{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1885-04-05-n4", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-04-05-n4-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "5e ANNÉE. 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PRIX : 60 CENT.                5 AVRIL 1885.\n\n\n\n\n                                             LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-04-05-n4-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE : La Jeunesse blanche", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 254, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 198, "fin_caractere_exclue": 846, "texte": "SOMMAIRE :\n\n   La Jeunesse blanche                                        GEORGES RODENBACH.\n   Les hérésies artistiques                                   ALBERT GIRAUD.\n   Rimes pour les amantes                                     EDDY LEVIS.\n   Chronique musicale : Les              Maîtres-Chanteurs\n       de Nuremberg                                           HENRY MAUBEL.\n   Memento\n\n\n\n\n                                   <BRUXELLE\\S\n               ADMINISTRATION :                                REDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                       80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                             IS8D\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-04-05-n4-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "deux ou trois bons vers, de toute pre­ mière médiocrité.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 255, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1542, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "BOITE AUX L E T T R E S\n  21. GABRIEL SARRAZIN. Paris. Reçu votre volume sur les Poètes anglais. Merci. A\nbientôt le compte-rendu.\n  22. PIERRE P. Gand. Reçu votre élégant Annuaire de l'Université de Gand; très bien\ncomposé. Au prochain numéro un compte-rendu « développé ».\n  23. HELVÉPÉ. « Elle était belle la nuit sans lune » cela ne fait pas un vers. Ton vieillot,\nfacture surannée. Bloquez les modernes.\n  24. G. DE G. Anvers. Nous n'insérons jamais de copie en échange d'abonnement.\n  25. RIEN. De gustibus.\n  26. JULES G. Envoyez encore, toujours de la copie, mais qu'elle soit excellente, on ne\nvous demande pas plus, damné raseur ! enfant terrible ! ergoteur à la ligne !\n  27. MAURICE V. Paris. Vous avez bien tort d'être froissé. Vos vers sont charmants,\nmais c'est par exception que nous insérons les étrangers. Vous devriez le comprendre\nen lisant notre titre. Bien à vous.\n  28. CAROLUS. Votre Bal de carnaval est, sauf deux ou trois bons vers, de toute pre­\nmière médiocrité.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-04-05-n4-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 233, "page_fin": 248, "titre_corps": "La Jeunesse blanche", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "LA JEUNESSE BLANCHE", "ancre_fin": "GEORGES RODENBACH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 256, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 952, "texte": "LA JEUNESSE BLANCHE\n\n           SOIRS DE PROVINCE\n                            A MON CHER AMI EMILE VAN M O N S .\n\n\n\n                        SEUL\n\n\nVivre comme en exil, vivre sans voir personne\nDans l'immense abandon d'une ville qui meurt,\nOù jamais on n'entend que la vague rumeur\nD'un orgue qui sanglotte ou du Beffroi qui sonne.\n\nSe sentir éloigné des âmes, des cerveaux\nEt de tout ce qui porte au front un diadème ;\nEt, sans rien éclairer, se consumer soi-même\nTel qu'une lampe vaine au fond de noirs caveaux.\n\nÊtre comme un vaisseau qui rêvait d'un voyage\nTriomphal et joyeux vers le rouge équateur\nEt qui se heurte à des banquises de froideur\nEt se sent naufrager sans laisser un sillage.\n\nOh! vivre ainsi! tout seul, tout seul! voir se flétrir\nLa blanche floraison de son Ame divine,\nDans le dédain de tous et sans qu'aucun devine,\nEt seul, seul, toujours seul, se regarder mourir!\n                                                           15\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1476, "texte": "                     — 234 —\n\n\n                  LES ORGUES\n\nQuand le soir descendait, le soir attendrissant,\nDes amants chuchotteurs allaient le long des berges;\nDes bruits d'orgues venaient des lointaines auberges\nEt la Lune attristait comme un portrait d'absent.\n\nOr, ces orgues pleurant parmi les vapeurs bleues\nDu brouillard qui semblait l'haleine de la nuit,\nCes orgues dont l'espace alanguissait le bruit,\nC'était la voix dolente et l'âme des banlieues.\n\nL'âme des quartiers morts et des pauvres enclos,\nL'âme éparse du peuple au fond des terrains vagues,\nDu peuple tristement joyeux, pareil aux vagues\nDont l'écume chantante est pleine de sanglots.\n\nL'âme des vagabonds, des forains sans asile\nEt des vieux chiens perdus par les chemins lépreux,\nOù des flaques d'eau morte ont un air douloureux\nComme des yeux crevés d'où le soleil s'exile !\n\nOh ! ces orgues, le soir, par les lointains faubourgs,\nRhytmes plaintifs cognant les vitres des lanternes,\nEt venant consoler, près des mornes casernes,\nL'âme des déserteurs pleurant dans les tambours!\n\n\n\n            BÉGUINAGE FLAMAND\n\nAu loin, le Béguinage avec ses clochers noirs\nAvec son rouge enclos, ses toits d'ardoises bleues\nReflétant tout le ciel comme de grands miroirs,\nS'étend dans la verdure et la paix des banlieues.\n\nLes pignons dentelés étagent leurs gradins\nPar où monte le Rêve aux lointains qui brunissent,\nEt des branches parfois, sur le mur des jardins,\nOnt le geste très doux des prêtres qui bénissent.\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "                    — 235 —\n\n\nEn fines lettres d'or chaque nom des couvents\nSur les portes s'enroule autour des banderolles,\nNoms charmants chuchotes par la lèvre des vents :\nLa maison de l'Amour, la maison des Corolles.\n\nLes fenêtres surtout sont comme des autels\nOù fleurissent toujours des géraniums roses,\nQui mettent, combinant leurs couleurs de pastels,\nComme un rêve de fleurs dans les fenêtres closes.\n\nFenêtres des couvents! attirantes le soir\nAvec leurs rideaux blancs, voiles de mariées\nQu'on voudrait soulever dans un bruit d'encensoir\nPour goûter vos baisers, lèvres appariées!\n\nMais ces femmes sont là, le cœur pacifié,\nLa chair morte, cousant dans l'exil de leurs chambres;\nElles n'aiment que toi, pâle Crucifié,\nEt regardent le ciel par les trous de tes membres !\n\nOh! le silence heureux de l'ouvroir aux grands murs,\nOù l'on entend à peine un bruit de banc qui bouge,\nTandis qu'elles sont là, suivant de leurs yeux purs,\nLe sable en ruisseaux blonds sur le pavement rouge.\n\nOh! le bonheur muet des vierges s'assemblant !\nEt comme si leurs mains étaient de candeur telle\nQu'elles ne peuvent plus manier que du blanc,\nElles brodent du linge ou font de la dentelle.\n\nC'est un charme infini de leur dire « ma sœur »\nEt de voir la pâleur de leur teint diaphane\nAvec un pointillé de taches de rousseur\nComme un camélia d'un blanc mat qui se fane.\n\nRien d'impur n'a flétri leurs flancs immaculés,\nCar la source de vie est enfermée en elles\nComme un vin rare et doux dans des vases scellés\nQui veulent, pour s'ouvrir, des lèvres éternelles!\n"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1265, "texte": "                      — 236 —\n\n\n                          II\n\n\nCependant, quand le soir douloureux est défunt,\nLa cloche lentement les appelle à compiles\nComme si leur prière était le seul parfum\nQui pût consoler Dieu dans ses mélancolies !\n\nTout est doux, tout est calme au milieu de l'enclos ;\nAux offices du soir la cloche les exhorte,\nEt chacune s'y rend, mains jointes, les yeux clos,\nAvec des glissements de cygne dans l'eau morte.\n\nElles mettent un voile à longs plis; le secret\nDe leur âme s'épanche à la lueur des cierges;\nEt, quand passe un vieux prêtre en étole, on croirait\nVoir le Seigneur marcher dans un jardin de Vierges !\n\n\n                         III\n\n\nEt l'élan de l'extase est si contagieux,\nEt le cœur à prier si bien se tranquillise,\nQue plus d'une, pendant les soirs religieux,\nL'été, répète encor les Ave de l'église.\n\nDebout à sa fenêtre, ouverte au vent joyeux,\nPlus d'une, sans ôter sa cornette et ses voiles,\n'Bien avant dans la nuit, égrène avec ses yeux\nLe rosaire aux grains d'or des priantes étoiles!\n\n\n\n\n                  VIEUX QUAIS\n\nIl est une heure exquise, à l'approche des soirs,\nQuand le ciel est empli de processions roses\nQui s'en vont effeuillant des âmes et des roses\nEt balançant dans l'air des parfums    d'encensoirs.\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1352, "texte": "                     — 237 —\n\nAlors tout s'avivant sous les lueurs décrues\nDu couchant dont s'éteint peu à peu la rougeur,\nUn charme se révèle aux yeux las du songeur :\nLe charme des vieux murs au fond des vieilles rues.\n\nFaçades en relief, vitraux coloriés,\nBandes d'amours captifs dans le deuil des cartouches,\nFemmes dont la poussière a défleuri les bouches,\nFleurs de pierre égayant les murs historiés.\n\nLe gothique noirci des pignons se décalque\nEn escaliers de crêpe au fil dormant de Veau,\nEt la lune se lève au milieu d'un halo\nComme une lampe d'or sur un grand catafalque.\n\nOh! les vieux quais dormants dans le soir solennel,\nSentant passer soudain sur leurs faces de pierre\nLes baisers et l'adieu glacé de la rivière\nQui s'en va tout là-bas sous les ponts en tunnel.\n\nOh ! les canaux bleuis à l'heure où l'on allume\nLes lanternes, canaux regardés des amants\nQui devant l'eau qui passe échangent des serments\nEn entendant gémir des cloches dans la brume.\n\nTout agonise et tout se tait : on n'entend plus\nQu'un très mélancolique air de flûte qui pleure,\nSeul, dans quelque invisible et noirâtre demeure\nOù le joueur s'accoude aux châssis vermoulus !\n\nEt l'on devine au loin le musicien sombre\nPauvre, morne, qui joue au bord croulant des toits;\nLa tristesse du soir a passé dans ses doigts,\nEt dans sa flûte à trous il fait chanter de l'ombre.\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "                     — 238 —\n\n\n                    LA P L U I E\n\nOh ! la pluie ! oh ! la pluie ! oh ! les lentes traînées\nDe fils d'eau qu'on dévide aux fuseaux noirs du Temps\nEt qui semblent mouillés aux larmes des années,\nOh! la pluie! oh! l'automne et les soirs attristants!\nOh! la pluie! oh! la pluie! oh! les lentes traînées!\n\nQui dira la douleur sombre du firmament,\nRoute de cimetière avec d'horribles voiles\nOù les nuages vont élégiaquement\nCorbillards cahotant des cadavres d'étoiles,\nQui dira la douleur sombre du firmament ?\n\nDans le deuil, dans le noir et le vide des rues\nLa pluie, elle s'égoutte à travers nos remords\nComme les pleurs muets des choses disparues,\nComme les pleurs tombant de l'œil fermé des morts\nDans le deuil, dans le noir et le vide des rues!\n\nLa pluie est un filet pour nos rêves anciens!\nEt, dans ses mailles d'eau qui leur font prisonnières\nLeurs ailes, ces divins oiseaux musiciens\nMeurent très longuement d'un regret de lumières.\nLa pluie est un filet pour nos rêves anciens.\n\nComme un drapeau mouillé qui pend contre sa hampe\nNotre Ame, quand la pluie éveille ses douleurs,\nQuand la pluie, en hiver, la pénètre et la trempe,\nNotre Ame, elle n'est plus qu'un haillon sans couleurs\nComme un drapeau mouillé qui pend contre sa hampe!\n\n\n\n                  DIMANCHES\n\nMorne l'après-midi des dimanches, l'hiver,\nDans l'assoupissement des villes de province,\nOù quelque girouette inconsolable grince\nSeule, au sommet des toits, comme un oiseau de fer!\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1340, "texte": "                     —   239   —\n\nIl flotte dans le vent on ne sait quelle angoisse !\nDe très rares passants s'en vont sur les trottoirs :\nPrêtres, femmes du peuple en grands capuchons noirs.\nBéguines revenant des saluts de paroisse.\n\nDes visages de femme ennuyés sont collés\nAux carreaux, contemplant le vide et le silence,\nEt quelques maigres fleurs, dans une somnolence,\nAchèvent de mourir sur les châssis voilés.\n\nEt par l'écartement des rideaux des fenêtres\nDans les salons des grands hôtels patriciens\nOn peut voir, sur des fonds de gobelins anciens,\nDans de vieux cadres d'or, les portraits des ancêtres,\n\nEn fraise de dentelle, en pourpoint de velours,\nAvec leur blason peint dans un coin de la toile,\nQui regardent au loin s'allumer une étoile\nEt la ville dormir dans des silences lourds.\n\nEt tous ces vieux hôtels sont vides et sont ternes;\nLe moyen-âge mort se réfugie en eux!\nC'est ainsi que, le soir, le soleil lumineux\nSe réfugie aussi dans les tristes lanternes.\n\nO lanternes, gardant le souvenir du feu\nLe souvenir de la lumière disparue,\nSi tristes dans le vide et le deuil de la rue\nQu'elles semblent brûler pour le convoi d'un Dieu.\n\nEt voici que soudain les cloches agitées\nÉbranlent le 'Beffroi debout dans son orgueil,\nEt leurs sons lourds d'airain, sur la ville au cercueil,\nDescendent lentement comme des pelletées!\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1335, "texte": "                      —   240   —\n\n\n\n\n                   BROUILLARD\n\n\nMon Ame, je voudrais te faire souvenir\nDu beau soir vaporeux, du soir de Vautre année,\nDu soir dont nous aimions la verdure fanée\nAvec l'amour qu'on a pour ce qui va finir.\n\nRappelle-toi l'étang du parc avec son île\nFormant comme un navire à l'ancre, enguirlandé\nDe feuillage, où le clair de lune avait brodé\nToute une floraison diaphane et mobile.\n\nRappelle-toi ce clair de lune si troublant!\nOn eût dit dans le ciel un visage d'aïeule\nQui te disait d'aimer, de ne pas vivre seule\nEt qui te souriait de son sourire blanc.\n\nO soir d'automne! ô nuit d'amour! heure divine!\nAu parc seigneurial,   l'évanouissement\nDes arbres s'achevait mélancoliquement\nDans le brouillard subtil comme une cendre fine.\n\nPaysage alangui! Sentimental décor!\nDont le vague évoquait ta Féerie, ô Shakespeare!\nOu le Robin des 'Bois de Weber où soupire\nToute une douleur d'âme en des appels de cor !\n\nDans l'air s'éparpillait l'humide éclaboussure\nD'un jet d'eau qui laissait, sous le grand ciel blafard,\nS'égoutter son sang pâle à travers le brouillard\nComme si l'ombre blanche avait une blessure.\n\nOn ne sait quel encens d'occultes encensoirs\nTraînait sous le feuillage une vapeur bleuâtre,\nEt l'on eût dit qu'au loin des escaliers d'albâtre\nEntraînaient un cortège à de blancs reposoirs\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "                     — 241 —\n\n\nLes chemins s'emplissaient de vagues mousselines,\nLes arbres n'étaient plus qu'un rêve aérien;\nOn voyait tout se fondre, on n'entendait plus rien\nQue des bruits de musique arrivant des collines.\n\nDe musique très lente et d'un rythme affligeant,\nComme si l'on chantait des absoutes de vierges\nOù tout, le catafalque et la cire des cierges,\nSerait d'un blanc de neige avec des pleurs d'argent.\n\nEt cette impression funèbre était si forte\nDans le vent automnal et dans l'air indistinct\nQu'à voir la Lune pâle et son regard éteint\nO mon Ame, j'ai cru que la Lune était morte!\n\n\n\n\n            DANS LES       BANLIEUES\n\n    Pas d'amour ! cruelle ironie !\n    Car là-bas les jeunes amants\n    S'en vont dans la rose agonie\n    Du jour, échangeant des serments!\n\n    Ils reviennent de la campagne\n    Avec des touffes de lilas\n    Dont le parfum les accompagne ;\n    Ils vont d'un air heureux et las.\n\n    Devant l'eau jaunâtre et malade\n    Ils s'accoudent aux garde-fous\n    Pour suivre la verte enfilade\n    Des vieux saules dans les remous.\n\n    Pensifs de la joie en allée,\n    Ils se pressent les mains plus fort,\n    Songeant que la plus douce allée\n    Les achemine vers la Mort!\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 947, "texte": "                 — 242 —\n\n\n\n\n                     II\n\nPas d'amour, malgré ma jeunesse!\nSans qu'aucune avec sa douceur\nVienne atténuer ma tristesse\nEt mon idéal obsesseur.\n\nSeul s'en aller, faisant des lieues\nA pas douloureux, à pas lents,\nPour entendre dans les banlieues\nChanter des chanteurs ambulants.\n\nSeul écouter, sous les lanternes\nDont les faubourgs sont étoiles,\nPleurer les tambours des casernes\nQue des crêpes d'ombre ont voilés.\n\nSeul regarder le crépuscule\nOù monte le geste agrandi\nD'un vieux moulin qui gesticule\nDans cette fin d'après-midi!\n\n\n                     III\n\nJ'ai la nostalgique pensée,\nJugeant tout amour décevant,\nQue mon unique fiancée\nEst décédée encore enfant.\n\n Qu'elle est morte dans sa chambrette,\n Qu'elle est morte au temps des rosiers,\nEt que depuis je la regrette\nAu fond des soirs extasiés.\n\nParmi de mornes paysages\nDans les faubourgs de la cité,\nJe cherche sur tous les visages\nSon fin ,profil ressuscité.\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1434, "texte": "                     — 243 —\n\n    Et quand je reviens vers la ville\n    Où tombe le soir émouvant,\n    Et que le croissant d'or s'effile,\n    Je crois l'y voir pâle et rêvant.\n\n    Dans la gondole de la Lune\n    Elle vogue en costume clair,\n    Tandis que je meurs de rancune\n    En bas, comme au fond d'une mer!\n\n\n\n\n                 LES CLOCHES\n                                    D ' A P R È S OCTAVE   PIRMEZ.\n\n\nJe songe à d'anciens soirs, lorsque le vent du nord\nSonnait du haut des tours tel qu'un veilleur qui corne,\nEt couvrait de brouillard le soleil jaune et morne\nComme d'un blanc suaire un visage de mort.\n\nL'air était glacial; on sentait les approches\nDe l'automne où s'en vont les feuilles dans le vent;\nEt, pareille aux clameurs d'oiseaux se poursuivant,\nOn entendait passer la voix d'airain des cloches.\n\nL'une disait : « Tes sœurs, voilà déjà quinze ans.\nSont mortes; leurs tombeaux n'ont plus de roses neuves ».\nUne autre gémissait : « Priez pour quatre veuves;\nHier quatre marins sont morts sur les brisants ! »\n\nUne autre encor disait : « On vient d'abattre l'arbre\nDont le bois doit servir à faire ton cercueil ».\nPuis une autre : « Vivants, pourquoi tout cet orgueil ?\nLa chair est une argile et les cœurs sont du marbre ».\n\nUne cloche pleurait dans l'air endolori :\n« Il aimait une femme aussi fausse qu'impure ;\nMais elle avait grand air dans son col de guipure.\nUn soir il se tua pour elle. Elle en a ri!... »\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1411, "texte": "                     — 244 —\n\nUne petite cloche au travers de la brume\nChantait : « Les enfants morts sont bien heureux ; et j'ai\nLe soupçon qu'au printemps, quand ils ont voyagé,\nLeurs âmes ont l'odeur dont le vent se parfume ».\n\nD'autres disaient encor : « Oh! les cœurs transpercés !\nLes âmes se cherchant en fuites éternelles!... »\nEt ces rumeurs, comme un appel de sentinelles,\nMontaient lugubrement des clochers disperses!\n\nLes derniers carillons dans le vent froid qui passe\nFaisaient un bruit de clés énormes, comme si\nUn noir geôlier marchait au fond du ciel transi\nPour s'en aller fermer les portes de l'Espace!\n\n\n\n\n                  PROCESSIONS\n\nBlanches processions, si blanches, si gothiques,\nDans ma Flandre natale, au temps des Fête-Dieu !\nBlanches comme on en voit, sous un ciel calme et bleu,\nEmplir de leur lenteur les lointains des tryptiques.\n\nSi lentes, dans le bruit des cloches s'animant,\nLe bruit des carillons et des cloches bénies\nQui semblaient tout au loin répondre aux litanies\nEt mener le cortège au fond du firmament.\n\nSi lentes à marcher sur les herbes coupées\nQui revivaient un peu sous le vent approchant\nDes cantiques latins dont le grave plain-chant\nMélancolisait l'air avec ses mélopées.\n\nSi lentes! on voyait dans les beaux soirs tombants\nDes étendards brodés de roses symboliques,\nEt les châsses d'argent où dorment des reliques\nEt des agneaux pascals pavoises de rubans.\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1558, "texte": "                      — 245 —\n\n\nPuis, s'avançant parmi le double rang des cierges,\nTous les enflants de chœur dans leur rouge attirail\nAux cheveux de missel, aux robes de vitrail,\nQui répandaient des fleurs aux pieds des saintes Vierges.\n\nDes Madones, le cœur traversé de couteaux,\nAvec leurs manteaux bleus, aux yeux de pierreries,\nEmergeaient au milieu des lentes théories\nEt souriaient debout, sur leurs grands   piédestaux.\n\nDes groupes recueillis de pâles orphelines\nTristes, portaient des lis comme les âmes d'or\nDe leurs parents défunts qui reviendraient encor\nPour frémir dans leurs mains dévotes et câlines.\n\nLà, l'Église souffrante en voiles violets !\nPuis les martyrs chrétiens portant de grandes palmes\nAvec les bienheureux du Paradis si calmes\nQui glissent sous leurs doigts les grains des chapelets !\n\nL'Eglise triomphante est soudain apparue\nEn rose, tout en rose, en tulle rose et clair,\nCouleur de renouveau fleuri, couleur de chair,\nComme un lever d'aurore incendiant la rue.\n\nPuis voici les abbés en dalmatiques d'or,\nLes chanoines songeurs dans leurs camails d'hermine,\nTout un cortège grave et lent qui s'achemine\nDans le silence doux du beau jour qui s'endort.\n\nEt tout là-bas, parmi les bleuâtres traînées\nDu liturgique encens qui parfumait le soir,\nDevant le baldaquin où luisait l'ostensoir,\nLes encensoirs volaient, mouettes enchaînées!\n\nEt l'évêque, debout sur le peuple chrétien,\nCrosse en main, mitre en tête, élargissait ses gestes,\nDes gestes de semeur qui leur jetait les restes\nDes graines du Seigneur dont il était gardien.\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1296, "texte": "                     — 246 —\n\n\nLes musiques, les bruits de clochettes, les Vierges,\nS'éloignaient lentement aux feux des chandeliers\nComme si tout au loin de vagues escaliers\nLes eussent entraînés par des rampes de cierges.\n\nEt, dans l'éloignement, des lambeaux d'oraisons\nRevenaient émouvoir les foules obsédées,\nEt des adieux d'encens ou de fleurs décédées\nSe traînaient dans le vent avec de bleus frissons!\n\n\n                         II\n\nAinsi mon Ame! Ainsi mon Enfance perdue !\nMes amours, mes désirs avaient leurs reposoirs,\nLeurs convois blancs marchant dans un bruit d'encensoirs\nEt leur dais d'argent neuf pour la Vierge attendue.\n\nMais la procession n'a chanté qu'un moment\nEt mon Ame n'a plus dans le noir de ses rues\nQu'une foule grouillante et d'absurdes cohues\nDe Rêves qui s'en vont mélancoliquement!\n\n\n\n\n              L'EAU QUI       PARLE\n\n    Dites, avez-vous remarqué,\n    Vous les amants du Soir moroses,\n    Quand vous allez, le long d'un quai,\n    Pleurant l'exil des soleils roses,\n\n    Quand vous allez par les temps gris,\n    Vous les songeurs, les taciturnes,\n    Ouvrir un peu vos yeux aigris\n    A des paysages    nocturnes,\n\n   Quand, accoudés aux parapets,\n   La brise, si peu qu'on la sente,\n   Vous rend du rêve et de la paix\n   Par sa douceur    rafraîchissante,\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1075, "texte": "                  — 247 —\n\nAvez-vous vu, quand sur les ponts\nDebout dans leur orgueil de pierre,\nVous entendez à petits bonds\nChevaucher l'eau de la rivière,\n\nDites, avez-vous remarqué\nCombien l'eau se plaint et frissonne\nEt demande aux parois du quai\nPourquoi le granit l'emprisonne.\n\nC'est vrai qu'avec des soins pieux\nLa nuit, comme au cou d'une amante,\nMet ses bijoux silencieux\nSur cette eau qu'un regret tourmente,\n\nLes beaux bijoux des astres d'or.\nMais ce luxe du ciel, qu'importe!\nEt la rivière pleure encor\nParce qu'un sort fatal l'emporte,\n\nEt qu'elle fuit à tout moment,\nContrainte et brisée en des marches\nPromptes     inexorablement,\nMalgré l'effort des grandes arches !\n\nEt toute seule dans son lit\nL'eau semble amoureuse et s'étire\nSous la lune qui l'appâlit,\nEt, comme une femme, elle attire.\n\nMais elle veut de fiers amants!\nElle a des paroles mouillées\nEt chuchotte, avec des serments,\nQu'ils s'en iront sous les feuillées.\n\nQu'ils s'en iront au bon soleil\nChercher au fond de la campagne\nUn pacifique, un long sommeil\nQu'un rêve de fleurs accompagne!....\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1364, "texte": "                    — 248 —\n\n\n   Et parfois des poètes doux\n   Que la voix de l'Eau triste appelle,\n   Escaladent les garde-fous\n   Pour aller dormir avec elle.\n\n    Puisque personne n'a compris\n    Combien leur Ame est grande et fière,\n    Ils offriront leurs yeux flétris\n    Aux baisers froids de la Rivière!\n\n\n\n\n             VEILLÉE DE       GLOIRE\n\nQuel orgueil d'être seul à sa fenêtre, tard,\nPrès de la lampe amie, à travailler sans trève,\nEl sur la page blanche où l'on fixe son rêve\nDe planter un beau vers tout vibrant, comme un dard.\n\nQuel orgueil d'être seul pendant les soirs magiques\nQuand tout s'est assoupi dans la cité qui dort\nEt que la Lune seule, avec son masque d'or,\nPromène ses pieds blancs sur les toits léthargiques.\n\nL'orgueil de luire encor lorsque tout s'est éteint :\nLampe du sanctuaire au fond des nefs sacrées,\nSurvivance du phare au dessus des marées\nDont on ne perçoit plus qu'un murmure indistinct.\n\nL'orgueil qu'ont les amants, les moines, les poètes\nD'être en communion avec l'obscurité,\nEt d'avoir à leur cœur des vitraux de clarté\nQui ne s'éteignent pas pendant les nuits muettes.\n\nQuel orgueil d'être seul, les mains contre son front,\nA noter des vers doux comme un accord de lyre\nEt, songeant à la mort prochaine, de se dire :\nPeut-être que j'écris des choses qui vivront'....\n                             GEORGES RODENBACH."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-04-05-n4-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 249, "page_fin": 257, "titre_corps": "Les Hérésies artistiques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "LES HÉRÉSIES ARTISTIQUES", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "RIMES POUR LES AMANTES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 272, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "LES HÉRÉSIES ARTISTIQUES (I)\n              L'esthétiquemoderne nous paraît bien désorientée. Elle ne sait\n                ni ce qu'elle veut, ni ce qu'elle peut. Elle s'est profondément\n                encanaillée depuis cinquante ans, et l'anarchie intellectuelle\n                est à son comble. Je sais bien qu'il est de mode aujourd'hui\nde dire : l'artiste est un être inconscient, qui fait des vers ou des tableaux\nfatalement, sans le savoir, par une impulsion secrète de son instinct et de\nsa nature, de la même manière que les pêchers produisent des pêches, et\nles abricotiers des abricots. Cela se dit beaucoup cette année, surtout dans\nle monde, ou plutôt dans le demi-monde de la critique. C'est une chose\nentendue : l'artiste est une variété du mollusque. C'est une huître qui porte\ndes perles, mais elle n'en sait rien, elle ne les voit pas, n'en ressent ni\norgueil ni souffrance. Arrive alors le critique grave, — qu'on n'a jamais\nsurpris en flagrant délit de perles, lui ! — et qui admoneste l'huître avec\ncomplaisance: « Eh! eh! s'écrie-t-il, ce petit mollusque est vraiment\ncurieux. Il a fait une perle. Ça fait pitié, de faire des perles' à cet âge !\nSavez-vous au moins pourquoi vous avez commis cette perle? Non? Igno­\nrance imposante. Vous avez fait cette perle en manière de protestation\ncontre la politique du gouvernement. Vous n'y pensez pas? Allons donc!\nUne huître ne sait jamais ce qu'elle pense. Je suis là pour le lui dire, moi.\nEt à propos, votre perle, elle ressemble par la dimension à la perle de cette\ngrosse huître qui est là-bas, de l'autre côté de l'estacade. Vous êtes une\nhuître pasticheuse, une huître qui prend sa perle où elle la trouve. Vous\ndéshonorez tout votre banc ! » Et une pluie de fariboles tombe sur le mol­\nlusque, qui n'a plus même la liberté de bâiller. Et le critique continue à\nexulter : « Venez voir la perle ! Je l'ai extraite sans douleur à une huître\nqu'il est superflu de nommer. Si elle est brillante, c'est parce que je la tiens\nentre les doigts. Au fond, c'est moi qui l'ai faite. » Et si l'huître proteste,\nle critique fait comme Cléopatre : il jette la perle dans du vinaigre, pour\nla dissoudre !\n  Je me laisse aller à la plaisanterie, et c'est un tort. Cela est peut-être\nencore plus odieux que ridicule. Il est temps de protester contre ces\nidées biscornues qui menacent d'envahir le public. Qu'il existe, de-ci de-là,\n\n (1) Fragments de conférences faites au Cercle artistique   et littéraire   d'Anvers et au\nCercle des Etudiants progressistes de Bruxelles.\n                                                                                 16\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2928, "texte": "                                   — 250 —\n\n aux époques exubérantes, quelques artistes inconscients, comparables à de\n belles brutes, et chez qui la production artistique est descendue au niveau\n d'une fonction, soit. Mais ceux là sont des exceptions, et ceux là ne sont\n ni les grands, ni les forts. L'artiste supérieur, le conducteur d'âmes, celui à\n qui les mystères du rythme et les sortilèges de la Lyre sont familiers,\n celui-là est un conscient et un voyant. Les visions qui le hantent, il veut\n les traduire aux autres. La volonté et la science doublent chez lui l'inspi­\nration. La poésie est un magnétisme. Ah! j'ai des songes et des nostalgies.\nJ'ai mon idéal du monde en moi. Mes songes ne sont pas vos songes. Vos\nnostalgies ne sont pas mes nostalgies. Vous concevez le monde autrement\nque moi. Eh bien ! Je veux que vous pensiez mes pensées ! Je veux que mon\nâme envahisse la vôtre. Je veux! Je l'enfoncerai dans la vôtre, comme une\népée, jusqu'à la garde. Et je ressentirai aussi, pendant une minute, la\njouissance suprême de tyranniser, de ravir et d'incendier les cœurs ! C'est la\nvolonté, la conscience de la volonté et de la force, qui font si pures et si\nbelles les faces despotiques d'Edgard Poë et de Charles Baudelaire, et ce\nsera l'éternel honneur de ces puissants cerveaux fraternels de n'avoir jamais\nabdiqué, devant personne, l'idée qui les a faits grands.\n   Sans esthétique déterminée, l'artiste n'est rien. Qu'il la formule ou non,\nqu'importe. Il doit l'avoir. Les écrivains de l'école débraillée et sentimentale\nde Musset et de Murger n'en ont jamais eue. De là le germe de leur incon­\ntestable infériorité. Seuls quelques écrivains conservent aujourd'hui l'idéa­\nlité sans laquelle il n'est pas d'œuvre profonde. De là l'isolement de ces\n artistes, au milieu des erreurs bruyantes de la critique et de la foule. Le\nsens esthétique est perdu. Avez-vous remarqué que les critiques — quels\nqu'ils soient — parlent, à propos d'une œuvre, de vérité, de moralité, d'uti­\nlité, de nationalité, de personnalité, de tout, — sauf de la beauté? Il\nsemble que la « beauté pure » n'ait plus rien de commun avec l'œuvre\nd'art. Cette omission est caractéristique. Elle mérite qu'on s'y arrête\nun instant.\n   Que l'art ait pour but la réalisation du Beau, cela n'est pas une propo­\nsition. C'est un axiome. Mais alors vous pourriez, semble-t-il, me demander\nune définition du Beau. Je reconnais qu'il me serait difficile de vous satis­\nfaire. Mais cela ne prouve rien contre moi. Il y a une foule de choses de\nl'existence desquelles nous ne doutons pas, et que nous ne connaissons point\npar une définition adéquate. Le frisson du Beau est le résultat d'une réunion\nd'éléments qui sont pour la plupart définissables, et que nous connaissons\nparfaitement. C'est le secret de leur combinaison qui nous échappe. Nous\nne connaissons pas complètement le Beau en lui-même ; mais il se manifeste\nà nous par ses effets.\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2585, "texte": "                                  — 251\n\n\n   Les individus doués du sens esthétique à l'état conscient, qu'ils pro­\nduisent ou non, sont les juges naturels de l'artiste. Chaque génération\napporte une élite de ces âmes préparées aux délectations du Beau. Entre\nelles le désaccord est impossible, quoiqu'il soit parfois apparent. Et jamais\nil ne peut durer. La rencontre de la Beauté, aussi belle et aussi tragique\nque la rencontre de Dieu dont parlent les théologies, ne laisse pas d'incré­\ndules parmi les élus. Et ce sont eux qui, de siècle en siècle, acclament les\ngénies. Tout artiste qui n'a pas leur suffrage doit tomber un jour. Toute\ngloire s'enflamme par eux et pour eux. Comme le dit Banville, ils sont\nl'autre Académie.\n\n\n\n\n   Eux sont les juges, les seuls juges, et non pas les hérésiarques de l'Art.\n   Demandez à l'Art autre chose que la Beauté, c'est une hérésie.\n    Les réalistes sacrifient la beauté. Observer scientifiquement les choses, et\n puis dire ce que l'on a vu, et rien que ce qu'on a vu, tel est l'évangile du\nréalisme ou du naturalisme si vous le voulez, quoique ce dernier mot n'ait\naucune signification bien déterminée. Se rapprocher le plus possible, tel\nest l'idéal, j'allais dire la tablature, de l'école.\n   L'hérésie naturaliste, la plus vulgaire des basses doctrines, sort d'une\nméconnaissance absolue des lois de la production artistique. Elle ne tient\naucun compte de la valeur humaine de l'écrivain. Et voici pourquoi :\n   Il est convenu d'appeler santé l'état d'un individu dont les organes sont\nharmonieusement équilibrés, et concourent ainsi, sans rupture d'un côté\nni de l'autre, au but suprême, qui est la vie. Supposez donc un individu\ntrès sain, également éloigné de la pléthore et de l'anémie, chez lequel nul\norgane n'en atrophie un autre. Placez-le devant cette nature dont l'imi­\ntation scrupuleuse est le souci du réaliste, et demandez-vous si de cette\nrencontre il va jaillir un artiste. Jamais. L'homme équilibré dont nous\nparlons ne songera pas à l'œuvre d'art. Il est même incapable d'en conce­\nvoir l'idée. Il regardera en face la nature et la vie, comme une fête préparée\npour ses appétits, et se jettera dans l'action, la tête la première. Il sera\nsoldat, il sera tribun, il sera médecin, il sera avocat. Il mordra l'existence\nà pleine bouche, et comme il sera content de la nature et de la vie, il ne\ntentera pas de s'en évader dans les mensonges magnifiques de l'Art.\n   Car là est l'explication humaine et philosophique de l'art. C'est parce que\nl'artiste est déséquilibré, parce qu'il y a chez lui prédominance d'un organe\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2927, "texte": "                                  —   252   —\n\n\nou d'une faculté, parce qu'il n'a jamais la santé de l'homme d'action, que\nla nature et la vie ne peuvent pas le satisfaire.\n   C'est parce que j'ai la nausée de la vie active et le mécontentement de la\nnature, pourrait dire l'artiste, que j'essaie de rêver une vie qui me con­\nvienne, et d'imaginer une nature à la ressemblance de mon idéal. Refaire la\nnature et la vie à travers son rêve et à son image, à l'image intérieure de\nson âme, voilà le désir et le tourment de celui qui est créé pour exprimer\nle beau. Pensez-vous, par hasard, que ce soit pour les autres que le poète\nréalise son idéal? Que son moteur soit l'orgueil et le désir de la Gloire?\nAllons donc. La poésie est pour lui un refuge, un asile construit de ses mains,\noù la tyrannie des événements et l'obsession des foules ne peuvent plus\nl'atteindre. Il porte un monde en lui. C'est ce monde là qu'il chante, c'est\nsa conception de la vie qu'il vous présente comme la vie elle-même. Il\nment. Il ment toujours. L'art est le plus saint et le plus splendide des men­\nsonges. L'artiste est l'hypocrite par excellence. Il invente toujours, même\nquand il prétend qu'il observe. Et que voulez-vous qu'elles lui fassent cette\nnature qui le blesse, et cette vie qui le choque ! Les observer, les photo­\ngraphier, les sténographier dans son œuvre ! Jamais. Et il voudrait le faire\nqu'il ne le pourrait. Ne pas être réaliste ou ne pas être artiste, voilà la\nquestion. Le réalisme est la négation absolue de l'art.\n   Et s'il faut admettre un moment la théorie réaliste, s'il faut de préférence\ns'attacher aux œuvres documentaires, je prétends, sans la moindre envie de\nparadoxe, que les œuvres les plus sincères, les confessions les plus franches\nsont les œuvres d'imagination. Il y a plus de « documents humains » pour\nparler le jargon des Maîtres chanteurs de Médan, dans la Légende des\nSiècles et dans les Poèmes barbares, que dans tous les romans réalistes\npassés, présents et futurs. Et la raison en est fort simple. Observer les\nautres, analyser un à un, avec des prétentions scientifiques, des types divers\npris dans toutes les classes de la société, est une entreprise fort chanceuse,\nqui avorte le plus souvent, et dont le résultat, même quand il est bon, n'est\njamais qu'une œuvre documentaire incomplète, où l'on nous donne comme\nvraies et comme démontrées des hypothèses plus ou moins probables. Ni\nHugo, ni Leconte de Lisle n'ont observé les hommes. Ils se sont observés\neux-mêmes. Ou plutôt, car observer n'est pas le mot qui convient, ils se\nsont livrés, dénoncés eux-mêmes, à leur insu, dans leurs livres. Le choix\nmême du sujet, l'emploi des mots, la rhétorique, les couleurs et les har­\nmonies de prédilection, tout cela trahit leur humanité. Le psychologue qui\nreconstituera un jour l'âme de ces deux poètes d'après leur rêve écrit, sera\nplus près de la vérité que n'importe quel écrivain naturaliste.\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "                                  — 253 —\n\n   Je suppose que cette profession de foi anti-réaliste vous étonne un peu.\nIl est de mode aujourd'hui — pourquoi? je n'en sais rien — de représenter\nla Jeune Belgique comme une nichée de naturalistes farouches, plus zolistes\nqu'Emile Zola, et prêts à traiter Germinal de berquinade.\n   C'est une légende, et rien n'égale la force des légendes, car elles survivent\naux religions.\n   En littérature et en art, neuf fois sur dix, quand une opinion est celle de\nla majorité du public, on peut, être certain que c'est une erreur.\n   Théophile Gautier raconte quelque part, qu'à l'époque de Mademoiselle\nde Maupin, son opulente et soyeuse crinière mérovingienne scandalisait\nbeaucoup l'Académie et ses alentours. Un jour, fatigué d'entendre parler\nsans cesse de sa chevelure, et non de ses livres, Gautier se décide à sacrifier\nsa toison. Il se fait tondre jusqu'à la racine des cheveux, puis, pour bien\nafiirmer le changement aux yeux de Paris tout entier, va se promener au\nboulevard de Gand, en tenant son chapeau à la main. Passent deux acadé­\nmiciennes de haute marque, et le poète d'Albertus entend l'exclamation sui­\nvante : « Oh! voyez donc, ma chère, ce Gautier! Une telle chevelure est\nvraiment indécente ! »\n   Gautier avait eu beau sacrifier sa crinière, on la voyait encore, on la vit\ntoujours.\n   Le naturalisme de la Jeune Belgique ressemble un peu à la crinière de\nGautier.\n   Quels sont donc les naturalistes de la Jeune Belgique? Est-ce Lemon­\nnier qui, dans son Mâle, nous décrit une forêt de Soignies grande à elle\nseule comme la Belgique tout entière? Est-ce Georges Eekhoud, qui n'a\ndécrit la Campine et le Polder que pour tromper ses nostalgies du pays\nnatal? Est-ce Emile Verhaeren, occupé en ce moment à ressusciter dans\nses vers les moines féodaux et bibliques? Est-ce Rodenbach? Est-ce Max\nWaller? Je ne cite ici que les Jeune-Belgique qui ont réuni leur œuvre en\nvolume, et quant à moi, — chacun sait que les documents de Pierrot\nLunaire ont été pris dans les archives de Bergame.\n   L'école naturaliste est d'ailleurs aujourd'hui, en France, cela n'est plus\ncontestable, en pleine déliquescence. Les chefs du mouvement, eux, quand\non les analyse de près, ne sont pas aussi naturalistes qu'on le pense. Tous\nles personnages de Goncourt ne sont que des Goncourt agrandis et dimi­\nnués, d'une imagination et d'une sensibilité extraordinaires. De même\nFlaubert. Son but a été de faire impersonnel, de créer « des bonshommes »\ndont il ne fût point le père. De là Madame Bovary, l'Education sentimen-\n tale, Bouvard et Pécuchet, romans bourgeois, savamment ordonnés\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "                                 254\n\nd'après un plan scientifique, manifestations éclatantes de l'art objectif et\nexpérimental, s'imagine la foule. Œuvres personnelles, autobiographiques,\nripostent ceux qui ont pénétré dans l'intimité spirituelle de Flaubert. Dans\nl'œuvre, comme chez l'homme, la santé physique est apparente et trom­\npeuse. L'homme était malade. L'œuvre l'est aussi. Flaubert, jeté dans une\nsociété utilitaire, où l'esprit n'a point d'aristocratie, et qui a longuement\nsouffert de cette disproportion entre son milieu et lui, a trempé ses livres\ndans sa colère et dans sa tristesse. Chacun de ses romans n'est que l'his­\ntoire d'une chimère. Madame Bovary voit crouler son rêve de femme,\nFrédéric Moreau son rêve de poète, Bouvard et Pécuchet leur rêve encyclo­\npédique, saint Antoine son rêve religieux. Tous sont des effigies de Flaubert\nlui-même. Rien ! dit Madame Bovary réveillée de son rêve érotique. Rien!\ndit Frédéric Moreau, lourd encore de son rêve d'artiste. Rien ! sanglote\nBouvard, trompé par sa science. Rien ! clame saint Antoine, au sortir des\nreligions. Flaubert est le grand nihiliste littéraire du XIXe siècle.\n   Et Zola lui-même, n'a-t-il pas dû inventer sa définition de l'œuvre d'art\n— un coin de nature vu à travers un tempérament — pour excuser ses\nvisions mensongères de la nature, les splendides débauches du Ventre de\nParis et de La faute de l'abbé Mouret?\n   C'est pour avoir abandonné leurs théories étroites et anti-artistiques que\nles trois romanciers dont je vous parle ont été grands.\n   Quant au reste de l'école de Médan, il est aujourd'hui livré à toutes les\nmédiocrités et à tous les poncifs. Il existe des lieux communs naturalistes,\ndes recettes infaillibles pour faire un roman selon l'idéal de l'école. Les\nmusiciens ont un mot expressif pour désigner les coupes mélodiques banales\net démodées : ils les appellent des rosalies. Les jeunes naturalistes ont des\nrosalies aussi. S'il est encore des gens qui se laissent prendre à ces ritour­\nnelles, que les jeunes romanciers de l'école se hâtent d'en profiter, car la\nréaction est prochaine, et elle sera formidable. Qu'ils se hâtent donc, et\nqu'ils appliquent ce mot d'un médecin sceptique aux internes d'un hôpital :\n« Dépêchez-vous d'employer ce remède pendant qu'il guérit encore ».\n\n\n\n\n   Après l'hérésie réaliste, je voudrais vous parler de l'hérésie nationale,\nassez en faveur en ce moment.\n   L'art sera national ou il ne sera pas. Défense de placer l'action d'un\nroman autre part qu'en Belgique. Interdiction absolue de faire des vers sur\nun sujet général, symbolique ou personnel. Il faut penser en Belge et écrire\n"}, {"page_pdf": 278, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "                                  — 255 —\n\nun Belge. La Montagne de la Cour et le Treurenberg sont fortement recom­\n mandés aux jeunes écrivains. L'art doit faire tout le temps ce que M. Chou­\nfleuri ne faisait qu'une fois par semaine, rester chez lui.\n   Et ces théories étranges nous sont prêchées par des critiques qui n'ont\njamais contribué au développement d'une littérature nationale qu'en\ncommettant des fautes de français. C'est aussi une manière d'être national.\n   En vérité, l'erreur est grossière. On est Flamand ou Wallon, non pas\nparce que l'on place le sujet de son œuvre dans la Flandre ou dans le\nHainaut, non pas parce que l'on fait des vers sur Anvers ou sur Liège,\nmais par le caractère, par le tempéi'ament, par la conception même des\nchoses, de même qu'on est moderne, non pas parce que l'on écrit des Vieille\nRate, des Calvaire d'Héloïse Pajadou, des Autour d'un clocher, mais par\nla sensation, par l'expression, par l'atmosphère générale de l'œuvre, par ce\nje ne sais quoi de douloureux et de poignant qui est au fond de tous ceux\nqui « ont le siècle ». Sinon, Racine, pour avoir mis au théâtre des sujets\nromains et grecs, ne serait plus un Français, et les maîtres flamands, pour\navoir peint des saintes familles et des montées au Calvaire, ne seraient plus\ndes peintres flamands. Quelle plaisanterie! Il semble qu'on veuille voir\njusqu'où l'on peut aller dans l'absurde. Être national ! être moderne ou ne\npas l'être ! Paroles vaines. Il est aussi impossible de ne pas être de son pays\nou de son temps qu'il est impossible de se soustraire à l'atmosphère\nambiante. Elle nous enveloppe, nous pénètre. Elle est en nous. Au nom de\nla dignité de l'art, qu'on cesse de rapetisser cette question à je ne sais quelle\nmisérable chicane d'état civil, de décor ou de tapissier. Nous sommes\nFlamands ou Wallons par tempérament, malgré nous, à notre insu et, par\nconséquent, comme dirait Banville, il est inutile de chercher à le devenir.\n\n\n\n   Devant les hérésies artistiques répandues à flots dans la foule, et com­\nbattues à peine par le dédain des vrais artistes, on comprend les jugements\nétranges portés à chaque instant par la critique sur les livres contemporains.\n   Il semble que certaines gens aient pris pour devise le joli mot d'un grand\nseigneur auquel on demandait s'il jouait du violon, et qui répondait en\npirouettant sur les talons : « Je ne sais pas, je n'ai jamais essayé ! »\n   Ce qui n'empêche pas le grand seigneur de juger les violonistes, et d'en\nremontrer à Paganini.\n   Ils sont là une vingtaine, épaves dernières de la littérature et de l'art\nd'autrefois, — avocats ou professeurs pendant la semaine, écrivains le\ndimanche, qui me font penser à je ne sais quelle garde civique de l'art,\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "                                  — 256 —\n\npleine de dédain pour l'armée active. Quand le garde civique rencontre un\nvrai soldat, il le traite de traîneur de sabre. Et quand le soldat régulier\nrencontre la milice citoyenne, il se met à rire. Comme je les comprends\ntous les deux !\n   Ces amateurs me font songer aussi à l'étonnement de ce paysan qui,\napercevant dans son pré un lion échappé d'une ménagerie, se mit à rire aux\néclats en s'écriant : « Quel drôle de veau ! »\n   Vous avez tort de rire, le paysan avait parfaitement raison. Le lion sera\ntoujours un drôle de veau.\n   Cette exclamation là, la critique est toujours prête à la pousser. Et elle\na raison, en somme. Que voulez-vous qu'elle comprenne à la mystérieuse\nalchimie du vers ? Le poète ne voit pas les choses comme elle. Pour la majo­\nrité des hommes, les mots ne représentent rien que des idées. Pour eux\nle mot n'est qu'une abstraction. Le mot n'a pas de forme, pas de ligne, pas\nde couleur, pas de musique et pas d'odeur. Le mot et la chose sont usés\npar l'habitude. Le mot n'évoque rien. Rien ne se cache derrière son ombre.\nEt le poète, au contraire, est précisément celui qui a gardé l'impression\nprimitive, l'impression virginale des choses. Banville, quand il parle de la\nrose en parle avec l'extase que dut ressentir celui qui l'a vu fleurir pour la\npremière fois. Vous rappelez-vous le charme de la convalescence? L'ivresse\net la nouveauté des choses? Eh bien, le poète, sans avoir jamais été malade,\nest toujours un convalescent. Et faisant passer sa joie voluptueuse dans\nl'âme des mots, il cache en eux la mystérieuse puissance d'évocation qui\néternise, pour nous, dans l'albâtre des strophes, la flamme passagère de\nses sensations. Le poète est celui qui s'en va dans les mots. Ressusciter,\navec des mots, tous les sentiments endormis dans les cœurs, voilà son\norgueil, et voilà sa force.\n\n\n\n\n   En vous parlant du poète, je songeais malgré moi aux Maîtres-Chan-\nteurs de Richard Wagner. Ce drame superbe, ou Wagner a dépensé toute\nla joie et toute l'exubérance de son lyrisme, me semble plein d'allusions\nétranges et piquantes à ce qui se passe chez nous aujourd'hui. Que\nreproche-t-on à Walther de Stolzing? D'être jeune, d'être présomptueux, de\nparler un jargon absurde, plein de tournures bizarrés et de mots creux.\nIl ne respecte pas les vieilles règles de la sacro-sainte tablature. Pas d'idée.\nPas de mélodie. C'est un fantaisiste, s'écrient les pédants éperdus. Il ne\nchante ni dans le ton du pélican fidèle, ni dans le mode du glouton décédé.\n"}, {"page_pdf": 280, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1660, "texte": "                                  — 257 —\n\nOh! Nous avons aussi nos maîtres chanteurs, enfermés dans leur routine\nsurannée, et prêts à houspiller Walther s'il se présente. Vous connaissez tous\nnotre marqueur Beckmesser. Son ardoise est blanche de craie, et il l'exhibe\navec colère au public. Et certaines polémiques littéraires rappellent la bas­\ntonnade qui termine le deuxième acte de l'opéra wagnérien. Mais\nconnaissez-vous le cordonnier poète Hans Sachs ? A celui-là, Wagner a\ndonné son âme et sa robuste tendresse. Y a-t-il une scène plus tragique et\nplus shakspearienne que le monologue de Sachs, hanté par les chants de\nWalther ? Il ne comprend pas cet art qui se lève, mais il devine que les\npoèmes de Walther sont beaux. Et c'est alors, pendant la nuit de la Saint-\nJean, pleine d'amour et de sève, que jaillit des lèvres du vieillard cette\nphrase admirable où s'exhale toute entière la mystérieuse mélancolie de l'Art :\n                      O jeune chevalier,\n                      Tu m'as touché le fond de l'âme :\n                      Tu nous feras tous oublier\n                      Hans Sachs l'atteste et le proclame.\n   Mais elle est trop grande et trop belle pour être vraie. Parmi les maîtres\nchanteurs de Belgique il n'y aura jamais un Hans Sachs. Walther de Stol­\nzing ne sera point proclamé maître. Ou s'il l'est, ce sera plus tard, quand il\naura les cheveux blancs, le cœur éteint et l'âme lasse. Et l'on ne verra\njamais chez nous ce que l'on voit dans le drame allemand \"es premiers\n baisers de la gloire enflammer le front d'un poète de vingt ans.\n                                                              ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-04-05-n4-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 257, "page_fin": 262, "titre_corps": "Rimes pour les amantes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Eddy Levis", "ancre_debut": "RIMES POUR LES AMANTES", "ancre_fin": "EDDY LEVIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 280, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 1660, "fin_caractere_exclue": 2160, "texte": "RIMES POUR LES AMANTES\n            BALLADE DES GRANDS YEUX RELIGIEUX\n                                                             A MARGUERITE   C.\n\n               Le jour où je vis ton regard\n               Luire sur mon âme blessée,\n               J'ai senti comme un étendard\n               Flotter sur ma douleur lassée,\n               Et maudissant ma fiancée\n               Et ses serments injurieux,\n               J'ai plongé toute ma pensée\n               Dans tes grands yeux    religieux.\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 937, "texte": "                   — 258 —\n\n\n                     II\n\nSans plus gémir sur le départ\nDe celle que j'avais chassée,\nJ'ai pris ton cœur comme un rempart\nCachant la tristesse passée,\nEt sur ta poitrine rosée\nBerçant mon front     mystérieux,\nToujours mon âme s'est dressée\nVers les grands yeux     religieux.\n\n                     III\n\nC'est fini, notre amour mignard,\nMais ta forme poétisée\nM'apparaît dans les soirs, très tard,\nQuand je m'accoude à la croisée,\nCar dans leur douceur effacée\nLes étoiles au fond des deux\nSont la flamme pulvérisée\nDe tes grands yeux     religieux.\n\n\n                   ENVOI\n\n    O Marguerite, éternisée !\n    Vers toi d'adorables adieux\n    Tombent de mon âme brisée\n    Par tes grands yeux    religieux!\n\n\n\n\n              LA    PELOTE\n\n                       A MES AMIES CHARLOTTE ET ALINE   L\n\nFaite de soie et de dentelle\nAvec des ganses tout autour,\nSur un piedouche Pompadour\nRepose une pelote frêle.\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 917, "texte": "                — 259 —\n\nUne mère hier en fit présent\nPour fêter sa charmante fille,\nDéjà le métal d'une aiguille\nS'y dresse clair et reluisant.\n\nEt bientôt d'innombrables pointes\nSur la dentelle et les rubans,\nEn y dressant leurs rayons blancs\nA la première seront jointes.\n\nAinsi mon cœur de mes amours\nN'est que la pelote saignante ;\nLes regards aigus de l'Amante\nOnt arraché son cher velours.\n\nLes blondes folles et les noires\nL'ont transpercé de part en part,\nEt leurs morsures avec art\nM'ont pris du sang dans leurs victoires.\n\nMais que m'importe la douleur,\nPuisque je suis rempli de lames,\nJe veux passer toutes les femmes\nA travers les trous de mon cœur.\n\n\n\n\n                A SARAH\n\n  es mains sont faites de velours\nEt leurs caresses patelines\nMe font rêver à ces Amours,\nDivins joueurs de mandolines,\nDont les attitudes câlines\nEt le regard évaporé\nChantent aux âmes orphelines\nLe fou désir d'être adoré.\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1305, "texte": "                     —   260   —\n\n\n\n\n                  A MARIETTE\n\nChère, voici des fleurs, car les vers sont des fleurs\nDont la tige plus haute et plus riche de sève\nCroît en un terreau bleu que l'on nomme le Rêve\nEt fleurit longuement sur la pointe des cœurs\n\nChère, voici des fleurs, car les vers sont des fleurs.\nLeurs pétales souvent sont mouillés de rosée\nQue les matins d'amour ont laissée en passant.\nVous qui les admirez, sachez-le, c'est du sang\nQue le poète porte au fond de sa pensée.\n\nLeurs pétales souvent sont mouillés de rosée,\nMais plus riches seront leurs parfums, leurs couleurs,\nEt plus aura souffert son âme créatrice.\nChaque vers que j'écris fut une cicatrice,\nUn baiser, un pardon, une haine ou des pleurs.\n\n\n\n\n                  GRAND        MATIN\n                                             A   MARIETTE.\n\n\nL'aube vient de paraître au bout de l'horizon,\nMignonne, lève-toi, puisque l'aube se lève,\nLaisse s'enfuir la nuit et l'azur de ton rêve\nMourir dans le réel du matinal frisson,\nL'aube vient de paraître au bout de l'horizon.\n\nLa paix est chaste et douce; on entend les oiselles\nLustrer au fond des nids leurs frêles plumes d'or,\nMignonne, lève-toi, puisque plus rien ne dort,\nOuvre avec le Soleil tes vivantes prunelles,\nLa paix est chaste et douce; on entend les oiselles.\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1400, "texte": "                     — 261   —\n\n\nDe très vagues lueurs percent au fond des deux,\nDans le rose réveil une étoile encor songe,\nDernier baiser de nuit que le jour naissant ronge...\nViens, nous verrons mourir ces ineffables yeux,\nDe très vagues lueurs percent encor les Cieux.\n\n\n\n             A DEUX      INCONNUES\nJe tiens un souvenir sans ombre et sans chagrin\nDe deux femmes qu'un jour au bois j'ai rencontrées,\nBrunes toutes les deux, de grand air altérées,\nElles cherchaient des fruits sur le bord du chemin.\n\nDes fraises le sang rose avait rougi leurs teints,\nEt tout en se riant d'être ainsi colorées,\nLeurs doigts se querellaient les fraises égarées\nDans la mousse froissée aux caprices des mains.\n\nEt comme j'étais seul, je m'avançai vers elles\nEt leur dis, chapeau bas : « Mes belles demoiselles,\nSerait-ce grand péché de cueillir avec vous? »\n\nEt je m'agenouillai. Jusqu'au soir, tels des fous\nCourant, criant, sautant, dans le bois nous restâmes,\nEt depuis lors, jamais je n'ai revu ces femmes.\n\n\n\n                      SONNET\n                                             A MARIE B.\n\n      Sur un char dans l'Aurore pétri\n      J'ai rêvé te voir royalisée,\n      Ta tête par mes lèvres visée\n      Se courbant sous un casque fleuri.\n\n       Ton beau corps de la peau d'un cabri,\n       Soyeuse et par moi-même frisée,\n       Est couvert. Ainsi réalisée\n       Tu passes à travers mon esprit.\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1062, "texte": "               — 262 —\n\nMais ta forme insaisissable Reine,\nÉchappe à mes bras, telle la graine\nDu furtif noli me tangere.\n\nEt lorsque mon âme se réveille,\nDe cette apparition vermeille,\nUne larme seule a demeuré.\n\n\n\n             A JEANNE\nO chair rose, chair diaphane,\nO chair aimée et favorite,\nTa souvenance m'est maudite,\nO sois maudite courtisane.\nAinsi qu'une image profane,\nTout ton corps défendu m'attire\nEt je ne puis que le maudire,\nCar l'aimer c'est horrible, Jeanne.\n\n\n\n               CHUTE\nIls s'en vont, là-bas, loin des cris,\nPour la première fois elle a crainte.\nSon âme, où les lys ont fleuri,\nBrûlante, soupire à son étreinte.\nUn point rouge à sa pâle prunelle\nA trahi sa virginité.\nElle va tomber vierge rebelle\nLe corps vêtu de chasteté.\nUn très grand soleil crucial\nAu faîte du ciel veille au supplice.\nElle gravit le bûcher du vice\n Toute innocente de son mal\nEt, dans l'éblouissement tragique\nDu Printemps, des lèvres, du cœur\nElle a flétri sous son vainqueur\nSon rêve idéal d'Ange mystique.\n                                      EDDY LEVIS."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-04-05-n4-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 263, "page_fin": 268, "titre_corps": "Les Maîtres chanteurs de Nuremberg", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "H. 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Le plus drôle est que cette grimace,\npas même spirituelle, ne fâche qu'eux et les fâche jusqu'à l'exaspération.\nAllez au foyer du théâtre après le deuxième acte des Maîtres Chanteurs,\nvous y verrez les microbes anti-wagnériens roulés dans des épilepsies de\nrage tellement cocasses que les amours du plafond se tordent de rire.\nFaisons comme les amours, laissons les bonnes raisons; on n'a fait que\ntrop de catéchismes à l'usage de tous les Beckmesser du monde qui en\nprofitent pour tâcher de saper Wagner aux points faibles de ses théories.\nL'art se conçoit d'intuition et ne se raisonne pas. C'est l'abaisser que vouîoir\nl'expliquer logiquement. A bas donc l'échafaudage de doctrines et de\nsystèmes quand l'œuvre par lui seul tient debout !\n\n\n\n   J'ai lu quelque part que les Maîtres Chanteurs sont l'image de la vie de\nWagner. Walther figure Wagner lui-même ; Beckmesser, l'art ancien dans\nla personne de Hiller; Eva, l'art vivant!... Pour Sachs, on hésite entre\nLiszt et le roi de Bavière! C'est le plus joli. Wagner n'aurait donc fait\nqu'une mesquine parodie ou un pamphlet, quelque chose comme une revue\nde fin d'existence? Wagner était peut-être un chantre de faits divers ! Je ne\nsais quels diminutifs d'artiste ont le don de rapetisser ainsi ce qu'ils\neffleurent; ne se doutent-ils pas de ce qu'est la conception artistique?\nHeureusement, leur ineptie se réfute d'elle-même et, pourrait-on dire, par\nargument réflexe, n'étant que l'étroite interprétation de cette tendance qui\nélève au contraire Wagner à la généralisation, au symbole. En admettant\nmême que les faits aient été le point d'appui ou, moins encore, le simple\naiguillon de son imagination, comment veut-on qu'ils ne se spiritualisent\nau contact de cette imagination trop puissante pour ne pas dominer et\ndompter les facultés observatives. N'est-ce pas ce subjectivisme qui l'a\nconduit de préférence au mythe? N'est-ce pas le désir d'illusionner le spec­\ntateur en le séparant de la réalité afin de pouvoir plus intensément se sub-\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3003, "texte": "                                      — 264 —\n\nstituer à cette réalité? Cette fois, il est redescendu dans l'histoire positive,\npourquoi? Le « Pourquoi » d'une œuvre d'art s'il vous plaît? Mais qu'on\nne vienne pas me parler de son impersonnalité, car s'il s'est effacé de\ncette œuvre-ci en tant qu'homme, dans l'acception objective et matérielle\ndont on parle sottement, il s'y est exprimé plus que jamais en pensée et\nen passion.\n   Il s'y est exprimé sous divers aspects formant, en quelque sorte, les\ndivers éléments ou principes esthétiques de son poème. Le premier et le\nplus tangible est le principe de réalité, le principe germanique, bourgeois,\noù se localise l'action et qui constitue le tissu du drame. Ce principe\ns'incarne en Pogner et plus étroitement en Kothner, présidant la corpora­\ntion des Maîtres Chanteurs; il se représente musicalement par les motifs\ntypiques de Nuremberg et de la Saint-Jean, auxquels se rattachent les\nmotifs spéciaux des maîtres et de leur bannière (I). Et c'est bien, carrée dans\nla pénombre du moyen-âge, la gothie doctorale et pesante imposant son\ngeste puissant au monde et dont Wagner a déterminé le caractère en\ndisant : « Le mouvement allemand, c'est la marche, l'andante qui s'est\ndéveloppé avec tant de variété et d'expression dans la musique allemande\nque des critiques y ont reconnu à bon droit son genre propre ». — Qu'on\nsonge à Beethoven, Schumann, Brahms, l'andante les domine. Wagner\nlui-même, malgré le tempérament nerveux de décadent qui semble l'enlever\nde sa race, reste, à sa base, foncièrement Allemand ; il devait s'émouvoir à\nce tableau pittoresque de la vieille Allemagne où passe le souffle de la\nréformation et dont les personnages descendus des tableaux de Dürer\nsemblent porter sous leur front puritain d'austères doctrines cloîtrées.\n   Mais sur ce fond sévère se meuvent des silhouettes épisodiques. C'est\nBeckmesser accentuant le principe bourgeois jusqu'au burlesque et trans­\nformant, par son contact, les thèmes principaux en caricatures.\n   C'est David, parmi les écoliers, apportant la jeunesse mutine et les chan­\nsons fleuries qui vont célébrer joyeusement la fête patronale.\n   C'est Eve, enfin, la jeune fille, la blonde Rhénane, analogue à Gretchen,\nla sensitive, apportant à ce milieu de rudesses mâles, un peu de tendresse\npaisible et d'enveloppante intimité, s'y effaçant comme quelque chose de\ndélicat, de faible qui s'abrite et qu'on protège....\n                                         SACHS\n        « Chère Eve, tu me fais un conte.\n                                           EVE\n         « Non pas, mais ton] humeur est prompte à changer; je croyais, moqueur —\n           « que je gardais toujours ma place dans ton cœur — comme aux jours où\n           « j'étais petite.\n                                      SACHS\n         « Que de fois dans ses bras Hans Sachs t'a fait sauter !\n\n\n  (I) Pour la définition précise et la notation musicale des motifs typiques, voir l'excel­\nlente brochure de M. Camille Benoît,\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3286, "texte": "                                    — 265 —\n\n                                        EVE\n       « Sur tes genoux, tu me faisais trotter.\n                              SACHS (avec mélancolie).\n       « Le temps s'enfuit... les beaux jours passent vite !.. »\n\n    Et dans cette autre scène avec Sachs, scène ravissante de sincérité\ngothique, où, s'abandonnant comme une enfant, elle laisse échapper ce cri\nsi féminin : « Mais, maître, vous devez bien savoir ce qui me fait souffrir ! »\nPar malheur, Mme Caron, trop grande physiquement et moralement pour\nce rôle, n'a pu y assouplir sa nature de tragédienne lyrique; le coup d'âme\nque nous attendions d'elle, elle l'a donné, mais en violence, au lieu de le\ndonner en douceur, et, avec des moyens affaiblis et peut-être l'ennui de se\ncontraindre à un rôle antipathique, cette fois, au lieu de soutenir et de\nsurélever le rêve du poète, la femme de théâtre l'a écrasé. C'est la première\net la plus importante lacune de l'interprétation ; car le côté familial du\npersonnage d'Eva, moins effacé qu'on pense, est nécessaire à l'harmonie de\nla comédie musicale; ses deux scènes avec Sachs, qu'on peut appeler\nréalistes dans le sens d'une profonde humanité, sont les plus saillantes,\ntandis que la scène du deuxième acte avec Walther, la seule où passe un\néclair de lyrisme, vite oubliée pour le luth de Beckmesser et la chanson du\nsavetier, disparaît presque dans la verve endiablée du charivari final. L'élé­\nment mystique est ici sacrifié au réel. Dans Tannhäuser, la passion est\ncharnelle; dans Tristan, elle est spirituelle; ici, elle reste moyenne et sim­\nplement humaine. Lohengrin, Tannhäuser, Siegfried, sont des êtres supra­\nterrestres, dont l'apparition resplendit dans un rayonnement d'harmonies\nauréales ; Walther de Stolzing est un fier chevalier, comme l'indique son\nmotif typique, un jeune poète amoureux n'ayant point d'auréole au front ni\nde parenté avec les dieux. Les rares échappées de lumière surnaturelle qui\n l'enveloppent sont dans les trois accords évocatifs de son rêve et les arpèges\nqui annoncent l'improvisation de son preislied. Aussi est-ce Sachs qui\ndevient la figure héroïque du poème.\n    Chaque artiste a, parmi les êtres et les choses, des sujets sympathiques\ndont une analogie de nature le rapproche, auxquels son imagination se fixe\n et ses forces convergent; Sachs, comme le Wotan de la Tétralogie, est pour\nWagner un de ces sujets ; il y a mis ce qu'il avait de meilleur : cette bonté\n infinie qui fait son humanité et sa |force, et qui se transforme en bonhomie\n dans le physique rugueux du cordonnier de Nuremberg. Voyez les scènes\n avec Eva, où l'homme fléchit devant l'enfant, où la force se fait douce à la\n faiblesse; les scènes avec Walther, notamment celle du troisième acte\n qu'enveloppe le motif de la bonté ; puis, au cours de la méditation, l'évoca­\n tion magistrale de la vieille cité, où l'image du héros germain se dresse\n d'une allure épique. Si l'on doutait du germanisme de Wagner, Sachs le\n démontrerait irréfutablement; il est la personnification de Wagner dans la\n race allemande. C'est toujours l'andante, mais un andante que Wagner\n allège à l'aide de son spiritualisme génial et qui trouve son expression\n sublimée dans ce superbe cantique de l'art libre : le Choral de Sachs. Par\n"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "                                   — 266 —\n\nlui, le subjectivisme de Wagner épand une essence d'au delà que la musique\n coule à travers le poème comme la sève même de l'œuvre. Cela devient\n surtout sensible dans les deux scènes méditatives du deuxième et du troi­\n sième acte et plus exclusivement encore à ce passage de la première, où la\n sonorité molle des cors flotte un instant dans une progression défaillante en\n mineur pour reprendre dans un léger Sforzand' d'une éclaircie de forces...\n    C'est un délicieux alanguissement, une sensation à la fois immatérielle et\n voluptueuse comme un pénétrant parfum de fleurs dans l'épanouissement\nd'une nuit chaude... Tout Wagner est en quintessence dans ces dix-huit\nmesures, qui rappellent par la couleur le motif de Wotan et, resongeant à\nScaria qui jouait Wotan, ici, je me figurais sa voix harmonieuse à la fois\ntrès douce et très mâle qu'il faudrait à Sachs ; cette voix pleine et veloutée,\ndont le timbre, s'amalgamant au timbre moelleux des cors, constitue dans\nl'orchestration, comme Sachs et Wotan dans le poème, un centre, un prin­\ncipe vital, en représente en quelque sorte l'âme sonore et lumineuse qui\nrayonne jusqu'aux extrémités des harpes et des violons\n   Wagner a qualifié les Maîtres Chanteurs de comédie musicale. Sans\ndoute en descendant, par exception, du Mythe dans l'histoire, en localisant\nson rêve dans le temps et l'espace, il s'est attaché à respecter la réalité,\nmême et l'on devrait dire surtout dans le personnage supérieur de Sachs ;\nmais son réalisme ne se borne pas à observer les hommes dans leurs qua­\nlités physiques; il les fouille dans l'âme. La comédie qu'il fait est psycho­\nlogique à la manière de Shakspeare, non mécanique à la manière des drama­\nturges contemporains. Son réalisme est un moyen. La matière n'est qu'un\ncadre à sa création ; il ne s'appuie à la terre que pour s'élever au delà, éprou­\nvant, comme tout poète au contact de la réalité, la nostalgie de son idéal.\nCet idéal quel est-il? S'il fallait, selon les règles de la tablature, en déter­\nminer le mode, on l'appellerait peut-être : la paix dans la lumière.\n   Comprend-on comment cette spiritualisation de vie à laquelle tend son\nœuvre n'est encore que de la vie exaspérée; comment cette impassibilité\nsublime à laquelle il aspire n'est qu'un excès de vibration passionnelle;\ncomment enfin, pour y atteindre, il lui a fallu se dégager du fini, briser le\nmoule où la matière sonore haletait, pour diluer cette matière, l'épandre à\nlong et plein souffle, en envelopper sa pensée?\n\n\n\n   A ceux qui renvoient Wagner à son germanisme et qui le combattent si\npeu spirituellement au nom de l'esprit français, on peut répondre que sa\nréforme n'est pas nationale. Aux formes italienne et française, ce n'est pas\nune forme allemande qu'il a substituée, mais « une forme idéale purement\nhumaine affranchie des préjugés de mœurs nationales ». L'italienne et la\nfrançaise créaient leur mélodie d'un nombre limité de formules ornemen­\ntales sans signification, sorte de bruits harmonieux reproduits au hasard\nde l'inspiration ; au lieu de cette mélodie, dont le rythme ressemble aux\npetits carrés que les enfants tracent sur le papier avant d'y poser un dessin,\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "                                   — 267 —\n\nWagner rappelle à lui la mélopée infiniment nuancée et mouvante au\nrythme sinueux des Grecs et s'en crée un instrument d'expression poétique.\nDe même que les mots et les phrases rendent des pensées et des sentiments,\nil conçoit, pour rendre, à l'aide de cet instrument, les pensées et les senti­\nments du poème, des mots et des phrases mélodiques. Rien dans la nature\nne cesse ni ne s'interrompt ; la lumière se perpétue par le mouvement ; les\ncontours des choses s'émoussent à l'air ; les individus se fondent dans le\ntout ; les phases d'action se continuent, empiètent l'une sur l'autre et se\ncombinent ; de même, tous les motifs mélodiques s'unissent, s'enlacent et\ns'emmêlent pour former l'œuvre d'art composée de sensations multiples\ncomme la vie elle-même. La musique ne s'occupe plus à « chanter des airs »;\nelle est un élément qui agit, parle, pense, médite, se passionne, exulte, rit\net ricane ou sanglotte et jette ses clameurs à travers la polyphonie orches­\ntrale qui devient un paysage, une atmosphère sympathique au drame. Et\ncet instrument s'assouplit à sa main vigoureuse au point de produire une\nvéritable matière plastique dans laquelle, après avoir pétri les scènes larges,\nil burine ce crayon symphonique : l'entrée de Beckmesser chez Sachs, et\ntrace, dans un paroxysme d'originalité, le thème contorsionné de la séré­\nnade où le mystique s'éveillant de son rêve dans une pirouette, accomplit\ncet autre chef-d'œuvre de bouffonnerie aristophanesque et de musique\nparadoxale : le final du second acte.\n    Ce qui frappe au prime abord de la symphonie wagnérienne, c'est l'inex­\ntricable fouillis de la nature vierge et son insondable profondeur; c'est\nl'ampleur imposante, parfois écrasante de ses fresques peintes à grandes\ntaches de lumière; mais, à mesure qu'on y pénètre, y distingue-t-on, de\nplus en plus, la finesse du trait, la délicatesse et la mobilité des teintes,\nl'harmonieuse gradation des valeurs tonales, le fouillé profond de la psycho­\nlogie musicale, où se complaît ce luministe éparpillant son idéal de lumière\njusqu'aux plus infimes atomes de sa symphonie; ce coloriste qui devait\npercevoir de manière illimitée les vibrations sonores et voir un microcosme\ndans un son. Ceux qui insinuent que Wagner est un naturaliste parce qu'on\nessaie des souliers dans ses drames, ne sont pas si éloignés de la vérité. Non,\nWagner n'est pas un naturaliste dans l'acception moderne du mot, mais\nil est ce qui rêve au fond de tout naturaliste : un panthéiste dont l'œuvre\ntend à un colossal embrassement de la nature et qui voudrait s'y absorber,\ns'y anéantir; un impressionniste chez lequel la sensation excessivement\naffinée n'est plus adéquate à la raison; un déséquilibré de génie, créant à\nl'aide de cette renaissance grecque qu'il appelait à lui pour régénérer l'art,\nune œuvre superbement décadente.\n    Comme cela s'accorde avec les théories d'art social qu'on prête à Wagner,\nà Sachs, à tout le drame des Maîtres-Chanteurs ! Socialiste et théoricien,\n Lamartine et Victor Hugo l'étaient, due ne le serait-il aussi, ce nerveux\npassionné qui avoue l'étrange supplice où le mettait toute dissertation\n abstraite ; ce poète pessimiste, ce nihiliste de la pensée, réfugié dans la reli­\ngion du beau, sans raison et sans but; lui qui ne cesse de réclamer l'intui­\n tion comme supérieure, en art, à tous les phénomènes rationnels ; lui dont\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "                                 — 268 —\n\nl'impétuosité brisait tous les grillages de doctrines et de systèmes pour se\njeter à l'action, au fait, à la matière, à la sensation immédiate et qui laisse\npour conclusion à son œuvre monumental, cette phrase d'un de ses chefs-\nd'œuvre : « Dans les grandes ondes de l'océan de délices, dans la sonore\nharmonie des vagues de parfums, dans l'haleine infinie de l'âme universelle,\nse perdre, s'abimer sans conscience, suprême volupté ! »\n                                                         HENRY MAUBEL.\n\n   Cet article reste incomplet ; j'y ajoute deux lignes pour mettre en évi­\ndence, d'abord, l'interprétation intelligente de MM. Seguin, Soulacroix,\nDelaquerrière et Durat. M. Seguin, surtout, a fait de son rôle une création\nremarquable. Mlle Deschamps « cette artiste qui a de superbes élans et des\nchutes si profondes » s'en est tenue, cette fois, aux chutes profondes. Quant\nà M. Jourdain, son jeu n'est qu'une longue protestation du ténorisme\nagonisant. Je souligne, par exemple, les dialogues du 1er acte où il s'obstine\nà tourner carrément le dos à ses interlocuteurs pour répondre aux premiers\nviolons. Cela..., et le reste, est intolérable.\n   Par quel prodige la mise en scène des Maîtres nous a-t-elle enfin donné\nune illusion de vie? Les comparses sortis des toiles peintes se sont mis à\nremuer !\n   C'est l'orchestre qui reste à travailler, maintenant, pour obtenir cette\nobservance des valeurs sonores et cette fusion intime sans lesquelles la\nsymphonie restera toujours l'orchestre.\n  A cette fin de règne triomphale de MM. Stoumon et Calabresi, nous les\nsaluons p. p. c.\n                                                                     H. M."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-04-05-n4-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 269, "page_fin": 272, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "livre écrit dans une langue remarquable", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 86, "fin_caractere_exclue": 97, "texte": "MEMENTO\n   "}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 133, "texte": "M. 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Hymans l'attend"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1396, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "à l'Académie."}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1601, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "***"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1672, "fin_caractere_exclue": 1706, "texte": "Nous recevons la lettre suivante :"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1775, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "MONSIEUR,"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1957, "fin_caractere_exclue": 1995, "texte": "Dans son dernier numéro, la Jeune Bel-"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 2089, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "gique a cru devoir me consacrer deux co­"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 2225, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "lonnes de petit texte. C'est beaucoup d'hon­"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 2366, "fin_caractere_exclue": 2405, "texte": "neur! Votre rédacteur, sous prétexte de"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 2501, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "donner son avis sur un article intitulé : le"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 2609, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "Premier Feu, publié dans la Revue de Bel­"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 2651, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "gigue, m'attaque personnellement, sur un"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 2746, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "ton que je ne veux pas qualifier. Permettez-"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 2841, "fin_caractere_exclue": 2876, "texte": "moi d'user de mon droit de réponse,"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 2934, "fin_caractere_exclue": 2975, "texte": "puisque c'est surtout ma personne qui est"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3028, "fin_caractere_exclue": 3035, "texte": "en jeu."}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3124, "fin_caractere_exclue": 3162, "texte": "Dites-moi, Monsieur, est-il sévèrement"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3217, "fin_caractere_exclue": 3256, "texte": "défendu d'avoir une opinion contraire à"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3310, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": "celle des artistes et des écrivains qui com­"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3403, "fin_caractere_exclue": 3445, "texte": "posent la « Jeune Belgique? » N'est-il pas"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3497, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "permis d'écrire que la jeunesse est exubé­"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3591, "fin_caractere_exclue": 3637, "texte": "rante ? Qu'il est naturel et logique de penser"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3687, "fin_caractere_exclue": 3731, "texte": "que, sa première sève un peu refroidie, elle"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3779, "fin_caractere_exclue": 3822, "texte": "réfléchira et sera plus sage, plus vraiment"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3875, "fin_caractere_exclue": 3920, "texte": "virile et personnelle? 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Vous me repro­"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 883, "fin_caractere_exclue": 924, "texte": "chez d'avoir fait des tableaux d'église ;"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 976, "fin_caractere_exclue": 1015, "texte": "pourquoi ne me reprochez-vous pas aussi"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1067, "fin_caractere_exclue": 1109, "texte": "le temps où je ne savais encore ni lire ni"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1161, "fin_caractere_exclue": 1205, "texte": "écrire? J'étais élève de Navez; je subissais"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1257, "fin_caractere_exclue": 1299, "texte": "l'influence de mon maître : faute énorme,'"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1351, "fin_caractere_exclue": 1394, "texte": "que l'impeccable justice de votre rédacteur"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1446, "fin_caractere_exclue": 1486, "texte": "ne peut me pardonner. Depuis, j'ai peint"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1538, "fin_caractere_exclue": 1579, "texte": "beaucoup de tableaux de genre et des pay­"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1631, "fin_caractere_exclue": 1669, "texte": "sages, et même des portraits, que vous"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1722, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "oubliez, le genre religieux ne me convenant"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1817, "fin_caractere_exclue": 1858, "texte": "pas : vous déclarez ces tableaux détesta­"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1911, "fin_caractere_exclue": 1953, "texte": "bles; c'est votre droit. Est-ce une raison"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 2048, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "pour que mon article de la Revue de Bel-"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 2182, "fin_caractere_exclue": 2224, "texte": "gique soit mauvais ! 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Etes-"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3453, "fin_caractere_exclue": 3495, "texte": "vous bien sûr, Monsieur, que l'employé des"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3547, "fin_caractere_exclue": 3589, "texte": "Ministères, comme dit votre collaborateur,"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3641, "fin_caractere_exclue": 3685, "texte": "se soit jamais montré partial ou intolérant,"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3737, "fin_caractere_exclue": 3777, "texte": "ait eu quelque défaillance de conscience"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 3829, "fin_caractere_exclue": 3873, "texte": "pour plaire à ses supérieurs? 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Jean Bernard donnera le 20 avril"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1499, "fin_caractere_exclue": 1539, "texte": "prochain, dans la Salle des Capucines, à"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1592, "fin_caractere_exclue": 1633, "texte": "Paris, une conférence sur l'Hystérique et"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1684, "fin_caractere_exclue": 1713, "texte": "l'œuvre de Camille Lemonnier."}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1928, "fin_caractere_exclue": 1964, "texte": "Nous apprenons que M. Camille Lemon­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2015, "fin_caractere_exclue": 2055, "texte": "nier vient de terminer son nouveau roman"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2106, "fin_caractere_exclue": 2142, "texte": "Happe-Chair. A ce propos, nous avons"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2203, "fin_caractere_exclue": 2244, "texte": "déjà constaté que ce volume, conçu depuis"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2295, "fin_caractere_exclue": 2333, "texte": "plusieurs années, a été commencé avant"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2387, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "celui de M. Emile Zola, Germinal, avec"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2468, "fin_caractere_exclue": 2510, "texte": "lequel il présentera naturellement de nom­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2556, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "breuses analogies, puisque le sujet lui-"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2646, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "même en est à peu près semblable. Ceci"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2731, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "est dit moins pour faire à M. Camille"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2824, "fin_caractere_exclue": 2864, "texte": "Lemonnier une réclame hors de saison que"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2918, "fin_caractere_exclue": 2961, "texte": "pour le prémunir contre la malice des gens,"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3011, "fin_caractere_exclue": 3048, "texte": "qui s'amuseront à rapprocher les deux"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3104, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "œuvres."}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3198, "fin_caractere_exclue": 3233, "texte": "La Revue de Belgique n'a pas manqué"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3287, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "l'occasion avec l'Hystérique qu'elle r a p ­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3380, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "proche avec une malveillance mal déguisée"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3473, "fin_caractere_exclue": 3512, "texte": "d'Une Histoire sans nom de Barbey d'Au­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3562, "fin_caractere_exclue": 3608, "texte": "revilly, alors qu'elle ne devrait pas ignorer,"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3654, "fin_caractere_exclue": 3695, "texte": "non seulement que les deux romans se res­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3746, "fin_caractere_exclue": 3784, "texte": "semblent comme une chèvre à un tourne­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3834, "fin_caractere_exclue": 3876, "texte": "vis, mais encore qu'ils sont exactement de"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3877, "fin_caractere_exclue": 3920, "texte": "la même date. Pour le respect des artistes,"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3951, "fin_caractere_exclue": 3995, "texte": "il ne serait pas inutile d'être plus circon­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 4042, "fin_caractere_exclue": 4070, "texte": "spect dans ses insinuations."}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 4313, "fin_caractere_exclue": 4350, "texte": "Vient de paraître chez C. Muquardt, à"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 4402, "fin_caractere_exclue": 4445, "texte": "Bruxelles et à Paris : Henri IV et la Prin-"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "cesse de Condé, d'après des documents"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 186, "fin_caractere_exclue": 222, "texte": "inédits, par Paul Henrard, membre de"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 272, "fin_caractere_exclue": 312, "texte": "l'Académie royale de Belgique. Un volume"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 362, "fin_caractere_exclue": 399, "texte": "de XII et 354 pages, in-8°, 6 francs."}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 452, "fin_caractere_exclue": 490, "texte": "Si le nom de Henri IV est resté de nos"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 540, "fin_caractere_exclue": 585, "texte": "jours aussi populaire, c'est, il faut en con­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 635, "fin_caractere_exclue": 676, "texte": "venir, bien moins encore peut-être par le"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 726, "fin_caractere_exclue": 768, "texte": "souvenir du génie politique et guerrier du"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 818, "fin_caractere_exclue": 858, "texte": "premier des Bourbons, que par la réputa­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 908, "fin_caractere_exclue": 950, "texte": "tion de vert-galant que lui accorde l'his­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1000, "fin_caractere_exclue": 1039, "texte": "toire... et la chanson. Nous ne pouvons"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1089, "fin_caractere_exclue": 1131, "texte": "l'évoquer, en effet, à aucune époque de sa"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1181, "fin_caractere_exclue": 1225, "texte": "carrière accidentée, prince de Béarn, roi de"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1275, "fin_caractere_exclue": 1317, "texte": "Navarre ou de France, sans voir apparaître"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1367, "fin_caractere_exclue": 1408, "texte": "autour de lui quelque gracieuse figure de"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1458, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "femme, la Fosseuse, Gabrielle d'Estrées,"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1548, "fin_caractere_exclue": 1591, "texte": "Henriette d'Entragues, etc., dont quelques-"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1641, "fin_caractere_exclue": 1683, "texte": "unes ont sur ses actions une influence in­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1733, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "contestable."}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1798, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "Toutefois, pour la conquête de nulle"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1884, "fin_caractere_exclue": 1924, "texte": "d'entr'elles, Henri ne dût ni remuer des"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 1974, "fin_caractere_exclue": 2014, "texte": "armées, ni menacer l'Europe, comme il le"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2064, "fin_caractere_exclue": 2105, "texte": "fit dans la dernière année de sa vie pour"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2155, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "essayer d'arracher à l'asile, où l'avait placée"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2252, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "son mari peu complaisant, celle qui devait"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2344, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "être plus tard la mère de la belle M me de"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2437, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "Longueville et du grand Condé."}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2520, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "Comme toutes les amours séniles, la"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2605, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "passion du roi pour Marguerite-Charlotte"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2695, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "de Montmorency, princesse de Condé,"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2780, "fin_caractere_exclue": 2823, "texte": "dépassa toute mesure ; sa violence entraîna"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2873, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "Henri IV à des actes insensés que l'on révo­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 2967, "fin_caractere_exclue": 3010, "texte": "querait en doute si les seuls mémoires con­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3060, "fin_caractere_exclue": 3103, "texte": "temporains, toujours sujets à caution, nous"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3153, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "les avaient rapportés, mais qui nous sont"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3244, "fin_caractere_exclue": 3286, "texte": "confirmés par des papiers d'Etat d'une in­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3336, "fin_caractere_exclue": 3379, "texte": "contestable authenticité. Le récit très pi­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3429, "fin_caractere_exclue": 3472, "texte": "quant nous en est relaté dans le livre dont"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3522, "fin_caractere_exclue": 3561, "texte": "nous donnons le titre. En le lisant, on"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3611, "fin_caractere_exclue": 3653, "texte": "avouera avec nous que l'histoire a parfois"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3703, "fin_caractere_exclue": 3745, "texte": "des rencontres que les romanciers les plus"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3795, "fin_caractere_exclue": 3833, "texte": "fantaisistes n'osent souvent imaginer."}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 3947, "fin_caractere_exclue": 3950, "texte": "***"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 4002, "fin_caractere_exclue": 4041, "texte": "L E S DERNIÈRES PUBLICATIONS LEMERRE. —"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 4091, "fin_caractere_exclue": 4131, "texte": "Dans le flot toujours montant des livres"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 4181, "fin_caractere_exclue": 4219, "texte": "marqués d'estampilles quelconques, Le­"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 4269, "fin_caractere_exclue": 4310, "texte": "merre se reconnaît à ses choix réfléchis."}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 4360, "fin_caractere_exclue": 4401, "texte": "Ses bouquins à lui, ne vont pas s'abattre"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 4451, "fin_caractere_exclue": 4496, "texte": "par fournées aux vitrines pour, de là, rouler"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 96, "texte": "jusqu'aux quais. Non, il a ses auteurs, il y"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 188, "texte": "tient, et, même pour eux, rien ne s'édite"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 240, "fin_caractere_exclue": 283, "texte": "sans le visa préalable de l'inquisiteur Le­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 332, "fin_caractere_exclue": 377, "texte": "drain, un fin esprit, du reste, un pur lettré"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 422, "fin_caractere_exclue": 462, "texte": "et d'une inquisition courtoise. Bourget,"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 513, "fin_caractere_exclue": 556, "texte": "dont la Cruelle énigme a le charme neuf des"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 606, "fin_caractere_exclue": 648, "texte": "encres toutes fraîches, est un des favoris"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 700, "fin_caractere_exclue": 740, "texte": "de la maison. Quelque jour il sera parlé"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 788, "fin_caractere_exclue": 835, "texte": "ici de ce livre si français par certaines acui­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 876, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "tés d'analyse et anglais aussi par des p u ­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 972, "fin_caractere_exclue": 1014, "texte": "deurs de style, des réticences de passion,"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1065, "fin_caractere_exclue": 1106, "texte": "l'incertitude voulue du fond en grisaille"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1159, "fin_caractere_exclue": 1199, "texte": "sur lequel se détache mollement, en con­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1252, "fin_caractere_exclue": 1292, "texte": "tours noyés, l'action sentimentale. Mais"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1346, "fin_caractere_exclue": 1390, "texte": "Bourget ne doit pas nous faire oublier l'In-"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1440, "fin_caractere_exclue": 1480, "texte": "nocent, de M. E. Pouvillon, ni le Moulin"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1510, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "Blant, de M. E. Dodillon. Il y a dans l'un"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1607, "fin_caractere_exclue": 1650, "texte": "et l'autre de ces romans une griffe qui les"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1695, "fin_caractere_exclue": 1734, "texte": "tire du courant de la production quoti­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1783, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "dienne. Chez M. Pouvillon, c'est une grâce"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1875, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "de nature, une émotion des eaux et du"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1966, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "plein air à travers une observation qui"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2060, "fin_caractere_exclue": 2104, "texte": "s'efforce à la cruauté et cependant n'excède"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2150, "fin_caractere_exclue": 2189, "texte": "pas une rusticité discrète. Ce sont des"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2243, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "paysans, en effet, que nous peint l'auteur,"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2335, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "mais non point en sanguine ni en pleine"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2429, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "pâ'.e comme ceux de Georges Eekhoud par"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2520, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "exemple, de légers frottis plutôt d'un gris"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2615, "fin_caractere_exclue": 2654, "texte": "joliment modulé. Il paraîtra à beaucoup"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2708, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "que l'Innocent prêtait à plus de rudesse."}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2799, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "Cette demi-animalité du gars en qui cha­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2892, "fin_caractere_exclue": 2931, "texte": "que printemps fait fermenter ses sèves,"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2986, "fin_caractere_exclue": 3028, "texte": "sous une autre plume eût gagné à être pré­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3081, "fin_caractere_exclue": 3119, "texte": "senté en son étroite communion avec la"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3267, "fin_caractere_exclue": 3307, "texte": "terre, la bête, les saisons. De même, il"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3404, "fin_caractere_exclue": 3445, "texte": "manque l'accent réel et la chaude ivresse"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3538, "fin_caractere_exclue": 3576, "texte": "du sang aux amours de Donat et de Ber­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3671, "fin_caractere_exclue": 3714, "texte": "nade. La vérité de nature qui est tout dans"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3810, "fin_caractere_exclue": 3850, "texte": "le livre contemporain, ne se retrouve en"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3945, "fin_caractere_exclue": 3985, "texte": "plein ici que dans une certaine scène de"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4082, "fin_caractere_exclue": 4124, "texte": "tragique allure, le coup de sang qui prend"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4143, "fin_caractere_exclue": 4176, "texte": "aux champs, dans le bourdonnement"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4177, "fin_caractere_exclue": 4221, "texte": "d'avril, le grand'père à qui l'on va prendre"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4269, "fin_caractere_exclue": 4307, "texte": "son bien. Cela est d'un artiste, comme"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4364, "fin_caractere_exclue": 4404, "texte": "ailleurs le décor, le coup de brosse des"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4454, "fin_caractere_exclue": 4495, "texte": "paysages et le sentiment des atmosphères."}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4552, "fin_caractere_exclue": 4591, "texte": "Avec M. Dodillon, nous entrons dans une"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4643, "fin_caractere_exclue": 4687, "texte": "observation plus âpre et plus décidée. C'est"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4736, "fin_caractere_exclue": 4776, "texte": "bien une animalité de paysans qui groume"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4829, "fin_caractere_exclue": 4871, "texte": "et fermente dans son Moulin Blant. J u s ­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 146, "texte": "qu'à la langue se fait rocailleuse et tour­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 198, "fin_caractere_exclue": 238, "texte": "mentée, avec un peu trop de la byzantine"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 290, "fin_caractere_exclue": 330, "texte": "rhétorique du dernier des Goncourt, pour"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 382, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "s'accorder aux violences farouches des"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 472, "fin_caractere_exclue": 511, "texte": "personnages et aux pathétiques horreurs"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 563, "fin_caractere_exclue": 604, "texte": "du drame. Il y a là, et par surabondance,"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 656, "fin_caractere_exclue": 698, "texte": "de cette couleur rouge sans laquelle on ne"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 750, "fin_caractere_exclue": 786, "texte": "peut peindre la chair humaine et qui"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 838, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "manque à l'Innocent, de M. Pouvillon."}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 927, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "Aussi peut-on, sans se tromper, classer dès"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1022, "fin_caractere_exclue": 1063, "texte": "maintenant M. Dodillon parmi les artistes"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1115, "fin_caractere_exclue": 1157, "texte": "résolus pour qui le réel est comme le tau­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1209, "fin_caractere_exclue": 1251, "texte": "reau qu'il faut attaquer par les cornes et"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1303, "fin_caractere_exclue": 1344, "texte": "qui ne biaisent pas à le frapper au flanc"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1396, "fin_caractere_exclue": 1439, "texte": "quand c'est au frontal que le coup de mail­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1491, "fin_caractere_exclue": 1509, "texte": "let doit retentir."}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1564, "fin_caractere_exclue": 1605, "texte": "Il y a un art de tourner la difficulté où"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1657, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "des artistes sournois ont quelquefois"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1746, "fin_caractere_exclue": 1782, "texte": "excellé. On en aurait la preuve avec"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1835, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "M. Paul Arène, dont le libraire Lemerre"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1926, "fin_caractere_exclue": 1965, "texte": "vient de nous donner justement dans son"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2017, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "exquis format de la collection blanche, le"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2111, "fin_caractere_exclue": 2149, "texte": "Jean des figues, agrémenté d'une queue"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2202, "fin_caractere_exclue": 2242, "texte": "de fines nouvelles, Le tor d'Entrays, le"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2295, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "Clos des âmes, la Mort de Pan, le Canot"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2386, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "des six capitaines. Tout cela est discret,"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2480, "fin_caractere_exclue": 2519, "texte": "d'une distinction un peu blanche et qui"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2571, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "évoque, mais avec plus d'esprit et de bon­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2665, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "homie, le pâle souvenir de cet écrivain de"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2759, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "race alanguie, Paul de Musset. Point de"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2850, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "grands rires, mais de rabelaisiennes cha­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2943, "fin_caractere_exclue": 2985, "texte": "touilles à fleur de peau, une retenue dans"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3037, "fin_caractere_exclue": 3080, "texte": "le mot et la chose. Paul Arène n'est pas un"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3132, "fin_caractere_exclue": 3173, "texte": "rossignoleur, un ténor de la phrase ni un"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3225, "fin_caractere_exclue": 3266, "texte": "ciseleur : il tient pour la phrase du bon"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3359, "fin_caractere_exclue": 3403, "texte": "temps, pour le style alerte, clair, limpide,"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3497, "fin_caractere_exclue": 3537, "texte": "courant sur un sable clair, pas même sur"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3628, "fin_caractere_exclue": 3670, "texte": "des cailloux. Il pourrait être le neveu de"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3766, "fin_caractere_exclue": 3809, "texte": "Paul-Louis, comme About était le petit-fils"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3902, "fin_caractere_exclue": 3944, "texte": "de Voltaire. Pour tout dire, il est sobre,"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4037, "fin_caractere_exclue": 4081, "texte": "mais attention ! il ne faut pas se griser de"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4133, "fin_caractere_exclue": 4142, "texte": "sobriété."}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4231, "fin_caractere_exclue": 4268, "texte": "Le conteur de Jean des figues, en en­"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4320, "fin_caractere_exclue": 4363, "texte": "trant jeune dans une collection qui s'ouvre"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4415, "fin_caractere_exclue": 4453, "texte": "plus souvent aux morts qu'aux vivants,"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4505, "fin_caractere_exclue": 4547, "texte": "bénéficie de la tournure de son esprit qui"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4599, "fin_caractere_exclue": 4642, "texte": "le rend acceptable à tous les partis. 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Voici qu'à leur"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 414, "fin_caractere_exclue": 459, "texte": "tour Grandeur et servitude        militaires,"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 506, "fin_caractere_exclue": 548, "texte": "Stello, Cinq Mars, viennent d'être ajoutés"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 600, "fin_caractere_exclue": 639, "texte": "à cette bibliothèque blanche où, un peu"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 695, "fin_caractere_exclue": 735, "texte": "auparavant, l'Education sentimentale, ce"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 766, "fin_caractere_exclue": 807, "texte": "chef-d'œuvre d'un des huit ou dix maîtres"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 856, "fin_caractere_exclue": 899, "texte": "de la langue française de tous les temps et"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 946, "fin_caractere_exclue": 984, "texte": "que Flaubert, son géniteur, mettait au"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1041, "fin_caractere_exclue": 1085, "texte": "dessus de tout ce qu'il avait écrit, parais­"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1129, "fin_caractere_exclue": 1166, "texte": "sait en deux volumes d'une perfection"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1167, "fin_caractere_exclue": 1180, "texte": "elzévirienne."}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1244, "fin_caractere_exclue": 1280, "texte": "Lemerre d'ailleurs, n'oublie pas ses"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1331, "fin_caractere_exclue": 1375, "texte": "anciens, ses chères gloires d'antan qui sont"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1423, "fin_caractere_exclue": 1463, "texte": "pour quelque chose dans sa gloire à lui."}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1512, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "Le cinquième volume du théâtre de Cor­"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1600, "fin_caractere_exclue": 1643, "texte": "neille, d'après l'édition de 1682, vient de"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1692, "fin_caractere_exclue": 1735, "texte": "paraître avec son frontispice et ses carac­"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1784, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "tères du temps, tel que le donna M» Guil­"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1879, "fin_caractere_exclue": 1922, "texte": "laume de Luyne, libraire juré au palais, en"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1971, "fin_caractere_exclue": 2013, "texte": "la galerie des merciers, sous la montée de"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2027, "fin_caractere_exclue": 2071, "texte": "la cour des Aydes à la Justice. 11 contient,"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2145, "fin_caractere_exclue": 2185, "texte": "outre un discours des trois unités d'ac­"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2279, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "tions, de jours et de lieux, l'examen de"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2408, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "Rodrigue, d'Héraclius, d'Andromède, de"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2536, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "D Sanche d'Aragon, et les pièces mêmes"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2666, "fin_caractere_exclue": 2710, "texte": "pour lesquelles l'examen fut écrit. Irrépro­"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2804, "fin_caractere_exclue": 2850, "texte": "chable, faut-il le dire? est cette restitution"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2943, "fin_caractere_exclue": 2953, "texte": "archaïque."}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "Sous le titre de Quelques Sires, Léon"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 190, "fin_caractere_exclue": 232, "texte": "Cladel publie aujourd'hui chez Paul Ollen­"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 282, "fin_caractere_exclue": 326, "texte": "dorff, seize nouvelles fières et viriles qui"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 376, "fin_caractere_exclue": 413, "texte": "continuent bien Urbains et Ruraux. 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Un grand succès consacre ce"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 3095, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "livre écrit dans une langue remarquable."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-04-05-n4-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA REFORME, organe quotidien", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 296, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1411, "texte": "LA REFORME, organe quotidien de la démocratie libérale.\n Rédaction et administration : 18, rue des Sables, à Bruxelles. Seul\n journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n province que pour la capitale, soit 1 2 francs par an.\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie le BEL-AMI, par Guy DE MAUPASSANT\n  Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs, en vente\n  partout.\n\n\nL'HYSTERIQUE, par Camille LEMONNIER vient de\n paraître chez Charpentier, à Paris, fr. 3 - 5 0 . Le quatrième mille en est\n actuellement en vente.\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN. Pré­\n face de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (4e édition).\n Un volume, Paris, librairie des auteurs modernes, fr. 3 - 5 0 .\n\n\n            POUR PARAITRE PROCHAINEMENT :\n\n\n                             NOTES\n                                 SUR LA\n\n\n\nLITTÉRATURE MODERNE\n                                   PAR\n\n                 F R A N C I S            N A U T E T\n                          Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n\n\nLUTECE, journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo TRE­\n ZENIK, secrétaire de la rédaction : Georges RALL. Bureaux : boulevard\n Saint-Germain, 1-6, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n la Belgique : le port en sus.\n\n\n\nCURIEUSE! par Joséphin PÉLADAN, paraîtra prochainement,\n avec une eau-forte de Félicien Rops, fr. 3 - 5 0 .\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1521, "texte": "L'ARTISTE, revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\n   rain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\n   pagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n   Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n   à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant pour la Bel­\n   gique : MAX W A L L E R .\n\n\n\nLE SALON DE BRUXELLES 1884, par\n   MAX WALLER, avec une préface de Camille Lemonnier. Un vol.,\n   fr. 2 - 0 0 .\n\n\nPIERROT LUNAIRE, par Albert GIRAUD. Un vol.\n   elzévir. Paris, Lemerre, fr. 2 - 0 0 .\n\n\n           H U M A N I T É S                              C O M P L È T E S\n                            A DOMICILE (EN T R O I S ANNÉES)\n\n\n\n                   PREPARATION AUX EXAMENS\n                                                    DE\n\n\nPHILOSOPHIE ET LETTRES\n                            Cours et répétitions particulières de\n\n       LATIN, PHILOSOPHIE, LITTÉRATURE, ANGLAIS & ITALIEN\n\n                   NOMBREUX SUCCES O B T E N U S AUX EXAMENS\n(Sur 2 5 récipiendaires présentés aux examens en 1883 et 1884, 2 2 ont parfaitement\n                             réussi, dont 7 avec grades)\n\n\n\n           Examen de secrétaire de légation\n                     Cours et leçons particulières d'anglais et d'italien\nCONVERSATION, GRAMMAIRE, TRADUCTION, RÉDACTION, LITTÉRATURE\n\n\n                     S'ADRESSER A M. B E N H A M , PROFESSEUR, 8 , PiUE DU PARCHEMIN\n\n\n       Bruxelles. — Imprimerie FÉLIX CALLEWAERT père, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 254, "texte": "5e ANNÉE.                 TOME IV, N° 4.            PRIX : 60 CENT.                5 AVRIL 1885.\n\n\n\n\n                                             LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 SOMMAIRE :\n\n   La Jeunesse blanche                                        GEORGES RODENBACH.\n   Les hérésies artistiques                                   ALBERT GIRAUD.\n   Rimes pour les amantes                                     EDDY LEVIS.\n   Chronique musicale : Les              Maîtres-Chanteurs\n       de Nuremberg                                           HENRY MAUBEL.\n   Memento\n\n\n\n\n                                   <BRUXELLE\\S\n               ADMINISTRATION :                                REDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                       80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                             IS8D\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                         BEVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\nparaissant   le 1er de chaque mois en livraisons de 40 pages au moins et formant        au bout\n                        de l'année un superbe volume de 600 pages.\n\n\n                     MEMBRES FONDATEURS\n     MM. A N D R É COLLARD, à Herstal; OSCAR COLSON, à Vottem\n                           G E O R G E S D E S T R É E , à Bruxelles\n    EDOUARD DE WINTER, à Bruxelles; CH. GUILLE, à Bruxelles\n       PETRUS PIRUS, à Gand; HUBERT VAN DIJK, à Bruxelles\n                                  ABONNEMENTS :\n                Belgique : Un an, 5 francs. — E t r a n g e r : Un an, 7 francs.\n\n                           BUREAUX A BRUXELLES :\n        Administration    : 26, rue de l'Industrie. — Rédaction    : 80, rue Bosquet:\n\n\n  Les tomes I, II et III de la Jeune Belgique sont en vente au prix de 5 francs\nchacun. Le prix ne tardera pas à être augmenté vu la rareté croissante des collections\ncomplètes.\n\n\n  Il est tiré de la Jeune Belgique 20 exemplaires sur beau papier de Hollande numé­\nrotés. L'abonnement en est fixé à 10 francs l'an.\n\n\n                                       A V I S\n  Nous avertissons nos amis et collaborateurs que la copie de La Jeune\nBelgique doit nous être adressée au plus tard le 22 du mois. A partir de\ncette date, elle ne passera plus et sera remise au numéro suivant. Nous\nsommes obligés de prendre cette mesure afin d'éviter à l'avenir des retards\npareils à celui que subit le présent numéro.\n\n                              BOITE AUX L E T T R E S\n  21. GABRIEL SARRAZIN. Paris. Reçu votre volume sur les Poètes anglais. Merci. A\nbientôt le compte-rendu.\n  22. PIERRE P. Gand. Reçu votre élégant Annuaire de l'Université de Gand; très bien\ncomposé. Au prochain numéro un compte-rendu « développé ».\n  23. HELVÉPÉ. « Elle était belle la nuit sans lune » cela ne fait pas un vers. Ton vieillot,\nfacture surannée. Bloquez les modernes.\n  24. G. DE G. Anvers. Nous n'insérons jamais de copie en échange d'abonnement.\n  25. RIEN. De gustibus.\n  26. JULES G. Envoyez encore, toujours de la copie, mais qu'elle soit excellente, on ne\nvous demande pas plus, damné raseur ! enfant terrible ! ergoteur à la ligne !\n  27. MAURICE V. Paris. Vous avez bien tort d'être froissé. Vos vers sont charmants,\nmais c'est par exception que nous insérons les étrangers. Vous devriez le comprendre\nen lisant notre titre. Bien à vous.\n  28. CAROLUS. Votre Bal de carnaval est, sauf deux ou trois bons vers, de toute pre­\nmière médiocrité.\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "  LA JEUNESSE BLANCHE\n\n           SOIRS DE PROVINCE\n                            A MON CHER AMI EMILE VAN M O N S .\n\n\n\n                        SEUL\n\n\nVivre comme en exil, vivre sans voir personne\nDans l'immense abandon d'une ville qui meurt,\nOù jamais on n'entend que la vague rumeur\nD'un orgue qui sanglotte ou du Beffroi qui sonne.\n\nSe sentir éloigné des âmes, des cerveaux\nEt de tout ce qui porte au front un diadème ;\nEt, sans rien éclairer, se consumer soi-même\nTel qu'une lampe vaine au fond de noirs caveaux.\n\nÊtre comme un vaisseau qui rêvait d'un voyage\nTriomphal et joyeux vers le rouge équateur\nEt qui se heurte à des banquises de froideur\nEt se sent naufrager sans laisser un sillage.\n\nOh! vivre ainsi! tout seul, tout seul! voir se flétrir\nLa blanche floraison de son Ame divine,\nDans le dédain de tous et sans qu'aucun devine,\nEt seul, seul, toujours seul, se regarder mourir!\n                                                           15\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "                     — 234 —\n\n\n                  LES ORGUES\n\nQuand le soir descendait, le soir attendrissant,\nDes amants chuchotteurs allaient le long des berges;\nDes bruits d'orgues venaient des lointaines auberges\nEt la Lune attristait comme un portrait d'absent.\n\nOr, ces orgues pleurant parmi les vapeurs bleues\nDu brouillard qui semblait l'haleine de la nuit,\nCes orgues dont l'espace alanguissait le bruit,\nC'était la voix dolente et l'âme des banlieues.\n\nL'âme des quartiers morts et des pauvres enclos,\nL'âme éparse du peuple au fond des terrains vagues,\nDu peuple tristement joyeux, pareil aux vagues\nDont l'écume chantante est pleine de sanglots.\n\nL'âme des vagabonds, des forains sans asile\nEt des vieux chiens perdus par les chemins lépreux,\nOù des flaques d'eau morte ont un air douloureux\nComme des yeux crevés d'où le soleil s'exile !\n\nOh ! ces orgues, le soir, par les lointains faubourgs,\nRhytmes plaintifs cognant les vitres des lanternes,\nEt venant consoler, près des mornes casernes,\nL'âme des déserteurs pleurant dans les tambours!\n\n\n\n            BÉGUINAGE FLAMAND\n\nAu loin, le Béguinage avec ses clochers noirs\nAvec son rouge enclos, ses toits d'ardoises bleues\nReflétant tout le ciel comme de grands miroirs,\nS'étend dans la verdure et la paix des banlieues.\n\nLes pignons dentelés étagent leurs gradins\nPar où monte le Rêve aux lointains qui brunissent,\nEt des branches parfois, sur le mur des jardins,\nOnt le geste très doux des prêtres qui bénissent.\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                    — 235 —\n\n\nEn fines lettres d'or chaque nom des couvents\nSur les portes s'enroule autour des banderolles,\nNoms charmants chuchotes par la lèvre des vents :\nLa maison de l'Amour, la maison des Corolles.\n\nLes fenêtres surtout sont comme des autels\nOù fleurissent toujours des géraniums roses,\nQui mettent, combinant leurs couleurs de pastels,\nComme un rêve de fleurs dans les fenêtres closes.\n\nFenêtres des couvents! attirantes le soir\nAvec leurs rideaux blancs, voiles de mariées\nQu'on voudrait soulever dans un bruit d'encensoir\nPour goûter vos baisers, lèvres appariées!\n\nMais ces femmes sont là, le cœur pacifié,\nLa chair morte, cousant dans l'exil de leurs chambres;\nElles n'aiment que toi, pâle Crucifié,\nEt regardent le ciel par les trous de tes membres !\n\nOh! le silence heureux de l'ouvroir aux grands murs,\nOù l'on entend à peine un bruit de banc qui bouge,\nTandis qu'elles sont là, suivant de leurs yeux purs,\nLe sable en ruisseaux blonds sur le pavement rouge.\n\nOh! le bonheur muet des vierges s'assemblant !\nEt comme si leurs mains étaient de candeur telle\nQu'elles ne peuvent plus manier que du blanc,\nElles brodent du linge ou font de la dentelle.\n\nC'est un charme infini de leur dire « ma sœur »\nEt de voir la pâleur de leur teint diaphane\nAvec un pointillé de taches de rousseur\nComme un camélia d'un blanc mat qui se fane.\n\nRien d'impur n'a flétri leurs flancs immaculés,\nCar la source de vie est enfermée en elles\nComme un vin rare et doux dans des vases scellés\nQui veulent, pour s'ouvrir, des lèvres éternelles!\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "                      — 236 —\n\n\n                          II\n\n\nCependant, quand le soir douloureux est défunt,\nLa cloche lentement les appelle à compiles\nComme si leur prière était le seul parfum\nQui pût consoler Dieu dans ses mélancolies !\n\nTout est doux, tout est calme au milieu de l'enclos ;\nAux offices du soir la cloche les exhorte,\nEt chacune s'y rend, mains jointes, les yeux clos,\nAvec des glissements de cygne dans l'eau morte.\n\nElles mettent un voile à longs plis; le secret\nDe leur âme s'épanche à la lueur des cierges;\nEt, quand passe un vieux prêtre en étole, on croirait\nVoir le Seigneur marcher dans un jardin de Vierges !\n\n\n                         III\n\n\nEt l'élan de l'extase est si contagieux,\nEt le cœur à prier si bien se tranquillise,\nQue plus d'une, pendant les soirs religieux,\nL'été, répète encor les Ave de l'église.\n\nDebout à sa fenêtre, ouverte au vent joyeux,\nPlus d'une, sans ôter sa cornette et ses voiles,\n'Bien avant dans la nuit, égrène avec ses yeux\nLe rosaire aux grains d'or des priantes étoiles!\n\n\n\n\n                  VIEUX QUAIS\n\nIl est une heure exquise, à l'approche des soirs,\nQuand le ciel est empli de processions roses\nQui s'en vont effeuillant des âmes et des roses\nEt balançant dans l'air des parfums    d'encensoirs.\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                     — 237 —\n\nAlors tout s'avivant sous les lueurs décrues\nDu couchant dont s'éteint peu à peu la rougeur,\nUn charme se révèle aux yeux las du songeur :\nLe charme des vieux murs au fond des vieilles rues.\n\nFaçades en relief, vitraux coloriés,\nBandes d'amours captifs dans le deuil des cartouches,\nFemmes dont la poussière a défleuri les bouches,\nFleurs de pierre égayant les murs historiés.\n\nLe gothique noirci des pignons se décalque\nEn escaliers de crêpe au fil dormant de Veau,\nEt la lune se lève au milieu d'un halo\nComme une lampe d'or sur un grand catafalque.\n\nOh! les vieux quais dormants dans le soir solennel,\nSentant passer soudain sur leurs faces de pierre\nLes baisers et l'adieu glacé de la rivière\nQui s'en va tout là-bas sous les ponts en tunnel.\n\nOh ! les canaux bleuis à l'heure où l'on allume\nLes lanternes, canaux regardés des amants\nQui devant l'eau qui passe échangent des serments\nEn entendant gémir des cloches dans la brume.\n\nTout agonise et tout se tait : on n'entend plus\nQu'un très mélancolique air de flûte qui pleure,\nSeul, dans quelque invisible et noirâtre demeure\nOù le joueur s'accoude aux châssis vermoulus !\n\nEt l'on devine au loin le musicien sombre\nPauvre, morne, qui joue au bord croulant des toits;\nLa tristesse du soir a passé dans ses doigts,\nEt dans sa flûte à trous il fait chanter de l'ombre.\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "                     — 238 —\n\n\n                    LA P L U I E\n\nOh ! la pluie ! oh ! la pluie ! oh ! les lentes traînées\nDe fils d'eau qu'on dévide aux fuseaux noirs du Temps\nEt qui semblent mouillés aux larmes des années,\nOh! la pluie! oh! l'automne et les soirs attristants!\nOh! la pluie! oh! la pluie! oh! les lentes traînées!\n\nQui dira la douleur sombre du firmament,\nRoute de cimetière avec d'horribles voiles\nOù les nuages vont élégiaquement\nCorbillards cahotant des cadavres d'étoiles,\nQui dira la douleur sombre du firmament ?\n\nDans le deuil, dans le noir et le vide des rues\nLa pluie, elle s'égoutte à travers nos remords\nComme les pleurs muets des choses disparues,\nComme les pleurs tombant de l'œil fermé des morts\nDans le deuil, dans le noir et le vide des rues!\n\nLa pluie est un filet pour nos rêves anciens!\nEt, dans ses mailles d'eau qui leur font prisonnières\nLeurs ailes, ces divins oiseaux musiciens\nMeurent très longuement d'un regret de lumières.\nLa pluie est un filet pour nos rêves anciens.\n\nComme un drapeau mouillé qui pend contre sa hampe\nNotre Ame, quand la pluie éveille ses douleurs,\nQuand la pluie, en hiver, la pénètre et la trempe,\nNotre Ame, elle n'est plus qu'un haillon sans couleurs\nComme un drapeau mouillé qui pend contre sa hampe!\n\n\n\n                  DIMANCHES\n\nMorne l'après-midi des dimanches, l'hiver,\nDans l'assoupissement des villes de province,\nOù quelque girouette inconsolable grince\nSeule, au sommet des toits, comme un oiseau de fer!\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                     —   239   —\n\nIl flotte dans le vent on ne sait quelle angoisse !\nDe très rares passants s'en vont sur les trottoirs :\nPrêtres, femmes du peuple en grands capuchons noirs.\nBéguines revenant des saluts de paroisse.\n\nDes visages de femme ennuyés sont collés\nAux carreaux, contemplant le vide et le silence,\nEt quelques maigres fleurs, dans une somnolence,\nAchèvent de mourir sur les châssis voilés.\n\nEt par l'écartement des rideaux des fenêtres\nDans les salons des grands hôtels patriciens\nOn peut voir, sur des fonds de gobelins anciens,\nDans de vieux cadres d'or, les portraits des ancêtres,\n\nEn fraise de dentelle, en pourpoint de velours,\nAvec leur blason peint dans un coin de la toile,\nQui regardent au loin s'allumer une étoile\nEt la ville dormir dans des silences lourds.\n\nEt tous ces vieux hôtels sont vides et sont ternes;\nLe moyen-âge mort se réfugie en eux!\nC'est ainsi que, le soir, le soleil lumineux\nSe réfugie aussi dans les tristes lanternes.\n\nO lanternes, gardant le souvenir du feu\nLe souvenir de la lumière disparue,\nSi tristes dans le vide et le deuil de la rue\nQu'elles semblent brûler pour le convoi d'un Dieu.\n\nEt voici que soudain les cloches agitées\nÉbranlent le 'Beffroi debout dans son orgueil,\nEt leurs sons lourds d'airain, sur la ville au cercueil,\nDescendent lentement comme des pelletées!\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "                      —   240   —\n\n\n\n\n                   BROUILLARD\n\n\nMon Ame, je voudrais te faire souvenir\nDu beau soir vaporeux, du soir de Vautre année,\nDu soir dont nous aimions la verdure fanée\nAvec l'amour qu'on a pour ce qui va finir.\n\nRappelle-toi l'étang du parc avec son île\nFormant comme un navire à l'ancre, enguirlandé\nDe feuillage, où le clair de lune avait brodé\nToute une floraison diaphane et mobile.\n\nRappelle-toi ce clair de lune si troublant!\nOn eût dit dans le ciel un visage d'aïeule\nQui te disait d'aimer, de ne pas vivre seule\nEt qui te souriait de son sourire blanc.\n\nO soir d'automne! ô nuit d'amour! heure divine!\nAu parc seigneurial,   l'évanouissement\nDes arbres s'achevait mélancoliquement\nDans le brouillard subtil comme une cendre fine.\n\nPaysage alangui! Sentimental décor!\nDont le vague évoquait ta Féerie, ô Shakespeare!\nOu le Robin des 'Bois de Weber où soupire\nToute une douleur d'âme en des appels de cor !\n\nDans l'air s'éparpillait l'humide éclaboussure\nD'un jet d'eau qui laissait, sous le grand ciel blafard,\nS'égoutter son sang pâle à travers le brouillard\nComme si l'ombre blanche avait une blessure.\n\nOn ne sait quel encens d'occultes encensoirs\nTraînait sous le feuillage une vapeur bleuâtre,\nEt l'on eût dit qu'au loin des escaliers d'albâtre\nEntraînaient un cortège à de blancs reposoirs\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "                     — 241 —\n\n\nLes chemins s'emplissaient de vagues mousselines,\nLes arbres n'étaient plus qu'un rêve aérien;\nOn voyait tout se fondre, on n'entendait plus rien\nQue des bruits de musique arrivant des collines.\n\nDe musique très lente et d'un rythme affligeant,\nComme si l'on chantait des absoutes de vierges\nOù tout, le catafalque et la cire des cierges,\nSerait d'un blanc de neige avec des pleurs d'argent.\n\nEt cette impression funèbre était si forte\nDans le vent automnal et dans l'air indistinct\nQu'à voir la Lune pâle et son regard éteint\nO mon Ame, j'ai cru que la Lune était morte!\n\n\n\n\n            DANS LES       BANLIEUES\n\n    Pas d'amour ! cruelle ironie !\n    Car là-bas les jeunes amants\n    S'en vont dans la rose agonie\n    Du jour, échangeant des serments!\n\n    Ils reviennent de la campagne\n    Avec des touffes de lilas\n    Dont le parfum les accompagne ;\n    Ils vont d'un air heureux et las.\n\n    Devant l'eau jaunâtre et malade\n    Ils s'accoudent aux garde-fous\n    Pour suivre la verte enfilade\n    Des vieux saules dans les remous.\n\n    Pensifs de la joie en allée,\n    Ils se pressent les mains plus fort,\n    Songeant que la plus douce allée\n    Les achemine vers la Mort!\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "                 — 242 —\n\n\n\n\n                     II\n\nPas d'amour, malgré ma jeunesse!\nSans qu'aucune avec sa douceur\nVienne atténuer ma tristesse\nEt mon idéal obsesseur.\n\nSeul s'en aller, faisant des lieues\nA pas douloureux, à pas lents,\nPour entendre dans les banlieues\nChanter des chanteurs ambulants.\n\nSeul écouter, sous les lanternes\nDont les faubourgs sont étoiles,\nPleurer les tambours des casernes\nQue des crêpes d'ombre ont voilés.\n\nSeul regarder le crépuscule\nOù monte le geste agrandi\nD'un vieux moulin qui gesticule\nDans cette fin d'après-midi!\n\n\n                     III\n\nJ'ai la nostalgique pensée,\nJugeant tout amour décevant,\nQue mon unique fiancée\nEst décédée encore enfant.\n\n Qu'elle est morte dans sa chambrette,\n Qu'elle est morte au temps des rosiers,\nEt que depuis je la regrette\nAu fond des soirs extasiés.\n\nParmi de mornes paysages\nDans les faubourgs de la cité,\nJe cherche sur tous les visages\nSon fin ,profil ressuscité.\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "                     — 243 —\n\n    Et quand je reviens vers la ville\n    Où tombe le soir émouvant,\n    Et que le croissant d'or s'effile,\n    Je crois l'y voir pâle et rêvant.\n\n    Dans la gondole de la Lune\n    Elle vogue en costume clair,\n    Tandis que je meurs de rancune\n    En bas, comme au fond d'une mer!\n\n\n\n\n                 LES CLOCHES\n                                    D ' A P R È S OCTAVE   PIRMEZ.\n\n\nJe songe à d'anciens soirs, lorsque le vent du nord\nSonnait du haut des tours tel qu'un veilleur qui corne,\nEt couvrait de brouillard le soleil jaune et morne\nComme d'un blanc suaire un visage de mort.\n\nL'air était glacial; on sentait les approches\nDe l'automne où s'en vont les feuilles dans le vent;\nEt, pareille aux clameurs d'oiseaux se poursuivant,\nOn entendait passer la voix d'airain des cloches.\n\nL'une disait : « Tes sœurs, voilà déjà quinze ans.\nSont mortes; leurs tombeaux n'ont plus de roses neuves ».\nUne autre gémissait : « Priez pour quatre veuves;\nHier quatre marins sont morts sur les brisants ! »\n\nUne autre encor disait : « On vient d'abattre l'arbre\nDont le bois doit servir à faire ton cercueil ».\nPuis une autre : « Vivants, pourquoi tout cet orgueil ?\nLa chair est une argile et les cœurs sont du marbre ».\n\nUne cloche pleurait dans l'air endolori :\n« Il aimait une femme aussi fausse qu'impure ;\nMais elle avait grand air dans son col de guipure.\nUn soir il se tua pour elle. Elle en a ri!... »\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "                     — 244 —\n\nUne petite cloche au travers de la brume\nChantait : « Les enfants morts sont bien heureux ; et j'ai\nLe soupçon qu'au printemps, quand ils ont voyagé,\nLeurs âmes ont l'odeur dont le vent se parfume ».\n\nD'autres disaient encor : « Oh! les cœurs transpercés !\nLes âmes se cherchant en fuites éternelles!... »\nEt ces rumeurs, comme un appel de sentinelles,\nMontaient lugubrement des clochers disperses!\n\nLes derniers carillons dans le vent froid qui passe\nFaisaient un bruit de clés énormes, comme si\nUn noir geôlier marchait au fond du ciel transi\nPour s'en aller fermer les portes de l'Espace!\n\n\n\n\n                  PROCESSIONS\n\nBlanches processions, si blanches, si gothiques,\nDans ma Flandre natale, au temps des Fête-Dieu !\nBlanches comme on en voit, sous un ciel calme et bleu,\nEmplir de leur lenteur les lointains des tryptiques.\n\nSi lentes, dans le bruit des cloches s'animant,\nLe bruit des carillons et des cloches bénies\nQui semblaient tout au loin répondre aux litanies\nEt mener le cortège au fond du firmament.\n\nSi lentes à marcher sur les herbes coupées\nQui revivaient un peu sous le vent approchant\nDes cantiques latins dont le grave plain-chant\nMélancolisait l'air avec ses mélopées.\n\nSi lentes! on voyait dans les beaux soirs tombants\nDes étendards brodés de roses symboliques,\nEt les châsses d'argent où dorment des reliques\nEt des agneaux pascals pavoises de rubans.\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "                      — 245 —\n\n\nPuis, s'avançant parmi le double rang des cierges,\nTous les enflants de chœur dans leur rouge attirail\nAux cheveux de missel, aux robes de vitrail,\nQui répandaient des fleurs aux pieds des saintes Vierges.\n\nDes Madones, le cœur traversé de couteaux,\nAvec leurs manteaux bleus, aux yeux de pierreries,\nEmergeaient au milieu des lentes théories\nEt souriaient debout, sur leurs grands   piédestaux.\n\nDes groupes recueillis de pâles orphelines\nTristes, portaient des lis comme les âmes d'or\nDe leurs parents défunts qui reviendraient encor\nPour frémir dans leurs mains dévotes et câlines.\n\nLà, l'Église souffrante en voiles violets !\nPuis les martyrs chrétiens portant de grandes palmes\nAvec les bienheureux du Paradis si calmes\nQui glissent sous leurs doigts les grains des chapelets !\n\nL'Eglise triomphante est soudain apparue\nEn rose, tout en rose, en tulle rose et clair,\nCouleur de renouveau fleuri, couleur de chair,\nComme un lever d'aurore incendiant la rue.\n\nPuis voici les abbés en dalmatiques d'or,\nLes chanoines songeurs dans leurs camails d'hermine,\nTout un cortège grave et lent qui s'achemine\nDans le silence doux du beau jour qui s'endort.\n\nEt tout là-bas, parmi les bleuâtres traînées\nDu liturgique encens qui parfumait le soir,\nDevant le baldaquin où luisait l'ostensoir,\nLes encensoirs volaient, mouettes enchaînées!\n\nEt l'évêque, debout sur le peuple chrétien,\nCrosse en main, mitre en tête, élargissait ses gestes,\nDes gestes de semeur qui leur jetait les restes\nDes graines du Seigneur dont il était gardien.\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "                     — 246 —\n\n\nLes musiques, les bruits de clochettes, les Vierges,\nS'éloignaient lentement aux feux des chandeliers\nComme si tout au loin de vagues escaliers\nLes eussent entraînés par des rampes de cierges.\n\nEt, dans l'éloignement, des lambeaux d'oraisons\nRevenaient émouvoir les foules obsédées,\nEt des adieux d'encens ou de fleurs décédées\nSe traînaient dans le vent avec de bleus frissons!\n\n\n                         II\n\nAinsi mon Ame! Ainsi mon Enfance perdue !\nMes amours, mes désirs avaient leurs reposoirs,\nLeurs convois blancs marchant dans un bruit d'encensoirs\nEt leur dais d'argent neuf pour la Vierge attendue.\n\nMais la procession n'a chanté qu'un moment\nEt mon Ame n'a plus dans le noir de ses rues\nQu'une foule grouillante et d'absurdes cohues\nDe Rêves qui s'en vont mélancoliquement!\n\n\n\n\n              L'EAU QUI       PARLE\n\n    Dites, avez-vous remarqué,\n    Vous les amants du Soir moroses,\n    Quand vous allez, le long d'un quai,\n    Pleurant l'exil des soleils roses,\n\n    Quand vous allez par les temps gris,\n    Vous les songeurs, les taciturnes,\n    Ouvrir un peu vos yeux aigris\n    A des paysages    nocturnes,\n\n   Quand, accoudés aux parapets,\n   La brise, si peu qu'on la sente,\n   Vous rend du rêve et de la paix\n   Par sa douceur    rafraîchissante,\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                  — 247 —\n\nAvez-vous vu, quand sur les ponts\nDebout dans leur orgueil de pierre,\nVous entendez à petits bonds\nChevaucher l'eau de la rivière,\n\nDites, avez-vous remarqué\nCombien l'eau se plaint et frissonne\nEt demande aux parois du quai\nPourquoi le granit l'emprisonne.\n\nC'est vrai qu'avec des soins pieux\nLa nuit, comme au cou d'une amante,\nMet ses bijoux silencieux\nSur cette eau qu'un regret tourmente,\n\nLes beaux bijoux des astres d'or.\nMais ce luxe du ciel, qu'importe!\nEt la rivière pleure encor\nParce qu'un sort fatal l'emporte,\n\nEt qu'elle fuit à tout moment,\nContrainte et brisée en des marches\nPromptes     inexorablement,\nMalgré l'effort des grandes arches !\n\nEt toute seule dans son lit\nL'eau semble amoureuse et s'étire\nSous la lune qui l'appâlit,\nEt, comme une femme, elle attire.\n\nMais elle veut de fiers amants!\nElle a des paroles mouillées\nEt chuchotte, avec des serments,\nQu'ils s'en iront sous les feuillées.\n\nQu'ils s'en iront au bon soleil\nChercher au fond de la campagne\nUn pacifique, un long sommeil\nQu'un rêve de fleurs accompagne!....\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "                    — 248 —\n\n\n   Et parfois des poètes doux\n   Que la voix de l'Eau triste appelle,\n   Escaladent les garde-fous\n   Pour aller dormir avec elle.\n\n    Puisque personne n'a compris\n    Combien leur Ame est grande et fière,\n    Ils offriront leurs yeux flétris\n    Aux baisers froids de la Rivière!\n\n\n\n\n             VEILLÉE DE       GLOIRE\n\nQuel orgueil d'être seul à sa fenêtre, tard,\nPrès de la lampe amie, à travailler sans trève,\nEl sur la page blanche où l'on fixe son rêve\nDe planter un beau vers tout vibrant, comme un dard.\n\nQuel orgueil d'être seul pendant les soirs magiques\nQuand tout s'est assoupi dans la cité qui dort\nEt que la Lune seule, avec son masque d'or,\nPromène ses pieds blancs sur les toits léthargiques.\n\nL'orgueil de luire encor lorsque tout s'est éteint :\nLampe du sanctuaire au fond des nefs sacrées,\nSurvivance du phare au dessus des marées\nDont on ne perçoit plus qu'un murmure indistinct.\n\nL'orgueil qu'ont les amants, les moines, les poètes\nD'être en communion avec l'obscurité,\nEt d'avoir à leur cœur des vitraux de clarté\nQui ne s'éteignent pas pendant les nuits muettes.\n\nQuel orgueil d'être seul, les mains contre son front,\nA noter des vers doux comme un accord de lyre\nEt, songeant à la mort prochaine, de se dire :\nPeut-être que j'écris des choses qui vivront'....\n                             GEORGES RODENBACH.\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "                                    — 249 —\n\n\n\n     LES HÉRÉSIES ARTISTIQUES (I)\n              L'esthétiquemoderne nous paraît bien désorientée. Elle ne sait\n                ni ce qu'elle veut, ni ce qu'elle peut. Elle s'est profondément\n                encanaillée depuis cinquante ans, et l'anarchie intellectuelle\n                est à son comble. Je sais bien qu'il est de mode aujourd'hui\nde dire : l'artiste est un être inconscient, qui fait des vers ou des tableaux\nfatalement, sans le savoir, par une impulsion secrète de son instinct et de\nsa nature, de la même manière que les pêchers produisent des pêches, et\nles abricotiers des abricots. Cela se dit beaucoup cette année, surtout dans\nle monde, ou plutôt dans le demi-monde de la critique. C'est une chose\nentendue : l'artiste est une variété du mollusque. C'est une huître qui porte\ndes perles, mais elle n'en sait rien, elle ne les voit pas, n'en ressent ni\norgueil ni souffrance. Arrive alors le critique grave, — qu'on n'a jamais\nsurpris en flagrant délit de perles, lui ! — et qui admoneste l'huître avec\ncomplaisance: « Eh! eh! s'écrie-t-il, ce petit mollusque est vraiment\ncurieux. Il a fait une perle. Ça fait pitié, de faire des perles' à cet âge !\nSavez-vous au moins pourquoi vous avez commis cette perle? Non? Igno­\nrance imposante. Vous avez fait cette perle en manière de protestation\ncontre la politique du gouvernement. Vous n'y pensez pas? Allons donc!\nUne huître ne sait jamais ce qu'elle pense. Je suis là pour le lui dire, moi.\nEt à propos, votre perle, elle ressemble par la dimension à la perle de cette\ngrosse huître qui est là-bas, de l'autre côté de l'estacade. Vous êtes une\nhuître pasticheuse, une huître qui prend sa perle où elle la trouve. Vous\ndéshonorez tout votre banc ! » Et une pluie de fariboles tombe sur le mol­\nlusque, qui n'a plus même la liberté de bâiller. Et le critique continue à\nexulter : « Venez voir la perle ! Je l'ai extraite sans douleur à une huître\nqu'il est superflu de nommer. Si elle est brillante, c'est parce que je la tiens\nentre les doigts. Au fond, c'est moi qui l'ai faite. » Et si l'huître proteste,\nle critique fait comme Cléopatre : il jette la perle dans du vinaigre, pour\nla dissoudre !\n  Je me laisse aller à la plaisanterie, et c'est un tort. Cela est peut-être\nencore plus odieux que ridicule. Il est temps de protester contre ces\nidées biscornues qui menacent d'envahir le public. Qu'il existe, de-ci de-là,\n\n (1) Fragments de conférences faites au Cercle artistique   et littéraire   d'Anvers et au\nCercle des Etudiants progressistes de Bruxelles.\n                                                                                 16\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "                                   — 250 —\n\n aux époques exubérantes, quelques artistes inconscients, comparables à de\n belles brutes, et chez qui la production artistique est descendue au niveau\n d'une fonction, soit. Mais ceux là sont des exceptions, et ceux là ne sont\n ni les grands, ni les forts. L'artiste supérieur, le conducteur d'âmes, celui à\n qui les mystères du rythme et les sortilèges de la Lyre sont familiers,\n celui-là est un conscient et un voyant. Les visions qui le hantent, il veut\n les traduire aux autres. La volonté et la science doublent chez lui l'inspi­\nration. La poésie est un magnétisme. Ah! j'ai des songes et des nostalgies.\nJ'ai mon idéal du monde en moi. Mes songes ne sont pas vos songes. Vos\nnostalgies ne sont pas mes nostalgies. Vous concevez le monde autrement\nque moi. Eh bien ! Je veux que vous pensiez mes pensées ! Je veux que mon\nâme envahisse la vôtre. Je veux! Je l'enfoncerai dans la vôtre, comme une\népée, jusqu'à la garde. Et je ressentirai aussi, pendant une minute, la\njouissance suprême de tyranniser, de ravir et d'incendier les cœurs ! C'est la\nvolonté, la conscience de la volonté et de la force, qui font si pures et si\nbelles les faces despotiques d'Edgard Poë et de Charles Baudelaire, et ce\nsera l'éternel honneur de ces puissants cerveaux fraternels de n'avoir jamais\nabdiqué, devant personne, l'idée qui les a faits grands.\n   Sans esthétique déterminée, l'artiste n'est rien. Qu'il la formule ou non,\nqu'importe. Il doit l'avoir. Les écrivains de l'école débraillée et sentimentale\nde Musset et de Murger n'en ont jamais eue. De là le germe de leur incon­\ntestable infériorité. Seuls quelques écrivains conservent aujourd'hui l'idéa­\nlité sans laquelle il n'est pas d'œuvre profonde. De là l'isolement de ces\n artistes, au milieu des erreurs bruyantes de la critique et de la foule. Le\nsens esthétique est perdu. Avez-vous remarqué que les critiques — quels\nqu'ils soient — parlent, à propos d'une œuvre, de vérité, de moralité, d'uti­\nlité, de nationalité, de personnalité, de tout, — sauf de la beauté? Il\nsemble que la « beauté pure » n'ait plus rien de commun avec l'œuvre\nd'art. Cette omission est caractéristique. Elle mérite qu'on s'y arrête\nun instant.\n   Que l'art ait pour but la réalisation du Beau, cela n'est pas une propo­\nsition. C'est un axiome. Mais alors vous pourriez, semble-t-il, me demander\nune définition du Beau. Je reconnais qu'il me serait difficile de vous satis­\nfaire. Mais cela ne prouve rien contre moi. Il y a une foule de choses de\nl'existence desquelles nous ne doutons pas, et que nous ne connaissons point\npar une définition adéquate. Le frisson du Beau est le résultat d'une réunion\nd'éléments qui sont pour la plupart définissables, et que nous connaissons\nparfaitement. C'est le secret de leur combinaison qui nous échappe. Nous\nne connaissons pas complètement le Beau en lui-même ; mais il se manifeste\nà nous par ses effets.\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                                  — 251\n\n\n   Les individus doués du sens esthétique à l'état conscient, qu'ils pro­\nduisent ou non, sont les juges naturels de l'artiste. Chaque génération\napporte une élite de ces âmes préparées aux délectations du Beau. Entre\nelles le désaccord est impossible, quoiqu'il soit parfois apparent. Et jamais\nil ne peut durer. La rencontre de la Beauté, aussi belle et aussi tragique\nque la rencontre de Dieu dont parlent les théologies, ne laisse pas d'incré­\ndules parmi les élus. Et ce sont eux qui, de siècle en siècle, acclament les\ngénies. Tout artiste qui n'a pas leur suffrage doit tomber un jour. Toute\ngloire s'enflamme par eux et pour eux. Comme le dit Banville, ils sont\nl'autre Académie.\n\n\n\n\n   Eux sont les juges, les seuls juges, et non pas les hérésiarques de l'Art.\n   Demandez à l'Art autre chose que la Beauté, c'est une hérésie.\n    Les réalistes sacrifient la beauté. Observer scientifiquement les choses, et\n puis dire ce que l'on a vu, et rien que ce qu'on a vu, tel est l'évangile du\nréalisme ou du naturalisme si vous le voulez, quoique ce dernier mot n'ait\naucune signification bien déterminée. Se rapprocher le plus possible, tel\nest l'idéal, j'allais dire la tablature, de l'école.\n   L'hérésie naturaliste, la plus vulgaire des basses doctrines, sort d'une\nméconnaissance absolue des lois de la production artistique. Elle ne tient\naucun compte de la valeur humaine de l'écrivain. Et voici pourquoi :\n   Il est convenu d'appeler santé l'état d'un individu dont les organes sont\nharmonieusement équilibrés, et concourent ainsi, sans rupture d'un côté\nni de l'autre, au but suprême, qui est la vie. Supposez donc un individu\ntrès sain, également éloigné de la pléthore et de l'anémie, chez lequel nul\norgane n'en atrophie un autre. Placez-le devant cette nature dont l'imi­\ntation scrupuleuse est le souci du réaliste, et demandez-vous si de cette\nrencontre il va jaillir un artiste. Jamais. L'homme équilibré dont nous\nparlons ne songera pas à l'œuvre d'art. Il est même incapable d'en conce­\nvoir l'idée. Il regardera en face la nature et la vie, comme une fête préparée\npour ses appétits, et se jettera dans l'action, la tête la première. Il sera\nsoldat, il sera tribun, il sera médecin, il sera avocat. Il mordra l'existence\nà pleine bouche, et comme il sera content de la nature et de la vie, il ne\ntentera pas de s'en évader dans les mensonges magnifiques de l'Art.\n   Car là est l'explication humaine et philosophique de l'art. C'est parce que\nl'artiste est déséquilibré, parce qu'il y a chez lui prédominance d'un organe\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "                                  —   252   —\n\n\nou d'une faculté, parce qu'il n'a jamais la santé de l'homme d'action, que\nla nature et la vie ne peuvent pas le satisfaire.\n   C'est parce que j'ai la nausée de la vie active et le mécontentement de la\nnature, pourrait dire l'artiste, que j'essaie de rêver une vie qui me con­\nvienne, et d'imaginer une nature à la ressemblance de mon idéal. Refaire la\nnature et la vie à travers son rêve et à son image, à l'image intérieure de\nson âme, voilà le désir et le tourment de celui qui est créé pour exprimer\nle beau. Pensez-vous, par hasard, que ce soit pour les autres que le poète\nréalise son idéal? Que son moteur soit l'orgueil et le désir de la Gloire?\nAllons donc. La poésie est pour lui un refuge, un asile construit de ses mains,\noù la tyrannie des événements et l'obsession des foules ne peuvent plus\nl'atteindre. Il porte un monde en lui. C'est ce monde là qu'il chante, c'est\nsa conception de la vie qu'il vous présente comme la vie elle-même. Il\nment. Il ment toujours. L'art est le plus saint et le plus splendide des men­\nsonges. L'artiste est l'hypocrite par excellence. Il invente toujours, même\nquand il prétend qu'il observe. Et que voulez-vous qu'elles lui fassent cette\nnature qui le blesse, et cette vie qui le choque ! Les observer, les photo­\ngraphier, les sténographier dans son œuvre ! Jamais. Et il voudrait le faire\nqu'il ne le pourrait. Ne pas être réaliste ou ne pas être artiste, voilà la\nquestion. Le réalisme est la négation absolue de l'art.\n   Et s'il faut admettre un moment la théorie réaliste, s'il faut de préférence\ns'attacher aux œuvres documentaires, je prétends, sans la moindre envie de\nparadoxe, que les œuvres les plus sincères, les confessions les plus franches\nsont les œuvres d'imagination. Il y a plus de « documents humains » pour\nparler le jargon des Maîtres chanteurs de Médan, dans la Légende des\nSiècles et dans les Poèmes barbares, que dans tous les romans réalistes\npassés, présents et futurs. Et la raison en est fort simple. Observer les\nautres, analyser un à un, avec des prétentions scientifiques, des types divers\npris dans toutes les classes de la société, est une entreprise fort chanceuse,\nqui avorte le plus souvent, et dont le résultat, même quand il est bon, n'est\njamais qu'une œuvre documentaire incomplète, où l'on nous donne comme\nvraies et comme démontrées des hypothèses plus ou moins probables. Ni\nHugo, ni Leconte de Lisle n'ont observé les hommes. Ils se sont observés\neux-mêmes. Ou plutôt, car observer n'est pas le mot qui convient, ils se\nsont livrés, dénoncés eux-mêmes, à leur insu, dans leurs livres. Le choix\nmême du sujet, l'emploi des mots, la rhétorique, les couleurs et les har­\nmonies de prédilection, tout cela trahit leur humanité. Le psychologue qui\nreconstituera un jour l'âme de ces deux poètes d'après leur rêve écrit, sera\nplus près de la vérité que n'importe quel écrivain naturaliste.\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "                                  — 253 —\n\n   Je suppose que cette profession de foi anti-réaliste vous étonne un peu.\nIl est de mode aujourd'hui — pourquoi? je n'en sais rien — de représenter\nla Jeune Belgique comme une nichée de naturalistes farouches, plus zolistes\nqu'Emile Zola, et prêts à traiter Germinal de berquinade.\n   C'est une légende, et rien n'égale la force des légendes, car elles survivent\naux religions.\n   En littérature et en art, neuf fois sur dix, quand une opinion est celle de\nla majorité du public, on peut, être certain que c'est une erreur.\n   Théophile Gautier raconte quelque part, qu'à l'époque de Mademoiselle\nde Maupin, son opulente et soyeuse crinière mérovingienne scandalisait\nbeaucoup l'Académie et ses alentours. Un jour, fatigué d'entendre parler\nsans cesse de sa chevelure, et non de ses livres, Gautier se décide à sacrifier\nsa toison. Il se fait tondre jusqu'à la racine des cheveux, puis, pour bien\nafiirmer le changement aux yeux de Paris tout entier, va se promener au\nboulevard de Gand, en tenant son chapeau à la main. Passent deux acadé­\nmiciennes de haute marque, et le poète d'Albertus entend l'exclamation sui­\nvante : « Oh! voyez donc, ma chère, ce Gautier! Une telle chevelure est\nvraiment indécente ! »\n   Gautier avait eu beau sacrifier sa crinière, on la voyait encore, on la vit\ntoujours.\n   Le naturalisme de la Jeune Belgique ressemble un peu à la crinière de\nGautier.\n   Quels sont donc les naturalistes de la Jeune Belgique? Est-ce Lemon­\nnier qui, dans son Mâle, nous décrit une forêt de Soignies grande à elle\nseule comme la Belgique tout entière? Est-ce Georges Eekhoud, qui n'a\ndécrit la Campine et le Polder que pour tromper ses nostalgies du pays\nnatal? Est-ce Emile Verhaeren, occupé en ce moment à ressusciter dans\nses vers les moines féodaux et bibliques? Est-ce Rodenbach? Est-ce Max\nWaller? Je ne cite ici que les Jeune-Belgique qui ont réuni leur œuvre en\nvolume, et quant à moi, — chacun sait que les documents de Pierrot\nLunaire ont été pris dans les archives de Bergame.\n   L'école naturaliste est d'ailleurs aujourd'hui, en France, cela n'est plus\ncontestable, en pleine déliquescence. Les chefs du mouvement, eux, quand\non les analyse de près, ne sont pas aussi naturalistes qu'on le pense. Tous\nles personnages de Goncourt ne sont que des Goncourt agrandis et dimi­\nnués, d'une imagination et d'une sensibilité extraordinaires. De même\nFlaubert. Son but a été de faire impersonnel, de créer « des bonshommes »\ndont il ne fût point le père. De là Madame Bovary, l'Education sentimen-\n tale, Bouvard et Pécuchet, romans bourgeois, savamment ordonnés\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "                                 254\n\nd'après un plan scientifique, manifestations éclatantes de l'art objectif et\nexpérimental, s'imagine la foule. Œuvres personnelles, autobiographiques,\nripostent ceux qui ont pénétré dans l'intimité spirituelle de Flaubert. Dans\nl'œuvre, comme chez l'homme, la santé physique est apparente et trom­\npeuse. L'homme était malade. L'œuvre l'est aussi. Flaubert, jeté dans une\nsociété utilitaire, où l'esprit n'a point d'aristocratie, et qui a longuement\nsouffert de cette disproportion entre son milieu et lui, a trempé ses livres\ndans sa colère et dans sa tristesse. Chacun de ses romans n'est que l'his­\ntoire d'une chimère. Madame Bovary voit crouler son rêve de femme,\nFrédéric Moreau son rêve de poète, Bouvard et Pécuchet leur rêve encyclo­\npédique, saint Antoine son rêve religieux. Tous sont des effigies de Flaubert\nlui-même. Rien ! dit Madame Bovary réveillée de son rêve érotique. Rien!\ndit Frédéric Moreau, lourd encore de son rêve d'artiste. Rien ! sanglote\nBouvard, trompé par sa science. Rien ! clame saint Antoine, au sortir des\nreligions. Flaubert est le grand nihiliste littéraire du XIXe siècle.\n   Et Zola lui-même, n'a-t-il pas dû inventer sa définition de l'œuvre d'art\n— un coin de nature vu à travers un tempérament — pour excuser ses\nvisions mensongères de la nature, les splendides débauches du Ventre de\nParis et de La faute de l'abbé Mouret?\n   C'est pour avoir abandonné leurs théories étroites et anti-artistiques que\nles trois romanciers dont je vous parle ont été grands.\n   Quant au reste de l'école de Médan, il est aujourd'hui livré à toutes les\nmédiocrités et à tous les poncifs. Il existe des lieux communs naturalistes,\ndes recettes infaillibles pour faire un roman selon l'idéal de l'école. Les\nmusiciens ont un mot expressif pour désigner les coupes mélodiques banales\net démodées : ils les appellent des rosalies. Les jeunes naturalistes ont des\nrosalies aussi. S'il est encore des gens qui se laissent prendre à ces ritour­\nnelles, que les jeunes romanciers de l'école se hâtent d'en profiter, car la\nréaction est prochaine, et elle sera formidable. Qu'ils se hâtent donc, et\nqu'ils appliquent ce mot d'un médecin sceptique aux internes d'un hôpital :\n« Dépêchez-vous d'employer ce remède pendant qu'il guérit encore ».\n\n\n\n\n   Après l'hérésie réaliste, je voudrais vous parler de l'hérésie nationale,\nassez en faveur en ce moment.\n   L'art sera national ou il ne sera pas. Défense de placer l'action d'un\nroman autre part qu'en Belgique. Interdiction absolue de faire des vers sur\nun sujet général, symbolique ou personnel. Il faut penser en Belge et écrire\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "                                  — 255 —\n\nun Belge. La Montagne de la Cour et le Treurenberg sont fortement recom­\n mandés aux jeunes écrivains. L'art doit faire tout le temps ce que M. Chou­\nfleuri ne faisait qu'une fois par semaine, rester chez lui.\n   Et ces théories étranges nous sont prêchées par des critiques qui n'ont\njamais contribué au développement d'une littérature nationale qu'en\ncommettant des fautes de français. C'est aussi une manière d'être national.\n   En vérité, l'erreur est grossière. On est Flamand ou Wallon, non pas\nparce que l'on place le sujet de son œuvre dans la Flandre ou dans le\nHainaut, non pas parce que l'on fait des vers sur Anvers ou sur Liège,\nmais par le caractère, par le tempéi'ament, par la conception même des\nchoses, de même qu'on est moderne, non pas parce que l'on écrit des Vieille\nRate, des Calvaire d'Héloïse Pajadou, des Autour d'un clocher, mais par\nla sensation, par l'expression, par l'atmosphère générale de l'œuvre, par ce\nje ne sais quoi de douloureux et de poignant qui est au fond de tous ceux\nqui « ont le siècle ». Sinon, Racine, pour avoir mis au théâtre des sujets\nromains et grecs, ne serait plus un Français, et les maîtres flamands, pour\navoir peint des saintes familles et des montées au Calvaire, ne seraient plus\ndes peintres flamands. Quelle plaisanterie! Il semble qu'on veuille voir\njusqu'où l'on peut aller dans l'absurde. Être national ! être moderne ou ne\npas l'être ! Paroles vaines. Il est aussi impossible de ne pas être de son pays\nou de son temps qu'il est impossible de se soustraire à l'atmosphère\nambiante. Elle nous enveloppe, nous pénètre. Elle est en nous. Au nom de\nla dignité de l'art, qu'on cesse de rapetisser cette question à je ne sais quelle\nmisérable chicane d'état civil, de décor ou de tapissier. Nous sommes\nFlamands ou Wallons par tempérament, malgré nous, à notre insu et, par\nconséquent, comme dirait Banville, il est inutile de chercher à le devenir.\n\n\n\n   Devant les hérésies artistiques répandues à flots dans la foule, et com­\nbattues à peine par le dédain des vrais artistes, on comprend les jugements\nétranges portés à chaque instant par la critique sur les livres contemporains.\n   Il semble que certaines gens aient pris pour devise le joli mot d'un grand\nseigneur auquel on demandait s'il jouait du violon, et qui répondait en\npirouettant sur les talons : « Je ne sais pas, je n'ai jamais essayé ! »\n   Ce qui n'empêche pas le grand seigneur de juger les violonistes, et d'en\nremontrer à Paganini.\n   Ils sont là une vingtaine, épaves dernières de la littérature et de l'art\nd'autrefois, — avocats ou professeurs pendant la semaine, écrivains le\ndimanche, qui me font penser à je ne sais quelle garde civique de l'art,\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "                                  — 256 —\n\npleine de dédain pour l'armée active. Quand le garde civique rencontre un\nvrai soldat, il le traite de traîneur de sabre. Et quand le soldat régulier\nrencontre la milice citoyenne, il se met à rire. Comme je les comprends\ntous les deux !\n   Ces amateurs me font songer aussi à l'étonnement de ce paysan qui,\napercevant dans son pré un lion échappé d'une ménagerie, se mit à rire aux\néclats en s'écriant : « Quel drôle de veau ! »\n   Vous avez tort de rire, le paysan avait parfaitement raison. Le lion sera\ntoujours un drôle de veau.\n   Cette exclamation là, la critique est toujours prête à la pousser. Et elle\na raison, en somme. Que voulez-vous qu'elle comprenne à la mystérieuse\nalchimie du vers ? Le poète ne voit pas les choses comme elle. Pour la majo­\nrité des hommes, les mots ne représentent rien que des idées. Pour eux\nle mot n'est qu'une abstraction. Le mot n'a pas de forme, pas de ligne, pas\nde couleur, pas de musique et pas d'odeur. Le mot et la chose sont usés\npar l'habitude. Le mot n'évoque rien. Rien ne se cache derrière son ombre.\nEt le poète, au contraire, est précisément celui qui a gardé l'impression\nprimitive, l'impression virginale des choses. Banville, quand il parle de la\nrose en parle avec l'extase que dut ressentir celui qui l'a vu fleurir pour la\npremière fois. Vous rappelez-vous le charme de la convalescence? L'ivresse\net la nouveauté des choses? Eh bien, le poète, sans avoir jamais été malade,\nest toujours un convalescent. Et faisant passer sa joie voluptueuse dans\nl'âme des mots, il cache en eux la mystérieuse puissance d'évocation qui\néternise, pour nous, dans l'albâtre des strophes, la flamme passagère de\nses sensations. Le poète est celui qui s'en va dans les mots. Ressusciter,\navec des mots, tous les sentiments endormis dans les cœurs, voilà son\norgueil, et voilà sa force.\n\n\n\n\n   En vous parlant du poète, je songeais malgré moi aux Maîtres-Chan-\nteurs de Richard Wagner. Ce drame superbe, ou Wagner a dépensé toute\nla joie et toute l'exubérance de son lyrisme, me semble plein d'allusions\nétranges et piquantes à ce qui se passe chez nous aujourd'hui. Que\nreproche-t-on à Walther de Stolzing? D'être jeune, d'être présomptueux, de\nparler un jargon absurde, plein de tournures bizarrés et de mots creux.\nIl ne respecte pas les vieilles règles de la sacro-sainte tablature. Pas d'idée.\nPas de mélodie. C'est un fantaisiste, s'écrient les pédants éperdus. Il ne\nchante ni dans le ton du pélican fidèle, ni dans le mode du glouton décédé.\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "                                  — 257 —\n\nOh! Nous avons aussi nos maîtres chanteurs, enfermés dans leur routine\nsurannée, et prêts à houspiller Walther s'il se présente. Vous connaissez tous\nnotre marqueur Beckmesser. Son ardoise est blanche de craie, et il l'exhibe\navec colère au public. Et certaines polémiques littéraires rappellent la bas­\ntonnade qui termine le deuxième acte de l'opéra wagnérien. Mais\nconnaissez-vous le cordonnier poète Hans Sachs ? A celui-là, Wagner a\ndonné son âme et sa robuste tendresse. Y a-t-il une scène plus tragique et\nplus shakspearienne que le monologue de Sachs, hanté par les chants de\nWalther ? Il ne comprend pas cet art qui se lève, mais il devine que les\npoèmes de Walther sont beaux. Et c'est alors, pendant la nuit de la Saint-\nJean, pleine d'amour et de sève, que jaillit des lèvres du vieillard cette\nphrase admirable où s'exhale toute entière la mystérieuse mélancolie de l'Art :\n                      O jeune chevalier,\n                      Tu m'as touché le fond de l'âme :\n                      Tu nous feras tous oublier\n                      Hans Sachs l'atteste et le proclame.\n   Mais elle est trop grande et trop belle pour être vraie. Parmi les maîtres\nchanteurs de Belgique il n'y aura jamais un Hans Sachs. Walther de Stol­\nzing ne sera point proclamé maître. Ou s'il l'est, ce sera plus tard, quand il\naura les cheveux blancs, le cœur éteint et l'âme lasse. Et l'on ne verra\njamais chez nous ce que l'on voit dans le drame allemand \"es premiers\n baisers de la gloire enflammer le front d'un poète de vingt ans.\n                                                              ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n     RIMES POUR LES AMANTES\n            BALLADE DES GRANDS YEUX RELIGIEUX\n                                                             A MARGUERITE   C.\n\n               Le jour où je vis ton regard\n               Luire sur mon âme blessée,\n               J'ai senti comme un étendard\n               Flotter sur ma douleur lassée,\n               Et maudissant ma fiancée\n               Et ses serments injurieux,\n               J'ai plongé toute ma pensée\n               Dans tes grands yeux    religieux.\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "                   — 258 —\n\n\n                     II\n\nSans plus gémir sur le départ\nDe celle que j'avais chassée,\nJ'ai pris ton cœur comme un rempart\nCachant la tristesse passée,\nEt sur ta poitrine rosée\nBerçant mon front     mystérieux,\nToujours mon âme s'est dressée\nVers les grands yeux     religieux.\n\n                     III\n\nC'est fini, notre amour mignard,\nMais ta forme poétisée\nM'apparaît dans les soirs, très tard,\nQuand je m'accoude à la croisée,\nCar dans leur douceur effacée\nLes étoiles au fond des deux\nSont la flamme pulvérisée\nDe tes grands yeux     religieux.\n\n\n                   ENVOI\n\n    O Marguerite, éternisée !\n    Vers toi d'adorables adieux\n    Tombent de mon âme brisée\n    Par tes grands yeux    religieux!\n\n\n\n\n              LA    PELOTE\n\n                       A MES AMIES CHARLOTTE ET ALINE   L\n\nFaite de soie et de dentelle\nAvec des ganses tout autour,\nSur un piedouche Pompadour\nRepose une pelote frêle.\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "                — 259 —\n\nUne mère hier en fit présent\nPour fêter sa charmante fille,\nDéjà le métal d'une aiguille\nS'y dresse clair et reluisant.\n\nEt bientôt d'innombrables pointes\nSur la dentelle et les rubans,\nEn y dressant leurs rayons blancs\nA la première seront jointes.\n\nAinsi mon cœur de mes amours\nN'est que la pelote saignante ;\nLes regards aigus de l'Amante\nOnt arraché son cher velours.\n\nLes blondes folles et les noires\nL'ont transpercé de part en part,\nEt leurs morsures avec art\nM'ont pris du sang dans leurs victoires.\n\nMais que m'importe la douleur,\nPuisque je suis rempli de lames,\nJe veux passer toutes les femmes\nA travers les trous de mon cœur.\n\n\n\n\n                A SARAH\n\n  es mains sont faites de velours\nEt leurs caresses patelines\nMe font rêver à ces Amours,\nDivins joueurs de mandolines,\nDont les attitudes câlines\nEt le regard évaporé\nChantent aux âmes orphelines\nLe fou désir d'être adoré.\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "                     —   260   —\n\n\n\n\n                  A MARIETTE\n\nChère, voici des fleurs, car les vers sont des fleurs\nDont la tige plus haute et plus riche de sève\nCroît en un terreau bleu que l'on nomme le Rêve\nEt fleurit longuement sur la pointe des cœurs\n\nChère, voici des fleurs, car les vers sont des fleurs.\nLeurs pétales souvent sont mouillés de rosée\nQue les matins d'amour ont laissée en passant.\nVous qui les admirez, sachez-le, c'est du sang\nQue le poète porte au fond de sa pensée.\n\nLeurs pétales souvent sont mouillés de rosée,\nMais plus riches seront leurs parfums, leurs couleurs,\nEt plus aura souffert son âme créatrice.\nChaque vers que j'écris fut une cicatrice,\nUn baiser, un pardon, une haine ou des pleurs.\n\n\n\n\n                  GRAND        MATIN\n                                             A   MARIETTE.\n\n\nL'aube vient de paraître au bout de l'horizon,\nMignonne, lève-toi, puisque l'aube se lève,\nLaisse s'enfuir la nuit et l'azur de ton rêve\nMourir dans le réel du matinal frisson,\nL'aube vient de paraître au bout de l'horizon.\n\nLa paix est chaste et douce; on entend les oiselles\nLustrer au fond des nids leurs frêles plumes d'or,\nMignonne, lève-toi, puisque plus rien ne dort,\nOuvre avec le Soleil tes vivantes prunelles,\nLa paix est chaste et douce; on entend les oiselles.\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "                     — 261   —\n\n\nDe très vagues lueurs percent au fond des deux,\nDans le rose réveil une étoile encor songe,\nDernier baiser de nuit que le jour naissant ronge...\nViens, nous verrons mourir ces ineffables yeux,\nDe très vagues lueurs percent encor les Cieux.\n\n\n\n             A DEUX      INCONNUES\nJe tiens un souvenir sans ombre et sans chagrin\nDe deux femmes qu'un jour au bois j'ai rencontrées,\nBrunes toutes les deux, de grand air altérées,\nElles cherchaient des fruits sur le bord du chemin.\n\nDes fraises le sang rose avait rougi leurs teints,\nEt tout en se riant d'être ainsi colorées,\nLeurs doigts se querellaient les fraises égarées\nDans la mousse froissée aux caprices des mains.\n\nEt comme j'étais seul, je m'avançai vers elles\nEt leur dis, chapeau bas : « Mes belles demoiselles,\nSerait-ce grand péché de cueillir avec vous? »\n\nEt je m'agenouillai. Jusqu'au soir, tels des fous\nCourant, criant, sautant, dans le bois nous restâmes,\nEt depuis lors, jamais je n'ai revu ces femmes.\n\n\n\n                      SONNET\n                                             A MARIE B.\n\n      Sur un char dans l'Aurore pétri\n      J'ai rêvé te voir royalisée,\n      Ta tête par mes lèvres visée\n      Se courbant sous un casque fleuri.\n\n       Ton beau corps de la peau d'un cabri,\n       Soyeuse et par moi-même frisée,\n       Est couvert. Ainsi réalisée\n       Tu passes à travers mon esprit.\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "               — 262 —\n\nMais ta forme insaisissable Reine,\nÉchappe à mes bras, telle la graine\nDu furtif noli me tangere.\n\nEt lorsque mon âme se réveille,\nDe cette apparition vermeille,\nUne larme seule a demeuré.\n\n\n\n             A JEANNE\nO chair rose, chair diaphane,\nO chair aimée et favorite,\nTa souvenance m'est maudite,\nO sois maudite courtisane.\nAinsi qu'une image profane,\nTout ton corps défendu m'attire\nEt je ne puis que le maudire,\nCar l'aimer c'est horrible, Jeanne.\n\n\n\n               CHUTE\nIls s'en vont, là-bas, loin des cris,\nPour la première fois elle a crainte.\nSon âme, où les lys ont fleuri,\nBrûlante, soupire à son étreinte.\nUn point rouge à sa pâle prunelle\nA trahi sa virginité.\nElle va tomber vierge rebelle\nLe corps vêtu de chasteté.\nUn très grand soleil crucial\nAu faîte du ciel veille au supplice.\nElle gravit le bûcher du vice\n Toute innocente de son mal\nEt, dans l'éblouissement tragique\nDu Printemps, des lèvres, du cœur\nElle a flétri sous son vainqueur\nSon rêve idéal d'Ange mystique.\n                                      EDDY LEVIS.\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                                 — 263 —\n\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n\n  LES MAITRES CHANTEURS DE NUREMBERG\n                                         Pas d'ornement, pas de fioriture !\n                                         La mélodie est absente partout.\n                                               (Beckmesser, acte 1er, scène III.)\n\n             Heureusement que ce n'est pas de la musique ! disaient, en 1860,\n              les Rossinistes. — « Ce n'est pas de la musique! » répètent,\n              en 1885, leurs petits, leurs singes qui ont mis vingt-cinq ans à\n              apprendre une grimace. Le plus drôle est que cette grimace,\npas même spirituelle, ne fâche qu'eux et les fâche jusqu'à l'exaspération.\nAllez au foyer du théâtre après le deuxième acte des Maîtres Chanteurs,\nvous y verrez les microbes anti-wagnériens roulés dans des épilepsies de\nrage tellement cocasses que les amours du plafond se tordent de rire.\nFaisons comme les amours, laissons les bonnes raisons; on n'a fait que\ntrop de catéchismes à l'usage de tous les Beckmesser du monde qui en\nprofitent pour tâcher de saper Wagner aux points faibles de ses théories.\nL'art se conçoit d'intuition et ne se raisonne pas. C'est l'abaisser que vouîoir\nl'expliquer logiquement. A bas donc l'échafaudage de doctrines et de\nsystèmes quand l'œuvre par lui seul tient debout !\n\n\n\n   J'ai lu quelque part que les Maîtres Chanteurs sont l'image de la vie de\nWagner. Walther figure Wagner lui-même ; Beckmesser, l'art ancien dans\nla personne de Hiller; Eva, l'art vivant!... Pour Sachs, on hésite entre\nLiszt et le roi de Bavière! C'est le plus joli. Wagner n'aurait donc fait\nqu'une mesquine parodie ou un pamphlet, quelque chose comme une revue\nde fin d'existence? Wagner était peut-être un chantre de faits divers ! Je ne\nsais quels diminutifs d'artiste ont le don de rapetisser ainsi ce qu'ils\neffleurent; ne se doutent-ils pas de ce qu'est la conception artistique?\nHeureusement, leur ineptie se réfute d'elle-même et, pourrait-on dire, par\nargument réflexe, n'étant que l'étroite interprétation de cette tendance qui\nélève au contraire Wagner à la généralisation, au symbole. En admettant\nmême que les faits aient été le point d'appui ou, moins encore, le simple\naiguillon de son imagination, comment veut-on qu'ils ne se spiritualisent\nau contact de cette imagination trop puissante pour ne pas dominer et\ndompter les facultés observatives. N'est-ce pas ce subjectivisme qui l'a\nconduit de préférence au mythe? N'est-ce pas le désir d'illusionner le spec­\ntateur en le séparant de la réalité afin de pouvoir plus intensément se sub-\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "                                      — 264 —\n\nstituer à cette réalité? Cette fois, il est redescendu dans l'histoire positive,\npourquoi? Le « Pourquoi » d'une œuvre d'art s'il vous plaît? Mais qu'on\nne vienne pas me parler de son impersonnalité, car s'il s'est effacé de\ncette œuvre-ci en tant qu'homme, dans l'acception objective et matérielle\ndont on parle sottement, il s'y est exprimé plus que jamais en pensée et\nen passion.\n   Il s'y est exprimé sous divers aspects formant, en quelque sorte, les\ndivers éléments ou principes esthétiques de son poème. Le premier et le\nplus tangible est le principe de réalité, le principe germanique, bourgeois,\noù se localise l'action et qui constitue le tissu du drame. Ce principe\ns'incarne en Pogner et plus étroitement en Kothner, présidant la corpora­\ntion des Maîtres Chanteurs; il se représente musicalement par les motifs\ntypiques de Nuremberg et de la Saint-Jean, auxquels se rattachent les\nmotifs spéciaux des maîtres et de leur bannière (I). Et c'est bien, carrée dans\nla pénombre du moyen-âge, la gothie doctorale et pesante imposant son\ngeste puissant au monde et dont Wagner a déterminé le caractère en\ndisant : « Le mouvement allemand, c'est la marche, l'andante qui s'est\ndéveloppé avec tant de variété et d'expression dans la musique allemande\nque des critiques y ont reconnu à bon droit son genre propre ». — Qu'on\nsonge à Beethoven, Schumann, Brahms, l'andante les domine. Wagner\nlui-même, malgré le tempérament nerveux de décadent qui semble l'enlever\nde sa race, reste, à sa base, foncièrement Allemand ; il devait s'émouvoir à\nce tableau pittoresque de la vieille Allemagne où passe le souffle de la\nréformation et dont les personnages descendus des tableaux de Dürer\nsemblent porter sous leur front puritain d'austères doctrines cloîtrées.\n   Mais sur ce fond sévère se meuvent des silhouettes épisodiques. C'est\nBeckmesser accentuant le principe bourgeois jusqu'au burlesque et trans­\nformant, par son contact, les thèmes principaux en caricatures.\n   C'est David, parmi les écoliers, apportant la jeunesse mutine et les chan­\nsons fleuries qui vont célébrer joyeusement la fête patronale.\n   C'est Eve, enfin, la jeune fille, la blonde Rhénane, analogue à Gretchen,\nla sensitive, apportant à ce milieu de rudesses mâles, un peu de tendresse\npaisible et d'enveloppante intimité, s'y effaçant comme quelque chose de\ndélicat, de faible qui s'abrite et qu'on protège....\n                                         SACHS\n        « Chère Eve, tu me fais un conte.\n                                           EVE\n         « Non pas, mais ton] humeur est prompte à changer; je croyais, moqueur —\n           « que je gardais toujours ma place dans ton cœur — comme aux jours où\n           « j'étais petite.\n                                      SACHS\n         « Que de fois dans ses bras Hans Sachs t'a fait sauter !\n\n\n  (I) Pour la définition précise et la notation musicale des motifs typiques, voir l'excel­\nlente brochure de M. Camille Benoît,\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "                                    — 265 —\n\n                                        EVE\n       « Sur tes genoux, tu me faisais trotter.\n                              SACHS (avec mélancolie).\n       « Le temps s'enfuit... les beaux jours passent vite !.. »\n\n    Et dans cette autre scène avec Sachs, scène ravissante de sincérité\ngothique, où, s'abandonnant comme une enfant, elle laisse échapper ce cri\nsi féminin : « Mais, maître, vous devez bien savoir ce qui me fait souffrir ! »\nPar malheur, Mme Caron, trop grande physiquement et moralement pour\nce rôle, n'a pu y assouplir sa nature de tragédienne lyrique; le coup d'âme\nque nous attendions d'elle, elle l'a donné, mais en violence, au lieu de le\ndonner en douceur, et, avec des moyens affaiblis et peut-être l'ennui de se\ncontraindre à un rôle antipathique, cette fois, au lieu de soutenir et de\nsurélever le rêve du poète, la femme de théâtre l'a écrasé. C'est la première\net la plus importante lacune de l'interprétation ; car le côté familial du\npersonnage d'Eva, moins effacé qu'on pense, est nécessaire à l'harmonie de\nla comédie musicale; ses deux scènes avec Sachs, qu'on peut appeler\nréalistes dans le sens d'une profonde humanité, sont les plus saillantes,\ntandis que la scène du deuxième acte avec Walther, la seule où passe un\néclair de lyrisme, vite oubliée pour le luth de Beckmesser et la chanson du\nsavetier, disparaît presque dans la verve endiablée du charivari final. L'élé­\nment mystique est ici sacrifié au réel. Dans Tannhäuser, la passion est\ncharnelle; dans Tristan, elle est spirituelle; ici, elle reste moyenne et sim­\nplement humaine. Lohengrin, Tannhäuser, Siegfried, sont des êtres supra­\nterrestres, dont l'apparition resplendit dans un rayonnement d'harmonies\nauréales ; Walther de Stolzing est un fier chevalier, comme l'indique son\nmotif typique, un jeune poète amoureux n'ayant point d'auréole au front ni\nde parenté avec les dieux. Les rares échappées de lumière surnaturelle qui\n l'enveloppent sont dans les trois accords évocatifs de son rêve et les arpèges\nqui annoncent l'improvisation de son preislied. Aussi est-ce Sachs qui\ndevient la figure héroïque du poème.\n    Chaque artiste a, parmi les êtres et les choses, des sujets sympathiques\ndont une analogie de nature le rapproche, auxquels son imagination se fixe\n et ses forces convergent; Sachs, comme le Wotan de la Tétralogie, est pour\nWagner un de ces sujets ; il y a mis ce qu'il avait de meilleur : cette bonté\n infinie qui fait son humanité et sa |force, et qui se transforme en bonhomie\n dans le physique rugueux du cordonnier de Nuremberg. Voyez les scènes\n avec Eva, où l'homme fléchit devant l'enfant, où la force se fait douce à la\n faiblesse; les scènes avec Walther, notamment celle du troisième acte\n qu'enveloppe le motif de la bonté ; puis, au cours de la méditation, l'évoca­\n tion magistrale de la vieille cité, où l'image du héros germain se dresse\n d'une allure épique. Si l'on doutait du germanisme de Wagner, Sachs le\n démontrerait irréfutablement; il est la personnification de Wagner dans la\n race allemande. C'est toujours l'andante, mais un andante que Wagner\n allège à l'aide de son spiritualisme génial et qui trouve son expression\n sublimée dans ce superbe cantique de l'art libre : le Choral de Sachs. Par\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "                                   — 266 —\n\nlui, le subjectivisme de Wagner épand une essence d'au delà que la musique\n coule à travers le poème comme la sève même de l'œuvre. Cela devient\n surtout sensible dans les deux scènes méditatives du deuxième et du troi­\n sième acte et plus exclusivement encore à ce passage de la première, où la\n sonorité molle des cors flotte un instant dans une progression défaillante en\n mineur pour reprendre dans un léger Sforzand' d'une éclaircie de forces...\n    C'est un délicieux alanguissement, une sensation à la fois immatérielle et\n voluptueuse comme un pénétrant parfum de fleurs dans l'épanouissement\nd'une nuit chaude... Tout Wagner est en quintessence dans ces dix-huit\nmesures, qui rappellent par la couleur le motif de Wotan et, resongeant à\nScaria qui jouait Wotan, ici, je me figurais sa voix harmonieuse à la fois\ntrès douce et très mâle qu'il faudrait à Sachs ; cette voix pleine et veloutée,\ndont le timbre, s'amalgamant au timbre moelleux des cors, constitue dans\nl'orchestration, comme Sachs et Wotan dans le poème, un centre, un prin­\ncipe vital, en représente en quelque sorte l'âme sonore et lumineuse qui\nrayonne jusqu'aux extrémités des harpes et des violons\n   Wagner a qualifié les Maîtres Chanteurs de comédie musicale. Sans\ndoute en descendant, par exception, du Mythe dans l'histoire, en localisant\nson rêve dans le temps et l'espace, il s'est attaché à respecter la réalité,\nmême et l'on devrait dire surtout dans le personnage supérieur de Sachs ;\nmais son réalisme ne se borne pas à observer les hommes dans leurs qua­\nlités physiques; il les fouille dans l'âme. La comédie qu'il fait est psycho­\nlogique à la manière de Shakspeare, non mécanique à la manière des drama­\nturges contemporains. Son réalisme est un moyen. La matière n'est qu'un\ncadre à sa création ; il ne s'appuie à la terre que pour s'élever au delà, éprou­\nvant, comme tout poète au contact de la réalité, la nostalgie de son idéal.\nCet idéal quel est-il? S'il fallait, selon les règles de la tablature, en déter­\nminer le mode, on l'appellerait peut-être : la paix dans la lumière.\n   Comprend-on comment cette spiritualisation de vie à laquelle tend son\nœuvre n'est encore que de la vie exaspérée; comment cette impassibilité\nsublime à laquelle il aspire n'est qu'un excès de vibration passionnelle;\ncomment enfin, pour y atteindre, il lui a fallu se dégager du fini, briser le\nmoule où la matière sonore haletait, pour diluer cette matière, l'épandre à\nlong et plein souffle, en envelopper sa pensée?\n\n\n\n   A ceux qui renvoient Wagner à son germanisme et qui le combattent si\npeu spirituellement au nom de l'esprit français, on peut répondre que sa\nréforme n'est pas nationale. Aux formes italienne et française, ce n'est pas\nune forme allemande qu'il a substituée, mais « une forme idéale purement\nhumaine affranchie des préjugés de mœurs nationales ». L'italienne et la\nfrançaise créaient leur mélodie d'un nombre limité de formules ornemen­\ntales sans signification, sorte de bruits harmonieux reproduits au hasard\nde l'inspiration ; au lieu de cette mélodie, dont le rythme ressemble aux\npetits carrés que les enfants tracent sur le papier avant d'y poser un dessin,\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "                                   — 267 —\n\nWagner rappelle à lui la mélopée infiniment nuancée et mouvante au\nrythme sinueux des Grecs et s'en crée un instrument d'expression poétique.\nDe même que les mots et les phrases rendent des pensées et des sentiments,\nil conçoit, pour rendre, à l'aide de cet instrument, les pensées et les senti­\nments du poème, des mots et des phrases mélodiques. Rien dans la nature\nne cesse ni ne s'interrompt ; la lumière se perpétue par le mouvement ; les\ncontours des choses s'émoussent à l'air ; les individus se fondent dans le\ntout ; les phases d'action se continuent, empiètent l'une sur l'autre et se\ncombinent ; de même, tous les motifs mélodiques s'unissent, s'enlacent et\ns'emmêlent pour former l'œuvre d'art composée de sensations multiples\ncomme la vie elle-même. La musique ne s'occupe plus à « chanter des airs »;\nelle est un élément qui agit, parle, pense, médite, se passionne, exulte, rit\net ricane ou sanglotte et jette ses clameurs à travers la polyphonie orches­\ntrale qui devient un paysage, une atmosphère sympathique au drame. Et\ncet instrument s'assouplit à sa main vigoureuse au point de produire une\nvéritable matière plastique dans laquelle, après avoir pétri les scènes larges,\nil burine ce crayon symphonique : l'entrée de Beckmesser chez Sachs, et\ntrace, dans un paroxysme d'originalité, le thème contorsionné de la séré­\nnade où le mystique s'éveillant de son rêve dans une pirouette, accomplit\ncet autre chef-d'œuvre de bouffonnerie aristophanesque et de musique\nparadoxale : le final du second acte.\n    Ce qui frappe au prime abord de la symphonie wagnérienne, c'est l'inex­\ntricable fouillis de la nature vierge et son insondable profondeur; c'est\nl'ampleur imposante, parfois écrasante de ses fresques peintes à grandes\ntaches de lumière; mais, à mesure qu'on y pénètre, y distingue-t-on, de\nplus en plus, la finesse du trait, la délicatesse et la mobilité des teintes,\nl'harmonieuse gradation des valeurs tonales, le fouillé profond de la psycho­\nlogie musicale, où se complaît ce luministe éparpillant son idéal de lumière\njusqu'aux plus infimes atomes de sa symphonie; ce coloriste qui devait\npercevoir de manière illimitée les vibrations sonores et voir un microcosme\ndans un son. Ceux qui insinuent que Wagner est un naturaliste parce qu'on\nessaie des souliers dans ses drames, ne sont pas si éloignés de la vérité. Non,\nWagner n'est pas un naturaliste dans l'acception moderne du mot, mais\nil est ce qui rêve au fond de tout naturaliste : un panthéiste dont l'œuvre\ntend à un colossal embrassement de la nature et qui voudrait s'y absorber,\ns'y anéantir; un impressionniste chez lequel la sensation excessivement\naffinée n'est plus adéquate à la raison; un déséquilibré de génie, créant à\nl'aide de cette renaissance grecque qu'il appelait à lui pour régénérer l'art,\nune œuvre superbement décadente.\n    Comme cela s'accorde avec les théories d'art social qu'on prête à Wagner,\nà Sachs, à tout le drame des Maîtres-Chanteurs ! Socialiste et théoricien,\n Lamartine et Victor Hugo l'étaient, due ne le serait-il aussi, ce nerveux\npassionné qui avoue l'étrange supplice où le mettait toute dissertation\n abstraite ; ce poète pessimiste, ce nihiliste de la pensée, réfugié dans la reli­\ngion du beau, sans raison et sans but; lui qui ne cesse de réclamer l'intui­\n tion comme supérieure, en art, à tous les phénomènes rationnels ; lui dont\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "                                 — 268 —\n\nl'impétuosité brisait tous les grillages de doctrines et de systèmes pour se\njeter à l'action, au fait, à la matière, à la sensation immédiate et qui laisse\npour conclusion à son œuvre monumental, cette phrase d'un de ses chefs-\nd'œuvre : « Dans les grandes ondes de l'océan de délices, dans la sonore\nharmonie des vagues de parfums, dans l'haleine infinie de l'âme universelle,\nse perdre, s'abimer sans conscience, suprême volupté ! »\n                                                         HENRY MAUBEL.\n\n   Cet article reste incomplet ; j'y ajoute deux lignes pour mettre en évi­\ndence, d'abord, l'interprétation intelligente de MM. Seguin, Soulacroix,\nDelaquerrière et Durat. M. Seguin, surtout, a fait de son rôle une création\nremarquable. Mlle Deschamps « cette artiste qui a de superbes élans et des\nchutes si profondes » s'en est tenue, cette fois, aux chutes profondes. Quant\nà M. Jourdain, son jeu n'est qu'une longue protestation du ténorisme\nagonisant. Je souligne, par exemple, les dialogues du 1er acte où il s'obstine\nà tourner carrément le dos à ses interlocuteurs pour répondre aux premiers\nviolons. Cela..., et le reste, est intolérable.\n   Par quel prodige la mise en scène des Maîtres nous a-t-elle enfin donné\nune illusion de vie? Les comparses sortis des toiles peintes se sont mis à\nremuer !\n   C'est l'orchestre qui reste à travailler, maintenant, pour obtenir cette\nobservance des valeurs sonores et cette fusion intime sans lesquelles la\nsymphonie restera toujours l'orchestre.\n  A cette fin de règne triomphale de MM. Stoumon et Calabresi, nous les\nsaluons p. p. c.\n                                                                     H. M.\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                                        — 2 6 9 —-\n\n\n\n                                MEMENTO\n   M. Edmond Picard vient d'attaquer la           lonnes qu'on m'a consacrées, ce n'est pas\nJeune Belgique dans un rapport qu'il a lu         tant qu'on raille ma manière de voir, c'est\nen séance publique de l'Union littéraire.         qu'on me mette personnellement en cause.\n   M. Edmond Picard, qui était des nôtres,        Ceci ne s'explique guère. Qu'est-ce que\nqui en était même si bien qu'il eût pris          votre rédacteur a contre ma personne? En\nvolontiers la direction de notre mouve­           quoi mon passé est il coupable, dans l'ar­\nment, vient de se rendre à l'ennemi. M. Pot­      ticle qui a servi de prétexte à la Jeune Bel-\nvin lui a prêté sa tribune et lui prêtera         gique pour me houspiller? Vous me repro­\nbientôt sans doute sa revue. M. Picard,            chez d'avoir fait des tableaux d'église ;\ndont nous supportions parfaitement les             pourquoi ne me reprochez-vous pas aussi\ncritiques, se serait-il fâché de ce que nous       le temps où je ne savais encore ni lire ni\n n'adoptons pas ses nombreuses idées?              écrire? J'étais élève de Navez; je subissais\n C'est le premier d'entre nous qui passe à la      l'influence de mon maître : faute énorme,'\n réaction. La place de M. Hymans l'attend          que l'impeccable justice de votre rédacteur\n à l'Académie.                                     ne peut me pardonner. Depuis, j'ai peint\n                                                   beaucoup de tableaux de genre et des pay­\n                     ***                           sages, et même des portraits, que vous\n  Nous recevons la lettre suivante :                oubliez, le genre religieux ne me convenant\n         MONSIEUR,                                 pas : vous déclarez ces tableaux détesta­\n                                                    bles; c'est votre droit. Est-ce une raison\n   Dans son dernier numéro, la Jeune Bel-\n                                                    pour que mon article de la Revue de Bel-\ngique a cru devoir me consacrer deux co­\n                                                    gique soit mauvais ! Ces virulences intem­\nlonnes de petit texte. C'est beaucoup d'hon­\n                                                    pestives et injustes, qui me forcent à vous\nneur! Votre rédacteur, sous prétexte de\n                                                    répondre, prouvent-elles que j'ai tort au­\ndonner son avis sur un article intitulé : le\n                                                    jourd'hui?\nPremier Feu, publié dans la Revue de Bel­\ngigue, m'attaque personnellement, sur un             Je suis, dites-vous, un ex-intransigeant.\nton que je ne veux pas qualifier. Permettez-       Où avez-vous vu, s'il vous plaît, que j'aie\nmoi d'user de mon droit de réponse,                changé d'opinion. Quand vous dites que je\npuisque c'est surtout ma personne qui est          suis un commis à visière verte, qu'est-ce\n en jeu.                                           que cela signifie? Plumitif, scribe filan­\n   Dites-moi, Monsieur, est-il sévèrement          dreux, morne romancier, peintre raté, etc ,\n défendu d'avoir une opinion contraire à           quand ces gros mots ont-ils constitué une\n celle des artistes et des écrivains qui com­      raison, dans un conflit d'opinions? Etes-\n posent la « Jeune Belgique? » N'est-il pas        vous bien sûr, Monsieur, que l'employé des\n permis d'écrire que la jeunesse est exubé­        Ministères, comme dit votre collaborateur,\n rante ? Qu'il est naturel et logique de penser    se soit jamais montré partial ou intolérant,\n que, sa première sève un peu refroidie, elle      ait eu quelque défaillance de conscience\n réfléchira et sera plus sage, plus vraiment       pour plaire à ses supérieurs? Si vous croyez\n virile et personnelle? Affirmer ce que l'his­     que je remplis mes fonctions honnêtement,\n toire de l'art et de l'humanité démontre          pourquoi vous occupez-vous, à propos\n clairement, c'est donc un crime?                  d'un article où personne n'est mis en cause,\n                                                   de ma situation sociale d'hier et d'aujour­\n    Il paraît que votre rédacteur le pense.        d'hui ?\n Après avoir lu son appréciation, je me per­\n  mettrai de rester de mon avis, des violences       En vérité, en sommes-nous là? N'avons-\n de langage ne m'ayant jamais paru être de         nous plus la liberté de dire ce que nous\n  bons arguments.                                  pensons, sur des questions d'art et de litté­\n    Ce qui est étonnant dans les deux co­          rature, sans que des injures nous soient\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "                                         — 270 —\n\nadressées? Est-ce là le fruit de la liberté de   cesse de Condé, d'après des documents\npensée et d'expression dont en théorie nous      inédits, par Paul Henrard, membre de\nsommes si fiers, et dont il semble qu'au­        l'Académie royale de Belgique. Un volume\njourd'hui on ne sache plus qu'abuser?            de XII et 354 pages, in-8°, 6 francs.\n   Si la Jeune Belgique a adopté ce système,        Si le nom de Henri IV est resté de nos\nj'ose lui dire, du haut de mon « tabouret »      jours aussi populaire, c'est, il faut en con­\nd'employé des Ministères, que cela est fâ­       venir, bien moins encore peut-être par le\ncheux, et pour elle, et pour le public.          souvenir du génie politique et guerrier du\n   Je vous prie, Monsieur, de publier cette      premier des Bourbons, que par la réputa­\nlettre dans le prochain numéro de la Jeune       tion de vert-galant que lui accorde l'his­\nBelgique et d'agréer l'assurance de ma con­      toire... et la chanson. Nous ne pouvons\nsidération la plus distinguée.                   l'évoquer, en effet, à aucune époque de sa\n                       EMILE LECLERCQ.           carrière accidentée, prince de Béarn, roi de\n                                                 Navarre ou de France, sans voir apparaître\n                     **                          autour de lui quelque gracieuse figure de\n   M. Jean Bernard donnera le 20 avril           femme, la Fosseuse, Gabrielle d'Estrées,\nprochain, dans la Salle des Capucines, à         Henriette d'Entragues, etc., dont quelques-\nParis, une conférence sur l'Hystérique et        unes ont sur ses actions une influence in­\nl'œuvre de Camille Lemonnier.                    contestable.\n                                                    Toutefois, pour la conquête de nulle\n                                                 d'entr'elles, Henri ne dût ni remuer des\n   Nous apprenons que M. Camille Lemon­          armées, ni menacer l'Europe, comme il le\nnier vient de terminer son nouveau roman         fit dans la dernière année de sa vie pour\nHappe-Chair. A ce propos, nous avons             essayer d'arracher à l'asile, où l'avait placée\ndéjà constaté que ce volume, conçu depuis        son mari peu complaisant, celle qui devait\nplusieurs années, a été commencé avant           être plus tard la mère de la belle M me de\ncelui de M. Emile Zola, Germinal, avec            Longueville et du grand Condé.\nlequel il présentera naturellement de nom­          Comme toutes les amours séniles, la\nbreuses analogies, puisque le sujet lui-         passion du roi pour Marguerite-Charlotte\nmême en est à peu près semblable. Ceci           de Montmorency, princesse de Condé,\nest dit moins pour faire à M. Camille            dépassa toute mesure ; sa violence entraîna\nLemonnier une réclame hors de saison que         Henri IV à des actes insensés que l'on révo­\npour le prémunir contre la malice des gens,      querait en doute si les seuls mémoires con­\nqui s'amuseront à rapprocher les deux            temporains, toujours sujets à caution, nous\nœuvres.                                          les avaient rapportés, mais qui nous sont\n   La Revue de Belgique n'a pas manqué           confirmés par des papiers d'Etat d'une in­\nl'occasion avec l'Hystérique qu'elle r a p ­     contestable authenticité. Le récit très pi­\nproche avec une malveillance mal déguisée        quant nous en est relaté dans le livre dont\nd'Une Histoire sans nom de Barbey d'Au­          nous donnons le titre. En le lisant, on\nrevilly, alors qu'elle ne devrait pas ignorer,   avouera avec nous que l'histoire a parfois\nnon seulement que les deux romans se res­        des rencontres que les romanciers les plus\nsemblent comme une chèvre à un tourne­           fantaisistes n'osent souvent imaginer.\nvis, mais encore qu'ils sont exactement de\nla même date. Pour le respect des artistes,                           ***\nil ne serait pas inutile d'être plus circon­       L E S DERNIÈRES PUBLICATIONS LEMERRE. —\nspect dans ses insinuations.                     Dans le flot toujours montant des livres\n                                                 marqués d'estampilles quelconques, Le­\n                                                 merre se reconnaît à ses choix réfléchis.\n  Vient de paraître chez C. Muquardt, à          Ses bouquins à lui, ne vont pas s'abattre\nBruxelles et à Paris : Henri IV et la Prin-      par fournées aux vitrines pour, de là, rouler\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                                          — 271 —\n\n\njusqu'aux quais. Non, il a ses auteurs, il y       qu'à la langue se fait rocailleuse et tour­\ntient, et, même pour eux, rien ne s'édite          mentée, avec un peu trop de la byzantine\n sans le visa préalable de l'inquisiteur Le­       rhétorique du dernier des Goncourt, pour\n drain, un fin esprit, du reste, un pur lettré     s'accorder aux violences farouches des\n et d'une inquisition courtoise. Bourget,          personnages et aux pathétiques horreurs\n dont la Cruelle énigme a le charme neuf des       du drame. Il y a là, et par surabondance,\n encres toutes fraîches, est un des favoris        de cette couleur rouge sans laquelle on ne\n de la maison. Quelque jour il sera parlé          peut peindre la chair humaine et qui\n ici de ce livre si français par certaines acui­   manque à l'Innocent, de M. Pouvillon.\ntés d'analyse et anglais aussi par des p u ­       Aussi peut-on, sans se tromper, classer dès\n deurs de style, des réticences de passion,        maintenant M. Dodillon parmi les artistes\n l'incertitude voulue du fond en grisaille         résolus pour qui le réel est comme le tau­\n sur lequel se détache mollement, en con­          reau qu'il faut attaquer par les cornes et\ntours noyés, l'action sentimentale. Mais           qui ne biaisent pas à le frapper au flanc\n Bourget ne doit pas nous faire oublier l'In-      quand c'est au frontal que le coup de mail­\nnocent, de M. E. Pouvillon, ni le Moulin           let doit retentir.\nBlant, de M. E. Dodillon. Il y a dans l'un            Il y a un art de tourner la difficulté où\n et l'autre de ces romans une griffe qui les       des artistes sournois ont quelquefois\ntire du courant de la production quoti­            excellé. On en aurait la preuve avec\ndienne. Chez M. Pouvillon, c'est une grâce          M. Paul Arène, dont le libraire Lemerre\nde nature, une émotion des eaux et du              vient de nous donner justement dans son\nplein air à travers une observation qui            exquis format de la collection blanche, le\ns'efforce à la cruauté et cependant n'excède       Jean des figues, agrémenté d'une queue\npas une rusticité discrète. Ce sont des             de fines nouvelles, Le tor d'Entrays, le\npaysans, en effet, que nous peint l'auteur,         Clos des âmes, la Mort de Pan, le Canot\nmais non point en sanguine ni en pleine            des six capitaines. Tout cela est discret,\npâ'.e comme ceux de Georges Eekhoud par            d'une distinction un peu blanche et qui\nexemple, de légers frottis plutôt d'un gris        évoque, mais avec plus d'esprit et de bon­\n joliment modulé. Il paraîtra à beaucoup           homie, le pâle souvenir de cet écrivain de\nque l'Innocent prêtait à plus de rudesse.          race alanguie, Paul de Musset. Point de\nCette demi-animalité du gars en qui cha­           grands rires, mais de rabelaisiennes cha­\nque printemps fait fermenter ses sèves,            touilles à fleur de peau, une retenue dans\nsous une autre plume eût gagné à être pré­         le mot et la chose. Paul Arène n'est pas un\nsenté en son étroite communion avec la             rossignoleur, un ténor de la phrase ni un\n                                                   ciseleur : il tient pour la phrase du bon\nterre, la bête, les saisons. De même, il\n                                                   temps, pour le style alerte, clair, limpide,\nmanque l'accent réel et la chaude ivresse\n                                                   courant sur un sable clair, pas même sur\ndu sang aux amours de Donat et de Ber­\n                                                   des cailloux. Il pourrait être le neveu de\nnade. La vérité de nature qui est tout dans\n                                                   Paul-Louis, comme About était le petit-fils\nle livre contemporain, ne se retrouve en\n                                                   de Voltaire. Pour tout dire, il est sobre,\nplein ici que dans une certaine scène de\n                                                   mais attention ! il ne faut pas se griser de\ntragique allure, le coup de sang qui prend         sobriété.\naux champs, dans le bourdonnement\nd'avril, le grand'père à qui l'on va prendre          Le conteur de Jean des figues, en en­\nson bien. Cela est d'un artiste, comme             trant jeune dans une collection qui s'ouvre\nailleurs le décor, le coup de brosse des           plus souvent aux morts qu'aux vivants,\npaysages et le sentiment des atmosphères.          bénéficie de la tournure de son esprit qui\n    Avec M. Dodillon, nous entrons dans une        le rend acceptable à tous les partis. II ne\nobservation plus âpre et plus décidée. C'est       détonne pas à côté de cet autre prosateur\nbien une animalité de paysans qui groume           anémié, mais de belles manières, le comte\net fermente dans son Moulin Blant. J u s ­         Alfred de Vigny, un solennel qui savait\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "                                             272\n\n\nsourire, un écrivain dont pas une phrase            Sous le titre de Quelques Sires, Léon\nn'est plus haute que les autres et qui déjà      Cladel publie aujourd'hui chez Paul Ollen­\nnous semble si loin dans sa monotonie            dorff, seize nouvelles fières et viriles qui\nblanche d'art et de style. Voici qu'à leur       continuent bien Urbains et Ruraux. Un\ntour Grandeur et servitude        militaires,    livre de Cladel est une bonne fortune pour\nStello, Cinq Mars, viennent d'être ajoutés       les lecteurs lettrés aimant l'originalité du\nà cette bibliothèque blanche où, un peu          style, la prose frappée et burinée, la grande\nauparavant, l'Education sentimentale, ce         hardiesse des sujets.\nchef-d'œuvre d'un des huit ou dix maîtres           Une sève puissante anime les héros et\nde la langue française de tous les temps et      vivifie les paysages dans ces nouvelles.\nque Flaubert, son géniteur, mettait au           C'est bien là le travail d'un artiste robuste\ndessus de tout ce qu'il avait écrit, parais­     et, par dessus tout, d'un indépendant.\nsait en deux volumes d'une perfection\nelzévirienne.                                                         ***\n   Lemerre d'ailleurs, n'oublie pas ses             Paraît chez Paul Ollendorff, Les Der-\nanciens, ses chères gloires d'antan qui sont     niers de leur Race, par Pierre Cœur. C'est\npour quelque chose dans sa gloire à lui.         un roman tout de passion, une étude des\nLe cinquième volume du théâtre de Cor­           entraînements auxquels les natures les\nneille, d'après l'édition de 1682, vient de      plus élevées succombent quelquefois, en se\nparaître avec son frontispice et ses carac­      rachetant par le relèvement final. On sent\ntères du temps, tel que le donna M» Guil­        une histoire vraie et vécue dans ce récit, le\nlaume de Luyne, libraire juré au palais, en      monde où elle s'est passée ne s'y trompera\nla galerie des merciers, sous la montée de       point.\nla cour des Aydes à la Justice. 11 contient,\n                                                                     ***\noutre un discours des trois unités d'ac­\n                                                    Dans la vieille Rue, tel est le titre du\ntions, de jours et de lieux, l'examen de\n                                                 roman nouveau que Forsan, l'auteur des\nRodrigue, d'Héraclius, d'Andromède, de\n                                                 Incertitudes de Livia, publie chez Paul\nD Sanche d'Aragon, et les pièces mêmes\n                                                 Ollendorff. C'est une attachante étude de\npour lesquelles l'examen fut écrit. Irrépro­\n                                                 jeune fille pauvre entraînée presque malgré\nchable, faut-il le dire? est cette restitution\n                                                 elle dans la haute vie mondaine où elle se\narchaïque.\n                                                 brise le cœur. Un grand succès consacre ce\n                                                 livre écrit dans une langue remarquable.\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "LA REFORME, organe quotidien de la démocratie libérale.\n Rédaction et administration : 18, rue des Sables, à Bruxelles. Seul\n journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n province que pour la capitale, soit 1 2 francs par an.\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie le BEL-AMI, par Guy DE MAUPASSANT\n  Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs, en vente\n  partout.\n\n\nL'HYSTERIQUE, par Camille LEMONNIER vient de\n paraître chez Charpentier, à Paris, fr. 3 - 5 0 . Le quatrième mille en est\n actuellement en vente.\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN. Pré­\n face de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (4e édition).\n Un volume, Paris, librairie des auteurs modernes, fr. 3 - 5 0 .\n\n\n            POUR PARAITRE PROCHAINEMENT :\n\n\n                             NOTES\n                                 SUR LA\n\n\n\nLITTÉRATURE MODERNE\n                                   PAR\n\n                 F R A N C I S            N A U T E T\n                          Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n\n\nLUTECE, journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo TRE­\n ZENIK, secrétaire de la rédaction : Georges RALL. Bureaux : boulevard\n Saint-Germain, 1-6, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n la Belgique : le port en sus.\n\n\n\nCURIEUSE! par Joséphin PÉLADAN, paraîtra prochainement,\n avec une eau-forte de Félicien Rops, fr. 3 - 5 0 .\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "L'ARTISTE, revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\n   rain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\n   pagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n   Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n   à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant pour la Bel­\n   gique : MAX W A L L E R .\n\n\n\nLE SALON DE BRUXELLES 1884, par\n   MAX WALLER, avec une préface de Camille Lemonnier. Un vol.,\n   fr. 2 - 0 0 .\n\n\nPIERROT LUNAIRE, par Albert GIRAUD. Un vol.\n   elzévir. Paris, Lemerre, fr. 2 - 0 0 .\n\n\n           H U M A N I T É S                              C O M P L È T E S\n                            A DOMICILE (EN T R O I S ANNÉES)\n\n\n\n                   PREPARATION AUX EXAMENS\n                                                    DE\n\n\nPHILOSOPHIE ET LETTRES\n                            Cours et répétitions particulières de\n\n       LATIN, PHILOSOPHIE, LITTÉRATURE, ANGLAIS & ITALIEN\n\n                   NOMBREUX SUCCES O B T E N U S AUX EXAMENS\n(Sur 2 5 récipiendaires présentés aux examens en 1883 et 1884, 2 2 ont parfaitement\n                             réussi, dont 7 avec grades)\n\n\n\n           Examen de secrétaire de légation\n                     Cours et leçons particulières d'anglais et d'italien\nCONVERSATION, GRAMMAIRE, TRADUCTION, RÉDACTION, LITTÉRATURE\n\n\n                     S'ADRESSER A M. B E N H A M , PROFESSEUR, 8 , PiUE DU PARCHEMIN\n\n\n       Bruxelles. — Imprimerie FÉLIX CALLEWAERT père, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1885-04-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 254."}}