{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "5e ANNÉE. 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PRIX : 60 CENT.                 5 MAI 1885.\n\n\n\n\n                                           LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAI RE : H o r s du siècle", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 298, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 193, "fin_caractere_exclue": 921, "texte": "SOMMAI RE :\n   H o r s du siècle                                           ALBERT GIRAUD.\n   Fantaisies : I. Lamento ; I I . Ballades       ; III.\n                     Piété mondaine                            M A X WALLER.\n   Sur la côte                                                 EMILE VERHAEREN.\n   Flemm-Oso (suite)                                           JAMES VAN DRUNEN.\n   Bénédiction . . . ,                                  .      GEORGES KHNOPFF.\n   Memento\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n               ADMINISTRATION :                              REDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                      80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                           l885\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "ALBERT H. J'ai déjà vu des imbéciles, mais jamais !", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 299, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1365, "fin_caractere_exclue": 4370, "texte": "BOITE AUX LETTRES\n  29. MAURICE D. Charleroi, Votre pièce est d'une naïveté qui nous fait sangloter. Je ne\nveux pas priver nos lecteurs de ce gagaisme exquis. En voici la moitié :\n                                    EN FUMANT UNE CIGARETTE.\n             Hier soir dans ma chambrette             Dans la bleuâtre fumée\n             Au lieu de me reposer                    Qui dans l'air montait tout droit,\n             Je pris une cigarette                    Je revis, douce pensée,\n             Car je désirais fumer.                   La ville de Charleroi.\n             Je me mis à ma fenêtre                   Charleroi où mon enfance\n             Que j'ouvris tout doucement              S'écoula joyeusement\n             Pour ne pas éveiller du maître           Où, pendant ma longue absence\n             Le courroux retentissant.                Sont demeurés mes parents.\n             Le ciel n'avait aucun voile              Oh ! quand la pension maudite\n             La lune éclairait la nuit                Me laisse un peu de répit\n             Au firmament les étoiles                 Chez toi, ma ville favorite,\n             Scintillaient sur un fond grîs.          Je cours chercher un abri.\n  Il y a encore quinze strophes de même valeur.\n  30. M. FERNAND S. Zuen. « Les étangs réflecteurs de nacres aurorales » nous semblent\nassez joyeux, mais moins cependant que :\n                           « Voici que des couplets s'égrènent, plus suaves\n                           « Qu'un parfum d'abricot cuit aux soleils d'août. »\n  Vous avez l'image rare à coup sûr, mais malheureuse, et nos lecteurs diraient que vous\nêtes un aimable farceur. Il y a du progrès cependant. Simplifiez et naturalifîez; surtout\nne cherchez pas à chanter plus haut que votre lyre.\n  31. FLORENT V. O h é ! Messieurs de la Jeune Belgique! O h é ! Voici les vers que\nM. Florent V. nous envoie : Esbaudissez-vous :\n                                       GERMANIA FLAVA.\n                                  Descendante des gothiques blonds.\n                                  Aux joues roses, aux yeux lançant\n                                  De captîvautes flambées,\n                                  Fauve germanie, dis-moi : Que font,\n                                  Dans tes cheveux, les diamants\n                                     D'un scarabée ?\n   Ous' qu'est mon arbalète à gernouilles?\n   32. HELVÉPÉ. Mais, mon brave ami, c'est toujours vieux jeu; vos vers ont la patte\nd'oie. Que ne lisez-vous les modernes ? On dirait que vous avez tété Madame Valmore.\n« O cruelle jeunesse! «Vierge perfide»; c'est comme cela qu'on se disait bonjour en 1830!\n   33. GUSTAVE DE G. Votre Clair de lune est écrit avec une rare platitude jointe à une\nétonnante incorrection. Au panier.\n  34. JULES A R . . . . Garçon ! une douche à Monsieur!\n 35. PAUL F . Liège. De la copie en échange d'abonnements ! Vous avez un toupet rare,\nmon petit. A d'autres.\n 36. ALBERT H. J'ai déjà vu des imbéciles, mais                  jamais !\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 273, "page_fin": 279, "titre_corps": "Hors du siècle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "HORS DU SIÈCLE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 894, "texte": "HORS DU SIÈCLE\n\n                  LES FAUTEUILS\nDans un cloître oublié de nos grèves natales,\nLoin des vaines rumeurs de ce temps blême et faux,\nTrônent de vieux fauteuils dont les bras triomphaux\nEnflamment puissamment l'ombre lourde des stalles.\n\nEvoquant la splendeur des époques brutales,\nOù les cœurs ressemblaient à des nids de gerfauts,\nIls mêlent dans leurs cuirs des reflets d'échafauds\nAvec les soirs bronzés des mers occidentales.\n\nSacrés par le silence, alourdis de soleil\nIls regardent les feux de l'horizon vermeil\nBlasonner d'ambre et d'or les carreaux des fenêtres ;\n\nEt, pensive aux échos d'un siècle souverain,\nNotre âme y voit encor, comme un rêve d'airain,\nS'asseoir le souvenir indigné des ancêtres!\n\n\n\n\n                  LA VOIX C H È R E\n                            I\nComme un bourdonnement d'invisibles abeilles\nIvres des vins du soir et du parfum des fleurs,\n"}, {"page_pdf": 301, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "                       — 274 —\n\n Ta douce voix murmure en songe à mes oreilles,\n Ta douce et longue voix apaise mes douleurs,\nComme un bourdonnement d'invisibles abeilles\nIvres des vins du soir et du parfum des fleurs.\n\n                           II\nLa fraîcheur des ruisseaux, la jeune chair des roses,\nLa mousse des forêts et l'haleine du thym\nChantent dans la lumière entre tes lèvres roses.\nTu verses dans mon cœur, comme un écho lointain,\nLa fraîcheur des ruisseaux, la jeune chair des roses,\nLa mousse des forêts et l'haleine du thym.\n\n                          III\nMais sous l'orgueil du sang, des mots fiers et splendides\nSe cabrent dans ta voix comme des étalons !\nUn rêve inviolé fleurit tes yeux candides ;\nTon rire a les langueurs des anciens violons;\nMais sous l'orgueil du sang, des mots fiers et splendides\nSe cabrent dans ta voix comme des étalons!\n\n                           IV\nRoulant la moire et l'ambre en ses ondes sonores,\nTa voix m'évoque un fleuve éclatant et vermeil\nOù cinglent, imbibés de couchants et d'aurores,\nDes vaisseaux somptueux tout noirs sur le soleil.\nRoulant la moire et l'ambre en ses ondes sonores,\nTa voix m'évoque un fleuve éclatant et vermeil.\n\n                           V\nEt les profonds secrets qui dorment dans son ombre\nOnt l'étrange lueur de très vieux ostensoirs\nQui s'illumineraient sous l'éclair riche et sombre\nDes grands autels pensifs dans la pourpre des soirs.\nEt les profonds secrets qui dorment dans son ombre\nOnt l'étrange lueur de très vieux ostensoirs.\n"}, {"page_pdf": 302, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1351, "texte": "                         — 275   —\n\n\n\n\n                 SOUS LES BORGIA\n\nDans le palais superbe, où de jeunes esclaves\nEnlacent leurs seins nus comme des raisins d'or,\nS'allume dans la braise ardente du décor,\nL'embrasement vermeil de la fin des conclaves.\n\nPrès des pages en flurs lissant leurs toisons flaves\nQue les baisers du soir efféminent encor,\nSiègent, dans l'écarlate et les appels de cor,\nLes cardinaux romains rouges comme des laves.\n\nIls adorent la chair comme un soleil levant;\nLa voix surnaturelle et douce des eunuques\nPasse avec un frisson de plaisir sur leurs nuques;\n\nEt les filles de Rome échevèlent au vent,\nDans la nuit fantastique et fumeuse des porches,\nLeurs crinières de feu, semblables à des torches.\n\n\n\n\n                    LE    DAUPHIN\n\n                            I\nLoin de ce siècle obscur, au fond de ma mémoire,\nOù d'anciens jours vécus m'éblouissent encor\nEt regardent mon âme avec leurs braises d'or,\nEn un soir somptueux où des fleuves de moire\nRoulent superbement vers le couchant vermeil\nLes fleurs du crépuscule et le sang du soleil,\nAu balcon d'une vieille et royale demeure\nDont les vitraux pensifs, glorieux et lointains,\nEvoquent la splendeur des missels byzantins,\nJe revois, dans la mort ineffable de l'heure,\nS'accouder un gracile et rose enfant princier\nQui pleure d'être heureux, et dont la tête lasse\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1565, "texte": "                        — 276 —\n\nPlie adorablement sous l'orgueil de sa race\nComme sous un tragique et trop pesant cimier,\nEt qui vierge, et déjà fatigué de la femme,\nSemble, Vénigmatique et si frêle dauphin,\nPrier le ciel d'été de lui montrer enfin\nLe songe de son cœur à travers une flamme,\nPendant que la couleur de ce soir fier et doux,\nOù se plaint un appel de clairons nostalgiques,\nCaresse le duvet de ses lèvres magiques,\nEt s'attarde en rêvant sur ses longs cheveux roux\n\n                           II\nDors en paix dans l'oubli des hommes, bel enfant !\nDors avec ton désir dans l'oubli triomphant,\nLoin de ce siècle vil et de ce monde athée,\nEt de tous ceux qui vont, l'âme déveloutée,\nChercher éperdûment l'infini dans la chair!\nTu revis en un cœur à qui ton cœur est cher,\nEt qui chante pour toi comme un orgue mystique,\nA l'heure vespérale où le ciel extatique,\nRose comme un brasier de grands lys enflammés,\nNous fait penser à ceux que nous aurions aimés.\n\n\n\n\n            LE PORTRAIT DU R E I T R E\n\nSur le rêve effacé d'un antique décor,\nDans un de ces fauteuils étoiles de clous d'or\nDont la rude splendeur ne sied plus à nos tailles,\nLe front lourd de pensée et balafré d'entailles,\nRepose avec l'allure et la morgue d'un roi,\nEn un vaste silence où l'on sent de l'effroi,\nL'aventurier flamand qui commandait aux princes\nEt qui jouait aux dés l'empire et les provinces,\nCelui dont la mémoire emplit les grands chemins,\nCelui dont l'avenir verra les larges mains\nS'appuyer à jamais en songe sur l'Epêe.\nDans ses regards de cuivre on lit une épopée :\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1686, "texte": "                        — 277 —\n\nDes fuites en plein vent d'enfants et de soudards,\nDe grands soleils couchants hérissés d'étendards,\nEt des flaques de sang, de femmes et d'entrailles,\nEt le vol et la Gloire au dessus des murailles,\nEt les chevaux fumants cabrés vers les deux fous!\nOh! quel poids de mépris tu fais tomber sur nous,\nRêveurs silencieux prisonniers de nos rêves,\nToi dont le cœur battait sous les baisers des glaives,\nEt volait à la mort sous les drapeaux claquants!\nLes hasards de la guerre et les rumeurs des camps,\nLes grelots des mulets, les cahots des guimbardes,\nLes danses de lumière au bout des hallebardes,\nLes doublons de la solde et les appels du cor,\nToute une éblouissante aventure est encor\nChantante autour de toi dans les ombres fleuries\nQue verse sur ton front l'orgueil des draperies.\nMonceaux de diamants, de vases florentins,\nLacs de brocart et d'or à l'entour des festins,\nVastes étoilements de seins nus, de chairs roses,\nAmours ivres vautrés dans du sang et des roses,\nLongs soirs vus à travers les vins orientaux,\nTous ces grands souvenirs traînent dans tes manteaux.\nEt telle est ta magie aux feux du crépuscule,\nQue notre esprit pensif superbement recule\nVers les temps abolis et les hommes éteints,\nEt qu'éveillant en nous des ancêtres lointains,\nTu fais, au plus profond de nos âmes paisibles,\nSonner étrangement des clairons invisibles.\n\n\n\n\n           LA MALÉDICTION DU P O È T E\n\n                                        A H E N R Y DE G R O U X .\n\n\nOh! que n'ai-je vécu, l'esprit fier, l'âme forte,\nSous la neigeuse hermine ou le fauve camail,,\nDans ces siècles vermeils dont la lumière morte\nAllume encore en moi des splendeurs de vitrail.\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": "                       — 278 —\n\nCar le poète alors, en croupe sur les races,\nLeur enfonçait son rêve à grands coups d'éperon,\nEt la bouche, à travers le fracas des cuirasses,\nY sonnait son espoir comme dans un clairon.\n\nLa Muse était la sœur auguste de l'Epée;\nLes strophes ressemblaient à de clairs escaliers\nOù montaient dans un faste et des feux d'épopée\nDe beaux vers casqués d'or comme des chevaliers.\n\nDu glaive incandescent la lyre était suivie :\nDes chefs les mariaient au ciel de leur écu;\nUn rêveur chantait-il son rêve de la vie ?\nPar un aventurier son rêve était vécu.\n\nLes poètes nimbaient la mémoire des princes;\nPlus d'un leur doit la pompe où son règne s'endort,\nL'empereur ébloui leur donnait des provinces\nEt faisait à leur col flamber la Toison d'or.\n\nPuis entre des soldats, des prêtres en étole,\nDans les flots d'un cortège écarlate de rois,\nIl les menait cueillir la palme au Capitule,\nSalués des drapeaux, des aigles et des croix.\n\nEt le peuple, gardant au fond de ses prunelles\nLeurs masques léonins parmi les encensoirs,\nContemplait longuement leurs ombres solennelles\nPasser et repasser dans la braise des soirs.\n\nPuisque je n'ai pu vivre en ces siècles magiques,\nPuisque mes chers soleils pour d'autres yeux ont lui,\nJe m'exile à jamais dans ces vers nostalgiques\nEt mon cœur n'attend rien des hommes d'aujourd'hui.\n\nLa multitude abjecte est par moi détestée,\nPas un cri de ce temps ne franchira mon seuil ;\nEt pour m'ensevelir loin de la foule athée,\nJe saurai me construire un monument d'orgueil.\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1194, "texte": "                       — 270 —\n\n\nJe travaillerai seul, en un silence austère,\nNourrissant mon esprit des vieilles vérités,\nEt je m'endormirai, bouche pleine de terre,\nDans la pourpre des jours que j'ai ressuscites.\n\nEt maintenant criez ! Faites vos choses viles !\nD'autres hommes viendront : Ceci sera changé!\nVous aurez contre vous jusqu'au pavé des villes!\nD'autres hommes viendront, et l'art sera vengé!\n\nVotre cité stupide aura ses funérailles :\nVous entendrez la voix lugubre des tocsins,\nLes bombes éclater par dessus vos murailles,\nEt votre dernier soir pleurer dans les buccins !\n\nVous entendrez encor la fanfare des sacres\nS'envoler au devant d'un prince tout puissant ;\nVous reverrez encor le soleil des massacres\nRougir ses lèvres d'or dans les mares de sang!\n\nVous reverrez encor les joyaux   séculaires\nS'injecter de carnage au milieu des soudards,\nEt passer en claquant sur les fronts populaires\nL'essor vertigineux et fou des étendards.\n\nEt ces rumeurs d'un jour, ces flammes éphémères,\nCes sabres, ces rubis, ces gloires s'en iront\nInspirer sourdement dans le ventre des mères\nLa haine de ce siècle aux enfants qui naîtront!\n                                       ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 280, "page_fin": 281, "titre_corps": "Lamento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Fantaisies", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "FANTAISIES", "ancre_fin": "donne aux amantes", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BALLADES NOSTALGIQUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 307, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 72, "fin_caractere_exclue": 2338, "texte": "FANTAISIES\n\n                                        I\n\n                                  LAMENTO\n               Pourquoi pleurer et pourquoi te plaindre, Jeanne? Parce qu'il\n                t'a quittée et qu'il ne reviendra plus, parce qu'il est parti' bien\n                loin de toi, bercé par de nouvelles tendresses et d'inconnues\n                voluptés, comme s'il avait perdu au détour de la route\nl'anneau du souvenir auquel vos deux âmes avaient tressé leurs mailles?\nNe pleure point, cesse tes plaintes, vierge ! Ceux qui s'en vont regrettent\nparfois, mais ne l'avoueront jamais, pareils à ces hautains poètes qui jettent\ndans leurs vers les souffrances d'eux-mêmes, semées des vertiges et des\nregrets, mais redressent leurs fronts lorsqu'on dit qu'ils ont mal — et se\nrévoltent lorsqu'on prétend qu'ils ont menti.\n   O Jeanne, laisse les printemps éclore, et qu'avec eux ton corps et ton\nâme s'épanouissent, l'un comme un fruit qui va mûrir, l'autre comme une\nplante rare qui souffre de la terre.\n   Il est loin, bien loin de toi, le fou qui t'a donné une heure de lui-même ;\nil a oublié qu'il te trompait en se donnant par les lèvres ; son humanité\nmatérielle te parlait d'amour, mais son âme n'était point encore à toi,\nJeanne; c'est un baiser qui te disait : « je t'aime »..., mais le baiser n'est\nque le mensonge de la chair, et lorsque les mains se prennent, lorsque les\ncorps s'étreignent, les paroles sont inconscientes et les aveux aussi.\n   Il t'a quittée, il ne reviendra plus. Il est l'homme éternel qui s'attache et\nse détache, heureux d'être lié et content d'être libre. Son esprit le trompe\net son cœur rit des serments. Il est de lutte, il n'a point le temps de\ns'arrêter dans les chemins d'ombre où sont les amoureuses; il passe, envoie\nun baiser, puis, la main levée montrant l'horizon, il repart sans se rappeler\nque sa bouche a baisé d'autres bouches et qu'il a pressé contre sa poitrine le\nsein haletant des vierges. Il oublie qu'il a reposé dans une couche de pureté,\ncôte à côte avec la forme immatérielle de la jeune fille entrevue le matin\nsous les tilleuls parfumés, et que cette épouse par un regard, cette\nmaîtresse par un impalpable baiser, conservera la dolence de l'amour\nentrevu, le parfum subtil de la caresse inachevée.\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1796, "texte": "                                  — 281 —\n\n\n\n\n   Ne pleure pas, Jeanne ; le printemps est là ; mai fleurit ; les branches et\nles arbres se sont épanouis sous la pluie chaude de la nuit. Va seule au\nbois, mignonne, et conte ta peine aux chemins sombres où l'on n'entend\nque le froissement des feuilles anciennes et le chant lointain des tourte­\nrelles.\n   Au bord de l'étang qui sommeille, au bout de la grande allée, tu t'arrê­\nteras un instant, et tu verras, comme un rêve, le brouillard s'étendre en\nlongs voiles, se plisser, courir par bandes longues, comme des écharpes\nnuptiales. Tu verras des formes vagues, si vagues que tu te croiras en\nsonge, et si blanches que là, sous les eaux dormantes, à l'ombre des roseaux\nployés, tu penseras que se célèbrent les fiançailles des sirènes, des\nnymphes et des fées.\n   La nuit descend avec lenteur, les bruits lointains s'éloignent encore et le\nsilence est tel que tu entends pleurer ton cœur dans la solitude. Pleure à\nprésent, Jeanne, dis à la nuit ta secrète souffrance; les oiseaux et les chênes,\nles roseaux et les mousses écouteront ta plainte et te répondront. Leur\ncompassion muette se confondra dans ton âme, et ta peine deviendra plus\ndouce, étant plus partagée.\n   Mai ! charme, tendresse, gaîté. C'est en mai qu'il t'a baisée au front pour\nla première fois, qu'il a porté autour de ta taille son bras tremblant, que\nvos cheveux se sont mêlés dans un souffle de brise.\n   C'est en mai qu'il est parti, le front soucieux, le front courbé, le front\nmauvais, sans un mot d'adieu, sans une parole de souvenir.\n   C'est en mai que tu t'endormiras, Jeanne, et sur tes lèvres pâlies tu\nsentiras passer un long baiser, celui du printemps, l'éternel baiser qu'il\ndonne aux amantes.\n\n\n                                       II\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 281, "page_fin": 284, "titre_corps": "Ballades nostalgiques", "titre_sommaire": "Ballades", "rubrique": "Fantaisies", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "BALLADES NOSTALGIQUES", "ancre_fin": "au delà de la mer", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PIÉTÉ MONDAINE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 308, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 1796, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "BALLADES NOSTALGIQUES\n\n                                  Christmas.\n            I1 neige, dear, c'est Christmas qui tombe en valses blanches\n             dans les arbres amaigris. Il neige, c'est la chanson froide de\n             l'hiver revenu ; il neige, les morts sont glacés dans la terre\n             durcie et le vent porte au loin leurs plaintes. Ne pleurons\npas, dear, car le feu réchauffe et le soleil éclaire. Notre amour est de\n                                                                       18\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1978, "texte": "                                  — 282 —\n\n\nflamme et de lumière aussi. La vie est si bonne, dear, viens nous embrasser\nsous le mistletoe!\n                                     *\n\n   Il neige, et tout dort, sauf notre joie. Viens! nous croquerons des fon­\ndants roses en nous disant des mots très doux ; je te conterai des légendes\nde Noël et je te chanterai des ballades écossaises plus lentes et plus mysté­\nrieuses que les nocturnes voix de Morven. Je passerai mon bras autour de\nta fine taille et je te dirai le secret que tu connais si bien, si bien! dear,\nviens nous embrasser sous le mistletoe !\n\n\n\n   Il neige, tu ne réponds pas; il neige, oui, je me souviens : ils t'ont prise\net emportée au loin ; tu étais enveloppée, comme aujourd'hui ; la terre,\nd'une robe blanche; tes yeux étaient fermés et tu n'entendais plus ma\nlamentation; il neige! Oh! reviens pour cette nuit, darling! il fait si froid\ndans la tombe; je suis seul, j'ai peur; que ta main me caresse encore et que\nta voix me réveille ! dear, viens nous embrasser sous le mistletoe !\n\n                                     ENVOI\n  A toi, dear! cet appel de ma solitude! Il neige, il neige toujours et je\nsouffre ; le lustre à dix branches rayonne sur ma tête, et me rappelle le\ntemps passé où je te disais, — souviens-toi : dear ! — viens nous embrasser\nsous le mistletoe!\n\n\n\n                                 A    Marcia.\n   Tes yeux sont doux, Marcia, et ta voix claire comme des notes de petite\nflûte ; ton regard retourne l'âme et tu laisses derrière toi les mélancolies et\nles tristesses.\n   Tu es celle qui passe, rit et se moque — et ton petit cœur qui affolle\nn'est point troublé. Ta main presse ma main — et ne tremble point; on\nt'adore — et tu n'aimes point ; on se prosterne à tes pieds, à tes mignons\npieds de madrilène — et ta sérénité demeure ! O darling ! Vous avez volé\nmy heart!\n\n                                       *\n\n  Anglaise, Espagnole, Parisienne, qu'es-tu ? J'ignore. Ton nez moqueur:\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2150, "texte": "                                  — 283 —\n\nse retrousse vers les étoiles ; ta bouche est rouge comme la tunique des\nriflemen et ton cœur sec comme le Mançanarès ! D'où viens-tu? J'ignore.\nO Marcia, dis, lorsque nous nous rencontrerons, tu baisseras tes paupières\npour voiler tes yeux qui m'étourdissent, tu passeras sans rien dire, pour\nque plus je n'entende ta voix qui frissonne; ô darling! vous avez volé\nmy heart !\n                                        *\n\n  Tu es entrée dans ma vie, Marcia, et ma vie gardera ton empreinte. Du\nbout de ce grand éventail à fleurs que tes doigts d'Andalouse manient ainsi\nqu'une épée, tu as mis ton cachet sur moi comme le fer rouge au front du\ngalérien. Et je suis ton forçat, ô ma chaîne ! Et je clame, rivé aux anneaux\nde tes cheveux ; et je souffre et je crie à ce bagne d'amour, condamné pour\njamais; ô darling! vous avez volé my heart!\n\n                                     ENVOI\n Marcia ! Marcia, you, Sweet ! Ne riez point, je pleure, ma main tremble,\nmon Anglaise !\n O darling ! vous avez volé my heart !\n\n\n\n                                   Au delà.\n   Elle est assise dans un grand fauteuil, sur la terrasse de l'hôtel, la blonde\nAnglaise. Depuis deux ans bientôt, elle est arrivée à Nice parce que les\nmédecins de Londres ont dit qu'elle allait mourir; elle souffre ; ses yeux\nélargis restent fixés sur l'horizon. Son visage est pâle, très pâle, etsa poitrine\ns'est amaigrie. Elle souffre, mais le soleil est encore là qui la caresse, et la\nMéditerranée, devant elle, poursuit sa longue méditation bleue dans l'hori­\nzon. Elle songe au ciel gris de l'Angleterre. Là-bas elle a laissé le bien-aimé\nqu'elle ne reverra plus, et, d'une voix faible qui semble venir de loin, elle\nmurmure, pensive : « My heart is over the sea ! » Mon cœur est au delà de\nla mer !\n                                        *\n\n   Ils devaient s'épouser au printemps, à Saint-James, après les grandes\nrégates d'Oxford et Cambridge. Ils avaient décidé de partir aussitôt pour\nles Highlands afin de revoir les lacs ; ils se seraient arrêtés toute une saison\nau château du baronnet son père, à trois milles de Holyrood, puis ils\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1525, "texte": "                                  — 284 —\n\nseraient rentrés à Londres. Les projets sont loin. L'enfant est partie pour\nNice, parce que les médecins ont dit qu'elle allait mourir... Le fiancé lui\nécrit des lettres tendres mais il est triste aussi, lui, parce qu'il sait bien\nqu'elle ne sera jamais sa compagne dans la vie        Elle penche la tête et\nsonge : « My heart is over the sea ». Mon cœur est au delà de la mer !\n                                        *\n\n   Depuis deux ans bientôt, elle est arrivée à Nice, parce que les médecins de\n Londres ont dit qu'elle allait mourir. Elle ne reverra plus Hyde-Park où\nsont les équipages de la gentry. Elle restera un mois, deux mois, devant la\nmer infinie; ses joues se creuseront encore, et les flammes d'agonie jailliront\nde ses yeux. Elle s'éteindra dans l'enveloppante douceur d'un soir, bercée\npar le bruit lamentable des flots, et son âme ira, dans le silence de la nuit,\nse joindre aux nues éternellement bleues. Mais là-bas, là-bas, elle ne\nretournera point. « Her heart is over the sea ! » Son cœur est au delà de\nla mer !\n\n                                      ENVOI\n\n   Poor child! pauvre mignonne, tu ne mettras point sur ton front blanc le\nblanc voile des noces. Mais lorsque tes yeux se seront fermés et que la nuit\nsera venue en toi, ton cœur ira là-bas, là-bas au cœur du bien-aimé solitaire\net pensif; il ira, porté sur la robe diaphane des espaces, là-bas, là-bas, au\ndelà de la mer !\n\n\n                                      III\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 284, "page_fin": 286, "titre_corps": "Piété mondaine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Fantaisies", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "PIÉTÉ MONDAINE", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SUR LA COTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 311, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 1525, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "P I É T É MONDAINE\n\n                                Ave     Maria.\n\n             Ave Maria, je Vous salue, Marie, Vous que j'ai entrevue dans\n              les songes blancs de mon enfance, et dont le voile me sem­\n              blait si pur que j'y croyais voir les ailes déployées des anges.\n              Ave Maria, je Vous salue, Marie, la Vierge et la Pure qui\nêtes diaphane comme une nacre, et chaste comme un manteau d'épousée.\nVous êtes la Tour d'ivoire dressée dans le lointain de mon passé, la Maison\ndorée où j'avais mis toutes mes douceurs et toutes mes joies, l'Arche d'al­\nliance où mes désirs vagues voltigeaient comme les colombes et roucou­\nlaient comme elles. O Vous, o Toi, Jeune fille divine, Rédemptrice inef-\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2433, "texte": "                                  — 285 —\n\nfable, Consolatrice idéale des maux que nous avons soufferts, Reine des\nBlandices et des Chastetés humaines, descends vers moi; lorsque je serai\ntriste, viens mettre en moi Tes joies, lorsque je me souillerai, viens verser\ndans mon âme Ta candeur immaculée, et lorsque viendra l'heure où mon\ncorps cèdera sous le poids de la vie, où l'agonie tombera sur ma fragile et\npassagère enveloppe, viens au pied de mon lit, regarde-moi de Tes yeux qui\nsourient, rafraîchis-moi de Tes lèvres qui sont la rosée rose du matin tel\nqu'il se lève dans Tes paradis, etberce-moi pour que je ne souffre point, que\nje ne pense point, que je meure comme on s'endort.\n   Ave Maria ! Vierge et Mère, dis à Ton fils à la longue chevelure bouclée\nque je L'aime comme on aime un ami sans cesse à ses côtés, dis-Lui que\nma pensée entre dans Sa pensée, que, depuis Bethléem jusqu'au Golgotha,\nj'ai suivi Sa longue souffrance, que j'ai saigné Ses plaies, que j'ai pleuré Ses\nlarmes, et que le cantique de mon cœur s'élève vers Son cœur, ainsi qu'une\nfumée faite de Foi, faite d'Espérance et faite de Charité. Ave Maria! je\nVous salue, Marie!\n\n                                   PRIONS :\n\n   Sainte Marie, fleur des champs, fleur des chemins et fleur de la vie,\nfaites que mon âme un jour se mêle aux fleurs à Vous semblables, et\nqu'elle s'épande dans le rêve des nuits d'automne parmi les feuilles mortes\net les cadavres d'oiseaux. Ainsi soit-il.\n\n\n\n                        A l'Ange gardien du soir.\n   La nuit, lorsque plus rien ne trouble le silence, que les cieux semblent\nendormis dans le scintillement adouci des étoiles, et que les voies lactées\ns'épandent, est-il vrai qu'un Ephèbe aux formes long-voilées descend, porté\nsur ses ailes blanches, et vient au pied de notre lit nous regarder, sans mot\ndire?\n   Est-il vrai qu'il s'approche et se penche vers nous, qu'il baise avec dou­\nceur nos lèvres, et que dans notre âme il verse des paroles d'une religieuse\nvolupté, des paroles mystiques que nous pouvons entendre parce qu'elles\nsont dites par un ange, et qui ont le charme d'un céleste péché?\n   Est-il vrai que c'est lui qui nous dit : « La Nuit appelle l'Amour. Aime,\ntoi sur qui je veille. La Nuit a l'obscurité pour défendre les craintes et la\nblancheur pour vêtir les délices. Aime sans t'assombrir et sans avoir la\npâleur des fronts coupables, car le Seigneur a dit : Aimez-vous les uns les\nautres ».\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1186, "texte": "                                 — 286 —\n\n   Est-il vrai que les visions de nos nuits sont le théâtre séraphique de\nl'Ange, que c'est Lui qui déroule les rêves capiteux et trompeurs où nous\néprouvons les joies de la chimère entrevue, où nous croyons être Dieu pour\nla multiplication des Races, où nous effleurons de la tempe la Grandeur et\nla Toute-Puissance.\n   Est-il vrai que lorsque le corps agonise et que l'Ame s'éparpille ainsi que\nles feuilles sèches, l'Ange blanc est là, toujours, qu'il nous rappelle le\npassé, qu'il nous montre l'espérance dernière et qu'il nous dit : « Qu'im­\nporte? » Est-il vrai que la mort est le sommeil et la volupté la plus\ngrande? Est-il vrai que c'est l'envolement vers les portes d'or d'une Éter­\nnité?\n   Je veux le croire, Seigneur, et je le crois. Et toi, l'Enfant, la Femme,\nl'Ephèbe, l'Ange gardien du soir, gardien de ma vie et de ma mort, reçois\nla fleur parfumée de mon âme et cette prière pieuse qui ne doute point,\nparce qu'elle est trop douce, qui croit, parce qu'elle est divinement amou­\nreuse comme le chaste baiser de la Vierge Marie.\n                                                     MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 286, "page_fin": 286, "titre_corps": "Sur la côte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "SUR LA COTE", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 313, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 1186, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "SUR LA COTE\n       Un vent rude soufflait par les azurs cendrés,\n       Quand du côté de l'aube, ouverte à l'avalanche,\n       L'horizon s'ébranla dans une charge blanche\n       Et dans un galop fou de nuages cabrés.\n\n       Le jour entier, jour clair, jour sans pluie et sans brume,\n       Les crins claquants, les flancs dorés, la croupe en feu,\n       Ils ruèrent leur course à travers l'éther bleu,\n       Dans un envolement d'argent pâle et d'écume.\n\n       Et leur élan grandit encor, lorsque le soir\n       Coupant l'espace entier de son grand geste noir,\n       Les poussa vers la mer, où criaient les rafales,\n\n      Et que le fer soleil de juin, tombé de haut,\n      Se débattit, sanglant, sous leur farouche assaut,\n      Comme un rouge étalon dans un rut de cavales.\n                                                 EMILE VERHAEREN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 287, "page_fin": 303, "titre_corps": "Flemm-Oso (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "James Van Drunen", "ancre_debut": "FLEMM OSO", "ancre_fin": "JAMES VAN DRUNEN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 314, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 71, "fin_caractere_exclue": 2499, "texte": "FLEMM-OSO\n                                    (Suite)\n\n               Voici maintenant que, de l'avis général, il y a assez longtemps\n                que l'organisation de notre personne ne comporte que cinq\n                sens. Il faut changer cela. Bilboquet a défini le sens de la\n                propriété et M. de Quatrefages a imaginé le sens de la divi­\nnité. Il serait plus simple de n'en avoir qu'un : le bon — mais la solution\nserait ridiculement archa'ique. Cependant nous arriverons peut-être à l'unité\nsensorielle, car il me semble qu'en réalité nous nous privons peu à peu de\nnos facultés; nous les laissons en route une à une. Nous perdons présen­\ntement un sens précieux, c'est — comment le désigner? On peut l'appeler\nle sens de l'intimité.\n   Nous vivons en public. Nous voisinons outrageusement. Au dessus de\ntous les murs passent des têtes curieuses, et les plus gros secrets crèvent\nbien vite. Le mystérieux est un article que nous ne tenons plus, et il n'y a\nguère que la police à qui Polichinelle n'aille pas conter ses affaires. Nous\nvoulons tout savoir ; et nous avons attaché à notre service de pénétrants\nfureteurs dressés à la chasse aux histoires : le reporter, un homme de lettres\nqui donne des poignées de main aux maîtres d'hôtel du ministère pour\navoir le menu du dernier dîner officiel, qui paie un petit blanc sur le zinc\nau concierge d'une actrice en vogue pour attraper quelques indiscrétions,\net qui cause poliment avec les assassins pour connaître leurs impressions ;\nc'est un bon commissionnaire qui a suffisamment d'orthographe et qui secroit\ntrès sérieusement un personnage. Il regarde par toutes les fentes, lève un\ncoin de tous les voiles, mêle à sa prose rapide une forte pimentade au\nscandale, et pour les trucs de sa profession trouve des mots extraordinaires\ncomme l'interview, cette effronterie.\n   Cela nous va. Des cachotteries, n'en faut plus ! Et le voilà levé, le grand\njour de la publicité.\n   Mais cette forte lumière, avec ses projections grossies de méchanceté,\nn'est pas sans faire mal. C'est un jour brutal ; sa clarté qui aveugle au lieu\nd'éclairer — lampe Jablochkoff substituée au doux Carcel sous lequel on\ntravaille si bien — produit une lassitude horrible et, blessé de cet éclat\nimplacable, avec une reposante volupté on goûte un peu d'ombre, un peu\nde retraite, un peu d'intimité.\n   Dans cette vie brûlante qui va par les rues et les grandes routes, l'indi-\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2932, "texte": "                                   — 288 —\n\n vidualité est saisie, dépouillée, livrée à tous, et la vie privée ressemble à ces\n parcs publics piétines par la foule du dimanche.\n    Nous ne vivons plus assez avec notre nous-même. Pour quelques-uns\n seulement l'isolement calme reste cher; ce sont des natures heureusement\n malheureuses auxquelles ne suffisent pas les volumes poisseux du cabinet\n de lecture et qui préfèrent le livre lu et relu, imprégné de souvenirs, mar­\n qué de notes déjà vieilles et qui se retrouvent rêveusement dans les belles\n heures de solitude. C'est une infirmité, mais je ne connais rien de poignant\n comme la vente publique d'une grande bibliothèque ; ces livres habitués à\n se toucher et qu'une même studieuse volonté avait réunis, dans lesquels des\n signets montrent encore la pensée du maître — je dirais presque du père —\n et qui sont jetés à l'avide bouquiniste, c'est la dispersion d'une famille\n déchirée par un malheur. Je me sens plus de tendresse encore pour un\nvolume acheté là, aux enchères; je suis sûr qu'il souffre ; je lui vois un air\nlamentable, et mes soins sont des consolations. Cela, parce que la biblio­\nthèque c'est la grande armoire aux pensées ; dans ces pages relues, commen­\ntées, comparées, reposent de longues heures de méditations douces, et cette\njoie est puissante de se dire : cela est à moi, à moi tout seul. Les indiscrets\nsont des voleurs.\n    Ce sentiment des intimités a de séduisantes finesses, des douceurs bien\nréconfortantes. Simplement, c'est le respect de sa personne, et ce respect se\nperd. Il se perd parce que tous les instants de la vie sont crochetés par le\nreportage et parce que ce respect est fait de nuances légères, de précieuses\nbabioles dont se gaussent bien de leur grosse voix, ces capitans Matamore\nqui font, tonnerre de Dieu ! sonner leur jactance ridicule et qui n'ont jamais\nsenti la chaude douceur d'une larme en lisant Coppée, ces forts auxquels\nsuffit largement l'intimité d'un salon de coiffeur et qui retirent leur gant\npour toucher un objet malpropre. Essayez donc de parler de ces respects\ndélicats et pieux à ces plaisantins sacrilèges d'un monde qui vient, cela se\nvoit plusieurs fois chaque mois, régaler la friande indiscrétion judiciaire des\ncauses croustillantes des procès en séparation. Des ménages sans honte se\ndéshabillent en public, roulent leur lit devant le tribunal alléché et montrent\ncomment ils s'y prennent dans l'outrageante nudité de leurs révélations.\n   Ces dames bien mises, élégamment bourgeoises, qui, assises sur les chaises\ndes jardins publics, raccommodent leurs bas, n'ont pas le sens charmant de\nl'intimité. Elles l'ignorent autantqueles négligents qui perdent leurs lettres,\net autant que ces demoiselles qui, avant de se mettre à leur piano, ont la\nprécaution d'ouvrir deux fenêtres ; elles veulent partager avec la rue. La\njouissance des plaisirs du chez soi est comme la tarte : plus il y a de con-\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "                                 -   289-\n\nvives et moins grande est la part de chacun. Soyez gourmandes, Mes­\ndemoiselles.\n   Quel dégoût inspirent ces paires d'époux qui se querellent à tue-tête\ndans leur jardin, sans avoir, au moins, la pudeur de rentrer et de fermer\nles portes ; bien au contraire, ils élèvent d'autant plus la voix que leurs\nmots sont plus malsonnants ! Et ces dévergondées qui achètent un corset\net l'emportent sous leur bras sans avoir le soin élémentaire de l'envelopper\nd'un discret bout de papier — il y a tant de journaux qui sont faits pour\ncela.\n   Les lois, ces capricieuses productions de notre supériorité, défendent de\n montrer aux passants certaines choses qui ne doivent pas les intéresser ;\ndans le domaine où les lois ne regardent pas ayons encore des scrupules\net n'expulsons pas de l'ombre qu'ils désirent, ces menus détails qui\ndeviennent des vulgarités quand ils sont en étalage dans les magasins de\nlingerie — et dans bien d'autres vitrines. Comprendre le secret qu'ils\nréclament, c'est augmenter leur valeur, faire leur puissance.\n   Se rendent-ils assez odieusement ridicules ces maris qui s'écrient en\nregardant n'importe quoi : Tiens ! c'est comme Eudoxie! Figurez-vous,\n mon cher, que ma femme... et puis une minutie d'explications...\n   A ce point de vue, les omnibus nous font un grand mal, ce sont de\nvraies boîtes à histoires : une bonne dame toute ronde, le sourire prompt\net l'air trop affable, monte dans l'omnibus ; elle s'installe, et, parce qu'un\nvoisin prend sa monnaie pour la passer au conducteur, elle se croit le devoir\nde dire à haute voix à ce voyageur et à tous les autres, qu'elle vient de chez\nun médecin parce qu'elle souffre de douleurs au ventre, mais elle mettra un\ncataplasme en se couchant et il faut espérer que ça se passera comme ça.\nAlors une autre dame, dont un arrière-cousin a eu aussi mal au ventre il\ny a quelque temps, fait savoir à l'omnibus tout entier que son mari est\nemployé au ministère, qu'elle adore le veau au blanc et que son fils aîné\ncompte sur un prix de thème latin... histoires indigestionnantes !\n   Chez la femme surtout ce défaut est repoussant. La femme est faite pour\nla discrétion,' la réserve, le mystère — j'allais dire : pour être enfermée.\nSes aveux doivent toujours, par le soin qui les enveloppe, avoir un grand\nprix : malheureusement il y aura toujours des benêts qui seront ravis de\ns'entendre avouer ce que tout le monde sait. Mais combien elles ont tort\nces femmes qui se coiffent devant leur fenêtre, relèvent leurs jupes pour\néviter un grain de boue, se font prendre mesure par un garçon tailleur et,\nle matin, sortent de leur chambre sans être peignées et déjeunent en cami­\nsole. Crimes ridicules! Niaiseries! et la première délinquante venue répon-\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "                                  — 290 —\n\ndra avec ce joli mouvement d'épaules qu'ont les femmes et les chats : Mais\nil n'y a rien de mal à cela, je suis chez moi, tant pis ! Et puis on n'a qu'à ne\npas regarder...\n   Voilà, je le confesse, toutes raisons auxquelles on ne trouve pas lourd à\nobjecter; mais, malgré tout, je pense que, précisément parce que ce sont\ndes riens, de petits bouts de rien, il faut être assez délicat pour s'en amou­\nracher comme de tout ce qui n'est pas à la portée des grossiers. Quel charme\nne cherche pas en catimini l'ombre d'un mystère? La vraie satisfaction veut\navoir bataillé contre une difficulté ou une défense pour pouvoir s'imaginer\nune victoire.\n   Tenez, madame, avez-vous remarqué, dans vos promenades à la ban­\nlieue, ces grands terrains à bâtir ? Et avez-vous vu avec quelle indifférence\nchacun passe à côté? Mais si le terrain est entouré d'un bon palis; si un\navis, cloué sur la porte, dit aux passants que l'entrée est interdite, les\nenfants grimpent sur la clôture, les hommes regardent entre les pièces de\nbois et les femmes poussent le nez devant la porte, tous voulant voir ce\nqui se trouve, non pas derrière le palis, mais derrière le mot : interdite. Et\nil y a la même chose que sur le terrain qui n'est pas enclos. Un peu de cela,\nmadame, se présente dans la valeur de votre personne, et aussi, comme\ncorollaire, dans le bonheur de votre ménage. Je suppose encore, pous vous\nramener chez vous après vous avoir fait promener le long des terrains à\nbâtir, je suppose que votre mari, vous voyant lasse, vous aide à vous dévêtir,\net vous voici, le jupon tombé, — en pantalon... oh! restez : je n'irai pas\nplus loin — Tiens ! dit monsieur, tu as mis le pantalon qui séchait hier sur\nla grille du jardin... Observez alors le froid que jette cette remarque. Tout\nle monde a vu le pantalon de sa femme... Il vous laissera continuer seule\nvotre déshabillement — et n'insistons plus.\n   Mais, diantre ! la chose est certaine, les maris aussi ont leur secret pro­\nfessionnel! Ils sont taillés pour le vaudeville ces trop bonnes pâtes d'époux\nqui disent à leur vieil ami : mais appelle donc ma femme Victorine ! et,\npour le sentiment qui nous occupe, je les place au même rang que ces\nprinces qui, lors de leur visite à l'Exposition de 1867. à Paris, couraient\ntous l'un après l'autre chez la même courtisane.\n   Encore une personne qui a bien gravement manqué aux devoirs de l'in­\ntimité la plus primordiale, c'est cette dame qui, il y a quelques semaines, a\naccouché dans l'express de Cherbourg, devant les employés très empressés !\nIl existe des manquements moins sérieux, heureusement.\n   Ainsi, autres délinquantes : ces femmes qui, voyageant avec leur mari,\nveulent à toute force parler aux commissionnaires et aux cochers ; et celles\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2882, "texte": "                                   — 291 —\n\n\nqui, au restaurant, donnent des ordres au garçon; l'Anglaise, ce modèle, ne\ns'adresse qu'à celui qui a l'honneur de l'accompagner, et celui-ci transmet\nl'ordre au servant. Le type féminin serait la femme née en France — parce\nqu'elle est gracieuse — et élevée en Angleterre — parce qu'elle acquiert\nune parfaite dignité. Ces détails par leur recherche même ont une expres­\nsion touchante, ainsi une mère qui, au lieu de jeter ses deux sous dans le\nchapeau tendu d'un vieux mendiant, envoie sa blonde petite fille y déposer\navec de la peur, la pièce de monnaie, ajoute un charme tendre et un peu de\nbonne confiance à la charité faite à ce souffreteux ; par cette innocente et\nsi chère entremise l'aumône ne tombe pas dans le chapeau gras, elle y\ndescend. Ainsi encore la maîtresse de maison qui, avant les longues tablées\ndes dimanches, à la campagne, ne confie pas à des doigts de bonne la fraî­\ncheur des fruits et la fragilité des pâtisseries, et veut préparer et décorer elle-\nmême le dessert dont les lenteurs sacrées sont l'accompagnement des plus\nlongues causeries.\n   On rira de ces petitesses. Je le sais. Mais leur négligence et leur mépris\npour certaines natures est cruel et vulgaire comme le bruit des sous qui\ntombent dans l'aumonière pendant les prières de la messe ; et ces riens sont\nsi gracieusement sensuels qu'ils laissent tomber, indifférente, la blagueuse\nraillerie des hommes forts qui prêtent une culotte et empruntent une pipe.\n   Voilà le sens subtil de l'intimité, le sens du chez moi, le sentiment d'une\npropriété morale, sens adorable, cajolant, féminin par ses chatteries\nsavantes et ses irrésistibles prévenances — qui sont comme des politesses du\ncœur.'J'envie grandement ceux qui serrent leurs pensées dans un coffre-fort\net qui gardent dans un solide tiroir des impressions écrites toutes fraîches.\nAprès une douzaine d'années on éprouve une joie si personnelle à ressus­\nciter ces souvenirs attendrissants comme ce qui est passé, et doux comme la\nmélancolie de penser à ceux qui nous ont oubliés. Egoïsme, diront les\nsévères. J'ouvre Spencer, La morale évolutionniste : « Avant l'existence\ndu plaisir altruiste, il faut qu'il y ait un plaisir égoïste, et, si la règle de\nconduite est la même pour tous, il faut que chacun soit égoïste à un point\nconvenable; il y a, en outre, cette conséquence, que pour arriver à la plus\ngrande somme de bonheur, chacun doit être plus égoïste qu'altruiste. »\nDonc, égoïsme, et puis? — Sensiblerie, diront les autres... Si vous voulez ;\nmais l'homme peut être plus qu'une pure application anatomique de la\nstatique et de la dynamique.\n   Autant j'admets, oui, l'orgueil de ceux qui font garder leur chasse, autant\nje sens la félicité de ceux qui gardent jalousement leurs idées et leurs affec­\ntions et qui veulent avoir, inviolé, le domaine privé de leurs sentiments.-\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "                                  — 292 —\n\nThéophile Gautier dit du poète d'Albert : « Il a, au fond de son âme, un\nsérail de belles idées qu'il entoure d'un triple mur, et dont il est plus jaloux\nque jamais sultan ne le fut de ses odalisques. Il ne met dans ses vers que\ncelles dont il ne se soucie pas ou dont il est rebuté; c'est la porte par où il\nles chasse, et le monde n'a que ce dont il ne veut plus. »\n   Ceux-là peuvent se donner le pénétrant plaisir de faire : « Je t'en\nratisse » à l'opinion publique en disant à la foule béante : ceci ne vous\nregarde pas.\n\n\n\n   Régal de gourmet : en juillet, ce mois d'or, passer des heures oisives dans\nune grande exposition de fleurs — et regarder les jeunes filles.\n   C'est le beau cadre, le vrai, dans lequel rayonnent idéalement les fraî­\ncheurs rosées et les regards doux, les tailles souples et les toilettes claires.\nLes fleurs attirent la femme irrésistiblement; depuis l'enfance, l'être fémi­\nnin est porté vers ces frêles mystérieuses qui sortent de la terre noire les\nadorées délicatesses. Entre elles et la femme, s'attache une parenté ; la\nfemme les protège parce qu'elle retrouve en elles de sa grâce et de sa fai­\nblesse, et elle aime leur parure ; avidement la fillette s'étudie à cette instinc­\ntive décoration de sa personne : le jour où elle sait placer la fleur, elle est\nfemme. Souventefois, admirant un bouquet simple, étendu familièrement,\nbien chez soi, sur un corsage rond, je me suis demandé des deux lequel\nétait fait pour l'autre ?\n    Mauvais madrigal à part, j'en tiens donc pour mon idée sur les expo­\nsitions florales Comme les réflexions s'abandonnent dans ces fantaisies\ndésordonnées, comme elles s'enlacent dans ces jeux indéchiffrables et, rêves\nen boutons, y fleurissent en jolis projets. Les pensées follement s'attachent\nà ces gerbes, grimpent, tournent, se sauvent, s'embrouillent, se perdent\net on se laisse entraîner dans la lâche séduction d'un étourdissement lent et\n fort. Le bruit des galets carillonnant le long des plates-bandes, les larges\n envolées d'odeurs, ces nonchalances affaiblies, balancées comme le pied\n blanc de Sara la baigneuse, belle d'indolence — c'est une griserie tout\n cela      Le monde se fond, s'évanouit, et l'on se sent emporté au pays des\n fantaisies étranges ; ivresse merveilleuse, emparadisante ! Surprises infinies\n que jamais on ne pourra voir toutes : un fouillis précieux de jolivetés, les\n feuilles d'un vert foncé saignant un filet rouge, les roses flamboyantes,\n l'œillet impératif avec sa longue aigrette jaunie, des tons inimaginés, des\n inventions simples, des fleurs en soie, en sucre, en satin, en tout, d'autres\n sur lesquelles il a neigé — et des détails surnaturels, comme les veines\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "                                  — 293 —\n\nsaumon-clair qui serpentent sous les longues feuilles rouges du Dracaena\ntermmalis. Dans le fond, une verdure ornementale, un décor de plantes\ngraves: les broméliacées, les orchidées, les aro'idées, les azalées et les yuccas\nhérissés, en arrêt, les pointes en avant.\n    Les nuances, dans leur pureté astrale, ont de vivants cajolements ; des\nmoiteurs tendres et traîtresses s'exhalent lourdes; une susurration chaude\nbruit doucement comme si les roses jasaient, et dans la magnificence pom­\npeuse des serres passe le vent de ces hautes panachures qui s'agitent comme\ndes plumes d'autruche éventant des paresses orientales. Les palmiers,\ndebout et balançant les bras, ont l'air de donner des bénédictions; les\nlauriers sont superbes comme des marchands de gloire; des buissons fleuris\npoussent comme des bouquets tout faits, et des pétarades de couleurs\npartent avec des éclatements de tons heurtés sur lesquels se découpent, fines\net aimantes, les fougères arborescentes. Des fleurs sont en feu, d'autres en\nsang, d'autres tout en or — aurea folia. Ce sont des fusées allumées dans\ndes pots de terre; au bout des longues finesses des pédoncules fléchissants,\njaillissent des boules rouges — au nitrate de strontium — et de gros boutons\nmystérieux attendent, comme des trucs de théâtre, un signal pour ouvrir\nleurs surprises au milieu des bégonias de bronze et de velours vert. Des\nplantes poussent comme des visions, follement, de tous côtés ; d'autres font\nsonger à un sonnet de Musset, et l'émerveillement s'étend dans cette\nfloraison féerique renouvelée toujours, exagérément diverse.'...\n    Et quelles inventions de noms curieux, simples ou cranes, quelles\ngrimaces de syllabes, quelle sonnerie de mots, les Pritchardia, les Chamae­\ncyparis Boursieri, les Imanthoplryllum miniatwn, quelle fantaisie antique,\net comme cela est en dehors de notre vie d'hier et d'aujourd'hui! Le Coleus,\navec ses feuilles pourprées étincelantes, bordées de jaune et de vert miroi­\ntant, semble se pavaner dans un riche lambeau du zaïmph sacré de la\n Rabetna, la déesse carthaginoise. A côté de lui, une grande inconnue aux\n airs frivoles, évaporés, se penche vers l'eau et s'admire devant une glace\n pure; d'autres étalent des feuilles comme des jupes, et, parées, atournées,\n vous regardent, la tête fière, impertinente; celle-ci a eu la coquetterie de\n lisérer de rouge le vert de sa robe pâle. Ce sont des détails de toilette,\n un tortillement de petites manières, des minuties de soins! Les fougères\n sont joliment peignées; quelques-unes ont de vrais bandeaux de cheveux\n bruns, et les Semperviva, par un fourmillement actif, s'arrangent, comme\n avec de petits doigts agiles, un gribouillis de plis gracieusement inextri­\n cables.\n    Pour le curieux sincère et patient, ce monde s'agite, remue, vit. Cela\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2976, "texte": "                                  — 294 —\n\n chante. La couleur est une musique des yeux : des groupements de tons\n frappent comme de visibles consonnances. Ces oppositions, ces heurts, ces\n ententes de colorations forment, par les hasards de leurs rencontres, une\n harmonie fantastique et un long chantonnement de nuances. La rose fleurit\n une claire mélodie sur le barytonnement des verts qui descendent dans le\n sombre grave : à ce moment, le sourire limpide d'une fille moqueuse monte\n comme une note bleue, folle, envolée, indisciplinée. A côté du Géant des\n batailles, le rose reprend sa musique, s'enfonce dans l'orangé, le vermillon,\n le sang-dragon, le lie-de-vin, tombe dans la basse profonde des boutons\n noir-sang, et tous les violets grimpent en roulades colorées jusqu'au blanc\n suprême et plaquent leurs accords dans ce grand air des couleurs.... Les\n sensations se brouillent en une molle confusion : on sent, hors de soi, des\n impressions douces, onctueuses, dominantes. Les couleurs se meuvent.\n Sont-ce les robes ? Sont-ce les fleurs ? Elles marchent, se balancent,\nembaument le vent et vous passent des caresses parfumées autour du cou....\n Les florales pâles ont des tendresses de chair, la rose carnée palpite, et des\nrosettes de rubans légers voltigent sur le Nidularium. Des yeux ont des\nreflets de myosotis. Les feuilles d'Araucaria forment des ombrelles grandes\nsous lesquelles, au frais, sont assises, les unes droites, les autres penchées,\ndes plantes dont les formes bizarres, évasées, rappellent ces feutres auda­\ncieux dont se coiffent les jeunes Américaines. Parfums et senteurs s'unissent\net s'évaporent au dessus de cette grâce falbalassée, enjolivée de pétioles et\nde verticilles, avec des retroussis coquets, des mèches tombantes et les plus\ntendres des soins féminins. Les fleurs sont en toilette. Les unes, blanches,\npoudrées; les autres, d'un blond-friture; d'autres, froides, se blottissent\ngracieuses comme la Frileuse de Houdon ; et, plus loin, celles dont les\ngrandes verdures se relèvent sur les bords et se retroussent, escalopées et\ncraignant la boue ainsi que la jupe d'une soigneuse ménagère. Comme de\nbeaux éventails, des feuilles découpées en dentelles avec des étoiles roses\nallumées au milieu, s'agitent et rafraîchissent les corsages de velours chif­\nfonné des belles fardées dont les lèvres gourmandes se soulignent de gros\ntraits à la sanguine. A côté du duveté des joues, au milieu des mines\néveillées et vivaces, s'ouvrent, pareils à des yeux, des ronds d'un azur doux\ncomme le bleu d'un lit de mariée. De grandes vigoureuses et saines, pom­\nmadées, avec de petites frisures au cou, tirent l'œil effrontément; leurs\nvoisines, aux longs cils frangés, sont benoîtement simples dans leur jupe\nd'étamine foncée et leur fichu bleu, tandis que les marguerites laissent voir\nles blanches finesses de leurs dents mignonnes à travers un sourire, et que\nles Népenthes font ballotter fièrement leurs longues breloques. Et partout,\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2737, "texte": "                                  — 295 —\n\ndans cette recherche de mises portées avec des ondulations de taille, règnent\nune noblesse et une distinction de ton qui sont comme des manières déli­\ncates et des élégances de gens du bel air. Au milieu de noms ronflants et de\ntitres allongés, plusieurs de ces beautés, belles comme des espérances, se\nnomment : Délices, Splendeur, Belle-Louise ou Gracilis, Émeraude ou\nSceptre d'or, et puis tout l'armoriai des duchesses et des marquises au petit\ndoigt relevé; quelques-unes, plus enjouées, plus folles, mettent carrément\nsur leur carte : Flamme de Punch, Boule de Neige, Carminata, Granit\nrose      Si les femmes s'appelaient comme les fleurs!\n   Ce joli ébahissement, ce caquet folâtre, cette montre de couleurs, ce\nmouvement de têtes qui s'avancent curieuses et coquettes, c'est une vie ; la\nvie d'une jeunesse tressaillante.\n   Et c'est une grande fête.\n   Etalées dans de gros pots comme en de bons fauteuils, calées, larges de\nla base, ces massives plantes grasses, assoupies, ventrues, aux pointes rébar­\nbatives, sont sérieuses comme de vieilles graves tantes... J'ai déjà vu ces\ntêtes-là le long des murs d'une salle de bal : elles sortent d'une robe de soie\nverte, et il leur pousse des moustaches. C'est frappant. Ce sont bien les\ngrosses bonnes dames qui font disparaître abondamment sorbets, punchs,\nsirops et gâteaux en surveillant leurs nièces, mignonnes gamines lancées\ndans la joie... Voici un vieux monsieur en lunettes d'or, la cravate blanche\net le nez jaune. Il vient, un carnet de bal, ou un carnet de notes, à la main.\nIl s'arrête près de la grosse tante; respectueusement il l'examine, avec poli­\ntesse cause, griffonne des mots... Laissons les gens d'âge ensemble et\namusons-nous toujours, mesdemoiselles les fleurs et vous, grandes fleurs,\nmesdemoiselles, mais ne raillons pas ce vieux sérieux : c'est un ancien fidèle\nde la maison, un familier; ne rions pas, car c'est lui qui vous fait, par un\ntravail patient, de si jolies parures, c'est lui qui dirige les jardiniers — ces\ncouturiers pour fleurs — et il représente la maman de toutes ces aimables\ndanseuses, la Science, maîtresse de ce salon. Elle a ordonné cette fête, et\nc'est aujourd'hui jour de grande réception.\n    Les fruits rondelets forment le groupe des papas bourgeois : voyez donc\nl'estomac satisfait du potiron, le gilet jaune de l'abricot et la bonne joue\nrouge de la pomme.\n    Dans ce coin tranquille, voici des plantes guindées déformées. Près de\ncette perche, gênée par sa taille longue comme des phrases qu'on ne sait\ncomment terminer, se réunissent quelques amies honteuses d'une mise un\npeu passée — des feuilles roses bordées de jaune, les grand'mamans trouvent\nque c'est encore très bien.\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2579, "texte": "                                  — 296 —\n\n   Rien ne manque, décidément. C'est une vraie fête, car voici, près des\nanémones mélancoliques, les tristesses, les douleurs... Elles ont voulu\nvenir, elles ont voulu assister à ce bal, le seul qu'elles verront. Ces fleurs\ncoupées, affaissées, baissent la tête et n'ont pas la force du rire. Leurs\npâleurs avivées étouffent. Elles sont nées ce matin et elles revêtent déjà,\nfrileuses et expirantes, ce jaune cruel — le deuil de la fleur — et leur\nlangueur profonde est doucement lugubre comme un cercueil de jeune fille.\nC'est le coin des larmes : la fête est complète ! On pleure, donc on vit ; on\nmeurt, donc tu es sincère, ô grand rêve éveillé dans l'éclat de ce luxe qui,\nsous chaque branche et sous chaque feuille, cache la grandesse froide de\nla Mort. Matérialité odieusement superbe, assez haute pour ennoblir les\nhideurs, faire sortir des rêves de tes saintes abjections et affoler de sublimité\nle passant faible qui écoute ce que disent ces beautés, comprend leurs\nparfums et leur répond en admiration.\n   Que les espoirs se reposent et amoureusement se laissent bercer sur ces\nlarges feuilles alanguies, faites pour la rêverie comme la joue est faite pour\nle baiser!... Que distinctement on entend passer des soupirs d'extase, des\nfrémissements impatients...\n    Mais la fête s'anime dans une griserie chaude : des rayons s'enflamment\nautour des globes rouges qui semblent des torchères, et des parfums\nsensuels, comme il en sort des corsages tièdes sous les lustres du bal, vous\n saisissent. Avec des inclinaisons qui sont des saluts, s'étale un triomphe de\n chairs tendres. De loin se confondent les roses et les joues... Où sont les\n lèvres? Où sont les corolles? Des compliments polis se disent aux jeunes\n personnes des plates-bandes, et l'admiration muette monte aux fleurs qui\n se promènent.\n    Il est temps de boutonner ses gants. Le mouvement bouillonne ; le tour­\n billon s'enroule dans un entraînement passionné, et des fleurs, la taille\n droite, l'éventail fermé, l'œil fixe, se savent regardées, et attendent.\n\n   Un gardien. On va fermer.\n   — Je vous remercie, je ne prends pas de rafraîchissements.\n   Le gardien. Ça m'est bien égal, mais il faut vous en aller.\n   — Impossible, cher monsieur. Vous voyez là-bas cette fleur splendide\ndont la robe est d'un si joli rose saumoné? c'est la comtesse de Choiseul ;\nelle m'attend pour la valse...\n   Le gardien. Vous êtes fou?... Si vous croyez que depuis ce matin je n'en\nai pas à crever, et que je vais m'amuser à rester pour vous dans cette puante\nexposition !\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "                                 — 297 - -\n\n  — Je voudrais, certes, vous obliger, mon ami ; mais je ne puis cependant\npas, pour vous faire plaisir, être grossier à ce point. Vous pouvez, du reste,\nparfaitement vous retirer...\n  Le gardien. Assez de bêtises comme ça. Vous allez filer, et tout de\nsuite...\n   — Je dois rester, absolument.\n  Le gardien fait un signe à un de ses collègues. Le visiteur, pris par les\ndeux bras, se laisse conduire à la porte. Il envoie, de loin, un long baiser\nà la belle fleur double du Bégonia.\n\n\n\n\n   Les voleurs, on les appelle des philosophes... eh! eh !... En ses heures\nde paresse, la conscience parfois se demande — bien bas — si tous ceux-là\ndont on touche au passage les coudes brutaux et pressés, méritent bien, en\ndéfinitive, un scrupuleux respect? Il est sublime, proclamons-le sans honte,\ncelui qui sincèrement ne s'y est jamais pris à deux fois pour peser sa\nloyauté, celui en qui l'honnêteté méticuleuse n'a jamais laissé un vague\nremords. A la fin, on s'emporte sous l'irritante piqûre de ces petits affronts\nque chacun est naturellement en droit de faire à tout inconnu. Dans les\ngares, des avis en plusieurs langues mettent en garde contre les filous, et,\nboutonnant leurs manteaux, les voyageurs veillent, regardant leurs voisins\navec des airs policiers... si c'était un de ces tire-laine qui rôdent par ici...\nDe même nous vivons au milieu d'une défiance générale, constante ; soup­\nçons agressifs dont la continuité obstinée agace, irrite et insufle la haine\nde ces gens prudents comme des fripons. A chaque pas, un doute insolent\nsoupèse votre probité. Vous faites faire votre portrait, — pour prendre un\n abonnement à une Exposition ou pour faire une surprise à votre femme,—\n le photographe est d'une amabilité empressée, mais il a placé, très évidente\n une pancarte : On dépose un à-compte en posant. Il craint de ne plus vous\n revoir. Une lettre, cachetée avant d'être remise au porteur, lui fait penser\n qu'elle serait sans doute intéressante à lire en route : cette précaution crée\n la faute — comme ces monuments qui sont salis précisément aux endroits\n où l'on a placé des grilles pour les protéger. En omnibus, une dame pru­\n dente met ses mains sur ses poches ou passe son porte-monnaie de l'autre\n côté en vous regardant sous le nez. Et ces précautions se prennent avec une\n arrogance naturelle, une effronterie frigide et implacable, comme si nous\n vivions dans un monde de marchands de programmes ; il faut les sentiments\n rouillés, endurcis et mal affilés pour ne pas se sentir froissé, et certes, une\n                                                                        19\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2957, "texte": "                                  — 298 —\n\n éducation un peu danubienne est maintenant une des conditions du bon­\nheur. Dans la vie, c'est comme au bésigue, tout ce qu'on dit il faut le\nprouver, vous annoncez quatre-vingts de rois, montrez-les. Accusations\nsourdes, lancinantes, d'une discrétion lâche, à laquelle il n'est pas permis\nde répondre du bout de la botte, et profitant de leur forme courante pour\nvous dire avec triomphe, à vous qui rêviez bien d'autres choses : Toi, mon\ngaillard, tu ne me tromperas pas. C'est encolérant; et puis cela finit par\nvous forcer aux mêmes soins vis-à-vis d'autrui. Vous arrivez devant un\nguichet, au théâtre ou à la station, et la buraliste garde dans ses doigts\ntenaces son morceau de carton jusqu'à ce que l'argent bien compté soit\naligné, vous montrant sans détour que vous pourriez être un escroc, et,\nbonne âme, vous vous dites : c'est prudent, il y a tant de drôles... eh!\nmais, précisément, mon voisin pourrait bien... Et vous passez au suivant\nle compliment qui s'en va circulant de proche en proche, et c'est ainsi que\ntoutes les personnes qui entrent au théâtre ou montent en wagon se jettent\ndes regards méfiants. Vous arrivez à l'hôtel; le plus saillant, dans votre\nchambre, est un avis en lettres d'affiche : Messieurs les voyageurs qui n'ont\npas de bagages sont priés de payer comptant... Mais cela ne donne-t-il pas\ndes envies d'arriver avec une vieille caisse de cailloux ? Ces clefs et ces ver­\nrous dont on entend sans cesse l'agaçante ferraille nous emprisonner et\nnous garder à vue, inspirent au plus loyal des rages d'effraction et de\nreprésaille. Nous ressemblons trop à ces Napolitains qui jouent à la bris­\ncola à cheval sur un banc et commencent la partie en plantant leur poi­\ngnard dans le bois : premier avis à l'adversaire. Nos relations sont ainsi\noutrageantes; ce sont de menues injures courantes, très ordinaires, de jolis\nsoufflets qui ne font pas de bruit; et ce qui, plus que d'habitude, fait que\nnous ne nous en froissons pas, c'est que, ces soufflets, chacun les entend\nsur la joue du voisin et jamais sur la sienne. On ne songe pas qu'en soup­\nçonnant tout le monde ont doit bien avoir un peu son tour. Cela horripile,\net la joie furieusement satisfaisante, de tromper ces prudences en armes et\nde leur jouer un tour, ne serait-elle pas une explosion d'honnêteté, une bonne\nvengeance qui soulage?... Et, pour donner l'exemple de cette confiance que\nje souhaite envers le prochain, je me demande s'il ne se pourrait être que les\nfilous fussent des hommes dont la nature de choix est mise en rage par\nnotre méfiance, des cœurs excellents qui se vengent?... Comme il existe pas\nmal de filous, cela prouverait au moins que l'humanité a beaucoup de bon.\n   Mais pourquoi vivons-nous dans cette position de tireurs en garde? Notre\népoque a tant multiplié les relations, si bien mêlé les peuples, et nous avons\nmaintenant chacun une si grosse collection d'amis que nous sommes obligés\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2900, "texte": "                                  — 299 —\n\nde prendre des mesures défensives. Nous avons grand'faim tous, et nous\nnous mangeons les uns les autres, entre amis. Nous avons constitué une\nlarge société de pillage mutuel ; il faut être volé, dépouillé, sans résistance\npossible. La sagesse est de choisir ses amis ; celui-ci vous plaît, son carac­\ntère s'emboîte bien dans le vôtre, que ce soit lui plutôt qu'un autre qui\nvous attaque et profite de vos dépouilles; vous faites de lui votre ami,\nd'autant plus intime que vous avez pu remarquer de son côté certaines\nfaiblesses, certaines qualités, au moyen desquelles vous pouvez espérer ne\npas être tout à fait inférieur dans cette lutte d'affection. Nous avons trop\nd'amis— nous ne les connaissons plus tous — voilà pourquoi nous sommes\nforcés de vivre en état de défense et de poster tout autour de nous des pré­\ncautions comme des sentinelles. Les attaques ont des sournoiseries qui\nrient, les morsures sont affectueuses, et tout se passe suivant les règles de la\nbonne société, sous une dissimulation aimable, parfumée de politesse, et\ntraîtresse comme un rhume de cerveau. Mais certaines gens repoussent cette\ndissimulation, et vont au dessus de ces soupçons dont ils se moquent et\ncarrément ils disent : prenez garde, nous volons. On les appelle des philo­\nsophes... e h ! e h !\n   Ces philosophes font fi de notre droiture et dédaignent notre considéra­\ntion ; ils se moquent de notre Société : un mêli-mêlo de banquistes, d'apo­\nthicaires, de somnambules, de reporters, d'ingénieurs, de barbiers et de\nfaiseurs de tours de gibecière, et pour rien au monde ils ne voudraient faire\npartie des honnêtes gens ; ils ont un superbe mépris pour cette catégorie\nd'individus, un mépris à cinq étages. Les honnêtes gens ! ces banquiers en\ncaoutchouc que rien ne peut ruiner, ces exotiques personnages qui, sans\nmoyens d'existence connus, reçoivent princièrement et auxquels on n'ose­\nrait faire avanie, ces veuves qui pleurent à verse des maris qu'elles ont\nimpérialement trompés, ces fonctionnaires qui s'élaborent de jolis profits\net le pouvoir qui ne flanque pas tout ça à la porte parce que le bruit ferait\ndu tort au parti... tous d'honnêtes gens! Ces critiques d'art qui ont chez\neux des tableaux de tous les peintres dont ils encensent le talent, ces poètes\nlarmoyants dont les soupirs s'évaporent dans les errances éthérées et qui,\nleur aérostation déclamée, rentrent chez eux, passent un gilet de flanelle\npardessus leurs ailes, comptent la recette et rossent leur concubine, ces\nprofesseurs de musique dont les mains infatigables polissonnent dans les\ncorsets de leurs élèves, ces grands d'Espagne réduits à blanc d'estoc et\ntenant écuries de courses, seigneurs honorés qui, sans un rouge liard,\nvivent en millionnaires aux frais de leurs croquants de fournisseurs, et ces\nbons vieillards doucereux, élus académiciens parce qu'ils sont de braves\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2988, "texte": "                                   — 300 —\n\ngens qu'il faut faire connaître un peu, et le prolétaire d'assommoir qui\nrevendique ses droits en méconnaissant ceux des autres, et son frère, le\nbrave ouvrier qui pille les boulangeries ayant des pièces d'or dans sa poche,\net aussi ces barons décavés mettant leur couronne sur des têtes de demoi­\nselles mûres qui ont réalisé une jolie fortune en travaillant de leur per­\nsonne... Tous d'honnêtes gens auxquels il ne faudrait pas marcher sur le\npied, morbleu! Dans le monde, ce sont ces ménages huppés, enchevêtrés\nles uns dans les autres par un adultère réciproque très reçu, au point qu'ils\nne s'y reconnaissent plus bien ; en public, c'est l'attention et les premières\nloges occupées par des filles que paient d'honnêtes gens très enviés ; dans la\npresse, ce sont de fades journaux bénins et velouteux, ne disant de mal de\npersonne, écrits avec de l'orgeat, ils font d'excellentes affaires et ils ne s'en­\nthousiasment qu'à la quatrième page célébrant, dans des boniments de\nqueue-rouge, des liqueurs qui font ressusciter; dans la vie, c'est la protec­\ntion installant des marchepieds commodes devant des niais incapables et\ndangereux, et octroyant à tous les membres de la famille de bons fauteuils\ndans des administrations solides... Avec les grands cœurs on trouve tou­\njours moyen de s'arranger; ils ne détestent pas les accommodements, depuis\nle pur Bossuet qui écrivait les Elévations sur les Mystères et pinçait M lle de\nMauléon jusqu'à ce froid positiviste qui meurt tendrement dans les bras de\nson vicaire. Comme cela, tout autour de nous, il n'y a que d'excellentes\ngens ; tout le monde veut en être : ces moralistes indignés qui font pour­\nsuivre les laitiers parce qu'ils ajoutent de l'eau à leur lait et qui laissent en\npaix d'honnêtes épiciers fabriquer du café avec de la terre glaise — ô pro­\ngrès ! — et transformer les denrées coloniales en poisons, ces présidents de\nsociétés de tempérance qui organisent des banquets mensuels, ces aventu­\nriers pour lesquels il a fallu chercher des noms dans les langues étrangères,\net tous ces jeunes gens odoriférants qui se targuent d'une délicatesse con­\nsommée parce qu'ils ont fait porter par un groom au commissaire de police\nun porte-monnaie trouvé sur un trottoir — et qui séduiront chevaleresque-\nment la sœur d'un ami ; et encore, ces bonshommes prodigues de protesta­\ntions sans frais et qui, du ton le plus naturel, abusent de ce que le Destin\nest un sourd pour lui faire de généreuses propositions : je donnerais dix ans\nde ma vie! — farceur, donne donc dix sous aux pauvres. Enfin, c'est pour\nles scrupules de la conscience publique que nous avons créé de consolants\neuphémismes comme : l'art de guérir ; au lieu de : petits tripotages, nous\ndisons : la politique ; et au lieu de ce vilain mot : mensonge, nous avons\nce mot doré : diplomatie. L'intérêt prend des travestis coquets, irrésistibles\net se fait galantin. Non, pas un vice, pas un défaut que l'honnêteté pudi-\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "                                 301\n\nbonde n'ait habillé d'un terme joli, costume décent devant lequel tous les\nchapeaux se tirent. Ce sont des transactions aimables, des accommodements\nqui finissent par nous faire prendre, en fait de gloires et de réputations, des\nvessies pour des soleils; de cette façon on trouve parfaitement d'honnêtes\ngens pour s'atteler à toutes les besognes et, dans la complaisante sérénité\nde leur conscience, ils se donnent grandement du respect les uns aux autres,\niis jouent la comédie de la considération et font, enfin, de l'honnêteté une\nhabileté qui jongle avec des articles de code sans les casser — comme avec\ndes assiettes.\n   Et cependant — singularité ! — la formule que l'on entend le plus, res­\nsassée sur un mode lamento, c'est : les honnêtes gens sont si rares! Tout le\nmonde la répète cette plainte, il faut donc croire que les filous s'en mêlent\naussi, ce qui montrerait que beaucoup de braves voleurs ne cachent pas la\ndésolation que leur inspire l'aspect de la société — ou bien que, parmi les\nhonnêtes gens, il y aurait pas mal de dissimulés, jolis drôles qui font les\nbons apôtres. Ce serait alors à prendre l'honnêteté pour un extérieur qu'on\nse donne, quelque chose comme une mise de rigueur sans laquelle on est\nmal reçu : l'honnêteté serait en usage...\n   Mais à cet usage des originaux ne se soumettent pas; ils trouvent que les\nhonnêtes gens c'est trop mêlé, et ils s'écartent. Avec une franchise qui nous\nchoque, ils ne respectent pas ces traditions courantes : entre l'estime de ces\nhonnêtes familles et la prison, ils choisissent la prison pour faire vivre les\njuges et les avocats — chers cœurs! — et ils volent; ces voleurs : on les\nappelle des philosophes... eh, eh!...\n\n\n\n\n   Maintenant qu'une prudence malhonnête nous a dit de faire mettre des\nboutons aux poches de nos culottes, ce ne sont plus les pièces de vingt sous\nqui se perdent, — ce sont les millions qui disparaissent avec une subtile\nprestesse. Tandis que le commerçant placide, sa journée finie, sa porte\nverrouillée et la recette alignée dans le coffre-fort aux secrets multiples,\ns'étend aux côtés de sa ronde compagne et s'endort, le casque à mèche\nramené sur le nez, ses économies, parties pour les vastes entreprises,\ndansent une sarabande délurée et mènent une jolie vie !... Il faut que tout\nsoit imposant, grandiose; on se met donc à plusieurs, on se cotise pour faire\nune perte raisonnable dont on puisse décemment parler. Telle est la mis­\nsion de la Finance : réunir les petits porte-monnaie pour confectionner un\nkrach à sensation.\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2919, "texte": "                                  — 302 —\n\n\n    C'est l'universelle croisade de l'or. Il n'est si maigre manant qui, sentant\n quelques écus sauteler dans son gousset, ne s'enfle tout de suite comme\n une grenouille qui aurait lu les fables de La Fontaine ; et vite ces petits\n serfs viennent prendre du service aux guichets des barons de la finance ; ils\nveulent tenir garnison dans les banques, ces forteresses de la liquidation ;\n et, sous la bannière du seigneur de l'escompte, les frêles fortunes s'en vont\n à travers les hasards des opérations à terme, à la conquête des différences\n alléchantes. Mais combien restent sur le carreau, de ces magots aventureux,\n et ne reviennent plus vers la chaussette qui était leur foyer paternel !\nTant pis! la bagarre est ardente et l'on marche sur les morts — s'ils ne se\n font pas « reporter ».\n    La Bourse est le champ de bataille, et les capitaines, soldats d'aventure,\nsont de vieux routiers habiles à la parade sous une couverture en espèces ;\neffrontés comme des gens qui se sentent la poche pleine, ces braves, enri­\nchis après faillite, hâblent et vantent abondamment leur délicatesse,\ncomme ces chauves qui parlent toujours de la chevelure extraordinaire\nqu'ils ont eue... » Comparer la Bourse à la forêt de Bondy est un préjugé\nabsurde, disait Noriac, puisqu'il y a des gendarmes dans la forêt. » Dans\ncette halle aux fonds publics, librement, avec une galanterie audacieuse, le\nboursicotage secoue de l'or au nez des passants et leur fait, avec un signe\nqui frotte le pouce sur le bout de l'index, des propositions aimables. Ces\npromesses raccrochent et amènent les bourses assoiffées dans le mauvais\nlieu où se tripotent la frime et le report, où la fortune lascive se laisse\ncaresser par toutes les mains. Là, au milieu du brouhaha, dans un jargon\nspécial, avec des procédés techniques et des signes mystérieux pour le\nprofane, une foule opère, vend, achète, revend, trafique et triture cet amon­\ncellement de papiers dans lequel flambent les fortunes. Dans la masse\nagiotante circulent, insinuants et insaisissables, les juifs — ces anguilles de\nla finance. D'autres clament et se déclarent les plus forts, lancent des pro­\nmesses extravagantes et brassent de grosses affaires... Désolante faiblesse,\nc'est surtout en ces questions graves de revenus, d'avenir, engageant le\nbonheur d'une famille, que nous sommes niaisement portés à ajouter foi\nau jugement qu'un homme débite carrément sur soi-même. Nous entrerons\nde préférence dans un de ces magasins qui, en belles lettres dorées, s'an­\nnoncent comme « maison de confiance » — mais demandez donc au voisin\nsi sa boutique n'est pas aussi une maison de confiance..., alors pourquoi\ncet avis qui ne signifie rien? Parce que nous avalons le qualificatif jeté\neffrontément ; c'est un piège sûr qui prend aussi bien les vieux singes que\nla masse bêlante des petits béjaunes économes. A ce sujet, une histoire : il\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2480, "texte": "                                 — 303 —\n\n\ny avait une fois une administration dont un membre possédait de gros inté­\nrêts dans l'exploitation d'un nouveau système d'éclairage électrique ; ce\nmembre fit un rapport proposant l'éclairage des installations au moyen du\nsystème qui lui était cher, et il terminait : enfin, Messieurs, la dépense\nd'établissement s'élèvera à dix-huit mille francs..., dix-huit mille francs,\nbigre! — Rejeté. Quinze jours plus tard ce même membre relut son rapport\net il terminait : enfin, Messieurs, la dépense d'établissement ne s'élèvera\nqu'à dix-huit mille francs      qu'à dix-huit mille francs! — Adopté.\n   Le mot possède cette puissance illusionnante et tout le monde n'est pas\nbien convaincu, au fond, que le kilo de plumes pèse bien autant que le kilo\nde plomb. Ces mots insidieux sont les ailes qu'on attache aux mauvaises\nentreprises; ainsi les affaires se lancent. Des rapports dans lesquels les\nadjectifs scintillent comme des miroirs à alouettes, établissent, chiffres et\ndécimales à l'appui, des rendements mirobolants ; comme exactitude, cela\nressemble aux batailles représentées dans les journaux illustrés, et ces géné­\nreuses promesses sont de la famille des protestations calligraphiées — ou\nsaligraphiées — au dos des photographies. Les mots nous ruinent, et le\ncapitaliste mordra à cet hameçon doré, parce qu'il a faim de dividendes ;\ntoute notre existence sonne la monnaie : l'or convoité est le grand levier,\npuisque tout s'achète dans ce siècle à vendre. Les conceptions les plus\naventureuses trouvent à faire souscrire leurs titres, les plus vastes exploi­\ntations sont voulues et consenties par le public actionnaire — et l'imbécile\npauvre et narquois, arrête sa méditation interloquée, trouvant — ô illo­\ngicité! — que c'est dans les histoires qui ne tiennent pas ensemble qu'il y\na le plus de colles... Ces étrangetés, ces dislocations à surprises, ces\ncabrioles financières produisent des singularités, des controverses surpre­\nnantes, des subtilités tortueuses comme l'exception de jeu ; et on rencontre\ndes farceurs qui, pour arrondir une somme de fr. 13,000-63, posent :\n10,000 francs et laissent religieusement les 63 centimes; on découvre des\nconsciences sur lesquelles une pièce de dix sous pèse beaucoup plus que\ncinquante mille francs, — mais ce qu'on ne trouve pas — le phénomène\nserait stupéfiant, — c'est un banquier qui ne parle pas l'allemand.\n\n    (A suivre).                                 JAMES VAN DRUNEN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 304, "page_fin": 305, "titre_corps": "Bénédiction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Khnopff", "ancre_debut": "BÉNÉDICTION", "ancre_fin": "GEORGES KHNOPFF", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 331, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "BÉNÉDICTION\nLa blanche Poésie, épouvante des Mères !\nL'adolescent nimbé d'azur et de chimères,\nLe bel enfant pensif, l'effroi de leurs Parents !\n Combien de mots ailés, de soupirs implorants,\nMurmurèrent tout bas tes vibrantes douleurs,\n O toi qui n'as connu que la bonté des fleurs !\nMaudits, tes cheveux blonds! Maudit, ton front superbe !\nL'avare pèse l'or dans le poids de la gerbe;\nLes parents pèsent l'or dans les cheveux d'enfants.\nEt s'ils vont dans la vie, calmes et triomphants,\nL'âme pleine de lys, rêvant de choses blanches,\nLoin du bruit de la foule et sous l'ombre des branches,\nAvec les papillons, les oiseaux et les vers,\nIls sont maudits, ils sont ingrats, ils sont pervers !\nNul glaive n'est assez tranchant pour leur supplice;\nNul poison assez acre au fond de leur calice,\nIls ignorent, le soir, le sourire des Mères!\nEt dans leurs yeux profonds point de larmes amères\nN'obscurcissent le ciel dont ils sont descendus.\nPour l'idéal brisé, pour les rêves perdus,\nO pur évangélisme, ô résignation !\nLeur main incline encor sa bénédiction.\nDoux Seigneur, ils ont pris sur tes brûlants autels\nCette Lyre où dormaient des sanglots immortels,\nPris cette âme enfantine et jusqu'aux bords remplie\nDe naïve indulgence et de mélancolie ;\nC'est Dieu qui leur apprit à se mettre à genoux,\nAveugles tourmenteurs inhumains, devant vous,\nN'ayant dans la douceur de leur œil transparent\nQue le désir d'aimer et le songe enivrant;\nC'est pour vous que cette âme ignorée et choisie\nCueillait innocemment les fleurs de poésie ;\nC'est pour vous qu'ils foulaient de leurs petites mains\nLes clartés de la vigne et les pourpres des roses,\nQu'ils étaient ces agneaux bêlants dans les chemins,\nPomponnés de grelots et de bouffettes roses!\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1540, "texte": "                         — 305 —\n\nLes laisser blancs et purs, dites, c'était si doux,\nLes laisser s'endormir, le soir, sur vos genoux.\nOh! laisser dans leur âme un amour bien vivant,\nAlors que l'amour même, ô délire, se vend,\nLorsque l'espoir humain ne sait plus que descendre'.\nDans l'encensoir éteint, laisse rêver la cendre;\nDans l'enfant endormi, laisse rêver l'amour :\nPeut-être un feu divin le rallumant, un jour\nFera jaillir la flamme et bleuir les parfums?\n\nPriez en souvenir des poètes défunts !\nPuisqu'ils n'ont pas compris, ces pères et ces mères,\nOù t'emportait l'essor des fuyantes   chimères,\nQue pour tant d'innocence et de candide orgueil\nTu n'as eu que des mots de haine, et pour ton deuil\nLes jappements des chiens et les fouets des bourreaux;\nPuisqu'ils ont eu la crainte étrange d'un héros\nHaussant son casque d'or dans le calme des deux,\nAh ! puisqu'ils ont eu peur de te fermer les yeux,\nPuisqu'ils ont peur du Grand, puisqu'ils ont peur du Beau,\nAh! puisqu'ils t'ont couché tout vivant au tombeau,\nJe veillerai, pieux, ta cendre et ta mémoire,\nJe mettrai sur ton front les palmes de la gloire,\nGrand poète insulté de lâches funérailles !\nLe ciel a couronné l'enfance que tu railles;\nDemain purifiera les hontes d'aujourd'hui!\nVois, ce qu'ils adoraient est presque évanoui.\nMais devant ces lauriers que le temps va jaunir,\nMais devant ces affronts, l'ironie et l'insulte,\nEnroule autour de toi la pourpre de ton culte\nEt ne lève les mains, enfant, que pour bénir !\n                                     GEORGES KHNOPFF."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 306, "page_fin": 308, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Prix fr 7 50", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 98, "texte": "MEMENTO\n   "}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 135, "texte": "Les Vieilles actrices et Le Musée des"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 231, "texte": "Antiques, par J. 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Nous y sommes allés tout de même, et"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 1631, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "nous nous réservons de reparler d'eux plus"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 1724, "fin_caractere_exclue": 1767, "texte": "longuement, quand leur société sera consti­"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 1818, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "tuée et leur union consolidée Puisse-t-elle"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 1912, "fin_caractere_exclue": 1930, "texte": "faire leur force !"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 2027, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": "N. B. On nous demande si les dames sont"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 2117, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "admises à faire partie de la société? R.S.L.P."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 2350, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "Le Livre du Désir, par la princesse"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 2436, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "Anna I. Dinska, poèmes en prose, illus­"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 2526, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "trés par et d'après les grands maîtres,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 2616, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "300 figures, in-4° elzévirien, tiré à 517 exem­"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 2714, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "plaires. Librairie des auteurs modernes :"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 2806, "fin_caractere_exclue": 2816, "texte": "10 francs."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 2870, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "Que peut contenir cet in-4 0 rose et or,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 2961, "fin_caractere_exclue": 3002, "texte": "dont la couverture, signée Louis Legrand,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 3053, "fin_caractere_exclue": 3096, "texte": "représente un enfant qui veut la lune et un"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 3147, "fin_caractere_exclue": 3187, "texte": "amour dont on coupe les ailes? A la pre­"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 3238, "fin_caractere_exclue": 3277, "texte": "mière page ornée d'un adorable encadre­"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 3328, "fin_caractere_exclue": 3367, "texte": "ment du maître émailleur Claudius Pope­"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 3418, "fin_caractere_exclue": 3462, "texte": "lin, on lit : «... Ecrit en russe, il devait"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 3513, "fin_caractere_exclue": 3555, "texte": "paraître à Moscou ; mais on m'a assuré que"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 3606, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "les censeurs de Notre Père le Tsar trouve­"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 3699, "fin_caractere_exclue": 3742, "texte": "raient du nihilisme entre les lignes et di­"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 3793, "fin_caractere_exclue": 3809, "texte": "raient « veto »."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 3863, "fin_caractere_exclue": 3906, "texte": "« Lors, j'ai traduit mon livre en français,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 3957, "fin_caractere_exclue": 3999, "texte": "et à quelque chose, la censure tsarine est"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 4050, "fin_caractere_exclue": 4086, "texte": "bonne; devenues poèmes en prose, mes"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 4137, "fin_caractere_exclue": 4175, "texte": "poésies m'ont paru meilleures ou moins"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 4226, "fin_caractere_exclue": 4267, "texte": "mauvaises et se rattacher — oh! très loin"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 4318, "fin_caractere_exclue": 4361, "texte": "— à quatre très beaux livres de prose fran­"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 4412, "fin_caractere_exclue": 4453, "texte": "çaise : le Gaspard de la nuit, d'Aloysius"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 4505, "fin_caractere_exclue": 4544, "texte": "Bertrand, les rythmes oubliés de Barbey"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 4595, "fin_caractere_exclue": 4635, "texte": "d'Aurevilly, les poèmes en prose de Bau­"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 4686, "fin_caractere_exclue": 4728, "texte": "delaire et la lanterne magique de Théodore"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 4779, "fin_caractere_exclue": 4823, "texte": "de Banville »; et plus loin « Mon effort est"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 4874, "fin_caractere_exclue": 4918, "texte": "celui d'une étrangère à se faire aussi Pari­"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 4969, "fin_caractere_exclue": 5008, "texte": "sienne que possible, acceptez, dames de"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 5060, "fin_caractere_exclue": 5101, "texte": "France, ces fleurs françaises, écloses en"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 88, "texte": "serre russe et que vous offre d'ardente"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 146, "fin_caractere_exclue": 171, "texte": "sympathie, une barbare. »"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 240, "fin_caractere_exclue": 281, "texte": "Voilà le premier mot du livre et voici le"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 302, "fin_caractere_exclue": 310, "texte": "dernier."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 395, "fin_caractere_exclue": 432, "texte": "« Ennuyée ou amusée que tu sois, lec­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 486, "fin_caractere_exclue": 532, "texte": "trice, l'épigraphe d'entre les lignes, était :"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 574, "fin_caractere_exclue": 616, "texte": "la princesse s'amuse, et je te dis gamine­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 668, "fin_caractere_exclue": 703, "texte": "ment : la princesse s'est amusée. »"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 855, "fin_caractere_exclue": 891, "texte": "Critiquez donc doctement avec un au­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 942, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "teur qui vous rit au nez ? Et cependant"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 998, "fin_caractere_exclue": 1038, "texte": "entre la prétention du début, et le « je"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1039, "fin_caractere_exclue": 1082, "texte": "m'en moque » de la fin, il faut y regarder."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1134, "fin_caractere_exclue": 1173, "texte": "Peut-être, venant dans l'énorme tas des"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1224, "fin_caractere_exclue": 1269, "texte": "puérils livres d'étrennes, ce Livre du Désir,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1315, "fin_caractere_exclue": 1359, "texte": "est-il rehaussé par la banalité des autres ?"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1405, "fin_caractere_exclue": 1450, "texte": "Peut-être son originalité de destination, car"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1495, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "il est seul avec son Altesse la femme, à"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1565, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "s'adresser aux mondaines? Peut-être son"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1646, "fin_caractere_exclue": 1686, "texte": "origine russe? Tous les « peut-être » de"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1739, "fin_caractere_exclue": 1779, "texte": "mysogénie littéraire n'empêchent pas que"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1780, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "l'on soit singulièrement pris par ces poèmes"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1857, "fin_caractere_exclue": 1901, "texte": "en prose, écrits à la diablesse et qui déga­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1946, "fin_caractere_exclue": 1986, "texte": "gent une odor di femina, mais avec quel­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2040, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "que chose à la fois de subtil et de plus"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2133, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "fauve que chez nos Françaises."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2225, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "Ce qui saute aux yeux, à toute page,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2309, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "c'est un bâillement d'ennui, prêt à tout;"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2400, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "une grande dame, un jour de pluie au mo­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2492, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "ral a égratigné du papier, et détendu ses"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2583, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "nerfs à changer sa moue en rictus Baude­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2638, "fin_caractere_exclue": 2682, "texte": "lairien. Ni rose, ni bleue, ni verte, singu­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2683, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "lièrement noire, est l'encre du Livre du"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2758, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "Désir: l'ironie du Zodiaque parisien et des"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2858, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "Désirs modernes, avoisinent parfois le"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2897, "fin_caractere_exclue": 2937, "texte": "grand sarcasme des Fleurs du Mal. L'iro­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2975, "fin_caractere_exclue": 3017, "texte": "nie à jet continu est d'une rareté extrême"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3077, "fin_caractere_exclue": 3120, "texte": "dans les œuvres féminines, surtout l'ironie"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3171, "fin_caractere_exclue": 3212, "texte": "visant les concepts et non les personnes;"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3268, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "eh bien! pour la nature d'esprit, non pas"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3361, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "pour l'envergure bien entendu, la princesse"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3545, "fin_caractere_exclue": 3581, "texte": "Dinska est — une Mademoiselle Baude­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3582, "fin_caractere_exclue": 3588, "texte": "laire."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3773, "fin_caractere_exclue": 3813, "texte": "Il faut lire les vingt poèmes des Peines"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3964, "fin_caractere_exclue": 4006, "texte": "perdues pour comprendre cette ironie russe"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4007, "fin_caractere_exclue": 4048, "texte": "qui n'est ni de l'humour, ni de l'ironie,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4204, "fin_caractere_exclue": 4243, "texte": "mais quelque chose de particulier et de"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4300, "fin_caractere_exclue": 4324, "texte": "nouveau, indéfinissable."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4424, "fin_caractere_exclue": 4461, "texte": "Quoique le Livre du Désir ne soit pas"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4514, "fin_caractere_exclue": 4558, "texte": "du tout un livre enfantin, il est d'une por­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4616, "fin_caractere_exclue": 4658, "texte": "tée si désillusionnante qu'on peut le dire"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4708, "fin_caractere_exclue": 4749, "texte": "moral et propre aux plus prudes personnes"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4810, "fin_caractere_exclue": 4845, "texte": "du sexe auquel M. Legouvé devait sa"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4909, "fin_caractere_exclue": 4914, "texte": "mère."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5110, "fin_caractere_exclue": 5152, "texte": "Si bizarre est le texte, l'illustration ne"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5153, "fin_caractere_exclue": 5191, "texte": "reste pas en deçà; on tombe de Georges"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5343, "fin_caractere_exclue": 5382, "texte": "Clairin à Léonard de Vinci, de Béraud à"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5443, "fin_caractere_exclue": 5486, "texte": "Fra Angelico ; d'une frise de Saint-Aubin à"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5543, "fin_caractere_exclue": 5583, "texte": "une onciale gothique, et les puristes se"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5625, "fin_caractere_exclue": 5666, "texte": "blesseront de la profusion même des orne­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5826, "fin_caractere_exclue": 5863, "texte": "ments typographiques et des figures à"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 145, "texte": "toute page ; mais il fallait suivre les poèmes,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 195, "fin_caractere_exclue": 236, "texte": "et partant reproduire leur disparate dans"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 286, "fin_caractere_exclue": 301, "texte": "l'illustration."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 354, "fin_caractere_exclue": 391, "texte": "Tiré à petit nombre, ne devant jamais"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 441, "fin_caractere_exclue": 485, "texte": "être réimprimé, je conseille à tous les ama­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 535, "fin_caractere_exclue": 573, "texte": "teurs de le posséder comme œuvre typo­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 623, "fin_caractere_exclue": 667, "texte": "graphique et l'illustration sans analogue et"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 717, "fin_caractere_exclue": 761, "texte": "je conseille à toutes les dames de le possé­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 811, "fin_caractere_exclue": 851, "texte": "der aussi comme une des plus singulières"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 901, "fin_caractere_exclue": 941, "texte": "éclosions de la plume féminine contempo­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 991, "fin_caractere_exclue": 997, "texte": "raine."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1091, "fin_caractere_exclue": 1130, "texte": "Seul peut-être à rendre un arrêt, j'es­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1180, "fin_caractere_exclue": 1223, "texte": "time, que tout en restant un ouvrier litté­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1273, "fin_caractere_exclue": 1314, "texte": "raire qui sait mal son métier et qui s'en"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1364, "fin_caractere_exclue": 1404, "texte": "moque — la princesse Dinska ne peut être"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1454, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "désignée que par ces deux mots, se dimi­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1544, "fin_caractere_exclue": 1564, "texte": "nuant l'un l'autre :"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1617, "fin_caractere_exclue": 1645, "texte": "« Mademoiselle Baudelaire »."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1733, "fin_caractere_exclue": 1738, "texte": "J. P."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1853, "fin_caractere_exclue": 1856, "texte": "***"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1908, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": "A côté de situations rasantes, surra­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1995, "fin_caractere_exclue": 2039, "texte": "santes et contrerasantes, la direction d'une"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2089, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "revue en présente souvent d'infiniment dro­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2182, "fin_caractere_exclue": 2221, "texte": "latiques. C'est ainsi que nous recevons"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2271, "fin_caractere_exclue": 2308, "texte": "périodiquement les oeuvres d'un poète"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2358, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "incompris, imprimées sur cartes de visite"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2449, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "et adressées par petits paquets charmants."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2544, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "Voici une de ces cartes, prise dans le"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2632, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "tas :"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2750, "fin_caractere_exclue": 2757, "texte": "HOMMAGE"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2807, "fin_caractere_exclue": 2857, "texte": "A UN ILLUSTRE BIENFAITEUR DE L ' H U M A N I T E ."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2967, "fin_caractere_exclue": 2974, "texte": "Sonnet."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3051, "fin_caractere_exclue": 3076, "texte": "Homo sum, et nihil humani"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3150, "fin_caractere_exclue": 3170, "texte": "a me alienum puto..."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3220, "fin_caractere_exclue": 3267, "texte": "S'il est des gens sans foi, cupides, inhumains,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3317, "fin_caractere_exclue": 3360, "texte": "Insensibles et sourds aux préceptes divins,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3410, "fin_caractere_exclue": 3451, "texte": "Hommes au cœur de fer, l'âme galvanisée ;"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3501, "fin_caractere_exclue": 3544, "texte": "Dans tout trafic impur, ardents à la curée."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3631, "fin_caractere_exclue": 3671, "texte": "Subtils agioteurs, accumulant des biens,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3721, "fin_caractere_exclue": 3769, "texte": "Pour qui tout un poème est dix fois mille riens,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3821, "fin_caractere_exclue": 3864, "texte": "ui devant le Veau d'Or, la face prosternée,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3917, "fin_caractere_exclue": 3963, "texte": "'invoquent que ce dieu dans leur prière athée."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4056, "fin_caractere_exclue": 4103, "texte": "Je connais un héros ! de sentiments meilleurs :"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4153, "fin_caractere_exclue": 4203, "texte": "Un saint homme de bien qui nous venge, d'ailleurs."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4253, "fin_caractere_exclue": 4299, "texte": "En faisant des heureux de toutes les manières."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4374, "fin_caractere_exclue": 4420, "texte": "Le héros que je chante, est un homme en renom."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4470, "fin_caractere_exclue": 4513, "texte": "Il est de noble race et porte bien son nom."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4563, "fin_caractere_exclue": 4615, "texte": "C'est le grand Philanthrope: AIMÉ BARON D'AGNIÈRES !"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4688, "fin_caractere_exclue": 4707, "texte": "J U L E S BLANCARD."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4770, "fin_caractere_exclue": 4809, "texte": "Président d'honneur de divers Instituts"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4870, "fin_caractere_exclue": 4908, "texte": "poétiques français et étrangers; Vice-"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4969, "fin_caractere_exclue": 5007, "texte": "Président des Sauveteurs de la Nièvre."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5058, "fin_caractere_exclue": 5106, "texte": "Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme). octobre 1883."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5209, "fin_caractere_exclue": 5244, "texte": "A Monsieur le Commandeur AIMÉ BARON"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5297, "fin_caractere_exclue": 5342, "texte": "D'AGNIÈRES, membre distingué de plus de trois"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5395, "fin_caractere_exclue": 5442, "texte": "cents sociétés savantes ou humanitaires, digni­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5495, "fin_caractere_exclue": 5542, "texte": "taire à divers titres d'ordres de chevalerie de"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5595, "fin_caractere_exclue": 5624, "texte": "toutes les parties du monde !"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5682, "fin_caractere_exclue": 5727, "texte": "Officier de l'armée territoriale de la Seine»"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5780, "fin_caractere_exclue": 5825, "texte": "Président-Fondateur des Sauveteurs de Courbe­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 5878, "fin_caractere_exclue": 5900, "texte": "voie, etc., etc., etc."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 235, "fin_caractere_exclue": 270, "texte": "La librairie européenne C. Muquardt"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 324, "fin_caractere_exclue": 368, "texte": "vient de faire paraître le Rétablissement du"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 417, "fin_caractere_exclue": 458, "texte": "pouvoir temporel du pape par le prince de"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 511, "fin_caractere_exclue": 549, "texte": "Bismarck. Un volume in-8° de 88 pages."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 606, "fin_caractere_exclue": 622, "texte": "Prix : fr. 2-50."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 665, "fin_caractere_exclue": 704, "texte": "Notre caractère anti-politique et notre"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 705, "fin_caractere_exclue": 744, "texte": "programme nous empêchent de faire autre"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 745, "fin_caractere_exclue": 772, "texte": "chose qu'annoncer ce livre."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1024, "fin_caractere_exclue": 1064, "texte": "Une seconde édition de l'Être social, de"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1116, "fin_caractere_exclue": 1155, "texte": "M. Armand Hayem, vient de paraître chez"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1210, "fin_caractere_exclue": 1222, "texte": "Félix Alcan."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1307, "fin_caractere_exclue": 1343, "texte": "Cet ouvrage se recommande aux philo­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1396, "fin_caractere_exclue": 1435, "texte": "sophes et aux hommes d'État. C'est à la"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1485, "fin_caractere_exclue": 1529, "texte": "fois un traité de sociologie et de politique"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1546, "fin_caractere_exclue": 1589, "texte": "plein de vues scientifiques, d'idées origi­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1638, "fin_caractere_exclue": 1685, "texte": "nales qui méritent de fixer l'attention s u r ­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1729, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "tout dans un temps où les principes, qui"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1818, "fin_caractere_exclue": 1859, "texte": "semblaient les plus solides, sont de tous"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1907, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "côtés remis en question."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2166, "fin_caractere_exclue": 2206, "texte": "Un groupe d'étudiants de l'Université de"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2254, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "Gand, composé de MM. Pierre Poirier,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2340, "fin_caractere_exclue": 2380, "texte": "E. Biddaer, A. Claus, J. Dufort. J. Gas-"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2436, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "par, E. Hublard, G. Loppens, P. Reuter et"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2530, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "A. Story, s'est formé l'année dernière pour"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2604, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "inaugurer la publication périodique d'un"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2645, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "annuaire académique. Le premier volume"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2719, "fin_caractere_exclue": 2761, "texte": "en vient de paraître imprimé avec beaucoup"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2762, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "de goût et orné, en frontispice, du portrait"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2858, "fin_caractere_exclue": 2895, "texte": "de l'éminent professeur M. F. Laurent"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2949, "fin_caractere_exclue": 2989, "texte": "Outre les éphémérides universitaires, le"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3040, "fin_caractere_exclue": 3083, "texte": "tableau du personnel enseignant, des insti­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3132, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "tutions académiques, des inscriptions au"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3226, "fin_caractere_exclue": 3270, "texte": "rôle, etc., qui forment la matière technique"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3322, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "du livre, on a eu la bonne idée de relever"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3413, "fin_caractere_exclue": 3456, "texte": "le livre par une partie littéraire dont les"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3506, "fin_caractere_exclue": 3545, "texte": "éléments ont été pris parmi les groupes"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3600, "fin_caractere_exclue": 3641, "texte": "jeunes. La Jeune Belgique ouvre la marche"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3691, "fin_caractere_exclue": 3730, "texte": "par des vers mélancoliques de Rodenbach"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3781, "fin_caractere_exclue": 3819, "texte": "et les prières mystico-païennes de Max"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3873, "fin_caractere_exclue": 3911, "texte": "Waller que nous donnons plus haut; les"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3959, "fin_caractere_exclue": 4001, "texte": "clercs de la Basoche y donnent avec ensem­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4048, "fin_caractere_exclue": 4090, "texte": "ble et nous pointons un tas de jolies cho­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4128, "fin_caractere_exclue": 4166, "texte": "ses finement écrites par MM. Quillard,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4222, "fin_caractere_exclue": 4259, "texte": "Darzens, Pirus, Stranard, Raymond, du"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 143, "texte": "Coron, Ajalbert, Goffin, Chevrier, Michaël,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 232, "texte": "Berg, Chainaye, Maudonsky, Hatto, Fon­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 283, "fin_caractere_exclue": 323, "texte": "tainas, Vierset, Frison. Tout cela forme"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 374, "fin_caractere_exclue": 416, "texte": "une anthologie vraiment artistique et nous"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 467, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "félicitons de tout cœur et de toute confra­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 561, "fin_caractere_exclue": 605, "texte": "ternité les étudiants qui ont ordonné ce bel"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 656, "fin_caractere_exclue": 662, "texte": "écrin."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 798, "fin_caractere_exclue": 834, "texte": "Miss America, par M. Félicien Champ-"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 886, "fin_caractere_exclue": 923, "texte": "saur, chez Paul Ollendorff. Ce roman,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 974, "fin_caractere_exclue": 1020, "texte": "étude à la fois vive et délicate de vierge, où"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1072, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "se déroule l'aventure la plus osée, la plus"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1166, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "originale, est une impression très artisti­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1260, "fin_caractere_exclue": 1304, "texte": "que et intense de la vie élégante. Le succès"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1355, "fin_caractere_exclue": 1395, "texte": "est à cette œuvre distinguée, d'une pro­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1446, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "fonde portée, en son alerte et suprême"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1535, "fin_caractere_exclue": 1545, "texte": "modernité."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1599, "fin_caractere_exclue": 1637, "texte": "Inutile de chercher parfois comme dans"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1688, "fin_caractere_exclue": 1728, "texte": "un précédent livre de M. Félicien Champ-"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1779, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "saur, Dinah Samuel, de vrais noms sous"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1868, "fin_caractere_exclue": 1906, "texte": "ceux des personnages de ce roman pari­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1957, "fin_caractere_exclue": 1976, "texte": "sien, Miss America."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2030, "fin_caractere_exclue": 2067, "texte": "Tous et toutes accaparent lecteurs et"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2118, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "lectrices jusqu'à la fin et les laissent sur"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2213, "fin_caractere_exclue": 2253, "texte": "un vague rêve avec un désir de retourner"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2304, "fin_caractere_exclue": 2339, "texte": "à des pages curieuses et préférées."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2393, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "C'est, pour le public de sélection qui lit"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2486, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "et qui vit, un livre essentiel à connaître,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2580, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "typique et passionnant."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2715, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "***"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2815, "fin_caractere_exclue": 2857, "texte": "Vient de paraître : Dictionnaire    synop-"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2908, "fin_caractere_exclue": 2948, "texte": "tique d'étymologie française, donnant la"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2999, "fin_caractere_exclue": 3039, "texte": "dérivation des mots usuels, classés sous"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3090, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "leur racine commune et en divers groupes:"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3182, "fin_caractere_exclue": 3225, "texte": "Latin, grec, langues germaniques, celtique,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3276, "fin_caractere_exclue": 3321, "texte": "anglais, italien, espagnol, portugais, arabe,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3372, "fin_caractere_exclue": 3412, "texte": "hébreu, hongrois, russe, langues slaves,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3463, "fin_caractere_exclue": 3505, "texte": "langue turque, langues africaines, asiati­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3556, "fin_caractere_exclue": 3599, "texte": "ques, américaines, australie et polynésie ;"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3650, "fin_caractere_exclue": 3690, "texte": "interjections, jurons, langage enfantin,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3741, "fin_caractere_exclue": 3780, "texte": "noms de lettres, notes de musique, ono­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3831, "fin_caractere_exclue": 3872, "texte": "matopées, fiction littéraire, mythologie,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3923, "fin_caractere_exclue": 3958, "texte": "noms propres, noms de peuples, noms"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4009, "fin_caractere_exclue": 4047, "texte": "géographiques ; étymologie douteuse ou"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4098, "fin_caractere_exclue": 4127, "texte": "inconnue, par Henri Stappers."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4181, "fin_caractere_exclue": 4221, "texte": "Un volume in-8°, cartonné, de 700 pages."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4272, "fin_caractere_exclue": 4290, "texte": "— Prix : fr. 7-50."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-05-05-n5-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L'ARTISTE, revue de Paris", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2885, "texte": "L'ARTISTE, revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\n   rain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\n   pagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n   Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n   à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant pour la Bel­\n   gique : MAX W A L L E R .\n\n\n                 POUR           PARAITRE      PROCHAINEMENT :\n\n\n\n                                      NOTES\n                                           SUR LA\n\n\n\nLITTÉRATURE MODERNE\n                                            PAR\n\n                        F E A N C I S               W A U T E T\n                                   Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n\n\nREVUE DES CHEFS-D'ŒUVRE ET\nC U R I O S I T É S L I T T É R A I R E S . Directeur : Henry DU PARC. -\n  Paris, 4, Rue Hautefeuille.\n   La Revue des Chefs-d'œuvre et Curiosités littéraires vient d'entrer, dans sa troisième\nannée d'existence.\n   Soutenue par la faveur dont veulent bien l'entourer les amis des lettres, elle est désor­\nmais certaine du succès et elle croit de son devoir en terminant sa seconde année,\nd'adresser ses remerciements au public pour le bienveillant accueil qu'il a daigné lui\nfaire, et, à la presse, pour les gracieux encouragements par lesquels elle a bien voulu\nseconder ses efforts jusqu'à ce jour.\n   La Revue comportera à l'avenir les cinq divisions suivantes :\n   1° Romans et nouvelles; 2° Poésies et théâtres; 3 0 Voyages ; 4° Variétés historiques ;\n5 0 Variétés    littéraires.\n   Quant aux chroniques du théâtre, des livres et de l'art dont l'intérêt ne peut être réel\nque dans les publications quotidiennes ou hebdomadaires, nous croyons devoir les rem­\nplacer par deux bulletins bibliographiques, l'un concernant spécialement les lettres fran­\nçaises, l'autre, la littérature étrangère. Enfin, une courte chronique générale des faits\nimportants surgis pendant le mois terminera notre volume.\n\n                                PRIX DE L'ABONNEMENT :\n          Paris.                       Départements.               Etranger    ( 1 r e zone).\n  Uu a n . . . fr.      20-00     Un an . . . fr. 23-00          Un a n . .   . fr. 25-00\n  Six mois . . .        10-50     Six mois. . . . 12-00          Six mois .   . . 13-50\n  Trois mois . .         6-00     Trois mois . . . 7-00          Trois mois   . .        7-50\n             Le port en sus pour les pays non compris dans l'Union postale.\n                                      PRIX DU NUMÉRO :\n  Paris.   . fr. 1-75    | Départem. et Alsace-Lorraine, fr. 2-00    | Etranger fr. 2-25\n  On s'abonne par l'envoi d'un mandat-poste ou d'un chèque sur Paris à l'ordre de M. H .\nDU PARC, directeur de la Revue des Chefs-dœuvre et Curiosités littéraires, 4, rue Haute-\nfeuille, ou si l'abonné le préfère, il sera fait traite à vue sur lui du montant de son abon­\nnement.\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "LA REFORME, organe quotidien de la démocratie libérale.\n  Rédaction et administration : 18, rue des Sables, à Bruxelles. Seul\n  journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n  province, que pour la capitale, soit 1 2 francs par an.\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie le BEL-AMI, par Guy DE MAUPASSANT.\n  Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs, en vente\n  partout.\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN. Pré­\n  face de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (4e édition).\n  Un volume, Paris, librairie des auteurs modernes, fr. 3 - 5 0 .\n\n\nLUTECE, journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo T R E -\n  ZENIK, secrétaire de la rédaction : Georges RALL. Bureaux : boulevard\n  Saint-Germain, 16, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n  la Belgique : le port en sus.\n\n\n            HUMANITES                                                   C O M P L È T E S\n                                  A DOMICILE (EN T R O I S ANNÉES)\n\n\n\n                    PREPARATION AUX EXAMENS\n                                                                DE\n\n\nP H I L O S O P H I E ET LETTRES\n                                   Cours et répétitions particulières de\n\n      LATIN, PHILOSOPHIE, LITTÉRATURE, ANGLAIS & ITALIEN\n\n                    NOMBREUX SUCCES OBTENUS AUX EXAMENS\n(Sur 2 5 récipiendaires présentés aux examens en 1883 et 1884, 2 2 ont parfaitement\n                             réussi, dont 7 avec grades)\n\n\n\n              Examen de secrétaire de légation\n                          Cours et leçons particulières d'anglais et d'italien\nCONVERSATION, GRAMMAIRE, TRADUCTION, RÉDACTION, LITTÉRATURE\n\n\n                         S'ADRESSER A M. BENHAM, PROFESSEUR, 8, RUE DU PARCHEMIN\n\n\n       B r u x e l l e s . — I m p r i m e r i e F É L I X C A L L E W A E R T p è r e , 26, r u e d e l ' I n d u s t r i e .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 298, "texte": "5e ANNÉE.                 TOME IV, N° 5.          PRIX : 60 CENT.                 5 MAI 1885.\n\n\n\n\n                                           LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 SOMMAI RE :\n   H o r s du siècle                                           ALBERT GIRAUD.\n   Fantaisies : I. Lamento ; I I . Ballades       ; III.\n                     Piété mondaine                            M A X WALLER.\n   Sur la côte                                                 EMILE VERHAEREN.\n   Flemm-Oso (suite)                                           JAMES VAN DRUNEN.\n   Bénédiction . . . ,                                  .      GEORGES KHNOPFF.\n   Memento\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n               ADMINISTRATION :                              REDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                      80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                           l885\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                          REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\nparaissant    le1erde chaque mois en livraisons de 40 pages au moins et formant                au bout\n                       de Cannée un superbe volume de 600 pages.\n\n                                     ABONNEMENTS :\n                  Belgique : Un an, 5 francs. — E t r a n g e r : Un an, 7 francs.\n                             BUREAUX A BRUXELLES :\n        Administration      : 26, rue de l'Industrie. — Rédaction         : 80, rue Bosquet.\n\n   Afin de régulariser son service, l'administration de la Jeune Belgique a décidé de\nfaire partir tous les abonnements à la date du 1er janvier A cet effet nous mettrons pro­\n chainement en circulation nos quittances relatives aux abonnements prenant cours au\n 1er juin. Ces quittances — au montant de fr. 2-50 — assureront le service jusqu'au\n31 décembre; le renouvellement du i e r janvier se fera alors de manière à comprendre\ntous nos abonnés.\n\n                                          A V I S\n  Nous avertissons nos amis et collaborateurs que la copie de La Jeune\nBelgique doit nous être adressée au plus tard le 22 du mois. A partir de\ncette date, elle ne passera plus et sera remise au numéro suivant. Nous\nsommes obligés de prendre cette mesure afin d'éviter des retards à l'avenir.\n\n                                BOITE AUX LETTRES\n  29. MAURICE D. Charleroi, Votre pièce est d'une naïveté qui nous fait sangloter. Je ne\nveux pas priver nos lecteurs de ce gagaisme exquis. En voici la moitié :\n                                    EN FUMANT UNE CIGARETTE.\n             Hier soir dans ma chambrette             Dans la bleuâtre fumée\n             Au lieu de me reposer                    Qui dans l'air montait tout droit,\n             Je pris une cigarette                    Je revis, douce pensée,\n             Car je désirais fumer.                   La ville de Charleroi.\n             Je me mis à ma fenêtre                   Charleroi où mon enfance\n             Que j'ouvris tout doucement              S'écoula joyeusement\n             Pour ne pas éveiller du maître           Où, pendant ma longue absence\n             Le courroux retentissant.                Sont demeurés mes parents.\n             Le ciel n'avait aucun voile              Oh ! quand la pension maudite\n             La lune éclairait la nuit                Me laisse un peu de répit\n             Au firmament les étoiles                 Chez toi, ma ville favorite,\n             Scintillaient sur un fond grîs.          Je cours chercher un abri.\n  Il y a encore quinze strophes de même valeur.\n  30. M. FERNAND S. Zuen. « Les étangs réflecteurs de nacres aurorales » nous semblent\nassez joyeux, mais moins cependant que :\n                           « Voici que des couplets s'égrènent, plus suaves\n                           « Qu'un parfum d'abricot cuit aux soleils d'août. »\n  Vous avez l'image rare à coup sûr, mais malheureuse, et nos lecteurs diraient que vous\nêtes un aimable farceur. Il y a du progrès cependant. Simplifiez et naturalifîez; surtout\nne cherchez pas à chanter plus haut que votre lyre.\n  31. FLORENT V. O h é ! Messieurs de la Jeune Belgique! O h é ! Voici les vers que\nM. Florent V. nous envoie : Esbaudissez-vous :\n                                       GERMANIA FLAVA.\n                                  Descendante des gothiques blonds.\n                                  Aux joues roses, aux yeux lançant\n                                  De captîvautes flambées,\n                                  Fauve germanie, dis-moi : Que font,\n                                  Dans tes cheveux, les diamants\n                                     D'un scarabée ?\n   Ous' qu'est mon arbalète à gernouilles?\n   32. HELVÉPÉ. Mais, mon brave ami, c'est toujours vieux jeu; vos vers ont la patte\nd'oie. Que ne lisez-vous les modernes ? On dirait que vous avez tété Madame Valmore.\n« O cruelle jeunesse! «Vierge perfide»; c'est comme cela qu'on se disait bonjour en 1830!\n   33. GUSTAVE DE G. Votre Clair de lune est écrit avec une rare platitude jointe à une\nétonnante incorrection. Au panier.\n  34. JULES A R . . . . Garçon ! une douche à Monsieur!\n 35. PAUL F . Liège. De la copie en échange d'abonnements ! Vous avez un toupet rare,\nmon petit. A d'autres.\n 36. ALBERT H. J'ai déjà vu des imbéciles, mais                  jamais !\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "          HORS DU SIÈCLE\n\n                  LES FAUTEUILS\nDans un cloître oublié de nos grèves natales,\nLoin des vaines rumeurs de ce temps blême et faux,\nTrônent de vieux fauteuils dont les bras triomphaux\nEnflamment puissamment l'ombre lourde des stalles.\n\nEvoquant la splendeur des époques brutales,\nOù les cœurs ressemblaient à des nids de gerfauts,\nIls mêlent dans leurs cuirs des reflets d'échafauds\nAvec les soirs bronzés des mers occidentales.\n\nSacrés par le silence, alourdis de soleil\nIls regardent les feux de l'horizon vermeil\nBlasonner d'ambre et d'or les carreaux des fenêtres ;\n\nEt, pensive aux échos d'un siècle souverain,\nNotre âme y voit encor, comme un rêve d'airain,\nS'asseoir le souvenir indigné des ancêtres!\n\n\n\n\n                  LA VOIX C H È R E\n                            I\nComme un bourdonnement d'invisibles abeilles\nIvres des vins du soir et du parfum des fleurs,\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "                       — 274 —\n\n Ta douce voix murmure en songe à mes oreilles,\n Ta douce et longue voix apaise mes douleurs,\nComme un bourdonnement d'invisibles abeilles\nIvres des vins du soir et du parfum des fleurs.\n\n                           II\nLa fraîcheur des ruisseaux, la jeune chair des roses,\nLa mousse des forêts et l'haleine du thym\nChantent dans la lumière entre tes lèvres roses.\nTu verses dans mon cœur, comme un écho lointain,\nLa fraîcheur des ruisseaux, la jeune chair des roses,\nLa mousse des forêts et l'haleine du thym.\n\n                          III\nMais sous l'orgueil du sang, des mots fiers et splendides\nSe cabrent dans ta voix comme des étalons !\nUn rêve inviolé fleurit tes yeux candides ;\nTon rire a les langueurs des anciens violons;\nMais sous l'orgueil du sang, des mots fiers et splendides\nSe cabrent dans ta voix comme des étalons!\n\n                           IV\nRoulant la moire et l'ambre en ses ondes sonores,\nTa voix m'évoque un fleuve éclatant et vermeil\nOù cinglent, imbibés de couchants et d'aurores,\nDes vaisseaux somptueux tout noirs sur le soleil.\nRoulant la moire et l'ambre en ses ondes sonores,\nTa voix m'évoque un fleuve éclatant et vermeil.\n\n                           V\nEt les profonds secrets qui dorment dans son ombre\nOnt l'étrange lueur de très vieux ostensoirs\nQui s'illumineraient sous l'éclair riche et sombre\nDes grands autels pensifs dans la pourpre des soirs.\nEt les profonds secrets qui dorment dans son ombre\nOnt l'étrange lueur de très vieux ostensoirs.\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "                         — 275   —\n\n\n\n\n                 SOUS LES BORGIA\n\nDans le palais superbe, où de jeunes esclaves\nEnlacent leurs seins nus comme des raisins d'or,\nS'allume dans la braise ardente du décor,\nL'embrasement vermeil de la fin des conclaves.\n\nPrès des pages en flurs lissant leurs toisons flaves\nQue les baisers du soir efféminent encor,\nSiègent, dans l'écarlate et les appels de cor,\nLes cardinaux romains rouges comme des laves.\n\nIls adorent la chair comme un soleil levant;\nLa voix surnaturelle et douce des eunuques\nPasse avec un frisson de plaisir sur leurs nuques;\n\nEt les filles de Rome échevèlent au vent,\nDans la nuit fantastique et fumeuse des porches,\nLeurs crinières de feu, semblables à des torches.\n\n\n\n\n                    LE    DAUPHIN\n\n                            I\nLoin de ce siècle obscur, au fond de ma mémoire,\nOù d'anciens jours vécus m'éblouissent encor\nEt regardent mon âme avec leurs braises d'or,\nEn un soir somptueux où des fleuves de moire\nRoulent superbement vers le couchant vermeil\nLes fleurs du crépuscule et le sang du soleil,\nAu balcon d'une vieille et royale demeure\nDont les vitraux pensifs, glorieux et lointains,\nEvoquent la splendeur des missels byzantins,\nJe revois, dans la mort ineffable de l'heure,\nS'accouder un gracile et rose enfant princier\nQui pleure d'être heureux, et dont la tête lasse\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "                        — 276 —\n\nPlie adorablement sous l'orgueil de sa race\nComme sous un tragique et trop pesant cimier,\nEt qui vierge, et déjà fatigué de la femme,\nSemble, Vénigmatique et si frêle dauphin,\nPrier le ciel d'été de lui montrer enfin\nLe songe de son cœur à travers une flamme,\nPendant que la couleur de ce soir fier et doux,\nOù se plaint un appel de clairons nostalgiques,\nCaresse le duvet de ses lèvres magiques,\nEt s'attarde en rêvant sur ses longs cheveux roux\n\n                           II\nDors en paix dans l'oubli des hommes, bel enfant !\nDors avec ton désir dans l'oubli triomphant,\nLoin de ce siècle vil et de ce monde athée,\nEt de tous ceux qui vont, l'âme déveloutée,\nChercher éperdûment l'infini dans la chair!\nTu revis en un cœur à qui ton cœur est cher,\nEt qui chante pour toi comme un orgue mystique,\nA l'heure vespérale où le ciel extatique,\nRose comme un brasier de grands lys enflammés,\nNous fait penser à ceux que nous aurions aimés.\n\n\n\n\n            LE PORTRAIT DU R E I T R E\n\nSur le rêve effacé d'un antique décor,\nDans un de ces fauteuils étoiles de clous d'or\nDont la rude splendeur ne sied plus à nos tailles,\nLe front lourd de pensée et balafré d'entailles,\nRepose avec l'allure et la morgue d'un roi,\nEn un vaste silence où l'on sent de l'effroi,\nL'aventurier flamand qui commandait aux princes\nEt qui jouait aux dés l'empire et les provinces,\nCelui dont la mémoire emplit les grands chemins,\nCelui dont l'avenir verra les larges mains\nS'appuyer à jamais en songe sur l'Epêe.\nDans ses regards de cuivre on lit une épopée :\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                        — 277 —\n\nDes fuites en plein vent d'enfants et de soudards,\nDe grands soleils couchants hérissés d'étendards,\nEt des flaques de sang, de femmes et d'entrailles,\nEt le vol et la Gloire au dessus des murailles,\nEt les chevaux fumants cabrés vers les deux fous!\nOh! quel poids de mépris tu fais tomber sur nous,\nRêveurs silencieux prisonniers de nos rêves,\nToi dont le cœur battait sous les baisers des glaives,\nEt volait à la mort sous les drapeaux claquants!\nLes hasards de la guerre et les rumeurs des camps,\nLes grelots des mulets, les cahots des guimbardes,\nLes danses de lumière au bout des hallebardes,\nLes doublons de la solde et les appels du cor,\nToute une éblouissante aventure est encor\nChantante autour de toi dans les ombres fleuries\nQue verse sur ton front l'orgueil des draperies.\nMonceaux de diamants, de vases florentins,\nLacs de brocart et d'or à l'entour des festins,\nVastes étoilements de seins nus, de chairs roses,\nAmours ivres vautrés dans du sang et des roses,\nLongs soirs vus à travers les vins orientaux,\nTous ces grands souvenirs traînent dans tes manteaux.\nEt telle est ta magie aux feux du crépuscule,\nQue notre esprit pensif superbement recule\nVers les temps abolis et les hommes éteints,\nEt qu'éveillant en nous des ancêtres lointains,\nTu fais, au plus profond de nos âmes paisibles,\nSonner étrangement des clairons invisibles.\n\n\n\n\n           LA MALÉDICTION DU P O È T E\n\n                                        A H E N R Y DE G R O U X .\n\n\nOh! que n'ai-je vécu, l'esprit fier, l'âme forte,\nSous la neigeuse hermine ou le fauve camail,,\nDans ces siècles vermeils dont la lumière morte\nAllume encore en moi des splendeurs de vitrail.\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "                       — 278 —\n\nCar le poète alors, en croupe sur les races,\nLeur enfonçait son rêve à grands coups d'éperon,\nEt la bouche, à travers le fracas des cuirasses,\nY sonnait son espoir comme dans un clairon.\n\nLa Muse était la sœur auguste de l'Epée;\nLes strophes ressemblaient à de clairs escaliers\nOù montaient dans un faste et des feux d'épopée\nDe beaux vers casqués d'or comme des chevaliers.\n\nDu glaive incandescent la lyre était suivie :\nDes chefs les mariaient au ciel de leur écu;\nUn rêveur chantait-il son rêve de la vie ?\nPar un aventurier son rêve était vécu.\n\nLes poètes nimbaient la mémoire des princes;\nPlus d'un leur doit la pompe où son règne s'endort,\nL'empereur ébloui leur donnait des provinces\nEt faisait à leur col flamber la Toison d'or.\n\nPuis entre des soldats, des prêtres en étole,\nDans les flots d'un cortège écarlate de rois,\nIl les menait cueillir la palme au Capitule,\nSalués des drapeaux, des aigles et des croix.\n\nEt le peuple, gardant au fond de ses prunelles\nLeurs masques léonins parmi les encensoirs,\nContemplait longuement leurs ombres solennelles\nPasser et repasser dans la braise des soirs.\n\nPuisque je n'ai pu vivre en ces siècles magiques,\nPuisque mes chers soleils pour d'autres yeux ont lui,\nJe m'exile à jamais dans ces vers nostalgiques\nEt mon cœur n'attend rien des hommes d'aujourd'hui.\n\nLa multitude abjecte est par moi détestée,\nPas un cri de ce temps ne franchira mon seuil ;\nEt pour m'ensevelir loin de la foule athée,\nJe saurai me construire un monument d'orgueil.\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                       — 270 —\n\n\nJe travaillerai seul, en un silence austère,\nNourrissant mon esprit des vieilles vérités,\nEt je m'endormirai, bouche pleine de terre,\nDans la pourpre des jours que j'ai ressuscites.\n\nEt maintenant criez ! Faites vos choses viles !\nD'autres hommes viendront : Ceci sera changé!\nVous aurez contre vous jusqu'au pavé des villes!\nD'autres hommes viendront, et l'art sera vengé!\n\nVotre cité stupide aura ses funérailles :\nVous entendrez la voix lugubre des tocsins,\nLes bombes éclater par dessus vos murailles,\nEt votre dernier soir pleurer dans les buccins !\n\nVous entendrez encor la fanfare des sacres\nS'envoler au devant d'un prince tout puissant ;\nVous reverrez encor le soleil des massacres\nRougir ses lèvres d'or dans les mares de sang!\n\nVous reverrez encor les joyaux   séculaires\nS'injecter de carnage au milieu des soudards,\nEt passer en claquant sur les fronts populaires\nL'essor vertigineux et fou des étendards.\n\nEt ces rumeurs d'un jour, ces flammes éphémères,\nCes sabres, ces rubis, ces gloires s'en iront\nInspirer sourdement dans le ventre des mères\nLa haine de ce siècle aux enfants qui naîtront!\n                                       ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                                   — 280 —\n\n\n\n\n                         FANTAISIES\n\n                                        I\n\n                                  LAMENTO\n               Pourquoi pleurer et pourquoi te plaindre, Jeanne? Parce qu'il\n                t'a quittée et qu'il ne reviendra plus, parce qu'il est parti' bien\n                loin de toi, bercé par de nouvelles tendresses et d'inconnues\n                voluptés, comme s'il avait perdu au détour de la route\nl'anneau du souvenir auquel vos deux âmes avaient tressé leurs mailles?\nNe pleure point, cesse tes plaintes, vierge ! Ceux qui s'en vont regrettent\nparfois, mais ne l'avoueront jamais, pareils à ces hautains poètes qui jettent\ndans leurs vers les souffrances d'eux-mêmes, semées des vertiges et des\nregrets, mais redressent leurs fronts lorsqu'on dit qu'ils ont mal — et se\nrévoltent lorsqu'on prétend qu'ils ont menti.\n   O Jeanne, laisse les printemps éclore, et qu'avec eux ton corps et ton\nâme s'épanouissent, l'un comme un fruit qui va mûrir, l'autre comme une\nplante rare qui souffre de la terre.\n   Il est loin, bien loin de toi, le fou qui t'a donné une heure de lui-même ;\nil a oublié qu'il te trompait en se donnant par les lèvres ; son humanité\nmatérielle te parlait d'amour, mais son âme n'était point encore à toi,\nJeanne; c'est un baiser qui te disait : « je t'aime »..., mais le baiser n'est\nque le mensonge de la chair, et lorsque les mains se prennent, lorsque les\ncorps s'étreignent, les paroles sont inconscientes et les aveux aussi.\n   Il t'a quittée, il ne reviendra plus. Il est l'homme éternel qui s'attache et\nse détache, heureux d'être lié et content d'être libre. Son esprit le trompe\net son cœur rit des serments. Il est de lutte, il n'a point le temps de\ns'arrêter dans les chemins d'ombre où sont les amoureuses; il passe, envoie\nun baiser, puis, la main levée montrant l'horizon, il repart sans se rappeler\nque sa bouche a baisé d'autres bouches et qu'il a pressé contre sa poitrine le\nsein haletant des vierges. Il oublie qu'il a reposé dans une couche de pureté,\ncôte à côte avec la forme immatérielle de la jeune fille entrevue le matin\nsous les tilleuls parfumés, et que cette épouse par un regard, cette\nmaîtresse par un impalpable baiser, conservera la dolence de l'amour\nentrevu, le parfum subtil de la caresse inachevée.\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                                  — 281 —\n\n\n\n\n   Ne pleure pas, Jeanne ; le printemps est là ; mai fleurit ; les branches et\nles arbres se sont épanouis sous la pluie chaude de la nuit. Va seule au\nbois, mignonne, et conte ta peine aux chemins sombres où l'on n'entend\nque le froissement des feuilles anciennes et le chant lointain des tourte­\nrelles.\n   Au bord de l'étang qui sommeille, au bout de la grande allée, tu t'arrê­\nteras un instant, et tu verras, comme un rêve, le brouillard s'étendre en\nlongs voiles, se plisser, courir par bandes longues, comme des écharpes\nnuptiales. Tu verras des formes vagues, si vagues que tu te croiras en\nsonge, et si blanches que là, sous les eaux dormantes, à l'ombre des roseaux\nployés, tu penseras que se célèbrent les fiançailles des sirènes, des\nnymphes et des fées.\n   La nuit descend avec lenteur, les bruits lointains s'éloignent encore et le\nsilence est tel que tu entends pleurer ton cœur dans la solitude. Pleure à\nprésent, Jeanne, dis à la nuit ta secrète souffrance; les oiseaux et les chênes,\nles roseaux et les mousses écouteront ta plainte et te répondront. Leur\ncompassion muette se confondra dans ton âme, et ta peine deviendra plus\ndouce, étant plus partagée.\n   Mai ! charme, tendresse, gaîté. C'est en mai qu'il t'a baisée au front pour\nla première fois, qu'il a porté autour de ta taille son bras tremblant, que\nvos cheveux se sont mêlés dans un souffle de brise.\n   C'est en mai qu'il est parti, le front soucieux, le front courbé, le front\nmauvais, sans un mot d'adieu, sans une parole de souvenir.\n   C'est en mai que tu t'endormiras, Jeanne, et sur tes lèvres pâlies tu\nsentiras passer un long baiser, celui du printemps, l'éternel baiser qu'il\ndonne aux amantes.\n\n\n                                       II\n                     BALLADES NOSTALGIQUES\n\n                                  Christmas.\n            I1 neige, dear, c'est Christmas qui tombe en valses blanches\n             dans les arbres amaigris. Il neige, c'est la chanson froide de\n             l'hiver revenu ; il neige, les morts sont glacés dans la terre\n             durcie et le vent porte au loin leurs plaintes. Ne pleurons\npas, dear, car le feu réchauffe et le soleil éclaire. Notre amour est de\n                                                                       18\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "                                  — 282 —\n\n\nflamme et de lumière aussi. La vie est si bonne, dear, viens nous embrasser\nsous le mistletoe!\n                                     *\n\n   Il neige, et tout dort, sauf notre joie. Viens! nous croquerons des fon­\ndants roses en nous disant des mots très doux ; je te conterai des légendes\nde Noël et je te chanterai des ballades écossaises plus lentes et plus mysté­\nrieuses que les nocturnes voix de Morven. Je passerai mon bras autour de\nta fine taille et je te dirai le secret que tu connais si bien, si bien! dear,\nviens nous embrasser sous le mistletoe !\n\n\n\n   Il neige, tu ne réponds pas; il neige, oui, je me souviens : ils t'ont prise\net emportée au loin ; tu étais enveloppée, comme aujourd'hui ; la terre,\nd'une robe blanche; tes yeux étaient fermés et tu n'entendais plus ma\nlamentation; il neige! Oh! reviens pour cette nuit, darling! il fait si froid\ndans la tombe; je suis seul, j'ai peur; que ta main me caresse encore et que\nta voix me réveille ! dear, viens nous embrasser sous le mistletoe !\n\n                                     ENVOI\n  A toi, dear! cet appel de ma solitude! Il neige, il neige toujours et je\nsouffre ; le lustre à dix branches rayonne sur ma tête, et me rappelle le\ntemps passé où je te disais, — souviens-toi : dear ! — viens nous embrasser\nsous le mistletoe!\n\n\n\n                                 A    Marcia.\n   Tes yeux sont doux, Marcia, et ta voix claire comme des notes de petite\nflûte ; ton regard retourne l'âme et tu laisses derrière toi les mélancolies et\nles tristesses.\n   Tu es celle qui passe, rit et se moque — et ton petit cœur qui affolle\nn'est point troublé. Ta main presse ma main — et ne tremble point; on\nt'adore — et tu n'aimes point ; on se prosterne à tes pieds, à tes mignons\npieds de madrilène — et ta sérénité demeure ! O darling ! Vous avez volé\nmy heart!\n\n                                       *\n\n  Anglaise, Espagnole, Parisienne, qu'es-tu ? J'ignore. Ton nez moqueur:\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                                  — 283 —\n\nse retrousse vers les étoiles ; ta bouche est rouge comme la tunique des\nriflemen et ton cœur sec comme le Mançanarès ! D'où viens-tu? J'ignore.\nO Marcia, dis, lorsque nous nous rencontrerons, tu baisseras tes paupières\npour voiler tes yeux qui m'étourdissent, tu passeras sans rien dire, pour\nque plus je n'entende ta voix qui frissonne; ô darling! vous avez volé\nmy heart !\n                                        *\n\n  Tu es entrée dans ma vie, Marcia, et ma vie gardera ton empreinte. Du\nbout de ce grand éventail à fleurs que tes doigts d'Andalouse manient ainsi\nqu'une épée, tu as mis ton cachet sur moi comme le fer rouge au front du\ngalérien. Et je suis ton forçat, ô ma chaîne ! Et je clame, rivé aux anneaux\nde tes cheveux ; et je souffre et je crie à ce bagne d'amour, condamné pour\njamais; ô darling! vous avez volé my heart!\n\n                                     ENVOI\n Marcia ! Marcia, you, Sweet ! Ne riez point, je pleure, ma main tremble,\nmon Anglaise !\n O darling ! vous avez volé my heart !\n\n\n\n                                   Au delà.\n   Elle est assise dans un grand fauteuil, sur la terrasse de l'hôtel, la blonde\nAnglaise. Depuis deux ans bientôt, elle est arrivée à Nice parce que les\nmédecins de Londres ont dit qu'elle allait mourir; elle souffre ; ses yeux\nélargis restent fixés sur l'horizon. Son visage est pâle, très pâle, etsa poitrine\ns'est amaigrie. Elle souffre, mais le soleil est encore là qui la caresse, et la\nMéditerranée, devant elle, poursuit sa longue méditation bleue dans l'hori­\nzon. Elle songe au ciel gris de l'Angleterre. Là-bas elle a laissé le bien-aimé\nqu'elle ne reverra plus, et, d'une voix faible qui semble venir de loin, elle\nmurmure, pensive : « My heart is over the sea ! » Mon cœur est au delà de\nla mer !\n                                        *\n\n   Ils devaient s'épouser au printemps, à Saint-James, après les grandes\nrégates d'Oxford et Cambridge. Ils avaient décidé de partir aussitôt pour\nles Highlands afin de revoir les lacs ; ils se seraient arrêtés toute une saison\nau château du baronnet son père, à trois milles de Holyrood, puis ils\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                                  — 284 —\n\nseraient rentrés à Londres. Les projets sont loin. L'enfant est partie pour\nNice, parce que les médecins ont dit qu'elle allait mourir... Le fiancé lui\nécrit des lettres tendres mais il est triste aussi, lui, parce qu'il sait bien\nqu'elle ne sera jamais sa compagne dans la vie        Elle penche la tête et\nsonge : « My heart is over the sea ». Mon cœur est au delà de la mer !\n                                        *\n\n   Depuis deux ans bientôt, elle est arrivée à Nice, parce que les médecins de\n Londres ont dit qu'elle allait mourir. Elle ne reverra plus Hyde-Park où\nsont les équipages de la gentry. Elle restera un mois, deux mois, devant la\nmer infinie; ses joues se creuseront encore, et les flammes d'agonie jailliront\nde ses yeux. Elle s'éteindra dans l'enveloppante douceur d'un soir, bercée\npar le bruit lamentable des flots, et son âme ira, dans le silence de la nuit,\nse joindre aux nues éternellement bleues. Mais là-bas, là-bas, elle ne\nretournera point. « Her heart is over the sea ! » Son cœur est au delà de\nla mer !\n\n                                      ENVOI\n\n   Poor child! pauvre mignonne, tu ne mettras point sur ton front blanc le\nblanc voile des noces. Mais lorsque tes yeux se seront fermés et que la nuit\nsera venue en toi, ton cœur ira là-bas, là-bas au cœur du bien-aimé solitaire\net pensif; il ira, porté sur la robe diaphane des espaces, là-bas, là-bas, au\ndelà de la mer !\n\n\n                                      III\n\n                           P I É T É MONDAINE\n\n                                Ave     Maria.\n\n             Ave Maria, je Vous salue, Marie, Vous que j'ai entrevue dans\n              les songes blancs de mon enfance, et dont le voile me sem­\n              blait si pur que j'y croyais voir les ailes déployées des anges.\n              Ave Maria, je Vous salue, Marie, la Vierge et la Pure qui\nêtes diaphane comme une nacre, et chaste comme un manteau d'épousée.\nVous êtes la Tour d'ivoire dressée dans le lointain de mon passé, la Maison\ndorée où j'avais mis toutes mes douceurs et toutes mes joies, l'Arche d'al­\nliance où mes désirs vagues voltigeaient comme les colombes et roucou­\nlaient comme elles. O Vous, o Toi, Jeune fille divine, Rédemptrice inef-\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                                  — 285 —\n\nfable, Consolatrice idéale des maux que nous avons soufferts, Reine des\nBlandices et des Chastetés humaines, descends vers moi; lorsque je serai\ntriste, viens mettre en moi Tes joies, lorsque je me souillerai, viens verser\ndans mon âme Ta candeur immaculée, et lorsque viendra l'heure où mon\ncorps cèdera sous le poids de la vie, où l'agonie tombera sur ma fragile et\npassagère enveloppe, viens au pied de mon lit, regarde-moi de Tes yeux qui\nsourient, rafraîchis-moi de Tes lèvres qui sont la rosée rose du matin tel\nqu'il se lève dans Tes paradis, etberce-moi pour que je ne souffre point, que\nje ne pense point, que je meure comme on s'endort.\n   Ave Maria ! Vierge et Mère, dis à Ton fils à la longue chevelure bouclée\nque je L'aime comme on aime un ami sans cesse à ses côtés, dis-Lui que\nma pensée entre dans Sa pensée, que, depuis Bethléem jusqu'au Golgotha,\nj'ai suivi Sa longue souffrance, que j'ai saigné Ses plaies, que j'ai pleuré Ses\nlarmes, et que le cantique de mon cœur s'élève vers Son cœur, ainsi qu'une\nfumée faite de Foi, faite d'Espérance et faite de Charité. Ave Maria! je\nVous salue, Marie!\n\n                                   PRIONS :\n\n   Sainte Marie, fleur des champs, fleur des chemins et fleur de la vie,\nfaites que mon âme un jour se mêle aux fleurs à Vous semblables, et\nqu'elle s'épande dans le rêve des nuits d'automne parmi les feuilles mortes\net les cadavres d'oiseaux. Ainsi soit-il.\n\n\n\n                        A l'Ange gardien du soir.\n   La nuit, lorsque plus rien ne trouble le silence, que les cieux semblent\nendormis dans le scintillement adouci des étoiles, et que les voies lactées\ns'épandent, est-il vrai qu'un Ephèbe aux formes long-voilées descend, porté\nsur ses ailes blanches, et vient au pied de notre lit nous regarder, sans mot\ndire?\n   Est-il vrai qu'il s'approche et se penche vers nous, qu'il baise avec dou­\nceur nos lèvres, et que dans notre âme il verse des paroles d'une religieuse\nvolupté, des paroles mystiques que nous pouvons entendre parce qu'elles\nsont dites par un ange, et qui ont le charme d'un céleste péché?\n   Est-il vrai que c'est lui qui nous dit : « La Nuit appelle l'Amour. Aime,\ntoi sur qui je veille. La Nuit a l'obscurité pour défendre les craintes et la\nblancheur pour vêtir les délices. Aime sans t'assombrir et sans avoir la\npâleur des fronts coupables, car le Seigneur a dit : Aimez-vous les uns les\nautres ».\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "                                 — 286 —\n\n   Est-il vrai que les visions de nos nuits sont le théâtre séraphique de\nl'Ange, que c'est Lui qui déroule les rêves capiteux et trompeurs où nous\néprouvons les joies de la chimère entrevue, où nous croyons être Dieu pour\nla multiplication des Races, où nous effleurons de la tempe la Grandeur et\nla Toute-Puissance.\n   Est-il vrai que lorsque le corps agonise et que l'Ame s'éparpille ainsi que\nles feuilles sèches, l'Ange blanc est là, toujours, qu'il nous rappelle le\npassé, qu'il nous montre l'espérance dernière et qu'il nous dit : « Qu'im­\nporte? » Est-il vrai que la mort est le sommeil et la volupté la plus\ngrande? Est-il vrai que c'est l'envolement vers les portes d'or d'une Éter­\nnité?\n   Je veux le croire, Seigneur, et je le crois. Et toi, l'Enfant, la Femme,\nl'Ephèbe, l'Ange gardien du soir, gardien de ma vie et de ma mort, reçois\nla fleur parfumée de mon âme et cette prière pieuse qui ne doute point,\nparce qu'elle est trop douce, qui croit, parce qu'elle est divinement amou­\nreuse comme le chaste baiser de la Vierge Marie.\n                                                     MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n                       SUR LA COTE\n       Un vent rude soufflait par les azurs cendrés,\n       Quand du côté de l'aube, ouverte à l'avalanche,\n       L'horizon s'ébranla dans une charge blanche\n       Et dans un galop fou de nuages cabrés.\n\n       Le jour entier, jour clair, jour sans pluie et sans brume,\n       Les crins claquants, les flancs dorés, la croupe en feu,\n       Ils ruèrent leur course à travers l'éther bleu,\n       Dans un envolement d'argent pâle et d'écume.\n\n       Et leur élan grandit encor, lorsque le soir\n       Coupant l'espace entier de son grand geste noir,\n       Les poussa vers la mer, où criaient les rafales,\n\n      Et que le fer soleil de juin, tombé de haut,\n      Se débattit, sanglant, sous leur farouche assaut,\n      Comme un rouge étalon dans un rut de cavales.\n                                                 EMILE VERHAEREN.\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                                  — 287 —\n\n\n\n\n                         FLEMM-OSO\n                                    (Suite)\n\n               Voici maintenant que, de l'avis général, il y a assez longtemps\n                que l'organisation de notre personne ne comporte que cinq\n                sens. Il faut changer cela. Bilboquet a défini le sens de la\n                propriété et M. de Quatrefages a imaginé le sens de la divi­\nnité. Il serait plus simple de n'en avoir qu'un : le bon — mais la solution\nserait ridiculement archa'ique. Cependant nous arriverons peut-être à l'unité\nsensorielle, car il me semble qu'en réalité nous nous privons peu à peu de\nnos facultés; nous les laissons en route une à une. Nous perdons présen­\ntement un sens précieux, c'est — comment le désigner? On peut l'appeler\nle sens de l'intimité.\n   Nous vivons en public. Nous voisinons outrageusement. Au dessus de\ntous les murs passent des têtes curieuses, et les plus gros secrets crèvent\nbien vite. Le mystérieux est un article que nous ne tenons plus, et il n'y a\nguère que la police à qui Polichinelle n'aille pas conter ses affaires. Nous\nvoulons tout savoir ; et nous avons attaché à notre service de pénétrants\nfureteurs dressés à la chasse aux histoires : le reporter, un homme de lettres\nqui donne des poignées de main aux maîtres d'hôtel du ministère pour\navoir le menu du dernier dîner officiel, qui paie un petit blanc sur le zinc\nau concierge d'une actrice en vogue pour attraper quelques indiscrétions,\net qui cause poliment avec les assassins pour connaître leurs impressions ;\nc'est un bon commissionnaire qui a suffisamment d'orthographe et qui secroit\ntrès sérieusement un personnage. Il regarde par toutes les fentes, lève un\ncoin de tous les voiles, mêle à sa prose rapide une forte pimentade au\nscandale, et pour les trucs de sa profession trouve des mots extraordinaires\ncomme l'interview, cette effronterie.\n   Cela nous va. Des cachotteries, n'en faut plus ! Et le voilà levé, le grand\njour de la publicité.\n   Mais cette forte lumière, avec ses projections grossies de méchanceté,\nn'est pas sans faire mal. C'est un jour brutal ; sa clarté qui aveugle au lieu\nd'éclairer — lampe Jablochkoff substituée au doux Carcel sous lequel on\ntravaille si bien — produit une lassitude horrible et, blessé de cet éclat\nimplacable, avec une reposante volupté on goûte un peu d'ombre, un peu\nde retraite, un peu d'intimité.\n   Dans cette vie brûlante qui va par les rues et les grandes routes, l'indi-\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "                                   — 288 —\n\n vidualité est saisie, dépouillée, livrée à tous, et la vie privée ressemble à ces\n parcs publics piétines par la foule du dimanche.\n    Nous ne vivons plus assez avec notre nous-même. Pour quelques-uns\n seulement l'isolement calme reste cher; ce sont des natures heureusement\n malheureuses auxquelles ne suffisent pas les volumes poisseux du cabinet\n de lecture et qui préfèrent le livre lu et relu, imprégné de souvenirs, mar­\n qué de notes déjà vieilles et qui se retrouvent rêveusement dans les belles\n heures de solitude. C'est une infirmité, mais je ne connais rien de poignant\n comme la vente publique d'une grande bibliothèque ; ces livres habitués à\n se toucher et qu'une même studieuse volonté avait réunis, dans lesquels des\n signets montrent encore la pensée du maître — je dirais presque du père —\n et qui sont jetés à l'avide bouquiniste, c'est la dispersion d'une famille\n déchirée par un malheur. Je me sens plus de tendresse encore pour un\nvolume acheté là, aux enchères; je suis sûr qu'il souffre ; je lui vois un air\nlamentable, et mes soins sont des consolations. Cela, parce que la biblio­\nthèque c'est la grande armoire aux pensées ; dans ces pages relues, commen­\ntées, comparées, reposent de longues heures de méditations douces, et cette\njoie est puissante de se dire : cela est à moi, à moi tout seul. Les indiscrets\nsont des voleurs.\n    Ce sentiment des intimités a de séduisantes finesses, des douceurs bien\nréconfortantes. Simplement, c'est le respect de sa personne, et ce respect se\nperd. Il se perd parce que tous les instants de la vie sont crochetés par le\nreportage et parce que ce respect est fait de nuances légères, de précieuses\nbabioles dont se gaussent bien de leur grosse voix, ces capitans Matamore\nqui font, tonnerre de Dieu ! sonner leur jactance ridicule et qui n'ont jamais\nsenti la chaude douceur d'une larme en lisant Coppée, ces forts auxquels\nsuffit largement l'intimité d'un salon de coiffeur et qui retirent leur gant\npour toucher un objet malpropre. Essayez donc de parler de ces respects\ndélicats et pieux à ces plaisantins sacrilèges d'un monde qui vient, cela se\nvoit plusieurs fois chaque mois, régaler la friande indiscrétion judiciaire des\ncauses croustillantes des procès en séparation. Des ménages sans honte se\ndéshabillent en public, roulent leur lit devant le tribunal alléché et montrent\ncomment ils s'y prennent dans l'outrageante nudité de leurs révélations.\n   Ces dames bien mises, élégamment bourgeoises, qui, assises sur les chaises\ndes jardins publics, raccommodent leurs bas, n'ont pas le sens charmant de\nl'intimité. Elles l'ignorent autantqueles négligents qui perdent leurs lettres,\net autant que ces demoiselles qui, avant de se mettre à leur piano, ont la\nprécaution d'ouvrir deux fenêtres ; elles veulent partager avec la rue. La\njouissance des plaisirs du chez soi est comme la tarte : plus il y a de con-\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                 -   289-\n\nvives et moins grande est la part de chacun. Soyez gourmandes, Mes­\ndemoiselles.\n   Quel dégoût inspirent ces paires d'époux qui se querellent à tue-tête\ndans leur jardin, sans avoir, au moins, la pudeur de rentrer et de fermer\nles portes ; bien au contraire, ils élèvent d'autant plus la voix que leurs\nmots sont plus malsonnants ! Et ces dévergondées qui achètent un corset\net l'emportent sous leur bras sans avoir le soin élémentaire de l'envelopper\nd'un discret bout de papier — il y a tant de journaux qui sont faits pour\ncela.\n   Les lois, ces capricieuses productions de notre supériorité, défendent de\n montrer aux passants certaines choses qui ne doivent pas les intéresser ;\ndans le domaine où les lois ne regardent pas ayons encore des scrupules\net n'expulsons pas de l'ombre qu'ils désirent, ces menus détails qui\ndeviennent des vulgarités quand ils sont en étalage dans les magasins de\nlingerie — et dans bien d'autres vitrines. Comprendre le secret qu'ils\nréclament, c'est augmenter leur valeur, faire leur puissance.\n   Se rendent-ils assez odieusement ridicules ces maris qui s'écrient en\nregardant n'importe quoi : Tiens ! c'est comme Eudoxie! Figurez-vous,\n mon cher, que ma femme... et puis une minutie d'explications...\n   A ce point de vue, les omnibus nous font un grand mal, ce sont de\nvraies boîtes à histoires : une bonne dame toute ronde, le sourire prompt\net l'air trop affable, monte dans l'omnibus ; elle s'installe, et, parce qu'un\nvoisin prend sa monnaie pour la passer au conducteur, elle se croit le devoir\nde dire à haute voix à ce voyageur et à tous les autres, qu'elle vient de chez\nun médecin parce qu'elle souffre de douleurs au ventre, mais elle mettra un\ncataplasme en se couchant et il faut espérer que ça se passera comme ça.\nAlors une autre dame, dont un arrière-cousin a eu aussi mal au ventre il\ny a quelque temps, fait savoir à l'omnibus tout entier que son mari est\nemployé au ministère, qu'elle adore le veau au blanc et que son fils aîné\ncompte sur un prix de thème latin... histoires indigestionnantes !\n   Chez la femme surtout ce défaut est repoussant. La femme est faite pour\nla discrétion,' la réserve, le mystère — j'allais dire : pour être enfermée.\nSes aveux doivent toujours, par le soin qui les enveloppe, avoir un grand\nprix : malheureusement il y aura toujours des benêts qui seront ravis de\ns'entendre avouer ce que tout le monde sait. Mais combien elles ont tort\nces femmes qui se coiffent devant leur fenêtre, relèvent leurs jupes pour\néviter un grain de boue, se font prendre mesure par un garçon tailleur et,\nle matin, sortent de leur chambre sans être peignées et déjeunent en cami­\nsole. Crimes ridicules! Niaiseries! et la première délinquante venue répon-\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "                                  — 290 —\n\ndra avec ce joli mouvement d'épaules qu'ont les femmes et les chats : Mais\nil n'y a rien de mal à cela, je suis chez moi, tant pis ! Et puis on n'a qu'à ne\npas regarder...\n   Voilà, je le confesse, toutes raisons auxquelles on ne trouve pas lourd à\nobjecter; mais, malgré tout, je pense que, précisément parce que ce sont\ndes riens, de petits bouts de rien, il faut être assez délicat pour s'en amou­\nracher comme de tout ce qui n'est pas à la portée des grossiers. Quel charme\nne cherche pas en catimini l'ombre d'un mystère? La vraie satisfaction veut\navoir bataillé contre une difficulté ou une défense pour pouvoir s'imaginer\nune victoire.\n   Tenez, madame, avez-vous remarqué, dans vos promenades à la ban­\nlieue, ces grands terrains à bâtir ? Et avez-vous vu avec quelle indifférence\nchacun passe à côté? Mais si le terrain est entouré d'un bon palis; si un\navis, cloué sur la porte, dit aux passants que l'entrée est interdite, les\nenfants grimpent sur la clôture, les hommes regardent entre les pièces de\nbois et les femmes poussent le nez devant la porte, tous voulant voir ce\nqui se trouve, non pas derrière le palis, mais derrière le mot : interdite. Et\nil y a la même chose que sur le terrain qui n'est pas enclos. Un peu de cela,\nmadame, se présente dans la valeur de votre personne, et aussi, comme\ncorollaire, dans le bonheur de votre ménage. Je suppose encore, pous vous\nramener chez vous après vous avoir fait promener le long des terrains à\nbâtir, je suppose que votre mari, vous voyant lasse, vous aide à vous dévêtir,\net vous voici, le jupon tombé, — en pantalon... oh! restez : je n'irai pas\nplus loin — Tiens ! dit monsieur, tu as mis le pantalon qui séchait hier sur\nla grille du jardin... Observez alors le froid que jette cette remarque. Tout\nle monde a vu le pantalon de sa femme... Il vous laissera continuer seule\nvotre déshabillement — et n'insistons plus.\n   Mais, diantre ! la chose est certaine, les maris aussi ont leur secret pro­\nfessionnel! Ils sont taillés pour le vaudeville ces trop bonnes pâtes d'époux\nqui disent à leur vieil ami : mais appelle donc ma femme Victorine ! et,\npour le sentiment qui nous occupe, je les place au même rang que ces\nprinces qui, lors de leur visite à l'Exposition de 1867. à Paris, couraient\ntous l'un après l'autre chez la même courtisane.\n   Encore une personne qui a bien gravement manqué aux devoirs de l'in­\ntimité la plus primordiale, c'est cette dame qui, il y a quelques semaines, a\naccouché dans l'express de Cherbourg, devant les employés très empressés !\nIl existe des manquements moins sérieux, heureusement.\n   Ainsi, autres délinquantes : ces femmes qui, voyageant avec leur mari,\nveulent à toute force parler aux commissionnaires et aux cochers ; et celles\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                                   — 291 —\n\n\nqui, au restaurant, donnent des ordres au garçon; l'Anglaise, ce modèle, ne\ns'adresse qu'à celui qui a l'honneur de l'accompagner, et celui-ci transmet\nl'ordre au servant. Le type féminin serait la femme née en France — parce\nqu'elle est gracieuse — et élevée en Angleterre — parce qu'elle acquiert\nune parfaite dignité. Ces détails par leur recherche même ont une expres­\nsion touchante, ainsi une mère qui, au lieu de jeter ses deux sous dans le\nchapeau tendu d'un vieux mendiant, envoie sa blonde petite fille y déposer\navec de la peur, la pièce de monnaie, ajoute un charme tendre et un peu de\nbonne confiance à la charité faite à ce souffreteux ; par cette innocente et\nsi chère entremise l'aumône ne tombe pas dans le chapeau gras, elle y\ndescend. Ainsi encore la maîtresse de maison qui, avant les longues tablées\ndes dimanches, à la campagne, ne confie pas à des doigts de bonne la fraî­\ncheur des fruits et la fragilité des pâtisseries, et veut préparer et décorer elle-\nmême le dessert dont les lenteurs sacrées sont l'accompagnement des plus\nlongues causeries.\n   On rira de ces petitesses. Je le sais. Mais leur négligence et leur mépris\npour certaines natures est cruel et vulgaire comme le bruit des sous qui\ntombent dans l'aumonière pendant les prières de la messe ; et ces riens sont\nsi gracieusement sensuels qu'ils laissent tomber, indifférente, la blagueuse\nraillerie des hommes forts qui prêtent une culotte et empruntent une pipe.\n   Voilà le sens subtil de l'intimité, le sens du chez moi, le sentiment d'une\npropriété morale, sens adorable, cajolant, féminin par ses chatteries\nsavantes et ses irrésistibles prévenances — qui sont comme des politesses du\ncœur.'J'envie grandement ceux qui serrent leurs pensées dans un coffre-fort\net qui gardent dans un solide tiroir des impressions écrites toutes fraîches.\nAprès une douzaine d'années on éprouve une joie si personnelle à ressus­\nciter ces souvenirs attendrissants comme ce qui est passé, et doux comme la\nmélancolie de penser à ceux qui nous ont oubliés. Egoïsme, diront les\nsévères. J'ouvre Spencer, La morale évolutionniste : « Avant l'existence\ndu plaisir altruiste, il faut qu'il y ait un plaisir égoïste, et, si la règle de\nconduite est la même pour tous, il faut que chacun soit égoïste à un point\nconvenable; il y a, en outre, cette conséquence, que pour arriver à la plus\ngrande somme de bonheur, chacun doit être plus égoïste qu'altruiste. »\nDonc, égoïsme, et puis? — Sensiblerie, diront les autres... Si vous voulez ;\nmais l'homme peut être plus qu'une pure application anatomique de la\nstatique et de la dynamique.\n   Autant j'admets, oui, l'orgueil de ceux qui font garder leur chasse, autant\nje sens la félicité de ceux qui gardent jalousement leurs idées et leurs affec­\ntions et qui veulent avoir, inviolé, le domaine privé de leurs sentiments.-\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "                                  — 292 —\n\nThéophile Gautier dit du poète d'Albert : « Il a, au fond de son âme, un\nsérail de belles idées qu'il entoure d'un triple mur, et dont il est plus jaloux\nque jamais sultan ne le fut de ses odalisques. Il ne met dans ses vers que\ncelles dont il ne se soucie pas ou dont il est rebuté; c'est la porte par où il\nles chasse, et le monde n'a que ce dont il ne veut plus. »\n   Ceux-là peuvent se donner le pénétrant plaisir de faire : « Je t'en\nratisse » à l'opinion publique en disant à la foule béante : ceci ne vous\nregarde pas.\n\n\n\n   Régal de gourmet : en juillet, ce mois d'or, passer des heures oisives dans\nune grande exposition de fleurs — et regarder les jeunes filles.\n   C'est le beau cadre, le vrai, dans lequel rayonnent idéalement les fraî­\ncheurs rosées et les regards doux, les tailles souples et les toilettes claires.\nLes fleurs attirent la femme irrésistiblement; depuis l'enfance, l'être fémi­\nnin est porté vers ces frêles mystérieuses qui sortent de la terre noire les\nadorées délicatesses. Entre elles et la femme, s'attache une parenté ; la\nfemme les protège parce qu'elle retrouve en elles de sa grâce et de sa fai­\nblesse, et elle aime leur parure ; avidement la fillette s'étudie à cette instinc­\ntive décoration de sa personne : le jour où elle sait placer la fleur, elle est\nfemme. Souventefois, admirant un bouquet simple, étendu familièrement,\nbien chez soi, sur un corsage rond, je me suis demandé des deux lequel\nétait fait pour l'autre ?\n    Mauvais madrigal à part, j'en tiens donc pour mon idée sur les expo­\nsitions florales Comme les réflexions s'abandonnent dans ces fantaisies\ndésordonnées, comme elles s'enlacent dans ces jeux indéchiffrables et, rêves\nen boutons, y fleurissent en jolis projets. Les pensées follement s'attachent\nà ces gerbes, grimpent, tournent, se sauvent, s'embrouillent, se perdent\net on se laisse entraîner dans la lâche séduction d'un étourdissement lent et\n fort. Le bruit des galets carillonnant le long des plates-bandes, les larges\n envolées d'odeurs, ces nonchalances affaiblies, balancées comme le pied\n blanc de Sara la baigneuse, belle d'indolence — c'est une griserie tout\n cela      Le monde se fond, s'évanouit, et l'on se sent emporté au pays des\n fantaisies étranges ; ivresse merveilleuse, emparadisante ! Surprises infinies\n que jamais on ne pourra voir toutes : un fouillis précieux de jolivetés, les\n feuilles d'un vert foncé saignant un filet rouge, les roses flamboyantes,\n l'œillet impératif avec sa longue aigrette jaunie, des tons inimaginés, des\n inventions simples, des fleurs en soie, en sucre, en satin, en tout, d'autres\n sur lesquelles il a neigé — et des détails surnaturels, comme les veines\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                                  — 293 —\n\nsaumon-clair qui serpentent sous les longues feuilles rouges du Dracaena\ntermmalis. Dans le fond, une verdure ornementale, un décor de plantes\ngraves: les broméliacées, les orchidées, les aro'idées, les azalées et les yuccas\nhérissés, en arrêt, les pointes en avant.\n    Les nuances, dans leur pureté astrale, ont de vivants cajolements ; des\nmoiteurs tendres et traîtresses s'exhalent lourdes; une susurration chaude\nbruit doucement comme si les roses jasaient, et dans la magnificence pom­\npeuse des serres passe le vent de ces hautes panachures qui s'agitent comme\ndes plumes d'autruche éventant des paresses orientales. Les palmiers,\ndebout et balançant les bras, ont l'air de donner des bénédictions; les\nlauriers sont superbes comme des marchands de gloire; des buissons fleuris\npoussent comme des bouquets tout faits, et des pétarades de couleurs\npartent avec des éclatements de tons heurtés sur lesquels se découpent, fines\net aimantes, les fougères arborescentes. Des fleurs sont en feu, d'autres en\nsang, d'autres tout en or — aurea folia. Ce sont des fusées allumées dans\ndes pots de terre; au bout des longues finesses des pédoncules fléchissants,\njaillissent des boules rouges — au nitrate de strontium — et de gros boutons\nmystérieux attendent, comme des trucs de théâtre, un signal pour ouvrir\nleurs surprises au milieu des bégonias de bronze et de velours vert. Des\nplantes poussent comme des visions, follement, de tous côtés ; d'autres font\nsonger à un sonnet de Musset, et l'émerveillement s'étend dans cette\nfloraison féerique renouvelée toujours, exagérément diverse.'...\n    Et quelles inventions de noms curieux, simples ou cranes, quelles\ngrimaces de syllabes, quelle sonnerie de mots, les Pritchardia, les Chamae­\ncyparis Boursieri, les Imanthoplryllum miniatwn, quelle fantaisie antique,\net comme cela est en dehors de notre vie d'hier et d'aujourd'hui! Le Coleus,\navec ses feuilles pourprées étincelantes, bordées de jaune et de vert miroi­\ntant, semble se pavaner dans un riche lambeau du zaïmph sacré de la\n Rabetna, la déesse carthaginoise. A côté de lui, une grande inconnue aux\n airs frivoles, évaporés, se penche vers l'eau et s'admire devant une glace\n pure; d'autres étalent des feuilles comme des jupes, et, parées, atournées,\n vous regardent, la tête fière, impertinente; celle-ci a eu la coquetterie de\n lisérer de rouge le vert de sa robe pâle. Ce sont des détails de toilette,\n un tortillement de petites manières, des minuties de soins! Les fougères\n sont joliment peignées; quelques-unes ont de vrais bandeaux de cheveux\n bruns, et les Semperviva, par un fourmillement actif, s'arrangent, comme\n avec de petits doigts agiles, un gribouillis de plis gracieusement inextri­\n cables.\n    Pour le curieux sincère et patient, ce monde s'agite, remue, vit. Cela\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "                                  — 294 —\n\n chante. La couleur est une musique des yeux : des groupements de tons\n frappent comme de visibles consonnances. Ces oppositions, ces heurts, ces\n ententes de colorations forment, par les hasards de leurs rencontres, une\n harmonie fantastique et un long chantonnement de nuances. La rose fleurit\n une claire mélodie sur le barytonnement des verts qui descendent dans le\n sombre grave : à ce moment, le sourire limpide d'une fille moqueuse monte\n comme une note bleue, folle, envolée, indisciplinée. A côté du Géant des\n batailles, le rose reprend sa musique, s'enfonce dans l'orangé, le vermillon,\n le sang-dragon, le lie-de-vin, tombe dans la basse profonde des boutons\n noir-sang, et tous les violets grimpent en roulades colorées jusqu'au blanc\n suprême et plaquent leurs accords dans ce grand air des couleurs.... Les\n sensations se brouillent en une molle confusion : on sent, hors de soi, des\n impressions douces, onctueuses, dominantes. Les couleurs se meuvent.\n Sont-ce les robes ? Sont-ce les fleurs ? Elles marchent, se balancent,\nembaument le vent et vous passent des caresses parfumées autour du cou....\n Les florales pâles ont des tendresses de chair, la rose carnée palpite, et des\nrosettes de rubans légers voltigent sur le Nidularium. Des yeux ont des\nreflets de myosotis. Les feuilles d'Araucaria forment des ombrelles grandes\nsous lesquelles, au frais, sont assises, les unes droites, les autres penchées,\ndes plantes dont les formes bizarres, évasées, rappellent ces feutres auda­\ncieux dont se coiffent les jeunes Américaines. Parfums et senteurs s'unissent\net s'évaporent au dessus de cette grâce falbalassée, enjolivée de pétioles et\nde verticilles, avec des retroussis coquets, des mèches tombantes et les plus\ntendres des soins féminins. Les fleurs sont en toilette. Les unes, blanches,\npoudrées; les autres, d'un blond-friture; d'autres, froides, se blottissent\ngracieuses comme la Frileuse de Houdon ; et, plus loin, celles dont les\ngrandes verdures se relèvent sur les bords et se retroussent, escalopées et\ncraignant la boue ainsi que la jupe d'une soigneuse ménagère. Comme de\nbeaux éventails, des feuilles découpées en dentelles avec des étoiles roses\nallumées au milieu, s'agitent et rafraîchissent les corsages de velours chif­\nfonné des belles fardées dont les lèvres gourmandes se soulignent de gros\ntraits à la sanguine. A côté du duveté des joues, au milieu des mines\néveillées et vivaces, s'ouvrent, pareils à des yeux, des ronds d'un azur doux\ncomme le bleu d'un lit de mariée. De grandes vigoureuses et saines, pom­\nmadées, avec de petites frisures au cou, tirent l'œil effrontément; leurs\nvoisines, aux longs cils frangés, sont benoîtement simples dans leur jupe\nd'étamine foncée et leur fichu bleu, tandis que les marguerites laissent voir\nles blanches finesses de leurs dents mignonnes à travers un sourire, et que\nles Népenthes font ballotter fièrement leurs longues breloques. Et partout,\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                                  — 295 —\n\ndans cette recherche de mises portées avec des ondulations de taille, règnent\nune noblesse et une distinction de ton qui sont comme des manières déli­\ncates et des élégances de gens du bel air. Au milieu de noms ronflants et de\ntitres allongés, plusieurs de ces beautés, belles comme des espérances, se\nnomment : Délices, Splendeur, Belle-Louise ou Gracilis, Émeraude ou\nSceptre d'or, et puis tout l'armoriai des duchesses et des marquises au petit\ndoigt relevé; quelques-unes, plus enjouées, plus folles, mettent carrément\nsur leur carte : Flamme de Punch, Boule de Neige, Carminata, Granit\nrose      Si les femmes s'appelaient comme les fleurs!\n   Ce joli ébahissement, ce caquet folâtre, cette montre de couleurs, ce\nmouvement de têtes qui s'avancent curieuses et coquettes, c'est une vie ; la\nvie d'une jeunesse tressaillante.\n   Et c'est une grande fête.\n   Etalées dans de gros pots comme en de bons fauteuils, calées, larges de\nla base, ces massives plantes grasses, assoupies, ventrues, aux pointes rébar­\nbatives, sont sérieuses comme de vieilles graves tantes... J'ai déjà vu ces\ntêtes-là le long des murs d'une salle de bal : elles sortent d'une robe de soie\nverte, et il leur pousse des moustaches. C'est frappant. Ce sont bien les\ngrosses bonnes dames qui font disparaître abondamment sorbets, punchs,\nsirops et gâteaux en surveillant leurs nièces, mignonnes gamines lancées\ndans la joie... Voici un vieux monsieur en lunettes d'or, la cravate blanche\net le nez jaune. Il vient, un carnet de bal, ou un carnet de notes, à la main.\nIl s'arrête près de la grosse tante; respectueusement il l'examine, avec poli­\ntesse cause, griffonne des mots... Laissons les gens d'âge ensemble et\namusons-nous toujours, mesdemoiselles les fleurs et vous, grandes fleurs,\nmesdemoiselles, mais ne raillons pas ce vieux sérieux : c'est un ancien fidèle\nde la maison, un familier; ne rions pas, car c'est lui qui vous fait, par un\ntravail patient, de si jolies parures, c'est lui qui dirige les jardiniers — ces\ncouturiers pour fleurs — et il représente la maman de toutes ces aimables\ndanseuses, la Science, maîtresse de ce salon. Elle a ordonné cette fête, et\nc'est aujourd'hui jour de grande réception.\n    Les fruits rondelets forment le groupe des papas bourgeois : voyez donc\nl'estomac satisfait du potiron, le gilet jaune de l'abricot et la bonne joue\nrouge de la pomme.\n    Dans ce coin tranquille, voici des plantes guindées déformées. Près de\ncette perche, gênée par sa taille longue comme des phrases qu'on ne sait\ncomment terminer, se réunissent quelques amies honteuses d'une mise un\npeu passée — des feuilles roses bordées de jaune, les grand'mamans trouvent\nque c'est encore très bien.\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "                                  — 296 —\n\n   Rien ne manque, décidément. C'est une vraie fête, car voici, près des\nanémones mélancoliques, les tristesses, les douleurs... Elles ont voulu\nvenir, elles ont voulu assister à ce bal, le seul qu'elles verront. Ces fleurs\ncoupées, affaissées, baissent la tête et n'ont pas la force du rire. Leurs\npâleurs avivées étouffent. Elles sont nées ce matin et elles revêtent déjà,\nfrileuses et expirantes, ce jaune cruel — le deuil de la fleur — et leur\nlangueur profonde est doucement lugubre comme un cercueil de jeune fille.\nC'est le coin des larmes : la fête est complète ! On pleure, donc on vit ; on\nmeurt, donc tu es sincère, ô grand rêve éveillé dans l'éclat de ce luxe qui,\nsous chaque branche et sous chaque feuille, cache la grandesse froide de\nla Mort. Matérialité odieusement superbe, assez haute pour ennoblir les\nhideurs, faire sortir des rêves de tes saintes abjections et affoler de sublimité\nle passant faible qui écoute ce que disent ces beautés, comprend leurs\nparfums et leur répond en admiration.\n   Que les espoirs se reposent et amoureusement se laissent bercer sur ces\nlarges feuilles alanguies, faites pour la rêverie comme la joue est faite pour\nle baiser!... Que distinctement on entend passer des soupirs d'extase, des\nfrémissements impatients...\n    Mais la fête s'anime dans une griserie chaude : des rayons s'enflamment\nautour des globes rouges qui semblent des torchères, et des parfums\nsensuels, comme il en sort des corsages tièdes sous les lustres du bal, vous\n saisissent. Avec des inclinaisons qui sont des saluts, s'étale un triomphe de\n chairs tendres. De loin se confondent les roses et les joues... Où sont les\n lèvres? Où sont les corolles? Des compliments polis se disent aux jeunes\n personnes des plates-bandes, et l'admiration muette monte aux fleurs qui\n se promènent.\n    Il est temps de boutonner ses gants. Le mouvement bouillonne ; le tour­\n billon s'enroule dans un entraînement passionné, et des fleurs, la taille\n droite, l'éventail fermé, l'œil fixe, se savent regardées, et attendent.\n\n   Un gardien. On va fermer.\n   — Je vous remercie, je ne prends pas de rafraîchissements.\n   Le gardien. Ça m'est bien égal, mais il faut vous en aller.\n   — Impossible, cher monsieur. Vous voyez là-bas cette fleur splendide\ndont la robe est d'un si joli rose saumoné? c'est la comtesse de Choiseul ;\nelle m'attend pour la valse...\n   Le gardien. Vous êtes fou?... Si vous croyez que depuis ce matin je n'en\nai pas à crever, et que je vais m'amuser à rester pour vous dans cette puante\nexposition !\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                                 — 297 - -\n\n  — Je voudrais, certes, vous obliger, mon ami ; mais je ne puis cependant\npas, pour vous faire plaisir, être grossier à ce point. Vous pouvez, du reste,\nparfaitement vous retirer...\n  Le gardien. Assez de bêtises comme ça. Vous allez filer, et tout de\nsuite...\n   — Je dois rester, absolument.\n  Le gardien fait un signe à un de ses collègues. Le visiteur, pris par les\ndeux bras, se laisse conduire à la porte. Il envoie, de loin, un long baiser\nà la belle fleur double du Bégonia.\n\n\n\n\n   Les voleurs, on les appelle des philosophes... eh! eh !... En ses heures\nde paresse, la conscience parfois se demande — bien bas — si tous ceux-là\ndont on touche au passage les coudes brutaux et pressés, méritent bien, en\ndéfinitive, un scrupuleux respect? Il est sublime, proclamons-le sans honte,\ncelui qui sincèrement ne s'y est jamais pris à deux fois pour peser sa\nloyauté, celui en qui l'honnêteté méticuleuse n'a jamais laissé un vague\nremords. A la fin, on s'emporte sous l'irritante piqûre de ces petits affronts\nque chacun est naturellement en droit de faire à tout inconnu. Dans les\ngares, des avis en plusieurs langues mettent en garde contre les filous, et,\nboutonnant leurs manteaux, les voyageurs veillent, regardant leurs voisins\navec des airs policiers... si c'était un de ces tire-laine qui rôdent par ici...\nDe même nous vivons au milieu d'une défiance générale, constante ; soup­\nçons agressifs dont la continuité obstinée agace, irrite et insufle la haine\nde ces gens prudents comme des fripons. A chaque pas, un doute insolent\nsoupèse votre probité. Vous faites faire votre portrait, — pour prendre un\n abonnement à une Exposition ou pour faire une surprise à votre femme,—\n le photographe est d'une amabilité empressée, mais il a placé, très évidente\n une pancarte : On dépose un à-compte en posant. Il craint de ne plus vous\n revoir. Une lettre, cachetée avant d'être remise au porteur, lui fait penser\n qu'elle serait sans doute intéressante à lire en route : cette précaution crée\n la faute — comme ces monuments qui sont salis précisément aux endroits\n où l'on a placé des grilles pour les protéger. En omnibus, une dame pru­\n dente met ses mains sur ses poches ou passe son porte-monnaie de l'autre\n côté en vous regardant sous le nez. Et ces précautions se prennent avec une\n arrogance naturelle, une effronterie frigide et implacable, comme si nous\n vivions dans un monde de marchands de programmes ; il faut les sentiments\n rouillés, endurcis et mal affilés pour ne pas se sentir froissé, et certes, une\n                                                                        19\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "                                  — 298 —\n\n éducation un peu danubienne est maintenant une des conditions du bon­\nheur. Dans la vie, c'est comme au bésigue, tout ce qu'on dit il faut le\nprouver, vous annoncez quatre-vingts de rois, montrez-les. Accusations\nsourdes, lancinantes, d'une discrétion lâche, à laquelle il n'est pas permis\nde répondre du bout de la botte, et profitant de leur forme courante pour\nvous dire avec triomphe, à vous qui rêviez bien d'autres choses : Toi, mon\ngaillard, tu ne me tromperas pas. C'est encolérant; et puis cela finit par\nvous forcer aux mêmes soins vis-à-vis d'autrui. Vous arrivez devant un\nguichet, au théâtre ou à la station, et la buraliste garde dans ses doigts\ntenaces son morceau de carton jusqu'à ce que l'argent bien compté soit\naligné, vous montrant sans détour que vous pourriez être un escroc, et,\nbonne âme, vous vous dites : c'est prudent, il y a tant de drôles... eh!\nmais, précisément, mon voisin pourrait bien... Et vous passez au suivant\nle compliment qui s'en va circulant de proche en proche, et c'est ainsi que\ntoutes les personnes qui entrent au théâtre ou montent en wagon se jettent\ndes regards méfiants. Vous arrivez à l'hôtel; le plus saillant, dans votre\nchambre, est un avis en lettres d'affiche : Messieurs les voyageurs qui n'ont\npas de bagages sont priés de payer comptant... Mais cela ne donne-t-il pas\ndes envies d'arriver avec une vieille caisse de cailloux ? Ces clefs et ces ver­\nrous dont on entend sans cesse l'agaçante ferraille nous emprisonner et\nnous garder à vue, inspirent au plus loyal des rages d'effraction et de\nreprésaille. Nous ressemblons trop à ces Napolitains qui jouent à la bris­\ncola à cheval sur un banc et commencent la partie en plantant leur poi­\ngnard dans le bois : premier avis à l'adversaire. Nos relations sont ainsi\noutrageantes; ce sont de menues injures courantes, très ordinaires, de jolis\nsoufflets qui ne font pas de bruit; et ce qui, plus que d'habitude, fait que\nnous ne nous en froissons pas, c'est que, ces soufflets, chacun les entend\nsur la joue du voisin et jamais sur la sienne. On ne songe pas qu'en soup­\nçonnant tout le monde ont doit bien avoir un peu son tour. Cela horripile,\net la joie furieusement satisfaisante, de tromper ces prudences en armes et\nde leur jouer un tour, ne serait-elle pas une explosion d'honnêteté, une bonne\nvengeance qui soulage?... Et, pour donner l'exemple de cette confiance que\nje souhaite envers le prochain, je me demande s'il ne se pourrait être que les\nfilous fussent des hommes dont la nature de choix est mise en rage par\nnotre méfiance, des cœurs excellents qui se vengent?... Comme il existe pas\nmal de filous, cela prouverait au moins que l'humanité a beaucoup de bon.\n   Mais pourquoi vivons-nous dans cette position de tireurs en garde? Notre\népoque a tant multiplié les relations, si bien mêlé les peuples, et nous avons\nmaintenant chacun une si grosse collection d'amis que nous sommes obligés\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                                  — 299 —\n\nde prendre des mesures défensives. Nous avons grand'faim tous, et nous\nnous mangeons les uns les autres, entre amis. Nous avons constitué une\nlarge société de pillage mutuel ; il faut être volé, dépouillé, sans résistance\npossible. La sagesse est de choisir ses amis ; celui-ci vous plaît, son carac­\ntère s'emboîte bien dans le vôtre, que ce soit lui plutôt qu'un autre qui\nvous attaque et profite de vos dépouilles; vous faites de lui votre ami,\nd'autant plus intime que vous avez pu remarquer de son côté certaines\nfaiblesses, certaines qualités, au moyen desquelles vous pouvez espérer ne\npas être tout à fait inférieur dans cette lutte d'affection. Nous avons trop\nd'amis— nous ne les connaissons plus tous — voilà pourquoi nous sommes\nforcés de vivre en état de défense et de poster tout autour de nous des pré­\ncautions comme des sentinelles. Les attaques ont des sournoiseries qui\nrient, les morsures sont affectueuses, et tout se passe suivant les règles de la\nbonne société, sous une dissimulation aimable, parfumée de politesse, et\ntraîtresse comme un rhume de cerveau. Mais certaines gens repoussent cette\ndissimulation, et vont au dessus de ces soupçons dont ils se moquent et\ncarrément ils disent : prenez garde, nous volons. On les appelle des philo­\nsophes... e h ! e h !\n   Ces philosophes font fi de notre droiture et dédaignent notre considéra­\ntion ; ils se moquent de notre Société : un mêli-mêlo de banquistes, d'apo­\nthicaires, de somnambules, de reporters, d'ingénieurs, de barbiers et de\nfaiseurs de tours de gibecière, et pour rien au monde ils ne voudraient faire\npartie des honnêtes gens ; ils ont un superbe mépris pour cette catégorie\nd'individus, un mépris à cinq étages. Les honnêtes gens ! ces banquiers en\ncaoutchouc que rien ne peut ruiner, ces exotiques personnages qui, sans\nmoyens d'existence connus, reçoivent princièrement et auxquels on n'ose­\nrait faire avanie, ces veuves qui pleurent à verse des maris qu'elles ont\nimpérialement trompés, ces fonctionnaires qui s'élaborent de jolis profits\net le pouvoir qui ne flanque pas tout ça à la porte parce que le bruit ferait\ndu tort au parti... tous d'honnêtes gens! Ces critiques d'art qui ont chez\neux des tableaux de tous les peintres dont ils encensent le talent, ces poètes\nlarmoyants dont les soupirs s'évaporent dans les errances éthérées et qui,\nleur aérostation déclamée, rentrent chez eux, passent un gilet de flanelle\npardessus leurs ailes, comptent la recette et rossent leur concubine, ces\nprofesseurs de musique dont les mains infatigables polissonnent dans les\ncorsets de leurs élèves, ces grands d'Espagne réduits à blanc d'estoc et\ntenant écuries de courses, seigneurs honorés qui, sans un rouge liard,\nvivent en millionnaires aux frais de leurs croquants de fournisseurs, et ces\nbons vieillards doucereux, élus académiciens parce qu'ils sont de braves\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "                                   — 300 —\n\ngens qu'il faut faire connaître un peu, et le prolétaire d'assommoir qui\nrevendique ses droits en méconnaissant ceux des autres, et son frère, le\nbrave ouvrier qui pille les boulangeries ayant des pièces d'or dans sa poche,\net aussi ces barons décavés mettant leur couronne sur des têtes de demoi­\nselles mûres qui ont réalisé une jolie fortune en travaillant de leur per­\nsonne... Tous d'honnêtes gens auxquels il ne faudrait pas marcher sur le\npied, morbleu! Dans le monde, ce sont ces ménages huppés, enchevêtrés\nles uns dans les autres par un adultère réciproque très reçu, au point qu'ils\nne s'y reconnaissent plus bien ; en public, c'est l'attention et les premières\nloges occupées par des filles que paient d'honnêtes gens très enviés ; dans la\npresse, ce sont de fades journaux bénins et velouteux, ne disant de mal de\npersonne, écrits avec de l'orgeat, ils font d'excellentes affaires et ils ne s'en­\nthousiasment qu'à la quatrième page célébrant, dans des boniments de\nqueue-rouge, des liqueurs qui font ressusciter; dans la vie, c'est la protec­\ntion installant des marchepieds commodes devant des niais incapables et\ndangereux, et octroyant à tous les membres de la famille de bons fauteuils\ndans des administrations solides... Avec les grands cœurs on trouve tou­\njours moyen de s'arranger; ils ne détestent pas les accommodements, depuis\nle pur Bossuet qui écrivait les Elévations sur les Mystères et pinçait M lle de\nMauléon jusqu'à ce froid positiviste qui meurt tendrement dans les bras de\nson vicaire. Comme cela, tout autour de nous, il n'y a que d'excellentes\ngens ; tout le monde veut en être : ces moralistes indignés qui font pour­\nsuivre les laitiers parce qu'ils ajoutent de l'eau à leur lait et qui laissent en\npaix d'honnêtes épiciers fabriquer du café avec de la terre glaise — ô pro­\ngrès ! — et transformer les denrées coloniales en poisons, ces présidents de\nsociétés de tempérance qui organisent des banquets mensuels, ces aventu­\nriers pour lesquels il a fallu chercher des noms dans les langues étrangères,\net tous ces jeunes gens odoriférants qui se targuent d'une délicatesse con­\nsommée parce qu'ils ont fait porter par un groom au commissaire de police\nun porte-monnaie trouvé sur un trottoir — et qui séduiront chevaleresque-\nment la sœur d'un ami ; et encore, ces bonshommes prodigues de protesta­\ntions sans frais et qui, du ton le plus naturel, abusent de ce que le Destin\nest un sourd pour lui faire de généreuses propositions : je donnerais dix ans\nde ma vie! — farceur, donne donc dix sous aux pauvres. Enfin, c'est pour\nles scrupules de la conscience publique que nous avons créé de consolants\neuphémismes comme : l'art de guérir ; au lieu de : petits tripotages, nous\ndisons : la politique ; et au lieu de ce vilain mot : mensonge, nous avons\nce mot doré : diplomatie. L'intérêt prend des travestis coquets, irrésistibles\net se fait galantin. Non, pas un vice, pas un défaut que l'honnêteté pudi-\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                                 301\n\nbonde n'ait habillé d'un terme joli, costume décent devant lequel tous les\nchapeaux se tirent. Ce sont des transactions aimables, des accommodements\nqui finissent par nous faire prendre, en fait de gloires et de réputations, des\nvessies pour des soleils; de cette façon on trouve parfaitement d'honnêtes\ngens pour s'atteler à toutes les besognes et, dans la complaisante sérénité\nde leur conscience, ils se donnent grandement du respect les uns aux autres,\niis jouent la comédie de la considération et font, enfin, de l'honnêteté une\nhabileté qui jongle avec des articles de code sans les casser — comme avec\ndes assiettes.\n   Et cependant — singularité ! — la formule que l'on entend le plus, res­\nsassée sur un mode lamento, c'est : les honnêtes gens sont si rares! Tout le\nmonde la répète cette plainte, il faut donc croire que les filous s'en mêlent\naussi, ce qui montrerait que beaucoup de braves voleurs ne cachent pas la\ndésolation que leur inspire l'aspect de la société — ou bien que, parmi les\nhonnêtes gens, il y aurait pas mal de dissimulés, jolis drôles qui font les\nbons apôtres. Ce serait alors à prendre l'honnêteté pour un extérieur qu'on\nse donne, quelque chose comme une mise de rigueur sans laquelle on est\nmal reçu : l'honnêteté serait en usage...\n   Mais à cet usage des originaux ne se soumettent pas; ils trouvent que les\nhonnêtes gens c'est trop mêlé, et ils s'écartent. Avec une franchise qui nous\nchoque, ils ne respectent pas ces traditions courantes : entre l'estime de ces\nhonnêtes familles et la prison, ils choisissent la prison pour faire vivre les\njuges et les avocats — chers cœurs! — et ils volent; ces voleurs : on les\nappelle des philosophes... eh, eh!...\n\n\n\n\n   Maintenant qu'une prudence malhonnête nous a dit de faire mettre des\nboutons aux poches de nos culottes, ce ne sont plus les pièces de vingt sous\nqui se perdent, — ce sont les millions qui disparaissent avec une subtile\nprestesse. Tandis que le commerçant placide, sa journée finie, sa porte\nverrouillée et la recette alignée dans le coffre-fort aux secrets multiples,\ns'étend aux côtés de sa ronde compagne et s'endort, le casque à mèche\nramené sur le nez, ses économies, parties pour les vastes entreprises,\ndansent une sarabande délurée et mènent une jolie vie !... Il faut que tout\nsoit imposant, grandiose; on se met donc à plusieurs, on se cotise pour faire\nune perte raisonnable dont on puisse décemment parler. Telle est la mis­\nsion de la Finance : réunir les petits porte-monnaie pour confectionner un\nkrach à sensation.\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "                                  — 302 —\n\n\n    C'est l'universelle croisade de l'or. Il n'est si maigre manant qui, sentant\n quelques écus sauteler dans son gousset, ne s'enfle tout de suite comme\n une grenouille qui aurait lu les fables de La Fontaine ; et vite ces petits\n serfs viennent prendre du service aux guichets des barons de la finance ; ils\nveulent tenir garnison dans les banques, ces forteresses de la liquidation ;\n et, sous la bannière du seigneur de l'escompte, les frêles fortunes s'en vont\n à travers les hasards des opérations à terme, à la conquête des différences\n alléchantes. Mais combien restent sur le carreau, de ces magots aventureux,\n et ne reviennent plus vers la chaussette qui était leur foyer paternel !\nTant pis! la bagarre est ardente et l'on marche sur les morts — s'ils ne se\n font pas « reporter ».\n    La Bourse est le champ de bataille, et les capitaines, soldats d'aventure,\nsont de vieux routiers habiles à la parade sous une couverture en espèces ;\neffrontés comme des gens qui se sentent la poche pleine, ces braves, enri­\nchis après faillite, hâblent et vantent abondamment leur délicatesse,\ncomme ces chauves qui parlent toujours de la chevelure extraordinaire\nqu'ils ont eue... » Comparer la Bourse à la forêt de Bondy est un préjugé\nabsurde, disait Noriac, puisqu'il y a des gendarmes dans la forêt. » Dans\ncette halle aux fonds publics, librement, avec une galanterie audacieuse, le\nboursicotage secoue de l'or au nez des passants et leur fait, avec un signe\nqui frotte le pouce sur le bout de l'index, des propositions aimables. Ces\npromesses raccrochent et amènent les bourses assoiffées dans le mauvais\nlieu où se tripotent la frime et le report, où la fortune lascive se laisse\ncaresser par toutes les mains. Là, au milieu du brouhaha, dans un jargon\nspécial, avec des procédés techniques et des signes mystérieux pour le\nprofane, une foule opère, vend, achète, revend, trafique et triture cet amon­\ncellement de papiers dans lequel flambent les fortunes. Dans la masse\nagiotante circulent, insinuants et insaisissables, les juifs — ces anguilles de\nla finance. D'autres clament et se déclarent les plus forts, lancent des pro­\nmesses extravagantes et brassent de grosses affaires... Désolante faiblesse,\nc'est surtout en ces questions graves de revenus, d'avenir, engageant le\nbonheur d'une famille, que nous sommes niaisement portés à ajouter foi\nau jugement qu'un homme débite carrément sur soi-même. Nous entrerons\nde préférence dans un de ces magasins qui, en belles lettres dorées, s'an­\nnoncent comme « maison de confiance » — mais demandez donc au voisin\nsi sa boutique n'est pas aussi une maison de confiance..., alors pourquoi\ncet avis qui ne signifie rien? Parce que nous avalons le qualificatif jeté\neffrontément ; c'est un piège sûr qui prend aussi bien les vieux singes que\nla masse bêlante des petits béjaunes économes. A ce sujet, une histoire : il\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                                 — 303 —\n\n\ny avait une fois une administration dont un membre possédait de gros inté­\nrêts dans l'exploitation d'un nouveau système d'éclairage électrique ; ce\nmembre fit un rapport proposant l'éclairage des installations au moyen du\nsystème qui lui était cher, et il terminait : enfin, Messieurs, la dépense\nd'établissement s'élèvera à dix-huit mille francs..., dix-huit mille francs,\nbigre! — Rejeté. Quinze jours plus tard ce même membre relut son rapport\net il terminait : enfin, Messieurs, la dépense d'établissement ne s'élèvera\nqu'à dix-huit mille francs      qu'à dix-huit mille francs! — Adopté.\n   Le mot possède cette puissance illusionnante et tout le monde n'est pas\nbien convaincu, au fond, que le kilo de plumes pèse bien autant que le kilo\nde plomb. Ces mots insidieux sont les ailes qu'on attache aux mauvaises\nentreprises; ainsi les affaires se lancent. Des rapports dans lesquels les\nadjectifs scintillent comme des miroirs à alouettes, établissent, chiffres et\ndécimales à l'appui, des rendements mirobolants ; comme exactitude, cela\nressemble aux batailles représentées dans les journaux illustrés, et ces géné­\nreuses promesses sont de la famille des protestations calligraphiées — ou\nsaligraphiées — au dos des photographies. Les mots nous ruinent, et le\ncapitaliste mordra à cet hameçon doré, parce qu'il a faim de dividendes ;\ntoute notre existence sonne la monnaie : l'or convoité est le grand levier,\npuisque tout s'achète dans ce siècle à vendre. Les conceptions les plus\naventureuses trouvent à faire souscrire leurs titres, les plus vastes exploi­\ntations sont voulues et consenties par le public actionnaire — et l'imbécile\npauvre et narquois, arrête sa méditation interloquée, trouvant — ô illo­\ngicité! — que c'est dans les histoires qui ne tiennent pas ensemble qu'il y\na le plus de colles... Ces étrangetés, ces dislocations à surprises, ces\ncabrioles financières produisent des singularités, des controverses surpre­\nnantes, des subtilités tortueuses comme l'exception de jeu ; et on rencontre\ndes farceurs qui, pour arrondir une somme de fr. 13,000-63, posent :\n10,000 francs et laissent religieusement les 63 centimes; on découvre des\nconsciences sur lesquelles une pièce de dix sous pèse beaucoup plus que\ncinquante mille francs, — mais ce qu'on ne trouve pas — le phénomène\nserait stupéfiant, — c'est un banquier qui ne parle pas l'allemand.\n\n    (A suivre).                                 JAMES VAN DRUNEN.\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                         — 304 —\n\n\n\n                BÉNÉDICTION\nLa blanche Poésie, épouvante des Mères !\nL'adolescent nimbé d'azur et de chimères,\nLe bel enfant pensif, l'effroi de leurs Parents !\n Combien de mots ailés, de soupirs implorants,\nMurmurèrent tout bas tes vibrantes douleurs,\n O toi qui n'as connu que la bonté des fleurs !\nMaudits, tes cheveux blonds! Maudit, ton front superbe !\nL'avare pèse l'or dans le poids de la gerbe;\nLes parents pèsent l'or dans les cheveux d'enfants.\nEt s'ils vont dans la vie, calmes et triomphants,\nL'âme pleine de lys, rêvant de choses blanches,\nLoin du bruit de la foule et sous l'ombre des branches,\nAvec les papillons, les oiseaux et les vers,\nIls sont maudits, ils sont ingrats, ils sont pervers !\nNul glaive n'est assez tranchant pour leur supplice;\nNul poison assez acre au fond de leur calice,\nIls ignorent, le soir, le sourire des Mères!\nEt dans leurs yeux profonds point de larmes amères\nN'obscurcissent le ciel dont ils sont descendus.\nPour l'idéal brisé, pour les rêves perdus,\nO pur évangélisme, ô résignation !\nLeur main incline encor sa bénédiction.\nDoux Seigneur, ils ont pris sur tes brûlants autels\nCette Lyre où dormaient des sanglots immortels,\nPris cette âme enfantine et jusqu'aux bords remplie\nDe naïve indulgence et de mélancolie ;\nC'est Dieu qui leur apprit à se mettre à genoux,\nAveugles tourmenteurs inhumains, devant vous,\nN'ayant dans la douceur de leur œil transparent\nQue le désir d'aimer et le songe enivrant;\nC'est pour vous que cette âme ignorée et choisie\nCueillait innocemment les fleurs de poésie ;\nC'est pour vous qu'ils foulaient de leurs petites mains\nLes clartés de la vigne et les pourpres des roses,\nQu'ils étaient ces agneaux bêlants dans les chemins,\nPomponnés de grelots et de bouffettes roses!\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                         — 305 —\n\nLes laisser blancs et purs, dites, c'était si doux,\nLes laisser s'endormir, le soir, sur vos genoux.\nOh! laisser dans leur âme un amour bien vivant,\nAlors que l'amour même, ô délire, se vend,\nLorsque l'espoir humain ne sait plus que descendre'.\nDans l'encensoir éteint, laisse rêver la cendre;\nDans l'enfant endormi, laisse rêver l'amour :\nPeut-être un feu divin le rallumant, un jour\nFera jaillir la flamme et bleuir les parfums?\n\nPriez en souvenir des poètes défunts !\nPuisqu'ils n'ont pas compris, ces pères et ces mères,\nOù t'emportait l'essor des fuyantes   chimères,\nQue pour tant d'innocence et de candide orgueil\nTu n'as eu que des mots de haine, et pour ton deuil\nLes jappements des chiens et les fouets des bourreaux;\nPuisqu'ils ont eu la crainte étrange d'un héros\nHaussant son casque d'or dans le calme des deux,\nAh ! puisqu'ils ont eu peur de te fermer les yeux,\nPuisqu'ils ont peur du Grand, puisqu'ils ont peur du Beau,\nAh! puisqu'ils t'ont couché tout vivant au tombeau,\nJe veillerai, pieux, ta cendre et ta mémoire,\nJe mettrai sur ton front les palmes de la gloire,\nGrand poète insulté de lâches funérailles !\nLe ciel a couronné l'enfance que tu railles;\nDemain purifiera les hontes d'aujourd'hui!\nVois, ce qu'ils adoraient est presque évanoui.\nMais devant ces lauriers que le temps va jaunir,\nMais devant ces affronts, l'ironie et l'insulte,\nEnroule autour de toi la pourpre de ton culte\nEt ne lève les mains, enfant, que pour bénir !\n                                     GEORGES KHNOPFF.\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "                                              306 —\n\n\n                                 MEMENTO\n   Les Vieilles actrices et Le Musée des          au milieu des cent-gardes de l'impératrice,\nAntiques, par J. Barbey d'Aurevilly, in-16        fait cul-de-lampe à ce livre d'une verve si\nelzévirien. Librairie des Auteurs modernes,       continue, d'expressions si inventées, de\n16, rue d'Argenteuil. Prix : fr. 3-50.            comique si fin, qu'il donne une idée pres­\n   L'esprit français, l'esprit du prince de       que juste de l'unique et incomparable cau­\nLigne, de Beaumarchais et de Chamfort, le         seur qu'est M. Barbey d'Aurevilly.\nmot de Saint-Simon qui coupe un homme\nen deux et l'épithète qui l'empale, la verve\ngauloise dans ce qu'elle a de plus endiablé\net de plus gentilhomme, tout cela si loin,           L'Union des jeunes compositeurs, dont on\nsi perdu de défunt, revit et pétille dans les     avait vaguement parlé en décembre, s'est\nVieilles actrices et le Musée des Antiques.       éveillée avec le printemps, à la veille du\n                                                  mois de mai... et des hannetons. Elle a\n   En 1868, dans la Veilleuse, aujourd'hui        donné une audition d'essai ; histoire de\noubliée, M. Jules Barbey d'Aurevilly, le          tâter le terrain.\nthéoricien et l'historien du dandysme, fit du        Ce concert avait un vice d'organisation :\npistolet en prenant pour cible tous les gro­      ces Messieurs avaient oublié de nous y invi­\ntesques du salon du théâtre et des lettres.       ter. Nous y sommes allés tout de même, et\nVoilà ces cartons, dit-il, dans sa préface,       nous nous réservons de reparler d'eux plus\ncomme s'il sortait de chez Gastine Renette.       longuement, quand leur société sera consti­\n« On verra si c'était bien visé » et ces trois    tuée et leur union consolidée Puisse-t-elle\nmots de préface, semblable à celle de             faire leur force !\nl'Amour impossible, qui fait si bon marché\ndu livre, ont une allure dandye tout à fait          N. B. On nous demande si les dames sont\ninimitable. Mais ne nous prenons pas au           admises à faire partie de la société? R.S.L.P.\njugement que M. d'Aurevilly fait sur lui-\nmême ; il y a dans ce livre, écrit de verve et\nd'un « enlevé » merveilleux, trois morceaux\nde maîtrise qui seraient à mettre dans des           Le Livre du Désir, par la princesse\nmorceaux choisis : Thérésa, Déjaze't, Ber­        Anna I. Dinska, poèmes en prose, illus­\n ryer. Ces deux premières pourtraitures           trés par et d'après les grands maîtres,\n laissent bien loin les deux pages trop citées    300 figures, in-4° elzévirien, tiré à 517 exem­\n de Veuillot et de Saint-Victor et, avec Ber-     plaires. Librairie des auteurs modernes :\n ryer, la page devient de Tacite et juge à        10 francs.\n jamais comme Mérya jugé Talleyrand.                 Que peut contenir cet in-4 0 rose et or,\n    En dehors de ces chefs-d'œuvre, quel          dont la couverture, signée Louis Legrand,\npoème en prose à propos de Mlle Adèle             représente un enfant qui veut la lune et un\n Page, « simple comme bonjour et mélanco­         amour dont on coupe les ailes? A la pre­\nlique comme bonsoir ». Puis le cinglement         mière page ornée d'un adorable encadre­\n enveloppe dans un tourbillon de mots             ment du maître émailleur Claudius Pope­\n emportant le morceau; « Mlle Duverger,           lin, on lit : «... Ecrit en russe, il devait\n celte vitrine où le prince Demidoff expose       paraître à Moscou ; mais on m'a assuré que\n la sienne », et Aubert, le vieux paillard        les censeurs de Notre Père le Tsar trouve­\n scribe de la musique française, et M. de         raient du nihilisme entre les lignes et di­\n Saint-Georges, le « Père éternel du livret »,    raient « veto ».\n et le prince de Brunswick, « ce principe            « Lors, j'ai traduit mon livre en français,\n cocotte » ; « Poli, polyglotte, polygame,        et à quelque chose, la censure tsarine est\n Cydalise Philarète Chastes, Barbier », « le      bonne; devenues poèmes en prose, mes\n Laferrière des poètes », Feuillet de Con­        poésies m'ont paru meilleures ou moins\n ches, « ce gros rat gris rongeur d'autogra­      mauvaises et se rattacher — oh! très loin\n phe »; La Guéronnière et Limayrac, « ces         — à quatre très beaux livres de prose fran­\n vessies de parole, ces flûtes de l'accompa­      çaise : le Gaspard de la nuit, d'Aloysius\n gnement politique ». Ensuite Antiques et          Bertrand, les rythmes oubliés de Barbey\n Bleues et MM es Collet, Sand, Niboyet,           d'Aurevilly, les poèmes en prose de Bau­\n Bousquet, Olympe Audouard, André Léo,            delaire et la lanterne magique de Théodore\n Ancelot défilent fouaillées de railleries : le   de Banville »; et plus loin « Mon effort est\n grand manteau bleu Taylor n'y échappe            celui d'une étrangère à se faire aussi Pari­\n pas et Prévost Paradol, le jeune antique,        sienne que possible, acceptez, dames de\n cavalier inhabile et emporté par son cheval       France, ces fleurs françaises, écloses en\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "                                        — 307 —\n\nserre russe et que vous offre d'ardente          toute page ; mais il fallait suivre les poèmes,\nsympathie, une barbare. »                        et partant reproduire leur disparate dans\n   Voilà le premier mot du livre et voici le     l'illustration.\ndernier.                                            Tiré à petit nombre, ne devant jamais\n   « Ennuyée ou amusée que tu sois, lec­         être réimprimé, je conseille à tous les ama­\ntrice, l'épigraphe d'entre les lignes, était :   teurs de le posséder comme œuvre typo­\nla princesse s'amuse, et je te dis gamine­       graphique et l'illustration sans analogue et\nment : la princesse s'est amusée. »              je conseille à toutes les dames de le possé­\n                                                 der aussi comme une des plus singulières\n   Critiquez donc doctement avec un au­          éclosions de la plume féminine contempo­\nteur qui vous rit au nez ? Et cependant          raine.\nentre la prétention du début, et le « je\nm'en moque » de la fin, il faut y regarder.         Seul peut-être à rendre un arrêt, j'es­\n   Peut-être, venant dans l'énorme tas des       time, que tout en restant un ouvrier litté­\npuérils livres d'étrennes, ce Livre du Désir,    raire qui sait mal son métier et qui s'en\nest-il rehaussé par la banalité des autres ?     moque — la princesse Dinska ne peut être\nPeut-être son originalité de destination, car    désignée que par ces deux mots, se dimi­\nil est seul avec son Altesse la femme, à         nuant l'un l'autre :\ns'adresser aux mondaines? Peut-être son             « Mademoiselle Baudelaire ».\norigine russe? Tous les « peut-être » de                                               J. P.\nmysogénie littéraire n'empêchent pas que\nl'on soit singulièrement pris par ces poèmes                             ***\nen prose, écrits à la diablesse et qui déga­       A côté de situations rasantes, surra­\ngent une odor di femina, mais avec quel­         santes et contrerasantes, la direction d'une\nque chose à la fois de subtil et de plus         revue en présente souvent d'infiniment dro­\nfauve que chez nos Françaises.                   latiques. C'est ainsi que nous recevons\n   Ce qui saute aux yeux, à toute page,          périodiquement les oeuvres d'un poète\nc'est un bâillement d'ennui, prêt à tout;        incompris, imprimées sur cartes de visite\nune grande dame, un jour de pluie au mo­         et adressées par petits paquets charmants.\nral a égratigné du papier, et détendu ses           Voici une de ces cartes, prise dans le\nnerfs à changer sa moue en rictus Baude­         tas :\nlairien. Ni rose, ni bleue, ni verte, singu­\nlièrement noire, est l'encre du Livre du                           HOMMAGE\nDésir: l'ironie du Zodiaque parisien et des      A UN ILLUSTRE BIENFAITEUR DE L ' H U M A N I T E .\nDésirs modernes, avoisinent parfois le\ngrand sarcasme des Fleurs du Mal. L'iro­                              Sonnet.\nnie à jet continu est d'une rareté extrême                                  Homo sum, et nihil humani\ndans les œuvres féminines, surtout l'ironie                              a me alienum puto...\nvisant les concepts et non les personnes;        S'il est des gens sans foi, cupides, inhumains,\neh bien! pour la nature d'esprit, non pas        Insensibles et sourds aux préceptes divins,\npour l'envergure bien entendu, la princesse      Hommes au cœur de fer, l'âme galvanisée ;\n                                                 Dans tout trafic impur, ardents à la curée.\nDinska est — une Mademoiselle Baude­\nlaire.                                           Subtils agioteurs, accumulant des biens,\n                                                 Pour qui tout un poème est dix fois mille riens,\n   Il faut lire les vingt poèmes des Peines        ui devant le Veau d'Or, la face prosternée,\n                                                    'invoquent que ce dieu dans leur prière athée.\nperdues pour comprendre cette ironie russe\nqui n'est ni de l'humour, ni de l'ironie,        Je connais un héros ! de sentiments meilleurs :\n                                                 Un saint homme de bien qui nous venge, d'ailleurs.\nmais quelque chose de particulier et de          En faisant des heureux de toutes les manières.\nnouveau, indéfinissable.\n                                                 Le héros que je chante, est un homme en renom.\n   Quoique le Livre du Désir ne soit pas         Il est de noble race et porte bien son nom.\ndu tout un livre enfantin, il est d'une por­     C'est le grand Philanthrope: AIMÉ BARON D'AGNIÈRES !\ntée si désillusionnante qu'on peut le dire                              J U L E S BLANCARD.\nmoral et propre aux plus prudes personnes                     Président d'honneur de divers Instituts\ndu sexe auquel M. Legouvé devait sa                         poétiques français et étrangers; Vice-\nmère.                                                       Président des Sauveteurs de la Nièvre.\n                                                  Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme). octobre 1883.\n   Si bizarre est le texte, l'illustration ne\nreste pas en deçà; on tombe de Georges                  A Monsieur le Commandeur AIMÉ BARON\n                                                    D'AGNIÈRES, membre distingué de plus de trois\nClairin à Léonard de Vinci, de Béraud à             cents sociétés savantes ou humanitaires, digni­\nFra Angelico ; d'une frise de Saint-Aubin à         taire à divers titres d'ordres de chevalerie de\nune onciale gothique, et les puristes se            toutes les parties du monde !\nblesseront de la profusion même des orne­                Officier de l'armée territoriale de la Seine»\n                                                    Président-Fondateur des Sauveteurs de Courbe­\nments typographiques et des figures à               voie, etc., etc., etc.\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "                                         — 308 —\n\n                                                  Coron, Ajalbert, Goffin, Chevrier, Michaël,\n                                                  Berg, Chainaye, Maudonsky, Hatto, Fon­\n  La librairie européenne C. Muquardt             tainas, Vierset, Frison. Tout cela forme\nvient de faire paraître le Rétablissement du      une anthologie vraiment artistique et nous\npouvoir temporel du pape par le prince de         félicitons de tout cœur et de toute confra­\nBismarck. Un volume in-8° de 88 pages.            ternité les étudiants qui ont ordonné ce bel\nPrix : fr. 2-50.                                  écrin.\n  Notre caractère anti-politique et notre\nprogramme nous empêchent de faire autre\nchose qu'annoncer ce livre.                          Miss America, par M. Félicien Champ-\n                                                   saur, chez Paul Ollendorff. Ce roman,\n                                                  étude à la fois vive et délicate de vierge, où\n   Une seconde édition de l'Être social, de        se déroule l'aventure la plus osée, la plus\nM. Armand Hayem, vient de paraître chez           originale, est une impression très artisti­\nFélix Alcan.                                      que et intense de la vie élégante. Le succès\n  Cet ouvrage se recommande aux philo­            est à cette œuvre distinguée, d'une pro­\nsophes et aux hommes d'État. C'est à la           fonde portée, en son alerte et suprême\nfois un traité de sociologie et de politique      modernité.\nplein de vues scientifiques, d'idées origi­          Inutile de chercher parfois comme dans\nnales qui méritent de fixer l'attention s u r ­   un précédent livre de M. Félicien Champ-\ntout dans un temps où les principes, qui          saur, Dinah Samuel, de vrais noms sous\nsemblaient les plus solides, sont de tous         ceux des personnages de ce roman pari­\ncôtés remis en question.                          sien, Miss America.\n                                                     Tous et toutes accaparent lecteurs et\n                                                  lectrices jusqu'à la fin et les laissent sur\n   Un groupe d'étudiants de l'Université de       un vague rêve avec un désir de retourner\nGand, composé de MM. Pierre Poirier,              à des pages curieuses et préférées.\nE. Biddaer, A. Claus, J. Dufort. J. Gas-             C'est, pour le public de sélection qui lit\npar, E. Hublard, G. Loppens, P. Reuter et         et qui vit, un livre essentiel à connaître,\nA. Story, s'est formé l'année dernière pour       typique et passionnant.\ninaugurer la publication périodique d'un\nannuaire académique. Le premier volume                                ***\nen vient de paraître imprimé avec beaucoup\nde goût et orné, en frontispice, du portrait         Vient de paraître : Dictionnaire    synop-\nde l'éminent professeur M. F. Laurent             tique d'étymologie française, donnant la\nOutre les éphémérides universitaires, le          dérivation des mots usuels, classés sous\ntableau du personnel enseignant, des insti­       leur racine commune et en divers groupes:\ntutions académiques, des inscriptions au          Latin, grec, langues germaniques, celtique,\nrôle, etc., qui forment la matière technique      anglais, italien, espagnol, portugais, arabe,\ndu livre, on a eu la bonne idée de relever        hébreu, hongrois, russe, langues slaves,\nle livre par une partie littéraire dont les       langue turque, langues africaines, asiati­\néléments ont été pris parmi les groupes           ques, américaines, australie et polynésie ;\njeunes. La Jeune Belgique ouvre la marche         interjections, jurons, langage enfantin,\npar des vers mélancoliques de Rodenbach           noms de lettres, notes de musique, ono­\net les prières mystico-païennes de Max            matopées, fiction littéraire, mythologie,\nWaller que nous donnons plus haut; les            noms propres, noms de peuples, noms\nclercs de la Basoche y donnent avec ensem­        géographiques ; étymologie douteuse ou\nble et nous pointons un tas de jolies cho­        inconnue, par Henri Stappers.\nses finement écrites par MM. Quillard,               Un volume in-8°, cartonné, de 700 pages.\nDarzens, Pirus, Stranard, Raymond, du             — Prix : fr. 7-50.\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "L'ARTISTE, revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\n   rain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\n   pagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n   Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n   à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant pour la Bel­\n   gique : MAX W A L L E R .\n\n\n                 POUR           PARAITRE      PROCHAINEMENT :\n\n\n\n                                      NOTES\n                                           SUR LA\n\n\n\nLITTÉRATURE MODERNE\n                                            PAR\n\n                        F E A N C I S               W A U T E T\n                                   Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n\n\nREVUE DES CHEFS-D'ŒUVRE ET\nC U R I O S I T É S L I T T É R A I R E S . Directeur : Henry DU PARC. -\n  Paris, 4, Rue Hautefeuille.\n   La Revue des Chefs-d'œuvre et Curiosités littéraires vient d'entrer, dans sa troisième\nannée d'existence.\n   Soutenue par la faveur dont veulent bien l'entourer les amis des lettres, elle est désor­\nmais certaine du succès et elle croit de son devoir en terminant sa seconde année,\nd'adresser ses remerciements au public pour le bienveillant accueil qu'il a daigné lui\nfaire, et, à la presse, pour les gracieux encouragements par lesquels elle a bien voulu\nseconder ses efforts jusqu'à ce jour.\n   La Revue comportera à l'avenir les cinq divisions suivantes :\n   1° Romans et nouvelles; 2° Poésies et théâtres; 3 0 Voyages ; 4° Variétés historiques ;\n5 0 Variétés    littéraires.\n   Quant aux chroniques du théâtre, des livres et de l'art dont l'intérêt ne peut être réel\nque dans les publications quotidiennes ou hebdomadaires, nous croyons devoir les rem­\nplacer par deux bulletins bibliographiques, l'un concernant spécialement les lettres fran­\nçaises, l'autre, la littérature étrangère. Enfin, une courte chronique générale des faits\nimportants surgis pendant le mois terminera notre volume.\n\n                                PRIX DE L'ABONNEMENT :\n          Paris.                       Départements.               Etranger    ( 1 r e zone).\n  Uu a n . . . fr.      20-00     Un an . . . fr. 23-00          Un a n . .   . fr. 25-00\n  Six mois . . .        10-50     Six mois. . . . 12-00          Six mois .   . . 13-50\n  Trois mois . .         6-00     Trois mois . . . 7-00          Trois mois   . .        7-50\n             Le port en sus pour les pays non compris dans l'Union postale.\n                                      PRIX DU NUMÉRO :\n  Paris.   . fr. 1-75    | Départem. et Alsace-Lorraine, fr. 2-00    | Etranger fr. 2-25\n  On s'abonne par l'envoi d'un mandat-poste ou d'un chèque sur Paris à l'ordre de M. H .\nDU PARC, directeur de la Revue des Chefs-dœuvre et Curiosités littéraires, 4, rue Haute-\nfeuille, ou si l'abonné le préfère, il sera fait traite à vue sur lui du montant de son abon­\nnement.\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "LA REFORME, organe quotidien de la démocratie libérale.\n  Rédaction et administration : 18, rue des Sables, à Bruxelles. Seul\n  journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n  province, que pour la capitale, soit 1 2 francs par an.\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie le BEL-AMI, par Guy DE MAUPASSANT.\n  Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs, en vente\n  partout.\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN. Pré­\n  face de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (4e édition).\n  Un volume, Paris, librairie des auteurs modernes, fr. 3 - 5 0 .\n\n\nLUTECE, journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo T R E -\n  ZENIK, secrétaire de la rédaction : Georges RALL. Bureaux : boulevard\n  Saint-Germain, 16, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n  la Belgique : le port en sus.\n\n\n            HUMANITES                                                   C O M P L È T E S\n                                  A DOMICILE (EN T R O I S ANNÉES)\n\n\n\n                    PREPARATION AUX EXAMENS\n                                                                DE\n\n\nP H I L O S O P H I E ET LETTRES\n                                   Cours et répétitions particulières de\n\n      LATIN, PHILOSOPHIE, LITTÉRATURE, ANGLAIS & ITALIEN\n\n                    NOMBREUX SUCCES OBTENUS AUX EXAMENS\n(Sur 2 5 récipiendaires présentés aux examens en 1883 et 1884, 2 2 ont parfaitement\n                             réussi, dont 7 avec grades)\n\n\n\n              Examen de secrétaire de légation\n                          Cours et leçons particulières d'anglais et d'italien\nCONVERSATION, GRAMMAIRE, TRADUCTION, RÉDACTION, LITTÉRATURE\n\n\n                         S'ADRESSER A M. BENHAM, PROFESSEUR, 8, RUE DU PARCHEMIN\n\n\n       B r u x e l l e s . — I m p r i m e r i e F É L I X C A L L E W A E R T p è r e , 26, r u e d e l ' I n d u s t r i e .\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1885-05-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 298."}}