{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TOME IV, N° 6 P R I X", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE: Victor H u g o", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 338, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 148, "texte": "TOME IV, N° 6          P R I X : 60 CENT.\n\n\n\n\n                                    LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE: Victor H u g o", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 338, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 148, "fin_caractere_exclue": 1172, "texte": "SOMMAIRE:\nVictor H u g o . . . . . . . . . . .                     MAX WALLER.\nA Victor H u g o                                         ALBERT GIRAUD.\nL'Adoration littéraire . .     . . . . . .               EMILE VERHAEREN.\nA Victor Hugo\nA M. Victor Hugo . ANDRE VAN HASSELT\nLa Mort de l'Art .                                       JULES DESTRÉE.\nMysticisme . .                            . .            GEORGES KHNOPFF.\nEmile Mathieu . . . . . . . .       . . . .              HENRY MAUBEL.\nPaïen . . . . ,'. . . . . . . . . . .                    GUSTAVE RAPIÈRE.\nChronique littéraire . . . . . . . . . .    .            JOSEPH IN PÉLADAN.\nChronique artistique : Anvers . .        . .             EMILE VERHAEREN.\nFlemm-Oso (suite).                  . . . .              JAMES.VAN DRUNEN.\nMemento.\n\n\n\n\n                             BRUXELLES\n        ADMINISTRATION :                               REDACTION :\n     26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                    80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                    1885\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "Barbey d'A., dont Péladan est le hérault. 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Où bien souvent je me suis agenouillé,\n                         Où bien souvent j'attache une paupière,\n                         Que maintenant mes pleurs viennent mouiller. »\n Pauvre jeune homme! c'est très mauvais pour les yeux de s'attacher les paupières aux\nmausolées. Ménagez-vous.\n Réformer ensuite la versification française et créer ce nouveau mètre :\n                         Où bien souvent je me suis agenouillé.\n   Onze pieds ! vous vous prenez pour la maman de Charlemagne qui n'en avait que deux\n— mais deux qui en valaient bien dix, si l'on en croit l'histoire.\n  Il est vrai que l'on n'en croit pas l'histoire.\n   Bonjour, monsieur Noël.\n   38. GONTRAN DE CR. J'ai connu un jeune homme très bête qui n'écrivait pas. Vous\nécrivez. Je préfère mon jeune homme.\n  39. PAUL G. Votre méditation a le tort de ne pas être de Lamartine. Salut;.\n  40. ALBERT DE Z. Un des sonnets est bon. Passera sûrement. Merci.\n  41. JULES AR. VOUS êtes blessé de ce que j'aie demandé une douche pour vous. Mille\nexcuses, ne vous fâchez pas, une autre fois nous en demanderons deux.\n  42. REVUE CONTEMPORAINE, le n° 30 centimes. 12, rue des Paroissiens. Nous recom­\nmandons à nos lecteurs l'article d'un M. Jules Darvil, intitulé : Ohé la Jeune Belgique !\nTrès drôle.\n  43. E. J. N. Quel étalon vous faites, confrère! Votre virilité vous pousse à des intem­\npéries de langage vraiment incroyables. Puis, vous vous contredisez. Les vierges\n« marchent les seins debout » (très bizarre), et plus loin vous voudriez « écraser leurs\nseins mous ». Vous prenez sans doute vos vierges chez Perry. Elles sont en caoutchouc.\nTelles quelles, je les mets au panier, si vous voulez bien.\n  44. CLAROLD. Liège. Merci pour votre bon dévouement. Vous êtes de nos amis et nous\nne l'oublions pas. Votre envoi n'a pas encore la yigueur qu'il faut. C'est « flou ».\n  45. FERNAND S. ZUEN. Il y a progrès. Dans les bruyères, a de très bons vers. Bloquez\nencore. A vous.\n  46. ALBERT T N . DE G. — Béranger que tu es !\n  47. CH. BUET. Paris. Reçu La Minerve, merci. Envoyez, s. v. p., un autre fragment\nque l'étude sur J. Barbey d'A., dont Péladan est le hérault. A vous cordialement.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 311, "titre_corps": "Victor Hugo", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "VICTOR HUGO", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Jeune Belgique n a pas été représentée", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 340, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1450, "texte": "VICTOR HUGO\n                                 I\n\n\n   Notre père est mort, il est parti ; son âme, en ce moment, se\nmêle à l'Ame suprême, dans la ronde lumineuse des astres.\n   Il a fermé les paupières, prononcé quelques paroles d'amour,\npuis le phare de ses yeux s'est éteint, et la famille littéraire a\npleuré.\n   Nous ne voulons pas faire ici la biographie de Victor\nHugo. Le reportage s'est emparé des moindres minutes de sa\nvie, et depuis dix jours, c'est à qui gagnera la course du fait-\ndivers. Déjà l'on discute et l'on clabaude, tandis que l'ombre\ndu Maître est encore debout, sous l'Arc de Triomphe. Les\npartis se battent pour mettre la main sur sa pensée, alors que\n Victor Hugo fut de tous les partis; il leur fit cet honneur.\n   Il faudra des mois et des années pour juger l'œuvre de\n Victor Hugo ; il est trop grand pour qu'on le mesure aujour-\nd'hui; l'éloignement nous manque.\n   Quatre grandes phases littéraires appartiennent           désor-\n mais à l'Histoire : La Renaissance avec Rabelais, le siècle de\nLouis XIV avec Corneille, le dix-huitième avec Voltaire, le\n nôtre avec Victor Hugo.\n   De la préface de Cromwell et de la bataille d'Hernani, date\n la liberté du Verbe. La toge romaine disparaît dans les apo-\nthéoses de l'Art nouveau; la langue secoue ses chaînes, le\n Romantisme est né.\n    Chateaubriand abdique en faveur du poète qui vient. Vic-\ntor Hugo prend le drapeau et appelle les armées. Le Cénacle\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1667, "texte": "se réunit, de grands hommes y font la garde, mais tous recon-\nnaissent le Maître, le Seul.\n   Qu'il repose. Il aimait les fleurs, et les fleurs couvrent son\ncercueil; il aimait les hommes et les hommes le pleurent.\n   Il a eu les obsèques d'un souverain ; le dernier grand qui,\navant lui, passa sous l'Arc de Triomphe fut le roi de Prusse;\n Victor Hugo y est resté trois jours et sa présence a purifié la\nplace.\n   Maintenant le bruit des musiques funèbres s'est éteint; le\npoète est endormi; son rêve le berce, il a chanté les étoiles, il\nest près d'elles.\n   Son dernier mot est sublime comme sa vie: « Je refuse l'orai-\nson de toutes les Eglises : je demande une prière à toutes les\nâmes, je crois en Dieu. »\n\n\n\n                                II\n\n   Hier, pour la première fois depuis le froid hiver, j'ai ouvert,\nsans frissonner, ma fenêtre et me suis accoudé à mon balcon.\nJ'ai salué la nuit caressante, et le frisson des arbres m'a\nrépondu. Il y avait dans le silence des sérénités inconnues et\ndes douceurs exquises.\n   Longuement je suis resté dans la contemplation ; le ciel repo-\nsait dans sa tranquillité bleue. La lune était blanche comme un\nvisage de phtisique, et des souffles sans force balançaient, dans\nles jardins, les branches.\n   Ce premier moment d'été, nous ne le chanterons jamais assez.\nLes poètes l'ont glorifié dans leurs vers, et cependant on la\nrechante avec joie, cette fête du front que caressent les brises\net cette joie du regard qu'apaise l'infini nocturne!\n   On ne l'a pas dit encore. Le jour où notre grand Homère\nmourait, la nature s'est révoltée. Un ouragan passa sur la\ncontrée et des rameaux se détachèrent des troncs, et des\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1024, "texte": " arbres séculaires se rompirent avec un bruit plus humain que\n des sanglots. A une heure, au moment où Victor Hugo mou-\n rait, où la nouvelle sinistre courait d'un bout à l'autre de la\n terre, le vent déchaîné semblait la répandre aussi, dans le\nfracas et l'épouvante.\n   Aujourd'hui, le Maître repose, et le printemps rayonne. La\ngloire de la Lumière correspond à celle de la Mort, et les\ndeux resplendissements rivalisent à la même heure.\n   Devant la nuit qui s'épand, pareille au linceul étoilé du\ngrand poète, nous nous laissons aller à ce charme — romance\nsi l'on veut! — des choses qui dorment, qui rêvent et qui\npleurent, et nous songeons avec une tristesse méditative à ces\nvers douloureux d'un jeune poète :\n\n     « O nuit! ô douce nuit d'été, qui parles bas.\n     Tes pas se font légers et ta voix endormante\n     Pour que les pauvres morts ne se réveillent pas\n     Eux qui ne peuvent plus aimer, ô nuit aimante ! »\n\n  29 mai 1885.\n                                                       MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 311, "page_fin": 311, "titre_corps": "La Jeune Belgique n’a pas été représentée en corps aux obsèques de Victor Hugo", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La Jeune Belgique n a pas été représentée", "ancre_fin": "dont on a empesté ses obsèques", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 342, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1024, "fin_caractere_exclue": 1635, "texte": "La Jeune Belgique n'a pas été représentée en corps aux obsèques de\nVictor Hugo. Plusieurs des nôtres s'y sont rendus, isolément, sans mission.\nNous n'avons pas voulu perdre notre modeste couronne dans les montagnes\nde fleurs qu'on dépose sur la tombe du grand mort.\n   Des bouts de drapeau sortaient de ces monceaux parfumés : drapeau tri­\ncolore, drapeau bleu, drapeau rouge. Notre obole fleurie est liée par un\nruban couleur de soleil et d'espérance, et nous attendons, pour la mettre sur\nle sépulcre de notre Sauveur littéraire, que l'encens ait dissipé les miasmes\npolitiques dont on a empesté ses obsèques."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 312, "page_fin": 313, "titre_corps": "À Victor Hugo", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "A VICTOR HUGO", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L ADORATION LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 343, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "A VICTOR HUGO\n                         I\nO vieux Maître expiré dans la raideur farouche\nD'un glaive éblouissant qui survit aux combats !\nNous nous interdisons de venir sur ta couche\nVerser la lâcheté des larmes d'ici-bas!\n\nNous saluons ton deuil avec des chants de fête ;\nNous suivons ton convoi d'un cœur stoïque et fort :\nPour celui qui s'endort dans ta pourpre, ô poète !\nL'heure de la naissance est celle de la mort !\n\nSous un nouveau soleil ton espoir vient d'éclore ;\nTon sépulcre est pour nous un berceau triomphant :\nCar tu t'es envolé vers la suprême aurore,\nSolennel comme un Dieu, simple comme un enfant !\n\n\n                        II\n\nMeurs! Tu nais dans la chair des éphèbes de France,\nQui, le cœur embrasé d'une immense espérance,\nTous, les fils du sang rouge et les fils du sang bleu,\nSous le drapeau des lys ou l'étendard de feu.\nT'auront dans leur poitrine à cette heure enflammée\nOù doit jaillir du sol une autre Grande-Armée !\nTu combattras en eux, invisible et vivant !\nTu seras la splendeur des sabres dans le vent,\nLa fierté des clairons qui chantent dans l'histoire,\nEt les soleils couchants qui, les soirs de victoire,\nFont rêver les soudards à l'esprit des aïeux !\nEt lorsque dans Paris, mutilés, glorieux,\nEt traînant derrière eux la honte des barbares,\nLes soldats rentreront aux appels des fanfares,\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 818, "texte": "                                 — 313 —\n\n         Ils te verront soudain, tous ces hommes nouveaux,\n         Leur apparaître en songe au fond de leurs cerveaux,\n         Pâle, et tel que font vu les aïeules éteintes!\n         Alors sur l'horizon, rouges, de lauriers ceintes,\n         Soufflant à pleins poumons dans leurs trompes d'airain\n         Et barrant le ciel roux d'un geste souverain,\n         Dans un ouragan d'or où luira par rafales\n         L'éclair lancéolé des aigles triomphales,\n         Dans le tragique essor de leurs grands palefrois,\n         Filles des peuples morts, filles des anciens rois,\n         Laissant leurs crins sanglants flotter sur leurs épaules,\n         Se cabreront vers toi les batailles des Gaules!\n\n                                                  ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 313, "page_fin": 315, "titre_corps": "L’Adoration littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "L ADORATION LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "Le 23 Mai 1885", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A VICTOR HUGO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 344, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 818, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "L'ADORATION LITTÉRAIRE\n                    A Georges Rodenbach\n             C'est notre Dieu qui meurt et qu'on emporte, mon cher ami,\n              dans la pourpre de ses grands vers et tout ce que nous dirons\n              de la mort ne sera jamais aussi liturgique ni aussi grandiose\n              que ce qu'il en a dit lui-même. Taisons-nous et ne faisons\npas de bruit banal autour de ce départ. Acceptons le comme s'il l'avait\nvoulu et ordonné lui même, et continuons en nous le culte que depuis\nlongtemps nous lui rendions. Car c'était bien un culte, n'est-ce-pas? C'était\nvaguement ceci : Au fond d'un entrecroisement de lumières jaillies de sa\npoésie, sous une clarté épique, faite de luisances d'armures et de glaives\ndardés, une tête apparaissait, une tête, où tenait le monde. Elle était\nénorme, parce qu'elle masquait le plus large cerveau qui fut; elle était\ndouce, parce qu'elle avait souffert. La Légende, qui est la seule histoire des\npoètes, nous rapportait que notre Dieu était venu prêcher jadis une doc­\ntrine nouvelle, une doctrine qui répandait le beau autour d'elle, comme\nune torche la clarté. Elle nous disait encore qu'il avait lutté longtemps,\nque des Pharisiens l'avaient accusé faussement, qu'un empereur l'avait\nchassé de son empire et qu'il s'était envolé dans la grande tristesse de la\nmer, au loin. Que là, comme les prophètes dans le désert, qui devenaient\nfauves et farouches, à vivre en face de l'infini, et qui surgissaient parfois\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "                                  — 314- —\n\nenvironnés de foudres, lui s'était montré, armé d'un livre plus éternel\nque la plus indestructible épée. Qu'il avait vécu, là-bas, vingt ans, loin du\n monde, solitaire.\n   Après, que nous importait, qu'à Paris, avenue d'Eylau, habitât un homme\n dont, chaque année, on célébrait l'anniversaire, avec des fleurs et des paroles\ngrandiloques, et que la foule, qui va où va le bruit, l'acclamât comme\nson roi.\n   Nous n'aimions pas ces cris et ces fanfares et ces saluades au balcon et\nces sourires et ces poignées de main et ces tintamarres de peuple laché\nautour d'une célébrité de journal. Ce n'était pas, le Hugo serein, pareil aux\n Dieux, grandiosement tranquille que nous rêvions. Aussi, bien vite, nous\nretirions nous dans la silencieuse religion de l'âme et, pour louer le poète,\nregardions nous en nous-mêmes.\n   Là son culte n'a jamais changé. Pour les autres, il n'était qu'un écrivain,\nle plus grand du siècle, qu'un humanitaire, le plus large, qu'un révolu­\ntionnaire, le plus respectable; pour nous il était Dieu ; il le sera toujours.\n   Et nous songions aux apothéoses romaines, aux grandes figures histo­\nriques que la mort élévait aux cieux et classait à leur vraie place, comme\ndes forces de la nature, à côté des Jupiter, des Apollon, des Minerve, ces\nautres puissances terrestres devenues divines.\n   Hugo est le plus récent des Dieux, il continue son éternité, et désormais\nles soleils publieront sa gloire, et les aubes et les midis et les crépuscules.\n   Au surplus, que sont les Dieux sinon des êtres comme lui. Un homme\ncolossal paraît, étonne la terre, s'efface en grandissant toujours, toujours.\nLa légende s'en empare, lui donne la stature de marbre ! Puis les généra­\ntions viennent et passent, la mémoire obsédée par cet énorme souvenir\nqu'elles se transmettent. Les poètes font le reste : ils créent le Dieu.\n   C'est fait. Non par nous, mais par nos maîtres, par Banville, par Gautier,\npar Baudelaire.\n   Disons encore qu'il est des esprits revenus de tout, esprits en ruines,\nsaccagés, nocturnes, où de tels cultes sont inévitables. Ce que ces esprits\neussent été aux époques jeunes de l'humanité, leurs rêves qu'ils ne diront\npas, le leur disent. Ils vivent de lointain. Ils se meuvent par la pensée et le\ndésir dans un monde épique ou règnent les Héros, les Géants et les Vierges,\noù des silhouettes de choses énormes, avec des attitudes de sphinx et des\ngestes immobiles de trophée, s'étagent comme un amphithéâtre de mon­\ntagnes. Ces esprits ont la haine de ce qu'ils voient et la fascination de ce\nqu'ils imaginent. D'abord la fermentation de leur colère s'est épuisée sur\nl'humanité, ensuite sur eux-mêmes. J'en connais qui ont éprouvé une joie\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1507, "texte": "                                   — 315 —\n\n\nsatanique à se constater mauvais, à se détruire, à se maudire. Cependant\nces haines là passent; une nonchalence y succède, qu'on est tenté de\nnommer sagesse. Ensuite la sérénité nait et bientôt la belle douceur triste.\nEt d'étape en étape on aboutit à une vie inconsciemment chrétienne.\nAlors, ayant fait le chemin de croix autour de son âme, un tel besoin\nd'adoration surgit une telle poussée de dévotion opprime, qu'il faut des\nDieux, des Dieux, des Dieux!\n   Ah ! mon ami, combien il est bienfaisant et consolant, d'avoir pour ces\nheures de résurrection d'enthousiasme un Dieu tel que Hugo, à dresser dans\nla pensée. Nous avons soif de respect à témoigner, faim de prière ; nous\nvoulons crier des louanges à travers le vent, nous sommes des cœurs d'en­\nfants remplis de myrrhe et de cinname, et devant ceux qui raillent, qui\nsourient, qui insultent, devant tous, nous mettons un orgueil à ne rien\ntaire de notre fanatisme. Oui, nous croyons en Dieu, nous croyons en\ncelui qui créa la Légende des Siècles, qui remua toute la nature, toute la\nmatière, toute l'âme, qui saisit, dans l'ampleur de ses alexandrins, les\naurores, les couchants, les plaines, les monts, le firmament, l'abîme, la\nmer, qui donna son, lumière, parfum, à l'univers entier, qui tordit la foudre\npar dessus les crimes, qui auréola de ciel l'innocence humaine, et qui n'est\npas mort.\n                                                  EMILE VERHAEREN.\n   Le 23 Mai 1885.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 315, "page_fin": 316, "titre_corps": "À Victor Hugo", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Van Hasselt", "ancre_debut": "A VICTOR HUGO", "ancre_fin": "28 janvier 1852", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A M VICTOR HUGO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 346, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1507, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "A VICTOR HUGO (I)\n                                           Reddite ergo, quæ sunt Cæsaris Cæsari.\n                                                 Evang.   sec.   MATTII. XXII. 21.\n\n\n         En Espagne autrefois, terre des mœurs antiques,\n         Quand un roi, visitant ses pilles poétiques,\n         D'un vassal, quel qu'il fût, bourgeois ou chevalier,\n         Avait touché des pieds le seuil hospitalier,\n\n         Pour' orner désormais ses lares historiques,\n         Son hôte, se forgeant des fers allégoriques,\n\n\n (1) Nous croyons intéressant du donner ci-dessus deux pièces dédiées par André Van\nHasselt au Maître.\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 464, "texte": "                          — 316 —\n\n    Signe d'un nœud que rien ne pouvait délier,\n    Appendait une chaîne à son toit familier.\n\n    Roi de la poésie et de l'art, à cette heure\n    Où tu franchis le seuil de mon humble demeure,\n    Ta présence consacre à jamais tout ici.\n    Mais je ne me suis pas forgé ma chaîne aussi;\n    Car tu le sais, ô toi que j'admire et que j'aime,\n    Depuis plus de vingt ans je la porte en moi-même.\n\n28 janvier 1852.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 316, "page_fin": 318, "titre_corps": "À M. Victor Hugo partant pour l’île de Jersey", "titre_sommaire": "À M. Victor Hugo", "rubrique": "", "signature_source": "André Van Hasselt", "ancre_debut": "A M VICTOR HUGO", "ancre_fin": "ANDRÉ VAN HASSELT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 347, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 464, "fin_caractere_exclue": 1364, "texte": "A M. VICTOR HUGO\n    PARTANT POUR L'ILE DE JERSEY\n                                         Navis, quæ tibi creditum,\n                                       Debes Virgilium...\n                                         Reddas incolumem, precor.\n                                             HORAT., lib. I, cann. 3.\n\n         Si l'aigle, du désert des nues\n         Domine les champs spacieux,\n         Où l'œil des montagnes chenues\n         Voit seul les routes inconnues\n         Qu'il trace dans l'orbe des deux;\n\n         Du rossignol, dans les vallées,\n         Si les échos harmonieux\n         Aux brises des nuits étoilées\n         Égrènent les notes perlées.\n         Ces diamants mélodieux ;\n\n         L'humble bouvreuil dans le silence\n         Cache son nid humble et discret,\n         Et jamais son vol ne s'élance\n         Loin du rameau qui le balance\n         Au bord du lac de la forêt.\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1073, "texte": "                 —   317   —\n\n\nAinsi, maître, ta poésie,\nTa poésie est tour à tour\nL'aigle qui, dans sa fantaisie,\nMesure la route choisie\nQue le soleil fait chaque jour ;\n\nOu le rossignol sur sa branche,\nQui module ses doux concerts,\nQuand, sur sa tige qui se penche,\nLa rose, urne vermeille, épanche\nSes plus frais parfums dans les airs.\n\nLa mienne est le bouvreuil qui chante,\nDans l'ombre des grands bois caché,\n Bien loin de la foule méchante,\nSombre arène où tout désenchante\nL'esprit sur les hommes penché.\n\nDans la forêt calme et profonde,\nDans son palais fait d'un buisson,\nPas une voix qui lui réponde,\nPas un écho qui porte au monde\nUne note de sa chanson.\n\nParfois seulement, dans sa route,\nQuelque voyageur égaré,\nAu fond des taillis où l'on doute,\nUn moment s'arrête et l'écoute\nAssis sur le gazon moiré.\n\nOu quelque errant chasseur qui passe,\nTenant son fusil à la main ;\nOu quelque berger qui repasse\nQuand le soleil a dans l'espace\nDécrit son lumineux chemin.\n\nPourtant un soir, un soir, ô maître !\nO noble cœur, ô noble esprit!\nDans sa solitude champêtre\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1356, "texte": "                        — 318 —\n\n        Ma muse te vit apparaître,\n        Poète couronné proscrit.\n\n        En ses rêves, nuit sans aurore,\n        A ton soleil inattendu,\n        Quel jour charmant tu fis éclore\n        Quand ta voix eut, penseur sonore,\n        Au cri de sa voix répondu!\n\n        « Salut! salut! te cria-t-elle.\n        « Salut! ô chantre souverain!\n        « Descends de ton char qu'on dételle\n        « Et de ta vassale fidèle\n        « Franchis le seuil, mon suzerain.\n\n       « Repose ta tête meurtrie\n       « De tes combats mon chevalier,\n       « Et sous ma charmille fleurie\n       « Oublie un moment ta patrie,\n       « Hélas! si tu peux l'oublier. »\n\n       Là, sous mes ramures ombreuses,\n       Tu t'arrêtas quelques instants;\n       Et puis, dans tes routes fiévreuses\n       Tu rentras, ô géant qui creuses\n       Un si grand sillon dans le temps,\n\n       Mais du moins sous mon vert ombrage\n       Je t'ai vu, rayonnant proscrit,\n       Prêt à rentrer dans ton orage.\n       Tu m'as dit ce grand mot : Courage !\n       Qui reste dans mon cœur écrit.\n\n       Maintenant, maintenant qu'importe\n       Soit le passé, soit l'avenir?\n       Le temps peut frapper à ma porte :\n       Il n'a dans tout ce qu'il m'apporte,\n       Rien qui vaille ton souvenir.\n14 juillet 1852.\n                                ANDRÉ VAN HASSELT."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 319, "page_fin": 320, "titre_corps": "La Mort de l’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "LA MORT DE L ART", "ancre_fin": "JULES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 350, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "LA MORT DE L'ART\n                                      Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible   mélange.\n                                                             RACINE. Air connu.\n      A IWAN GILKIN.\n\n\n\n               L'aube pleurait des perles dans les roses         et des miroite­\n                ments doux tremblaient au bout des branches, au bout des\n                branches fatiguées du sommeil de la nuit et qui, dénouant\n                leurs étreintes, se redressaient lentement, comme suppliant\n la lumière naissante. Une adoration faisait palpiter les feuillages et des fré­\n missements d'ailes joyeuses agitaient les ramures, les ramures où la pourpre\n lumière du matin vibrait en glissements suaves. Le ciel d'un bleu sombre,\n très pur, ainsi qu'un immense saphir, était vers l'Orient, tout éclaboussé\n de sang et d'or. On eût dit qu'un grand vaincu rayonnant expirait à\n l'horizon, dans une gloire, pour quelque régénération mystérieuse\n    Et tout à coup l'astre creva les nuées oranges, resplendissant comme une\n espérance, puis soudain pâlit, s'effaça, disparut. L'avait-on même vu, le\n météore superbe que la terre semblait, mystiquement rêveuse, prier — et\nqui ne venait pas, qui ne venait plus. L'aurore prit des tons cuivrés de cré­\n puscule; de longues fusées rougeâtres traversèrent le ciel, les fleurs implo­\nrantes retombèrent sur leur tige en un désespoir mou et un long silence\ncommença. Les roses laissaient choir leurs pétales souffrantes et les gouttes\nscintillantes qui miroitaient au bout des branches étaient maintenant\npareilles à des larmes, de vraies larmes, des larmes de feu, qui pleuraient\nla mort universelle. Car on sentait bien que si Il mourait, tout allait mou­\nrir. Et les lumineuses blessures de l'astre entrevu saignaient étrangement\n    Puis les rouges insensiblement disparurent de la voûte d'infini qui étrei-\ngnait la terre muette et terrifiée comme un couvercle écrasant. Il semblait\nque le grand corps là-bas couché saignât toujours, mais ce sang avait\nmaintenant des reflets bleuâtres et sinistres de lames d'épées, et aussi, il\nparaissait plus pauvre et plus lent, il ne jaillissait plus en lances transper­\nçantes, mais il coulait toujours, irréparablement, noyant tout, les épou­\nvantes avec les ultimes joies des choses finies. On sentait que plus rien ne\npouvait l'arrêter. Il s'épandait incessamment, comme conscient de son hor­\nreur et silencieux lui-même d'effroi. C'était un ruissellement ininterrompu\nqui submergeait inéluctablement, sans bruit, sans remous et, chose plus\nterrifiante encore, incompréhensible, sans mouvement eût-on dit. Quand\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "                                 — 320 —\n\ncet engloutissement sombre eût tout étouffé, tout, on vit alors des événe­\nments bizarres.\n   Çà et là dans la masse flottante qui devenait lentement liquide, il y eut\ndes luttes suprêmes. Les tressaillements derniers agitèrent sans doute le\ngrand corps qui sombrait sous les eaux. De rouges gouttes de son sang\nsuperbe jaillirent en révolte, et dans la tourbe roulante, elles paraissaient\ndes lumières ou des yeux, telles des étoiles qui seraient tombées dans la\nmer. Un dernier effort des flots uniformisants les engloutit et tout redevint\nnoir.\n   Plus d'horizon, à présent. Un océan sans phares, sans astre, sans ciel. Un\nsourd clapotis d'ondes visqueuses, impitoyables à tout ce qui brille, qui\nconsole, qui espère. Des [eaux gluantes qui étouffaient. Toute une sordide\nvase d'égout, grouillante de bêtes immondes, à peine entrevues, mais devi­\nnées dans cette mer écœurante. Le balancement baveux de ces vagues\nobscures, faisait vaciller avec ses répugnants hôtes, ce monde déséquili­\nbré. Même, éperdûment, il se sentait devenir oblique, sans pouvoir se res­\nsouvenir de l'horizontale.\n   Et le grand cadavre revint à la surface et flotta, encore vaguement lumi­\nneux. Et, glaçante horreur, il éclairait maintenant ce néant. On voyait\nqu'on ne voyait pas - qu'on ne voyait plus. Tout était mort, les bêtes\ngrouillantes mêmes, soupçonnées tantôt, n'existaient pas. Il n'y avait plus\nd'horizon et plus de ciel; le regard une fois lancé ne s'arrêtait plus et ne\npouvait revenir. Lente, sur cette étendue sans fin, oblique, et qui semblait\ntomber sur cette noire mer d'encre, sur cette mort de tout, luisait cette\nultime lueur qu'on sentait, bientôt devoir mourir aussi.\n   Elle avait un éclat bleuâtre de phosphorescence et le ventre énorme,\ngonflé, ballonnant, la soutenait comme une flottante veilleuse. Un incu­\nrable navrement avait ployé les jambes et les bras dans les ondes, et la tête\naux longs cheveux d'or était depuis longtemps disparue. Sous les vagues\ns'émiettait toute cette pourriture dernière ; des lambeaux verdâtres et décom­\nposés tombaient. Une pestilence emplissait l'air, une odeur fade de sépulcre\nou de charnier\n   Le grand cadavre flottait, vaguement lumineux. Brusquement l'étincelle\nsuprême s'éteignit.\n   Et ce fut tout, alors, — Tout!\n                                                   JULES DESTRÉE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 321, "page_fin": 322, "titre_corps": "Mysticisme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Khnopff", "ancre_debut": "MYSTICISME", "ancre_fin": "GEORGES KHNOPFF", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "EMILE MATHIEU", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 352, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 1349, "texte": "MYSTICISME\nMon cœur se sent repris par ton alme fraîcheur,\nO prière divine, ô prière que l'âme\nReçoit pieusement des lèvres d'une femme,\nLa Mère, sœur de l'ange en fluide blancheur;\n\nMon cœur se sent fleurir de lys et de cantiques,\nAinsi qu'aux soirs lointains où mon âme d'enfant\nEnrôlait sa vaillance aux bataillons mystiques,\nPour disputer le Monde à l'enfer triomphant.\n\nEt quand la Nuit épand la neige de ses ailes,\nEn prosternation aux pieds des blancs autels,\nOù veille la douceur des lampes éternelles,\nJ'entends le grand frisson des psaumes immortels.\n\nDieu songe encore au fond de nos âmes blessées,\nNe sens-tu pas bleuir le glaive de la Foi\nDans l'ombre et le secret de tes fieres pensées ?\nOui, Marie est ta reine, et le Seigneur, ton roi !\n\nDésire le baiser de ces lèvres plaintives\nQui, devant la fureur des prêtres triomphants,\nEffeuillaient doucement ces paroles naïves :\n« Laissez venir à moi tous les petits enfants! »\n\nOffre ton âme aimante à la Vierge des Vierges\nCeinte de cœurs saignants et de glaives ailés,\nAfin qu'elle réveille, oublieuse, les cierges\nDans l'église où priaient les calmes Exilés.\n\nLorsque Von couchera mon corps avec mes armes,\nAu triomphe du Mal, à l'heure de la Mort,\nLaisse neiger sur moi les archanges des larmes,\nO prière indulgente à l'enfance qui dort ;\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 367, "texte": "                                 — 322 —\n\n\n          Laisse fleurir sur moi la rose ensanglantée\n          Où le chant du calice expire en pleurs de miel!\n          Oh ! oui, je me souviens qu'à ta voix enchantée\n          Les étoiles semblaient pensives dans le ciel!\n\n                                                 GEORGES K H N O P F F .\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 322, "page_fin": 324, "titre_corps": "Émile Mathieu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "EMILE MATHIEU", "ancre_fin": "Le Sorbier", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PAIEN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 353, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 367, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "EMILE MATHIEU\n             Une figure osseuse cordée de muscles, le front haut, la peau\n              carminée d'un afflux de sang qui allume un grésillement dans\n              les yeux clairs, et ces yeux reflètent l'homme d'un nervosisme\n              actif, travailleur matinal vivant sainement de soleil, nature\nardennaise du forestier de Champion, — son aïeul, — affinée par une\ngénération d'artistes,' dilatée de cœur et de cerveau à force de science et de\nvie profonde. L'avancement de la lèvre inférieure soulignant d'un trait\nnarquois cette physionomie, lui fait le sourire diabolique — d'un diable, au\nfond, très doux — que Satan, le chef, enverrait au paradis terrestre pour\nexpier ses mansuétudes.\n   Deux êtres sont en lui : un poète et un analyste. C'est l'analyste qui a\nproduit Georges Dandin, un travail de dramaturgie musicale et d'algèbre\nharmonique où la science ligotte et bâillonne l'art; un dessin net et vigou­\nreux, mais craquant comme du bois mort. J'ai toujours considéré comme\nun vilain paradoxe cette « lyrification » des mannequins de Molière et de\nleurs cacophonies en jaune. Du Molière, c'est laid, mais du Molière en\nmusique, c'est bien pis. Je puis me tromper, à plus forte raison, je passe.\n   Mais, depuis Georges Dandin, la plume qui l'écrivait s'est déliée, la\nmatière symphonique moins compacte, dépétrée de cette compression du\nfond par la forme, ouvrée d'une main plus souple, s'est diluée, liquéfiée,\npour ainsi dire, imprégnée de lumière. C'est que l'auteur a reconnu son\norganisme reflété dans un coin de nature, et dans la carcasse du dramaturge\na surgi le poète qui s'était indiqué dans le Hoyoux, qui vient de s'affirmer\ndans Freyhir.\n  Par le Hoyoux, son premier poème ardennais, Mathieu abordait une\nmanière nouvelle. Adoptant la seule expression musicale possible parce\nque, au contraire du drame, elle condense tous les détails d'analyse en une\nsynthèse, il se moulait à ces tableaux de plein air, un style plus lâché,\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2947, "texte": "                                  — 323 —\n\nmais aussi plus savoureux, et cette manière très personnelle exprimait bien\nce coin de terroir dont il a tout le sang, un sang limpide coulant et grouil­\nlant comme la rivière clairette à son lit de cailloux.\n    Freyhir accentue sa personnalité et la développe. Par l'effort accompli\ncomme par l'effet obtenu, elle efface le Hoyoux, cet essai, cette prime oeuvre\nqui n'était de la seconde qu'une esquisse, car si elle lui est supérieure non\nseulement par les dimensions, mais par l'intensité d'expression, elle en\nprocède directement. L'une et l'autre ont été travaillées sur le même plan ;\non y retrouve des parties exactement correspondantes comme le chant du\nforgeron et le chant de l'homme au « han ! », le passage du ténor dans le\nHoyoux: « Sans rien penser, ni faire... », et, dans Freyhir, l'air de la\nsoprano : « Avec quel soin maternel », de ravissants dessins mélodiques.\n Enfin cette symphonie d'introduction qui, des deux côtés, condense toute\nl'image de l'œuvre et qui dans Freyhir atteint à une intensité saisissante et\nrévèle une vigueur et une justesse d'expression qu'on ne soupçonnait pas\nen Mathieu. Par comparaison, le Hoyoux n'était qu'une bluette aqua­\nrellée de sons ; Freyhir est un morceau solide campé d'un coup de brosse\nvigoureux et large; mais avec les qualités, les défauts ont grossi. L'analyste\na « retransparu », jetant sa goutte d'eau froide à travers la poésie panthéis­\ntique des strophes, et le philosophe, qui chantait la misère du peuple chez le\n forgeron, est revenu chez l'homme au « han ! » bâtir des théories sur le déboi­\nsement des forêts. « Laisse à l'Ardenne ses grands bois », est-ce une prière\n de barde? en ce cas, les bardes ont tort de prier dans le langage algébrique\n des hommes qui alignent des idées en équations ; cela les rapproche trop de\n la terre, et risque de compromettre leur influence en haut.\n    La Nature a, par le simple regard et l'émotion physionomique, des invo­\n cations plus éloquentes, et je me demande si le parfait artiste ne devrait pas\n se dispenser de tout jugement, puisque le jugement tue l'impression pour\n la disséquer. C'est l'éternelle question de l'art social. Je l'ai rappelée, le\n mois dernier, en parlant d'Huberti, et nous ne sommes vraiment pas loin\n cette fois de la musique didactique que je craignais. Un brouillard d'utili­\n tarisme alourdit notre atmosphère; Mathieu y a laissé maculer son inspi­\n ration et c'est le gros reproche qu'on lui fait. La première partie de Freyhir\n l'a définitivement affermi en donnant la mesure de sa force et le caractère\n de son esthétique, mais l'œuvre complètement belle que nous attendons de\n lui ne le sera réellement que dépouillée de toute thèse idéologique. Freyhir\n eut pu être cette œuvre, s'il n'en avait donné que cette superbe Symphonie\n de la forêt désattiffée de son commentaire.\n   Dans notre art, où se fusionnent les ethnologies les plus diverses, Mathieu\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1077, "texte": "                                       324\n\n\noffre une personnalité complexe. Ce n'est ni un blond tendre ni un exubé­\nrant ; c'est une nature engrisaillée, froide parfois à force de réserve et sèche\net dure à force de sobriété, mais si délicate et sensible aux moindres\nimpressions qu'elle reste très fine coloriste dans sa monochromie. Son\nfluide — si l'on admet que tout sensorium dégage un fluide à notre imagi­\nnation — ressemble à cette buée de mélancolie qui enveloppe le roman­\ntisme de Schumann. Mathieu n'est point de la croisade flamingante; il\nadmire les Flamands dans leurs personnalités sans s'accrocher à leur\ndoctrine ; je lui crois trop d'éclectisme pour s'emballer à la suite d'un\ndrapeau, ce drapeau fût-il le sien, car sous la fièvre d'action qui l'anime,\non perçoit vaguement l'indifférentisme gouailleur de ceux qui, doutant de\ntout, finissent par douter d'eux-mêmes.\n                                                    HENRY      MAUBEL.\n\n  N. B. Un troisième numéro des « Poèmes ardennais » s'intitulera : Le\nSorbier.\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 324, "page_fin": 326, "titre_corps": "Païen !", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gustave Rapière", "ancre_debut": "PAIEN", "ancre_fin": "GUSTAVE RAPIÈRE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 355, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 1077, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "PAIEN !\n                                                       A MON AMI JEF- L . . .\n\n\n              Cinq heures du soir. Sous le large portique dont l'ogive de granit\n               noirci s'ajoure avec des ténuités de dentelle, s'appuie au mur\n               une pauvresse, infirme, la figure vieux buis, embéguinée de\n               noir. L'échiné ployée en avant, elle tend vers les passants sa\nmain tenant une sébille, main jaune comme cire et d'un froid de chair\nmorte où des veines, se tordant en nœuds, saillaient.\n   Et sur un rythme triste et lent, elle implore, psalmodiante, la charité des\nâmes pieuses.\n   Les vêpres ont commencé. Au dessus du bourdonnement continu et\nsourd des conversations à voix basse et du grincement des pieds de chaises\nsur le marbre des dalles, l'orgue plaque ses accords, grondant et formi­\ndable comme la colère de Jéhovah, Dieu grand et jaloux.\n   Devant l'auter, où s'étale, resplendissante, la fastueuse orfèvrerie des\ncalices et des saints ciboires, officie gravement un prêtre, debout, le dos\ntourné aux fidèles ; et sur l'étole scintillante aux lumières des cierges, brûle,\ndans des feux de paillettes d'or brodées, l'agneau symbolique. Aux côtés du\nprêtre, deux enfants de chœur en lévite rouge écarlate et surplis blanc de\nguipure, balancent, dans un rythme alenti, des encensoirs d'argent. La\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "                                  — 325 —\n\nfumée d'encens monte vers la voûte profonde en se tordant en spirales d'un\nbleu doux, en se roulant en volutes hésitantes qui, déchiquetées par un\ncourant d'air insensible, se déchirent en flocons vaporeux dont le brouil­\nlard assourdit d'un tain gris-pâle les ors.\n   La prière commença, silencieuse et recueillie, coupée par les litanies du\nprêtre et les hosannas du chœur. Les voix, pures et claires, se mêlaient aux\naccords de l'orgue qui, s'alanguissant dans un smorzando doux et suave, se\nfondaient en une harmonie consolante et attendrissante comme le pardon\nd'une mère ou l'amour d'une vierge.\n   J'écoutais, bercé comme par les sons d'une musique à laquelle l'éloigne­\nment mettait une sourdine d'une douceur et d'une délicatesse infinies.\n   Une paix s'épandait dans les voûtes élevées où la lumière pâle du jour\nqui s'éteint s'assombrissait encore de la polychromie lourde des vitraux aux\nnervures de pierre. Et rêvant, je suivais des yeux les nuages des encens qui\nmontaient, se perdant dans le noir des voûtes, lorsque devant mes yeux,\nclos à demi, dans une béatitude, un point bleu parut, imperceptible\nd'abord, puis, trouant les ténèbres, comme un scintillement lointain\nd'étoile, il grandit, s'étendit en arc avec la lenteur inexorable des choses\nfatales et bientôt vibra, immense, en ciel d'un bleu idéalement pur, idéale­\nment bleu. Ce bleu, c'était le bleu cru, le bleu sombre des ciels des pays\naimés du soleil, le bleu noir du saphir, profond et grandiose comme une\nrhapsodie d'Homère et non le bleu pâle de notre ciel d'Occident, bleu de\nturquoise, doux et mélancolique comme un lied allemand. Et sur ce bleu\ndes blancheurs apparurent, nettes et franches, et bientôt, sur le fond du\nciel sombre et immobile comme une draperie immense, se découpa le\nfronton triangulaire et se ciselèrent les feuilles d'acanthe sauvage des cha­\npiteaux d'un temple corinthien. Les colonnes frêles s'élançaient droites\ndans un envolement blanc de marbre que les baisers brûlants du soleil\navaient hâlé de teintes roses, tendres et pâles.\n   Et par les larges entre-colonnements, je voyais, se dressant dans tout\nl'orgueil de sa nudité sublime, Aphrodite, la grande Déesse ! La lumière\nfiltrant par le velum teint de pourpre l'inondait de reflets rosés qui cou­\nraient en frissons sur le grain de sa peau... elle vivait, elle souriait, belle à\nadorer à genoux, belle à faire mourir de désir !\n   Et le soleil, ardent et refléchi par toute cette blancheur, irradiait ce\ntemple de marbre dans une gloire flambante...\n\n\n  La vision radieuse a fui, mais son souvenir me reste et, comme un rayon\nde soleil, perce, vivant et clair, l'enténèbrement du présent.\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "                                           326\n\n   Je suis pa'ien ! Je renie nos cultes modernes, froids comme la caverne\nd'un anachorète, leurs primitifs asiles, et sombres comme une saga Scandi­\nnave.\n   Je les hais, leurs temples, vieilles cathédrales de sombre granit que ronge\nau flanc une lèpre noire et humide, où, accolées aux tours, qu'enlacent à la\nbrume dans des cercles magiques, des vols de chauves-souris aux ailes noires\net velues, grimacent d'horribles gargouilles et d'hystériques chimères, tor­\ndant leur râble saillant sous leur peau écaillée ; où, entre les vitraux aux\nnervures arachnéennes, s'ennuient, noirs et frustes, dans des niches aux\nsaillies brisées, des saints inconnus, tandis que dans le mystique clair­\nobscur des nefs se prosterne la tourbe mélancolique des pénitentes en mante\nnoire ou processionne le solennel cortège des prêtres tonsurés et glabres,\ndont les costumes écarlates ou sombres allument la réminiscence rouge des\nflambants auto-da-fé, ou fait revivre la triste et gothique vie monacale où\nl'âme humaine, défaillante, clamait vers le Créateur et s'éteignait, enfin,\nétouffée par le noir ennui et la mystique désespérance.\n\n  Je les hais et les renie, ces temples et ces cultes, et je suis païen, païen\ncomme Gautier, païen comme Henri Heine, païen comme Banville !\n                                                         GUSTAVE R A P I È R E .\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 326, "page_fin": 331, "titre_corps": "Les Œuvres et les Hommes, par Jules Barbey d’Aurevilly", "titre_sommaire": "Chronique littéraire", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Joséphin Péladan", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "JOSEPH IN PÉLADAN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 357, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 1409, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n        LES ŒUVRES ET LES HOMMES, par Jules Barbey d'Aurevilly (1),\n\n               L'Asymptotede l'imagination c'est l'esprit critique. Presque\n                jamais cette flèche divine de l'individualisme n'a pu se faire\n                un arc de cette courbe de la raison, qui affermit le tir et\n                double sa portée. Balzac, son Immensité Balzac, a cru à Meis­\n                sonier et à Fenimore Cooper, disant de lui-même cette imbé­\ncillité : « Je suis un Gérard Dow. » Eh bien ! c'est un écrivain aussi pas­\nsionné que lord Byron,et le type le plus éclatant de la personnalité maintenue\ntout le long d'une œuvre considérable, qui nous donne aujourd'hui l'imprévu\nspectacle d'un Sagittaire, posant ses traits de feu sur l'arc du raisonnement ;\net cet archer lyrique, devenu un archer critique, non moins admirable, en se\n\n  (1) Les Œuvres et les Hommes : les Critiques ou les Juges jugés (1er série), in-8° de\ngrand luxe, 403 p, ; couverture rouge et noire repliée. Prix : fr. 7.50, chez Frinzine, rue\nBonaparte, à Paris.\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3378, "texte": "dressant, crève à la fois ces deux plafonds que les critiques dans le goût\ndu jour, qui est tudesque, mettent en éteignoir sur le génie et le talent, pour\nen prendre plus aisément la mesure ; c'est l'objectivité et la subjectivité que\nje veux dire. Ce parquement des natures spirituelles s'applique aux incom­\nplets : M. Renan, par exemple, touche-t-il à l'Ecclésiaste, il le bonhomise;\nau Cantique des Cantiques, il en fait une pastorale dialoguée, et pousse\nenfin par la bouffonnerie de la subjectivité jusqu'à expliquer saint François\nd'Assise l'auteur même de la Vie de Jésus. M. Leconte de Lisle, au contraire,\nretient son pouls, son haleine, son cœur et même sa haine, de façon à ne\nplus être qu'un réflecteur de Chenavarderies en démence; ce poète devient\npeintre, et au lieu de vibrer humainement, réverbère des fresques décora­\ntives dans le goût de la Tentation de Saint-Antoine.\n   L'intellectualité complète veut à la fois et la subjectivité sans laquelle il\nn'y a pas d'émotion, et l'objectivité sans laquelle il n'y a ni compréhension\nni jugement. Moi, qui crois au dogme de l'individu, comme s'il était révélé,\net qui n'accepte la théorie des milieux générateurs que pour les talents\nmineurs, je trouve en M. Barbey d'Aurevilly, cette dualité, qui n'est pas\nnécessaire à la grandeur; car Lamartine et Musset, qui en sont privés, sont\ntrès grands — mais qui augmente toujours l'écrivain, parce qu'elle le double\nen facultés et en horizon.\n   Imaginez-vous un Memmon de la conversation, qui, à la première solli­\ncitation, s'envolera avec vous, dans le mystère et le scrutement du dogme,\net qui goûtera aussi le couplet de Désaugiers ; un fanatique de Balzac qui\naime Virgile; un admirateur de Michel-Ange et de toute force, qui sait se\nplaire à Prudhon ; un homme enfin, qui vibre toujours et instantanément\nà tous les contacts de l'idée, du sentiment et de la forme; qu'on le mette\nsur n'importe quel terrain de la pensée, à l'improviste il y marche avec la\nplus familière aisance; un être si doué qu'il est toujours accordé, rend\nun sentiment personnel à n'importe quel pizzicato, — tel est M. Barbey\nd'Aurevilly dans son intimité.\n   Cette incomparable sensibilité du cerveau ne suffirait pas à constituer le\ncritique, et pour être compris j'irai jusqu'au truisme. Qu'est-ce qu'un criti­\nque? Celui qui a un criterium ; et un criterium est une doctrine précise qui\nsolutionne les x de la cogitation, depuis le péché originel jusqu'à l'extrême\nDevenir. Or, à considérer le plus célèbre des critiques, Sainte-Beuve, qui\nfut parfois Sainte-Bévue, non seulement il n'a aucune métaphysique, mais\npas même de perspective ; il ne se souvient jamais de la place hiérarchique\nde l'auteur dont il s'occupe dans l'histoire littéraire, il n'a qu'une place où\ntous, petits et grands se succèdent. M. Paul Bourget, le plus aimé des criti­\nques actuels, n'a d'autre criterium que son impression qui est subtile, déli­\ncate, exquise souvent ; mais une impression ne saurait être un jugement.\nExpliquer un écrivain, développer ses théories, cela est excellent, mais c'est\nla moitié de la critique; montrer le dilettantisme de M. Renan c'est être\npsychologue, le critique doit prononcer sur ses travaux et ses idées ; la Vie de\nJésus de Renan résiste-t-elle à la réponse de Gratry? Après la pourtraiture\nde l'homme, le métaphysicien doit apparaître et examiner les idées. Or, la\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3417, "texte": "                                   — 328 —\n\n critique des idées, personne ne la fait, et personne ne la demande : aussi\nai-je peur que l'incompréhension des lettrés eux-mêmes qui a accueilli Ce\nqui ne meurt pas, ce chef-d'œuvre, n'accueille aussi les Œuvres et les\nHommes.\n    L'injustice est l'habitude invariable, et la coutume consacrée, dès qu'il\ns'agit de M. Barbey d'Aurevilly; et le seul sentiment qu'on lui montre, on\nle lui attribue, parce que ce grand homme d'action qui n'a pas pu agir, a\ncriblé de railleries, en certains lieux, les ridicules du temps ; qu'il a vengé le\ngoût, cruellement, des vieilles actrices, on l'a dit injuste, de parti pris.\nSurtout quand jugeant le socle de Gcethe trop haut et que, pour le diminuer,\nil l'a, ma foi, renversé; les Germains français ont crié à l'iconoclastie. Enfin\nceux qui ont lu la conclusion des Prophètes du passé, discours sibyllin,\npage immortelle et que salueraient d'enthousiasme les grands politiques,\ncomment espérer que cet homme qui a, lui seul, gardé le dépôt des vérités\nsociales où s'étaient commis de Maistre, de Bonald et de Saint-Bonnet,\nfasse écouter sa parole de catholique. Qu'importe, du reste ? Quand on est\ntrop grand pour son temps, il faut attendre la postérité. Il est écrit dans\ntoutes les sacristies de France « défense d'avoir du talent et silence au\ngénie » et dans toutes Loges « défense de trouver du talent à un catho­\nlique. » Entre ces deux hostilités, la haine du beau, qui caractérise le clergé\net la haine du vrai qui est l'essence de la franc-maçonnerie, un écrivain ne\ndoit songer qu'à ses pairs. C'est pour eux que M. d'Aurevilly a confié à\nM. Frinzine le soin d'une édition complète des Œuvres et des Hommes,\net cela formera l'imposant ensemble de vingt-cinq volumes in-8°. Le nombre\na ici son importance, comme la grandeur de la nasse quand on veut prendre\ntout le poisson d'une rivière, car il s'agit de tout l'œuvre du siècle et même\nde tous les siècles. Chaque fois qu'on rééditait un ancien, M. d'Aurevilly,\npassant par dessus le commentateur, allait à l'œuvre ; ainsi dans ce volume\ndes critiques, Villemain est l'occasion de Pindare; M. Guizot, celle de\nShakespeare; M. Rigault, celle d'Horace; M. de Champeaux, celle de\nVillon; M. Talbot, celle d'Hérodote; M. Gérard, celle de Thucydide. Pour\nla quantité et la variété, les Œuvres et les Hommes n'ont rien à envier aux\nlundis; mais les lundis ont beaucoup à envier ici. Une individualité telle\nque l'auteur des Diaboliques ne supporte point le parallèle ; je ne veux\nque souligner la supériorité que donne en critique cette imagination qui\na fait de Michelet le premier de nos historiens, lorsqu'il n'est pas le plus\ndétestable des Vaudois. Avec la supériorité que le catholicisme communique\nà ses fidèles, M. d'Aurevilly me semble tenir dans la critique la place cor­\n respondante à celle de Michelet dans l'histoire avec plus de justesse et de\njustice, c'est-à-dire avec plus permanente perception de la réalité des\nhommes et un maintien incomparable des prémices de jugement.\n   Ces articles, devenus des chapitres, se relient par unité de conception qui\nconfondrait le public, s'il était susceptible de percevoir un effet de synthèse ;\net au service de son opinion, M. d'Aurevilly a toujours ce qu'on ne voit\nà peu près jamais en ces matières à pédants, la verve, le primesaut de\nl'expression, la pensée en un mot, l'épigramme barbelée et sifflante, et aussi\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3522, "texte": "                                      329\n\nl'enthousiasme, cet aigle qui emporte l'homme, comme Ganymède, jusqu'à\nDieu ! Et puis, l'imprévu d'idées et d'expressions le plus attachant, la nou­\nveauté de l'aperçu, l'inventé du tour et de l'image, la profondeur et même\nla gaieté, voilà les impressions d'une première lecture de ce livre dont je\nvais tâcher, par des citations, de donner une idée. D'abord, c'est Villemain,\nle premier critique en date du siècle : « Ce Gorgias manque.... rhéteur et\nbel esprit à force de mémoire, le Jules Janin de l'Université et de l'Aca­\ndémie... » Comme Janin, il n'a jamais mis l'effort de sa pensée que dans\nles artifices et les combinaisons de langage. Mais, du moins, dans le style\nde Janin on sent un cerveau qui aime la langue avec ses entrailles. Il a de\nl'Erigone ivre dans sa manière; mais l'Erigone sait se renverser sur son\nthyrse et rejeter, avec un geste délicieusement ivre la coupe à laquelle elle\na bu par dessus son épaule rougie .. Gens de forme tous les deux, l'un est\nune sensibilité, l'autre qu'une mémoire. Artistes en mots, et puisque nous\navons écrit ce mot là, modistes de phrases, l'un est modiste pur sang, l'autre\nn'est que l'industrielle » et quelques pages après, à propos de l'Essai sur\nPindare : « ... Cet homme qui chantait les lauréats olympiques, était lui-\nmême une nature de lauréat... un Robert Southey, le Robert Southey du\nroi Hieron... très grec, très thébain, et quand il n'était pas très thébain,\ntrès syracusain dans le grec      Chanteur de temple et de palais, un premier\nviolon de chapelle, comme l'a dit Voltaire, poète dont le sens intime est\nperdu ; son inspiration n'est plus qu'une lettre morte, d'un fini vraiment\ngrec, mais elle est finie dans un autre sens, comme tout ce qui ne s'appuie\npoint à la grande nature humaine, la seule chose qui ne périsse pas. »\nComparez cette instantanéité de coup-d'œil aux longs bafouillages des\nhellénisants de profession et avouez que l'illumination du génie laisse en\narrière les sages lanternes des humanistes contemporains. Chez M. d'Aure­\nvilly, comme chez Michelet, la critique est encore de l'inspiration, leur esprit\nne déduit pas, il voit électriquement : et ils nous donnent une vue instan­\ntanée, qui ne peut être que toute erreur ou toute vérité ; est-ce subjectif,\nest-ce objectif, je ne sais ? jugez-en par ces paroles sur Homère et Virgile :\n « Cimes d'égale hauteur qui forment un sommet unique, ils sont tous les\ndeux d'une originalité transcendante et première. Ils sont différents comme\nl'homme et la femme qui, séparés et unis pourtant, font ce prodigieux\nAndrogyne que l'on appelle l'humanité, couple littéraire sans analogie dans\nla poésie du monde, car la Bible est l'esprit de Dieu et les poèmes de l'Orient\n ne sont guère que de l'opium fumé qui rêve et se tord au soleil. Homère et\nVirgile sont l'Adam et l'Eve de la poésie, telle que l'homme en possession de\ntoutes ses puissances, la conçoit et la réalise. Homère est l'homme et Virgile\nla femme, idée très simple, mais que, pour cette raison sans doute, tous les\n parallèles ont oublié... Sainte-Beuve lui-même, qui darde si bien sa lancette\ndans la veine des sujets dont il veut nous faire voir le sang. Il l'aurait com­\nparé à une Niobée féconde et puissante, mais restée pieuse et sauvant ses\n magnifiques enfants de la flèche irritée des Dieux. Il nous aurait fait sentir\nque la jeune femme ne l'est pas seulement par le rythme du sein sous le\n mouvement du cœur, mais qu'il l'est encore par son amour pour le vieil\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3470, "texte": "                                     — 330 —\n\n   Homère et par tout ce qu'une longue intimité laisse après elle, par la pudeur\n  discrète des plaisirs qu'il en a reçus ! » Ce parallèle magnifique se développe\n  avec une ampleur et une phrase togata, auprès desquelles les normaliens,\n  ces Saliens du culte greco-romain et leur bugle de classe font rire ! Voici\n  des lignes du croquis de Sainte-Beuve critique, et non du véritable poète,\n  Joseph Delorme : « Mabillon des babioles, aiguiseur de notes en épi-\n  grammes, commère comme trente-six langues de femmes pour en faire parler\n  une trente-septième, le petit homme de la rue Montparnasse revivra dans\n  la mémoire de ses contemporains comme le touche-à-tout le plus curieux,\n  le plus acharné et parfois le plus puéril de son siècle. » Et à côté de ces\n  sévérités, des réhabilitations, le tableau de la canaillerie, de Voltaire et toute\n  sa séquelle de drôles, envers de Frénon, « le plus grand honnête homme\n  et le plus grand critique du XVIIIe siècle. » Ailleurs, ce contempteur per­\n pétuel de l'Académie efface l'épithète de concierge que Victor Hugo a infligé\n à M. Nisard et montre ce puritain littéraire prononçant le meilleur juge­\n ment sur le grand Byron. Dans le Musée des antiques Philarète Chasles\n est rallié sur ses ridicules, il est ici loué de ses pages parfois sybillines. Après\n la juste exécution de Prévost-Paradol, commence un morceau d'une sin­\n gulière saveur, « tempéré de tout, voilà donc Horace » : Puis Joubert, le\n Luini de Platon et le grand Shakespeare à propos de la traduction de Guizot ;\n les Deux masques de Paul de Saint-Victor et le Carlyle et le Stuart Mill\n de Taine; Rivarol. Enfin, MM. Demogeot Lenient, Campeaux, Talbot,\n Gérard, Lacretelle, Vian, lui sont occasion pour juger la littérature fran­\n çaise du XVIIe siècle — la Satire en France, au moyen-âge — Villon —\n Hérodote— Thucydide— Lamartine — Montesquieu, et le livre se ferme\n sur M. Ernest Hello, ce grand mystique ignoré. Ce simple index des cha­\n pitres ne suffit-il pas à dire l'intérêt extrême de ce livre, même pour ceux\n qui ne possèdent pas les cinq volumes précédemment parus et qui vont\n reparaître dans cette édition Frinzine tout à fait digne de cette œuvre qui,\ndans cinquante ans d'ici, restera comme le grand jugement du siècle, par\n l'écrivain qui en est aujourd'hui la gloire la plus hautaine. Malgré son hor­\nreur de la hiérarchie, notre pitoyable fin de siècle veut des étiquettes sur\nles flacons et sur les hommes, et je n'en ai point à mettre ici, non plus que\nde parallèles à faire. Le génie s'explique par lui-même : et la plaisante\nfarce que serait l'explication de M. d'Aurevilly par le milieu.\n    Il a une unité de doctrine et de doctrine catholique d'une permanente\net sempiternelle orthodoxie théologique ; il a l'imprévu de l'idée, la faculté\nd'évocation d'une époque, la psychologie la plus profonde, le lyrisme le\nplus envolé; il a de l'esprit comme au XVIIIe siècle et de la foi comme\nau XIIIe. C'est beaucoup tout cela, en un homme, mais si cela y est, et je\nl'affirme, puis-je le taire ?\n    Certes, je ne méconnais pas le bistouri si curieux de l'analyste Sainte-\nBeuve, ni l'entrevue lumineuse 'de Chasles, ni la modération de M. Nisard,\nni la vacuité de M. Villemain, ni la polissonnerie de M. Pontmartin : mais\nsi j'avais à choisir entre tous les critiques, je ne vois pas celui que je relirais;\nmais je sais bien que je garderais les Œuvres et les Hommes; et pour la\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "                                     331\n\nmême raison qui faisait préférer l'Odyssée à Nodier, parce que tout le camp\ndes Grecs m'intéresse moins que le seul Ulysse, et que l'erreur du génie est\nencore plus lumineuse que la raison du talent; mais M. d'Aurevilly se\npermet d'avoir l'un avec l'autre, dernier grand penseur romain, il semble\nque tout ce qui a fait le génie latin : lyrisme, clarté, logique et esprit\nflambe en ses œuvres son crépuscule magnifique.\n   Je serai éternellement reconnaissant à la Belgique des sympathies qu'elle\nm'a spontanément montrée, et je suis heureux d'écrire ceci à sa louange :\nLorsque Victor Palmé, sur l'injonction d'un bas-bleu, retira de la vente\ntrois volumes des Œuvres et des Hommes, sous la menace de perdre la\nclientèle du noble faubourg gâteux, ce fut la Belgique seule qui épuisa\nl'édition entière. Ce simple fait mérite d'entrer dans l'histoire littéraire,\npour l'honneur des lettrés belges, et de toute l'autorité qu'ils voudront\nbien me prêter, je les convie à cette grande épopée critique des Œuvres et\ndes Hommes. A Paris, on apprécie, et c'est tout ; en Belgique, on admire\net l'admiration est le seul sentiment possible, ce me semble, devant ce\ndernier latin, qui porte à la face de la truanderie envahissante, l'armure\nde toutes pièces du moine-militaire, du templier du verbe, de l'écrivain\ncatholique, dans la plus magnifique acception de ce mot, le plus glorieux\npeut-être à écrire, car il énonce l'universalité du beau dans l'absolu du vrai.\n                                                     J O S E P H IN PÉLADAN.\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 331, "page_fin": 335, "titre_corps": "Exposition des beaux-arts à Anvers (premier article)", "titre_sommaire": "Anvers", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "FLEMM OSO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 362, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 1590, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n       EXPOSITION DES BEAUX-ARTS A ANVERS\n                               (Premier   article)\n\n              On commence à se retrouver aux Beaux-Arts d'Anvers. Le\n               grand désordre se catalogue, le chaos s'éclaire, l'encombre­\n               ment s'étiquette, l'entrepôt se change en Salon.\n                 Déjà dès aujourd'hui, il est impossible d'examiner en un\njour les œuvres d'art exposées.\n   Les visiteurs peuvent donc, si bon leur semble, affluer. Pourtant, nulle\nencombrement n'a lieu.\n   Les galeries de peinture sont désertes comme les promenoirs d'un cloître\net l'on se demande si même aux temps d'été, de soleil et de cohue, elles se\nrempliront.\n   La raison?\n   Dame ! elle est toute simple. La raison? La vraie? C'est qu'il est cupide,\nou, si vous préférez le svnonvme, c'est qu'il est anversois, d'avoir coupé\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3057, "texte": "                                  —    332   -\n\n en deux l'Exposition universelle, d'avoir créé deux locaux, séparés l'un de\n  l'autre par la voie publique et par une pièce de vingt sous.\n     A Paris, à Londres, ailleurs, partout, un unique prix d'entrée donnait\n accès à tous les pavillons, salles, musées, annexes, divisions, subdivi­\n sions; on allait du palais du Champ de Mars au Trocadéro, muni du tou­\n jours même et valable ticket.\n     A Anvers, il faut deux billets, d'un franc chacun, l'un pour les arts (!)\n industriels, l'autre pour les arts, que l'Académie appelle plastiques.\n     Les peintres et les sculpteurs ne reçoivent donc que des visites rares.\n     Les étrangers et les Belges flairent dans cette inédite rétribution supplé­\n mentaire, un de ces innombrables et minuscules moyens de leur manger\n les Louis et les Napoléons par miettes et défilent devant les galeries sans\n entrer.\n     Eux qui ne donneraient pas vingt sous pour voir le col et les seins de la\n Venus de Milo, ne les abandonnent évidemment pas, sachant qu'il y a des\n Slingeneyer sous roche.\n     A part cette préliminaire critique, l'organisation et l'aménagement des\n locaux de l'Exposition sont bien compris. La lumière est parfaitement dis­\n tribuée, la dimension des salles bonne, l'ornementation sobre et nullement\n provinciale, la tenture de fond convenable. On se sent là non pas dans un\n sanctuaire — le mot est banal — mais assurément dans une maison d'art.\n L'atmosphère et le milieu sont au point. Et l'absence de la foule, la soli­\ntude, le silence, la tranquillité peu agréables à MM. les organisateurs sont\n exquis pour le dilettante.\n     On a mené âpre guerre de plume contre le jury. L'affaire est un rien res­\nsassée. Je préfère m'abstenir d'en parler pour ne point empailler des argu­\n ments et des réflexions qui n'étaient vivants d'intérêt que lorsqu'on les a\n brandis pour la première fois.\n     Ce qui domine toutes les impressions recueillies, c'est l'envahissement de\nl'Europe par l'art français. En Italie, chaque maître parisien a son pendant\nou plutôt son décalque, en Norwège, l'impressionnisme absorbe tout ce qui\nest jeune et vivant; en Autriche, ce sont les peintres de 1830 qui règnent\nencore, bien que les moins rétrogrades s'inspirent de Laurens et de Bougue-\nreau ; en Angleterre, Bell a des tendances manettiennes, Salomon a une\nmollesse toute maladive et décadente, Armitage s'en tient encore à Léopold\nRobert. La moins française de toutes les écoles européennes est, somme\ntoute, l'école belge. La Hollande est également autochtone, nous verrons\ncomment.\n    On a pour programme, dans la presse belge, de mener rude campagne\ncontre la gallomanie dont nous sommes atteints et d'anathématiser, à\ngrands gestes, Paris, ses pompes et ses œuvres. La besogne est devenue\ncourante et les articles qui brassent ces idées-là sont tombés en plein lieu\ncommun.\n    Aussi est-on tout étonné que nos artistes subissent la France beaucoup\nmoins que les autres peuples.\n    Il y a évidemment disproportion entre les clameurs poussées et les\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3300, "texte": "                                  — 333 —\n\ndangers qu'on redoute, entre les bras levés au ciel et le motif qui les dresse\nen longs points d'exclamation vers les astres. Et, chose piquante, c'est que\nles peintres qui font le plus de tapage autour de l'art flamand, autour des\ntraditions flamandes et nationales, sont précisément les moins flamands et\nles moins nationaux. Ainsi, toute l'école d'Anvers qui se croit préposée à la\ngarde de la Toison d'or de notre peinture, est précisément celle où le sang,\nla sève, la vie artistique flamands circulent le moins. Est-ce un Flamand\nVerlat? Est-ce un Flamand Van Luppen? Est-ce un Flamand, un vrai,\nSchaefels? Et De Keyser? Et Van der Ouderaa? Et Ooms? Et Claus? Et\nVerstraete? C'est d'intention que je cite les vieux et les jeunes ensemble pour\nmontrer que dans le passé mil-huit-cent-trenteux comme dans l'avenir,\nl'art flamand n'a été ni ne sera à Anvers.\n   Parmi ces peintres, beaucoup se figurent être de leur race, à traiter des\nsujets flamands, à encombrer leurs tableaux de laitières campinoises, de\ngars de ferme de Borgerhout, de maraîchères de Berchem et de ruraux de\nPutte. D'autres, pour rester les fidèles de la tradition, refusent obstiné­\nment de sortir des pratiques d'antan, du métier pénible, des colorations\nlourdes et bitumeuses, du faire petit et mesquin. Ils ont peur des jeunes\nsoleils qui baignent les horizons de l'art, qui les rendent plus clairs et plus\nprofonds. Ils ne veulent point comprendre l'évolution moderne, les chan­\ngements si prompts des phases esthétiques ; ils restent obstinés, hostiles,\nrageurs, avec les poings sur les yeux, dans leur coin et leur province.\n   Combien sont plus Flamands et plus artistes qu'eux, nos peintres qui\ndepuis longtemps ont ouvert la fenêtre au jour et se sont penchés sur les\nprintemps nouveaux, les Heymans, les Rosseels, les Courtens, les Vogels.\nCe qui spécialise l'art flamand, bien plus que le sujet traité, bien plus que\ncertaines couleurs et certains tons employés, c'est la manière solide, san­\nguine, profonde, large et grasse, de sentir. C'est la belle sensualité dans\nl'impression et dans le métier, c'est la pâte opulente, la vision saine et\ngonflée des choses : une sorte d'abondance et de trop-plein, une profusion\nsensuelle déversée dans l'œuvre entière.\n   Et ces peintres-ci ne sont pas fermés à l'art moderne, en ce sens que nul\nplus qu'eux n'admire et n'admet les découvertes faites par les Daubigny,\nles Corot, les Courbet, les Manet.\n   Seulement, ils ont en eux assez de personnalité pour transformer cet art\nen le drainant par leur cerveau, ils en acceptent la révélation, ils vont sur la\nmontagne chercher les Tables, mais uniquement pour s'inspirer de la\nméthode, en restant eux.\n   En fin de compte, crier à bouche désarticulée contre le courant fatal de\nl'évolution artistique, qui pour l'instant est dirigé par les Français,\ndémontre soit un manque de jugement, soit une jalousie minuscule, soit un\nchauvinisme au petit pied. Du reste, toujours en a-t-il été de même. Une\nnation domine les autres ; les autres suivent.\n   Au temps de Rubens, c'était l'Italie. Aussi le maître y court-il, y tra-\nvaille-t-il, y puise-t-il tous ses principes d'art, quitte à revenir un jour en\nFlandre transformer ce qu'il a appris, vu, senti, rêvé là-bas. Et les chefs-\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3140, "texte": " d'œuvre naissent nombreux, énormes, triomphants, et, la gloire de l'homme\n initié par Michel-Ange, Raphaël, Titien, Corrège, monte aussi haut que\n la leur.\n    Vraiment n'eût-il pas été d'un spectacle piquant de voir en ce temps-là\n des chroniqueurs crier contre le peintre, l'accuser de plagiat, lui reprocher\n de n'être pas Flamand, de se gangréner à l'étranger, d'introduire en son pays\n la corruption des mœurs italiennes, de faire de la peinture de décadence et\nde l'importation latine. L'art se renouvelant, se métamorphosant, se\n perfectionnant, ces renouvellements, ces métamorphoses, ces perfectionne­\n ments s'imposent à tous, fatalement. C'était le cas hier, c'est le cas aujour­\nd'hui. Ceux qui regimbent sont écrasés, même lorsque ces évolutions ne\nsont pas des progrès. Le progrès est d'ailleurs chose tellement vague et\ndiscutable que toute dissertation à ce sujet mène aux hypothèses les plus\nfantastiques.\n    Ces constatations faites, examinons quelles sont les nations qui se sont\nle mieux assimilé l'art nouveau.\n    En Norwège, il pénètre à l'état brut; on le déballe et on le débite sans y\nrien changer. La marque française y reste toute crue, comme un cachet sur\nun colis, comme une étiquette sur une malle. Aussi bien, tous les peintres\nnorwégiens ont séjourné à Paris. Sprong n'est qu'un décalque de Manet;\nTaulow voisine avec Degas, Pisaro, Monet; Gerbard Munte également.\nSmith-Hald habite la France; Werenskiold est un impressionniste pur.\n    En Italie, l'imitation n'est guère plus dissimulée. Seulement elle est\nmultiforme. Ce ne sont pas que les impressionnistes qu'on réédite, ce sont\nencore les Breton, les Toudouze, les Fromentin. Presque tous les paysa­\ngistes italiens ont la manière mince et photographique des paysagistes fran­\nçais actuels. A preuve, Manicardi et d'autres dont les noms en i sont aussi\npeu dissemblables que les œuvres.\n    La section espagnole n'est point encore rangée.\n    Pour l'Autriche, on connaît la peinture de Mackart, le Gallait viennois,\nqui rappelle en cette qualité toutes les Paul-de-la-Rocheries que « l'enfant de\nTournai » nous sert depuis cinquante ans. L'encombrant Brozik démarque\nles « machines » de Paul Laurens. Les autres aspergeurs de toiles à goupil­\nlons de bitume, broyeurs de noir, non pas au figuré, mais au propre, sont\nd'une infériorité artistique telle, qu'on ne se demande point à qui ils\nressemblent.\n   Somme toute, il n'y a qu'un pays dont le génie s'est assimilé la peinture\nmoderne de manière parfaite, c'est la Hollande. Les peintres hollandais\nsont restés autochtones tout en profitant des progrès récents.\n   Tandis que les autres peuples ne faisaient nullement passer la révolution\nesthétique dans leurs mœurs et prenaient, eux peuples du Nord, la palette\ndes novateurs français, et leurs pinceaux, et leur facture, et leur manière de\nsentir et de voir, les artistes d'Amsterdam et de la Haye ne se sont occupés\nque de la doctrine. On leur criait de Paris : peignez la nature, mais surtout\npeignez la lumière dans la nature. Toute forme colorée est une combinaison\nde tons lumineux. Cherchez donc le ton avant tout. Les anciens cherchaient\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1020, "texte": "                                      335\n\nla couleur pour arriver à la lumière, vous cherchez la lumière pour arriver\nà la couleur. Ne voyez pas petit; ne soyez pas les ciseleurs du petit point\nclair, comme le furent quelques-uns de vos ancêtres; traitez les choses non\npas telles qu'elles sont vues à la loupe, mais telles qu'elles apparaissent.\nVoilà pour le métier. Le reste vous regarde.\n   Et les peintres hollandais n'ont modifié en rien leur manière de sentir.\nSeulement, ils se sont mis à traduire l'air, l'atmosphère, le vent, le froid, le\nsoleil, le printemps, l'automne, l'hiver de leur pays d'après les données\nnouvelles, et maintenant règne parmi eux ce magnifique Joseph Maris, dont\nle tableau intitulé, je crois, Le Pont, est le plus superbe paysage du Salon.\nIls ne sont pas impressionnistes dans le sens français et pur du mot, mais\nils sont parmi les plus modernes des peintres et parmi les plus forts.\n                                                   EMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 335, "page_fin": 345, "titre_corps": "Flemm-Oso (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "James Van Drunen", "ancre_debut": "FLEMM OSO", "ancre_fin": "JAMES VAN DRUNEN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MEMENTO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 366, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 1020, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "FLEMM-OSO\n                                    (Suite)\n\n              Si tu es sage, tu auras un gâteau... — Plus tard : si tu obtiens\n               le prix de géographie, je t'achèterai une montre... et plus\n               tard encore, c'est la même chose : notre existence est une lon­\n               gue distribution de prix. Nous ne travaillons qu'en vue d'une\nprime; les arts et les sciences ont leurs concours; peintres et musiciens\ndécrochent des médailles et des prix de Rome; les savants se font couron­\nner ; mêmes plaisirs et jeux deviennent des joutes, des chasses au premier\nprix : le canotage, l'élève du cheval, les armes, la culture des arbres frui­\ntiers, la gymnastique comme le tir, comme tout, étude ou passe-temps,\naboutissent à une cascade de distinctions en or, en argent ou en vermeil ;\nles Expositions sont des distributions de diplômes à l'industrie et à l'agri­\nculture ; on donne des récompenses aux... rosières ; joueurs d'échecs et pro­\nfesseurs de jeu de billard se portent des défis bruyants, et les choses les\nplus frivoles deviennent sujets de rivalité : dans les jeux populaires on\nrécompense celui qui grimace le plus drôlement et — en Flandre — la\ncommère qui boit le café le plus chaud. Tout enfin, tout, continuellement,\nse médaille, se couronne, se décore — même la vertu : l'Académie solen­\nnellement décerne un morceau de prix Monthyon à de fidèles serviteurs et\naux portières qui montent de la tisane aux vieilles dames du cinquième\nD'un bout à l'autre de la vie nous restons de la sorte dans la petite classe.\nMadame l'Autorité nous appelle au pied de la chaire, nous remet une\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "                                  — 336 —\n\npalme puis, un baiser sur le front : c'est bien, mon enfant, retournez à\nvotre place, je suis contente de vous...\n    Et cela est nécessaire. C'est là une des figures de cet élément de vitalité\n bouillante que l'économie politique nomme la concurrence. C'est l'émula­\ntion qui, par l'appât d'une récompense, nous tient au travail. L'envie de\nfaire mieux que l'autre et d'être le premier nous met dans les nerfs une\nardeur acharnée; nous sommes des animaux savants qui ne travaillent que\npour le morceau de sucre... et, bien pénétrés de cette infirmité de notre\nnaturel, les hommes, dès les premiers âges, ont tout de suite imaginé et\naccepté consciencieusement la Religion, cette récompense suprême qui\n promet les délices éternelles d'un paradis à celui dont l'existence aura été\nsans péché. Cette Religion, si joliment drapée dans la poésie des légendes,\nnous dit, s'adressant aux uns avec des prières d'ange et aux autres avec des\nmenaces de démon : respectez autrui, faites ce qui est le Bien, et je vous\nrécompenserai. C'est le culte imposé des principes fondamentaux de notre\ngroupement en société que la Religion ose nous ordonner. Tâche ingrate !\nCalmer les rages contre le sort brutal et apaiser les révoltes promptes à faire\nexplosion en ce monde de douleurs. Nos projets broyés par la fatalité\ninjuste, notre amour trahi, nos aspirations écrasées, nos affections faussées\nou tuées entre les deuils et les guerres odieuses; devant les triomphes du\nvice qui ricane nous souffrons des chagrins dans les incertitudes tortu­\nrantes ; brûlés de tentations et pleins de désirs, nous ne rencontrons que\nprivations — et toute cette horreur injuste, nous devons l'accepter,\naccepter tout, ou bien retourner vivre dans les bois. Oui, pour ce\ncœur mal dégrossi qui ne sent rien dans la nuit de la mort et n'attend pas\nl'arrêt d'un suprême jugement, souffrir docilement ces lois des plus fortu­\nnés, c'est bêtise quand un mauvais coup peut donner pain et bonheur à la\nfamille. Donc, il fallait pour imposer une patiente et indispensable résigna­\ntion, une force qui fût une consolation, une tendresse puissante qui s'adres­\nsât à l'homme brut, pansât ses plaies et d'une voix tendre — une voix de\nsœur de charité — dit : patience. C'est le mot que la Religion dit aux\npeuples.\n   Des âmes d'une composition privilégiée, âmes superfines égarées par\nleurs qualités, croient que récompenser une bonne action, c'est en dimi­\nnuer la valeur et que le bien fait en vue d'un avantage, n'est plus moral ; le\nbien se ferait naturellement. Il est fort admissible que certains actes de\ngénérosité, de courage, se fassent inconsciemment, sans être le résultat\nd'une discussion intérieure. Encore faut-il les récompenser. Un homme\nvoit un enfant tomber à l'eau, et il se lance, — il n'y a ni réflexion, ni dis-\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2972, "texte": "                                  — 337 —\n\ncernement ; c'est aveuglément, comme dans un coup de colère, qu'il agit,\nsans savoir au juste ce qu'il fait; ce n'est qu'un instant après, trop tard,\nqu'il se rend compte de ce qu'il a osé... Car si, voyant l'enfant à l'eau, ce\nmême homme hésite tout d'abord, ne fut-ce qu'un instant, le temps de\nsonger à préserver sa montre, — il ne s'élancera pas. Les gens qui ne font\ndu sauvetage qu'en vue des médailles et des distinctions le font raisonnable­\nment, — c'est fort exact — et ne se risquent qu'avec grande prudence, leur\nidée dominante n'est-elle pas, en effet, de se conserver pour la distinction\ndésirée? Qui se dévoue pour être récompensé, se dévoue sans grand mérite.\nC'est possible. Seulement, ne faut-il considérer que celui qui s'est coura­\ngeusement avancé et négliger absolument ceux qui n'ont pas bougé, c'est-\nà-dire le grand nombre? Voilà l'erreur. Au point de vue social il est inutile\nde s'occuper de ce brave, il a les vertus nécessaires, et c'est aux autres qu'il\nfaut songer, c'est aux autres qu'il faut inspirer l'instinctive générosité qui\nleur manque ; aussi, on glorifie un sauveteur, un savant, un herboriste non\npas parce qu'il a posé un acte méritoire ou fait une utile découverte, mais\nsimplement parce que tant d'autres n'ont rien fait et qu'en ceux-ci il faut\nfaire entrer la persuasion, la conviction profonde que réellement ce dévoue­\nment, ce travail est sublime, conviction telle qu'elle finira par agir sur la\nnature de ces indolents et les poussera aussi, le moment venu. Il est par\nlà fort naturel que les récompenses se décernent en grande cérémonie et\ns'accrochent aux poitrines et se portent bien en évidence devant ceux qui\nn'ont rien mérité. Toute récompense est donc morale et salutaire. Ainsi, la\nReligion, ayant reconnu que l'homme ne fait rien pour rien, montre à tous,\ndans ses tableaux, dans ses chants, dans ses extases, les éternelles récom­\npenses qu'elle promet à celui qui respecte les principes de vertu et de résigna­\ntion, principes indispensables au maintien de notre état social.\n   Les gens qui sont très forts ou qui orgueilleusement se croient très sûrs\nd'eux-mêmes, diront que la religion est un mensonge... Voilà une bien\nmauvaise raison. Qu'est-ce donc que la sociabilité? N'avons-nous pas, en\nnous groupant en cités et en nations, poussés par un intérêt commun,\nadmis comme vraies, ou du moins comme indiscutables, certaines conven­\ntions reconnues nécessaires? Tout état social repose sur des théories fic­\ntives, des hypothèses qui n'existent que par un consentement tacite et géné­\nral ; nous ne jouissons des avantages de la vie en commun qu'au prix de\ncertains arrangements intervenus entre nous, suppositions admises une fois\npour toutes — et tout est convention. Qu'est-ce que la civilisation, en réa­\nlité? La morale elle-même, sur laquelle chacun base la civilisation, existe-\nt-elle ! La morale qui n'est pas ici ce qu'elle est là-bas : elle n'est plus\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2886, "texte": "                                  — 338 —\n\naujourd'hui ce qu'elle était hier et nous ignorons ce qu'elle deviendra. Des\nactes blâmables ici, sont superbes de l'autre côté de l'Océan; nos ancêtres\nfaisaient galamment des choses que nous trouverions fort vilaines — et la\nmorale, cet élément primordial, n'est pas une fiction! Qu'est-ce que la\nLiberté avec les formalités douanières et le service obligatoire? Peut-on\nadmettre l'Egalité tant promise alors qu'entre des gens qui passent sur un\nmême trottoir il se trouve une place d'honneur? Quelle illusion encore que\nle Droit quand il faut pour avoir raison acheter l'habileté d'un avocat! Le\nrespect de la propriété est chose sainte, mais qu'une bête fantaisie politique,\nqu'un simple coup d'éventail fasse éclater la guerre, — car on se tue pour\nde pareilles raisons — et plus rien n'est sacré, l'homicide est glorieux, et\nc'est l'Autorité, la maman de nos lois sévères, qui donne l'exemple. Mais\nces lois, si gravement figurées sur les monuments publics, ne sont-ce pas\naussi des fantaisies qui, nées au hasard des majorités, se balancent entre les\naffirmations les plus contradictoires? En petit, c'est la même chose; nos\nappréciations, nos jugements, sont conventionnels comme les signes d'un\nlevé topographique ; ainsi nous disons que notre voisin fait des cancans, si\nc'est à d'autres qu'il va conter les histoires qu'il devrait venir nous dire et\nqui seraient bien intéressantes. Et les règles baroques de la politesse?\nEchanges de cartons taillés et de mots convenus. Et ces coupes déterminées\nde nos vêtements? L'existence entière est faite de conventions, d'erreurs,\nd'illusions, de faussetés — qui toutes sont nécessaires. Acceptons-les donc.\nQui voit le moyen de faire autrement ?\n   Mais de toutes ces conventions, celle qui a le moins varié, tout en étant\nla plus ancienne, c'est bien la Religion, ou les Religions. Toutes absolu­\nment ont eu et ont un même but, et prêchent aux peuples, dans un lan­\ngage approprié, des devoirs identiques au point de vue de la conservation\nsociale. Comme forme aussi elles sont les moins capricieuses de nos inven­\ntions ; elles ont dans leur histoire, une communauté évidente, des rappro­\nchements frappants, et toutes sont élevées sur une fabulosité similaire,\ncomme l'a nettement établi Dupuis dans les conclusions de sa longue étude\nsur l'Origine de tous les cultes.\n   Debout, montés sur leurs ergots, des réformateurs qui ne considèrent\ndans ces pratiques que les fautes et les exagérations — il s'en trouve par­\ntout, — veulent anéantir la Religion parce que, proclament-ils, c'est une\nerreur. C'est une erreur, soit. Mais ne sommes-nous pas chargés d'erreurs\nmoins utiles? La Religion ne ment pas plus que les lois farouches de ce\nqu'on nomme les convenances, caprices dont on confesse l'utilité et devant\nlesquels on s'incline. Elle ne ment pas plus que les grands honneurs que\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2895, "texte": "                                   — 339 —\n\n\nnous décernons. Ce qui est vrai, malheureusement, c'est que notre cupidité\na l'ait de la prière sainte une plate bassesse; la pieuse méditation est deve­\nnue une lâche mendicité, car maintenant la prière perfectionnée sans garan­\ntie du ciel, voici ce que c'est : M. A., bon de'vot, possède deux ares de ter­\nrain où il cultive une plante qui demande beaucoup d'eau; à côté, M. B.\nsème dans un terrain de dix hectares une plante qui demande de la séche­\nresse, et la prière c'est A. qui, dans une récitation quotidienne et jaculatoire,\noù il dit aimer son prochain comme soi-même, supplie Dieu et saint\nMédard d'envoyer deux bonnes averses par jour... Mais parmi les tritu-\nreurs de politique qui montrent le poing à l'Eglise et cherchent à rendre ses\nsymboles odieux, combien ne sont pas des jaloux de la puissance reli­\ngieuse : on est roulé par plus fort que soi, on se venge en criant : jésuite!\net dans ce cri bout la rage de n'être pas assez malin pour pouvoir être\njésuite aussi et jouir des bénéfices du rôle...\n    Pour la masse, en résumé, la Religion est encore la morale, et dans le\nprésent — l'avenir nous l'ignorons — cette masse ne peut pas être assez\ncultivée, assez délicate pour pratiquer le juste nec spe nec metu, et aimer\nle bien pour lui-même si elle perdait les lisières que tient un culte doux et\nfort, menaçant les puissants et caressant les humbles. Tuer la Religion\nserait une faute parce qu'il faut compter avec nos faiblesses et nos imper­\nfections.\n    D'une autre façon encore, la Religion est désirable. Nos pensées, nos\n rêves aiment à se laisser aller flottant en de vagues tendresses; notre ima­\n gination, blessée par les aspérités froides de la précision, est amoureuse de\n l'indéfini, et c'est dans les espoirs lointains que nous berçons nos regrets\n pour les consoler. Or, pour bien des caractères, la Religion étanche cette\n soif de poésie. Par nos désirs, par nos pensées, nous vivons beaucoup en\n dehors de notre vie; dans un extraordinaire attirant, et nous avons besoin\n de trouver quelqu'un dans cet au delà, de sentir une force dans cet infini\n noir de l'avenir, une puissance qui nous parle. Epeurés devant ce mystère,\n comme devant un passant rencontré le soir dans les champs, nous murmu­\n rons : bonjour M. l'Inconnu, et nous plaçons un Dieu dans ces ténèbres\n pour qu'il nous réponde. C'est ainsi un constant besoin de personnifica­\n tion ; les éléments et les saisons prennent pour nous des formes ; le malade\n personnifie sa maladie, il donne une figure, un mouvement à cette fièvre\n qui va et vient, il lui parle, l'implore, la supplie... et puis enfin, avouons,\n nous sommes des capons, et le jour où la Science, lassée de notre curiosité,\n  nous aura dit : eh bien, regardez, voici le lendemain de la mort : Rien !...\n  nous nous sauverons à l'église comme ces enfants qui, timidement, ouvrent\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2886, "texte": "                                  — 340 —\n\n\npeu à peu la porte du grenier, voient qu'il n'y a absolument rien, prennent\npeur de ce vide et se sauvent bien vite dans les genoux de leur bonne ; la\nbonne leur raconte Ali-Baba ou les quarante voleurs, et ils savourent en\nlongs frissons une délicieuse frayeur. Il faut des histoires pour les grands\nenfants : après leur avoir montré comment on punit les petits garçons\ndésobéissants, on montre comment souffrent les grands barbus qui mentent\net qui volent.\n   Mais il faut habiller ces grands contes dorés. Souhaitons qu'on dépouille\nle culte de pratiques malheureuses, de détails maladroits; plus de ces\nfigures ridiculement enluminées, de ces statues honteusement taillées ; au\ncontraire, que l'art le plus exercé présente l'idée religieuse en tableaux\nsoigneusement parfaits, en scènes imposantes, en cortèges et en musiques ;\nles broderies, les lourdes chasubles, les dalmatiques, les décors, les radieuses\ncouleurs et les poèmes chantés donnent une envahissante poésie à la solen­\nnité des rites. On cherche des emplois pour les femmes ; on juge moral de\nles prendre dans les gares de chemins de fer et dans les bureaux du télé­\ngraphe, mais ne sont-elles pas indiquées pour le service du temple ? Les\ncurés devraient être des femmes ; leur tempérament, leurs nerfs, leurs déli­\ncatesses, leurs soins, leur sentimentalité emporteraient les prières dans une\npassionnante élévation, et leurs voix avec tendresse diraient mieux l'apitoie­\nment suprême des vierges charitables. De même que les vers demandent\nplus que la prose une typographie luxueuse, la Religion, étant une poésie\naussi, demande un cadre mystique, fleuri de soins précieux. Le catholi­\ncisme est le culte le mieux entendu parce qu'il recherche dans les grands\ndécors une somptuosité lyrique. Dans la simplicité unie, le culte s'évanouit,\nun culte nu devient une banalité, une puérilité comme le spiritisme, par\nexemple, dont l'erreur est de vouloir montrer sans préparation, là, autour\nde votre table, une trop parfaite précision ; cela devient de la prestidigitation\net de plus une sottise : un spirite sincère doit se tuer sans retard pour aller\nau plus vite retrouver ses parents et ses amis défunts dont il connaît le bon­\nheur, il sait de plus ne pas perdre les vivants avec lesquels il peut même\nconverser; aussi, tant qu'il y aura des spirites vivants on sera en droit de\ndire que le spiritisme est une farce.\n   Il faut donc une Religion éclatante qui chante de mystérieux poèmes\naux glorifications de la Nature et qui entraîne les imaginations à travers\nles lointains étoilés vers l'aube des résurrections. Cette attendrissante reli­\ngiosité fait réfléchir et penser. L'homme qui pense s'améliore. C'est, pour\nbeaucoup, la seule philosophie, cette poésie éperdue, tressaillante, qui,\ngénéreuse sanctification, met, sur les plaies, des baisers, et, au terme des\n"}, {"page_pdf": 372, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2732, "texte": "                                  — 341 —\n\ndouleurs, le mirage tentant d'une survie. Des nostalgies d'éternité s'en\nvont à travers les vitraux pâles de la vieille église chère, aimée, et qui n'est\npas flanquée de gendarmes comme la porte obligatoire de la mairie; cha­\ncun y vient librement aux heures solennelles, et chacun sait qu'un jour\naussi, là, entrera pieusement un cortège funèbre — et il est bon qu'on parle\naux hommes de la mort et de la fragilité de leurs projets. A moi, qui pos­\nsède si peu de cette Religion, elle a pourtant laissé un des profonds souve­\nnirs de mon jeune âge. C'était dans une de ces belles églises normandes,\ndans une petite localité au bord de la Basse-Seine. Je passais, et j'étais\nentré : on célébrait le service funèbre d'une gamine. La vieille église, avec\nses siècles reposant en poussière sombre sur ses arceaux, s'était mise en\ndeuil pour cette enfant d'une douzaine d'années ; le chœur était tendu de\nnoir et des cierges jaunes portaient des larmes d'or, les flammes immobiles,\ndroites, semblaient suivre l'ascension des prières... Au milieu du temple, le\ncercueil maigre sous un drap blanc. Une couronne de roses fraîches épan-\ndait une odeur douce, et, près du grave curé qui, l'eau bénite aux doigts,\nlentement priait, les petites amies de la morte, fillettes en blanc, portaient\ndes bouquets et des corbeilles pleines de fleurs coupées. Un recueillement\nplanait sur tous. Des femmes suivaient les grains de leur chapelet, et des\nmatelots carrés, brûlés au vent, se courbaient prostrés devant cette Nature\npuissante qui secoue les bateaux dans les orages et emporte les enfants\nadorés... Un mousse en surplis balançait, songeur, un encensoir, et les\ndeux porteurs, pâles et glabres, tête basse, se recueillaient, bien que leur\nhabit à plaque d'argent se fût râpé au contact des morts. D'une voix timide\nles fillettes dirent un chant doucement grave dans lequel éclata un sanglot\nmal contenu, et le vieux prêtre, en ses oraisons, parlait à son Dieu de cette\njeune âme envolée... Dans cette église, dont les dalles étaient usées par les\ngenoux des générations disparues, sous le demi-jour bleu qui tombait des\nvitraux, dans le chantonnement des prières, un saisissement tendre, un\nanéantissement ineffable pénétrait et idéalisait l'ombre effrayante de la mort;\nun détachement d'ici-bas vous enlevait par une pieuse élévation dans un\noubli consolant — cette fillette morte n'était plus une indifférente pour\nmoi, et je pense encore à cette enfant inconnue...\n\n\n\n\n  J'aime la Politique — et je voudrais que chacun l'aimât. Donc j'en veux\nà cette politique que nous subissons, précisément parce qu'elle répugne à\ntant d'esprits droits et forts et ne leur inspire qu'une méprisante aversion.\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2947, "texte": "                                  — 342 —\n\nNotre politique est une délaissée; jetée à qui veut la prendre, elle est aban­\ndonnée à un ramassis de vaque-à-tout qui font de la politique, parce qu'ils\nne sont pas bons à faire autre chose.\n   Cependant la Politique, science des Etats, n'est-elle pas un élément\nessentiel dans le développement des sociétés ? Cet art difficile de conduire\nl'universel tout le monde, tient notre existence, notre prospérité à tous, et\nlentement, dans ses lointaines clairvoyances, il façonne l'avenir. C'est, en\nsomme, l'hygiène générale de l'humanité : une mauvaise politique est une\nmaladie dangereuse; elle tue. Notre devoir et notre intérêt donc, nous com­\nmandent de veiller au maintien d'un régime sain et pur pour nous et pour\nceux qui nous suivront. Personne ne peut rester en dehors de semblables\npréoccupations. N'offre-t-elle pas, du reste, un spectacle assez passionnant,\ncette étude de phénomènes de chimie sociale montant en une suite d'évé­\nnements — qui sont comme des réactions — le déroulement d'une grande\névolution, majestueusement lente, vers une condition meilleure? Science,\nbonheur, progrès, morale, toutes faiblesses qui, pour avancer, attendent\nque la Politique vaillante leur donne la main. Là se trouvent, par consé­\nquent, des travaux utiles et des leçons fortifiantes. Ah! c'est une fière\ntâche! Travailler, bûcher, faire entrer le jour dans le cerveau et, à force de\npatientes et obstinées réflexions, s'orienter enfin dans les confusions, recon­\nnaître la route sûre et aller dire aux foules : J'ai trouvé le chemin, suivez-\nmoi. Il a conscience de sa hautaine supériorité, celui-là, et il sort triom­\nphateur de son cabinet de travail. De semblables maîtres ne sont pas de la\nrace commune; devant eux, la masse, c'est la bête, et ils peuvent traiter\ncette bête avec des arrogances de dompteurs, le poing levé : tes idées, tes\nopinions ! Imbécile, qu'as-tu fait pour en avoir? Moi, j'ai conquis les\nmiennes; en avant ! — et, la cravache à la main, ils secouent la torpeur\nstupide et cinglent les échines lourdes : marche, peuple que tu es ! Et\nquand la besogne est finie, ils lui disent : couche! c'est bien... Il y a eu de\nces hommes. Des inconnus qui montaient sur une table et, tribuns superbes,\nfaisaient passer leur vigueur dans les veines de la foule molle et allumaient\nirrésistibles, ces enthousiasmes compacts où nul n'est le dernier — et ces\nmaîtres lâchaient le peuple comme on lâche une meute. Voilà comment,\nmanches retroussées, on pétrit impérieusement la lourde pâtée d'hommes.\nQuel triomphe fulgurant! Mais maintenant, avons-nous encore des maî­\ntres! Nous avons des serviteurs... On connaît le terme : esclave de la\ndémocratie! Je n'ai pas confiance dans la démocratie, quelle confiance\naurais-je dans ses esclaves, ces hommes sans volonté qui sont les volants\nsur la raquette populaire... Ce sont nos chefs qui nous suivent. Aussi on\nfait un politique du premier venu.\n"}, {"page_pdf": 374, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2967, "texte": "                                   — 343 —\n\n   Quand un cher enfant paraît avoir avalé strictement les études que fait\nsemblant d'exiger un programme modeste, papa lui dit : te voici avocat,\nfais de la politique, mon garçon... et mon garçon se pousse dans une société\nquelconque où se rencontrent des électeurs influents — parce que, restant\nle plus tard au cabaret ils voient le plus de monde — et là on délibère de\ntout, de tout, de tout avec une compétence universelle : si Blondin entrait\non lui enseignerait l'art de marcher sur la corde roide ; on agite les grosses\nquestions : qui doit payer les frais de pavage devant la boutique du mar­\nchand de charbon de la rue des Epinettes? On examine les cancans graves\net toutes les balivernes très importantes à l'ordre du jour, on nomme des\nprésidents, des secrétaires, des sections et des commissions, enfin on fait\ndes rapports sur ce que contiennent les bulles de savon — et c'est que\ntout le monde n'a pas ce talent-là : ces gaillards arrivent à être d'une force\nprestigieuse, ils élaboreraient avec aisance trente pages de petit texte pour\nétablir d'une façon tout à fait congrue qu'il n'y a décidément pas lieu de\nferrer les cigales. Alors le candidat a flairé l'opinion, il se jette dans le cou­\nrant et nage. Il suit un ancien plus avancé et, d'un coup d'ceil, lui dit :\ndonnons-nous la main, je vous pousserai et vous me tirerez A ce moment,\nle jeune héros entre dans un programmé — cela se reconnaît aux sourcils\net à la redingote — et il se répand dans le monde et sourit. Il se tait l'âme\ndes élections; c'est toujours la même chose et il fait toujours la\nmême chose : les élections c'est comme la chanson du « petit navire »\nquand c'est fini cela recommence. Lorsqu'une place s'ouvre, la cohue des\njeunes gens d'avenir se bouscule en criant : moi, messieurs! moi, messieurs!\nEt chacun célèbre ses mérites par voie d'affiches. Si, à l'écart, un patient\nlaborieux a travaillé, a ouvert les problèmes sociaux et médité aux solu­\ntions apaisantes, pourra-t-il, voudra-t-il lutter avec cette intrigaillerie ? Ce\nsage imbécile n'a pas fait de visites, il n'a trinqué avec personne. Il n'est\npas connu. La politique est devenue l'art de placer des poignées de main à\nintérêt. C'est une Bourse où l'on trafique de sympathies et de services; on\nse passe des amitiés payables en bulletins de vote. Et ce n'est pas même\nune Bourse, c'est une foire, une foire bruyante où trôle une bousingaille\naffamée. Appelant le public devant les merveilles de leur programme, des\ndébitants de pâte électorale grimacent le sourire du candidat, jonglent\navec les idées à la mode, résolvent tout à la boule vue, escamotent les\nimpôts, offrent des poudres pour faire pousser la richesse et pincent le\ngrand quadrille de l'égalité et de la fraternité. Ardélions et prometteurs de\nréjouissances, ils braillent des professions de foi : gratis je donne un che­\nmin de fer! Je créerai une rivière pour y construire un pont ! Votez pour\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2969, "texte": "                                  — 344 —\n\nmoi, et tous vos fils seront fonctionnaires du gouvernement... Ne vous\ntrompez pas d'enseigne, je suis, moi, le vrai, l'unique, le merveilleux can­\ndidat — et mon voisin n'est qu'un imposteur, un pignouf... Les injures se\nvident sur les têtes, et, de toute cette politique braillante et tavernante, il\nsort une odeur de linge sale... Pour se mêler à ces pantalonnades. Il faut\nun tempérament particulier. Aussi voit-on que le rang dans lequel se\nrecrutent les postulants descend de plus en plus, car il faut, ou une soif bien\ngrande de gloire facile ou le besoin de faire une réclame à son commerce\nou à son cabinet, pour aller se faire déshabiller publiquement par le pre­\nmier électeur venu. Faire de la politique c'est, en franc résumé, faire ses\naffaires en ayant l'air de faire celles des autres. Et nous nous trouvons sous\nla protection d'esprits ordinaires qui font de la science sociale comme les\n moulins à vent font de la farine, sans savoir ce que c'est. Ils solennisent la\nnudité des lieux communs, déclament pompeusement des banalités usées,\nprononcent des discours en enfilant des formules et, comme le Rougon de\nZola « brandissent des mots bêtes » Oh ! la blague, la platine, le fer blanc !\nDire que pour autoriser le port d'un bout de ruban, ou pour conférer un\ncarré de parchemin, il faut des réunions très officielles de doctes vieillards\ndélibérants, tandis que tout le monde a le droit d'avoir une langue! Que de\ndiscours, de temps et de papier perdus pour chercher cinq pieds à un mou­\nton. Dans le trouble des théories séduisantes et des utopies sucrées, ce ver­\nbiage facile gonfle de blousantes humanitaireries et fêle tant de malheu­\nreuses cervelles. C'est le docteur Descuret qui a affirmé qu' « à chaque bou­\nleversement politique on est sûr de trouver les maisons d'aliénés encom­\nbrées. » Des objets secondaires, des questions de boutique deviennent des\ntam-tam retentissants, et les problèmes utiles, les questions matérielles qui\nconstituent la politique commerciale et industrielle, c'est-à-dire une politi­\nque solide, s'en vont à la dérive perdus dans les rouages vénérés des bud­\ngets, des enquêtes, des sections, des rapports, des questions préalables et\ndes commissions... Si Dieu avait assemblé une commission pour créer le\nmonde, le monde n'existerait pas encore, disait Méry. Au bout du compte,\nle gouvernement trouve un déficit dans ses finances, proclame la patrie\nsauvée et crée de nouveaux impôts... Ministère... impôtcrite, va! Vous\nsouvenez-vous de ce M. le Ministre de Claretie qui, après plusieurs mois\nau pouvoir, écœuré du tripotage des suppliques, des requêtes et des pro­\ntections, s'écrie : ma parole d'honneur, mon cher, je n'ai point encore\nentendu un seul mot de la France? C'est là, très exactement, le caractère\nde notre politique rapetissée, si finement peinte par Dickens dans les papers\nof the Pickwick club, quand il raconte la bataille des bleus et des jaunes à\n"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1568, "texte": "                                     — 345 —\n\nEatanswill. Devenue régionale, locale, cette politique cherche les divisions\net fait si bien que le mot : national, est remplacé par le mot : parti. Pour\nla date d'une fête, les hommes au pouvoir choisissent l'anniversaire d'un\ntait spécial à leurs amis, le souvenir d'une défaite des autres, alors la haine\nsort ses griffes et la nation n'est qu'à moitié en joie. On a établi une fête\nnationale le 14 juillet; que cette date représente ce qu'elle veut, si tous ne\npeuvent s'associer à ces rejouissances, la fête n'est pas nationale, elle est\nantinationale parce qu'elle accentue les divisions entre les hommes d'un\nmême peuple. Il serait si simple d'adopter une date qui n'est l'anniversaire\nde rien du tout, c'est-à-dire d'un bon jour de calme, quitte à laisser d'in­\ncorrigibles patriotes rechercher minutieusement si ce n'est pas ce jour-là\njustement que Robespierre a pris médecine ou que Napoléon I er a acheté\nune tabatière neuve. Mais la politique est pleine de ces sottises énormes,\nde ces inconséquences : les Belges se séparent de la Hollande, créent une\ndivision et prennent pour devise « l'union fait la force »... comprenez-\nvous? A propos de ces polémiques féroces ou flagornantes, dans une jolie\nchronique M me de Girardin assure que, d'après le National, le maréchal\n Soult avait gagné la bataille de Toulouse — quand il était au pouvoir, et\n qu'il l'avait perdue — quand il n'était plus ministre.\n\n     (A suivre),                                       JAMES VAN DRUNEN.\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-06-05-n6-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 345, "page_fin": 348, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "M Servais comme tel", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 376, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 1568, "fin_caractere_exclue": 1767, "texte": "MEMENTO\n     VICTOR HUGO est mort à Paris, le vendredi 22 Mai 1885,\n   à une heure vingt-sept de l'après midi.\n\n                                              des Lettres et des Beaux-Arts de Bel­\n   "}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 1767, "fin_caractere_exclue": 1806, "texte": "C'est à Leconte de Lisle que l'Académie"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 1817, "fin_caractere_exclue": 1859, "texte": "française donnera le siège de Victor Hugo,"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 1860, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "qui fut celui de Pierre Corneille."}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 2126, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "Curieuse! la deuxième partie des Etudes"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 2210, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "passionnelles de décadence, de Joséphin"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 2272, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "Péladan, paraîtra prochainement en feuil­"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 2362, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "leton dans l'Echo de Paris."}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 2584, "texte": "M. 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Sauf cette petite tache, nous ne"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 387, "fin_caractere_exclue": 426, "texte": "connaissons pas d'artiste capable de le"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 477, "fin_caractere_exclue": 517, "texte": "remplacer dans l'interprétation de cette"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 568, "fin_caractere_exclue": 576, "texte": "musique."}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 671, "fin_caractere_exclue": 713, "texte": "Quant à l'orchestre, pour qu'il se résigne"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 764, "fin_caractere_exclue": 808, "texte": "à subir toute la cuisine de sa symphonie, il"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 859, "fin_caractere_exclue": 898, "texte": "est parfait; pour nous, il demeure très"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 949, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "imparfait; il faudra qu'il s'immatérialise"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 1042, "fin_caractere_exclue": 1051, "texte": "beaucoup."}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 1105, "fin_caractere_exclue": 1142, "texte": "Qu'on resonge au Prélude de Parsifal."}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 1196, "fin_caractere_exclue": 1238, "texte": "Ces notes ne sont que pour fixer les dates"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 1289, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "et marquer une étape."}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 1364, "fin_caractere_exclue": 1405, "texte": "Maintenant les interprètes, détournés des"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 1456, "fin_caractere_exclue": 1496, "texte": "questions mesquines de propagande et des"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 1591, "fin_caractere_exclue": 1631, "texte": "polémiques de doctrines, vont pouvoir se"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 1682, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "vouer tout à fait à l'œuvre."}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 1846, "fin_caractere_exclue": 1884, "texte": "Fernand Leborne, un des nôtres en tant"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 1975, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "que jeune, en tant que Belge, vient de faire"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 2113, "fin_caractere_exclue": 2154, "texte": "exécuter une œuvre qui, par le style, est"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 2248, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "plus qu'une œuvrette, et dont Paul Berlier"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 2382, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "lui a joliment découpé le poème dans la"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 2512, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "pastorale de Longus : Daphnis et Chloê."}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 2641, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "Nous y retrouvons les éléments de ses"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 2728, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "mélodies : des réminiscences et des inéga­"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 2820, "fin_caractere_exclue": 2864, "texte": "lités. Les réminiscences, on les secoue; les"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 2914, "fin_caractere_exclue": 2957, "texte": "inégalités sont une promesse; car un talent"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 3007, "fin_caractere_exclue": 3038, "texte": "égalisé c'est un talent nivelé."}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 3131, "fin_caractere_exclue": 3169, "texte": "La patte de Leborne est une poigne; sa"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 3219, "fin_caractere_exclue": 3258, "texte": "plastique symphonique toute bossuée est"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 3347, "fin_caractere_exclue": 3390, "texte": "dure de rocailles, mais il les anime de son"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 3482, "fin_caractere_exclue": 3522, "texte": "souffle et ce souffle est déjà puissant."}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 3641, "fin_caractere_exclue": 3644, "texte": "***"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 3697, "fin_caractere_exclue": 3736, "texte": "L'équation du Beau, conférence faite au"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 3786, "fin_caractere_exclue": 3825, "texte": "Cercle polytechnique de l'Université de"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 3875, "fin_caractere_exclue": 3916, "texte": "Bruxelles par Hilaire Giurescu.— Union de"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 3966, "fin_caractere_exclue": 4006, "texte": "l'esthétique et des mathématiques. L'au­"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 4056, "fin_caractere_exclue": 4097, "texte": "teur est un savant et son espèce de plai­"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 4147, "fin_caractere_exclue": 4194, "texte": "doyer est très habile, sinon très juste. Mettre"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 4244, "fin_caractere_exclue": 4283, "texte": "le Beau en formules, c'est un peu comme"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 4333, "fin_caractere_exclue": 4377, "texte": "mettre (oui, commettre) le soleil en boîtes."}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 4427, "fin_caractere_exclue": 4468, "texte": "La brochure n'en est pas moins d'un grand"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 4518, "fin_caractere_exclue": 4561, "texte": "intérêt et nous en félicitons M. Giures...."}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 4611, "fin_caractere_exclue": 4630, "texte": "Comment dites-vous?"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 4759, "fin_caractere_exclue": 4801, "texte": "La circulaire suivante vient d'être adres-"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 91, "texte": "sée aux artistes : Salon libre de l'Ecole"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 143, "fin_caractere_exclue": 152, "texte": "flamande."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 299, "fin_caractere_exclue": 325, "texte": "MONSIEUR ET CHER CONFRÈRE,"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 389, "fin_caractere_exclue": 425, "texte": "Vous savez probablement déjà, par la"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 466, "fin_caractere_exclue": 503, "texte": "voie de la Presse, unanimement sympa­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 558, "fin_caractere_exclue": 599, "texte": "thique à notre entreprise, que nous orga­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 636, "fin_caractere_exclue": 679, "texte": "nisons, à Anvers, un Salon libre de l'Ecole"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 726, "fin_caractere_exclue": 765, "texte": "flamande, dans les Galeries Ncurenberg,"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 822, "fin_caractere_exclue": 866, "texte": "situées en face du Salon officiel des Beaux-"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 915, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "Arts."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 972, "fin_caractere_exclue": 1013, "texte": "Cette exhibition, essentiellement privée,"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1061, "fin_caractere_exclue": 1105, "texte": "ne peut, sous aucun rapport, avoir le carac­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1152, "fin_caractere_exclue": 1190, "texte": "tère d'une concurrence et encore moins"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1245, "fin_caractere_exclue": 1274, "texte": "celui d'un Salon des Refusés."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1324, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "Aussi nous sommes nous vus forcés de"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1410, "fin_caractere_exclue": 1446, "texte": "limiter le nombre de nos admissions."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1598, "fin_caractere_exclue": 1630, "texte": "En séance de nos Comités réunis,"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1698, "fin_caractere_exclue": 1737, "texte": "Monsieur, nous avons décidé de vous en­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1739, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "voyer une invitation spéciale, limitée, tou­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1832, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "tefois en ce sens :"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2009, "fin_caractere_exclue": 2049, "texte": "Il importe que le Salon libre de l'Ecole"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2051, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "flamande réponde absolument à son but."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2144, "fin_caractere_exclue": 2189, "texte": "Pour ce, il nous faut faire abstraction d'in­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2234, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "térêts secondaires et ne considérer que les"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2322, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "intérêts de l'Ecole tout entière."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2443, "fin_caractere_exclue": 2482, "texte": "Des Comités ont été constitués dans les"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2484, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "trois grands centres artistiques belges,"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2570, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "Anvers, Bruxelles et Gand. Nous y avons"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2658, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "adjoint un délégué pour les provinces wal­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2749, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "lonnes, M. Legendre, directeur de l'Acadé­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2837, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "mie des Beaux-Arts de Tournai."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2925, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "Inutile, Monsieur, de vous dire qu'aucun"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3010, "fin_caractere_exclue": 3052, "texte": "esprit de parti ou de groupe n'a présidé à"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3102, "fin_caractere_exclue": 3140, "texte": "notre entreprise. La seule mention des"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3187, "fin_caractere_exclue": 3224, "texte": "membres de nos Commissions, vous don­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3275, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "nera toutes garanties à cet égard. Vous la"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3336, "fin_caractere_exclue": 3381, "texte": "trouverez ci-jointe avec les conditions d'ad­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3423, "fin_caractere_exclue": 3453, "texte": "mission et de responsabilités."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3519, "fin_caractere_exclue": 3558, "texte": "La place dont nous disposons, Monsieur,"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3601, "fin_caractere_exclue": 3643, "texte": "étant limitée, un choix rigoureux d'œuvres"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3689, "fin_caractere_exclue": 3698, "texte": "s'impose."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3780, "fin_caractere_exclue": 3820, "texte": "Vous êtes trop artiste, pour ne pas com­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3846, "fin_caractere_exclue": 3887, "texte": "prendre la nécessité d'un groupement trié"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3937, "fin_caractere_exclue": 3950, "texte": "sur le volet."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 4030, "fin_caractere_exclue": 4067, "texte": "Nous ne disposons ni d'un local ni de"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 4114, "fin_caractere_exclue": 4154, "texte": "capitaux immenses. Nous agissons par nos"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 4199, "fin_caractere_exclue": 4240, "texte": "propres forces. Tâchons donc de n'arriver"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 4289, "fin_caractere_exclue": 4327, "texte": "au combat qu'avec des armes bien trem­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 4379, "fin_caractere_exclue": 4384, "texte": "pées."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 142, "texte": "Que chaque artiste invité, fasse d'abord"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 192, "fin_caractere_exclue": 233, "texte": "un choix parmi ses meilleures œuvres dis­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 283, "fin_caractere_exclue": 292, "texte": "ponibles."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 345, "fin_caractere_exclue": 384, "texte": "Qu'il se résigne, après, au jugement de"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 434, "fin_caractere_exclue": 464, "texte": "ses camarades et de ses pairs."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 517, "fin_caractere_exclue": 556, "texte": "C'est cette dernière mission qui incom­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 606, "fin_caractere_exclue": 634, "texte": "bera aux différents Comités."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 687, "fin_caractere_exclue": 725, "texte": "Un avis ultérieur vous indiquera, Mon­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 775, "fin_caractere_exclue": 820, "texte": "sieur et cher Confrère, le local où, dans les"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 870, "fin_caractere_exclue": 913, "texte": "différentes villes, se fera un premier exa­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 963, "fin_caractere_exclue": 967, "texte": "men."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1020, "fin_caractere_exclue": 1059, "texte": "Les invités sont priés d'envoyer, avant"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1109, "fin_caractere_exclue": 1150, "texte": "le 25 courant, leur adhésion éventuelle à"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1200, "fin_caractere_exclue": 1243, "texte": "l'adresse de M. J. Van Genegen, secrétaire,"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1293, "fin_caractere_exclue": 1319, "texte": "rue de Moey, 42, à Anvers."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1372, "fin_caractere_exclue": 1408, "texte": "Les oeuvres devront, en tout état de"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1458, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": "cause, être rendues à Anvers pour le 5 juin."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1552, "fin_caractere_exclue": 1593, "texte": "l'Exposition s'ouvrant irrévocablement le"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1680, "fin_caractere_exclue": 1696, "texte": "15 du même mois."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1790, "fin_caractere_exclue": 1830, "texte": "Certain que notre appel rencontrera chez"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1880, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "vous un accueil empressé, nous vous pré­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 1970, "fin_caractere_exclue": 2004, "texte": "sentons nos salutations cordiales."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2124, "fin_caractere_exclue": 2142, "texte": "Les   Secrétaires,"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2216, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "E   VAN GENEGEN,"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2306, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "GUSTAVE LAGYE."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2412, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "Membres de la Commission :"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2535, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "Pour Anvers : MM. Isidore Meyers,"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2618, "fin_caractere_exclue": 2656, "texte": "Frans Vinck, M. Hagemans, Florent Cra­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2706, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "beels, A. Delfosse et E. Van Genegen, ar­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2797, "fin_caractere_exclue": 2835, "texte": "tistes-peintres ; MM. Georges Geefs et"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2885, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "E. De Pleyn, statuaires; MM. Eugène"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 2970, "fin_caractere_exclue": 3008, "texte": "Gressin-Dumoulin, rédacteur en chef de"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3058, "fin_caractere_exclue": 3100, "texte": "l'Opinion; Paul Billiet, rédacteur en chef"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3150, "fin_caractere_exclue": 3185, "texte": "du Koophandet; MM. E. Kums, A. Pas­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3235, "fin_caractere_exclue": 3273, "texte": "senbronder et J. Deru, membres protec­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3323, "fin_caractere_exclue": 3334, "texte": "teurs, etc."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3387, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "Pour Bruxelles : MM. E. Meunier et"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3471, "fin_caractere_exclue": 3514, "texte": "L. Herbo, artistes-peintres; M. Julien Dil­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3564, "fin_caractere_exclue": 3599, "texte": "lens, statuaire ; MM. Lucien Solvay"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3649, "fin_caractere_exclue": 3687, "texte": "(Galette), Th. Hannon (Chronique), Max"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3737, "fin_caractere_exclue": 3775, "texte": "Waller (Réforme), Gustave Lagye (Fédé-"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3825, "fin_caractere_exclue": 3844, "texte": "ration artistique)."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3897, "fin_caractere_exclue": 3935, "texte": "Pour les Flandres : MM. J. Rosseels et"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 3985, "fin_caractere_exclue": 4025, "texte": "G. Den Duyts, artistes-peintres; M. Her­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 4075, "fin_caractere_exclue": 4112, "texte": "mann Van Duyse, conservateur du Musée"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 4162, "fin_caractere_exclue": 4197, "texte": "des antiquités de la ville de Gand."}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 4250, "fin_caractere_exclue": 4287, "texte": "Pour les provinces wallonnes : M. Le­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 4337, "fin_caractere_exclue": 4377, "texte": "gendre, directeur de l'Académie de Tour­"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 4427, "fin_caractere_exclue": 4431, "texte": "nai."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "(Ces différentes commissions pourront"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 180, "texte": "s'adjoindre, à volonté, de nouveaux élé­"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 230, "fin_caractere_exclue": 269, "texte": "ments, tant comme membres artistes, que"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 315, "fin_caractere_exclue": 349, "texte": "comme hommes de lettres et membres"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 404, "fin_caractere_exclue": 417, "texte": "protecteurs.)"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 502, "fin_caractere_exclue": 543, "texte": "Inutile de dire que nous souhaitons plein"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 587, "fin_caractere_exclue": 609, "texte": "succès à l'entreprise."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 792, "fin_caractere_exclue": 795, "texte": "***"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 865, "fin_caractere_exclue": 904, "texte": "Pic et vallées, par Raoul Lafagette. Un"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 953, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "volume, Lemerre. Prix : 3 francs — Poésies"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1043, "fin_caractere_exclue": 1085, "texte": "correctes, sans couleur, telles quelles. A"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1109, "fin_caractere_exclue": 1151, "texte": "lire en douche, et en faire cadeau au bai­"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1152, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "gneur."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1250, "fin_caractere_exclue": 1253, "texte": "***"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1324, "fin_caractere_exclue": 1359, "texte": "Au pays borain, par Henri Raveline."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1411, "fin_caractere_exclue": 1448, "texte": "Un volume, Byr et Loret, Mons. Prix :"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1469, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "fr. 0-60. — Intéressante étude des moeurs"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1549, "fin_caractere_exclue": 1560, "texte": "houillères."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1732, "fin_caractere_exclue": 1735, "texte": "***"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1799, "fin_caractere_exclue": 1839, "texte": "Quelques pages des      Maîtres-Conteurs"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1879, "fin_caractere_exclue": 1918, "texte": "allemands, traduction de G. Chantraine."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2046, "fin_caractere_exclue": 2092, "texte": "Verviers, Bibliothèque Gilon. Prix : fr. 0-60."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2126, "fin_caractere_exclue": 2167, "texte": "— Excellent recueil de contes d'Auerbach,"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2204, "fin_caractere_exclue": 2244, "texte": "Theodor Storm, Julius Rodenberg et Klaus"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2298, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "Groth, un des meilleurs volumes de la triste"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2389, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "collection jaune."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2502, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "***"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2578, "fin_caractere_exclue": 2614, "texte": "Misère et Luxure, par Henry de Clas­"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2667, "fin_caractere_exclue": 2703, "texte": "sant. Un volume. Bruxelles, Moens. —"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2759, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "Vers de débutant qui s'en fait accroire."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2849, "fin_caractere_exclue": 2890, "texte": "M. de Classant parle de la vie comme d'un"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2942, "fin_caractere_exclue": 2983, "texte": "lupanar et des femmes comme d'une collec­"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2998, "fin_caractere_exclue": 3041, "texte": "tion de catins. Sociolâtrerie rimée, — bien"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 3042, "fin_caractere_exclue": 3082, "texte": "rimée d'ailleurs. Le poète peut sereine­"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 3175, "fin_caractere_exclue": 3217, "texte": "ment oublier ses malédictions et mettre un"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 3305, "fin_caractere_exclue": 3342, "texte": "calmant à sa plume. Les blasphèmes ne"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 3433, "fin_caractere_exclue": 3474, "texte": "prennent plus, et le monsieur qui anathé­"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 3562, "fin_caractere_exclue": 3606, "texte": "matise ses contemporains, a l'air bête. Avis"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 3697, "fin_caractere_exclue": 3742, "texte": "à l'intéressé, qui n'est pas le premier venu."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 3835, "fin_caractere_exclue": 3848, "texte": "Il s'en faut."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 3961, "fin_caractere_exclue": 3964, "texte": "***"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 4035, "fin_caractere_exclue": 4075, "texte": "Vient de paraître, chez Léon Vanier, Les"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 4123, "fin_caractere_exclue": 4163, "texte": "Voluptueuses de M Martial Teneo, admira­"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 4213, "fin_caractere_exclue": 4252, "texte": "blement imprimé par notre maison Calle­"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 4309, "fin_caractere_exclue": 4347, "texte": "waert. Des vers et des vers encore. Le"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 4399, "fin_caractere_exclue": 4440, "texte": "poète est jeune à la pensée et au rythme."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "Son inspiration ne quitte pas les routes"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 229, "texte": "connues et sa facture n'a pas la netteté"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 279, "fin_caractere_exclue": 314, "texte": "banvillesque Tel quel, le volume de"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 364, "fin_caractere_exclue": 403, "texte": "M. Teneo mérite certes d'être lu, néan­"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 453, "fin_caractere_exclue": 498, "texte": "moins. Il témoigne d'un tel effort littéraire"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 548, "fin_caractere_exclue": 586, "texte": "et nous devons encourager hautement le"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 636, "fin_caractere_exclue": 679, "texte": "jeune écrivain qui, pour sa première œuvre,"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 729, "fin_caractere_exclue": 770, "texte": "arrive à ce résultat. Lorsque M. Teneo se"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 820, "fin_caractere_exclue": 861, "texte": "sera dégagé des influences étrangères, et"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 911, "fin_caractere_exclue": 952, "texte": "aura trouvé sa note propre, il sera, nous"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1002, "fin_caractere_exclue": 1042, "texte": "n'en doutons pas, un des bons soldats de"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1092, "fin_caractere_exclue": 1108, "texte": "l'armée moderne."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1226, "fin_caractere_exclue": 1228, "texte": "**"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1281, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "En guitarisant, M. Georges Alleweireldt"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1370, "fin_caractere_exclue": 1410, "texte": "a réuni un volume de guitares. Cy l'Oda-"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1460, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "lisque :"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1525, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "Je suis une odalisque ;"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1605, "fin_caractere_exclue": 1626, "texte": "Un sultan chaque soir"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1683, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "Devant un obélisque (!!!!!)"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1767, "fin_caractere_exclue": 1795, "texte": "Près de moi vient s'asseoir."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1852, "fin_caractere_exclue": 1878, "texte": "Dans son humeur fantasque,"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 1935, "fin_caractere_exclue": 1958, "texte": "Un grand eunuque blanc,"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2015, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "En me donnant ma basque (!!!!}"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2102, "fin_caractere_exclue": 2125, "texte": "Me jette un regard lent"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2182, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "Et soulève mon masque"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2260, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "Pour rire, en s'en allant, etc., etc."}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2350, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "M. Alleweireldt a voulu rire, avec son"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2438, "fin_caractere_exclue": 2480, "texte": "obélisque inopiné. Ses vers ne sortent pas"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2530, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "de la médiocrité; il a beaucoup à faire pour"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2624, "fin_caractere_exclue": 2666, "texte": "devenir maître. Il n'est encore que centi­"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 2716, "fin_caractere_exclue": 2758, "texte": "mètre. 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Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant pour la Bel­\n gique : MAX W A L L E R .\n\n\n            POUR PARAITRE PROCHAINEMENT :\n\n\n                             NOTES\n                                 SUR LA\n\n\n\n\nLITTÉRATURE MODERNE\n                                     PAR\n\n\n                 F R A N C I S              N A U T E T\n                          Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n\n\n                  VIENT         DE         PARAITRE\n       chez FRINZINE et KLEIN, 1, rue Bonaparte, à Paris.\n\n\n                      X I X e        S I E C L E\n\n\n\n\n                 LES ŒUVRES\n                                     ET\n\n\n\n   L E S HOMMES\n                                  PAR\n\n                  JULES BARBEY D'AUREVILLY\n\n\n\n             LES JUGES JUGÉS\n\n  UN     B E A U      V O L . IN-8°. P R I X :          FR.    7-50\n"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": " L A         REFORME,          organe quotidien de la démocratie libérale.\n   Re'daction et administration : 18, rue des Sables, à Bruxelles. Seul\n  journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n  province que pour la capitale, soit 1 2 francs par an.\n\n\n GIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n   cines, 16, à Paris; publie le BEL-AMI, par Guy DE MAUPASSANT.\n   Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs, en vente\n   partout.-\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN. Pré­\n   face de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (4e édition).\n   Un volume, Paris, librairie des auteurs modernes, fr. 3 - 5 0 .\n\n\nLUTECE, journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo T R E -\n   ZENIK, secrétaire de la rédaction : Georges RALL. Bureaux : boulevard\n   Saint-Germain, 16, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n   la Belgique : le port en sus.\n\n\n            H U M A N I T É S                                            C O M P L È T E S\n                                  A DOMICILE (EN T R O I S ANNÉES)\n\n\n\n                    PREPARATION AUX EXAMENS\n                                                                DE\n\n\nP H I L O S O P H I E ET LETTRES\n                                  Cours et répétitions particulières de\n\n       LATIN, PHILOSOPHIE, LITTÉRATURE, ANGLAIS & ITALIEN\n\n                    NOMBREUX SUCCES OBTENUS AUX EXAMENS\n(Sur 2 5 récipiendaires présentés aux examens en 1883 et 1884, 2 2 ont parfaitement\n                             réussi, dont 7 avec grades)\n\n\n\n             Examen de secrétaire de légation\n                         Cours et leçons particulières d'anglais et d'italien\nCONVERSATION, GRAMMAIRE, TRADUCTION, RÉDACTION, LITTÉRATURE\n\n\n                        S'ADRESSERA.M. BENHAM, PROFESSEUR, 8, RUE DU PARCHEMIN\n\n\n      B r u x e l l e s . — I m p r i m e r i e F É L I X C A L L E W A E R T p è r e , 26, r u e d e l ' I n d u s t r i e .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 338, "texte": "                    TOME IV, N° 6          P R I X : 60 CENT.\n\n\n\n\n                                    LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                           SOMMAIRE:\nVictor H u g o . . . . . . . . . . .                     MAX WALLER.\nA Victor H u g o                                         ALBERT GIRAUD.\nL'Adoration littéraire . .     . . . . . .               EMILE VERHAEREN.\nA Victor Hugo\nA M. Victor Hugo . ANDRE VAN HASSELT\nLa Mort de l'Art .                                       JULES DESTRÉE.\nMysticisme . .                            . .            GEORGES KHNOPFF.\nEmile Mathieu . . . . . . . .       . . . .              HENRY MAUBEL.\nPaïen . . . . ,'. . . . . . . . . . .                    GUSTAVE RAPIÈRE.\nChronique littéraire . . . . . . . . . .    .            JOSEPH IN PÉLADAN.\nChronique artistique : Anvers . .        . .             EMILE VERHAEREN.\nFlemm-Oso (suite).                  . . . .              JAMES.VAN DRUNEN.\nMemento.\n\n\n\n\n                             BRUXELLES\n        ADMINISTRATION :                               REDACTION :\n     26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                    80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                    1885\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                         REVUE MENSUELLE DE LITTERATURE ET D'ART\nparaissant   le 1er de chaque mois en livraisons de 40 pages au moins et formant           au bout\n                        de l'année un superbe volume de 600 pages.\n\n                                   ABONNEMENTS :\n               Belgique : Un an, 5 francs. — E t r a n g e r : Un an, 7 francs.\n                           BUREAUX A BRUXELLES :\n        Administration     : 26, rue de l'Industrie. — Rédaction      : 80, rue Bosquet.\n\n   Nous publierons dans notre prochain numéro la traduction inédite, par\nGeorges Eekhoud, de deux Contes d'EDGAR POÉ qui n'ont jamais été\ntraduits en français.\n\n                                        A V I S\n  Nous avertissons nos amis et collaborateurs que la copie de La Jeune\nBelgique doit nous être adressée au plus tard le 22 du mois. A partir de\ncette date, elle ne passera, plus et sera remise au numéro suivant. Nous\nsommes obligés de prendre cette mesure afin d'éviter des retards à l'avenir.\n\n                               BOITE AUX L E T T R E S\n  37. NOËL DE BRIGNOUL. Drôle de nom ! Cy deux strophes de votre pièce : Près d'une\ntombe :\n                         «Elle est ici... modeste mausolée\n                         Si tu pouvais la rendre à mon amour,\n                         Si tu pouvais, ô lyre désolée.\n                         Par tes accents la rappeler au jour.\n                         Elle est ici... bien près, sous cette pierre,\n                     .   Où bien souvent je me suis agenouillé,\n                         Où bien souvent j'attache une paupière,\n                         Que maintenant mes pleurs viennent mouiller. »\n Pauvre jeune homme! c'est très mauvais pour les yeux de s'attacher les paupières aux\nmausolées. Ménagez-vous.\n Réformer ensuite la versification française et créer ce nouveau mètre :\n                         Où bien souvent je me suis agenouillé.\n   Onze pieds ! vous vous prenez pour la maman de Charlemagne qui n'en avait que deux\n— mais deux qui en valaient bien dix, si l'on en croit l'histoire.\n  Il est vrai que l'on n'en croit pas l'histoire.\n   Bonjour, monsieur Noël.\n   38. GONTRAN DE CR. J'ai connu un jeune homme très bête qui n'écrivait pas. Vous\nécrivez. Je préfère mon jeune homme.\n  39. PAUL G. Votre méditation a le tort de ne pas être de Lamartine. Salut;.\n  40. ALBERT DE Z. Un des sonnets est bon. Passera sûrement. Merci.\n  41. JULES AR. VOUS êtes blessé de ce que j'aie demandé une douche pour vous. Mille\nexcuses, ne vous fâchez pas, une autre fois nous en demanderons deux.\n  42. REVUE CONTEMPORAINE, le n° 30 centimes. 12, rue des Paroissiens. Nous recom­\nmandons à nos lecteurs l'article d'un M. Jules Darvil, intitulé : Ohé la Jeune Belgique !\nTrès drôle.\n  43. E. J. N. Quel étalon vous faites, confrère! Votre virilité vous pousse à des intem­\npéries de langage vraiment incroyables. Puis, vous vous contredisez. Les vierges\n« marchent les seins debout » (très bizarre), et plus loin vous voudriez « écraser leurs\nseins mous ». Vous prenez sans doute vos vierges chez Perry. Elles sont en caoutchouc.\nTelles quelles, je les mets au panier, si vous voulez bien.\n  44. CLAROLD. Liège. Merci pour votre bon dévouement. Vous êtes de nos amis et nous\nne l'oublions pas. Votre envoi n'a pas encore la yigueur qu'il faut. C'est « flou ».\n  45. FERNAND S. ZUEN. Il y a progrès. Dans les bruyères, a de très bons vers. Bloquez\nencore. A vous.\n  46. ALBERT T N . DE G. — Béranger que tu es !\n  47. CH. BUET. Paris. Reçu La Minerve, merci. Envoyez, s. v. p., un autre fragment\nque l'étude sur J. Barbey d'A., dont Péladan est le hérault. A vous cordialement.\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                 VICTOR HUGO\n                                 I\n\n\n   Notre père est mort, il est parti ; son âme, en ce moment, se\nmêle à l'Ame suprême, dans la ronde lumineuse des astres.\n   Il a fermé les paupières, prononcé quelques paroles d'amour,\npuis le phare de ses yeux s'est éteint, et la famille littéraire a\npleuré.\n   Nous ne voulons pas faire ici la biographie de Victor\nHugo. Le reportage s'est emparé des moindres minutes de sa\nvie, et depuis dix jours, c'est à qui gagnera la course du fait-\ndivers. Déjà l'on discute et l'on clabaude, tandis que l'ombre\ndu Maître est encore debout, sous l'Arc de Triomphe. Les\npartis se battent pour mettre la main sur sa pensée, alors que\n Victor Hugo fut de tous les partis; il leur fit cet honneur.\n   Il faudra des mois et des années pour juger l'œuvre de\n Victor Hugo ; il est trop grand pour qu'on le mesure aujour-\nd'hui; l'éloignement nous manque.\n   Quatre grandes phases littéraires appartiennent           désor-\n mais à l'Histoire : La Renaissance avec Rabelais, le siècle de\nLouis XIV avec Corneille, le dix-huitième avec Voltaire, le\n nôtre avec Victor Hugo.\n   De la préface de Cromwell et de la bataille d'Hernani, date\n la liberté du Verbe. La toge romaine disparaît dans les apo-\nthéoses de l'Art nouveau; la langue secoue ses chaînes, le\n Romantisme est né.\n    Chateaubriand abdique en faveur du poète qui vient. Vic-\ntor Hugo prend le drapeau et appelle les armées. Le Cénacle\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "se réunit, de grands hommes y font la garde, mais tous recon-\nnaissent le Maître, le Seul.\n   Qu'il repose. Il aimait les fleurs, et les fleurs couvrent son\ncercueil; il aimait les hommes et les hommes le pleurent.\n   Il a eu les obsèques d'un souverain ; le dernier grand qui,\navant lui, passa sous l'Arc de Triomphe fut le roi de Prusse;\n Victor Hugo y est resté trois jours et sa présence a purifié la\nplace.\n   Maintenant le bruit des musiques funèbres s'est éteint; le\npoète est endormi; son rêve le berce, il a chanté les étoiles, il\nest près d'elles.\n   Son dernier mot est sublime comme sa vie: « Je refuse l'orai-\nson de toutes les Eglises : je demande une prière à toutes les\nâmes, je crois en Dieu. »\n\n\n\n                                II\n\n   Hier, pour la première fois depuis le froid hiver, j'ai ouvert,\nsans frissonner, ma fenêtre et me suis accoudé à mon balcon.\nJ'ai salué la nuit caressante, et le frisson des arbres m'a\nrépondu. Il y avait dans le silence des sérénités inconnues et\ndes douceurs exquises.\n   Longuement je suis resté dans la contemplation ; le ciel repo-\nsait dans sa tranquillité bleue. La lune était blanche comme un\nvisage de phtisique, et des souffles sans force balançaient, dans\nles jardins, les branches.\n   Ce premier moment d'été, nous ne le chanterons jamais assez.\nLes poètes l'ont glorifié dans leurs vers, et cependant on la\nrechante avec joie, cette fête du front que caressent les brises\net cette joie du regard qu'apaise l'infini nocturne!\n   On ne l'a pas dit encore. Le jour où notre grand Homère\nmourait, la nature s'est révoltée. Un ouragan passa sur la\ncontrée et des rameaux se détachèrent des troncs, et des\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": " arbres séculaires se rompirent avec un bruit plus humain que\n des sanglots. A une heure, au moment où Victor Hugo mou-\n rait, où la nouvelle sinistre courait d'un bout à l'autre de la\n terre, le vent déchaîné semblait la répandre aussi, dans le\nfracas et l'épouvante.\n   Aujourd'hui, le Maître repose, et le printemps rayonne. La\ngloire de la Lumière correspond à celle de la Mort, et les\ndeux resplendissements rivalisent à la même heure.\n   Devant la nuit qui s'épand, pareille au linceul étoilé du\ngrand poète, nous nous laissons aller à ce charme — romance\nsi l'on veut! — des choses qui dorment, qui rêvent et qui\npleurent, et nous songeons avec une tristesse méditative à ces\nvers douloureux d'un jeune poète :\n\n     « O nuit! ô douce nuit d'été, qui parles bas.\n     Tes pas se font légers et ta voix endormante\n     Pour que les pauvres morts ne se réveillent pas\n     Eux qui ne peuvent plus aimer, ô nuit aimante ! »\n\n  29 mai 1885.\n                                                       MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n   La Jeune Belgique n'a pas été représentée en corps aux obsèques de\nVictor Hugo. Plusieurs des nôtres s'y sont rendus, isolément, sans mission.\nNous n'avons pas voulu perdre notre modeste couronne dans les montagnes\nde fleurs qu'on dépose sur la tombe du grand mort.\n   Des bouts de drapeau sortaient de ces monceaux parfumés : drapeau tri­\ncolore, drapeau bleu, drapeau rouge. Notre obole fleurie est liée par un\nruban couleur de soleil et d'espérance, et nous attendons, pour la mettre sur\nle sépulcre de notre Sauveur littéraire, que l'encens ait dissipé les miasmes\npolitiques dont on a empesté ses obsèques.\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                    — 312 —\n\n\n\n\n        A VICTOR HUGO\n                         I\nO vieux Maître expiré dans la raideur farouche\nD'un glaive éblouissant qui survit aux combats !\nNous nous interdisons de venir sur ta couche\nVerser la lâcheté des larmes d'ici-bas!\n\nNous saluons ton deuil avec des chants de fête ;\nNous suivons ton convoi d'un cœur stoïque et fort :\nPour celui qui s'endort dans ta pourpre, ô poète !\nL'heure de la naissance est celle de la mort !\n\nSous un nouveau soleil ton espoir vient d'éclore ;\nTon sépulcre est pour nous un berceau triomphant :\nCar tu t'es envolé vers la suprême aurore,\nSolennel comme un Dieu, simple comme un enfant !\n\n\n                        II\n\nMeurs! Tu nais dans la chair des éphèbes de France,\nQui, le cœur embrasé d'une immense espérance,\nTous, les fils du sang rouge et les fils du sang bleu,\nSous le drapeau des lys ou l'étendard de feu.\nT'auront dans leur poitrine à cette heure enflammée\nOù doit jaillir du sol une autre Grande-Armée !\nTu combattras en eux, invisible et vivant !\nTu seras la splendeur des sabres dans le vent,\nLa fierté des clairons qui chantent dans l'histoire,\nEt les soleils couchants qui, les soirs de victoire,\nFont rêver les soudards à l'esprit des aïeux !\nEt lorsque dans Paris, mutilés, glorieux,\nEt traînant derrière eux la honte des barbares,\nLes soldats rentreront aux appels des fanfares,\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                                 — 313 —\n\n         Ils te verront soudain, tous ces hommes nouveaux,\n         Leur apparaître en songe au fond de leurs cerveaux,\n         Pâle, et tel que font vu les aïeules éteintes!\n         Alors sur l'horizon, rouges, de lauriers ceintes,\n         Soufflant à pleins poumons dans leurs trompes d'airain\n         Et barrant le ciel roux d'un geste souverain,\n         Dans un ouragan d'or où luira par rafales\n         L'éclair lancéolé des aigles triomphales,\n         Dans le tragique essor de leurs grands palefrois,\n         Filles des peuples morts, filles des anciens rois,\n         Laissant leurs crins sanglants flotter sur leurs épaules,\n         Se cabreront vers toi les batailles des Gaules!\n\n                                                  ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n       L'ADORATION LITTÉRAIRE\n                    A Georges Rodenbach\n             C'est notre Dieu qui meurt et qu'on emporte, mon cher ami,\n              dans la pourpre de ses grands vers et tout ce que nous dirons\n              de la mort ne sera jamais aussi liturgique ni aussi grandiose\n              que ce qu'il en a dit lui-même. Taisons-nous et ne faisons\npas de bruit banal autour de ce départ. Acceptons le comme s'il l'avait\nvoulu et ordonné lui même, et continuons en nous le culte que depuis\nlongtemps nous lui rendions. Car c'était bien un culte, n'est-ce-pas? C'était\nvaguement ceci : Au fond d'un entrecroisement de lumières jaillies de sa\npoésie, sous une clarté épique, faite de luisances d'armures et de glaives\ndardés, une tête apparaissait, une tête, où tenait le monde. Elle était\nénorme, parce qu'elle masquait le plus large cerveau qui fut; elle était\ndouce, parce qu'elle avait souffert. La Légende, qui est la seule histoire des\npoètes, nous rapportait que notre Dieu était venu prêcher jadis une doc­\ntrine nouvelle, une doctrine qui répandait le beau autour d'elle, comme\nune torche la clarté. Elle nous disait encore qu'il avait lutté longtemps,\nque des Pharisiens l'avaient accusé faussement, qu'un empereur l'avait\nchassé de son empire et qu'il s'était envolé dans la grande tristesse de la\nmer, au loin. Que là, comme les prophètes dans le désert, qui devenaient\nfauves et farouches, à vivre en face de l'infini, et qui surgissaient parfois\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "                                  — 314- —\n\nenvironnés de foudres, lui s'était montré, armé d'un livre plus éternel\nque la plus indestructible épée. Qu'il avait vécu, là-bas, vingt ans, loin du\n monde, solitaire.\n   Après, que nous importait, qu'à Paris, avenue d'Eylau, habitât un homme\n dont, chaque année, on célébrait l'anniversaire, avec des fleurs et des paroles\ngrandiloques, et que la foule, qui va où va le bruit, l'acclamât comme\nson roi.\n   Nous n'aimions pas ces cris et ces fanfares et ces saluades au balcon et\nces sourires et ces poignées de main et ces tintamarres de peuple laché\nautour d'une célébrité de journal. Ce n'était pas, le Hugo serein, pareil aux\n Dieux, grandiosement tranquille que nous rêvions. Aussi, bien vite, nous\nretirions nous dans la silencieuse religion de l'âme et, pour louer le poète,\nregardions nous en nous-mêmes.\n   Là son culte n'a jamais changé. Pour les autres, il n'était qu'un écrivain,\nle plus grand du siècle, qu'un humanitaire, le plus large, qu'un révolu­\ntionnaire, le plus respectable; pour nous il était Dieu ; il le sera toujours.\n   Et nous songions aux apothéoses romaines, aux grandes figures histo­\nriques que la mort élévait aux cieux et classait à leur vraie place, comme\ndes forces de la nature, à côté des Jupiter, des Apollon, des Minerve, ces\nautres puissances terrestres devenues divines.\n   Hugo est le plus récent des Dieux, il continue son éternité, et désormais\nles soleils publieront sa gloire, et les aubes et les midis et les crépuscules.\n   Au surplus, que sont les Dieux sinon des êtres comme lui. Un homme\ncolossal paraît, étonne la terre, s'efface en grandissant toujours, toujours.\nLa légende s'en empare, lui donne la stature de marbre ! Puis les généra­\ntions viennent et passent, la mémoire obsédée par cet énorme souvenir\nqu'elles se transmettent. Les poètes font le reste : ils créent le Dieu.\n   C'est fait. Non par nous, mais par nos maîtres, par Banville, par Gautier,\npar Baudelaire.\n   Disons encore qu'il est des esprits revenus de tout, esprits en ruines,\nsaccagés, nocturnes, où de tels cultes sont inévitables. Ce que ces esprits\neussent été aux époques jeunes de l'humanité, leurs rêves qu'ils ne diront\npas, le leur disent. Ils vivent de lointain. Ils se meuvent par la pensée et le\ndésir dans un monde épique ou règnent les Héros, les Géants et les Vierges,\noù des silhouettes de choses énormes, avec des attitudes de sphinx et des\ngestes immobiles de trophée, s'étagent comme un amphithéâtre de mon­\ntagnes. Ces esprits ont la haine de ce qu'ils voient et la fascination de ce\nqu'ils imaginent. D'abord la fermentation de leur colère s'est épuisée sur\nl'humanité, ensuite sur eux-mêmes. J'en connais qui ont éprouvé une joie\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                                   — 315 —\n\n\nsatanique à se constater mauvais, à se détruire, à se maudire. Cependant\nces haines là passent; une nonchalence y succède, qu'on est tenté de\nnommer sagesse. Ensuite la sérénité nait et bientôt la belle douceur triste.\nEt d'étape en étape on aboutit à une vie inconsciemment chrétienne.\nAlors, ayant fait le chemin de croix autour de son âme, un tel besoin\nd'adoration surgit une telle poussée de dévotion opprime, qu'il faut des\nDieux, des Dieux, des Dieux!\n   Ah ! mon ami, combien il est bienfaisant et consolant, d'avoir pour ces\nheures de résurrection d'enthousiasme un Dieu tel que Hugo, à dresser dans\nla pensée. Nous avons soif de respect à témoigner, faim de prière ; nous\nvoulons crier des louanges à travers le vent, nous sommes des cœurs d'en­\nfants remplis de myrrhe et de cinname, et devant ceux qui raillent, qui\nsourient, qui insultent, devant tous, nous mettons un orgueil à ne rien\ntaire de notre fanatisme. Oui, nous croyons en Dieu, nous croyons en\ncelui qui créa la Légende des Siècles, qui remua toute la nature, toute la\nmatière, toute l'âme, qui saisit, dans l'ampleur de ses alexandrins, les\naurores, les couchants, les plaines, les monts, le firmament, l'abîme, la\nmer, qui donna son, lumière, parfum, à l'univers entier, qui tordit la foudre\npar dessus les crimes, qui auréola de ciel l'innocence humaine, et qui n'est\npas mort.\n                                                  EMILE VERHAEREN.\n   Le 23 Mai 1885.\n\n\n\n\n                A VICTOR HUGO (I)\n                                           Reddite ergo, quæ sunt Cæsaris Cæsari.\n                                                 Evang.   sec.   MATTII. XXII. 21.\n\n\n         En Espagne autrefois, terre des mœurs antiques,\n         Quand un roi, visitant ses pilles poétiques,\n         D'un vassal, quel qu'il fût, bourgeois ou chevalier,\n         Avait touché des pieds le seuil hospitalier,\n\n         Pour' orner désormais ses lares historiques,\n         Son hôte, se forgeant des fers allégoriques,\n\n\n (1) Nous croyons intéressant du donner ci-dessus deux pièces dédiées par André Van\nHasselt au Maître.\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "                          — 316 —\n\n    Signe d'un nœud que rien ne pouvait délier,\n    Appendait une chaîne à son toit familier.\n\n    Roi de la poésie et de l'art, à cette heure\n    Où tu franchis le seuil de mon humble demeure,\n    Ta présence consacre à jamais tout ici.\n    Mais je ne me suis pas forgé ma chaîne aussi;\n    Car tu le sais, ô toi que j'admire et que j'aime,\n    Depuis plus de vingt ans je la porte en moi-même.\n\n28 janvier 1852.\n\n\n\n\n           A M. VICTOR HUGO\n    PARTANT POUR L'ILE DE JERSEY\n                                         Navis, quæ tibi creditum,\n                                       Debes Virgilium...\n                                         Reddas incolumem, precor.\n                                             HORAT., lib. I, cann. 3.\n\n         Si l'aigle, du désert des nues\n         Domine les champs spacieux,\n         Où l'œil des montagnes chenues\n         Voit seul les routes inconnues\n         Qu'il trace dans l'orbe des deux;\n\n         Du rossignol, dans les vallées,\n         Si les échos harmonieux\n         Aux brises des nuits étoilées\n         Égrènent les notes perlées.\n         Ces diamants mélodieux ;\n\n         L'humble bouvreuil dans le silence\n         Cache son nid humble et discret,\n         Et jamais son vol ne s'élance\n         Loin du rameau qui le balance\n         Au bord du lac de la forêt.\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                 —   317   —\n\n\nAinsi, maître, ta poésie,\nTa poésie est tour à tour\nL'aigle qui, dans sa fantaisie,\nMesure la route choisie\nQue le soleil fait chaque jour ;\n\nOu le rossignol sur sa branche,\nQui module ses doux concerts,\nQuand, sur sa tige qui se penche,\nLa rose, urne vermeille, épanche\nSes plus frais parfums dans les airs.\n\nLa mienne est le bouvreuil qui chante,\nDans l'ombre des grands bois caché,\n Bien loin de la foule méchante,\nSombre arène où tout désenchante\nL'esprit sur les hommes penché.\n\nDans la forêt calme et profonde,\nDans son palais fait d'un buisson,\nPas une voix qui lui réponde,\nPas un écho qui porte au monde\nUne note de sa chanson.\n\nParfois seulement, dans sa route,\nQuelque voyageur égaré,\nAu fond des taillis où l'on doute,\nUn moment s'arrête et l'écoute\nAssis sur le gazon moiré.\n\nOu quelque errant chasseur qui passe,\nTenant son fusil à la main ;\nOu quelque berger qui repasse\nQuand le soleil a dans l'espace\nDécrit son lumineux chemin.\n\nPourtant un soir, un soir, ô maître !\nO noble cœur, ô noble esprit!\nDans sa solitude champêtre\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "                        — 318 —\n\n        Ma muse te vit apparaître,\n        Poète couronné proscrit.\n\n        En ses rêves, nuit sans aurore,\n        A ton soleil inattendu,\n        Quel jour charmant tu fis éclore\n        Quand ta voix eut, penseur sonore,\n        Au cri de sa voix répondu!\n\n        « Salut! salut! te cria-t-elle.\n        « Salut! ô chantre souverain!\n        « Descends de ton char qu'on dételle\n        « Et de ta vassale fidèle\n        « Franchis le seuil, mon suzerain.\n\n       « Repose ta tête meurtrie\n       « De tes combats mon chevalier,\n       « Et sous ma charmille fleurie\n       « Oublie un moment ta patrie,\n       « Hélas! si tu peux l'oublier. »\n\n       Là, sous mes ramures ombreuses,\n       Tu t'arrêtas quelques instants;\n       Et puis, dans tes routes fiévreuses\n       Tu rentras, ô géant qui creuses\n       Un si grand sillon dans le temps,\n\n       Mais du moins sous mon vert ombrage\n       Je t'ai vu, rayonnant proscrit,\n       Prêt à rentrer dans ton orage.\n       Tu m'as dit ce grand mot : Courage !\n       Qui reste dans mon cœur écrit.\n\n       Maintenant, maintenant qu'importe\n       Soit le passé, soit l'avenir?\n       Le temps peut frapper à ma porte :\n       Il n'a dans tout ce qu'il m'apporte,\n       Rien qui vaille ton souvenir.\n14 juillet 1852.\n                                ANDRÉ VAN HASSELT.\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                                  -     319     -\n\n\n\n\n                LA MORT DE L'ART\n                                      Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible   mélange.\n                                                             RACINE. Air connu.\n      A IWAN GILKIN.\n\n\n\n               L'aube pleurait des perles dans les roses         et des miroite­\n                ments doux tremblaient au bout des branches, au bout des\n                branches fatiguées du sommeil de la nuit et qui, dénouant\n                leurs étreintes, se redressaient lentement, comme suppliant\n la lumière naissante. Une adoration faisait palpiter les feuillages et des fré­\n missements d'ailes joyeuses agitaient les ramures, les ramures où la pourpre\n lumière du matin vibrait en glissements suaves. Le ciel d'un bleu sombre,\n très pur, ainsi qu'un immense saphir, était vers l'Orient, tout éclaboussé\n de sang et d'or. On eût dit qu'un grand vaincu rayonnant expirait à\n l'horizon, dans une gloire, pour quelque régénération mystérieuse\n    Et tout à coup l'astre creva les nuées oranges, resplendissant comme une\n espérance, puis soudain pâlit, s'effaça, disparut. L'avait-on même vu, le\n météore superbe que la terre semblait, mystiquement rêveuse, prier — et\nqui ne venait pas, qui ne venait plus. L'aurore prit des tons cuivrés de cré­\n puscule; de longues fusées rougeâtres traversèrent le ciel, les fleurs implo­\nrantes retombèrent sur leur tige en un désespoir mou et un long silence\ncommença. Les roses laissaient choir leurs pétales souffrantes et les gouttes\nscintillantes qui miroitaient au bout des branches étaient maintenant\npareilles à des larmes, de vraies larmes, des larmes de feu, qui pleuraient\nla mort universelle. Car on sentait bien que si Il mourait, tout allait mou­\nrir. Et les lumineuses blessures de l'astre entrevu saignaient étrangement\n    Puis les rouges insensiblement disparurent de la voûte d'infini qui étrei-\ngnait la terre muette et terrifiée comme un couvercle écrasant. Il semblait\nque le grand corps là-bas couché saignât toujours, mais ce sang avait\nmaintenant des reflets bleuâtres et sinistres de lames d'épées, et aussi, il\nparaissait plus pauvre et plus lent, il ne jaillissait plus en lances transper­\nçantes, mais il coulait toujours, irréparablement, noyant tout, les épou­\nvantes avec les ultimes joies des choses finies. On sentait que plus rien ne\npouvait l'arrêter. Il s'épandait incessamment, comme conscient de son hor­\nreur et silencieux lui-même d'effroi. C'était un ruissellement ininterrompu\nqui submergeait inéluctablement, sans bruit, sans remous et, chose plus\nterrifiante encore, incompréhensible, sans mouvement eût-on dit. Quand\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "                                 — 320 —\n\ncet engloutissement sombre eût tout étouffé, tout, on vit alors des événe­\nments bizarres.\n   Çà et là dans la masse flottante qui devenait lentement liquide, il y eut\ndes luttes suprêmes. Les tressaillements derniers agitèrent sans doute le\ngrand corps qui sombrait sous les eaux. De rouges gouttes de son sang\nsuperbe jaillirent en révolte, et dans la tourbe roulante, elles paraissaient\ndes lumières ou des yeux, telles des étoiles qui seraient tombées dans la\nmer. Un dernier effort des flots uniformisants les engloutit et tout redevint\nnoir.\n   Plus d'horizon, à présent. Un océan sans phares, sans astre, sans ciel. Un\nsourd clapotis d'ondes visqueuses, impitoyables à tout ce qui brille, qui\nconsole, qui espère. Des [eaux gluantes qui étouffaient. Toute une sordide\nvase d'égout, grouillante de bêtes immondes, à peine entrevues, mais devi­\nnées dans cette mer écœurante. Le balancement baveux de ces vagues\nobscures, faisait vaciller avec ses répugnants hôtes, ce monde déséquili­\nbré. Même, éperdûment, il se sentait devenir oblique, sans pouvoir se res­\nsouvenir de l'horizontale.\n   Et le grand cadavre revint à la surface et flotta, encore vaguement lumi­\nneux. Et, glaçante horreur, il éclairait maintenant ce néant. On voyait\nqu'on ne voyait pas - qu'on ne voyait plus. Tout était mort, les bêtes\ngrouillantes mêmes, soupçonnées tantôt, n'existaient pas. Il n'y avait plus\nd'horizon et plus de ciel; le regard une fois lancé ne s'arrêtait plus et ne\npouvait revenir. Lente, sur cette étendue sans fin, oblique, et qui semblait\ntomber sur cette noire mer d'encre, sur cette mort de tout, luisait cette\nultime lueur qu'on sentait, bientôt devoir mourir aussi.\n   Elle avait un éclat bleuâtre de phosphorescence et le ventre énorme,\ngonflé, ballonnant, la soutenait comme une flottante veilleuse. Un incu­\nrable navrement avait ployé les jambes et les bras dans les ondes, et la tête\naux longs cheveux d'or était depuis longtemps disparue. Sous les vagues\ns'émiettait toute cette pourriture dernière ; des lambeaux verdâtres et décom­\nposés tombaient. Une pestilence emplissait l'air, une odeur fade de sépulcre\nou de charnier\n   Le grand cadavre flottait, vaguement lumineux. Brusquement l'étincelle\nsuprême s'éteignit.\n   Et ce fut tout, alors, — Tout!\n                                                   JULES DESTRÉE.\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                     — 321 —\n\n\n\n\n             MYSTICISME\nMon cœur se sent repris par ton alme fraîcheur,\nO prière divine, ô prière que l'âme\nReçoit pieusement des lèvres d'une femme,\nLa Mère, sœur de l'ange en fluide blancheur;\n\nMon cœur se sent fleurir de lys et de cantiques,\nAinsi qu'aux soirs lointains où mon âme d'enfant\nEnrôlait sa vaillance aux bataillons mystiques,\nPour disputer le Monde à l'enfer triomphant.\n\nEt quand la Nuit épand la neige de ses ailes,\nEn prosternation aux pieds des blancs autels,\nOù veille la douceur des lampes éternelles,\nJ'entends le grand frisson des psaumes immortels.\n\nDieu songe encore au fond de nos âmes blessées,\nNe sens-tu pas bleuir le glaive de la Foi\nDans l'ombre et le secret de tes fieres pensées ?\nOui, Marie est ta reine, et le Seigneur, ton roi !\n\nDésire le baiser de ces lèvres plaintives\nQui, devant la fureur des prêtres triomphants,\nEffeuillaient doucement ces paroles naïves :\n« Laissez venir à moi tous les petits enfants! »\n\nOffre ton âme aimante à la Vierge des Vierges\nCeinte de cœurs saignants et de glaives ailés,\nAfin qu'elle réveille, oublieuse, les cierges\nDans l'église où priaient les calmes Exilés.\n\nLorsque Von couchera mon corps avec mes armes,\nAu triomphe du Mal, à l'heure de la Mort,\nLaisse neiger sur moi les archanges des larmes,\nO prière indulgente à l'enfance qui dort ;\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "                                 — 322 —\n\n\n          Laisse fleurir sur moi la rose ensanglantée\n          Où le chant du calice expire en pleurs de miel!\n          Oh ! oui, je me souviens qu'à ta voix enchantée\n          Les étoiles semblaient pensives dans le ciel!\n\n                                                 GEORGES K H N O P F F .\n\n\n\n\n                    EMILE MATHIEU\n             Une figure osseuse cordée de muscles, le front haut, la peau\n              carminée d'un afflux de sang qui allume un grésillement dans\n              les yeux clairs, et ces yeux reflètent l'homme d'un nervosisme\n              actif, travailleur matinal vivant sainement de soleil, nature\nardennaise du forestier de Champion, — son aïeul, — affinée par une\ngénération d'artistes,' dilatée de cœur et de cerveau à force de science et de\nvie profonde. L'avancement de la lèvre inférieure soulignant d'un trait\nnarquois cette physionomie, lui fait le sourire diabolique — d'un diable, au\nfond, très doux — que Satan, le chef, enverrait au paradis terrestre pour\nexpier ses mansuétudes.\n   Deux êtres sont en lui : un poète et un analyste. C'est l'analyste qui a\nproduit Georges Dandin, un travail de dramaturgie musicale et d'algèbre\nharmonique où la science ligotte et bâillonne l'art; un dessin net et vigou­\nreux, mais craquant comme du bois mort. J'ai toujours considéré comme\nun vilain paradoxe cette « lyrification » des mannequins de Molière et de\nleurs cacophonies en jaune. Du Molière, c'est laid, mais du Molière en\nmusique, c'est bien pis. Je puis me tromper, à plus forte raison, je passe.\n   Mais, depuis Georges Dandin, la plume qui l'écrivait s'est déliée, la\nmatière symphonique moins compacte, dépétrée de cette compression du\nfond par la forme, ouvrée d'une main plus souple, s'est diluée, liquéfiée,\npour ainsi dire, imprégnée de lumière. C'est que l'auteur a reconnu son\norganisme reflété dans un coin de nature, et dans la carcasse du dramaturge\na surgi le poète qui s'était indiqué dans le Hoyoux, qui vient de s'affirmer\ndans Freyhir.\n  Par le Hoyoux, son premier poème ardennais, Mathieu abordait une\nmanière nouvelle. Adoptant la seule expression musicale possible parce\nque, au contraire du drame, elle condense tous les détails d'analyse en une\nsynthèse, il se moulait à ces tableaux de plein air, un style plus lâché,\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                                  — 323 —\n\nmais aussi plus savoureux, et cette manière très personnelle exprimait bien\nce coin de terroir dont il a tout le sang, un sang limpide coulant et grouil­\nlant comme la rivière clairette à son lit de cailloux.\n    Freyhir accentue sa personnalité et la développe. Par l'effort accompli\ncomme par l'effet obtenu, elle efface le Hoyoux, cet essai, cette prime oeuvre\nqui n'était de la seconde qu'une esquisse, car si elle lui est supérieure non\nseulement par les dimensions, mais par l'intensité d'expression, elle en\nprocède directement. L'une et l'autre ont été travaillées sur le même plan ;\non y retrouve des parties exactement correspondantes comme le chant du\nforgeron et le chant de l'homme au « han ! », le passage du ténor dans le\nHoyoux: « Sans rien penser, ni faire... », et, dans Freyhir, l'air de la\nsoprano : « Avec quel soin maternel », de ravissants dessins mélodiques.\n Enfin cette symphonie d'introduction qui, des deux côtés, condense toute\nl'image de l'œuvre et qui dans Freyhir atteint à une intensité saisissante et\nrévèle une vigueur et une justesse d'expression qu'on ne soupçonnait pas\nen Mathieu. Par comparaison, le Hoyoux n'était qu'une bluette aqua­\nrellée de sons ; Freyhir est un morceau solide campé d'un coup de brosse\nvigoureux et large; mais avec les qualités, les défauts ont grossi. L'analyste\na « retransparu », jetant sa goutte d'eau froide à travers la poésie panthéis­\ntique des strophes, et le philosophe, qui chantait la misère du peuple chez le\n forgeron, est revenu chez l'homme au « han ! » bâtir des théories sur le déboi­\nsement des forêts. « Laisse à l'Ardenne ses grands bois », est-ce une prière\n de barde? en ce cas, les bardes ont tort de prier dans le langage algébrique\n des hommes qui alignent des idées en équations ; cela les rapproche trop de\n la terre, et risque de compromettre leur influence en haut.\n    La Nature a, par le simple regard et l'émotion physionomique, des invo­\n cations plus éloquentes, et je me demande si le parfait artiste ne devrait pas\n se dispenser de tout jugement, puisque le jugement tue l'impression pour\n la disséquer. C'est l'éternelle question de l'art social. Je l'ai rappelée, le\n mois dernier, en parlant d'Huberti, et nous ne sommes vraiment pas loin\n cette fois de la musique didactique que je craignais. Un brouillard d'utili­\n tarisme alourdit notre atmosphère; Mathieu y a laissé maculer son inspi­\n ration et c'est le gros reproche qu'on lui fait. La première partie de Freyhir\n l'a définitivement affermi en donnant la mesure de sa force et le caractère\n de son esthétique, mais l'œuvre complètement belle que nous attendons de\n lui ne le sera réellement que dépouillée de toute thèse idéologique. Freyhir\n eut pu être cette œuvre, s'il n'en avait donné que cette superbe Symphonie\n de la forêt désattiffée de son commentaire.\n   Dans notre art, où se fusionnent les ethnologies les plus diverses, Mathieu\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "                                       324\n\n\noffre une personnalité complexe. Ce n'est ni un blond tendre ni un exubé­\nrant ; c'est une nature engrisaillée, froide parfois à force de réserve et sèche\net dure à force de sobriété, mais si délicate et sensible aux moindres\nimpressions qu'elle reste très fine coloriste dans sa monochromie. Son\nfluide — si l'on admet que tout sensorium dégage un fluide à notre imagi­\nnation — ressemble à cette buée de mélancolie qui enveloppe le roman­\ntisme de Schumann. Mathieu n'est point de la croisade flamingante; il\nadmire les Flamands dans leurs personnalités sans s'accrocher à leur\ndoctrine ; je lui crois trop d'éclectisme pour s'emballer à la suite d'un\ndrapeau, ce drapeau fût-il le sien, car sous la fièvre d'action qui l'anime,\non perçoit vaguement l'indifférentisme gouailleur de ceux qui, doutant de\ntout, finissent par douter d'eux-mêmes.\n                                                    HENRY      MAUBEL.\n\n  N. B. Un troisième numéro des « Poèmes ardennais » s'intitulera : Le\nSorbier.\n\n\n\n                                PAIEN !\n                                                       A MON AMI JEF- L . . .\n\n\n              Cinq heures du soir. Sous le large portique dont l'ogive de granit\n               noirci s'ajoure avec des ténuités de dentelle, s'appuie au mur\n               une pauvresse, infirme, la figure vieux buis, embéguinée de\n               noir. L'échiné ployée en avant, elle tend vers les passants sa\nmain tenant une sébille, main jaune comme cire et d'un froid de chair\nmorte où des veines, se tordant en nœuds, saillaient.\n   Et sur un rythme triste et lent, elle implore, psalmodiante, la charité des\nâmes pieuses.\n   Les vêpres ont commencé. Au dessus du bourdonnement continu et\nsourd des conversations à voix basse et du grincement des pieds de chaises\nsur le marbre des dalles, l'orgue plaque ses accords, grondant et formi­\ndable comme la colère de Jéhovah, Dieu grand et jaloux.\n   Devant l'auter, où s'étale, resplendissante, la fastueuse orfèvrerie des\ncalices et des saints ciboires, officie gravement un prêtre, debout, le dos\ntourné aux fidèles ; et sur l'étole scintillante aux lumières des cierges, brûle,\ndans des feux de paillettes d'or brodées, l'agneau symbolique. Aux côtés du\nprêtre, deux enfants de chœur en lévite rouge écarlate et surplis blanc de\nguipure, balancent, dans un rythme alenti, des encensoirs d'argent. La\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                                  — 325 —\n\nfumée d'encens monte vers la voûte profonde en se tordant en spirales d'un\nbleu doux, en se roulant en volutes hésitantes qui, déchiquetées par un\ncourant d'air insensible, se déchirent en flocons vaporeux dont le brouil­\nlard assourdit d'un tain gris-pâle les ors.\n   La prière commença, silencieuse et recueillie, coupée par les litanies du\nprêtre et les hosannas du chœur. Les voix, pures et claires, se mêlaient aux\naccords de l'orgue qui, s'alanguissant dans un smorzando doux et suave, se\nfondaient en une harmonie consolante et attendrissante comme le pardon\nd'une mère ou l'amour d'une vierge.\n   J'écoutais, bercé comme par les sons d'une musique à laquelle l'éloigne­\nment mettait une sourdine d'une douceur et d'une délicatesse infinies.\n   Une paix s'épandait dans les voûtes élevées où la lumière pâle du jour\nqui s'éteint s'assombrissait encore de la polychromie lourde des vitraux aux\nnervures de pierre. Et rêvant, je suivais des yeux les nuages des encens qui\nmontaient, se perdant dans le noir des voûtes, lorsque devant mes yeux,\nclos à demi, dans une béatitude, un point bleu parut, imperceptible\nd'abord, puis, trouant les ténèbres, comme un scintillement lointain\nd'étoile, il grandit, s'étendit en arc avec la lenteur inexorable des choses\nfatales et bientôt vibra, immense, en ciel d'un bleu idéalement pur, idéale­\nment bleu. Ce bleu, c'était le bleu cru, le bleu sombre des ciels des pays\naimés du soleil, le bleu noir du saphir, profond et grandiose comme une\nrhapsodie d'Homère et non le bleu pâle de notre ciel d'Occident, bleu de\nturquoise, doux et mélancolique comme un lied allemand. Et sur ce bleu\ndes blancheurs apparurent, nettes et franches, et bientôt, sur le fond du\nciel sombre et immobile comme une draperie immense, se découpa le\nfronton triangulaire et se ciselèrent les feuilles d'acanthe sauvage des cha­\npiteaux d'un temple corinthien. Les colonnes frêles s'élançaient droites\ndans un envolement blanc de marbre que les baisers brûlants du soleil\navaient hâlé de teintes roses, tendres et pâles.\n   Et par les larges entre-colonnements, je voyais, se dressant dans tout\nl'orgueil de sa nudité sublime, Aphrodite, la grande Déesse ! La lumière\nfiltrant par le velum teint de pourpre l'inondait de reflets rosés qui cou­\nraient en frissons sur le grain de sa peau... elle vivait, elle souriait, belle à\nadorer à genoux, belle à faire mourir de désir !\n   Et le soleil, ardent et refléchi par toute cette blancheur, irradiait ce\ntemple de marbre dans une gloire flambante...\n\n\n  La vision radieuse a fui, mais son souvenir me reste et, comme un rayon\nde soleil, perce, vivant et clair, l'enténèbrement du présent.\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "                                           326\n\n   Je suis pa'ien ! Je renie nos cultes modernes, froids comme la caverne\nd'un anachorète, leurs primitifs asiles, et sombres comme une saga Scandi­\nnave.\n   Je les hais, leurs temples, vieilles cathédrales de sombre granit que ronge\nau flanc une lèpre noire et humide, où, accolées aux tours, qu'enlacent à la\nbrume dans des cercles magiques, des vols de chauves-souris aux ailes noires\net velues, grimacent d'horribles gargouilles et d'hystériques chimères, tor­\ndant leur râble saillant sous leur peau écaillée ; où, entre les vitraux aux\nnervures arachnéennes, s'ennuient, noirs et frustes, dans des niches aux\nsaillies brisées, des saints inconnus, tandis que dans le mystique clair­\nobscur des nefs se prosterne la tourbe mélancolique des pénitentes en mante\nnoire ou processionne le solennel cortège des prêtres tonsurés et glabres,\ndont les costumes écarlates ou sombres allument la réminiscence rouge des\nflambants auto-da-fé, ou fait revivre la triste et gothique vie monacale où\nl'âme humaine, défaillante, clamait vers le Créateur et s'éteignait, enfin,\nétouffée par le noir ennui et la mystique désespérance.\n\n  Je les hais et les renie, ces temples et ces cultes, et je suis païen, païen\ncomme Gautier, païen comme Henri Heine, païen comme Banville !\n                                                         GUSTAVE R A P I È R E .\n\n\n\n\n           CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n        LES ŒUVRES ET LES HOMMES, par Jules Barbey d'Aurevilly (1),\n\n               L'Asymptotede l'imagination c'est l'esprit critique. Presque\n                jamais cette flèche divine de l'individualisme n'a pu se faire\n                un arc de cette courbe de la raison, qui affermit le tir et\n                double sa portée. Balzac, son Immensité Balzac, a cru à Meis­\n                sonier et à Fenimore Cooper, disant de lui-même cette imbé­\ncillité : « Je suis un Gérard Dow. » Eh bien ! c'est un écrivain aussi pas­\nsionné que lord Byron,et le type le plus éclatant de la personnalité maintenue\ntout le long d'une œuvre considérable, qui nous donne aujourd'hui l'imprévu\nspectacle d'un Sagittaire, posant ses traits de feu sur l'arc du raisonnement ;\net cet archer lyrique, devenu un archer critique, non moins admirable, en se\n\n  (1) Les Œuvres et les Hommes : les Critiques ou les Juges jugés (1er série), in-8° de\ngrand luxe, 403 p, ; couverture rouge et noire repliée. Prix : fr. 7.50, chez Frinzine, rue\nBonaparte, à Paris.\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "dressant, crève à la fois ces deux plafonds que les critiques dans le goût\ndu jour, qui est tudesque, mettent en éteignoir sur le génie et le talent, pour\nen prendre plus aisément la mesure ; c'est l'objectivité et la subjectivité que\nje veux dire. Ce parquement des natures spirituelles s'applique aux incom­\nplets : M. Renan, par exemple, touche-t-il à l'Ecclésiaste, il le bonhomise;\nau Cantique des Cantiques, il en fait une pastorale dialoguée, et pousse\nenfin par la bouffonnerie de la subjectivité jusqu'à expliquer saint François\nd'Assise l'auteur même de la Vie de Jésus. M. Leconte de Lisle, au contraire,\nretient son pouls, son haleine, son cœur et même sa haine, de façon à ne\nplus être qu'un réflecteur de Chenavarderies en démence; ce poète devient\npeintre, et au lieu de vibrer humainement, réverbère des fresques décora­\ntives dans le goût de la Tentation de Saint-Antoine.\n   L'intellectualité complète veut à la fois et la subjectivité sans laquelle il\nn'y a pas d'émotion, et l'objectivité sans laquelle il n'y a ni compréhension\nni jugement. Moi, qui crois au dogme de l'individu, comme s'il était révélé,\net qui n'accepte la théorie des milieux générateurs que pour les talents\nmineurs, je trouve en M. Barbey d'Aurevilly, cette dualité, qui n'est pas\nnécessaire à la grandeur; car Lamartine et Musset, qui en sont privés, sont\ntrès grands — mais qui augmente toujours l'écrivain, parce qu'elle le double\nen facultés et en horizon.\n   Imaginez-vous un Memmon de la conversation, qui, à la première solli­\ncitation, s'envolera avec vous, dans le mystère et le scrutement du dogme,\net qui goûtera aussi le couplet de Désaugiers ; un fanatique de Balzac qui\naime Virgile; un admirateur de Michel-Ange et de toute force, qui sait se\nplaire à Prudhon ; un homme enfin, qui vibre toujours et instantanément\nà tous les contacts de l'idée, du sentiment et de la forme; qu'on le mette\nsur n'importe quel terrain de la pensée, à l'improviste il y marche avec la\nplus familière aisance; un être si doué qu'il est toujours accordé, rend\nun sentiment personnel à n'importe quel pizzicato, — tel est M. Barbey\nd'Aurevilly dans son intimité.\n   Cette incomparable sensibilité du cerveau ne suffirait pas à constituer le\ncritique, et pour être compris j'irai jusqu'au truisme. Qu'est-ce qu'un criti­\nque? Celui qui a un criterium ; et un criterium est une doctrine précise qui\nsolutionne les x de la cogitation, depuis le péché originel jusqu'à l'extrême\nDevenir. Or, à considérer le plus célèbre des critiques, Sainte-Beuve, qui\nfut parfois Sainte-Bévue, non seulement il n'a aucune métaphysique, mais\npas même de perspective ; il ne se souvient jamais de la place hiérarchique\nde l'auteur dont il s'occupe dans l'histoire littéraire, il n'a qu'une place où\ntous, petits et grands se succèdent. M. Paul Bourget, le plus aimé des criti­\nques actuels, n'a d'autre criterium que son impression qui est subtile, déli­\ncate, exquise souvent ; mais une impression ne saurait être un jugement.\nExpliquer un écrivain, développer ses théories, cela est excellent, mais c'est\nla moitié de la critique; montrer le dilettantisme de M. Renan c'est être\npsychologue, le critique doit prononcer sur ses travaux et ses idées ; la Vie de\nJésus de Renan résiste-t-elle à la réponse de Gratry? Après la pourtraiture\nde l'homme, le métaphysicien doit apparaître et examiner les idées. Or, la\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "                                   — 328 —\n\n critique des idées, personne ne la fait, et personne ne la demande : aussi\nai-je peur que l'incompréhension des lettrés eux-mêmes qui a accueilli Ce\nqui ne meurt pas, ce chef-d'œuvre, n'accueille aussi les Œuvres et les\nHommes.\n    L'injustice est l'habitude invariable, et la coutume consacrée, dès qu'il\ns'agit de M. Barbey d'Aurevilly; et le seul sentiment qu'on lui montre, on\nle lui attribue, parce que ce grand homme d'action qui n'a pas pu agir, a\ncriblé de railleries, en certains lieux, les ridicules du temps ; qu'il a vengé le\ngoût, cruellement, des vieilles actrices, on l'a dit injuste, de parti pris.\nSurtout quand jugeant le socle de Gcethe trop haut et que, pour le diminuer,\nil l'a, ma foi, renversé; les Germains français ont crié à l'iconoclastie. Enfin\nceux qui ont lu la conclusion des Prophètes du passé, discours sibyllin,\npage immortelle et que salueraient d'enthousiasme les grands politiques,\ncomment espérer que cet homme qui a, lui seul, gardé le dépôt des vérités\nsociales où s'étaient commis de Maistre, de Bonald et de Saint-Bonnet,\nfasse écouter sa parole de catholique. Qu'importe, du reste ? Quand on est\ntrop grand pour son temps, il faut attendre la postérité. Il est écrit dans\ntoutes les sacristies de France « défense d'avoir du talent et silence au\ngénie » et dans toutes Loges « défense de trouver du talent à un catho­\nlique. » Entre ces deux hostilités, la haine du beau, qui caractérise le clergé\net la haine du vrai qui est l'essence de la franc-maçonnerie, un écrivain ne\ndoit songer qu'à ses pairs. C'est pour eux que M. d'Aurevilly a confié à\nM. Frinzine le soin d'une édition complète des Œuvres et des Hommes,\net cela formera l'imposant ensemble de vingt-cinq volumes in-8°. Le nombre\na ici son importance, comme la grandeur de la nasse quand on veut prendre\ntout le poisson d'une rivière, car il s'agit de tout l'œuvre du siècle et même\nde tous les siècles. Chaque fois qu'on rééditait un ancien, M. d'Aurevilly,\npassant par dessus le commentateur, allait à l'œuvre ; ainsi dans ce volume\ndes critiques, Villemain est l'occasion de Pindare; M. Guizot, celle de\nShakespeare; M. Rigault, celle d'Horace; M. de Champeaux, celle de\nVillon; M. Talbot, celle d'Hérodote; M. Gérard, celle de Thucydide. Pour\nla quantité et la variété, les Œuvres et les Hommes n'ont rien à envier aux\nlundis; mais les lundis ont beaucoup à envier ici. Une individualité telle\nque l'auteur des Diaboliques ne supporte point le parallèle ; je ne veux\nque souligner la supériorité que donne en critique cette imagination qui\na fait de Michelet le premier de nos historiens, lorsqu'il n'est pas le plus\ndétestable des Vaudois. Avec la supériorité que le catholicisme communique\nà ses fidèles, M. d'Aurevilly me semble tenir dans la critique la place cor­\n respondante à celle de Michelet dans l'histoire avec plus de justesse et de\njustice, c'est-à-dire avec plus permanente perception de la réalité des\nhommes et un maintien incomparable des prémices de jugement.\n   Ces articles, devenus des chapitres, se relient par unité de conception qui\nconfondrait le public, s'il était susceptible de percevoir un effet de synthèse ;\net au service de son opinion, M. d'Aurevilly a toujours ce qu'on ne voit\nà peu près jamais en ces matières à pédants, la verve, le primesaut de\nl'expression, la pensée en un mot, l'épigramme barbelée et sifflante, et aussi\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                                      329\n\nl'enthousiasme, cet aigle qui emporte l'homme, comme Ganymède, jusqu'à\nDieu ! Et puis, l'imprévu d'idées et d'expressions le plus attachant, la nou­\nveauté de l'aperçu, l'inventé du tour et de l'image, la profondeur et même\nla gaieté, voilà les impressions d'une première lecture de ce livre dont je\nvais tâcher, par des citations, de donner une idée. D'abord, c'est Villemain,\nle premier critique en date du siècle : « Ce Gorgias manque.... rhéteur et\nbel esprit à force de mémoire, le Jules Janin de l'Université et de l'Aca­\ndémie... » Comme Janin, il n'a jamais mis l'effort de sa pensée que dans\nles artifices et les combinaisons de langage. Mais, du moins, dans le style\nde Janin on sent un cerveau qui aime la langue avec ses entrailles. Il a de\nl'Erigone ivre dans sa manière; mais l'Erigone sait se renverser sur son\nthyrse et rejeter, avec un geste délicieusement ivre la coupe à laquelle elle\na bu par dessus son épaule rougie .. Gens de forme tous les deux, l'un est\nune sensibilité, l'autre qu'une mémoire. Artistes en mots, et puisque nous\navons écrit ce mot là, modistes de phrases, l'un est modiste pur sang, l'autre\nn'est que l'industrielle » et quelques pages après, à propos de l'Essai sur\nPindare : « ... Cet homme qui chantait les lauréats olympiques, était lui-\nmême une nature de lauréat... un Robert Southey, le Robert Southey du\nroi Hieron... très grec, très thébain, et quand il n'était pas très thébain,\ntrès syracusain dans le grec      Chanteur de temple et de palais, un premier\nviolon de chapelle, comme l'a dit Voltaire, poète dont le sens intime est\nperdu ; son inspiration n'est plus qu'une lettre morte, d'un fini vraiment\ngrec, mais elle est finie dans un autre sens, comme tout ce qui ne s'appuie\npoint à la grande nature humaine, la seule chose qui ne périsse pas. »\nComparez cette instantanéité de coup-d'œil aux longs bafouillages des\nhellénisants de profession et avouez que l'illumination du génie laisse en\narrière les sages lanternes des humanistes contemporains. Chez M. d'Aure­\nvilly, comme chez Michelet, la critique est encore de l'inspiration, leur esprit\nne déduit pas, il voit électriquement : et ils nous donnent une vue instan­\ntanée, qui ne peut être que toute erreur ou toute vérité ; est-ce subjectif,\nest-ce objectif, je ne sais ? jugez-en par ces paroles sur Homère et Virgile :\n « Cimes d'égale hauteur qui forment un sommet unique, ils sont tous les\ndeux d'une originalité transcendante et première. Ils sont différents comme\nl'homme et la femme qui, séparés et unis pourtant, font ce prodigieux\nAndrogyne que l'on appelle l'humanité, couple littéraire sans analogie dans\nla poésie du monde, car la Bible est l'esprit de Dieu et les poèmes de l'Orient\n ne sont guère que de l'opium fumé qui rêve et se tord au soleil. Homère et\nVirgile sont l'Adam et l'Eve de la poésie, telle que l'homme en possession de\ntoutes ses puissances, la conçoit et la réalise. Homère est l'homme et Virgile\nla femme, idée très simple, mais que, pour cette raison sans doute, tous les\n parallèles ont oublié... Sainte-Beuve lui-même, qui darde si bien sa lancette\ndans la veine des sujets dont il veut nous faire voir le sang. Il l'aurait com­\nparé à une Niobée féconde et puissante, mais restée pieuse et sauvant ses\n magnifiques enfants de la flèche irritée des Dieux. Il nous aurait fait sentir\nque la jeune femme ne l'est pas seulement par le rythme du sein sous le\n mouvement du cœur, mais qu'il l'est encore par son amour pour le vieil\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "                                     — 330 —\n\n   Homère et par tout ce qu'une longue intimité laisse après elle, par la pudeur\n  discrète des plaisirs qu'il en a reçus ! » Ce parallèle magnifique se développe\n  avec une ampleur et une phrase togata, auprès desquelles les normaliens,\n  ces Saliens du culte greco-romain et leur bugle de classe font rire ! Voici\n  des lignes du croquis de Sainte-Beuve critique, et non du véritable poète,\n  Joseph Delorme : « Mabillon des babioles, aiguiseur de notes en épi-\n  grammes, commère comme trente-six langues de femmes pour en faire parler\n  une trente-septième, le petit homme de la rue Montparnasse revivra dans\n  la mémoire de ses contemporains comme le touche-à-tout le plus curieux,\n  le plus acharné et parfois le plus puéril de son siècle. » Et à côté de ces\n  sévérités, des réhabilitations, le tableau de la canaillerie, de Voltaire et toute\n  sa séquelle de drôles, envers de Frénon, « le plus grand honnête homme\n  et le plus grand critique du XVIIIe siècle. » Ailleurs, ce contempteur per­\n pétuel de l'Académie efface l'épithète de concierge que Victor Hugo a infligé\n à M. Nisard et montre ce puritain littéraire prononçant le meilleur juge­\n ment sur le grand Byron. Dans le Musée des antiques Philarète Chasles\n est rallié sur ses ridicules, il est ici loué de ses pages parfois sybillines. Après\n la juste exécution de Prévost-Paradol, commence un morceau d'une sin­\n gulière saveur, « tempéré de tout, voilà donc Horace » : Puis Joubert, le\n Luini de Platon et le grand Shakespeare à propos de la traduction de Guizot ;\n les Deux masques de Paul de Saint-Victor et le Carlyle et le Stuart Mill\n de Taine; Rivarol. Enfin, MM. Demogeot Lenient, Campeaux, Talbot,\n Gérard, Lacretelle, Vian, lui sont occasion pour juger la littérature fran­\n çaise du XVIIe siècle — la Satire en France, au moyen-âge — Villon —\n Hérodote— Thucydide— Lamartine — Montesquieu, et le livre se ferme\n sur M. Ernest Hello, ce grand mystique ignoré. Ce simple index des cha­\n pitres ne suffit-il pas à dire l'intérêt extrême de ce livre, même pour ceux\n qui ne possèdent pas les cinq volumes précédemment parus et qui vont\n reparaître dans cette édition Frinzine tout à fait digne de cette œuvre qui,\ndans cinquante ans d'ici, restera comme le grand jugement du siècle, par\n l'écrivain qui en est aujourd'hui la gloire la plus hautaine. Malgré son hor­\nreur de la hiérarchie, notre pitoyable fin de siècle veut des étiquettes sur\nles flacons et sur les hommes, et je n'en ai point à mettre ici, non plus que\nde parallèles à faire. Le génie s'explique par lui-même : et la plaisante\nfarce que serait l'explication de M. d'Aurevilly par le milieu.\n    Il a une unité de doctrine et de doctrine catholique d'une permanente\net sempiternelle orthodoxie théologique ; il a l'imprévu de l'idée, la faculté\nd'évocation d'une époque, la psychologie la plus profonde, le lyrisme le\nplus envolé; il a de l'esprit comme au XVIIIe siècle et de la foi comme\nau XIIIe. C'est beaucoup tout cela, en un homme, mais si cela y est, et je\nl'affirme, puis-je le taire ?\n    Certes, je ne méconnais pas le bistouri si curieux de l'analyste Sainte-\nBeuve, ni l'entrevue lumineuse 'de Chasles, ni la modération de M. Nisard,\nni la vacuité de M. Villemain, ni la polissonnerie de M. Pontmartin : mais\nsi j'avais à choisir entre tous les critiques, je ne vois pas celui que je relirais;\nmais je sais bien que je garderais les Œuvres et les Hommes; et pour la\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                                     331\n\nmême raison qui faisait préférer l'Odyssée à Nodier, parce que tout le camp\ndes Grecs m'intéresse moins que le seul Ulysse, et que l'erreur du génie est\nencore plus lumineuse que la raison du talent; mais M. d'Aurevilly se\npermet d'avoir l'un avec l'autre, dernier grand penseur romain, il semble\nque tout ce qui a fait le génie latin : lyrisme, clarté, logique et esprit\nflambe en ses œuvres son crépuscule magnifique.\n   Je serai éternellement reconnaissant à la Belgique des sympathies qu'elle\nm'a spontanément montrée, et je suis heureux d'écrire ceci à sa louange :\nLorsque Victor Palmé, sur l'injonction d'un bas-bleu, retira de la vente\ntrois volumes des Œuvres et des Hommes, sous la menace de perdre la\nclientèle du noble faubourg gâteux, ce fut la Belgique seule qui épuisa\nl'édition entière. Ce simple fait mérite d'entrer dans l'histoire littéraire,\npour l'honneur des lettrés belges, et de toute l'autorité qu'ils voudront\nbien me prêter, je les convie à cette grande épopée critique des Œuvres et\ndes Hommes. A Paris, on apprécie, et c'est tout ; en Belgique, on admire\net l'admiration est le seul sentiment possible, ce me semble, devant ce\ndernier latin, qui porte à la face de la truanderie envahissante, l'armure\nde toutes pièces du moine-militaire, du templier du verbe, de l'écrivain\ncatholique, dans la plus magnifique acception de ce mot, le plus glorieux\npeut-être à écrire, car il énonce l'universalité du beau dans l'absolu du vrai.\n                                                     J O S E P H IN PÉLADAN.\n\n\n\n\n         CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n       EXPOSITION DES BEAUX-ARTS A ANVERS\n                               (Premier   article)\n\n              On commence à se retrouver aux Beaux-Arts d'Anvers. Le\n               grand désordre se catalogue, le chaos s'éclaire, l'encombre­\n               ment s'étiquette, l'entrepôt se change en Salon.\n                 Déjà dès aujourd'hui, il est impossible d'examiner en un\njour les œuvres d'art exposées.\n   Les visiteurs peuvent donc, si bon leur semble, affluer. Pourtant, nulle\nencombrement n'a lieu.\n   Les galeries de peinture sont désertes comme les promenoirs d'un cloître\net l'on se demande si même aux temps d'été, de soleil et de cohue, elles se\nrempliront.\n   La raison?\n   Dame ! elle est toute simple. La raison? La vraie? C'est qu'il est cupide,\nou, si vous préférez le svnonvme, c'est qu'il est anversois, d'avoir coupé\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "                                  —    332   -\n\n en deux l'Exposition universelle, d'avoir créé deux locaux, séparés l'un de\n  l'autre par la voie publique et par une pièce de vingt sous.\n     A Paris, à Londres, ailleurs, partout, un unique prix d'entrée donnait\n accès à tous les pavillons, salles, musées, annexes, divisions, subdivi­\n sions; on allait du palais du Champ de Mars au Trocadéro, muni du tou­\n jours même et valable ticket.\n     A Anvers, il faut deux billets, d'un franc chacun, l'un pour les arts (!)\n industriels, l'autre pour les arts, que l'Académie appelle plastiques.\n     Les peintres et les sculpteurs ne reçoivent donc que des visites rares.\n     Les étrangers et les Belges flairent dans cette inédite rétribution supplé­\n mentaire, un de ces innombrables et minuscules moyens de leur manger\n les Louis et les Napoléons par miettes et défilent devant les galeries sans\n entrer.\n     Eux qui ne donneraient pas vingt sous pour voir le col et les seins de la\n Venus de Milo, ne les abandonnent évidemment pas, sachant qu'il y a des\n Slingeneyer sous roche.\n     A part cette préliminaire critique, l'organisation et l'aménagement des\n locaux de l'Exposition sont bien compris. La lumière est parfaitement dis­\n tribuée, la dimension des salles bonne, l'ornementation sobre et nullement\n provinciale, la tenture de fond convenable. On se sent là non pas dans un\n sanctuaire — le mot est banal — mais assurément dans une maison d'art.\n L'atmosphère et le milieu sont au point. Et l'absence de la foule, la soli­\ntude, le silence, la tranquillité peu agréables à MM. les organisateurs sont\n exquis pour le dilettante.\n     On a mené âpre guerre de plume contre le jury. L'affaire est un rien res­\nsassée. Je préfère m'abstenir d'en parler pour ne point empailler des argu­\n ments et des réflexions qui n'étaient vivants d'intérêt que lorsqu'on les a\n brandis pour la première fois.\n     Ce qui domine toutes les impressions recueillies, c'est l'envahissement de\nl'Europe par l'art français. En Italie, chaque maître parisien a son pendant\nou plutôt son décalque, en Norwège, l'impressionnisme absorbe tout ce qui\nest jeune et vivant; en Autriche, ce sont les peintres de 1830 qui règnent\nencore, bien que les moins rétrogrades s'inspirent de Laurens et de Bougue-\nreau ; en Angleterre, Bell a des tendances manettiennes, Salomon a une\nmollesse toute maladive et décadente, Armitage s'en tient encore à Léopold\nRobert. La moins française de toutes les écoles européennes est, somme\ntoute, l'école belge. La Hollande est également autochtone, nous verrons\ncomment.\n    On a pour programme, dans la presse belge, de mener rude campagne\ncontre la gallomanie dont nous sommes atteints et d'anathématiser, à\ngrands gestes, Paris, ses pompes et ses œuvres. La besogne est devenue\ncourante et les articles qui brassent ces idées-là sont tombés en plein lieu\ncommun.\n    Aussi est-on tout étonné que nos artistes subissent la France beaucoup\nmoins que les autres peuples.\n    Il y a évidemment disproportion entre les clameurs poussées et les\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                                  — 333 —\n\ndangers qu'on redoute, entre les bras levés au ciel et le motif qui les dresse\nen longs points d'exclamation vers les astres. Et, chose piquante, c'est que\nles peintres qui font le plus de tapage autour de l'art flamand, autour des\ntraditions flamandes et nationales, sont précisément les moins flamands et\nles moins nationaux. Ainsi, toute l'école d'Anvers qui se croit préposée à la\ngarde de la Toison d'or de notre peinture, est précisément celle où le sang,\nla sève, la vie artistique flamands circulent le moins. Est-ce un Flamand\nVerlat? Est-ce un Flamand Van Luppen? Est-ce un Flamand, un vrai,\nSchaefels? Et De Keyser? Et Van der Ouderaa? Et Ooms? Et Claus? Et\nVerstraete? C'est d'intention que je cite les vieux et les jeunes ensemble pour\nmontrer que dans le passé mil-huit-cent-trenteux comme dans l'avenir,\nl'art flamand n'a été ni ne sera à Anvers.\n   Parmi ces peintres, beaucoup se figurent être de leur race, à traiter des\nsujets flamands, à encombrer leurs tableaux de laitières campinoises, de\ngars de ferme de Borgerhout, de maraîchères de Berchem et de ruraux de\nPutte. D'autres, pour rester les fidèles de la tradition, refusent obstiné­\nment de sortir des pratiques d'antan, du métier pénible, des colorations\nlourdes et bitumeuses, du faire petit et mesquin. Ils ont peur des jeunes\nsoleils qui baignent les horizons de l'art, qui les rendent plus clairs et plus\nprofonds. Ils ne veulent point comprendre l'évolution moderne, les chan­\ngements si prompts des phases esthétiques ; ils restent obstinés, hostiles,\nrageurs, avec les poings sur les yeux, dans leur coin et leur province.\n   Combien sont plus Flamands et plus artistes qu'eux, nos peintres qui\ndepuis longtemps ont ouvert la fenêtre au jour et se sont penchés sur les\nprintemps nouveaux, les Heymans, les Rosseels, les Courtens, les Vogels.\nCe qui spécialise l'art flamand, bien plus que le sujet traité, bien plus que\ncertaines couleurs et certains tons employés, c'est la manière solide, san­\nguine, profonde, large et grasse, de sentir. C'est la belle sensualité dans\nl'impression et dans le métier, c'est la pâte opulente, la vision saine et\ngonflée des choses : une sorte d'abondance et de trop-plein, une profusion\nsensuelle déversée dans l'œuvre entière.\n   Et ces peintres-ci ne sont pas fermés à l'art moderne, en ce sens que nul\nplus qu'eux n'admire et n'admet les découvertes faites par les Daubigny,\nles Corot, les Courbet, les Manet.\n   Seulement, ils ont en eux assez de personnalité pour transformer cet art\nen le drainant par leur cerveau, ils en acceptent la révélation, ils vont sur la\nmontagne chercher les Tables, mais uniquement pour s'inspirer de la\nméthode, en restant eux.\n   En fin de compte, crier à bouche désarticulée contre le courant fatal de\nl'évolution artistique, qui pour l'instant est dirigé par les Français,\ndémontre soit un manque de jugement, soit une jalousie minuscule, soit un\nchauvinisme au petit pied. Du reste, toujours en a-t-il été de même. Une\nnation domine les autres ; les autres suivent.\n   Au temps de Rubens, c'était l'Italie. Aussi le maître y court-il, y tra-\nvaille-t-il, y puise-t-il tous ses principes d'art, quitte à revenir un jour en\nFlandre transformer ce qu'il a appris, vu, senti, rêvé là-bas. Et les chefs-\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": " d'œuvre naissent nombreux, énormes, triomphants, et, la gloire de l'homme\n initié par Michel-Ange, Raphaël, Titien, Corrège, monte aussi haut que\n la leur.\n    Vraiment n'eût-il pas été d'un spectacle piquant de voir en ce temps-là\n des chroniqueurs crier contre le peintre, l'accuser de plagiat, lui reprocher\n de n'être pas Flamand, de se gangréner à l'étranger, d'introduire en son pays\n la corruption des mœurs italiennes, de faire de la peinture de décadence et\nde l'importation latine. L'art se renouvelant, se métamorphosant, se\n perfectionnant, ces renouvellements, ces métamorphoses, ces perfectionne­\n ments s'imposent à tous, fatalement. C'était le cas hier, c'est le cas aujour­\nd'hui. Ceux qui regimbent sont écrasés, même lorsque ces évolutions ne\nsont pas des progrès. Le progrès est d'ailleurs chose tellement vague et\ndiscutable que toute dissertation à ce sujet mène aux hypothèses les plus\nfantastiques.\n    Ces constatations faites, examinons quelles sont les nations qui se sont\nle mieux assimilé l'art nouveau.\n    En Norwège, il pénètre à l'état brut; on le déballe et on le débite sans y\nrien changer. La marque française y reste toute crue, comme un cachet sur\nun colis, comme une étiquette sur une malle. Aussi bien, tous les peintres\nnorwégiens ont séjourné à Paris. Sprong n'est qu'un décalque de Manet;\nTaulow voisine avec Degas, Pisaro, Monet; Gerbard Munte également.\nSmith-Hald habite la France; Werenskiold est un impressionniste pur.\n    En Italie, l'imitation n'est guère plus dissimulée. Seulement elle est\nmultiforme. Ce ne sont pas que les impressionnistes qu'on réédite, ce sont\nencore les Breton, les Toudouze, les Fromentin. Presque tous les paysa­\ngistes italiens ont la manière mince et photographique des paysagistes fran­\nçais actuels. A preuve, Manicardi et d'autres dont les noms en i sont aussi\npeu dissemblables que les œuvres.\n    La section espagnole n'est point encore rangée.\n    Pour l'Autriche, on connaît la peinture de Mackart, le Gallait viennois,\nqui rappelle en cette qualité toutes les Paul-de-la-Rocheries que « l'enfant de\nTournai » nous sert depuis cinquante ans. L'encombrant Brozik démarque\nles « machines » de Paul Laurens. Les autres aspergeurs de toiles à goupil­\nlons de bitume, broyeurs de noir, non pas au figuré, mais au propre, sont\nd'une infériorité artistique telle, qu'on ne se demande point à qui ils\nressemblent.\n   Somme toute, il n'y a qu'un pays dont le génie s'est assimilé la peinture\nmoderne de manière parfaite, c'est la Hollande. Les peintres hollandais\nsont restés autochtones tout en profitant des progrès récents.\n   Tandis que les autres peuples ne faisaient nullement passer la révolution\nesthétique dans leurs mœurs et prenaient, eux peuples du Nord, la palette\ndes novateurs français, et leurs pinceaux, et leur facture, et leur manière de\nsentir et de voir, les artistes d'Amsterdam et de la Haye ne se sont occupés\nque de la doctrine. On leur criait de Paris : peignez la nature, mais surtout\npeignez la lumière dans la nature. Toute forme colorée est une combinaison\nde tons lumineux. Cherchez donc le ton avant tout. Les anciens cherchaient\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "                                      335\n\nla couleur pour arriver à la lumière, vous cherchez la lumière pour arriver\nà la couleur. Ne voyez pas petit; ne soyez pas les ciseleurs du petit point\nclair, comme le furent quelques-uns de vos ancêtres; traitez les choses non\npas telles qu'elles sont vues à la loupe, mais telles qu'elles apparaissent.\nVoilà pour le métier. Le reste vous regarde.\n   Et les peintres hollandais n'ont modifié en rien leur manière de sentir.\nSeulement, ils se sont mis à traduire l'air, l'atmosphère, le vent, le froid, le\nsoleil, le printemps, l'automne, l'hiver de leur pays d'après les données\nnouvelles, et maintenant règne parmi eux ce magnifique Joseph Maris, dont\nle tableau intitulé, je crois, Le Pont, est le plus superbe paysage du Salon.\nIls ne sont pas impressionnistes dans le sens français et pur du mot, mais\nils sont parmi les plus modernes des peintres et parmi les plus forts.\n                                                   EMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n                          FLEMM-OSO\n                                    (Suite)\n\n              Si tu es sage, tu auras un gâteau... — Plus tard : si tu obtiens\n               le prix de géographie, je t'achèterai une montre... et plus\n               tard encore, c'est la même chose : notre existence est une lon­\n               gue distribution de prix. Nous ne travaillons qu'en vue d'une\nprime; les arts et les sciences ont leurs concours; peintres et musiciens\ndécrochent des médailles et des prix de Rome; les savants se font couron­\nner ; mêmes plaisirs et jeux deviennent des joutes, des chasses au premier\nprix : le canotage, l'élève du cheval, les armes, la culture des arbres frui­\ntiers, la gymnastique comme le tir, comme tout, étude ou passe-temps,\naboutissent à une cascade de distinctions en or, en argent ou en vermeil ;\nles Expositions sont des distributions de diplômes à l'industrie et à l'agri­\nculture ; on donne des récompenses aux... rosières ; joueurs d'échecs et pro­\nfesseurs de jeu de billard se portent des défis bruyants, et les choses les\nplus frivoles deviennent sujets de rivalité : dans les jeux populaires on\nrécompense celui qui grimace le plus drôlement et — en Flandre — la\ncommère qui boit le café le plus chaud. Tout enfin, tout, continuellement,\nse médaille, se couronne, se décore — même la vertu : l'Académie solen­\nnellement décerne un morceau de prix Monthyon à de fidèles serviteurs et\naux portières qui montent de la tisane aux vieilles dames du cinquième\nD'un bout à l'autre de la vie nous restons de la sorte dans la petite classe.\nMadame l'Autorité nous appelle au pied de la chaire, nous remet une\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "                                  — 336 —\n\npalme puis, un baiser sur le front : c'est bien, mon enfant, retournez à\nvotre place, je suis contente de vous...\n    Et cela est nécessaire. C'est là une des figures de cet élément de vitalité\n bouillante que l'économie politique nomme la concurrence. C'est l'émula­\ntion qui, par l'appât d'une récompense, nous tient au travail. L'envie de\nfaire mieux que l'autre et d'être le premier nous met dans les nerfs une\nardeur acharnée; nous sommes des animaux savants qui ne travaillent que\npour le morceau de sucre... et, bien pénétrés de cette infirmité de notre\nnaturel, les hommes, dès les premiers âges, ont tout de suite imaginé et\naccepté consciencieusement la Religion, cette récompense suprême qui\n promet les délices éternelles d'un paradis à celui dont l'existence aura été\nsans péché. Cette Religion, si joliment drapée dans la poésie des légendes,\nnous dit, s'adressant aux uns avec des prières d'ange et aux autres avec des\nmenaces de démon : respectez autrui, faites ce qui est le Bien, et je vous\nrécompenserai. C'est le culte imposé des principes fondamentaux de notre\ngroupement en société que la Religion ose nous ordonner. Tâche ingrate !\nCalmer les rages contre le sort brutal et apaiser les révoltes promptes à faire\nexplosion en ce monde de douleurs. Nos projets broyés par la fatalité\ninjuste, notre amour trahi, nos aspirations écrasées, nos affections faussées\nou tuées entre les deuils et les guerres odieuses; devant les triomphes du\nvice qui ricane nous souffrons des chagrins dans les incertitudes tortu­\nrantes ; brûlés de tentations et pleins de désirs, nous ne rencontrons que\nprivations — et toute cette horreur injuste, nous devons l'accepter,\naccepter tout, ou bien retourner vivre dans les bois. Oui, pour ce\ncœur mal dégrossi qui ne sent rien dans la nuit de la mort et n'attend pas\nl'arrêt d'un suprême jugement, souffrir docilement ces lois des plus fortu­\nnés, c'est bêtise quand un mauvais coup peut donner pain et bonheur à la\nfamille. Donc, il fallait pour imposer une patiente et indispensable résigna­\ntion, une force qui fût une consolation, une tendresse puissante qui s'adres­\nsât à l'homme brut, pansât ses plaies et d'une voix tendre — une voix de\nsœur de charité — dit : patience. C'est le mot que la Religion dit aux\npeuples.\n   Des âmes d'une composition privilégiée, âmes superfines égarées par\nleurs qualités, croient que récompenser une bonne action, c'est en dimi­\nnuer la valeur et que le bien fait en vue d'un avantage, n'est plus moral ; le\nbien se ferait naturellement. Il est fort admissible que certains actes de\ngénérosité, de courage, se fassent inconsciemment, sans être le résultat\nd'une discussion intérieure. Encore faut-il les récompenser. Un homme\nvoit un enfant tomber à l'eau, et il se lance, — il n'y a ni réflexion, ni dis-\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                                  — 337 —\n\ncernement ; c'est aveuglément, comme dans un coup de colère, qu'il agit,\nsans savoir au juste ce qu'il fait; ce n'est qu'un instant après, trop tard,\nqu'il se rend compte de ce qu'il a osé... Car si, voyant l'enfant à l'eau, ce\nmême homme hésite tout d'abord, ne fut-ce qu'un instant, le temps de\nsonger à préserver sa montre, — il ne s'élancera pas. Les gens qui ne font\ndu sauvetage qu'en vue des médailles et des distinctions le font raisonnable­\nment, — c'est fort exact — et ne se risquent qu'avec grande prudence, leur\nidée dominante n'est-elle pas, en effet, de se conserver pour la distinction\ndésirée? Qui se dévoue pour être récompensé, se dévoue sans grand mérite.\nC'est possible. Seulement, ne faut-il considérer que celui qui s'est coura­\ngeusement avancé et négliger absolument ceux qui n'ont pas bougé, c'est-\nà-dire le grand nombre? Voilà l'erreur. Au point de vue social il est inutile\nde s'occuper de ce brave, il a les vertus nécessaires, et c'est aux autres qu'il\nfaut songer, c'est aux autres qu'il faut inspirer l'instinctive générosité qui\nleur manque ; aussi, on glorifie un sauveteur, un savant, un herboriste non\npas parce qu'il a posé un acte méritoire ou fait une utile découverte, mais\nsimplement parce que tant d'autres n'ont rien fait et qu'en ceux-ci il faut\nfaire entrer la persuasion, la conviction profonde que réellement ce dévoue­\nment, ce travail est sublime, conviction telle qu'elle finira par agir sur la\nnature de ces indolents et les poussera aussi, le moment venu. Il est par\nlà fort naturel que les récompenses se décernent en grande cérémonie et\ns'accrochent aux poitrines et se portent bien en évidence devant ceux qui\nn'ont rien mérité. Toute récompense est donc morale et salutaire. Ainsi, la\nReligion, ayant reconnu que l'homme ne fait rien pour rien, montre à tous,\ndans ses tableaux, dans ses chants, dans ses extases, les éternelles récom­\npenses qu'elle promet à celui qui respecte les principes de vertu et de résigna­\ntion, principes indispensables au maintien de notre état social.\n   Les gens qui sont très forts ou qui orgueilleusement se croient très sûrs\nd'eux-mêmes, diront que la religion est un mensonge... Voilà une bien\nmauvaise raison. Qu'est-ce donc que la sociabilité? N'avons-nous pas, en\nnous groupant en cités et en nations, poussés par un intérêt commun,\nadmis comme vraies, ou du moins comme indiscutables, certaines conven­\ntions reconnues nécessaires? Tout état social repose sur des théories fic­\ntives, des hypothèses qui n'existent que par un consentement tacite et géné­\nral ; nous ne jouissons des avantages de la vie en commun qu'au prix de\ncertains arrangements intervenus entre nous, suppositions admises une fois\npour toutes — et tout est convention. Qu'est-ce que la civilisation, en réa­\nlité? La morale elle-même, sur laquelle chacun base la civilisation, existe-\nt-elle ! La morale qui n'est pas ici ce qu'elle est là-bas : elle n'est plus\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "                                  — 338 —\n\naujourd'hui ce qu'elle était hier et nous ignorons ce qu'elle deviendra. Des\nactes blâmables ici, sont superbes de l'autre côté de l'Océan; nos ancêtres\nfaisaient galamment des choses que nous trouverions fort vilaines — et la\nmorale, cet élément primordial, n'est pas une fiction! Qu'est-ce que la\nLiberté avec les formalités douanières et le service obligatoire? Peut-on\nadmettre l'Egalité tant promise alors qu'entre des gens qui passent sur un\nmême trottoir il se trouve une place d'honneur? Quelle illusion encore que\nle Droit quand il faut pour avoir raison acheter l'habileté d'un avocat! Le\nrespect de la propriété est chose sainte, mais qu'une bête fantaisie politique,\nqu'un simple coup d'éventail fasse éclater la guerre, — car on se tue pour\nde pareilles raisons — et plus rien n'est sacré, l'homicide est glorieux, et\nc'est l'Autorité, la maman de nos lois sévères, qui donne l'exemple. Mais\nces lois, si gravement figurées sur les monuments publics, ne sont-ce pas\naussi des fantaisies qui, nées au hasard des majorités, se balancent entre les\naffirmations les plus contradictoires? En petit, c'est la même chose; nos\nappréciations, nos jugements, sont conventionnels comme les signes d'un\nlevé topographique ; ainsi nous disons que notre voisin fait des cancans, si\nc'est à d'autres qu'il va conter les histoires qu'il devrait venir nous dire et\nqui seraient bien intéressantes. Et les règles baroques de la politesse?\nEchanges de cartons taillés et de mots convenus. Et ces coupes déterminées\nde nos vêtements? L'existence entière est faite de conventions, d'erreurs,\nd'illusions, de faussetés — qui toutes sont nécessaires. Acceptons-les donc.\nQui voit le moyen de faire autrement ?\n   Mais de toutes ces conventions, celle qui a le moins varié, tout en étant\nla plus ancienne, c'est bien la Religion, ou les Religions. Toutes absolu­\nment ont eu et ont un même but, et prêchent aux peuples, dans un lan­\ngage approprié, des devoirs identiques au point de vue de la conservation\nsociale. Comme forme aussi elles sont les moins capricieuses de nos inven­\ntions ; elles ont dans leur histoire, une communauté évidente, des rappro­\nchements frappants, et toutes sont élevées sur une fabulosité similaire,\ncomme l'a nettement établi Dupuis dans les conclusions de sa longue étude\nsur l'Origine de tous les cultes.\n   Debout, montés sur leurs ergots, des réformateurs qui ne considèrent\ndans ces pratiques que les fautes et les exagérations — il s'en trouve par­\ntout, — veulent anéantir la Religion parce que, proclament-ils, c'est une\nerreur. C'est une erreur, soit. Mais ne sommes-nous pas chargés d'erreurs\nmoins utiles? La Religion ne ment pas plus que les lois farouches de ce\nqu'on nomme les convenances, caprices dont on confesse l'utilité et devant\nlesquels on s'incline. Elle ne ment pas plus que les grands honneurs que\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "                                   — 339 —\n\n\nnous décernons. Ce qui est vrai, malheureusement, c'est que notre cupidité\na l'ait de la prière sainte une plate bassesse; la pieuse méditation est deve­\nnue une lâche mendicité, car maintenant la prière perfectionnée sans garan­\ntie du ciel, voici ce que c'est : M. A., bon de'vot, possède deux ares de ter­\nrain où il cultive une plante qui demande beaucoup d'eau; à côté, M. B.\nsème dans un terrain de dix hectares une plante qui demande de la séche­\nresse, et la prière c'est A. qui, dans une récitation quotidienne et jaculatoire,\noù il dit aimer son prochain comme soi-même, supplie Dieu et saint\nMédard d'envoyer deux bonnes averses par jour... Mais parmi les tritu-\nreurs de politique qui montrent le poing à l'Eglise et cherchent à rendre ses\nsymboles odieux, combien ne sont pas des jaloux de la puissance reli­\ngieuse : on est roulé par plus fort que soi, on se venge en criant : jésuite!\net dans ce cri bout la rage de n'être pas assez malin pour pouvoir être\njésuite aussi et jouir des bénéfices du rôle...\n    Pour la masse, en résumé, la Religion est encore la morale, et dans le\nprésent — l'avenir nous l'ignorons — cette masse ne peut pas être assez\ncultivée, assez délicate pour pratiquer le juste nec spe nec metu, et aimer\nle bien pour lui-même si elle perdait les lisières que tient un culte doux et\nfort, menaçant les puissants et caressant les humbles. Tuer la Religion\nserait une faute parce qu'il faut compter avec nos faiblesses et nos imper­\nfections.\n    D'une autre façon encore, la Religion est désirable. Nos pensées, nos\n rêves aiment à se laisser aller flottant en de vagues tendresses; notre ima­\n gination, blessée par les aspérités froides de la précision, est amoureuse de\n l'indéfini, et c'est dans les espoirs lointains que nous berçons nos regrets\n pour les consoler. Or, pour bien des caractères, la Religion étanche cette\n soif de poésie. Par nos désirs, par nos pensées, nous vivons beaucoup en\n dehors de notre vie; dans un extraordinaire attirant, et nous avons besoin\n de trouver quelqu'un dans cet au delà, de sentir une force dans cet infini\n noir de l'avenir, une puissance qui nous parle. Epeurés devant ce mystère,\n comme devant un passant rencontré le soir dans les champs, nous murmu­\n rons : bonjour M. l'Inconnu, et nous plaçons un Dieu dans ces ténèbres\n pour qu'il nous réponde. C'est ainsi un constant besoin de personnifica­\n tion ; les éléments et les saisons prennent pour nous des formes ; le malade\n personnifie sa maladie, il donne une figure, un mouvement à cette fièvre\n qui va et vient, il lui parle, l'implore, la supplie... et puis enfin, avouons,\n nous sommes des capons, et le jour où la Science, lassée de notre curiosité,\n  nous aura dit : eh bien, regardez, voici le lendemain de la mort : Rien !...\n  nous nous sauverons à l'église comme ces enfants qui, timidement, ouvrent\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "                                  — 340 —\n\n\npeu à peu la porte du grenier, voient qu'il n'y a absolument rien, prennent\npeur de ce vide et se sauvent bien vite dans les genoux de leur bonne ; la\nbonne leur raconte Ali-Baba ou les quarante voleurs, et ils savourent en\nlongs frissons une délicieuse frayeur. Il faut des histoires pour les grands\nenfants : après leur avoir montré comment on punit les petits garçons\ndésobéissants, on montre comment souffrent les grands barbus qui mentent\net qui volent.\n   Mais il faut habiller ces grands contes dorés. Souhaitons qu'on dépouille\nle culte de pratiques malheureuses, de détails maladroits; plus de ces\nfigures ridiculement enluminées, de ces statues honteusement taillées ; au\ncontraire, que l'art le plus exercé présente l'idée religieuse en tableaux\nsoigneusement parfaits, en scènes imposantes, en cortèges et en musiques ;\nles broderies, les lourdes chasubles, les dalmatiques, les décors, les radieuses\ncouleurs et les poèmes chantés donnent une envahissante poésie à la solen­\nnité des rites. On cherche des emplois pour les femmes ; on juge moral de\nles prendre dans les gares de chemins de fer et dans les bureaux du télé­\ngraphe, mais ne sont-elles pas indiquées pour le service du temple ? Les\ncurés devraient être des femmes ; leur tempérament, leurs nerfs, leurs déli­\ncatesses, leurs soins, leur sentimentalité emporteraient les prières dans une\npassionnante élévation, et leurs voix avec tendresse diraient mieux l'apitoie­\nment suprême des vierges charitables. De même que les vers demandent\nplus que la prose une typographie luxueuse, la Religion, étant une poésie\naussi, demande un cadre mystique, fleuri de soins précieux. Le catholi­\ncisme est le culte le mieux entendu parce qu'il recherche dans les grands\ndécors une somptuosité lyrique. Dans la simplicité unie, le culte s'évanouit,\nun culte nu devient une banalité, une puérilité comme le spiritisme, par\nexemple, dont l'erreur est de vouloir montrer sans préparation, là, autour\nde votre table, une trop parfaite précision ; cela devient de la prestidigitation\net de plus une sottise : un spirite sincère doit se tuer sans retard pour aller\nau plus vite retrouver ses parents et ses amis défunts dont il connaît le bon­\nheur, il sait de plus ne pas perdre les vivants avec lesquels il peut même\nconverser; aussi, tant qu'il y aura des spirites vivants on sera en droit de\ndire que le spiritisme est une farce.\n   Il faut donc une Religion éclatante qui chante de mystérieux poèmes\naux glorifications de la Nature et qui entraîne les imaginations à travers\nles lointains étoilés vers l'aube des résurrections. Cette attendrissante reli­\ngiosité fait réfléchir et penser. L'homme qui pense s'améliore. C'est, pour\nbeaucoup, la seule philosophie, cette poésie éperdue, tressaillante, qui,\ngénéreuse sanctification, met, sur les plaies, des baisers, et, au terme des\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                                  — 341 —\n\ndouleurs, le mirage tentant d'une survie. Des nostalgies d'éternité s'en\nvont à travers les vitraux pâles de la vieille église chère, aimée, et qui n'est\npas flanquée de gendarmes comme la porte obligatoire de la mairie; cha­\ncun y vient librement aux heures solennelles, et chacun sait qu'un jour\naussi, là, entrera pieusement un cortège funèbre — et il est bon qu'on parle\naux hommes de la mort et de la fragilité de leurs projets. A moi, qui pos­\nsède si peu de cette Religion, elle a pourtant laissé un des profonds souve­\nnirs de mon jeune âge. C'était dans une de ces belles églises normandes,\ndans une petite localité au bord de la Basse-Seine. Je passais, et j'étais\nentré : on célébrait le service funèbre d'une gamine. La vieille église, avec\nses siècles reposant en poussière sombre sur ses arceaux, s'était mise en\ndeuil pour cette enfant d'une douzaine d'années ; le chœur était tendu de\nnoir et des cierges jaunes portaient des larmes d'or, les flammes immobiles,\ndroites, semblaient suivre l'ascension des prières... Au milieu du temple, le\ncercueil maigre sous un drap blanc. Une couronne de roses fraîches épan-\ndait une odeur douce, et, près du grave curé qui, l'eau bénite aux doigts,\nlentement priait, les petites amies de la morte, fillettes en blanc, portaient\ndes bouquets et des corbeilles pleines de fleurs coupées. Un recueillement\nplanait sur tous. Des femmes suivaient les grains de leur chapelet, et des\nmatelots carrés, brûlés au vent, se courbaient prostrés devant cette Nature\npuissante qui secoue les bateaux dans les orages et emporte les enfants\nadorés... Un mousse en surplis balançait, songeur, un encensoir, et les\ndeux porteurs, pâles et glabres, tête basse, se recueillaient, bien que leur\nhabit à plaque d'argent se fût râpé au contact des morts. D'une voix timide\nles fillettes dirent un chant doucement grave dans lequel éclata un sanglot\nmal contenu, et le vieux prêtre, en ses oraisons, parlait à son Dieu de cette\njeune âme envolée... Dans cette église, dont les dalles étaient usées par les\ngenoux des générations disparues, sous le demi-jour bleu qui tombait des\nvitraux, dans le chantonnement des prières, un saisissement tendre, un\nanéantissement ineffable pénétrait et idéalisait l'ombre effrayante de la mort;\nun détachement d'ici-bas vous enlevait par une pieuse élévation dans un\noubli consolant — cette fillette morte n'était plus une indifférente pour\nmoi, et je pense encore à cette enfant inconnue...\n\n\n\n\n  J'aime la Politique — et je voudrais que chacun l'aimât. Donc j'en veux\nà cette politique que nous subissons, précisément parce qu'elle répugne à\ntant d'esprits droits et forts et ne leur inspire qu'une méprisante aversion.\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "                                  — 342 —\n\nNotre politique est une délaissée; jetée à qui veut la prendre, elle est aban­\ndonnée à un ramassis de vaque-à-tout qui font de la politique, parce qu'ils\nne sont pas bons à faire autre chose.\n   Cependant la Politique, science des Etats, n'est-elle pas un élément\nessentiel dans le développement des sociétés ? Cet art difficile de conduire\nl'universel tout le monde, tient notre existence, notre prospérité à tous, et\nlentement, dans ses lointaines clairvoyances, il façonne l'avenir. C'est, en\nsomme, l'hygiène générale de l'humanité : une mauvaise politique est une\nmaladie dangereuse; elle tue. Notre devoir et notre intérêt donc, nous com­\nmandent de veiller au maintien d'un régime sain et pur pour nous et pour\nceux qui nous suivront. Personne ne peut rester en dehors de semblables\npréoccupations. N'offre-t-elle pas, du reste, un spectacle assez passionnant,\ncette étude de phénomènes de chimie sociale montant en une suite d'évé­\nnements — qui sont comme des réactions — le déroulement d'une grande\névolution, majestueusement lente, vers une condition meilleure? Science,\nbonheur, progrès, morale, toutes faiblesses qui, pour avancer, attendent\nque la Politique vaillante leur donne la main. Là se trouvent, par consé­\nquent, des travaux utiles et des leçons fortifiantes. Ah! c'est une fière\ntâche! Travailler, bûcher, faire entrer le jour dans le cerveau et, à force de\npatientes et obstinées réflexions, s'orienter enfin dans les confusions, recon­\nnaître la route sûre et aller dire aux foules : J'ai trouvé le chemin, suivez-\nmoi. Il a conscience de sa hautaine supériorité, celui-là, et il sort triom­\nphateur de son cabinet de travail. De semblables maîtres ne sont pas de la\nrace commune; devant eux, la masse, c'est la bête, et ils peuvent traiter\ncette bête avec des arrogances de dompteurs, le poing levé : tes idées, tes\nopinions ! Imbécile, qu'as-tu fait pour en avoir? Moi, j'ai conquis les\nmiennes; en avant ! — et, la cravache à la main, ils secouent la torpeur\nstupide et cinglent les échines lourdes : marche, peuple que tu es ! Et\nquand la besogne est finie, ils lui disent : couche! c'est bien... Il y a eu de\nces hommes. Des inconnus qui montaient sur une table et, tribuns superbes,\nfaisaient passer leur vigueur dans les veines de la foule molle et allumaient\nirrésistibles, ces enthousiasmes compacts où nul n'est le dernier — et ces\nmaîtres lâchaient le peuple comme on lâche une meute. Voilà comment,\nmanches retroussées, on pétrit impérieusement la lourde pâtée d'hommes.\nQuel triomphe fulgurant! Mais maintenant, avons-nous encore des maî­\ntres! Nous avons des serviteurs... On connaît le terme : esclave de la\ndémocratie! Je n'ai pas confiance dans la démocratie, quelle confiance\naurais-je dans ses esclaves, ces hommes sans volonté qui sont les volants\nsur la raquette populaire... Ce sont nos chefs qui nous suivent. Aussi on\nfait un politique du premier venu.\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "                                   — 343 —\n\n   Quand un cher enfant paraît avoir avalé strictement les études que fait\nsemblant d'exiger un programme modeste, papa lui dit : te voici avocat,\nfais de la politique, mon garçon... et mon garçon se pousse dans une société\nquelconque où se rencontrent des électeurs influents — parce que, restant\nle plus tard au cabaret ils voient le plus de monde — et là on délibère de\ntout, de tout, de tout avec une compétence universelle : si Blondin entrait\non lui enseignerait l'art de marcher sur la corde roide ; on agite les grosses\nquestions : qui doit payer les frais de pavage devant la boutique du mar­\nchand de charbon de la rue des Epinettes? On examine les cancans graves\net toutes les balivernes très importantes à l'ordre du jour, on nomme des\nprésidents, des secrétaires, des sections et des commissions, enfin on fait\ndes rapports sur ce que contiennent les bulles de savon — et c'est que\ntout le monde n'a pas ce talent-là : ces gaillards arrivent à être d'une force\nprestigieuse, ils élaboreraient avec aisance trente pages de petit texte pour\nétablir d'une façon tout à fait congrue qu'il n'y a décidément pas lieu de\nferrer les cigales. Alors le candidat a flairé l'opinion, il se jette dans le cou­\nrant et nage. Il suit un ancien plus avancé et, d'un coup d'ceil, lui dit :\ndonnons-nous la main, je vous pousserai et vous me tirerez A ce moment,\nle jeune héros entre dans un programmé — cela se reconnaît aux sourcils\net à la redingote — et il se répand dans le monde et sourit. Il se tait l'âme\ndes élections; c'est toujours la même chose et il fait toujours la\nmême chose : les élections c'est comme la chanson du « petit navire »\nquand c'est fini cela recommence. Lorsqu'une place s'ouvre, la cohue des\njeunes gens d'avenir se bouscule en criant : moi, messieurs! moi, messieurs!\nEt chacun célèbre ses mérites par voie d'affiches. Si, à l'écart, un patient\nlaborieux a travaillé, a ouvert les problèmes sociaux et médité aux solu­\ntions apaisantes, pourra-t-il, voudra-t-il lutter avec cette intrigaillerie ? Ce\nsage imbécile n'a pas fait de visites, il n'a trinqué avec personne. Il n'est\npas connu. La politique est devenue l'art de placer des poignées de main à\nintérêt. C'est une Bourse où l'on trafique de sympathies et de services; on\nse passe des amitiés payables en bulletins de vote. Et ce n'est pas même\nune Bourse, c'est une foire, une foire bruyante où trôle une bousingaille\naffamée. Appelant le public devant les merveilles de leur programme, des\ndébitants de pâte électorale grimacent le sourire du candidat, jonglent\navec les idées à la mode, résolvent tout à la boule vue, escamotent les\nimpôts, offrent des poudres pour faire pousser la richesse et pincent le\ngrand quadrille de l'égalité et de la fraternité. Ardélions et prometteurs de\nréjouissances, ils braillent des professions de foi : gratis je donne un che­\nmin de fer! Je créerai une rivière pour y construire un pont ! Votez pour\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "                                  — 344 —\n\nmoi, et tous vos fils seront fonctionnaires du gouvernement... Ne vous\ntrompez pas d'enseigne, je suis, moi, le vrai, l'unique, le merveilleux can­\ndidat — et mon voisin n'est qu'un imposteur, un pignouf... Les injures se\nvident sur les têtes, et, de toute cette politique braillante et tavernante, il\nsort une odeur de linge sale... Pour se mêler à ces pantalonnades. Il faut\nun tempérament particulier. Aussi voit-on que le rang dans lequel se\nrecrutent les postulants descend de plus en plus, car il faut, ou une soif bien\ngrande de gloire facile ou le besoin de faire une réclame à son commerce\nou à son cabinet, pour aller se faire déshabiller publiquement par le pre­\nmier électeur venu. Faire de la politique c'est, en franc résumé, faire ses\naffaires en ayant l'air de faire celles des autres. Et nous nous trouvons sous\nla protection d'esprits ordinaires qui font de la science sociale comme les\n moulins à vent font de la farine, sans savoir ce que c'est. Ils solennisent la\nnudité des lieux communs, déclament pompeusement des banalités usées,\nprononcent des discours en enfilant des formules et, comme le Rougon de\nZola « brandissent des mots bêtes » Oh ! la blague, la platine, le fer blanc !\nDire que pour autoriser le port d'un bout de ruban, ou pour conférer un\ncarré de parchemin, il faut des réunions très officielles de doctes vieillards\ndélibérants, tandis que tout le monde a le droit d'avoir une langue! Que de\ndiscours, de temps et de papier perdus pour chercher cinq pieds à un mou­\nton. Dans le trouble des théories séduisantes et des utopies sucrées, ce ver­\nbiage facile gonfle de blousantes humanitaireries et fêle tant de malheu­\nreuses cervelles. C'est le docteur Descuret qui a affirmé qu' « à chaque bou­\nleversement politique on est sûr de trouver les maisons d'aliénés encom­\nbrées. » Des objets secondaires, des questions de boutique deviennent des\ntam-tam retentissants, et les problèmes utiles, les questions matérielles qui\nconstituent la politique commerciale et industrielle, c'est-à-dire une politi­\nque solide, s'en vont à la dérive perdus dans les rouages vénérés des bud­\ngets, des enquêtes, des sections, des rapports, des questions préalables et\ndes commissions... Si Dieu avait assemblé une commission pour créer le\nmonde, le monde n'existerait pas encore, disait Méry. Au bout du compte,\nle gouvernement trouve un déficit dans ses finances, proclame la patrie\nsauvée et crée de nouveaux impôts... Ministère... impôtcrite, va! Vous\nsouvenez-vous de ce M. le Ministre de Claretie qui, après plusieurs mois\nau pouvoir, écœuré du tripotage des suppliques, des requêtes et des pro­\ntections, s'écrie : ma parole d'honneur, mon cher, je n'ai point encore\nentendu un seul mot de la France? C'est là, très exactement, le caractère\nde notre politique rapetissée, si finement peinte par Dickens dans les papers\nof the Pickwick club, quand il raconte la bataille des bleus et des jaunes à\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "                                     — 345 —\n\nEatanswill. Devenue régionale, locale, cette politique cherche les divisions\net fait si bien que le mot : national, est remplacé par le mot : parti. Pour\nla date d'une fête, les hommes au pouvoir choisissent l'anniversaire d'un\ntait spécial à leurs amis, le souvenir d'une défaite des autres, alors la haine\nsort ses griffes et la nation n'est qu'à moitié en joie. On a établi une fête\nnationale le 14 juillet; que cette date représente ce qu'elle veut, si tous ne\npeuvent s'associer à ces rejouissances, la fête n'est pas nationale, elle est\nantinationale parce qu'elle accentue les divisions entre les hommes d'un\nmême peuple. Il serait si simple d'adopter une date qui n'est l'anniversaire\nde rien du tout, c'est-à-dire d'un bon jour de calme, quitte à laisser d'in­\ncorrigibles patriotes rechercher minutieusement si ce n'est pas ce jour-là\njustement que Robespierre a pris médecine ou que Napoléon I er a acheté\nune tabatière neuve. Mais la politique est pleine de ces sottises énormes,\nde ces inconséquences : les Belges se séparent de la Hollande, créent une\ndivision et prennent pour devise « l'union fait la force »... comprenez-\nvous? A propos de ces polémiques féroces ou flagornantes, dans une jolie\nchronique M me de Girardin assure que, d'après le National, le maréchal\n Soult avait gagné la bataille de Toulouse — quand il était au pouvoir, et\n qu'il l'avait perdue — quand il n'était plus ministre.\n\n     (A suivre),                                       JAMES VAN DRUNEN.\n\n\n\n                              MEMENTO\n     VICTOR HUGO est mort à Paris, le vendredi 22 Mai 1885,\n   à une heure vingt-sept de l'après midi.\n\n                                              des Lettres et des Beaux-Arts de Bel­\n   C'est à Leconte de Lisle que l'Académie    gique.\nfrançaise donnera le siège de Victor Hugo,\nqui fut celui de Pierre Corneille.              Le Journal des Gens de Lettres publie\n                                              dans sa « Petite Chronique » (très petite)\n                                              un entrefilet (très entre) dans lequel il\n   Curieuse! la deuxième partie des Etudes    déclare que la Jeune Belgique est carré­\npassionnelles de décadence, de Joséphin       ment à Jéricho.\nPéladan, paraîtra prochainement en feuil­       L'articulet (très culet) est d'un ton que\nleton dans l'Echo de Paris.                   jamais le regretté docteur Valentin n'aurait\n                                              autorisé dans l'organe bi-mensuel (très bi­\n   M. Gustave Frédérix, de l'Indépendance     mensuel) dont il était l'honnête directeur.\n belge, vient d'être nommé membre corres­       Inutile de dire que nous n'avons pas à y\n pondant de l'Académie royale des Sciences,   répondre et que nous déplorons profondé-\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "                                        -       346     -\n\nment l'abus que font les héritiers de             montre un peu comme on montre de belles\nM. Valentin d'un journal auquel il avait          dents, et cela nuit à la sobriété de sa décla­\nattaché son honorable nom.                        mation. Sauf cette petite tache, nous ne\n                                                  connaissons pas d'artiste capable de le\n                                                  remplacer dans l'interprétation de cette\n                                                  musique.\n   Wagner vit désormais dans son art et,\ndevant lui, le wagnérisme s'efface; le petit         Quant à l'orchestre, pour qu'il se résigne\ngroupe qui essayait, il y a peu d'années,         à subir toute la cuisine de sa symphonie, il\nd'apatrier ici des fragments du drame de          est parfait; pour nous, il demeure très\nBayreulh, s'est fondu dans une foule;             imparfait; il faudra qu'il s'immatérialise\nqu'importe d'être wagnérien ; il ne reste que     beaucoup.\ndes artistes du moment où l'anti-wagné­              Qu'on resonge au Prélude de Parsifal.\nvisme se représente par des architectes              Ces notes ne sont que pour fixer les dates\ndont le sens esthétique et les sifflets font      et marquer une étape.\nsourire.                                             Maintenant les interprètes, détournés des\n                                                  questions mesquines de propagande et des\n   Après le concert de 1884, la représenta­\ntion des Maîtres-Chanteurs      à la scène        polémiques de doctrines, vont pouvoir se\nfrançaise a produit un revirement, ou plu­        vouer tout à fait à l'œuvre.\ntôt un virement prodigieux dans le public.\nAprès l'exécution du premier acte de la\n                                                    Fernand Leborne, un des nôtres en tant\nWalkùre aux concerts des 3 et 7 mai der­\n                                                 que jeune, en tant que Belge, vient de faire\nnier, la représentation de tout le drame et\n                                                 exécuter une œuvre qui, par le style, est\nde la tétralogie s'imposera comme celle des\n                                                 plus qu'une œuvrette, et dont Paul Berlier\nMaîtres, en attendant ces deux œuvres qui\n                                                 lui a joliment découpé le poème dans la\nexpriment le plus intensément la person­\n                                                 pastorale de Longus : Daphnis et Chloê.\nnalité de Wagner : Parsifal et Tristan.\n                                                 Nous y retrouvons les éléments de ses\n    En peu d'années quel résultat gigan­         mélodies : des réminiscences et des inéga­\n tesque.                                         lités. Les réminiscences, on les secoue; les\n    Nous le devons surtout aux quelques          inégalités sont une promesse; car un talent\n individualités énergiques du comité wag­        égalisé c'est un talent nivelé.\n nérien. parmi lesquelles Joseph Dupont.\n                                                   La patte de Leborne est une poigne; sa\n    Quand on considère le rôle qu'il a joué      plastique symphonique toute bossuée est\n dans l'œuvre musical de ces dernières\n                                                 dure de rocailles, mais il les anime de son\nannées, on se dit qu'il en est, en somme,\n                                                 souffle et ce souffle est déjà puissant.\n l'un des promoteurs et l'interprète; il fal­\nlait ses capacités en même temps que son                                ***\nenthousiasme d'artiste pour mener à d'aussi         L'équation du Beau, conférence faite au\n belles exécutions même une masse d'élite.       Cercle polytechnique de l'Université de\n    En parlant ici de masse d'élite, nous        Bruxelles par Hilaire Giurescu.— Union de\nsongions d'abord aux dames solistes et aux       l'esthétique et des mathématiques. L'au­\nchœurs qui ont chanté la Chevauchée au           teur est un savant et son espèce de plai­\ndernier concert.                                 doyer est très habile, sinon très juste. Mettre\n    C'est F!on qui en avait dirigé toute         le Beau en formules, c'est un peu comme\nl'étude préparatoire, l'exécution a été su­      mettre (oui, commettre) le soleil en boîtes.\nperbe.                                           La brochure n'en est pas moins d'un grand\n    Blauwaert a été plus remarquable peut-       intérêt et nous en félicitons M. Giures....\nêtre que toujours dans la Walkùre et la          Comment dites-vous?\nScène du Vendredi-Saint de Parsifal.\n   A Van Dyck nous reprochons, comme\njadis, de pousser trop sa jolie voix ; il la          La circulaire suivante vient d'être adres-\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "                                         — 347 —\n\nsée aux artistes : Salon libre de l'Ecole           Que chaque artiste invité, fasse d'abord\nflamande.                                        un choix parmi ses meilleures œuvres dis­\n                                                 ponibles.\n      MONSIEUR ET CHER CONFRÈRE,                    Qu'il se résigne, après, au jugement de\n    Vous savez probablement déjà, par la         ses camarades et de ses pairs.\n voie de la Presse, unanimement sympa­              C'est cette dernière mission qui incom­\n thique à notre entreprise, que nous orga­       bera aux différents Comités.\n nisons, à Anvers, un Salon libre de l'Ecole        Un avis ultérieur vous indiquera, Mon­\nflamande, dans les Galeries Ncurenberg,          sieur et cher Confrère, le local où, dans les\n situées en face du Salon officiel des Beaux-    différentes villes, se fera un premier exa­\n Arts.                                           men.\n    Cette exhibition, essentiellement privée,       Les invités sont priés d'envoyer, avant\n ne peut, sous aucun rapport, avoir le carac­    le 25 courant, leur adhésion éventuelle à\n tère d'une concurrence et encore moins          l'adresse de M. J. Van Genegen, secrétaire,\n celui d'un Salon des Refusés.                   rue de Moey, 42, à Anvers.\n    Aussi nous sommes nous vus forcés de            Les oeuvres devront, en tout état de\n limiter le nombre de nos admissions.            cause, être rendues à Anvers pour le 5 juin.\n                                                 l'Exposition s'ouvrant irrévocablement le\n    En séance de nos Comités réunis,\n                                                 15 du même mois.\n Monsieur, nous avons décidé de vous en­\n voyer une invitation spéciale, limitée, tou­       Certain que notre appel rencontrera chez\n tefois en ce sens :                             vous un accueil empressé, nous vous pré­\n                                                 sentons nos salutations cordiales.\n    Il importe que le Salon libre de l'Ecole\n flamande réponde absolument à son but.                                   Les   Secrétaires,\n Pour ce, il nous faut faire abstraction d'in­                           E   VAN GENEGEN,\n térêts secondaires et ne considérer que les                             GUSTAVE LAGYE.\n intérêts de l'Ecole tout entière.\n                                                        Membres de la Commission :\n    Des Comités ont été constitués dans les\n trois grands centres artistiques belges,           Pour Anvers : MM. Isidore Meyers,\n Anvers, Bruxelles et Gand. Nous y avons         Frans Vinck, M. Hagemans, Florent Cra­\n adjoint un délégué pour les provinces wal­      beels, A. Delfosse et E. Van Genegen, ar­\n lonnes, M. Legendre, directeur de l'Acadé­      tistes-peintres ; MM. Georges Geefs et\n mie des Beaux-Arts de Tournai.                  E. De Pleyn, statuaires; MM. Eugène\n    Inutile, Monsieur, de vous dire qu'aucun     Gressin-Dumoulin, rédacteur en chef de\n esprit de parti ou de groupe n'a présidé à      l'Opinion; Paul Billiet, rédacteur en chef\n notre entreprise. La seule mention des          du Koophandet; MM. E. Kums, A. Pas­\n membres de nos Commissions, vous don­           senbronder et J. Deru, membres protec­\n nera toutes garanties à cet égard. Vous la      teurs, etc.\n trouverez ci-jointe avec les conditions d'ad­      Pour Bruxelles : MM. E. Meunier et\n mission et de responsabilités.                  L. Herbo, artistes-peintres; M. Julien Dil­\n    La place dont nous disposons, Monsieur,      lens, statuaire ; MM. Lucien Solvay\n étant limitée, un choix rigoureux d'œuvres      (Galette), Th. Hannon (Chronique), Max\n s'impose.                                       Waller (Réforme), Gustave Lagye (Fédé-\n    Vous êtes trop artiste, pour ne pas com­     ration artistique).\n prendre la nécessité d'un groupement trié          Pour les Flandres : MM. J. Rosseels et\n sur le volet.                                   G. Den Duyts, artistes-peintres; M. Her­\n    Nous ne disposons ni d'un local ni de        mann Van Duyse, conservateur du Musée\n capitaux immenses. Nous agissons par nos        des antiquités de la ville de Gand.\n propres forces. Tâchons donc de n'arriver          Pour les provinces wallonnes : M. Le­\n au combat qu'avec des armes bien trem­          gendre, directeur de l'Académie de Tour­\n pées.                                           nai.\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": "                                         — 348 —\n\n   (Ces différentes commissions pourront         Son inspiration ne quitte pas les routes\ns'adjoindre, à volonté, de nouveaux élé­         connues et sa facture n'a pas la netteté\nments, tant comme membres artistes, que          banvillesque Tel quel, le volume de\ncomme hommes de lettres et membres               M. Teneo mérite certes d'être lu, néan­\nprotecteurs.)                                    moins. Il témoigne d'un tel effort littéraire\n   Inutile de dire que nous souhaitons plein     et nous devons encourager hautement le\nsuccès à l'entreprise.                           jeune écrivain qui, pour sa première œuvre,\n                                                 arrive à ce résultat. Lorsque M. Teneo se\n                     ***                         sera dégagé des influences étrangères, et\n   Pic et vallées, par Raoul Lafagette. Un       aura trouvé sa note propre, il sera, nous\nvolume, Lemerre. Prix : 3 francs — Poésies       n'en doutons pas, un des bons soldats de\ncorrectes, sans couleur, telles quelles. A       l'armée moderne.\nlire en douche, et en faire cadeau au bai­\ngneur.                                                                    **\n                     ***                            En guitarisant, M. Georges Alleweireldt\n   Au pays borain, par Henri Raveline.           a réuni un volume de guitares. Cy l'Oda-\nUn volume, Byr et Loret, Mons. Prix :            lisque :\nfr. 0-60. — Intéressante étude des moeurs               Je suis une odalisque ;\nhouillères.                                             Un sultan chaque soir\n                                                        Devant un obélisque (!!!!!)\n                     ***                                Près de moi vient s'asseoir.\n   Quelques pages des      Maîtres-Conteurs             Dans son humeur fantasque,\nallemands, traduction de G. Chantraine.                 Un grand eunuque blanc,\n                                                        En me donnant ma basque (!!!!}\nVerviers, Bibliothèque Gilon. Prix : fr. 0-60.          Me jette un regard lent\n— Excellent recueil de contes d'Auerbach,               Et soulève mon masque\nTheodor Storm, Julius Rodenberg et Klaus                Pour rire, en s'en allant, etc., etc.\nGroth, un des meilleurs volumes de la triste        M. Alleweireldt a voulu rire, avec son\ncollection jaune.                                obélisque inopiné. Ses vers ne sortent pas\n                     ***                         de la médiocrité; il a beaucoup à faire pour\n   Misère et Luxure, par Henry de Clas­          devenir maître. Il n'est encore que centi­\nsant. Un volume. Bruxelles, Moens. —             mètre. En guitarisant       représente des\nVers de débutant qui s'en fait accroire.         primes gourmes auxquelles il ne faut pas\nM. de Classant parle de la vie comme d'un        attacher trop d'importance ; nous attendons\nlupanar et des femmes comme d'une collec­        mieux.\ntion de catins. Sociolâtrerie rimée, — bien\nrimée d'ailleurs. Le poète peut sereine­\n                                                    Vient de paraître : Essai sur la vie de\nment oublier ses malédictions et mettre un\n                                                 saint Gérard, par Adolphe Servais. Un\ncalmant à sa plume. Les blasphèmes ne\n                                                 volume. Namur, Godenne. Prix : 2 francs.\nprennent plus, et le monsieur qui anathé­\n                                                 — Très intéressante monographie déve­\nmatise ses contemporains, a l'air bête. Avis\n                                                 loppée en belle prose. M. Servais est un\nà l'intéressé, qui n'est pas le premier venu.\n                                                 esprit religieux en même temps qu'un écri­\nIl s'en faut.\n                                                 vain de talent. Nous nous préoccupons peu\n                     ***                         de saint Gérard, et ses hauts faits dans le\n  Vient de paraître, chez Léon Vanier, Les       pays de Namur ne nous ont jamais troublé\nVoluptueuses de M Martial Teneo, admira­         le sommeil, mais un livre bien écrit, de\nblement imprimé par notre maison Calle­          quoi qu'il traite, est digne que le lettré s'y\nwaert. Des vers et des vers encore. Le           arrête, et nous recommandons le livre de\npoète est jeune à la pensée et au rythme.        M. Servais comme tel.\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": "L'ARTISTE, revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\n rain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\n pagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant pour la Bel­\n gique : MAX W A L L E R .\n\n\n            POUR PARAITRE PROCHAINEMENT :\n\n\n                             NOTES\n                                 SUR LA\n\n\n\n\nLITTÉRATURE MODERNE\n                                     PAR\n\n\n                 F R A N C I S              N A U T E T\n                          Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n\n\n                  VIENT         DE         PARAITRE\n       chez FRINZINE et KLEIN, 1, rue Bonaparte, à Paris.\n\n\n                      X I X e        S I E C L E\n\n\n\n\n                 LES ŒUVRES\n                                     ET\n\n\n\n   L E S HOMMES\n                                  PAR\n\n                  JULES BARBEY D'AUREVILLY\n\n\n\n             LES JUGES JUGÉS\n\n  UN     B E A U      V O L . IN-8°. P R I X :          FR.    7-50\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": " L A         REFORME,          organe quotidien de la démocratie libérale.\n   Re'daction et administration : 18, rue des Sables, à Bruxelles. Seul\n  journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n  province que pour la capitale, soit 1 2 francs par an.\n\n\n GIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n   cines, 16, à Paris; publie le BEL-AMI, par Guy DE MAUPASSANT.\n   Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs, en vente\n   partout.-\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN. Pré­\n   face de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (4e édition).\n   Un volume, Paris, librairie des auteurs modernes, fr. 3 - 5 0 .\n\n\nLUTECE, journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo T R E -\n   ZENIK, secrétaire de la rédaction : Georges RALL. Bureaux : boulevard\n   Saint-Germain, 16, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n   la Belgique : le port en sus.\n\n\n            H U M A N I T É S                                            C O M P L È T E S\n                                  A DOMICILE (EN T R O I S ANNÉES)\n\n\n\n                    PREPARATION AUX EXAMENS\n                                                                DE\n\n\nP H I L O S O P H I E ET LETTRES\n                                  Cours et répétitions particulières de\n\n       LATIN, PHILOSOPHIE, LITTÉRATURE, ANGLAIS & ITALIEN\n\n                    NOMBREUX SUCCES OBTENUS AUX EXAMENS\n(Sur 2 5 récipiendaires présentés aux examens en 1883 et 1884, 2 2 ont parfaitement\n                             réussi, dont 7 avec grades)\n\n\n\n             Examen de secrétaire de légation\n                         Cours et leçons particulières d'anglais et d'italien\nCONVERSATION, GRAMMAIRE, TRADUCTION, RÉDACTION, LITTÉRATURE\n\n\n                        S'ADRESSERA.M. BENHAM, PROFESSEUR, 8, RUE DU PARCHEMIN\n\n\n      B r u x e l l e s . — I m p r i m e r i e F É L I X C A L L E W A E R T p è r e , 26, r u e d e l ' I n d u s t r i e .\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1885-06-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 338."}}