{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "5e A N N É E . 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P R I X : 60 CENT.        1 er FÉVRIER   1885.\n\n\n\n\n                                             LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE: Le Vice suprême", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 162, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 202, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "SOMMAIRE:\n     Le Vice suprême                                               I W A N GlLKlN.\n     Nuit au jardin                                               I W A N GlLKlN.\n     Toques et robes                                              ARTHUR JAMES.\n     Vœux de Noël                                                 MAURICE VAUCAIRE.\n     Flemm-Oso                                      . .           X....\n     Félicien Rops (suite)                                        JOSÉPHlN PÉLADAN.\n     Chronique I. A l ' A r t Moderne                             ALBERT GIRAUD.\n     littéraire:   I I . Mon oncle le jurisconsulte   .           MAX WALLER.\n     Chronique artistique : L'exposition de l'Essor.              EMILE VERHAEREN.\n     R. I. P . . . .                                              TÊTE-DE-MORT.\n     Memento\n\n\n\n\n                                     BRUXELLES\n                 ADMINISTRATION :                               RÉDACTION :\n                 RUE DE L'INDUSTRIE, 26                     80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                             1885\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "souvenons bien, il ne s'y trouvait rien de bien marquant.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 163, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1239, "fin_caractere_exclue": 3303, "texte": "BOITE AUX L E T T R E S\n    1. FLORENT V. Coblence. — Ni la Ballade ni La Hideuse ne valent lourd, cher confrère.\n La critique vous chausse mieux.\n   2. X Y. Z. — Chabrot, voulez-vous savoir quoi? Vous m'embêtez, na! Garçon, un\n« bock.\n   « Celle qui parlait était assise — mettons couchée — sur la terrasse devant la plage,\n« parmi trois jeunes gens Son parasol large, aveuglément rouge, avait, au bord une\n« dentelle qui pendait. Taille anguleusement busquée, robe en fourreau     extravagamment\n« courte et cintrée. Une moiteur blanche sur la ligure poudroyait. Et son pied, qui était\n« tout petit, une gaillardise l'avait campé sur la chaise d'en face, sans vergogne. Il\n« soulevait, en les drapant, des blancheurs intimes et troublantes. — Une fille. »\n   Votre Idylle bourgeoise, cher monsieur, écrite toute dans ce style tarabiscoté, poncif,\nfactice, ne vaut absolument rien. A recommencer.\n   3. GEORGES KEL. — Médiocre encore. Pas d'accent, pas d'harmonie. Refusé, refusé.\n   4. A. L. C. — Irradieux n'est pas français. Les Jéroses ne valent pas grand'chose,\nmais passeront dans notre prochain numéro. Ceci pour ne pas vous décourager.\n   5. ADOLPHE RIBAUX. — Le sonnet panthéiste passera dans le prochain numéro.\n   6. RICHARD S. HERSTAL. — Votre Souvenir est bizarrement « gaga ». Cela sent son\namplification de rhétorique. Quelque chose de plus sérieux s. v. p.\n   7. UN VIEIL ABONNÉ — .... du piano où une sienne amie tenait l'orchestre.... » Bizarre !\nBizarre et mystérieux — mais mauvais.\n   8. UN ABONNÉ DE TROIS ANS. — Vos variations sur le nez manquent de charme, cher\nabonné, c'est du sel gros comme le ventre de M. Sarcey.\n   9. MAC RAU. — Vous ne vous flattez pas dans vos signatures, cher correspondant.\nVotre fantaisie n'est pas mauvaise; elle renferme même des choses fort drôles, mais\nl'ensemble est triste. Au panier.\n   10. SAÏD. — Les masques dorment dans nos cartons. Chut ! ne les réveillons pas.\n   11. CLAROLD. — Impossible de remettre la main sur votre copie. Si nous nous\nsouvenons bien, il ne s'y trouvait rien de bien marquant.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 149, "page_fin": 153, "titre_corps": "Le Vice suprême", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "LE VICE SUPRÊME", "ancre_fin": "IWAN GlLKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "LE VICE SUPRÊME\n\n\n                                 La Décadence ! C'est le thème funèbre qui\n                              envahit la littérature contemporaine. Hélas!\n                              il n'en est pas de plus réel. Et une fois de\n                              plus, qu'il l'air voulu ou non, l'art est le miroir\n                              de diamant où se dresse l'image tragique de\n                                 la société. Mais ce n'est que dans les épo­\n                                   pées fabuleuses que les miroirs de diamant\n                                     réveillent les héros engourdis dans les\n                   léthargiques jardins des magiciennes!\n                      La Décadence! Nous y sommes. Nous y plongeons\n                 irréparablement, comme les baigneurs enlisés dans une\n                 plage fondante. Elle est dans nos âmes, qui n'ont plus\n                 de volonté; elle est dans nos idées, qui n'ont plus de\n                 direction; elle est dans nos mœurs, qui n'ont plus de\n                règle, dans nos sociétés, qui n'ont plus de tête, dans notre\n                politique, qui n'a plus de boussole. C'est la désagrégation\n                de toutes les forces. Plus de subordination, plus d'ordre.\n                Chaque parcelle veut être indépendante du tout, et c'est le\n                triomphe du fragment, la véritable et irrémédiable anarchie.\n                  Pour l'observateur sans parti-pris, qui, par curiosité ou\nmétier, étudie les grandes agglomérations d'hommes comme de vastes orga­\nnismes où les phénomènes vitaux se succèdent selon des lois nécessaires, la\nsociété française est aujourd'hui pareille à un fruit trop mûr, dont la décom­\nposition s'accomplit. Les symptômes de cette décomposition sont nom-\n                                                                        10\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2904, "texte": "                                  — 150 —\n\n  breux. Le plus facile à saisir et le plus saisissant peut-être est la ressem­\n blance avec la dissolution de la civilisation romaine. L'écroulement de la\n religion traditionnelle, le pessimisme, voire le nihilisme philosophique, la\n fatigue de penser, l'impuissance de vouloir, le de'goût d'agir, de dilettan­\n tisme de l'esprit, le dandysme des mœurs le raffinement, exaspéré des sens\n et des passions que rien ne peut satisfaire, l'appétit des jouissances désor­\n données, les aspirations à l'impossible, — Néron s'appelait lui-même\n impossibilium cupitor, — et, chez les âmes encore énergiques, des efforts\n violents de bouleverser la société afin de la doter d'un idéal nouveau ;\n l'extinction politique, morale et physique de l'aristocratie de naissance,\n le règne des imbéciles, des faiseurs, des histrions et des femmes, enfin,\n tout au fond, on ne sait quelle altération physique de la race, qui semble\n transposer les sexes, l'apparition, à tous les étages de la société, de l'être\n adorable et fatal, sinistrement beau comme Azraè'l, l'annonciateur de la\nmort, — l'Androgyne ! Voilà les signes infaillibles, — oh ! l'on en pourrait\nciter bien d'autres et l'on devrait non les énumérer seulement mais les\nétudier tous! — voilà les signes de la Décadence! Mais il en est un plus\ncaractéristique encore ; c'est la Conscience de la Décadence.\n    Sans parler des moralistes spleenétiques et des prédicateurs pour qui le\ntemps présent est toujours le pire, voici que des écrivains supérieurs, des\nphilosophes, des historiens, des romanciers, des poètes l'analysent et\nla célèbrent. Pour les uns elle est affreuse et haïssable, pour d'autres\nelle surpasse en splendeur les grandes époques saines. Mais qu'ils la\ndétestent ou l'admirent, elle les obsède. Baudelaire qui l'adorait et l'exé­\ncrait à la fois, comme une divinité délicieusement malfaisante, fut son\nhiérophante et son initiateur. Elle palpite sourdement dans les œuvres de\nFlaubert; son murmure inquiète dans les romans des frères de Goncourt,\nd'Emile Zola, — dans la Curée, dans Eugène Rougon, dans Pot-Bouille,\npartout! Entendez-vous comme elle gronde dans les terrifiantes Diaboli-\nques, de Barbey d'Aurevilly? Mais voici la clameur suprême; voici qu'en\ncriant lugubrement son nom elle hurle à la mort dans deux livres fris­\nsonnants d'une tragique épouvante : A Rebours et le premier roman d'un\njeune homme déjà célèbre, Joséphin Péladan.\n   Oui, la décadence se proclame. La société française qui se dissout regarde\nla gangrène envahir fibre à fibre ses chairs pourrissantes, avec la lucidité\nd'un médecin étudiant la plaie mauvaise dont il doit mourir. J'ai vu des\njeunes gens de dix-sept ans, d'ailleurs peu enclins à la mélancolie, se pas­\nsionner pour l'exact réalisme d'A Rebours et faire de cette effrayante\nanalyse de la décomposition sociale leur bible de chevet. Confrontant les\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2888, "texte": "                                   —   151   —\n\n\nsensations et les idées de Des Esseintes avec les secrets ferments de leurs\nâmes, ils en admirent la profonde vérité. Et ils l'aiment, ce livre malsain\nqui les empoisonne ! Ils se délectent à ses suggestions dangereuses ceux-là\nmême qui ne comprennent point, fascinés à leur insu par l'image de l'irré­\nmédiable maladie de leur race. Fascination redoutable ! Car ces corrodantes\nlectures propagent et enveniment le mal. C'est l'effrayante fatalité des déca­\ndences que plus on les sonde plus s'active leur ensorcelante putréfaction.\n    M. Huysmans avait noté, avec une méticuleuse exactitude, les phénomènes\nde la vie physique et psychique d'un décadent du XIXe siècle sans oublier\nles détails minuscules, les puérilités, qui augmentent la valeur documen­\ntaire de son livre sans en renforcer l'effet artistique. Il est vrai que l'art y\nprend sa revanche dans la somptuosité orientale de la langue; elle foisonne\nde mots rares, précis, flamboyants comme des pierreries précieusement\ntaillées, de vocables savoureux et exquis, de verbes tout parfumés d'odeurs\ncapiteuses. Au lieu d'analyser le décadent, de le démonter pièce à pièce,\ncomme un mécanisme d'horlogerie, M. Péladan, lui, s'est attaqué à la\nmétaphysique passionnelle de la décadence. Celle-ci est caractérisée par ce\nqu'il appelle le Vice suprême, le péché savant et raisonné, la faute, —\n effectuée on non, peu importe! mais conçue, vue, et chérie dans sa vision.\n « L'esthétique du mal; ce vice surnaturel dont l'apparition sonne le glas\ndes décadences, la séduisit et développa en elle-même ce que l'Eglise appelle\nl'Esprit de Malice.\n    « Qu'on nie Satan ! La sorcellerie a toujours des sorciers, non plus des\nbergers noueurs d'aiguillettes, envoûteurs de fermiers et jeteurs de sorts aux\nbestiaux ; mais des esprits supérieurs qui n'ont pas besoin de grimoire, leur\npensée étant une page écrite par l'enfer pour l'enfer. Au lieu du chevreau,\nils ont tué en eux l'âme bonne et vont au sabbat du Verbe. Ils s'assemblent\npour profaner et souiller l'idée. Le vice qui est, ne leur suffit pas, ils inven­\ntent, ils s'émulent dans la recherche du mal nouveau, et, s'ils le trouvent,\ns'applaudissent. Où est la pire, de la Sabazie du corps ou de celle de l'es­\nprit, de l'action criminelle ou de la pensée perverse ?\n    « Raisonner, justifier, héroïser le mal, en établir le rituel, en démontrer\nl'excellence, est-ce pas pis que le commettre? Adorer le démon ou aimer le\nmal, terme abstrait ou concret du fait identique. Il y a de l'aveuglement\ndans la satisfaction de l'instinct, et de la démence dans la perpétration du\nméfait, mais concevoir et théoriser exigent une opération calme de l'esprit,\nqui est le Vice suprême. »\n   Pécher par la pensée, subtiliser à l'infini ces cogitations perverses, en\nimaginer sans trève des combinaisons monstrueuses, et surtout induire les\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "                                 152\n\n\n autres en tentation sans jamais les satisfaire, en sorte qu'eux aussi s'aban­\ndonnent sans frein aux débauches mentales, Léonora d'Esté, l'héroïne de\n ce livre, et sa cour mondaine, la Nine et les seize dominicaux ne font pas\n autre chose.\n    De cette fermentation d'idées corrompues surgit l'idéal passionnel de la\ncorruption, l'androgyne, « vampire suprême des civilisations vieillies, der­\n nier monstre avant le feu du ciel ». Ah ! trouver dans un même corps, dans\nune même âme, toutes les chairs, toutes les séductions, toutes les voluptés,\n mêler l'amour selon la nature aux folles délices de Lesbos et de Sodome,\n boire sur les mêmes lèvres les baisers de Marguerite, de Sapho et d'Anti­\n nous, c'est le rêve de toutes les sociétés qui se meurent dans l'épuisement\ndes jouissances; rêve suprême où toutes les beautés humaines sont quintes-\nsenciées, surextrait d'odeurs amoureuses si violent et si délicat qu'auprès de\nlui tout autre amour écœure. Le fatal et divin Hermaphrodite, le Chérubin\ndes décadences, l'éphèbe éblouissant dont les beaux yeux calmes ont vu\nmourir Athènes et Rome, l'Emmanuel de la fin des races, pose déjà son\npied blanc sur l'autel esthétique des peuples latins, et devant sa déité mor­\ntellement exquise, poètes, peintres, sculpteurs et musiciens brûlent dans les\nliturgiques cassolettes l'encens enivrant de leur génie. L'art chante la messe\nnoire !\n   M. Péladan est catholique, et pour lui il n'y a d'autre remède à la\ndécomposition croissante de la société latine qu'un retour au catholicisme.\nDeux personnages proclament cette doctrine dans son livre, le dominicain\nAlta et le mage Mérodack. Car le catholicisme de M. Péladan s'accommode\naisément de la magie, et devant I'official il sentirait un peu le fagot. Cette\nmagie a suscité de nombreuses critiques ; on l'accuse de folie ou tout au\nmoins d'invraisemblance, comme si la magie n'était pas l'inévitable puru­\nlence du mysticisme qui a perdu la santé de la foi. Elle apparaît chaque\nfois que s'affaisse la religion d'un peuple.\n   Le personnage de Mérodack mérite davantage les reproches. Qu'est-ce\nque ce mage qui envoûte les gens et lit l'avenir dans les astres? La magie,\nsoit! Mais pour l'intelligence supérieure d'un Mérodack elle ne peut être\nqu'un symbole. C'est ainsi que l'a comprise M. Péladan lui-même dans le\ntrès curieux chapitre intitulé Hermétique. Mais que l'auteur nous conte\nsans rire que son héros a foudroyé M. de Donnereux d'une congestion\ncérébrale en comprimant une tête de cire confectionnée à l'image et à la\nressemblance de la victime, oh ! l'inacceptable plaisanterie ! Mérodack,\nmage, magnétiseur, directeur de l'avenir, c'est l'idéal bizarre du jeune\nhomme de vingt ans qui se croit des droits à la puissance suprême et qui,\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "                                  — 153 —\n\n dans ses rêves à peine pubères, se plaît à lancer, du bout de son petit\n doigt, la foudre divine sur la tête de ses ennemis; et ces ennemis, Dieu sait\n combien sa juvénilité intransigeante en crée en six jours!\n    Un autre défaut du livre, c'est la tournure mélodramatique qu'il prend\n après les sermons du père Alta ; le viol de Corysandre, le suicide du prince\nde Courtenay après son duel peu congru, l'enlèvement du cadavre du\ncomte de Chiaravalle, enfin la mort baroque du marquis de Donnereux,\nautant de conceptions que n'eussent désavouées ni M. Ponson du Terrail\nni M. Ernest Capendu, et qu'il est irritant de rencontrer après les superbes\npages du début et surtout à côté des chapitres d'une très haute valeur litté­\nraire qui sont intitulés : les Pervers, l'Orgie dominicale, Une Première,\n Un mardi casuistique, auxquels il faut ajouter les trois sermons du\n père Alta, d'une profonde et éblouissante éloquence!\n    Tel qu'il est, ce livre très remarquable par la puissance des idées et du\n style, bien que ce dernier ait trop visiblement pour père Barbey d'Aurevilly,\nnous annonce, ou plutôt nous donne déjà un romancier de la forte race de\nBalzac, qui dépasse la simple analyse individuelle pour atteindre à la pein­\nture synthétique de toute une société.\n    Le Vice Suprême est orné d'une eau-forte où s'épanouit tout le prodi­\ngieux génie de Félicien Rops. Dans une nuit peuplée de corbeaux, au dessus\nd'un piédestal sinistre, où la Louve romaine décharnée épuise les dernières\ngouttes de lait de ses mamelles flétries pour deux fantômes d'enfants, un\nsquelette de gommeux, en frac et en pantalon mou, le gibus à la main,\net, sous le bras, la tête que ses épaules ont perdue, tout ouvert un cercueil\ndressé, où une ossature de fille, les cheveux frisottés à la chien, la robe\nimpudiquement troussée sur les tibias, minaude du sourire et de l'éventail\nFinis latinorum !\n                                                           IWAN GlLKIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 154, "page_fin": 154, "titre_corps": "Nuit au jardin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "NUIT AU JARDIN", "ancre_fin": "IWAN GlLKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 169, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 1272, "texte": "NUIT AU JARDIN\nConnais-tu la douceur des beaux jardins nocturnes\nOù, sous les baisers blancs de la lune, les fleurs\nVoluptueusement froides et taciturnes\nVersent leurs parfums lourds dans la lumière en pleurs?\nConnais-tu la douceur des beaux jardins nocturnes ?\n\nComme une fleur qui chante, en la vasque d'eau vive\nSur sa tige s'élance et tinte le jet d'eau,\nEt, lys surnaturel, sa corolle plaintive\nMonte en désirs mourants vers l'astre jeune et beau,\nComme une fleur qui chante en la vasque d'eau vive.\n\nViens ! la brise épuisée a des saveurs étranges.\nViens! Je sais le secret d'un amour singulier\nDont le charme interdit étonnerait les anges;\nC'est un fruit oublié sur l'antique espalier.\nViens! la brise épuisée a des saveurs étranges.\n\nUne virginité douloureuse et divine\nS'évapore dans l'air comme un encens très doux.\nO bonheurs incréés qu'un cœur souffrant devine !\nVoici, voici qu'expire éperdûment en nous\nUne virginité douloureuse et divine.\n\n— Aux paradis gelés, où la neige et le givre\nSe pâment sur les flancs exsangues des glaciers,\nLa volupté du froid et du silence enivre\nComme un léthé cruel les cœurs émaciés,\nAux paradis gelés de la neige et du givre.\n                                          IWAN GlLKIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 155, "page_fin": 159, "titre_corps": "Toques et robes : Esquisses judiciaires", "titre_sommaire": "Toques et robes", "rubrique": "", "signature_source": "Arthur James", "ancre_debut": "TOQUES ET ROBES", "ancre_fin": "ARTHUR JAMES", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 170, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 2115, "texte": "TOQUES ET ROBES\n         ESQUISSES                    JUDICIAIRES                      (I)\n                                  LES DIEUX\n               Dans l'Olympe, très haut, bien au dessus de la foule grouillante,\n                 trônent les Dieux.\n                    Ils sont douze, tout au plus, douze comme les divinités de\n                la Mythologie, douze comme les apôtres de la Chrétienté.\n    Ils forment un corps d'élite, n'ayant guère de rapports avec le vulgaire\n des gens de robe. C'est la garde d'honneur du Droit!\n    D'où viennent-ils? D'aucuns m'ont assuré les avoir connus jadis escho­\n liers, étudiants, stagiaires comme tout le monde.\n    On m'a également, à leur sujet, narré des légendes, de belles légendes\n imprégnées de poésie. Je doute parfois de l'histoire ; j'ai foi plutôt en la\n légende. Elle m'a dit : Vois ces êtres, écoute-les, ils ne ressemblent nulle­\n ment aux autres membres de la gent judiciaire.\n    Leur éloquence n'a rien de commun avec les ' pénibles bégaiements, les\ndiscours hésitants qu'il nous est donné d'entendre.\n    Comme les prophètes ils sont inspirés, et leur parole tombe comme le\nVerbe dans la conscience du juge.\n    Ils sont détachés de la banalité de chaque jour. On ne les voit pas courir,\nhâtifs, entre deux plaidoyers, implorer les confrères et supplier les avoués\npour obtenir des remises. Les Dieux sont toujours prêts.\n    Dans la masse, on s'étonne, on s'extasie. Tel dossier compliqué, bourré\nde notes et de faits, portant le poids de la haine de plaideurs acharnés; tel\nautre renfermant une question de vie ou de mort, de réhabilitation ou de\nruine pour une famille entière, ont fait l'objet d'un examen de quelques\ninstants.\n    A la barre, la Vérité n'en a pas moins émergé, non d'un puits, mais de la\npoussière du Doute !\n    L'éloquence a triomphé en dépit des arguments subtils et des mémoires\ntachés de gouttes de sueur des stagiaires filandreux.\n\n\n  (1) Toques et Robes, esquisses judiciaires, dessins de Fernand Khnopff. paraîtront\nprochainement chez Ferdinand Larder.\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "                                  — 156 —\n\n   Oui, ce sont des Dieux! continuait la légende. Celui-là passe pour ne\npas étudier ses causes : on appelle l'affaire; il remporte une victoire.\nCelui-ci consulte à la hâte une note mal rédigée par un conscrit.\n   Ils plaident. Avec une ignorance apparente des faits, ils combattent;\nles étincelles jaillissent au bout du glaive de la contradiction ; ils luttent.\n    Ils plaident. La vie de ce client — cet ami d'une heure pour lequel on\ns'escrime avec passion comme par une sorte de mirage, ils la voient passer\ndevant eux. Ils connaissent à fond les plus petits détails de son existence.\nIls l'ont entrevu, une seconde en leur cabinet — dans la fièvre du labeur —\net les voilà qui déroulent, en de longues et brillantes périodes, les péripéties\ndouloureuses d'un drame, les tableaux variés, multicolores d'une odyssée\nentière.\n   Ce sont des Dieux, disait toujours la Légende. Lorsqu'ils les rencontrent,\nle matin, à l'heure où sonne le tocsin du Devoir, gravissant rapidement les\nmarches du Temple, les jeunes s'écartent avec respect.\n   Ce sera fête tout à l'heure.\n   Dans les salles d'audiences il va retentir l'éclat de leur voix de vétéran.\nLa cause la plus banale va devenir, livrée en leur pouvoir, la cause du\nsuccès.\n    On se précipite. On quitte les couloirs qui répercutent les échos stupides,\nles potins vulgaires de la ville, les bruits écœurants de la politiquaillerie.\n    Ils plaident.\n    On écoute, on s'instruit.\n    Et, dans un coin, l'on raconte les histoires du passé. L'on rappelle les\ndébuts pénibles de ces grands orateurs, les désillusions des heures de\njeunesse, la peine que l'aurore du talent a eue à percer les ténèbres de\nl'indifférence.\n    Mais ils sont arrivés aussi par eux-mêmes, malgré tous les obstacles,\nmalgré les haussements d'épaule des envieux.\n    Dans l'Olympe, très haut, bien au dessus de la foule grouillante, trônent\nles Dieux.\n\n                         LE CLIENT VAMPIRE.\n   Lorsqu'il eut vu se réfugier au Barreau les vertus bannies du reste de la\nterre, l'Esprit Malin en conçut un violent dépit.\n   Longtemps, en sa diabolique cervelle, il fit mijoter des projets insensés.\nIl rêva même de faire sauter l'Ordre des avocats, comme si l'Ordre pouvait\nsauter jamais! Puis jugeant que mieux valait le tuer à petit feu, il imagina\nune chose atroce, abominable : il créa le client vampire.\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "                                  —   157   —\n\n\n   Le client vampire ! Le pire ennemi de l'avocat, le microbe de la profession.\nDans les plis de sa robe vierge, le stagiaire le porte déjà, sans le savoir. Dès\nle jour où, se carrant dans son majestueux fauteuil, le néophyte songe\nà sa gloire future, à la fortune, au triomphe, le client vampire se dresse\ndevant lui.\n   Vrai suppôt de l'enfer, il revêt les formes les plus séduisantes, il emprunte\nles masques les plus trompeurs\n    Devant le bureau-ministre, il s'installe un beau matin.\n    Et le jeune avocat de rutiler dans sa fierté juvénile.\n    Le client vampire a des griefs non contre un, contre deux, mais contre\nplusieurs douzaines de ses semblables. Il en est dans tous les faubourgs,\nil en est dans le monde entier. Cent procès pour le moins. Mais il existe\nun adversaire surtout qu'il convient d'exterminer. Celui-là lui a causé tous\nles préjudices possibles; pas un tour pendable que le monstre n'ait essayé\nde lui jouer.\n   D'une voix larmoyante, le client entame le récit de ses infortunes. Au\nbout de cinq minutes, il vous a persuadé qu'il est victime d'une « noire\ninfamie ».\n   Un quart d'heure après, il s'est élevé un piédestal de martyr. Pour un\nrien, il se ferait canoniser.\n   Et vous de le plaindre, le code à la main. Lui continuera sans cesse à\nentasser le Pélion de ses mésaventures sur l'Ossa de ses haines. Dans le\nbrouillard de sa narration, vous distinguez à peine une éclaircie, la lueur\ndu fait à discuter. Le client vampire ne vous fera grâce ni d'une date,\nni d'un incident minuscule.\n   Ah! la belle cause à défendre! quelle réputation pour un débutant!\n   Il vous allèche; il finit par vous intéresser, les heures s'envolent. Mais\nle Palais vous attend. Vous vous levez. Le client vampire vous suit. Dans la\nrue, il reprend le fil de son discours. Vous entrez dans la salle des Pas­\nPerdus, espérant vous débarrasser de son ennuyeuse personne. Le client\nvampire s'attache à vos pas ; il s'efface un moment. Mais bientôt il reparaît\nsurgissant de je ne sais quelle invisible trappe.\n   Il vous accompagne au greffe, à la barre, partout. En vain le priez-vous\nde revenir le lendemain; il insiste. Il n'en a plus que pour un instant,\net puis il y a urgence.\n   Il est en 1842. Sa généalogie n'est pas encore complète, il a omis de vous\ndire pourquoi son oncle le déshérita. La cause serait obscure sans les\ndétails supplémentaires qu'il doit encore vous fournir.\n   Le corps brisé, l'esprit réduit à l'impuissance, machinalement vous\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2158, "texte": "                                 — 158 —\n\nécoutez. Vous êtes devenu son esclave, sa chose. Ereinté, vous regagnez\nvotre domicile.\n  Vous commencez à respirer. Bientôt une lettre arrive; le client vampire\na oublié un fait important.\n  Le soir, il est de nouveau là; il n'a qu'un mot à dire!... il en a pour\ndeux heures.\n  La nuit est pleine de cauchemars. Le client vampire vous hante avec\nson dossier volumineux ; il gambade sur votre lit, et vous écrase sous le\npoids de ses paperasseries.\n  Le matin, la sonnette retentit. Le vampire vous attend en votre cabinet,\ngravement, il vous demande « si son affaire marche ».\n\n  Qui, d'entre les avocats, ne possède son client vampire; ce réveille-matin\nde malheur, ce tyran de l'oreiller?\n  Ses mémoires indispensables encombrent votre bureau-ministre.\n  Le client vampire vous promet monts et merveilles.\n  Le jour où vous lui aurez réclamé vos légitimes honoraires et le montant\nde vos débours, ce jour-là, le client vampire aura disparu.\n  Mais il reviendra bientôt, sous un déguisement nouveau.\n  Oh! Satan! sois maudit!\n\n\n                    MESSIEURS LES GARDIENS.\n\n   Ils sont très beaux, messieurs les gardiens, très imposants.\n   Sanglés dans leur tunique bleue à boutons d'or, le képi fièrement campé\nsur l'oreille, on les voit, promenant dans les couloirs leur uniforme et leur\ndignité.\n   Ils sont très beaux, messieurs les gardiens! Ni la milice citoyenne, ni la\npolice, ni la gendarmerie ne peuvent rivaliser avec eux. Du drap d'une\nfinesse extrême, et des galons! Et puis... ils ne portent pas ce misérable\ncoupe-choux — le désespoir des conscrits. Ils ne traînent pas non plus ces\nlongs et pesants sabres qui balaient l'asphalte en rendant des sons\nagaçants.\n   Au lieu d'une épée, ils ont un bâton, un bâton spécial, d'un bois spécial,\nd'une forme spéciale. Ce n'est pas, notez-le bien, un misérable morceau de\nbois, tel qu'en possèdent les policemen londoniens. Fi donc! Non, une\narme, est-ce bien une arme? un instrument, est-ce bien un instrument?\nBref, un bâton superbe, ne ressemblant en rien aux engins vulgaires, mais\nayant une existence propre, bien à lui, et une distinction enviable et\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "                                     159\n\nunique : il complète la tenue de messieurs les gardiens. Et quel port!\nquelle démarche autrement solennelle que celle des classiques massiers des\nUniversités! Au rancart, au magasin des accessoires, ces vieilles friperies\nd'un autre âge.\n   Le gardien du Palais, lui, est bien moderne ; il est de son temps. Son\naccoutrement n'a rien de banal ; c'est simple, mais c'est beau ; le triomphe\ndu goût de l'époque.\n   Il faut les admirer, traversant la salle des Pas-Perdus, et frappant le sol\nen cadence. Leur regard semble perdu dans les contemplations de je ne\nsais quel spectacle idéal ; souvent ils ont les yeux fixés sur les chapiteaux\ndes colonnes, sur les voûtes immenses de la salle, comme s'ils cherchaient\nquelque pensée sublime. Elevées d'ailleurs sont leurs idées, détachées des\nchoses d'ici-bas. Mais... voici qu'un Anglais, flanqué de sa femme, de sa\nbelle-mère et de six enfants, fait son entrée dans le temple. Il semble\nanéanti, écrasé par la majesté de ce qui l'entoure. Qui va le conduire dans\nce dédale! Qui va lui fournir l'indispensable fil d'Ariane?\n   Son sauveur est là. Un gardien s'est approché; il se dévouera.\n   Il se dévouera, et durant des heures il traînera derrière lui la famille\ninsulaire. Il lui fera gravir des marches et puis encore des marches.\nIl montrera aux braves gens extasiés le panorama qui se déroule fièrement\nlà-bas, la bibliothèque, les salles d'audiences, les greffes.\n   Il se dévouera et laissera s'écouler le temps, oubliant tout, ses parents,\nsa patrie, son déjeuner.\n   Comme fascinés, hypnotisés par cet homme qui néglige tout pour son\ndevoir, les étrangers marcheront, escaladeront, admireront.\n   Et lorsque les splendeurs du monstre judiciaire auront défilé devant leurs\nyeux étonnés, le gardien s'évanouira, emportant un léger souvenir. Modeste\nil s'échappera pour ne pas entendre le concert de remerciements. Et puis,\nil lui a semblé que la fille aînée de l'Anglais lui souriait déjà. Un enlève­\nment; un mariage, là-bas, la fortune peut-être et la considération.\n   Il pourrait succomber à la tentation.\n   Non, il restera simple gardien du Palais, avec sa tunique bleue à boutons\nd'or, son képi galonné et son bâton superbe...\n                                                        A R T H U R JAMES."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 160, "page_fin": 160, "titre_corps": "Vœux de Noël", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Vaucaire", "ancre_debut": "VŒUX DE NOËL", "ancre_fin": "MAURICE VAUCAIRE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "FLEMM OSO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 175, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 75, "fin_caractere_exclue": 1166, "texte": "VŒUX DE NOËL\n                                                                    A RANDAL.\n\n                       La chère a placé devant l'âtre,\n                       Le soir de Noël, hier soir,\n                       Ses minces chaussons de théâtre,\n                       Ses chaussons plats de satin noir.\n\n                       Fatigués d'avoir sur la scène\n                       Fait des pointes, tracé des ronds,\n                       Ils ont un air d'âmes en peine\n                       Les pauvres petits fanfarons.\n                       Qu'y mettre ? De l'or ? J'ai des dettes ;\n                       Des vers? — Jamais Elle ne lit.\n                       Triste, je baisai leurs bouffettes\n                       Et m'agenouillai près du lit,\n\n                       Priant Dieu, la Vierge et le reste,\n                       — C'est là ma seule ambition —\n                       De les admettre au Bal céleste\n                       Le jour de Résurrection.\n                                                   M A U R I C E VAUCAIRE (I).\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 160, "page_fin": 170, "titre_corps": "Flemm-Oso (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "X....", "ancre_debut": "FLEMM OSO", "ancre_fin": "A suivre", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "LES MAITRES CONTEMPORAINS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 175, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 1166, "fin_caractere_exclue": 1711, "texte": "FLEMM-OSO\n                                         (Suite)\n\n            Flemm-Osoparaissait âgé, vieilli par les déceptions plus que\n             par les années.\n               Il se promenait, vaguant, les yeux partout, ce curieux\n             de la vie.\n   Le dimanche, quand il faisait très beau, quand la foule, par familles\nmuettes, apprivoisées au même itinéraire dominical, erre mécaniquement\nle long des magasins fermés, il allait s'affaler dans un coin d'un grand café\n\n (I) Arc-en-ciel,   un volume de vers à paraître chez A. Lemerre.\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2894, "texte": "                                  — 161 —\n\n\ntrès fréquenté, s'isolant jouisseusement dans cette masse d'hommes, et il\nbuvait des liqueurs chaudes II appelait cela : envoyer son esprit en voyage.\nSon corps restait là, tassé sur une banquette, et l'esprit, picoté par l'alcool,\ns'agitait, se dressait, s'élevait et s'épanouissait dans les visions étranges.\nC'était cette exquisité de l'ivresse naissante : un bien-être engourdissant,\net les pensées, miroitent, se heurtent et jettent des étincelles qui semblent\npiquer le dessous du crâne de pierreries éblouissantes ; les idées voltigent\nextravagamment comme de grands papillons qui seraient ivres...\n   Puis il revenait, causant très intimement avec lui-même, il revenait à\npetits pas, ce grand distrait auquel il arrivait de demander poliment du feu\nà un réverbère, ce cher original qui, dans les restaurants, défendait au\ngarçon de changer sa fourchette ou son assiette prétendant qu'il reste\ntoujours un peu de l'étranger sur ces couverts à tout le monde passés dans\nune eau commune, or, la propreté étant une question toute personnelle,\nil avait donc, à son point de vue, nettoyé son couvert en s'en servant.\n Du reste, il allait peu au restaurant où il souffrait de voir à ses côtés des\naffamés avaler des assiettées de potage quand lui, rassasié, en était à sa\ndemi-tasse. Il avait la toquade des parfums, l'idolâtrie des senteurs qu'il\nreniflait comme on déguste un vieux vin, l'odeur avait pour lui une pensée,\nune physionomie. Il n'aimait pas le théâtre — le genre le plus étouffant de\nla littérature, et il avait l'horreur des cadeaux : on est obligé de trouver\nsuperbes des affreusetés et de placer en évidence des machines insensées\nqui choquent l'œil, monstruosités dont un ami n'a pas voulu pour lui ou\nsur lesquelles le marchand a fait le plus fort rabais ; il ne voulait pas étaler\ndans son appartement le musée des goûts divers des personnes que le\nhasard lui avait fait connaître.\n   Il vivait modestement du revenu que lui procurait la vente de l'unique\nvolume qu'il a écrit. — Un volume? — Oui. — Qui se vendait à ce\npoint? — Oui, mais, entendons-nous, ce n'était pas une œuvre littéraire!\nC'était un manuel de la famille du Parfait Secrétaire, mais dans le genre\nfunèbre : Le Guide du Monsieur qui parle devant une tombe. La mode est\naux oraisons funèbres ; il ne meurt plus quelqu'un de bien sans qu'un ami\néploré vienne s'exécuter; Flemm-Oso, ayant remarqué que c'était toujours\nles mêmes invariables choses dites en phrases embarrassées, composa un\nrecueil pratique en la matière. La préface établit en premier principe que\nles coquins ne meurent pas, il n'y a que les honnêtes gens qui trépassent;\nensuite l'auteur expose sa méthode d'arrangements et de combinaisons\npermettant d'approprier à une situation quelconque un des modèles donnés\net de varier ainsi infiniment ces petits morceaux; cette théorie est démontrée\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2925, "texte": "                                   — 162\n\n\n\n par un rapprochement frappant entre le discours prononcé devant la tombe\n d'un féroce politiqueux sous le règne de Napoléon III et les dernières\n paroles débitées par le comique d'une troupe dramatique aux funérailles\n du régisseur qui avait été écrasé par une voiture de tramway. Alors viennent\n les différents types d'éloges funèbres : pour le directeur d'une grande\n administration, il montre tous les employés, là, navrés d'avoir un jour de\n congé; pour un colonel pensionné, mort de la goutte, il affirme que ce\n militaire avait un regard à gagner toutes les batailles ; pour un jeune artiste\n qui n'a jamais rien fait, il proclame que la gloire était certaine; il raconte\n comment un pauvre usurier a gagné laborieusement son pain en enfilant\n des perles pendant soixante-deux ans; et pour le député, il parle de\n convictions fermes, de langage sincère et, dans une brillante allégorie,\n on voit la Vérité, émue, sortant de son puits et tendant les bras... c'est très\n beau. Enfin l'ouvrage se termine par des recommandations et des conseils,\n « surtout soyez bref, car, parmi les auditeurs au nom desquels vous jurez\n des regrets éternels, il se trouve pas mal de gens qui brûlent d'aller au café,\n boire à un prochain enterrement, excellent prétexte à congés et à réunions\n d'amis, et ils vous traiteront de raseur si vous abusez du silence recueilli\n qu'ils doivent garder pour avoir l'air de gens bien élevés. » Le volume,\n traduit en plusieurs langues, se vend beaucoup, mais personne ne veut\n avouer le connaître.\n    Une grosse partie du temps de mon ami était donnée à la lecture.\n Il lisait voracement de tout, la vieille philosophie et les romans nouveaux,\n des poètes et des livres de cuisine, de l'économie politique et des récits de\n voyages, cherchant à bourrer sa tête, à emmagasiner le plus possible; alors,\n fatigué, il mélangeait l'acquis de la journée à ses réflexions, il brouillait le\ntout, remuait, secouait et il restait songeant et regardant curieusement en\nlui-même ce qui pourrait bien surnager dans ce méli-mélo carnavalesque ;\nil avait l'air de pêcher des idées à la ligne dans une cervelle.\n    Je le trouvais chez lui, étendu près d'un feu immense, rôtissant; il était\nenveloppé d'une ample robe de chambre de soie rouge chargée de galons\nd'or comme le manteau d'un roi d'opéra, et son éternelle cigarette rivée aux\nlèvres. Il fumait un tabac fin, parfumé, d'un arôme subtil. Pour lui,\nun mauvais tabac trahissait une grossièreté de goût et un manque d'édu­\ncation. L'homme bien élevé ne lésine pas sur le prix de son tabac parce\nqu'il force les autres à participer, malgré eux, à cette satisfaction qui ne\nreste pas privée. Puisqu'il pousse sa fumée sous tous les nez qu'il rencontre,\nil est poli que cette fumée soitagréable, c'est le plus élémentaire des égards,\net il n'y a que les rustres qui brûlent au bout de leurs lèvres de ces herbes\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2813, "texte": "                                  — 163 —\n\nempoisonnantes ; ce sont gens de mauvaise compagnie parce qu'ils sentent\nmauvais. Il fumait donc dévotement; amoureux de sa cigarette, amoureux\nde ses blondeurs, de la tendresse de ses parfums, de sa vague crinière\ndéroulée, il l'embrassait délicatement ; il fumait à petits baisers. Il sentait\nqu'elle lui répondait par de mignonnes agaceries, elle lui chatouillait la\npensée, lui tisonnait le cerveau, et ce petit point rouge en ignition, agité\npar le mouvement des lèvres, se balançait comme un mince encensoir;\nil aimait cette fumée vague dans laquelle il retrouvait la forme de ce qu'il\ndisait, et il lui arrivait de s'interrompre pour jeter un mot à ces choses\nindiscernées qui vivaient pour lui un instant dans l'envolement bleu.\n   Nous avions ainsi des causeries longues qui dissolvaient les heures, et,\navec des mots lents que son esprit semblait d'abord remuer et retourner\npour les choisir avant de glisser sa pensée dedans, Flemm-Oso me disait...\n\n   Il est des choses inévitables, indiquées, qui s'abattent, attendues comme\nle drelin dindin de sonnette quand on pousse la porte d'un magasin de\nprovince : un monsieur dont le nom aura été effleuré dans un journal\nenverra le lendemain deux lourdes colonnes de prose et commencera par :\nBien qu'adversaire déclaré du droit de réponse... — c'est régulier; à une de\nces mirifiques loteries dont l'appât doré est un gros lot de 5oo,ooo francs,\nvous tomberez, c'est fatal, sur un des numéros qui avoisinent le bon ; une\nmusique quelconque vient opérer sur une place publique, le chef de\nmusique accrochera, entre Gounod et Mozart, une lourde valse de sa\ncomposition dédiée à un conseiller ou au commissaire de police de la\nlocalité — c'est inévitable, et il est encore inévitable que la première\nopinion qui s'élaborera dans le cerveau d'un homme, portera sur la période\noccupée par sa génération dans le cours des temps. Il jugera les hommes\navant de connaître l'homme. Donc, à nous deux, ma contemporaine! —\net j'y vais de mon petit bout d'étude moderne non officielle; mais rien,\ngrands dieux ! d'une « histoire de mon temps » comme affichent ces pâles\nhistoriens réputés sérieux parce que le plus mal portant de leurs ouvrages\na huit volumes, ces doctes compassés qui ont l'air de photographes en\ncravate blanche, préparant la pose, établissant un fond, arrangeant des\nplis et qui, avant d'opérer — avant d'écrire, disent à leur sujet : souriez un\npeu... là, ne bougeons plus. Dans ces gros in-quarto couronnés, le monde\nque je vois garde l'attitude des modèles qui se savent dessinés, comme au\nLouvre — au Louvre : j'entends ce monument sombre, musée merveilleux,\ndont Perrault a rangé l'exacte colonnade grecque en face de la tour\nSaint-Germain-l'Auxerrois, précision nécessaire, car maintenant on connaît\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2907, "texte": "                                  — 164 —\n\n  beaucoup plus, et on désigne généralement sous ce nom de Louvre, un\n vaste magasin de robes toutes taillées et de bibelots en toc — comme au\n  Louvre, en face du fameux radeau de Géricault, ces Romains de David\n  si propres, si soignés qu'on les sent parfumés, et qui, dans des cambrures\n composées et avec des poses d'atelier attendent le : c'est fini, du peintre.\n     Je voudrais venir sur la pointe du pied, sans bruit, et, comme un\n polisson qui risque de se faire tirer les oreilles, regarder le Monde par le\n trou de la serrure ; je voudrais, comme une jabotante portière, faire des\n cancans sur Madame notre Epoque, ce temps qui a conçu les plus grandes\n inventions et combiné les plus grands vols, qui connaît le phonographe et\n les fables-express, qui applique le vitriol à l'amour et la dynamite à la\n politique, ce temps qui, pour ses affaires, taille, rogne et change le globe\n terrestre et qui, pour sa joie, a ressuscité l'agaçant jeu des combles et\n imaginé les courses de crabes, ce temps qui a connu le cochon porte-\n bonheur, le lawn-tennis, la crinoline, les Expositions universelles, le cricri,\nles skatings et les panoramas, qui, le'galement et suivant toutes les règles\n d'un art, tue cent mille hommes en quelques semaines, et qui voit des\nchiens, patiemment dressés, jouer au piquet comme de grandes personnes,\navec cette différence que c'est tout involontairement qu'il arrive à ces\npauvres bêtes de tricher. Règne des exagérations, des extrêmes, des\noutrances : siècle du paroxysme, a dit Roqueplan.\n     J'ai encore assez peu d'années pour parler librement. Si j'attendais pour\ndire mon sentiment, je ferais comme les autres qui portent bedaine et\nbarbe grise : si je fais le malin, si je me faufile et si, par des moyens assez\nhonnêtes, je parviens à m'installer dans une aisance arrondie, je procla­\nmerai, le cure-dent aux lèvres, que notre époque est prospère, parfaite,\ncalomniée et que, seuls, les caractères dangereux, les ennemis de tout\nordre social... Mais, si je bois le grand bouillon dans les vilains fonds des\nexistences ratées, mon opinion, je la cracherai sur les hommes •— et voilà\ncomment la vie forme le jugement. Sainte-Beuve le disait : dans la jeunesse\nl'âme est au dehors, plus tard elle est au dedans.\n    Devant moi, donc, deux faits résument le présent : tous les coiffeurs\nvendent de la graisse d'ours pour faire pousser les moustaches ; la pipe et le\ncigare vont à peu près partout. Cela caractérise cette furieuse galopade\nd'années qui nous enlève, cette époque essoufflée, bousculante qui crie :\nmais laissez-moi passer, jamais je n'aurai terminé tout ce qu'il me reste à\nfaire, hue, donc ! vieille tortue de locomotive ! Nous vivons à toute vapeur.\nIl est loin, bien loin, le temps où de bonnes gens disaient que le temps les\ndévorait; aujourd'hui c'est nous qui le traînons et qui allons plus vite que\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "                                  — 165 —\n\nlui — nous n'avons plus le loisir d'attendre que les poules prennent le\ntemps de couver leurs œufs, et que les poissons se reproduisent suivant\nleurs usages routiniers et naturels, la mécanique se charge de tout cela et\ngave et engraisse les poulets. Nous n'avons plus même le temps d'être\ngamin. Enfance, temps perdu, donc : supprimé. On n'attend plus la barbe\npour être homme, il faut se poser tout de suite; et comme elle est moderne\ncette repartie :\n   — Veux-tu me donner la main, mon petit ami?\n   — Je vais avoir l'honneur de vous offrir le bras, belle dame...\n   Et le monsieur de douze ans tire un cigare et parle de la rente. Ces\nbonshommes, mûrs si tôt, ne causent pas, ils parlent; ils ne se promènent\nplus, ils vont ; ils ne voyagent plus, ils prennent des billets directs, des\ntrains-éclairs ; ils ne font plus la cour, ils font l'amour. On disait, il n'y a\npas si longtemps, que tout jeune homme à vingt ans composait une\ntragédie, aujourd'hui, tout gaillard de cet âge confectionne des brochures\nsur l'exploitation des chemins de fer ou l'éclairage électrique ; ces belles\nrêveries que dorait la poésie de l'adolescence, formaient comme un portique\nfleuri et enguirlandé par lequel nous entrions dans la vie; maintenant nous\n passons entre les questions commerciales et industrielles ; nous entrons par\n une porte de service... « Est-ce que l'Esprit ne s'est pas changé en une bête\nà prétention qu'on appelle l'Intelligence? » demande Barbey d'Aurevilly.\nCependant le nombre des fous et des toqués était moindre alors ; la mélan­\ncolie des Werther a été remplacée par un détraquement, une faiblesse\nmalsaine d'être poussifs, l'odieuse névrose. Cette vie bouillante, pratique,\nqui a mis des machines et des accumulateurs dans le ventre des omnibus —\nils écrasent plus de monde, mais ils gagnent du temps — hâte aussi la\nvieillesse ; les beaux vieux sont devenus de vieux beaux, et, comme l'a dit\nmoqueusement un humoriste, en France, il y a des demoiselles de dix-huit\nans qui ont déjà l'air d'être bien conservées.\n   Dans une pareille existence — un steeple-chase, — la précocité est\ndevenue un besoin, et elle a amené la grossièreté. Il faut oser, il faut\ns'affirmer, il faut se donner de l'assurance en faisant le mal-appris et se\nmontrer bien chez soi en mettant les pieds sur les fauteuils... L'audace en\nimpose, le toupet est une force.\n   Ainsi, la pipe, qui se promène déjà dans les jardins, suivra bientôt le\ncigare dans les salons.\n   Il y a tendance, par suite, à se montrer de moins en moins sévère sur la\nqualité des gens qu'on voit, qu'on reçoit — on a besoin de tant de monde !\nDu reste, certains filous ont fort bon air et un esprit vraiment drôle,\n                                                                       11\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2902, "texte": "                                  — 166 —\n\net puis, que voulez-vous? on ne peut pas être parfait. De la sorte se trouve\ncomposée cette chose extravagante qu'on nomme • le Monde. Le Monde,\nc'est en général tous ceux qui ont un gibus et des gants clairs ; le centre est\nune agglomération de ménages légalement hétéroclites, unions de libertés\nsi bien convenues que les maris trompés sont ceux qui ne le sont pas ; et,\nà ces foyers généreux, quand Monsienr rentre tard c'est la femme de\nchambre qui s'inquiète. Ce sont ensuite, voltigeant tout autour, des\ngentillâtres vides qui font jabot et pour lesquels la valeur n'attend pas non\nplus le nombre des années — elle ne vient jamais ; des duchesses qui\nimitent Mme Théo, grandes dames honorées par les ambassadeurs et\nméprisées par leurs soubrettes, élégantes dont les robes sommaires tiennent\nde la toilette de nuit et du costume de bain; de petits oisifs jeunets,\nla bouche en cœur, qui vous disent candidement : mon bon, je le jurerais\nmais je ne le parierais pas ! Des artistes habiles et sachant fort bien leur\nchemin, qui errent moroses et affligés comme un infortuné qui vient\nd'acheter les œuvres complètes du vicomte de Bornier; puis l'essaim des\njeunes personnes plates comme des plaisanteries parlementaires et timides,\nsemble-t-il, comme les rougissantes écrevisses, elles sont parfaitement\nélevées parce qu'elles savent peu de chose de ce qu'on leur a appris et font\nsemblant d'ignorer ce qu'elles savent très bien; autour du maître de la\nmaison, qui s'amuse comme une ouvreuse au théâtre, des diplomates dorés\nqui prennent des airs cachetés pour débiter de solennelles paltoquades ; et\nencore, dans de petits coins bruyants comme des compartiments pour\ndames seules, de vieilles marquises aimables et vinaigrées comme une jolie\nlettre de félicitation, et qui mâchonnent des cancans vénimeux. Jetez tout\ncela sur un parquet ciré, mettez un lustre par dessus, agitez avec de gros\ngrains d'orgueil et de jalousie, des bonbons, quelques mesures de valse et\nbeaucoup de menus potins : vous avez le Monde. Cela jacasse, rit, saute,\nboit et parle de tout comme des gens qui ont tout appris en passant la\nplus importante partie de leur existence dans les salons. Caquetage élégant\n au dessus duquel volent et planent des jugements légers et creux dont la\nrapidité accorde du mérite à la prétention. Ce jugement s'étend: le tapage\net l'éclat le séduisent car il n'a ni le temps ni les moyens de réfléchir,\njeaugeant l'homme à la moustache et connaissant le livre à son titre. Cette\nattention papillonnante va à ceux qui font du bruit. C'est l'extérieur qui\ndécide et le boniment qui l'emporte; la suprématie du tape à l'œil et du\nboucan : des marchands de crayons mettent des casques empanachés, il y\na des dompteurs qui sont des colonels et, dans les foires, des nains qui sont\ndes généraux. La réclame glapit et triomphe dans son incessante parade\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2890, "texte": "                                 — 167 —\n\nà coups de grosse caisse. Sur les murs : les miracles des eaux capillaires\nracontés par des dames gênées au milieu d'une inondation de cheveux;\ndans les omnibus, les dépuratifs indiens extraordinairement inoffensifs et\nles boucheries économiques qui vendent plus cher que les autres; et le\njournal vous offre pour trois sous le moyen de gagner un millon en six\nsemaines : Env. timb. post. C'est un hurlement de charlatan, un tapage\nqui fait l'article, des marchands qui trompettent les mérites de leurs\ndrogues et tapent de leur baguette sur la toile de la baraque — c'est le\n Puffisme : mot nouveau, anglais comme les draps que nous portons, et\nqui veut dire en bon français ; la modestie est une bêtise — mais en anglais\nc'est plus court.\n    Docilement, nous écoutons les conseils assourdissants de cette vanterie\n endiablée. Des actrices vont à la gloire en ballon, et les gamins des rues\n connaissent les dernières fantaisies des assassins en vogue et ne se de­\n mandent même pas ce que peuvent représenter les bonshommes en marbre\n qui gênent la circulation sur les places publiques. Empoignez l'attention\n de la foule pendant une heure, n'importe de quelle façon, et la célébrité\n viendra vous tendre la main. Ainsi souffle cette fureur esbrouffante, ce ter­\n rible besoin de paraître qui mène au luxe, c'est-à-dire au souci trop absolu\n de l'extérieur; les défauts sont moins gênants quand ils se peuvent cacher;\n et ils ne sont plus rares ceux qui préfèrent avoir une tache dans leur passé\n plutôt que sur leur habit — cela se voit moins. Ce sont les geais qui\n s'amusent bien du vieux fabuliste! Des aventuriers effrontés, des yankees\n ventrus d'or, des pachas des Batignolles, des Grands d'Espagne non classés\n ou déclassés et des héros « polonais par leurs malheurs » — comme disait\n Grassot, — ont escaladé la considération publique, se poussant les uns les\n autres comme une bande d'Anglais faisant l'ascension du Cervin. Ces\n médiocrités vernies se tiennent, s'aident tour à tour et se donnent com­\n plaisamment des égards ; ils comprennent que cette coopération mutuelle\n est leur force : ils ressemblent à ces rangées d'ivrognes qui marchent à peu\n  près en se tenant bras dessus bras dessous, mais qui, s'ils se lâchaient,\n rouleraient dans le ruisseau. Ces seigneurs problématiques forment le\n  groupe des enviés, et leurs fantaisies, leurs caprices biscornus deviennent\n  pour nous tous, malgré leur extravagance, la mode toute-puissante. Nous\n  nous moquons cependant de ce chef sauvage qui, s'étant trop approché\n  d'un officier de marine, reçut un violent coup de pied au derrière, se tordit\n  de rire devant l'étrangeté de cette manifestation, et, la trouvant extraor­\n  dinairement drôle, alla sans tarder la répéter à sa femme puis à sa fille et\n  en fit bientôt un usage adopté par toute sa tribu. La mode a eu des idées\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2948, "texte": "                                       168\n\nplus bizarres et auxquelles tous se sont englue's. Pour être de ces fortunés,\nde ces régents du bon genre, on ne recule devant aucun moyen, on se\nhausse sur de complaisants expédients, et dans cet affolement du luxe, c'est\ntrop tard qu'on remarque les vilaines choses dans lesquelles on patauge.\nAussi nous voyons sans surprise de grands bonheurs qui s'écroulent sou­\ndain, des fortunes subitement évaporées ; de vieux respects font explosion\net bien des renommées sonnent le creux. Combien de ces chevaliers de\nparades qui tombent tout d'un coup dans les dessous de la scène, et, quand\nils ont encore un reste de courage et de pudeur, vont jouer dans les panto­\nmimes du cirque, deviennent témoins chez un notaire, ou se cassent des\npavés sur le ventre dans les foires ou bien se font critiques d'art dans les\ngazettes quotidiennes. Les réputations, c'est comme les chemises : elles\nétaient solides quand on prenait le temps de les faire ; aujourd'hui, grâce à\nla machine qui coud une chemise en deux heures, un point saute et toute\nla couture cède : que de réputations trop vite fabriquées se déchirent en\naussi peu de temps... Mais on s'y fait, et qui cela choque-t-il à présent de\nvoir de bons notaires, pères de cinq enfants, entretenir des maîtresses, des\ncommissaires de police découper des femmes en petits morceaux et se faire\narrêter pour escroqueries, des ducs faire des tours d'escamotage chez des\nbijoutiers,' des maires lever le pied, des magistrats tricher dans les casinos\net des caissiers? — le mot suffit. Un beau matin, après des jours d'écla­\nboussante insolence, ni vus ni connus, disparus les beaux seigneurs, parce\nque le besoin de disparaître est souvent la suite du besoin de paraître.\n    Cela encore est du fait de la hâte avec laquelle nous nous poussons les\nuns les autres dans cette bousculade de la vie; c'est encore parce que nous\nvivons comme des gens qui ont peur de manquer le train. Nos opinions\nnous les jetons à la volée en passant à ceux qui les attrapent, hommes ou\n œuvres. Ce n'est plus, non, le temps des travaux solides, bâtis de patience\n et d'étude ; quelques pages retentissantes et vites lues coiffent leur auteur\nd'une auréole — c'est encore trop, quelques lignes ou même un mot. Ah!\nun mot, voilà bien ce qu'il nous faut ; le mot a fait des célébrités, Proudhon\ns'est fait connaître, non pas par des ouvrages comme la Philosophie du\nprogrès ou la Guerre et la Paix, mais avec les cinq mots de cette\nfameuse et brève insolence; des chefs politiques et des maréchaux se sont\n fait une réputation en jetant un mot à la face de l'actualité. Un tel? oui,\nc'est lui qui a dit... et le voilà connu, apprécié, et il s'en va tout doucement\nà la postérité sur deux ou trois mots, comme sur de petites roulettes. Le\nmot est le puissant du jour; vif, court, acéré, résumé, c'est un morceau\nd'idée, c'est comme une étiquette parlée qui se colle sur une individualité\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2854, "texte": "                                 — 169 —\n\nou sur une pensée ; le mot pare comme une fleur à la boutonnière et salit\ncomme un crachat ; il se retient bien et resté, c'est comme une agrafe à\nlaquelle on accroche des gloires et des ridicules, et l'homme qui traîne un\nmot, passe, raillé comme le maître d'école quand les galopins ont attaché\nune queue en papier au bouton de sa redingote. Le mot est bien le fils de\nsa mère la Blague; l'esprit gouailleur se dépêtre de tout avec un mot, c'est\nle pont que l'on jette au dessus de tous les embarras et de toutes les diffi­\ncultés; il terrasse cent bonnes raisons à la fois, et un homme grave, aux\ncompendieux raisonnements duquel on objecte la gaminerie d'un mot, reste\npenaud comme un âne devant une rivière. Le mot est un pétard qui a\ndémoli des systèmes, brouillé la politique, pulvérisé des vertus, secoué la\nmorale; le mot a des sifflets et des bravos, il tient du pied de nez et de la\nrévérence, il a rendu des princes grotesques et Guibollard célèbre. Avec ses\ninsolences d'homme heureux, il dit bien nos sentiments rapides ; le mot,\nc'est la chiquenaude amicale ou méchante que donne en passant cette géné­\nration fantasque, disloquée, baroque, qui, dans sa cachexie morphinique,\nvoit un point d'honneur dans un match international entre professeurs\nde billard, et compose des vins avec tant d'ingrédients divers que le vin\nn'est plus de tel crû mais de telle fabrique, cette génération qui fait du\nsucre avec de la craie et de la gloire avec du bruit. Nous éprouvons toutes\nles misères de gens qui vont très vite, et comme à l'acheteur qui dit au\nmarchand : je suis pressé, c'est bon, donnez toujours, on nous passe de\nla camelote.\n   Nous voulons tous, dans notre bataillant empressement, aller à la posté­\nrité en train de plaisir, vite et sans peine. Or, elle est dure la pente qui\nconduit à la Renommée aux rayonnements purs et aux longs regards. Il\nfaut de solides jarrets pour y monter d'un pas ferme. Quelques-uns font\ndes détours et vont de droite et de gauche comme les chevaux de fiacres\nqui tirent du collier dans les rues trop raides ; d'autres, quand on ne les\nregarde pas, s'aident de leurs mains, et la peine est encore trop forte. Il\nme semble que, dans nos larges complaisances, nous sommes en train de\ndescendre la Renommée de ses hauteurs difficiles pour l'étendre dans la\nplaine à la portée des passants. Nous connaissons déjà des vendeurs de\nmoutarde plus célèbres que Littré, et tous les jours les journaux crient\ndans le monde entier que le plus magnanime bienfaiteur de l'humanité, le\nsauveur contemporain, c'est M. Guyot qui débite des pilules au goudron.\n   Il en sera de la gloire comme des habits de velours. Ils étaient magni­\nfiques jadis, mais coûteux et rares, et cette étoffe solide, durable, garde\nencore dans nos musées un éclat surprenant; aujourd'hui on fait des\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 493, "texte": "                                 —170—\nvelours à deux francs le mètre, toutes les épaules en portent, mais c'est un\nvelours de pacotille qui déteint et se détruit. Chacun veut maintenant se\npayer une portion de célébrité et se donner le luxe d'une auréole. La gloire\nfera comme le velours, et nos petits-fils seront tous de grands hommes —\navec cette réserve : quand tout le monde sera célèbre, personne ne le sera.\n                                                            (A suivre).\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 170, "page_fin": 177, "titre_corps": "Félicien Rops (première étude, suite)", "titre_sommaire": "Félicien Rops (suite)", "rubrique": "Les Maîtres contemporains", "signature_source": "Joséphin Péladan", "ancre_debut": "LES MAITRES CONTEMPORAINS", "ancre_fin": "J P", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 185, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 493, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "LES MAITRES CONTEMPORAINS\n                        FÉLICIEN             ROPS\n                            (Première étude, Suite)\n\n              Le Roman, la dernière forme du Verbe moderne et que Balzac\n               et Barbey d'Aurevilly ont élevé à la hauteur même de l'épopée,\n               n'a qu'un sujet, la peinture du péché et de la tentation, c'est-\n               à-dire les variétés, les causes et les suites des perversions. La\ndescription de Balzac est d'une miraculeuse chasteté, mais trop de beaux\nvoiles estompent la hideur du mal; Barbey d'Aurevilly n'oublie jamais\nque casuiste, il a charge d'âme, seulement, ses livres flambent d'une telle\nintensité qu'on prend le vertige, à cette réverbération de fournaise où il met\nen fusion tous les métaux de l'âme, le plomb vil et l'or pur. Rops, lui, a le\nburin trop vibrant de sexualité, mais aussi point d'hypocrisie et de méprise\npossible, aucune ! Voyez par exemple la planche qui a cette légende :\n                       Lasse enfin de l'âpre parure,\n                       A tes pieds, en monstre dompté.\n                       Tu fis se coucher ta fourrure\n                       Invincible en ta nudité.\n\n   Cette femme assise par terre, vêtue de ses seuls bas, et déchevelée, ne\nfera point de dupe, et pour surcroît d'advertence, dans le panneau d'une\nporte, au fond, apparaît une tête de diable.\n   La Loretta à la pipe, par exemple, comme la Femme au bolero noir,\ncomme la Jeune modiste, ne seront point couronnées à Salency, et l'imagi­\nnation ne fait, en les voyant, aucune cristallisation fallacieuse, comme en\ninspire la Dame masquée, de Van Dyck, et la Lucrezia Fede, d'André del\nSarte. Un des signes distinctifs de l'œuvre de Rops, c'est la franchise;\njamais son burin n'a une hypocrisie ni une réticence à la Maintenon et à la\nTartufe; il exprime le vice, hardi, ouvert, oseur. Toutefois, que le soin\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "                                   — 171 —\n\nque je prends de le défendre d'un défaut, ne lui fasse pas perdre une qualité\ndans l'esprit du lecteur, Rops est subtil, pas autant peut-être que Gustave\nMoreau, mais il l'est infiniment et je n'en veux pour preuve que les Adieux\nd'Auteuil. A la porte d'une villa dont la grille ouverte laisse voir un atte­\nlage correct maintenu par un cocher irréprochable, deux dames très bien\nmises, l'une en costume de ville, dont la voiture attend ; l'autre en élégante\ntenue de jardin. Elles s'embrassent. Quoi de plus simple? et cela a été\ndonné en prime par un journal artistique de Bruxelles; cependant, la\ncensure supprima dans les Fleurs du mal une pièce pour la raison qui\nfait sourire les clairvoyants devant les Adieux d'Auteuil. L'artiste qui sait\nainsi rendre invisible au vulgaire la même chose qui demeure frappante\npour l'initié, est un maître subtil! Le sourire, le double sourire de la\nbouche et des yeux me paraît la sorcellerie du visage féminin ; les maîtres\nqui ont trouvé un sourire, comme Léonard et Corrège, se comptent. Rops a\ntrouvé un sourire très difficile à définir et que j'appellerai de perversité\nfranche.\n   On le voit dans Parisine, jeune femme au toquet et l'éventail déployé,\ndans Metella, décolletée, coiffée d'une toque à plumes blanches et qui\nconsulte un petit miroir; on le voit surtout dans le frontispice des\nŒuvres inutiles ou nuisibles, ouvrage apocryphe de Félicien Rops.\nAssise bizarrement, en hauteur, coiffée d'un vaste chapeau empanaché des\nbourses à grelots de la folie, et ses épaules d'un embonpoint mou sortant\nd'un corsage lâche et qui tombe, elle élève d'un bras, une tête de mort\nrenversée où croît une floraison de fleurs mauvaises. La robe qui moule\nses formes longues est chargée d'animaux macabres, pieuvres, scorpions,\ncrabes; mais ce qui saute aux yeux et les retient fixés, c'est le regard des\npaupières baissées et le sourire des lèvres mi-closes d'où le vice suinte.\n   Il n'y a pas ici que des impures, témoin, non la Petite femme à la toque\nécossaise, étendue à demi sur un sofa, mais cette Fille de la Turbie, cette\noliviérade, qui passe les reins fermes, les seins droits, comme une cané­\nphore antique.\n   Ce qu'il y a de plus pervers dans l'homme, c'est la femme, qui, privée de\nraisonnement, ne sait pas tenir le milieu entre la sainte et la fille, et en tout\nne connaît que le paroxysme. Plus la femme a d'importance et de pouvoir\ndans une civilisation, plus la décadence est grande, et Rops qui est un\npenseur, a été frappé de l'immense envoûtement de l'homme par la femme,\ndans l'écroulement des races latines, et il a fait ce chef-d'œuvre, que\nM. Octave Uzanne aura le bonheur inestimable de voir paraître dans son\nprochain volume, a côté du Bout du sillon.\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2826, "texte": "                                  — 172 —\n\n   Il y a plusieurs Dames au pantin : la première en date, dont Mars pos­\nsède le dessin original, est en buste, vue de dos, à profil perdu, et ses\népaules belles mais fortes dans leur rondeur, expriment la robustesse cachée\nsous la passivité; la jupe est ballonnante comme on la portait il y a quinze ans.\nAccoudée elle s'amuse avec un polichinelle. Cela est fort beau, mais comme\non dit vulgairement, la dernière est la meilleure. En pied, svelte, mince,\nlongue, souple, éphébique d'élancement dans sa robe serrée, elle semble un\ngrand serpent noir immobile : d'un bras mince ganté de noir par dessus le\ncoude, elle élève au dessus de sa tête, avec un sourire d'indescriptible\nmépris, non plus un joujou d'enfant, mais un Monsieur en habit, le joujou\nde la femme. Je n'ai pas la courtoisie de m'informer de ce que pense ou ne\npense pas la galerie, et dans un Salon carré de l'art moderne, je mettrais\nla Dame au pantin ; c'est la Joconde de ce temps, qui ne vaut pas, certes,\nle temps où vivait Lise. Cette œuvre à elle seule suffirait pour immorta­\nliser Rops. Mais il a fait plus, sinon mieux, et sans donner les rubriques,\nje vais esquisser les caractères de sa compréhension de la femme moderne.\nEn dehors des aberrations, ce que les casuistes appellent la perversion per­\npétuelle, c'est le « Super Bestiam Femina », la femme chevauchant l'ins­\ntinct, et Rops, peintre du péché, a buriné toutes les variantes, toutes appli­\ncations à la fois dérisoires et terribles de cette formule.\n   La Femme habillée, nul ne l'a comprise comme lui ; de la toilette il a fait\nun moyen expressif d'une intensité incroyable ; il a niché les sept péchés\ncapitaux dans un pli d'étoffe, et non pas animé, mais animalisé la robe, ce\nqui est mieux ou pire, comme on voudra. Peintre de la perversité, il va de\nsoi qu'il excelle dans le déshabillé. Ses retroussis de manches, ses décolle­\ntages, ses nœuds de cou sont d'une invention merveilleusement significa­\ntive ; et il est, l'inventeur en art, de ces longs gants et de ces grands bas\nnoirs qui, sans rien prendre du modelé, donnent un accent extraordinaire et\npervers.\n   Devant le nu, Rops, qui a l'amour du corps humain, — comme Michel-\nAnge, comme son maître Millet qui chercha aussi le nu actuel, avant de\ndécouvrir le rustique éternel, — est chaste, et il comprend cette mélancolie\nde la laideur physique dont j'ai parlé au commencement de cette étude.\nC'est un point de ressemblance avec Durer ; mais ce n'est pas le seul, il\npossède aussi la faculté symbolique et la conception catholique, comme\non le verra dans le Semeur des Sataniques. Techniquement, Rops est de\nnos jours, le maître du modelé et de l'anatomie féminine le plus accompli.\nAu reste, il ne fait pas un amour grand comme l'ongle sans avoir devant\nlui le modèle vivant.\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "                                  -   173    -\n\n   A extraire une formule des œuvres de Rops moderniste, on trouve\ncelle-ci : l'Homme possédé de la femme. Mais Yananké de l'attraction\nsexuelle ne suffit pas à expliquer cette possession, et en moderne, c'est-à-\ndire en esprit catholique, car cela est synonyme, Rops a pensé au Diable.\nCe sera son éternel honneur d'avoir eu le courage de prendre, dans ce que\nles ignares appellent la superstition du moyen-âge, la solution du problème\npassionnel. Grand lecteur en tout sens, il s'est demandé ce qu'était devenu\nLucifer, depuis la Renaissance, et d'où venait qu'il n'apparaît plus\njamais en rien ni à personne; le spiritisme, comme l'a magistralement\ndémontré M. Chevillard, n'est qu'une maladie nerveuse, non une mani­\nfestation du Malin ; et en maître subtil, Rops a tout de suite compris que\nles possédés actuels c'étaient les athées et les positivistes et que son suppôt,\ndans l'ordre des moeurs, c'était la femme; et il formula cette synthèse\nadmirable, au point de vue esthétique : « L'Homme possédé de la femme,\nla Femme possédée du Diable ! ».\n   Qu'on ne se figure point que Rops a égorgé le chevreau, et connaisse\nd'autre magie que celle de l'Art. En tant que parfait érudit, il connaît l'oc­\ncultisme, mais il n'y croit pas et son Grimoire est dans son inspiration, non\nsur parchemin, entre quatre cierges fixés dans les clous d'une bière de\nsuicidé.\n   Milton est un grand coupable d'avoir fait de son Paradis perdu le\npoème de la rébellion et d'avoir idéalisé Satan. Rops, lui, s'en est bien\ngardé, et le moyen-âge n'a sculpté le diable que sous des formes char­\nmantes, en comparaison de la hideur formidable que Rops lui donne,\nexcepté lorsqu'il en fait « un sifflet d'ébène » et c'est là où il est le plus\neffrayant.\n   Breughel d'Enfer, David Teniers, Goya, initié par les gitanos, Callot\ninstruit en sorcellerie par les Bohémiens, ne sont que les Paul de Kock de\nla Goëtie. Je n'ai pas le troisième des ordres mineurs, et l'aurais-je, que\nloin d'exorciser Rops, je lui donnerais un mur d'église pour y peindre\nl'Enfer, et ce serait aussi grand qu'Andrea Orcagna. A la décadence latine\nqui nie Dieu, Rops présente Satan, et Satan plausible, Satan vraisem­\nblable, Satan contemporain.\n   Au pronaos du Salon de 1883, voulant donner une synthèse du grand\nart contemporain et préciser ses archètypes, j'ai écrit ceci du maître du\nBout du sillon :\n   « Si j'ai nommé Félicien Rops le dernier, ce n'est pas que je le classe\naprès ces quatre maîtres; car son originalité est si éclatante que je ne lui\ntrouve aucun précédent, et qu'il est impossible de le qualifier d'une filia-\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "                                   — 174 —\n\n tion; Puvis de Chavannes tient au quattrocentisti ; Gustave Moreau à\n  Léonard; Hébet à Rome, et Baudry à Venise, mais Rops est autochthone.\n Magnat hongrois mêlé de gallo-romain et de flamand, il doit à la com­\n plexité de son tempérament d'être le plus grand artiste en modernité qui\n soit. Et quand je dis moderne, j'entends un esprit qui réunit la compréhen­\n sion du moyen-âge à celle de 1883 et qui peut illustrer un grimoire et pour-\n traire la Parisienne.\n    « Félicien Rops est inconnu du public; mais s'il n'a pas de réputation il a\n de la gloire. Trois cents esprits subtils l'admirent et l'aiment, et ce suffrage\n de penseurs est le seul dont ce maître se soucie. S'il arrivait qu'un homme\n des classes moyennes, un de ceux pour qui on écrit les ouvrages de vulga­\n risation et qui les lisent, semblât goûter une de ses œuvres, il la détruirait\n immédiatement. Patricien de l'art, il ne veut de juges que ses pairs, non\n par orgueil ; la meilleure preuve de sa modestie, c'est son peu de notoriété\nqui est voulu, mais parce qu'il sait que l'art est un Druidisme qui doit\naccueillir toutes les intelligences qui se haussent, mais ne s'abaisser jamais\njusqu'à celles qui ne peuvent s'élever.\n    « L'œuvre de Félicien Rops comprend toute la vie moderne synthétisée,\nmais je ne veux en montrer ici que deux points, la Femme et le Diable. La\nfemme contemporaine, cette cabotine dont le charme est le chiffon, avec sa\ngrâce fugace, prismatique, instable et changeante est presque impossible à\nfixer dans une œuvre d'art ; immobile, elle n'a plus l'attrait qui est dans\nla célérité et l'imprévu des gestes et des poses. Mais prendre la Parisienne\net la monter jusqu'au style, c'est un impossible que Rops seul a tenté victo­\nrieusement. Seulement comme il conçoit toujours en penseur, au lieu d'une\nsimple femme de nos jours, il a fait la Dame au pantin. Grande svelte,\npresque androgyne, elle élève de son bras ganté de noir un pantin en habit;\nindescriptible en son sourire de mépris pour cet homme hochet qui est vous,\npeut-être moi. Les sourires de Rops descendent du coin des lèvres de Monna\nLisa, et l'ironie, l'ironie froide et silencieuse, a en lui un épeurant inter­\nprète.\n    « L'homme pantin de la femme, la femme pantin du diable, sont deux de\nses thèmes favoris, d'une grande portée psychologique, rendus avec une\nintensité plus excessive que celle de Baudelaire, avec qui il a des rapports\ntrès grands. Imaginez que le poète des Fleurs du mal ait écrit avec lignes,\net vous aurez quelque idée de Rops, le seul artiste assez mystique pour\npourtraiter la perversité moderne.\n   « Mais, la merveille de son œuvre, c'est le Diable. Oui, en l'an 1883 des\nesprits forts, il existe un artiste qui fait des démons qui font peur et dont\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "                                 -   175    -\n\n\nnul ne peut rire. Oh! ce n'est ni Bertram, ni Mephistophel; il n'a pas de\ncornes, ni de queue, ni de griffes, ce diable, il est en habit, il a un monocle;\nsi ses pieds sont fourchus, de fins escarpins les cachent; et il épeure cepen­\ndant, avec pour seul satanisme son sourire et son regard. Ah! si l'on donnait\nà Rops l'enfer à peindre au mur d'un Campo Santo, on verrait autre chose\nque le Bernardino Orcagna. Il a restauré la grande figure de Satan, il a fait\nréapparaître le Malin, en ce temps ou l'on ne croît plus même à Dieu, et il\nnous le montre vainqueur du ridicule et du rire. Je prie que l'on remarque\nque je n'ai cité que deux séries de l'œuvre de Rops, et que l'idée que j'en\npuis donner ici est presque nulle. Seulement, j'ai voulu marquer sa place\nhiérarchique dans l'art contemporain et déchirer un peu de l'obscurité\noù il s'enferme. L'utilité du critique n'est pas de donner de bons et des\n mauvais points aux artistes connus, mais bien de signaler et de mettre en\nlumière ceux qui, par l'élévation de leurs œuvres échappent à la myopie\n du public. Rops, est le grand maître en modernité, et ce genre est celui où\n l'école française peut encore faire des œuvres. Rops est le seul exemple des\n immenses lectures, de la forte éducation latine et de l'érudition poétique qui\n manquent à tous les artistes contemporains et sans lesquels il n'y a pas de\n grand art possible ; Rops est le « burineur » de la décadence latine. »\n  Je vais essayer de donner quelque idée des Sataniques, ce poème de la\npossession de la femme par le diable, où Rops s'élève jusqu'à Durer, en\nétant Rops plus que jamais.\n   I. La Chimère. Énorme et carrément taillée dans le bloc, la face\nnubienne, ses yeux de pierre grands ouverts sur l'horizon du mystère, la\nchimère a ses ailes retournées en conque, et là, comme en une niche, Satan\nest assis, le menton dans sa main, en sifflet d'ébène et cravaté de blanc,\nmonocle à l'œil, il regarde la femme couchée sur le dos du colosse, l'entou­\nrant de ses bras amoureux et se haussant à l'oreille du monstre pour lui\ndire son secret. Ce secret, Satan l'écoute, grave, à peine ironique, il semble\nun académicien de l'enfer, à peine deux bouts de cornes, point de queue,\neffroyable ! N'est-ce pas là le frontispice de toutes les passions ; cette femme\nqui se vautre sur la chimère de granit et lui confie son secret que le diable\nentend et par lequel il l'attirera à lui, n'est-elle pas le symbole du péché?\nAu point de vue technique, le modelé admirable du corps de la femme fait\npenser à Michel-Ange; c'est un corps de maître florentin, mais le diable y\nest, en plus, à ce corps!\n   II. Le Semeur. Ce n'est plus Satan l'académicien, c'est Satan le paysan,\nqui, par une nuit sombre, parcourt la terre, semant les mauvais êtres, les\ndétestables nouveau-nés qui seront des pervers ; il en a sa pleine blouse,\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2588, "texte": "                                  — 176 —\n\n de ces enfants maudits, et il les jette à poignées. Et à l'instant où Rops l'a\n représenté, il a un pied sur les tours de Notre-Dame et la Seine et la moitié\nde Paris dans l'ouverture de ses jambes maigres aux sabots énormes. Il\nremplit le ciel de sa silhouette sinistre. C'est un Durer!\n   III. L'Idole. On se croirait en présence de quelque culte infâme et secret\ndes Phéniciens. C'est un sommet d'édifice, deux baphomets sinistres jettent\ndans la nuit de sulfureuses lueurs. Au milieu se dresse l'idole, horrible et\nricaneuse, sorte de Satan à mi-corps dans une gaîne d'Hermès; la femme\naffolée, envoûtée par le malin, ne peut résister à sa fascination, et elle s'est\nhissée sur l'idole et l'étreint, aveugle, au ricanement du démon de bronze.\n   IV. Le Sacrifice. Ici Satan n'a plus forme descriptible, c'est un bucrane,\navec de la peau de bête et une queue de monstre, qui tient fascinée en son\npouvoir la femme toute folle et renversée sur un autel, aux bas-reliefs\nonaniques.\n   V. L'Enlèvement. En plein ciel, Satan emporte vers l'enfer la femme,\nqui se cramponne à ses ailes de chauve-souris. Il y a là, pour les dessina­\nteurs, des raccourcis d'une audace et des lignes d'une hardiesse incompa­\nrables.\n   VI. Le Calvaire. Ceci est le non ampluis du Satanisme, et Simmone\nMemmi, qui devint fou de terreur du diable qu'il avait peint, perdrait la\ntête instantanément à cette vue !\n   Sur le saint gibet du Calvaire, Satan est attaché à la place du Sauveur ;\nil a des pieds de bouc, et de ses pieds de bouc il a passé une étoffe noire\nau cou de la femme, qui s'abandonne, et il l'étrangle — et elle se laisse\nétrangler avec extase.\n   VII. La Vengeance dit Démon. Tout en haut, resplendit le triangle\nDivin et ses rayons tombent sur Satan qui ne veut pas descendre de\nl'empyrée, et qui, brûlé, torturé par la souffrance, dans un geste indescrip­\ntible, jette sur la terre un ensemencement de vices. Tout en bas, un chaos\nsans nom de larves avortées.\n   Il y a douze Sataniques. La place me manque pour décrire les cinq\ndernières, dont on peut dire, avec bien plus de justice que pour Goya le\nmot de Gautier « il fait grand peur dans ses eaux-fortes. »\n   Parmi les grandes séries de l'œuvre de Rops, je signalerai, une Danse\nmacabre moderne, et une illustration de l'Eloge de la folie, inédites; en\nprojet le Grimoire des grimoires, et sous presse, l'illustration du roman :\nLe Vice suprême.\n   Enfin, me demandait dernièrement quelqu'un, qu'est-ce que Rops? Est-\nce un peintre? Est-ce un graveur? Rops est un artiste qui sait tous les\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2344, "texte": "                                            177\n\nprocédés, et qui les emploie selon son idée ; il est peintre, mais comme ses\nconceptions sont pensées, il préfère au pinceau le burin pour les écrire, à\nmoins qu'il ne prenne le pastel ou l'aquarelle; toutefois, l'eau-forte mêlée\nde vernis mou est son procédé de prédilection et il succède à Rembrandt,\ndans cet art, immédiatement ; seulement, il ne grave que ses compositions,\net on ne connaît de lui que deux gravures d'après quelqu'un, et c'était de\nMillet par filialité esthétique.\n   Quand je souligne l'épithète de contemporain donnée à Rops, je ne veux\npas qu'on entende qu'il est un Saint-Aubin ; je le tiens pour un maître de\nstyle, pour un maître lyrique et qui ne sera jamais bien compris que d'un\npetit nombre d'initiés. Bien peu de gens, même éclairés et instruits, sont\nsusceptibles de se plaire aux Sataniques ; mais où il est accessible à tous les\nintelligents, c'est dans sa compréhension de la femme moderne. Les\nMadame Marneffe, les Torpille de Balzac, la Velleni et les Diaboliques de\nBarbey d'Aurevilly ont leurs portraits dans l'œuvre de Rops et ne l'ont que\nlà. Personne, depuis Léonard et Durer, n'a exprimé la femme moderne\ncomme lui ; personne, dans l'art entier, n'a exprimé Satan comme lui, et la\nFemme et le Diable c'est la moitié du monde.\n   Félicien Rops, et ses quinze cents estampes ne tiennent pas en un article,\net cette monographie ne doit être considérée que comme une première étude,\nun sommaire écourté de l'in-4° que je consacrerai à cet artiste singulier ;\npour l'heure, la chose à proclamer et à retenir peut se phraser ainsi : Entre\nPuvis de Chavannes, l'harmonieux, et 'Gustave Moreau, le subtil, Félicien\nRops, l'intense, ferme le triangle kabbalistique du grand Art.\n   Il est, à mes yeux, le plus grand maître flamand depuis l'école d'Anvers.\n                                                           J O S E P H I N PÉLADAN.\n\n   NOTE : Sur la couverture des premières livraisons de mon Introduction à l'histoire\nde toutes les écoles, quattrocentisti, on lit : Pour paraître le 1\" mai 1885, Etudes esthé-\ntiques de décadence : Félicien Rops, in-4° orné de 30 estampes originales et de 100 des­\nsins fac-similés. Cet ouvrage paraîtra à une époque indéterminée.\n                                                                                J. 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Vous entremêlez\ndans votre article, sans prévenir le lecteur, et de façon à me faire dire des\nchoses que je n'ai jamais pensées, des lambeaux d'une conversation que\n\n   (I) Dans le premier numéro d'une nouvelle et très élégante revue qui vient de paraître, la Chronique des\nBeaux-Arts, d'Anvers, Georges Eekhoud a écrit :\n   « Je commence cette revue de l'année artistique par un souhait, c'est que musiciens et peintres s'appliquent;\ns'appliquent surtout à être vraiment nationaux. Une chose me trappe en parcourant la liste des événements\nmusicaux de l'année, c'est la part très effacée que nos compositeurs peuvent revendiquer dans cette liste.\nDe même le Salon de 1884 prouve à l'évidence la déplorable fascination que la peinture française exerce sur\nnos artistes. A part quelques individualités dont je rencontrerai le nom dans cette revue, il semble que loin de\ncombattre, de lutter contre le vent étranger, le vent assimilateur soufflant de Paris, les artistes eux-mêmes\nflattent ce qu'on pourrait appeler « l'annexion intellectuelle M et entretiennent par leurs pastiches, leur\npitoyable sujétion, ou encore par une abstention indigne des forts, cette idée chez le public qu'en effet il n'y a\nplus d'autre art que l'art français. »\n   Ce phénomène n'affecte pas la littérature belge. La livraison de janvier de la Jeune Belgique le prouve\nsuperbement.\n   Jamais le groupe des jeunes combattants ne s'est manifesté en une série plus brillante d'échantillons de ce\nqu'il peut faire. Une véritable anthologie, où chaque œuvre de prose alterne avec une œuvre versifiée. Vingt\nmorceaux, de bon aloi, sans compter les chroniques et les amusettes de la fin. Un défilé compact, animé, sonore.\nUne réponse joyeuse et triomphante aux détracteurs, aux aboyeurs, aux diffamateurs. Une fanfare retentissante\nqui couvre le fausset des envieux, des ratés, des essoufflés. Un grand coup de balai qui renvoie aux immondices\ntoutes les salissures.\n   Bravo ! Bravo ! Bravo 1 Et en avant! Oui, encore plus en avant! Toujours en avant!\n   Plus d'une fois au cours de l'an dernier, nous avons souhaité que cette vaillante équipe, que disons-nous? que\ncette vaillante armée, se nationalisât davantage, et se laissant aller aux impressions des milieux ou elle vit,\nlutte, pâtit ou triomphe, abandonnât résolument toute ressouvenanec de la littérature étrangère où l'a trempé\nson éducation, pour ne plus s'emparer que de ce qui est visible dans son rayon immédiat. VOIR LE MILIEU BELGE,\nPENSER EN BELGE, avions-nous crié.\n   Nous nous garderons certes de dire que c'est grâce à notre conseil que le dernier numéro de la Jeune Belgique\napplique ce principe salutaire qui seul peut nous donner l'originalité, cette qualité souveraine, la seule vraiment\nséductrice. Ce n'est pas une parole de critique qui fait marcher une évolution littéraire, il est plus vrai de dire\nque la même loi dominante a inspiré notre vœu et sa réalisation presque instantanée par les écrivains de nos\ntemps nouveaux.\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4777, "texte": "                                                      — 179 —\n\nj'eus avec l'un de vos rédacteurs et des fragments d'une étude publiée par\nmoi dans le dernier numéro de la Jeune Belgique.\n   Il résulte de votre plaidoirie que je me serais sournoisement comparé à\nVictor Hugo et à Charles Baudelaire.\n   Franchement, l ' A r t moderne n'a pas encore assez de ridicules pour en\nprêter de pareils à ses amis.\n   Mon article est une étude générale. Je n'y parle pas de moi entre les\nlignes. Vous prônez Fart belge, c'est votre droit. Je l'attaque, c'est mon\ndroit à moi. Mais de grâce, ne confondez pas mes arguments avec mes\nœuvres. Ne m'écrasez pas avec la comparaison de l'ours, encore plus\nlourde que son pavé. N'imitez pas la mauvaise foi de certains journalistes\nque vous combattez.\n   Je vous ai cité Hugo et Baudelaire comme des exemples. Je les ai pris\nde préférence aux autres poètes français, parce qu'ils les dominent de toute\nleur hauteur, et aussi parce qu'avec la logique véhémente qui vous\ndistingue, vous n'auriez pas manqué, si je les avais omis, de me les lancer\nà la tête comme des arguments en votre faveur. Mais ne vous imaginez\npoint qu'à défaut de génies exceptionnels, et auxquels vous consentez à ne\npas imposer votre esthétique, ce dont ils vous seraient fort obligés, s'ils\nvous connaissaient, je ne pourrais vous citer bon nombre de poètes de talent\nque leur indifférence au terroir n'a pas empêché d'écrire de belles pages. Le\nterroir de Théophile Gautier, s'il vous plaît? Celui de Banville? Celui de\nSully-Prudhomme? et en général, celui de la plupart des Parnassiens?\n   Si vous voyez encore une comparaison dans cet argument, elle vous\n\n\n   Mais nous nous réjouissons sans réserve de ce changement d e front, tenté p a r quelques-uns seulement\njusqu'ici, et qui m a i n t e n a n t e n t r a î n e toute la ligne. Bruxelles, les Flandres, les Ardennes, nos rues, nos\nchamps, nos concitoyens, nos m œ u r s sont seuls en scène comme décors ou comme acteurs.\n   11 ne s'agit plus désormais que de creuser à fond cette psychologie et cette n a t u r e . Cela se fera. On n'en peut\ndouter en voyant a u travail t a n t d'esprits p é n é t r a n t s , tant d e plumes adroites.\n   Vous avez l'instrument, vous connaissez le métier, jeunes légionnaires. Vous voyez aussi les régions et les\nchemins à parcourir. P l u s d'excursions au loin, par delà les frontières, aux pays d o n t on rêve sans les voir et\nsurtout sans les comprendre. Allez! Les vœux de tous vous saluent et vous accompagnent. Une littérature\nnationale est née. Elle n'est plus l'œuvre de quelques exceptions, des précurseurs isolés. Elle est générale,\ncomprise, acclimatée, installée, consolidée.\n   Voilà le fait éclatant pour la prose.\n   En est-il de même pour la poésie?\n   Nous en causions récemment avec l'un de nos jeunes versificateurs les plus auréolés d'espérances, Albert\nGiraud, et il doutait. Le symbolisme d e la g r a n d e poésie lui paraissait réfractaire à cette nationalisation.     Il se\nrangeait parmi ceux q u e les œuvres de terroir ne sollicitent pas. On ne peut, dîsait-il, forcer sa n a t u r e pour\nsuivre un système prêché p a r un critique. L'âme humaine est universelle. Elle peut ê t r e notée indépendamment\ndu milieu et du décor. L e s vastes mouvements d'idées, de sentiments et de sensations qui à certaines périodes\nse lèvent sur le monde, sont des marées si larges et si hautes qu'elles submergent et renversent tout. H u g o ,\nLamartine et Baudelaire ont-îls été des écrivains du terroir? Sont-ils des Gaulois? Sont-ils même des Français?\nEt n'en ont-ils pas moins exprimé dans leurs vers un état particulier de l'âme contemporaine? Exiger de tous les\nJeune-Belgique des œ u v r e s du terroir, sans tenir compte des circonstances, des tempéraments et des vocations,\nc'est une absurdité où ne conduit qu'une manie trop généralisante.\n   Nous répondons : Certes, s'il est quelqu'un des J e u n e - B e l g i q u e qui se sente un H u g o , un L a m a r t i n e ,\nun Baudelaire, qu'il suive son génie. P o u r celui-là pas de règles. S'il en est qu'une incompressible vocation\npousse à des œ u v r e s exotiques, qu'il suive sa vocation. Les règles ne sont pas faites pour les exceptions. Mais\nil faut qu'on soit sûr d'être une exception. Vous l'êtes p e u t - ê t r e . Mais défiez-vous. Si vous vous trompez sur vos\naptitudes, en cherchant ailleurs que dans votre milieu, vous vous fourvoierez, vous pasticherez, et vous le ferez\ninconsciemment, ce qui est le pire des pastichages, parce que c'est le pastichage incurable.\n   Et parlant ainsi nous nous souvenions du cri de détresse poussé par notre jeune interlocuteur dans le Scribe,\nson premier livre, qui plaît, malgré l'adjectivite aigue dont il a offert un cas pathologique si remarquable.\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4825, "texte": "                                                 — 180 —\n\nfroissera moins que la première, car n'oubliez pas que vous tenez les\nParnassiens pour des acrobates.\n   A moins que vous soyez revenu de cette... opinion, et que vous ne vous\ndécidiez à l'avouer, ce dont pour ma part je ne pourrais que vous louer fort.\nCar moi, aussi, il y a quelques années, sur la foi de lectures sommaires,\nj'écrivis, à propos du Parnasse, dans un médaillon de Jean Richepin, quel­\nques lignes paradoxales qui s'accordaient un peu avec votre Evangile d'au­\njourd'hui. Dieu me garde, Monsieur l'Art moderne, d'en profiter pour\nvous appeler pasticheur, mais vous ne feriez pas mal, en cette aventure,\nde me pasticher jusqu'au bout, et de confesser votre erreur comme j'ai con­\nfessé la mienne. Vous avez assez d'orgueil pour vous préserver de la vanité.\n   Il peut vous sembler fort spirituel, — au point de vue du terroir ! — de\nm'appeler Don Giraud de Hérédia Baudelar y Banvillès. Vous semblerait-il\naussi spirituel, après une lecture de La Forge Roussel, d'appeler\nM. Edmond Picard : Don Picardo y Sehopenhauër, ou Don Picardo Cla­\ndelos y Barbey d'Aurévillyos y Micheletos, après une lecture de l'Amiral?\nVous conviendrez que ces hispanismes sont à la portée de tout le monde !\n   Pour l'amour de vous, Monsieur l'Art moderne, guérissez donc la\nconseillomanie dont vous êtes atteint. Elle finira par vous déconsidérer\ndans l'opinion des artistes, race indépendante par excellence, et qui vous a\nsi souvent entendu prêcher l'indépendance ! Ne lui laissez pas soupçonner,\nne fût-ce qu'un instant, que vous voulez jouer au tambour-major des\nlettres. La poésie n'est pas la fille du tambour-major !\n   Laissez l'artiste aller où son instinct le conduit. Ne le faites pas trébu-\n\n\nS'y mettant en scène, sous la figure de son héros, Jean Heurtaut, ce lecteur trop assidu pour n'en pas prendre\nquelque chose de don José de Hérédia, de Baudelaire et de Banville, il y dépeignait en ces termes pathétiques,\nla souffrance du pasticheur lisant ses propres œuvres et les trouvant infectées du vice redoutable :\n   « A la première ligne, il découvrit une réminiscence, et puis une autre, une autre encore. Il éparpillait\nautour de lui les pages, hagard devant l'écroulement de son rêve. Cette image appartenait à Hugo, ce vers\nà Leconte de Lisle, cette strophe est jumelle d'une strophe de Baudelaire. Et celui-là surtout se réflétait dans\nle poème. Tout à coup Jean se rappela que l'idée-mère de son œuvre était un sonnet des Fleurs du mal.\nEt pourtant, il conservait un doute. Il relut, de rechef. Alors, cédant à l'éblouissante évidence, il demeura\npenché sur la table, les poings au menton, clans un silence.\n   « Oh oui ! il avait dompté le mot, maintenant; et il était Dieu, — un Dieu plagiaire, Les strophes imitées lui\nsonnaient aux oreilles sur un ton qui psalmodiait, interminablement. Et les livres qui dénonçaient sa faiblesse\ngisaient là, ouverts, sous la tranquille lueur de la lampe, avec une indifférente ironie.\n   « Dans une rage, il agrippa les volumes. Non! il n'était pas un plagiaire. Le tempérament de Baudelaire\nressemblait au sien. Le poète des Epaves exerçait sur lui une diabolique possession, que nul exorcisme ne\nguérirait. C'était à croire que par une lugubre mystification d'outre-tombe, Baudelaire guidait la main de Jean\nquand il écrivait. Non, il n'était pas un plagiaire. Cette œuvre qu'il allait détruire était de lui, bien de lui\nDes pages en étaient stylées avant sa première lecture des Fleurs du mal. Et parce que ses sensations\ncorrespondaient à celles de Baudelaire, on lui défendait de les traduire, et ses strophes — la chair et le sang de\nson intelligence, — il n'oserait pas les publier! Et il renfermerait en lui toute cette vie qui l'étouffait? Non il\nn'était pas un plagiaire. C'ÉTAIT BAUDELAIRE QUI LE VOLAIT ! ! »\n   Peut-on mieux dépeindre la terrible maladie et sa folie terminale qui se résume en cette formule : Se croire\noriginal, et ne pas l'être. Et comme conséquence sauter, les griffes tendues, avec des cris aigres, aux yeux de\nceux qui vous en avertissent.\n   On se sauve de cela quelquefois, don Giraud de Héré:lia-Baudelar-y-Banvillès, en se raccrochant fortement\nà son milieu et à son décor. A moins d'être Hugo, Lamartine, Baudelaire, laissez l'âme universelle. C'est\ndifficile à attraper à moins d'avoir des mains de géant. Ne croyez pas trop aisément que vous êtes par\nprivilège, porté par une de ces maries si larges cl si hautes qu'elles submergent et renversent tout. Contentez-\nvous, par provision, de voir le milieu belge et de penser en Belge. 11 nous semble que vous y gagnerez en\noriginalité et cela calmera les inquiétudes de vos amis et les lamentations du Scribe.\n                                                                       ( L ' A r t moderne, du 18 janvier 1885).\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "                                  — 181 —\n\ncher en lui jetant, de huit en huit jours, de nouveaux dogmes entre les\njambes. Appréciez son œuvre comme il vous convient, mais ne battez pas\nle tambour devant sa porte, pour le convoquer à je ne sais quelle garde\ncivique de l'art qu'il a en horreur.\n   Il me reste à vous dire un mot du ton dans lequel vous composez vos\narticles. Ils sont écrits en crispant majeur.\n   Vous me remémorez ce mot d'un courtisan de Louis XIV, à qui le roi-\nsoleil montrait d'abominables vers de sa façon, et qui se tira d'une position\ncritique en s'écriant : « Sire, il n'est rien d'impossible à Votre Majesté : elle\na voulu faire de mauvais vers, et elle a parfaitement réussi ».\n   Je vous dis, moi : « Votre Originalité a voulu prendre un jour le ton\nd'un pédagogue à férule, et comme rien ne lui est impossible, elle a parfai­\ntement réussi ».\n                                                     A L B E R T GIRAUD.\n\n\n                                       II\n    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 181, "page_fin": 183, "titre_corps": "Mon oncle le jurisconsulte, par M. 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Edmond Picard\nnous dit : « L'auteur a tenté d'y mettre en scène, sous la forme de la\nNouvelle, des thèses scientifiques, savoir : les règles professionnelles du\nBarreau, — le fondement du Droit, — la législation ouvrière, — l'ensei­\ngnement du Droit.\n   « Il a cru que ces matières abstraites, toujours présentées jusqu'ici sous\nun accoutrement doctoral qui les rendait à la fois peu attrayantes et acces­\nsibles seulement aux initiés, pourraient supporter, sans rien perdre de leur\nvaleur, une accommodation moins pédantesque. Il s'y est risqué, n'igno­\nrant pas pourtant l'opposition faite à l'art démonstratif par la jeune et vail­\nlante école qui reprend avec un opiniâtre exclusivisme la théorie de l'art\npour l'art, proclame hardiment que la forme suffit à tout, et se refuse à\nadmettre que dans la hiérarchie artistique, si les œuvres de pure virtuosité\net de pur charme ont une place que nul homme de goût ne leur dénie, le\npremier rang revient à celles qui, aux séductions d'une forme correcte,\ningénieuse, sans cesse renouvelée, joignent l'élévation du sujet et la puis­\nsance de son humanité. »\n   Cela est aussi absurde que bien dit et M. Picard y montre, une fois de\nplus, qu'il n'a pas compris ni voulu comprendre les interminables articles\nque nous avons opposés à son entêtement. C'est l'impénitence finale. Il y\ntient; son opinion, au reste, n'est pas moins respectable que la nôtre.\n                                                                         11\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3159, "texte": "                                    —    182   —\n\n\n   Ce qu'il dit dans sa préface, c'est ce que Jules Verne a dû se dire en\nécrivant Vingt mille lieues sous les mers. Avec son grand talent littéraire en\nplus, M. Picard fait même besogne. Verne vulgarise les sciences, toutes les\nsciences, sauf le Droit. M. Picard « comble la lacune ». Il écrira un jour :\nLe tour du palais de justice en quatre-vingts jours ! Est-ce chair, est-ce\n poisson? Est-ce de l'art et de la science? C'est du Droit, disent les écrivains ;\nnon, c'est de la littérature, objectent les stagiaires. « Je suis oiseau, voyez\nmes ailes; je suis souris, vivent les rats! ».\n   M. Edmond Picard est notre chauve-souris !\n   Voyons ses ailes, et ne voyons qu'elles.\n   Mon oncle le jurisconsulte est plutôt une Nouvelle juridique qu'un\nroman; dans une affabulation chère à l'auteur, puisqu'il la répète dans\nchacun de ses livres, M. Picard met en scène un vieux bâtonnier respec­\ntable, blanc, sévère mais juste, qui dans une réunion d'amis raconte la\ncarrière, la vie, les idées — surtout — de son oncle, un jurisconsulte de\npremier ordre.\n   Ces idées sont bien celles de M. Picard lui-même, sur le Droit, dont le\ncélèbre directeur des Pandectes belges a fait une sorte de religion, superbe\npar la foi qu'il y apporte, mais dont nous ne comprenons pas très bien les\ndogmes. Droit nous a toujours un peu paru synonyme de gendarmerie.\nHeureux les hommes qui, comme M. Picard, peuvent ajouter au culte de\nl'art celui d'une science conventionnelle qui nous fait tousser, au Palais.\n   Dans son Traité de l'Enseignement du droit, — cela se prononce : Mon\noncle le jurisconsulte, — M. Picard a mis des pages littéraires que nous\nne pouvons assez admirer. Voici une description de bois que nous donnons\ntoute entière :\n   « Nous revenions l'après-midi par la drève de Lorraine, dont le long\ndéfilé, parallèle au chemin que nous avions pris le matin, traverse la forêt\nde part en part, dans une de ses parties les plus imposantes, là où les\nhêtres, soigneusement émondés, dressant leurs troncs unis, glacés de vieil\nargent, moussus du côté du Nord, droits comme des fûts de colonne,\népanouissent à cent pieds de hauteur les panaches de leurs rameaux entre­\ncroisés pour former une voûte continue de verdure. Au dessous le silence\nd'une basilique vide, et sa fraîcheur. Sur le sol, amassées en un épais et\nrougeâtre matelas, se décomposant en un noir terreau, les dépouilles de\nplusieurs automnes. Le long de la drève, sur deux rangées, des arbres, et\ntoujours des arbres, développant leur nef en ogive, sans commencement et\nsans fin pour le regard,\n                               « Longs murs de héros séculaires\n                 « Durcis aux noirs assauts des hivers meurtriers.\n   « Tout cela me revient : le plus beau paysage ne m'est jamais apparu\nque comme un décor pour une scène humaine, et quand je raconte une\nscène humaine son décor naturel se lève pour moi irrésistiblement.\n  « Tout à coup, devant nous, au loin, le crépuscule que faisaient les\nombrages fut pointé d'une éclaircie, s'élargissant au fur et à mesure que\nnous progressions. Le jour semblait se lever sous la ramée obscure.\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "                                  — 183 —\n\n   « C'était une coupe, une de ces coupes qui, d'après l'aménagement de\nla forêt, ne retrouvent leur tour qu'après une révolution de cent ans. Sur\nun espace énorme, la futaie était rasée, les troncs s'étalaient sur le sol, les\nchapiteaux de leurs cîmes brisés, écrasés du côté de la chute, comme si un\nouragan les avait fauchés.\n   « Elle s'ouvrait juste à l'endroit où la drève de Lorraine est coupée à\n angle droit par celle des Bonniers. J'ai depuis relevé et reconnu le sîte. Au\ndelà de la trouée qu'avait faite l'abatage, on apercevait à gauche, à quelques\ncentaines de mètres, les bâtiments bas et les pommiers en fleurs de la ferme\nla Petite Espinette. Un vent faible du Nord-Ouest ramenait lentement\nvers nous, tout entière, d'un mouvement continu, la calotte nuageuse\ndu ciel.\n   « A l'intersection des deux routes, un peu à l'intérieur du triage, un\npeintre, absorbé devant ce spectacle qui se développait dans sa sereine et\npoétique majesté, brossait une esquisse. »\n   Tout le grand talent de M. Picard est dans cette belle page durable.\nPeu, mieux que lui ont compris la forêt, la grande forêt de notre pays, et\nde même que dans l'Amiral, il a fait ici magistralement hurler et sangloter\nles mers où son enfance a été ballottée, ainsi l'âme des grands bois frissonne\ndans ce style net, incisif, où l'on sent la main calleuse du bûcheron.\nL'avenir littéraire détachera de telles flambées d'art, des TRAITÉS JURI­\nDIQUES de M. Edmond Picard.\n\n\n\n\nPETITE HISTOIRE DES GRANDS PEINTRES, par M. LUCIEN SOLVAY. Un volume.\n              Bruxelles, Office de Publicité. Prix : 50 centimes.\n\n   M. Lucien Solvay, qui jusqu'ici, n'a pas, dans sa critique, dépassé la\nmesure de l'indulgence, semble aujourd'hui vouloir relever d'un coup\nd'épaule vigoureux sa nature un peu amollie. Dans un petit livre qu'il vient\nde donner à la collection de l'Office de Publicité, sous ce titre : Petite\nhistoire des grands peintres et qui n'est que le premier d'une série, il expose\ndans un langage clair, avec une três grande lucidité de vues et surtout une\nérudition de bon aloi, les phases historiques et esthétiques des origines de\nla peinture, dans l'antiquité, puis l'art de transition, le moyen-âge, la\nRenaissance, l'École de Florence, Léonard de Vinci, Michel-Ange, l'École\nromaine-napolitaine et Raphaël, l'École venitienne avec Le Titien et\nVeronèse, et enfin l'École lombardo-bolonaise. Le Dominiquain, Carrache\nLe Guerchin, pour arrêter son livre à l'époque de décadence. Le livre, orné\nde dessins... malheureux, est excellent pour l'éducation normale et nous le\nrecommandons vivement non seulement aux jeunes amateurs mais aux\nartistes.\n                                                         MAX W A L L E R ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 184, "page_fin": 185, "titre_corps": "L’Exposition de l’Essor", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 199, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 3161, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                      L'EXPOSITION DE             L'ESSOR\n               C'est la neuvième !... Je me souviens encore des premières, amé­\n                nagées dans des locaux incongrus, mal ajourés, tenant du\n                hangar et de la salle de vente, faites' à la hâte et sans expé,\n                rience comme telle et telle toile qu'on pendait dans les coins,\n                pauvres, pénibles, timides, toutes transies des peurs du début-\n   Les critiques graves n'y couraient pas; on n'en rendait compte que dans\nles gazettes d'art ; on louait à tort et à travers, plus par encouragement\nque par conviction. Mais eux, les jeunes, n'en retenaient que bons souve­\nnirs. C'étaient leurs fêtes et leurs combats. Ils éprouvaient déjà, ceux\nd'entre eux qui étaient taillés en artistes, la tonique joie de sentir l'œuvre\ndéchirée par les imbéciles et niée par les prud'hommes d'académie. Khnopff,\nVan Rysselberghe, Ensor, Frédéric bataillaient et l'on voyait devant\nleurs toiles certains gros yeux s'écarquiller comme ceux des poissons devant\nles splendeurs glauques des grottes marines.\n   Aujourd'hui, tout tâtonnement a disparu; les expositions de l'Essor\nsont des dames du monde, qui reçoivent à jour fixe. Il est de bon ton de\nne pas les ignorer et d'y faire au moins une apparition pour savoir que le\nnom de M. Frédéric a l'avantage de s'écrire sans x.\n   Je voudrais particulièrement désigner le tableau d'un nouveau venu :\nLa dernière battue de M. Demol. Cela est puissant, étonnamment.\n L'observation y est poussée jusqu'à la pénétrance la plus intime. La pein­\nture est solide, sans tapage. Le dessin sobre est serré. Quel pas gigantesque\na dû faire l'artiste pour enjamber la distance qui sépare la Basse cour de\n la Battue.\n    M. Vos, le voisin de M. Demol travaille tenacement et réussit. Ses\n meilleurs envois sont le Bourgmestre et l'Enterrement qui passe. Le\n peintre semble les avoir négligés dans son placement, c'est une erreur\n d'autant plus regrettable que le dernier envoi que je signale, peut, en toute\n sécurité être examiné de près. Le fond est exquis.\n   Les pauvres gens sont d'un luisant qui agace. Trop de pâte de colle, et\n surtout de vernis. Il ne faut pas que les tableaux sentent trop l'huile. C'est\n ce qui les distingue des discours de Demosthènes. Les pauvres gens\nreflètent leur cadre, la statuette qui est placée devant et le spectateur qui\nles scrute. C'est un second tableau encadré dans le premier. Au surplus\nvernis est bourgeois. Un tableau couleur d'escarpin et de parquet ciré est\ngâté pour un artiste.\n   Van Rappard est de bonne souche flamande et sa peinture est aussi fla­\nmande que son nom. Très vigoureux ses Peintres de carreaux. Très\nvraie sa Bobineuse. Mais qu'il avise, l'écueil de cet art, c'est le commun.\n   Le maître de céans est M. Frédéric, consciencieux, profond, humain et\némotionnant artiste. Il se penche, lui aussi — oh ! combien il y en a — sur\nles humbles, les petits, les vieillards, les souffrants, les brisés de la vie, et les\npeint pieusement et scrupuleusement, avec compatissance. Sa Vieille ser-\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "                                  — 185 —\n\nvante est son meilleur envoi. Quelle usure de corps et d'âme l'artiste a su\nrendre! Et quelle vérité transparaît dans son œuvre! De telles vieilles, nous\nen connaissons tous. Elles habitent les villes flamandes, soit retirées dans\nde petites maisons à loyer minime, soit dans les arrière-cuisines où les\nmaîtres les gardent par pitié. Elles sont les muettes domestiques, faites aux\n vieux logis à carreaux tristes, à corridors étranglés, que depuis des ans et\n des ans elles nettoient avec ce soin hollandais et excessif, qui les tient\n propres elles mêmes. Elles ont vécu pour les enfants du ménage, elles ont\n connu les grands-parents et maintenant elles sont ruines, ruines déjà bran­\n lantes au vent de mort.\n    M. Frédéric a réussi dans l'expression entière de cette misère. J'aime\n moins ses autres toiles et pour Dieu ! qu'il se garde des détonations de\n couleurs bleues. On se perd dans l'azur avec autant de facilité que dans le\n noir. M. Frédéric ferait également bien de se défier du parti-pris qu'il a de\nvoir la grenouille poindre à travers l'enfant. Passe pour le singe ! Ses types\nde marmots ont tous des bouches et des yeux de batraciens.\n   Voici M. Delsaux, le paysagiste le plus remarquable des brosseurs de site\nessoriens. Sa touche est ferme, décidée, robuste ; sa couleur franche, parfois\n brutale.\n   Les Parqueurs de moules — une étude — font un bel étalage de ses\nqualités de facture. L'ensemble avec les réverbérations marines, les tons\nbleus et phosphorescents dont le pinceau a sabré la toile, sent bon la mer.\n   M. Marcette, qui se confine de plus en plus dans les marines, tient la\nrampe avec une importante toile : Le bassin de la maison hanséatique.\n Pourtant je lui préfère sa voisine. Celle-ci est exquise de fouillis et de fine\ntonalité. Mais que l'artiste remise donc dans sa cale la plus sèche\ncet énorme avant de navire qu'il a construit dans la partie gauche du\ntableautin. M. Marcette est le plus méritant des jeunes peintres anversois;\nje connais de lui des vieux coins d'un coloris superbe et en tous points digne\ndes plus ragoûtants coloristes flamands.\n   Le boulevard du Midi de Bièvre, le Lavoir de J. Dierickx, Contempla-\ntion et Autel des pauvres de O. Dierickx et les portraits de Lemmen, mis\nà part, il ne nous reste qu'à tirer notre révérence à l'immense tas de médio­\ncrités peintes qui encombrent le Salon. Cela ne vaut pas la peine de se\n fâcher. Que M. Laboulaye et M. Herbo couronnés de myrthes et de lauriers\npar M. Pierre Gervais s'en aillent bras-dessus, bras-dessous et que\n M. Halkett fasse l'histoire de son talent en peignant la malade de son tryp-\ntique, que nous importe.\n   Il ne reste plus à signaler que la puissante étude de M. Julien Dillens —\nà chaque nouvelle œuvre son talent grandit — et- la Tête de gamin de\nLagae. Le premier de ces deux sculpteurs arrivera bientôt à la maîtrise.\nDéjà, dès aujourd'hui, il témoigne d'une originalité et d'une sûreté hors de\ntout conteste.\n    Et maintenant à l'an prochain, jeunes essoriens d'avenir, voici l'hiver qui\ns'en .va et bientôt le labeur va vous reprendre, vous envoyant à droite, à\ngauche, à travers plaines et villages, en quête du coin pittoresque et du site\nsuggestif, la boîte sur le dos, le pliant à la main et l'orgueil et la folie de\nl'art triomphalement dans la tête !\n                                                   EMILE VERHAEREN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-02-01-n2-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 186, "page_fin": 186, "titre_corps": "R. I. 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Ce repré­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2478, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "sentant de la musique slave est décidé­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2564, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "ment une figure originale, qui renferme un"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2622, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "sensorium d'artiste sous sa technique cu­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2664, "fin_caractere_exclue": 2671, "texte": "rieuse."}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2741, "fin_caractere_exclue": 2779, "texte": "Tschaïkowski mérite une étude spéciale"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2829, "fin_caractere_exclue": 2872, "texte": "que nous essaierons de lui faire un jour en"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2921, "fin_caractere_exclue": 2951, "texte": "dehors de ces notes sommaires."}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3124, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "***"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3198, "fin_caractere_exclue": 3235, "texte": "Dans son numéro du 9 janvier, le Bien"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3287, "fin_caractere_exclue": 3325, "texte": "public de Gand fait une réclame — fort"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3381, "fin_caractere_exclue": 3428, "texte": "légitime d'ailleurs — au Magasin     littéraire"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3471, "fin_caractere_exclue": 3516, "texte": "et scientifique — en un article ou nous trou­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3562, "fin_caractere_exclue": 3603, "texte": "vons ces mots : « Et les gens simples ont"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3655, "fin_caractere_exclue": 3694, "texte": "été exposés à croire que le flambeau de"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3747, "fin_caractere_exclue": 3792, "texte": "l'art sincère ne pouvait briller qu'entre les"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3842, "fin_caractere_exclue": 3883, "texte": "mains des philosophes libres-penseurs qui"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3935, "fin_caractere_exclue": 3976, "texte": "se décorent du titre de Jeune-Belgique. »"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 4031, "fin_caractere_exclue": 4068, "texte": "Toujours et plus que jamais nous pro­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 4122, "fin_caractere_exclue": 4162, "texte": "testons contre ceux qui collent sur nous"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 148, "fin_caractere_exclue": 191, "texte": "une étiquette politique ou religieuse. Nous"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 242, "fin_caractere_exclue": 287, "texte": "faisons ici de la littérature et n'autorisons"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 338, "fin_caractere_exclue": 379, "texte": "ni les catholiques ni les libéraux — nous"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 430, "fin_caractere_exclue": 470, "texte": "les citons alphabétiquement (bétiquement"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 521, "fin_caractere_exclue": 559, "texte": "est le mot) — à nous enrôler dans leur"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 610, "fin_caractere_exclue": 646, "texte": "armée. Nous sommes la Jeune Belgique"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 697, "fin_caractere_exclue": 717, "texte": "et cela nous suffit."}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 833, "fin_caractere_exclue": 836, "texte": "***"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 890, "fin_caractere_exclue": 930, "texte": "Un petit journal, jeune et intransigeant"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 981, "fin_caractere_exclue": 1015, "texte": "comme nous, — mais français — mais"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 1066, "fin_caractere_exclue": 1105, "texte": "parisien — Lutèce, nous déclaque chaque"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 1156, "fin_caractere_exclue": 1197, "texte": "semaine un petit articulet intéressant au"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 1248, "fin_caractere_exclue": 1291, "texte": "point de vue décoratif, dans lequel il nous"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 1342, "fin_caractere_exclue": 1382, "texte": "japonise une masse de choses très spiri­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 1433, "fin_caractere_exclue": 1474, "texte": "tuelles que nous ne comprenons pas, étant"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 1525, "fin_caractere_exclue": 1562, "texte": "belges comme une oie. Il nous demande"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 1613, "fin_caractere_exclue": 1653, "texte": "une réponse à toutes les questions qu'il"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 1704, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "nous fait, à croire qu'il nous prend pour"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 1796, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "un guide de conversation polyglotte. Nous"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 1888, "fin_caractere_exclue": 1930, "texte": "aimons beaucoup Lutèce, les idées d'art et"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 1981, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "de lettres de ce journal que nous recom­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2072, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "mandons à nos lecteurs, sont à peu près"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2162, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "les nôtres; mais qu'il cesse de nous bla­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2254, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "guer, de nous assommer de ce mot bête :"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2344, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "«Contrefaçon belge»usé, démodé, indigne"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2434, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "de lui. Ce qui en art naît en France, en ce"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2528, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "moment-ci, n'a pas à nous donner de"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2614, "fin_caractere_exclue": 2621, "texte": "leçons."}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2734, "fin_caractere_exclue": 2737, "texte": "***"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2790, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "CARNAVAL DE NICE. — Voici un magnifi­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2878, "fin_caractere_exclue": 2919, "texte": "que voyage qui s'organise à l'occasion du"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 2970, "fin_caractere_exclue": 3011, "texte": "Carnaval de Nice. On visitera successive­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3062, "fin_caractere_exclue": 3102, "texte": "ment Marseille, Cannes, les îles Sainte-"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3153, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "Marguerite et Saint-Honorat, Nice, Monaco"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3245, "fin_caractere_exclue": 3286, "texte": "et Monte-Carie, en un mot toutes les mer­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3337, "fin_caractere_exclue": 3380, "texte": "veilles du littoral de la Méditerranée. Les"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3431, "fin_caractere_exclue": 3470, "texte": "touristes prendront part, en outre, aux"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3521, "fin_caractere_exclue": 3561, "texte": "superbes fêtes et réjouissances du mardi"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3612, "fin_caractere_exclue": 3654, "texte": "gras à Nice : cortège carnavalesque, bril­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3705, "fin_caractere_exclue": 3746, "texte": "lante cavalcade, bataille de fleurs et de"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3797, "fin_caractere_exclue": 3841, "texte": "confetti, distribution de bannières, bals et"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3892, "fin_caractere_exclue": 3934, "texte": "fêtes de nuit, illumination à giorne, etc."}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 3988, "fin_caractere_exclue": 4027, "texte": "La durée de ce voyage sera de 10 jours."}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 4078, "fin_caractere_exclue": 4121, "texte": "Le départ aura lieu de Paris le lundi 9 fé-"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 4172, "fin_caractere_exclue": 4214, "texte": "vrier, à 2 h. 20 du soir. Le prix, compre-"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 103, "texte": "nant tous les frais de transport et de séjour"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 151, "fin_caractere_exclue": 192, "texte": "à partir de Paris, est fixé à 250 francs."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 244, "fin_caractere_exclue": 282, "texte": "Le voyage sera conduit par M. Ch. PAR­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 336, "fin_caractere_exclue": 377, "texte": "MENTIER, directeur de l'Excursion, boule­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 433, "fin_caractere_exclue": 476, "texte": "vard Anspach, 109, à Bruxelles, qui enverra"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 527, "fin_caractere_exclue": 568, "texte": "gratuitement les prospectus aux personnes"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 619, "fin_caractere_exclue": 648, "texte": "qui lui en feront la demande."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 806, "fin_caractere_exclue": 809, "texte": "***"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 908, "fin_caractere_exclue": 950, "texte": "L'éditeur Mahillon a fait paraître, il y a"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1031, "fin_caractere_exclue": 1077, "texte": "quelques jours, une Sérénade         poétique,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1078, "fin_caractere_exclue": 1116, "texte": "pour piano, œuvre d'André-Aug. Le Pas,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1152, "fin_caractere_exclue": 1177, "texte": "un Belge et un « jeune »."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1246, "fin_caractere_exclue": 1287, "texte": "Cette composition, au service de laquelle"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1332, "fin_caractere_exclue": 1374, "texte": "l'auteur a mis tout ce que son inspiration"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1423, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "a d'élégance naïve et de fraîcheur, est appe­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1516, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "lée à un franc et légitime succès."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1610, "fin_caractere_exclue": 1651, "texte": "La Sérénade poétique       est d'ailleurs"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1702, "fin_caractere_exclue": 1744, "texte": "d'une exécution relativement aisée, ce qui"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1796, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "en accroît le mérite, et peut être entreprise"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1886, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "par les plus mignonnes mains."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2093, "fin_caractere_exclue": 2096, "texte": "***"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2149, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "Une séparation, par Georges de Peyre­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2187, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "brune, in-18. Charpentier, 3 fr. 50."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2349, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "Une femme idéalement romanesque,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2382, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "mariée à un médecin paillard de province,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2458, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "le quitte à l'amiable et vient à Paris plato­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2549, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "niser, puis le reste avec un auteur drama­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2639, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "tique : et avant la satiété elle se sépare de"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2736, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "lui et revient relever son mari de son"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2829, "fin_caractere_exclue": 2868, "texte": "abaissement. Malgré des touches de réa­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2919, "fin_caractere_exclue": 2966, "texte": "lisme maladroit, cela n'est pas écrit : lecture"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 3010, "fin_caractere_exclue": 3049, "texte": "de mondain, non de lettré. Que M. Char­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 3087, "fin_caractere_exclue": 3129, "texte": "pentier y prenne garde ! sa bibliothèque a"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 3130, "fin_caractere_exclue": 3169, "texte": "déjà M. A. Matthey. Voici M. Georges de"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 3207, "fin_caractere_exclue": 3244, "texte": "Peyrebrune : demain ce sera peut-être"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 3304, "fin_caractere_exclue": 3343, "texte": "Henry Gréville et puis cet incomparable"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 3397, "fin_caractere_exclue": 3439, "texte": "de Boisgobey, le critique de ce syndic des"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 3492, "fin_caractere_exclue": 3536, "texte": "écrivains sans style, la Société des gens de"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 3586, "fin_caractere_exclue": 3614, "texte": "lettres. Caveat Charpentier."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 3795, "fin_caractere_exclue": 3804, "texte": "* ' * * ■"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 3900, "fin_caractere_exclue": 3940, "texte": "M. 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Mar­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1002, "fin_caractere_exclue": 1030, "texte": "pon et Flammarion, éditeurs."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1148, "fin_caractere_exclue": 1151, "texte": "***"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1206, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "Viennent de réapparaître chez Ollen­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1294, "fin_caractere_exclue": 1331, "texte": "dorff, les Fleurs du Bitume, du poète"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1384, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "Emile Goudeau, Ce volume, depuis long­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1474, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "temps épuisé, était devenu introuvable en"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1567, "fin_caractere_exclue": 1606, "texte": "librairie. Les amateurs de poésie pari­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1658, "fin_caractere_exclue": 1701, "texte": "sienne, de paradoxal et fantaisiste allure,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1753, "fin_caractere_exclue": 1795, "texte": "seront heureux de relire ces petits poèmes"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1847, "fin_caractere_exclue": 1885, "texte": "dont quelques-uns, comme les Romaines,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1937, "fin_caractere_exclue": 1979, "texte": "les Grecs, Chavirette,    les Triolets  de"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2031, "fin_caractere_exclue": 2071, "texte": "Misère, Paroles perdues donnent une note"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2123, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "essentiellement neuve."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2240, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "Le volume s'est augmenté de plusieurs"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2329, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "pièces inédites."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2454, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "***"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2512, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "La Revue littéraire et artistique de"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2600, "fin_caractere_exclue": 2638, "texte": "M. Fuster, que nous recommandons à nos"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2690, "fin_caractere_exclue": 2735, "texte": "lecteurs, veut bien rendre compte de la céré­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2787, "fin_caractere_exclue": 2828, "texte": "monie Van Hasselt et assure que notre ami"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2880, "fin_caractere_exclue": 2918, "texte": "Georges Rodenbach y a prononcé un dis­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 2970, "fin_caractere_exclue": 3009, "texte": "cours applaudi. Applaudi, dans un cime­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 3061, "fin_caractere_exclue": 3086, "texte": "tière, voyons, M. 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Seul\n journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n province que pour la capitale, soit 1 2 francs par an.\n\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n cines, 16, à Paris; publie GERMINAL, par Emile ZOLA. Un numéro\n 2 0 centimes, abonnement (3 mois 1 7 francs, en vente partout.\n\n\n\n\nL'HYSTERIQUE, par Camille LEMONNIER vient de\n paraître chez Charpentier, à Paris, fr. 3 - 5 0 .\n\n\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN. Pré­\n face de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (3e édition .\n Un volume, Paris, librairie des auteurs modernes, fr. 3 - 5 0 .\n\n\n\n\nLUTECE, journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo TRE­\n ZENICK, secrétaire de la rédaction : Georges RALL. Bureaux : boulevard\n Saint-Germain,   16, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n la Belgique : le port en sus.\n\n\n\n\nLA REVUE DES LIVRES ET DES ESTAMPES cessant\n de paraître, les abonnés de cette publication seront servis par la Jeune\n Belgique.\n\n\n\n\nCURIEUSE! par Joséphin PÉLADAN, paraîtra prochainement,\n avec une eau-forte de Félicien Rops, fr. 3 - 5 0 .\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1504, "texte": " L'ARTISTE, revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\n   rain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\n   pagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n   Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n   à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant belge : MAX\n   WALLER.\n\n\n\n\nLE SALON DE BRUXELLES 1884, par\n   MAX WALLER, avec une préface de Camille Lemonnier. Un vol.,\n   fr. 2 - 0 0 .\n\n\n\nPIERROT LUNAIRE, par Albert GIRAUD. Un vol.\n  elzévir. Paris, Lemerre, fr. 2 - 0 0 .\n\n\n\n\n                               A DOMICILE (EN T R O I S ANNÉES)\n\n\n\n                   PRÉPARATION AUX EXAMENS\n                                                           DE\n\n\nP H I L O S O P H I E ET LETTRES\n         Cours et répétitions particulières de latin, philosophie, littérature, etc.\n\n\n      NOMBREUX                     SUCCES               OBTENUS                  AUX           EXAMENS\n( 1 8 passés avec grand succès sur 2 0 élèves présentés aux examens de 1883-1884)\n\n\n\n             Examen de secrétaire de légation\n                        C o u r s et leçons p a r t i c u l i è r e s d'anglais et d'italien\n\nCONVERSATION, GRAMMAIRE, T R A D U C T I O N , RÉDACTION,                                            LITTÉRATURE\n\n\n\n                   S'ADRESSER A. M. BENHAM, PROFESSEUR, 74, AVENUE DE LA TOISON D'OR\n\n\n          B r u x e l l e s , — I m p r i m e r i e F É L I X CALLEWAERT., 26, r u e de l ' I n d u s t r i e .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 162, "texte": "5e A N N É E .              TOME IV, N° 2.          P R I X : 60 CENT.        1 er FÉVRIER   1885.\n\n\n\n\n                                             LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                   SOMMAIRE:\n     Le Vice suprême                                               I W A N GlLKlN.\n     Nuit au jardin                                               I W A N GlLKlN.\n     Toques et robes                                              ARTHUR JAMES.\n     Vœux de Noël                                                 MAURICE VAUCAIRE.\n     Flemm-Oso                                      . .           X....\n     Félicien Rops (suite)                                        JOSÉPHlN PÉLADAN.\n     Chronique I. A l ' A r t Moderne                             ALBERT GIRAUD.\n     littéraire:   I I . Mon oncle le jurisconsulte   .           MAX WALLER.\n     Chronique artistique : L'exposition de l'Essor.              EMILE VERHAEREN.\n     R. I. P . . . .                                              TÊTE-DE-MORT.\n     Memento\n\n\n\n\n                                     BRUXELLES\n                 ADMINISTRATION :                               RÉDACTION :\n                 RUE DE L'INDUSTRIE, 26                     80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                             1885\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                          REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\nparaissant   le 1 e r de chaque mois en livraisons de 40 pages au moins et formant       au bout\n                          de Tannée un superbe volume de 600 pages.\n\n\n                     MEMBRES FONDATEURS\n    MM. ANDRÉ COLLARD, à Herstal; OSCAR COLSON, à Vottem\n                    GEORGES DESTRÉE, à Bruxelles\n    EDOUARD D E WlNTER, à Bruxelles; CH. GUILLE, à Bruxelles\n       PETRUS P I R U S , à Gand; HUBERT VAN DIJK, à Bruxelles\n                                   ABONNEMENTS :\n                Belgique : Un an, 5 francs. — Etranger      : Un an, 7 francs.\n                            BUREAUX A BRUXELLES :\n         Administration     : 26, rue de l'Industrie. — Rédaction   : 80, rue Bosquet.\n\n  Les tomes I, II et III de la Jeune Belgique sont en vente au prix de 5 francs\nchacun. Le prix ne tardera pas à être augmenté vu la rareté croissante des collections\ncomplètes.\n  Il est tiré de la Jeune Belgique 20 exemplaires sur beau papier de Hollande numé­\nrotés. L'abonnement en est fixé à 10 francs l'an.\n\n  Nous sommes forcés de retarder la suite du Thé de ma tante Michel\nde notre ami Camille Lemonnier.\n\n                               BOITE AUX L E T T R E S\n    1. FLORENT V. Coblence. — Ni la Ballade ni La Hideuse ne valent lourd, cher confrère.\n La critique vous chausse mieux.\n   2. X Y. Z. — Chabrot, voulez-vous savoir quoi? Vous m'embêtez, na! Garçon, un\n« bock.\n   « Celle qui parlait était assise — mettons couchée — sur la terrasse devant la plage,\n« parmi trois jeunes gens Son parasol large, aveuglément rouge, avait, au bord une\n« dentelle qui pendait. Taille anguleusement busquée, robe en fourreau     extravagamment\n« courte et cintrée. Une moiteur blanche sur la ligure poudroyait. Et son pied, qui était\n« tout petit, une gaillardise l'avait campé sur la chaise d'en face, sans vergogne. Il\n« soulevait, en les drapant, des blancheurs intimes et troublantes. — Une fille. »\n   Votre Idylle bourgeoise, cher monsieur, écrite toute dans ce style tarabiscoté, poncif,\nfactice, ne vaut absolument rien. A recommencer.\n   3. GEORGES KEL. — Médiocre encore. Pas d'accent, pas d'harmonie. Refusé, refusé.\n   4. A. L. C. — Irradieux n'est pas français. Les Jéroses ne valent pas grand'chose,\nmais passeront dans notre prochain numéro. Ceci pour ne pas vous décourager.\n   5. ADOLPHE RIBAUX. — Le sonnet panthéiste passera dans le prochain numéro.\n   6. RICHARD S. HERSTAL. — Votre Souvenir est bizarrement « gaga ». Cela sent son\namplification de rhétorique. Quelque chose de plus sérieux s. v. p.\n   7. UN VIEIL ABONNÉ — .... du piano où une sienne amie tenait l'orchestre.... » Bizarre !\nBizarre et mystérieux — mais mauvais.\n   8. UN ABONNÉ DE TROIS ANS. — Vos variations sur le nez manquent de charme, cher\nabonné, c'est du sel gros comme le ventre de M. Sarcey.\n   9. MAC RAU. — Vous ne vous flattez pas dans vos signatures, cher correspondant.\nVotre fantaisie n'est pas mauvaise; elle renferme même des choses fort drôles, mais\nl'ensemble est triste. Au panier.\n   10. SAÏD. — Les masques dorment dans nos cartons. Chut ! ne les réveillons pas.\n   11. CLAROLD. — Impossible de remettre la main sur votre copie. Si nous nous\nsouvenons bien, il ne s'y trouvait rien de bien marquant.\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                 LE VICE SUPRÊME\n\n\n                                 La Décadence ! C'est le thème funèbre qui\n                              envahit la littérature contemporaine. Hélas!\n                              il n'en est pas de plus réel. Et une fois de\n                              plus, qu'il l'air voulu ou non, l'art est le miroir\n                              de diamant où se dresse l'image tragique de\n                                 la société. Mais ce n'est que dans les épo­\n                                   pées fabuleuses que les miroirs de diamant\n                                     réveillent les héros engourdis dans les\n                   léthargiques jardins des magiciennes!\n                      La Décadence! Nous y sommes. Nous y plongeons\n                 irréparablement, comme les baigneurs enlisés dans une\n                 plage fondante. Elle est dans nos âmes, qui n'ont plus\n                 de volonté; elle est dans nos idées, qui n'ont plus de\n                 direction; elle est dans nos mœurs, qui n'ont plus de\n                règle, dans nos sociétés, qui n'ont plus de tête, dans notre\n                politique, qui n'a plus de boussole. C'est la désagrégation\n                de toutes les forces. Plus de subordination, plus d'ordre.\n                Chaque parcelle veut être indépendante du tout, et c'est le\n                triomphe du fragment, la véritable et irrémédiable anarchie.\n                  Pour l'observateur sans parti-pris, qui, par curiosité ou\nmétier, étudie les grandes agglomérations d'hommes comme de vastes orga­\nnismes où les phénomènes vitaux se succèdent selon des lois nécessaires, la\nsociété française est aujourd'hui pareille à un fruit trop mûr, dont la décom­\nposition s'accomplit. Les symptômes de cette décomposition sont nom-\n                                                                        10\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "                                  — 150 —\n\n  breux. Le plus facile à saisir et le plus saisissant peut-être est la ressem­\n blance avec la dissolution de la civilisation romaine. L'écroulement de la\n religion traditionnelle, le pessimisme, voire le nihilisme philosophique, la\n fatigue de penser, l'impuissance de vouloir, le de'goût d'agir, de dilettan­\n tisme de l'esprit, le dandysme des mœurs le raffinement, exaspéré des sens\n et des passions que rien ne peut satisfaire, l'appétit des jouissances désor­\n données, les aspirations à l'impossible, — Néron s'appelait lui-même\n impossibilium cupitor, — et, chez les âmes encore énergiques, des efforts\n violents de bouleverser la société afin de la doter d'un idéal nouveau ;\n l'extinction politique, morale et physique de l'aristocratie de naissance,\n le règne des imbéciles, des faiseurs, des histrions et des femmes, enfin,\n tout au fond, on ne sait quelle altération physique de la race, qui semble\n transposer les sexes, l'apparition, à tous les étages de la société, de l'être\n adorable et fatal, sinistrement beau comme Azraè'l, l'annonciateur de la\nmort, — l'Androgyne ! Voilà les signes infaillibles, — oh ! l'on en pourrait\nciter bien d'autres et l'on devrait non les énumérer seulement mais les\nétudier tous! — voilà les signes de la Décadence! Mais il en est un plus\ncaractéristique encore ; c'est la Conscience de la Décadence.\n    Sans parler des moralistes spleenétiques et des prédicateurs pour qui le\ntemps présent est toujours le pire, voici que des écrivains supérieurs, des\nphilosophes, des historiens, des romanciers, des poètes l'analysent et\nla célèbrent. Pour les uns elle est affreuse et haïssable, pour d'autres\nelle surpasse en splendeur les grandes époques saines. Mais qu'ils la\ndétestent ou l'admirent, elle les obsède. Baudelaire qui l'adorait et l'exé­\ncrait à la fois, comme une divinité délicieusement malfaisante, fut son\nhiérophante et son initiateur. Elle palpite sourdement dans les œuvres de\nFlaubert; son murmure inquiète dans les romans des frères de Goncourt,\nd'Emile Zola, — dans la Curée, dans Eugène Rougon, dans Pot-Bouille,\npartout! Entendez-vous comme elle gronde dans les terrifiantes Diaboli-\nques, de Barbey d'Aurevilly? Mais voici la clameur suprême; voici qu'en\ncriant lugubrement son nom elle hurle à la mort dans deux livres fris­\nsonnants d'une tragique épouvante : A Rebours et le premier roman d'un\njeune homme déjà célèbre, Joséphin Péladan.\n   Oui, la décadence se proclame. La société française qui se dissout regarde\nla gangrène envahir fibre à fibre ses chairs pourrissantes, avec la lucidité\nd'un médecin étudiant la plaie mauvaise dont il doit mourir. J'ai vu des\njeunes gens de dix-sept ans, d'ailleurs peu enclins à la mélancolie, se pas­\nsionner pour l'exact réalisme d'A Rebours et faire de cette effrayante\nanalyse de la décomposition sociale leur bible de chevet. Confrontant les\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                                   —   151   —\n\n\nsensations et les idées de Des Esseintes avec les secrets ferments de leurs\nâmes, ils en admirent la profonde vérité. Et ils l'aiment, ce livre malsain\nqui les empoisonne ! Ils se délectent à ses suggestions dangereuses ceux-là\nmême qui ne comprennent point, fascinés à leur insu par l'image de l'irré­\nmédiable maladie de leur race. Fascination redoutable ! Car ces corrodantes\nlectures propagent et enveniment le mal. C'est l'effrayante fatalité des déca­\ndences que plus on les sonde plus s'active leur ensorcelante putréfaction.\n    M. Huysmans avait noté, avec une méticuleuse exactitude, les phénomènes\nde la vie physique et psychique d'un décadent du XIXe siècle sans oublier\nles détails minuscules, les puérilités, qui augmentent la valeur documen­\ntaire de son livre sans en renforcer l'effet artistique. Il est vrai que l'art y\nprend sa revanche dans la somptuosité orientale de la langue; elle foisonne\nde mots rares, précis, flamboyants comme des pierreries précieusement\ntaillées, de vocables savoureux et exquis, de verbes tout parfumés d'odeurs\ncapiteuses. Au lieu d'analyser le décadent, de le démonter pièce à pièce,\ncomme un mécanisme d'horlogerie, M. Péladan, lui, s'est attaqué à la\nmétaphysique passionnelle de la décadence. Celle-ci est caractérisée par ce\nqu'il appelle le Vice suprême, le péché savant et raisonné, la faute, —\n effectuée on non, peu importe! mais conçue, vue, et chérie dans sa vision.\n « L'esthétique du mal; ce vice surnaturel dont l'apparition sonne le glas\ndes décadences, la séduisit et développa en elle-même ce que l'Eglise appelle\nl'Esprit de Malice.\n    « Qu'on nie Satan ! La sorcellerie a toujours des sorciers, non plus des\nbergers noueurs d'aiguillettes, envoûteurs de fermiers et jeteurs de sorts aux\nbestiaux ; mais des esprits supérieurs qui n'ont pas besoin de grimoire, leur\npensée étant une page écrite par l'enfer pour l'enfer. Au lieu du chevreau,\nils ont tué en eux l'âme bonne et vont au sabbat du Verbe. Ils s'assemblent\npour profaner et souiller l'idée. Le vice qui est, ne leur suffit pas, ils inven­\ntent, ils s'émulent dans la recherche du mal nouveau, et, s'ils le trouvent,\ns'applaudissent. Où est la pire, de la Sabazie du corps ou de celle de l'es­\nprit, de l'action criminelle ou de la pensée perverse ?\n    « Raisonner, justifier, héroïser le mal, en établir le rituel, en démontrer\nl'excellence, est-ce pas pis que le commettre? Adorer le démon ou aimer le\nmal, terme abstrait ou concret du fait identique. Il y a de l'aveuglement\ndans la satisfaction de l'instinct, et de la démence dans la perpétration du\nméfait, mais concevoir et théoriser exigent une opération calme de l'esprit,\nqui est le Vice suprême. »\n   Pécher par la pensée, subtiliser à l'infini ces cogitations perverses, en\nimaginer sans trève des combinaisons monstrueuses, et surtout induire les\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "                                 152\n\n\n autres en tentation sans jamais les satisfaire, en sorte qu'eux aussi s'aban­\ndonnent sans frein aux débauches mentales, Léonora d'Esté, l'héroïne de\n ce livre, et sa cour mondaine, la Nine et les seize dominicaux ne font pas\n autre chose.\n    De cette fermentation d'idées corrompues surgit l'idéal passionnel de la\ncorruption, l'androgyne, « vampire suprême des civilisations vieillies, der­\n nier monstre avant le feu du ciel ». Ah ! trouver dans un même corps, dans\nune même âme, toutes les chairs, toutes les séductions, toutes les voluptés,\n mêler l'amour selon la nature aux folles délices de Lesbos et de Sodome,\n boire sur les mêmes lèvres les baisers de Marguerite, de Sapho et d'Anti­\n nous, c'est le rêve de toutes les sociétés qui se meurent dans l'épuisement\ndes jouissances; rêve suprême où toutes les beautés humaines sont quintes-\nsenciées, surextrait d'odeurs amoureuses si violent et si délicat qu'auprès de\nlui tout autre amour écœure. Le fatal et divin Hermaphrodite, le Chérubin\ndes décadences, l'éphèbe éblouissant dont les beaux yeux calmes ont vu\nmourir Athènes et Rome, l'Emmanuel de la fin des races, pose déjà son\npied blanc sur l'autel esthétique des peuples latins, et devant sa déité mor­\ntellement exquise, poètes, peintres, sculpteurs et musiciens brûlent dans les\nliturgiques cassolettes l'encens enivrant de leur génie. L'art chante la messe\nnoire !\n   M. Péladan est catholique, et pour lui il n'y a d'autre remède à la\ndécomposition croissante de la société latine qu'un retour au catholicisme.\nDeux personnages proclament cette doctrine dans son livre, le dominicain\nAlta et le mage Mérodack. Car le catholicisme de M. Péladan s'accommode\naisément de la magie, et devant I'official il sentirait un peu le fagot. Cette\nmagie a suscité de nombreuses critiques ; on l'accuse de folie ou tout au\nmoins d'invraisemblance, comme si la magie n'était pas l'inévitable puru­\nlence du mysticisme qui a perdu la santé de la foi. Elle apparaît chaque\nfois que s'affaisse la religion d'un peuple.\n   Le personnage de Mérodack mérite davantage les reproches. Qu'est-ce\nque ce mage qui envoûte les gens et lit l'avenir dans les astres? La magie,\nsoit! Mais pour l'intelligence supérieure d'un Mérodack elle ne peut être\nqu'un symbole. C'est ainsi que l'a comprise M. Péladan lui-même dans le\ntrès curieux chapitre intitulé Hermétique. Mais que l'auteur nous conte\nsans rire que son héros a foudroyé M. de Donnereux d'une congestion\ncérébrale en comprimant une tête de cire confectionnée à l'image et à la\nressemblance de la victime, oh ! l'inacceptable plaisanterie ! Mérodack,\nmage, magnétiseur, directeur de l'avenir, c'est l'idéal bizarre du jeune\nhomme de vingt ans qui se croit des droits à la puissance suprême et qui,\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                                  — 153 —\n\n dans ses rêves à peine pubères, se plaît à lancer, du bout de son petit\n doigt, la foudre divine sur la tête de ses ennemis; et ces ennemis, Dieu sait\n combien sa juvénilité intransigeante en crée en six jours!\n    Un autre défaut du livre, c'est la tournure mélodramatique qu'il prend\n après les sermons du père Alta ; le viol de Corysandre, le suicide du prince\nde Courtenay après son duel peu congru, l'enlèvement du cadavre du\ncomte de Chiaravalle, enfin la mort baroque du marquis de Donnereux,\nautant de conceptions que n'eussent désavouées ni M. Ponson du Terrail\nni M. Ernest Capendu, et qu'il est irritant de rencontrer après les superbes\npages du début et surtout à côté des chapitres d'une très haute valeur litté­\nraire qui sont intitulés : les Pervers, l'Orgie dominicale, Une Première,\n Un mardi casuistique, auxquels il faut ajouter les trois sermons du\n père Alta, d'une profonde et éblouissante éloquence!\n    Tel qu'il est, ce livre très remarquable par la puissance des idées et du\n style, bien que ce dernier ait trop visiblement pour père Barbey d'Aurevilly,\nnous annonce, ou plutôt nous donne déjà un romancier de la forte race de\nBalzac, qui dépasse la simple analyse individuelle pour atteindre à la pein­\nture synthétique de toute une société.\n    Le Vice Suprême est orné d'une eau-forte où s'épanouit tout le prodi­\ngieux génie de Félicien Rops. Dans une nuit peuplée de corbeaux, au dessus\nd'un piédestal sinistre, où la Louve romaine décharnée épuise les dernières\ngouttes de lait de ses mamelles flétries pour deux fantômes d'enfants, un\nsquelette de gommeux, en frac et en pantalon mou, le gibus à la main,\net, sous le bras, la tête que ses épaules ont perdue, tout ouvert un cercueil\ndressé, où une ossature de fille, les cheveux frisottés à la chien, la robe\nimpudiquement troussée sur les tibias, minaude du sourire et de l'éventail\nFinis latinorum !\n                                                           IWAN GlLKIN.\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "                     —   154   —\n\n\n\n\n        NUIT AU JARDIN\nConnais-tu la douceur des beaux jardins nocturnes\nOù, sous les baisers blancs de la lune, les fleurs\nVoluptueusement froides et taciturnes\nVersent leurs parfums lourds dans la lumière en pleurs?\nConnais-tu la douceur des beaux jardins nocturnes ?\n\nComme une fleur qui chante, en la vasque d'eau vive\nSur sa tige s'élance et tinte le jet d'eau,\nEt, lys surnaturel, sa corolle plaintive\nMonte en désirs mourants vers l'astre jeune et beau,\nComme une fleur qui chante en la vasque d'eau vive.\n\nViens ! la brise épuisée a des saveurs étranges.\nViens! Je sais le secret d'un amour singulier\nDont le charme interdit étonnerait les anges;\nC'est un fruit oublié sur l'antique espalier.\nViens! la brise épuisée a des saveurs étranges.\n\nUne virginité douloureuse et divine\nS'évapore dans l'air comme un encens très doux.\nO bonheurs incréés qu'un cœur souffrant devine !\nVoici, voici qu'expire éperdûment en nous\nUne virginité douloureuse et divine.\n\n— Aux paradis gelés, où la neige et le givre\nSe pâment sur les flancs exsangues des glaciers,\nLa volupté du froid et du silence enivre\nComme un léthé cruel les cœurs émaciés,\nAux paradis gelés de la neige et du givre.\n                                          IWAN GlLKIN.\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                                     155 —\n\n\n\n\n                  TOQUES ET ROBES\n         ESQUISSES                    JUDICIAIRES                      (I)\n                                  LES DIEUX\n               Dans l'Olympe, très haut, bien au dessus de la foule grouillante,\n                 trônent les Dieux.\n                    Ils sont douze, tout au plus, douze comme les divinités de\n                la Mythologie, douze comme les apôtres de la Chrétienté.\n    Ils forment un corps d'élite, n'ayant guère de rapports avec le vulgaire\n des gens de robe. C'est la garde d'honneur du Droit!\n    D'où viennent-ils? D'aucuns m'ont assuré les avoir connus jadis escho­\n liers, étudiants, stagiaires comme tout le monde.\n    On m'a également, à leur sujet, narré des légendes, de belles légendes\n imprégnées de poésie. Je doute parfois de l'histoire ; j'ai foi plutôt en la\n légende. Elle m'a dit : Vois ces êtres, écoute-les, ils ne ressemblent nulle­\n ment aux autres membres de la gent judiciaire.\n    Leur éloquence n'a rien de commun avec les ' pénibles bégaiements, les\ndiscours hésitants qu'il nous est donné d'entendre.\n    Comme les prophètes ils sont inspirés, et leur parole tombe comme le\nVerbe dans la conscience du juge.\n    Ils sont détachés de la banalité de chaque jour. On ne les voit pas courir,\nhâtifs, entre deux plaidoyers, implorer les confrères et supplier les avoués\npour obtenir des remises. Les Dieux sont toujours prêts.\n    Dans la masse, on s'étonne, on s'extasie. Tel dossier compliqué, bourré\nde notes et de faits, portant le poids de la haine de plaideurs acharnés; tel\nautre renfermant une question de vie ou de mort, de réhabilitation ou de\nruine pour une famille entière, ont fait l'objet d'un examen de quelques\ninstants.\n    A la barre, la Vérité n'en a pas moins émergé, non d'un puits, mais de la\npoussière du Doute !\n    L'éloquence a triomphé en dépit des arguments subtils et des mémoires\ntachés de gouttes de sueur des stagiaires filandreux.\n\n\n  (1) Toques et Robes, esquisses judiciaires, dessins de Fernand Khnopff. paraîtront\nprochainement chez Ferdinand Larder.\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "                                  — 156 —\n\n   Oui, ce sont des Dieux! continuait la légende. Celui-là passe pour ne\npas étudier ses causes : on appelle l'affaire; il remporte une victoire.\nCelui-ci consulte à la hâte une note mal rédigée par un conscrit.\n   Ils plaident. Avec une ignorance apparente des faits, ils combattent;\nles étincelles jaillissent au bout du glaive de la contradiction ; ils luttent.\n    Ils plaident. La vie de ce client — cet ami d'une heure pour lequel on\ns'escrime avec passion comme par une sorte de mirage, ils la voient passer\ndevant eux. Ils connaissent à fond les plus petits détails de son existence.\nIls l'ont entrevu, une seconde en leur cabinet — dans la fièvre du labeur —\net les voilà qui déroulent, en de longues et brillantes périodes, les péripéties\ndouloureuses d'un drame, les tableaux variés, multicolores d'une odyssée\nentière.\n   Ce sont des Dieux, disait toujours la Légende. Lorsqu'ils les rencontrent,\nle matin, à l'heure où sonne le tocsin du Devoir, gravissant rapidement les\nmarches du Temple, les jeunes s'écartent avec respect.\n   Ce sera fête tout à l'heure.\n   Dans les salles d'audiences il va retentir l'éclat de leur voix de vétéran.\nLa cause la plus banale va devenir, livrée en leur pouvoir, la cause du\nsuccès.\n    On se précipite. On quitte les couloirs qui répercutent les échos stupides,\nles potins vulgaires de la ville, les bruits écœurants de la politiquaillerie.\n    Ils plaident.\n    On écoute, on s'instruit.\n    Et, dans un coin, l'on raconte les histoires du passé. L'on rappelle les\ndébuts pénibles de ces grands orateurs, les désillusions des heures de\njeunesse, la peine que l'aurore du talent a eue à percer les ténèbres de\nl'indifférence.\n    Mais ils sont arrivés aussi par eux-mêmes, malgré tous les obstacles,\nmalgré les haussements d'épaule des envieux.\n    Dans l'Olympe, très haut, bien au dessus de la foule grouillante, trônent\nles Dieux.\n\n                         LE CLIENT VAMPIRE.\n   Lorsqu'il eut vu se réfugier au Barreau les vertus bannies du reste de la\nterre, l'Esprit Malin en conçut un violent dépit.\n   Longtemps, en sa diabolique cervelle, il fit mijoter des projets insensés.\nIl rêva même de faire sauter l'Ordre des avocats, comme si l'Ordre pouvait\nsauter jamais! Puis jugeant que mieux valait le tuer à petit feu, il imagina\nune chose atroce, abominable : il créa le client vampire.\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                                  —   157   —\n\n\n   Le client vampire ! Le pire ennemi de l'avocat, le microbe de la profession.\nDans les plis de sa robe vierge, le stagiaire le porte déjà, sans le savoir. Dès\nle jour où, se carrant dans son majestueux fauteuil, le néophyte songe\nà sa gloire future, à la fortune, au triomphe, le client vampire se dresse\ndevant lui.\n   Vrai suppôt de l'enfer, il revêt les formes les plus séduisantes, il emprunte\nles masques les plus trompeurs\n    Devant le bureau-ministre, il s'installe un beau matin.\n    Et le jeune avocat de rutiler dans sa fierté juvénile.\n    Le client vampire a des griefs non contre un, contre deux, mais contre\nplusieurs douzaines de ses semblables. Il en est dans tous les faubourgs,\nil en est dans le monde entier. Cent procès pour le moins. Mais il existe\nun adversaire surtout qu'il convient d'exterminer. Celui-là lui a causé tous\nles préjudices possibles; pas un tour pendable que le monstre n'ait essayé\nde lui jouer.\n   D'une voix larmoyante, le client entame le récit de ses infortunes. Au\nbout de cinq minutes, il vous a persuadé qu'il est victime d'une « noire\ninfamie ».\n   Un quart d'heure après, il s'est élevé un piédestal de martyr. Pour un\nrien, il se ferait canoniser.\n   Et vous de le plaindre, le code à la main. Lui continuera sans cesse à\nentasser le Pélion de ses mésaventures sur l'Ossa de ses haines. Dans le\nbrouillard de sa narration, vous distinguez à peine une éclaircie, la lueur\ndu fait à discuter. Le client vampire ne vous fera grâce ni d'une date,\nni d'un incident minuscule.\n   Ah! la belle cause à défendre! quelle réputation pour un débutant!\n   Il vous allèche; il finit par vous intéresser, les heures s'envolent. Mais\nle Palais vous attend. Vous vous levez. Le client vampire vous suit. Dans la\nrue, il reprend le fil de son discours. Vous entrez dans la salle des Pas­\nPerdus, espérant vous débarrasser de son ennuyeuse personne. Le client\nvampire s'attache à vos pas ; il s'efface un moment. Mais bientôt il reparaît\nsurgissant de je ne sais quelle invisible trappe.\n   Il vous accompagne au greffe, à la barre, partout. En vain le priez-vous\nde revenir le lendemain; il insiste. Il n'en a plus que pour un instant,\net puis il y a urgence.\n   Il est en 1842. Sa généalogie n'est pas encore complète, il a omis de vous\ndire pourquoi son oncle le déshérita. La cause serait obscure sans les\ndétails supplémentaires qu'il doit encore vous fournir.\n   Le corps brisé, l'esprit réduit à l'impuissance, machinalement vous\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "                                 — 158 —\n\nécoutez. Vous êtes devenu son esclave, sa chose. Ereinté, vous regagnez\nvotre domicile.\n  Vous commencez à respirer. Bientôt une lettre arrive; le client vampire\na oublié un fait important.\n  Le soir, il est de nouveau là; il n'a qu'un mot à dire!... il en a pour\ndeux heures.\n  La nuit est pleine de cauchemars. Le client vampire vous hante avec\nson dossier volumineux ; il gambade sur votre lit, et vous écrase sous le\npoids de ses paperasseries.\n  Le matin, la sonnette retentit. Le vampire vous attend en votre cabinet,\ngravement, il vous demande « si son affaire marche ».\n\n  Qui, d'entre les avocats, ne possède son client vampire; ce réveille-matin\nde malheur, ce tyran de l'oreiller?\n  Ses mémoires indispensables encombrent votre bureau-ministre.\n  Le client vampire vous promet monts et merveilles.\n  Le jour où vous lui aurez réclamé vos légitimes honoraires et le montant\nde vos débours, ce jour-là, le client vampire aura disparu.\n  Mais il reviendra bientôt, sous un déguisement nouveau.\n  Oh! Satan! sois maudit!\n\n\n                    MESSIEURS LES GARDIENS.\n\n   Ils sont très beaux, messieurs les gardiens, très imposants.\n   Sanglés dans leur tunique bleue à boutons d'or, le képi fièrement campé\nsur l'oreille, on les voit, promenant dans les couloirs leur uniforme et leur\ndignité.\n   Ils sont très beaux, messieurs les gardiens! Ni la milice citoyenne, ni la\npolice, ni la gendarmerie ne peuvent rivaliser avec eux. Du drap d'une\nfinesse extrême, et des galons! Et puis... ils ne portent pas ce misérable\ncoupe-choux — le désespoir des conscrits. Ils ne traînent pas non plus ces\nlongs et pesants sabres qui balaient l'asphalte en rendant des sons\nagaçants.\n   Au lieu d'une épée, ils ont un bâton, un bâton spécial, d'un bois spécial,\nd'une forme spéciale. Ce n'est pas, notez-le bien, un misérable morceau de\nbois, tel qu'en possèdent les policemen londoniens. Fi donc! Non, une\narme, est-ce bien une arme? un instrument, est-ce bien un instrument?\nBref, un bâton superbe, ne ressemblant en rien aux engins vulgaires, mais\nayant une existence propre, bien à lui, et une distinction enviable et\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                     159\n\nunique : il complète la tenue de messieurs les gardiens. Et quel port!\nquelle démarche autrement solennelle que celle des classiques massiers des\nUniversités! Au rancart, au magasin des accessoires, ces vieilles friperies\nd'un autre âge.\n   Le gardien du Palais, lui, est bien moderne ; il est de son temps. Son\naccoutrement n'a rien de banal ; c'est simple, mais c'est beau ; le triomphe\ndu goût de l'époque.\n   Il faut les admirer, traversant la salle des Pas-Perdus, et frappant le sol\nen cadence. Leur regard semble perdu dans les contemplations de je ne\nsais quel spectacle idéal ; souvent ils ont les yeux fixés sur les chapiteaux\ndes colonnes, sur les voûtes immenses de la salle, comme s'ils cherchaient\nquelque pensée sublime. Elevées d'ailleurs sont leurs idées, détachées des\nchoses d'ici-bas. Mais... voici qu'un Anglais, flanqué de sa femme, de sa\nbelle-mère et de six enfants, fait son entrée dans le temple. Il semble\nanéanti, écrasé par la majesté de ce qui l'entoure. Qui va le conduire dans\nce dédale! Qui va lui fournir l'indispensable fil d'Ariane?\n   Son sauveur est là. Un gardien s'est approché; il se dévouera.\n   Il se dévouera, et durant des heures il traînera derrière lui la famille\ninsulaire. Il lui fera gravir des marches et puis encore des marches.\nIl montrera aux braves gens extasiés le panorama qui se déroule fièrement\nlà-bas, la bibliothèque, les salles d'audiences, les greffes.\n   Il se dévouera et laissera s'écouler le temps, oubliant tout, ses parents,\nsa patrie, son déjeuner.\n   Comme fascinés, hypnotisés par cet homme qui néglige tout pour son\ndevoir, les étrangers marcheront, escaladeront, admireront.\n   Et lorsque les splendeurs du monstre judiciaire auront défilé devant leurs\nyeux étonnés, le gardien s'évanouira, emportant un léger souvenir. Modeste\nil s'échappera pour ne pas entendre le concert de remerciements. Et puis,\nil lui a semblé que la fille aînée de l'Anglais lui souriait déjà. Un enlève­\nment; un mariage, là-bas, la fortune peut-être et la considération.\n   Il pourrait succomber à la tentation.\n   Non, il restera simple gardien du Palais, avec sa tunique bleue à boutons\nd'or, son képi galonné et son bâton superbe...\n                                                        A R T H U R JAMES.\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "                                       — 160 —\n\n\n\n\n                        VŒUX DE NOËL\n                                                                    A RANDAL.\n\n                       La chère a placé devant l'âtre,\n                       Le soir de Noël, hier soir,\n                       Ses minces chaussons de théâtre,\n                       Ses chaussons plats de satin noir.\n\n                       Fatigués d'avoir sur la scène\n                       Fait des pointes, tracé des ronds,\n                       Ils ont un air d'âmes en peine\n                       Les pauvres petits fanfarons.\n                       Qu'y mettre ? De l'or ? J'ai des dettes ;\n                       Des vers? — Jamais Elle ne lit.\n                       Triste, je baisai leurs bouffettes\n                       Et m'agenouillai près du lit,\n\n                       Priant Dieu, la Vierge et le reste,\n                       — C'est là ma seule ambition —\n                       De les admettre au Bal céleste\n                       Le jour de Résurrection.\n                                                   M A U R I C E VAUCAIRE (I).\n\n\n\n\n                              FLEMM-OSO\n                                         (Suite)\n\n            Flemm-Osoparaissait âgé, vieilli par les déceptions plus que\n             par les années.\n               Il se promenait, vaguant, les yeux partout, ce curieux\n             de la vie.\n   Le dimanche, quand il faisait très beau, quand la foule, par familles\nmuettes, apprivoisées au même itinéraire dominical, erre mécaniquement\nle long des magasins fermés, il allait s'affaler dans un coin d'un grand café\n\n (I) Arc-en-ciel,   un volume de vers à paraître chez A. Lemerre.\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                  — 161 —\n\n\ntrès fréquenté, s'isolant jouisseusement dans cette masse d'hommes, et il\nbuvait des liqueurs chaudes II appelait cela : envoyer son esprit en voyage.\nSon corps restait là, tassé sur une banquette, et l'esprit, picoté par l'alcool,\ns'agitait, se dressait, s'élevait et s'épanouissait dans les visions étranges.\nC'était cette exquisité de l'ivresse naissante : un bien-être engourdissant,\net les pensées, miroitent, se heurtent et jettent des étincelles qui semblent\npiquer le dessous du crâne de pierreries éblouissantes ; les idées voltigent\nextravagamment comme de grands papillons qui seraient ivres...\n   Puis il revenait, causant très intimement avec lui-même, il revenait à\npetits pas, ce grand distrait auquel il arrivait de demander poliment du feu\nà un réverbère, ce cher original qui, dans les restaurants, défendait au\ngarçon de changer sa fourchette ou son assiette prétendant qu'il reste\ntoujours un peu de l'étranger sur ces couverts à tout le monde passés dans\nune eau commune, or, la propreté étant une question toute personnelle,\nil avait donc, à son point de vue, nettoyé son couvert en s'en servant.\n Du reste, il allait peu au restaurant où il souffrait de voir à ses côtés des\naffamés avaler des assiettées de potage quand lui, rassasié, en était à sa\ndemi-tasse. Il avait la toquade des parfums, l'idolâtrie des senteurs qu'il\nreniflait comme on déguste un vieux vin, l'odeur avait pour lui une pensée,\nune physionomie. Il n'aimait pas le théâtre — le genre le plus étouffant de\nla littérature, et il avait l'horreur des cadeaux : on est obligé de trouver\nsuperbes des affreusetés et de placer en évidence des machines insensées\nqui choquent l'œil, monstruosités dont un ami n'a pas voulu pour lui ou\nsur lesquelles le marchand a fait le plus fort rabais ; il ne voulait pas étaler\ndans son appartement le musée des goûts divers des personnes que le\nhasard lui avait fait connaître.\n   Il vivait modestement du revenu que lui procurait la vente de l'unique\nvolume qu'il a écrit. — Un volume? — Oui. — Qui se vendait à ce\npoint? — Oui, mais, entendons-nous, ce n'était pas une œuvre littéraire!\nC'était un manuel de la famille du Parfait Secrétaire, mais dans le genre\nfunèbre : Le Guide du Monsieur qui parle devant une tombe. La mode est\naux oraisons funèbres ; il ne meurt plus quelqu'un de bien sans qu'un ami\néploré vienne s'exécuter; Flemm-Oso, ayant remarqué que c'était toujours\nles mêmes invariables choses dites en phrases embarrassées, composa un\nrecueil pratique en la matière. La préface établit en premier principe que\nles coquins ne meurent pas, il n'y a que les honnêtes gens qui trépassent;\nensuite l'auteur expose sa méthode d'arrangements et de combinaisons\npermettant d'approprier à une situation quelconque un des modèles donnés\net de varier ainsi infiniment ces petits morceaux; cette théorie est démontrée\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "                                   — 162\n\n\n\n par un rapprochement frappant entre le discours prononcé devant la tombe\n d'un féroce politiqueux sous le règne de Napoléon III et les dernières\n paroles débitées par le comique d'une troupe dramatique aux funérailles\n du régisseur qui avait été écrasé par une voiture de tramway. Alors viennent\n les différents types d'éloges funèbres : pour le directeur d'une grande\n administration, il montre tous les employés, là, navrés d'avoir un jour de\n congé; pour un colonel pensionné, mort de la goutte, il affirme que ce\n militaire avait un regard à gagner toutes les batailles ; pour un jeune artiste\n qui n'a jamais rien fait, il proclame que la gloire était certaine; il raconte\n comment un pauvre usurier a gagné laborieusement son pain en enfilant\n des perles pendant soixante-deux ans; et pour le député, il parle de\n convictions fermes, de langage sincère et, dans une brillante allégorie,\n on voit la Vérité, émue, sortant de son puits et tendant les bras... c'est très\n beau. Enfin l'ouvrage se termine par des recommandations et des conseils,\n « surtout soyez bref, car, parmi les auditeurs au nom desquels vous jurez\n des regrets éternels, il se trouve pas mal de gens qui brûlent d'aller au café,\n boire à un prochain enterrement, excellent prétexte à congés et à réunions\n d'amis, et ils vous traiteront de raseur si vous abusez du silence recueilli\n qu'ils doivent garder pour avoir l'air de gens bien élevés. » Le volume,\n traduit en plusieurs langues, se vend beaucoup, mais personne ne veut\n avouer le connaître.\n    Une grosse partie du temps de mon ami était donnée à la lecture.\n Il lisait voracement de tout, la vieille philosophie et les romans nouveaux,\n des poètes et des livres de cuisine, de l'économie politique et des récits de\n voyages, cherchant à bourrer sa tête, à emmagasiner le plus possible; alors,\n fatigué, il mélangeait l'acquis de la journée à ses réflexions, il brouillait le\ntout, remuait, secouait et il restait songeant et regardant curieusement en\nlui-même ce qui pourrait bien surnager dans ce méli-mélo carnavalesque ;\nil avait l'air de pêcher des idées à la ligne dans une cervelle.\n    Je le trouvais chez lui, étendu près d'un feu immense, rôtissant; il était\nenveloppé d'une ample robe de chambre de soie rouge chargée de galons\nd'or comme le manteau d'un roi d'opéra, et son éternelle cigarette rivée aux\nlèvres. Il fumait un tabac fin, parfumé, d'un arôme subtil. Pour lui,\nun mauvais tabac trahissait une grossièreté de goût et un manque d'édu­\ncation. L'homme bien élevé ne lésine pas sur le prix de son tabac parce\nqu'il force les autres à participer, malgré eux, à cette satisfaction qui ne\nreste pas privée. Puisqu'il pousse sa fumée sous tous les nez qu'il rencontre,\nil est poli que cette fumée soitagréable, c'est le plus élémentaire des égards,\net il n'y a que les rustres qui brûlent au bout de leurs lèvres de ces herbes\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                                  — 163 —\n\nempoisonnantes ; ce sont gens de mauvaise compagnie parce qu'ils sentent\nmauvais. Il fumait donc dévotement; amoureux de sa cigarette, amoureux\nde ses blondeurs, de la tendresse de ses parfums, de sa vague crinière\ndéroulée, il l'embrassait délicatement ; il fumait à petits baisers. Il sentait\nqu'elle lui répondait par de mignonnes agaceries, elle lui chatouillait la\npensée, lui tisonnait le cerveau, et ce petit point rouge en ignition, agité\npar le mouvement des lèvres, se balançait comme un mince encensoir;\nil aimait cette fumée vague dans laquelle il retrouvait la forme de ce qu'il\ndisait, et il lui arrivait de s'interrompre pour jeter un mot à ces choses\nindiscernées qui vivaient pour lui un instant dans l'envolement bleu.\n   Nous avions ainsi des causeries longues qui dissolvaient les heures, et,\navec des mots lents que son esprit semblait d'abord remuer et retourner\npour les choisir avant de glisser sa pensée dedans, Flemm-Oso me disait...\n\n   Il est des choses inévitables, indiquées, qui s'abattent, attendues comme\nle drelin dindin de sonnette quand on pousse la porte d'un magasin de\nprovince : un monsieur dont le nom aura été effleuré dans un journal\nenverra le lendemain deux lourdes colonnes de prose et commencera par :\nBien qu'adversaire déclaré du droit de réponse... — c'est régulier; à une de\nces mirifiques loteries dont l'appât doré est un gros lot de 5oo,ooo francs,\nvous tomberez, c'est fatal, sur un des numéros qui avoisinent le bon ; une\nmusique quelconque vient opérer sur une place publique, le chef de\nmusique accrochera, entre Gounod et Mozart, une lourde valse de sa\ncomposition dédiée à un conseiller ou au commissaire de police de la\nlocalité — c'est inévitable, et il est encore inévitable que la première\nopinion qui s'élaborera dans le cerveau d'un homme, portera sur la période\noccupée par sa génération dans le cours des temps. Il jugera les hommes\navant de connaître l'homme. Donc, à nous deux, ma contemporaine! —\net j'y vais de mon petit bout d'étude moderne non officielle; mais rien,\ngrands dieux ! d'une « histoire de mon temps » comme affichent ces pâles\nhistoriens réputés sérieux parce que le plus mal portant de leurs ouvrages\na huit volumes, ces doctes compassés qui ont l'air de photographes en\ncravate blanche, préparant la pose, établissant un fond, arrangeant des\nplis et qui, avant d'opérer — avant d'écrire, disent à leur sujet : souriez un\npeu... là, ne bougeons plus. Dans ces gros in-quarto couronnés, le monde\nque je vois garde l'attitude des modèles qui se savent dessinés, comme au\nLouvre — au Louvre : j'entends ce monument sombre, musée merveilleux,\ndont Perrault a rangé l'exacte colonnade grecque en face de la tour\nSaint-Germain-l'Auxerrois, précision nécessaire, car maintenant on connaît\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "                                  — 164 —\n\n  beaucoup plus, et on désigne généralement sous ce nom de Louvre, un\n vaste magasin de robes toutes taillées et de bibelots en toc — comme au\n  Louvre, en face du fameux radeau de Géricault, ces Romains de David\n  si propres, si soignés qu'on les sent parfumés, et qui, dans des cambrures\n composées et avec des poses d'atelier attendent le : c'est fini, du peintre.\n     Je voudrais venir sur la pointe du pied, sans bruit, et, comme un\n polisson qui risque de se faire tirer les oreilles, regarder le Monde par le\n trou de la serrure ; je voudrais, comme une jabotante portière, faire des\n cancans sur Madame notre Epoque, ce temps qui a conçu les plus grandes\n inventions et combiné les plus grands vols, qui connaît le phonographe et\n les fables-express, qui applique le vitriol à l'amour et la dynamite à la\n politique, ce temps qui, pour ses affaires, taille, rogne et change le globe\n terrestre et qui, pour sa joie, a ressuscité l'agaçant jeu des combles et\n imaginé les courses de crabes, ce temps qui a connu le cochon porte-\n bonheur, le lawn-tennis, la crinoline, les Expositions universelles, le cricri,\nles skatings et les panoramas, qui, le'galement et suivant toutes les règles\n d'un art, tue cent mille hommes en quelques semaines, et qui voit des\nchiens, patiemment dressés, jouer au piquet comme de grandes personnes,\navec cette différence que c'est tout involontairement qu'il arrive à ces\npauvres bêtes de tricher. Règne des exagérations, des extrêmes, des\noutrances : siècle du paroxysme, a dit Roqueplan.\n     J'ai encore assez peu d'années pour parler librement. Si j'attendais pour\ndire mon sentiment, je ferais comme les autres qui portent bedaine et\nbarbe grise : si je fais le malin, si je me faufile et si, par des moyens assez\nhonnêtes, je parviens à m'installer dans une aisance arrondie, je procla­\nmerai, le cure-dent aux lèvres, que notre époque est prospère, parfaite,\ncalomniée et que, seuls, les caractères dangereux, les ennemis de tout\nordre social... Mais, si je bois le grand bouillon dans les vilains fonds des\nexistences ratées, mon opinion, je la cracherai sur les hommes •— et voilà\ncomment la vie forme le jugement. Sainte-Beuve le disait : dans la jeunesse\nl'âme est au dehors, plus tard elle est au dedans.\n    Devant moi, donc, deux faits résument le présent : tous les coiffeurs\nvendent de la graisse d'ours pour faire pousser les moustaches ; la pipe et le\ncigare vont à peu près partout. Cela caractérise cette furieuse galopade\nd'années qui nous enlève, cette époque essoufflée, bousculante qui crie :\nmais laissez-moi passer, jamais je n'aurai terminé tout ce qu'il me reste à\nfaire, hue, donc ! vieille tortue de locomotive ! Nous vivons à toute vapeur.\nIl est loin, bien loin, le temps où de bonnes gens disaient que le temps les\ndévorait; aujourd'hui c'est nous qui le traînons et qui allons plus vite que\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                  — 165 —\n\nlui — nous n'avons plus le loisir d'attendre que les poules prennent le\ntemps de couver leurs œufs, et que les poissons se reproduisent suivant\nleurs usages routiniers et naturels, la mécanique se charge de tout cela et\ngave et engraisse les poulets. Nous n'avons plus même le temps d'être\ngamin. Enfance, temps perdu, donc : supprimé. On n'attend plus la barbe\npour être homme, il faut se poser tout de suite; et comme elle est moderne\ncette repartie :\n   — Veux-tu me donner la main, mon petit ami?\n   — Je vais avoir l'honneur de vous offrir le bras, belle dame...\n   Et le monsieur de douze ans tire un cigare et parle de la rente. Ces\nbonshommes, mûrs si tôt, ne causent pas, ils parlent; ils ne se promènent\nplus, ils vont ; ils ne voyagent plus, ils prennent des billets directs, des\ntrains-éclairs ; ils ne font plus la cour, ils font l'amour. On disait, il n'y a\npas si longtemps, que tout jeune homme à vingt ans composait une\ntragédie, aujourd'hui, tout gaillard de cet âge confectionne des brochures\nsur l'exploitation des chemins de fer ou l'éclairage électrique ; ces belles\nrêveries que dorait la poésie de l'adolescence, formaient comme un portique\nfleuri et enguirlandé par lequel nous entrions dans la vie; maintenant nous\n passons entre les questions commerciales et industrielles ; nous entrons par\n une porte de service... « Est-ce que l'Esprit ne s'est pas changé en une bête\nà prétention qu'on appelle l'Intelligence? » demande Barbey d'Aurevilly.\nCependant le nombre des fous et des toqués était moindre alors ; la mélan­\ncolie des Werther a été remplacée par un détraquement, une faiblesse\nmalsaine d'être poussifs, l'odieuse névrose. Cette vie bouillante, pratique,\nqui a mis des machines et des accumulateurs dans le ventre des omnibus —\nils écrasent plus de monde, mais ils gagnent du temps — hâte aussi la\nvieillesse ; les beaux vieux sont devenus de vieux beaux, et, comme l'a dit\nmoqueusement un humoriste, en France, il y a des demoiselles de dix-huit\nans qui ont déjà l'air d'être bien conservées.\n   Dans une pareille existence — un steeple-chase, — la précocité est\ndevenue un besoin, et elle a amené la grossièreté. Il faut oser, il faut\ns'affirmer, il faut se donner de l'assurance en faisant le mal-appris et se\nmontrer bien chez soi en mettant les pieds sur les fauteuils... L'audace en\nimpose, le toupet est une force.\n   Ainsi, la pipe, qui se promène déjà dans les jardins, suivra bientôt le\ncigare dans les salons.\n   Il y a tendance, par suite, à se montrer de moins en moins sévère sur la\nqualité des gens qu'on voit, qu'on reçoit — on a besoin de tant de monde !\nDu reste, certains filous ont fort bon air et un esprit vraiment drôle,\n                                                                       11\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "                                  — 166 —\n\net puis, que voulez-vous? on ne peut pas être parfait. De la sorte se trouve\ncomposée cette chose extravagante qu'on nomme • le Monde. Le Monde,\nc'est en général tous ceux qui ont un gibus et des gants clairs ; le centre est\nune agglomération de ménages légalement hétéroclites, unions de libertés\nsi bien convenues que les maris trompés sont ceux qui ne le sont pas ; et,\nà ces foyers généreux, quand Monsienr rentre tard c'est la femme de\nchambre qui s'inquiète. Ce sont ensuite, voltigeant tout autour, des\ngentillâtres vides qui font jabot et pour lesquels la valeur n'attend pas non\nplus le nombre des années — elle ne vient jamais ; des duchesses qui\nimitent Mme Théo, grandes dames honorées par les ambassadeurs et\nméprisées par leurs soubrettes, élégantes dont les robes sommaires tiennent\nde la toilette de nuit et du costume de bain; de petits oisifs jeunets,\nla bouche en cœur, qui vous disent candidement : mon bon, je le jurerais\nmais je ne le parierais pas ! Des artistes habiles et sachant fort bien leur\nchemin, qui errent moroses et affligés comme un infortuné qui vient\nd'acheter les œuvres complètes du vicomte de Bornier; puis l'essaim des\njeunes personnes plates comme des plaisanteries parlementaires et timides,\nsemble-t-il, comme les rougissantes écrevisses, elles sont parfaitement\nélevées parce qu'elles savent peu de chose de ce qu'on leur a appris et font\nsemblant d'ignorer ce qu'elles savent très bien; autour du maître de la\nmaison, qui s'amuse comme une ouvreuse au théâtre, des diplomates dorés\nqui prennent des airs cachetés pour débiter de solennelles paltoquades ; et\nencore, dans de petits coins bruyants comme des compartiments pour\ndames seules, de vieilles marquises aimables et vinaigrées comme une jolie\nlettre de félicitation, et qui mâchonnent des cancans vénimeux. Jetez tout\ncela sur un parquet ciré, mettez un lustre par dessus, agitez avec de gros\ngrains d'orgueil et de jalousie, des bonbons, quelques mesures de valse et\nbeaucoup de menus potins : vous avez le Monde. Cela jacasse, rit, saute,\nboit et parle de tout comme des gens qui ont tout appris en passant la\nplus importante partie de leur existence dans les salons. Caquetage élégant\n au dessus duquel volent et planent des jugements légers et creux dont la\nrapidité accorde du mérite à la prétention. Ce jugement s'étend: le tapage\net l'éclat le séduisent car il n'a ni le temps ni les moyens de réfléchir,\njeaugeant l'homme à la moustache et connaissant le livre à son titre. Cette\nattention papillonnante va à ceux qui font du bruit. C'est l'extérieur qui\ndécide et le boniment qui l'emporte; la suprématie du tape à l'œil et du\nboucan : des marchands de crayons mettent des casques empanachés, il y\na des dompteurs qui sont des colonels et, dans les foires, des nains qui sont\ndes généraux. La réclame glapit et triomphe dans son incessante parade\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                 — 167 —\n\nà coups de grosse caisse. Sur les murs : les miracles des eaux capillaires\nracontés par des dames gênées au milieu d'une inondation de cheveux;\ndans les omnibus, les dépuratifs indiens extraordinairement inoffensifs et\nles boucheries économiques qui vendent plus cher que les autres; et le\njournal vous offre pour trois sous le moyen de gagner un millon en six\nsemaines : Env. timb. post. C'est un hurlement de charlatan, un tapage\nqui fait l'article, des marchands qui trompettent les mérites de leurs\ndrogues et tapent de leur baguette sur la toile de la baraque — c'est le\n Puffisme : mot nouveau, anglais comme les draps que nous portons, et\nqui veut dire en bon français ; la modestie est une bêtise — mais en anglais\nc'est plus court.\n    Docilement, nous écoutons les conseils assourdissants de cette vanterie\n endiablée. Des actrices vont à la gloire en ballon, et les gamins des rues\n connaissent les dernières fantaisies des assassins en vogue et ne se de­\n mandent même pas ce que peuvent représenter les bonshommes en marbre\n qui gênent la circulation sur les places publiques. Empoignez l'attention\n de la foule pendant une heure, n'importe de quelle façon, et la célébrité\n viendra vous tendre la main. Ainsi souffle cette fureur esbrouffante, ce ter­\n rible besoin de paraître qui mène au luxe, c'est-à-dire au souci trop absolu\n de l'extérieur; les défauts sont moins gênants quand ils se peuvent cacher;\n et ils ne sont plus rares ceux qui préfèrent avoir une tache dans leur passé\n plutôt que sur leur habit — cela se voit moins. Ce sont les geais qui\n s'amusent bien du vieux fabuliste! Des aventuriers effrontés, des yankees\n ventrus d'or, des pachas des Batignolles, des Grands d'Espagne non classés\n ou déclassés et des héros « polonais par leurs malheurs » — comme disait\n Grassot, — ont escaladé la considération publique, se poussant les uns les\n autres comme une bande d'Anglais faisant l'ascension du Cervin. Ces\n médiocrités vernies se tiennent, s'aident tour à tour et se donnent com­\n plaisamment des égards ; ils comprennent que cette coopération mutuelle\n est leur force : ils ressemblent à ces rangées d'ivrognes qui marchent à peu\n  près en se tenant bras dessus bras dessous, mais qui, s'ils se lâchaient,\n rouleraient dans le ruisseau. Ces seigneurs problématiques forment le\n  groupe des enviés, et leurs fantaisies, leurs caprices biscornus deviennent\n  pour nous tous, malgré leur extravagance, la mode toute-puissante. Nous\n  nous moquons cependant de ce chef sauvage qui, s'étant trop approché\n  d'un officier de marine, reçut un violent coup de pied au derrière, se tordit\n  de rire devant l'étrangeté de cette manifestation, et, la trouvant extraor­\n  dinairement drôle, alla sans tarder la répéter à sa femme puis à sa fille et\n  en fit bientôt un usage adopté par toute sa tribu. La mode a eu des idées\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "                                       168\n\nplus bizarres et auxquelles tous se sont englue's. Pour être de ces fortunés,\nde ces régents du bon genre, on ne recule devant aucun moyen, on se\nhausse sur de complaisants expédients, et dans cet affolement du luxe, c'est\ntrop tard qu'on remarque les vilaines choses dans lesquelles on patauge.\nAussi nous voyons sans surprise de grands bonheurs qui s'écroulent sou­\ndain, des fortunes subitement évaporées ; de vieux respects font explosion\net bien des renommées sonnent le creux. Combien de ces chevaliers de\nparades qui tombent tout d'un coup dans les dessous de la scène, et, quand\nils ont encore un reste de courage et de pudeur, vont jouer dans les panto­\nmimes du cirque, deviennent témoins chez un notaire, ou se cassent des\npavés sur le ventre dans les foires ou bien se font critiques d'art dans les\ngazettes quotidiennes. Les réputations, c'est comme les chemises : elles\nétaient solides quand on prenait le temps de les faire ; aujourd'hui, grâce à\nla machine qui coud une chemise en deux heures, un point saute et toute\nla couture cède : que de réputations trop vite fabriquées se déchirent en\naussi peu de temps... Mais on s'y fait, et qui cela choque-t-il à présent de\nvoir de bons notaires, pères de cinq enfants, entretenir des maîtresses, des\ncommissaires de police découper des femmes en petits morceaux et se faire\narrêter pour escroqueries, des ducs faire des tours d'escamotage chez des\nbijoutiers,' des maires lever le pied, des magistrats tricher dans les casinos\net des caissiers? — le mot suffit. Un beau matin, après des jours d'écla­\nboussante insolence, ni vus ni connus, disparus les beaux seigneurs, parce\nque le besoin de disparaître est souvent la suite du besoin de paraître.\n    Cela encore est du fait de la hâte avec laquelle nous nous poussons les\nuns les autres dans cette bousculade de la vie; c'est encore parce que nous\nvivons comme des gens qui ont peur de manquer le train. Nos opinions\nnous les jetons à la volée en passant à ceux qui les attrapent, hommes ou\n œuvres. Ce n'est plus, non, le temps des travaux solides, bâtis de patience\n et d'étude ; quelques pages retentissantes et vites lues coiffent leur auteur\nd'une auréole — c'est encore trop, quelques lignes ou même un mot. Ah!\nun mot, voilà bien ce qu'il nous faut ; le mot a fait des célébrités, Proudhon\ns'est fait connaître, non pas par des ouvrages comme la Philosophie du\nprogrès ou la Guerre et la Paix, mais avec les cinq mots de cette\nfameuse et brève insolence; des chefs politiques et des maréchaux se sont\n fait une réputation en jetant un mot à la face de l'actualité. Un tel? oui,\nc'est lui qui a dit... et le voilà connu, apprécié, et il s'en va tout doucement\nà la postérité sur deux ou trois mots, comme sur de petites roulettes. Le\nmot est le puissant du jour; vif, court, acéré, résumé, c'est un morceau\nd'idée, c'est comme une étiquette parlée qui se colle sur une individualité\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                 — 169 —\n\nou sur une pensée ; le mot pare comme une fleur à la boutonnière et salit\ncomme un crachat ; il se retient bien et resté, c'est comme une agrafe à\nlaquelle on accroche des gloires et des ridicules, et l'homme qui traîne un\nmot, passe, raillé comme le maître d'école quand les galopins ont attaché\nune queue en papier au bouton de sa redingote. Le mot est bien le fils de\nsa mère la Blague; l'esprit gouailleur se dépêtre de tout avec un mot, c'est\nle pont que l'on jette au dessus de tous les embarras et de toutes les diffi­\ncultés; il terrasse cent bonnes raisons à la fois, et un homme grave, aux\ncompendieux raisonnements duquel on objecte la gaminerie d'un mot, reste\npenaud comme un âne devant une rivière. Le mot est un pétard qui a\ndémoli des systèmes, brouillé la politique, pulvérisé des vertus, secoué la\nmorale; le mot a des sifflets et des bravos, il tient du pied de nez et de la\nrévérence, il a rendu des princes grotesques et Guibollard célèbre. Avec ses\ninsolences d'homme heureux, il dit bien nos sentiments rapides ; le mot,\nc'est la chiquenaude amicale ou méchante que donne en passant cette géné­\nration fantasque, disloquée, baroque, qui, dans sa cachexie morphinique,\nvoit un point d'honneur dans un match international entre professeurs\nde billard, et compose des vins avec tant d'ingrédients divers que le vin\nn'est plus de tel crû mais de telle fabrique, cette génération qui fait du\nsucre avec de la craie et de la gloire avec du bruit. Nous éprouvons toutes\nles misères de gens qui vont très vite, et comme à l'acheteur qui dit au\nmarchand : je suis pressé, c'est bon, donnez toujours, on nous passe de\nla camelote.\n   Nous voulons tous, dans notre bataillant empressement, aller à la posté­\nrité en train de plaisir, vite et sans peine. Or, elle est dure la pente qui\nconduit à la Renommée aux rayonnements purs et aux longs regards. Il\nfaut de solides jarrets pour y monter d'un pas ferme. Quelques-uns font\ndes détours et vont de droite et de gauche comme les chevaux de fiacres\nqui tirent du collier dans les rues trop raides ; d'autres, quand on ne les\nregarde pas, s'aident de leurs mains, et la peine est encore trop forte. Il\nme semble que, dans nos larges complaisances, nous sommes en train de\ndescendre la Renommée de ses hauteurs difficiles pour l'étendre dans la\nplaine à la portée des passants. Nous connaissons déjà des vendeurs de\nmoutarde plus célèbres que Littré, et tous les jours les journaux crient\ndans le monde entier que le plus magnanime bienfaiteur de l'humanité, le\nsauveur contemporain, c'est M. Guyot qui débite des pilules au goudron.\n   Il en sera de la gloire comme des habits de velours. Ils étaient magni­\nfiques jadis, mais coûteux et rares, et cette étoffe solide, durable, garde\nencore dans nos musées un éclat surprenant; aujourd'hui on fait des\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "                                 —170—\nvelours à deux francs le mètre, toutes les épaules en portent, mais c'est un\nvelours de pacotille qui déteint et se détruit. Chacun veut maintenant se\npayer une portion de célébrité et se donner le luxe d'une auréole. La gloire\nfera comme le velours, et nos petits-fils seront tous de grands hommes —\navec cette réserve : quand tout le monde sera célèbre, personne ne le sera.\n                                                            (A suivre).\n\n\n\n  LES MAITRES CONTEMPORAINS\n                        FÉLICIEN             ROPS\n                            (Première étude, Suite)\n\n              Le Roman, la dernière forme du Verbe moderne et que Balzac\n               et Barbey d'Aurevilly ont élevé à la hauteur même de l'épopée,\n               n'a qu'un sujet, la peinture du péché et de la tentation, c'est-\n               à-dire les variétés, les causes et les suites des perversions. La\ndescription de Balzac est d'une miraculeuse chasteté, mais trop de beaux\nvoiles estompent la hideur du mal; Barbey d'Aurevilly n'oublie jamais\nque casuiste, il a charge d'âme, seulement, ses livres flambent d'une telle\nintensité qu'on prend le vertige, à cette réverbération de fournaise où il met\nen fusion tous les métaux de l'âme, le plomb vil et l'or pur. Rops, lui, a le\nburin trop vibrant de sexualité, mais aussi point d'hypocrisie et de méprise\npossible, aucune ! Voyez par exemple la planche qui a cette légende :\n                       Lasse enfin de l'âpre parure,\n                       A tes pieds, en monstre dompté.\n                       Tu fis se coucher ta fourrure\n                       Invincible en ta nudité.\n\n   Cette femme assise par terre, vêtue de ses seuls bas, et déchevelée, ne\nfera point de dupe, et pour surcroît d'advertence, dans le panneau d'une\nporte, au fond, apparaît une tête de diable.\n   La Loretta à la pipe, par exemple, comme la Femme au bolero noir,\ncomme la Jeune modiste, ne seront point couronnées à Salency, et l'imagi­\nnation ne fait, en les voyant, aucune cristallisation fallacieuse, comme en\ninspire la Dame masquée, de Van Dyck, et la Lucrezia Fede, d'André del\nSarte. Un des signes distinctifs de l'œuvre de Rops, c'est la franchise;\njamais son burin n'a une hypocrisie ni une réticence à la Maintenon et à la\nTartufe; il exprime le vice, hardi, ouvert, oseur. Toutefois, que le soin\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                                   — 171 —\n\nque je prends de le défendre d'un défaut, ne lui fasse pas perdre une qualité\ndans l'esprit du lecteur, Rops est subtil, pas autant peut-être que Gustave\nMoreau, mais il l'est infiniment et je n'en veux pour preuve que les Adieux\nd'Auteuil. A la porte d'une villa dont la grille ouverte laisse voir un atte­\nlage correct maintenu par un cocher irréprochable, deux dames très bien\nmises, l'une en costume de ville, dont la voiture attend ; l'autre en élégante\ntenue de jardin. Elles s'embrassent. Quoi de plus simple? et cela a été\ndonné en prime par un journal artistique de Bruxelles; cependant, la\ncensure supprima dans les Fleurs du mal une pièce pour la raison qui\nfait sourire les clairvoyants devant les Adieux d'Auteuil. L'artiste qui sait\nainsi rendre invisible au vulgaire la même chose qui demeure frappante\npour l'initié, est un maître subtil! Le sourire, le double sourire de la\nbouche et des yeux me paraît la sorcellerie du visage féminin ; les maîtres\nqui ont trouvé un sourire, comme Léonard et Corrège, se comptent. Rops a\ntrouvé un sourire très difficile à définir et que j'appellerai de perversité\nfranche.\n   On le voit dans Parisine, jeune femme au toquet et l'éventail déployé,\ndans Metella, décolletée, coiffée d'une toque à plumes blanches et qui\nconsulte un petit miroir; on le voit surtout dans le frontispice des\nŒuvres inutiles ou nuisibles, ouvrage apocryphe de Félicien Rops.\nAssise bizarrement, en hauteur, coiffée d'un vaste chapeau empanaché des\nbourses à grelots de la folie, et ses épaules d'un embonpoint mou sortant\nd'un corsage lâche et qui tombe, elle élève d'un bras, une tête de mort\nrenversée où croît une floraison de fleurs mauvaises. La robe qui moule\nses formes longues est chargée d'animaux macabres, pieuvres, scorpions,\ncrabes; mais ce qui saute aux yeux et les retient fixés, c'est le regard des\npaupières baissées et le sourire des lèvres mi-closes d'où le vice suinte.\n   Il n'y a pas ici que des impures, témoin, non la Petite femme à la toque\nécossaise, étendue à demi sur un sofa, mais cette Fille de la Turbie, cette\noliviérade, qui passe les reins fermes, les seins droits, comme une cané­\nphore antique.\n   Ce qu'il y a de plus pervers dans l'homme, c'est la femme, qui, privée de\nraisonnement, ne sait pas tenir le milieu entre la sainte et la fille, et en tout\nne connaît que le paroxysme. Plus la femme a d'importance et de pouvoir\ndans une civilisation, plus la décadence est grande, et Rops qui est un\npenseur, a été frappé de l'immense envoûtement de l'homme par la femme,\ndans l'écroulement des races latines, et il a fait ce chef-d'œuvre, que\nM. Octave Uzanne aura le bonheur inestimable de voir paraître dans son\nprochain volume, a côté du Bout du sillon.\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "                                  — 172 —\n\n   Il y a plusieurs Dames au pantin : la première en date, dont Mars pos­\nsède le dessin original, est en buste, vue de dos, à profil perdu, et ses\népaules belles mais fortes dans leur rondeur, expriment la robustesse cachée\nsous la passivité; la jupe est ballonnante comme on la portait il y a quinze ans.\nAccoudée elle s'amuse avec un polichinelle. Cela est fort beau, mais comme\non dit vulgairement, la dernière est la meilleure. En pied, svelte, mince,\nlongue, souple, éphébique d'élancement dans sa robe serrée, elle semble un\ngrand serpent noir immobile : d'un bras mince ganté de noir par dessus le\ncoude, elle élève au dessus de sa tête, avec un sourire d'indescriptible\nmépris, non plus un joujou d'enfant, mais un Monsieur en habit, le joujou\nde la femme. Je n'ai pas la courtoisie de m'informer de ce que pense ou ne\npense pas la galerie, et dans un Salon carré de l'art moderne, je mettrais\nla Dame au pantin ; c'est la Joconde de ce temps, qui ne vaut pas, certes,\nle temps où vivait Lise. Cette œuvre à elle seule suffirait pour immorta­\nliser Rops. Mais il a fait plus, sinon mieux, et sans donner les rubriques,\nje vais esquisser les caractères de sa compréhension de la femme moderne.\nEn dehors des aberrations, ce que les casuistes appellent la perversion per­\npétuelle, c'est le « Super Bestiam Femina », la femme chevauchant l'ins­\ntinct, et Rops, peintre du péché, a buriné toutes les variantes, toutes appli­\ncations à la fois dérisoires et terribles de cette formule.\n   La Femme habillée, nul ne l'a comprise comme lui ; de la toilette il a fait\nun moyen expressif d'une intensité incroyable ; il a niché les sept péchés\ncapitaux dans un pli d'étoffe, et non pas animé, mais animalisé la robe, ce\nqui est mieux ou pire, comme on voudra. Peintre de la perversité, il va de\nsoi qu'il excelle dans le déshabillé. Ses retroussis de manches, ses décolle­\ntages, ses nœuds de cou sont d'une invention merveilleusement significa­\ntive ; et il est, l'inventeur en art, de ces longs gants et de ces grands bas\nnoirs qui, sans rien prendre du modelé, donnent un accent extraordinaire et\npervers.\n   Devant le nu, Rops, qui a l'amour du corps humain, — comme Michel-\nAnge, comme son maître Millet qui chercha aussi le nu actuel, avant de\ndécouvrir le rustique éternel, — est chaste, et il comprend cette mélancolie\nde la laideur physique dont j'ai parlé au commencement de cette étude.\nC'est un point de ressemblance avec Durer ; mais ce n'est pas le seul, il\npossède aussi la faculté symbolique et la conception catholique, comme\non le verra dans le Semeur des Sataniques. Techniquement, Rops est de\nnos jours, le maître du modelé et de l'anatomie féminine le plus accompli.\nAu reste, il ne fait pas un amour grand comme l'ongle sans avoir devant\nlui le modèle vivant.\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                                  -   173    -\n\n   A extraire une formule des œuvres de Rops moderniste, on trouve\ncelle-ci : l'Homme possédé de la femme. Mais Yananké de l'attraction\nsexuelle ne suffit pas à expliquer cette possession, et en moderne, c'est-à-\ndire en esprit catholique, car cela est synonyme, Rops a pensé au Diable.\nCe sera son éternel honneur d'avoir eu le courage de prendre, dans ce que\nles ignares appellent la superstition du moyen-âge, la solution du problème\npassionnel. Grand lecteur en tout sens, il s'est demandé ce qu'était devenu\nLucifer, depuis la Renaissance, et d'où venait qu'il n'apparaît plus\njamais en rien ni à personne; le spiritisme, comme l'a magistralement\ndémontré M. Chevillard, n'est qu'une maladie nerveuse, non une mani­\nfestation du Malin ; et en maître subtil, Rops a tout de suite compris que\nles possédés actuels c'étaient les athées et les positivistes et que son suppôt,\ndans l'ordre des moeurs, c'était la femme; et il formula cette synthèse\nadmirable, au point de vue esthétique : « L'Homme possédé de la femme,\nla Femme possédée du Diable ! ».\n   Qu'on ne se figure point que Rops a égorgé le chevreau, et connaisse\nd'autre magie que celle de l'Art. En tant que parfait érudit, il connaît l'oc­\ncultisme, mais il n'y croit pas et son Grimoire est dans son inspiration, non\nsur parchemin, entre quatre cierges fixés dans les clous d'une bière de\nsuicidé.\n   Milton est un grand coupable d'avoir fait de son Paradis perdu le\npoème de la rébellion et d'avoir idéalisé Satan. Rops, lui, s'en est bien\ngardé, et le moyen-âge n'a sculpté le diable que sous des formes char­\nmantes, en comparaison de la hideur formidable que Rops lui donne,\nexcepté lorsqu'il en fait « un sifflet d'ébène » et c'est là où il est le plus\neffrayant.\n   Breughel d'Enfer, David Teniers, Goya, initié par les gitanos, Callot\ninstruit en sorcellerie par les Bohémiens, ne sont que les Paul de Kock de\nla Goëtie. Je n'ai pas le troisième des ordres mineurs, et l'aurais-je, que\nloin d'exorciser Rops, je lui donnerais un mur d'église pour y peindre\nl'Enfer, et ce serait aussi grand qu'Andrea Orcagna. A la décadence latine\nqui nie Dieu, Rops présente Satan, et Satan plausible, Satan vraisem­\nblable, Satan contemporain.\n   Au pronaos du Salon de 1883, voulant donner une synthèse du grand\nart contemporain et préciser ses archètypes, j'ai écrit ceci du maître du\nBout du sillon :\n   « Si j'ai nommé Félicien Rops le dernier, ce n'est pas que je le classe\naprès ces quatre maîtres; car son originalité est si éclatante que je ne lui\ntrouve aucun précédent, et qu'il est impossible de le qualifier d'une filia-\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "                                   — 174 —\n\n tion; Puvis de Chavannes tient au quattrocentisti ; Gustave Moreau à\n  Léonard; Hébet à Rome, et Baudry à Venise, mais Rops est autochthone.\n Magnat hongrois mêlé de gallo-romain et de flamand, il doit à la com­\n plexité de son tempérament d'être le plus grand artiste en modernité qui\n soit. Et quand je dis moderne, j'entends un esprit qui réunit la compréhen­\n sion du moyen-âge à celle de 1883 et qui peut illustrer un grimoire et pour-\n traire la Parisienne.\n    « Félicien Rops est inconnu du public; mais s'il n'a pas de réputation il a\n de la gloire. Trois cents esprits subtils l'admirent et l'aiment, et ce suffrage\n de penseurs est le seul dont ce maître se soucie. S'il arrivait qu'un homme\n des classes moyennes, un de ceux pour qui on écrit les ouvrages de vulga­\n risation et qui les lisent, semblât goûter une de ses œuvres, il la détruirait\n immédiatement. Patricien de l'art, il ne veut de juges que ses pairs, non\n par orgueil ; la meilleure preuve de sa modestie, c'est son peu de notoriété\nqui est voulu, mais parce qu'il sait que l'art est un Druidisme qui doit\naccueillir toutes les intelligences qui se haussent, mais ne s'abaisser jamais\njusqu'à celles qui ne peuvent s'élever.\n    « L'œuvre de Félicien Rops comprend toute la vie moderne synthétisée,\nmais je ne veux en montrer ici que deux points, la Femme et le Diable. La\nfemme contemporaine, cette cabotine dont le charme est le chiffon, avec sa\ngrâce fugace, prismatique, instable et changeante est presque impossible à\nfixer dans une œuvre d'art ; immobile, elle n'a plus l'attrait qui est dans\nla célérité et l'imprévu des gestes et des poses. Mais prendre la Parisienne\net la monter jusqu'au style, c'est un impossible que Rops seul a tenté victo­\nrieusement. Seulement comme il conçoit toujours en penseur, au lieu d'une\nsimple femme de nos jours, il a fait la Dame au pantin. Grande svelte,\npresque androgyne, elle élève de son bras ganté de noir un pantin en habit;\nindescriptible en son sourire de mépris pour cet homme hochet qui est vous,\npeut-être moi. Les sourires de Rops descendent du coin des lèvres de Monna\nLisa, et l'ironie, l'ironie froide et silencieuse, a en lui un épeurant inter­\nprète.\n    « L'homme pantin de la femme, la femme pantin du diable, sont deux de\nses thèmes favoris, d'une grande portée psychologique, rendus avec une\nintensité plus excessive que celle de Baudelaire, avec qui il a des rapports\ntrès grands. Imaginez que le poète des Fleurs du mal ait écrit avec lignes,\net vous aurez quelque idée de Rops, le seul artiste assez mystique pour\npourtraiter la perversité moderne.\n   « Mais, la merveille de son œuvre, c'est le Diable. Oui, en l'an 1883 des\nesprits forts, il existe un artiste qui fait des démons qui font peur et dont\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                                 -   175    -\n\n\nnul ne peut rire. Oh! ce n'est ni Bertram, ni Mephistophel; il n'a pas de\ncornes, ni de queue, ni de griffes, ce diable, il est en habit, il a un monocle;\nsi ses pieds sont fourchus, de fins escarpins les cachent; et il épeure cepen­\ndant, avec pour seul satanisme son sourire et son regard. Ah! si l'on donnait\nà Rops l'enfer à peindre au mur d'un Campo Santo, on verrait autre chose\nque le Bernardino Orcagna. Il a restauré la grande figure de Satan, il a fait\nréapparaître le Malin, en ce temps ou l'on ne croît plus même à Dieu, et il\nnous le montre vainqueur du ridicule et du rire. Je prie que l'on remarque\nque je n'ai cité que deux séries de l'œuvre de Rops, et que l'idée que j'en\npuis donner ici est presque nulle. Seulement, j'ai voulu marquer sa place\nhiérarchique dans l'art contemporain et déchirer un peu de l'obscurité\noù il s'enferme. L'utilité du critique n'est pas de donner de bons et des\n mauvais points aux artistes connus, mais bien de signaler et de mettre en\nlumière ceux qui, par l'élévation de leurs œuvres échappent à la myopie\n du public. Rops, est le grand maître en modernité, et ce genre est celui où\n l'école française peut encore faire des œuvres. Rops est le seul exemple des\n immenses lectures, de la forte éducation latine et de l'érudition poétique qui\n manquent à tous les artistes contemporains et sans lesquels il n'y a pas de\n grand art possible ; Rops est le « burineur » de la décadence latine. »\n  Je vais essayer de donner quelque idée des Sataniques, ce poème de la\npossession de la femme par le diable, où Rops s'élève jusqu'à Durer, en\nétant Rops plus que jamais.\n   I. La Chimère. Énorme et carrément taillée dans le bloc, la face\nnubienne, ses yeux de pierre grands ouverts sur l'horizon du mystère, la\nchimère a ses ailes retournées en conque, et là, comme en une niche, Satan\nest assis, le menton dans sa main, en sifflet d'ébène et cravaté de blanc,\nmonocle à l'œil, il regarde la femme couchée sur le dos du colosse, l'entou­\nrant de ses bras amoureux et se haussant à l'oreille du monstre pour lui\ndire son secret. Ce secret, Satan l'écoute, grave, à peine ironique, il semble\nun académicien de l'enfer, à peine deux bouts de cornes, point de queue,\neffroyable ! N'est-ce pas là le frontispice de toutes les passions ; cette femme\nqui se vautre sur la chimère de granit et lui confie son secret que le diable\nentend et par lequel il l'attirera à lui, n'est-elle pas le symbole du péché?\nAu point de vue technique, le modelé admirable du corps de la femme fait\npenser à Michel-Ange; c'est un corps de maître florentin, mais le diable y\nest, en plus, à ce corps!\n   II. Le Semeur. Ce n'est plus Satan l'académicien, c'est Satan le paysan,\nqui, par une nuit sombre, parcourt la terre, semant les mauvais êtres, les\ndétestables nouveau-nés qui seront des pervers ; il en a sa pleine blouse,\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "                                  — 176 —\n\n de ces enfants maudits, et il les jette à poignées. Et à l'instant où Rops l'a\n représenté, il a un pied sur les tours de Notre-Dame et la Seine et la moitié\nde Paris dans l'ouverture de ses jambes maigres aux sabots énormes. Il\nremplit le ciel de sa silhouette sinistre. C'est un Durer!\n   III. L'Idole. On se croirait en présence de quelque culte infâme et secret\ndes Phéniciens. C'est un sommet d'édifice, deux baphomets sinistres jettent\ndans la nuit de sulfureuses lueurs. Au milieu se dresse l'idole, horrible et\nricaneuse, sorte de Satan à mi-corps dans une gaîne d'Hermès; la femme\naffolée, envoûtée par le malin, ne peut résister à sa fascination, et elle s'est\nhissée sur l'idole et l'étreint, aveugle, au ricanement du démon de bronze.\n   IV. Le Sacrifice. Ici Satan n'a plus forme descriptible, c'est un bucrane,\navec de la peau de bête et une queue de monstre, qui tient fascinée en son\npouvoir la femme toute folle et renversée sur un autel, aux bas-reliefs\nonaniques.\n   V. L'Enlèvement. En plein ciel, Satan emporte vers l'enfer la femme,\nqui se cramponne à ses ailes de chauve-souris. Il y a là, pour les dessina­\nteurs, des raccourcis d'une audace et des lignes d'une hardiesse incompa­\nrables.\n   VI. Le Calvaire. Ceci est le non ampluis du Satanisme, et Simmone\nMemmi, qui devint fou de terreur du diable qu'il avait peint, perdrait la\ntête instantanément à cette vue !\n   Sur le saint gibet du Calvaire, Satan est attaché à la place du Sauveur ;\nil a des pieds de bouc, et de ses pieds de bouc il a passé une étoffe noire\nau cou de la femme, qui s'abandonne, et il l'étrangle — et elle se laisse\nétrangler avec extase.\n   VII. La Vengeance dit Démon. Tout en haut, resplendit le triangle\nDivin et ses rayons tombent sur Satan qui ne veut pas descendre de\nl'empyrée, et qui, brûlé, torturé par la souffrance, dans un geste indescrip­\ntible, jette sur la terre un ensemencement de vices. Tout en bas, un chaos\nsans nom de larves avortées.\n   Il y a douze Sataniques. La place me manque pour décrire les cinq\ndernières, dont on peut dire, avec bien plus de justice que pour Goya le\nmot de Gautier « il fait grand peur dans ses eaux-fortes. »\n   Parmi les grandes séries de l'œuvre de Rops, je signalerai, une Danse\nmacabre moderne, et une illustration de l'Eloge de la folie, inédites; en\nprojet le Grimoire des grimoires, et sous presse, l'illustration du roman :\nLe Vice suprême.\n   Enfin, me demandait dernièrement quelqu'un, qu'est-ce que Rops? Est-\nce un peintre? Est-ce un graveur? Rops est un artiste qui sait tous les\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                                            177\n\nprocédés, et qui les emploie selon son idée ; il est peintre, mais comme ses\nconceptions sont pensées, il préfère au pinceau le burin pour les écrire, à\nmoins qu'il ne prenne le pastel ou l'aquarelle; toutefois, l'eau-forte mêlée\nde vernis mou est son procédé de prédilection et il succède à Rembrandt,\ndans cet art, immédiatement ; seulement, il ne grave que ses compositions,\net on ne connaît de lui que deux gravures d'après quelqu'un, et c'était de\nMillet par filialité esthétique.\n   Quand je souligne l'épithète de contemporain donnée à Rops, je ne veux\npas qu'on entende qu'il est un Saint-Aubin ; je le tiens pour un maître de\nstyle, pour un maître lyrique et qui ne sera jamais bien compris que d'un\npetit nombre d'initiés. Bien peu de gens, même éclairés et instruits, sont\nsusceptibles de se plaire aux Sataniques ; mais où il est accessible à tous les\nintelligents, c'est dans sa compréhension de la femme moderne. Les\nMadame Marneffe, les Torpille de Balzac, la Velleni et les Diaboliques de\nBarbey d'Aurevilly ont leurs portraits dans l'œuvre de Rops et ne l'ont que\nlà. Personne, depuis Léonard et Durer, n'a exprimé la femme moderne\ncomme lui ; personne, dans l'art entier, n'a exprimé Satan comme lui, et la\nFemme et le Diable c'est la moitié du monde.\n   Félicien Rops, et ses quinze cents estampes ne tiennent pas en un article,\net cette monographie ne doit être considérée que comme une première étude,\nun sommaire écourté de l'in-4° que je consacrerai à cet artiste singulier ;\npour l'heure, la chose à proclamer et à retenir peut se phraser ainsi : Entre\nPuvis de Chavannes, l'harmonieux, et 'Gustave Moreau, le subtil, Félicien\nRops, l'intense, ferme le triangle kabbalistique du grand Art.\n   Il est, à mes yeux, le plus grand maître flamand depuis l'école d'Anvers.\n                                                           J O S E P H I N PÉLADAN.\n\n   NOTE : Sur la couverture des premières livraisons de mon Introduction à l'histoire\nde toutes les écoles, quattrocentisti, on lit : Pour paraître le 1\" mai 1885, Etudes esthé-\ntiques de décadence : Félicien Rops, in-4° orné de 30 estampes originales et de 100 des­\nsins fac-similés. Cet ouvrage paraîtra à une époque indéterminée.\n                                                                                J. P.\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "                                                 - 1 7 8 -\n\n\n\n\n              CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\n                                                        I\n                     LA SECONDE A VART                             MODERNE              (I)\n\n              Monsieur l'Art moderne,\n\n\n             Dans votre numéro du 18 janvier, vous vous occupez de ma per­\n              sonne et de mes théories d'art d'une manière un peu trop\n              carthaginoise, et qui me déplaît.\n                Je n'ai pas l'habitude de récriminer quand on juge mes vers\nou ma prose; je suis de l'avis de Banville, à qui le peintre Georges Roche-\ngrosse demandait un jour : « Dois-je remercier le critique qui vient d'érein­\nter mon tableau? » et qui répondait en souriant : « Mon cher enfant, il\nt'accuserait d'avoir dérobé de l'argenterie, que tu devrais le remercier\nencore! »\n   Mais il ne s'agit ici ni de mes vers, ni de ma prose. Vous entremêlez\ndans votre article, sans prévenir le lecteur, et de façon à me faire dire des\nchoses que je n'ai jamais pensées, des lambeaux d'une conversation que\n\n   (I) Dans le premier numéro d'une nouvelle et très élégante revue qui vient de paraître, la Chronique des\nBeaux-Arts, d'Anvers, Georges Eekhoud a écrit :\n   « Je commence cette revue de l'année artistique par un souhait, c'est que musiciens et peintres s'appliquent;\ns'appliquent surtout à être vraiment nationaux. Une chose me trappe en parcourant la liste des événements\nmusicaux de l'année, c'est la part très effacée que nos compositeurs peuvent revendiquer dans cette liste.\nDe même le Salon de 1884 prouve à l'évidence la déplorable fascination que la peinture française exerce sur\nnos artistes. A part quelques individualités dont je rencontrerai le nom dans cette revue, il semble que loin de\ncombattre, de lutter contre le vent étranger, le vent assimilateur soufflant de Paris, les artistes eux-mêmes\nflattent ce qu'on pourrait appeler « l'annexion intellectuelle M et entretiennent par leurs pastiches, leur\npitoyable sujétion, ou encore par une abstention indigne des forts, cette idée chez le public qu'en effet il n'y a\nplus d'autre art que l'art français. »\n   Ce phénomène n'affecte pas la littérature belge. La livraison de janvier de la Jeune Belgique le prouve\nsuperbement.\n   Jamais le groupe des jeunes combattants ne s'est manifesté en une série plus brillante d'échantillons de ce\nqu'il peut faire. Une véritable anthologie, où chaque œuvre de prose alterne avec une œuvre versifiée. Vingt\nmorceaux, de bon aloi, sans compter les chroniques et les amusettes de la fin. Un défilé compact, animé, sonore.\nUne réponse joyeuse et triomphante aux détracteurs, aux aboyeurs, aux diffamateurs. Une fanfare retentissante\nqui couvre le fausset des envieux, des ratés, des essoufflés. Un grand coup de balai qui renvoie aux immondices\ntoutes les salissures.\n   Bravo ! Bravo ! Bravo 1 Et en avant! Oui, encore plus en avant! Toujours en avant!\n   Plus d'une fois au cours de l'an dernier, nous avons souhaité que cette vaillante équipe, que disons-nous? que\ncette vaillante armée, se nationalisât davantage, et se laissant aller aux impressions des milieux ou elle vit,\nlutte, pâtit ou triomphe, abandonnât résolument toute ressouvenanec de la littérature étrangère où l'a trempé\nson éducation, pour ne plus s'emparer que de ce qui est visible dans son rayon immédiat. VOIR LE MILIEU BELGE,\nPENSER EN BELGE, avions-nous crié.\n   Nous nous garderons certes de dire que c'est grâce à notre conseil que le dernier numéro de la Jeune Belgique\napplique ce principe salutaire qui seul peut nous donner l'originalité, cette qualité souveraine, la seule vraiment\nséductrice. Ce n'est pas une parole de critique qui fait marcher une évolution littéraire, il est plus vrai de dire\nque la même loi dominante a inspiré notre vœu et sa réalisation presque instantanée par les écrivains de nos\ntemps nouveaux.\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                                                      — 179 —\n\nj'eus avec l'un de vos rédacteurs et des fragments d'une étude publiée par\nmoi dans le dernier numéro de la Jeune Belgique.\n   Il résulte de votre plaidoirie que je me serais sournoisement comparé à\nVictor Hugo et à Charles Baudelaire.\n   Franchement, l ' A r t moderne n'a pas encore assez de ridicules pour en\nprêter de pareils à ses amis.\n   Mon article est une étude générale. Je n'y parle pas de moi entre les\nlignes. Vous prônez Fart belge, c'est votre droit. Je l'attaque, c'est mon\ndroit à moi. Mais de grâce, ne confondez pas mes arguments avec mes\nœuvres. Ne m'écrasez pas avec la comparaison de l'ours, encore plus\nlourde que son pavé. N'imitez pas la mauvaise foi de certains journalistes\nque vous combattez.\n   Je vous ai cité Hugo et Baudelaire comme des exemples. Je les ai pris\nde préférence aux autres poètes français, parce qu'ils les dominent de toute\nleur hauteur, et aussi parce qu'avec la logique véhémente qui vous\ndistingue, vous n'auriez pas manqué, si je les avais omis, de me les lancer\nà la tête comme des arguments en votre faveur. Mais ne vous imaginez\npoint qu'à défaut de génies exceptionnels, et auxquels vous consentez à ne\npas imposer votre esthétique, ce dont ils vous seraient fort obligés, s'ils\nvous connaissaient, je ne pourrais vous citer bon nombre de poètes de talent\nque leur indifférence au terroir n'a pas empêché d'écrire de belles pages. Le\nterroir de Théophile Gautier, s'il vous plaît? Celui de Banville? Celui de\nSully-Prudhomme? et en général, celui de la plupart des Parnassiens?\n   Si vous voyez encore une comparaison dans cet argument, elle vous\n\n\n   Mais nous nous réjouissons sans réserve de ce changement d e front, tenté p a r quelques-uns seulement\njusqu'ici, et qui m a i n t e n a n t e n t r a î n e toute la ligne. Bruxelles, les Flandres, les Ardennes, nos rues, nos\nchamps, nos concitoyens, nos m œ u r s sont seuls en scène comme décors ou comme acteurs.\n   11 ne s'agit plus désormais que de creuser à fond cette psychologie et cette n a t u r e . Cela se fera. On n'en peut\ndouter en voyant a u travail t a n t d'esprits p é n é t r a n t s , tant d e plumes adroites.\n   Vous avez l'instrument, vous connaissez le métier, jeunes légionnaires. Vous voyez aussi les régions et les\nchemins à parcourir. P l u s d'excursions au loin, par delà les frontières, aux pays d o n t on rêve sans les voir et\nsurtout sans les comprendre. Allez! Les vœux de tous vous saluent et vous accompagnent. Une littérature\nnationale est née. Elle n'est plus l'œuvre de quelques exceptions, des précurseurs isolés. Elle est générale,\ncomprise, acclimatée, installée, consolidée.\n   Voilà le fait éclatant pour la prose.\n   En est-il de même pour la poésie?\n   Nous en causions récemment avec l'un de nos jeunes versificateurs les plus auréolés d'espérances, Albert\nGiraud, et il doutait. Le symbolisme d e la g r a n d e poésie lui paraissait réfractaire à cette nationalisation.     Il se\nrangeait parmi ceux q u e les œuvres de terroir ne sollicitent pas. On ne peut, dîsait-il, forcer sa n a t u r e pour\nsuivre un système prêché p a r un critique. L'âme humaine est universelle. Elle peut ê t r e notée indépendamment\ndu milieu et du décor. L e s vastes mouvements d'idées, de sentiments et de sensations qui à certaines périodes\nse lèvent sur le monde, sont des marées si larges et si hautes qu'elles submergent et renversent tout. H u g o ,\nLamartine et Baudelaire ont-îls été des écrivains du terroir? Sont-ils des Gaulois? Sont-ils même des Français?\nEt n'en ont-ils pas moins exprimé dans leurs vers un état particulier de l'âme contemporaine? Exiger de tous les\nJeune-Belgique des œ u v r e s du terroir, sans tenir compte des circonstances, des tempéraments et des vocations,\nc'est une absurdité où ne conduit qu'une manie trop généralisante.\n   Nous répondons : Certes, s'il est quelqu'un des J e u n e - B e l g i q u e qui se sente un H u g o , un L a m a r t i n e ,\nun Baudelaire, qu'il suive son génie. P o u r celui-là pas de règles. S'il en est qu'une incompressible vocation\npousse à des œ u v r e s exotiques, qu'il suive sa vocation. Les règles ne sont pas faites pour les exceptions. Mais\nil faut qu'on soit sûr d'être une exception. Vous l'êtes p e u t - ê t r e . Mais défiez-vous. Si vous vous trompez sur vos\naptitudes, en cherchant ailleurs que dans votre milieu, vous vous fourvoierez, vous pasticherez, et vous le ferez\ninconsciemment, ce qui est le pire des pastichages, parce que c'est le pastichage incurable.\n   Et parlant ainsi nous nous souvenions du cri de détresse poussé par notre jeune interlocuteur dans le Scribe,\nson premier livre, qui plaît, malgré l'adjectivite aigue dont il a offert un cas pathologique si remarquable.\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "                                                 — 180 —\n\nfroissera moins que la première, car n'oubliez pas que vous tenez les\nParnassiens pour des acrobates.\n   A moins que vous soyez revenu de cette... opinion, et que vous ne vous\ndécidiez à l'avouer, ce dont pour ma part je ne pourrais que vous louer fort.\nCar moi, aussi, il y a quelques années, sur la foi de lectures sommaires,\nj'écrivis, à propos du Parnasse, dans un médaillon de Jean Richepin, quel­\nques lignes paradoxales qui s'accordaient un peu avec votre Evangile d'au­\njourd'hui. Dieu me garde, Monsieur l'Art moderne, d'en profiter pour\nvous appeler pasticheur, mais vous ne feriez pas mal, en cette aventure,\nde me pasticher jusqu'au bout, et de confesser votre erreur comme j'ai con­\nfessé la mienne. Vous avez assez d'orgueil pour vous préserver de la vanité.\n   Il peut vous sembler fort spirituel, — au point de vue du terroir ! — de\nm'appeler Don Giraud de Hérédia Baudelar y Banvillès. Vous semblerait-il\naussi spirituel, après une lecture de La Forge Roussel, d'appeler\nM. Edmond Picard : Don Picardo y Sehopenhauër, ou Don Picardo Cla­\ndelos y Barbey d'Aurévillyos y Micheletos, après une lecture de l'Amiral?\nVous conviendrez que ces hispanismes sont à la portée de tout le monde !\n   Pour l'amour de vous, Monsieur l'Art moderne, guérissez donc la\nconseillomanie dont vous êtes atteint. Elle finira par vous déconsidérer\ndans l'opinion des artistes, race indépendante par excellence, et qui vous a\nsi souvent entendu prêcher l'indépendance ! Ne lui laissez pas soupçonner,\nne fût-ce qu'un instant, que vous voulez jouer au tambour-major des\nlettres. La poésie n'est pas la fille du tambour-major !\n   Laissez l'artiste aller où son instinct le conduit. Ne le faites pas trébu-\n\n\nS'y mettant en scène, sous la figure de son héros, Jean Heurtaut, ce lecteur trop assidu pour n'en pas prendre\nquelque chose de don José de Hérédia, de Baudelaire et de Banville, il y dépeignait en ces termes pathétiques,\nla souffrance du pasticheur lisant ses propres œuvres et les trouvant infectées du vice redoutable :\n   « A la première ligne, il découvrit une réminiscence, et puis une autre, une autre encore. Il éparpillait\nautour de lui les pages, hagard devant l'écroulement de son rêve. Cette image appartenait à Hugo, ce vers\nà Leconte de Lisle, cette strophe est jumelle d'une strophe de Baudelaire. Et celui-là surtout se réflétait dans\nle poème. Tout à coup Jean se rappela que l'idée-mère de son œuvre était un sonnet des Fleurs du mal.\nEt pourtant, il conservait un doute. Il relut, de rechef. Alors, cédant à l'éblouissante évidence, il demeura\npenché sur la table, les poings au menton, clans un silence.\n   « Oh oui ! il avait dompté le mot, maintenant; et il était Dieu, — un Dieu plagiaire, Les strophes imitées lui\nsonnaient aux oreilles sur un ton qui psalmodiait, interminablement. Et les livres qui dénonçaient sa faiblesse\ngisaient là, ouverts, sous la tranquille lueur de la lampe, avec une indifférente ironie.\n   « Dans une rage, il agrippa les volumes. Non! il n'était pas un plagiaire. Le tempérament de Baudelaire\nressemblait au sien. Le poète des Epaves exerçait sur lui une diabolique possession, que nul exorcisme ne\nguérirait. C'était à croire que par une lugubre mystification d'outre-tombe, Baudelaire guidait la main de Jean\nquand il écrivait. Non, il n'était pas un plagiaire. Cette œuvre qu'il allait détruire était de lui, bien de lui\nDes pages en étaient stylées avant sa première lecture des Fleurs du mal. Et parce que ses sensations\ncorrespondaient à celles de Baudelaire, on lui défendait de les traduire, et ses strophes — la chair et le sang de\nson intelligence, — il n'oserait pas les publier! Et il renfermerait en lui toute cette vie qui l'étouffait? Non il\nn'était pas un plagiaire. C'ÉTAIT BAUDELAIRE QUI LE VOLAIT ! ! »\n   Peut-on mieux dépeindre la terrible maladie et sa folie terminale qui se résume en cette formule : Se croire\noriginal, et ne pas l'être. Et comme conséquence sauter, les griffes tendues, avec des cris aigres, aux yeux de\nceux qui vous en avertissent.\n   On se sauve de cela quelquefois, don Giraud de Héré:lia-Baudelar-y-Banvillès, en se raccrochant fortement\nà son milieu et à son décor. A moins d'être Hugo, Lamartine, Baudelaire, laissez l'âme universelle. C'est\ndifficile à attraper à moins d'avoir des mains de géant. Ne croyez pas trop aisément que vous êtes par\nprivilège, porté par une de ces maries si larges cl si hautes qu'elles submergent et renversent tout. Contentez-\nvous, par provision, de voir le milieu belge et de penser en Belge. 11 nous semble que vous y gagnerez en\noriginalité et cela calmera les inquiétudes de vos amis et les lamentations du Scribe.\n                                                                       ( L ' A r t moderne, du 18 janvier 1885).\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                                  — 181 —\n\ncher en lui jetant, de huit en huit jours, de nouveaux dogmes entre les\njambes. Appréciez son œuvre comme il vous convient, mais ne battez pas\nle tambour devant sa porte, pour le convoquer à je ne sais quelle garde\ncivique de l'art qu'il a en horreur.\n   Il me reste à vous dire un mot du ton dans lequel vous composez vos\narticles. Ils sont écrits en crispant majeur.\n   Vous me remémorez ce mot d'un courtisan de Louis XIV, à qui le roi-\nsoleil montrait d'abominables vers de sa façon, et qui se tira d'une position\ncritique en s'écriant : « Sire, il n'est rien d'impossible à Votre Majesté : elle\na voulu faire de mauvais vers, et elle a parfaitement réussi ».\n   Je vous dis, moi : « Votre Originalité a voulu prendre un jour le ton\nd'un pédagogue à férule, et comme rien ne lui est impossible, elle a parfai­\ntement réussi ».\n                                                     A L B E R T GIRAUD.\n\n\n                                       II\n    MON ONCLE LE JURISCONSULTE, par M. EDMOND PICARD. Un volume.\n                   Bruxelles, Larcier. Prix :' 4 francs.\n\n              Voilà beau temps déjà que M. Edmond Picard a commencé,\n               avec le Paradoxe sur l'avocat, ses Scènes de la vie judi-\n               ciaire ; ceci n'en est que le quatrième volume ; l'œuvre sera\n               illimité.\n   Dans l'avant-propos de Mon oncle le jurisconsulte, M. Edmond Picard\nnous dit : « L'auteur a tenté d'y mettre en scène, sous la forme de la\nNouvelle, des thèses scientifiques, savoir : les règles professionnelles du\nBarreau, — le fondement du Droit, — la législation ouvrière, — l'ensei­\ngnement du Droit.\n   « Il a cru que ces matières abstraites, toujours présentées jusqu'ici sous\nun accoutrement doctoral qui les rendait à la fois peu attrayantes et acces­\nsibles seulement aux initiés, pourraient supporter, sans rien perdre de leur\nvaleur, une accommodation moins pédantesque. Il s'y est risqué, n'igno­\nrant pas pourtant l'opposition faite à l'art démonstratif par la jeune et vail­\nlante école qui reprend avec un opiniâtre exclusivisme la théorie de l'art\npour l'art, proclame hardiment que la forme suffit à tout, et se refuse à\nadmettre que dans la hiérarchie artistique, si les œuvres de pure virtuosité\net de pur charme ont une place que nul homme de goût ne leur dénie, le\npremier rang revient à celles qui, aux séductions d'une forme correcte,\ningénieuse, sans cesse renouvelée, joignent l'élévation du sujet et la puis­\nsance de son humanité. »\n   Cela est aussi absurde que bien dit et M. Picard y montre, une fois de\nplus, qu'il n'a pas compris ni voulu comprendre les interminables articles\nque nous avons opposés à son entêtement. C'est l'impénitence finale. Il y\ntient; son opinion, au reste, n'est pas moins respectable que la nôtre.\n                                                                         11\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "                                    —    182   —\n\n\n   Ce qu'il dit dans sa préface, c'est ce que Jules Verne a dû se dire en\nécrivant Vingt mille lieues sous les mers. Avec son grand talent littéraire en\nplus, M. Picard fait même besogne. Verne vulgarise les sciences, toutes les\nsciences, sauf le Droit. M. Picard « comble la lacune ». Il écrira un jour :\nLe tour du palais de justice en quatre-vingts jours ! Est-ce chair, est-ce\n poisson? Est-ce de l'art et de la science? C'est du Droit, disent les écrivains ;\nnon, c'est de la littérature, objectent les stagiaires. « Je suis oiseau, voyez\nmes ailes; je suis souris, vivent les rats! ».\n   M. Edmond Picard est notre chauve-souris !\n   Voyons ses ailes, et ne voyons qu'elles.\n   Mon oncle le jurisconsulte est plutôt une Nouvelle juridique qu'un\nroman; dans une affabulation chère à l'auteur, puisqu'il la répète dans\nchacun de ses livres, M. Picard met en scène un vieux bâtonnier respec­\ntable, blanc, sévère mais juste, qui dans une réunion d'amis raconte la\ncarrière, la vie, les idées — surtout — de son oncle, un jurisconsulte de\npremier ordre.\n   Ces idées sont bien celles de M. Picard lui-même, sur le Droit, dont le\ncélèbre directeur des Pandectes belges a fait une sorte de religion, superbe\npar la foi qu'il y apporte, mais dont nous ne comprenons pas très bien les\ndogmes. Droit nous a toujours un peu paru synonyme de gendarmerie.\nHeureux les hommes qui, comme M. Picard, peuvent ajouter au culte de\nl'art celui d'une science conventionnelle qui nous fait tousser, au Palais.\n   Dans son Traité de l'Enseignement du droit, — cela se prononce : Mon\noncle le jurisconsulte, — M. Picard a mis des pages littéraires que nous\nne pouvons assez admirer. Voici une description de bois que nous donnons\ntoute entière :\n   « Nous revenions l'après-midi par la drève de Lorraine, dont le long\ndéfilé, parallèle au chemin que nous avions pris le matin, traverse la forêt\nde part en part, dans une de ses parties les plus imposantes, là où les\nhêtres, soigneusement émondés, dressant leurs troncs unis, glacés de vieil\nargent, moussus du côté du Nord, droits comme des fûts de colonne,\népanouissent à cent pieds de hauteur les panaches de leurs rameaux entre­\ncroisés pour former une voûte continue de verdure. Au dessous le silence\nd'une basilique vide, et sa fraîcheur. Sur le sol, amassées en un épais et\nrougeâtre matelas, se décomposant en un noir terreau, les dépouilles de\nplusieurs automnes. Le long de la drève, sur deux rangées, des arbres, et\ntoujours des arbres, développant leur nef en ogive, sans commencement et\nsans fin pour le regard,\n                               « Longs murs de héros séculaires\n                 « Durcis aux noirs assauts des hivers meurtriers.\n   « Tout cela me revient : le plus beau paysage ne m'est jamais apparu\nque comme un décor pour une scène humaine, et quand je raconte une\nscène humaine son décor naturel se lève pour moi irrésistiblement.\n  « Tout à coup, devant nous, au loin, le crépuscule que faisaient les\nombrages fut pointé d'une éclaircie, s'élargissant au fur et à mesure que\nnous progressions. Le jour semblait se lever sous la ramée obscure.\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                  — 183 —\n\n   « C'était une coupe, une de ces coupes qui, d'après l'aménagement de\nla forêt, ne retrouvent leur tour qu'après une révolution de cent ans. Sur\nun espace énorme, la futaie était rasée, les troncs s'étalaient sur le sol, les\nchapiteaux de leurs cîmes brisés, écrasés du côté de la chute, comme si un\nouragan les avait fauchés.\n   « Elle s'ouvrait juste à l'endroit où la drève de Lorraine est coupée à\n angle droit par celle des Bonniers. J'ai depuis relevé et reconnu le sîte. Au\ndelà de la trouée qu'avait faite l'abatage, on apercevait à gauche, à quelques\ncentaines de mètres, les bâtiments bas et les pommiers en fleurs de la ferme\nla Petite Espinette. Un vent faible du Nord-Ouest ramenait lentement\nvers nous, tout entière, d'un mouvement continu, la calotte nuageuse\ndu ciel.\n   « A l'intersection des deux routes, un peu à l'intérieur du triage, un\npeintre, absorbé devant ce spectacle qui se développait dans sa sereine et\npoétique majesté, brossait une esquisse. »\n   Tout le grand talent de M. Picard est dans cette belle page durable.\nPeu, mieux que lui ont compris la forêt, la grande forêt de notre pays, et\nde même que dans l'Amiral, il a fait ici magistralement hurler et sangloter\nles mers où son enfance a été ballottée, ainsi l'âme des grands bois frissonne\ndans ce style net, incisif, où l'on sent la main calleuse du bûcheron.\nL'avenir littéraire détachera de telles flambées d'art, des TRAITÉS JURI­\nDIQUES de M. Edmond Picard.\n\n\n\n\nPETITE HISTOIRE DES GRANDS PEINTRES, par M. LUCIEN SOLVAY. Un volume.\n              Bruxelles, Office de Publicité. Prix : 50 centimes.\n\n   M. Lucien Solvay, qui jusqu'ici, n'a pas, dans sa critique, dépassé la\nmesure de l'indulgence, semble aujourd'hui vouloir relever d'un coup\nd'épaule vigoureux sa nature un peu amollie. Dans un petit livre qu'il vient\nde donner à la collection de l'Office de Publicité, sous ce titre : Petite\nhistoire des grands peintres et qui n'est que le premier d'une série, il expose\ndans un langage clair, avec une três grande lucidité de vues et surtout une\nérudition de bon aloi, les phases historiques et esthétiques des origines de\nla peinture, dans l'antiquité, puis l'art de transition, le moyen-âge, la\nRenaissance, l'École de Florence, Léonard de Vinci, Michel-Ange, l'École\nromaine-napolitaine et Raphaël, l'École venitienne avec Le Titien et\nVeronèse, et enfin l'École lombardo-bolonaise. Le Dominiquain, Carrache\nLe Guerchin, pour arrêter son livre à l'époque de décadence. Le livre, orné\nde dessins... malheureux, est excellent pour l'éducation normale et nous le\nrecommandons vivement non seulement aux jeunes amateurs mais aux\nartistes.\n                                                         MAX W A L L E R .\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "                                   -   184    -\n\n\n\n\n          CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                      L'EXPOSITION DE             L'ESSOR\n               C'est la neuvième !... Je me souviens encore des premières, amé­\n                nagées dans des locaux incongrus, mal ajourés, tenant du\n                hangar et de la salle de vente, faites' à la hâte et sans expé,\n                rience comme telle et telle toile qu'on pendait dans les coins,\n                pauvres, pénibles, timides, toutes transies des peurs du début-\n   Les critiques graves n'y couraient pas; on n'en rendait compte que dans\nles gazettes d'art ; on louait à tort et à travers, plus par encouragement\nque par conviction. Mais eux, les jeunes, n'en retenaient que bons souve­\nnirs. C'étaient leurs fêtes et leurs combats. Ils éprouvaient déjà, ceux\nd'entre eux qui étaient taillés en artistes, la tonique joie de sentir l'œuvre\ndéchirée par les imbéciles et niée par les prud'hommes d'académie. Khnopff,\nVan Rysselberghe, Ensor, Frédéric bataillaient et l'on voyait devant\nleurs toiles certains gros yeux s'écarquiller comme ceux des poissons devant\nles splendeurs glauques des grottes marines.\n   Aujourd'hui, tout tâtonnement a disparu; les expositions de l'Essor\nsont des dames du monde, qui reçoivent à jour fixe. Il est de bon ton de\nne pas les ignorer et d'y faire au moins une apparition pour savoir que le\nnom de M. Frédéric a l'avantage de s'écrire sans x.\n   Je voudrais particulièrement désigner le tableau d'un nouveau venu :\nLa dernière battue de M. Demol. Cela est puissant, étonnamment.\n L'observation y est poussée jusqu'à la pénétrance la plus intime. La pein­\nture est solide, sans tapage. Le dessin sobre est serré. Quel pas gigantesque\na dû faire l'artiste pour enjamber la distance qui sépare la Basse cour de\n la Battue.\n    M. Vos, le voisin de M. Demol travaille tenacement et réussit. Ses\n meilleurs envois sont le Bourgmestre et l'Enterrement qui passe. Le\n peintre semble les avoir négligés dans son placement, c'est une erreur\n d'autant plus regrettable que le dernier envoi que je signale, peut, en toute\n sécurité être examiné de près. Le fond est exquis.\n   Les pauvres gens sont d'un luisant qui agace. Trop de pâte de colle, et\n surtout de vernis. Il ne faut pas que les tableaux sentent trop l'huile. C'est\n ce qui les distingue des discours de Demosthènes. Les pauvres gens\nreflètent leur cadre, la statuette qui est placée devant et le spectateur qui\nles scrute. C'est un second tableau encadré dans le premier. Au surplus\nvernis est bourgeois. Un tableau couleur d'escarpin et de parquet ciré est\ngâté pour un artiste.\n   Van Rappard est de bonne souche flamande et sa peinture est aussi fla­\nmande que son nom. Très vigoureux ses Peintres de carreaux. Très\nvraie sa Bobineuse. Mais qu'il avise, l'écueil de cet art, c'est le commun.\n   Le maître de céans est M. Frédéric, consciencieux, profond, humain et\némotionnant artiste. Il se penche, lui aussi — oh ! combien il y en a — sur\nles humbles, les petits, les vieillards, les souffrants, les brisés de la vie, et les\npeint pieusement et scrupuleusement, avec compatissance. Sa Vieille ser-\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                                  — 185 —\n\nvante est son meilleur envoi. Quelle usure de corps et d'âme l'artiste a su\nrendre! Et quelle vérité transparaît dans son œuvre! De telles vieilles, nous\nen connaissons tous. Elles habitent les villes flamandes, soit retirées dans\nde petites maisons à loyer minime, soit dans les arrière-cuisines où les\nmaîtres les gardent par pitié. Elles sont les muettes domestiques, faites aux\n vieux logis à carreaux tristes, à corridors étranglés, que depuis des ans et\n des ans elles nettoient avec ce soin hollandais et excessif, qui les tient\n propres elles mêmes. Elles ont vécu pour les enfants du ménage, elles ont\n connu les grands-parents et maintenant elles sont ruines, ruines déjà bran­\n lantes au vent de mort.\n    M. Frédéric a réussi dans l'expression entière de cette misère. J'aime\n moins ses autres toiles et pour Dieu ! qu'il se garde des détonations de\n couleurs bleues. On se perd dans l'azur avec autant de facilité que dans le\n noir. M. Frédéric ferait également bien de se défier du parti-pris qu'il a de\nvoir la grenouille poindre à travers l'enfant. Passe pour le singe ! Ses types\nde marmots ont tous des bouches et des yeux de batraciens.\n   Voici M. Delsaux, le paysagiste le plus remarquable des brosseurs de site\nessoriens. Sa touche est ferme, décidée, robuste ; sa couleur franche, parfois\n brutale.\n   Les Parqueurs de moules — une étude — font un bel étalage de ses\nqualités de facture. L'ensemble avec les réverbérations marines, les tons\nbleus et phosphorescents dont le pinceau a sabré la toile, sent bon la mer.\n   M. Marcette, qui se confine de plus en plus dans les marines, tient la\nrampe avec une importante toile : Le bassin de la maison hanséatique.\n Pourtant je lui préfère sa voisine. Celle-ci est exquise de fouillis et de fine\ntonalité. Mais que l'artiste remise donc dans sa cale la plus sèche\ncet énorme avant de navire qu'il a construit dans la partie gauche du\ntableautin. M. Marcette est le plus méritant des jeunes peintres anversois;\nje connais de lui des vieux coins d'un coloris superbe et en tous points digne\ndes plus ragoûtants coloristes flamands.\n   Le boulevard du Midi de Bièvre, le Lavoir de J. Dierickx, Contempla-\ntion et Autel des pauvres de O. Dierickx et les portraits de Lemmen, mis\nà part, il ne nous reste qu'à tirer notre révérence à l'immense tas de médio­\ncrités peintes qui encombrent le Salon. Cela ne vaut pas la peine de se\n fâcher. Que M. Laboulaye et M. Herbo couronnés de myrthes et de lauriers\npar M. Pierre Gervais s'en aillent bras-dessus, bras-dessous et que\n M. Halkett fasse l'histoire de son talent en peignant la malade de son tryp-\ntique, que nous importe.\n   Il ne reste plus à signaler que la puissante étude de M. Julien Dillens —\nà chaque nouvelle œuvre son talent grandit — et- la Tête de gamin de\nLagae. Le premier de ces deux sculpteurs arrivera bientôt à la maîtrise.\nDéjà, dès aujourd'hui, il témoigne d'une originalité et d'une sûreté hors de\ntout conteste.\n    Et maintenant à l'an prochain, jeunes essoriens d'avenir, voici l'hiver qui\ns'en .va et bientôt le labeur va vous reprendre, vous envoyant à droite, à\ngauche, à travers plaines et villages, en quête du coin pittoresque et du site\nsuggestif, la boîte sur le dos, le pliant à la main et l'orgueil et la folie de\nl'art triomphalement dans la tête !\n                                                   EMILE VERHAEREN.\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "   Monsieur LE FOND et son épouse née LA F O R M E ; Mon-\nsieur JOSEPH PRUDHOMME et son épouse ADELAÏDE; Mon-\nsieur ABEILARD, Madame ABEILARD, née H É L O Ï S E ;\nMonsieur AZED, Madame AZED, née GUSTAVINE FRÉ-\nDÉRIX; Messieurs GRÜN, BÉNÊT QUINOIT, GRAVEZ,\nDESCAMPS ; Monsieur CLÉMENT LYON, Madame CLÉMENT\nLYON, née DES TROIS-BASSINS et leurs enfants, ont la\ndouleur de vous faire part de la perte cruelle qu'ils viennent\nd'éprouver en la personne de\n\n                          MONSIEUR\n\nle Dr Emile-Prudhomme-Homais-Cantate VALENTIN\n           DIRECTEUR DU JOURNAL DES GENS DE LETTRES BELGES\n\n\nleur fils bien-aimé, né à Nationales-les-Oies et décédé à Mons-\nen-Puelles, le 15 janvier 1885, après un long et pénible trans-\nport de la cheville au cerveau.\n   Le service funèbre pour le repos de son œuvre sera célébré\nle 1er avril 1885, dans la Bibliothèque Gilon.\n   Le chien de l'aveugle, le pavé de l'ours, la croix de ma mère\net Antoine Clesse, tiendront les coins du poêle.\n   Ses cendres reposeront au Caveau Verviétois, dans l'urne\nde l'individu\n                                   Que ses rossignols lui soient légers.\n                                                                 (ESAUE).\n\n                                Elle fut condamnée à la peine de mort.\n                                                  (Dr VALENTIN, passim.)\n                                         STULTORUM NUMERUS INFINITUS.\n                                                 (Evangile selon St Luc.)\n      ILS LE RECOMMANDENT AU VENT DU SOIR\n\n                            R . I. P .\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                                         -        187-\n\n\n                                 MEMENTO\n   Il y avait un jeune à faire connaître au       une étiquette politique ou religieuse. Nous\ndeuxième Concert populaire, la place du           faisons ici de la littérature et n'autorisons\nvioloniste était marquée tout naturellement       ni les catholiques ni les libéraux — nous\nau nom de Fernandez Arbos. Des pro­               les citons alphabétiquement (bétiquement\nmesses hâtives l'ont empêché de paraître.         est le mot) — à nous enrôler dans leur\n   Sarasate est un des moins forts entre les      armée. Nous sommes la Jeune Belgique\nforts. L'année dernière, la foule avait tré­      et cela nous suffit.\npigné en son honneur, il ne fallait pas lui\ndonner, si vite, l'occasion de répéter ces                             ***\naccès d'enthousiasme tremens. Nous avons             Un petit journal, jeune et intransigeant\ndit alors ce que nous pensions de lui, du         comme nous, — mais français — mais\nbien. Certes, mais chaque jour, nous              parisien — Lutèce, nous déclaque chaque\nagacent davantage ces détritus d'art qui          semaine un petit articulet intéressant au\nconstituent la virtuosité, et que le public       point de vue décoratif, dans lequel il nous\nécoute haletant sous la cloche pneumati­          japonise une masse de choses très spiri­\nque du « point d'orgue ». Il reste beaucoup       tuelles que nous ne comprenons pas, étant\ntrop de ces détritus-là dans l'esthétique         belges comme une oie. Il nous demande\nde M. de Sarasate, ajoutons que ce n'est          une réponse à toutes les questions qu'il\npas un honneur pour lui de pousser au             nous fait, à croire qu'il nous prend pour\nbout de son archet des « jeunes » aussi           un guide de conversation polyglotte. Nous\n« avancés » que ce monsieur Bernard qui           aimons beaucoup Lutèce, les idées d'art et\nsigne du papier à musique barbouillé par          de lettres de ce journal que nous recom­\ntout le monde-                                    mandons à nos lecteurs, sont à peu près\n   Nous avons donc balafré d'une large            les nôtres; mais qu'il cesse de nous bla­\ncroix ce programme qui ne nous apportait          guer, de nous assommer de ce mot bête :\naucune sensation nouvelle pour n'en rete­         «Contrefaçon belge»usé, démodé, indigne\nnir que le nom de Tschaïkowski. Ce repré­         de lui. Ce qui en art naît en France, en ce\nsentant de la musique slave est décidé­           moment-ci, n'a pas à nous donner de\nment une figure originale, qui renferme un        leçons.\nsensorium d'artiste sous sa technique cu­\nrieuse.                                                               ***\n   Tschaïkowski mérite une étude spéciale           CARNAVAL DE NICE. — Voici un magnifi­\n que nous essaierons de lui faire un jour en      que voyage qui s'organise à l'occasion du\n dehors de ces notes sommaires.                   Carnaval de Nice. On visitera successive­\n                                                  ment Marseille, Cannes, les îles Sainte-\n                     ***                          Marguerite et Saint-Honorat, Nice, Monaco\n   Dans son numéro du 9 janvier, le Bien          et Monte-Carie, en un mot toutes les mer­\npublic de Gand fait une réclame — fort            veilles du littoral de la Méditerranée. Les\nlégitime d'ailleurs — au Magasin     littéraire   touristes prendront part, en outre, aux\net scientifique — en un article ou nous trou­     superbes fêtes et réjouissances du mardi\nvons ces mots : « Et les gens simples ont         gras à Nice : cortège carnavalesque, bril­\nété exposés à croire que le flambeau de           lante cavalcade, bataille de fleurs et de\nl'art sincère ne pouvait briller qu'entre les     confetti, distribution de bannières, bals et\nmains des philosophes libres-penseurs qui         fêtes de nuit, illumination à giorne, etc.\nse décorent du titre de Jeune-Belgique. »            La durée de ce voyage sera de 10 jours.\n   Toujours et plus que jamais nous pro­          Le départ aura lieu de Paris le lundi 9 fé-\ntestons contre ceux qui collent sur nous          vrier, à 2 h. 20 du soir. Le prix, compre-\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "                                          —       188 —\n\n\nnant tous les frais de transport et de séjour         Le personnage principal, Camille d'El­\nà partir de Paris, est fixé à 250 francs.          ven, est un de ces êtres hybrides, hors\n  Le voyage sera conduit par M. Ch. PAR­           nature, que Dieu a jetés maudits sur cette\nMENTIER, directeur de l'Excursion, boule­          terre, êtres inutiles, sans but, sans espoir,\nvard Anspach, 109, à Bruxelles, qui enverra        se consumant dans la solitude, étonnés des\ngratuitement les prospectus aux personnes          ardeurs qui font battre les cœurs autour\nqui lui en feront la demande.                      d'eux, ne possédant pas... l'étincelle qui\n                                                   met le feu aux âmes.\n                     ***\n                                                      1 fort volume in-18, fr. 3-50. — C. Mar­\n   L'éditeur Mahillon a fait paraître, il y a\n                                                   pon et Flammarion, éditeurs.\nquelques jours, une Sérénade         poétique,\npour piano, œuvre d'André-Aug. Le Pas,                                ***\nun Belge et un « jeune ».                             Viennent de réapparaître chez Ollen­\n   Cette composition, au service de laquelle       dorff, les Fleurs du Bitume, du poète\nl'auteur a mis tout ce que son inspiration          Emile Goudeau, Ce volume, depuis long­\na d'élégance naïve et de fraîcheur, est appe­      temps épuisé, était devenu introuvable en\nlée à un franc et légitime succès.                 librairie. Les amateurs de poésie pari­\n   La Sérénade poétique       est d'ailleurs       sienne, de paradoxal et fantaisiste allure,\nd'une exécution relativement aisée, ce qui         seront heureux de relire ces petits poèmes\nen accroît le mérite, et peut être entreprise      dont quelques-uns, comme les Romaines,\npar les plus mignonnes mains.                      les Grecs, Chavirette,    les Triolets  de\n                                                   Misère, Paroles perdues donnent une note\n                     ***                           essentiellement neuve.\n   Une séparation, par Georges de Peyre­\nbrune, in-18. Charpentier, 3 fr. 50.                 Le volume s'est augmenté de plusieurs\n                                                   pièces inédites.\n   Une femme idéalement romanesque,\nmariée à un médecin paillard de province,                               ***\nle quitte à l'amiable et vient à Paris plato­         La Revue littéraire et artistique de\nniser, puis le reste avec un auteur drama­         M. Fuster, que nous recommandons à nos\ntique : et avant la satiété elle se sépare de      lecteurs, veut bien rendre compte de la céré­\nlui et revient relever son mari de son             monie Van Hasselt et assure que notre ami\nabaissement. Malgré des touches de réa­            Georges Rodenbach y a prononcé un dis­\nlisme maladroit, cela n'est pas écrit : lecture    cours applaudi. Applaudi, dans un cime­\nde mondain, non de lettré. Que M. Char­            tière, voyons, M. Fuster!\npentier y prenne garde ! sa bibliothèque a\ndéjà M. A. Matthey. Voici M. Georges de                                  ***\nPeyrebrune : demain ce sera peut-être                 Cela ne doit pas nous empêcher de signaler\nHenry Gréville et puis cet incomparable            confraternellement la revue de M. Charles\nde Boisgobey, le critique de ce syndic des         Fuster, le lauréat des muses Santones et le\nécrivains sans style, la Société des gens de       champion de toutes les académies et autres\nlettres. Caveat Charpentier.                       caveaux. Cette revue, un peu timorée au\n                                                   point de vue littéraire et moral, publie dans\n                     * ' * * ■\n                                                   son premier numéro des articles diverse­\n   M. Gaston d'Hailly, l'auteur apprécié de        ment intéressants de MM. Fuster (en tête),\nClaudia Vernon et de Fleur de Pommier,             Alphonse Daudet, Pierre Véron, Armand\nvolumes parus dans la série qu'il a si jus­        Silvestre , Sully-Prudhomme, Edouard\ntement dénommée : Les Etapes féminines,            Grenier, Edouard Pailleron, Georges Lafe­\noffre au public délicat une œuvre nouvelle :       nestre, Edouard d'Aubram et Albert\nL'Hermaphrodite.                                   Sadine.\n   Cet ouvrage, plein de gaieté et de bonne          Tout cela n'est peut-être pas très inédit\nhumeur, est pourtant le récit de l'un des          mais le choix est bien fait et la Revue de\ndrames les plus terribles qui aient été enre­      M. Fuster n'est pas plus mauvaise qu'une\ngistrés dans nos annales historiques.              autre.\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "LA REFORME, organe quotidien de la démocratie libérale.\n  Rédaction et administration : 18, rue des Sables, à Bruxelles. Seul\n journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n province que pour la capitale, soit 1 2 francs par an.\n\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n cines, 16, à Paris; publie GERMINAL, par Emile ZOLA. Un numéro\n 2 0 centimes, abonnement (3 mois 1 7 francs, en vente partout.\n\n\n\n\nL'HYSTERIQUE, par Camille LEMONNIER vient de\n paraître chez Charpentier, à Paris, fr. 3 - 5 0 .\n\n\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN. Pré­\n face de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (3e édition .\n Un volume, Paris, librairie des auteurs modernes, fr. 3 - 5 0 .\n\n\n\n\nLUTECE, journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo TRE­\n ZENICK, secrétaire de la rédaction : Georges RALL. Bureaux : boulevard\n Saint-Germain,   16, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n la Belgique : le port en sus.\n\n\n\n\nLA REVUE DES LIVRES ET DES ESTAMPES cessant\n de paraître, les abonnés de cette publication seront servis par la Jeune\n Belgique.\n\n\n\n\nCURIEUSE! par Joséphin PÉLADAN, paraîtra prochainement,\n avec une eau-forte de Félicien Rops, fr. 3 - 5 0 .\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": " L'ARTISTE, revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\n   rain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\n   pagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n   Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n   à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant belge : MAX\n   WALLER.\n\n\n\n\nLE SALON DE BRUXELLES 1884, par\n   MAX WALLER, avec une préface de Camille Lemonnier. Un vol.,\n   fr. 2 - 0 0 .\n\n\n\nPIERROT LUNAIRE, par Albert GIRAUD. Un vol.\n  elzévir. Paris, Lemerre, fr. 2 - 0 0 .\n\n\n\n\n                               A DOMICILE (EN T R O I S ANNÉES)\n\n\n\n                   PRÉPARATION AUX EXAMENS\n                                                           DE\n\n\nP H I L O S O P H I E ET LETTRES\n         Cours et répétitions particulières de latin, philosophie, littérature, etc.\n\n\n      NOMBREUX                     SUCCES               OBTENUS                  AUX           EXAMENS\n( 1 8 passés avec grand succès sur 2 0 élèves présentés aux examens de 1883-1884)\n\n\n\n             Examen de secrétaire de légation\n                        C o u r s et leçons p a r t i c u l i è r e s d'anglais et d'italien\n\nCONVERSATION, GRAMMAIRE, T R A D U C T I O N , RÉDACTION,                                            LITTÉRATURE\n\n\n\n                   S'ADRESSER A. M. BENHAM, PROFESSEUR, 74, AVENUE DE LA TOISON D'OR\n\n\n          B r u x e l l e s , — I m p r i m e r i e F É L I X CALLEWAERT., 26, r u e de l ' I n d u s t r i e .\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1885-02-01", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 162."}}