{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1885-07-05-n7", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-07-05-n7-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "5e ANNÉE. 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PRIX : 60 CENT.              5 JUILLET 1885\n\n\n\n\n                                           LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-07-05-n7-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE: Comment écrire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 382, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 193, "fin_caractere_exclue": 915, "texte": "SOMMAIRE:\n\n   Comment écrire un Article-Blackwood            .   .    GEORGES EEKHOUD.\n   Schmitt                                                 MAX W A L L E R .\n   La Maison paternelle                                    GEORGES RODENBACH.\n   Quand même !                                            CHARLES BUET.\n   Chronique artistique : Anvers                           EMILE VERHAEREN.\n   Chronique littéraire : Toques et robes .           .    MAX WALLER.\n   Memento\n\n\n\n\n                                   'BRUXELLES\n              ADMINISTRATION :                              RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                    80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                           1885\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-07-05-n7-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "que votre lettre est aimable; j'aurais préféré des injures. 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Ecce :\n\n                                            A UNE VIEILLE FEMME\n   Tes yeux, impavides enchanteurs, où parfois semblent dormir les visions des vierges impolluées, — Tes yeux\nqui à l'aurore des nuits de joie se remplissent de scintillances et de fulgurations phosphorées, — Tes yeux ont\npour moi la splendeur des couchers (le soleil !\n   Tes lèvres, d'un rose affaibli, m'évoluent les soyeuses étoffes fanées, — tes lèvres, sapide Saint-Ciboire du\nplaisir. Ta peau veloutée, creusée d'imperceptibles rides, tout imprégnée de parfum, m'apparaît ainsi qu'une\nfleur à son déclin, dont le charme s'exaspère.\n   En contemplant tes lourdes paupières, aux longs cils, estompées d'un bleu violacé, plîssées et meurtries, je\nsuppute les nuits d'insomnie, les triomphantes et délirantes nuits de savantes et perverses délices !\n   l e s seins qui s'affaissent, tes formes qui s'alourdissent, ô maîtresse, affolent mes rêves, car - Sodome et\nGomorrhe, les villes saintes anéanties par le Dieu jaloux, te léguèrent leurs voluptueux, leurs terribles secrets ;\nles étranges et les subtils raffinements tu les connais; au creuset do ton amour abestin, tu m'as brûlé de trou­\nblantes et grandioses caresses ! O magicienne des nuits alanguics, qui nie dispensas le philtre de tes baisers\nmusqués et salaces, je me prosterne à tes pieds!\n  Or donc, prostituons-nous, — encore! Etouffe moi; à l'étreinte inassouvie de tes bras hystériques brise mon\ncorps frêle. — Je veux m'anéantir sur le bûcher ardent des voluptés farouches !\n                                                                                 GEORGES LEQUENNOIS.\n  Abestin — salace. Vous me présenterez ?\n  51. RENÉ D ' I . Votre écriture rappelle les hiéroglyphes des Pyramides et les papyrus\ndes premiers rois. La nouvelle qui est... en dessous est peut-être un chef-d'œuvre et je\nsuis tenté de le croire; je prie respectueusement mon panier de me donner son avis là-\ndessus. Ce qui m'ennuie, c'est que votre lettre est aimable; j'aurais préféré des injures.\nAmi.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-07-05-n7-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 349, "page_fin": 367, "titre_corps": "Comment écrire un article-Blackwood", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "COMMENT ECRIRE UN ARTICLE BLACKWOOD", "ancre_fin": "D après l anglais d EDGAR POE Widdleton éditeur New York 1856", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SCHMITT", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 384, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1737, "texte": "COMMENT ECRIRE UN ARTICLE-BLACKWOOD\n\n\n                          LA T H E O R I E\n\n                                 Des figues! Des figues! Au nom du prophète !\n                                      (Cri des marchands de figues turcs).\n\n\n                      Je suppose que chacun a entendu parler de moi.\n                    Mon nom est la signora Psyché Zénobia. Je suis\n                    certaine de ce fait. Personne, à l'exception de mes\n                         ennemis, ne m'appelle Suky Snobbs. Je me suis\n                   laissé dire que Suky n'est qu'une vulgaire corruption\n                   de Psyché, du grec authentique, qui signifie « l'âme »\n                     (ne suis-je pas tout âme?) et parfois « un papillon »,\n                     seconde acception s'appliquant sans doute à la\n                 figure que je fais dans ma nouvelle robe de satin cra­\n                 moisi, avec le mantelet arabe bleu de ciel, mes passe­\n                 menteries vertes et mes sept falbalas d'un jaune orange\n                 comme des auricules — oreilles d'ours pour le vul­\n                 gaire. Quant à Snobbs, quiconque me considère m'ac­\n                 cordera sur-le-champ que mon nom n'a jamais été\n                 Snobbs. Miss Tabitha Navet propagea ce bruit par\n               pure envie. Tabitha Navet, ma parole! O la petite gale!\n               Mais qu'attendre d'un Navet? Aurait-elle oublié le vieil\n               adage : « Le sang qui sort d'un navet, etc.. »\n                   Memorandum : le lui remettre dans la mémoire à la\n                 première occasion.\n                   Memorandum encore : lui tirer le nez.\nOù en étais-je? Ah! On m'a assuré que Snobbs est une simple corruption\n"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "                                  — 350 —\n\nde Zénobia et que Zénobia était une reine — (Moi également. Le docteur\n Moneypenny m'appelle toujours la Reine des Cœurs), — et que Zénobia,\ntout comme Psyché, est du grec authentique, et que mon père était un\nGrec, et que, par conséquent, j'ai droit à mon nom patronymique, lequel\nest Zénobia et d'aucune façon Snobbs. Personne, sinon Tabitha Navet, ne\nm'appelle Suky Snobbs. Je suis la signora Psyché Zénobia.\n    Ainsi que je le disais, chacun a entendu parler de moi. Je suis cette\nsignora Psyché Zénobia, célèbre à si juste titre comme secrétaire correspon­\ndant de l'Association bibliographique universelle et expérimentale, Revue\npériodique des Bourses, Thés, Belles-Lettres et Cannes à sucre en vue de\nla CIVILISATION DE L'HUMANITÉ. Le docteur Moneypenny composa ce\ntitre à notre intention et prétend l'avoir choisi de telle sorte qu'il résonne\naussi formidablement qu'un baril de rhum vide. (Un homme vulgaire par\nmoments que ce docteur, mais quand même profond.)\n    Toutes nous accompagnons nos signatures des initiales de la société, à\nl'instar de la S. R. A. ou Société Royale des Arts, de la M. A. O. I. E. S.\nou Magasin artistique, officiel, international et sélectif, etc., etc. Le doc­\nteur Moneypenny prétend pour cette dernière que I'M majuscule signifie\nMare, que l'A est mis pour aux et qu'il faut lire les autres lettres comme\nelles se suivent : O I E S ; ce qui ferait MARE AUX OIES au lieu de désigner\nla revue dirigée par lord Brougham, — mais le docteur Moneypenny est\nun homme si bizarre que j'ignore toujours s'il me dit la vérité. Quoi qu'il\nen soit, nous ajoutons invariablement à nos noms les initiales A. B. U. E.\nR. P. B. T. B. L. C. S., abréviation de l'Association Bibliographique\nUniverselle et Expérimentale,         Revue Périodique des Bourses, Thés,\nBelles-Lettres et Cannes à sucre, soit une lettre par mot sans lésiner. C'est\nautrement imposant que la M. A. O. I. E. S.\n   Enfoncé lord Brougham ! Le docteur Moneypenny assure que nos ini­\ntiales nous donnent notre caractéristique, — mais je ne vois pas ce qu'il\nveut dire.\n   Malgré les bons offices du docteur et les vaillants efforts de l'Association\npour se faire remarquer, elle ne réussit guère avant ma collaboration. Pour\ntout dire, les membres se laissaient aller à un ton de discussion trop facile.\nLes manuscrits lus chaque samedi soir se distinguaient moins par la pro­\nfondeur que par la bouffonnerie. Tous équivalaient à de la crème fouettée.\nIls manquaient d'investigations des causes premières, de principes origi­\nnels. Il n'y avait pas d'investigation du tout. On ne se préoccupait aucune­\nment de ce grand point, « la convenance des choses ». En somme, il n'y\navait là rien de comparable à ce style-ci. Tout était plat, prodigieusement\n"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2681, "texte": "                                   — 351 —\n\nplat. Ni profondeur, ni lecture, ni métaphysique, — rien de ce que les\nsavants appellent spiritualité et que les ignorants préfèrent stigmatiser du\nnom de cant.\n   Le docteur Moneypenny dit que je devrais écrire cant avec un K majus­\ncule, — mais j'en sais plus long que lui.\n   Lorsque j'entrai dans la Société, je pris à tâche d'y introduire une meil­\nleure façon de penser et d'écrire, et l'univers entier sait combien j'ai réussi\".\nNous publions à présent dans les A. B. U. E. R. P. B. T. B. L. C. S.\nd'aussi bons manuscrits que dans la meilleure des revues y compris la\nBlackwood. Je cite la Revue Blackwood, parce que j'estime que les plus\ndélicieux écrits, sur tous les sujets, se rencontrent dans les colonnes de ce\nmagazine justement célèbre. Nous la prenons à présent pour modèle en\ntout genre, et notre application nous vaut déjà une notoriété très flatteuse\nauprès du public. Après tout, la facture d'un article portant le cachet exact\ndes Blackwood n'est pas chose si difficile si l'on s'y prend intelligemment.\nNaturellement je ne parle pas des articles politiques. Chacun sait comment\non les fabrique depuis que le docteur Moneypenny en a divulgué la recette.\nM. Blackwood dispose d'une paire de ciseaux de tailleur et de trois\napprentis constamment à ses ordres. L'un lui tend le Times, un autre\nl'Examinateur et un troisième le Nouvel abrégé d'argot par Gulley.\nM. Blackwood taille simplement et entremêle ses coupures. C'est bientôt\nfait, — d'abord l'Examinateur, l'Argot et le Times, — puis le Times,\nl'Argot et l'Examinateur, — et enfin le Times, l'Examinateur et\nl'Argot.\n   Mais le principal mérite de la Revue consiste dans ses articles variés; et\nles meilleurs de ceux-ci rentrent dans la catégorie de ce que le docteur\nMoneypenny appelle les bizarreries (quelle que soit la signification de ce\nmot), mais que tous les autres nomment des intensités. Il y a longtemps\nque j'apprécie ce genre de morceaux, mais c'est seulement depuis ma der­\nnière visite à M. Blackwood (la Société m'avait déléguée) que je me rends\nexactement compte de la méthode pour les composer. Cette méthode est\ntrès simple, pas autant cependant que celle usitée pour les articles politi­\nques. M'étant présentée chez M. Blackwood et lui ayant fait connaître le\nvœu de notre Société, il me reçut avec beaucoup de civilité, m'introduisit\ndans son cabinet de travail, et me donna une explication claire de tout le\nprocédé.\n   « Ma chère dame », dit-il, évidemment frappé par mon apparence majes­\ntueuse, car j'étais vêtue de mes habits de satin rouge, aux passementeries\nvertes et aux oreilles d'ours couleur orange, « ma chère dame », dit-il.\n"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "                                 — 352 —\n\n\n« asseyez-vous. Les choses se présentent comme suit : En premier lieu, votre\nécrivain d'intensités doit se munir d'encre très noire, d'un très grand porte-\nplume avec un bec de plume très émoussé. Et, attention, Miss Psyché\nZénobia! » poursuivit-il, après une pause, avec une emphase et une solen­\nnité de manières des plus impressionnantes, « écoutez-moi bien! cette\nplume — ne doit — jamais être taillée ! En cela, Madame, réside le secret,\nje dirai l'âme même de l'intensité. Je ne m'avance pas en disant qu'aucun\nindividu de quelque génie qu'il disposât, n'a écrit avec une bonne plume,\n— comprenez-moi, — un bon article. Vous considérerez comme un axiome\nqu'un manuscrit lisible ne vaut jamais la lecture. Ceci est un des préceptes\nélémentaires de notre foi; si vous ne vous y soumettez pas, brisons là. »\n   Il se tut, en effet. Mais, comme de juste, ne désirant aucunement mettre\nfin à la conférence, je me soumis à ce dogme avec d'autant plus de facilité\nque l'évidence m'en avait frappé depuis longtemps. Mon credo le satisfit.\nAussi daigna-t-il continuer mon initiation :\n   « Vous me taxerez peut-être de vanité, Miss Psyché Zénobia, si j'attire\nvotre attention sur un ou plusieurs de nos articles, en manière d'exemples,\nde modèles à étudier; mais je ne saurais mieux m'expliquer qu'en vous\ncitant quelques cas de genuine Blackwood. Voyons. Il y avait Le Mort\n Vivant, une chose capitale! — le compte-rendu des sensations d'un gentle­\nman enterré vif. Une relation pleine de goût, de terreur, de sentiment, de\nmétaphysique et d'érudition. Vous auriez juré que l'auteur fût né et eût été\nélevé dans un cercueil. Ensuite parurent les Confessions d'un mangeur\nd'opium, — beau, très beau! — glorieuse imagination, — philosophie pro­\nfonde, — théorie ingénieuse, — abondance de passion et de furie, et un bon\nassaisonnement de l'inintelligible le plus décidé. C'était là une gentille\nportion de bouillie qui descendit délicieusement dans la gorge des liseurs\nIls juraient que Coleridge en était l'auteur, — mais ils se trompaient. Ce\nfactum fut composé par mon babouin favori Juniper, devant un gobelet de\nSchiedam et d'eau chaude et sans sucre. »\n   J'aurais difficilement pu croire ce fait, s'il m'avait été affirmé par un\nautre que M. Blackwood.\n   « Puis il y eut l'Expérimenteur involontaire, traitant d'un gentleman\nqui fut cuit dans un four et en sortit sain et sauf, quoique légèrement roussi.\nPuis parut encore le Journal d'un défunt médecin, dont le mérite consis­\ntait en un bon galimatias assaisonné de grec passable, — tout ce qu'il fallait\npour amorcer le public. Puis il y eut l'Homme dans la cloche, une œuvre\nd'actualité, Miss Zénobia, que je ne saurais assez recommander à votre\nattention. C'est l'histoire d'un jeune homme qui s'endort sous le battant\n"}, {"page_pdf": 388, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2735, "texte": "                                 — 353 —\n\nd'une cloche d'église et se réveille au glas que le dit battant sonne pour un\nenterrement. Le vacarme le rend fou et, naturellement, il tire ses tablettes\nde sa poche et nous met au courant de ses sensations. Du reste, les sensa­\ntions sont la chose capitale ! S'il vous arrivait d'être noyée ou pendue,\ngardez votre sangfroid et prenez note de vos sensations, — elles vous rap­\nporteront dix guinées la feuille. Si vous désirez écrire fortement, Miss\nZénobia, prêtez une minutieuse attention à vos sensations. »\n   — Je vous le promets certainement, M. Blackwood! dis-je.\n   — Bien ! reprit-il, je vois que vous êtes une élève selon mon cœur.\nMais je dois vous mettre au fait des détails nécessaires pour la composition\nde ce qu'on pourrait dénommer un véritable article-Blackwood dans le\ngenre sensationnel, — le genre que je tiens pour le meilleur à tous les points\nde vue.\n    « La première chose requise est de vous mettre dans un embarras où\njamais personne ne s'est trouvé auparavant. Le four, par exemple, n'était\npas mal, en tant que situation perplexe. Mais si vous n'avez pas de four\nou de grosse cloche sous la main et si vous ne pouvez convenablement\ndégringoler d'un ballon ou être engloutie dans un tremblement de terre, ou\npressée dans une cheminée, il faudra vous contenter d'imaginer une aven­\nture analogue. Je préférerais toutefois que vous pussiez écrire la chose\nd'expérience. Rien n'assiste l'imagination comme une connaissance appro­\nfondie de la matière à traiter. La vérité est étrange, comme vous le savez,\nplus étrange que la fiction et, en outre, elle se rencontre plus facilement. »\n    Ici je lui déclarai que je possédais une excellente paire de jarretières, à\nl'aide desquelles j'irais me pendre incontinent.\n    — Bien ! approuva-t-il, faites cela ; quoique la pendaison soit quelque\npeu usée. Vous pourriez trouver mieux peut-être. Vous sentez-vous quelque\nrépugnance à ingurgiter une couple de pilules Brandreth et à nous raconter\nvos sensations ensuite? D'ailleurs, mes instructions s'appliqueront également\nbien à n'importe quelle variété d'accidents, et en rentrant chez vous, rien\nn'empêche que vous ne soyez assommée par un couvreur tombant du toit\nou renversée par un omnibus, ou mordue par un chien enragé ou noyée\ndans un égout. Mais passons.\n    « Ayant fait choix d'un sujet, il vous faudra considérer immédiatement\n après le ton ou la manière de votre narration. Il y a le ton didactique, le\nton enthousiaste, le ton naturel, — tons un peu rabâchés. Mais il y a encore\n le ton laconique ou bref, très en faveur ces derniers temps. Il consiste en\n phrases courtes. Dans ce goût-ci : Jamais trop bref. Adjugé. Vlan ! A la\n ligne. Quitte ou double!\n"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2804, "texte": "                                  — 354 —\n\n   « Puis il y a le ton élevé, décousu, interjectionnel. Quelques-uns de nos\nmeilleurs romanciers le patronent. Les mots doivent se présenter dans un\ntourbillon, comme un essaim de guêpes et en imiter le bourdonnement, ce\nqui remplace avantageusement le sens. Ceci est le meilleur de tous les\nstyles possibles aux passages où l'écrivain n'a pas le temps de réfléchir.\n   « Le ton métaphysique n'est pas mauvais non plus. Si vous connaissez\nquelques grands mots, il vous fournit un moyen de les placer avantageuse­\nment. Parlez des écoles Ionique et Eleatique, — d'Archytas, Gorgias et\nAlcmaeon. Risquez un mot ou deux sur l'objectivité et la subjectivité.\nSoyez infaillible et ne craignez pas d'abuser du nommé Locke. Fourrez\nvotre nez dans tout en général, et s'il vous arrive de laisser échapper quelque\nchose de trop absurde, ne vous laissez pas démonter pour cela, surtout ne\nle raturez pas, mais dans un simple renvoi au bas de la page confessez que\nvous êtes redevable pour l'observation profonde ci-dessus à la Kritik der\nreinem Vernunft ou à la Metaphysische Anfangsgrunde der Naturwis­\nsenschaft. Cela fera honneur à votre érudition et... et à votre loyauté.\n   « Il y a encore quantité d'autres tons tout aussi célèbres, mais je ne\nvous en mentionnerai plus que deux, — le ton transcendental et le ton\nhétérogène. Pour le premier, le mérite consiste à voir beaucoup plus loin\nque n'importe qui dans la nature des choses. Cette seconde vue, utilisée à\npropos, produit d'irrésistibles effets. Une lecture sommaire du Cadran\nsolaire vous en apprendra long sur ce chapitre. Evitez, dans ce cas, les\ngrands mots; choisissez-les aussi courts que possible et écrivez-les sens\ndessus dessous. Repassez les poèmes de Channing et notez ce qu'il dit d'un\n« petit homme gras aux illusoires apparences de bidon ». Intercalez dans\nvotre oeuvre quelque chose sur l'Unité céleste. N'articulez pas une syllabe\nsur la Dualité infernale. Surtout, procédez par insinuation. Suggérez tout,\n— n'affirmez rien. Si vous éprouvez l'envie de dire « tartine », gardez-vous\nde prononcer ce mot d'emblée. Vous pouvez vous servir de toute expression\napprochante de tartine. Vous pouvez suggérer l'idée d'un gâteau de sar­\nrazin, ou vous pouvez même aller jusqu'à insinuer un barbotage de farine\nd'avoine ; mais si vous entendez réellement parler de tartine, soyez circon­\nspecte, ma chère Miss Psyché; ne dites tartine à aucun prix ! »\n  Je lui promis de ne plus employer ce mot de ma vie. Il m'embrassa et\ncontinua :\n  — Quant au ton hétérogène, c'est simplement une judicieuse mixture,\nà proportions égales, de tous les autres tons en usage, et, par conséquent,\nun composé de tout ce qu'il y a de profond, de grave, de comique, de\npiquant, de convenable et de joli sur la terre.\n"}, {"page_pdf": 390, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2727, "texte": "                                  — 355 —\n\n   « Supposons à présent que vous ayez arrêté votre sujet et votre ton :\n Reste à pourvoir à la partie capitale, à celle que j'appellerais même l'âme de\ntoute votre tâche, j'entends l'assaisonnement. On ne peut décemment sup­\nposer qu'une dame ou un gentleman aient mené la vie d'un rat de biblio­\nthèque. Et pourtant il importe avant tout que votre article ait un air d'éru­\ndition, ou atteste tout au moins une lecture générale et très étendue. Eh\nbien, je vais vous mettre en état d'atteindre à ce desideratum. Regardez\nici ! (il prend deux ou trois volumes d'apparence ordinaire et les ouvre au\nhasard). En ouvrant n'importe quel livre, au hasard, vous tomberez sur un\ntas de bribes de science ou de bel-espritisme qui sont de parfaites épices\npour l'assaisonnement d'un article-Blackwood. Vous pourriez aussi bien en\nnoter quelques-unes au fur et à mesure que je vous les indique. Je ferai\ndeux divisions : la première, celle des Faits piquants pour la Manufacture\ndes Comparaisons; la seconde comprenant les Expressions piquantes à\nintroduire suivant l'occasion. Ecrivez à présent. » — Et j'écrivis comme\nil l'ordonnait.\n  « FAITS PIQUANTS POUR LES COMPARAISONS. « Il n'y avait à l'ori­\n « gine que trois Muses : Melete, Mneme, Aœde, — la méditation, la\n « mémoire et le chant ».Vous pouvez tirer un grand parti de ce petit fait en\nvous y prenant bien. Comme vous le voyez, il n'est pas trop connu, et\nparaît recherché. Veillez à ce que la citation que vous en ferez ait un air\nabsolument improvisé.\n    « Autre fait : « Le fleuve Alphée passait sous la mer et en sortait sans\n « que la pureté de ses eaux eût été altérée ». Un peu moisi, celui-là, j'en\nconviens, mais en l'accommodant et en le servant avec art, il aura l'air\naussi frais que jamais.\n    « Voici ce qui vaut mieux. « L'Iris de Perse possède pour quelques pér­\nit sonnes un parfum très doux et très pénétrant, tandis que pour d'autres il\n« demeure complètement inodore ». Charmant cela et fort délicat! Habillez-\nmoi cette trouvaille et elle accomplira des prodiges. Tâchons de découvrir\nquelque chose du même goût dans les champs de la botanique. Rien ne\ns'écoule aussi facilement surtout avec l'aide d'un peu de latin. Ecrivez :\n   « L'Epidendrum Flos Aeris de Java, porte une très belle fleur et con­\ntinue à vivre après qu'on l'a déraciné. Les naturels suspendent cette fleur\npar une corde au plafond et jouissent durant de longues années de ses fra­\ngrances. » Un renseignement capital ! Cela suffira pour les comparaisons.\nMaintenant au tour des Expressions piquantes :\n   « EXPRESSIONS PIQUANTES. « Le vénérable romancier chinois\nJu-Kiao-Li ». Parfait! En introduisant ce peu de mots avec dextérité, vous\n"}, {"page_pdf": 391, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "                                  — 356 —\n\nprouverez votre intime connaissance de la langue et de la littérature des\nChinois. Au moyen de cette citation vous pourrez vous tirer d'affaire sans\narabe, ou sanscrit, ou hébreu. Quant à l'espagnol, l'italien, l'allemand, le\nlatin et le grec, ces langues sont indispensables à tout auteur dans le\npur style Blackwood. Je m'en vais vous chercher un petit spécimen de\nchaque langue. Toute miette conviendra, car c'est à votre ingéniosité d'en\ntrouver le placement. Ecrivez donc.\n   « Aussi tendre que Zaïre. » Du français. Par allusion à la fréquente\nrépétition de la phrase la tendre Zaïre, dans la tragédie française de ce\nnom. Convenablement appliqué, ceci ne montrera pas seulement votre\nconnaissance de la langue, mais votre esprit et votre compétence littéraire\nen général. Vous pouvez dire, par exemple, du poulet que vous mangiez\n(écrivez un article sur ce que vous avez ressenti pendant qu'un os de poulet\nvous étranglait jusqu'à l'asphyxie), qu'il n'était pas tout à fait aussi tendre\nque Zaïre. Ecrivez :\n                         Van muerte tan escondida\n                         Que vo te rienta venir\n                         Porque el plazer del morir\n                         No me torne a dar la vida.\n\n   Ceci est de l'espagnol, de Miguel de Cervantes. « Viens vite, ô mort!\nmais sois prompte et frappe sans m'avertir, de crainte que le plaisir éprouvé\nà ton approche ne me rappelle malheureusement à la vie ». Vous pouvez\nutiliser ces vers non sans à-propos, tandis que vous luttez dans les dernières\naffres de l'agonie, en proie à l'os de poulet. Ecrivez :\n                   Il pover' huomo che non se néra accorto\n                   Andava combattende, e era morto'.\n  « De l'italien, comme vous voyez, et tiré du Dante. Fait allusion à un\ngrand héros qui, dans la chaleur du combat, ne s'apercevant pas qu'il\nvenait d'être tué proprement, continua de frapper d'estoc et de taille, tout\nmort qu'il était. L'application de ce distique, à votre propre cas saute aux\nyeux — car j'aime à croire, miss Psyché, que vous ne négligerez pas de\nvous débattre au moins durant une heure et demi après que l'os de poulet\nvous aura étouffée.\n  « Écrivez je vous prie :\n                     Und sterb' ich doch, so sterb' ich denn\n                            Durch sie — durch sie !\n\n  « Du Schiller, c'est-à-dire de l'allemand. « Et si je meurs, du moins je\nmeurs — pour toi, — pour toi ! » Ici, il est clair que vous apostrophez la\ncause de votre catastrophe, le poulet. En vérité, je me demande quel gent-\n"}, {"page_pdf": 392, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2794, "texte": "                                 — 357 —\n\nleman ou quelle dame ne périrait volontiers pour l'amour d'un chapon\ngras de la véritable race des îles Moluques, farci de capres et de champi­\ngnons et servi dans un saladier avec de la gelée d'orange et des mosaïques\nde confitures. Ecrivez! (On les prépare ainsi chez Tortoni). — Ecrivez, s'il\nvous plaît!\n    « Voici une jolie petite phrase en latin, et rare par dessus le marché (on\nne saurait être trop recherché et trop concis dans son latin, il devient si\ncommun) — ignoratio elenchi. Il a commis un ignoratio elenchi — c'est-\nà-dire, il a entendu la lettre de votre proposition, mais sans en comprendre\n 'esprit. A dire cela d'un fou, comme vous voyez. Par exemple de quelque\npauvre diable que vous interpellez tandis que vous vous débattrez avec l'os\nde poulet et qui n'a point compris ce que vous lui racontiez. Décochez lui\nl'ignoratio elenchi et vous l'aurez anéanti du coup. S'il ose riposter encore,\nvous pouvez lui dire avec Lucain (voici le passage) que ses discours sont\npurs anemonœ verborum, des mots-anémones. En effet, l'anémone très\n éclatante, manque de parfum. Ou, s'il commence à tempêter, vous pouvez\n l'assommer d'un insomnia Jovis, rêveries de Jupiter — une phrase que\n Silus Italicus (voyez plutôt ! ) applique aux pensées pompeuses et ampou­\n lées. Ceci ne ratera point et lui percera le cœur. Après cela il ne peut que\n s'écrouler et rendre l'âme. Voulez-vous avoir la bonté d'écrire?\n   « Dans le grec nous devons faire un joli choix — du Démosthènes par\nexemple. —Ανεροφευγωνκαιπαλινμακεσεται.(Anero pheugon kai palin make­\nsataï). Il y a une assez bonne traduction de ce passage dans Hudibras. —\n« Celui qui fuit peut combattre de nouveau, celui qui a été tué ne le peut\nplus. »\n   « Dans un article-Blackwood, rien ne fait aussi bonne figure que le\ngrec. Les lettres mêmes de l'alphabet grec ont je ne sais quel air profond.\nObservez plutôt, madame, l'aspect astucieux de cet Epsilon ! Ce Phi\ndevrait être pour le moins évêque! Y eut-il jamais gaillard plus dégourdi\nque cet Omicron ! Passez moi ce Tau par les verges ! En somme, il n'y a\nrien de tel que le grec pour une véritable œuvre sensationnelle.\n   « Revenons à la citation de Démosthènes. L'application en est tout natu­\nrellement indiquée. Vous lancez la dite phrase avec colère, en l'accompa­\ngnant d'une imprécation et en manière d'ultimatum, à la tête du misérable\nqui ne comprenait pas votre simple anglais alors que vous vous démeniez\npour faire passer votre os de poulet. Il saisira l'allusion et détalera, jevous\nle garantis. »\n   Telles furent toutes les instructions que M. Blackwood put me four­\nnir sur le topic en question, mais je compris qu'elles suffiraient amplement.\n                                                                      23\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "                                   — 358 —\n\n Enfin, j'étais capable d'écrire un véritable article-Blackwook, et je résolus de\n mettre aussitôt la main à l'œuvre. En prenant congé de moi,(M. Blackwood\n me fit une offre pour l'acquisition de ma nouvelle lorsqu'elle serait ter­\n minée, mais comme il ne pouvait m'offrir que cinquante guinées la feuille, je\njugeais préférable de la céder à notre société plutôt que de la sacrifier pour\n une somme si dérisoire. J'ajouterai cependant à la louange de M. Black-\n qu'il me témoigna la considération la plus respectueuse et me traita avec\nla plus grande civilité. Les paroles qu'il m'adressa au départ, firent une\n profonde impression sur mon cœur, et j'espère toujours me les rappeler\navec gratitude.\n   « Ma chère Miss Zenobia », dit-il, des larmes dans les yeux, « y a-t-il\nquelque autre chose que je puisse faire pour aider au succès de votre louable\nentreprise? Laissez-moi y songer! Il est fort probable que vous ne trouve­\nrez pas aussitôt que vous le souhaiteriez, l'occasion de vous noyer ou...\nd'être étranglée par un os de poulet, ou — pendue, — ou — mordue par\nun... mais attendez un instant ! Je crois tenir votre affaire, il y a dans la\ncour en bas, une couple d'excellents bull-dogs — de fameux gaillards, je vous\nassure — féroces à souhait — vraiment ils vous vaudront un début capital\n— ils vous auraient dévoré, falbalas, oreilles d'ours et le reste, en moins de\ncinq minutes, montre en main, — et puis, songez quel monde de sensa­\ntions! Ici! je n'ai qu'à appeler : Tom! Peter! après avoir averti Dick, mon\ngroom, de les détacher... » Mais comme j'étais réellement très pressée et\nn'avais plus une minute à perdre, je fus forcée à contre-cœur de hâter mon\ndépart, et pris par conséquent congé sur le champ — un peu plus brusque­\nment peut-être que la stricte courtoisie me l'eut permis dans d'autres cir­\nconstances.\n   Je quittai M. Blackwood avec l'idée fixe de me mettre dans quelque\nsituation perplexe, analogue à celles qu'il m'avait préconisées, et je passai\nla plus grande partie du jour à errer dans Edimbourg, en quête d'aven­\ntures désespérées — d'aventures adéquates à l'intensité de mes sentiments\net adaptées au vaste caractère de l'article que je comptais écrire. Dans\nces pérégrinations, j'étais accompagnée de Pompée, mon domestique noir,\net de mon petit bichon Diane, que j'avais emportée avec moi depuis Phila­\ndelphie. Il était déjà fort tard lorsque mes recherches aboutirent. Un évé­\nnement important se passa alors, dont le suivant article-Blackwood, dans le\nton hétérogène, narre les péripéties et le dénouement.\n"}, {"page_pdf": 394, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "                                 — 359 —\n\n\n\n\n                                     II\n\n                            L'APPLICATION\n\n                             Bonne dame, quel accident vous a mise dans cet état ?\n                                                                 (COMUS).\n\n               Je flânais dans la bonne ville d'Edina par une paisible et calme\n                après-midi. Le désordre et le tumulte étaient terribles dans\n                les rues. Les hommes parlaient. Les femmes criaillaient. Les\n                enfants toussaient. Les porcs sifflaient. Les chars cahotaient.\nLes taureaux mugissaient. Les vaches beuglaient. Les chevaux hennis­\nsaient. Les chats miaulaient. Les chiens dansaient. Dansaient ! Comment\nétait-il possible ? Dansaient ! Hélas, me disais-je, mes jours de danse sont\nrévolus ! Il en est toujours ainsi. Quel cortège de souvenirs sombres\ns'éveille à tout moment dans la mémoire du génie et dans la contemplation\nimaginative, surtout d'un génie voué à l'immortelle, et éternelle, et conti­\nnuelle, et, pourrait-on dire, la continuée, — oui, la continuée et continue,\namère, harassante, troublante, et si vous me permettez l'expression, la\ntrès troublante influence du serein, et divin, et céleste, et exaltant, et\nmagnifiant, et purifiant effet de ce qu'on peut appeler justement la plus\nenviable, la plus réellement enviable — non 1 la plus bénignement belle,\nla plus délicieusement éthérée, et comme la plus jolie (s'il m'est permis\nd'employer une expression aussi hardie) chose (pardonnez-moi, aimable\nlecteur !) dans le mot, — mais je suis toujours égarée par mes sentiments.\n Dans pareille mémoire, je le répète, quel cortège de souvenirs sont réveillés\npar une bagatelle ! Les chiens dansaient ! Moi — Moi je ne pouvais pas !\n Ils sautillaient, — je pleurais. Ils exultaient, — je sanglotais à haute voix.\n Touchantes circonstances qui ne manqueront d'évoquer à l'esprit du lecteur\n lettré ce passage exquis se rapportant à la convenance des choses et qui se\n trouve au commencement du troisième volume de cet admirable et véné­\n rable roman chinois Tien-Ton-Chien.\n  J'étais accompagnée dans mes pérégrinations à travers la ville de deux\nhumbles et fidèles compagnons. Diane, mon bichon ! la plus douce des\ncréatures ! Elle avait une quantité de poils lui tombant sur un œil et un\nruban bleu noué à la dernière mode autour du cou. Diane ne mesurait pas\nplus de cinq pouces de hauteur, mais sa tête était quelque peu plus grande\nque son corps, et sa queue coupée au ras de l'arrière-train, ce qui donnait à\n"}, {"page_pdf": 395, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2885, "texte": "                                   — 360 —\n\nl'intéressant animal un air de pudeur offensée et en faisait le favori de tout\nle monde.\n   Et Pompée, mon nègre! — doux Pompée! comment pourrais-je jamais\nt'oublier? J'avais pris le bras de Pompée. Il était haut de trois pieds (j'aime\nà préciser) et âgé de soixante-dix, ou peut-être quatre-vingts ans. Il était\nbancal et corpulent. Sa bouche n'était pas précisément petite ou son oreille\nmignonne. En revanche ses dents semblaient des perles, et ses grands yeux\nécarquillés étaient délicieusement blancs. La nature ne l'avait pas doté\nd'un cou et avait placé ses chevilles, comme chez tous ceux de sa race, au\nmilieu du coup de pied. Il était habillé avec une simplicité surprenante.\nSon unique vêtement consistait en une cravate de neuf pouces de largeur\net un pardessus de gros drap presque neuf, qui avait servi autrefois au\ngrand, imposant et illustre docteur Moneypenny. Un bon pardessus, je vous\nassure. Bien coupé. Bien cousu. Presque neuf. Pompée en relevait les pans\nà deux mains pour ne pas les laisser traîner dans la boue.\n   Trois personnes composaient notre société ; deux d'entre elles ont déjà\nréclamé mon attention. Il y en avait une troisième, — cette troisième,\nc'était moi-même. Je suis la signora Psyché Zénobia. Je ne suis pas Suky\nSnobbs. Mon apparence impose. Dans la mémorable circonstance dont je\nparle j'étais vêtue d'une robe de satin cramoisi et d'un mantelet arabe bleu\nde ciel. Et ma robe était couverte de passementeries vertes et ornée de sept\ngracieux volants couleur d'auricule orange. J'étais donc la troisième per­\nsonne de la compagnie. Il y avait le bichon. Il y avait Pompée. Il y avait\nmoi. Nous étions trois. Ainsi, dit-on, il n'y avait que trois furies à l'origine,\n— Téléphone, Alecto et Mégère.\n   Appuyant le bras sur celui du brave Pompée et suivie à distance respec­\ntueuse par Diane, je descendais une des rues populeuses et très animées de\nl'Edina, aujourd'hui déserte. Soudain une église se présenta à ma vue, —\nune cathédrale gothique, — vaste, vénérable, flanquée d'un immense clocher\nqui s'enfonçait dans le ciel. Quelle folie s'empara en ce moment de moi?\nPourquoi courus-je au devant de ma destinée? Je fus prise d'un indicible\ndésir de gravir ce vertigineux pinacle et de mesurer de là l'immense étendue\nde la ville. La porte de la cathédrale s'ouvrait d'un air engageant. Ma\ndestinée prévalut. Je franchis le porche fatal. Où était mon ange gardien en\nce moment? — si réellement de tels anges existent. Si! Désespérant mono­\nsyllabe! Quel monde de mystère, de signification, de doute et d'incertitude\ncontiennent ces deux lettres! Je franchis le porche fatal! J'entrai; et sans\nchiffonner mes oreilles d'ours couleur orange, je m'engageai sous le portail\net débouchai dans le vestibule. Ainsi, dit-on, l'immense fleuve Alfred passait\nsans se salir et sans se mouiller sous la mer.\n"}, {"page_pdf": 396, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2968, "texte": "                                  — 361 —\n\n\n     Je crus que les degrés n'en finiraient jamais. Tournant. Oui, ils mon­\n taient en tournant, tournaient et montaient, tournaient et montaient, si\n bien que je ne pus m'empêcher de communiquer [au sagace Pompée, au\n bras duquel je m'appuyais avec toute la confiance d'une ancienne affection\n — que je ne pus m'empêcher de communiquer au sagace Pompée l'hypo­\n thèse que l'extrémité supérieure de cette échelle en spirale continue, avait\n été enlevée accidentellement ou à dessein. Je m'arrêtai pour respirer; et,\n sur ces entrefaites, se passa un incident d'une nature trop importante à un\n point de vue moral, et même métaphysique, pour être passé sous silence. Il\n me sembla— vraiment j'étais certaine du fait — je ne pouvais me tromper —\n non ! J'avais observé depuis quelques instants avec soin et anxiété les mou­\n vements de ma Diane. — Je dis que je ne pouvais me tromper. — Diane\nflairait un rat! Aussitôt j'attirai l'attention de Pompée sur ce sujet et lui,\n — lui, se trouva d'accord avec moi. Il n'y avait donc plus moyen, raison­\n nablement, de douter. Le rat avait été flairé — et par Diane! Ciel! pourrai-\n je jamais oublier l'intense excitation de ce moment ? Hélas, à quoi se réduit\n l'intelligence tant vantée des hommes? Le rat! il était là, ce qui veut dire\n quelque part. Diane sentait le rat. Moi — moi je ne le pouvais! Telle\n l'Isis de Prusse possède pour quelques personnes un parfum suave et\n très puissant, tandis que pour d'autres elle demeure complètement inodore.\n     L'escalier avait enfin été gravi et seulement trois ou quatre marches nous\n séparaient du sommet. Nous continuâmes notre ascension, et à présent il\n ne restait plus qu'une marche. Une marche ! Un pas ! Un unique petit\n pas ! Quelle vaste somme de bonheur et de deuil humains ne dépend pas\n souvent sur le grand escalier de la vie, d'un semblable petit pas ! Je pensai\n à moi-même, puis à Pompée, puis à l'inexplicable et mystérieuse destinée\n qui nous entourait. Je songeai à Pompée! — hélas, je songeai à l'amour!\n Je songeai à tous les faux pas qui ont été faits et qu'on peut faire encore.\n Je résolus d'être plus circonspecte, plus réservée. J'abandonnai le bras de\n Pompée et sans son secours, je gravis la dernière marche, et gagnai la\n chambre du beffroi. Je fus immédiatement rejointe par mon bichon. Pom­\n pée seul restait en arrière. Je me trouvai au sommet de l'escalier et je l'en­\n courageai à grimper les derniers degrés. Il me tendit la main, et malheureu­\n sement par ce mouvement il laissa choir les pans relevés de son paletot.\n Les Dieux ne cesseront-ils jamais de nous persécuter? Les pans s'échap­\n pèrent des mains de Pompée, ses pieds s'y embarrassèrent, il trébucha et\n tomba — conséquence inévitable. Il tomba tête baissée, et me frappant de\n son maudit crâne en pleine poitrine, il me renversa le nez en avant, et je\n fus entraînée avec lui, sur le dur, immonde et détestable plancher du beffroi.\n"}, {"page_pdf": 397, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "                                  — 362 —\n\nMais ma revanche fut certaine, prompte et complète. Le saisissant furieu­\nsement à deux mains par la laine de sa chevelure, j'arrachai à son crâne une\nvaste quantité de cette matière noire, crépue et bouclée, et la rejetai ensuite\nloin de moi avec tous les signes du dédain. Elle tomba parmi les cordes du\nbeffroi et y resta accrochée. Pompée se releva et ne souffla mot. Mais il me\nregarda d'un air pitoyable avec ses grands yeux et — soupira. O Dieux —\nce soupir! Il m'alla jusqu'au fond du cœur. Et les cheveux — la laine! Si\nj'avais pu atteindre cette laine, je l'aurais baignée de mes larmes, en témoi­\ngnage de regret. Mais hélas ! elle était bien loin, hors de ma portée, à pré­\nsent. Comme elle flottait parmi les câbles des cloches, je me la figurais\nencore vivante. Je me la présentai agitée par l'indignation. Ainsi le pire\nDandy Flos teris de Java, porte, dit-on, une fleur magnifique, qui vit\nmême après avoir été déracinée. Les naturels la suspendent par une corde\nau plafond et jouissent de ses fragrances durant de longues années.\n   Notre querelle était vidée à présent, et nous promenions nos regards dans\nla chambre pour découvrir une ouverture d'où nous aurions pu contempler\nla ville d'Edina. Il n'y avait pas la moindre fenêtre. Le peu de lumière\npénétrant dans cette chambre ténébreuse, entrait par une fente carrée, d'un\npied de côté, à une hauteur de sept pieds du sol. Mais quel prodige n'ac­\ncomplit pas le véritable génie? Je résolus de grimper jusqu'à cette ouver­\nture. Une quantité de roues, de disques dentés et d'autres engins d'as­\npect cabalistique se trouvaient à hauteur et tout près de ce trou, que tra­\nversait une barre de fer partant de l'appareil équivoque. Entre les roues et\nle mur où avait été pratiquée la brèche, il y avait à peine place pour mon\ncorps — mais j'étais enragée et déterminée à persévérer coûte que coûte.\nJ'appelai Pompée à mes côtés.\n   « Vous apercevez cette ouverture Pompée. Je désire voir au travers. Vous\nvous tiendrez ici, juste sous le trou — comme çà. A présent tendez une de\nvos mains, Pompée, et laissez moi m'en servir d'échelon — à la bonne\nheure. Maintenant au tour de l'autre main, Pompée, et avec son aide je me\npercherai sur vos épaules. »\n   Il fit tout selon mon désir, et je trouvai, une fois arrivée à la hauteur\nvoulue, que je pouvais facilement passer ma tête et mon cou à travers l'ou­\nverture. Le panorama était sublime. Rien de plus magnifique. Je m'y\narrachai le temps d'enjoindre à Diane de bien se conduire et de convaincre\nPompée que je serais raisonnable et pèserais aussi légèrement que possible\nsur ses épaules. Je lui dis que j'aurais autant de ménagements, autant de\ntendresse pour lui que la tendre Zaïre. Ayant rendu justice à mon fidèle\nami, je m'abandonnai avec tout l'enthousiasme et toute l'oestre imaginables\n"}, {"page_pdf": 398, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "                                 — 363 —\n\nà la jouissance du spectacle qui s'étendait si obligeamment devant mes\nyeux.\n   Je m'abstiendrai toutefois de m'étendre sur ce sujet. Je ne décrirai pas la\nville d'Edimbourg. Chacun a visité Edimbourg — la classique Edina. Je\nme bornerai aux détails palpitants de mon expérience aussi lamentable\nque personnelle. Ayant dans une certaine mesure satisfait ma curiosité\nquant à l'étendue, la situation et l'apparence générale de la ville, je pus\nexaminer à ma commodité l'église dans laquelle je me trouvais et la déli­\ncate architecture de son clocher. Je reconnus que l'ouverture à travers\nlaquelle j'avais passé la tête était une fente pratiquée dans le cadran d'une\ngigantesque horloge, et ne devait pas sembler, vue de la rue, plus grande\nque les trous de clef des montres de Genève. L'utilité de cette ouverture\nétait de permettre au bras de l'employé d'atteindre les aiguilles et de les\najuster à l'occasion. J'observai aussi avec surprise, l'immense dimension de\nces aiguilles, dont la plus grande ne devait pas mesurer moins de dix pieds\nde longueur et de huit à neuf pouces à l'endroit le plus large. Elles parais­\nsaient être de solide acier, et tranchantes par dessus le marché. Ayant noté\nces particularités et d'autres encore, je tournai de nouveau les yeux vers le\nglorieux paysage à mes pieds et me replongeai dans mes extases.\n   J'en fus tirée, après quelques minutes, par la voix de Pompée qui décla­\nrait ne pouvoir supporter plus longtemps le poids de ma personne et me\npriait d'avoir la bonté de descendre. Ceci était déraisonnable et je le lui\nsignifiai dans un discours de quelque longueur. Il répondit, mais en ne\nparaissant point partager le moins du monde mes idées sur ce sujet. Moi,\nnaturellement, je me fâchai et lui dis sans mâcher mes paroles, qu'il était\nun fou, qu'il avait commis un ignoratio elenchi, que ses notions étaient\npures insomnia Jovis, et que ses paroles ne valaient guère mieux que des\nânes menés vers le beau rhum. Ceci parut le calmer et je repris mes obser­\nvations.\n   Il pouvait être environ une heure et demie. Après cette altercation\nlongue, profondément absorbée dans la contemplation du céleste spectacle\nse déroulant à mes pieds, je fus surprise par quelque chose de très froid qui\nexerçait une douce pression sur ma nuque. Inutile de dire que je m'alarmai\nau delà de toute expression. Je savais Pompée debout sous moi et Diane\nassise, suivant mes instructions formelles, sur ses pattes de derrière dans le\ncoin le plus éloigné de la chambre. Que pouvait être cela? Hélas, je ne le\ndécouvris que trop tôt. Tournant doucement la tête sur le côté, je\nm'assurai, à mon extrême horreur, que reluisante, immense, représentant\nla forme d'un cimeterre, dans le cours de sa révolution l'aiguille des\n"}, {"page_pdf": 399, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2878, "texte": "                                 — 364 —\n\nminutes de l'horloge était descendue sur mon cou. Il n'y avait pas, je le\nsavais, une seconde à perdre. Je reculai sur-le-champ, — mais il était trop\ntard. Il n'y avait pas moyen de faire repasser ma tête par la gueule de ce\nterrible piège dans laquelle elle se trouvait prise si ingénument et qui deve­\nnait plus étroite, toujours plus étroite avec une rapidité trop horrible pour\nêtre conçue. Impossible d'imaginer l'angoisse de ce moment. Je lançai mes\nbras en l'air et rassemblant toutes mes forces, je tentai de soulever l'écra­\nsante barre de fer. J'aurais pu m'évertuer tout aussi bien à soulever la\ncathédrale elle-même. Plus bas, toujours plus bas, plus près, de plus en\nplus près, arrivait l'odieux engin. J'appelai Pompée à mon secours : mais\nil dit que j'avais froissé ses sentiments en le traitant d' « ignorant chiot\ndéblanchi ». Je hélai Diane, mais elle ne disait que « bô-wô-wô! » et que\n« je lui avais défendu de quitter son coin sous aucun prétexte ». Ainsi je\nn'avais aucune aide à attendre de mes associés.\n   Entretemps l'écrasante et épouvantable Faux du temps (car je découvrais\nà présent l'importance littérale de cette phrase classique) non seulement ne\ns'était pas arrêtée, mais semblait ne devoir s'arrêter jamais dans sa carrière.\nCela descendait plus bas, toujours plus bas. Déjà cette chose détestable\navait enterré sa lame tranchante à une profondeur d'un gros pouce dans ma\nchair, et mes sensations devenaient indistinctes et confuses. Par moments\nje m'imaginais être à Philadelphie avec l'imposant docteur Moneypenny,\nd'autres fois dans l'arrière-salon de M. Blackwood recevant les conseils\ninappréciables de cette haute autorité. Et alors me revenait le doux souvenir\nde temps meilleurs et révolus, et je songeai à cette heureuse époque où le\nmonde n'était pas absolument un désert et où Pompée n'était pas absolu­\nment cruel.\n   Le tic-tac de la machine m'amusait. Je dis m'amusait, car mes sensations\ncôtoyaient à présent la béatitude parfaite et les plus futiles circonstances\nme procuraient du plaisir. L'éternel clic-clac, clic-clac, clic-clac de l'hor­\nloge représentait à mon oreille la musique la plus mélodieuse et me remé­\nmorait à l'occasion les harangues agréablement soporifiques du docteur\nOllapod. Puis il y avait encore les grands chiffres romains du cadran, —\navaient-ils l'air assez intelligent, assez intellectuel, ces chiffres! A un\nmoment ils se mirent à danser la mazurka, et si mes souvenirs ne me\ntrahissent pas, dans cet exercice ce fut le chiffre V qui me procura le plus\nde satisfaction. Sans doute ce V représentait une dame de qualité. Rien de\ndéguingandé, de fanfaron dans ses mouvements. Elle pirouettait à ravir, —\ntournant sur la pointe de son angle. Je fis un effort pour lui avancer une\nchaise, car je constatai qu'elle paraissait fatiguée de ses ébats, — et seule-\n"}, {"page_pdf": 400, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "                                  — 365 —\n\nment alors j'eus complètement conscience de ma lamentable situation. Oui,\nvraiment lamentable! La barre s'était logée à deux pouces de profondeur\ndans mon cou. Progressivement mes sensations étaient arrivées à un degré\nde torture exquise. Je conjurai la mort et, dans les agonies de ce moment,\nje ne pouvais m'empêcher de répéter ces vers exquis du poète Michel de\nCervantes :\n                   Fanny Buran tanne escompte oui dà !\n                   Chéri, ne t'ai senti venir\n                   Porc et plaisir, délit, morue!\n                   Non me tord, ni Darwin luit dit.\n\n   Mais à présent intervint une nouvelle horreur, une horreur suffisante\npour ébranler les nerfs les plus robustes. Par l'effet de la cruelle pression de\nla machine mes yeux sortaient littéralement de leurs orbites. Tandis que\nj'examinais s'il serait possible, le cas échéant, de me passer de leurs services,\nl'un de mes yeux tomba de ma tête et, dégringolant la pente du clocher,\nalla se loger dans la gouttière régnant le long du toit du bâtiment principal.\nLa perte de cet œil m'affligea moins que l'air insolent d'indépendance et de\nmépris avec lequel il me lorgna après sa défection. Il gisait là, dans la gout­\ntière, juste sous mon nez, et les mines qu'il faisait auraient été ridicules si\nelles n'avaient été écœurantes. Jamais on ne vit auparavant pareils cligne­\nments et clignotements. Cette conduite de la part de mon œil dans la gout­\ntière n'était pas seulement irritante eu égard à son insolence manifeste et\nson ingratitude honteuse, mais devenait en outre excessivement gênante,\nvu la sympathie qui existe toujours entre deux yeux de la même tête quelle\nque soit la distance qui les sépare. Il en résulta que j'étais forcée, quoique\nj'en eusse, de cligner et de clignoter en parfait accord avec l'effronté coquin\nqui me narguait. Je fus bientôt soulagée, toutefois, par la culbute de mon\nsecond œil. En tombant, celui-ci prit la même direction (le résultat d'un\ncomplot, pour sûr) que son copain. Tous deux roulèrent de connivence hors\nde la gouttière, et à dire vrai, je ne fus pas fâchée d'en être débarrassée.\n   La barre plongeait à présent à quatre pouces et demie de profondeur\ndans mon cou, et il n'y avait plus qu'une petite lanière de peau à découper.\nMes sensations étaient celles d'une félicité absolue, car je sentais que dans\nquelques minutes au plus, je serais délivrée de ma situation désagréable.\nEt je ne fus pas déçue dans cette attente. A cinq heures vingt-cinq minutes\nprécises de l'après-midi, l'énorme aiguille des minutes avait poussé sa\ncourse assez avant pour détacher ce qui restait de mon cou. Je ne fus pas\nfâchée de voir cette tête, cause de tant d'embarras, se résoudre à quitter défi­\nnitivement mon corps. Elle roula d'abord le long de l'arrête du clocher, fit\n"}, {"page_pdf": 401, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2728, "texte": "                                     — 366 —\n\nensuite étape dans la gouttière, et continua son chemin en plongeant au\nmilieu de la rue.\n   Je confesserai avec candeur que mes sentiments étaient à présent de la\nplus singulière — non, de la plus mystérieuse, de la plus perplexe, de la\nplus incompréhensible nature. Mes sens étaient simultanément ici et là-bas.\nAvec ma tête, je m'imaginais, par moments, être la véritable signora\nPsyché Zénobia ; — à d'autres instants j'entretenais cette conviction que\nmoi-même, c'est-à-dire mon corps, représentait ma propre identité. Afin\nd'être fixée en toute certitude sur ce point je mis la main à la poche pour\nchercher ma tabatière, mais en tenant celle-ci et en me mettant en devoir\nde m'administrer par le canal habituel, une pincée de son bienfaisant con­\ntenu, je me rendis immédiatement compte de mon imperfection particu­\nlière et lançai aussitôt la tabatière à ma tête. Celle-ci accepta une prise avec\nune satisfaction visible et me sourit pour m'exprimer sa reconnaissance.\nPeu de temps après elle me tint un discours que l'absence d'oreilles m'em­\npêcha d'entendre distinctement. J'en écoutai assez toutefois pour savoir\nquelle s'étonnait de mon désir de demeurer vivante dans de semblables\nconditions. Sous forme de péroraison elle me rappelait les nobles paroles\nde l'Arioste :\n                      Il pauvre omis que non sera encore tôt\n                      Endèva combattant do et houra mort tôt\net me comparant ainsi au héros qui, ne s'apercevant pas dans la chaleur du\ncombat, qu'il venait d'être occis, continua de disputer la victoire à son\nadversaire avec une valeur inextinguible. Maintenant plus rien ne m'empê­\nchait de descendre de mon élévation, et j'en profitai. Je n'ai jamais pu\ndécouvrir ce que Pompée vit de si particulier dans ma physionomie. La\nbouche du gaillard se fendit d'une oreille à l'autre, et il ferma les yeux\ncomme s'il voulait broyer des noix entre ses paupières. A la longue, se\ndépouillant de son pardessus, il ne fit qu'un bond vers l'escalier et disparut.\nJe hurlai après le coquin ces véhémentes paroles de Démosthènes :\n                 Ane rôt feu gon qu'est pâle hein ma caisse est haïe!\net me tournai ensuite vers l'élue de mon cœur, Diana, mon idole borgne\net poilue. Hélas! quelle horrible vision s'offrit à ma vue? Etait-ce bien un\nrat que je vis se précipiter dans son trou? Sont-ce là les os rongés du petit\nange cruellement dévoré par le monstre? Puissances du ciel ! et que dois-je\nsubir encore?— est-ce là l'esprit envolé, l'ombre, le fantôme de mon bien\naimé toutou, que j'aperçois assis avec une grâce si mélancolique, dans le\ncoin? Silence, car elle parle, et, divinités célestes! rien moins que l'alle­\nmand de Schiller :\n"}, {"page_pdf": 402, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 699, "texte": "                                    — 367 —\n\n                       Ound sterbik Dock, ç'austère bedaine\n                              Dure scie! Dure scie!\n  Hélas ! cette citation ne s'applique que trop à sa fatale destinée :\n                        Car si je meurs, au moins je    meurs\n                               Pour toi — pour toi.\n  Douce créature ! elle aussi s'est sacrifiée pour moi. Sans chien, sans\nnègre, sans tête, que te reste-t-il à présent malheureuse signora Psyché\nZénobia? Hélas — rien! J'ai fini.\n                                                       GEORGES EEKHOUD.\n\n  D'après l'anglais, d'EDGAR POE. —Widdleton, éditeur, New-York, 1856\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-07-05-n7-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 367, "page_fin": 370, "titre_corps": "Schmitt", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "SCHMITT", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 402, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 699, "fin_caractere_exclue": 2189, "texte": "SCHMITT\n                                                        A ALBERT D E CLERCQ.\n\n               Après la séance du Cercle royal dans laquelle il avait parlé\n                pendant une bonne demi-heure, pour avoir le plaisir de\n                s'écouter, le seul et l'unique Jacques Schmitt commit une\n                faute grave.\n   Il avait passé toute sa vie à travailler, à se creuser la tête, à fouiller l'His­\ntoire, pour être ce qu'il était, et il l'était, des pieds à la tête, des souliers\nau chapeau, il l'était manifestement, incontestablement, admirablement.\n   Quoi? Gommeux? Non. Chic? non. Elégant? non; tout cela et rien de\ntout cela, moins et plus; il avait trouvé un mot pour se caractériser : i\nétait Schmitt — par deux t —\n   Il était né par la faute des autres, mais c'est lui qui s'était réellement\ncréé.\n   Prenez un homme, faites-lui supporter vingt ans de contact avec ses\ncontemporains, afin qu'il soit cuirassé contre les lieux communs, les calem­\nbours et les bons mots, il en sortira idiot.\n   A moins qu'il n'en sorte lui, c'est-à-dire ce qu'en était sorti Schmitt :\nSchmitt.\n   Schmitt avait du cœur, mais le cœur ne se fait pardonner que lorsqu'il\ns'emmaillotte d'esprit, de même que l'esprit qui ne s'émeut pas un brin,\nn'est pas de l'esprit. Il faut souffrir de ses souffrances, sans les dire — sauf\nlorsqu'on est gris, — et des souffrances des autres en les leur faisant\nraconter; mais de celles-ci l'on doit sourire sans les railler; répondre par un\n"}, {"page_pdf": 403, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2641, "texte": "                                  — 368 —\n\n mot spirituel au récit des crèvements de cœur, c'est mettre un premier\n rayon de soleil dans un trou noir ; on ne pleure plus en voyant rire.\n    C'est vraiment très désagréable d'être plaint, et c'est humiliant, en\n somme, car on se trouve en un état de ridicule infériorité vis-à-vis du mon­\n sieur qui vient vous dire : Pauvre vous! Il vous insinue par là que Lui est\n assez malin pour ne pas être à plaindre, qu'il a arrangé sa vie, Lui, qu'il a\n  « tiré son plan », Lui, et que vous, homme intelligent, vous êtes bête au\n point de souffrir!\n    Schmitt ne souffrait pas, n'étant point bête.\n    Pour arriver à ce résultat, il ne pouvait aimer, et pourtant il aimait. Qui?\n    Ah! voilà!\n    Aimer une femme, c'est dangereux, — elle vous tue.\n    Aimer deux femmes, c'est tragique, — elles se tuent.\n    Aimer trois femmes, c'est ridicule(à cause du berger Paris), — il vous tue ;\n le ridicule).\n    Aimer toutes les femmes, c'est sublime, c'est Schmitt!\n    Lorsqu'il entrait dans un salon, cet homme inouï ne regardait pas les\n femmes, il faisait semblant de ne pas les voir; il avait l'œil dans le vague.\n    Elles étaient toutes jalouses du vague! et son vague lui fournissait un\n sérail.\n    Un exemple : La belle petite baronne Césarine de... avait juré de subir\n les « derniers outrages » de la part de Schmitt, et l'avait, en conséquence,\n invité à venir prendre le thé chez elle, à cinq heures. En été, c'est le moment\n  e plus capiteux de la journée, Césarine le savait. Le soleil a l'air de se\n dégonfler, de couper sa barbe de rayons et de se tailler une robe de nuit\n dans un pan de ciel. On rentre pour dîner; c'est l'heure de l'absinthe, et\n remplacer l'absinthe par... enfin, c'est toujours un apéritif.\n    Schmitt, qui, tous les jours, à ce moment, dégustait son poison vert, sans\n penser le moins du monde à Alfred de Musset, fut vexé de devoir être\n galant ; il partirait vite, après tout !\n    La baronne Césarine s'était mise nue, autant que peut le permettre l'im­\npudeur la plus pudique. En velours noir, lamé d'entre-deux de valencienne\nnoire à travers lesquels la peau rose de la poitrine se veloutait comme une\naube vue d'une fenêtre ajourée. La robe était courte et le pied long et mince\ncomme il sied à une vraie élégante — les petits pieds ont pénétré dans le\ncommun, — chaussé de mules en peau de chien, laissait voir le bas noir\ntransparent sur lequel une flèche brodée parlait.\n   Schmitt entra dans le salon où la petite baronne, couchée sur un divan,\nfeuilletait le Cantique des Cantiques de Salomon, édition miniature sur\npapier de chine, reliée en crépon.\n"}, {"page_pdf": 404, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2156, "texte": "                                  — 369 —\n\n   Elle lisait :\n   « Mon bien-aimé est pour moi comme une grappe de raisins de Cypre\ndans les vignes d'Engaddi. »\n   Schmitt, en entrant, jeta les yeux sur le livre, et, continuant le texte, en\nmanière de bonjour : « Il met sa main gauche sur ma tête et il m'embrasse\nde sa main droite », ce que Schmitt fit en riant.\n   — Eh bien, baronne, c'est pour vous distraire que vous m'avez appelé ?\n   — Mais oui, Monsieur de Brummel.\n   — Oh fi ! Madame, Brummel faisait la mode !\n   — Eh bien?\n   — Eh bien, il faut diriger la mode sans que personne puisse la suivre.\nBrummel avait le dandysme derrière lui, il l'a galvaudé.\n   La baronne ne répondit pas pendant une minute. Puis :\n   — Croyez-vous qu'il suffit d'être beau comme vous, intelligent comme\nvous, — pardon si je vous casse l'encensoir...\n   — Oh ! ne vous gênez pas, baronne, je l'avais déjà cassé pour épargner\ncette peine aux gens aimables.\n   — Fat.\n   — Le mot n'est ni moderne ni juste, un fat est un sot. Vous savez bien\nque je ne suis pas un sot; moi aussi je le sais; voudriez-vous, par hasard,\nque je fusse modeste comme un grand homme, quelle prétention !\n   — Je vous disais qu'il ne suffit pas d'être beau, spirituel, etc., etc., il\nfaut vibrer.\n   — Vibrer ! et je ne vibre pas ?\n   — Non, Paros ! Voulez-vous continuer ma lecture :\n   Césarine se pencha pour prendre le livre et entrebailler la dentelle de sa\ngorge.\n   — Schmitt lut :\n   « J'entends la voix de mon bien-aimé ; le voici qui vient, sautant sur les\nmontagnes, passant par dessus les collines. »\n   Du Puvis tout pur !\n   — Je vous dispense des commentaires.\n   — « Mon bien-aimé est semblable à un chevreuil et à un faon de biche.\nLe voici qui se tient derrière notre mur, qui regarde par les fenêtres, qui\njette sa vue au travers des barreaux. » On dirait du Shelley, en mieux.\n   — Vous ne vibrez pas? dit la baronne qui s'était rapprochée doucement,\net touchant presque le liseur.\n   — C'est très joli, très joli. Ecoutez donc, baronne : « Voilà mon bien-\naimé qui me parle et qui me dit : Levez-vous, hâtez-vous, ma bien-aimée,\nma colombe, mon unique beauté, et venez ».\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "                                 -   370   —\n\n\n   La jolie Césarine s'était rapprochée encore, le sourcil froncé; la jolie\nCésarine s'irritait, Schmitt pensait : Monsieur, vous êtes un grand homme.\n   « Les fleurs paraissent sur notre terre ; le temps de tailler la vigne est\nvenu ; la voix de la tourterelle s'est fait entendre dans notre terre.\n   « Le figuier a commencé à pousser ses premières figues : les vignes sont\nen fleur et elles répandent leur agréable odeur. Levez-vous, ma bien-\naimée, et venez. »\n   La baronne se leva un peu et se pencha sur l'épaule de Schmitt. Celui-ci\nresta calme, parfaitement calme.\n   — Vous ne vibrez pas?\n   — C'est une adorable poésie, Madame, et il s'ajouta :\n   Schmitt je vous aime.\n   « Vous qui êtes ma colombe, vous qui vous retirez dans le creux de la\npierre, dans les enfoncements de la muraille : montrez-moi votre visage :\nque votre voix se fasse entendre à mes oreilles : car votre voix est douce et\nvotre visage est agréable. »\n   Schmitt ayant savouré le désir comme une liqueur rare, pencha la tête\nvers la tête parfumée de Césarine, et vibra.\n   Ainsi fit-il avec toutes les femmes, jusqu'à ce soir où, ayant parlé pen­\ndant une bonne demi-heure pour avoir le plaisir de s'écouter, le seul et\nl'unique Jacques Schmitt commit une faute grave.\n   Le seul et l'unique Jacques Schmitt alla se promener avec une grande\ndame, sous les tilleuls du parc, au clair de la lune, en murmurant des\nvers d'amour.\n   Sous les tilleuls — clair de la lune — vers d'amour!\n   Schmitt ne se suicida pas, parce que se suicider ce n'est pas..., enfin ce\nn'est pas Schmitt.\n                                                     MAX W A L L E R ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-07-05-n7-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 371, "page_fin": 372, "titre_corps": "La Maison paternelle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "LA MAISON PATERNELLE", "ancre_fin": "GEORGES RODENBACH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 406, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 967, "texte": "LA MAISON PATERNELLE\n Inoubliable est la demeure\n Qui vit fleurir nos premiers jours ;\n Maison des Mères ! c'est toujours\n La plus aimée et la meilleure.\n\n On dirait que des fils cachés\n Filant leur invisible trame\n Vont des murailles à notre âme\n Et nous y tiennent attachés.\n\n La pendule où l'aiguille avance\n Implacablement son compas,\n Semble nous chuchotter tout bas\n Ce qu'elle sait de notre enfance.\n\n Ici c'est le papier fleuri\n Dont les jours de fièvre moroses\n Nous comptions les guirlandes roses\n D'un long regard endolori.\n\n Là vers Noël, à la nuit proche,\n Nous déposions nos fins souliers....\n Combien de détails familiers\n S'éveillent au bruit d'une cloche !\n\n C'est là que la plus jeune sœur\n Apprit à marcher en décembre ;\n Le moindre coin de chaque chambre\n A des souvenirs de douceur.\n\n Rien n'a changé! Les glaces seules\n Sont tristes d'avoir recueilli\n Le visage un peu plus vieilli\n Des mélancoliques aïeules.\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 954, "texte": "                 — 372 —\n\nTout est pareillement rangé\nEt, dans la lumière amortie,\nS'éternise la sympathie\nDu logis qu'on n'a pas changé :\n\nFauteuils des anciennes années\nOù l'on nous couchait endormis,\nFauteuils démodés, vieux amis,\nAvec leurs étoffes fanées,\n\nMeubles familiarisés\nPar une immuable attitude,\nMettant des charmes d'habitude\nDans les salons tranquillisés.\n\nJardin en fleur, vigne, tonnelle,\nEmpreinte vague de nos pieds\nSur les tapis et les sentiers,\n0 sainte Maison paternelle,\n\nQui donc pourrait vous oublier,\nLogis où dort notre âme en cendre,\nSurtout quand on a vu descendre\nDes cercueils chers sur l'escalier !\n\nPuis vient un jour d'adolescence\nOù l'on s'en va pour bien des soirs ;\nOn se pleure dans les miroirs....\nComme on va souffrir par l'absence !\n\nEt les portraits des grand'parents\nQue les petits-enfants oublient\nPour que vous demeuriez, supplient\nAvec leurs regards attirants.\n\n                           GEORGES RODENBACH."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-07-05-n7-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 373, "page_fin": 380, "titre_corps": "Quand même !", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Buet", "ancre_debut": "QUAND MÊME", "ancre_fin": "CHARLES BUET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 408, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "QUAND MÊME!\n                                     I\n    A Mademoiselle Sarah Bernhardt,           de la     Comédie-Française.\n\n                                          Le matin de la reprise de Ruy-Blas.\n             Comme je rentrais en mon pauvre logis, Mademoiselle, on me\n              remit hier une lettre toute parfumée, dont un filet gris-perle\n              bordait l'enveloppe, timbrée à votre chiffre avec cette fière\n              devise : Quand même! — Je reconnus votre écriture — que\nje n'avais jamais vue, et j'ouvris le message — qui me désappointa un\npeu ! Jugez! Il ne contenait que cette phrase, passablement difficile à inter­\npréter :\n   « Les yeux de Marie de Neubourg regardent dans les vôtres. Dites !\nQue pense Sarah Bernhardt? »\n                                      *\n\n   Daignez-vous me permettre de chercher avec vous le sens de ces mots ?\nM. Barbey d'Aurevilly — votre amical ennemi — ou votre ami quand\nmême, si vous voulez! — m'a donné un de ses livres, orné de sa griffe — à\nl'encre rouge, — et la dédicace accole à mon nom obscur cette épithète :\nL'Enigmatique, avec un grand E...! Enigmatique, soit! Je veux l'être : ne\nl'est pas qui veut, et rien n'est plus amusant que de passer pour ce que l'on\nn'est pas, si ce n'est d'être le contraire de ce pour quoi l'on passe.\n   Mais le vrai sphinx, Mademoiselle, c'est vous.\n\n\n   Que pense Sarah Bernhardt?\n   Voilà une question presque impossible à résoudre, et je rendrais les\narmes du premier coup, si je ne m'imaginais que vous pouvez penser beau­\ncoup, longtemps et très bien — ou très mal, selon que le vent souffle au\nnord ou au sud. Vous ne pensez pas, assurément, que la vie est « une\nironie amère » pour un grand nombre de tristes hères, auxquels rien ne\nsourit et qui, sur les bancs du parterre, pleurent avec Andromaque, et\nrêvent à Marie de Neubourg, l'idéale beauté aux yeux plus chatoyants\nque les perles de son collier.\n                                                                           24\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "                                  -   374   -\n\n   Vous pensez peut-être aux joies calmes et pures que vous ne connaissez\npoint : aux frais ombrages, aux vieux chênes dont l'orgueilleuse frondaison\ncouronne les troncs crevassés, aux pâquerettes étoilant l'herbe verte, aux\nsentiers de la forêt ; aux lacs d'opale, aux torrents écumeux, bondissant en\ncascades ; à toutes ces choses de la nature sur lesquelles —. touriste\nennuyée — vous avez peut-être jeté en passant un regard fatigué, mais dont\nvous n'avez compris et senti l'éclatante poésie que par la poésie convention­\nnelle des versificateurs à la mode.\n   Vous pensez peut-être qu'il serait bon de courir dans les bois, loin du\ngaz de la rampe, des coulisses fumeuses, des toiles de fond barbouillées,\ndes planches poussiéreuses, des couloirs empuantis d'huile rance, et d'ap­\nprendre enfin qu'il y a des fleurs non maquillées, des vallons incultes, des\nsites où la nature est vraiment — nature, dirait un de vos confrères\nd'atelier.\n\n\n\n   Que pense Sarah Bernhardt 1\n   Peut-être que le tourbillon où elle est entraînée ne suffit pas à occuper un\nesprit intelligent... Que Paris est une fournaise où tout se réduit en cen­\ndres ; qu'il serait doux, à certaines heures, d'être loin du bruit, et même de\nce bruit importun qu'on appelle — hélas ! — la GLOIRE... La gloire, fille\nqui se donne à tous et n'appartient à personne, et qu'on paie bien cher, et\nqui ne vaut pas ce qu'on la paie.\n   Vous êtes, Mademoiselle, de celles — ou de ceux — qui s'ennuient. J'en\nsuis aussi. Et pourtant je ne vous dirai pas, comme Louis XIII à Bassom-\npierre : Ennuyons-nous ensemble! Vous fuyez ce dévorant ennui qui nous\nronge tous tant que nous sommes; vous le combattez résolument, et vous\nne l'avez pas encore vaincu, le terrible fléau, si meurtrier, si insatiable, qui\npousse tant de femmes à la rivière, et tant d'hommes à l'hôpital ! Votre\npinceau le chasse un instant. Lasse de peindre, vous plantez votre ciseau\ndans un bloc de marbre; vous pétrissez de vos fines mains un morceau de\nterre glaise — qui valait dix sous tout à l'heure — et qui vaut maintenant\npresque son poids d'or... Lasse de sculpter, vous prenez une plume — une\nplume de colibri, je suppose?... et vous écrivez... ou mieux encore, vous\nrelisez un de ces chants mélancoliques et tendres que tant de poètes ont\nrefaits... en pensant à vous. Art, poésie, souvenirs, soudaines tristesses,\njoies bruyantes, rien ne vous charme, qu'un fugitif instant, et l'ennui\nrevient, pesant, inexorable.\n"}, {"page_pdf": 410, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "                                 — 375 —\n\n   Que pense Sarah Bernhardt ?\n   Qu'elle a passé, un jour ou l'autre, bien près de ce bonheur si follement\ncherché. Il était là, tout près d'elle. Elle n'avait qu'à baisser ses yeux hau­\ntains. Elle n'avait qu'à laisser tomber sa main blanche. Elle n'a point vu :\net l'oiseau bleu couleur du temps s'en est allé à tire-d'ailes, pour ne plus\nrevenir.\n    Qu'importe le bonheur à qui désire la gloire? Les flatteries, les applau­\ndissements, la renommée, tout ce qui étourdit, enivre et affole, n'est-ce pas\nassez? Faire à son gré trembler, palpiter et pâlir deux mille auditeurs; sus­\npendre tant de cœurs à ses lèvres ; exciter des transports d'émotion et de\nterreur; provoquer des rivalités ardentes et d'incurables jalousies; être\nadorée pour le moins autant qu'on est haïe, c'est bien plus qu'il n'en faut\npour guérir la plaie de l'âme, cette plaie si petite, si petite! que l'on cache\nlà-bas, tout au fond, qui fait tant souffrir et ne se cicatrise jamais.\n    Never more! « Jamais plus, mon Dieu! » criait une des maîtresses de je\nne sais quel roi de France, un jour que grondait le tonnerre, dont elle avait\n peur. On dit cela, et on l'oublie. Mais la plaie ne se laisse pas oublier. Au\nmilieu d'une fête, au fracas des acclamations, dans les enchantements de\nl'orgueil satisfait, on sent tout à coup une douleur aiguë, très rapide et très\npoignante, on est traversée d'un coup de poignard... on est brûlée d'une\nflamme, aussitôt éteinte... C'est la toute petite plaie qui se révèle. Elle\n s'ouvre, elle se ferme. Elle avertit qu'elle est là et qu'elle y est pour tou­\n jours !\n\n\n\n   Que pense Sarah Bernhardt'!\n   Que le mieux est de n'avoir aucun regret du passé, aucune crainte de\nl'avenir, et qu'à chaque jour suffit sa peine? Peut-être! L'éternel « peut-\nêtre n vient constamment sous ma plume, car enfin, Mademoiselle, je ne\nraisonne — ou ne déraisonne, s'il vous plaît ! — que sur des hypothèses.\n   Il ne m'est pas venu un instant à l'esprit que vous pussiez penser quoi\nque ce fût de celui à qui vous faisiez l'honneur d'écrire, en lui posant cette\nénigme. Je suis très orgueilleux — comme tous les hommes qui savent\nvaloir quelque chose : je n'ai donc aucune fatuité.\n   Vous êtes une très grande artiste et je n'entends pas dire par là que vous\nsoyez seulement une très grande comédienne. Vous aimez l'art, je crois,\nsous toutes ses formes, et vous en avez le culte — pour vous distraire —\nseul culte que vous pratiquiez, supposé-je. Toutes les manifestations de\nl'art vous séduisent, de même que toutes les manifestations de la beauté,\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "                                    — 376      -\n\nsi j'ose m'exprimer de la sorte. Vous auriez voulu être Phidias et Zeuxis, et\nd'autres encore, et ne pouvant être Raphaël, vous eussiez été la Fornarina.\nPrésentement, vous êtes Alcibiade — Alcibiade-Femme, car l'Alcibiade du\npauvre temps où nous vivons ne peut être que de votre sexe — je n'en loue\npas notre temps...\n\n\n   On parle beaucoup de vous — beaucoup trop! — En bien quelquefois,\nen mal souvent. Je crois qu'il se faut tenir à égale distance de l'un et de\nl'autre. Vous avez trop d'esprit pour ne pas mériter d'être calomniée.\n   Est-il vrai que vous dormiez dans un cercueil? On n'y est bien que\nquand on est mort, et vous aurez le temps d'y dormir à l'aise quand on\nvous y aura clouée. En attendant, je préférerais le moindre grabat.\n   Je ne crois guère d'ailleurs à ces excentricités funèbres, dignes tout au\nplus d'une Anglaise attaquée de spleen, ou de ces prétendus artistes qui,\nfaute de talent, se donnent les gants de l'étrangeté. On m'a parlé d'un bas-\nbleu qui achète, pour s'en faire des divans, les matelas des suicidés. Vous\nn'êtes pas un bas-bleu, et vous avouerez que ces « moyens de réclame » sont\ndu dernier ridicule.\n   On ne pardonne pas volontiers à une femme d'être tout ce que vous êtes,\net d'accaparer à son profit l'attention publique. On a dû vous dire bien sou­\nvent, tout bas en enveloppant ce mauvais compliment de flatteries les plus\nsucrées :\n                    Soyez plutôt maçon, si c'est votre métier!\nou encore le fameux :\n                            Ne sutor ultrà crepidam.\n   Je ne traduis pas ce dernier adage, persuadé que vous savez le latin mieux\nque moi, et le chinois aussi, et même la langue des Sélénites, s'il vous a\npris fantaisie de l'étudier. Je crois que cela veut dire : « Jouez la tragédie...\net mêlez-vous de vos cothurnes ! »\n   Conseil impertinent, que je vous engage à ne point écouter. On se fati­\nguait d'entendre appeler le juste un certain Aristide. On se fatiguera de\nvous harceler, de dire que vos tableaux, vos statues et vos livres ne sont\nvôtres que par la signature ; que vous n'avez ni la beauté de mademoiselle\nMars, ni le génie de Rachel; et mille autres choses désobligeantes qu'il me\nserait cruel de répéter..\n   On le dirait encore, que vous importe?\n"}, {"page_pdf": 412, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2465, "texte": "                                   — 377 —\n\n   Quand même! Ces deux mots sont la plus éloquente réponse. Une véri­\ntable devise de lionne ! hardie au moins, et qui ne craint pas de laisser tout\ndeviner.\n   La mienne est très courte et très simple, comme la vôtre — excusez la\ncomparaison. La voici : Et après.\n   Avez-vous parfois songé à ce terrible APRÈS, qui suit le QUAND MÊME?\n Non pas. La vie est si courte, si pleine, si follement dépensée, et dispersée,\nque les réflexions philosophiques n'y peuvent tenir aucune place. L'Après\nest un sombre mystère, très noir, et qui effraie les âmes les mieux trem­\npées... Soit! Eh bien ! Quand même! C'est du courage — un courage que\nje n'aurai pas.\n   Vous voilà, Mademoiselle, au comble des félicités humaines, distraite de\nl'ennui, acclamée de la foule, entourée d'ennemis, fêtée de quelques amis,\nglorieuse, couronnée de ce diadème espagnol sur lequel vous pourrez faire\nenchâsser la seconde larme de M. Victor Hugo, pour faire pendant à celle\nqu'il envoya à dona Sol. On viendra chaque soir pleurer à vos hymnes\nd'amour, gémir sur le sort de cette reine infortunée qui meurt pour un\nlaquais. Les yeux de Marie de Neubourg feront d'atroces ravages, ces\nyeux profonds comme la mer, et scintillants comme des étoiles !\n   Puis lasse quand même, vous reviendrez à votre palette et à votre ébau-\nchoir; puis lasse encore, — et non rassasiée — quand même!... vous finirez\nun beau jour par envisager le néant de toutes ces splendeurs au milieu des­\nquelles vous resplendissez... Et alors, vous laisserez peut-être tomber de\nvos lèvres ces deux mots désespérés : Et après?...\n\n\n                                        II\n                                                            Un an plus tard.\n\n   Vous rêvez, à cette heure, sur les bords de l'insondable océan aux mugis­\nsantes colères, Mademoiselle, et, contemplant les vagues d'opale et d'éme­\nraude qui se creusent en abîmes perfides ou s'élèvent en montagnes cristal­\nlines, vous pouvez murmurer de cette voix d'or qui apaisait naguère de si\ngrosses tempêtes et soulevait de si glorieuses acclamations :\n               Rome n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis !\nRome est à vos pieds. C'est une clameur désespérée, et de toutes parts on\nentend dire : « Elle s'en va ! mais les ministres restent ! »\n  C'est le premier mot qui ait frappé mes oreilles, après qu'un poète m'eut\nconté votre fuite, qui n'est peut-être qu'une fugue. Oui, l'idole déserte le\n"}, {"page_pdf": 413, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "                                  — 378 —\n\ntemple et dédaigne l'encens de ses adorateurs, alors que ceux qu'on espérait\nvoir prendre la clef des champs se cramponnent à leurs places, et ne veu­\nlent entendre ni aux conseils ni aux critiques.\n   En vérité, vous fûtes bien prompte à vous irriter. On en a fait bien d'au­\ntres à M. Jules Ferry, qui est Excellence et sa haute dignité n'en a pas\nsouffert ! Faut-il disparaître, parce qu'on est comparée à la grande Virginie,\nquand tant de gens ne disparaissent point, que l'on compare à Coupeau, à\nLantier, et autres héros de l'Assommoir\"!\n   Une loi des royaumes d'Espagne punit de mort quiconque touche à la\nreine. Seriez-vous si cruelle aux audacieux qui ont porté la main à votre\ndiadème, et le tenez-vous pour si mal assuré qu'un si léger choc le puisse\nfaire tomber de votre front superbe? Quand même! crie votre devise, impé­\nrieuse et vaillante, qu'un caprice et une irritation vous ont fait oublier trop\nvite !\n\n\n\n   L'événement est en soi de mince importance. On vous fait jouer une dona\nClorinde insuffisamment étudiée, selon votre aveu ; assez préparée au senti­\nment de l'auteur. Le public vous applaudit; quelques journalistes vous\ncritiquent. Vous vous emportez. Vous fermez portes et fenêtres, vous fuyez,\nvous jetez la Clorinde par dessus les moulins. Paris s'émeut. La presse\nvous attaque, on est fatigué de vous admirer. On saisit l'occasion qui,\nd'aventure, a pour cette fois une robuste chevelure, et voilà que l'on ne\npense plus aux ministres qui n'ont pas donné leur démission quand ils la\ndevaient, pour ne plus penser qu'à la tragédienne qui la donne quand elle\nne la doit pas.\n   C'est bien votre faute, Mademoiselle, et ne vous en prenez qu'à vous de\nce désagrément. Quoi ! non contente d'être une incomparable artiste, dont\nles défauts mêmes sont applaudis, et qui règne en souveraine sur la pre­\nmière scène du monde, vous vous avisez de moissonner des lauriers en d'au­\ntres jardins! Quoi ! vous faites le buste du sergent Hoff, vous peignez cette\ntoile étrange et forte : la Jeune fille et la Mort, qui sera une des attrac­\ntions du prochain Salon ? Quoi ! vous triomphez en Hollande ? Vous vous\nsurmenez, vous ne refusez à aucune œuvre charitable le concours de votre\ngrâce et de votre talent?\n   Mais vous abusez, ce me semble, des dons qui ne vous appartiennent\nplus, et du temps qui vous appartient encore. A quoi bon travailler tant\npour les autres? Et pourquoi dépenser une activité folle à poursuivre le\nsuccès? Vous deviez être partout et en tous lieux l'Aventurière : il se trouve\n"}, {"page_pdf": 414, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2380, "texte": "                                 — 379     -\n\nque le rôle vous déplaît, s'il le faut jouer hors du théâtre. On ne vous par­\ndonnera point d'avoir conscience de votre valeur, et de rester indépendante,\nvoire quelque peu volontaire.\n   On n'aimait point qu'Aristide fût appelé le Juste. On redoute également\nAlcibiade, quand il coupe trop souvent la queue de son chien, et songez\nà ce qu'il y a, en France, de chiens que vous avez privés de cet utile orne­\nment.\n                                      *\n\n    Mademoiselle Croizette ne sculpte rien, que je sache, madame Favart\n ne monte point en ballon, mesdames Brohan gardent leur esprit dans une\n boîte, mademoiselle Samary ne montre que ses dents, et beaucoup de\n dames ne font de la peinture que sur leurs joues et sous leurs yeux.\n    Que n'imitez-vous ces illustres exemples? On vous pardonnerait peut-\n être l'éclat de votre gloire, faite de trop de rayons, et M. Emile Augier ne\n se plaindrait pas de vous voir également supérieure dans des arts diffé­\n rents.\n    Je voudrais être sévère, comme tout le monde, et juger inflexiblement\n une équipée qui n'est pas sans dandysme. Je suis contraint à l'indulgence :\n que méchant ne faudrait-il pas être, ne vous épargnant point, pour ceux\n qui font leurs équipées à nos dépens ?\n    Vous n'avez pas le droit de dépareiller les couples d'amoureux que Victor\n Hugo présente à nos admirations. Vous n'avez pas le droit d'abandonner\n Hernani, Ruy-Blas ou Fabrice, et le pauvre master Clarkson sera bien\n empêché sans vous !\n    Mais comme on se passerait bien, place Beauvau et rue de Grenelle, des\n matamores qui s'y prélassent dans nos meubles, et comme on voudrait que\n leur comédie fût tôt achevée !\n    D'autant que cette comédie, point amusante, et fort sotte, au contraire,\n tourne au drame. Le tyran s'y pavane, le traître y rugit, les comiques y\n abondent, et aussi les confidents, les sous-confidents, et des myriades de\n comparses. Voilà tous ceux qu'il fallait emmener, Mademoiselle, et nous\n eussions alors applaudi à votre départ.... quitte à vous aller quérir in\nfiocchi aux pays désolés de l'exil!...\n    Mais vous partez sans tambour ni trompette, et nous laissez tout un lot\n de politiciens qui eussent figuré si bien dans vos bagages ! Et voilà pour­\n quoi, n'usant d'aucune indulgence, je donne ma note dans ce petit concert\n qui vous ira éveiller en Normandie.\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1383, "texte": "                                 — 380 —\n\n   Vous nous reviendrez quand même ! et vous serez quand même applaudie.\nLe public n'a pas à s'immiscer dans vos démêlés avec la Comédie-Fran­\nçaise; il ne prend que ce qu'il veut des jugements de la critique. Nos ora­\ncles, jamais infaillibles, sont rarement écoutés. Le vrai mérite s'impose et\nvotre réputation n'est pas plus de celles qui s'achètent que de celles qui se\nvendent.\n   Quitter le théâtre où chaque soir une foule enthousiaste vous acclamait,\nce n'est pas faire pièce à M. Perrin, désobliger M. Augier ou mécontenter\nle feuilletoniste. C'est — excusez ma franchise — offenser le public intelli­\ngent et lettré qui vous admire.\n   Votre intention n'est point telle. Ce public, soumis au charme de votre\nvoix, à la puissance de votre talent, vous l'avez conquis, mais il vous pos­\nsède. Vous ne devez pas lui manquer. Un contrat vous lie au passé comme\nà l'avenir, et le rompre, ce serait une ingratitude à coup sûr, et peut-être\nune imprudence. Vous nous reviendrez donc !\n   Et puisque vous avez, Mademoiselle, trahi votre fière devise ; puisque\nvous n'êtes pas restée quand même!... souvenez-vous du vieux proverbe\ngaulois, qui s'applique aussi bien aux reines de tragédie qu'aux ministres de\nla République : « Bien faire et laisser dire ! »\n                                                   CHARLES B U E T .\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-07-05-n7-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 380, "page_fin": 383, "titre_corps": "Exposition des beaux-arts à Anvers (deuxième article)", "titre_sommaire": "Anvers", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 415, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1383, "fin_caractere_exclue": 2157, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n       E X P O S I T I O N DES BEAUX-ARTS A ANVERS\n                              (Deuxième article)\n\n                           SECTION        BELGE\n\n             Pointn'est intéressant de s'occuper longuement de la section\n              belge. La plupart des œuvres exposées sont connues ; ce sont\n              des oeuvres rééditées ici, après avoir paru en première édition\n              aux Salons triennaux. Au surplus, les peintres qui les signent,\nles Stevens, les De Braekeleer, les Verwée, les Meunier, les De Knyff, les\nTerlinden, les Verhaeren, les Courtens, les Coosemans, les Wauters, les\nAsselberghs, les de Lalaing ont été étudiés longuement. Il ne reste donc\nplus qu'à flâner à travers le Salon, qu'à signaler les tableaux au hasard de\n"}, {"page_pdf": 416, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "                                   — 381 —\n\nrencontres, avec le regret constant de ne point trouver à défendre et à louer\ndes œuvres de combat, frissonnantes de jeunesse et d'audace.\n   Et tout d'abord voici les harengs séchés de M. Verlat. Dans un jour fac­\ntice de rôtisserie, où l'on devine des cuissons étranges et des grillades féroces,\nM. Verlat accommode à sa sauce je ne sais quel art religieux. Il intitule ses\nharengs Golgotha. Les bistres, les rouges, les noirs, les couleurs les plus\nhurlantes font charivari sur sa toile. La composition entière semble avoir\nété passée au four. On n'ose la regarder, de peur d'avoir la vue brûlée.\nHeureusement qu'à portée de regard se trouve un Combat d'aigles, aigles\nnullement terribles, aigles domestiques, qui sans doute alimenteront la\nrôtisserie demain. Puis, un peu plus loin, les Fleurs, fleurs de table égale­\nment destinées à quelque repas et complétant l'idée de mangeaille qu'éveil­\nlent les deux premiers tableaux. Et ainsi de suite. M. Verlat a la spécialité\nd'essayer de tout et de tout rater. C'est un Protée; il adopte toutes les\nmanières, il aborde tous les sujets. Peintre religieux, peintre d'animaux,\npeintre de fleurs, peintre de genre, — pas peintre. C'est, à ma connais­\nsance, le plus médiocre des parvenus d'académie. Il passe pour maître dans\nsa ville. Quelques-uns ne sont pas hostiles à lui conférer du génie. Il est en\nvoie de devenir, à Anvers, ce que Benoit est en musique, ce que Conscience\nétait en littérature, l'artiste populaire. Les commandes officielles volent\nvers lui; il les accueille sous son aile à dix ou vingt mille francs pièce.\nChaque bourgeois amateur convoite un de ses tableaux pour l'accrocher au\nmur de son salon, ne se doutant pas que n'importe quelle rosace du papier\nou n'importe quelle arabesque de la tapisserie valent mieux. Surfait, stupé-\nfiamment surfait, raté, irrémédiablement raté, tel apparaît Charles Verlat,\nmanière de Bouguereau provincial, faisant lui aussi des saintes familles\naussi horriblement bleues et vertes et aussi peu saintes que les affiches et\nles pancartes du très officiel membre de l'Institut des Beaux-Arts de\nFrance.\n   Aussi bien se demande-t-on si c'est l'influence de cette médiocrité capitale\nqui fait germer, « dans la métropole des Arts », tant de neutres de moindre\nimportance : les Ooms, les Verstraete, les Anthony.\n   Par bonheur, Henri de Braekeleer fait contrepoids. Oh ! combien on le\nsent, lui, le grand peintre, à travers les œuvres des Mertens, des Marcette\net des Brunin. Ces trois artistes, avec Joors et Jules Lambeaux, sont très\nremarquables. Le premier surtout dans l'Imprimerie en taille douce, le\ndeuxième dans la Montagne d'or, le troisième dans le Broyeur. Certes,\nleur peinture n'est pas moderne au sens strict du mot, mais la couleur au\nmoins est belle, agréable, appétissante. Ils intéressent par l'intimité qu'ils\nmettent dans le sujet, l'harmonie qu'ils réalisent dans les tons, la vie qu'ils\nexpriment.\n   Joors étale à la rampe une très svelte amazone en babil avec ses chiens,\nJules Lambeaux attire par le Critique et surprend par la Veuve. C'est lui,\nle plus audacieux des jeunes peintres anversois ; seul, il soupçonne la vraie\nlumière d'appartement et ose l'étudier.\n   On connaît l'œuvre des Schaefels, des Van Luppen, des Bource, des De\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3233, "texte": "                                  — 382 —\n\n Keyser, des Plumot, de toute l'antiquaillerie académique de là-bas. Pour­\n tant il est, parmi eux, un peintre dont l'art, quoique démodé, sollicite par\n sa grande conscience : c'est Lamorinière. A voir son œuvre réunie — est-ce\n impression passagère et fortuite? — j'ai senti, malgré les défauts manifestes\n de cette peinture lisse, noire, mince, toute en détails, l'émotion éprouvée\n devant les œuvres des vrais paysagistes. Ces sapinières, ces sous-bois, ces\n mares, ces étangs portent en eux les mélancolies des sites et les tristesses\n grises des plaines flamandes. Ils sont éloquents, ils parlent au souvenir, ils\n sont évocatoires. Il m'est agréable de louer Lamorinière. Son art est telle­\n ment éloigné de celui que je défends et que j'aime, que cette impression\n ressentie m'a été comme une surprise et je suis heureux de l'avouer en toute\nsincérité.\n   J'ai hâte de parler de trois disparus : deux, dans la mort, le troisième,\nailleurs.\n   Emile Sacré est parti, voici déjà deux ans. Ceux qui l'ont approché ont\ngardé en souvenir ce superbe jeune homme qui marchait, dans l'art, la tête\nhardie. Il avait un grand souci de réalité et de vigueur. Toutes ses toiles\ndénotent l'observation fixe. Il sortait de Courbet ; il avait un idéal de soli­\ndité et de virilité. Il a laissé de remarquables portraits. On en compte\ndeux à Anvers, celui de sa mère et celui du comte d'Aspremont-Lynden.\n   Le premier nous montre une dame âgée, dans une pose engoncée et\nsévère, surprenante d'individualité et de caractère. La tête est fière d'ex­\npression, elle commande. Toute une vie de femme est inscrite dans ces\ntraits, vie de volonté et d'expérience.\n   Le second est d'une intimité entière. Il dit la bonté un peu rude et mili­\ntaire du gentilhomme parfait que l'on connaît. L'allure est naturelle, aisée.\nLe modèle a l'air de ne point poser. Comme il est bien et commodément\nassis ! Comme le geste immobilisé qu'il a fait est saisi dans son repos et\nson affaissement! C'est une œuvre de très grand mérite.\n   Après Sacré, Huberti. Petit talent fluet, dira-t-on. Petit ruisseau ; pas\nmême une rivière. Soit. Mais combien original et vif et frais se montre ce\nfluet talent-là.\n   Le Temps gris à Wilryck et le Marais en Campine sont deux toiles d'un\nart spécial, tout de légèreté et d'impression, où la nature est saisie par un\npoète de la même famille que Corot. Quoi de plus mouvementé et fuyant et\nvoyageant que les ciels ennuagés d'Huberti? Quoi de plus attrapé que son\nair gris? Quoi de plus mouvant que ces feuillages d'arbres? Oh! ses arbres,\nses arbres minuscules, avec leurs frondaisons en froufrous, comme il les fait\nfrémir et murmurer au vent !\n   Et maintenant, voici Agneessens, — un maître. De tous les artistes de sa\ngénération, il est, certes, le plus artiste. Nous ne savons pas en Belgique\nimposer nos peintres. Il nous manque je ne sais quelle chaleur d'apostolat,\nquel enthousiasme, quel orgueil. Un peintre, tel que lui, devrait être plus\nsolennellement connu, plus fervemment aimé. Non pas que j'appelle autour\nde son nom le succes bourgeois et vulgaire ; c'est aux dilettantes que j'en ai.\nAgneessens, s'il était Français, serait haussé au premier rang des portrai-\n"}, {"page_pdf": 418, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1601, "texte": "                                   — 383 —\n\n\ntistes; il aurait son auréole. A peine lui brûlons-nous une petite chandelle\nd'admiration, — une chandelle à deux sous. A Anvers, ce qui me sollicite\net me hante, c'est son Étude de nu, cette belle chair d'éphèbe, si délicate, si\nétonnamment modelée. Cette chair est pâle, languissamment et aristocrati­\nquement pâle ; elle est idéale avant d'être vivante ; elle dit la jeunesse triste\net éteinte avant la chute des sens dans la matière. Cette chair, si étonnam­\nment suggestive, ne sera jamais superbe et mâle, elle est dégoûtée de la\nfemme sans s'y être collée, elle est égoïste.\n   M. Agneessens expose quatre portraits, tous puissants et intimes. D'au­\ntres ont plus de coloris que lui, mais personne ne sait dégager comme lui\nles mystères d'âme de ses modèles.\n   Artan voisine avec Agneessens. Il y a beau jour que le premier des mari­\nnistes belges n'a exposé. Les œuvres envoyées à l'Exposition universelle\nsont de date ancienne et, pourtant, combien volontiers on les signale et\ncombien elles sont supérieures à toutes les autres. Qui donc a compris la\nmer plus dramatiquement et plus lumineusement que lui, qui sait donner\nplus d'électricité aux vagues, plus de tumulte aux flots, plus de profondeur\naux ciels? Les teintes de l'Océan, il les a trouvées sur sa palette; et son œil\nsubtil et sa main nerveuse ne se trompent jamais.\n   Il y a en Belgique une réputation outrageusement gonflée, c'est celle de\nClays. Il est bon que, de temps à autre, Artan se montre.\n                                                    EMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-07-05-n7-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 383, "page_fin": 385, "titre_corps": "Toques et robes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 418, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 1601, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\n      TOQUES E T ROBES, par Arthur James. Dessins d'Amédée Lynen.\n\n                                                  A ARTHUR JAMES,   avocat,\n                                            en son Palais de Justice à   Bruxelles.\n\n                 MON CHER JAMES,\n\n             Te souviens-tu de la Jeune Revue, ce petit canard jaune où nous\n              déversâmes nos premières proses ? Il dura un an, puis changea\n              de jupon et devint la Jeune Belgique. Transformée, embellie,\n              c'était toujours la maison hospitalière aux écrivuscules de\nnotre genre et nous y déposâmes nos couvées mensuelles. Après nous être\nconnus à l'Université dans le coude à coude des auditoires de philosophie,\nvoilà que nous nous retrouvions séparés par quelques interlignes dans la\nsolennité de la typographie.\n  Ton premier article s'intitulait : Le premier client, extrait du « Roman\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2826, "texte": "                                  — 384 —\n\nd'un stagiaire », et pour que nul n'en ignorât, tu avais ajouté entre paren­\nthèses : inédit. Cela se passait en mars 1881.\n   Un an après, la Jeune Belgique publia une nouvelle page : Ab ovo,\nextraite du Roman d'un stagiaire (inédit).\n   Une année plus tard, aucun fragment nouveau ne parut, mais le\nRoman d'un stagiaire restait dans le silence de tes tiroirs ; il y est tou­\njours.\n   Je le regrette; le premier manuscrit que l'on a perpétré, est généralement\ncelui où l'on a mis le plus de soi-même, et celui-là devait redire, en un\nstyle inégal peut-être, tes premiers soucis, tes premières déceptions dans\nla carrière d'avocat qui n'est pas moins dure que celle d'écrivain.\n   Toi tu y gagnes d'avoir conservé pour toi-même les confidences du cœur\nqui sont nos seuls joyaux ; nous y avons perdu un livre, et dans un livre de\njeune homme il y a toujours quelque chose de doux et de palpitant.\n   Depuis, le Droit t'a mangé le sang ; sous la férule du diable d'Edmond\nPicard qui, dit-on, mène ses stagiaires à la baguette et les force presque\nà devenir de bons avocats, tu as dû piocher, sarcler, ensemencer le champ\nde ton avenir, si bien, qu'un de ces jours, tu me sembleras tellement\nrespectable que je m'oublierai à t'appeler Maître James, long comme le\nbras !\n   Et pourtant, camarade, tandis que tu défendais pro deo (cela se traduit :\npour l'amour de Dieu) la veuve sans argent et l'orphelin sans gratitude, tu\nregardais sournoisement ton encrier littéraire qui te faisait risette, et tu\nlui disais, en anglais, pour que le patron ne comprît pas : « Attends, je\nviens ».\n   Et tu es venu.\n   Lorsqu'un président de cour interroge les accusés, tu écoutes, mais tu\nregardes aussi. En ta tête, tu fixes l'image de ces bonshommes en robe et\nde ces misérables en blouse ; tu ne vois pas seulement « des contrats et des\ndroits », comme le jurisconsulte (mon oncle), tu vois encore « des couleurs,\ndes lignes, leur pittoresque, leur harmonie », et pendant que le ministère\npublic accumule sur le crâne de ton client un tas de crimes dont celui-ci se\ndoute à peine, tu te venges de ce grand morceau de Palais de Justice auquel\nta vie est accrochée, en le transformant en jolie et délicate littérature.\n   Résultat net, palpable et charmant : « Toques et Robes ».\n\n\n\n   Les observateurs, en ce temps d'observation enragée, sont plus rares que\nl'on ne pense. On regarde beaucoup, mais on soulève peu, on gratte peu, on\nscrute peu. Les contours suffisent, on néglige les ombres.\n   Je viens de lire d'un seul trait ton livre, mon cher James, et j'y ai trouvé\ncette « psychologie en profondeur » que je cherchais. Les types que tu\ndécris, on les voit, on les a vus cent fois, un peu plus on mettrait sur eux\ndes noms, avec cette manie de reportage dont nous subissons le contre­\ncoup.\n"}, {"page_pdf": 420, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "                                  — 385 —\n\n   Certains chapitres, comme Divorce high life, sont d'une adorable moder­\nnité, certains autres reflètent le côté grave du Palais, d'autres enfin ont une\npénétrante mélancolie. Lorsque tu parles du Juré, il semble que, comme cet\nhomme qui porte le poids de son jugement, ta plume tremble...\n   « Il condamnera. Trop nombreuses sont les malhonnêtes gens sur la\nterre. Il faut en finir. Et le bon bourgeois regagnera la rue de Flandre et\nracontera à sa famille extasiée qu'il a rempli un grand rôle ce matin, au\nPalais de Justice, là-bas, dans ce vaste monument qui a coûté si cher, et où\nil y a tant d'hommes en rouge et tant d'hommes en noir. »\n   D'autres fois, mon cher confrère, — car malgré tout et même notre aîné\nM. Picard, tu seras toujours plus écrivain fantaisiste que grave pandecto­\nphile, — d'autres fois ton émotion déborde en phrases tristes qui sont\ncomme la plainte de l'âme altérée. Ce que je demandais à ton fameux\nRoman d'un stagiaire, je le retrouve dans ces Toques et Robes dont tu n'es\npas si toqué que cela, mais que tu acceptes avec philosophie — sans Tiber­\nghien! — parce qu'il faut bien, n'est-ce pas, accepter ce qui nous est tombé\ndu ciel — un fameux fumiste en l'occurrence ! — et dont nous ne serons\njamais satisfaits.\n   Je ne veux pas divaguer plus longtemps.\n   Puisse ton livre être compris après avoir été lu, — car tant de gens\ngraves prétendent comprendre sans découper les pages ! — Puisse-t-il faire\nson chemin comme tu fais le tien, mon vieux camarade !\n                                                      MAX W A L L E R ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-07-05-n7-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 386, "page_fin": 388, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "si grand retentissement", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 421, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 108, "texte": "MEMENTO\n   "}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 108, "fin_caractere_exclue": 148, "texte": "Le sixième volume des poésies de Catulle"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 200, "fin_caractere_exclue": 242, "texte": "Mendès : Intermède, vient de paraître chez"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 293, "fin_caractere_exclue": 332, "texte": "Ollendorff. 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Les tirades françaises, même pronon­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 1593, "fin_caractere_exclue": 1635, "texte": "cées par deux artistes hors ligne, détrui­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 1678, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "sent notre illusion, et ce Justinien, qui n'a"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 1731, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "guère pour lui que son masque dur de '"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 1770, "fin_caractere_exclue": 1811, "texte": "médaille antique, nous ôte notre rêve par"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 1812, "fin_caractere_exclue": 1853, "texte": "sa déclamation conventionnelle de conser­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 1900, "fin_caractere_exclue": 1908, "texte": "vatoire."}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 1992, "fin_caractere_exclue": 2028, "texte": "Théodora n'est pas du théâtre drama­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2074, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "tique; c'est de l'archéologie qui bouge, de"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2165, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "la féerie savante; les décorateurs et les cos­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2260, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "tumiers en sont les seuls auteurs et ils ont"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2352, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "assassiné M. Sardou."}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2446, "fin_caractere_exclue": 2481, "texte": "La Parisienne de M. Becque est tout"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2509, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "autre. Là il n'y avait pas de littérature; ici"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2599, "fin_caractere_exclue": 2641, "texte": "il n'y a que cela; le costume est quelcon­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2693, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "que, le décor, n'importe lequel. 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Parce que la pièce de M. Sar­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3467, "fin_caractere_exclue": 3510, "texte": "dou n'a pas d'âme, elle ne secoue, dans son"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3550, "fin_caractere_exclue": 3591, "texte": "boisseau d'or, de pierreries et de mosaï­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3637, "fin_caractere_exclue": 3680, "texte": "ques, que des passions violentes exploitées"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3723, "fin_caractere_exclue": 3763, "texte": "depuis Phèdre et depuis Athalie. 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Becque ne hurle pas,"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "ne tue pas, ne massacre pas ; il étale de"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 183, "fin_caractere_exclue": 224, "texte": "façon simple, sans la fumée bleue des en­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 267, "fin_caractere_exclue": 312, "texte": "censoirs ni le bruit sonore des gongs, la vie"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 356, "fin_caractere_exclue": 397, "texte": "humaine, la vie moderne, la vie éternelle"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 438, "fin_caractere_exclue": 482, "texte": "de notre société. Elle déplie la page triste"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 522, "fin_caractere_exclue": 563, "texte": "d'un coin du monde; elle n'a besoin ni de"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 609, "fin_caractere_exclue": 648, "texte": "poignards ni de glaives pour ouvrir les"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 690, "fin_caractere_exclue": 735, "texte": "plaies ; d'un regard pénétrant elle sonde les"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 781, "fin_caractere_exclue": 825, "texte": "blessures et les transmet à la pensée par le"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 869, "fin_caractere_exclue": 900, "texte": "trajet des nerfs et des fibres."}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 952, "fin_caractere_exclue": 990, "texte": "Le bas-empire byzantin de M. Victorien"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 1038, "fin_caractere_exclue": 1078, "texte": "Sardou ne me fait pas horreur — on n'est"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 1117, "fin_caractere_exclue": 1160, "texte": "pas laid dans de si beaux costumes ! — ; le"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 1205, "fin_caractere_exclue": 1244, "texte": "bas-empire parisien de M. Becque, drapé"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 1293, "fin_caractere_exclue": 1335, "texte": "de couleurs sombres, m'entr'ouvre le crêpe"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 1379, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "de la nuit contemporaine. 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Seulement, ici la clé n'est"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2308, "fin_caractere_exclue": 2351, "texte": "pas une de ces clés à complications dont le"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2400, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "maniement exige de patientes études, c'est"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2491, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "un passe-partout."}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2560, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "Usant de la licence permise aux roman­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2647, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "ciers, l'auteur a condensé, dans une intrigue"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2741, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "où l'on voit défiler nombre d'hommes au­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2821, "fin_caractere_exclue": 2865, "texte": "jourd'hui arrivés, l'histoire de la décompo­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2907, "fin_caractere_exclue": 2937, "texte": "sition morale de notre époque."}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 2989, "fin_caractere_exclue": 3026, "texte": "On aimera à chercher le nom du prési­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3075, "fin_caractere_exclue": 3114, "texte": "dent de la Chambre des députés recevant"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3163, "fin_caractere_exclue": 3204, "texte": "une dépêche de la dame... aimable, au mi­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3248, "fin_caractere_exclue": 3292, "texte": "lieu de cette journée fameuse de l'interpel­"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3341, "fin_caractere_exclue": 3383, "texte": "lation sur la police de Paris. — En trente"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3427, "fin_caractere_exclue": 3466, "texte": "lignes, la physionomie de la séance est"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3515, "fin_caractere_exclue": 3549, "texte": "enlevée avec une verve incroyable."}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3601, "fin_caractere_exclue": 3636, "texte": "Hermann Simon et M. Starke sont des"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3681, "fin_caractere_exclue": 3722, "texte": "personnalités assez connues dans le monde"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3771, "fin_caractere_exclue": 3814, "texte": "industriel et financier pour que l'on mette"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3863, "fin_caractere_exclue": 3906, "texte": "leur vrai nom sous le masque qui les cache."}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 3958, "fin_caractere_exclue": 4004, "texte": "Voilà un livre à lire, et à lire surtout entre"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 4049, "fin_caractere_exclue": 4096, "texte": "les lignes, c'est dire qu'il s'adresse aux gens"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 4145, "fin_caractere_exclue": 4188, "texte": "d'esprit.                     (Communiqué.)"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "Dans la Bibliothèque Gilon : Les Arte­"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 162, "texte": "velde, par Ch. Potvin."}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 324, "fin_caractere_exclue": 327, "texte": "***"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 330, "fin_caractere_exclue": 369, "texte": "Pour paraître prochainement : Nouvelles"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 404, "fin_caractere_exclue": 429, "texte": "comme ça, par Max Waller."}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 606, "fin_caractere_exclue": 609, "texte": "***"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 680, "fin_caractere_exclue": 715, "texte": "Nous commencerons en septembre pro­"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 737, "fin_caractere_exclue": 780, "texte": "chain la publication d'un travail de longue"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 828, "fin_caractere_exclue": 873, "texte": "haleine intitulé : Souvenirs de la vie d'étu-"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 919, "fin_caractere_exclue": 925, "texte": "diant."}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1190, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "Reçu de M. Ernest d'Orllanges, le poète"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1280, "fin_caractere_exclue": 1319, "texte": "d'une très jolie plaquette : Hélène, un"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1370, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "roman intitulé : L'Homme à passion, une"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1502, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "des choses les plus mal écrites, les plus"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1643, "fin_caractere_exclue": 1684, "texte": "dégoûtantes et les plus ignobles que nous"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1776, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "ayons jamais lues — ou plutôt feuilletées."}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2000, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "Reçu de M. Eugène Tavernier un recueil"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2091, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "de vers : Les Scintillements."}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2181, "fin_caractere_exclue": 2221, "texte": "Très inoffensif; M. Tavernier se fait-il"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2269, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "des illusions?"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2475, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "***"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2576, "fin_caractere_exclue": 2614, "texte": "Chez Lemerre, dans la « Petite biblio­"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2707, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "thèque littéraire », l'édition définitive de"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2843, "fin_caractere_exclue": 2886, "texte": "Celui de la Croix-aux-Bœufs.       Un chef-"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2978, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "d'œuvre indiscutable comme Ompdrailles"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3109, "fin_caractere_exclue": 3132, "texte": "et comme Le Bouscassié."}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3244, "fin_caractere_exclue": 3247, "texte": "***"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3320, "fin_caractere_exclue": 3357, "texte": "La maison Schott, de Bruxelles, vient"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3412, "fin_caractere_exclue": 3452, "texte": "d'éditer, avec le plus grand luxe, trois"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3499, "fin_caractere_exclue": 3531, "texte": "morceaux de chant de Léon Jehin."}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3588, "fin_caractere_exclue": 3627, "texte": "Ces mélodies, faites sur des poésies de"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3672, "fin_caractere_exclue": 3712, "texte": "Victor Hugo et d'André Van Hasselt, sont"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3763, "fin_caractere_exclue": 3800, "texte": "charmantes, empreintes de grâce et de"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3857, "fin_caractere_exclue": 3900, "texte": "sentiment, et écrites dans le style le plus"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3946, "fin_caractere_exclue": 3954, "texte": "correct."}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 4040, "fin_caractere_exclue": 4080, "texte": "Elles seront, pour le jeune compositeur,"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "un succès moins bruyant, il est vrai, mais"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 188, "fin_caractere_exclue": 229, "texte": "plus intime et aussi vif que celui de ses"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 278, "fin_caractere_exclue": 304, "texte": "compositions orchestrales."}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 399, "fin_caractere_exclue": 402, "texte": "***"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 456, "fin_caractere_exclue": 493, "texte": "M. Charles Buet publie, à la Nouvelle"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 543, "fin_caractere_exclue": 585, "texte": "librairie parisienne (E. Giraud et C°, 18,"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 635, "fin_caractere_exclue": 676, "texte": "rue Drouot), deux volumes d'un genre bien"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 726, "fin_caractere_exclue": 736, "texte": "différent."}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 789, "fin_caractere_exclue": 827, "texte": "Le premier, Médaillons et Camées, ren­"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 877, "fin_caractere_exclue": 918, "texte": "ferme une série d'études intéressantes et"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 968, "fin_caractere_exclue": 1010, "texte": "curieuses sur Barbey d'Aurevilly, François"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1060, "fin_caractere_exclue": 1099, "texte": "Coppée, Paul Féval,MmePaul Féval, Louis"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1149, "fin_caractere_exclue": 1187, "texte": "Veuillot, Emile Zola, Alphonse Daudet,"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1237, "fin_caractere_exclue": 1279, "texte": "Léon Cladel, Rollinat, Léon Bloy. — Il y a"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1329, "fin_caractere_exclue": 1369, "texte": "même un chapitre consacré aux Bas-Bleus,"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1459, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "et un autre à Sarah Bernhardt, celui qu'on"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1594, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "ira plus haut. C'est là de l'histoire littéraire"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1733, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "anecdotique et pittoresque, avec des aper­"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1867, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "çus absolument nouveaux, de fines remar­"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1956, "fin_caractere_exclue": 1997, "texte": "ques, d'une extrême originalité de forme."}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2047, "fin_caractere_exclue": 2090, "texte": "Ce livre fera du bruit, et mérite un succès"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2139, "fin_caractere_exclue": 2178, "texte": "que la critique ne lui marchandera pas."}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2231, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "Le second, Contes moqueurs, est d'une"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2317, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "ironie spirituelle ; ce sont des récits drama­"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2413, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "tiques, d'une fantaisie presque sérieuse,"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2528, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "d'une variété infinie. Les passions les plus"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2663, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "vives, les sensations les plus fugaces, les"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2800, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "sentiments les plus subtils, l'amour et la"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 2935, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "peur, la jalousie et l'orgueil, dans leurs"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3065, "fin_caractere_exclue": 3108, "texte": "manifestations les moins ordinaires, y sont"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3181, "fin_caractere_exclue": 3223, "texte": "observés et analysés puissamment. Ce n'est"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3272, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "point là un recueil de contes banals, simple­"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3366, "fin_caractere_exclue": 3411, "texte": "ment agréables à lire ; c'est un livre à gar­"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3460, "fin_caractere_exclue": 3498, "texte": "der parmi ceux qu'on relit. La Chambre"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3547, "fin_caractere_exclue": 3585, "texte": "jaune, la Chaîne de corail, la Pipe de"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3634, "fin_caractere_exclue": 3671, "texte": "Zbarra, le Dompteur de chats, les IX,"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3720, "fin_caractere_exclue": 3762, "texte": "sont véritablement des œuvres vigoureuses,"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3811, "fin_caractere_exclue": 3856, "texte": "et qui ajouteront encore à la réputation lit­"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3905, "fin_caractere_exclue": 3945, "texte": "téraire de M. Charles Buet, auteur de ce"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 3994, "fin_caractere_exclue": 4036, "texte": "drame hardi, le Prêtre, qui eut naguère un"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 4085, "fin_caractere_exclue": 4109, "texte": "si grand retentissement."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-07-05-n7-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA REVUE CONTEMPORAINE, littéraire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 424, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1330, "texte": "LA REVUE CONTEMPORAINE, littéraire,\n politique et philosophique. Directeur : Adrien REMACLE ; rédacteur en\n chef : Edouard ROD. Abonnement pour la Belgique : 2 2 fr. Paraît\n le 25 de chaque mois. Bureaux : Paris, 2, rue de Tournon.\n\n                        revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\n rain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\n pagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant pour la Bel­\n gique : MAX W A L L E R .\n\n\n            POUR     PARAITRE       PROCHAINEMENT :\n\n\n                             NOTES\n                                  SUR LA\n\n\n\nLITTÉRATURE MODERNE\n                                   PAR\n\n                 F R A N C I S             N A U T E T\n                          Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n\n\n                   VIENT DE PARAITRE\n        chez FRINZINE et KLEIN, 1, rue Bonaparte, à Paris.\n\n                       XIXe         S I È C L E\n\n\n\n                 LES ŒUVRES\n                                   ET\n\n\n\n    L E S HOMMES\n                                   PAR\n                  JULES BARBEY D'AUREVILLY\n\n\n              LES JUGES JUGÉS\n   UN     B E A U      VOL. IN-8o.            PRIX      FR.     7-50\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 382, "texte": "5e ANNÉE.                 TOME IV, N° 7.          PRIX : 60 CENT.              5 JUILLET 1885\n\n\n\n\n                                           LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 SOMMAIRE:\n\n   Comment écrire un Article-Blackwood            .   .    GEORGES EEKHOUD.\n   Schmitt                                                 MAX W A L L E R .\n   La Maison paternelle                                    GEORGES RODENBACH.\n   Quand même !                                            CHARLES BUET.\n   Chronique artistique : Anvers                           EMILE VERHAEREN.\n   Chronique littéraire : Toques et robes .           .    MAX WALLER.\n   Memento\n\n\n\n\n                                   'BRUXELLES\n              ADMINISTRATION :                              RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                    80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                           1885\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "         LA JEUNE BELGIQUE\n                              REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\nparaissant     le 1er de chaque mois en livraisons            de 40 pages au moins et formant            au bout\n                            de l'année    un superbe      volume     de 600     pages.\n\n\n\n                   MEMBRES FONDATEURS\n      MM. ANDRÉ COLLARD, à Herstal ; OSCAR COLSON, à Vottem\n                  GEORGES DESTRÉE, à Bruxelles\n     EDOUARD DE WINTER, à Bruxelles; CH. G U I L L E , à Bruxelles\n        PETRUS PIRUS, à Gand; HUBERT VAN DIJK, à Bruxelles\n                                         ABONNEMENTS :\n                   Belgique    : Un an, 5 francs. —Etranger              : Un an, 7 francs.\n\n    Bruxelles: Administration,           26, rue de l'Industrie. — Rédaction             : 80, rue Bosquet.\n\n\n\n                                               A V I S\n   Nous avertissons nos amis et collaborateurs que la copie de La Jeune\nBelgique doit nous être adressée au plus tard le 22 du mois. A partir de\ncette date, elle sera remise au numéro suivant. Nous sommes obligés de\nprendre cette mesure afin d'éviter des retards à l'avenir.\n\n                                    BOITE AUX L E T T R E S\n 48. RAOUL RUSSEL, Marseille.               Nous n'avons pas reçu           le volume dont vous parlez,\nmonsieur\n  49. G. RAIMOND. Votre Vision n'est pas mal écrite, confrère, mais c'est une simple\namplification française, sans caractère ni originalité. Avec toute la bonne volonté du\nmonde\n  50. GEORGES LEQUENNOIS. Voici votre morceau, monsieur; les lecteurs jugeront si la\nJ. B. doit accueillir cette littérature abracadabrante. Pour nous, l'opinion est faite. Ecce :\n\n                                            A UNE VIEILLE FEMME\n   Tes yeux, impavides enchanteurs, où parfois semblent dormir les visions des vierges impolluées, — Tes yeux\nqui à l'aurore des nuits de joie se remplissent de scintillances et de fulgurations phosphorées, — Tes yeux ont\npour moi la splendeur des couchers (le soleil !\n   Tes lèvres, d'un rose affaibli, m'évoluent les soyeuses étoffes fanées, — tes lèvres, sapide Saint-Ciboire du\nplaisir. Ta peau veloutée, creusée d'imperceptibles rides, tout imprégnée de parfum, m'apparaît ainsi qu'une\nfleur à son déclin, dont le charme s'exaspère.\n   En contemplant tes lourdes paupières, aux longs cils, estompées d'un bleu violacé, plîssées et meurtries, je\nsuppute les nuits d'insomnie, les triomphantes et délirantes nuits de savantes et perverses délices !\n   l e s seins qui s'affaissent, tes formes qui s'alourdissent, ô maîtresse, affolent mes rêves, car - Sodome et\nGomorrhe, les villes saintes anéanties par le Dieu jaloux, te léguèrent leurs voluptueux, leurs terribles secrets ;\nles étranges et les subtils raffinements tu les connais; au creuset do ton amour abestin, tu m'as brûlé de trou­\nblantes et grandioses caresses ! O magicienne des nuits alanguics, qui nie dispensas le philtre de tes baisers\nmusqués et salaces, je me prosterne à tes pieds!\n  Or donc, prostituons-nous, — encore! Etouffe moi; à l'étreinte inassouvie de tes bras hystériques brise mon\ncorps frêle. — Je veux m'anéantir sur le bûcher ardent des voluptés farouches !\n                                                                                 GEORGES LEQUENNOIS.\n  Abestin — salace. Vous me présenterez ?\n  51. RENÉ D ' I . Votre écriture rappelle les hiéroglyphes des Pyramides et les papyrus\ndes premiers rois. La nouvelle qui est... en dessous est peut-être un chef-d'œuvre et je\nsuis tenté de le croire; je prie respectueusement mon panier de me donner son avis là-\ndessus. Ce qui m'ennuie, c'est que votre lettre est aimable; j'aurais préféré des injures.\nAmi.\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "       COMMENT ECRIRE UN ARTICLE-BLACKWOOD\n\n\n                          LA T H E O R I E\n\n                                 Des figues! Des figues! Au nom du prophète !\n                                      (Cri des marchands de figues turcs).\n\n\n                      Je suppose que chacun a entendu parler de moi.\n                    Mon nom est la signora Psyché Zénobia. Je suis\n                    certaine de ce fait. Personne, à l'exception de mes\n                         ennemis, ne m'appelle Suky Snobbs. Je me suis\n                   laissé dire que Suky n'est qu'une vulgaire corruption\n                   de Psyché, du grec authentique, qui signifie « l'âme »\n                     (ne suis-je pas tout âme?) et parfois « un papillon »,\n                     seconde acception s'appliquant sans doute à la\n                 figure que je fais dans ma nouvelle robe de satin cra­\n                 moisi, avec le mantelet arabe bleu de ciel, mes passe­\n                 menteries vertes et mes sept falbalas d'un jaune orange\n                 comme des auricules — oreilles d'ours pour le vul­\n                 gaire. Quant à Snobbs, quiconque me considère m'ac­\n                 cordera sur-le-champ que mon nom n'a jamais été\n                 Snobbs. Miss Tabitha Navet propagea ce bruit par\n               pure envie. Tabitha Navet, ma parole! O la petite gale!\n               Mais qu'attendre d'un Navet? Aurait-elle oublié le vieil\n               adage : « Le sang qui sort d'un navet, etc.. »\n                   Memorandum : le lui remettre dans la mémoire à la\n                 première occasion.\n                   Memorandum encore : lui tirer le nez.\nOù en étais-je? Ah! On m'a assuré que Snobbs est une simple corruption\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "                                  — 350 —\n\nde Zénobia et que Zénobia était une reine — (Moi également. Le docteur\n Moneypenny m'appelle toujours la Reine des Cœurs), — et que Zénobia,\ntout comme Psyché, est du grec authentique, et que mon père était un\nGrec, et que, par conséquent, j'ai droit à mon nom patronymique, lequel\nest Zénobia et d'aucune façon Snobbs. Personne, sinon Tabitha Navet, ne\nm'appelle Suky Snobbs. Je suis la signora Psyché Zénobia.\n    Ainsi que je le disais, chacun a entendu parler de moi. Je suis cette\nsignora Psyché Zénobia, célèbre à si juste titre comme secrétaire correspon­\ndant de l'Association bibliographique universelle et expérimentale, Revue\npériodique des Bourses, Thés, Belles-Lettres et Cannes à sucre en vue de\nla CIVILISATION DE L'HUMANITÉ. Le docteur Moneypenny composa ce\ntitre à notre intention et prétend l'avoir choisi de telle sorte qu'il résonne\naussi formidablement qu'un baril de rhum vide. (Un homme vulgaire par\nmoments que ce docteur, mais quand même profond.)\n    Toutes nous accompagnons nos signatures des initiales de la société, à\nl'instar de la S. R. A. ou Société Royale des Arts, de la M. A. O. I. E. S.\nou Magasin artistique, officiel, international et sélectif, etc., etc. Le doc­\nteur Moneypenny prétend pour cette dernière que I'M majuscule signifie\nMare, que l'A est mis pour aux et qu'il faut lire les autres lettres comme\nelles se suivent : O I E S ; ce qui ferait MARE AUX OIES au lieu de désigner\nla revue dirigée par lord Brougham, — mais le docteur Moneypenny est\nun homme si bizarre que j'ignore toujours s'il me dit la vérité. Quoi qu'il\nen soit, nous ajoutons invariablement à nos noms les initiales A. B. U. E.\nR. P. B. T. B. L. C. S., abréviation de l'Association Bibliographique\nUniverselle et Expérimentale,         Revue Périodique des Bourses, Thés,\nBelles-Lettres et Cannes à sucre, soit une lettre par mot sans lésiner. C'est\nautrement imposant que la M. A. O. I. E. S.\n   Enfoncé lord Brougham ! Le docteur Moneypenny assure que nos ini­\ntiales nous donnent notre caractéristique, — mais je ne vois pas ce qu'il\nveut dire.\n   Malgré les bons offices du docteur et les vaillants efforts de l'Association\npour se faire remarquer, elle ne réussit guère avant ma collaboration. Pour\ntout dire, les membres se laissaient aller à un ton de discussion trop facile.\nLes manuscrits lus chaque samedi soir se distinguaient moins par la pro­\nfondeur que par la bouffonnerie. Tous équivalaient à de la crème fouettée.\nIls manquaient d'investigations des causes premières, de principes origi­\nnels. Il n'y avait pas d'investigation du tout. On ne se préoccupait aucune­\nment de ce grand point, « la convenance des choses ». En somme, il n'y\navait là rien de comparable à ce style-ci. Tout était plat, prodigieusement\n"}, {"page_pdf": 386, "texte": "                                   — 351 —\n\nplat. Ni profondeur, ni lecture, ni métaphysique, — rien de ce que les\nsavants appellent spiritualité et que les ignorants préfèrent stigmatiser du\nnom de cant.\n   Le docteur Moneypenny dit que je devrais écrire cant avec un K majus­\ncule, — mais j'en sais plus long que lui.\n   Lorsque j'entrai dans la Société, je pris à tâche d'y introduire une meil­\nleure façon de penser et d'écrire, et l'univers entier sait combien j'ai réussi\".\nNous publions à présent dans les A. B. U. E. R. P. B. T. B. L. C. S.\nd'aussi bons manuscrits que dans la meilleure des revues y compris la\nBlackwood. Je cite la Revue Blackwood, parce que j'estime que les plus\ndélicieux écrits, sur tous les sujets, se rencontrent dans les colonnes de ce\nmagazine justement célèbre. Nous la prenons à présent pour modèle en\ntout genre, et notre application nous vaut déjà une notoriété très flatteuse\nauprès du public. Après tout, la facture d'un article portant le cachet exact\ndes Blackwood n'est pas chose si difficile si l'on s'y prend intelligemment.\nNaturellement je ne parle pas des articles politiques. Chacun sait comment\non les fabrique depuis que le docteur Moneypenny en a divulgué la recette.\nM. Blackwood dispose d'une paire de ciseaux de tailleur et de trois\napprentis constamment à ses ordres. L'un lui tend le Times, un autre\nl'Examinateur et un troisième le Nouvel abrégé d'argot par Gulley.\nM. Blackwood taille simplement et entremêle ses coupures. C'est bientôt\nfait, — d'abord l'Examinateur, l'Argot et le Times, — puis le Times,\nl'Argot et l'Examinateur, — et enfin le Times, l'Examinateur et\nl'Argot.\n   Mais le principal mérite de la Revue consiste dans ses articles variés; et\nles meilleurs de ceux-ci rentrent dans la catégorie de ce que le docteur\nMoneypenny appelle les bizarreries (quelle que soit la signification de ce\nmot), mais que tous les autres nomment des intensités. Il y a longtemps\nque j'apprécie ce genre de morceaux, mais c'est seulement depuis ma der­\nnière visite à M. Blackwood (la Société m'avait déléguée) que je me rends\nexactement compte de la méthode pour les composer. Cette méthode est\ntrès simple, pas autant cependant que celle usitée pour les articles politi­\nques. M'étant présentée chez M. Blackwood et lui ayant fait connaître le\nvœu de notre Société, il me reçut avec beaucoup de civilité, m'introduisit\ndans son cabinet de travail, et me donna une explication claire de tout le\nprocédé.\n   « Ma chère dame », dit-il, évidemment frappé par mon apparence majes­\ntueuse, car j'étais vêtue de mes habits de satin rouge, aux passementeries\nvertes et aux oreilles d'ours couleur orange, « ma chère dame », dit-il.\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": "                                 — 352 —\n\n\n« asseyez-vous. Les choses se présentent comme suit : En premier lieu, votre\nécrivain d'intensités doit se munir d'encre très noire, d'un très grand porte-\nplume avec un bec de plume très émoussé. Et, attention, Miss Psyché\nZénobia! » poursuivit-il, après une pause, avec une emphase et une solen­\nnité de manières des plus impressionnantes, « écoutez-moi bien! cette\nplume — ne doit — jamais être taillée ! En cela, Madame, réside le secret,\nje dirai l'âme même de l'intensité. Je ne m'avance pas en disant qu'aucun\nindividu de quelque génie qu'il disposât, n'a écrit avec une bonne plume,\n— comprenez-moi, — un bon article. Vous considérerez comme un axiome\nqu'un manuscrit lisible ne vaut jamais la lecture. Ceci est un des préceptes\nélémentaires de notre foi; si vous ne vous y soumettez pas, brisons là. »\n   Il se tut, en effet. Mais, comme de juste, ne désirant aucunement mettre\nfin à la conférence, je me soumis à ce dogme avec d'autant plus de facilité\nque l'évidence m'en avait frappé depuis longtemps. Mon credo le satisfit.\nAussi daigna-t-il continuer mon initiation :\n   « Vous me taxerez peut-être de vanité, Miss Psyché Zénobia, si j'attire\nvotre attention sur un ou plusieurs de nos articles, en manière d'exemples,\nde modèles à étudier; mais je ne saurais mieux m'expliquer qu'en vous\ncitant quelques cas de genuine Blackwood. Voyons. Il y avait Le Mort\n Vivant, une chose capitale! — le compte-rendu des sensations d'un gentle­\nman enterré vif. Une relation pleine de goût, de terreur, de sentiment, de\nmétaphysique et d'érudition. Vous auriez juré que l'auteur fût né et eût été\nélevé dans un cercueil. Ensuite parurent les Confessions d'un mangeur\nd'opium, — beau, très beau! — glorieuse imagination, — philosophie pro­\nfonde, — théorie ingénieuse, — abondance de passion et de furie, et un bon\nassaisonnement de l'inintelligible le plus décidé. C'était là une gentille\nportion de bouillie qui descendit délicieusement dans la gorge des liseurs\nIls juraient que Coleridge en était l'auteur, — mais ils se trompaient. Ce\nfactum fut composé par mon babouin favori Juniper, devant un gobelet de\nSchiedam et d'eau chaude et sans sucre. »\n   J'aurais difficilement pu croire ce fait, s'il m'avait été affirmé par un\nautre que M. Blackwood.\n   « Puis il y eut l'Expérimenteur involontaire, traitant d'un gentleman\nqui fut cuit dans un four et en sortit sain et sauf, quoique légèrement roussi.\nPuis parut encore le Journal d'un défunt médecin, dont le mérite consis­\ntait en un bon galimatias assaisonné de grec passable, — tout ce qu'il fallait\npour amorcer le public. Puis il y eut l'Homme dans la cloche, une œuvre\nd'actualité, Miss Zénobia, que je ne saurais assez recommander à votre\nattention. C'est l'histoire d'un jeune homme qui s'endort sous le battant\n"}, {"page_pdf": 388, "texte": "                                 — 353 —\n\nd'une cloche d'église et se réveille au glas que le dit battant sonne pour un\nenterrement. Le vacarme le rend fou et, naturellement, il tire ses tablettes\nde sa poche et nous met au courant de ses sensations. Du reste, les sensa­\ntions sont la chose capitale ! S'il vous arrivait d'être noyée ou pendue,\ngardez votre sangfroid et prenez note de vos sensations, — elles vous rap­\nporteront dix guinées la feuille. Si vous désirez écrire fortement, Miss\nZénobia, prêtez une minutieuse attention à vos sensations. »\n   — Je vous le promets certainement, M. Blackwood! dis-je.\n   — Bien ! reprit-il, je vois que vous êtes une élève selon mon cœur.\nMais je dois vous mettre au fait des détails nécessaires pour la composition\nde ce qu'on pourrait dénommer un véritable article-Blackwood dans le\ngenre sensationnel, — le genre que je tiens pour le meilleur à tous les points\nde vue.\n    « La première chose requise est de vous mettre dans un embarras où\njamais personne ne s'est trouvé auparavant. Le four, par exemple, n'était\npas mal, en tant que situation perplexe. Mais si vous n'avez pas de four\nou de grosse cloche sous la main et si vous ne pouvez convenablement\ndégringoler d'un ballon ou être engloutie dans un tremblement de terre, ou\npressée dans une cheminée, il faudra vous contenter d'imaginer une aven­\nture analogue. Je préférerais toutefois que vous pussiez écrire la chose\nd'expérience. Rien n'assiste l'imagination comme une connaissance appro­\nfondie de la matière à traiter. La vérité est étrange, comme vous le savez,\nplus étrange que la fiction et, en outre, elle se rencontre plus facilement. »\n    Ici je lui déclarai que je possédais une excellente paire de jarretières, à\nl'aide desquelles j'irais me pendre incontinent.\n    — Bien ! approuva-t-il, faites cela ; quoique la pendaison soit quelque\npeu usée. Vous pourriez trouver mieux peut-être. Vous sentez-vous quelque\nrépugnance à ingurgiter une couple de pilules Brandreth et à nous raconter\nvos sensations ensuite? D'ailleurs, mes instructions s'appliqueront également\nbien à n'importe quelle variété d'accidents, et en rentrant chez vous, rien\nn'empêche que vous ne soyez assommée par un couvreur tombant du toit\nou renversée par un omnibus, ou mordue par un chien enragé ou noyée\ndans un égout. Mais passons.\n    « Ayant fait choix d'un sujet, il vous faudra considérer immédiatement\n après le ton ou la manière de votre narration. Il y a le ton didactique, le\nton enthousiaste, le ton naturel, — tons un peu rabâchés. Mais il y a encore\n le ton laconique ou bref, très en faveur ces derniers temps. Il consiste en\n phrases courtes. Dans ce goût-ci : Jamais trop bref. Adjugé. Vlan ! A la\n ligne. Quitte ou double!\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": "                                  — 354 —\n\n   « Puis il y a le ton élevé, décousu, interjectionnel. Quelques-uns de nos\nmeilleurs romanciers le patronent. Les mots doivent se présenter dans un\ntourbillon, comme un essaim de guêpes et en imiter le bourdonnement, ce\nqui remplace avantageusement le sens. Ceci est le meilleur de tous les\nstyles possibles aux passages où l'écrivain n'a pas le temps de réfléchir.\n   « Le ton métaphysique n'est pas mauvais non plus. Si vous connaissez\nquelques grands mots, il vous fournit un moyen de les placer avantageuse­\nment. Parlez des écoles Ionique et Eleatique, — d'Archytas, Gorgias et\nAlcmaeon. Risquez un mot ou deux sur l'objectivité et la subjectivité.\nSoyez infaillible et ne craignez pas d'abuser du nommé Locke. Fourrez\nvotre nez dans tout en général, et s'il vous arrive de laisser échapper quelque\nchose de trop absurde, ne vous laissez pas démonter pour cela, surtout ne\nle raturez pas, mais dans un simple renvoi au bas de la page confessez que\nvous êtes redevable pour l'observation profonde ci-dessus à la Kritik der\nreinem Vernunft ou à la Metaphysische Anfangsgrunde der Naturwis­\nsenschaft. Cela fera honneur à votre érudition et... et à votre loyauté.\n   « Il y a encore quantité d'autres tons tout aussi célèbres, mais je ne\nvous en mentionnerai plus que deux, — le ton transcendental et le ton\nhétérogène. Pour le premier, le mérite consiste à voir beaucoup plus loin\nque n'importe qui dans la nature des choses. Cette seconde vue, utilisée à\npropos, produit d'irrésistibles effets. Une lecture sommaire du Cadran\nsolaire vous en apprendra long sur ce chapitre. Evitez, dans ce cas, les\ngrands mots; choisissez-les aussi courts que possible et écrivez-les sens\ndessus dessous. Repassez les poèmes de Channing et notez ce qu'il dit d'un\n« petit homme gras aux illusoires apparences de bidon ». Intercalez dans\nvotre oeuvre quelque chose sur l'Unité céleste. N'articulez pas une syllabe\nsur la Dualité infernale. Surtout, procédez par insinuation. Suggérez tout,\n— n'affirmez rien. Si vous éprouvez l'envie de dire « tartine », gardez-vous\nde prononcer ce mot d'emblée. Vous pouvez vous servir de toute expression\napprochante de tartine. Vous pouvez suggérer l'idée d'un gâteau de sar­\nrazin, ou vous pouvez même aller jusqu'à insinuer un barbotage de farine\nd'avoine ; mais si vous entendez réellement parler de tartine, soyez circon­\nspecte, ma chère Miss Psyché; ne dites tartine à aucun prix ! »\n  Je lui promis de ne plus employer ce mot de ma vie. Il m'embrassa et\ncontinua :\n  — Quant au ton hétérogène, c'est simplement une judicieuse mixture,\nà proportions égales, de tous les autres tons en usage, et, par conséquent,\nun composé de tout ce qu'il y a de profond, de grave, de comique, de\npiquant, de convenable et de joli sur la terre.\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "                                  — 355 —\n\n   « Supposons à présent que vous ayez arrêté votre sujet et votre ton :\n Reste à pourvoir à la partie capitale, à celle que j'appellerais même l'âme de\ntoute votre tâche, j'entends l'assaisonnement. On ne peut décemment sup­\nposer qu'une dame ou un gentleman aient mené la vie d'un rat de biblio­\nthèque. Et pourtant il importe avant tout que votre article ait un air d'éru­\ndition, ou atteste tout au moins une lecture générale et très étendue. Eh\nbien, je vais vous mettre en état d'atteindre à ce desideratum. Regardez\nici ! (il prend deux ou trois volumes d'apparence ordinaire et les ouvre au\nhasard). En ouvrant n'importe quel livre, au hasard, vous tomberez sur un\ntas de bribes de science ou de bel-espritisme qui sont de parfaites épices\npour l'assaisonnement d'un article-Blackwood. Vous pourriez aussi bien en\nnoter quelques-unes au fur et à mesure que je vous les indique. Je ferai\ndeux divisions : la première, celle des Faits piquants pour la Manufacture\ndes Comparaisons; la seconde comprenant les Expressions piquantes à\nintroduire suivant l'occasion. Ecrivez à présent. » — Et j'écrivis comme\nil l'ordonnait.\n  « FAITS PIQUANTS POUR LES COMPARAISONS. « Il n'y avait à l'ori­\n « gine que trois Muses : Melete, Mneme, Aœde, — la méditation, la\n « mémoire et le chant ».Vous pouvez tirer un grand parti de ce petit fait en\nvous y prenant bien. Comme vous le voyez, il n'est pas trop connu, et\nparaît recherché. Veillez à ce que la citation que vous en ferez ait un air\nabsolument improvisé.\n    « Autre fait : « Le fleuve Alphée passait sous la mer et en sortait sans\n « que la pureté de ses eaux eût été altérée ». Un peu moisi, celui-là, j'en\nconviens, mais en l'accommodant et en le servant avec art, il aura l'air\naussi frais que jamais.\n    « Voici ce qui vaut mieux. « L'Iris de Perse possède pour quelques pér­\nit sonnes un parfum très doux et très pénétrant, tandis que pour d'autres il\n« demeure complètement inodore ». Charmant cela et fort délicat! Habillez-\nmoi cette trouvaille et elle accomplira des prodiges. Tâchons de découvrir\nquelque chose du même goût dans les champs de la botanique. Rien ne\ns'écoule aussi facilement surtout avec l'aide d'un peu de latin. Ecrivez :\n   « L'Epidendrum Flos Aeris de Java, porte une très belle fleur et con­\ntinue à vivre après qu'on l'a déraciné. Les naturels suspendent cette fleur\npar une corde au plafond et jouissent durant de longues années de ses fra­\ngrances. » Un renseignement capital ! Cela suffira pour les comparaisons.\nMaintenant au tour des Expressions piquantes :\n   « EXPRESSIONS PIQUANTES. « Le vénérable romancier chinois\nJu-Kiao-Li ». Parfait! En introduisant ce peu de mots avec dextérité, vous\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "                                  — 356 —\n\nprouverez votre intime connaissance de la langue et de la littérature des\nChinois. Au moyen de cette citation vous pourrez vous tirer d'affaire sans\narabe, ou sanscrit, ou hébreu. Quant à l'espagnol, l'italien, l'allemand, le\nlatin et le grec, ces langues sont indispensables à tout auteur dans le\npur style Blackwood. Je m'en vais vous chercher un petit spécimen de\nchaque langue. Toute miette conviendra, car c'est à votre ingéniosité d'en\ntrouver le placement. Ecrivez donc.\n   « Aussi tendre que Zaïre. » Du français. Par allusion à la fréquente\nrépétition de la phrase la tendre Zaïre, dans la tragédie française de ce\nnom. Convenablement appliqué, ceci ne montrera pas seulement votre\nconnaissance de la langue, mais votre esprit et votre compétence littéraire\nen général. Vous pouvez dire, par exemple, du poulet que vous mangiez\n(écrivez un article sur ce que vous avez ressenti pendant qu'un os de poulet\nvous étranglait jusqu'à l'asphyxie), qu'il n'était pas tout à fait aussi tendre\nque Zaïre. Ecrivez :\n                         Van muerte tan escondida\n                         Que vo te rienta venir\n                         Porque el plazer del morir\n                         No me torne a dar la vida.\n\n   Ceci est de l'espagnol, de Miguel de Cervantes. « Viens vite, ô mort!\nmais sois prompte et frappe sans m'avertir, de crainte que le plaisir éprouvé\nà ton approche ne me rappelle malheureusement à la vie ». Vous pouvez\nutiliser ces vers non sans à-propos, tandis que vous luttez dans les dernières\naffres de l'agonie, en proie à l'os de poulet. Ecrivez :\n                   Il pover' huomo che non se néra accorto\n                   Andava combattende, e era morto'.\n  « De l'italien, comme vous voyez, et tiré du Dante. Fait allusion à un\ngrand héros qui, dans la chaleur du combat, ne s'apercevant pas qu'il\nvenait d'être tué proprement, continua de frapper d'estoc et de taille, tout\nmort qu'il était. L'application de ce distique, à votre propre cas saute aux\nyeux — car j'aime à croire, miss Psyché, que vous ne négligerez pas de\nvous débattre au moins durant une heure et demi après que l'os de poulet\nvous aura étouffée.\n  « Écrivez je vous prie :\n                     Und sterb' ich doch, so sterb' ich denn\n                            Durch sie — durch sie !\n\n  « Du Schiller, c'est-à-dire de l'allemand. « Et si je meurs, du moins je\nmeurs — pour toi, — pour toi ! » Ici, il est clair que vous apostrophez la\ncause de votre catastrophe, le poulet. En vérité, je me demande quel gent-\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "                                 — 357 —\n\nleman ou quelle dame ne périrait volontiers pour l'amour d'un chapon\ngras de la véritable race des îles Moluques, farci de capres et de champi­\ngnons et servi dans un saladier avec de la gelée d'orange et des mosaïques\nde confitures. Ecrivez! (On les prépare ainsi chez Tortoni). — Ecrivez, s'il\nvous plaît!\n    « Voici une jolie petite phrase en latin, et rare par dessus le marché (on\nne saurait être trop recherché et trop concis dans son latin, il devient si\ncommun) — ignoratio elenchi. Il a commis un ignoratio elenchi — c'est-\nà-dire, il a entendu la lettre de votre proposition, mais sans en comprendre\n 'esprit. A dire cela d'un fou, comme vous voyez. Par exemple de quelque\npauvre diable que vous interpellez tandis que vous vous débattrez avec l'os\nde poulet et qui n'a point compris ce que vous lui racontiez. Décochez lui\nl'ignoratio elenchi et vous l'aurez anéanti du coup. S'il ose riposter encore,\nvous pouvez lui dire avec Lucain (voici le passage) que ses discours sont\npurs anemonœ verborum, des mots-anémones. En effet, l'anémone très\n éclatante, manque de parfum. Ou, s'il commence à tempêter, vous pouvez\n l'assommer d'un insomnia Jovis, rêveries de Jupiter — une phrase que\n Silus Italicus (voyez plutôt ! ) applique aux pensées pompeuses et ampou­\n lées. Ceci ne ratera point et lui percera le cœur. Après cela il ne peut que\n s'écrouler et rendre l'âme. Voulez-vous avoir la bonté d'écrire?\n   « Dans le grec nous devons faire un joli choix — du Démosthènes par\nexemple. —Ανεροφευγωνκαιπαλινμακεσεται.(Anero pheugon kai palin make­\nsataï). Il y a une assez bonne traduction de ce passage dans Hudibras. —\n« Celui qui fuit peut combattre de nouveau, celui qui a été tué ne le peut\nplus. »\n   « Dans un article-Blackwood, rien ne fait aussi bonne figure que le\ngrec. Les lettres mêmes de l'alphabet grec ont je ne sais quel air profond.\nObservez plutôt, madame, l'aspect astucieux de cet Epsilon ! Ce Phi\ndevrait être pour le moins évêque! Y eut-il jamais gaillard plus dégourdi\nque cet Omicron ! Passez moi ce Tau par les verges ! En somme, il n'y a\nrien de tel que le grec pour une véritable œuvre sensationnelle.\n   « Revenons à la citation de Démosthènes. L'application en est tout natu­\nrellement indiquée. Vous lancez la dite phrase avec colère, en l'accompa­\ngnant d'une imprécation et en manière d'ultimatum, à la tête du misérable\nqui ne comprenait pas votre simple anglais alors que vous vous démeniez\npour faire passer votre os de poulet. Il saisira l'allusion et détalera, jevous\nle garantis. »\n   Telles furent toutes les instructions que M. Blackwood put me four­\nnir sur le topic en question, mais je compris qu'elles suffiraient amplement.\n                                                                      23\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "                                   — 358 —\n\n Enfin, j'étais capable d'écrire un véritable article-Blackwook, et je résolus de\n mettre aussitôt la main à l'œuvre. En prenant congé de moi,(M. Blackwood\n me fit une offre pour l'acquisition de ma nouvelle lorsqu'elle serait ter­\n minée, mais comme il ne pouvait m'offrir que cinquante guinées la feuille, je\njugeais préférable de la céder à notre société plutôt que de la sacrifier pour\n une somme si dérisoire. J'ajouterai cependant à la louange de M. Black-\n qu'il me témoigna la considération la plus respectueuse et me traita avec\nla plus grande civilité. Les paroles qu'il m'adressa au départ, firent une\n profonde impression sur mon cœur, et j'espère toujours me les rappeler\navec gratitude.\n   « Ma chère Miss Zenobia », dit-il, des larmes dans les yeux, « y a-t-il\nquelque autre chose que je puisse faire pour aider au succès de votre louable\nentreprise? Laissez-moi y songer! Il est fort probable que vous ne trouve­\nrez pas aussitôt que vous le souhaiteriez, l'occasion de vous noyer ou...\nd'être étranglée par un os de poulet, ou — pendue, — ou — mordue par\nun... mais attendez un instant ! Je crois tenir votre affaire, il y a dans la\ncour en bas, une couple d'excellents bull-dogs — de fameux gaillards, je vous\nassure — féroces à souhait — vraiment ils vous vaudront un début capital\n— ils vous auraient dévoré, falbalas, oreilles d'ours et le reste, en moins de\ncinq minutes, montre en main, — et puis, songez quel monde de sensa­\ntions! Ici! je n'ai qu'à appeler : Tom! Peter! après avoir averti Dick, mon\ngroom, de les détacher... » Mais comme j'étais réellement très pressée et\nn'avais plus une minute à perdre, je fus forcée à contre-cœur de hâter mon\ndépart, et pris par conséquent congé sur le champ — un peu plus brusque­\nment peut-être que la stricte courtoisie me l'eut permis dans d'autres cir­\nconstances.\n   Je quittai M. Blackwood avec l'idée fixe de me mettre dans quelque\nsituation perplexe, analogue à celles qu'il m'avait préconisées, et je passai\nla plus grande partie du jour à errer dans Edimbourg, en quête d'aven­\ntures désespérées — d'aventures adéquates à l'intensité de mes sentiments\net adaptées au vaste caractère de l'article que je comptais écrire. Dans\nces pérégrinations, j'étais accompagnée de Pompée, mon domestique noir,\net de mon petit bichon Diane, que j'avais emportée avec moi depuis Phila­\ndelphie. Il était déjà fort tard lorsque mes recherches aboutirent. Un évé­\nnement important se passa alors, dont le suivant article-Blackwood, dans le\nton hétérogène, narre les péripéties et le dénouement.\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": "                                 — 359 —\n\n\n\n\n                                     II\n\n                            L'APPLICATION\n\n                             Bonne dame, quel accident vous a mise dans cet état ?\n                                                                 (COMUS).\n\n               Je flânais dans la bonne ville d'Edina par une paisible et calme\n                après-midi. Le désordre et le tumulte étaient terribles dans\n                les rues. Les hommes parlaient. Les femmes criaillaient. Les\n                enfants toussaient. Les porcs sifflaient. Les chars cahotaient.\nLes taureaux mugissaient. Les vaches beuglaient. Les chevaux hennis­\nsaient. Les chats miaulaient. Les chiens dansaient. Dansaient ! Comment\nétait-il possible ? Dansaient ! Hélas, me disais-je, mes jours de danse sont\nrévolus ! Il en est toujours ainsi. Quel cortège de souvenirs sombres\ns'éveille à tout moment dans la mémoire du génie et dans la contemplation\nimaginative, surtout d'un génie voué à l'immortelle, et éternelle, et conti­\nnuelle, et, pourrait-on dire, la continuée, — oui, la continuée et continue,\namère, harassante, troublante, et si vous me permettez l'expression, la\ntrès troublante influence du serein, et divin, et céleste, et exaltant, et\nmagnifiant, et purifiant effet de ce qu'on peut appeler justement la plus\nenviable, la plus réellement enviable — non 1 la plus bénignement belle,\nla plus délicieusement éthérée, et comme la plus jolie (s'il m'est permis\nd'employer une expression aussi hardie) chose (pardonnez-moi, aimable\nlecteur !) dans le mot, — mais je suis toujours égarée par mes sentiments.\n Dans pareille mémoire, je le répète, quel cortège de souvenirs sont réveillés\npar une bagatelle ! Les chiens dansaient ! Moi — Moi je ne pouvais pas !\n Ils sautillaient, — je pleurais. Ils exultaient, — je sanglotais à haute voix.\n Touchantes circonstances qui ne manqueront d'évoquer à l'esprit du lecteur\n lettré ce passage exquis se rapportant à la convenance des choses et qui se\n trouve au commencement du troisième volume de cet admirable et véné­\n rable roman chinois Tien-Ton-Chien.\n  J'étais accompagnée dans mes pérégrinations à travers la ville de deux\nhumbles et fidèles compagnons. Diane, mon bichon ! la plus douce des\ncréatures ! Elle avait une quantité de poils lui tombant sur un œil et un\nruban bleu noué à la dernière mode autour du cou. Diane ne mesurait pas\nplus de cinq pouces de hauteur, mais sa tête était quelque peu plus grande\nque son corps, et sa queue coupée au ras de l'arrière-train, ce qui donnait à\n"}, {"page_pdf": 395, "texte": "                                   — 360 —\n\nl'intéressant animal un air de pudeur offensée et en faisait le favori de tout\nle monde.\n   Et Pompée, mon nègre! — doux Pompée! comment pourrais-je jamais\nt'oublier? J'avais pris le bras de Pompée. Il était haut de trois pieds (j'aime\nà préciser) et âgé de soixante-dix, ou peut-être quatre-vingts ans. Il était\nbancal et corpulent. Sa bouche n'était pas précisément petite ou son oreille\nmignonne. En revanche ses dents semblaient des perles, et ses grands yeux\nécarquillés étaient délicieusement blancs. La nature ne l'avait pas doté\nd'un cou et avait placé ses chevilles, comme chez tous ceux de sa race, au\nmilieu du coup de pied. Il était habillé avec une simplicité surprenante.\nSon unique vêtement consistait en une cravate de neuf pouces de largeur\net un pardessus de gros drap presque neuf, qui avait servi autrefois au\ngrand, imposant et illustre docteur Moneypenny. Un bon pardessus, je vous\nassure. Bien coupé. Bien cousu. Presque neuf. Pompée en relevait les pans\nà deux mains pour ne pas les laisser traîner dans la boue.\n   Trois personnes composaient notre société ; deux d'entre elles ont déjà\nréclamé mon attention. Il y en avait une troisième, — cette troisième,\nc'était moi-même. Je suis la signora Psyché Zénobia. Je ne suis pas Suky\nSnobbs. Mon apparence impose. Dans la mémorable circonstance dont je\nparle j'étais vêtue d'une robe de satin cramoisi et d'un mantelet arabe bleu\nde ciel. Et ma robe était couverte de passementeries vertes et ornée de sept\ngracieux volants couleur d'auricule orange. J'étais donc la troisième per­\nsonne de la compagnie. Il y avait le bichon. Il y avait Pompée. Il y avait\nmoi. Nous étions trois. Ainsi, dit-on, il n'y avait que trois furies à l'origine,\n— Téléphone, Alecto et Mégère.\n   Appuyant le bras sur celui du brave Pompée et suivie à distance respec­\ntueuse par Diane, je descendais une des rues populeuses et très animées de\nl'Edina, aujourd'hui déserte. Soudain une église se présenta à ma vue, —\nune cathédrale gothique, — vaste, vénérable, flanquée d'un immense clocher\nqui s'enfonçait dans le ciel. Quelle folie s'empara en ce moment de moi?\nPourquoi courus-je au devant de ma destinée? Je fus prise d'un indicible\ndésir de gravir ce vertigineux pinacle et de mesurer de là l'immense étendue\nde la ville. La porte de la cathédrale s'ouvrait d'un air engageant. Ma\ndestinée prévalut. Je franchis le porche fatal. Où était mon ange gardien en\nce moment? — si réellement de tels anges existent. Si! Désespérant mono­\nsyllabe! Quel monde de mystère, de signification, de doute et d'incertitude\ncontiennent ces deux lettres! Je franchis le porche fatal! J'entrai; et sans\nchiffonner mes oreilles d'ours couleur orange, je m'engageai sous le portail\net débouchai dans le vestibule. Ainsi, dit-on, l'immense fleuve Alfred passait\nsans se salir et sans se mouiller sous la mer.\n"}, {"page_pdf": 396, "texte": "                                  — 361 —\n\n\n     Je crus que les degrés n'en finiraient jamais. Tournant. Oui, ils mon­\n taient en tournant, tournaient et montaient, tournaient et montaient, si\n bien que je ne pus m'empêcher de communiquer [au sagace Pompée, au\n bras duquel je m'appuyais avec toute la confiance d'une ancienne affection\n — que je ne pus m'empêcher de communiquer au sagace Pompée l'hypo­\n thèse que l'extrémité supérieure de cette échelle en spirale continue, avait\n été enlevée accidentellement ou à dessein. Je m'arrêtai pour respirer; et,\n sur ces entrefaites, se passa un incident d'une nature trop importante à un\n point de vue moral, et même métaphysique, pour être passé sous silence. Il\n me sembla— vraiment j'étais certaine du fait — je ne pouvais me tromper —\n non ! J'avais observé depuis quelques instants avec soin et anxiété les mou­\n vements de ma Diane. — Je dis que je ne pouvais me tromper. — Diane\nflairait un rat! Aussitôt j'attirai l'attention de Pompée sur ce sujet et lui,\n — lui, se trouva d'accord avec moi. Il n'y avait donc plus moyen, raison­\n nablement, de douter. Le rat avait été flairé — et par Diane! Ciel! pourrai-\n je jamais oublier l'intense excitation de ce moment ? Hélas, à quoi se réduit\n l'intelligence tant vantée des hommes? Le rat! il était là, ce qui veut dire\n quelque part. Diane sentait le rat. Moi — moi je ne le pouvais! Telle\n l'Isis de Prusse possède pour quelques personnes un parfum suave et\n très puissant, tandis que pour d'autres elle demeure complètement inodore.\n     L'escalier avait enfin été gravi et seulement trois ou quatre marches nous\n séparaient du sommet. Nous continuâmes notre ascension, et à présent il\n ne restait plus qu'une marche. Une marche ! Un pas ! Un unique petit\n pas ! Quelle vaste somme de bonheur et de deuil humains ne dépend pas\n souvent sur le grand escalier de la vie, d'un semblable petit pas ! Je pensai\n à moi-même, puis à Pompée, puis à l'inexplicable et mystérieuse destinée\n qui nous entourait. Je songeai à Pompée! — hélas, je songeai à l'amour!\n Je songeai à tous les faux pas qui ont été faits et qu'on peut faire encore.\n Je résolus d'être plus circonspecte, plus réservée. J'abandonnai le bras de\n Pompée et sans son secours, je gravis la dernière marche, et gagnai la\n chambre du beffroi. Je fus immédiatement rejointe par mon bichon. Pom­\n pée seul restait en arrière. Je me trouvai au sommet de l'escalier et je l'en­\n courageai à grimper les derniers degrés. Il me tendit la main, et malheureu­\n sement par ce mouvement il laissa choir les pans relevés de son paletot.\n Les Dieux ne cesseront-ils jamais de nous persécuter? Les pans s'échap­\n pèrent des mains de Pompée, ses pieds s'y embarrassèrent, il trébucha et\n tomba — conséquence inévitable. Il tomba tête baissée, et me frappant de\n son maudit crâne en pleine poitrine, il me renversa le nez en avant, et je\n fus entraînée avec lui, sur le dur, immonde et détestable plancher du beffroi.\n"}, {"page_pdf": 397, "texte": "                                  — 362 —\n\nMais ma revanche fut certaine, prompte et complète. Le saisissant furieu­\nsement à deux mains par la laine de sa chevelure, j'arrachai à son crâne une\nvaste quantité de cette matière noire, crépue et bouclée, et la rejetai ensuite\nloin de moi avec tous les signes du dédain. Elle tomba parmi les cordes du\nbeffroi et y resta accrochée. Pompée se releva et ne souffla mot. Mais il me\nregarda d'un air pitoyable avec ses grands yeux et — soupira. O Dieux —\nce soupir! Il m'alla jusqu'au fond du cœur. Et les cheveux — la laine! Si\nj'avais pu atteindre cette laine, je l'aurais baignée de mes larmes, en témoi­\ngnage de regret. Mais hélas ! elle était bien loin, hors de ma portée, à pré­\nsent. Comme elle flottait parmi les câbles des cloches, je me la figurais\nencore vivante. Je me la présentai agitée par l'indignation. Ainsi le pire\nDandy Flos teris de Java, porte, dit-on, une fleur magnifique, qui vit\nmême après avoir été déracinée. Les naturels la suspendent par une corde\nau plafond et jouissent de ses fragrances durant de longues années.\n   Notre querelle était vidée à présent, et nous promenions nos regards dans\nla chambre pour découvrir une ouverture d'où nous aurions pu contempler\nla ville d'Edina. Il n'y avait pas la moindre fenêtre. Le peu de lumière\npénétrant dans cette chambre ténébreuse, entrait par une fente carrée, d'un\npied de côté, à une hauteur de sept pieds du sol. Mais quel prodige n'ac­\ncomplit pas le véritable génie? Je résolus de grimper jusqu'à cette ouver­\nture. Une quantité de roues, de disques dentés et d'autres engins d'as­\npect cabalistique se trouvaient à hauteur et tout près de ce trou, que tra­\nversait une barre de fer partant de l'appareil équivoque. Entre les roues et\nle mur où avait été pratiquée la brèche, il y avait à peine place pour mon\ncorps — mais j'étais enragée et déterminée à persévérer coûte que coûte.\nJ'appelai Pompée à mes côtés.\n   « Vous apercevez cette ouverture Pompée. Je désire voir au travers. Vous\nvous tiendrez ici, juste sous le trou — comme çà. A présent tendez une de\nvos mains, Pompée, et laissez moi m'en servir d'échelon — à la bonne\nheure. Maintenant au tour de l'autre main, Pompée, et avec son aide je me\npercherai sur vos épaules. »\n   Il fit tout selon mon désir, et je trouvai, une fois arrivée à la hauteur\nvoulue, que je pouvais facilement passer ma tête et mon cou à travers l'ou­\nverture. Le panorama était sublime. Rien de plus magnifique. Je m'y\narrachai le temps d'enjoindre à Diane de bien se conduire et de convaincre\nPompée que je serais raisonnable et pèserais aussi légèrement que possible\nsur ses épaules. Je lui dis que j'aurais autant de ménagements, autant de\ntendresse pour lui que la tendre Zaïre. Ayant rendu justice à mon fidèle\nami, je m'abandonnai avec tout l'enthousiasme et toute l'oestre imaginables\n"}, {"page_pdf": 398, "texte": "                                 — 363 —\n\nà la jouissance du spectacle qui s'étendait si obligeamment devant mes\nyeux.\n   Je m'abstiendrai toutefois de m'étendre sur ce sujet. Je ne décrirai pas la\nville d'Edimbourg. Chacun a visité Edimbourg — la classique Edina. Je\nme bornerai aux détails palpitants de mon expérience aussi lamentable\nque personnelle. Ayant dans une certaine mesure satisfait ma curiosité\nquant à l'étendue, la situation et l'apparence générale de la ville, je pus\nexaminer à ma commodité l'église dans laquelle je me trouvais et la déli­\ncate architecture de son clocher. Je reconnus que l'ouverture à travers\nlaquelle j'avais passé la tête était une fente pratiquée dans le cadran d'une\ngigantesque horloge, et ne devait pas sembler, vue de la rue, plus grande\nque les trous de clef des montres de Genève. L'utilité de cette ouverture\nétait de permettre au bras de l'employé d'atteindre les aiguilles et de les\najuster à l'occasion. J'observai aussi avec surprise, l'immense dimension de\nces aiguilles, dont la plus grande ne devait pas mesurer moins de dix pieds\nde longueur et de huit à neuf pouces à l'endroit le plus large. Elles parais­\nsaient être de solide acier, et tranchantes par dessus le marché. Ayant noté\nces particularités et d'autres encore, je tournai de nouveau les yeux vers le\nglorieux paysage à mes pieds et me replongeai dans mes extases.\n   J'en fus tirée, après quelques minutes, par la voix de Pompée qui décla­\nrait ne pouvoir supporter plus longtemps le poids de ma personne et me\npriait d'avoir la bonté de descendre. Ceci était déraisonnable et je le lui\nsignifiai dans un discours de quelque longueur. Il répondit, mais en ne\nparaissant point partager le moins du monde mes idées sur ce sujet. Moi,\nnaturellement, je me fâchai et lui dis sans mâcher mes paroles, qu'il était\nun fou, qu'il avait commis un ignoratio elenchi, que ses notions étaient\npures insomnia Jovis, et que ses paroles ne valaient guère mieux que des\nânes menés vers le beau rhum. Ceci parut le calmer et je repris mes obser­\nvations.\n   Il pouvait être environ une heure et demie. Après cette altercation\nlongue, profondément absorbée dans la contemplation du céleste spectacle\nse déroulant à mes pieds, je fus surprise par quelque chose de très froid qui\nexerçait une douce pression sur ma nuque. Inutile de dire que je m'alarmai\nau delà de toute expression. Je savais Pompée debout sous moi et Diane\nassise, suivant mes instructions formelles, sur ses pattes de derrière dans le\ncoin le plus éloigné de la chambre. Que pouvait être cela? Hélas, je ne le\ndécouvris que trop tôt. Tournant doucement la tête sur le côté, je\nm'assurai, à mon extrême horreur, que reluisante, immense, représentant\nla forme d'un cimeterre, dans le cours de sa révolution l'aiguille des\n"}, {"page_pdf": 399, "texte": "                                 — 364 —\n\nminutes de l'horloge était descendue sur mon cou. Il n'y avait pas, je le\nsavais, une seconde à perdre. Je reculai sur-le-champ, — mais il était trop\ntard. Il n'y avait pas moyen de faire repasser ma tête par la gueule de ce\nterrible piège dans laquelle elle se trouvait prise si ingénument et qui deve­\nnait plus étroite, toujours plus étroite avec une rapidité trop horrible pour\nêtre conçue. Impossible d'imaginer l'angoisse de ce moment. Je lançai mes\nbras en l'air et rassemblant toutes mes forces, je tentai de soulever l'écra­\nsante barre de fer. J'aurais pu m'évertuer tout aussi bien à soulever la\ncathédrale elle-même. Plus bas, toujours plus bas, plus près, de plus en\nplus près, arrivait l'odieux engin. J'appelai Pompée à mon secours : mais\nil dit que j'avais froissé ses sentiments en le traitant d' « ignorant chiot\ndéblanchi ». Je hélai Diane, mais elle ne disait que « bô-wô-wô! » et que\n« je lui avais défendu de quitter son coin sous aucun prétexte ». Ainsi je\nn'avais aucune aide à attendre de mes associés.\n   Entretemps l'écrasante et épouvantable Faux du temps (car je découvrais\nà présent l'importance littérale de cette phrase classique) non seulement ne\ns'était pas arrêtée, mais semblait ne devoir s'arrêter jamais dans sa carrière.\nCela descendait plus bas, toujours plus bas. Déjà cette chose détestable\navait enterré sa lame tranchante à une profondeur d'un gros pouce dans ma\nchair, et mes sensations devenaient indistinctes et confuses. Par moments\nje m'imaginais être à Philadelphie avec l'imposant docteur Moneypenny,\nd'autres fois dans l'arrière-salon de M. Blackwood recevant les conseils\ninappréciables de cette haute autorité. Et alors me revenait le doux souvenir\nde temps meilleurs et révolus, et je songeai à cette heureuse époque où le\nmonde n'était pas absolument un désert et où Pompée n'était pas absolu­\nment cruel.\n   Le tic-tac de la machine m'amusait. Je dis m'amusait, car mes sensations\ncôtoyaient à présent la béatitude parfaite et les plus futiles circonstances\nme procuraient du plaisir. L'éternel clic-clac, clic-clac, clic-clac de l'hor­\nloge représentait à mon oreille la musique la plus mélodieuse et me remé­\nmorait à l'occasion les harangues agréablement soporifiques du docteur\nOllapod. Puis il y avait encore les grands chiffres romains du cadran, —\navaient-ils l'air assez intelligent, assez intellectuel, ces chiffres! A un\nmoment ils se mirent à danser la mazurka, et si mes souvenirs ne me\ntrahissent pas, dans cet exercice ce fut le chiffre V qui me procura le plus\nde satisfaction. Sans doute ce V représentait une dame de qualité. Rien de\ndéguingandé, de fanfaron dans ses mouvements. Elle pirouettait à ravir, —\ntournant sur la pointe de son angle. Je fis un effort pour lui avancer une\nchaise, car je constatai qu'elle paraissait fatiguée de ses ébats, — et seule-\n"}, {"page_pdf": 400, "texte": "                                  — 365 —\n\nment alors j'eus complètement conscience de ma lamentable situation. Oui,\nvraiment lamentable! La barre s'était logée à deux pouces de profondeur\ndans mon cou. Progressivement mes sensations étaient arrivées à un degré\nde torture exquise. Je conjurai la mort et, dans les agonies de ce moment,\nje ne pouvais m'empêcher de répéter ces vers exquis du poète Michel de\nCervantes :\n                   Fanny Buran tanne escompte oui dà !\n                   Chéri, ne t'ai senti venir\n                   Porc et plaisir, délit, morue!\n                   Non me tord, ni Darwin luit dit.\n\n   Mais à présent intervint une nouvelle horreur, une horreur suffisante\npour ébranler les nerfs les plus robustes. Par l'effet de la cruelle pression de\nla machine mes yeux sortaient littéralement de leurs orbites. Tandis que\nj'examinais s'il serait possible, le cas échéant, de me passer de leurs services,\nl'un de mes yeux tomba de ma tête et, dégringolant la pente du clocher,\nalla se loger dans la gouttière régnant le long du toit du bâtiment principal.\nLa perte de cet œil m'affligea moins que l'air insolent d'indépendance et de\nmépris avec lequel il me lorgna après sa défection. Il gisait là, dans la gout­\ntière, juste sous mon nez, et les mines qu'il faisait auraient été ridicules si\nelles n'avaient été écœurantes. Jamais on ne vit auparavant pareils cligne­\nments et clignotements. Cette conduite de la part de mon œil dans la gout­\ntière n'était pas seulement irritante eu égard à son insolence manifeste et\nson ingratitude honteuse, mais devenait en outre excessivement gênante,\nvu la sympathie qui existe toujours entre deux yeux de la même tête quelle\nque soit la distance qui les sépare. Il en résulta que j'étais forcée, quoique\nj'en eusse, de cligner et de clignoter en parfait accord avec l'effronté coquin\nqui me narguait. Je fus bientôt soulagée, toutefois, par la culbute de mon\nsecond œil. En tombant, celui-ci prit la même direction (le résultat d'un\ncomplot, pour sûr) que son copain. Tous deux roulèrent de connivence hors\nde la gouttière, et à dire vrai, je ne fus pas fâchée d'en être débarrassée.\n   La barre plongeait à présent à quatre pouces et demie de profondeur\ndans mon cou, et il n'y avait plus qu'une petite lanière de peau à découper.\nMes sensations étaient celles d'une félicité absolue, car je sentais que dans\nquelques minutes au plus, je serais délivrée de ma situation désagréable.\nEt je ne fus pas déçue dans cette attente. A cinq heures vingt-cinq minutes\nprécises de l'après-midi, l'énorme aiguille des minutes avait poussé sa\ncourse assez avant pour détacher ce qui restait de mon cou. Je ne fus pas\nfâchée de voir cette tête, cause de tant d'embarras, se résoudre à quitter défi­\nnitivement mon corps. Elle roula d'abord le long de l'arrête du clocher, fit\n"}, {"page_pdf": 401, "texte": "                                     — 366 —\n\nensuite étape dans la gouttière, et continua son chemin en plongeant au\nmilieu de la rue.\n   Je confesserai avec candeur que mes sentiments étaient à présent de la\nplus singulière — non, de la plus mystérieuse, de la plus perplexe, de la\nplus incompréhensible nature. Mes sens étaient simultanément ici et là-bas.\nAvec ma tête, je m'imaginais, par moments, être la véritable signora\nPsyché Zénobia ; — à d'autres instants j'entretenais cette conviction que\nmoi-même, c'est-à-dire mon corps, représentait ma propre identité. Afin\nd'être fixée en toute certitude sur ce point je mis la main à la poche pour\nchercher ma tabatière, mais en tenant celle-ci et en me mettant en devoir\nde m'administrer par le canal habituel, une pincée de son bienfaisant con­\ntenu, je me rendis immédiatement compte de mon imperfection particu­\nlière et lançai aussitôt la tabatière à ma tête. Celle-ci accepta une prise avec\nune satisfaction visible et me sourit pour m'exprimer sa reconnaissance.\nPeu de temps après elle me tint un discours que l'absence d'oreilles m'em­\npêcha d'entendre distinctement. J'en écoutai assez toutefois pour savoir\nquelle s'étonnait de mon désir de demeurer vivante dans de semblables\nconditions. Sous forme de péroraison elle me rappelait les nobles paroles\nde l'Arioste :\n                      Il pauvre omis que non sera encore tôt\n                      Endèva combattant do et houra mort tôt\net me comparant ainsi au héros qui, ne s'apercevant pas dans la chaleur du\ncombat, qu'il venait d'être occis, continua de disputer la victoire à son\nadversaire avec une valeur inextinguible. Maintenant plus rien ne m'empê­\nchait de descendre de mon élévation, et j'en profitai. Je n'ai jamais pu\ndécouvrir ce que Pompée vit de si particulier dans ma physionomie. La\nbouche du gaillard se fendit d'une oreille à l'autre, et il ferma les yeux\ncomme s'il voulait broyer des noix entre ses paupières. A la longue, se\ndépouillant de son pardessus, il ne fit qu'un bond vers l'escalier et disparut.\nJe hurlai après le coquin ces véhémentes paroles de Démosthènes :\n                 Ane rôt feu gon qu'est pâle hein ma caisse est haïe!\net me tournai ensuite vers l'élue de mon cœur, Diana, mon idole borgne\net poilue. Hélas! quelle horrible vision s'offrit à ma vue? Etait-ce bien un\nrat que je vis se précipiter dans son trou? Sont-ce là les os rongés du petit\nange cruellement dévoré par le monstre? Puissances du ciel ! et que dois-je\nsubir encore?— est-ce là l'esprit envolé, l'ombre, le fantôme de mon bien\naimé toutou, que j'aperçois assis avec une grâce si mélancolique, dans le\ncoin? Silence, car elle parle, et, divinités célestes! rien moins que l'alle­\nmand de Schiller :\n"}, {"page_pdf": 402, "texte": "                                    — 367 —\n\n                       Ound sterbik Dock, ç'austère bedaine\n                              Dure scie! Dure scie!\n  Hélas ! cette citation ne s'applique que trop à sa fatale destinée :\n                        Car si je meurs, au moins je    meurs\n                               Pour toi — pour toi.\n  Douce créature ! elle aussi s'est sacrifiée pour moi. Sans chien, sans\nnègre, sans tête, que te reste-t-il à présent malheureuse signora Psyché\nZénobia? Hélas — rien! J'ai fini.\n                                                       GEORGES EEKHOUD.\n\n  D'après l'anglais, d'EDGAR POE. —Widdleton, éditeur, New-York, 1856\n\n\n\n\n                              SCHMITT\n                                                        A ALBERT D E CLERCQ.\n\n               Après la séance du Cercle royal dans laquelle il avait parlé\n                pendant une bonne demi-heure, pour avoir le plaisir de\n                s'écouter, le seul et l'unique Jacques Schmitt commit une\n                faute grave.\n   Il avait passé toute sa vie à travailler, à se creuser la tête, à fouiller l'His­\ntoire, pour être ce qu'il était, et il l'était, des pieds à la tête, des souliers\nau chapeau, il l'était manifestement, incontestablement, admirablement.\n   Quoi? Gommeux? Non. Chic? non. Elégant? non; tout cela et rien de\ntout cela, moins et plus; il avait trouvé un mot pour se caractériser : i\nétait Schmitt — par deux t —\n   Il était né par la faute des autres, mais c'est lui qui s'était réellement\ncréé.\n   Prenez un homme, faites-lui supporter vingt ans de contact avec ses\ncontemporains, afin qu'il soit cuirassé contre les lieux communs, les calem­\nbours et les bons mots, il en sortira idiot.\n   A moins qu'il n'en sorte lui, c'est-à-dire ce qu'en était sorti Schmitt :\nSchmitt.\n   Schmitt avait du cœur, mais le cœur ne se fait pardonner que lorsqu'il\ns'emmaillotte d'esprit, de même que l'esprit qui ne s'émeut pas un brin,\nn'est pas de l'esprit. Il faut souffrir de ses souffrances, sans les dire — sauf\nlorsqu'on est gris, — et des souffrances des autres en les leur faisant\nraconter; mais de celles-ci l'on doit sourire sans les railler; répondre par un\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "                                  — 368 —\n\n mot spirituel au récit des crèvements de cœur, c'est mettre un premier\n rayon de soleil dans un trou noir ; on ne pleure plus en voyant rire.\n    C'est vraiment très désagréable d'être plaint, et c'est humiliant, en\n somme, car on se trouve en un état de ridicule infériorité vis-à-vis du mon­\n sieur qui vient vous dire : Pauvre vous! Il vous insinue par là que Lui est\n assez malin pour ne pas être à plaindre, qu'il a arrangé sa vie, Lui, qu'il a\n  « tiré son plan », Lui, et que vous, homme intelligent, vous êtes bête au\n point de souffrir!\n    Schmitt ne souffrait pas, n'étant point bête.\n    Pour arriver à ce résultat, il ne pouvait aimer, et pourtant il aimait. Qui?\n    Ah! voilà!\n    Aimer une femme, c'est dangereux, — elle vous tue.\n    Aimer deux femmes, c'est tragique, — elles se tuent.\n    Aimer trois femmes, c'est ridicule(à cause du berger Paris), — il vous tue ;\n le ridicule).\n    Aimer toutes les femmes, c'est sublime, c'est Schmitt!\n    Lorsqu'il entrait dans un salon, cet homme inouï ne regardait pas les\n femmes, il faisait semblant de ne pas les voir; il avait l'œil dans le vague.\n    Elles étaient toutes jalouses du vague! et son vague lui fournissait un\n sérail.\n    Un exemple : La belle petite baronne Césarine de... avait juré de subir\n les « derniers outrages » de la part de Schmitt, et l'avait, en conséquence,\n invité à venir prendre le thé chez elle, à cinq heures. En été, c'est le moment\n  e plus capiteux de la journée, Césarine le savait. Le soleil a l'air de se\n dégonfler, de couper sa barbe de rayons et de se tailler une robe de nuit\n dans un pan de ciel. On rentre pour dîner; c'est l'heure de l'absinthe, et\n remplacer l'absinthe par... enfin, c'est toujours un apéritif.\n    Schmitt, qui, tous les jours, à ce moment, dégustait son poison vert, sans\n penser le moins du monde à Alfred de Musset, fut vexé de devoir être\n galant ; il partirait vite, après tout !\n    La baronne Césarine s'était mise nue, autant que peut le permettre l'im­\npudeur la plus pudique. En velours noir, lamé d'entre-deux de valencienne\nnoire à travers lesquels la peau rose de la poitrine se veloutait comme une\naube vue d'une fenêtre ajourée. La robe était courte et le pied long et mince\ncomme il sied à une vraie élégante — les petits pieds ont pénétré dans le\ncommun, — chaussé de mules en peau de chien, laissait voir le bas noir\ntransparent sur lequel une flèche brodée parlait.\n   Schmitt entra dans le salon où la petite baronne, couchée sur un divan,\nfeuilletait le Cantique des Cantiques de Salomon, édition miniature sur\npapier de chine, reliée en crépon.\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "                                  — 369 —\n\n   Elle lisait :\n   « Mon bien-aimé est pour moi comme une grappe de raisins de Cypre\ndans les vignes d'Engaddi. »\n   Schmitt, en entrant, jeta les yeux sur le livre, et, continuant le texte, en\nmanière de bonjour : « Il met sa main gauche sur ma tête et il m'embrasse\nde sa main droite », ce que Schmitt fit en riant.\n   — Eh bien, baronne, c'est pour vous distraire que vous m'avez appelé ?\n   — Mais oui, Monsieur de Brummel.\n   — Oh fi ! Madame, Brummel faisait la mode !\n   — Eh bien?\n   — Eh bien, il faut diriger la mode sans que personne puisse la suivre.\nBrummel avait le dandysme derrière lui, il l'a galvaudé.\n   La baronne ne répondit pas pendant une minute. Puis :\n   — Croyez-vous qu'il suffit d'être beau comme vous, intelligent comme\nvous, — pardon si je vous casse l'encensoir...\n   — Oh ! ne vous gênez pas, baronne, je l'avais déjà cassé pour épargner\ncette peine aux gens aimables.\n   — Fat.\n   — Le mot n'est ni moderne ni juste, un fat est un sot. Vous savez bien\nque je ne suis pas un sot; moi aussi je le sais; voudriez-vous, par hasard,\nque je fusse modeste comme un grand homme, quelle prétention !\n   — Je vous disais qu'il ne suffit pas d'être beau, spirituel, etc., etc., il\nfaut vibrer.\n   — Vibrer ! et je ne vibre pas ?\n   — Non, Paros ! Voulez-vous continuer ma lecture :\n   Césarine se pencha pour prendre le livre et entrebailler la dentelle de sa\ngorge.\n   — Schmitt lut :\n   « J'entends la voix de mon bien-aimé ; le voici qui vient, sautant sur les\nmontagnes, passant par dessus les collines. »\n   Du Puvis tout pur !\n   — Je vous dispense des commentaires.\n   — « Mon bien-aimé est semblable à un chevreuil et à un faon de biche.\nLe voici qui se tient derrière notre mur, qui regarde par les fenêtres, qui\njette sa vue au travers des barreaux. » On dirait du Shelley, en mieux.\n   — Vous ne vibrez pas? dit la baronne qui s'était rapprochée doucement,\net touchant presque le liseur.\n   — C'est très joli, très joli. Ecoutez donc, baronne : « Voilà mon bien-\naimé qui me parle et qui me dit : Levez-vous, hâtez-vous, ma bien-aimée,\nma colombe, mon unique beauté, et venez ».\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "                                 -   370   —\n\n\n   La jolie Césarine s'était rapprochée encore, le sourcil froncé; la jolie\nCésarine s'irritait, Schmitt pensait : Monsieur, vous êtes un grand homme.\n   « Les fleurs paraissent sur notre terre ; le temps de tailler la vigne est\nvenu ; la voix de la tourterelle s'est fait entendre dans notre terre.\n   « Le figuier a commencé à pousser ses premières figues : les vignes sont\nen fleur et elles répandent leur agréable odeur. Levez-vous, ma bien-\naimée, et venez. »\n   La baronne se leva un peu et se pencha sur l'épaule de Schmitt. Celui-ci\nresta calme, parfaitement calme.\n   — Vous ne vibrez pas?\n   — C'est une adorable poésie, Madame, et il s'ajouta :\n   Schmitt je vous aime.\n   « Vous qui êtes ma colombe, vous qui vous retirez dans le creux de la\npierre, dans les enfoncements de la muraille : montrez-moi votre visage :\nque votre voix se fasse entendre à mes oreilles : car votre voix est douce et\nvotre visage est agréable. »\n   Schmitt ayant savouré le désir comme une liqueur rare, pencha la tête\nvers la tête parfumée de Césarine, et vibra.\n   Ainsi fit-il avec toutes les femmes, jusqu'à ce soir où, ayant parlé pen­\ndant une bonne demi-heure pour avoir le plaisir de s'écouter, le seul et\nl'unique Jacques Schmitt commit une faute grave.\n   Le seul et l'unique Jacques Schmitt alla se promener avec une grande\ndame, sous les tilleuls du parc, au clair de la lune, en murmurant des\nvers d'amour.\n   Sous les tilleuls — clair de la lune — vers d'amour!\n   Schmitt ne se suicida pas, parce que se suicider ce n'est pas..., enfin ce\nn'est pas Schmitt.\n                                                     MAX W A L L E R .\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                   -   371   -\n\n\n\n\nLA MAISON PATERNELLE\n Inoubliable est la demeure\n Qui vit fleurir nos premiers jours ;\n Maison des Mères ! c'est toujours\n La plus aimée et la meilleure.\n\n On dirait que des fils cachés\n Filant leur invisible trame\n Vont des murailles à notre âme\n Et nous y tiennent attachés.\n\n La pendule où l'aiguille avance\n Implacablement son compas,\n Semble nous chuchotter tout bas\n Ce qu'elle sait de notre enfance.\n\n Ici c'est le papier fleuri\n Dont les jours de fièvre moroses\n Nous comptions les guirlandes roses\n D'un long regard endolori.\n\n Là vers Noël, à la nuit proche,\n Nous déposions nos fins souliers....\n Combien de détails familiers\n S'éveillent au bruit d'une cloche !\n\n C'est là que la plus jeune sœur\n Apprit à marcher en décembre ;\n Le moindre coin de chaque chambre\n A des souvenirs de douceur.\n\n Rien n'a changé! Les glaces seules\n Sont tristes d'avoir recueilli\n Le visage un peu plus vieilli\n Des mélancoliques aïeules.\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "                 — 372 —\n\nTout est pareillement rangé\nEt, dans la lumière amortie,\nS'éternise la sympathie\nDu logis qu'on n'a pas changé :\n\nFauteuils des anciennes années\nOù l'on nous couchait endormis,\nFauteuils démodés, vieux amis,\nAvec leurs étoffes fanées,\n\nMeubles familiarisés\nPar une immuable attitude,\nMettant des charmes d'habitude\nDans les salons tranquillisés.\n\nJardin en fleur, vigne, tonnelle,\nEmpreinte vague de nos pieds\nSur les tapis et les sentiers,\n0 sainte Maison paternelle,\n\nQui donc pourrait vous oublier,\nLogis où dort notre âme en cendre,\nSurtout quand on a vu descendre\nDes cercueils chers sur l'escalier !\n\nPuis vient un jour d'adolescence\nOù l'on s'en va pour bien des soirs ;\nOn se pleure dans les miroirs....\nComme on va souffrir par l'absence !\n\nEt les portraits des grand'parents\nQue les petits-enfants oublient\nPour que vous demeuriez, supplient\nAvec leurs regards attirants.\n\n                           GEORGES RODENBACH.\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "                                — 373 —\n\n\n\n\n                    QUAND MÊME!\n                                     I\n    A Mademoiselle Sarah Bernhardt,           de la     Comédie-Française.\n\n                                          Le matin de la reprise de Ruy-Blas.\n             Comme je rentrais en mon pauvre logis, Mademoiselle, on me\n              remit hier une lettre toute parfumée, dont un filet gris-perle\n              bordait l'enveloppe, timbrée à votre chiffre avec cette fière\n              devise : Quand même! — Je reconnus votre écriture — que\nje n'avais jamais vue, et j'ouvris le message — qui me désappointa un\npeu ! Jugez! Il ne contenait que cette phrase, passablement difficile à inter­\npréter :\n   « Les yeux de Marie de Neubourg regardent dans les vôtres. Dites !\nQue pense Sarah Bernhardt? »\n                                      *\n\n   Daignez-vous me permettre de chercher avec vous le sens de ces mots ?\nM. Barbey d'Aurevilly — votre amical ennemi — ou votre ami quand\nmême, si vous voulez! — m'a donné un de ses livres, orné de sa griffe — à\nl'encre rouge, — et la dédicace accole à mon nom obscur cette épithète :\nL'Enigmatique, avec un grand E...! Enigmatique, soit! Je veux l'être : ne\nl'est pas qui veut, et rien n'est plus amusant que de passer pour ce que l'on\nn'est pas, si ce n'est d'être le contraire de ce pour quoi l'on passe.\n   Mais le vrai sphinx, Mademoiselle, c'est vous.\n\n\n   Que pense Sarah Bernhardt?\n   Voilà une question presque impossible à résoudre, et je rendrais les\narmes du premier coup, si je ne m'imaginais que vous pouvez penser beau­\ncoup, longtemps et très bien — ou très mal, selon que le vent souffle au\nnord ou au sud. Vous ne pensez pas, assurément, que la vie est « une\nironie amère » pour un grand nombre de tristes hères, auxquels rien ne\nsourit et qui, sur les bancs du parterre, pleurent avec Andromaque, et\nrêvent à Marie de Neubourg, l'idéale beauté aux yeux plus chatoyants\nque les perles de son collier.\n                                                                           24\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "                                  -   374   -\n\n   Vous pensez peut-être aux joies calmes et pures que vous ne connaissez\npoint : aux frais ombrages, aux vieux chênes dont l'orgueilleuse frondaison\ncouronne les troncs crevassés, aux pâquerettes étoilant l'herbe verte, aux\nsentiers de la forêt ; aux lacs d'opale, aux torrents écumeux, bondissant en\ncascades ; à toutes ces choses de la nature sur lesquelles —. touriste\nennuyée — vous avez peut-être jeté en passant un regard fatigué, mais dont\nvous n'avez compris et senti l'éclatante poésie que par la poésie convention­\nnelle des versificateurs à la mode.\n   Vous pensez peut-être qu'il serait bon de courir dans les bois, loin du\ngaz de la rampe, des coulisses fumeuses, des toiles de fond barbouillées,\ndes planches poussiéreuses, des couloirs empuantis d'huile rance, et d'ap­\nprendre enfin qu'il y a des fleurs non maquillées, des vallons incultes, des\nsites où la nature est vraiment — nature, dirait un de vos confrères\nd'atelier.\n\n\n\n   Que pense Sarah Bernhardt 1\n   Peut-être que le tourbillon où elle est entraînée ne suffit pas à occuper un\nesprit intelligent... Que Paris est une fournaise où tout se réduit en cen­\ndres ; qu'il serait doux, à certaines heures, d'être loin du bruit, et même de\nce bruit importun qu'on appelle — hélas ! — la GLOIRE... La gloire, fille\nqui se donne à tous et n'appartient à personne, et qu'on paie bien cher, et\nqui ne vaut pas ce qu'on la paie.\n   Vous êtes, Mademoiselle, de celles — ou de ceux — qui s'ennuient. J'en\nsuis aussi. Et pourtant je ne vous dirai pas, comme Louis XIII à Bassom-\npierre : Ennuyons-nous ensemble! Vous fuyez ce dévorant ennui qui nous\nronge tous tant que nous sommes; vous le combattez résolument, et vous\nne l'avez pas encore vaincu, le terrible fléau, si meurtrier, si insatiable, qui\npousse tant de femmes à la rivière, et tant d'hommes à l'hôpital ! Votre\npinceau le chasse un instant. Lasse de peindre, vous plantez votre ciseau\ndans un bloc de marbre; vous pétrissez de vos fines mains un morceau de\nterre glaise — qui valait dix sous tout à l'heure — et qui vaut maintenant\npresque son poids d'or... Lasse de sculpter, vous prenez une plume — une\nplume de colibri, je suppose?... et vous écrivez... ou mieux encore, vous\nrelisez un de ces chants mélancoliques et tendres que tant de poètes ont\nrefaits... en pensant à vous. Art, poésie, souvenirs, soudaines tristesses,\njoies bruyantes, rien ne vous charme, qu'un fugitif instant, et l'ennui\nrevient, pesant, inexorable.\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "                                 — 375 —\n\n   Que pense Sarah Bernhardt ?\n   Qu'elle a passé, un jour ou l'autre, bien près de ce bonheur si follement\ncherché. Il était là, tout près d'elle. Elle n'avait qu'à baisser ses yeux hau­\ntains. Elle n'avait qu'à laisser tomber sa main blanche. Elle n'a point vu :\net l'oiseau bleu couleur du temps s'en est allé à tire-d'ailes, pour ne plus\nrevenir.\n    Qu'importe le bonheur à qui désire la gloire? Les flatteries, les applau­\ndissements, la renommée, tout ce qui étourdit, enivre et affole, n'est-ce pas\nassez? Faire à son gré trembler, palpiter et pâlir deux mille auditeurs; sus­\npendre tant de cœurs à ses lèvres ; exciter des transports d'émotion et de\nterreur; provoquer des rivalités ardentes et d'incurables jalousies; être\nadorée pour le moins autant qu'on est haïe, c'est bien plus qu'il n'en faut\npour guérir la plaie de l'âme, cette plaie si petite, si petite! que l'on cache\nlà-bas, tout au fond, qui fait tant souffrir et ne se cicatrise jamais.\n    Never more! « Jamais plus, mon Dieu! » criait une des maîtresses de je\nne sais quel roi de France, un jour que grondait le tonnerre, dont elle avait\n peur. On dit cela, et on l'oublie. Mais la plaie ne se laisse pas oublier. Au\nmilieu d'une fête, au fracas des acclamations, dans les enchantements de\nl'orgueil satisfait, on sent tout à coup une douleur aiguë, très rapide et très\npoignante, on est traversée d'un coup de poignard... on est brûlée d'une\nflamme, aussitôt éteinte... C'est la toute petite plaie qui se révèle. Elle\n s'ouvre, elle se ferme. Elle avertit qu'elle est là et qu'elle y est pour tou­\n jours !\n\n\n\n   Que pense Sarah Bernhardt'!\n   Que le mieux est de n'avoir aucun regret du passé, aucune crainte de\nl'avenir, et qu'à chaque jour suffit sa peine? Peut-être! L'éternel « peut-\nêtre n vient constamment sous ma plume, car enfin, Mademoiselle, je ne\nraisonne — ou ne déraisonne, s'il vous plaît ! — que sur des hypothèses.\n   Il ne m'est pas venu un instant à l'esprit que vous pussiez penser quoi\nque ce fût de celui à qui vous faisiez l'honneur d'écrire, en lui posant cette\nénigme. Je suis très orgueilleux — comme tous les hommes qui savent\nvaloir quelque chose : je n'ai donc aucune fatuité.\n   Vous êtes une très grande artiste et je n'entends pas dire par là que vous\nsoyez seulement une très grande comédienne. Vous aimez l'art, je crois,\nsous toutes ses formes, et vous en avez le culte — pour vous distraire —\nseul culte que vous pratiquiez, supposé-je. Toutes les manifestations de\nl'art vous séduisent, de même que toutes les manifestations de la beauté,\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "                                    — 376      -\n\nsi j'ose m'exprimer de la sorte. Vous auriez voulu être Phidias et Zeuxis, et\nd'autres encore, et ne pouvant être Raphaël, vous eussiez été la Fornarina.\nPrésentement, vous êtes Alcibiade — Alcibiade-Femme, car l'Alcibiade du\npauvre temps où nous vivons ne peut être que de votre sexe — je n'en loue\npas notre temps...\n\n\n   On parle beaucoup de vous — beaucoup trop! — En bien quelquefois,\nen mal souvent. Je crois qu'il se faut tenir à égale distance de l'un et de\nl'autre. Vous avez trop d'esprit pour ne pas mériter d'être calomniée.\n   Est-il vrai que vous dormiez dans un cercueil? On n'y est bien que\nquand on est mort, et vous aurez le temps d'y dormir à l'aise quand on\nvous y aura clouée. En attendant, je préférerais le moindre grabat.\n   Je ne crois guère d'ailleurs à ces excentricités funèbres, dignes tout au\nplus d'une Anglaise attaquée de spleen, ou de ces prétendus artistes qui,\nfaute de talent, se donnent les gants de l'étrangeté. On m'a parlé d'un bas-\nbleu qui achète, pour s'en faire des divans, les matelas des suicidés. Vous\nn'êtes pas un bas-bleu, et vous avouerez que ces « moyens de réclame » sont\ndu dernier ridicule.\n   On ne pardonne pas volontiers à une femme d'être tout ce que vous êtes,\net d'accaparer à son profit l'attention publique. On a dû vous dire bien sou­\nvent, tout bas en enveloppant ce mauvais compliment de flatteries les plus\nsucrées :\n                    Soyez plutôt maçon, si c'est votre métier!\nou encore le fameux :\n                            Ne sutor ultrà crepidam.\n   Je ne traduis pas ce dernier adage, persuadé que vous savez le latin mieux\nque moi, et le chinois aussi, et même la langue des Sélénites, s'il vous a\npris fantaisie de l'étudier. Je crois que cela veut dire : « Jouez la tragédie...\net mêlez-vous de vos cothurnes ! »\n   Conseil impertinent, que je vous engage à ne point écouter. On se fati­\nguait d'entendre appeler le juste un certain Aristide. On se fatiguera de\nvous harceler, de dire que vos tableaux, vos statues et vos livres ne sont\nvôtres que par la signature ; que vous n'avez ni la beauté de mademoiselle\nMars, ni le génie de Rachel; et mille autres choses désobligeantes qu'il me\nserait cruel de répéter..\n   On le dirait encore, que vous importe?\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "                                   — 377 —\n\n   Quand même! Ces deux mots sont la plus éloquente réponse. Une véri­\ntable devise de lionne ! hardie au moins, et qui ne craint pas de laisser tout\ndeviner.\n   La mienne est très courte et très simple, comme la vôtre — excusez la\ncomparaison. La voici : Et après.\n   Avez-vous parfois songé à ce terrible APRÈS, qui suit le QUAND MÊME?\n Non pas. La vie est si courte, si pleine, si follement dépensée, et dispersée,\nque les réflexions philosophiques n'y peuvent tenir aucune place. L'Après\nest un sombre mystère, très noir, et qui effraie les âmes les mieux trem­\npées... Soit! Eh bien ! Quand même! C'est du courage — un courage que\nje n'aurai pas.\n   Vous voilà, Mademoiselle, au comble des félicités humaines, distraite de\nl'ennui, acclamée de la foule, entourée d'ennemis, fêtée de quelques amis,\nglorieuse, couronnée de ce diadème espagnol sur lequel vous pourrez faire\nenchâsser la seconde larme de M. Victor Hugo, pour faire pendant à celle\nqu'il envoya à dona Sol. On viendra chaque soir pleurer à vos hymnes\nd'amour, gémir sur le sort de cette reine infortunée qui meurt pour un\nlaquais. Les yeux de Marie de Neubourg feront d'atroces ravages, ces\nyeux profonds comme la mer, et scintillants comme des étoiles !\n   Puis lasse quand même, vous reviendrez à votre palette et à votre ébau-\nchoir; puis lasse encore, — et non rassasiée — quand même!... vous finirez\nun beau jour par envisager le néant de toutes ces splendeurs au milieu des­\nquelles vous resplendissez... Et alors, vous laisserez peut-être tomber de\nvos lèvres ces deux mots désespérés : Et après?...\n\n\n                                        II\n                                                            Un an plus tard.\n\n   Vous rêvez, à cette heure, sur les bords de l'insondable océan aux mugis­\nsantes colères, Mademoiselle, et, contemplant les vagues d'opale et d'éme­\nraude qui se creusent en abîmes perfides ou s'élèvent en montagnes cristal­\nlines, vous pouvez murmurer de cette voix d'or qui apaisait naguère de si\ngrosses tempêtes et soulevait de si glorieuses acclamations :\n               Rome n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis !\nRome est à vos pieds. C'est une clameur désespérée, et de toutes parts on\nentend dire : « Elle s'en va ! mais les ministres restent ! »\n  C'est le premier mot qui ait frappé mes oreilles, après qu'un poète m'eut\nconté votre fuite, qui n'est peut-être qu'une fugue. Oui, l'idole déserte le\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "                                  — 378 —\n\ntemple et dédaigne l'encens de ses adorateurs, alors que ceux qu'on espérait\nvoir prendre la clef des champs se cramponnent à leurs places, et ne veu­\nlent entendre ni aux conseils ni aux critiques.\n   En vérité, vous fûtes bien prompte à vous irriter. On en a fait bien d'au­\ntres à M. Jules Ferry, qui est Excellence et sa haute dignité n'en a pas\nsouffert ! Faut-il disparaître, parce qu'on est comparée à la grande Virginie,\nquand tant de gens ne disparaissent point, que l'on compare à Coupeau, à\nLantier, et autres héros de l'Assommoir\"!\n   Une loi des royaumes d'Espagne punit de mort quiconque touche à la\nreine. Seriez-vous si cruelle aux audacieux qui ont porté la main à votre\ndiadème, et le tenez-vous pour si mal assuré qu'un si léger choc le puisse\nfaire tomber de votre front superbe? Quand même! crie votre devise, impé­\nrieuse et vaillante, qu'un caprice et une irritation vous ont fait oublier trop\nvite !\n\n\n\n   L'événement est en soi de mince importance. On vous fait jouer une dona\nClorinde insuffisamment étudiée, selon votre aveu ; assez préparée au senti­\nment de l'auteur. Le public vous applaudit; quelques journalistes vous\ncritiquent. Vous vous emportez. Vous fermez portes et fenêtres, vous fuyez,\nvous jetez la Clorinde par dessus les moulins. Paris s'émeut. La presse\nvous attaque, on est fatigué de vous admirer. On saisit l'occasion qui,\nd'aventure, a pour cette fois une robuste chevelure, et voilà que l'on ne\npense plus aux ministres qui n'ont pas donné leur démission quand ils la\ndevaient, pour ne plus penser qu'à la tragédienne qui la donne quand elle\nne la doit pas.\n   C'est bien votre faute, Mademoiselle, et ne vous en prenez qu'à vous de\nce désagrément. Quoi ! non contente d'être une incomparable artiste, dont\nles défauts mêmes sont applaudis, et qui règne en souveraine sur la pre­\nmière scène du monde, vous vous avisez de moissonner des lauriers en d'au­\ntres jardins! Quoi ! vous faites le buste du sergent Hoff, vous peignez cette\ntoile étrange et forte : la Jeune fille et la Mort, qui sera une des attrac­\ntions du prochain Salon ? Quoi ! vous triomphez en Hollande ? Vous vous\nsurmenez, vous ne refusez à aucune œuvre charitable le concours de votre\ngrâce et de votre talent?\n   Mais vous abusez, ce me semble, des dons qui ne vous appartiennent\nplus, et du temps qui vous appartient encore. A quoi bon travailler tant\npour les autres? Et pourquoi dépenser une activité folle à poursuivre le\nsuccès? Vous deviez être partout et en tous lieux l'Aventurière : il se trouve\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "                                 — 379     -\n\nque le rôle vous déplaît, s'il le faut jouer hors du théâtre. On ne vous par­\ndonnera point d'avoir conscience de votre valeur, et de rester indépendante,\nvoire quelque peu volontaire.\n   On n'aimait point qu'Aristide fût appelé le Juste. On redoute également\nAlcibiade, quand il coupe trop souvent la queue de son chien, et songez\nà ce qu'il y a, en France, de chiens que vous avez privés de cet utile orne­\nment.\n                                      *\n\n    Mademoiselle Croizette ne sculpte rien, que je sache, madame Favart\n ne monte point en ballon, mesdames Brohan gardent leur esprit dans une\n boîte, mademoiselle Samary ne montre que ses dents, et beaucoup de\n dames ne font de la peinture que sur leurs joues et sous leurs yeux.\n    Que n'imitez-vous ces illustres exemples? On vous pardonnerait peut-\n être l'éclat de votre gloire, faite de trop de rayons, et M. Emile Augier ne\n se plaindrait pas de vous voir également supérieure dans des arts diffé­\n rents.\n    Je voudrais être sévère, comme tout le monde, et juger inflexiblement\n une équipée qui n'est pas sans dandysme. Je suis contraint à l'indulgence :\n que méchant ne faudrait-il pas être, ne vous épargnant point, pour ceux\n qui font leurs équipées à nos dépens ?\n    Vous n'avez pas le droit de dépareiller les couples d'amoureux que Victor\n Hugo présente à nos admirations. Vous n'avez pas le droit d'abandonner\n Hernani, Ruy-Blas ou Fabrice, et le pauvre master Clarkson sera bien\n empêché sans vous !\n    Mais comme on se passerait bien, place Beauvau et rue de Grenelle, des\n matamores qui s'y prélassent dans nos meubles, et comme on voudrait que\n leur comédie fût tôt achevée !\n    D'autant que cette comédie, point amusante, et fort sotte, au contraire,\n tourne au drame. Le tyran s'y pavane, le traître y rugit, les comiques y\n abondent, et aussi les confidents, les sous-confidents, et des myriades de\n comparses. Voilà tous ceux qu'il fallait emmener, Mademoiselle, et nous\n eussions alors applaudi à votre départ.... quitte à vous aller quérir in\nfiocchi aux pays désolés de l'exil!...\n    Mais vous partez sans tambour ni trompette, et nous laissez tout un lot\n de politiciens qui eussent figuré si bien dans vos bagages ! Et voilà pour­\n quoi, n'usant d'aucune indulgence, je donne ma note dans ce petit concert\n qui vous ira éveiller en Normandie.\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "                                 — 380 —\n\n   Vous nous reviendrez quand même ! et vous serez quand même applaudie.\nLe public n'a pas à s'immiscer dans vos démêlés avec la Comédie-Fran­\nçaise; il ne prend que ce qu'il veut des jugements de la critique. Nos ora­\ncles, jamais infaillibles, sont rarement écoutés. Le vrai mérite s'impose et\nvotre réputation n'est pas plus de celles qui s'achètent que de celles qui se\nvendent.\n   Quitter le théâtre où chaque soir une foule enthousiaste vous acclamait,\nce n'est pas faire pièce à M. Perrin, désobliger M. Augier ou mécontenter\nle feuilletoniste. C'est — excusez ma franchise — offenser le public intelli­\ngent et lettré qui vous admire.\n   Votre intention n'est point telle. Ce public, soumis au charme de votre\nvoix, à la puissance de votre talent, vous l'avez conquis, mais il vous pos­\nsède. Vous ne devez pas lui manquer. Un contrat vous lie au passé comme\nà l'avenir, et le rompre, ce serait une ingratitude à coup sûr, et peut-être\nune imprudence. Vous nous reviendrez donc !\n   Et puisque vous avez, Mademoiselle, trahi votre fière devise ; puisque\nvous n'êtes pas restée quand même!... souvenez-vous du vieux proverbe\ngaulois, qui s'applique aussi bien aux reines de tragédie qu'aux ministres de\nla République : « Bien faire et laisser dire ! »\n                                                   CHARLES B U E T .\n\n\n\n\n         CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n       E X P O S I T I O N DES BEAUX-ARTS A ANVERS\n                              (Deuxième article)\n\n                           SECTION        BELGE\n\n             Pointn'est intéressant de s'occuper longuement de la section\n              belge. La plupart des œuvres exposées sont connues ; ce sont\n              des oeuvres rééditées ici, après avoir paru en première édition\n              aux Salons triennaux. Au surplus, les peintres qui les signent,\nles Stevens, les De Braekeleer, les Verwée, les Meunier, les De Knyff, les\nTerlinden, les Verhaeren, les Courtens, les Coosemans, les Wauters, les\nAsselberghs, les de Lalaing ont été étudiés longuement. Il ne reste donc\nplus qu'à flâner à travers le Salon, qu'à signaler les tableaux au hasard de\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "                                   — 381 —\n\nrencontres, avec le regret constant de ne point trouver à défendre et à louer\ndes œuvres de combat, frissonnantes de jeunesse et d'audace.\n   Et tout d'abord voici les harengs séchés de M. Verlat. Dans un jour fac­\ntice de rôtisserie, où l'on devine des cuissons étranges et des grillades féroces,\nM. Verlat accommode à sa sauce je ne sais quel art religieux. Il intitule ses\nharengs Golgotha. Les bistres, les rouges, les noirs, les couleurs les plus\nhurlantes font charivari sur sa toile. La composition entière semble avoir\nété passée au four. On n'ose la regarder, de peur d'avoir la vue brûlée.\nHeureusement qu'à portée de regard se trouve un Combat d'aigles, aigles\nnullement terribles, aigles domestiques, qui sans doute alimenteront la\nrôtisserie demain. Puis, un peu plus loin, les Fleurs, fleurs de table égale­\nment destinées à quelque repas et complétant l'idée de mangeaille qu'éveil­\nlent les deux premiers tableaux. Et ainsi de suite. M. Verlat a la spécialité\nd'essayer de tout et de tout rater. C'est un Protée; il adopte toutes les\nmanières, il aborde tous les sujets. Peintre religieux, peintre d'animaux,\npeintre de fleurs, peintre de genre, — pas peintre. C'est, à ma connais­\nsance, le plus médiocre des parvenus d'académie. Il passe pour maître dans\nsa ville. Quelques-uns ne sont pas hostiles à lui conférer du génie. Il est en\nvoie de devenir, à Anvers, ce que Benoit est en musique, ce que Conscience\nétait en littérature, l'artiste populaire. Les commandes officielles volent\nvers lui; il les accueille sous son aile à dix ou vingt mille francs pièce.\nChaque bourgeois amateur convoite un de ses tableaux pour l'accrocher au\nmur de son salon, ne se doutant pas que n'importe quelle rosace du papier\nou n'importe quelle arabesque de la tapisserie valent mieux. Surfait, stupé-\nfiamment surfait, raté, irrémédiablement raté, tel apparaît Charles Verlat,\nmanière de Bouguereau provincial, faisant lui aussi des saintes familles\naussi horriblement bleues et vertes et aussi peu saintes que les affiches et\nles pancartes du très officiel membre de l'Institut des Beaux-Arts de\nFrance.\n   Aussi bien se demande-t-on si c'est l'influence de cette médiocrité capitale\nqui fait germer, « dans la métropole des Arts », tant de neutres de moindre\nimportance : les Ooms, les Verstraete, les Anthony.\n   Par bonheur, Henri de Braekeleer fait contrepoids. Oh ! combien on le\nsent, lui, le grand peintre, à travers les œuvres des Mertens, des Marcette\net des Brunin. Ces trois artistes, avec Joors et Jules Lambeaux, sont très\nremarquables. Le premier surtout dans l'Imprimerie en taille douce, le\ndeuxième dans la Montagne d'or, le troisième dans le Broyeur. Certes,\nleur peinture n'est pas moderne au sens strict du mot, mais la couleur au\nmoins est belle, agréable, appétissante. Ils intéressent par l'intimité qu'ils\nmettent dans le sujet, l'harmonie qu'ils réalisent dans les tons, la vie qu'ils\nexpriment.\n   Joors étale à la rampe une très svelte amazone en babil avec ses chiens,\nJules Lambeaux attire par le Critique et surprend par la Veuve. C'est lui,\nle plus audacieux des jeunes peintres anversois ; seul, il soupçonne la vraie\nlumière d'appartement et ose l'étudier.\n   On connaît l'œuvre des Schaefels, des Van Luppen, des Bource, des De\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "                                  — 382 —\n\n Keyser, des Plumot, de toute l'antiquaillerie académique de là-bas. Pour­\n tant il est, parmi eux, un peintre dont l'art, quoique démodé, sollicite par\n sa grande conscience : c'est Lamorinière. A voir son œuvre réunie — est-ce\n impression passagère et fortuite? — j'ai senti, malgré les défauts manifestes\n de cette peinture lisse, noire, mince, toute en détails, l'émotion éprouvée\n devant les œuvres des vrais paysagistes. Ces sapinières, ces sous-bois, ces\n mares, ces étangs portent en eux les mélancolies des sites et les tristesses\n grises des plaines flamandes. Ils sont éloquents, ils parlent au souvenir, ils\n sont évocatoires. Il m'est agréable de louer Lamorinière. Son art est telle­\n ment éloigné de celui que je défends et que j'aime, que cette impression\n ressentie m'a été comme une surprise et je suis heureux de l'avouer en toute\nsincérité.\n   J'ai hâte de parler de trois disparus : deux, dans la mort, le troisième,\nailleurs.\n   Emile Sacré est parti, voici déjà deux ans. Ceux qui l'ont approché ont\ngardé en souvenir ce superbe jeune homme qui marchait, dans l'art, la tête\nhardie. Il avait un grand souci de réalité et de vigueur. Toutes ses toiles\ndénotent l'observation fixe. Il sortait de Courbet ; il avait un idéal de soli­\ndité et de virilité. Il a laissé de remarquables portraits. On en compte\ndeux à Anvers, celui de sa mère et celui du comte d'Aspremont-Lynden.\n   Le premier nous montre une dame âgée, dans une pose engoncée et\nsévère, surprenante d'individualité et de caractère. La tête est fière d'ex­\npression, elle commande. Toute une vie de femme est inscrite dans ces\ntraits, vie de volonté et d'expérience.\n   Le second est d'une intimité entière. Il dit la bonté un peu rude et mili­\ntaire du gentilhomme parfait que l'on connaît. L'allure est naturelle, aisée.\nLe modèle a l'air de ne point poser. Comme il est bien et commodément\nassis ! Comme le geste immobilisé qu'il a fait est saisi dans son repos et\nson affaissement! C'est une œuvre de très grand mérite.\n   Après Sacré, Huberti. Petit talent fluet, dira-t-on. Petit ruisseau ; pas\nmême une rivière. Soit. Mais combien original et vif et frais se montre ce\nfluet talent-là.\n   Le Temps gris à Wilryck et le Marais en Campine sont deux toiles d'un\nart spécial, tout de légèreté et d'impression, où la nature est saisie par un\npoète de la même famille que Corot. Quoi de plus mouvementé et fuyant et\nvoyageant que les ciels ennuagés d'Huberti? Quoi de plus attrapé que son\nair gris? Quoi de plus mouvant que ces feuillages d'arbres? Oh! ses arbres,\nses arbres minuscules, avec leurs frondaisons en froufrous, comme il les fait\nfrémir et murmurer au vent !\n   Et maintenant, voici Agneessens, — un maître. De tous les artistes de sa\ngénération, il est, certes, le plus artiste. Nous ne savons pas en Belgique\nimposer nos peintres. Il nous manque je ne sais quelle chaleur d'apostolat,\nquel enthousiasme, quel orgueil. Un peintre, tel que lui, devrait être plus\nsolennellement connu, plus fervemment aimé. Non pas que j'appelle autour\nde son nom le succes bourgeois et vulgaire ; c'est aux dilettantes que j'en ai.\nAgneessens, s'il était Français, serait haussé au premier rang des portrai-\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "                                   — 383 —\n\n\ntistes; il aurait son auréole. A peine lui brûlons-nous une petite chandelle\nd'admiration, — une chandelle à deux sous. A Anvers, ce qui me sollicite\net me hante, c'est son Étude de nu, cette belle chair d'éphèbe, si délicate, si\nétonnamment modelée. Cette chair est pâle, languissamment et aristocrati­\nquement pâle ; elle est idéale avant d'être vivante ; elle dit la jeunesse triste\net éteinte avant la chute des sens dans la matière. Cette chair, si étonnam­\nment suggestive, ne sera jamais superbe et mâle, elle est dégoûtée de la\nfemme sans s'y être collée, elle est égoïste.\n   M. Agneessens expose quatre portraits, tous puissants et intimes. D'au­\ntres ont plus de coloris que lui, mais personne ne sait dégager comme lui\nles mystères d'âme de ses modèles.\n   Artan voisine avec Agneessens. Il y a beau jour que le premier des mari­\nnistes belges n'a exposé. Les œuvres envoyées à l'Exposition universelle\nsont de date ancienne et, pourtant, combien volontiers on les signale et\ncombien elles sont supérieures à toutes les autres. Qui donc a compris la\nmer plus dramatiquement et plus lumineusement que lui, qui sait donner\nplus d'électricité aux vagues, plus de tumulte aux flots, plus de profondeur\naux ciels? Les teintes de l'Océan, il les a trouvées sur sa palette; et son œil\nsubtil et sa main nerveuse ne se trompent jamais.\n   Il y a en Belgique une réputation outrageusement gonflée, c'est celle de\nClays. Il est bon que, de temps à autre, Artan se montre.\n                                                    EMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n         CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\n      TOQUES E T ROBES, par Arthur James. Dessins d'Amédée Lynen.\n\n                                                  A ARTHUR JAMES,   avocat,\n                                            en son Palais de Justice à   Bruxelles.\n\n                 MON CHER JAMES,\n\n             Te souviens-tu de la Jeune Revue, ce petit canard jaune où nous\n              déversâmes nos premières proses ? Il dura un an, puis changea\n              de jupon et devint la Jeune Belgique. Transformée, embellie,\n              c'était toujours la maison hospitalière aux écrivuscules de\nnotre genre et nous y déposâmes nos couvées mensuelles. Après nous être\nconnus à l'Université dans le coude à coude des auditoires de philosophie,\nvoilà que nous nous retrouvions séparés par quelques interlignes dans la\nsolennité de la typographie.\n  Ton premier article s'intitulait : Le premier client, extrait du « Roman\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "                                  — 384 —\n\nd'un stagiaire », et pour que nul n'en ignorât, tu avais ajouté entre paren­\nthèses : inédit. Cela se passait en mars 1881.\n   Un an après, la Jeune Belgique publia une nouvelle page : Ab ovo,\nextraite du Roman d'un stagiaire (inédit).\n   Une année plus tard, aucun fragment nouveau ne parut, mais le\nRoman d'un stagiaire restait dans le silence de tes tiroirs ; il y est tou­\njours.\n   Je le regrette; le premier manuscrit que l'on a perpétré, est généralement\ncelui où l'on a mis le plus de soi-même, et celui-là devait redire, en un\nstyle inégal peut-être, tes premiers soucis, tes premières déceptions dans\nla carrière d'avocat qui n'est pas moins dure que celle d'écrivain.\n   Toi tu y gagnes d'avoir conservé pour toi-même les confidences du cœur\nqui sont nos seuls joyaux ; nous y avons perdu un livre, et dans un livre de\njeune homme il y a toujours quelque chose de doux et de palpitant.\n   Depuis, le Droit t'a mangé le sang ; sous la férule du diable d'Edmond\nPicard qui, dit-on, mène ses stagiaires à la baguette et les force presque\nà devenir de bons avocats, tu as dû piocher, sarcler, ensemencer le champ\nde ton avenir, si bien, qu'un de ces jours, tu me sembleras tellement\nrespectable que je m'oublierai à t'appeler Maître James, long comme le\nbras !\n   Et pourtant, camarade, tandis que tu défendais pro deo (cela se traduit :\npour l'amour de Dieu) la veuve sans argent et l'orphelin sans gratitude, tu\nregardais sournoisement ton encrier littéraire qui te faisait risette, et tu\nlui disais, en anglais, pour que le patron ne comprît pas : « Attends, je\nviens ».\n   Et tu es venu.\n   Lorsqu'un président de cour interroge les accusés, tu écoutes, mais tu\nregardes aussi. En ta tête, tu fixes l'image de ces bonshommes en robe et\nde ces misérables en blouse ; tu ne vois pas seulement « des contrats et des\ndroits », comme le jurisconsulte (mon oncle), tu vois encore « des couleurs,\ndes lignes, leur pittoresque, leur harmonie », et pendant que le ministère\npublic accumule sur le crâne de ton client un tas de crimes dont celui-ci se\ndoute à peine, tu te venges de ce grand morceau de Palais de Justice auquel\nta vie est accrochée, en le transformant en jolie et délicate littérature.\n   Résultat net, palpable et charmant : « Toques et Robes ».\n\n\n\n   Les observateurs, en ce temps d'observation enragée, sont plus rares que\nl'on ne pense. On regarde beaucoup, mais on soulève peu, on gratte peu, on\nscrute peu. Les contours suffisent, on néglige les ombres.\n   Je viens de lire d'un seul trait ton livre, mon cher James, et j'y ai trouvé\ncette « psychologie en profondeur » que je cherchais. Les types que tu\ndécris, on les voit, on les a vus cent fois, un peu plus on mettrait sur eux\ndes noms, avec cette manie de reportage dont nous subissons le contre­\ncoup.\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "                                  — 385 —\n\n   Certains chapitres, comme Divorce high life, sont d'une adorable moder­\nnité, certains autres reflètent le côté grave du Palais, d'autres enfin ont une\npénétrante mélancolie. Lorsque tu parles du Juré, il semble que, comme cet\nhomme qui porte le poids de son jugement, ta plume tremble...\n   « Il condamnera. Trop nombreuses sont les malhonnêtes gens sur la\nterre. Il faut en finir. Et le bon bourgeois regagnera la rue de Flandre et\nracontera à sa famille extasiée qu'il a rempli un grand rôle ce matin, au\nPalais de Justice, là-bas, dans ce vaste monument qui a coûté si cher, et où\nil y a tant d'hommes en rouge et tant d'hommes en noir. »\n   D'autres fois, mon cher confrère, — car malgré tout et même notre aîné\nM. Picard, tu seras toujours plus écrivain fantaisiste que grave pandecto­\nphile, — d'autres fois ton émotion déborde en phrases tristes qui sont\ncomme la plainte de l'âme altérée. Ce que je demandais à ton fameux\nRoman d'un stagiaire, je le retrouve dans ces Toques et Robes dont tu n'es\npas si toqué que cela, mais que tu acceptes avec philosophie — sans Tiber­\nghien! — parce qu'il faut bien, n'est-ce pas, accepter ce qui nous est tombé\ndu ciel — un fameux fumiste en l'occurrence ! — et dont nous ne serons\njamais satisfaits.\n   Je ne veux pas divaguer plus longtemps.\n   Puisse ton livre être compris après avoir été lu, — car tant de gens\ngraves prétendent comprendre sans découper les pages ! — Puisse-t-il faire\nson chemin comme tu fais le tien, mon vieux camarade !\n                                                      MAX W A L L E R .\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": "                                                — 386 —\n\n\n\n                                      MEMENTO\n   Le sixième volume des poésies de Catulle         styles décoratifs, Paul Rouaix. — Le natu­\nMendès : Intermède, vient de paraître chez          ralisme en Espagne, Albert Savine. — Les\nOllendorff. Nous y trouvons réunis pour             Russes et les Anglais en Asie, Edouard\nla première fois les Rondels pour elle, que         Nicolas.— Critique littéraire et artistique.\nGil Blas donna naguère.                             — Bibliographie. — Musique et théâtres.\n   Citons-en deux :\n      POUR MADAME LA MARQUISE\n                                                       Théodora et la Parisienne sont les\n      Nous danserons une gavotte\n      Sur un très vieux air de Lulli :              deux dernières pièces que nous ayons\n      A ce passé noble et joli                      vues. Elles sont les deux antipodes du\n      Votre jeune grâce est dévote.                 théâtre moderne, la première avec sa dé­\n      Plus d'une âme aujourd'hui vivote             coration mirifique cachant un drame\n      Dans un spleen affamé d'oubli,\n                                                    inexistant, la seconde, humaine et forte\n      Nous danserons une gavotte\n      Sur un très vieux air de Lulli.               dans sa simplicité.\n      Tandis que, sans nul patchouli                   Que deviendra le théâtre? Où court la\n      La virago que fut gavotte                     destinée dramatique ? on se le demande, à\n      Fait des lois, crie aux armes, vote           voir ces œuvres, l'une d'un ancien, l'autre\n      Pour que l'amour soit aboli,\n                                                    d'un jeune, tous deux forts et tous deux\n      Nous danserons une Gavotte !\n                                                    habiles.\n            PRINTEMPS TRISTE                           II faut bien le dire — et l'on ne s'en fait\n      La seule branche de lilas                     pas faute dans le public — les amours et\n      Que nous ayons cueillie ensemble,             les crimes de l'Augusta byzantine inté­\n      Se fane sur ma lèvre, et tremble,             ressent médiocrement. Que l'on prenne la\n      Pareil à mon pauvre cœur las.\n                                                    pièce et qu'on la lise à tête reposée, pas\n      Elle ne refleurira pas.\n      Puisqu'à mon cœur elle ressemble,               ne minute on ne frissonnera, pas une\n      La seule branche de lilas                     seconde on n'éprouvera cette palpitation\n      Que nous ayons cueillie ensemble.             intérieure que donne l'œuvre vivante arra­\n      Pourtant, sous l'abri clair du tremble,       chée au cœur de l'humanité moderne.\n      Quand s'ouvrent tant de fleurs là-bas,\n                                                       Au théâtre de la Monnaie, nous avons\n      Et tant d'autres lilas, hélas !\n      C'est toujours elle qui me semble             assisté à un tableau vivant — rien de plus.\n      La seule branche de lilas !                    L'art de la décadence romaine a été reporté\n                      *   ■   *   *\n                                                    par de merveilleux artistes, érudits et con­\n                                                    sciencieux, dans des décors et des costumes\n   Lire dans la Revue contemporaine, un             qui nous évoquent, avec une puissance\ntrès curieux article d'Edouard Rod sur              étonnante, des temps abolis ; mais que\nVictor Hugo.                                        reste-t-il de tout cela ? Moins que d'un vrai\n   Ne pas confondre cette Revue avec le             tableau de vieux maître dont la vie traverse\npetit canard qu'impriment ici sous le même          les âges, dont on palpe la couleur lumi­\ntitre de jeunes éliacins en extase.                 neuse, et qui n. pour ainsi dire, le parfum\n   Voici le sommaire de la vraie Revue con-         des époques disparues.\ntemporaine, du 25 juin 1885 :                          J'aurais mieux aimé que les acteurs du\n   Victor Hugo, étude critique, Edouard             drame ne parlassent point, que l'on n'as­\nRod. — Pceuf, nouvelle, Léon Hennique.              sistât qu'à la scène muette, et, quel que\n— Jeunesse, poésie, Gabriel Vicaire. —              soit le charme musical de Sarah Bern­\nAgha Veli, poésie, Jean Moréas. — Les                hardt. j'eusse préféré la voir seulement,\nfunérailles de Victor Hugo, un Hugolâtre.           avec le rythme de son geste fatigué, sa lan­\n— De quelques déterminantes dans les                gueur de souveraine plus efféminée que\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "                                              387\n\n\nnature, et portant sur son front pâle la déco­ ne tue pas, ne massacre pas ; il étale de\nloration morbide des races qui s'en vont. façon simple, sans la fumée bleue des en­\nCouchée sur son lit de parade, ayant pour censoirs ni le bruit sonore des gongs, la vie\nsceptre le lys symbolique tel qu'en porte, humaine, la vie moderne, la vie éternelle\ndans sa danse silencieuse, la Salomé de de notre société. Elle déplie la page triste\nGustave Moreau, la comédienne incompa­ d'un coin du monde; elle n'a besoin ni de\nrable n'avait pas à parler pour être superbe poignards ni de glaives pour ouvrir les\net reporter en arrière, vers l'époque du plaies ; d'un regard pénétrant elle sonde les\nchristianisme cruel, des vices raffinés, des blessures et les transmet à la pensée par le\ntortures subtiles et lancinantes, l'esprit trajet des nerfs et des fibres.\ntroublé du spectateur.                             Le bas-empire byzantin de M. Victorien\n   C'eût été beau de voir défiler sans paroles Sardou ne me fait pas horreur — on n'est\nles somptuosités de Théodora, dans le pas laid dans de si beaux costumes ! — ; le\ndécor que le génie du peintre a retrouvé en bas-empire parisien de M. Becque, drapé\ntendant la main par delà les siècles; la salle, de couleurs sombres, m'entr'ouvre le crêpe\nplongée dans l'obscurité, comme au théâtre de la nuit contemporaine. Il me dresse\nwagnérien, fût restée émerveillée et anéan­ l'acte d'accusation d'une société ; je le\ntie. Les tirades françaises, même pronon­ vois, il existe, je le sens — et la sensation,\ncées par deux artistes hors ligne, détrui­ l'émotion, n'est-ce pas le but éternel de\nsent notre illusion, et ce Justinien, qui n'a l'art?\nguère pour lui que son masque dur de '\nmédaille antique, nous ôte notre rêve par\nsa déclamation conventionnelle de conser­          Le nouveau livre de Gaston d'Hailly,\nvatoire.                                        Monsieur Gendre,— nous disons livre, car\n   Théodora n'est pas du théâtre drama­ c'est bel et bien un livre d'histoire, — est\ntique; c'est de l'archéologie qui bouge, de un de ces ouvrages à clé dont on est si friand\nla féerie savante; les décorateurs et les cos­ à l'heure actuelle. Seulement, ici la clé n'est\ntumiers en sont les seuls auteurs et ils ont    pas une de ces clés à complications dont le\nassassiné M. Sardou.                            maniement exige de patientes études, c'est\n   La Parisienne de M. Becque est tout          un passe-partout.\nautre. Là il n'y avait pas de littérature; ici     Usant de la licence permise aux roman­\nil n'y a que cela; le costume est quelcon­      ciers, l'auteur a condensé, dans une intrigue\nque, le décor, n'importe lequel. Pour le        où l'on voit défiler nombre d'hommes au­\npremier, le vêtement moderne ; pour le jourd'hui arrivés, l'histoire de la décompo­\nsecond, quelques chaises, une table, une sition morale de notre époque.\ncommode, un canapé, dans un salon.                 On aimera à chercher le nom du prési­\n   Théodora éblouit, la Parisienne fait         dent de la Chambre des députés recevant\npenser.                                         une dépêche de la dame... aimable, au mi­\n   Théodora frappe les yeux, la Parisienne lieu de cette journée fameuse de l'interpel­\nremue.                                          lation sur la police de Paris. — En trente\n   Pourquoi? Parce que la pièce de M. Sar­ lignes, la physionomie de la séance est\ndou n'a pas d'âme, elle ne secoue, dans son     enlevée avec une verve incroyable.\nboisseau d'or, de pierreries et de mosaï­          Hermann Simon et M. Starke sont des\nques, que des passions violentes exploitées personnalités assez connues dans le monde\ndepuis Phèdre et depuis Athalie. Ce sont        industriel et financier pour que l'on mette\ntoujours les « chiens dévorants » qui           leur vrai nom sous le masque qui les cache.\naboient à la mort depuis le roi Soleil, les        Voilà un livre à lire, et à lire surtout entre\n« os et les chairs meurtris et traînés dans les lignes, c'est dire qu'il s'adresse aux gens\nla fange » par Jean Racine.                     d'esprit.                     (Communiqué.)\n   Le drame de M. Becque ne hurle pas,\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "                                        — 388 —\n\n  Dans la Bibliothèque Gilon : Les Arte­        un succès moins bruyant, il est vrai, mais\nvelde, par Ch. Potvin.                          plus intime et aussi vif que celui de ses\n                                                compositions orchestrales.\n                   ***\n  Pour paraître prochainement : Nouvelles                              ***\n\ncomme ça, par Max Waller.                           M. Charles Buet publie, à la Nouvelle\n                                                 librairie parisienne (E. Giraud et C°, 18,\n                    ***                          rue Drouot), deux volumes d'un genre bien\n   Nous commencerons en septembre pro­           différent.\nchain la publication d'un travail de longue         Le premier, Médaillons et Camées, ren­\nhaleine intitulé : Souvenirs de la vie d'étu-    ferme une série d'études intéressantes et\ndiant.                                           curieuses sur Barbey d'Aurevilly, François\n                                                 Coppée, Paul Féval,MmePaul Féval, Louis\n                                                 Veuillot, Emile Zola, Alphonse Daudet,\n  Reçu de M. Ernest d'Orllanges, le poète        Léon Cladel, Rollinat, Léon Bloy. — Il y a\nd'une très jolie plaquette : Hélène, un          même un chapitre consacré aux Bas-Bleus,\nroman intitulé : L'Homme à passion, une\n                                                 et un autre à Sarah Bernhardt, celui qu'on\ndes choses les plus mal écrites, les plus\n                                                  ira plus haut. C'est là de l'histoire littéraire\ndégoûtantes et les plus ignobles que nous\n                                                anecdotique et pittoresque, avec des aper­\nayons jamais lues — ou plutôt feuilletées.\n                                                çus absolument nouveaux, de fines remar­\n                                                ques, d'une extrême originalité de forme.\n  Reçu de M. Eugène Tavernier un recueil         Ce livre fera du bruit, et mérite un succès\nde vers : Les Scintillements.                   que la critique ne lui marchandera pas.\n  Très inoffensif; M. Tavernier se fait-il          Le second, Contes moqueurs, est d'une\ndes illusions?                                  ironie spirituelle ; ce sont des récits drama­\n                                                 tiques, d'une fantaisie presque sérieuse,\n                    ***\n                                                 d'une variété infinie. Les passions les plus\n   Chez Lemerre, dans la « Petite biblio­\n                                                vives, les sensations les plus fugaces, les\nthèque littéraire », l'édition définitive de\n                                                sentiments les plus subtils, l'amour et la\nCelui de la Croix-aux-Bœufs.       Un chef-\n                                                peur, la jalousie et l'orgueil, dans leurs\nd'œuvre indiscutable comme Ompdrailles\n                                                manifestations les moins ordinaires, y sont\net comme Le Bouscassié.\n                                                observés et analysés puissamment. Ce n'est\n                    ***                         point là un recueil de contes banals, simple­\n  La maison Schott, de Bruxelles, vient         ment agréables à lire ; c'est un livre à gar­\nd'éditer, avec le plus grand luxe, trois        der parmi ceux qu'on relit. La Chambre\nmorceaux de chant de Léon Jehin.                jaune, la Chaîne de corail, la Pipe de\n  Ces mélodies, faites sur des poésies de       Zbarra, le Dompteur de chats, les IX,\nVictor Hugo et d'André Van Hasselt, sont        sont véritablement des œuvres vigoureuses,\ncharmantes, empreintes de grâce et de           et qui ajouteront encore à la réputation lit­\nsentiment, et écrites dans le style le plus     téraire de M. Charles Buet, auteur de ce\ncorrect.                                        drame hardi, le Prêtre, qui eut naguère un\n   Elles seront, pour le jeune compositeur,     si grand retentissement.\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "LA REVUE CONTEMPORAINE, littéraire,\n politique et philosophique. Directeur : Adrien REMACLE ; rédacteur en\n chef : Edouard ROD. Abonnement pour la Belgique : 2 2 fr. Paraît\n le 25 de chaque mois. Bureaux : Paris, 2, rue de Tournon.\n\n                        revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\n rain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\n pagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant pour la Bel­\n gique : MAX W A L L E R .\n\n\n            POUR     PARAITRE       PROCHAINEMENT :\n\n\n                             NOTES\n                                  SUR LA\n\n\n\nLITTÉRATURE MODERNE\n                                   PAR\n\n                 F R A N C I S             N A U T E T\n                          Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n\n\n                   VIENT DE PARAITRE\n        chez FRINZINE et KLEIN, 1, rue Bonaparte, à Paris.\n\n                       XIXe         S I È C L E\n\n\n\n                 LES ŒUVRES\n                                   ET\n\n\n\n    L E S HOMMES\n                                   PAR\n                  JULES BARBEY D'AUREVILLY\n\n\n              LES JUGES JUGÉS\n   UN     B E A U      VOL. IN-8o.            PRIX      FR.     7-50\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1885-07-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 382."}}