{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "5e ANNÉE. 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'                                          EMILE VAN ARENBERGH.\n   Murillo                                                   LUCIEN SOLYAY.\n   Vers                                                      GEORGES KHNOPFF.\n   Flemm-Oso                                                 JAMES VAN DRUNEN.\n   E n Flandre                                               GEORGES GOURDON.\n   Chronique littéraire : L'Hystérique      .     .     .    ALBERT GIRAUD.\n   Chronique musicale                                        HENRY MAUBEL.\n   Chronique artistique : L'Exposition     des XX.           M. W .\n   Memento                                                           .\n\n\n\n\n                                   BRUXELLES\n               ADMINISTRATION :                                 RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                       80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                           1885\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "pouvons cepen­ dant tomber dans ce genre-là. 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Ilventolandeglauque,   telle est la consonnance bizarre de votre premier\nvers. — Votre lettre est touchante et charmante, mais ce n'est pas une raison pour se\nlaisser attendrir. Vos vers sont médiocres, travaillez, vous ferez mieux, et gare aux\nchevilles; lisez des vers de Potvin, la réaction vous fera faire des chefs-d'œuvre.\n   15. M. G. MOUREY. Marseille. En fait de Lettres, nous nous fichons comme d'une\nguigne de la recommandation de M. Vandermeylen; vous n'en aviez pas besoin pour\nvous faire refuser jusqu'à nouvel ordre. Votre envoi ne vaut (On dirait du).\n   16. MAURICE G. Paris. Les Belges avant vous! Messieurs; allez voir au boulevard si la\nJeune Belgique s'y trouve! Patience, les agneaux, Tristia aura son tour, un jour o u . . .\nl'autre.\n   17. MAURICE V. Paris. Voir ci-dessus, ô poète !\n   18. P. MONTANE. Mais c'est archi-connu, cher correspondant, archi-connu.\n   19. GUSTAVE DE G. Anvers. Pas de place, pas de place ! Merci\n   20. JULES G. Bruxelles. C'est un peu trop loustic pour nous, confrère. Nous avons\nbeaucoup ri d'e votre épitre en vers, mais sans devenir graves, nous ne pouvons cepen­\ndant tomber dans ce genre-là. A vous bien.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 189, "page_fin": 193, "titre_corps": "La Lupa", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "LA LUPA", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOUVENIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 208, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "LA LUPA (I)\n\n                                  EIle était longue, maigre. Quoiqu'elle ne fût\n                                   plus jeune, elle avait un sein ferme et\n                                   vigoureux de brune. Pâle comme si la\n                                   malaria lui travaillait le dos. Sous cette\n                                   pâleur deux yeux très grands et des lèvres\n                                   fraîches et rouges qui vous mangeaient.\n                                      Au village on l'appelait la Lupa, la\n                                   louve, parce qu'elle n'était rassasiée\n                                   jamais et de rien. Les femmes faisaient\n                 le signe de croix lorsqu'elles la voyaient passer, seule\n                 comme une prostituée, avec cette allure vagabonde et\n                 défiante de la louve affamée. Ces lèvres rouges leur enle­\n                 vaient en un clin d'œil, fils, époux et fiancés, et rien qu'à\n                 darder vers les hommes ces prunelles de satan elle les\n                 attelait à ses jupons, dût-elle aller les chercher au pied\n                 de l'autel de Sainte-Agrippine. Heureusement la Lupa ne\n                 venait jamais à l'église, ni à Pâques, ni à Noël, ni pour\n                 entendre la messe, ni pour se confesser. — Pour elle le\n                 père Angiolino de Sainte Marie de Jésus, un vrai serviteur\nde Dieu, avait perdu l'âme.\n\n\n  (1) La Lupa (la Louve) fait partie d'un recueil de neuf nouvelles Vita dei Campi de\nGiovanni Verga, avec Capuana, un des chefs de l'école vcriste en Italie. M. Verga débuta\npar un roman sentimental Histoire d'une fauvette, puis il publia plusieurs romans\n                                                                               12\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "                                      — 190 —\n\n   Maricchia, la pauvre, bonne et brave fille, pleurait en cachette, parce\nque la Lupa était sa mère et que nul ne l'aurait demandée en mariage,\nquoiqu'elle eût une ronde dot dans sa commode et de la bonne terre au\nsoleil comme toutes les autres filles du village.\n   La Lupa s'énamoura un jour d'un beau gars qui était retourné du\nservice et moissonnait le foin avec elle dans les champs du tabellion. Silen­\ncieuse, haletante, à ses côtés, la chair grillant sous la futaine des vête­\nments, les yeux fixés sur Nanni, elle voulait lui faire partager cette soif\ncausée par les heures chaudes de juin, au fond de la lande. Mais le gars\ncontinuait tranquillement à moissonner, le nez dans les javelles, et lui\ndisait : — Or ça, qu'avez-vous, gnà Pina? Dans les champs immenses, où\néclatait seulement le vol des grillons, quand le soleil tombait à plomb,\nla Lupa, dressait javelle sur javelle et gerbe sur gerbe, sans jamais se\nlasser, sans se plaindre un moment de la vie, sans approcher les lèvres de la\ngourde d'eau pour être toujours sur les talons de Nanni qui moissonnait,\nmoissonnait, et lui demandait de temps en temps : — Que voulez-vous,\ngnà Pina?\n   Un soir elle le lui dit, alors que les hommes sommeillaient dans la\ngrange harassés après la longue journée et que les chiens hurlaient par la\nvaste campagne noire : — Je te veux ! Toi qui es beau comme le soleil, et\ndoux comme le miel. Je te veux, toi !\n   — Et moi par contre je veux votre fille qui est génisse, répondit Nanni\nen riant.\n   La Lupa s'enfonça les mains dans les cheveux, se gratta les tempes sans\najouter un mot, et sortit de la grange pour n'y plus rentrer. Mais en octobre\nelle revit Nanni, au temps où on étrite les olives, parce qu'il travaillait à\ncôté de sa maison et que le cliquetis du moulin l'empêchait de dormir de\ntoute la nuit.\n   — Prends le sac d'olives, dit-elle à sa fille, et viens avec moi.\n   Nanni repoussait à coups de pelle la pâte sous la meule, et criait\nOhi! à la mule lorsque celle-ci ralentissait le pas. — Vous voulez donc ma\n\n\nmondains dont l'un, Eros, lui valut l'honneur d'être injurié par les cuistres de là-bas.\nMais son vrai début original fut Nedda, un recueil de nouvelles siciliennes d'une saveur\nexquise, auquel l'auteur donna un pendant plus remarquable encore Vita dei Campi en\nattendant qu'il s'affirma dans une œuvre de premier ordre les Malavoglia. Nous entre­\nprendrons un jour une étude complète sur les Rustiques de la dernière heure dans les\ndiverses littératures. La personnalité de M. Verga trouvera naturellement sa place dans\nce travail.\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "                                  —   191   —\n\n\nfille Maricchia? lui demanda gnà Pina. — Que lui donnez-vous, à votre\nfille Maricchia? répliqua Nanni. — Elle a l'héritage de son père et de plus\nje lui abandonne ma maison; je me contenterai d'un petit coin dans la\ncuisine ou vous étendrez un peu de paille hachée. — S'il en est ainsi, nous\npourrons en parler à Noël !\n    Nanni était tout imprégné, tout ruisselant de la graisse et de l'huile des\nolives en fermentation, et Maricchia ne voulait à aucun prix d'un prétendu\n si peu appétissant; mais sa mère la saisit par ses cheveux, devant l'âtre et\n lui dit en grinçant des dents : — Si tu ne le prends pas, je te tue !\n\n   La Lupa semblait malade, et les gens disaient que quand le diable se\nfait vieux, il se fait ermite. Elle n'errait plus çà et là; se montrait à peine\nsur le seuil de la porte, avec ses yeux de possédée. Quand elle fixait son\ngendre de ses yeux terribles, celui-ci se mettait à rire ou tirait son scapulaire\nde dessous sa veste et s'en signait. Maricchia demeurait à la maison pour\nallaiter ses nourrissons et sa mère allait aux champs, travailler avec les\nhommes ou même comme un homme, sarclant, piochant, menant le bétail,\ntaillant la vigne, n'importe le temps qu'il faisait, par les rafales du Levant\nen janvier, ou par le sirocco d'août, lorsque les mules laissent tomber leur\ntête pendante et que les hommes dorment ventre à terre à l'ombre des talus.\nA cette heure, entre vêpres et none, où ne rôde aucune honnête femme ; la\ngnà Pina était la seule âme vivante, que l'on vît vaguer par la campagne,\nsur les cailloux embrasés des routes, à travers les chaumes havis des\nplaines immenses, qui se perdent dans la fournaise, lointaines, lointaines,\nvers l'Etna brumeux, là bas où le ciel s'appesantit sur l'horizon.\n   — Réveille-toi ! disait la Lupa à Nanni qui dormait la tête entre les\nbras, dans un fossé, le long de la haie poudreuse. Reveille-toi, car je t'ai\napporté du vin pour t'humecter le gosier.\n   Nanni écarquillant les yeux, à moitié endormi, l'apercevait plantée\ndevant lui, droite, pâle, la gorge houleuse, les yeux noirs luisant comme le\ncharbon, et il se redressait à moitié en s'appuyant sur les poings pour se\nmettre debout.\n   — Non ! jamais femme honnête ne rôda entre vêpres et none ! songeait\nNanni ; et il se laissait retomber, renfonçant aussi profondément qu'il le\npouvait, le visage dans l'herbe sèche du fossé et plantant ses ongles dans\nses cheveux. — Allez-vous en! Allez-vous en et ne revenez plus!\n   Elle s'en allait en effet, la Lupa, en rajustant ses tresses superbes ; elle\nmarchait sans se retourner, ses yeux noirs comme le charbon fixés sur les\nchaumes embrasés.\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "                                    — 192 —\n\n    Mais elle retourna d'autres fois au champ et Nanni ne lui dit plus rien;\net quand elle tardait à venir à l'heure accoutumée, entre vêpres et none, il\nallait l'attendre, le front en sueur, au sommet de la colinne blanche et\ndéserte; — et après il se labourait la chevelure à coups d'ongles et lui\nrépétait chaque fois : « Allez-vous en ! Allez-vous en ! Ne revenez plus\njamais I »\n    Maricchia pleurait nuit et jour et elle devisageait sa mère avec des yeux\nardents de larmes et de jalousie, devenant « louvetelle » à son tour,\nlorsqu'elle la voyait rentrer pâle et muette.\n   — Scélérate! lui disait-elle. Mamma scélérate!\n   — Tais-toi!\n   — Voleuse! Voleuse!\n   — Tais-toi!\n   — J'irai chez le brigadier, j'irai!\n   — Vas-y!\n   Elle y alla en effet, en portant ses bambins sur les bras, sans la moindre\ncrainte et sans verser une larme, comme une folle, parce qu'à présent elle\nl'aimait, elle aussi, ce mari qu'on lui avait donné de force, tout barbouillé\nd'olives marcies.\n   Le brigadier fit appeler Nanni et le menaça des galères et de la potence.\nNanni se mit à sangloter et à s'arracher les cheveux; il ne nia rien, n'essaya\npoint de se disculper. — C'est la tentation ! disait-il ; la tentation de l'enfer !\nIl tomba aux pieds du brigadier en le suppliant de l'envoyer aux galères.\n   — Par charité, signor brigadier, délivrez-moi de cet enfer ! faites-moi\npérir, jetez-moi en prison, mais que je ne la voie plus jamais! jamais!\n   — Non! objecta de son côté la Lupa au brigadier. Je me suis réservé\nun petit coin de la cuisine pour y dormir, lorsque je leur ai abandonné ma\nmaison en dot. La maison m'appartient. Je ne veux pas m'en aller!\n   Peu de temps après, Nanni attrapa une ruade de mulet dans la poitrine\net faillit en mourir ; mais le curé refusa de lui porter le Bon Dieu si la\nLupa ne sortait pas de la maison. La Lupa s'en alla et son gendre put\nse préparer alors à s'en aller lui aussi en bon chrétien ; il se confessa et\ncommunia en donnant de tels signes de pénitence et de contrition que tous\nles voisins et les curieux pleuraient devant le lit du moribond. Il aurait\nmieux valu pour lui de mourir cette fois, avant que le diable se remît à le\ntenter et reprît possession de son âme et de son corps comme cela arriva\naprès sa guérison. — Laissez-moi! disait-il à la Lupa, par charité laissez-\nmoi tranquille ! J'ai vu la mort de près ! La pauvre Maricchia ne fait que se\nronger le cœur. A présent tout le pays le sait. Partez, cela vaudrait mieux\npour vous et pour moi.\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1426, "texte": "                                  — 193 —\n\n   Et il aurait voulu s'arracher les yeux pour ne pas voir ceux de la Lupa,\nqui n'avaient qu'à rencontrer les siens pour lui faire perdre l'âme et le\ncorps. Il ne savait plus à quoi recourir pour échapper à cette sorcellerie.\nIl paya des messes aux âmes du Purgatoire et chercha tour à tour de l'aide\nauprès du curé et du brigadier. A Pâques il alla se confesser et fit publi­\nquement pénitence en se traînant à genoux sur les cailloux six fois autour\ndu terrain consacré devant l'église et comme, malgré cet acte de contrition\nmanifeste, la Lupa s'approchait encore pour le tenter :\n   — Ecoutez I lui dit-il ; ne venez plus aux champs ! parce que si vous\nvous avisez de venir encore m'y trouver, aussi vrai qu'il y\" a un Dieu, je\nvous tue !\n   — Tue moi, répondit la Lupa, que m'importe la mort: car sans toi je\nne veux pas demeurer ici-bas.\n   En l'apercevant de loin au milieu des vertes emblavures, il cessa de saper\nla vigne et marcha pour enfoncer la cognée dans l'orme. La Lupa le vit\nvenir, pâle et oblique, avec la cognée qui luisait au soleil, et elle ne recula\npas d'une semelle, elle n'abaissa pas les yeux; continua de marcher à sa\nrencontre, les mains pleines de javelles de pavots rouges et en le dévorant\nde ses yeux noirs. — Ah! malheur à votre âme! balbutia Nanni.\n\n                                                  GEORGES EEKHOUD.\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 193, "page_fin": 194, "titre_corps": "Souvenir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Van Arenbergh", "ancre_debut": "SOUVENIR", "ancre_fin": "EMILE VAN ARENBERGH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MURILLO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 212, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1426, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "SOUVENIR\n                                              A mon bien-aimé poète PAUL SIRET,\n                                                 mort à 23 ans.\n\n\n         Je vis, depuis ta mort, avec indifférence;\n         J'ignore désormais la joie et la douleur :\n         Si tu n'en souffres pas, que me fait ma souffrance?\n         Si tu n'en es heureux, que me fait mon bonheur ?\n\n         Je sais que tu m'attends : — au fond de la mort noire,\n         Nous nous réveillerons sous le même flambeau,\n         Et la vaine rumeur, qui s'appelle la gloire,\n         Ne viendra pas troubler l'honneur d'un fier tombeau.\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 502, "texte": "                                     — 194 —\n\n         Tu gardas en mourant la foi de la jeunesse\n         Et tu n'as pas erré dans les ombres du soir :\n         A ton âge, mourir n'est que changer d'espoir.\n\n         Puissé-je croire encore, aux jours de ma vieillesse,\n         Quand, voyageur meurtri, las et les cheveux blancs,\n         J'irai me reposer dans tes bras de vingt ans.\n                                                 E M I L E VAN A R E N B E R G H .\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 194, "page_fin": 203, "titre_corps": "Murillo", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Lucien Solvay", "ancre_debut": "MURILLO", "ancre_fin": "LUCIEN SOLVAY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 213, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 502, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "MURILLO (I)\n              Ceci est un chapitre de l'histoire, trop longue hélas ! des gloires\n               surfaites.\n                  Dans les environs de l'année 1635, un élève de Juan del\n               Castillo, qui professait à Séville, en même temps que Herrera\nle vieux, et peignait malheureusement beaucoup plus mal qu'il n'enseignait,\ndéserta subitement l'atelier et, assoiffé d'aventures, dégoûté du tous-les-\njours banal où il moisissait, partit pour les Flandres. Pedro de Moya —\nc'était son nom — n'avait pas un maravédis en poche; il s'engagea dans\nun régiment quelconque, qui s'en allait là-bas. Mieux valait, songeait-il,\nla vie de soldat que les ennuyeuses leçons du Castillo ; celui-ci, tout\ndoucement, lui eût fait prendre l'art en exécration. Peut-être aussi une\nenvie folle de voir autre chose que les tableaux de son maître, jointe, qui\nsait? à quelque équipée d'amour qui réclamait, pour se calmer, une absence\nprudente, l'avait-elle poussé à ce volontaire et temporaire exil. Quand il\narriva en Flandre, il eut bien vite déposé ses armes et repris ses pinceaux.\nLa vue des chefs-d'œuvre de l'école flamande dont regorgeaient les églises,\nles hôtels de ville et les maisons de corporations l'éblouit; il sentit remuer\nen lui quelque chose d'inconnu ; pour la première fois il comprenait, il\nétait ému... Tout ce qu'il voyait là était si nouveau, si séduisant, si\ndifférent surtout de la froide peinture du Castillo ! Quelle vie et quelle\npassion! Comme cela était jeune, mouvementé, baigné de vraie lumière!\n   Van Dyck, alors en pleine réputation, l'enthousiasma. Un jour, ayant\n\n\n\n (i) Fragment inédit d'un livre, qui paraîtra prochainement, sur l'Art   espagnol.\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "                                   -   195   -\n\nappris que l'auteur de Saint-Martin était à Londres, il s'embarqua, alla\nfrapper à sa porte, et sollicita l'honneur d'être admis parmi ses élèves.\nVan Dyck l'accueillit. L'Espagnol et le Flamand ne se quittèrent plus. Mais\nhélas! au bout de quelques années, Van Dyck mourut; et alors Pedro de\nMoya, n'ayant plus rien qui le retînt là où n'était plus celui qu'il admirait\ntant, reprit le chemin de sa patrie. Il y rapportait quelque chose de son\nmaître aimé, — un peu de son talent et un peu de son âme ; il avait copié\nses œuvres, il avait appris à exercer sa main, autrefois esclave de contours\nrèches et de colorations dures, à la pratique des beaux modelés gras et\nenveloppés, des élégances et des distinctions aristocratiques dont il avait\nsurpris le secret chez le grand portraitiste. Et, ravi, transformé, il vint\nétaler orgueilleusement son bagage sous les yeux de ses anciens condisciples\net de son ancien professeur, enthousiasmés à leur tour. Le professeur\nétait trop vieux pour changer; les condisciples n'hésitèrent pas. Alonso\nCano, plus âgé que Pedro de Moya, et pourtant mûr et « arrivé », accepta\navec joie cette influence tardive, inattendue. Mais il y en eut un autre\nqui, plus jeune, encore indécis de la voie qu'il allait suivre, trop pauvre\npour s'abandonner à ses rêves d'artiste, se livra tout de suite à elle, amou­\nreusement. Il s'appelait Murillo.\n   Ce voyage en Flandre de Pedro de Moya est, dans l'histoire de l'art\nespagnol, d'une importance capitale au point de vue de ses conséquences.\nLe profit que Moya en retira personnellement n'est que peu de chose en\ncomparaison du profit que d'autres, et principalement Murillo, en retirèrent\npour eux-mêmes. Ce voyage marque une évolution, le premier pas vers une\nexpression artistique nouvelle, se rattachant étroitement aux traditions\nflamandes, mais aussi d'autant plus proche de la décadence qu'elle rompt\nles liens qui jusqu'alors avaient tenu l'art espagnol fixé au sol de la patrie.\nCes liens, c'étaient les qualités fortes, robustes, austères, qui traduisaient\nsi fidèlement le sentiment de la race, avec ses croyances, ses faiblesses et\nses énergies. L'évolution nouvelle adoucira bientôt les angles, éteindra les\nviolences, atténuera et amollira tout ce qu'il y avait de heurté, de brusque\net de mâle. On se détournera des maîtres, vivants encore dans leur splendeur\nd'astres couchants, Ribera, Herrera, Zurbaran, Velazquez, et leur superbe\nâpreté pâlira tout-à-coup devant la caressante mondanité du tendre\nMurillo.\n   Bartholome Esteban Murillo (1618-1682) fut l'enfant gâté de son siècle;\nil l'a été aussi, jusqu'à présent, de la postérité. Mais cette faveur extraordi­\nnaire, qui lui a fait une inconcevable réputation, basée sur une admiration\n traditionnelle et locale bien plus que sur des raisons solides, n'est pas de\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2717, "texte": "                                    — 196\n\n celles qui durent éternellement. La postérité à venir sera plus sévère envers\n lui ; elle le jugera moins aveuglément ; elle le mettra à son rang ; elle\n reviendra sur bien des accès de lyrisme injustifiables et bien des dithy­\n rambes immérités. Elle réformera nombre d'arrêts portés sur lui par des voix\n pourtant sérieuses, « autorisées », qui, se faisant le complaisant organe d'un\n chauvinisme irréfléchi, n'ont pas craint de l'appeler, de tous les peintres,\n « celui qui a résumé le plus complètement toute la puissance de l'art », et\nde s'écrier : « Il a été supérieur dans tous les genres », — après avoir\n qualifié Velazquez : « le plus grand artiste de l'Espagne APRÈS\n MURILLO! (1) ».\n    L'immense popularité de Murillo suffirait à établir son infériorité vis-à-\nvis de Velazquez, de Zurbaran, de Ribera, qui n'avaient rien de ce qui séduit\nle vulgaire. La popularité ne va généralement qu'à des qualités secondaires,\nà la portée de tous; les qualités de premier ordre échappent à la\nfoule; le sens des œuvres vraiment supérieures lui manque, parce qu'elles\nne sont pas à son niveau. Admirer, c'est comprendre, a-t-on dit. La foule\nn'admire que ce qu'elle comprend, et ce qu'elle comprend a beaucoup de\nchances d'être médiocre.\n    Certes, il a bien fallu que Murillo eût en lui une force réelle pour expli­\nquer la longue durée de cet engouement, qui s'apaise, mais n'est pas près\nencore de se taire et ne se taira jamais tout à fait. Dans les admirations de\nla foule, si exagérées qu'elles soient, il y a toujours place pour quelque\njustice. La force de Murillo, c'a été d'avoir été l'un des plus féconds artistes\nde son temps et d'avoir su se créer une personnalité. Cette personnalité fut\nlente à se dégager ; il n'arriva à la conquérir qu'après un compagnonnage\nde plusieurs années avec les chefs-d'œuvre de toutes les écoles réunies au\nPrado et dont Velazquez, arrêtant ses téméraires et inutiles projets de\nvoyage, lui permit et lui conseilla l'étude assidue; il subit tour à tour\nl'influence des maîtres espagnols, italiens et flamands, au hasard de s.es\nimpressions indécises et changeantes. Mais l'émotion que Pedro de Moya\nlui avait mise au cœur tout d'abord, en lui parlant de Van Dyck, son pré­\nféré, perdura, surmontant toutes les autres et survivant à toutes; c'est\nVan Dyck dont on retrouve le souvenir presqu'à chaque pas tout le long\nde sa route triomphale, dans chacune de ses toiles, mêlé à sa propre inspi­\nration; c'est lui qu'on devine, qu'on entrevoit, qui anime son « génie »,\npartout et jusqu'à la fin, sans jamais cependant, hâtons-nous de le dire, se\n\n\n\n (1) T. Thoré. Etudes sur la peinture espagnole, dans la Revue de Paris, 1835.\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2876, "texte": "                                  — 197 —\n\nsubstituer complètement à l'individualité du peintre espagnol, qui est indé­\nniable. Même dans certains tableaux peints plus directement sous d'autres\ninfluences, dans le Saint-Thomas de Villanuova, de Séville, qui date de\nl'époque où Velazquez exerçait sur lui son écrasant empire, ' Van Dyck\napparaît, bien reconnaissable à des détails de composition, à certaine figure\nde mendiant couché au premier plan et qui rappelle le fameux mendiant\ndu Saint-Martin de Saventhem.\n   Est-il besoin d'ajouter que si, dans l'éveil de ces souvenirs, l'idée d'un\nrapprochement vient à naître tout naturellement entre Van Dyck et\nMurillo, et bien qu'il ait eu assez de fermeté pour que sa caractéristique,\nparfaitement intacte, n'en puisse jamais souffrir, Murillo n'est point parvenu\nà éclipser Van Dyck là ou il le rappelle. Ses mérites acquis dans l'intimité\ndu maître flamand joints à ses mérites innés n'ont pu faire nulle part, sur\nce terrain, qu'il ne lui soit point inférieur. Van Dyck le surpasse de toute\nla supériorité de son talent plus robuste et de son sentiment plus profond.\nMurillo a peint, comme Van Dyck, des Christ en croix (musée du Prado,\nnos 874 et 875), seuls, détachant leur corps livide sur la sombreur d'un ciel\nd'agonie; mais quelle distance les sépare dans l'émotion produite! Les\nChrist de Van Dyck lèvent les yeux au ciel, avec dans leurs regards l'an­\ngoisse du sacrifice divin; ceux de Murillo baissent la tête vers la terre,\nrésignés, inexpressifs. Et ainsi de même, partout ailleurs, non seulement\nquand une similitude de sujet ou de types amène une comparaison, mais\ndans l'ensemble de l'œuvre, mise en regard, pesée et jugée, de ces deux\nmaîtres que trop volontiers on oppose l'un à l'autre.\n   Tous deux évidemment ont eu leurs heures de lassitude et d'énervement,\nces heures difficiles où l'œil se trouble, où la main faiblit. Mais ce n'est pas\nsur ce que la pensée produit en ces moments-là qu'il convient d'asseoir un\njugement. Nous examinons les fruits sains de l'arbre, sans nous occuper\ndes fruits malades. Ce qu'il faut prendre de Murillo, pour bien l'apprécier,\nc'est, d'une part, ses Assomptions et ses Saintes-Familles, — les meilleures,\nau Louvre, au Prado, à Séville, avec la population d'anges et de petits\nJésus qui en dépend ; — d'autre part, ses tableaux d'histoire religieuse : la\nSainte-Elisabeth de Hongrie, de l'Académie San-Fernando, le Saint-\nAntoine de Padoue, de la cathédrale de Séville, le Saint-Thomas de\n Villanuova, le Christ se détachant de la croix pour embrasser saint\nFrançois, de l'Académie de Séville, et ses tableaux populaires, les Mendiants\nde Munich et le Pouilleux du Louvre. Ces derniers sont les plus sérieux,\net ils eussent suffi à sa réputation ; mais ce sont les premiers qui ont fait\ntoute sa gloire. Et si, au moins, il se fût contenté de peindre ceux-là seule-\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2881, "texte": "                                  — 198 —\n\nment, les bons, où tout un monde de madones et de chérubins s'ébat folâ­\ntrement ; mais les Assomptions, les Saintes-Familles, les petits anges et les\npetits Jésus se sont multipliés à l'infini, toujours semblables ; leur grâce par­\nticulière, un peu affectée, est devenue bientôt une grâce stéréotypée, repro­\nduite à un nombre d'exemplaires considérable, selon les besoins, et faite sur\nrecette; et, comme cette grâce avait ce qu'il fallait pour plaire et qu'elle\nétait sans doute très demandée, Murillo se laissa entraîner sur la pente de\nces faciles triomphes. On dirait d'un peintre qu'un premier succès, un\nsuccès de dames, a grisé, et qui s'est laissé aller à refaire cent fois, sur\ncommande, le même joli tableau, — ce joli tableau qui a tant plu la pre­\nmière fois, et qu'on s'arrache, et qu'on lui redemande sans cesse, de tous\ncôtés ! Et alors, il peint des chérubins à la douzaine ; il n'a pas assez de\ntemps pour peindre tous ceux qu'on sollicite de lui, et que l'on veut en\ntout pareils à ceux qu'il a peints déjà, et qui étaient si charmants, avec les\nmêmes beaux yeux noirs, les mêmes cheveux blonds frisottants, la même\nbouche rose !\n   Ses tableaux d'histoire religieuse, d'une inspiration plus sévère et d'un\nordre plus relevé, échappent du moins à cette banalité du lieu commun et\nà ce danger de la répétition à outrance. Le Christ tombant dans les bras\nde saint François est une belle idée, toute pleine d'une vraie inspiration ; la\ntête du Sauveur a du caractère, et l'ensemble est présenté d'une façon\noriginale, qui ne manque pas de grandeur. L'Allégorie de saint Augustin,\névêque d'Hippone (n° 860) a du mouvement, du sentiment, beaucoup\nd'ampleur. Et dans tous les autres que nous avons cités plus haut, on\nreconnaît le tact d'un arrangeur habile, d'un metteur en scène adroit, d'un\nartiste de goût et de science, parfois ému. Mais on y cherche en vain ce\nqui fait les œuvres puissantes. Quelle que soit la scène qu'il traite,\nMurillo reste partout un peintre élégant, dont l'élégance tombe dans le\nfadeur, et un coloriste timide, dont la timidité est de la mollesse. La reli­\ngion catholique, à l'interprétation de laquelle il s'est voué, corps et âme,\nn'a plus rien, dans ses mains, de la sauvage et virile austérité de celle\nqu'interprétaient, hier encore, les vieux maîtres ; le sang versé dans les\nprisons noires, les auto-da-fé, la foi implacablement et rigidement\nsouveraine, dont ils nous donnaient si vivement la sensation et que l'on\ndevinait presque en regardant leurs œuvres, tout cela, Murillo semble\nl'ignorer... Son cœur plane en des régions célestes où les misères d'ici-bas\nn'ont point d'écho; il est plongé dans de profondes extases, qu'il rêve de\nnous faire partager. Le Dieu qu'il adore ne connaît point le Dieu de\nMorales ; c'est un Dieu paternel, bienveillant à tous, incapable du moindre.\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2879, "texte": "                                  — 199 —\n\nmal, et qu'on ne craint pas, qu'on adore. Et à peine le voit-on, le Dieu de\nMurillo ; quand il se montre, c'est pour ouvrir les bras avec tendresse à ses\ncréatures prosternées, et toujours pour leur sourire, pour leur pardonner,\npour leur mettre la joie dans l'âme, — jamais pour leur inspirer ni crainte,\nni effroi. Mais il se montre peu; il reste chez lui.... C'est la Vierge qui\nreçoit. La Vierge est si affriolante; elle a, dans son ciel sidéré, tant de\ntrônes d'anges et d'archanges ; elle est si bien faite pour séduire et emba­\nbouiner les âmes pieuses, que c'est elle seule, presque en toute circon­\nstance, que l'artiste charge d'apparaître aux faibles mortels, entourée\nde son cortège radieux de reine, de femme et de déesse. Murillo n'appar­\ntient pas à ce culte barbare, qui s'adresse aux na'ifs et aux simples, et\nqui, pour pénétrer dans les intelligences, parle aux yeux un langage brutal.\nSon culte à lui est plus raffiné et exprime cette autre face du caractère double\net contrastant du peuple espagnol : la sensibilité. Ce culte, c'est celui que\npratiquent sainte Thérèse et Loyola, — culte exquis et précieux, fait de\ntransports ardents et d'amoureuses blandices, élevant Jésus au rang d'un\namant sacré vêtu de charmes terrestres, et transformant la dévotion en une\nsorte d'hystérie délicieuse.\n   Non, la peinture de Murillo n'est pas une peinture de cloître... Ou du\nmoins, dans les cloîtres qu'elle vient orner, habitent assurément des vertus\nplus humaines que les vertus ordinaires des cloîtres. Une peinture pareille\nne saurait point s'accommoder de murailles toutes nues, froides et tristes\ncomme la mort. Quelle antithèse cruelle mettraient, dans la solitude ascé­\ntique des monastères, ces gentils visages si féminins et si profanes, et ces\nguirlandes d'enfançons bouffis et réjouis, voletant parmi les roses dans des\nnuages d'or! Ce qu'il leur faut pour encadrement, c'est la soie, les murs\ncapitonnés, les dalles couvertes de tapis sourds et la lumière du jour\nne pénétrant jusqu'à eux que tamisée par le crible menu des dentelles.\nOn ne s'imagine pas Murillo inspirant d'autres pensées que des pensées\nde piété toute mondaine à de jolies pécheresses agenouillées sur des\nprie-Dieu en bois précieux, incrustés de nacre ou d'argent, au pied de\ndouillettes alcôves. Ses martyrs et ses saints ont des airs penchés de jeunes\npremiers de comédie ou de ténors d'opéra ; ses Vierges sont des Vierges de\nboudoir, et ses Anges des Cupidons.\n   Et quand un sujet triste ou violent vient à se présenter sous son pinceau\ndélicat, nécessitant autre chose que de la grâce et des sourires, ce Sévillan\naimable, ce compatriote des sombres historiens de l'Eglise souffrante et\nmilitante, tremble d'offrir aux regards vite effarouchés le spectacle de scènes\ntrop douloureuses en leur fidélité. Dans son Martyre de saint André\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "                                   — 200 —\n\n\n(Prado, n° 881), il lui a bien fallu pourtant laisser voir le héros cloué sur\nsa croix et saignant; il n'a pas osé reculer devant cette inévitable torture où\nnaguère s'était complu le féroce Ribera ; il a eu le courage de cette bou­\ncherie qui s'imposait à lui... Mais combien il s'est hâté de détourner les\nyeux du sacrifice ! Avec quel empressement et quelle adresse il en a atténué\nl'effet, en montrant vite, à côté même de la terre de douleur, le ciel qui\ns'entr'ouvre et d'où s'échappe ses chers anges blonds et roses apportant au\nsupplicié des palmes victorieuses ! Et alors, l'horrible devient charmant,\net les tortures du martyr paraissent douces, et la pitié fait place, dans les\ncœurs, à la sainte joie des paradis conquis. Les Ecce homo, si poignants\nchez Morales, ne sont plus qu'attendrissants chez Murillo (n° 895); les\nlarmes, les gouttes de sang, les râles de l'Homme-Dieu sous la pointe des\népines enfoncées, semblent une concession arrachée à l'artiste par la néces­\nsité. Et, chaque fois qu'il peut, ses jolis chérubins de prédilection réappa­\nraissent, détachant la blanche lumière de leurs petits corps mignons sur la\nmonotonie des fonds noirs ou bruns. Ce qui a fait la célébrité du Saint-\nAntoine de Padoue, de Séville, devant lequel se sont pâmées tant d'admi­\nrations bien justifiées, c'est moins, je gage, l'expression et l'attitude si ado­\nrablement ferventes du saint que la spirituelle couronne de poupons\ncélestes, frais et joufflus comme des amours, se balançant dans les airs\nautour du Jésus bébête dont la vue cause tant d'émoi au cénobite. Ainsi,\ntoute mélancolie s'apaise, toute humeur chagrine s'évanouit dans le tendre\nscintillement de ces consolantes visions. A tant de séduction, bien dur\nserait celui qui voudrait résister ! Et l'on n'y songe même pas ; comme\nAntoine de Padoue ou Augustin d'Hippone, on se prosterne dans une\nmuette adoration, et la prière qu'on murmure s'envole des lèvres avec la\nchaleur d'un baiser !\n    Une singularité en apparence déroutante chez un peintre aussi réservé\nque Murillo, c'est de voir, à côté des légions d'anges et de madones dont il\na enfleuri son œuvre, la troupe déguenillée de pauvres hères qu'il y a dissé­\nminée, dans quelques-unes de ses toiles fameuses. Devant le « tribunal\nde postérité », ces pauvres hères plaideront haut et ferme pour sa\ngloire. Ses Mendiants, son Pouilleux, les malades et les teigneux de sa\nSainte-Elisabeth de Hongrie nous apportent, dans leur âcre parfum de\ncouleur locale, quelque chose de l'originale hérédité des Espagnols natura­\nlistes. Murillo a retrouvé là ses instincts d'artiste de race; en face de l'hu­\nmanité humble et pittoresque qui l'entourait, il s'est souvenu du Velazquez\ndes Buveurs, de l'Aguador et des Nains, il s'est souvenu de lui-même, et\nil l'a peinte en observateur précis et curieux, sachant garder la dignité de\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "                                  — 201 —\n\nson art dans la vulgarité même du sujet, sans s'inquiéter des banals succès\nde public et des applaudissements de sa clientèle ordinaire.\n   Et ses instincts l'entraînaient peut-être là plus qu'ailleurs. Suivez-le\nattentivement, pas à pas. L'accoutumance de ses rêves religieux et son\nintimité constante avec les êtres surnaturels n'ont point banni de ses yeux\nles choses de la réalité ; une secrète attraction le ramène toujours à elles\npar une force invincible, — la force du sang qui coule dans ses veines.\nS'il n'avait pas voué toute entière son imagination aux choses du ciel, si,\ncomme Velazquez par exemple, il s'était consacré exclusivement à l'étude\nde la vie individuelle, il eût été le peintre de la bourgeoisie, comme\nVelazquez a été le peintre des Rois. Ses madones sont de bonnes et braves\nfilles de la classe moyenne, sans prétentions à la noblesse et encore moins,\nquoiqu'il fasse, à la divinité; leurs traits doux, d'une beauté agréable,\ndénuée de toute morgue, leur physionomie avenante révèlent assez leur\norigine. Ses Saintes-Familles et ses Adorations de bergers sont touchantes\nà force de patriarcale simplicité, dans leurs intérieurs de ménage calme et\nleur atmosphère de travail ; elles n'ont rien de familles qu'éclairerait la\nprésence d'un Dieu ; elles restent humbles, réelles d'une réalité toute\nhumaine; seul, leur titre indique leur rôle et leur mission. Il y a même\ntelles de ces Saintes-Familles représentées en familles d'ouvriers, la mère\nsoignant son enfant, le père suant à la besogne, au milieu de l'attirail néces­\nsaire à son métier. Rembrandt n'a pas fait autre chose dans ses Saintes-\nFamilles à lui, celles que l'on voit au Louvre et à Saint-Pétersbourg, et\nqui sont connues l'une et l'autre si justement sous le nom de Ménage du\nmenuisier. C'est la même sincérité naïve, la même interprétation natu­\nraliste de la Bible. Et certes, il est piquant de voir se rencontrer sur un\npareil terrain, dans une si étroite communauté de sentiments, deux maîtres\nde tendances si opposées, le spiritualiste Murillo et le réaliste Rembrandt.\nCette communauté qui les unit à travers tous les obstacles, c'est celle qui\nrattache, par une sympathie secrète, l'art espagnol et l'art néerlandais ; c'est\ncelle qui leur a fait des destinées sœurs, reconnaissables à certains effets\nnés d'une même cause, malgré la longue influence, étrangère à leur esprit\net à leur caractère, de l'art italien.\n   Murillo a la réputation d'être un grand coloriste et un grand exécutant.\nIl faut bien en rabattre. Sur ce sujet, plus encore que sur beaucoup d'autres\nqui le concernent, de singulières erreurs courent le monde, accréditées par\nles autorités critiques les plus respectables et consacrées jusque dans les\ncatalogues officiels des galeries publiques. Nous avons vainement cherché\nà comprendre ce que pouvait bien signifier la division que l'on fait, et qui\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "                                      202 —\n\n\nest acceptée par tous, des oeuvres de Murillo en trois parties distinctes, selon\nqu'elles appartiennent à sa manière froide, à sa manière chaude ou à sa\nmanière vaporeuse. Que peuvent bien vouloir dire ces termes vagues :\nmanière froide, — chaude, — vaporeuse? Font-ils allusion à la facture de\nMurillo ou à sa coloration? A sa coloration, probablement. Mais alors\npourquoi ce mot : manière? Conçoit-on une manière qui serait vapo-\nreuse?... A moins — chose inadmissible, — que l'on ait voulu exprimer par\nlà que Murillo peignait « à la vapeur »... Une pareille image de'tonnerait\névidemment dans une matière aussi grave et ce serait faire injure aux\ncommentateurs du maître de supposer qu'ils aient eu l'intention de\ncommettre un aussi mauvais jeu de mots.\n   Non ; la manière vaporeuse de Murillo, c'est,— dans la pensée de ceux\nqui ont adopté l'expression, — sa « suavité », le « fondu » de son modelé,\nla « grâce de ses contours, » noyés dans les fonds. On dirait aujourd'hui,\nen argot d'atelier, son flou. Sa manière froide et sa manière chaude,\nà l'avenant. Le malheur, c'est que ces distinctions prétendûment caractéris­\ntiques ne signifient absolument rien, et que, si elles signifiaient quelque\nchose, elles seraient la condamnation même de celui qu'elles ont pour but\nde louanger. Dire d'un tableau qu'il est chaud ou qu'il est froid parce qu'il\nest peint dans une coloration générale brune, ou dans une coloration\ngrise, est un langage très vague et qui prouve peu, bien qu'il soit fort\nemployé. Certains gris peuvent être très chauds, certains bitumes peu­\nvent être très froids. L'art du peintre consiste à faire valoir ses tons chauds\npar des tons froids, et vice-versa. Un tableau uniformément chaud ou froid\nest monotone, ce qui est le pire de la froideur. Observons la nature; elle\nnous donne sur ce point d'utiles renseignements. Tout est, chez elle, oppo­\nsition ; par les contrastes qu'elle fait naître en ses moindres détails, les\ncolorations chantent dans la lumière et acquièrent leur véritable valeur ;\nsans ces oppositions, elles n'auraient ni finesse ni éclat ; elles n'auraient pas\nla vibration, elles n'auraient pas la vie. Quand on nous dit d'une œuvre\nde Murillo qu'elle appartient à sa manière froide ou à sa manière\nchaude, nous ne savons absolument rien, pas même si elle est grise ou\nsi elle est bitumineuse. Nous n'en savons pas davantage quand on nous\naffirme qu'elle appartient à sa manière vaporeuse. Le vaporeux, en\npeinture, est une qualité qui manque de précision, et trop souvent, pour\nMurillo, elle est synonyme de mollesse. On s'imagine à tort que Murillo\navait appris des Flamands à « envelopper » les objets dans l'air ambiant,\nà les parer des attraits mystérieux du clair-obscur. Au premier aspect, on\npourrait s'y tromper, car il n'a point la sècheresse de la plupart de ses\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "                                 — 203\n\n\ncompatriotes. Mais il n'a point non plus, en revanche, leur belle solidité,\nmême dans ses pages célèbres. Sa soi-disant chaleur n'est maintes fois\nqu'une triste harmonie de sauces et de jus, et sa manière vaporeuse tant\nexaltée, qu'un tapotage veule et floconneux, pauvre d'accent et pauvre de\nsanté.\n   Il lui sera beaucoup pardonné parce qu'il a été beaucoup aimé... Tel\nsera, qui sait? le jugement que portera l'avenir sur cette glorieuse victime\nde l'enthousiasme irraisonné de la foule. Et déjà cet enthousiasme porte\navec lui son châtiment : Murillo est le peintre du monde le plus copié; des\nmyriades de rapins pillent ses oeuvres pour en faire des sujets d'éventails,\nde dessus de boîtes et autres articles de petit commerce; les bazars du\nnouveau monde et du monde ancien en sont encombrés ; on les met en coupes\nréglées ; on en fait des réductions à la douzaine et à la grosse ; il y en a des\nentrepôts tout pleins. On copie les Madones de Murillo comme on copie,\nà Paris, le portrait de Mme Vigée-Lebrun et, en Italie, le Christ de Guido\n Reni. Jamais les copistes ne copieront ce qui est vraiment beau, de la\n souveraine et éternelle beauté de l'Art.\n   Heureux Murillo! Dans son propre pays, aucun honneur n'a manqué\nà sa mémoire. Mais ces honneurs dont on l'accable doivent peser lourde­\nment sur sa tombe. Car tandis que, dans une acclamation formidable, tout\nun peuple le magnifiait, un autre que lui, bien plus digne, était oublié :\nVelazquez. Le nom de Murillo était dans toutes les bouches et dans tous\nles cœurs ; le nom de Velazquez restait encore presque ignoré; Il a fallu\nque l'étranger vint un jour lever la pierre qui tenait ce grand homme\ncouché dans son sépulcre, et s'écriât : « Lève-toi! » Et Velazquez s'est\nlevé, dans un rayonnement. Mais son nom n'a pas détrôné dans les\n bouches et dans les coeurs le nom de Murillo; ce dernier seul est populaire,\nsacré et vénéré; l'autre n'est prononcé que par les délicats et par les\nraffinés. Le peintre national, le peintre par excellence, l'archi-saint\n auquel, sous peine de mort, il est défendu à quiconque de toucher, c'est\n toujours Murillo. Depuis longtemps Murillo a sa statue, dans les jardins\n du Prado, à la place d'honneur que Madrid a réservée aux Espagnols\n illustres... Quant à Velazquez, rien. Peut-être songera-t-on à lui, plus\n tard... Velazquez peut attendre.\n                                                        L U C I E N SOLVAY."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 204, "page_fin": 211, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Khnopff", "ancre_debut": "VERS", "ancre_fin": "GEORGES KHNOPFF", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "FLEMM OSO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 223, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 832, "texte": "VERS\n\n        PLAINES É T E I N T E S\n                                   POUR   GEORGES   PICARD\n\n\nOh ! triste ce qui va finir !\nSur les plaines violacées\nS'auréole le souvenir\nDe cloches au loin trépassées.\n\nIls se glissent au fond du soir,\nHune aile douce, lentement,\nLes oiseaux pensifs, frôlement\nIls se glissent au fond du soir.\n\nLes feuilles tombent implorantes\nDans les mares décolorées ;\nOh! maladivement moirées\nTombent les feuilles implorantes !\n\nOh! navrant le sourire amer\nA nos indolentes pensées\nDe voiles blanches effacées\nSur le bleu calme de la mer!\n\nMusique, parfums et couleurs\nOnt accordé leur harmonie\nVaporeusement infinie\nAu gris pâle de nos douleurs.\n\nEt, près du calvaire, voici\nLe berger plaintif, lentement,\nEt vous, les agnelles, aussi,\nSous le rose du firmament,\n"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1088, "texte": "               — 205 —\n\n\nToussottantes,   mélancoliques,\nExaltant la tristesse terne\nDe ce paysage moderne\nAux grandeurs des lointains bibliques.\n\n\n\n\n        MATIN ANGÉLIQUE\n                                      POUR ALBERT   GIRAUD.\n\n  Fluides, ronflantes, fêlées,\n  Sur les plaines   contemplatives,\n  Fluides, rieuses, plaintives,\n  Les cloches, les cloches ailées!\n\n  Cloches d'or, cloches enfantines,\n  Si loin! tintantes, affaiblies,\n  Aux petites villes pâlies\n  Cloches carillonnant matines.\n\n  Oh! lentes, par bribes, oh! lentes\n  Sonnent, lentes, atténuées,\n  Les plaintives   exténuées,\n  Oh ! lentes, lourdes, indolentes !\n\n  Alouettes    tirelirantes\n  Cloches dans les plaines rosées,\n  Cloches titillant aux croisées\n  Des petites villes souffrantes;\n\n  Nuance en allée en nuance,\n  Cloches, au fond de mes pensées,\n  Pattes d'oiselets effacées\n  Dans la neige de mon enfance!\n\n  Et la neige turbule et pleure,\n  La neige, la neige infinie,\n  Sonne, poudroiement   d'harmonie,\n  Sonne, traînée, oh! lente, l'heure;\n                                                       13\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 949, "texte": "               — 206 —\n\n  L'heure sur les cloches fêlées,\n  O l'église contemplative\n  L'heure idéalement plaintive\n  Des âmes au loin en allées!\n\n\n\n\n        MATIN ANGÉLIQUE\n                                        A PAUL BOURGET.\n\nDans les brumes sanguinolentes,\nArchanges de givre et de gel,\nOh! douces sous l'aile du ciel,\nDouces, les agnelles bêlantes!\n\nOh! ces blancs sanglots, ces pâleurs,\nDans ces plaines évangéliques !\nOh! les agnelles angéliques\nDouces, dans le calme des fleurs!\n\nEt tout au loin meurent en plaintes,\nLes cloches, loin, vaporisées,\nSi loin, en fluides rosées,\nLes cloches de villes éteintes.\n\n\n\n\n         SOIR ANGÉLIQUE\n                                    POUR WILLIAM PICARD.\n\nOh! lentes dans le bleu du soir,\nLentes, les cloches ébranlées,\nPalmes frissonnantes    d'espoir,\nO tristesses auréolées!\n\nOh! combien résignés leurs chants\nMusicalement    angéliques,\nDans l'aime silence des champs,\nO les cloches évangéliques!\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 907, "texte": "               — 207 —\n\n\nLes cloches sonnent lentement\nDans le calme de ce dimanche,\nSonnent, lentes, au firmament,\n0 les douces à l'aile blanche !\n\nLentement, les cloches plus proches\nSonnent lentement vers le bleu\nDu ciel triste, sonnent, les cloches,\nDu ciel triste comme un adieu.\n\n0 soir de pascales pâleurs !\nDimanche : un geste de prière\nIncline les tiges des fleurs,\nDimanche : un regret d'être fière,\n\nMon âme, d'être fière ainsi\nDevant l'humilité des choses,\nUn mystique désir aussi\nD'angelus fluidement roses.\n\n\n\n\n              MARTYRE\n\nOh! le martyre des idées,\nVierges saignantes sur les croix!\nBlasphème, tout ce que tu crois!\nOh! les martyres lapidées!\n\nPieuse montée au calvaire,\nEponges amères de fiel,\nQue d'avoir encor sous le ciel\nLe respect de ce qu'on révère!\n\nOh ! mourir, de blanches prières\nEparses, pleurantes, hélas!\nDans le rêve de ses yeux las\nD'avoir béni, foule, tes pierres.\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 792, "texte": "              — 208 —\n\n\nTes pierres, ô foule, qu'effleure\nMon enfance d'un bleu si doux\nDe calme prieuse à genoux\nVers la Sainte Vierge qui pleure ;\n\nMourir, l'âme en allée en rose\nAu chant des cloches, et béni\nLe grand geste de l'infini,\nMaternel, sur ma lèvre rose!\n\nOh! mourir et dans son martyre\nN'exhaler au soir vers les deux\nQue le pardon silencieux\nD'un évangélique sourire!\n\n\n\n\n       UNE P E T I T E MORTE\n\n  Elle a la dernière toilette :\n  L'innocence des trépassées;\n  Sa petite main maigrelette\n  Etreint un bouquet de pensées;\n\n  Elle sommeille, douce et frêle,\n  Dans les roses et les œillets;\n  L'on voudrait se pencher sur elle :\n  « Mignonne, si tu t'éveillais? »\n\n Il semble que sur les enfants\n Evaporés dans l'agonie\n Sépande des draps étouffants\n Une lassitude infinie.\n"}, {"page_pdf": 228, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1243, "texte": "                     — 209 —\n\n\n                     PASTEL\nCelui qui traversa le monde, si naïf\nEt n'ayant dans l'azur de son regard pensif\nQu'un désir éperdu de douceur et de grâce,\nIl dort sous la froideur de cette triste glace ;\nMais son tendre profil et ses calmes pâleurs\nS'affinent de silence et s'éternisent d'ombre :\nOn dirait que, le soir, dans le salon plus sombre,\nLe pastel assoupit la plainte des couleurs.\n\n\n\n\n                  PANTOMIME\n                                         POUR OCTAVE MAUS.\n\n        Parfumant d'azur et de thym\n        Ses amoureuses embuscades,\n        L'avenue en molles arcades\n        S'évapore dans le lointain.\n\n        Et l'on rêve sous la folie\n        En allée en songe là-bas\n        La délicieuse folie\n        De baisers roucoules tout bas.\n\n        « Le bleu crépuscule dessine\n        O belle, lorsque tu souris,\n        Le noir de la mouche assassine\n        Sur la frêle poudre de riz;\n\n        « Il neige des baisers, ô belle,\n        Il neige des flocons rosés,\n        O belle, ne sois point rebelle,\n        Ma lèvre est blanche de baisers! »\n\n        Parfumant d'azur et de thym\n        Ses amoureuses embuscades,\n        L'avenue en molles arcades\n        S'évapore dans le lointain.\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1235, "texte": "                    — 210 —\n\n\n\n\n                  PANTOMIME\n                                          POUR OCTAVE MAUS.\n\n      Les manches en ailes de cygnes,\n      Glisse, sous un ciel de Corot,\n      L'œil au loin, et parlant par signes,\n      Le mélancolique Pierrot.\n\n      Prestes Colombines rieuses,\n      Mascarilles et Trufaldins\n      Cueillent des fleurs mystérieuses\n      Dans le silence des jardins.\n\n      Oh! tristes, les chansons lointaines\n      Des petits fifres aigrelets\n      Qui pont aux Nymphes des fontaines\n      Rossignoler des triolets;\n\n      Tristes, les mirlitons fantasques,\n      Oh! tristes et pleins de sanglots,\n      Les ronrons des tambours de basques\n      Et le fou rire des grelots.\n\n      Les manches en ailes de cygnes,\n      Glisse, sous un ciel de Corot,\n      L'œil au loin, et parlant par signes,\n      Le mélancolique Pierrot.\n\n\n\n\n                  PANTOMIME\n                                          POUR OCTAVE MAUS.\n\nC'est le matin. Là-bas, le soleil souriant\nEntr'ouvre son peignoir céleste à l'Orient;\nC'est le matin couleur de rose et de mystère.\nLes angelets ailés dans l'île de Cythère\nS'étirent en bâillant et se frottent les yeux;\nC'est le matin, oiseaux roucouleurs et joyeux,\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1002, "texte": "                                    211\n\n\n         Matin ! folie au bois de chansons, et folies\n         De baisers chuchottants dans l'ombre des folies;\n         Colombine, Sylvandre, Aminthe et Mezzetin,\n         Les pâles amoureux brûlent d'amour; Matin !\n         Oh! rêver dans le calme, au loin, de la campagne\n         Les grands parcs endormis de châteaux en Espagne\n         Sur des assises d'or, de neige et de printemps!\n         0 fraîcheur, éphémère hélas! d'avoir vingt ans!\n         Les rires aux jardins pourpres du sang des roses!\n         Oh! la lèvre toujours offerte aux lèvres roses!\n         Et divin de douceur enfantine, divin\n         A le voir caresser sa bouteille de vin\n         Ruisselante d'éclairs, et la face pâlie,\n         Pierrot vêtu de rêve et de mélancolie,\n         Qu'une source amoureuse en songe réfléchit,\n         Hume tous ces baisers épars et réfléchit.\n\n                                                GEORGES K H N O P F F .\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 211, "page_fin": 216, "titre_corps": "Flemm-Oso (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "James Van Drunen", "ancre_debut": "FLEMM OSO", "ancre_fin": "JAMES VAN DRUNEN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "EN FLANDRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 230, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 1002, "fin_caractere_exclue": 2258, "texte": "FLEMM-OSO\n                                   (Suite)\n\n             Progrès ! c'est le titre allumé gigantesquement en caractères de\n              feu au front de notre temps et qui flamboie dans une gloire\n              éblouissante. C'est l'enseigne sous laquelle nous prétendons\n              nous ranger dans l'éternelle revue des ans. Seulement, les\nenseignes, en général, sont d'autant plus menteuses qu'elles sont plus évi­\ndentes — comme à la porte de ces petits bals cascadants, ces avis lumineux\nqui crient : Entrée libre pour les dames... et c'est les hommes que cela\nfait entrer. Malgré tout, le terme ne laisse pas de nous flatter, bien que le\ncompliment nous soit récité par nous-mêmes et que nous-mêmes disposions\nles fleurs que nous nous offrons. C'est naïf, mais pourtant juste : si nous\nne disons pas du bien de nous, qui en dira? Tout singulier que cela puisse\nsembler, nous éprouvons le besoin de prendre nos précautions contre le\njugement des autres à venir ; et on traitera de mauvais coucheur, d'éner­\ngumène indécrottable, celui qui dirait qu'avant de définir un siècle, il fau­\ndrait peut-être connaître les autres. Ce serait un sceptique à lapider celui\nqui, par une théorie effrontée, rechercherait si les lois de l'avancement de\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2950, "texte": "                                     212\n\n\nla civilisation ne sont pas analogues aux lois de la chute des corps : V = gT,\nles vitesses acquises par un corps qui tombe sont proportionnelles au temps ;\nla force qui produit ce mouvement peut être considérée comme une force\nagissant avec une intensité constante pendant toute la durée de la marche.\nLe mouvement est uniformément accéléré ; par conséquent, tous les siècles,\ndepuis Féclosion d'un premier germe de vitalité, ont été, à un degré iden­\ntique, des siècles de progrès, tandis que, suivant la théorie qui encense si\nfort le XIXème chapitre du grand roman du monde, le siècle des lumières\npar excellence sera, bien plus que le nôtre encore, celui qui se trouvera au\nsommet de la série ascendante de l'existence terrestre en cours.\n   Mais c'est partir bien loin. Le pompeux qualificatif a été proclamé si\nhaut parce que tout le monde l'a admis, et tout le monde l'a admis parce\nque, voulant tout dire, il ne signifie rien. Nous ne sommes jamais d'un\naccord entier que sur des idées sans consistance, malléables, d'une signifi­\ncation docile, et offrant à tous, par des aspects variants, un bout de satis­\nfaction ; des idées dans lesquelles chacun est très certain de retrouver seule\nla sienne propre — comme des gens qui se passeraient un miroir et qui, la\ntournée finie, s'en iraient, chacun emportant la conviction qu'au fond du\nmiroir il y a son visage à soi. Quand vous voyez un bon nombre d'hommes\ngroupés autour d'une idée, d'un principe, vous pouvez être sûr qu'un\nintérêt les attache et qu'ils envisagent tous ce but d'une manière différente.\nTous les mouvements, les émeutes et les révolutions, se sont faits avec des\nprogrammes incertains et floches, des mots d'une emphase fumeuse et\ntrouble ; et côte à côte, dans le même rang, des révoltés, sans s'en douter,\ncombattaient pour des opinions bien diverses. Les hommes ne cognent\njamais aussi dur que lorsqu'ils ne savent pas bien pour quelle cause ; l'His­\ntoire ne manque pas d'exemples de vainqueurs qui se bataillent les uns les\nautres, ne se trouvant pas d'accord sur la cause qu'ils ont fait triompher.\nLa phrase vide, la période creuse qui n'est qu'une enveloppe dans laquelle\nchacun peut fourrer sa petite idée, est un des secrets de la grande politique.\nJamais une chose sérieuse et ferme, qui ne livre qu'à une patiente réflexion\nson sens bien précis, unique, jamais une équation enfin, ne réunit assez\nd'assentiments pour se faire emporter dans une poussée populaire. Nous\nn'aimons pas nous buter à l'évidence tranquille, claire, immuable ; notre\njugeotte ressent du dépit de ne pas ramasser le plus petit brin à discuter ;\nnous sommes piqués de ne pouvoir élever la prétention d'une réserve et de\nnous sentir domptés sous une puissance aussi inébranlable que celle du vrai\ndans sa nue simplicité ; tandis que l'erreur, doucereuse comme un habile\navocat, possède mille expédients, et peut, seule, par des complaisances si\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2936, "texte": "                                  — 213    —\n\n\naccommodantes, nous mettre d'accord — nous qui ne le sommes pas en\nsincère réalité. Nous dénichons des formules d'union dans le nuageux des\nthèses souples; aussi adorons-nous l'indéfini qui, sans austères rigidités,\nvarie au gré de nos fantaisies, et, vaguement, se termine en fumées, en\npoésie. Voilà comment la poésie pour nous est bien un besoin.\n   Ce mot : Progrès, derrière lequel nous nous emballons tous, est le parfait\nterme élastique; quelles syllabes molles auxquelles chacun, d'un coup de\npouce, donne une forme personnelle ! Combien d'esprits conçoivent cette\nnotion d'une même façon ? Pour l'industriel et pour le constructeur ce sont\nles chemins de fer, les usines, le travail ; pour le général, c'est le renverse­\nment de tout cela, mille pétards ! pour la femme, c'est une nuance nouvelle;\npour le boursier, c'est une application ou une idée retapée bonne à être\nmise en actions ; pour le député, c'est un mot excellent tombant, avec autant\nd'effet, dans un discours qui combat une réforme que dans le discours qui\nsoutient la même réforme. Le Progrès, l'économiste le salue comme le fils\naîné de la Statistique; le professeur l'invoque pour faire augmenter ses\némoluments; c'est des petits pots, des tubes, des creusets pour le chimiste,\net un calembour pour le commis-voyageur ; pour le ministre, c'est une\ngrosse caisse sur laquelle il bat la péroraison de sa réplique ; pour le bour­\ngeois, c'est la lumière électrique, les décors incombustibles, les complets\nà 35 francs et ces paquebots géants avec lesquels on peut noyer trois mille\npersonnes d'un coup ; pour les fanfares et les sociétés savantes, c'est un titre\nexcellent ; c'est un mot qui roule bien ses deux r, un mot à tout faire, qui\nrime avec Congrès dans les cantates et avec préfets ou entremets dans les\nrondeaux de revue ; un mot qui gratte les taches de sang de l'Histoire,\net sur lequel l'Administration municipale se jette universellement pour\nen faire un nom de rue : un mot, enfin, qui fait boum ! dans les toasts et\namen! dans les oraisons funèbres... En somme, quoi? Le pseudonyme\ndont la sottise signe bien des actes ; un savetier ramassant dans les friperies\nde vieilles chaussures qui, ressemelées et arrangées, reprennent leur route ;\nun savetier qui fait du neuf avec du vieux dont il souffle la poussière d'oubli\net dont il change un peu la forme suivant le goût du jour.\n   Car le Progrès n'est pas assez fort pour s'affranchir de la Mode; comme\nvous et moi, il s'habille suivant la coupe en vogue ; là, même, est sa seule\nnouveauté, c'est que, suivant les époques, il se présente sous un aspect\ndifférent, momentané. Dans le présent, on le trouve, avec son caractère\ndernier genre, dans les expositions industrielles. Grands halls mécanisés\nsous des fermes audacieusement calculées, salles immenses, bourrées d'or­\nganes de machines, de transmissions, de moteurs, d'outils; c'est le mou-\n"}, {"page_pdf": 233, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2989, "texte": "                                  — 214 —\n\nvement partout : les murs et le sol trépident, et, avec de lourds tressaille­\nments, le fer fiévreux se démène, les courroies se dépêchent, les engrenages\nrageurs mordent, les pistons frappent, la vapeur siffle et, avec la gran­\ndissime hâte de leurs membres d'acier, les machines haletantes fabriquent\nde tout dans un bruyant époumonnement. Elles font du papier, impriment\ndes brochures et distribuent la composition, elles tissent, scient, tournent,\npiquent des bottines, tricotent, rabotent, cuisent des rôtis, pompent de\nl'eau, elles font des enveloppes et des chapeaux, elles cousent en douze\nsecondes une paire de gants qui se décousent aussi vite et sans machine,\nelles confectionnent du chocolat qui coûte un peu moins cher et qui a un\ngoût de ferraille par dessus le marché. Notre gloutonnerie du temps a\npoussé les inventeurs dans une voie curieuse— surtout sous l'influence des\nAnglais dont le rêve est de pouvoir emporter leur maison dans un petit sac\nde nuit. Tout doit pouvoir se mettre dans la poche et servir à plusieurs\nusages : les baignoires en caoutchouc se replient et se dissimulent un mou­\nchoir par dessus, on a fait des canots de sauvetage qui se blottissent dans\nune valise; il y a des cannes qui sont des fusils ou des pipes, et des plumes\nqui sont en même temps des encriers ; des pianos se transforment en lits ou\nou en garde-manger, des cartons à chapeau deviennent des appareils pho­\ntographiques, et des parapluies deviennent tout ce qu'on peut souhaiter ;\nun nécessaire de voyage se loge dans une casquette et on vend des compas\nqui sont des porte-plumes, qui sont des grattoirs, qui sont des décimètres,\nqui sont des coupe-verre, qui sont des limes à ongle, qui sont des rasoirs\nà l'essai... à laisser de côté. Et les chapeaux antinévralgiques, et puis les\ncigares qui contiennent des feux d'artifice et des médicaments, et mille\nautres objets à grandes transformations plus ingénieuses cent fois que les\nexpédients d'un gamin de New-York ou d'une vieille femme avare. Ce sont\ndes tours de science, des combinaisons patientes, des jeux de mathématique\n— cette science qui a pour but de démontrer que l'inconnue n'en est pas\nune. Cela surprend, cela amuse, on achète parfois pour en faire cadeau à\nl'un ou à l'autre ami — qui ne s'en servira pas — et l'on passe. Ces inven­\ntions montrent un effort réel, très grand — et inutile. Il y a de l'intelligence\net du travail, évidemment ; il y en a beaucoup, mais mis en œuvre, mal à\npropos, comme l'esprit de ce loustic qui, voulant faire une grosse blague à\nses concitoyens, endosse, en plein mois d'août, une lourde pelisse, relève\nle collet, prend une longue paire de patins sous le bras et s'en va, par les\nboulevards, rapidement, traversant la foule ébahie de voir cet homme qui\nse trompe de saison ; il rentre chez lui, noyé, étouffé, mourant et gémissant,\nen s'éventant : Non, mais quelle bonne farce j'ai faite ! Qu'on en trouve\nencore un malin de ma trempe !\n"}, {"page_pdf": 234, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "                                   — 2l5\n\n   Notre civilisation a de ces fumisteries ; elle nous épate avec une série de\nconceptions cocasses témoignant d'un labeur surmenant, et qui ne servent\nqu'à garnir des vitrines, n'entrant jamais dans un ménage. Beaucoup de ces\nobstinés chercheurs ne peinent qu'en vue des expositions. Produits pour la\nmontre, pas solides, d'un caractère vulgaire, rapide, en bois collé, systèmes\naméricains, brevetés, électriques. En place de ces vieux beaux meubles,\nmorceaux précieux, travaillés lentement, nous avons des meubles ordinaires\nlégers, des objets frappés à la matrice en quantité sur un même modèle\ncomme les vêtements se taillent sur une même coupe. C'est l'enrégimen­\ntation sous les ordres de la froide vulgarité. Cette consigne est générale ;\nainsi les magasins, les établissements publics ne veulent même plus du nom\nentier de leur propriétaire, un prénom suffit, on dit la maison Louis, la\ntaverne Georges, le café Pierre, chez Guillaume... Ce sont là de ces petites\nnégligences que nous ne voyons pas tout d'abord, éblouis par les miracles\npositifs de la Science ; les fées du conte sont des riens du tout devant cette\nmagicienne qui, dans ses cornues, met les rêves les plus osés et en fait de la\nsimple réalité. Dans la gloire de sa puissance, notre Progrès prend des airs\nde grand premier ministre et son importance solennelle ne daigne consi­\ndérer que les questions dominantes ; il dompte et conduit la bouillante\nénergie de la vapeur, il fait éclater les merveilles de l'électricité, mais il se\n soucie fort peu des petites choses, détails indignes, des bêtises avec lesquelles\n cependant nous sommes en plus immédiat contact et qui, elles, ne changent\n pas et continuent sur nous leurs incessantes taquineries en narguant les\n grandes inventions. Par exemple : ces misérables petits boutons de chemise,\n odieux symboles du mauvais vouloir et de l'entêtement ; ils choisissent pour\n sauter le jour où vous êtes pressé, et quand ils veulent bien tenir, ils refu­\n sent d'entrer dans la boutonnière, ruent et se défendent comme des chevaux\n devant le travail et laissent le linge en un bel état ! Tubleu ! Comment\n n'a-t-on pas encore un moyen d'attache quelconque qui nous libère du\n supplice énervant que nous infligent ces petits drôles ! Et comment n'a-t-on\n pas aussi trouvé le moyen de nous délivrer du fléau de nos maisons : les\n cuisinières ! Des campagnardes goulues qui mettent leurs doigts noirs\n partout et le bout de la langue sur les gâteaux, lavent les assiettes quand\n elles ont le temps, nous empoisonnent avec des viandes torréfiées, des sauces\n d'apothicaires et des denrées falsifiées qu'elles s'obstinent à acheter chez\n des fournisseurs plus soigneux des étrennes que de la qualité de leurs mar­\n chandises; pour demander une côtelette au boucher, elles restent trois\n heures absentes, profitent de l'occasion pour exposer nos affaires à toutes\n les bonnes du quartier et rentrent en disant : il n'y a plus de côtelettes,\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1232, "texte": "                                 — 2l6 —\n\nfaut-il retourner ? Elles ne font preuve de bon goût que pour choisir dans\nnos porcelaines les plus belles pièces, pour les casser ; avec quarante francs\npar mois elles trouvent moyen d'avoir mille francs d'économies au bout de\nl'année, et, dans un langage agaçant, elles vous répondent, si le fromage\nest mauvais : je n'en peux rien, je ne suis pas dedans...\n   Mais cela, je vous le dis, ce sont choses infimes devant les grandioses\ncombinaisons de notre siècle, et le Progrès méprise hautement de pareils\ndétails, des vétilles ! Aussi, comme, en mon particulier, je le voudrais\nmoins émerveillant ! C'est comme les médecins qui ont imaginé les instru­\nments les plus étranges pour des opérations atrocement compliquées, et\nqui possèdent des médicamentations composées pour des maladies dont le\nnom seul est déjà une épouvante — des noms tels qu'on ne comprend pas\ncomment l'alphabet a pu suffire à leur élaboration — et qui ne savent pas\nguérir une migraine ou un rhume de cerveau... Guéris-nous des méchan­\ncetés de nos boutons de chemise et du verbiage incongru de nos cuisinières,\nProgrès !\n    (A suivre).                                 JAMES VAN DRUNEN.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 216, "page_fin": 216, "titre_corps": "En Flandre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Gourdon", "ancre_debut": "EN FLANDRE", "ancre_fin": "GEORGES GOURDON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 235, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 1232, "fin_caractere_exclue": 2206, "texte": "EN FLANDRE\n                                                       A GEORGES RODENBACH.\n\n\n         Mon doux poète ami, te voilà dans tes Flandres,\n         Loin des bruits de la foule et de l'air de Paris,\n         Longeant de frais ruisseaux qui, par les prés fleuris,\n         Promènent lentement leurs gracieux     méandres!\n\n          Tant de propos divins, mêlés d'aveux si tendres,\n          Sur quelle lèvre en feu les as-tu donc surpris?\n          Quel charme se répand sur ce que tu décris,\n          Quand de tes souvenirs tu ranimes les cendres !\n\n          S'éparpillant dès l'aube en essaim vagabond,\n          Dans leurs plus beaux atours les kermesses s'en vont\n          De village en village, au son de la musique;\n\n          Et sous des ciels légers comme Ruysdael en peint,\n          On voit des amoureux, dans le jour qui s'éteint,\n          Danser aux purs accords de ta flûte rustique !\n\n                                                 GEORGES GOURDON."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 217, "page_fin": 220, "titre_corps": "L’Hystérique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "ALBERT GlRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 236, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\n                   L ' H Y S T É R I Q U E de CAMILLE LEMONNIER.\n\n\n            Etant donnés, d'une part, le sujet de l'Hystérique, et de l'autre,\n             le tempérament de Camille Lemonnier, démontrer que l'écri­\n             vain brabançon devait concevoir son roman comme il l'a\n             conçu, et le réaliser comme il l'a réalisé, tel est le but de\ncette étude.\n   Le sujet de l'Hystérique.      L'analyse d'un cas de névrose religieuse,\nl'évocation patiente et scientifique d'une de ces mystérieuses figures de\nstigmatisées, sainte Thérèse ou Louise Lateau, que la physiologie essaie\nd'expliquer et que la légende auréole. Une mise à nu de l'âme mystique,\nensanglantée par toutes les hontes et toutes les misères du corps. Puis, pen­\nchée sur le lit de l'étrange malade, la silhouette violente et noire d'un\nprêtre resté jusqu'alors fidèle à son vœu, et que le détraquement physique\nde sa pénitente finit par jeter dans les horreurs du sacrilège et dans les per­\nversions du sadisme. Sujet terrible, et qui plonge, par d'infinies et secrètes\nracines, jusqu'aux tréfonds les plus inexplorés de notre être. Sujet malsain,\nqu'enlacent de leurs végétations splendides et sombres les roses noires de\nl'enfer et les roses blanches du paradis.\n    Le tempérament de Camille Lemonnier. Une nature essentiellement\nsaine, jetée dans les magnifiques débauches de l'art par le trop plein même\nde sa santé Toutes les fougues, toutes les franchises. La sève et le sang en\nébullition. Le romancier né des grands bois, des fleuves puissants, des\natmosphères dilatantes et salubres. Une force enivrée d'elle-même. Une\nrétine magique comparable à celle de Rubens. Un torrent d'inspiration\nroulant impétueusement ses flots dans les grands chemins de l'art et de\nla vie.\n    Qu'un tempérament pareil à celui de Lemonnier ait été sollicité par le\nsujet de l'Hystérique, cela ne peut étonner que des esprits à courte vue et\n des critiques superficiels. Nous éprouvons tous, à certaines heures, le besoin\n de nous évader du monde imaginaire que notre verbe a créé. Et combien\n le choix de Lemonnier nous paraît logique et presque fatal, quand nous\n nous rappelons que l'auteur du Mâle a le légitime orgueil de son univer­\n salité, et presque même la coquetterie.\n    Mais, le choix du sujet une fois expliqué, il était permis aux familiers de\n l'œuvre du maître — et ils sont nombreux — de prédire un roman des plus\n curieux, ni malsain, ni malade, ni corrompu, en dépit de la contagion du\n sujet et des problèmes troublants qui s'y agitent. Et cette bizarre antithèse\n du thême et de l'orchestration, qui eût été dangereuse à tout écrivain moins\npuissant, a très étrangement servi Camille Lemonnier.\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3277, "texte": "                                 — 218 —\n\n\n   Le péril, en cette occurence, était de rester dans un juste milieu factice\net conventionnel. D'instinct, Lemonnier est allé aux extrêmes, et la suprême\nraison artistique, d'accord avec l'inspiration peut-être inconsciente du\nmaître, le justifie complètement. En effet, Lemonnier, dans l'Hystérique,\na été sauvé par la santé de son talent.\n   Il n'a point cherché à être mystique; il n'a rien de la flamme maladive de\nses personnages ; Humilité et Orléa ne sont pas les enfants de son âme. Ils\nlui restent complètement extérieurs.\n   Un drame se joue dans le Béguinage. Lemonnier s'arrête et regarde.\nPuis il raconte ce qu'il a vu avec un sangfroid et une cruauté d'opérateur.\nSon Hystérique, où ses sentiments personnels sont systématiquement\ncachés, est peut-être, d'entre tous les romans contemporains, celui qui\n réalise le plus fidèlement l'idéal « d'objectivisme » affirmé si souvent par\n Gustave Flaubert. Ou si parfois l'émotion de l'écrivain transparaît, c'est\nune émotion d'art comparable à celle qui devait exalter les maîtres flamands\ndevant les orgies sanglantes de leurs martyres. La rouge et mystérieuse\nivresse de la force dépensée, des massacres et des supplices. L'odeur acre\net fade des divins charniers où se tordent les saints en croix et les vierges\ndécapitées. Lemonnier a compris l'Hystérique non pas à la manière des\nvieux tableaux gothiques, où les décollés ne saignent pas, où leurs têtes\nlivides ont les prunelles pleines de leur Dieu, mais à la manière de Pierre-\nPaul Rubens, le superbe et magique orateur de la peinture.\n   Sœur Humilité et le prêtre Orléa, les deux figures centrales du roman,\nportent la rude empreinte du faiseur d'hommes auquel nous devons Ger­\nmaine et Cachaprès. Et si, contrairement aux types du Mâle, ils n'ont\nguère de communion avec leur père spirituel, ils n'en vivent pas moins\ndans l'évidence et la vérité supérieures du livre.\n   Les personnages secondaires sont moins réussis. L'abbé Camerlin et le\ncapucin Vignas ont des allures caricaturales qui ne sonnent pas toujours\njuste dans les symphonies puissantes du drame. Heureusement que la\nGrande Mademoiselle et son troupeau de dévotes agnelles contrastent sans\ncesse avec ce couple d'allures un peu basses, et que la délicieuse idylle de\nsœur Claire et de Martinus Puts fait tout oublier. Oh ! la fraîche églogue\nmonacale ! Oh ! l'adorable bouffée de lavande et de thym ! Oh ! le simple\net pénétrant sourire de ces yeux naïfs et de ces bouches candides, miré\ncomme un rayon de soleil dans les horribles flaques de sang de la fin du\nlivre !\n   «           A la fin une porte s'ouvrit, dans la direction que n'avaient\npoint cessé de prendre ses yeux, et il en vit sortir un clair béguin gentiment\nposé sur de saines joues rouges. Alors sa bouche bonasse écarquilla un\nsourire plus large qui finit par s'immobiliser dans les plaques vermillonnées\ndu visage. Petit à petit, le béguin se rapprochait, sortait de la pénombre\nembrumée de la ruelle, entrait dans la grande lumière tranquille de la place\nqui précède l'église, et les joues apparaissaient à présent, sous les blancs\nlinges empesés, comme des fruits mûrissants, d'une sève chaude et vivace.\nMartinus fit un pas, tendit ses paumes dans lesquelles se posèrent deux\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2889, "texte": "                                 — 219\n\nmains grasses et potes, et sa jovialité naturelle se fondant tout à coup sous\nune émotion de jeune tendresse, il lui susurra avec un grisollement dans\nla voix :\n   — Claire, sœur Claire, j'étais venu... j'attendais... j'avais des choses à\nvous dire, mais je ne sais plus quoi !\n   Puis se rappelant :\n   — Ah ! oui, une bonne fête de Pâques !\n   Et il traîna sur cette phrase, s'embrouillant à la répéter de ses grosses\nlèvres ouvertes.\n   Non moins embarrassée, sous la douceur humide de ces yeux bleus qui\nla mangeaient, sœur Claire se sentait envahie d'une grande rougeur, dans\nle tumulte de son sang de vierge.\n   — Merci! C'est bien gentil!... Moi aussi, bégayait-elle à travers l'émoi\nd'un sourire ravi.\n   Et ils demeurèrent là, oubliant l'église, le passage des curieuses béguines,\nles petites loussoteries indignées des anciennes, dans cette pression chaude\nde leurs mains enlacées ou passaient les amollissements d'une affection déjà\nlongue.\n   Martinus Puts, le premier, eut la conscience du danger qu'il y avait pour\ntous deux à s'exposer en public et, serrant les doigts de sœur Claire, dans\nune étreinte plus forte il lui chuchota à demi-voix :\n   — Allons nous-en... on nous regarde, mais je vous verrai de là-haut,\nClaire... Oui, du haut de mon orgue.... Et je joûrai pour vous... de jolis\nairs, vous verrez !\n   Ils s'entre regardèrent encore un bon coup, comme on boit un breuvage\ngrisant, puis se quittèrent, elle, se coulant dans le poudroiement soleilleux\ndu porche, lui, se faufilant à travers l'escalier colimaçonnant qui conduisait\nau jubé. Et tandis qu'elle trempait le bout de la main dans le bénitier, ses\nprunelles roulèrent une dernière fois du côté de l'ombre où deux fortes\népaules achevaient de disparaître... »\n   En dehors de sa valeur humaine, que nous venons d'étudier ici, le nou­\nveau roman de Camille Lemonnier s'impose à la mémoire par une valeur\nartistique toute spéciale, que possèdent seules les rares œuvres de ce temps\nqui sont assurées de ne pas tomber dans l'oubli.\n   De même qu'en peinture la combinaison de certaines valeurs donne au\ntableau une lumière déterminée et dominante, indépendante parfois du sujet,\net dont la mémoire obsède les rétines, de même qu'en musique, certains\nmotifs et certaines modulations se résolvent en une couleur orchestrale\nqui devient l'âme de la symphonie, de même en littérature l'emploi de cer­\ntains mots, les alliances de certains vocables, la sonorité de certaines tour­\nnures finissent par produire une atmosphère générale où baigne l'œuvre\ntoute entière, avec ses personnages et ses décors.\n   Les toiles du peintre anglais Whistler, les drames lyriques de Richard\nWagner, les romans et les poésies de l'école française contemporaine sont\n des exemples frappants de valeur atmosphérique.\n   Camille Lemonnier est, dans l'Hystérique, un atmosphériste de premier\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1538, "texte": "                                  — 220 —\n\n\nordre, et les deux cents premières pages de son étude sont, à cet égard, un\nchef-d'œuvre.\n   Un naturaliste vulgaire — n'avons-nous pas fait un pléonasme? —\nn'aurait point manqué de déterminer méticuleusement ce qu'il est convenu\nd'appeler le milieu. Il nous aurait appris dans quelle partie de la Belgique\nflamande, dans quelle ville de province, sous quel bourgmestre, se passe\nl'action du roman. De tout cela, Camille Lemonnier ne nous dit rien. Cela\nse passe quelque part, dans une petite ville de province, qui nous reste\ninconnue à travers les trois cents pages du livre. Et pourquoi? Précisément\npour traduire l'isolement du béguinage. Lemonnier obtient ainsi un effet\nde recul et de recueillement qui donne un superbe relief à son Hystérique,\net qui est d'un fier artiste, supérieur à tous les dogmes et à toutes les\nécoles.\n   Et l'air ambiant du béat asile, la vie anémique et blanche du béguinage,\nles odeurs fades de sacristie, les bouffées d'encens, la flamme maladive des\ncierges, les murmures du confessionnal, l'agonie des cloches dans la brume,\nla vaste et vide sonorité des églises à la nuit tombante, toutes ces sensations\nsubtiles sont transposées en des phrases merveilleuses, d'une orchestration\nraffinée, par des mots angéliques, parfumés et lumineux.\n   Le grand style de l'Hystérique nous fait invinciblement penser à la\nsolennité du chant grégorien et à la majesté lente des orgues.\n                                                      ALBERT GlRAUD.\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 220, "page_fin": 222, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. 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Au cœur du public\nil y a toujours l'abonné, le pilier d'opéra, la borne, le monsieur qui se\ncouche au travers du chemin en fredonnant des cavatines. L'abonné, ce\nn'est pas un homme, c'est toute une génération qui s'incruste de père en fils\ndans le velours d'un fauteuil d'orchestre et qui paie. Et contre la force\ninerte de cette badauderie, la presse qui devrait conduire le mouvement\ndemeure impuissante ; lasse d'efforts, elle finit par se rallier à la masse, et\nfait comme tout le monde. Je ne parle pas de la presse exclusivement artis­\ntique, mais de la critique quotidienne, la critique à un ou deux sous :\ncelle-ci, quand elle a fini son compte-rendu, aligne au bas une pile d'éloges\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3471, "texte": "                                  — 221 —\n\n\n et de blâmes à distribuer aux interprètes. C'est banal, c'est du pain dont\n chacun attrape son morceau ; tant pis pour lui si ce morceau est mauvais ;\n grâce au hasard, le prochain sera peut-être bon et, ma foi, au bout de\n l'année, l'un compensant l'autre, cela fera le compte tout de même. C'est le\n métier. Les critiques d'art, aujourd'hui, sont des critiques dare dare; le\n public attend, il faut faire vite et, comme penser dure, on invoque le grand\n dieu « Je m'en fiche », et l'on fait de la critique à pile ou face. Mais peu\n importe encore qu'elle soit juste ou injuste ; ce que je veux dire surtout,\n c'est qu'elle est mal emmanchée et ne paraît, pas plus que le public, aper­\n cevoir ce que c'est que l'interprétation. Elle est trop personnelle ; c'est un\n reste de virtuotisme; elle sacrifie trop aux individualités, au lieu de consi­\n dérer d'une façon générale l'esprit de l'œuvre. Car l'interprétation, en\n somme, c'est toute la mise en scène d'une conception, sa réalisation par les\n sons et la couleur. Elle se fait aussi bien par le costume, le décor, la dispo­\n sition des personnages, la machination que par l'exécution musicale et dra­\n matique. I1 suffit qu'un point de cette mise en scène soit faussé pour que\n l'interprétation devienne entièrement mauvaise. Malgré. Wagner et Bay­\n reuth, on n'a pas assez compris cette nécessité de faire concourir les moin­\n dres détails à l'harmonie de l'ensemble. Aujourd'hui encore et toujours,\n on s'attache trop exclusivement au chant et aux chanteurs, et à certains\n moments l'œuvre s'incarne toute dans un ténor qui pose derrière le trou du\n souffleur à faire des effets de jambe et de gosier. Nous en avons beaucoup\n trop de cette espèce-là chez nous, à commencer par M. Jourdain et à finir\n par M. Rodier. M. Jourdain tout en haut, s'entend, et M. Rodier tout en\n bas. Mais M. Jourdain même, malgré ses qualités, reste trop ténor, comme\n tous ses camarades, hommes et femmes. Je n'en excepte qu'une seule;\n elle, à part, je ne fais plus de distinction dans le reste de la troupe; cette\n troupe est toute bonne ou toute mauvaise.\n    Toute bonne si on la mesure à ce qui s'appelle « le répertoire ». Et dans\n ce répertoire, je relève comme pièces-types : Robert le Diable et les Dia-\nmants de la Couronne. Il y a là, pour ce genre, des sujets excellents :\nM. Soulacroix qui dessine joliment la mélodie et chante toujours mieux sur­\nune jambe que sur deux. M. Gresse, cette basse superbe qui donne des\ncoups de gosier comme on donne des coups de cornes. M. Delaquerrière,\nM. Séguin à la voix de tôle qui fait admirablement les Lagardère en\nmusique. M lle Legault, cette fine voix, au timbre de hautbois, qui a trouvé\nle moyen de rester gracieuse-avec tout ce qu'il faut pour ne pas l'être.\nMlle Hamann, cette jolie femme, en qui la faculté artistique est, par\nmalheur, tout à fait détraquée. Mlle Deschamps, cette artiste déhanchée\nqui a de superbes élans et des chutes si profondes, M me Bosman, enfin, la\nplus agaçante de correction et de perfection, la chanteuse d'école faite\n« d'acquis », le modèle d'une honnêteté artistique poussée jusqu'au bour­\ngeoisisme.\n    Mme Bosman a étudié son catéchisme d'esthétique par cœur; elle a fait\ndes progrès énormes depuis ses débuts, mais toujours dans la ligne droite\nde son ornière, toujours en restant fidèle à la religion du convenu et ne\n                                                                       H\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1807, "texte": "                                   — 222 —\n\n\nparaissant point se douter qu'on pût renverser d'un élan cette mise en\nscène de carton dont le cliché se conserve au fond de tous les conserva­\ntoires. Cet élan, il y a pourtant une artiste auprès d'elle qui l'a magnifi­\nquement donné; c'est Mme Caron; elle, en montant sur la scène, a fait\nsauter le cliché; de son geste ample de tragédienne lyrique, elle a posé sous\nun jeu de lumière nouveau ces personnages de Marguerite, Valentine,\nSalomé, Rachel. Elle les a interprétés, tandis que jusqu'alors on s'était\ncontenté de les chanter ; elle est de force à soutenir la création des Maîtres\nChanteurs, à leur donner le coup d'âme sans lequel de telles œuvres ne vivent\npas; mais j'ai bien peur, qu'à côté d'elles, les autres ramènent cette gigan­\ntesque caricature musicale à des proportions mesquines, en poncent les\nsaillies et les angles jusqu'à lui enlever tout relief pour n'en laisser plus\nqu'une sorte d'adaptation au ton du répertoire et à la portée du public.\n   Quant à la mise en scène purement matérielle, elle est toute à organiser ;\ntant qu'on verra des choristes rangés par sexe, des figurants faisant le même\ngeste bête, à contre sens, des entrées absurdes comme celle des dévotes au\nCloître de Saint-Sulpice, tant qu'on verra des anachronismes de costume\ndes sources recousues, des Tunisiens transparents trop grands pour leur\ncadre, et des vagues de carton glissant d'une coulisse à l'autre dans un\nmouvement de balancier, on aura envie de rire et, sous ce rapport, c'est des\ndessous au cintre qu'il faudra bouleverser cette scène pour en tirer enfin\nquelqu'impression artistique qui ne soit pas tachée par un jeu discordant ou\nun décor grotesque.\n                                                               H. M.\n    1er Mars.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 222, "page_fin": 229, "titre_corps": "L’Exposition des XX", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "M. 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Van Rysselberghe,\n\n  (') Nous regrettons beaucoup de devoir donner à la Jeune Belgique, un compte-rendu\nnon inédit du Salon des XX. Des circonstances malheureuses nous empêchent d'en\nfaire autrement. Nous nous excusons donc d'un fait qui ne se renouvellera plus.\n"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3037, "texte": "                                 — 223 —\n\n\nG. Van Strydonck, P. Verhaert, Th. Verstraete, G. Vogels, R. Wytsman,\net trois sculpteurs : A. Chainaye, .J. Lambeaux, P. Dubois.\n   Aujourd'hui trois noms nouveaux ont remplacé ceux de Lambeaux, de\nVerhaert et de Pantazis; ce sont MM. G. Charlier, J. Toorop et Is. Ver­\nheyden.\n   La plupart d'entre tous ces artistes n'étaient guère connus à la fondation\ndes XX. La plupart, affiliés à des cercles médiocres, les autres seuls dans\nles coins de salons triennaux, n'avaient pu grouper leur œuvre de manière\nà le bien faire juger, comme on le fera au Salon des XX. Ici pas de jury,\npas de coquilles d'huîtres pour prononcer les ostracismes ; à chacun son\ncarré de mur avec la responsabilité des choses dont il le couvrira ; liberté\nparfaite, n'admettant qu'un juge : le public.\n   On a tenté, l'année dernière, par on ne sait quelle animosité, d'écraser\nles vingt Belges sous un éloge exagéré des vingt étrangers. Il était témé­\nraire, il est vrai, d'inviter une phalange d'élite à se mesurer avec une armée\njeune et peut-être inexperte. Fantin-Latour, Bracquemond, Kroyer, Cazin\nsemblaient devoir dominer et broyer sous eux les nés d'hier. L'exposition\nd'aujourd'hui a calmé cette crainte que nous avions tous. A côté des tableaux\nde SWAN, qui arrêtent et stupéfient tant ils ont de majesté et de grandeur,\ndu David, de BRACQUEMOND, d'après Moreau, de la Plage, de KROYER,\ndes Forgerons, de RAFFAÉLLI, à côté de ces œuvres incomparables,\nd'autres, celles des nôtres, fascinent. C'est l'Après-dînée, de JAMES ENSOR\nsi ragoûtante de couleur malgré ses maladresses, c'est le Coin d'hiver, de\nXAVIER MELLERY; ce sont les épiques Puddleurs en cire de CONSTANTIN\nMEUNIER, la Dame en blanc et la Panique, de JAN TOOROP, et surtout\nl'admirable paysage de Neige, le Crépuscule, toutes les toiles de GUIL­\nLAUME VOGELS, refusées au Salon !\n   Et c'est pourquoi, malgré les inimitiés que des XX ne sont attirées, on\nverra en eux des travailleurs consciencieux, qui, s'ils crient sur les toits\nqu'ils sont des forts, n'ont peut-être qu'un tort, c'est de le crier au lieu de\nle dire paisiblement.\n   Ce sont deux Anglais qui se disputent, aux XX, les deux bouts de\nl'échelle esthétique, JOHN SWÂN avec le plus beau tableau, MARK FISHER\navec le plus mauvais !\n                    Le puissant lion qui fait de larges pas\n                Parfois lève sa griffe et ne la baisse pas,\n                Etant le grand rêveur solitaire de l'ombre\n   Ces vers de la Légende des Siècles, Swan nous les dit dans ses tableaux.\nLe pastel crépusculaire où un lion et une lionne cheminent, farouches,\navec lenteur, et comme s'ils traînaient après eux une charrue, tant leur\nallure a de fatigue, ce pastel, comme tout l'envoi de l'artiste anglais, est\nimpérissable.\n   Ce n'est pas le fauve, crinière au vent, bondissant dans la jungle et lan­\nçant au loin son rugissement de triomphe, c'est le lion pensif qu'exprime\nSwan, c'est la grande tristesse du fauve dans la solitude de sa férocité; c'est\nle roi dans ses domaines.\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3305, "texte": "                                 — 224 —\n\n    Nous le disions récemment, l'art contemporain voit tout en noir et tout\nen gris. Après la large mélancolie de Swan, voici l'intimité douloureuse de\nXAVIER MELLERY. Celui-ci est parvenu à faire, sans invraisemblance, de\nla neige sombre, dans ce petit tableau où se lamente un coin de nature,\noù les branches des arbres se tordent comme des bras de suppliciés, où l'on\nvoit, pour ainsi dire, le silence. Comme certains maîtres hollandais,\n M. Xavier Mellery aime le recueillement; il y a quelque chose de monas­\n tique dans son art, et l'on éprouve presque, à voir son œuvre, l'envie de\n marcher sur la pointe des pieds et de parler bas. Le dessin : Un enterre-\n ment (île de Marken) et en général tous les dessins de Mellery donnent\n intensement cette impression sans pour cela se faire maladifs. L'art de\n Mellery est sain, il est flamand. La tristesse n'en est pas du spleen ni de\n l'énervement, elle est simple, elle est muette.\n    On a fait beaucoup de bruit autour de JEAN-FRANÇOIS RAFFAÉLLI,\n que l'on est tenté d'appeler un révolutionnaire. Impressionnisme, inten-\n tionnisme, nous ont toujours paru mots bien vides, en ce temps que la pos­\ntérité nommera peut-être le siècle du puffisme, pour ne pas dire du muf­\nflisme! La rage que nous avons de délimiter des écoles, en art, nous mène\nà une formidable dépense de mots, sans pour cela que notre classification\nvaille lourd, et l'on ne peut pas répéter assez souvent qu'il n'y a jamais eu\n d'école de grands peintres, il n'y a eu que de grands peintres ou de grandes\nœuvres.\n    Les œuvres de Raffaëlli ne nous « épatent » point, nous ne roulons pas\n des yeux ébahis à les contempler ; nous y voyons travail de peintre sérieux\n qui fait à sa manière et qui fait bien. Sans aimer la couleur qui en est âpre\n et sèche, nous admirons la vie de ses œuvres et leur superbe mouvement.\n Les Forgerons passionneront bien des artistes. On y trouvera l'ouvrier\n français — l'ouverrier — tel qu'il est, avec sa figure spirituelle et luronne\n malgré la fatigue et la peine. Ces deux gaillards penchés, d'un même\n mouvement tous deux, vers le verre qu'ils vont vider et qu'ils vident déjà\n des yeux, sont étonnants d'allure; si c'est cela de l'impressionnisme, va\n pour l'impressionnisme. Le terrassier à la décharge est autrement conçu.\n La bestialité remplace l'insouciance. Ce terrassier, dont la lèvre tombe\ncomme un groin, exprime l'abrutissement par le travail, par la vie écrasée\net surmenée; l'abrutissement sans révolte...\n    L'Armée du Salut est une pochade, d'une simple valeur caricaturale,\nqui nous mène à parler d'un Vingtiste, et sans éloge. M. DARIO DE\nREGOYOS n'a pas de chance aux XX. L'an dernier, sa Récolte de mais\nressemblait à une botte d'allumettes dispersées, et son Café de Saragosse\nà une expérience de ballon captif; aujourd'hui son envoi ne ressemble plus\nmême à cela ! Ses Impressions de voyage sont aussi des pochades mais\nsans grand intérêt, des notes impersonnelles à la portée du plus humble\nrapin. Son portrait d'après El Greco même, avec sa couleur déplaisante\n— quoique peut-être exacte, — ne nous séduit guère davantage. Lorsqu'on\nse souvient de La Plage de l'Almeria, des chemins de fer nocturnes, du\ngrand tableau de banlieue, que M. de Regoyos exposait à diverses époques\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3346, "texte": "                                   — 225 —\n\n\n  naguère, on a le droit de lui jeter des pierres et de lui demander compte de\n  son temps. Comme un bon petit ami de Dario nous le disait finement\n  l'autre jour, quand on pince trop de la guitare, on arrive à pincer de la\n  peinture — non à en faire.\n     CONSTANTIN MEUNIER n'est pas seulement un grand peintre, il est en\n  passe de devenir un de nos premiers sculpteurs. Après avoir, pendant des\n  années, délaissé la cire et le plâtre pour se livrer tout entier à cette ruti­\n  lante peinture qui le met au rang des maîtres, voici qu'il revient à sa reli­\n gion première, sans abandonner l'autre, et, d'un seul coup, donne des\n œuvres qui, si elles n'ont pas toutes les habiletés du métier, ont une gran­\n deur qui émeut et qui frappe.\n     Son Puddleur et son Débardeur, l'un debout dans une pose superbe,\n l'autre assis dans l'attitude lasse que Meunier donne volontiers à ses\n travailleurs, laissent pressentir un art nouveau, inexploré, dans lequel\n l'artiste trouvera sans doute des émotions inconnues. L'ouvrier n'a guère\n été vu jusqu'à ce jour en sculpture. Confiné dans des traditions classiques,\n on n'avait encore traité que le nu, la toge ou la redingote, non la\n blouse. Meunier poussera-t-il jusqu'au bout son étude et poursuivra-t-il la\n voie qui s'ouvre à son étonnante vigueur? Nous n'en doutons point,\n connaissant de près sa nature âpre au travail, et mâle comme l'écrivain\n dont il a reproduit les traits en un médaillon de belle facture. Nous y avons\n bien retrouvé le profil aux lignes musculeuses de Camille Lemonnier, ce\n maître-écrivain modelé par ce maître-artiste. N'oublions pas le peintre qui\n n'a pas perdu sa couleur embrasée, son atmosphère dorée où se meuvent,\n dans la dure peine du labeur, ses hommes de la houille et du feu.\n     On se livre à une hilarité douce en passant de ce Belge aux bras d'athlète\n à l'Italien FRANCESCO-PAULO MICHETTI. Un pastel surtout donne une\n vague frayeur; cela représente une tête de femme aux yeux grands comme\n les Abruzzes d'où M. Michetti est originaire. On dirait d'une couverture\n de Dormi pure affectée d'éléphantiasis, quelque chose qui devrait avoir un\n cadre en macaroni tressé ! Nous regrettons de ne pas pouvoir faire accueil\n plus galant à l'hôte des XX, mais la meilleure volonté du monde\n    A l'époque du Salon triennal, nous avons eu l'occasion de redire à\n M. FÉLIX TER LINDEN tout ce que nous avons pour lui de sincère\n admiration. Ses tableaux nous ont laissé une impression de mélancolie en\n même temps que de charme Aujourd'hui c'est le charme qui domine. Les\n marines de M. Ter Linden sont justes, nous semble-t-il, et cependant le\npeintre, par une fantaisie délicate, dont nous ne trouvons pas la clé, par­\nvient, comme Alfred Stevens, à donner à la mer, aux dunes, aux grèves, des\ntons de soie et de satin d'une exquise élégance. Il y a tout un calme dans\nces toiles, mais un calme aristocratique, à croire que, seuls, des pieds fins\nd'élégantes ont dû fouler ces sables vierges. Cela n'est pas beau, c'est\nadorable; c'est lisse, cela repose doucement le regard sans faire mentir la\nnature. Aussi avouons-nous une préférence de dandy pour ces marines,\ninférieures cependant aux sous-bois que M. Ter Linden traite de main de\nmaître, et d'un maître qu'un insigne honneur a fait refuser au Salon officiel,\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3116, "texte": "                                  —   226   —\n\n\n Sa Forêt s'enfonce loin, très loin, dans une atmosphère de calme et de\n sérénité. C'est là de l'art supérieur auquel on n'a pas d'éloges à épargner.\n    Quelle triste surprise de voir après cela les paysages de M. THÉODORE\n V E R S T R A E T E ! On s'approche — pas pour longtemps — afin d'examiner\n de près par quel procédé le peintre parvient, à l'aide d'un pinceau et de la\n couleur, à faire de la chromolithographie, digne d'être donnée en prime\n aux abonnés de l'Illustration européenne.\n    M. Verstraete ne fait aucun progrès; il n'est plus jeune. Il piétine sur\n place; il n'a pas été refusé, lui...\n    Nous n'en dirons pas autant du jeune sculpteur ACHILLE C.HAINAYE\n qui a gagné, à l'ostracisme officiel, d'apporter aujourd'hui la primeur de\n ses groupes. Rive paisible, malgré des maladresses sympathiques, est\n un morceau de mérite. Le Nu de notre époque tourne vaguement à\n l'androgyne, par la maigreur et la gracilité des lignes ; ces deux adolescents\n— nous allions dire éphèbes — ont des formes intéressantes à ce point\n de vue.\n    Le buste de CÉLESTIN DEMBLON, trop sommaire peut-être et dur de\n facture, ne nous a cependant pas moins frappé; nous y avons retrouvé la\ntête fatiguée et triste de notre confrère, exprimée par une main d'ami qui\nen a pénétré l'âme. Nous n'avons rien à dire de Terre féconde qui manque\n d'originalité et sent un peu trop l'Académie. Rappelons aussi à M. Chai­\nnaye qu'entre un homme nu et un homme écorché il y a une certaine\ndifférence; il accentue parfois les côtes et les muscles de manière à faire\ncroire qu'il n'en est pas bien sûr. Ajoutons qu'il ignore les premiers prin­\ncipes de l'anatomie.\n    L'envoi de M. FANTIN-LATOUR ne vaut pas l'Etude qui, au dernier\nSalon, tranchait avec une si exquise élégance sur la banalité des œuvres\nétalées dans la grande salle. Le Portrait de M me F... est assurément de\nfacture à peu près semblable, mais n'attire pas autant que cette tête de\njeune fille si reposée et si fine devant laquelle on aimait tant à s'arrêter. La\n Tentation, les Fleurs sur fond désagréable, et même les lithographies\nlyriques ne sortent pas de l'ordinaire.\n    Nous arrivons aux Vingtistes qui sont le plus discutés, le plus honnis, le\nplus conspués.\n    JAMES ENSOR n'a pas idée du dessin ; ses plans sont établis de façon\nécolière, mais peu de peintres sont, comme lui, parvenus à faire vivre la\ncouleur, à l'harmoniser de façon tellement habile que l'on ne voie plus les\nmaladresses du tableau. Son Après-dînée où les personnages, la table et les\nchaises semblent être en équilibre instable sur le plan incliné du sol, est\nd'un coloris absolument superbe ; l'air — un air opaque cependant ! — circule\ndans ce salon tranquille, intime, d'où l'on ne doit pas entendre les bruits\ndu dehors. Non moins belles sont les natures-mortes où Ensor accumule\ndes victuailles juteuses, grasses, saines, qui donnent faim, qui « pantagrué­\nlisent » le spectateur.\n    WlLLY FlNCH est de la même famille sinon de la même branche\nqu'Ensor ; lui aussi fait la tache et travaille en pleine pâte, mais sa couleur\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3352, "texte": "                                 — 227 —\n\n\nest plus mate et, disons-le, plus sèche aussi. Son ouvrier en blouse et en\nsabots est certes bien planté, mais dans une atmosphère si boueuse, si\ndéplaisante, qu'on est tenté de n'y voir que l'ébauche d'un tableau à par­\nfaire. Meilleur est mille fois, plein d'air et d'une belle allure agreste, le\nCoin de village à Middelkerke où l'artiste, toujours avec un ton un peu\ntrop mat, a mis une sincérité de vrai, de consciencieux artiste épris de la\nterre-patrie.\n   Parmi les XX, celui qui aura la palme avec Vogels, à qui nous allons\narriver, est incontestablement M. JAN TOOROP. Après des études seule­\nment indicatrices, le jeune peintre se révèle tout à coup comme un ouvrier\nde première force que notre art revendiquera plus tard avec orgueil.\n   Une panique, La dame en blanc, sont quasi œuvres de maître; dans le\npremier tableau, c'est la vie de la rue exprimée avec une variété incroyable\ndans l'assombrissement des couleurs; dans le second, c'est la vie apaisée\net sans trouble des intérieurs connus; dans Le Nes à Amsterdam enfin,\nc'est la vie obscure et prostituée qui, avec sa gouge dépoitraillée qu'éclaire\nseule une lueur douteuse de réverbère, dans sa sinistre horreur ; mais par­\ntout — et nous le répétons à dessein — c'est la vie, c'est cette chose que\nl'âme des vrais artistes rend plus que leurs pinceaux .\n   De même que Toorop, GUILLAUME VOGELS est un amant des nuits\nnoires où s'agitent des choses qu'on pressent mais qu'on ne voit pas. « L'hor­\nreur muette des forêts » hante sa palette; il voit tragique, ses horizons sont\ncriminels et les rafales qu'il y remue ont quelque chose d'épouvantable.\nTel est son Crépuscule, tel son Temps de chien où les arbres sont bous­\nculés, heurtés, maltraités par la tempête ; telle encore son admirable Neige\ndont les flocons glacés semblent accrochés, sans attaches, dans l'air, dans\nl'air qui lui-même paraît gelé. M. Vogels n'est pas ce qu'on l'a voulu dire :\nun intransigeant, un extravagant, un fou ; s'il y avait des formules en art, il\nen aurait trouvé une, mais il n'y en a pas et Vogels n'a fait que se trouver\nlui-même, artiste de foi que bien de nos meilleurs peintres peuvent envier.\n   A l'époque du Salon, nous avons dit ce que nous pensons du sculpteur\nDEVILLEZ. Sa Salomé, que nos aimables employés des chemins de fer ont\nmise en pièces tant ils ont bien lu le mot : Fragile qui en ornait la caisse,\nn'a pu reparaître aux XX. Nous le regrettons. A notre sens, cette œuvre\nvalait mieux que l'envoi actuel de M. DEVILLEZ. Son Saint-Georges,\nœuvre décorative qui n'a pas, pensons-nous, la prétention d'être vivante,\nest tout au plus élégant dans sa forme effilée. Ses médaillons ne sont non\nplus que gracieux, mais proviennent de la Mode, qui fait actuellement le\nfond de l'art français. Tout cela est gentil, aimable, spirituel même, mais\nboudoireux, — qu'on nous passe le néologisme, — et l'on y voudrait trouver\nun brin de nerf, d'énergie, de profondeur. Nous aimons peu les œuvres à\nfleur de peau et celles-ci ne sont pas autre chose. Que M. Devillez regarde\nà côté de son exposition, le buste de Verheyden par Constantin Meunier;\nil y verra ce que c'est que la vie, en sculpture.\n   A notre sens, on a tort de reprocher aux peintres d'aller chercher au loin\ndes impressions. Quelque radieux que soit le soleil patrial, il n'est pas\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3209, "texte": "                                  — 228 —\n\n\nunique et nous nous révoltons contre le principe exclusif de 1' « œuvre du\nterroir ». Où qu'on se trouve, on peut faire beau.\n   C'est ce qu'ont pensé sans doute MM. THÉO VAN RYSSELBERGHE et\nFRANZ CHARLET qui sont allés transporter et transposer au Maroc leur\npalette flamande. L'un et l'autre ont rapporté des œuvres dont on peut\nadmirer sans restriction les grandes qualités. La Fantasia et surtout le\nConteur arabe sont œuvres de travailleur déjà complet quoique jeune,\ntrop complet peut-être si nous évoquons le souvenir de ce merveilleux Mar-\nchand d'oranges où Van Rysselberghe avait mis moins de science tech­\nnique peut-être, mais certainement plus de fougue et plus de brio. Les\nFileuses de Charlet nous font semblable impression ; malgré les qualités\nincontestables de cette toile, nous regrettons de n'y pas trouver plus de\njeunesse et plus d'audace.\n    Les XX ont fait une triste acquisition en enrôlant parmi eux M. GUIL­\nLAUME CHARLIER dont l'envoi est quelconque. Nous n'en dirons pas aussi\npeu de M. PAUL DUBOIS qui, lui, mérite d'être sérieusement étudié. Ses\ndeux bustes sont d'un fort qui, s'il ne tombe pas dans l'art fignolé du bou­\nlevard français comme il y semble porté, comptera parmi nos meilleurs\nsculpteurs, un jour.\n    M. JEAN DELVIN n'expose rien qui vaille. M. CHARLES GOETHALS\ncopie Israëls dans son tableau : Fin de journée. Le tableau d'Israëls, au\nSalon, était très beau. M. FRANZ SIMONS fait sourire. Les Réflexions des\npaysannes devant le marbre nu d'un Apollon, sont aussi ridicules que le\nDeuil pleurnicheur qui leur fait pendant.\n    M. WILLY SCHLOBACH s'essaie pour la première fois dans le portrait.\nSa jeune fille, à la tête fine, sur un fond japonais, est charmante, et, n'était\nun masque décoratif qui n'est pas à son plan et semble voltiger dans la\nchambre, nous n'aurions pas de restrictions à faire à un jeune peintre dont\nnous aimons beaucoup le talent.\n    M. GUILLAUME VAN STRYDONCK n'a pas changé et n'est pas en pro­\ngrès. Ses portraits sont vivants et ressemblants, mais empreints d'une si\ndésagréable vulgarité que l'on se demande toujours si le peintre ne prend\npas ses modèles dans les loges de concierge. Le portrait de Vander Stappen\nest d'un rendu merveilleux, mais peint comme les autres portraits sans\n souci de la distinction. Mieux valent mille fois Les tireurs à l'arc auxquels\nnous n'avons qu'un reproche à adresser, c'est d'avoir pour fond un mur\nqu'au premier abord on prend pour un coin de ciel. En dehors de cette\n maladresse, il y a dans les Tireurs des morceaux d'une excellente observa­\n tion et un profil de fillette absolument exquis.\n    Nous arrivons à ISIDORE VERHEYDEN, qui n'avait pas besoin d'être\nvingtième pour être peintre de belle race. Son tableau Dans les dunes, que\n nous avons eu l'occasion d'admirer au dernier Salon, est une merveilleuse\n œuvre de couleur et de sentiment ; nous n'en dirons pas moins de l'excellent\n portrait de Constantin Meunier d'une couleur si truculente et d'une vie si\n intense. Avec ces deux œuvres, et celles qui les entourent, les Scieurs de\n long, Un braconnier, Isidore Verheyden prend place parmi nos meilleurs\n et nos plus durables artistes.\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3228, "texte": "                                      229\n\n    Il ne nous reste plus, dans cet article déjà trop long, qu'à citer les supé­\nrieurs envois du Danois KROYER qui, avec ses deux pastels, son Déjeuner\ndes artistes surtout, efface LOUISE BRESLAU, charmante cependant.\n    Chose assez bizarre, ce sont deux peintres, Kroyer et Meunier, qui\ntriomphent dans la sculpture. Le buste de Michel Ancher, fouillé en belle\n pâte, a une allure superbe, et à côté de lui, les sculptures du Parisien\n LANSON font un effet presque piteux. Citons encore, pour être complet,\n les paysages élégants et délicieux de CAZIN, les deux portraits à l'eau-forte\n de L. LE NAIN, le triste envoi de M. MANCINI, les marines inférieures de\n M. MESDAG, les deux tableaux sans valeur du peintre prussien VON\n UHDE, les paysages de M. WYTSMAN fort en progrès, et constatons avec\n regret l'absence au salon des XX de M. FERNAND KHNOPFF.\n    Au moment de terminer cet article où nous avons tenu à parler\n de tout le monde, nous devons protester contre cette opinion qui court :\nque les XX sont des combattants, des pourfendeurs, des décrocheurs de\n sonnettes. L'Art moderne, organe officiel du cercle auquel nous rendons\n largement et sincèrement justice, prétend que l'exposition présente « le\ncaractère d'une bataille ». Nous nous demandons en quoi et pourquoi?\n    L'an dernier on voyait dans les XX des jeunes qui se détachaient\nviolemment de groupes engoncés dans des routines déplorables et des\ntendances dangereuses; des conférences intransigeantes y furent données;\n cette année, nous y trouvons un groupe de peintres et sculpteurs choisis,\n les uns mauvais et qui se retireront pour faire place à de plus méritants, les\n autres médiocres, le plus grand nombre de première force. Mais je ne vois\n aucune rupture de lance en tout cela, aucun tournoi, rien qui casse une\n ombre de vitre : simplement un cercle heureusement composé et meilleur\n que les autres. Qu'on ne vienne pas nous dire que les XX « c'est désormais\n le vrai Salon de Bruxelles ». Il y a plus de vingt bons artistes en notre\n pays, et nous pourrions, après Jef Lambeaux, Baron, Hermans, Oyens,\n d'Anethan, Binjé, Anna Boch, Marie Collart, Courtens, de Braekeleer,\n De Vigne, Frédéric, Smits, Speeckaert, Stevens, Alfred Verhaeren, Stob­\n baerts, Verwée — que nous citons tous à la volée d'après le catalogue\ndu Salon officiel — nous pourrions après eux en citer bien d'autres.\n    Nous l'avons déjà dit, les expositions partielles sont une excellente\nchose ; celle des XX est la meilleure que nous ayons eue depuis fort long­\ntemps, mais le côté combat nous en échappe. Les XX vendront leurs\nœuvres tout aussi bien que d'autres, malgré les prix ridicules qu'ils en\nexigent. Pourquoi posent-ils à je ne sais quelle misanthropie qui leur fait\n« fuir à tout jamais l'approche des humains » — je ne parle pas des ache­\nteurs ! — et quelle situation imaginaire d'un martyre dont ils n'ont que les\npalmes, — sans le supplice?\n    Qu'ils continuent la série de leurs expositions, qu'ils fassent autour de\nleurs ouvertures le plus de bruit possible, mais qu'ils n'enfoncent pas des\nportes que personne n'a jamais songé à fermer.\n                                                                   M.W."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-03-10-n3-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 230, "page_fin": 232, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "58 année 1885", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 85, "fin_caractere_exclue": 96, "texte": "MEMENTO\n   "}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 138, "texte": "Un critique d'art, ex-peintre de genre, de"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 184, "fin_caractere_exclue": 227, "texte": "sujets de sentiment, de Christs au tombeau,"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 277, "fin_caractere_exclue": 317, "texte": "de paysages, actuellement inspecteur des"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 346, "fin_caractere_exclue": 383, "texte": "Beaux-Arts, M. 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Il faut"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2693, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "voir de quel ton rogue de chef de bureau"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2781, "fin_caractere_exclue": 2826, "texte": "ce vétéran de l'art poncif, ce critique d'une"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2873, "fin_caractere_exclue": 2914, "texte": "esthétique fourbue, ce romancier dont les"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2965, "fin_caractere_exclue": 3004, "texte": "romans s'écoulent sous forme de sachets"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3058, "fin_caractere_exclue": 3099, "texte": "chez l'épicier, rive leur clou aux petits"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3152, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "peintres de la nouvelle école, aux poétrail­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3246, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "lons réfractaires aux concours de cantates."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3342, "fin_caractere_exclue": 3380, "texte": "Certes, le commis aux appointements de"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3421, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "5,000 francs qui, de dessous sa visière"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3511, "fin_caractere_exclue": 3551, "texte": "verte, jette un si profond et dédaigneux"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3601, "fin_caractere_exclue": 3639, "texte": "regard sur les hommes et les choses du"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3694, "fin_caractere_exclue": 3735, "texte": "jour — et de demain, — combine en lui les"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3788, "fin_caractere_exclue": 3831, "texte": "multiples facultés indispensables pour pon­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3881, "fin_caractere_exclue": 3926, "texte": "tifier en d'aussi graves sujets. Peintre raté"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3973, "fin_caractere_exclue": 4016, "texte": "et gendelettre échoué dans le rond de cuir,"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4067, "fin_caractere_exclue": 4110, "texte": "s'il n'a pas approché la vie publique, il a"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4160, "fin_caractere_exclue": 4203, "texte": "pu du moins, alors qu'il inspectait naguère"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4251, "fin_caractere_exclue": 4291, "texte": "les jeux à Spa, — M. Leclercq a toujours"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 142, "fin_caractere_exclue": 183, "texte": "inspecté quelque chose, — méditer sur les"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 233, "fin_caractere_exclue": 276, "texte": "hasards de cette autre roulette, qui est la"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 326, "fin_caractere_exclue": 345, "texte": "roulette politique."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 398, "fin_caractere_exclue": 435, "texte": "Qui n'a pas somnolé en lisant une des"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 485, "fin_caractere_exclue": 525, "texte": "élucubrations du morne romancier qu'il y"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 575, "fin_caractere_exclue": 615, "texte": "a dans cet homme doué d'une si excessive"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 665, "fin_caractere_exclue": 708, "texte": "hybridité, ne sait pas jusqu'où un écrivain"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 758, "fin_caractere_exclue": 799, "texte": "peut pousser la lourdeur et l'ennui. Dans"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 849, "fin_caractere_exclue": 891, "texte": "le genre endormant, il fait autorité. Per­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 941, "fin_caractere_exclue": 980, "texte": "sonne, depuis feu M. Hymans, n'écrit le"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1030, "fin_caractere_exclue": 1069, "texte": "Belgeoie comme lui. Peut-être est-ce un"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1119, "fin_caractere_exclue": 1161, "texte": "titre suffisant pour tancer du haut de son"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1211, "fin_caractere_exclue": 1249, "texte": "tabouret, comme il le fait, les jeunes"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1299, "fin_caractere_exclue": 1337, "texte": "hommes de lettres sottement épris d'un"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1387, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "idéal de forme subtile et raffinée."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1475, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "Mais si étonnant que soit le plumitif"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1562, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "chez M. Leclercq, l'illusoire et fantasma­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1654, "fin_caractere_exclue": 1696, "texte": "gorique peinture que cet actuel inspecteur"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1746, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "des Beaux-Arts fabriquait aux alentours de"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1839, "fin_caractere_exclue": 1884, "texte": "1860, avait de bien plus particulières signi­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1934, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "fications encore."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2004, "fin_caractere_exclue": 2044, "texte": "La génération d'alors n'a pas oublié les"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2094, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "petits sujets de genre sentimental que l'aus­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2189, "fin_caractere_exclue": 2234, "texte": "tère critique d'aujourd'hui bâclait à la dou­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2284, "fin_caractere_exclue": 2329, "texte": "zaine en ce temps où la littérature le solli­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2379, "fin_caractere_exclue": 2424, "texte": "citait moins que la peinturlure.// est sauvé,"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2474, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "Madame,       représentant un esculape se"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2565, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "tournant le sourire aux lèvres vers une"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2654, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "bonne femme et lui montrant son enfant"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2742, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "guéri. En une autre toile : Mon pauvre"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2830, "fin_caractere_exclue": 2872, "texte": "enfant!!! on voyait un menuisier, en train"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2922, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "de raboter à son établi, lever les bras au"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3014, "fin_caractere_exclue": 3057, "texte": "ciel en regardant deux petites jambes d'en­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3107, "fin_caractere_exclue": 3151, "texte": "fants qui dépassaient le bord de la fenêtre."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3201, "fin_caractere_exclue": 3245, "texte": "Ici l'art allait jusqu'à faire sentir que le"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3295, "fin_caractere_exclue": 3337, "texte": "petit être, en tombant sur le trottoir, ne"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3387, "fin_caractere_exclue": 3420, "texte": "serait plus qu'une masse informe."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3472, "fin_caractere_exclue": 3510, "texte": "Et je ne dis rien des printemps en fer"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3560, "fin_caractere_exclue": 3600, "texte": "blanc qui longtemps signalèrent, chez ce"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3650, "fin_caractere_exclue": 3693, "texte": "coloriste, atteint du plus incurable dalto­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3743, "fin_caractere_exclue": 3787, "texte": "nisme, la volonté cruelle de lutter avec les"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3837, "fin_caractere_exclue": 3880, "texte": "produits les plus féroces de la teinturerie"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3930, "fin_caractere_exclue": 3972, "texte": "— ni des tableaux de religion où ce libre-"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4022, "fin_caractere_exclue": 4066, "texte": "penseur, cet hérétique de plus tard, dépensa"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4116, "fin_caractere_exclue": 4159, "texte": "un trésor de piété fervente et qui allèrent"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4209, "fin_caractere_exclue": 4250, "texte": "orner les sacristies de campagne au loin."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4303, "fin_caractere_exclue": 4343, "texte": "Qui donc, après de pareils états de ser-"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 100, "texte": "vice, oserait dénier à l'employé des minis­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 193, "texte": "tères.... le droit de fulminer contre les ten­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 239, "fin_caractere_exclue": 282, "texte": "dances malsaines de l'école du premier feu?"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 472, "fin_caractere_exclue": 501, "texte": "Jules Vallès vient de mourir."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 567, "fin_caractere_exclue": 606, "texte": "Il a été homme politique, tant pis pour"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 657, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "lui, mais aussi écrivain — tant mieux!"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 755, "fin_caractere_exclue": 793, "texte": "En ce temps-là, bras dessus, bras des­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 844, "fin_caractere_exclue": 886, "texte": "sous, parlant haut, avec de grands gestes,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 931, "fin_caractere_exclue": 972, "texte": "Jules Vallès et André Gill se promenaient"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1006, "fin_caractere_exclue": 1044, "texte": "au passage Saint-Hubert. C'était avant"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1097, "fin_caractere_exclue": 1141, "texte": "l'amnistie. Je les vois encore comme d'hier,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1192, "fin_caractere_exclue": 1230, "texte": "Gill grand comme un colosse mais l'œil"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1282, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "très doux, Vallès trapu, les cheveux gri­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1379, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "sonnants et hirsutes, avec sa face de"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1471, "fin_caractere_exclue": 1506, "texte": "boule-dogue et son regard dur. Tous"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1565, "fin_caractere_exclue": 1605, "texte": "deux étaient des révoltés et des navrés."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1658, "fin_caractere_exclue": 1700, "texte": "L'un, le caricaturiste que personne n'a su"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1751, "fin_caractere_exclue": 1791, "texte": "remplacer, laisse cette Muse à Bibi dans"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1845, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "laquelle, entre ses « coups de gueule » de"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1941, "fin_caractere_exclue": 1978, "texte": "gamin de Paris, s'épanche une immense"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2038, "fin_caractere_exclue": 2050, "texte": "tristesse..."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2128, "fin_caractere_exclue": 2152, "texte": "Use ta vie, use tes vœux"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2254, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "Dans l'enthousiasme éphémère,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2353, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "Bois jusqu'au fond la coupe amère,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2450, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "Regarde blanchir tes cheveux."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2487, "fin_caractere_exclue": 2519, "texte": "Isolé, combats, souffre, pense ;"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2579, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "Le sort te garde en récompense"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2676, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "Le dédain du sot triomphant,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2712, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "La barbe auguste des apôtres,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2808, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "Un cœur pur et des yeux d'enfant"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2902, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "Pour sourire aux enfants des autres..."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3038, "fin_caractere_exclue": 3075, "texte": "L'autre, Vallès, n'est point non plus"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3129, "fin_caractere_exclue": 3167, "texte": "mort pour l'Art. Son œuvre nous reste,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3222, "fin_caractere_exclue": 3259, "texte": "œuvre saignante et pantelante dans sa"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3313, "fin_caractere_exclue": 3355, "texte": "forme impeccable. Les Réfractaires,     La"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3407, "fin_caractere_exclue": 3448, "texte": "Rue, et surtout cette trilogie de Jacques"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3501, "fin_caractere_exclue": 3543, "texte": "Vingtras où se déchaînent toutes les r é ­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3600, "fin_caractere_exclue": 3642, "texte": "voltes et toutes les haines : L'Enfant, Le"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3691, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "Bachelier,    L'Insurgé."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3789, "fin_caractere_exclue": 3829, "texte": "On a reproché durement à Vallès d'avoir,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3873, "fin_caractere_exclue": 3915, "texte": "dans le premier de ces livres, insulté son"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3935, "fin_caractere_exclue": 3977, "texte": "enfance. S'il l'a fait, c'est que ses pre­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4027, "fin_caractere_exclue": 4068, "texte": "mières années avaient été heurtées et ca­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4093, "fin_caractere_exclue": 4131, "texte": "hotées, que l'enfant battu, rossé, mal"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4189, "fin_caractere_exclue": 4224, "texte": "compris, mal guidé se vengeait dans"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4265, "fin_caractere_exclue": 4273, "texte": "l'homme."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4277, "fin_caractere_exclue": 4315, "texte": "Et alors sa plume trempée dans du sang"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4317, "fin_caractere_exclue": 4357, "texte": "disait :    J'entre dans la vie d'homme,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4413, "fin_caractere_exclue": 4455, "texte": "prêt à la lutte, plein de force, bien hon­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4509, "fin_caractere_exclue": 4551, "texte": "nête. 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Je suis mon maître à par­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 709, "fin_caractere_exclue": 751, "texte": "tir d'aujourd'hui. Mon père avait le droit"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 804, "fin_caractere_exclue": 843, "texte": "de frapper... Mais malheur, maintenant,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 896, "fin_caractere_exclue": 930, "texte": "malheur à qui me touche! — Ah oui!"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 983, "fin_caractere_exclue": 1005, "texte": "malheur à celui-là ! »"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1061, "fin_caractere_exclue": 1096, "texte": "La Haine qui assombrit tout ce qu'a"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1149, "fin_caractere_exclue": 1191, "texte": "publié Jules Vallès ne lui venait pas seu­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1244, "fin_caractere_exclue": 1281, "texte": "lement de son passé de déboires. Dans"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1334, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "sa lutte pour la vie, il avait trop vécu et,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1431, "fin_caractere_exclue": 1470, "texte": "en Angleterre surtout, sa force d'homme"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1523, "fin_caractere_exclue": 1564, "texte": "s'était presque éteinte dans de furieuses"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1617, "fin_caractere_exclue": 1657, "texte": "passions. 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Nous allons ramener"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3838, "fin_caractere_exclue": 3872, "texte": "du sang, du nerf en France, nom de"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3926, "fin_caractere_exclue": 3934, "texte": "Dieu ! »"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3989, "fin_caractere_exclue": 4026, "texte": "Quelque temps après, le Cri du Peuple"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4079, "fin_caractere_exclue": 4092, "texte": "retentissait."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4147, "fin_caractere_exclue": 4188, "texte": "Aujourd'hui Jules Vallès n'est plus, mais"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4241, "fin_caractere_exclue": 4264, "texte": "Jacques Vingtras reste."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4372, "fin_caractere_exclue": 4411, "texte": "La Revue artistique a vécu. 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Entre-"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "prendre, en notre pays si « gnaf », un"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 189, "texte": "recueil ne s'occupant que de choses d'art,"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 237, "fin_caractere_exclue": 279, "texte": "y juger les œuvres de façon haute et indé­"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 324, "fin_caractere_exclue": 366, "texte": "pendante, l'orner luxueusement de planches"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 410, "fin_caractere_exclue": 453, "texte": "aussi excellentes que coûteuses, c'est plus"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 502, "fin_caractere_exclue": 543, "texte": "que de l'audace. Nous avons sous les yeux"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 569, "fin_caractere_exclue": 610, "texte": "les deux premiers numéros de la Chronique"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 655, "fin_caractere_exclue": 698, "texte": "des Beaux-Arts      et c'est merveille d'en"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 749, "fin_caractere_exclue": 793, "texte": "feuilleter les pages. Nous y trouvons, outre"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 860, "fin_caractere_exclue": 901, "texte": "d'excellents articles de Georges Eekhoud,"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 986, "fin_caractere_exclue": 1021, "texte": "L. Van Keymeulen, Jules Destrée, de"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1022, "fin_caractere_exclue": 1063, "texte": "superbes vers d'Albert Giraud, des repro­"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1064, "fin_caractere_exclue": 1105, "texte": "ductions de Jacques Jordaens en quantité,"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1106, "fin_caractere_exclue": 1144, "texte": "sans compter celles d'oeuvres modernes"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1181, "fin_caractere_exclue": 1201, "texte": "des derniers Salons."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1275, "fin_caractere_exclue": 1313, "texte": "Le prix de la revue (paraissant chaque"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1359, "fin_caractere_exclue": 1398, "texte": "mois en livraisons de 64 pages de texte"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1449, "fin_caractere_exclue": 1491, "texte": "avec huit planches) n'est que de 25 francs"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1511, "fin_caractere_exclue": 1546, "texte": "par an (10, rue Gramaye, à Anvers)."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1714, "fin_caractere_exclue": 1717, "texte": "***"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1780, "fin_caractere_exclue": 1815, "texte": "La Revue La Jeune France (rédacteur"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1868, "fin_caractere_exclue": 1906, "texte": "en chef, Paul Demeny), vient de passer"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1960, "fin_caractere_exclue": 2004, "texte": "sous la direction de M. Alcide Bétrine. Elle"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2050, "fin_caractere_exclue": 2092, "texte": "continue ses traditions littéraires en pu­"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2139, "fin_caractere_exclue": 2180, "texte": "bliant, dans son dernier numéro, de fines"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2232, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "silhouettes d'artistes d'Alphonse Daudet;"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2327, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "une nouvelle, Fausse Manœuvre,"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2418, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "M. Fernand Lafargue; le mouvement litté-"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2506, "fin_caractere_exclue": 2547, "texte": "raire en Allemagne, par un érudit, M. Au­"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2575, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "guste Dietrich; des portraits d'Edmond"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2663, "fin_caractere_exclue": 2703, "texte": "About et de Jules Vallès, par MM. Albert"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2750, "fin_caractere_exclue": 2787, "texte": "Le Roy et Emile Michelet; des vers de"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2836, "fin_caractere_exclue": 2878, "texte": "François Coppée, Charles Morice, Stanislas"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2923, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "de Guaita, etc. ; le mois politique par le"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3008, "fin_caractere_exclue": 3050, "texte": "jeune et vaillant député Gustave Rivet, la"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3095, "fin_caractere_exclue": 3128, "texte": "revue des théâtres et des livres,"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3182, "fin_caractere_exclue": 3220, "texte": "Septième année. — Un an : 12 francs. —"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3246, "fin_caractere_exclue": 3276, "texte": "15, rue des Beaux-Arts, Paris."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3476, "fin_caractere_exclue": 3511, "texte": "Les poésies de Catulle Mendès, aug­"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3563, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": "mentées de soixante-douze poèmes inédits,"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 104, "fin_caractere_exclue": 146, "texte": "paraissent chez l'éditeur Paul Ollendorff."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 198, "fin_caractere_exclue": 236, "texte": "Elles forment sept volumes : I. Philo­"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 286, "fin_caractere_exclue": 323, "texte": "méla. — II. Sérénades. Pagode. — III."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 373, "fin_caractere_exclue": 409, "texte": "Soirs moroses. — IV. Intermède. — V."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 459, "fin_caractere_exclue": 501, "texte": "Hespérus. — V I . Contes épiques. —VII. 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Monnier, la 4° édi­"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1322, "fin_caractere_exclue": 1358, "texte": "tion de Nono, roman de mœurs contem­"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1408, "fin_caractere_exclue": 1448, "texte": "poraines, par Rachilde, l'auteur de Mon-"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1498, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "sieur Vénus."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1563, "fin_caractere_exclue": 1601, "texte": "— A Paris, chez E. 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Après l'Atlantide,"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2466, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "de Verdaguez, voici Mendoza, de Valera."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2555, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "Cela, en une année."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2627, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "— Chez Dentu, Héros et Pantins, par"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2712, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "Léon Cladel, avec une page de Camille"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2798, "fin_caractere_exclue": 2835, "texte": "Lemonnier. A bientôt le compte-rendu."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2887, "fin_caractere_exclue": 2922, "texte": "— Chez Vanier, Vie fatale, roman de"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2971, "fin_caractere_exclue": 3007, "texte": "mœurs modernes, par D. 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Seul\n  journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n  province que pour la capitale, soit 1 2 francs par an.\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie le CARNAVAL DE VENISE, par Armand\n  DURANTIN. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs,\n  en vente partout.\n\n\nL'HYSTERIQUE, par Camille LEMONNIER vient de\n  paraître chez Charpentier, à Paris, fr. 3 - 5 0 . Le quatrième mille en est\n  actuellement en vente.\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN. Pré­\n  face de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (3e édition).\n  Un volume, Paris, librairie des auteurs modernes, fr. 3 - 5 0 .\n\n\n                POUR PARAITRE PROCHAINEMENT :\n\n\n                              NOTES\n                                  SUR LA\n\n\n\nLITTÉRATURE MODERNE\n                                    PAR\n\n                  F R A N C I S            N A U T E T\n                           Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n\n\nLUTECE, journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo TRE­\n ZENICK, secrétaire de la rédaction-: Georges RALL. Bureaux : boulevard\n Saint-Germain, 16, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n la Belgique : le port en sus.\n\n\n\nCURIEUSE! par Joséphin PÉLADAN, paraîtra prochainement,\n avec une eau-forte de Félicien Rops, fr. 3 - 5 0 .\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1619, "texte": " L'ARTISTE, revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\n   rain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\n   pagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n   Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n   à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant belge : MAX\n   WAI.LER.\n\n\n\n\nLE SALON DE BRUXELLES 1884, par\n   MAX WALLER, avec une préface de Camille Lemonnier. Un vol.,\n   fr. 2 - 0 0 .\n\n\n\nP I E R R O T                       L U N A I R E ,                           par Albert GIRAUD. Un vol.\n   elzévir. Paris, Lemerre, fr.                          2-00.\n\n\n             H U M A N I T É SC O M P L È T E S\n                                 A DOMICILE EN T R O I S ANNÉES)\n\n\n\n                    PRÉPARATION AUX EXAMENS\n                                                               DE\n\n\nPHILOSOPHIE ET LETTRES\n                                  Cours et répétitions particulières de\n\n       LATIN, PHILOSOPHIE, LITTÉRATURE, ANGLAIS & ITALIEN\n\n                    NOMBREUX SUCCES OBTENUS AUX EXAMENS\n(Sur 2 5 récipiendaires présentés aux examens en 1883 et 1884, 2 2 ont parfaitement\n                             réussi, dont 7 avec grades)\n\n\n\n              Examen de secrétaire de légation\n                   Cours et leçons particulières d'anglais et d'italien\nCONVERSATION, GRAMMAIRE, TRADUCTION, RÉDACTION, LITTÉRATURE\n\n\n                        S'ADRESSER A M. BENHAM. PROFESSEUR, 8, R.UE DU PARCHEMIN\n\n\n       B r u x e l l e s . — I m p r i m e r i e FÉLIX C A L L E W A E R T p è r e , 26, r u e d e l ' I n d u s t r i e .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 206, "texte": "5e ANNÉE.                 TOME IV, N° 3.              PRIX : 60 CENT.\n\n\n\n\n                                           LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 S O M M A I R E:\n   La Lupa                                                    GEORGES EEKHOUD.\n   Souvenir.      '                                          EMILE VAN ARENBERGH.\n   Murillo                                                   LUCIEN SOLYAY.\n   Vers                                                      GEORGES KHNOPFF.\n   Flemm-Oso                                                 JAMES VAN DRUNEN.\n   E n Flandre                                               GEORGES GOURDON.\n   Chronique littéraire : L'Hystérique      .     .     .    ALBERT GIRAUD.\n   Chronique musicale                                        HENRY MAUBEL.\n   Chronique artistique : L'Exposition     des XX.           M. W .\n   Memento                                                           .\n\n\n\n\n                                   BRUXELLES\n               ADMINISTRATION :                                 RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                       80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                           1885\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                         REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\nparaissant   le 1er de chaque mois en livraisons de 40 pages au moins et formant       au bout\n                        de l'année un superbe volume de 600 pages.\n\n\n                   MEMBRES FONDATEURS\n    MM. ANDRÉ COLLARD, à Herstal; OSCAR COLSON, à Vottem\n                 GEORGES D E S T R É E , à Bruxelles\n    EDOUARD D E W I N T E R , à Bruxelles; CH. GUILLE, à Bruxelles\n       PETRUS PIRUS, à Gand; HUBERT VAN DIJK, à Bruxelles\n                                 ABONNEMENTS :\n               Belgique : Un an, 5 francs. — E t r a n g e r : Un an, 7 francs.\n\n                           BUREAUX A BRUXELLES :\n        Administration    : 26, rue de l'Industrie. — Rédaction   : 80, rue Bosquet.\n\n\n\n  Les tomes I, II et III de la Jeune Belgique sont en vente au prix de 5 francs\nchacun. Le prix ne tardera pas à êlre augmenté vu la rareté croissante des collections\ncomplètes.\n\n\n  Il est tiré de la Jeune Belgique 20 exemplaires sur beau papier de Hollande numé­\nrotés. L'abonnement en est fixé à 10 francs l'an.\n\n\n                              BOITE AUX L E T T R E S\n   12. To BE OR Anvers. Sylvia est-il de deux ou trois pieds ? Votre pentoum est inno­\ncemment moyen-âgeux; ni mauvais ni bon, tout au plus quelconque. Indignus             intrare,\nabsolument.\n   13. R. D'Y. Paris. Vous avez tort de dire que la Jeune Belgique « est le giron qui\nabrite tous les débutants »; la Jeune Belgique est une petite chapelle où l'on n'admet de\nnouveaux enfants de chœur qu'après des épreuves aussi bizarres que talentueuses; en\ntous cas, ne croyez pas qu'elle soit hospitalière; votre Amour romantique ferait très bon\neffet dans le Journal des Gens de lettres, envoyez-le à M. Descamps; successeur de feu\nnotre cher docteur Valentin.\n   14. F . S. ZUEN. Ilventolandeglauque,   telle est la consonnance bizarre de votre premier\nvers. — Votre lettre est touchante et charmante, mais ce n'est pas une raison pour se\nlaisser attendrir. Vos vers sont médiocres, travaillez, vous ferez mieux, et gare aux\nchevilles; lisez des vers de Potvin, la réaction vous fera faire des chefs-d'œuvre.\n   15. M. G. MOUREY. Marseille. En fait de Lettres, nous nous fichons comme d'une\nguigne de la recommandation de M. Vandermeylen; vous n'en aviez pas besoin pour\nvous faire refuser jusqu'à nouvel ordre. Votre envoi ne vaut (On dirait du).\n   16. MAURICE G. Paris. Les Belges avant vous! Messieurs; allez voir au boulevard si la\nJeune Belgique s'y trouve! Patience, les agneaux, Tristia aura son tour, un jour o u . . .\nl'autre.\n   17. MAURICE V. Paris. Voir ci-dessus, ô poète !\n   18. P. MONTANE. Mais c'est archi-connu, cher correspondant, archi-connu.\n   19. GUSTAVE DE G. Anvers. Pas de place, pas de place ! Merci\n   20. JULES G. Bruxelles. C'est un peu trop loustic pour nous, confrère. Nous avons\nbeaucoup ri d'e votre épitre en vers, mais sans devenir graves, nous ne pouvons cepen­\ndant tomber dans ce genre-là. A vous bien.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                             LA LUPA (I)\n\n                                  EIle était longue, maigre. Quoiqu'elle ne fût\n                                   plus jeune, elle avait un sein ferme et\n                                   vigoureux de brune. Pâle comme si la\n                                   malaria lui travaillait le dos. Sous cette\n                                   pâleur deux yeux très grands et des lèvres\n                                   fraîches et rouges qui vous mangeaient.\n                                      Au village on l'appelait la Lupa, la\n                                   louve, parce qu'elle n'était rassasiée\n                                   jamais et de rien. Les femmes faisaient\n                 le signe de croix lorsqu'elles la voyaient passer, seule\n                 comme une prostituée, avec cette allure vagabonde et\n                 défiante de la louve affamée. Ces lèvres rouges leur enle­\n                 vaient en un clin d'œil, fils, époux et fiancés, et rien qu'à\n                 darder vers les hommes ces prunelles de satan elle les\n                 attelait à ses jupons, dût-elle aller les chercher au pied\n                 de l'autel de Sainte-Agrippine. Heureusement la Lupa ne\n                 venait jamais à l'église, ni à Pâques, ni à Noël, ni pour\n                 entendre la messe, ni pour se confesser. — Pour elle le\n                 père Angiolino de Sainte Marie de Jésus, un vrai serviteur\nde Dieu, avait perdu l'âme.\n\n\n  (1) La Lupa (la Louve) fait partie d'un recueil de neuf nouvelles Vita dei Campi de\nGiovanni Verga, avec Capuana, un des chefs de l'école vcriste en Italie. M. Verga débuta\npar un roman sentimental Histoire d'une fauvette, puis il publia plusieurs romans\n                                                                               12\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "                                      — 190 —\n\n   Maricchia, la pauvre, bonne et brave fille, pleurait en cachette, parce\nque la Lupa était sa mère et que nul ne l'aurait demandée en mariage,\nquoiqu'elle eût une ronde dot dans sa commode et de la bonne terre au\nsoleil comme toutes les autres filles du village.\n   La Lupa s'énamoura un jour d'un beau gars qui était retourné du\nservice et moissonnait le foin avec elle dans les champs du tabellion. Silen­\ncieuse, haletante, à ses côtés, la chair grillant sous la futaine des vête­\nments, les yeux fixés sur Nanni, elle voulait lui faire partager cette soif\ncausée par les heures chaudes de juin, au fond de la lande. Mais le gars\ncontinuait tranquillement à moissonner, le nez dans les javelles, et lui\ndisait : — Or ça, qu'avez-vous, gnà Pina? Dans les champs immenses, où\néclatait seulement le vol des grillons, quand le soleil tombait à plomb,\nla Lupa, dressait javelle sur javelle et gerbe sur gerbe, sans jamais se\nlasser, sans se plaindre un moment de la vie, sans approcher les lèvres de la\ngourde d'eau pour être toujours sur les talons de Nanni qui moissonnait,\nmoissonnait, et lui demandait de temps en temps : — Que voulez-vous,\ngnà Pina?\n   Un soir elle le lui dit, alors que les hommes sommeillaient dans la\ngrange harassés après la longue journée et que les chiens hurlaient par la\nvaste campagne noire : — Je te veux ! Toi qui es beau comme le soleil, et\ndoux comme le miel. Je te veux, toi !\n   — Et moi par contre je veux votre fille qui est génisse, répondit Nanni\nen riant.\n   La Lupa s'enfonça les mains dans les cheveux, se gratta les tempes sans\najouter un mot, et sortit de la grange pour n'y plus rentrer. Mais en octobre\nelle revit Nanni, au temps où on étrite les olives, parce qu'il travaillait à\ncôté de sa maison et que le cliquetis du moulin l'empêchait de dormir de\ntoute la nuit.\n   — Prends le sac d'olives, dit-elle à sa fille, et viens avec moi.\n   Nanni repoussait à coups de pelle la pâte sous la meule, et criait\nOhi! à la mule lorsque celle-ci ralentissait le pas. — Vous voulez donc ma\n\n\nmondains dont l'un, Eros, lui valut l'honneur d'être injurié par les cuistres de là-bas.\nMais son vrai début original fut Nedda, un recueil de nouvelles siciliennes d'une saveur\nexquise, auquel l'auteur donna un pendant plus remarquable encore Vita dei Campi en\nattendant qu'il s'affirma dans une œuvre de premier ordre les Malavoglia. Nous entre­\nprendrons un jour une étude complète sur les Rustiques de la dernière heure dans les\ndiverses littératures. La personnalité de M. Verga trouvera naturellement sa place dans\nce travail.\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                                  —   191   —\n\n\nfille Maricchia? lui demanda gnà Pina. — Que lui donnez-vous, à votre\nfille Maricchia? répliqua Nanni. — Elle a l'héritage de son père et de plus\nje lui abandonne ma maison; je me contenterai d'un petit coin dans la\ncuisine ou vous étendrez un peu de paille hachée. — S'il en est ainsi, nous\npourrons en parler à Noël !\n    Nanni était tout imprégné, tout ruisselant de la graisse et de l'huile des\nolives en fermentation, et Maricchia ne voulait à aucun prix d'un prétendu\n si peu appétissant; mais sa mère la saisit par ses cheveux, devant l'âtre et\n lui dit en grinçant des dents : — Si tu ne le prends pas, je te tue !\n\n   La Lupa semblait malade, et les gens disaient que quand le diable se\nfait vieux, il se fait ermite. Elle n'errait plus çà et là; se montrait à peine\nsur le seuil de la porte, avec ses yeux de possédée. Quand elle fixait son\ngendre de ses yeux terribles, celui-ci se mettait à rire ou tirait son scapulaire\nde dessous sa veste et s'en signait. Maricchia demeurait à la maison pour\nallaiter ses nourrissons et sa mère allait aux champs, travailler avec les\nhommes ou même comme un homme, sarclant, piochant, menant le bétail,\ntaillant la vigne, n'importe le temps qu'il faisait, par les rafales du Levant\nen janvier, ou par le sirocco d'août, lorsque les mules laissent tomber leur\ntête pendante et que les hommes dorment ventre à terre à l'ombre des talus.\nA cette heure, entre vêpres et none, où ne rôde aucune honnête femme ; la\ngnà Pina était la seule âme vivante, que l'on vît vaguer par la campagne,\nsur les cailloux embrasés des routes, à travers les chaumes havis des\nplaines immenses, qui se perdent dans la fournaise, lointaines, lointaines,\nvers l'Etna brumeux, là bas où le ciel s'appesantit sur l'horizon.\n   — Réveille-toi ! disait la Lupa à Nanni qui dormait la tête entre les\nbras, dans un fossé, le long de la haie poudreuse. Reveille-toi, car je t'ai\napporté du vin pour t'humecter le gosier.\n   Nanni écarquillant les yeux, à moitié endormi, l'apercevait plantée\ndevant lui, droite, pâle, la gorge houleuse, les yeux noirs luisant comme le\ncharbon, et il se redressait à moitié en s'appuyant sur les poings pour se\nmettre debout.\n   — Non ! jamais femme honnête ne rôda entre vêpres et none ! songeait\nNanni ; et il se laissait retomber, renfonçant aussi profondément qu'il le\npouvait, le visage dans l'herbe sèche du fossé et plantant ses ongles dans\nses cheveux. — Allez-vous en! Allez-vous en et ne revenez plus!\n   Elle s'en allait en effet, la Lupa, en rajustant ses tresses superbes ; elle\nmarchait sans se retourner, ses yeux noirs comme le charbon fixés sur les\nchaumes embrasés.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "                                    — 192 —\n\n    Mais elle retourna d'autres fois au champ et Nanni ne lui dit plus rien;\net quand elle tardait à venir à l'heure accoutumée, entre vêpres et none, il\nallait l'attendre, le front en sueur, au sommet de la colinne blanche et\ndéserte; — et après il se labourait la chevelure à coups d'ongles et lui\nrépétait chaque fois : « Allez-vous en ! Allez-vous en ! Ne revenez plus\njamais I »\n    Maricchia pleurait nuit et jour et elle devisageait sa mère avec des yeux\nardents de larmes et de jalousie, devenant « louvetelle » à son tour,\nlorsqu'elle la voyait rentrer pâle et muette.\n   — Scélérate! lui disait-elle. Mamma scélérate!\n   — Tais-toi!\n   — Voleuse! Voleuse!\n   — Tais-toi!\n   — J'irai chez le brigadier, j'irai!\n   — Vas-y!\n   Elle y alla en effet, en portant ses bambins sur les bras, sans la moindre\ncrainte et sans verser une larme, comme une folle, parce qu'à présent elle\nl'aimait, elle aussi, ce mari qu'on lui avait donné de force, tout barbouillé\nd'olives marcies.\n   Le brigadier fit appeler Nanni et le menaça des galères et de la potence.\nNanni se mit à sangloter et à s'arracher les cheveux; il ne nia rien, n'essaya\npoint de se disculper. — C'est la tentation ! disait-il ; la tentation de l'enfer !\nIl tomba aux pieds du brigadier en le suppliant de l'envoyer aux galères.\n   — Par charité, signor brigadier, délivrez-moi de cet enfer ! faites-moi\npérir, jetez-moi en prison, mais que je ne la voie plus jamais! jamais!\n   — Non! objecta de son côté la Lupa au brigadier. Je me suis réservé\nun petit coin de la cuisine pour y dormir, lorsque je leur ai abandonné ma\nmaison en dot. La maison m'appartient. Je ne veux pas m'en aller!\n   Peu de temps après, Nanni attrapa une ruade de mulet dans la poitrine\net faillit en mourir ; mais le curé refusa de lui porter le Bon Dieu si la\nLupa ne sortait pas de la maison. La Lupa s'en alla et son gendre put\nse préparer alors à s'en aller lui aussi en bon chrétien ; il se confessa et\ncommunia en donnant de tels signes de pénitence et de contrition que tous\nles voisins et les curieux pleuraient devant le lit du moribond. Il aurait\nmieux valu pour lui de mourir cette fois, avant que le diable se remît à le\ntenter et reprît possession de son âme et de son corps comme cela arriva\naprès sa guérison. — Laissez-moi! disait-il à la Lupa, par charité laissez-\nmoi tranquille ! J'ai vu la mort de près ! La pauvre Maricchia ne fait que se\nronger le cœur. A présent tout le pays le sait. Partez, cela vaudrait mieux\npour vous et pour moi.\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                                  — 193 —\n\n   Et il aurait voulu s'arracher les yeux pour ne pas voir ceux de la Lupa,\nqui n'avaient qu'à rencontrer les siens pour lui faire perdre l'âme et le\ncorps. Il ne savait plus à quoi recourir pour échapper à cette sorcellerie.\nIl paya des messes aux âmes du Purgatoire et chercha tour à tour de l'aide\nauprès du curé et du brigadier. A Pâques il alla se confesser et fit publi­\nquement pénitence en se traînant à genoux sur les cailloux six fois autour\ndu terrain consacré devant l'église et comme, malgré cet acte de contrition\nmanifeste, la Lupa s'approchait encore pour le tenter :\n   — Ecoutez I lui dit-il ; ne venez plus aux champs ! parce que si vous\nvous avisez de venir encore m'y trouver, aussi vrai qu'il y\" a un Dieu, je\nvous tue !\n   — Tue moi, répondit la Lupa, que m'importe la mort: car sans toi je\nne veux pas demeurer ici-bas.\n   En l'apercevant de loin au milieu des vertes emblavures, il cessa de saper\nla vigne et marcha pour enfoncer la cognée dans l'orme. La Lupa le vit\nvenir, pâle et oblique, avec la cognée qui luisait au soleil, et elle ne recula\npas d'une semelle, elle n'abaissa pas les yeux; continua de marcher à sa\nrencontre, les mains pleines de javelles de pavots rouges et en le dévorant\nde ses yeux noirs. — Ah! malheur à votre âme! balbutia Nanni.\n\n                                                  GEORGES EEKHOUD.\n\n\n\n\n                           SOUVENIR\n                                              A mon bien-aimé poète PAUL SIRET,\n                                                 mort à 23 ans.\n\n\n         Je vis, depuis ta mort, avec indifférence;\n         J'ignore désormais la joie et la douleur :\n         Si tu n'en souffres pas, que me fait ma souffrance?\n         Si tu n'en es heureux, que me fait mon bonheur ?\n\n         Je sais que tu m'attends : — au fond de la mort noire,\n         Nous nous réveillerons sous le même flambeau,\n         Et la vaine rumeur, qui s'appelle la gloire,\n         Ne viendra pas troubler l'honneur d'un fier tombeau.\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "                                     — 194 —\n\n         Tu gardas en mourant la foi de la jeunesse\n         Et tu n'as pas erré dans les ombres du soir :\n         A ton âge, mourir n'est que changer d'espoir.\n\n         Puissé-je croire encore, aux jours de ma vieillesse,\n         Quand, voyageur meurtri, las et les cheveux blancs,\n         J'irai me reposer dans tes bras de vingt ans.\n                                                 E M I L E VAN A R E N B E R G H .\n\n\n\n\n                            MURILLO (I)\n              Ceci est un chapitre de l'histoire, trop longue hélas ! des gloires\n               surfaites.\n                  Dans les environs de l'année 1635, un élève de Juan del\n               Castillo, qui professait à Séville, en même temps que Herrera\nle vieux, et peignait malheureusement beaucoup plus mal qu'il n'enseignait,\ndéserta subitement l'atelier et, assoiffé d'aventures, dégoûté du tous-les-\njours banal où il moisissait, partit pour les Flandres. Pedro de Moya —\nc'était son nom — n'avait pas un maravédis en poche; il s'engagea dans\nun régiment quelconque, qui s'en allait là-bas. Mieux valait, songeait-il,\nla vie de soldat que les ennuyeuses leçons du Castillo ; celui-ci, tout\ndoucement, lui eût fait prendre l'art en exécration. Peut-être aussi une\nenvie folle de voir autre chose que les tableaux de son maître, jointe, qui\nsait? à quelque équipée d'amour qui réclamait, pour se calmer, une absence\nprudente, l'avait-elle poussé à ce volontaire et temporaire exil. Quand il\narriva en Flandre, il eut bien vite déposé ses armes et repris ses pinceaux.\nLa vue des chefs-d'œuvre de l'école flamande dont regorgeaient les églises,\nles hôtels de ville et les maisons de corporations l'éblouit; il sentit remuer\nen lui quelque chose d'inconnu ; pour la première fois il comprenait, il\nétait ému... Tout ce qu'il voyait là était si nouveau, si séduisant, si\ndifférent surtout de la froide peinture du Castillo ! Quelle vie et quelle\npassion! Comme cela était jeune, mouvementé, baigné de vraie lumière!\n   Van Dyck, alors en pleine réputation, l'enthousiasma. Un jour, ayant\n\n\n\n (i) Fragment inédit d'un livre, qui paraîtra prochainement, sur l'Art   espagnol.\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                                   -   195   -\n\nappris que l'auteur de Saint-Martin était à Londres, il s'embarqua, alla\nfrapper à sa porte, et sollicita l'honneur d'être admis parmi ses élèves.\nVan Dyck l'accueillit. L'Espagnol et le Flamand ne se quittèrent plus. Mais\nhélas! au bout de quelques années, Van Dyck mourut; et alors Pedro de\nMoya, n'ayant plus rien qui le retînt là où n'était plus celui qu'il admirait\ntant, reprit le chemin de sa patrie. Il y rapportait quelque chose de son\nmaître aimé, — un peu de son talent et un peu de son âme ; il avait copié\nses œuvres, il avait appris à exercer sa main, autrefois esclave de contours\nrèches et de colorations dures, à la pratique des beaux modelés gras et\nenveloppés, des élégances et des distinctions aristocratiques dont il avait\nsurpris le secret chez le grand portraitiste. Et, ravi, transformé, il vint\nétaler orgueilleusement son bagage sous les yeux de ses anciens condisciples\net de son ancien professeur, enthousiasmés à leur tour. Le professeur\nétait trop vieux pour changer; les condisciples n'hésitèrent pas. Alonso\nCano, plus âgé que Pedro de Moya, et pourtant mûr et « arrivé », accepta\navec joie cette influence tardive, inattendue. Mais il y en eut un autre\nqui, plus jeune, encore indécis de la voie qu'il allait suivre, trop pauvre\npour s'abandonner à ses rêves d'artiste, se livra tout de suite à elle, amou­\nreusement. Il s'appelait Murillo.\n   Ce voyage en Flandre de Pedro de Moya est, dans l'histoire de l'art\nespagnol, d'une importance capitale au point de vue de ses conséquences.\nLe profit que Moya en retira personnellement n'est que peu de chose en\ncomparaison du profit que d'autres, et principalement Murillo, en retirèrent\npour eux-mêmes. Ce voyage marque une évolution, le premier pas vers une\nexpression artistique nouvelle, se rattachant étroitement aux traditions\nflamandes, mais aussi d'autant plus proche de la décadence qu'elle rompt\nles liens qui jusqu'alors avaient tenu l'art espagnol fixé au sol de la patrie.\nCes liens, c'étaient les qualités fortes, robustes, austères, qui traduisaient\nsi fidèlement le sentiment de la race, avec ses croyances, ses faiblesses et\nses énergies. L'évolution nouvelle adoucira bientôt les angles, éteindra les\nviolences, atténuera et amollira tout ce qu'il y avait de heurté, de brusque\net de mâle. On se détournera des maîtres, vivants encore dans leur splendeur\nd'astres couchants, Ribera, Herrera, Zurbaran, Velazquez, et leur superbe\nâpreté pâlira tout-à-coup devant la caressante mondanité du tendre\nMurillo.\n   Bartholome Esteban Murillo (1618-1682) fut l'enfant gâté de son siècle;\nil l'a été aussi, jusqu'à présent, de la postérité. Mais cette faveur extraordi­\nnaire, qui lui a fait une inconcevable réputation, basée sur une admiration\n traditionnelle et locale bien plus que sur des raisons solides, n'est pas de\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "                                    — 196\n\n celles qui durent éternellement. La postérité à venir sera plus sévère envers\n lui ; elle le jugera moins aveuglément ; elle le mettra à son rang ; elle\n reviendra sur bien des accès de lyrisme injustifiables et bien des dithy­\n rambes immérités. Elle réformera nombre d'arrêts portés sur lui par des voix\n pourtant sérieuses, « autorisées », qui, se faisant le complaisant organe d'un\n chauvinisme irréfléchi, n'ont pas craint de l'appeler, de tous les peintres,\n « celui qui a résumé le plus complètement toute la puissance de l'art », et\nde s'écrier : « Il a été supérieur dans tous les genres », — après avoir\n qualifié Velazquez : « le plus grand artiste de l'Espagne APRÈS\n MURILLO! (1) ».\n    L'immense popularité de Murillo suffirait à établir son infériorité vis-à-\nvis de Velazquez, de Zurbaran, de Ribera, qui n'avaient rien de ce qui séduit\nle vulgaire. La popularité ne va généralement qu'à des qualités secondaires,\nà la portée de tous; les qualités de premier ordre échappent à la\nfoule; le sens des œuvres vraiment supérieures lui manque, parce qu'elles\nne sont pas à son niveau. Admirer, c'est comprendre, a-t-on dit. La foule\nn'admire que ce qu'elle comprend, et ce qu'elle comprend a beaucoup de\nchances d'être médiocre.\n    Certes, il a bien fallu que Murillo eût en lui une force réelle pour expli­\nquer la longue durée de cet engouement, qui s'apaise, mais n'est pas près\nencore de se taire et ne se taira jamais tout à fait. Dans les admirations de\nla foule, si exagérées qu'elles soient, il y a toujours place pour quelque\njustice. La force de Murillo, c'a été d'avoir été l'un des plus féconds artistes\nde son temps et d'avoir su se créer une personnalité. Cette personnalité fut\nlente à se dégager ; il n'arriva à la conquérir qu'après un compagnonnage\nde plusieurs années avec les chefs-d'œuvre de toutes les écoles réunies au\nPrado et dont Velazquez, arrêtant ses téméraires et inutiles projets de\nvoyage, lui permit et lui conseilla l'étude assidue; il subit tour à tour\nl'influence des maîtres espagnols, italiens et flamands, au hasard de s.es\nimpressions indécises et changeantes. Mais l'émotion que Pedro de Moya\nlui avait mise au cœur tout d'abord, en lui parlant de Van Dyck, son pré­\nféré, perdura, surmontant toutes les autres et survivant à toutes; c'est\nVan Dyck dont on retrouve le souvenir presqu'à chaque pas tout le long\nde sa route triomphale, dans chacune de ses toiles, mêlé à sa propre inspi­\nration; c'est lui qu'on devine, qu'on entrevoit, qui anime son « génie »,\npartout et jusqu'à la fin, sans jamais cependant, hâtons-nous de le dire, se\n\n\n\n (1) T. Thoré. Etudes sur la peinture espagnole, dans la Revue de Paris, 1835.\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                                  — 197 —\n\nsubstituer complètement à l'individualité du peintre espagnol, qui est indé­\nniable. Même dans certains tableaux peints plus directement sous d'autres\ninfluences, dans le Saint-Thomas de Villanuova, de Séville, qui date de\nl'époque où Velazquez exerçait sur lui son écrasant empire, ' Van Dyck\napparaît, bien reconnaissable à des détails de composition, à certaine figure\nde mendiant couché au premier plan et qui rappelle le fameux mendiant\ndu Saint-Martin de Saventhem.\n   Est-il besoin d'ajouter que si, dans l'éveil de ces souvenirs, l'idée d'un\nrapprochement vient à naître tout naturellement entre Van Dyck et\nMurillo, et bien qu'il ait eu assez de fermeté pour que sa caractéristique,\nparfaitement intacte, n'en puisse jamais souffrir, Murillo n'est point parvenu\nà éclipser Van Dyck là ou il le rappelle. Ses mérites acquis dans l'intimité\ndu maître flamand joints à ses mérites innés n'ont pu faire nulle part, sur\nce terrain, qu'il ne lui soit point inférieur. Van Dyck le surpasse de toute\nla supériorité de son talent plus robuste et de son sentiment plus profond.\nMurillo a peint, comme Van Dyck, des Christ en croix (musée du Prado,\nnos 874 et 875), seuls, détachant leur corps livide sur la sombreur d'un ciel\nd'agonie; mais quelle distance les sépare dans l'émotion produite! Les\nChrist de Van Dyck lèvent les yeux au ciel, avec dans leurs regards l'an­\ngoisse du sacrifice divin; ceux de Murillo baissent la tête vers la terre,\nrésignés, inexpressifs. Et ainsi de même, partout ailleurs, non seulement\nquand une similitude de sujet ou de types amène une comparaison, mais\ndans l'ensemble de l'œuvre, mise en regard, pesée et jugée, de ces deux\nmaîtres que trop volontiers on oppose l'un à l'autre.\n   Tous deux évidemment ont eu leurs heures de lassitude et d'énervement,\nces heures difficiles où l'œil se trouble, où la main faiblit. Mais ce n'est pas\nsur ce que la pensée produit en ces moments-là qu'il convient d'asseoir un\njugement. Nous examinons les fruits sains de l'arbre, sans nous occuper\ndes fruits malades. Ce qu'il faut prendre de Murillo, pour bien l'apprécier,\nc'est, d'une part, ses Assomptions et ses Saintes-Familles, — les meilleures,\nau Louvre, au Prado, à Séville, avec la population d'anges et de petits\nJésus qui en dépend ; — d'autre part, ses tableaux d'histoire religieuse : la\nSainte-Elisabeth de Hongrie, de l'Académie San-Fernando, le Saint-\nAntoine de Padoue, de la cathédrale de Séville, le Saint-Thomas de\n Villanuova, le Christ se détachant de la croix pour embrasser saint\nFrançois, de l'Académie de Séville, et ses tableaux populaires, les Mendiants\nde Munich et le Pouilleux du Louvre. Ces derniers sont les plus sérieux,\net ils eussent suffi à sa réputation ; mais ce sont les premiers qui ont fait\ntoute sa gloire. Et si, au moins, il se fût contenté de peindre ceux-là seule-\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "                                  — 198 —\n\nment, les bons, où tout un monde de madones et de chérubins s'ébat folâ­\ntrement ; mais les Assomptions, les Saintes-Familles, les petits anges et les\npetits Jésus se sont multipliés à l'infini, toujours semblables ; leur grâce par­\nticulière, un peu affectée, est devenue bientôt une grâce stéréotypée, repro­\nduite à un nombre d'exemplaires considérable, selon les besoins, et faite sur\nrecette; et, comme cette grâce avait ce qu'il fallait pour plaire et qu'elle\nétait sans doute très demandée, Murillo se laissa entraîner sur la pente de\nces faciles triomphes. On dirait d'un peintre qu'un premier succès, un\nsuccès de dames, a grisé, et qui s'est laissé aller à refaire cent fois, sur\ncommande, le même joli tableau, — ce joli tableau qui a tant plu la pre­\nmière fois, et qu'on s'arrache, et qu'on lui redemande sans cesse, de tous\ncôtés ! Et alors, il peint des chérubins à la douzaine ; il n'a pas assez de\ntemps pour peindre tous ceux qu'on sollicite de lui, et que l'on veut en\ntout pareils à ceux qu'il a peints déjà, et qui étaient si charmants, avec les\nmêmes beaux yeux noirs, les mêmes cheveux blonds frisottants, la même\nbouche rose !\n   Ses tableaux d'histoire religieuse, d'une inspiration plus sévère et d'un\nordre plus relevé, échappent du moins à cette banalité du lieu commun et\nà ce danger de la répétition à outrance. Le Christ tombant dans les bras\nde saint François est une belle idée, toute pleine d'une vraie inspiration ; la\ntête du Sauveur a du caractère, et l'ensemble est présenté d'une façon\noriginale, qui ne manque pas de grandeur. L'Allégorie de saint Augustin,\névêque d'Hippone (n° 860) a du mouvement, du sentiment, beaucoup\nd'ampleur. Et dans tous les autres que nous avons cités plus haut, on\nreconnaît le tact d'un arrangeur habile, d'un metteur en scène adroit, d'un\nartiste de goût et de science, parfois ému. Mais on y cherche en vain ce\nqui fait les œuvres puissantes. Quelle que soit la scène qu'il traite,\nMurillo reste partout un peintre élégant, dont l'élégance tombe dans le\nfadeur, et un coloriste timide, dont la timidité est de la mollesse. La reli­\ngion catholique, à l'interprétation de laquelle il s'est voué, corps et âme,\nn'a plus rien, dans ses mains, de la sauvage et virile austérité de celle\nqu'interprétaient, hier encore, les vieux maîtres ; le sang versé dans les\nprisons noires, les auto-da-fé, la foi implacablement et rigidement\nsouveraine, dont ils nous donnaient si vivement la sensation et que l'on\ndevinait presque en regardant leurs œuvres, tout cela, Murillo semble\nl'ignorer... Son cœur plane en des régions célestes où les misères d'ici-bas\nn'ont point d'écho; il est plongé dans de profondes extases, qu'il rêve de\nnous faire partager. Le Dieu qu'il adore ne connaît point le Dieu de\nMorales ; c'est un Dieu paternel, bienveillant à tous, incapable du moindre.\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                                  — 199 —\n\nmal, et qu'on ne craint pas, qu'on adore. Et à peine le voit-on, le Dieu de\nMurillo ; quand il se montre, c'est pour ouvrir les bras avec tendresse à ses\ncréatures prosternées, et toujours pour leur sourire, pour leur pardonner,\npour leur mettre la joie dans l'âme, — jamais pour leur inspirer ni crainte,\nni effroi. Mais il se montre peu; il reste chez lui.... C'est la Vierge qui\nreçoit. La Vierge est si affriolante; elle a, dans son ciel sidéré, tant de\ntrônes d'anges et d'archanges ; elle est si bien faite pour séduire et emba­\nbouiner les âmes pieuses, que c'est elle seule, presque en toute circon­\nstance, que l'artiste charge d'apparaître aux faibles mortels, entourée\nde son cortège radieux de reine, de femme et de déesse. Murillo n'appar­\ntient pas à ce culte barbare, qui s'adresse aux na'ifs et aux simples, et\nqui, pour pénétrer dans les intelligences, parle aux yeux un langage brutal.\nSon culte à lui est plus raffiné et exprime cette autre face du caractère double\net contrastant du peuple espagnol : la sensibilité. Ce culte, c'est celui que\npratiquent sainte Thérèse et Loyola, — culte exquis et précieux, fait de\ntransports ardents et d'amoureuses blandices, élevant Jésus au rang d'un\namant sacré vêtu de charmes terrestres, et transformant la dévotion en une\nsorte d'hystérie délicieuse.\n   Non, la peinture de Murillo n'est pas une peinture de cloître... Ou du\nmoins, dans les cloîtres qu'elle vient orner, habitent assurément des vertus\nplus humaines que les vertus ordinaires des cloîtres. Une peinture pareille\nne saurait point s'accommoder de murailles toutes nues, froides et tristes\ncomme la mort. Quelle antithèse cruelle mettraient, dans la solitude ascé­\ntique des monastères, ces gentils visages si féminins et si profanes, et ces\nguirlandes d'enfançons bouffis et réjouis, voletant parmi les roses dans des\nnuages d'or! Ce qu'il leur faut pour encadrement, c'est la soie, les murs\ncapitonnés, les dalles couvertes de tapis sourds et la lumière du jour\nne pénétrant jusqu'à eux que tamisée par le crible menu des dentelles.\nOn ne s'imagine pas Murillo inspirant d'autres pensées que des pensées\nde piété toute mondaine à de jolies pécheresses agenouillées sur des\nprie-Dieu en bois précieux, incrustés de nacre ou d'argent, au pied de\ndouillettes alcôves. Ses martyrs et ses saints ont des airs penchés de jeunes\npremiers de comédie ou de ténors d'opéra ; ses Vierges sont des Vierges de\nboudoir, et ses Anges des Cupidons.\n   Et quand un sujet triste ou violent vient à se présenter sous son pinceau\ndélicat, nécessitant autre chose que de la grâce et des sourires, ce Sévillan\naimable, ce compatriote des sombres historiens de l'Eglise souffrante et\nmilitante, tremble d'offrir aux regards vite effarouchés le spectacle de scènes\ntrop douloureuses en leur fidélité. Dans son Martyre de saint André\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "                                   — 200 —\n\n\n(Prado, n° 881), il lui a bien fallu pourtant laisser voir le héros cloué sur\nsa croix et saignant; il n'a pas osé reculer devant cette inévitable torture où\nnaguère s'était complu le féroce Ribera ; il a eu le courage de cette bou­\ncherie qui s'imposait à lui... Mais combien il s'est hâté de détourner les\nyeux du sacrifice ! Avec quel empressement et quelle adresse il en a atténué\nl'effet, en montrant vite, à côté même de la terre de douleur, le ciel qui\ns'entr'ouvre et d'où s'échappe ses chers anges blonds et roses apportant au\nsupplicié des palmes victorieuses ! Et alors, l'horrible devient charmant,\net les tortures du martyr paraissent douces, et la pitié fait place, dans les\ncœurs, à la sainte joie des paradis conquis. Les Ecce homo, si poignants\nchez Morales, ne sont plus qu'attendrissants chez Murillo (n° 895); les\nlarmes, les gouttes de sang, les râles de l'Homme-Dieu sous la pointe des\népines enfoncées, semblent une concession arrachée à l'artiste par la néces­\nsité. Et, chaque fois qu'il peut, ses jolis chérubins de prédilection réappa­\nraissent, détachant la blanche lumière de leurs petits corps mignons sur la\nmonotonie des fonds noirs ou bruns. Ce qui a fait la célébrité du Saint-\nAntoine de Padoue, de Séville, devant lequel se sont pâmées tant d'admi­\nrations bien justifiées, c'est moins, je gage, l'expression et l'attitude si ado­\nrablement ferventes du saint que la spirituelle couronne de poupons\ncélestes, frais et joufflus comme des amours, se balançant dans les airs\nautour du Jésus bébête dont la vue cause tant d'émoi au cénobite. Ainsi,\ntoute mélancolie s'apaise, toute humeur chagrine s'évanouit dans le tendre\nscintillement de ces consolantes visions. A tant de séduction, bien dur\nserait celui qui voudrait résister ! Et l'on n'y songe même pas ; comme\nAntoine de Padoue ou Augustin d'Hippone, on se prosterne dans une\nmuette adoration, et la prière qu'on murmure s'envole des lèvres avec la\nchaleur d'un baiser !\n    Une singularité en apparence déroutante chez un peintre aussi réservé\nque Murillo, c'est de voir, à côté des légions d'anges et de madones dont il\na enfleuri son œuvre, la troupe déguenillée de pauvres hères qu'il y a dissé­\nminée, dans quelques-unes de ses toiles fameuses. Devant le « tribunal\nde postérité », ces pauvres hères plaideront haut et ferme pour sa\ngloire. Ses Mendiants, son Pouilleux, les malades et les teigneux de sa\nSainte-Elisabeth de Hongrie nous apportent, dans leur âcre parfum de\ncouleur locale, quelque chose de l'originale hérédité des Espagnols natura­\nlistes. Murillo a retrouvé là ses instincts d'artiste de race; en face de l'hu­\nmanité humble et pittoresque qui l'entourait, il s'est souvenu du Velazquez\ndes Buveurs, de l'Aguador et des Nains, il s'est souvenu de lui-même, et\nil l'a peinte en observateur précis et curieux, sachant garder la dignité de\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                                  — 201 —\n\nson art dans la vulgarité même du sujet, sans s'inquiéter des banals succès\nde public et des applaudissements de sa clientèle ordinaire.\n   Et ses instincts l'entraînaient peut-être là plus qu'ailleurs. Suivez-le\nattentivement, pas à pas. L'accoutumance de ses rêves religieux et son\nintimité constante avec les êtres surnaturels n'ont point banni de ses yeux\nles choses de la réalité ; une secrète attraction le ramène toujours à elles\npar une force invincible, — la force du sang qui coule dans ses veines.\nS'il n'avait pas voué toute entière son imagination aux choses du ciel, si,\ncomme Velazquez par exemple, il s'était consacré exclusivement à l'étude\nde la vie individuelle, il eût été le peintre de la bourgeoisie, comme\nVelazquez a été le peintre des Rois. Ses madones sont de bonnes et braves\nfilles de la classe moyenne, sans prétentions à la noblesse et encore moins,\nquoiqu'il fasse, à la divinité; leurs traits doux, d'une beauté agréable,\ndénuée de toute morgue, leur physionomie avenante révèlent assez leur\norigine. Ses Saintes-Familles et ses Adorations de bergers sont touchantes\nà force de patriarcale simplicité, dans leurs intérieurs de ménage calme et\nleur atmosphère de travail ; elles n'ont rien de familles qu'éclairerait la\nprésence d'un Dieu ; elles restent humbles, réelles d'une réalité toute\nhumaine; seul, leur titre indique leur rôle et leur mission. Il y a même\ntelles de ces Saintes-Familles représentées en familles d'ouvriers, la mère\nsoignant son enfant, le père suant à la besogne, au milieu de l'attirail néces­\nsaire à son métier. Rembrandt n'a pas fait autre chose dans ses Saintes-\nFamilles à lui, celles que l'on voit au Louvre et à Saint-Pétersbourg, et\nqui sont connues l'une et l'autre si justement sous le nom de Ménage du\nmenuisier. C'est la même sincérité naïve, la même interprétation natu­\nraliste de la Bible. Et certes, il est piquant de voir se rencontrer sur un\npareil terrain, dans une si étroite communauté de sentiments, deux maîtres\nde tendances si opposées, le spiritualiste Murillo et le réaliste Rembrandt.\nCette communauté qui les unit à travers tous les obstacles, c'est celle qui\nrattache, par une sympathie secrète, l'art espagnol et l'art néerlandais ; c'est\ncelle qui leur a fait des destinées sœurs, reconnaissables à certains effets\nnés d'une même cause, malgré la longue influence, étrangère à leur esprit\net à leur caractère, de l'art italien.\n   Murillo a la réputation d'être un grand coloriste et un grand exécutant.\nIl faut bien en rabattre. Sur ce sujet, plus encore que sur beaucoup d'autres\nqui le concernent, de singulières erreurs courent le monde, accréditées par\nles autorités critiques les plus respectables et consacrées jusque dans les\ncatalogues officiels des galeries publiques. Nous avons vainement cherché\nà comprendre ce que pouvait bien signifier la division que l'on fait, et qui\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "                                      202 —\n\n\nest acceptée par tous, des oeuvres de Murillo en trois parties distinctes, selon\nqu'elles appartiennent à sa manière froide, à sa manière chaude ou à sa\nmanière vaporeuse. Que peuvent bien vouloir dire ces termes vagues :\nmanière froide, — chaude, — vaporeuse? Font-ils allusion à la facture de\nMurillo ou à sa coloration? A sa coloration, probablement. Mais alors\npourquoi ce mot : manière? Conçoit-on une manière qui serait vapo-\nreuse?... A moins — chose inadmissible, — que l'on ait voulu exprimer par\nlà que Murillo peignait « à la vapeur »... Une pareille image de'tonnerait\névidemment dans une matière aussi grave et ce serait faire injure aux\ncommentateurs du maître de supposer qu'ils aient eu l'intention de\ncommettre un aussi mauvais jeu de mots.\n   Non ; la manière vaporeuse de Murillo, c'est,— dans la pensée de ceux\nqui ont adopté l'expression, — sa « suavité », le « fondu » de son modelé,\nla « grâce de ses contours, » noyés dans les fonds. On dirait aujourd'hui,\nen argot d'atelier, son flou. Sa manière froide et sa manière chaude,\nà l'avenant. Le malheur, c'est que ces distinctions prétendûment caractéris­\ntiques ne signifient absolument rien, et que, si elles signifiaient quelque\nchose, elles seraient la condamnation même de celui qu'elles ont pour but\nde louanger. Dire d'un tableau qu'il est chaud ou qu'il est froid parce qu'il\nest peint dans une coloration générale brune, ou dans une coloration\ngrise, est un langage très vague et qui prouve peu, bien qu'il soit fort\nemployé. Certains gris peuvent être très chauds, certains bitumes peu­\nvent être très froids. L'art du peintre consiste à faire valoir ses tons chauds\npar des tons froids, et vice-versa. Un tableau uniformément chaud ou froid\nest monotone, ce qui est le pire de la froideur. Observons la nature; elle\nnous donne sur ce point d'utiles renseignements. Tout est, chez elle, oppo­\nsition ; par les contrastes qu'elle fait naître en ses moindres détails, les\ncolorations chantent dans la lumière et acquièrent leur véritable valeur ;\nsans ces oppositions, elles n'auraient ni finesse ni éclat ; elles n'auraient pas\nla vibration, elles n'auraient pas la vie. Quand on nous dit d'une œuvre\nde Murillo qu'elle appartient à sa manière froide ou à sa manière\nchaude, nous ne savons absolument rien, pas même si elle est grise ou\nsi elle est bitumineuse. Nous n'en savons pas davantage quand on nous\naffirme qu'elle appartient à sa manière vaporeuse. Le vaporeux, en\npeinture, est une qualité qui manque de précision, et trop souvent, pour\nMurillo, elle est synonyme de mollesse. On s'imagine à tort que Murillo\navait appris des Flamands à « envelopper » les objets dans l'air ambiant,\nà les parer des attraits mystérieux du clair-obscur. Au premier aspect, on\npourrait s'y tromper, car il n'a point la sècheresse de la plupart de ses\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                                 — 203\n\n\ncompatriotes. Mais il n'a point non plus, en revanche, leur belle solidité,\nmême dans ses pages célèbres. Sa soi-disant chaleur n'est maintes fois\nqu'une triste harmonie de sauces et de jus, et sa manière vaporeuse tant\nexaltée, qu'un tapotage veule et floconneux, pauvre d'accent et pauvre de\nsanté.\n   Il lui sera beaucoup pardonné parce qu'il a été beaucoup aimé... Tel\nsera, qui sait? le jugement que portera l'avenir sur cette glorieuse victime\nde l'enthousiasme irraisonné de la foule. Et déjà cet enthousiasme porte\navec lui son châtiment : Murillo est le peintre du monde le plus copié; des\nmyriades de rapins pillent ses oeuvres pour en faire des sujets d'éventails,\nde dessus de boîtes et autres articles de petit commerce; les bazars du\nnouveau monde et du monde ancien en sont encombrés ; on les met en coupes\nréglées ; on en fait des réductions à la douzaine et à la grosse ; il y en a des\nentrepôts tout pleins. On copie les Madones de Murillo comme on copie,\nà Paris, le portrait de Mme Vigée-Lebrun et, en Italie, le Christ de Guido\n Reni. Jamais les copistes ne copieront ce qui est vraiment beau, de la\n souveraine et éternelle beauté de l'Art.\n   Heureux Murillo! Dans son propre pays, aucun honneur n'a manqué\nà sa mémoire. Mais ces honneurs dont on l'accable doivent peser lourde­\nment sur sa tombe. Car tandis que, dans une acclamation formidable, tout\nun peuple le magnifiait, un autre que lui, bien plus digne, était oublié :\nVelazquez. Le nom de Murillo était dans toutes les bouches et dans tous\nles cœurs ; le nom de Velazquez restait encore presque ignoré; Il a fallu\nque l'étranger vint un jour lever la pierre qui tenait ce grand homme\ncouché dans son sépulcre, et s'écriât : « Lève-toi! » Et Velazquez s'est\nlevé, dans un rayonnement. Mais son nom n'a pas détrôné dans les\n bouches et dans les coeurs le nom de Murillo; ce dernier seul est populaire,\nsacré et vénéré; l'autre n'est prononcé que par les délicats et par les\nraffinés. Le peintre national, le peintre par excellence, l'archi-saint\n auquel, sous peine de mort, il est défendu à quiconque de toucher, c'est\n toujours Murillo. Depuis longtemps Murillo a sa statue, dans les jardins\n du Prado, à la place d'honneur que Madrid a réservée aux Espagnols\n illustres... Quant à Velazquez, rien. Peut-être songera-t-on à lui, plus\n tard... Velazquez peut attendre.\n                                                        L U C I E N SOLVAY.\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "              — 204 —\n\n\n\n\n              VERS\n\n        PLAINES É T E I N T E S\n                                   POUR   GEORGES   PICARD\n\n\nOh ! triste ce qui va finir !\nSur les plaines violacées\nS'auréole le souvenir\nDe cloches au loin trépassées.\n\nIls se glissent au fond du soir,\nHune aile douce, lentement,\nLes oiseaux pensifs, frôlement\nIls se glissent au fond du soir.\n\nLes feuilles tombent implorantes\nDans les mares décolorées ;\nOh! maladivement moirées\nTombent les feuilles implorantes !\n\nOh! navrant le sourire amer\nA nos indolentes pensées\nDe voiles blanches effacées\nSur le bleu calme de la mer!\n\nMusique, parfums et couleurs\nOnt accordé leur harmonie\nVaporeusement infinie\nAu gris pâle de nos douleurs.\n\nEt, près du calvaire, voici\nLe berger plaintif, lentement,\nEt vous, les agnelles, aussi,\nSous le rose du firmament,\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "               — 205 —\n\n\nToussottantes,   mélancoliques,\nExaltant la tristesse terne\nDe ce paysage moderne\nAux grandeurs des lointains bibliques.\n\n\n\n\n        MATIN ANGÉLIQUE\n                                      POUR ALBERT   GIRAUD.\n\n  Fluides, ronflantes, fêlées,\n  Sur les plaines   contemplatives,\n  Fluides, rieuses, plaintives,\n  Les cloches, les cloches ailées!\n\n  Cloches d'or, cloches enfantines,\n  Si loin! tintantes, affaiblies,\n  Aux petites villes pâlies\n  Cloches carillonnant matines.\n\n  Oh! lentes, par bribes, oh! lentes\n  Sonnent, lentes, atténuées,\n  Les plaintives   exténuées,\n  Oh ! lentes, lourdes, indolentes !\n\n  Alouettes    tirelirantes\n  Cloches dans les plaines rosées,\n  Cloches titillant aux croisées\n  Des petites villes souffrantes;\n\n  Nuance en allée en nuance,\n  Cloches, au fond de mes pensées,\n  Pattes d'oiselets effacées\n  Dans la neige de mon enfance!\n\n  Et la neige turbule et pleure,\n  La neige, la neige infinie,\n  Sonne, poudroiement   d'harmonie,\n  Sonne, traînée, oh! lente, l'heure;\n                                                       13\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "               — 206 —\n\n  L'heure sur les cloches fêlées,\n  O l'église contemplative\n  L'heure idéalement plaintive\n  Des âmes au loin en allées!\n\n\n\n\n        MATIN ANGÉLIQUE\n                                        A PAUL BOURGET.\n\nDans les brumes sanguinolentes,\nArchanges de givre et de gel,\nOh! douces sous l'aile du ciel,\nDouces, les agnelles bêlantes!\n\nOh! ces blancs sanglots, ces pâleurs,\nDans ces plaines évangéliques !\nOh! les agnelles angéliques\nDouces, dans le calme des fleurs!\n\nEt tout au loin meurent en plaintes,\nLes cloches, loin, vaporisées,\nSi loin, en fluides rosées,\nLes cloches de villes éteintes.\n\n\n\n\n         SOIR ANGÉLIQUE\n                                    POUR WILLIAM PICARD.\n\nOh! lentes dans le bleu du soir,\nLentes, les cloches ébranlées,\nPalmes frissonnantes    d'espoir,\nO tristesses auréolées!\n\nOh! combien résignés leurs chants\nMusicalement    angéliques,\nDans l'aime silence des champs,\nO les cloches évangéliques!\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "               — 207 —\n\n\nLes cloches sonnent lentement\nDans le calme de ce dimanche,\nSonnent, lentes, au firmament,\n0 les douces à l'aile blanche !\n\nLentement, les cloches plus proches\nSonnent lentement vers le bleu\nDu ciel triste, sonnent, les cloches,\nDu ciel triste comme un adieu.\n\n0 soir de pascales pâleurs !\nDimanche : un geste de prière\nIncline les tiges des fleurs,\nDimanche : un regret d'être fière,\n\nMon âme, d'être fière ainsi\nDevant l'humilité des choses,\nUn mystique désir aussi\nD'angelus fluidement roses.\n\n\n\n\n              MARTYRE\n\nOh! le martyre des idées,\nVierges saignantes sur les croix!\nBlasphème, tout ce que tu crois!\nOh! les martyres lapidées!\n\nPieuse montée au calvaire,\nEponges amères de fiel,\nQue d'avoir encor sous le ciel\nLe respect de ce qu'on révère!\n\nOh ! mourir, de blanches prières\nEparses, pleurantes, hélas!\nDans le rêve de ses yeux las\nD'avoir béni, foule, tes pierres.\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "              — 208 —\n\n\nTes pierres, ô foule, qu'effleure\nMon enfance d'un bleu si doux\nDe calme prieuse à genoux\nVers la Sainte Vierge qui pleure ;\n\nMourir, l'âme en allée en rose\nAu chant des cloches, et béni\nLe grand geste de l'infini,\nMaternel, sur ma lèvre rose!\n\nOh! mourir et dans son martyre\nN'exhaler au soir vers les deux\nQue le pardon silencieux\nD'un évangélique sourire!\n\n\n\n\n       UNE P E T I T E MORTE\n\n  Elle a la dernière toilette :\n  L'innocence des trépassées;\n  Sa petite main maigrelette\n  Etreint un bouquet de pensées;\n\n  Elle sommeille, douce et frêle,\n  Dans les roses et les œillets;\n  L'on voudrait se pencher sur elle :\n  « Mignonne, si tu t'éveillais? »\n\n Il semble que sur les enfants\n Evaporés dans l'agonie\n Sépande des draps étouffants\n Une lassitude infinie.\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "                     — 209 —\n\n\n                     PASTEL\nCelui qui traversa le monde, si naïf\nEt n'ayant dans l'azur de son regard pensif\nQu'un désir éperdu de douceur et de grâce,\nIl dort sous la froideur de cette triste glace ;\nMais son tendre profil et ses calmes pâleurs\nS'affinent de silence et s'éternisent d'ombre :\nOn dirait que, le soir, dans le salon plus sombre,\nLe pastel assoupit la plainte des couleurs.\n\n\n\n\n                  PANTOMIME\n                                         POUR OCTAVE MAUS.\n\n        Parfumant d'azur et de thym\n        Ses amoureuses embuscades,\n        L'avenue en molles arcades\n        S'évapore dans le lointain.\n\n        Et l'on rêve sous la folie\n        En allée en songe là-bas\n        La délicieuse folie\n        De baisers roucoules tout bas.\n\n        « Le bleu crépuscule dessine\n        O belle, lorsque tu souris,\n        Le noir de la mouche assassine\n        Sur la frêle poudre de riz;\n\n        « Il neige des baisers, ô belle,\n        Il neige des flocons rosés,\n        O belle, ne sois point rebelle,\n        Ma lèvre est blanche de baisers! »\n\n        Parfumant d'azur et de thym\n        Ses amoureuses embuscades,\n        L'avenue en molles arcades\n        S'évapore dans le lointain.\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "                    — 210 —\n\n\n\n\n                  PANTOMIME\n                                          POUR OCTAVE MAUS.\n\n      Les manches en ailes de cygnes,\n      Glisse, sous un ciel de Corot,\n      L'œil au loin, et parlant par signes,\n      Le mélancolique Pierrot.\n\n      Prestes Colombines rieuses,\n      Mascarilles et Trufaldins\n      Cueillent des fleurs mystérieuses\n      Dans le silence des jardins.\n\n      Oh! tristes, les chansons lointaines\n      Des petits fifres aigrelets\n      Qui pont aux Nymphes des fontaines\n      Rossignoler des triolets;\n\n      Tristes, les mirlitons fantasques,\n      Oh! tristes et pleins de sanglots,\n      Les ronrons des tambours de basques\n      Et le fou rire des grelots.\n\n      Les manches en ailes de cygnes,\n      Glisse, sous un ciel de Corot,\n      L'œil au loin, et parlant par signes,\n      Le mélancolique Pierrot.\n\n\n\n\n                  PANTOMIME\n                                          POUR OCTAVE MAUS.\n\nC'est le matin. Là-bas, le soleil souriant\nEntr'ouvre son peignoir céleste à l'Orient;\nC'est le matin couleur de rose et de mystère.\nLes angelets ailés dans l'île de Cythère\nS'étirent en bâillant et se frottent les yeux;\nC'est le matin, oiseaux roucouleurs et joyeux,\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "                                    211\n\n\n         Matin ! folie au bois de chansons, et folies\n         De baisers chuchottants dans l'ombre des folies;\n         Colombine, Sylvandre, Aminthe et Mezzetin,\n         Les pâles amoureux brûlent d'amour; Matin !\n         Oh! rêver dans le calme, au loin, de la campagne\n         Les grands parcs endormis de châteaux en Espagne\n         Sur des assises d'or, de neige et de printemps!\n         0 fraîcheur, éphémère hélas! d'avoir vingt ans!\n         Les rires aux jardins pourpres du sang des roses!\n         Oh! la lèvre toujours offerte aux lèvres roses!\n         Et divin de douceur enfantine, divin\n         A le voir caresser sa bouteille de vin\n         Ruisselante d'éclairs, et la face pâlie,\n         Pierrot vêtu de rêve et de mélancolie,\n         Qu'une source amoureuse en songe réfléchit,\n         Hume tous ces baisers épars et réfléchit.\n\n                                                GEORGES K H N O P F F .\n\n\n\n\n                        FLEMM-OSO\n                                   (Suite)\n\n             Progrès ! c'est le titre allumé gigantesquement en caractères de\n              feu au front de notre temps et qui flamboie dans une gloire\n              éblouissante. C'est l'enseigne sous laquelle nous prétendons\n              nous ranger dans l'éternelle revue des ans. Seulement, les\nenseignes, en général, sont d'autant plus menteuses qu'elles sont plus évi­\ndentes — comme à la porte de ces petits bals cascadants, ces avis lumineux\nqui crient : Entrée libre pour les dames... et c'est les hommes que cela\nfait entrer. Malgré tout, le terme ne laisse pas de nous flatter, bien que le\ncompliment nous soit récité par nous-mêmes et que nous-mêmes disposions\nles fleurs que nous nous offrons. C'est naïf, mais pourtant juste : si nous\nne disons pas du bien de nous, qui en dira? Tout singulier que cela puisse\nsembler, nous éprouvons le besoin de prendre nos précautions contre le\njugement des autres à venir ; et on traitera de mauvais coucheur, d'éner­\ngumène indécrottable, celui qui dirait qu'avant de définir un siècle, il fau­\ndrait peut-être connaître les autres. Ce serait un sceptique à lapider celui\nqui, par une théorie effrontée, rechercherait si les lois de l'avancement de\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "                                     212\n\n\nla civilisation ne sont pas analogues aux lois de la chute des corps : V = gT,\nles vitesses acquises par un corps qui tombe sont proportionnelles au temps ;\nla force qui produit ce mouvement peut être considérée comme une force\nagissant avec une intensité constante pendant toute la durée de la marche.\nLe mouvement est uniformément accéléré ; par conséquent, tous les siècles,\ndepuis Féclosion d'un premier germe de vitalité, ont été, à un degré iden­\ntique, des siècles de progrès, tandis que, suivant la théorie qui encense si\nfort le XIXème chapitre du grand roman du monde, le siècle des lumières\npar excellence sera, bien plus que le nôtre encore, celui qui se trouvera au\nsommet de la série ascendante de l'existence terrestre en cours.\n   Mais c'est partir bien loin. Le pompeux qualificatif a été proclamé si\nhaut parce que tout le monde l'a admis, et tout le monde l'a admis parce\nque, voulant tout dire, il ne signifie rien. Nous ne sommes jamais d'un\naccord entier que sur des idées sans consistance, malléables, d'une signifi­\ncation docile, et offrant à tous, par des aspects variants, un bout de satis­\nfaction ; des idées dans lesquelles chacun est très certain de retrouver seule\nla sienne propre — comme des gens qui se passeraient un miroir et qui, la\ntournée finie, s'en iraient, chacun emportant la conviction qu'au fond du\nmiroir il y a son visage à soi. Quand vous voyez un bon nombre d'hommes\ngroupés autour d'une idée, d'un principe, vous pouvez être sûr qu'un\nintérêt les attache et qu'ils envisagent tous ce but d'une manière différente.\nTous les mouvements, les émeutes et les révolutions, se sont faits avec des\nprogrammes incertains et floches, des mots d'une emphase fumeuse et\ntrouble ; et côte à côte, dans le même rang, des révoltés, sans s'en douter,\ncombattaient pour des opinions bien diverses. Les hommes ne cognent\njamais aussi dur que lorsqu'ils ne savent pas bien pour quelle cause ; l'His­\ntoire ne manque pas d'exemples de vainqueurs qui se bataillent les uns les\nautres, ne se trouvant pas d'accord sur la cause qu'ils ont fait triompher.\nLa phrase vide, la période creuse qui n'est qu'une enveloppe dans laquelle\nchacun peut fourrer sa petite idée, est un des secrets de la grande politique.\nJamais une chose sérieuse et ferme, qui ne livre qu'à une patiente réflexion\nson sens bien précis, unique, jamais une équation enfin, ne réunit assez\nd'assentiments pour se faire emporter dans une poussée populaire. Nous\nn'aimons pas nous buter à l'évidence tranquille, claire, immuable ; notre\njugeotte ressent du dépit de ne pas ramasser le plus petit brin à discuter ;\nnous sommes piqués de ne pouvoir élever la prétention d'une réserve et de\nnous sentir domptés sous une puissance aussi inébranlable que celle du vrai\ndans sa nue simplicité ; tandis que l'erreur, doucereuse comme un habile\navocat, possède mille expédients, et peut, seule, par des complaisances si\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "                                  — 213    —\n\n\naccommodantes, nous mettre d'accord — nous qui ne le sommes pas en\nsincère réalité. Nous dénichons des formules d'union dans le nuageux des\nthèses souples; aussi adorons-nous l'indéfini qui, sans austères rigidités,\nvarie au gré de nos fantaisies, et, vaguement, se termine en fumées, en\npoésie. Voilà comment la poésie pour nous est bien un besoin.\n   Ce mot : Progrès, derrière lequel nous nous emballons tous, est le parfait\nterme élastique; quelles syllabes molles auxquelles chacun, d'un coup de\npouce, donne une forme personnelle ! Combien d'esprits conçoivent cette\nnotion d'une même façon ? Pour l'industriel et pour le constructeur ce sont\nles chemins de fer, les usines, le travail ; pour le général, c'est le renverse­\nment de tout cela, mille pétards ! pour la femme, c'est une nuance nouvelle;\npour le boursier, c'est une application ou une idée retapée bonne à être\nmise en actions ; pour le député, c'est un mot excellent tombant, avec autant\nd'effet, dans un discours qui combat une réforme que dans le discours qui\nsoutient la même réforme. Le Progrès, l'économiste le salue comme le fils\naîné de la Statistique; le professeur l'invoque pour faire augmenter ses\némoluments; c'est des petits pots, des tubes, des creusets pour le chimiste,\net un calembour pour le commis-voyageur ; pour le ministre, c'est une\ngrosse caisse sur laquelle il bat la péroraison de sa réplique ; pour le bour­\ngeois, c'est la lumière électrique, les décors incombustibles, les complets\nà 35 francs et ces paquebots géants avec lesquels on peut noyer trois mille\npersonnes d'un coup ; pour les fanfares et les sociétés savantes, c'est un titre\nexcellent ; c'est un mot qui roule bien ses deux r, un mot à tout faire, qui\nrime avec Congrès dans les cantates et avec préfets ou entremets dans les\nrondeaux de revue ; un mot qui gratte les taches de sang de l'Histoire,\net sur lequel l'Administration municipale se jette universellement pour\nen faire un nom de rue : un mot, enfin, qui fait boum ! dans les toasts et\namen! dans les oraisons funèbres... En somme, quoi? Le pseudonyme\ndont la sottise signe bien des actes ; un savetier ramassant dans les friperies\nde vieilles chaussures qui, ressemelées et arrangées, reprennent leur route ;\nun savetier qui fait du neuf avec du vieux dont il souffle la poussière d'oubli\net dont il change un peu la forme suivant le goût du jour.\n   Car le Progrès n'est pas assez fort pour s'affranchir de la Mode; comme\nvous et moi, il s'habille suivant la coupe en vogue ; là, même, est sa seule\nnouveauté, c'est que, suivant les époques, il se présente sous un aspect\ndifférent, momentané. Dans le présent, on le trouve, avec son caractère\ndernier genre, dans les expositions industrielles. Grands halls mécanisés\nsous des fermes audacieusement calculées, salles immenses, bourrées d'or­\nganes de machines, de transmissions, de moteurs, d'outils; c'est le mou-\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "                                  — 214 —\n\nvement partout : les murs et le sol trépident, et, avec de lourds tressaille­\nments, le fer fiévreux se démène, les courroies se dépêchent, les engrenages\nrageurs mordent, les pistons frappent, la vapeur siffle et, avec la gran­\ndissime hâte de leurs membres d'acier, les machines haletantes fabriquent\nde tout dans un bruyant époumonnement. Elles font du papier, impriment\ndes brochures et distribuent la composition, elles tissent, scient, tournent,\npiquent des bottines, tricotent, rabotent, cuisent des rôtis, pompent de\nl'eau, elles font des enveloppes et des chapeaux, elles cousent en douze\nsecondes une paire de gants qui se décousent aussi vite et sans machine,\nelles confectionnent du chocolat qui coûte un peu moins cher et qui a un\ngoût de ferraille par dessus le marché. Notre gloutonnerie du temps a\npoussé les inventeurs dans une voie curieuse— surtout sous l'influence des\nAnglais dont le rêve est de pouvoir emporter leur maison dans un petit sac\nde nuit. Tout doit pouvoir se mettre dans la poche et servir à plusieurs\nusages : les baignoires en caoutchouc se replient et se dissimulent un mou­\nchoir par dessus, on a fait des canots de sauvetage qui se blottissent dans\nune valise; il y a des cannes qui sont des fusils ou des pipes, et des plumes\nqui sont en même temps des encriers ; des pianos se transforment en lits ou\nou en garde-manger, des cartons à chapeau deviennent des appareils pho­\ntographiques, et des parapluies deviennent tout ce qu'on peut souhaiter ;\nun nécessaire de voyage se loge dans une casquette et on vend des compas\nqui sont des porte-plumes, qui sont des grattoirs, qui sont des décimètres,\nqui sont des coupe-verre, qui sont des limes à ongle, qui sont des rasoirs\nà l'essai... à laisser de côté. Et les chapeaux antinévralgiques, et puis les\ncigares qui contiennent des feux d'artifice et des médicaments, et mille\nautres objets à grandes transformations plus ingénieuses cent fois que les\nexpédients d'un gamin de New-York ou d'une vieille femme avare. Ce sont\ndes tours de science, des combinaisons patientes, des jeux de mathématique\n— cette science qui a pour but de démontrer que l'inconnue n'en est pas\nune. Cela surprend, cela amuse, on achète parfois pour en faire cadeau à\nl'un ou à l'autre ami — qui ne s'en servira pas — et l'on passe. Ces inven­\ntions montrent un effort réel, très grand — et inutile. Il y a de l'intelligence\net du travail, évidemment ; il y en a beaucoup, mais mis en œuvre, mal à\npropos, comme l'esprit de ce loustic qui, voulant faire une grosse blague à\nses concitoyens, endosse, en plein mois d'août, une lourde pelisse, relève\nle collet, prend une longue paire de patins sous le bras et s'en va, par les\nboulevards, rapidement, traversant la foule ébahie de voir cet homme qui\nse trompe de saison ; il rentre chez lui, noyé, étouffé, mourant et gémissant,\nen s'éventant : Non, mais quelle bonne farce j'ai faite ! Qu'on en trouve\nencore un malin de ma trempe !\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "                                   — 2l5\n\n   Notre civilisation a de ces fumisteries ; elle nous épate avec une série de\nconceptions cocasses témoignant d'un labeur surmenant, et qui ne servent\nqu'à garnir des vitrines, n'entrant jamais dans un ménage. Beaucoup de ces\nobstinés chercheurs ne peinent qu'en vue des expositions. Produits pour la\nmontre, pas solides, d'un caractère vulgaire, rapide, en bois collé, systèmes\naméricains, brevetés, électriques. En place de ces vieux beaux meubles,\nmorceaux précieux, travaillés lentement, nous avons des meubles ordinaires\nlégers, des objets frappés à la matrice en quantité sur un même modèle\ncomme les vêtements se taillent sur une même coupe. C'est l'enrégimen­\ntation sous les ordres de la froide vulgarité. Cette consigne est générale ;\nainsi les magasins, les établissements publics ne veulent même plus du nom\nentier de leur propriétaire, un prénom suffit, on dit la maison Louis, la\ntaverne Georges, le café Pierre, chez Guillaume... Ce sont là de ces petites\nnégligences que nous ne voyons pas tout d'abord, éblouis par les miracles\npositifs de la Science ; les fées du conte sont des riens du tout devant cette\nmagicienne qui, dans ses cornues, met les rêves les plus osés et en fait de la\nsimple réalité. Dans la gloire de sa puissance, notre Progrès prend des airs\nde grand premier ministre et son importance solennelle ne daigne consi­\ndérer que les questions dominantes ; il dompte et conduit la bouillante\nénergie de la vapeur, il fait éclater les merveilles de l'électricité, mais il se\n soucie fort peu des petites choses, détails indignes, des bêtises avec lesquelles\n cependant nous sommes en plus immédiat contact et qui, elles, ne changent\n pas et continuent sur nous leurs incessantes taquineries en narguant les\n grandes inventions. Par exemple : ces misérables petits boutons de chemise,\n odieux symboles du mauvais vouloir et de l'entêtement ; ils choisissent pour\n sauter le jour où vous êtes pressé, et quand ils veulent bien tenir, ils refu­\n sent d'entrer dans la boutonnière, ruent et se défendent comme des chevaux\n devant le travail et laissent le linge en un bel état ! Tubleu ! Comment\n n'a-t-on pas encore un moyen d'attache quelconque qui nous libère du\n supplice énervant que nous infligent ces petits drôles ! Et comment n'a-t-on\n pas aussi trouvé le moyen de nous délivrer du fléau de nos maisons : les\n cuisinières ! Des campagnardes goulues qui mettent leurs doigts noirs\n partout et le bout de la langue sur les gâteaux, lavent les assiettes quand\n elles ont le temps, nous empoisonnent avec des viandes torréfiées, des sauces\n d'apothicaires et des denrées falsifiées qu'elles s'obstinent à acheter chez\n des fournisseurs plus soigneux des étrennes que de la qualité de leurs mar­\n chandises; pour demander une côtelette au boucher, elles restent trois\n heures absentes, profitent de l'occasion pour exposer nos affaires à toutes\n les bonnes du quartier et rentrent en disant : il n'y a plus de côtelettes,\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "                                 — 2l6 —\n\nfaut-il retourner ? Elles ne font preuve de bon goût que pour choisir dans\nnos porcelaines les plus belles pièces, pour les casser ; avec quarante francs\npar mois elles trouvent moyen d'avoir mille francs d'économies au bout de\nl'année, et, dans un langage agaçant, elles vous répondent, si le fromage\nest mauvais : je n'en peux rien, je ne suis pas dedans...\n   Mais cela, je vous le dis, ce sont choses infimes devant les grandioses\ncombinaisons de notre siècle, et le Progrès méprise hautement de pareils\ndétails, des vétilles ! Aussi, comme, en mon particulier, je le voudrais\nmoins émerveillant ! C'est comme les médecins qui ont imaginé les instru­\nments les plus étranges pour des opérations atrocement compliquées, et\nqui possèdent des médicamentations composées pour des maladies dont le\nnom seul est déjà une épouvante — des noms tels qu'on ne comprend pas\ncomment l'alphabet a pu suffire à leur élaboration — et qui ne savent pas\nguérir une migraine ou un rhume de cerveau... Guéris-nous des méchan­\ncetés de nos boutons de chemise et du verbiage incongru de nos cuisinières,\nProgrès !\n    (A suivre).                                 JAMES VAN DRUNEN.\n\n\n\n\n                       EN FLANDRE\n                                                       A GEORGES RODENBACH.\n\n\n         Mon doux poète ami, te voilà dans tes Flandres,\n         Loin des bruits de la foule et de l'air de Paris,\n         Longeant de frais ruisseaux qui, par les prés fleuris,\n         Promènent lentement leurs gracieux     méandres!\n\n          Tant de propos divins, mêlés d'aveux si tendres,\n          Sur quelle lèvre en feu les as-tu donc surpris?\n          Quel charme se répand sur ce que tu décris,\n          Quand de tes souvenirs tu ranimes les cendres !\n\n          S'éparpillant dès l'aube en essaim vagabond,\n          Dans leurs plus beaux atours les kermesses s'en vont\n          De village en village, au son de la musique;\n\n          Et sous des ciels légers comme Ruysdael en peint,\n          On voit des amoureux, dans le jour qui s'éteint,\n          Danser aux purs accords de ta flûte rustique !\n\n                                                 GEORGES GOURDON.\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "                                   — 217 —\n\n\n\n\n         CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\n                   L ' H Y S T É R I Q U E de CAMILLE LEMONNIER.\n\n\n            Etant donnés, d'une part, le sujet de l'Hystérique, et de l'autre,\n             le tempérament de Camille Lemonnier, démontrer que l'écri­\n             vain brabançon devait concevoir son roman comme il l'a\n             conçu, et le réaliser comme il l'a réalisé, tel est le but de\ncette étude.\n   Le sujet de l'Hystérique.      L'analyse d'un cas de névrose religieuse,\nl'évocation patiente et scientifique d'une de ces mystérieuses figures de\nstigmatisées, sainte Thérèse ou Louise Lateau, que la physiologie essaie\nd'expliquer et que la légende auréole. Une mise à nu de l'âme mystique,\nensanglantée par toutes les hontes et toutes les misères du corps. Puis, pen­\nchée sur le lit de l'étrange malade, la silhouette violente et noire d'un\nprêtre resté jusqu'alors fidèle à son vœu, et que le détraquement physique\nde sa pénitente finit par jeter dans les horreurs du sacrilège et dans les per­\nversions du sadisme. Sujet terrible, et qui plonge, par d'infinies et secrètes\nracines, jusqu'aux tréfonds les plus inexplorés de notre être. Sujet malsain,\nqu'enlacent de leurs végétations splendides et sombres les roses noires de\nl'enfer et les roses blanches du paradis.\n    Le tempérament de Camille Lemonnier. Une nature essentiellement\nsaine, jetée dans les magnifiques débauches de l'art par le trop plein même\nde sa santé Toutes les fougues, toutes les franchises. La sève et le sang en\nébullition. Le romancier né des grands bois, des fleuves puissants, des\natmosphères dilatantes et salubres. Une force enivrée d'elle-même. Une\nrétine magique comparable à celle de Rubens. Un torrent d'inspiration\nroulant impétueusement ses flots dans les grands chemins de l'art et de\nla vie.\n    Qu'un tempérament pareil à celui de Lemonnier ait été sollicité par le\nsujet de l'Hystérique, cela ne peut étonner que des esprits à courte vue et\n des critiques superficiels. Nous éprouvons tous, à certaines heures, le besoin\n de nous évader du monde imaginaire que notre verbe a créé. Et combien\n le choix de Lemonnier nous paraît logique et presque fatal, quand nous\n nous rappelons que l'auteur du Mâle a le légitime orgueil de son univer­\n salité, et presque même la coquetterie.\n    Mais, le choix du sujet une fois expliqué, il était permis aux familiers de\n l'œuvre du maître — et ils sont nombreux — de prédire un roman des plus\n curieux, ni malsain, ni malade, ni corrompu, en dépit de la contagion du\n sujet et des problèmes troublants qui s'y agitent. Et cette bizarre antithèse\n du thême et de l'orchestration, qui eût été dangereuse à tout écrivain moins\npuissant, a très étrangement servi Camille Lemonnier.\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "                                 — 218 —\n\n\n   Le péril, en cette occurence, était de rester dans un juste milieu factice\net conventionnel. D'instinct, Lemonnier est allé aux extrêmes, et la suprême\nraison artistique, d'accord avec l'inspiration peut-être inconsciente du\nmaître, le justifie complètement. En effet, Lemonnier, dans l'Hystérique,\na été sauvé par la santé de son talent.\n   Il n'a point cherché à être mystique; il n'a rien de la flamme maladive de\nses personnages ; Humilité et Orléa ne sont pas les enfants de son âme. Ils\nlui restent complètement extérieurs.\n   Un drame se joue dans le Béguinage. Lemonnier s'arrête et regarde.\nPuis il raconte ce qu'il a vu avec un sangfroid et une cruauté d'opérateur.\nSon Hystérique, où ses sentiments personnels sont systématiquement\ncachés, est peut-être, d'entre tous les romans contemporains, celui qui\n réalise le plus fidèlement l'idéal « d'objectivisme » affirmé si souvent par\n Gustave Flaubert. Ou si parfois l'émotion de l'écrivain transparaît, c'est\nune émotion d'art comparable à celle qui devait exalter les maîtres flamands\ndevant les orgies sanglantes de leurs martyres. La rouge et mystérieuse\nivresse de la force dépensée, des massacres et des supplices. L'odeur acre\net fade des divins charniers où se tordent les saints en croix et les vierges\ndécapitées. Lemonnier a compris l'Hystérique non pas à la manière des\nvieux tableaux gothiques, où les décollés ne saignent pas, où leurs têtes\nlivides ont les prunelles pleines de leur Dieu, mais à la manière de Pierre-\nPaul Rubens, le superbe et magique orateur de la peinture.\n   Sœur Humilité et le prêtre Orléa, les deux figures centrales du roman,\nportent la rude empreinte du faiseur d'hommes auquel nous devons Ger­\nmaine et Cachaprès. Et si, contrairement aux types du Mâle, ils n'ont\nguère de communion avec leur père spirituel, ils n'en vivent pas moins\ndans l'évidence et la vérité supérieures du livre.\n   Les personnages secondaires sont moins réussis. L'abbé Camerlin et le\ncapucin Vignas ont des allures caricaturales qui ne sonnent pas toujours\njuste dans les symphonies puissantes du drame. Heureusement que la\nGrande Mademoiselle et son troupeau de dévotes agnelles contrastent sans\ncesse avec ce couple d'allures un peu basses, et que la délicieuse idylle de\nsœur Claire et de Martinus Puts fait tout oublier. Oh ! la fraîche églogue\nmonacale ! Oh ! l'adorable bouffée de lavande et de thym ! Oh ! le simple\net pénétrant sourire de ces yeux naïfs et de ces bouches candides, miré\ncomme un rayon de soleil dans les horribles flaques de sang de la fin du\nlivre !\n   «           A la fin une porte s'ouvrit, dans la direction que n'avaient\npoint cessé de prendre ses yeux, et il en vit sortir un clair béguin gentiment\nposé sur de saines joues rouges. Alors sa bouche bonasse écarquilla un\nsourire plus large qui finit par s'immobiliser dans les plaques vermillonnées\ndu visage. Petit à petit, le béguin se rapprochait, sortait de la pénombre\nembrumée de la ruelle, entrait dans la grande lumière tranquille de la place\nqui précède l'église, et les joues apparaissaient à présent, sous les blancs\nlinges empesés, comme des fruits mûrissants, d'une sève chaude et vivace.\nMartinus fit un pas, tendit ses paumes dans lesquelles se posèrent deux\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "                                 — 219\n\nmains grasses et potes, et sa jovialité naturelle se fondant tout à coup sous\nune émotion de jeune tendresse, il lui susurra avec un grisollement dans\nla voix :\n   — Claire, sœur Claire, j'étais venu... j'attendais... j'avais des choses à\nvous dire, mais je ne sais plus quoi !\n   Puis se rappelant :\n   — Ah ! oui, une bonne fête de Pâques !\n   Et il traîna sur cette phrase, s'embrouillant à la répéter de ses grosses\nlèvres ouvertes.\n   Non moins embarrassée, sous la douceur humide de ces yeux bleus qui\nla mangeaient, sœur Claire se sentait envahie d'une grande rougeur, dans\nle tumulte de son sang de vierge.\n   — Merci! C'est bien gentil!... Moi aussi, bégayait-elle à travers l'émoi\nd'un sourire ravi.\n   Et ils demeurèrent là, oubliant l'église, le passage des curieuses béguines,\nles petites loussoteries indignées des anciennes, dans cette pression chaude\nde leurs mains enlacées ou passaient les amollissements d'une affection déjà\nlongue.\n   Martinus Puts, le premier, eut la conscience du danger qu'il y avait pour\ntous deux à s'exposer en public et, serrant les doigts de sœur Claire, dans\nune étreinte plus forte il lui chuchota à demi-voix :\n   — Allons nous-en... on nous regarde, mais je vous verrai de là-haut,\nClaire... Oui, du haut de mon orgue.... Et je joûrai pour vous... de jolis\nairs, vous verrez !\n   Ils s'entre regardèrent encore un bon coup, comme on boit un breuvage\ngrisant, puis se quittèrent, elle, se coulant dans le poudroiement soleilleux\ndu porche, lui, se faufilant à travers l'escalier colimaçonnant qui conduisait\nau jubé. Et tandis qu'elle trempait le bout de la main dans le bénitier, ses\nprunelles roulèrent une dernière fois du côté de l'ombre où deux fortes\népaules achevaient de disparaître... »\n   En dehors de sa valeur humaine, que nous venons d'étudier ici, le nou­\nveau roman de Camille Lemonnier s'impose à la mémoire par une valeur\nartistique toute spéciale, que possèdent seules les rares œuvres de ce temps\nqui sont assurées de ne pas tomber dans l'oubli.\n   De même qu'en peinture la combinaison de certaines valeurs donne au\ntableau une lumière déterminée et dominante, indépendante parfois du sujet,\net dont la mémoire obsède les rétines, de même qu'en musique, certains\nmotifs et certaines modulations se résolvent en une couleur orchestrale\nqui devient l'âme de la symphonie, de même en littérature l'emploi de cer­\ntains mots, les alliances de certains vocables, la sonorité de certaines tour­\nnures finissent par produire une atmosphère générale où baigne l'œuvre\ntoute entière, avec ses personnages et ses décors.\n   Les toiles du peintre anglais Whistler, les drames lyriques de Richard\nWagner, les romans et les poésies de l'école française contemporaine sont\n des exemples frappants de valeur atmosphérique.\n   Camille Lemonnier est, dans l'Hystérique, un atmosphériste de premier\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "                                  — 220 —\n\n\nordre, et les deux cents premières pages de son étude sont, à cet égard, un\nchef-d'œuvre.\n   Un naturaliste vulgaire — n'avons-nous pas fait un pléonasme? —\nn'aurait point manqué de déterminer méticuleusement ce qu'il est convenu\nd'appeler le milieu. Il nous aurait appris dans quelle partie de la Belgique\nflamande, dans quelle ville de province, sous quel bourgmestre, se passe\nl'action du roman. De tout cela, Camille Lemonnier ne nous dit rien. Cela\nse passe quelque part, dans une petite ville de province, qui nous reste\ninconnue à travers les trois cents pages du livre. Et pourquoi? Précisément\npour traduire l'isolement du béguinage. Lemonnier obtient ainsi un effet\nde recul et de recueillement qui donne un superbe relief à son Hystérique,\net qui est d'un fier artiste, supérieur à tous les dogmes et à toutes les\nécoles.\n   Et l'air ambiant du béat asile, la vie anémique et blanche du béguinage,\nles odeurs fades de sacristie, les bouffées d'encens, la flamme maladive des\ncierges, les murmures du confessionnal, l'agonie des cloches dans la brume,\nla vaste et vide sonorité des églises à la nuit tombante, toutes ces sensations\nsubtiles sont transposées en des phrases merveilleuses, d'une orchestration\nraffinée, par des mots angéliques, parfumés et lumineux.\n   Le grand style de l'Hystérique nous fait invinciblement penser à la\nsolennité du chant grégorien et à la majesté lente des orgues.\n                                                      ALBERT GlRAUD.\n\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n              Nous allons donc entendre les Maîtres Chanteurs, chez nous,\n               et Wagner va être bravissimé à grand bruit par le high-life en\n               cravate blanche. Cette première m'inquiète ; pas pour le high-\n               life qui n'y comprendra rien, mais pour les artistes.\n   On ne se doute guère, au théâtre de la Monnaie, de ce que c'est que\nl'interprétation d'une œuvre lyrique. C'est demeuré, jusqu'à présent, une\nquestion de tympan, par la raison que le public fait le théâtre et qu'il veut,\navant tout, des gens qui chantent et qui chantent fort. Au cœur du public\nil y a toujours l'abonné, le pilier d'opéra, la borne, le monsieur qui se\ncouche au travers du chemin en fredonnant des cavatines. L'abonné, ce\nn'est pas un homme, c'est toute une génération qui s'incruste de père en fils\ndans le velours d'un fauteuil d'orchestre et qui paie. Et contre la force\ninerte de cette badauderie, la presse qui devrait conduire le mouvement\ndemeure impuissante ; lasse d'efforts, elle finit par se rallier à la masse, et\nfait comme tout le monde. Je ne parle pas de la presse exclusivement artis­\ntique, mais de la critique quotidienne, la critique à un ou deux sous :\ncelle-ci, quand elle a fini son compte-rendu, aligne au bas une pile d'éloges\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                                  — 221 —\n\n\n et de blâmes à distribuer aux interprètes. C'est banal, c'est du pain dont\n chacun attrape son morceau ; tant pis pour lui si ce morceau est mauvais ;\n grâce au hasard, le prochain sera peut-être bon et, ma foi, au bout de\n l'année, l'un compensant l'autre, cela fera le compte tout de même. C'est le\n métier. Les critiques d'art, aujourd'hui, sont des critiques dare dare; le\n public attend, il faut faire vite et, comme penser dure, on invoque le grand\n dieu « Je m'en fiche », et l'on fait de la critique à pile ou face. Mais peu\n importe encore qu'elle soit juste ou injuste ; ce que je veux dire surtout,\n c'est qu'elle est mal emmanchée et ne paraît, pas plus que le public, aper­\n cevoir ce que c'est que l'interprétation. Elle est trop personnelle ; c'est un\n reste de virtuotisme; elle sacrifie trop aux individualités, au lieu de consi­\n dérer d'une façon générale l'esprit de l'œuvre. Car l'interprétation, en\n somme, c'est toute la mise en scène d'une conception, sa réalisation par les\n sons et la couleur. Elle se fait aussi bien par le costume, le décor, la dispo­\n sition des personnages, la machination que par l'exécution musicale et dra­\n matique. I1 suffit qu'un point de cette mise en scène soit faussé pour que\n l'interprétation devienne entièrement mauvaise. Malgré. Wagner et Bay­\n reuth, on n'a pas assez compris cette nécessité de faire concourir les moin­\n dres détails à l'harmonie de l'ensemble. Aujourd'hui encore et toujours,\n on s'attache trop exclusivement au chant et aux chanteurs, et à certains\n moments l'œuvre s'incarne toute dans un ténor qui pose derrière le trou du\n souffleur à faire des effets de jambe et de gosier. Nous en avons beaucoup\n trop de cette espèce-là chez nous, à commencer par M. Jourdain et à finir\n par M. Rodier. M. Jourdain tout en haut, s'entend, et M. Rodier tout en\n bas. Mais M. Jourdain même, malgré ses qualités, reste trop ténor, comme\n tous ses camarades, hommes et femmes. Je n'en excepte qu'une seule;\n elle, à part, je ne fais plus de distinction dans le reste de la troupe; cette\n troupe est toute bonne ou toute mauvaise.\n    Toute bonne si on la mesure à ce qui s'appelle « le répertoire ». Et dans\n ce répertoire, je relève comme pièces-types : Robert le Diable et les Dia-\nmants de la Couronne. Il y a là, pour ce genre, des sujets excellents :\nM. Soulacroix qui dessine joliment la mélodie et chante toujours mieux sur­\nune jambe que sur deux. M. Gresse, cette basse superbe qui donne des\ncoups de gosier comme on donne des coups de cornes. M. Delaquerrière,\nM. Séguin à la voix de tôle qui fait admirablement les Lagardère en\nmusique. M lle Legault, cette fine voix, au timbre de hautbois, qui a trouvé\nle moyen de rester gracieuse-avec tout ce qu'il faut pour ne pas l'être.\nMlle Hamann, cette jolie femme, en qui la faculté artistique est, par\nmalheur, tout à fait détraquée. Mlle Deschamps, cette artiste déhanchée\nqui a de superbes élans et des chutes si profondes, M me Bosman, enfin, la\nplus agaçante de correction et de perfection, la chanteuse d'école faite\n« d'acquis », le modèle d'une honnêteté artistique poussée jusqu'au bour­\ngeoisisme.\n    Mme Bosman a étudié son catéchisme d'esthétique par cœur; elle a fait\ndes progrès énormes depuis ses débuts, mais toujours dans la ligne droite\nde son ornière, toujours en restant fidèle à la religion du convenu et ne\n                                                                       H\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "                                   — 222 —\n\n\nparaissant point se douter qu'on pût renverser d'un élan cette mise en\nscène de carton dont le cliché se conserve au fond de tous les conserva­\ntoires. Cet élan, il y a pourtant une artiste auprès d'elle qui l'a magnifi­\nquement donné; c'est Mme Caron; elle, en montant sur la scène, a fait\nsauter le cliché; de son geste ample de tragédienne lyrique, elle a posé sous\nun jeu de lumière nouveau ces personnages de Marguerite, Valentine,\nSalomé, Rachel. Elle les a interprétés, tandis que jusqu'alors on s'était\ncontenté de les chanter ; elle est de force à soutenir la création des Maîtres\nChanteurs, à leur donner le coup d'âme sans lequel de telles œuvres ne vivent\npas; mais j'ai bien peur, qu'à côté d'elles, les autres ramènent cette gigan­\ntesque caricature musicale à des proportions mesquines, en poncent les\nsaillies et les angles jusqu'à lui enlever tout relief pour n'en laisser plus\nqu'une sorte d'adaptation au ton du répertoire et à la portée du public.\n   Quant à la mise en scène purement matérielle, elle est toute à organiser ;\ntant qu'on verra des choristes rangés par sexe, des figurants faisant le même\ngeste bête, à contre sens, des entrées absurdes comme celle des dévotes au\nCloître de Saint-Sulpice, tant qu'on verra des anachronismes de costume\ndes sources recousues, des Tunisiens transparents trop grands pour leur\ncadre, et des vagues de carton glissant d'une coulisse à l'autre dans un\nmouvement de balancier, on aura envie de rire et, sous ce rapport, c'est des\ndessous au cintre qu'il faudra bouleverser cette scène pour en tirer enfin\nquelqu'impression artistique qui ne soit pas tachée par un jeu discordant ou\nun décor grotesque.\n                                                               H. M.\n    1er Mars.\n\n\n\n\n          CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n                       L'EXPOSITION DES XX (I)\n\n             I1 y a un an, tout un remue-ménage se fit dans le monde des\n              jeunes artistes. Un cercle nouveau, tapageur, venait de se\n              former à coups de tam-tam, à sons de trompe, composé de\n              vingt peintres et sculpteurs seulement, mais doublé de vingt\nétrangers les uns connus, les autres à faire connaître.\n   Le Cercle comptait alors dix-sept peintres : Franz Charlet, J. Delvin,\nJ. Ensor, W . Finch, Ch. Goethals, F. Khnopff, P. Pantazis, D. de\nRegoyos. W . Schlobach, F. Simons, G. Vanaise, Th. Van Rysselberghe,\n\n  (') Nous regrettons beaucoup de devoir donner à la Jeune Belgique, un compte-rendu\nnon inédit du Salon des XX. Des circonstances malheureuses nous empêchent d'en\nfaire autrement. Nous nous excusons donc d'un fait qui ne se renouvellera plus.\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                                 — 223 —\n\n\nG. Van Strydonck, P. Verhaert, Th. Verstraete, G. Vogels, R. Wytsman,\net trois sculpteurs : A. Chainaye, .J. Lambeaux, P. Dubois.\n   Aujourd'hui trois noms nouveaux ont remplacé ceux de Lambeaux, de\nVerhaert et de Pantazis; ce sont MM. G. Charlier, J. Toorop et Is. Ver­\nheyden.\n   La plupart d'entre tous ces artistes n'étaient guère connus à la fondation\ndes XX. La plupart, affiliés à des cercles médiocres, les autres seuls dans\nles coins de salons triennaux, n'avaient pu grouper leur œuvre de manière\nà le bien faire juger, comme on le fera au Salon des XX. Ici pas de jury,\npas de coquilles d'huîtres pour prononcer les ostracismes ; à chacun son\ncarré de mur avec la responsabilité des choses dont il le couvrira ; liberté\nparfaite, n'admettant qu'un juge : le public.\n   On a tenté, l'année dernière, par on ne sait quelle animosité, d'écraser\nles vingt Belges sous un éloge exagéré des vingt étrangers. Il était témé­\nraire, il est vrai, d'inviter une phalange d'élite à se mesurer avec une armée\njeune et peut-être inexperte. Fantin-Latour, Bracquemond, Kroyer, Cazin\nsemblaient devoir dominer et broyer sous eux les nés d'hier. L'exposition\nd'aujourd'hui a calmé cette crainte que nous avions tous. A côté des tableaux\nde SWAN, qui arrêtent et stupéfient tant ils ont de majesté et de grandeur,\ndu David, de BRACQUEMOND, d'après Moreau, de la Plage, de KROYER,\ndes Forgerons, de RAFFAÉLLI, à côté de ces œuvres incomparables,\nd'autres, celles des nôtres, fascinent. C'est l'Après-dînée, de JAMES ENSOR\nsi ragoûtante de couleur malgré ses maladresses, c'est le Coin d'hiver, de\nXAVIER MELLERY; ce sont les épiques Puddleurs en cire de CONSTANTIN\nMEUNIER, la Dame en blanc et la Panique, de JAN TOOROP, et surtout\nl'admirable paysage de Neige, le Crépuscule, toutes les toiles de GUIL­\nLAUME VOGELS, refusées au Salon !\n   Et c'est pourquoi, malgré les inimitiés que des XX ne sont attirées, on\nverra en eux des travailleurs consciencieux, qui, s'ils crient sur les toits\nqu'ils sont des forts, n'ont peut-être qu'un tort, c'est de le crier au lieu de\nle dire paisiblement.\n   Ce sont deux Anglais qui se disputent, aux XX, les deux bouts de\nl'échelle esthétique, JOHN SWÂN avec le plus beau tableau, MARK FISHER\navec le plus mauvais !\n                    Le puissant lion qui fait de larges pas\n                Parfois lève sa griffe et ne la baisse pas,\n                Etant le grand rêveur solitaire de l'ombre\n   Ces vers de la Légende des Siècles, Swan nous les dit dans ses tableaux.\nLe pastel crépusculaire où un lion et une lionne cheminent, farouches,\navec lenteur, et comme s'ils traînaient après eux une charrue, tant leur\nallure a de fatigue, ce pastel, comme tout l'envoi de l'artiste anglais, est\nimpérissable.\n   Ce n'est pas le fauve, crinière au vent, bondissant dans la jungle et lan­\nçant au loin son rugissement de triomphe, c'est le lion pensif qu'exprime\nSwan, c'est la grande tristesse du fauve dans la solitude de sa férocité; c'est\nle roi dans ses domaines.\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "                                 — 224 —\n\n    Nous le disions récemment, l'art contemporain voit tout en noir et tout\nen gris. Après la large mélancolie de Swan, voici l'intimité douloureuse de\nXAVIER MELLERY. Celui-ci est parvenu à faire, sans invraisemblance, de\nla neige sombre, dans ce petit tableau où se lamente un coin de nature,\noù les branches des arbres se tordent comme des bras de suppliciés, où l'on\nvoit, pour ainsi dire, le silence. Comme certains maîtres hollandais,\n M. Xavier Mellery aime le recueillement; il y a quelque chose de monas­\n tique dans son art, et l'on éprouve presque, à voir son œuvre, l'envie de\n marcher sur la pointe des pieds et de parler bas. Le dessin : Un enterre-\n ment (île de Marken) et en général tous les dessins de Mellery donnent\n intensement cette impression sans pour cela se faire maladifs. L'art de\n Mellery est sain, il est flamand. La tristesse n'en est pas du spleen ni de\n l'énervement, elle est simple, elle est muette.\n    On a fait beaucoup de bruit autour de JEAN-FRANÇOIS RAFFAÉLLI,\n que l'on est tenté d'appeler un révolutionnaire. Impressionnisme, inten-\n tionnisme, nous ont toujours paru mots bien vides, en ce temps que la pos­\ntérité nommera peut-être le siècle du puffisme, pour ne pas dire du muf­\nflisme! La rage que nous avons de délimiter des écoles, en art, nous mène\nà une formidable dépense de mots, sans pour cela que notre classification\nvaille lourd, et l'on ne peut pas répéter assez souvent qu'il n'y a jamais eu\n d'école de grands peintres, il n'y a eu que de grands peintres ou de grandes\nœuvres.\n    Les œuvres de Raffaëlli ne nous « épatent » point, nous ne roulons pas\n des yeux ébahis à les contempler ; nous y voyons travail de peintre sérieux\n qui fait à sa manière et qui fait bien. Sans aimer la couleur qui en est âpre\n et sèche, nous admirons la vie de ses œuvres et leur superbe mouvement.\n Les Forgerons passionneront bien des artistes. On y trouvera l'ouvrier\n français — l'ouverrier — tel qu'il est, avec sa figure spirituelle et luronne\n malgré la fatigue et la peine. Ces deux gaillards penchés, d'un même\n mouvement tous deux, vers le verre qu'ils vont vider et qu'ils vident déjà\n des yeux, sont étonnants d'allure; si c'est cela de l'impressionnisme, va\n pour l'impressionnisme. Le terrassier à la décharge est autrement conçu.\n La bestialité remplace l'insouciance. Ce terrassier, dont la lèvre tombe\ncomme un groin, exprime l'abrutissement par le travail, par la vie écrasée\net surmenée; l'abrutissement sans révolte...\n    L'Armée du Salut est une pochade, d'une simple valeur caricaturale,\nqui nous mène à parler d'un Vingtiste, et sans éloge. M. DARIO DE\nREGOYOS n'a pas de chance aux XX. L'an dernier, sa Récolte de mais\nressemblait à une botte d'allumettes dispersées, et son Café de Saragosse\nà une expérience de ballon captif; aujourd'hui son envoi ne ressemble plus\nmême à cela ! Ses Impressions de voyage sont aussi des pochades mais\nsans grand intérêt, des notes impersonnelles à la portée du plus humble\nrapin. Son portrait d'après El Greco même, avec sa couleur déplaisante\n— quoique peut-être exacte, — ne nous séduit guère davantage. Lorsqu'on\nse souvient de La Plage de l'Almeria, des chemins de fer nocturnes, du\ngrand tableau de banlieue, que M. de Regoyos exposait à diverses époques\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                                   — 225 —\n\n\n  naguère, on a le droit de lui jeter des pierres et de lui demander compte de\n  son temps. Comme un bon petit ami de Dario nous le disait finement\n  l'autre jour, quand on pince trop de la guitare, on arrive à pincer de la\n  peinture — non à en faire.\n     CONSTANTIN MEUNIER n'est pas seulement un grand peintre, il est en\n  passe de devenir un de nos premiers sculpteurs. Après avoir, pendant des\n  années, délaissé la cire et le plâtre pour se livrer tout entier à cette ruti­\n  lante peinture qui le met au rang des maîtres, voici qu'il revient à sa reli­\n gion première, sans abandonner l'autre, et, d'un seul coup, donne des\n œuvres qui, si elles n'ont pas toutes les habiletés du métier, ont une gran­\n deur qui émeut et qui frappe.\n     Son Puddleur et son Débardeur, l'un debout dans une pose superbe,\n l'autre assis dans l'attitude lasse que Meunier donne volontiers à ses\n travailleurs, laissent pressentir un art nouveau, inexploré, dans lequel\n l'artiste trouvera sans doute des émotions inconnues. L'ouvrier n'a guère\n été vu jusqu'à ce jour en sculpture. Confiné dans des traditions classiques,\n on n'avait encore traité que le nu, la toge ou la redingote, non la\n blouse. Meunier poussera-t-il jusqu'au bout son étude et poursuivra-t-il la\n voie qui s'ouvre à son étonnante vigueur? Nous n'en doutons point,\n connaissant de près sa nature âpre au travail, et mâle comme l'écrivain\n dont il a reproduit les traits en un médaillon de belle facture. Nous y avons\n bien retrouvé le profil aux lignes musculeuses de Camille Lemonnier, ce\n maître-écrivain modelé par ce maître-artiste. N'oublions pas le peintre qui\n n'a pas perdu sa couleur embrasée, son atmosphère dorée où se meuvent,\n dans la dure peine du labeur, ses hommes de la houille et du feu.\n     On se livre à une hilarité douce en passant de ce Belge aux bras d'athlète\n à l'Italien FRANCESCO-PAULO MICHETTI. Un pastel surtout donne une\n vague frayeur; cela représente une tête de femme aux yeux grands comme\n les Abruzzes d'où M. Michetti est originaire. On dirait d'une couverture\n de Dormi pure affectée d'éléphantiasis, quelque chose qui devrait avoir un\n cadre en macaroni tressé ! Nous regrettons de ne pas pouvoir faire accueil\n plus galant à l'hôte des XX, mais la meilleure volonté du monde\n    A l'époque du Salon triennal, nous avons eu l'occasion de redire à\n M. FÉLIX TER LINDEN tout ce que nous avons pour lui de sincère\n admiration. Ses tableaux nous ont laissé une impression de mélancolie en\n même temps que de charme Aujourd'hui c'est le charme qui domine. Les\n marines de M. Ter Linden sont justes, nous semble-t-il, et cependant le\npeintre, par une fantaisie délicate, dont nous ne trouvons pas la clé, par­\nvient, comme Alfred Stevens, à donner à la mer, aux dunes, aux grèves, des\ntons de soie et de satin d'une exquise élégance. Il y a tout un calme dans\nces toiles, mais un calme aristocratique, à croire que, seuls, des pieds fins\nd'élégantes ont dû fouler ces sables vierges. Cela n'est pas beau, c'est\nadorable; c'est lisse, cela repose doucement le regard sans faire mentir la\nnature. Aussi avouons-nous une préférence de dandy pour ces marines,\ninférieures cependant aux sous-bois que M. Ter Linden traite de main de\nmaître, et d'un maître qu'un insigne honneur a fait refuser au Salon officiel,\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "                                  —   226   —\n\n\n Sa Forêt s'enfonce loin, très loin, dans une atmosphère de calme et de\n sérénité. C'est là de l'art supérieur auquel on n'a pas d'éloges à épargner.\n    Quelle triste surprise de voir après cela les paysages de M. THÉODORE\n V E R S T R A E T E ! On s'approche — pas pour longtemps — afin d'examiner\n de près par quel procédé le peintre parvient, à l'aide d'un pinceau et de la\n couleur, à faire de la chromolithographie, digne d'être donnée en prime\n aux abonnés de l'Illustration européenne.\n    M. Verstraete ne fait aucun progrès; il n'est plus jeune. Il piétine sur\n place; il n'a pas été refusé, lui...\n    Nous n'en dirons pas autant du jeune sculpteur ACHILLE C.HAINAYE\n qui a gagné, à l'ostracisme officiel, d'apporter aujourd'hui la primeur de\n ses groupes. Rive paisible, malgré des maladresses sympathiques, est\n un morceau de mérite. Le Nu de notre époque tourne vaguement à\n l'androgyne, par la maigreur et la gracilité des lignes ; ces deux adolescents\n— nous allions dire éphèbes — ont des formes intéressantes à ce point\n de vue.\n    Le buste de CÉLESTIN DEMBLON, trop sommaire peut-être et dur de\n facture, ne nous a cependant pas moins frappé; nous y avons retrouvé la\ntête fatiguée et triste de notre confrère, exprimée par une main d'ami qui\nen a pénétré l'âme. Nous n'avons rien à dire de Terre féconde qui manque\n d'originalité et sent un peu trop l'Académie. Rappelons aussi à M. Chai­\nnaye qu'entre un homme nu et un homme écorché il y a une certaine\ndifférence; il accentue parfois les côtes et les muscles de manière à faire\ncroire qu'il n'en est pas bien sûr. Ajoutons qu'il ignore les premiers prin­\ncipes de l'anatomie.\n    L'envoi de M. FANTIN-LATOUR ne vaut pas l'Etude qui, au dernier\nSalon, tranchait avec une si exquise élégance sur la banalité des œuvres\nétalées dans la grande salle. Le Portrait de M me F... est assurément de\nfacture à peu près semblable, mais n'attire pas autant que cette tête de\njeune fille si reposée et si fine devant laquelle on aimait tant à s'arrêter. La\n Tentation, les Fleurs sur fond désagréable, et même les lithographies\nlyriques ne sortent pas de l'ordinaire.\n    Nous arrivons aux Vingtistes qui sont le plus discutés, le plus honnis, le\nplus conspués.\n    JAMES ENSOR n'a pas idée du dessin ; ses plans sont établis de façon\nécolière, mais peu de peintres sont, comme lui, parvenus à faire vivre la\ncouleur, à l'harmoniser de façon tellement habile que l'on ne voie plus les\nmaladresses du tableau. Son Après-dînée où les personnages, la table et les\nchaises semblent être en équilibre instable sur le plan incliné du sol, est\nd'un coloris absolument superbe ; l'air — un air opaque cependant ! — circule\ndans ce salon tranquille, intime, d'où l'on ne doit pas entendre les bruits\ndu dehors. Non moins belles sont les natures-mortes où Ensor accumule\ndes victuailles juteuses, grasses, saines, qui donnent faim, qui « pantagrué­\nlisent » le spectateur.\n    WlLLY FlNCH est de la même famille sinon de la même branche\nqu'Ensor ; lui aussi fait la tache et travaille en pleine pâte, mais sa couleur\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                                 — 227 —\n\n\nest plus mate et, disons-le, plus sèche aussi. Son ouvrier en blouse et en\nsabots est certes bien planté, mais dans une atmosphère si boueuse, si\ndéplaisante, qu'on est tenté de n'y voir que l'ébauche d'un tableau à par­\nfaire. Meilleur est mille fois, plein d'air et d'une belle allure agreste, le\nCoin de village à Middelkerke où l'artiste, toujours avec un ton un peu\ntrop mat, a mis une sincérité de vrai, de consciencieux artiste épris de la\nterre-patrie.\n   Parmi les XX, celui qui aura la palme avec Vogels, à qui nous allons\narriver, est incontestablement M. JAN TOOROP. Après des études seule­\nment indicatrices, le jeune peintre se révèle tout à coup comme un ouvrier\nde première force que notre art revendiquera plus tard avec orgueil.\n   Une panique, La dame en blanc, sont quasi œuvres de maître; dans le\npremier tableau, c'est la vie de la rue exprimée avec une variété incroyable\ndans l'assombrissement des couleurs; dans le second, c'est la vie apaisée\net sans trouble des intérieurs connus; dans Le Nes à Amsterdam enfin,\nc'est la vie obscure et prostituée qui, avec sa gouge dépoitraillée qu'éclaire\nseule une lueur douteuse de réverbère, dans sa sinistre horreur ; mais par­\ntout — et nous le répétons à dessein — c'est la vie, c'est cette chose que\nl'âme des vrais artistes rend plus que leurs pinceaux .\n   De même que Toorop, GUILLAUME VOGELS est un amant des nuits\nnoires où s'agitent des choses qu'on pressent mais qu'on ne voit pas. « L'hor­\nreur muette des forêts » hante sa palette; il voit tragique, ses horizons sont\ncriminels et les rafales qu'il y remue ont quelque chose d'épouvantable.\nTel est son Crépuscule, tel son Temps de chien où les arbres sont bous­\nculés, heurtés, maltraités par la tempête ; telle encore son admirable Neige\ndont les flocons glacés semblent accrochés, sans attaches, dans l'air, dans\nl'air qui lui-même paraît gelé. M. Vogels n'est pas ce qu'on l'a voulu dire :\nun intransigeant, un extravagant, un fou ; s'il y avait des formules en art, il\nen aurait trouvé une, mais il n'y en a pas et Vogels n'a fait que se trouver\nlui-même, artiste de foi que bien de nos meilleurs peintres peuvent envier.\n   A l'époque du Salon, nous avons dit ce que nous pensons du sculpteur\nDEVILLEZ. Sa Salomé, que nos aimables employés des chemins de fer ont\nmise en pièces tant ils ont bien lu le mot : Fragile qui en ornait la caisse,\nn'a pu reparaître aux XX. Nous le regrettons. A notre sens, cette œuvre\nvalait mieux que l'envoi actuel de M. DEVILLEZ. Son Saint-Georges,\nœuvre décorative qui n'a pas, pensons-nous, la prétention d'être vivante,\nest tout au plus élégant dans sa forme effilée. Ses médaillons ne sont non\nplus que gracieux, mais proviennent de la Mode, qui fait actuellement le\nfond de l'art français. Tout cela est gentil, aimable, spirituel même, mais\nboudoireux, — qu'on nous passe le néologisme, — et l'on y voudrait trouver\nun brin de nerf, d'énergie, de profondeur. Nous aimons peu les œuvres à\nfleur de peau et celles-ci ne sont pas autre chose. Que M. Devillez regarde\nà côté de son exposition, le buste de Verheyden par Constantin Meunier;\nil y verra ce que c'est que la vie, en sculpture.\n   A notre sens, on a tort de reprocher aux peintres d'aller chercher au loin\ndes impressions. Quelque radieux que soit le soleil patrial, il n'est pas\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "                                  — 228 —\n\n\nunique et nous nous révoltons contre le principe exclusif de 1' « œuvre du\nterroir ». Où qu'on se trouve, on peut faire beau.\n   C'est ce qu'ont pensé sans doute MM. THÉO VAN RYSSELBERGHE et\nFRANZ CHARLET qui sont allés transporter et transposer au Maroc leur\npalette flamande. L'un et l'autre ont rapporté des œuvres dont on peut\nadmirer sans restriction les grandes qualités. La Fantasia et surtout le\nConteur arabe sont œuvres de travailleur déjà complet quoique jeune,\ntrop complet peut-être si nous évoquons le souvenir de ce merveilleux Mar-\nchand d'oranges où Van Rysselberghe avait mis moins de science tech­\nnique peut-être, mais certainement plus de fougue et plus de brio. Les\nFileuses de Charlet nous font semblable impression ; malgré les qualités\nincontestables de cette toile, nous regrettons de n'y pas trouver plus de\njeunesse et plus d'audace.\n    Les XX ont fait une triste acquisition en enrôlant parmi eux M. GUIL­\nLAUME CHARLIER dont l'envoi est quelconque. Nous n'en dirons pas aussi\npeu de M. PAUL DUBOIS qui, lui, mérite d'être sérieusement étudié. Ses\ndeux bustes sont d'un fort qui, s'il ne tombe pas dans l'art fignolé du bou­\nlevard français comme il y semble porté, comptera parmi nos meilleurs\nsculpteurs, un jour.\n    M. JEAN DELVIN n'expose rien qui vaille. M. CHARLES GOETHALS\ncopie Israëls dans son tableau : Fin de journée. Le tableau d'Israëls, au\nSalon, était très beau. M. FRANZ SIMONS fait sourire. Les Réflexions des\npaysannes devant le marbre nu d'un Apollon, sont aussi ridicules que le\nDeuil pleurnicheur qui leur fait pendant.\n    M. WILLY SCHLOBACH s'essaie pour la première fois dans le portrait.\nSa jeune fille, à la tête fine, sur un fond japonais, est charmante, et, n'était\nun masque décoratif qui n'est pas à son plan et semble voltiger dans la\nchambre, nous n'aurions pas de restrictions à faire à un jeune peintre dont\nnous aimons beaucoup le talent.\n    M. GUILLAUME VAN STRYDONCK n'a pas changé et n'est pas en pro­\ngrès. Ses portraits sont vivants et ressemblants, mais empreints d'une si\ndésagréable vulgarité que l'on se demande toujours si le peintre ne prend\npas ses modèles dans les loges de concierge. Le portrait de Vander Stappen\nest d'un rendu merveilleux, mais peint comme les autres portraits sans\n souci de la distinction. Mieux valent mille fois Les tireurs à l'arc auxquels\nnous n'avons qu'un reproche à adresser, c'est d'avoir pour fond un mur\nqu'au premier abord on prend pour un coin de ciel. En dehors de cette\n maladresse, il y a dans les Tireurs des morceaux d'une excellente observa­\n tion et un profil de fillette absolument exquis.\n    Nous arrivons à ISIDORE VERHEYDEN, qui n'avait pas besoin d'être\nvingtième pour être peintre de belle race. Son tableau Dans les dunes, que\n nous avons eu l'occasion d'admirer au dernier Salon, est une merveilleuse\n œuvre de couleur et de sentiment ; nous n'en dirons pas moins de l'excellent\n portrait de Constantin Meunier d'une couleur si truculente et d'une vie si\n intense. Avec ces deux œuvres, et celles qui les entourent, les Scieurs de\n long, Un braconnier, Isidore Verheyden prend place parmi nos meilleurs\n et nos plus durables artistes.\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                                      229\n\n    Il ne nous reste plus, dans cet article déjà trop long, qu'à citer les supé­\nrieurs envois du Danois KROYER qui, avec ses deux pastels, son Déjeuner\ndes artistes surtout, efface LOUISE BRESLAU, charmante cependant.\n    Chose assez bizarre, ce sont deux peintres, Kroyer et Meunier, qui\ntriomphent dans la sculpture. Le buste de Michel Ancher, fouillé en belle\n pâte, a une allure superbe, et à côté de lui, les sculptures du Parisien\n LANSON font un effet presque piteux. Citons encore, pour être complet,\n les paysages élégants et délicieux de CAZIN, les deux portraits à l'eau-forte\n de L. LE NAIN, le triste envoi de M. MANCINI, les marines inférieures de\n M. MESDAG, les deux tableaux sans valeur du peintre prussien VON\n UHDE, les paysages de M. WYTSMAN fort en progrès, et constatons avec\n regret l'absence au salon des XX de M. FERNAND KHNOPFF.\n    Au moment de terminer cet article où nous avons tenu à parler\n de tout le monde, nous devons protester contre cette opinion qui court :\nque les XX sont des combattants, des pourfendeurs, des décrocheurs de\n sonnettes. L'Art moderne, organe officiel du cercle auquel nous rendons\n largement et sincèrement justice, prétend que l'exposition présente « le\ncaractère d'une bataille ». Nous nous demandons en quoi et pourquoi?\n    L'an dernier on voyait dans les XX des jeunes qui se détachaient\nviolemment de groupes engoncés dans des routines déplorables et des\ntendances dangereuses; des conférences intransigeantes y furent données;\n cette année, nous y trouvons un groupe de peintres et sculpteurs choisis,\n les uns mauvais et qui se retireront pour faire place à de plus méritants, les\n autres médiocres, le plus grand nombre de première force. Mais je ne vois\n aucune rupture de lance en tout cela, aucun tournoi, rien qui casse une\n ombre de vitre : simplement un cercle heureusement composé et meilleur\n que les autres. Qu'on ne vienne pas nous dire que les XX « c'est désormais\n le vrai Salon de Bruxelles ». Il y a plus de vingt bons artistes en notre\n pays, et nous pourrions, après Jef Lambeaux, Baron, Hermans, Oyens,\n d'Anethan, Binjé, Anna Boch, Marie Collart, Courtens, de Braekeleer,\n De Vigne, Frédéric, Smits, Speeckaert, Stevens, Alfred Verhaeren, Stob­\n baerts, Verwée — que nous citons tous à la volée d'après le catalogue\ndu Salon officiel — nous pourrions après eux en citer bien d'autres.\n    Nous l'avons déjà dit, les expositions partielles sont une excellente\nchose ; celle des XX est la meilleure que nous ayons eue depuis fort long­\ntemps, mais le côté combat nous en échappe. Les XX vendront leurs\nœuvres tout aussi bien que d'autres, malgré les prix ridicules qu'ils en\nexigent. Pourquoi posent-ils à je ne sais quelle misanthropie qui leur fait\n« fuir à tout jamais l'approche des humains » — je ne parle pas des ache­\nteurs ! — et quelle situation imaginaire d'un martyre dont ils n'ont que les\npalmes, — sans le supplice?\n    Qu'ils continuent la série de leurs expositions, qu'ils fassent autour de\nleurs ouvertures le plus de bruit possible, mais qu'ils n'enfoncent pas des\nportes que personne n'a jamais songé à fermer.\n                                                                   M.W.\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "                                         — 230 —\n\n\n\n                                 MEMENTO\n   Un critique d'art, ex-peintre de genre, de    inspecté quelque chose, — méditer sur les\nsujets de sentiment, de Christs au tombeau,      hasards de cette autre roulette, qui est la\nde paysages, actuellement inspecteur des         roulette politique.\nBeaux-Arts, M. Emile Leclercq, publie               Qui n'a pas somnolé en lisant une des\ndans la dernière livraison de La Revue de        élucubrations du morne romancier qu'il y\nBelgique un lourd mais perfide article où,       a dans cet homme doué d'une si excessive\naprès avoir commencé par reconnaître             hybridité, ne sait pas jusqu'où un écrivain\nl'utilité et la nécessité de l'intransigeance    peut pousser la lourdeur et l'ennui. Dans\ndans l'art, la politique et les lettres, — ce    le genre endormant, il fait autorité. Per­\nqu'il appelle le premier feu, — il finit par     sonne, depuis feu M. Hymans, n'écrit le\nrenverser l'encrier sur tout ce qui a une        Belgeoie comme lui. Peut-être est-ce un\nflamme au cerveau, une liberté dans l'es­        titre suffisant pour tancer du haut de son\nprit, une indépendance dans le cœur.             tabouret, comme il le fait, les jeunes\n   Le scribe filandreux qui, dans ces théo­      hommes de lettres sottement épris d'un\nries platement bourgeoisantes, lâche ainsi       idéal de forme subtile et raffinée.\nson dépit de n'être plus jeune et de ne             Mais si étonnant que soit le plumitif\nl'avoir peut-être jamais été, se piquait         chez M. Leclercq, l'illusoire et fantasma­\nnaguère pourtant d'indiscipline, alors que       gorique peinture que cet actuel inspecteur\nsous le nom de Jacques, il ruait au « po­        des Beaux-Arts fabriquait aux alentours de\nnant » des messieurs très officiels parmi         1860, avait de bien plus particulières signi­\nlesquels il étale aujourd'hui sa prépotente      fications encore.\npersonne.                                           La génération d'alors n'a pas oublié les\n   Le factum de l'ex-intransigeant devenu        petits sujets de genre sentimental que l'aus­\nfonctionnaire rassis a ceci de particulier       tère critique d'aujourd'hui bâclait à la dou­\nqu'il semble la protestation de la bureau­       zaine en ce temps où la littérature le solli­\ncratie routinière contre le mouvement qui,       citait moins que la peinturlure.// est sauvé,\ndepuis quelques années, passionne les            Madame,       représentant un esculape se\nesprits en Belgique, dans les différentes        tournant le sourire aux lèvres vers une\nsphères des activités intellectuelles. Il faut   bonne femme et lui montrant son enfant\nvoir de quel ton rogue de chef de bureau         guéri. En une autre toile : Mon pauvre\nce vétéran de l'art poncif, ce critique d'une    enfant!!! on voyait un menuisier, en train\nesthétique fourbue, ce romancier dont les        de raboter à son établi, lever les bras au\nromans s'écoulent sous forme de sachets          ciel en regardant deux petites jambes d'en­\nchez l'épicier, rive leur clou aux petits        fants qui dépassaient le bord de la fenêtre.\npeintres de la nouvelle école, aux poétrail­     Ici l'art allait jusqu'à faire sentir que le\nlons réfractaires aux concours de cantates.      petit être, en tombant sur le trottoir, ne\n    Certes, le commis aux appointements de       serait plus qu'une masse informe.\n5,000 francs qui, de dessous sa visière            Et je ne dis rien des printemps en fer\nverte, jette un si profond et dédaigneux         blanc qui longtemps signalèrent, chez ce\nregard sur les hommes et les choses du           coloriste, atteint du plus incurable dalto­\njour — et de demain, — combine en lui les        nisme, la volonté cruelle de lutter avec les\nmultiples facultés indispensables pour pon­      produits les plus féroces de la teinturerie\ntifier en d'aussi graves sujets. Peintre raté    — ni des tableaux de religion où ce libre-\net gendelettre échoué dans le rond de cuir,      penseur, cet hérétique de plus tard, dépensa\ns'il n'a pas approché la vie publique, il a      un trésor de piété fervente et qui allèrent\npu du moins, alors qu'il inspectait naguère      orner les sacristies de campagne au loin.\nles jeux à Spa, — M. Leclercq a toujours            Qui donc, après de pareils états de ser-\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                                                — 131 —\n\nvice, oserait dénier à l'employé des minis­         pour voir le fond des âmes : ils sont\ntères.... le droit de fulminer contre les ten­      comme cela, ai-je lu quelque part, ceux\ndances malsaines de l'école du premier feu?         qui ont un peu pleuré.\n                                                       « Il ne s'agit plus de pleurer ! il faut\n                                                    vivre.\n   Jules Vallès vient de mourir.                       « Sans métier, sans argent, c'est dur :\n   Il a été homme politique, tant pis pour          mais on verra. Je suis mon maître à par­\nlui, mais aussi écrivain — tant mieux!              tir d'aujourd'hui. Mon père avait le droit\n   En ce temps-là, bras dessus, bras des­           de frapper... Mais malheur, maintenant,\nsous, parlant haut, avec de grands gestes,          malheur à qui me touche! — Ah oui!\nJules Vallès et André Gill se promenaient           malheur à celui-là ! »\nau passage Saint-Hubert. C'était avant                 La Haine qui assombrit tout ce qu'a\nl'amnistie. Je les vois encore comme d'hier,        publié Jules Vallès ne lui venait pas seu­\nGill grand comme un colosse mais l'œil              lement de son passé de déboires. Dans\ntrès doux, Vallès trapu, les cheveux gri­           sa lutte pour la vie, il avait trop vécu et,\nsonnants et hirsutes, avec sa face de               en Angleterre surtout, sa force d'homme\nboule-dogue et son regard dur. Tous                 s'était presque éteinte dans de furieuses\ndeux étaient des révoltés et des navrés.            passions. Il se vengeait donc non seule­\nL'un, le caricaturiste que personne n'a su          ment des autres mais de lui-même, et cet\nremplacer, laisse cette Muse à Bibi dans            anathème qu'il lançait d'une voix brutale\nlaquelle, entre ses « coups de gueule » de          et mauvaise sur toute la société dont il se\ngamin de Paris, s'épanche une immense               croyait ou était la victime, retombait aussi\ntristesse...                                         sur son crâne et l'écrasait.\n\n       Use ta vie, use tes vœux\n                                                       La dernière fois que nous le vîmes, il\n       Dans l'enthousiasme éphémère,                y a déjà quatre ans de cela, c'était la veille\n       Bois jusqu'au fond la coupe amère,           de l'amnistie. Après les longs jours d'exil,\n       Regarde blanchir tes cheveux.\n       Isolé, combats, souffre, pense ;             le proscrit qui avait quitté la France,\n       Le sort te garde en récompense               jeune, les cheveux d'un noir d'encre, allait\n       Le dédain du sot triomphant,\n       La barbe auguste des apôtres,                y rentrer enfin, mais déjà gris et fatigué.\n       Un cœur pur et des yeux d'enfant                Et cependant, ce jour-là, tandis qu'en\n       Pour sourire aux enfants des autres...\n                                                    face de nous à la Taverne royale il buvait\n  L'autre, Vallès, n'est point non plus             à petits coups son absinthe, Vallès sem­\nmort pour l'Art. Son œuvre nous reste,              blait transfiguré, redressé, superbe. Sa\nœuvre saignante et pantelante dans sa               voix grondait de bonheur et il parlait\nforme impeccable. Les Réfractaires,     La          vite, comme pour faire sortir de lui-même\nRue, et surtout cette trilogie de Jacques           un peu de cette allégresse qui devait lui\nVingtras où se déchaînent toutes les r é ­          faire éclater le cœur. Il disait Paris, PARIS,\nvoltes et toutes les haines : L'Enfant, Le          ce seul mot, comme une parole sainte :\nBachelier,    L'Insurgé.                            « Paris, le Boulevard. Nous allons ramener\n   On a reproché durement à Vallès d'avoir,         du sang, du nerf en France, nom de\ndans le premier de ces livres, insulté son           Dieu ! »\nenfance. S'il l'a fait, c'est que ses pre­            Quelque temps après, le Cri du Peuple\nmières années avaient été heurtées et ca­           retentissait.\nhotées, que l'enfant battu, rossé, mal                Aujourd'hui Jules Vallès n'est plus, mais\ncompris, mal guidé se vengeait dans                 Jacques Vingtras reste.\nl'homme.\n   Et alors sa plume trempée dans du sang\n disait :    J'entre dans la vie d'homme,               La Revue artistique a vécu. Aujourd'hui\n prêt à la lutte, plein de force, bien hon­          elle s'appelle Chronique des Beaux-Arts et\n nête. J'ai le sang pur et les yeux clairs,          mérite qu'on la chante bien haut. Entre-\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "                                               232 —\n\n\nprendre, en notre pays si « gnaf », un           paraissent chez l'éditeur Paul Ollendorff.\nrecueil ne s'occupant que de choses d'art,         Elles forment sept volumes : I. Philo­\ny juger les œuvres de façon haute et indé­       méla. — II. Sérénades. Pagode. — III.\npendante, l'orner luxueusement de planches       Soirs moroses. — IV. Intermède. — V.\naussi excellentes que coûteuses, c'est plus      Hespérus. — V I . Contes épiques. —VII. Le\nque de l'audace. Nous avons sous les yeux        Soleil de minuit.\nles deux premiers numéros de la Chronique          Quatre volumes, — Hespérus, Contes\ndes Beaux-Arts      et c'est merveille d'en      épiques, Soirs moroses, le Soleil de minuit,\nfeuilleter les pages. Nous y trouvons, outre\n                                                 — sont en vente.\nd'excellents articles de Georges Eekhoud,\n                                                   Prix de chaque volume : 1 franc.\nL. Van Keymeulen, Jules Destrée, de\nsuperbes vers d'Albert Giraud, des repro­\nductions de Jacques Jordaens en quantité,\nsans compter celles d'oeuvres modernes              Viennent de paraître :\ndes derniers Salons.                                — A Paris, chez Ed. Monnier, la 4° édi­\n  Le prix de la revue (paraissant chaque         tion de Nono, roman de mœurs contem­\nmois en livraisons de 64 pages de texte          poraines, par Rachilde, l'auteur de Mon-\navec huit planches) n'est que de 25 francs       sieur Vénus.\npar an (10, rue Gramaye, à Anvers).                 — A Paris, chez E. Giraud, Modernités,\n                                                 par Jean Lorrain, le poète pénétrant de La\n                    ***                          Forêt bleue et du Sang des dieux.\n   La Revue La Jeune France (rédacteur              — Chez le même éditeur, une traduction\nen chef, Paul Demeny), vient de passer           de Le Commandeur Mendoza,            mœurs\nsous la direction de M. Alcide Bétrine. Elle     andalouses, par Juan Valera, un des qua­\ncontinue ses traditions littéraires en pu­       rante de l'Académie espagnole. Auteur :\nbliant, dans son dernier numéro, de fines        M. Albert Savine, qui rend à nos lettres de\nsilhouettes d'artistes d'Alphonse Daudet;        très grands services en faisant connaître les\nune nouvelle, Fausse Manœuvre,          par      écrivains méridionaux. Après l'Atlantide,\nM. Fernand Lafargue; le mouvement litté-        de Verdaguez, voici Mendoza, de Valera.\nraire en Allemagne, par un érudit, M. Au­        Cela, en une année.\nguste Dietrich; des portraits d'Edmond              — Chez Dentu, Héros et Pantins, par\nAbout et de Jules Vallès, par MM. Albert         Léon Cladel, avec une page de Camille\nLe Roy et Emile Michelet; des vers de           Lemonnier. A bientôt le compte-rendu.\nFrançois Coppée, Charles Morice, Stanislas         — Chez Vanier, Vie fatale, roman de\nde Guaita, etc. ; le mois politique par le      mœurs modernes, par D. Mon, l'auteur\njeune et vaillant député Gustave Rivet, la      de La Gitane, avec une préface de M me\nrevue des théâtres et des livres,               Edouard Lenoir, la suave désolée des\n  Septième année. — Un an : 12 francs. —        Fleurs de cyprès.\n15, rue des Beaux-Arts, Paris.                     — A Bruxelles, chez Brancart, Chair\n                                                molle, par Paul Adam, préface de Paul\n                                                Alexis.\n Les poésies de Catulle Mendès, aug­               — Chez Hayez, Annuaire de l'Académie\nmentées de soixante-douze poèmes inédits,       royale de Belgique, 58° année, 1885.\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "            r\nLA REFORME, organe quotidien de la démocratie libérale.\n  Rédaction et administration : 18, rue des Sables, à Bruxelles. Seul\n  journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n  province que pour la capitale, soit 1 2 francs par an.\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie le CARNAVAL DE VENISE, par Armand\n  DURANTIN. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs,\n  en vente partout.\n\n\nL'HYSTERIQUE, par Camille LEMONNIER vient de\n  paraître chez Charpentier, à Paris, fr. 3 - 5 0 . Le quatrième mille en est\n  actuellement en vente.\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN. Pré­\n  face de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (3e édition).\n  Un volume, Paris, librairie des auteurs modernes, fr. 3 - 5 0 .\n\n\n                POUR PARAITRE PROCHAINEMENT :\n\n\n                              NOTES\n                                  SUR LA\n\n\n\nLITTÉRATURE MODERNE\n                                    PAR\n\n                  F R A N C I S            N A U T E T\n                           Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n\n\nLUTECE, journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo TRE­\n ZENICK, secrétaire de la rédaction-: Georges RALL. Bureaux : boulevard\n Saint-Germain, 16, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n la Belgique : le port en sus.\n\n\n\nCURIEUSE! par Joséphin PÉLADAN, paraîtra prochainement,\n avec une eau-forte de Félicien Rops, fr. 3 - 5 0 .\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": " L'ARTISTE, revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\n   rain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\n   pagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n   Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n   à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant belge : MAX\n   WAI.LER.\n\n\n\n\nLE SALON DE BRUXELLES 1884, par\n   MAX WALLER, avec une préface de Camille Lemonnier. Un vol.,\n   fr. 2 - 0 0 .\n\n\n\nP I E R R O T                       L U N A I R E ,                           par Albert GIRAUD. Un vol.\n   elzévir. Paris, Lemerre, fr.                          2-00.\n\n\n             H U M A N I T É SC O M P L È T E S\n                                 A DOMICILE EN T R O I S ANNÉES)\n\n\n\n                    PRÉPARATION AUX EXAMENS\n                                                               DE\n\n\nPHILOSOPHIE ET LETTRES\n                                  Cours et répétitions particulières de\n\n       LATIN, PHILOSOPHIE, LITTÉRATURE, ANGLAIS & ITALIEN\n\n                    NOMBREUX SUCCES OBTENUS AUX EXAMENS\n(Sur 2 5 récipiendaires présentés aux examens en 1883 et 1884, 2 2 ont parfaitement\n                             réussi, dont 7 avec grades)\n\n\n\n              Examen de secrétaire de légation\n                   Cours et leçons particulières d'anglais et d'italien\nCONVERSATION, GRAMMAIRE, TRADUCTION, RÉDACTION, LITTÉRATURE\n\n\n                        S'ADRESSER A M. BENHAM. PROFESSEUR, 8, R.UE DU PARCHEMIN\n\n\n       B r u x e l l e s . — I m p r i m e r i e FÉLIX C A L L E W A E R T p è r e , 26, r u e d e l ' I n d u s t r i e .\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1885-03-10", "preuve": "Date du 10 mars 1885 et numéro 3 vérifiés visuellement sur la couverture PDF 206 ; date omise dans la couche OCR."}}