{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "5e ANNÉE. TOME IV, N° 9..", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE: Goya", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 470, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 171, "texte": "5e ANNÉE.                 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P R I X : 60 CENT.\n\n\n\n\n                                            LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE: Goya", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 470, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 171, "fin_caractere_exclue": 1020, "texte": "SOMMAIRE:\n   Goya                                                       LUCIEN    SOLVAY.\n   Le regret de l'enfance                .                    ALBERT GIRAUD.\n   Lysiane de Lysias (fin) . .                                MAX W A L L E R .\n   Espoir de réveil.                                          GEORGES RODENBACH.\n   Les étalons,              . . . . . .                      FERNAND SÉVERIX.\n   P . P . C.                                                 SIEBEL.\n   Chronique littéraire . . . . . . . .                       MAX W A L L E R .\n   Memento                        .'\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n              ADMINISTRATION :                                 REDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                      80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                            1885\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "Raoul Russel Merci Très bien Au prochain numéro", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1012, "fin_caractere_exclue": 3444, "texte": "BOITE AUX L E T T R E S .\n     59. J. GÉRARD, Verriers, Une vieille maîtresse n'existe plus que dans la petite édition\n Lemerre, en deux volumes à 5 francs pièce. Elle n'est pas épuisée et votre libraire en a\n menti par les trente-deux chicots de sa vilaine tête, que je ne connais pas.\n     60. M. BENHAM. L'annonce a passé douze fois. Si vous désirez une nouvelle série, veuillez\n vous entendre avec l'administration. A vous.\n     61. M. VITTORIQ PICA, à Naples. Reçu votre aimable lettre. Les œuvres de De Coster\n sont épuisées en librairie. Celles de Pirmez sont en vente à Paris, chez Plon, rue\n Garancière, et chez Jouaust, 338, rue Saint-Honoré. Je transmets aux amis Verhaeren,\n Eekhoud, Rodenbach, Giraud, votre désir de posséder leurs ouvrages. M. Camille\n Lemonnier habite La Hulpe, près Bruxelles. Confraternellement à vous.              M. W .\n     62. Aux CAMARADES. Manquant à l'appel dans notre directoriale bibliothèque : Les ridi-\n cules du temps, de Barbey d'Aurevilly; Un coin de village, de C. Lemonnier; Les bas-\nfonds, d'H. Monnier; Le théâtre érotique, Le livre des sonnets, Anthologie des poètes,\n Sceur Philomene, des Goncourt; La tentation de Saint-Antoine, de Busch ; Le théâtre.\n d'Octave Feuillet; Trois contes, de Flaubert; Une idylle normande, Les boudoirs de\n verre, de Catulle Mendès; Monsieur, Madame et Bébé, de Droz; Histoire de la littéra-\n ture, de Gidel; Nono et Monsieur Vénus, de Rachilde; La fortune des Rougon, Une\n page d'amour, d'Emile Zola; Curiosités esthétiques et Petits poèmes en prose, de Baude­\n laire, la collection de La Minerve.\n     63. WHITIE TAUMIANUS, Liège. Votre Souvenir est d'un jeune, tbut jeune écrivain, si\n jeune qu'il n'a pas encore quitté les bancs de la classe et doit avoir fait cette amplification\n sentimentale entre deux récréations. Est-ce mauvais ? Non. Bête? Non. Pas français? Non.\n Retenez bien ceci, ô Rêveur!       C'est gaga.\n     64. HELVÉPÉ. La boîte aux lettres, monsieur, n'est pas signée. La pythonisse qui pré­\n side aux destinées de la copie formule des arrêts, qu'humbles plumitifs, nous consignons\n ici. Vous n'avez affaire qu'à des amis et à Vous-même. Si vous envoyez de mauvaises\n choses, nous devons bien vous blackbouler. Pour ne pas avoir l'air entêté, j'insère ici\n même une de vos pièces ; si nos lecteurs trouvent que c'est acceptable, c'est qu'ils sont\n considérablement idiots,\n                                       SOIR DE MAI\n"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3444, "fin_caractere_exclue": 3487, "texte": "La nuit lente tombait dans la grande vallée"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3546, "fin_caractere_exclue": 3594, "texte": "Comme un rêve obscurci que l'on ne comprend pas;"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3654, "fin_caractere_exclue": 3700, "texte": "Et des frissons d'amour secouaient la feuilléc"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3751, "fin_caractere_exclue": 3792, "texte": "Où des parfums grisants s'échappaient des"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3854, "fin_caractere_exclue": 3893, "texte": "Près de ton piano tu t'asseyais pensive"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3966, "fin_caractere_exclue": 4008, "texte": "Dans la pénombre douce aux cœurs énamourés"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4071, "fin_caractere_exclue": 4117, "texte": "Et j'ai vu dans tes yeux une larme expressive."}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4176, "fin_caractere_exclue": 4221, "texte": "Rouler comme une perle entre tes cils moirés."}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3501, "fin_caractere_exclue": 3545, "texte": "La nuit lente tombait sur la terre échauffée"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3603, "fin_caractere_exclue": 3653, "texte": "Chuchottant des serments et soufflant les soupirs;"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3711, "fin_caractere_exclue": 3750, "texte": "Ton haleine disait une plainte étouffée"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3798, "fin_caractere_exclue": 3853, "texte": "lilas.    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A ta lèvre, j'ai bu comme un parfum de brise,\n                            Le parfum de ton cœur, de ta virginité.\n   Salut à la larme expressive! Je vous vénère, doigts harmonieux d'où sortent des\naccords ! Cœurs tout pleins d'amour! « Vierge toi-même ! » Ce n'est pas une insulte au\nmoins!                                                                          -\n   Eh bien, là, Monsieur Helvépé, n'envoyez plus de vers à la Jeune Belgique, si vous\nn'avez pas mieux dans le ventre. Des vers comme cela, le premier potache venu en a fait,\nmoi j'en ai fait, tout un paquet, mais on ne les a pas vus, Monsieur, je les ai cachés. Mon­\nsieur, comme les chats qui se sont oubliés cachent leur... oubli, Monsieur. Cela est mau­\nvais, banal, fanfant, godiche, pleurard, pensionnat, du Lamartine sur peau de phoque,\ndu Gilbert dans du Jus de réglisse. C'est à vous jeter à la tête les œuvres de Li Muisis !\n   65. MAURICE VAUCAIRE. C'est M. Georges Rodenbach qui s'est chargé de présenter ici\nvotre joli volume l'Arc-en-Ciel. Seulement M. Rodenbach est le dernier des misérables,\nle muffle par excellence, qui promet de la copie pendant trois mois et ne s'exécute pas.\nExcusez-nous, ces injures sévères mais justes produiront, je l'espère, un effet sur cette\nâme têtue.\n   Pour les mêmes raisons, nous adressons nos excuses à M. Jacques Madeleine dont nous\navons reçu l'Idylle éternelle et à M. St. de Guaita qui nous a envoyé sa Rosa        Mystica.\nEt maintenant, buvons.\n  66. La Jeune Belgique publiera prochainement des vers en volapuk...\n  67. RAOUL RUSSEL. Merci. T r è s b i e n . Au prochain numéro.\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 429, "page_fin": 439, "titre_corps": "Goya", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Lucien Solvay", "ancre_debut": "GOYA", "ancre_fin": "LUCIEN SOLVAY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE REGRET DE L ENFANCE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 472, "page_imprimee": 429, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "GOYA\n\n\n                                  Après un long siècle de trouble et de ne'ant,\n                             alors que l'art espagnol, vidé de tout son sang et\n                                de toute sa moelle, semblait irrémédiablement\n                                fini, tout à coup apparaît Goya (1). C'est\n                                comme une lumière subite qui jaillit, éclairant\n                             les ténèbres, comme un suprême afflux sanguin\n                                  versant un peu de vie encore dans la sénilité\n                                  moribonde où l'Espagne se débat. L'entrée\n                                  en scène de Goya est celle d'un effronté et\n                 turbulent jouvenceau qui se moque de tout ce qu'on a\n                 jusqu'alors adoré, tire la langue à l'Académie, renverse les\n                 dieux et les déesses de carton des olympes galantes, enlève\n                 irrespectueusement le bout de jupe que la « mère des\n                 Grâces » peut avoir conservée, donne un grand coup de\n                 poing dans les vieilles perruques enfarinées, fait le diable à\n               quatre. Aventureux et remuant, toute discipline lui est à\n               charge ; il met l'atelier de son professeur, Lujan Martinez, à\n               Saragosse, sens dessus dessous; il travaille quand il peut,\n               bataille quand il veut, plus souvent la guitare au poing que\nla brosse à la main, a des fièvres de besogne, suivies d'escapades violentes,\nroule dans sa cervelle des idées folles de liberté, va, vient, fait l'amour,\njoue du couteau, échappe à l'Inquisition qui le cherche, s'enfuit à Madrid...\n\n (1) Francisco-Jose Goya y Lucientes, né à Fuendetobos en 1746, mort à Bordeaux en\n1828.   .\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": 430, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "                                   — 430 —\n\nTel est Goya à vingt ans ; tel il restera pendant à peu près toute son exis­\ntence.\n    De Madrid, il part pour l'Italie, où il ne change pas. Toujours l'amour.\n Il se bat, bat les autres, est battu lui-même; il s'amuse beaucoup, il étudie\nun peu ; il regarde, admire, mais ne peint pas, et ne copie rien. La\nparesse est bonne à quelque chose : elle le sauve. Il n'a rien fait à Sara-\ngosse, il n'a rien fait en Italie... Il revient à Madrid avec, dans les yeux,\nl'éblouissement des chefs-d'œuvre entr'aperçus, qui se mêle aux visions de\nVelazquez, de Murillo, de tous ceux au milieu de qui il a grandi. Son ami\nBayeu le présente à Mengs, qui le reçoit à bras ouverts : — « Ah! jeune\nhomme, vous avez vu chez eux Raphaël, Titien, Corrège... Soyez le bien­\nvenu ! Mais le bagage que rapporte Goya n'est pas lourd, et les glaces de\nMengs ne le refroidissent pas. Il a près de trente ans, l'âge où l'on est assez\nfort pour être soi, et alors seulement il commence à produire. Jusqu'à\nprésent, personne ne l'a soumis : personne ne le soumettra plus. Il ne sait\npas grand'chose, c'est vrai; mais du moins, le peu qu'il sait, il le doit à\nlui-même. Il n'a pas eu le temps d'être gâté par ses modèles, auxquels il ne\ns'est, du reste, guère appliqué. Il a passé près d'eux sans s'y fixer; il les a\naimés, il les aime, mais platoniquement, et n'a retenu d'eux que juste ce\nqu'il faut pour en garder le souvenir. Le péril que Velazquez avait su braver\net vaincre par la seule fermeté de son caractère et la seule puissance de sa\nvolonté, Goya l'a vaincu par inconstance et scepticisme; il s'est fait une\nforce de son indiscipline.\n   L'explication vraie du talent de Goya est là tout entière, et elle nous\ndonnera la clef de la plupart de ses qualités et de ses défauts. Singulier\nmélange de séductions et de faiblesses, de finesse et de brutalité, d'exquisités\net d'ignorances, il n'est pas d'artiste qui ait jamais mérité tant de sympathie\net tant de blâme ; il n'en est pas chez qui l'abondance des dons naturels soit\nplus riche et plus mal équilibrée, le tempérament mieux trempé pour la\nlutte et, avec cela, plus irrésolu et plus facile à surprendre. Peut-être, si\nplus d'ordre et de mesure avaient existé en ce chaos de choses bonnes et\nmauvaises, celles-ci auraient-elles perdu de leur saveur ; l'esprit, plus posé,\nmais n'ayant pas pour guides la volonté et la résistance inébranlables des\ngénies, se serait laissé enchaîner, et alors tout ce qu'il y a en lui de spon­\ntané, de vif, d'original, tout ce qui fait son charme, on l'aurait vu s'éteindre\ndoucement dans la paix somnolente de la médiocrité.\n  Laissons donc tout d'abord de côté ces inégalités choquantes pour ne\nconsidérer que la physionomie générale de l'artiste dans le milieu où on la\nvoit surgir inopinément. Ce qui la rend par dessus tout intéressante, c'est\n"}, {"page_pdf": 474, "page_imprimee": 431, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2919, "texte": "qu'elle est bien de son temps et bien de son pays. Goya est, des pieds à la\ntête, Espagnol, — enfin ! — et Espagnol de l'Espagne du dix-huitième siècle,\nvicieuse, corrompue, dégénérée à l'énervant contact des éléments divers,\nvenus de toutes parts, qui s'y rencontrent. Il a, dans ses veines d'artiste,\ndu sang de Velazquez et de Murillo mêlé à du sang français et à du sang\nanglais. Boucher et Reynolds ont passé par là. On sent en lui toutes les\ninfluences, sans qu'aucune d'elles l'absorbe complètement; il se les est\nappropriées, par un travail sans doute inconscient, et, de toutes ensemble,\nil s'est formé une personnalité, qui a son cachet très accusé et très réel.\nVoilà pour le peintre, tout au moins; l'aquafortiste, dons nous parlerons\nensuite, est beaucoup plus personnel encore que le peintre, parce qu'il s'est\nsenti plus à l'aise, dans un genre plus libre.\n   Oui, Goya est bien Espagnol, mais il l'est tout autrement que l'étaient,\njadis, ceux auxquels il succède. En cent ans, les idées populaires ont subi\nune transformation radicale. La foi sombre et terrible s'en est allée des\ncœurs; l'Inquisition a perdu tout prestige ou du moins toute autorité; un\nvent de révolution agite les esprits, vaguement. Après Murillo, qui a rendu\nle catholicisme aimable, sont venus d'autres, qui l'ont rendu banal et l'ont\ntraduit sans convictions, au moyen de formules. L'art espagnol, parvenu\nlà, ne pouvait plus être l'art religieux d'auparavant. Un souffle capiteux de\nprofanes délices a pénétré partout, jusque dans les cloîtres ; les mythologies\ndu dix-huitième siècle français ont jeté le désarroi dans le paradis chrétien,\net la Vierge et les saints ont souffert de la compromettante concurrence que\nleur ont faite Vénus et Apollon. L'Espagne n'est plus la croyante d'autre­\nfois; elle a cessé de trembler à la voix de ceux qui la menaçaient des peines\néternelles et qui lui disaient de consacrer toutes ses actions à la gloire de\nDieu. Peu à peu elle a échappé au joug; son cœur s'est endurci contre la\npeur ; elle a pris goût au plaisir, à la frivolité ; la corruption des grands s'est\nétendue aux petits; tout est devenu mondain, léger, superficiel; tout est à\nla grâce et au sourire. Les pastorales roses et bleu-tendres de Versailles et\nde Trianon ont envahi la cour d'Aranjuez, élu domicile à la Granja et au\nPardo ; il y a communication directe et suivie entre Paris et Madrid, poul­\nies mœurs, pour les goûts, pour l'Art, et le même grondement sourd qui\nébranle le trône de France, ébranlera bientôt aussi le trône d'Espagne.\n   Goya reflète tout cela dans son œuvre. Mais, comme les artistes supérieurs,\nil n'est pas seulement l'expression de son époque, il la devance aussi, et\nindique l'expression de l'époque qui suivra. Placé sur la limite de deux\nsiècles et en quelque sorte de deux mondes, il a été pour ainsi dire le der­\nnier des peintres anciens et le premier des modernes, — le premier des\n"}, {"page_pdf": 475, "page_imprimee": 432, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2928, "texte": "                                  — 432 —\n\nmodernistes, dans le sens même que nous attachons aujourd'hui à ce mot.\nLà est sa véritable gloire. Goya est coloriste, plus fin que Murillo, moins\nsolide que Velazquez, dans la note claire des Français plutôt que dans la\nnote sombre des Espagnols; il a de jolis tons ambrés, des légèretés de\nbrosse, des hasards de palette qui ne sont parfois que d'heureuses mala­\ndresses. Et les maladresses sont partout, dans la facture, dans le dessin,\nmêlées à des recherches d'air, de lumière, de clair-obscur, puisées dans\nl'étude — toujours hâtive — des maîtres hollandais.\n   Ses tableaux d'église n'ont que ces qualités-là,— chaque fois du moins que\nle peintre a songé à les y mettre; la Trahison de Judas (le Prendimiento),\nde la cathédrale de Tolède, est une curieuse et énergique fantaisie rembra­\nnesque, très vulgaire. Goya était trop sceptique et trop philosophe pour\navoir su mettre un sentiment religieux quelconque dans ses toiles religieuses,\noù manque la foi. Je n'en veux d'autre preuve que le Christ en croix, du\nPrado (n° 2165), provenant du couvent des Franciscains. Certains critiques\ntrop bien disposés l'ont déclaré une œuvre divine; pour ma part, je ne con­\nnais rien d'aussi fade et d'aussi insignifiant que ce grand morceau de nu\nflasque et mou, qui essaie en vain de rappeler le Christ de Velazquez;\nc'est une mauvaise étude académique, où s'étale piteusement toute l'im­\npuissance du dessinateur et du peintre. Quand Goya cherche à s'élever, il\ntombe. Quand il reste dans son rôle de peintre spirituel, charmant, à fleur\nde peau, il se soutient mieux, encore que son embarras soit mal dissimulé.\nLes fresques de la chapelle royale de San Antonio de la Florida, aux\nportes de Madrid, n'ont rien de religieux; mais ce sont d'amusants motifs\nde décoration, pleins de mouvement, de grâce et d'éclat, voire même d'hu­\nmour et peut-être de moquerie. Il y a, dans les pendentifs des voûtes, des\nanges posés bien irrévérencieusement, les jambes en l'air et écartées, à la\nfaçon des anges du Tiepolo, — ce qui n'est guère de mise dans un endroit\naussi sacré; les physionomies sont provocantes, les sourires engageants, et\nrien ne fait penser à l'enfer dans ce temple si coquettement paré. Le sujet\nprincipal, qui représente Saint-Antoine de Padoue ressuscitant un mort\npour lui faire révéler le nom de son meurtrier, n'est vraiment qu'un hors-\nd'œuvre ; il n'occupe qu'une toute petite place au milieu du grand motif\nqui se développe autour de la coupole, dans un merveilleux effet de perspec­\ntive; le long d'un balcon, derrière lequel la scène se passe, sont accoudés\ndes piquants minois d'Espagnoles, l'éventail aux doigts, l'œil chargé de\npromesses, très indifférentes au miracle qui s'accomplit à quelques pas; et\nc'est bien sur elles qu'est concentré tout l'intérêt. L'ensemble a du charme,\ntoujours; l'aspect est séduisant ; mais il ne faut rien analyser, sous peine de\n"}, {"page_pdf": 476, "page_imprimee": 433, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "                                  — 433 —\n\n découvrir le vide de l'exécution, qui sent le « chic » abominablement. Les\n personnages, assure-t-on, sont, du premier jusqu'au dernier, des portraits ;\n c'est une tradition, qu'on a sans doute beaucoup exagérée. Cette tradition\n veut que Goya ait pris pour modèles les grandes dames de la cour de\n Charles IV. On a prétendu voir, notamment dans la figure d'un ange\n debout, les bras levés, à la droite du maître-autel, la fameuse duchesse\n d'Albe, célèbre par ses amours. Cela n'est rien moins que véridique. Seule­\n ment, il court à ce sujet des anecdotes ; en voici une, que je crois inédite :\n La duchesse vint un jour trouver Goya, en train d'achever son travail et,\n avec une verdeur de langage que peut seule excuser la jalousie d'une jolie\n femme qui prétend n'avoir pas de rivale en beauté :\n    — Il paraît, s'écria-t-elle, Monsieur le peintre, que vous avez mis là\ntoutes les p       de Madrid?\n    — Certainement, Madame, répondit Goya avec empressement... Mais\nil y a encore une place : je vous l'ai réservée.\n    La duchesse d'Albe posa, dit-on, sur l'heure.\n    Goya est aussi inégal dans ses portraits que dans le reste. Il l'est surtout\ndans les portraits d'apparat qu'il a faits du roi Charles IV et de sa famille,\nque possède le Prado. En général, les têtes sont bien peintes; elles ont de la\nvie, de l'accent ; mais les corps flottent dans l'impalpable et dans le fluide;\nla composition est d'une naïveté souvent comique, et tous ces rois, ces reines\net ces princes ont des airs bourgeois vraiment lamentables. Goya, qui a beau­\ncoup pensé à Velazquez dans ses portraits, ne possède point, comme lui, le\nsens de ce quelque chose de conventionnel et d'en dehors qu'on appelle la\nmajesté; ce n'est pas le peintre des hommes et des choses héroïques, ou\nsimplement nobles; son art, très distingué pourtant, n'a rien de la distinc­\ntion spéciale qui a cours dans les sphères officielles ; il manque de sérieux.\nEn présence de toutes ces chamarrures, on dirait qu'il a de la peine à ne pas\nrire et que cela le gêne de devoir peindre ces hauts personnages en des poses\nsi calmes, et que. volontiers il les ferait, comme aux anges de San Antonio,\nlever la jambe et sauter par dessus des balustrades. Et, en définitive, ses\nhéros n'ont pas grande mine du tout. La reine Maria Luisa, à cheval,\nen uniforme de garde du corps (n° 732), est absolument grotesque; la tenue\ny prêtait bien d'ailleurs ; et la Famille de Charles IV(n°736) a de nombreux\npoints de ressemblance avec n'importe quelle brave famille d'épiciers qui se\nserait fait portraicturer en un jour de fortune, raide et compassée, dans ses\nbeaux habits des dimanches.\n   Ce que Goya réussit le mieux à donner à ses personnages, c'est leur carac­\ntère d'intimité simple et naïve. Quand il vient à rencontrer, chez l'un\n"}, {"page_pdf": 477, "page_imprimee": 434, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2904, "texte": "                                  -   434    -\n\nd'entre eux, ce caractère-là, il triomphe, et il est bien près de faire un chef-\nd'œuvre ; il trouve alors des tendresses de tons et de pinceau exquises ; son\nincorrection disparaît; on le sent inspiré, charmé lui-même par le charme\nde son modèle. Il y a du Greuze dans quelques-unes de ses têtes de jeunes\nfilles. Je ne connais rien d'aussi délicieux que l'Infante Dona Maria-\nJosefa (n° 739, au Prado) et La reine Isabelle des Deux-Siciles, à l'âge\nde douze ans, de la galerie San Telmo, à Séville, — deux choses absolu­\nment adorables, où toute l'ingénuité et la gracilité de la jeunesse en fleur,\ntoute la poésie de la femme encore enfant ont pris forme et vie sous la\ncaresse amoureuse d'une main d'artiste. Le sceptique Goya s'est arrêté,\nséduit; il s'est absorbé dans l'interprétation de la beauté fraîche qui se\nlivrait à lui ; il n'a écouté que lui-même, que son âme conquise, que sa\nvolonté de fixer sur la toile ces rêves réels, de lutter avec ces larges yeux de\nvelours, grands ouverts, avec ces lèvres roses de sang jeune, avec ce\nchaud duvet des carnations et la finesse élégante de ces frêles cous d'ado­\nlescentes s'attachant aux contours délicats et fermes des épaules. Ailleurs,\ndans ce double et singulier portrait de la Maja habillée et de la Maja nue,\nde l'Académie San Fernando, représentées dans la même pose et identi­\nques l'une à l'autre — au costume près, — Goya a mis la même applica­\ntion et la même sensibilité. Ce n'est plus le peintre incomplet et lâché de\ncertains portraits d'apparat, des tableaux religieux et des tableaux de genre,\ndont le laisser-aller sent presque partout l'improvisation ou l'ignorance;\nc'est un peintre attentif, attendri devant les lignes harmonieuses d'un\nradieux et désirable corps. La gaze diaphane qui couvre la Maja habillée\nlaisse deviner tout ce qu'elle cache; dans l'autre, la nudité sans voiles\nchante la chanson de la chair : le dessin est précis ; le modelé, serré, tra­\nvaillé, d'une souplesse rare; les attaches sont fines; la tête vit, et les bras\nfaits pour enlacer, la poitrine frémissante, le ventre où apparaît gaillarde­\nment l'ombre de la puberté, les jambes impatientes, tout enfin dans ce\nbeau' corps nerveux détachant sa blancheur ivoirine et nacrée sur la\nblancheur laiteuse d'une couche où niche l'amour, respire le plaisir et la\nvolupté.\n   Là, Goya est tout à fait original, et ne doit rien aux autres ; il s'est aban­\ndonné, sans préoccupation aucune, à ses propres impressions, ne retenant\nde ce qu'il a vu et appris que ce qu'il lui fallait pour les traduire ; et il a\nenfanté des œuvres durables, palpitantes et émues, parce qu'il a eu, en face\nde la nature souverainement belle, la foi et l'émotion. Foi toute païenne,\nà cette heure, émotion toute moderne, bien nouvelles en un pays de vieille\northodoxie. De moins en moins pourrait-on y retrouver la trace de l'Es-\n"}, {"page_pdf": 478, "page_imprimee": 435, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2914, "texte": "                                  — 435 —\n\npagne d'autrefois, ou plutôt l'art d'autrefois : car l'Espagne même, son\ncaractère, ses mœurs ne se sont pas, en aussi peu de temps, transformés à ce\npoint; le fond est resté; la surface seule, sous l'empire des événements, a\nchangé ; le peuple a gardé ses superstitions, ses goûts de sauvagerie et de\nfierté; mais l'art ne s'adresse plus à lui comme jadis, — ou bien il n'y a\nplus d'étroite communauté entre lui et ceux auxquels il s'adresse mainte­\nnant ; l'art est devenu l'unique miroir des mœurs de certaines classes ; et ces\nclasses-là, s'élevant, se corrompant, tandis que les autres étaient laissées\ndans l'ombre, ont ouvert leur âme à des sentiments nouveaux... Bientôt\ncette désunion cruelle amènera un cataclysme; mais de ce cataclysme naîtra\nun autre monde, plus fort.\n   Goya a été en quelque sorte le divinateur, l'initiateur de ce monde-là, et\nil en a noté d'avance l'expression artistique exacte. Il a eu le sens vrai et\njuste de la « modernité », non seulement dans l'accent, la tournure, les\nsujets, dans ce je ne sais quoi qui le rapproche de nous au point d'en faire\nun contemporain, mais aussi dans le côté plastique de son art, dans ces\nrecherches de pittoresque, de couleur et de lumière dont on s'est si fort\naffriandé aujourd'hui. C'est sous ce rapport que sa modernité diffère de celle\nde la plupart des grands artistes de tous les temps. Eux aussi sont des\n« modernes », parce qu'ils ont quintessencié dans leurs œuvres l'esprit de\nleur époque : le nier serait absurde; le démontrer encore, après tant d'au­\ntres, serait banal. Mais il y a une nuance. La modernité de Goya, — la\nnôtre, — a poussé plus loin que la modernité des anciens ; elle a touché à\nplus de sujets, et elle y a mis plus d'intimité, de pensée ou d'intentions ; elle\na moins fait de l'art pour l'art ; elle a eu l'ambition de dire plus et autre\nchose, soit dans le rire, soit dans les larmes, en étendant son domaine désor­\nmais sans limites, ou en le restreignant aux choses passagères. Elle est\ndevenue le modernisme; elle s'est fait l'actualité.\n   Un autre que Goya, son ami Paret y Alcazar (1747-1799), avait eu déjà\nun instinct de résistance contre le courant de la mode française si char­\nmante en France, mais si insupportable ailleurs, dans les mains d'imitateurs\net de plagiaires, quand il peignait, entre deux bergères, ses scènes d'animation\nlocale, son Magasin d'étoffes à Madrid, sa Vue de la Puerta del Sol, dans\nles petites dimensions de tableaux de chevalet. Mais Goya seul donna au\ngenre le cachet et l'accent vraiment modernes. Il imagina de saisir, dans\ncette forme tumultueuse qui lui était bien propre, le côté pittoresque et\ncaractéristique de la vie nationale, non seulement de la vie d'intérieur,\nmais aussi de la vie du dehors, prise sur le vif, fixée en traits rapides et\nfermes, avec toute la spontanéité d'esquisses faites d'après nature ou sous\n"}, {"page_pdf": 479, "page_imprimee": 436, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "                                   — 436 —\n\nl'impression immédiate des choses vues. Et alors, s'anima soudain, en des\ntoiles fougueuses, sabrées de grands corps de brosse, le spectacle fou des\nfêtes de la rue et du cirque, — réjouissances publiques, processions, combats\nde taureaux, scènes religieuses, bandits, pestiférés, aliénés, batailles, galan­\nteries, types populaires et fantaisistes ; et ce qui en fit surtout la portée\ncurieuse et originale, c'est que, à la justesse d'interprétation et d'annotation\nde ce monde conservé par lui dans sa physionomie et sa couleur, il ajouta\nquelque chose de son esprit d'artiste toujours en éveil : il en dégagea le\nridicule, le grotesque ou l'odieux ; il fit, sous prétexte de modernisme et\nd'actualité, de la véritable satire; et cette satire, politique, religieuse et\nsociale, sans déclamations, sans phrases creuses ni soulignements exagérés,\ndans son inaltérable bonne humeur, est d'une causticité et d'une éloquence\nsans pareilles.\n   Ah ! ne lui demandez pas la correction du dessin, l'impeccabilité de\nla forme ! Dans des tableaux de genre, moins qu'ailleurs, Goya se soumet à\ndes contraintes qui éteindraient peut-être sa verve; il ne s'agit plus de\ncaresser, en ses ondulations cadencées, le beau corps nu de la Maja : ce qu'il\nfaut ici, c'est l'entrain, c'est le pinceau alerte, qui suive l'élan de la pensée;\n— et, comme la base d'instruction manque toujours chez lui de solidité,\ncomme la main du peintre n'a point cette sûreté des forts qui « savent »,\ntrop souvent son laisser-aller trahit l'impuissance. Trop souvent aussi des\nadmirations complaisantes ont loué ce qui ne méritait guère que l'indul­\ngence; — telles, par exemple, les Manolas au balcon, de la galerie Mont-\npensier, à Séville, avec leurs têtes de bois mal peintes et mal découpées;\ntels également les cartons, conservés au Prado, des fameuses tapisseries de\nSanta-Barbara, — œuvre première de Goya, inaugurant, au milieu des fades\ndécalques de Boucher et de Watteau, une manière nouvelle et hardie de\nnoter décorativement les scènes populaires et nationales, et par cela même\nœuvre intéressante pour l'époque, mais bien grossière aussi. Pour créer des\nidylles, où la fantaisie se mêle au réel, dans des paysages imaginaires tout\nimprégnés encore des grâces factices de l'école française, Goya n'avait point\nla naïveté, la douceur, la coquetterie indispensables ; sa grâce n'est point\nune grâce idyllique; elle est mal à l'aise sous ses déguisements mignards,\ntrop étroits pour sa large carrure; à peine y devine-t-on le vrai Goya qu'il\nsera plus tard, en ses moments de saine et piquante inspiration. Deux ou\n trois minois éveillés de jeunes filles aux grands yeux noirs mouillés, ça et là\nde jolis détails, un groupe de deux individus portant un blessé, plein de\ncaractère, ne rachètent pas le mauvais goût et la lourdeur de ces composi­\ntions, d'un coloris affreux. Que l'on se borne à montrer là des promesses,\n"}, {"page_pdf": 480, "page_imprimee": 437, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "                                   — 437 —\n\nde l'ingéniosité, l'imprévu et la hâte d'un projet exécuté de chic, destiné à\npasser dans les mains des tapissiers et à être détruit ensuite ; mais qu'on\nn'accable pas le pauvre artiste sous le poids de louanges intempestives,\npesantes comme des pavés d'ours.\n   D'ailleurs, ses tableaux de genre valent mieux ; il est là sur son terrain\nle plus favorable et le plus significatif. Toutes ses incorrections, tous ses à\npeu près, s'évanouissent devant son mouvement endiablé, sa faconde pro­\ndigieuse, et la salacité de son étourdissante imagination. Quelques taches\nde couleur, quelques coups de brosse furieux, bien donnés, à la bonne\nplace, et l'on voit aussitôt les cortèges s'ébranler, les troupes échevelées\nde masques étaler, comme dans cette étonnante esquisse de l'Enterrement\nde la Sardine, de l'Académie San Fernando, l'effréné délire de leurs\ndanses, les picadors et les espados rougir le sable des arènes... Et sans cesse\ndéborde la vie, — une vie fièvreuse et grimaçante, née du cerveau d'un\nsongeur ou d'un fou, qui pousse l'observation jusqu'à la caricature et\nl'étrange jusqu'à l'absurde. On est tout à la fois séduit et choqué... Choqué,\npar la brutalité de cet art plein d'ignorances et de gaucheries dans ses\nmoyens matériels, — séduit, par tant de franchise, d'humour et d'imprévu.\nOn se révolte, on hausse les épaules ; ce n'est pas un peintre, cela ! C'est un\nimprovisateur, un poète, que sais-je ? Impossible de prendre au sérieux ces\nbarbouillages d'écolier... Et, un instant après, on se surprend à considérer\nencore ces « barbouillages », qui vous retiennent, qui vous attachent;\nquelque chose de ce qu'y a mis l'auteur vous pénètre; vous entrez dans\nson esprit et dans sa vie ; le tourbillon de sa fantaisie vous emporte... Le\ncharme a opéré ; Goya triomphe.\n    Mais pour l'exubérance d'une pareille imagination, le pinceau rebelle ne\n pouvait point suffire ; il lui fallait un moyen plus expéditif et plus sûr, qui\n lui permît de tout dire. Et alors, Goya dessina ces innombrables eaux-fortes\n qui l'ont rendu célèbre bien avant que le peintre en lui fût connu : les\n Caprices, les Malheurs de la guerre, la Tauromachie, les Prisonniers,\n recueils étonnants d'oeuvres singulières, extravagantes et admirables, où il\n versa ses mépris, ses haines, tout ce que son âme d'utopiste et de satirique\n■avait amassé d'espérances déçues, d'indignations et de colères. Le despo­\n tisme, la superstition, l'intrigue, l'adultère, l'honneur qui se vend, la beauté\n qui s'achète, l'orgueil des grands, la vénalité des petits, rien n'échappa à\n son burin vengeur. Il fit de tous les vices et de tous les scandales de son\n temps une hécatombe formidable et enjouée, n'oubliant aucun trait de ceux\n qu'il clouait à son pilori, les faisant reconnaissables à tous, physiquement\n et moralement, soulignant chaque chose avec une insolente audace. Puis,\n                                                                         27\n"}, {"page_pdf": 481, "page_imprimee": 438, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2971, "texte": "                                   — 438 —\n\nsur la vérité aussi brutalement mise à nu, il jetait le voile inutile de légendes\nbanales, feignant de déguiser ses intentions évidentes de satire sous les\napparences d'inoffensives fantaisies, mettant sa joie et sa malice à forcer\nceux qu'il avait personnellement visés, blessés au cœur, à rire de la blessure\nen essayant de faire croire que ce n'étaient pas d'eux qu'il s'agissait.\nCharles IV, la cour, l'Inquisition, saignant sous la morsure, n'osaient se\nplaindre, se défendaient bien haut d'avoir été atteints; ou si, trop rudement\nfrappé, l'un d'eux criait, appelant la vengeance, levant le bras pour frapper\nle coupable, l'autre intervenait pour le sauver. Charles IV arracha ainsi des\ngriffes de l'Inquisition l'artiste menacé, protégeant celui-là même qui l'ou­\ntrageait, fermant généreusement les yeux sur l'outrage. Telle est l'histoire\ndes Caprices. Dans les Malheurs de la guerre, le satirique a ajouté à sa\nlyre d'airain une corde de fer; l'incendie, le pillage, la mort, toutes les\nmisères et tous les deuils de l'épopée terrible qui inspira l'œuvre, pendant\nles années d'invasion française et de gloire napoléonienne, y pleurent\nlamentablement. Et là, et partout, la même rage contre la tyrannie, l'injus­\ntice sociale et la bêtise humaine, la même aspiration incrédule vers un idéal\nde liberté et de vérité vaguement entrevu, débordent comme d'un vase trop\nplein. Ce n'est point la féerie prodigieusement aimable et tarabiscotée de\nCallot ; ce n'est point le pessimisme bourgeois de Hogarth. Le fantastique\nde Goya tient plus à la réalité que celui de Callot : son pessimisme n'a pas\nla mauvaise humeur tracassière de celui de Hogarth : il est plus impi­\ntoyable et plus mordant; et l'imagination de l'artiste, portée sur des ailes\nplus larges, a le vol plus haut. Il y a du cauchemar dans ses rêves; son rire\nest amer, sa colère bilieuse ; c'est un révolté ; il a la méchanceté éloquente,\net ses chroniques scandaleuses ont le grandissement des épopées. Dans ce\npays de la foi, il chante le néant; il nie tout, ne croit à rien, désespère de\ntout, même de la paix, qu'il semble tant désirer, et de la liberté, qu'il\nappelle de tous ses vœux.\n   Goya clôt, de cette manière inattendue, la série des maîtres qui ont\nillustré l'art espagnol et dont il est l'irrévérencieux descendant. Un long\nespace d'un siècle les sépare, et il en diffère sous les rapports multiples du\ncaractère et du talent ; rien d'eux ne se retrouve en lui, si ce n'est certaines\nressemblances extérieures de coloris et de métier acquises dans leur inti­\nmité ou simplement innées. Goya constitue une individualité tranchée, mar­\nquante, dans la suite d'individualités qui composent ce qu'on appelle impro­\nprement « l'école espagnole ». Mais ce qu'il y a d'étonnant dans cette suc­\ncession par lui recueillie, c'est l'usage qu'il en fait. Cet art de religion et de\ndogmes, il le transforme en un art de scepticisme profane, de doute et de\n"}, {"page_pdf": 482, "page_imprimee": 439, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1054, "texte": "                                 -   439   -\n\nsarcasme. Ses œuvres de piété, tout accidentelles, n'inspirent aucune piété ;\net quant aux autres, elles sont pleines de défis et de raillerie pour ce qui,\nen d'autres temps, était vénéré comme la source de toute autorité et de\ntoute puissance. Le Saint-Office, il le défie ; les ordres monastiques, il les\nbafoue ; il rit de la robe du prêtre enfermant une âme perfide et des foudres\necclésiastiques suspendues au dessus de sa tête. Sa verve s'attaque à tout ce\nque les maîtres s'étaient accoutumés à servir avec aveuglement; elle\nbrave et menace à son tour; elle dénonce l'atrocité du sang répandu et des\ncris de douleur arrachés par les agents d'une institution redoutable, dont le\nrègne expire ; elle lui porte le coup de grâce, et lui arrache des mains le\ncouteau levé sur ses dernières victimes. Et ainsi, grâce à lui, cet art, com­\nmencé par un acte de foi et de soumission, s'achève dans un cri de révolte et\nde délivrance.\n                                                   LUCIEN SOLVAY.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 439, "page_fin": 440, "titre_corps": "Le Regret de l’enfance", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "LE REGRET DE L ENFANCE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LYSIANE DE LYSIAS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 482, "page_imprimee": 439, "debut_caractere": 1054, "fin_caractere_exclue": 2100, "texte": "LE REGRET DE L'ENFANCE\n                                                       A   IWAN   GILKIN.\n\n         Rouges lèvres d'enfant, lèvres simples et fraîches,\n         Qui buvez la jeunesse ainsi qu'une liqueur,\n         Rouges lèvres d'enfant, lèvres simples et fraîches,\n         Rouges lèvres d'enfant, pareilles à des pêches\n         Qui fondraient lentement, doucement dans le cœur,\n\n         Prunelles d'or brûlé, d'ambre ou de violette,\n         Qui regardez le jour d'un regard étonné,\n         Prunelles d'or brûlé, d'ambre ou de violette,\n         Prunelles de vieil or et d'ambre où se reflète\n         La joie inconsciente et frêle d'être né,\n\n         Cheveux blonds et cendrés que le soleil effleure\n         Longtemps après sa mort dans le ciel mordoré,\n         Cheveux blonds et cendrés que le soleil effleure,\n         Cheveux blonds et cendrés que les regrets de l'heure\n         Caressent vaguement d'un amour ignoré,\n\n         Mains royales où dort le désir des étreintes,\n         Vous qui n'allumez pas la lampe de Psyché,\n"}, {"page_pdf": 483, "page_imprimee": 440, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 852, "texte": "                                 — 440 —\n\n         Mains royales où dort le désir des étreintes,\n         Mains jointes qui priez vers l'extase des saintes,\n         Qui ne connaissez pas les fièvres du péché,\n\n         Chairs roses qui chantez le triomphe des roses,\n         Les splendeurs de la sève et les gloires du sang;\n         Chairs roses qui chantez le triomphe des roses,\n         Chairs roses qui rêvez dans la beauté des choses\n         Et fleurissez les yeux éblouis du passant,\n\n         Comme vous faites mal à ces âmes trop mûres,\n         A l'automne plaintif de ces cœurs épuisés,\n         Comme vous faites mal à ces âmes trop mûres\n         Qui sentent se rouvrir leurs anciennes blessures\n         Et qui meurent tout bas du néant des baisers !\n                                                 ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 440, "page_fin": 464, "titre_corps": "Lysiane de Lysias (fin)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "LYSIANE DE LYSIAS", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ESPOIR DE RÉVEIL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 483, "page_imprimee": 440, "debut_caractere": 852, "fin_caractere_exclue": 2016, "texte": "LYSIANE DE LYSIAS\n                                     (Fin)\n\n                                                      A JOSÉPHIN PÉLADAN.\n\n\n                                     III\n            Grégory souffre. Il pense. Il revoit. Gre'gory n'aime pas\n               Christine. Il n'a pas cessé d'être à Lysiane. Il a bercé sa\n               passion dans un rêve de deux cents jours, mais la passion\n               sommeille, la passion ne dort point. Les souvenirs sont des\ncendres jamais éteintes. Grégory s'est distrait jusqu'à l'illusion de la tran­\nquillité; Christine n'est pas son épouse selon la chair; elle n'est qu'une\nombre blanche qu'emporteront les brises... Pourquoi les fatalités et pour­\nquoi les souffrances ? Notre nature est faite pour la joie et pour le bonheur;\nque le reste s'efface et disparaisse ! Dans le luxe il ne doit point y avoir de\ntrouble; soyons grands, faisons-nous grands et contemplons notre gran­\ndeur, trouvons-nous Beau, Supérieur, Divin, et vivons avec l'Idole : Nous!\nMais l'idole d'en face est plus belle; là, dans l'ogive, elle regarde, encadrée\nd'ombre ; elle est plus belle, là, dans l'ogive, elle sourit, elle n'est plus\n"}, {"page_pdf": 484, "page_imprimee": 441, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "                                  — 441 -\n\njeune, mais son regard étourdit, sa taille monte en forme d'amphore, Elle\ndit : Je t'ai aimé. Ma main, ma bouche ont tordu ton corps, et lorsque\ntu songes, c'est à moi, que tu ne peux oublier, — car je suis la Seule !\n   Le château est drapé de deuil, les grands hêtres montent autour des\npierres comme d'immenses cierges éteints; des sanglots roulent dans la\nforêt profonde.\n   L'idole est plus belle; là, dans l'ogive, elle regarde, encadrée d'ombre.\n   Le bois frissonne, des râles courent, des voix toussantes répondent, les\nbranches sont crispées, la neige tombe. L'idole est encadrée de neige.\n   Au loin, au loin, des voix gémissent : Lysiane! Lysiane!\n   Et Lysiane répond à la neige : Neige trop froide !\n   Et Lysiane répond aux voix : Où est votre corps, votre corps ?\n   La neige brûle, les bois sont ensanglantés de flamme et Lysiane dit à la\nneige : Je t'aime ! Je t'aime ! Oh ! Je t'aime !\n\n  — Pourquoi ne dors-tu pas, mon Grégory?\n  — J'ai froid, Christine.\n\n                                      IV\n   Lorsque Christine se sentit mère, son calme augmenta davantage encore ;\nson être se fondit en une sorte de béatitude; un compagnon nouveau se\nfaisait en elle, lentement, et, la nuit elle se parlait tout bas en se disant que\nce compagnon comprendrait sa confidence. Sa tendresse pour Grégory dut\nse partager à ce moment, et celui-ci retourna, sans qu'elle y prit garde, aux\nhabitudes anciennes. Il voulait oublier le fantôme, et parfois se demandait\nsi c'était possible, si jamais il résisterait à cette envie folle de revoir\nLysiane, de l'aspirer, de se pénétrer d'elle. Il était trop reposé aujourd'hui,\ntrop calme, trop heureux de ce bonheur familial, et souvent il avait une\ngrande frayeur de s'alourdir en ces délices tranquilles, de laisser échapper\net se fondre cette vigueur d'acier que ni la vie brûlante, ni les orgies, ni les\nnuits blanches, n'avaient pu rompre. Christine s'alanguissait, n'aimait plus\nautant la causerie du soir que la fatigue interrompait trop vite, et ces\nveillées courtes rendaient plus monotone encore le coin du feu où Grégory\nrestait, parfois seul, parfois en compagnie de Jacques d'Astor.\n  — Je m'ennuie, Jacques, disait-il en s'étirant.\n  — Mais tu n'as jamais fait que cela toute ta vie, mon pauvre ami.\n  — Autrement.\n  — Ecoute, vieux; s'ennuyer, vois-tu, c'est désirer; tu as tout ce qu'il\n"}, {"page_pdf": 485, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2255, "texte": "                                  — 442 —\n\nfaut, non tout ce qu'il Te faut ; ta vie semble complète et parfaite — et tu\nn'es pas heureux.\n   — Oui, je désire       Et il s'arrêtait ne voulant pas lâcher le secret du\ncœur qu'il gardait en lui. Je désire et rien ne me manque !\n   — Il y a des galériens qui regrettent leur boulet, lorsqu'on les a lâchés\nau monde.\n   — Tu dis vrai, Jacques, et je crois que c'est cela que je n'ai plus et que\nje voudrais ravoir; j'ai honte d'être malheureux dans mon parfait bonheur\net il me semble que je serais plus gai si je souffrais un peu. Tu ne dis\nrien.\n   — Je plains ta femme.\n   — Mais elle est heureuse.\n   — Pour combien de mois encore?\n   Grégory ne répondit pas.\n   La causerie recommença quelques instant après.\n   — Distrais-toi, disait d'Astor, fais quelque chose, occupe-toi d'art ; tu es\nmusicien, compose.\n   — Pour être médiocre, merci. Et puis la musique, fft! c'est comme les\nrobes, on en rit au bout de vingt ans. Les Italiens en ont fait comme leur\nmacaroni : en pâte molle qui file; les Français y mettent des calembours\nqui prétendent; arrivent les Allemands, vive Wagner le Saint-Graal de la\nmusique qu'on élève dans un soleil. Demain, on trouvera que Tcha'i-\nkowski vaut mieux, et l'on n'aura peut-être pas tort ; la musique est belle\nen raison inverse de la civilisation, — et bientôt il n'y aura plus de sau­\nvages! En littérature idem, Malherbe, un raseur, Corneille aux Invalides\ndirection Perrin, Molière fait pleurer ; Hugo ! il y a si longtemps qu'il est\nmort! Lamartine, de la pommade. On tombe dans Baudelaire superbe!\nsuperbe! tais-toi, il y a deux jours on m'apprend qu'il n'est plus rien à\ncôté de Tolstoï et de Dostoïewski! Vrai Dieu! si l'on continue, l'humanité\nfinira par avoir du bon sens !\n  — Ecris dans les journaux, reprit Jacques en riant.\n  — Jamais! on me nommerait sénateur pour m'en empêcher!\n  — Fais un livre,\n  — Il est fait... par les autres.\n  — Eh ! va-t-en à tous les cent mille diables !\n  — J'y pensais !\n  — Bonsoir! nous avons un peu ri, c'est déjà quelque chose !\n  — ... Qui se paie le lendemain ! comme les trop bons dîners. Bonsoir.\n  Ce soir-là Grégory passa par l'appartement de sa femme, et la baisa\nlonguement sur le front, tandis qu'elle dormait.\n"}, {"page_pdf": 486, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "                                  — 443 —\n\n\n\n                                       V\n\n   Le lendemain. Grégory l'avait bien prévu, il eut la réaction de la gaîté\nde la veille, — et ce fut toujours ainsi. Fantasque, facile à distraire et\ndistrait pour un rien, il retombait aussitôt dans le trouble de ses pensées\nsombres.\n   D'Astor venait à présent tous les jours à l'hôtel, s'informant de Christine\ndont la grossesse allait bientôt avoir son dénouement. Dolente, étendue sur\nune chaise longue, secouée de temps en temps par un spasme de douleur,\nelle tenait son mouchoir entre ses dents serrées d'angoisse, puis regardait\nGrégory qui la veillait ; elle parlait à de rares intervalles, d'une voix très\ndouce et très mouillée, comme si déjà elle eût trouvé le rythme monotone\navec lequel on berce les petits. Sa pensée ne s'étendait plus aux choses du\ndehors, mais se repliait en elle, vers ses flancs où l'être nouveau s'étirait;\nparfois Grégory prenait un livre et lisait à haute voix quelque passage\nsimple où le poète chantait l'âge d'or, l'enfance, les fleurs ; c'était comme\nun apaisement dans tous les coeurs, et un arrêt dans les secrètes tortures du\nduc. Toutes les sollicitudes et toutes les transes allaient à cette jeune\nfemme dont le visage avait pris la pâleur maladive de l'ivoire, et qu'entou­\nraient sans cesse la mère et l'époux.\n   La baronne de Silvère venait chaque jour passer quelques heures près de\nChristine; elle renouvelait les lilas épanouis autour de la chérie, entr'ouvrait\nles fenêtres pour mélanger de brise printanière le parfum printanier des\nfleurs, baissait à demi les rideaux roses dont le tissu laissait filtrer une\nlumière atténuée, puis s'asseyait devant la jeune femme et la veillait,\nlorsque, accablée, celle-ci abaissait un instant les paupières.\n  Le terme arriva, l'enfant mourut.\n\n   Soixante jours et soixante nuits, Christine de Perriane resta sur son lit,\nsans force, sans voix, sans regard. On eût dit que l'âme de l'être envolé eut\nremplacé son âme, tant elle sembla redevenue enfant par la douleur. Les\nyeux fermés, pareille à un cadavre, ses deux mains blanches allongées sur\nles draps, elle se laissa doucement soigner, sans rien dire, et gardant son\nattitude immobile, comme si elle eut voulu, à force de mutisme et de pros­\ntration, tromper la destinée, et se faire enlever aux sphères mystérieuses,\nainsi qu'une morte.\n   Au bout de deux mois, elle sembla s'éveiller de sa longue léthargie ; elle\nouvrit les yeux et fixa un point vague, au pied de son lit; elle ne semblait\n"}, {"page_pdf": 487, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2882, "texte": "                                   — 444 —\n\n pas voir, mais dans son regard se lamentait une irrémissible désolation.\n Elle entr'ouvrit les lèvres et murmura : Grégory.\n   Celui-ci s'approcha de la sauvée, prit dans sa main brûlante la main de\n Christine et dit simplement : Je ne t'ai pas quittée.\n   Lorsqu'elle put se lever, la duchesse apparut comme neuve et inconnue.\n N'était la mélancolie qui l'imprégna toute, dans son geste las, dans sa\n parole alentie, elle sembla transformée. Peu à peu, de matin en matin,\n Christine rafferma. Pâle toujours, mais développée par la maternité, la\n femme du duc acquit des formes plus molles et plus sveltes; ses yeux\ncerclés de noir semblèrent plus profonds et, comme ses yeux, sa pensée\ns'était approfondie en un nimbe d'ombre. Elle parlait moins qu'autrefois,\nmais le timbre de sa voix était devenu plus sonore, avait pris des notes\nplus caressantes ; à vingt ans, après une année de mariage, Christine était\nfemme complète et parfaite, la taille de la jeune fille, mince, puis déformée\npar la grossesse, s'était harmonieusement moulée et gonflée aujourd'hui ;\nainsi les bras, les épaules, la main dont les doigts se potelaient sans perdre\nleur noblesse originelle.\n    Jusqu'au jour où elle revint à la vie, la duchesse de Perriane ne s'était\n guère révélée, et l'on eût difficilement pu juger ce qu'il y avait derrière ses\n grands yeux rêveurs. Entre sa mère, dont l'esprit absorbant ne laissait\n guère place à la riposte, et son mari dont la maturité intellectuelle l'avait\n toujours intimidée, Christine évita longtemps de se livrer. Elle sentit qu'un\n mot maladroit devrait blesser — pour longtemps peut-être — celui qui\n l'avait choisie, et sans timidité comme sans vasselage, elle écouta plus\n qu'elle ne dit. Sa lune de miel fut donc passée en véritable observation des\n autres. Elle ne fut qu'un stage d'avenir au bout duquel la femme de Gré­\n gory voulait conquérir par elle-même celui qu'elle ne possédait que par le\n mariage. Ce que le respect, l'admiration même avaient fait, la jalousie et\n enfin la passion, raisonnée, surchauffée le complétèrent. La jalousie, oui.\n Lorsque, encore affaiblie, elle s'était de longues heures reposée au soleil\ndu parc, étendue sur une chaise longue, elle n'avait plus abandonné son\nâme à l'incessante tristesse, mais l'avait dirigée, clairvoyante et subtile vers\nson mari. Sensible par les sens, percevant exagérément, avec une hypéres-\nthésie maladive, les moindres chocs extérieurs, la duchesse devait avoir la\nmême sensibilité par l'esprit. Tout lui revint : l'indifférence froide de Gré­\ngory au début de leur union, ses amertumes soudaines exprimées par un\nrien de physionomie ou de parole, des bouts de conversation surpris entre\nle duc et Jacques d'Astor, un mystère enfin qu'elle sentait, effrayant comme\nun abîme, et que sa perspicacité inquiète devait découvrir pour arracher à\n"}, {"page_pdf": 488, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "                                  — 445 —\n\nsa vie le bonheur qu'elle voulait impérieusement comme la compensation\nde ses déchirements.\n   Elle n'interrogea pas, se refusant d'accepter une confidence, mais sans\nrien dire, lentement, sûrement, elle dirigea son instruction comme un juge\nagit dans le secret pour ne pas effaroucher les coupables.\n   Et elle sut.\n   Les vers de Baudelaire, ces deux strophes mystérieuses lues naguère, elle\nse les rappela ; elle se souvint encore de ses premiers troubles tôt apaisés, et\nen elle se fit un éblouissement où toutes les choses mal comprises s'éclairè­\nrent. Le nom de Lysiane, entendu dans un chuchotement, lorsqu'elle était\nencore jeune fille et songeait à peine à Grégory, lui revint, perfide en son.\nharmonie, et cruel comme une prédiction de malheur. Ce nom, une nuit\nen songe, Grégory l'avait balbutié avec un accent qui ressemblait à un\nfrisson.\n   Elle apprit ce qu'était Lysiane de Lysias, et eut presque peur. Les anciens\namants de la Mystérieuse ne parlaient d'elle qu'avec un respect mêlé de\ncrainte, et sans s'expliquer la fascination occulte qu'exerçait la comtesse de\nRouge-Cloître, Christine comprit que c'était Elle, la Troubleuse d'âmes,\nElle, l'Inoubliable, Elle, la Rivale.\n\n\n                                      VI\n   Pendant ce temps, alors que la jeune duchesse, sûre de la guérison, n'avait\nplus besoin que des soins délicats de la baronne de Sylvère, Grégory, de\nnouveau désœuvré, retourna peu à peu vers sa vie de garçon. Au bar anglais,\nil se retrouvait presque chaque soir avec d'Astor, van Steen et de Leuze,\nque doublaient parfois quelques femmes, la grande Lucy, et une petite\nmaigrichonne mi-bas-bleu mi-cocotte dont le premier amant, un romancier\nparisien de second ordre, avait fait une grue spirituelle; on la nommait\nPanpan dans l'intimité et M me de Prelle en public. Quant aux rasta-\nquouères, le cercle s'en était purifié, et Clergery, condamné à six mois de\nprison pour écrits érotiques, purgeait sa peine en compagnie de son éditeur.\n   En ce moment, la grande Lucy était la maîtresse en titre de van Steen\net Panpan celle de Leuze qui collaborait à son « futur roman » un roman\nqui n'en finissait pas d'être futur.\n    Grande et svelte, avec un nez aux narines dilatées, une grande bouche en\ncoup de sabre, aux lèvres très rouges, simplement élégante comme une\nparisienne qu'elle était, Lucy Bijou avait la manie du théâtre. Elle avait\ndébuté dans la troupe de Judic qu'elle suivit un peu partout dans le monde,\n"}, {"page_pdf": 489, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "                                  — 446 —\n\nen Russie comme en Amérique, tournée dont elle était revenue en Belgique\navec un opulent coffret de bijoux qu'elle « lavait » au besoin, lorsqu'elle\nse refaisait une virginité, caprice qui d'ailleurs lui prenait rarement. Elle\nfut engagée au théâtre de l'Alcazar, dans un rôle de féerie où elle fut\nremarquée par le baron van Steen. Celui-ci lui offrit des bouquets de\nroses rouges comme les lèvres de la charmante, de roses roses comme ses\njoues et des papillons de diamants comme son cœur.\n   De Leuze, qui se piquait de littérature et avait même écrit un petit acte\nque le théâtre du Parc avait joué avec succès, s'était attaché Mme de Prelle\nqui ressemblait à Sarah Bernhardt sauf par ses cheveux qui étaient noirs\net sa taille qui était petite. Un paquet de nerfs, du bagout et une plume\nalerte.\n   Lucy Bijou potinait sur le dos des actrices, Pampan sur le dos des écri­\nvains et de Leuze, van Steen s'unissaient à de Perriane pour démolir le\ngrand monde.\n   — Vous savez, la marquise de X., filée hier avec un officier des guides.\n   — Caron à fait un couac.\n   — Le dernier roman de Daudet ne vaut pas le diable.\n   Avec ces trois phrases, dont les noms propres changeaient, les amis et\namies se racontaient l'histoire contemporaine, « toutes vipères dehors. »\n    Grégory restait tard au Scotch-Tavern, écoutant avec un reste d'intérêt\nles discussions redites qu'on y dévidait. Vers une heure du matin il\nremontait chez lui d'un pas ferme, parfois ralenti les jours où, par un mot,\npar un geste, on lui avait rappelé le nom de Lysiane. Que devenait-elle?\nOn la disait maîtresse d'un jeune peintre très en vogue, mais était-on\njamais sûr? Pouvait-on savoir? La vie de la dame de Lysias était comme\nun puits insondable, dans lequel s'engloutissaient toutes les conjectures et\ntous les soupçons.\n    Puis Grégory frémissait au souvenir des heures noctures que les jours\n écoulés lui faisaient déjà plus capiteuses dans l'éloignement. Il la revoyait,\n avec des formes moins précises, plus fondues et plus pleines de voluptueux\n mystère. Le corps, qu'il avait détaillé, lui apparut encadré de lignes divi­\n nisées, toujours adorablement pures. Devant son regard défilaient toutes\n les stations d'amour où, comme devant un reposoir lumineux, il s'était pros­\n terné devant l'Augusta, dans une adoration de lévite. Comme les esclaves\n devant la despotique Byzantine, il s'était agenouillé, et ses prières, trans­\n formées en baisers de feu, avaient monté des flancs ployés de l'impudique\n à sa bouche morsurante et fatale. Il se rappelait chaque pli de cette peau\n transparente qu'il enlaçait, chaque ondulation paresseuse de cette croupe\n"}, {"page_pdf": 490, "page_imprimee": 447, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "                                    — 447 —\n\nimpeccable de forme, chaque éclair de ces yeux mystiques, tantôt clairs et\npurs comme ceux des madones, non moins chastes et candides, tantôt\nsombres, caves, pleins de désirs pervers et demandant de toute leur flamme\ndes assouvissements éperdus.\n   Retrouver tout cela, arracher pour un instant à l'Impossible ces sensa­\ntions étranges et délectables, se revoir dans les bras l'un de l'autre, tandis\nque la veilleuse aux fleurs de sang laisse couler sur la chambre, sur l'alcôve,\nsa lumière sacrée, broyer sous le pied rude de son vouloir les jours et les\nnuits qui ont tissé leurs mailles sur la vie, redevenir le jeune homme d'il y\na quatorze mois !\n   Et cela ne se pouvait !\n\n   Un vendredi, l'aréopage du Scotch-Tavern décida d'organiser un pick-\nnick, à la campagne.\n  — Moi, dit Panpan, avec un geste chaste de pensionnaire, j'ai besoin\nd'air pur, de papillons et de fleurs des champs.\n   — Mon idole, mon scarabée d'or, fit de Leuze, tu me touches.\n                        Il est jour, levons-nous, Philis,\n                        Allons à notre jardinage\n                        Voir s'il est comme ton visage\n                        Semé de roses et de lys!\n   — Assez, hurla van Steen, si vous ne voulez pas que je vous dise du\n Corneille.\n   — Soyons graves, pour rire, dit la grande Lucy et organisons les choses\navec génie. Toi Steenette, tu te charges des choses sérieuses : rôti froid,\npoulets, foie gras, petits pains, et cætera et le reste, le reste surtout ; d'Astor\na la partie fluviale : vins, Mumm et rincettes; de Leuze les exquisitos et\nles cigarettes; tu sais, pour moi il en faut de russes de chez le père Aran­\ngelovitch, avec embouchures; Perriane, en sa qualité d'homme grave, est\nresponsable de la vaisselle et des argenteries; moi je regarde, Panpan\nm'aide. Et, à demain, « voici le couvre-feu messeigneurs. On vous attend\nà la deuxième tour du Louvre. Et nous, enfants, à la tour de Nesle! »\nviens-tu Albert ?\n\n  Lorsque Grégory rentra chez lui, ce soir là, moins sombre que de cou­\ntume, il vit, éclairées, les fenêtres du boudoir de Christine, bien qu'il fût\ndeux heures de la nuit. Il allait s'informer d'où venait l'étrange dérogation\naux habitudes régulières de sa femme, lorsqu'un domestique vint le prévenir,\nen le recevant, que Madame la duchesse l'attendait.\n"}, {"page_pdf": 491, "page_imprimee": 448, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "                                  -448      -\n\n   Le boudoir de Christine était petit. Un large divan de satin vieil or sur\nlequel était jetée, à la moitié de la longueur, une épaisse peau d'ours noir\ndont la tête pendait à l'extrémité, en faisait, avec un secrétaire italien\nincrusté d'ivoire, deux poufs de satin vieil or, un guéridon-trépie en\nbronze de Gouttière, et deux Gorot vaporeux suspendus aux murs tendus\nd'une étoffe sombre frappée de palmes vieil or, l'ornementation simple en\nmême temps que sévère. La chambre était éclairée par deux girandoles en\nbronze noir dans lesquelles brûlaient des bougies. Une odeur vague de\nlavande parfumait discrètement ce boudoir où Christine passait la plupart\nde ses soirées, lorsqu'une représentation à l'Opéra ou quelque concert extra­\nordinaire ne l'appelait pas dehors.\n  Ce soir, la jeune femme est en peignoir, une sorte de peplum en crèpe de\nChine blanc rattaché à l'épaule par un camée rouge. Ses cheveux tordus\nsont piqués sur le haut de la tête par un peigne formé de gros grains de\ncorail et, pour bracelet, elle porte au bras nu jusqu'à l'épaule un large\nruban de velours rouge agrafé d'or.\n  C E T T E T O I L E T T E E S T EXACTEMENT PAREILLE A CELLE QUE PORTE\nLA COMTESSE LYSIANE DE LYSIAS dans le portrait qu'a fait d'elle, poul­\nie dernier Salon, le peintre Clairin.\n   La porte s'ouvre. Un valet de pied annonce : Monseigneur.\n   Grégory s'arrête, étourdi. Christine s'est levée et va vers lui, puis, très\nsimplement :\n   — Qu'avez-vous, Monsieur?\n   — Moi, rien, cette toilette, cette heure tardive...\n   — Me reprocherez-vous de vous avoir attendu, mon cher ami?\n   — M'en croyez-vous capable, Christine? surtout lorsque je vous vois si\nroyalement belle.\n   — Voilà un compliment que je mets dans le coffret aux objets rares;\nmais, ma foi, je crois vraiment, ajouta-t-elle en riant, que nous marivau­\ndons; puis, frappant le bouton d'un timbre, elle se rassit : Jean, dites qu'on\nm'apporte de quoi faire le thé, puis prévenez les gens qu'ils peuvent se\nretirer, je n'aurai plus besoin de personne.\n   Pendant ce temps, Grégory griffonna quelques mots pour avertir la\nbande joyeuse qu'on n'eût pas à compter sur lui pour le lendemain.\n   Lorsque le thé fut prêt, Christine indiqua du doigt un siège, plus bas que\nle sien, à son mari; puis, s'étant à demi couchée sur le divan, laissant voir\nson pied nu dans une mule faite de mailles d'or, elle regarda le duc.\n   Celui-ci la regarda de même, ébloui, stupéfait, presque timide devant\ncette femme qui était la sienne, et qu'il ne pouvait reconnaître. Il ne retrou-\n"}, {"page_pdf": 492, "page_imprimee": 449, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "                                 — 449 —\n\nvait plus la jeune fille restée jeune fille malgré le mariage; une autre lui\napparaissait, transformée, superbe.\n   — Je vous écoute, Madame, prononça-t-il.\n   — Voici, mon cher maître, je voudrais simplement savoir si vous avez\nune ou des maîtresses. Oh ! ne répondez pas non, par galanterie d'époux.\n Je vous assure qu'un oui n'ôtera rien de l'affection et du respect que j'ai\npour vous. Vous êtes libre de chercher dehors ce que vous ne trouvez plus\ndedans; vous m'avez épousée sans amour et je me suis donnée sans foi ni\nconscience ; vous êtes donc bien libre et Dieu me garde d'invoquer un titre\nd'épouse, qui n'est ratifié par aucune loi sérieuse, pour vous rendre la vie\ndésagréable par des récriminations dignes des gens de peu. Les épouses\ndélaissées ne sont acceptables que dans les tragédies, et cela ne se lit même\nplus. Vous avez donc des maîtresses; votre silence le dit; merci de votre\nfranchise. Ces femmes, vous ne les affichez pas, et vous restez le vrai gen­\ntilhomme que m'a donné ma mère. Je ne vous blâme pas ; seulement, si\nvous vous êtes fait libre, je veux faire de même.\n   — Qu'est-ce à dire, Madame? dit Grégory avec un mouvement de\nrévolte.\n   — C'est à dire que si vous prenez à gauche, je désire prendre à droite, en\nsorte de ne pas nous heurter l'un à l'autre.\n   — Et peut-on vous demander ce que vous comptez faire... à droite?\n   —• Non, dit-elle presque durement, je ne cesse pas de m'appeler la\nduchesse de Perriane, Monsieur, et cela doit vous suffire. Une femme\ntrompée prête parfois à la pitié. Oh! je ne parle pas pour moi qui n'ai\npoussé de sanglots que sur une petite tombe. Un homme trompé prête\nau ridicule, et, je vous le répète, je porte votre nom.\n   — Continuez, Madame, je vous écoute toujours, dit Grégory d'une voix\naltérée, votre conclusion approche. Ce que vous voulez, c'est la sépara­\ntion...\n   — De corps, en effet. Il ne faut pas qu'un caprice puisse vous ramener\nun beau jour à moi, et que j'aie le post-scriptum de vos amours joyeuses.\nMême un caprice serait chose flatteuse pour votre humble servante,\nMonseigneur, si celle-ci n'avait le malheur de n'être née ni servante ni\nhumble. Voulez-vous me donner votre parole?\n   — Et si je refuse?\n   — Je vous retirerai ce qui vous reste de moi : mon amitié et mon\nestime.\n   — Et si je vous aime encore?\n   — Ce ne serait peut-être pas si. bête, mon cher, mais ce serait un peu\n"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 450, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "                                  — 450\n\ntardif et, vous savez, lorsque l'on a attendu trop longtemps à un rendez-\nvous, on s'en va. Non, décidément, prenez à gauche, Monsieur le duc,\n   — Qu'il soit fait comme il vous plaira.\n    — Maintenant, voulez-vous une tasse de thé?\n    Christine prit le samovar et versa dans une coquille de Saxe, en laissant\nvoir son bras nu, plus blanc que son peignoir, et sur lequel éclatait, pour\nle rendre plus albe encore, le velours pourpre de son bracelet. Sous\nl'étoffe, le duc la devina presque nue, et une bouffée de désir lui monta au\nvisage.\n   — Vous êtes belle, murmura-t-il.\n   — Mais oui, mon frère, riposta-t-elle en souriant avec candeur. Ah ! j'ou­\nbliais de vous dire, dans quelques jours je pars pour le château de Marie-\nà-la-Bruyère où ma mère a bien voulu tout ordonner pour mon arrivée.\nJ'espère vous y voir à l'époque des traques ; d'ailleurs, vous serez prévenu\npar une invitation, ainsi que nos amis. Nous nous reverrons avant mon\ndépart, n'est-ce pas, Monsieur le duc?\n    — Je suis à vos ordres, Christine.\n    — Bonsoir alors.\n    Elle tendit sa main à baiser et, d'un pas lent, passa entre Grégory et la\nlumière qui, sous la finesse de son vêtement, laissa transparaître son corps\nde statue ; puis elle sortit avec un sourire de sphinx.\n    Le duc resta seul, étourdi, médusé, ne sachant ce qui venait de se passer,\ncet éclair qui traversait sa vie et le frappait en pleine poitrine...; il était\ntrois heures et demie du matin ; le petit jour, traversant les rideaux, fit\njaunir la lumière vacillante des bougies. Grégory éteignit les girandoles, fit\nglisser sur leurs tringles les rideaux des fenêtres, qu'il ouvrit toutes grandes.\nL'air frais de l'aube entra en flot dans la chambre et baigna le front de\nGrégory. Celui-ci s'accouda à la fenêtre et regarda. La rue était presque\ndéserte ; une charrette pleine de légumes passait avec un roulement lourd ;\ndans le lointain brâma le sifflet d'une locomotive, puis tout retomba dans\nle silence.\n\n\n                                      VII\n   Cette soirée fut inoubliable pour le duc de Perriane. Sa femme lui échap­\npait par sa seule volonté, lui rendant presque du dédain en échange de son\nindifférence rarement coupée de sollicitude. Elle se reprenait en froissant\nl'orgueil du duc par sa clairvoyance froide, et celle qu'il avait crue de pâte\nmolle s'était laite de marbre par la pensée comme par le corps.\n"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 451, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "                                  -   451    -\n\n\n   L'été passa. Seul, recevant de loin en loin de Christine une lettre aussi\nbanale que courte, où elle mandait au duc ce qu'elle faisait au château de\nMarie-à la-Bruyère, ainsi que l'état de sa santé, Grégory s'ennuya.\n   Avec d'Astor, il parcourut les plages, n'y rencontrant que l'éternel monde\ndes salons, toujours factice et toujours insupportable, pour ne s'arrêter\nqu'à un petit port de mer quasi inconnu dont une seule auberge garnissait\nun semblant de digue. Là, dans la solitude, il se replongea plus avant\nau cœur de ses anciens spleens. La mer immense l'enveloppa de ses grandes\ntristesses. Le soir, souvent, elle brillait comme un désert de feu pâle, et, dans\nle sable mouillé, les pieds laissaient une trace lumineuse que lavait l'écume.\nL'horizon s'enfonce dans la nuit, et l'on n'entend qu'une grande plainte\nqui s'éloigne, approche, décroît encore, pour se changer en longs sanglots.\nLa pointe brillante d'un phare apparaît au loin, mais les vagues submer­\ngent l'étoile et l'obscurité sans borne pleure, et pleure toujours. Sous ces\neaux nocturnes roulent, parmi les débris de navires, les corps décomposés\ndes matelots que la mort a cueillis dans les naufrages, et la vie des algues,\net la vie des mystérieux polypes remue ces restes sans forme, s'incruste\nà leurs membres, couvre l'horreur funèbre d'une végétation qui s'agite\ndoucement aux remous. L'Océan rêve le soir ; plus une carène ne ride ses\nétendues et ne déchire ses lames ; il rêve qu'il couvrira la terre, qu'un jour\nses marées auront la force de s'étendre, qu'il ira plus loin, plus loin encore,\npour augmenter sa nourriture d'hommes et de choses; immense, il rêve\nd'être seul immense\n   Devant la mer, Grégory songea ; le passé, toujours le passé monta en lui\ncomme montent les vagues aux piliers moussus des estacades.\n   L'image de Lysiane lui apparut de nouveau, mais fondue à présent à\ncelle de Christine. Sur le même costume, il voyait tour à tour deux têtes,\naux traits alternatifs, si bien que parfois elles n'en faisaient plus qu'une, sur\nlaquelle il hésitait à mettre un nom. Tantôt c'était le regard étourdissant\net noir de Lysiane, que rencontrait le regard de son rêve, tantôt l'œil lim­\npide de la duchesse.\n   Lorsque les premières feuilles de l'automne commencèrent à tomber dans\nles bois, et que la mer prit les teintes vertes des premières tempêtes, Gré­\ngory reçut de Marie-à-la-Bruyère une lettre affectueuse lui disant que tout\nétait prêt pour le recevoir et qu'on l'attendait s'il avait le désir de se mêler\naux grandes chasses. Mal accoutumé à n'être plus, quoique d'après son\nacquiescement même, qu'un étranger que les questions d'intérêt seules\nliaient à sa femme, il eut un mouvement de colère en recevant cette sorte\nd'avis à venir ou à ne pas venir, auquel ne se joignait rien de plus que des\n"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 452, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "                                  — 452 —\n\nmots d'amitié respectueuse. Le désir de revoir Christine l'emporta. Il\npartit.\n\n   Lorsque l'on descend, à quelques minutes d'Anvers, à la petite gare\nd'Eeckeren, on a devant soi une longue route plantée de chênes d'Amérique,\net bornée, à droite par une immense étendue de bruyère, à gauche par les\nchamps. La drève est poussiéreuse; les charrettes et les batteries d'artillerie\ny ont creusé de larges sillons. Si l'on continue, on dépasse bientôt le village\nde Brasschaet, et, avant d'arriver aux campements militaires dont on entend\nrésonner au loin les claironnades, on trouve à sa droite un village de\nquelques maisons; c'est Maria-ter-Heyden [Marie-à-la-Bruyère). Derrière\nles fermes qui le composent s'épaissit un vaste bois de sapins dont les odeurs\nbalsamiques parfument l'air, et au delà, l'on tombe sur une allée semée de\ngravier qu'ouvre une haute grille en pur style Louis XIV. C'est l'entrée du\nchâteau de Silvère.\n   Vaste et lourd, avec son principal corps de bâtiment terminé en dôme et\nses deux ailes massives, la demeure baronale porte vigoureusement ses deux\nsiècles. On y entre par une large porte à triple arcade, et l'on se trouve dans\nun vestibule de marbre blanc où des colonnes corynthiennes alternent avec\ndes médaillons portant les douze signes du zodiaque copiés sur ceux qui\nornèrent, sous le Roi-Soleil, le pavillon de Marly. S'ouvrent à droite et à\ngauche, à hauteur de quatre marches d'escaliers, par des petites portes, les\nsalles de réception dont des cheminées énormes forment le principal motif\ndécoratif. Au dessus des portes, des panneaux du temps, aux couleurs\nambrées par la patine; ou bien encore des sculptures en bois représentant\ndes attributs champêtres, gerbes, fléaux, guirlandes, harmonieusement\ngroupés. Partout des armoiries où abondent les fleurs de lys du Roy. Des\ntableaux de Claude Lorrain, de Lesueur et de Poussin se mêlent, dans les\ngaleries, aux oeuvres modernes, deux Stevens, un Verwée, deux Ingres, des\nCorot, des Courbet, une reproduction en bronze du Milon de Crotone de\nPierre Puget, un buste de Christine de Silvère à seize ans, par Car­\npeaux.\n  Lorsqu'il arriva au grand trot des chevaux que l'on avait envoyés, attelés\nau break, à sa rencontre, le duc qui voyait pour la première fois le domaine\nde sa femme, — ou plutôt celui de la baronne de Silvère, qui devait le laisser\nplus tard à Christine, — Grégory fut émerveillé.\n  Dans l'encadrement de la porte monumentale, la jeune duchesse atten­\ndait. Elle était vêtue d'une robe collante en velours noir frappé, sans\naucune garniture ; les bras nus portaient encore le bracelet rouge et les\n"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 453, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2588, "texte": "                                  — 453 —\n\ncheveux relevés en une torsade japonaise piquée de longues aiguilles de\ncorail; LA TOILETTE EXACTE QUE PORTAIT LA COMTESSE LYSIANE DE\nLYSIAS A LA PREMIÈRE REPRÉSENTATION D'Hérodiade.\n    Coïncidence bizarre et bizarre caprice, pensa Grégory, troublé par cette\nsorte d'avatar qui lui rendait Christine plus captivante encore que le jour\noù ils avaient rompu.\n    — Eh bien, duc mon époux, vous serez donc toujours ahuri en me\nvoyant. Je ne vous connaissais pas si timide.\n   — Eh, madame, si l'admiration me retient le verbe! Savez-vous bien,\najouta-t-il plus bas, que je regrette ma parole.\n    — Tu ne mangeras pas le fruit de l'arbre de la science, et aussitôt le\npremier homme eut envie d'en manger...\n   — Envie oui, mais il en mangea...\n   — D'accord, mais il s'en repentit.\n    — En êtes-vous bien sûre, châtelaine, riposta le duc en riant.\n    — Certainement, dit-elle d'une voix grave.\n    Le premier repas au château de Marie-à-la-Bruyère              fut absolument\njoyeux. Une dizaine de chasseurs, parmi lesquels les trois intimes de Gré­\ngory, quelques dames, et comme présidente la baronne de Silvère, ayant\nen face d'elle Christine, resplendissante et reine, en faisaient les convives.\nLa jeune femme se livra ce soir-là tout entière à une adorable gaîté. Sans\nregarder le duc plus que tout autre invité, elle suivait dans son attitude la\nsurprise des découvertes qu'il faisait de minute en minute. Car vraiment il\nla découvrait, comme certains Parisiens, après trente-huit années de boule­\nvard, découvrent un beau matin le Louvre. Cette femme était la sienne — et\nil la voyait pour la première fois ; elle lui appartenait — et il avait renoncé\nà elle; il allait l'aimer, il le sentait, — et ni sa richesse, ni sa beauté, ni sa\nforce, ni son esprit ne pouvaient enlever cette forteresse défendue par la\ndésillusion !\n    Jacques d'Astor aussi regardait avec attention Christine, mais, chez lui,\nc'était avec le regret de ne plus revoir la jeune fille qu'il avait espérée\nnaguère et dont les traits virginaux s'étaient gravés en lui. On lui avait\nrepris la petite fiancée de son rêve... Puis, intérieurement, il se fit un geste\nqui devait signifier : Après tout, tant mieux!\n    Lorsqu'on se leva de table pour passer dans le salon, Grégory offrit son\n bras à la baronne de Silvère, tandis que Jacques offrait le sien à la\nduchesse.\n    Celle-ci distribua elle-même les tasses de café, que lui présentait à mesure\nun laquais. Lorsqu'elle arriva au duc :\n                                                                         28\n"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 454, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "                                   — 454 —\n\n   — Un, deux ou trois morceaux de sucre, dit-elle en souriant.\n    — Quatre, dit-il, cela vous prendra plus de temps! Je suis fier, ajouta-t-il\n à demi-voix, d'être le duc d'une duchesse comme vous.\n   — Le duc, non le dux.\n   — Vous parlez latin à présent?\n   — Pour vous je fais encore des sacrifices !\n   — Si aussi pour moi vous braviez l'honnêteté.\n    — Des cendres, des cendres, Monsieur de Perriane.\n   Et elle lui tourna le dos.\n    Lorsque l'on se sépara, Christine fit conduire les invités à leur apparte­\n ment. Votre chambre est à gauche, on va vous y conduire, dit Christine à\nson mari.\n   — Et la vôtre, à droite, sans doute?\n   — Sans doute, répéta-t-elle froidement.\n   Un pas se fit entendre dans le grand escalier, c'était la baronne de Silvère\nqui remontait vers ses appartements. Elle se rencontra avec Christine, qui\nla suivit.\n   La châtelaine de Marie-à-la-Bruyère n'avait pas perdu de vue un seul\ninstant la transformation double de sa fille. Femme, et de toute perspica­\ncité, elle avait vu se consommer l'éloignement des deux époux et comprenait\nvaguement pourquoi Christine s'était ainsi faite libre. « Le duc a gagné la\npremière manche, se dit-elle, et perdu la deuxième; c'est qu'il a mal joué;\navec une femme, ou l'on ne joue pas mal, ou l'on ne prend pas les cartes.\n   « Tu as été charmante, ma chérie, dit-elle à sa fille, lorsque toutes deux\nfurent entrées dans la chambre de la baronne, et ton mari a dû être fier.\n   — Tu crois? fit vivement Christine, tandis que sa mère souriait.\n   — Mais oui, je crois, il te lançait des regards! j'ai cru revoir le baron\nquand je lui disais des impertinences.\n   — Tiens, je n'ai pas vu !\n   — Que si ! ton petit doigt te racontait tout cela ! Tu organises ton til­\nde campagne, comme Messieurs les artilleurs du camp, et tu pointes tes\nbatteries. Ecoute-moi et crois-moi, tire juste, mais tire vite, ou le but\ns'ennuiera de rester en place.\n   — Je ne te comprends pas.\n   — Cela ne fait rien, ton oreiller t'expliquera mon bavardage. Bonsoir,\naimée.\n   Et la baronne eut un petit rire moqueur, en mettant la duchesse à la\nporte.\n"}, {"page_pdf": 498, "page_imprimee": 455, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2710, "texte": "                                  — 455 —\n\n\n\n                                    VIII\n\n   Pendant tout le séjour de Grégory au château de         Marie-à-la-Bruyère,\nl'attitude de Christine ne se démentit pas. Sans qu'il pût s'en douter, elle\nsurveilla le duc qui, de jour en jour, se courbait sous sa domination pas­\nsionnée. Elle le traitait avec plus de sollicitude que ses autres invités, sim­\nplement par convenance, en lui faisant sentir discrètement que cette conve­\nnance était le seul mobile de ses attentions. Elle fut tellement habile que,\npas une minute, il ne put se douter d'une stratégie de femme. Rentrée dans\nsa chambre, souvent Christine se jetait sur son lit, sanglotante, avec la\ncrainte de se trahir et la douleur de ne pas vouloir se donner à cet homme\nqui revenait vers elle, brûlant, superbe dans sa passion d'amant, et dont\nl'œil fiévreux la poursuivait dans ses nuits énervantes.\n   Mais elle voulait écraser sous elle la Lysiane, et sa volonté lui rendait le\nmatin ce visage indifférent et calme qui semblait ne la jamais quitter.\n   L'hiver approchait ; l'air glacé passait librement à travers les branches\ndénudées des arbres et le vent soulevait le lit des feuilles jaunes qui déjà\njonchaient le sol; un à un, les chasseurs déposèrent leurs fusils dans lès\nrâteliers et prirent congé de la châtelaine. En octobre, la duchesse de\nPerriane proposa au duc de rentrer en ville. Celui-ci ne demandait pas\nautre chose. Sur le terrain de la capitale, le sien, il lui sembla qu'il serait\nplus fort, que les grands feux d'hiver amolliraient et fondraient la glace\namoncelée au cœur de Christine ; mais, quelques heures après son arrivée,\ntoutes ces espérances furent, une fois de plus, déçues. La jeune femme con­\ntinua d'exiger qu'il annonçât ses visites et que celles-ci fussent aussi courtes\nque celles d'indifférents. Lorsqu'elles se prolongeaient, la duchesse rompait\nla conversation, d'un mot très froid, et se retirait en prétextant quelque\ncourse.\n  Sans paraître coquette, elle déploya toutes ses séductions ; sa mise tou­\njours étonnamment simple, répudiait les bijoux et les broderies; elle seule,\nsa beauté, voulait avoir tout le rayonnement, ne rien devoir aux artifices\nde la mode, cet opportunisme de l'étoffe, comme l'appelait d'Astor.\n   Le soir, à l'Opéra, elle recevait dans sa loge, comme dans son salon, les\njeunes gens de l'aristocratie qu'avait attirés, comme les phalènes une lampe,\nson charme élégant. Pendant les entr'actes, des discussions artistiques,\ndans lesquelles jamais Christine n'eut le dessous, s'engageaient à propos\nde la musique exécutée, du dernier Salon, du livre paru.\n   Pas une solennité artistique n'eut lieu sans que la duchesse Christine s'y\n"}, {"page_pdf": 499, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "                                   — 456 —\n\n trouvât, toujours simplement vêtue, mais révélant, par une allure inimi­\n table, l'élégance originelle des Silvère.\n    Elle lisait beaucoup ; en quelques mois, son éducation littéraire s'était\n faite. Après les grands romans et les « purs chefs-d'œuvre » classés parmi\n les choses problématiques qu'on « a lues », Christine avait suivi pas à pas\nla piste des tendances nouvelles. Des idylles romanesques du romantisme,\nde Mme de Staël, Chateaubriand et Georges Sand, elle tomba brusquement\nsur les « réalistes ». Quelques livres surnagèrent en elle de ce fleuve d'encre:\nLa Curée, Charles Demailly, Une vieille maîtresse, Ce qui ne meurt\npas, Les Fleurs du mal\n    Le mystère entra lentement en elle ; comprendre, comprendre davantage\nencore, cueillir et disséquer Ces fleurs morbides à la sève empoisonnée,\nanalyser les venins de la vie pour les faire servir dans la composition du\nphyltre d'amourqu'elle devait joindre à sa royauté physique!\n    Aux ouvrages d'art maladif, succédèrent les livres interdits. Avec une\npatience interrompue de révoltes, Christine rechercha les œuvres érotiques\npubliées sous le manteau. Le marquis de Sade lui livra Justine, Alfred de\nMusset Gamiani, Henri Monnier Tit Chat. Plus d'une fois, elle se sentit\nmordue à la chair et le sang remué par les descriptions obscènes, mais\ntoujours la race pure des Silvère dominait en elle, et si ses yeux étaient\nplus cerclés et plus phosphorescents, à l'évocation des anormes qu'étalaient\nces auteurs, avec une complaisance raffinée, elle éprouvait aussitôt une\nréaction de volonté puissante et despotique. Lorsque, seule dans sa vaste\nchambre aux lourdes tentures, elle se dévêtait, ayant encore, imprégnée en\nl'imagination la dernière lecture interrompue, elle chassait d'un geste les\nscènes fatales, écartait l'excitation charnelle, et s'endormait n'ayant dans\nl'âme que la reconquête au prix de laquelle était cette lutte vaillamment\nengagée entre les sens frémissants et le cœur torturé.\n   Des nuits, Christine se réveillait brusquement, au moment de succomber\naux baisers calcinants du rêve. Des couples enlacés avaient surgi, râlant et\nmeurtris'par les morsures, des orgies byzantines inventées par les auteurs\ndémoniaques s'étaient élevées dans la volupté des nuages, des accouple­\nments étranges où les membres en nœuds de serpents faisaient songer à\nquelque lutte inouïe s'étaient roulés dans son cauchemar...\n   Alors, dans la lueur tendre de la veilleuse, l'Initiée se levait, droite, les\ncheveux déroulés sur la blancheur du linge, et, les yeux fixes, largement\nouverts, regardait devant elle, quelque point brillant qui l'hypnotisait.\nL'heure tintante la sortait de son immobilité ! Elle baignait son front dans\nl'eau parfumée d'iris, allumait un candélabre et lisait pendant quelques\n"}, {"page_pdf": 500, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "                                  — 457 —\n\ninstants quelques versets printaniers de la Bible ou des fragments des\nVédas traduits en une langue na'ive et apaisante.\n  Puis la duchesse Christine de Perriane s'endormait, calme et le sourire\naux lèvres.\n\n                                      IX\n   Depuis six mois Grégory n'a revu sa femme que par hasard, à de\nlongs intervalles, au théâtre ou aux moments où la duchesse allait sortir.\nLe découragement l'a pris devant l'impassibilité de Christine qu'il\nn'espère plus conquérir, et, ballotté entre ses deux passions, la volupté\npassée et toujours présente, et le désir exaspéré par la froideur, il tente\nd'oublier. Fréquentant les petits théâtres, les cafés, les recoins nocturnes\noù il est sûr de ne pas retrouver ses tortures, il en arrive à fuir jusqu'à ses\namis.\n   Etre seul, lorsque le soir tombe. Etre seul, se regarder souffrir, être son\npropre miroir qui vous renvoie l'image des plaies qu'on sent toujours\nouvertes, scruter le passé, en disant : je regrette, et ne pas oser voir le futur\nen murmurant : j'espère ; se dire : demain je roulerai la même vie et la\nmême brise fade m'emportera dans son voyage; j'ai la richesse, j'ai toutes\nles amours et ce que je veux, ce dont je souffre, c'est ce que je n'aurai point.\nL'irrémédiable se dresse entre l'heure qui vient de sonner et celle qui va\nsuivre, et d'autres heures suivront et d'autres encore. Garçon, un rhum!\n   Que me reste-t-il? toujours le dégoût, la fatigue, la soif de quelque chose\ndont je ne serai jamais étanché, la faim d'une nourriture interdite et perdue.\nCe mendiant, brute qui regarde par la porte entr'ouverte et fait semblant\nde souffrir, le pauvre, parce qu'il n'a pas mangé! Moi non plus je n'ai pas\nmangé... Versez encore, garçon. Il faut que je parte, mes jambes sont\nlourdes... un bain de pied, sacrebleu! C'est cela... combien?... Voilà...\nc'est bon...\n   Elle était belle en noir, elle était belle en blanc, c'est ma femme ; drôle !\noh! oui, pour drôle!... Et Lysiane drôle aussi... toutes les deux ensemble,\nce serait cocasse... Eh! cocher! rue Montoyer, n° 23A. Ouf! je suis éreinté...\ndéjà deux heures... qu'est-ce que ça me fait... Je dors... cré cheval!...\n   Ah! ah! bon nous... y... sommes... combien... tenez... bonsoir... Le\ntrou, nom d'un... le trou... voilà... quel éreintement, mes frères ! L'escalier\nse moque de moi... je t'aurai... je t'aurai... eh! la rampe...\n   Grégory, duc de Perriare est ivre-mort.\n   Etendu dans un fauteuil, il s'est endormi, la respiration sifflante, les\n"}, {"page_pdf": 501, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "                                  — 458 —\n\nmembres lourds, sans force. Le gilet ouvert, la tête renversée, il a une\npâleur de cadavre, d'homme assassiné brusquement pendant une sieste.\nLa lumière seule de la lune, à demi voilée par les rideaux, éclaire ce visage\nfatigué où la souffrance a mis un pli d'amertume. Tel, le duc est beau\nde toute la beauté que donne la vie brûlante aux tempéraments d'élite.\nSon origine a réagi contre toutes les tempêtes et sa vigueur surmonté toutes\nles batailles. En ce moment, les cheveux noirs rejetés en arrière laissent\nvoir son large front coupé d'une ride profonde; les yeux clos et cernés, les\nmains aristocratiques, pendantes et allongées sur les bras du fauteuil, il\nconserve dans la léthargie de l'ivresse son grand air noble.\n   Une porte s'ouvre, un rais de lumière glisse, se déplie en nappe d'or, et,\nsur la pointe des pieds, Christine entre. Elle prend un tabouret, puis,\nassise, regarde longuement l'homme endormi. Une odeur d'alcool se dégage\nde la respiration haletante de Grégory. La jeune femme n'éprouve point de\ndégoût, aucun geste n'indique même qu'elle s'en aperçoive; après être restée\nlongtemps devant son mari, elle prend une carafe, verse de l'eau dans un\nverre qu'elle dépose sur un guéridon, y ajoute quelques gouttes de vinaigre\nparfumé, puis elle sort comme elle est venue.\n   Lorsqu'il se réveilla, le lendemain très tard, sans que personne eût inter­\nrompu son pesant sommeil, Grégory se demanda où il se trouvait ; peu à\npeu il reprit ses sens, se vit débraillé, sentit sa bouche pâteuse, aperçut le\nverre à portée de sa main et but avec avidité. Puis, il se souvint : la nuit\npassée à boire, le fiacre, la lassitude. Mais ce verre, qui l'avait déposé là?\nLe duc passa dans sa chambre, y fit sa toilette, et, appelant son valet de\nchambre :\n   — Dites-moi, la duchesse est-elle sortie?\n   — Oui, Monseigneur.\n   — Ah! est-ce vous qui avez déposé un verre d'eau aromatisée dans le\npetit salon ?\n   — Non, Monseigneur !\n   — Personne n'est entré dans ce salon avant que vous n'alliez dormir?\n   — Je me suis couché le dernier comme toujours, Monseigneur, et j'ai\nfait la ronde des appartements ; il n'y avait pas de verre d'eau dans le petit\nsalon, je l'aurais remarqué.\n   — C'est bjen, merci.\n   C'est elle, murmura-t-il. Elle m'a vu gris comme un laquais. Elle!\n"}, {"page_pdf": 502, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "                                 — 459 —\n\n\n                                     X\n\n   On est au grand complet, au Scotch tavern. De Perriane, de Leuze, van\nSteen, d'Astor, Panpan et la Grande Lucy. Celle-ci exulte; on l'a engagée\npour doubler Nakahira, la charmeuse de serpents, dans le Tour du Monde,\net, méditant son costume, qu'elle veut chic à tout rompre, parle peu. La\nsoirée va finir.\n   — Quelqu'un sait-il ce qu'est devenue la mystérieuse dame de Rouge-\nCloître? interroge Panpan.\n   — Grégory la regarde avec dureté.\n   — Allons, fait d'Astor, tu vas encore changer ce bonhomme-là en saule.\n   — Bah! tu l'aimes donc toujours, Grég?\n   — Fiche-moi la paix, la comtesse Lysiane n'est pas ma maîtresse, je\npense!\n   — N'est plus...\n   — N'est pas, c'est dit ; vous savez que j'ai horreur qu'on blague Mme de\nLysias !\n   — Parfait, mon prince ! à propos, les autres, avez-vous vu la toilette de\nMme Courtray aux courses ? Etonnante ! Jaune, des bottines au chapeau,\navec des bouquets de coquelicots partout; il ne manquait que le perchoir.\nIl paraît que son « passant » aime ça. Histoire de raser le mari ! Les femmes\ndu monde ne devraient jamais s'habiller sans nous avertir. Ce n'est que\nlorsqu'elles ont nos toilettes qu'on leur confierait son fils.\n   — Oh! vous pouviez bien parler de modes, fit de Leuze; à peine en\navez-vous trouvé une qui n'est pas trop ridicule, que vite on vous la\nchange. Il se fait deux camps : celui des femmes bien faites qui se désha­\nbillent dans les fourreaux unis et celui des mal-fichues qui se barricadent\n derrière les poufs. Il n'y a encore qu'un genre de robes intelligent : celles\nqui s'enlèvent le plus vite.\n   — Oh! profane qui ne connais pas les finesses des préliminaires!\n   — Ta, je ne lis jamais les préfaces, et j'adore la table des matières.\n   — Rustaud !\n   — Byzantin !\n   — Eh bien! fit Grégory, va pour Byzantin. Je ne sais pas trop pourquoi\n on accable d'un beau mépris honnête les raffinements que nous mettons\n dans nos amours. C'est anormal, mais que diable est normal? En amour il\n n'y a qu'une chose sotte et anormale et contre nature si vous voulez, c'est\n de se dégoûter soi-même. Il est contre nature de manger trop et l'indigestion\n"}, {"page_pdf": 503, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "                                    - 460 —\n\nvous l'affirme, de boire trop : on déborde, mais mon corps est à moi, mais\nle corps de la femme qui se donne est à moi, et j'en use comme il me\nplaît, sans consulter un code quelconque qui me prescrirait d'aimer...\nd'équerre.\n   — Voilà Grégory lancé.\n   — C'est vrai aussi, je me mets en fureur, quand j'entends de braves gens\ncrier au bas-empire et à la débauche, lorsqu'on s'aime autrement que pour\ncréer de petits misérables qui n'avaient rien fait pour ce piètre service. Un\nmauvais livre est un livre mal écrit. Le livre de l'amour, je puis l'écrire à\nl'envers, de la main gauche ou avec le gros orteil; le tout est de le bien écrire\net il n'y a que deux juges à cela : moi... et elle.\n   — Bravo, Grég, cria Lucy en frappant des mains, nous essaierons,\nveux-tu ?\n   — Lucy, vous êtes inconvenante comme une jeune fille. Je me retire.\nBonsoir, les amis.\n   — Bonsoir, Grég.\n\n   Le duc s'était résigné. La première fois qu'il avait revu Christine après\nla scène du verre d'eau, elle lui avait tendu la main avec plus de cordialité\nque de coutume, et cette nuance seule, qu'il prenait pour de la pitié, le fit\nrougir. Il évita de se rencontrer avec sa femme qui, chaque fois, le troublait\net l'attirait davantage ; la fascination de la duchesse, toujours plus forte, le\njetait dans des spleens noirs qu'il passait plusieurs jours à secouer; pendant\nces périodes, il ne voyait qu'elle, ne sentait qu'elle, sa main fine le frôlant,\nson parfum pénétrant qui le poursuivait; vis-à-vis d'elle, le côté stupide de\nsa situation l'exaspérait; il voulait alors s'étourdir, cherchant un dérivatif,\net ne trouvant rien que les amours banales dont il avait pourtant l'irrémis­\nsible dégoût.\n   Lysiane, Lysiane seule eût ranimé sa vie, et cinglé de lanières ses lassi­\ntudes.\n   La revoir après deux ans, la revoir, seule, ressaisir dans une intonation,\ndans un geste, cette femme-énigme qui, en le rejetant, l'avait conduit à cet\nécœurement de toutes choses, qui lui faisait traîner sa vie comme une\ncharrue trop lourde.\n   Bien des fois il avait songé à cette visite.\n   Il s'était dit : « J'irai et je lui parlerai, et je la reprendrai », et chaque\nfois une grande crainte l'avait saisi à la gorge de revenir de Rouge-Cloître\nplus dédaigné, plus amoindri, n'ayant même plus ce reste d'espoir, qui\nétait sa dernière lueur !\n"}, {"page_pdf": 504, "page_imprimee": 461, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "                                 — 461 —\n\n   L'obsession persista. De loin, une voix passionnée l'appeiait avec des\nintonations étranges, irrésistibles. C'était comme un appel entendu dans la\ndistance et qui, de proche en proche, décroissait en ineffable douceur. La\nvoix sanglotait en roulant à travers les vents, par delà ce bois de Rouge-\nCloître dont le nom seul évoquait la couleur du sang qui bouillonne et la\nvolupté qui s'enferme.\n   — Vous ferez atteler le coupé, dit un soir Grégory à son valet de\nchambre, je vais à la campagne.\n   La décision était prise. Il serait mal reçu, découragé, raillé par Lysiane,\nmais il la reverrait, il puiserait dans sa seule vue un renouveau de souve­\nnance, et après? après, au plus profond il tomberait, moins il y verrait\nclair !\n   Christine parut : Je ne vous savais pas là, Monsieur, dit-elle, je me\nretire.\n  — C'est moi qui me retire, Madame, on attelle, je vais à la campagne...\n   — À la campagne par ce froid de novembre !\n  — ...Et je ne rentrerai peut-être que demain. Vous n'avez rien de parti­\nculier à me dire ?\n   — Absolument rien, répondit-elle.\n\n\n                                     XI\n\n   Il fait froid. Les feuilles sont tombées. Le bois est désert. Sur la route,\nla voiture roule avec un bruit dur. Il y a deux ans, presque jour pour jour,\nque Grégory a fait le même chemin pour la dernière fois. Comme aujour­\nd'hui, la gelée avait crispé les branches des arbres, et la forêt, comme\naujourd'hui, avait des crépitements de bois sec.\n   L'allée de Rouge-Cloître s'ouvre, avec sa double rangée de chênes, droits\ncomme des colonnes. Au bout, l'on aperçoit le château couvert de la verdure\nsombre des vieux lierres ; le duc regarde ; un phénomène bizarre se passe en\nlui; tout lui paraît autre; plus il approche, moins il palpite; il lui semble\nque ce n'est plus la même route et que le château est plus petit.\n   La voiture s'arrête ; il descend. On ouvre. Il gravit les marches de\nl'escalier dont les deux torchères niellées, sans flamme, ont perdu leur belle\nforme. Il entre ; la chambre haute dans son demi-jour n'a plus son ancienne\ngrandeur; le fauteuil de Cordoue est une contrefaçon, les Gobelins sont\nfaux. Dans l'âtre brûle un monceau de bûches. Grégory s'assied, attend,\ncontemple. Où est-il? Pourquoi vient-il ici? Tout est froid, tout est sombre\nen cette solitude, loin, très loin de ce qui vit, souffre et se lamente.\n"}, {"page_pdf": 505, "page_imprimee": 462, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "                                  — 462 .—\n\n     Au fond de la chambre, une lourde portière s'ouvre, une femme apparaît.\n Elle est vêtue d'un peignoir, une sorte de peplum en crêpe de Chine blanc\n rattaché à l'épaule par un camée rouge. Ses cheveux tordus sont piqués sur\n le haut de la tête par un peigne formé de gros grains de corail, et pour\n bracelet, elle porte au bras, nu jusqu'à l'épaule, un large ruban de velours\n rouge agrafé d'or.\n    — Salut à vous, duc de Perriane, dit Lysiane, avec un geste théâtral.\n    Ces seuls mots interdisent Grégory. La voix est presque inconnue ; la\n douceur en est envolée. On dirait entendre parler une statue.\n    — Bonjour, Madame. Il ne trouve rien à dire. La comtesse sourit, elle\n tient encore l'Homme.\n    — Vous revenez donc, comme les autres, pour voir, n'est-ce pas,\n continue-t-elle en s'asseyant; le mariage vous a traîné deux ans, oui... c'est\ncela... deux ans, c'est long. Êtes-vous heureux, Monseigneur?\n    — Oui.\n    — Vous prononcez mal...\n    — J'ai longtemps, toujours pensé à vous, Lysiane, ma vie est empoi­\n sonnée par votre souvenir, et je souffre, et j'ai voulu venir me donner du\n courage.\n    — Pauvre bête! dit Lysiane avec un vague sourire de triomphe; voilà\noù vous arrivez tous, vous cherchiez le sommeil et c'est le cauchemar qui\nvous est venu, le repos, et c'est la fièvre. Que voulez-vous que j'y fasse?\n    — Rien, dit-il, je vous vois, je suis sauvé.\n    — Bah!\n    — Je suis sauvé, et je vous remercie.\n    La comtesse se leva, sans comprendre. Pour la première fois, sa perspi­\ncacité resta muette. Elle était toujours belle, et plus troublante que jamais,\nson règne n'était point fini; comment cet homme lui parlait-il ainsi, glacé,\nl'œil calme, la main posée négligemment sur le bras de son siège, la regar­\ndant avec fixité, sans crainte, sans flamme?\n    — Adieu, fit-il, en se levant.\n    — Adieu.\n    Il se retira lentement, tandis que la comtesse restait debout, immobile,\nla gorge serrée, le corps froid.\n    Le duc rentra chez lui le soir même, brisé, décidé à en finir. La dernière\nillusion était écrasée, et avec elle sa vie s'évaporait en fumée sombre.\n    Lorsque la voiture s'arrêta devant l'hôtel, pendant qu'on ouvrait les deux\nbattants de la porte cochère, un rideau bougea imperceptiblement à une\nfenêtre du premier étage. Le duc monta dans son cabinet, ouvrit les tiroirs\n"}, {"page_pdf": 506, "page_imprimee": 463, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2135, "texte": "                                 - 463 —\n\nde son secrétaire, et classa des papiers d'affaires, puis il sonna un domes­\ntique :\n   — La duchesse est-elle là ?\n   — Oui Monseigneur.\n   — Demandez-lui si elle peut me recevoir.\n\n\n                                    XII\n    La chambre de Christine de Perriane est vaste ; un large lit très-bas sur\nlequel retombent des rideaux en velours sombre broché de bouquets de lys\nblancs et de coquelicots en occupe le fond. Les murs sont tendus de satin\nfoncé dont les plis sont maintenus par des médaillons de David. Un divan\njonché de coussins prend tout le panneau principal faisant face à une\ncheminée blanche unie, dans laquelle s'incruste un large cadran d'émail\nrose. Une lampe descend du plafond par une tige de bronze noir autour de\nlaquelle s'enroule un serpent damasquiné de la gueule ouverte duquel\ns'épanouit une triple fleur de lys à langue de flamme. Sur un lutrin sculpté,\nune bible, et au pied, quelques volumes écroulés.\n    Christine est là, couchée sur le divan. Elle a vu revenir le duc, elle\n devine qu'il est retourné à Rouge-Cloître; il est demeuré trois heures\n absent. L'Initiée triomphe.\n    Superbe, elle se dresse ; ses grands yeux rayonnent de joie infinie. Sa\n haute taille moulée dans une cuirasse de satin noir semble grandir encore,\n elle se regarde, elle est belle, reine, maîtresse.\n     On annonce : Monseigneur.\n     C'est la première fois que, depuis un an, la duchesse reçoit son mari\n chez elle.\n     Grégory frissonne en la voyant ; tout le passé revient, ses angoisses, ses\n colères — et toujours ce désir qui lui brûle le sang.\n     — Madame, je vous trouble dans votre repos, pardonnez-moi. Ce sera\n la dernière fois. Je viens prendre congé de vous; je pars pour longtemps\n sans doute et je puis ne pas revenir ; il faut donc que nous réglions ensem­\n  ble les questions d'intérêt. Je vous laisse toute...\n     — Pardon, Monsieur, vous irez loin ?\n     — Très loin.\n     — Et je ne puis savoir...\n     — Merci pour cet intérêt que vous me portez; j'ignore moi-même où\n  j'irai...\n     — Mais on ne voyage pas ainsi, dit Christine en souriant doucement,\n"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 464, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1332, "texte": "                                 — 464 —\n\nvoyons, puisque vous partez, donnez-moi la main, parlez-moi comme à\nune amie.\n   — Christine, murmura-t-il, je pars au pays où je ne vous trouverai pas,\ntrès loin, si loin que la fatigue me jetera brisé par terre — et que je m'en­\ndormirai!\n   — Grégory, vous souffrez, ami !\n   Elle dit cela d'une voix si basse que ce fut comme un souffle, tandis que\nlui, fou de désespoir, cachait sa tête dans ses mains, en sanglotant.\n   Christine disparut un instant derrière un rideau, et sous la lampe qui\ntrempait la chambre d'une lueur vacillante il ne resta plus que cet homme\nabimé par la vie.\n   Lorsqu'il leva de nouveau les yeux, Christine était devant lui, immobile,\nles yeux grands, humides de bonheur. Puis elle s'avança lentement, très\nlentement vers Grégory, enveloppant l'éperdu de son regard lumineux et\nbrûlant, dont l'éclat ressemblait à celui des étoiles d'automne ; tout le\ntriomphe et toute la joie rayonnaient au front de l'Initiée; au fond de la\nchambre, le lit semblait avoir entr'ouvert ses lourds rideaux, et, dans\nl'entrebaillement, un rayon de lumière glissa sur la blancheur du linge;\nChristine alla vers la porte, la ferma à double tour et jeta la clef dans la\nflamme d'or du foyer.\n                                                        MAX WALLER.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 464, "page_fin": 465, "titre_corps": "Espoir de 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{"page_pdf": 508, "page_imprimee": 465, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 586, "texte": "                          — 465 —\n\nLes fleurs ont replié leurs ailes de velours\nEt les claviers ont tû leurs rythmes d'élégie.\n\nMais le prince d'Amour, le prince en pourpoint   vert,\nLe beau prince d'Amour attendu tant d'années,\nVa refleurir le rire à ses lèvres fanées\nEt ramener sa cour dans son palais rouvert !\n\nLors elle descendra de son lit de dentelle,\nSes pieds mêlant leurs lis aux roses du tapis,\nEt ses yeux lui riront, ses grands yeux assoupis,\nCar, tout en semblant morte, elle reste immortelle !\n\n                                    GEORGES RODENBACH.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": 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immense et folle des victoires,\n  Bravent de leurs éclairs la braise des couchants;\n  Et voilà que leurs, pas d'acier foulent tes champs\n  Où le trépas a fait ses macabres semailles\n  De torses dégorgeant le flot de leurs entrailles,\n  De têtes, de caillots de sang, d'enfants ouverts,\n  De braves écrasés sous l'airain des hauberts,\n  Et les chevaux, grisés de triomphe et splendides,\n  Offrant leurs fronts de marbre et leurs poitrails rigides\n"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 466, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 301, "texte": "                       — 466 —\n\nAu grand baiser de Jeu du soleil qui se meurt,\nEt perçant de leur voix terrible la clameur\nDu vaste champ de mort plein d'épouvantes nues,\nHennissent en tendant leurs naseaux vers les nues !\n                                    FERNAND SÉVERIN.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": 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P. C.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Siebel", "ancre_debut": "P P C", "ancre_fin": "SIEBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 509, "page_imprimee": 466, "debut_caractere": 301, "fin_caractere_exclue": 1339, "texte": "P. P. C.\n          Dans un sachet plein de pralines\n          J'ai mis mon pauvre cœur d'amant,\n          Et je songe aux lèvres câlines\n          Qui le faisaient battre — ô maman !\n\n           Les yeux mouillés, je vous l'envoie\n           Avec un « Pour Prendre Congé ».\n           A y e z encore un brin de joie\n           A savoir le regret que j'ai.\n\n            Vous m'avez dit avec un reste\n           De pitié : « Soyons frère et sœur ».\n           Je m'imaginai la douceur\n           Inexprimable de l'inceste !\n\n           Mais c'était vraiment sérieux,\n           Vous n'aimiez plus votre fidèle.\n           O mon cœur! O mon pauvre vieux !\n           Saigne, saigne, et parle-moi d'Elle !\n\n           Les pralines teintes de sang\n           Paraîtront faites à la rose,\n           Mais je bénirai ma chlorose,\n           O mon inconstante, en pensant\n\n           Que rien ne bat dans ma poitrine,\n           Que tout y est mort désormais;\n           Grignotte, toi que tant j'aimais,\n           Jusqu'à la dernière praline !\n"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 467, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 319, "texte": "                                  — 467 —\n\n                    Et voilà le cadeau moqueur\n                    Qui pose un lapin à l'idylle :\n                    Des bonbons au sang de mon cœur\n                    Et des larmes de crocodile.\n                                                        SIEBEL.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 467, "page_fin": 471, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 510, "page_imprimee": 467, "debut_caractere": 319, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\n  NOTES SUR LA L I T T É R A T U R E MODERNE, par FRANCIS NAUTET. (Première\nsérie.) Un vol. Prix : fr. 3-50. — VINGT CONTES NOUVEAUX, par FRANÇOIS COPPÉE,\n3« édition. Un vol, Paris, Lemerre. Prix : fr. 3-50. — N'A-QU'UN-ŒIL, par LÉON\nCLADEL. Nouvelle édition. Un vol. Paris, Charpentier. Prix : fr. 3-50.\n\n\n                                        I\n                                                        A FRANCIS NAUTET.\n\n               J'ai allumé les plus beaux cierges de la petite chapelle et sorti\n                 de son écrin de satin blanc l'encensoir des grands jours, pour\n                 célébrer le Salut à ton œuvre, mon brave, gros, vieux cama­\n                 rade ; que ceux qui ne sont pas contents lèvent le doigt, et\n s'en aillent, dans cette position bête.\n    Ton livre est excellent, voilà tout ce que j'ai à en dire pour compte-rendu.\n A présent, permets-moi de parler autour. D'ailleurs, tes Notes appartiennent\n désormais au public, et c'est tâche fort ingrate que critiquer de la critique.\n Je pourrais dire que je ne suis pas de ton avis sur bien des opinions litté­\n raires que tu affirmes dans ton oeuvre, mais cette divergence d'idées inté­\n resserait très peu les lecteurs de notre mère la Jeune Belgique, et je les en\n délivre.\n    Pour eux, tu dois apparaître comme le monsieur grave de la bande. Tu\n sais que nous passons pour des pillards, des malfaiteurs et des iconoclastes.\n Une légende court sur « ces jeunes gens qui ne respectent rien », ces\n « gamins de lettres », ces « insulteurs à la ligne ». On ne t'englobe pas, toi,\n dans cette malédiction, tu passes pour le pondérateur, l'aîné qui dit : ne\nfaites pas cela, lorsque l'envie nous prend d'arracher des enseignes. On se\n doute peu, à lire tes articles, où parfois tu pars des Romains et des Grecs\n pour expliquer Joséphin Péladan, on se doute peu que toi aussi tu es jeune,\n ardent, superbe, avec des enthousiasmes extraordinaires qui se traduisent\n par ce mot : exquis ! exquis ! dont tu as la bouche pleine, comme d'un bon\n fruit savoureux et mûr.\n    « L'homme absurde est celui qui ne change jamais ». Nous aurions dû\n"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 468, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2922, "texte": "                                  — 468 —\n\nprendre tous pour devise ce mauvais vers qui autorise à toutes les volte-\nface et à tous les caprices du goût.\n   Où est le temps où nous mettions Emile Zola sur le dôme de notre\ntemple, en l'adorant comme un Brahma?\n   Où sont nos vieilles admirations, nos vieilles croyances, nos vieux\ncanons?\n   Ffft! Pil ouitt! flûte! en l'air!\n   J'ai lu ton livre d'un bout à l'autre, comme autrefois j'ai lu Monte-\nChristo entre un discours latin et trois pensums, et je t'assure que je serais\neffrayé de ce qui s'en dégage à mes yeux, s'il n'y avait belle lurette que la\nfrayeur de la décadence n'a déserté mon cerveau.\n   Tu ne sais pas où tu vas; tes idées, tu me sembles les affirmer timide­\nment comme pour dire : « N'y croyez pas trop, n'est-ce pas, je pourrais\nvous démontrer le contraire ! » Tu subis, en un mot, comme nous tous, le\ncontre-coup de la transition littéraire de l'heure présente, et si tu vois bien\nderrière toi, avec une lucidité parfaite, le chemin parcouru, tu te demandes\noù ta marche va te mener dans l'avenir, et tu hésites.\n   Hésiter, c'est le mot de l'époque, nous ne savons pas où va la route de\nl'Art. C'est l'instant du vieux neuf qu'on rabiboche en attendant le Messie,\net ce Messie qui doit venir, n'est-ce pas, il doit venir? eh bien! nous n'y\ncroyons pas ! nous faisons semblant de l'attendre, pour pouvoir nous croiser\nles bras et vivre de nos restes, comme ces tapissiers qui arrivent de leur\natelier pour clouer vos tentures et qui régulièrement ont oublié leurs clous.\nNous aussi nous mettons un compte d'une demi-journée sur la note et nous\nallons nous promener pour chercher des clous.\n   Tu appelles ton livre : Notes sur la littérature moderne ; titre absurde.\n   Notes, tu mets cela prétentieusement, par modestie.\n   Pour littérature..., eh bien ! non ! C'est un sujet trop pénible !\n   Et moderne, mon pauvre ami, où as-tu pêché ce mot-là? Mais cela\nn'existe pas! Il n'y a rien de moderne, ni toi, ni moi, ni rien, ni personne.\nNous nous disons modernes pour nous dire quelque chose. Nous mettons\ncela à côté de notre nom en manière de particule. Moderne! tu te vantes!\nModerne! j'ai connu un bossu très malin qui disait : Ça m'est venu à force\nde hausser les épaules !\n   Faisons de même; quand nous avons une joie sincère donnée par l'œuvre\nd'art, lâchons-la comme une fusée ; il fera un peu plus noir après, qu'im­\nporte ! Nous sommes une patrouille qui marche dans la nuit — et veux-tu\nque je te dise le mot de passe :\n   C'est ZUT.\n                                       II\n  Une nouvelle édition des Contes du Royal-Gaga, qui a nom Coppée,\nnous fournit l'occasion de décharger notre conscience d'une admiration qui\nnous a trop longtemps habité. Il faut bien le dire, cet académicien d'hier,\nqui de nature a toujours été académicien, à l'égal d'Ernest Legouvé, ce\nmonsieur dont le père avait si peu de talent, de Manuel, l'Eugène des\n"}, {"page_pdf": 512, "page_imprimee": 469, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3129, "texte": "                                      — 469 —\n\nclasses ouvrières, de Déroulède, cette ficelle avec un clairon au bout. Ce\n François n'a jamais cessé d'être le petit épicier de Montrouge, dont la\nmélancolie est à la hauteur des pains de sucre. Le Passant est passé ; il\nsert encore dans les conservatoires comme morceau de concours ; Les Inti-\nmités sont les oignons des pensionnaires de province, et ce qui nous reste\nde ce monsieur qui aime les bonnes d'enfants sans même avoir l'excuse de\nl'uniforme, c'est le supplice qu'il a jeté dans les familles, de complicité avec\nl'aîné, de la Comédie Française, inventeur de Paul Delair.\n   L'habit noir n'était pas beau ; compliqué de La Grève des forgerons, il\nest devenu hideux. La Veillée et La Bénédiction se sont glissées dans les\nplis vierges des cravates blanches, et le microbe-monologue a sévi. Oh!\nj'en étais, de ces adolescents en délire qui se campent devant une chaise,\narrondissent le geste, prennent une pose grave, et disent que leur « histoire\nsera brève » bien qu'elle ne soit que rasante, cela en échange d'une tasse de\nthé qui m'empêchait de dormir et de jeunes filles qui faisaient le contraire ;\nvingt, trente fois j'ai crié : Merci ! dans le cas où l'on m'aurait envoyé à\nl'échafaud que je ne méritais que trop; avec obstination j'ai dit :\n              « Garçon, un second grog et parlons d'autre chose »,\n alors qu'on m'aurait donné dix grogs pour me faire taire. Deux hivers\ndurant, j'ai déballé mon répertoire avec cruauté, avec raffinement, avec\n barbarie ; que ceux qui m'ont entendu me pardonnent, je ne le ferai plus!\n   C'est à Coppée que je dois cela ; je me venge.\n   Petit homme, tout petit, l'académicien frais éclos a donné le coup de\npied de l'âne à la poésie bourgeoise ; toutes les niaiseries, il les a mises en\nvers ; son horizon s'est composé d'un mur auquel étaient suspendus une\nbataille de Waterloo, d'Epinal, et un bouquet de fleurs d'oranger sous\nglobe. Son culte artistique se borne au mot de la fin, et il le trouve tou­\njours radieux de banalité. C'est, ou bien :\n              « Et je n'ai trouvé cela si ridicule »\nou :\n              « Et tu ne peux savoir à quel point c'est exquis »\nou encore :\n              a Et la gendarmerie est en pantalons blancs ».\n   S'il avait, comme Barthélemy et Méry, pris la rédaction d'un journal\nrimé, il aurait réussi      dans les chiens écrasés.\n   Ses vers, il les a traduits en prose, une prose à l'eau de son dans laquelle\non a envie de se mettre les pieds ; à les lire on croit retrouver Droz en\nbonnet de coton, avec de la flanelle; art de foyer non pas, art de poële qui\nfume, dans une loge; art de ficelles non, tout au plus de cordon ; on flaire\nla soupe là-dedans, jamais le potage, le Lubin que les cuisinières mettent\ndans leur mouchoir de toile écrue, jamais la violette ou le moskari qu'on\ndevine sans les sentir dans la discrétion de la batiste armoriée.\n   Parnassien, François Coppée aura l'honneur d'avoir été le tourlourou du\nParnasse, point le soldat. Est-il de la Légion d'honneur, on s'est trompé, il\n                                                                       29\n"}, {"page_pdf": 513, "page_imprimee": 470, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "                                   — 470 —\n\na une poitrine à mérite agricole. On a supprimé les pompiers de Nanterre,)e\nparie qu'il a pleuré ! Qu'on supprime encore les rosières et son fauteuil sera\nvacant à l'Académie. Au reste, son épitaphe est écrite par lui-même et on\nla gravera en lettres d'or sur marbre blanc :\n                 « C'était un tout petit épicier de Montrouge.   »\n  Bourgeois, jamais; épicier, toujours; poète, jamais; Coppée, toujours;\nCoppée, jamais; fauteuil, toujours!\n  Alors je m'assieds dessus!\n\n                                        III\n    Léon Cladel vient de rééditer en un volume le N'a-qu'un-œil que nous\nconnaissions pour en avoir lu les épisodes dans la grande édition d'Oriol,\néditeur qui mérite des éloges pour avoir tenté l'aventure, croyant retrouver\nsans doute une œuvre de celles que nous admirons dans le Bouscassié,\nl'Homme de la Croix-aux-Bœufs et surtout Ompdrailles qui ne le cède\nen rien à celles-là, mais qui heureusement n'ont pas, comme N'a-qu'itn­\nœil, des tendances démocratiques que l'on ne saurait assez louer au point\nde vue politique, mais qui, littérairement, nous embêtent avec éloquence et\nnous font trouver un rare délice à lire autre chose que ce roman, par cette\nexcellente raison que, depuis environ cinquante ans, aucun écrivain, fût-il\nChateaubriand, Corinne de Staël, George Sand, Sarcey-garde barrière,\nBalzac, de Bernard, Dumas, Hugo-le-Grand, Banville, Gozlan, Mérimée,\nFeuillet-tu-ne-le-sauras-pas, About, Méry, Goncourt, Zola, Fabre, Malot,\nFlaubert, Loti, Daudet, Mendès, Theuriet, Maupassant, Tourgueneff,\nDroz, Maizeroy, Silvestre,Vast-Ricouard, Huysmans, Baudelaire, Lermina­\nqu'un-œil, Nerval, Gautier-Porte-Glaive, Uchard, Houssaye, Ulbach,\nAlexis, Barbey d'Aurevilly-le-Tombeau-des-Lutteurs, Lemonnier, Henni-\nque, Sandeau, Musset, aucun romancier, disions-nous plus haut — à\nune hauteur qui, pour être vertigineuse, n'en est pas moins indiscutable,\n— n'a eu le toupet de choisir ce vieux sujet renouvelé du déluge et qui\nfait ressusciter sans rire le droit de jambage, le viol des filles de serfs, la\ntaille et les manants, sans compter un tas de calembredaines du même\nacabit que Ponson du Terrail pouvait juger bonnes, mais qu'un artiste\ndevrait envoyer au Petit Journal, au lieu de s'en servir pour lui-même\nqui se galvaude en un métier de flueur d'encre dont ses premiers chefs-\nd'œuvre — immortels assurément — auraient dû le garantir à tout jamais;\ns'il n'avait depuis quelques livres la marotte biscornue de frotter la manche\nà l'art social et de vouloir prouver, par des Kerkadec ou autres Pierre\nPatient, que le prix des chemins de fer est trop élevé pour la bourse de\nl'ouvrier, ce qui m'importerait peut-être — et encore! — dans un journal\nquotidien chargé de ces questions-là, mais me laisse à la température de la\nmer polaire dans un roman artiste où je me fiche carrément, et avec la\nmême désinvolture que met Léon Cladel à publier six volumes par an, des\nquestions sociales qui n'ont pas plus à y faire que moi dans les bonnes\ngrâces de M. Potvin; en outre, je ne prierais pas un avocat belge de me\n"}, {"page_pdf": 514, "page_imprimee": 471, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1483, "texte": "                                 — 471 —\n\nfaire une étude préliminaire. à un volume dont cette étude oublie de\nparler, ce qui rend perplexe quant à l'opportunité de cette adjonction\naussi étonnante que bizarre et extraordinaire, adjonction — ou étude\ncomme on voudra — dans laquelle il est question non seulement de\nce que mange et boit M. Cladel, mais encore de ce qu'il démange et de\nce qu'il déboit, ce qui est pire, car le détail, pour en être long, n'en\nest pas moins ennuyeux, étant donnée cette maxime qu'il n'y a pas de roi\npour son valet de chambre et que cette maxime a été violée par le préfacier\nque nous ne nommons pas, d'abord parce que nous ne voulons pas blaguer\nun homme dont nous admirons le talent malgré son désagréable caractère,\nensuite parce qu'il est atteint de la monomanie du droit de réponse qui\nennuie toujours fortement les directeurs de revue qui, comme celui de la\nJeune Belgique, n'ont pas de place à perdre, même lorsque, pareillement à\nM. Léon-Alpinien Cladel, de Toulouse en Provence, ils étirent des phrases\nsemblables à de la gutta-percha en fusion, ou encore à ce célèbre macaroni\nqui, si l'on en croit les personnes qui ont été en Italie — il y en a, — se\nconfectionne avec du parmesan, et peut se manger — téléphoniquement\nparlant — par deux personnes, dont l'une tient un bout à Bruxelles en\nBrabant et l'autre un bout à Naples, dont on dit : « la voir et puis mourir. »\n                                                      MAX W A L L E R ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 472, "page_fin": 476, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "22 franes", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 84, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "MEMENTO\n   "}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 95, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "M. Vittorio Pica, un écrivain italien qui"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 183, "fin_caractere_exclue": 223, "texte": "défend avec vaillance et talent, dans la"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 273, "fin_caractere_exclue": 315, "texte": "Gazetta Litteraria de Turin, les principes"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 357, "fin_caractere_exclue": 398, "texte": "modernes et jeunes de l'art, nous annonce"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 399, "fin_caractere_exclue": 442, "texte": "une série d'études sur Goncourt, Poictevin,"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 443, "fin_caractere_exclue": 481, "texte": "Huysmans, Verlaine, Mallarmé, Péladan,"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 538, "fin_caractere_exclue": 579, "texte": "Rourget, Hannon, Loti, Rollinat, Villiers"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 668, "fin_caractere_exclue": 706, "texte": "de L'Isle-Adam, Corbière, Rimbaud, Mo­"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 774, "fin_caractere_exclue": 784, "texte": "réas, etc."}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 881, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "Ces études seront réunies ensuite en un"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 970, "fin_caractere_exclue": 1010, "texte": "volume qui ne pourra manquer d'être d'un"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 1061, "fin_caractere_exclue": 1080, "texte": "très grand intérêt."}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 1174, "fin_caractere_exclue": 1177, "texte": "***"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 1243, "fin_caractere_exclue": 1284, "texte": "Voici les titres des chapitres qui compo­"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 1332, "fin_caractere_exclue": 1369, "texte": "sent le volume de M. 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Lettres au roi sur les Jeune-Bel­"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 2135, "fin_caractere_exclue": 2141, "texte": "gique."}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 2339, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "***"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 2413, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "Le Tour du Monde vient de publier"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 2502, "fin_caractere_exclue": 2547, "texte": "trois nouvelles livraisons (1273, 1274, 1275)"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 2593, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "de la Belgique de notre Camille Lemon­"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 2683, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "nier. Le pittoresque excursionniste y par­"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 2761, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "court cette fois la province de Namur en"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 2802, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "partant de Chimay, pour suivre l'Entre-"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 2877, "fin_caractere_exclue": 2913, "texte": "Sambre et Meuse vers l'Ardenne. 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Georges Rodenbach adressa la lettre"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 3444, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": "suivante :"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 3553, "fin_caractere_exclue": 3590, "texte": "A LA DIRECTION DE la       Chronique,"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 3683, "fin_caractere_exclue": 3720, "texte": "J'ai qualifié, dans l'Art moderne, en"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 3811, "fin_caractere_exclue": 3850, "texte": "signant, les procédés de polémique aux­"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 3929, "fin_caractere_exclue": 3968, "texte": "quels la Chronique cherche à nous habi­"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 4018, "fin_caractere_exclue": 4023, "texte": "tuer."}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 4075, "fin_caractere_exclue": 4114, "texte": "En réponse, un de ceux que j'ai appelés"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 4167, "fin_caractere_exclue": 4207, "texte": "les trojtins du journalisme » m'injurie."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 85, "texte": "sous le manteau et me menace. 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Coveliers."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1438, "fin_caractere_exclue": 1472, "texte": "Le soir même, M. Georges Rodenbach"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1527, "fin_caractere_exclue": 1568, "texte": "lui adressa la communication ci-dessous :"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1717, "fin_caractere_exclue": 1726, "texte": "MONSIEUR,"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1785, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "J'apprends que vous êtes l'auteur de l'ar­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1868, "fin_caractere_exclue": 1909, "texte": "ticulet anonyme paru dans la Chronique et"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1958, "fin_caractere_exclue": 1996, "texte": "qui me nomme. Je me tiens pour outragé"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2048, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "par cette publication. MM. Edmond Picard"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2137, "fin_caractere_exclue": 2180, "texte": "et Jacquet ont bien voulu se charger de mes"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2230, "fin_caractere_exclue": 2239, "texte": "intérêts."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2327, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "Je vous prie, si vous le jugez bon, de"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2415, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "désigner les personnes qui doivent vous"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2506, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "représenter, ainsi que l'heure et le lieu où"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2599, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "ils peuvent se rencontrer demain."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2714, "fin_caractere_exclue": 2732, "texte": "GEORGES RODENBACH."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2884, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "M. Coveliers désigna M. Paul Janson,"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3004, "fin_caractere_exclue": 3043, "texte": "avocat à la Cour d'appel, et M. Dusart,"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3135, "fin_caractere_exclue": 3162, "texte": "major du génie en retraite."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3254, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "Les témoins de M. Georges Rodenbach"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3381, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "demandèrent que M. Coveliers retirât son"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3513, "fin_caractere_exclue": 3554, "texte": "article ou qu'une réparation fut accordée"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3642, "fin_caractere_exclue": 3679, "texte": "par les armes. Mais après deux confé­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3772, "fin_caractere_exclue": 3808, "texte": "rences, leur mission ne put aboutir."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3905, "fin_caractere_exclue": 3942, "texte": "Voici la lettre adressée à M. Georges"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3991, "fin_caractere_exclue": 4028, "texte": "Rodenbach pour lui communiquer ce ré­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4080, "fin_caractere_exclue": 4096, "texte": "sultat négatif :"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4168, "fin_caractere_exclue": 4205, "texte": "Cher, ami, nous avions accepté de de­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4256, "fin_caractere_exclue": 4291, "texte": "mander réparation en votre nom d'un"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4346, "fin_caractere_exclue": 4384, "texte": "article anonyme paru dans la Chronique"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4434, "fin_caractere_exclue": 4474, "texte": "où vous étiez nominativement désigné. Au"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4522, "fin_caractere_exclue": 4563, "texte": "bureau du journal on nous a renseigné que"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4618, "fin_caractere_exclue": 4656, "texte": "l'auteur était M. Coveliers. Vous avez"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 137, "texte": "immédiatement écrit à ce dernier pour lui"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 186, "fin_caractere_exclue": 228, "texte": "demander de désigner ses témoins. M. Cove­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 277, "fin_caractere_exclue": 321, "texte": "liers nous a mis en rapport avec M. le major"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 370, "fin_caractere_exclue": 395, "texte": "Dusart et M. Paul Janson."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 447, "fin_caractere_exclue": 484, "texte": "Après deux conférences tenues aujour­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 533, "fin_caractere_exclue": 574, "texte": "d'hui, notre mission n'a pas abouti. Nous"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 623, "fin_caractere_exclue": 663, "texte": "vous en transmettons ci-joint le procès-"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 712, "fin_caractere_exclue": 719, "texte": "verbal."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 771, "fin_caractere_exclue": 809, "texte": "Recevez, cher ami, l'expression de nos"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 858, "fin_caractere_exclue": 877, "texte": "sentiments dévoués."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 952, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "EDMOND PICARD."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1019, "fin_caractere_exclue": 1049, "texte": "Bruxelles, le 29 juillet 1885."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1142, "fin_caractere_exclue": 1177, "texte": "Voici maintenant le procès-verbal :"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1228, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "MM. Picard et Jacquet, au nom de"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1309, "fin_caractere_exclue": 1345, "texte": "M Georges Rodenbach, ont demandé que"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1394, "fin_caractere_exclue": 1434, "texte": "M. Coveliers retirât purement et simple­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1483, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": "ment l'article publié par lui dans la Chro-"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1575, "fin_caractere_exclue": 1619, "texte": "nique, ajoutant qu'en cas de refus M. Roden­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1668, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "bach réclamerait une réparation par les"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1775, "fin_caractere_exclue": 1781, "texte": "armes."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1833, "fin_caractere_exclue": 1867, "texte": "MM. Edouard Dusart et Paul Janson,"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 1916, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "considérant que l'article de la Chronique"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2006, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "n'est qu'une riposte écrite sur le ton et"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2096, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "dans le style de celui de M. Rodenbach ;"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2185, "fin_caractere_exclue": 2229, "texte": "qu'il s'agit donc d'une querelle d'ordre pu­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2278, "fin_caractere_exclue": 2323, "texte": "rement littéraire et qu'il ne peut appartenir"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2372, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "à M. Rodenbach, qui a pris l'initiative de"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2463, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "l'attaque, de donner au débat un autre ca­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2554, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "ractère, d'autant moins que ce débat a surgi"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2647, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "à l'occasion d'un incident auquel il est per­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2741, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "sonnellement étranger, estiment qu'il n'y a"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2833, "fin_caractere_exclue": 2881, "texte": "lieu dans l'occurence ni au retrait de l'article"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 2969, "fin_caractere_exclue": 3003, "texte": "ni à une réparation par les armes."}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3095, "fin_caractere_exclue": 3134, "texte": "MM. Picard et Jacquet ont fait observer"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3211, "fin_caractere_exclue": 3250, "texte": "que l'article de M. Rodenbach visait en"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3338, "fin_caractere_exclue": 3380, "texte": "général ce qu'il nommait la petite presse,"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3470, "fin_caractere_exclue": 3512, "texte": "tandis que celui de M. Coveliers s'attaque"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3603, "fin_caractere_exclue": 3641, "texte": "directement et nominativement à M. Ro­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3728, "fin_caractere_exclue": 3771, "texte": "denbach; que c'est là une différence essen­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3857, "fin_caractere_exclue": 3901, "texte": "tielle qui enlève à la publication de M. Co­"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 3950, "fin_caractere_exclue": 3990, "texte": "veliers le caractère de pure querelle de"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4039, "fin_caractere_exclue": 4079, "texte": "plume qu'il prétend lui attribuer; qu'au"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4128, "fin_caractere_exclue": 4164, "texte": "surplus, quand M. Rodenbach a envoyé"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4213, "fin_caractere_exclue": 4255, "texte": "une réponse à la Chronique, on a refusé de"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4304, "fin_caractere_exclue": 4345, "texte": "la faire paraître; qu'il y aurait lieu de"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4394, "fin_caractere_exclue": 4433, "texte": "s'étonner que M. Coveliers, après avoir"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4482, "fin_caractere_exclue": 4521, "texte": "annoncé qu'on bâtonnerait M. Rodenbach,"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4570, "fin_caractere_exclue": 4617, "texte": "se refuserait à se battre ; qu'ils insistent de"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 4667, "fin_caractere_exclue": 4709, "texte": "nouveau et formellement pour que l'article"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "soit retiré ou que raison soit rendue par les"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 143, "fin_caractere_exclue": 164, "texte": "armes à M. Rodenbach."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 239, "fin_caractere_exclue": 274, "texte": "MM. Dusart et Paul Janson déclarent"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 328, "fin_caractere_exclue": 369, "texte": "qu'ils diffèrent complètement d'apprécia­"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 420, "fin_caractere_exclue": 462, "texte": "tion sur le caractère de l'attaque publiée"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 512, "fin_caractere_exclue": 553, "texte": "par M. Coveliers; disent, au surplus, que"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 607, "fin_caractere_exclue": 649, "texte": "la non publication de la réponse n'est pas"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 704, "fin_caractere_exclue": 746, "texte": "le fait de M. Coveliers et persistent dans"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 798, "fin_caractere_exclue": 819, "texte": "leur manière de voir."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 893, "fin_caractere_exclue": 923, "texte": "Bruxelles, le 29 juillet 1885."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 953, "fin_caractere_exclue": 969, "texte": "EDOUARD JACQUET,"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1043, "fin_caractere_exclue": 1065, "texte": "lieut. aux grenadiers."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1134, "fin_caractere_exclue": 1148, "texte": "EDMOND PICARD,"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1222, "fin_caractere_exclue": 1251, "texte": "avoc. à la Cour de cassation."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1428, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "EDOUARD DUSART."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1552, "fin_caractere_exclue": 1579, "texte": "major du génie en retraite."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1697, "fin_caractere_exclue": 1709, "texte": "PAUL JANSON,"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1780, "fin_caractere_exclue": 1804, "texte": "avoc. à la Cour d'appel."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1932, "fin_caractere_exclue": 1935, "texte": "***"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2007, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "Le Guide musical a publié dans ses der­"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2095, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "niers numéros une lettre sur la situation"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2181, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "musicale en Belgique, signée J. d'A..."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2255, "fin_caractere_exclue": 2289, "texte": "Nous y applaudissons de toutes nos"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2377, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "forces et particulièrement à ce passage où"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2510, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": "l'auteur dénonce comme une éternelle"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2617, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "pierre d'achoppement au mouvement, ceux-"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2752, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "là mêmes qui devraient et pourraient le"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2792, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "plus puissamment y contribuer : il s'agit"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2873, "fin_caractere_exclue": 2918, "texte": "de la Société privée de la rue de la Régence,"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2963, "fin_caractere_exclue": 3005, "texte": "de ce cabinet particulier de la musique où"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3051, "fin_caractere_exclue": 3090, "texte": "se conservent réciproquement dans de la"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3109, "fin_caractere_exclue": 3147, "texte": "mélodie de Glück quelques messieurs et"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3200, "fin_caractere_exclue": 3242, "texte": "leurs concierges garantis par le gouverne­"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3260, "fin_caractere_exclue": 3265, "texte": "ment."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3457, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "***"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3555, "fin_caractere_exclue": 3591, "texte": "THÉÂTRE DE LA MONNAIE. — M. Verdhurt"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3660, "fin_caractere_exclue": 3705, "texte": "vient de faire publier le tableau de son per­"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3798, "fin_caractere_exclue": 3837, "texte": "sonnel pour la prochaine campagne théâ­"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3929, "fin_caractere_exclue": 3935, "texte": "trale."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4028, "fin_caractere_exclue": 4063, "texte": "Parmi les améliorations apportées à"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4133, "fin_caractere_exclue": 4173, "texte": "l'organisation du théâtre, on remarquera"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4265, "fin_caractere_exclue": 4308, "texte": "la création d'un service d'inspection de la"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4398, "fin_caractere_exclue": 4440, "texte": "salle et de la scène, emploi dont M. Potel"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4529, "fin_caractere_exclue": 4575, "texte": "est le titulaire. L'inspecteur des services de"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4663, "fin_caractere_exclue": 4703, "texte": "la salle et de la scène est spécialement"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4704, "fin_caractere_exclue": 4745, "texte": "chargé de recueillir les réclamations qui"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4785, "fin_caractere_exclue": 4828, "texte": "pourraient se produire de la part du public"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4876, "fin_caractere_exclue": 4922, "texte": "à l'égard de la location des places, à veiller"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 142, "texte": "à ce que le contrôle soit fait d'une manière"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 192, "fin_caractere_exclue": 235, "texte": "irréprochable. C'est un intermédiaire utile"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 327, "texte": "et obligeant, toujours présent pendant les"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 377, "fin_caractere_exclue": 419, "texte": "représentations, et qui rend au public des"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 469, "fin_caractere_exclue": 511, "texte": "services fréquents. Cette innovation sera,"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 561, "fin_caractere_exclue": 606, "texte": "croyons-nous, très bien accueillie du public."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 659, "fin_caractere_exclue": 703, "texte": "Tous les services sont d'ailleurs distincts."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 753, "fin_caractere_exclue": 797, "texte": "Ils ont chacun leurs titulaires, et tout em­"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 847, "fin_caractere_exclue": 889, "texte": "piètement d'un service sur l'autre est im­"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 939, "fin_caractere_exclue": 948, "texte": "possible."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1001, "fin_caractere_exclue": 1039, "texte": "Pour la partie administrative figurent"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1089, "fin_caractere_exclue": 1127, "texte": "MM. Waechter, administrateur, Copette,"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1177, "fin_caractere_exclue": 1221, "texte": "secrétaire de la direction, et Bullens, chef"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1271, "fin_caractere_exclue": 1313, "texte": "de la comptabilité. Le service de la scène"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1363, "fin_caractere_exclue": 1405, "texte": "est ainsi distribué: MM. Lapissida, régis­"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1493, "fin_caractere_exclue": 1534, "texte": "seur général; Flon, chef des chœurs; Her­"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1629, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "baut, régisseur des chœurs ; Perrot, régis­"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1722, "fin_caractere_exclue": 1761, "texte": "seur-avertisseur; Lombaerts, machiniste"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1811, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "en chef; peintres-décorateurs, MM. Lynen"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1901, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "et Devis."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 1963, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "M. Flon est élevé aux fonctions de troi­"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2053, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "sième chef d'orchestre. Les deux premiers"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2144, "fin_caractere_exclue": 2180, "texte": "sont, comme précédemment, MM. Joseph"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2230, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "Dupont et Léon Jehin."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2342, "fin_caractere_exclue": 2376, "texte": "MM. Flon et Léon Dubois, pianistes"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2469, "fin_caractere_exclue": 2509, "texte": "accompagnateurs, sont chargés de diriger"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2596, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "la musique de scène."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2710, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "Quant au tableau de la troupe, le voici :"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2854, "fin_caractere_exclue": 2872, "texte": "Artistes du chant."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 2925, "fin_caractere_exclue": 2962, "texte": "TÉNORS : MM. Dereims, Furst, Gallois,"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3012, "fin_caractere_exclue": 3050, "texte": "Nolly, Idrac, Franz Stappen, Nerval et"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3100, "fin_caractere_exclue": 3108, "texte": "Seuille."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3161, "fin_caractere_exclue": 3199, "texte": "BARYTONS : MM. Bérardi, Frédéric Boyer"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3249, "fin_caractere_exclue": 3259, "texte": "et Renaud."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3312, "fin_caractere_exclue": 3349, "texte": "BASSES : MM. Dubulle, Herman Devries,"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3399, "fin_caractere_exclue": 3435, "texte": "Séguier, Chappuis, Vérin et Frankin."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3512, "fin_caractere_exclue": 3552, "texte": "SOPRANOS DRAMATIQUES : M m c s Montalba,"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3641, "fin_caractere_exclue": 3659, "texte": "Clario et Fierens."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3758, "fin_caractere_exclue": 3797, "texte": "CHANTEUSES LÉGÈRES : M mes Cécile Méze-"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3887, "fin_caractere_exclue": 3928, "texte": "ray, Thuringer, Gaultier, Wolf et Barria."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 3988, "fin_caractere_exclue": 4024, "texte": "CONTRALTOS : Mm\"s Jane Huré, Passama"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4113, "fin_caractere_exclue": 4132, "texte": "et Caroline Barbot."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4226, "fin_caractere_exclue": 4264, "texte": "CORÏPHÉES : M lnes Hertz, Vleminckx et"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4358, "fin_caractere_exclue": 4397, "texte": "Defoer, MM. Vanderelst, Fleurix, Krier,"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4490, "fin_caractere_exclue": 4528, "texte": "Vandenbossche, Vanderlinden, Blondeau,"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4625, "fin_caractere_exclue": 4662, "texte": "Pennequin et Simonis. — 80 choristes."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4763, "fin_caractere_exclue": 4784, "texte": "Artistes de la danse."}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4836, "fin_caractere_exclue": 4875, "texte": "MM. J. Hansen, maître de ballet, F. Du­"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 4925, "fin_caractere_exclue": 4943, "texte": "champs, régisseur."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "SUJETS : Mmes Adelina Rossi, Gabrielle"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 177, "texte": "Esselin, Teresa Magliani et Angiolina"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 227, "fin_caractere_exclue": 264, "texte": "Bertoglio, MM. Saracco, F . Duchamps,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 314, "fin_caractere_exclue": 339, "texte": "Pli. Hansen et De Ridder."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 405, "fin_caractere_exclue": 443, "texte": "CORYPHÉES : M\"\"» Van Lancker, Tribout,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 492, "fin_caractere_exclue": 530, "texte": "Dusmet, Thompson, Baronet, J. Matthys,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 584, "fin_caractere_exclue": 621, "texte": "Schacht, Van Goethem et M. Matthys. —"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 673, "fin_caractere_exclue": 699, "texte": "38 danseuses, 12 danseurs."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 792, "fin_caractere_exclue": 806, "texte": "(Art moderne)."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 956, "fin_caractere_exclue": 992, "texte": "La plupart des journaux ont parlé du"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1042, "fin_caractere_exclue": 1083, "texte": "poème que Mathieu vient d'écrire pour son"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1134, "fin_caractere_exclue": 1151, "texte": "opéra : Richilde."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1229, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "Le mérite de ce poème, est de ne point"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1318, "fin_caractere_exclue": 1364, "texte": "se perdre dans la fantaisie banale des livrets"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1408, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "d'opéra. C'est une œuvre sincère, presque"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1500, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "une œuvre d'histoire où l'auteur a serré de"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1594, "fin_caractere_exclue": 1637, "texte": "très près, la réalité ou du moins la tradi­"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1671, "fin_caractere_exclue": 1676, "texte": "tion."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1680, "fin_caractere_exclue": 1717, "texte": "Sa mise en scène par le costume et le"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1766, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "décor ressuscitant une époque, constituera"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1858, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "à elle seule un travail d'artiste si on veut"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1951, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "l'exécuter scrupuleusement sans concession"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2041, "fin_caractere_exclue": 2071, "texte": "aucune aux clichés de théâtre."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2112, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "Nous comptons sur M. Verdhurdt pour"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2199, "fin_caractere_exclue": 2204, "texte": "cela."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2473, "fin_caractere_exclue": 2510, "texte": "Une gazette hebdomadaire nous apprenc"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2602, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "qu'à l'occasion de la distribution des prix"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2736, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "aux élèves du Conservatoire, le président,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2869, "fin_caractere_exclue": 2909, "texte": "M. Kaempfen, a pris dans son discours la"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2998, "fin_caractere_exclue": 3043, "texte": "défense de cette institution contre les atta­"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3134, "fin_caractere_exclue": 3154, "texte": "ques de la critiquei"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3251, "fin_caractere_exclue": 3290, "texte": "« Ah! c'est une mauvaise et pernicieuse"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3382, "fin_caractere_exclue": 3422, "texte": "école que le Conservatoire ! a-t-il dit."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3518, "fin_caractere_exclue": 3561, "texte": "« Comment se fait-il, je vous prie, que ces"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3635, "fin_caractere_exclue": 3678, "texte": "compositeurs; ces virtuoses, ces chanteurs,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3679, "fin_caractere_exclue": 3717, "texte": "ces comédiens partout admirés, partout"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3718, "fin_caractere_exclue": 3761, "texte": "acclamés, en soient sortis pour la plupart,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3807, "fin_caractere_exclue": 3846, "texte": "et que leurs noms se retrouvent dans le"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3898, "fin_caractere_exclue": 3941, "texte": "livre d'or de ses lauréats? Ils sont incom­"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3992, "fin_caractere_exclue": 4038, "texte": "parables, et ils n'ont reçu que de détestables"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4082, "fin_caractere_exclue": 4090, "texte": "leçons !"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4174, "fin_caractere_exclue": 4213, "texte": "« Inexplicable mystère ! Mal enseignés,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4264, "fin_caractere_exclue": 4310, "texte": "les Hérold, les Halévy, les Adam, les Berlioz,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4320, "fin_caractere_exclue": 4362, "texte": "les Massé, les Bizet, les Ambroise Thomas,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4411, "fin_caractere_exclue": 4453, "texte": "les Gounod, les Guiraud, les Massenet, les"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4501, "fin_caractere_exclue": 4542, "texte": "Frederick-Lemaître, les Got, les Maubant,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4589, "fin_caractere_exclue": 4623, "texte": "les Rachel, les Sarah-Bernhardt. »"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 101, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "Ça y est ! Sarah-Bernhardt enseignée !"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 226, "texte": "M. Kaempfen lui aura sans doute donné"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 276, "fin_caractere_exclue": 313, "texte": "des leçons. — Non, Monsieur Kaempfen,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 363, "fin_caractere_exclue": 402, "texte": "ne vous fâchez pas, Sarah n'est pas une"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 452, "fin_caractere_exclue": 491, "texte": "victime et le Conservatoire est bon, le"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 541, "fin_caractere_exclue": 583, "texte": "Conservatoire est excellent, et savez-vous"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 633, "fin_caractere_exclue": 672, "texte": "pourquoi Monsieur Kaempfen? Nous allons"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 722, "fin_caractere_exclue": 767, "texte": "vous le dire : Un Conservatoire est un frein,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 817, "fin_caractere_exclue": 858, "texte": "un mors, une laisse. C'est le grand bac à"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 908, "fin_caractere_exclue": 952, "texte": "noyer les jeunes chats non viables. C'est le"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1002, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "tord-boyaux des racleurs ratés. Un Con­"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1091, "fin_caractere_exclue": 1133, "texte": "servatoire est une éprouvette. Ceux qui en"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1183, "fin_caractere_exclue": 1225, "texte": "sortent intacts avaient les reins solides,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1275, "fin_caractere_exclue": 1317, "texte": "mais ce n'est certes pas la faute des com­"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1367, "fin_caractere_exclue": 1407, "texte": "missionnaires en art, grands faiseurs de"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1457, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "règlements et de discours académiques, qui"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1549, "fin_caractere_exclue": 1593, "texte": "président à la manière d'éteignoirs aux des­"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1643, "fin_caractere_exclue": 1670, "texte": "tinées de ces institutions."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1729, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "Vient de paraître chez Ferd. Larcier"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1815, "fin_caractere_exclue": 1857, "texte": "tiré seulement à 55 exemplaires dont 3 sur"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1907, "fin_caractere_exclue": 1950, "texte": "japon, 26 sur hollande Van Gelder et 26 sur"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2000, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "velin chamois, La Veillée de l'Huissier,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2090, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "par Edmond Picard."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2161, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "Les lecteurs de la Jeune Belgique ont"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2248, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "eu la primeur de cette originale fantaisie"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2340, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "de Noël, d'un si excellent américanisme, et"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2433, "fin_caractere_exclue": 2469, "texte": "nous n'avons pas à en faire l'éloge."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2563, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "Chose curieuse et que M. Picard ignore"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2695, "fin_caractere_exclue": 2735, "texte": "sans doute, en donnant à son héros prin­"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2828, "fin_caractere_exclue": 2868, "texte": "cipal le nom John Tolmache Itchkoc, il a"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2959, "fin_caractere_exclue": 2997, "texte": "pris le nom de M. Itchkoc, un dentiste"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3093, "fin_caractere_exclue": 3133, "texte": "américain qui fut très connu à Bruxelles"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3204, "fin_caractere_exclue": 3247, "texte": "naguère — il était le beau-frère de la can­"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3340, "fin_caractere_exclue": 3381, "texte": "tatrice Mlle Durand — et à qui succéda un"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3472, "fin_caractere_exclue": 3514, "texte": "autre dentiste américain qui se nomme pré­"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3611, "fin_caractere_exclue": 3634, "texte": "cisément Tolmache John."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3770, "fin_caractere_exclue": 3806, "texte": "Nous rappelons à nos lecteurs que le"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3856, "fin_caractere_exclue": 3897, "texte": "concours littéraire de poésie et de prose"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3947, "fin_caractere_exclue": 3991, "texte": "françaises (nouvelles, contes, légendes, ro­"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4041, "fin_caractere_exclue": 4081, "texte": "mans, chansons, comédies et drames), ou­"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4131, "fin_caractere_exclue": 4170, "texte": "vert par l'Œuvre des Soirées Populaires"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4220, "fin_caractere_exclue": 4263, "texte": "de Verviers, sera clos le 30 septembre pro­"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4313, "fin_caractere_exclue": 4319, "texte": "chain."}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4372, "fin_caractere_exclue": 4410, "texte": "Pour en obtenir le programme détaillé,"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4460, "fin_caractere_exclue": 4500, "texte": "s'adresser à M. Léon Lobet, président de"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4550, "fin_caractere_exclue": 4588, "texte": "l'Œuvre des Soirées Populaires, rue du"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4638, "fin_caractere_exclue": 4681, "texte": "Collège, 76, à Verviers, auquel les concur-"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "rents doivent également adresser       leurs"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 136, "fin_caractere_exclue": 164, "texte": "œuvres avant le 1er octobre."}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 335, "fin_caractere_exclue": 338, "texte": "***"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 408, "fin_caractere_exclue": 445, "texte": "Sommaire du 25 août 18S5, de la Revue"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 494, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "contemporaine.— Paris, 2, rue de Tournon."}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 586, "fin_caractere_exclue": 622, "texte": "Une Esthétique scientifique, Charles"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 673, "fin_caractere_exclue": 718, "texte": "Henry. — Krotkaïa. Récit          fantastique"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 761, "fin_caractere_exclue": 805, "texte": "(1 r e partie), traduit par M. E. Halpérine,"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 853, "fin_caractere_exclue": 890, "texte": "Th. Dostoïewski. — Lettres inédites à"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 945, "fin_caractere_exclue": 986, "texte": "Sainte-Beuve, avec introduction de M. Eu­"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 135, "texte": "gène Forgues, Lamennais. — Cantilènes."}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 184, "fin_caractere_exclue": 224, "texte": "Poésies, traduites par Gabriel Sarrazin,"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 273, "fin_caractere_exclue": 314, "texte": "Shelley. — Le Mauvais Chuchoteur. Poésie,"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 363, "fin_caractere_exclue": 404, "texte": "Maurice Rollinat. — Abdication. Nouvelle,"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 453, "fin_caractere_exclue": 493, "texte": "Paul Margueritte. — Ernest Hello. Notes,"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 542, "fin_caractere_exclue": 581, "texte": "Charles Buet. — La République parlemen­"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 630, "fin_caractere_exclue": 672, "texte": "taire en France, De Sygna. — Critique lit­"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 721, "fin_caractere_exclue": 760, "texte": "téraire et artistique. — Bibliographie."}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 812, "fin_caractere_exclue": 852, "texte": "Un numéro franco contre 2 francs en tim­"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 901, "fin_caractere_exclue": 944, "texte": "bres-poste. Abonnements : Paris, 20 francs."}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 993, "fin_caractere_exclue": 1029, "texte": "Départements et étranger, 22 franes."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1885-09-01-n9-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1885-001-004_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1885-001-004_f.pdf", "ocr_sha256": "f6f56bdb4e7ca48e2a6c747a0deac4c7038c6e6eda39a6a5d89d13b994e40edc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA REFORME, organe quotidien", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 521, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1798, "texte": "LA REFORME, organe quotidien de la démocratie libérale.\n  Rédaction et administration : 18, rue des Sables, à Bruxelles. Seul\n  journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n  province que pour -la capitale, soit 1 2 francs par an. La Réforme\n  publie en ce moment Mademoiselle Bismarck, par Henri ROCHEFORT.\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie LE VIOL, par Emile BERCERAI\". Un nu­\n  méro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs, en vente partout.\n\n\n\nLE PROGRÈS ARTISTIQUE, musique, littéra­\n  rature, Beaux-Arts. - Paraît chaque vendredi. Victor SOUCHON, fonda­\n  teur; B E R T O L - G R A I V I L , rédacteur eh chef; Marc SONAL, secrétaire de\n  la rédaction. Abonnements pour la Belgique : 1 5 fr. l'an. Bureaux :\n  Paris, 24, rue des Martyrs.\n\n\nLUTECE , journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo TRE­\n  ZENIK, secrétaire de la rédaction : Georges RALL. Bureaux : boulevard\n  Saint-Germain, 16, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n  la Belgique. : le port en sus.\n\n\nLA MINERVE, revue moderne artistique et littéraire,\n          paraissant le 25 de chaque mois. Directeur : Charles BUET. Abonne­\n          ment pour la Belgique : 18 fr. Bureaux : Paris, 18, avenue de Breteuil.\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN'. Pré­\n  face, de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (4e édition).\n  Un volume, Paris, Thomas, 52, rue Croix des Petits-Champs, fr. 3 - 5 0 .\n\n\n\nLES DELIQUESCENCES, poèmes décadents\n  d'Adoré FEOUPETTE. Un volume, Paris, Léon Vanier, fr. 3 - 0 0 .\n\n\nL E S D R A M E S           D U    C Œ U R , par Jeanne DU­\n  CHARME. Préface d'Arsène Houssaye. Un volume, Bruxelles, Maheu,\n fr. 3 - 5 0 .\n\n     Bruxelles. — Imprimerie FÉLIX CALLEWAERT père, 26, rue de l'Industrie:\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 470, "texte": "5e ANNÉE.                 TOME IV, N° 9..          P R I X : 60 CENT.\n\n\n\n\n                                            LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                  SOMMAIRE:\n   Goya                                                       LUCIEN    SOLVAY.\n   Le regret de l'enfance                .                    ALBERT GIRAUD.\n   Lysiane de Lysias (fin) . .                                MAX W A L L E R .\n   Espoir de réveil.                                          GEORGES RODENBACH.\n   Les étalons,              . . . . . .                      FERNAND SÉVERIX.\n   P . P . C.                                                 SIEBEL.\n   Chronique littéraire . . . . . . . .                       MAX W A L L E R .\n   Memento                        .'\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n              ADMINISTRATION :                                 REDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                      80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                            1885\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "         LA JEUNE BELGIQUE\n                            REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART                                     '\nparaissant    le 1er de chaque mois en livraisons de 40 pages au moins et formant                      au bout\n                         de Vannée un superbe volume de 600 pages.\n\n                                        ABONNEMENTS :\n              Belgique ; Un an, 5 francs. — E t r a n g e r : Un an, 7 francs.\n   Bruxelles: Administration, 26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n\n                                              A V I S\n  Nous avertissons nos amis et collaborateurs que la copie de La Jeune\nBelgique doit nous être adressée au plus tard le 22 du mois. A partir de\ncette date, elle sera remise au numéro suivant. Nous sommes obligés de\nprendre cette mesure afin d'éviter des retards.\n\n  Les Souvenirs de la Vie d'étudiant, dont nous avons annoncé la\npublication, sont remis à notre livraison du mois d'octobre.\n\n                                   BOITE AUX L E T T R E S .\n     59. J. GÉRARD, Verriers, Une vieille maîtresse n'existe plus que dans la petite édition\n Lemerre, en deux volumes à 5 francs pièce. Elle n'est pas épuisée et votre libraire en a\n menti par les trente-deux chicots de sa vilaine tête, que je ne connais pas.\n     60. M. BENHAM. L'annonce a passé douze fois. Si vous désirez une nouvelle série, veuillez\n vous entendre avec l'administration. A vous.\n     61. M. VITTORIQ PICA, à Naples. Reçu votre aimable lettre. Les œuvres de De Coster\n sont épuisées en librairie. Celles de Pirmez sont en vente à Paris, chez Plon, rue\n Garancière, et chez Jouaust, 338, rue Saint-Honoré. Je transmets aux amis Verhaeren,\n Eekhoud, Rodenbach, Giraud, votre désir de posséder leurs ouvrages. M. Camille\n Lemonnier habite La Hulpe, près Bruxelles. Confraternellement à vous.              M. W .\n     62. Aux CAMARADES. Manquant à l'appel dans notre directoriale bibliothèque : Les ridi-\n cules du temps, de Barbey d'Aurevilly; Un coin de village, de C. Lemonnier; Les bas-\nfonds, d'H. Monnier; Le théâtre érotique, Le livre des sonnets, Anthologie des poètes,\n Sceur Philomene, des Goncourt; La tentation de Saint-Antoine, de Busch ; Le théâtre.\n d'Octave Feuillet; Trois contes, de Flaubert; Une idylle normande, Les boudoirs de\n verre, de Catulle Mendès; Monsieur, Madame et Bébé, de Droz; Histoire de la littéra-\n ture, de Gidel; Nono et Monsieur Vénus, de Rachilde; La fortune des Rougon, Une\n page d'amour, d'Emile Zola; Curiosités esthétiques et Petits poèmes en prose, de Baude­\n laire, la collection de La Minerve.\n     63. WHITIE TAUMIANUS, Liège. Votre Souvenir est d'un jeune, tbut jeune écrivain, si\n jeune qu'il n'a pas encore quitté les bancs de la classe et doit avoir fait cette amplification\n sentimentale entre deux récréations. Est-ce mauvais ? Non. Bête? Non. Pas français? Non.\n Retenez bien ceci, ô Rêveur!       C'est gaga.\n     64. HELVÉPÉ. La boîte aux lettres, monsieur, n'est pas signée. La pythonisse qui pré­\n side aux destinées de la copie formule des arrêts, qu'humbles plumitifs, nous consignons\n ici. Vous n'avez affaire qu'à des amis et à Vous-même. Si vous envoyez de mauvaises\n choses, nous devons bien vous blackbouler. Pour ne pas avoir l'air entêté, j'insère ici\n même une de vos pièces ; si nos lecteurs trouvent que c'est acceptable, c'est qu'ils sont\n considérablement idiots,\n                                       SOIR DE MAI\nLa nuit lente tombait dans la grande vallée              La nuit lente tombait sur la terre échauffée\nComme un rêve obscurci que l'on ne comprend pas;         Chuchottant des serments et soufflant les soupirs;\nEt des frissons d'amour secouaient la feuilléc           Ton haleine disait une plainte étouffée\nOù des parfums grisants s'échappaient des      lilas.    Comme un vague regret du temps des souvenirs.\nPrès de ton piano tu t'asseyais pensive             ^     Qu'il est doux d'être deux dans l'ombre et le silence\nDans la pénombre douce aux cœurs énamourés                Et sars dire un seul mot de se serrer la main,\nEt j'ai vu dans tes yeux une larme expressive.            D'entendre palpiter le cœur chaud qui s'élance\nRouler comme une perle entre tes cils moirés.           • En aimant aujourd'hui sans regret pour demain.\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "                                 GOYA\n\n\n                                  Après un long siècle de trouble et de ne'ant,\n                             alors que l'art espagnol, vidé de tout son sang et\n                                de toute sa moelle, semblait irrémédiablement\n                                fini, tout à coup apparaît Goya (1). C'est\n                                comme une lumière subite qui jaillit, éclairant\n                             les ténèbres, comme un suprême afflux sanguin\n                                  versant un peu de vie encore dans la sénilité\n                                  moribonde où l'Espagne se débat. L'entrée\n                                  en scène de Goya est celle d'un effronté et\n                 turbulent jouvenceau qui se moque de tout ce qu'on a\n                 jusqu'alors adoré, tire la langue à l'Académie, renverse les\n                 dieux et les déesses de carton des olympes galantes, enlève\n                 irrespectueusement le bout de jupe que la « mère des\n                 Grâces » peut avoir conservée, donne un grand coup de\n                 poing dans les vieilles perruques enfarinées, fait le diable à\n               quatre. Aventureux et remuant, toute discipline lui est à\n               charge ; il met l'atelier de son professeur, Lujan Martinez, à\n               Saragosse, sens dessus dessous; il travaille quand il peut,\n               bataille quand il veut, plus souvent la guitare au poing que\nla brosse à la main, a des fièvres de besogne, suivies d'escapades violentes,\nroule dans sa cervelle des idées folles de liberté, va, vient, fait l'amour,\njoue du couteau, échappe à l'Inquisition qui le cherche, s'enfuit à Madrid...\n\n (1) Francisco-Jose Goya y Lucientes, né à Fuendetobos en 1746, mort à Bordeaux en\n1828.   .\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": "                                   — 430 —\n\nTel est Goya à vingt ans ; tel il restera pendant à peu près toute son exis­\ntence.\n    De Madrid, il part pour l'Italie, où il ne change pas. Toujours l'amour.\n Il se bat, bat les autres, est battu lui-même; il s'amuse beaucoup, il étudie\nun peu ; il regarde, admire, mais ne peint pas, et ne copie rien. La\nparesse est bonne à quelque chose : elle le sauve. Il n'a rien fait à Sara-\ngosse, il n'a rien fait en Italie... Il revient à Madrid avec, dans les yeux,\nl'éblouissement des chefs-d'œuvre entr'aperçus, qui se mêle aux visions de\nVelazquez, de Murillo, de tous ceux au milieu de qui il a grandi. Son ami\nBayeu le présente à Mengs, qui le reçoit à bras ouverts : — « Ah! jeune\nhomme, vous avez vu chez eux Raphaël, Titien, Corrège... Soyez le bien­\nvenu ! Mais le bagage que rapporte Goya n'est pas lourd, et les glaces de\nMengs ne le refroidissent pas. Il a près de trente ans, l'âge où l'on est assez\nfort pour être soi, et alors seulement il commence à produire. Jusqu'à\nprésent, personne ne l'a soumis : personne ne le soumettra plus. Il ne sait\npas grand'chose, c'est vrai; mais du moins, le peu qu'il sait, il le doit à\nlui-même. Il n'a pas eu le temps d'être gâté par ses modèles, auxquels il ne\ns'est, du reste, guère appliqué. Il a passé près d'eux sans s'y fixer; il les a\naimés, il les aime, mais platoniquement, et n'a retenu d'eux que juste ce\nqu'il faut pour en garder le souvenir. Le péril que Velazquez avait su braver\net vaincre par la seule fermeté de son caractère et la seule puissance de sa\nvolonté, Goya l'a vaincu par inconstance et scepticisme; il s'est fait une\nforce de son indiscipline.\n   L'explication vraie du talent de Goya est là tout entière, et elle nous\ndonnera la clef de la plupart de ses qualités et de ses défauts. Singulier\nmélange de séductions et de faiblesses, de finesse et de brutalité, d'exquisités\net d'ignorances, il n'est pas d'artiste qui ait jamais mérité tant de sympathie\net tant de blâme ; il n'en est pas chez qui l'abondance des dons naturels soit\nplus riche et plus mal équilibrée, le tempérament mieux trempé pour la\nlutte et, avec cela, plus irrésolu et plus facile à surprendre. Peut-être, si\nplus d'ordre et de mesure avaient existé en ce chaos de choses bonnes et\nmauvaises, celles-ci auraient-elles perdu de leur saveur ; l'esprit, plus posé,\nmais n'ayant pas pour guides la volonté et la résistance inébranlables des\ngénies, se serait laissé enchaîner, et alors tout ce qu'il y a en lui de spon­\ntané, de vif, d'original, tout ce qui fait son charme, on l'aurait vu s'éteindre\ndoucement dans la paix somnolente de la médiocrité.\n  Laissons donc tout d'abord de côté ces inégalités choquantes pour ne\nconsidérer que la physionomie générale de l'artiste dans le milieu où on la\nvoit surgir inopinément. Ce qui la rend par dessus tout intéressante, c'est\n"}, {"page_pdf": 474, "texte": "qu'elle est bien de son temps et bien de son pays. Goya est, des pieds à la\ntête, Espagnol, — enfin ! — et Espagnol de l'Espagne du dix-huitième siècle,\nvicieuse, corrompue, dégénérée à l'énervant contact des éléments divers,\nvenus de toutes parts, qui s'y rencontrent. Il a, dans ses veines d'artiste,\ndu sang de Velazquez et de Murillo mêlé à du sang français et à du sang\nanglais. Boucher et Reynolds ont passé par là. On sent en lui toutes les\ninfluences, sans qu'aucune d'elles l'absorbe complètement; il se les est\nappropriées, par un travail sans doute inconscient, et, de toutes ensemble,\nil s'est formé une personnalité, qui a son cachet très accusé et très réel.\nVoilà pour le peintre, tout au moins; l'aquafortiste, dons nous parlerons\nensuite, est beaucoup plus personnel encore que le peintre, parce qu'il s'est\nsenti plus à l'aise, dans un genre plus libre.\n   Oui, Goya est bien Espagnol, mais il l'est tout autrement que l'étaient,\njadis, ceux auxquels il succède. En cent ans, les idées populaires ont subi\nune transformation radicale. La foi sombre et terrible s'en est allée des\ncœurs; l'Inquisition a perdu tout prestige ou du moins toute autorité; un\nvent de révolution agite les esprits, vaguement. Après Murillo, qui a rendu\nle catholicisme aimable, sont venus d'autres, qui l'ont rendu banal et l'ont\ntraduit sans convictions, au moyen de formules. L'art espagnol, parvenu\nlà, ne pouvait plus être l'art religieux d'auparavant. Un souffle capiteux de\nprofanes délices a pénétré partout, jusque dans les cloîtres ; les mythologies\ndu dix-huitième siècle français ont jeté le désarroi dans le paradis chrétien,\net la Vierge et les saints ont souffert de la compromettante concurrence que\nleur ont faite Vénus et Apollon. L'Espagne n'est plus la croyante d'autre­\nfois; elle a cessé de trembler à la voix de ceux qui la menaçaient des peines\néternelles et qui lui disaient de consacrer toutes ses actions à la gloire de\nDieu. Peu à peu elle a échappé au joug; son cœur s'est endurci contre la\npeur ; elle a pris goût au plaisir, à la frivolité ; la corruption des grands s'est\nétendue aux petits; tout est devenu mondain, léger, superficiel; tout est à\nla grâce et au sourire. Les pastorales roses et bleu-tendres de Versailles et\nde Trianon ont envahi la cour d'Aranjuez, élu domicile à la Granja et au\nPardo ; il y a communication directe et suivie entre Paris et Madrid, poul­\nies mœurs, pour les goûts, pour l'Art, et le même grondement sourd qui\nébranle le trône de France, ébranlera bientôt aussi le trône d'Espagne.\n   Goya reflète tout cela dans son œuvre. Mais, comme les artistes supérieurs,\nil n'est pas seulement l'expression de son époque, il la devance aussi, et\nindique l'expression de l'époque qui suivra. Placé sur la limite de deux\nsiècles et en quelque sorte de deux mondes, il a été pour ainsi dire le der­\nnier des peintres anciens et le premier des modernes, — le premier des\n"}, {"page_pdf": 475, "texte": "                                  — 432 —\n\nmodernistes, dans le sens même que nous attachons aujourd'hui à ce mot.\nLà est sa véritable gloire. Goya est coloriste, plus fin que Murillo, moins\nsolide que Velazquez, dans la note claire des Français plutôt que dans la\nnote sombre des Espagnols; il a de jolis tons ambrés, des légèretés de\nbrosse, des hasards de palette qui ne sont parfois que d'heureuses mala­\ndresses. Et les maladresses sont partout, dans la facture, dans le dessin,\nmêlées à des recherches d'air, de lumière, de clair-obscur, puisées dans\nl'étude — toujours hâtive — des maîtres hollandais.\n   Ses tableaux d'église n'ont que ces qualités-là,— chaque fois du moins que\nle peintre a songé à les y mettre; la Trahison de Judas (le Prendimiento),\nde la cathédrale de Tolède, est une curieuse et énergique fantaisie rembra­\nnesque, très vulgaire. Goya était trop sceptique et trop philosophe pour\navoir su mettre un sentiment religieux quelconque dans ses toiles religieuses,\noù manque la foi. Je n'en veux d'autre preuve que le Christ en croix, du\nPrado (n° 2165), provenant du couvent des Franciscains. Certains critiques\ntrop bien disposés l'ont déclaré une œuvre divine; pour ma part, je ne con­\nnais rien d'aussi fade et d'aussi insignifiant que ce grand morceau de nu\nflasque et mou, qui essaie en vain de rappeler le Christ de Velazquez;\nc'est une mauvaise étude académique, où s'étale piteusement toute l'im­\npuissance du dessinateur et du peintre. Quand Goya cherche à s'élever, il\ntombe. Quand il reste dans son rôle de peintre spirituel, charmant, à fleur\nde peau, il se soutient mieux, encore que son embarras soit mal dissimulé.\nLes fresques de la chapelle royale de San Antonio de la Florida, aux\nportes de Madrid, n'ont rien de religieux; mais ce sont d'amusants motifs\nde décoration, pleins de mouvement, de grâce et d'éclat, voire même d'hu­\nmour et peut-être de moquerie. Il y a, dans les pendentifs des voûtes, des\nanges posés bien irrévérencieusement, les jambes en l'air et écartées, à la\nfaçon des anges du Tiepolo, — ce qui n'est guère de mise dans un endroit\naussi sacré; les physionomies sont provocantes, les sourires engageants, et\nrien ne fait penser à l'enfer dans ce temple si coquettement paré. Le sujet\nprincipal, qui représente Saint-Antoine de Padoue ressuscitant un mort\npour lui faire révéler le nom de son meurtrier, n'est vraiment qu'un hors-\nd'œuvre ; il n'occupe qu'une toute petite place au milieu du grand motif\nqui se développe autour de la coupole, dans un merveilleux effet de perspec­\ntive; le long d'un balcon, derrière lequel la scène se passe, sont accoudés\ndes piquants minois d'Espagnoles, l'éventail aux doigts, l'œil chargé de\npromesses, très indifférentes au miracle qui s'accomplit à quelques pas; et\nc'est bien sur elles qu'est concentré tout l'intérêt. L'ensemble a du charme,\ntoujours; l'aspect est séduisant ; mais il ne faut rien analyser, sous peine de\n"}, {"page_pdf": 476, "texte": "                                  — 433 —\n\n découvrir le vide de l'exécution, qui sent le « chic » abominablement. Les\n personnages, assure-t-on, sont, du premier jusqu'au dernier, des portraits ;\n c'est une tradition, qu'on a sans doute beaucoup exagérée. Cette tradition\n veut que Goya ait pris pour modèles les grandes dames de la cour de\n Charles IV. On a prétendu voir, notamment dans la figure d'un ange\n debout, les bras levés, à la droite du maître-autel, la fameuse duchesse\n d'Albe, célèbre par ses amours. Cela n'est rien moins que véridique. Seule­\n ment, il court à ce sujet des anecdotes ; en voici une, que je crois inédite :\n La duchesse vint un jour trouver Goya, en train d'achever son travail et,\n avec une verdeur de langage que peut seule excuser la jalousie d'une jolie\n femme qui prétend n'avoir pas de rivale en beauté :\n    — Il paraît, s'écria-t-elle, Monsieur le peintre, que vous avez mis là\ntoutes les p       de Madrid?\n    — Certainement, Madame, répondit Goya avec empressement... Mais\nil y a encore une place : je vous l'ai réservée.\n    La duchesse d'Albe posa, dit-on, sur l'heure.\n    Goya est aussi inégal dans ses portraits que dans le reste. Il l'est surtout\ndans les portraits d'apparat qu'il a faits du roi Charles IV et de sa famille,\nque possède le Prado. En général, les têtes sont bien peintes; elles ont de la\nvie, de l'accent ; mais les corps flottent dans l'impalpable et dans le fluide;\nla composition est d'une naïveté souvent comique, et tous ces rois, ces reines\net ces princes ont des airs bourgeois vraiment lamentables. Goya, qui a beau­\ncoup pensé à Velazquez dans ses portraits, ne possède point, comme lui, le\nsens de ce quelque chose de conventionnel et d'en dehors qu'on appelle la\nmajesté; ce n'est pas le peintre des hommes et des choses héroïques, ou\nsimplement nobles; son art, très distingué pourtant, n'a rien de la distinc­\ntion spéciale qui a cours dans les sphères officielles ; il manque de sérieux.\nEn présence de toutes ces chamarrures, on dirait qu'il a de la peine à ne pas\nrire et que cela le gêne de devoir peindre ces hauts personnages en des poses\nsi calmes, et que. volontiers il les ferait, comme aux anges de San Antonio,\nlever la jambe et sauter par dessus des balustrades. Et, en définitive, ses\nhéros n'ont pas grande mine du tout. La reine Maria Luisa, à cheval,\nen uniforme de garde du corps (n° 732), est absolument grotesque; la tenue\ny prêtait bien d'ailleurs ; et la Famille de Charles IV(n°736) a de nombreux\npoints de ressemblance avec n'importe quelle brave famille d'épiciers qui se\nserait fait portraicturer en un jour de fortune, raide et compassée, dans ses\nbeaux habits des dimanches.\n   Ce que Goya réussit le mieux à donner à ses personnages, c'est leur carac­\ntère d'intimité simple et naïve. Quand il vient à rencontrer, chez l'un\n"}, {"page_pdf": 477, "texte": "                                  -   434    -\n\nd'entre eux, ce caractère-là, il triomphe, et il est bien près de faire un chef-\nd'œuvre ; il trouve alors des tendresses de tons et de pinceau exquises ; son\nincorrection disparaît; on le sent inspiré, charmé lui-même par le charme\nde son modèle. Il y a du Greuze dans quelques-unes de ses têtes de jeunes\nfilles. Je ne connais rien d'aussi délicieux que l'Infante Dona Maria-\nJosefa (n° 739, au Prado) et La reine Isabelle des Deux-Siciles, à l'âge\nde douze ans, de la galerie San Telmo, à Séville, — deux choses absolu­\nment adorables, où toute l'ingénuité et la gracilité de la jeunesse en fleur,\ntoute la poésie de la femme encore enfant ont pris forme et vie sous la\ncaresse amoureuse d'une main d'artiste. Le sceptique Goya s'est arrêté,\nséduit; il s'est absorbé dans l'interprétation de la beauté fraîche qui se\nlivrait à lui ; il n'a écouté que lui-même, que son âme conquise, que sa\nvolonté de fixer sur la toile ces rêves réels, de lutter avec ces larges yeux de\nvelours, grands ouverts, avec ces lèvres roses de sang jeune, avec ce\nchaud duvet des carnations et la finesse élégante de ces frêles cous d'ado­\nlescentes s'attachant aux contours délicats et fermes des épaules. Ailleurs,\ndans ce double et singulier portrait de la Maja habillée et de la Maja nue,\nde l'Académie San Fernando, représentées dans la même pose et identi­\nques l'une à l'autre — au costume près, — Goya a mis la même applica­\ntion et la même sensibilité. Ce n'est plus le peintre incomplet et lâché de\ncertains portraits d'apparat, des tableaux religieux et des tableaux de genre,\ndont le laisser-aller sent presque partout l'improvisation ou l'ignorance;\nc'est un peintre attentif, attendri devant les lignes harmonieuses d'un\nradieux et désirable corps. La gaze diaphane qui couvre la Maja habillée\nlaisse deviner tout ce qu'elle cache; dans l'autre, la nudité sans voiles\nchante la chanson de la chair : le dessin est précis ; le modelé, serré, tra­\nvaillé, d'une souplesse rare; les attaches sont fines; la tête vit, et les bras\nfaits pour enlacer, la poitrine frémissante, le ventre où apparaît gaillarde­\nment l'ombre de la puberté, les jambes impatientes, tout enfin dans ce\nbeau' corps nerveux détachant sa blancheur ivoirine et nacrée sur la\nblancheur laiteuse d'une couche où niche l'amour, respire le plaisir et la\nvolupté.\n   Là, Goya est tout à fait original, et ne doit rien aux autres ; il s'est aban­\ndonné, sans préoccupation aucune, à ses propres impressions, ne retenant\nde ce qu'il a vu et appris que ce qu'il lui fallait pour les traduire ; et il a\nenfanté des œuvres durables, palpitantes et émues, parce qu'il a eu, en face\nde la nature souverainement belle, la foi et l'émotion. Foi toute païenne,\nà cette heure, émotion toute moderne, bien nouvelles en un pays de vieille\northodoxie. De moins en moins pourrait-on y retrouver la trace de l'Es-\n"}, {"page_pdf": 478, "texte": "                                  — 435 —\n\npagne d'autrefois, ou plutôt l'art d'autrefois : car l'Espagne même, son\ncaractère, ses mœurs ne se sont pas, en aussi peu de temps, transformés à ce\npoint; le fond est resté; la surface seule, sous l'empire des événements, a\nchangé ; le peuple a gardé ses superstitions, ses goûts de sauvagerie et de\nfierté; mais l'art ne s'adresse plus à lui comme jadis, — ou bien il n'y a\nplus d'étroite communauté entre lui et ceux auxquels il s'adresse mainte­\nnant ; l'art est devenu l'unique miroir des mœurs de certaines classes ; et ces\nclasses-là, s'élevant, se corrompant, tandis que les autres étaient laissées\ndans l'ombre, ont ouvert leur âme à des sentiments nouveaux... Bientôt\ncette désunion cruelle amènera un cataclysme; mais de ce cataclysme naîtra\nun autre monde, plus fort.\n   Goya a été en quelque sorte le divinateur, l'initiateur de ce monde-là, et\nil en a noté d'avance l'expression artistique exacte. Il a eu le sens vrai et\njuste de la « modernité », non seulement dans l'accent, la tournure, les\nsujets, dans ce je ne sais quoi qui le rapproche de nous au point d'en faire\nun contemporain, mais aussi dans le côté plastique de son art, dans ces\nrecherches de pittoresque, de couleur et de lumière dont on s'est si fort\naffriandé aujourd'hui. C'est sous ce rapport que sa modernité diffère de celle\nde la plupart des grands artistes de tous les temps. Eux aussi sont des\n« modernes », parce qu'ils ont quintessencié dans leurs œuvres l'esprit de\nleur époque : le nier serait absurde; le démontrer encore, après tant d'au­\ntres, serait banal. Mais il y a une nuance. La modernité de Goya, — la\nnôtre, — a poussé plus loin que la modernité des anciens ; elle a touché à\nplus de sujets, et elle y a mis plus d'intimité, de pensée ou d'intentions ; elle\na moins fait de l'art pour l'art ; elle a eu l'ambition de dire plus et autre\nchose, soit dans le rire, soit dans les larmes, en étendant son domaine désor­\nmais sans limites, ou en le restreignant aux choses passagères. Elle est\ndevenue le modernisme; elle s'est fait l'actualité.\n   Un autre que Goya, son ami Paret y Alcazar (1747-1799), avait eu déjà\nun instinct de résistance contre le courant de la mode française si char­\nmante en France, mais si insupportable ailleurs, dans les mains d'imitateurs\net de plagiaires, quand il peignait, entre deux bergères, ses scènes d'animation\nlocale, son Magasin d'étoffes à Madrid, sa Vue de la Puerta del Sol, dans\nles petites dimensions de tableaux de chevalet. Mais Goya seul donna au\ngenre le cachet et l'accent vraiment modernes. Il imagina de saisir, dans\ncette forme tumultueuse qui lui était bien propre, le côté pittoresque et\ncaractéristique de la vie nationale, non seulement de la vie d'intérieur,\nmais aussi de la vie du dehors, prise sur le vif, fixée en traits rapides et\nfermes, avec toute la spontanéité d'esquisses faites d'après nature ou sous\n"}, {"page_pdf": 479, "texte": "                                   — 436 —\n\nl'impression immédiate des choses vues. Et alors, s'anima soudain, en des\ntoiles fougueuses, sabrées de grands corps de brosse, le spectacle fou des\nfêtes de la rue et du cirque, — réjouissances publiques, processions, combats\nde taureaux, scènes religieuses, bandits, pestiférés, aliénés, batailles, galan­\nteries, types populaires et fantaisistes ; et ce qui en fit surtout la portée\ncurieuse et originale, c'est que, à la justesse d'interprétation et d'annotation\nde ce monde conservé par lui dans sa physionomie et sa couleur, il ajouta\nquelque chose de son esprit d'artiste toujours en éveil : il en dégagea le\nridicule, le grotesque ou l'odieux ; il fit, sous prétexte de modernisme et\nd'actualité, de la véritable satire; et cette satire, politique, religieuse et\nsociale, sans déclamations, sans phrases creuses ni soulignements exagérés,\ndans son inaltérable bonne humeur, est d'une causticité et d'une éloquence\nsans pareilles.\n   Ah ! ne lui demandez pas la correction du dessin, l'impeccabilité de\nla forme ! Dans des tableaux de genre, moins qu'ailleurs, Goya se soumet à\ndes contraintes qui éteindraient peut-être sa verve; il ne s'agit plus de\ncaresser, en ses ondulations cadencées, le beau corps nu de la Maja : ce qu'il\nfaut ici, c'est l'entrain, c'est le pinceau alerte, qui suive l'élan de la pensée;\n— et, comme la base d'instruction manque toujours chez lui de solidité,\ncomme la main du peintre n'a point cette sûreté des forts qui « savent »,\ntrop souvent son laisser-aller trahit l'impuissance. Trop souvent aussi des\nadmirations complaisantes ont loué ce qui ne méritait guère que l'indul­\ngence; — telles, par exemple, les Manolas au balcon, de la galerie Mont-\npensier, à Séville, avec leurs têtes de bois mal peintes et mal découpées;\ntels également les cartons, conservés au Prado, des fameuses tapisseries de\nSanta-Barbara, — œuvre première de Goya, inaugurant, au milieu des fades\ndécalques de Boucher et de Watteau, une manière nouvelle et hardie de\nnoter décorativement les scènes populaires et nationales, et par cela même\nœuvre intéressante pour l'époque, mais bien grossière aussi. Pour créer des\nidylles, où la fantaisie se mêle au réel, dans des paysages imaginaires tout\nimprégnés encore des grâces factices de l'école française, Goya n'avait point\nla naïveté, la douceur, la coquetterie indispensables ; sa grâce n'est point\nune grâce idyllique; elle est mal à l'aise sous ses déguisements mignards,\ntrop étroits pour sa large carrure; à peine y devine-t-on le vrai Goya qu'il\nsera plus tard, en ses moments de saine et piquante inspiration. Deux ou\n trois minois éveillés de jeunes filles aux grands yeux noirs mouillés, ça et là\nde jolis détails, un groupe de deux individus portant un blessé, plein de\ncaractère, ne rachètent pas le mauvais goût et la lourdeur de ces composi­\ntions, d'un coloris affreux. Que l'on se borne à montrer là des promesses,\n"}, {"page_pdf": 480, "texte": "                                   — 437 —\n\nde l'ingéniosité, l'imprévu et la hâte d'un projet exécuté de chic, destiné à\npasser dans les mains des tapissiers et à être détruit ensuite ; mais qu'on\nn'accable pas le pauvre artiste sous le poids de louanges intempestives,\npesantes comme des pavés d'ours.\n   D'ailleurs, ses tableaux de genre valent mieux ; il est là sur son terrain\nle plus favorable et le plus significatif. Toutes ses incorrections, tous ses à\npeu près, s'évanouissent devant son mouvement endiablé, sa faconde pro­\ndigieuse, et la salacité de son étourdissante imagination. Quelques taches\nde couleur, quelques coups de brosse furieux, bien donnés, à la bonne\nplace, et l'on voit aussitôt les cortèges s'ébranler, les troupes échevelées\nde masques étaler, comme dans cette étonnante esquisse de l'Enterrement\nde la Sardine, de l'Académie San Fernando, l'effréné délire de leurs\ndanses, les picadors et les espados rougir le sable des arènes... Et sans cesse\ndéborde la vie, — une vie fièvreuse et grimaçante, née du cerveau d'un\nsongeur ou d'un fou, qui pousse l'observation jusqu'à la caricature et\nl'étrange jusqu'à l'absurde. On est tout à la fois séduit et choqué... Choqué,\npar la brutalité de cet art plein d'ignorances et de gaucheries dans ses\nmoyens matériels, — séduit, par tant de franchise, d'humour et d'imprévu.\nOn se révolte, on hausse les épaules ; ce n'est pas un peintre, cela ! C'est un\nimprovisateur, un poète, que sais-je ? Impossible de prendre au sérieux ces\nbarbouillages d'écolier... Et, un instant après, on se surprend à considérer\nencore ces « barbouillages », qui vous retiennent, qui vous attachent;\nquelque chose de ce qu'y a mis l'auteur vous pénètre; vous entrez dans\nson esprit et dans sa vie ; le tourbillon de sa fantaisie vous emporte... Le\ncharme a opéré ; Goya triomphe.\n    Mais pour l'exubérance d'une pareille imagination, le pinceau rebelle ne\n pouvait point suffire ; il lui fallait un moyen plus expéditif et plus sûr, qui\n lui permît de tout dire. Et alors, Goya dessina ces innombrables eaux-fortes\n qui l'ont rendu célèbre bien avant que le peintre en lui fût connu : les\n Caprices, les Malheurs de la guerre, la Tauromachie, les Prisonniers,\n recueils étonnants d'oeuvres singulières, extravagantes et admirables, où il\n versa ses mépris, ses haines, tout ce que son âme d'utopiste et de satirique\n■avait amassé d'espérances déçues, d'indignations et de colères. Le despo­\n tisme, la superstition, l'intrigue, l'adultère, l'honneur qui se vend, la beauté\n qui s'achète, l'orgueil des grands, la vénalité des petits, rien n'échappa à\n son burin vengeur. Il fit de tous les vices et de tous les scandales de son\n temps une hécatombe formidable et enjouée, n'oubliant aucun trait de ceux\n qu'il clouait à son pilori, les faisant reconnaissables à tous, physiquement\n et moralement, soulignant chaque chose avec une insolente audace. Puis,\n                                                                         27\n"}, {"page_pdf": 481, "texte": "                                   — 438 —\n\nsur la vérité aussi brutalement mise à nu, il jetait le voile inutile de légendes\nbanales, feignant de déguiser ses intentions évidentes de satire sous les\napparences d'inoffensives fantaisies, mettant sa joie et sa malice à forcer\nceux qu'il avait personnellement visés, blessés au cœur, à rire de la blessure\nen essayant de faire croire que ce n'étaient pas d'eux qu'il s'agissait.\nCharles IV, la cour, l'Inquisition, saignant sous la morsure, n'osaient se\nplaindre, se défendaient bien haut d'avoir été atteints; ou si, trop rudement\nfrappé, l'un d'eux criait, appelant la vengeance, levant le bras pour frapper\nle coupable, l'autre intervenait pour le sauver. Charles IV arracha ainsi des\ngriffes de l'Inquisition l'artiste menacé, protégeant celui-là même qui l'ou­\ntrageait, fermant généreusement les yeux sur l'outrage. Telle est l'histoire\ndes Caprices. Dans les Malheurs de la guerre, le satirique a ajouté à sa\nlyre d'airain une corde de fer; l'incendie, le pillage, la mort, toutes les\nmisères et tous les deuils de l'épopée terrible qui inspira l'œuvre, pendant\nles années d'invasion française et de gloire napoléonienne, y pleurent\nlamentablement. Et là, et partout, la même rage contre la tyrannie, l'injus­\ntice sociale et la bêtise humaine, la même aspiration incrédule vers un idéal\nde liberté et de vérité vaguement entrevu, débordent comme d'un vase trop\nplein. Ce n'est point la féerie prodigieusement aimable et tarabiscotée de\nCallot ; ce n'est point le pessimisme bourgeois de Hogarth. Le fantastique\nde Goya tient plus à la réalité que celui de Callot : son pessimisme n'a pas\nla mauvaise humeur tracassière de celui de Hogarth : il est plus impi­\ntoyable et plus mordant; et l'imagination de l'artiste, portée sur des ailes\nplus larges, a le vol plus haut. Il y a du cauchemar dans ses rêves; son rire\nest amer, sa colère bilieuse ; c'est un révolté ; il a la méchanceté éloquente,\net ses chroniques scandaleuses ont le grandissement des épopées. Dans ce\npays de la foi, il chante le néant; il nie tout, ne croit à rien, désespère de\ntout, même de la paix, qu'il semble tant désirer, et de la liberté, qu'il\nappelle de tous ses vœux.\n   Goya clôt, de cette manière inattendue, la série des maîtres qui ont\nillustré l'art espagnol et dont il est l'irrévérencieux descendant. Un long\nespace d'un siècle les sépare, et il en diffère sous les rapports multiples du\ncaractère et du talent ; rien d'eux ne se retrouve en lui, si ce n'est certaines\nressemblances extérieures de coloris et de métier acquises dans leur inti­\nmité ou simplement innées. Goya constitue une individualité tranchée, mar­\nquante, dans la suite d'individualités qui composent ce qu'on appelle impro­\nprement « l'école espagnole ». Mais ce qu'il y a d'étonnant dans cette suc­\ncession par lui recueillie, c'est l'usage qu'il en fait. Cet art de religion et de\ndogmes, il le transforme en un art de scepticisme profane, de doute et de\n"}, {"page_pdf": 482, "texte": "                                 -   439   -\n\nsarcasme. Ses œuvres de piété, tout accidentelles, n'inspirent aucune piété ;\net quant aux autres, elles sont pleines de défis et de raillerie pour ce qui,\nen d'autres temps, était vénéré comme la source de toute autorité et de\ntoute puissance. Le Saint-Office, il le défie ; les ordres monastiques, il les\nbafoue ; il rit de la robe du prêtre enfermant une âme perfide et des foudres\necclésiastiques suspendues au dessus de sa tête. Sa verve s'attaque à tout ce\nque les maîtres s'étaient accoutumés à servir avec aveuglement; elle\nbrave et menace à son tour; elle dénonce l'atrocité du sang répandu et des\ncris de douleur arrachés par les agents d'une institution redoutable, dont le\nrègne expire ; elle lui porte le coup de grâce, et lui arrache des mains le\ncouteau levé sur ses dernières victimes. Et ainsi, grâce à lui, cet art, com­\nmencé par un acte de foi et de soumission, s'achève dans un cri de révolte et\nde délivrance.\n                                                   LUCIEN SOLVAY.\n\n\n\n\n      LE REGRET DE L'ENFANCE\n                                                       A   IWAN   GILKIN.\n\n         Rouges lèvres d'enfant, lèvres simples et fraîches,\n         Qui buvez la jeunesse ainsi qu'une liqueur,\n         Rouges lèvres d'enfant, lèvres simples et fraîches,\n         Rouges lèvres d'enfant, pareilles à des pêches\n         Qui fondraient lentement, doucement dans le cœur,\n\n         Prunelles d'or brûlé, d'ambre ou de violette,\n         Qui regardez le jour d'un regard étonné,\n         Prunelles d'or brûlé, d'ambre ou de violette,\n         Prunelles de vieil or et d'ambre où se reflète\n         La joie inconsciente et frêle d'être né,\n\n         Cheveux blonds et cendrés que le soleil effleure\n         Longtemps après sa mort dans le ciel mordoré,\n         Cheveux blonds et cendrés que le soleil effleure,\n         Cheveux blonds et cendrés que les regrets de l'heure\n         Caressent vaguement d'un amour ignoré,\n\n         Mains royales où dort le désir des étreintes,\n         Vous qui n'allumez pas la lampe de Psyché,\n"}, {"page_pdf": 483, "texte": "                                 — 440 —\n\n         Mains royales où dort le désir des étreintes,\n         Mains jointes qui priez vers l'extase des saintes,\n         Qui ne connaissez pas les fièvres du péché,\n\n         Chairs roses qui chantez le triomphe des roses,\n         Les splendeurs de la sève et les gloires du sang;\n         Chairs roses qui chantez le triomphe des roses,\n         Chairs roses qui rêvez dans la beauté des choses\n         Et fleurissez les yeux éblouis du passant,\n\n         Comme vous faites mal à ces âmes trop mûres,\n         A l'automne plaintif de ces cœurs épuisés,\n         Comme vous faites mal à ces âmes trop mûres\n         Qui sentent se rouvrir leurs anciennes blessures\n         Et qui meurent tout bas du néant des baisers !\n                                                 ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                LYSIANE DE LYSIAS\n                                     (Fin)\n\n                                                      A JOSÉPHIN PÉLADAN.\n\n\n                                     III\n            Grégory souffre. Il pense. Il revoit. Gre'gory n'aime pas\n               Christine. Il n'a pas cessé d'être à Lysiane. Il a bercé sa\n               passion dans un rêve de deux cents jours, mais la passion\n               sommeille, la passion ne dort point. Les souvenirs sont des\ncendres jamais éteintes. Grégory s'est distrait jusqu'à l'illusion de la tran­\nquillité; Christine n'est pas son épouse selon la chair; elle n'est qu'une\nombre blanche qu'emporteront les brises... Pourquoi les fatalités et pour­\nquoi les souffrances ? Notre nature est faite pour la joie et pour le bonheur;\nque le reste s'efface et disparaisse ! Dans le luxe il ne doit point y avoir de\ntrouble; soyons grands, faisons-nous grands et contemplons notre gran­\ndeur, trouvons-nous Beau, Supérieur, Divin, et vivons avec l'Idole : Nous!\nMais l'idole d'en face est plus belle; là, dans l'ogive, elle regarde, encadrée\nd'ombre ; elle est plus belle, là, dans l'ogive, elle sourit, elle n'est plus\n"}, {"page_pdf": 484, "texte": "                                  — 441 -\n\njeune, mais son regard étourdit, sa taille monte en forme d'amphore, Elle\ndit : Je t'ai aimé. Ma main, ma bouche ont tordu ton corps, et lorsque\ntu songes, c'est à moi, que tu ne peux oublier, — car je suis la Seule !\n   Le château est drapé de deuil, les grands hêtres montent autour des\npierres comme d'immenses cierges éteints; des sanglots roulent dans la\nforêt profonde.\n   L'idole est plus belle; là, dans l'ogive, elle regarde, encadrée d'ombre.\n   Le bois frissonne, des râles courent, des voix toussantes répondent, les\nbranches sont crispées, la neige tombe. L'idole est encadrée de neige.\n   Au loin, au loin, des voix gémissent : Lysiane! Lysiane!\n   Et Lysiane répond à la neige : Neige trop froide !\n   Et Lysiane répond aux voix : Où est votre corps, votre corps ?\n   La neige brûle, les bois sont ensanglantés de flamme et Lysiane dit à la\nneige : Je t'aime ! Je t'aime ! Oh ! Je t'aime !\n\n  — Pourquoi ne dors-tu pas, mon Grégory?\n  — J'ai froid, Christine.\n\n                                      IV\n   Lorsque Christine se sentit mère, son calme augmenta davantage encore ;\nson être se fondit en une sorte de béatitude; un compagnon nouveau se\nfaisait en elle, lentement, et, la nuit elle se parlait tout bas en se disant que\nce compagnon comprendrait sa confidence. Sa tendresse pour Grégory dut\nse partager à ce moment, et celui-ci retourna, sans qu'elle y prit garde, aux\nhabitudes anciennes. Il voulait oublier le fantôme, et parfois se demandait\nsi c'était possible, si jamais il résisterait à cette envie folle de revoir\nLysiane, de l'aspirer, de se pénétrer d'elle. Il était trop reposé aujourd'hui,\ntrop calme, trop heureux de ce bonheur familial, et souvent il avait une\ngrande frayeur de s'alourdir en ces délices tranquilles, de laisser échapper\net se fondre cette vigueur d'acier que ni la vie brûlante, ni les orgies, ni les\nnuits blanches, n'avaient pu rompre. Christine s'alanguissait, n'aimait plus\nautant la causerie du soir que la fatigue interrompait trop vite, et ces\nveillées courtes rendaient plus monotone encore le coin du feu où Grégory\nrestait, parfois seul, parfois en compagnie de Jacques d'Astor.\n  — Je m'ennuie, Jacques, disait-il en s'étirant.\n  — Mais tu n'as jamais fait que cela toute ta vie, mon pauvre ami.\n  — Autrement.\n  — Ecoute, vieux; s'ennuyer, vois-tu, c'est désirer; tu as tout ce qu'il\n"}, {"page_pdf": 485, "texte": "                                  — 442 —\n\nfaut, non tout ce qu'il Te faut ; ta vie semble complète et parfaite — et tu\nn'es pas heureux.\n   — Oui, je désire       Et il s'arrêtait ne voulant pas lâcher le secret du\ncœur qu'il gardait en lui. Je désire et rien ne me manque !\n   — Il y a des galériens qui regrettent leur boulet, lorsqu'on les a lâchés\nau monde.\n   — Tu dis vrai, Jacques, et je crois que c'est cela que je n'ai plus et que\nje voudrais ravoir; j'ai honte d'être malheureux dans mon parfait bonheur\net il me semble que je serais plus gai si je souffrais un peu. Tu ne dis\nrien.\n   — Je plains ta femme.\n   — Mais elle est heureuse.\n   — Pour combien de mois encore?\n   Grégory ne répondit pas.\n   La causerie recommença quelques instant après.\n   — Distrais-toi, disait d'Astor, fais quelque chose, occupe-toi d'art ; tu es\nmusicien, compose.\n   — Pour être médiocre, merci. Et puis la musique, fft! c'est comme les\nrobes, on en rit au bout de vingt ans. Les Italiens en ont fait comme leur\nmacaroni : en pâte molle qui file; les Français y mettent des calembours\nqui prétendent; arrivent les Allemands, vive Wagner le Saint-Graal de la\nmusique qu'on élève dans un soleil. Demain, on trouvera que Tcha'i-\nkowski vaut mieux, et l'on n'aura peut-être pas tort ; la musique est belle\nen raison inverse de la civilisation, — et bientôt il n'y aura plus de sau­\nvages! En littérature idem, Malherbe, un raseur, Corneille aux Invalides\ndirection Perrin, Molière fait pleurer ; Hugo ! il y a si longtemps qu'il est\nmort! Lamartine, de la pommade. On tombe dans Baudelaire superbe!\nsuperbe! tais-toi, il y a deux jours on m'apprend qu'il n'est plus rien à\ncôté de Tolstoï et de Dostoïewski! Vrai Dieu! si l'on continue, l'humanité\nfinira par avoir du bon sens !\n  — Ecris dans les journaux, reprit Jacques en riant.\n  — Jamais! on me nommerait sénateur pour m'en empêcher!\n  — Fais un livre,\n  — Il est fait... par les autres.\n  — Eh ! va-t-en à tous les cent mille diables !\n  — J'y pensais !\n  — Bonsoir! nous avons un peu ri, c'est déjà quelque chose !\n  — ... Qui se paie le lendemain ! comme les trop bons dîners. Bonsoir.\n  Ce soir-là Grégory passa par l'appartement de sa femme, et la baisa\nlonguement sur le front, tandis qu'elle dormait.\n"}, {"page_pdf": 486, "texte": "                                  — 443 —\n\n\n\n                                       V\n\n   Le lendemain. Grégory l'avait bien prévu, il eut la réaction de la gaîté\nde la veille, — et ce fut toujours ainsi. Fantasque, facile à distraire et\ndistrait pour un rien, il retombait aussitôt dans le trouble de ses pensées\nsombres.\n   D'Astor venait à présent tous les jours à l'hôtel, s'informant de Christine\ndont la grossesse allait bientôt avoir son dénouement. Dolente, étendue sur\nune chaise longue, secouée de temps en temps par un spasme de douleur,\nelle tenait son mouchoir entre ses dents serrées d'angoisse, puis regardait\nGrégory qui la veillait ; elle parlait à de rares intervalles, d'une voix très\ndouce et très mouillée, comme si déjà elle eût trouvé le rythme monotone\navec lequel on berce les petits. Sa pensée ne s'étendait plus aux choses du\ndehors, mais se repliait en elle, vers ses flancs où l'être nouveau s'étirait;\nparfois Grégory prenait un livre et lisait à haute voix quelque passage\nsimple où le poète chantait l'âge d'or, l'enfance, les fleurs ; c'était comme\nun apaisement dans tous les coeurs, et un arrêt dans les secrètes tortures du\nduc. Toutes les sollicitudes et toutes les transes allaient à cette jeune\nfemme dont le visage avait pris la pâleur maladive de l'ivoire, et qu'entou­\nraient sans cesse la mère et l'époux.\n   La baronne de Silvère venait chaque jour passer quelques heures près de\nChristine; elle renouvelait les lilas épanouis autour de la chérie, entr'ouvrait\nles fenêtres pour mélanger de brise printanière le parfum printanier des\nfleurs, baissait à demi les rideaux roses dont le tissu laissait filtrer une\nlumière atténuée, puis s'asseyait devant la jeune femme et la veillait,\nlorsque, accablée, celle-ci abaissait un instant les paupières.\n  Le terme arriva, l'enfant mourut.\n\n   Soixante jours et soixante nuits, Christine de Perriane resta sur son lit,\nsans force, sans voix, sans regard. On eût dit que l'âme de l'être envolé eut\nremplacé son âme, tant elle sembla redevenue enfant par la douleur. Les\nyeux fermés, pareille à un cadavre, ses deux mains blanches allongées sur\nles draps, elle se laissa doucement soigner, sans rien dire, et gardant son\nattitude immobile, comme si elle eut voulu, à force de mutisme et de pros­\ntration, tromper la destinée, et se faire enlever aux sphères mystérieuses,\nainsi qu'une morte.\n   Au bout de deux mois, elle sembla s'éveiller de sa longue léthargie ; elle\nouvrit les yeux et fixa un point vague, au pied de son lit; elle ne semblait\n"}, {"page_pdf": 487, "texte": "                                   — 444 —\n\n pas voir, mais dans son regard se lamentait une irrémissible désolation.\n Elle entr'ouvrit les lèvres et murmura : Grégory.\n   Celui-ci s'approcha de la sauvée, prit dans sa main brûlante la main de\n Christine et dit simplement : Je ne t'ai pas quittée.\n   Lorsqu'elle put se lever, la duchesse apparut comme neuve et inconnue.\n N'était la mélancolie qui l'imprégna toute, dans son geste las, dans sa\n parole alentie, elle sembla transformée. Peu à peu, de matin en matin,\n Christine rafferma. Pâle toujours, mais développée par la maternité, la\n femme du duc acquit des formes plus molles et plus sveltes; ses yeux\ncerclés de noir semblèrent plus profonds et, comme ses yeux, sa pensée\ns'était approfondie en un nimbe d'ombre. Elle parlait moins qu'autrefois,\nmais le timbre de sa voix était devenu plus sonore, avait pris des notes\nplus caressantes ; à vingt ans, après une année de mariage, Christine était\nfemme complète et parfaite, la taille de la jeune fille, mince, puis déformée\npar la grossesse, s'était harmonieusement moulée et gonflée aujourd'hui ;\nainsi les bras, les épaules, la main dont les doigts se potelaient sans perdre\nleur noblesse originelle.\n    Jusqu'au jour où elle revint à la vie, la duchesse de Perriane ne s'était\n guère révélée, et l'on eût difficilement pu juger ce qu'il y avait derrière ses\n grands yeux rêveurs. Entre sa mère, dont l'esprit absorbant ne laissait\n guère place à la riposte, et son mari dont la maturité intellectuelle l'avait\n toujours intimidée, Christine évita longtemps de se livrer. Elle sentit qu'un\n mot maladroit devrait blesser — pour longtemps peut-être — celui qui\n l'avait choisie, et sans timidité comme sans vasselage, elle écouta plus\n qu'elle ne dit. Sa lune de miel fut donc passée en véritable observation des\n autres. Elle ne fut qu'un stage d'avenir au bout duquel la femme de Gré­\n gory voulait conquérir par elle-même celui qu'elle ne possédait que par le\n mariage. Ce que le respect, l'admiration même avaient fait, la jalousie et\n enfin la passion, raisonnée, surchauffée le complétèrent. La jalousie, oui.\n Lorsque, encore affaiblie, elle s'était de longues heures reposée au soleil\ndu parc, étendue sur une chaise longue, elle n'avait plus abandonné son\nâme à l'incessante tristesse, mais l'avait dirigée, clairvoyante et subtile vers\nson mari. Sensible par les sens, percevant exagérément, avec une hypéres-\nthésie maladive, les moindres chocs extérieurs, la duchesse devait avoir la\nmême sensibilité par l'esprit. Tout lui revint : l'indifférence froide de Gré­\ngory au début de leur union, ses amertumes soudaines exprimées par un\nrien de physionomie ou de parole, des bouts de conversation surpris entre\nle duc et Jacques d'Astor, un mystère enfin qu'elle sentait, effrayant comme\nun abîme, et que sa perspicacité inquiète devait découvrir pour arracher à\n"}, {"page_pdf": 488, "texte": "                                  — 445 —\n\nsa vie le bonheur qu'elle voulait impérieusement comme la compensation\nde ses déchirements.\n   Elle n'interrogea pas, se refusant d'accepter une confidence, mais sans\nrien dire, lentement, sûrement, elle dirigea son instruction comme un juge\nagit dans le secret pour ne pas effaroucher les coupables.\n   Et elle sut.\n   Les vers de Baudelaire, ces deux strophes mystérieuses lues naguère, elle\nse les rappela ; elle se souvint encore de ses premiers troubles tôt apaisés, et\nen elle se fit un éblouissement où toutes les choses mal comprises s'éclairè­\nrent. Le nom de Lysiane, entendu dans un chuchotement, lorsqu'elle était\nencore jeune fille et songeait à peine à Grégory, lui revint, perfide en son.\nharmonie, et cruel comme une prédiction de malheur. Ce nom, une nuit\nen songe, Grégory l'avait balbutié avec un accent qui ressemblait à un\nfrisson.\n   Elle apprit ce qu'était Lysiane de Lysias, et eut presque peur. Les anciens\namants de la Mystérieuse ne parlaient d'elle qu'avec un respect mêlé de\ncrainte, et sans s'expliquer la fascination occulte qu'exerçait la comtesse de\nRouge-Cloître, Christine comprit que c'était Elle, la Troubleuse d'âmes,\nElle, l'Inoubliable, Elle, la Rivale.\n\n\n                                      VI\n   Pendant ce temps, alors que la jeune duchesse, sûre de la guérison, n'avait\nplus besoin que des soins délicats de la baronne de Sylvère, Grégory, de\nnouveau désœuvré, retourna peu à peu vers sa vie de garçon. Au bar anglais,\nil se retrouvait presque chaque soir avec d'Astor, van Steen et de Leuze,\nque doublaient parfois quelques femmes, la grande Lucy, et une petite\nmaigrichonne mi-bas-bleu mi-cocotte dont le premier amant, un romancier\nparisien de second ordre, avait fait une grue spirituelle; on la nommait\nPanpan dans l'intimité et M me de Prelle en public. Quant aux rasta-\nquouères, le cercle s'en était purifié, et Clergery, condamné à six mois de\nprison pour écrits érotiques, purgeait sa peine en compagnie de son éditeur.\n   En ce moment, la grande Lucy était la maîtresse en titre de van Steen\net Panpan celle de Leuze qui collaborait à son « futur roman » un roman\nqui n'en finissait pas d'être futur.\n    Grande et svelte, avec un nez aux narines dilatées, une grande bouche en\ncoup de sabre, aux lèvres très rouges, simplement élégante comme une\nparisienne qu'elle était, Lucy Bijou avait la manie du théâtre. Elle avait\ndébuté dans la troupe de Judic qu'elle suivit un peu partout dans le monde,\n"}, {"page_pdf": 489, "texte": "                                  — 446 —\n\nen Russie comme en Amérique, tournée dont elle était revenue en Belgique\navec un opulent coffret de bijoux qu'elle « lavait » au besoin, lorsqu'elle\nse refaisait une virginité, caprice qui d'ailleurs lui prenait rarement. Elle\nfut engagée au théâtre de l'Alcazar, dans un rôle de féerie où elle fut\nremarquée par le baron van Steen. Celui-ci lui offrit des bouquets de\nroses rouges comme les lèvres de la charmante, de roses roses comme ses\njoues et des papillons de diamants comme son cœur.\n   De Leuze, qui se piquait de littérature et avait même écrit un petit acte\nque le théâtre du Parc avait joué avec succès, s'était attaché Mme de Prelle\nqui ressemblait à Sarah Bernhardt sauf par ses cheveux qui étaient noirs\net sa taille qui était petite. Un paquet de nerfs, du bagout et une plume\nalerte.\n   Lucy Bijou potinait sur le dos des actrices, Pampan sur le dos des écri­\nvains et de Leuze, van Steen s'unissaient à de Perriane pour démolir le\ngrand monde.\n   — Vous savez, la marquise de X., filée hier avec un officier des guides.\n   — Caron à fait un couac.\n   — Le dernier roman de Daudet ne vaut pas le diable.\n   Avec ces trois phrases, dont les noms propres changeaient, les amis et\namies se racontaient l'histoire contemporaine, « toutes vipères dehors. »\n    Grégory restait tard au Scotch-Tavern, écoutant avec un reste d'intérêt\nles discussions redites qu'on y dévidait. Vers une heure du matin il\nremontait chez lui d'un pas ferme, parfois ralenti les jours où, par un mot,\npar un geste, on lui avait rappelé le nom de Lysiane. Que devenait-elle?\nOn la disait maîtresse d'un jeune peintre très en vogue, mais était-on\njamais sûr? Pouvait-on savoir? La vie de la dame de Lysias était comme\nun puits insondable, dans lequel s'engloutissaient toutes les conjectures et\ntous les soupçons.\n    Puis Grégory frémissait au souvenir des heures noctures que les jours\n écoulés lui faisaient déjà plus capiteuses dans l'éloignement. Il la revoyait,\n avec des formes moins précises, plus fondues et plus pleines de voluptueux\n mystère. Le corps, qu'il avait détaillé, lui apparut encadré de lignes divi­\n nisées, toujours adorablement pures. Devant son regard défilaient toutes\n les stations d'amour où, comme devant un reposoir lumineux, il s'était pros­\n terné devant l'Augusta, dans une adoration de lévite. Comme les esclaves\n devant la despotique Byzantine, il s'était agenouillé, et ses prières, trans­\n formées en baisers de feu, avaient monté des flancs ployés de l'impudique\n à sa bouche morsurante et fatale. Il se rappelait chaque pli de cette peau\n transparente qu'il enlaçait, chaque ondulation paresseuse de cette croupe\n"}, {"page_pdf": 490, "texte": "                                    — 447 —\n\nimpeccable de forme, chaque éclair de ces yeux mystiques, tantôt clairs et\npurs comme ceux des madones, non moins chastes et candides, tantôt\nsombres, caves, pleins de désirs pervers et demandant de toute leur flamme\ndes assouvissements éperdus.\n   Retrouver tout cela, arracher pour un instant à l'Impossible ces sensa­\ntions étranges et délectables, se revoir dans les bras l'un de l'autre, tandis\nque la veilleuse aux fleurs de sang laisse couler sur la chambre, sur l'alcôve,\nsa lumière sacrée, broyer sous le pied rude de son vouloir les jours et les\nnuits qui ont tissé leurs mailles sur la vie, redevenir le jeune homme d'il y\na quatorze mois !\n   Et cela ne se pouvait !\n\n   Un vendredi, l'aréopage du Scotch-Tavern décida d'organiser un pick-\nnick, à la campagne.\n  — Moi, dit Panpan, avec un geste chaste de pensionnaire, j'ai besoin\nd'air pur, de papillons et de fleurs des champs.\n   — Mon idole, mon scarabée d'or, fit de Leuze, tu me touches.\n                        Il est jour, levons-nous, Philis,\n                        Allons à notre jardinage\n                        Voir s'il est comme ton visage\n                        Semé de roses et de lys!\n   — Assez, hurla van Steen, si vous ne voulez pas que je vous dise du\n Corneille.\n   — Soyons graves, pour rire, dit la grande Lucy et organisons les choses\navec génie. Toi Steenette, tu te charges des choses sérieuses : rôti froid,\npoulets, foie gras, petits pains, et cætera et le reste, le reste surtout ; d'Astor\na la partie fluviale : vins, Mumm et rincettes; de Leuze les exquisitos et\nles cigarettes; tu sais, pour moi il en faut de russes de chez le père Aran­\ngelovitch, avec embouchures; Perriane, en sa qualité d'homme grave, est\nresponsable de la vaisselle et des argenteries; moi je regarde, Panpan\nm'aide. Et, à demain, « voici le couvre-feu messeigneurs. On vous attend\nà la deuxième tour du Louvre. Et nous, enfants, à la tour de Nesle! »\nviens-tu Albert ?\n\n  Lorsque Grégory rentra chez lui, ce soir là, moins sombre que de cou­\ntume, il vit, éclairées, les fenêtres du boudoir de Christine, bien qu'il fût\ndeux heures de la nuit. Il allait s'informer d'où venait l'étrange dérogation\naux habitudes régulières de sa femme, lorsqu'un domestique vint le prévenir,\nen le recevant, que Madame la duchesse l'attendait.\n"}, {"page_pdf": 491, "texte": "                                  -448      -\n\n   Le boudoir de Christine était petit. Un large divan de satin vieil or sur\nlequel était jetée, à la moitié de la longueur, une épaisse peau d'ours noir\ndont la tête pendait à l'extrémité, en faisait, avec un secrétaire italien\nincrusté d'ivoire, deux poufs de satin vieil or, un guéridon-trépie en\nbronze de Gouttière, et deux Gorot vaporeux suspendus aux murs tendus\nd'une étoffe sombre frappée de palmes vieil or, l'ornementation simple en\nmême temps que sévère. La chambre était éclairée par deux girandoles en\nbronze noir dans lesquelles brûlaient des bougies. Une odeur vague de\nlavande parfumait discrètement ce boudoir où Christine passait la plupart\nde ses soirées, lorsqu'une représentation à l'Opéra ou quelque concert extra­\nordinaire ne l'appelait pas dehors.\n  Ce soir, la jeune femme est en peignoir, une sorte de peplum en crèpe de\nChine blanc rattaché à l'épaule par un camée rouge. Ses cheveux tordus\nsont piqués sur le haut de la tête par un peigne formé de gros grains de\ncorail et, pour bracelet, elle porte au bras nu jusqu'à l'épaule un large\nruban de velours rouge agrafé d'or.\n  C E T T E T O I L E T T E E S T EXACTEMENT PAREILLE A CELLE QUE PORTE\nLA COMTESSE LYSIANE DE LYSIAS dans le portrait qu'a fait d'elle, poul­\nie dernier Salon, le peintre Clairin.\n   La porte s'ouvre. Un valet de pied annonce : Monseigneur.\n   Grégory s'arrête, étourdi. Christine s'est levée et va vers lui, puis, très\nsimplement :\n   — Qu'avez-vous, Monsieur?\n   — Moi, rien, cette toilette, cette heure tardive...\n   — Me reprocherez-vous de vous avoir attendu, mon cher ami?\n   — M'en croyez-vous capable, Christine? surtout lorsque je vous vois si\nroyalement belle.\n   — Voilà un compliment que je mets dans le coffret aux objets rares;\nmais, ma foi, je crois vraiment, ajouta-t-elle en riant, que nous marivau­\ndons; puis, frappant le bouton d'un timbre, elle se rassit : Jean, dites qu'on\nm'apporte de quoi faire le thé, puis prévenez les gens qu'ils peuvent se\nretirer, je n'aurai plus besoin de personne.\n   Pendant ce temps, Grégory griffonna quelques mots pour avertir la\nbande joyeuse qu'on n'eût pas à compter sur lui pour le lendemain.\n   Lorsque le thé fut prêt, Christine indiqua du doigt un siège, plus bas que\nle sien, à son mari; puis, s'étant à demi couchée sur le divan, laissant voir\nson pied nu dans une mule faite de mailles d'or, elle regarda le duc.\n   Celui-ci la regarda de même, ébloui, stupéfait, presque timide devant\ncette femme qui était la sienne, et qu'il ne pouvait reconnaître. Il ne retrou-\n"}, {"page_pdf": 492, "texte": "                                 — 449 —\n\nvait plus la jeune fille restée jeune fille malgré le mariage; une autre lui\napparaissait, transformée, superbe.\n   — Je vous écoute, Madame, prononça-t-il.\n   — Voici, mon cher maître, je voudrais simplement savoir si vous avez\nune ou des maîtresses. Oh ! ne répondez pas non, par galanterie d'époux.\n Je vous assure qu'un oui n'ôtera rien de l'affection et du respect que j'ai\npour vous. Vous êtes libre de chercher dehors ce que vous ne trouvez plus\ndedans; vous m'avez épousée sans amour et je me suis donnée sans foi ni\nconscience ; vous êtes donc bien libre et Dieu me garde d'invoquer un titre\nd'épouse, qui n'est ratifié par aucune loi sérieuse, pour vous rendre la vie\ndésagréable par des récriminations dignes des gens de peu. Les épouses\ndélaissées ne sont acceptables que dans les tragédies, et cela ne se lit même\nplus. Vous avez donc des maîtresses; votre silence le dit; merci de votre\nfranchise. Ces femmes, vous ne les affichez pas, et vous restez le vrai gen­\ntilhomme que m'a donné ma mère. Je ne vous blâme pas ; seulement, si\nvous vous êtes fait libre, je veux faire de même.\n   — Qu'est-ce à dire, Madame? dit Grégory avec un mouvement de\nrévolte.\n   — C'est à dire que si vous prenez à gauche, je désire prendre à droite, en\nsorte de ne pas nous heurter l'un à l'autre.\n   — Et peut-on vous demander ce que vous comptez faire... à droite?\n   —• Non, dit-elle presque durement, je ne cesse pas de m'appeler la\nduchesse de Perriane, Monsieur, et cela doit vous suffire. Une femme\ntrompée prête parfois à la pitié. Oh! je ne parle pas pour moi qui n'ai\npoussé de sanglots que sur une petite tombe. Un homme trompé prête\nau ridicule, et, je vous le répète, je porte votre nom.\n   — Continuez, Madame, je vous écoute toujours, dit Grégory d'une voix\naltérée, votre conclusion approche. Ce que vous voulez, c'est la sépara­\ntion...\n   — De corps, en effet. Il ne faut pas qu'un caprice puisse vous ramener\nun beau jour à moi, et que j'aie le post-scriptum de vos amours joyeuses.\nMême un caprice serait chose flatteuse pour votre humble servante,\nMonseigneur, si celle-ci n'avait le malheur de n'être née ni servante ni\nhumble. Voulez-vous me donner votre parole?\n   — Et si je refuse?\n   — Je vous retirerai ce qui vous reste de moi : mon amitié et mon\nestime.\n   — Et si je vous aime encore?\n   — Ce ne serait peut-être pas si. bête, mon cher, mais ce serait un peu\n"}, {"page_pdf": 493, "texte": "                                  — 450\n\ntardif et, vous savez, lorsque l'on a attendu trop longtemps à un rendez-\nvous, on s'en va. Non, décidément, prenez à gauche, Monsieur le duc,\n   — Qu'il soit fait comme il vous plaira.\n    — Maintenant, voulez-vous une tasse de thé?\n    Christine prit le samovar et versa dans une coquille de Saxe, en laissant\nvoir son bras nu, plus blanc que son peignoir, et sur lequel éclatait, pour\nle rendre plus albe encore, le velours pourpre de son bracelet. Sous\nl'étoffe, le duc la devina presque nue, et une bouffée de désir lui monta au\nvisage.\n   — Vous êtes belle, murmura-t-il.\n   — Mais oui, mon frère, riposta-t-elle en souriant avec candeur. Ah ! j'ou­\nbliais de vous dire, dans quelques jours je pars pour le château de Marie-\nà-la-Bruyère où ma mère a bien voulu tout ordonner pour mon arrivée.\nJ'espère vous y voir à l'époque des traques ; d'ailleurs, vous serez prévenu\npar une invitation, ainsi que nos amis. Nous nous reverrons avant mon\ndépart, n'est-ce pas, Monsieur le duc?\n    — Je suis à vos ordres, Christine.\n    — Bonsoir alors.\n    Elle tendit sa main à baiser et, d'un pas lent, passa entre Grégory et la\nlumière qui, sous la finesse de son vêtement, laissa transparaître son corps\nde statue ; puis elle sortit avec un sourire de sphinx.\n    Le duc resta seul, étourdi, médusé, ne sachant ce qui venait de se passer,\ncet éclair qui traversait sa vie et le frappait en pleine poitrine...; il était\ntrois heures et demie du matin ; le petit jour, traversant les rideaux, fit\njaunir la lumière vacillante des bougies. Grégory éteignit les girandoles, fit\nglisser sur leurs tringles les rideaux des fenêtres, qu'il ouvrit toutes grandes.\nL'air frais de l'aube entra en flot dans la chambre et baigna le front de\nGrégory. Celui-ci s'accouda à la fenêtre et regarda. La rue était presque\ndéserte ; une charrette pleine de légumes passait avec un roulement lourd ;\ndans le lointain brâma le sifflet d'une locomotive, puis tout retomba dans\nle silence.\n\n\n                                      VII\n   Cette soirée fut inoubliable pour le duc de Perriane. Sa femme lui échap­\npait par sa seule volonté, lui rendant presque du dédain en échange de son\nindifférence rarement coupée de sollicitude. Elle se reprenait en froissant\nl'orgueil du duc par sa clairvoyance froide, et celle qu'il avait crue de pâte\nmolle s'était laite de marbre par la pensée comme par le corps.\n"}, {"page_pdf": 494, "texte": "                                  -   451    -\n\n\n   L'été passa. Seul, recevant de loin en loin de Christine une lettre aussi\nbanale que courte, où elle mandait au duc ce qu'elle faisait au château de\nMarie-à la-Bruyère, ainsi que l'état de sa santé, Grégory s'ennuya.\n   Avec d'Astor, il parcourut les plages, n'y rencontrant que l'éternel monde\ndes salons, toujours factice et toujours insupportable, pour ne s'arrêter\nqu'à un petit port de mer quasi inconnu dont une seule auberge garnissait\nun semblant de digue. Là, dans la solitude, il se replongea plus avant\nau cœur de ses anciens spleens. La mer immense l'enveloppa de ses grandes\ntristesses. Le soir, souvent, elle brillait comme un désert de feu pâle, et, dans\nle sable mouillé, les pieds laissaient une trace lumineuse que lavait l'écume.\nL'horizon s'enfonce dans la nuit, et l'on n'entend qu'une grande plainte\nqui s'éloigne, approche, décroît encore, pour se changer en longs sanglots.\nLa pointe brillante d'un phare apparaît au loin, mais les vagues submer­\ngent l'étoile et l'obscurité sans borne pleure, et pleure toujours. Sous ces\neaux nocturnes roulent, parmi les débris de navires, les corps décomposés\ndes matelots que la mort a cueillis dans les naufrages, et la vie des algues,\net la vie des mystérieux polypes remue ces restes sans forme, s'incruste\nà leurs membres, couvre l'horreur funèbre d'une végétation qui s'agite\ndoucement aux remous. L'Océan rêve le soir ; plus une carène ne ride ses\nétendues et ne déchire ses lames ; il rêve qu'il couvrira la terre, qu'un jour\nses marées auront la force de s'étendre, qu'il ira plus loin, plus loin encore,\npour augmenter sa nourriture d'hommes et de choses; immense, il rêve\nd'être seul immense\n   Devant la mer, Grégory songea ; le passé, toujours le passé monta en lui\ncomme montent les vagues aux piliers moussus des estacades.\n   L'image de Lysiane lui apparut de nouveau, mais fondue à présent à\ncelle de Christine. Sur le même costume, il voyait tour à tour deux têtes,\naux traits alternatifs, si bien que parfois elles n'en faisaient plus qu'une, sur\nlaquelle il hésitait à mettre un nom. Tantôt c'était le regard étourdissant\net noir de Lysiane, que rencontrait le regard de son rêve, tantôt l'œil lim­\npide de la duchesse.\n   Lorsque les premières feuilles de l'automne commencèrent à tomber dans\nles bois, et que la mer prit les teintes vertes des premières tempêtes, Gré­\ngory reçut de Marie-à-la-Bruyère une lettre affectueuse lui disant que tout\nétait prêt pour le recevoir et qu'on l'attendait s'il avait le désir de se mêler\naux grandes chasses. Mal accoutumé à n'être plus, quoique d'après son\nacquiescement même, qu'un étranger que les questions d'intérêt seules\nliaient à sa femme, il eut un mouvement de colère en recevant cette sorte\nd'avis à venir ou à ne pas venir, auquel ne se joignait rien de plus que des\n"}, {"page_pdf": 495, "texte": "                                  — 452 —\n\nmots d'amitié respectueuse. Le désir de revoir Christine l'emporta. Il\npartit.\n\n   Lorsque l'on descend, à quelques minutes d'Anvers, à la petite gare\nd'Eeckeren, on a devant soi une longue route plantée de chênes d'Amérique,\net bornée, à droite par une immense étendue de bruyère, à gauche par les\nchamps. La drève est poussiéreuse; les charrettes et les batteries d'artillerie\ny ont creusé de larges sillons. Si l'on continue, on dépasse bientôt le village\nde Brasschaet, et, avant d'arriver aux campements militaires dont on entend\nrésonner au loin les claironnades, on trouve à sa droite un village de\nquelques maisons; c'est Maria-ter-Heyden [Marie-à-la-Bruyère). Derrière\nles fermes qui le composent s'épaissit un vaste bois de sapins dont les odeurs\nbalsamiques parfument l'air, et au delà, l'on tombe sur une allée semée de\ngravier qu'ouvre une haute grille en pur style Louis XIV. C'est l'entrée du\nchâteau de Silvère.\n   Vaste et lourd, avec son principal corps de bâtiment terminé en dôme et\nses deux ailes massives, la demeure baronale porte vigoureusement ses deux\nsiècles. On y entre par une large porte à triple arcade, et l'on se trouve dans\nun vestibule de marbre blanc où des colonnes corynthiennes alternent avec\ndes médaillons portant les douze signes du zodiaque copiés sur ceux qui\nornèrent, sous le Roi-Soleil, le pavillon de Marly. S'ouvrent à droite et à\ngauche, à hauteur de quatre marches d'escaliers, par des petites portes, les\nsalles de réception dont des cheminées énormes forment le principal motif\ndécoratif. Au dessus des portes, des panneaux du temps, aux couleurs\nambrées par la patine; ou bien encore des sculptures en bois représentant\ndes attributs champêtres, gerbes, fléaux, guirlandes, harmonieusement\ngroupés. Partout des armoiries où abondent les fleurs de lys du Roy. Des\ntableaux de Claude Lorrain, de Lesueur et de Poussin se mêlent, dans les\ngaleries, aux oeuvres modernes, deux Stevens, un Verwée, deux Ingres, des\nCorot, des Courbet, une reproduction en bronze du Milon de Crotone de\nPierre Puget, un buste de Christine de Silvère à seize ans, par Car­\npeaux.\n  Lorsqu'il arriva au grand trot des chevaux que l'on avait envoyés, attelés\nau break, à sa rencontre, le duc qui voyait pour la première fois le domaine\nde sa femme, — ou plutôt celui de la baronne de Silvère, qui devait le laisser\nplus tard à Christine, — Grégory fut émerveillé.\n  Dans l'encadrement de la porte monumentale, la jeune duchesse atten­\ndait. Elle était vêtue d'une robe collante en velours noir frappé, sans\naucune garniture ; les bras nus portaient encore le bracelet rouge et les\n"}, {"page_pdf": 496, "texte": "                                  — 453 —\n\ncheveux relevés en une torsade japonaise piquée de longues aiguilles de\ncorail; LA TOILETTE EXACTE QUE PORTAIT LA COMTESSE LYSIANE DE\nLYSIAS A LA PREMIÈRE REPRÉSENTATION D'Hérodiade.\n    Coïncidence bizarre et bizarre caprice, pensa Grégory, troublé par cette\nsorte d'avatar qui lui rendait Christine plus captivante encore que le jour\noù ils avaient rompu.\n    — Eh bien, duc mon époux, vous serez donc toujours ahuri en me\nvoyant. Je ne vous connaissais pas si timide.\n   — Eh, madame, si l'admiration me retient le verbe! Savez-vous bien,\najouta-t-il plus bas, que je regrette ma parole.\n    — Tu ne mangeras pas le fruit de l'arbre de la science, et aussitôt le\npremier homme eut envie d'en manger...\n   — Envie oui, mais il en mangea...\n   — D'accord, mais il s'en repentit.\n    — En êtes-vous bien sûre, châtelaine, riposta le duc en riant.\n    — Certainement, dit-elle d'une voix grave.\n    Le premier repas au château de Marie-à-la-Bruyère              fut absolument\njoyeux. Une dizaine de chasseurs, parmi lesquels les trois intimes de Gré­\ngory, quelques dames, et comme présidente la baronne de Silvère, ayant\nen face d'elle Christine, resplendissante et reine, en faisaient les convives.\nLa jeune femme se livra ce soir-là tout entière à une adorable gaîté. Sans\nregarder le duc plus que tout autre invité, elle suivait dans son attitude la\nsurprise des découvertes qu'il faisait de minute en minute. Car vraiment il\nla découvrait, comme certains Parisiens, après trente-huit années de boule­\nvard, découvrent un beau matin le Louvre. Cette femme était la sienne — et\nil la voyait pour la première fois ; elle lui appartenait — et il avait renoncé\nà elle; il allait l'aimer, il le sentait, — et ni sa richesse, ni sa beauté, ni sa\nforce, ni son esprit ne pouvaient enlever cette forteresse défendue par la\ndésillusion !\n    Jacques d'Astor aussi regardait avec attention Christine, mais, chez lui,\nc'était avec le regret de ne plus revoir la jeune fille qu'il avait espérée\nnaguère et dont les traits virginaux s'étaient gravés en lui. On lui avait\nrepris la petite fiancée de son rêve... Puis, intérieurement, il se fit un geste\nqui devait signifier : Après tout, tant mieux!\n    Lorsqu'on se leva de table pour passer dans le salon, Grégory offrit son\n bras à la baronne de Silvère, tandis que Jacques offrait le sien à la\nduchesse.\n    Celle-ci distribua elle-même les tasses de café, que lui présentait à mesure\nun laquais. Lorsqu'elle arriva au duc :\n                                                                         28\n"}, {"page_pdf": 497, "texte": "                                   — 454 —\n\n   — Un, deux ou trois morceaux de sucre, dit-elle en souriant.\n    — Quatre, dit-il, cela vous prendra plus de temps! Je suis fier, ajouta-t-il\n à demi-voix, d'être le duc d'une duchesse comme vous.\n   — Le duc, non le dux.\n   — Vous parlez latin à présent?\n   — Pour vous je fais encore des sacrifices !\n   — Si aussi pour moi vous braviez l'honnêteté.\n    — Des cendres, des cendres, Monsieur de Perriane.\n   Et elle lui tourna le dos.\n    Lorsque l'on se sépara, Christine fit conduire les invités à leur apparte­\n ment. Votre chambre est à gauche, on va vous y conduire, dit Christine à\nson mari.\n   — Et la vôtre, à droite, sans doute?\n   — Sans doute, répéta-t-elle froidement.\n   Un pas se fit entendre dans le grand escalier, c'était la baronne de Silvère\nqui remontait vers ses appartements. Elle se rencontra avec Christine, qui\nla suivit.\n   La châtelaine de Marie-à-la-Bruyère n'avait pas perdu de vue un seul\ninstant la transformation double de sa fille. Femme, et de toute perspica­\ncité, elle avait vu se consommer l'éloignement des deux époux et comprenait\nvaguement pourquoi Christine s'était ainsi faite libre. « Le duc a gagné la\npremière manche, se dit-elle, et perdu la deuxième; c'est qu'il a mal joué;\navec une femme, ou l'on ne joue pas mal, ou l'on ne prend pas les cartes.\n   « Tu as été charmante, ma chérie, dit-elle à sa fille, lorsque toutes deux\nfurent entrées dans la chambre de la baronne, et ton mari a dû être fier.\n   — Tu crois? fit vivement Christine, tandis que sa mère souriait.\n   — Mais oui, je crois, il te lançait des regards! j'ai cru revoir le baron\nquand je lui disais des impertinences.\n   — Tiens, je n'ai pas vu !\n   — Que si ! ton petit doigt te racontait tout cela ! Tu organises ton til­\nde campagne, comme Messieurs les artilleurs du camp, et tu pointes tes\nbatteries. Ecoute-moi et crois-moi, tire juste, mais tire vite, ou le but\ns'ennuiera de rester en place.\n   — Je ne te comprends pas.\n   — Cela ne fait rien, ton oreiller t'expliquera mon bavardage. Bonsoir,\naimée.\n   Et la baronne eut un petit rire moqueur, en mettant la duchesse à la\nporte.\n"}, {"page_pdf": 498, "texte": "                                  — 455 —\n\n\n\n                                    VIII\n\n   Pendant tout le séjour de Grégory au château de         Marie-à-la-Bruyère,\nl'attitude de Christine ne se démentit pas. Sans qu'il pût s'en douter, elle\nsurveilla le duc qui, de jour en jour, se courbait sous sa domination pas­\nsionnée. Elle le traitait avec plus de sollicitude que ses autres invités, sim­\nplement par convenance, en lui faisant sentir discrètement que cette conve­\nnance était le seul mobile de ses attentions. Elle fut tellement habile que,\npas une minute, il ne put se douter d'une stratégie de femme. Rentrée dans\nsa chambre, souvent Christine se jetait sur son lit, sanglotante, avec la\ncrainte de se trahir et la douleur de ne pas vouloir se donner à cet homme\nqui revenait vers elle, brûlant, superbe dans sa passion d'amant, et dont\nl'œil fiévreux la poursuivait dans ses nuits énervantes.\n   Mais elle voulait écraser sous elle la Lysiane, et sa volonté lui rendait le\nmatin ce visage indifférent et calme qui semblait ne la jamais quitter.\n   L'hiver approchait ; l'air glacé passait librement à travers les branches\ndénudées des arbres et le vent soulevait le lit des feuilles jaunes qui déjà\njonchaient le sol; un à un, les chasseurs déposèrent leurs fusils dans lès\nrâteliers et prirent congé de la châtelaine. En octobre, la duchesse de\nPerriane proposa au duc de rentrer en ville. Celui-ci ne demandait pas\nautre chose. Sur le terrain de la capitale, le sien, il lui sembla qu'il serait\nplus fort, que les grands feux d'hiver amolliraient et fondraient la glace\namoncelée au cœur de Christine ; mais, quelques heures après son arrivée,\ntoutes ces espérances furent, une fois de plus, déçues. La jeune femme con­\ntinua d'exiger qu'il annonçât ses visites et que celles-ci fussent aussi courtes\nque celles d'indifférents. Lorsqu'elles se prolongeaient, la duchesse rompait\nla conversation, d'un mot très froid, et se retirait en prétextant quelque\ncourse.\n  Sans paraître coquette, elle déploya toutes ses séductions ; sa mise tou­\njours étonnamment simple, répudiait les bijoux et les broderies; elle seule,\nsa beauté, voulait avoir tout le rayonnement, ne rien devoir aux artifices\nde la mode, cet opportunisme de l'étoffe, comme l'appelait d'Astor.\n   Le soir, à l'Opéra, elle recevait dans sa loge, comme dans son salon, les\njeunes gens de l'aristocratie qu'avait attirés, comme les phalènes une lampe,\nson charme élégant. Pendant les entr'actes, des discussions artistiques,\ndans lesquelles jamais Christine n'eut le dessous, s'engageaient à propos\nde la musique exécutée, du dernier Salon, du livre paru.\n   Pas une solennité artistique n'eut lieu sans que la duchesse Christine s'y\n"}, {"page_pdf": 499, "texte": "                                   — 456 —\n\n trouvât, toujours simplement vêtue, mais révélant, par une allure inimi­\n table, l'élégance originelle des Silvère.\n    Elle lisait beaucoup ; en quelques mois, son éducation littéraire s'était\n faite. Après les grands romans et les « purs chefs-d'œuvre » classés parmi\n les choses problématiques qu'on « a lues », Christine avait suivi pas à pas\nla piste des tendances nouvelles. Des idylles romanesques du romantisme,\nde Mme de Staël, Chateaubriand et Georges Sand, elle tomba brusquement\nsur les « réalistes ». Quelques livres surnagèrent en elle de ce fleuve d'encre:\nLa Curée, Charles Demailly, Une vieille maîtresse, Ce qui ne meurt\npas, Les Fleurs du mal\n    Le mystère entra lentement en elle ; comprendre, comprendre davantage\nencore, cueillir et disséquer Ces fleurs morbides à la sève empoisonnée,\nanalyser les venins de la vie pour les faire servir dans la composition du\nphyltre d'amourqu'elle devait joindre à sa royauté physique!\n    Aux ouvrages d'art maladif, succédèrent les livres interdits. Avec une\npatience interrompue de révoltes, Christine rechercha les œuvres érotiques\npubliées sous le manteau. Le marquis de Sade lui livra Justine, Alfred de\nMusset Gamiani, Henri Monnier Tit Chat. Plus d'une fois, elle se sentit\nmordue à la chair et le sang remué par les descriptions obscènes, mais\ntoujours la race pure des Silvère dominait en elle, et si ses yeux étaient\nplus cerclés et plus phosphorescents, à l'évocation des anormes qu'étalaient\nces auteurs, avec une complaisance raffinée, elle éprouvait aussitôt une\nréaction de volonté puissante et despotique. Lorsque, seule dans sa vaste\nchambre aux lourdes tentures, elle se dévêtait, ayant encore, imprégnée en\nl'imagination la dernière lecture interrompue, elle chassait d'un geste les\nscènes fatales, écartait l'excitation charnelle, et s'endormait n'ayant dans\nl'âme que la reconquête au prix de laquelle était cette lutte vaillamment\nengagée entre les sens frémissants et le cœur torturé.\n   Des nuits, Christine se réveillait brusquement, au moment de succomber\naux baisers calcinants du rêve. Des couples enlacés avaient surgi, râlant et\nmeurtris'par les morsures, des orgies byzantines inventées par les auteurs\ndémoniaques s'étaient élevées dans la volupté des nuages, des accouple­\nments étranges où les membres en nœuds de serpents faisaient songer à\nquelque lutte inouïe s'étaient roulés dans son cauchemar...\n   Alors, dans la lueur tendre de la veilleuse, l'Initiée se levait, droite, les\ncheveux déroulés sur la blancheur du linge, et, les yeux fixes, largement\nouverts, regardait devant elle, quelque point brillant qui l'hypnotisait.\nL'heure tintante la sortait de son immobilité ! Elle baignait son front dans\nl'eau parfumée d'iris, allumait un candélabre et lisait pendant quelques\n"}, {"page_pdf": 500, "texte": "                                  — 457 —\n\ninstants quelques versets printaniers de la Bible ou des fragments des\nVédas traduits en une langue na'ive et apaisante.\n  Puis la duchesse Christine de Perriane s'endormait, calme et le sourire\naux lèvres.\n\n                                      IX\n   Depuis six mois Grégory n'a revu sa femme que par hasard, à de\nlongs intervalles, au théâtre ou aux moments où la duchesse allait sortir.\nLe découragement l'a pris devant l'impassibilité de Christine qu'il\nn'espère plus conquérir, et, ballotté entre ses deux passions, la volupté\npassée et toujours présente, et le désir exaspéré par la froideur, il tente\nd'oublier. Fréquentant les petits théâtres, les cafés, les recoins nocturnes\noù il est sûr de ne pas retrouver ses tortures, il en arrive à fuir jusqu'à ses\namis.\n   Etre seul, lorsque le soir tombe. Etre seul, se regarder souffrir, être son\npropre miroir qui vous renvoie l'image des plaies qu'on sent toujours\nouvertes, scruter le passé, en disant : je regrette, et ne pas oser voir le futur\nen murmurant : j'espère ; se dire : demain je roulerai la même vie et la\nmême brise fade m'emportera dans son voyage; j'ai la richesse, j'ai toutes\nles amours et ce que je veux, ce dont je souffre, c'est ce que je n'aurai point.\nL'irrémédiable se dresse entre l'heure qui vient de sonner et celle qui va\nsuivre, et d'autres heures suivront et d'autres encore. Garçon, un rhum!\n   Que me reste-t-il? toujours le dégoût, la fatigue, la soif de quelque chose\ndont je ne serai jamais étanché, la faim d'une nourriture interdite et perdue.\nCe mendiant, brute qui regarde par la porte entr'ouverte et fait semblant\nde souffrir, le pauvre, parce qu'il n'a pas mangé! Moi non plus je n'ai pas\nmangé... Versez encore, garçon. Il faut que je parte, mes jambes sont\nlourdes... un bain de pied, sacrebleu! C'est cela... combien?... Voilà...\nc'est bon...\n   Elle était belle en noir, elle était belle en blanc, c'est ma femme ; drôle !\noh! oui, pour drôle!... Et Lysiane drôle aussi... toutes les deux ensemble,\nce serait cocasse... Eh! cocher! rue Montoyer, n° 23A. Ouf! je suis éreinté...\ndéjà deux heures... qu'est-ce que ça me fait... Je dors... cré cheval!...\n   Ah! ah! bon nous... y... sommes... combien... tenez... bonsoir... Le\ntrou, nom d'un... le trou... voilà... quel éreintement, mes frères ! L'escalier\nse moque de moi... je t'aurai... je t'aurai... eh! la rampe...\n   Grégory, duc de Perriare est ivre-mort.\n   Etendu dans un fauteuil, il s'est endormi, la respiration sifflante, les\n"}, {"page_pdf": 501, "texte": "                                  — 458 —\n\nmembres lourds, sans force. Le gilet ouvert, la tête renversée, il a une\npâleur de cadavre, d'homme assassiné brusquement pendant une sieste.\nLa lumière seule de la lune, à demi voilée par les rideaux, éclaire ce visage\nfatigué où la souffrance a mis un pli d'amertume. Tel, le duc est beau\nde toute la beauté que donne la vie brûlante aux tempéraments d'élite.\nSon origine a réagi contre toutes les tempêtes et sa vigueur surmonté toutes\nles batailles. En ce moment, les cheveux noirs rejetés en arrière laissent\nvoir son large front coupé d'une ride profonde; les yeux clos et cernés, les\nmains aristocratiques, pendantes et allongées sur les bras du fauteuil, il\nconserve dans la léthargie de l'ivresse son grand air noble.\n   Une porte s'ouvre, un rais de lumière glisse, se déplie en nappe d'or, et,\nsur la pointe des pieds, Christine entre. Elle prend un tabouret, puis,\nassise, regarde longuement l'homme endormi. Une odeur d'alcool se dégage\nde la respiration haletante de Grégory. La jeune femme n'éprouve point de\ndégoût, aucun geste n'indique même qu'elle s'en aperçoive; après être restée\nlongtemps devant son mari, elle prend une carafe, verse de l'eau dans un\nverre qu'elle dépose sur un guéridon, y ajoute quelques gouttes de vinaigre\nparfumé, puis elle sort comme elle est venue.\n   Lorsqu'il se réveilla, le lendemain très tard, sans que personne eût inter­\nrompu son pesant sommeil, Grégory se demanda où il se trouvait ; peu à\npeu il reprit ses sens, se vit débraillé, sentit sa bouche pâteuse, aperçut le\nverre à portée de sa main et but avec avidité. Puis, il se souvint : la nuit\npassée à boire, le fiacre, la lassitude. Mais ce verre, qui l'avait déposé là?\nLe duc passa dans sa chambre, y fit sa toilette, et, appelant son valet de\nchambre :\n   — Dites-moi, la duchesse est-elle sortie?\n   — Oui, Monseigneur.\n   — Ah! est-ce vous qui avez déposé un verre d'eau aromatisée dans le\npetit salon ?\n   — Non, Monseigneur !\n   — Personne n'est entré dans ce salon avant que vous n'alliez dormir?\n   — Je me suis couché le dernier comme toujours, Monseigneur, et j'ai\nfait la ronde des appartements ; il n'y avait pas de verre d'eau dans le petit\nsalon, je l'aurais remarqué.\n   — C'est bjen, merci.\n   C'est elle, murmura-t-il. Elle m'a vu gris comme un laquais. Elle!\n"}, {"page_pdf": 502, "texte": "                                 — 459 —\n\n\n                                     X\n\n   On est au grand complet, au Scotch tavern. De Perriane, de Leuze, van\nSteen, d'Astor, Panpan et la Grande Lucy. Celle-ci exulte; on l'a engagée\npour doubler Nakahira, la charmeuse de serpents, dans le Tour du Monde,\net, méditant son costume, qu'elle veut chic à tout rompre, parle peu. La\nsoirée va finir.\n   — Quelqu'un sait-il ce qu'est devenue la mystérieuse dame de Rouge-\nCloître? interroge Panpan.\n   — Grégory la regarde avec dureté.\n   — Allons, fait d'Astor, tu vas encore changer ce bonhomme-là en saule.\n   — Bah! tu l'aimes donc toujours, Grég?\n   — Fiche-moi la paix, la comtesse Lysiane n'est pas ma maîtresse, je\npense!\n   — N'est plus...\n   — N'est pas, c'est dit ; vous savez que j'ai horreur qu'on blague Mme de\nLysias !\n   — Parfait, mon prince ! à propos, les autres, avez-vous vu la toilette de\nMme Courtray aux courses ? Etonnante ! Jaune, des bottines au chapeau,\navec des bouquets de coquelicots partout; il ne manquait que le perchoir.\nIl paraît que son « passant » aime ça. Histoire de raser le mari ! Les femmes\ndu monde ne devraient jamais s'habiller sans nous avertir. Ce n'est que\nlorsqu'elles ont nos toilettes qu'on leur confierait son fils.\n   — Oh! vous pouviez bien parler de modes, fit de Leuze; à peine en\navez-vous trouvé une qui n'est pas trop ridicule, que vite on vous la\nchange. Il se fait deux camps : celui des femmes bien faites qui se désha­\nbillent dans les fourreaux unis et celui des mal-fichues qui se barricadent\n derrière les poufs. Il n'y a encore qu'un genre de robes intelligent : celles\nqui s'enlèvent le plus vite.\n   — Oh! profane qui ne connais pas les finesses des préliminaires!\n   — Ta, je ne lis jamais les préfaces, et j'adore la table des matières.\n   — Rustaud !\n   — Byzantin !\n   — Eh bien! fit Grégory, va pour Byzantin. Je ne sais pas trop pourquoi\n on accable d'un beau mépris honnête les raffinements que nous mettons\n dans nos amours. C'est anormal, mais que diable est normal? En amour il\n n'y a qu'une chose sotte et anormale et contre nature si vous voulez, c'est\n de se dégoûter soi-même. Il est contre nature de manger trop et l'indigestion\n"}, {"page_pdf": 503, "texte": "                                    - 460 —\n\nvous l'affirme, de boire trop : on déborde, mais mon corps est à moi, mais\nle corps de la femme qui se donne est à moi, et j'en use comme il me\nplaît, sans consulter un code quelconque qui me prescrirait d'aimer...\nd'équerre.\n   — Voilà Grégory lancé.\n   — C'est vrai aussi, je me mets en fureur, quand j'entends de braves gens\ncrier au bas-empire et à la débauche, lorsqu'on s'aime autrement que pour\ncréer de petits misérables qui n'avaient rien fait pour ce piètre service. Un\nmauvais livre est un livre mal écrit. Le livre de l'amour, je puis l'écrire à\nl'envers, de la main gauche ou avec le gros orteil; le tout est de le bien écrire\net il n'y a que deux juges à cela : moi... et elle.\n   — Bravo, Grég, cria Lucy en frappant des mains, nous essaierons,\nveux-tu ?\n   — Lucy, vous êtes inconvenante comme une jeune fille. Je me retire.\nBonsoir, les amis.\n   — Bonsoir, Grég.\n\n   Le duc s'était résigné. La première fois qu'il avait revu Christine après\nla scène du verre d'eau, elle lui avait tendu la main avec plus de cordialité\nque de coutume, et cette nuance seule, qu'il prenait pour de la pitié, le fit\nrougir. Il évita de se rencontrer avec sa femme qui, chaque fois, le troublait\net l'attirait davantage ; la fascination de la duchesse, toujours plus forte, le\njetait dans des spleens noirs qu'il passait plusieurs jours à secouer; pendant\nces périodes, il ne voyait qu'elle, ne sentait qu'elle, sa main fine le frôlant,\nson parfum pénétrant qui le poursuivait; vis-à-vis d'elle, le côté stupide de\nsa situation l'exaspérait; il voulait alors s'étourdir, cherchant un dérivatif,\net ne trouvant rien que les amours banales dont il avait pourtant l'irrémis­\nsible dégoût.\n   Lysiane, Lysiane seule eût ranimé sa vie, et cinglé de lanières ses lassi­\ntudes.\n   La revoir après deux ans, la revoir, seule, ressaisir dans une intonation,\ndans un geste, cette femme-énigme qui, en le rejetant, l'avait conduit à cet\nécœurement de toutes choses, qui lui faisait traîner sa vie comme une\ncharrue trop lourde.\n   Bien des fois il avait songé à cette visite.\n   Il s'était dit : « J'irai et je lui parlerai, et je la reprendrai », et chaque\nfois une grande crainte l'avait saisi à la gorge de revenir de Rouge-Cloître\nplus dédaigné, plus amoindri, n'ayant même plus ce reste d'espoir, qui\nétait sa dernière lueur !\n"}, {"page_pdf": 504, "texte": "                                 — 461 —\n\n   L'obsession persista. De loin, une voix passionnée l'appeiait avec des\nintonations étranges, irrésistibles. C'était comme un appel entendu dans la\ndistance et qui, de proche en proche, décroissait en ineffable douceur. La\nvoix sanglotait en roulant à travers les vents, par delà ce bois de Rouge-\nCloître dont le nom seul évoquait la couleur du sang qui bouillonne et la\nvolupté qui s'enferme.\n   — Vous ferez atteler le coupé, dit un soir Grégory à son valet de\nchambre, je vais à la campagne.\n   La décision était prise. Il serait mal reçu, découragé, raillé par Lysiane,\nmais il la reverrait, il puiserait dans sa seule vue un renouveau de souve­\nnance, et après? après, au plus profond il tomberait, moins il y verrait\nclair !\n   Christine parut : Je ne vous savais pas là, Monsieur, dit-elle, je me\nretire.\n  — C'est moi qui me retire, Madame, on attelle, je vais à la campagne...\n   — À la campagne par ce froid de novembre !\n  — ...Et je ne rentrerai peut-être que demain. Vous n'avez rien de parti­\nculier à me dire ?\n   — Absolument rien, répondit-elle.\n\n\n                                     XI\n\n   Il fait froid. Les feuilles sont tombées. Le bois est désert. Sur la route,\nla voiture roule avec un bruit dur. Il y a deux ans, presque jour pour jour,\nque Grégory a fait le même chemin pour la dernière fois. Comme aujour­\nd'hui, la gelée avait crispé les branches des arbres, et la forêt, comme\naujourd'hui, avait des crépitements de bois sec.\n   L'allée de Rouge-Cloître s'ouvre, avec sa double rangée de chênes, droits\ncomme des colonnes. Au bout, l'on aperçoit le château couvert de la verdure\nsombre des vieux lierres ; le duc regarde ; un phénomène bizarre se passe en\nlui; tout lui paraît autre; plus il approche, moins il palpite; il lui semble\nque ce n'est plus la même route et que le château est plus petit.\n   La voiture s'arrête ; il descend. On ouvre. Il gravit les marches de\nl'escalier dont les deux torchères niellées, sans flamme, ont perdu leur belle\nforme. Il entre ; la chambre haute dans son demi-jour n'a plus son ancienne\ngrandeur; le fauteuil de Cordoue est une contrefaçon, les Gobelins sont\nfaux. Dans l'âtre brûle un monceau de bûches. Grégory s'assied, attend,\ncontemple. Où est-il? Pourquoi vient-il ici? Tout est froid, tout est sombre\nen cette solitude, loin, très loin de ce qui vit, souffre et se lamente.\n"}, {"page_pdf": 505, "texte": "                                  — 462 .—\n\n     Au fond de la chambre, une lourde portière s'ouvre, une femme apparaît.\n Elle est vêtue d'un peignoir, une sorte de peplum en crêpe de Chine blanc\n rattaché à l'épaule par un camée rouge. Ses cheveux tordus sont piqués sur\n le haut de la tête par un peigne formé de gros grains de corail, et pour\n bracelet, elle porte au bras, nu jusqu'à l'épaule, un large ruban de velours\n rouge agrafé d'or.\n    — Salut à vous, duc de Perriane, dit Lysiane, avec un geste théâtral.\n    Ces seuls mots interdisent Grégory. La voix est presque inconnue ; la\n douceur en est envolée. On dirait entendre parler une statue.\n    — Bonjour, Madame. Il ne trouve rien à dire. La comtesse sourit, elle\n tient encore l'Homme.\n    — Vous revenez donc, comme les autres, pour voir, n'est-ce pas,\n continue-t-elle en s'asseyant; le mariage vous a traîné deux ans, oui... c'est\ncela... deux ans, c'est long. Êtes-vous heureux, Monseigneur?\n    — Oui.\n    — Vous prononcez mal...\n    — J'ai longtemps, toujours pensé à vous, Lysiane, ma vie est empoi­\n sonnée par votre souvenir, et je souffre, et j'ai voulu venir me donner du\n courage.\n    — Pauvre bête! dit Lysiane avec un vague sourire de triomphe; voilà\noù vous arrivez tous, vous cherchiez le sommeil et c'est le cauchemar qui\nvous est venu, le repos, et c'est la fièvre. Que voulez-vous que j'y fasse?\n    — Rien, dit-il, je vous vois, je suis sauvé.\n    — Bah!\n    — Je suis sauvé, et je vous remercie.\n    La comtesse se leva, sans comprendre. Pour la première fois, sa perspi­\ncacité resta muette. Elle était toujours belle, et plus troublante que jamais,\nson règne n'était point fini; comment cet homme lui parlait-il ainsi, glacé,\nl'œil calme, la main posée négligemment sur le bras de son siège, la regar­\ndant avec fixité, sans crainte, sans flamme?\n    — Adieu, fit-il, en se levant.\n    — Adieu.\n    Il se retira lentement, tandis que la comtesse restait debout, immobile,\nla gorge serrée, le corps froid.\n    Le duc rentra chez lui le soir même, brisé, décidé à en finir. La dernière\nillusion était écrasée, et avec elle sa vie s'évaporait en fumée sombre.\n    Lorsque la voiture s'arrêta devant l'hôtel, pendant qu'on ouvrait les deux\nbattants de la porte cochère, un rideau bougea imperceptiblement à une\nfenêtre du premier étage. Le duc monta dans son cabinet, ouvrit les tiroirs\n"}, {"page_pdf": 506, "texte": "                                 - 463 —\n\nde son secrétaire, et classa des papiers d'affaires, puis il sonna un domes­\ntique :\n   — La duchesse est-elle là ?\n   — Oui Monseigneur.\n   — Demandez-lui si elle peut me recevoir.\n\n\n                                    XII\n    La chambre de Christine de Perriane est vaste ; un large lit très-bas sur\nlequel retombent des rideaux en velours sombre broché de bouquets de lys\nblancs et de coquelicots en occupe le fond. Les murs sont tendus de satin\nfoncé dont les plis sont maintenus par des médaillons de David. Un divan\njonché de coussins prend tout le panneau principal faisant face à une\ncheminée blanche unie, dans laquelle s'incruste un large cadran d'émail\nrose. Une lampe descend du plafond par une tige de bronze noir autour de\nlaquelle s'enroule un serpent damasquiné de la gueule ouverte duquel\ns'épanouit une triple fleur de lys à langue de flamme. Sur un lutrin sculpté,\nune bible, et au pied, quelques volumes écroulés.\n    Christine est là, couchée sur le divan. Elle a vu revenir le duc, elle\n devine qu'il est retourné à Rouge-Cloître; il est demeuré trois heures\n absent. L'Initiée triomphe.\n    Superbe, elle se dresse ; ses grands yeux rayonnent de joie infinie. Sa\n haute taille moulée dans une cuirasse de satin noir semble grandir encore,\n elle se regarde, elle est belle, reine, maîtresse.\n     On annonce : Monseigneur.\n     C'est la première fois que, depuis un an, la duchesse reçoit son mari\n chez elle.\n     Grégory frissonne en la voyant ; tout le passé revient, ses angoisses, ses\n colères — et toujours ce désir qui lui brûle le sang.\n     — Madame, je vous trouble dans votre repos, pardonnez-moi. Ce sera\n la dernière fois. Je viens prendre congé de vous; je pars pour longtemps\n sans doute et je puis ne pas revenir ; il faut donc que nous réglions ensem­\n  ble les questions d'intérêt. Je vous laisse toute...\n     — Pardon, Monsieur, vous irez loin ?\n     — Très loin.\n     — Et je ne puis savoir...\n     — Merci pour cet intérêt que vous me portez; j'ignore moi-même où\n  j'irai...\n     — Mais on ne voyage pas ainsi, dit Christine en souriant doucement,\n"}, {"page_pdf": 507, "texte": "                                 — 464 —\n\nvoyons, puisque vous partez, donnez-moi la main, parlez-moi comme à\nune amie.\n   — Christine, murmura-t-il, je pars au pays où je ne vous trouverai pas,\ntrès loin, si loin que la fatigue me jetera brisé par terre — et que je m'en­\ndormirai!\n   — Grégory, vous souffrez, ami !\n   Elle dit cela d'une voix si basse que ce fut comme un souffle, tandis que\nlui, fou de désespoir, cachait sa tête dans ses mains, en sanglotant.\n   Christine disparut un instant derrière un rideau, et sous la lampe qui\ntrempait la chambre d'une lueur vacillante il ne resta plus que cet homme\nabimé par la vie.\n   Lorsqu'il leva de nouveau les yeux, Christine était devant lui, immobile,\nles yeux grands, humides de bonheur. Puis elle s'avança lentement, très\nlentement vers Grégory, enveloppant l'éperdu de son regard lumineux et\nbrûlant, dont l'éclat ressemblait à celui des étoiles d'automne ; tout le\ntriomphe et toute la joie rayonnaient au front de l'Initiée; au fond de la\nchambre, le lit semblait avoir entr'ouvert ses lourds rideaux, et, dans\nl'entrebaillement, un rayon de lumière glissa sur la blancheur du linge;\nChristine alla vers la porte, la ferma à double tour et jeta la clef dans la\nflamme d'or du foyer.\n                                                        MAX WALLER.\n\n\n\n\n                ESPOIR DE RÉVEIL\n     Ma Jeunesse est pareille à la Princesse pâle\n     Dont les Contes d'azur racontent le sommeil,\n     Qui garde, encor vivants, ses cheveux de soleil,\n     Mais semble morte avec sa robe nuptiale.\n\n     Ses yeux, ses tendres yeux, se sont clos tristement,\n     Quand elle s'est piquée au rouet d'or des strophes,\n     Et son corps s'est roidi sous l'ampleur des étoffes,\n     Et dans l'ombre elle dort, la Belle au Bois dormant.\n\n     Et pour s'apparier avec sa léthargie,\n     La chambre est tout en deuil dans du crêpe aux plis lourds,\n"}, {"page_pdf": 508, "texte": "                          — 465 —\n\nLes fleurs ont replié leurs ailes de velours\nEt les claviers ont tû leurs rythmes d'élégie.\n\nMais le prince d'Amour, le prince en pourpoint   vert,\nLe beau prince d'Amour attendu tant d'années,\nVa refleurir le rire à ses lèvres fanées\nEt ramener sa cour dans son palais rouvert !\n\nLors elle descendra de son lit de dentelle,\nSes pieds mêlant leurs lis aux roses du tapis,\nEt ses yeux lui riront, ses grands yeux assoupis,\nCar, tout en semblant morte, elle reste immortelle !\n\n                                    GEORGES RODENBACH.\n\n\n\n\n                LES ÉTALONS\n  La voix sombre du cor sanglote par la plaine,\n  Et voilà que soufflant au loin leur rouge haleine,\n  Passent, bardés d'orgueil implacable et d'airain,\n  Sous la splendeur de cuivre et d'or d'un ciel serein,\n  Les nobles étalons échappés aux mêlées !\n  On entend palpiter leurs crinières mêlées\n  A u fougueux claquement des larges étendards ;\n  Ils passent, chevauchés de robustes soudards,\n  Dont les yeux allumés sous les visières noires\n  Par l'allégresse immense et folle des victoires,\n  Bravent de leurs éclairs la braise des couchants;\n  Et voilà que leurs, pas d'acier foulent tes champs\n  Où le trépas a fait ses macabres semailles\n  De torses dégorgeant le flot de leurs entrailles,\n  De têtes, de caillots de sang, d'enfants ouverts,\n  De braves écrasés sous l'airain des hauberts,\n  Et les chevaux, grisés de triomphe et splendides,\n  Offrant leurs fronts de marbre et leurs poitrails rigides\n"}, {"page_pdf": 509, "texte": "                       — 466 —\n\nAu grand baiser de Jeu du soleil qui se meurt,\nEt perçant de leur voix terrible la clameur\nDu vaste champ de mort plein d'épouvantes nues,\nHennissent en tendant leurs naseaux vers les nues !\n                                    FERNAND SÉVERIN.\n\n\n\n\n                     P. P. C.\n          Dans un sachet plein de pralines\n          J'ai mis mon pauvre cœur d'amant,\n          Et je songe aux lèvres câlines\n          Qui le faisaient battre — ô maman !\n\n           Les yeux mouillés, je vous l'envoie\n           Avec un « Pour Prendre Congé ».\n           A y e z encore un brin de joie\n           A savoir le regret que j'ai.\n\n            Vous m'avez dit avec un reste\n           De pitié : « Soyons frère et sœur ».\n           Je m'imaginai la douceur\n           Inexprimable de l'inceste !\n\n           Mais c'était vraiment sérieux,\n           Vous n'aimiez plus votre fidèle.\n           O mon cœur! O mon pauvre vieux !\n           Saigne, saigne, et parle-moi d'Elle !\n\n           Les pralines teintes de sang\n           Paraîtront faites à la rose,\n           Mais je bénirai ma chlorose,\n           O mon inconstante, en pensant\n\n           Que rien ne bat dans ma poitrine,\n           Que tout y est mort désormais;\n           Grignotte, toi que tant j'aimais,\n           Jusqu'à la dernière praline !\n"}, {"page_pdf": 510, "texte": "                                  — 467 —\n\n                    Et voilà le cadeau moqueur\n                    Qui pose un lapin à l'idylle :\n                    Des bonbons au sang de mon cœur\n                    Et des larmes de crocodile.\n                                                        SIEBEL.\n\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\n  NOTES SUR LA L I T T É R A T U R E MODERNE, par FRANCIS NAUTET. (Première\nsérie.) Un vol. Prix : fr. 3-50. — VINGT CONTES NOUVEAUX, par FRANÇOIS COPPÉE,\n3« édition. Un vol, Paris, Lemerre. Prix : fr. 3-50. — N'A-QU'UN-ŒIL, par LÉON\nCLADEL. Nouvelle édition. Un vol. Paris, Charpentier. Prix : fr. 3-50.\n\n\n                                        I\n                                                        A FRANCIS NAUTET.\n\n               J'ai allumé les plus beaux cierges de la petite chapelle et sorti\n                 de son écrin de satin blanc l'encensoir des grands jours, pour\n                 célébrer le Salut à ton œuvre, mon brave, gros, vieux cama­\n                 rade ; que ceux qui ne sont pas contents lèvent le doigt, et\n s'en aillent, dans cette position bête.\n    Ton livre est excellent, voilà tout ce que j'ai à en dire pour compte-rendu.\n A présent, permets-moi de parler autour. D'ailleurs, tes Notes appartiennent\n désormais au public, et c'est tâche fort ingrate que critiquer de la critique.\n Je pourrais dire que je ne suis pas de ton avis sur bien des opinions litté­\n raires que tu affirmes dans ton oeuvre, mais cette divergence d'idées inté­\n resserait très peu les lecteurs de notre mère la Jeune Belgique, et je les en\n délivre.\n    Pour eux, tu dois apparaître comme le monsieur grave de la bande. Tu\n sais que nous passons pour des pillards, des malfaiteurs et des iconoclastes.\n Une légende court sur « ces jeunes gens qui ne respectent rien », ces\n « gamins de lettres », ces « insulteurs à la ligne ». On ne t'englobe pas, toi,\n dans cette malédiction, tu passes pour le pondérateur, l'aîné qui dit : ne\nfaites pas cela, lorsque l'envie nous prend d'arracher des enseignes. On se\n doute peu, à lire tes articles, où parfois tu pars des Romains et des Grecs\n pour expliquer Joséphin Péladan, on se doute peu que toi aussi tu es jeune,\n ardent, superbe, avec des enthousiasmes extraordinaires qui se traduisent\n par ce mot : exquis ! exquis ! dont tu as la bouche pleine, comme d'un bon\n fruit savoureux et mûr.\n    « L'homme absurde est celui qui ne change jamais ». Nous aurions dû\n"}, {"page_pdf": 511, "texte": "                                  — 468 —\n\nprendre tous pour devise ce mauvais vers qui autorise à toutes les volte-\nface et à tous les caprices du goût.\n   Où est le temps où nous mettions Emile Zola sur le dôme de notre\ntemple, en l'adorant comme un Brahma?\n   Où sont nos vieilles admirations, nos vieilles croyances, nos vieux\ncanons?\n   Ffft! Pil ouitt! flûte! en l'air!\n   J'ai lu ton livre d'un bout à l'autre, comme autrefois j'ai lu Monte-\nChristo entre un discours latin et trois pensums, et je t'assure que je serais\neffrayé de ce qui s'en dégage à mes yeux, s'il n'y avait belle lurette que la\nfrayeur de la décadence n'a déserté mon cerveau.\n   Tu ne sais pas où tu vas; tes idées, tu me sembles les affirmer timide­\nment comme pour dire : « N'y croyez pas trop, n'est-ce pas, je pourrais\nvous démontrer le contraire ! » Tu subis, en un mot, comme nous tous, le\ncontre-coup de la transition littéraire de l'heure présente, et si tu vois bien\nderrière toi, avec une lucidité parfaite, le chemin parcouru, tu te demandes\noù ta marche va te mener dans l'avenir, et tu hésites.\n   Hésiter, c'est le mot de l'époque, nous ne savons pas où va la route de\nl'Art. C'est l'instant du vieux neuf qu'on rabiboche en attendant le Messie,\net ce Messie qui doit venir, n'est-ce pas, il doit venir? eh bien! nous n'y\ncroyons pas ! nous faisons semblant de l'attendre, pour pouvoir nous croiser\nles bras et vivre de nos restes, comme ces tapissiers qui arrivent de leur\natelier pour clouer vos tentures et qui régulièrement ont oublié leurs clous.\nNous aussi nous mettons un compte d'une demi-journée sur la note et nous\nallons nous promener pour chercher des clous.\n   Tu appelles ton livre : Notes sur la littérature moderne ; titre absurde.\n   Notes, tu mets cela prétentieusement, par modestie.\n   Pour littérature..., eh bien ! non ! C'est un sujet trop pénible !\n   Et moderne, mon pauvre ami, où as-tu pêché ce mot-là? Mais cela\nn'existe pas! Il n'y a rien de moderne, ni toi, ni moi, ni rien, ni personne.\nNous nous disons modernes pour nous dire quelque chose. Nous mettons\ncela à côté de notre nom en manière de particule. Moderne! tu te vantes!\nModerne! j'ai connu un bossu très malin qui disait : Ça m'est venu à force\nde hausser les épaules !\n   Faisons de même; quand nous avons une joie sincère donnée par l'œuvre\nd'art, lâchons-la comme une fusée ; il fera un peu plus noir après, qu'im­\nporte ! Nous sommes une patrouille qui marche dans la nuit — et veux-tu\nque je te dise le mot de passe :\n   C'est ZUT.\n                                       II\n  Une nouvelle édition des Contes du Royal-Gaga, qui a nom Coppée,\nnous fournit l'occasion de décharger notre conscience d'une admiration qui\nnous a trop longtemps habité. Il faut bien le dire, cet académicien d'hier,\nqui de nature a toujours été académicien, à l'égal d'Ernest Legouvé, ce\nmonsieur dont le père avait si peu de talent, de Manuel, l'Eugène des\n"}, {"page_pdf": 512, "texte": "                                      — 469 —\n\nclasses ouvrières, de Déroulède, cette ficelle avec un clairon au bout. Ce\n François n'a jamais cessé d'être le petit épicier de Montrouge, dont la\nmélancolie est à la hauteur des pains de sucre. Le Passant est passé ; il\nsert encore dans les conservatoires comme morceau de concours ; Les Inti-\nmités sont les oignons des pensionnaires de province, et ce qui nous reste\nde ce monsieur qui aime les bonnes d'enfants sans même avoir l'excuse de\nl'uniforme, c'est le supplice qu'il a jeté dans les familles, de complicité avec\nl'aîné, de la Comédie Française, inventeur de Paul Delair.\n   L'habit noir n'était pas beau ; compliqué de La Grève des forgerons, il\nest devenu hideux. La Veillée et La Bénédiction se sont glissées dans les\nplis vierges des cravates blanches, et le microbe-monologue a sévi. Oh!\nj'en étais, de ces adolescents en délire qui se campent devant une chaise,\narrondissent le geste, prennent une pose grave, et disent que leur « histoire\nsera brève » bien qu'elle ne soit que rasante, cela en échange d'une tasse de\nthé qui m'empêchait de dormir et de jeunes filles qui faisaient le contraire ;\nvingt, trente fois j'ai crié : Merci ! dans le cas où l'on m'aurait envoyé à\nl'échafaud que je ne méritais que trop; avec obstination j'ai dit :\n              « Garçon, un second grog et parlons d'autre chose »,\n alors qu'on m'aurait donné dix grogs pour me faire taire. Deux hivers\ndurant, j'ai déballé mon répertoire avec cruauté, avec raffinement, avec\n barbarie ; que ceux qui m'ont entendu me pardonnent, je ne le ferai plus!\n   C'est à Coppée que je dois cela ; je me venge.\n   Petit homme, tout petit, l'académicien frais éclos a donné le coup de\npied de l'âne à la poésie bourgeoise ; toutes les niaiseries, il les a mises en\nvers ; son horizon s'est composé d'un mur auquel étaient suspendus une\nbataille de Waterloo, d'Epinal, et un bouquet de fleurs d'oranger sous\nglobe. Son culte artistique se borne au mot de la fin, et il le trouve tou­\njours radieux de banalité. C'est, ou bien :\n              « Et je n'ai trouvé cela si ridicule »\nou :\n              « Et tu ne peux savoir à quel point c'est exquis »\nou encore :\n              a Et la gendarmerie est en pantalons blancs ».\n   S'il avait, comme Barthélemy et Méry, pris la rédaction d'un journal\nrimé, il aurait réussi      dans les chiens écrasés.\n   Ses vers, il les a traduits en prose, une prose à l'eau de son dans laquelle\non a envie de se mettre les pieds ; à les lire on croit retrouver Droz en\nbonnet de coton, avec de la flanelle; art de foyer non pas, art de poële qui\nfume, dans une loge; art de ficelles non, tout au plus de cordon ; on flaire\nla soupe là-dedans, jamais le potage, le Lubin que les cuisinières mettent\ndans leur mouchoir de toile écrue, jamais la violette ou le moskari qu'on\ndevine sans les sentir dans la discrétion de la batiste armoriée.\n   Parnassien, François Coppée aura l'honneur d'avoir été le tourlourou du\nParnasse, point le soldat. Est-il de la Légion d'honneur, on s'est trompé, il\n                                                                       29\n"}, {"page_pdf": 513, "texte": "                                   — 470 —\n\na une poitrine à mérite agricole. On a supprimé les pompiers de Nanterre,)e\nparie qu'il a pleuré ! Qu'on supprime encore les rosières et son fauteuil sera\nvacant à l'Académie. Au reste, son épitaphe est écrite par lui-même et on\nla gravera en lettres d'or sur marbre blanc :\n                 « C'était un tout petit épicier de Montrouge.   »\n  Bourgeois, jamais; épicier, toujours; poète, jamais; Coppée, toujours;\nCoppée, jamais; fauteuil, toujours!\n  Alors je m'assieds dessus!\n\n                                        III\n    Léon Cladel vient de rééditer en un volume le N'a-qu'un-œil que nous\nconnaissions pour en avoir lu les épisodes dans la grande édition d'Oriol,\néditeur qui mérite des éloges pour avoir tenté l'aventure, croyant retrouver\nsans doute une œuvre de celles que nous admirons dans le Bouscassié,\nl'Homme de la Croix-aux-Bœufs et surtout Ompdrailles qui ne le cède\nen rien à celles-là, mais qui heureusement n'ont pas, comme N'a-qu'itn­\nœil, des tendances démocratiques que l'on ne saurait assez louer au point\nde vue politique, mais qui, littérairement, nous embêtent avec éloquence et\nnous font trouver un rare délice à lire autre chose que ce roman, par cette\nexcellente raison que, depuis environ cinquante ans, aucun écrivain, fût-il\nChateaubriand, Corinne de Staël, George Sand, Sarcey-garde barrière,\nBalzac, de Bernard, Dumas, Hugo-le-Grand, Banville, Gozlan, Mérimée,\nFeuillet-tu-ne-le-sauras-pas, About, Méry, Goncourt, Zola, Fabre, Malot,\nFlaubert, Loti, Daudet, Mendès, Theuriet, Maupassant, Tourgueneff,\nDroz, Maizeroy, Silvestre,Vast-Ricouard, Huysmans, Baudelaire, Lermina­\nqu'un-œil, Nerval, Gautier-Porte-Glaive, Uchard, Houssaye, Ulbach,\nAlexis, Barbey d'Aurevilly-le-Tombeau-des-Lutteurs, Lemonnier, Henni-\nque, Sandeau, Musset, aucun romancier, disions-nous plus haut — à\nune hauteur qui, pour être vertigineuse, n'en est pas moins indiscutable,\n— n'a eu le toupet de choisir ce vieux sujet renouvelé du déluge et qui\nfait ressusciter sans rire le droit de jambage, le viol des filles de serfs, la\ntaille et les manants, sans compter un tas de calembredaines du même\nacabit que Ponson du Terrail pouvait juger bonnes, mais qu'un artiste\ndevrait envoyer au Petit Journal, au lieu de s'en servir pour lui-même\nqui se galvaude en un métier de flueur d'encre dont ses premiers chefs-\nd'œuvre — immortels assurément — auraient dû le garantir à tout jamais;\ns'il n'avait depuis quelques livres la marotte biscornue de frotter la manche\nà l'art social et de vouloir prouver, par des Kerkadec ou autres Pierre\nPatient, que le prix des chemins de fer est trop élevé pour la bourse de\nl'ouvrier, ce qui m'importerait peut-être — et encore! — dans un journal\nquotidien chargé de ces questions-là, mais me laisse à la température de la\nmer polaire dans un roman artiste où je me fiche carrément, et avec la\nmême désinvolture que met Léon Cladel à publier six volumes par an, des\nquestions sociales qui n'ont pas plus à y faire que moi dans les bonnes\ngrâces de M. Potvin; en outre, je ne prierais pas un avocat belge de me\n"}, {"page_pdf": 514, "texte": "                                 — 471 —\n\nfaire une étude préliminaire. à un volume dont cette étude oublie de\nparler, ce qui rend perplexe quant à l'opportunité de cette adjonction\naussi étonnante que bizarre et extraordinaire, adjonction — ou étude\ncomme on voudra — dans laquelle il est question non seulement de\nce que mange et boit M. Cladel, mais encore de ce qu'il démange et de\nce qu'il déboit, ce qui est pire, car le détail, pour en être long, n'en\nest pas moins ennuyeux, étant donnée cette maxime qu'il n'y a pas de roi\npour son valet de chambre et que cette maxime a été violée par le préfacier\nque nous ne nommons pas, d'abord parce que nous ne voulons pas blaguer\nun homme dont nous admirons le talent malgré son désagréable caractère,\nensuite parce qu'il est atteint de la monomanie du droit de réponse qui\nennuie toujours fortement les directeurs de revue qui, comme celui de la\nJeune Belgique, n'ont pas de place à perdre, même lorsque, pareillement à\nM. Léon-Alpinien Cladel, de Toulouse en Provence, ils étirent des phrases\nsemblables à de la gutta-percha en fusion, ou encore à ce célèbre macaroni\nqui, si l'on en croit les personnes qui ont été en Italie — il y en a, — se\nconfectionne avec du parmesan, et peut se manger — téléphoniquement\nparlant — par deux personnes, dont l'une tient un bout à Bruxelles en\nBrabant et l'autre un bout à Naples, dont on dit : « la voir et puis mourir. »\n                                                      MAX W A L L E R .\n"}, {"page_pdf": 515, "texte": "                                         — 472 —\n\n\n                                 MEMENTO\n   M. Vittorio Pica, un écrivain italien qui       Très instructive étude, à la portée des\ndéfend avec vaillance et talent, dans la         jeunes gens, sur les îles madréporiques,\nGazetta Litteraria de Turin, les principes       leur formation et leurs habitants.\nmodernes et jeunes de l'art, nous annonce\nune série d'études sur Goncourt, Poictevin,\nHuysmans, Verlaine, Mallarmé, Péladan,              Monstres parisiens (2e série), par Catulle\nRourget, Hannon, Loti, Rollinat, Villiers\n                                                 Mendès. Un vol. Paris. Marpon et Flam­\nde L'Isle-Adam, Corbière, Rimbaud, Mo­\n                                                 marion, fr. 5-00.\nréas, etc.\n                                                    Mendès excelle à tirer de ce qu'il écrit\n   Ces études seront réunies ensuite en un       tout ce que peut donner le commerce litté­\nvolume qui ne pourra manquer d'être d'un         raire. Gil Blas a la primeur de ses Mons-\ntrès grand intérêt.                              tres, un éditeur les transforme en petites\n                     ***                         plaquettes minces comme des pastilles,\n  Voici les titres des chapitres qui compo­      puis leur refait une virginité sous forme\nsent le volume de M. Francis Nautet :            de beaux volumes qui se vendent encore et\nNotes sur la littérature moderne :               toujours, les monstres 1\n  I. Le Nihilisme littéraire. — II. M. Ca­          Et ils le méritent. Quelle que soit la fra­\ntulle Mendès. — I I I . Le Mouvement natu­       gilité de cette littérature, elle est si bien de\nraliste. — IV. M. Alphonse Daudet. —             son temps, si parisienne, si ingénûment\nV. L'Education sentimentale. — VI. Choses        malpropre, que l'on se laisse prendre de la\ndu temps. — VII. Psychologie de déca­            première page à la dernière.\ndents. — VIII. Un Romancier catholique.             C'est peut-être ce qui restera de Catulle\n— IX. Lettres au roi sur les Jeune-Bel­          Mendès, lorsqu'il aura lui-même disparu.\ngique.                                           Avec les Boudoirs de verre et Pour lire au\n                                                 Bain, les Monstres parisiens ont une ori­\n                     ***                         ginalité complète et parfaite; cela ne res­\n  Le Tour du Monde vient de publier              semble ni aux pétarades rabelaisiennes de\ntrois nouvelles livraisons (1273, 1274, 1275)    Silvestre, ni aux contes poudrederizés de\nde la Belgique de notre Camille Lemon­           Droz, c'est du Mendès, reconnaissable au\nnier. Le pittoresque excursionniste y par­       bout d'une ligne de lecture.\ncourt cette fois la province de Namur en\npartant de Chimay, pour suivre l'Entre-                                ***\nSambre et Meuse vers l'Ardenne. Nous               A la suite de l'article sur le Plagiat,\naurons bientôt l'occasion de parler plus         publié par M Georges Rodenbach dans le\nlonguement de ce merveilleux travail qui         numéro de l'Art moderne du 26 juillet, la\nva vers sa fin, toujours intéressant et suprê­   Chronique fit paraître le lendemain un arti­\nmement artistique.                               culet anonyme.\n                     ***                           M. Georges Rodenbach adressa la lettre\n                                                 suivante :\n  Vient de paraître un nouveau journal bal­\nnéaire L'Estacade, directeur Max Hilaire              A LA DIRECTION DE la       Chronique,\n— rien de notre directeur — rédacteur en\n                                                   J'ai qualifié, dans l'Art moderne, en\nchef: Luc Malper, tous deux clercs de la\n                                                 signant, les procédés de polémique aux­\nBasoche, notre sœur cadette.\n                                                 quels la Chronique cherche à nous habi­\n                     ***                         tuer.\n  L'Atoll, par Abel Combes. Un vol. Ver-           En réponse, un de ceux que j'ai appelés\nviers. Bibl. Gilon, fr. 0-60.                       les trojtins du journalisme » m'injurie.\n"}, {"page_pdf": 516, "texte": "                                       — 473 —\n\nsous le manteau et me menace. Qu'il y           immédiatement écrit à ce dernier pour lui\nvienne!                                         demander de désigner ses témoins. M. Cove­\n  Pour le moment, je le somme, l'auteur         liers nous a mis en rapport avec M. le major\ndu dit articulet, de se nommer dans votre       Dusart et M. Paul Janson.\njournal, comme je me suis nommé.                   Après deux conférences tenues aujour­\n  Je ne veux pas qu'il puisse frapper par       d'hui, notre mission n'a pas abouti. Nous\nderrière, comme il écrit, anonymement.          vous en transmettons ci-joint le procès-\n  Vous publierez ceci dans votre prochain       verbal.\nnuméro.                                            Recevez, cher ami, l'expression de nos\n                   GEORGES RODENBACH.           sentiments dévoués.\n   La lettre ne fut pas insérée. M. Georges       JACQUET.                EDMOND PICARD.\nRodenbach pria deux amis, M. (Edmond                Bruxelles, le 29 juillet 1885.\nPicard, avocat à la Cour de cassation, et\nM. Ed. Jacquet, lieutenant aux grenadiers,        Voici maintenant le procès-verbal :\nd'aller demander le nom de l'auteur de            MM. Picard et Jacquet, au nom de\nl'article. Aux bureaux de la Chronique, on      M Georges Rodenbach, ont demandé que\nleur désigna M. Coveliers.                      M. Coveliers retirât purement et simple­\n   Le soir même, M. Georges Rodenbach           ment l'article publié par lui dans la Chro-\nlui adressa la communication ci-dessous :       nique, ajoutant qu'en cas de refus M. Roden­\n                                                bach réclamerait une réparation par les\n         MONSIEUR,\n                                                armes.\n   J'apprends que vous êtes l'auteur de l'ar­      MM. Edouard Dusart et Paul Janson,\nticulet anonyme paru dans la Chronique et       considérant que l'article de la Chronique\nqui me nomme. Je me tiens pour outragé          n'est qu'une riposte écrite sur le ton et\npar cette publication. MM. Edmond Picard        dans le style de celui de M. Rodenbach ;\net Jacquet ont bien voulu se charger de mes     qu'il s'agit donc d'une querelle d'ordre pu­\nintérêts.                                       rement littéraire et qu'il ne peut appartenir\n   Je vous prie, si vous le jugez bon, de       à M. Rodenbach, qui a pris l'initiative de\ndésigner les personnes qui doivent vous         l'attaque, de donner au débat un autre ca­\nreprésenter, ainsi que l'heure et le lieu où    ractère, d'autant moins que ce débat a surgi\nils peuvent se rencontrer demain.               à l'occasion d'un incident auquel il est per­\n                     GEORGES RODENBACH.         sonnellement étranger, estiment qu'il n'y a\n                                                lieu dans l'occurence ni au retrait de l'article\n  M. Coveliers désigna M. Paul Janson,\n                                                ni à une réparation par les armes.\navocat à la Cour d'appel, et M. Dusart,\n                                                   MM. Picard et Jacquet ont fait observer\nmajor du génie en retraite.\n                                                que l'article de M. Rodenbach visait en\n   Les témoins de M. Georges Rodenbach\n                                                général ce qu'il nommait la petite presse,\ndemandèrent que M. Coveliers retirât son\n                                                tandis que celui de M. Coveliers s'attaque\narticle ou qu'une réparation fut accordée\n                                                directement et nominativement à M. Ro­\npar les armes. Mais après deux confé­\n                                                denbach; que c'est là une différence essen­\nrences, leur mission ne put aboutir.\n                                                tielle qui enlève à la publication de M. Co­\n   Voici la lettre adressée à M. Georges        veliers le caractère de pure querelle de\nRodenbach pour lui communiquer ce ré­           plume qu'il prétend lui attribuer; qu'au\nsultat négatif :                                surplus, quand M. Rodenbach a envoyé\n   Cher, ami, nous avions accepté de de­        une réponse à la Chronique, on a refusé de\nmander réparation en votre nom d'un             la faire paraître; qu'il y aurait lieu de\narticle anonyme paru dans la Chronique          s'étonner que M. Coveliers, après avoir\noù vous étiez nominativement désigné. Au        annoncé qu'on bâtonnerait M. Rodenbach,\nbureau du journal on nous a renseigné que       se refuserait à se battre ; qu'ils insistent de\nl'auteur était M. Coveliers. Vous avez           nouveau et formellement pour que l'article\n"}, {"page_pdf": 517, "texte": "                                        — 474 —\n\nsoit retiré ou que raison soit rendue par les    à ce que le contrôle soit fait d'une manière\narmes à M. Rodenbach.                            irréprochable. C'est un intermédiaire utile\n   MM. Dusart et Paul Janson déclarent           et obligeant, toujours présent pendant les\nqu'ils diffèrent complètement d'apprécia­        représentations, et qui rend au public des\ntion sur le caractère de l'attaque publiée       services fréquents. Cette innovation sera,\npar M. Coveliers; disent, au surplus, que        croyons-nous, très bien accueillie du public.\nla non publication de la réponse n'est pas          Tous les services sont d'ailleurs distincts.\nle fait de M. Coveliers et persistent dans       Ils ont chacun leurs titulaires, et tout em­\nleur manière de voir.                            piètement d'un service sur l'autre est im­\n   Bruxelles, le 29 juillet 1885.                possible.\n    EDOUARD JACQUET,                                Pour la partie administrative figurent\n   lieut. aux grenadiers.                        MM. Waechter, administrateur, Copette,\n      EDMOND PICARD,                             secrétaire de la direction, et Bullens, chef\navoc. à la Cour de cassation.                    de la comptabilité. Le service de la scène\n                                                 est ainsi distribué: MM. Lapissida, régis­\n                      EDOUARD DUSART.\n                                                 seur général; Flon, chef des chœurs; Her­\n                 major du génie en retraite.\n                                                 baut, régisseur des chœurs ; Perrot, régis­\n                        PAUL JANSON,             seur-avertisseur; Lombaerts, machiniste\n                  avoc. à la Cour d'appel.       en chef; peintres-décorateurs, MM. Lynen\n                                                 et Devis.\n                     ***                            M. Flon est élevé aux fonctions de troi­\n   Le Guide musical a publié dans ses der­       sième chef d'orchestre. Les deux premiers\nniers numéros une lettre sur la situation        sont, comme précédemment, MM. Joseph\nmusicale en Belgique, signée J. d'A...           Dupont et Léon Jehin.\n   Nous y applaudissons de toutes nos\n                                                    MM. Flon et Léon Dubois, pianistes\nforces et particulièrement à ce passage où\n                                                 accompagnateurs, sont chargés de diriger\nl'auteur dénonce comme une éternelle\n                                                 la musique de scène.\npierre d'achoppement au mouvement, ceux-\n                                                    Quant au tableau de la troupe, le voici :\nlà mêmes qui devraient et pourraient le\nplus puissamment y contribuer : il s'agit                     Artistes du chant.\nde la Société privée de la rue de la Régence,       TÉNORS : MM. Dereims, Furst, Gallois,\nde ce cabinet particulier de la musique où       Nolly, Idrac, Franz Stappen, Nerval et\nse conservent réciproquement dans de la          Seuille.\nmélodie de Glück quelques messieurs et              BARYTONS : MM. Bérardi, Frédéric Boyer\nleurs concierges garantis par le gouverne­       et Renaud.\nment.                                               BASSES : MM. Dubulle, Herman Devries,\n                                                 Séguier, Chappuis, Vérin et Frankin.\n                     ***\n                                                   SOPRANOS DRAMATIQUES : M m c s Montalba,\n  THÉÂTRE DE LA MONNAIE. — M. Verdhurt\n                                                 Clario et Fierens.\nvient de faire publier le tableau de son per­\n                                                    CHANTEUSES LÉGÈRES : M mes Cécile Méze-\nsonnel pour la prochaine campagne théâ­\n                                                 ray, Thuringer, Gaultier, Wolf et Barria.\ntrale.\n                                                    CONTRALTOS : Mm\"s Jane Huré, Passama\n   Parmi les améliorations apportées à\n                                                 et Caroline Barbot.\nl'organisation du théâtre, on remarquera\n                                                    CORÏPHÉES : M lnes Hertz, Vleminckx et\nla création d'un service d'inspection de la\n                                                 Defoer, MM. Vanderelst, Fleurix, Krier,\nsalle et de la scène, emploi dont M. Potel\n                                                 Vandenbossche, Vanderlinden, Blondeau,\nest le titulaire. L'inspecteur des services de\n                                                 Pennequin et Simonis. — 80 choristes.\nla salle et de la scène est spécialement\nchargé de recueillir les réclamations qui                  Artistes de la danse.\npourraient se produire de la part du public        MM. J. Hansen, maître de ballet, F. Du­\nà l'égard de la location des places, à veiller   champs, régisseur.\n"}, {"page_pdf": 518, "texte": "                                        — 475 —\n\n  SUJETS : Mmes Adelina Rossi, Gabrielle            Ça y est ! Sarah-Bernhardt enseignée !\nEsselin, Teresa Magliani et Angiolina            M. Kaempfen lui aura sans doute donné\nBertoglio, MM. Saracco, F . Duchamps,            des leçons. — Non, Monsieur Kaempfen,\nPli. Hansen et De Ridder.                        ne vous fâchez pas, Sarah n'est pas une\n  CORYPHÉES : M\"\"» Van Lancker, Tribout,         victime et le Conservatoire est bon, le\nDusmet, Thompson, Baronet, J. Matthys,           Conservatoire est excellent, et savez-vous\nSchacht, Van Goethem et M. Matthys. —            pourquoi Monsieur Kaempfen? Nous allons\n38 danseuses, 12 danseurs.                       vous le dire : Un Conservatoire est un frein,\n                        (Art moderne).           un mors, une laisse. C'est le grand bac à\n                                                 noyer les jeunes chats non viables. C'est le\n   La plupart des journaux ont parlé du          tord-boyaux des racleurs ratés. Un Con­\npoème que Mathieu vient d'écrire pour son        servatoire est une éprouvette. Ceux qui en\nopéra : Richilde.                                sortent intacts avaient les reins solides,\n   Le mérite de ce poème, est de ne point        mais ce n'est certes pas la faute des com­\nse perdre dans la fantaisie banale des livrets   missionnaires en art, grands faiseurs de\nd'opéra. C'est une œuvre sincère, presque        règlements et de discours académiques, qui\nune œuvre d'histoire où l'auteur a serré de      président à la manière d'éteignoirs aux des­\ntrès près, la réalité ou du moins la tradi­      tinées de ces institutions.\ntion.\n   Sa mise en scène par le costume et le            Vient de paraître chez Ferd. Larcier\ndécor ressuscitant une époque, constituera       tiré seulement à 55 exemplaires dont 3 sur\nà elle seule un travail d'artiste si on veut     japon, 26 sur hollande Van Gelder et 26 sur\nl'exécuter scrupuleusement sans concession       velin chamois, La Veillée de l'Huissier,\naucune aux clichés de théâtre.                   par Edmond Picard.\n   Nous comptons sur M. Verdhurdt pour              Les lecteurs de la Jeune Belgique ont\ncela.                                            eu la primeur de cette originale fantaisie\n                                                 de Noël, d'un si excellent américanisme, et\n                                                 nous n'avons pas à en faire l'éloge.\n   Une gazette hebdomadaire nous apprenc\n                                                    Chose curieuse et que M. Picard ignore\nqu'à l'occasion de la distribution des prix\n                                                 sans doute, en donnant à son héros prin­\naux élèves du Conservatoire, le président,\n                                                 cipal le nom John Tolmache Itchkoc, il a\nM. Kaempfen, a pris dans son discours la\n                                                 pris le nom de M. Itchkoc, un dentiste\ndéfense de cette institution contre les atta­\n                                                 américain qui fut très connu à Bruxelles\nques de la critiquei\n                                                 naguère — il était le beau-frère de la can­\n   « Ah! c'est une mauvaise et pernicieuse\n                                                 tatrice Mlle Durand — et à qui succéda un\nécole que le Conservatoire ! a-t-il dit.\n                                                 autre dentiste américain qui se nomme pré­\n   « Comment se fait-il, je vous prie, que ces\n                                                 cisément Tolmache John.\ncompositeurs; ces virtuoses, ces chanteurs,\nces comédiens partout admirés, partout\nacclamés, en soient sortis pour la plupart,         Nous rappelons à nos lecteurs que le\net que leurs noms se retrouvent dans le          concours littéraire de poésie et de prose\nlivre d'or de ses lauréats? Ils sont incom­      françaises (nouvelles, contes, légendes, ro­\nparables, et ils n'ont reçu que de détestables   mans, chansons, comédies et drames), ou­\nleçons !                                         vert par l'Œuvre des Soirées Populaires\n   « Inexplicable mystère ! Mal enseignés,       de Verviers, sera clos le 30 septembre pro­\nles Hérold, les Halévy, les Adam, les Berlioz,   chain.\nles Massé, les Bizet, les Ambroise Thomas,          Pour en obtenir le programme détaillé,\nles Gounod, les Guiraud, les Massenet, les       s'adresser à M. Léon Lobet, président de\nFrederick-Lemaître, les Got, les Maubant,        l'Œuvre des Soirées Populaires, rue du\nles Rachel, les Sarah-Bernhardt. »               Collège, 76, à Verviers, auquel les concur-\n"}, {"page_pdf": 519, "texte": "                                        — 476 —\n\nrents doivent également adresser       leurs    gène Forgues, Lamennais. — Cantilènes.\nœuvres avant le 1er octobre.                    Poésies, traduites par Gabriel Sarrazin,\n                                                Shelley. — Le Mauvais Chuchoteur. Poésie,\n                    ***                         Maurice Rollinat. — Abdication. Nouvelle,\n   Sommaire du 25 août 18S5, de la Revue        Paul Margueritte. — Ernest Hello. Notes,\ncontemporaine.— Paris, 2, rue de Tournon.       Charles Buet. — La République parlemen­\n    Une Esthétique scientifique, Charles        taire en France, De Sygna. — Critique lit­\nHenry. — Krotkaïa. Récit          fantastique   téraire et artistique. — Bibliographie.\n(1 r e partie), traduit par M. E. Halpérine,       Un numéro franco contre 2 francs en tim­\nTh. Dostoïewski. — Lettres inédites à           bres-poste. Abonnements : Paris, 20 francs.\nSainte-Beuve, avec introduction de M. Eu­       Départements et étranger, 22 franes.\n"}, {"page_pdf": 520, "texte": "Sur le clavier d'ivoire aux touches reluisantes,            « P r i è r e d'une vierge » as-tu dit calme et grave\nTu promenais tes doigts, tes doigts harmonieux              Lorsque ta blanche main effleura le clavier.\nD'où sortaient des accords, notes agonisantes               Et qu'elle en fit sortir la musique suave,\nDes cœurs tout pleins d'amour aux soirs mystérieux.         Doucement suppliante en ce soir printanier.\n\n                            Vierge, toi-même, enfant ! ah ! je l'ai bien comprise\n                            La prière d'amour que ton cœur a chanté !...\n                            ... A ta lèvre, j'ai bu comme un parfum de brise,\n                            Le parfum de ton cœur, de ta virginité.\n   Salut à la larme expressive! Je vous vénère, doigts harmonieux d'où sortent des\naccords ! Cœurs tout pleins d'amour! « Vierge toi-même ! » Ce n'est pas une insulte au\nmoins!                                                                          -\n   Eh bien, là, Monsieur Helvépé, n'envoyez plus de vers à la Jeune Belgique, si vous\nn'avez pas mieux dans le ventre. Des vers comme cela, le premier potache venu en a fait,\nmoi j'en ai fait, tout un paquet, mais on ne les a pas vus, Monsieur, je les ai cachés. Mon­\nsieur, comme les chats qui se sont oubliés cachent leur... oubli, Monsieur. Cela est mau­\nvais, banal, fanfant, godiche, pleurard, pensionnat, du Lamartine sur peau de phoque,\ndu Gilbert dans du Jus de réglisse. C'est à vous jeter à la tête les œuvres de Li Muisis !\n   65. MAURICE VAUCAIRE. C'est M. Georges Rodenbach qui s'est chargé de présenter ici\nvotre joli volume l'Arc-en-Ciel. Seulement M. Rodenbach est le dernier des misérables,\nle muffle par excellence, qui promet de la copie pendant trois mois et ne s'exécute pas.\nExcusez-nous, ces injures sévères mais justes produiront, je l'espère, un effet sur cette\nâme têtue.\n   Pour les mêmes raisons, nous adressons nos excuses à M. Jacques Madeleine dont nous\navons reçu l'Idylle éternelle et à M. St. de Guaita qui nous a envoyé sa Rosa        Mystica.\nEt maintenant, buvons.\n  66. La Jeune Belgique publiera prochainement des vers en volapuk...\n  67. RAOUL RUSSEL. Merci. T r è s b i e n . Au prochain numéro.\n\n\nDE LA PROSE , par Max WALLER; un fort volume elzévi-\n  rien, paraîtra le 1er novembre chez Félix Callewaert, éditeur.\n     Dès aujourd'hui l'on peut s'inscrire chez l'éditeur. Les abonnés de la\n  Jeune Belgique recevront le volume au prix de 3 fr. au lieu de fr. 3 - 5 0 ,\n  EN' EXEMPLAIRES DE SOUSCRIPTION TIRÉS SUR PAPIER SPÉCIAL. L e\n  nombre dé ces exemplaires sera limité au chiffre des souscripteurs, et ils\n  ne seront pas mis dans le commerce.\n\n\nL'ARTISTE, revue de Paris, Histoire de l'Art contempo­\n  rain (54e année). Paraissant tous les mois en un volume in-8°, accom­\n  pagné de gravures. Prix de la souscription à Bruxelles, un an : 6 6 francs.\n  Prix de la livraison : 5 francs. Bureaux : Avenue de l'Opéra, 15,\n  à Paris. Directeur-gérant : Jean ALBOIZE. Correspondant pour la Bel­\n  gique : MAX W A L L E R .\n\n                               VIENT          DE       PARAITRE :\n\n\n                                          NOTES\n\nLITTÉRATURE MODERNE                                   PAR\n\n                         F R A N C I S                        N A U T E T\n                                       Un vol. fr. 3 - 5 0 .\n"}, {"page_pdf": 521, "texte": "LA REFORME, organe quotidien de la démocratie libérale.\n  Rédaction et administration : 18, rue des Sables, à Bruxelles. Seul\n  journal quotidien dont le prix d'abonnement soit le même pour la\n  province que pour -la capitale, soit 1 2 francs par an. La Réforme\n  publie en ce moment Mademoiselle Bismarck, par Henri ROCHEFORT.\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie LE VIOL, par Emile BERCERAI\". Un nu­\n  méro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs, en vente partout.\n\n\n\nLE PROGRÈS ARTISTIQUE, musique, littéra­\n  rature, Beaux-Arts. - Paraît chaque vendredi. Victor SOUCHON, fonda­\n  teur; B E R T O L - G R A I V I L , rédacteur eh chef; Marc SONAL, secrétaire de\n  la rédaction. Abonnements pour la Belgique : 1 5 fr. l'an. Bureaux :\n  Paris, 24, rue des Martyrs.\n\n\nLUTECE , journal hebdomadaire. Rédacteur en chef : Léo TRE­\n  ZENIK, secrétaire de la rédaction : Georges RALL. Bureaux : boulevard\n  Saint-Germain, 16, à Paris. Abonnements : Un an : 7 francs. Pour\n  la Belgique. : le port en sus.\n\n\nLA MINERVE, revue moderne artistique et littéraire,\n          paraissant le 25 de chaque mois. Directeur : Charles BUET. Abonne­\n          ment pour la Belgique : 18 fr. Bureaux : Paris, 18, avenue de Breteuil.\n\n\nLE VICE SUPREME, par Joséphin PÉLADAN'. Pré­\n  face, de Jules Barbey d'Aurevilly. Eau-forte de Félicien Rops (4e édition).\n  Un volume, Paris, Thomas, 52, rue Croix des Petits-Champs, fr. 3 - 5 0 .\n\n\n\nLES DELIQUESCENCES, poèmes décadents\n  d'Adoré FEOUPETTE. Un volume, Paris, Léon Vanier, fr. 3 - 0 0 .\n\n\nL E S D R A M E S           D U    C Œ U R , par Jeanne DU­\n  CHARME. Préface d'Arsène Houssaye. Un volume, Bruxelles, Maheu,\n fr. 3 - 5 0 .\n\n     Bruxelles. — Imprimerie FÉLIX CALLEWAERT père, 26, rue de l'Industrie:\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1885-09-01", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 470."}}