrière les touffes, et des\narbres tortus, des plantes sombres, des fleurs étranges et des parfums qui\nétourdissent ainsi qu'une fumée... \"\n   C'est là que Rodrigue et Nerto se rencontrent de nouveau. Nerto vous\naime, Rodrigue, mais cet amour, si elle y cède, c'est sa perte ! Et notre\ngalant chevalier, sur cet appel à sa générosité, de se constituer le platoni­\nque défenseur de la belle, si bien que messire Satan, terrifié à la vue de la\ncroix que Rodrigue jette entre lui et sa victime, balaie dans une tempête le\nchâteau maudit, ne laissant au milieu d'un terre-plain qu'une nonne de\npierre à la place du donjon.\n   «Si quelque jour,bénévole lecteur,tu voyageais par la contrée de Laurade\nou de Saint-Gabriel, tu peux, au cas où tu le crois nécessaire, t'assurer de\nce récit. Dans la campagne, au milieu des moissons, tu verras la mourgue\nde pierre, portant au front la marque de l'Infernal et de ses foudres :\nmuette, plantée comme herme, elle écoute la germination. Et les petits\nlimaçons blancs voulant chercher un peu de frais, se collent sur son vête­\nment embaumé par la menthe ; et autour d'elle l'ombre tourne, et les\nsaisons suivent leurs cours, et tout change et tout se remue : la mourgue\nreste, noire et muette. Mais, à certaines dates, dit-on, sitôt que le soleil\nardent monte à son apogée, elle chante : l'oreille appliquée à la pierre, si\ntu peux percevoir le chant, vers midi, paraît-il, elle dit la salutation an-\ngélique. »\n   Voici analysé bien maladroitement peut-être le joli poème que le félibre\nde Maillane offre, ce mai, à Saint Gabriel de Tarascon, « simple histoire\ndu bon vieux temps, dit un critique, tout exprès familière et naïve, mais\ndoucement ironique parfois, et qui, comme les fantaisies de l'Arioste,\nsemble parfois vouloir se railler un peu elle-même. » Le poète l'a com­\nposée en un printemps pour se délasser des labeurs de l'édification du\n Trésor du Félibrîge, une sorte d'encyclopédie monumentale qui sera la\nBible des méridionaux et l'école félibresque de l'avenir. Nerto est donc un\njeu, et en tant que, une charmante et délicieuse babiole. On n'en peut pas\ndire autant de tous les poèmes de ces temps, de ceux surtout qui affichent\nde hautes prétentions. J'en voulais venir à ce point.\n\n                                                         ALBERT SAVINE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 409, "page_fin": 412, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "NEMO", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 473, "texte": "MEMENTO\nLa Musique. — Bibliothèque Gilon. — Rectification. — Aigles et Lions. — M. Ghio. —\n  Contes à Zola. — Sacountala. — La Société des publications littéraires.— Bibliographie\n  de M. Louis Hymans. — Ernest Gilon. — L'Étoile sainte. — L'Art de se faire aimer.\n  — En jouant du mirliton. — Le Concert improvisé. — Rapsodies. — Les Nuits\n  parisiennes. — Mme Van den Staepele, — Cinq mélodies, par FERNAND LEBORNE.\n  — L'Hystérique.\n   "}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 473, "fin_caractere_exclue": 511, "texte": "Dans les premiers jours d'octobre pro­"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 512, "fin_caractere_exclue": 551, "texte": "chain paraîtra à Bruxelles une nouvelle"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 602, "fin_caractere_exclue": 640, "texte": "publication musicale hebdomadaire : La"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 692, "fin_caractere_exclue": 733, "texte": "Musique. 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Ghio, qu'est-ce que cela"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 3127, "fin_caractere_exclue": 3149, "texte": "peut bien nous faire 1"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 3312, "fin_caractere_exclue": 3313, "texte": "*"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 3366, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "Contes à Zola par Auguste Paër. 1 vol."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 3454, "fin_caractere_exclue": 3474, "texte": "Paris, Tresse, 3.50."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 3527, "fin_caractere_exclue": 3563, "texte": "Cy un livre où il y a une bonne, une"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 3613, "fin_caractere_exclue": 3654, "texte": "très bonne nouvelle à la Maupassant inti­"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 3704, "fin_caractere_exclue": 3742, "texte": "tulée Gueule-de-Singe. C'est une étude"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "parisienne bien attrapée et palpitante que"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 179, "texte": "nous recommandons fort. Le reste du vo­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 232, "fin_caractere_exclue": 272, "texte": "lume est une suite d'historiettes de bon"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 325, "fin_caractere_exclue": 364, "texte": "jeune homme qui a trop lu Mürger et qui"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 415, "fin_caractere_exclue": 457, "texte": "joue les absinthes en chambre. La dédicace"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 505, "fin_caractere_exclue": 545, "texte": "Émile Zola est très amusante. L'auteur à"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 593, "fin_caractere_exclue": 635, "texte": "nous y annonce que « des idées d'humanité,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 684, "fin_caractere_exclue": 729, "texte": "de patrie et d'amour ont présidé à l'éclosion"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 773, "fin_caractere_exclue": 818, "texte": "de ces contes, •• ce qui est très louable, et"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 860, "fin_caractere_exclue": 898, "texte": "que l'auteur de La joie de vivre a une"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 950, "fin_caractere_exclue": 992, "texte": "« véhémente méridionalité de félibre, « ce"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 1040, "fin_caractere_exclue": 1079, "texte": "qui n'est pas mal trouvé! Enfin! il y a"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 1128, "fin_caractere_exclue": 1167, "texte": "Gueule-de-Singe qui sauve la situation."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 1242, "fin_caractere_exclue": 1243, "texte": "*"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 1325, "fin_caractere_exclue": 1328, "texte": "* »"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 1396, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "Sacountala. Un vol. Paris. Librairie"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 1480, "fin_caractere_exclue": 1503, "texte": "des bibliophiles; 3 fr."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 1567, "fin_caractere_exclue": 1607, "texte": "L'artiste éditeur Jouaust donne une tra­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 1654, "fin_caractere_exclue": 1692, "texte": "duction nouvelle du pur et merveilleux"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 1744, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "drame hindou de Calidasa. 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Nous donnerons pro­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2301, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "chainement une étude sur l'œuvre."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2417, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "Il vient de se fonder à Paris, sous la"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2492, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "direction d'un M, Guy de Puyserpès"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2566, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "une société dite « Des publications litté­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2652, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "raires » dont les statuts nous ont été"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2746, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "envoyés ainsi sans doute qu'à tous ceux qui"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2836, "fin_caractere_exclue": 2876, "texte": "s'occupent de Lettres. Sans accuser per­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2925, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "sonne, nous engageons nos lecteurs à une"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3011, "fin_caractere_exclue": 3051, "texte": "certaine prudence si d'aucuns désiraient"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3096, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "s'inféoder à cette \" Société de Gens de"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3189, "fin_caractere_exclue": 3226, "texte": "Lettres » en miniature. Après lecture"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3275, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "attentive des Statuts, nous avons acquis la"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3369, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "conviction que c'est une étonnante fumis­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3457, "fin_caractere_exclue": 3463, "texte": "terie."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3568, "fin_caractere_exclue": 3569, "texte": "*"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3657, "fin_caractere_exclue": 3658, "texte": "*"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3734, "fin_caractere_exclue": 3767, "texte": "M. 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Gilon, Anastase, Pancra-"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3505, "fin_caractere_exclue": 3544, "texte": "cius, Onuphre ou Ernest soit un philan­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3593, "fin_caractere_exclue": 3637, "texte": "thrope, qu'il ait fondé le cercle l'Etude et"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3686, "fin_caractere_exclue": 3730, "texte": "le cercle le Progrès, les Soirées populaires"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3779, "fin_caractere_exclue": 3821, "texte": "qui dit-on, rendent de grands services, la"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3870, "fin_caractere_exclue": 3907, "texte": "Jeune Garde de l'instruction publique"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3956, "fin_caractere_exclue": 3999, "texte": "et une foule d'autres institutions très mé­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 4048, "fin_caractere_exclue": 4088, "texte": "ritoires, je le veux bien, mais que l'on"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 4137, "fin_caractere_exclue": 4181, "texte": "vienne nous corner aux oreilles qu'il a fait"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 4230, "fin_caractere_exclue": 4269, "texte": "du bien aux Lettres, encore une fois je"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 4318, "fin_caractere_exclue": 4359, "texte": "proteste. La littérature, Monsieur Gilon,"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 103, "texte": "touchez pas ! à bas les pattes ! mêlez-vous"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 161, "fin_caractere_exclue": 202, "texte": "de vos affaires ! Comment ! voilà plus de"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 246, "fin_caractere_exclue": 289, "texte": "cent volumes publiés et distribués à profu­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 343, "fin_caractere_exclue": 389, "texte": "sion; là-dessus il n'y en a pas dix, entendez-"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 441, "fin_caractere_exclue": 483, "texte": "vous, qui vaillent d'être lus, — j'en con­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 536, "fin_caractere_exclue": 577, "texte": "nais trois de Lemonnier et un de Caroline"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 635, "fin_caractere_exclue": 675, "texte": "Gravière, quatre reproductions — et vous"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 734, "fin_caractere_exclue": 778, "texte": "viendrez nous parler de bienfaits et de ser­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 816, "fin_caractere_exclue": 855, "texte": "vices rendus I Mais elle est grotesque,"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 918, "fin_caractere_exclue": 962, "texte": "cette collection I Elle est, faite livre, la"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1017, "fin_caractere_exclue": 1053, "texte": "colonne triomphante de la pédanterie"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1216, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "niaise, de la science à bon marché, de tout"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1314, "fin_caractere_exclue": 1351, "texte": "ce qu'il y a dans notre pays de bour-"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1416, "fin_caractere_exclue": 1457, "texte": "geoisisme et d'enfantillage. Elle a porté"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1513, "fin_caractere_exclue": 1554, "texte": "l'art social à son point culminant et dé­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1611, "fin_caractere_exclue": 1647, "texte": "montré péremptoirement ce que c'est."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1710, "fin_caractere_exclue": 1758, "texte": "Qu'elle soit utile, c'est possible ; qu'elle ait"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1913, "fin_caractere_exclue": 1953, "texte": "répandu certaine dose d'instruction pri­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2009, "fin_caractere_exclue": 2050, "texte": "maire, parfait, mais pour Dieu que jamais"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2109, "fin_caractere_exclue": 2154, "texte": "on n'accolle ces deux vocables : Bibliothèque"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2304, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "Gilon, à celui de littérature. Un Clément"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2402, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "Lyon ou autre Wagener pourrait seul dire"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2500, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "cela sans rire !"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2621, "fin_caractere_exclue": 2622, "texte": "«"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2777, "fin_caractere_exclue": 2814, "texte": "L'Etoile Sainte, poésies de M. Albert"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2973, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "Jounet, 1 vol. Paris. Librairie des biblio­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3050, "fin_caractere_exclue": 3057, "texte": "philes."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3154, "fin_caractere_exclue": 3192, "texte": "Par ces temps de doute et négation, ce"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3247, "fin_caractere_exclue": 3285, "texte": "livre apparaît dans la publicité comme"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3428, "fin_caractere_exclue": 3469, "texte": "l'expression d'une foi ferme et d'un élan"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3470, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "hardi vers un idéal immatériel. On peut"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3572, "fin_caractere_exclue": 3614, "texte": "être surpris d'un ton si contraire à celui"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3669, "fin_caractere_exclue": 3708, "texte": "des œuvres contemporaines. Mais la sin­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3769, "fin_caractere_exclue": 3811, "texte": "cérité de ce mysticisme et la forme poéti­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3868, "fin_caractere_exclue": 3908, "texte": "que qui le manifeste pourront intéresser"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3967, "fin_caractere_exclue": 4008, "texte": "ceux-là même qui font profession des doc­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4067, "fin_caractere_exclue": 4110, "texte": "trines irréligieuses. D'autres y trouveront"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4153, "fin_caractere_exclue": 4192, "texte": "une nouvelle affirmation de leur foi et"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4233, "fin_caractere_exclue": 4275, "texte": "l'espoir d'un avenir de bonheur pour l'hu­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4314, "fin_caractere_exclue": 4354, "texte": "manité.                    {Communiqué.)"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4545, "fin_caractere_exclue": 4548, "texte": "* *"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4730, "fin_caractere_exclue": 4769, "texte": "' L'Art de se faire aimer, par Léo Tré­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4836, "fin_caractere_exclue": 4878, "texte": "zenik. Une plaquette, Paris, Vanier, 2.00."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4879, "fin_caractere_exclue": 4919, "texte": "— En jouant du mirliton, poésies par Léo"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 5096, "fin_caractere_exclue": 5135, "texte": "Trézenik. Une plaquette, Paris, Vanier,"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 5197, "fin_caractere_exclue": 5235, "texte": "1.50. — Nous connaissions déjà M. Tré­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 5302, "fin_caractere_exclue": 5342, "texte": "zenik, d'abord par son curieux volume de"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 5445, "fin_caractere_exclue": 5484, "texte": "vers Les Gouailleuses, mais surtout par"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 5547, "fin_caractere_exclue": 5589, "texte": "son vaillant petit journal Lutèce qui sem­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 160, "texte": "ble être le véritable organe de la jeunesse"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 218, "fin_caractere_exclue": 245, "texte": "littéraire du \" quartier »."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 306, "fin_caractere_exclue": 342, "texte": "M. Trézenik publie simultanément au­"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 400, "fin_caractere_exclue": 440, "texte": "jourd'hui deux jolies plaquettes, une de"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 498, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "prose, une de vers. L'art de se faire"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 593, "fin_caractere_exclue": 634, "texte": "aimer est une série de fines observations"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 693, "fin_caractere_exclue": 733, "texte": "de physiologie féminine parmi lesquelles"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 792, "fin_caractere_exclue": 815, "texte": "nous notons celles-ci :"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 876, "fin_caractere_exclue": 917, "texte": "« Tenir à quelque chose, c'est se montrer"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 975, "fin_caractere_exclue": 1016, "texte": "» inférieur... Tout peut se résumer en un"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1074, "fin_caractere_exclue": 1117, "texte": "» mot : l'indifférence, jouée ou sincère, à"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1175, "fin_caractere_exclue": 1215, "texte": "» l'égard des femmes. Ne leur faites ja-"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1276, "fin_caractere_exclue": 1313, "texte": "mais de compliments, et, s'il vous en"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1371, "fin_caractere_exclue": 1415, "texte": "» échappe, soulignez-les d'un sourire ironi-"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1476, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "que qui en soit comme la négation. »"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1573, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "» Une anecdote en passant. Je causais"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1668, "fin_caractere_exclue": 1709, "texte": "» jambes avec une femme sur qui j'expéri-"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1770, "fin_caractere_exclue": 1810, "texte": "mentais ; c'était en province, nous nous"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1868, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "» trouvions dans un sentier très étroit ; le"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 1970, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "» reste de la compagnie était un peu à"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2066, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "» l'écart, nous suivions, moi devant, elle"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2166, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "» derrière. — En province, disais-je, les"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2265, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "» femmes ne savent pas se jarreter, et"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2364, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "n'osent par conséquent se retrousser."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2462, "fin_caractere_exclue": 2499, "texte": "» — On prétendait, dans le temps, dit"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2557, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "» tout à coup cette dame, que j'avais la"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2658, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "jambe bien faite."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2736, "fin_caractere_exclue": 2772, "texte": "» — Je n'en doute nullement, madame."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2834, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "» — Et même, ajouta-t-elle, il en reste"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 2931, "fin_caractere_exclue": 2972, "texte": "» encore d'assez concluants témoignages :"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3030, "fin_caractere_exclue": 3049, "texte": "» qu'en dites-vous?"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3111, "fin_caractere_exclue": 3149, "texte": "« Et j'entendis un frôlement de jupes."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3213, "fin_caractere_exclue": 3246, "texte": "Et madame, interrompis-je sans me"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3307, "fin_caractere_exclue": 3343, "texte": "retourner, je vous crois sur parole."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3407, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "C'était bien joué. »"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3530, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "Je n'affirmerai pas que la provinciale de"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3629, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "M. Trézenik fût du meilleur monde, mais"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3726, "fin_caractere_exclue": 3768, "texte": "l'observation est amusante et spirituelle."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3829, "fin_caractere_exclue": 3867, "texte": "En jouant du mirliton, des vers jeunes"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3925, "fin_caractere_exclue": 3966, "texte": "d'un scepticisme un peu factice et boule-"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4024, "fin_caractere_exclue": 4066, "texte": "vardier traversés de fraîches piécettes où"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4124, "fin_caractere_exclue": 4152, "texte": "s'épanche un joli sentiment."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4213, "fin_caractere_exclue": 4231, "texte": "Citons un sonnet :"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4302, "fin_caractere_exclue": 4313, "texte": "EN NOVEMBRE"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4371, "fin_caractere_exclue": 4418, "texte": "Les nids abandonnés, pourris sous les buissons,"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4476, "fin_caractere_exclue": 4522, "texte": "Que nous montre l'automne au bout des branches"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4624, "fin_caractere_exclue": 4630, "texte": "[nues,"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4688, "fin_caractere_exclue": 4729, "texte": "En novembre parfois, au fond des avenues."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4787, "fin_caractere_exclue": 4835, "texte": "S'emplissent tout à coup de plaintives chansons."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 4936, "fin_caractere_exclue": 4986, "texte": "Ce sont les vieux oiseaux qui, malgré les frissons"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 5044, "fin_caractere_exclue": 5095, "texte": "Que vient glisser l'hiver sous leurs plumes ténues,"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 5153, "fin_caractere_exclue": 5196, "texte": "Sont revenus tout seuls do terres inconnues"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 5254, "fin_caractere_exclue": 5301, "texte": "Pour revoir un instant leurs anciennes maisons."}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 5400, "fin_caractere_exclue": 5444, "texte": "De même, lorsque vient la soixantième année,"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 5502, "fin_caractere_exclue": 5546, "texte": "Et qu'on songe à jadis, près de la cheminée,"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 5604, "fin_caractere_exclue": 5646, "texte": "L'âme emportée au loin vers le passé béni,"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 92, "fin_caractere_exclue": 138, "texte": "Dans un eoin réveillé du cœur qui se rappelle,"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 234, "texte": "Il semble qu'on entend soudain comme un bruit"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 331, "fin_caractere_exclue": 377, "texte": "C'est un vieux souvenir qui revient à son nid."}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 629, "fin_caractere_exclue": 669, "texte": "Vient de paraître, à Liège, une amusante"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 768, "fin_caractere_exclue": 809, "texte": "comédie-vaudeville en un acte de M. Jean-"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 810, "fin_caractere_exclue": 850, "texte": "sans-Terre intitulée : Le Concert impro-"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 891, "fin_caractere_exclue": 896, "texte": "visé."}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1009, "fin_caractere_exclue": 1012, "texte": "* *"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1088, "fin_caractere_exclue": 1126, "texte": "L'éditeur Aug. Brancart, de Bruxelles,"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1185, "fin_caractere_exclue": 1228, "texte": "vient de réimprimer sur l'édition de Paris,"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1286, "fin_caractere_exclue": 1328, "texte": "de 1832, les Rapsodies de Pétrus Borel, le"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1381, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "Lycanthrope. Œuvre vraiment très curieuse"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1477, "fin_caractere_exclue": 1518, "texte": "que l'auteur, à la date de novembre 1831,"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1573, "fin_caractere_exclue": 1613, "texte": "présente ainsi lui-même au public : \" Il"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1674, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "faut qu'un enfant jette sa bave avant de"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1773, "fin_caractere_exclue": 1816, "texte": "parler franc; il faut que le poète jette la"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1841, "fin_caractere_exclue": 1879, "texte": "sienne, j'ai jeté la mienne: la voici!"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1921, "fin_caractere_exclue": 1963, "texte": "Et plus loin : « Ceux qui liront mon livre"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2002, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "me connaîtront : peut-être est-il au-dessous"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2098, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "de moi, mais il est bien moi; je ne l'ai"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2197, "fin_caractere_exclue": 2240, "texte": "point pour le faire, je n'ai rien déguisé ;"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2298, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "c'est un tout, un ensemble, corollairement"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2401, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "juxta-posé, de cris de douleur et de joie"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2499, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "jetés au milieu d'une enfance rarement"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2592, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "dissipée, souvent détournée et toujours"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2690, "fin_caractere_exclue": 2727, "texte": "misérable. » En somme, un volume pré­"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2790, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "cieux qui prendra sa bonne place dans la"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2884, "fin_caractere_exclue": 2928, "texte": "si intéressante collection de l'éditeur Aug."}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2981, "fin_caractere_exclue": 2990, "texte": "Brancart."}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3074, "fin_caractere_exclue": 3076, "texte": "**"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3080, "fin_caractere_exclue": 3121, "texte": "Sous ce titre : 'es Nuits parisiennes, un"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3175, "fin_caractere_exclue": 3216, "texte": "jeune boulevardier comme pas un, épris en"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3273, "fin_caractere_exclue": 3308, "texte": "même temps d'un idéal bien moderne,"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3372, "fin_caractere_exclue": 3411, "texte": "M. Ernest d'Orllanges, vient de publier"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3473, "fin_caractere_exclue": 3512, "texte": "un volume de vers d'une allure « riche-"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3577, "fin_caractere_exclue": 3620, "texte": "pinisante », haute en canaillerie et forte."}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3678, "fin_caractere_exclue": 3719, "texte": "Certes, M. d'Orllanges'n'a pas encore une"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3775, "fin_caractere_exclue": 3816, "texte": "forme très correcte, son vers se déhanche"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3875, "fin_caractere_exclue": 3919, "texte": "à la façon des gadoues et des cocottes qu'il"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3948, "fin_caractere_exclue": 3987, "texte": "chante, mais nous ne doutons pas que le"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 149, "fin_caractere_exclue": 188, "texte": "poète ne se châtie davantage à l'avenir"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 277, "fin_caractere_exclue": 330, "texte": "[d*aile :      Nous apprenons qu'il prépare un volume"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 388, "fin_caractere_exclue": 428, "texte": "nouveau intitulé l'Homme à passion, nou­"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 486, "fin_caractere_exclue": 528, "texte": "velles naturalistes; donne-t-il aussi dans"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 586, "fin_caractere_exclue": 625, "texte": "cette abstraction qu'on appelle natura-"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 727, "fin_caractere_exclue": 767, "texte": "lisme? Ce serait trop bête, franchement!"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 888, "fin_caractere_exclue": 890, "texte": "**"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 950, "fin_caractere_exclue": 985, "texte": "Reçu de Mme Van den Staepele une de"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1043, "fin_caractere_exclue": 1084, "texte": "ces ravissantes aquarellettes mélodiques,"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1142, "fin_caractere_exclue": 1184, "texte": "supérieure encore par l'intensité de l'ex­"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1242, "fin_caractere_exclue": 1285, "texte": "pression, et la pureté du dessin, à tout ce"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1343, "fin_caractere_exclue": 1380, "texte": "qu'elle a public dans ce genre. C'est"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1438, "fin_caractere_exclue": 1476, "texte": "Mme Van den Staepele, une de nos rares"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1534, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "femmes compositeurs, qui, l'année der­"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1630, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "nière, entraînait à Bruxelles toute la pha­"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1731, "fin_caractere_exclue": 1772, "texte": "lange chorale de Louvain pour l'exécution"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1830, "fin_caractere_exclue": 1840, "texte": "du Hoyoux."}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1919, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "*"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 1999, "fin_caractere_exclue": 2001, "texte": "**"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2062, "fin_caractere_exclue": 2097, "texte": "De Fernand Leborne, un Belge aussi,"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2155, "fin_caractere_exclue": 2196, "texte": "Cinq Mélodies, où perce encore, à travers"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2254, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "l'originalité réelle, l'influence du maître"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2355, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "Massenet. Il est regrettable qu'elles sortent"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2458, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "du cadre léger si moderne de la mélodie,"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2556, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "par un excès de couleur dramatique."}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2651, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "La Justice, de Paris, publie en ce mo­"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2747, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "ment, en feuilleton, l'Hystérique de notre"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2847, "fin_caractere_exclue": 2883, "texte": "ami Camille Lemonnier; immédiatement"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 2941, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "après, le roman paraîtra chez l'éditeur"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3038, "fin_caractere_exclue": 3050, "texte": "Charpentier."}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3137, "fin_caractere_exclue": 3174, "texte": "A propos de notre Dialogue des Morts,"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3232, "fin_caractere_exclue": 3272, "texte": "M. Goffin, de l'Avant-Garde, nous envoie"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3330, "fin_caractere_exclue": 3371, "texte": "une sorte de droit de réponse que nous ne"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3429, "fin_caractere_exclue": 3472, "texte": "pouvons publier pour diverses raisons, dont"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3530, "fin_caractere_exclue": 3576, "texte": "la première est celle-ci : c'est que M. Goffin"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3634, "fin_caractere_exclue": 3677, "texte": "n'a été ni désigné, ni attaqué dans ce dia­"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3735, "fin_caractere_exclue": 3774, "texte": "logue. L'Avant-Garde apubliéun dialogue"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3832, "fin_caractere_exclue": 3874, "texte": "de riposte. C'est de bonne guerre, et nous"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 3932, "fin_caractere_exclue": 3947, "texte": "sommes quittes."}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 4037, "fin_caractere_exclue": 4042, "texte": "NEMO."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1884-07-15-n8-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1883-1884-001-003_f.pdf", "ocr_sha256": "9ac78a3f56e50f47aeb6c16d3b2603ea535ff01c5ea8ffc9e6dca8b22b6a32b5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENT DE PARAITRE: KERMESSES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 452, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1268, "texte": "VIENT         DE           PARAITRE:\n\n KERMESSES                         PAR\n\n                    GEORGES           EEKHOUD\n      D E S S I N S D E F. V A N K U Y C K\n             Un volume. Henry Kistemaeckers : 5 fr.\n\n\n\n       PIERROT LUNAIRE\n                                   PAR\n\n                   A L B E R T GIRAUD\n            Un volume. Alphonse Lemerre : fr. 3-50\n\n\n            H. LUPPENS\n4 6 et 48, Boulevard Central, 20, rue du Chêne\n                           BRUXELLES\n                       Maison fondée en 1850\n  BRONZES D'ART & D'AMEUBLEMENT, PENDULES\n            G A R N I T U R E S D E CHEMINÉES\n EN    CUIVRE    POLI,    BRONZE,        MARBRE     ET   COMPOSITION\n\n        LUSTRES, SUSPENSIONS, LANTERNES A GAZ\n                      A L'HUILE ET AU PÉTROLE\n\n      ENTREPRISE           DE      P L A C E M E N T DE GAZ\n                Porcelaines Chine & Japon montées en bronze\n PRIX     FIXE,      MARQUÉ         EN    CHIFFRES            CONNUS\n\n\n\n                ŒIL                 BLAS\n                           Journal Quotidien\n         PARIS, 16, BOULEVARD DES CAPUCINES, 16, PARIS\nPublie L A FOURNAISE, par L. GAGNEUR\n  Un numéro : 20 centimes. Abonnements : (3 mois) : 17 francs\n                EN VENTE         PARTOUT\n"}, {"page_pdf": 453, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "   INSTITUTION INTERNATIONALE\nPOUR L'ÉDUCATION DES J E U N E S                                                       GENS\n                          établie en 1850\n              à BONN                  (PRUSSE                  RHÉNANE)\n                                 (31, W e b e r s t r a s s e , 31)\n                          sous l a d i r e c t i o n d e\n        Laurent                      MORSBACH,\n    Docteur en philosophie et gradué en langues anciennes et modernes par\n                            l'Université de Bonn.\n\n\n                      PROGRAMfflîllES^COURS :\n    L A N G U E S MODERNES (Allemand, Anglais, Espagnol, F r a n ç a i s ) .\n    LANGUES CLASSIQUES ( L a t i n et G r e c ) .\n    HISTOIRE      ET GÉOGRAPHIE.\n    MATHÉMATIQUES (Arithmétique, Algèbre, Géométrie).\n    SCIENCES. COMMERCIALES.\n\n                            Observations Générales\n     L e nombre d'élèves est limité à u n e vingtaine. — Ne sont admis q u e\ndes internes.\n     L e pensionnat est situé dans le premier q u a r t i e r de l a ville.\n     Bonn, ville d'université, est connue pour la salubrité d e s a situation\net ses beaux environs.\n\n                               CONDITIONS\n    L e prix de la Pension est : 1200 marcs (1500 francs) p a r a n .\n    Ce prix comprend la pension, l'instruction et le blanchissage. .\n    L ' a n n é e scolaire commence le premier octobre.\n\n\n\n  HUMANITÉS                                          COMPLÈTES\n                     à domicile (en trois                         années)\n           PREPARATION A U X EXAMENS\n                                                de\n\nPHILOSOPHIE & LETTRES\n     Cours et Répétitions particulières de latin, philosophie, l i t t é r a t u r e , e t c .\n\n   NOMBREUX                SUCCÈS            OBTENUS                  AUX       EXAMENS\n( 1 8 passés avec grand succès s u r 2 0 élèves présentés aux examens de 1883-84)\n\n\n             EXAMEN de SECRÉTAIRE DE LÉGATION\n                 Cours et leçons particulières d'anglais et d'italien.\n          Conversation,     Grammaire,       Traduction,      Rédaction,    Littérature.\n\n    S'adresser à R . B E N H A M , professeur, 170, rue Jourdan (Forte               Louise).\n\n               Bruxelles. — Imprimerie E D . MAHEU, 18, rue des Sables.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 402, "texte": "(4e ANNÉE) 1884. P R I X : 60 c.    TOME III, N° 8.           Du 15 JUILLET AU 15 AOÛT.\n\n\n\n\n                                         LA\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                   SOMMAIRE :\n         GEORGES EEKHOUD                                   ALBERT GIRAUD,\n\n         VERS D'AMOUR                                      GEORGES RODENBACH.\n\n         GRETA FRIEDMANN . . . . . .                       MAX WALLER.\n\n         L'OCEAN                    .'                     EMILE VAN ARENBERGH.\n\n         AU    BAL    MASQUÉ                               PAUL     CORYDON.\n\n         ÉTUDES      & PORTRAITS.        .   .   .    .    PAUL BOURGET\n\n                                                      ( I. A Rebours — IWAN GILKIN.\n         CHRONIQUE LITTÉRAIRE .              . .\n                                                      ( II. Nerto — ALBERT SAVINE.\n\n         MEMENTO                                            NEMO.\n\n\n\n\n                                   BRUXELLES\n               Bureaux         : 80, RUE BOSQUET,                        80\n\n                     BRUXELLES\n\n                  J. FINK                                 L. FINK\n          I , PASSAGE DE LA MONNAIE, I               1 0 7 , BOULEVARD SAINT-GERMAIN\n\n                                         I884\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "                       BOITE      AUX      LETTRES\n\n\n  48. X. Y. Z. Bien faiblot, cher confrère, votre sonnet phtisique, le bien-\nnommé. Nous ne pouvons pas insérer cela.\n  49. J.-F., Cord.... Schaerbeek. Il y a du Souffle dans Le Génie, mais ce\nvers :\n       » Lançaient au loin les pins moins lourds pour eux qu'un gant »\nest obsolument drôlatique au milieu de ce sonnet épique.\n  50. O. B..., Liége. Votre première pièce Croire, aimer, valait cent fois\nvotre Boire que nous mettons délicatement au panier, attendu que vous\npouvez faire bien lorsque vous le voulez.\n  51. Clarold, Liége. Fort jolies vos Remembrances et d'un gracieux senti­\nment, mais les mots cherchés s'y accumulent d'une façon maladroite avec\nun parti pris qui n'est plus de l'art mais de la marqueterie. Attention à\ncela. C'est un travers de tout jeune qui veut devenir général avant de\npasser par les grades.\n  52. R. G. M. Page noire. Brrr ! quel, romantisme maccabre et petrus­\nborelesque, confrère ! » Et maintenant, puisque, bavant et sale, l'amour\nm'a fait sceptique, écoute-moi, public infect, avec ton tigre de rictus et tres­\nsaille ton frisson d'aise ! » Enfoncé, Rollinat ! Ce n'est pas sérieux,\nn'est-ce pas?\n 53. M. Mater. Mauvais, les vers à votre vieil ami Charles V. L., archi­\nmauvais. Autre chose et mieux, s. v. p.\n  54. Georges K. Dans la Forêt manque de correction : » en des détours\nnombreux « par exemple, est une cheville.\n\n   Notre ami Georges Eekhoud, pour faire enrager nos lecteurs, ajourne au\nprochain numéro de la Jeune la fin de son originale nouvelle le Cœur de\n Tony Wandel. Si nos abonnés ne sont pas contents — ce qui est probable —\nils n'ont qu'à le dire.\n   P . S. Cela ne servira absolument à rien.\n\n  Nous donnerons dans notre prochain numéro la critique de la Belgique,\ndont notre ami Camille Lemonnier vient de donner quatre nouveaux fasci­\ncules au Tour du Monde.\n\n  Nous continuerons très prochainement nos études, commencées dans\nnotre premier volume sur Nos écrivains et nos poètes. Elles porteront sur\nCaroline Gravière, Charles De Coster, E. Van Hasselt, Edmond Picard.\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "                 GEORGES EEKHOUD\n                                            I\n\n             C'EST chez Camille Lemonnier, à l'un de ces déjeûners du\n             vendredi qui réunissaient dans l'hospitalière maison de la\n             chaussée de Vleurgat les amis et les fidèles du maître, que\nj'aperçus pour la première fois Georges Eekhoud.\n    Je revois encore, avec toute l'acuité des chers souvenirs, la salle à\nmanger petite, obstruée d'un massif bahut où scintillaient vague­\nment, au hasard des lumières, les porcelaines et les cristaux. Par la\nfenêtre ouverte entrait à larges bouffées, au travers d'un jardin en fleur,\nl'air frais de l'étang d'Ixelles. Et la causerie se déroulait, vive, cordiale,\n et toujours simple, comme il sied à ces réunions charmantes où l'on\n pense tout haut.\n    En face de Lemonnier j'observais, silencieuse et pensive, la douce,\n l'ascétique, la pâle figure du peintre Constantin Meunier, dont les atti­\n tudes brisées, la parole lointaine, les gestes lents m'évoquaient, avec\n une obstination grandissante, une souffrante image d'apôtre courbé\n sur les obscurs et les humbles. A côté de Meunier, Verhaeren, mis en\n joie par son propre appétit, nous récitait, remplaçant les mots infidèles\n par une pantomime enragée, de truculents morceaux des Flamandes.\n     Et enfin, à côté de Meunier, une tête qui m'était inconnue, et qui\n  m'intriguait.\n     C'était Georges Eekhoud.\n     De taille moyenne, les épaules solides, la tête rouge, les cheveux\n  ras, les yeux à fleur de visage, dont le regard obstiné me fixait avec une\n  espèce de timidité farouche et méfiante, il me déplut. Avait-il deviné\n\n\n  (1) Kermesses, I vol. avec illustrations de Frans Van Kuyck. Prix 5 fr. Bruxelles, Kiste­\n maeckers,\n                                                                                     27\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "                                 -   366   -\n\nen moi l'amoureux des grandes villes, comme je flairais en lui l'amant\ndes campagnes esseulées et tristes, je l'ignore. Instinctivement, nous\nn'échangeâmes que de courtes phrases, et sans cesse je sentis sur moi\nla muette interrogation de ses prunelles hésitantes, où passait par\ninstants je ne savais quel rêve de brouillards mélancoliques et de mono­\ntones horizons.\n   Il se leva le premier, serra énergiquement la main de Lemonnier, nous\nsalua, et disparut, en silence.\n   Six mois plus tard je le revis, à la même place, avec la même\nexpression taciturne avec le même sourire qui semblait garder un\nsecret. Mais cette fois l'énigmatique personnage se dévoila brusque­\nment. Quelqu'un, par hasard, jeta dans la conversation le nom de\nConscience. On parla d'Anvers et du Polder. Et moi qui observais\nEekhoud à la dérobée, j'aperçus que sa physionomie s'éclairait. Une\nrougeur soudaine empourpra ses joues et son front se noya dans une\nonde sanguine, comme si une autre atmosphère, plus puissante et plus\nrude, lui dilatait le cœur. L'œil sortit de sa rêverie bovine, et fixa, droit\ndevant lui, quelque chose que nous ne devinions pas. Et alors, lente­\nment, avec l'embarras de l'homme à qui l'éclair d'une sensation suggère\ntout un monde, il décrivit le paysan de la Campine et du Polder. Ce ne\nfut pas une improvisation de dessert, une fantasia de paroles, où les\nmots, dans une course folle de chevaux arabes, emportent les idées; ce fut\nune traînante évocation, à voix basse et concentrée, avec un accent de\nsincérité qui était à lui seul une éloquence. J'ai remarqué de semblables\ndélectations chez les dévotes qui reçoivent leur Dieu.\n   Ce fut une version avant la lettre du début de l'Ex-Voto :\n   » Ma contrée de dilection n'existe pour aucun touriste, et jamais guide\nou médecin ne la recommandera. Cette certitude rassure ma ferveur\négoïste et ombrageuse. Ma glèbe est fruste, plane, vouée aux brouillards.\nA part les schorres du Polder, la région fertilisée par les alluvions du\nfleuve, peu de coins en sont défrichés. Un canal unique, partant de\nl'Escaut, irrigue ses landes et ses novales, et de rares railways des­\nservent ses bourgs méconnus.\n   » Le politicien l'exècre, le marchand la méprise, elle intimide et\ndéroute la légion des méchants peintres.\n   « Poëtes de boudoirs, virtuoses, ce plan pays se dérobera toujours à\nvos descriptions! Paysagistes, pas le moindre motif à glaner de ce côté.\nO terre élue, tu n'es pas de celles que l'on prend à vol d'oiseau! Les\nmièvres galantins passent devant elle sans se douter de son charme\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                                -   367    -\n\nrobuste et capiteux, ou n'éprouvent que de l'ennui au milieu de cette\nnature grise et dormante, — privée de collines et de cascatelles, — et\nde ces balourds qui les dévisagent de leurs yeux placides et bovins.\n   « La population demeure robuste, farouche, entêtée et ignorante.\nAucune musique ne me remue comme le flamand dans leurs bouches.\nIls le scandent, le traînent, en nourrissent grassement les syllabes\ngutturales, et les rudes consonnes tombent lourdes comme leurs\npoings. Ils sont d'ailleurs lents et balancés, rablés et mafflus, sanguins,\ntaciturnes. Je ne rencontrai jamais plus plantureuses dirnes, mamelles\nplus décises et prunelles plus appelantes que dans ce pays. Sous le\nkiel bleu, les gars charnus ont crâne mine et se calent pesamment.\nAprès boire, des rivalités les font se massacrer sans criailleries à coups\nde licrcnaar; en s'écharpant, ils gardent aux lèvres ce mystérieux\nsourire des anciens Germains combattant dans les cirques de Rome. En\ntemps de kermesse, ils se gavent, se soûlent, sabotent avec une sorte\nde solennité gauche, accolent leurs femelles sans madrigaliser, et le bal\nfini, rassasient le long du chemin leurs amours exigeantes et prodigues.\n    » Ils se livrent rarement, mais une fois donnée, leur affection ne se\ndétache plus. »\n   Ma défiance tomba. Vit-il sur mon visage autre chose qu'une atten­\ntion polie, et soupçonna-t-il que ma sympathie allait vers lui? Nous\ndescendîmes ensemble l'avenue Louise, laissant nos deux timidités peu\nà peu se fondre dans l'expansion du retour. Le lendemain, je me rendis\nchez lui. Il me donna ses trois volumes de vers, et me lut des fragments\nde Kees Doorik, auquel il mettait la dernière main.\n   Rentré chez moi, je dévorai les Myrtes et Cyprès, les Zig-zags poéti-\nques et les Pittoresques. Si ces livres de début ne satisfirent pas toujours\nle Parnassien qui est — ou plutôt qui était — en moi, ils me plurent\ncependant par leur saveur saline et par leur odeur de terre. Pêle-mêle\navec des rappels de Musset, dont les récits espagnols, en influant sur\nl'imagination flamande de Georges Eekhoud, n'ont pas peu contribué à\nfaire des Pittoresques une œuvre essentiellement anversoise, à côté de\nstrophes sentimentales et jeunes, écrites là-bas, pendant les années de\ncollège, en Suisse, à l'heure de l'éveil des sens, et qui gardent, malgré\nleur inexpérience, un doux et faible parfum de Maitrank, — la liqueur\nde mai ! — au milieu de ces vers hésitants, je fus sollicité\npar quelques pièces curieuses, d'allures franchement rustiques et\nfarouches, où le sol natal est chanté par une voix gutturale et sonnante,\nen train de muer,\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "                                 -   368    -\n\n   Et, selon mon habitude, attiré par la valeur humaine de l'écrivain, je\nreconstituai, en reliant à ces lectures les premières confidences d'Eek-\nhoud, sa vie intellectuelle et morale. Ainsi préparé, je lus son\nroman, Kees Doorik, qui fut pour moi comme un coup de lumière.\nEekhoud m'apparut tel qu'il est, dans son intégrité d'artiste supérieur,\nde romancier loyal, de cœur honnête et puissant. Et aujourd'hui, quand\nje songe à cette première entrevue, où sans nous connaître et sans rien\nnous dire, nous faillîmes nous brouiller à jamais, je repète en moi cette\nphrase de l'Ex-Voto où en dépeignant ses paysans il s'est aussi dépeint\nlui-même :\n   » Ils se livrent rarement, mais une fois donnée, leur affection ne se\ndétache plus. «\n\n                                      II\n\n\n   Georges Eekhoud, dans les Kermesses comme dans Kees Doorik,\nreste ce qu'il était : un écrivain de terroir. Il a fait pour son pays d'élec­\ntion, le Polder, ce qu'ont fait, à différents degrés, Cladel pour le Quercy,\nErckmann-Chatrian pour l'Alsace-Lorraine, Barbey d'Aurevilly pour la\nNormandie. Chez eux, comme chez l'auteur de Kees Doorik, il y a\nincarnation de toute une race en un homme. De pareils talents de con­\nteurs et de romanciers sont nécessairement rares, aujourd'hui surtout\nque l'utilitarisme uniformise les dernières retraites où se conserve\nencore l'âme des anciennes races. Et il est dangereux, absurde même,\nde prétendre, comme on s'y habitue, que la littérature du terroir est la\nloi universelle de l'art, et d'y incliner ainsi nos prosateurs et nos poètes.\nSe figure-t-on, pour prendre des exemples familiers aux lecteurs de\nnotre Revue, quel pourrait être le terreau d'un Georges Khnopff dont la\nsensibilité maladive se déverse en strophes mystérieusement virginales\nqui rappellent le divin clair obscur des poètes anglais, et quel pourrait\nêtre le terreau d'un Iwan Gilkin, absorbé le plus souvent par la notation\nexacte de certains dessous psychologiques ?\n   Les écrivains de terroir demeurent toujours l'exception. Aussi serait-il\nintéressant d'étudier longuement la naissance et le développement de\nleur œuvre.\n   Il est évident que Georges Eekhoud a la ressemblance physique et\nmorale de ses personnages. La race parle haut en lui. Il en a la rudesse,\nla mélancolie, la mysticité. Leur chair est sa chair, leur sang est son\nsang. Ils pensent en lui, et il pense en eux.\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "                                 — 369 —\n\n    Exilé aujourd'hui loin d'eux, loin de cette villa de Cappellen dont il\n conserve pieusement le plan dans sa chambre de travail, il éprouve le\n mal du pays, et c'est peut-être d'une de ses nostalgies que sont nés Kees\n Doorik et les Kermesses.\n    Instinctivement, pour tromper son cœur, pour revoir en imagination\n les landes disparues de son horizon, Eekhoud a évoqué dans ses livres\n le taciturne et suggestif décor poldérien, il a cherché des mots pour\n traduire le ciel gris des bruyères, et il a engendré par l'esprit des\npitauds et des dirnes, pareils à ceux qui l'environnaient là-bas.\n    Le besoin d'être ailleurs a fait écrire bien des livres; et l'œuvre d'art,\n qu'est-elle en dernière analyse, sinon le résultat d'un désaccord entre le\ndésir et la réalité ?\n    On a discuté à propos des Kermesses bien des questions étrangères\n au volume, et surtout étrangères à la critique d'art. Qu'importe. — Oh !\n que de papier inutilement dépensé, et que d'encre en vain répandue ! —\nsi Eekhoud est plus exact et plus vrai que Charles De Coster ou que\nCamille Lemonnier? Qu'importe si les vrais Flamands sont gras ou\nmaigres, joyeux ou pensifs, qu'importe si Rubens a tort devant Leys?\n    Le tempérament du Flamand n'est-il pas assez vaste et assez riche\npour que chaque artiste puisse lui dérober l'élément qui l'attire, et le\nmagnifier ensuite dans une conception spirituelle ?\n    Rubens a peint des chairs glorieuses : ces chairs triomphales exis­\ntaient; elles existent encore; Rubens les a vues; en les idéalisant, mais\nil n'a vu qu'elles.\n    Leys a rempli ses toiles de figures souffreteuses et mystiques, où\npasse le frisson du moyen âge. Ces figures dolentes existaient, elles\nexistent encore. Leys les a vues, en les idéalisant, mais il n'a vu\nqu'elles.\n    Il y a autant de transfiguration chez Leys que chez Rubens, chez\nEekhoud que chez Lemonnier. Seulement les transfigurations de Leys\net d'Eekhoud sont plus intimes, plus mystérieuses, plus secrètes, tandis\nque celles de Rubens et de Lemonnier sont plus véhémentes, plus\nsonores et plus lyriques.\n   Eekhoud transforme d'une manière qui lui est spéciale. Il ressemble\nà ses héros, écrivais-je plus haut, il a leurs passions, leurs sentiments,\nleurs croyances. Soit. Mais il est affiné par le luxe et le bien-être de\nplusieurs générations. C'est un civilisé, qui connaît la science de vivre,\nqui savoure les voluptés artistiques. L'âme contemporaine, dont il a\ntraversé les manifestations les plus diverses, le pénètre malgré lui.\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "                                — 370 —\n\nAlors que ses superbes brutes, les paysans, sont restées dans l'igno­\nrance plénière, lui, au contraire, sensibilisé par l'éducation et par les\nlivres, courbe la tête sous un lourd et magnifique héritage, sans cesse\n accru, de sensations et d'idées.\n   Il se met dans la peau de ses personnages, il vit leurs amours et leurs\nhaines, mais il les voit à travers son acuité sensible, à travers son trésor\nde symboles et d'images. Fatalement il leur prête des sentiments plus\ncomplexes; fatalement il va au-delà de l'expression humaine par souci\nde l'au-delà littéraire; et fatalement aussi il contemple la nature et les\nêtres avec des navrements de banni.\n   Tout cela, certes, demeure dans l'infiniment petit des nuances ; cela\npeut échapper à première lecture, mais c'est là, en dehors de l'observa­\ntion proprement dite, l'intérêt et la beauté de l'œuvre. Si cela n'y est\npas, les Kermesses ne sont qu'une suite de nouvelles murmurées à un\nauteur quelconque — sachant écrire — par un être collectif qui s'appelle\nle peuple. Si cela y est, et alors seulement, le livre prend une allure\nsouverainement esthétique et personnelle.\n   C'est là que gît la grande différence entre Eekhoud et Conscience.\n   Outre les dissemblances de tempérament, — Conscience voyant pâle,\net Eekhoud, rouge — Conscience m'a toujours évoqué un écrivain\npublic, honnêtement instruit de l'orthographe et de la langue, établi en\nplein vent, à l'échoppe duquel se présentent les illettrés, servantes et\nsoldats, et qui d'un air bonhomme, écrit à leurs parents ou à leurs amis,\nsous leur dictée.\n   Conscience, comme cet écrivain public, connaît du paysan ce que le\npaysan a bien voulu lui confier. Il ne l'a point regardé comme Eekhoud,\nau fond des yeux et de la pensée, à travers l'hypocrisie de la parole et\ndu masque.\n   Mais cette psychologie encore est inévitablement subjective et person­\nnelle, et devient ainsi dans certains cas, et malgré la pénétration de\nl'analyseur, un élément de transformation.\n   Un passage des Kermesses où l'acuité sensible de l'écrivain dépasse la\nréalité de la sensation chez le personnage, au moins dans la forme, c'est\nla fin du chapitre IV de La Querelle des Bœufs et des Taureaux, où la\npoldérienne Lusse Domus, après l'étourdissement d'une journée passée\navec son amant à Bruxelles, repart pour Molvliet :\n   » Elle était heureuse, mais à mesure qu'elle s'éloignait de Bruxelles,\ndes rechampis de grisaille passaient sur le fond bleu et rose de sa rêverie.\nAu souvenir des chanteuses du musico à qui son bienvoulu s'adressait\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "                                — 371 —\n\navec tant de familiarité, une pointe de Jalousie aiguillonnait sa tendresse.\net, lancinante, traversait la béatitude infinie de cette journée. »\n   Et cet autre passage encore, ou la fille de ferme Rika guette, la nuit,\nson fiancé inconnu :\n    » Dans la mansarde baignée de rayons d'argent presque bleu, les\nriens sont visibles. Le silence a fermé si complètemente les bouches de\nl'espace, que Rika croirait entendre le bruit de la chute de la blanche\nlumière sur le plancher crépitant. »\n   Puis enfin, comme exemple de raffinement psychologique, la catas­\ntrophe imprévue qui ferme la nouvelle intitulée La Jambette de Kors\nDavie.\n   Telle est, au hasard d'une étude trop courte, la nouvelle œuvre de\nGeorges Eekhoud. C'est un livre d'art, et aussi un livre d'amour filial\npour le sol originel, pour un des rares coins de nature que les politi-\nqueurs et les maquignons électoraux n'aient pas encore pollués, qu'ils\nfiniront par défigurer sans doute, mais dont le souvenir et l'âme s'éter­\nniseront dans l'œuvre d'Eekhoud, alors que les noms même des orateurs\npleins de vent et des courtiers en mensonges seront depuis longtemps\noubliés.\n                                                     ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                     VERS D'AMOUR\n\n                               DÉDICACE\n                                                       A Fernand Brouwez.\n\n                    Toi qui vis dans les hôpitaux\n                    A voir les défunts qu'on encoffre,\n                    Ces anciens vers, je te les offre,\n                    Très anciens vers sentimentaux.\n\n                    Ce sont les toilettes fanées\n                    D'un premier amour décédé\n                    Que mou souvenir a gardé\n                    Tristement depuis des années.\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "         Oh! combien de rêves pareils\n         Cherchant l'infini dans la femme,\n         Ont, dans l'hôpital de mon Ame,\n         Commencé d'éternels sommeils.\n\n         Combien, à la lueur jaunie\n         De ma jeunesse qui s'éteint,\n         De malades que nul ne plaint\n         Et n'assiste en leur agonie :\n\n         Espoirs conçus, succès rêvés,\n         Tous mes beaux songes héroïques\n         Vont mourir fiévreux ou phtisiques\n         Ou gisent là, les yeux crevés!\n\n         A mours menteurs de la jeunesse\n         Trahisons des meilleurs amis\n         Cote à côte je les ai mis\n         Dans les lits blancs de ma tristesse.\n\n         Et pour ranimer leur langueur\n         Et leur donner une accalmie\n         Je n'ai que ta visite amie\n         Au noir hôpital de mon cœur!\n\n                         I\n               ESPOIR        D'AIMER\nAu nostalgique espoir d'aimer et d'être aimé\n           Mon âme triste s'est rouverte\nParmi l'éveil fleuri de la campagne verte\n           Et les allégresses de mai.\nLa grâce du printemps, quelque peu qu'on la sente,\n            Dit tout bas que l'amour viendra,\nEt, sortant de son lit glacé, la Nature a\n            Des beautés de convalescente.\nLa neige des pommiers, comme un reste d'hiver\n            Poudre le renouveau des branches ;\nA peine ai-je gardé quelques tristesses blanches\n            Du mal passé que j'ai souffert.\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "                            0/0\n\n\n  Et mon cœur a vingt ans. Je n'abandonne aucune\n           Des primes candeurs que j'avais,\n  Et je veux demeurer, loin du monde mauvais,\n           Un contemplateur de la Lune.\n\n  Je suis naïf, tant mieux ! Car je gôute en ce jour\n            Les jouissances infinies\n  De pouvoir lire encor les jeunes litanies\n            Au missel ancien de l'amour.\n\nOui ! je reste un fervent des femmes et des roses\n             Et je n'ai pas l'orgueil amer\nDe ceux dont l'ironie a défendu la chair\n             Du chaud frisson des lèvres roses.\n\n  A d'autres la rouerie et les subtils propos\n            Des jongleurs de phrases baroques\n  Qui taillent leurs habits de clowns et leurs défroques\n            Dans la gloire de nos drapeaux !\n\n\n                            II\n\n                     SES     YEUX\n  Ses yeux où se blottit comme un rêve frileux\n  Ses grands yeux ont séduit mon Ame émerveillée!\n  D'un bleu d'ancien pastel, d'un bleu de fleur mouillée,\n  Ils semblent regarder de loin, ses grands yeux bleus.\n\n  Ils sont grands comme un ciel tourmenté que parsème\n  — Par les couchants d'automne et les tragiques soirs —\n  Tout un vol douloureux de longs nuages noirs ;\n  Grands comme un ciel, toujours mouvant, toujours le même !\n\n  Et cependant, des yeux, j'en connais de plus beaux\n  Qui voudraient sur mes pas promener leurs flambeaux\n  Mais leur éclat répugne à ma mélancolie.\n\n  Les uns ont la chaleur d'un ciel oriental\n  D'autres le mol azur des lointains d'Italie\n  Mais les siens me sont chers ainsi qu'un ciel natal !\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "                         — 374 —\n                             III\n                   ENVOI DE VERS\nVous aimez Jocelyn, vous aimez Lamartine\nEt vous aimez aussi Musset, tous les beaux vers\nTristes et solennels comme ces jardins verts\nDans lesquels un jet d'eau se lamente en sourdine.\n\nLes vers sont excitants comme l'odeur des foins\nComme l'air de la mer et comme la musique\nEt provoquent tout bas à l'extase physique\nDes beaux corps de vingt ans qu'un grand amour a joints.\n\nAimerez-vous ceux-ci ? C'est toute ma jeunesse\nQue j'y raconte, afin que chacun me connaisse\nEt sache l'abandon douloureux de mon cœur ;\n\nMon cœur, coupe d'argent aux ciselures fines,\nQue la tendresse emplit d'une rouge liqueur\nEt qui voudrait s'offrir à des lèvres divines !...\n\n                             IV\n                   REFUS TENDRE\n  Le soir quand nous causons vous me dites parfois :\n  » Je ne veux plus aimer. Ces choses sont finies.\n  Je ne répondrai plus aux lentes litanies\n  Des aveux qu'un amant vous chuchotte à mi-voix.\n\n  Je ne veux plus aimer. C'est un songe inutile,\n  C'est un hochet d'enfant qui pèse dans la main,\n  C'est le troublant parfum d'un rameau de jasmin\n  Qui, fané, vous poursuit de son odeur subtile!.... »\n\n  Mais en vain vous cherchez à vous raidir. Un jour\n  Les aveux remettront dans vos doigts leur rosaire,\n  Car, malgré vos refus, vous sentez la misère\n  D'une jeunesse morte aux chimères d'amour.\n\n  Vous refusez d'aimer. Vous êtes apeurée\n  Par l'envahissement de l'amour, charme amer,\n  Mais l'amour qui nous vient est semblable à la mer\n  Dont l'amertume chante en montant la marée.\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "                      — 375     -\nVous comprenez déjà qu'on ne peut pas mentir\nA soi-même, à sa chair, à son cœur, à son Ame,\nEt que des lèvres d'homme à vos lèvres de femme\nEperdûment encor devront s'appesantir.\n\nVotre belle jeunesse est pareille à la chambre\nDont on a clos la porte et fermé les volets,\nSans qu'ait pu le soleil allonger ses reflets\nA travers l'épaisseur des rideaux couleur d'ambre.\n\nLa chambre où l'on a mis la Belle au bois dormant,\nOù, pour s'apparier avec sa léthargie,\nLes clavecins ont tû leurs rythmes d'élégie\nMais tantôt vont chanter pour le Prince Charmant.\n\nLors elle descendra de son lit de dentelle,\nSes pieds mêlant leurs lis aux roses du tapis,\nEt ses yeux lui riront, ses grands yeux assoupis,\nCar, tout en semblant morte, elle reste immortelle !\n\n                          V\n              POUR LES FEMMES\nFemme, j'écris mes vers d'amour pour vos pareilles,\nEt le pâle toucher de leurs doigts effilés\nEn murmure indistinct chuchotte à leurs oreilles\nLe rythme suggestif des rêves exilés.\n\nMon poème sera comme un clavier fragile :\nDes arpèges d'aveux, des gammes de baisers\nChanteront dans la nuit sous leur doigter agile\nEt l'ombre écoutera ces airs vaporisés.\n\nSeuls des doigts enrichis par des ongles d'agate,\nSeules des mains de femme avec des bagues d'or\nSauront faire vibrer, en plainte délicate,\nCes touches d'un blanc mat comme un étang qui dort.\n\nQu'aucun homme ne vienne à ce piano frêle\nChercher à transposer son rêve intérieur,\nLes cordes casseraient, car l'instrument est grêle\nEt ne sait que frémir dans un accord mineur.\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "                     — 376 —\n\nMais aux beaux soirs d'été des femmes languissantes,\nSous l'attouchement pâle et triste de leurs mains,\nEntendront doucement l'écho des voix absentes\nFrissonner dans l'ivoire en sanglots presque humains.\n\nEt mon clavier de vers aux musiques éteintes,\nPour que l'amour leur vienne en ayant préludé,\nLeur ouvrira son bois fleuri d'idylles peintes\nComme les clavecins du siècle décédé !\n\n                         VI\n         PRINTEMPS SENTIMENTAL\nVous souvient-il du jour où vous êtes allée\nAvec moi dans le calme et les taillis du Bois ?\nVotre jupe à volants toute raide d'empois\nBalayait la poussière au coin de chaque allée.\n\nNous devenions plus gais sous le ciel du printemps,\nSous le ciel du printemps tendu d'étoffes roses ;\nNous devenions meilleurs dans la bonté des choses\nQue le vent voyageur nous portait par instants.\n\nTout disait la gaîté des branches étoilées,\nLes oiseaux retournant vers leur pays natal,\nLes jets d'eau délivrés des prisons de cristal\nQui sanglotent encor des dernières gelées.\n\nTout disait la chaleur des nids ressuscités\nEt le charme odorant des roses revenues,\nDes roses-thé qui sont comme des gorges nues,\nEt le rythme dolent des vieux airs rechantés !\n\nTout nous disait d'aimer dans ces floraisons neuves,\nD'effacer de nos yeux l'ancien rêve meurtri,\nEt d'aussi nous parer d'un peu d'espoir fleuri\nComme d'un bouquet blanc le demi-deuil des veuves !\n\nTout chantait, tout clamait le triomphe charnel\nDes pistils entr'ouverts, des ailes rapprochées,\nEt le vent nous disait, de ses lèvres cachées,\nQue la fleur souffre aussi du souci maternel.\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "                      -   377 —\n\nEt, tout en souriant dans d'adorables moues,\nSous votre parasol que vos doigts remuaient,\nDe vagues rayons d'or parfois s'insinuaient\nEt l'ombre et le soleil se disputaient vos joues.\n\n\n                          VII\n\n     EST-CE     BIEN VOUS QUE             J'AIME?\nEst-ce bien vous que j'aime ou bien est-ce l'amour ?\nL'amour pour le poète est une cathédrale\nOù le conduit son Ame à l'heure vespérale,\nQuand les prêtres en blanc psalmodient tour à tour.\n\nQu'importent les autels et qu'importent les vierges,\nPourvu que l'ostensoir dans le chœur ait flambé,\nEt que les chants de l'orgue en tombant du jubé\nFassent frémir au loin les trèfles d'or des cierges.\n\nIl a perdu la foi naïve des croyants,\nMais ses yeux sont troublés aux rayons flamboyants,\nNimbant le front des saints qui peuplent les verrières.\n\nEn amour, ce qui charme aussi, c'est le décor,\nEt le poète las qui croit aimer encor\nSubit le même émoi qu'un athée en prières !\n\n\n                          VIII\n\n                     NOCTURNE\nDevant votre maison close dans du silence\nCombien je suis allé souvent, par les beaux soirs,\nAvec les gestes fous d'un amant qui balance\nSes songes dans le vent comme des encensoirs.\n\nJe n'avais nul espoir de vous voir apparaître;\nDans vos rideaux à fleurs je vous savais dormant,\nMais je croyais sentir à travers la fenêtre\nQuelque chose de vous m'arriver par moment.\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "                      -   373   -\n\nLes rangs d'arbres plissaient dans le brouillard des voiles,\nEn processionnant à l'horizon qui fuit ;\nEt le cortège blanc des divines étoiles\nÉcoutait le Silence et regardait la Nuit.\n\nA peine entendait-on en de lointaines rues\nLes pas lourds d'un veilleur ou l'aboiement d'un chien,\nEt toutes ces rumeurs incessamment décrues\nÉvoquaient une eau morte où l'on ne voit plus rien.\n\nEt je restais longtemps, debout, sous vos croisées\nEt mes yeux fatigués s'amusaient à saisir\nLe caprice des fleurs de fonte entrecroisées\nAux dessins du balcon où montait mon désir. —\n\nEt me sachant tout près de vous dans la nuit calme,\nJ'imaginais qu'un peu de mon Ame en émoi\nDevait aller vers vous avec un bruit de palme\nEt qu'en ce moment-là vous rêveriez de moi !\n\n\n                          IX\n\n                      ADIEU\n                          I\nAinsi donc c'est fini ! mon beau rêve est défunt,\nCelui de vous aimer comme une amante unique,\nDe sentir sur mon front vos mains de Véronique\nS'appuyer comme un voile imprégné de parfum.\n\nIl faut continuer, sans l'appui d'une femme,\nA gravir mon Calvaire élégiaquement,\nEt les hommes mauvais vont rire à mon tourment\nMoi qui porte pour croix le fardeau de mon Ame.\n\nDepuis longtemps déjà par vous j'avais souffert,\nAu miroir de vos yeux se mirait ma tristesse ;\nEt, pour vous abriter, l'arbre de ma jeunesse\nRedevenait vivace et redevenait vert.\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "                      — 379 —\nJ'aurais tant désiré dans un creux de vallée\nDans un grand paysage emporter notre amour,\nCauser d'éternité dans la douceur du jour\nEt revenir, — pensifs de la joie en allée!...\n\nLa nuit, dans mon sommeil, votre fantôme cher\nLes cheveux dénoués, en peignoir de dentelle,\nMe hantait, et parfois la chimère était telle\nQue mes bras suppliants s'ouvraient vers votre chair !\n\n                           II\nJ'aurais imaginé là-bas, dans les banlieues,\nUne chambre propice aux rendez-vous d'amour,\nUne chambre mignonne avec un demi jour\nDont l'ombre aurait glissé dans les tentures bleues.\n\nLà des fleurs, des parfums — oh ! les plus violents ! —\nDes parfums qu'on eût fait brûler dans de grands vases ;\nEt, puisque la musique alanguit les extases,\nVous m'auriez ébauché des Nocturnes dolents.\n\nPuis, pour interpréter notre âme, un Lamartine\nOuvert au plus ému des chants de Jocelyn,\nQu'on aurait lu, vers l'heure où l'amour est enclin\nA regarder le Soir qui sanglotte en sourdine.\n\nDe ces bonheurs divins je n'en évoque aucun\nSauf la minute rare et toujours poursuivie\nOù réciproquement on se double sa vis\nCar tous les deux alors sont Dieu — n'étant plus qu'un !\n\n                          III\nVous n'avez pas voulu. Peut-être est-ce sincère.\nVotre vie est un parc dont un grillage noir\nEmpêche qu'on approche et qu'on y puisse voir\nDes massifs de verdure et des blancheurs de serre.\n\nVous voulez dans ce parc de jeunesse marcher\nSeule, prêtant l'oreille aux tendresses lointaines,\nComme au sanglot confus de distantes fontaines\nQui pleurent tristement aux fentes d'un rocher.\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "                      -   380-\n\nMais en avez-vous clos vraiment toutes les portes,\nEt dans le brouillard bleu des soirs extasiés\nAucun n'est-il venu défleurir les rosiers\nQu'a fait germer le temps sur vos tendresses mortes ?\n\nPeut-être en aimez-vous un autre ? O goûts pervers !\nDans l'étang de son parc, au lieu d'un calme cygne\nPromenant la fierté de sa blancheur insigne,\nOn y met des canards parmi les roseaux verts !\n\n                          IV\nAdieu ! je ne suis pas de ceux qu'on humilie !\nVous m'avez repoussé, vous m'avez dédaigné ;\nJ'ai senti que mon cœur orgueilleux a saigné\nEt longuement je meurs de ma mélancolie.\n\nEt dire que ce soir tout est calme et joyeux !\nLe vaste ciel couchant fait flamboyer ses marbres ;\nC'est l'été ; les amants s'en vont sous les grands arbres\nEt l'adieu du soleil se prolonge en leurs yeux.\n\nIl est là, le soleil, qui roule au crépuscule ;\nOn croirait voir flamber sur la mer un ponton ;\nEt moi je suis tout seul, dans mon morne abandon,\nA le voir s'écouler comme du sang qui brûle.\n\nEt, s'harmonisant tous dans un accord pareil,\nLes carillons du soir tombent des clochers proches,\nEt l'on entend pleurer la tristesse des cloches\nSur la mort de mon Ame et la mort du soleil !\n\n                                       GEORGES RODENBACH.\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "                  GRETA FRIEDMANN\n                               (FRAGMENTS)              (I)\n\n\n\n\n           ES amis, joyeusement se remirent à causer en attendant le\n            lever du rideau.\n   L'Eden-Théâtre venait seulement de s'ouvrir; la salle était à\npeu près vide. Au premier comptoir, une jeune femme maquillée\net poudrée, vêtue de rouge éclatant, alignait sur le marbre les hauts\nverres alternant avec les bouteilles de bières anglaises et les flacons de\nliqueur. Parfois elle jetait un coup d'œil au groupe de jeunes gens qui\nbavardaient sous les palmes, près du jet d'eau.\n   — Je suis content de vous avoir fait venir à cette heure, dit Marius, le\nplus âgé de la bande, regardez donc, quel caractère étonnant a cette\nsalle illuminée et vide ! On dirait qu'elle attend l'arrivée d'un maharajah\nsuivi de sa cour !\n   — Ah bah ! dit Chastel, un grand blond à la moustache fine, est-ce\nque Marius aurait des envies de débauche picturale? Nous voilà loin des­\ngothiques.\n   — Mon Dieu, fit Marius de sa voix creuse d'ascète, ce qui est beau\nest beau, je n'ai pas de parti pris, pourquoi n'aimerai-je pas ceci?\nd'ailleurs, voyez-vous? on garde toujours un peu de cette lumière orien­\ntale dans la patte, et mes madones en auront demain l'auréole plus\néclatante, voilà tout.\n   — Eden pour paradis...\n   — Profane, va !\n  Jacques Ferrias, l'avocat d'hier, n'écoutait pas la conversation.\nAccoudé au dossier de sa chaise, le regard vague, il semblait perdu\ndans une pensée sans fin.\n  Imberbe, portant vingt-cinq ans à peine, la lèvre un peu tirée, avec\nune sorte de dégoût, l'œil très bleu, Ferrias avait la beauté efféminée\nde l'adolescent, crispée par une vie précoce. Seul, orphelin, libre et\n\n\n  (1) Nous ne publierons que les « bonnes feuilles » de ce roman qui paraîtra prochainement\nen librairie,\n                                                                                      28\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": " maître d'une solide fortune, il avait tant bien que mal passé son dernier\n examen de droit, et, la veille, prêté serment au Palais. Ses amis Chastel,\n le compositeur anversois, Beckx le violoncelliste en vogue, Carol le\n gros sous-lieutenant aux chasseurs, Kéradec le peintre breton que son\n tableau Les Landes avait rendu célèbre déjà depuis le dernier Salon,\n Marius enfin son compagnon de jeunesse, tous ensemble étaient allés\n chercher Jacques chez lui et presque de force l'avaient emmené\n à l'Eden.\n   — Dis donc, Ferrias ! cria Carol, tu as l'air ennuyé comme un corps\n de garde?\n    — Moi, pas du tout, je ne m'ennuie jamais, je songeais, voilà tout.\n A ta santé !\n   — A la tienne, et peut-on savoir...\n   — Mon cher Carol, permets-moi de te dire qu'il n'y a rien de sot\n comme de demander à quelqu'un à quoi il pense. Penser c'est se parler\ntout bas et je présume que c'est parce qu'on n'a pas l'envie de le faire\n tout haut.\n   — Zut alors ! le serment t'a rendu grincheux, mon cher.\n   — Voilà un « mon cher » qui vient de l'âme! Pardon! ne te fâche\npas, je suis un peu fatigué, ennuyé, je ne sais quoi. Il fait d'un bête ici!\n Dites-donc, restons-nous ?\n   — Attendons au moins les nègres, on les dit épatants.\n   — Soit.\n   Marius se rapprocha de Ferrias et le regardant fixement, lui dit\ndoucement — comme à un frère :\n   — Tu me diras bien, à moi, ce qu'il y a...\n   — Ce qu'il y a, Pierre, je vais vous le dire à tous, puisque vous y\ntenez; ce qu'il y a, c'est que j'en ai assez; oui, continua-t-il d'une voix\ndevenue tout à coup grave et lente, j'en ai assez de cette vie roulée à\ntous les vents et salie à toutes les fanges. Ici, à Bruxelles, depuis six\nans, rien n'a changé dans mon existence ; c'est un train-train, une\nvivote, une suite d'habitudes inévitables, toujours pareilles. Pas d'hori­\nzon, pas d'au-delà ; sans cesse les rencontres agaçantes de visages trop\nconnus ; l'après-midi la flâne et le soir... ah ! le soir! Dieu sait quoi...\ntenez ! ce que nous faisons ici, dans cette fumée, horripilés par cette\nmusique de bastringue, frolés par ces femmes dont les sourires se figent\net dont les regards se moquent. Je me sens avili, dégradé, là-dedans; il\nme semble que je rougirais d'y être vu par certaines gens que je res­\npecte, que j'aurais le devoir de me dérober à ces soirées vides dont je me\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "                                  -   383   -\n\nretire plus dégoûté, plus vieilli, plus amoindri vis-à-vis de moi-même\net vis-à-vis de vous t o u s . J'éprouve un immense désir de me purifier,\nde me nettoyer demain d'une partie de mon passé, de mettre entre lui et\nmoi une fosse de raison, de tranquillité, d'amour... Vous me trouvez\nstupide, gaga, n'est-ce-pas, j ' a i l'air de crier à l'immoralité du siècle, à\nla fange humaine, vous riez, je v o u s la fais à la Caton, je pose à\nl'homme grave, au désillusionné, au blasé. Vous croyez que je blague,\net c'est vous, oui, c'est vous qui blaguez avec vos joies factices, vos\nhilarités subites, vos bravades, et il n'y en pas un de vous, pas un qui\nne pense comme moi et qui n'éprouve les mômes dégoûts et les mêmes\nfatigues.\n   — Qui sait ? fit Chastel.\n   — P r e n d s garde, on pourrait te croire sincère...\n   — Oh ! je ne me rallie p a s , reprit Chastel avec un mouvement de\nrévolte brusque, mon orgueil à moi est au-dessus de ce que je puis\nsouffrir en moi-môme ; j ' a i le droit de ne pas montrer ma peine si j'en\nai ; j'estime que le faire, c'est demander l'aumône d'une pitié, et j ' a i m e\nmieux crever de mes larmes que de les avouer. .\n   — Bravo, Chastel, dit Beckx, c'est p l u s h o m m e ! . . .\n   — Mais moins humain, interrompit J a c q u e s , d'ailleurs, Chastel, tu\nas plus d e cœur que tu ne veux bien...\n   — P o u r moi, peut-être, c'est mon affaire.\n   — T u as raison, mon brave, et j'avais tort, pardon.\n   L a toile se leva et les causeurs ayant payé le garçon allèrent s'ac­\ncouder au balcon.\n   T a n d i s que les niggers dansaient au son du ben-joe, faisant claquer\navec un bruit d e lattes, sur le plancher, leurs longues savates à pointes,\net roulant des y e u x blancs, tristes, où pleurait le regret des cannes à\nsucre et des palmiers géants, les promenoirs s'étaient r e m p l i s ; sous le\nvelum, a u t o u r des bassins, près des buvettes, s'attablaient des groupes\nparlant haut, jetant parfois des appels burlesques aux femmes qui\npassaient près d'eux ; les globes lumineux des lampes Edison jetaient\nsur la foule une teinte blafarde de clair de lune mêlée à la clarté jaune\ndes gaz. L e gravier s'écrasait sous les pas des garçons qui de table en\ntable apportaient des bocks, au milieu d'un tumulte de voix et d e cris.\n   L e s deux Roumaines venaient d'entrer, deux grandes femmes à la\ndémarche balancée et hautaine, récemment arrivées à Bruxelles. L ' u n e ,\nnoire, Dora, rappelait certaines héroïnes de Véronèse avec sa peau très\nblanche pointée à l'aile du nez d'un grain d e b e a u t é ; l'autre, Fiammine,\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "                                 -   384   -\n\nune blonde d'un blond d'or, qui, le nez un peu relevé, les yeux très\nenfoncés, les traits durs, faisait songerait vicieuses de Félicien Rops ;\ntoutes deux grandes et rythmiques, toujours ensemble, ayant le\nmême sourire glacé, dédaigneux presque. De l'Eden, où tous les soirs\nelles arrivaient à 9 heures précises, elles descendaient chez Marugg, et\nrentraient ensuite vers minuit, souvent seules, gardant leur allure d'im­\npératrices romaines qui marcheraient sur un tapis de croupes d'esclaves.\n   Ferrias se retourna brusquement lorsque les Roumaines franchirent\nla dernière marche de l'escalier de marbre et entrèrent dans le jardin\nd'hiver. Dora la noire lui adressa un sourire imperceptible.\n   — Tenez, dit-il soudain en s'adressant de nouveau à Chastel, voilà les\nseules femmes que j'aie un peu aimées, un peu, non! follement, pendant\ntout un temps, hanté par elles, et vous qui êtes artistes, toi Chastel, toi\nMarius, vous me comprenez; ces deux marbres que j'ai possédés, ils\nm'ont révélé la beauté antique, la vibrante beauté ; c'est la Vénus\nimmortelle, celle de Baudelaire, superbe, dont le corps est musical,\ndont la ligne est impeccable, dont chaque geste est grand, harmonique.\nEh bien, voyez-vous, il n'y a que deux amours possibles pour nous\nartistes : celui-ci qui remplit nos yeux mais qui nous fait mal, et l'autre,\nle bon, le vrai, le durable qui remplit nos âmes et nous fait vivre ! J'ai\neu le premier, je veux l'autre. Voilà!\n   — Tu as bien tort, va! dit Chastel. Ton repos tu ne le trouveras pas,\nou si tu le trouves       ah! si tu le trouves, tu en auras plein le dos ! le\nrepos, mon pauvre ami, mais c'est le cercueil, le bois de sapin, la\nconcession à perpétuité !\n   — Pas de concessions ! cria Carol qui n'écoutait plus.\n   — Retourne aux roumaines, je t'assure, continua Chastel.\n   Ferrias contempla encore d'un air pensif les deux grandes femmes,\npuis le visage tourné vers la scène il regarda. Toute cette vaste lumière,\nces gaz, ces lanternes, cette féerie rayons, c'était si beau ce soir-là,\nbeau comme l'apothéose de la jeunesse moderne artificielle et\ntriomphante !\n   Jacques se détourna. Il prit la main de Chastel, puis, avec un\nsourire contraint :\n   — Maintenant mes amis, j'ai vu ces pauvres diables noirs qui n'ont\npas l'air d'aimer beaucoup le théâtre ; je vous ai donné un petit cours\nde philosophie transcendante que vous trouverez profondément popote,\net je m'en vais. Marius vous a dit, n'est pas, que je pars demain\npour l'Allemagne ?\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                                -   385\n\n  — Mais non.\n  — Ah? Je vous l'annonce, solennellement. Je resterai un an au bord\ndu Rhin, une idée à moi.\n  — Tiens tiens, dit Chastel, elle est bien bonne ! Gretchen, Werther,\nRaison pure et chromolithographie ! Tu me rapporteras une pipe et de la\nchoucroute.\n  Eh bien, bon voyage, Jacques, tâche de trouver là-bas ton oiseau\nbleu, surtout ne prends pas l'accent! Au revoir.\n  — Au revoir, Beckx, Carol, mon vieux, toi, adiousias !\n  Ferrias partit avec Marius tandis que le gros Carol, arrêtant une\npetite boulotte noire, criait de sa voix de basse-taille :\n  — A nous les femmes du monde !\n\n                                    II\n   Là-bas, au milieu de Laeken, dans une rue déserte à petites maisons\nbasses, avec, parfois, de longs murs au dessus desquels des arbres\nfaisaient une grande crête de verdure, Pierre Marius le peintre de vierges\navait son atelier.\n   Les hautes murailles blanches en étaient parsemées d'esquises et\nd'ébauches à peine indiquées. Ça et là, des copies merveilleuses de\ntableaux gothiques où des personnages raides, au geste anguleux, aux\nlèvres minces, aux yeux petits et doux s'immobilisent sous des ciels\ndolents par lesquels volent des anges à cheveux couleur de lune serrés\ndans de longues robes noires qui se cassent d'un seul pli.\n   Là se concentrait la vie de Marius. Gothique, il menait l'existence\ndes peintres gothiques dans les vieilles cités flamandes.\n   Recueilli comme eux dans la sereine observation des choses, il aimait\nles recoins sombres où plane une tristesse. La nature évoquée à ses\nyeux n'était point bruyante ; au contraire, elle semblait assoupie en de\nlongues méditations accumulées, et l'on éprouvait à von' ses tableaux,\nl'impression que donnent les cathédrales immenses où l'on s'écoute\nmarcher au milieu de la sonorité des colonnes.\n   De fait, Marius aimait les temples. Lors de son séjour à Rome, il\ns'était pris de passion pour la cité sainte dans ce qu'elle a de pieux et\nd'austère.\n   Quelle grandeur pensive dans les églises vides ! Les pierres de l'ogive\nsemblent soupirer, le bruit des dalles roule, agrandi, à travers les\ngaleries ; un rais de soleil incendié de rouge par une verrière, griffe le\nsol ; au fond de leurs niches tapissées de vieil or, les saints porte-clefs\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "                                -   386   -\n\net les apôtres porte-glaive se dressent dans leurs manteaux à plis droits,\net, au fond du chœur, prosterné sur la dernière marche de l'autel,\nquelque moine brun balbutie des prières. Une lumière chaude et rousse\nbaigne toutes choses ; les colonnes entrecroisent leurs larges ombres ; la\nlampe du tabernacle crépite et bouge ; une cloche tinte, un long écho se\nrépercute comme un appel d'âmes, et l'âme à l'unisson s'anéantit dans\nla troublante admiration du Beau.\n   L'église avait déterminé la direction artistique de Marius. Il avait\ncompris, dans une soudaine révélation, la magie des vieux maîtres, la\ncouleur éclatante et douce des triptiques flamands, la divine pureté\ndes vierges blondes aux fines paupières pointées de bleu pâle, la science\nimpeccable des groupes, et, dans les paysages reculés qu'on entrevoit\npar les balcons de marbre, la sereine nature des Primitifs,\n   Marius avait connu Ferrias au collège. Pierre, avec ses allures déjà\ngraves et songeuses, s'était senti attiré par l'esprit vif et subtil de son\ncompagnon. Il aimait ce fantasque dont les boutades souvent avaient\nune épique naïveté et qui, instable, sautait d'une idée à une autre sans\nse douter une minute de ses contradictions.\n   Ferrias avait, à ce contact, acquis un peu de la maturité de Marius.\nNon que son caractère eût changé dans le fond, mais éclairé par la\nnature artistique en même temps que songeuse de Pierre, il s'était\npassionné pour le Beau, visitant les musées, piochant la musique,\nlisant en cachette tous les livres que les pères interdisaient, et s'ouvrant\ndes étendues inexplorées encore où la vie lui déroula ses mystères,\ncomme un théâtre fantastique dont le rideau se lèverait tout-à-coup sur\nune lumineuse apothéose. A seize ans, sans avoir connu le monde, il en\navait la crainte et l'appétit, les réalités que lui avaient révélées ses\nlectures, étant voilées encore par le grandissement de l'écrivain.\n   La piété seule de Marius n'avait pas trouvé d'écho dans cet esprit\nindépendant de naissance qui cherchait à comprendre et ne voulait pas\ncroire. Les mysticités religieuses lui semblaient démodées et il comparait\nla croyance moderne à l'antique, trouvant à toutes deux une poésie —\nrien de plus — et un prétexte pour l'artiste à sortir des lois mathéma­\ntiques des choses pour bondir dans l'infini de l'imagination. Mythologie\net catholicisme lui étaient synonimes, légendes tous deux, mais légendes\nmerveilleuses, inspiratrices de chefs-d'œuvre.\n  Quand il sortit du collège des Pères, le même jour que Marius, il fut\nplus libre de ce laisser-aller à sa passion pour toutes choses d'esprit.\nAvant d'entrer à l'Université, à dix huit ans, encore sous la tutelle d'un\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "                               -   387   -\n\noncle qu'il n'aimait pas, il voulut voyager; il vit l'Allemagne, la France\net l'Angleterre, tandis que Pierre Marius, abandonnant tout pour la\npeinture, entrait à l'Académie sous Portaels et bientôt après allait se\nfixer à Rome où les maîtres et la religion l'appelaient simultanément.\n    Lorsqu'il revint d'Italie, il en rapporta une suite de toiles qui lui\nfirent aussitôt une place au soleil.\n    Calme, ayant de quoi vivre seul, le jeune peintre se retira dans son\nvaste atelier de Laeken qui lui faisait, perdu dans sa rue solitaire,\nl'effet d'une demeure de petite ville. Tous les samedis soirs seulement\nil passait les ponts pour aller aux réunions de camarades chez Ferrias,\net les causeries avec les amis se prolongaient souvent très tard, laissant\nà chacun une bonne impression de cordiale et intelligente intimité. On\ny parlait d'art, toujours, en buvant des grogs; Beckx et Chastel jouaient\ndes duos de Mendelssohn, ou bien le premier improvisait au piano, sur\nles vers berceurs d'un sonnet ou d'une ballade romantique, des chants\ngraves et continus qui pleuraient comme des mélopées, Ferrias lisait\nparfois quelques strophes de poèmes écrits par lui aux heures de spleen,\nà ces heures où, regrettant de ne pas avoir approfondi un art spécial,\nil éprouvait l'intense désir de les embrasser tous à la fois.\n  Marius parlait peu. Il semblait passer dans la vie sans la connaître,\nreplié sur lui-même. Aux causeries du samedi, seul jour où on le vît, il\nécoutait les autres d'un air presque paternel, ne comprenant pas la gaité\nbruyante, lui dont la joie môme paraissait triste.\n  Peu accoutumé à boire, il se sentait tout étourdi lorsqu'il revenait de\nchez Ferrias ; parfois alors il sortait de son mutisme et parlait d'Art\navec une ferveur d'enthousiasme, comme s'il chantait des cantiques, et\ndes exclamations allongées ainsi que des hosannah : « Van Eyck,\nMetsys ! Oh ! c'est beau ! comme c'est grand, comme c'est au dessus de\ntout ce que nous faisons, de tout ce que nous ferons jamais!... » puis,\nsa voix baissait peu à peu et il continuait sa route en se parlant à lui-\nmême, avec de larges gestes lents.\n\n                                   III\n   A Bruxelles, la vie de Jacques Ferrias avait été toute différente de\nl'existence austère du peintre. Loin de s'isoler dans la volonté tenace\nd'une tâche, il s'était jeté dans le monde où l'on s'amuse, aimant\nl'asphalte des boulevards, les galeries Saint-Hubert, les cafés, le bruit\nqui étourdit, et la foule. Mieux que personne, il connaissait la vie\nnocturne de la ville. Tous les soirs, après son dîner qu'il prenait\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "                                -   3»8   -\n\nrarement chez lui par horreur de toute solitude, il descendait la Mon­\ntagne de la Cour et la rue de la Madeleine illuminées à cette heure de\ntoutes les clartés de leurs vitrines, s'arrêtait aux montres des librairies\npour voir d'un coup d'oeil les nouveautés parues, puis entrait dans le\nPassage où seulement il ralentissait le pas, se sentant là presque chez\nlui, en demeure conquise.\n   A la Taverne Royale, il retrouvait presque toujours Carol, Chastel,\nKéradec, et tout en buvant des » ballons, » le quatuor dominait de ses\néclats de voix, de ses exclamations bruyantes, les bruits multiples du\ncafé. Carol surtout, l'officier des chasseurs qui était connu par ses\nfumisteries énormes et ses nombreuses algarades, mettait dans le\ngroupe sa grosse gaîté de soldat bon vivant. Il s'était attaché — on ne\nsut jamais comment — aux trois artistes par une sorte de respect\ndevenu plus tard de l'intime camaraderie et souvent de son bon sens\ninvulnérable il redressait les abracadabrants paradoxes d'atelier que\ndébitaient les autres.\n   Les quatre — on ne les connaissait guère sous d'autres noms — se\nlevaient au coup de huit heures et, qu'il y eût une première représen­\ntation à la Monnaie ou au Parc, un concert, une séance artistique\nquelconque, fût-ce à la Renaissance ou aux Nouveautés, unanimement\nils décidaient d'y aller. Ils dirigeaient même les cabales, applaudis­\nsaient bruyamment avec de grandes exclamations d'enthousiasme, ou\nsifflaient à pleins poumons malgré claque et public.\n    Kéradec et Chastel étaient les plus fougueux de la bande. Le premier,\ndont les tableaux, d'ailleurs, faits avec une étonnante furie de couleur\net comme brossés avec un pinceau de bronze trempé dans du feu,\ndisaient bien la nature violente, portait, sans ce soucier de ce qu'on\nl'appelât M. Mille-Huit-Cent-Trente, les cheveux longs à la mode des\npremiers romantiques. Grand, légèrement courbe, les traits nerveux\nil avait une allure de chouan révolté. Kéradec avait passé par toutes\nles phases de la vie d'artiste. On se souvenait même de l'avoir\nentendu naguère, aux temps d'Académie, pérorer dans les meetings,\n et, de sa voie métallique et sonore, plaider la cause des ouvriers;\n aujourd'hui ses convictions s'étaient presque détruites, étouffées\n par les élans de son art, mais il aimait les humbles et posait même\n à se faire l'égal des vagabonds nocturnes, à leur payer à boire, si bien\n que les autres l'avaient surnommé » Pauv' Peup' », avec ce brin de\n mépris aristocratique qu'a tout artiste fier de l'étoile qu'il sent briller\n au-dessus de lui.\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                               — 389 —\n\n    Chastel personnifiait bien ce mépris, avec sa moue un peu dédai­\n gneuse, son dandysme excessif qui donnait à toute sa personne l'allure\n d'un prince indien voyageant incognito. Aussi n'avait-il de passion —\n sincère ou non — que pour les auteurs qui parlaient à ses aspirations\n élégantes : Byron, Barbey d'Aurevilly, Bourget ; pour les musiciens\n Schumann et Chopin.\n    A onze heures, on revenait à la Taverne Royale; on rebuvait des bocks\n et la soirée commençait. Noctambules enragés, les quatre faisaient\n régulièrement le pélérinage des caboulots de la rue des Bouchers,\n assistant aux rixes fréquentes des étudiants, des louches bohêmes de\ncafés-concerts et des souteneurs qui, à ces heures tardives, conver­\n gent vers les mômes centres.\n    Certaines boutiques restent ouvertes toute la nuit à ces bandes\npanachées : celles des marchands de comestibles.\n   Derrière le comptoir blanc, un garçon armé d'une fourchette aigûe\npiquait dans les caisses de fer-blanc les grasses sardines dorées ruis­\n selantes d'huile que des consommateurs hétéroclites tassés devant lui\nprenaient à même, des deux doigts, avec un recul du corps; une miche\nde pain français complétaient ce repas nocturne. Et les artistes — les\nquatre — aimaient ces scènes de mœurs si bien locales, le spectacle\nétrange de cette foule d'affamés aux mines souvent haves et défaites,\nse ruant presque sur le garçon en tablier gris, qui, toujours, im­\npassible, flegmatiquement, piquait les sardines, ouvrait de nouvelles\nboîtes, recevait l'argent, pendant des heures.\n   Le décor était d'ailleurs une fête de mangeailles. Les fers blancs\nplaqués de cuivre accrochaient les rayons du gaz et les renvoyaient\nsur les piles d'oranges ; des fromages énormes s'étageaient en colonnes\ngris sombre, tandis que, à l'étalage, de gros saucissons, des cervelas\nventrus habillés d'argent alternaient avec des jambons gonflés et\ndes langues charnues.\n   Des lignes de flacons de tomates et de sauces traçaient aux murs\ndes raies noires et rouges, et à la lumière c'était un festin de couleurs\ngrasses auxquelles les misérables, le visage au dehors collé à la glace\ndes vitrines semblaient, en les fixant d'un œil envieux, vouloir rassasier\nleurs énormes appétits.\n   — Qu'est-ce que c'est que ça pour des stoeffers? disait parfois un\ngavroche en voyant entrer les quatre amis.\n   Et Carol, avec un accent marollien, bien veule et grasseyant, qu'il\navait divinement attrappé, répondait en levant le coude ;\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "                                 — 39° —\n\n    — Smool too, sans ça je vaie le dire à mon père qui est garde-ville\n dans la rue des Renards!\n    C'étaient encore des rires sans fin et des joies lorsque gravement\n Chastel pinçait de ses longs doigs de marquise un des ces harengs à la\n daube nommés roll-mops et le déroulait en faisant des yeux drôles.\n    La dernière halte, vers deux heures du matin, était le Café de Paris.\n Au sortir des quartiers noirs du Ba-ta-clan et de la rue de la Fourche,\n les quatre inséparables respiraient plus librement en débouchant sur le\n nouveau boulevard au fond duquel, comme un œil phosphorescent\n ouvert dans la nuit, s'allumait l'horloge du Temple des Augustins. Ils\n entraient alors dans le café nouvellement installé où se retrouvaient\n toujours des figures connues, de gens souvent coudoyés, attablés en\n groupes, ayant avec eux des filles à la mine provoquante qui, dans les\njaillissantes lumières des lustres refltéées par les glaces, semblaient plus\njeunes et plus fraîches.\n   Bientôt on se séparait, et Ferrias, le seul qui habitât le haut faubourg,\nremontait d'un pas fatigué, ayant perdu son entrain, et longeant les\n murs avec une sorte de frayeur d'être seul vis-à-vis de sa pensée qu'il\nsentait mécontente et aigrie. Les rues étaient désertes, la route semblait\ninterminable, et seulement lorsque Jacques se retrouvait dans sa cham­\nbre, entouré des objets accoutumés, il se ressentait vivre et songeait à\ncette bonne existente paisible d'avenir qu'il caressait comme .un beau\nrêve et comme une revanche à son passé, à son présent pleins d'un\nmorne dégoût.\n   Aussi lorsque, le soir de la représentation de l'Eden, il revint chez\nlui au bras de Ferrias, il fut heureux pour la première fois depuis bien\nlongtemps, en songeant que le lendemain il aurait consommé sa résolu­\ntion de quitter au moins pour un an tout ce qui faisait son ennui et\nson spleen.\n     (A continuer.)                                     MAX WALLER.\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "            A L'OCÉAN\n\n         CROIS-TU, vieil Océan, parce que l'homme môle\n          Quelque chant fugitif à ta plainte éternelle,\n          Crois-tu que nul de nous n'ai en lui tes sanglots\nEt que le désespoir soit le secret des flots ?\nPartout l'orage humain lutte avec tes orages\nDe stupide fureur, de deuils et de naufrages ;\nDes voix d'abîme aussi s'élèvent de nos cœurs,\nEt ta propre amertume est le goût de nos pleurs.\nComme à nous, Dieu t'a dit de souffrir, et tu souffres !\nIl t'a cloué, vivant, dans un cercueil de gouffres,\nEt c'est pourquoi ta vague, où se heurtent les morts,\nSemble garder leur râle en rejetant leurs corps !\n\n\nOcéan fraternel, ton argile est la nôtre !\nCe que tu vas hurlant sans fin d'un pôle à l'autre\nEt ce que Dieu répond à ton flot éperdu,\nDans le gouffre du cœur nous l'avons entendu;\nCar nous n'avons en nous aussi que des abîmes,\nL'homme a contre l'écueil tes élans plus sublimes,\nEt, comme toi, vivant de ce qui fait mourir,\nSouffre d'un mal que rien d'humain ne doit guérir !\nAinsi qu'en un tombeau la lampe funéraire\nVerse à chaque cadavre une égale lumière,\nL'âme et toi, vous portez une égale douleur.\nTous les deux, vous roulez de l'ombre et de l'horreur :\nVotre flot a des morts dans son âpre amertume,\nToujours sous quelque orage il lutte dans l'écume,\nEt quand il vient, brisé, retomber sur le bord,\nC'est pour bondir plus haut et pour gémir plus fort !\n\n       Océan, — Océan misérable et superbe !\nQui te tords, à côté du paisible brin d'herbe,\nTa gloire, ta beauté, ta loi, c'est la douleur !\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "                                     392\n\n            Les âmes t'ont compris, car ton mal, c'est le leur :\n            Tu ne te plaindrais pas si tu n'étais immense!...\n            Et s'il faut que toujours là haut ton flot s'élance,\n            Que l'âme et toi, tous deux sans repos et sans fond,\n            Toujours vous gémissiez devant le ciel profond,\n            Ah ! c'est que vous cherchez votre source immortelle,\n            Où les vents d'ici-bas un jour n'auront plus d'aile\n            Où vos flots, à tous deux, au sein d'une autre Mer,\n            Sans gouffre et sans écueil n'auront plus rien d'amer.\n\n                                           EMILE VAN ARENBERGH.\n\n\n\n\n                  AU BAL MASQUÉ\n\n           CHALABOT était embêté.\n               Est-ce qu'il ne s'en foutait pas, lui, du Mardi-Gras !\n             Depuis trente ans qu'il était régisseur de théâtre, un\ndirecteur avait-il jamais pensé à lui faire organiser ces choses-là ?\nIl avait fallu ce poseur de Potard, pour lui flanquer sur le dos,\nla besogne du concierge ! — Lui, le régulateur de l'art, les soirs\nd'opéra, obligé d'arranger la boîte, les soirs de chahut ! Avait-on\njamais vu ça? Malheur, alors !\n   Il aurait bien vite fait, lui, s'il était le maître ! Il enverrait ce tas de\nvoyous se décarcasser à l'Alhambra ! Enfin !\n   L'orchestre était là, en habits noirs, mettant une noirceur dans le\nvert terni du vieux décor.\n   Les massifs de verdure étaient en place : des rhododendrons ané­\nmiques et des orangers, sans fleurs, pour ne pas avoir l'air de blaguer\nces dames.\n   Sur l'immense plancher gris, qui recouvrait la salle, les fissures hémi­\ncirculaires des arrosoirs laissaient des taches plus sombres. Une buée\nbleuâtre s'évaporait vers le lustre qui nimbait l'atmosphère de son\nrayonnement bête.\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                                — 393 —\n\n   Au fond, l'escalier craquant des jours de fête dégringolait des loges\nclans la salle, en deux courbes symétriques procédant d'un palier\ncentral.\n                                    *\n                                  * *\n  Sur celui-ci, l'autorité avait pris place.\n  Un vieil inspecteur à face grêlée et fromageante, puis un jeune agent,\ndécidé à maintenir l'ordre, quand même, dans ce bazar où il n'avait\njamais mis le nez. On verrait bien.\n  Le vieux faisait ce métier là, quatre fois l'an, depuis 1850.\n  Ça lui était égal, après tout; autant passer sa nuit, là, dans une\nbelle chaleur, que se ballader dans les rues boueuses, pour ramasser\ndes pochards.\n  Ici, au moins, les pochards étaient propres. Et l'effet à faire ne dépas­\nsait pas le chronomôtrique : » Circulez, Messieurs ! » dont il allait\nscander chaque minute de la nuit.\n                                      *-\n                                    * *\n   Au foyer, les nappes et les verres étaient mis.\n   Les garçons, la serviette sous le bras, baillaient en attendant le coup\nde feu lointain, pendant que la patronne, — une ex-cocotte, — déjà au\nposte, contemplait l'enfilade des tables, les pieds dans le derrière des\namours peints sur les panneaux du buffet.\n   Elle aussi, avait jadis colporté son cadavre dans les boîtes publiques,\nrestant, ensuite, les reins cassés, pendant des quinze jours ! Mais\nmaintenant, c'était fini. Elle était calée, grâce à un vieux, bien avec le\ngouvernement ; et très affairée, se fichant des hommes comme d'un pet,\nelle avait des contentements de propriétaire, dans sa belle robe de satin\nnoir pudiquement fermée jusqu'au cou.\n   Les tables, régulièrement posées, se sentaient les coudes, comme des\nsoldats dans une grande sagesse.\n   Le vestiaire était installé.\n   Les tapis tendus....\n   Quand Chalabot eût tout vérifié, il dit : « Zut, à présent. Je vais\nfaire dodo. — Qu'on ouvre ! »\n   Et croisant les premiers arrivants, il cracha par terre, en grognant\nentre ses dents : » Tas de gouapes, va ! »\n                                       *\n                                   *       *\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "                                — 394 —\n\n   La valse commençait à gargouiller dans le ventre vide du gros bâti­\nment.\n   Le corps de ballet était de service, dans les sales costumes tirés du\nmagasin de rebuts.\n  Les grosses marcheuses, en paysannes de Guillaume Tell ou en\nbébés, les coryphées en chicards ou en écossais de la Dame Blanche\nun seigneur huguenot, des pierrots, un Méphistophélès, quelques mes­\nsieurs — payés — en habit noir, essayaient d'allumer le chahut.\n  La galerie se formait peu à peu. Il était trop tôt pour la gomme et\npour les rosses, mais quelques dominos arrivaient ; c'étaient, bien sûr,\ndes jaloux guettant leurs femmes, ou des provinciaux curieux de voir le\nbal, et des mères irrégulières étalant leurs graisses indulgentes sur les\nbanquettes, dans la périphérie ombrée des baignoires.\n                                     *\n                                   * *\n   Dans les loges des premières, des femmes du monde, hermétique­\nment masquées, espéraient bien descendre, plus tard.\n   De vieux messieurs en cravate blanche, qui avaient dîné, leur\ndisaient des choses drôles, à l'oreille, et leur détaillaient le grouille­\nment qui devenait intense.\n                                     *\n                                    * *\n   Maintenant, les couloirs dégobillaient dans la salle de longs jets de\nmasques et de femmes demi-nues.\n   On commençait à se pincer, sur l'escalier, des deux côtés.\n   Une Diane chasseresse, bâtie comme Vénus, passait de mains en\nmains. Les pschutteurs prétendaient tous la reconnaître au grain de\nbeauté qu'elle avait sur un sein. Ils examinaient, tâtaient, embrassaient,\net elle, chatouillée, avec des petits rires effrayés, leur donnait des\npetites tappes sur les doigts, pour ne pas avoir l'air....\n  Le jeune agent de police voulut descendre, mais le vieux le retint\nd'un haussement d'épaule.\n   Il faudrait verbaliser contre toute la salle, alors ! On n'en finirait\nvraiment pas.\n                                     *\n                                   * *\n  Plus loin, un astrologue, bête comme ses pieds, disait des âneries à\ntout le monde, et tout le monde tapait dessus. — Un clown, fortement\nsaoul, voulait marcher sur ses mains, et roulait, poussé comme une\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "                                — 395 —\n\nballe, d'un bout à l'autre du quadrille. Les horizontales, très décolletées\nhors de leurs robes noires, lâchaient leurs méduses dans la symphonie\ndes viandes.\n                                     *\n                                   * *\n   Dans les couloirs, aux endroits sombres, des couples s'isolaient : les\nfemmes mariées avec les hommes qu'elles intriguaient, en se laissant\nsagement embrasser dans les coins.\n   Il ne faut pas être bégueule au bal masqué, n'est-ce pas ? Sinon, ce\nn'est pas la peine d'y aller. Ce serait vraiment trop bête de le prendre\ndu mauvais côté, oh la la !\n   Ça commençait à chauffer partout.\n   En bas, la houle montait. C'était, d'en haut, un moutonnement con­\ntinu, comme une mer.\n   Au foyer, les gueulements de la bacchanale giroyante arrivaient par\nbouffées. — Le Champagne coulait.\n   Sur les escaliers de pierre latéraux on avait casé quelques tables.\nDes duos mystérieux y chuchottaient. Il y faisait déboutonné, plus à\nl'aise.\n                                     *\n\n  Puis, les couloirs furent envahis, les tables prises d'assaut, partout.\nOn commençait à souper; l'orgie montait.\n  Les femmes du monde, leurs maris lâchés, étaient assises, tant bien\nque mal, sur un coin de chaise, ou sur des genoux, à la même table,\navec des cocottes. On commençait par causer, on finissait par trinquer\nensemble, en lançant des mots canailles.\n  On est masqué, après tout; on peut bien rire un peu, sans faire du\nmal pour cela!\n  Une boulotte, de qui le capuchon lâchait des cheveux blonds, avait,\nsous la table, les pieds sur les cuisses du petit chose. Les mains du\npetit chose étaient on ne sait pas où\n                                       *\n                                   *       *\n   Alors, on perdit toute mesure; ce fut un dépoitraillement complet,\nune vacherie à tout casser!\n   Un farceur faisait, avec ses mains, de la salade, dans le corsage\nénorme d'une grosse mère. Un rire hoquetant soulevait, par saccades,\nles gibbosités énormes de sa poitrine.\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "                                — 396 —\n\n  Et les femmes comme il faut s'amusaient! Il fallait voir. Ce n'était\npas à faire tous les jours, mais, pour une fois, c'était trop drôle!\n                                    *\n                                   * *\n   Peu à peu, cependant, dans la débandade des tables, des couples se\nlevaient, poussiéreux, las de beugler, pressés de calmer des éréthismes\nintenses.\n  On dansait encore, dans la salle, mais les épaves, seulement.\n  Tout ce qui avait trouvé son affaire, dégringolait les escaliers de\nsortie, courant au cabaret ou ailleurs.\n  Les rendez-vous se donnaient, des marchés se faisaient dans les\ncouloirs, jusqu'aux troisièmes, où les ouvreuses attendaient discrète­\nment, la main sur la porte de la loge entr'ouverte.\n                                      *\n\n  Au foyer, maintenant, les garçons commençaient à ramasser les\nécailles d'huîtres, et à rassembler les bouteilles vides.\n  L'orchestre jouait le galop final, pour les couturières et les étudiants\nnoyés dans la poussière. Ils n'étaient pas pressés, eux; c'étaient des\ncollages, autant demain qu'aujourd'hui.\n  Puis, quatre heures sonnèrent. La salle acheva de se vider, comme\nun estomac qui ne rend plus que de la bile.\n                                      *\n                                  *\n      Quand Chalabot vint, le lendemain, à la répétition, il trouva une\nfemme nue, endormie par terre, au fond d'une loge.\n  Sacré bordel, dit-il !\n                                                    PAUL CORYDON.\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "           ÉTUDES & PORTRAITS\n\n                M. GUY DE MAUPASSANT\n\n\nM.          GUY D E M A U P A S S A N T a publié récemment Miss\n            Harriet, — recueil de nouvelles ainsi nommé à cause du\n            titre de la première. Je voudrais, à cette occasion, caracté­\nriser en quelques-uns de ses traits généraux la physionomie de ce\nromancier, très jeune encore, mais dont la renommée est déjà grande.\nParmi tous les écrivains qui ont eu leurs vingt ans aux environs\nde 1870, l'auteur de Miss Harriet est sans doute, avec M. Jean\n Richepin, l'auteur des Blasphèmes publiés, eux aussi, dans la\nquinzaine, — celui dont le talent a le plus profondément pénétré\ndans la masse des lecteurs. Si je ne me trompe, c'est dans une\nrevue aujourd'hui disparue : la République des lettres, et sous le pseu­\ndonyme de Guy de Valmont, que M. de Maupassant donna ses pre­\nmières pages. C'était un puissant et hardi poème qui s'intitulait :\nAu bord de l'eau. Dans ces vers étranges, d'une facture à la fois simple\net savante, circulait un souffle de jeunesse, de rêverie et de sensualité.\nC'était, dans un paysage d'eau courante, et tour à tour sous l'accable­\nment du soleil du Midi et la fraîcheur de la lune de minuit, l'évocation\ndes baisers de deux affolés d'amour. Il y avait là comme une fureur de\npanthéisme enivré, une fièvre brûlante, et en même temps un je ne sais\nquoi de robuste, la libre et heureuse allure d'un être fort. Le poème\nétablit du coup la réputation de M. de Maupassant dans les petits céna­\ncles de littérateurs. Une nouvelle, Boule de suif, imprimée dans le\nvolume des Soirées de Médan, révêla que le poète d'Au bord de l'eau\nétait aussi un conteur d'une sûreté de procédés dès lors accomplie et\nd'une singulière acuité d'observation. Boule de suif était, on se le\nrappelle, le récit d'un épisode du temps de la guerre. Le voyage de\nquelques bourgeois de Rouen à travers les lignes prussiennes faisait\ntoute la matière de ce petit roman, et cette matière avait suffi à l'écri­\nvain pour mettre à jour la nuance de comique dont s'accompagnent les\nplus tragiques événements de l'histoire, la réapparition des petits\n\n                                                                      29\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "                                 -   398   -\n\négoïsmes privés à travers le fracas des grandes catastrophes, les com­\npromis de conscience auxquels l'instinct du bien-être amène si vite les\npoltrons. C'était là un morceau de maître, dont la composition rappe­\nlait le » faire » de Mérimée, et dont le style serré valait presque celui\nde Flaubert. M. de Maupassant a, depuis lors, tenu ce que promettait\nce retentissant début. Le recueil de ses vers, son roman d'Une Vie, ses\nvolumes de nouvelles : les Contes de la Bécasse, Mademoiselle Fiji, la\nMaison Tellier, le journal de son voyage en Algérie : Au Soleil,— c'est,\nje crois toute son œuvre publiée, — ont montré en lui un écrivain de\nrace, d'une réelle puissance de production, capable de se renouveler et\nde se développer à travers une riche variété de sujets. Mais ni cette\npuissance ni cette variété ne suffiraient à expliquer la faveur à la fois\nlittéraire et populaire avec laquelle ont été accueillis ces livres. M. de\nMaupassant a eu la chance rare de séduire tout ensemble les raffinés et\nle gros public. Je vois deux raisons à cette fortune : la première est que\nl'auteur d'Une Vie et de Mademoiselle Fifi représente avec beaucoup\nd'intensité quelques-unes des tendances de la génération nouvelle ;\nla seconde me paraît résider dans un tour particulier d'esprit qui a\npermis à cet écrivain de traduire ces tendances d'une façon accessible à\ntous et bien conforme à la vieille tradition française. Ce sont deux\npoints qui valent qu'on y insiste, car il y a là matière à bien des réflexions\nsur les lettres actuelles.\n   Quand on parle des tendances de la génération nouvelle, on risque\nfort de prononcer une phrase dépourvue d'un sens bien précis, car la\nligne générale d'une époque ne se dessine guère avec netteté qu'au\nmoment où cette époque est close, et recule dans la perspective du\npassé. Il est certain que nous comprenons aujourd'hui la Restauration\nmieux que ne pouvait faire même un Sainte-Beuve ou un Stendhal,\nemportés qu'ils étaient l'un et l'autre par le flot mouvant du monde qui\nles enveloppait. N'y a-t-il pas cependant quelques indices que même les\ncontemporains peuvent recueillir et signaler au passage ? Lorsque, par\nexemple, la plupart des livres écrits par des jeunes gens offrent les uns\navec les autres deux ou trois grands traits de ressemblance, n'est-on\npas en droit de considérer ces traits comme essentiels et d'y reconnaître\ndes signes probables d'un changement des mœurs et des âmes ? Si l'on\nexamine de ce point de vue les principales productions des nouveaux\nvenus en littérature, on trouvera, ce me semble, ce me semble, que la\nplupart sont marquées d'un triple caractère de pessimisme, de préoccu­\npation scientifique et de souci minutieux du style. — De pessimisme\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "                                     399 —\n\nd'abord : il y a dans la misanthropie de nos romanciers récents, dans la\nmélancolie de nos poètes, dans la sombre extravagance de nos fantai­\nsistes, une très innattendue reprise de ce qui fut, au lendemain\nde René, le mal du siècle. Sans doute, la rhétorique a changé du tout\nau tout. L'Ecole présente est volontiers brutale et cynique, au lieu que\nles premiers' » enfants du siècle » étaient plutôt élégiaques et rêveurs.\nMais que nos modernes Obermann aient passé par la salle de clinique et\nla brasserie, ils n'en sont pas moins des Obermann. L'inutilité finale de\nl'effort humain est l'objet habituel de leur plainte, et, si les paroles de la\nchanson se trouvent modifiées, la triste mélodie est demeurée la même.\nRien qui contraste d'avantage avec le positivisme heureux, le culte du\nsuccès, la forte poussée de vie matérialiste dont le début du second\nempire donna le spectacle. Soit que l'analogie des catastrophes politiques\nait produit une identité dans les sentiments, soit qu'il y ait dans notre\n civilisation moderne quelque chose d'inguérissablement douloureux et\nmeurtri, voici que les temps sont revenus des renoncements désespérés,\nde 1' » à quoi bon « donné comme réponse aux questions angoissantes\n sur le but de vie. Le règne de Werther est arrivé de nouveau, mais cette\nfois c'est bien le Werther-Carabin dont M. Guizot parlait à propos de\nJoseph Delorme; car, et c'est là le second des traits de la jeune École,\n celui par lequel son esthétique se rattache à la génération précédente,\n si la littérature actuelle est volontiers désespérée, elle est plus volontiers\n encore scientifique. En cela elle est bien la fille d'un âge de découvertes\n expérimentales et de création industrielle. Le goût du fait demeure sa\n passion maîtresse, et l'exactitude est pour elle le terme suprême de\n l'art. On s'est beaucoup moqué des prétentions physiologiques de\n quelques romanciers, — ceux-là même qui sont le plus en vogue. Mais\n il est évident qu'avec leurs romans tout imprégnés de théories sur le\n système nerveux, ils ont conquis d'énormes succès. Concluons-en qu'ils\n flattent un des besoins profonds de notre temps, et d'autre part observons\n que ces mêmes romanciers ont raffiné de plus en plus sur leur expression.\n  C'est là un troisième trait par lequel la jeune École se distingue encore\n de la génération précédente. Ceux qui menèrent la réaction contre le\n  romantisme après les Burgraves et au lendemain de 1830 préconisèrent\n le retour à une forme sans pittoresque. Ils exaltèrent la prose et la\n poésie classiques et ils applaudirent aux comédies en vers de M. Augier\n plus tard, aux romans de M. About, par horreur des excès de la prose\n  imagée, de la poésie à recherches plastiques. Aujourd'hui le style des\n  nouveaux auteurs se rattache en ligne directe à Théophile Gautier,\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "                                — 400 —\n\n\npartant à Victor Hugo, partant à Chateaubriand. Toutes les curiosités\nde mots, gloire et tourment d'un Aloysius Bertrand et avec lui des purs\nromantiques, n'étaient que le commencement de cette torture de la\nforme que s'infligent les maîtres et les disciples de l'Ecole nouvelle, —\nsi bien que cela fait une esthétique étrangement mêlée, d'une nature\nhybride et complexe, où les contrastes se heurtent, mais que c'est bien là\nl'image de cette fin de siècle, encombrée des débris de tant d'espérances !\n    Ceux qui ont l'habitude des analyses intellectuelles ont dû remarquer\ndès les premiers essais de M. de Maupassant que ces trois tendances de\nl'époque étaient bien en lui. Dans Boule de suif, il laissait entrevoir,\nsous l'apparente indifférence et la froideur volontaire du récit, la misan­\nthropie la plus irrémissible, et il n'est pas une de ses nouvelles, ou toute\nbrève ou développée, de laquelle ne se dégage comme un mortel esprit\nde pessimisme. Qu'il raconte l'histoire entière d'une âme de femme,\ncomme dans Une Vie, ou qu'il étudie, comme dans l'Héritage, comme\ndans En Famille, comme dans Garçon, un bock! un épisode détaché, un\ncoin de nature, une anecdote, — toujours et partout il prend pour objet\npropre de son analyse la mise à nu d'une misère du cœur, la dénoncia­\ntion d'un égoïsme caché, la découverte d'une déception. La créature\nhumaine lui apparaît comme menée par un petit nombre d'instincts qui\ntrouvent à se faire jour sous tous les mensonges de convenances, sous\ntous les enthousiasmes des sentiments, — et nous allons ainsi, menés\npar ces impulsions irrésistibles, jusqu'au terme suprême de notre exis,\ntence, qui est le malheur et la mort ! Ce n'est pas là un caprice d'artiste-\nc'est une manière de voir initiale et finale, c'est une méthode aussi, qui\nse double, dans le cas de M. de Maupassant, d'un souci constant de\nvérification scientifique. Depuis l'impersonnalité calculée de ses récits\n où il a bien soin de s'effacer lui-même le plus qu'il le peut, jusqu'au\n choix de ses sujets, empruntés le plus souvent à l'existence quotidienne,\n tout dans cet écrivain révèle la recherche du document exact. C'est vers\n la vérité qu'il a aiguillé le train de ses idées, non vers la Beauté. Ce\n qu'il s'efforce de donner, ce sont des échantillons, copiés d'après nature\n des différentes classes sociales qu'il a observées. Il a exécuté ce\n programme à maint endroit de ses œuvres et on lui doit des monogra­\n phies du paysan normand, par exemple, surprenantes de réalité; je\n citerai les contes qui ont pour titre : un Normand, aux Champs, les\n Sabots, la Mère sauvage, la Fille de ferme. C'est de la peinture à la fois\n minutieuse et significative. Cela tient de l'eau-forte et du procès-verbal,\n et la prose dans laquelle ces morceaux sont rédigés sauve leur auteur\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                                 — 401 —\nde la platitude, écueil habituel des observateurs trop méticuleux. Le\nculte de la forme irréprochable est en effet aussi vif chez M. de Maupas­\nsant qu'il a pu l'être chez les stylistes les plus scrupuleux de l'école de\nl'art pour l'art. Si l'on en doutait, il suffirait de lire les pages de critique\nqu'il a mises cet hiver en tête de la « Correspondance » de Flaubert. Mais\nil n'était pas besoin de cette profession de foi pour deviner chez lui la\npassion du mot pittoresque et de la phrase bien nombrée. Il y a des\nmorceaux de facture qui sont à eux seuls un credo littéraire, Je choisis\ndans au Soleil, cette description d'un lever de la lune au bord d'un lac\nde sel : » La pleine lune emplissait l'espace d'une clarté luisante qui\n» semblait vernir tout ce qu'elle frôlait. Les montagnes jaunes déjà\n« sous le soleil, les sables jaunes, l'horizon jaune semblaient plusjaunes\n» encore, caressés par la lueur safranée de l'astre. Là-bas, devant moi,\n» le Zar'ez, le vaste lac de sel figé semblait incandescent. On eût dit\n« qu'une phosphorescence fantastique s'en dégageait, flottait au-dessus,\n« une brume lumineuse de féerie, quelque chose de si surnaturel, de si\n « doux, de si captivant le regard et la pensée, que je restai plus d'une\n » heure à regarder, ne pouvant me résoudre à fermer les yeux. Et\n » partout, autour de moi, éclatant aussi sous la caresse de la lune, les\n » burnous des Arabes endormis semblaient d'énormes flocons de neige\n » tombés là... « J'imagine qu'un professeur de rhétorique moderne,\ncomme Saint-Beuve s'est amusé à l'être dans certains passages de son\nChateaubriand, donnerait de cette page un bien curieux commentaire. Il\nmontrerait la recherche d'harmonie imitative de ce « tombés là » qui\ntermine sur une sonorité sourde cette phrase d'abord légère et vibrante\ncomme un rayon de lune. Il remarquerait le choix des mots » luisante,\n— frôlait—caressés », l'alanguissement que donne à la période cette\nincorrection volontaire : » de si captivant le regard et la pensée... » Une\nfois entraîné par la doctrine qui veut que le style soit l'équivalent\ncomplet, le substitut intégral de la sensation, à quel scrupule de détail\nn'arrive-t-on pas ! Le malheureux Flaubert que ses lettres nous ont\nmontré écrivant » dans les affres «, — le terme est de lui — était ravi\nd'avoir terminé son conte d'Hérodias par un adverbe qui lui semblait\nreproduire le pas et l'effort des deux esclaves chargés de la tête de\nJean : » Comme elle était très lourde, ils la portèrent alternativement. «\nPoussée à l'extrême, la logique du style d'images doit en effet aboutir\nà des recherches de cet ordre, de même que la logique du style d'idées\nconduisit Stendhal à écrire comme le code civil. On dirait que le langage\nhumain, produit complexe de la sensation et de la réflexion, n'oscille\nainsi qu'entre deux pôles, de l'onomatopée à l'algèbre.\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "                               — 402 —\n\n   Elles sont donc bien reconnaissables dans M. de Maupassant, les trois\nmaîtresses tendances de notre littérature nouvelle ; mais voici qui\ndistingue aussitôt cet écrivain de la plupart des représentants de cette\nlittérature. Il est sans doute le seul dont on puisse dire que son œuvre\nrespire la santé. Il est en effet une santé littéraire comme il est une\nsanté physique, et l'une n'est pas beaucoup plus aisée à définir que\nl'autre. Est-ce dans le fond des idées, est-ce dans la forme que cette\nsanté littéraire réside ? Ailleurs évidemment, car telle œuvre est morale\ndans ses tendances, accomplie dans son style, dont on ne saurait dire\nqu'elle est saine.\n   Pour ne citer qu'un exemple, mais des plus illustres, est-ce que les\nPensées de Pascal ne sont pas d'une élévation sublime, d'une tenue\nirréprochable de langue, et qui affirmera cependant que ce n'est point là\nun livre malade ? Je n'ai pas dit un livre de malade, car il se rencontre\ndes écrivains d'une belle vigueur physique qui n'ont pas la santé\nlittéraire : témoin Balzac; et, d'autres ont, comme Voltaire, passé\ntoute leur vie dans le plus affolant état d'excitabilité morbide, dont\nl'œuvre écrite est d'une santé parfaite. C'est par le contraste, me sem­\nble-t-il qu'on peut se rendre un compte exact de cette vertu de la santé,\nen analysant ce qui constitue proprement la maladie du talent. On\ntrouvera que cette maladie réside uniquement dans ce fait que l'écri­\nvain n'a pu se retenir d'abuser d'une de ses qualités, si bien que cette\nqualité s'est convertie par une hypertrophie involontaire, en une sorte\nde défaut. — Celui-ci possédait un sens exquis de la valeur des mots,\nune vision subtile de leur vie physique. Il a exaspéré en lui ce pouvoir,\net il aboutit à ce que l'on peut appeler la névropathie de la phrase. Cet\nautre, doué du charme et de l'élégance, poussait sa délicatesse jusqu'à la\nmanière. Un troisième avait le don de l'éloquence passionnée, il en arrive\nà l'éloquence douloureuse, à la passion torturante. Ce fut le cas du grand\nPascal. Carlyle était naturellement visionnaire, il finit par écrire une\nprose d'halluciné.\n    (A                  continuer)                  PAUL BOURGET.\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "        CHRONIQUE                           LITTÉRAIRE\n                                        I\n                  A REBOURS,         par J. K. HUYSMANS.\n\n        jE livre étrange, si attirant et si repoussant, d'un art si raffiné que\n          l'on ne sait si les plus graves défauts n'y sont point disposés\n          savamment pour chatouiller le goût de nos blasés littéraires,\ncomment le définir? quel nom lui donner? A coup sûr, ce n'est pas un\nroman. L'intrigue en est totalement absente; pas la plus petite aventure;\nrien que les pensées et les sensations d'un seul personnage rangées et\nétiquetées avec un soin excessif. Voilà tout. C'est une élude, rien qu'une\nétude. Ecœurés par les fades ficelles du roman-feuilleton, pareilles à une\npelotte de macaroni embrouillée de fils de fromage, quelques artistes\ncontemporains essaient de supprimer toute action dans leurs livres, et du\nmême coup ils en retirent la vie. Ils ont beau faire, quel que soit leur\ntalent, leurs personnages ne sont pas des hommes de chair et de sang où\npalpite le mystère de l'âme; ce sont d'admirables cadavres, embaumés\npar des procédés merveilleux, montés sur d'impeccables ressorts qui\nrépètent avec la plus parfaite précision les mouvements compliqués des\nmoindres muscles, tandis qu'à côté, sur une planche, des bocaux, en file\nméthodique, isolent le sang, la bile, le chyle, puis les viscères, le cœur,\nle cerveau, les reins, les entrailles, scrupuleusement analysées, avec une\nnote détaillée collée sur le vase. On fait ainsi d'excellentes préparations\nplus ou moins artistiques, mais non des œuvres d'art. C'est là que devait\naboutir fatalement le roman dit scientifique.\n   Si de rares écrivains, tels que Barbey d'Aurevilly et Villiers de l'Isle-\nAdam fouillent les secrets des âmes contemporaines, le plus grand nom­\nbre, atteints d'un chirurgite aiguë pour avoir machonné quelques brindilles\néparses de physiologie et de philosophie matérialiste, ne voient partout\nqu'atavisme, hystérie ou névrose. Leurs ouvrages sont des manuels de\nclinique incohérente. Hallucinés par leurs hantises de plaies et de bosses,\nils découvrent parfois des maladies fort inattendues : les médecins bafoués\npar Molière, sont bien vengés. C'est leur tour de rire.\n   Cependant, mauvais ou bons, des matériaux s'entassent. Se trouvera-\nt-il des artistes assez forts pour les trier et les incorporer dans des œuvres\nd'art vivantes ? Celles-ci exigent une action, — aussi peu externe, aussi\npurement intellectuelle que l'on voudra, — une trame, un développement,\nune progression, — peu importe le nom qu'on lui donne, — qui en fera\nl'unité et la vie. Ce n'est que la lutte contre les choses extérieures ou contre\nses propres passions et pensées, contre sa constitution physique même,\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": "                                — 404 —\n\nqu'un homme montrera le jeu intéressant de ses facultés psychiques et de\nses organes. L'ingénieur ne doit pas démonter sa machine devant le\npublic; il doit la faire fonctionner dans toute la splendeur de sa force.\n   A Rebours n'est qu'une étude, mais elle est profonde, savante, lumineuse\nde tous les feux d'un style multicolore et prismatique où la lumière\nnaturelle des choses et des mots se détraque en rayons éclatants. C'est un\ncode de l'art maladif et décadent du XIXe siècle. Tous les raffinements,\ntoutes les dépravations d'une civilisation faisandée, y sont étudiés en un\nbizarre et un peu vague personnage, névrotique, halluciné, débile de corps\net d'âme, en qui survit seule la pensée.\n   Le livre est divisé en chapitres, qui sont comme autant de tiroirs ren­\nfermant une pièce d'anatomie. Il y a le chapitre des couleurs, le chapitre\nde la musique, le chapitre de la peinture, le chapitre des parfums, les\nchapitres de la littérature. Cette méthode de laboratoire est agaçante,\nsans doute; mais que de pages superbes! quelles idées ingénieuses ! quelles\nphrases délicieusement compliquées et évocatives ! Et surtout quelles\npénétrantes analyses de cet art trop mûr, si finement savoureux, dont le\npoison fermente dans les cervelles contemporaines ! On doit saluer en\nl'auteur d'A Rebours un si admirable critique, que nul n'oserait réclamer\nle romancier qui se dérobe. Les meilleures pages du livre sont en effet de\nla critique : critique de l'ameublement, critique des oeuvres picturales de\nGustave Moreau, des dessins de Redon, des romans de Barbey d'Aure­\nvilly, des nouvelles de Poë, des poèmes de Baudelaire, et, pour l'antiquité,\nun éreintement bien conditionné du faux grand siècle.\n  Dans ce déluge de digressions, le personnage de des Essseintes est un\npeu noyé. Il ne vit guère que de réflexions, de souvenirs et d'attaques de\nnévrose. C'est là une vie assez bornée. Pourtant l'auteur a si habilement\nmultiplié les souvenances du jeune duc, que peu à|peu les fragments se\ncomplètent, et que sa vie entière nous est enfin connue.\n  Laissons de côté la maladie physique, dont on trouvera l'étude appro­\nfondie dans les dictionnaires de médecine; l'analyse de la déviation\nmentale est autrement captivante. Elle mériterait un article spécial ;\nmalheureusement nous ne pouvons, faute d'espace, lui accorder que quel­\nques lignes à jambages rompus.\n   M. Huysmans prend son héros des son enfance. Le caractère à la fois\nindocile, et mou sceptique et mystique, haineux de toute vulgarité et\ncurieux de toute dépravation, est bien saisi et logiquement développé.\nDes Esseintes a été élevé chez les Jésuites, — et l'auteur dédaignant, lui\naussi, les basses déclamations bourgeoises, n'a pas cru devoir en faire des\nmonstres : ses jésuites sont tout simplement des hommes instruits, doux\net habiles à façonner les cœurs dans la foi.\n  Des Esseintes devait avoir reçu une éducation religieuse; il devait avoir\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": "                                — 405 —\n\nétudié, par goût, un peu de théologie. En ce temps-ci, pour connaître le\nvéritable doute, avec ses alternatives de scepticisme amer et de religiosité\néthérée, avec ses accalmies dolentes, il faut avoir prié dans l'adolescence,\nil faut avoir feuilleté des cuistreries édifiantes, lu des livres pieux qui\ntuent la piété,médité les problèmes insolubles de la philosophie chrétienne\net les controverses à cent faces où la vérité combat la vérité, où l'on\noppose Dieu à Dieu.\n   Le goût du merveilleux avait dû naître dans un tel esprit, au milieu des\nrêveries de l'oratoire, des visions aériennes de saintes impalpables,\nauréolées d'une lumière surnaturelle, des supplices monstrueux volup­\ntueusement appelés par les martyrs, des miracles enveloppés d'incer­\ntitude et de poésie, si touchants dans la naïveté des légendes.\n   L'art écclésiastique, sa vertigineuse architecture, sa décoration exquise\net raffinée, son orfévrerie, sa littérature, la pompe, amoindrie mais\ntoujours majestueuse et vraiment pontificale, de ses cérémonies, tout cela\nl'avait grisé d'un encens captieux et inoubliable.\n   Chez Des Esseintes la foi s'évapore, le culte du supra-sensible demeure.\nTelle est la filiation de ses goûts bizarres jusqu'à la dépravation.\n   Le corps s'est usé en débauches, l'intelligence en lectures contradic­\ntoires, la volonté en perpétuels mécomptes, en heurts douloureux contre\nles plates réalités : le pessimisme de Schopenhuaer se greffe sur l'arbre\nde la science et recouvre de ses touffes amères le dogme de la chute\noriginelle.\n   L'affinement du goût a produit le dilettantisme. Des Esseintes est un\nartiste frappé d'impuissance. Il a du faire des vers compliqués, de la\nmusique maladive, de la peinture faisandée ; pourquoi M. Huysmans ne le\ndit-il pas?\n   A part cela, le côté psychologique de l'œuvre est défectueux. Nous\nignorons les amitiés de des Esseintes, celles du moins où il n'y a pas de\nGanymède. La marche progressive de sa maladie mentale est peu visible;\nl'auteur a préféré nous entretenir du sustenteur artificiel et des lavements\nnutritifs, l'alimentation à rebours !\n   Le baroque enfantin ne manque pas dans ce livre. Faut-il signaler le\ndîner de deuil, composé de mets noirs servis par des négresses nues,\ntandis que dans le jardin, saupoudré de poussière de charbon, le bassin\nest plein d'encre? l'aquarium avec des poissons mécaniques? l'orgue à\nbouche? l'appartement circulaire de M.d'Aigurande? et surtout l'exécrable\ncauchemar, déroulé mécaniquement comme la chaîne d'une horloge à\npoids? Tout cela est un peu trivial; le personnage de des Esseintes\nméritait de baigner dans une atmosphère plus aristocratique.\n   Nous avons fait la part large aux critiques; en bonne justice nous\ndevrions citer maintenant les belles pages du livre, — telles que les\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "                                — 406 —\n\ndissertations sur les pierreries, les parfums, les fleurs bizarres, les\nlivres.... et même le récit presque dramatique de la rencontre de des\nEsseintes et du petit jeune homme de l'avenue Latour-Maubourg.\n   Mais la véritable valeur d'A Rebours est plutôt critique que littéraire.\nCe livre est explicatif de beaucoup d'autres. Comme une torche tombant\ndans un puits, il jette une sombre lueur sur la dépravation croissante de\nl'art, sur la perversion grandissante des intelligences et des sens. Depuis\nplusieurs années, les critiques ont comparé la décadence actuelle à celle\ndu vieil empire romain. La lecture d'A Rebours rend cette comparaison\nsaisissante. Dans les lettres surtout, le progrès de la décomposition est\nsuperbe, effrayant, tragique ! On avait cru un instant que le naturalisme\nd'Emile Zola allait ramener la santé dans les idées et les sensations litté­\nraires ; on s'imaginait que sa magnifique exubérance n'était qu'un excès\nde vigueur sanguine. En y regardant de plus près, on retrouve dans la\nFaute de l'Abbé Mourel, dans la Curée, dans son Excellence Eugène Rougon,\ndans tous ses ouvrages, la névrose, la fièvre, l'affaiblissement incurable,\nd'une race qui se meurt dans la débauche, les désirs insensés d'une civili­\nsation lasse, la pourriture physique et morale d'un monde trop vieux.\nCongestionnée ou anémique, c'est toujours la littérature maladive, exces­\nsive, douloureusement inassouvie dans la monstruosité de ses désirs, qui\nd'Edgar Poë à Shelley, de Baudelaire à Swinburne, de Barbey aux de\nGoncourt et à Zola, parcourt toute la gamme des piments et des gingem­\nbres impérieusement réclamés par nos organes dissolus, dégoûtés de la\ngrossièreté des nourritures saines.\n                                                            ÏWAN GlLKIN.\n\n                                     II\n\n                        NERTO             (Suite)\n         IL ne reste plus qu'une voie de salut. Là-bas, enfermé dans son\n           Avignon, le pape Benoît XIII — c'est un anti-pape, pour le dire\n          entre parenthèse, — résiste obstinément aux efforts de l'armée\nroyale. Un souterrain, dont l'existence n'est connue que du baron, relie\nChâteau-Renard au Château des papes. Nerto n'a qu'à s'élancer, qu'à courir,\nsauver la Papauté qui naufrage, et le Pape, en reconnaissance, sauvera à\nson tour son sauveur.\n   « Il y avait soixante et dix ans peut-être — que, loin de Rome aban­\ndonnée, — en Avignon, la Papauté — était venue s'asseoir. — Avignon avait\nrapidement pris l'essor, en revoyant la capitale — du monde et des pon­\ntifes-rois. — Tout ce qui croit en Jésus-Christ — avait fidèlement tourné\nson char vers le séjour de son vicaire... Les Levantins y trafiquaient; —\nles cardinaux y chevauchaient, drapés de pourpre; les pélerins — de Saint-\nAntoine ou de Saint-Barthélmy — chantaient par les rues à tue-tête ; —\nde bateleurs, d'aventurières, — de moines de toutes couleurs, — d'excom-\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "                                  — 407 —\n\n muni2s qui avec componction — se frappaient la poitrine, de gens de\n guerre et de marine — qui se battaient au cabaret, — c'était un fouillis, un\n brouhaha, — comme il n'en est en aucun lieu. »\n    C'est au milieu de ce fracas que Nerto se hasarde, rassurée par la cour­\n toisie du commandant des gardes pontificaux, un neveu de Benoît XIII,\n Rodrigue de Luna, le soldat au cœur de lion et aux yeux de braise. Benoît\n écoute la jeune fille et l'acceptant pour guide gagne Château-Renard.\n   La petite ville est en émoi. Une innombrable cavalcade de gentilshom­\n mes fait escorte au Pape et au roi de Forcolquier, de Naples et de Jérusa­\n lem, qui en Saint-Trophime, demain, épousera la belle Iolande. Demain\n aussi, dans l'église de Saint-Césarin, la blonde Nerto s'étendra sous le\n suaire, tandis que les nonnains chanteront sur elle le De Profondis. Seul le\n mystère du cloître sauvera son âme et les plaisirs du monde ne laissent\n que poussière en s'évanouissant, dit-elle au beau cavalier Rodrigue, dont\nla galante mine n'est pas, malgré tout, sans faire quelque impression sur\nson cœur. Grandes fêtes donc en Arles la romaine, ainsi que nous conte maî­\ntre Boisset, le plus disert des Ariénins. Puis, Nerto, malgré qu'elle en ait,\nprononce ses vœux, hésitant entre l'amour de Jésus et les tendresses de\nRodrigue. « Entres, entres, ô notre sœur, vous ne sortirez plus, ni vivante,\nni morte ! » chantent une à une toutes les nonnes du moustier. Fou de\ndouleur et de rage, Rodrigue parcourt les bas quartiers où soudards et\nmatelots font noce et bombance. Une bande de routiers catalans à qui ni\nDieu ni Diable ne sauraient imposer, sur ses pas, mettent à sac le couvent\net, comme sur la galère capitane, chaque bandit cueille à brassée farouche\nla nonne dont le minois lui fait envie. De la ville, cependant, on vient au\nsecours du couvent saccagé et Rodrigue quitte Nerto évanouie pour proté­\nger la retraite de ses compagnons. La vierge reprend ses sens et fuit par\nla campagne, tandis que Rodrigue l'appelle comme un fou par les alis­\ncamps et la plaine. Un pieux ermite lui offre un instant un abri dans sa\nretraite, mais, sur le regard sévère de l'ange qui, chaque jour, lui apporte\nsa pâture, il craint la tentation possible et chasse la malheureuse délaissée\nqui gagne la Laurade.\n   \" Satan, vous le savez, fait ce qu'il veut, quand le bon Dieu le laisse agir.\nCette fois, le grand moqueur avait construit dans une nuit un bâtiment,\nsuperbe à l'œil, en pleine terre de Laurade. Sur le milieu d'une pres­\nqu'île, près du bois de Saint-Gabriel, le château se découvrait : architec­\nture fantastique, ni gothique, ni provençale, mais rappelant l'art sarrasin ;\ndes losanges de jais, d'or et de cramoisi des arceaux grêles festonnés en\nfaçon de trèfles ; des arabesques, des virevoltes courant follement de par­\ntout; des colonnettes tortillées comme des serpents qui se dressent, et des\ndiablotins qui se nouent aux chapiteaux tourbillants; puis des cornières\npeintes avec gargouilles en forme de dragons; des minarets surmontés\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": "                                 — 408 —\n\npar cet emblème de l'Islam, le croissant, qui transperce l'azur du ciel de\nses deux cornes ; puis dans la frise, à la moresque, parfaitement serti tout\nà l'entour, un grimoire cabalistique de caractères barbaresque. Enfin au\nfaîte du palais magique et dominant la grande lande, on voyait luire\nune couronne de bronze et d'or, large et farouche, avec des masques\neffrayants pour fleuron, comme au couvercle de l'enfer. Ensuite des sen­\n tiers en zigzag et des jardins en labyrinthe où l'on est perdu, si l'o nentre,\navec des mots mal entendus et des soupirs derrière les touffes, et des\narbres tortus, des plantes sombres, des fleurs étranges et des parfums qui\nétourdissent ainsi qu'une fumée... \"\n   C'est là que Rodrigue et Nerto se rencontrent de nouveau. Nerto vous\naime, Rodrigue, mais cet amour, si elle y cède, c'est sa perte ! Et notre\ngalant chevalier, sur cet appel à sa générosité, de se constituer le platoni­\nque défenseur de la belle, si bien que messire Satan, terrifié à la vue de la\ncroix que Rodrigue jette entre lui et sa victime, balaie dans une tempête le\nchâteau maudit, ne laissant au milieu d'un terre-plain qu'une nonne de\npierre à la place du donjon.\n   «Si quelque jour,bénévole lecteur,tu voyageais par la contrée de Laurade\nou de Saint-Gabriel, tu peux, au cas où tu le crois nécessaire, t'assurer de\nce récit. Dans la campagne, au milieu des moissons, tu verras la mourgue\nde pierre, portant au front la marque de l'Infernal et de ses foudres :\nmuette, plantée comme herme, elle écoute la germination. Et les petits\nlimaçons blancs voulant chercher un peu de frais, se collent sur son vête­\nment embaumé par la menthe ; et autour d'elle l'ombre tourne, et les\nsaisons suivent leurs cours, et tout change et tout se remue : la mourgue\nreste, noire et muette. Mais, à certaines dates, dit-on, sitôt que le soleil\nardent monte à son apogée, elle chante : l'oreille appliquée à la pierre, si\ntu peux percevoir le chant, vers midi, paraît-il, elle dit la salutation an-\ngélique. »\n   Voici analysé bien maladroitement peut-être le joli poème que le félibre\nde Maillane offre, ce mai, à Saint Gabriel de Tarascon, « simple histoire\ndu bon vieux temps, dit un critique, tout exprès familière et naïve, mais\ndoucement ironique parfois, et qui, comme les fantaisies de l'Arioste,\nsemble parfois vouloir se railler un peu elle-même. » Le poète l'a com­\nposée en un printemps pour se délasser des labeurs de l'édification du\n Trésor du Félibrîge, une sorte d'encyclopédie monumentale qui sera la\nBible des méridionaux et l'école félibresque de l'avenir. Nerto est donc un\njeu, et en tant que, une charmante et délicieuse babiole. On n'en peut pas\ndire autant de tous les poèmes de ces temps, de ceux surtout qui affichent\nde hautes prétentions. J'en voulais venir à ce point.\n\n                                                         ALBERT SAVINE,\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "                                   MEMENTO\nLa Musique. — Bibliothèque Gilon. — Rectification. — Aigles et Lions. — M. Ghio. —\n  Contes à Zola. — Sacountala. — La Société des publications littéraires.— Bibliographie\n  de M. Louis Hymans. — Ernest Gilon. — L'Étoile sainte. — L'Art de se faire aimer.\n  — En jouant du mirliton. — Le Concert improvisé. — Rapsodies. — Les Nuits\n  parisiennes. — Mme Van den Staepele, — Cinq mélodies, par FERNAND LEBORNE.\n  — L'Hystérique.\n   Dans les premiers jours d'octobre pro­\nchain paraîtra à Bruxelles une nouvelle             Vient de paraître, à Liège, un volume\npublication musicale hebdomadaire : La           de vers : Aigles et Lions, de M. Blanco.\nMusique. Ce journal, dont les idées natu­           Notre ami Camille Lemonnier en ayant\nrellement seront très avancées, aura pour        accepté la dédicace, nos lecteurs savent\ncomité de rédaction MM. Iwan Gilkin,             qu'ils ont affaire à un vrai livre. Il faudra\nAlbert Giraud, Octave Maus, Catulle              cependant que le poète se dégage des\nMendès et Erasme Raway ; comme secré­            influences sociales qui donnent à ses plus\ntaire de la rédaction M. Charles Delgouffre      vigoureuses pièces une allure désagréable\net comme administrateur M. Max Waller.           de propagande. Notre raffinement litté­\n                                                 raire moderne n'admet plus ces grands\n                                                 mots de liberté, de fraternité, d'égalité\n  Viennent de paraître dans la bibliothè­        qui riment avec tant d'obligeance. Tout\nque Gilon : Contes honnîtes traduits de          cela se trouve dans Béranger hélas 1 Que\nde Miss Hannah Lawrance et William Ro-           M. Blanco s'en gare. « O mon ami, dit\nbinson,par Mlle Louise Juste.— La Mon-           Banville dans une de ses adorables Lettres\nnaie et les Machines, par J.-B. Rosy.— La        à Pierrot, ne perdons jamais de vue le but\nPerle du Hameau, traduit de M mc Court­          de nos existences vouées à la contemplation\nmans par MM. Elseni et Gueury-Dambois.           du vrai : être inutiles ! »\n   — Chez Parent, dans la Bibliothèque\nbelge illustrée, un intéressant volume de\nM. Eugène Bolsaie sur l'Art de naviguer.            C'est très curieux, les éditeurs! Quel­\n   — Chez Ollendorff: La Calauette, roman        ques-uns s'obstinent à nous adresser des\nd'aventures qui n'ont pas le sens commun,        livres dont il nous est impossible de\npar un M. Camille Debans; Autour d'un            parler. L'éditeur Ghio, qui jette sur le\nChapeau, saynète de M. Jules Lcgoux.             marché pas mal de romans et de poèmes\n                                                 qu'il se garde bien de nous envoyer, nous\n                                                 expédie aujourd'hui un ouvrage intitulé :\n   Il a été dit dans notre numéro 6 du           Grandeur et décadence d'une Société\nmois de mai que M. Charles Magnette              Financière, par un Gogo.\n(Mettange) a été « chassé de la Jeune               Voyons, M. Ghio, qu'est-ce que cela\nBelgique n. La personne qui a rédigé ce          peut bien nous faire 1\nfilet a été trop loin dans ses termes et l'af­\nfirmation, insérée par erreur, est inexacte.\n                                                                      *\nM. Magnette s'est retiré spontanément               Contes à Zola par Auguste Paër. 1 vol.\nde la Jeune Belgique et n'en a pas été           Paris, Tresse, 3.50.\nle moins du monde expulsé. Il suffit pour           Cy un livre où il y a une bonne, une\ns'en convaincre de relire la 2' page de          très bonne nouvelle à la Maupassant inti­\ncouverture du n° 1 de notre tome II.             tulée Gueule-de-Singe. C'est une étude\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "                                          — 410 —\n\nparisienne bien attrapée et palpitante que       cents, comédie (1852); Le Diable à Bru.\nnous recommandons fort. Le reste du vo­          xellcs (avec J. Rousseau) (1853); Le parti\nlume est une suite d'historiettes de bon         de la Paix au parlement        d'Angleterre\njeune homme qui a trop lu Mürger et qui          (1855); L'Eglise et les libertés belges,\njoue les absinthes en chambre. La dédicace       Lettres moscovites, Un brillant Mariage\n Émile Zola est très amusante. L'auteur à        (1857); Le Rhin monumental et pittores-\nnous y annonce que « des idées d'humanité,      que (1857-1861); La famille Buvard (1858);\nde patrie et d'amour ont présidé à l'éclosion    flirta, La Courte Echelle, Quinze jours\nde ces contes, •• ce qui est très louable, et    dans l'Oberlaud bernois (1859); André\nque l'auteur de La joie de vivre a une          Baiily (1861); Histoire populaire de Bel-\n« véhémente méridionalité de félibre, « ce      gique (1860); Histoire populaire du règne\nqui n'est pas mal trouvé! Enfin! il y a          de Léopold I\" (1861); Manuel de l'His-\nGueule-de-Singe qui sauve la situation.         toire de Belgique (1867); Histoire politi-\n                       *                        que et parlementaire de la Belgique de\n                   * »                           1814 à J830 (1869); traductions de Le\n   Sacountala. Un vol. Paris. Librairie         Monde avant la création de l'homme, de\ndes bibliophiles; 3 fr.                         Zimmermann (1857), du Manuel d'His-\n   L'artiste éditeur Jouaust donne une tra­     toire de la Peinture, de Waagen (1863) et\nduction nouvelle du pur et merveilleux          de la Famille Boroni deDisraëli(l857-61);\ndrame hindou de Calidasa. Il y a, dans ce       Histoire parlementaire de 1830 à 1880;\npoème exotique évoquant des flores mys­         Six nouvelles (1883) ; Bruxelles à travers\ntérieusement virginales, tout un monde          les Ages (1884).\nd'êtres inconnus des littératures. Sacountala\nest une figure hiératique, vague et symbo­         Nous recevons de Verviers un volume\nlique comme la Salomé de Moreau et gra­         intitulé :\ncieuse comme elle. Nous donnerons pro­\n                                                     B I B L I O T H È Q U E GILON\nchainement une étude sur l'œuvre.\n                                                            (Volume exproprié)\n   Il vient de se fonder à Paris, sous la             ERNEST            GILON\ndirection d'un M, Guy de Puyserpès                        Par PAUL GOMBES\nune société dite « Des publications litté­      volume qui nous apprend, entre autres\nraires » dont les statuts nous ont été          choses peu intéressantes : 1° qu'il existe un\nenvoyés ainsi sans doute qu'à tous ceux qui     M.Gilon— nous le savions.—2° qu'il existe\ns'occupent de Lettres. Sans accuser per­        un M. Paul Combes — connais pas ! (je ne\nsonne, nous engageons nos lecteurs à une        suis pas le seul, Monsieur!) — 3° que\ncertaine prudence si d'aucuns désiraient        M. Gilon a fait beaucoup de bien aux\ns'inféoder à cette \" Société de Gens de         classes ouvrières — c'est très vrai — 4° que\nLettres » en miniature. Après lecture           M. Gilon a fait quelque chose pour la\nattentive des Statuts, nous avons acquis la     littérature, et ici je proteste de toutes mes\nconviction que c'est une étonnante fumis­       forces. Que M. Gilon, Anastase, Pancra-\nterie.                                          cius, Onuphre ou Ernest soit un philan­\n                       *                        thrope, qu'il ait fondé le cercle l'Etude et\n                   *                            le cercle le Progrès, les Soirées populaires\n   M. Louis Hymans est mort le jeudi            qui dit-on, rendent de grands services, la\n22 mai, à Bruxelles, âgé de cinquante-cinq      Jeune Garde de l'instruction publique\nans. Voici les ouvrages qu'il laisse : Tra­     et une foule d'autres institutions très mé­\nduction des Mémoires et documents iné-          ritoires, je le veux bien, mais que l'on\ndits sur Van Dyck et Rubens de William          vienne nous corner aux oreilles qu'il a fait\nHookman Carpenter (1845) Robert le              du bien aux Lettres, encore une fois je\nFrison, drame (1847); Histoire du Mar-          proteste. La littérature, Monsieur Gilon,\nquisat d''Anvers (1847); Les Deux Inno-\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "                                            —      411   —\n\ntouchez pas ! à bas les pattes ! mêlez-vous              ble être le véritable organe de la jeunesse\nde vos affaires ! Comment ! voilà plus de                littéraire du \" quartier ».\ncent volumes publiés et distribués à profu­                 M. Trézenik publie simultanément au­\nsion; là-dessus il n'y en a pas dix, entendez-           jourd'hui deux jolies plaquettes, une de\nvous, qui vaillent d'être lus, — j'en con­               prose, une de vers. L'art de se faire\nnais trois de Lemonnier et un de Caroline                aimer est une série de fines observations\nGravière, quatre reproductions — et vous                  de physiologie féminine parmi lesquelles\nviendrez nous parler de bienfaits et de ser­              nous notons celles-ci :\nvices rendus I Mais elle est grotesque,                     « Tenir à quelque chose, c'est se montrer\ncette collection I Elle est, faite livre, la             » inférieur... Tout peut se résumer en un\ncolonne triomphante de la pédanterie                     » mot : l'indifférence, jouée ou sincère, à\n                                                         » l'égard des femmes. Ne leur faites ja-\nniaise, de la science à bon marché, de tout                 mais de compliments, et, s'il vous en\nce qu'il y a dans notre pays de bour-                    » échappe, soulignez-les d'un sourire ironi-\ngeoisisme et d'enfantillage. Elle a porté                   que qui en soit comme la négation. »\nl'art social à son point culminant et dé­                   » Une anecdote en passant. Je causais\nmontré péremptoirement ce que c'est.                     » jambes avec une femme sur qui j'expéri-\nQu'elle soit utile, c'est possible ; qu'elle ait            mentais ; c'était en province, nous nous\n                                                         » trouvions dans un sentier très étroit ; le\nrépandu certaine dose d'instruction pri­                 » reste de la compagnie était un peu à\nmaire, parfait, mais pour Dieu que jamais                » l'écart, nous suivions, moi devant, elle\non n'accolle ces deux vocables : Bibliothèque            » derrière. — En province, disais-je, les\n                                                         » femmes ne savent pas se jarreter, et\nGilon, à celui de littérature. Un Clément                   n'osent par conséquent se retrousser.\nLyon ou autre Wagener pourrait seul dire                    » — On prétendait, dans le temps, dit\ncela sans rire !                                         » tout à coup cette dame, que j'avais la\n                       «                                    jambe bien faite.\n                                                            » — Je n'en doute nullement, madame.\n    L'Etoile Sainte, poésies de M. Albert                    » — Et même, ajouta-t-elle, il en reste\n                                                         » encore d'assez concluants témoignages :\nJounet, 1 vol. Paris. Librairie des biblio­              » qu'en dites-vous?\nphiles.                                                      « Et j'entendis un frôlement de jupes.\n    Par ces temps de doute et négation, ce                     Et madame, interrompis-je sans me\nlivre apparaît dans la publicité comme                      retourner, je vous crois sur parole.\n                                                               C'était bien joué. »\nl'expression d'une foi ferme et d'un élan\nhardi vers un idéal immatériel. On peut                     Je n'affirmerai pas que la provinciale de\nêtre surpris d'un ton si contraire à celui               M. Trézenik fût du meilleur monde, mais\ndes œuvres contemporaines. Mais la sin­                  l'observation est amusante et spirituelle.\ncérité de ce mysticisme et la forme poéti­                  En jouant du mirliton, des vers jeunes\nque qui le manifeste pourront intéresser                 d'un scepticisme un peu factice et boule-\nceux-là même qui font profession des doc­                vardier traversés de fraîches piécettes où\ntrines irréligieuses. D'autres y trouveront              s'épanche un joli sentiment.\nune nouvelle affirmation de leur foi et                     Citons un sonnet :\n l'espoir d'un avenir de bonheur pour l'hu­                           EN NOVEMBRE\nmanité.                    {Communiqué.)                 Les nids abandonnés, pourris sous les buissons,\n                                                         Que nous montre l'automne au bout des branches\n                      * *                                                                            [nues,\n                                                         En novembre parfois, au fond des avenues.\n' L'Art de se faire aimer, par Léo Tré­                  S'emplissent tout à coup de plaintives chansons.\nzenik. Une plaquette, Paris, Vanier, 2.00.\n— En jouant du mirliton, poésies par Léo                 Ce sont les vieux oiseaux qui, malgré les frissons\n                                                         Que vient glisser l'hiver sous leurs plumes ténues,\nTrézenik. Une plaquette, Paris, Vanier,                  Sont revenus tout seuls do terres inconnues\n1.50. — Nous connaissions déjà M. Tré­                   Pour revoir un instant leurs anciennes maisons.\nzenik, d'abord par son curieux volume de\n                                                         De même, lorsque vient la soixantième année,\nvers Les Gouailleuses, mais surtout par                  Et qu'on songe à jadis, près de la cheminée,\nson vaillant petit journal Lutèce qui sem­               L'âme emportée au loin vers le passé béni,\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "                                                      412 —\n                              »\nDans un eoin réveillé du cœur qui se rappelle,           poète ne se châtie davantage à l'avenir\nIl semble qu'on entend soudain comme un bruit\n                                          [d*aile :      Nous apprenons qu'il prépare un volume\nC'est un vieux souvenir qui revient à son nid.           nouveau intitulé l'Homme à passion, nou­\n                                                         velles naturalistes; donne-t-il aussi dans\n                                                         cette abstraction qu'on appelle natura-\n   Vient de paraître, à Liège, une amusante\n                                                         lisme? Ce serait trop bête, franchement!\ncomédie-vaudeville en un acte de M. Jean-\nsans-Terre intitulée : Le Concert impro-                                      **\nvisé.                                                      Reçu de Mme Van den Staepele une de\n                       * *                               ces ravissantes aquarellettes mélodiques,\n   L'éditeur Aug. Brancart, de Bruxelles,                supérieure encore par l'intensité de l'ex­\nvient de réimprimer sur l'édition de Paris,              pression, et la pureté du dessin, à tout ce\nde 1832, les Rapsodies de Pétrus Borel, le               qu'elle a public dans ce genre. C'est\nLycanthrope. Œuvre vraiment très curieuse                Mme Van den Staepele, une de nos rares\nque l'auteur, à la date de novembre 1831,                femmes compositeurs, qui, l'année der­\nprésente ainsi lui-même au public : \" Il                 nière, entraînait à Bruxelles toute la pha­\nfaut qu'un enfant jette sa bave avant de                 lange chorale de Louvain pour l'exécution\nparler franc; il faut que le poète jette la              du Hoyoux.\nsienne, j'ai jeté la mienne: la voici!                                        *\nEt plus loin : « Ceux qui liront mon livre                                    **\nme connaîtront : peut-être est-il au-dessous                De Fernand Leborne, un Belge aussi,\nde moi, mais il est bien moi; je ne l'ai                 Cinq Mélodies, où perce encore, à travers\npoint pour le faire, je n'ai rien déguisé ;              l'originalité réelle, l'influence du maître\nc'est un tout, un ensemble, corollairement               Massenet. Il est regrettable qu'elles sortent\njuxta-posé, de cris de douleur et de joie                du cadre léger si moderne de la mélodie,\njetés au milieu d'une enfance rarement                   par un excès de couleur dramatique.\ndissipée, souvent détournée et toujours                    La Justice, de Paris, publie en ce mo­\nmisérable. » En somme, un volume pré­                    ment, en feuilleton, l'Hystérique de notre\ncieux qui prendra sa bonne place dans la                 ami Camille Lemonnier; immédiatement\nsi intéressante collection de l'éditeur Aug.             après, le roman paraîtra chez l'éditeur\nBrancart.                                                Charpentier.\n                       **\n   Sous ce titre : 'es Nuits parisiennes, un                A propos de notre Dialogue des Morts,\njeune boulevardier comme pas un, épris en                M. Goffin, de l'Avant-Garde, nous envoie\nmême temps d'un idéal bien moderne,                      une sorte de droit de réponse que nous ne\nM. Ernest d'Orllanges, vient de publier                  pouvons publier pour diverses raisons, dont\nun volume de vers d'une allure « riche-                  la première est celle-ci : c'est que M. Goffin\npinisante », haute en canaillerie et forte.              n'a été ni désigné, ni attaqué dans ce dia­\nCertes, M. d'Orllanges'n'a pas encore une                logue. L'Avant-Garde apubliéun dialogue\nforme très correcte, son vers se déhanche                de riposte. C'est de bonne guerre, et nous\nà la façon des gadoues et des cocottes qu'il             sommes quittes.\nchante, mais nous ne doutons pas que le                                                  NEMO.\n"}, {"page_pdf": 452, "texte": "                VIENT         DE           PARAITRE:\n\n KERMESSES                         PAR\n\n                    GEORGES           EEKHOUD\n      D E S S I N S D E F. V A N K U Y C K\n             Un volume. Henry Kistemaeckers : 5 fr.\n\n\n\n       PIERROT LUNAIRE\n                                   PAR\n\n                   A L B E R T GIRAUD\n            Un volume. Alphonse Lemerre : fr. 3-50\n\n\n            H. LUPPENS\n4 6 et 48, Boulevard Central, 20, rue du Chêne\n                           BRUXELLES\n                       Maison fondée en 1850\n  BRONZES D'ART & D'AMEUBLEMENT, PENDULES\n            G A R N I T U R E S D E CHEMINÉES\n EN    CUIVRE    POLI,    BRONZE,        MARBRE     ET   COMPOSITION\n\n        LUSTRES, SUSPENSIONS, LANTERNES A GAZ\n                      A L'HUILE ET AU PÉTROLE\n\n      ENTREPRISE           DE      P L A C E M E N T DE GAZ\n                Porcelaines Chine & Japon montées en bronze\n PRIX     FIXE,      MARQUÉ         EN    CHIFFRES            CONNUS\n\n\n\n                ŒIL                 BLAS\n                           Journal Quotidien\n         PARIS, 16, BOULEVARD DES CAPUCINES, 16, PARIS\nPublie L A FOURNAISE, par L. GAGNEUR\n  Un numéro : 20 centimes. Abonnements : (3 mois) : 17 francs\n                EN VENTE         PARTOUT\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": "   INSTITUTION INTERNATIONALE\nPOUR L'ÉDUCATION DES J E U N E S                                                       GENS\n                          établie en 1850\n              à BONN                  (PRUSSE                  RHÉNANE)\n                                 (31, W e b e r s t r a s s e , 31)\n                          sous l a d i r e c t i o n d e\n        Laurent                      MORSBACH,\n    Docteur en philosophie et gradué en langues anciennes et modernes par\n                            l'Université de Bonn.\n\n\n                      PROGRAMfflîllES^COURS :\n    L A N G U E S MODERNES (Allemand, Anglais, Espagnol, F r a n ç a i s ) .\n    LANGUES CLASSIQUES ( L a t i n et G r e c ) .\n    HISTOIRE      ET GÉOGRAPHIE.\n    MATHÉMATIQUES (Arithmétique, Algèbre, Géométrie).\n    SCIENCES. COMMERCIALES.\n\n                            Observations Générales\n     L e nombre d'élèves est limité à u n e vingtaine. — Ne sont admis q u e\ndes internes.\n     L e pensionnat est situé dans le premier q u a r t i e r de l a ville.\n     Bonn, ville d'université, est connue pour la salubrité d e s a situation\net ses beaux environs.\n\n                               CONDITIONS\n    L e prix de la Pension est : 1200 marcs (1500 francs) p a r a n .\n    Ce prix comprend la pension, l'instruction et le blanchissage. .\n    L ' a n n é e scolaire commence le premier octobre.\n\n\n\n  HUMANITÉS                                          COMPLÈTES\n                     à domicile (en trois                         années)\n           PREPARATION A U X EXAMENS\n                                                de\n\nPHILOSOPHIE & LETTRES\n     Cours et Répétitions particulières de latin, philosophie, l i t t é r a t u r e , e t c .\n\n   NOMBREUX                SUCCÈS            OBTENUS                  AUX       EXAMENS\n( 1 8 passés avec grand succès s u r 2 0 élèves présentés aux examens de 1883-84)\n\n\n             EXAMEN de SECRÉTAIRE DE LÉGATION\n                 Cours et leçons particulières d'anglais et d'italien.\n          Conversation,     Grammaire,       Traduction,      Rédaction,    Littérature.\n\n    S'adresser à R . B E N H A M , professeur, 170, rue Jourdan (Forte               Louise).\n\n               Bruxelles. — Imprimerie E D . MAHEU, 18, rue des Sables.\n"}], "calendrier": {"precision": "intervalle", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1884-07-15", "preuve": "Couverture PDF 402 : du 15 juillet au 15 août 1884.", "date_fin": "1884-08-15"}}