{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1885-08-05-n8", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-08-05-n8-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "qu'hier, nous en a\\ ons vu un exemplaire chez Istace.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 427, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1533, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "BOITE AUX L E T T R E S\n  52. M. ARNOLD G. Nous ne comprenons de votre lettre qu'une chose, c'est qu'elle est\nfort inutilement impertinente et que vous nous appelez à tort : cher confrère. Nous ne\nvous sommes pas cher et nous ne vous chérissons pas, n'ayant pas l'honneur plus que le\ndésir de vous connaître. Si l'on nous a envoyé sous le nom de G. Lequennois de la prose\nqui est vôtre, nous regrettons l'indélicatesse de l'emprunteur, mais cette prose n'en est\npas meilleure pour cela et il eût été mieux que modeste de ne pas la revendiquer sur un\nton peu courtois étant donné que nous avons, je pense, des amis communs. Je vous\nsalue P. P. C.\n  53. PAUL D. VOS deux sonnets Souvarine et Bonne mort sont incorrects\n                        Où s'endort le soir le soleil détesté\nmanque d'un pied.\n                        Il semble étouffer la grande plainte humaine\nmanque d'un pied.\n  De plus il y a dans vos vers trop de ces mots clichés que l'on sert avec tant de prodi­\ngalité dans la poésie actuelle : bain pourpre, rouge flamboi, etc. Les mots s'usent,\nquelque évocatifs qu'ils soient, pour avoir trop servi.\n  54. ALBERT C. Reçu vos vers. Essayez la peinture ou la musique. Le succès est peut-\nêtre là.\n   55. C. A. D., Anvers. Vous vous trompez. La Basoche n'est pas notre adversaire et\nnous avons avec elle plus d'une sympathie. Elle marche allègrement vers sa deuxième\nannée et se porte très bien. Vale.\n   56. KEEPSAKE. Non, confrère, ininsérable Mauvais.\n   57. FERN. S., Zuen. Bon. Passerez dans le prochain» Signez-vous?\n   58. M. VAN SICH., Anvers. Votre libraire est un idiot, dites-le lui. Le Vice suprême est\nen vente à Bruxelles ; pas plus tard qu'hier, nous en a\\ ons vu un exemplaire chez Istace.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-08-05-n8-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 389, "page_fin": 403, "titre_corps": "Lysiane de Lysias", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "LYSIANE DE LYSIAS", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "J BARBEY D AUREVILLY", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 428, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1731, "texte": "LYSIANE DE LYSIAS\n\n                                                      A JOSÉPHIN   PÉLADAN.\n\n\n\n\n                                 Assez, dit-elle, en se renversant avec lassitude\n                            dans le haut fauteuil ancien ; assez, ne me parlez\n                               plus de vos jeunes filles, de vos vierges, de vos\n                               niaises, de vos petites sottes, que vous épousez\n                              un beau soir, après vous être raffinés dans nos\n                            amours ; ne me parlez donc plus de tout cela,\n                                 mon cher ! »\n                                    Et Lysiane se tut de nouveau, perdue\n                                 dans ce rêve incessant qui rendait plus\n                 sombre encore son nocturne regard.\n                    Dans la vaste salle tendue de Gobelins, où la lampe juive\n                 à sept branches coulait une lumière pensive, ces deux êtres\n                 silencieux complétaient merveilleusement le décor. Cette\n                 chambre vaste évoquait les tableaux de Rembrandt le\n                 Maître, et l'on eût dit que la pensée y devait être aussi\n              déployée toute grande, comme les rideaux lourds et comme\n              les fabuleuses scènes des tapisseries.\n                 La comtesse Lysiane la tenait, cette demeure, de toute\n              une lignée d'aïeux, et, dans le fauteuil de Cordoue, qu'elle\noccupait de préférence, elle savait que des ancêtres héroïques s'étaient,\ncomme elle en ce moment, reposés, et que leur âme hautaine planait tou­\njours dans l'air tiède du logis.\n                                                                        25\n"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "                                   — 390 —\n\n   Veuve et trentenaire, la comtesse n'avait jamais songé à se remarier. Elle\ns'était, de jour en jour davantage, retirée du monde, et, cloîtrée dans ce châ­\nteau séculaire, s'y était fait une vie de méditation, d'étude et de volupté.\n    Elle eut des amants sans nombre, qu'elle rejeta tour à tour, ne les aimant\nque par le corps, mais gardant pour elle seule son âme enfermée.\n   Elle étudia le vice, en l'expérimentant, parvint, avec des délicatesses d'ar­\ntiste rare, à lui faire donner tout ce qu'il possède, et ses intimes ne l'avaient\njamais qu'à demi comprise, tant profonde était la mystérieuse évolution de\nses sens.\n   L'homme qui, assis à ses pieds sur un tabouret, regardait cette femme\nétrange dont le visage s'éclairait et rougissait aux brusques flambées de\nl'âtre, était son dernier amant. Ensemble ils avaient parcouru le cycle des\njoies charnelles; ils s'étaient mutuellement initiés aux lancinantes dou­\nceurs, ensemble ils avaient dormi les longs sommeils où le songe s'illumine\ndans la fatigue ineffable de la matière.\n   Et maintenant que le terme était venu, que Lysiane, avec la surprenante\nclairvoyance de la femme, avait clos sa robe comme on ferme une prison,\navant la venue du Dégoût suprême, il venait une dernière fois vers elle pour\nrompre les ultimes attaches, et qui sait? ressaisir dans un regard, dans une\nintonation les réalités intenses dont la volonté despotique de la comtesse\nl'avait à tout jamais sevré !\n   — Alors, dit-elle, vous songez sérieusement à vous marier, à épouser\nune fortune doublée d'une jeune fille?\n   — Vous faites erreur, dit Grégory d'une voie tremblée, j'épouse la femme\net non la fortune dont je n'ai que faire, étant riche moi-même. J'ai bien\nraisonné ce que vous prenez pour une folie ; je me marie parce que, après\nvous, je ne trouverai pas de maîtresse. Oh ! ne souriez pas, ce n'est pas un\ncompliment, et vous le savez bien ! Après vous, les plaisirs n'existent plus,\net deux mois de votre amour valent une vie.\n   — Et vous voulez en recommencer une autre, gourmand! répondit\nLysiane avec un sourire.\n   — Non, je veux me tailler une tombe vivante qui ne me fasse pas mal !\n   — Le mariage ?\n   — Pourquoi pas ?\n   — Parce qu'on ne vous y laissera pas dormir?\n   — Qui?\n   — Celle que vous épouserez, d'abord, et qui vous révoltera de banale\nréalité, et...\n   — Et? et vous, n'est-ce pas, qui me tourmenterez de souvenir?\n"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 391, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "                                 — 391 —\n\n   Lysiane ne répondit pas, mais une vague ironie plissa ses lèvres. En ce\nmoment elle lui sembla,— dans son mutisme, immobile, les cheveux noirs\nrelevés en une torsade japonaise piquée de deux longues aiguilles à boules\nde corail, les yeux sombres, la taille allongée comme une amphore, les bras\nnus sous les manches de velours frappé, — elle lui sembla une sorte de\n Pythie moderne, mystérieuse comme l'antique et, comme elle, clair­\nvoyante.\n   — Mon brave Grégory, je ne puis pas vous empêcher d'aimer dans le\npassé; le souvenir est une fatalité qu'on n'évite point; tâchez seulement\nd'avoir la paix de la vie, à défaut de l'amour, et soyez grand, ne faites\npas souffrir l'enfant qui sera votre compagne; je ne puis rien vous dire de\nplus.\n   La comtesse se leva, Grégory fit de même et prit la main de Lysiane\npour la baiser.\n   — Non, répéta-t-elle, ayez la paix dans la vie, serrons-nous la main\ncomme des amis ; plus de baisers.\n   Il alla vers la porte, et, une dernière fois, regarda la comtesse Lysiane ;\npuis il sortit avec la vision d'une femme sombre dressée comme un fantôme\ndans la lumière d'un lustre à sept branches.\n   Lorsque Grégory eut disparu, la Superbe se rassit lentement, et, de nou­\nveau, devant le feu dont les bûches s'écroulèrent avec un jaillissement\nd'étincelles, dans la solitude immense de la nuit, elle fixa son regard et\nlaissa son âme errer vaguement, pensivement...\n\n\n\n   Le duc Grégory s'en était allé sans révolte.\n   Depuis deux mois qu'il s'était jeté dans l'amour de Lysiane, il avait com­\npris toute la volonté tenace de la comtesse et l'irrévocable de ses arrêts. Ne\nlui devait-il pas ce qu'il n'aurait jamais espéré? le suprême amour? et pou­\nvait-il croire à l'éternité de cet amour, alors que déjà ces soixante jours\navaient plié son corps et cassé ses nerfs ?\n   Il s'en alla, résigné, vidé d'horizon, la tête tournante et perdue, avec,\nseulement, un large retour sur les premières et des dernières heures passées\navec Elle. Elle, il redisait Elle, ne pensant pas qu'il y en eût Une Autre,\nl'appelant en lui-même La Femme, la Seule, en qui se concentrait toute la\nFemme, la Femme universelle. Comme une liqueur très violente dont une\ngoutte eût suffi à parfumer un lac, Elle avait en quelques jours mis Son\nempreinte dans sa vie entière, en avait rempli tous les recoins.\n   « Qu'importe, se dit-il, en descendant le grand escalier de marbre, qu'im-\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2513, "texte": "                                 — 392 —\n\nporte ce mariage? et pourquoi ne le consommerais-je point? J'aimerai\ncomme tout le monde, et la nouvelle venue ignorera que l'on puisse aimer\nautrement. »\n   Et il haussa les épaules, raillant malgré lui, avec une joie égoïste, la\nfuture qui ne savait pas, qui ne pouvait pas savoir.\n   Au pied de l'escalier, que deux torchères niellées inondaient de lumière,\nun valet remit à Grégory sa pelisse et lui ouvrit la portière de sa voiture\nqui venait d'avancer dans le vestibule. Les deux larges battants de la porte\ns'ouvrirent et l'équipage s'enfonça dans la grand'route. A droite et à gauche,\nla forêt de Soignes s'étendait dans la nuit, et, seul, le roulement rapide du\ncoupé résonna dans le silence de Rouge-Cloître.\n   Une heure après, le duc s'arrêtait à la sortie de l'Avenue du Bois de la\nCambre et, après un ordre donné au chasseur, se dirigeait à pied vers la\nPlace Royale. A ce moment, des flocons de neige se mirent à tomber avec\nlenteur; le duc hâta le pas; il descendit la Montagne de la Cour jusqu'à un\npetit bar anglais où, depuis toujours, ses amis se réunissaient chaque soir à\nla sortie du théâtre de la Monnaie. Il n'y avait personne dans la première\npièce ; derrière le comptoir encombré de flacons et de victuailles, le patron\nsommeillait, le coude appuyé sur le zinc, tandis que, renversé sur une chaise\n appuyée au mur et les cheveux frottant le plâtre, le garçon faisait de\n même. Tous deux se levèrent en sursaut lorsque Grégory fit son entrée.\n   — Monsieur le duc, firent-ils ensemble.\n   — Ces Messieurs sont-ils là?\n   — M. van Steen, M. d'Astor, M. Clergery, M. de Leuze, M. Pablo,\n M. Cuaras, et ces dames, débita vivement le garçon.\n   Grégory ouvrit, au fond du café, une porte barrée de cette inscription :\n SOCIÉTÉ PRIVÉE, et se trouva dans une chambre bleue de fumée, où,\n autour d'une table, un groupe de jeunes gens jouaient à l'écarté. Derrière\n deux d'entre eux, penchées sur leurs épaules, deux femmes suivaient le jeu,\n désignant parfois du doigt une carte, et s'impatientant.\n   Lorsque le duc entra, les cartes s'abattirent.\n   — Hallo! cria-t-on, Hamlet, Lazare! d'où sors-tu, prodigue?\n   — Moi, mais du haut de la ville !\n   — Un haut qui est perdu dans le bois, n'est-ce pas, veinard? On sait d'où\n vous venez...\n   — Eh bien alors ?\n   — Alors nous voulons te faire avouer...\n   — Que je viens du château de Rouge-Cloître, de chez Mmc de Lysias,\n que j'y ai été beaucoup pendant les derniers temps, mais oui, pourquoi pas?\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "                                  — 393 —\n\n   Les deux jeunes femmes levèrent la tête, en souriant avec ironie.\n   — Vous autres, dit Grégory brutalement, bas les pattes et motus,\nn'est-ce pas?\n   Oui, continua-t-il, j'aime beaucoup Mme de Lysias et je passe souvent\nmes soirs auprès d'elle. Nous faisons de la musique et nous causons. Vous\nsavez si sa conversation est charmante; elle est spirituelle, très instruite...\n   — Bas-bleu, fit Clergery.\n   — Savante, tout au plus...\n   — Et cela t'a pris comme cela, tout à coup, la musique et la causette?\n   — Ah ça! voyons! vous voulez me confesser avant Pâques? Vous riez,\nje pense! Frédéric! un grog au gin! Qui tient le louis? Non, pas vous,\nMonsieur Clergery, ajouta-t-il en regardant fixement celui qui tenait les\ncartes, pas vous.\n   Le cercle se composait de tous gens du high-life bruxellois, panaché de\nrastaquouères, les uns affinés superficiellement par la vie de salon dans les\nambassades, les autres, au contraire, non encore dégrossis et gardant les\nfaçons rondes de l'étudiant. Cuaras, un fils de gros fermier de Buenos-\nAyres, était arrivé à Bruxelles fourni d'argent, qu'un ami malin — Clergery,\nson alter ego — l'aidait à dépenser. Clergery était, au demeurant, le seul\nêtre officiellement taré du groupe, où il n'était entré qu'à force de courbettes\net de petits services douteux qui l'avaient peu à peu rendu indispensable.\nVan Steen, descendant d'une des plus nobles familles de Flandre, de Leuze,\nun comte romain, et le duc Grégory de Perriane étaient les seuls Belges du\ncercle, qui ne comptait d'assidus que les sept jeunes gens que nous trouvons\nréunis au début de ce récit. D'Astor, parisien de race, avait émigré après\nla Commune, et Pablo de Drasz attendait, pour retourner en Roumanie,\nd'avoir son grade d'officier à l'école de cavalerie belge.\n   Grégory, sans en avoir le goût, s'était accoutumé aux veillées passées\ndans ce petit bar où les échos du grand monde arrivaient, portés on ne sait\ncomment, par des indiscrétions d'amants éconduits ou de maîtresses déçues.\nSa distinction s'était révoltée lorsque, au premier groupe où la sévérité de\nl'admission était excessive, s'était, par un relâchement qu'il déplorait,\najouté ce flot d'exotiques venus de si loin qu'on ne pouvait contrôler leur\npassé. « Ils viennent de pays avec lesquels nous n'avons pas de traité\nd'extradition », disait-il avec humeur.\n   Clergery surtout l'avait mis en défiance ; il éprouvait une haine instinctive\n pour ce vieux jeune homme d'une naissance multiple, d'une éducation vul­\ngaire, d'une position louche de petit journaliste mâtiné de souteneur, qui\nvivait d'expédients et de parasitisme. La conversation de mauvais goût.\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "                                  — 394 —\n\npleine de mots crus et d'argot de coulisse, qu'affectait de prendre continuel­\nlement Clergery, créait entre ces deux hommes de natures si opposées une\nguerre sourde qui parfois éclatait en dédains superbes de la part du duc,\nen insinuations sifflantes de la part de Clergery. La présence inévitable de\ncelui-ci avait surtout éloigné des réunions nocturnes le dernier descendant\ndes Perriane. Parfois, écœuré, le duc s'en était allé, seul, dans la nuit\nfroide, avec une lourde impression de fatigue, et le besoin d'autre chose\nqu'il ignorait; et tout à coup sa rencontre avec Mme de Lysias avait rompu\nce commencement de spleen, donné le coup de fouet, rendu à l'âme errénée\nde Grégory sa fraîcheur et son intensité. Dans les longues soirées qu'il avait\npassées à ses pieds, dans la contemplation de sa parole, il s'était réveillé de\nla routine somnolente de sa vie. Lysiane lui avait révélé le bonheur de\nl'intelligence, en même temps que la joie de la chair, et lui, qui naguère ne\ntrouvait dans ses « conquêtes » qu'un assouvissement physique, avait eu\npendant deux mois entiers la révélation de l'être complet dont la partie\nspirituelle relève et sublimise la volupté des sens. Souventes fois, la nuit,\ndans la vaste chambre de la comtesse, où traînait continuellement un vague\nparfum d'ambre et de moskari, après quelques heures de sommeil, ils\ns'étaient levés tous deux, et, devant le feu qui, de même que la veilleuse,\ncomme dans les temples, ne s'éteignait jamais, leurs paroles s'étaient\nrépondues, ainsi que leurs pensées. Par une sorte d'émulation incessante,\nils faisaient alors assaut, — non pas d'esprit, cette profanation de l'amour,\n— mais de profondeur sentimentale, et, comme le néophyte d'une religion\nmystérieuse, il avait pénétré par une série de troublantes initiations dans le\ntemple fermé par mille portes d'or où Lysiane avait cloîtré le fin fond d'elle-\nmême.\n   Aussi, lorsque Grégory, après son absence prolongée, se retrouva dans\nl'ancien cercle devenu banal, d'une banalité qu'il n'avait jamais qu'entrevue,\néprouva-t-il un insurmontable haut-le-cœur. Ainsi que sur sa noblesse héré­\nditaire, il eut la perception d'avoir en lui un blason moral, une dignité\nnouvelle écussonnée d'azur et d'argent, qui le mettait au dessus de toute\ncette société douteuse qu'il ne pouvait plus comprendre.\n   Ce soir-là surtout, il regretta d'avoir terni sa méditation souvenante au\ncontact de ces messieurs. Il eut un remords de ne pas, venant de chez\nLysiane, être rentré dans sa demeure pour y causer avec lui-même, le seul\nêtre dont, après la comtesse, il pût aimer la solitaire compagnie. Il lui sem­\nblait, qu'en un quart d'heure bête, il avait profané l'idole de son cœur, celle\nqu'il jurait de conserver dans une atmosphère occulte de vénération et\nd'amour.\n"}, {"page_pdf": 434, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2510, "texte": "                                 — 395 —\n\n\n   Après avoir perdu quelques louis, le duc serra distraitement la main de\nde Leuze et de van Steen, puis, ayant lancé d'un geste à la ronde son\nbonsoir, sortit.\n   Les rues étaient désertes ; la neige maintenant tourbillonnait avec rage et\nGrégory dut se comparer à cette rafale soudaine.\n   N'avait-il pas aussi, lui, dans son cœur une tempête qui, apaisée, ne\nlaisserait au fond de sa vie qu'un linceul blanc, qu'un froid suaire?\n   Au coin de la rue Villa-Hermosa, une femme grelottante l'arrêta, d'une\nvoix craintive. Il la regarda, sans comprendre, et continua sa route avec\nlenteur; plus rien ne pouvait à présent le distraire de sa pensée tendue,\nexaspérée vers le bois de Rouge-Cloître, là-bas... La neige tombait, très\nlentement, par minutes, et comme désolée de quitter les nues...\n   Le duc hâta le pas pour s'arrêter devant la porte de son hôtel de la rue\nMontoyer où, depuis la mort de son père, il vivait dans la solitude de ses\nvingt-huit ans. Il entra. La large allée cochère lui sembla plus froide que\njamais. Un lustre éclairait les murs de marbre rose. Le silence devint sonore.\n   Les pas de Grégory roulèrent dans la voûte. Il monta. Au premier étage,\nun laquais lui présenta les journaux, il les prit, puis entra dans son cabinet\nde travail et, les pieds au feu, encore enveloppé de sa pelisse, il regarda —\ntrès loin....\n\n                                     II\n\n   La jeune fille que l'on destinait au duc de Grégory était, elle aussi, de\nnoble famille.\n   Christine de Silvère avait passé sa courte jeunesse — elle avait dix-neuf\nans — sous les yeux de sa mère, qui ne voulait pas la commettre avec les\npetites bourgeoises des Sacré-Cœur. Jolie, avec sa chevelure cendrée dont\nles ondulations avaient des reflets de bronze, elle possédait la plus aristo­\ncratique éducation, n'ayant jamais été dans ce qu'on appelle le monde. La\nbaronne de Silvère était trop délicate de goût pour ne pas comprendre\nqu'une tache de regard souille, dans les bals, les blanches épaules des\nvierges, et, malgré les coutumes reçues, s'opposa toujours, non seulement\nau décolletage, — ce commencement d'abandon — mais à la danse — ce\ncommencement de possession.\n   Christine vécut donc dans un milieu choisi, n'entendant que ce qu'elle\npouvait entendre de la conversation que l'on tenait tous les soirs dans le\nsalon de sa mère. Cependant, malgré ses précautions puritaines, la baronne\nne put empêcher la jeune fille de s'initier aux coquetteries, au flirtage, à\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "                                   — 396 —\n\ntoute la jolie comédie de la société. Parmi les assidus de ses réceptions, le\ncomte d'Astor et le duc de Perriane avaient longtemps rivalisé de galanterie\navec la jeune baronne de Silvère. C'était, d'ailleurs, le seul salon où Gré­\ngory pût se plaire. A dix-neuf ans, pris de cette envie de tout voir et de tout\nentendre, que l'on éprouve au sortir du collège, il s'était fait aisément ouvrir\ntoutes les portes, et, pendant deux ans, n'avait pas omis une seule soirée.\nMais, de jour en jour, lui monta au cœur ce dégoût de la société mondaine\noù l'on ne voyait en lui qu'un incomparable « parti ».\n   A de rares intervalles, il rencontra des communautés de sentiment et\nd'aspirations, mais la plupart des gens qu'il coudoya ne lui découvrirent\nque l'affreux vernis à la mode, le chic, l'esprit de petite marque. Les jeunes\nfilles surtout l'horripilèrent; les unes lui semblaient rouées, sans même être\nvicieuses, les autres innocentes sans chasteté. D'aucunes s'abandonnaient\navec mollesse entre ses bras, dans le balancement de la valse, comme pour\navoir l'avant-goût du lit conjugal, mais cette troublante et dangereuse\nna'iveté se gâtait aussitôt par des paroles niaises, des réponses banales ou\nde sottes questions sur la danse et la musique. Parfois le duc, à les voir,\ns'était demandé comment un homme d'esprit élevé pouvait songer au\nmariage, et, sceptique par défiance, il ne comprenait pas. Aussi, lorsque\ndans ses rares tête-à-tête avec la mère de Christine, il avait abordé ce sujet,\nles discussions avaient-elles été très vives de part et d'autre.\n   — Ce qui fait la joie de l'homme dans le mariage, disait la fine baronne,\nc'est d'initier la jeune compagne qu'il prend à l'amour parfait. Tout en res­\npectant sa pudeur, il la mène par la main dans des voies inconnues pour\nelle, il la surprend sans l'effrayer, la domine sans tyrannie, en fait non sa\nchose mais son soi-même, à tel point qu'un jour ils ont si bien échangé\nleurs âmes, que la volonté des deux devient une, quoique double, en une\nsorte de dualité mystérieuse.\n   — Vous êtes séduisante non seulement pour vous, baronne, mais pour\nles autres, avait répondu Grégory, mais l'homme n'arrive pas neuf dans le\nmariage, il sait, lui; apportera-t-il aussi ses vices qui ne sont que de...\nl'érudition, et fera-t-il de sa femme sa maîtresse?\n   — Assurément non.\n   — Alors, invinciblement, l'époux regrettera ce qu'il quitte et qu'il con­\nnaît, devant ce qu'on lui livre à l'aveuglette, et avec des restrictions à la clé.\n   — Mauvais sujet!\n   — Mais non! ma femme étant ma maîtresse, moi, son mari, je serai son\namant. (Calino vous dirait cela). Dès lors, nous serons mauvais sujets de\nconcert...\n"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "                                  — 397 —\n\n    — Concert est joli !\n    — Vous ne répondez pas...\n    — Mais vous sapez le mariage !\n    — Une des plus sottes institutions qui soient — après la laideur ! riposta\n en riant le duc.\n    — Alors vous ne vous marierez pas !\n    — Un beau jour, peut-être.\n    — Quand vous serez perclus, c'est cela; les maîtresses, c'est le gingembre,\nles femmes, oh! les femmes, de l'eau de mélisse tout au plus, pour remettre\n l'estomac.\n    — C'est ainsi !\n    — Taisez-vous, voici Christine; si elle vous entendait !\n    — Bonjour, monsieur, fit la jeune fille en tendant la main à Grégory ;\nvenez-vous ce soir au Parc Léopold; ce sera très joli, le Sporting-Cliib\norganise une fête, on patinera à la lumière électrique; j'ai déjà un engage­\n ment pour un tour de lac avec M. d'Astor.\n    — Vous le savez, mademoiselle, d'Astor et moi sommes vos féaux ; vous\nme donnerez le second tour ?\n    — C'est cela, à ce soir ! et, légère, Christine disparut derrière une por­\ntière.\n    — Eh bien ! Grégory, vous ne croyez pas qu'on puisse être heureux avec\nune enfant pareille? Je fais l'article, n'est-ce pas, comme ils disent ici, mais\nenfin ! mettons que vous ne me connaissiez pas.\n    — Oh ! baronne, c'est bien difficile à mettre, cela !\n    — Que voilà un compliment vraiment mondain; deviendriez-vous sot?\n    — Je me prépare au mariage ! dit le duc en baisant la main de Mme de\nSilvère\n    Et, de fait, depuis ce jour, il y avait songé, à ce mariage, à cette fin de\njeunesse, effrayante en son mystère. Lysiane fut son dernier essai d'amour\nlibre, épreuve trop pénétrante pour qu'il l'essayât encore avec une autre.\nLentement, sans abdiquer ses idées aux pieds de la baronne, il l'amena à le\ndésirer presque pour gendre, tant, à côté de ses révoltes, de ses haines, de\nla rareté sombre de ses sentiments, il avait de droiture et de gentilhom­\nmerie. Au moins, se dit la mère de Christine, l'enfant aura-t-elle un homme\nde grande race qui ne faillira point.\n    Et, peu à peu, elle s'accoutuma à cette idée, puisant des sécurités nouvelles\nà chacune des causeries qu'elle eut avec le duc. Grégory, de son côté,\namenait doucement Christine à lui, avait pour elle des tendresses plus\npaternelles que passionnées, au point de lui parler de la vie, de la grande\n"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "                                   -   398    -\n\nbataille de l'heure, de choses graves et méditatives, au lieu de s'adoucir\nen paroles amoureuses, en baisers de voix, en sentimentalités d'idylle.\nRarement seul avec elle, il lui parlait, en se tournant vers la baronne,\nqui trouvait adorable et d'un exquis dandysme, cette cour indirecte et\ncomme tamisée par elle. La jeune fille écoutait les causeries, devenue plus\nsérieuse déjà, en écoutant ces deux êtres l'un mûri par l'âge, l'autre jeune\net fort, mais mûri par la vie, quelque courte qu'elle eût été.\n   — Vous avez l'air si jeune, bel imberbe! disait la baronne au duc.\n   — Ma moustache s'est trompée, répondit Grégory, elle pousse en dedans !\n    Peu à peu, il vint à s'intéresser au travail d'initiation qu'il avait entrepris\navec la baronne. Un instant il crut que Lysiane avait disparu de sa pensée,\ntant son intérêt — qu'il était prêt à prendre pour un commencement de\npassion — se portait vers cette élève qu'il guidait en la route compliquée de\nses propres sentiments.\n   Lysiane m'a parlé de la paix du cœur, ne l'ai-je point, se dit-il, et\nrasséréné, tranquillisé par une vision de conjugalité placide, où des préoc­\ncupations apaisées lui feraient les heures sans trouble, le duc apaisa ses\ncraintes et doucement se fit à l'idée d'une union prochaine avec Christine\nde Silvère.\n    Le mariage eut lieu sans bruit. « Lorsqu'une baronne de Silvère épouse\nun duc de Perriane, avait dit la mère de Christine, il n'y a que les rois ou\nles artistes qui soient dignes d'assister à la cérémonie ; or, les rois ne sont\npas assez artistes et les artistes ne sont pas assez rois ! »\n    Au moment où finissait le repas ordinaire — car rien n'avait été ajouté\nau dîner somptueux de chaque jour, — d'Astor qui, avec deux ou trois\nvieux amis de la maison, le comte de Landen, ancien ministre, le général\nretraité Carmot et le médecin de la famille, François X***, composaient la\nréunion, d'Astor s'approcha de Grégory, et, d'une voix qu'il essaya de faire\ntrès calme, lui dit :\n    — Tu sais, Grégory, que j'ai, comme toi, aimé Christine; c'est toi qui\ntriomphes et je n'ai rien à dire, tâche de la rendre heureuse.\n    Ils se regardèrent un instant, les yeux fixes comme s'ils eussent voulu\nvoir au fond d'eux-mêmes, puis, froidement et en silence, ils se serrèrent\n les mains.\n    Jacques d'Astor, comme Grégory, de bonne famille, avait plus que lui\n aimé Christine, et plus simplement. Les tempêtes de la vie n'avaient pas\nébranlé sa conscience, puisque, depuis deux ans seulement, il avait quitté le\nchâteau qu'il habitait au cœur de la forêt des Ardennes, pour venir habiter\n Bruxelles et en voir le monde. Il fut donc, comme les gentilshommes cam-\n"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "                                  — 399 —\n\npagnards, un simple du vice qu'il ne fit que coudoyer, et lorsqu'il songea à\nChristine, ce fut avec une presque candeur. Souvent il avait eu avec le duc\nde Perriane des discussions interminables à propos de cette candeur — le\nmot est-il juste? — qu'il gardait intacte en lui.\n   — Nous sommes en pleine décadence des races, disait Grégory.\n   — Parle pour toi, ripostait d'Astor, je n'admets pas cette prétendue\ndécadence que vous nous jetez à la tête comme un défi. Les poires n'ont\npas à se vanter d'être blettes.\n   — Non, mais le faisan peut se vanter du parfum de sa pourriture.\n   — Pourquoi parlez-vous de décadence, nous sommes des éteints et des\ndésolés pour vous autres, et vous gobez avec une douce naïveté les fumis­\nteries de votre littérature. On vous met en main et dans la tête des cho­\nsettes intitulées A Rebours ou autre chose, vite ! vous criez par portes et\nfenêtres : Nous décadons, vous décadez, ils décadent! tiens, tu me fais\nsuer! Mais je ne décade pas, moi; je suis très solide, moi, de corps et d'esprit,\nje fais bras de fer pour l'un et pour l'autre mon devoir, je n'ai pas de vices\nbiscornus, j'ai des sens qui sont pleinement satisfaits par les assouvisse­\nments normaux, et quand vous venez me parler d'androgynes, de lesbisme,\nde sodomisme et d'un tas d'inventions byzantines ou autres, j'ai envie de\nvous dire : allez vous laver ! ils peuvent aller à Jéricho, vos décadents! cela\nn'empêchera pas un tas de bonshommes comme moi d'en faire d'autres;\nvotre décadence, c'est une excuse pour ne plus...\n   Ces discussions entre les deux hommes avaient naturellement servi à les\nréunir davantage. Brusques et de langage libre, entre eux, ils apportaient\nchez la baronne un raffinement contrastant de causerie élégante, et leur\ndiscrétion avait été jusqu'à ne faire leur cour à Christine que l'un devant\nl'autre, en sorte que, quoique adversaire de l'autre, chacun pût marquer\nles points.\n   Lorsque le mariage fut décidé, d'Astor admit sans révolte sa défaite,\nmais, avec une sorte de dévouement religieux, il voulut veiller de loin sur\ncelle qu'il avait choisie et qu'un autre avait prise. Cette espèce de surveil­\nlance à distance lui fut d'autant plus aisée qu'il ne perdit pas un instant de\nvue les jeunes mariés. Ceux-ci, en effet, ne firent point de voyage de noce.\nAinsi, d'accord avec Grégory, en avait décidé la baronne de Silvère : les\nvoyages de noces, disait-elle, sont un peu comme ces vins qu'on vide avant\nqu'ils n'aient eu le temps de se parfumer; c'est la gloutonnerie de l'amour.\n   Cette gloutonnerie, le duc de Perriane ne l'eut pas. Avec une discrétion\nrespectueuse il fit une femme de cette vierge qu'on avait livrée au gentil­\nhomme plus qu'à l'époux, et dont on attendait plutôt une amitié amou­\nreuse qu'une passion d'amant.\n"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2763, "texte": "                                  — 400 —\n\n   Christine ne fut point surprise. Ayant vécu, comme sa mère, dans l'apai­\n sement de sa race, elle aima surtout en « son duc », comme elle l'appelait\n en riant, l'intelligence et la délicatesse puritaines. Au commencement de\nleur union, Grégory tint à partager avec Christine ses jouissances intellec­\ntuelles. Ensemble, ils pénétrèrent dans ce sanctuaire d'art où les profanes\nn'ont point accès, mais à peine Perriane eut-il commencé cette sorte de\nsacerdoce conjugal, qu'il rencontra une chasteté inexpugnable chez sa\njeune compagne. Ce qu'il aimait, les choses modernes, elle ne put arriver\nà les comprendre. Il dut bien des fois même blesser sa femme par ses théo­\nries, si neuves pour elle. Ses lectures de jeune fille s'étaient bornées à\nquelques auteurs romantiques dont on avait cacheté les pages trop ardentes,\net c'est une poésie douce et sans flamme qui avait coulé dans son esprit,\ncomme un fluide de candeur et de placidité. Elle n'avait jamais songé aux\nmorsures de l'amour, n'en imaginait que les baisers, le voyait vague,\nnuageux, auréolé de voiles diaphanes; tout en sachant les mystères de vie\n— ces mystères de Polichinelle — Christine n'avait pas eu la conception\ndes brutalités humaines, et tout en elle se teintait de blandices, de candeurs,\nse berçait à l'idée d'embrassements presque angéliques. Un rêve lui avait\nmontré tout cela dans la mousseline rose de sa jeune imagination, et voilà\nque maintenant, le duc, malgré ses subtiles délicatesses, lui faisait pressentir\nun monde de sensations qu'elle ne pouvait comprendre. Elle perçut qu'une\nscience — celle des sens — lui manquait ; une seule pièce de Baudelaire, un\njour, soudainement, par quelques syllabes, par un seul mot mystérieux\nlui entr'ouvrit le lourd rideau des choses. Et elle eut peur de cette pureté\nqui l'enveloppait toute, et dont elle ne pouvait se dévêtir. Elle eût voulu\ntrouver, et ne savait. Le duc la traitait en enfant presque, ne voyait pas le\ntrouble de la jeune femme, ne songeait pas à ce travail intérieur qui la\ntorturait.\n   Elle voulut lire à présent, et quoique Grégory la guidât, elle arriva à ne\nplus choisir, tant elle espérait que le hasard lui trancherait ce nœud gordien\nqui lui liait la gorge et l'étouffait davantage de minute en minute.\n   Grégory ne changea point de manière. Il aima Christine paternellement,\nl'entoura de soins et d'attentions, tout en gardant malgré lui cette raideur\nbritannique qui l'avait fait surnommer « le lord » par ses amis. Mais jamais\nil n'eut plus que cette calme sollicitude, et, sans s'éloigner de Christine,\ninspira à celle-ci une sorte de respect craintif.\n   Elle se renferma dans sa cruelle ignorance d'amour, et ce fut d'une âme\ndéchirée qu'elle relut ces vers :\n"}, {"page_pdf": 440, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "                                   — 401 —\n\n               Maudit soit à jamais le rêveur inutile\n               Qui voulut le premier, dans sa stupidité,\n               S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,\n               Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté!\n\n               Celui qui veut mêler par un accord mystique\n               L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,\n               Ne chauffera jamais son corps paralytique\n               A ce rouge soleil que l'on nomme l'Amour!\n\n   Christine eût voulu demander à Grégory le sens de ces strophes maladives,\net n'osait. Il lui semblait avoir en elle une virginité qui s'accorderait mal\navec ces questions voilées à son intellect, et que le duc l'estimerait moins.\n   Alors, elle se rapprocha de lui, passa de longues heures en face de cet\nhomme au visage pâle, mais dont les yeux semblaient forcer la porte des\npensées d'autrui. Elle l'aima, elle s'abandonna dans ses bras, elle se livra\ncaressante et délicieuse, et Grégory dut retrouver avec elle les impressions\nde ses jeunes amours de seize ans. Ce continuel tête-à-tête avec l'époux,\navec celui qui ne cessait jamais d'être causant, intuitif, plein de charme,\ncalma la crise où Christine se sentait sombrer. Elle s'arrêta de vouloir con­\nnaître et sa sérénité revint peu à peu. Après l'orage qui avait en quelques\nmois bouleversé sa paix, elle se retrouva dans l'intégrité de la race des\nSilvère, les yeux apaisés comme s'ils s'étaient reposés sur des siècles, la\nbouche rafraîchie, la main calme. En elle toute une transformation s'était\nfaite ; la jeune fille, devenue femme dans le travail de l'initiation turbu­\nlente, puis rassérénée, avait fait de Christine une créature parfaite de formes.\nAvec ses grands yeux bruns, sa chevelure aux teintes changeantes qui\ns'ondulait en fuyantes vagues, sa taille souple qui semblait vouloir se ren­\nverser sous une invisible caresse, elle avait la grâce moderne mêlée à la\nbeauté simple des vieilles souches nobles.\n   Des fois, sans le vouloir, Grégory la comparait à Lysiane, mais chez\nsa femme il ne trouvait pas, comme chez la châtelaine de Rouge-Cloître,\ncette âpreté presque farouche que son ancienne maîtresse tenait de ses aïeux\nd'Espagne, croisés de sang français.\n   Le baron de Silvère, père de Christine, était aussi de France, mais la\nbaronne descendait d'une ancienne famille brugeoise, et dans leur fille la\nvivacité de l'un s'était fondue dans la placidité originelle de l'autre.\n  Jacques d'Astor visitait souvent l'hôtel de la rue Montoyer; il se trouvait\nheureux dans ce jeune ménage qui ne voulut point se faire une solitude\négoïste, et qui chercha même à grouper autour de soi les rares amis dévoués\nqu'il comptait.\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2276, "texte": "                                  — 402 —\n\n   Bien des fois, Christine se trouvait seule avec Jacques dans le petit boudoir\noù elle se tenait d'habitude et que Grégory lui-même avait décoré, fouillé,\nchiffonné, orné de bibelots rares, aux teintes fondues par le brouillard endor­\nmeur du temps. La jeune duchesse recevait d'Astor simplement, sans\ntrouble. Il s'asseyait à ses pieds, sur un tabouret, et le jour baissait parfois\nsans qu'ils pensassent à interrompre la causerie.\n    Parfois, à ces moments, un pas, assourdi par les portières, se faisait\nentendre.\n   — Voilà Grégory ! disait-elle.\n    Celui-ci entrait : Bonjour, ami ! Bonjour, toi ! As-tu vu les autres ?\n   — Qui, ceux du Scotch? oui, hier soir!\n    — Rien de nouveau ?\n   — Toujours aussi ennuyeux, sauf van Steen. Clergery va être poursuivi\npour chantage, paraît-il?\n   — Ah bah! Allons tant mieux; quelle ignominie nouvelle a-t-il faite?\n    — On dit qu'il vient d'écrire un pamphlet contre des peintres de sa con­\nnaissance et qu'il a tenté de se faire graisser la patte pour se « faire taire ».\n    — Ils ont refusé au moins?\n    — Naturellement; alors, de complicité avec un bonhomme mi-proxénète,\nmi-éditeur, il aurait lancé une malpropre machine intitulée, intitulée,\nattends, pst, pst, les Rapins, c'est ça !\n    — Est-ce sûr ?\n    — Ah ! tu sais, je ne suis pas dans le mouvement, nous verrons demain !\n En tous cas, si c'est vrai, ou bien on exécutera le Clergery ou j'abandonne\n le Cercle.\n    — Vous y tenez donc bien, à ce cercle, monsieur Jacques, fit Christine,\n en souriant.\n    — Mon Dieu ! madame, oui et non ! comme à toutes les vieilles habi­\n tudes. Après cinq actes d'Hérodiade ou d'autre chose, on éprouve le besoin\n de parler un peu, de se dégourdir.\n    — Et toi, mon ami, ajouta Christine en s'adressant au duc, tu aimes cela\n aussi, toi?\n    — Tu sais, enfant, que je n'ai pas à me dégourdir et que le besoin de\n parler ne m'obsède pas, sauf avec toi.\n    — Oh! des compliments, Grégory!\n    — Voyez-vous, madame, reprit d'Astor, ces habitudes-là, ça ne se perd\n pas si vite. C'est un peu comme ces vieilles robes de chambre qu'on met\n depuis toujours parce qu'il semble qu'on y ait laissé la moitié de sa chaleur.\n Elles sont trouées, tachées, fripées, on les porte quand même !\n"}, {"page_pdf": 442, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 488, "texte": "                                  — 403 —\n\n  — Parce qu'on n'a pas une main qui veille à les faire remplacer avant\nqu'elles ne vous possèdent; savez-vous bien, monsieur Jacques, vous devriez\nvous marier !\n  — Mais il n'y a pas de femmes, dit naïvement d'Astor.\n  — Vous êtes encore aimable, dit-elle plus naïvement encore.\n  — Oh ! vous !\n  Et, pour la première fois, ils rougirent en se regardant.\n    (A continuer)                                        MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-08-05-n8-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 403, "page_fin": 416, "titre_corps": "J. Barbey d’Aurevilly : ses poésies inédites et ses livres perdus", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joséphin Péladan", "ancre_debut": "J BARBEY D AUREVILLY", "ancre_fin": "JOSÉPH1N PELADAN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "FLEMM OSO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 442, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 488, "fin_caractere_exclue": 2204, "texte": "J. BARBEY D'AUREVILLY\nSES POÉSIES INÉDITES ET SES LIVRES PERDUS\n\n             Au moment ou M. d'Aurevilly publiait sa critique des Miséra-\n               bles, on écrivit sur les murs de Paris, Jules Barbey d'Aure-\n               villy idiot! De la barrière de l'Étoile à la porte de Versailles;\n               de la place du Trône à l'avenue d'Eylau ; sur les murs, les\nportes, les parapets; à la sanguine, au fusain, à la craie, ces mots étaient\nécrits en ronde, en bâtarde, en coulée, et à peine effacés réapparaissaient :\nJ. Barbey d'Aurevilly idiot !\n   L'auteur des Diaboliques, qui est lui-même diabolique d'esprit, appelait\ncette épigraphie singulière sa « couronne murale ». « Mirabeau était tout,\nexcepté un sot, disait-il, je suis même cela, j'ai le pas sur lui. » Après les\ncrayons, les plumes; après l'inscription, la lettre. M. d'Aurevilly recevait\ndes avertissements de nihilistes à tsar : « Tu mourras assassiné, en sortant,\nà sept heures, signé : Omnes. » Ces épîtres étaient illustrées de vignettes\noù M. d'Aurevilly se balançait au bout d'une potence, comme dans une\nballade de Villon, et en duc de Guise qu'il est, même en caricature, « il sem­\nblait encore plus grand mort que vivant. »\n   Toute cette ridicule équipée était l'ouvrage des Hugolâtres, rendus\nenragés par les sept répliques que le penseur des Prophètes du passé faisait\naux Misérables, en même temps que les livraisons paraissaient.\n  Après la colère des Hugolâtres, il faut conserver à l'histoire littéraire\ncelle des Bas-bleus. Le cinquième volume des Œuvres et des Hommes, où\ntoutes les caillettes de lettres étaient troussées et fessées d'une main déli­\ncatement ironique et qui souleva d'indignation toutes les jupes tachées\n"}, {"page_pdf": 443, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2726, "texte": "                                     — 404 —\n\nd'encre, parut chez Victor Palmé. Une de ces Théroigne de Méricourt de\nla copie signifia à l'éditeur des Bollandistes qu'il eût à ôter l'ouvrage de son\ncatalogue et de sa montre, sous peine de perdre la clientèle du faubourg\nSaint-Germain. La même sommation fut faite au cabinet de lecture\nCardinal. Elles ne pouvaient rien de plus pour l'heure, ces faibles femmes !\nmais lorsque le Prêtre marié parut chez Palmé, la dame en question plus\nhaut, alla littéralement le dire à Rome. Elle fatigua de sa rancune les con­\ngrégations du Saint-Office et de l'Index, sans rien obtenir. Enfin, elle obtint\nune lettre cardinalice qui se bornait à dire « qu'il serait mieux que la\nmaison qui édite les Acta Sanctorum n'éditât pas de roman ». Cette\ndécision ne touchait nullement le Prêtre marié; mais l'archevêque de\nParis, au lieu de saluer cette première et magnifique assise du roman\ncatholique à la Balzac, commit l'inqualifiable bévue d'ordonner à Victor\nPalmé de jeter l'édition au pilon. Il y aurait de curieuses révélations à faire\nsur les petites vengeances avortées des petites écriveuses ratées ; mais il s'en\nfaut qu'elles aient oublié la plaie faite à leur amour-propre, ces dames très\nchrétiennes ne se sont-elles pas démenées autour des Diaboliques, et pour\nles faire condamner ailleurs qu'à Rome ! Toutefois, qu'on se rassure, l'au­\nteur des Vieilles Actrices n'aura pas le sort d'Orphée. Les Ménades-bas-\nbleus seraient, au besoin, tenues en respect, par des Amazones-bas-roses,\net s'il y avait bataille, ce serait, ma foi, un fort beau Thermodon !\n   Bien peu de lettrés se doutent, même parmi les admirateurs de M. d'Aure­\nvilly, que ce terrible redresseur de torts, qui ne désarme pas même devant\nla femme, lorsqu'elle a abdiqué son sexe, est un poète tendre, passionné,\noriginal surtout. Je vais citer sans préambule la Maîtresse Rousse, afin\nque le lecteur ait le plaisir d'une impression personnelle non influencée, et\nque je prévois du reste d'après le grand goût que je lui suppose ;\n\n                        LA MAITRESSE ROUSSE\n           Je pris pour maître, un jour, une rude maîtresse,\n           Plus fauve qu'un jaguar, plus rousse qu'un lion !\n           Je l'aimais ardemment — âprement — sans tendresse,\n           Avec possession plus qu'adoration !\n           C'était ma rage, à moi? la dernière folie\n           Qui saisit. — Quand, touché par l'âge et le malheur,\n           On sent, au fond de soi la jeunesse finie...\n           Car le soleil des jours monte encore dans la vie,\n                  Qu'il s'en va, baissant dans le cœur.\n\n           Je l'aimais! et jamais je n'avais assez d'elle!\n           Je lui disais ; « Démon des dernières amours,\n"}, {"page_pdf": 444, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "                          — 405 —\n\nSalamandre d'enfer, à l'ivresse mortelle,\nQuand les cœurs sont si froids, embrasse-moi      toujours!\nVerse-moi, dans tes feux, les feux que je regrette,\nCes beaux feux qu'autrefois j'allumais d'un regard !\nRajeunis le rêveur, réchauffe le poète ;\nEt puisqu'il faut mourir, que je meure, ô fillette!\n       Sous tes morsures de jaguar.\n\nAlors je la prenais dans son corset de verre,\nEt sur ma lèvre en feu, qu'elle enflammait encor,\nJ'aimais à la pencher, coupe ardente et légère,\nCette rousse beauté, ce poison dans de l'or !\nEt c'étaient des baisers!... Jamais, jamais vampire\nNe suça d'une enfant le cou charmant et frais,\nComme moi, je suçais, ô ma Rousse hétaïre,\nLa lèvre de cristal où buvait mon délire,\n       Et sur laquelle tu brûlais!\n\nEt je sentais alors ta foudroyante   haleine\nQui passait dans la mienne, et tombant dans mon cœur\nY redoublait la vie, en effaçait la peine,\nEt pour quelques instants en ravivait    l'ardeur!\nAlors, fille de feu, maîtresse sans rivale,\nJ'aimais à me sentir incendié par toi,\nEt voulais m' endormir, l'air joyeux, le front pâle,\nSur un bûcher brillant, comme      Sardanapale,\n       Et le bûcher était en moi !\n\nAh! du moins celle-là sait nous rester fidèle,\nMe disais-je — et la main la retrouve toujours,\nToujours prête à qui l'aime et vit altéré d'elle,\nEt veut, dans son amour, perdre tous ses amours!\nUn jour elles s'en vont, nos plus chères maîtresses :\nPar elles, de l'oubli nous buvons le poison,\nTandis que cette Rousse, indomptable aux caresses,\nPeut nous tuer aussi, — mais à force d'ivresses\n      Et non par la trahison,\n\nEt je la préférais féroce, mais sincère\nA ces douces beautés, au sourire trompeur,\nPayant les cœurs loyaux d'un amour de faussaire !...\nJe savais sur quel cœur je dormais sur mon cœur !\nL'or qu'elle me versait et qui dorait ma vie,\nSoleillant dans ma coupe, était un vrai trésor !\nAussi, ce n'était pas pour le temps d'une orgie,\nMais pour l'éternité que je l'avais choisie,\n        Ma compagne jusqu'à la mort!\n                                                              26\n"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "                         — 406 —\n\nEt toujours agrafée à moi comme une esclave,\nCar le tyran se rive aux fers qu'il fait porter,\nJe l'emportais partout dans son flacon de lave,\nMa topaze de feu, toujours près d'éclater!\nJe ressentais pour elle un amour de corsaire,\nUn amour de sauvage, effréné, fol, ardent !\nCet amour qu'Hégésippe avait dans sa misère,\nQui nous tient lieu de tout, quand la vie est amère,\n       Et qui fit mourir Sheridan.\n\nEt c'était un amour toujours plus implacable,\nToujours plus dévorant, toujours plus insensé !\nC'était comme la soif, la soif inexorable,\nQu'allumait autrefois le philtre de Circé!\nJe te reconnaissais voluptueux supplice!\nQuand l'homme cherche, hélas ! dans ses m a u x oubliés,\nDe l'abrutissement le monstrueux     délice...\nEt n'est — Circé !—jamais assez à son caprice\n       La bête qui lèche tes pieds !\n\nPauvre amour le dernier — que les heureux du monde\nDans leur dégoût hautain s'amusent à flétrir,\nMais que doit excuser toute âme un peu profonde,\nEt qu'un Dieu de bonté ne voudra point punir !\nPour bien apprécier sa douceur mensongère\nIl faudrait, quand tout brille au plafond du banquet,\nAvoir caché ses yeux dans l'ombre de son verre,\nEt pleuré dans celte ombre, — et bu la larme amère\n        Qui tombait et qui s'y fondait.\n\nUn soir, je la buvais cette larme, en silence,\nEt replongeant ma lèvre entre ses lèvres d'or,\nJe venais de reprendre, ô ma sombre démence!\nL'ironie et l'ivresse, et du courage encor !\nL'esprit, — l'aigle vengeur qui plane sur la vie,\nRevenait à ma lèvre, à son sanglant perchoir.\nJallais recommencer mes accès de folie,\nEt rire de nouveau du rire qui défie...\n       Quand une femme, en corset     noir...\n\n Une femme... je crus que c'était une femme,\n Mais depuis.... Ah! j'ai vu combien je me trompais!\n Et que c'était un ange, et que c'était une âme\n De rafraîchissement, de lumière et de paix.\n Au milieu de nous tous, charmante      solitaire,\n Elle avait les yeux pleins de toutes les pitiés,\n Elle prit ses gants blancs, et les mit dans mon verre\n Et me dit, en riant, de sa voix douce et claire :\n        « Je ne veux plus que vous buviez ! »\n"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "                                    — 407 —\n\n           Et ce simple mot-là décida de ma vie,\n           Et fut le coup de Dieu, qui changea mon destin!\n           Et quand elle le dit, sûre d'être obéie,\n           Sa main vint chastement s'appuyer sur ma main!\n           Et depuis ce temps-là, j'allai chercher l'ivresse\n           Ailleurs que sous là coupe où bouillait ton poison,\n           Sorcière abandonnée ! O ma Rousse Maîtresse !\n           Bel exemple de plus, que Dieu dans sa sagesse\n                   Mil l'Ange au dessus du Démon!\n\n   Dans une lettre à son ami Trébutien, en lui envoyant cette poésie,\nM. d'Aurevilly écrivait ceci : « Il y a entre les pierres précieuses et les\nliqueurs une singulière intimité de rapports. Les liqueurs, selon la cou­\nleur qu'elles jettent, ressemblent à des dissolutions d'émeraudes, de rubis,\nde topazes. Je ne connais rien qui fascine davantage et fasse plus longue-\nment rêver. Le mystère de la couleur y scintille, comme s'il allait s'y révéler\net il ne s'y révèle pas. Pline disait que c'était la majesté de la nature dans\nun petit espace : Il avait raison, mais il eut pu ajouter encore que c'était\naussi son secret! la majesté de sa discrétion ».\n   Ce qui éclate, dans ces vers, c'est la majesté de l'émotion qui s'y révèle\npar la discrétion de l'image et la sobriété du terme. Au contraire, de la plu­\npart des écrivains qui réservent pour leurs poésies tout le flamboiement des\nmétaphores et la saveur des riches vocables, M. d'Aurevilly, ce prosateur\nhindou dont la phrase a des frondaisons et des luxuriances de Ramayana,\ns'impose, dès qu'il chante, une mesure expressive si étroite, que l'effet ainsi\nconcentré jaillit avec une incomparable intensité. Il semble, que dans les\naffres de la passion, le poète oublie son art et ne sait plus parler que le lan­\ngage de tous ; cet oubli de l'art, cette adoption involontaire des formes\nusuelles sont un des secrets de son charme. Toutefois, l'artiste, tout disparu\nqu'il est, se joue dans la Maîtresse Rousse de la difficulté excessive qu'il y\na à trouver des images d'un dualisme exact pour exprimer en même temps\nune maîtresse et un verre d'alcool\n           Et je sentais alors sa foudroyante haleine\n           Qui passait dans la mienne et tombait dans mon cœur.\n\nIl faut connaître personnellement M. d'Aurevilly pour comprendre l'étrange\nvérité de\n           L'Esprit, l'aigle vengeur qui plane sur la vie\n           Revenait à ma livre, à son sanglant perchoir.\n\nJe ne sais rien de plus moderne et de plus touchant pour un moderne que\n           Elle prit ses gants blancs et les mit dans mon verre.\n"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "                                     — 408 —\n\nLe « je ne veux plus que vous buviez » restera souligné éternellement par\nl'indéfinissable émotion qu'il cause. La définition de Byron : la poésie c'est\nle cœur, me semble vraie et le Criterium qui donne sa place à M. d'Aure­\nvilly, poète. Au temps où Fénimore Cooper et les qualificatifs mohicans\nétaient de mode, le sien eût été : « Cœur vibrant ». L'individualité est tout\nen littérature, et le pire pavé d'ours est cette phrase de tous les éloges mala­\ndroits : « M. un tel, c'est M. tel autre ». Dans la famille de lord Byron, son\ncaractère, c'est la virilité conservée dans l'extrême passion, et le mot de\nSainte-Beuve : « un Musset mâle », serait, à tout prendre, le plus juste.\nSi je puis me permettre une formule à mon tour : les vers de M. d'Aurevilly\nsont ceux que Balzac le Grand a rêvé et n'a pas su faire.\n    Je citerai in extenso : Oh ! pourquoi voyager, que, dans la Petite Revue\ndu samedi 23 décembre 1865, Sainte-Beuve appelait un morceau d'antho­\nlogie, qui peint admirablement la satiété de la passion et son insuffisance à\nremplir une grande âme :\n\n                                           I\n           « Oh! pourquoi voyager? » as-tu dit. Cest que l'âme\n           Se prend de longs ennuis et partout et toujours ;\n           C'est qu'il est un désir, ardent comme une flamme,\n           Qui, nos amours éteintes, survit à nos amours !\n           C'est qu'on est mal ici, — comme les hirondelles,\n           Un vague instinct d'aller nous dévore à mourir ;\n           C'est qu'à nos cœurs, mon Dieu! vous avec mis des ailes.\n                  Voilà pourquoi je veux partir !\n\n           Cest que le cœur hennit, en pensant aux voyages,\n           Plus fort que le coursier qui sellé nous attend ;\n           C'est qu'il est dans le nom des plus lointoins rivages\n           Des charmes sans pareils à celui qui l'entend ;\n           Irrésistible appel, ranz des vaches pour l'âme\n           Qui cherche son pays perdu dans l'avenir.\n           C'est fier comme un clairon, doux comme un chant de femme,\n                    Voilà pourquoi je veux partir !\n\n           C'est que toi, pauvre enfant, et si jeune et si belle,\n           Qui vivais près de nous et couchais sur nos cœurs,\n           Tu n'as pas su dompter cette force rebelle,\n           Qui nous jeta vers toi, pour nous pousser ailleurs !\n           Tu n'as plus de mystère, au fond de ton sourire,\n           Nous le connaissons trop pour jamais revenir\n           La chaîne des baisers se rompt — l'amour expire,.\n                  Voilà pourquoi je veux partir !\n"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "                          — 409 —\n\nEn vain, tout en pleurant, la femme qui nous aime\nViendrait à notre épaule agrafer nos manteaux,\nNous resterions glacés à cet instant suprême :\nA trop couler pour nous, des pleurs ne sont plus beaux.\nNous n'entendrions plus cette voix qui répète :\n« Oh ! pourquoi voyager ? » dans un tendre soupir,\nEt nous dirions adieu, sans retourner la tête,\n       Voilà pourquoi je veux partir !\n\nOh ! ne m'accuse pas, accuse la nature,\nAccuse Dieu plutôt — mais ne m'accuse pas!\nEst-ce ma faute, à moi, si dans la vie obscure\nMes yeux ont soif de jour, — mes pieds ont soif de pas?\nSi je n'ai pu rester à languir sur ta couche,\nSi tes bras m'étouffaient sans me faire mourir,\nS'il me fallait plus d'air qu'il n'en peut dans ta bouche..\n        Voilà pourquoi je veux partir !\n\nPourquoi ne pouvais-tu suffire à ma pensée,\nEt tes yeux n'être plus que mes seuls horizons?\nPourquoi ne pas cacher ma tête reposée\nSous les abris d'or pur de tes longs cheveux blonds ?\nComme la jeune épouse endormie à l'aurore,\nLa fleur d'amour, comme elle, au jour va se rouvrir...\nMais si l'amour n'est plus, pourquoi de l'âme encore,\n        Voilà pourquoi je veux partir !\n\nTu ne la connais pas cette vie ennuyée,\nLasse de pendre au mât, avide d'ouragan,\nToi, tu restes toujours sur ton coude appuyée,\nA voir stagner la tienne, ainsi qu'un bel étang.\nRestes-y— mon amour fut l'ombre d'un nuage\nSur l'étang ; le soleil y reviendra  frémir...\nTu ne garderas pas trace de mon passage...\n        Voilà pourquoi je veux partir !\n\n0 coupe de vermeil ! ou j'ai puisé la vie,\nJe ne t'emporte pas dans mon sein tout glacé;\nReste derrière moi, reste à demi remplie,\nOffrande à l'avenir, et débris du passé,\nJe peux boire à présent, sans que trop il m'en coûte,\nUn breuvage moins doux et moins prompt à tarir,\nDans le creux de mes mains, aux fossés de la route...\n        Voilà pourquoi je veux partir !\n\nMais si c'est t'offenser que partir, oh ! pardonne ;\nQuoique de ces douleurs dont tu n'eus point ta part.\nRien, hélas ! — (et pourtant autrefois tu fus bonne)\n"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "                                    — 410 —\n\n           Ne saurait racheter le crime du départ.\n           Pourquoi t'assocîrais-je à mon triste voyage ?\n           Lorsque tu le pourrais, oserais-tu venir ?\n           Plus sombre que Lara, je n'aurai point de page...\n                  Voilà, pourquoi je veux partir !\n\n           Et qu'importe un pardon ! innocent ou coupable,\n           On n'est jamais fidèle ou parjure à moitié;\n           Le cœur, sans être dur, demeure inébranlable,\n           Et l'oubli lui vaut mieux qu'une veine pitié,\n           Ah! l'oubli ! quel repos quand notre âme est lassée!\n           Endors-toi dans ses bras, sans rêver, ni souffrir...\n           Je ne veux rien de toi... pas même une pensée...\n                  Voilà pourquoi je veux partir !\n\n           Car il est, tu le sais, ô femme abandonnée,\n            Un voyageur plus vieux, plus sans pitié que moi,\n           Et ce n'est pas un jour, quelques mois, une année\n           Mais c'est tout, qu'il doit prendre aux autres comme à toi !\n           Tels que des épis d'or sciés d'un bras avide,\n           Il prend beauté, bonheur, et jusqu'au souvenir,\n           Fait sa gerbe et s'en va du champ qu'il laisse aride ;\n                   Voilà pourquoi je veux partir !\n\n           Oui, partir avant lui, partir avant qu'il vienne!\n            Te laisser belle encor sous tes pleurs répandus,\n           Ne pas chercher ta main qui froidit dans la mienne,\n           Et sous ton front terni tes yeux, astres perdus !\n           Neût-on que le respect de celle qui fut belle,\n           Il faudrait s'épargner de la voir se flétrir,\n           Puisque Dieu ne veut pas qu'elle soit immortelle,\n                   Voilà pourquoi je veux partir !\n\n   Ce serait manquer de respect aux lecteurs que de mettre ici des points\nd'admiration obligatoires, je leur demanderai seulement, s'il en est un,\nparmi leurs poètes aimés et de chevet plus intense dans la passion et plus\nvrai dans l'expression. Sans faire aucune comparaison nominale, car il ne\nfaut pas toucher aux couronnes, a dit Platon, où est présentement le poète\nplus Byronien, dans le beau sens du mot? Ceux qui ont lu les sonnets de\nShakespeare reconnaîtront la parenté singulière de l'auteur d'Hamlet et de\ncelui des Diaboliques. Baudelaire a été le premier à signaler cette filiation,\nqui est éclatante dans l'inspiration, car la donnée Shakespearienne, c'est le\ndernier hoquet de l'ivresse tournant en nausée. Foin de ceux qui sont dupes\ndes choses humaines; on n'est grand que si l'on perçoit le néant humain,\non n'est très grand que si à la perception du néant humain, on ajoute\n"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "                                    — 411 —\n\nla conception de l'infini divin; ce qui est très grand est très rare;\nce qui est seulement grand n'est point commun; M. d'Aurevilly n'est\njamais dupe de la passion; il subit le charme du péché, mais il sait le vide\ndu péché, et cela donne une singulière saveur à son lyrisme ! L'Échanson\nest une étonnante peinture de cet effroyable ennui de l'amour qui a fait dire\nà Amédée Pommier que l'éternité du tête-à-tête ne pouvait manquer à\nl'Enfer : jamais on n'a mieux rendu le sentiment ou mieux le ressen­\ntiment de l'homme déçu par sa chimère.\n\n                                 L'ECHANSON\n                                                                     A CLARY\n           Tu ne sais pas, Clary, quand, heureuse, ravie,\n           Tu me tends ton épaule et ton front tour à tour,\n           Que dans la double coupe où je puise la vie\n           Il est un autre goût que celui de l'amour...\n           O ma chère Clary ! tu ne sais pas sans doute\n           Qu'il est derrière nous un funèbre Echanson,\n           Dont la main doit verser d'abord, goutte par goutte,\n                   Dans tout amour un froid poison.\n\n           Dès que nous nous aimons, cet Echanson terrible\n           Apparaît, — et grandit comme un spectre fatal.\n           Il ne nous quitte plus... présent, quoique invisible;\n           De l'amour partagé, mystérieux        vassal.\n           Partout où nous allons, comme un sinistre Page,\n           Il s'attache à nos pas, il se tient à nos flancs,\n           Et l'horrible poison que d'abord il ménage,\n                   Bientôt il le verse à torrents !\n\n           Il le verse et l'on boit... Dans les yeux qu'on adore;\n           Du poison répandu, naissent, hélas ! des pleurs ;\n           Ils coulent, on les boit; — mais lui, lui verse encore,\n           Et le poison cruel a filtré dans les cœurs !\n           Il verse — et le baiser se glace aux lèvres pures,\n           Il verse — et tout périt des plus fraîches amours!\n           Mais, comme indifférent à tant de flétrissures,\n                   L'Empoisonneur verse toujours!...\n\n           Ne l'as-tu jamais vu, ce pâle et noir Génie\n           Qui naît avec l'amour pour le faire mourir?\n           N'as-tu jamais senti se glisser dans ta vie\n           Le poison qui, plus tard, doit si bien la flétrir?\n           N'as-tu jamais senti sur tes lèvres avides\n           De l'Echanson de mort le philtre affreux passer ?\n           Car le jour n'est pas loin peut-être où, les mains vides,\n                  Il n'aura plus rien à verser !\n"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2640, "texte": "                                    — 412 —\n\n           Et quand ce jour-là vient, tout est fini pour l'âme;\n           Tous les regrets sont vains, tous les pleurs superflus !\n           L'Amant n'est plus qu'un homme, et l'amante une femme :\n           Et ceux qui s'aimaient tant, hélas! ne s'aiment plus!\n           Une clarté jaillit, une clarté cruelle,\n           Qui montre les débris du cœur brisé, vaincu :\n           Ce n'est plus toi, dit-il : — ce n'est plus toi, dit-elle. —\n                  Le masque tombe et Von s'est vu.\n\n           O ma pauvre Clary, ma fidèle maîtresse,\n           Nous verrons-nous un jour ainsi (destin jaloux.)\n           Sous ce masque divin que nous met la jeunesse,\n           Masque d'illusions, cent fois plus beau que nous?\n           Verrons-nous, ma Clary, — grand Dieu ! faut-il le croire? —\n           Le noir Empoisonneur entre nous quelque jour,\n           Tout prêt à nous verser, à nous tout prêts à boire\n                 L'effroyable ennui de l'amour!\n\n           Hélas! c'est déjà fait... j'ai bu du froid breuvage\n           Que l'Echanson de mort verse, — et qu'il faut tarir :\n           Et j'ai senti, Clary, chaque jour      davantage,\n           Que je l'épuiserais sans pouvoir en mourir!\n           S'il est doux de m'aimer, préserve ta tendresse,\n           Ne bois pas que bien tard, bien longtemps après moi!\n           Et rêve encor l'amour du cœur qui te délaisse...\n                   Du triste cœur qui fut à toi.\n\n   Baudelaire, dans le plus remarquable de ses livres de critique, l'Art\nromantique, a écrit le meilleur paragraphe qui soit sur M. d'Aurevilly, et,\nquoiqu'il ne vise que le romancier, il y caractérise encore plus le poète :\n« M. d'Aurevilly avait violemment attiré les yeux par Une Vieille Maîtresse\net par l'Ensorcelée. Ce culte de la vérité, exprimé avec une effroyable\nardeur, ne pouvait que déplaire à la foule. D'Aurevilly, vrai catholique\névoquant la passion pour la vaincre, chantant, pleurant et criant au milieu\nde l'orage, planté comme Ajax sur un rocher de désolation, et ayant\ntoujours l'air de dire à son rival — homme, foudre, Dieu ou matière —\n« Enlève-moi ou je t'enlève ! » ne pouvait pas non plus mordre sur une\nespèce assoupie dont les yeux sont fermés aux miracles de l'exception ».\n  Une pièce d'inspiration exceptionnelle est celle-ci, où la Bonté est exaltée\nau dessus de la Beauté.\n\n                                 LA BEAUTÉ\n                                                                 A ARMANCE.\n\n           Eh quoi! vous vous plaignez, vous aussi, de la vie!\n           Vous avez des douleurs, des ennuis, des dégoûts !\n"}, {"page_pdf": 452, "page_imprimee": 413, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "                         — 413 —\n\nUn dard sans force aux yeux, sur la lèvre une lie\nEt du mépris au cœur; — Hélas! c'est comme nous!\nLie aux lèvres? — Poison, reste brûlant du verre;\nDard aux yeux? — Rapporté mi-brisé des combats;\nEt dans le cœur, mépris? — Eternel     Sagittaire\n      Dont le carquois ne tarit pas!\n\nVous avez tout cela — comme nous, 6 madame!\nEn vain, Dieu répandit ses sourires sur vous\nLa Beauté n'est donc pas tout non plus pour la femme,\nComme en la maudissant, nous disions à genoux !\nEt comme tant de fois, dans vos soirs de conquête,\nVous l'ont dit vos amants, en des transports perdus,\nEt que, pâle d'ennui, vous détourniez la tête,\n      O Dieu, n'y pensant déjà plus.\n\nAh! non, tu n'es pas tout, Beauté, — même pour celle\nQui se mirait avec le plus d'orgueil en toi,\nEt qui, ne cachant pas sa fierté d'être belle.\nPlongeait les plus grands cœurs dans l'amour et l'effroi !\nAh! non, tu n'es pas tout! — C'est affreux, mais pardonne :\nSi l'homme eût pu choisir, il n'eût rien pris après,\nCar il a cru longtemps au bonheur que tu donnes,\n       Beauté, que tu lui suffirais!\n\nMais l'homme s'est trompé, je t'en atteste, Annonce!\nQui t'enivrais de toi comme eût fait un amant.\nPuisant à pleines mains dans ta propre existence,\nComme un homme qui boit l'eau d'un fleuve en plongeant.\nPour me convaincre, hélas! montre-toi tout entière,\nDis-moi ce que tu sais... l'amère vérité\nCe n'est pas un manteau qui cache ta misère,\n       C'est la splendeur de la Beauté !\n\nDis-moi ce que ta sais... de la pâleur livide\nQue des tempes jamais tes mains n'arracheront,\nEt qui semble couler d'une coupe homicide.\nQue le Destin railleur renversa sur ton front ;\nDe ton sourcil froncé, de l'effort de ton rire,\nDe ta voix qui nous ment, de ton œil qui se tait.\nDe tout ce qui nous trompe, hélas ! et qu'on admire,\n      Ah ! fais-moi jaillir ton secret!\n\nDis tout ce que tu sais... Rêves, douleur et honte,\nDésirs inassouvis par des baisers cuisants,\nNuits, combats, voluptés, souillures qu'on affronte\nDans l'infâme fureur des échevèlements,\nCouche qui n'est pas vide et qu'on fuit — fatale heure\n"}, {"page_pdf": 453, "page_imprimee": 414, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2554, "texte": "                                   — 414 —\n           De la coupable nuit dont même on ne veut plus,\n           Et qu'on s'en va finir — au balcon — où l'on pleure.\n                 Et qui transit les coudes nus !\n\n           Ah! plutôt ne dis rien ! Car je sais tout. Madame :\n           Je sais que le Bonheur habite de beaux bras,\n           Mais il ne passe pas toujours des bras dans l'âme...\n           On donne le bonheur, on ne le reçoit pas !\n           La coupe où nous buvons n'éprouve pas l'ivresse\n           Qu'elle verse à nos cœurs, brûlante volupté.\n           Vous avez la Beauté, — mais un peu de tendresse,\n           Mais le Bonheur senti de la moindre caresse\n                  Vaut encor mieux que la Beauté.\n\n   Toutes les poésies de M. d'Aurevilly peuvent être considérées comme\ninédites. Il en est paru deux plaquettes de quelques-unes, par les soins de\nTrébutien, chez Hardel, à Caen, à trente-six exemplaires. Poulet-Malassis\na réédité en Belgique les deux plaquettes en très petit nombre, sur grand\npapier, en y ajoutant des commentaires pris dans les lettres de M. d'Aure­\nvilly à Trébutien. Ces trois opuscules sont introuvables ; ils ne forment\nqu'une part infime des œuvres complètes qui paraîtront, ultérieurement,\nchez A. Lemerre, sous le titre de Poussière. Ce volume aura une seconde\npartie, qui prépare bien des étonnements aux bibliographes romantiques,\net s'intitule Rythmes oubliés. Ce sont des poèmes en prose, non point\npurement descriptifs et tableaux de genre, comme dans le fameux Gaspard\nde la Nuit, d'Aloysius Bertrand, mais littéralement des odes en prose.\nC'est à M. d'Aurevilly que Baudelaire doit d'avoir fait passer ses premières\ntraductions de Poé dans le Pays, mais il lui doit encore l'idée première de\nses poèmes en prose, auxquels ceux de M. d'Aurevilly sont bien antérieurs.\nIl y en a d'admirables dans ces Rythmes oubliés, des pages d'une beauté\nsingulièrement pénétrante et neuve : Niobé, où le poète s'accuse à Velleni\nd'amour pour cette splendide figure; et le Laocoon, où l'intensité du pathé­\ntique se déploie sous une ampleur de forme non pareille. Quelle mélanco­\nlique Penserosa que ce sonnet en prose dédié à son frère, l'abbé Léon\nd'Aurevilly, et dont voici la chute : « C'est le jour des masques pour moi,\npour toi, le jour des quarante heures ». Je me propose un jour de consacrer\nune étude spéciale à ces poèmes en prose, et n'ayant pas le texte de ces\nmodernités exquises, les Trois Tasses de thé, les Deux Caméléons, je\nciterai, pour compléter, l'aspect de M. d'Aurevilly poète.\n"}, {"page_pdf": 454, "page_imprimee": 415, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "                                   — 413 —\n\n\n                            LES NENUPHARS\n                                          « Vous ne mettrez jamais dans votre Flore amoureuse\n                                               le Nénuphar blanc qui s'appelle... »\n                                                                    ( Une première lettre).\n\n                 Nénuphars blancs, ô lys des eaux limpides!\n                 Neige montant du fond de leur azur !\n                 Qui sommeillant sur vos tiges humides,\n                 Avez besoin, pour dormir, d'un lit pur ;\n                 Fleurs de pudeur, oui, vous êtes trop fibres\n                 Pour vous laisser cueillir... et vivre après.\n                 Nénuphars blancs, dormez sur nos rivières.\n                        Je ne vous cueillerai jamais.\n\n                 Nénuphars blancs, ô fleurs des eaux rêveuses!\n                 Si vous rêvez, à quoi donc rêvez-vous i\n                 Car pour rêver, il faut être amoureuses,\n                 Il faut avoir le cœur pris ou jaloux ;\n                 Mais vous, ô fleurs, que l'eau baigne et protège!\n                 Pour vous rêver, c'est aspirer le frais...\n                 Nénuphars blancs, dormez dans votre neige !\n                         Je ne vous cueillerai jamais.\n\n                 Nénuphars blancs, fleurs des eaux engourdies,\n                 Dont la blancheur fait froid aux cœurs ardents,\n                 Qui vous plongez dans vos eaux détiédies,\n                 Quand le soleil y luit, Nénuphars blancs\n                 Restez cachés aux anses des rivières,\n                 Dans les brouillards, sous les saules épais...\n                 Des fleurs de Dieu vous êtes les dernières\n                        Je ne vous cueillerai jamais !\n\n   J'entends par livres perdus, deux ouvrages d'une extrême importance :\nles Pensées de Balzac, — Eugénie et Maurice de Guérin. — Dutacq,\nl'ami, l'associé de Balzac, l'original de son Mercadet, rêvait de faire un\nlivre, qui serait comme le Testament et le Grimoire d'Honoré et de l'éditer\nmerveilleusement en le gardant longtemps en composition et en donnant\ncinq francs à qui découvrait une faute typographique, comme faisaient les\nAide, à Venise. Dans ce dessein, il dit à M. d'Aurevilly : « Voulez-vous\nfaire ce travail? » et M. d'Aurevilly le voulut, car il se sentait Balzac II, et\nne l'eût-il pas senti, son admiration pour le Géant de la Comédie humaine,\nqu'il appelle le Napoléon du roman, changeait cette obscure besogne en\nplaisir. Il lut tout Balzac, la plume à la main, et mit toutes ses pensées sur\ncinq mille fiches. Il les classa et les souda, sous un mot d'ajout, les unes\naux autres, et la phrase devint page, et la page discours. Le résultat de cet\n"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 416, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1340, "texte": "                                   — 416 —\n\n assemblage, que nul autre n'eût pu faire, causa un étonnement indescrip­\n tible quand M. d'Aurevilly publia une dizaine de chapitres dans le Pays.\n Le rédacteur en chef d'alors, qui ne mérite pas qu'on cite son nom,\n prétendit que M. d'Aurevilly a fait ce Balzac là, ce qui flatta beaucoup\n l'auteur des Diaboliques. Peu de temps après que M. d'Aurevilly eut\nremis les cinq mille fiches à Dutacq, celui-ci mourut ; Mme Dutacq n'avait\npoint de littérature, et on ne les a plus retrouvées : perte irréparable, car si\nl'on peut couper dans Balzac les pensées, quelle autre main que celle de\nM. d'Aurevilly pourrait les assembler et les classer.\n    Quant au volume sur les Guérin, qui eût été écrit du coeur, et partant\nadorable, l'éditeur Hetzel sait pourquoi il n'a pas été fait, et c'est à lui que\nla critique s'en prend et que la postérité s'en prendra, car il en est la seule\ncause.\n    J'ai dit, en commençant, les colères des Hugolâtres et des bas-bleus qui\nont déferlé leurs flots ridicules contre l'auteur des Diaboliques. Parlerai-je\nde M. de Pontmartin, ce vieux polisson? Non. Ce contempteur est néces­\nsaire au parallélisme, M. d'Aurevilly, ce Balzac II, a droit à un — Chaudes\nAigues.\n                                                   JOSÉPH1N PELADAN.\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-08-05-n8-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 416, "page_fin": 422, "titre_corps": "Flemm-Oso (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "James Van Drunen", "ancre_debut": "FLEMM OSO", "ancre_fin": "JAMES VAN DRUNEN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 455, "page_imprimee": 416, "debut_caractere": 1340, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "FLEMM-OSO\n                                    (Suite)\n\n             De jour en jour la politique se délabre et nous fait une situation\n              inquiétante ; ce sont les meilleurs citoyens qui la dédaignent et\n              s'en écartent ; les industriels importants, les penseurs, écri­\n              vains, économistes et historiens, les hommes d'affaires, les\nsavants, les grands administrateurs se sont retirés en majeure partie, sauf\nquelques courageux qui veulent encore résister. Nos représentants ont\nperdu tout prestige parce que la politique est gâtée, et qu'il faut des ambi­\ntions peu dégoûtées pour s'en nourrir encore...\n   Bacon dit dans son Novum Organum Scientiarum que l'ambition des\nhommes qui veulent jouir d'une facile supériorité, est la plus vulgaire et la\nplus lâche, tandis que celle qui s'efforce d'agrandir la domination de\nl'homme sur la nature — si c'est là de l'ambition — est la plus saine et la\nplus auguste de toutes... Or, si, après avoir considéré dans son ensemble\nla force d'observation et la totalité de l'effort intelligent dont dispose une\n"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 417, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2753, "texte": "                                  — 417 —\n\ngrande nation, on suit dans leurs multiples directions les si nombreuses\n divisions de cette activité intellectuelle, on est navré de voir quelle faible\n fraction de cet effort va s'atteler aux fractions de réelle utilité, au travail\nsalutaire d'où sortira le bien général, tandis qu'une immense force vive\ns'évapore en creuses discussions, en rivalités mesquines et se perd bête­\n ment en glorioles dans les batailles de l'orgueil. Dans la somme d'utilité\nque développe l'instruction donnée à un peuple, on retrouve cette même\nloi de reproduction que Darwin reconnaît à la fécondité des êtres : la vie\nn'est donnée qu'à une très minime fraction des germes. Des poissons\nportent jusqu'à trois millions d'œufs, quelques-uns seulement éclosent, les\nautres se perdent : ces autres constituent cette grande poussée des esprits\nvers les questions faciles dont les bruyantes réclames et les dupantes sono­\nrités attirent l'attention des foules. L'instruction, semée en abondance, ne\ndéveloppe qu'un insensible avancement des questions pratiques, et l'ensei­\ngnement déposé dans tant de cerveaux, reste le plus souvent sans produc­\ntion réelle, à moins de circonstances heureuses, fortuites, comme pour ces\norchidées fécondées uniquement par le papillon qui meut leur pollon par\nhasard — et, sous le souffle de démocratie qui gronde, l'avenir des États\nsemble moins assuré que celui des fleurs dont les hommes politiques sont\ndes papillons.\n\n\n\n   Vous êtes planté au beau milieu d'un Salon de peinture : les cadres\nbrillent et enchevêtrent leurs rectangles inégaux, l'air est lourd, la foule\nremue, le piétinement étourdit, le vernis monte, les paquets de couleurs,\nles tons vifs invitent l'œil tous à la fois, et votre volonté pivote... Par quel\nbout commencer à dévider l'enfilement des petits arbres dentelés sur ciel\nde soie bleue, des tableaux de modes à falbalas et des portraitures complai­\nsantes? Tout le monde éprouve ce vertige de l'hésitation. Or, certains\ntableaux, très déterminés, ont, beaucoup plus que leurs camarades, le don\nd'appeler la masse, de la prendre et de réunir en tas des gens qui s'exclament\ntendrement : comme c'est sympathique ! — Ces œuvres-là sont odieuses,\nTravail sans fierté qui saute au cou de votre admiration, et, sans préambule,\ntout de suite,' se fait familier, s'invite et prend place dans la mémoire ;\nc'est un art complaisant, sans caractère, sans rudesse, sans grandeur. Ces\nœuvres ont trop d'amis... Je préfère ces tableaux austères, honnêtes, froids,\nqui laissent même peu d'impression à première visite et attendent plus\nample connaissance, comme s'ils se disaient que les niais ne reviendront\npas. Mais un second examen laisse percevoir une telle révélation que plus\n"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 418, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "                                  — 418 —\n\ntard on est ramené uniquement pour contempler ces figures réservées ; il\nfaut être patient, s'arrêter longtemps, attendre, réfléchir, chercher et revenir\nencore — et le beau éclate superbe ; seulement cette beauté ne parle pas à\ntous, elle choisit son homme et laisse le vulgaire ambiant se bousculer\ndevant des enluminures fadasses, molles et blaireautées. Près de ces oeuvres\naltières et abandonnées, on se trouve deux ou trois, silencieux et contem­\nplatifs; étudiant, fouillant, on cherche toujours et on découvre toujours, et\non se repète : c'est ça, c'est très ça. Et avoir dans la foule, en plein trimba­\nlement du public, une satisfaction bien à soi, dédaignée des autres, c'est\nune large et reposante jouissance que ne doivent jamais entrevoir les bons\ngarçons qui rient tous ensemble, en corps, dans un théâtre.\n   Pour les hommes, le cas est identique. Dans cette longue variété carna­\nvalesque de têtes et de caractères que la vie remue autour de nous, il se\ntrouve certaines natures vers lesquelles la masse affectueuse est conduite.\nCeux qui m'attirent le moins ce sont ces complaisants bonasses dont tout\nle monde va répétant : c'est un garçon si sympathique, il charme vraiment\nà première vue. Un nombre considérable de braves gens s'enorgueillissent\nd'être les amis de ceux-là... Pour avoir été votre voisin en chemin de fer ou\nvous avoir demandé du feu, ils vous secouent énergiquement les deux\nmains et vous appellent : mon vieux. Vous demeurez bien un peu interlo­\nqué devant ce vieil ami si peu connu, mais ils sont faits à ces légères résis­\ntances qu'ils brisent vite par un bavardage tout à trac de mots enfilés, une\nverbosité amadouante, menue monnaie de la conversation de tout le monde.\nIls s'en vont en vous écrasant les doigts et n'ont pas vergogne de demander,\nau premier passant, s'il connaît « le nom de cet animal ? De semblables\npantins on vante le caractère serviable et le naturel ouvert — ouverts, je crois\nbien : ils aiment le public, leur cœur donne dans la rue : entrez donc, mes­\nsieurs! Cette affection anonyme a des amis qu'elle ne connaît pas, des\ninconnus intimes. Gautier assure que le père Dumas avait quarante mille\namis intimes, sans compter les femmes et les petits enfants... Ce sont des\nplaces publiques.\n   Or, la grande loi, pour les arts comme pour les hommes, c'est que les\nsympathiques sont les faibles. L'art solide, celui pour lequel le temps aura\ndes respects, ne groupe qu'une minorité, car le petit nombre est instruit et\nson goût plus exercé demande autre chose que la pâture jetée à la masse\ntraînante qui se régale des compositions bénignes d'un art doux, appri­\nvoisé. Dans la vie des peuples, c'est encore l'écrasement des éléments sym­\npathiques : les élégances de l'antiquité étranglées par des invasions bar­\nbares, toutes les races civilisées culbutées par les violences des hordes\n"}, {"page_pdf": 458, "page_imprimee": 419, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2953, "texte": "                                  — 419 —\n\nbrutes ; actuellement la race latine, chevaleresque, spirituelle, amusante,\nsympathique enfin, se fait manger par le Teuton rouge et le Germain rumi­\nnant : c'est le fait de tous les temps, le Septentrional taciturne et brutal\ndescend sur le Méridional aimable et élégant, comme si le froid, glaçant\nnotre vieille terre, voulait peu à peu refouler le grouillement humain vers\nla zone de l'Equateur dont les terres vacantes, bourrées de richesses\nneuves, se rafraîchissent peu à peu pour se préparer à recevoir l'homme.\nC'est une loi saillante, les faibles ont certaines qualités extérieures qui les\nrendent avenants, et qui éveillent en nous la sympathie, cette pitié. Mais\nces qualités, témoignages de faiblesses, sont donc des défauts? Nous subis­\nsons cette confusion. C'est le triomphe de ceux qui vont les mains ten­\ndues. Les faibles, les incomplets, incapables d'un travail obstiné, se hissent\nau moyen de ces relations faciles, et ils tressent leurs amitiés pour en faire\nune ceinture de sauvetage autour de leur petite position. Voilà comment les\naffections éclatent soudaines, voilà comment les effusions sont instantanées\ndans ces amitiés vieilles de plusieurs minutes. Ces messieurs, dans l'immen­\nsité de leur tendresse, se composent des connaissances de luxe, des relations\nde salon, d'affaires, sentiments d'occasion qui se décollent comme des arti­\ncles de bazar. Ils se traitent d'amis, comme les rois et les clowns s'appellent\ncousins ; sans déparler, ils accablent un n'importe qui de leurs cérémôme­\nries d'affection ; ils griffonnent à la file cinquante lettres, banales comme un\nmillion de baisers, toutes commençant par : mon cher Machin ; ils jettent\nleur dévouement à toutes les têtes, comme des prospectus de taileur,\net se précipitent mal à propos dans des excès de zèle très superflus :\nils se lanceraient à l'eau pour sauver un terre-neuve... s'il fallait sauver le\npropriétaire du chien, ce serait une autre affaire. En somme, ces colpor­\nteurs d'embrassades ne connaissent que amitié aussi fausse qu'un escalier\nfait de sable, ainsi qu'il est dit dans le Marchand de Venise; leur rire —\ngrimace aimable — n'est qu'une façon polie de montrer les dents, et tous\nleurs sentiments sont flasques comme la colère des eunuques, ces Auver­\ngnats de Turquie. Tandis que bien souvent pour des hommes d'une nature\ndoucement tendre mais digne, on dit avec effarement : c'est un loup ! et\nc'est un gros mouton : un mouton noir, voilà tout, corbleu !\n   Le mauvais signe c'est que les haines diminuent ; pour ces haines sin­\ncères, profondes, lourdes à porter, il faut de vrais caractères. « On a tout\nà craindre d'un homme qui n'est ni bon ni méchant, » dixit Georges Sand.\nPour m'apprendre la règle du participe présent ma grammaire me disait,\ncomme exemple, que les personnes aimant tout le monde n'aiment ordi­\nnairement personne. Ainsi ces caracoleurs tuent l'affection par l'abus qu'ils\n"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 420, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2817, "texte": "                                   — 420 —\n\n en font; s'ils ont réellement un ou deux vieux copains, très anciens et bons\n camarades, ont-ils le temps seulement de songer à eux dans cet amoncelle­\n ment de relations quelconques? Nous ne pensons plus à nos amis qu'en les\n rencontrant : tiens ! tu vis encore! Au lieu de ces sourires toujours prêts et\n fadement mielleux, la sincérité doit mettre dans les mains comme dans le\n parler une franchise nette, une rudesse un peu butorde, comme pense naï­\n vement Pierrot quand il demande à Charlotte qu'elle « li baille queuque\n taloche en passant; jarni ! v'là où l'on voit les gens qui aimont ». Les amis\n qui ne servent que dans les jours de joie ne valent pas cher ; et ces connais­\n sances au rabais constituent l'amitié moderne. L'amitié, en théorie, c'est\n une excellente mécanique à mettre en vers, un sujet parfait pour les con­\n cours de rhétorique ; en pratique, c'est un escabeau sur lequel grimpent les\n imbéciles qui ne sont pas bêtes, c'est une habitude gênante qu'on prend en\n pension et qui permet à quantité de drôles d'emprunter des pièces de cent\n sous et de se faire payer à déjeuner. Un ami, c'est celui qui se permet à\n votre égard ce qu'un étranger n'oserait pas faire et se montre vis-à-vis de\n vous d'une susceptibilité aiguë, celui qui vous fait sortir quand vous avez\nenvie de rester chez vous, celui qui vous emprunte votre parapluie quand\nil pleut, c'est-à-dire quand vous en avez besoin, celui qui blague le livre que\nvous lisez et rit de la qualité de vos cigares. L'amitié est une générosité à\nlaquelle croient les collégiens qui jouent aux billes et le mari d'une jolie\n femme lequel a beaucoup d'amis dévoués qui soignent ses rhumes et lui\napportent ses pantoufles; c'est, enfin, une illusionnante tradition, et s'il s'en\nrencontre encore un peu — on prétend bien qu'il existe encore deux bou­\nteilles de vin de Madère — c'est une douceur plus rare qu'un mot aimable\ndans la bouche d'un directeur. On aura beau inventer des machines qui\nconfectionnent des cartes de visite à la minute et qui fabriquent des rails\navec des vieux journaux, on ne fera jamais de l'amitié avec des passants\nsympathiques... Et à présent j'ai fait suffisamment mon Alceste en disant\ncomment, au milieu des maigreurs à la mode de la duchesse peinte en pom­\nmade, au milieu des prairies chevelues et peignées sous un ciel ouaté\ncomme un corsage et des marines qui montrent des petits bateaux à vingt-\ncinq sous plantés dans un baquet de sirop, j'aime grandement ces toiles\nsombres, refrognées, ces oeuvres profondes d'un modelé vigoureux. Ces\ntableaux graves me font penser à des éloignés que j'aimerais s'ils ne m'a­\nvaient pas oublié — parce que je ne suis secrétaire d'aucune association.\n\n\n\n  Un cauchemar qui tenaille le cœur ; un cauchemar qui, du sommeil,\n"}, {"page_pdf": 460, "page_imprimee": 421, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2988, "texte": "                                   — 421 —\n\ndonne peur comme d'un gouffre noir au fond duquel mille striges blotties\nguettent pour vous jeter leurs griffes à la gorge : j'ai cet effroi immense. En\nfermant les yeux, la vision fascinante réapparaît... Je me retrouve au\nchevet de cette jeune femme : de grands yeux bistrés de fatigue, des joues\nfanées, des lèvres picotées de sang, la respiration douloureusement lourde...\nc'est ma femme — et un enfant va naître. Je demeure affaissé auprès du\ngrand lit blanc — notre lit — et, le front dans les dix doigts, je souffre,\nanxieux déjà pour nous trois... La pendule balance son tic-tac désespéré­\nment... Mon regard, attaché au lointain des ressouvenances, retrouve, en\nsuivant les fleuraisons contournées du tapis, dix jolis mois capitonnés de\nbonheur... C'était la longue table et le vacarme de la noce, les corbeilles\npillées, les bouquets et les souhaits, les vieux une larme à l'œil, les jeunes\nfilles nerveuses et la grand'maman le bonnet sur l'oreille... Et puis, je me\nsentais léger, fier, tenant, bien serrée à mon bras, cette belle blonde dont\nles grands yeux gris étaient ardents d'une joie peureuse. Elle sautait, j'étais\nfou... je ne sais plus... Un lendemain matin paresseux et câlin, avec des\nfrissons qui passent comme des souvenirs après des surprises candides de\nl'heure inoubliable. Engourdis d'un bonheur las, nous allions, traînants, au\nbon air, dans la tiédeur d'une matinée de printemps, elle bien à moi, moi\nbien à elle, et nous flânions au milieu des commères potinantes, dans les\nrues d'une petite ville, fond de province où nous avions porté nos premiers\nbaisers. Nous suivions les boutiques aux vitrines si petites; je voulais\nacheter n'importe quoi, une grosse chose, souvenir de cette matinée, et nous\ncherchions. Elle s'arrête et désigne en souriant une brassière mignonne,\ntrès simple, étiquetée un franc soixante-quinze. Nous avons emporté cette\nbrassière, soigneusement ; elle est là, sur un fauteuil, depuis hier. Notre\ncaressante intimité est devenue cette angoisse, et d'un moment à l'autre, la\nminute terrible tombera de ce balancier impassible qui, pendant des mois, a\nscandé notre dorlotant poème d'amour... Dans la chambre, une garde,\nvieille âme de gendarme, le nez piqué de vin et le menton poilu, rôde et\nfait des préparatifs avec l'indifférence du métier... Père ! c'est singulier tout\nde même, au commencement... et dans quelques instants... Mes lèvres sont\nimpatientes... Ah! c'est que j'aimerai le galopin, il peut s'y attendre. Mon\nenfant; mon enfant ! Il me semble le voir, le connaître déjà ce petit bon­\nhomme pour lequel je saurai inventer des tendresses, je le sens. Il me\nreconnaîtra bien vite, le coquin. Et quand il trottinera de ma femme à moi,\nlà, sur ce tapis — seulement il faudra bien des précautions, c'est si délicat\nces petites existences... Mais il sera fort, bien bâti... Ma pensée va si vite\nque je le vois s'en allant, fier, le jour où, pour la première fois, il offrira le\n"}, {"page_pdf": 461, "page_imprimee": 422, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "                                   — 422 —\n\n bras à sa mère... Un cri ! On m'entraîne. Des lumières passent. Une grosse\n douleur me met des barres dans le sang; j'attends, je brûle... je suis père.\n Un garçon !\n    — Et l'enfant?\n    La femme m'apporte l'idole blanche et rose tombée chez moi, mais je\n crains qu'un baiser fasse mal à sa fragilité et je laisse le gras de ses mollets\n minuscules dans ma grande main. Sacrebleu ! Vais-je en faire un homme,\n un gaillard! Voici ma tâche maintenant. Et ce sera un beau garçon, cela\n doit se voir déjà, n'est-ce pas docteur ?\n    Le vieux médecin, riant, s'approche de la lampe, considère le bébé, et,\n douloureusement, désespérément s'écrie : Aveugle !... oui !\n    Mon fils aveugle? Aveugle ! Il ne verra jamais! jamais! Il ne me con­\n naîtra pas... Aveugle ! Mon enfant ne s'éveillera donc pas? Dans les ténè­\n bres de cette éternelle nuit il ne connaîtra jamais la lumière, et c'est irré­\n missible. Ne pouvant rien apprendre, dans l'inaction sans fin de ses mains\n et de sa pensée, il grandira chétif ne sachant pas ce que les enfants font\navec les jouets, et il restera accroupi comme au fond d'un cachot sans\njour... innocent que le sort a maudit! c'est de la haine qu'il aura pour moi,\n pour moi, l'inconnu qui lui à donné les heures inertes et vides de cette vie\nnoire... Manger, boire, aller, revenir, se laisser pousser, toujours dans\nl'ombre comme sous un voile lourd dans une affolante ignorance, ce n'est\npas vivre. Ne rien connaître, se heurter à des étonnements ridicules,\nignorer la cause des gaietés qui sonnent aux oreilles, retrouver ses parents\nà un son de voix et demander peureusement ; mais le ciel, et ce soleil dont\nvous parlez, qu'est-ce donc ?... Ah ! misérable créature, mais que viens-tu\nfaire au milieu de nous ? Traînant la rage impuissante de tes désespoirs\ndans la monotonie d'un deuil sans fin, tu subiras l'immobilité, toujours,\nl'anéantissement de toi-même. Tu ne donneras que de la douleur et des\ncharges à ceux qui te feront la charité d'un peu d'affection, tu devras finir\npar vivre à tâtons chez des étrangers dans cette existence dont tu entendras\nsans cesse autour de toi l'activité bruyante — et tu attendras ainsi, dans\nune servile passivité, la venue de ton seul bonheur : la mort. Oui, misé­\nrable, que viens-tu faire dans ce monde immense, puisque tes yeux restent\nfermés!... Rentre donc vite dans ce néant où l'on ne souffre pas, et n'aug­\nmente pas ton malheur de tout le nôtre...\n    (A suivre).                                   JAMES VAN DRUNEN"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-08-05-n8-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 423, "page_fin": 428, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "SIMPLISSIME", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 85, "fin_caractere_exclue": 96, "texte": "MEMENTO\n   "}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 132, "texte": "Comme nous l'avons annoncé dernière­"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 186, "fin_caractere_exclue": 225, "texte": "ment, nous commencerons dans notre pro­"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 274, "fin_caractere_exclue": 315, "texte": "chain numéro la publication — provisoire­"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 367, "fin_caractere_exclue": 406, "texte": "ment anonyme — d'un important travail :"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 459, "fin_caractere_exclue": 502, "texte": "Souvenirs de la Vie d'étudiant. 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Notre religion littéraire ne dépasse"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 416, "fin_caractere_exclue": 458, "texte": "pas notre cœur et nous n'avons érigé aucun"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 508, "fin_caractere_exclue": 551, "texte": "culte nouveau qui puisse ébranler la pierre"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 601, "fin_caractere_exclue": 633, "texte": "sur laquelle est bâtie l'Eglise."}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 745, "fin_caractere_exclue": 748, "texte": "***"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 801, "fin_caractere_exclue": 837, "texte": "La Chronique des Beaux-Arts d'Anvers"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 887, "fin_caractere_exclue": 929, "texte": "continue sa brillante carrière. Signalons,"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 979, "fin_caractere_exclue": 1020, "texte": "dans ses deux dernières livraisons, outre"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 1070, "fin_caractere_exclue": 1109, "texte": "les excellentes nouvelles d'Iwan Gilkin"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 1159, "fin_caractere_exclue": 1199, "texte": "(L'ut dièze), de Georges Eekhoud (Hoppe-"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 1249, "fin_caractere_exclue": 1292, "texte": "Bellen), d'excellentes reproductions photo­"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 1342, "fin_caractere_exclue": 1384, "texte": "typiques des tableaux d'Alfred Stevens, de"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 1434, "fin_caractere_exclue": 1455, "texte": "Roll, de Verwée, etc."}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 1597, "fin_caractere_exclue": 1625, "texte": "Nous lisons dans le Figaro :"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 1733, "fin_caractere_exclue": 1744, "texte": "HAPPE-CHAIR"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 1797, "fin_caractere_exclue": 1833, "texte": "Les amateurs pourront comparer bien­"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 1883, "fin_caractere_exclue": 1921, "texte": "tôt Happe-Chair à Germinal, M. Camille"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 1971, "fin_caractere_exclue": 2012, "texte": "Lemonnier à M.Zola, le maître français au"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 2062, "fin_caractere_exclue": 2106, "texte": "maître belge qui a déjà écrit : le Mâle, les"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 2156, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "Charniers, le Mort, l'Hystérique. On voit,"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 2248, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "par ces titres significatifs, que de l'autre"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 2342, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "côté de la frontière, l'Ecole naturaliste a"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 2435, "fin_caractere_exclue": 2453, "texte": "des représentants."}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 2506, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "La Revue Moderniste nous annonce cet"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 2592, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "événement littéraire et, pour nous mettre"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 2683, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "en goût, détache de Happe-Clair, « étude"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 2773, "fin_caractere_exclue": 2816, "texte": "âpre et violente du peuple et des usines du"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 2866, "fin_caractere_exclue": 2909, "texte": "Hainaut », un morceau truculent, le tableau"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 2959, "fin_caractere_exclue": 3001, "texte": "d'une noce, dont voici les principaux per­"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 3051, "fin_caractere_exclue": 3061, "texte": "sonnages :"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 3114, "fin_caractere_exclue": 3156, "texte": "« Le mariage à l'église se fit un mercredi"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 3206, "fin_caractere_exclue": 3245, "texte": "matin à sept heures. La veille au soir,"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 3295, "fin_caractere_exclue": 3340, "texte": "après la fermeture des grilles, on était allé"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 3390, "fin_caractere_exclue": 3430, "texte": "à la mairie avec les témoins. 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C'est du"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1243, "fin_caractere_exclue": 1285, "texte": "coup qu'elle dégottait toutes les mal pei­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1335, "fin_caractere_exclue": 1375, "texte": "gnées du village. Et lui, toujours assez"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1430, "fin_caractere_exclue": 1472, "texte": "froid, même en amour, s'alluma d'une telle"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1519, "fin_caractere_exclue": 1562, "texte": "chaleur au contact de cette jolie fille qui"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1611, "fin_caractere_exclue": 1654, "texte": "allait être sa femme, qu'il eût voulu l'em­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1667, "fin_caractere_exclue": 1706, "texte": "brasser à pleine bouche, devant tout le"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1756, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "monde. 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Et comme elle marchait la tête"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3281, "fin_caractere_exclue": 3319, "texte": "haute, se pavanant dans un dandinement"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3376, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "des hanches, une vieille en scofion sale, qui"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3454, "fin_caractere_exclue": 3493, "texte": "vivait du rebut des ménages balayé à la"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3549, "fin_caractere_exclue": 3589, "texte": "rue, la hua, avec cette injure : sang de"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3590, "fin_caractere_exclue": 3630, "texte": "truie. Mais elle ne daigna pas seulement"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3686, "fin_caractere_exclue": 3726, "texte": "tourner la tête, se sentant au dessus de"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3778, "fin_caractere_exclue": 3818, "texte": "toute cette basse humanité et prenant au"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3868, "fin_caractere_exclue": 3910, "texte": "sérieux son rôle de future bourgeoise. » ."}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3962, "fin_caractere_exclue": 4002, "texte": "Si l'imitation de la manière de M. Emile"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 4045, "fin_caractere_exclue": 4085, "texte": "Zola est évidente chez M. Camille Lemon­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 4139, "fin_caractere_exclue": 4182, "texte": "nier, il me semble qu'il possède en propre,"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 4234, "fin_caractere_exclue": 4272, "texte": "une certaine bonne humeur, et, parfois"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 4330, "fin_caractere_exclue": 4369, "texte": "même, la grasse gaîté des peintres fla­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 4399, "fin_caractere_exclue": 4405, "texte": "mands."}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "Le récit de la noce de Jacques Huriaux"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 190, "fin_caractere_exclue": 235, "texte": "et de Clarinette est plaisant à lire. Tout ce"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 327, "texte": "petit monde grouille gentiment. Clarinette"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 377, "fin_caractere_exclue": 418, "texte": "toutefois, me semble bien distinguée pour"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 468, "fin_caractere_exclue": 511, "texte": "ce milieu. Peut-être sa tendance à s'élever"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 561, "fin_caractere_exclue": 603, "texte": "est-elle dans le dessein de M. Camille Le­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 653, "fin_caractere_exclue": 694, "texte": "monnier. C'est ce que le roman apprendra."}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 747, "fin_caractere_exclue": 789, "texte": "Je ne sais si c'est réaction contre la ma­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 839, "fin_caractere_exclue": 876, "texte": "rée des fades harangues déversées aux"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 926, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "pieds des innombrables statues qui s'élèvent"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1020, "fin_caractere_exclue": 1059, "texte": "chaque jour, ou sympathie pour l'auteur"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1109, "fin_caractere_exclue": 1150, "texte": "de Happe-Chair que, du reste, je n'ai pas"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1200, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "l'honneur de connaître, mais je ne résiste"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1292, "fin_caractere_exclue": 1334, "texte": "pas au plaisir de citer encore une page où"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1384, "fin_caractere_exclue": 1429, "texte": "il semble qu'éclate le gros rire rabelaisien."}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1482, "fin_caractere_exclue": 1518, "texte": "Le repas de noces terminé, quelqu'un"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1568, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "proposa d'aller achever la soirée dans les"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1660, "fin_caractere_exclue": 1666, "texte": "cafés."}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1719, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "« Les hommes enfilèrent leurs redin­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1805, "fin_caractere_exclue": 1847, "texte": "gotes, les femmes se recoiffèrent de leurs"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1897, "fin_caractere_exclue": 1936, "texte": "chapeaux, et toute la noce gagna la rue"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 1986, "fin_caractere_exclue": 2026, "texte": "derrière Huriaux et Clarinette redevenus"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 2076, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "graves."}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 2136, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "« La chaleur de l'après-midi tombant"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 2222, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "alors sur les fermentations de la boisson,"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 2314, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "Zinque se déhancha en un pas de cancan,"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 2403, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "tout seul devant les couples qui se mirent"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 2495, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "à fringuer et gambiller, et les cavaliers se"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 2589, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "déguingandaient, la main sur le cœur, avec"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 2681, "fin_caractere_exclue": 2721, "texte": "des grâces, tandis que les commères tou­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 2771, "fin_caractere_exclue": 2816, "texte": "pillaient, les jupes troussées jusqu'aux jar­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 2866, "fin_caractere_exclue": 2909, "texte": "retières, dans l'ardeur des entrechats. Ils"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 2959, "fin_caractere_exclue": 3005, "texte": "firent, en dansant, le tour de la place, puis,"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3055, "fin_caractere_exclue": 3099, "texte": "entrelacés et gigottant, se ruèrent à l'Har-"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3149, "fin_caractere_exclue": 3189, "texte": "monie, le principal café de Happe-Chair,"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3239, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": "sur les banquettes duquel, après quelques"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3330, "fin_caractere_exclue": 3375, "texte": "rigodons, la bande s'affala, rendue, les che­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3425, "fin_caractere_exclue": 3453, "texte": "veux poissés par la sueur. »"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3526, "fin_caractere_exclue": 3548, "texte": "A U G U S T E MARCADE."}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3642, "fin_caractere_exclue": 3685, "texte": "Inutile d'ajouter, à cette page, d'ailleurs"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3735, "fin_caractere_exclue": 3777, "texte": "flatteuse, de M. Marcade, que nous ne par­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3827, "fin_caractere_exclue": 3867, "texte": "tageons pas ses idées quant à la ressem­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 3917, "fin_caractere_exclue": 3958, "texte": "blance de Camille Lemonnier à Emile Zola."}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 4008, "fin_caractere_exclue": 4044, "texte": "Happe-Chair, comme Un Mâle, porte la"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 4094, "fin_caractere_exclue": 4138, "texte": "griffe à laquelle on reconnaît l'art robuste"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 4188, "fin_caractere_exclue": 4233, "texte": "et personnel d'un écrivain qui n'est ni natu­"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 4283, "fin_caractere_exclue": 4329, "texte": "raliste, ni moderniste, ni écoliste, mais tout"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 4379, "fin_caractere_exclue": 4398, "texte": "simplement artiste."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 101, "texte": "Coups d'encensoir à Edmond Picard !"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 273, "fin_caractere_exclue": 311, "texte": "Une brochure. Paris. Grande imprimerie"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 432, "fin_caractere_exclue": 459, "texte": "rue Cadet. Prix : fr. 0-25."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 463, "fin_caractere_exclue": 502, "texte": "Nous ignorons l'auteur de ce petit pam­"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 562, "fin_caractere_exclue": 606, "texte": "phlet et ne tenons pas à le connaître. C'est"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 678, "fin_caractere_exclue": 715, "texte": "l'œuvre d'un haineux sans esprit, qui"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 897, "fin_caractere_exclue": 938, "texte": "n'abattra rien du tout avec sa sarbacane;"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1056, "fin_caractere_exclue": 1098, "texte": "les boulettes lui en retombent sur le nez,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1161, "fin_caractere_exclue": 1177, "texte": "avec mélancolie."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1498, "fin_caractere_exclue": 1531, "texte": "Madame Mathurin, par J. Monti. Un"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1611, "fin_caractere_exclue": 1649, "texte": "volume. Paris. Serra. Prix : fr. 3-50."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1717, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "Une étude de fille un peu plus mauvaise"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1832, "fin_caractere_exclue": 1876, "texte": "que toutes les études de filles et non moins"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2065, "fin_caractere_exclue": 2106, "texte": "banale. Une accumulation de crudités sans"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2219, "fin_caractere_exclue": 2260, "texte": "style, sans rime et sans raison. Un livre"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2261, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "malpropre dans toute la force du terme. A"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2303, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "ne pas lire."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2632, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "Nous recevons de M. Raoul Russel, un"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2737, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "volume de vers écrits dans une forme très"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2843, "fin_caractere_exclue": 2882, "texte": "moderne et intitulés : Les Apaisements."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3056, "fin_caractere_exclue": 3094, "texte": "Nous ne pouvons faire mieux, en l'hon­"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3213, "fin_caractere_exclue": 3253, "texte": "neur du poète que de citer les fragments"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3317, "fin_caractere_exclue": 3353, "texte": "qui suivent de son charmant volume :"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3560, "fin_caractere_exclue": 3567, "texte": "PUBERTÉ"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3650, "fin_caractere_exclue": 3695, "texte": "Après qu'elle a fermé, bien seule, la cabine."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3760, "fin_caractere_exclue": 3800, "texte": "Émue encor du bain et frisonnant un peu,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3864, "fin_caractere_exclue": 3904, "texte": "Elle ôte lentement son costume gros bleu"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3905, "fin_caractere_exclue": 3954, "texte": "Dont le tissu répand l'âcre senteur m a r i n e ."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4000, "fin_caractere_exclue": 4050, "texte": "Sa main blanche a glissé le long de sa poitrine..."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4146, "fin_caractere_exclue": 4192, "texte": "Elle est là maintenant, toute nue, a u milieu,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4193, "fin_caractere_exclue": 4235, "texte": "Sans un voile, sans rien qui dérobe l'aveu"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4299, "fin_caractere_exclue": 4352, "texte": "De sa beauté c h a r m a n t e , aristocrate et fine."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4405, "fin_caractere_exclue": 4446, "texte": "Un instant, elle reste inquiète et debout"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4507, "fin_caractere_exclue": 4551, "texte": "A sentir le frisson qui la prend tout à coup"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4608, "fin_caractere_exclue": 4655, "texte": "Et fait battre son c œ u r si calme d'habitude."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4710, "fin_caractere_exclue": 4768, "texte": "Puis, baissant ses g r a n d s yeux, elle éteint lentement"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4815, "fin_caractere_exclue": 4859, "texte": "Tous ces troubles en elle évoqués sourdement"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4919, "fin_caractere_exclue": 4965, "texte": "Où la chair et l'amour mélangent leur prélude."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5137, "fin_caractere_exclue": 5146, "texte": "PRÉCOCITÉ"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5210, "fin_caractere_exclue": 5252, "texte": "Il aime les longs soirs emplis de solitude"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5316, "fin_caractere_exclue": 5360, "texte": "Et tout ce qui revêt de paisibles couleurs ;"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5417, "fin_caractere_exclue": 5463, "texte": "Il aime les parfums, les femmes et les fleurs,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5520, "fin_caractere_exclue": 5562, "texte": "Et semble préférer le farnient' à l'étude."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5633, "fin_caractere_exclue": 5674, "texte": "Il parle lentement, comme avec lassitude,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5737, "fin_caractere_exclue": 5786, "texte": "Et ses traits amaigris et ses m o r n e s pâleurs"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5836, "fin_caractere_exclue": 5877, "texte": "Prédisent le secret de certaines douleurs"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5878, "fin_caractere_exclue": 5922, "texte": "Que dément constamment son air d e quiétude."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5923, "fin_caractere_exclue": 5974, "texte": "Sa mère, qui le voit tous les j o u r s plus changé"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5975, "fin_caractere_exclue": 6021, "texte": "Et lit dans son regard plus profond, plus âgé,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 6125, "fin_caractere_exclue": 6169, "texte": "Très douloureusement s'inquiète et s'étonne;"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 124, "fin_caractere_exclue": 165, "texte": "Et, sans un mot jamais qui laisse deviner"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 227, "fin_caractere_exclue": 272, "texte": "Le mal dont chaque jour il se sent plus miné,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 373, "fin_caractere_exclue": 431, "texte": "L e p a u v r e enfant se meurt sans rien dire à personne."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 555, "fin_caractere_exclue": 561, "texte": "RETOUR"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 623, "fin_caractere_exclue": 677, "texte": "Donc, elle vint vers moi ; j e n'y pensais plus guère,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 739, "fin_caractere_exclue": 787, "texte": "A vrai dire, et songeais, ce soir-là, simplement"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 849, "fin_caractere_exclue": 896, "texte": "Qu'elle m'avait aimé, p a r boutade, un moment,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1000, "fin_caractere_exclue": 1055, "texte": "Quitte à briser plus tard mon a m o u r comme un verre."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1117, "fin_caractere_exclue": 1160, "texte": "Elle parla longtemps des choses de naguère,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1222, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "Très longtemps tristement, mélancoliquement."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1328, "fin_caractere_exclue": 1386, "texte": "O h ! tout ce qu'elle dit ce soir-là fut c h a r m a n t !"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1448, "fin_caractere_exclue": 1495, "texte": "Ses mots étaient si doux, son accent si sincère"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1557, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "Que je crus, p a u v r e fou, tout ce qu'elle disait,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1672, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "Tout ce que son regard limpide traduisait,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1776, "fin_caractere_exclue": 1831, "texte": "E t ce que son amour du mien semblait a t t e n d r e ."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 1893, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "P o u r t a n t , q u a n d j e voulus, ému sur son chemin,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2014, "fin_caractere_exclue": 2064, "texte": "Lui prendre ses chers doigts, elle retint sa main,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2168, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "Puis eut l'air simplement de ne pas me comprendre."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2364, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "Ses chers doigts délicats sur les touches d'ivoire"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2476, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "Jetèrent à la nuit un air sentimental..."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2578, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "— N o c t u r n e de Chopin, sanglot d e Blumenthal"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2691, "fin_caractere_exclue": 2736, "texte": "Qui restera toujours présent à ma mémoire ! —"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2798, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "La musique en était comme la simple histoire"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 2904, "fin_caractere_exclue": 2945, "texte": "D'un adieu déchirant ou d'un amour fatal."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3007, "fin_caractere_exclue": 3053, "texte": "C'était comme un regret lointain du sol natal."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3156, "fin_caractere_exclue": 3212, "texte": "V i b r a n t dans je ne sais quelle plain te illusoire,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3274, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "Ou le cri désolé d'une âme qui s'enfuit. —"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3378, "fin_caractere_exclue": 3429, "texte": "...Elle j o u a i t toujours plus pâle dans la nuit"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3491, "fin_caractere_exclue": 3536, "texte": "Où s'envolait l'essaim des notes palpitantes."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3598, "fin_caractere_exclue": 3649, "texte": "...Son regard, un instant, eut un reflet des cicux,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3711, "fin_caractere_exclue": 3759, "texte": "E t sur le long clavier des touches sanglotantes"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3821, "fin_caractere_exclue": 3863, "texte": "Tombèrent lentement des pleurs silencieux."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 3985, "fin_caractere_exclue": 3999, "texte": "SI VOUS DEVIEZ"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4138, "fin_caractere_exclue": 4145, "texte": "CHANSON"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4263, "fin_caractere_exclue": 4298, "texte": "Si vous deviez un j o u r me dire :"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4369, "fin_caractere_exclue": 4404, "texte": "« Fermez votre c œ u r à l'amour »,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4475, "fin_caractere_exclue": 4506, "texte": "Vous n'auriez pas dû me sourire"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4586, "fin_caractere_exclue": 4607, "texte": "L e premier j o u r ."}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4678, "fin_caractere_exclue": 4709, "texte": "Si vous deviez fuir ma présence"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4780, "fin_caractere_exclue": 4814, "texte": "E t craindre un jour de me nommer,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4885, "fin_caractere_exclue": 4918, "texte": "Pourquoi m'avoir permis l'offense"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 4998, "fin_caractere_exclue": 5013, "texte": "D e vous aimer?"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5084, "fin_caractere_exclue": 5115, "texte": "Si vous deviez clore vos lèvres"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5186, "fin_caractere_exclue": 5209, "texte": "A mes désirs inapaisés,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5280, "fin_caractere_exclue": 5315, "texte": "Pourquoi m'avoir appris les fièvres"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5395, "fin_caractere_exclue": 5416, "texte": "D e s longs baisers :"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5487, "fin_caractere_exclue": 5519, "texte": "Et si vous deviez sans tristesse"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5590, "fin_caractere_exclue": 5632, "texte": "M e dire un j o u r : « J e ne veux pas »,"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5703, "fin_caractere_exclue": 5736, "texte": "Pourquoi m'avoir appris l'ivresse"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 5817, "fin_caractere_exclue": 5835, "texte": "D e vos deux bras?"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 6085, "fin_caractere_exclue": 6124, "texte": "Le suave Jules Blancard nous envoie une"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 6186, "fin_caractere_exclue": 6212, "texte": "nouvelle carte de visite :"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "LA DÉSAFFECTATION DU PANTHÉON"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 148, "fin_caractere_exclue": 195, "texte": "A Monsieur le Ministre des Cultes et des Beaux-"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 248, "fin_caractere_exclue": 253, "texte": "Arts."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 255, "fin_caractere_exclue": 298, "texte": "A Monsieur le Cardinal-Archevêque de Paris."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 474, "fin_caractere_exclue": 484, "texte": "MESSIEURS,"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 586, "fin_caractere_exclue": 628, "texte": "Dans votre différend touchant le Panthéon,"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 629, "fin_caractere_exclue": 675, "texte": "Ministre ou cardinal, nul de vous n'a raison ;"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 777, "fin_caractere_exclue": 814, "texte": "L'antique jugement de Salomon le Sage"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 874, "fin_caractere_exclue": 919, "texte": "Eut, des deux Immortels, permis le voisinage."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 974, "fin_caractere_exclue": 1021, "texte": "Que Victor ait des droits, personne ne dit non."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1072, "fin_caractere_exclue": 1118, "texte": "Mais l'auteur de Victor ! dans la même maison,"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1173, "fin_caractere_exclue": 1218, "texte": "Eut certes d'autant mieux pu faire bon ménage"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1322, "fin_caractere_exclue": 1372, "texte": "Que chacun, pour son culte, aurait eu son étage..."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1373, "fin_caractere_exclue": 1413, "texte": "Mystique sanctuaire et crypte de géant !"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1503, "fin_caractere_exclue": 1551, "texte": "Pour couronner le tout, le dôme est assez grand."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1602, "fin_caractere_exclue": 1656, "texte": "Or, Messieurs du Pouvoir, quelle erreur est la vôtre !"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1670, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "Oui, pour sauvegarder l'harmonie entre vous,"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1773, "fin_caractere_exclue": 1822, "texte": "Il fallait transiger : Dieu dessus, Dieu dessous!"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1871, "fin_caractere_exclue": 1924, "texte": "A mon très humble avis, l'un n'empêchait pas l'autre."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2055, "fin_caractere_exclue": 2070, "texte": "JULES BLANCARD."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2172, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": "Saint-Paul-Trois-Châteaux      (Drôme), le 8 juin 1885."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2298, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "***"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2377, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "Nous lisons dans l'Union médicale, l'in­"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2474, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "téressant feuilleton suivant. Que nos lec­"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2573, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "trices ne s'en effarouchent, nous sommes"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2674, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "dans le domaine scientifique où l'on devrait"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2780, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "parfois parler latin. Malheureusement le"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2879, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "latin, ça ne se comprend plus !"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3101, "fin_caractere_exclue": 3109, "texte": "CAUSERIE"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3190, "fin_caractere_exclue": 3227, "texte": "La médecine dans les romans : Maigri-"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3289, "fin_caractere_exclue": 3325, "texte": "chonne, par M. Paul Saunière. — Jean"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3391, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "Montas, par M. Jules Claretie."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3500, "fin_caractere_exclue": 3536, "texte": "Puisque les romanciers s'obstinent à"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3599, "fin_caractere_exclue": 3641, "texte": "prendre dans la médecine le sujet de leurs"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3702, "fin_caractere_exclue": 3745, "texte": "romans, on ne s'étonnera pas, je pense, que"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3802, "fin_caractere_exclue": 3844, "texte": "je m'obstine de mon côté à relever les in­"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3903, "fin_caractere_exclue": 3946, "texte": "vraisemblances médicales qu'ils y glissent,"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4006, "fin_caractere_exclue": 4050, "texte": "— invraisemblances, il faut bien le dire une"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4103, "fin_caractere_exclue": 4150, "texte": "fois de plus, qu'il leur serait facile d'éviter"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4203, "fin_caractere_exclue": 4242, "texte": "en consultant à cet égard les personnes"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4308, "fin_caractere_exclue": 4320, "texte": "compétentes."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4413, "fin_caractere_exclue": 4452, "texte": "Je me rappelle à ce propos une des plus"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4510, "fin_caractere_exclue": 4555, "texte": "spirituelles caricatures de Grévin, représen­"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4609, "fin_caractere_exclue": 4652, "texte": "tant une jolie belle petite — toute petite,"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4712, "fin_caractere_exclue": 4755, "texte": "comme il les fait d'habitude — horizontale­"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4814, "fin_caractere_exclue": 4851, "texte": "ment couchée dans un grand lit, et un"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4916, "fin_caractere_exclue": 4958, "texte": "grave docteur à côté du lit, lui tâtant le"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 5018, "fin_caractere_exclue": 5056, "texte": "pouls (à la belle petite, pas au lit)."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 5118, "fin_caractere_exclue": 5156, "texte": "— Vous êtes donc sortie en voiture dé­"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 5215, "fin_caractere_exclue": 5257, "texte": "couverte par ce froid, pour avoir un rhume"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 5320, "fin_caractere_exclue": 5360, "texte": "pareil ? — vient de demander le docteur."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 118, "fin_caractere_exclue": 146, "texte": "— Mais oui, répond l'enfant."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 208, "fin_caractere_exclue": 247, "texte": "— Ah ça, mais ! reprend notre confrère,"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 357, "fin_caractere_exclue": 395, "texte": "vous n'avez donc personne pour vous f."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 454, "fin_caractere_exclue": 465, "texte": "des gifles?"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 546, "fin_caractere_exclue": 585, "texte": "Eh bien, cette caricature me revient en"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 734, "fin_caractere_exclue": 776, "texte": "mémoire chaque fois que je vois une de ces"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 835, "fin_caractere_exclue": 873, "texte": "invraisemblances servir de thème à une"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 932, "fin_caractere_exclue": 973, "texte": "dissertation romantique. J'ai chaque fois"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1032, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "envie d'écrire à l'auteur. Ah ça 1 vous"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1130, "fin_caractere_exclue": 1172, "texte": "n'avez donc personne pour vous... je n'ose"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1277, "fin_caractere_exclue": 1321, "texte": "pas dire f       des gifles — mais pour vous"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1472, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": "remettre dans le droit chemin?"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1564, "fin_caractere_exclue": 1601, "texte": "Vous n'avez donc pas de médecin parmi"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1660, "fin_caractere_exclue": 1669, "texte": "vos amis?"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1732, "fin_caractere_exclue": 1772, "texte": "Tenez, par exemple, je viens de lire ces"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1831, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": "jours-ci en omnibus un roman intitulé :"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1983, "fin_caractere_exclue": 2022, "texte": "« Maigrichonne », par M. Paul Saunière."}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2130, "fin_caractere_exclue": 2171, "texte": "Un des épisodes du roman est le suivant :"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2234, "fin_caractere_exclue": 2272, "texte": "Une jeune fille de famille, ayant pour"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2331, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "compagne une autre jeune fille de son âge,"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2432, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "devient enceinte des œuvres d'un camarade"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2533, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "d'enfance, et accouche clandestinement,"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2632, "fin_caractere_exclue": 2673, "texte": "grâce à la connivence de l'amie et du mé­"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2733, "fin_caractere_exclue": 2779, "texte": "decin de la famille. Mais il faut faire dispa­"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2839, "fin_caractere_exclue": 2878, "texte": "raître l'enfant. Alors la jeune amie se"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 2938, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "charge de le transporter dans un village, à"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3041, "fin_caractere_exclue": 3086, "texte": "quelques lieues de là, et de le confier à une"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3146, "fin_caractere_exclue": 3187, "texte": "brave paysanne, qui l'élèvera. Malheureu­"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3247, "fin_caractere_exclue": 3288, "texte": "sement, l'enfant meurt en route. On jase,"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3348, "fin_caractere_exclue": 3390, "texte": "on accuse la jeune fille d'être la mère et"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3450, "fin_caractere_exclue": 3496, "texte": "d'avoir tué l'enfant ; trente-six heures après"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3556, "fin_caractere_exclue": 3598, "texte": "elle est en prison. — La justice charge un"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3658, "fin_caractere_exclue": 3701, "texte": "médecin d'éclaircir l'affaire. — Le médecin"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3761, "fin_caractere_exclue": 3801, "texte": "trouve que l'enfant est mort de sa belle"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3861, "fin_caractere_exclue": 3902, "texte": "mort, —voilà un premier point éclairci. —"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 3962, "fin_caractere_exclue": 4005, "texte": "Mais la jeune fille a déclaré n'être pas la"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4065, "fin_caractere_exclue": 4102, "texte": "mère de l'enfant. Comment s'y prendre"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4161, "fin_caractere_exclue": 4202, "texte": "pour savoir la vérité? Vous et moi, ayant"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4262, "fin_caractere_exclue": 4307, "texte": "à rechercher si une jeune fille est accouchée"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4366, "fin_caractere_exclue": 4409, "texte": "il y a trente-six heures, nous nous serions"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4469, "fin_caractere_exclue": 4509, "texte": "empressés de regarder d'abord son linge,"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4568, "fin_caractere_exclue": 4608, "texte": "dont elle n'a pu changer depuis au moins"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4667, "fin_caractere_exclue": 4711, "texte": "vingt-quatre heures, puisqu'elle est en pri­"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4770, "fin_caractere_exclue": 4813, "texte": "son, et, lui trouvant du linge propre, sans"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4872, "fin_caractere_exclue": 4915, "texte": "trace de lochies, aurions déclaré qu'il n'y"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 4974, "fin_caractere_exclue": 5017, "texte": "avait pas lieu de pousser plus loin nos in­"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 5076, "fin_caractere_exclue": 5115, "texte": "vestigations. Mais M. Paul Saunière est"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 5174, "fin_caractere_exclue": 5214, "texte": "plein d'incrédulité à l'égard des jeunes"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 5273, "fin_caractere_exclue": 5319, "texte": "filles, et fait tenir à son médecin d'étranges"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 5379, "fin_caractere_exclue": 5386, "texte": "propos."}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 96, "texte": "Le magistrat lui demandant si cette jeune"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 143, "fin_caractere_exclue": 180, "texte": "fille peut être la mère de l'enfant :"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 245, "fin_caractere_exclue": 285, "texte": "« A première vue, répond notre confrère,"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 323, "fin_caractere_exclue": 365, "texte": "je ne le crois pas probable. Elle ne porte"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 366, "fin_caractere_exclue": 408, "texte": "sur le visage aucune des traces que laisse"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 409, "fin_caractere_exclue": 448, "texte": "d'ordinaire un accouchement récent (Oh!"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 501, "fin_caractere_exclue": 540, "texte": "monsieur Saunière, si vous pouviez nous"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 595, "fin_caractere_exclue": 639, "texte": "dire quelles sont ces traces laissées sur le"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 670, "fin_caractere_exclue": 715, "texte": "visage, dans les cas où l'enfant ne vient pas"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 766, "fin_caractere_exclue": 808, "texte": "par l'oreille, quel service vous nous ren­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 956, "fin_caractere_exclue": 999, "texte": "driez!), et, comme l'enfant n'est guère âgé"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1095, "fin_caractere_exclue": 1139, "texte": "que de trente-six heures, il me paraît pres­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1236, "fin_caractere_exclue": 1275, "texte": "que impossible que cette jeune femme en"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1370, "fin_caractere_exclue": 1383, "texte": "soit la mère."}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1480, "fin_caractere_exclue": 1513, "texte": "— Est-ce chez vous une certitude?"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1611, "fin_caractere_exclue": 1647, "texte": "— Morale seulement, monsieur. La mé­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1742, "fin_caractere_exclue": 1782, "texte": "decine a, même pour nous, de telles sur­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1878, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "prises, qu'en matière scientifique nous ne"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1974, "fin_caractere_exclue": 2012, "texte": "pouvons nous prononcer affirmativement"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2068, "fin_caractere_exclue": 2110, "texte": "qu'après un examen attentif et réfléchi. »"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2167, "fin_caractere_exclue": 2204, "texte": "Que de précautions pour savoir si une"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2257, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "jeune fille vient ou non d'accoucher!"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2352, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "Et surtout quelle inhumanité de la part"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2443, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "de ce juge d'instruction ! Lui est convaincu"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2541, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "qu'il tient la mère de l'enfant, et, sans réflé­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2637, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "chir probablement qu'il n'est guère possi­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2728, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "ble à cette malheureuse de faire une longue"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2822, "fin_caractere_exclue": 2868, "texte": "marche, il la fait conduire à pied, entre deux"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2920, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "gendarmes à cheval, à la ville voisine, éloi­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3016, "fin_caractere_exclue": 3057, "texte": "gnée de plusieurs kilomètres; arrivée là,"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3111, "fin_caractere_exclue": 3153, "texte": "sans s'inquiéter autrement de son état, on"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3204, "fin_caractere_exclue": 3250, "texte": "la jette en prison, on l'y laisse trois jours,"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3300, "fin_caractere_exclue": 3342, "texte": "et on charge alors un second médecin de se"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3394, "fin_caractere_exclue": 3438, "texte": "livrer à cet examen attentif et réfléchi que"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3489, "fin_caractere_exclue": 3533, "texte": "le premier déclarait nécessaire pour se pro­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3580, "fin_caractere_exclue": 3622, "texte": "noncer. Et notre pauvre confrère, très em­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3675, "fin_caractere_exclue": 3716, "texte": "barrassé, d'après l'auteur, sans regarder"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3771, "fin_caractere_exclue": 3814, "texte": "seulement le linge ni sans vérifier l'odeur"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3869, "fin_caractere_exclue": 3910, "texte": "que devrait exhaler une accouchée de qua­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3962, "fin_caractere_exclue": 4006, "texte": "tre jours que cette odieuse justice a privée"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4053, "fin_caractere_exclue": 4097, "texte": "des soins de propreté les plus élémentaires,"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4146, "fin_caractere_exclue": 4188, "texte": "— notre pauvre confrère, dis-je, ne trouve"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4235, "fin_caractere_exclue": 4278, "texte": "encore rien de mieux à faire que de consta­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4329, "fin_caractere_exclue": 4376, "texte": "ter de visu l'état des choses. Mais il fut bien"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4388, "fin_caractere_exclue": 4432, "texte": "puni de sa curiosité, car il se cassa le nez"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4434, "fin_caractere_exclue": 4473, "texte": "contre une porte fermée et dut déclarer"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4475, "fin_caractere_exclue": 4513, "texte": "dans son rapport : « Que non seulement"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4571, "fin_caractere_exclue": 4611, "texte": "Marceline ne pouvait pas être la mère de"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4664, "fin_caractere_exclue": 4708, "texte": "cet enfant, mais encore qu'elle était vierge"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4754, "fin_caractere_exclue": 4794, "texte": "et par conséquent à l'abri de tout soup­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 142, "texte": "çon ». Heureusement pour elle, la pauvre"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 240, "texte": "enfant, car que fût-elle devenue, si c'eût été"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 292, "fin_caractere_exclue": 322, "texte": "une accouchée de quatre jours?"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 463, "fin_caractere_exclue": 500, "texte": "Cette invraisemblance n'a d'égale que"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 552, "fin_caractere_exclue": 594, "texte": "celle que M. Saunière a inaugurée à propos"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 646, "fin_caractere_exclue": 669, "texte": "de l'amie de Marceline."}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 724, "fin_caractere_exclue": 765, "texte": "Marceline, jeune fille honnête, bien por­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 817, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "tante jusqu'au jour de son prétendu accou­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 911, "fin_caractere_exclue": 955, "texte": "chement, est accusée d'être la mère de l'en­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1051, "fin_caractere_exclue": 1094, "texte": "fant, et tout le monde finit par le croire,"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1191, "fin_caractere_exclue": 1235, "texte": "malgré le certificat du médecin ;— son amie,"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1327, "fin_caractere_exclue": 1369, "texte": "au contraire, est malade pendant plusieurs"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1435, "fin_caractere_exclue": 1475, "texte": "mois, ne sort plus de sa chambre, accou­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1565, "fin_caractere_exclue": 1606, "texte": "che sans que son père ni ses nombreux do­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1699, "fin_caractere_exclue": 1741, "texte": "mestiques se doutent de rien, bien que son"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1834, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "amie fidèle soit en prison pendant ce temps"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 1929, "fin_caractere_exclue": 1973, "texte": "et ne puisse l'aider à faire disparaître les"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2025, "fin_caractere_exclue": 2067, "texte": "traces sanglantes et odorantes de l'accou­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2119, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "chement ! 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Et personne ne s'en"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2873, "fin_caractere_exclue": 2919, "texte": "étonne ! Puis, pour faire disparaître l'enfant"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 2971, "fin_caractere_exclue": 3015, "texte": "de la maison maternelle, il simule une botte"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3067, "fin_caractere_exclue": 3110, "texte": "d'herbes médicinales qu'il est venu collec­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3162, "fin_caractere_exclue": 3203, "texte": "tionner pendant trois jours dans les bois"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3255, "fin_caractere_exclue": 3298, "texte": "du voisinage, et l'enfant est ainsi emporté"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3350, "fin_caractere_exclue": 3392, "texte": "devant tout le monde, sans se plaindre par"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3444, "fin_caractere_exclue": 3487, "texte": "des vagissements bien naturels de cet enve­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 3539, "fin_caractere_exclue": 3578, "texte": "loppement herboristique. 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Il faut une fâcheuse disposi­"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4196, "fin_caractere_exclue": 4233, "texte": "tion d'esprit comme la mienne pour ne"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4285, "fin_caractere_exclue": 4327, "texte": "voir partout que le mauvais côté de toutes"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4379, "fin_caractere_exclue": 4386, "texte": "choses."}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4528, "fin_caractere_exclue": 4569, "texte": "Ainsi, par exemple encore, voici M. Jules"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4621, "fin_caractere_exclue": 4662, "texte": "Claretie qui, dans Jean Montas, introduit"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4714, "fin_caractere_exclue": 4751, "texte": "l'hypnotisme dans le roman, et un peu"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 4803, "fin_caractere_exclue": 4836, "texte": "aussi le roman dans l'hypnotisme."}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "Jean Mornas est un ancien interne des"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 144, "fin_caractere_exclue": 189, "texte": "hôpitaux très déclassé, qui, au lieu de cher­"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 241, "fin_caractere_exclue": 282, "texte": "cher d'attirer la clientèle par une bonne"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 338, "fin_caractere_exclue": 377, "texte": "tenue et des travaux sérieux, passe son"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 433, "fin_caractere_exclue": 473, "texte": "temps à pérorer au café en attendant une"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 529, "fin_caractere_exclue": 571, "texte": "occasion qui le tire enfin de son ornière."}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 625, "fin_caractere_exclue": 666, "texte": "Un beau jour, ou plûtot une vilaine nuit,"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 718, "fin_caractere_exclue": 759, "texte": "il rencontre une jeune ouvrière qui peu à"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 813, "fin_caractere_exclue": 855, "texte": "peu l'aime et se trouve être un sujet mer­"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 905, "fin_caractere_exclue": 933, "texte": "veilleux pour la suggestion."}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1000, "fin_caractere_exclue": 1036, "texte": "D'autre part, Jean Mornas connaît un"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1089, "fin_caractere_exclue": 1129, "texte": "vieux toqué de pseudo-savant qui demeure"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1185, "fin_caractere_exclue": 1228, "texte": "à Versailles et qui accumule des billets de"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1249, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "banque entre les feuillets de ses livres."}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1295, "fin_caractere_exclue": 1334, "texte": "Ceci donné, il suggère à la jeune fille"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1335, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "d'aller de Montmartre où elle demeure, à la"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1431, "fin_caractere_exclue": 1472, "texte": "gare Saint-Lazare, de là à Versailles, de"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1523, "fin_caractere_exclue": 1568, "texte": "s'introduire chez le vieillard à l'aide d'une"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1613, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "lettre que lui, Jean Mornas, lui a remise,"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1700, "fin_caractere_exclue": 1742, "texte": "de s'emparer des billets de banque, de re­"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1792, "fin_caractere_exclue": 1836, "texte": "venir à Paris, sans oublier la lettre, et de"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1887, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "lui apporter chez lui, rue Racine, les billets"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 1983, "fin_caractere_exclue": 2024, "texte": "de banque ; enfin, de retourner chez elle"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 2077, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "et de ne souffler mot de son équipée à per­"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 2170, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "sonne."}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 2268, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "Tout s'accomplit à la lettre; mais le vieil­"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 2357, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "lard, en voulant défendre ses billets de"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 2420, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "banque, est repoussé violemment par"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 2489, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "l'hypnotique, se casse la tête contre le lit et"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 2580, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "meurt. Cet incident qui n'était pas dans le"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 104, "fin_caractere_exclue": 142, "texte": "programme, amène des complications une"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 195, "fin_caractere_exclue": 239, "texte": "enquête a lieu, et on finit par découvrir la"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 291, "fin_caractere_exclue": 336, "texte": "coupable. 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Directeur : Adrien REMACLE ; rédacteur en\n chef : Edouard ROD. Abonnement pour la Belgique : 2 2 fr. Paraît\n le 25 de chaque mois. Bureaux: Paris, 2, rue de Tournon.\n\n                       revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\nrain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\npagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\nPrix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\nà Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant pour la Bel­\ngique : MAX W A L L E R .\n\n\n                    VIENT DE PARAITRE :\n\n                            NOTES\n                                 SUR LA\n\n\n\nLITTÉRATURE MODERNE\n                                   PAR\n\n                F R A N C I S       N A U T E T\n                       Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n\n\n                  VIENT       DE         PARAITRE\n      chez FRINZINE et KLEIN, 1, rue Bonaparte, à Paris.\n\n\n                     XIXe          SIÈCLE\n\n                LES ŒUVRES\n                                   ET\n\n\n    L E S HOMMES\n                                  PAR\n                 JULES BARBEY D'AUREVILLY\n\n\n             LES JUGES JUGÉS\n   UN    B E A U VOL.            IN-80.     PRIX     : FR. 7 - 5 0\n"}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1787, "texte": "LA REFORME, organe quotidien de la démocratie libérale.\n Rédaction et administration : 18, rue des Sables, à Bruxelles. Seul\n journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n province que pour la capitale, soit 1 2 francs par an. La Réforme\n publie en ce moment l'Oncle de Danielle d'André MOUÉZY, un roman\n dont la Jeune Belgique a signalé le mérite.\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n cines, 16, à Paris; publie LE VIOL, par Emile BERGERAT. Un nu­\n méro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs, en vente partout.\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN. Pré­\n face de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (4e édition).\n Un volume, Paris, librairie des auteurs modernes, fr. 3 - 5 0 .\n\n\nLUTECE, journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo TRE-\n ZENIK, secrétaire de la rédaction : Georges RALL. Bureaux : boulevard\n Saint-Germain, 16, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n la Belgique : le port en sus.\n\n\nLES DELIQUESCENCES, poèmes décadents\n d'Adoré FLOUPETTE. Un volume, Paris, Léon Vanier, fr. 3 - 0 0 .\n\n\nL E S      D R A M E S             D U       C Œ U R , par Jeanne DU­\n CHARME. Préface d'Arsène Houssaye. Un volume, Bruxelles, Maheu,\n fr. 3 - 5 0 .\n\n\nLE PROGRES ARTISTIQUE , musique, littéra-\n rature, Beaux-Arts. Paraît chaque vendredi. Victor SOUGHON, fonda­\n teur; BERTOL-GRAIVIL, rédacteur en chef; Marc SONAL, secrétaire de\n la rédaction. Ab onnements pour la Belgique: 1 5 fr. l'an. Bureaux:\n Paris, 24, rue des Martyrs.\n\n\nLA MINERVE, revue moderne artistique et littéraire,\n paraissant le 25 de chaque mois. Directeur : Charles BUET. Abonne­\n ment pour la Belgique : 1 8 fr. Bureaux : Paris, 18, avenue de Breteuil.\n\n      Bruxelles. — Imprimerie FÉLIX CALLEWAERT père, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 426, "texte": ""}, {"page_pdf": 427, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                       REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\nparaissant   le 1er de chaque mois en livraisons de 40 pages au moins et formant   au bout\n                        de l'année un superbe volume de 600 pages.\n\n\n                 MEMBRES FONDATEURS\n     MM. ANDRÉ COLLARD, à Herstal; OSCAR COLSON, à Vottem\n                 GEORGES DESTRÉE, à Bruxelles\n    EDOUARD D E WINTER, à Bruxelles; C H . GUILLE, à Bruxelles\n       PETRUS PIRUS, à Gand; HUBERT VAN DIJK, à Bruxelles\n                                  ABONNEMENTS :\n              Belgique : Un an, 5 francs. — Etranger : Un an, 7 francs.\n   Bruxelles: Administration, 26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n\n                               A V I S\n  Nous avertissons nos amis et collaborateurs que la copie de La Jeune\nBelgique doit nous être adressée au plus tard le 22 du mois. A partir de\ncette date, elle sera remise au numéro suivant. Nous sommes obligés de\nprendre cette mesure afin d'éviter des retards à l'avenir.\n\n   Nous portons à la connaissance des abonnés de l'ex-Revue des Livres et\ndes Estampes, dont nous ferons le service jusqu'au I er septembre prochain,\nque, moyennant l'envoi de la somme de 7 FRANCS, nous continuerons à\nleur adresser la Jeune Belgique j u s q u ' a u 3 1 d é c e m b r e 1 8 8 6 . Ils\nrecevront donc la Jeune Belgique gratuitement pendant le dernier trimestre\nde l'abonnement courant. — S'adresser à M. Hubert Van Dijk, 26, rue de\nl'Industrie, à Bruxelles.\n\n                              BOITE AUX L E T T R E S\n  52. M. ARNOLD G. Nous ne comprenons de votre lettre qu'une chose, c'est qu'elle est\nfort inutilement impertinente et que vous nous appelez à tort : cher confrère. Nous ne\nvous sommes pas cher et nous ne vous chérissons pas, n'ayant pas l'honneur plus que le\ndésir de vous connaître. Si l'on nous a envoyé sous le nom de G. Lequennois de la prose\nqui est vôtre, nous regrettons l'indélicatesse de l'emprunteur, mais cette prose n'en est\npas meilleure pour cela et il eût été mieux que modeste de ne pas la revendiquer sur un\nton peu courtois étant donné que nous avons, je pense, des amis communs. Je vous\nsalue P. P. C.\n  53. PAUL D. VOS deux sonnets Souvarine et Bonne mort sont incorrects\n                        Où s'endort le soir le soleil détesté\nmanque d'un pied.\n                        Il semble étouffer la grande plainte humaine\nmanque d'un pied.\n  De plus il y a dans vos vers trop de ces mots clichés que l'on sert avec tant de prodi­\ngalité dans la poésie actuelle : bain pourpre, rouge flamboi, etc. Les mots s'usent,\nquelque évocatifs qu'ils soient, pour avoir trop servi.\n  54. ALBERT C. Reçu vos vers. Essayez la peinture ou la musique. Le succès est peut-\nêtre là.\n   55. C. A. D., Anvers. Vous vous trompez. La Basoche n'est pas notre adversaire et\nnous avons avec elle plus d'une sympathie. Elle marche allègrement vers sa deuxième\nannée et se porte très bien. Vale.\n   56. KEEPSAKE. Non, confrère, ininsérable Mauvais.\n   57. FERN. S., Zuen. Bon. Passerez dans le prochain» Signez-vous?\n   58. M. VAN SICH., Anvers. Votre libraire est un idiot, dites-le lui. Le Vice suprême est\nen vente à Bruxelles ; pas plus tard qu'hier, nous en a\\ ons vu un exemplaire chez Istace.\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                LYSIANE DE LYSIAS\n\n                                                      A JOSÉPHIN   PÉLADAN.\n\n\n\n\n                                 Assez, dit-elle, en se renversant avec lassitude\n                            dans le haut fauteuil ancien ; assez, ne me parlez\n                               plus de vos jeunes filles, de vos vierges, de vos\n                               niaises, de vos petites sottes, que vous épousez\n                              un beau soir, après vous être raffinés dans nos\n                            amours ; ne me parlez donc plus de tout cela,\n                                 mon cher ! »\n                                    Et Lysiane se tut de nouveau, perdue\n                                 dans ce rêve incessant qui rendait plus\n                 sombre encore son nocturne regard.\n                    Dans la vaste salle tendue de Gobelins, où la lampe juive\n                 à sept branches coulait une lumière pensive, ces deux êtres\n                 silencieux complétaient merveilleusement le décor. Cette\n                 chambre vaste évoquait les tableaux de Rembrandt le\n                 Maître, et l'on eût dit que la pensée y devait être aussi\n              déployée toute grande, comme les rideaux lourds et comme\n              les fabuleuses scènes des tapisseries.\n                 La comtesse Lysiane la tenait, cette demeure, de toute\n              une lignée d'aïeux, et, dans le fauteuil de Cordoue, qu'elle\noccupait de préférence, elle savait que des ancêtres héroïques s'étaient,\ncomme elle en ce moment, reposés, et que leur âme hautaine planait tou­\njours dans l'air tiède du logis.\n                                                                        25\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "                                   — 390 —\n\n   Veuve et trentenaire, la comtesse n'avait jamais songé à se remarier. Elle\ns'était, de jour en jour davantage, retirée du monde, et, cloîtrée dans ce châ­\nteau séculaire, s'y était fait une vie de méditation, d'étude et de volupté.\n    Elle eut des amants sans nombre, qu'elle rejeta tour à tour, ne les aimant\nque par le corps, mais gardant pour elle seule son âme enfermée.\n   Elle étudia le vice, en l'expérimentant, parvint, avec des délicatesses d'ar­\ntiste rare, à lui faire donner tout ce qu'il possède, et ses intimes ne l'avaient\njamais qu'à demi comprise, tant profonde était la mystérieuse évolution de\nses sens.\n   L'homme qui, assis à ses pieds sur un tabouret, regardait cette femme\nétrange dont le visage s'éclairait et rougissait aux brusques flambées de\nl'âtre, était son dernier amant. Ensemble ils avaient parcouru le cycle des\njoies charnelles; ils s'étaient mutuellement initiés aux lancinantes dou­\nceurs, ensemble ils avaient dormi les longs sommeils où le songe s'illumine\ndans la fatigue ineffable de la matière.\n   Et maintenant que le terme était venu, que Lysiane, avec la surprenante\nclairvoyance de la femme, avait clos sa robe comme on ferme une prison,\navant la venue du Dégoût suprême, il venait une dernière fois vers elle pour\nrompre les ultimes attaches, et qui sait? ressaisir dans un regard, dans une\nintonation les réalités intenses dont la volonté despotique de la comtesse\nl'avait à tout jamais sevré !\n   — Alors, dit-elle, vous songez sérieusement à vous marier, à épouser\nune fortune doublée d'une jeune fille?\n   — Vous faites erreur, dit Grégory d'une voie tremblée, j'épouse la femme\net non la fortune dont je n'ai que faire, étant riche moi-même. J'ai bien\nraisonné ce que vous prenez pour une folie ; je me marie parce que, après\nvous, je ne trouverai pas de maîtresse. Oh ! ne souriez pas, ce n'est pas un\ncompliment, et vous le savez bien ! Après vous, les plaisirs n'existent plus,\net deux mois de votre amour valent une vie.\n   — Et vous voulez en recommencer une autre, gourmand! répondit\nLysiane avec un sourire.\n   — Non, je veux me tailler une tombe vivante qui ne me fasse pas mal !\n   — Le mariage ?\n   — Pourquoi pas ?\n   — Parce qu'on ne vous y laissera pas dormir?\n   — Qui?\n   — Celle que vous épouserez, d'abord, et qui vous révoltera de banale\nréalité, et...\n   — Et? et vous, n'est-ce pas, qui me tourmenterez de souvenir?\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "                                 — 391 —\n\n   Lysiane ne répondit pas, mais une vague ironie plissa ses lèvres. En ce\nmoment elle lui sembla,— dans son mutisme, immobile, les cheveux noirs\nrelevés en une torsade japonaise piquée de deux longues aiguilles à boules\nde corail, les yeux sombres, la taille allongée comme une amphore, les bras\nnus sous les manches de velours frappé, — elle lui sembla une sorte de\n Pythie moderne, mystérieuse comme l'antique et, comme elle, clair­\nvoyante.\n   — Mon brave Grégory, je ne puis pas vous empêcher d'aimer dans le\npassé; le souvenir est une fatalité qu'on n'évite point; tâchez seulement\nd'avoir la paix de la vie, à défaut de l'amour, et soyez grand, ne faites\npas souffrir l'enfant qui sera votre compagne; je ne puis rien vous dire de\nplus.\n   La comtesse se leva, Grégory fit de même et prit la main de Lysiane\npour la baiser.\n   — Non, répéta-t-elle, ayez la paix dans la vie, serrons-nous la main\ncomme des amis ; plus de baisers.\n   Il alla vers la porte, et, une dernière fois, regarda la comtesse Lysiane ;\npuis il sortit avec la vision d'une femme sombre dressée comme un fantôme\ndans la lumière d'un lustre à sept branches.\n   Lorsque Grégory eut disparu, la Superbe se rassit lentement, et, de nou­\nveau, devant le feu dont les bûches s'écroulèrent avec un jaillissement\nd'étincelles, dans la solitude immense de la nuit, elle fixa son regard et\nlaissa son âme errer vaguement, pensivement...\n\n\n\n   Le duc Grégory s'en était allé sans révolte.\n   Depuis deux mois qu'il s'était jeté dans l'amour de Lysiane, il avait com­\npris toute la volonté tenace de la comtesse et l'irrévocable de ses arrêts. Ne\nlui devait-il pas ce qu'il n'aurait jamais espéré? le suprême amour? et pou­\nvait-il croire à l'éternité de cet amour, alors que déjà ces soixante jours\navaient plié son corps et cassé ses nerfs ?\n   Il s'en alla, résigné, vidé d'horizon, la tête tournante et perdue, avec,\nseulement, un large retour sur les premières et des dernières heures passées\navec Elle. Elle, il redisait Elle, ne pensant pas qu'il y en eût Une Autre,\nl'appelant en lui-même La Femme, la Seule, en qui se concentrait toute la\nFemme, la Femme universelle. Comme une liqueur très violente dont une\ngoutte eût suffi à parfumer un lac, Elle avait en quelques jours mis Son\nempreinte dans sa vie entière, en avait rempli tous les recoins.\n   « Qu'importe, se dit-il, en descendant le grand escalier de marbre, qu'im-\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "                                 — 392 —\n\nporte ce mariage? et pourquoi ne le consommerais-je point? J'aimerai\ncomme tout le monde, et la nouvelle venue ignorera que l'on puisse aimer\nautrement. »\n   Et il haussa les épaules, raillant malgré lui, avec une joie égoïste, la\nfuture qui ne savait pas, qui ne pouvait pas savoir.\n   Au pied de l'escalier, que deux torchères niellées inondaient de lumière,\nun valet remit à Grégory sa pelisse et lui ouvrit la portière de sa voiture\nqui venait d'avancer dans le vestibule. Les deux larges battants de la porte\ns'ouvrirent et l'équipage s'enfonça dans la grand'route. A droite et à gauche,\nla forêt de Soignes s'étendait dans la nuit, et, seul, le roulement rapide du\ncoupé résonna dans le silence de Rouge-Cloître.\n   Une heure après, le duc s'arrêtait à la sortie de l'Avenue du Bois de la\nCambre et, après un ordre donné au chasseur, se dirigeait à pied vers la\nPlace Royale. A ce moment, des flocons de neige se mirent à tomber avec\nlenteur; le duc hâta le pas; il descendit la Montagne de la Cour jusqu'à un\npetit bar anglais où, depuis toujours, ses amis se réunissaient chaque soir à\nla sortie du théâtre de la Monnaie. Il n'y avait personne dans la première\npièce ; derrière le comptoir encombré de flacons et de victuailles, le patron\nsommeillait, le coude appuyé sur le zinc, tandis que, renversé sur une chaise\n appuyée au mur et les cheveux frottant le plâtre, le garçon faisait de\n même. Tous deux se levèrent en sursaut lorsque Grégory fit son entrée.\n   — Monsieur le duc, firent-ils ensemble.\n   — Ces Messieurs sont-ils là?\n   — M. van Steen, M. d'Astor, M. Clergery, M. de Leuze, M. Pablo,\n M. Cuaras, et ces dames, débita vivement le garçon.\n   Grégory ouvrit, au fond du café, une porte barrée de cette inscription :\n SOCIÉTÉ PRIVÉE, et se trouva dans une chambre bleue de fumée, où,\n autour d'une table, un groupe de jeunes gens jouaient à l'écarté. Derrière\n deux d'entre eux, penchées sur leurs épaules, deux femmes suivaient le jeu,\n désignant parfois du doigt une carte, et s'impatientant.\n   Lorsque le duc entra, les cartes s'abattirent.\n   — Hallo! cria-t-on, Hamlet, Lazare! d'où sors-tu, prodigue?\n   — Moi, mais du haut de la ville !\n   — Un haut qui est perdu dans le bois, n'est-ce pas, veinard? On sait d'où\n vous venez...\n   — Eh bien alors ?\n   — Alors nous voulons te faire avouer...\n   — Que je viens du château de Rouge-Cloître, de chez Mmc de Lysias,\n que j'y ai été beaucoup pendant les derniers temps, mais oui, pourquoi pas?\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                                  — 393 —\n\n   Les deux jeunes femmes levèrent la tête, en souriant avec ironie.\n   — Vous autres, dit Grégory brutalement, bas les pattes et motus,\nn'est-ce pas?\n   Oui, continua-t-il, j'aime beaucoup Mme de Lysias et je passe souvent\nmes soirs auprès d'elle. Nous faisons de la musique et nous causons. Vous\nsavez si sa conversation est charmante; elle est spirituelle, très instruite...\n   — Bas-bleu, fit Clergery.\n   — Savante, tout au plus...\n   — Et cela t'a pris comme cela, tout à coup, la musique et la causette?\n   — Ah ça! voyons! vous voulez me confesser avant Pâques? Vous riez,\nje pense! Frédéric! un grog au gin! Qui tient le louis? Non, pas vous,\nMonsieur Clergery, ajouta-t-il en regardant fixement celui qui tenait les\ncartes, pas vous.\n   Le cercle se composait de tous gens du high-life bruxellois, panaché de\nrastaquouères, les uns affinés superficiellement par la vie de salon dans les\nambassades, les autres, au contraire, non encore dégrossis et gardant les\nfaçons rondes de l'étudiant. Cuaras, un fils de gros fermier de Buenos-\nAyres, était arrivé à Bruxelles fourni d'argent, qu'un ami malin — Clergery,\nson alter ego — l'aidait à dépenser. Clergery était, au demeurant, le seul\nêtre officiellement taré du groupe, où il n'était entré qu'à force de courbettes\net de petits services douteux qui l'avaient peu à peu rendu indispensable.\nVan Steen, descendant d'une des plus nobles familles de Flandre, de Leuze,\nun comte romain, et le duc Grégory de Perriane étaient les seuls Belges du\ncercle, qui ne comptait d'assidus que les sept jeunes gens que nous trouvons\nréunis au début de ce récit. D'Astor, parisien de race, avait émigré après\nla Commune, et Pablo de Drasz attendait, pour retourner en Roumanie,\nd'avoir son grade d'officier à l'école de cavalerie belge.\n   Grégory, sans en avoir le goût, s'était accoutumé aux veillées passées\ndans ce petit bar où les échos du grand monde arrivaient, portés on ne sait\ncomment, par des indiscrétions d'amants éconduits ou de maîtresses déçues.\nSa distinction s'était révoltée lorsque, au premier groupe où la sévérité de\nl'admission était excessive, s'était, par un relâchement qu'il déplorait,\najouté ce flot d'exotiques venus de si loin qu'on ne pouvait contrôler leur\npassé. « Ils viennent de pays avec lesquels nous n'avons pas de traité\nd'extradition », disait-il avec humeur.\n   Clergery surtout l'avait mis en défiance ; il éprouvait une haine instinctive\n pour ce vieux jeune homme d'une naissance multiple, d'une éducation vul­\ngaire, d'une position louche de petit journaliste mâtiné de souteneur, qui\nvivait d'expédients et de parasitisme. La conversation de mauvais goût.\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "                                  — 394 —\n\npleine de mots crus et d'argot de coulisse, qu'affectait de prendre continuel­\nlement Clergery, créait entre ces deux hommes de natures si opposées une\nguerre sourde qui parfois éclatait en dédains superbes de la part du duc,\nen insinuations sifflantes de la part de Clergery. La présence inévitable de\ncelui-ci avait surtout éloigné des réunions nocturnes le dernier descendant\ndes Perriane. Parfois, écœuré, le duc s'en était allé, seul, dans la nuit\nfroide, avec une lourde impression de fatigue, et le besoin d'autre chose\nqu'il ignorait; et tout à coup sa rencontre avec Mme de Lysias avait rompu\nce commencement de spleen, donné le coup de fouet, rendu à l'âme errénée\nde Grégory sa fraîcheur et son intensité. Dans les longues soirées qu'il avait\npassées à ses pieds, dans la contemplation de sa parole, il s'était réveillé de\nla routine somnolente de sa vie. Lysiane lui avait révélé le bonheur de\nl'intelligence, en même temps que la joie de la chair, et lui, qui naguère ne\ntrouvait dans ses « conquêtes » qu'un assouvissement physique, avait eu\npendant deux mois entiers la révélation de l'être complet dont la partie\nspirituelle relève et sublimise la volupté des sens. Souventes fois, la nuit,\ndans la vaste chambre de la comtesse, où traînait continuellement un vague\nparfum d'ambre et de moskari, après quelques heures de sommeil, ils\ns'étaient levés tous deux, et, devant le feu qui, de même que la veilleuse,\ncomme dans les temples, ne s'éteignait jamais, leurs paroles s'étaient\nrépondues, ainsi que leurs pensées. Par une sorte d'émulation incessante,\nils faisaient alors assaut, — non pas d'esprit, cette profanation de l'amour,\n— mais de profondeur sentimentale, et, comme le néophyte d'une religion\nmystérieuse, il avait pénétré par une série de troublantes initiations dans le\ntemple fermé par mille portes d'or où Lysiane avait cloîtré le fin fond d'elle-\nmême.\n   Aussi, lorsque Grégory, après son absence prolongée, se retrouva dans\nl'ancien cercle devenu banal, d'une banalité qu'il n'avait jamais qu'entrevue,\néprouva-t-il un insurmontable haut-le-cœur. Ainsi que sur sa noblesse héré­\nditaire, il eut la perception d'avoir en lui un blason moral, une dignité\nnouvelle écussonnée d'azur et d'argent, qui le mettait au dessus de toute\ncette société douteuse qu'il ne pouvait plus comprendre.\n   Ce soir-là surtout, il regretta d'avoir terni sa méditation souvenante au\ncontact de ces messieurs. Il eut un remords de ne pas, venant de chez\nLysiane, être rentré dans sa demeure pour y causer avec lui-même, le seul\nêtre dont, après la comtesse, il pût aimer la solitaire compagnie. Il lui sem­\nblait, qu'en un quart d'heure bête, il avait profané l'idole de son cœur, celle\nqu'il jurait de conserver dans une atmosphère occulte de vénération et\nd'amour.\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "                                 — 395 —\n\n\n   Après avoir perdu quelques louis, le duc serra distraitement la main de\nde Leuze et de van Steen, puis, ayant lancé d'un geste à la ronde son\nbonsoir, sortit.\n   Les rues étaient désertes ; la neige maintenant tourbillonnait avec rage et\nGrégory dut se comparer à cette rafale soudaine.\n   N'avait-il pas aussi, lui, dans son cœur une tempête qui, apaisée, ne\nlaisserait au fond de sa vie qu'un linceul blanc, qu'un froid suaire?\n   Au coin de la rue Villa-Hermosa, une femme grelottante l'arrêta, d'une\nvoix craintive. Il la regarda, sans comprendre, et continua sa route avec\nlenteur; plus rien ne pouvait à présent le distraire de sa pensée tendue,\nexaspérée vers le bois de Rouge-Cloître, là-bas... La neige tombait, très\nlentement, par minutes, et comme désolée de quitter les nues...\n   Le duc hâta le pas pour s'arrêter devant la porte de son hôtel de la rue\nMontoyer où, depuis la mort de son père, il vivait dans la solitude de ses\nvingt-huit ans. Il entra. La large allée cochère lui sembla plus froide que\njamais. Un lustre éclairait les murs de marbre rose. Le silence devint sonore.\n   Les pas de Grégory roulèrent dans la voûte. Il monta. Au premier étage,\nun laquais lui présenta les journaux, il les prit, puis entra dans son cabinet\nde travail et, les pieds au feu, encore enveloppé de sa pelisse, il regarda —\ntrès loin....\n\n                                     II\n\n   La jeune fille que l'on destinait au duc de Grégory était, elle aussi, de\nnoble famille.\n   Christine de Silvère avait passé sa courte jeunesse — elle avait dix-neuf\nans — sous les yeux de sa mère, qui ne voulait pas la commettre avec les\npetites bourgeoises des Sacré-Cœur. Jolie, avec sa chevelure cendrée dont\nles ondulations avaient des reflets de bronze, elle possédait la plus aristo­\ncratique éducation, n'ayant jamais été dans ce qu'on appelle le monde. La\nbaronne de Silvère était trop délicate de goût pour ne pas comprendre\nqu'une tache de regard souille, dans les bals, les blanches épaules des\nvierges, et, malgré les coutumes reçues, s'opposa toujours, non seulement\nau décolletage, — ce commencement d'abandon — mais à la danse — ce\ncommencement de possession.\n   Christine vécut donc dans un milieu choisi, n'entendant que ce qu'elle\npouvait entendre de la conversation que l'on tenait tous les soirs dans le\nsalon de sa mère. Cependant, malgré ses précautions puritaines, la baronne\nne put empêcher la jeune fille de s'initier aux coquetteries, au flirtage, à\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "                                   — 396 —\n\ntoute la jolie comédie de la société. Parmi les assidus de ses réceptions, le\ncomte d'Astor et le duc de Perriane avaient longtemps rivalisé de galanterie\navec la jeune baronne de Silvère. C'était, d'ailleurs, le seul salon où Gré­\ngory pût se plaire. A dix-neuf ans, pris de cette envie de tout voir et de tout\nentendre, que l'on éprouve au sortir du collège, il s'était fait aisément ouvrir\ntoutes les portes, et, pendant deux ans, n'avait pas omis une seule soirée.\nMais, de jour en jour, lui monta au cœur ce dégoût de la société mondaine\noù l'on ne voyait en lui qu'un incomparable « parti ».\n   A de rares intervalles, il rencontra des communautés de sentiment et\nd'aspirations, mais la plupart des gens qu'il coudoya ne lui découvrirent\nque l'affreux vernis à la mode, le chic, l'esprit de petite marque. Les jeunes\nfilles surtout l'horripilèrent; les unes lui semblaient rouées, sans même être\nvicieuses, les autres innocentes sans chasteté. D'aucunes s'abandonnaient\navec mollesse entre ses bras, dans le balancement de la valse, comme pour\navoir l'avant-goût du lit conjugal, mais cette troublante et dangereuse\nna'iveté se gâtait aussitôt par des paroles niaises, des réponses banales ou\nde sottes questions sur la danse et la musique. Parfois le duc, à les voir,\ns'était demandé comment un homme d'esprit élevé pouvait songer au\nmariage, et, sceptique par défiance, il ne comprenait pas. Aussi, lorsque\ndans ses rares tête-à-tête avec la mère de Christine, il avait abordé ce sujet,\nles discussions avaient-elles été très vives de part et d'autre.\n   — Ce qui fait la joie de l'homme dans le mariage, disait la fine baronne,\nc'est d'initier la jeune compagne qu'il prend à l'amour parfait. Tout en res­\npectant sa pudeur, il la mène par la main dans des voies inconnues pour\nelle, il la surprend sans l'effrayer, la domine sans tyrannie, en fait non sa\nchose mais son soi-même, à tel point qu'un jour ils ont si bien échangé\nleurs âmes, que la volonté des deux devient une, quoique double, en une\nsorte de dualité mystérieuse.\n   — Vous êtes séduisante non seulement pour vous, baronne, mais pour\nles autres, avait répondu Grégory, mais l'homme n'arrive pas neuf dans le\nmariage, il sait, lui; apportera-t-il aussi ses vices qui ne sont que de...\nl'érudition, et fera-t-il de sa femme sa maîtresse?\n   — Assurément non.\n   — Alors, invinciblement, l'époux regrettera ce qu'il quitte et qu'il con­\nnaît, devant ce qu'on lui livre à l'aveuglette, et avec des restrictions à la clé.\n   — Mauvais sujet!\n   — Mais non! ma femme étant ma maîtresse, moi, son mari, je serai son\namant. (Calino vous dirait cela). Dès lors, nous serons mauvais sujets de\nconcert...\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "                                  — 397 —\n\n    — Concert est joli !\n    — Vous ne répondez pas...\n    — Mais vous sapez le mariage !\n    — Une des plus sottes institutions qui soient — après la laideur ! riposta\n en riant le duc.\n    — Alors vous ne vous marierez pas !\n    — Un beau jour, peut-être.\n    — Quand vous serez perclus, c'est cela; les maîtresses, c'est le gingembre,\nles femmes, oh! les femmes, de l'eau de mélisse tout au plus, pour remettre\n l'estomac.\n    — C'est ainsi !\n    — Taisez-vous, voici Christine; si elle vous entendait !\n    — Bonjour, monsieur, fit la jeune fille en tendant la main à Grégory ;\nvenez-vous ce soir au Parc Léopold; ce sera très joli, le Sporting-Cliib\norganise une fête, on patinera à la lumière électrique; j'ai déjà un engage­\n ment pour un tour de lac avec M. d'Astor.\n    — Vous le savez, mademoiselle, d'Astor et moi sommes vos féaux ; vous\nme donnerez le second tour ?\n    — C'est cela, à ce soir ! et, légère, Christine disparut derrière une por­\ntière.\n    — Eh bien ! Grégory, vous ne croyez pas qu'on puisse être heureux avec\nune enfant pareille? Je fais l'article, n'est-ce pas, comme ils disent ici, mais\nenfin ! mettons que vous ne me connaissiez pas.\n    — Oh ! baronne, c'est bien difficile à mettre, cela !\n    — Que voilà un compliment vraiment mondain; deviendriez-vous sot?\n    — Je me prépare au mariage ! dit le duc en baisant la main de Mme de\nSilvère\n    Et, de fait, depuis ce jour, il y avait songé, à ce mariage, à cette fin de\njeunesse, effrayante en son mystère. Lysiane fut son dernier essai d'amour\nlibre, épreuve trop pénétrante pour qu'il l'essayât encore avec une autre.\nLentement, sans abdiquer ses idées aux pieds de la baronne, il l'amena à le\ndésirer presque pour gendre, tant, à côté de ses révoltes, de ses haines, de\nla rareté sombre de ses sentiments, il avait de droiture et de gentilhom­\nmerie. Au moins, se dit la mère de Christine, l'enfant aura-t-elle un homme\nde grande race qui ne faillira point.\n    Et, peu à peu, elle s'accoutuma à cette idée, puisant des sécurités nouvelles\nà chacune des causeries qu'elle eut avec le duc. Grégory, de son côté,\namenait doucement Christine à lui, avait pour elle des tendresses plus\npaternelles que passionnées, au point de lui parler de la vie, de la grande\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "                                   -   398    -\n\nbataille de l'heure, de choses graves et méditatives, au lieu de s'adoucir\nen paroles amoureuses, en baisers de voix, en sentimentalités d'idylle.\nRarement seul avec elle, il lui parlait, en se tournant vers la baronne,\nqui trouvait adorable et d'un exquis dandysme, cette cour indirecte et\ncomme tamisée par elle. La jeune fille écoutait les causeries, devenue plus\nsérieuse déjà, en écoutant ces deux êtres l'un mûri par l'âge, l'autre jeune\net fort, mais mûri par la vie, quelque courte qu'elle eût été.\n   — Vous avez l'air si jeune, bel imberbe! disait la baronne au duc.\n   — Ma moustache s'est trompée, répondit Grégory, elle pousse en dedans !\n    Peu à peu, il vint à s'intéresser au travail d'initiation qu'il avait entrepris\navec la baronne. Un instant il crut que Lysiane avait disparu de sa pensée,\ntant son intérêt — qu'il était prêt à prendre pour un commencement de\npassion — se portait vers cette élève qu'il guidait en la route compliquée de\nses propres sentiments.\n   Lysiane m'a parlé de la paix du cœur, ne l'ai-je point, se dit-il, et\nrasséréné, tranquillisé par une vision de conjugalité placide, où des préoc­\ncupations apaisées lui feraient les heures sans trouble, le duc apaisa ses\ncraintes et doucement se fit à l'idée d'une union prochaine avec Christine\nde Silvère.\n    Le mariage eut lieu sans bruit. « Lorsqu'une baronne de Silvère épouse\nun duc de Perriane, avait dit la mère de Christine, il n'y a que les rois ou\nles artistes qui soient dignes d'assister à la cérémonie ; or, les rois ne sont\npas assez artistes et les artistes ne sont pas assez rois ! »\n    Au moment où finissait le repas ordinaire — car rien n'avait été ajouté\nau dîner somptueux de chaque jour, — d'Astor qui, avec deux ou trois\nvieux amis de la maison, le comte de Landen, ancien ministre, le général\nretraité Carmot et le médecin de la famille, François X***, composaient la\nréunion, d'Astor s'approcha de Grégory, et, d'une voix qu'il essaya de faire\ntrès calme, lui dit :\n    — Tu sais, Grégory, que j'ai, comme toi, aimé Christine; c'est toi qui\ntriomphes et je n'ai rien à dire, tâche de la rendre heureuse.\n    Ils se regardèrent un instant, les yeux fixes comme s'ils eussent voulu\nvoir au fond d'eux-mêmes, puis, froidement et en silence, ils se serrèrent\n les mains.\n    Jacques d'Astor, comme Grégory, de bonne famille, avait plus que lui\n aimé Christine, et plus simplement. Les tempêtes de la vie n'avaient pas\nébranlé sa conscience, puisque, depuis deux ans seulement, il avait quitté le\nchâteau qu'il habitait au cœur de la forêt des Ardennes, pour venir habiter\n Bruxelles et en voir le monde. Il fut donc, comme les gentilshommes cam-\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "                                  — 399 —\n\npagnards, un simple du vice qu'il ne fit que coudoyer, et lorsqu'il songea à\nChristine, ce fut avec une presque candeur. Souvent il avait eu avec le duc\nde Perriane des discussions interminables à propos de cette candeur — le\nmot est-il juste? — qu'il gardait intacte en lui.\n   — Nous sommes en pleine décadence des races, disait Grégory.\n   — Parle pour toi, ripostait d'Astor, je n'admets pas cette prétendue\ndécadence que vous nous jetez à la tête comme un défi. Les poires n'ont\npas à se vanter d'être blettes.\n   — Non, mais le faisan peut se vanter du parfum de sa pourriture.\n   — Pourquoi parlez-vous de décadence, nous sommes des éteints et des\ndésolés pour vous autres, et vous gobez avec une douce naïveté les fumis­\nteries de votre littérature. On vous met en main et dans la tête des cho­\nsettes intitulées A Rebours ou autre chose, vite ! vous criez par portes et\nfenêtres : Nous décadons, vous décadez, ils décadent! tiens, tu me fais\nsuer! Mais je ne décade pas, moi; je suis très solide, moi, de corps et d'esprit,\nje fais bras de fer pour l'un et pour l'autre mon devoir, je n'ai pas de vices\nbiscornus, j'ai des sens qui sont pleinement satisfaits par les assouvisse­\nments normaux, et quand vous venez me parler d'androgynes, de lesbisme,\nde sodomisme et d'un tas d'inventions byzantines ou autres, j'ai envie de\nvous dire : allez vous laver ! ils peuvent aller à Jéricho, vos décadents! cela\nn'empêchera pas un tas de bonshommes comme moi d'en faire d'autres;\nvotre décadence, c'est une excuse pour ne plus...\n   Ces discussions entre les deux hommes avaient naturellement servi à les\nréunir davantage. Brusques et de langage libre, entre eux, ils apportaient\nchez la baronne un raffinement contrastant de causerie élégante, et leur\ndiscrétion avait été jusqu'à ne faire leur cour à Christine que l'un devant\nl'autre, en sorte que, quoique adversaire de l'autre, chacun pût marquer\nles points.\n   Lorsque le mariage fut décidé, d'Astor admit sans révolte sa défaite,\nmais, avec une sorte de dévouement religieux, il voulut veiller de loin sur\ncelle qu'il avait choisie et qu'un autre avait prise. Cette espèce de surveil­\nlance à distance lui fut d'autant plus aisée qu'il ne perdit pas un instant de\nvue les jeunes mariés. Ceux-ci, en effet, ne firent point de voyage de noce.\nAinsi, d'accord avec Grégory, en avait décidé la baronne de Silvère : les\nvoyages de noces, disait-elle, sont un peu comme ces vins qu'on vide avant\nqu'ils n'aient eu le temps de se parfumer; c'est la gloutonnerie de l'amour.\n   Cette gloutonnerie, le duc de Perriane ne l'eut pas. Avec une discrétion\nrespectueuse il fit une femme de cette vierge qu'on avait livrée au gentil­\nhomme plus qu'à l'époux, et dont on attendait plutôt une amitié amou­\nreuse qu'une passion d'amant.\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "                                  — 400 —\n\n   Christine ne fut point surprise. Ayant vécu, comme sa mère, dans l'apai­\n sement de sa race, elle aima surtout en « son duc », comme elle l'appelait\n en riant, l'intelligence et la délicatesse puritaines. Au commencement de\nleur union, Grégory tint à partager avec Christine ses jouissances intellec­\ntuelles. Ensemble, ils pénétrèrent dans ce sanctuaire d'art où les profanes\nn'ont point accès, mais à peine Perriane eut-il commencé cette sorte de\nsacerdoce conjugal, qu'il rencontra une chasteté inexpugnable chez sa\njeune compagne. Ce qu'il aimait, les choses modernes, elle ne put arriver\nà les comprendre. Il dut bien des fois même blesser sa femme par ses théo­\nries, si neuves pour elle. Ses lectures de jeune fille s'étaient bornées à\nquelques auteurs romantiques dont on avait cacheté les pages trop ardentes,\net c'est une poésie douce et sans flamme qui avait coulé dans son esprit,\ncomme un fluide de candeur et de placidité. Elle n'avait jamais songé aux\nmorsures de l'amour, n'en imaginait que les baisers, le voyait vague,\nnuageux, auréolé de voiles diaphanes; tout en sachant les mystères de vie\n— ces mystères de Polichinelle — Christine n'avait pas eu la conception\ndes brutalités humaines, et tout en elle se teintait de blandices, de candeurs,\nse berçait à l'idée d'embrassements presque angéliques. Un rêve lui avait\nmontré tout cela dans la mousseline rose de sa jeune imagination, et voilà\nque maintenant, le duc, malgré ses subtiles délicatesses, lui faisait pressentir\nun monde de sensations qu'elle ne pouvait comprendre. Elle perçut qu'une\nscience — celle des sens — lui manquait ; une seule pièce de Baudelaire, un\njour, soudainement, par quelques syllabes, par un seul mot mystérieux\nlui entr'ouvrit le lourd rideau des choses. Et elle eut peur de cette pureté\nqui l'enveloppait toute, et dont elle ne pouvait se dévêtir. Elle eût voulu\ntrouver, et ne savait. Le duc la traitait en enfant presque, ne voyait pas le\ntrouble de la jeune femme, ne songeait pas à ce travail intérieur qui la\ntorturait.\n   Elle voulut lire à présent, et quoique Grégory la guidât, elle arriva à ne\nplus choisir, tant elle espérait que le hasard lui trancherait ce nœud gordien\nqui lui liait la gorge et l'étouffait davantage de minute en minute.\n   Grégory ne changea point de manière. Il aima Christine paternellement,\nl'entoura de soins et d'attentions, tout en gardant malgré lui cette raideur\nbritannique qui l'avait fait surnommer « le lord » par ses amis. Mais jamais\nil n'eut plus que cette calme sollicitude, et, sans s'éloigner de Christine,\ninspira à celle-ci une sorte de respect craintif.\n   Elle se renferma dans sa cruelle ignorance d'amour, et ce fut d'une âme\ndéchirée qu'elle relut ces vers :\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                                   — 401 —\n\n               Maudit soit à jamais le rêveur inutile\n               Qui voulut le premier, dans sa stupidité,\n               S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,\n               Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté!\n\n               Celui qui veut mêler par un accord mystique\n               L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,\n               Ne chauffera jamais son corps paralytique\n               A ce rouge soleil que l'on nomme l'Amour!\n\n   Christine eût voulu demander à Grégory le sens de ces strophes maladives,\net n'osait. Il lui semblait avoir en elle une virginité qui s'accorderait mal\navec ces questions voilées à son intellect, et que le duc l'estimerait moins.\n   Alors, elle se rapprocha de lui, passa de longues heures en face de cet\nhomme au visage pâle, mais dont les yeux semblaient forcer la porte des\npensées d'autrui. Elle l'aima, elle s'abandonna dans ses bras, elle se livra\ncaressante et délicieuse, et Grégory dut retrouver avec elle les impressions\nde ses jeunes amours de seize ans. Ce continuel tête-à-tête avec l'époux,\navec celui qui ne cessait jamais d'être causant, intuitif, plein de charme,\ncalma la crise où Christine se sentait sombrer. Elle s'arrêta de vouloir con­\nnaître et sa sérénité revint peu à peu. Après l'orage qui avait en quelques\nmois bouleversé sa paix, elle se retrouva dans l'intégrité de la race des\nSilvère, les yeux apaisés comme s'ils s'étaient reposés sur des siècles, la\nbouche rafraîchie, la main calme. En elle toute une transformation s'était\nfaite ; la jeune fille, devenue femme dans le travail de l'initiation turbu­\nlente, puis rassérénée, avait fait de Christine une créature parfaite de formes.\nAvec ses grands yeux bruns, sa chevelure aux teintes changeantes qui\ns'ondulait en fuyantes vagues, sa taille souple qui semblait vouloir se ren­\nverser sous une invisible caresse, elle avait la grâce moderne mêlée à la\nbeauté simple des vieilles souches nobles.\n   Des fois, sans le vouloir, Grégory la comparait à Lysiane, mais chez\nsa femme il ne trouvait pas, comme chez la châtelaine de Rouge-Cloître,\ncette âpreté presque farouche que son ancienne maîtresse tenait de ses aïeux\nd'Espagne, croisés de sang français.\n   Le baron de Silvère, père de Christine, était aussi de France, mais la\nbaronne descendait d'une ancienne famille brugeoise, et dans leur fille la\nvivacité de l'un s'était fondue dans la placidité originelle de l'autre.\n  Jacques d'Astor visitait souvent l'hôtel de la rue Montoyer; il se trouvait\nheureux dans ce jeune ménage qui ne voulut point se faire une solitude\négoïste, et qui chercha même à grouper autour de soi les rares amis dévoués\nqu'il comptait.\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "                                  — 402 —\n\n   Bien des fois, Christine se trouvait seule avec Jacques dans le petit boudoir\noù elle se tenait d'habitude et que Grégory lui-même avait décoré, fouillé,\nchiffonné, orné de bibelots rares, aux teintes fondues par le brouillard endor­\nmeur du temps. La jeune duchesse recevait d'Astor simplement, sans\ntrouble. Il s'asseyait à ses pieds, sur un tabouret, et le jour baissait parfois\nsans qu'ils pensassent à interrompre la causerie.\n    Parfois, à ces moments, un pas, assourdi par les portières, se faisait\nentendre.\n   — Voilà Grégory ! disait-elle.\n    Celui-ci entrait : Bonjour, ami ! Bonjour, toi ! As-tu vu les autres ?\n   — Qui, ceux du Scotch? oui, hier soir!\n    — Rien de nouveau ?\n   — Toujours aussi ennuyeux, sauf van Steen. Clergery va être poursuivi\npour chantage, paraît-il?\n   — Ah bah! Allons tant mieux; quelle ignominie nouvelle a-t-il faite?\n    — On dit qu'il vient d'écrire un pamphlet contre des peintres de sa con­\nnaissance et qu'il a tenté de se faire graisser la patte pour se « faire taire ».\n    — Ils ont refusé au moins?\n    — Naturellement; alors, de complicité avec un bonhomme mi-proxénète,\nmi-éditeur, il aurait lancé une malpropre machine intitulée, intitulée,\nattends, pst, pst, les Rapins, c'est ça !\n    — Est-ce sûr ?\n    — Ah ! tu sais, je ne suis pas dans le mouvement, nous verrons demain !\n En tous cas, si c'est vrai, ou bien on exécutera le Clergery ou j'abandonne\n le Cercle.\n    — Vous y tenez donc bien, à ce cercle, monsieur Jacques, fit Christine,\n en souriant.\n    — Mon Dieu ! madame, oui et non ! comme à toutes les vieilles habi­\n tudes. Après cinq actes d'Hérodiade ou d'autre chose, on éprouve le besoin\n de parler un peu, de se dégourdir.\n    — Et toi, mon ami, ajouta Christine en s'adressant au duc, tu aimes cela\n aussi, toi?\n    — Tu sais, enfant, que je n'ai pas à me dégourdir et que le besoin de\n parler ne m'obsède pas, sauf avec toi.\n    — Oh! des compliments, Grégory!\n    — Voyez-vous, madame, reprit d'Astor, ces habitudes-là, ça ne se perd\n pas si vite. C'est un peu comme ces vieilles robes de chambre qu'on met\n depuis toujours parce qu'il semble qu'on y ait laissé la moitié de sa chaleur.\n Elles sont trouées, tachées, fripées, on les porte quand même !\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "                                  — 403 —\n\n  — Parce qu'on n'a pas une main qui veille à les faire remplacer avant\nqu'elles ne vous possèdent; savez-vous bien, monsieur Jacques, vous devriez\nvous marier !\n  — Mais il n'y a pas de femmes, dit naïvement d'Astor.\n  — Vous êtes encore aimable, dit-elle plus naïvement encore.\n  — Oh ! vous !\n  Et, pour la première fois, ils rougirent en se regardant.\n    (A continuer)                                        MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n          J. BARBEY D'AUREVILLY\nSES POÉSIES INÉDITES ET SES LIVRES PERDUS\n\n             Au moment ou M. d'Aurevilly publiait sa critique des Miséra-\n               bles, on écrivit sur les murs de Paris, Jules Barbey d'Aure-\n               villy idiot! De la barrière de l'Étoile à la porte de Versailles;\n               de la place du Trône à l'avenue d'Eylau ; sur les murs, les\nportes, les parapets; à la sanguine, au fusain, à la craie, ces mots étaient\nécrits en ronde, en bâtarde, en coulée, et à peine effacés réapparaissaient :\nJ. Barbey d'Aurevilly idiot !\n   L'auteur des Diaboliques, qui est lui-même diabolique d'esprit, appelait\ncette épigraphie singulière sa « couronne murale ». « Mirabeau était tout,\nexcepté un sot, disait-il, je suis même cela, j'ai le pas sur lui. » Après les\ncrayons, les plumes; après l'inscription, la lettre. M. d'Aurevilly recevait\ndes avertissements de nihilistes à tsar : « Tu mourras assassiné, en sortant,\nà sept heures, signé : Omnes. » Ces épîtres étaient illustrées de vignettes\noù M. d'Aurevilly se balançait au bout d'une potence, comme dans une\nballade de Villon, et en duc de Guise qu'il est, même en caricature, « il sem­\nblait encore plus grand mort que vivant. »\n   Toute cette ridicule équipée était l'ouvrage des Hugolâtres, rendus\nenragés par les sept répliques que le penseur des Prophètes du passé faisait\naux Misérables, en même temps que les livraisons paraissaient.\n  Après la colère des Hugolâtres, il faut conserver à l'histoire littéraire\ncelle des Bas-bleus. Le cinquième volume des Œuvres et des Hommes, où\ntoutes les caillettes de lettres étaient troussées et fessées d'une main déli­\ncatement ironique et qui souleva d'indignation toutes les jupes tachées\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": "                                     — 404 —\n\nd'encre, parut chez Victor Palmé. Une de ces Théroigne de Méricourt de\nla copie signifia à l'éditeur des Bollandistes qu'il eût à ôter l'ouvrage de son\ncatalogue et de sa montre, sous peine de perdre la clientèle du faubourg\nSaint-Germain. La même sommation fut faite au cabinet de lecture\nCardinal. Elles ne pouvaient rien de plus pour l'heure, ces faibles femmes !\nmais lorsque le Prêtre marié parut chez Palmé, la dame en question plus\nhaut, alla littéralement le dire à Rome. Elle fatigua de sa rancune les con­\ngrégations du Saint-Office et de l'Index, sans rien obtenir. Enfin, elle obtint\nune lettre cardinalice qui se bornait à dire « qu'il serait mieux que la\nmaison qui édite les Acta Sanctorum n'éditât pas de roman ». Cette\ndécision ne touchait nullement le Prêtre marié; mais l'archevêque de\nParis, au lieu de saluer cette première et magnifique assise du roman\ncatholique à la Balzac, commit l'inqualifiable bévue d'ordonner à Victor\nPalmé de jeter l'édition au pilon. Il y aurait de curieuses révélations à faire\nsur les petites vengeances avortées des petites écriveuses ratées ; mais il s'en\nfaut qu'elles aient oublié la plaie faite à leur amour-propre, ces dames très\nchrétiennes ne se sont-elles pas démenées autour des Diaboliques, et pour\nles faire condamner ailleurs qu'à Rome ! Toutefois, qu'on se rassure, l'au­\nteur des Vieilles Actrices n'aura pas le sort d'Orphée. Les Ménades-bas-\nbleus seraient, au besoin, tenues en respect, par des Amazones-bas-roses,\net s'il y avait bataille, ce serait, ma foi, un fort beau Thermodon !\n   Bien peu de lettrés se doutent, même parmi les admirateurs de M. d'Aure­\nvilly, que ce terrible redresseur de torts, qui ne désarme pas même devant\nla femme, lorsqu'elle a abdiqué son sexe, est un poète tendre, passionné,\noriginal surtout. Je vais citer sans préambule la Maîtresse Rousse, afin\nque le lecteur ait le plaisir d'une impression personnelle non influencée, et\nque je prévois du reste d'après le grand goût que je lui suppose ;\n\n                        LA MAITRESSE ROUSSE\n           Je pris pour maître, un jour, une rude maîtresse,\n           Plus fauve qu'un jaguar, plus rousse qu'un lion !\n           Je l'aimais ardemment — âprement — sans tendresse,\n           Avec possession plus qu'adoration !\n           C'était ma rage, à moi? la dernière folie\n           Qui saisit. — Quand, touché par l'âge et le malheur,\n           On sent, au fond de soi la jeunesse finie...\n           Car le soleil des jours monte encore dans la vie,\n                  Qu'il s'en va, baissant dans le cœur.\n\n           Je l'aimais! et jamais je n'avais assez d'elle!\n           Je lui disais ; « Démon des dernières amours,\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": "                          — 405 —\n\nSalamandre d'enfer, à l'ivresse mortelle,\nQuand les cœurs sont si froids, embrasse-moi      toujours!\nVerse-moi, dans tes feux, les feux que je regrette,\nCes beaux feux qu'autrefois j'allumais d'un regard !\nRajeunis le rêveur, réchauffe le poète ;\nEt puisqu'il faut mourir, que je meure, ô fillette!\n       Sous tes morsures de jaguar.\n\nAlors je la prenais dans son corset de verre,\nEt sur ma lèvre en feu, qu'elle enflammait encor,\nJ'aimais à la pencher, coupe ardente et légère,\nCette rousse beauté, ce poison dans de l'or !\nEt c'étaient des baisers!... Jamais, jamais vampire\nNe suça d'une enfant le cou charmant et frais,\nComme moi, je suçais, ô ma Rousse hétaïre,\nLa lèvre de cristal où buvait mon délire,\n       Et sur laquelle tu brûlais!\n\nEt je sentais alors ta foudroyante   haleine\nQui passait dans la mienne, et tombant dans mon cœur\nY redoublait la vie, en effaçait la peine,\nEt pour quelques instants en ravivait    l'ardeur!\nAlors, fille de feu, maîtresse sans rivale,\nJ'aimais à me sentir incendié par toi,\nEt voulais m' endormir, l'air joyeux, le front pâle,\nSur un bûcher brillant, comme      Sardanapale,\n       Et le bûcher était en moi !\n\nAh! du moins celle-là sait nous rester fidèle,\nMe disais-je — et la main la retrouve toujours,\nToujours prête à qui l'aime et vit altéré d'elle,\nEt veut, dans son amour, perdre tous ses amours!\nUn jour elles s'en vont, nos plus chères maîtresses :\nPar elles, de l'oubli nous buvons le poison,\nTandis que cette Rousse, indomptable aux caresses,\nPeut nous tuer aussi, — mais à force d'ivresses\n      Et non par la trahison,\n\nEt je la préférais féroce, mais sincère\nA ces douces beautés, au sourire trompeur,\nPayant les cœurs loyaux d'un amour de faussaire !...\nJe savais sur quel cœur je dormais sur mon cœur !\nL'or qu'elle me versait et qui dorait ma vie,\nSoleillant dans ma coupe, était un vrai trésor !\nAussi, ce n'était pas pour le temps d'une orgie,\nMais pour l'éternité que je l'avais choisie,\n        Ma compagne jusqu'à la mort!\n                                                              26\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "                         — 406 —\n\nEt toujours agrafée à moi comme une esclave,\nCar le tyran se rive aux fers qu'il fait porter,\nJe l'emportais partout dans son flacon de lave,\nMa topaze de feu, toujours près d'éclater!\nJe ressentais pour elle un amour de corsaire,\nUn amour de sauvage, effréné, fol, ardent !\nCet amour qu'Hégésippe avait dans sa misère,\nQui nous tient lieu de tout, quand la vie est amère,\n       Et qui fit mourir Sheridan.\n\nEt c'était un amour toujours plus implacable,\nToujours plus dévorant, toujours plus insensé !\nC'était comme la soif, la soif inexorable,\nQu'allumait autrefois le philtre de Circé!\nJe te reconnaissais voluptueux supplice!\nQuand l'homme cherche, hélas ! dans ses m a u x oubliés,\nDe l'abrutissement le monstrueux     délice...\nEt n'est — Circé !—jamais assez à son caprice\n       La bête qui lèche tes pieds !\n\nPauvre amour le dernier — que les heureux du monde\nDans leur dégoût hautain s'amusent à flétrir,\nMais que doit excuser toute âme un peu profonde,\nEt qu'un Dieu de bonté ne voudra point punir !\nPour bien apprécier sa douceur mensongère\nIl faudrait, quand tout brille au plafond du banquet,\nAvoir caché ses yeux dans l'ombre de son verre,\nEt pleuré dans celte ombre, — et bu la larme amère\n        Qui tombait et qui s'y fondait.\n\nUn soir, je la buvais cette larme, en silence,\nEt replongeant ma lèvre entre ses lèvres d'or,\nJe venais de reprendre, ô ma sombre démence!\nL'ironie et l'ivresse, et du courage encor !\nL'esprit, — l'aigle vengeur qui plane sur la vie,\nRevenait à ma lèvre, à son sanglant perchoir.\nJallais recommencer mes accès de folie,\nEt rire de nouveau du rire qui défie...\n       Quand une femme, en corset     noir...\n\n Une femme... je crus que c'était une femme,\n Mais depuis.... Ah! j'ai vu combien je me trompais!\n Et que c'était un ange, et que c'était une âme\n De rafraîchissement, de lumière et de paix.\n Au milieu de nous tous, charmante      solitaire,\n Elle avait les yeux pleins de toutes les pitiés,\n Elle prit ses gants blancs, et les mit dans mon verre\n Et me dit, en riant, de sa voix douce et claire :\n        « Je ne veux plus que vous buviez ! »\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "                                    — 407 —\n\n           Et ce simple mot-là décida de ma vie,\n           Et fut le coup de Dieu, qui changea mon destin!\n           Et quand elle le dit, sûre d'être obéie,\n           Sa main vint chastement s'appuyer sur ma main!\n           Et depuis ce temps-là, j'allai chercher l'ivresse\n           Ailleurs que sous là coupe où bouillait ton poison,\n           Sorcière abandonnée ! O ma Rousse Maîtresse !\n           Bel exemple de plus, que Dieu dans sa sagesse\n                   Mil l'Ange au dessus du Démon!\n\n   Dans une lettre à son ami Trébutien, en lui envoyant cette poésie,\nM. d'Aurevilly écrivait ceci : « Il y a entre les pierres précieuses et les\nliqueurs une singulière intimité de rapports. Les liqueurs, selon la cou­\nleur qu'elles jettent, ressemblent à des dissolutions d'émeraudes, de rubis,\nde topazes. Je ne connais rien qui fascine davantage et fasse plus longue-\nment rêver. Le mystère de la couleur y scintille, comme s'il allait s'y révéler\net il ne s'y révèle pas. Pline disait que c'était la majesté de la nature dans\nun petit espace : Il avait raison, mais il eut pu ajouter encore que c'était\naussi son secret! la majesté de sa discrétion ».\n   Ce qui éclate, dans ces vers, c'est la majesté de l'émotion qui s'y révèle\npar la discrétion de l'image et la sobriété du terme. Au contraire, de la plu­\npart des écrivains qui réservent pour leurs poésies tout le flamboiement des\nmétaphores et la saveur des riches vocables, M. d'Aurevilly, ce prosateur\nhindou dont la phrase a des frondaisons et des luxuriances de Ramayana,\ns'impose, dès qu'il chante, une mesure expressive si étroite, que l'effet ainsi\nconcentré jaillit avec une incomparable intensité. Il semble, que dans les\naffres de la passion, le poète oublie son art et ne sait plus parler que le lan­\ngage de tous ; cet oubli de l'art, cette adoption involontaire des formes\nusuelles sont un des secrets de son charme. Toutefois, l'artiste, tout disparu\nqu'il est, se joue dans la Maîtresse Rousse de la difficulté excessive qu'il y\na à trouver des images d'un dualisme exact pour exprimer en même temps\nune maîtresse et un verre d'alcool\n           Et je sentais alors sa foudroyante haleine\n           Qui passait dans la mienne et tombait dans mon cœur.\n\nIl faut connaître personnellement M. d'Aurevilly pour comprendre l'étrange\nvérité de\n           L'Esprit, l'aigle vengeur qui plane sur la vie\n           Revenait à ma livre, à son sanglant perchoir.\n\nJe ne sais rien de plus moderne et de plus touchant pour un moderne que\n           Elle prit ses gants blancs et les mit dans mon verre.\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": "                                     — 408 —\n\nLe « je ne veux plus que vous buviez » restera souligné éternellement par\nl'indéfinissable émotion qu'il cause. La définition de Byron : la poésie c'est\nle cœur, me semble vraie et le Criterium qui donne sa place à M. d'Aure­\nvilly, poète. Au temps où Fénimore Cooper et les qualificatifs mohicans\nétaient de mode, le sien eût été : « Cœur vibrant ». L'individualité est tout\nen littérature, et le pire pavé d'ours est cette phrase de tous les éloges mala­\ndroits : « M. un tel, c'est M. tel autre ». Dans la famille de lord Byron, son\ncaractère, c'est la virilité conservée dans l'extrême passion, et le mot de\nSainte-Beuve : « un Musset mâle », serait, à tout prendre, le plus juste.\nSi je puis me permettre une formule à mon tour : les vers de M. d'Aurevilly\nsont ceux que Balzac le Grand a rêvé et n'a pas su faire.\n    Je citerai in extenso : Oh ! pourquoi voyager, que, dans la Petite Revue\ndu samedi 23 décembre 1865, Sainte-Beuve appelait un morceau d'antho­\nlogie, qui peint admirablement la satiété de la passion et son insuffisance à\nremplir une grande âme :\n\n                                           I\n           « Oh! pourquoi voyager? » as-tu dit. Cest que l'âme\n           Se prend de longs ennuis et partout et toujours ;\n           C'est qu'il est un désir, ardent comme une flamme,\n           Qui, nos amours éteintes, survit à nos amours !\n           C'est qu'on est mal ici, — comme les hirondelles,\n           Un vague instinct d'aller nous dévore à mourir ;\n           C'est qu'à nos cœurs, mon Dieu! vous avec mis des ailes.\n                  Voilà pourquoi je veux partir !\n\n           Cest que le cœur hennit, en pensant aux voyages,\n           Plus fort que le coursier qui sellé nous attend ;\n           C'est qu'il est dans le nom des plus lointoins rivages\n           Des charmes sans pareils à celui qui l'entend ;\n           Irrésistible appel, ranz des vaches pour l'âme\n           Qui cherche son pays perdu dans l'avenir.\n           C'est fier comme un clairon, doux comme un chant de femme,\n                    Voilà pourquoi je veux partir !\n\n           C'est que toi, pauvre enfant, et si jeune et si belle,\n           Qui vivais près de nous et couchais sur nos cœurs,\n           Tu n'as pas su dompter cette force rebelle,\n           Qui nous jeta vers toi, pour nous pousser ailleurs !\n           Tu n'as plus de mystère, au fond de ton sourire,\n           Nous le connaissons trop pour jamais revenir\n           La chaîne des baisers se rompt — l'amour expire,.\n                  Voilà pourquoi je veux partir !\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "                          — 409 —\n\nEn vain, tout en pleurant, la femme qui nous aime\nViendrait à notre épaule agrafer nos manteaux,\nNous resterions glacés à cet instant suprême :\nA trop couler pour nous, des pleurs ne sont plus beaux.\nNous n'entendrions plus cette voix qui répète :\n« Oh ! pourquoi voyager ? » dans un tendre soupir,\nEt nous dirions adieu, sans retourner la tête,\n       Voilà pourquoi je veux partir !\n\nOh ! ne m'accuse pas, accuse la nature,\nAccuse Dieu plutôt — mais ne m'accuse pas!\nEst-ce ma faute, à moi, si dans la vie obscure\nMes yeux ont soif de jour, — mes pieds ont soif de pas?\nSi je n'ai pu rester à languir sur ta couche,\nSi tes bras m'étouffaient sans me faire mourir,\nS'il me fallait plus d'air qu'il n'en peut dans ta bouche..\n        Voilà pourquoi je veux partir !\n\nPourquoi ne pouvais-tu suffire à ma pensée,\nEt tes yeux n'être plus que mes seuls horizons?\nPourquoi ne pas cacher ma tête reposée\nSous les abris d'or pur de tes longs cheveux blonds ?\nComme la jeune épouse endormie à l'aurore,\nLa fleur d'amour, comme elle, au jour va se rouvrir...\nMais si l'amour n'est plus, pourquoi de l'âme encore,\n        Voilà pourquoi je veux partir !\n\nTu ne la connais pas cette vie ennuyée,\nLasse de pendre au mât, avide d'ouragan,\nToi, tu restes toujours sur ton coude appuyée,\nA voir stagner la tienne, ainsi qu'un bel étang.\nRestes-y— mon amour fut l'ombre d'un nuage\nSur l'étang ; le soleil y reviendra  frémir...\nTu ne garderas pas trace de mon passage...\n        Voilà pourquoi je veux partir !\n\n0 coupe de vermeil ! ou j'ai puisé la vie,\nJe ne t'emporte pas dans mon sein tout glacé;\nReste derrière moi, reste à demi remplie,\nOffrande à l'avenir, et débris du passé,\nJe peux boire à présent, sans que trop il m'en coûte,\nUn breuvage moins doux et moins prompt à tarir,\nDans le creux de mes mains, aux fossés de la route...\n        Voilà pourquoi je veux partir !\n\nMais si c'est t'offenser que partir, oh ! pardonne ;\nQuoique de ces douleurs dont tu n'eus point ta part.\nRien, hélas ! — (et pourtant autrefois tu fus bonne)\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "                                    — 410 —\n\n           Ne saurait racheter le crime du départ.\n           Pourquoi t'assocîrais-je à mon triste voyage ?\n           Lorsque tu le pourrais, oserais-tu venir ?\n           Plus sombre que Lara, je n'aurai point de page...\n                  Voilà, pourquoi je veux partir !\n\n           Et qu'importe un pardon ! innocent ou coupable,\n           On n'est jamais fidèle ou parjure à moitié;\n           Le cœur, sans être dur, demeure inébranlable,\n           Et l'oubli lui vaut mieux qu'une veine pitié,\n           Ah! l'oubli ! quel repos quand notre âme est lassée!\n           Endors-toi dans ses bras, sans rêver, ni souffrir...\n           Je ne veux rien de toi... pas même une pensée...\n                  Voilà pourquoi je veux partir !\n\n           Car il est, tu le sais, ô femme abandonnée,\n            Un voyageur plus vieux, plus sans pitié que moi,\n           Et ce n'est pas un jour, quelques mois, une année\n           Mais c'est tout, qu'il doit prendre aux autres comme à toi !\n           Tels que des épis d'or sciés d'un bras avide,\n           Il prend beauté, bonheur, et jusqu'au souvenir,\n           Fait sa gerbe et s'en va du champ qu'il laisse aride ;\n                   Voilà pourquoi je veux partir !\n\n           Oui, partir avant lui, partir avant qu'il vienne!\n            Te laisser belle encor sous tes pleurs répandus,\n           Ne pas chercher ta main qui froidit dans la mienne,\n           Et sous ton front terni tes yeux, astres perdus !\n           Neût-on que le respect de celle qui fut belle,\n           Il faudrait s'épargner de la voir se flétrir,\n           Puisque Dieu ne veut pas qu'elle soit immortelle,\n                   Voilà pourquoi je veux partir !\n\n   Ce serait manquer de respect aux lecteurs que de mettre ici des points\nd'admiration obligatoires, je leur demanderai seulement, s'il en est un,\nparmi leurs poètes aimés et de chevet plus intense dans la passion et plus\nvrai dans l'expression. Sans faire aucune comparaison nominale, car il ne\nfaut pas toucher aux couronnes, a dit Platon, où est présentement le poète\nplus Byronien, dans le beau sens du mot? Ceux qui ont lu les sonnets de\nShakespeare reconnaîtront la parenté singulière de l'auteur d'Hamlet et de\ncelui des Diaboliques. Baudelaire a été le premier à signaler cette filiation,\nqui est éclatante dans l'inspiration, car la donnée Shakespearienne, c'est le\ndernier hoquet de l'ivresse tournant en nausée. Foin de ceux qui sont dupes\ndes choses humaines; on n'est grand que si l'on perçoit le néant humain,\non n'est très grand que si à la perception du néant humain, on ajoute\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "                                    — 411 —\n\nla conception de l'infini divin; ce qui est très grand est très rare;\nce qui est seulement grand n'est point commun; M. d'Aurevilly n'est\njamais dupe de la passion; il subit le charme du péché, mais il sait le vide\ndu péché, et cela donne une singulière saveur à son lyrisme ! L'Échanson\nest une étonnante peinture de cet effroyable ennui de l'amour qui a fait dire\nà Amédée Pommier que l'éternité du tête-à-tête ne pouvait manquer à\nl'Enfer : jamais on n'a mieux rendu le sentiment ou mieux le ressen­\ntiment de l'homme déçu par sa chimère.\n\n                                 L'ECHANSON\n                                                                     A CLARY\n           Tu ne sais pas, Clary, quand, heureuse, ravie,\n           Tu me tends ton épaule et ton front tour à tour,\n           Que dans la double coupe où je puise la vie\n           Il est un autre goût que celui de l'amour...\n           O ma chère Clary ! tu ne sais pas sans doute\n           Qu'il est derrière nous un funèbre Echanson,\n           Dont la main doit verser d'abord, goutte par goutte,\n                   Dans tout amour un froid poison.\n\n           Dès que nous nous aimons, cet Echanson terrible\n           Apparaît, — et grandit comme un spectre fatal.\n           Il ne nous quitte plus... présent, quoique invisible;\n           De l'amour partagé, mystérieux        vassal.\n           Partout où nous allons, comme un sinistre Page,\n           Il s'attache à nos pas, il se tient à nos flancs,\n           Et l'horrible poison que d'abord il ménage,\n                   Bientôt il le verse à torrents !\n\n           Il le verse et l'on boit... Dans les yeux qu'on adore;\n           Du poison répandu, naissent, hélas ! des pleurs ;\n           Ils coulent, on les boit; — mais lui, lui verse encore,\n           Et le poison cruel a filtré dans les cœurs !\n           Il verse — et le baiser se glace aux lèvres pures,\n           Il verse — et tout périt des plus fraîches amours!\n           Mais, comme indifférent à tant de flétrissures,\n                   L'Empoisonneur verse toujours!...\n\n           Ne l'as-tu jamais vu, ce pâle et noir Génie\n           Qui naît avec l'amour pour le faire mourir?\n           N'as-tu jamais senti se glisser dans ta vie\n           Le poison qui, plus tard, doit si bien la flétrir?\n           N'as-tu jamais senti sur tes lèvres avides\n           De l'Echanson de mort le philtre affreux passer ?\n           Car le jour n'est pas loin peut-être où, les mains vides,\n                  Il n'aura plus rien à verser !\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "                                    — 412 —\n\n           Et quand ce jour-là vient, tout est fini pour l'âme;\n           Tous les regrets sont vains, tous les pleurs superflus !\n           L'Amant n'est plus qu'un homme, et l'amante une femme :\n           Et ceux qui s'aimaient tant, hélas! ne s'aiment plus!\n           Une clarté jaillit, une clarté cruelle,\n           Qui montre les débris du cœur brisé, vaincu :\n           Ce n'est plus toi, dit-il : — ce n'est plus toi, dit-elle. —\n                  Le masque tombe et Von s'est vu.\n\n           O ma pauvre Clary, ma fidèle maîtresse,\n           Nous verrons-nous un jour ainsi (destin jaloux.)\n           Sous ce masque divin que nous met la jeunesse,\n           Masque d'illusions, cent fois plus beau que nous?\n           Verrons-nous, ma Clary, — grand Dieu ! faut-il le croire? —\n           Le noir Empoisonneur entre nous quelque jour,\n           Tout prêt à nous verser, à nous tout prêts à boire\n                 L'effroyable ennui de l'amour!\n\n           Hélas! c'est déjà fait... j'ai bu du froid breuvage\n           Que l'Echanson de mort verse, — et qu'il faut tarir :\n           Et j'ai senti, Clary, chaque jour      davantage,\n           Que je l'épuiserais sans pouvoir en mourir!\n           S'il est doux de m'aimer, préserve ta tendresse,\n           Ne bois pas que bien tard, bien longtemps après moi!\n           Et rêve encor l'amour du cœur qui te délaisse...\n                   Du triste cœur qui fut à toi.\n\n   Baudelaire, dans le plus remarquable de ses livres de critique, l'Art\nromantique, a écrit le meilleur paragraphe qui soit sur M. d'Aurevilly, et,\nquoiqu'il ne vise que le romancier, il y caractérise encore plus le poète :\n« M. d'Aurevilly avait violemment attiré les yeux par Une Vieille Maîtresse\net par l'Ensorcelée. Ce culte de la vérité, exprimé avec une effroyable\nardeur, ne pouvait que déplaire à la foule. D'Aurevilly, vrai catholique\névoquant la passion pour la vaincre, chantant, pleurant et criant au milieu\nde l'orage, planté comme Ajax sur un rocher de désolation, et ayant\ntoujours l'air de dire à son rival — homme, foudre, Dieu ou matière —\n« Enlève-moi ou je t'enlève ! » ne pouvait pas non plus mordre sur une\nespèce assoupie dont les yeux sont fermés aux miracles de l'exception ».\n  Une pièce d'inspiration exceptionnelle est celle-ci, où la Bonté est exaltée\nau dessus de la Beauté.\n\n                                 LA BEAUTÉ\n                                                                 A ARMANCE.\n\n           Eh quoi! vous vous plaignez, vous aussi, de la vie!\n           Vous avez des douleurs, des ennuis, des dégoûts !\n"}, {"page_pdf": 452, "texte": "                         — 413 —\n\nUn dard sans force aux yeux, sur la lèvre une lie\nEt du mépris au cœur; — Hélas! c'est comme nous!\nLie aux lèvres? — Poison, reste brûlant du verre;\nDard aux yeux? — Rapporté mi-brisé des combats;\nEt dans le cœur, mépris? — Eternel     Sagittaire\n      Dont le carquois ne tarit pas!\n\nVous avez tout cela — comme nous, 6 madame!\nEn vain, Dieu répandit ses sourires sur vous\nLa Beauté n'est donc pas tout non plus pour la femme,\nComme en la maudissant, nous disions à genoux !\nEt comme tant de fois, dans vos soirs de conquête,\nVous l'ont dit vos amants, en des transports perdus,\nEt que, pâle d'ennui, vous détourniez la tête,\n      O Dieu, n'y pensant déjà plus.\n\nAh! non, tu n'es pas tout, Beauté, — même pour celle\nQui se mirait avec le plus d'orgueil en toi,\nEt qui, ne cachant pas sa fierté d'être belle.\nPlongeait les plus grands cœurs dans l'amour et l'effroi !\nAh! non, tu n'es pas tout! — C'est affreux, mais pardonne :\nSi l'homme eût pu choisir, il n'eût rien pris après,\nCar il a cru longtemps au bonheur que tu donnes,\n       Beauté, que tu lui suffirais!\n\nMais l'homme s'est trompé, je t'en atteste, Annonce!\nQui t'enivrais de toi comme eût fait un amant.\nPuisant à pleines mains dans ta propre existence,\nComme un homme qui boit l'eau d'un fleuve en plongeant.\nPour me convaincre, hélas! montre-toi tout entière,\nDis-moi ce que tu sais... l'amère vérité\nCe n'est pas un manteau qui cache ta misère,\n       C'est la splendeur de la Beauté !\n\nDis-moi ce que ta sais... de la pâleur livide\nQue des tempes jamais tes mains n'arracheront,\nEt qui semble couler d'une coupe homicide.\nQue le Destin railleur renversa sur ton front ;\nDe ton sourcil froncé, de l'effort de ton rire,\nDe ta voix qui nous ment, de ton œil qui se tait.\nDe tout ce qui nous trompe, hélas ! et qu'on admire,\n      Ah ! fais-moi jaillir ton secret!\n\nDis tout ce que tu sais... Rêves, douleur et honte,\nDésirs inassouvis par des baisers cuisants,\nNuits, combats, voluptés, souillures qu'on affronte\nDans l'infâme fureur des échevèlements,\nCouche qui n'est pas vide et qu'on fuit — fatale heure\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": "                                   — 414 —\n           De la coupable nuit dont même on ne veut plus,\n           Et qu'on s'en va finir — au balcon — où l'on pleure.\n                 Et qui transit les coudes nus !\n\n           Ah! plutôt ne dis rien ! Car je sais tout. Madame :\n           Je sais que le Bonheur habite de beaux bras,\n           Mais il ne passe pas toujours des bras dans l'âme...\n           On donne le bonheur, on ne le reçoit pas !\n           La coupe où nous buvons n'éprouve pas l'ivresse\n           Qu'elle verse à nos cœurs, brûlante volupté.\n           Vous avez la Beauté, — mais un peu de tendresse,\n           Mais le Bonheur senti de la moindre caresse\n                  Vaut encor mieux que la Beauté.\n\n   Toutes les poésies de M. d'Aurevilly peuvent être considérées comme\ninédites. Il en est paru deux plaquettes de quelques-unes, par les soins de\nTrébutien, chez Hardel, à Caen, à trente-six exemplaires. Poulet-Malassis\na réédité en Belgique les deux plaquettes en très petit nombre, sur grand\npapier, en y ajoutant des commentaires pris dans les lettres de M. d'Aure­\nvilly à Trébutien. Ces trois opuscules sont introuvables ; ils ne forment\nqu'une part infime des œuvres complètes qui paraîtront, ultérieurement,\nchez A. Lemerre, sous le titre de Poussière. Ce volume aura une seconde\npartie, qui prépare bien des étonnements aux bibliographes romantiques,\net s'intitule Rythmes oubliés. Ce sont des poèmes en prose, non point\npurement descriptifs et tableaux de genre, comme dans le fameux Gaspard\nde la Nuit, d'Aloysius Bertrand, mais littéralement des odes en prose.\nC'est à M. d'Aurevilly que Baudelaire doit d'avoir fait passer ses premières\ntraductions de Poé dans le Pays, mais il lui doit encore l'idée première de\nses poèmes en prose, auxquels ceux de M. d'Aurevilly sont bien antérieurs.\nIl y en a d'admirables dans ces Rythmes oubliés, des pages d'une beauté\nsingulièrement pénétrante et neuve : Niobé, où le poète s'accuse à Velleni\nd'amour pour cette splendide figure; et le Laocoon, où l'intensité du pathé­\ntique se déploie sous une ampleur de forme non pareille. Quelle mélanco­\nlique Penserosa que ce sonnet en prose dédié à son frère, l'abbé Léon\nd'Aurevilly, et dont voici la chute : « C'est le jour des masques pour moi,\npour toi, le jour des quarante heures ». Je me propose un jour de consacrer\nune étude spéciale à ces poèmes en prose, et n'ayant pas le texte de ces\nmodernités exquises, les Trois Tasses de thé, les Deux Caméléons, je\nciterai, pour compléter, l'aspect de M. d'Aurevilly poète.\n"}, {"page_pdf": 454, "texte": "                                   — 413 —\n\n\n                            LES NENUPHARS\n                                          « Vous ne mettrez jamais dans votre Flore amoureuse\n                                               le Nénuphar blanc qui s'appelle... »\n                                                                    ( Une première lettre).\n\n                 Nénuphars blancs, ô lys des eaux limpides!\n                 Neige montant du fond de leur azur !\n                 Qui sommeillant sur vos tiges humides,\n                 Avez besoin, pour dormir, d'un lit pur ;\n                 Fleurs de pudeur, oui, vous êtes trop fibres\n                 Pour vous laisser cueillir... et vivre après.\n                 Nénuphars blancs, dormez sur nos rivières.\n                        Je ne vous cueillerai jamais.\n\n                 Nénuphars blancs, ô fleurs des eaux rêveuses!\n                 Si vous rêvez, à quoi donc rêvez-vous i\n                 Car pour rêver, il faut être amoureuses,\n                 Il faut avoir le cœur pris ou jaloux ;\n                 Mais vous, ô fleurs, que l'eau baigne et protège!\n                 Pour vous rêver, c'est aspirer le frais...\n                 Nénuphars blancs, dormez dans votre neige !\n                         Je ne vous cueillerai jamais.\n\n                 Nénuphars blancs, fleurs des eaux engourdies,\n                 Dont la blancheur fait froid aux cœurs ardents,\n                 Qui vous plongez dans vos eaux détiédies,\n                 Quand le soleil y luit, Nénuphars blancs\n                 Restez cachés aux anses des rivières,\n                 Dans les brouillards, sous les saules épais...\n                 Des fleurs de Dieu vous êtes les dernières\n                        Je ne vous cueillerai jamais !\n\n   J'entends par livres perdus, deux ouvrages d'une extrême importance :\nles Pensées de Balzac, — Eugénie et Maurice de Guérin. — Dutacq,\nl'ami, l'associé de Balzac, l'original de son Mercadet, rêvait de faire un\nlivre, qui serait comme le Testament et le Grimoire d'Honoré et de l'éditer\nmerveilleusement en le gardant longtemps en composition et en donnant\ncinq francs à qui découvrait une faute typographique, comme faisaient les\nAide, à Venise. Dans ce dessein, il dit à M. d'Aurevilly : « Voulez-vous\nfaire ce travail? » et M. d'Aurevilly le voulut, car il se sentait Balzac II, et\nne l'eût-il pas senti, son admiration pour le Géant de la Comédie humaine,\nqu'il appelle le Napoléon du roman, changeait cette obscure besogne en\nplaisir. Il lut tout Balzac, la plume à la main, et mit toutes ses pensées sur\ncinq mille fiches. Il les classa et les souda, sous un mot d'ajout, les unes\naux autres, et la phrase devint page, et la page discours. Le résultat de cet\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "                                   — 416 —\n\n assemblage, que nul autre n'eût pu faire, causa un étonnement indescrip­\n tible quand M. d'Aurevilly publia une dizaine de chapitres dans le Pays.\n Le rédacteur en chef d'alors, qui ne mérite pas qu'on cite son nom,\n prétendit que M. d'Aurevilly a fait ce Balzac là, ce qui flatta beaucoup\n l'auteur des Diaboliques. Peu de temps après que M. d'Aurevilly eut\nremis les cinq mille fiches à Dutacq, celui-ci mourut ; Mme Dutacq n'avait\npoint de littérature, et on ne les a plus retrouvées : perte irréparable, car si\nl'on peut couper dans Balzac les pensées, quelle autre main que celle de\nM. d'Aurevilly pourrait les assembler et les classer.\n    Quant au volume sur les Guérin, qui eût été écrit du coeur, et partant\nadorable, l'éditeur Hetzel sait pourquoi il n'a pas été fait, et c'est à lui que\nla critique s'en prend et que la postérité s'en prendra, car il en est la seule\ncause.\n    J'ai dit, en commençant, les colères des Hugolâtres et des bas-bleus qui\nont déferlé leurs flots ridicules contre l'auteur des Diaboliques. Parlerai-je\nde M. de Pontmartin, ce vieux polisson? Non. Ce contempteur est néces­\nsaire au parallélisme, M. d'Aurevilly, ce Balzac II, a droit à un — Chaudes\nAigues.\n                                                   JOSÉPH1N PELADAN.\n\n\n\n\n                          FLEMM-OSO\n                                    (Suite)\n\n             De jour en jour la politique se délabre et nous fait une situation\n              inquiétante ; ce sont les meilleurs citoyens qui la dédaignent et\n              s'en écartent ; les industriels importants, les penseurs, écri­\n              vains, économistes et historiens, les hommes d'affaires, les\nsavants, les grands administrateurs se sont retirés en majeure partie, sauf\nquelques courageux qui veulent encore résister. Nos représentants ont\nperdu tout prestige parce que la politique est gâtée, et qu'il faut des ambi­\ntions peu dégoûtées pour s'en nourrir encore...\n   Bacon dit dans son Novum Organum Scientiarum que l'ambition des\nhommes qui veulent jouir d'une facile supériorité, est la plus vulgaire et la\nplus lâche, tandis que celle qui s'efforce d'agrandir la domination de\nl'homme sur la nature — si c'est là de l'ambition — est la plus saine et la\nplus auguste de toutes... Or, si, après avoir considéré dans son ensemble\nla force d'observation et la totalité de l'effort intelligent dont dispose une\n"}, {"page_pdf": 456, "texte": "                                  — 417 —\n\ngrande nation, on suit dans leurs multiples directions les si nombreuses\n divisions de cette activité intellectuelle, on est navré de voir quelle faible\n fraction de cet effort va s'atteler aux fractions de réelle utilité, au travail\nsalutaire d'où sortira le bien général, tandis qu'une immense force vive\ns'évapore en creuses discussions, en rivalités mesquines et se perd bête­\n ment en glorioles dans les batailles de l'orgueil. Dans la somme d'utilité\nque développe l'instruction donnée à un peuple, on retrouve cette même\nloi de reproduction que Darwin reconnaît à la fécondité des êtres : la vie\nn'est donnée qu'à une très minime fraction des germes. Des poissons\nportent jusqu'à trois millions d'œufs, quelques-uns seulement éclosent, les\nautres se perdent : ces autres constituent cette grande poussée des esprits\nvers les questions faciles dont les bruyantes réclames et les dupantes sono­\nrités attirent l'attention des foules. L'instruction, semée en abondance, ne\ndéveloppe qu'un insensible avancement des questions pratiques, et l'ensei­\ngnement déposé dans tant de cerveaux, reste le plus souvent sans produc­\ntion réelle, à moins de circonstances heureuses, fortuites, comme pour ces\norchidées fécondées uniquement par le papillon qui meut leur pollon par\nhasard — et, sous le souffle de démocratie qui gronde, l'avenir des États\nsemble moins assuré que celui des fleurs dont les hommes politiques sont\ndes papillons.\n\n\n\n   Vous êtes planté au beau milieu d'un Salon de peinture : les cadres\nbrillent et enchevêtrent leurs rectangles inégaux, l'air est lourd, la foule\nremue, le piétinement étourdit, le vernis monte, les paquets de couleurs,\nles tons vifs invitent l'œil tous à la fois, et votre volonté pivote... Par quel\nbout commencer à dévider l'enfilement des petits arbres dentelés sur ciel\nde soie bleue, des tableaux de modes à falbalas et des portraitures complai­\nsantes? Tout le monde éprouve ce vertige de l'hésitation. Or, certains\ntableaux, très déterminés, ont, beaucoup plus que leurs camarades, le don\nd'appeler la masse, de la prendre et de réunir en tas des gens qui s'exclament\ntendrement : comme c'est sympathique ! — Ces œuvres-là sont odieuses,\nTravail sans fierté qui saute au cou de votre admiration, et, sans préambule,\ntout de suite,' se fait familier, s'invite et prend place dans la mémoire ;\nc'est un art complaisant, sans caractère, sans rudesse, sans grandeur. Ces\nœuvres ont trop d'amis... Je préfère ces tableaux austères, honnêtes, froids,\nqui laissent même peu d'impression à première visite et attendent plus\nample connaissance, comme s'ils se disaient que les niais ne reviendront\npas. Mais un second examen laisse percevoir une telle révélation que plus\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "                                  — 418 —\n\ntard on est ramené uniquement pour contempler ces figures réservées ; il\nfaut être patient, s'arrêter longtemps, attendre, réfléchir, chercher et revenir\nencore — et le beau éclate superbe ; seulement cette beauté ne parle pas à\ntous, elle choisit son homme et laisse le vulgaire ambiant se bousculer\ndevant des enluminures fadasses, molles et blaireautées. Près de ces oeuvres\naltières et abandonnées, on se trouve deux ou trois, silencieux et contem­\nplatifs; étudiant, fouillant, on cherche toujours et on découvre toujours, et\non se repète : c'est ça, c'est très ça. Et avoir dans la foule, en plein trimba­\nlement du public, une satisfaction bien à soi, dédaignée des autres, c'est\nune large et reposante jouissance que ne doivent jamais entrevoir les bons\ngarçons qui rient tous ensemble, en corps, dans un théâtre.\n   Pour les hommes, le cas est identique. Dans cette longue variété carna­\nvalesque de têtes et de caractères que la vie remue autour de nous, il se\ntrouve certaines natures vers lesquelles la masse affectueuse est conduite.\nCeux qui m'attirent le moins ce sont ces complaisants bonasses dont tout\nle monde va répétant : c'est un garçon si sympathique, il charme vraiment\nà première vue. Un nombre considérable de braves gens s'enorgueillissent\nd'être les amis de ceux-là... Pour avoir été votre voisin en chemin de fer ou\nvous avoir demandé du feu, ils vous secouent énergiquement les deux\nmains et vous appellent : mon vieux. Vous demeurez bien un peu interlo­\nqué devant ce vieil ami si peu connu, mais ils sont faits à ces légères résis­\ntances qu'ils brisent vite par un bavardage tout à trac de mots enfilés, une\nverbosité amadouante, menue monnaie de la conversation de tout le monde.\nIls s'en vont en vous écrasant les doigts et n'ont pas vergogne de demander,\nau premier passant, s'il connaît « le nom de cet animal ? De semblables\npantins on vante le caractère serviable et le naturel ouvert — ouverts, je crois\nbien : ils aiment le public, leur cœur donne dans la rue : entrez donc, mes­\nsieurs! Cette affection anonyme a des amis qu'elle ne connaît pas, des\ninconnus intimes. Gautier assure que le père Dumas avait quarante mille\namis intimes, sans compter les femmes et les petits enfants... Ce sont des\nplaces publiques.\n   Or, la grande loi, pour les arts comme pour les hommes, c'est que les\nsympathiques sont les faibles. L'art solide, celui pour lequel le temps aura\ndes respects, ne groupe qu'une minorité, car le petit nombre est instruit et\nson goût plus exercé demande autre chose que la pâture jetée à la masse\ntraînante qui se régale des compositions bénignes d'un art doux, appri­\nvoisé. Dans la vie des peuples, c'est encore l'écrasement des éléments sym­\npathiques : les élégances de l'antiquité étranglées par des invasions bar­\nbares, toutes les races civilisées culbutées par les violences des hordes\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "                                  — 419 —\n\nbrutes ; actuellement la race latine, chevaleresque, spirituelle, amusante,\nsympathique enfin, se fait manger par le Teuton rouge et le Germain rumi­\nnant : c'est le fait de tous les temps, le Septentrional taciturne et brutal\ndescend sur le Méridional aimable et élégant, comme si le froid, glaçant\nnotre vieille terre, voulait peu à peu refouler le grouillement humain vers\nla zone de l'Equateur dont les terres vacantes, bourrées de richesses\nneuves, se rafraîchissent peu à peu pour se préparer à recevoir l'homme.\nC'est une loi saillante, les faibles ont certaines qualités extérieures qui les\nrendent avenants, et qui éveillent en nous la sympathie, cette pitié. Mais\nces qualités, témoignages de faiblesses, sont donc des défauts? Nous subis­\nsons cette confusion. C'est le triomphe de ceux qui vont les mains ten­\ndues. Les faibles, les incomplets, incapables d'un travail obstiné, se hissent\nau moyen de ces relations faciles, et ils tressent leurs amitiés pour en faire\nune ceinture de sauvetage autour de leur petite position. Voilà comment les\naffections éclatent soudaines, voilà comment les effusions sont instantanées\ndans ces amitiés vieilles de plusieurs minutes. Ces messieurs, dans l'immen­\nsité de leur tendresse, se composent des connaissances de luxe, des relations\nde salon, d'affaires, sentiments d'occasion qui se décollent comme des arti­\ncles de bazar. Ils se traitent d'amis, comme les rois et les clowns s'appellent\ncousins ; sans déparler, ils accablent un n'importe qui de leurs cérémôme­\nries d'affection ; ils griffonnent à la file cinquante lettres, banales comme un\nmillion de baisers, toutes commençant par : mon cher Machin ; ils jettent\nleur dévouement à toutes les têtes, comme des prospectus de taileur,\net se précipitent mal à propos dans des excès de zèle très superflus :\nils se lanceraient à l'eau pour sauver un terre-neuve... s'il fallait sauver le\npropriétaire du chien, ce serait une autre affaire. En somme, ces colpor­\nteurs d'embrassades ne connaissent que amitié aussi fausse qu'un escalier\nfait de sable, ainsi qu'il est dit dans le Marchand de Venise; leur rire —\ngrimace aimable — n'est qu'une façon polie de montrer les dents, et tous\nleurs sentiments sont flasques comme la colère des eunuques, ces Auver­\ngnats de Turquie. Tandis que bien souvent pour des hommes d'une nature\ndoucement tendre mais digne, on dit avec effarement : c'est un loup ! et\nc'est un gros mouton : un mouton noir, voilà tout, corbleu !\n   Le mauvais signe c'est que les haines diminuent ; pour ces haines sin­\ncères, profondes, lourdes à porter, il faut de vrais caractères. « On a tout\nà craindre d'un homme qui n'est ni bon ni méchant, » dixit Georges Sand.\nPour m'apprendre la règle du participe présent ma grammaire me disait,\ncomme exemple, que les personnes aimant tout le monde n'aiment ordi­\nnairement personne. Ainsi ces caracoleurs tuent l'affection par l'abus qu'ils\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": "                                   — 420 —\n\n en font; s'ils ont réellement un ou deux vieux copains, très anciens et bons\n camarades, ont-ils le temps seulement de songer à eux dans cet amoncelle­\n ment de relations quelconques? Nous ne pensons plus à nos amis qu'en les\n rencontrant : tiens ! tu vis encore! Au lieu de ces sourires toujours prêts et\n fadement mielleux, la sincérité doit mettre dans les mains comme dans le\n parler une franchise nette, une rudesse un peu butorde, comme pense naï­\n vement Pierrot quand il demande à Charlotte qu'elle « li baille queuque\n taloche en passant; jarni ! v'là où l'on voit les gens qui aimont ». Les amis\n qui ne servent que dans les jours de joie ne valent pas cher ; et ces connais­\n sances au rabais constituent l'amitié moderne. L'amitié, en théorie, c'est\n une excellente mécanique à mettre en vers, un sujet parfait pour les con­\n cours de rhétorique ; en pratique, c'est un escabeau sur lequel grimpent les\n imbéciles qui ne sont pas bêtes, c'est une habitude gênante qu'on prend en\n pension et qui permet à quantité de drôles d'emprunter des pièces de cent\n sous et de se faire payer à déjeuner. Un ami, c'est celui qui se permet à\n votre égard ce qu'un étranger n'oserait pas faire et se montre vis-à-vis de\n vous d'une susceptibilité aiguë, celui qui vous fait sortir quand vous avez\nenvie de rester chez vous, celui qui vous emprunte votre parapluie quand\nil pleut, c'est-à-dire quand vous en avez besoin, celui qui blague le livre que\nvous lisez et rit de la qualité de vos cigares. L'amitié est une générosité à\nlaquelle croient les collégiens qui jouent aux billes et le mari d'une jolie\n femme lequel a beaucoup d'amis dévoués qui soignent ses rhumes et lui\napportent ses pantoufles; c'est, enfin, une illusionnante tradition, et s'il s'en\nrencontre encore un peu — on prétend bien qu'il existe encore deux bou­\nteilles de vin de Madère — c'est une douceur plus rare qu'un mot aimable\ndans la bouche d'un directeur. On aura beau inventer des machines qui\nconfectionnent des cartes de visite à la minute et qui fabriquent des rails\navec des vieux journaux, on ne fera jamais de l'amitié avec des passants\nsympathiques... Et à présent j'ai fait suffisamment mon Alceste en disant\ncomment, au milieu des maigreurs à la mode de la duchesse peinte en pom­\nmade, au milieu des prairies chevelues et peignées sous un ciel ouaté\ncomme un corsage et des marines qui montrent des petits bateaux à vingt-\ncinq sous plantés dans un baquet de sirop, j'aime grandement ces toiles\nsombres, refrognées, ces oeuvres profondes d'un modelé vigoureux. Ces\ntableaux graves me font penser à des éloignés que j'aimerais s'ils ne m'a­\nvaient pas oublié — parce que je ne suis secrétaire d'aucune association.\n\n\n\n  Un cauchemar qui tenaille le cœur ; un cauchemar qui, du sommeil,\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "                                   — 421 —\n\ndonne peur comme d'un gouffre noir au fond duquel mille striges blotties\nguettent pour vous jeter leurs griffes à la gorge : j'ai cet effroi immense. En\nfermant les yeux, la vision fascinante réapparaît... Je me retrouve au\nchevet de cette jeune femme : de grands yeux bistrés de fatigue, des joues\nfanées, des lèvres picotées de sang, la respiration douloureusement lourde...\nc'est ma femme — et un enfant va naître. Je demeure affaissé auprès du\ngrand lit blanc — notre lit — et, le front dans les dix doigts, je souffre,\nanxieux déjà pour nous trois... La pendule balance son tic-tac désespéré­\nment... Mon regard, attaché au lointain des ressouvenances, retrouve, en\nsuivant les fleuraisons contournées du tapis, dix jolis mois capitonnés de\nbonheur... C'était la longue table et le vacarme de la noce, les corbeilles\npillées, les bouquets et les souhaits, les vieux une larme à l'œil, les jeunes\nfilles nerveuses et la grand'maman le bonnet sur l'oreille... Et puis, je me\nsentais léger, fier, tenant, bien serrée à mon bras, cette belle blonde dont\nles grands yeux gris étaient ardents d'une joie peureuse. Elle sautait, j'étais\nfou... je ne sais plus... Un lendemain matin paresseux et câlin, avec des\nfrissons qui passent comme des souvenirs après des surprises candides de\nl'heure inoubliable. Engourdis d'un bonheur las, nous allions, traînants, au\nbon air, dans la tiédeur d'une matinée de printemps, elle bien à moi, moi\nbien à elle, et nous flânions au milieu des commères potinantes, dans les\nrues d'une petite ville, fond de province où nous avions porté nos premiers\nbaisers. Nous suivions les boutiques aux vitrines si petites; je voulais\nacheter n'importe quoi, une grosse chose, souvenir de cette matinée, et nous\ncherchions. Elle s'arrête et désigne en souriant une brassière mignonne,\ntrès simple, étiquetée un franc soixante-quinze. Nous avons emporté cette\nbrassière, soigneusement ; elle est là, sur un fauteuil, depuis hier. Notre\ncaressante intimité est devenue cette angoisse, et d'un moment à l'autre, la\nminute terrible tombera de ce balancier impassible qui, pendant des mois, a\nscandé notre dorlotant poème d'amour... Dans la chambre, une garde,\nvieille âme de gendarme, le nez piqué de vin et le menton poilu, rôde et\nfait des préparatifs avec l'indifférence du métier... Père ! c'est singulier tout\nde même, au commencement... et dans quelques instants... Mes lèvres sont\nimpatientes... Ah! c'est que j'aimerai le galopin, il peut s'y attendre. Mon\nenfant; mon enfant ! Il me semble le voir, le connaître déjà ce petit bon­\nhomme pour lequel je saurai inventer des tendresses, je le sens. Il me\nreconnaîtra bien vite, le coquin. Et quand il trottinera de ma femme à moi,\nlà, sur ce tapis — seulement il faudra bien des précautions, c'est si délicat\nces petites existences... Mais il sera fort, bien bâti... Ma pensée va si vite\nque je le vois s'en allant, fier, le jour où, pour la première fois, il offrira le\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "                                   — 422 —\n\n bras à sa mère... Un cri ! On m'entraîne. Des lumières passent. Une grosse\n douleur me met des barres dans le sang; j'attends, je brûle... je suis père.\n Un garçon !\n    — Et l'enfant?\n    La femme m'apporte l'idole blanche et rose tombée chez moi, mais je\n crains qu'un baiser fasse mal à sa fragilité et je laisse le gras de ses mollets\n minuscules dans ma grande main. Sacrebleu ! Vais-je en faire un homme,\n un gaillard! Voici ma tâche maintenant. Et ce sera un beau garçon, cela\n doit se voir déjà, n'est-ce pas docteur ?\n    Le vieux médecin, riant, s'approche de la lampe, considère le bébé, et,\n douloureusement, désespérément s'écrie : Aveugle !... oui !\n    Mon fils aveugle? Aveugle ! Il ne verra jamais! jamais! Il ne me con­\n naîtra pas... Aveugle ! Mon enfant ne s'éveillera donc pas? Dans les ténè­\n bres de cette éternelle nuit il ne connaîtra jamais la lumière, et c'est irré­\n missible. Ne pouvant rien apprendre, dans l'inaction sans fin de ses mains\n et de sa pensée, il grandira chétif ne sachant pas ce que les enfants font\navec les jouets, et il restera accroupi comme au fond d'un cachot sans\njour... innocent que le sort a maudit! c'est de la haine qu'il aura pour moi,\n pour moi, l'inconnu qui lui à donné les heures inertes et vides de cette vie\nnoire... Manger, boire, aller, revenir, se laisser pousser, toujours dans\nl'ombre comme sous un voile lourd dans une affolante ignorance, ce n'est\npas vivre. Ne rien connaître, se heurter à des étonnements ridicules,\nignorer la cause des gaietés qui sonnent aux oreilles, retrouver ses parents\nà un son de voix et demander peureusement ; mais le ciel, et ce soleil dont\nvous parlez, qu'est-ce donc ?... Ah ! misérable créature, mais que viens-tu\nfaire au milieu de nous ? Traînant la rage impuissante de tes désespoirs\ndans la monotonie d'un deuil sans fin, tu subiras l'immobilité, toujours,\nl'anéantissement de toi-même. Tu ne donneras que de la douleur et des\ncharges à ceux qui te feront la charité d'un peu d'affection, tu devras finir\npar vivre à tâtons chez des étrangers dans cette existence dont tu entendras\nsans cesse autour de toi l'activité bruyante — et tu attendras ainsi, dans\nune servile passivité, la venue de ton seul bonheur : la mort. Oui, misé­\nrable, que viens-tu faire dans ce monde immense, puisque tes yeux restent\nfermés!... Rentre donc vite dans ce néant où l'on ne souffre pas, et n'aug­\nmente pas ton malheur de tout le nôtre...\n    (A suivre).                                   JAMES VAN DRUNEN,\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "                                         — 423 —\n\n\n\n                                 MEMENTO\n   Comme nous l'avons annoncé dernière­          les opinions de personne, et le critique du\nment, nous commencerons dans notre pro­          Magasin littéraire peut avoir l'âme en\nchain numéro la publication — provisoire­        repos. Notre religion littéraire ne dépasse\nment anonyme — d'un important travail :          pas notre cœur et nous n'avons érigé aucun\nSouvenirs de la Vie d'étudiant. Un journal,      culte nouveau qui puisse ébranler la pierre\npolitique autant qu'éphémère, Le Clairon,        sur laquelle est bâtie l'Eglise.\navait commencé cette publication, qu'in­\nterrompit la chute du journal ; nous la                               ***\nreprenons, elle nous plaît. On y trouvera           La Chronique des Beaux-Arts d'Anvers\nl'histoire anecdotique de l'Université de        continue sa brillante carrière. Signalons,\n Bruxelles depuis les années où l'on y vit les   dans ses deux dernières livraisons, outre\nhommes actuellement en lumière dans la           les excellentes nouvelles d'Iwan Gilkin\npolitique et la littérature, l'histoire de       (L'ut dièze), de Georges Eekhoud (Hoppe-\nl'Europe et de la Bohême; enfin nous la          Bellen), d'excellentes reproductions photo­\ncompléterons par l'histoire des années           typiques des tableaux d'Alfred Stevens, de\nd'Université de Louvain à l'époque où plu­       Roll, de Verwée, etc.\nsieurs des nôtres y faisaient leurs premières\narmes littéraires. Cette publication devait\n                                                   Nous lisons dans le Figaro :\nrevenir à la Jeune Belgique dont elle indi­\nquera les débuts et l'épanouissement. On                       HAPPE-CHAIR\nnous accusera peut-être de faire préten­            Les amateurs pourront comparer bien­\ntieusement notre histoire avant d'en avoir       tôt Happe-Chair à Germinal, M. Camille\nune... mais les jours de jeunesse mêmes          Lemonnier à M.Zola, le maître français au\nont leur intérêt et nous sommes convaincu        maître belge qui a déjà écrit : le Mâle, les\nd'un succès.                                     Charniers, le Mort, l'Hystérique. On voit,\n                                                 par ces titres significatifs, que de l'autre\n   Lysiane de Lysias, dont nous commen­          côté de la frontière, l'Ecole naturaliste a\nçons aujourd'hui la publication, devait          des représentants.\ns'intituler primitivement Solange. M. Del­          La Revue Moderniste nous annonce cet\npit nous a soufflé notre titre en l'enjolivant   événement littéraire et, pour nous mettre\nde : Croix Saint-Luc, Nous le vouons à           en goût, détache de Happe-Clair, « étude\ntous les diables, avec sérénité, et rendons      âpre et violente du peuple et des usines du\nla pareille à M. Villiers-de-l'Isle-Adam qui     Hainaut », un morceau truculent, le tableau\ndoit avoir écrit une nouvelle intitulée :        d'une noce, dont voici les principaux per­\nLysiane d'Aubelleyne. Nous lui laissons          sonnages :\nd'Aubelleyne, charitablement.                       « Le mariage à l'église se fit un mercredi\n                                                 matin à sept heures. La veille au soir,\n                                                 après la fermeture des grilles, on était allé\n   Une revue mensuelle le Magasin litté-         à la mairie avec les témoins. Du côté de\nraire, orthodoxe et gantoise, nous prend à       Huriaux, Simonard et la Philomène, sa fem­\npartie dans son dernier numéro, à propos         me, puis Carpitte ; et du côté de Clarinette,\nde Victor Hugo et de l'hommage que nous          le Crompire et Zébédé, Zidore Piéfert, le\nlui rendons. Au nom des principes catholi­       marteleur, et son épouse Zoé Evangeline. »\nques, elle nous reproche notre « adoration          Mais pour connaître tous les acteurs, il\nlittéraire » comme une expression de paga­       convient d'ajouter :\nnisme et d'idolâtrie. A vrai dire, nous             « Achille Gaudot, « le bio valet » un gail­\nn'avons songé à blesser les principes ni         lard superbe, le regard fauve sous une\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "                                         — 424 —\n\ntaroupe noire, Zénon Zinque, le borain,             Le récit de la noce de Jacques Huriaux\nune pratique celui-là, soiffard et coque-        et de Clarinette est plaisant à lire. Tout ce\nplumet, jamais à court de blagues, et qui        petit monde grouille gentiment. Clarinette\navait l'art de tirer les gens en bouteille.      toutefois, me semble bien distinguée pour\nLeurquin, l'enfourneur de coke, un asthma­       ce milieu. Peut-être sa tendance à s'élever\ntique tout desséché par le feu.                  est-elle dans le dessein de M. Camille Le­\n   « Quand Jacques Huriaux vit Clarinette        monnier. C'est ce que le roman apprendra.\ndans le battant neuf de ses atours, ses pe­         Je ne sais si c'est réaction contre la ma­\ntits chiens frisottant sous les touffes fleu­    rée des fades harangues déversées aux\nries du chapeau, la taille dessinée par la       pieds des innombrables statues qui s'élèvent\nbusquière du corset, il eut une émotion          chaque jour, ou sympathie pour l'auteur\ncomme devant une personne toute neuve et         de Happe-Chair que, du reste, je n'ai pas\nqu'il n'avait pas encore connue. C'est du        l'honneur de connaître, mais je ne résiste\ncoup qu'elle dégottait toutes les mal pei­       pas au plaisir de citer encore une page où\ngnées du village. Et lui, toujours assez         il semble qu'éclate le gros rire rabelaisien.\nfroid, même en amour, s'alluma d'une telle          Le repas de noces terminé, quelqu'un\nchaleur au contact de cette jolie fille qui      proposa d'aller achever la soirée dans les\nallait être sa femme, qu'il eût voulu l'em­      cafés.\nbrasser à pleine bouche, devant tout le             « Les hommes enfilèrent leurs redin­\nmonde. Il s'était mis en frais aussi, d'ail­     gotes, les femmes se recoiffèrent de leurs\nleurs, s'était fendu d'une jaquette en drap      chapeaux, et toute la noce gagna la rue\nnoir, d'une cravate en soie zinzolin, et         derrière Huriaux et Clarinette redevenus\nd'une casquette bombée qui avait la forme        graves.\nd'un dôme ; et rasé de frais, la peau luisante      « La chaleur de l'après-midi tombant\nde savonnée, avec son col et ses poignets        alors sur les fermentations de la boisson,\nen toile très blancs, il tirait l'œil par sa     Zinque se déhancha en un pas de cancan,\nbonne mine...                                    tout seul devant les couples qui se mirent\n   « A l'église, après la cérémonie, il fallut   à fringuer et gambiller, et les cavaliers se\npasser entre une double haie de guenuches        déguingandaient, la main sur le cœur, avec\net de maritornes, venues là dans le dépoi­       des grâces, tandis que les commères tou­\ntraillé du saut du lit, avec leur marmaille      pillaient, les jupes troussées jusqu'aux jar­\nroupilleuse et mal ébrenée. Quelques-unes        retières, dans l'ardeur des entrechats. Ils\ns'étant avancées pour l'accoler, elle se         firent, en dansant, le tour de la place, puis,\nrecula, prise de dégoût pour leurs fripes,       entrelacés et gigottant, se ruèrent à l'Har-\navec la peur d'une souillure sur sa toilette     monie, le principal café de Happe-Chair,\nde mariée. Et comme elle marchait la tête        sur les banquettes duquel, après quelques\nhaute, se pavanant dans un dandinement           rigodons, la bande s'affala, rendue, les che­\ndes hanches, une vieille en scofion sale, qui    veux poissés par la sueur. »\nvivait du rebut des ménages balayé à la                                 A U G U S T E MARCADE.\nrue, la hua, avec cette injure : sang de\ntruie. Mais elle ne daigna pas seulement            Inutile d'ajouter, à cette page, d'ailleurs\ntourner la tête, se sentant au dessus de         flatteuse, de M. Marcade, que nous ne par­\ntoute cette basse humanité et prenant au         tageons pas ses idées quant à la ressem­\nsérieux son rôle de future bourgeoise. » .       blance de Camille Lemonnier à Emile Zola.\n   Si l'imitation de la manière de M. Emile      Happe-Chair, comme Un Mâle, porte la\nZola est évidente chez M. Camille Lemon­         griffe à laquelle on reconnaît l'art robuste\nnier, il me semble qu'il possède en propre,      et personnel d'un écrivain qui n'est ni natu­\nune certaine bonne humeur, et, parfois           raliste, ni moderniste, ni écoliste, mais tout\nmême, la grasse gaîté des peintres fla­          simplement artiste.\nmands.\n"}, {"page_pdf": 464, "texte": "                                                      — 425 —\n\n   Coups d'encensoir à Edmond Picard !                       Et, sans un mot jamais qui laisse deviner\n                                                             Le mal dont chaque jour il se sent plus miné,\nUne brochure. Paris. Grande imprimerie\n                                                             L e p a u v r e enfant se meurt sans rien dire à personne.\nrue Cadet. Prix : fr. 0-25.\n   Nous ignorons l'auteur de ce petit pam­                                                     RETOUR\nphlet et ne tenons pas à le connaître. C'est                 Donc, elle vint vers moi ; j e n'y pensais plus guère,\nl'œuvre d'un haineux sans esprit, qui                        A vrai dire, et songeais, ce soir-là, simplement\n                                                             Qu'elle m'avait aimé, p a r boutade, un moment,\nn'abattra rien du tout avec sa sarbacane;\n                                                             Quitte à briser plus tard mon a m o u r comme un verre.\nles boulettes lui en retombent sur le nez,                   Elle parla longtemps des choses de naguère,\navec mélancolie.                                             Très longtemps tristement, mélancoliquement.\n                                                             O h ! tout ce qu'elle dit ce soir-là fut c h a r m a n t !\n                                                             Ses mots étaient si doux, son accent si sincère\n  Madame Mathurin, par J. Monti. Un                          Que je crus, p a u v r e fou, tout ce qu'elle disait,\nvolume. Paris. Serra. Prix : fr. 3-50.                       Tout ce que son regard limpide traduisait,\n  Une étude de fille un peu plus mauvaise                    E t ce que son amour du mien semblait a t t e n d r e .\nque toutes les études de filles et non moins                 P o u r t a n t , q u a n d j e voulus, ému sur son chemin,\n                                                             Lui prendre ses chers doigts, elle retint sa main,\nbanale. Une accumulation de crudités sans\n                                                             Puis eut l'air simplement de ne pas me comprendre.\nstyle, sans rime et sans raison. Un livre\nmalpropre dans toute la force du terme. A\nne pas lire.                                                 Ses chers doigts délicats sur les touches d'ivoire\n                                                             Jetèrent à la nuit un air sentimental...\n                                                             — N o c t u r n e de Chopin, sanglot d e Blumenthal\n  Nous recevons de M. Raoul Russel, un                       Qui restera toujours présent à ma mémoire ! —\nvolume de vers écrits dans une forme très                    La musique en était comme la simple histoire\nmoderne et intitulés : Les Apaisements.                      D'un adieu déchirant ou d'un amour fatal.\n                                                             C'était comme un regret lointain du sol natal.\n  Nous ne pouvons faire mieux, en l'hon­\n                                                             V i b r a n t dans je ne sais quelle plain te illusoire,\nneur du poète que de citer les fragments                     Ou le cri désolé d'une âme qui s'enfuit. —\nqui suivent de son charmant volume :                         ...Elle j o u a i t toujours plus pâle dans la nuit\n                                                             Où s'envolait l'essaim des notes palpitantes.\n                       PUBERTÉ                               ...Son regard, un instant, eut un reflet des cicux,\nAprès qu'elle a fermé, bien seule, la cabine.                E t sur le long clavier des touches sanglotantes\nÉmue encor du bain et frisonnant un peu,                     Tombèrent lentement des pleurs silencieux.\nElle ôte lentement son costume gros bleu\nDont le tissu répand l'âcre senteur m a r i n e .                               SI VOUS DEVIEZ\nSa main blanche a glissé le long de sa poitrine...\n                                                                                       CHANSON\nElle est là maintenant, toute nue, a u milieu,\nSans un voile, sans rien qui dérobe l'aveu                            Si vous deviez un j o u r me dire :\nDe sa beauté c h a r m a n t e , aristocrate et fine.                 « Fermez votre c œ u r à l'amour »,\nUn instant, elle reste inquiète et debout                             Vous n'auriez pas dû me sourire\nA sentir le frisson qui la prend tout à coup                                   L e premier j o u r .\nEt fait battre son c œ u r si calme d'habitude.                       Si vous deviez fuir ma présence\nPuis, baissant ses g r a n d s yeux, elle éteint lentement            E t craindre un jour de me nommer,\nTous ces troubles en elle évoqués sourdement                          Pourquoi m'avoir permis l'offense\nOù la chair et l'amour mélangent leur prélude.                                 D e vous aimer?\n                                                                      Si vous deviez clore vos lèvres\n                     PRÉCOCITÉ                                        A mes désirs inapaisés,\nIl aime les longs soirs emplis de solitude                            Pourquoi m'avoir appris les fièvres\nEt tout ce qui revêt de paisibles couleurs ;                                   D e s longs baisers :\nIl aime les parfums, les femmes et les fleurs,                        Et si vous deviez sans tristesse\nEt semble préférer le farnient' à l'étude.                            M e dire un j o u r : « J e ne veux pas »,\nIl parle lentement, comme avec lassitude,                             Pourquoi m'avoir appris l'ivresse\nEt ses traits amaigris et ses m o r n e s pâleurs                               D e vos deux bras?\nPrédisent le secret de certaines douleurs\nQue dément constamment son air d e quiétude.\nSa mère, qui le voit tous les j o u r s plus changé\nEt lit dans son regard plus profond, plus âgé,\n                                                               Le suave Jules Blancard nous envoie une\nTrès douloureusement s'inquiète et s'étonne;                 nouvelle carte de visite :\n"}, {"page_pdf": 465, "texte": "                                                — 426 —\n\n   LA DÉSAFFECTATION DU PANTHÉON                             — Mais oui, répond l'enfant.\n A Monsieur le Ministre des Cultes et des Beaux-             — Ah ça, mais ! reprend notre confrère,\nArts.\n A Monsieur le Cardinal-Archevêque de Paris.\n                                                          vous n'avez donc personne pour vous f.\n                                                          des gifles?\n        MESSIEURS,\n                                                             Eh bien, cette caricature me revient en\nDans votre différend touchant le Panthéon,\nMinistre ou cardinal, nul de vous n'a raison ;\n                                                          mémoire chaque fois que je vois une de ces\nL'antique jugement de Salomon le Sage                     invraisemblances servir de thème à une\nEut, des deux Immortels, permis le voisinage.             dissertation romantique. J'ai chaque fois\nQue Victor ait des droits, personne ne dit non.           envie d'écrire à l'auteur. Ah ça 1 vous\nMais l'auteur de Victor ! dans la même maison,            n'avez donc personne pour vous... je n'ose\nEut certes d'autant mieux pu faire bon ménage\n                                                          pas dire f       des gifles — mais pour vous\nQue chacun, pour son culte, aurait eu son étage...\nMystique sanctuaire et crypte de géant !\n                                                          remettre dans le droit chemin?\nPour couronner le tout, le dôme est assez grand.             Vous n'avez donc pas de médecin parmi\nOr, Messieurs du Pouvoir, quelle erreur est la vôtre !    vos amis?\nOui, pour sauvegarder l'harmonie entre vous,                  Tenez, par exemple, je viens de lire ces\nIl fallait transiger : Dieu dessus, Dieu dessous!         jours-ci en omnibus un roman intitulé :\nA mon très humble avis, l'un n'empêchait pas l'autre.\n                                                          « Maigrichonne », par M. Paul Saunière.\n                                JULES BLANCARD.\n                                                           Un des épisodes du roman est le suivant :\nSaint-Paul-Trois-Châteaux      (Drôme), le 8 juin 1885.       Une jeune fille de famille, ayant pour\n                         ***                              compagne une autre jeune fille de son âge,\n   Nous lisons dans l'Union médicale, l'in­               devient enceinte des œuvres d'un camarade\ntéressant feuilleton suivant. Que nos lec­                 d'enfance, et accouche clandestinement,\ntrices ne s'en effarouchent, nous sommes                   grâce à la connivence de l'amie et du mé­\ndans le domaine scientifique où l'on devrait               decin de la famille. Mais il faut faire dispa­\nparfois parler latin. Malheureusement le                   raître l'enfant. Alors la jeune amie se\nlatin, ça ne se comprend plus !                            charge de le transporter dans un village, à\n                                                           quelques lieues de là, et de le confier à une\n              CAUSERIE                                     brave paysanne, qui l'élèvera. Malheureu­\n  La médecine dans les romans : Maigri-                    sement, l'enfant meurt en route. On jase,\nchonne, par M. Paul Saunière. — Jean                       on accuse la jeune fille d'être la mère et\nMontas, par M. Jules Claretie.                             d'avoir tué l'enfant ; trente-six heures après\n   Puisque les romanciers s'obstinent à                    elle est en prison. — La justice charge un\nprendre dans la médecine le sujet de leurs                 médecin d'éclaircir l'affaire. — Le médecin\nromans, on ne s'étonnera pas, je pense, que                trouve que l'enfant est mort de sa belle\nje m'obstine de mon côté à relever les in­                 mort, —voilà un premier point éclairci. —\nvraisemblances médicales qu'ils y glissent,                Mais la jeune fille a déclaré n'être pas la\n— invraisemblances, il faut bien le dire une               mère de l'enfant. Comment s'y prendre\nfois de plus, qu'il leur serait facile d'éviter           pour savoir la vérité? Vous et moi, ayant\nen consultant à cet égard les personnes                    à rechercher si une jeune fille est accouchée\ncompétentes.                                              il y a trente-six heures, nous nous serions\n   Je me rappelle à ce propos une des plus                 empressés de regarder d'abord son linge,\nspirituelles caricatures de Grévin, représen­             dont elle n'a pu changer depuis au moins\ntant une jolie belle petite — toute petite,               vingt-quatre heures, puisqu'elle est en pri­\ncomme il les fait d'habitude — horizontale­               son, et, lui trouvant du linge propre, sans\nment couchée dans un grand lit, et un                     trace de lochies, aurions déclaré qu'il n'y\ngrave docteur à côté du lit, lui tâtant le                avait pas lieu de pousser plus loin nos in­\npouls (à la belle petite, pas au lit).                    vestigations. Mais M. Paul Saunière est\n  — Vous êtes donc sortie en voiture dé­                  plein d'incrédulité à l'égard des jeunes\ncouverte par ce froid, pour avoir un rhume                filles, et fait tenir à son médecin d'étranges\npareil ? — vient de demander le docteur.                   propos.\n"}, {"page_pdf": 466, "texte": "                                          — 427 —\n\n    Le magistrat lui demandant si cette jeune      çon ». Heureusement pour elle, la pauvre\nfille peut être la mère de l'enfant :              enfant, car que fût-elle devenue, si c'eût été\n    « A première vue, répond notre confrère,       une accouchée de quatre jours?\nje ne le crois pas probable. Elle ne porte\nsur le visage aucune des traces que laisse\nd'ordinaire un accouchement récent (Oh!               Cette invraisemblance n'a d'égale que\nmonsieur Saunière, si vous pouviez nous            celle que M. Saunière a inaugurée à propos\ndire quelles sont ces traces laissées sur le       de l'amie de Marceline.\nvisage, dans les cas où l'enfant ne vient pas         Marceline, jeune fille honnête, bien por­\npar l'oreille, quel service vous nous ren­         tante jusqu'au jour de son prétendu accou­\n                                                   chement, est accusée d'être la mère de l'en­\ndriez!), et, comme l'enfant n'est guère âgé\n                                                   fant, et tout le monde finit par le croire,\nque de trente-six heures, il me paraît pres­\n                                                   malgré le certificat du médecin ;— son amie,\nque impossible que cette jeune femme en\n                                                   au contraire, est malade pendant plusieurs\nsoit la mère.\n                                                   mois, ne sort plus de sa chambre, accou­\n    — Est-ce chez vous une certitude?\n                                                   che sans que son père ni ses nombreux do­\n    — Morale seulement, monsieur. La mé­\n                                                   mestiques se doutent de rien, bien que son\ndecine a, même pour nous, de telles sur­\n                                                   amie fidèle soit en prison pendant ce temps\nprises, qu'en matière scientifique nous ne         et ne puisse l'aider à faire disparaître les\npouvons nous prononcer affirmativement             traces sanglantes et odorantes de l'accou­\nqu'après un examen attentif et réfléchi. »         chement ! Et personne ne se doute de rien !\n    Que de précautions pour savoir si une          Le médecin a expliqué la grossesse en fai­\njeune fille vient ou non d'accoucher!              sant appel à une maladie nouvelle, à la\n    Et surtout quelle inhumanité de la part        mode, l'anémie, et, alors que tout le monde\nde ce juge d'instruction ! Lui est convaincu       aurait prescrit l'exercice au grand air contre\nqu'il tient la mère de l'enfant, et, sans réflé­   cette terrible maladie, lui conseille la ré­\nchir probablement qu'il n'est guère possi­         clusion complète à la chambre, le repos\nble à cette malheureuse de faire une longue        sur une chaise longue. Et personne ne s'en\nmarche, il la fait conduire à pied, entre deux     étonne ! Puis, pour faire disparaître l'enfant\ngendarmes à cheval, à la ville voisine, éloi­      de la maison maternelle, il simule une botte\ngnée de plusieurs kilomètres; arrivée là,          d'herbes médicinales qu'il est venu collec­\nsans s'inquiéter autrement de son état, on         tionner pendant trois jours dans les bois\nla jette en prison, on l'y laisse trois jours,     du voisinage, et l'enfant est ainsi emporté\n et on charge alors un second médecin de se        devant tout le monde, sans se plaindre par\n livrer à cet examen attentif et réfléchi que      des vagissements bien naturels de cet enve­\n le premier déclarait nécessaire pour se pro­      loppement herboristique. Enfin, tout va\n noncer. Et notre pauvre confrère, très em­        bien et personne ne soupçonne la vérité. Et\n barrassé, d'après l'auteur, sans regarder         c'est bien heureux, car, sans cela, le roman\n seulement le linge ni sans vérifier l'odeur       n'aurait pas eu raison d'être, et ceux qu'il a\n que devrait exhaler une accouchée de qua­         intéressés ne regretteront pas ces incor­\n tre jours que cette odieuse justice a privée      rections, qu'ils n'ont probablement pas\n des soins de propreté les plus élémentaires,      remarquées. Il faut une fâcheuse disposi­\n — notre pauvre confrère, dis-je, ne trouve        tion d'esprit comme la mienne pour ne\n encore rien de mieux à faire que de consta­       voir partout que le mauvais côté de toutes\n ter de visu l'état des choses. Mais il fut bien   choses.\n puni de sa curiosité, car il se cassa le nez\n contre une porte fermée et dut déclarer\n dans son rapport : « Que non seulement               Ainsi, par exemple encore, voici M. Jules\n Marceline ne pouvait pas être la mère de          Claretie qui, dans Jean Montas, introduit\n cet enfant, mais encore qu'elle était vierge      l'hypnotisme dans le roman, et un peu\n  et par conséquent à l'abri de tout soup­         aussi le roman dans l'hypnotisme.\n"}, {"page_pdf": 467, "texte": "                                           — 428 —\n\n    Jean Mornas est un ancien interne des           programme, amène des complications une\n hôpitaux très déclassé, qui, au lieu de cher­      enquête a lieu, et on finit par découvrir la\n cher d'attirer la clientèle par une bonne         coupable. La médecine et la justice pataugent\n tenue et des travaux sérieux, passe son           d'abord à qui mieux mieux dans les reponses\n temps à pérorer au café en attendant une          que fait la jeune fille, jusqu'au jour où un\n occasion qui le tire enfin de son ornière.        des médecins songe à l'hypnotisme et sug­\n    Un beau jour, ou plûtot une vilaine nuit,      gère, en sens inverse, à la coupable, de lui\n il rencontre une jeune ouvrière qui peu à         raconter le crime. Elle raconte tout, peu à\n peu l'aime et se trouve être un sujet mer­        peu, sous l'impulsion de suggesteur, mais\nveilleux pour la suggestion.                       sauf le nom du vrai coupable, Jean Mor­\n    D'autre part, Jean Mornas connaît un           nas, qui bientôt après, désespéré d'avoir\nvieux toqué de pseudo-savant qui demeure           perdu l'argent volé à Monaco, se fait sauter\nà Versailles et qui accumule des billets de        la cervelle.\nbanque entre les feuillets de ses livres.\n    Ceci donné, il suggère à la jeune fille\nd'aller de Montmartre où elle demeure, à la           Comme tout cela est tiré par les cheveux!\ngare Saint-Lazare, de là à Versailles, de          Et comme |j'aime mieux la jolie nouvelle\ns'introduire chez le vieillard à l'aide d'une      Boum-Boum, imprimée à la fin du livre.\nlettre que lui, Jean Mornas, lui a remise,         Boum-Boum est un clown dont rêve un\nde s'emparer des billets de banque, de re­         pauvre petit enfant maladif. L'enfant va\nvenir à Paris, sans oublier la lettre, et de       mourir, lorsque le clown l'apprend, et tous\nlui apporter chez lui, rue Racine, les billets     les jours jusqu'à sa guérison, vient le dis­\nde banque ; enfin, de retourner chez elle          traire par ses grimaces. Pour toute récom­\net de ne souffler mot de son équipée à per­        pense, il demande la permission de mettre\nsonne.                                             sur sa carte de visite : « Boum-Boum, doc-\n    Tout s'accomplit à la lettre; mais le vieil­   teur acrobate, médecin ordinaire du petit\nlard, en voulant défendre ses billets de           François. »\nbanque, est repoussé violemment par                  Charmant, cela.\nl'hypnotique, se casse la tête contre le lit et                               SIMPLISSIME.\nmeurt. Cet incident qui n'était pas dans le\n"}, {"page_pdf": 468, "texte": "LA REVUE CONTEMPORAINE, littéraire,\n politique et philosophique. Directeur : Adrien REMACLE ; rédacteur en\n chef : Edouard ROD. Abonnement pour la Belgique : 2 2 fr. Paraît\n le 25 de chaque mois. Bureaux: Paris, 2, rue de Tournon.\n\n                       revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\nrain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\npagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\nPrix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\nà Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant pour la Bel­\ngique : MAX W A L L E R .\n\n\n                    VIENT DE PARAITRE :\n\n                            NOTES\n                                 SUR LA\n\n\n\nLITTÉRATURE MODERNE\n                                   PAR\n\n                F R A N C I S       N A U T E T\n                       Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n\n\n                  VIENT       DE         PARAITRE\n      chez FRINZINE et KLEIN, 1, rue Bonaparte, à Paris.\n\n\n                     XIXe          SIÈCLE\n\n                LES ŒUVRES\n                                   ET\n\n\n    L E S HOMMES\n                                  PAR\n                 JULES BARBEY D'AUREVILLY\n\n\n             LES JUGES JUGÉS\n   UN    B E A U VOL.            IN-80.     PRIX     : FR. 7 - 5 0\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": "LA REFORME, organe quotidien de la démocratie libérale.\n Rédaction et administration : 18, rue des Sables, à Bruxelles. Seul\n journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n province que pour la capitale, soit 1 2 francs par an. La Réforme\n publie en ce moment l'Oncle de Danielle d'André MOUÉZY, un roman\n dont la Jeune Belgique a signalé le mérite.\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n cines, 16, à Paris; publie LE VIOL, par Emile BERGERAT. Un nu­\n méro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs, en vente partout.\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN. Pré­\n face de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (4e édition).\n Un volume, Paris, librairie des auteurs modernes, fr. 3 - 5 0 .\n\n\nLUTECE, journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo TRE-\n ZENIK, secrétaire de la rédaction : Georges RALL. Bureaux : boulevard\n Saint-Germain, 16, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n la Belgique : le port en sus.\n\n\nLES DELIQUESCENCES, poèmes décadents\n d'Adoré FLOUPETTE. Un volume, Paris, Léon Vanier, fr. 3 - 0 0 .\n\n\nL E S      D R A M E S             D U       C Œ U R , par Jeanne DU­\n CHARME. Préface d'Arsène Houssaye. Un volume, Bruxelles, Maheu,\n fr. 3 - 5 0 .\n\n\nLE PROGRES ARTISTIQUE , musique, littéra-\n rature, Beaux-Arts. Paraît chaque vendredi. Victor SOUGHON, fonda­\n teur; BERTOL-GRAIVIL, rédacteur en chef; Marc SONAL, secrétaire de\n la rédaction. Ab onnements pour la Belgique: 1 5 fr. l'an. Bureaux:\n Paris, 24, rue des Martyrs.\n\n\nLA MINERVE, revue moderne artistique et littéraire,\n paraissant le 25 de chaque mois. Directeur : Charles BUET. Abonne­\n ment pour la Belgique : 1 8 fr. Bureaux : Paris, 18, avenue de Breteuil.\n\n      Bruxelles. — Imprimerie FÉLIX CALLEWAERT père, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1885-08-05", "preuve": "Numéro et date du 5 août 1885 indiqués par le signet bibliographique ULB. 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